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iANGUES iOÉHilES.
Upsaia Univ. Bibiiotek
ORIGINE ET FORMATION
CE LÀ
LANGUE FRANÇAISE.
PARIS. IMPRHIERIE DE J.-B. GROS ET DONNAUD,
RUECASSETTE, 9.
• Vt>
ORIGINE ET FORMATION
DE LA
LANGUE FRANÇAISE,
PAR
A. DE CHEVALLET.
Verùm animo satis h'ic vestigla parva sagaci
Sunt, per quae posait cognoscere caetera tutè,
(Ldcr. lib. I.)
SECONDE ÉDITION
OUVRAGE DONT LA PREMIÈRE PARTIE A OBTENU, A L'INSTITUT,
LE PRIX VOLNEY, EN \ 850 ;
ET LA SECONDE PARTIE, l'uN DES PRIX GOBERT, EN 1858.
TOME PREMIER.
PARIS
CHEZ^.-B. DUMOULIN, LIBRAIRE,
QUAI DES AUGUSTINS, \Z.
CHEZ L'AUTEUR, RUE DE RENNES, 2.
M DCCC LVIIl.
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TABLE MÉTHODIQUE.
p«g.
Liste des principaux textes cités et des abréviations les plus nécessaires
à faire connaître m
Préface Xii
Corrections à faire dans ce volume xii
PROLÉGOMÈNES.
Aperçu historique sur les langues qui ont été parlées successivement
entre le Rhin et la Loire i
PREMIÈRE PARTIE.
ÉLÉMENTS PRIMITIFS DONT s'eST FORMÉE LA LAN&UE FRANÇAISE.
INTRODUCTION A LA. PREMIERE PARTIE.
Considérations générales sur la nature, les proportions et la fusion des
éléments qui constituèrent la langue d'oïl ; moyen d'utiliser ces don-
nées pour suppléer à l'insuffisance des documents relatifs aux pre-
mières époques de notre histoire. 41
CHAPITRE PREMIER.
ÉLÉMENT LATIN.
Sect. I. — Observations concernant la marche suivie dans les études
qui font l'objet de ce chapitre 7T
Sect. II. — Serments de [Louis le Germanique et des soldats de
Charles le Chauve, monument du ix' siècle 78
Texte et traduction de ces serments 85
Sect. III. — Cantilène en l'honneur de sainte Eulalie, monument du
x« siècle 86
Texte et traduction de cette cantilène 88
Sect. IV. — Lois de Guillaume le Conquérant, monument du xi« siècle. 90
Texte et traduction de ces lois 96
vr TABLE.
Pag.
Sect. V. — Glossaire étymologique des monuments en langue d'oïl
antérieurs au xii® siècle, savoir : les Serments de 842, la Cantilène
en l'honneur de sainte Eulalie et les lois de Guillaume le Conqué-
rant ' 123
Sect. VI.— Statistique des mots contenus dans les trois monuments
antérieurs au xii® siècle, d'après les langues auxquelles ces mots
doivent leur origine 197
CHAPITRE II.
ÉLÉMENT CELTIQUE.
Sect. I. — Observations concernant la marche suivie dans les re-
cherches qui font l'objet de ce chapitre 200
Sect. II. — Recueil des mots de la langue d'oïl qui sont d'origine
celtique 203
CHAPITRE III.
ÉLÉMENT germanique.
Sect. I. — Observations concernant la marche suivie dans les re-
cherches qui font l'objet de ce chapitre. ........... 262
Sect. II. — Recueil des mots de la langue d'oïl qui sont d'origine
germanique. 266
Sect. III.— Mots de la langue d'oïl qui se trouvent à la fois dans plu-
sieurs idiomes germaniques et dans plusieurs idiomes celtiques . . 470
LISTE
DES PRINCIPAUX TEXTES CITÉS
ET DES ABRÉVIATIONS
LES PLUS NÉCESSAIRES A FAIRE CONNAITRE.
Acad. — Dictionnaire de l'Académie française, 6« édit.,. Paris, 1835 ; 2 vol. in-4o.
Adam, drame anglo-normand du xii« siècle, publié par M. Victor Luzarche, Tours,
1854, in-8o.
Amyot, Les amours pastorales de Daphnis etChloé. Bouillon, 1T74.
Ane. — Ancien ou anciennement.
Ass. de Jér. — Assises de Jérusalem, publiées par M. le comte Beugnot, Paris,
1843;2 vol. in-fol.
— Les mêmes, publiées par M. Victor Foucher, Rennes 1839, in-S».
Basse lat. — (Basse latinité. Les ouvTages auxquels on doit recourir à cet égard
sont du Gange : Glossarium ad scriptores mediœ et infimœ latinitatis, éd. des Bé-
nédictins de Saint-Maur, Paris, 1733-1736 ; 6 vol. in-fol. — Nouvelle édition,
publiée par G.-A.-L. Henschel. Paris, 1840-1850; 7 vol. in-40. — Carpentier:
Glossarium novumad scriptores medii œvi. Paris, 1766; ^vol. in-fol.)
BoNivARD, Adevis et devis des lengues, traité de philologie composé en 1563 (pu-
blié par M. Bordier) , Paris, 1 849, in- 8".
Branche des royaux lignages, chronique métrique de Guillaume Guiart, insérée
dans les tomes VII et VIII de la collection des Chroniques nationales françaises,
publiée par J.-A. Buchon. Paris, 1828 in-8».
Bret. — Breton (Les ouvrages auxquels on doit recourir pour cet idiome sont : Lé
Gonidec, dictionnaire breton-français, auquel se trouve jointe la grammaire bre-
tonne du même auteur, édition de M. Ch. Hersart de La Villemarqué , Saint-
Brieuc, 1847, in-4°. — Dictionnaire français-breton du même, enrichi d'addi-
tions et d'un essai sur l'histoire de la langue bretonne, par Ch. Hersart de La
Villemarqué, Saint-Brieuc, 1847, in-4o. — Troude. Dictionnaire français et
celto-brcton, Brest, 1843, in-80.)
Champollion-Figeac. Mélanges de la Collection des documents historiques pu-
bliée par le Gouvernement, in-4'', Paris. Le tome IV, qui a paru en 1849,. con-
tient la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la Vie et Passion de saint
Léger, en langue d'oc du x« siècle.
Chans. de Roi. — Chanson de Roland ou de Roncevaux, du xii» siècle, publiée
pour la première fois par Francisque Michel, Paris, 1837, in-8'. —La même,
édit. de M. F. Génin, Paris, 1850, in-8°.
Chansons de Thibault IV, comte de Champagne et de Brie, toi de Navarre,, Reims,
1851, in-8<>.
VIII LISTE DES OUVRAGES CITÉS
Chants historiques français depuis le XII" jusqu'au XVIII» siècle, avec des noti-
ces et une introduction, par Leroux de Lincy. Paris, 4841, 2 vol. in-12.
Chastoiement (le) d'un père à son fils, traduction en vers français de l'ouvrage de
Pierre-Alphonse. Paris, 1824, petit in-S".
Chevalerie (la) Ogier de Danemarche, par Raimbert de Paris, poëme du XII« siè-
cle, publié par M. J. Barrois. Paris, 1842, in-4".
Chevalier (le) au Cygne et Godefroid de Bouillon, poëme historique, publié par le
le baron de Reiflenberg. Bruxelles, 1846, 2 vol.
Chroniques anglo-normandes. Recueil d'extraits et d'écrits relatifs à l'histoire de
Normandie et d'Angleterre pendant les XI« et XII« siècles, publié par Francis-
que Michel. Rouen, 1836-1840, 3 vol. in-8".
Chron. de du Guescl. — Chronique de Bertrand du Guesclin, par Cuvelier, trou-
vère du xiv« siècle, publiée par E. Charrière, Paris, 1839; 2 vol. in-4".
Chron. de Jord. Fanf. — Chronique de Jordan Fantosme, imprimée à la suite
de la Chronique des ducs de Normandie, et publiée par Francisque Michel.
Chron. des ducs de Norm. — Chronique des ducs de Normandie, par Benoît,
publiée par Francisque Michel, Paris, 1844; 3 vol. in-4".
CoMMiNEs. Mémoires de Philippe de Commines, faisant partie du Choix des
chroniques et mémoires sur l'histoire de France, publié par J. A. C. Buchon,
Paris, 1836, grand in-S».
Conseil [le) de Pierre de Fontaines, nouvelle édition, publiée d'après un ma-
nuscrit du xni« siècle, etc., par M. A.-J. Marnier, Paris, 1846, in-8».
Corn. — Comique ou Cornouaillais, idiome anciennement usité dans la Cor-
nouailles anglaise. (Recourir pour cet idiome au dictionnaire pubUé par Pryce
dans son Archceologia Cornu-Britannica, Sherbone, 1790, in-8°, et republié
d'une manière plus correcte par M. Zeuss dans sa Grammatica Celtica.)
Coutumes [les) du Beauvoisis, par Philippe de Beaumanoir, jurisconsulte français
du xiii<= siècle, publié par M., le comte Beugnot, Paris, 1842 ; 2 vol. grand in-S".
Diplom. cart. — Diplomata, cartse, epistolae, leges, etc., ad res gallo-francicas
spectantia, nunc nova ratione ordinata ; éd. de M. Pardessus, 1. 1 et II, Paris,
1843-1849.
Dolopathos. (Voyez li Romans de Dolopathos.)
Esp. — Espagnol.
EsTiEKNE (Henri). Dialogues du langage françois italianisé, Paris, 1579.
Fables inédites des xu% xni= et xiv sè^c/es, publiées par M. Robert, Paris, 1826;
2 vol. in-S".
Fabliaux et contes des poètes françois... publiés par Barbazan; nouvelle édition,
augmentée et revue sur les manuscrits de la Bibliothèque impériale, par
M. Méon, Paris, 1808; 4 vol. in-S".
Fell. Rerum anglicarum scr^ptorum, t. I, Oxonise, 1684, in-fol.
Flore et Blanceflor, publié Par Immanuel Bekker, Berlin, 1844. — Floire et
Blancheflor, pubUé par M. Edelestand Du Méril dans la collection Jannet,.
Paris, 1835, in-12.
Froissart. Ses Chroniques, éd. de J. A. C. Buchon, Paris 1835; 3 vol. grand
in-8".
Gall. — Gallois. (Recourir pour cet idiome à Owen. Bictionary of the welsh
language explained in english, London, 1793-1803; 2 vol. in-4", seconde édi-
tion, Dembig, 1832.)
ET DES ABRÉVIATIONS EMPLOYÉES. ix
6ARLANDE. Dictionnaire de Jean de Garlande, imprimé à la suite de Paris sout
Philippe le Bel. (Voir ce dernier ouvrage.)
Galtier d'Aupais. Le Chevalier à la Corbeille, fabliau du xiii" siècle, publié par
Francisque Michel, Paris, 1835.
Gerars de Viane, publié par Immanuel Bekker, dans la préface de der Roman
von Fierabras, Berlin, 1829.
Holl. — Hollandais.
Histoire générale et particulière de Bourgogne, etc., par un religieux bénédictin,
Dijon, 1739 ; 4 vol. in-fol. preuves.
Histoire de Cambray et du Cambrésis, par Jean Le Carpentier, 1664 ; 2 vol.
preuves.
Irland. — Irlandais. (Les ouvrages auxquels on doit recourir pour cet idiome
sont : O'Reilly. An irish-english dictionary, Dublin, 1817, in-4° — Mac-Curtin.
The english-irish dictionary, Paris, 1732, in-8°.)
Isidore de Séville. Ses œuvres complètes, éd. de Jacques du Breuil, Paris,
1601, in-fol.
JoiNviLLe. La vie de saint Louis, par Jehan, sire de Joinville, Paris, 1761, in-fol.
L. de Guill. — Lois de Guillaume le Conquérant, insérées dans cet ouvrage,
première partie, p. 94-121.
Laid'Havelok,faT Geoffroi Gaimar, publié par Francisque Michel, Paris, 1833.
Lai d'Ignaurès, en vers du xni» siècle, par Renaut, suivi des Lais de Melion et
du Trot, en vers du xni' siècle ; publié par L. J. N. Monmerqué et Francisque
Michel, Paris, 1832.
Lai de Mellon, voy. Lai d'Ignaurès.
Loi du Trot, voyez Lai d'Ignaurès.
Lais inédits des xne et xin^ siècles, publiés par Francisque Michel, Paris et Lon-
dres, 1836, in-8°.
Lang. d'oc. — Langue d'oc. (Recourir pour cet idiome au Dictionnaire de la
langue romane de M. Raynouard et au Dictionnaire provençal français ou Dic-
tionnaire de la langue d'oc ancienne et moderne de S. J. Honnorat, Digne,
1847, 3 vol. in-i").
Lang. d'oïl. — Langue d'oïl. ( Les ouvrages auxquels on doit recourir pour cet
idiome sont : Rocquefort, Glossaire de la langue romane, Paris, 1808, 2 vol.
in-8°. Supplément au Glossaire, 1820; 1 vol. in-8°. — Borel, Dictionnaire
des termes du vieux français, Paris, 1730, in-fol., se trouvant à la suite du
Dictionnaire de Ménage, édition de Jault. — Carpentier, Glossarium novum ad
scriptores medii œvi, Paris, 1766; 4 vol. in-fol — Sainte-Palaye. Glossaire des
termes du vieux français, manuscrit conservé à la Bibliothèque impériale, dé-
partement des manuscrits, 10557, G.).
Lésine — La fameuse Compagnie de la Lésine, Paris, 1604; deux tomes en un
volume petit in-12.
Livre des métiers. — Règlements sur les arts et métiers de Paris, rédigés au
xine siècle, et connus sous le nom du Livre des métiers d'Etienne Boileau,,
publiés par M. Depping, Paris, 1837, in-4°.
Livre des Rois. — Les quatre livres des Rois traduits en français du xii* siècle,
publiés par M. Leroux de Lincy, Paris, Imprimerie royale, 1841, in-4''.
Livre de Job, publié par M. Le Roux de Lincy et imprimé k la suite du Livre
des Rois, (Voir l'indication de ce dernier ouvrage.)
X LISTE DES OUVRAGES CITÉS
Le Livre du roy Modus et de la royne Racio, éd. de M. Elzéar Blaze, Paris-,
1839, in-8°.
Li livres de jostice et de plet, public pour la première fois par Rappetti, avec un
glossaire par P. Chabaille; Paris, 1830, in-i».
Mar. de France — Poésies de Marie de France, publiées par B. de Roquefort,
Paris, 1820; 2 vol. in-8°.
Marot. OEuvres complètes de Clément Marot, publiées chez Repilly, Paris 1824;
3 vol. in-8°.
Marcellus Empiriccs. De medicamentis empiricis, etc. inséré dans Medici priti'
cipes, de Henri Estienne.
Montaigne. Les Essais, Paris, 1652, in-fol. .
Mort {la) de Garln de Loherain, poème du xn« siècle, publié par M. Edelestand
du Méril, Paris, 1846, in-8°.
NicoT. Dictionnaire français-latin, 1606, in-fol.
Nouv. rec. de contes. — Nouveau recueil de contes, dits, fabliaux et autres pièces
inédites des xin=, xiv« et xv« siècles, publié par Achille Jubinal, Paris 1839;
2 vol. in-8°.
Nouveau recueil de fabliaux et contes inédits des poètes français des xu, xiii,
XIV, et xv« siècles, publié par Méon, Paris, 1823; 2 vol. in-8°.
Otfrid. Traduction des Évangiles en langue tudesque, publiée par Schilter dans
son Thésaurus antiquitatum teutonicarum, t. II. (Voir Schilter, ci-après.)
Paris (Paulin). Les Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, Paris, Té-
chner, 1836-1842; 7 vol. in-8°.
Paris sous Philippe le Bel, d'après des documents originaux, et notamment
d'après un manuscrit contenant le rôle de la taille imposée sur les habitants
de Paris en 1292, publié pour la première fois par H. Géraud, Paris, 1837, in-4?.
Parton. de Blois. — Partonopéus de Blois, publié par M. Crapelet, Paris, 1834;
2 vol. in-8».
Pasquier (Est.). Les Recherches de la France, Paris 1611, in-4''.
Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en langue d'oc du x» siècle, publiée par
M. Champollion-Figeac dans le tome IV des Mélanges de la Collection des
documents historiques.
Prov. — Provençal.
Rabelais. OEuvres de F.. Rabelais, Paris 1835; chez Ledentu, libraire-éditeur,
quai des Augustins, n° 31 ; grand in-8°.
Rom. — Roman. Cette ancienne langue de la France se subdivisait en deux
idiomes, celui du nord ou langue d'oïl, et celui du midi ou langue d'oc. (Voir
ces expressions chacune k sa place.)
Phil. Mocskes. Chronique rimée de Philippe Mouskes, publiée par le baron
Reiffenberg, Bruxelles, 1836-8. 2 vol. supplément. Bruxelles, 1843.
Proverbes et Dictons populaires, avec les dits du Mercier et des mardiands, et
les crieries de Paris aux xiii« et xiv* siècles, publiés par G. A. Crapelet,,
Paris, 1831, grand in-8<'.
Reiffenberg. Monuments pour servir à l'histoire des provinces de Namur, de
Hainaut et de Luxembourg, recueillis et publiés pour la première fois par le
baron de Reiffenberg, t. I, Bruxelles, 1844, in-4°. — Ce volume comprend :
^° le Cartulaire de Notre-Dame de Namur (1200-1328); 2" Chartrier de Namur
(1092-1323); 3" Cartulaires de Hainaut (1071-1347).
ET DES ABRÉVIATIONS EiMPLOYÉES. xî
Roman [le) du comte de PoîtierSy en vers du xiii« siècle, publié par Francisque
Michel, Paris, grand in-8°.
Romans d'Alixandre {Li) par Lambert li Tors et Alexandre de Bernay, publié par
M. Michelant, Stuttgart, 1846.
Romans de Raoul de Cambrai et de Bernîer {Li), publiés par Edw. Le Glay, Paris,
1840, in-8''.
Roumans {Li) dou cMstelain de Coucy et de la dame de Fayel, publié par G. A.
Crapelet, Paris, 1829.
Roman de Horn, publié par Francisque Michel, Paris, 1837, in-S".
Roman de la Manekine par Philippe de Rcimes, publié par Francisque Michel,
Paris, 1840, in-4"'.
Roman de Mahomet, en vers du xni« siècle par Alexandre Du Pont, et livre de
la Loi au Sarrazin, en prose du xiv« siècle, par Raymond LuUe, publiés par
MM. Reinaud et Francisque Michel, Paris, 1831, grand in-8».
Roman {le) du saint Graal, T^uhWé par Francisque Michel, Bordeaux, 1841, in-8''.
Roman des sept Sages de Rome, en prose, publié par Le Roux de Lincy, k la
, suite de l'Essai sur les fables indiennes et sur leur introduction en Europe,
par A. Loiseleur-Deslongschamps, Paris, 1838, in-S".
Roman de la Violette ou de Gérard de Nevers, en vers du xni' siècle, par Gibert
de Montreuil, publié par Francisque Michel, Paris, 1834, in-S".
Rom. de Berte — Li Romans de Berte aus grans pies, publié par M. Paulin
Paris, de la Bibliothèque du roi, Paris, 1836, in-12.
Rom. de Brut. —-Le Roman de Brut, par Wace, publié pour la première fois
par M. Le Roux de Lincy, Paris, 1836-, 2 vol. in-8''.
Romans de Garin le Lofierain {Li), publié par M. P. Paris; Paris, 1833-1835,
2 vol. grand in-12.
Romans {li) de Bolopathos, publié pow la première fois en entier par MM. Charles
Brunet et Anatole de Montaiglon, Paris, 1856.
Roman de la Rose {Le), publié par M. Méon, Paris, 1814; 4 vol. in-S".
Roman de Rou (Le), par Robert Wace, poëte normand du xu" siècle, publié par
M. Frédéric Pluquet, Rouen, 1827; 2 vol. in-8<'.
Le Roman du Renart, publié par M; D. M. Méon, Paris, 1826; 4 vol. in-S". —
Le Roman du Renart, supplément, variantes et corrections, publié par P. Cha-
baille, Paris, 1835, in-S».
Romancero françois, par M. Paulin Paris, de l'Académie des inscriptions et belles-
lettres, Paris, Téchener, 1833, in-S».
RoMVART. Notices et extraits de manuscrits inédits des bibliothèques de Venise,
de Florence et de Rome, relatifs à riiistoire littéraire de la poésie romane du
moyen âge,fsir M. Adelbert Relier, Mannheimet Paris, 1844, in-8".
RcTEBEUF. CEuvres complètes de Rutebeuf, trouvère du xhi« siècle, recueillies et
mises au jour pour la première fois par Achille Jubinal, Paris, 1839 ; 2 vol. in-S".
Rymer {Thomas). Fœdera, Conventiones, Litterœ, etc., MDCCXLV, in-fol.
Sainte-Eulal. — Cantilène en l'honneur de sainte Eulaliè, insérée dans cet ou-
vrage, première partie, p. 86-88.
Selden. Eadmeri monachi Cantuarensis historiœ in lucemexbïbliotheca Cot-
toniana emisit Joannes Seldenus, Londres, 1633, in-fol.
Serm. l. —Serment de Louis le Germanique, inséré dans cet ouvrage, première
partie, p. 83.
xii OUVRAGES CITÉS ET ABRÉVIAT. EMPLOYÉES.
Serm. IL — Serment des soldats de Charles le Chauve, inséré dans cet ouvrage,
première partie, p. 84.
Serm. de S. Bern. — Choix de sermons de saint Bernard, publié par M. Le Rouï
de Lincy et imprimé à la suite du Livre des Rois. (Voir l'indication de ce dernier
ouvrage.)
TATiA:i. — HarmoniœEvangeHorum,éàit. Schnieller, Viennse, 1841, in4°, p. 33.
Th. fr. au moyen âge.— Théâtre français au moyen âge, publié d'après les ma-
nuscrits de la Bibliothèque du roi, par MM. L.-J.-N. Monmerqué et Francisque
Michel, Paris, 1839, grand in-8''.
Trév. — Dictionnaire universel français et latin de Trévoux, Paris, 1771 ; 8 vol.
in-fol.
Teistan. — Recueil de ce qui reste des poèmes relatifs à ses aventures, publié
par Francisque Michel, Londres, 1835 ; 2 vol. petit in-S".
Tournoiement de l'Antéchrist (le), par Huon deMery. Reims, 1851, in-8°.
Tud. — Tudesque. (Les ouvrages auxquels on doit recourir pour cet idiome sont
Graff. Althochdeutscher Sprachschatz der Worterbuch der althochdeutschen
Sprache, Berlin, 1834-1842; 7 vol. in-4''. — Schilter, Thésaurus antlquitatum
teutonicarum, cum notis Georg. Sceerzii, Ulmœ, 1727-1728; 3 vol. in-fol.
Vers sur la mort, parThibauddeMarly, seconde édition, Paris, 1833, grand in-8'.
Vie de saint Thomas de Conterbury, publiée par Francisque Michel et imprimée
à la suite de la Chronique des ducs de Normandie. (Voir l'indication de ce
dernier ouvrage.)
Vie et Passion de saint Léger, en langue d'oc du x" siècle, publiées par M.Cham-
pollion-Figeac dans le tome IV des Mélanges de la Collection des documents
historiques.
ViLLEHARDouiN. Conquêtc de Constantinople, éd. de M. P. Paris» de l'Académie
des inscriptions et belles-lettres, Paris, 1838, in-8».
Villon. OEuvres de maistre François Villon, corrigées et complétées d'après
plusieurs manuscrits qui n'étaient pas connus, etc., par J. H. R. Prompsault,
Paris, Téchener, 1832, in-8<'.
Voy. de Charlem. à Jér. — Roman du Voyage de Charlemagne k Jérusalem,
publié par M. Francisque Michel, Londres, 1836, in-12.
WiLKiNs. Leges anglo-saxonicœ ecclesiasticœ et civiles, accedunt leges Edwardi
latinœ, Guilielmi Conquestoris gallo-normanicœ... éd. David Wilkins, Londini,
1721, in-fol.
CORRECTIONS A FAIRE DANS CE VOLUME.
Page 31 , ligne 9, connaissancr ; lisez connaissance.
Page 54, ligne 17, supprimez mitaine.
Page 225, ligne 30, fiançais ; lisez français.
Page 232, ligne 18, Rutebonf; lisez Rutebeuf.
PRÉFACE
Le siècle dernier, adonné à l'étude des spéculations phi-
losophiques, a presque épuisé les questions de langage
qui sont du domaine de la logique ; le nôtre, éminemment
doué de l'esprit d'investigation et de critique, semble s'être
proposé d'écrire l'histoire particulière des principales lan-
gues et de les comparer entre elles. Il est difficile d'aller
plus loin que du Marsais, Condillac et Beauzée dans l'ana-
lyse philosophique de la parole. Mais on ne saurait en dire
autant des historiens du langage ; bien qu'on doive leur
tenir compte des heureuses tentatives qu'ils ont faites de-
puis un certain nombre d'années, il faut avouer que leur
tâche n'est point encore suffisamment remplie.
Pour ne parler ici que de notre langue française, le haut
degré de culture où elle est parvenue, et la faveur générale
dont elle jouit en Europe, lui ont justement mérité de de-
venir l'objet des études rétrospectives de plusieurs savants,
non-seulement en France, mais encore à l'étranger et sur-
tout en Allemagne. Malgré ce glorieux privilège, on est
obligé de reconnaitre qu'il reste encore bien des lacunes
dans son histoire. C'est une de ces lacunes que je veux es-
sayer de combler, celle qui doit principalement attirer l'at-
tention, parce qu'elle se présente la première dans l'ordre
des temps, et que les recherches nécessaires pour la remplir
doivent plus particuhèrement être fécondes en résultats
utiles et intéressants.
Quelle a été V origine de la langue française, et comment
sa formation s'est-elle opérée ? Cette question complexe ne
XIV PRÉFACE.
saurait être pleinement résolue que par la solution de plu-
sieurs questions particulières qu'elle renferme. On peut,
en effet, demander quels furent les divers éléments qui
entrèrent dans la compositon de notre langue ; quelles fu-
rent les circonstances historiques qui mirent ces éléments
en présence ; en quoi, comment et dans quelles proportions
chacun d'eux concourut à la formation du nouvel idiome ;
quelles sont les lois qui présidèrent à leur fusion ; quelles
sont enfin les transformations qu'ils eurent à subir, et par
suite desquelles ils en vinrent à constituer la langue de nos
pères.
Je ne crois pas trop présumer démon sujet en pensant
qu'un examen satisfaisant de ces différentes questions peut
présenter un véritable intérêt à tous ceux qui s'occupent de
l'histoire de la parole, et particulièrement à ces esprits dé-
sireux de percer l'obscurité des siècles, qui demandent au-
jourd'hui à l'étude comparée des langues la clarté néces-
saire pour pénétrer dans la nuit oh se dérobent à nos yeux
les premières époques de la vie des nations et les premiers
débuts de la civilisation naissante.
« Tout peuple peut s'analyser par sa langue, dit avec
raison un écrivain de nos jours \ Dans une étude appro-
fondie des divers idiomes, on retrouverait toutes les his-
toires. Si Buffon a pu dire, le style, c'est l'homme, il est
vrai d'ajouter : la langue, c'est la nation. Oui, si les con-
temporains nous avaient laissé ignorer les guerres cruelles,
les migrations des peuples, les mélanges et les confusions
de races d'où sont à la fin sorties les nations modernes, les
philologues découvriraient la trace de ces vicissitudes
dans les langues qui ont conservé la trace ineffaçable
de ces inondations et de ces incendies de l'histoire. De
• Les Ruines morales et intellectuelles , méditations sur la philosophie et
l'histoire^ par M. A. Nettement; Paris, 1841, in-8°, p. 302.
PRÉFACE. XV
même que les naturalistes reconnaissent les catastrophes
du globe dans les différentes couches de terre, de rochers
et d'argile ; de même un esprit analytique parviendrait à
distinguer dans la langue d'un peuple les Tlifférentes cou-
ches de langues étrangères qui constatent les catastrophes
des empires. »
Je ne me bornerai point à déterminer d'une manière
générale quelles sont ces diverses couches, mais j'exa-
minerai en détail quels sont les éléments que renferme
chacune d'elles, c'est-à-dire quels sont les mots que nous
devons aux Celtes, aux Romains, aux Francs, et quels sont
les divers ordres d'idées auxquels se rattachent ces diffé-
rents mots .
Peut-être ces données, que j'ai tâché de rendre aussi
complètes que possible, pourront-elles servir à jeter une
lumière nouvelle sur les mœurs de ces peuples, sur leurs
usages, sur leurs habitudes, sur leurs occupations, sur
leur caractère, sur leurs idées dominantes, sur leurs rap-
ports mutuels, et enfin sur l'influence plus ou moins consi-
dérable que chacun d'eux a pu exercer sur notre esprit na-
tional .
Par suite de l'invasion germanique, la Gaule se trouva
replongée dans une barbarie peu différente de celle d'oti
l'avait retirée le génie des Romains; mais cette barbarie ne
fut heureusement que passagère. Au bout de quelques siè-
cles, la nation, dissipant les ténèbres qui l'entouraient, en
sortit jeune^ vigoureuse et régénérée. Si, au moment du ré-
veil de la société, on observe les modifications qui se sont
accomplies dans le langage pendant cette période de
transformation, on y remarque une rénovation complète.
Le latin, qui était devenu la langue dominante dans les
Gaules , a laissé pénétrer dans son vocabulaire, dans sa
grammaire et dans sa prononciation, un certain nombre de
XVI PRÉFACE.
termes^ de tournures et de consonnances provenant de l'i-
diome des Gaulois et de celui des conquérants germani-
ques. Presque tous les mots, soit latins, soit latinisés, ont
tellement été altérés et déformés qu'ils se trouvent trans-
formés en de tout autres mots. Beaucoup d'entre eux ont
passé à des significations fort éloignées de celles qu'ils
avaient autrefois. Les procédés dont se servait la gram-
maire latine pour marquer les genres, les nombres , les
personnes, les temps, les modes et les divers rapports qui
existent entre les idées, ont fait place à des procédés tout
nouveaux et fort différents de ceux qu'employait la langue
de Virgile et de Cicéron.
En étudiant avec attention ces divers changements, il
est facile de se convaincre qu'ils ne sont point le résultat
du hasard ou d'un aveugle caprice, mais que tous se sont
accomplis en vertu de certaines lois constantes, et qu'ils
ont suivi une marche fixe et régulière. La linguistique doit
rechercher quelles sont ces lois et quelle est cette marche,
afin d'en déduire des conséquences générales propres à
nous enseigner comment un idiome quelconque peut exer-
cer certaines influences sur un autre idiome parlé en même
temps dans la même contrée; comment et par quelles
causes une langue peut s'altérer, se corrompre, se décom-
poser, comment enfin sa décomposition peut donner nais-
sance à un ou plusieurs idiomes différents.
Cet ouvrage comprendra deux parties correspondant aux
deux ordres de faits que je viens de signaler. La première
partie aura pour objet l'examen des éléments primitifs qui
entrèrent dans la composition de la langue française ; la
seconde partie traitera des modifications qu'éprouvèrent
ces éléments pour arriver à former un nouvel idiome.
ORIGINE ET FORMATION
DE L\
LANGUE FRANÇAISE.
PROLÉGOMÈNES.
APERÇU HISTORIQUE SUR LES LANGUES QUI ONT ÉTÉ PARLÉES
SUCCESSIVEMENT ENTRE LE RHIN ET LA LOIRE.
Dans les siècles les plus reculés où les traditions historiques
puissent nous permettre de remonter, nous trouvons deux
races distinctes se partageant inégalement la vaste étendue de
pays comprise entre le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les
Pyrénées et l'Océan. La première de ces deux races était la
gauloise, beaucoup plus nombreuse que l'autre et occupant
presque toute la contrée j la seconde était composée d'Ibères
qui, sous le nom d'aquitains, habitaient la portion de pays
comprise entre la Garonne et les Pyrénées. A une époque pos-
térieure, bien que fort ancienne, d'autres /6è/'e^, appelés Ligu-
res, sortirent de TEspagne, envahirent la partie méridionale
du territoire des Gaulois et s'étendirent le long des côtes de
la Méditerranée, où ils se mêlèrent avec les indigènes; plus
tard encore (600 avant J.-C), des Grecs, obligés de s'expa-
trier pour éviter le joug des Perses, partirent de la Phocide et
1* I
2 PROLÉGOMÈNES.
vinrent fonder quelques établissements dans le pays occupé
parées mêmes Ligures.
Lorsque César parut dans la Gaule, la population qui l'ha-
Litait pouvait être considérée comme formant trois peuples
différents. Entre les Pyrénées et la Garonne étaient les Aqui-
tains^ comme nous l'avons dit; entre le Rhin au nord, la Seine
et la Marne au midi, étaient les Belges ; au centre se trouvaient
les Celtes, dont le pays s'étendait entre les frontières de la Bel-
gique et celles de l'Aquitaine'. Nous devons toutefois faire
observer qu'une partie des Belges s'étaient répandus dans la
Celtique, entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire,
sur toute la côte de l'Océan à laquelle on donna le nom d'Ar-
morique*. Dans cette classification ne sont comprises ni les
colonies grecques, ni la Narbonnaise, qui appartenait déjà
aux Romains, ni quelques tribus germaniques qui avaient de-
puis peu franchi le Rhin, et s'étaient établies sur la rive gauche
de ce fleuve.
* Gallia est omnis divisa in partes très, quarum unam incolunt BeîgcB,
aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtœ^ nostra Galli appellantur.
Hi omnes lingua, institutis, Icgibus intcr se differunt. Gallos ab Aquitanis
Garumna flumen, a Belgis Matrona et Sequana dividit. (César, De bello
Gallico, lib. I.)
ci [x.ir,)> Zr), Tpiyrj Zi^pouv , Axoul'Tavoù; xal Bih/sii xaAoûvTîj xat K^Araj. (StrabOD,
liv. IV; Recueil des historiens de France, t. I, p. 4.)
Celtarum quae pars Galliœ tertia est. (Tite-Live, liv. V, ch. xxxiv.)
Temporibus priscis cum laterent hae partes ut barbarae, tripartitae fuisse
creduntur; in Celtas eosdem Gallos divisae, et Aquitanos et Belgas. (Am-
mien Marcellin, liv. XV, ch. xxvn; Collect. script, lat. vefer., t. II, p. 427.)
* Msrà Se tx Xiy6é'/T<x SOvyi , rà iomà hûy&v èsrh êdvin , twv Ttaptaxsuvn&v • Stv
oùévszoï //.sv els'iv oi vKLi/ic<x>îffavT£î irphi Ksciaapx. (Strabon, liv. IV; Recueil des
historiens de France, t. I, p. 27.)
nayswxiavîTrî, dans ce passage de Strabon, paraît être la traduction du
celtique armorik, adjectif formé de ar, sur, auprès, et de mor, mer. Ce mot
a donné Armorica, l'Armorique.
Voir, sur l'origine et les migrations des Armoricains, l'Histoire des Gau-
lois de M. Amédéc Thierry, éd. 1844, Introd,, p. Ixij.
PROLÉGOMÈNES. 3
Les trois peuples avaient chacun un idiome particulier,
mais avec cette différence que ridiome des Aquitains ressem-
blaitbeaucoup à celui des Ibères d'Espagne, etnullement à ceux
qui étaient usités chez les Belges et chez les Celtes, tandis que
les idiomes de ces deux dernières familles différaient assez
peu entre eux, et pouvaient être considérés comme des dia-
lectes de la même langue'. C'est cette langue à laquelle on
donne généralement le nom de celtique, désignation peu
exacte, puisqu'elle semble ne s'appliquer qu'à une seule des
deux familles gauloises. Nous l'adopterons toutefois, attendu
que l'usage l'a définitivement consacrée.
Le celtique fut donc la première langue parlée en deçà de la
Loire, dans cette portion de pays où se forma plus tard la
langue d'oïl, dont l'un des dialectes, celui de l'Ile-de-France,
est enfin devenu notre langue française. Nous aurons à exami-
ner les éléments celtiques qui peuvent se trouver dans la
langue d'oïl; mais nous n'aurons à nous occuper ni de la
langue grecque des Phocéens, ni de la langue ibérienne des
Aquitains. Les uns et les autres étaient trop éloignés des pro-
vinces du nord, où la langue d'oïl a pris naissance; aussi n'ont-
ils pu fournir que quelques mots isolés au fonds primitifs de
notre vocabulaire*.
* Tôùî /ttèv ÀxoiicT«v9Ù5, TîJ^Wî ifyjAAoy/tifvouî OJ tru •/iw-rry)? fiôvov, àXXx xoA tîï;
aéficiisi-i , è/j.pîpiis I&/ip7i fiôiXXoj /) TalÛTxiç. — Âtt^wj yyp tlns'iv , ol ÀxouïTKVoi
Staesjsouert Toû yoAoTtxoû fûiou, xarà tï ràs zûv aa/iiivov xaxaa)tsuài , xal x«t« ti^v
yXuiTtctv ' èoUudt Si fx&XXov ïëripsiv. — Toùj 8è Xonrovç , yaiaTixvjv //.îv zriv o'piv ,
b/xoyXearrouî S' oj TTavraj, aAA' èvtous fttxpov Trx/saAAecTTOVTaî rcûi yXùrrMi. (StraboD^
liv. IV; Recueil des historiens de France, t. I, p. 4 et 20.)
' Les colonies grecques du midi de la Gaule peuvent nous avoir fourni
golfe,àiQy.à).-noi\ ardillon, diminutif de «/sotî ; osier, de obû«; bourse, àe
^\jp<jy. ; colle, de ".àlXoL ; dour, ancienne mesure, palme, de ôûpov ; et quelq^ics
autres. Ce n'est point que notre vocabulaire primitif ne renferme une quantité
considérable de mots d'origine grecque, mais ces mots avaient passé de la
langue de la Grèce dans celle de Rome; ils nous sont arrivés tout latins
4 PROLÉGOMÈNES.
Les Gaulois transportèrent le celtique dans les différent»
pays qu ils soumirent à leur domination, et jusqu'en Asie,
dans la contrée à laquelle ils donnèrent leur nom. C'est ce
que nous apprend positivement le témoignage de saint Jé-
dans les Gaules, et nous pourrions, à la rigueur, les considérer comme de
provenance latine. Tels sont -/.«pxëo;, carabus, crabe; x»^?'-'» chalare, qui est
dans Végèce, ccUer les voiles; hÙ7t«^ , myslax, moustache; xopm, chorda,
corde; ^pv-'/y-fi, aranca, araignée; axopirCoç , scorpius, scorpion; âùvjoi, thyn-
nus, thon; ptâ^vj, phiala, fiole; xpxmih, crapula, crapule; xpmiov, cranium,
crâne; xù/sawo:, tyrannus, tyran; ^piyoi, thronus, trône; ^lauphi, thésaurus,
trésor.
La plus grande partie des mots grecs admis dans notre ancienne langue
sont dus à l'introduction du christianisme, qui prit ses premiers développe-
ments en Orient avant de se répandre dans l'Europe latine. Les propaga-
teurs de la foi y apportèrent les mots dont ils avaient l'habitude de se servir
pour exprimer les idées chrétiennes, et les Occidentaux prirent le parti
d'adopter ces mots, attendu que leurs idiomes n'avaient point de termes
propres pour rendre ces idées nouvelles. C'est ce que reconnaît saint Gré-
goire de Nazianze : ÀiA' ob Zu-jxus-joIs Sià azs-jÔTfivx zf^ tik/s' aùroïs yAwTTuîî , xal
ôvîaKTwv Tisvixv. (S. Grég., Opéra, éd. Paris, 1630, t. I, p. 395.)
Les monuments en langue d'oïl antérieurs au xii* siècle que nous aurons
à examiner plus loin renferment douze mots d'origine grecque; sur ces
douze mots, il en est dix que l'on peut attribuer aux influences religieuses.
Ces dix mots sont arcevesque, archevêque; blasmet, blâmé, accusé; Christian,
chrétien; diavle, diable; evesque, évêque; evesqué, évéché; muster, mo-
nastère, église; paroisse, parole, yglise, église : les deux autres mots sont
orphanin, orphelin, et spede, épée. Pour l'étymologie de tous ces mots,
voir le glossaire étymologique qui se trouve ch. I, sect. v.
Dans la suite, quelques autres mots grecs passèrent dans notre langue au
moyen des communications que nous eûmes, pendant le moyen âge, avec
l'empire d'Orient par les croisades, par les voyages et par le commerce;
mais un nombre de mots bien plus considérable a été emprunté à la langue
grecque, depuis trois siècles, pour exprimer les progrès qui ont été faits
dans les arts, dans les sciences et dans l'industrie.
Quant aux mots que la langue ibéricnne a pu nous fournir, on ne peut
guère citer avec quelque fondement que Us, savate, truffe, anciennement
tromperie, moquerie; graal, anciennement vase, plat; gouge, ciseau arrondi
formant un canal tranchant; gourd, qui s'emploie encore au féminin [mains
gourdes), et qui a donné engourdir. Le basque, qui est un idiome né de
l'ancien ibérien, a conservé biz, noir, noirâtre, sombre; zapata, soulier;
PROLÉGOMÈNES. 5
rôme, qui visita la Gaule et la Galatie^. Mais le pays dans le-
quel nous sommes le plus intéressés à constater l'importation
du celtique par les Gaulois, c'est la Grande-Bretagne.
Guillaume le Conquérant ne fut point le premier qui, parti
de nos rivages, alla prendre pied sur la terre à! Albion : bien
des siècles avant lui, des Gaulois débarquèrent et s'établirent
dans cette île, ainsi que dans celle d'/m, aujourd'hui F Irlande.
Aussi voyons-nous dans Strabon que Hipparque n'hésitait
point à ranger au nombre des Gaulois les habitants de ces con-
tmfa, moquerie; grazal, vase, écuelle; gubioa, canal, de gubia, courbure;
qurd, épais, lourd, au figuré qui a l'esprit lourd, borné, qui est stupide. Le
témoignage de Quintilien prouve que ce dernier mot appartenait à l'ancienne
langue des Ibères d'Espagne : (( Gurdos, quos pro stolidis accipit vulgus,
ex Hispania duxisse originem audivi. » {Institutions ^ liv. I, ch. v.) Les
Espagnols ont encore gordo, signifiant gros, gras, épais, stupide, niais,
imbécile. Le français gourd avait autrefois l'acception que nous lui avons
conservée dans mains gourdes, et, do plus, toutes celles de l'espagnol gordo.
Voyez à cet égard les Études de philologie comparée sur l'argot, par
M. Francisque Michel, p. 193 et 194.
Pour compléter la liste des sources auxquelles notre idiome naissant puisa
les mots de son vocabulaire, je dois dire qu'il en emprunta quelques-uns à
la langue des Arabes, soitau vni% au ix« et aux" siècle, époque de l'inva-
sion des Sarrasins dans le midi de la France; soit plutôt au xi% au xn« et
au xni« siècle, au moyen des rapports établis avec l'Orient pendant tout le
temps que durèrent les croisades; soit enfin par suite des relations que nous
eûmes, pendant le moyen âge, avec les Maures établis en Espagne. On peut
citer parmi ces mots amiral, algèbre, alcôve, alcali, chiffre, chiffon, cra-
moisi, sirop et quelques autres en petit nombre. Voir à cet égard Invasions
des Sarrasins en France, par M. Reinaud, Paris, 1836, in-S", p. 307, et
M. Diez, Grammatik der romanischen Sprachen, t. I, p. 58. M. Pihan est
loin de faire aussi bon marché de l'influence des idiomes orientaux sur la
formation de notre vocabulaire. Voir son Glossaire des mots français tirés
de l'arabe, du persan et du turc.
* Galatas, excepte sermone graeco, quo omnis Oriens loquitur, propriam
linguam eamdem pêne habere quam Trcviros; nec referre, si aliquaexinde
corruperint, cum et Afri phœniciam linguam nonnuUa ex parte mutarint, et
ipsa latinitas et regionibus quotidie mutetur et tempore. (Saint Jérôme,
Comm. Epist. ad Galatas, liv. II, Procem.)
6 PROLÉGOMÈNES,
trées'. Longtemps après, d'autres Gaulois, appartenant à la
famille des Belges, envahirent de nouveau l'île d'Albion et en
occupèrent toute la partie méridionale. César, qui nous a
transmis ce fait dans ses Commentaires, ajoute que la plupart
de ces Belges conservèrent dans Tîle de Bretagne les noms
sous lesquels ils étaient connus dans la Gaule*. Aussi Ptolé-
mée, dans la description de cette île, nomme-t-il des Belges,
des Atrébates et même des Parisii'.
La langue des Gaulois des îles britanniques était peu diffé-
rente de celle des Gaulois de la mère patrie; Tacite nous le
dit positivement*, et Pline, ayant à désigner la marne par le
nom qu'on lui donnait dans Tun et l'autre pays, ne fait pas de
distinction entre les deux idiomes^. Enfin nous tenons de Cé-
* oui ixslvoi (^■miapyoï') fiïv ïri Keirûùj \mo)àiJ.€<ivu. (Strabon, liv. II.)
Gallos vicinum solum (Britannicum) occupasse credibile est; eorum sacra
deprehendas. (Tacite, Agricolœ vita, c. xi; Collectio scriptorum latinorum
veterum, t. II, p. 273.)
Imprimis haec insula Britones solum, a quibus nomen accepit, incolas
habuit, qui de tractu Armoricam, ut fertur, Britanniam advecti, australes
sibi partes illius vindicarunt. (Bède, éd. Colon., t. III, p. 2.)
Voir Prichard, Ethnography of the celtic race.
* Britanniœ pars interior ab iis incolitur quos natos in insula ipsa me-
moria proditum dicuntj maritima pars ab iis qui praedae ac belli inferendi
causa ex Belgio transierant, qui omnes fere iis nominibus civitatum appel-
lantur quibus orti "ex civitatibus eo pervenerunt, et, bello illato, ibi reman-
serunt, atque agros colère cœperunt. (César, De beîl. GalL, lib. V, xni.)
^ Vpbi oU Ttspl fàv tùXiiJ.svov xôAtiov, Xlctpît^ot , xsà rtàhs llsrovapix,.. ETra kzpi-
Sàerioi xai mXi; N«Axoû«... Xlôàiv Totj //èv Arpeëxtloii xat toïs Kavzioi; bnôxsivTxi
Pijyvot, xKt mit; Noté/iKyoî, zoii lï Lo^o-j-joii, Beiyat. {J^toUm. Geographia,
lib. II, c. III.)
* Britanniam qui mortales initie coluerint, indigenae an advecti, ut inter
barbares, parum compertum... In universum tamen aestimanti, Gallos vici-
num solum occupasse credibile est; eorum sacra deprehendas, super stitio-
num persuasione; sermo haud muUum diversus. (Tacite, Agricolœ vita,
c. xi; Collect. script, lot. 'ceter..i, II, p. 273.)
^ Alia est ratio quam Britannia et Gallia invenere alendi eam {terram)
ipsa; qaod gcnus vocant margain. Spissior ubertas in ea intelligitur; est
PROLÉGOMÈNES. 7
sar que les druides gaulois qui désiraient avoir une connais-
sance plus spéciale du druidisme allaient l'étudier dans l'ile
de Bretagne, où ils apprenaient par cœuriin grand nombre de
vers contenant la doctrine des druides bretons '.
Il ne nous est parvenu aucun monument de Fancien cel-
tique; riiistoire ne fait pas même mention d'un seul ouvrage
écrit en cette langue. Les druides étaient les seuls qui eussent
été capables de le composer; mais la religion leur défendait
d'écrire quoi que ce fût qui touchât au druidisme^ et le drui-
disme touchait à tout. Les seuls restes de cette langue qui soient
arrivés jusqu'à nous consistent en une centaine de mots isolés
qui nous ontétéconservés par quelques auteurs grecs ou latins'.
autem quidam terras adeps, ac velut glandia in corporibus, ibi densante se
pinguidinis nucleo. (Pline, liv. XVII, 4.)
* Disciplina (druidum) in Britannia reporta, atque inde in Galliam trans-
lata esse existimatur; et nunc, qui diligentius eam rem cognoscere volunl,
plerumque illo, discendi causa, proficiscuntur. ( César, Be bello Gallico,
lib. VI, xni.)
Magnum ibi numerum versuum ediscere dicuntur (druides). Itaque non-
nulli annos vicenos in disciplina permanent; neque fas esse existimant ea
litteris mandare. (César, De bello Gallico, lib. VI, xiv.)
* Dans ces derniers temps, M. Jacob Grimm a essayé d'établir que l'on
doit considérer comme celtiques deux formules superstitieuses qui se trou-
vent dans Marcellus Empiricus, auteur du iv^ siècle, natif de Bordeaux. S'il
est vrai que ces formules soient effectivement celtiques, elles sont les seules
phrases de l'ancienne langue de nos pères qui soient parvenues à leurs des
cendants. Marcellus, dans le passage en question, indique certaines conju-
rations comme propres à faire sortir de l'œil un corps étranger qui s'y serait
introduit. Voici ce passage en entier :
« Digitis quinque manus ejusdem cujus partis oculum sordicula aliqua
fuerit ingressa, percurrens et pertractans oculum, ter dices : Tetunc resonco
BREGAN GRESso. Ter dcindo spues, terque faciès. Item ipso oculo clauso qui
carminatus erit, patientem perfricabis, et ter carmen hoc dices, et loties
spuens : In mon dercomarcos axatison. Scito remedium hoc in hujusmodi
casibus esse mirificura. Si arista vcl quœlibet sordicula oculum fuerit in-
gressa, occluso alio oculo, ipsoque qui dolet patefacto, et digitis mcdicinali
ac poUice leviter pertracto, ter per singula despuens dices : Os Gorgom's
8 PROLÉGOMÈNES.
Heureusement pour nos études, nous ne serons pas réduits
au faible secours que ce petit nombre de mots pourra nous
offrir. Le celtique survécut à la conquête des Romains et à
celle des barbares; nous le retrouvons encore aujourd'hui
dans notre basse Bretagne, dans le pays de Galles, en Angle-
terre, dans l'Ecosse et dans l'Irlande. Partout il se trouve ré-
duit à l'état de patois et plus ou moins altéré par l'introduc-
tion de beaucoup de mots appartenant aux diverses langues
qui ont successivement dominé dans ces différents pays; mais
cette altération n'est point telle que l'on ne puisse retrouver
dans ces patois la plupart des mots que les auteurs grecs et
latins nous donnent comme appartenant à la langue des Gau-
lois. Nous aurons occasion de le prouver, pour quelques-uns
au moins, dans le chapitre il de cet ouvrage. La persistance
de ces mots dans le breton, le gallois, l'écossais et l'irlandais»
est une preuve directe et suffisante que ces idiomes provien-
nent effectivement du celtique. Et d'ailleurs quel serait le
peuple ancien dont la langue se serait ainsi perpétuée dans
ces patois, appartenant tous à la même famille? Depuis l'épo-
que la plus reculée, ces contrées n'ont été possédées que par
trois races différentes : d'abord se présentent les Gaulois;
après eux viennent les Romains, et enfin les conquérants bar-
bares, sortis des forêts de la Germanie. Mais les patois dont il
basio.n (Marc. Emp. dans Medici principes de Henri Estienne, p. 278, p.)
M. Griram divise ainsi les mots qui composent les deux formules :
à° Tet un cre son co bregan gresso.
2" Inmon derc omar cos ax atison.
Ce qui signifie, d'après le savant allemand :
^o Fuisloi7i de nouSj poussière^ chez les compagnons du mensonge.
2° Que le globe de l'œil (soit) douXj que la doulure et l'enflure (soient) loin.
Je laisse à M. Grimm l'honneur et la responsabilité de sa traduction. (Voir
Abhandlwuj der Berhner Acad., année 4 847, p. 454, et l'opuscule intitulé :
Vbèr Marcelhis Burdigàlensis, Berlin, 1849.)
PROLÉGOMÈNES. 9
s'agit, n'appartenant évidemment ni à la famille des langues
romanes, ni à la famille des langues germaniques, ne peuvent
devoir leur origine qu'à la langue parlée de toute antiquité
par les différentes peuplades gauloises.
L'irlandais et l'écossais ont beaucoup plus de ressemblance
entre eux qu'ils n'en ont avec le gallois et le bas breton, tan-
dis que ces deux derniers sont assez voisins l'un de l'autre,
Ces conformités et ces différences peuvent être attribuées aux
influences climatériques et au temps plus ou moins considé-
rable qui s'est écoulé depuis la séparation des diverses fa-
milles gauloises qui ont continué à faire usage du celtique.
M. Amédée Thierry résout la question en admettant que l'ir-
landais et l'écossais proviennent de l'idiome des Celtes, tandis
que le bas-breton et le gallois proviendraient de l'idiome des
Belges. Cette opinion peut être vraie, mais elle ne me paraît
pas suffisamment appuyée, ni par les données de l'histoire, ni
par celles de la linguistique.
Ainsi que l'ont fait Davies, Cambden et autres auteurs, on
peut comprendre sous la désignation commune de britannique
le bas-breton, appelé par les Bretons brezonec, et le gallois, ap-
pelé par les Gallois cymra'ég ; on devra donner le nom de gaé-
lique a l'irlandais et à l'écossais, nommés ga'èlic dans les pays
où ils sont parlés. Afin que le lecteur puisse saisir plus facile-
ment, et pour ainsi dire d'un seul coup d'oeil, cette.classifica-
tion, je la lui présenterai dans le tableau suivant :
NÉO-CELTIQUE.
GAÉLIQUE. BRITANNIQUE.
IRLANDAIS. ÉCOSSAIS. BAS-BRETON. GALLOIS.
Je ne discuterai point la question de savoir si l'ancien
40 PROLÉGOMÈNES,
idiome des Armoricains s'est perpétué dans la basse Bretagne,
ou si l'on doit admettre, comme le prétendent certains écri-
vains, que le bas-breton n'est qu'une altération de la langue
galloise transportée en Bretagne par les Gallois qui, vers le
milieu du v* siècle, vinrent s'y réfugier pour échapper à la
tyrannie des Saxons. Je me range entièrement à l'avis de
M, Amédée Thierry, qui a établi la première opinion par des
raisons solides et concluantes ^ A la fin du iv' siècle, le cel-
tique était usité parmi le peuple dans la plupart des contrées
de la Gaule ^ au v* il existait encore, au moins à l'état de pa-
tois, dans les montagnes de l'Auvergne, ainsi que le prouve
implicitement un passage d(3 Sidoine Apollinaire que j'aurai
bientôt l'occasion de citer*. Il est plus que probable que, dans
le même siècle, cette langue devait également être parlée sur
les côtes reculées de l'Armorique, qui venait de se soustraire à
la domination romaine. Du reste, quoi qu'il en soit de ces hy-
pothèses, toujours est-il que, dans un cas comme dans Tautre,
on doit reconnaître que le bas-breton, aussi bien que le gallois,
sont des restes encore subsistants de l'ancienne langue des
Gaulois.
Le celtique appartenait à cette famille de langues que l'on
a nommées indo-européennes. Je n'entreprendrai pas de dé~
montrer cette proposition, attendu que les détails dans les-
quels je serais obligé d'entrer m'entraîneraient beaucoup trop
loin de mon sujet ; je vaé bornerai à renvoyer le lecteur au tra-
vail tout spécial que nous devons aux recherches intéressantes
de M. Adolphe Pictet\
* Amédée Thierry, Histoire des Gaulois j Introduction.
* Voir la note 1 de la page 19.
^ De l'affinité des laiigws celtiques avec le sanscrit, par Adolphe Pictel;
Paris, 1837, in-S».
PROLÉGOMÈNES. Ù
La colonie grecque de Marseille, trop faible pour résister à
une guerre que son ambition lui avait attirée de la part des
Ligures, sévit contrainte d'appeler à son secours les Romains,
ses anciens alliés. Ceux-ci saisirent avidement l'occasion de
mettre le pied dans la Gaule et s'emparèrent de la partie sud-
est, à laquelle ils donnèrent le nom de province romaine trans-
alpine , cent cinquante-quatre ans avant Jésus-Christ. Un
siècle après, Jules César, envoyé dans cette province pour la
gouverner en qualité de proconsul, profite d'un prétexte qui
lui est offert pour attaquer les Gaulois restés indépendants et
soumet la Gaule entière à la domination romaine, après
une guerre de dix ans. Alors l'ambitieux César, devenu le
rival de Pompée, sentit le besoin de se faire des partisans de
ces mêmes ennemis auxquels sa bravoure et son habileté
avaient fait éprouver de si nombreux désastres. Il n'épargna
pour y réussir ni faveurs ni promesses, et, quelques années
après, on put voir des pères conscrits gaulois déposer leurs
braies et s'affubler du laticlave pour entrer dans le sénat, ainsi
que le chantaient les Romains, selon le rapport de Suétone',
Après la mort de César, l'empereur Auguste fit une nouvelle
division de la Gaule, lui donna une administration et une or-
ganisation toutes romaines.
Dès lors le latin s'introduisit et se répandit insensiblement
dans les Gaules par l'administration, la justice, les lois, les
institutions politiques, civiles et militaires, la religion, le com-
merce, la littérature, le théâtre et tous les autres moyens dont
Rome savait si habilement se servir pour imposer sa langue
aux nations, comme elle leur imposait le joug de sa domina-
' Gallos Cssar in triamphum ducit; idem in curiam.
Galli brseas deposuerunt, latum clavum sumpserunt.
(SnétoDC, Jui, Cms; c. ixix, i.)
<2 PROLÉGOMÈNES,
tion '. Déjà, du vivant de Cicéron, ainsi qu'il nous l'apprend
lui-même^ la Gaule était pleine de marchands romains, et il ne
se faisait pas une affaire que quelque Romain n'y participât*.
Mais ce qui dut le plus puissamment contribuer a la pro-
pagation de la langue latine, ce fut le besoin où se trouvèrent
les Gaulois de recourir au magistrat romain pour obtenir jus-
tice: car toutes les causes se plaidaient en latin, et une loi
expresse défendait au préteur de promulguer un décret en
aucune autre langue qu'en langue latine'.
Claude , successeur d'Auguste, né à Lyon , élevé dans les
Gaules, affectionna toujours la province où il avait passé son
enfance, et c'est à lui que toutes les villes gauloises durent le
droit de cité, qui rendait leurs citoyens aptes à tous les em-
plois et à toutes les dignités de l'empire. Ainsi l'ambition,
l'intérêt, la nécessité des relations journalières avec l'adminis-
tration romaine, tout porta les Gaulois à se livrer à l'étude de
la langue latine, surtout avec un protecteur tel que Claude,
qui n'admettait pas qu'on pût être citoyen romain si l'onigno-
' Imperiosa uimirum civitas {Roma) non solum jugum,verura etiamlin-
guam suam domitis genlibus imponere voluit. (Saint Augustin, De civitate
Bei, lib. XIX, c. vu.)
* Referta Gallia negotiatorum est, plena civium Romanorum; nemo Gal-
lorum, sine cive Romano, quidquam negotii gerit. (Cic. Orat. pro Fon-
teio, \ .)
* Décréta apretoribus latine interponi debent. (L. Décréta, D., lib. XLII,
tit. I, De re judicata.)
Magistratus vero prisci quantopere suam populique Romani majestatem
retinentes se gesserint, bine cognosci potest, quod, inter caetera obtinendae
gravitatis indicia, illud quoque magna cum perseverantia custodiebant, ne
Grœcis unquam nisi latine responsa darent. Quin etiam ipsa linguae volubi-
litate, qua plurimum valet, excussa, per interprétera loqui cogebant; non
in urbe tantum nostra, sed etiam in Graecia et Asia; quo scilicet latinœ
vocis honos per omnes gentes venerabilior diffunderetur. (Valère Maxime,
liV. H, ch. î.)
PROLÉGOMÈNES. ^-IS
mit la langue des Romains*; au point qu'un illustre Grec,
magistrat dans sa province, s'étant présenté devant lui et ne
pouvant s'expliquer en latin, non-seulement Claude le fit rayer
de la liste des magistrats, mais il lui enleva jusqu'à son droit
de citoyen *. A partir du règne de ce prince, la langue latine
fit de tels progrès dans les Gaules que, peu d'années après ,
Martial se félicitait d'être lu à Vienne, même par les enfants '.
Déjà, dès le temps de Strabon, les Gaulois n'étaient plus con-
sidérés comme des barbares ^ attendu que la plupart d'entre
eux avaient adopté la langue et la manière de vivre des Ro-
mains *.
Bientôt des écoles de grammaire et de rhétorique s'établirent
de toutes parts. Je dois citer parmi les plus célèbres celles de
Toulouse, de Bordeaux, d'Autun, de Trêves et de Durocorto-
rum (Reims). Ces écoles ne tardèrent pas à obtenir une répu-
tation telle que des empereurs même y envoyèrent étudier
leurs enfants. Crispe, fils aîné de Constantin, ainsi que Gra-
tien, firent leurs études à Trêves ; Dalmace et Annibalien,
petits-fils de Constance Chlore, vinrent suivre un cours d'élo-
quence à Toulouse. De ces académies latines sortirent des
écrivains remarquables, dont purent se glorifier à la fois et la
Gaule qui les avait vus naître, et Rome dont ils enrichirent la
littérature. Tels furent Cornélius Gallus , Trogue-Pompée ,
Pétrone, Lactance, Ausone , Sidoine Apollinaire et Sulpice-
* M») Ssë Vùt/ioûoT) stvai rbv [ai xal rriv Iv'ài.liv 9f&v incni/tsvov. . (Dion CassiuS,
lib. LX, xvn.)
• Splendidum virum, Graeciaeque provînciaB principera, verum latini ser-
monis ignarum, non modo albo judicum erasit, sed etiam in peregrinitatem
redegit. (Suétone, Claude, ch.xvi, 5.)
* Me legit ibi senior, juvenisque, pueique,
Et corarn tetrico casia puella \iro.
(Maniai, liv. VII, éiiig. 87.)
rÙTTov, xal T^ yAûiTT»!, x«l Toif ^ioti. (Strab., Uv. IV, édit. de Casaubon, p. 186.)
14 PROLÉGOMÈNES.
Sévère, auxquels nous pouvons joindre, bien qu'ils soient
moins connus, Jules Titien, Exupère et Arbore, qui de-
vinrent précepteurs d'autant de césars.
Les lieux où un peuple nombreux se réunissait pour assister
au^ représentations de la scène étaient encore autant d'écoles
où les Gaulois venaient se familiariser avec la langue et les
chefs-d'œuvre de la littérature latine. Partout s'élevèrent des
théâtres, des cirques, des amphithéâtres, dont quelques-uns, a
moitié détruits, sont encore aujourd'hui l'objet de notre admi-
ration .
Enfin l'établissement du christianisme contribua puissam-
ment à répandre l'usage du latin; la religion naissante l'avait
adopté comme étant la langue littéraire dominante dans tout
l'Occident 5 elle y devint l'interprète naturel des nouvelles
doctrines et un moyen efficace d'assurer leur propagation.
Aussi l'invasion des barbares n'arrêta pas la diffusion de la
langue des Romains; ses progrès continuèrent même après la
chute de leur empire, et Rome chrétienne acheva par les pré-
dications de la foi ce que Rome païenne avait commencé par
ses lois, par ses institutions, par la puissante influence de sa
littérature et de sa civilisation.
Tels furent les moyens par lesquels la langue latine se ré-
pandit non-seulement dans l'Italie et dans les Gaules, mais
encore en Espagne, en Illyrie, dans le nord de l'Afrique, et,
plus ou moins, dans toutes les provinces de l'empire *. Ce ne
* Sparsa congregaret imperia, ritusque moUiret, et tôt populorum discordes
ferasque linguas^ sermonis commercio contraheret ad colloquia, et humani-
tatem homini daret, breviterque una cunctarum gentium, in toto orbe, pa-
tria fieret. (Pline le naturaliste, liv. III, ch. 5.)
Dans cette partie de l'Afrique autrefois occupée par les Carthaginois, le
latin était devenu d'un usage si général que, vers le iV siècle, une partie
de la population ne parlait pas d'autre langue, et ne pouvait même plus
comprendre le punique, son ancienne langue nationale. Aussi voyons-nous
PROLÉGOMÈNES. 15
furent donc point quelques troupes romaines qui implantèrent
le latin dans notre pays, comme certains auteurs se le sont
imaginé. Nous devons toutefois reconnaître que Tincorpora-
lion des soldats gaulois dans les légions romaines ne dut pas
être, à cet effet, une des moins heureuses combinaisons de la
politique des empereurs. C'est, du reste, par de semblables
moyens que notre langue française se propage chaque jour de
plus en plus dans nos provinces méridionales, dans la Bretf^gne
et dans l'Alsace ; c'est ainsi qu'elle se neutralise même à
l'étranger, dans la Belgique, dans la Savoie, dans le comté de
Nice et dans une grande partie de la Suisse.
Avant la fin du iv* siècle, le latin était, surtout dans les villes,
la langue usuelle des hautes classes de la société, et des femmes
elles-mêmes. C'est en latin que saint Hilaire de Poitiers en-
tretenait correspondance avec Albra , sa fille ; Sulpice-Sévère
avec Claudia, sa sœur, et Bassule, sa belle-mère; c'est égale-
ment en lalin que saint Jérôme correspondait avec deux dames
gauloises, Hédébie et Algasie. Ce même saint Jérôme nous
donne à entendre que les Gaulois surpassaient les Romains
eux-même dans leurs propre langue par la fécondité et le
brillant du style '.
Le peuple, et particulièrement celui des campagnes, n'eut
pas d'abord le même intérêt que les classes supérieures à re-
chercher la connaissance du latin ; il lui était d'ailleurs fort
que saint Augustin, prêchant aux habitants d'Hippone, fut obligé de leur
traduire en latin un proverbe punique :
Proverbium notiim est punimm, quod quidem latine vobis dicam, quia
punice non omnes nostis ; punimm autem proverbium est antiquum : nura-
mum quœrit pestilentia, duos ilii da, et ducat se. (S. Aug., sermon 168,
De verbis aj)ostol.)
* Ut ubcrtatcm gallici nitorcmque serraonis gravitas romana condiref .
(Saint Jérôme, epistola XCV, nd Rmt.)
16 PROLÉGOMÈNES,
difficile d'apprendre une langue aussi différente de la sienne ;
pour lui, il n'y avait ni maîtres, ni écoles de grammaire et de
rhétorique. Ce ne fut que lorsqu'il entendit parler de toute
part autour de lui la langue de Rome, qu'il s'avisa de la bé-
gayer, stimulé dans cette entreprise par ce désir vaniteux qui
pousse toujours les gens des classes inférieures à vouloir
imiter ceux qu'ils voient au-dessus d'eux; à ce mobile vint s'en
joindre un autre encore plus puissant, leur intérêt, qui enfin
se trouvait en jeu, par la nécessité de communiquer journel-
lement avec les puissants et les riches qui avaient laissé le
celtique dans un dédaigneux oubli , et ne connaissaient plus
d'autre langue que celle qui convenait à un citoyen romain.
Les paysans gaulois firent alors pour le latin ce que font
aujourd'hui pour le français les paysans de l'Alsace, de la
Bretagne et ceux de nos provinces méridionales, qui, de jour
en jour et de plus en plus, s'évertuent à comprendre et à parler
notre langue littéraire. Tel d'entre eux qui, avec ses égaux,
ne fait usage que du patois du pays, est très mortifié et se
montre parfois très piqué, si quelqu'un d'une classe plus éle-
vée vient à lui adresser la parole en ce même patois 5 c'est en
effet lui dire tacitement : Je juge à votre air et à vos manières
que vous ne devez pas comprendre le langage des gens bien
élevés. 11 m'est arrivé plusieurs fois de faire une demande en
patois à un paysan, qui, à ma connaissance, parlait habituelle-
ment cet idiome, et d'obtenir de lui une réponse en français.
Mon interlocuteur me donnait ainsi à entendre que je m'étais
mépris sur son compte, et qu'il n'était pas aussi rustre que j'a-
vais pu nie l'imaginer. Sous le rapport de la vanité, comme
sous bien d'autres, les hommes se sont toujours beaucoup
ressemblé ,
Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui.
PROLÉGOMÈNES. 47
L'histoire vient à l'appui des inductions tirées de la nature
des circonstances, Dan3 la seconr-e moitié dun* siècle, saint
Irénée est forcé d'appi endie le celique pour faire entendre la
parole évangélique au peuple de Lyon '. Dans le m*, une drui-
desse, voulant adresser à Alexandre Sévère quelques paroles
prophétiques, en est réduile à s'e::primer en celtique, au
risque de voir sa prédiction frapper inutilement les oreilles de
l'empereur, s'il ne se trouve auprès de lui quelque Gaulois
pour la lui traduire *. Mais, dès la fin du. iv* siècle, l'homme du
peuple n'a plus besoin d'iuterprèle, il parle lui-même le latin,
et ce qu'il en sait lui suffit pour se faire comprendre. On ne
peut exige»; de lui, ni uu style fort correct, ni une prononcia-
tion bien pure, car l'usage fut son seul précepteur, et chez lui
l'attention a continuellement à lulter contre les habitudes de
sa langue maternelle^. Sulpicc-Sévère, qui écrivait à cette
époque, introduit dans un de ses dialogues, un homme d'assez
humble condition, né dans le nord de la Gaule; cet homme,
interrogé sur les vertus de saint Martin, hésite à parler latin, de
crainte que son langage rustique ne blesse les oreilles déli*
cates de ses auditeurs, habitants de l'Aquitaine, pays où la
langue latine était en usage depuis plus longtemps qu'elle ne
l'était dans la Ceh'que ni dans la Belgique. Un des interlocu-
teurs, nommé Posthumianus, impatienté des hésitations du
* Orationis artem non exquires a nobis qui apud Celtas commoramur, et
in barbarum sermonera plerumque avocaraur. (Saint Irénée, Proem. lïbri
adversus hœrcs.)
' Mulier druias, eunti {Alexandro Severo) exclamavit gallico sermone :
« Vadas, nec vic'coriam speres, nec militi tuo credas. » (iElius Lampridis ,
Vie d'Alexandre Sévère, ch. lx; Colled. script, lot. veter., i: II, p. 354.)
* Claudien disait au iv® siècle : « Video enim os romanurn non modo
ncgligcnliae sed pudori esse Romanis, gramnialicam uti quandam barbaram
barbarismi et solœcismi pugno et calce propelli.» (Claudien, dans Baluze,
Miscellanea, t. III, p. 27.)
18 PROLÉGOMÈNES,
personnage, s'écrie avec humeur : « Parle-nous celtique ou
gaulois, pourvu que tu nous parles de Martine » Ce passage
remarquable nous montre un homme du peuple qui parle le
latin; mais comme, d'après son propre aveu, il l'estropie à la
façon des gens de la campagne, Posthumianus est porté à
penser qu'il s'expliquera plus aisément en se servant du cel-
tique qu'il juge devoir être sa langue habituelle.
Le même passage prouve qu'au iv° siècle le celtique était
encore en usage dans certaines contrées de la Gaule, du moins
parmi le peuple. Le témoignage de Sulpice-Sévère se trouve
confirmé par ceux d'Ausone', de Claudien*, et de saint Jé-
rôme; ce dernier assure avoir trouvé chez les Trévériens à
peu près la même langue que celle qui était parlée parmi les
Gaulois établis dans la Galatie*.
Au v' siècle nous retrouvons encore la vieille langue des
Gaulois, mais c'est dans les montagnes de l'Auvergne, et, là
même, elle est abandonnée par la haute classe de la société, et
réduite à n'être plus qu'un patois populaire. C'est ce qu'on est
en droit de conclure d'une lettre de Sidoine Apollinaire,
* Dum cogito me hominem gallum inter Aquitanos verba facturum, ve-
reor ne offendat vestras nimium urbanas aures sermo rusticior... Tu vero,
inquit Posthumianus, vel celtice, aut si mavis gallice loquere, dummodo
jam M^rtinum loquaris. (Sulpice-Sévère, dialogue P"", ch. xxvi, vers la fin.)
Au V® siècle, Fortunat, évêque de Poitiers, félicitant Bertechram sur le
mérite de ses poésies latines, lui annonçait que ses vers, jouissant de la fa-
veur populaire, circuleraient bientôt dans tous les carrefours :
Per loca, per populos, per compila cuneta videres
Currere versiculos, plèbe favenle, luos.
( Venant. Forluniui opéra, p. 89.)
Salve uibis genius, medico potabilis haustu
Divona, Cellarum lingua, foos addite divis.
(AusoDB, De clarit uriibus, H ; Collect. Ptsaur., I. V, 123.)
* Miraris si voce feras pacaverit Orpheus,
Cum prônas pecudes gallica verba regant.
(Ulaudien, rp'jr. lie muiiiui gallicit, id. PancVoucks, t. II, p. 118.)
» Voir p. G, noté < .
PROLÉGOMÈNES. , 49
évêque de Clermont'. Je suis loin de prétendre que le celtique
eût disparu de toutes les autres contrées de la Gaule, mais je
pense qu'à cette époque il se trouvait relégué dans les pays
montagneux ou dans ceux qui étaient éloignés des principaux
centres de population et des grandes voies de communication
établies par les Romains.
Tel était Tétat du langage dans la Gaule, lorsque, de toute
part, elle fut envahie par les nations germaniques : au midi
par les Visigoihs, à l'est par les Burgondes ei au nord par les
Francs. Ces derniers, les seuls dont nous ayons à nous occuper,
apportèrent une troisième langue dans les provinces situées en
deçà de la Loire. Celte langue était le tudesque ou téotisque,
mots dérivés de teut^ feoJ, dénomination collective par laquelle
se désignaient eux-mêmes tous les peuples de races germa-
nique. On devrait donc comprendre, sous le nom de tudesque,
tous les idiomes de la Germanie; mais cette désignation, res-
treinte par un usage fort ancien, ne s'applique qu'aux idiomes
des Teuts occidentaux, c'est-à-dire axx francique usité chez les
Francs, à V allémannique, usité chez les Allemanni et au bavarois.
Avant de passer le Rhin, les Francs étaient une confédéra-
tion de diverses tribus occupant le territoire compris entre le
Weser, le Mein, le Rhin et la mer du Nord. Le francique de-
vait se composer à cette époque d'autant de dialectes qu'il y
avait de tribus confédérées; mais, dans la Gaule, tous ces dia-
lectes paraissent s'être fondus dans trois dialectes principaux,
usités parmi les conquérants entre le Rhin et la Loire. Au
nord était le ripuaire, à l'est le neustrien et à Y oXxestY ostrasien.
Les Ripuaires et les Ostrasiens se trouvaient sur les confins
* Dans cette lettre, Sidoine félicite Ecdice de ce que, grâce à lui, l'aris-
tocratie de l'Auvergne se débarrasse enfin delà rudesse du langage celtique :
« Quod sermonis celtici squamam depositura nobilitas, nunc oratorio stylo,
nunceiiamcamœnalibusmodisimbuebatur.» (Sid. Apollin.,lib. III, epist.3.)
20 PROLÉGOMÈNES,
de la Germanie, dont ils n'étaient séparés que par le Rhin, et
leur population se grossissait sans cesse de nouvelles bandes
germaniques qui passaient le fleuve pour venir s'associer à
leur fortune. Dans l'un et Tautre pays, le latin disparut entiè-
rement comme langue usuelle, soit que les Gallo-Romains
eussent été exterminés en grand nombre par les barbares, soit,
ce qui est plus probable, qu'ils eussent été refoulés par eux
dans l'ouest et dans le midi. Au latin succéda le tudesque qui,
diversement modifié, s'est perpétué jusqu'à nos jours dans les
patois de la rive gauche du Rhin, chez les descendants des Ri
puaires et des Ostrasiens.
Il n'en fut pas de même dans la Neustrie, ou du moins dans
la plus grande partie, celle qui s'étendait de la Scarpe à la
Loire, et de la Meuse à l'Océan. Les Francs Saliens qui s'éta-
blirent dans cette contrée étaient les plus éloignés du Rhin,
et n'uvaient que peu de relations avec les peuples germaniques
qui habitaient de l'autre côté du fleuve, tandis qu'ils se trou-
vaient mêlés aux populations gallo-romaines, de beaucoup
supérieures en nombre, aussi bien qu'en civilisatioc et en cul-
•ture intellectuelle 4e tout genre. Aussi, quoi qu'il pût en
;<;où;er à l'orgueil et à l'insouciante rudesse des vainqueurs,
ils se virent conuîfnts par la force des circonstances à ap-
prendre la langue deis vaincus dont ils adoptèrent également la
religion et; ladminisUction. Le poète Fortunat, profitant sans
ddute du pri^ilc'ge poétique de l'hyperbole, loue Charibert,
de Paris, de ce qu'il parle le latin mieux que les Romains
^tx-mêmes, et il s'émerveille de l'éloquence qu'il lui suppose
dans sa langue matétnelle '. Le même poète attribue égale-
» Cum sis progeniius clara de gente Sygamber (Skamber),
Florel ia elojuio lingua laiina tuo ;
Qualis es in propria docto seimone loquela!
Qui nos Rcmanos vincis in eloquio.
n.«, lib. VI, «itm. < ; Hii;w. V™».-. wr>/., r, U, p. 566.;
PROLÉGOMÈNES. 5<
ment à Chilpéric une connaissance toute parliculière de la
langue latine '; mais Grégoire de Tours se montre moins flat-
teur à son égard. Ce prince avait composé un ouvrage en prose
sur la Trinité et deux livres de poésie. L'évéque historien
condamne sa théologie comme hérétique et sa poésie comme
transgressant toutes les règles de la versification latine. « Ses
vers, dit-il, ne sauraient se tenir sur leurs pieds-, des syllabes
brèves il en a fait des longues , et des longues il en a fait des
brèves *. »
Si ce roi franc, malgré ses prétentions d'écrivain, ne fut
point un habile latiniste , on peut se figurer ce que devait être
le gros de la nation. Les Germains avaient conservé dans les
Gaules l'amour de la vie indépendante qu'ils menaient en Ger-
manie; ils se trouvaient mal à l'aise dans l'enceinte des villes
et préféraient le séjour de la campagne. Ils construisirent à la
façon germanique, et principalement sur le bord des forêts, des
espèces de hameaux dont les uns étaient nommés J- ara et les
autres étaient appelés ham^. Avec de telles habitations et une
pareille manière de vivre, les Francs se trouvèrent nécessaire-
- ■ • ♦ ♦
* Discernens varias sub nullo mterprate voces , .
Et generam lingaas unica Wwé^i refert. A
(Foriunai. lib. IX, Ad CJHI/jerkum leyem; Hiu Franc, icripi , t. II, p. 5Î0.) f
* Confecitque duos libros, quasi Sedulium meditatus, quorum versiculi
débiles nuUis pedibus subsistere possunt, in quibus, duip non intelligebat,
pro longis syllabas brèves posuit, et pro brevibus longas stati^ebat. (Gré-
goire de Tours, liv. VI, ch. xlvi.) , >
' De fara nous sont venus les noms j|[e tant de pays appelés laFare dans
le midi de la France et la Fère dans le nord. De ham nous avons fait le
diminutif hamel, qui est devenu hameau, ainsi que certains noms propres
de pays nommés Ham^ Uames, Ilan, Hamel, Hamelet, et bon nombre d'au-
tres composés de ham et d'un autre mot qui peut bien être un nom propre
d'homme. Tels sont Grignan, anciennement Greinhaniim; Sérignan (Serinha- .
num), Taulignan (Taulinhanum). (Voir fara dans du Cange et hameau dans
le recueil des mots d'origine germanique, ch. ui, sect. u, de cet ou-
vrage.)
22 PROLÉGOMÈNES,
ment dans mi contact journalier et dans des relations habi-
tuelles avec les campagnards gallo-romains. Ceux-ci furent les
seuls professeurs de langue qu'eurent tous ces barbares ,
bien moins amoureux d'études laborieuses et de culture intel-
lectuelle que de pillage, de jeu, de chasse, de bonne chère et de
débauches de toute sorte. Ils apprirent de pareils maîtres un
latin mêlé de celtique que, de leur côté, ils altérèrent encore
davantage par l'introduction d'un grand nombre de mots tu-
desques. Les habitants des villes, qui se piquaient encore de
parler le latin avec quelque pureté, dédaignaient ce jargon né
dans les campagnes, qu'ils désignaient sous le nom de langue
rustique.
Cependant les Francs de la Neustrie conservèrent longtemps
entre eux l'usage du francique dans leur familles, dans les
camps, dans les armées, dans les assemblées où les vainqueurs
décidaient du sort des vaincus. Aussi cette langue fut-elle
parlée non-seulement par Clovis et par ses fils ' , mais encore
par plusieurs de leurs successeurs. Les passages de Fortunat,
que j'ai cités plus haut, prouvent que cet idiome était la langue
maternelle de Çharibert et de Chilpérie '. Ce poète nous ap-
prend implicitement la même chose touchant Chlotaire I^r,
père de Chilpérie '.
Toutefois, le tudesque disparut peu à peu de la Neustrie par
* Saint Rémi nous apprend par son testament que Clovis lui donna une
maison avec quelques terres attenantes, et que ce prince nommait cette
ferme biscofesheim, mot composé de biscof, évêque, et de heim, maison :
« Quas Ludovicus... Biscofesheim sua lingua vocatas mihi tradidit. » (Du-
chesne, Histor. Franc, script., t. II, p. 385.)
* Vo'.r p. 21, notes 1 et 2.
' Chilpérie potens, si interpres barbarus extet ,
Adjutor fortis, hoc quoque nomen habes.
Non fuit in vanum sic le vocitare parentes ;
Ptaesagium hoc totum laudls et omen erat.
Fortastl. lib. IX, Àd Chilpeiicum regtm ; Hist. Fmnc. urift., t. U, p. 55(^.)
PROLÉGOMÈNES. 43
la fusion des Francs avec les Gallo-Romains. Les ténèbres qui
couvrent l'histoire de cette époque ne me permettent guère de
préciser le temps où cette fusion s'est opérée ] cependant on
peut conjecturer avec assez de vraisemblance qu'elle était déjà
fort avancée dès les commencements du vil' siècle. Elle se
manifeste dans le siècle suivant par l'antagonisme des Ostra-
siens et des Neustriens ; les premiers représentaient Télément
germanique , les seconds représentaient l'élément gallo-ro-
main \ Les Neustriens eurent d'abord l'avantage dans cette
lutte ; mais les Ostrasiens , conduits par Charles-Martel ,
l'emportèrent enQn. La Neustrie eut à subir une nouvelle in-
vasion germanique qui eut pour conséquence , quelques an-
nées après, l'avènement de la dynastie ostrasienne des Caro-
lingiens.
Charlemagne, le héros de la race carolingienne, avait ap-
pris plusieurs langues étrangères et parlait le latin avec facilité,
ainsi que le rapporte son historien Eginhard ^ mais le francique
était sa langue maternelle '. Il eut toujours une prédilection
toute particulière pour le rude mais énergique idiome de ses
pères, au point qu'il entreprit de composer lui-même une
grammaire francique. 11 donna des noms tudesques aux vents
et aux mois, et voulut qu'on recueillît soigneusement tous les
chants populaires et toutes les anciennes poésies qui célébraient
les exploits des guerriers germaniques dans leur langue natio-
nale*. Le francique fut également la langue usuelle de son fils
* Voir, à cet égard, la page 29.
* Vestitu patrio, id est francisco, utebatur... Nec patrio tantum sermone
contentus, etiam peregrinis linguis ediscendis operam impendit; in quibus
latinam ita didicit, ut aeque illa ac patria lingua orare esset solitus. (Eginhard,
Vie de Charlemagne; Recueil des historiens de France, t. V, p. 98, 99.)
* Eginhard, Vie de Charlemagne; Hecueil des histor. de France, t. V,
p. 103.
<^h PROLÉGOMÈNES.
Louis le Débonnaire, bien qu'il patlât le latin avec autant de
facilité ^ II ordonna de traduire les I^vangiles en tudesque, et
c'est probablement à lui que nous devons la version du moine
Otfrld, qui est parvenue jusqu'à nous.
Le latin rustique^ ainsi que je l'ai dit, était, dans la Neuslrie,
l'idiome qui servait aux relations des Gallo-Romains avec les
Francs; il fut un moyen de rappiochement entre les deux
races, et devint peu à peu la langue générale de la nation. Son
extension se trouva favorisée par l'abandon complet où étaient
tombées les études, et par l'iosouciance des esprits pour les
chefs-d'œuvre de la langue latine '. Le clergé lui-même con-
* Latinam veio sicut naturalem aequaliter loqui poterat. (Theganus, De
gestis Ludovici Pu; Recueil des histor. de France, t. VI, p. 78.) L'auteur
anonyme qui a écrit la vie de Louis le Débonnaire vient à l'appui de ce
passage pour prouver que le tadesque était la langue usuelle de ce prince;
il raconte qu'à son lit de mort l'empereur vit le démon s'approcher de lui,
et que, voulant le Chasser, il s'écria par deux fois : Huz! huz! ce qui si-
gnifie en tudesque : Dehors! dehors!
« Conversa facie in sinistram partem, indignando quodammodo, virtute
quanta potuit, dixit bis : Hvz! huz! quod significat : Foras! foras! Unde
patet quia malignum spiritum vidit, cujus societatem nec vivus, nec mo-
riens habere voluit. » (Vita Lud. Pii, ab anonymo; Recueil des histor. de
France, t. VI, p. 4 25.)
' Philosophantem rhetorem intelligunt pauci, loqucn tem ntsù'cum multi.
(Grégoire de Tours, préface de son histoire.)
Le style de ce même Gi-égoire de Tours devait être assez rustique, si noua
en jugeons par son pvopre témoignage :
« Sed timeo ne cum scribere cœpero, qu^a sum sine litieris rhetoricis et
arte grammatica, dicat rnibi aliquis : Ausu rustico et idiota, ut quid nomen
tuum inter scriptores indi aeslimas? Aut opus hoc a peritis accipi putascui
ingenium artis non suppeditat, nec ulla litterarum scientia subministrat!
Qui nuUum argumentum utile in litteris habes, qui nomina discernera
nescis; sepius pro masculinis feminea, pro femineis neutra et pro neutris
masculina, commutas; qui ipsas quoque praepositiones quas nobilium dicta-
torum observari sanxit auctoritas, loco debito plerumque non locas; nam
pro ablativis accusativa, et rursum pro accusativis ablativa ponis. » (Gré^
goire de Tours, De glofia confessorum, prœfatio.)
Malheureusement p'dur nos étudèe, la rusticité première du langage de
PROLÉGOMÈNES. Î5
tribua puissamment à le propager •, car beaucoup d'ecclé-
siastiques ne connaissaient que ce lalin vulgaire, et tous étaient
obligés de s'en servir pour faire entendre leurs instructions
au peuple '. Au commencemeat du vil® siècle nous trouvons
le latin rustique employé à composer des cbants populaires ] il
Grégoire de Tours ne se retrouve presque plus dans les textes de cet auteur
imprimés jusqu'à ce jour, parsuîte du soin scrupuleux que les habiles d'au-
trefois ont pris de gratter et de polir le style du père de notre histoire.
Toutefois, des recherches nouvelles ont fait découvrir des manuscrits qui
remontent, dit-on, au vu" siècle, et d'après lesquels M. Bethman prépare
une édition qui ne peut manquer d'avoir le plus grand intérêt pour la phi-
lologie.
* Saint Prosper, qui vivait au milieu du v* siècle, donne à cet égard les
conseils suivants aux prêtres de son époque :
« Tam simplex et apertus, etiam miuus latinus, disciplinatus tamen et
gravit débet esse sermo pontificis, ut ab intelligentia sui nuUos, quamvis
imperitos, ericlcdat; sed in omnium audientium pectus cum quadam delec-
tatione descendat. Alia enim est ratio declamatorum, et alia débet esse
doctorum. 111: elucubratae orationis pompam tot's facundiae viribus concu-
piscunt, illi rébus inanibus pretiosa verborum indicant omaraenta; isti vera-
cibus sententiis ornant et commendantverbasimplicia; illi affectant suorum
sensuum deformitatem tanquam velamine quodam phalerati sermonis
abscondere; isti eloquiorum sacronim rusticitatem pretiosis sensibus ve-
nustare. » {De vita contemp., lib. I, cap. xxni.)
A la fin du vi* siècle, le pape Grégoire le Grand s'excuse ainsi de la bar-
barie de son style :
« Unde et ipsam artem loquendi quam magisteria disciplinse exterioris
insinuant, servare despexi. Nam sicut quoque hujus epistolae ténor enun-
ciat, non metatismi coUisionem fugio, non barbarismi confusionem devito,
situs motusque prœpositionum, casusque servare contemno; quia indignum
vehementer existimo ut verba cœlescis oraculi reslringam-sub regulis Do-
nati. » (S. Grég. le Gr., Commmtaire''du livre de Job, ÉpUre à Léandre.)
Au vn* siècle, le moine Baudemond écrit la vie de saint Amand en langue
'rustique et populaire ;
« Rusiico ac plebeio sermone, propter exemplum tamen vel imitationem,
memoriae, conterapta verecundia, tradere curabo. » (Baudemond, Vie de
saint Amand; Acta sanctor. ordinis S. Benedicti, sœculum secundumj
p. 711.)
Les textes primitifs de ces écrits ont été postérieurement remaniés, comme
l'a été le style de Grégdirê dô Tours. (Voir p. 24, note î.)
26 PROLÉGOMÈNES,
nous est même parvenu quelques vers d'une de ces chansons
qui célébrait la victoire remportée par Chlotaire II sur les
Saxons. Ce latin était si bien devenu la langue usuelle du
peuple, que cette chanson volait de bouche en bouche, et que
les femmes s'en servaient pour exécuter des danses V
Dans l'origine, le latin rustique ne différait guère du latin
littéraire que par la violation de quelques règles grammati-
cales, par quelques vices de prononciation, par le mélange
d'un certain nombre de mots et de tournures celtiques et tu-
desques. Mais, par des causes que j'examinerai plus tard, des
altérations plus profondes et plus radicales décomposèrent
insensiblement ce latin populaire, au point qu'au vu® siècle il
put être considéré comme un nouvel idiome, entièrement dis-
tinct de l'ancienne langue latine à laquelle il devait son ori-
gine. La nouvelle langue fut appelée romane, parce qu'elle
était l'idiome propre des vaincus, à qui l'on donnait le nom de
Romains par opposition aux conquérants issus de la noble
race des Francs.
La première mention de la langue romane que l'histoire
nous ait conservée remonte au milieu du vu® siècle; elle nous
a été transmise par l'auteur anonyme de la Vie de saint Mum-
* Ex qua Victoria carmen publicum juxta rusticitatem per omnium pœne
volitabat ora ita canentium, feminaeque choros inde plaudendo compo-
nebant :
De Chlothario est canere, rege Francorum ,
Qui ivit pugnare in gentem Saxonum.
Quam graviter provenisset missis Saxonum ,
Si non fuisset inclytus Faro de gente Burgundionum.
Et in fine hujus carminis :
Quando veniunt missi Saxonum in terram Francorum
Faro ubi erat princeps ,
Instinclu Dei transeunt per urbem Meldorum ,
Ne interfîciantur a rege Francorum.
(Bildegar. Vie de saint Fiiron, évéque de Meaux; MobilloD, AcM iane$. ardinii
S. Bened. imetilutn ii, p. 617.)
PROLÉGOMÈNES. 27
molin, qui succéda à saint Éloi comme évêquede Noyon, hon-
neur qu il dut principalement à la connaissance toute particu-
lière qu'il avait de la langue romane et de la langue tudesque ^
11 était en elTet fort important à cette époque qu'un évéque sût
parler l'un et l'autre de ces idiomes, afin de pouvoir lui-même
instruire, dans leur propre langue, les populations appartenant
aux deux races différentes qui occupaient les Gaules, ainsi que
le prescrivit formellement plus tard le troisième concile de
Tours ^. Aussi voyons-nous que plusieurs ministres de la reli-
gion se rendirent capables de s'acquitter de ce double devoir.
On peut citer entre autres saint Adalard, abbé de Corbie, qui
vivait vers la fin du viiie siècle. Gérard, abbé de Sauve-Ma-
jeure, qui fut son disciple, dit en parlant de lui : « S'il em-
ployait la langue vulgaire, c'est-à-dire la romane, vous eussiez
cru qu'il n'en savait pas d'autre ; si c'était le tudesque , son
discours avait plus d'éclat •, mais dans aucune langue sa parole
n'était aussi facile que lorsqu'il s'exprimait en latin ^.
Il nous reste quelques vestiges de la langue romane de la fin
du Vliie siècle ; on les trouve dans les litanies qui se chantaient
* Interea vir Dei Eligius, Noviomensis urbis episcopus, post multa parata
miracula, in pace, plenus dierum, migravit ad Dominum [anno 659). Cujus
in loco, fama bonorum operum, quia « praevalebat non tantum in teutonica,
sed etiam in romana lingua, » Lotharii régis ad aures usque perveniente,
praefatus Mummolinus ad pastoralis regiminis curam subrogatus est epi-
scopus. {Vita S. Mummolini, dans J. Ghesquier; Acta sanctorum Beîgii
selecta, t. IV, p. 403.)
' On lit à la fin du dix-septième canon du concile de Tours : « Easdem
homilias quisque episcopus aperte transferre studeat in romanam rusticam
lingnam mit theotiscam, quo facilius cuncti possint intelligere quœ dicuntur.»
(Labbe, Concilia^ t. IX, p. 354 .)
^ Qui si vulgari, id est romana lingua, loqueretur, omnium aliarum pu-
tares inscius (nec mirum, erat denique in omnibus liberaliter educatus), si
veroteutonica, enitebat perfectius; si latina, in nuUa omnino absolutius.
{Vie de saint Adalard, par S, Gérard; Acta sanct. ordinis S. Bemdidi,
sœculo quarto, p. 355.)
28 PROLÉGOMÈNES,
à cette époque dans le diocèse de Soissons et qui ont été pu-
bliées par le savant Mabillon '. Le milieu du siècle suivant nous
offre le premier monument important de celte langue qui soit
parvenu jusqu'à nous ; c'est le serment que Louis le Germa-
nique fit à Charles le Chauve en 842. La langue du xe siècle
nous est connue par une cantilène en Thonneur de sainte Eu-
lalie, et celle du xie, par les lois que Guillaume le Conquérant
donna aux Anglais après avoir soumis leur pays. J'aurai plus
tard à examiner ces trois premiers monuments de notre an-
cienne littérature *. Ce n'est qu'a partir du xiie siècle que les
productions littéraires de la langue romane du nord devinrent
assez nombreuses et assez considérables.
Avant de prononcer le serment dont je viens de parler,
Louis le Germanique et Charles le Chauve haranguèrent leur
armée, chacun dans l'idiome particulier usité chez son peuple,
* Après avoir récité les litanies, le chœur invoquait la protection du ciel
en faveur du pape Adrien I*^ et de l'empereur Charlemagne; à chaque in-
vocation, le peuple qui se trouvait dans l'église répondait : Tu lo jova,
aide-le.
Adriano summo pontifice et universale, papae vita,
Redemptor mundi, Tu lo juva;
Sancte Petre, Tu lo juva.
Karolo excellentissimo et a Deo coronato, magno et pacifico rege Fran-
corum et Langobardorum, at patricio Romanorum, vita et Victoria,
Salvator mundi, Tu lo juva;
Sancte Johannis, Tu lo juva.
(Mabillon, Analecta vetera, p. 170.)
' Voir le texte du serment de 842, celui de la cantilène en l'honneur de
sainte Eulalie et celui des lois de Guillaume le Conquérant, ch. 1, sect, n,
ni et IV.
On peut joindre à ces premiers textes de notre langue naissante quelques
mots et même quelques lambeaux de phrases disséminés dans une homélie
latine du x* siècle, qui se trouve en manuscrit à la bibliothèque de Valen-
ciennes, et qui a été publiée par un savant allemand, M. Bethmann,
Voyage historique dans le nord de la France^ par M. de Coussemaker, dans
sa traduction française de cet ouvrage, et enfin par M. Génin, à la suite de
son édition de la chanson de Roland.
PROLÉGOMÈNES. 29
Louis en tudesque, et Charles en langue romane '. Voilà donc
un fi's de Louis le Débonnaire, c'est-k-dire un peiit-fils de
Charlemagne, obligé de parler la langue des vaincus pour se
faire entendre de ses sujets. C'est que la position dans laquelle
il se trouvait était bien différente de celle de son père et de
son aïeul. Ces deux princes commandant à la Germanie, à la
Gaule et a l'Italie, résidaient sur les bords du Tihin, au milieu
des Germains leurs compatriotes auxquels leur maison devait
son élévation et sa gloire. Ainsi, leur origine, le pays qu'ils
habitaient, les gens qui les entouraient, tout concourait à ce
que le tudesque fût la langue usuelle de ces empereurs. Mais
Charles le Chauve, réduit à la possession de la Neustrie, se
trouva jeté au milieu de populations qui ne parlaient, qui ne
comprenaient que le roman, et qui avaient le tudesque en
aversion ' ; aussi fut-il contraint d'adopter la langue romane,
la seule qui pût le mettre en rapport avec la nation à laquelle
* Ante sàcramenta, circumfusam plebem, alter teudisca, alter romana
lingna alloquuti surit. (Nithard, Eistor., lib. III; dans Duchesne, Eist.
Franc. scripL, t. II, p. 274.)
' Cette aversion était telle que la seule différence de langage occasion-
nait des rixes sanglantes entre les gens de langue romane et ceux de langue
tudesque. Charles le Simple, petit-fils de Charles le Chauve, s'étant rendu
sur les bords du Rhin pour avoir une conférence avec Henri l'Oiseleur, des
jeunes gens qui étaient à la suite des deux princes furent, selon l'habitude
de ceux des deux pays, tellement choqués de s'entendre parler les uns roman,
les autres tudesque, qu'ils commencèrent à s'insulter de la manière la plus
violente, et finirent par fondre les uns sur les autres, l'épée à la main, si
bien qu'il y en eut plusieurs de tués, et entre autres Erlebald, comte de
Castricum.
« Germanorum Gallorumque juvenes linguarum idiomate offensi, ut
eorum mos est, cum multa aniraositate malediciis sese lacessire cœperunt,
conseriique gladios cxcrunt, ac se adorsi, lethaliter sauciant. In quo tu-
mullu, cu^ ad litem sedandam Erlehaldus cornes accederet, a furentibus
occisus est. » {Richeri historiamm libri quatuor, éd. de M. J. Guadet, t. I,
p. 48.)
30 PROLÉGOMÈNES.
il commandait. A plus forte raison cette langue dût-elle être
parlée par les rois qui lui succédèrent ^
Toutefois le tudesque ne disparut pas complètement de la
cour; les Carolingiens en perpétuèrent sinon l'usage habituel,
du moins Tintelligence parmi les principaux officiers de leur
maison. Tout semblait leur en faire à la fois un devoir et une
nécessité, les traditions, le souvenir de leur origine, leurs
mariages fréquents avec des princesses de sang germanique,
leur résidence habituelle à Laon, ville située dans le voisinage
des pays allemands de la Lorraine inférieure, et enfin la par-
ticipation active et continuelle que les princes germaniques
prirent sous cette dynastie à tous les troubles, à tous les dé-
mêlés, à toutes les guerres, à tous les traités qui eurent lieu
dans le royaume. Aussi, ceux qui s'adonnaient au maniement
des affaires publiques attachaient-ils une grande importance
à la connaissance du tudesque. Mais, dès le milieu du ix^ siè-
cle, les personnes qui possédaient pleinement l'usage de cet
idiome, étaient devenues si rares dans le royaume, que Loup,
abbé de Perrière, l'un des principaux ministres de Charles le
Chauve, fut obligé d'envoyer en Allemagne des jeunes gens de
son monastère, auxquels il jugeait à propos de faire appren-
dre la langue qui étah la plus nécessaires aux relations poli-
tiques ^.
* La différence de langue qui existait entre les Neustriens et les Ostra-
siens était tellement marquée au ix« siècle, que les premiers étaient appelés
Francs latins et les seconds Francs teutons. « Ejusdem ArnuUû tempore
(anno 888) Gallorum populi elegerunt Odonem ducem sibi in regem. Hinc
divisio facta est inter teutones Francos et latinos Francos. » {Chronique
anonyme, dans le Recueil des historiens de France, t. VIII, p. 231 .)
* Filium Guagonis, nepotem meum, vestrumque propinquum, et cum eo
duos alios pueros nobiles, et quandoque, si Deus vult, nostro monasterio
SUD servicio profuturos, propter germaniœ linguœ nanciscendam scientiam,
vestrae sanctitati mittere cupio. (Loup de Ferrière, epist. XII, ad Marcwar-
PROLÉGOMÈNES. 3f
On ne sera donc pas étonné de voir que, dans le siècle sui-
vant, Louis d'Outre-Mer comprenait le tudesque beaucoup
mieux que le latin. Au synode d'Engelheim, où ce roi et l'em-
pereur Otlaon 1er se trouvaient réunis, on produisit une lettre
du pape Agapet, relative aux disputes qui s'étaient élevées
entre Arlalde, arclievêque de Reims, et Hugues, son compéti-
teur; comme cette lettre était écrite en langue latine, on fut
obligé de la traduire en tudesque, afin d'en donner connais-
sancr aux deux princes '.
Mais les circonstances qui avaient maintenu l'intelligence
de l'idiome des Francs dans la maison royale des Carolingiens
avaient cessé d'exister sous les rois de la troisième race, et
Huguet-Capet, le premier d'entre eux, bien qu'issu du sang
germanique', était tout aussi complètement ignorant du lan-
gage de Cbarlemagne qu'il l'était de celui d'Auguste ^. Les
dum abbatem^ anno 844; Bec. des histor. de France de dom Bouquet,
t. VII, p. 488.)
Dans une lettre écrite postérieurement à celle que je viens de citer, Loup
de Perrière remercie le même Marcward d'avoir bien voulu faire apprendre
le tudesque aux jeunes gens qu'il lui avait envoyés :
« Siquidem intcr alia quae nobis jam plurima praestitistis, linguae vestrae
pueros nostros fecistis participes, cujus linguae usum hoc tempore perneces-
sarium nemo, nisi nimis tardus, ignorât. » (Loup de Perrière, epist. LXX;
dans Duchesne, Histor. Franc, script., t. II, p. 7j64.)
* Post quarum litterarum recitationem et earum, propter reges, juxta
teotîscam linguam interpretationem... {Frodoardi Chron., dans le Recueil
des histor. de France, t. YIII, p. 203.)
' Le bisaïeul de Hugues Capet, Robert le Port, eut pour père le Germain
"Witichin, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre chef des Saxons du
même nom, contemporain de Cbarlemagne. <( Hic {Odo) patrem habuit ex
equestri ordine Rotbertum, avum vero paternum, Witichinum advenam
Germanum. {Richeri historiarum libri quatuor, édit. de M. J. Guadet,
t. I,p. 46.)
* Othon II, empereur d'Allemagne, fils d'Othon P'', dont je viens de faire
mention, invita Hugues Capet, alors duc de France, à une conférence par-
ticulière. L'empereur parlait le tudesque, qui était sa langue maternelle; il
32 PROLÉGOMÈNES,
gens qui l'entouraient n'entendaient pas plus que lui l'idiome
de la Germanie. Aussi, à partir de crtie c'poque, les princes
d'Allemagne, qui désiraient entretenir des relal-ons avec la
cour de Fiance, furent obligés d'avoir recours k des ambassa-
deurs qui connussent la langue romane *.
Ainsi que je le démontrerai dans la deuxième partie de cet
ouvrage, le roman dut principalement sa formation aux alté-
rations successives que le peuple fit subir à la langue latine.
Ces altérations, partout les mêmes, quant aux procédés géné-
raux, durent néanmoins, dès l'origine, différer par certaines
nuances^ selon le pays où se forma le nouvel idiome. Dans la
suite, ces différences, accrues et multipliées par le temps, en
vinrent à se dessiner plus nettement, et à se circonscrire avec
plus de précision, à la faveur du fractionnement que le système
féodal fit éprouver à tout le territoire du royaume.
Si dans le xii®, le xiii® et le xiv® siècle, on eût voulu tenir
compte de toutes les variétés que présentait la langue d'oil* y
parlait également le latin, ainsi que le témoigne Richer. Toutefois, il fallut
qu'Arnulfe, évêque d'Orléans, lui servît d'interprète pour qu'il parvînt à se
faire entendre du prince français :
« Otto gloriam sibi parare cupiens, ex industria egit ut omnibus a cubi-
culo regio emissis... dux {Hugo) etiam solus cam solo cpiscopo (Arnulfo)
introducereiur; ut rege latiariter loquenle, episcopus latinitaiis interpres
duci quicquid dicerelur indicaret. » {Richeri historianm libri IV, éd. de
M.J. Guadet, t. II, p. 102.)
Thierri, qui fut duc de Lorraine de 984 à 1 026, se servait de Nanter,
abbé de Saint-Michel, pour ambassadeur auprès du roi de France, parce
qu'il le savait fort habile à s'énoncer en langue romane :
« Dux {Lotharingiœ) Theodoricus eum (Nanterum)... ad quoscumque
regni principes àirigebatlegatum,et maxime ad consobrinum suum, regem
Francorum, quoniam noverat eum in responsis acutissimum, et linguœ
gallicœ peritia facundissimum. » {Chron. monast. S. Michaelis;- dans le P.
Mabillon, Te^era analecta, éd. de i723, p. 391; Bec. des histor. de France,
t. X, p. 286, note a.)
' L'idiome roman du nord de la France reçut le nom de langue d'oïl, et
l'idiome roman du midi celui de langue d'oc. On a émis diverses opinions
PROLÉGOMÈNES. 33
selon les divers pays où elle était en usage, on eût pu diviser
cette langue en autant de dialectes qu'il y avait de bailliages
dans la France septentrionale'; mais, en ne tenant compte
que des caractères généraux les plus marqués, on arrivait à
reconnaître autant de dialectes différents que l'on comptait
de provinces en deçà de la Loire. Chacune des capitales de
ces provinces devenait un centre dont l'influence se faisait
sentir sur tout le pays qui en dépendait, et les habitants delà
même province se piquaient plus ou moins de modeler leur
langage sur celui que l'on parlait à la cour du duc ou du
comte qui les gouvernait. De la sorte, chaque idiome provin-
cial tendait à une certaine uniformité, et la langue f/'oï/ pouvait
se diviser en dialecte de la Picardie, de l'Artois, delà Flandre,
de la Champagne, de la Lorraine, de la Franche-Comté, de la
Bourgogne, du Nivernais, de l'Orléanais, de la Touraine, de
sur l'origine de ces deux désignations, ainsi qu'on peut le voir dans les
Recherches de Pasquier, liv. I, ch. xui; dans Ménage, art. Languedoc, et
dans du Cange, art. Lingua. Ces deux derniers se déclarent en faveur des
auteurs qui pensent que la langue d'oïl et la langue d'oc ont été ainsi appe-
lées de la manière d'énoncer l'affirmation. En efifet, on se servait pour cela
de oïl dans le Nord et de oc dans le Midi.
* On lit le passage suivant dans la préface d'un psautier traduit en langue
romane au xiv« siècle, dont le manuscrit se trouve à la bibliothèque Maza-
rine, oii il est coté T, 798; cette préface est citée par M. Leroux do Lincy
dans son introduction du Livre des Rois :
« Et pour ceu que nulz ne tient en son parleir ne rigle certenne, mesure
ne raison, est laingue romance si corrompue qu'à poinne li uns entent l'autre,
et à poinne peut-on trouveir à jour d'ieu persone qui saiche escrire, anteir
ne prononcieir en une meisme semblant menieire; mais escript, ante et pro-
nonce li uns en une guise, et li aultre en une aultre. » (Le Livre des Rois,
introduction, p. xui, et p. lxxiv, note 1 .)
Il en sera toujours ainsi de tout idiome qui ne possédera point des écri-
vains d'un mérite supérieur qui puissent faire autorité. Ce que le traducteur
du psautier dit de la langue d'oil du xiv^ siècle, on peut le dire aujourd'hui
des nombreuses variétés de patois qui sont nées de la langue d'oc dans nos
provinces du Midi.
34 PROLÉGOMÈNES.
l'Anjou, du Maine, de la haute Bietajjne, de la Normandie et
de rile-dc-France \ Il est important de remarquer que celui-
ci était spécialement désigné sous le nom de français, par op-
position au picard, au normand, au bourguignon, au champe-
nois, etc. ^.
Par l'avènement de la maison des ducs de France à la cou-
ronne des Carolingiens, le dialecte français partagea la for-
tune de cette maison, et prit de jour en jour une supériorité
marquée sur les autres dialectes, comme la nouvelle royauté
ne tarda pas à établir sa suprématie sur tous les feudataires
du royaume. La cour de France était devenue, pour les sei-
gneurs du Nord, le modèle et l'école de la galanterie , de la
courtoisie et des belles manières ; la langue parlée dans la
maison royale était l'expression naturelle de ces débuts de la
civilisation et de la politesse. Aussi, dès le xii^ siècle, il n'était
plus permis à un seigneur normand, picard ou bourguignon,
de se présenter à la cour de France sans qu'il sût s'exprimer
enfrajiçaîs *, non plus qu'à un trouvère, désireux de quelque
* On peut certainement réduire tous ces dialectes à un moins grand nom-
bre en prenant pour base de la classification des caractères plus généraux.
M. Fallût n'en admet que trois : le normand, le picard et le bourguignon;
mais cette division me paraît trop restreinte, et l'auteur me semble, sur ce
point comme sur plusieurs autres, avoir sacrifié la vérité à des considéra-
tions purement systématiques, ainsi qu'à un trop grand désir de simplifie a
tion, (Voir Recherches sur les formes grammaticales de la langue française
et de ses dialectes au xui« s«ec/e^ par G. Fallot,p. 14, 15, 16 et passim.)
* Voir la note suivante et p. 35, note 1 .
^ Nous en trouvons la preuve dans l'accueil peu gracieux qui fut fait au
tomte Quènes de Béthune par Philippe- Auguste et par toute sa cour. Voici
comment le fait est raconté par l'un de nos plus judicieux critiques et de nos
plus habiles philologues, M. F. Guessard, professeur à l'école des chartes :
« Vers l'an 11 80, il {Quènes de Béthune) vint à la cour de France, où la
régente, Alix de Champagne, et le jeune prince son fils, qui régna depuis
sous le nom de Philippe-Auguste, lui exprimèrent le désir d'entendre quel-
qu'une (le ses chansons. Quènes de Béthune récita donc des vers, très intel-
PROLÉGOMÈNES. 35
célébrité, de composer ses ouvrages en un autre dialecte '. A
partir de celte époque, Tidiome de l'Ile-de-France se propagea
de plus en plus, à Taide des circonstances qui ne cessèrent de
lui être favorables, et des moyens puissants que surent em-
ployer les rois pour fonder Tunité française. Au xiiie siècle,
ligibles pour ses auditeurs, mais fortement empreints d'un cachet picard.
Aussi fut-il raillé par les seigneurs de France, repris par la reine et par son
fils, blâmé par tout le monde, et notamment par une certaine comtesse dont
le suffrage lui eût été cher, à ce qu'il paraît. C'est lui-même qui nous a
transmis le souvenir de sa mésaventure dans une chanson où il s'exprime
ainsi :
« Mon langage ont blasmé li François
Et mes chançons, oyant les Champenois,
Et la contesse «ncoir, dont plus me poise (pèse). l
La roïne ne fil pas que courtoise, /
Qui me reprist, elle et ses flex li rois; j
i' Encoir ne soit ma parole française,
-^ Si la puet-on bien entendre en français.
Ne cil ne sont bien appris ne courtois
j Qui m'ont repris, si j'ai dit mot d'Artois,
'\^ Car je ne fus pas norriz a Ponloise. »
{Biblioïkèqiie de l'école deicharlei, 3' tërie, t. It, p, I9t ; Itomancero
franfait, p. 83 ; Hiil. lillér. delà France, t. XVIII, p. 8i6.)
* Aymon de Varennes, trouvère du xu* siècle, aima mieux écrire son roman
de Florimont dans le dialecte de l'Ile-de-France que dans celui de la pro-
vince qu'il habitait, et où il composa ce poème :
Il ne fut mie fait en France,
Mais en la langue des Françoys; ""
Le fist Aimes en Leonès (Lyonnais). ...
Aux François veult de tant servir,
(Car ma langue leur est sauvage,)
Que j'ay dit en leur language
Tout au mieux que je ay sceu dire.
Il est nécessaire de remarquer, pour l'intelligence de ces vers et de ceux
de la note précédente, qu'autrefois on appelait plus spécialement France, "pays
de France, la contrée qui fut nommée plus tard Ile-de-France. Nous con-
servons encore un reste de l'ancienne appellation dans le nom de la ville où
se trouve la sépulture de nos rois. Saint-Denis-en-Francc {Sanctus Dyoni-
sius in Francia) fut ainsi désigné pour le distinguer de plusieurs villes ou
villages du royaume qui portaient également le nom de Saint-Denis. Pour
un semblable motif, la partie du Vexin qui avait pour capitale Pontoise fut
nommée Ycxin français, tandis que celle dont la capitale était Gisors fut
appelée Veodn normand.
Si Aymon de Yarennes se sert du dialecte français, ce n'est point qu'il
36 PROLÉGOMÈNES,
ce fut par l'extension du domaine de la couronne^ au xive par
Faccroissement de lautorité des Capi^tiens, l'organisation de
la justi( e royale, celle du parlement de Paris et de la grande
chancellerie; au xv'', par rétablissement d'une administration
fiscale, d'une organisation militaire, par plusieurs autres insti-
/ tutions, ainsi que par la faveur accordée à l'imprimerie nais •
en fasse plus de cas que de tout autre; il donne, au contraire une préférence
toute naturelle à celui qu'il est habitué à parler :
Mieux ains ma lengue que l'altruy.
Mais il a choisi ce dialecte pour plaire à ceux dont il lui importait de mé-
riter lc3 suffrages, et ceux-ci n'aimaient que les ouvrages écrits en leur propre
langue :
Romans ne histoire ne plait
Aux Françoys, se ilz ne l'ont fait.
{Uist. lillér. de la France, t. XV, p. 486-491 ; Ut Mamtcritl fronçait de la Billiolh. du Roi,
t. III, p. 13 et suiv.; Biblioihétjue de l'école det charlet, 2* série, t. U, p. 195.)
Les trouvères qui ne connaissaient pas suffisamment le dialecte de l'Ile-
de-France étaient réduits à composer leurs ouvrages dans le ramage de leur
province, selon l'expression de Pasquier; mais, dans ce cas, ils jugeaient
parfois nécessaire de s'excuser de la rudesse et de l'étrangeté de leur lan-
gage. C'est ce que fait un trouvère natif de Meun, que quelques savants ont
pris à tort pour Jehan de Meun, continuateur du roman de la Rose. L'au-
teur s'exprime ainsi dans l'épilogue de sa traduction des Consolations de
Boèce :
Adjouste que je i expose
Tout ce que Boece suppose;
Si m'cscuse de mon langage
Rude, maloslru et sauvage ;
Car nés ne suis pas de Paris,
Ne si cointes com fu Paris,
Mais me raporie et me compère
Au parler que m'aprist ma mère
A Meun, quant je l'alaitoiel,
Dont mes parlers ne s'en dessoie ;
INe n'ay nul parler plus habile
Que cellui qui keurt a no ville {à notre village).
'Ç_Les Matiuscritt français de lu Bihliothèiiue du Roi, par M.PuuUa Pari», t. V, p. 45.)
Un autre trouvère, Richard de Lison, né en Normandie, croit devoir pré-
venir ses lecteurs :
Qu'il est Normanz; s'il a mépris,
Il n'en doit jà estre repris,
Se il y a de son langage.
^citation de M. de la Rii«, Biilolredif hanlei, t, \, p. 332.}
PROLÉGOMÈNES, 37
saute ; au xvi®, enfin, par des ordonnances formelles prescri-
vant l'usage exclusif du français dans tous les actes publics ou
privés, de quelque nature qu'ils pussent être ^
Dès lors le français acquit une telle importance et obtint
une telle prééminence sur les autres dialectes de la langue
d'oïl, que ceux-ci, réduits à Fétat de patois dédaignés, furent
relégués dans les campagnes, où ils s'éteignent de nos jours
dans les derniers rangs de la population, semblables à de fai-
bles rejetons étouffés par les vigoureuses racines d'un arbre
puissant qui naquit avec eux au pied du même tronc ^
Ce ne fut point seulement dans le Nord que le dialecte de
rile-de-France étendit sa domination ; dès le Xïii® siècle il
avait passé la Loire avec les croisés marchant contre les Albi-
geois. Depuis, la réunion successive des provinces méridio-
nales à la couronne de France rendit insensiblement l'usage
du français aussi nécessaire dans ces provinces qu'il l'était
devenu dans celles du nord, et l'idiome poétique des trouba-
dours dut se résigner à subir le sort du picard et du bourgui-
gnon '.
* Louis XII et François I«' prescrivirent l'usage exclusif du français dans
les actes publics et les actes privés, par trois ordonnances successives datées
de i 51 2, 1529 et 1539.
Ronsard se plaignait, au milieu du xvi« siècle, de ce qu'un auteur ne pou-
vait espérer de retirer aucun honneur de ses écrits s'ils n'étaient composés
dans la langue que parlait le roi. La plainte était un peu tardive. « Aujour-
d'hui, ditr-il, parce que nostre France n'obéit qu'à un seul roy, nous sommes
contraints, si nous voulons parvenir à quelque honneur, de parler son lan-
gage, aultrement nostre labeur, tant fustr-il honorable et parfait, seroit
estimé peu de chose ou peutrestre totalement mesprisé. » {Abrégé de l'Art
poétique.)
* C'est ainsi que le castillan a fini par prévaloir en Espagne et le toscan en
Italie. Chacun de ces deux dialectes est devenu, comme le français, la langue
dominante du pays, aux dépens des autres dialectes de la contrée, tombés à
l'état de patois et abandonnés au peuple.
' Les habitants de nos provinces méridionales conservèrent l'usage habi-
38 PROLÉGOMÈNES.
Pendant le cours du moyen âge, la langue française, livrée
à la merci des caprices de l'usage, n'a que des allures indé-
cises, qui changent presque de génération en génération. Au
XVI' siècle elle fait, pour constituer sa grammaire, des tenta-
tives répétées, qui n'ont pas toutes des résultats heureux;
elle s'efforce d'enrichir son vocabulaire en recourant tour à
tour au latin, au grec et à l'italien, auxquels elle fait des em-
prunts nombreux , mais souvent superflus ou contraires au •
génie pardcuher de notre idiome. Dans le siècle suivant , le
français se débarrasse d'une portion peu regrettable de ces
nouvelles acquisitions, il s'épure, se polit, se régularise;
l'usage , jusqu'alors incertain, est définitivement fixé par la
pratique habituelle des gens de goût, par les travaux de
plusieurs grammairiens , par les décisions de l'Académie
naissante, mais surtout par les immortels chefs-d'œuvre des
hommes supérieurs qui s'illustrent dans la littérature , dans
les arts et dans les sciences. L'Europe, qui depuis plusieurs
siècles avait su apprécier la beauté de notre idiome *, accueillit
tuel de la langue d'oc, que le peuple parle encore aujourd'hui; mais à partir
du xiv« siècle, plusieurs auteurs de ces provinces se servirent préférablement
de la langue française. C'est en français que Gaston Phœbus, comte de Foix^
composa son traité de chasse, à la fin duquel il implore l'indulgence du lec-
teur pour son ouvrage, attendu, dit-il, qu'il ne possède pas aussi bien le
français que sa propre langue :
« Et pour ce qu'il ne puet estre que je n'aye failli ou lessié trop de choses
qui appartienent à bon veneur par moult de raysons; l'une, je ne suis pas
si saiges comme il me serait mestiers... et aussi ma lengue n'est si bien
duite de parler le françois comme mon propre lenguaige, et trop d'autres
raysons qui seroyent longues pour escrire; pour ce je pri et suppli au très-
haut, très-honoré et très-puissant seigneur messires Phelippes de France,
par la grâce de Dieu duc de Bourgoigne qu'il li playse de supplir et
amender les defautes. » (Gaston Phœbus, le Livre de chasse, ms. Bibl.
imper, mss. fr. anc, fonds, n° 7098, f 111 v", col. 2, et f" 112 r", col. 1.)
* Pendant le moyen âge, notre langue partagea dans toute l'Europe la
glorieuse destinée de nos armes et de notre puissante influence. En Angle-
PROLÉGOMÈNES. 39
avec admiration les ouvrages de nos grands écrivains; bientôt
ils circulèrent de toute part à Fétranger et semèrent dans cha-
que pays le goût de notre langue et de notre littérature '.
Antérieurement à celte époque, le français avait déjà pé-
nétré dans une partie de la Suisse, dans la Savoie, dans le
comté de Nice, dans la Belgique; dans chacune de ces con.
terre, le français, transporté par les Normands, fut, jusqu'au milieu du
XIV® siècle, la langue de la cour, de la noblesse et de toute la haute classe
de la société; il servait à instruire la jeunesse, à rendre la justice, à admi-
nistrer les affaires publiques; depuis lors, il n'a cessé d'être cultivé dans ce
pays. Il se répandit de même dans le royaume des Deux-Siciles et dans la
Grèce, pendant notre domination dans l'une et l'autre de ces contrées. Des
princes d'origine française, devenus rois de Hongrie, de Portugal et de Po-
logne, portèrent également notre langue dans chacun de ces royaumes. (Du
Cange, Glossaire de la basse latinité, préface, p. xix, xx et xxi.) En Alle-
magne, les empereurs Frédéric II, Maximilien I", Brunon, archevêque de
Trêves, et tant d'autres, savaient fort bien le français. {Hist. litt. de la
France, t. IX, p. 473; Bonivard, Advis et devis des lengues, p. 36.) Des
auteurs italiens, qui en firent usage dans leurs écrits, lui rendirent le glo-
rieux témoignage d'être à la fois l'idiome le plus agréable et le plus géné-
ralement répandu. C'est en français que Martin da Canale traduisit une chro-
nique latine relative à l'histoire de Venise, « parce que la lengue franceise
cort parmi le monde, et est la plus delitable à lire et à oïr que nulle autre. »
Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana, t, IV, liv. III, ch. 1 .) Brunetto
Latini, le maître de Dante, était du même avis : « Se aucun demandoit pour
quoy cest livre est escript en romans selonc le parler de France, pour ce
que nous sommes Italiens, je diroie que ce est pour deux raisons, l'une que
nous sommes en France, l'autre pour ce que la parleure est plus delitable
et plus commune à tous langages. » {Trésor de Brunetto Latini, ms. Bibliot.
imper, mss. fr. anc. fonds, n" 7069, f» 12 v°, col. \; P. Paris, Manuscrits
français, t. IV, p. 356.)
* Voici ce qu'écrivait, en 1 676, l'auteur de la Défense de la langue fran-
çaise :
« Si l'on comptoit tous les François naturels qui entendent la langue
françoise et tous les étrangers qui l'ont apprise, dont il y a si grand nombre
dans l'Allemagne, dans l'Angleterre, dans le Danemark, dans la Pologne,
dans la Suède et dans tous les pays du Nord, je doute s'il ne se trouveroit
point autant d'hommes sur la terre qui entendissent le françois qu'il s'en
trouve qui entendent le latin. » (Charpentier, Défense de la langue françoise
pourVinscriftion de l'arc de triomphe; Paris, 1676, p. 173.)
40 PROLÉGOMÈNES,
trées il a fini par remplacer, comme langue littéraire et do-
minante, les anciens idiomes que l'on y parlait autrefois".
Enfin il est devenu dans TEurope entière la langue de la di-
plomatie et l'expression exquise de la politesse dans les rangs
les plus élevés de la société; en sorte que Rivarol a pu dire,
non sans quelque raison : « Leibnitz cherchait une langue
universelle, et nous l'établissions autour de lui '.
^ Le français était déjà fort répandu dans ces différents pays vers le mi-
lieu du xvi^ siècle, ainsi qu'on peut l'inférer du témoignage de Scaliger :
« A Genève, dit-il, de mon temps, celui-là eust payé l'amende qui eust
parlé françois au sénat, il falloit parler savoyard; comme en Bearn tous
leurs plaidoyers et leurs actes se font en bearnois, pour monstrer qu'ils
sont libres et à eux. A Chambery, ils parlent françois et non savoysien.
L'Italien meprisoit fort autrefois le françois, mais maintenant ils l'appren-
nent; toutesfois, ils ne sçauroient jamais l'apprendre s'ils ne l'apprennent
jeunes. On parle plus françois en ces Pays-Bas qu'en Gascogne, mais non
pas si bien On parle françois jusqu'à six lieues de Bordeaux. » {Scalige-
riana, édit. de 1666, in-12, p. 193.) — « Genevœ in senatu loquuntur sa-
baudicè, sed acta omnia publica gallicè fiunt. » [Ibid., p. 1 40.)
' Rivarol, De l'universalité de la langue française; Berlin, 4784, in-S",
p. 57.
PREMIÈRE PARTIE.
ÉLÉMENTS PRIMITIFS DONT S'EST FORMÉE
LA LANGUE FRANÇAISE.
INTRODUCTION A LA PREMIÈRE PARTIE.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATURE, LES PROPORTIONS ET LA
FUSION DES ÉLÉMENTS QUI CONSTITUÈRENT LA LANGUE d'OIL ; MOYENS
d'utiliser ces données POUR SUPPLÉER A l'INSUFFISANGE DES DOCU-
MENTS RELATIFS AUX PREMIÈRES ÉPOQUES DE NOTRE HISTOIRE.
Je viens d'établir historiquement que le latin se substitua
insensiblement à la langue des Gaulois et que, plus tard, il
prévalut également sur l'idiome national des conquérants
barbares. Vainqueur ou vaincu, le peuple romain semblait
être destiné à imposer au monde sa langue, ses idées, ses lois,
ses usages, ses mœurs, sa civilisation. On doit donc s'attendre
à ce que le latin fournisse les principaux éléments et, pour
ainsi dire , la substance propre de Tidiome né après lui
dans le nord de la Gaule. Cette première donnée tirée de
l'histoire se trouvera confirmée et complétée par celles plus
directes et plus précises que la linguistique va bientôt nous
offrir. Celle-ci nous montrera que le latin constitua le fonds
principal de la langue d'oïl, bien que le celtique et le tudesque
ne soient point restés étrangers à la formation du voca])ulaire
naissant de cette langue.
42 PREMIÈRE PARTIE.
Avant d'entrer sur ce sujet dans de plus amples dévelop-
pements, je crois devoir présenter au lecteur une première
preuve du fait que je viens de lui signaler, et un premier
aperçu des résultats auxquels doivent nous conduire des
recherches ultérieures ; il suffira pour cet effet de lui offrir le
RESURRECTION DU FILS DE LA VEUVE DE NAÏM.
TEXTE CELTO-BRETON,
emprunté au Testamant novez hon Aotrou
Jezuz-Krist-, traduction de M. Le Gonidec,
p. 86, col. 1.
I. Ilôgen pa dùstéé ouc'h dor kêarj
chétu é tougcd eiinn dm marô, péhini
a oa màb-pcnn-her d'hé vamm : hag
houman a oa intanvez; hag eul lôd
brâz a dûd eûz a géar a oa gant-M.
n. Ann Aotrou pa wélaz amzhi,
en doe truez out-hi, hag a lavaraz
d'ézhima wél két. Hag hén a dôstaaz
hag a lékéaz hé zourn war ann ar-
ched.
m. Ar ré hé dougé a arzaôaz;
hag é lavaraz : den-iaouank^ mé het
lavar d'id^ saô. Hang ann dén marô
a zavaz enn hé goanzez, hag a ze~
raouaz komza; ha Jézuz hé rôaz
d'hé vamm.
IV. Hôgen ar ré holl a oaénô é
krogaz spount enn-hô ; hag e veulent
Doué, ô lavarout : eur profed brâz a
zô savet enn hon touez, ha Doué a zô
deûed da icéloud hé holl.
v. Ar vrûd eûz a gément-sé a ré-
daz dré ar Judéa holl, ha dré ami
holl vrô umr-drù.
TEXTE TUDESQUE,
emprunté a la traduetion de l'Harmonie
des Évangiles de Tatian, se trouvant
dans Ammonii Alexandrini qum et Taliani
dicitur Uarmonia evsngeliorum , édit.
Sehmeller, Vienne, 1841, in-4o, p. 33.
1. SWit tiiiu Çcr t^o nciljîta 43Çijttu t^ero
aSuïgi, fenu «tliorbancr uuag gitvagan,
einng fun fmero 3)îuotcr, inti tfiiu uuaê
uuituua inti mtniqi t^cru Surgi mi^^it
mit iru.
2. îl^iamit tfiiu S-rufetin gifat), miUibu
givuorit ubar fia quab iru : SRI curi »»u;
ofenîSnti gieng juo, inti tiruorta t^ia
iata.
3. Xiiit t6«r tvuogun, gifluontun,- inti
quab : Sungo iî) quibu tbir, 2lr|lant ! 3nti
gifaj t^ie tfjav tôt uuae, inti bigonba
[:t5re^^an; inti ga5 inan finero 3Jîuoter.
4. (Sificng tijO aile for^fa, inti tn'iW-
tofotun @ob, fu« quebante : a3itf)iu miti^it
uuijago acftuont in une, inti 6itt;iu (Scb
ttuifota iîuea folïci.
5. Sntt ujgieng tî)o8 uuort in nlle Suï
bccu fon imo, inti umbi alla ttjia Santfcaf.
INTRODUCTION. 43
même morceau écrit en français, en latin, en tudesque et
dans l'un des quatre idiomes néo-celtiques. J'ai fait choix,
pour cela, d'un passage du chapitre vu de saint Luc dans le-
quel l'évangélisle raconte la résurrection du fils de la veuve
de Naïm.
RESURRECTION DU FILS DE LA VEUVE DE NAlM.
TEXTE LATIN,
traduit sur l'original grec de saint Luc.
TEXTE FRANÇAIS,
traduit sur l'original grec de saint Luc.
I. Quando ille appropinquavit por-
tée pagi, vidit mortuum portari, fi-
lium unicum matris quae vidua erat;
et turba nuraerosa hominum pagi
erat cum illa.
II. Dominus illam vidit, ctplenus
commiseratione pro illa, illi dixit:
Ne plores. Appropinquavit, et tetigit
feretrum.
ni. Et qui illum portabant, resti-
terunt, et dixit : Juvenis (homo), ego
tibi illud dico : Surge. Et mortuus
resedit, et cœpit loqui, et Jésus il-
lum reddidit suae matri.
IV. Et omnes fuerunt affecti for-
midine; et glorificabant Deum , di-
centes : Certe magnus propheta sur-
rexit in medio nostrûm, et Deus
visitavit suum populura.
V. Et ruraor de co cucurrit in tota
Judaea, et in tota vicinitate.
I. Quand il approcha de la porte
du bouro, il vit qu'on portait un morl,
fils unique d'une mère qui était
veuve,etune-.roiip nombreuse d'hom-
mes du bourg était avec elle.
II. Le Seigneur * la vit, et, plein
de commisération pour elle, il lui
dit : Ne pleure pas. Il approcha et
toucha la bicrf.
III. Et ceux qui le portaient s'ar-
rêtèrent, et il dit : Jeune homme, je
te le dis : Lève-toi (leva te). Et le
mort se rassit et se mit à parler *,•
et Jésus le rendit à sa mère.
IV. Et tous (toti) furent scisis
d'i-ffrot; et ils glorifiaient Dieu, di-
sant : Certes, un grand (grandis) pro-
phète a surgi au milieu de nous, et
Dieu a visité son peuple.
V. Et le bruit en courut dans toute
la Judée et dans tout le voisinage.
^ Pour l'origine de seigneur, voir Seignor, dans le glossaire étymolo-
gique, ch. I, sect, V. ' ■
* Pour l'origine de mit et de parler, voir Metirad et Parole, dans le
glossaire étymologique, ch. i, sect. v.
44 PREMIÈRE PARTIE.
On voit qu'en général les mots du texte français sont formés
de ceux qui leur coi respondent dans le texte latin. Cependant
l'usage qui change, (jui diversifie et qui réglemente tout en
fait de langage, n'a pas toujours voulu que toute expression
française fût formée directement par l'expression latine cor-
respondante ; beaucoup de nos mots proviennent de primitifs
latins n'ayant avec leurs dérivés français qu'une certaine ana-
logie d'idée ou tout autre rapport de signification plus ou
moins éloigné. Ce cas est assez rare dans le passage de saint
Luc ; mais toutes les fois qu'il se présente on peut recourir,
pour avoir la véritable origine du mot, au glossaire étymolo-
gique des monuments antérieurs au xii® siècle, ch. i, sect. v.
Sur soixante et onze mots différents dont se compose la
traduction française du passage de saint Luc, soixante-cinq
dérivent du latin, cinq du germanique et un seul du celtique.
Les mots provenant du germanique sont bourg, troupe, bière,
saisir f effroi, on peut voir leur dérivation dans le recueil des
mots d'origine germanique, ch. m, sect. ii. Le seul dérivé du
celtique est le mot bruit, dont la provenance est démontrée
dans le recueil des mots d'origine celtique, ch. il, sect. il. Si
au lieu de prendre le latin pour le comparer au français ,
j'eusse choisi l'italien , l'espagnol, le provençal ou tout autre
idiome néo-latin, le texte fourni par l'une de ces langues au-
rait présenté avec le texte français à peu près la même res-
semblance que nous a offerte la traduction latine \ mais si, au
lieu du breton et du tudesque, j'avais eu recours à deux autres
idiomes, l'un celtique et l'autre germanique, nous ne les eus-
sions pas trouvés plus analogues au français que ceux qui
nous ont servi de terme de comparaison.
Je dois faire observer que je n'entends point faire d'un texte
aussi court la base d'une statistique rigoureuse; je ne veux
INTRODUCTION. 45
que donner de prime abord un aperçu des rapports qui peu-
vent exister entre notre langue et les trois idiomes qui con-
coururent a sa formation. Du reste les chapitres suivants nous
fourniront à cet égard des résultats qui nous permettront d'éta-
blir nos appréciations sur des bases beaucoup plus larges. Je
vais, pour le moment, anticiper sur ces résultats afin de pré-
senter au lecteur certaines considérations générales qui, do-
minant les questions de détail, pourront jeter quelque lu-
mière sur la formation de notre vocabulaire primitif, et sur la
fusion des trois éléments qui le constituèrent. Ces considé-
rations m'offriront en même temps l'occasion de faire entre-
voir les conséquences que l'histoire pourra tirer des données
fournies par ces recherches.
Le latin qui fut d'abord parlé dans les Gaules était bien,
au fond, le même que celui qui se parlait à Rome; il n'en
différait que par une certaine quantité de mots empruntés au
celtique et au germanique, ainsi que par un certain nombre
d'altérations que lui firent subir les gens des classes infé-
rieures et pariiculièrement les gens de la campagne. Les
mots celtiques et germaniques qui s'introduisirent dans le
vocabulaire du latin rustique n'y entrèrent qu'à la condition de
revêtir la forme latine, et de suivre les lois de dérivation, de
composition, de formation et de syntaxe auxquelles étaient
assujettis les mots appartenant en propre au vocabulaire la-
tin , c'est-à-dire qu'ils durent se latiniser complètement '. Ces
* Beaucoup de nos dérivés germaniques et celtiques conservent encore
aujourd'hui des traces de leur incorporation dans la langue latine. C'est
ainsi que plusieurs substantifs, accommodés aux exigences des formes de la
troisième déclinaison, reçurent, dans les inflexions des cas obliques, une «,
qu'ils ont gardée en passant dans la langue d'oïl.
Germanique : BACHE, lat. baco, nis, fr. bacon ^ anciennement chair de
porcj BAR, baro, nis, baron; bicce, bicho, nis, bichon; brand, brando, nis,
brandon; kant, canto, nis, canton; sire, siro, nis, ciron; sporo, sporo,
46 PREMIÈRE PARTIE,
vocables d'origine barbare s'assimilèrent si entièrement au
latin , que la plupart de ceux qui s'en servirent usuellement
dans le vi^ siècle ne durent pas même se douter qu'il em-
ployaient des termes étrangers à la langue des anciens Ro-
mains. A considérer le fait sous ce seul rapport, la transfor-
mation des mots celtiques et germaniques en mots latins est
tout à fait analogue à celle qu'ont subie une foule de termes
étrangers introduits dans notre français moderne. La plupart
de ces termes , quelle que soit leur origine , grecs , arabes ,
allemands, anglais, italiens, espagnols ou provençaux, se sont
incorporés et naturalisés dans notre langue de telle façon
nis, esper on, éperon; TELLE, Mo, nis, félon; flascha, flasco, nis, flacon;
FANO, fano, nis, fanon; haver, havero, nis, haveron, avoine sauvage, etc.
Celtique : BAS ou bat, basto, nis, haston, bâton; houc'h, coucho, nis,
cochon; pikc, pincio, nis, pmson; mult, multo, nis, anciennement Wiu/ton^
aujourd'hui mouton, etc.
Les verbes germaniques, en se latinisant, remplacèrent leurs flexions an,
en, (m, par les terminaisons latines are, ère ; et la flexion jan par la termi-
naison ire. Bœtan, bctare, béter, anciennement faire mordre; krachôn,
craquare, craquer; furbjan, furbire, fourbir; warôn, warare, garare, ga-
rer; HAPPAN, happare, happer; hasten, hastare, haster, hâter; sazjan,
saisire, saisir; trinkan, trinquare, trinquer; treffen, treffare, trovare,
trouver, etc.
Les verbes celtiques se modifièrent ^'une manière analogue. Kolpa,
v/colpare, anciennement colper, aujourd'hui couper; germi, germentare,
guermenter; luska, luscare, loscher,locher; rebecha, rebechare, rabachare,
rabâcher, etc.
Des mots germaniques se combinèrent avec des prépositions et autres
particules latines pour former des composés. La préposition de, jointe à
SCYRIAN, donna desciriare, deschirer, déchirer; la préposition e ou ex, avec
FREis, forma efi'reium, effroi; avec krazô:s, ecratiniare, egratiniare, égratù-
gner; la particule re, avec nûffeln, renuflare, reniflare, renifler; re et
ad, avec dotten, radotare, radoter, etc.
Le celtique gob, bouche, forma, avec de, le composé degobilliarc, dego-
biller; in, joint à tama, couper, donna intamarc, entamer, etc.
Les diminutifs, les fréquentatifs et autres dérivés furent tous formés
d'après l'analogie latine, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en parcourant
le recueil des mots dérivés du celtique, ch. n, sect, ii, et celui des dérivés
du germanique, ch. m, sect. u.
INTRODUCTION. 47
qu'il n'est pas donné à tout le monde de reconnaître ces
intrus, et de distinguer sûrement un mot francisé d'avec un
mot français.
Du reste, les mots celtiques et germaniques qui reçurent
ainsi de la langue latine le droit de naturalisation restèrent
toujours, dans le vocabulaire rustique, en nombre bien infé-
rieur à ceux de l'idiome qui les avait adoptés. Si l'on en ju-
geait par les données que nous fournissent les trois monu-
ments en langue d'oïl antérieurs au xii® siècle, Télément ger-
manique ne serait entré que pour un quinzième dans la for-
mation de notre vocabulaire primitif, et l'élément celtique
n'y aurait été admis que pour à peu près un quatre-vingt-
deuxième, tout le reste aurait appartenu à l'élément latin.
(Voir à cet égard, et pour plus de détails, ch. i, sect. VI.)
Il est surtout à remarquer que nous devons à des primitifs
latins tous ces mots qui se présentent à chaque instant dans le
discours, et qui forment pour ainsi dire la charpente d'une
langue; tels sont : les pronoms, les adjectifs possessifs, dé-
monstratifs et numéraux, l'article, les verbes auxiliaires, les
prépositions, les conjonctions et les principaux adverbes. Un
idiome quelconque devra toujours reconnaître pour mère la
langue qui lui aura fourni ces différentes espèces de mots,
quel que soit, du reste, le nombre des termes empruntés qui
soient venus grossir son vocabulaire. C'est ainsi que l'anglo-
saxon doit être considéré comme la véritable langue mère de
l'anglais moderne, bien qu'aujourd'hui il n'y ait tout au plus
qu'un tiers des mots anglais qui soient d'origine anglo-
saxonne, les deux autres tiers étant composés presque entiè-
rement de mots provenus directement ou indirectement de
la langue latine '.
1 Voir, à cet égard, un travail intéressant fait par M. Tommerel, ayant
m PREMIÈRE PARTIE.
La langue d'oïl doit encore au latin une infinité de mots
de toute sorte servant à désigner les idées les plus répandues,
les êtres les plus connus, les objets les plus usuels et les
choses les plus nécessaires à la vie; mais il lui doit surtout,
et à peu près exclusivement, les mots qui ont rapport à quel-
qu'une des facultés supérieures de Tàme, ceux qui repré-
sentent les nobles sentiments et les passions généreuses, les
termes d'art, de science, de littérature, et en général ceux
qui sont l'expression de la civilisation , de la culture de
l'esprit, ou qui appartiennent à un ordre quelconque d'idées
relevées.
Les dérivés du celtique offrent généralement un contraste
frappant avec la dernière espèce de mots dont je viens de
parler; car ces dérivés n'expriment pour la plupart que les
idées les plus communes, les plus vulgaires, et quelquefois
même les plus triviales et les plus basses; enfin ce «|bnt les
mots que l'on trouve le plus ordinairement dans la ppuche
du peuple. liCS causes d'où résulte ce fait doivent êïi*e attri-
buées à l'état de patois oiî était tombée la langue des Gaulois,
ainsi que je l'ai précédemment démontré. Toutes les fois
qu'un patois se trouve parlé, dans un pays, concurremment
avec une langue littéraire dominante, si les gens du peuple,
^ habitués à parler ce patois, essayent de faire usage de la langue
littéraire, ils mêlent aux mots de cette langue un certain
nombre de termes usuels, familiers, vulgaires et souvent gros-
siers, qu'ils empruntent à leur idiome habituel. Comment
pourrait-il en être autrement? D'un côté, ces mots patois sont
pour eux de l'usage le plus fréquent, parce qu'ils répondent
aux nécessités et aux habitudes les plus constantes de leur
pour titre Recherches sur la fusion du franco-noimiand et de l'anglo-saxon;
Paris, 4844, in-S".
INTRODUCTION. 49
genre.de vie; d'un autre côté, ce sont précisément les ex-
pressions dont ils connaissent le moins les équivalents dans
la langue dominante, car ce sont en général celles qu'ils en-
tendent le moins souvent sortir de la bouche des gens appar-
tenant aux classes supérieures, qui font un usage habituel de
cette langue. J'ajouterai, pour compléter mon observation,
que ces derniers eux-mêmes ignorent assez ordinairement
quels sont, dans la langue littéraire, les équivalenîs de beau-
coup de termes communs, populaires, triviaux que les gens
de toute classe ne se font pas scrupule d'emprunter au patois
de la localité. Leur ignorance à cet égard provient de ce que
les mots de cette sorte se rencontrent assez rarement dans
les auteurs, dont la plupart traitent des sujets relevés; et
cependant les auteurs sont à peu près les uniques maîtres
chez lesquels on puisse apprendre la langue littéraire dans des
contrées où elle est, pour ainsi dire, une langue étrangère.
Les faits que je viens d'avancer ne seront certainement pas
contestés par le voyageur observateur qui aura parcouru nos
diverses provinces, soit celles où le patois, encore en usage,
se mêle constamment au français, soit celles où le patois,
ayant disparu comme idiome particulier, a néanmoins laissé
des preuves manifestes de son existence passée par la per-
sistance de certains termes qui en proviennent, et qui ont
été conservés dans le français usité parmi les gens de la
même province. Quant au lecteur qui n'aurait point eu l'oc-
casion de s'assurer par ses propres oreilles de l'exactitude
de mes remarques, il pourrait y suppléer en parcourant
quelques-uns des ouvrages spéciaux destinés à faire con-
naître aux provinciaux les expressions vicieuses dont ils se
servent, et principalement à leur signaler les mots provenant
du patois dont ils font usage en parlant le français. Parmi ces
50 PREMIÈRE PARTIE,
ouvrages, je puis indiquer ici, pour le Languedoc, celui de
Desgrouais '; pour la basse Provence, celui de M. Gabriéli^;
pour le Dauphiné et la haute Provence , le recueil de
M. Rolland^; pour le midi de la France en général, celui
de Sauger-Préneiif*\ pour le Lyonnais, celui de Molard^\
pour la Lorraine et autres provinces du nord-ouest, celui
de Michel".
Les mots patois francisés que l'on trouve le plus fréquem-
ment relevés par ces auteurs ont généralement rapport aux
occupations, aux habitudes et aux idées du peuple, à ses
sentiments, à ses penchants, à ses mœurs, à ses divertisse-
ments, à son genre de nourriture, au mode d'habitation qui
lui est propre, aux vêtements qui lui sont particuliers dans les
différentes contrées, aux ustensiles de ménage et autres d'un
usage commun, à l'agriculture, aux animaux, surtout aux ani-
maux domestiques, aux bêtes de somme et au bétail; aux dif-
férentes maladies, et spécialement aux maladies de la peau
que la malpropreté engendre si communément parmi les gens
de la basse classe, aux diverses parties du corps humain, par-
ticulièrement à celles que la décence ne permet pas de laisser
à découvert, et que souvent elle ne permet pas même de
* Les Gasconismes corrigés, par Desgrouais, professeur au collège royal;
Toulouse, 1748, in-S».
^ Le Manuel des Provençaux, ou les Provençalismes corrigés, par Ga-
briel!; Marseille, 1836, in-12.
^ Dictionnaire des expressions vicieuses et des fautes de prononciation les
plus communes dans les Hautes et Basses-Alpes, par M. Rolland; Gap,
1810, in-S".
* Dictionnaire des locutions vicieuses usitées dans le midi de la France,
par Sauger-Préneuf; Paris, 1827, in-8°.
* Le mauvais langage corrigé, par M. Molard, 4^édit. Lyon, 1810, in-12.
' Dictionnaire des expressions vicieuses usitées dans un grand nombre
de départements, et notamment dans la ci-devant province de Lorraine, par
J.-F. Michel; Nancy, 1807, in-8».
INTRODUCTION. 51
nommer; enfin aux excréments, soit de l'homme, soit des
animaux.
Un fait très digne de remarque, c'est que les mots cel-
tiques qui passèrent dans le latin rustique, et de celui-ci dans
la langue d'oïl, appartiennent à peu près exclusivement à ces
mêmes ordres d'idées, ont trait à de pareils objets et à de
semblables habitudes.
Mots d'origine celtique.
Termes relatifs à l'agriculture, à la terre, à l'état, la nature,
la configuration et les divers accidents du terrain, aux cours
d'eau, aux substances minérales et métalliques, aux végétaux;
mots servant à désigner des arbres, des arbustes, des niantes,
leurs fruits, leurs fleurs, les parties qui les composent, etc. :
aluine, anciennement absinthe; arpent, bar, autrefois fange;
bétolne, bille, pièce de bois; bouleau, bran, anciennement son ;
brance, sorte de froment; branche, bray, autrefois boue; hroil,
anciennement taillis; brout et broutille, bruyère; carrière, cep,
combe, autrefois vallée; coquelicot, drylle, chêne femelle;
dune, monticule au bord de la mer; fagot, gaule, glai, ancien-
nement verdure; glane, gloe, autrefois menu bois, menues
branches; glui,, anciennement javelle; grès, grève, guède,
plante tinctoriale ; guéret, guirlande, feston de fleurs •,jorroise,
anciennement sorte de prunelle; larris , autrefois lande;
marne, mine, motte, noe ou noue, petit cours d'eau ; palet, pan,
autrefois contrée; peautre, anciennement étam; penne etpen-
nette, autrefois colline; pioche, plâtre, ratin, anciennement
fougère; rigole, roc, ruche, samole, plante; soc_, lan, écorce de
chêne; tasse, anciennement touiîe d'arbres; turet, autrefois
monticule; verne, arbre nommé aujourd'hui aune.
Mots servant à désigner des animaux domestiques et autres;
52 PREMIÈRE PARTIE,
termes relatifs au bétail, aux troupeaux, aux bêtes de
somme, aux chevaux, etc. : alouette, brian, anciennempnt
ciron ; canco//e, autrefois hanneton; claie de \iarc ; clnvelée,
cochon, coq, dia, mot dont se servent les charretiers pour
faire déiourner leurs chevaux; escache, mors de cheval;
e.ycoii^e, anciennement milan ; es courgée, fouet', étalon, freux,
sorte de corneille; furet, geai, goéland, gourme, gourmette,
^ourna/, anciennement poisson que nous nommons aujourd'hui
rouget ; graisset, sorte de grenouille; hobereau, oiseau de proie;
jars, oie mâle; loche, poisson; mâtin, gros chien ; mouchet, oi-
seau de proie ; mouton, pinson^ trot, truie, turbot, veltre, an-
ciennement lévrier.
Mots relatifs au corps de l'homme et des animaux, à leurs
membres, aux diverses parties dont ils sont composés, à leurs
divers états, àleur âgr-, à leurs actions principales, à leurs fonc-
tions vitales, à leurs sécrétions, à leurs excréments, à leurs
maladies, à leurs infirmités, à leurs incommodités, etc. : ba-
chelier, anciennement jeune garçon; baillet, autrefois cheval
ayant une tache blanche au front; bane, anciennement corne;
bave, bouse, boyau, braire, breton, autrefois rot, flatuosité qui
s'échappe par la bouche; cas, mot familier signifiant excré-
ment; cheminer, clavelée, darne, tranche de poisson; dégohiller,
échine, escrache, anciennement gale, maladie de la peau ; es-
craffe, autrefois coquille ; estalles, anciennement tesiicules •
fou, gale, maladie de la peau : gazouiller, gigot, glaire, ha-
leine, jambe, jarret, lagagne, anciennement chassie; longe,
partie du veau et du cerf; y^au^/'e, autrefois gros garçon; rache,
ancinnemenl gale, maladie de la peau; teigne, maladie de la
peau; teton, tic, torche, fiente des bétes fauves à demi formée ;
tripe, valet, autrefois jeune homme ; vit, membre viril.
Mots relatifs aux bonnes et aux mauvaises qualités de Tes-
INTRODUCTION. 53
prit et du corps, aux impressions produites sur l'âme, aux
sentiments, aux passions, aux penchants, aux goûts, aux habi-
tudes, aux mœurs, aux divertissements, à la danse, à la musi-
que, etc. : abrivéj autrefois vif, impétueux ; ar. ogant, atainey
anciennement querelle; bade^ autrefois discours fiivole, bali-
verne; barat, anciennement tromperie ; barguigner^ autiefois
marchander; bourde, anciennement menterie; brusque, ca-
vole, ancienne sorte de danse; coint ^ anciennement gentil,
aimable , agréable ; danse , dorloter^ dru , hardi , vif, alerte ;
ébaubi, e?iganer, anciennement tromper; fringuer, autrefois
danser; galant, anciennement gaillard; gobe, anciennement
hâbleur , vantard ; gober, gogue , autrefois plaisanterie, d'où
goguenard ; gourmand, grignoter, guermenter, anciennement
se lamenter; hait^ anciennement plaisir, satisfaction; hatir,
autrefois quereller; hide, anciennement frayeur ; viiste, an-
ciennement gentil, propret, bien mis; moquerie, morgue,
orgueil, rabâcher, rabardel, sorte de chant; rogue, rotle, an-
cien instrument de musique à cordes; sale, sorner, ancien-
nement railler; souhait, tabut, autrefois tapage, vacarme, que-
relle; tache, anciennement bonne ou mauvaise qualité; talent,
autrefois propension de l'esprit; te' Ion , ancienne sorte de
harpe ; trimer, marcher vite et avec fatigue ; trôler, aller çà et
là ; trompe et trompette .
Mots relatifs aux ustensiles, aux vases, aux outils, aux
instruments, aux armes offensives et défensives, ou à quel-
ques-unes des parties qui composent ces objets; expressions
qui ont trait à des choses serv;.nt à des usages domestiques et
habituels, à certaines occupations et actions manuelles, à des
métiers, etc. : bahequin, autrefois soufflet pour allumer le feu;
ballai, baril, bâton, bene!, anciennement chariot; bertauder,
autrefois tondre ; broche^ charrée, claie, coche, couper, drowne,
54 PREMIÈRE PARTIE,
havresac de chaudronnier de campagne; écheveau^ escache,
mors de cheval ; escourcjée, fouet; gieser, sorte d'ancien jave-
lot; gùnblet, anciennement vrille; gobelet, goy^ autrefois cou-
peret; hanouar, anciennement porteur de sel ; hart, autrefois
Iien;ya/e, anciennement seau, baquet; lancCyinalras^ autrefois
gros trait d'arbalète; magnan, anciennement chaudronnier;
mortaise j pairol, autrefois chaudron ; pavois et pavesche, sorte
d'ancien boucWer ', picotin, ruche, soc, torche, bouchon de paille
à Tusage des maçons; tréteau , trieule , anciennement poulie.
Termes relatifs aux vêtements et aux parties qui les com-
posent, à la manière de s'habiller, aux ajustements, à la pa-
rure, etc. : bagage^ barrette, bonnet ; bijou, botte, chaussure ;
bouge et bougette, anciennement bourse; bragard, autrefois
bien vêtu, élégamment paré; braie, casaque, drille, ancienne-
ment haillon, guenille, loque ; gone et gonelle, sorte d'ancienne
casaque; gousset, mwfe, anciennement bien mis, bien vêtu, pro-
pret; mitaine, saie, sorte d'ancienne casaque; tacon, autrefois
pièce que l'on met a un soulier; toque, bonnet; trousseau.
Mots relatifs l'habitation, à la demeure, k la maison, aux
parties qui en dépendent ou qui entrent dans sa construction,
aux voies de communication, etc. : balet, sorte d'ancienne ga-
lerie couverte ; baraque, brique, cabane, carrière, lieue, plâtre,
route, rue, solive.
Mots relatifs à la nourriture , aux aliments , aux bois-
sons, etc. : boudin, cervoise, anciennement bière; darne, tran-
che de poisson; crêpe, sorte de pâte frite; gâteau, gigot, gobelet,
lèche, lie, longe, partie de veau ou de cerf; mègue, ancienne-
ment petit-lait; tourte, tripe.
Mots servant à exprimer diverses idées, lesquels n'ont pu
trouver place dans aucune d^s classifications précédentes : bas,
profond; brouiller, bruit, chôme), druge, autrefois tapage; en-
INTRODUCTION. 55
tamer, galerne, vent du nord-ouest; hâle du soleil ; hardée^
anciennement paquet; haret, autrefois bord; /larf, ancienne-
ment gris; locher, pièce ^ plonger, raie, rang, sorte, suie, tas,
trou.
Si nous examinons avec la même attention les mots que
nous a fournis la langue germanique, nous trouverons qu'un
bon nombre d'entre eux révèlent des occupations, des liabi-
tudes, des mœurs et des usages fort (iiffér'nts de ceux qui
nous ont été révélés par les dérivés celtiques. On s'aperçoit
qu'il ne s'agit plus de gens relégués dans les derniers rangs de
la société; les (iermains étaient des barbares, il est vrai, mais
c'étaient des barbares victorieux, conquérants et dominateurs.
Avant tout, ces fiers enfants du Nord étaient des hommes de
guerre, avides de [àllage et de butin. Une partie d'entre eux,
non cont( nts des excursions qu'ils faisaient chez leurs voisins,
allaient porter au loin les ravages et la dévastation au moyen
delà piraterie qu'ils exerçaient, soit sur les côtes" de l'Océan,
soit le long du rivage des fleuves. Mais, après leur établisse-
ment dans les Gaules, ce fut pour eux une nécessité de mettre
un frein à leur rapacité et à leurs brigandages; ils sentirent le
besoin de s'imposer des lois à euxrmêmes, afin de donner
quelque garantie d'ordre et de stabiliié à leur nouvelle con-
quête. Lorsque la guerre cessa d'être pour eux un moyen
suffisant d'existence et une source abondante de richesses,
beaucoup d'entre eux furent obligés de s'adonner à l'agricul-
ture et au soin des troupeaux; mais ce ne fut qu'à regret, car,
après le maniement des armes, leurs exercices favoris étaient
les courses à cheval, la chasse et 'a pêche. Les plaisirs qui
avaient le [dus de charme pour eux étaient h' bonne chère, le
vin, les femmes et les débauches de toute sorte. Une quantité
considérable de mots germaniques qu'ils firent passer dans la
56 PREMIÈRE PARTIE,
langue latine, el qui sont arrivés jusque dans la nôtre, confir-
ment à tous cgards les rapports que nous a conserv«3S l'histoire.
Ces mots sont relatifs à la guerre, à la navigation ', a. la légis-
* Il est possible que plusieurs de ces termes nous viennent des Francs,
et particulièrement des Francs Ripuaires, assez adonnés à la navigation;
mais je suis convaincu que la plus grande partie nous ont élé fournis par
les pirates normands qui, dans le ix^ et le x^ siècle, s'établirent dans le
nord-ouest de la Gaule. Les Normands paraissent avoir conservé pendant
quelque temps l'usage de leur langue nationale, principalement ceux qui,
habitant le voisinage de l'Océan , pouvaient avec le plus de facilité se livrer
à la piraterie. Du temps de Guillaume Longue-Épée, le danois, qui n'était
plus guère parlé à Rouen, était la langue la plus généralement usitée à
Bayeux. Aussi ce duc voulut-il que son ûU Richard fût élevé dans cette
dernière ville, afin que le jeune prince pût facilement apprendre la langue de
ses ancêtres, qui était encore celle d'un grand nombre de ses futurs sujets; il
pensait d'ailleurs que cette langue pouvait faciliter à son fils les moyens d'en-
tretenir des rapports d'alliance et d'amitié avec les princes du Danemark.
Dudon de Saint-Quentin, qui nous a transmis ce fait, met les paroles sui-
vantes dans la bouche de Guillaume Longue-Épée : « Quoniam quidem Ro-
thomagensis civitas romana potius quam dacisca utitur eloquentia, et Ba-
jocaceiisis fruitur frequentius dacisca lingua quam romana; volo igitur ut
ad Bajocacensia deferatur quantocius mœnia, et ibi volo ut sit, Botho, sub
tua custodia, et enutriatur et edocetur cum magna diligentia, fervens lo-
quaàtate dacisca, tamque discens tenaci memoria, ut queat sermocinari
profusius olim contra Dacigenas. (Dudo S. Quantini, apud du Chesne,
412, D.)
Ce passage se trouve confirmé par Benoit de Sainte-Maure, dans la Chro-
nique des ducs de Normandie ;
Si a Roem le faz garder
Et norrir gaires longemeui,
Il ne saura parlier neient
Daneis, kar nul ne Vi parole.
Si voil qu'il selt a tcle escole
Où l'en le sache endoctriner
Que as Daneis sache parler.
Ci ne sevent riens fors romanz ;
Mais à Baiues eu a tanz
Qui ne sevent si duiieis non;
Et pur ceo, sir quens Bolon,
Voil que vos Taiez ensemble od vos;
De lui enseigner corius
Garde e maistrc sciez de lui.
{Ckiv>t. det ducs Je Sorm., t. !, p. 479 MO.)
Le moi ilotte, qui nous est recté, était un mot de la langue des Nor
INTRODUCTION. 57
lation barbare, à l'agriculture, à réquitation, à la chasse, à la
pêche, k la bonne chère, aux débauches et au libertinage.
Nous remarquerons, en outre, beaucoup de termes qui peu-
vent fournir quelques clartés sur la manière dont les barbares
étaient habitués à se vêiir et a se nourrir, sur leur genre d'ha-
bitation, sur leurs meubles et leurs ustensiles, sur leurs délas-
sements, sur leurs superstitions, sur leur caractère, leurs pen-
chants, leurs bonnes et leurs mauvaises qualités, leurs défauts
et leurs vices; beaucoup d'autres expressions ont traitàFhomme
et aux animaux, à leurs facultés et à leurs fonctions vitales, aux
végétaux tt aux couleurs ; enfin, un grand nombre de dérivés
germaniques s'appliquent à des idées de toute espèce qui ne
se prêtent guère à la classification. On doit particulièrement
remarquer, parmi ces mots, plusieurs expressions qui, ayant
mands, ainsi que nous l'apprend l'historien Glaber: «Clam egrediens ad
praedictam Norraanorum gentem, illis tantummodo primitus adhaesit qui assi-
due raptui servientes, victum caeteris ministrabantquos etiam illi communiter
flottam vocant. » (Liv. I, ch. v.) Glaber parie des détachements qui allaient
piller le pays pour fournir des subsistances à la flotte normande qui rava-
geait les côtes. — Ce serait une erreur de croire, avec certains auteurs, que
presque tous nos termes de navigation nous ont été fournis parles Anglais.
Je ne disconviens pas qu'ils ne nous en aient fourni quelques-uns; mais il
est à remarquer que la plupart de ces termes existaient déjà dans notre
langue au xn« et au xni* siècle, ainsi qu'on peut s'en convaincre en par-
courant nos écrivains de cette époque, dont j'ai reproduit quelques passages
dans mon recueil des mots dérivés du germanique, aux articles Est, Ralin-
gue, Esturman, Gurdingue, Hel, Esnesque, etc. On peut encore, à cet égard,
consulter avec fruit l'Archéologie navale de M. Jal. La marine anglaise
n'avait pas, avant le xu^ siècle, l'extension qu'elle a prise plus tard, et l'An-
glais ne pouvait nullement nous imposer ses termes. Je serais, au contraire,
assez disposé à croire que plusieurs de nos mots relatifs à la navigation ont
été, comme tant d'autres, importés en Angleterre par les compagnons de
Guillaume le Conquérant. Enfin on peut observer que beaucoup de ces mots
se rapprochent bien plus du danois ou du suédois que de l'anglais ou de
l'anglo-saxon; les primitifs de plusieurs d'entre eux manquent complète-
ment, .dans ces deux dernières langues, tandis qu'ils se retrouvent dans le?
deux premières.
58 PREMIÈRE PARTIE,
dans le germanique un sens indifférent, "ou même favorable,
semblent avoir fourni matière à la malignité, à la jalousie et à
l'esprit de dénigrement des Gallo-Romains. Ces mots, passés
dans le latin rustique avec une acception défavorable, sont
arrivés jusqu'à nous, qui les prenons encore en mauvaise part,
ou les employons par dérision ou par moquerie.
Mots d'origine germanique.
Termes relatifs à la guerre, aux combats, aux armes et a leur
maniement : adouber, armer quelqu'un chevalier; algier^ sorte
d'ancien javelot; baate, autrefois garde; bagarre, bannière,
bander un arc; beffroi, ancienne espèce de tour roulante;
beourd, autrefois choc de lances ; blinde, terme de fortifi-
cation; berme, bouclier, boulevard, bouzon, anciennement
gros trait; brand, ancienne sorte de glaive ; brandir, bretecque,
autrefois palissade; bricole f ancienne machine de guerre;
fcy'oi^ne, ancienne sorte de cuirasse ; butin, ca/;/er, anciennement
tailler en pjèces ; car^M0i5, cembel, autrefois combat partiel;
champ, anciennement guerre ; cible coiffe, autrefois sorte de
casque; crane^um, ancien instrument servant a banderL s arba-
lètes; cuire ou cuivre, autrefois carquois; dague, dard, désarroi,
dolequin, sorte d'ancien poignard ; drille, anciennement soldat
exercé aux manœuvres; échalgaile, anciennement compagnie de
gens de guerre chargés de faire le guet; ^/^/ew, escAac, ancienne-
ment butin; eschive, anciennement donjon; escrime, escarmou-
che, escarpe, esch é/e,anciennementbataillon; e^/m^ue, autrefois
fronde; esparre, ancienne sorte de javelot, pique; espringarde,
ancienne machine de guerr»'; esioc, estor, anciennement com-
bat, mêlée; estramaçm, fanon, flèche, fin, pierre pour fourbir
les épées;/our6/r, fuerre, anciennement fourreau d'épée; gain,
autrefois butin remporté sur les ennemis (voir ce mot dans le
INTRODUCTION. 59
recueil des dérivés germaniques, chap. m, sect. ii); gamboison,
ancienne sorte de pourpoint rembourré servant de cuirasse;
^we/t/f^anciennement compagnie de gens de guerre -, guiche,cour.
roie servant à fixer le bouclier au bi as du combattant ; gonfanon,
autrefois étendard; guerre, guefy guimple, anciennement ban-
derole, cornette; hallebarde, hampe, hmcère, autrefois poignée
d'une épée; hanac^, anciennement sorte de poignard; hansart,
anciennement javelot; hante, autrefois manche d'uneballebarde;
hardi, anciennement aguerri, brave dans les combats (voir ce
mot parmi les dérivés germaniques, chap. m, sect.ii); haubert,
heaume, h It, anciennement gai de d'épée ; héraut, herberge,
autrefois campement militaire; hère, anciennement armée; Ao-
guema», anciennement chef, capitaine; javeLt, maréchal, officier
militaire; pelfre, autrefois butin; rapière j renge, autrefois an-
neau servant à supporter l'épée; rcse, anciennement expédi-
tion militaire; ribaud, autrefois soldat d'avant-garde, rundache,
sorte d'ancien bouclier; route, anciennement compagnie de
gens de guerre ; sac, pillage complet d'une ville : sahs, ancien-
nement coutelas; saqueman, autrefois pillard; targe, sorte
d'ancien bouclier; trêve, wigre, sorte d'ancienne pique.
Termes relatifs à la navigation, à la marine, à la mer, aux
fleuves, aux rivières, aux cours d'eau en général, etc. : affalé,
agrès, amarre, anspect, avarie, bâbord, bac, baie, baille, balast,
balise, baigue, bateau, bau, baudequin, beaupré, bélandre, bergue,
berne, bief, autrefois cours d'eau ; bitte, bomerie, bord d'un na-
vire; bosscman, bouée, bouline, bout employé pour proue;
bressin, brin, anciennement bord d'une rivière; brise, bru,
autrefois ruisseau; biœe, anciennement petite barque; cale,
canot, câpre, chaloupe, cingler, clamp^ coche, crique, crâne, dérive,
digue, dogre^ drague, drenc, drosse , ébe, écore, écoupe , écoute,
, élingue, épisser, eschipre, anciennement matelot; emesque,
60 PREMIÈRE PARTIE.
espars, esqxiif\ est, estrope, estière, anciennement gouvernail ;
eslurmariy étambot, étrain^ étrave, falaise, faubert, foc, frégate,
flaque d'eau, flotte, fret, gréer, gurdingue, anciennement cargue ;
haler, hamac, haubans, havre, hel, héler, heus , ancien
navire de transport; hisser, houle, houpée, hulot, hune, lama~
neur, last, lège, lest, lof, louvoyer, luzin, mât, merlin, nord,
ouest, paise, anciennement baie; pilote, pinque, quèche, quille
de navire; rahans, racage, rade, ragué, ralingue, ras de marée,
récif t rin, autrefois source; ris, semaque, senauj stangue, sud,
tarir, tide, anciennement marée; tillac, tolet, touer, tribord,
vague, varangue,varech,voguer. Plusieurs de ces mots ne sont
plus employés aujourd'hui; voir pour leur signification le
recueil des mots d'origine germanique, ch. m, sect. ii.
Mots relatifs à la législation, à la condition sociale de
rbomme, à la constitution de la famille, à la justice, aux fonc-
tions publiques, à l'état politique de la nation, à Tadministra-
tion, aux monnaies, aux poids et mesures, etc. : alleu, ambas-
sadeur, arban, autrefois corvée; orramir, anciennement s'en-
gager à comparaître en justice; fean, èeJeflu, autrefois appa-
riteur, huissier; bers ou baron, anciennement homme libre et
de bonne condition; bigre, anciennement garde forestier;
bru, bruman, autrefois gendre; chopine, deeme, anciennement
servante; échevin, édel, noble; échiquier, autrefois cour de
justice où Ton jugeait les affaires relatives au fisc; empan,
enheudé, terme de coutume [yoir ce mot parmi les dérivés
germaniques, cbap. m, sect. Il); escalin, ancienne monnaie;
esclate, autrefois race; essoine , anciennement empêche-
ment de comparaître en justice; esteu, ancienne mesure de
capacité; estrique, anciennement bâton que l'on passait sur la
mesure pour en faire tomber le grain excédant \ J'aide, autre-
fois droit de vengeance exercé sur la personne d'un meurtrier
■^INTRODUCTION. 61
parles parents de sa victime ;/J?r/m, ancienne monnaie ;/erfon,
anciennement la quatrième partie du marc; fief, frais, dépense
qu'entraîne la perte d'un procès; /ranc, libre; froiichine, an-
ciennement servante; gabelle, gage, garant, gazaillCf autrefois
association; ^rome, anciennement valet; Aanse, autrefois so-
ciété de marchands; haro, anciennement cri, clameur pour
appeler au secours en poursuivant un malfaiteur, ou bien
pour réclamer justice; havée, ancien droit seigneurial;
hovir, anciennement fermier; leudes, autrefois vassaux; ma-
cagne , autrefois puissant; mainbour, anciennement tuteur,
curateur; marc, poids; marcAe, anciennement frontière; mar-
quis, meutre, nam, anciennement gage donné par le débiteur;
opdalie, épreuves du jugement de Dieu; pinte, pleige, autieiois
caution; racaille, rhin, anciennement anneau servant à don-
ner l'investiture ; riche, outre l'acception qu'il a aujourd'hui,
ce mot signifiait autrefois puissant; saisir, anciennement
mettre quelqu'un en possession de quelque chose; scaphion,
autrefois voleur; sénéchal, utlage, autrefois proscrit.
Mots relatifs à l'agriculture, au sol, aux. troupeaux, aux
bêtes de somme, etc. : badille, anciennement hoyau; barde,
autrefois sorte de bât; beser, se disait autrefois des vaches
qui, piquées par les mouches, se mettent à courir; blé, bois,
borne, bracque , anciennement jachère; drageon, épeautre,
esfowte/, autrefois aiguillon pour piquer les bœufs; haie, j'aide,
anciennement bercail; yba/c, autrefois troupeau; /oM/rcr^e,
jrésange, anciennement jeune porc; gain(vo\r ce mot parmi les
dérivés germaniques, chap, m, sect. ii) ; gaud, anciennement
forêt; gazon, gerbe, glaise, houe, jardin, javelle, marais, rase,
autrefois canal, fossé; rouir, saper, anciennement piocher;
tige, troupeau.
Termes concernant l'équilation, et expressions relatives au
62 PREMIÈRE PARTIE,
cheval : bride, croupe, éperon, eslrac, ancien terme de manège ;
étamper , étrier, galop, gulledin , cheval hongre ; haguenée,
housse, maréchal ferrant, rosse, train.
Termes relatifs a la chasse, à la fauconnerie et àToisellerie;
mots servant à désigner divers oiseaux, divers gibiers, etc :
agasse, autrefois pie ; aigrette, sorte de héron ; bauge, lit fan-
geux du sanglier; berser, anciennement chasser k Tare; biche,
braquCf sorte de chien ; caille, chamois, chouette, clapier, élan,
émérillon, épervier, épois , cors pointus des perches du cerf;
gans, anciennement oie sauvage; garenne, gerfaut, goire, an-
ciennement sorte d'oiseau de proie; grifau, autrefois oiseaux
de proie en général; halbran, anciennement jeune canard
sauvf«ge; harde, troupe de bêtes fauves; hall, autrefois repaire;
hase, femelle du lièvre; hibou, hulotte, trou de lapin; leurre,
mésange, moineau, mouette, pimon, trappe, piège; trâle, sorte
de grive.
Mots relatifs à la pêche, ou servant à désiguer des poissons,
des crustacés, des coquillages, etc. : alose, anchois, brème,
buckjol, anciennement hareng ; carpe, dogre, éperlan, estur-
geon, flet, hareng, homard, lamproie, plie, welque, autrefois
sorte de coquillage.
Mots relatifs à la nourriture, aux aliments, aux boissons, à
la bonne chère, au plaisir de la table et à celui des femmes,
aux débauches, au libertinage : bâfrer, bacon, an( iennement
chair de porc; barnesse, anciennement femme débauchée;
bière, bordel, brais , autrefois orge préparée pour faire la
bière; brandevin, hrinde, coup bu à la santé de quelqu'un ;
chanteau, chinquer, anciennement boire beaucoup; godailler,
faire une orgie; drèche, orge fermentée pour faire la bière ;
échanson, flan, fiiche , anciennement quaitier de pcîrc salé;
gaufre, giest, anciennement levure de bière; godale, autrefois
INTRODUCTION. 63
hier e'j goinfre j gom'ne, anciennement prostituée; gruger, gruau,
^lier, anciennement libertin, débaucbé; hore, autrefois pros-
tituée; malt, orge préparée pour faire la bière; maquereau ^
homme qui fait métier de procurer des femmes; maton, an-
ciennement caillebotte; mets, mies, autrefois sorte d'hypocras ;
ramequin, rvjjîen, autrefois débaucbé, libertin ; soupe, trinquer.
— Voir à l'article des Mots relatifs aux meubles, etc. les noms
de plusieurs sortes de vases propres à contenir de la boisson.
Mots relatifs aux vêtements et aux parties qui les compo-
sent, à rbabillement, à l'équipement, à la parure, aux orne-
ments, aux bijoux, etc. : bague, bou, espèce d'ancien bracelet;
houracan, coiffe, cotte, sorte d'ancienne casaque ; écharpe, es-
tival, sorte d'ancienne botte; étoffe, feutre, froc ^ gamboison,
espèce d'ancien pourpoint rembourré servant de cuirasse aux
gens de guerre; gant, guimple, anciennement voile ; guipure,
haillon, haire, houses, sor e d' nc\en es guêtres; hucque, sorte
d'ancienne casaque ; huve, ancienne coiffure de femme ; jaque,
es[)èce d'ancienne CiisaqucàTusage des gens de guerre; loque,
moufle, sorte de gros gmt; nippes, nusches, anciennement bra-
celet, etc.', poche, rocket, sorte d'ancien sarrau; rhin, ancien-
nement anneau; sarreau, tabart, ancienne sorte de casaque ;
tasque, autrefois poche; tijfer, anciennement coiffer.
Termes concernant l'habitation, la demeure, la maison et
les parties qui en dépendent, les villes ou les villages, les
voies de communication, etc. : borde, anciennement maison
des champs, métairie; bourg, buron, anciennement sorte de
cabane; cahute , clinche, autrefois loquet; dalle , dore, ancien-
nement porte; échoppe, écraine, anciennement sorte de hutte;
esteil, autrefois poteau; estrée, autrefois chemin; étape ou
e5/ûfyj/e, anciennement marché public; ^aô/e, autrefois pignon;
guichet, haie, halle, hameau, hangar, hourd, anciennement claie ;
64 PREMIÈRE PARTIE.
hutte, loc, autrefois sorte de fermeture, d'où loquet; salle, seuil,
stalle, taudis.
Mots servant à désigner des meubles, des ustensiles, des
outils, des instruments, des vases ou quelques-unes de leurs
parties, et enfin diverses choses servant à des usages domes-
tiques et habituels : alêne, attache, bahuts anciennement sorte
de coflVe; hanc, lande, bar, ancienne sorte de civière; barde,
autrefois hache; bardeau, bassin, bière, cercueil; bondon,
botte, sorte de tonneau; boucle, brequin, brin d'estoc, huée,
canapsa, cane, anciennement cruche; canif, caque, cercueil,
chopine, clapet, clinche, anciennement loquet; o'oc, cione,
machine pour charger les vaisseaux; crosse, dais, dois, autre-
fois table; échasse, écran, écrou, épolet, bobine de tisserand;
eschelle, anciennement sonnette; esclisse, autrefois traîneau;
estachc, anciennement sorte de poteau ; estrique, anciennement
radoire; estave, autrefois chandelle de cire; es^ew, ancien vase
servant de mesure pour les liquides; estroie, aiiciennement
attache; étai, étau, étangiies, grandes tenailles; étuve, fauteuil,
flacon, guindre, sorte d'ancien rouet; hanap, ancienne sorte
de vase à boire, coupe; happe, autrefois crampon; hasple,
sorte d'aïKÙen dévidoir; havet, anciennement crochet; havre-
sac, hie, hotte, houe, instrument de labourage; housse, huche,
landier, lajette, caisse :.lisbette, anciennement sorte de petit
lit; manne, sorte de corbeille ; picher, sorte d'ancienne cruche j
pinte, poulie, ripe, outil de maçon ^ sahs, anciennement cou-
teau ; séran, instrument servant à peigner le lin ; tonneau,
tondre, anciennement mèche, amadou ; torche, touaille, autre-
fois essuie-mains ; toupin, instrument de cordier.
Termes relatifs a des délassements, à des divertissements,
à des amusements, à des jeux, à des exercices corporels, à
la danse, à la musique, à la poésie, etc. : balle à jouer; brelan.
INTRODUCTION. 65
autrefois table à jeu; bricoler, chouler, anciennement jouer à
divers jeux où l'on lance un corps sphérique ; espringale^ sorte
d'ancienne danse; gigue^ ancien instrument de musique;
harpCf loure, sorte d'ancienne musette; luth, quille à jouer;
Tandon^ autrefois course rapide ; nme, toupie, tumer, ancien-
nement bondir, danser; werbeler, taire des roulades en chan-
tant.
Mots relatifs à des superstitions, à des penchants supersti-
tieux : bigoty dévot outré et superstitieux; cauchemar (voir
l'article qui concerne ce mot dans le recueil des mots dérivés
du germanique, chap. m, sect. ii); garou, gobelin, lutin; helle-
guin, fantôme fameux au moyen âge; truiller, ensorceler, en-
chanter.
Mots relatifs au caractère, aux bonnes et aux mauvaises
qualités du cœur et de l'esprit, aux bons et aux mauvais pen-
chants, aux sentiments, aux passions, aux impressions pro-
duites sur l'àmp, etc. : affres, babil, bald, anciennement gail-
lard, éveillé, joyeux; helhue, autrefois menterie, tromperie;
belitre, boisdie, anciennement tromperie; ^rai'^^, ancienne-
ment ardent; bricon, autrefois scélérat; buisnart, autrefois
sot; cAe/me, anciennement scélérat; </ru, anciennement ami,
amant; échars, autrefois avare; effroi, estout, anciennement
hardi; étourdi, félon, frayeur, gab, anciennement raillerie;
goinfre, graims, anciennement triste, chagrin ; gredin, guille,
anciennement tromperie ; guischard ou guichard, ancienne-
ment rusé; hagard, haïr, haire, autrefois angoisse; hardi,
hargnieux, hoguineur, anciennement moqueur; honte, houle,
autrefois maison de prostitution ; lober, anciennement trom-
per, mentir; morne, triste; narguer, radoter, re'chin, ancien-
nement chagrin, de mauvaise humeur ; ruffien, anciennement
libertin, débauché ; safre, autrefois gourmand ; soros, ancien-
6€ PREMIÈRE PARTIE.
nement douleur, chagrin; sot, tricher, tule, autrefois sot; vise,
anciennement prudent, rusé.
Mots relatifs au corps de Thomme et des animaux, à leurs
membres, aux parties dont ils sont composés, à leurs divers
états , à leurs fonctions vitales , à leurs actions principales ,
à leur âge, k leurs qualités et à leurs défauts corporels, à
leurs maladies, a leurs infirmités, à leurs incommodités, etc.:
beter, anciennement mordre; blostre, autrefois tumeur; pied
botj bourre^ bramer, braon, anciennement mollet, fesse; bré-
chet, os delà poitrine; bréhaigne, anciennement stérile; brus,
autrefois poitrine ; bue, autrefois buste; clatir^ crampe, cran-
che, anciennement impotent ; dui>etf éclanche, e'dredon, esca-
lope, anciennement coquille; esclenche, autrefois gauche; es-
cors, autrefois sein, giron; étron, flanc, frisque, anciennement
vigoureux, dispos ; garçon, gamite, autrefois peau de chamois;
glapir, glèt -, anciennement mucosité ; gorge, goutte, maladie ;
grimer, gringalet, grommeler, guigner, hanche , happer, has-
terel , anciennement derrière du cou, nuque; hâi'e , heus ,
autrefois peau d*animal; Ao^er, anciennement sauter; isnel,'
autrefois prompt, rapide; laid, leste, lippr, anciennement
grosse lèvre; loucher, lorgner, meschine , anciennement jeune
fille ; mine, visage ; muffle, nuque, pe'pie, pisser, râler, racher,
autrefois cracher; randir, anciennement courir vers ; ranc, an-
ciennement boiteux; reluquer, renifler, roiffe, autrefois croûte
qui vientsurune plaie ; roupie, ronfler, runer, autrefois murmu-
rer; scorbut, tâter, trogne, tuer, i^amon, anciennement tumeur.
Mots servant k désigner des animaux : agasse, anciennement
pie; aigrette, sorte de héron; alerion, autrefois aiglon; an-
chois, bardot, petit mulet; belette, bichon, biche, botter el, an-
ciennement sorte de crapaud ; brème, buckjol, anciennement
hareng; carpe, chamois, choucas, chouette, ciron, cisemus, au-
INTRODUCTION. 67
trefois musaraigne ; crapaud, dogue, élan, émeriUon, épeîche,
éperpier, esturgeon, Jletj f résang e , anciennement jeune porc;
furet, gade, autrefois chèvre; gans, anciennement oie sau-
vage ', goirc, autrefois sorte d'oiseau de proie ; grifau, ancien-
nement oiseau de proie en général ; halbran, autrefois jeune
canard sauvage ; hanneton, hareng, héron, hibouj homard, hes-
toudeau, autrefois poulet : marcassin, mésange, mit, ancienne-
ment chat ; mite, moineau, mouette, mulot, plie, ran, ancien-
nement bélier j renne, roguet, petit chien ; taisson, blaireau ;
tigue, insecte.
Mots relatifs aux végétaux, servant à désigner des arbres,
des arbustes, des plantes, leurs fruits, les diverses parties qui
les composent, etc. : alise, hesi, sorte de poire j blé, bois, cer-
neau, cosse, creguier, anciennement prunier sauvage ; cresson,
écale, framboise, gazon, noix gaugue, autrefois noix de Frise ;
glouteron, grappe, hanebane, haveron, anciennement avoine
sauvage j hêtre, hovx, laiche, senelle, séue, tige, touffe.
Mots relatifs aux minéraux, aux métaux, aux substances
terreuses, h Tétat, la nature, la configuration du terrain :
hergue, boue, brin, anciennement bord d'une rivière; bru-
nir, polir un métal; crotte, boue; émail, falaise, fange,
flatir, aplatir un métal avec le marteau; flin, fourbir, glette,
anciennement litharge; havre, hogue, anciennement col-
line ; yefeicAe, autrefois métal fondu coulé dans un moule;
madré, autrefois sorte de substance précieuse ; marestan, an-
ciennement pierre de touche; plate, autrefois lame de métal;
putel, anciennement bourbier; rade, river, tai, anciennement
boue ; tourbe, terre combustible.
Mots qui désignent des couleurs ou qui sont relatifs aux
couleurs : blafard, blanc, blême, bleu, blond, brun, fard, gris,
sor, anciennement roux-brun.
68 PREMIÈRE PARTIE.
Mots pris en mauvaise part ou employés par dérision et
par moquerie : bouquin ^ chinquer, anciennement godailler;
hère, un malheureux, un pauvre diable; lande, lippe, ancien-
nement lèvre grosse et disgracieuse; museau, rapière, rosse;
ces mois proviennent de primitifs germaniques signifiant :
petit livre, verser à boire, seigneur, terre en général, lèvre,
bouche, longue épée, cheval de prix '.
Mots servant à exprimer diverses idées, lesquels n'ont pu
trouver place dans aucune des classifications précédentes ;
ahrander, anciennement prendre feu; ahoquer, autrefois ac-
crocher; ahuge f anciennement grand, énorme; air, appa-
rences, extérieur ; aise, ballot, besoin, biais, billet, bise, blet,
mou; bluette, bord, bouffer^ autrefois souffler; boundel, an-
ciennement faisceau; bout, bouter, fraise, brander, autrefois
être en flammes ; brandon, but, canton, causer, chatouiller, choc,
choisir, chopper, clapoter, clinquant, craquer, croisir, ancien-
nement briser; déchirer, drinchel, ancien terme de politesse
dont se servait celui qui faisait raison d'un toast; durfeus,
autrefois misérable; éblouir, écharde, écotj écraser, écume,
écurer, égratigner, épier, escharnir, autrefois faire affront ;
eschevi, autrefois bien conformé ; eschier, anciennement s'é-
loigner, se séparer; esclier, autrefois fendre, briser; escraper,
autrefois racler; escriller, anciennement glisser; eslider, an-
ciennement glisser; espars, autrefois étincelle; espréquer, an-
ciennement aiguillonner; esproher, asperger; esquille, estai,
autrefois place, position; ^sf/^Mer^ fustiger ;yaMWer, ancien-
nement plier; yîn, menu, délié; foule, fourrer, frais, récent;
frapper, frelater, frélore, anciennement perdu; J-rimas, fron-
cer, gâcher, gaif, autrefois égaré ; gandir, anciennement s'en-
* On peut remarquer que, par contre, le latin caballus, rosse, nous a
donné cheval.
INTRODUCTION. 69
fuir ; garder^ garer, garnir, gaspiller, gaucher, autrefois fouler
les draps; gauchir, glisser , gratter, grincer , gros, guéder, soû-
ler; guerdon, anciennement récompense; guère, guérir , guer-
pir, anciennement quitter, abandonner, d'où déguerpir; gui-
der, guinder, guise, hanter, fréquenter; harangue, haschère,
autrefois peine, souffrance, punition ; hasle, anciennement
détestable, hâter, havir, heurter, hober, autrefois se mouvoir;
hocher, holà ! horion, houspiller, hucher, anciennement appeler
à haute \o\Ti\jangler, autrefois bavarder; jeAîV, anciennement
avouer; laid, autrefois tort; laisse, lambeau, lisière, lopin, los,
anciennement sort; lot, maint, adjectif indéfini; manquer,
marc, résidu; mat, terne; micmac, moufette, exhalaison mé-
phitique; mousse, adjectif; nique, navrer, autrefois blesser;
pincer, piquer, plaque, plat, adjectif; raffler, râper, rijler, ro-
ber, anciennement voler, dérober; roi, autrefois préparatif,
ordre ; sacer ou sacher, autrefois tirer ; sclaide, autrefois grêle ;
scraifi, anciennement effacé ; souiller, tailler, taper, tarier, au-
trefois provoquer; téhir, accroître; tomber, troquer, trouver,
vacarme, vilecomme,terme de civilité dont on se servait autre-
fois pour saluer; wessail, terme de politesse dont se servait
anciennement celui qui portait un toast.
Je laisse à l'historien philosophe le soin de tirer les con
séquences des données que je lui fournis, pour suppléer eu
plusieurs points au silence des traditions historiques, qui ne
nous donnent sur les Gaulois et sur les Francs que des notions
fort vagues et fort incomplètes. Pour moi, je me bornerai à
une seule observation, qui rentre complètement dans mon
sujet, et qui confirme un fait déjà établi par les témoignages
de l'histoire dans les prolégomènes qui précèdent cette intro-
duction, c'est que les Francs conservèrent pendant longtemps
l'usage de leur idiome national, mais que, tout en continuant
7a PREMIÈRE PARTIE,
à parler entre eux le tudesque, ils se mirent à parler simulta-
nément la langue latine. Si l'idiome des Francs eût disparu aussi
promptement que leur religion, ou bien encore si ces barbares
ne se fussent pas peu à peu habitués à parler la langue des
Gallo-Romains en même temps qu'ils conservaient la leur,
on ne pourrait concevoir comment ils nous auraient trans-
mis, non-seulement un nombre considérable de termes con-
cernant leurs mœurs et leur genre de vie, mais encore une
bien plus grande quantité d'expressions que l'on ne saurait
rattacher à des circonstances passagères et à un ordre de faits
accidentels : telles sont celles qui sont relatives à Thomme en
général, considéré moralement et physiquement, aux ani-
maux et à leurs fonctions vitales, aux végétaux, aux couleurs,
et une foule d'autres mots qui ne se prêtent point aux clas-
sifications. Cette assertion se trouvera encore corroborée et
pleinement justifiée, dans la seconde partie de cet ouvrage,
par les considérations que j'aurai a présenter touchant l'in-
fluence exercée par le tudesque sur la prononciation et sur
certaines tournures de la langue latine, influence dont on
retrouve encore des marques très manifestes dans notre
langue française.
Les mots tudesques qui, par le fait de la conquête et de la
domination germaniques, se mêlèrent au latin rustique, y
furent introduits dans des circonstances et dans des con-
ditions assez analogues a celles qui déterminèrent l'introduc-
tion d'une grande quantité de termes arabes dans le pehlvi,
qui donna naissance au persan. C'est encore dans des cir-
constances et des conditions à peu près pareilles que le franco-
normand fournit à l'anglo-saxon un si grand nombre d'ex-
pressions de tout genre, qui se retrouvent dans l'anglais mo-
derne. Le persan doit a l'arabe les termes rdatifs à la religion,
INTRODUCTION. '' .
à la législation, à l'administration et une foule d'autres;
l'anglais doit au franco-normand plus de la moitié de son
vocabulaire.
J'ai précédemment établi que le celtique s'introduisit dans
le latin de la même façon que les patois de nos provinces s'in-
troduisent dans le français ; je pourrais présenter un exposé
de l'effet contraire, c'est-à-dire que je pourrais montrer com-
ment s'opère l'introduction du français dans nos patois, s'il
était nécessaire d'expliquer de quelle manière l'idiome des
dominateurs se mêle à l'idiome de ceux qui subissent la domi-
nation, et comment le tudesque pénétra dans le latin, l'arabe
dans le pehlvi, le franco-normand dans l'anglo-saxon. On
verrait que les termes français relatifs à la législation, à l'ad-
ministration, à la guerre, a l'industrie, au commerce, aux
sciences, aux arts, au luxe, aux modes, k la toilette, a l'ameu-
blement, etc., se sont glissés en grand nombre dans tous nos
patois; je pourrais même citer plus d'un exemple analogue à
ceux que j'ai signalés pour les mots germaniques qui passèrent
dans le latin avec une acception défavorable. Les mots fran-
çais pris en mauvaise part dans nos patois ne sont certaine-
ment pas rares, et il est tel de ces idiomes où le nom de Fran-
çais lui-même est devenu presque une injure *.
Si le peuple dominateur ne parvient pas toujours à impo-
ser sa propre langue à la nation qu'il a subjuguée, du moins
il parvient ordinairement, par l'effet de sa suprématie, à faire
passer un certain nombre de ses termes dans la langue de la
nation soumise. Ces termes appartiennent tantôt k un ordre
d'idées, tantôt k un autre, selon les circonstances dans les-
quelles se trouvent respectivement les deux peuples; selon
* En provençal on appelle franciot un beau diseur, un homme à préten-
tions, un incroyable.
78 PREMIÈRE PARTIE,
leurs goûts, leurs mœurs, leurs usages, leurs habitudes; selon
le développement intellectuel auquel ils sont arrivés; selon
l'extension qu'ils ont donnée aux arts, aux sciences, à l'indus-
trie ou à certaines institutions; enfin selon le degré de civi-
lisation ou de barbarie auquel se trouvent les deux nations qui
tendent à se fondre pour n'en constituer qu'une seule.
On pourrait s'étonner de ce que les Gaulois nous ont trans-
mis beaucoup moins de mots que ne l'ont fait les Francs. Ce
fait, qui est incontestable, doit être attribué à certaines cir-
constances particulières dont j'ai fait connaître la plupart
séparément, mais sur lesquelles il n'est peut-être pas inutile
de revenir en les présentant dans leur ensemble.
Ainsi que nous l'avons vu, le latin fut pendant plusieurs
siècles la langue des dominateurs de la Gaule. Durant cette
longue période, le celtique fut de plus en plus relégué dans
les derniers rangs de la société et disparut à peu près avant la
chute de la puissance romaine. La langue latine était parlée par
les hommes investis du pouvoir, jouissant des richesses et de
la considération publique ; la langue des Gaulois n'était qu'un
patois usité parmi des gens grossiers, réduits à une condition
sociale inférieure et méprisée. En pareil cas les personnes ap-
partenant à la classe supérieure repoussent toujours avec un
certain dédain les termes de l'idiome populaire. Si elles dai-
gnent parfois se servir de quelques-uns, ce n'est jamais que
fort sobrement ; elles ne le font guère que pour se mettre à la
portée des hommes du peuple, et pour en être mieux com-
prises dans les relations qu'elles peuvent avoir avec eux. Voilà
ce qui explique à la fois le nombre assez réduit des expres-
sions que nous a fournies le celtique et la nature des idées
représentées par ces expressions.
Lorsque les Francs arrivèrent dans les Gaules, ils y ap-
INTRODUCTION. 73
portèrent une nouvelle langue, rude et grossière, il est vrai,
mais quelle qu^elle fût elle était celle des vainqueurs. Les
conquérants germaniques avaient hérité de la puissance des
Romains. Les vaincus pouvaient bien parfois se donner le
plaisir de critiquer les barbares victorieux, de censurer leurs
manières et leur genre de vie; mais ils ne pouvaient abolir
leurs usages; ils étaient au contraire fort souvent obligés de
s'y soumettre et de s'y conformer. De là vint qu'une foule
de termes tudesques de toute sorte durent passer naturelle-
ment dans la langue latine des Gallo-Romains comme étant
les mots les plus propres à exprimer les idées relatives aux
institutions, aux mœurs et aux habitudes des hommes du
Nord. L'ascendant dont ceux-ci jouissaient et le besoin où
se trouve un peuple asservi de faire la cour à ses maîtres,
firent même accepter un certain nombre d'expressions dont
la langue latine avait les équivalents et dont, par conséquent,
elle pouvait parfaitement se passer.
On peut encore faire valoir des considérations d'un ordre
différent pour expliquer le fait qui nous occupe. Pendant les
siècles 011 le celtique était parlé dans les Gaules en même
temps que le latin, celui-ci avait atteint son plus haut degré
de culture et son plus complet développement; il présentait
un système homogène et régulier, une véritable unité, en
même temps qu'une certaine fixité. Ces conditions sont celles
dans lesquelles un idiome offre le plus de résistance à l'action
exercée sur lui par un autre idiome, et laisse le moins facile-
ment pénétrer des termes étrangers dans son vocabulaire. Au
contraire, lorsque le tudesque se trouva en présence de la
langue latine, celle-ci était arrivée à sa décadence, et ne tarda
pas a se trouver dans un véritable état de décomposition. Les
populations ignorantes qui continuaient à s'en servir s'in-
74 PREMIÈRE PARTIE,
quiétaient fort peu de lui conserver sa pureté et son intégrité
par le maintien de l'ancien usage. C'est dans de telles cir-
constances qu'une langue se dénature le plus prompteraent,
subit le plus aisément toutes les influences étrangères, et ad-
met un plus grand nombre d'expressions de tout genre com-
muniquées par les idiomes qui se trouvent en contact avec
elle. Ce n'est point dans d'autres conditions, je le répète,
qu'une quantité considérable de mots français ont pénétré
dans l'anglo-saxon après la conquête des Normands, a l'épo-
que où cet idiome se trouvait en pleine dissolution. C'est au
moment où 1 or est en fusion que se fait l'alliage, et non point
lorsque le métal a toute sa consistance et toute sa dureté.
Remarquons enfin que depuis la conquête des Romains
jusqu'à l'invasion des barbares, ce fut la langue des hautes
classes qui, de plus en plus, tendit à dominer dans les Gaules.
Or cette langue ne dut accepter que peu de mots celtiques,
ainsi que je viens de l'établir. Après l'invasion, au contraire,
ce fut le latin populaire qui prit le dessus. Ce latin, ai-je dit,
avait admis un bon nombre de mots germaniques, et il les
transmit immédiatement aux diverses langues néo-latines
auxquelles il ne tarda pas à donner naissance. (Voir l'intro-
duction à la 11^ partie, t. II, p. 20-28 et passim.) Telles sont, si
je ne me trompe, les véritables raisons de l'infériorité numé-
rique des dérivés que nous devons au celtique comparés à
ceux qui nous ont été fournis par le tudesque.
Je dois faire observer avant de finir cette introduction, que
les proportions approximatives que j'essayerai d'établir entre
les dérivés latins, les celtiques et les germaniques, concernent
uniquement notre ancienne langue, et qu'elles ne sont aucu-
nement applicables k notre français moderne; car le nombre
des mots provenus du celtique et du germanique est toujours
INTRODUCTION. 75
allé en diminuant, tandis que le nombre des dérivés latins est
constamment allé en augmentant ^ Ce dernier résultat est dû
à la culture et à la faveur dont la langue et la littérature la-
tines n'ont cessé d'être l'objet dans notre pays depuis qu'il est
sorti des ténèbres de la barbarie dans laquelle il fut quelque
temps plongé par suite de l'invasion germanique; tandis que
les idiomes des Gaulois et des Francs sont depuis longtemps
ensevelis dans le plus profond oubli. Une cause toute spéciale
a d'ailleurs puissamment contribué à faire tomber en désué-
tude les dérivés de ces deux derniers idiomes. Il est à remar-
quer que, dans toutes les langues, les mots persistent en gé-
néral d'autant plus longtemps qu'ils ont à leur suite une famille
plus nombreuse de dérivés et de composés auxquels ils ont
donné naissance. Un mot qui n'est point accompagné d'un
cortège de cette sorte semble, pour ainsi dire, manquer de
soutiens et d'appuis suffisants ; il se trouve comme isolé au
milieu des autres mots de la langue, et il est toujours le plus
exposé à l'inconstance et aux caprices de l'usage. C'est le cas
où se sont trouvés beaucoup de dérivés celtiques et germani-
ques reçus comme des étrangers dans notre vocabulaire, au
milieu des familles nombreuses de dérivés latins qui se sont
accrues de siècle en siècle par les emprunts continuels que
nous avons faits à l'idiome classique de Virgile et de Cicéron,
^ Afin d'exposer les faits avec toute l'exactitude et toute la fidélité que je
désire mettre dans ce travail, j'ajouterai que j'ai cru devoir comprendre
dans la liste des dérivés germaniques certains mots de cette sorte relevés
dans des ouvrages anciens écrits en langue d'oïl, soit en Angleterre, soit
dans telle ou telle de nos provinces voisines de l'Allemagne ou des Pays-
Bas. Or les dialectes usités au moyen âge dans ces différentes contrées
étaient naturellement ceux qui présentaient le plus de mots d'origine ger-
manique, et les expressions recueillies dans les ouvrages dont je viens de
parler peuvent fort bien avoir appartenu exclusivement à l'un ou à l'autre
de ces dialectes.
76 PREMIÈRE PARTIE.
Les termes de législation barbare empruntés à la langue des
Francs ont dû disparaître avec cette législation et avec le
système féodal, qui lui devait en partie son origine. Les termes
de guerre, la plupart fournis par l'idiome des conquérants,
ont fait place a de nouvelles désignations par suite des pré-
cieuses modifications et des perfectionnements nombreux
que Fart de tuer a subis cbez toutes les nations modernes. On
peut faire de semblables remarques touchant les mots relatifs
à l'ancienne manière de se vêtir, de se loger, de se meubler,
de se nourrir, etc. Les dérivés celtiques et germaniques qui
ont disparu ont été assez généralement remplacés par des ex-
pressions empruntées de nouveau à la langue latinp qui, dans
ces derniers siècles, a fourni, en outre, une prodigieuse quan-
tité de termes de toute sorte pour exprimer les progrès inces-
sants des idées, des arts, des sciences, de l'industrie, des
institutions, de tous les éléments dont se compose notre ci-
vilisation.
CHAPITRE PREMIER.
ÉLÉMENT LATIN.
I.
OBSERVATIONS CONCERNANT LA MARCHE SUIVIE DANS LES ÉTUDES
QUI FONT l'objet DE CE CHAPITRE.
Je tâcherai de donner, dans les deux derniers chapitres de ce
volume, tous les mots de la langue d'oïI qyi peuvent être d'ori-
gine celtique ou d'origine germanique; mais on sentira qu'un
travail semblable sur les mots dérivés de la langue latine ne
saurait entrer dans les limites resserrées de cet ouvrage. Pour
indiquer tous nos dérivés latins, il ne faudrait rien moins que
donner une liste de la très grande majorité des mots qui com-
posent notre langue. Du reste, ce travail ne serait pas seule-
ment très long et très fastidieux; il serait encore complètement
impropre à nous apprendre dans quelles proportions les mots
latins entrèrent dans le fonds primitif de notre vocabulaire.
En effet, ainsi que je viens de le faire observer, notre idiome
s'est accru, depuis quelques siècles, d'un nombre prodigieux
d'expressions empruntées à sa mère la langue latine, et il n'est
pas toujours facile de distinguer un mot de l'époque de for-
mation d'avec un autre mot d'une acquisition plus récente.
J'ai donc cru devoir me borner à l'examen des trois plus an-
ciens monum nts en langue d'oïl que j'ai déjà signalés dans
les prolégomènes. Ces monuments, tous antérieurs au xii» siè-
cle, sont les Serments de 84^, la Cantilène de sainte Eulalie
et les Lois de Guillaume le Conquérant. La réduction de tous
78 PREMIÈRE PARTIE,
ces textes ayant précédé la première croisade, on est a peu
près assuré d'avance de ne point y rencontrer rélément
arabe, qui ne pénétra guère dans notre langue qu'à partir de
cette époque.
Les données que l'histoire nous a fournies se trouveront
pleinement confirmées par ces monuments, dans lesquels nous
ne remarquerons que des mots provenus du latin, du celtique
ou du germanique, à part un terme syriaque et quelques termes
grecs qui furent entraînés dans la circulation de la langue la-
tine, et que nous pouvons considérer comme latins, eu égard
à leur provenance immédiate.
J'accompagnerai chacun de ces textes d'une traduction
aussi fidèle qu'il me sera possible, de plus, je les ferai suivre
d'un glossaire étymologique renfermant tous les mots qu'ils
présentent, et rendant compte de la signification ainsi que de
l'origine de chacun d'eux. Indépendamment des appréciations
dont ces textes nous fourniront le sujet, relativement à la pro-
venance des mots qui les composent, ils nous offriront encore
des données indispensables pour les études qui doivent faire
l'objet de la seconde partie de cet ouvrage; enfin ils seront,
pour le lecteur désireux de connaître nos origines, un échan-
tillon intéressant et curieux des premiers essais de notre lan-
gue et de notre littérature.
II.
SERMENTS DE LOUIS LE GERMANIQUE ET DES SOLDATS DE
CHARLES LE CHAUVE, MONUMENT DU IX« SIÈCLE.
Charles le Chauve et Louis le Germanique, décidés à unir
leurs forces pour résister à l'ambition de leur frère l'empereur
Lothaire, s'avancèrent à Strasbourg, suivis l'un et l'autre d'une
armée considérable. Là ils jurèrent, en présence de leurs
IX^ SIÈCLE .
fradrMKWAA. ] no <,.«<( J„,^fe.,
'^A»'U- tn c(a.mno fcc •
^y^y/ie/i^cIsJ^^/Ja^ ^e Ûia^/e,/.^^,
'a/u^.
lia
utgf Agrément -entier fonfradrekarlo
Umpoif . ncio nmeulr cui eo rerwnna»-
itvrpovf. vn nufU a mlm conmt te Ji,„
utv^ nuixU u-vo^ .
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. L 79
troupes, de se prêter une assistance mutuelle, et leurs soldats
jurèrent, après eux, de refuser tout appui à celui des deux
rois qui viendrait à trahir son engagement. Louis le Germa-
nique prononça son serment en langue romane, afin d'être en
tendu des soldats de Charles le Chauve, et Charles prononça
le sien en tudesque, afin d'être entendu des soldats de Louis'.
Quant aux deux armées, chacune se servit de la langue qui
lui était propre. Les Germains de Louis firent leur serment
en tudesque, et les Neustriens de Charles firent le leur en
langue romane. La conférence de Strasbourg eut lieu en 842.
Le texte des serments, qui nous a été conservé par l'historien
Nithard, nous offre le plus ancien monument qui existe, non-
seulement de la langue d'oïl, mais encore de toutes les langues
néo-latines.
Plusieurs savants, induits en erreur par les terminaisons en
a qui se trouvent dans les Serments, ont cru devoir les attri-
buer à la langue romane du midi de la France^; mais l'his-
toire, ainsi que la linguistique, protestent également contre
cette prétention . L'armée de Charles le Chauve était compo-
* « Sacramenta quae subter notata sunt Ludhwicus romana, Karolus vero
teudisca lingua, juraverunt; ac sic ante sacramenta circumfusam plebem,
alter teudisca, aller romana alloquuti sunt.» (Nithard, ms. du Vatican,
n° 4964, f 43, r»; Rht. Franc, script., dans Duchesne, t. II, p. 274.)
^ « Entre les difTérents dialectes qu'on désignait alors par ce nom (langue
romane), et qui, en Gaule, variaient, surtout du sud au nord, il choisi*
celui qu'on parlait au midi, parce que, dans ces contrées éloignées du
centre de la domination franke, les plus grands seigneurs ignoraient l'idiome
des conquérants et employaient celui du peuple. Il n'en était pas de même
au nord de la Loire, oti il s'écoula encore près d'un siècle avant que le ro-
man usité dans ce pays, et d'où provient notre langue actuelle, fût élevé au
rang de langue politique. Lorsque le roi des Gallo-Francs eut cessé de par-
ler, celui des Teutons, élevant la voix, prononça le serment d'union contre
Lother, non dans l'idiome des peuples qu'il gouvernait, mais dans celui
des Gaulois, qui avaient besoin de prendre confiance dans la bonne foi de
leurs nouveaux alliés. "Voici la formule de ce serment, dont le langage,
80 PREMIÈRE PARTIE,
sée de Neustriens parlant la langue d'oïl ; les Méridionaux
parlant la langue d'oc ne pouvaient s'y trouver qu'en bien pe-
tit nombre, car le royaume de Bourgogne faisait partie des
éiats de Lothaire, et FAquitalne était alors gouvernée par
Pépin, implacable ennemi de Charles et allié contre lui avec
l'empereur.
La terminaison en a, ainsi que la terminaison en o, se trouve
dans la réponse que faisait le peuple à certaines invocations
des litanies récitées dans les églises du diocèse de Soissons,
sous le règne de Charlemagne. (Voir, à cet égard, la note i de
la page 28.) Faudra- t-il en conclure que l'on parlait le pro-
vençal dans le Soissonnais, vers la fin du vine siècle? Il y était
parlé de la même manière que dans l'armée neustrienne de .
Charles le Chauve, au milieu du siècle suivant.
Ces terminaisons en a et en o sont un caractère général que
tous les idiomes romans possédaient dans leur première pé-
riode, et qu'ils devaient tous k leur commune mère, la langue
latine. Aussi n'a-t-on pas seulement revendiqué les Serments
en faveur de la Provence,mais encore en faveur de l'Italie.
pour ne pas être tout à fait barbare, doit être accentué à la manière des
dialectes méridionaux. . . » (Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire de France,
lettre XI.)
M. Raynouard prétendait que sous Charles le Chauve on parlait la même
langue dans la plus grande partie de l'Europe occidentale, et que cette lan-
gue n'était autre que celle des Serments. Avec cette supposition, il se tire
plus facilement d'affaire que M. Thierry. Après quelques considérations, il
ajoute : « La langue des troubadours fut celle qui se rapprocha le plus des
Serments de 842. » (06s. sur le roman de Rou, p. 4.) M. Raynouard aurait
été tout à fait dans le vrai s'il eût dit qu'au ix* siècle la langue d'oïl diffé-
rait extrêmement peu de la langue d'oc, et que celle-ci conserva davantage
son ancienne forme et son ancien caractère, soit parce qu'elle fut fixée plus
tôt, soit à cause d'influences climatériques dont je parlerai dans ma seconde
partie. Aujourd'hui encore, quoique fort altéré, le provençal conserve bien
mieux que le français les voyelles sonores de leur mère commune, la lan-
gue latine.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IL 81
Le manuscrit du Vatican auquel j'emprunte mon texte nous en
fournit lui-même la preuve; on y lit ces mots, tracés à la marge
par une main du siècle dernier : Giuramento in lingua italïana.
On aurait pu tout aussi bien adjuger ce monument à l'espagnol
ou au portugais, et même, si l'on veut s'en tenir au caractère
qui a principalement fixé l'attention de mes adversaires, c'est-
à-dire à la présence de telle ou telle voyelle à la fin des mot',
je pousserai leur raisonnement jusqu'au bout en disant que les
Serments doivent être attribués à l'italien, à l'espagnol ou au
portugais avec plus de raison qu'on ne peut les attribuer à la
langue d'oc; car on y trouve les substantifs masculins Deo, po-
blo, Karlo, damno, et l'adjectif ma culin nosfro, tous terminés
en ; mais cette terminaison ne se présente pas plus dans les
substantifs ni dans les adjectifs masculins de la langue d'oc
que dans ceux de la langue d'oïl, postérieurement au x^ siècle';
tandis que l'italien, l'espagnol et le portugais conservent encore
aujourd'hui cette désinence dans beaucoup de substantifs et
d'adjectifs masculins.
Les divers idiomes néo -latins, tous sortis de la même
source, mais s'éloignant insensiblement les uns des autres de
siècle en siècle, en sont venus à présenter des différences assez
considérables. Mais si l'on remonte le cours des temps, on les
verra se rapprocher de plus en plus et presque se toucher, si
* On ne trouve pas même la terminaison en o dans les substantifs ni les
adjectifs masculins singuliers des plus anciens monuments de la langue d'oc,
qui sont la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la Passion de saint
Léger, publiées par M. Champollion-Figeac, et le Poème sur Boèce, publié
par M. Raynouard, tandis que dans la Cantilène de sainte Eulalie, qui est
en langue d'oïl du x* siècle, on retrouve encore Beo constamment écrit
comme dans les Serments. (Voir ci-après p. 88, vers 3, 6 et 1 0.) La termi-
naison persista beaucoup plus longtemps dans les pronoms 30, je, ço, ce,
cela, ainsi que dans le pronom et l'article lo. Ces mots sont écrits ainsi
dans nos auteurs du xii* et du xni* siècle.
1* 6
82 PREMIÈRE PARTIE,
bien que, s'il nous était possible de les suivre jusqu'à leur ori-
gine, nous les verrions se confondre dans la langue latine,
comme des ruisseaux qui ont creusé leurs lits dans diverses di-
rections se trouvent confondus dans la source commune qui
leur donna naissance. On ne doit donc pas s'étonner de trou-
ver aux premières époques de ces idiomes des caractères géné-
raux qui leur appartiennent à tous.
Toutefois, je ne veux pas me prévaloir de cette vérité, qui
est bors de doute, pour réfuter l'opinion des savants que j'es-
saye de combattre. Si l'on examine attentivement le texte des
Serments, on se convaincra que plusieurs traits caractéristi-
ques de la langue d'oïl commencent à s'y montrer fort visible-
ment. Pour ce qui est, en particulier, des terminaisons dont
j'ai déjà parlé, on doit remarquer que les lettres finales a,o, e
s'échangent entre elles. On trouve, en effet, Jradra etfradre,
Karlo et Karle ; sendra est mis pour sendre, dérivé de senior
(voirie Glossaire étymologique, cb.i, sect. v) ; suo, se rappor-
tant au féminin pai^t, devrait être écrit sua ou sue. Ce dernier
se trouve fréquemment au xii^ siècle j on le voit dans le
Voyagé de Charlemagne à Jérusalem, v. 88, 363, 669, 810,
817 ; dans la Chanson de Roland, st. ccxLVii, v. i et passim.
Ainsi, fl, o, e finals n'avaient déjà plus le son qui leur est pro-
pre j mais ils devaient avoir un son sourd et indécis qui par-
ticipait encore quelque peu de leur prononciation primitive.
Ces voyelles finales, s'assourdissant de plus en plu?, finirent,
au X* siècle, par s'éttindre dans le son presque insensible de
notre emuet'. C'est ce qu'on est en droit de conclure en
* L'a final latin nous est resté dans la, ma, ta, sa, dérivés de illa, mea,
tua, sua; on le trouve encore à la fin de quelques substantifs féminins dans
le Livre des Rois. On y lit la causa à la première ligne de la page 37.
(Voir les observations faites t. II, p. 173 et 174.)
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. IL 83
examinant la Cantilène de sainte Eulalie. L'auteur de ce petit
morceau de po sie, pour faire montre d'érudition, affecte de
donner la désinence latine a aux substantifs féminins de ses
deux premiers vers et de son dernier, bien que, dans tout le
reste de la pièce, il se serve constamment de Te muet, qui était
déjà devenu un caractère particulier aux terminaisons de la
langue d'oïl. Ce qui n'était qu'une espèce d'archaïsme or-
thographique du temps de cet auteur, paraît avoir été
l'usage le plus ordinaire à l'époque où vivait l'historien Ni-
thard.
Observons encore que le pronom personnel accompafgne
toujours le verbe dont il est le sujet : salvarai-eo^ io . . . pois,
10 . . . er, il . . . fazet. C'est encore un trait caractéristique de
la langue d'oïl, qui est obligée d'admettre cet attirail de pro-
noms pour suppléer à l'insuffisance des inflexions des verbes,
lesquelles, en général, n'indiquent les pc rsoniies que d'une
manière fort imparfaite. Mais , la même raison n'existant
point pour la langue d'oc, l'italien, l'espagnol ni le portugais,
ces idiomes ne se soumettent pas à celte sujétion, et n'ad-
mettent le pronom personnel sujet que d'une façon tout
exceptionnelle.
Enfin, sans entrer dans des détails qui nous conduiraient
trop loin, remarquons, en finissant, le mot savir, déjà modifié
à la façon de la langue d'oïl, qui convertit fort souvent la
forte p du latin en aspirée i», tandis que, le plus ordinaire-
ment, les autres idiomes néo-latins conservent le p ou le
changent en sa douce b. De sapere la langue d'oïl a fait savir,
saveir, savoir; la langue d'oc, l'espagnol et le portugais, saber;
l'italien, sapere. C'est d'après la même loi de mutation que du
latin cabra, lepus, — cris, râpa, sapa, — nis, opéra, ont été
formés en langue d'oïl chèvre, lièvre, rave, savon, œuvre;
84 PREMIÈRE PARTIE,
en langue d'oc cabra j lebre, raha^ saboun, obra ; en ita
lien capray lèpre, râpa, sapone, opéra; en espagnol cabra,
liebre, rabano,jabon, obra; en portugais, cabra, lebre, rabanete,
sabcco, obra.
On peut dire que tout ce qui est commun à plusieurs
idiomes néo-latins, dans le texte des Serments, appartient au
fonds primitif de ces idiomes, c'est-a-dire à la langue latine,
tandis qu'on doit attribuer au génie propre de la langue d'oïl
toutes les formes particulières, tous les caractères distinctifs
et spéciaux qui commencent à s'y dessiner.
Les Serments de 84^ ont déjà été publiés et traduits bien
des fois \ plusieurs savants en ont même fait le sujet d'une
étude spéciale. Mais, malgré ces tentatives répétées, quel-
ques passages ont été fort mal interprétés, ainsi que le lecteur
pourra, j'espère, s'en convaincre lui-même, en comparant ma
traduction aux autres, et en recourant, pour certains éclair-
cissements, au glossaire étymologique placé à la suite des
monuments antérieurs au xn* siècle, ch. i, sect. v.
J'ai fait faire avec grand soin, il y a plusieurs années, un
fac-similé des Serments, d'après un manuscrit de Niihard
provenant de la bibloilièque du Vatican, apporté de Rome
pendant nos guerres de l'Empire et déposé à la Bibliothèque
nationale. C'est un volume en vélin, petit in-folio, à deux co-
lonnes, d'une belle écriture du ix' siècle ou du commence-
ment du xe; il est coté Vatic, n» 1964 Depuis lors ce ma-
nuscrit est retourné à Rome et doit avoir été réintégré dans la
bibliothèque du Vatican. Je place ea regard du texte imprimé
le fac-similé dont je viens de parler. Si on le compare a celui
que Roquefort a donné dans son glossaire, d'après le même
manuscrit, on y trouvera quelques légères différences dans la
forme de certains caractères, qui ont été peu fidèlement re-
GHAP. l, ÉLÉxMENT LATIN. SEGT. II. 85
produits dans celui de cet auteur, et que je me suis appliqué
à faire représenter dans le mien avec toute l'exactitude a
laquelle ait pu arriver le litliographe.
I. — SERMENT DE LOUIS LE GERMANIQUE.
TRADUCTION.
Pour l'amour de Dieu, et pour no-
tre commun salut et celui du peuple
chrétien, dorénavant, autant que
Dieu me donnera savoir et pouvoir,
je préserverai mon frère Karle que
voilà, et par aide et par toute chose,
ainsi qu'on doit, par devoir, préser-
ver son frère, pourvu qu'il en fasse
de même pour moi; et ne prendrai
jamais avec Ludher aucun accom-
modement qui, par ma volonté, soit
au préjudice de mon frère Karle ici
présent.
n. — SERMENT DES SOLDATS DE CHARLES LE CHAUVE.
TRADUCTION.
Pro Deo amur et pro Christian po-
blo * et nostro commun salvament,
d'ist di in ' avant, in quant Deus sa-
vir et podir me dunat, si salvarai-eo
cist meon fradre Karlo, et in ad-
judha, et in cadhuna cosa, si cum
om per dreit son fradra salvar dist,
in quid il mi altresi fazet; et ab
Ludher nul plaid nunquam prindrai
qui, meon vol, cist meon fradre Karle
in damno sit.
TEXTE.
Si Lodhwigs sagrament quae son
fradre Karlo jurât ^, conservât, et
Karlus, meos scndra, de suo part,
non lo stanit, si io returnar non Tint
pois *, ne io, ne neuls cui eo retur-
Si Ludhwig garde le serment qu'il
jure à son frère Karle, et si Karle,
mon seigneur, de son côté ne le tient
pas, si je ne puis le détourner de
cette violation, ni moi ni aucun que
* Christian poblo est le complément de salvament j comme Deo est le
complément de amur.
* Le copiste avait commencé d'écrire en, ainsi qu'on peut en juger par
le fac-similé; mais il s'est corrigé pour mettre in. (Voir in, prép. dans le
glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.)
' Fradre Karlo est le complément indirect de jurât, comme dans diavle
servir de la Cantilène de sainte Eulalie, p. 88, v. 4, diavle est le complé-
ment indirect de servir. Pour la position de ces compléments, voir une re-
marque à l'article Servir du glossaire étymologique, ch. I, sect. v.
* Si io returnar non Vint pois, littéralement si je ne puis Ven détourner,
c'est-à-dire si je puis le détourner de violer son serment, qui lui défend
d'entreprendre ou de laisser entreprendre quoi que ce soit contre les inté-
rêts de son frère. (Voir l'article Returnar et l'article Int dans le glossaire
étymologique, sect, v de ce chapitre.)
86 PREMIÈRE PARTIE.
nar int pois, in nuUa ajudha contra je puisse en détourner, nous ne lui
Lodhuwig nun li vi er *. serons en cela d'aucun aide contre
Ludhwig.
ÏII.
GANTILENE EN L HONNEUR DE SAINTE EULALIE, MONUMENT
DU X® SIÈCLE.
La cantilène en l'honneur de sainte Euîalie a été décou-
verte dans un manuscrit de la bibliotlièque de Valenciennes,
en 1837, par M. Hoffmann de Fallersleben. Il en fit une trans-
cription qui a été publiée la même année, avec une traduc-
tion et des remarques, par M. J.-F. Willems '. La lecture de
M. Hoffmann de Fallersleben n'est pas exempte de reproche,
et la traduction de M. Willems contient un certain nombre
d'erreurs et de contre-sens qui n'ont été corrigés qu'en partie
dans la seconde édition qu'il nous a donnée en i845.
Le manuscrit qui renferme ce monument provient de la
bibliothèque de l'ancienne abbaye de Saint- Amand, d'où il a été
transporté à la bibliothèque de Valenciennes. C'est un volume
in-quarto, recouvert en peau de buffle et coté B, 5, i5; il a
pour titre : In hoc corpore continentur lihri octo Gregorii Na-
zianzeni episcopi... A la suite des huit livres de Grégoire de
Nazianze se trouvent plusieurs pièces détachées, et, entre
autres, la cantilène de sainte Eulalie, qui est au feuillet 14 1 ^
M. Willems donne cette cantilène comme appartenant au
* La traduction littérale est ni je, ni nul que je puis en détourner , en
nulle aide contre Lodhwig ne l'y serai. (Voir quelques observations à l'ar-
ticle Est et à l'article Vi, dans le glossaire étymologique, sect. v de ce
chapitre.)
^ Elnonensia. Monuments de la langue romane et de la langue tudesque
du ix« siècle. . . découverts par Hoffmann de Fallersleben, et publiés, avec
une traduction et des remarques, par J.-F. Willems; Gand, 1837, in-8°.
Une seconde édition a paru en 4 R45. .
X? SIECLE.
1)
NJT ttu,«~ co]Tg' non Lc>. pou rf-tr ou^cj^ PHH*v-< L«vj>« lie- f>itvp»>*' i^KmA.lV M 4
^ Lleiif cve/u-ueTT '« Ai«n e-Uhi^crr' • AA,^tx fof D*ni-clrfrie-r" l*^r <?f9|»e-4eiu
f lA-u er^ifo^t (.«torc-^T<*r^n■cr rtJJM a.»-cl^ to/t^ j. Ile- col|^^-f n" <>.u/-tfc jj
[ n/iff-tirc afr<*>lcnb cto/ati oLCv«b-L-i. n(-c:r' orc-m ««^vô" po •'-no f ci e^»"»»!-
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. IIL 87
ixe siècle ; mais je suis persuadé qu'elle ne remonte pas au delà
du xe. La langue dans laquelle elle est composée tient le
milieu entre celle des Serments de 842 et celle des lois de
Guillaume le Conquérant ; on peut y remarquer les transi-
tions qui ont conduit de la première à la dernière. Ce texte n'en
est pas moins, après celui des Serments, le plus précieux qui
nous soit parvenu pour l'étude des premiers développements
de notre langue. L'écriture du manuscrit qui nous l'a con-
servé porte le caractère du x^ siècle. M. Edouard Le Glay,
paléographe distingué, qui s'est occupé de ce monument, et
qui a eu, comme moi, l'original entre les mains, m'a con-
firmé dans cette opinion, en m'assurant qu'il la partage. Du
reste, afin de mettre le public à même déjuger la question,
j'ai fait faire avec le plus grand soin \xn fac-similé de la ran-
tilène, et je le place en regard du texte imprimé. Les lecteurs
pourront, s'il en est besoin, s'aider dans leur appréciation des
excellentes remarques faites par les Bénédictins dans le iVioM-
ueau traité de diplomatique^ t. II, p. 4o4, et par M. de Wailly,
dans les Eléments de -paléographie^ 1. 1, p. 624 et suivantes.
Cette pièce de vers, la plus ancienne que nous connaissions ||
en langue d'oïl, ne présente guère que celte espèce de rimes |
fort imparfaites auxquelles on a donné le nom de rimes par
assonance; telles sont con^e/Ziers rimant avec «e/, chielt avec
christien, test avec coist, pagiens avec chiejl cielaxecpreier, etc.
On peut voir, sur les vers rimes par assonance, un article de
M. Raynouard inséré dans le Journal des Sat^ants, année i833,
p. 385.
Dans les deux premiers vers et dans le dernier, les sub-
stantifs et les adjectifs féminins sont terminés en a» comme ^
en latin. Je ne reviendrai point sur cette dérogation à l'usage,
dont j'ai déjà indiqué le motif à l'article des Serments de 842,
88 '"•>■•'" PREMIÈRE PARTIE,
p. 83 ; quant à toutes les autres observations de détail que
l'on peut faire sur ce texte, je les réserve pour le glossaire
étymologique, section v de ce chapitre, et pour la seconde
partie de l'ouvrage.
CANTILÈNE EN l'HONNEUR DE SAINTE EULALIE.
TEXTE.
1 . Buona pulcella fut Eulalia;
2. Bel avretcorps,bellezour anima.
3. Voldrentla veintre li Deo inimi,
4. Voldrent la faire diavle servir.
5. Elle n'out eskoltet les mais con-
TRADUCTION.
1. Eulalie fut une bonne jeune
fille;
2. Elle avait beau corps et plus
belle âme.
3. Les ennemis de Dieu voulurent
triompher d'elle,
4. Voulurent lui faire servir le
diable.
5. Elle n'eût écouté les mauvais
selliers, conseillers
6. Qu'elle Deo raneiet chi maent 6. De façon à ce qu'elle reniât
sus en ciel. Dieu qui habite là-haut dans le
ciel ',
7. Ne por or, ned argent, ne para- 7. Ni pour or, ni pour argent, ni
menz, pour parures;
8. Pormanatceregielnepreiemen; 8. Parmenace de roi, ni par prière;
9. Ne ule cose non lapouret omque 9. Et aucune chose ne la put ja-
pleier, mais faire fléchir,
iO. La polie, sempre non amast lo 40. La jeune fille, de telle softe
Deo menestier * ;
4 1 . E por fut presentede Maxi-
miien,
4 2. Chi rex eret a cels dis sovre pa-
giens.
43. El li enortet dont lei nonque
chielt.
que elle n'aimât pas toujours le ser-
vice de Dieu;
1 1 . Aussi fut-elle traduite devant
Maximien,
1 2. Qui était roi des païens à cette
époque {à ces jours),
13. Il l'exhorte à ce dont elle ne
se soucie jamais,
* Pour la tournure et le sens de cette phrase, voyez les observations
faites à l'article Polle^ dans le glossaire étymologique, sect. v de ce cha-
pitre.
' C'est-à-dire : Elle ne se fût laissé persuader de renier Dieu par les
mauvais conseillers, ni pour or, etc.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. IIL
4 4. Qued elle fuiet lo nom christien.
89
i 5. Eli' ent adunet lo suon élément,
46. Melz sostendreiet les empede-
mentz,
47. Qu'elle perdesse sa virginitet *;
4 8. P or s' furet morte a grand ho-
nestet.
49. Enz en 1' fou la getterent cora
arde tost.
20. Elle colpes non avret, por o no
s' coist.
24 . A czo no s' voldret concreidre li
rex pagiens ;
22. Ad une spede li roveret tolir lo
chief.
23. La domnizelle celle kose non
contredist;
24. Volt lo seule lazsier si ruovet
Krist.
25. In figure de colomb volât a ciel,
26. Tuit oram que por nos degnet
prcier,
27. Qued avuisset de nos Christus
mercit
28. Post la mort, et a lui nos laist
venir,
29. Par souue clementia.
44. Savoir j qu'elle abandonne le
nom chrétien (le christianisme) '.
45. Avant que d'abandonner ses
principes,
46. Elle souffrirait plutôt les tor-
tures,
47. Elle souffrirait plutôt àe per-
dre {qu'elle perdit) sa virginité.
48. Pour cela (pour ses principes)
elle est morte avec grand honneur.
49. Ils la jetèrent dans le feu, de
façon à ce qu'elle brûlât bientôt {quo
modo ardeat cito).
20. Elle n'avait pas de faute à se
reprocher; c'est pourquoi elle ne
brûla pas.
21 . Le roi païen ne se voulut fier
à cela;
22. Il commanda de lui enlever la
tête avec une épée.
23. La demoiselle ne s'opposa
point à la chose;
24. Elle veut quitter le monde si
Christ l'ordonne.
25. Elle s'envola au ciel sous la
forme d'une colombe.
26. Tous nous prions qu'elle dai-
gne prier pour nous.
27. Afin que Christ ait pitié de
nous
28. Après la mort, et nous laisse
venir à lui,
29. Par sa clémence.
* Sostendreiet a pour premier complément un substantif {les empede-
mentz), et pour second complément une proposition incidente {qu'elle per-
desse sa virginitet). Le peuple fait assez souvent usage de pareilles con-
structions : Je désire autant que vous votre mariage avec ma cousine et que,
tous deux, vous puissiez être heureux ensemble. Pour l'interprétation du sens
que présente ce passage, voir Virginitet dans le glossaire étymologique.
* Nom chrétien se prend encore aujourd'hui pour christianisme dans cer-
tains cas : Ce sultan fut le plus redoutable ennemi du nom chrétien.
90 PREMIÈRE PARTIE.
IV.
LOIS DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT, MONUMENT DU XI^ SIÈCLE.
Après les Serments et laCantilène de sainte Eulalie, le plus
ancien texte qui nous soit parvenu £n langue d'oïl est celui
des Lois de Guillaume le Conquérant, quifurent promulguées,
en Angleterre, vers l'année 1069^ Ce document est, par son
ancienneté, un des plus importants et des plus intéressants,
sous le triple rapport de la linguistique, de l'histoire et de
l'étude de la jurisprudence du moyen âge; mais il est en même
temps un de ceux dont l'interprétation est la plus difficile,
ainsi que le lecteur aura lieu de s'en convaincre ^. Je n'ai rien
négligé, ni pour me procurer un texte correct, ni pour parve-
nir à la solution des difficultés de tout genre dont ces lois se
trouvent hérissées.
Avant de commencer mon travail, j'ai pensé qu'il m'était
indispensable d'aller faire des recherches en Angleterre dans
les bibliothèques et dans les dépôts d'archives, pour tâcher
de retrouver quelques manuscrits des lois de Guillaume. Ces
recherches n'ont point eu, à mon grand regret, tout le succès
que j'eusse désiré. Je n'ai pu me procurer qu'un seul manu-
scrit : c'est celui qui est connu sous le nom de manuscrit
Holkhara ; il appartient à M. le comte de Leicester. Malheu-
reusement ce manuscrit ne contient qu'une partie des lois,
correspondant aux trente-deux premiers paragraphes de l'édi-
tion que je publie. En outre, le texte en est visiblement ra-
* Voir l'Histoire littéraire des Bénédictins, t. VII, p. lx.
^ « Texte fort ancien, dit Fallot, sujet à de grandes difficultés et digne
» d'être l'objet d'un travail spécial; ce travail est promis par M. Ray-
» nouard. » (Rech. sur les formes gramm., p. 465.) La mort n'a pas laissé
à l'illustre linguiste le temps de tenir cette promesse. Puisse -je ne pas
trop faire regretter que cette tâche ait été léguée à un autre !
GHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 9<
jeuni; il ne faut, pour s'en convaincre, que le comparer aux
éditions publiées dans les deux derniers siècles, d'après des
manuscrits fort anciens qui sont aujourd'hui perdus ^ Sans
entrer ici dans des détails qui m'entraîneraient trop loin, je
ferai observer que certaines notations de l'ancienne pronon-
ciation, qui se trouvent dans les éditions dont je viens de
parler, aussi bien que dans les Serments et dans la Cantilène
de sainte Eulalie, ont presque disparu dans le texte du ma-
nuscrit Holkham. Ainsi, les notations primitives et étymolo-
giques al et ol des mots altre^ altresi, altrui, alcun, colper, etc.,
ont été généralement remplacées dans ce manuscrit par les
notations plus modernes au et ou; le t ouïe d ont été le plus
souvent retranchés dans les participes passés terminés en et
ou en ed, tels que dereinet, appeled, nomed^ hlamed, amèn-
ded, etc. Toutefois, le manuscrit Holkham ne m'a point été
inutile, car il m'a fourni plusieurs variantes qui m'ont beau-
coup servi pour le rétablissement du véritable texte.
Ayant dû renoncer à me servir du seul manuscrit aujour-
d'hui connu, j'en ai été réduit à choisir parmi les éditions
précédemment publiées celle d'entre elles qui m'a semblé
préférable. Ces éditions se trouvent assez nombreuses, mais
la plupart ne sont que des réimpressions; il n'en est que six
qui aient été faites sur des manuscrits : ce sont celles de Sel-
den, de Spelman, de Fell, de Wilkins, de M. Palgrave et de
la Commission of the public records ^ On ne trouve dans Tou-
^ Voir, sur ces manuscrits, la préface de Spelman, Concilia orbis Britan-
nid; celle de Selden, Eadmerij monachi Cantuariensis, historiœ... Ubri VI;
celle de Vilkins, Leges anglo-saxonicœ ecclesiasticœ et civiles,, et enfin celle
de TeW, Eistoria Ingiîlphi, dans Rerum anglicarum scriptores, t. L
* Voici l'indication de ces six éditions et de l'endroit de ces ouvrages où
se trouvent les lois de Guillaume le Conquérant :
Eadmeri, monachi Cantuanensis, historiœ novorunij sive sut sœctdi libri
92 PRExMIÈRE PARTIE,
vrage de Spelman que cinq paragraphes des lois. M. Palgrave
et la Commission ofthe public records se sont servis du manu-
scrit Holkham. Mon choix ne pouvait donc plus porter que
sur trois de ces éditions; après quelques hésitations, je me
suis déterminé à suivre le texte de Fell, comme le moins in-
correct et comme étant celui qui offre les plus nombreux ca-
ractères d'ancienneté. Quoique ce texte soit le meilleur de
VI.... in lucem ex bibliotheca Cottoniana emisit Joannes Seldenus ; Londini,
1623, in-fol., p. 173.
Concilia orbis Britanici, éd. Henr. Spelman; Lond. 1639, 2 vol. in-fol.,
t. I, p. 624.
'Rerum angîicarum scriptorum tomus I (éd. J. Fell.); Oxoniae, 1684, in-
fol., p. 88.
Leges angîo-saxonicœ ecdesiasticœ et civiles; accedunt leges Edvardi la-
tinœ, Guilielmi Conquestoris gallo-n'ormanicœ et HenridI latinœ . . . éd.
David Vilkins; Londini, 1721, in-fol., p. 29.
The Rise and Progress of the English Commonwealth . . . by Francis
Palgrave; London, 1832, in-4°, 2 part. Les lois de Guillaume sont dans la
seconde partie, p. Ixxxviij.
Ancient Laws and Institutes of England... printed under the direction
of the commissioners of the public records of the kingdom, 1840, in-fol.,
p. 201.
Les principales réimpressions de ces lois, faites sur une des éditions pré-
cédentes, sont :
'AçX'^iow\>.ia , sive de prisds Anglorum legibus... Guil. Lambardo inter-
prète; Cantabrigiae, 1644, in-fol., p. 159.
Collectio Conàliorum exacta studio Philippi Labbei et Gabrielis Cos-
sartii S. /. Parisiis, 1672, 18 voL in-fol., t. IX, 1024.
Sancti Anselmi ex Becensi abbate Cantuariensis archiepiscopi opéra; nec-
non Eadmerij monachi Cantuariensis, historia novorum, et alia opuscula;
labore et studio D. Gabrielis Gerberon; Lutetise Parisiorum, 1721 , in-fol.
2* part,, p. 116.
Anciennes lois des François... par David Hoiiard; Rouen, 1764, 2 vol.
in-4'', t. II, p. 76.
The Laws of Villiam the Conqueror, with notes and références ...... by
Robert Kelham; London, 1779, in-8°. Cet ouvrage se trouve ordinairement
réuni à un autre du même auteur , intitulé A Dictionary of the norifnan or
old french language; London, 1779, in-8°.
Lie Gesetze der Angelsachsen herausgegeben ion D^ Reinhold
Schemid; Leipzig, 1832, in-8'', p. 174.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 93
tous, il présente encore bien des omissions et bien des incor-
rections. J'ai dû, pour le rendre intelligible, le compléter et
le rectifier d'après les variantes qui m'étaient offertes par les
autres éditions et par le manuscrit Holkham; mais je ne me
suis jamais permis de faire une seule addition sans la mettre
entre crochets, ni de faire aucune modification au texte de
Fell sans écrire en italique les mots modifiés. Du reste, dans
l'un et dans l'autre cas, j'ai constamment indiqué et motivé
l'addition ou la correction par une note explicative mise au
bas de la page 5 en sorte que le lecteur sera toujours à même
déjuger.
M. Palgrave a cherché à élever des doutes sur l'authenti-
cité du texte roman des lois de Guillaume *; et il a été, par
cela même, entraîné à suspecter en même temps l'incontes-
table authenticité de l'histoire d'Ingulphe qui donne le texte
de ces lois en langue romane, qui témoigne formellement
qu elles furent publiées dans cette même langue, et qui prend
soin de nous informer des motifs pour lesquels les Normands
se servirent de leur propre idiome et non point de l'anglo-
saxon ^. M. Palgrave se fonde sur l'invraisemblance qu'il y
* Voir F. Palgrave; The Rise and Progress, etc. P^ part., p. 55 et suiv.
' (S Tantum tune Anglicos abominati sunt {Normanni), ut quantocunque
merito poUereut, de dignitatibus repellerentur ; et multo minus habiles
alienigenœ, de quacunque alla natione quae sub cœlo est, exti tissent, gratan-
ter assumerentur. Ipsum etiam idioma tantum abhorrebantquod Zeges^errœ^
statutaqueanglicorwmregumlingua gallica tradarentiir ; et pueris etiam in
scholis principia litterarum grammatica gallice , ac non anglice, tractaren-
tur; modus etiam scribendi anglicus omitteretur, et modus gallicus in
chartis et in libris omnibus admitteren ur. » {Historia Ingulphi j dans Be-
rum anglicarum scriptores, éd. de J. Fell, t. I, p. 70.)
Quelques pages plus loin , Ingulphe donne le texte roman des lois de
Guillaume, en le faisant précéder de cet avertissement :
« Attuli eadem vice mecum de Londoniis in meum monasterium leges
a>quissimi régis Edwardi quas dominus meus inclytus rex Wilhelmus au-
94 PREMIÈRE PARTIE,
aurait, selon lui, à admettre que, dans le xie siècle, on se soit
servi de la langue vulgaire pour la rédaction d'une loi ou d'un
acte public quelconque. Il prétend que le roman n'a été em-
ployé à cet usage qu à dater du xiiie siècle. Mais les faits sont
en opposition formelle avec une pareille assertion, A la fin de
ce même Xi^ siècle, et une trentaine d'années seulement après
la promulgation des lois du conquérant de l'Angleterre, un
autre conquérant français, Godefroi de Bouillon, qui se trou-
vait dans une situation assez analogue à celle du bâtard de
Normandie, eut, comme lui, recours a notre langue d'oïl pour
la rédaction des lois qu'il entreprit de donner à son nouveau
royaume. Ces lois, qui servirent de base aux Assises de Jéru-
salentf reçurent le nom de Lettres du Saint-Sépulax '. Entre
1116 et ii3o, Tbomas de Coucy publia les lois et coutumes
de Vervins^ En fait d'acte public, on peut citer une charte
de Renauld, comte de Bar et de Mousson, datée de 1 1 18, qui
est conservée aux Archives de l'empire, section domaniale,
série T. 201, n** 70 ^ Une autre charte de 1 122, qui se trouve
dans l'Histoire de Cambrai, par Le Carpentier, tom. II, preu-
ves, p. 17 ; une autre de 1 135, dans le même ouvrage, tom. II,
preuves, p. 185 une de ii47 rapportée par Loisel dans ses
thenticas esse et perpétuas, per totum regnum Angliae inviolabiliter tenen-
das sub pœnis gravissimis , proclamarat, et suis justiciariis commendarat,
eodemidiomate quo editœ sunt; ne per ignorantiam contingat, nos vel nos-
tros aliquando, in nostram grave periculum, contraire, et offendere ausu
temerario, regiam majestatem, ac in ejus censuras rigidissimas impro-
vidum pedem ferre contentas {sic, contemptas) sœpius in eisdem, hoc
modo... » Suit le texte en langue romane. {Historia Ingul-pM, ibid.,p. 88.)
^ Le recueil des lois désigné sous le nom de Lettres du Saint-Sépulcre,
ne nous est point parvenu, mais on sait qu'il fut rédigé en langue romane
et publié en 1099. (Voir l'Histoire littéraire deg Bénédictins, t. VII, p. Ixi.)
^Eist. litt., i.mi,^. Ixi.
3 Cette charte a été publiée par M. de "Wailly dans ses Éléments de pa-
léographie, t. I, p. 159.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 95
Mémoires de Beauvoisis, p. 266 ; une de 1 1 7 1 et une de 1 igS
publiées par M. de Reiffenberg dans les Monuments pour servir
à l'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxem-
bourg. Enfin, trois chartes de 11 33, 1168 et 11 83 sont men-
tionnées par les Bénédictins dans leur Nouveau Traité de di-
plomatique, t. IV, p. 619.
M. Palgrave fait, en outre, plusieurs remarques critiques
sur le texte même des lois de Guillaume, tel qu'il nous a été
conservé par l'historien Ingulplie; mais ces remarques sont
encore moins admissibles que l'opinion qui vient d'être réfu-
tée; je n'en donnerai qu'un exemple. Le savant anglais pré-
tend que la copie de ces lois a dû être faite par un Gascon, et
cela, sans doute, parce qu'on y rencontre fréquemment les
terminaisons oun, our. Mais, à une époque reculée, ces ter-
minaisons étaient précisément un caractère particulier au dia-
lecte normand, ainsi que l'a fort bien remarqué M. Fallot *.
Oun et our étaient également représentés par un et ur dans ce
même dialecte, parce que les Normands donnaient sans doute
à Vu de ces finales un son sourd à peu près semblable à celui
que nous donnons à ou.
Quant au texte latin des lois de Guillaume , publié par
M. Palgrave, d'après un manuscrit de la Bibliothèque har-
léienne, la moindre attention suffît pour reconnaître que ce
n'est point le texte original de ces lois, ainsi que le présume
cet auteur ; non - seulement ce n'est qu'une traduction, mais
encore c'est une traduction fort infidèle. Le lecteur pourra
facilement s'en convaincre, pour peu qu'il ait l'habitude de
comparer le style plus ou moins serré, plus ou moins concis
d'un original avec celui d'une traduction,nécessairement plus
* Recherches sur les formes grammaticales de la langue française et de
ses dialectes^ au xm' siècle, par Gustave Fallot, p. 27 et 30.
96 PREMIÈRE PARTIE,
prolixe et plus abondante en circonlocutions •. Enfin, je »..
crois pas trop présumer de mon travail en espérant que la
comparaison de cette traduction avec la mienne fera aperce-
voir un certain nombre de contre-sens et même de non-sens
qui existent dans ce texte latin, ainsi que plusieurs omissions
provenant visiblement de l'embarras où s'est trouvé le tra-
ducteur pour comprendre les expressions d'une langue qui
n'était plus celle de l'époque a laquelle il vivait f .
LOIS DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT.
TEXTE. ' TRADUCTION.
Ces sount les leis et les custumes Ce sont les lois et les coutumes que
que le rei Willams grentat a tut le le roi Guillaume assura à tout le
puple de Engleterre après le conquest peuple d'Angleterre, après la conquê-
de la terre, iceles mesmes que li reis te du pays, celles-là mêmes que le roi
Edward sun cosin tint devant lui ^. Edouard, son cousin, maintint avant
Ço est a saveir : ^ui.
C'est à savoir :
* Voir, entre autres, dans le texte latin, la traduction de certaines expres-
sions romanes qui se trouvent dans l'édition de F€Îl,^ux paragraphes i, iv,
VII, X, XII, XIII, XVIII, XX, XXIV, XXVII, XXXI, XXXILy-SïXVII , XXXIX, XL, XLI,
XLIV, XLVI, XLVIII.
' A cet égard, j'appellerai l'attention du lecteur sur quelques passages de
la traduction latine répondant, dans le texte roman , aux paragraphes vi,
VII, X, XIV, XV, XXV, XXXVIII, XXXIX, XLI, XLIII.
' Voici ce que dit Benoît de Sainte-More sur la manière dont Edouard le
Confesseur remit en vigueur les anciennes lois anglo-saxonnes et les décrets
des conciles ;
Huit ama Deu e saint Iglise,
E mult fist biens en mainte guise ;
Ententis fu a povres genz ;
Les leis e les viez testamenz
Del ancien accostomance
Mist en novele remembrance.
{Chron. des ditot de Nerm., L III, p. S4.)
Dans ce passage, testament signifie les décrets des conciles, les lois ca-
noniques. (Voir, à cet égard, le glossaire de du Gange, art. Testamentum.)
Tenir les leis et les custumes signifie maintenir les lois et les coutumes :
»« Car le bailly est tenus par son sairement de bonnes coustumes tenir et
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV.
97
I.
Pais à saint Yglise *. — De quel
forfait que home out fait en cel tens,
e il pout venir a sainte yglise, out pais
de vie e de membre ; e se alquons
meist main en celui qui la mère Yglise
requireit, se ceo fust u evesqué, u
abbeïe, u yglise de religiun, rendist
ceo que il i avereitpris, e cent solz de
forfait; e de mère yglise de paroisse,
XX solz ; e. de chapele, x solz.
E qui enfraint la pais le rei en
Merchenelae ®, cent solz les amen-
des; altresi de hemfare ^e de aweit
prepensed.
II.
Icez 'plaiz * afierent a la coroune
le rei.
Et se alquens, u quens, u provost
mesfeist as homes de sa baillie, e
I.
Immunité de la sainte Église. —
Quelque crime qu'un homme ait fait
en ce temps, s'il peut se réfugier en
sainte église, qu'il ait sûreté pour sa
vie et pour la conservation de ses
membres; et si quelqu'un mit la main
sur celui qui aurait eu recours à notre
mère l'Église, que ce fût dans une ca-
thédrale, ou dans une abbaye, ou dans
une église de communauté,qu'il rende
ce qu'il y aura pris, et qu'il paye cent
sous d'amende; si ce fut dans la prin-
cipale église d'une paroisse, vingt
sous, et dans une chapelle, dix sous.
Et qui enfreint la ipaix du roi est
passible, dans la loi des Merciens,
de cent sous d'amende; de même
pour HEMFARE et pour guet-apens.
II.
Ces causes appartiennent à la cou-
ronne royale.
Et si quelqu'un, ou comte, ou pré-
vôt, préjudicia aux hommes de sa
« essaucer, et les maies coustumcs destruire et aviler, por l'ennour de Dieu
« et por le proufit de la terre, et por le sauvement de s'arme. « (Assises de
Jérusalem, t. II, p. 23.)
^ Pour l'expression 'pais a saint Yglise et pour celle de pais le rei, qui se
trouve plus bas, dans le même paragraphe, voir le glossaire étymologique,
ch. I, sect. v, art. Pais.
* Merchenelae, mot anglo-saxon composé de Merma, Mercien, et de lah,
loi. (Voir, sur la loi des Merciens, le glossaire de du Gange, Lex Mercio-
rurtij à la suite de l'article Lea?.)
^ Hemfare, mot anglo-saxon; attaque dirigée contre une maison, agres-
sion contre les habitants d'une maison. Hemfare est composé de ham, heim,
hem, maison, demeure, d'où nous avons fait hameau, et de fare, marche,
agression, expédition, dérivé du verbe faran, aller, s'avancer, marcher
vers ou contre. Ce mot est expliquécomme il suit dans les lois de Henri I",
§ 80 : Hamsocna est vel Hamfare si quis prœmeditate ad domum eat uU
suum hostem esse sdt, et ibi eum invadat.
* Fell écrit plaiy; c'est une erreur de copiste. Selden et Wilkins pnt
plaiz, le manuscrit Holkham plait.
r T
98 PREMIÈRE Px\RTIE.
de ço fuist atint delà justice lu roi, juridiction, et que de ce il fût con-
forfait fust u duble de ce que altre vaincu par la justice du roi, il fût
fust forfait, puni au double de ce qu'un autre au-
rait été puni.
III. III.
E qui en Danelae ^ fruisse la pais Et dans la loi des Danois, qui en-
le roi, VII vinz liverez e iiii les freint la faix du roi est passible de
amendez; e lez forvaiz [le roi] ^ cent quarante-quatre livres d'araen-
qui afierent al vescunte xl solz de; et pour les cas royaux qui ap-
en Merchenelae et l solz en partiennent au vicomte, quarante
Westsexenelae *. E cil frans hoem sous dans la loi des Merciens, et cin-
qui aveit sac *, e soc", e tol^, e quante sous dans la loi de Westsex.
* Danelae, mot anglo-saxon composé de Dane, Danois, et de lah, loi.
(Voir, sur la loi des Danois, le glossaire de du Cange, Lex Banoram, à la
suite de l'article Lex.)
* Le texte de Fell ne porte pas le roi, mais ces mots se trouvent dans
Selden et dans Wilkins. Le manuscrit Holkham a le rei.
^ Westsexenelae, mot anglo-Saxon composé de lah, loi et de WestSeaxe,
Saxon de l'Ouest, Saxon habitant la partie occidentale de l'Angleterre
connue sous le nom de Westsex. (Voir, sur la loi de Westsex, le glossaire
de du Cange, Lex Westsaxonum, à la suite de l'article Lex.)
* Sac, mot anglo-saxon qui servait à désigner le droit qu'avait le seigneur
d'une terre d'évoquer à lui les causes de ses hommes et de les condamner
à l'amende, s'il y avait lieu. Sac, sace, sache signifiaient proprement chose,
affaire, cause, procès; en allemand sache.
' Soc, mot anglo-saxon signifiant proprement poursuite ; il est dérivé de
sokan, suivre, poursuivre. Le droit de soc, ou soca, soce, soche, était celui
.qu'avait le seigneur justicier de poursuivre un coupable et de le traduire
devant son propre tribunal. Soc est secta de hominibus in curia domini, se-
cundum consuetudinemregni. (Ane. ms. cité dans le glossaire de Spelmann.)
Soca est quod si aliquis quœrit aliquid in terra sua, etiam furtum ; sua est
justicia, siinventum an non. (Lois d'Edouard le Confesseur, ch. xxiii.)
" Toi, privilège dont un seigneur jouissait dans l'étendue de sa terre, et
qui consistait à être exempt de toute taxe et de tous droits pour le transport,
l'achat et la vente des marchandises et denrées. Thol, quod nos dicimus
tolonium, est sciUcet quod habeat libertatem vendendi et emendi in terra
sua. (Lois d'Edouard le Confesseur, ch. xxiv.) Toll, estre quitte de tur-
nus; c'est costume de marché. (Formules angl. de Thom. Madox, p. 47.)
Cette signification n'est pas la primitive, car toll, toi signifia d'abord taxe
6ur les denrées et les marchandises, en langue d'oïl tonlieu, en basse lati-
nité tolonium, qui se trouve dans la Vulgate et dans Isidore de Séville. Ces
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 99
TEM *, e INFANGENETHEOF*, sc il est in- Et l'homme libre qui a sac, et soc, et
plaidé eseit mis en forfait en le counté, tol, etiEM, et infangenetheof, s'il
afiert al forfait a ocs le vescuntc est accusé et mis à l'amende en cour
XL ORES^ en Denelae, e de altre comtale, il appartient, pour amen-
home qui ceste franchise wen* ad de, quarante ores au vicomte, dans
xxxn ORES. De ces xxxii ores, avrat la loi des Danois, et pour tout autre
le vescunte a oes le roi x ores, e cil * homme qui n'a point cette franchise,
qui li plait avrat dereined^ vers trente-deux ores. Sur ces trente-
lui XII ORES, et le seignur en M fiu'' deux ores, le vicomte retiendra dix
mots me paraissent dériver de tollere, qui donna en basse latinité tolta, en
langue d'oïl tolte, taxe, impôt, d'où malatolta ou maletolta, maltôte, tribvr-
tum quod injuste et maie tollitur. Dans la suite, toi se prit, dans un sens
détourné, pour le privilège qui exemptait de la taxe.
* Tenij mot anglo-saxon désignant le droit qu'avait un homme libre sur
tous les enfants qui naissaient de ses serfs sur sa terre. Ces enfants étaient
appelés serfs natifs ^ en basse latinité nativi ; ils devaient à leur tour don-
ner naissance à une race malheureuse de serfs qui se perpétuaient au profit
du même maître. (Voir le paragraphe xxxiii.) On trouve également them_,
theam, team avec la même signification. Theam est regale privilegiiim quo
qui fruitur habet villam et propagincm; id est potestatem hahendi natives,
bondos et villanos in feudo aut manerio suo. (Rastall, art. Theam.) Tem,
team, theam signifient proprement, en anglo-saxon, progéniture, race ; ils
sont dérivés de tyman, engendrer, procréer.
' Infangenetheof ou infangenthef, mots anglo-saxons qui signifiaient le
droit qu'avait un seigneur de juger et de punir un voleur arrêté sur sa terre,
lorsque le vol était manifeste, et principalement lorsque le voleur était
trouvé en possession de l'objet volé. (Voir le paragraphe xxxi.) Un com-
mentateur anglais interprète ainsi ce mot : Infangentef hoc est, latrones
capti in dominio, vel in feodo vestro, et de suo latrocinio convidi, in curia
vestra judicentur. (Will. Thorn, p. 2030.) Infangenetheof est composé de
in, dans, de fangen, prendre, saisir, et de theof, voleur, en anglais thief.
^ Ore, mot anglo-saxon ; on appelait ainsi en Angleterre une sorte de
monnaie qui valait un douzième de la livre sterling. La signification pre-
mière de ore est celle de bronze, airain ; en allemand erz.
* Fell, neu; Seld. et Wilk, non; ms. Holk. nen.
» Fell, til; Seld., Wilk. et ms. Holk. cil.
' Feil, de remued; Seld. et Wilk. deremied; ms. Holk. derednê. L'origi-
nal devait porter dereined. Selden et Wilkins ont, au paragraphe xliii, de-
reinet, et l'on trouve derained dans Fell, au paragraphe xxv,
' Fell, Seld. et Wilk. fin-, ms. Holk. /Îm. ' ^
100
PREiMIÈRE PARTIE.
il maindra x ores, Ço est en De-
NELAE.
IV.
Ço 'st la custume en Merchene-
LAE, se alquens est apeled de larecin
u de roberie, e seit plevi de venir a
justice, et il seit fuie dedenz; son
plege si averad ^ un ^ mois e i jour
de querle; s'il le pot truver [dedenz
le terme, si 1' merra a la justice^ e
s'il ne r pot truver] ^, si jurad sei
dudzime main que, al ure que il le
plevi, laroun ne 1' sot, ne per lui ne
s'en * est fui, ne aveir ne 1' pot.
Dune rendrad le chatel, e xx solz
pur la teste, e iv deners al ceper, e
une " maille pur la besche ^, e xx sok
al rei. En Westsexenelae cent solz
al clamur pur la teste e iv liveres al
rei. E en Danelae le forfait viii livres,
les XX solz pur lateste, e les vu livres
ORES pour le roi; celui qui aura sou-
tenu l'accusation contre le coupable
aura douze ores, et le seigneur dans
le fief de qui demeurera le coupable,
dix ORES. Ceci est dans la loi des
Danois.
IV.
C'est la coutume, dans la loi des
Merciens, que si quelqu'un appelé
devant les tribunaux, pour larcin ou
pour rapine, a donne caution de se
présenter en justice, et que, dans le
délai, il se soit enfui, son répondant
aura un mois et un jour pour le
chercher; s'il le peut trouver dans
ce délai, il le mènera à la justice,
et s'il ne le peut trouver, il jurera,
lui douzième, que, lorsqu'il le cau-
tionna, il ne le savait pas voleur,
que ce n'est point par son moyen
qu'il s'est soustrait, et qu'il ne peut
l'avoir; ensuite il rendra le chatel,
et payera vingt sous pour la tête de
l'accusé, quatre deniers pour le geô-
lier, une maille pour le bourreau et
* Fell, Seld. et Wilk. avéra de ; ms. Holk. averad.
* Fell et Wilk. iv; Seld. un; ms. Holk. wn. L'orignal devait porter mtt,
comme le manuscrit Holkham. Les copistes auront pris les quatre jambages
qui forment les deux lettres de ce mot pour autant de chiffres romains, et
les auront représentés par un, comme dans Selden; Fell et Wilkins auront
écrit IV, en se servant de la notation usitée aujourd'hui. La même erreur se
retrouve, quelques lignes plus bas, dans ce même paragraphe, et nous
aurons encore occasion de la remarquer page \ 02, notes 5 et 7, et page 1 08,
note 6.
' Les mots entre crochets ne sont ni dans Fell, ni dans Selden, ni dans
Wilkins, mais ils se trouvent dans le manuscrit Holkham.
* Fell, seu; Seld. seut; Wilk. sent; ms. Holk. sen.
* Fell, un ; Seld. Wilk. et ms. Holk. une.
* Pour l'interprétation de ce mot, voir ci-après, sect. v de ce chapitre, le
glossaire étymologique, art. Besche.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. <0f
al rei. E s' il pot decLenz un an e wn* vingt sous pour le roi. Dans la loi
jurs trover le larun, e amener à la de Westsex, il est dû cent sous au
justice, si li rendra les vint solz ki 's réclamant pour la tôte du voleur, et
averad oud, e sin ert faite ^ la justice quatre livres au roi; et dans la loi
de larun. des Danois l'amende est de huit li-
vres, dont vingt sous pour la tête et
sept livres appartenant au roi. Et si
le répondant peut, dans un an et un
jour, trouver le voleur et l'amener
à la justice, celui qui aura eu les
vingt sous les lui rendra, et il sera
fait justice du voleur.
V. V.
Cil ki prendra larun sanz suite e Si l'on prend un voleur sans que
cri, que cil enleist a qui il avrad le le volé le poursuive et crie après
damage fait, et vienge pois après, si lui, et que celui à qui le dommage
est raisun que il dunge x solz de aura été fait le laisse ainsi échapper,
HENGwiTE ^, e si 'n * face la justice s'il survient après coup, il est rai-
a la pnmere" devise; e s'il passe la sonnable qu'il donne dix sous de
* Fell, IV ; Seld. iiii; Wilk. et ms. Holk. un. Voir une erreur semblable
relevée dans ce même paragraphe, p. 1 00, note 2.
* Fell et Seld. fainte ; ms. Holk. feite ; Wilk. faite.
^ Hengwite, mot anglo-saxon composé de hangian, pendre, et de wite,
amende. On appelait hengwite ou hangwite l'amende à laquelle était con-
damné celui qui avait laissé évader un voleur sans tâcher de l'arrêter ou de
le faire arrêter. Cette amende était ainsi nommée parce qu'elle était censée
tenir lieu de la peine encourue par le voleur^ qui devait être pendu, d'après
les anciennes lois anglo-saxonnes. (Voir, au sujet de cette amende, le re-
cueil des lois anglaises connu sous le nom de Fleta, liv. I, ch. xlvii, § 1 7.)
Celui qui était volé se devait à lui-même et devait à la société de chercher
à s'emparer du voleur ou à le faire arrêter, en réclamant secours, en cas de
besoin, afin qu'on lui prêtât main-forte. Nous crions aujourd'hui au voleur!
au voleur ! Les Anglo-Normands criaient haro^, haro ! « Au cri de hareu
» doivent issir tous ceus qui l'oirent, et il se voient meffet où il aet péril de
» mort ou de larrecin, par quoy le malfeteur doit perdre vie ou membre,
» il le doit prendre et retenir et crier hareu après lui, outrement seront-ils
» tenus à amender le au prince. » (Coutumes de Normandie, citées par
du Cange, art. Haro.)
* Fell, Seld. et Wilk. fin; ms. Holk. si. L'original devait porter sm, que
je représente par si 'n, attendu qu'il est pour si on. (Voir, ci-après, l'article
Sij adv,, dans le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.)
' Fell et Seld. primerme; Wilk. et ms. Holk. iirimere.
102 PREMIÈRE PARTIE.
devise sans le congé a la justice, si hengwite et que l'on fasse justice à
est forfait de xl solz, la première audience; et s'il laisse
passer cette audience sans l'autori-
sation de la justice, l'amende est de
quarante sous.
VI. VI.
Cil ki aveir escut, u chivalz, u Si l'on retire de fourrière du bé-
buefs, u vachez, u porcs, u berbiz, tail, soit cheval, bœuf, vache ou
qe est forfeng * en engleis apeled, brebis , ce qui est appelé forfeng
cil qi r clamed durad al gros aveir en anglais, celui qui le réclame dou-
ai provost^ pur Vescussiun^ vin de- nera, pour du gros bétail, huit de-
ners; [ja tant 'n i ait, meis qu'il i niers au prévôt pour le recouvre-
out cent almaillc, ne durrad que ment; quelque nombre qu'il y en
VIII deners] *, e pur un porc un " ait, y eût-il cent têtes de gros bé-
deners, et pur un* berbiz i dener; c tail, il ne donnera jamais que huit
isi tresque'' uit; pur chascun un * deniers, et pour un porc un denier,
deners, ne ja tant 'n i ^ avrad, ne et pour une brebis un denier, et
durrad que oit deners; edurrawage, ainsi jusqu'à huit pour chacun un
• Forfeng, mot anglo-saxon; action de prendre, de saisir ; action de ressai-
sir, de récupérer, de recouvrer ce qu'on a perdu; recouvrement. Forfeng, for-
fang, forefeng, mots de même signification, sont composés de fore, avant,
devant, et de fe7ig, fang, action de prendre, dérivé de fengan, fangan, pren-
dre, saisir.
^ Fell et Selden, al gros s. al provost aveir; Wilkins, al gross al provost
aveir. Les textes publiés par les trois auteurs anglais paraissent avoir été
fournis par des copies qui avaient probablement été faites sur le môme ma-
nuscrit. Celui-ci devait présenter dans cet endroit une fausse leçon prove-
nant d'une transposition. Il faut: al gros aveir al provost. L'expression gros
aveir aussi bien qu'almaille désigne le gros bétail par opposition au petit
bétail tels que porcs et brebis dont il est question immédiatement après.Voyez
pour d'autres observations l'article Aveir dans le glossaire étymologique.
^ Fell, Seld. et Wilk. escussum ; ms. Holk. rescussiun. Le même porte résout,
au lieu de esmt, que l'on trouve dans le texte de Fell, à la première ligne
de ce paragraphe. L'original devait avoir escussiun.
'* Les mots mis entre crochets ne sont point dans Fell, mais ils se trouvent
dans Selden, dans Wilkins et dans le manuscrit de Holkham. (Voir, ci-après,
n pour en, dans le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.)
» Fell et Wilk. iv; Seld. iiii; ms. Holk. i. (Voir p. 100, note 2.)
® Pour un berbiz, voir l'art. Berbiz dans le glossaire étymologique.
'' Fell, isistre que; ms. Holk. issi tresque; Seld. et Wilk. isi tresque.
« Fell et Wilk. iv; Seld. un; ms. Holk. i. (Voir p. 100, note 2.)
' Fell, in; Seld., Wilk. et ms. Holk. ni.
CHAP. l, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 103
denier; et quel que soit le nombre
qu'il y en ait, il ne donnera jamais
que huit deniers ; et donnera gage,
et trouvera répondant, afin que si
un autre vient ensuite, dans l'inter-
valle d'un an et un jour, pour de-
mander le bétail, celui-ci ait recours
en cour contre celui des mains du-
quel on l'a retiré.
VII.
De même pour bétail égaré et
autre chose trouvée, : que cela soit
montré en trois endroits du voisi-
nage, afin qu'il y ait témoins de la
chose trouvée; si quelqu'un vient
ensuite pour réclamer la chose, qu'il
donne gage et trouve répondants,
afin que si un autre réclame l'objet
dans l'intervalle d'un an et un jour,
il ait recours en cour contre celui
qui l'aura trouvé.
VIII.
e truverad plege, que si alter vein-
ged a pref, dedenz l'an e un jour,
pur l'aveir demander, q'il i ait a
droit en la curt celui de qe il aveit
escus.
VII.
Altersi de aver endirez e de altre
treveure : seit mustred de treis pars
del veisined *, que il eit testimonie
de la troveure; si alquens vienge^ a
pref pur clamer la jose duist ^ wage
e troisse pièges, que si alter claimid
l'aveir dedenz l'an e un jour que ill
ait a dreit en la curt celui qui l' ave-
rat troved.
VIII.
Si home occit alter, et il seit co-
nusaunt, e il deive * faire les amen-
des, durrad de sa mainbote' al sei-
gnor, pur le franc home x solz, et
pur le serf xx solz. La were* del
Si un homme en tue un autre, et
qu'il reconnaisse le fait, et doive
payer les amendes, il donnera pour
sa MAiNBOTE auscigncur, pour l'hom-
me libre dix sous et pour le serf
* Pour l'interprétation de veisined, voir ce mot dans le glossaire étymolo-
gique, sect. V de ce chapitre.
* Fell, vieuge; ms. Holk. vienged; Seld. et Vf'ûk.vienge.
' Fell, diust ; ms. Holk. duinst; Seld. et Wilk. duist.
* Fell, Seld. et Wilk. dénie; ms. Holk. deive.
' Mainbote ou manbote, comme on lit dans Selden; composition à la-
quelle était tenu un meurtrier. Il devait payer au seigneur une somme plus
considérable si l'homme qu'il avait tué était serf que s'il était libre, attendu
que, dans le premier cas, cet homme était la propriété particulière du sei-
gneur, et que le préjudice occasionné à celui-ci était plus grand que si l'on
eût tué un homme libre, sur lequel il n'avait que de simples droits sei-
gneuriaux. Mainbote, manbote sont composés des mots anglo-saxons man,
homme, et bote ou bode, compensation, composition, dérivés de bettan,
compenser, composej".
* Were, mot anglo-saxon ; amende qu'un meurtrier devait payer aux pa-
404 PREMIÈRE PARTIE.
THEiN ' XX livres en Merchenelae, e vingt sous. La were du thain est
XXV livres en Westsaxenelae [e la de vingt livres dans la loi des Mer-
WERE del vilain c solz en Mercheke- ciens et de vingt-cicq livres dans la
LAE e ensement en "Westsaxenelae]'^. loi de Westsex, et la were du vi-
lain est de cent sous dans la loi des
Merciens ainsi que dans la loi de
Westsex.
IX. IX.
De la were. — Primerament ren- De la were. — D'abord on paye-
drat l'um de halsfanc ^, a la vedue ra, pour le halsfanc, à la veuve et
e as orphanins x sols, et le surplus aux orphelins, dix sous, et, pour le
les orphanins et les parens dépar- surplus, que les orphelins et les pa-
tent entr'els. rents partagent entre eux.
X. X.
En la were purra il rendre chival Pour la were, il pourra donner
rents de sa victime. Cette amende était plus considérable pour le meurtre
d'un homme d'une condition élevée que pour celui d'un homme d'une con-
dition inférieure, ainsi qu'on peut en juger par les dernières lignes de ce
paragraphe. Were a été dit par abréviation pour weregeld, veregeld^ en tu-
desque werigelt; mots composés de ver_, wer, homme, et de geld, gelt,
prix, HOMiîSis pretium. On trouve avec la même signification en irlandais
manngialdj en anglo-saxon leodgeld et par abréviation leode ; mots formés
de mann^ homme, leod, gens, en gothique lauths, homme. (Voyez le Dic-
tionnaire de Graff, t. 1, p. 931, et comparez les composés que nous venons
de voir avec manhote, mamboie expliqués dans la note précédente.) Par
extension, on donna le nom de were à des amendes encourues pour cer-
tains crimes ou certains délits qui n'avaient rien de commun avec l'homi-
cide.
*■ Thein ou thain, thayn, than, thane, seigneur anglo-saxon qui avait
rang après le comte ; ainsi le titre de thain répondait à peu près à celui de
baron. (Voir le glossaire de du Gange, art. Thainus, celui de Somner, art.
Theyen, et Selden, De titulis honor., part, ii, ch. v, §§ 2 et 4.)
' Les mots entre crochets ne sont point dans Fell, mais on les trouve
dans Selden, dans Wilkins, et dans le manuscrit Holkham.
3 Fell, hait sanc ; Seld, et Wilk. hait saine. On doit lire hais fane, mot
qui signifiait en anglo-saxon une sorte de carcan servant à serrer le cou
d'un criminel exposé au pilori, et, par extension, la somme que celui-ci
devait payer pour s'exempter de l'exposition. C'est dans cette dernière ac-
ception qu'il est pris ici. Halsfanc ou halsfang, healsfang, helfeng, etc. tous
mots de même signification, sont composés de hais, coti, et de fangan.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV.
105
qui ad la cuille pur xx solz, et tor
pur X solz, et ver^ pur v solz.
un cheval entier pour vingt sous, un
taureau 'pour dix sous et un verrat
pour cinq sous.
XL
Si home fait plaie a altre, e il
deive * otrei faire les amendes, pri-
marement li rende sun lechefe^; e
li plaiez jurra^ sur seintz^ que pur
mes ne l'pot faire, ne pur haur si
chier ne l'fist.
XL
Si un homme fait une blessure à
un autre, et qu'il doive lui payer les
amendes, premièrement il lui rendra
son lechefe; et le blessé jurera sur
reliques qu'il ne le put faire pour
moins, et que ce n'est point par ran-
cune qu'il le fit si cher (c'est-à-dire,
qu'il ne put se faire guérir pour moins,
et que ce n'est point par rancune qu'il
paya si cher pour sa guérison).
XIL
De SARBOTE ^ cho est de la dulor.
— Si la plaie lui vient avis en des-
cuvert, al polz, tote veie iv deners ;
c de tg,nz os cum hom trarad de la
plaie, al os tote veie iv deners ; pois
acordcment si li mettrad avant ho-
nours que si il li out fait ço q'il ad
fait a lui, se son queur li purportast.
XIL
De la SARBOTE, c'est-à-dire de la
douleur. — Si la blessure lui est faite
au visage, qu'elle soit à découvert,
ou au pouce, dans chacun de ces cas,
le coupable payera quatre deniers ;
et il payera pour autant d'os qu'on
en tirera de la plaie, à chaque fois,
pour l'os retiré, quatre deniers; puis
fangen, saisir. (Voir le glossaire anglo-saxon de Ed. Lye et celui de du
Cange, art. Ealsfang.)
* Fell et Seld. iter ; Wilk. afer ; ms. Holk. ver.
' Fell, Seld. et Wilk. dénie ; ms. Holk. deive.
' Lechefe, mot anglo-saxon signifiant salaire donné à un médecin pour le
traitement d'une maladie ,• il est composé de leach, lœce, lece, médecin, et
de feh, fea, récompense, salaire.
* Fell, Seld. et Wilk. jurraz; ms. Holk. jurra.
» Fell, seinte; Seld. et Wilk. seintez; ms. Holk. seinz. Le texte de Fell
porte saintz, au paragraphe xv.
Sarbote, mot anglo-saxon ; amende que l'on était obligé de payer à ce-
lui à qui on avait fait des blessures, en réparation du mal qu'on lui avait
cause. Sarbote vient de sar, douleur, en anglais sorrow, et de bote, bode,
compensation, composition, dérivés de bettan, compenser, composer. (Voir
Mainbote, p. 103, note 5.)
106
PREMIÈRE PARTIE.
e soun conseil li donast, prendreit
de lui ce qu'il offre a lui.
XIII.
Si ço avent * que alquen colpe le
poin a altre u le pied, si li rendra
demi were, suluc ceo que il est nez;
del pochier rendrad la meité de la
mein ; del dei après le polcier, xv solz,
de soit engleis, ço est querdeners^ ;
de lune dei, xvi solz ; del altre qui
ported l'anel, xvii solz ; del petit dei,
V solz, delungle, si il colpe, decas-
cun V solz, de soit engleis ; al ungle
de petit dei, iv deners.
XIV.
Ki altri espouse purgist, si forfait
la WERE vers sun seignor.
XV.
Altresi, quy faus jugement fait
il lui fera cordialement amende ho-
norable, lui assurant que s'il lui eût
fait ce qu'il lui afait, s'il lui proposait
son affection et qu'il lui donnât con-
seil, il recevrait de lui ce qu'il lui
offre (c'est-à-dire : Si les rôles étaient
intervertis, que B eût fait à C ce que
C a fait à B, et que B proposât à C
son affection en lui donnant le con-
seil d'accepter des réparations, C ao-
cepterait, dans ce cas, ce que lui-
même offre à B en ce moment).
XIII.
S'il avient que quelqu'un coupe le
poing ou le pied à un autre, il lui
payera demi were, selon sa nais-
sance. Pour le pouce, il payera la
moitié de ce qu'il eût payé pour la
main ; pour le doigt après le pouce,
quinze sous, sous anglais, c'est>-à;-
dire de quatre deniers ; pour le long
doigt, seize sous ; pour l'autre qui
porte l'anneau, dix-sçpt sous ; pour
le petit doigt, cinq sous ,• quant à
l'ongle, s'il le coupe, pour chacun, -
cinq sous, sous anglais; pour l'on-
gle du petit doigt, quatre deniers.
XIV.
Qui abuse de l'épouse d' autrui est
passible de la were au profit du
mari.
XV.
De même, qui rend un faux juge-
* Fell, aveut; Seld., Wilk. et ms. Holk. avent.
* Le texte de Fell porte soit engleis, co est quer bener deners. Le copiste,
après avoir écrit bener pour dener, s'est corrigé en écrivant le mot tel qu'il
doit l'être ; mais il a oublié de raturer bener. Selden et Wilkins ont soit
engleis, ço est quer deners. On lit dans le manuscrit Holkham solz engleis
que est-apelé quaerdenier. (Voir Querdeners, dans le glossaire étymologique,
sect, V de ce chapitre.) Pour l'interprétation du commencement de ce para-
graphe, voir p. 103, note 6.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 107
ment perd sa were, s'il ne peut prou-
ver, par serment fait sur reliques,
qu'il ne sut mieux juger.
perl sa were, si il ne pot prover sor
saintz que mels ne sot juger.
XVI.
Si home apeled altrc de larcin, e
il seit * francz home, et il ait oud en
arere * testimoine de lealté, s'en es-
condirad per plein serment, et altre
qui blasmed ait * ested per serment
nomed*, ço est a savoir, quatorze
homes leals per noun, si il aver les
pot, si s'en escondirad, sei dudzime
main"; et si avoir nc's pot, si se dé-
fende per juise. E li apeleur jurra
surluijpar® set homes nomes que
pur haur ne l'fist, ne pur altre chose
si pur soun dreit noun purchacer.
XVII.
E si alcons est apelez de mustcr
fruisser u de chambre, e il n'eit
ested blamed en arere, s'en escondie
per xini ^ leals homes només, sei
XVI.
Si un homme en appelle un autre
en justice pour larcin, et que celui-
ci soit homme libre et qu'il y ait eu
précédemment témoignage de loyau-
té sur son compte, il s'en justifiera
par le serment simple ; mais un au-
tre qui a déjà été accusé s'en justi-
fiera par serment à lui désigné, c'esl^
à-dire en se faisant assister de qua-
torze hommes réputés loyaux, s'il
peut les avoir, et s'en disculpera en
jurant lui douzième ; et s'il ne peut
les avoir, qu'il s'en défende par le
jugement de Dieu. Et l'accusateur,
assisté de sept hommes à lui dési-
gnés, jurera après lui qu'il ne le fit
pas par haine ni pour autre chose,
sinon pour poursuivre son droit.
XVII.
Et si quelqu'un est appelé en jus-
tice pour avoir forcé une église ou
le trésor d'une église, et qu'il n'ait
point été accusé précédemment, qu'il
* Fell, Seld. et Wilk. sot; ms. Holk. seit.
* Fell, ait cauere ; Wilk. ait ondea verre ; Seld. ait ond cavene. La cor-
rection que j'ai faite se trouve justifiée par ces mots du paragraphe suivant:
E il n'eit ested blamed en arere.... e s'il ad en arere larcin amended.
^ Fell, an ; Seld. et Wilk. ait.
'* Pour l'interprétation de serment nomed^ voir, ci-après, Sagrawen^^ dans
le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.
' Pour l'interprétation de sei dudzime main et de homes només, voir l'ar-
ticle Nomer, dans le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.
* Fell, jur ; Seld. et Wilk. iur; ms. Holk. par.
' FeU, xiij Seld. et Wilk. xlii; ms. Holk. xiiii. Pour l'interprétation de
ce passage, voir, ci-après, l'article Nomer, dans le glossaire étymologique,
sect. V de ce chapitre.
108
PREMIÈRE PARTIE.
dudzime main; et s'il eit^ altre fiée
ested blamed, s'en escondied a treis
dubles, ceo a savoir per xlii ^ homes
leals només, sei trente siste mein,
e s'il aveir ne's pot, [aut] ^ a la juise
a treis dublez, si com il deust * a
treis " dublein serment; et s'il ad
en arere larcin amended, ait al ewe.
Li arcevesqe averad de forfaiture
XL solz enMERCHENELAE, etlui evesqes
XX solz, e lui quenz xx solz, e le ba-
roun X solz, et le vilain xl deners.
XVIII.
Franc home qi ad aver champester
trente deners vailaunt, deit doner le
denerseint Père. Le seignurpur un®
deners que il donrad,si eruntquites
ses bordiers, e ses boverz e ses ser-
janz. Li burgeis qi ad en soun propre
chatel demi marc vailant, deit doner
s'en justifie au moyen de quatorze
hommes loyaux, à lui désignés, en
jurant lui douzième; et s'il a été
accusé autrefois, qu'il s'en justifie
par un nombre triple , à savoir par
quarante-deux hommes loyaux, à
lui désignés, en jurant lui trente-
sixième; et s'il ne peut les avoir,
qu'il vienne à une épreuve du juge-
ment de Dieu trois fois plus forte,
ainsi qu'il dut être tenu au triple
serment; et s'il a précédemment
subi une condamnation pour larcin,
qu'il vienne à l'épreuve de l'eau.
L'archevêque aura quarante sous
d'amende pour forfaiture, dans la
loi des Merciens, et l'évêque vingt
sous, et le comte vingt sous, et le
baron dix sous, et le vilain quarante
deniers.
XYIII.
L'homme libre qui a une pro-
priété rurale valant trente deniers
doit donner le denier de saint Pierre.
Pour un denier que donnera le pro-
priétaire, ses fermiers, ses bouviers
et ses serviteurs seront exempts.
L'habitant d'une ville qui a en pro-
* Fell, ert; Seld. et Wilk, eit; ms. Holk. ait. *
2 Fell, Seld. et Wilk. xlviii; Holk. xui.
' Aut n'est pas dans Fell, mais il se trouve dans Spelman, Selden,
Wilkins et dans le manuscrit Holkham. C'est le même que ait, qui se
trouve à la dernière ligne de cet alinéa.
* Fell, Seld. et Wilk. œil doust; Spelm. co il doust. Les copistes n'ont pas
fait attention àun signe d'abréviation qui, dans l'original,' devait, selon l'or-
dinaire, se trouver sur l'o de co. Le manuscrit Holkham porte cum il deust.
" Fell, tris ; Seld., Wilk., Spelm., ms. Holk. treis.
« Fell et Wilk. iv; Seld., Spelm. et ms. Holk. un. Il faut lire un. La
traduction latine de la Bibliothèque harléienne, publiée par M. Palgrave,
porte dans cet endroit pro uno denario. Des erreurs semblables ont été rele-
vées dans les paragraphes iv et vi. (Voir p. 100, note %, p. 101, note 1 , et
p. 102, notes Set 7.)
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV.
109
le dener seint Père. Qui en Dene-
LA.E francz home est, e il averad
demi marc en argent vailant de
aveir champester, si devrad duner le
dener seint Père. E per le dener que
le seignur durrad, si erent quites
ceals qui meinent en soun demainne.
XIX.
Ki purgist femme per forze ' for-
fait ad les membres; ki abate femme
a terre pur faire lui force, la multe
al seignur x solz; si la purgist, for-
fait est de membres ^.
XX".
Ki retient le dener seint Père , le
dener rendra per la justice de seinte
Eglise, e xxx deners forfait; e si il en
est plaidé de la justise le rei, le for-
fait al evesque xxx deners, e al rei
XL solz.
XXL
Si alcuns crieve l'oil a l'altre per
aventure quel qe seit, si amendrad
Lxx solz, del solz engleis, e si la
fumele'* i est remis, si ne rendra
lui que la meité.
pre un bien valant un demi-marc
doit donner le denier de saint Pierre.
dans la loi des Danois, celui qui
est homme libre et qui a demi-marc
d'argent vaillant en propriété rurale
devra aussi donner le denier de saint
Pierre ; et, pour le denier que don-
nera le propriétaire , ceux qui de-
meurent dans sa propriété seront
exempts.
XIX.
Qui abuse d'une femme par vio-
lence est passible de mutilation des
membres. Qui jette une femme par
terre pour lui faire violence, l'a-
mende au profit du mari est de dix
sous; s'il en abuse, il est passible
de mutilation des membres.
XX.
Qui ne paye point le denier de
saint Pierre sera contraint de payer
ce denier par la justice de la sainte
Église, et aura trente deniers d'a-
mende; et si, pour cela, il est ac-
tionné par la justice du roi, l'amende
au profit de l'évoque est de trente
deniers, et celle au profit du roi de
quarante sous.
XXI.
Si quelqu'un crève l'œil à un au-
tre, par quelque circonstance que ce
soit, il lui payera, pour dommages-
intérêts, soixante et dix sous, sous
anglais ; et si la prunelle y est restée,
il ne lui donnera que la moitié.
* Fell, M purgist femme a per forze. J'ai supprimé a, qui est inutile et
qui ne se trouve ni dans Selden ni dans Wilkins.
' Voir un exemple de cette peine dans le glossaire étymologique, ar-
ticle Cuille.
^ Ce paragraphe devrait se trouver après le xviii«, auquel il fait suite.
* Fell et Wilk. purvele; Seld. puniele; vas. Holk. pumele.
110
PREMIÈRE PARTIE.
XXII.
De relief al cunte que al rei afiert.
— VIII chivals, selezetenfrenezlesiv,
e IV halbers, e iv baumes, e iv escuz,
e IV launces, e iv espés; les al très
IV chaceurs e palefreiz a feins e a
chevestres.
XXIII.
De relief a barun. — iv chivalz, en-
selez e enfrenez [les ii] S e ii hal-
berz , e II baumes , e ii escuz , e
II launces, e ii espés; e les altres ii,
un cbasseur e un palefrei, a freins e
a chevestres.
XXIV.
De relief [a] ^ vavasour a soun
lige signur. — Deit^ estre qui te per
le chival soun père * tel qu'il aveit a
XXII.
Du relief du comte qui revient au
roi. — Huit cbevaux, dont quatre
sellés et bridés; quatre bauberts,
quatre beaumes, quatre boucliers,
quatre lances et quatre épées : les
autres quatre chevaux seront che-
vaux de chasse et palefrois, avec
frein et licou.
XXIII.
Du relief du baron. — Quatre che-
vaux, dont deux sellés et bridés;
deux hauberts, deux heaumes, deux
boucliers, deux lances et deux épées :
les autres deux chevaux seront un
cheval de chasse et un palefroi, avec
frein et licou.
XXIV.
Du relief du vavasseur à son sei-
gneur lige. — Il doit être quitte pour
le cheval de son père, tel qu'il l'avait
* Ce que j'ai renfermé entre crochets n'est ni dans Fell, ni dans Selden,
ni dans Wilkins; mais on le trouve dans le manuscrit Holkbam.
* Le texte de Fell ne porte pas a^ mais il se trouve dans Selden, dans
Wilkins et dans le manuscrit Holkham.
3 Fell, Seld. et Wilk. deite ; ms. Holk. deit.
* Fell, pethe ; Seld. et Wilk. peipe ; ms. Holk. père. La confusion de let-
tres que présente ce mot dans les trois premiers textes me porte à croire que
le manuscrit qui les a fournis médiatement ou immédiatement était écrit en
caractères anglo-saxons. Ceux de ces caractères qui représentent le th, le p
et Vr peuvent assez facilement être pris l'un pour l'autre. C'est ce qui est
arrivé à Montesquieu dans le passage suivant de son Esprit des lois, liv.
XXX, cb. XVII : «Aussi le glossaire des lois anglaises nous dit-il que ceux
» que les Saxons appeloient copies furent nommés par les Normands comtes,
» compagnons, parce qu'ils parlageoient avec le roi les amendes judiciaires.»
L'auteur avertit, en note, que la glose à laquelle il fait allusion se trouve
dans Guillaume Lambard. On voit, en effet, cette glose dans l'ouvrage de
ce savant intitulé 'Apy.aiovojjLîa, swe de prisas Anglorum legibus, dans un
index placé à la tête du livre, art. Satrapas; mais, au lieu de copies, on y
lit très distinctement eorles, écrit en caractères anglo-saxons. Montesquieu
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV.
111
jour^ de sa mort, e per soun hal-
bert, e per soun haume, e per soun
escud, e per salaunce, e per s' espé;
e s'il fust desapereilé, que il ne out ^
ne chival ne les armes, per c solz.
XXV.
De entercement de vip aveir. — Ki
r voldrad clamer emblet, e il volge
doner wage e trover plege a persuir
soun apel ; dune li stuverad a celui qui
l'awerad entre meins nomer suon
guarant, si il l'ad ; e si il ne l'ad, dune
nomerad soun hewetborh * et ses tes-
timoines ; e ait les a jur e a terme, s'il
les ad u s'il les pot aver; e li enterceur
Vaverat ' en guage, si siste main, e li
altre le mettrad en la main soun wa-
ramt u a soun hewetborh; e il ait
testimoines que il l'achatad al mar-
chied lu rei, e qu'il ne set soun wa-
rant ne le plege vif ne mort, ceo ju-
rad od ses testimoines per plein ser-
ment ® ; si perdra soun chatel , si il
au jour de sa mort, et pour son hau-
bert, son heaume, son bouclier, sa
lance et son épée; et s'il en fût dé-
pourAm, qu'il n'eût ni le cheval ni les
armes, il sera quitte pour cent sous.
XXV.
De la revendication du bétail vi-
vant. — Si celui qui le voudra récla-
mer comme lui ayant été enlevé veut
donner gage et trouver répondant
pour poursuivre son appel, il con-
viendra alors que celui qui l'aura en-
tre les mains nomme son garant, s'il
l'a ; et s'il ne l'a pas, il nommera
son HEWETBORH et ses témoins; et
qu'il les ait à jour et à époque fixe,
s'il les a ou s'il les peut avoir. Le
réclamant aura le bétail en gage, lui
sixième, et l'autre le mettra entre les
mains de son garant ou de son he-
wetborh. Si le défenseur a des té-
moins comme quoi il l'acheta au mar-
ché royal, et qu'il ne sache pas si
ou son secrétaire a pris l'e pour un c et l'r" pour un p. L'anglo-saxon eorle
est le même que l'anglais earl, comte.
* FcWfjaur; ms. Holk. jwr; Seld. et Wûk.jour.
* Fell et Wilk. ont; ms. Holk. oust; Seld. out.
^ Fell, enierzdejus; Seld. eivers dems; Wilk. entremeins ; ms. Holk. en-
tercement de vif. Le copiste ou l'éditeur de la Vie de saint Thomas de Can-
terbury, p. 502, v. 1 222, a également écrit jus pour vif, ainsi que le prou-
vent les variantes de cet ouvrage, p. 629, col. 1, v. 1222.
* Fell, heunel borh. Le même auteur écrit hennel borh dans ce même pa-
ragraphe. Seld, et Wilk. heuvcllorh; ms. Holk. heimelborch. Le manuscrit
original devait certainement porter heuuetborh, que je représente par hewet-
borh. Ce mot signifie, en anglo-saxon, principal répondant, caution princi-
pale, composé de hewet, hevet,hevod, heafod , heafd, tête, qui, en com-
position, équivalent à capital, principal, et de borh ou borch, borg, borgh,
répondant, caution, garant. (Voir le glossaire d'Edouard Lye, celui de Spel-
man et celui de du Cange, art. Headborow.)
" Fell, luneral; Seld. et Wilk. liveriad. Il faut lire ï avérât ou l'averad,
qui sont deux formes du même mot. Le i a été pris pour une l, tomme
dans le mot qui fait le sujet de la note précédente et dans plusieurs autres.
• Fell, sercient ; Seld., Wilk. et ms. Holk. serment.
412
PREMIERE PARTIE.
testimoinent que il hewetborh ne
prist ^; e s'il ne pot aveir guarant
ne testimoine, si perdrad e pursol-
drad, e pert sa were vers soun sei-
gnur; ço est en Merchenelae, e en
Denelae , e en Westsexenelae . Ne
vocherad mie * soun ' warant [ de-
vant] * iceo que seitmis en guage; e
en Denelae mettrad en iiele [main] ",
d'issi la que il seit derained. E s'il
pot prover que ceo soit de sa nur-
ture per treis partz soun vigned, se
ilaverad deraignet; kar puisque ser-
ment li est jugied, ne l'en pot pas
puis lever per le jugement de En-
gleterre.
XXVI.
De murdre. — Ki Freceis occist,
e les homes del hundred ® ne l' pren-
son garant ni son répondant sent
vifs ou morts, il le jurera avec ses
témoins par le serment simple; mais
il perdra son chatel s'ils témoignent
qu'il ne prit pas de hewetborh ; et
s'il ne peut avoir garant ni témoins,
il perdra et payera; et dans ce cas
il perd sa were, adjugée à son sei-
gneur. Ceci est dans la loi des Mer-
ciens, dans la loi des Danois et dans
la loi de Westsex. Le défendeur n'ap-
pellera point son garant en témoi-
gnage jusqu'à ce que le bétail soit
mis en gage, et, dans la loi des Da-
nois, on le mettra en bonnes mains,
jusqu'à ce que le droit soit établi. Si
le défendeur peut prouver que ce bé-
tail soit de son nourrissage, par des
habitants de trois différents endroits
de son voisinage, il aura établi son
droit ; car, dès que leur serment a dé-
cidé en sa faveur, on ne peut plus le
déposséder par le droit anglais.
XXVI.
Du meurtre. — Quant à celui qui
tue un Français, si les hommes de
* Fell et ms. Holk. enprist; Seld. enpust; "Wilk. empus'd. On doit lire ne
prist. Les copistes ont plusieurs fois écrit en pour ne; ce même paragraphe
XXV nous en offre la preuve. En effet, tous les textes, excepté celui de Fell,
portent en le plege vif, au lieu de ne le plege vif.
^ Fell et Wilk. une; Seld. et ms. Holk. mie.
' Après soun on lit seignour dans Fell , Wilkins et Selden ; mais ce mot
ne se trouve pas dans le manuscrit Holkham.
* Devant est dans le manuscrit Holkham , mais il n'est ni dans Fell, ni
dans Selden, ni dans "Wilkins.
" Fell, mettre en vêle ; Seld. meitre en vêle; Wilk. mettred en vêle. Tous
ces textes présentent, non-seulement une mauvaise lecture, mais encore une
omission^ celle du mot main. Le manuscrit Holkham nous fournit la véri-
table leçon, mettrad en uele main. Pour l'interprétation de ce passage, voir
ci-après l'article Uwel dans le glossaire eivmologique, section v de ce cha-
pitre.
* Hundred. (Voir, sur ce mot, la note 5 de la page il 5.)
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. US
I'hundred ne le prcnaent et ne l'a-
mènent à la justice dans les huit
jours, pour déclarer pourquoi il l'a
fait, ils payeront pour le meurtre
quarante-sept marcs.
XXVII.
Si un homme veut contester au
sujet d'un contrat de tenure de terre
contre son seigneur, il conviendra
qu'il le fasse par ses pairs de la te-
nure eux-mêmes, qu'il appellera pour
témoins, car il ne pourra le faire
par des étrangers.
XXVIII.
Si un homme plaide en cour, en
la cour de qui que ce soit, excepté
celle où est la personne du roi, et
qu'on lui impute d'avoir dit une
chose qu'il ne veut reconnaître, s'il
ne peut prouver qu'il ne l'a pas dite
par deux hommes du plaid dignes
de foi, témoins oculaires et auricu-
laires, qu'il retire son dire.
XXIX.
Du relief au vilain. — Il donnera
gcnt et amènent a la justise dedenz
les oit jours pur mustrer pur qui il
l'a fait, sin rendront le murdre xlvii
mars.
XXVII.
Si home volt derainer covenantde
terre vers soun seignor, per se pers
de la tenure meimes que il apelerad
a testimoines l'estuverad derainer ;
kar per estrangesne 1' purrapas de-
reiner.
XXVIII.
Home qui plaide en curt, a qui curt
que çoseit*, fors la ^ ou le cors le rei
est, e home li metted sur qu'il ait
dit chose queilnevoille conustre, se
il ne pot derainer per ii entendable
home del plaid, oant^ et veant, que
il ne l'avrad dit, recovered * sa pa-
role.
XXIX.
De relief a vilain. — Le meillur
* A qui curt que ço seit, en la cour de qui que ce soit, tournure analogue
à d'autres que présente le même texte : JEn M fiu il maindra, dans le fief
de qui il demeurera (§ iv) ; En ki poesté il seit trové, en puissance de qui
il soit trouvé (§ xlv). Dans les constructions de ce genre on écrivait plus
habituellement et plus régulièrement cui. Voyez à cet égard t. III, p. 167,
468 et rapprochez ce que je dis sur cette tournure des observations faites
sur autrui dans ce même tome III, p. 141 et 142.
' L'artice la rappelle le substantif curt qui précède. Voyez au sujet de
cette tournure, t. III, p. 412-415.
* Fell, plaidant; Seld. et Wilk. pleidant. Il y avait certainement dans
l'original plaid oant. Le manuscrit Holkham porte plait oans, leçon équi-
valente. La traduction littérale de ce membre de phrase est : S'il ne peut
prouver par deux hommes du plaid dignes d'être entendus, entendant (oïant)
et voyant.
* Fell porte recovered a, mais cet a n'est point dans le manuscrit Hclk-
ham.
fU
PREMIÈRE PARTIE.
aveir qu'il avéra, u chival, u buf, u
vache dourad a soun seignour de re-
lief; e puis si seront tuz * les vilains
en franc plege.
XXX.
De m chemins, ço est a saveir :
Wetleingstrete, et Ermingestrete,
et Fos *. — Ki en alcun de ces che-
à son seigneur, pourre/it;/, la naeil-
leure bête qu'il aura, ou cheval, ou
bœuf, ou vache ; du reste, tous les
vilains seront en frano^leige.
XXX.
De trois chemins, savoir : Wet-
LEINGSTRETE, ErMINGESTRETE et FoS.
— Celui qui tue sur quelqu'un de ces
* Fell, serait cuz; Seld. seront cuz; ms. Holk. sient tuz; Vf i\k. seront
touz.
* 'Wetleingstrete, Ermingestrete et Tos étaient trois routes romaines qui
servaient encore de principale voie de communication lors de la conquête
des Normands. On en voit aujourd'hui des traces sur divers point de l'An-
gleterre. Les savants ne sont point d'accord sur la direction précise de ces
trois chemins. Selon l'opinion des géographes anglais les plus accrédités,
Wetleingstrete ou Watling-Street allait de Douvres à Chester; Erminges-
trete ou Ermine-Street allait de Southampton à Saint^David, dans la prin-
cipauté de Galles; Fos ou Foss-Way traversait toute l'Angleterre, depuis le
Devonshire, au sud-ouest, jusqu'à l'extrémité nord-est. Cette dernière route
est mentionnée par le manuscrit du Roman de Brut, qui se trouve à la
bibliothèque de l'Arsenal, on y lit :
Foi l'appelent !i palsant (babitants du pays)
Qui commence en Coteneis
Et si fenist en Hauteneis.
(Ml. del'Artenal, 171, B.-L, cité par M. Le Roux de Lincy dnnt le Roman de Brut, 1. 1, p. 1)7, oou ».)
Le même roman attribue au roi fabuleux Belin toutes ces routes romaines,
ainsi que les règlements de police concernant la voirie qui sont compris
sous la désignation de pais le rei, dans ce paragraphe des Lois de Guil-
aume.
Belins tint s'onor vivement,
Et mult se contint sagement
Par vax, par mares et par mons
Fist faire cauciès et pons ;
Bons pons fist faire, chemin baus
De piere, de sablon, de caus.
Prime fist faire une caucié
Qui encor puet estre ensagné,
Del long de la terre mult grant;
Fort la firent li païsant.
Elle commence en Cotenois
Et si fenist en Catenois;
Vers Cornuaille commença
Et dedans Escoce fina.
Del port de Haustone sor mer
Fist un chemin chaucié mener
Jusqu'en Gales a Saint-Davi
Et la oltre la mer fini.
De cité en cité ala
Tant comme li tere dura.
Den\ cbauciées refist del lé
Qui le païs ont traversé.
Quant li rois ot ses chemins fais
Commanda lors q'eussent pais,
Tote pais et franchise eussent.
Et ens en son demaine fussent.
Et qui la pais enfrainderoit
Ses demaines forfais seroit.
I Roman de Brut, t. I, p. ÎSti. 597, Î13.)
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV.
415
mins occit home qui seit errant per
le païs^ u asalt, si enfreit la pais le
rei.
XXXI.
Si larecin est troved en qui terre
que ceo seit *, et le laroun ovesque,
le seignour de la terre et la famme
averunt la metted del aveir a la-
roun, e les chalenjurs ^ lor chatel, se
il le trovent, e l'altre metted; s'il est
trové dedenz sache et soche % si 1'
perdra la femme, et le seignour l'a-
verad.
XXXII.
De STREWARDE *. — De chescon
des * HiDES del hundred ®, un home
dedenz la feste seint Michiel e le
seint Martin. E [li] '^ wardireue si
avrad xxx hides quites pur son tra-
vail ; et si * aveir trespassent per iloc
u il deivent ' waiter, e il ne pussent
chemins un homme qui voyage dans
le pays, ou qui l'attaque, enfreint la
paix du roi.
XXXI.
Si un objet dérobé est trouvé en
la terre de qui que ce soit, et le lar-
ron avec, le seigneur de la terre et
la femme du coupable auront la
moitié de l'avoir du larron, et les
plaignants leur bien, s'ils le trou-
vent, et l'autre moitié. Si larron est
trouvé dans une terre ayant droit de
SAC et de soc, la femme perdra sa
part, et le seigneur l'aura.
XXXII.
De la STREWARDE. — Il sera four-
ni un homme par chaque hide de
I'hundred, depuis la fête de saint Mi-
chel jusqu'à la Saint-Martin. L'ins-
pecteur des chemins aura pour sa
charge la garde de trente hides ; et
si des bestiaux passent par le lieu où
' Pour l'interprétation de ce passage, voir p. 4 1 3, note 1 .
' Fell, chalenuirs; Seld. chaleiurs; Wilk. chalenurs; ms. Holk. chalenjurs.
' Sache et soche sont les mêmes que sac et soc. (Voir p. 98, notes 4 et 5.)
* Strewarde, mot anglo-saxon; surveillance exercée sur les routes, po-
lice de la voirie. Strewarde ou stretward^ streteward, sont composés de
stret, route, chemin, et de ward., garde, dérivé de wardian, garder.
» Fell, dis; Seld., Wilk. et ms. Holk. des.
• On appelait hide ou hyd, en anglo-saxon, une portion de terre cultivée
et habitée par une ou deux familles; elle répondait à peu près à ce qu'on
nommait autrefois en France une charruée^ c'estr-à-dire qu'elle contenait
l'étendue de terrain qu'une charrue peut labourer chaque année. Le hundred
était une étendue de pays comprenant cent hides ; de là son nom, car, en
anglo-saxon, hundred signifie proprement cent, centaine. (Voir Hida et
RundreduSj dans le glossaire de Spelman et dans celui de du Gange,)
" H ne se trouve ni dans Fell, ni dans Selden, ni dans Wilkins ; mais il
est dans le manuscrit Holkham.
" Fell, fi; Seld., Wilk. et ms. Holk. si.
' Fell, dément; Seld et Wilk. dénient ; ms, Holk. deivent. Cette leçon
est la dernière que nous fournira le manuscrit Holkham, car il s'arrête à ce
paragraphe.
ne
PKEMIÈUE PARTIE.
mustrer ne cri, ue force que lour
fust faite, si rendissent l'aveir.
XXXIII.
Cil qui custivent * la terre ne deit
l'um travailer se de lour droite censé
noun. Ne * leist a seignurage dépar-
tir les cultivurs de lur terre pur tant
cum il pussent le dreit seirvise faire.
Les naïfs ki départent de lur *
terre ne deivent * cartre faire, n'on
juirie ' quere que il ne facent lur
dreit servise que apend a lour terre.
Li naïfs qui departet de sa terre dunt
il est nez e vent a autri terre, nuls
ne r retenget, ne li ne se chatels,
enz le facet venir arere a faire soun
servise tel cum a li apend. Si * les
seignurages ne facent altri gainurs
venir a lour terre, la justise le facet.
les gardes doivent exercer leur sur-
veillance, et qu'ils ne puissent prou-
ver ni cris qu'ils aient fait entendre,
ni violence qui leur fût faite, ils ren-
dront le bétail.
XXXIII.
On ne doit point inquiéter ceux
qui cultivent la terre, si ce n'est
pour le payement de leur cens légi-
time. Il n'est pas permis au pouvoir
seigneurial d'éloigner les colons de
leur terre, tant qu'ils peuvent faire
leur légitime service.
Les serfs natifs qui abandonnent
leur terre ne doivent faire aucun
écrit ni requérir aide dans le but de
ne pas faire le légitime service qui
appartient à leur terre. Si un serf
natif abandonne la terre où il est
né et vient sur la terre d' autrui, que
nul ne le retienne, ni lui ni ses biens,
mais qu'on le fasse retourner pour
faire le service auquel il est tenu. Si
ceux auxquels appartient le pouvoir
seigneurial ne font revenir les colons
d'autrui dans leur terre, que la jus-
tice le fasse.
* Fell, Seld. et Wilk. custinent. On doit lire custivent.
» Fell, le ; Seld. et Wilk. m.
' Fell, Seld et "Wilk. departet de sa. Ainsi que je l'ai déjà remarqué, les
divers manuscrits dont se sont servis ces auteurs paraissent n'avoir été que des
copies faites elles-mêmes sur une autre copie qui était fautive en certains
endroits, car les trois textes reproduisent plusieurs fois les mêmes fautes.
Dans cette phrase le pluriel est indispensable, et l'original devait porter
départent de lur; mais les regards du copiste se sont portés par mégarde
quelque mots plus loin, où il a trouvé departet de sa. L'auteur de la copie
première dont je viens de parler n'est autre peut-être que le copiste employé
par Ingulphe pour transcrire son histoire.
* Fell, Seld. et Wilk. devient. Lisez deivent, comme au paragraphe pré-
cédent.
" Fell, nauvrie ; Seld. et Wilk. najuirie.
* Le texte de Fell ne porte que s^ mais on trouve si dans Selden et dans
Wilkins.
CHAP. I, ÉLÉiMENT LATIN. SECT. IV.
M7
XXXIV.
Nului ne toille a souu seinoursun
(Ireit servise pur nul relais que il li ait
fait en arere.
XXXV.
Si famine est jugée a mort u a
defanun ^ des membres, ki seit en-
ceintée, ne faced l'um justice des-
qu'cle seit delivere.
XXXVI.
Si home mort senz devise, si de-
partent * les enfans l'erité entre sei
per uwel.
XXXVIÏ.
Si le père truvet sa file en avul-
terie en samaisoun, u en la maisoun
soun gendre, ben li laist ocire la
avultere.
XXXVIII.
Si home enpuissuned altre, seit
[occis] 3, u permanablement eis-
silled.
Jo jettai voz choses de la nef pur
pour de mort, et de ço ne me poez
enplaider, kar leist a faire damage a
altre pur pour de mort, quant per
ele ne pot eschaper; e si de ço me
viescez que pur pour de mort ne 1'
feisse, de ço m'espurjerai *. E les
choses qui sunt resmises en la nef
seient départis * en commun, e su-
lun les chatels. E si alcun jethed les
XXXIV.
Que nul ne prive son seigneur de
son légitime service pour aucune ré-
mission que celui-ci lui ait faite pré-
cédemment.
XXXV.
Si une femme est condamnée à
mort ou à la mutilation des mem-
bres, et qu'elle soit enceinte, que
l'on ne fasse pas justice jusqu'à ce
qu'elle soit délivrée.
XXVI.
Si un homme meurt sans testa-
ment, les enfants partagent entre
eux l'héritage par égale part.
XXXVII.
Si le père trouve sa fille en adul-
tère en sa maison, ou en la maison
dé son gendre, il lui est bien permis
de tuer Tadultèfe.
XXVIII.
Si un homme en empoisonne un
autre, qu'il soit mis à mort ou exilé,
à perpétuité.
Si je jetais vos effets hors du na-
vire par crainte de la mort, vous ne
me pouvez actionner pour cela, car
il est permis de faire tort à autrui
par crainte de la mort, quand on ne
peut échapper par autre moyen ; et,
si vous m'inquiétez sous prétexte
que ce n'est pas par crainte de la
mort que je le fis, je m'en justifie-
rai. Que les choses qui sont restées
* Fell, Selden et "Wilkins ont lu defacum pour defaciun, comme ils ont
lu escussum pour esmssiun, au paragraphe vi.
' Fell, depertent; Spelm., Seld et Wilk. départent.
^ Occis n'est pas dans Fell, mais il se trouve dans Selden et dans Wilkins.
Fell, Seld. et Wilk. mespriorai. U faut lire mespurjerai.
» Fell, depertiz ; Seld. et Wilk. départis.
118
PREiMIÈRE PARTIE.
chatels fors de la nef senz busun,
s'il rendet.
XXXIX.
Dous sunt perceners de un erithet,
e est l'un enplaidé senz l'altre, et,
per sa folie, si pert; ne dit pur ço
l'altre estre perdant qui présent ne
fvd^, kar jose jugé entre ens^ ne
forsjuge pas les altres qui ne sont a
présent.
XL.
Cil qui tenent lur terre a censé,
soit ' lur dreit relief a tan cum la
censé est de un an.
XLI.
Ententivement se purpensent cil
qui les jugementz unt a faire que si
jugent cum si désirent, quand il
dient : « Dimitte nobis débita nos-
TRA. »
E nous defendun que l'un chris-
tien fors de la terre ne vende, n'en-
surchetut en paisinime *. Wart l'un
que l'un l'anme " ne perde que Deu
rachatat de sa vie.
Ki tort^ eslevera u faus jugement
fra, pur curruz, ne pur hange, u pur
avQir, seit en la forfaiture le rei de
XL solz, s'il ne pot alejer que plus
dans le navire soient réparties entre
tous, selon les effets de chacun. Et
si quelqu'un jette les effets hors du
navire sans nécessité, qu'il les paye.
XXXIX.
Si deux hommes sont coparta-
geants d'un héritage, et que l'un soit
actionné sans l'autre et perde par sa
faute, celui qui ne comparaît pas ne
doit point perdre pour cela ; car chose
jugée pour les uns ne dépossède pas
les autres qui ne comparaissent pas.
XL.
Que le relief de ceux qui tiennent
leur terre à cens soit d'autant que
le cens est pour une année.
XLI.
Que ceux qui ont à rendre les ju-
gements s'appliquent soigneusement
à juger comme ils désirent qu'il soit
fait pour eux quand ils disent : «Di-
mitte KOBIS DEBITA NOSTRA. »
Et nous défendons que l'on vende
un chrétien hors du pays, et surtout
en pays infidèle. Que l'on se garde
de perdre l'âme que Dieu racheta de
sa vie.
Qui commettra une prévarication
ou rendra un faux jugement, par
ressentiment, ou par haine, ou en
vue de quelque profit, qu'il soit, pour
* Fell, Seld. et Wilk. sud. On doit lire fud.
* Fell, Seld. et Wilk. eus. Lisez ens. Pour l'interprétation de ce passage,
voir l'article Un, adjec.indéf., dans le glossaire étymologique, sect. vde ce
chapitre.
« Fell et Seld. sort; Wilk. seit.
* Fell, paismune ; Seld. et Wilk. paisumne. Il faut lire paisinime. (Voir
ce mot dans le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.)
' Fell, laume; Seld. et Wilk. lamne. Lisez l'anme.
* Fell, fozt; Seld. et Wilk. tort.
CHAP. I, ÉLÉMEiNT LAÏIiN. SECT. IV. H9
dreil faire ne 1' sout^; si perde sa
franchise si al rei ne 1' pot reachater
a soun pleisir ; et s'il est en Denelae,
seit forfait de sa laxlite *, s'il ala-
jer ne se pot que il melz faire ne
soit. E qui droite lei e dreit ^ juge-
ment refuserad, seit forfait envers
celi ki dreit ço est a aveir; si ço est
envers li rei, vi livers; si ço est en-
vers cunte, XL solz; si ço est en
HUNDRED, XXX solz; e euvers touz
içous ki curt unt en Engleterre, ço
ert al solz engleis. E en Denelae,
qui dreit jugement refuserad seit en
la mercie de sa laxlite. E ne face
hun * pleinte a roi d'ici que l'un li
seit defaili el hundred u el conté.
XLII.
Ne prenge hun nam nul • en conté
ne defors, d'ici qu'il eit très foiz de-
forfaiture envers le roi, passible de
quarante sous d'amende, s'il ne peut
se justifier en établissant qu'il ne
sût faire meilleure justice; qu'il per-
de sa prérogative, s'il ne peut la ra-
cheter du roi selon son bon plaisir ;
et s'il est dans la loi des Danois,
qu'il soit passible de l'amende de sa
LAXLITE, s'il ne peut se justifier en
établissant qu'il ne sût mieux faire.
Et qui refusera de rendre justice
équitable et équitable jugement,
qu'il soit passible d'amende au pro-
fit de qui de droit. Si c'est au profit
du roi, l'amende sera de six livres ;
si c'est au profit d'un comte, qua-
rante sous; si c'est à la cour de
I'hundred, trente sous. Au profit
de qui que ce soit qui ait cour
de justice en Angleterre l'amende
sera payée en sous anglais. Et dans
la loi des Danois, qui refusera de
rendre équitable jugement, que ce
soit au prix de sa laxlite. Qu'un
homme n'adresse point sa plainte au
roi jusqu'à ce qu'on lui ait dénié
justice à la cour de I'iiundred ou à
celle du comte.
XLII.
Qu'un homme ne s'approprie ajx-
cun gage à la cour du comte ni au
* Fell, Seld. et Wilk. sont. Lisez sont, le même que soit, qui est un peu
plus loin. On trouve sont au § xlviii. Au sujetde ces formes, voir p. 1 24, col. 1 .
' Laxlite, mot anglo-saxon; infraction de la loi, et, par extension, amende
ou peine dont était passible celui qui avait enfreint la loi. Laxlite, ordinai-
rement écrit lahslite, est composé de lah, loi, et de slit, rupture, infraction,
dérivé de slian, rompre, enfreindre.
' Fell, Seld. et W^k. dreite. Lisez dreit. Sans doute le féminin dreite,
qui se trouve deux mots avant, a été cause de l'erreur du copiste.
* Fell, bun; Seld. et Wilk. bon. On doit lire hun, comme au commence-
ment du paragraphe suivant.
* Fell, nam mil; Seld. et Wilk., nammil. Il faut lire nam nul.
120
PREMIÈRE PARTIE.
mandé dreit el hundred u el conté;
e s'il a la terce liée ne pot dreit aver,
ait a conté, c le conté l'en asete le
quart jurn; e se cil i défait de ki il
se claime, dunt prenge cungé que il
pusse nam prendre pur le son, luin *
e pref.
XLIII.
Ne nul achat le vaillant de iv de-
ners ne mort ne vif, sans teste-
moine ad IV hommes u de burt u de
vile; e le hum le chalange, e il nen
ait testemonie, si n'ad nul warant,
rende l'un al hum soun chatel e le
forfait eit qui aver le deit; e si testi-
monie ad, si cum nous einz desimes,
voest les treis faiz, e a la quart feiz le
dereinet ^ u il le rende.
XLIV.
Nus ne semble pas raisoun que
l'un face pruvance sur testimonie ki
conussent ço que entercé est, e que
nul ne 1' prust devant le terme de
VI meis après iço que l'aveir fu*
emblé.
XLV.
E cil qui est redté e testemoniet de
deleauté, e le plait très foiz eschuit,
e al quart munstrent li sumenour de
dehors, jusqu'à ce qu'il ait trois fois
demandé justice à la cour de I'hun-
DRED ou à celle du comte; et si, à la
troisième fois, il ne peut avoir jus-
tice, qu'il aille en cour comtale, et
que la cour comtale lui assigne le
quatrième jour; et si celui à qui il
reclame son dû fait défaut, qu'il ob-
tienne autorisation de pouvoir s'ap-
proprier le gage, soit loin, soit près.
XLIII.
Que nul n'achète rien d'animé ou
d'inanimé, valant quatre deniers,
sans qu'il ait pour témoins quatre
hommes de la ville ou de la cam-
pagne; et si l'on l'accuse et qu'il
n'ait pas de témoins, ou s'il n'a au-
cun garant, que l'on rende son bien
à l'homme qui le réclame , et que
celui-là ait l'amende qui la doit avoir;
et s'il a des témoins, ainsi que nous
l'avons dit ci-devant, qu'il les ap-
pelle trois fois en témoignage, et qu'à
la quatrième fois il justifie de son
droit sur la chose, ou qu'il la rende.
XLIV.
II ne nous semble pas raisonnable
que l'on fournisse des preuves supé-
rieures au témoignage de ceux qui
connaissent ce qui est revendiqué,
ni que nul soit admis à prouver son
droit avant l'expiration d'un délai de
six mois à dater du jour que l'objet
a été enlevé.
XLV.
Si celui qui est accusé (pour vol) est
taxé de déloyauté par des témoins, et
qu'il évite trois fois le plaid, à la qua-
* Fell, Seld. et Wilk. lum. Lisez luin.
^ Fell, deremet; Seld. et Wilk. dereinet.
' Fell, Seld. et Wilk. su. Lisez fu.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV.
121
se treis defautes, uncore le mande
l'un que il plege truse, e vienge a
dreit; e s'il ne volt, s'ilne vist, l'un
vif u mort, si pregne l'un quanque
il ad , e si rende l'un al chalangeur
Sun chatel, e li sire ait le meité del
remenant, e le hundred la meité. E
si nul parent n' ami ceste justise de-
forcent, seient [forfeit] ^ envers li rei
de VI livres ; e quergent le larun ;
nen en ki poesté il seit trové , n'eit
warant de sa vie, ne per défense, de
plait n'ait mes recoverer.
XLVL
Nuls ne receit hom ultre m nuis,
si cil ' ne li comand od qui il fust
ainz ^.
xLvn.
Ne nuls ne lait sun hum de li par-
tir pusque il est reté.
XLVIIL
E ki larun encontre, e sanz cri, a
acient, li leit aler, si l'amend a la
vailaunce de larun, u s'en espurge
per plener * lei que il laroun ne 1'
sout. E qui le cri orat e sursera, la
Irième que les sergents lui fassent re-
montrances sur les trois fois qu'il a
fait défaut, et qu'on le somme encore
de trouver caution et de venir en jus-
tice; et s'il ne le veut pas, ou s'il ne
vit plus , que l'homme soit vif ou
mort, qu'on lui prenne tout ce qu'il
a, qu'on rende au plaignant son cha-
tel , et que le seigneur ait la moitié
du restant, et I'hundred l'autre moi-
tié. Et si quelque parent ou ami s'op-
pose de force à cette justice, qu'il
soit passible d'une amende de six li-
vres au profit du roi ; que l'on cher-
che le larron , et que , en la puis-
sance de quelque homme qu'il soit
trouvé, il n'ait personne pour proté-
ger sa vie, ni pour jamais le sous-
traire au plaid en prenant sa défense.
XLVL
Que nul ne recueille un homme
pour plus de trois nuits, si celui avec
lequel il fut précédemment ne le lui
recommande.
XLVIL
Que nul ne laisse partir son homme
d'auprès de soi, dès qu'il est accusé.
XLVIIL
Qui rencontre un voleur, et sciem-
ment le laisse aller sans cri de haro,
qu'il répare ce manquement par une
amende proportionnée à la force du
voleur, ou qu'il se justifie par le ser-
* Forfeit n'est pas dans Fell, mais ilse trouve dans Selden et dans Wilkins.
' Fell, Seld. et "Wilk. til. Lisez cil. Nous avons vu que la même faute se
trouve, au paragraphe m, dans le texte de Fell, mais non pas dans Selden
ni dans Wilkins, qui portent tous deux cil dans cet endroit.
^ Fell, amz; Seld. aniz; Wilk. amy. Lisez ainz. La traduction latine de
la Bibliothèque harléienne porte : Nisi ille cum quoprius fuit hoc ci man-
daverit.
* Fell, plevcr; Seld. et Wilk, plener.
152
PREMIÈRE PARTIE.
sursise li rei amend , u s'en espur-
get.
ment juridique simple, en jursmt
qu'il ne le sut pas voleur; et qui en-
tendra le cri de haro et négligera de
prêter secours, qu'il répare par une
amende le manquement dont il est
coupable envers le roi, ou qu'il s'en
justifie.
XLIX.
Que chaque maître prenne son ser-
viteur sous sa responsabilité, afin
que, si on l'accuse, on ait recours en
justice à la cour de I'hundred.
L.
Et s'il est quelque serviteur qui
soit accusé dans la cour de I'hun-
dred, et que quatre hommes le char-
gent, qu'il se justifie par un serment
qu'il fera lui douzième ; et s'il s'en-
fuit pendant l'accusation, que le maî-
tre paye sa were ; et si l'on accuse
le maître de ce que c'est par son fait
qu'il s'est enfui, qu'il s'en disculpe
par un serment qu'il fera lui sixiè-
me; s'il ne peut, qu'il paye une
amende au profit du roi , et que le
fugitif soit proscrit.
* Fell, Seld et "Wilk. u. Lisez n, que je représente par 'w, parce qu'il est
pour en, comme dans le paragraphe vi.
' Fell et Wilk. nele; Seld. nel. On doit lire un le. Le sens est : si l'on ac-
cuse un serviteur, il faut qu'à son défaut on puisse avoir recours contre son
maître, qui doit en répondre. (Voir le paragraphe suivant.)
XLIX.
E chascun seniour eit soun ser-
jant 'n ^ sun plege ; que si un le *
rete que ait a dreit el hundred.
Si est ascons qui blamet seit de-
denz le hundred, e iv hume le re-
tent, si xii« main s'espurget; e si il
s'en fuist dedenz la chalange, li sire
rende sun were; e si l'un chalange le
seignour que per li s'en seit aie, si
s'escundie sei vi« main, e s'il ne pot,
envers li rei l'ament ; e s'il soit
utlage.
CHAP. 1, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
123
GLOSSAIRE ETYMOLOGIQUE DES MONUMENTS EN LANGUE D OÏL ANTÉRIEURS
AU Xn* SIÈCLE, SAVOIR ! LES SERMENTS DE 84'2, LA CANTILÈNE EN
l'honneur DE SAINTE EULALIE ET LES LOIS DE GUILLAUME LE CON-
QUÉRANT.
A, prép. S"Eulal. v. 12, 21, 25;
L. de Guill. §§ i, ii, etc. Cette pré-
position dérive tantôt de a^ ah, tan-
tôt de ad. (Voir t. III, p. 348.)
A, prép. signifiant avec. L. de
Guill. §§ xxii,xxiii; S'«Eulal.v.18.
Ad, item, ibid. v. 22. (Voir Avec,
t. III, p. 353-361 .)
Ab, prép. Serm. i, avec, de apud.
(Voir t. III, p. 354 et 355.)
Abate, 3* pers. sing. prés de l'ind.
L. de Guill. § xix. Du verbe abattre,
formé de ad et de batuere, battre.
Abbeïe, L. de Guill. § i, abbaye,
de abbatia, dérivé de dbbas, qui
vient lui-même du syriaque abba,
père, en hébreu ab.
Achat, 3* pers. sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § xliii. Achatad, 3* pers.
sing. du passé défini, ibid. xxv.
Formes du verbe achater, acheter,
italien accattare, anc. portugais acha-
tar, anc. espagnol acabdar, dérivés
de accaptare {ad captare). Ces verbes
ont une origine analogue à celle de
l'italien comprare, prov. croumpar,
acheter, de comparare. Voir Acca-
ptare dans le glossaire de du Gange.
Ces mots ont passé de la significa-
tion générale acquérir à la signifi-
cation particulière acquérir à prix
d'argent.
AciENT, L. de Guill. § xlviu, es-
cient ; o a/yient, à bon escient, sciem-
ment, dérivé de ad sdentem.
AcORDEMENT, adv. L. de Guill.
§ XII, cordialement, de ad et de cors,
cor dis.
Adjudha, Serm. i et ii, aide. Ce
mot devint ajyde, aide, ajue ou aiue,
aie :
Tut abat mort el pied sur l'erbe drue,
AprÈs li dist: Culvert, mari moiistes,
De Mahumet ja n'i aurez ajude,
CChans. de Roland, on, IG.)
Car de ciel vos est venue li aiue. (Ser-
mons de saint Bernard, p. 546.)
En prov. ajuda, en ital. aiuta.
Tous ces substantifs dérivent du ver-
be adjuvare. On trouve adju^ws avec
le sens de aide dans Macrobe, Sa-
tur. VII, 7.
Adunet, 3^ pers. sing. prés, du
subjonctif. Ste Eulal. v. 1 5. Du ver-
be aduner, adonner, livrer, abandon-
ner, de ad donare. La forme simple
duner pour donner est fréquente dans
les anciens auteurs. (Voir L. de Guil.
§§ VI, VII, VIII, etc. Chron. des ducs
de Norm. t. I, p. 370, v. 8312; p.
247, v. 4749 ; p. 253, v. 4921 , etc.
Livre des Rois, p. 8 etpassim; Ma-
rie de France, t. I,p. 504 etpassim.)
Parduner, autre composé de duner,
se prenait également dans le sens
d'abandonner.
Li reis maudad les Gabaonites, si lur
dist : Que volez que jo vus face, et par
que» vus purrai apaier que vus duinsez be-
124
PREMIÈRE PARTIE.
neicbun al Lerilage ÎSoslie Seigneur, e
pardunei vostre maltalent. (Liire des Rois,
}). 201.)
Afiert , 3® pors. sing. prés, de
l'ind. L. de Giiill. § m. Afierent,
3° pers. plur. prés, de l'ind. ibid. §§
II, III. Du verbe afiere, se rapporter
à , être relatif à,, appartenir à , de
afferre ;
Item, nus ne puet ouvrer ou mestier
dessus dit se il n'en a fet le service tel
come il i afiert , et come il est devisé
dessus. (Livre des métiers, p. 407.)
AiNZ, L. de Guill. § xlvi, avant.
Ainz fait office d'adverbe dans cet
endroit. Dérivé de ante ou de antea.
Ajuirie, L. de Guill. § xxxni,
aide, substantif dérivé du verbe ad-
juvare. (Voir Adjudha.)
Al, L. de Guill. § iv, etc. pour à
le et à la. (Voir ces mots.)
Alcuns, pron. indéf. L. de Guill.
§ XXI. Alcun , ibid. § xxxviii. Al-
QUENS, ibid. § II, etc. Alqtjen, ibid.
§ XIII. Alquons, ibid. § i. Ascons,
ibid. § L. Aucun, de aliquis unus.
Dans alcuns, alquons, ascons, la
première syllabe ne se prononçait ni
al ni as, mais au, comme nous le pro-
nonçons aujourd'hui dans aucMn. C'est
ce que nous apprennent deux anciens
auteurs anglais cités par M. Génin.
« Quandocunque hec litera l po-
« nitur post a, e et o, si aliquod con-
« sonans post l sequitur, l quasi u
« débet pronunciari , verbi gratiâ :
« m' aime , loialment , bel compai-
« gneoun. » (Texte du manuscrit ] 88
du collège de la Madeleine d'Oxford
cité par M. Génin dans son introduc-
tion à Palsgrave, p. 30, note.) —
« Aliquando s scribitur et u sona-
« bitur, ni ascun, sonabitur attCMn.»
{Idem, ibid. p. 32, note.)
u Et alefoich escriveretz s en lieu
« de M, comme ascun et sera sonné
« aucun.» (Texte du manuscrit 497 1
du British Muséum, cité ibid. p. 34.)
Ainsi al et as étaient deux nota-
tions différentes représentant l'une
et l'autre le même son au. La pre-
mière était due à l'étymologie et la
seconde à un abus provenant de quel-
que fausse analogie. On aura cru pro-
bablement pouvoir remplacer Vu par
un s dans auxnn parce que la consonne
faisait office de la voyelle dans cer-
tains mots tels que coShtme, dérivé
de conSutudinem , que l'on pronon-
çait coiitume comme nous faisons
aujourd'hui. « Les costumes enque-
u rant. » {Dolopathos, p. 182.)
De même on se servait de ol à la
place de la notation ou. On lit soit
pour sout, sut, dans le § xli des lois
de Guillaume.
Alejer, Alajek, prés, de l'inf. L.
de Guill. § xli, se disculper, se pur-
ger d'une accusation, justifier de son
innocence selon les prescriptions por-
tées par la loi. C'était ordinairement
au moyen d'un serment fait pari' ac-
busé et confirmé par un certain nom-
bre de témoins. En basse lat. adle-
giare, allegiare, composé de od et de
lex^ legis ;
Et si Ânglicus bellam notit, Fraucigena
compellatus adlegiet se in juramento
contra eum per suos testes, secundum le-
gem Normannotum. (Lois latines de Guil-
laume le Conquérant, ch. lxviii.)
Vel ita se allegiet : nominentur el 14
et acquirat ex eis uudecim.(Lois de Henri l",
roi d'Angleterre, ch. lxvi.)
Ue mort d'homme soit allégé devant
quiconque justice. (Statut de Richard II,
an 1387.)
CHAP. I, ÉLÉMENT Ï.ATIN. SEGT. V.
125
Jlejer est déclarer par serment.
lûmes d'Acs, lit. XI[, art. 3.)
(Con-
(Voir, plus loin, Homes només, à
la suite de l'article Nomer, et, dans
le glossaire de du Gange, l'article
Adlegiare.)
Aler, prés, de l'inf. L. de GuilL,
§ xvii. Allé, part, passé, iUd. § l.
Alt, 3* pers. sing. impérat., ibid.
§§ XVII, xLii,AuT, item,ibid. §xvii.
De ambulare, employé pour aller dans
Plaute et dans les auteurs de la basse
latinité. (Voir du Gange.) On se ser-
vit longtemps de la forme moins syn-
copée amblerj que nous avons con-
servée en parlant d'une certaine allure
des chevaux, des mulets, etc. Rute-
beuf dit en parlant de sainte Eli-
sabeth :
Jà ne qerroit de la cliapele
Yssir; j'a ne querroit qu'orer
Et en oroison demorer.
Mult murmurent ses charaberieres
Que jamès ne querroit arriéres
Venir du moustier, ce lor samble;
Mes coiement d'cntr'elles s'emble
Et va Dieu proler en ambiant.
(Ruiebeuf, t. II, p, 169.)
Ambulare, par une syncope toute
différente, a également donné le pro-
vençal anar^ aller, dans lequel Ym
s'est changée en n. L'italien et l'es-
pagnol andar ont la même origine et
la même signification. Le d est venu
se joindre à Vn comme dans tendre
de tener, gendre de gêner, etc. (Voir
t. II, p. 141.)
Almaille, L. de Guill. § vi. Ce
mot se prenait tantôt collectivement
pour signifier le gros bétail, tantôt
individuellement pour désigner une
bête de gros bétail , un bœuf, une
vache, un cheval, un âne. Volaille,
de volatilia, et canaille, dérivé de
canis, ont de même le sens collectif
et le sens individuel.
Respundi Samuel : E dunt vienenl ces
berbiz e Yalmaille dont jo o! la noise.
[Livre des Rois, p 55.)
Dixitque Samuel : E quœ est hœc vox gre-
gum qu(s resonat in auribus meis, et armen-
torum quam ego audïo,
E par tut le pople alez, si lur dites
chaschuns meint cha Valmaille e le multun
qu'il volt tuer, e sur ceste pierre l'ociez.
{Livre des Rois, p. 50.)
Dispergimini in vulgus, e dicite eis, ut
adducat ad me unusquisque bovem suum et
arietem, et occidite super istud.
Almaille vient de animalia, plur.
de l'adj . animalis, sous-entendu bona,
comme volaille vient de volatilia,
plur. de volatilis, sous-entendu pe-
cora. (Voyez, à cet égard, t. III,
p. 66, note.)
Bétail dérive de l'adj. sing. bestia-
lis, avec lequel on sous-entendait un
mot signifiant richesse, bien, avoir.
On trouve en ce sens, dans Ulpien,
r es animales. (Voir ci-après AiJeer^
subst.)
Le nde animalia s'est changé en l
dans almaille, comme dans licorne de
unicomis; orphelin d'orphaninus pour
orphanus, etc. (Voir t. II, p, 113.)
Dans les auteurs postérieurs au
XII* siècle, almaille est généralement
écrit aumaille, selon l'analogie de
transformation des mots latins com-
mençant par al : alter, autre; al-
TAR, autel, etc.
Les éditeurs ou les copistes des
Lois de Guillaume ont lu en deux
mots al maille, ce qui ne présente
aucun sens dans cet endroit.
Alter, adj. indéf. L. de Guill.
§ VIII, Altre, item,ibid. §§ m, vu,
XI, etc. Altri, item, ibid. § xiv.
126
PKEMIÈRE PARTIE.
AuTRi, item, ibid. § xxxiii. Otrei,
item, ibid., § xi. Autre, de alter.
Souvent homme est sous-entendu;
on doit alors traduire par un autre,
l'autre. Altri, autri, otrei, servent
de complément à un substantif ou de
complément indirect à un verbe; ils
signifient d'un autre, de l'autre, à
un autre, à l'autre.
Altresi, adv. Serm.i; L. de Guill.
§§ 1, XV, de même. Ce mot est com-
posé de alterum et de sic. On trouve
fréquemment, au xii^ et au xiii* siè-
cle, l'adverbe analogue altretant,
autant, de alterum tantum. Plante
emploie alter avec tantum adverbe :
Alterum tantum auri, autant d'or.
(Voyez t. III, p. 293-294.)
Quant Brennes sa mère entendi,
Pitié en ot, si la créi.
S'espée et puis son hiaume osta,
Et de l'auberc se despoilla.
Devant sa gent el camp sali,
Et Belins reûst altresi.
{Rom. de Brut, t. 1, p. 136.)
Ot dit a Renier des Grimaus
Qu'a Calais plus ne sejournast...
A Jehan Pedogre aulresi...
{Brandie det roi/aux lignages, I. II, p. 3t9.)
Amast, 3* pers. sing. du passé du
subj. S^Eulal. V. 10, du verbe amer,
aimer, en latin amare.
Amende, L. de Guill. § i, etc.
Amende, de ad et de menda.
Amenderad, 3» pers. sing. fut.
L. de Guill. § xxi. Amend, 3e pers.
sing. imp. ibid. § xlvii. Ament, item,
ibid. § L. Amended, part, passé pas-
sif, ibid. § XVII. Du verbe amender,
payer une amende, réparer un tort,
un dommage, etc., au moyen d'une
somme d'argent; réparer un dom-
mage en général, expier un crime,
une faute; subir une condamnation
pour un crime, uu délit. Dérivé de
ad et de menda.
S'aucuns hom de quinze ans u de plus
claime aucun laron u mourdreuru reubeur/
u met sus laidoeure que il ne puist prou-
ver, il l'amende par le loy de quinze sols.
(Cartulaires de HainatU publiés par M. Je
Reiffenberg, p. 346.)
Uns qui avoit fet discorde en une vile,
quant il eu cest crime amande, relorna ar-
rière en la vile, et se mist en la commune.
(Livre de Joslice, p. 29.)
Amener, prés, de l'inf. L. de Guill.
§ IV. Amènent, 3e pers. plur. prés,
de l'ind. ibid. § xxvi. De ad et de
minare, dont les Latins se sont ser-
vis dans le sens de wener ; <( Nos
duos asinos minantes, baculis exi-
gunt. » ( Apulée , Métamorphose ,
liv. III.) Le même verbe se trouve
avec la même signification dans
Ausone et dans Paul Diacre, abré-
viateur de Sextus Pompéius Festus.
Ami, L. de Guill. § xlv, de arnicas.
Amur, Serm. i, amour, de amor.
On trouve ce mot écrit comme dans
le Serment dans beaucoup d'auteurs
du xiie et du xiii^ siècle : « Pur
amur Diu, » pour l'amour de Dieu.
(Marie de France, 1. 1, p. 240.)
An, L. de Guill. § iv, an, année,
de annus.
Anel, L. de Guill. § xiii, anneau,
de annelus pour annulus.
Anima, S'* Eulal. v. 2. Anme,
L. de Guill. § xli. Ame, du latin
anima. On trouve aneme et anme, à
quelques lignes de distance, dans le
Livre des Rois, p. 100.
Apel, L. de Guill., § xxv, subst.
dérivé du verbe appellare.
Apeled, part, passé pass. L. de
Guill. § IV. Apelerad, 3" pers. sing.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 127
fut. ibid. § xxvii. Du verbe appeler,
dérivé de appellare.
Apeleur, L. de Guilll. § xvi, ce-
lui qui appelle en justice, le deman-
deur, appelîator.
Apend, L. de Guill. § xxxiii, du
verbe apendre, dépendre de, employé
avec le même sens dans le Livre
des Rois, p. 19, 332, 377, et dans
la Chronique des ducs de Norman-
die 1. 1, p. 47. Dérivé àeappendere.
Après, prép. L. de Guill. § v,etc.
De ad prope.
Arcevesqe, L.'de Guill. § xvn,
archevêque, de archiepiscopus, dé-
rivé du grec &^y}tmav.oTioii.
ARDE,3*pers.sing. prés, du subj.
S" Eulal. V. 19. Du verbe ardoir,
brûler; ardere.
Arere, adv. L. de Guill. §§ xvi,
xvn, arrière, de ad rétro. L'expres-
sion adverbiale en arere marque un
temps qui est derrière nous dans le
passé; elle signifie précédemment,
jadis, autrefois.
Seigneur, il fa ça en arrière
I. riches rois de granl vaillance,
Oui son valoir et sa puissance
Metoit en avoir amasser.
[Dolopalhos, p. 1S3.)
Argent, S" Eulal. v, 7, de ar-
gentum.
Armes, L. de Guill. § xxiv, de
arma.
As, L. de Guill. § ix, etc., pour à
les. (Voir ces mots.)
AsALT, 3« pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xxx. Du verbe
assaillir, formé de ad et de salire.
AscoNS. (Voir Alcuns.)
Asete, 3' pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xlii. Du verbe
aseter, établir, fixer, assigner; dé-
rivé de assidere pris activement,
dont nous avons fait asseoir, qui est
également actif : (c Jurs asis, » jour
fixé. {Livre des Rois, p. 2.) «Terme
asis, » terme fixé. (Ibid. p. 197.)
Atint, part, passé pass. L. de
Guill. § II. Convaincu de crime ou
de délit. De attinctus, participe de
attingere. En basse latinité attinctus,
attaintus, atintus se prenaient dans
la même signification :
Si dominus feodi negat liaeredibus de-
funcli saisinam ejnsmodi feudi... et inde
attinlus fuerit, remaneat in misericordia
régis. (Roger Hoveden, cité par du Cange
art. Attaintus.)
Vidit quemdam hominem ex hominibus,
S. Pétri qui erat conviclus, id est attains,
in castello liberari per ecclesiam S. Pétri.
(Charte de 1212, citée par du Cange, art.
Attaintus.)
Se aucuns sires est appelle de son
homme de défaut de droit, e il est atains,
il pert l'omage, et pers aussi respons en
cort. ( Pierre de Fontaines , Conseils ,
ch. XIII.)
Tels me soloit dire, « Biaus sire, »
Qui me dit : « Traîtres atains."
Or ne me prent talent de rire;
De dolor sui noircis et tains.
{Théâtre français au mo^en ât/e, p. 209.)
Ainsi, Pierres , a tort te plains.
Et je croi bien qu'ele dit voir;
De tes mauvestiez es atains,
Ce peut chascuns moult bien veoir.
(IbiJ., p. 215.)
Nous disons aujourd'hui atteint
et convaincu par une sorte de pléo-
nasme.
Aut, aille. (Voir l'article Aler.)
Tant ai esperonné que sul venu au saut.
Se ne di mon pensé, trestot ce que me vall;
Ge l'd irai totes voies comment que li plet ou/.
Qu'assez a gent el monde don gaire ne me
[chaut.
(Cha)lie-M»tart, dsm le» œuTre» de Raiabauf,
t.U,p.*T8.)
128
PUEMIÈUE PARTIE.
Et estroitetnent lui commande
Qu'ele aut avant, et qu'ele porvoie
L« bel chemin, la bele voie.
{Tormiementde PAnléehriit, p. 103.)
AuTRi. (Voir Alter.)
Avant, prép. Serm. i. L. de Guill.
§ xn. De ab ante. (Voir, dans la se-
conde partie, l'article concernant les
prépositions, tome III, pages 350-
353.)
AvEiR, prés, de l'inf. L. de Guill.
§§ m, XVI, etc. Avoir. Ad, 3* pers.
sing. prés, de l'ind., ibid. § m, etc.
Unt, 3* pers. plur. prés, de l'ind.,
ibid. § XLi, etc. Aveit, 3* pers. sing.
imp. de l'ind., ibid. §§ m, vi, Avrat,
3« pers. sing. fut., ibid. § m, etc.
Averad, item,, ibid. § iv. Avret,
3" pers. sing. d'une forme perdue
qui marquait un passé de l'ind.
S'* Eulal. V. 2, 20. Cette forme était
dérivée du plus-que-parfait habue-
ram. Avereit, 3* pers. sing. prés,
du cond. L. de Guill. § i. Ait,
3* pers. sing. prés, du subj., ibid.
§ VI. EiT, item, ibid. §§ vu, xvi,
XLii, XLiii, etc. AvuissET, 3" pers.
sing. de l'imp. du subj. mis pour le
prés, ou fut. S" Eulal. v. 27. OuT,
3e pers. sing. passé du subj. L. de
Guill. § i, etc. Ste Eulal. v. 5. Oud,
part, passé. L. de Guill. §§ iv, xvi.
Toutes ces formes du même verbe
sont dérivées de diverses formes du
verbe habere. (Voir t. III, p. 255-262.)
AvEiR, subst. masc. L. de Guill.
§§ VI, XXV, XLi, XLiv. AvER, item,
ibid. §§vii, XVIII. Ces mots signifient
tantôt bien, richesse, propriété, l'a-
voir de quelqu'un en général, comme
dans les paragraphes xli et lxiv; tan-
tôt ils désignent en particulier la
richesse consistant en troupeaux,
l'avoir en bestiaux, le bétail, comme
dans les paragraphes vi et vu. Dan.
le paragraphe xxv, le bétail est dé-
signé par vif aveir, et dans le para-
graphe XVIII, la propriété rurale est
appelée aver champester. En Pro-
vence, aver signifie encore aujour-
d'hui bétail, et gros aver, gros bé-
tail, comme dans paragraphe vi des
Lois de Guillaume le Conquérant.
En Normandie, aver se prend pour
les biens meubles, la fortune mobi-
lière.
Ce mot n'est autre que le verbe
aveir pris substantivement; il vient
donc de habere.
AvENT, 3» pers. sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § xiii. Du verbe ave-
nir, dérivé de advenire.
Aventure, L. de Guill. § xxi.
Substantif dérivé du verbe advenire,
res quœ adventura est.
Avultere, L. de Guill. § xxxvii,
adultère, femme qui viole la foi
conjugale. De adultéra.
Avulterie, L. de Guill. §xxxvn,
adultère, violement de la foi conju-
gale. De adulterium :
Jugiez est jà, n'i a que dire,
Par l'ovraigne del avoUire.
{Chron. des ducs de Norm., t. II, p. 353,)
AwEiT, L. de Guill. § i, guet,
aguet, composé de la préposition la-
tine ad et du tudesque wahta,%mi.
(Voir Guet, parmi les mots d'origine
germanique, ch. m, sect. ii.)
Aweit prepensed, qui se trouve
au paragraphe i, est l'équivalent de
guet-apens, expression altérée de
guet appensé. (Voyez Prepensed.)
Ele li a tendu aguez ou en repost ou
apertement.(C(»fl*«7 de Pierre de Fontaines,
p. 404.)
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
<29
Murdres si est quant aucuns tue ou fat
tuer autrui en agait apensé. (Beaumanoir,
Coutumes ùtt. Beauvoisis, I, 412.)
Baillie, L. de Guill. § ii, pou-
voir, puissance, domination, admi-
nistration, juridiction. Ponce Pilate
dit, en parlant du motif qui l'a porté
à condamner Jésus-Christ :
Li Jeu (Juifs), par lur grant envie,
Enpristrent grant félonie ;
Je r consenti par veisdie
Que ne perdisse ma bailtie ;
Encusé m'eussent en Romanie.
[Théâtre français au moyen âge, p. IS.)
Ki tient Kartagene al frère Margalie,
E Ethiope, une tere maldite,
La neire gent en ad en sa baillie.
(Chanton de Roi, c.xli, 5.)
Baillie est pris dans le sens de
juridiction, ressort, dans les Assises
de Jérusalem j t. II, p. 377, et dans
le sens de garde, à la page 135. Ce
mot est un dérivé de bailli^ qui vient
lui-même de bajulus ; celui-ci ne si-
gnifia d'abord qu'un père nourricier,
un homme dont une des principales
fonctions était de porter l'enfant
confié à ses soins, de bajulare. La
nourrice était pareillement appelée
geraria et gerula_, de gerere. « Hic
incunabula tua fovimus, hic vagien-
tis infantiae lactantia membra for-
mavimus, hic civicarum bajulabare
pondus ulnarum. » (Sidoine Apolli-
naire, liv. IV, épitre xxi.) «Quam
necessarius paedagogus, immo etiam
bajulus, praesertim parvulo inter haec
gradienti! in manibus , inquit, por-
tabunt te ; in tuis quidem viis custo-
dient te et deducent parvulum qua
potest parvulus ambulare. » (Saint
Bernard, sermon xii, sur le psaume
Qui habitat.)
En langue d'oïl bailli signifiait
homme qui a soin d'un petit enfant;
baille, se disait d'une femme, dans
le même sens; en Languedoc, ce
mot signifie encore aujourd'hui une
nourrice, en italien balia. Dans le
Roman de la Bible, un ange dit à
saint Joseph qu'il sera le bailli de
l'enfant Jésus dès qu'il sera né.
Quand sera nés li enfes tu seras si baillis.
(lUrmann de Valeneiennes cild par CatsencuTe, «ri.
Bailli/.)
Chacun jor plus grosse devint
Jusc'à jor ke li termes vint
D'enfanter ceu dont grosse estoit.
Sa sevré (sucrus), ki s'antremetoit
De li servir par traïson,
Ne vot k'ele aiist se li non
De bailles a l'enfantement.
{Dolopalhos, iàil. Jannet, p. 333.)
Par extension, bajulus se prit pour
le précepteur d'un enfant et particu-
lièrement pour le gouverneur d'un
jeune prince : « Juvenibus fidelibus
filiis vestris maturos ac prudentes
atque sobrios bajulos singulis cons-
titutio, qui oderint avaritiam; ut
eos verbo et exemplo justiciam dili-
genter diligere doceant. » (Hincmar,
épitre xi, à Charles le Gros, édit. de
Sirmond.) « Ne admittantur a vobis
monilores quos bajulos vulgus ap-
pellat, ne gloriam vestram inter se
ipsi partiantur. » ( Loup de Perrière,
épitre, lxiv.)
Bajulus, balius, en basse latinité,
baile, bail, bailli, en français s'em-
ployèrent aussi pour signifier tuteur,
curateur, celui qui est chargé de veil-
ler sur la personne et les biens d'un
mineur, pour l'administrateur du fief
d'un pupille, le régent auquel était
confié les affaires d'un royaume pen-
dant la minorité d'un roi. « BajuH
«30
PREMIÈUE PARTIE.
respondeanl, si voluerint, pro pupil-
lis. » (Coutumes de Barcelonne,
ch. X.) Du Cange, auquel j'emprunte
l'exemple que je viens de citer, re-
marque que Baudoin V, comte de
Flandre, tuteur du roi de France
Philippe I", et régent du royaume,
s'intitule dans les actes publics :
« Philippi Francorum régis ejusque
regni procurator et bajulus. » (Glos-
saire, art. Bajulus^ 3.)
D'après les Assises de Jérusalem
le bail ou bailli qui avait l'adminis-
tration du fief d'un mineur ne pou-
vait avoir la garde de l'enfant de
peur que celui-ci ne tût pas toujours
en sûreté entre les mains d'un hom-
me intéressé. « Le bail n'a point la
garde de l'enfant qui est seigneur
de terre, de crainte que la convoi-
tise lui fit faire la garde du loup;
mais il doit estre gardé par accord
du commun de ses hommes. » {As-
sises de Jérus., ch. clxix; citation
de du Cange, art. BujiduSj 3.)
Bailli se prit ensuite dans un sens
général pour un administrateur. On
le trouve employé pour désigner l'ad-
ministrateur d'une province, d'une
ville, d'une communauté. Les baillis
royaux furent des magistrats dont
les attributions ont fort varié depuis
Je xii* siècle; ils furent principalc-
meftt des officiers chargés d'admi-
nistrer la justice au nom du roi.
(Voyez, à cet égard, le président
Fauchet, dans ses Antiquités fran-
çoises, liv. ix, ch. v; Pasquier, dans
ses Recherches de la France, liv. iv,
ch. XV ; La Mare, dans son Traité
de la Police, liv. i, p, 30, et du
Cange, dans son Glossaire, art. Ba-
julus.)
Baroun, L. de Guiil. § xvu. Ba-
RtN, ibid.j § xxiii. Baron. (Voir
Bers, parmi les mots d'origine ger-
manique, ch. III, sect. II.)
Bel, S'« Eulal. v. 2, beau, de
bellus.
Bellezour, S'« Eulal. v. 2, com-
paratif de bel,, beau, de bellus :
Eslire i doit la èielleisour
Et la plus fine et la mellour.
(Gaulier d'Arrn», Eraclei, t. 2679.)
Le comparatif qui termine le se-
cond de ces vers nous est resté sous
la forme meilleur; mais bellezour,
bielleisour ont disparu. Le compa-
ratif correspondant en langue d'oc
était bellazor :
E am del mon la bellazor
Domna e la plus prezada.
(ïlambaud d'Orange, Mon ckanl.)
Et j'aime du monde la plus belle dame
et la plus prisée.
Bellazor, bellezour proviennent
du comparatif bellatior dont le po-
sitif est bellatus, dérivé formé de
bellus au moyen du suffixe atus.
(Voyez t. II, p. 343, 344, 393 et
394.) On trouve le diminutif bella-
tidus ddins Plante, Casina, acte iv,
scène iv, dernier vers. Roquefort et
Lévêque de la Ravalière , dans son
glossaire de Thibault de Champagne,
nous donne la forme bêlé, fém. bélée,
bellée qui paraissent provenir de bel-
latus, ata, comme ailé provient de
alatus et lettré de litteratus. ( Pour
les comparatifs qui consistent en un
seul mot, voir t. III^ p. i20, 122.)
Ben, adv. L. de Guill. §xxxvn,
bien, de bene.
Berbiz, L. de Guill. §vi, brebis.
On pourrait penser que ce mot dé-
signe un mouton, et non pas une
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
brebis, daus ce paragraphe, car il y
est employé avec l'adjectif indéfini
masculin un; et d'ailleurs son pri-
mitif vervex signifie mouton. Tou-
tefois , il est probable qu'un copiste
peu instruit a remplacé le chiffre i,
qui pouvait se trouver dans le ma-
nuscrit original, par l'adjectif nu-
méral un, écrit en toutes lettres. On
trouve, en efiTct, i berbis dans le
manuscrit Holkham. Enfin, il est à
remarquer que dans le Livre des
Rois berbis est féminin et corres-
pond au latin ovis, p. 158, 265 et
ailleurs. On trouve déjà fier 6ea; pour
vervex, dans Pétrone et dans Vo-
piscus.
Besche, L. de Guill. § iv, bêche.
(Voir celui-ci parmi les mots d'ori-
gine celtique, ch. ii, sect. ii.)
Les anciennes lois anglo-saxon-
nes, comme les lois barbares en gé-
néral, ne condamnaient le meurtrier
qu'à de simples amendes, tandis que
souvent elles punissaient de mort le
voleur. (Voir les paragraphes viii,ix
et la fin du paragraphe xlv.) Parmi
les différentes manières de mettre à
mort un criminel, une des plus
anciennes, pratiquée surtout en
Angleterre, consistait à l'enterrer
tout vivant. Ce genre de supplice
était encore usité sous Richard I",
ainsi que le prouve le passage sui-
vant, extrait d'une charte de ce prince.
Qui hominem in navi interfecerit , cum
morluo ligatusprojiciatur in mare; si au-
tem eum ad terrain interfecerit , cum
morluo ligatus in terra infodiatur (Rymer,
Fœdera, 1. 1, p. 65.)
Les Assises de Jérusalem con-
damnent au même supplice ceux
qui, après avoir tué un homme, au-
raient enterré le corps dans leur
maison.
Et se hom counnt par dit de gens, qu'il
aient ocis, si comaude la raison c'en dée
celuy desouterer por counoistre cornent il
fu mors. Et s'en voit et counuih que ce-
luy mort ait esté eslranglé ou ocis par
force... la raison juge que tuit qui furent
a ce maufaire devcnt estre plantés tous
vis desous terre, la teste d'aval et les pies
contre mont, sans autre mal aver. (Ass. de
Jér. t. II, p. 216.)
La formule de condamnation dont
on se servait pour désigner cet atroce
supplice était sus besche (sur bêche),
c'est-à-dire sur peine de bêche ^ ou,
comme nous dirions aujourd'hui,
sous peine de bêche ^, à cause de
l'instrument employé pour creuser
la fosse :
L'an de grâce 1383, Marote la Fla-
menge, Mehalot de Gisors... furent banies
de la terre sus la besche, pour ce que elles
estoient foies de leurs cors. (Citation de
Carpentier dans le supplément du glos-
saire de du Cange, art. Becca.)
On disait de même sur la kart,
sus la kart, sous peine du hart, sous
peine d'être pendu :
' Li princes fist mander par dedens l'ost Bertrant
Tous chevaliers anglois , que tost et incontinent
Hz lassassentHenry etBertran le vaillant.
Sur paine d'estre hors de trestout leur vaillant,
(Chronique de du Gueiclin, t. 1, p. 378, Variante!.)
Et promet par foi et par sairement, et seur paine de soissante mile livres de parlsis
ke je a nul jour droit ne escheance ne reclamerai. iChartrier de Namur publié par
M. de Reiffenberg, p. 155.),
132
PREMIÈRE PARTIE.
Et en une fosse a Corbi,
En refait bien, ce dit la lettre.
Quarante des plus riches mettre.
. Aux gardes, sus la hart, commande
Qne nus homs ne leur baut viande.
[Branches des rot/aux tii/nages, t, I) p> 137.)
Qui recelé (recueille) le bani de son
segneur sor le hart, il désert c'on abate
sa maison. (Beaumanoir, Coutumes du
Beauvoisis, I, 42S.)
On trouve souvent dans Froissart
défendre sur la hart.
Une partie des dépouilles du sup-
plicié appartenait au bourreau et une
autre partie au geôlier; aussi le pa-
ragraphe IV fixe, comme une sorte
d'indemnité, ce que devrait payer à
l'un et à l'autre celui qui servirait
de caution à un voleur, dans le cas
où celui-ci viendrait à se soustraire
aux rigueurs de la justice : « un de-
ners al ceper, e une maille pur la
besche. » Le bourreau est désigné
indirectement par le nom de l'ins-
trument dont il se servait pour en-
fouir le condamné-
Blasmet, part, passé pass. L. de
Guill. § L, Blasmed, itenij ibid.
§§ XVI, XVII. Du verbe blasmer, ac-
user, dérivé de blas'phemare , qui
vient lui-même du grec p>,acr;r,!X£w,
injurier, calomnier, médire.
BoRDiERS, L. de Guill. § xviii,
pluriel de hordier, fermier, métayer,
dérivé de borde, maison des champs,
ferme. (Voir Borde parmi les mots
d'origine germanique , chap. m ,
sect. II.)
BovERZ, L. de Guill. § xviii, plu-
riel de 6oreî% bouvier dérivé de ftcew/'^
qui vient lui-même de bos, bovis.
BuEFS, L. de Guill. § vi. Buf,
ibid. § XXIX. Bœuf, de bos, bovis.
BuoNA, adj. fém. S'«Eulal. v. 1,
bonne, de bona. Notre ancienne forme
buona (prononcez bouoiia) s'est con-
servée en italien et en provençal.
BuRGEis, L. de Guill. § xviii. Ce
mot signifia d'abord unhabitant d'un
bourg, d'une cité, d'une ville, comme
vilain ne désigna primitivement
qu'un habitant de la campagne [mlla) .
(Voir Marie de France, t. I, p. 124,
408, 498, et, plus loin, l'art. Ville.)
Au commencement duxiii^ siècle,
la qualification de bourgeois ne com-
portait encore aucune idée de privi-
lège ni de droit. Deux chartes manus-
crites de cette époque prouvent qu'un
bourgeois pouvait être serf. L'une
est une donation du sire de Choiseul
au sire de Bourbonne, faite en 1 227;
elle appartient au cabinet des titres
de la Bibliothèque impériale , dos-
sier Choiseul. L'autre est une dona-
tion de 1201 , faite par Adelicie,
comtesse de Blôis, aux moines du
Breuil, près de Dreux, auxquels elle
donne un bourgeois de Chartres.
Cette pièce se trouve à la Biblio-
thèque impériale, dans le fonds Ba-
luze.
Burgeis est dérivé de bourg. (Voir
ce dernier parmi les mots d'origine
germanique, ch. m, sect. ii.)
BtJRT, L. de Guill. § xliii^ bourg,
cité, ville. (V. Bourg parmi les mots
d'origine germanique, ch. m, sect.
BusuN, L. de Guill. § xxxviii, be-
soin. (Voir ce dernier parmi les mots
d'origine germanique, eh. m, sect.
II.)
Cadhuna, adj. indéf. fém. Serm.
I, chacune. Le masculin devait être
cadhun; en anc. ital. catuno, caduno,
cadauno; en langue d'oc cadim; dé-
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V.
133
rivés de qiiot unus. On sait que quot,
en composition, avait le sens de
chaque : quotannis, chaque année;
quotidie , quotidiebus, quotdiebus ,
chaque jour. On trouve quotmensi-
bus, chaque mois, dans Vitruve, liv.
X, ch. VIT, et quotcalendis , chaque ■
calende, dans le Stichus de Plante,
act. I, sect. II, V. 3.
Calangeur, L. de Guill. § xxxi.
Chalenjurs, ibid. § xlv. Accusa-
teur, plaignant, de calumniator, faux
accusateur, calomniateur.
Cartre, L. de Guill. § xxxiii. Ce
mot signifiait tout acte public ou
privé, un écrit, un titre, un contrat,
un traité, un accord, une conven-
tion, une donation, un acte de vente,
de ratification, etc.; il est dérivé
de charta, papier, parchemin, qui
vient lui-raâme du grec xàpTYi;, mot
de même signification. Nous em-
ployons aujourd'hui papier avec une
acception analogue à celle que le
mot charte avait anciennement : « Il
m'a vendu sa propriété et m'en a
remis tous les papiers.)) (Acad.)
Gel, adj. dém. L. de Guill. § i.
Celle, S'" Eulal. v. 23. Gels, ibid.
V. 12. Ces, L. de Guill. § m. Ce,
cette, ces. (Voir, pour l'origine la-
tine de ces adjectifs, t. III, p. 186,
193 et 194.)
Celui, adj. dém. L. de Guill. § i.
(Voir, pour l'origine latine de cet
adjectif, t. III, p. 189-192.)
Censé, L. de Guill. §§ xxxiii et
XL, cens, redevance que le tenancier
devait payer au seigneur du fief, ou
le serf colon au propriétaire de la
terre . Dérivé de census.
Cent, adj. num. L. de Guill. § i.
De centvm.
Ceper, L. de Guill. § iv, geôlier.
On disait également cepier, chepier :
Item, l'abbé est juslichiers de Cor-
bie, etc., et a en le dite vile ses serjans
qui prendent et arrestent, et mainent en le
prison mons. l'abbé les arrestés, iequelle
est en le vile devant dite, et les warde
uns siens serjans c'en appelle le chepier
de l'église, et a mesires li abbés se droi-
ture de cascune personne arrestée, et ses
chepiers en a aussy se droiture. (Grand
cartulaire de Corbie, cité dans le glossaire
de du Gange, art. Cipparius, sous Cippus.)
On voit par cette citation que le
geôlier percevait un droit pour cha-
que prisonnier. Ce droit était de
quatre deniers, en Angleterre, sous
Guillame le Conquérant , ainsi
qu'on peut en juger par le paragra-
phe IV des lois de ce prince.
Ceper dérive de cep; en basse la-
tinité ceppus, cippus ; en italien cep-
po; en espagnol cepo. Ces mots dé-
signaient une sorte d'instrument
consistant en deux pièces de bois
disposées de manière qu'en se rap-
prochant elles serraient les pieds
du condamné, soit pour le tortu-
rer, soit pour l'empêcer de s'éva-
der. Comme on employait cet instru-
ment pour se rendre maître des pri-
sonniers mutins ou de ceux qui
pouvaient faire des tentatives pour
s'échapper, on en vint à dire mettre
au cep, pour signifier mettre en pri
son. Nous disons dans le même sen
jeter dans les fers. C'est ainsi que
cep devint synomyme de prison,
geôle, comme on peut le voir dans
du Gange, art. Cippus Le dérivé ce-
per ou cepier signifia celui qui a la
garde d'un cep, d'une geôle, le geô-
lier.
Se li crieurs mesprcnt es choses de leur
134
PREMIÈRE PARTIE.
meslier, le prevost des marchandz le fet
mètre el cep tant qu'il ait le meffet bien
espeni. {Livre des Métiers, p. 27.)
(Pour l'origine de cep, voir ce mot
parmi ceux qui sont dérivés du cel-
tique, ch. II, sect. II.)
Chaceur, L. de Guill. § xxiii.
Chaceurs, plur. ibid. § xxii. Cheval
pour la chasse. En basse latinité
cassa, caca, cacea, chasse, pour
captio ou captatio, dérivés de cape-
re, captare. (Voir Ménage, art.
Chasser.)
Il sist sor I. grant chaceor.
Le cor a coi, l'espée çainte
Dont mainte beste ot atainte.
[Dûlopalhos, p. 318.)
Sor son chaceor l'ait levée,
A son chastel l'en ait portée.
{lùid., p. 321.)
Son chaceor forment seraont,
Et de verge et d'esperon.
[Parlonopeus de Btoit, t. 686.)
Chalange, 3« pers. sing." prés, de
l'ind. L. de Guill. §§ xliii et l. Du
verbe chalanger, accuser; en basse
latinité calengare, calumpnizare, ca-
lumniare, du latin calumniari, accu-
ser faussement, calomnier :
Si nus ço ne munslrums devant le jur.
de felenie purrum estre chalemjiez. [Livre
des Rois, p. 372.)
Si tacuerimus , et noluerimus nuntiare
usque mane, sceleris arguemur.
Chalange, subst. L. de Guill. § L,
accusation ', en basse latinité calan-
gia, callengia, calonia, calumnia,
dérivé du latin calumnia, fausse ac-
cusation, calomnie. (Voir l'article
précédent.)
En tel meniere que tu t'an puisses aidier
se l'an meist sor toi aucune chalonge.
(Livre de Justice, p. 350.)
Chambre, L. de Guill. § xvii. Ce
mot désignait la chambre dans la
quelle on gardait le trésor d'un
prince, d'une église, d'une commu-
nauté; de caméra. Le trésorier ou
gardien de la chambre se nommait
chambrier , chamarier , camérier.
(Voir du Cange, Caméra 3 et Came-
rarius.)
Champester, L. de Guill. § xviii.
champêtre, de campester.
Chapelle, L. de Guill. §i, chapelle.
Enbasse latinité capsa^capa,cappoel
leurs diminutifs capsella, capella si-
gnifiaient une châsse à mettre les
reliques. Du latin capsa, cofiFre, cas-
sette. On trouve capsella et capella
avec cette signification dans le même
passage d'une lettre des légats du
siège apostolique comprise parmi les
lettres du pape Hormisdas : u Hic
voluerunt capellas argenteas facere
et dirigere.... singulas autem cap-
sellas per singulorum apostolorum
reliquias fieri debere suggerimus. —
Idem ille apud très et alios très, sua
manu septima, tune in palatio nos-
tro super cape/iamdomini Martini, ubi
reliqua sacramenta pcrcurrunt {sic,
pour percurant) debeant conjurare. »
(Formules de Marculfe, liv. I, form.
38. — Voir du Cange, Capsa et Ca-
pella. ) Par métonymie, on appela
capella un petit sanctuaire compris
dans une église ou dans un palais,
et destiné à renfermer une châsse
contenant des reliques. C'est ainsi
que nous appelons bureau la cham-
bre ou la maison dans laquelle se
trouve le bureau d'un employé. La
châsse qui était conservée dans la
demeure de nos premiers rois ren-
fermait les reliques de saint Martin,
et le moine anonyme de Saint-Gall
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V.
dit formellemeat que la chapelle du
palais (capeîla) fut ainsi nommée du
nom de cette châsse (capa) : « De
pauperibus supradictis quendam op-
timum dictatorem et scriptorcm in
capellam suam assumpsit^ quo no-
mine Francorum reges, propter ca-
pam sancti Martini quam secum, ob
sui tuitionem et hostium oppressio-
nem , jugiter ad bella portabant ,
sancta sua appellare solebant. » {Vie
de Charlemagne, liv. L) C'est à tort
que du Gange, art. Capa S. Martini,
a cru que capa, dans ce passage, dé-
signait le fameux manteau de saint
Martin : en comparant cette citation
avec celle de Marculfe, il est facile
de juger qu'il s'agit d'une châsse.
Chascun, adj. ind. L. de Guill.
§§ VI et XLix. Ghescon, item, ibid.
§ XXXII. Ghacun, de quisque unus ,
que l'on trouve avec le même sens
dans les auteurs de bonne latinité,
bien que unusquisque soit le plus
usité.
Chatel, L. de Guill. §§ iv, xviii,
XXXI, xxxviii, xLiii, XLv, de capitale,
qui, en basse latinité , signifiait ar-
gent prêté rapportant intérêt, la
somme principale d'une dette, que
Papias définit pecuniœ caput. G'est
ce que nous appelons encore au-
jourd'hui le capital. Le mot prin-
cipal, dont nous nous servons éga-
lement dans le même sens, rappelle
la même idée.
Par extension capitale, ou plutôt
ses dérivés captale, catallum, catel-
lum, catelum, en langue d'oïl chap-
tel, chatel , catel, signifièrent tout
bien meuble, immeuble ou bestiaux
donnant un revenu, ensuite bien,
propriété en général. Chatel est pris
135
dans ce dernier sens aux paragra-
phes xviii, XXXI, XXXVIII et xliii.
Enfin capitale passa de cette signi-
fication à une autre tout à fait spé-
ciale, colle de valeur en argent d'un
objet volé. D'après la loi des Ri-
puaires, tit, XVIII, § i, la loi des
Angles, tit. VII, § vu, la loi Salique
et autres lois barbares, celui qui
était convaincu de vol devait payer
au propriétaire de l'objet volé le prix
auquel cet objet était évalué. (Voir
du Gange, Capitale.) G'est dans cette
acception que chatel est employé aux
paragraphes iv, xxv et xlv des Lois
de Guillaume le Conquérant.
Ghe. (Voir Ezo.)
Gremins, L. de Guill. § xxx, plu-
riel de chemin. (Voir Cheminer par-
mi les mots d'origine celtique, ch. ii,
sect. II.)
Ghevestres, L. de Guill. §§ xxn
et XXIII, pluriel de chevestre, licou,
de capistrum.
Ghief, S'" Eulal., v. 22, chef,
tête, de caput. Le manuscrit porte
chieefj mais le copiste s'est aperçu
de la faute qu'il a faite et a mis un
point sous le second e. On sait que,
dans les anciens manuscrits, le point
placé sous une lettre indique la sup-
pression de cette lettre.
La forme chief se trouve assez
fréquemment dans les auteurs du
XII® siècle.
David sait al espée Golie ; nient ne tar-
dad ; de s'espée meisme le chief \i colpad.
(Livre des Rois, p. 68.)
El a Jérusalem le chief Goliath portad.
{Ibid. p. 70.)
Voir d'autres exemples dans le
même ouvrage, p. 75, 80, 181 et
passim.
136
PREMIÈRE PARTIE.
Chielt, 3* pers. sing. prés, de
l'ind. S*» Eulal. v. 43, du verbe
unipersonnel chieleir, chaloir :
De ço qui chelt quant nul n'en respundiet,
« Deus ! dist li reis, tant me pois esmaer
Que jo ne fui al estur cumencer! »
{Chant. Je Roland, tt. clxxiii, t. 37.)
Chieleir^ il chielt sont des formes
grêles appartenant au dialecte de la
Flandre; dans le dialecte de l'Ile-
de-France, c'était chaloir, il chalt,
et plus tard il chaut.
Chaloir répond à l'italien calere,
à l'espagnol caler, qui se trouve éga-
lement en langue d'oc, notamment
dans la Chronique des Albigeois.
Ces verbes dérivent du latin calere,
qui, de sa signification propre, être
chaud, être enflammé, être brûlant,
est passé à la signification figurée
être cuisant, en parlant d'un souci;
être inquiétant, inquiéter, soucier.
Chier, L. de Guill. § xi, cher, de
carus. Chier est une forme grêle du
dialecte de Flandre. (Voir les re-
marques faites à l'article Chielt, qui
précède.)
Chival, L. de Guill. § x. Chivalz,
plur. ibid. §vi. Cheval, de caftaWus^
cheval de peu de prix, rosse.
Cho, Che. (Voir Ezo.)
Chose. (Voir Cosa.)
Christian, Serm. i. Christien,
S" Eulal. V. U; L. de Guill.
§ XLi. Chrétien, de christianus, dé-
rivé de Christus, qui vient lui-même
du grec xp.'?''^o; , oint.
Ciel, S'" Eulal. v. 6 et 25, de
eœlum.
Cil, démonstratif, L. de Guill.
§§ m, XLvi. Celui. Pour l'origine
latine de ce mot, voyez tome III,
p. <86.
CiST,adj,dém. Serm. i. PourTori-
gine latine de cet adjectif, voir t. III,
p. 186, 193 et 494.
Clamer, prés, de l'inf. L. de Guill.
§§ vu, XXV, etc. Clamed, 3® pers.
sing. prés, de l'ind. ibid. § vi.
CtAiyiE, item, ibid.%xui. Ce verbe
signifie tantôt réclamer, comme au
paragraphe vi; tantôt en appeler en
justice, porter plainte, se plaindre de.
Dérivé de clamare.
S'il avient que un nestorin se clame en
la cort d'un jacobin, de quelque chose
qu'il se clame que dette soit, et le nestorin
qui c'est clamés n'en a jacobins à garens,
autres garens ne li sont sufûsables, se l'en-
prest n'en estoit fait en la cort; car le
nestorin ne peut porter garentie contre le
jacobin par dreit ne par l'asise de Jéru-
salem. {Ass. de Jérusalem, t. II, p. 55.)
Clamùr, L. de Guill. § iv, celui
qui réclame, le réclamant, de clama-
tor. Le manuscrit Holkham porte
clamif, dont le féminin clamive se
trouve avec la même signification
dans le Livre des Rois, p. 237.
Clemeïstia, S'" Eulal. v. 29, clé-
mence. C'est le latin clementia con-
servé sans altératton.
Ço. Voir (Ezo.)
CoiST, 3* pers. sing. prés, de l'ind.
S"« Eulal. V. 20, du verbe coire,
cuire, brûler, de coquere. Le mot
cuire était souvent employé pour
brûler, en parlant d'un homme con-
damné au supplice du feu. On lit en
tête d'un mystère inédit du xiv« siècle :
Cy comence un miracle de Nostre-
Dame et de sainte Bautbeuch, femme
du roy «Clodoveus, qui pour la rébel-
lion de ses deux enfans leur flst cuire les
jambes, dont depuis se revertirent et de-
vinrent religieux.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V
Clovis dit à l'exécuteur :
137
A ces II. si poar leur meffait
Vueil que d'un fer chaut te déduises
Si que touz les jarrais leur cuises.
(Blbl. impér. fonda de CangtS, n" 14, f 187, r», col. «.)
Que fas-je donc? Sanz plus parler,
Je vueil qu'il y voit tout nu picz,
Si que les plantes li cuises
Et ardez toutes.
{MIrach de laitit Ignac*, inséra dant le Thé&Crs
français au moyen âge, p. 373.)
On peut voir d'autres exemples de
l'emploi de cette expression avec le
môme sens dans le Roman de Rou,
V. 6189; dans les œuvres de Rute-
beuf, t. II, p. 2, et dans les Chro-
niques des ducs de Normandie, t. II,
p. 395, V. 26825.
Colomb, S'* Eulal. v. 25, colombe,
pigeon, de columbus, columba.
CoLPE, Supers, sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § xiii, du verbe colper,
couper. (Voir Couper, parmi les mots
d'origine celtique, ch. ii, sect. ii.)
CoLPES, S'- Eulal. V. 20, pluriel
de colpe, coulpe, faute, mlpa.
Ma culpe est grant, mespecctaiez me debaite.
{AUam, drame, p. 43.)
CoM. (Voir Cum.)
CoMAND, 3* pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xlvi, du verbe
comander, recommander, de com-
mendare :
De vous prenrons congié a tant
Et a Dieu vous commanderons;
Une autre foiz vous reverrons
Plus à loisir. . .
Riens plus ore ne vous diray,
Mais h Dieu vous commanderay
Et a sa garde.
( Théâtre françaii au moyen âge, p. JT9. )
Commun , Serm. i. Comun, L. de
Guill. § xxxviii. Commun, de com-
munis.
CoNCREiDRE, prés. de l'inf. S" Eu-
lalie, V, 21 , fier, confier, de concre-
dere. Dans ce passage, se concreidre
signifie se fier. On trouve plus ordi-
nairement le simple se creire, ainsi
employé pronominalement :
Ensorquetot n'est mie né,
Ne je n'ai ami si privé
Qui ' je cest ovre conereisse,
Ke sai home qui la deisse.
( Chrott. des duce de Iform., t. Il, p. 97.)
Sa traïsun e sa merveille
Lor dit, e concreit e conseille
Eisi cum il a esgardée
Et purveue et purpensée.
{llid., t. I, p. 58.)
Après si est paisivle, car ele nen haban-
donnet mies en son sen, ainz se croit plus
el consoil et el jugement d'altruy. {Serm.
de S. Bern., p. 538.)
Se ne m'i creusse et Baisse,
En nul sens ne li envoiasse.
(Dohpalhoi, p. 47.)
Pintain apele où moult se croit.
(Tiom. du Reuart. T. 1430.)
Les Latins employaient se credere
dans le même sens :
Non ideo débet pelage se credere, si quaî
Audet in exiguo ludere cymba lacu.
(Ovide, Trisles,Viv. Il, ^iég. 1.)
Congé, L. de Guill. §§ v et xui,
congé, permission, autorisation, de
commeatus, qui, chez les Latins, si-
gnifiait l'action d'aller, de venir, de
passer, et, en même temps, permis-
sion d'aller, passe-port, sauf-conduit,
congé d'un soldat. Dans la basse la-
tinité, commeatus et comiatus pri-
rent un sens plus étendu et signifiè-
rent permission en général. (Voir ces
mots dans du Gange.)
* Qui, à qui, plus ordinairement écrit cui. Voyez, t. III, 167.
f38
PREMIÈRE PARTIE.
Maisties Viigiles sejornait
Tant com li plot, puis s'aii tornait
Par le congiet del novel roi.
{Dolopalhos, p. 383.)
Li patriarclics ad Karleiuaiue apclei;
Vostre cungé, si vus plaist me douez.
( Yogage de Charkmagne à Jiru)., r. 350.)
CoNQtEST, L. de Guill. dans le
titre, conquête, substantif dérivé du
verbe conquirere.
Conseil, L. de Guill. § xii, de
consilium.
Conseillers, S'* Eulal. v. 5, plu-
riel de conseiller, substantif dérivé
du verbe consiliare.
Conservât, 3^ pers. sing. prés, de
l'ind. Serm. ii, du verbe conserver.
Sagrament conservar, garder, tenir
le serment. On trouve dans Cicéron,
avec le même sens, conservdre jusjur
randum. (De Offidis, lib. III.)
Contra, prép. Serm. ii, contre, du
latin contra.
CoNTREDisT, 3® pcrs. siug. passé
défini. S'^ Eulal. v. 23. Du verbe
contredire, s'opposera, refuser, c'est-
à-dire contredire une personne au
sujet de quelque chose qu'elle pro-
pose, de contradicere :
Sovignet-te que eeste parolle dist Nostre
Sires encontre les ypocrytes : Wardeiz,
dist-il, que vous ne devignez si cum li
triste ypocrite. Il ne nos contredist mies
del tôt la tristecc, mais ke celei ki en la
fazoa est davant les hommes. {Serm. de
S. Bern., p. 563.)
La forme de la 3* pers. du passé
défini contredist (contradixit), est
analogue à celle de coist (coxit), qui
se trouve trois vers plus haut, dans
la cantilène de sainte Eulalie. (Voyez,
àrégarddecesformes,t. IIl,p.227.)
CoNusTRE, prés, de l'inf. L. de
Guill. § XXVII. CONUSAUNT, part. prés.
ibid. § VIII. CoNussENT, 3® pers. plur.
prés, de l'ind. ibid. § xliv. Connaî-
tre, de cognoscere.
CoROUNE, L. de Guill. § ii, cou-
ronne, de corona.
Corps, Sif Eulal. v. 2, corps. Cors,
L. de Guill. § xxviii, personne. De
corpus. Le cors le rei, la personne du
roi. M. Diez, Grammatih der roma-
nischen Sprachen, t. III, p. S9, cite,
dans les diverses langues romanes,
plusieurs exemples où corps est pris
dans le sens de personne, et d'autres
exemples où ce mot joint aux adjectifs
possessifs mon, ton, son remplace les
pronoms personnels je, tu, il. Je ren-
verrai le lecteur à cet ouvrage, en
me bornant à ajouter les exemples
suivants à ceux donnés par le savant
allemand :
Nous trouvasmes dam Piètre, que le coriis
Dieu * cravent,
Qui la roynne avoit fait morir faussement.
(CkroH. de du Ouesclin. t. II, p. ,9.)
Chieus arbres l'a endroitjvoir, je ne l'ainme
mie.
Car le fruit qui fut sus nous a mis en has-
quie,
* Corps Dieu, personne de Dieu, équivaut à Dieu, tout simplement. Cette
expression fournit à nos pères le juron cordieu, que l'on a transformé en
corbieu, puis en corbleu, de crainte de prononcer un blasphème. De par
Dieu, mort Dieu, maugré Dieu nous avons fait de même parbleu, morbleu,
maugrebleu. (Voyez, t. III, p. 375.) Les Italiens disent corpo di Bacco .'
par Bacchus ! comme nous disions autrefois corps Dieu que l'on a écrit
cordieu.
CHAP. I, ÉLÉMliNT LATIN. SECT. V. 139
aliam causam, etc. » (Capitulaire de
Willis, chaT^. m.) En allemand soc/ie
signifie affaire, cause et chose.
Il est à remarquer que le mol
effet, corrélatif de cause (causa) , en
est venu à prendre en français une
signification très voisine de chose :
Effets mobiliers. Il a perdu tous ses
effets.
CosiN, L. de Guill. dans le titre,
cousin, en italien cugino, de consan-
guineus.
CouNTÉ, L. de Guil. § m. Conté,
ibid. §§ XLi et XLii . Tribunal du comte,
cour comtale, dérivé de comte, qui
vient lui-même de cornes , comitis.
(Voir dans du Gange Cornes 2,)
CovENANT, L. de Guill, § xxvii ,
convention^ accord, traité, contrat,
substantif dérivé du verbe convenire,
convenir, être d'accord :
En paine et en labour; li corjss Dieu le mau-
die :
(Baudoin de Sebourg, cbap. xT , p. 53.)
S'esmut od joie e od honor
Eu servise Nostre Seignor,
Où il out puis si grant mestier
Cunc n'i out cors de chevalier
Nul plus del suen i fust preisiez
Ne honorez ne essauciez.
(CAroK. des duct de Nortn., t. III, p. 316.)
Ysabel, alez un po hors.
De conseil vueil a ce bon corps
Un po parler.
(Ihéâirt français au moyen âge, p. 617.)
Durant, met le preudome hors.
II n'a mais garde de ton cors (toi),
Que vaurroit ore li chelers?
(Théâtre français au moyen âge, p. 162.)
Nous disons encore aujourd'hui
c'est un drôle de corps pour c'est une
drôle de personne , gardes du corps,
pour gardes de la personne du roi.
On trouve dans les Quatre livres des
Rois : (■ E Banaias le fiz Joïade
esteit sur la privée maisnée ki gar-
doiient le cors le roi. » (P. 149.)
CosA, Serm. i. Cose, S,e Eulal.
v, 9 et 23. Chose, L. de Guill. §xvi.
José, ibid. §§ vu et xxxix. Chose, de
causa , que les Latins prenaient
quelquefois dans le sens d'affaire;
le mot cause a souvent le même sens
dans notre langue : « Velim tibi per-
suadeas te in hac causa nihil habere
quod timendum sit, prœter commu-
nem casum civitatis. » (Cic. Ep. ad
famil. lib. VI, ep. 21.)
Causa avait déjà le sens de chose
en basse latinité ; du Cange en cite
plusieurs exemples et entre autres
les suivants : « NuUus ei imperavit
talem causam facere. » {Lois des
Lombards, liv. II, titre xxii, §xxn.)
M Non porcellum, non agnellum, nec
Si faimes aliance estable
E covenant ferm e entier
De nos securre e entr'aidier.
(Chron.det ducs de Norm., t. 1, p. 393.)
Ne poent aver nul guarant
Ne vers seinur, ne vers serjant ;
Ne lur tienent nul covenant.
{Rom. de Hou, y. 6103.)
CrIjL. de Guill. §v, îxxnetXLViii;
dérivé du verbe cner^ en langue d'oc
cridar, en italien, gridare, en espa-
gnol et en portugais gritar. Ces mots
proviennent du latin quiritare, crier
au secours. Selon Varron et Nonius,
quiritare signifia primitivement im-
plorer par des cris l'assistance des
Quirites^ c'est-à-dire du peuple ro-
main. « Quiritare est claraare, trac-
tum ab iis qui Quirites invocant. »
(Nonius cité par Calpin et par du
Cange, art. Quiritare.) « Quiritare
dicitur qui Quiritium fidem damans
4i
PREMIÈRE PARTIE.
implorât. » Varron,D<; lingua latina,
liv. V, chap, VII.) On lit dans Cicé-
ron : « Cum illi misero quiritanti,
civis romanus sum , responderet ;
abi nunc, populi fidem implora. »
{Epistolœ ad famil. lib. X , epist.
XXXII.)
Il est à remarquer que quiritare
se prenait cubasse latinité pour crier
en parlant du porc : verris quiritare
{mox est). Voyez du Gange, art,
Quiritare et art. Baulare.
CRiEVE,'3*pers. sing.prés.del'ind.
L. de Guill. § xxi. De criever , ..cre-
ver; en prov. crebar , en ital. cre-
pare, en esp. quebrar; du latin cre-
pare, qui signifie proprement rendre
un son éclatant, craquer, claquer, et
au figuré se rompre avec bruit, cre-
ver. Dans notre langue, craquer et
claquer sont employés populairement
avec cette dernière signification.
CuiLLE, L. de Guill. § x, testi-
cule : « Il deit aveir copé le vit o
toutes les coilles, et deit estre chacé
hors de la terre oiî il a fait celé mal-
faite un an et unjor.» {Ass. de Jér.
t. II, p. 92.) « Torel a couilles, »
taureau entier. {Livire des métiers
d'Ét. Boileau, p. 317.) De coleus,
testicule.
CuLTivuRS, L. de Guill. § xxxiii,
pluriel de cultivur, cultivateur, colon
qui était serf de la glèbe. Substan-
tif dérivé du verbe cultiver, qui a été
formé de cultus, culture.
Cum, conj. Serm. i. Com, S'* Eulal.
v. 19, L. de Guill. § xvii. Comme,
de façon que, dételle sorte que, que.
Dérivé de quo modo.
CuNTE. (Voir Quens.)
CuRRUZ, L. de Guill. §xu, cour-
roux, colère, ressentiment, animo-
sité; ce mot provient de cor, cœur,
comme animosité vient à'animus. Le
cœur a été considéré comme le siège
des passions et des sentiments; aussi
cor nous a-t-il fourni plusieurs mots
exprimant divers états et diverses
qualités de l'âme sensible : courage,
cordialité, concorde. Les Latins ont
dit cor tumidum habere, àvoirle cœur
gros de colère.
CuRT, L. de Guill. §§ vi et xxviii,
cour de justice, tribunal, de cors ou
chors, génit. cortis ou chortis, cour,
basse-cour. L'habitude où étaient les
gens de justice de se réunir dans la
cour du bâtiment où se tenaient leurs
séances fit donner par extension le
nom de cour au tribunal lui-même.
La cour du palais d'un prince servait
aussi de lieu de réunion aux per-
sonnes de sa suite, de là le palais fut
également appelé cour. Nous don-
nons une extension analogue aux
mots chambre , cabinet, en disant la
chambre des députés, la chambre des
requêtes, etc., le cabinet de Londres,
de Vienne, de Saint-Pétersbourg. Les
Turcs sont allés encore bien plus
loin que nous en fait de semblable
extension d'idée ; ils ont appelé Porte
la demeure du sultan^ en considéra-
tion de la porte sacrée du palais de
ce prince. Du reste, le mot porte
pris dans le sens de palais , cour, a
été fort anciennement et fort géné-
ralement en usage dans l'Orient.
Nous trouvons dans la Bible portœ
m/fen'pour signifier la cour infernale>
les puissances de Fenfer. <c Tu es
Petrus, et super banc petram aedifi-
cabo ecclesiam meam , et portœ in-
feri non prœvalebuntadversuseam.»
(Saint Matthieu, chap. xvi, 18.)
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V.
U1
Cdstivent, 3® pers. plur. prés, de
l'ind. L. de Guill.§ xxxiii. Du verbe
ciistiver pour cultiver, VI ayant fait
place à Ys, comme àansascons pour
akonSj § l. (Voir p. 1 24, col. 1 .)Verbc
formé du substantif culius, culture.
CusTUMES, L. de Guill. dans le
titre, coutumes, de consuetudo, con-
suetudinis. L'n a été changée en m,
comme dans amertume à'amaritu-
dinem; dans enclume à'incudinem
pour incudem, en italien incudine et
ancudine. (Voyez t. II, p. 113, 365 et
366.)
Damage, L. de Guill. § v, dom-
mage , en basse latinité damagium,
forme allongée dérivée de damnum.
La forme primitive est damno qui
suit.
Damno, Serm. i, dommage, de
damnum.
Danelae, mot anglo-saxon. (Voir
L. de Guillaume, § m, p. 98, note 1 .)
De^ prép. Serm. i et ii, S'° Eulal.
v. 25 et 27. L. de Guill. §§ i,n, etc.
De la préposition latine de.
Décimes. (Voir Dit.)
Dedenz, prép. L. de Guill. § l.
Dedenz, adv. ibid. § iv. Dans^ de-
dans. Ces mots sont composés de de
et de denz, dans ; celui-ci est formé
lui-même de de intus. (Voir t. III,
p. 362 et 363.)
Defaciun , L. de Guill. § laxv ,
mutilation , substantif formé du
verbe défaire ou desfaire, qui signi-
fie exécuter un condamné, dans le
Livre des Rois, p. 88. En basse la-
tinité disfacere, diffacere, composés
du préfixe dis et de façere.
Défailli, part, passé. L. de Guill.
§ XLi. Du verbe défaillir, composé
de de et de faillir. Dérivé du latin
fallere.
Défait. 3® pcrs. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xlii. Du verbe
défaire, manquer, faire défaut, ne
pas comparaître. De defacere pour
deficere, employé avec la même si-
gnification en basse latinité : «. Nec
tamen ex defectu facto post visio-
nem, in hujusmodi querela, absens
vel deficiens teneatur saisinam amit-
tere. » (Lois normandes citées par
du Gange, art. Defectus, 4.)
Defautes. L. de Guill. § xlv, dé-
faut, manquement à l'assignation
donnée; en basse latinité defalta.
Dérivé du verbe défaillir. {\oirV art.
Be failli ci-dessus.)
Défende, 3^ pers. sing. prés, du
subj. L. de Guill. § xvi. Defendun,
l^'^pers. plur. prés, de l'ind. ibid.
§ xli. Du verbe défendre, dérivé de
defendere.
Défense, L. de Guill. § xlv, dé-
fense, protection, de defema pour
de/ensio que l'on trouve dans Tertul-
lien, liv. II, Adversus Marc. chap.
XVIII.
Deforcent, Supers, plur. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xlv. Du verbe
deforcer, s'opposer de force. En basse
latinité disfortiare, disforciare, dif-
forciare, defordare, composés de dis
et de fortiare, dérivés de l'adjectif
fortis.
Defors, adv. L. de Guill. § xlii,
dehors, de de foras.
Degnet, 3® pers. sing. prés, du
subj. S'« Eutal. V. 26. Du verbe de-
gner, daigner, dérivé de dignare ou
dignari.
Dei, L. de Guill. § xni, doigt, de
digitus.
U2
PREMIÈRE PARTIE.
Deive, Deiven't (Voir Dit.)
Del, L. de Guill. § vu, pour de
le. (Voir ces mots.)
Deleauté, L. de Guill. § xlv, dé-
loyauté, substantif formé de l'adjec-
tif déléal, qui agit contrairement à
la loi, à sa parole, à son engage-
ment, déloyal. De de et de legalis,
formé de lex, legis.
Delivere, L. de Guill. § xxxv, dé-
livrée, en parlant d'une femme en-
ceinte, accouchée. Adjectif dérivé du
verbe deliberare. On trouve délivre
pour délivré dans Dolopathos, p. 179
et 480.
Demainne. L. de Guill. § xviii^
domaine, propriété. Ce mot fut d'a-
bord adjectif et s'employa pour mar-
quer la possession d'une chose dont
on est maître, qui appartient en
propre. De dominas, maître :
E Saûl de ses demeines vestemenz fist
David revestir, le helme lascier e le hal-
bert vestir. (Livre des Rois, p. 66.)
Et induit Saul David veslimentis suis, et
posuit galeam œream super caput ejus, et
vestivil eum lorica.
Li reis esteit entré en sa chambre demeine
Quant le message vint; suSert ot mult
grant peine.
( Chron, de Jordan Fanloime^ p. 608.)
On a passé de l'adjectif au subs-
tantif, comme deproprms on a formé
proprietas^ propriété.
Demander, prés, de l'inf. L. de
Guill. § VI. Demandé, part, passé
passif^ ibid. § xlii. De demandare^
donner ordre, ordonner, commander.
Ce verbe a pris un sens bien moins
impératif en passant dans notre lan-
gue. Le contraire est arrivé pour le
verbe rogare, demander, s'informer,
demander avec prière^ qui fournit à
la langue à'o\\rover,roiiver,ruov&r,
signifiant ordonner , commander.
(Voir ci-après^ Buovet.) Tels sont les
caprices de l'usage.
DemIj L. de Guill. § xiii^ de di-
midius.
Deners, L. de Guill. §§ iv et v.
Denier, ibid. § v. Denier, de dena-
rius. (Pour le dener saint Ferre, le
denier de saint Pierre, voir le glos-
saire de du Gange, Denarium S. Pé-
tri.)
Départent, 3* pers.plur. del'imp.
L. de Guill. § ix. Départis, part,
passé passif, i6î(i.§ xxxviii. Du verbe
départir, partager, diviser^ de dds-
partire, qui a le même sens.
Départir, prés, de l'inf. L. Guill.
§ xxxiii. Departet, 3^ pers. sing.
prés, de YinA.ibid. § xxxiii. Dépar-
tent, 3^ pers. plur. prés, de l'ind.
ibid. § XXXIII. Ce verbe est pris tan-
tôt dans le sens actif d'éloigner,
tantôt dan? le sens neutre pour s'é-
loigner, partir. Dérivé de departire,
diviser, séparer, d'où l'on a passé à
la signification de séparer quelqu'un
de quelque chose, l'en éloigner, puis
à la signification de s'éloigner, par-
tir. Voyez t. III, p. 490, note 2.
Derainer, prés, de l'inf. L. de
Guill, §§ xxvii et xxvin. Dereinet,
3* pers. sing, prés, de l'ind. ibid.
§ xLiii. Dereined, part, passé passif,
ibid. § m. Derained, Deraignet,
item, ibid. § xxv. Établir une accu-
sation contre quelqu'un par des rai-
sons et des preuves valables, justi-
fier du droit que l'on a sur une chose
contestée, prouver la vérité ou la
fausseté d'un fait. Se derainer, se
justifier. En basse latinité disra-
tionare, dirationare, derationare,
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V
U3
ont la même signification. Ces verbes
sont formés du préfixe dis et du subs-
tantif ratio rationis :
Ni a un seul qui n'ait jugié
Que Lanvax a tout desraisnié;
Délivrez est par lor esgart.
(Marie de Fronce, 1. 1, p. 34P.)
Or en aluns devant le rei ;
Si soiez tult ensamble od mei
Ge me desrenerai très-bien
Qu'il ne m'en meskrera de rien.
Dunt s'en'vunt devant le liun,
Si li mustrtrent leur resun.
(BW._t.,n, p. 261.)
S'il avient que un home se claime en la
cort d'un autre home, et celai de cui U se
claime demande jor a la cort, la cort lor
deit donner a andeus ensemble, ce est
quinzaine. Ou ee seluy qui se clama ne
vient à son jor a la cort, et l'autre il vient,
celuy qui vient a son jor si avéra derainé
tout ce dont il c'est clamés ; et celuy qui
ne vient a son jor a perdue sa clamour et
sa raison par droit. {Ass. de Jérusalem,
t. II, p. 86.)
Des, L. de GuiU. § xxxii et pas-
sim, pour de les. (Voir ces mots.)
Désapereilé, L. de GuiU. § xxiv,
non pourvu,dépourvu,qui n'apas tout
l'appareil, tout l'attirail, tout l'arme-
ment qu'il devrait avoir. Composé du
9 préfixe dis et de apparatus, appareil.
Descuvert, part, passé pass. L. de
Guill. § XII. Du verhe descuvrir, dé-
couvrir, de discooperire, qui se trouve
dans la Vulgate, composé du préfixe
dis et de cooperire, couvrir.
Désirent, 3^ pers. plur. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xli. Du verbe
désirer, de desiderare.
Desque, conj. L. de Guill. § xxxv,
jusqu'à ce que. Pour l'origine latine
de cette conjonction, voir jusque,
t. m, p. 370.
Deus, Serm. i. Dec, ibid. et
S'" Eulal. V. 3 et 10. Deu, L. de
Guill. § XLI, Dieu, de Deus.
Devant, prép. L. de Guill. titre.
Composé de de abante. (Voir t. III,
p. 352.)
Devise, L. de Guill. §v, entretien,
conférence , plaidoirie , audience ,
séance d'une cour de justice. Subs-
tantif dérivé du verbe deviser, s'en-
tretenir, parler, discourir, s'expli-
quer. De dividere, divisum^ diviser,
détailler. Deviser, c'est proprement ,
détailler ce qui fait le sujet de l'en-
tretien. Le verbe disputare a deux
acceptions analogues : au figuré il se
prend pour discourir^ discuter, et au
propre il signifie découper, diviser,
détailler.
Devise, L. de Guill. § xxxvi. Par-
tage qu'un testateur fait de ses biens
entre tous ses héritiers, dernières
dispositions, testament. En basse la-
tinité divisia, devisia, employés
pour divisio.
S'il avient, par aucune maladie, ou par
aucun mau , que aucuns hom ou aucune
feme meurt déconfés, et sans devise faire ,
et celuy home ou celé feme qui est morte
desconfés , n'a nul parent ni parente en
toute la terre , mais dehors , la raison
comande et juge que la seigneurie deit
prendre tout canque celuy ou celé avet.
{Assises de Jérus. t. Il, p. 131.)
Li laisse ce que est escrit ea ma devise,
por son douaire. (Ibid. t. II, p. 135.)
Di, Serm. i; Dis, plur. S" Eulal.
V. 12. Jour ; de dies. On peut voir
des exemples de ce mot. Livre des
Rois, p. 438 ; Marie de France, 1. 1,
p. 200; t. II, p. 434; Chron. des dms
de Normandie, t. II, p. 1 32, v. 1 9232;
t. I, p. 162, V. 2292; p. 223, v.
4037; p. 424, v. 9880; Chron. de
U4
PREMIÈRE PARTIE.
Jord. Fantosme, p. 595; Théâtre
français au moyen âge, p. 20.
DuvLE, S" Eulal. V. 4. Diable,
de diabolus , dérivé lui-même du
grec 3iix6o).o;, calomniateur. M. Le
Roux de Lincy et autres éditeurs de
textes romans n'auraient pas dû
écrire diaule, mais diavle; le b
s'étant changé en v, comme dans
l'italien diavolo. Plusieurs autres
mots , et particulièrement plusieurs
adjectifs qui finissent aujourd'hui en
able^ finissaient en auZe dans certains
dialectes de la langue d'oïl.
Dis, adj. num, L. de Guill. § xxxii.
Dix; de decem.
Dit, 3« pers. sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § xxxix; Dist, item,
Serm. i; Deivent, 3« pers. plur.
prés, de l'ind. L. de Guill. § xxxiii;
Deive, 3« pers. sing. prés, du subj.
ibid. § vni; Deust, 3« pers. sing.
passé défini, ibid. § xvii. Du verbe
deveir devoir, dérivé de debere. Au
sujet de la forme deust, voyez t. III,
p. 227 et 228.
Dit, part, passé pass. L. de Guill.
§xxvm; Dient, 3« pers. plur. prés,
de l'ind. ibid. § xli; Desimes^ l'^^pers.
plur. passé défini, ibid. % xliii. Du
verbe dire, dérivé de dicere.
DoMNizELLE, S^c Eulal. V. 23. De-
moiselle, jeune fille de qualité; di-
minutif formé de domina.
DoNER, prés, de l'inf. L. de Guill.
§ xviii; DoNRAD, 3^ pers. sing. fut.
ibid. § XXIX ; Dourad , item , ibid.
§ XVII ; Durrad, item, ibid.% vi et
passim; Dunat, 3^ pers. sing. prés.
de l'indicat. Serm. i; Dunge, 3®
pers. sing. prés, du subj. L. de
Guill. § v; DuiST, item, ibid. § vu.
Donner, dérivé de donflre.
Dont. (Voir Bunt.)
Dous , adj. num. L. de Guill.
§ xxxix. Deux, de duo.
Dreit, adj. masc. L. de Guill.
§ xxxiii. Droite, fémin. ibid. Droit,
droite; de directus.
Dreit, subst. Serm. i ; L. de Guill.
§ XIV ; Droit, ibid. § vi. Droit, ibid.
Dérivé de directum , employé par
Cicéron dans la même signification.
« ^quitatis autem vis est duplex,
cujus altéra directi, et veri et justi^
et, ut dicitur, sequi et boni ratione
defenditur. » (Cicer. in Part.) Le
simple rectum était plus usité que le
composé directum.
DuBLE, L. de Guill. § ii; Dublein,
ibid. § XVII. Double; de duplex. Du-
blein est une forme allongée de
duble; on trouve deblekin avec le
même sens dans la Chronique des
ducs de Normandie, 1. 1, p. M]. On
voit encore dans le même ouvrage
en^erm^ entier, t. I, p. 53, et t. III,
p. 275; premerain, premier, t. I,
p. 36, 45, 1 24. Il nous est resté de
ces doubles formes haut et hautain,
tous deux dérivés à'altus.
Dudzime, adj. num. ordin. L. de «
Guill. § IV, XVI. Douzième; de duo-
decimus.
DuLOR, L. de Guill. § xii. Dou-
leur; de dolor.
Dunat, Dunge, Durrad. (Voir
Doner.)
DuNC, conj. L. de Guill. § iv;
DuNT, item, ibid. % lxii. Donc; de
<Mnc. (Voyez t. III, p. 392.)
DuNC, adv. L. de Guill. § xxv.
Alors, de tun£ (voir des exemples de
ce mot, avec le même sens, dans
Marie de France, t. I, p. 332 et dans
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V.
la vie de saint Léger, st. 3, 6, 2*,
22, etc.
DuNT, pron. relat. L. de Guill.
§ XXXIII. Dont, item, S'^Eulal. v.i3.
Dérivé de de unde. (Voir t. III, p.
468.)
E. (Voir Et.)
Emz (Voir Ent.)
EissiLLED, part, passé pass. L. de
Guill. § xxxviii. Du verbe eissiller,
exiler, dérivé du substantif exsilium
ou eociliunij exil.
EiT (Voir l'art. Aveir, verbe.)
El, Elle, Ell, Els. (Voir II,
pron.) El, Els, pour en le^ en les.
(Voir ces mots.)
Ele, adj.indéf. L. deGuill. §xxxviii.
Autre, autre chose ; per ele par autre
chose, par autre moyen. Ele dérive
du latin alivid. Ce mot est ordinaire-
ment écrit el au xii^ et au xiii« siècle.
(Voir un exemple de ce mot ci-
après, art. 'N pour en.)
Un grant tumbel vi quant Joab cha
m'enveiad, e el ne sai. (Livre des Rots,
p. 189.)
Yidi tumulum magnum cum mitteret Joab
sersus tuui; nescio aliud.
Del vin e de el assez nus eu donastes.
( Yoy. de Charl. à Jéru$., y. 653.)
Molt aves ore el à ordir
Que parlemens ci a tenir.
{PattoHopeus de Bhis,, t. 8717.^
Elément, S'* Eul. v. 1 5. Élément,
principe ; de elementum. C'est dans
les anciens auteurs ecclésiastiques
qu'il faut chercher le sens des ex-
pressions qui ont trait à la religion.
Dans les écrits des apôtres et dans
ceux des premiers Pères de l'Église,
elementa signifiait les principes fon-
damentaux des croyances du chré-
tien, les éléments de la foi chré-
U5
tienne. Saint Paul dit aux Hébreux :
Etenim cum deberelismagistri esse, prop-
ter tempus, rursum indigetis ut vos docea-
mini quœ sint elementa exordii sermonum
Dei ; et facti estis quibus lacté opus sit,
non solido cibo. (Êpître de saint Paul aux
Hébreux, ch. v, v. 12-)
Emblet, L. de Guill. § xxv; Em-
blé, ibid. § xLiv. Enlevé; participe
passé du verbe embler dérivé de in-
volare, en italien involare, en basse
latinité imhulare. Pour la permuta-
tion du V en 6, voir t. II, p, 95.
Rent le ; ge sai bien ke tu l'as ;
Mauvaisement emblé le m'as.
{Dolofiolhot, p. 205.)
Car bien est reson, ce me semble,
Qu'apercevanz soit bons ki emble;
Je sais bien ke lerres set fère.
(«W., p. 193.)
Empedementz, S'* Eulal. v. 46.
Plur. de empedement, cep, instru-
ment de supplice consistant en deux
pièces de bois disposées de manière
(ju'en se rapprochant elles serraient
les pieds du patient que l'on sou-
mettait à la torture. Dans ce pas-
sage, empedement se prend, par ex-
tension, pour torture en général. Ce
mot dérive de impedimentum em-
ployé pour compedes; l'un et l'autre
sont composés àepes,pedis,Qt d'une
préposition.
Emplaider, prés, de l'infin. L. de
Guill. § xxxviii; Emplaidé, part,
passé pass. ibid. § m; Enplaidé,
item, ibid. § xxxix. Mettre en cause,
traduire en justice, poursuivre de-
vant les tribunaux, accuser. En basse
latinité implacitare , composé de in
et de placitare. (Voir Ptoï ci-après.)
Moines qui ont choses devisées des chose
l'abé, il, non pas l'abé, devent estre
10
l/iG
PREMIÈRE PARTIE.
einpledié. {Livre de Justice, p. 19.) —
Plusors autres puevent esire semons et
enpledié. (Uid. p. 16.)
Se tu pledes, ou se tu es enplaidiez. {Le
Conseil de Pierre de Fontaines, p. 28.)
En, prép. (Voir In.) En, adv. (Voir
Int.)
Enceintée, part, passé. L. de
Guill. § XXXV. Du verbe enceinter ,
être ou devenir enceinte', concevoir,
être grosse; de inciens, tis que l'on
trouve dans Pline et dans Festus
avec le sens d'enceinte , grosse. Cet
adjectif latin paraît avoir du rapport
avec le grec èyxOwv.
La dame qu'isi mesparla,
Eo l'an meisme enceinla ;
De deux enfanz est enceintié.
{Marie de France, 1. 1, |>. 142.)
Encontre, 3" pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xlviii. Du verbe
encontrer , rencontrer, formé des
deux prépositions in et contra.
Endirez, L. de Guill. § vu. Égaré,
fourvoyé. Le manuscrit Holkham
nous offre adirez, qui se trouve plus
fréquemment dans les auteurs. La
dernière édition du dictionnaire de
l'Académie porte encore : « adirer,
égarer, terme de jurisprudence peu
usité. »
A Cis le père Saiil furent adnes adirez.
{Livre des Rois, p. 29.)
Perierant autem asinx Cis, patris Saiil.
Loons tuit, et clerc et prestre,
La douce mère au roi celestre
Qui tant par est de doçour plaine,
Qui nostte frère nos ramaine
Qui perdaz iert et adirés.
(OEuTrM de Rulebeuf, t. Il, p. 314.)
De rechief, quand il avoient vendue ou
engagié ichele soie que l'en leur avait
baillé pour labourer et pour filer, et cil
qui la leur avoit baillée venoit à eus, et
leur demandoit sa soie, il.s disoient qu'ils
l'avaient perdue et adirée. {Livre des mé-
tiers, p. 377.)
Ce mot vient du verbe aderrare,
errer , aller ç,à et là sans savoir où
l'on va. Dans les formes moins usi-
tées andiret, endirez, Vn est venu se
placer devant le d par attraction,
comme dans rendre, de reddere.
(Voir t. II, p. 142.)
Enfans, L. de Guill. §xxxvi. Plu-
riel de enfant, dérivé de infans, in-
fantis.
Enfraint, 3® pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § i; Enfreit,
item, ibid. § xxx. Du verbe en-
fraindre , enfreindre, de infringere.
Enfrenez, L. de Guill. § xxii.
Plur. de enfrené, qui a un frein dans
la bouche, bridé; composé de in et
de frenum.
Enleist, 3^ pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § v. Du verbe en-
leiser, laisser aller, laisser échapper;
composé de in et de laxare.
Enortet , 3^ pers. sing. prés, de
l'ind. S'" Eulal. v. 43. Du verbe
enorter , exhorter, dérivé de inhor-
tari.
Tant li a sa feme enorté. (Fabliaux el
contes, , t. II, p. 350.)
Enplaidé. (Voir Emplaider.)
Enpdissuned, 3« pers. sing. prés,
de l'ind. L. de Guill. § xxxvm. Du
verbe empuissuner, empoisonner;
composé de in et de potio, qui si-
gnifie proprement breuvage, mais
qui est pris quelquefois pour un breu-
vage mortel, un poison. Le peuple
conserve encore à ce mot le genre de
son primitif et dit une poison. On
trouve dans la vie de Caligula, par
Suétone, Potionatus ab uxore, era-
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
147
poisonné par sa femme au moyen
d'un breuvage. Les Grecs se sont
également servis de <fxpfj.axo-j pour
désigner une potion médicinale et un
poison. Les Italiens disent^ dare il
boccone, donner le morceau, pour si-
gnifier empoisonner.
Foison se trouve fréquemment
dans nos anciens auteurs pour signi-
fier une potion médicinale, un breu-
vage enchanté, un philtre, etc. (Voyez
t. II, p. 206, note 1 .)
Trop grief m'est cesle maladie,
Quant nulz ne truis qui ne me die
Que n'en puis avoir garison
Pour mecine ne pour poison.
Que puisse prendre.
{Vn miracle de Noire-Dame, iit^rëe daiu le Tbëâtre
fraoçaii aa mojiD âg«, p. 404.)
D'un buen mire fisicien
De gf ant valor e de grant sen
Oui pris puison ; mais mal es'.a
Quant une de lui se dessevra.
(CAroM. des duci de Norm,, t. III, p. 146.)
Mais se tant vos soduit diables,
U par boires, u ])iT puisons.
Que de moi soit demonstrisons
Alns que soit a ma volenté,
Bscarni somes et gabé.
(PafAMOp. de Blois, I. I, p. 143.)
Ens. Voir. (Un.)
Enselez, part, passé pass. L. de
Guill. § xxin, sellé; du verbe ense-
ler, mettre une selle, seller; com-
posé du préfixe en et de seller pro-
venant du substantif selle. Celui-ci
dérivé de sella, siège. (Voyez à cet
égard t. II, p. 203.)
Molt bien fus la nuit ostelez.
Et li chevaux fu enselez.
(Tournoiement de FAnleckrisl, p. 181.)
Ensement, adv. L. de Guill. §yiii.
Mêmement, pareillement. (Voir des
exemples de cet adverbe Livre des
Rois, p. 5, 180 et 433; Chron. des
ducs de Norm. 1. 1, p. 58.) Dérivé de
in ipsa mente. (Voyez t. III, p. 284,
285 et 446.)
Ensurchetot, adv. L. de Guill.
§ XLi. Surtout; littéralement, en sur
ce toiit. (Voir, pour l'origine, chacun
de ces mots en particulier.) On
trouve ensurquetut, avec le même
sens, dans la Chanson de Roland,
str. xxiii, V. 2. M. Orelli, p. 322,
mentionne ensurhetut, ensorqmtot,
ensurquetout.
Ent, adv. et conj. S'" EulaJ. v.
45; Emz, L. de Guill. §xLin. Avant,
avant que, auparavant ; de antea.
Einz que jo vienge as maistresporz de Sizer,
L'anme del cors me seit oi départie.
( Chans. de Roland, édit. Gënin, p. S45.)
Si 's guierat Hermans, li dux de Trace;
Einz i murrat que cuardise facet.
{Ibid., p. 354.)
Entendable, L.de Guill. § xxviu.
Qui mérite d'être entendu , qui est
digne de confiance dans ce qu'il dit,
digne de foi, adjectif dérivé duverbe
entendre. En basse latinité intendere
signifiait plutôt écouter qu'entendre.
Écouter marque une tension de la
volonté pour entendre, comme re-
garder, une tension de la volonté
pour voir; aussi Ovide a-t-il dit,
intendere aures ad verba, tendre ses
oreilles aux paroles, écouter les pa-
roles; et Justin, intendere oculosad
vultum, tendre ses yeux vers le vi-
sage, regarder au visage.
Ententivement, adv. L. de Guill.
§xLi. Avec attention, avec applica-
tion d'esprit, soigneusement.
Tu m'as servie suvenierement et enten'
tivemeni, (L. des Rois, p. 357.)
Sedule in omnibus tninistrasti nobis.
48
PREMIÈRE PARTIE.
On peut voir d'autres exemples de
l'emploi de cet adverbe dans le même
ouvrage, p. 92 et 383. Ententive-
ment est formé de l'adjectif ententif,
iive^ attentif, tive, dérivé de inten-
tiviis, forme allongée de intentus,
qui a la même signification. Enten-
tivement équivaut hintentiva mente,
(Voir les adverbes en ment dans le
t. m, p. 284.)
Entercé, part, passé pass. L. de
Guill. § xLiv. Du verbe en^ercer^ con-
tester la propriété d'une chose à
quelqu'un , la revendiquer, la récla-
mer. En basse latinité interdarej in-
tertiare, dérivés de iyitercedere, s'op-
poser, former opposition, contester.
Du Cange donne une toute autre
origine à intertiare ; mais sa con-
jecture ne me paraît reposer que
sur un rapprochement de mots tout
à fait fortuit.
Se aucun frepier achate aucun garne-
ment, quel que il soit , en foire voisine
séant, c'est a savoir, a Saint-Germain-des-
Prez, a la Saint-Ladre, au lendit et à la
Saint-Denis, et li garnemement , quel qu'il
fust (hors mis le garnement de service de
sainte iglise), fust eniercÊs e prouvez, H en-
lercierres r'auroit son garnement, et li fre-
pier r'auroit son argent, pour tant que il
peust prouver que il eust acbaté en une des
foires devant dites. (Livre des méliers
p. 201.)
Entercement, L. de Guill. § xxv.
Revendication, réclamation. (Voir,
pour l'origine, l'article précédent.)
Enterceur, L. de Guill. § xxv.
Celui qui revendiqne, qui réclame, le
réclamant. En basse latinité , inter-
ciator. (Voir Entercé.)
Entre, prép. L. de Guill. § ix.
De inter.
Envers, prép. L. de Guill. §§ xli.
XLv, L. Composé de in et de versus,
Enz, conj. L. de Guill. § xxxni.
Mais, au contraire; de antea.
Eisz, adv. S" Eulal. v. 19. De-
dans; dérivé de intus. Les mots enz
en (dedans dans), qui se trouvent
dans ce passage de S,e Eulal,, of-
frent un pléonasme qui est très
fréquent dans nos anciens auteurs.
Cil sunt muntez ki le message firent,
Enz en fur mains portent branches d'olive.
[Chaïu. de Roi., il. vi\, ». 4.)
E Mahnmel em en un fosset butent.
{lùid., a. CLXXXIII, T. SI.)
Ens en la cited. {Livre des Rois^ p. 327.)
Enz en l'eve. (Il/id. p. 3o4.)
On peut en voir encore d'autres
exemples dans la Chronique de Jor-
dan Fantosme, p. 538, 549, 569,
595 ; et dans le Livre de Job ,
p. 480.
Eo, pron. pers. 1"^ pers. sing.
Serm. i et ii; lo, item^ibid. n; Jd,
item^ L. de Guill. § xxxvin. Je; de
ego. (Voyez t. III, p. 155-457.)
Dans les Serments, on doit lire
io et non jo ; car la voyelle i est
changée en la voyelle e lorsque ce
pronom est précédé d'un mot finis-
sant en i : salvarai eo, cui eo retur-
nar; ce changement est naturel
entre les deux voyelles, et il sert,
dans ces cas, à empêcher la ren-
contre des deux i ; il n'aurait pas eu
lieu si, dès cette époque, bn eût
prononcé jo, comme on le fit plus
tard.
Er, Ert, Erunt. (Voir des re-
marques sur ces mots à la suite de
l'article Est.)
Erité, L. de Guill. § xxxvi; Eri-
THET, ibid. § XXXIX. Héritage; de
hœreditm, hœreditatis.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 149
Ebbant, pari. prés. L. de Guill.
§ XXX. Du verbe errer,, voyager; de
iterare que l'on trouve avec le sens
de facere iter dans Fortunat, Vie de
S. Paterne, chap. vi, ainsi que
dans plusieurs autres auteurs de la
moyenne et de la basse latinité. On
a dit eu langue d'oc edrar qui est
dans la Vie de saint Léger : « 11
edrat par mala fid. » (St. 19.) Nous
nommons encore juif errant le juif
que les traditions populaires nous
donnent comme devant voyager jus-
qu'à la fin du monde, en punition
de ce qu'il empêcha Jésus-Christ de
se reposer, lorsque, portant sa croix,
il s'arrêta épuisé de fatigue. Marie
de France dit, en parlant de plu-
sieurs chevaliers qui voyageaient
avec la reine Yseult et lui servaient
de cortège :
Les chevaliers qui la menoent,
Qui ensemble od li erroent,
Si cumanda tuz arester ;
Descendre vot et reposer.
(Maria du Franc*, t. 1, p. 39t )
Usque li reis déus errer,
R aveit la tere a garder.
{Ibid., p. 403.)
J« vois par le païs errant ,
El les costumes enquerant.
{Dolopatiwi, p. 183.)
On appelait chevaliers errants les
chevaliers qui voyageaient pour ré-
parer les torts, pour protéger les
dames, les faibles, les opprimés, ou,
seulement, pour chercher aventure.
Ne savoit
Le ternie puisqu'il avoit
Herbergié chevalier errant.
Qui aventure alast querant.
[Le Chevalier au Lion k la tuile du Tournoiement
de PAaléchnsl.f.l^l.)
EscHAPER, prés, de l'inf. L. de
Guill. § xxxviii. On trouve ^assez
souvent escamper pour échapper
dans nos anciens auteurs, et notam-
ment dans Villehardouin. En ita-
lien, scampare. Ces verbes signifient
proprement se sauver du champ de
bataille; ils ont été formés de ex
campo, comme décamper a été fait
de de campo.
EscHUiT, 3* pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xlv. Du verbe
eschuir, esquiver, éviter.
Warde por ce k'il puist eschuir lo pc-
cfiiet. (Saint Bernard, cité dans Roquefort,
art. Eschuir.)
Cnstodiamquidem, ut possit cavere pec-
catum.
(Voir Esquiver parmi les mots
d'origine germanique , chap. m ,
sect. II.)
EscoNDiRAD, 3^ pers. sing. fut.
L. de Guill. § xvi; Escondie, 3° pers.
sing. prés, du subj. ibid. §§ xvii,
L. Du verbe escondirj disculper,
justifier, excuser; en basse latinité,
excondicere, excondire, escondire;
composés de ex, de cum et de dicere.
On trouve également exdicere, avec
le même sens, dans du Cange. La
signification première de ces verbes
est celle de dife quelque chose pour
pallier une faute, pour détruire une
fausse inculpation, pour réfuter une
fausse accusation. (Voir ci-après un
exemple, art. Juise.)
Se un home se clame d'un autre home
de couvent qu'il 11 a fait, et il en a deus
guarens qui li garenlissent ce qu'il li de-
mande, celui est tenus par dreit de rendre
li ce qu'il li ot en couvent; et se celuy qui
se clama n'en a garens , celui de cui il
c'est clamés s'en deit eseondire de couvent
par un sairemcnt. {Atsises de lérus. t. If,
p. 83.)
150
PREMIÈKE PARTIE.
Li chevaliers s'en e-icondit.
Et dist ke néant n'en savoit.
{Dolopalhos, p. SI7.)
Escus, L. de Guill. § xxn. Bou-
clier, écu; de scutum.
Escus, part. (Voir Escut.)
EscussiuN, L. de Guill. § vi. Ré-
cupération , recouvrement. ( Voir,
pour l'origine, l'article Escut qui
suit.) Escussiun, dans le pasage dont
il s'agit, signifie le recouvrement du
bétail qui a été mis en fourrière par
suite des dégâts qu'il faisait dans la
campagne.
EsccT, 3« pers. sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § vi ; Escus, part, passé
pass. ibid. § vi. Du verbe escarre,
retirer quelque chose des mains de
quelqu'un, récupérer, recouvrer.
Ces ki aled furent a escurre la preiè od
David. {Livre des Rois, p. 117.)
David el jur escust la preie, e quanque
li Amalechite en ourent ported. (Ibid.
p. 116.;
Ben le quiderent aver escuz.
Si corerent fermer les us
Et els desturber.
( Vie de S. T/um. de Cant., p. 495.)
En basse latinité, excutere, excus-
sare avaient la même signification.
On trouve dons la bonne latinité
excutere^oxir arracher quelque chose
des mains de quelqu'un, retirer avec
violence.
Calidumque trientem
Excutil e manibus.
(Perte, sat. ti.)
Au xiii^ siècle on employait plus
souvent rescurre, rescourre^ rescore,
d'où le substantif rescoiwse. En basse
latinité rescutere, rescourre, rescus-
sa, rescousse.
EsKOLTET, part, passé, S"* Eulal.
v. 5. Du verbe eskolter, écouter; de
auscultare.
Messe e matines ad li reis escuitet.
{Cians. de Roland, xi, t. 8.)
Li emperere s'estut, si VescuUat.
{lild., «t. CMT,T.7.)
EsLEVERA, 3« pers. sing. fut. L.
de Guill. § xLi. Du verbe eslever,
élever, de elevare , exlevare. Esle-
ver tort, porter tort.
EspÉ. (Voir Spede.)
EspoDSE, L. de Guill. § xiv.
Épouse, de sponsa.
EspcRJERAi, 1""«pers. sing. du fut.
L. de Guill. § xxxviii. Espurge, 3«
pers. sing. prés, du subj. ibid. §
XLvin. Espurget, item. ibid. § l.
Du verbe espurger, purger, purifier.
S'espurger signifie se purger d'une
accusation, d'un crime, se justifier,
se disculper, de expurgare, dont les
Latins se sont servis dans la même
acception.
Li baillis de Boorges feis inquisicion sur
la vile de Boorges ; il prist les choses à
deux borgois qu'il trova mal renomez, por
ce qu'il ne se voudrent espurger droite- '
ment. (Livre de Joslice, p. 21.)
Et s'il i purreit demurer
Un jur e une nuit entière,
E par ci revenir arere.
Tut serreit netz de ses péchiez.
Et de ses meffaiz espurgiez.
(Marie de France, t. II, p. 434.)
Est, 3« pers. sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § iv ; Sunt, Sont, 3«
pers. plur. prés, de l'ind. ibid. §
xxxix; Eret, 3^ pers. sing. imparf.
de l'ind. S'* Eulal. v. 12; Er, r«
pers. sing. fut. Serm. ii; Ert, 3«
pers. sing. fut. L. de Guill. § iv;
Erum, 3« pers. plur. fut. iUd. §
XIII ; Fut, 3* pers. sing. passé défini
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
15J
de l'ind. S*" Eulal. v. 1,11; FuiST.
item, L. de Guill. § n; Sit, Supers,
sing. prés, du subj. Scrm. i; Seit,
tient, L. de Guill. § m; Fust, 3»pers.
sing. imparf. du subj. ibid. § i.
Furet, 3^ pers. sing. passé de l'ind.
forme que notre langue a perdue,
S'* Eulal. V. 18. Dérivés de est,
sxmt, eratj ero, erit, erunt, fuit, sit,
fuisset,fuerat, qui sont les formes
correspondantes du verbe esse. (Voir
l'origine des formes du verbe être
dans le tome III de cet ouvrage,
p. 247-255.)
Le dernier mot du second Ser-
ment a fort embarrassé les éditeurs,
les traducteurs et les commentateurs.
Ils auraient pu être mis sur la voie
s'ils avaient fait attention que, dans
le serment correspondant fait en
langue tudesque, ce dernier mot se
trouve rendu par wirdhic, mis pour
toirdhe ic { Ero ego ) ; en allemand
werde ich. Quant à la forme er, on
la retrouve encore au xii® siècle, et
l'on peut en voir un exemple dans la
Chronique des ducs de Normandie ,
parmi les variantes de cette chroni-
que tirées d'un manuscrit de la bi'-
bliothèque de Tours.
Amis me seiez e aidables.
El j'os {sic, je vos) fer par tut socurabtes;
Seum mais un en amor fine,
Leiaus, durable et enterrine.
(CAroM. det ducs du Norm., t. 1, p. U9. Pour lu
variante qu'offre la ceconj v«r<, voir t, Ilf,
p. 406, col. 3, I. 3.)
Du reste, er vient régulièrement
de ero, comme ert, erunt, qui sont
dans les lois de Guillaume, viennent
de erit, erunt.
(Voir Vi pour d'autres éclaircisse-
ments sur le passage en question.)
EsTED, part, passé, L. do Guill.
§ XVI, Seront, 3« pers. plur. fut.
Formes du verbe être, dérivées de
stare. (Voir tom. III, p, 445-455.)
EsTRANGES, L. de Guill. § xxvii.
Pluriel de estrange, étranger; de ex~
traneus.
EsTUVERAD, L. de Guill. § xxvii.
Le môme que Stuverad. ( Voir ce
mot.)
Et, conj. Serm i, ii ; 9** Eu-
lal. v. 28; L. de Guill. tÛre; E,
item, S'« Eulal. v. 11 ; L. de Guill.
§§ I, II , m, et passim. Et, du la-
tin et.
EvESQUE, L. de Guill. § xx, Évé-
que ; de episcopus, qui lui-même est
dérivé du grec éutuxoTtoç , qui (veille
sur, gardien^ inspecteur, évêque.
EvESQuÉ, L. de Guill. § i. Église
qui est le siège d'un évêché, cathé-
drale; de episcopatus , dérivé de
episcopus. (Voir l'article précédent.)
EwE, L. de Guill. § xvii. Eau; de
aqua. On trouve dans nos anciens
auteurs les formes suivantes déri-
vées toutes de ce même primitif latin:
aiqm, aiguë, egue , awç, ave, orne,
ewe, eve, eawe, eauwe, iawe, iave,
aau,eau. (Voir ces mots dans le glos-
saire de Roquefort.) On peut suivre
la route qu'a parcourue aqfita pour ar-
river, par des altérations successives,
à notre substantif français eau.
Trois de ces anciennes formes nous
ont laissé, comme souvenir de leur
passage dans notre langue, des dé-
rivés qui sont encore actuellement
en usage. Aiguë nous a donné ai-
guière ; ÈvE, évier, et auve auvent,
(Voyez t. II, p. 118.)
Et si cvesque les eves beneissent,
Moincnl païen entresqu'al bapiisterir.
(Chntis. dt notnnd, 5t. rx.Lxiiii.)
15^2
PREMIÈRE PARTIE.
Froide eve et chaude a demandée.
[Dolopothos, p. 68.)
Ezo, adject. démonst. masc.sing.
S'* Eulal. V. 21 ; Iceo, item, L. de
Guill. § XXV ; Iço, item, ihid. §xliv;
Geo, item, ihid. §§ i, xxv; Ç,o,item,
§§ II, xLiv; Cho, item, ibid. § xii;
Che, item, ihid. § xli; Ce, item ,
idib. § II. Ce, cela. Pour l'origine
latine de ces adjectifs, voir t. III,
p. 48^194.
On doit lire dans S'* Eulalie : « A
ezo no s'voldret concreidre li rex pa-
giens. » Le roi païen ne voulut
point se fier à cela. C'est a tort que
M. Willeras a lu mzo en un seul
mot. Les formes aezo, aizo, aisso,
appartenaient à la langue d'oc, mais
elles n'étaient point en usage dans
la langue d'oïl. Ezo n'est autre que
iço, qui est dans les lois de Guill.
§ XLiv, et que l'on trouve dans la
Chanson de Roland, st. ix, v. 4, et
dans le Livre des Rois, p. 3, 37,
1 29, i 33 et passim. (Voir plus haut
l'article Concreidre.)
Faire, prés, de l'inf. S'* Eulal. v.
4; L. de Guill. §§ viii, xxxiii; Fist,
3"^ pers. sing. passé défini de l'ind.
ihid. § XI ; Fra, 3^ pers. sing, fut.
ibid. § xLi; Facet, 3^ pers, sing.
prés, du subj. ibid. § xxxiii; Fazet^
item, Serra, i ; Faced, item, L. de
Guill. § xxxv ; Face, item, ibid. § v;
Facent, 3" pers. piur. prés, du subj,
ibid.% xxxiii; Feisse, 1"pers. sing.
imparf. du subj. ibid. § xxxviii;
Fait, part, passé passif^ ibid. §§ i,
v. Dérivés de facere.
La forme fazet, qui se trouve dans
le premier Serment, est la même
que facet, que Ton voit dans les lois
de Guillaume, § xxxm. Le z était
fort souvent substitué au c doux,
prononcé s. Un même paragraphe
nous offre force et forze avec la
même signification, lois de Guil-
laume^ § XIX ; on trouve rezoit pour
reçoit dans le Livre de Job, p. 449.
Faus, L. de Guill. §§xv, xli. Faux;
de falsus.
Femme, L. de Guill. §| xix, xxxi;
Feme, ibid. § xxxi ; Famme, ihid. %
xxxv. Defemina.
Feste, L. de Guill. |§ xxxii. Fête ;
de festum.
Fiée, L. de Guill. §§ xvii^ xui ;
Foiz, ibid. §§ xlii, xliii ; Feis, ibid.
§ XLIII. Ces mots ont la même si-
gnification que veie. (Voir ce der-
nier.)
Figure, S'« Eulal. v. 25. De ^-
gura.
File, L. de Guill. § xxxvii. Fille ;
de filia.
Fiu, L. de Guill. § m. Fief. On
trouve écrit fiu dans plusieurs en-
droits de la Chronique des ducs de
Normandie, et, entre autres, t. 1,
p. 37. (Voir Fief, parmi les mots
d'origine germanique , chant m ,
sect. Il,)
Folie, L. de Guill. § xxxix. Folie,
sottise, extravagance, action dérai-
sonnable, faute. (Voir Fou, parmi
les mots d'origine celtique, ch. ii ,
sect. II.)
Force. (Voir forze.)
Forfait, subst. L, de Guill, §§ i,
IV, XX, XLIII. FoRVAiz, plur. ibid.
§ m. Ces mots signifiaient crime,
délit, et, par extension , condamna-
tion encourue pour un crime ou un
délit; dans un sens particulier, ils
se prenaient pour amende pécu-
niaire. Eu basse latinité : forisfac-
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V.
tumj forifactum, forefactum, ont
également ces mêmes acceptions.
Ces mots sont composés de foris^
ou foras, et de factum ; le forfait
est une action qui est faite en dehors
des lois de la justice, de la morale.
Forfait^ part, passé, L. de Guill.
§§ II, XIX, xLi. Du verbe for faire,
qui signifia d'abord commettre un
crime, un délit, et ensuite être pas-
sible d'une peine, d'une amende,
pour un crime, un délit, être con-
damné ; dans ce sens, il dérive im-
médiatement de /'or/'mY, condamna-
tion, amende. (Voir ce mot à l'arti-
cle précédent.) En basse latinité,
forisfacere a également les deux si-
gnifications. Ce verbe est composé
de foris ou foras et de facere ; c'est
faire quelque chose en dehors des
lois de la justice, de la morale.
Forfaiture, L. de Guill. §§ xvii ,
xLi. Forfaiture, crime commis par
un vassal centre son seigneur, pré-
varication d'un officier public, et
principalement d'un juge , contre le
devoir de leurs charges. Ce mot si-
gnifiait également l'amende à la-
quelle était condamné celui qui s'était
rendu coupable de forfaiture; c'est
le sens qu'il a dans le § xvii. En
basse latinité, forifactura a ces deux
mêmes acceptions. (Pour l'origine,
voir les deux articles précédents.)
FoRJUGE, 3® pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xxxix. Du verbe
forjuger, dépouiller quelqu'un d'un
droit, d'une propriété, par sentence
judiciaire, déposséder. En basse la-
tinité forisjudicare, forjudicare, dé-
rivés de foris ou foras et de judi-
rare; c'est juger qu'une personne
doit être mise hors de la propriété
153
dont elle en possession. ( Voir du
Cange, Forisj'udicare.)
A toz (Deus) pramet e si fall don,
(Kar issi est dreiz e raison),
Que tuit li bien seront meri,
E tuit ii mal espanoï ;
Del bien aura cist son luer,
Ne l'vout mie Deus forsjugier.
{Chron. des duct de Norm,, I. II, fi. 359.)
Povres persones, povre gent,
Por lor povre conlenement
iS'esteieint de lui raespreisié,
Ne à tort mené ne forsjugié.
{Ibid.t. II, p. 193.)
Fors, adv. et prép. L. de Guill.
§§ xxviii, xxxviii. Hors; de foras.
FoRZE, L. de Guill. § xix. Force,
ibid. Force, substantif formé de l'ad-
jectif fort, qui dérive de fortis.
Fou , S'" Eulal. V. 19. Feu; de fo-
cus, foyer, âtre. Feitr a dû cette dé-
rivation à une métonymie du conte-
nant pour le contenu ; on a pris Ten-
droit où l'on fait le feu pour le feu
lui-même. Par une métonymie toute
contraire , celle du contenu pour le
contenant, nous nous servons aujour-
d'hui de feu pour signifier l'endroit
où l'on fait le feu, le foyer, la che-
minée. Plaque de feu. Garniture de
feu. Je cherche un appartement où
il y ait trois feux. (Voir t. II, p.
229.)
Fbadre, Fradra, Serm. i, ii.
Frère; de frater. fratris.
- Franc plege. (Voir Plege.)
Franchise, L. de Guill. §§ iii,xli.
Franchise, prérogative, privilège.
Substantif dérivé de l'adjectif franc.
(Voir celui-ci parmi les mots d'ori-
gine germanique, chap. m, sect. ii.)
Frans, L. de Guill. § m. Franc,
libre. (Voir Franc parmi les mots
154
PUEMIÈIIE PARTIE.
d'origine germanique, ch. m, sec-
lion II.)
Freceis, L. de Guill.Sxxvi. Fran-
çais. Il n'est pas rare de trouver dans
nos anciens auteurs les formes fra-
ceis, freœis, dans lesquels l'n a été
supprimé. On trouve de même en-
freit, % XXX, tandis qu'on lit cnfraint,
au paragraphe i.
Fraceis sunt luz verset, ne se poent tenir.
( Vog. de Chartem. à Jér., v. S88.)
Le même mot est écrit deux fois
franceis quelques vers plus bas.
Beaucoup de consonnes étaient fai-
blement prononcées, ou ne l'étaient
point du tout, lorsqu'elles étaient
suivies d'autres consonnes d'un or-
dre différent.
(Pour l'étymologie de français,
voir Franc parmi les mots d'origine
germanique, chap. m, section ii.)
Freiks, L. de Guill.§§xxH, xxiii.
Pluriel de frein , dérivé de frenum.
Fruissier, prés, de l'inf. L. de
Guill. § XVII. Fruisse, 3" pers. sing.
prés, de l'ind. ibid. § m. Briser,
rompre, faire effraction, forcer, en-
freindre.
Vas 11 avez tuz ses chastels toluz,
Od voz caables avez fruiset ses murs,
Ses citez arses e ses humes vencuz.
{CAanj. de Roi., si. XTI, 7.)
Si r fiert en l'elme ki gemmet fut ad or,
Fruisset l'acer e la teste e les os.
{Ibid,, «t. CLxriu)
Ce verbe àénveàefrendere, fren-
do, fresmm, dont le composé infren-
dere nous a donné enfreindre.
FuiST, 3^ pers, sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § l. Fuiet, 3*= pers.
sing. prés, du suhj. Ste Eulal. v. 14.
Fui, part, passé, L. de Guill. § iv.
Fuie, item, ibid. Du verbe fair, dé-
rivé de fv{jerc.
Fut, Fust , Fuist. Furet. (Voir
Est.)
Gainurs, L. de "Guill. § xxxiii.
Pluriel de gainur, colon, cultivateur,
serf de la glèbe. (Pour l'étymologie,
voir Gain, Gagner, parmi les mots
d'origine germanique, ch . in^ sect. n . )
Garant, L. de Guill. § xxv. \Va-
RANT, item, ibid. Garant. Substan-
tif, formé du verbe garantir. (Voir
Guérir parmi les mots d'origine ger-
manique, chap. m, sect. ii.) Dans
les S XLV des Lois de Guillaume
warant signifie protecteur, défen-
seur, celui qui garantit; guarant a
le môme sens dans les vers suivants :
Franceis sunt bon, si fcrrunt vassalment ;
J'acil d'Espaigne n'averunt de mort guarani.
{ChaHS. de Roland, si. Lxxxiii.)
Gendre, L. de Guill. § xxxvii; de
gêner.
Gettèrent. (Voir Jethed.)
Grand, S" Eulal. v. 18; de gran-
dis.
Grentat, 3^ pers. sing. passé dé-
fini de l'ind. L. de Guill. titre. Du
verbe grenier ou granter, garantes,
garandir, cranter, craanter, crean-
ter; en basse latinité creantare, cran-
tare, grantare, formés du part, pré-
sent credens, entis. Le verbe latin et
le verbe français signifient égale-
ment donner créance, confiance, as-
surance; assurer à quelqu'un le
maintien, la conservation, la pro-
priété ou l'exécution de quelque
chose.
Nous evesques et dus devant dis devons
jurer seur sains, on creanteir par nous
fois (notre foi) ke nous prcnderons preu-
(lomnies et loiaus. (Chron. de Jan Va>i
H«7?<, publiée par M. Willems, p. 424.1
Robert fu en la Sainte Terre.
U mult so pena de bien fere ;
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. V,
E, par ceo k'il fu pruz e sage,
Dex li granla son héritage.
{Chron. atiglo-normandt, i.J, p. |00.)
Seignors, uncore vos preiereie....
Que vos granteisseis ceste palz ;
Ne voll que la guerre durt mais.
( Cknn. de$ duct de Normandie, t. II, p. 305.)
Gros, L. de Guill. § vi. (Voir Gros
parmi les mots d'origine germa-
nique, ch. III, sect. n.)
Halbert, L. de Guill. § rxiv, Hal-
BERS, plur. ibid. § xxii. Haubert.
(Voir celui-ci parmi les mots d'ori-
gine germanique, ch. m, sect. n.)
Hange, L. de Guill. § xn. Haine.
Pour l'étymologie, voir haïr, haine,
parmi les mots d'origine germa-
nique, ch. III, sect. II.
Hange était probablement pro-
noncé avec le son gn mouillé; nous
l'écririons aujourd'hui hagne.
Pieça, dit-il, que commença
La discorde qui mult dura,
L'ire mortex et li haange ;
Comment q'à la parfin en prange
Encontre nous Bretons, Englois
De guerroier somes tôt frois.
(Rom. de Brut., t. II, p. 386.)
Haume, L. de Guill. § xxiv. Hau-
MES, plur.itîrf. § XXII. Heaume. (Voir
Helme parmi les mots d'origine
germanique, ch. m, sect. ii.)
Haur, subst. masc. L. de Guill.
§§ XI, XVI. Haine, rancune. Dérivé du
verbe haïr. (Voir celui-ci parmi les
mots d'origine germanique, ch. m,
sect. II.)
Seignors, jo fui en l'ost avoec l'empereur;
Serveie le par feid et par amur ;
RoUans sis nies me coillit en haur,
Si me jugat a mort e a dolur.
{CluiHi. de RM., «t. cciixi».')
Hemfare, mot anglo-saxon. (Voir
les Lois de Guillaume, p. 97, § i et
note 3.)
HoM, HoN, HoM, signifiant on
(Voir Ora.)
Home, L. de Guill. §§ i et n.
Hoem , ibid. § m. Hom , ibid.
§ XLVi. Homme; de homo.
HoNouRS, L. de Guill. § xii. Plur.
de honour, honneur; dérivé de
honor.
HuNDRED, mot anglo-saxon. (Voir
les Lois de Guillaume, p. 415,
note 6.)
IcELLES, adj. démonst. fém. sing.
L. de Guill., titre. Içous, adj. dém.
masc. plur. ibid. § xli. (Pour l'ori-
gine latine de ces adjectifs, voir
tome III, p. 185-489.)
IcEO, Iço. (Voir Ezo.)
IcEZ, adj. démonst. masc. plur.
L. de Guill. § ii, (Pour l'origine
de cet adjectif, voir t. III, p. 186-
190.)
Ici. (Voir Issi.)
Il, pron. pers. de la 3«pers. masc.
sing. sujet, Serm. i; L. de Guill. § i,
et passim. Ill, item, ibid. § vu.
El, item, S'* Eulal. v. 13. Lo, item,
compl. Serm. ii. Lv:,item, L. de Guill.
§ IV, et passim. Li, item, Serm. ii;
L. de Guill. §§ xlvi, xlviii, l, et
passim. Lui, item, ibid. dans le
titre et passim; S"' Eulal. v. 28.
Elle, pron. pers. de la 3» pers. fém.
sing. sujet, S" Eulal. v. 5, 6, 17, etc.
Ell, item, ibid. v. 1 5. La, item,
comi^Ubid. v. 3, 4, etc. ; L. de Guill.
§ XIX. Li, item. S'" Eulal. v. 13, 22.
Lei, item, ibid. v. 13. Lui, item,
L.dc Guill. § XIX. Il, pron. pers. de la
3« pers. plur. sujet, L. de Guill. § xxxii.
Les, compl. item, ibid. § xvi. Els,
item, ibid. § ix. Parmi ces pronoms,
les uns sont sujets, les autres sont
compléments. De ille, illa, ilhm,illi.
156
PREMIÈRE PARTIE.
illos. (Voir l'arlicle des prenons dans
le tome III, p. 156 et suivantes.
Le manuscrit de S'* Eulalie, v. 1 3,
porte el ; M. Willems a eu tort de
substituer un i à la place de Ve.
C'est de cette forme el qu'est venu
le féminin elle et le pluriel els , qui
se trouve dans les Lois de Guillaume,
§ IX. Cet els est devenu exvx, que
nous avons conservé. Le glossaire
de Roquefort fait mention de el
pour n.
Iloc, adv. L. de Guill. § xxxii.
Là ; de illm, pour lequel on trouve
illoc dans les comiques latins.
In, prép. Serm. i; S'* Eulal.
v. 25. En, Hem, ibid. v. 6, 19;
L. de Guill. §§ i, ii, in, xu et pas-
sim. En, dans; du latin in.
Le copiste, à qui nous devons le
manuscrit de Nitard, a écrit partout
in dans les serments ; seulement il
est à remarquer que, la première
fois que cette proposition s'est pré-
sentée sous sa plume, il a été tenté
d'écrire en avant; il y a eu même
de sa part un commencement d'exé-
cution; mais, s'apercevant sans
doute que l'original qu'il copiait
portait in, il a transformé en i son e
inachevé en le traversant d'un trait
vertical, ainsi qu'on peut le voir
dans le fa^ simile.
Inimi, S'*' Eulal. v. 3. Ennemi;
de inimicus.
Int, adv. Serm. u. En, item,
L. de Guill. §§ iv, l. En, de inde.
On écrivait souvent ent au xii? siècle.
(Voir t. III, p. 302.)
lo. (Voir £o.)
Isi, adv. L. de Guill. § vr. Ainsi,
de in sic.
Ço respunt Guenes: issi seit cum vos plaisi
[Cfiant. de Rot., xlv, » I, )
Issi, adv. L. de Guill. §xxv. la,
ibid. §§ XLi, XLU. Ici. (Pour l'ori-
gine latine de cet adverbe, voir t. III^
p. 306.
IsT, adj. démonsl. masc. sing.
Serm. i. Ce, cet; de iste. (Voir 1. 111,
p. 185-190.)
Ja, adv. L. de Guill. § vi. Déjà;
de jam.
Jethed, 3« pers. sing. .prés, de
l'ind. L. de Guill. § xxxviii. Jettai,
I"'® pers. sing. passé défini, ibid.
Getterent, 3® pers. plur. passé dé-
fini, S'* Eulal., v. 1 9. Du verbe je-
ter; dérivé àù jactare, fréquentatif
de jacere.
Jo. (Voir Eo.)
José, L. de Guill. § vu. Chose.
(Voir Cosa.)
Jugement, L. de Guill. §§ xv, xxv.
Jugement, loi, législation, droit. En
basse latinité judicium avait les
mêmes acceptions. (Voir celui-ci
dans le glossaire de du Cange.) Ju-
gement est formé du verbe juger ,
dérivé de judicare. Dans le § xxv
des Lois de Guillaume le jugement
de Engleterre signifie la législation
d'Angleterre, le droit anglais, comme
dans les vers suivants le jugement
de Rome signifie la législation dé
Rome, le droit romain :
Morir doit à tel dehonor
Qui traist son loial signor,
Selonc le jugement de Rome.
(Dolopolhohp. 31.)
Juger, prés, de l'inf. L. de Guill.
§ xv; JucENT, 3^ pers. plur. prés, de
l'ind. ibid. §xli; Jugied, part, passé
pass.mase. sing. ibid. §xxv; Jugée,
part, passé pass. fém. sing. ibid.
§ xxxv. De judicare.
JuiSE, L. de Guill. §§ xvi, xvir.
GHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
loi
Jugement de Dieu, épreuve à la-
quelle on soumettait l'accusé, et qui
avait lieu au moyen du duel, de
l'eau, du fer rouge, etc. En basse
latinité juisium, dérivé de judicium.
Est-il voir de ce qu'il dient de toi, que tu
l'aies enci ocis sur ton corps défendant ?
Et celuy respond bien : « Voirs est-il enci
comme il dient, et encore le dis-ge ; et
de ce en trais-je Dieu a garant. » La rai-
son juge et coumande ensl » juger que ,
puisqu'il en traist Dieu a garant, qu'il en
doit porter le juise; et se il est sauf dou
juise, si det estre quite, par dreit, de celuy
murtre, sans mais respondre nient a nuluy
qui de ce le voisist appeller. Mais c'il n'en
est quite dou juise, la raison juge qu'il doit
estre tantost pendus, sans nul délai. Quia
homo in examine divini judicii positus aut
liberaluT aut condcmnalur nutu Dei. {Ass,
de Jérusalem, t. II, p. 217.)
Dans le voyage de Charlemagne à
Jérusalem, la reine sa femme laisse
échapper quelques paroles inconsi-
dérées, dont elle ne tarde pas à se
repentir; et, pour prouver qu'elle
n'a point eu l'intention d'offenser
l'empereur, elle propose de s'en re-
mettre au jugement de Dieu en se
précipitant de la plus haute tour de
Paris.
Je m'escundirai jà, se vus le cumandez,
A jurer serement u juise a porter :
De la plus haulte tur de Paris la citez
Me lerrai cuntreval par créance dévaler.
Que pur vostre hunte ne fud dit ne pensed.
( Yoy. de Charlem. à Jér., t. 34.)
Voyez un autre exemple dans Do-
lopathos, p. 158. Le jugement der-
nier est appelé le Deu juise dans la
Chanson de Roland, st. cxxix et le
jor du juyse , dans Rutebeuf, t. I,
p. 96.
Juise à treis duhles, L. de Guill.
§ xvn. Épreuve du jugement de
Dieu trois fois plus forte que celle
à laquelle on soumettait ordinaire-
ment l'accusé. Si, par exemple, l'é-
preuve simple consistait à porter un
fer rouge pesant une livre, l'accusé
soumis au triple juise devait en por-
ter un pesant trois livres. (Voir, à
cet égard, le glossaire de du Gange,
art. Lada.)
Jurât, 3® pers. sing. prés, de l'ind.
Serm. ii; Jurra, 3^ pers. sing. du
futur; L. de Guill. § xvi. Du verbe
jurer, dérivé de jurare.
Karlo jurât, voir ci-après l'article
Servir.
JuRN, L. de Guill. § xui; Jur,
ibid. § iv; Jours, pluriel, ibid. § iv.
Jour, journée; dérivé de l'adjectif
diurnum , sous - entendu tempus ,
comme hiver, matin ont été fait do
hibemum, matutinum (tempus).
(Pour le changement de d enj, voir
t. II, p. 97.)
Justice, L. de Guill. §§ ii, iv, etc.
De justiàa.
Kar, conj. L. de Guill. §§ xxv,
xxvii. Car, àequare. (Voir t. III,
p. 389.)
La, Lo, Li, Lui, Lu, Les, art.
(Voir Le.)
La, pron. (Voir II, pron.)
Laist. (Voir Leist.)
Laist, Lait. (Voir Lazsier.)
La, adv. L. de Guill. § xxv. (Pour
l'origine latine, voir t. III, p. 295.)
Larecin, L. de Guill. §§ iv, xxxi, etc.
Larcin; de latrocinium.
Laroun, L. de Guill. §§ iv, xxxi.
Larun, ibid. §§ iv, v. Larron; de
latro, latronis.
Launces, L. de Guill. § xxii.
Lance. (Voir celui-ci parmi les mots'
d'origine celtique, ch. u, sect. u.)
158
PREMIÈRE PARTIE.
Lazsier^ prés, (le l'inf. S"-' Eulal.
V. 24; Laist, 3« pers. sing. prés, de
l'ind. ibid. v. 28 ; Leit, item, L. de
Guill: § XLVin; LmY, 3^ pers. sing. du
près, du subj. iUd. §xlvii. Laisser;
de laxare, lâcher, relâcher, laisser
aller.
Le, art. masc. sing. L. de Guill.
§§ ut, IV, V, et passim ; Li, item,
S'« Eulal. V. 21 ; L. de Guill. §§xxv,
XLV ; Lui, item, ibid. § xvii ; Lo,
item, S'e Eulal. v. 40, 14, 15, etc.
Lu, L. de Guill, §§ ii, xxv ; La, art.
fém. sing. S'" Eulal. v. 10, 23; L.
de Guill. §§ 1, Ti, IV, v, et passim ;
LE,item, ibid. §§ m, xxxii, xlv; Li,
art. plur. S'" Eulal. v. 3 ; L. de
Guill. § XLV ; Les, S'« Eulal, v. 5 ;
L. de Guill. §§ i, m, iv, et passim ;
Dérivés de ille,iUa,illum,illi, illos.
(Voir, pour plus de détails, le passage
relatif à l'article, t. III, p. 95-1 01 .)
Parmi ces différentes formes de
l'article, on doit remarquer les sui-
vantes :
Lui. (Voir un exemple dans le
Voyage de Charlemagne à Jérusa-
lem, V. 778.)
Lu. Exemples de cette forme dans
la Chronique de Jord. Fantosme, p.
587, st. cxLvi; dans le Voyage de
Charlemagne à Jérusalem, v. 235.
Le, art. fem. Exemples de l'em-
ploi de cette forme : Marie de Fran-
ce, t. I, p. 564; Roman de la Vio-
lette, p. 76; Théâtre français au
moyen âge, p. 124, 125 et passim;
Fallût, Recherches, p, 39.
Le, Lei , Les, pron. (Voir J/ ^
pron.)
Leals, L. de Guill. § xvi. Pluriel
de îeal, loyal, qui agit conformé-
ment à la loi, à sa parole, à son en-
gagement. De legalis, formé de lex,
legis.
Lealté, L. de Guill. § xvi. Loyau-
té, substantif formé de l'adjectif
leal. (Voir Leals.)
Lei, L. de Guill. § xli; Leis, plu-
riel, ibid. dans le titre. Loi, justice,
droit; de lex.
Plenerlei, serment que l'on pronon-
çait en se servant d'une formule
simple prescrite par la loi. (Voir ci-
après l'article Plener.)
Leist, 3« pers. sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § xxiii. Laist, item,
ibid.%xsx\\\. Il est permis, il est loi-
sible ; de licet.
Leit. (Voir Lazsier.)
Lever, prés, de l'infin. L. de
Guill. § xxv. Lever, enlever, de le-
vare.
Li, pron. (Voir II, pron.)
Lige, L. de Guill. § xxiv. L'homme
lige ou vassal lige était celui qui
s'était obligé, par serment, d'aider
et de servir son seigneur envers et
contre tous. De son côté le seigneur
jurait de protéger et de défendre
son vassal contre quiconque entre-
prendrait de l'attaquer ou de le mo-
lester, et il était appelé seigneur
lige, comme ce passage des lois
de Guillaume nous en fournit un
exemple.
Lige vient de ligius adjectif de
basse latinité, qui avait la même si-
gnification. Il est probable que le g
de ligius fut d'abord prononcé dure-
ment (^itms). Ce mot est formé de
ligare, dont on fit égalementle subs-
tantif liga . Celui-ci nous a donné
ligue, traité par lequel deux ou plu-
sieurs personnes se lient entre elles
pour arriver à un but qu'elles se
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V
proposent en commun. Le seigueur
et le vassal liges étaient liés l'un
envers l'autre par la foi qu'il s'é-
taient mutuellement jurée.
Esse tenebatur liomo ligius atque fidelis,
El tanqnara domino jurande jure ligarl,
{Ga'iW. le Bntoa, Philippide. Ht. II.)
Ipsis nnllius fondi ratione ligatus.
(Uid., Ut. m.;
L'idée exprimée en latin par Guil-
laume le Breton est également ren-
due en français par Guillaume
Guiart :
Puis après envolèrent querre
Le fllz au roi cil d'Engleterre....
Qui en celui reaume furent,
A seigneur lige le reçurent ;
Par leur foiz a lui se lacierent.
{Branche des royaux lignages, t. I, p. 314.)
Du verbe ligare on forma égale-
ment UGANTiA^ LiGENTiA, en français
ligance, ligence ; comme de movere
on fit MOVENTiA^ mouvence , autre
terme de droit féodal.
S'il vaint, il aura la ligance
De tôt le roiaume de France.
{PartOHOpeus de Bloii, T. 2811.)
Voyez Guy-Pape, décis. 309; Ni-
colas Upton, De militan offlcio ,
chap. xviii, et le glossaire de du
Gange, art. Ligius, ligantia, liga.
Livre, L. de Guill. § iv,viu; Live-
RE, ibid. §§ m, iv. Livre, unité moné-
taire ; de libra, unité de poids chez
les Romains. Pendant le moyen âge
, on régla l'unité de monnaie sur l'u-
nité de poids, de façon qu'un cer-
tain nombre de sous pesant une li-
vre formaient la monnaie du compte,
que l'on appela également livre.
LouR, adj. poss. de la 3^ pers.
plur. L. de Guill. § xxxvm; Lur,
itenij ibid. Lor, itenij, ibid. Leur; de
illùmm. (Voir t. ÏU, p. 181-184.)
159
LouR, pron, pers^ de la 3« pers.
du plur. L. de Guill. § xxxii. Leurj
deillorum. (Voir t. III, p. 161.)
Lui, pron. (Voir II, pron.)
LuiN, adv. L. de Guill. § xlii.
Loin," de longe.
LuNC, L. de Guill. § xiii. Long;
de longus.
Maent, 3«pers. sing.prés. dcl'ind.
S'« Eulal. V. 6. Meinent, 3« pers.
plur. prés, de l'ind. L. de Guill. §
XIII. Maindra, 3*= pers. sing. fut.
ibid.^ m. Du verbe niaemr,mai7ier..
meiner, demeurer, de manere.
Maille, L. de Guill. § iv. An-
cienne petite monnaie qui valait or-
dinairement un demi -denier. La
maille était de forme quadrangu-
laire, et ressemblait assez à une
maille de filet, en latin macula; de
là le nom qui fut donné à cette es-
pèce de monnaie, selon l'opinion de
Clérac, de Ménage, de Borel et du
P. Labbe.
Main, L. de Guill. §§ i, iv; Mein,
ibid. § xiii. Mains, pluriel, i6id.§ IV.
Main, de manus.
Lorsque la justice déférait le ser-
ment à un accusé pour quelque cas
grave, il n'était point admis à jurer
seul, ce qu'on appelait jurer avec sa
seule main ; mais il fallait que un
ou plusieurs hommes vinssent con-
firmer son serment par un autre ser-
ment. Ceux-ci juraient tous ensem-
ble qu'ils étaient convaincus que
l'accusé était digne de foi et que,
par conséquent, son témoignage de-
vait être conforme à la vérité. C'est
ce qu'on appelait jurer avec sa main
et une autre main; jurer avec sa
main troisième, quatrième, cinquiè-
me, sixième, etc. (Voir les lois de
160
Guillaume, §§ iv, xvi, xvii, l; la loi
des Alemanni, ch. vi; la loi des
Lombards, liv. II, tit. LV, § ix; les
lois de Henri I«r, roi d'Angleterre,
ch. Lxiv, Lxvi, Lxvii; et le glossaire
de du Gange , articles Juramentum
et Adramire.)
Maisoun, L. de Guill. § xxxvii.
Maison; de mansio, mansionis.
Mals, S'' Eulal. V. 5. Pluriel de
mal mauvais, méchant; de malus.
Manatce, S'« Eulal. v. 8. Menace.
(Voir des exemples de manace dans
le Roman de Rou, v. 9306; dans le
Livre des Rois, p. 290, et dans la
Ghronique des ducs de Normandie,
t. I, p. 200; t. III, p. 231 et 277.)
Ce mot dérive de minatiœ, que l'on
trouve employé pour wimo? dans plu-
sieurs passages de Plante, et, entre
autres, dans Miles gloriosus, act. IV,
se. II, V. 2. Gicéron s'est servi de
minatio pour menace, action de me-
nacer.
Mande, 3« pers. sing. impér. L.
de Guill. § xLv. Du verbe mander,
donner ordre, donner avis, sommer
quelqu'un de faire quelque chose, de
mandare.
Marc, L. de Guill. §xviii; Mars,
pluriel; ibid. §xxvi. Marc, monnaie
de compte. Le marc n'était primiti-
vement qu'un poids de la valeur
d'une demi-livre; comme on s'en
servait pour peser l'or et l'argent,
marc fut employé pour désigner une
certaine somme égale d'abord à la
valeur d'une demi-livre de métal-
mais, dans la suite, la valeur nomi-
nale du marc, devenu monnaie de
compte, varia selon les temps et se-
lon les pays. (Voir ci-dessus l'ar-
PREMIÈRE PARTIE.
ticle Livre, ainsi que le glossaire
de du Gange, article Marca.)
(Pour l'étymologie, voir Marc,
poids, parmi les mots d'origine ger-
manique, ch. III, sect. II.)
Marchied, L. de Guill. § xxv.
Marché; de mercatus, place où l'on
vend, marché.
Me, pron. pers. de la 3« pers.
sing. Serm. i; Mi, item, ibid. Me,
moi, servant de complément indi-
rect. Me, pour le datif mihi, était
déjà usité chez les Latins. « Si quid
me fuerit humanius. -•> (Ennius,
liv. II.) « Quid fiât me nescio. »
(Plante, Miles glor. act. II, se. m.)
On peut voir encore plusieurs autres
exemples dans cet auteur, entre au-
tres Merc. act. II, se. ii; Capt.
act. III, se. iv; Aul. act, IV. se. vi;
Cure. act. III, se. i.
Meillur, adj. au comparât. L. de
Guill. § XXIX. Meilleur; de melior.
Meis, L. de Guill. §§ iv, xliv. Mois ;
de mensis.
Melz, adv. S'" Eulal. v. 1 6. Mieux,
plutôt; de melius.
Melz voeill mûrir que huntage me venget.
{CImns. de Roland, «t. Lxxiiv.)
Membre, L. de Guill. § i. De
membmm. Dans ce paragraphe des
Lois de Guillaume, ainsi que dans
les citations suivantes, le raoimembre
a trait à la mutilation, c'est-à-dire
au supplice par lequel on coupait au
condamné un ou plusieurs membres.
Se il avenoit ke personne seculers mef-
fesit meffait ou il afferist paine de mon ou
de menbre, li couviers de le court devant
dite le delivreroit , fuers de la court vint
pies, au conte ou à siergans pour faire jus-
tice. (Cartulaires de Hainaut, publiés par
M. de Reiffenberg, p. 420.)
CHAP. I, ÉLÉiMENT LATIN. SEGT. V.
161
De tous cas de mordre, de rath et Je
arsin, et de tous autres cas desquels exé-
cutions de mort ou de membre perdre se
doit ensivre.... (/iîi., p. 408.)
Menestier, S" Eulal. v. 4 0. Ser-
vice; Beo menesf ter, service de Dieu,
De rninisterium , qui se disait de
tout travail fait pour servir ou aider
quelqu'un, office, emploi, service.
Au XII* et au xm^ siècle. Dm mestier
s'employait pour désigner le service
divin, la messe .
Puis sont aie aj. moustier
Si oïrent le Diu mestier.
(Roman de la YiuletU, p. 86, «. 1730.)
Meos, adj. possess. Serm. ii;
Meon, iterrij, Serm. i. Mon. Le pre-
mier est dérivé du nominatif meus,
et le second de l'accusatif meum.
(Voir t. TU, p. 173-176.)
Merchenelae, mot anglo-saxon.
(Voir les Lois de Guillaume, p. 97,
1 1 et note 2.)
Mercit, S'® Eulal. v. 27; Mercie,
L. de Guill. § xu. De merceSj mer-
cedis, prix. Le paragraphe des Lois
de Guillaume que je viens de men-
tionner porte : « Qui droit jugement
refuserad, seit en la mercie de sa
laxlite. » Ce passage nous met sur
la voie pour découvrir l'origine des
expressions être à la merci du vain-
queur , avoir merci du vaincu. Pour
les conquérants germaniques, être
à la merci du vainqueur signifiait
en être réduit à subir la loi du vain-
queur qui, pour prix du rachat, im-
posait à son ennemi le payement du
wergeld ou were, ainsi qu'on lit
dans les Lois de Guillaume. Avoir
merci du vaincu, c'était recevoir du
vaincu le prix de son rachat. Dans
les siècles suivants, nous retrouvons
encore des traces de l'origine de ces
expressions dans le nom des reli-
gieux qui se consacraient au rachat
des captifs, et que l'on appelait frères ■
de la Merci.
Mère, L. de Guill. § i. Mère; de
mater.
Merra, 3" pers. sing. fut. L. de
Guill. § IV. Forme syncopée pour
mènera, du verbe mener, dérivé de
minare, que les Latins ont employé
dans la même signification : « Nos
duos asinos minantes, baculis exi-
gunt.» {Apulée, Métamorph. liv. IIL)
Ce verbe se trouve avec la même
signification dans Ausone et dans
Paul Diacre, abréviateur de Festus.
(Voir Ménage, article Mener.)
Mes, adv. L. de Guill. §xi. Moins;
de minus.
Mes, adv. L. de Guill. § xlv. Mes,
joint à la négation ne, équivaut à
ne. . . jamais ; il vient de magis.
(Voir Jamais, t. III, p. 308.)
Mes, adv. L. de Guill.- § vi. Dans
cet endroit, mes que signifie bien
que, encore que, quand même;
quelquefois le que est sous-entendu,
comme dans les vers suivants :
Dune dist Henris : De cest trésor
Mais 11 denier en fussent d'or,
Cum le dei-je aveir ne prendre.
Si je n'en ai o(i jeu despende,
i^Chron. de» ducs de Norm., t. III, p. 386.)
En provençal on dit encore mai
que dans le même sens, et les mots
mes qu'il i oui cent almaille seraient
rendus par mai que l'i agessé cent
grosses bestis. Cet adverbe, en pro-
vençal comme en ancien français,
est dérivé de magis. Mes que était
une expression elliptique équiva-
r
11
462
PREMIÈRE PARTIE.
lent à supposa de plus que, ou
autre semblable.
Mesfeist, 3^ pers. sing. passé déf.
L. de Guill. § n. Du verbe mesfaire,
faire du mal, faire du tort, méfaire ;
composé du latin facere et du pré-
fixe mes, dérivé de la langue des
Francs, ainsi qu'on peut le voir
dans la liste des mots d'origine
germanique, ch. m, sect. n. (Voyez
un exemple de mefaire ci-dessus,
art. Membre.)
Mesmes, adj. indéf. plur, L. de
Guill. dans le titre; Meimes, item,
ibid. § xxvii. Mêmes. (Pour l'ori-
gine latine de cet adjectif, voir
t. III, p. 144.)
Metted, L. de Guill. § xxxi. Meité,
ibid. § XIII. Moitié; de medietas.
Mettrad, 3« pers. sing. du futur;
L. de Guill. §§ xii et xxv; Mist,
3® pers. sing. passé déf. ibid. § i ;
Metted, 3= pers. sing. prés, du sub-
jonctif, ibid. § xxviii; Mis, part,
passé passif, ibid. § m. Du verbe
mettre, dérivé de mittere, que l'on
trouve avec une signification ana-
logue dans quelques auteurs des
derniers siècles de la latinité. Lac-
tance se sert de mittere dans le sens
de poser, synonyme de mettre :
« Per omnes provincias et civitates
jEcclesiae fundamenta miserunt. »
(De mortibus perseeutor. II.) Le
même auteur se sert du verbe po-
nere dans une autre phrase toute
semblable : « Discipuli vero per
provincias dispersi fundamenta JEc-
clesiae ubique posuerunt. » {Instit.
liv. IV, ch. XX.) César et Ovide ont
employé mittere sub pour mettre
sous, soumettre.
Mie, subst. formant avec ne une
locution adverbiale négative. L. de
Guill. § xxv. Dérivé de mica. (Pour
l'origine de cette locution et d'autres
semblables, voir t. III, p. 340-
342.)
Mort, subst. S" Eulal. v. 28.
L. de Guill. § xxiv. Dérivé de mors,
mortis.
Mort, 3* pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xxxv. Du verbe
morir, mourir; dérivé de mori, au-
quel on a ajouté un r final pour ren-
dre la terminaison analogue à celle
de tous les verbes de notre seconde
conjugaison. (Voir ci-après Persuir.)
Mort, adj. masc. L. de Guill.
§ xxv. De mortuus.
Morte, part, passé fém. sing.
S" Eulal. V. 18. De mortua.
Dans ce passage de la cantilène,
mourir est un verbe pronominal :
s' furet morte est pour se furet
morte. Plusieurs verbes neutres
devinrent pronominaux dans notre
langue; on disait se dormir {Livre
des Rois, p. 34), se douloir, se ror
mentevoir, se penser, se cuider, etc.
Nous disons encore se taire, se la-
m£iiter, se douter, se rire, s'en aller,
s'en venir, s'enfuir, etc. Ce même
verbe mourir a conservé sa forme
pronominale dans une acception
particulière : nous disons se mourir
pour être sur le point de mourir.
Chacun connaît ces paroles de l'o-
raison funèbre de la duchesse d'Or-
léans : « Madame se meurt. Madame
est morte. » Ce verbe est également
employé pronominalement en langue
d'oc et en espagnol. (Voyez t. III,
p. 490.)
Qaandios visquet ciel reis Lotbier
Bien tiouorez fut sancz Lethgicrs.
CHAP. I, ÉLÉMEiNT LATIN. SECT. V.
Il se fut mors; damz I fud graiiz,
Cio controverent baron franc.
( Vie de saint Léger, atropbo ix.)
MuLTE, L. de Guill. § xix. Amen-
de; de multa.
MuRDRE, L. de Guill. § XXVI. Meur-
tre. (Voir celui-ci parmi les mots d'o-
rigine germanique, ch. m, sect. ii.)
MuSTER, L. de Guill. §§xvn et xxvi.
Ce mot signifia d'abord un monas-
tère, puis une église. Les grands
monastères avaient une église ou-
verte à tous les fidèles, et ceux-ci,
donnant à la partie le nom du tout,
appelèrent moustier l'endroit du
moustier où ils avaient l'habitude
d'aller remplir leurs devoirs reli-
gieux. Ce mot est dérivé de monaste-
rium, qui vient lui-même du grec
|jiovaffT:^pt&v, solitude, formé de \lo-
vadxf,; solitaire, dérivé de (jovdÇw,
vivre seul, racine [aovo;, seul, qui a
également donné (jiovaxô;, solitaire,
moine, monachus.
MusTRED, part, passé passif, L. de
Guill. § vu; MusTRENT, 3« pers. plur.
prés, de l'ind. ibid. § xlv. Du verbe
mustrerj montrer; de monstrare.
'N pour on. (Voir l'article Si, adv.)
'N pour en, L. de Guill. §§ vi et
XLix. (Voir un exemple ci-après à
l'article Oram et une observation
art. Ne. Pour l'origine, voir En, ci-
dessus.)
Car mult i a de el a parler ;
' Mais qui *re voidra saveir la fln ,
Si lise Pline u Augustin.
(C/iron. dei duci de Nom., t. 1, p. 9.)
Cette aphérèse de en est plus com-
mune dans la langue d'oc que dans
la langue d'oïl. (Voir M. Raynouard,
Grammaire romane, p. 133.) Ces
mots du paragraphe vi, tant 'n i ait.
463
mes qu'il i ont cent almaille, seraient
rendus en provençal tant que 'n i
agué, mai que l'i agesse cent grosses
bestis.
La même tournure de phrase se
retrouve dans le Livre des métiers :
Ilom de dehors Paris qui vient a Paris
porter harenc, si doivent du harenc a col
j. harenc ;■« tant n'en i ara; mais de mains
d'un cent ne doit noiant. [^Livre des mé-
tiers., p. 286.)
Naïf^ L. de Guill. § xxxtii. Natif;
de nativus. On appela serf naïf ou
bien serf natif celui qui était né
serf, qui était attaché à la glèbe pour
le distinguer de celui qui avait perdu
sa liberté ou qui l'avait aliénée vo-
lontairement. (Voir, à cet égard, les
Lois anglo-normandes de Houard,
t. II, p. 93.)
Si pensa ke muez li venoit....
Soufrir honte en autre paîs
Q'en celui dont il iert naïs.
(DolofM'hut, p. 170.)
I. moult riche home ot el pals,
Etcilestoit ces (ses) serf nais.
(Ibid., p. S49.)
Nam, L. de Guill. § xlii. Gage
déposé par le débiteur dans une cour
de justice ou bien entre les mains
d'un tiers. (Voir Nam parmi les mots
d'origine germanique, ch. m, sect. ii.)
Ne, adv. nég. Serm. n; S'* Eulal.
V. 5 et 7; L. de Guill. § iv et <pas-
sim; Ned, S'* Eulal. v. 7; Nen, L.
de Guill. §§ m , XLiii et xlv. Dérivé
de nec.
Dans les §§ xliu et xlvii des Lois
de Guillaume, ne est est explétif de
l'adjectif nul. (Voir, à cet égard,
t. III, p. 145, note.)
On doit remarquer les formes ned
et nen employées devant un mot qui
commence par une voyelle; c'est ne
464
PKEMIÈKE PAUTIE.
auquel on a ajouté un d ou un «
euphonique. Je ne connais pas d'au-
tre exemple du premier, mais on
peut en citer beaucoup du second :
Il nen ad joie en cest mund,
Qui nen ot le laustic chanter.
(Marie de France, t. 1, p. 3iO.)
Karles l'entant, ne dist nen o ne non-
(Geran de Viane, r. 1596.)
Nerij dans les manuscrits, est sou-
vent pour ne en, et l'on doit alors le
représenter par ne 'n, ainsi que le
font les éditeurs des textes romans.
Mais il leur arrive généralement de
se servir de cette môme notation
lorsque nen est pour ne avec un n
euphonique. C'est avoir mal inter-
prété le texte. Je trouve mon obser-
vation confirmée par Falot, p. 533,
art. En pour ne.
On ajoutait de même un n eupho-
nique à si et à aussi, pour en faire
sin, aussin. (Voir, plus loin, l'ar-
ticle Si, adverbe.)
Nef, L. de Guill. § xxxvin. Na-
vire; de Navis.
Nen. Voir Ne.
Nez, part, passé passif, L. de Guill.
§ xiii. Né; de natus.
Swittc ceo que il est nez, selon la
condition dont il est d'après sa nais-
sance.
Nom, S" Eulal. v. U; Noun, L.
de Guill. § XVI. De nomen.
NoMER, prés, de l'inf. L. de Guill.
§ XXV ; NoMERAD, 3® pcrs. sing. fut.
ibid. § xxv; Nomed, part, passé pas-
sif sing. ibid. § xvi; Només, part,
passé passif plur. ibid. §§ xvi et xvii.
De nominare,
Homes només. Si le serment était
déféré à une personne pour quelque
cas grave, il fallait que un ou plusieurs
hommes vinssent confirmer son ser-
ment par un autre serment. Tantôt
ces hommes devaient être choisis
par celui auquel le serment était dé-
féré, et alors ils étaient appelés ho-
mines advocati; tantôt ils devaient
être désignés par la partie adverse,
et dans ce cas ils étaient appelés ho-
mines nominati. Ce sont les homes
només mentionnés dans les paragra-
phes XVI et XVII des Lois de Guil-
laume.
Et cum XII sacramenlalibus juret, cum
V nominatis et vu advocatis. (Lex Alaraan-
norum, tit, LUI.)
Cum XII nominatis juret et aliis tantis
advocatis, {Ibid. tit. XXIV.)
Cum XXIV sacramentalibus nominatis ju-
ret in altari. (Lex Bajwariorum , tit. VI,
§ n.)
On appelait de même terme nomé
un terme désigné, une époque dé-
terminée d'avance :
Se uu home prent une maison en guage
d'un autre liome on d'une feme por xx. be-
sans ou por c. besans ou por m. besans ,
jusque à un terme noumé^ par devant la
cort et puis, quant vient an terme, il
ne le veut paier {Ass. de Jérusalem,
t. H, p. 37.)
Il était ordinairement nécessaire
de présenter un plus grand nombre
d'hommes qu'il ne devrait en être
admis à jurer, parce que la partie
adverse avait le droit d'en récuser
plusieurs. Dans une charte de
Waldemar, roi de Danemarck, de
4163, rapportée par Resenius dans
Jusaulimm Canuti II régis, p. 642,
on lit : « De homicidio autem istud
statuimus^ ut reus in generali pla-
cito trahatur in causam, et in se-
cundo placito actor nominet xv de
provincia rei, de quibus illi conce-
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
165
dihius très excipere . » Dans ce cas,
l'accusateur devait en nommer
quinze, sur lesquels l'accusé pouvait
en récuser trois, ce qui réduisait le
nombre à douze. Le chapitre lxvi
des lois de Henri I", roi d'Angle-
terre, porte : « Vel ita se allegiet :
nominentur ei xiv et acquirat ex eis
undecim, » c'est-à-dire que l'accu-
sateur en nommait quatorze , parmi
lesquels l'accusé en choisissait onze .
Dans les paragraphes xvi et xvii des
Lois de Guillaume, c'est l'accusé
qui doit présenter quatorze hommes,
parmi lesquels onze seulement
doivent être admis à jurer avec lui,
qui fait le douzième : « s'en escon-
dirad sei dudzime main. » Sans
doute c'était l'accusateur qui, dans
ce cas, avait le droit de récuser
trois hommes sur les quatorze pré-
sentés par l'accusé.
(Voir plus haut l'article Main, et
dans le glossaire de du Gange l'arti-
cle Juramentum.)
Serment nomed. (Voir ci-après
l'article Sagrament .)
NoN,adv.nég.Serm. ii; S'^Eulal.
V. 9, 10, 20, etc. NuN, Serm. ii;
NouN, L. de Guill. | xvi, etc. No,
S'« Eulal. V. 20 et 21. Du latin
non.
NoNQUE. (Voir Nunquam.)
Nos, pron. pers. de la Impers.
plur. Ste Eulal. v. 26 et 28 ; Nous,
item, L. de Guill. § xli ; Nus, ibid.
S XLiv. Nous; du latin nos.
NosTRo, Serm. i. Notre; de
noster.
Nuis, L. de Guill. § xlvi. Nuit; de
nox, noctis.
Nuls, adj. indéf. masc. sing. L.
de Guill. § xxxiii ; Nul, item. , ibid.
§§ XXXIV et XLV, NuLui; item, ibid.
§ xxxiv; NuLLA, adj. indéf. fém.
sing. Serm. ii.Nul, nulle; de nullus,
nulla.
Dans les paragraphes xxxiv et
XLV, nul n'est pas employé dans un
sens négatif, mais, au contraire, il
l'est dans un sens positif, et signifie
quelque, quelqu'un. (Voir t. III,
p. 1 45, note.) Saint Bernard fait un
fréquent usage de nul dans le môme
sens.
Et qui seroit nuls ki osast dire k'ele por
ceste imperfection ne duist venir a salve-
teil ? {Choix de serm. p. 544.)
Nunquam, adv. Serm. i; Nonque,
S" Eulal. v. 13. Jamais, accompa-
gné d'une négation; de nunquam.
M. Hoffmann de Fallersleben n'au-
rait pas dû lire nonqi dans la
Cantilène de sainte S'« Eulalie ; le
q est suivi d'un signe d'abréviation,
et non pas d'un i.
NuRTURE, L. de Guill. § xxv.
Nourriture; substantif formé du
verbe nourrir , dérivé de nutrire.
0, adj. dém. sing. Serm. i,
S'* Eulal. V. 11, 18 et 20. Ce, cela;
dérivé de hoc :
Si vent a etau, sel deners l'an. {Coût,
de Berry, éd. de la Thaumassière, p. 99.)
S'il ofassct. {Ibid. p. 101.)
Oant. (Voir Orat).
OciRE, prés, de l'inf. L. de Guill.
§ xxxvii; OcciT, part. pass. passif,
ibid. § XXXVIII ; OcciT, Supers, sing.
prés, de l'ind. L. de Guill. § viii;
OcciST, item, ibid. § xxvi. Tuer; de
occidere.
Od. préîw L. de Guill. | xlvi.
Avec. (Pour l'origine latine de cette
préposition, voir t. lïï, p. 350.)
466
PREMIÈHE PARTIE.
Oes, L. de Guille, § m. Ce mot
signifiait œuvre, ouvrage, affaire;
de opus.
Se li cuers n'est bon par nature ,
Li cors, por nulle créature ,
Ne puet d'armes soffrir grand fès ;
Car il n'est mis à tel oes fès.
{Nouveau recueilde contes, t. I, p. 329.)
La locution adverdiale à oes vient
du latin ad opus, pour l'affaire de,
pour le besoin de. En basse lati-
nité, ad opus passa de cette signi-
fication à la significatioli voisine
pour le profit de, au profit de. Ou
lit dans la loi des Lomb^irds : « De
debito quod ad nosîrum opus fuerit
wadiatum. » (Liv. I, tit. II, § xi.)
« nie terliam partem ad ejm recipiat
opus, duas vero ad palatium. » {Ibid.
§ X.) ( Voyez deux autres exemples
de ad opus employé de la mêïne
manière, t, III, p. 477, note 2.)
Ad oes, à oes em^ent le même sens
en langue d'oïl :
Vers Engletere passal-il la mer salse,
Ad oes seint Père en cunquist le chevage.
(Cliaiuoa de Roi, it. zxiii, v. 7.)
Meillors vassals de vos unkes ne vi ,
Si lunguement tuz tcns m'avez servit,
A oes Carlon si granz pais cunquist.
( I>iid. st. cxxxTiii, T. 7.)
Engleterre à son oez coveit
K'il en fust rei, s'eslre poeit.
{Rom. de Roii, t. II, p. 394.)
On peut voir d'autres exemples
de cette expression dîins le Livre des
Rois, p. 2, 54, 55, 437 , et dans la
Chronique des ducs de Normandie,
t. I, p. 429, 494; t. III, p. 285,
note, col. 1.
La signification primitive de a oes
{ad opus) se généralisa au point que
cette locution en vint à représenter
le rapport exprimé par notre prépo-
sition pour :
Fai a mun oes tut premièrement un tur-
tellet de celé farine , si le me porte , e
puis fras a tun oes e al oes tun fiz. {Livre
des Rois, p. 311.)
Mihi primum fae de ipsa farinula suhcine-
ricinm panem parvulum, et a/fer ad me; tibi
aulem el fdio luo faciès poslea.
E l'um asist une chaere al oes la dame,
a dextre del rei. {Ibid. p 229.)
Posilusqne est thronus malri régis, quœ
sedit ad dexteram ejus.
Un ancien grammairien prescrit
d'écrire œps au lieu de oes, afin de
se rapprocher davantage du latin
opus. « Item pro majori parte scri-
betis gallicum secundum quod scri-
bitur in latinis , ut computum ,
compte; septem, sept; pilebenda,
prebendre (sic); opus, œps, etc.
(Extrait du manuscrit 488 du col-
lège de la Madeleine d'Oxford, repro-
duit par M. Génin, dans son intro-
duction à la grammaire de Palsgrave,
p. 32, note, col. 2).
On disait ops en langue d'oc :
« Relener algun a sos ops. » (Fau-
riel. Histoire de la poésie proven-
çale, t. III, p, 305.) En italien MOf)o;
en valaque op; en ancien espagnol
huovos.
Offre, 3* pcrs. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xii. Du verbe
offrir, dérivé de offerre.
OïL, L. de Guill. § xxi. Œil; de
oculus.
0\i, adj. num. L. de Guill. §§ vi
et xxvi ; UiT, item, ibid. § vi. Huit;
de oc^o.
Om, pron. indéf. Serm. i; Dm,
item, L. de Guill. §§ ixetxu; Hom,
item, ibid. § xii; Un, item, ibid.
§§ XII et xLiii ; Hun, item, ibid.
CHAP. I, ÉLÉiMENT LATIN. SECT. V.
§ xLii. On, dérivé de homo. Ces
mots sont de véritables substantifs;
si je les désigne sous le nom de pro-
noms indéfinis, ce n'est que pour
me conformera l'usage reçu. Voir à
cet égard t. III, p. 153, note 2.
Omque, adv. S'* Eulal. v. 9. Ja-
mais; de unquam. C'est à tort que
M. Hoffmann de Fallersleben a lu
omqi; il a pris pour un i le signe
d'abréviation qui se trouve après
le q.
Le jor fui-ge molt non-sachaDt
Que j'amai onques vostre bien.
{Floin et Bluncefior, édit. du Méril, p. 140. )
Dolans suis kant je la vi onkes.
(Uolopalhos, p. 373.)
Dime (loner ne me vint onches à gré-
(Ai/um, dratae, édit Luurche, p. 45.)
Or, S" Eulal. v. 7 De aurum.
Oram, l'f'pers. plur. prés, de l'ind.
S'* Eulal. V. 26, Du verbe orer ,
prier, dérivé de orare:
Cum ad oret, si se drecet en estant,
Seignat sun chef de la vertut poisant.
{Chana. rie Roland, tl. ccxxr, y. l.)
Le pronom sujet nos est sous-
entendu devant oram. Cette ellipse
est assez fréquente avec les pre-
mières personnes plurielles des ver-
bes ; leurs terminaisons, plus carac-
térisées que celles des autres per-
sonnes, indiquaient suffisamment la
forme :
Or si te faimes asaveir.
(Citron, det duct de Norm., 1. 1, p. 367.)
Ne (rairion 'a un acort,
Si 'n serrion destruil ei mort,
N'ottnoM prince ne rhadel.
{lùU.. t. I, p. 36S.)
Orat, 3* pers. sing. fut. L. de
Guill. § XLViii; Oant, part, prés. L.
de Guill. § XXVI II, Du verbe oer, on,
<67
ouïr, entendre; dérivés du latin au-
dire.
Mais en la nuit sivant de celé meismes
sépulture, omit le costoz, comenzat ses es-
pirs a crieir : ge ard, ge ard. (Dial. de
S. Grég. cité par M. Orell , Grommaiik ,
1"éilit., p. 178.)
Sequenti autem nocte ex eadem sepuUuro,
audienle custode, ejus spiritus cœpit cla-
mare .- ardeo., ardeo.
Orphanins, L. de Guill. § ix. Plu-
riel de orphanin,, orphelin ; de or~
phanius pour orphanus, qui est lui-
même dérivé du grec opçavàî.
Os. (Voir 0.)
Os, L. de Guill. § xii. De ossum.
Otrei. (Voir Alter.)
Ou, adv. L. de Guill. § xxviii. De
ubi.
OuD, OuT. (Voir Aveir, verbe.)
OvESQUE, L. de Guill. § xxxi. Dans
cet endroit, ovesque fait l'office d'ad-
verbe; il signifie avec, préposition
que nous employons aussi quelque-
fois comme adverbe. (Voir t. III, p.
351-361.
Pagiens, S'« Eulal, v, 12 et 21.
Pluriel de pagien, païen ; de paga-
nus.
Pais, L. de Guill. § xxx. Pays;
àe'pagus.
Pais, L. de Guill, §§ i, ni et xxx.
Paix, tranquillité, sûreté; de pax.
Pais a sainte Yglise, en basse la-
tinité pax sanctœ Ecclesiœ. On en-
tendait primitivement par ces mots
la sûreté qu'offrait l'Église aux cou-
pables qui venaient chercher un re-
fuge au pied des autels; ensuite pax
Ecclesiœ se prit pour l'immunité , le
privilège accordé par les rois à l'É-
glise de donner asile aux criminels
poursuivis par la justice.
La pais le rei, la paix du roi, était
169
PREMIÈRE PARTIE.
proprement la siÀreté, la tranquillité
qui résultaient de la protection exer-
cée par l'autorité royale; ensuite on
prit l'effet pour la cause, et la paix
du roiint la protection du roi elle-
même, la sauvegarde royale, les
lois, les règlements qui maintenaient
l'ordre et la tranquillité. Les An-
glais disent encore aujourd'hui the
king's peace , pour signifier l'ordre
public. ( Voir du Gange, Fax régis,
à la suite de l'article Fax.)
Paisiisime, L. deGuill. § xli. Pays
habité par les infidèles ; dérivé de
paganus, païen. On désignait, au
moyen âge, sous le nom de païens
tous les peuples qui n'étaient pas
chrétiens^ et particulièrement les
musulmans.
Se ilavient que un averou une bestesoii
à aucun home emblée, et celui aver est
porté, ou la beste menée en terre de Sara-
zius la raison juge et coumande a ju-
ger enci que celuy qui a perdue la besteou
l'aveir n'i a puis nui dreit en l'aver, ne en
la beste, puisque la chose & estée mené en
paînime. (Ass. de Jérùs. t. II, p. 161.)
Palefrei, L. deGuill. §xxiii;
Palefreis, plur. ibid. § xxii. Pale-
froi, cheval de main :
II y a chevaux de plusieurs manières, a
ce que li uns sont destrier grant pour le
combat; li autre sont palefroi pour che-
vaucher S l'aise de son cors; li autre sont
roucis pour sommes porter. (Bruneto La-
tini, Thesaur. I'» part. ch. clv.)
Gnnz palefraiz, coranz destreiz,
Ghasçurz bonz et bon somerz.
(Vie de s. Thom. de Cimt. p. 466.1
En basse latinité paraveredus^pa-
rafredus, parefredus , palefredus.
Chez les Romains, veredus était un
cheval de poste, et Ton appelait ve-
redarii les courriers, les estafettes
qui se servaient de chevaux de poste.
Les chevaux que l'on devait livrer
aux premiers courriers qui allaient
passer étaient toujours harnachés et
prêts à partir, ainsi que le remarque
un ancien glossaire latin cité par
du Gange, à l'article Veredarii , qui
fait suite à Veredi :
Veredarii... qui festinanter in equis cur-
runt , non descendunt de equo antequam
libérant responsa sua ; habent in capite
pinnas, ut inde intelligatur fe»tiaatio iti-
neris ; dalur semper iis equus paratus, nec
mandacant, nisi super equo, antequam per-
fecerunt.
D'où l'on peut conclure que para-
veredus n'est qu'une syncope de pa-
ratus veredus.
Paramenz, S'« Eulal. v. 7. Pluriel
de parament , parure , ornement :
substantif formé du verbe parer, qui
dérive de parare, préparer, disposer,
ajuster. Il est à remarquer qu'en
français ajuster, ajustement ont éga-
lement passé à la signification d'or-
ner, orneinent.
Parceners, L. de Guill. § xxxix.
Pluriel àeparcener, participant, co-
partageant.
Ne nul de ce dont il est parsonier, ne
serf ne peut porter garentie en la haute
court. {Ass. de Jérusal. t. I, p. 114.)
De ma perte estes parçonier
Et del gaaing, quant je l'conquier.
[liom. de Brut, t. II, p. 133.)
Cil qui done est parçoner de la tricherie.
{Livre de Jostice, p. 109.)
Ele ne soit pas parçonière do péchié.
[Ibid. p. 203.)
Le peuple a retenu le féminin
parçonière, qui se trouve dans la
dernière de ces citations, et il s'en
sert pour signifier celle qui parti-
cipe au même sort, associée, corn-
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
<69
pagne . Parçonier, parçoner, parce-
ner a été formé de parçon, portion,
dérivé du verbe partiri, partager.
Mes chiers oncles doit avoir et tenir
pour parçon de terre la ville de Dour-
leis. (Cartulaires de Uainaut publiés par
M. de Reiffenberg, p. 363.)
Et s'avonsconquestezdes avoirs et desdons,
Onques n'en fu de vous demandée parçons.
{Chron. de du Guesclin. t. I, p. 381.)
Parent, L. de G. § xlv ; Parens,
plur. ibid. § ix. De parens, paren-
tis. Les Latins ne se servirent d'a-
bord de ce mot que pour désigner
un parent en ligne directe, celui
dont on tire son origine, père, mère,
aïeul, bisaïeul, etc. ; mais, pendant
le Bas-Empire, parens prit par ex-
tension la signification plus géné-
rale qu'a conservée le français pa-
rent, l'italien parente et l'espagnol
patiente. (Voir t. III, p. 212.)
Paroisse, L.deGuill.§i. En basse
latinité parœcia, parochia, dérivés
du grec vrapotx'.a, demeure voisine,
qui vient lui-même de r.apo'.xéw,
être voisin, demeurer dans le voisi-
nage. Les premiers chrétiens, pour
soustraire aux yeux des païens la
célébration des mystères de leur re-
ligion , avaient coutume de tenir
leurs assemblées ou églises dans des
lieux écartés, voisins des villes qu'ils
habitaient : 'H èxx/iricrta :?; Tcaçoixoûca
£v S^ûpvr). (Eusèbe, IV, chap. xvii.)
"Ev.xXYjfftcf Se 1^ TîapO'.y.ovav) FopTÛvav.
{Id. liv. IV, ch. XXIII.) 'H 'Exx>r,cîa
toù 0eoO :?i Tiapotxoùffa Ptôfiriv. (S.Clém .
Ep. aux Corinth.)
(Voir, pour plus de détails, le
Glossarium med. grœcit. de du
Gange, art. Tlapoixia.)
Parole, L. de Guill. §xxvin. En
italien et en provençal parola, en
portugais palavra, en espagnol pa-
labra; dérivés de parabola, para-
bole, discours parabolique, qui, dans
la basse latinité, se prit pour dis-
cours en général et pour parole :
« Assumpta parabola sua, respondit
episcopus (Hesso scoliasticus) : Non
dicam ïi\a.s parabolas quas vos dixe-
ritis ad me, et mandaveritis mihi,
ut celem cas. » (Charte rapportée
dans l'Histoire des comtes de Bar-
celone^ par Diego, liv. II, ch. L.)De
parabola on forma parabolare, dis-
courir^ dont nous fîmes d'abord pa-
roler, et ensuite parler : « Ki de la
naissance de Crist parolent. » (S.
Bern. p. 548.)
Pargrant sa.\e\T parolet li uns al altre.
{Chans. de Roland, U. XXTU.)
Parabola est dérivé du grec îrapa-
êoX^, comparaison, allégorie. (Voir
t. II, p. 21 3 et du Gange, art, Para-
bola.
Part, Serm. ii; Pars, L. de Guill.
§ VII, De pars, partis.
Partir, prés, de l'inf. L.de Guill.
§ XLVii. Dans nos anciens auteurs,
ce verbe est ordinairement employé
pronominalement : se partir; il est
dérivé de partire, séparer, diviser.
Se partir signifia d'abord se séparer
de quelqu'un ou de quelque chose,
s'en éloigner, puis s'éloigner d'un
lieu, partir. Ce verbe, comme plu-
sieurs autres, a passé de l'état pro-
nominal se partira l'état neutre par-
tir. (Voir t. III, p. 400.)
Pas, substantif formant avec ne
une locution adverbiale négative.
L. de_Guill.§xxv. Dérivé àcpassus.
(Voir\lII,p. 337et342).
Passe, 3* pers. sing. pré?, de
470
PIIEMIÊRE PARTIE.
l'ind. L. de Guill. § v. Du verbe
passer, formé du substantif pas,
dérivé de passus.
Fer, prép. Serm. i; L. de Guill.
§ IV elpassim; Par, S'^Eulal. v. 29;
L. de Guill. § xvi. Par; du latin per.
Père, L. de Guill. §§ xxiv et
xxvii. Bepater.
Permanablement^ adv. L. de
Guill. I xxxviii. A perpétuité, pour
toujours; formé de l'adjectif per-
manable, dérivé du verbe perma-
nere.
Pers, L. de Guill. § xxvii. Pairs^
égaux. Les pers de la temre étaient
les vassaux d'un même suzerain. De
pares. {Voir, à cet égard, les Assises
de Jérusalem, 1. 1, p. 290.)
Persuir, prés, de l'inf, L. de
Guill. § XXV. Poursuivre; depersequi.
Le simple était suir, formé par syn-
cope de seçm", auquel on ajouta un r
final pour rendre la terminaison
analogue à celle de tous les autres
verbes de notre seconde conjugai-
son. Suir donnaswire, par la simple
addition d'un e muet. (Voir suire,
nuire dans Roquefort.) Enfin, suire
se changea en suivre, par l'introduc-
tion d'un V devant le r. (Voir t. II,
p. 440.)
Pert , 3® pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. §§ xv, xxxix;
Perde, 3* pers. sing. prés, du subj.
ibid. § XLi; Perdesse, 3* pers. sing.
imparf. du subj. Ste Eulal. v, 17;
Perdant, part. prés, actif; L. de
Guill. § XXXIX. Du verbe perdre, dé-
rivé de perdere.
Petit, L. de Guill. § xiii. De
petiletus, diminutif barbare de pe-
iilus, mince, menu, petit, qui se
trouve dans Plaute; en ancien ita-
lien petitto, pitteto. C'est ainsi que,
du diminutif flagelletum, formé de
flagellum, nous avons fait, par syn-
cope, notre mot fouet. Il est à re-
marquer qu'un certain nombre de
mots latins, ayant déjà une termi-
naison de diminutif en llus ou en
llum, reçurent, par surcroît, eu
basse latinité, la terminaison etus :
agnelluSj agnelletus, agnelet; an-
nellus, annelletus, annelet; cere-
hellum, cercbelletum, cervelet ; cas-
tellum, castelletum, châtelet, etc.
(Voir t. II, p. 407). De petit notre
ancienne langue fit petitet, dimi-
nutif élevé à la troisième puissance.
Pied, L. de Guill. § xiii. De pes,
pedis.
Plaid, Serm. i. Accord, accomo-
dement^ transaction; en basse la
tinité, placitum du verbe placere;
accommodement qui se fait avec
l'assentiment des deux parties con-
tractantes, quod placet consentien-
iibus. On disait .prendre plaid,
comme nous disons prendre un ar-
rangement.
Adonc s'en torna H dus a son pavillon,
et ii baron avec lui pour plait prendre, et
troverent Ii messages en allés. (Villehar-
douin, édit. de M. P. Paris, xlviii.)
Plaid. (Voir Plait.)
Plaidé, part, passé pass. L. de
Guill. § xx; Plaide, 3^ pers. sing.
prés, deïind.ibid. § xxvni. Du verbe
plaider ; en basse latinité, placitare,
formé du latin placitum. (Voir
Plait.)
Plaie, L. de Guill. § xi De plaga.
Plaiez, part, passé pass. L. de
Guill. § XI. Du verbe plaier faire
une plaie, blesser. (Voir des exem-
ples de ce verbe dans la Chronique
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V.
des ducs de Normandie^ t. l, p. 53,
64, 110, 167, et la Chronique de
Jordan Fantosme, p. 579.) Plaier
est formé de plaie, dérivé de plaga.
Plainte, L. de Guill. § xu.
Substantif formé du verbe plaindrey
dérivé de pJangere.
Plaît, L. de Guill. §§ m, xlv;
Plaid, ibid. § xxviii; Plaiz, plu-
riel, ibid. § II. Procès, accusation,
cause, audience^ plaid. En latin,
placitwm signifiait un décret, un
arrêt, une ordonnance, une sentence ;
« quod senatui, aut principi, aut ju-
dicibus placuit. » En basse latinité,
plaàtum ne signifia plus la décision
d'une cause, mais l'assemblée des
juges auxquels la décision était ré-
servée, le temps et le lieu où se te-
nait cette assemblée, etc. De là le
verbe placitare, défendre son droit
en justice, plaider.
Plege, L. de Guill. §§ iv, vu.
Caution, répondant; signifie aussi
l'obligation contractée par celui qui
se porte caution, la responsabilité
du répondant, comme au § xlix.
(Voir pleige parmi les mots d'ori-
gine germanique, ch. m, sect. ii.)
On appelait franc-pleige (§ xxix)
l'association de dix hommes qui ré-
pondaient les uns pour les autres, et
se portaient mutuellement caution
pour la réparation des délits que
chacun d'eux pourrait commettre.
(Voir du Cange, Francum plegium,
sous l'article Plegium.
Pleier, S'« Eulal. v. 9. Ployer,
fléchir, faire fléèhir; de plicare.
Plein, L. de Guill. §§ xvi, xxv.
Uni, plain, simple; de p/anws. (Pour
l'expression plem serment _, voir Sa-
grament.)
Pleisir, L. de Guill. § xli. Bon
plaisir, volonté, décision. Substantif
formé du verbe placere. Le c est de-
venu s comme dans loisir de licere ,
dans raisin de racemus, etc. (Voir
l'art, Vlait.
Plener, L. de Guill. § xlviii. Uni,
plain, simple; forme allongée do
plain, plen, plein, dérivés deplanus.
(Voir plein un peu plus haut.) Plener
lei, simple prescription de la loi.
Cette prescription consistait dans le
serment juridique simple {plein ser-
ment) dont il est question dans les
paragraphes xvi et xxv. (Voir cit-
après l'article Sagrament.)\)\i Cango
n'est point d'accord avec lui-même
dans ce qu'il dit à ce sujet. (Voir
dans son Glossaire Lex sacramentu-
lis et Lexplenaria à la suite de l'a;-
ticle Lex; de plus Planum juramen-
tum et Sacramentum fractum, l'un
et l'autre sous l'article Juramentum;
enfin, voir particulièrement l'article
Lada.)
Plevi, part, passé passif; L. de
Guill. § IV. Du verbe plevir, se por-
ter pleige ou caution pour une per-
sonne, être son répondant, la cau-
tionner. On disait aussi plegir, pié-
ger, pleiger, tous dérivés de pleige.
(Voir ce dernier parmi les mots d'o-
rigine germanique, ch. m, sect. ii.)
Plus, adv. L. de Guill. § xli. Du
latin plus.
PoBLO, Serm. i; Puple, L. de
Guill. titre. Peuple, de populus. Le
peuple, à Rome, disait poplus, par
une syncope semblable à celle qui a
eu lieu dans la langue d'oïl. Prœsi-
dium popli. (Plante, Cas. act. III,
se. II. ) Auritum poplum. ( Idem,
Asin. prol. v. 4. ) On trouve éga-
172
PREMIÈRE PARTIE.
lement pophis sur la colone rostrale
de Duilius, le plus ancien monument
romain. (Voir Gruter, 404, n" i.)
Enfin cette syncope et le change-
ment du p en b, comme dans poblo,
existaient déjà dans le nom propre
Publicola, pour lequel on trouve Po-
blicola et Poplicola.
PocHiER, L. de Guill.§xni. Pouce;
de pollex, polKcis.
PoDiR, prés, de l'inf. Serm. i;
Pois, 3^ pers. sing. prés, de l'ind.
ibid. II ; Pot, item; L. de Guill.§§
IV, XVI ; PoEz, 2* pers. plur. prés, de
rind. i6id. § xxxvui; Pout, Supers,
sing. passé défini, ibid. § i ; Pourex,
3e pers. sing. d'une forme de passé
que nous n'avons plus; il était dé-
rivé du latin potiieram ; S" Eulal .
V. 9. L'infinitif podir, pouvoir; l'i-
talien potere_, l'espagnol poder, le
provençal pouder, paraissent dérivés
de potere, qui a dû être employé
pour potesse j, comme fuere pour
fuisse. (Voir t. III, p. 245.) Quant
à la forme potesse pour passe, elle
était conservée chez le peuple; on la
trouve dans Plaute et dans Térence.
C'est cette forme qui a fourni potes^
potest,pQtuit, etc. L'homélie sur Jo-
uas nous offre en langue d'oïl le pas-
sé défini podist.
Un edre (lierre) sore sen clieve quant
umbre li fesist e repauser se podist. {Frag-
ment de Valenciennes a la suite de la Chan-
son de Roland, cdit. Gécin, p. 468, 1. 21.)
PoESTÉ, L, de Guill. § xlv. Pou-
voir, puissance ; de poteslas, atis.
Se aucuns se consint à eslecciun fête
de soi par poesté de cleis, se eslection
doit estre quassée. {Livre de Jostice ,
p. 46.)
PoiN, L. de Guill. § xiii. Poing;
de pugmis.
Pois, adv. L. de Guill. § v ; Puis,
item, ibid. § xxv; Pus, item, ibid.
§ XLVii. Puis, ensuite; àeppst.
POLLE, S" Eulal. V, 10. Jeune
fille; de puella, dont le diminutif
barbare puekella nous donna pul-
celle, pucelle. (Voir ci-après p . 1 74,
art. Pulcella.) C'est ainsi que domina
nous a fourni dame et dominicella
demoiselle.
Bêles dames, simples, bonnestes,
IN'alcz mie suiant les testes
Comme les musardps et foies.
Dedenz vos ostiex coies estes,
Privées as bons et demestes;
Nesambiéspas ces pôles voles [frivoles)
Qui vont bruiant par ces caroles.
[Nouveau recueildt coniet, dits, etc., publié par H. Ju-
binal, t. I, p. 391 392.)
La cantilène de sainte Eulalie
porte :
Ne ule cose non la pouret omqne pleier
Lapo/?e,semprenonamastloDeomenestier.
On doit remarquer, dans ce pas-
sage, que le complément du verbe
pleier, après avoir été énoncé une
première fois par le pronom la, est
encore exprimé une seconde fois par
le substantif polie. Cette construc-
tion négligée et désordonnée est
d'accord avec plusieurs autres que
nous offre ce même texte. On s'a-
perçoit aisément que l'auteur se sert
d'une langue qui en est encore à
ses premiers essais et qu'il s'in-
quiète assez peu de la netteté, de la
précision et de la correction de son
style. Du reste, le peuple fait encore
aujourd'hui fréquemment usage de
pareilles tournures, et nos meilleurs
écrivains ne se font pas scrupule de
s'en servir quelquefois pour donner
de la clarté à l'expression de leur
CHAP. I, ÉLÉMENT
pensée; les vers suivants de Molière
nous en fournissent la preuve :
L'une de son galant, en adroite Temelle,
Fait fausse confidence a son époux Qdèle ,
Qui dort en sûreté sur un pareil appas,
El le plaint , ce galant , des soins qu'il ne
[prend pas.
[l.' Ecole dtsftmmes, acte l.ic. 1.)
Dans ces vers, le double complé-
ment donné au verbe 'plaindre n'a
rien de choquant; c'est un heureux
effet de style et non point une incor-
rection; mais on ne peut en dire au-
tant de beaucoup de passages de nos
anciens auteurs, tels que le sui-
vant.
Un houme vient en la court, et se claime
de un autre houme qui l'ait naffré et
puis avient que il en meurt de selle naffre,
{Assises de Jérusalem, édit. de M. Foueher,
p. 710.)
On doit encore observer, dans le
passage qui nous occupe, la suppres-
sion de la conjonction que ; la cons-
truction pleine serait : « Non lapou-
ret omque pleier que sempre non
amast lo Deo menestier. » L'ellipse
de que est assez fréquente en pareil
cas dans les plus anciens monuments
de notre langue; en voici des exem-
ples :
Quant l'empereres vait querrc son nevold...
Pitet en ad, ne poet muer n'en plurt.
{Cnans. de Roland, >t. cciiO
Goardez de noz no turnez le curage.
flbid. »l. Li.)
Ses maris voit la folour entreprise ;
Pour voir, cuida la dame morte gise
Lès son ami
(L* Ront (le Uocy, Clumu hitloriijutt, I. 1, p. 99.)
Garde plus ne ii faces mal.
(Chron. de» duci de Nont., I. II, p. 353.)
PoLZ, L. de Guill. § xn. Pouce;
de pollex.
LATIN. SEGT. V. 173
Porc, L. ae Guill. § vi ; Porcs,
plur. ibid. De porcus.
PoRTED, 3^per.sing.prés. de l'ind.
L. de Guill. §xin. Du verbe |3or(er,
dérivé de portare.
PosT, prép. S'»EulaI. v. 28. Après;
du latin post.
Pour, L.de Guill. § xxxviii. Peur;
de pavor.
Pref, adv. L. de Guill. §§ vi, vu,
XLii. Près; a pref j, après. Dérivé de
prope, qui donna d'abord prop^ men-
tionné dans le glossaire de Roque-
fort ; puis prof, proef, pref, et enfin
prés.
L'arcevesque est amiable.
En sa parole mult eslabie
E prof et loin.
{Vie de S. Thom. d» CmI., p.48T.)
De Patras fu née,
Nobl'» et riches d'antiquité ;
Mes puis est la chose empeiré.
Et ben proef laie amenusé.
fit livres de saint Niehotay, M, de M. Monmerqu»
p. 303.)
Preiemen, S" Eulal. v. 8. Prière.
Substantif formé du verbe joner, dé-
rivé de precari.
Preier, prés, de l'inf. S" Eulal.
V. 26. Prier; de precari.
Prendre, prés, de l'inf.L. de Guill.
§XLii; Prengent; .3«pers.plur. prés,
de l'ind. ibid. § xxvi; Prindrai,
l'^pers. sing. fut. Serm. i; Prist,
3* pers. sing. passé défini, L. de
Guill. § XXV ; Prendreit, 3« pers.
sing. prés, du cond. ibid. § xn;
Prenge, Supers, sing. prés, dusubj.
ibid. § XLii; Pris, part, passé passif,
ibid. § I. Dérivé de prehendere.
Prepensed, part, passé passif. L.
de Guill. § 1. Du verbe prépenser,
penser à l'avance, préméditer; com-
posé du préfixe pré marquant l'anté-
474
PREMIÈRE PARTIE.
riorité, et de penser formé, de pen-
sarCj peser^ examiner, considérer;
employé pour penser dans la basse la-
tinité par Grégoire le Grand, par
Ives de Chartres, etc. (Voir du
Gange, Pensare.)
Aweit prepensed (Voir plus haut
l'article Aweit.)
Présent, L. de Guill. § xxxix. De
prœscns , prœsentis.
Presentede, part, passé passif,
S"" Eulal. V. 1 1 . Du verbe présenter.
Il y a dans cet endroit le sens de
présenter quelqu'un malgré lui, ame-
ner en présence de, traduire devant;
dérivé de prœsentare.
Car se dit l'Escripture et la lei : « Tous
» ceaus qui ociront l'ennemi de Dieu, » (ce
sont les maufaitors) « si sont amis de Dieu.»
Mais nul home par sa anctorilé ne deitocire
l'omecide, ni le traiteur, ni l'erege , ni le
larron, mais le det présenter a la justise;
et la justise est puis tenue de celuy juger
et deffaire, segon son maufait. (Ass. de
J^ras. t.II, p. 210.)
Primerament, adv. L. de Guill.
§ IX. Premièrement. Cet adverbe est
formé de l'adjectif primer"^ dérivé de
primarius. (Voir l'article suivant.)
Primere, L. de Guill. § v. Fémi-
nin de pnmer^ premier; dérivé de
primarius.
Pro, prép. Serm. i; PoR, S'« Eulal.
v. 7, 8, 20, 26; Plr, L. de Guill.
§§iv,xxxvin,XLi. Pour; du latin pro.
Propre, L. de Guill. § xviii. De
propriuSj propre, qui appartient à,
qui est particulier à.
Prover, prés, de l'infin. L. de
Guill. §§ XV, XXV ; Prust, 3^ pers.
sing.prés. dusubj. iUd.^xuv. Prou-
ver; de probare.
Provost, L. de Guill. § ii. Prévôt,
àeprœpositus.
Pruvence, L. de Guill. § xuv.
Preuve. Substantif formé du verbe
pruver, prouver; dérivé àeprohare.
Puisque, conj. L. de Guill. § xxv.
Après que, dès que; de postquam.
PuLCELLA , S'* Eulal . V. 1 . Jeune
fille, pucelle; en italien pulcelîa; en
langue d'oc pulceïla, pueella. On di-
sait pulcéle, au xn« siècle, en langue
d'oïl.
E uns laruncels furent eissnd de Syrie, et
pris eurent en terre de Israël une putcele
petite, et celé esleit chamberiere la femme
Naaman. Geste pulcele parlad a sa dame, si
li dist. . . . {Livre des Rois, p. 361.)
Porro de Syria egressi fuerant lalrunculi,
et captivant duxerant de terra Israël puel-
lam parvulam quœ erat in obsequio uxoris
Naaman ; qum ait ad dominam suant. . . .
(Voir d'autres exemples de ce mot
dans le même ouvrage, p. 162 et
163.)
Pulcelîa, pulcéle dérivent de puel-
cella, diminutif barbare de puella,
qui est lui-même un diminutif de
puer. (Pour ces diminutifs de dimi-
nutifs, voir plus haut l'article Petit,
et t. II, p. 407.) La terminaison cel-
la, ajoutée à un primitif, forma de
même juvencella, jouvencelle, de
juvenis ; parcella , parcelle , de
pars, etc.
PuRCHASSER, prés. de l'inf. L. de
Guill. § XVI. Au propre, ce verbe était
un terme de chasse qui signifiait
poursuivre un gibier avec ardeur et
opiniâtreté jusqu'à ce qu'on l'eût
pris ou qu'on l'eût tué; au figuré,
poursuivre quelque avantage avec
ténacité jusqu'à ce qu'on l'eût obte-
nu. Dérivé de pro et de captore. (Voir
sur cette dérivation l'article Chaceur,
qui se trouve ci-dessus.)
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
Ore pri-jeo seinie Agace,
Ke en ceste vie nos purrhaee
De nos peclipz rémission.
(yi* tU Mainte Agathe dans les Happons à M. le ministre
de l'Instruction pulditiue, p. 261.)
PuRGiST, 3® pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. §§ xiv, xix. Du
verbe purgir, purgesir, abuser d'une
femme; purgir per for ze, violer.
Li mostiers alumeint, li austels abateient,
Li palzans tuieient, li famés porgeseient.
(K'im. de Hou, v. 4938.)
Porgiessent li dames joste lor maris.
Ciy,J. r. 1813.)
Li gaians me lisl ci reniaindre,
Por sa luxure en moi refiaindre;
Par force m'a ci retenue,
Et par force m'a porjeue,
(Rom. de Biut,\. II, p. 150.)
Purgir, purgesir signifiait ordi-
nairement se coucher tout de son
long. Ces verbes sont composés de
pro et de jacere. Celui-ci a fourni à
notre ancienne langue le simple
gésir, dont quelques formes nous
sont restées : il git, nous gisons,
vous gisez, ils gisent, je gisais,
gisant, etc. Outre le composé pur-
gesir, on en trouve encore d'autres,
tels que : agesir ou ajesir, accou-
cher; de ad jacere ; maugesir, être
mal couché; de maie jacere: re-
GESiR^ se coucher de nouveau ; de
re jacere. (Voir des exemples de ces
verbes dans M. Orelli, 2* édit.
p. 286.)
Purgesir passa du sens neutre^ se
coucher tout de son long, au sens actif
coucher une personne tout de son
long; il finit enfin par ne plus s'em-
ployer que dans une acceptation peu
honnête, en parlant des femmes. Plu-
sieurs verbes neutres latins ont passé,
en français, avec le sens actif dans
des conditions semblables; c'estainsi
que cubare nous a donné couver.
Nous avons même un certain nombre
de verbes, qui ont à la fois le sens
neutre et le sens actif, tels que
monter, descendre, entrer, sortir, etc.
PURNELLE, L. de Guill. § XXI.
Prunelle de l'œil, pupille. De pru-
nella, diminutif barbare de prunum,
prune. Au moyen âge, prunella et
prunellum signifiaient une prune
sauvage, que nous nommons encore
prunelle; de plus, prunella se disait
pour la prunelle de l'œil, à cause
de sa ressemblance avec une petite
prune sauvage. (Voir le glossaire de
du Cange, Prunellum et Prunella.)
(Pour la transposition de lettres
qu'offre le mot purnele, voir t. II,
p. 420.)
PuRPENSENT, 3« pers. plur. impér.
L. de Guill. § xli. Du verbe pur-
penser, réfléchir, penser, se préoc-
cuper, s'appliquer. Composé de pro
et de pensare, peser, examiner, con-
sidérer; employé dans la basse la-
tinité pour penser. (Voir Prepensed,
ci-dessus.) ■
Quant 11 quens Gènes se fut ben purpenset ,
Par grant sa ver cumencel a parler.
(.Chans, de Roland, st. xxxii, T. t.)
PuRPORTAST, 3« pers. sing. imp.
du subj. L.de Guill. § xii. Du verbe
purporter , apporter , présenter ,
offrir, proposer; dérivé de pro et de
portare.
PuRSOLDRAD, 3* pers. sing. fut.
L. de Guill. § xxv. Du verbe pur-
solder, solder, payer; dérivé de pro
et de solidare, soldare, en basse
latinité donner un salaire, une solde^
de solidus, soldus, sou. (Voir ci-
après l'article Soit.)
QuANQfE.pron. indof. L. de Guill.
-ne
PREMIÈRE PARTIE.
§ XLV. Tout ce que, tout autant
que; àe quantumcunque.
Quant, conj. L. de Guil. §§ xxxviii,
XLi. Quand, lorsque; de quando.
Quant, adv. Serm. i. Autant que,
aussi nombreux que ; de quantum.
Quart, adject. numér. ordinal. L.
de Guill. § XLii. Quatrième; de
qvartus.
Quatorze, adj. numér. L. de
Guill. § XVI. De quartodecim.
Quatre^ adj. numér. L. de Guill.
§ IV. De quatuor.
QuED, conj. Ste Eulal. v. 14, 27;
Que, item, ibid. v. 6, 26; L. de
Guill. §§ V, VI, VII, xviii, L, etc.
Que , afin que ; de quod. Dans
Ste Eulal. qued conserve le d étymo-
logique lorsqu'il est devant une
voyelle. On voit de même, dans les
Serments, quid, qui n'est autre que
le pronom neutre latin quid.
Quel, adj. indéf. L. de Guill. § i.
Dequalis.
QuENS, L. de Guill, § ii ; Cunte,
ibid, §§ xxii, XLi. Comte. De cornas,
comitis. (Voir tome III^ p. 20.)
QUERDENERS, L. de Guill. § xiii. ■"
Pièce de monnaie valant quatre de-
niers; composé de quatuor et de
denarii. En France, cette monnaie
était généralement appelée quart.
(Voir ce mot dans Roquefort, et
quartarius, quatrenus, dans le glos-
saire de don Carpentier.) L'ancienne
traduction latine des lois de Guil-
laume, publiée par M. Palgrave,
porte en cet endroit: solidum an-
glicum quatuor denarii consti-
tuunt.
QuERE, prés, de l'inf. L. de Guill.
§ XXXIII ; QuER, item, ibid., g iv ;
QuERGENT, 3' pers. plur. de l'im-
pérat. ibid. § xlv. Quérir, chercher,
rechercher; de quœrere.
QuEUR, L. de Guill. § xii. Cœur;
de cor.
Qm, pron. relat. Serm. i ; L. de
Guill. §§ i, m, X, etc. Qi, item,
ibid. §§ VI, xvm ; Ki, item, ibid.
|i§ m, iv^ etc. ; Cui, item, Serm. ii ;
Chi, item. S" Eulal. v. 6, 42; Quid,
item, Serm. i; Qu^, item, Serm. n ;
Que, L. de Guill. §§ vi, xxii,xxxiii;
Qe, item, ibid. § vi. Qui, que; dé-
rivés de qui, quœ, quod, quid, quem,
quam. (Voir tome III, p. 162-168.)
Parmi ces formes, on doit remar-
quer dans Stc Eulal. chi, qui est
propre au dialecte de Flandre et de
Picardie; dans les lois de Guil-
laume, que mis pour qui sujet, au
§ VI et ailleurs. (Voir à cet égard,
et pour plusieurs autres observa-
tions touchant ces pronoms, l'ou-
vrage de M. Fallot, p. 312 et sui-
vantes.)
On peut encore remarquer le
pronom relatif régime qui est écrit
quœ dans le second serment; la
même orthographe se retrouve dans
la Vie de saint Léger :
Ne |iol inlrer en la ciutat,
Defors la flst sifrir gran miel.
Et sanct Lethgier mul en fud trist
Po ciel tiel miel qucs defors vid.
( Vil! <le saiul Léger, st. xxit.)
Les copistes des deux manus-
crits, au lieu d'écrire que par un
e simple, l'ont écrit par un e à
cédille qui représente un œ. C'est
une irrégularité que l'on trouve
souvent dans les anciens textes,
ainsi que le fait remarquer M. de
Wailly dans ses Éléments de paJéo-
graphie, t. I, p. 514.
CIIAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V.
n?
Qdite, L. de Guill. §§ x\in,
xxxii. Daus le premier de ces para-
graphes , quite signifie affranchi
d'un droit, exempt j dans le second,
sûr, assuré, rendu sûr.
Quite vient de quietïis. Dans le
premier sens estre quite, c'est être
laissé tranquille par celui envers qui
on a quelque obligation, ne pas être
inquiété par lui.
• Li talemelicr qui sont hau-
banier sont quites du tonlieu {sorte
de droit) des pors qu'il achètent et
de ceus qu'il revendent^ por tant
qu'il aient une fois mangié de leur
bren {son), et si sont quites li tale-
melicr du tonlieu de tout le blé qu'il
achètent por leur cuire, et du pain
qui vendent, fors que trois demies
de pain que chascun talemelier no-
viax et viez doit chascune semaine
au Roy de tonlieu. » {Livre des
métiers, p. 6.)
Vos clain quite vostre tréa
Qne chascun an m'avez déu ;
A toz jors quites en seroiz,
Que jamès Jors ne l'paierois.
[Dolofalhot, p. 39.)
Dans le second sens, estre quite,
en parlant d'un pays, c'est être
tranquille, n'être pas troublé par
les désordres, par les entreprises
contre les personnes, contre la pro-
priété, contre la sûreté générale.
Kar Deus, par sa sainte doçur,
Nos gardera pais e honor
E nos tendra le règne {royaume) quite,
Non pas par la nostre mérite,
HaU par sa miseration.
(Chrm.detductdaliorm.l.WXtf. lOT.)
RxisuN, L. de Guill. § v; Rai-
souN, ihid. § XLiv. Raison; de ra-
tio, rationis.
Raneiet, 3« pers. sing. prés, du
subj. Ste Eulal. v. 6. Du verbe
ramier, renier; dérivé de re et de
negare.
Reaciiater, prés, de l'inf. L. de
Guill. § XLi; Rachatat, 3* pers.
sing. passé défini, ihid. § xu. Ra-
cheter ; verbe composé du préfixe re
et de achater. (Voir, pour l'origine,
l'article Achat.)
Receit, 3^ pers. sing, de l'im-
pérat. L. de Guill. § xlvi. Du verbe
recevoir, dérivé de recipere.
Recovered, 3® pers. sing. de
l'impérat. L. de Guill. § xxviii. Du
verbe recoverer, recouvrer, repren-
dre, retirer; de recuperare. (Voir
l'article suivant.) Recoverer sa par
rôle, retirer sa parole, son dire, sa
prétention, ce que l'on soutient.
Recoverer, L. de Guill. § xlv.
Celui qui donne refuge, celui qui
soustrait quelqu'un au danger qui
le menace.
Cui fortune serreit averse,
Laide, e oscure, e pale, e perse,
Conforz li fust, e recovrers,
Amis verais, Uns e entiers
{C*ro». des duc$ de Norm. t. I, p. 331.)
Ce substantif dérive du verbe
recuperare, qui, en latin, signifiait
recouvrer, ravoir, recevoir quelque
chose dont on était privé, mais que
l'on avait eu précédemment; en
basse latinité, recuperare prit le
sens de recevoir quelqu'un chez soi,
lui donner asile, lui offrir un refuge;
se recuperare signifiait se réfugier,
se soustraire au danger. (Voir du
Cange, Recuperare, 7.)
Refuserad, 3* pers. sing. fut. L.
de Guill. § XLi. Du verbe refuser,
en italien ripitare ; dérivés de re-
future, qui, en latin, signifiait re-
11
m
PREMIÈRE PARTIE.
jeter, repousser, soit par des paroles,
soit par des actes. Dans la basse
latinité, refutare passa de cette ac-
ception générale à l'acception parti-
culière de rejeter une offre ou une
demande, refuser. (Voir le glossaire
de du Cange, article Refutare.)
Régies, S'» Eulal. v. 8, Royal;
de regalis. Manatce regiel, menace
royale, menace de roi.
Relais, L. de Guill. § xxxiv. Re-
mission, indulgence dont on use en-
vers une personne en se relâchant du
droit que l'on a sur quelque chose
qu'elle doit. En basse latinité re-
laxatio, dérivé du verbe relaxare.
(Voir l'un et l'autre dans du Cange.)
Relief, L. de Guill. §§ xxii, xxiii,
XXIV, XXIX. Relief, terme de jurispru-
dence féodale. Par la mort du tenan-
cier ou du feudataire, la terre tenue
en censive ou en fief était censée re-
tomber entre les mains du seigneur
suzerain, et il fallait que l'héritier
du défunt la relevât, en payant le
droit de relief. (Voir dans le glos-
saire de du Cange , Relevare et Re-
levium.)
Relief signifie tantôt le fait même
par lequel on relève un fief après la
mort de celui qui le possédait, tantôt
le droit que l'héritier du tenancier
ou du feudataire décédé devait au
seigneur qui lui donnait une nou-
velle investiture.
Uns dameiseaos , uns genz mescbins,
Blois, freis et colorez le vis.
S'est humlement a genoilz mis
Devant le duc et si ii dit :
» Beau sire, entendez un petit.
Mis pères est morz, ce m'est damages;
Mais teus cnm est mes eritages,
Relief de vos prt, cri merciz,
Qut vestaz en seie e saisiz.
Je vos aport an petit trésor,
Une mult riche juste d'or
Requiz e esmerez e fins ,
Qui assez vaut mars d'esterlins ;
S'a en l'ovre de bones perres
Qui assez sunt vaillanz e cberes. »
[Chron, du duel de iVarm. I. II, p. 51T.)
Juste, que l'on trouve dans cette
citation, signifie une sorte de vase
destiné à contenir des liquides, une
urne. Le fait, raconté dans ce pas-
sage de Benoît de Sainte-More, est
également rapporté par Wace^ dans
le roman de Rou.
Es-vous illeac on damoisel.
Une juste sous son mantel,
Mort est son père nouvelment.
Relever volt son tenement.
Sa juste esteit mult bonne e ehere,
Tut esteit d'or noblement faite,
Cil qui la tint , l'a avant traite,
A présent au duc la tendi. . . .
[Rom. de Rou, U I, p. 375.)
Religion, L. de Guill. § i. Com-
munauté religieuse; de religiOf re-
ligionis.
A cens des maisons besoignoses,
As religions sofiraitoses
Enveiez voz dons e voz biens;
Qu'eissi serreiz veirs crestiens.
(CAnM. dei due$ de Horm. t. III, p. 381.)
Nous disons encore, dans un sens
fort voisin : mettre une fille en reli'
gion; entrer en religion.
Remenant, L. de Guill. § xlv.
Reste, restant. Substantif formé du
verbe remener, rester, demeurer, de
remanere. La Fontaine dit le demeu-
rant des rafs^'pour le reste des rats.
(Liv. II, fable ii.)
Desquex ij sols vj den. H mestres des mo-
lins a vj deuiers pour s'amende, et Ii cha-
pitres le remanant. [Livre des Métiers, p.
19.)
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V, 479
REMIS) part, passé pass. L. de
Guill.§xxi; Remises, t^ew^ fém.plur.
ibid. § XXXVIII. Resté , demeuré , de
remans'us, participe de remanere.
Ne nos est remis qairs es mains
Del angoisse de traire as reins {rames).
{Chrcm. dt$ duet da Korm. t. l, p. 54.)
Rendre, prés, de l'inf. L. de
Guill. § x; Rendrad, 3« pers. sing.
fut. ibid. % IV ; Rendra, item, ibid.
% XIII ; Rendrunt, 3« pers. plur. du
fut. ibid. § XXVI ; Rendist, 3» pers.
sing. passé défini, ibid. § i ; Ren-
DET, 3^ pers. sing. prés, du subj.
lôzd. § xxxviii ; Rende, item, ibid.
gxLiii; Rendissent, 3« pers. plur.
imparf. du subj. ibid. § xxxii. Dé-
rivé de reddere.
Requireit, 3« pers. sing. du passé
défini de l'ind. L. de Guill. § i. Du
verbe requirir, avoir recours, re-
courir à, requérir l'assistance de;
dérivé de requirere.
Rete, 3« pers. sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. §XLix; Retent, 3" pers.
plur. prés, de l'ind. ibid. § l; Reté,
part, passé pass. ibid. §§ xlv, xlvii.
Du verbe reter, traduire quelqu'un
en justice pour demander droit contre
lui, accuser, incriminer; en langue
d'oc et en ancien espagnol reptar, en
espagnol actuel retar, en portugais
reptar et retar. Tous ces mots dé-
rivent de reputare, qui était employé
en basse latinité pour imputare, im-
puter, inculper, incriminer, accuser.
M. Diez en cite les exemples suivants
dans son Lexique, p. 286 : « Si quis
alteri reputaverit quod scutumsuum
jactasset. » (Loi salique, tit. xxx.)
« Quia nulli de ista causa volet re-
putare. » {Capitidmre de Charles le
Chauve, dans Baluze, t. II, p. M .)
« Contra quod sacramentum si qui-
libet fecisse reputatus fuerit. {Ibid.
p. 179.)
Riens ne li dei, n'nnc ne li fis
Chose dunt j'a seie retes.
(CAro». defduct dt Nom. t. III, p< IM.)
Cil puent bien de fl savoir....
Que ge 's ferai encore pendre
Qui la referont de folie.
(ïïi»«>i,t.!, p. 19T.)
J'otroie que je soie de tralson retes
Se li princes ne c'est en fuiant retour-
[nez.
[Chronique de du Ciuiclin, 1. 1, p. 398.)
Retient, 3« pers. sing. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xx; Retenget,
3* pers. sing. prés, du subj. ibid. §
xxxiii. du verbe retenir; dérivé de
retinere.
Returnar, prés, de l'inf. Serm. ii.
Détourner ; du préfixe re et de toma-
re, tourner. Dans les composés latins
re se trouve généralement employé
avec deux sens différents : 1 •> avec le
sens de rursus, de nouveau; reficere,
faire de nouveau, refaire ; relegere,
lire de nouveau, relire, etc. 2° avec
le sens rétro, en arrière, en sens
contraire d'une direction précédente:
refluere, fluer en arrière, fluer dans
une autre direction, refluer; repeir
1ère, pousser en arrière, repousser;
renudare, mettre à nu en retirant les
habits, dépouiller; retexere, retirer
les fils d'un tissu, désourdir; rete-
gere, retirer ce qui sert à couvrir, dé-
couvrir, etc. C'est à ce dernier sens
qu'appartient le re de returnar, tour-
ner dans une direction contraire,
détourner. Dans le serment tudes-
que, le verbe correspondant est tr •
winden, composé de ir o\xer, préfixe
<80
PREMIÈRE PARTIE.
qui marque éloignement, et winden,
tourner.
Rex, s» Eulal. V. 12, 21 ; Rei. L.
de Guill. §§ I, II, etc. Roi, ibid. §§
II, III. Roi; du latin rex.
RoBERiE, L. de Guill. § iv. Vol fait
avec violence, rapine, pillage. Subs-
tantif formé du verbe rober. (Voir ce
dernier parmi les mots d'origine
germanique, ch. m, sect. ii.)
RuovET, 3* pers. sing. prés, de
l'ind. S'* Eulal. v, 24; Roveret, 3"
pers. sing. d'une forme du passé que
nous avons perdue. S'* Eulal. v. 22.
Du verbe roverj ordonner, comman-
der; dérivé de rogare demander.
(Pour la différence de signification
que présente le verbe latin et le
verbe roman, voir la remarque faite
précédemment, à l'article Deman-
der.)
Et il al roi le remanda.
Qui tous a pendre les rouva.
{Chrott. d* Ph.ifoulket,t. II.p. 617.)
Souvent voveryTOuver, ruever, est
employé pour demander, comme son
primitif rogare :
Vers ramirail regardé ont;
Boinemeiit li ruevent congé.
{Floirt et Blaneeflar, Alit. du Mëril, p. ISO.)
Les rogations se nommaient au-
trefois les rovaisons; voir la Chanson
des Sajcons, t. I, p. 109.
La forme roveret est la 3* per-
sonne d'un passé que notre langue
ne possède plus; il était formé du
plus-que-parfait latin rogaram , as,
atj pour rogaveram, as, at. L'espa-
gnol et le portugais ont conservé une
forme correspondante.
Sagrament. Serm.ii; L. de Guill.
§§ XVI et XXV. Serment ; de sacra-
tnentum. On trouve encore sagre-
ment ^ en 1 275, dans une confirma-
tion des coutumes de la Perouse ,
par Roger de Broce :
Il doit jurer sure sainct que il et li sen
li ont portés dis ans, ou plus, sans beance
de droit, et doet en être crut par son sa-
grement. (Coutumes locales deBerry et celles
de Lorris, par la Thaumassière, p. 97.)
Désagrément on fit sarement,]}\iï5
serement. (Voir ces mots dans le
glossaire de Roquefort.)
Plein serment, L. de Guill. §§ xvi
et XXV ; Serment nomed, ibid. § xvi.
On appelait plein serment, en basse
latinité, planum saeramentum, le
serment qui, étant déféré par le juge,
se faisait d'après une formule sim-
ple et sommaire prescrite par la loi;
le serment nomed, qui lui est oppo-
sé dans le paragraphe xvi, était un
serment plus explicite, dont la for-
mule était probablement désignée
par le juge, qui se conformait pour
cela à certains usages reçus. (Voir
Homes només à l'article Nom^r ; voir,
de plus, du Gange, Juramentum.
Saint, L. de Guill. § i; Saintz,
masc. plur. ibid. §§ xi et xv; Sainte,
fém. sing. ibid. § i. De sandus.
Saintz, dans les paragraphes xi et
XV, signifie reliques des saints.
On aporta les sains pour eulz faire jurer.
Cil qui out droit s'alla a genouillons geler;
Tan tost qu'il vit les sains il prist liaut a
parier,
El dlst: Seigneurs, je jure par les sains qui
sont ci,
Et partrestouz les autres de quoy Dieu est
servi,
Que eest mauves glouton , qui ci est, m'a
tray,
Et forfaite la dame a qui je sni mari...
Lors l'autre chevalier dist haut en son lan-
gage :
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V.
181
Seigneurs, or entendez pour Dieu, pranz et
peliz;
Je jure sur les sains qu'avez en preeenlmis
Et sus tretouz les sains qui sont en paradis,
Onques de \ilanie la dame ne requis,
Ancois me requeroit et menu et souvent.
(Noueeau recueil de contet,%. I, p. 12 et 13.)
Je vi un chevalier qui avoit non mon
seigneur Gyeffroy de Rançon. ... et avoit
Juré sur sains que il ne seroit jamez roin-
gnez en guise de chevalier, mes porteroit
grève , aussi comme les femmes fcsoient ,
jusques a tant que il se verroit vengié du
conte de la Marche. (Joinville, p. 23.)
Le mot corps est ordinairement
sous-entendu avec saints ; on le
trouve néanmoins exprimé dans
l'exemple suivant :
A Biex, ceu souloient dire,
Fist assembler un grant concile;
Tous les corps saint 2 fist demander.
Et en un lieu touz assembler,
Toute une cuve en fist emplir.
(Rom de Rou.)
Cet exemple est cité dans du Cange,
art. Juramenti ad sanctorum reli-
quias, qui fait suite à l'article Jura-
mentum. (Voir, en cet endroit , les
remarques du célèbre lexicographe,
ainsi que son article Sanda, n° %)
Salvament, Serm. i . Salut; subs-
tantif dérivé du verbe salvare, sau-
ver.
E ceo que duleement manjoent
Hustre que del saint sacrement
Par quei l'om vent a salvement.
C'est le veir cors de Jesu-Crist.
(CAron. dêi ducs de Norm. t. 1, p. 137.)
Salvar, prés, de l'inf. Serm. i;.
Salvarai, 4"pers. du fut. ibid. Sau-
ver, préserver; de salvare.
Sanz, prép. L. de Guill. § v; Senz
item, ibid. § xxxvi. Sans; de sine.
Savir, prés, de l'inf. Serm. i ; Sa-
VEiR, item, L. de Guill. dans le titre;
Savoir, item, ibid. § xvt; Set, 3*
pers. sing.prés.del'ind. ibid.^xw;
Sot, 3« pers. sing. passé déf. ibid.
§§ IV et XV ; SouT, item, ibid. § xli;
SoLT, item, ibid. Savoir; de sapere,
'dont les Romains ont fait usage dans
le sens de sentir, avoir le sentiment
de, comprendre, connaître. Pour
passer de ce sens à celui que nous
donnons aujourd'hui à savoir, nous
n'avons eu qu'à prendre l'antécédent
pour le conséquent. Cicéron, dana
son premier livre de la Divination,
cite ces mots d'un ancien auteur :
« Qui sibi semitam non sapiunt,
alteri monstrant viam. » On lit dans
Plante :
Désiste; recte ego rem meam sapio, Cal-
lipho.
(Plinle, Pseudolut, acte 1, icéo* t.)
Se , pron. réfléchi , L. de Guill.
§xvi; Si, item, ibid. § xli; Sei,
item, ibid. xli; S' pour se, S^Eulal.
v. 4 8, 20 et 21 . Du latin se.
Seignor, L. de Guill. § viu et xiv;
Seignur, ibid. §§ m et xviii; Sei-
GNOUR, ibid. § xxv; Sendra, Serm.
II ; Sire, L. de Guill. §§ xlv et l.
Seigneur, maître, propriétaire. Dans
le paragraphe xiv, seignor signifie
mari ; c'est une signification que ce
mot a fort souvent dans notre an-
cienne langue. La Vulgate emploie
fréquemment dominus dans le même
sens.
La dame haitée s'en parti, la chère puis
ne li chaï ; od sun seignur, le matin, Deu
aiirat, puis a sa maisun returnad. (.Livré
des Rois, p. 4.)
Mainte dame essaie
E cerche la maneie
De soun seignour sovent.
{livre dei proterbet françait, i-ul.li.: p,r M. La Roux da
1 Lincj, t. Il, [i. 3«0, col. l.)
182
PREMIÈRE PARTIE.
Seignor dérive de senior, plus âgé,
plus vieux. Les conquérants germa-
niques traduisirent en latin l'idée
"enfermée dans leur mot alderman,
homme plus âgé; ils nommaient ainsi
un homme revêtu de quelque charge,
de quelque pouvoir, de quelque di-
gnité, parce que, dans le principe,
les charges, et surtout celle déjuge,
étaient chez eux le partage des vieil-
lards les plus âgés dans chaque tri-
bu. Cette étymologie de senior, sei-
gneur, est formellement rapportée
dans un passage des lois d'Edouard
le Confesseur , qui n'a point été re-
marqué jusqu'ici : a Et sicut modo
vocantur greoe qui super alios prae-
fecturas habent, ita apud Angles gal-
dormen (sic, aldormen) quasi senio-
res, nonproptersenectutem, cumqui-
dem adolescentes essent, sed propter
sapientiam ; et similiter olim apud
Britones , temporibus Romanorum ,
in regno isto Britanniae vocabantur
senafores qui postealemporibusSaxo-
num, ut prœdictum est, vocabantur
aldermani. » (Lois d'Édouardle Con-
fesseur, dans les Coutumes anglo-
normandes de Houard, 1. 1, p. 175.)
Vrètre dérive d'un comparatif grec
ayant la même signification que le
comparatif latin auquel seigneur doit
son origine, n/sî^eûrspo,-, le plus vieux,
et, par extension, respectable par son
âge, signifia dès les premiers siècles
de l'Église un vieillard que les chré-
tiens se donnaientpour chef spirituel,
puis un interprète de la foi, un mi-
nistre du culte. Ce mot devint en
latin presbyter, en français présure,
prêtre.
Le mot clieikh , qui veut dire un
chef de tribu chez les Arabes, signifie
aussi un vieillard dans leur langue.
Sendra vient de senior, dans le-
quel on a introduit un d entre le n
et le r. La même lettre a été intro-
duite dans TENDRE de tener; cendre
de ùiniSj ceneris; gendre de gêner;
VENDREDI de Veneris dies ; moindre
de minor; joindre, plus jeune (voir
le glossaire de Roquefort) , de ju-
nior, etc. (Voyez t. II, p. 4 41 et 1 42.)
L'a qui termine sendra représente
un son sourd , comme dans fradra,
mis dans le Serment i pour fradre.
Sendra, sendre, ou, sans le d inter-
calé, senre, donnèrent postérieure-
ment, par syncope, notre mot sire.
Seinurage, L. de Guill. § xxxiii.
Pouvoir seigneurial , puissance sei-
gneuriale, droits du seigneur; ce mot
se prend assez souvent pour celui ou
celle à qui appartenait le pouvoir sei-
gneurial, le seigneur ou la dame
d'une terre. Seignurage a été formé
de seignur. (Voir pour l'origine de ce
dernier l'article Seignor qui précède.)
Dame, fait-U, ce vos puet moult grever
Que vos flés en vostre signorage.
(Le Roux A» Liocy, Chann hUlortques, t. I, p. S9.)
Et $e ce qa'il auront retenu dou laron
vaut plus que le damage, si deit estre don
seignorage. (Assises de Jérus, t. II, p. 1 86.)
Et tuit iquil home et equelles femes qui
lor aver meterint, necomanderanl a laPae-
rose par paez ne par gerre que li sires ait
à eaus, neob lotsegnorage, ne lo perdrant,
que san et quitte l'enporterant. (Coutumes
de la Perouse insérées dans les Nouvelles
coutumes locales de Berry, commentées par
LaThaumassière, p. 98.)
Selez, part, passé passif, L. de
Guill. § XXII. Du verbe seller, dérivé
du substantif sella, siège. (Voyez
t. II, p. 203.)
Semble, 3* pers. sing. prés, de
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. <83
Dans les premiers temps de notre
langue, le complément indirect cor-
respondant au datif latin se plaçait
assez souvent devant le verbe, sans
préposition. On trouve dans les
Serments : « Si Ludwigs sagra-
ment que son fradre Karlo jurât,
conservât; » Si Louis garde le ser-
ment qu'il jure à son frère Karle;
et dans le Livre des Rois : « La
firent venir pur le rei servir, n
(P. 220.) (Voyez t. III, p. 483.)
Servise, L. de Guill. §§ xxxiii
et xxxiv; Service, ibid. § xxxiii.
Service. Dans le paragraphe xxxiv,
servise signifie obligation du vassal
envers son suzerain; il est fréquem-
ment pris en ce sens dans les As-
sises de Jérusalem. Dérivé de ser-
vitium.
Set, adj. num. L. de Guill.
§ XVI. Sept; de septem.
Seule, S'« Eulal. v. 24. Le monde
d'ici-bas, le séjour terrestre; de
sœculum, siècle. Nous disons en-
core aujourd'hui, dans un sens rap-
proché, en style ascétique, se retirer
du siècle, demeurer dans le siècle,
vivre selon les maximes du siècle.
Nous appelons séculiers les hommes
qui vivent dans le monde, par op-
position à ceux qui ont embrassé
la vie religieuse.
(Voir le glossaire de Roquefort,
art. Siècle.)
Dans le Purgatoire de saint Pa-
trice, siècle est très souvent employé
pour le monde d'ici-bas, par oppo-
sition à l'autre monde, celui dans
lequel vont les âmes lorsqu'elles se
sont séparées du corps.
Seint Gregoires testimonle,
Qui parole de celé vie,
l'ind. L. de Guill. § xliv. Du verbe
sembler, dérivé de simulare. (Pour
l'introduction du 6 entre m et l, voir
t. II, p. 439.)
Sempre, S'« Eulal. v. 10. Tou-
jours; de semper.
Jo vos otri quanque m'avez ci quis ;
Cuntre Franceis sempres irczferir.
(Chatii. d» Rot. it. ccxxxi, ▼. l.)
Sendra. (Voir Seignw.)
Serf L. de Guill. § viii. De «cr-
vus.
Serjant, L. de Guill. § xlix;
Serjanz, plur. iUd. § xviii. Servi-
teur; de servims, servientis, par la
substitution de la consonne j à la
voyelle t cette substitution, t. II,
(Voir, pour 416.)
Dans le Livre des Rois, Giezi,
serviteur d'Elisée, est tantôt appelé
servant, tantôt serjant :
Si apelad Giezi sun servant. (P. 356.)
Dune apelad Helyseu Giezi sun serjant.
(P. 359.)
Serment. (VoirSagmmen*.)
Servir, prés, de l'inf. S'« Eulal.
V. 4. De servire. Dans les mots
diavle servir, le substantif diavle
représente un complément indirect.
On disait autrefois servir à quel-
qu'un, en latin servire dicui. On
trouve servir al diable, servir au
diable, pour servir le diable.
Rogier d'Estuleville en lud le cunestable,
Ki unkes n'ama traïsun ne servir al diable.
(Chron. de Jordan FaïUome, p. 650.)
Mais ore vus haitez, e seiez forz cham-
piuns, Philistiim, que vus ne servez as He-
breus, si cume il unt tervis a vus. {Livre
des Rots, p. 15.)
Confortamini et estote viri, Philistiim,
lerviatis Hebrœis ^ sicut et illi tervierunt
vobii.
184
PREMIÈRE PARTIE.
Que cil qui de cest siècle vunt
E en l'espurgatoire sunt.
Qu'il sunt alegcs par iceus
Qui almosne c bien funt pur eus.
(Marie d« France, t. II, p. 467.)
Si cum 11 chaitif en turment
Sunt travaillé plus longemeut
Pur les granz péchiez ke ils firent
Tant cum il el siècle vesquirent,
Si sunt li autre meins peneit
Qui meijjs firent d'iniquiteit.
(/*»■</. p. 179.)
La forme seule que nous trou-
vons dans Sainte Eulalie est cons-
tamment employée par saint Ber-
nard, tantôt pour signifier siècle,
tantôt pour signifier monde :
Ke nos mansuetume et humilitelt apre-
gnens à Nostre Signor Jhesu-Crist à cuy est
Lonors et gloire ens seules (siècles) des
seules. Amen. (Serm, de S. Bern. p. 560.)
Car molt est griés chose d'eschevir l'abys-
me des vices et les fossés des criminals pé-
chiez entre les ondes de cest seule (monde),
nomeyement or en ces tens ie li malices est
si enforciez. {Ibid, p. 567,)
L'auteur de la cantilène sur sainte
Eulalie dit lazsier lo seule, laisser
le siècle, pour signifier mourir ; on
disait dans le même sens aller du
siècle et venir du siècle.
Et quant tu serras del siècle aled, beaus
sire reis, si cunreid n'en prens, jo e Salo-
mun tes flz serrums chaitifs e descunseil-
lez. {Livre des Ruis, p. 223.)
Erilque cum dormierit dominus meus rex
cum patrilms suis, erimus ego et plius meus
Salomon peccatores.
Grâces rent a son Creator
Quant ele a si bien son ator.
Dont disl la dame : « Biaus douz père,
Toi pri que ta bontez me père ;
XL et IX ans t'ai servi,
A toi ai mon cors aservi.
Fai de ta fille ton voloir,
îles que ne t'en dnie» doloir;
Du siècle voudroie venir.
Et voudroie a toi parvenir.
(Rutebœnr, t. II. p. 143.)
Si. (Voir Se.)
Si, conj. Serm. n; S'» Eulal.
V. 24; L. de GuiU. § xxxii; Se,
item, ihid. §§ i et xn. Si; du la-
tin si.
Si, adv. Serm. i; L. de GuiU.
§§ IV et xu; SiN, item, ibid. §§ iv
et XXVI. Ainsi. Cet adverbe est sou-
vent explétif; il dérive du latin sic.
On doit remarquer la forijae sin,
dans laquelle le n est euphonique,
le mot suivant commençant par une
voyelle : sin ert. Ce cas est assez
fréquent. Quelquefois le n devient
une lettre parasite, qui se met même
devant une consonne :
Or prenget 11 rei Hugnn de plum quatre
sûmes,
Sin facet en calderes tûtes ensemble fundre.
( Vogage de Charlemagne à Jérut., v. 567.)
Il en était de même de l'adverbe
aussi, que l'on trouve écrit aussin,
et de l'adverhe ne, pour lequel on
trouve nen. (Voir, ci-dessus, l'ar-
ticle Ne, et le tome III, p. 326,
note . )
Le plus souvent, sin que l'on
trouve dans les manuscrits est pour
si en, et doit être représenté, dans
les éditions imprimées, par si 'n ;
mais, dans le paragraphe v, si 'n
est pour si on.
L'élision de l'o dans on précédé
d'une voyelle se trouve très fré-
quemment dans le manuscrit de
Froissart, conservé à la bibliothèque
de Valencicnnes. J'en trouve les
exemples suivants dans l'édition des
Chroniques de cet historien publiée
par M. Buchon.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
* Puis se disna chascun de ce qu'il put
avoir, puis sonna V» les trompettes et monta
'« à cheval, (Froiss. t. III. p. 478.)
Me laira 'n de soif mourir ?
(Froiss. I. m, p. «8.)
A la parole s'accorda *«,
Et le desjun là destoursa 'n.
flilem, ibidem.)
SiSTE, adj. num. ordin. L. de
Guill. § xvii. Sixième; àesextus.
SiT, Seit, Sont. (Voir Est.)
SoLT, L. de Guill. § xni; Solz,
plur. ihid. § I. Sou; de solidus ou
soldus, sorte de pièce de monnaie
servant d'unité monétaire. (Voir
Lampridius^ dans la Vie d'Alexan-
dre Sévère.)
SoN^ adj.poss. masc. sing. Serm. i
et ii; Suo.N, item, S'^ Eulal. v. 15;
Sun, item, L. de Guill. dans le
titre; Soun, item, ihid. §§ xii et
XXIV ; Sa, adj. poss. fém. sing.
S'" Eulal. V. 17; L. de Guill. §§ n
et XLi; Suo, item, Serm. ii; Souue,
item, S" Eulal. v. 29; Ses, adj.
poss. plur. L. de Guill. § xviii ;
Se, item, ihid. §§ xxxiii et xlv. Dé-
rivés de suus, sua, suum, suos, suas.
(Voir t. III, p. 17 et 175.)
Sostendreiet, 3* pers. sing. prés.
du cond. S'* Eulal. v. 16. Du verbe
sostenir, soutenir, supporter, en-
durer; de sustinere.
SovRE,prép.S'« Eulal. v. 12; Soit,
item; L. de Guill. § xv; Sur, item,
ihid. § XVI. Sur; en ital. sovra, en
esp. sobre, en prov. suhré. Dérivés
de super.
Spede, Ste Eulal. v.22; Espé, L.
de Guill. § XXIV. Épée; de spatha,
qui était un glaive long et tranchant
des deux côtés. (Voir le glossaire
de du Gange.) Spatha vient lui-
môme du grec cTiâOTi, désignant
185
toutes sortes d'objets et d'instruments
allongés dont les bords sont minces
et aigus, tels que des espèces d'écail-
lés longues qui servent d'enveloppe
à la fleur du palmier; les os des
côtes; un instrument de tisserand
propre à serrer les fils du tissus ; une
spatule, instrument de pharmacien
et de chirurgien; enfin une épée
longue et tranchante des deux
côtés.
Ménage, à l'article Épée, prétend
que spatha était un mot celtique;
mais les preuves qu'il en donne et
les citations sur lesquelles il s'ap-
puie sont loin d'être concluantes.
'St mis pour est par aphérèse, L.
de Guill. § IV. On lit à la tète d'une
traduction de la Bible dont le ma-
nuscrit se trouve à la Bibliothèque
impériale: « Ço'sfli livres ki primes
fut nomé. » (Voir, plus haut, l'arti-
cle Est.)
Mais a la chambre failli ont ;
La (chambre) Blanceflor laissent à destre,
En l'autre entrent qui ^st à senestre.
{Floire et Blanceflor, ëdit. du Méril, p. 8S.)
Stanit, 3= pers. sing. prés, de
l'ind. Serm. n. Du verbe stanir, te-
nir; dérivé de extenere, dont Ve
initial a été retranché, comme, il
l'est ordinairement en italien. On
trouve dans le glossaire de, du
Gange le verbe stentari, passif de
stoitare, fréquentatif de stenere pour
extenere. De même, extraneus four-
nit à la basse latinité straneus, stra-
niiis; à l'italien straniere; à notre
ancien français strange. (Voir ce
mot dans Roquefort.) On pourrait
citer bien d'autres exemples ana-
logues.
Le passé défini du verbe stanir sq
<86
PREMIÈRE PARTIE.
retrouve dans la Vio de saint Lé-
ger, publiée par M. ChampoUion-
Figeac :
Didun l'ebisque de Peilieus
Lui l'comandat ciel reis Lotbiers. . .
li lo reciut, bien lo nourit,
Cio fud loDX tiemps ob se lo tting.
{ Vit de S . Léi/er, tU IT M T.)
C'est ainsi qu'il faut lire, et non
pas los ting, comme a fait M. Cham-
poUion. Los représenterait un plu-
riel, et il ne s'agit que de saint
Léger. *
On trouve le présent stene, en
ancien italien, dans Poeti del primo
secolo, t. l, p. 152. Salvini a tort de
croire que ce soit une aphérèse de
réstiene; ce mot dérive de extenere,
comme ses analogues en langue
d'oïl, et en langue d'oc.
Stuvçrad, 3« pers. sing. fut. L.
de Guill. § xxv; Estuverad, item,
ibid. § xxvii. Du verbe uniperson-
nel stuveVj estuver, estuer, qui, à la
troisième personne singulière du
présent de l'indicatif, fait stiuoet,
estuvet, estuet, il convient, il sied,
il est convenable, il est séant, il est
nécessaire, il faut :
Or m'estuvrat issi suffrir,
Lassel quant jeo ne puis mûrir.
(Morie 4e Franee, t. I, p. 338.}]
Cl venez pur vus espurgier
De vos pecliiez e alegier ;
Barnilment Vestuet cuntenir
Ou ici Vestuvrat périr.
{Uem, t. II, p. 440.]
Vostre cunget, bael sire, si vus plaist, me
donet;
En Franee k mon realme m'en estut retur-
ner.
( Voyag» dà Ckartemagna à Jim . t. 116.)
Nous trouvons dans la dernière
des citations qui précèdent la forme
estut. Cette forme qui signifiait il
faut, il convient, il importe , il est
nécessaire, signifiait également il se
tint debout, il fut debout; c'était la
3« personne d'un passé défini. Ce
mot employé dans ce dernier sens se
rattache évidemment au latin stare.
On peut seulement observer que cette
3« personne n'a point été tirée de la
3* personne latine correspondante ,
stetit ; elle a été formée irrégulière-
ment, par une fausse analogie, d'après
le mode de dérivation de nos passés
définis, provenus des parfaits latins
en ui, uis, uit : \AL-uit, val-ut; par-
uitj par-M^ (Voyez t. III, p. 275.)
Saiil estul en mi le pople, e sur els tuz
plus balt parut dei espalde en amant.
(Livre des Rois, p. 36.)
Sletit (Saiil) in medio populi, et altiorifuit
universo populo ab humero et sursum.
Li emperere s'estut, si l'escultat.
{Chant, ta Roland, (t. clit.)
Devant le rel la s'estut Guenelun.
(Ibid. It. CCLXXIT.)
Ce passé défini estut, employé
comme verbe unipersonnel, en vint à
signifier il fut séant , il fut conve-
nable, il fut nécessaire, il importa,
il fallut.
Par mer folia longement ;
Maint graut péril, maint grant tourment
Et maint travail li estut traire ;
Après lonc tans vint en Ytaire.
(AaiR. dt Brut, t. 1, p. t.)
Qui qu'en mangast, Ybers l'estut laistler.
[Rom. dt RamU dt Cambrai, p. 76.)
En espagnol et en portugais estar,
employé également comme verbe
unipersonnel , a un sens analogue à
celui que je viens de signaler dans
le verbe français. De la signification
être debout qu'avait le latin stare ,
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
187
on a passé à la signification être
séant, être convenable, puis à celle
d'être important, être nécessaire. En
latin même on trouve illuid melius
stat, cela est plus séant, plus conve-
nable.
La forme estut, qui était primitive-
ment un passé défini, ainsi que je
viens de l'établir, fut employée pour
marquer le présent, comme dans le
passage du Voyage de Charlemagne
que j'ai cité ci-dessus. Peut-être
a-t-on pris un temps pour un autre,
peu1>-être aussi a-t-on passé du par-
fait au présent, par une métonymie
de l'antécédent pour le conséquent,
ainsi qu'il arrive fréquemment dans
toutes les langues et particulière-
ment dans la nôtre. (Voir à cet égard
t. III, p. 277, et 444, note 2; t. II,
p. 240.) Quoi qu'il en soit, après que
estut fut devenu une 3* personne du
présent de l'indicatif, on partit de
cette forme pour fabriquer par ana-
logie un présent de l'infinitif estuer,
estuoir , T^nis estuver, esfwroîV, par
l'intcrcalation d'un v, comme dans
•pleuvoir, de pluere. Cet infinitif une
fois composé donna naissance à une
nouvelle 3® personne du présent de
l'indicatif estuet^ estuvet, et aux
autres troisièmes personnes des dif-
férents temps de ce verbe uniperson-
nel : imparfait, estuoit, estuvoit;
futur, estuvera; conditionnel, estu-
veroit, etc.
Suite, L. de Guill. § v. Substan-
tif formé du verbe suivre, dérivé de
sequi. (Voir, plus haut, l'article Per-
suir.)
SuLUN, adv. L. de Guill. § xxxviii;
SuLUC, item, ibid. § xiii. Selon; de
secundum. (Voir t. III, p. 382.)
SuMENOUR, L. de Guill. § xlv.
Huissier, sergent; de suhmonitor,
celui qui donne des avertissements;
formé du verbe submonere. La fonc-
tion de ces officiers de justice con-
sistait à sommer {submonere) les par-
ties à comparaître devant le tribu-
nal. Le titre à'huissier était autrefois
réservé à ceux de ces officiers qui
étaient attachés au parlement ; ceux
des cours inférieures , qui souvent
usurpaient ce titre, ne devaient por-
ter que celui de sergent. (Voir Semo-
neor, avec cette même signification,
dans les Assises de Jérusalem , t. I,
p. 338.)
Surplus, L. de Guill. § ix. Subs-
tantif composé de la préposition sur
et de l'adverbe p/ws, dérivés de super
et de j)lus.
Sursera, 3* pers. sing. fut. L. de
Guill. § XLVui. Du verbe surseoir,
s'abstenir de , omettre, négliger de
faire. En basse latinité, supersedere
avait le mêm<î sens ; mais dans la
bonne latinité, ce verbe ne signifia
que surseoir, retarder de faire une
chose. (Voir l'article suivant.)
Sursise, L. de Guill. § xlviii. Omis-
sion, manquement de celui qui s'abs-
tient ou qui néglige de faire ce qu'il
devrait; en basse latinité supersisa,
sursisa. (Voir ces mots dans du
Gange, à la suite de Supersedere.)
Le substantif sursise est formé du
verbe surseoir, dont l'origine est in-
diquée à l'article précédent.
Sus, adv. S'e Eulal. v. 6. Au-
dessus, en haut; du latin sus, susum,
qui se trouvent dans les auteurs
pour sursum. (Voir t. III, p. 385.)
Tant, adv. L. de Guill. § vi. De
tantum.
188
PREMIÈRE PARTIE.
Tanz, adj. indéf. L. de Guill. § xn.
Quelque nombreux que; dérivé de
tantus, qui d'une idée de grandeur
comparative a passé à une idée de
quantité. (Comparez quanz qui se
trouve t. III, p. 150.)
Tel, adj. indéf. L. de Guill. § xxiv.
De talis.
Tenent, 3° pers. plur. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xl; Tint, 3« pers.
sing. passé déf. ibid. dans le titre.
Du verbe tenir, dérivé de tenere.
Tens, L. de Guill. § i. Temps; de
tempus.
Tendre, L. de Guill. § xxvii.
Mouvance d'un fief. Les terres d'une
tenure étaient toutes celles qui dé-
pendaient d'un même fief, celles que
tous les vassaiix tenaient à foi et
hommage du seigneur suzerain du
fief. Tenure est formé du verbe
tenir, dérivé de tenere.
Terme, L. de Guill. §§ iv et xxv.
De terminus.
Terre, L. de Guill. titre et§ xxxm.
De terra.
Teste, L. de Guill. § iv. Tête; de
testa, qui signifiait proprement têt
de pot, tesson, et, par extension,
beaucoup d'objets convexes d'un
côté et concaves de l'autre, comme
l'est un tesson ; il se prenait pour
coque, coquille, écaille, castagnette,
carapace de tortue , crâne. Je ne
donnerai des exemples que de cette
dernière signification :
Abjecta in triviis inhumati glabra jacebat
T«s/ahominis,nadamiaiu cute calvitium.
(AusoDe, épigr, xvii.)
Vel in capite testa apareat. . . (Lex Baj-
wariorum, tit. III, ch. 1 , § 3.
Plus tard on prit la partie pour le
tout, et testa ne signifia plus seule-
ment le crâne, mais la tête elle-
même. (Voir Testa dans le glossaire
de du Gange.) En espagnol et en
portugais, testa ne signifie propre-
ment que le haut de la tête, la par-
tie antérieure du crâne, le front;
pour désigner la tête entière, la
première de ces langues se sert de
caheza, et la seconde de cabeça, tous
deux dérivés de caput. L'italien se
sert indifféremment de testa et de
capo, pour signifier tête.
Testimonie, L. de Guill. §§ vu,
XLiii et XLiv; Testemonie, Teste-
moine, ibid. % XLiii; Testimoine,
ibid. § XVI ; Testimoines, plur. ibid.
§§ xxv et xxvii. Ces mots sont tous
dérivés de testimonium; ils signi-
fient tantôt témoignage, déclaration
des témoins, preuve qui résulte de
cette déclaration, tantôt un témoin
lui-même, comme aux paragraphes
xxv, xxvu et XLiv .
Testimonient, 3® pers. plur. prés,
de l'ind. L. de Guill. § xxv ; Teste-
MONiET, part, passé passif, ibid.
§ XLV. Du verbe testimonier , t«s-
temonier, témoigner, formé du sub-
stantif testimoine , qui se trouve à
l'article précédent.
Tierce, adj. num. ordinal, L. de
Guill. § XLii. Troisième; de tertius.
ToLiR. prés, de l'inf. S'« Eulal.
V. 22; ToiLLE, 3^ pers. sing. impér.
L. de Guill. § xxxiv. Enlever; de
tollere.
ToR, L. de Guill. § x. Taureau ;
de taurus .
A la guise dou tor qui s'est combattuz, \
cui sa fierté double quant il a esté défoulez
et gitiez dou fouc (troupeau) des vaches par
les autres tors. (Chron. de Saint-Denis, dms
le Recueil des historiens de France, t. XII,
p. 160.) .
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
Seinglier, bugle, asne salvaige,
Tors, dragons et serpant volage...
Me venoient trop a l'ancontre.
(Dolopal/ios, p. Î96.)
Tort, L. de Guill. § xli. En basse
latinité, tortum. De même que di-
rectum_, le droit, a été formé de
l'adjectif directus, droit, qui est en
ligne droite, de même tortum, son
opposé, a été fait de l'adjectif tortus,
tortueux. (Voir, plus haut, l'article
Droit.)
TosT, adv. S'^Eulal. v. 19. (Pour
l'origine latine de cet adverbe, voir
t. III, p. 321.)
Trarad, 3* pers. sing. du fut.
L. de Guill. § xii. Du verbe traer,
tirer; de trahere.
Travail, L. de Guill. § xxxii.
Peine que l'on se donne pour s'ac-
quitter d'un devoir, pour remplir
une fonction; travail qui est la con-
séquence d'une charge, d'un emploi,
occupation.
Ce mot a d'abord été employé
dans un sens que nous lui donnons
encore lorsque nous nous en ser-
vons pour désigner un assemblage
formé de quatre fortes pièces de
bois, dans lequel on enferme les
chevaux vicieux, pour gêner leurs
mouvements pendant qu'on est oc-
cupé à les ferrer ou à les panser. En
italien travaglio et en basse latinité
travallum ont la même significa-
tion. Ce dernier est pour tràballum,
formé de trahs. Le français travail
et l'italien travaglio ont ensuite été
employés figurément, pour signifier
ce qui nous cause de la gêne, de
l'inquiétude, de la souffrance; ils
ont été pris dans le sens de peine,
fatigue, souci, chagrin, etc. De
même, le mot entraves (de in et de
489
trabes) ne se disait primitivement
que de deux morceaux de bois avec
lesquels on serrait, au moyen d'une
courroie, les jambes des chevaux
pour les empêcher de marcher; en-
suite, cô niot s'est pris au figuré
dans un sens général pour des em-
pêchements, des obstacles. Gêne est
encore un mot dont la signification
a subi des transformations analo-
gues, ainsi qu'on peut le voir t. II,
p. 250 et 231 . Des substantifs gêne,
entraves, travail, nous avons fait
les verbes gêner, entraver, travailler.
Voyez ce dernier à l'article suivant.
Un messager nommé Brien vient
annoncer à Henri II, roi d'Angle-
terre, la prise du roi d'Ecosse avec
lequel il était en guerre. Brien ex-
pose au prince qu'il a couru pendant
quatre jours, presque sans dormir,
boire ni manger, afin d'être le pre-
mier à lui apprendre cette bonne
nouvelle. Henri prend un petit bâ-
ton, le tend au messager en signe
d'investiture et lui fait don de dix
livrées de terre pour son travail,
c'est-à-dire pour la peine qu'il a
prise.
« Ne n'ai guaires dormi quatre jours snnt
passez,
Ne mangié ne beu, si suis mult afamez;
Mes, la vostre merci, gueredun m'en ren-
dez. »
Et respundi li reis : « Mar vas en dutercz;
Si vus veir m'avez dit, riches estes asez... »
Il ad saisi un bastuncel, a Brien l'ad tendu.
Dis livrées de sa terre pur le travail qu'ot eu.
(CAron. de Jordan Faniotme, p. 610 et Cil.)
Senz fin, sanz merci e sanz paiz,
Fut-it le jor botez et mis,
E del tôt, fors de paradis,
Mortaus, a toz mundains iravaizy
Seu {sic) repos aveir e sanz paiz.
[Chnn. du duct dt Korm., t. II. p. SS5.)
490
PREMIÈRE PARTIE.
Dès ore coœencent les enjanz,
E les Iravais, e les ahani
Que il firent par félonie
Al duc Richart de Normendie.
(Uid, t. 1, p. SIS.)
Monlt me sanle que cou soit gas
Que vos dras vendes en détail,
D'autre mercié avés travail.
(Flore elBIanceflor, idU. Bekker, t. II Jl)
Enfin, travail passa du sens gé-
néral de peine, fatigue au sens par-
ticulier de peine, fatigue que l'on se
donne pour arriver à un but, pour
faire quelque chose^ pour exécuter
un ouvrage, accomplir un projet,
remplir un devoir, etc.
Travailler, prés, de l'inf. L. de
Guill. § XXXIII. Causer de la peine,
tourmenter, tracasser, inquiéter,
vexer. Ce verbe vient du substantif
travail et sa signification a suivi les
variations du sens figuré de son
primitif. (Voyez travail, à l'article
précédent.) L'acception première de
travailler est celle que nous offre ce
mot dans les Lois de Guillaume le
Conquérant. Les plus anciens monu-
ments de notre langue nous fournis-
sent de fréquents exemples de ce
verbe employé dans cette signifi-
cation.
Od tei serrai, e édifierai a tan oes mai-
sun de lealted, cl cum lis a David ; e Israël
te liverai ; e le lignage David travaillerai.
(Livre des Rois, p. 280.)
Ero tecum, et œdi/icabo tibi domum fule-
iem, quomodo œdificavi David domum; et
tradam tibi Israël; c/affligara semen David.
E tuz ces li furent en angoisse, et ces qui
furent traveillez pur dette qu'ils durent, e
ki furent en amertume de lur curage, s'a-
semblercnt od David, e firent le lur prince.
{Livre des Rois , p. 85.)
Et convenerunt ad eum omnes qui erant
in angustio constitutif et oppressi œre alié-
na, et amaro anima ; et foetus est eorum
princeps.
Agag, maint home as travillii^
Maint home ocis et essillié;
Tu as mainte ame de cors traite
Et mainte mère triste faite.
(Rom. de Brut, t. 1, p. ST7.)
On se servait du verbe pronomi-
nal se travailler pour se donner de
la peine, se peiner, s'efforcer :
Mais li prelait, ce sunt cil ki cns neis,
dexendent en la meir, et ki eu maintes
awes se travaillent. (S. Bern. p. 569.)
Aujourd'hui encore nous em-
ployons travailler a-vec son ancienne
signification de tourmenter, causer
de la peine, de l'inquiétude : la fièvre
le travaille cruellement ^ le soupçon
et la jalousie le travaillent. La Fon-
taine s'est servi de se travailler pour
s'efforcer avec peine j dans la fable m
du livre I :
Elle, qui H'étoit pas grosse en tout comme
un œuf.
Envieuse, s'étend, et s'enfle et se travaille
Pour égaler l'animal en grosseur.
Enfin le verbe pronominal se tra-
vailler devint verbe neutre, comme
firent se partir, se combattre, etc.,
pour lesquels on dit aujourd'hui
partir, combattre; (Voir t. III,
p. 490.) mais, en devenant neutre,
travailler reçut encore une légère
modification dans sa signification.
Il ne s'employa plus pour se donner
de la peine^ s'efforcer en général,
mais pour se donner de la peine,
s'efforcer dans le but de faire quel-
que chose, d'exécuter un ouvrage,
d'accomplir un projet.
Treis, adj. num. L. de Guill.
§ vu; Très, item. ibid.^xuv.TTois,
du latin très.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
Trente, adj. num. L. de Guill.
§ XVII. De trigenta.
Trespassent, 3^ pers. plur. prés.
de l'ind. L. de Guill. § xxxvi. Du
verbe trespasser, passer outre, tra-
verser, passer ; dérivé de trans et de
passus.
vos, trestuit li trépasses,
Esgardez-moi et si pansez
Se nule dolors est si grans
Qui a la mole soit samblans.
{Dtlcpaihti, p.40S.)
Ces vers sont une traduction du
verset 1 2 du chapitre i des Lamen-
tations de Jérémie: Vos omnes qui
transitis per viam, considerate et
videte si est dolor sicut dolor meitë.
(Voir au sujet de trépasser, t. II,
p. 314.)
Tresqtje, L. de Guill. § vi. Jus-
que ; dérivé de trans usqae, comme
presqm dérive de prope quod. (Voir
Jusque, t. III, p. 370-372.
Caries li reis, nostrc emperere magne,
Set anz tuz pleins ad ested en Espaigne,
Tresqu'en la mer cunquist la tere altaigne.
{Cha»i. de Roi. it. I.)
Tresque à forme une locution pré-
positive signifiant jusqu'à.
Treveure, L. de Guill. § vii.
Trouvaille, chose trouvée; substan-
tif formé du verbe trever, trouver.
(Pour l'étymologie, voir Trouver
parmi les mots d'origine germani-
que, ch. III, sect. II.)
Trdver, prés, de l'inf. L. de Guill.
§ rv; Trover, item, ibid. § xxv;
Truitet^ 3" pers. sing. prés, de
l'ind. ibid. § xxxvii; Truverat^
3« pers. sing. fut. ibid. § vi ; Truse,
3" pers. sing. prés, du subj. ibid.
§ XLv; Troise, iterrij ibid. § vu.
Trouver. (Pour l'étymologie de ce
491
verbe, voir Trouver, parmi les mots
d'origine germanique, ch. m, sect. ii.)
TuiT, S'» Eulal.v. 26; Tut, L. de
Guill. dans le titre etpassim; Tote,
L. de Guill. § xii. Tout, toute ; de
totus, tota.
U, conj. L. de Guill. §§ i, ii, etc.
Ou; de aut. (Voir t. III^p. 399.)
Uele. (Voir Uwel.)
Ule, adj. indéf. fém. Ste Eulal.
v. 9. Le masculin était uîSj aucun;
de ullus.
Ultre, prép. L. de Guill. § xlvi.
Outre ; de ultra.
Um, Un, pron. indéf. (Voir Om.)
Un, adj, num. L. de Guill. § iv;
Une, fém. ibid. § iv. De unus, una.
Un, adj. indéf. masc. L. de Guill.
§ xxxix; Une, item, fém. Sie Eulal.
V. 22; Ens, masc. plur. L. de Guill.
§ XXXIX. De unus. La forme en, ens
pour un, uns se trouve plus d'une
fois dans les anciens manuscrits en
langue d'oïl. Roquefort ne fait men-
tion^ dans son glossaire, que du fé-
minin enne, une ; c'est une omission
entre mille autres.
En niefs (neveu) aveit Othes li reis,
Chevaliers proz, sage e corteis;
Mnlt par aveit d'armes grant pris.
Son non ne sai n'escrit ne l'truis.
(CAron. dei ductde Norm. t. II, p. 108.)
La traduction latine des lois de
Guillaume, publiée par M. Palgrave,
rend la fin du paragraphe xxxix par :
« Quia res inter alios judicata aliis
non prejudicat, praesertim sipraesen-
tes non fuerunt. »
Uncore, adv. L. de Guill. § xlv.
Encore; dérivé de hanc horam ; sous-
entendu ad. En ital. ancora; en
prov. encara. (Voir t. III, p. 303.)
Ungle, L.de Guill. § xiii. Ongle;
<92
PREiMIÈRE PARTIE.
de unguicula, diminutif de imguis.
Ure, L. de Guill. § iv. Heure ; de
hora.
Utlage, L. de Guill. § l. Qui est
.,mis hors la loi^ proscrit. (Voir ce
mot parmi ceux qui sont d'origine
germanique, ch. iii^ sect. ii.)
UwEL, L. de Guill. §xxxvi; Uele,
fémin. ibid. § xxv. Égal, pareil,
équitable, impartial, juste ; de œqua-
lis. On a écrit equal^ egal,ewal, eval,
ivel, ewelj v,wel, uvel, uveal, par la
faculté qu'avaient le g, le w etle i; de
se remplacer mutuellement dans notre
ancienne langue. JJwel donna, par
syncope, uel, oel, qui avaient la
même signification.
Or demande l'en se aucuns a parenz de
deus paroiz (de deux côtés), et il conquiert
mobles et teneures, qu'en sera? Et l'en
dit que 11 plus près aura tôt ; et s'il sont
ivel de deux paroiz, iveemenl prendront.
(Livre de Jostke, p. 237.)
Ne n'est dons tes pères Deus a cuy tu es
ewals? (Serm. de S. Bernard, p. 551 .)
Il prisl la forme del serf, qui en la forme
de Deu estait uveals al peire. (Ibid. p. 535.)
Portes larges e halles furent faites de
quatre partz des murs e quatre cenz aines
out de hait li uns, e cist murs iiant muntad
que uels fud al fundement ù li temples le-
vad. {Livre des Rois, p. 251.)
Columpnes de cèdre quarante-ciuc riches
e haltes fist doler, e de lune celé maisun
a treis ordres lever e ueles furent
de tules parz; e un porche i fist a colump-
nes. (Livre des Rois, p. 266 )
M. Leroux de Lincy a eu tort
d'écrire weals au lieu de uveals dans
le texte de saint Bernard, p. 535, et
vêles au lieu de ueles dans le livre des
Rois, p. 266. La syncope uel, uele
est l'analogue de oel, oele, dont on
trouve plus d'un exemple.
Treis parties i asignerent,
Dunt la primere Asye apelerctit,
Affrike, Europe. . .
Ne sont pas oels a estrus,
Qu'autant tient l'une cum les dous,
Que Asye prent Son commencement
Des Midi tresqu'en Orientj
Entièrement terre e marine.
En en Septemtrien s'aûne. . .
(CAroM. detduii de Korm. t. I, p. 10.)
JJwel, uvel, ivel, uel, etc., ne si-
gnifient pas seulement égal, mais
encore équitable, impartial. En latin
œquus a également les deux accep-
tions. Etre équitable , impartial ,
c'est être juste d'une manière égale
pour chacun, tenir la balance égale,
ne faire acception de personne. C'est
dans ce sens que Racine a dit en
parlant de Dieu qu'il juge tous les
mortels avec d'égales lois. (Esther,
acte III, se. IV.)
Droiz est apelez en plnisors menieres
(sic) : en une manière (sic) que l'en dit que
droiz est boue chose et ivel, si comme est
droiz naturel. (Livre de Jostîce, p. 3.)
c( Mettre l'aveir en uele main, »
(L. de Guill. § xxv) signifie littérale-
ment mettre le bétail en main équi-
table, c'est-à-dire dans les mains
d'une personne équitable, le mettre
entre bonnes mains. En basse lati-
nité œqua mams avait le même sens
que uele main en langue d'oïl. Une
charte anglaise de 1301 nous offre
le passage suivant, dans lequel il est
question d'un homme servant de
caution à un autre : « Ita videlicet
quod nisi illas (marcas) redderet in
festo Nativitatis S. JohannisB. anno
supradicto, quod D. Willelmus de
Betonya cui illa quieta cl amatio cre-
debatur custodienda in œqua manu,
dicto Nicholao vel suo certo attornato
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V.
m
iiberaret. » (Madox, Formulare an-
glicanum^'p.lO.)
Vaches, L. de Guill. § vi. Pluriel
de vache^ de vacca.
Vailaunce, L. de Guill. § xlviii.
Vigueur, force^robusticité; dérivé du
latin barbare valentina formé du
verbe valere. (Voir Valentina dans le
glossaire de du Gange et Vaiance
dans celui de Roquefort.)
Celui qui rencontrait un voleur
et ne tâchait point de l'arrêter était
passible d'une amende plus forte, si
le voleur était faible et peu redoutable^
que s'il était robuste et vigoureux,
attendu qu'il y avait moins de dan-
ger à tenter de s'emparer de lui dans
le premier cas que dans le second.
Tel est le sens du commencement
du paragraphe xlviii des lois de
Guillaume.
Vailaunt, L. de Guill. § xvni;
Vailant, ibid. Qui vaut, valant.
Vailiant, ibid. § xliii. La valeur, le
bien valant, le vaillant. Adjectif et
substantif formés du verbe valoir,
dérivé de valere.
L'eJnpereres les flst herbergier d'une part
et bien garder, si que puis n'en perdirent
vaillant un denier de chose qu'il eussent.
(Villehardouin, édit. de M. Paris, clxvi.)
Les gens d'église et bourgois de la ville
ont tout leur vaillant et revenu en Hainaut
et en Flandres (Ph. de Comines, liv. t,
chap. XIV.)
Vavasour, L. de Guill. § xxiv.
Vavasseur. Les feudataires qu'on
nommait vavasseurs étaient d'ar-
rière-vassaux, c'est-à-dire les vas-
saux des vassaux du roi ou d'un
autre éeigneur suzerain; en basse
latinité vavassores; mot syncopé
formé de deux autres^ vassi vas-
sorum, vassaux des vassaux. (Voir
Vassal parmi les mots d'origine
celtique, ch. n, sect. ii.)
Vindrent si plus riche chasé,
Li baron et li vavasor
E li plus puissant del honor.
(Chron. des ducs de Norm,, t. \l, p. 165.)
Veant, part. prés, actif; L. de
Guill. § xxvm. Un verbe veeir,veoir,
voir; dérivé àevidere.
Vedue, L. de Guill. § ix. Veuve;
de vidua.
Veie^ L. de Guill. § xii; Fiée,
ibid. |§ XVII, xLii ; Feiz, Faiz^ ibid.
§ XLIII ; Foiz, ibid. §§ xlii, xl. Fois.
Les Espagnols disent dos veces,
deux fois; très veces, trois fois;
muchas veces, plusieurs fois, etc.
Ces mots dérivent de vices, que les
Latins employaient à peu près dans
le même sens que nous employons
le mot fois, c'est-à-dire pour mar-
quer la succession des faits, le retour
des choses. (Voir t. III, p. 314 et
315.)
Veintre, prés, de l'inf. S'° Eulal.
v. 3. Vaincre. Veintre potir veincre
se trouve très fréquemment employé
dans les auteurs du xii« siècle.
A veintre tnz iceus lui duinst force et vigur
Ki sunt encontre lui pur lui tolir s'onur.
( Chron, de Jord, Fantasme, p. 580.)
Mes il ad Danne-Deu requiz
Que veintre puise ces enemiz.
( Vie de S. Thom. de Canl., p. 479.)
Pur orgoillos veintre e esmaier,
E pur prozdomes tenir e cuuseiller,
E pur gluton veintre e esmaier.
En nule tere n'ad meillor chevaler.
(C/Mitt. i^ Roland, •!. CLXI, T. II.)
On peut voir d'autres exemples
dans ce même ouvrage, st. xcn , v.
21, et st. LVi, v. 11 ; dans le ÏAvre
I*
19
494
PREMIÈRE PARTIE.
des Rois, p. 13 ; dans les Chroniques
anglo-normandes, t. I, p. 71 ; dans
la Chronique des ducs de Normandie,
t. I, p. 97,231,294; t. II, p. 539
et passim.
De viNCERE on fit veintre, comme
de FLACCERE flétrir, de carcer, char-
trCj de PASCERE, paistre, paître , de
CRESCERE, croistrej croître.
Veisined, L. de Guill. § vu ; Vis-
NED, ibid. § XXV. En basse latinité
vicinetum, visnetum, vicinitas, voi-
sinage. Substantifs formés de l'ad-
jectif vicinus. Dans les coutumes
anglo-normandes , ces mots se pre-
naient pour la réunion de tous les
voisins compris dans une certaine cir-
conscription, et pour cette circons-
cription elle-même. Ces voisins sont
appelés tesmoins voisinaux dans les
coutumes de Tours et dans celles de
Loudun. Le témoignage des hommes
du voisinage était invoqué dans cer-
taines affaires douteuses où ils pou-
vaient avoir connaissance de la vé-
rité. Dans ce cas, les juges devaient
prononcer leur sentence d'après leur
verdict (veredictum). (Voir, dans le
glossaire de du Cange, Vicinetum à
la suite de l'article Vidnus,
Yenir, prés, de l'inf . S'* Eulal. v.
28; L. de Guill. §§ i, iv; Vent, 3«
pers. sing. prés, de l'ind. ibid.
§ xxxiii; Veinged, 3^ pers. sing. prés.
du subj. ibid. § vi; Yienge, item,
ibid. % V. Dérivés de venire.
Ver,L. de Guill. § x. Verrat, porc
entier; de verres.
Nnle beste qui n'est sur année ne doit
néant de tonlieu, soit pourcel, ver ou truie.
(Livre des mêliers, p. 317.)
Dans la Chanson de Roland, ver
signifie un porc sauvage, un san-
glier.
El destre bras H mors un vers si mais ;
De vers Ardene vit venir un ieupart...
La destre oreille al premer ver trenchat,
Ireement se cumbat al lepart.
{chant, de Roland, st. lti.)
Vers, prép. L. de Guill. §§ m,
XIV. De versus.
Vescunte, L. de Guill. § m. Vi-
comte , en basse latinité vicecomes,
vicecomitis. Dans l'origine, le vi-
comte était celui qui, en l'absence
du comte, tenait sa place et remplis-
sait ses fonctions; qui vive comitis
fungebatur.
Vi , adv. Serm. ii. Y; en italien,
ivi, vij de ibi. Il est à remarquer que
ubi a subi, dans les deux langues
néo-latines^ des transformations ana-
logues à celles de ibi ; italien ove ;
langue d'oïl ii, où.
On doit lire : « Si io retumar non
Vint pois, ne io ne neuls cuieo re-
tumar int pois, in nulla adjudha
contra Lodhuwig nun li vi et. » Dans
cette phrase, l'adverbe vi joue un
rôle analogue à l'adverbe int; l'un
et l'autre se rapportent au même
substantif sous-entendu, et, dès que
l'un des deux adverbes était exprimé,
l'autre devait l'être également. La
traduction littérale est :
« Si je ne puis Yen {de ce dessein)
détourner , ni moi ni aucun que je
puis en (de ce dessein) détourner, ne
Yy {en ce dessein) serai en aucune
aide contre Ludhwig. »
Au lieu de vi on pourrait lire iv;
mais cette dernière forme ne serait
point conforme au génie de notre
prononciation, car le français n'a pas
de mot terminé en v. De ibi on for-
CHAP. !, ÉLÉJVCENT LATIN. SECT. V.
495
ma vi par aphérèse, comme de il-
LUM, ILLAM, ILLOS, ILLI, ILLORUM, On
fit lo et ÏCj la, les, li et lui, leur; de
ORYSA, m; de adamas, adamantis,
diamant, etc. En langue d'oc, en an-
cien espagnol et en ancien portugais,
on trouve la forme M, dont l'aspirée
initiale semble rappeler une autre
aspirée, unt) primitif. (Voir M. Diez,
Grammatik der Romanischen spra-
chen, t. II, p. 387, et M.Raynouard,
Grammaire comparée des langues de
l'Europe latine, p. 341.) Je revien-
drai avec plus de détails sur l'origine
de ce mot dans le tome III, p. 323
et 324.
Vie, L. de Guill. § i, xli. De vita.
ViESCEz, 2^ pers. plur. prés, de
l'ind. L. de Guill. § xxxviii. Du verbe
viescer , inquiéter, poursuivre en
justice; de vexare.
Vif, L. de Guill. § xxv. De vivus.
Vilain, L. de Guill. § viii. En
basse latinité vilanus, formé de
villa, comme rusticus, rustre, de
rus, et pagensis, paysan, de pagus.
On appela d'abord villani, les co-
lons, les cultivateurs, et l'on appli-
qua ensuite la même dénomination
à tous les gens qui étaient de con-
dition inférieure, à tous les rotu-
riers. (Voir t. II, p. 235.)
Ville, L. de Guill. § xliii. Habi-
tation à la campagne, réunion de
maisons ordinairement peu considé-
rable, et qui n'était pas entourée
d'un mur d'enceinte, hameau, vil-
lage; de villa.
Bergier de ville champestre
Pestre
Ses aignoiax menot,
Et n'ot
Fors un sien chienet en destre.
(Pattourdle ini^ré» dsDi le Tbâitre frantaii on mofOD
âge, p. 3g, roi. 1.)
En fuie tournent sanz atente
Vers les autres viles champestres,
Et guerpissent huis et fenestres.
{Branches des royaux lignages, t. II, p. 335).
Les beschecleux ou fevres de Truancourt,
qui est une autre ville des religieux de
Beaulieu en Argonne. (Arcli. de l'Empire^
Trésor des chartes, reg. 115, charte 142.)
Par Rie une ville passent,
Al temske li soleil levout;
Hubert de Rie ert a sa porte
Entre li mostier e sa mote;
Willame vit desaturné
E sun cheval tuit lassé.
illom. de Rou., v. 8895.)
Ville est opposé à burt (bourg)
dans le paragraphe xliii. La ville
n'était qu'un hameau, un village
dépourvu de tout moyen de défense.
Le bourg était une réunion de mai-
sons généralement plus considérable
que la ville ; il était défendu par un
château ou un mur d'enceinte, et, le
plus souvent, par l'un et par l'autre.
(Voir ci-dessus l'article Burgeis,
ainsi que Bourg, parmi les mots
d'origine germanique, ch. m, sect. ii.)
La fable X de Marie de France a
pour titre : De deus suris, l'une
bourgoise et l'altre vileine (t. II,
p. 90). C'est la fable intitulée dans
Romulus : Mu^ urbanus et rustims.
La Fontaine a traduit : Le rat de
ville et le rat des champs.
A Ceresie funda maison
Et mustier de religion ;
Moignes i posa et abé.
Bures e villes lur a doné.
{Rom. de Rou, T. 7536.)
Tant ont le pays paralé
Qu'en un tertre sont aresté;
En som ont un castelet fet,
Onques n*i ot eu recet,
Ne borcy ne vile, ne maison.
(Roman de Brtit., t. I, p. W.)
496
PREMIÈRE PARTIE.
On appela également tille l'en-
semble des villages ou hameaux qui
se groupaient autour de la cité, et
qui en formaient ce que nous appe-
lons aujourd'hui les faubourgs. La
cité était la partie centrale dans la-
quelle se trouvait la métropole. Phi-
lippe de Comines dit en parlant d' Ar-
ras : « Car^ lors y avait murailles et
fossez entre \3i.ville et la. cité, et por-
tes fermans contre la dicte cité, et
maintenant est a l'opposite, car la
dté ferme contre la \ille. » (Liv. V,
ch. XV.). Ces faubourgs, augmen-
tant continuellement d'étendue et
d'importance, resserrèrent la cité de
tous les côtés et finirent par l'étouf-
fer entre les murailles qui gênaient
son développement. Alors l'acces-
soire étant devenu le principal, on
appela ville l'ensemble formé par la
ville proprement dite et par la dté.
Tel est l'historique des acceptions
que revêtit successivement un mot
auquel nous donnons aujourd'hui
une signification si difi'érente de celle
de son primitif. Le mot boulevard a
également passé d'un sens à un autre
d'une manière à peu près semblable.
(Voyez ce mot parmi ceux qui sont
d'origine germanique, chap. m,
sect. II.)
Vint, adj. num.L. deGuill. § ivj
ViNz, item, ibid. § m. Vingt; de
vigenti.
ViRGiNiTET, S'* Eulal. V. 17. Vir-
ginité; de virginitas, virginitatis.
Ce passage de la cantilène doit
s'interpréter ainsi : « Plutôt que
d'abandonner sa foi, Eulalie préfére-
rait endurer les tortures, et même
perdre sa virginité. » L'auteur fait
ici allusion à l'abominable coutume
de faire déflorer par le bourreau les
vierges chrétiennes avant de leur
faire subir le martyre. Les exemples
de pareils attentats n'étaient que
trop fréquents ; sainte Agnès, sainte
Théodore et bien d'autres aimèrent
mieux perdre leur virginité que de
renoncer au christianisme. Sainte
Eulalie en eût sans doute fait autant
si on l'eût mise à pareille épreuve.
Vis, L. de Guill. § XII. Visage; de
visus,v\ie. Le visage est la partie du
corps humain qui s'offre principale-
ment à notre vue, celle qui se mon-
tre à découvert. C'est ainsi que nous
appelons vue la partie d'un paysage
sur lequel nos regards peuvent s'é-
tendre.
ViST, 3^ pers. sing. prés, de l'ind.
L. de Guill. § xlv. Du verbe vivre ,
dérivé de vivere.
VocHERAD, 3® pers. sing. fut. L. de
Guill. § XXV. Du verbe vocher, appe-
ler en justice^ en témoignage, assi-
gner; de vocare.
VoEST, 3* pers. sing. de l'impér.
L. de Guill. § xliii. Du verbe voer,
appeler en justice, en témoignage,
citer devant les tribunaux, assigner;
de vocare.
Qui euffre a prover par garenz, et il les
voe où reiaume ou ri est, il a quinze jors
de respit. (Asî. de JéruSi 1. 1, p. 123.)
Vol, Serm. i. Volonté, vouloir.
Substantif formé du verbe voleir,
voloir, vouloir, dérivé de vola.
VoLAT, Supers, sing. prés. de l'ind.
S" Eulal. V. 25. Du verbe voler, dé-
rivé de volare.
Volt, 3* pers. sing. prés, de l'ind.
S'« Eulal. V. 24. L. de Guill. §§xxvn^
XLv; VoLDRAD, 3' pers. sing. fut.
ibid. § XXV ; Voldret^ 3* pers, sing.
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. VL
d'un temps passé aujourd'hui inusi-
té, S'* Eulal. V. 21 ; Voldrent, 3«
pers. plur. du même temps, ibid.
V. 3, 4; VoiLLE, 3* pers. sing. du
présent du subj. L. deGuill. § xxviu;
VoLGE, item, ibid. § xxv. Du verbe
voleir, valoir, vouloir, dérivé de
volo.
Vos, adj. poss. delà 2* pers. plur.
L. de Guill. § xxxviii. (Voir, pour
l'origine latine de cet adjectif, le
tome III, p. 181-184.)
Wage, L. de Guill. §§ vi, vii, etc.
Gage. (Voir celui-ci parmi les mots
d'origine germanique , chap. m ,
sect. II.)
W^AiTER, prés, de l'inf. L. de Guill.
§ XXXII. Guetter. (Voir Guet, parmi
les mots d'origine germanique, ch.
m, sect. II.)
Warant. (Vmr Garant ci-dessus.)
Ward, S" pers. sing. prés, du
subj. L. de Guill. § xli. Du verbe
warder garder, se garder de. (Voir
Garder parmi les mots d'origine
germanique, ch. m, sect. ii.)
Wardireue, L. de Guill. § xxxii.
Officier auquel était confiée l'inspec-
tion des chemins et des hommes
<97
chargés de veiller à ce que les trou-
peaux n'allassent pas ravager la
campagne. Il devait y avoir un garde
pour chaque hide, et un wardireue
ou inspecteur pour trente /izdes. L'an-
cienne traduction latine des Lois de
Guillaume, publiée par M. Palgrave,
rend ce mot par prepositus msto-
dum ; elle donne pour titre à ce pa-
ragraphe ; De viarum custodibus.
Wardireue est composé du verbe
warder j garder, et de reue, chemin,
route. (Pourl'étymologie de warder,
voir garder parmi les mots d'origine
germanique, ch. m, sect. xi; et pour
l'étymologie de reue, voir rue, et
route parmi les mots d'origine cel-
tique, ch. 11, sect. II.)
"Were, mot anglo-saxon. Voir les
Lois de Guillaume, p. 403, note 6.)
Westsexenalae, mot anglo-saxon.
(Voir les Lois de Guillaume, p. 98,
note 3.)
Yglise, L. de Guill. § i. Église;
de ecdesia, qui a été fait du grec
ixytlf\aia, assemblée, réunion des fi-
dèles, église; dérivé de ixxaXIw,
appeler à , convoquer.
VL
STATISTIQUE DES MOTS CONTENUS DANS LES TROIS MONUMENTS ANTÉRIEURS
AU XII* SIÈCLE, d'après LES LANGUES AUXQUELLES CES MOTS DOIVENT
LEUR ORIGINE.
Les trois monuments en langue d'oïl antérieurs au iii« siècle
renfermant 671 mots, en ayant égard au nombreuses répéti-
tions qui s'y trouvent, et en ne comptant que pour un cliacun
des mots qui se représentent plusieurs fois. Sur ces 671 mots,
619 proviennent du latin, 7 du celtique et 32 du germanique.
En outre, il s'en trouve 12 d'origine grecque et un d'origine
498 PREMIÈRE PARTIE,
syriaque; mais ces 1 3 mots pourraient, à la rigueur, être con-
sidérés comme de provenance latine ; car ils ne nous sont venus
directement ni de la Grèce ni de la Syrie ; ce n'est qu'en
passant par Rome qu'ils sont arrivés dans le latin rustique de
la Gaule, et de là dans la langue d'oïh
Les dérivés celtiques sont : besche^ ceper (geôlier), chemhiy
cotper (coupev) , folie, launce^ (lance) et reue (route), qui entre
dans la composition de wardireue, garde préposé à la surveil-
lance des routes.
Les dérivés germaniques sont : aweit (aguet), baron, burgeis
(habitant d'un bourg), burt (bourg), besun (besoin), esckuir
Cesquiver),yzM (fmi), franc, franchise, freceis (français), gainur
(cultivateur), garant, gros, haur^ francune), haubert, hange
(haine), haume (heaume), marc, mes, particule inséparable
entrant dans le composé mes faire, murdre (meurtre), nam (gage)
piège (caution), plévir (cautionner), roberie (vol), treveure
(chose trouvée), ^ruver (trouver)?, utlage (proscrit), l'avasseur,
wage (gage), waiter (guetter), warder (garder).
Les mots d'origine grecque sont : arcevesqe (archevêque)
blasmet {hlàmé, accusé), Christian (chrétien), diavle (diable),
evesgue (évêque), evesqué (évêché), muster (monastère, église),
orphanin (orphelin), paroisse, parole, spède {épée),yglise (église).
Le mot d'origine syriaque est abbeie (abbaye).
Si l'on en juge d'après ces textes, les mots dérivés du ger-
manique ne formaient qu'un quinzième de notre langue dans
la première période de son développement, et les dérivés du
celtique n'y figuraient que pour à peu près un quatre-vingt-
deuxième ; le reste était de provenance latine. Il est bien en-
tendu que je ne donne ces calculs que sous toute réserve, et
comme une simple approximation. Pour établir des propor-
tions exactes entre les mots provenus de chacune des trois
CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. VL 199
langues qui ont formé notre vocabulaire primitif, il ne fau-
drait rien moins que posséder ce vocabulaire en entier, et
avoir une connaissance complète de celui des Latins, de celui
des Celtes et de celui des Germains ; il faudrait enfin pouvoir
rapporter d'une manière certaine à l'une de ces trois sour-
ces chacun des mots que possédait notre idiome à l'époque de
ses débuts.
Parmi les trente-deux mots d'origine germanique qui se
trouvent dans les monuments antérieurs au xiV siècle, plu-
sieurs ont des primitifs qui leur sont communs, plusieurs
même dérivent les uns des autres ; ce sont les mots suivants :
i'^ waiter, aweit ; 2° burt^ burgeis; Z^ franc, franchise^ freceis ;
4° hauVj hange; 5° piège yplevir; 6° truver, treveure. En ne pre-
nant que les mots provenus d'un primitif particulier différent
detoutautre primitif dont dérive un mot quelconque de la mê-
me catégorie, et en ne comptant que pour un les divers mots
auxquels on doit assigner un primitif commun, les trente-deux
dérivés germaniques se trouveront, par cela seul, réduits au
nombre de vingt-cinq. Maintenant, si l'on compare ce nombre
à celui de la liste des dérivés celtiques, dont chacun a un
primitif particulier différent, on trouvera que ces derniers
sont relativement aux premiers dans une proportion qui est à
peu près d'un tiers et demi. Ces données sont presque les
mêmes que celles qui sont fournies par les deux chapitres sui-
vants. En effet, les mots français racine dont l'origine est cons-
tatée dans ces deux chapitres sont au nombre de 1 1 10 ; sur ce
nombre 832 proviennent du germanique, 241 proviennent du
celtique, et 37, se trouvant à la fois dans plusieurs idiomes
germaniques et dans plusieurs idiomes celtiques, peuvent, par
cette considération, être attribués ou à la langue des Francs
ou à celle des Gaulois.
SOO PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE II.
ÉLÉMENT CELTIQUE.
OBSERVATIONS CONCERNANT LA MARCHE SUIVIE DANS LES RECHERCHES
QUI FONT l'objet DE CE CHAPITRE.
Les ouvrages publiés dans le siècle dernier par Pézeron ,
Bullet, le Brigaut et autres celiomanes^ ont été l'objet d'une
juste défiance de la part des savants leurs contemporains, et
sont encore aujourd'hui la cause d'un certain discrédit dans
lequel sont tombées les études celtiques. Parmi les innom-
brables erreurs dont fourmillent ces ouvrages, une des plus
fréquentes consiste à donner pour celtique un mot prove-
nant d'une autre langue , introduit dans un des patois celti-
ques, comme il s'en introduit un grand nombre dans tous les
patois.
Pour éviter de tomber daps la même erreur, je n'ai admis
comme ayant appartenu à la langue des Gaulois, que les mots
donnés pour tels par un auteur ancien, et ceux qui, ne se trou-
yant ni dans le latin, ni dans trois idiomes germaniques, ont
été conservés au moins dans deux idiomesnéo-reltiques. Bien
plus, presque tous les mots que je donnerai comme dérivçs
du celtique se trouvèrent à la fois dans le gallois, le breton
l'écossaiset l'irlandais. Faute d'avoir recours à un pareil moyen
de contrôle, on courrait risque de prendre pour celtiques des
mçts défigurés, fournis anciennement aux idiomes néo-celti-
ques, soit par le lalin, soit par les langues germaniques, ou bien
CHAP. I, ÉLÉMENT CELTIQUE SECT. 1. 304
encore des mots postérieurement communiqués à ces idiomes
par l'anglais ou par îe français.
Je suis fort loin de croire que je sois parvenu à donner tous
les mots d'origine celtique contenus dans notre langue ; Je suis
même convaincu que plusieurs ont écliappé a toutes mes re-
cherches. En effet, les auteurs anciens ne nous ont guère con-
servé qu'une centaine de mots de la langue des Gaulois, parmi
lesquels une vingtaine sont restés dans la langue d'oïl *. D'un
autre côté, il s'en faut bien que tous les termes de l'ancien
celtique aient passé dans les idiomes modernes auxquels il a
donné naissance, ou même que l'on puisse retrouver des traces
suffisantes de chacun de ces termes dans les vocabulaires de
ces idiomes. Toutefois, en observant scrupuleusement les pré-
cautions délicates exigées par la nature du travail, peut-être
ai-je réussi à donner à peu près tous les mots auxquel une
critique rigoureuse puisse assigner une origine celtique ; du
moins, n'ai- je rien oublié pour arriver à ce résultat; et le cha-
pitre que l'on va lire est le fruit de fort longues études et de
fort laborieuses recherches.
L'orthographe est extrêmement variable dans chacun des
idiomes néo-celtiques ; chaque auteur veut trancher de l'in-
dépendant, et se crée, pour son usage, un système orthogra-
phique qui lui est propre ; c'est, d'ailleurs, ce qui arrive cons-
* Il est vrai que, sur une centaine de mots celtiques mentionnés comme
tels par les auteurs anciens, une vingtaine se retrouvent en langue d'oïl;
mais il ne faudrait pas conclure de ce fait qu'un cinquième de la langue
des Gaulois soit resté dans la nôtre. Les auteurs latins se sont principale-
ment attachés à faire connaître les mots celtiques qui avaient passé dans
leur langue; ces mots, étant à la fois latins et celtiques, avaient une double
chance d'être conservés en langue d'oïl. Ajoutez que la plupart des termes
celtiques donnés par les auteurs anciens sont relatifs à des produits de
liotre sol ou à des usages qui étaient propres aux Gaulois, dont plusieurs
furent transrais à leurs descendants.
202 PREMIÈRE PARTIE,
tamment dans toutes les langues qui ne possèdent point
quelques écrivains de mérite dont elles reconnaissent l'auto-
rité. Cette diversité dans la manière d'écrire un même mot
est une difficulté ajoutée à tant d'autres, qui rendent si épi-
neuse l'étude de ces sortes de langues. Bien que j'aie mis à
contribution un bon nombre d'auteurs, je me suis néanmoins
conformé à l'orthographe d'un seul pour chaque idiome. Ces
auteurs sont, pour le breton, Le Gonidec, Dictionnaire breton,
édition de M. de la Villemarqué; pour le gallois, W, Owen,
Dictionarj of ihe welsh language explained in english; pour
l'écossais, Armstrong, Gaelîc dictionary; pour l'irlandais, Ed.
O Reilly, An irish english dictionarj. Si parfois je me suis servi
de quelque terme qui ne se trouve point dans l'un de ces dic-
tionnaires, j'ai toujours fait connaître la source à laquelle j'ai
cru devoir l'emprunter ',
Les indications que je viens de fournir au lecteur lui seront
indispensables s'il est désireux de vérifier les expressions que
je donne conrnie appartenant à tel ou tel idiome néo-celtique.
Le breton, le gallois, l'irlandais et l'écossais sont les idio-
mes celtiques auxquels j'ai eu principalement recours, comme
' * Le Gonidec a exclu de son dictionnaire plusieurs mots donnés par
d'autres lexicographes bretons, parce que ces mots se rapprochent assez des
termes français correspondants pour qu'on puisse supposer qu'ils ont été
empruntés à la langue française. Ces exclusions sont généralement heu-
reuses à quelques rares exceptions près, que j'aurai occasion de faire con-
naître. J'avertis dès maintenant qu'il s'agit de certains mots qui ne parais-
sent dérivés d'aucune langue européenne, et qui se retrouvent dans tous
les autres idiomes néo-celtiques. Dans ce cas, l'existence de ces mots dans
le français, loin d'être un motif pour les croire étrangers au celtique, est,
au contraire, une raison de plus pour supposer qu'ils ont appartenu à l'an-
cienne langue que nos pères ont primitivement parlée dans la Gaule. M. de
la Villemarqué, dans son excellente édition du dictionnaire de Le Gonidec^
à laquelle je me suis conformé, a eu soin de restituer au breton la plupart
des mots dont il est question.
CHAP, II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 203
étant ceux qui pouvaient me fournir le plus grand nombre de
données utiles pour mes recherches. Toutefois je n'ai point
négligé de mettre à contribution un autre idiome de la même
famille qui me présentait également des ressources précieuses
bien qu'elles fussent beaucoup plus restreintes. Cet idiome est le
cornouaillais ou cornî'^ue qui était autrefois parlé en Angleterre
dans le comté de Cornouailles, et qui a fini par s'éteindre vers
la fin du siècle dernier. La plupart des mots que j'ai donnés
comme appartenant à l'ancien dialecte de Cornouailles sont
empruntés à un vieux dictionnaire cornouaillais imprimé pour
la première fois en 1 790 par William Pryce, dans son Archœo-
logia Cornu-Britannica. Il vient d'être publié de nouveau, et
d'une manière beaucoup plus satisfaisante, par M. Zeuss dans
sa Grammatica celtica. Le manuscrit qui renferme ce diction-
naire se trouve à Londres dans le British Muséum, où il fait
partie de la Bibliothèque Cottonnienne. C'est un in-4° vélin
coté Vespasien A. Certains auteurs l'ont donné comme étant
du ixe ou du x^ siècle, mais il n'est réellement que de la fin
du XII*, ainsi que l'établit M. de la Villemarqué dans ses
Notices des principaux manuscrits des anciens Bretons, p. 19-21.
IL
RECUEIL DES MOTS DE LA LANGUE d'OIL QUI SONT d'ORIGINE CELTIQUE.
ÀBRivÈ, anc. impétueux, vif,
prompt, rapide, preste; italien,
espagnol, portugais, brio, vigueur,
vivacité, prestesse; en langue d'oc,
briu.
La lance el poin au gonfanon.
Sur le cheval bauzan Gascon
Fort e isnel e aaisié
Toz abriveZf lance baissée,
Lor vait uu chevalier ocire.
[CkroH. Jet duc» d» Kormandie, t, I, p. *10.)
Si cum il vindrent abrivez^
Si lor laissent chevaux aler.
(/AiJ.t. II, p. 448.)
— Ecoss. 1° brigh, vigueur, éner-
gie, vivacité; 2" hrisg, vif, impé-
tueux, prompt; irland. 4° brîg ,
2° brise; gall. ôrysgf, vif, impé-
tueux.
Alouette, diminutif de l'ancien
mot aloe, alom , qui avaient la
môme signification.
204
PREMI-ÈRE PARTIE.
Quant Valoe prist à chanter
Se commencèrent a armer.
(Chnn. dei duc» de Nom., 1. 1, p. 935.)
Vostre esprevier sunt trop plus donte (sic)
Que vous n'iestes, c'est veriteiz ;
Car teil i a, quant le geteiz,
Seur le poing aporte Valoe.
[Ruiebeuf, t. I, p. 115.)
Aloe, aloue, viennent de aîauda,
qui signifiait alouette en celtique,
d'après le témoignage de Pline et
de Suétone. César, ayant levé, à
ses frais, une légion dans la Gaule
transalpine, lui donna d'abord le
nom latin de galerita, alouette, au-
quel il substitua ensuite celui d'a-
lauda, désignant le même oiseau
dans la langue des Gaulois qui com-
posaient cette légion : « Ab illo ga-
ierita appellata quondam, postea,
gallico vocabulo, etiam legioni no-
men dederat alaudœ. » (Pline,
liv. II, ch. cccLxxi.) « Qua fiducia,
ad legiones quas a Republica acce-
perat, alias privato sumptu addidit.
Unam etiam ex Transalpinis con-
scriptam, vocabulo quoque gallico
Allauda enim appellabatur), quam
disciplina, cultuque romano institu-
tam et ornatam, postea universam
civitate donavit. » (Suétone, Vie de
César.) On lit dans Marcellus Em-
piricus, ch. xxix : <( Avis galerita
quae gallice alauda dicitur; » et
dans Grégoire de Tours, liv. IV :
« Avis corydalus, quam alaudam
vocamus.
— Bret. alc'houedez, alc'houeder,
alouette; l'article al paraît avoir été
introduit dans ces mots aussi bien
que dans alauda, car on trouve en
breton c'houedez, c'houeder, avec la
même signification. Gall. uçedyz :
le c'h en breton et le ç en gallois
représentent une h fortement as-
pirée .
Aluine, anc. absinthe. (Voir Tré^
voux, Monet, Borel, etc.)
On lit dans le Traité de Re hortensi
de Charles Estienne : « Absinthium,
vulgus vocat de l' aluine ; alias ap-
pellatur du fort, propter insignem
amaritudinem. Quidam tamen no-
men latinum imitantes vocant de
l'absinse. » (P. 55.) Le mot fort,
désignant de l'absinthe, s'est con-
servé dans le midi de la France; on
dit fou£rt en provençal.
Si est-il expédient adoucir la dureté du
lenguage et dissimuler l'austérité d'icelluy,
corne quant l'on veut guérir un enfant des
verz, lui donnant pour ce une médecine d'a-
luine, et l'attrempe-on avec du succre pour
les garder de sentir l'amertume de Valuine.
(Bonivard, Advis et devis des lengues, pu-
blié par M. Bordier. Paris, 1849, in-8",
p, 43.)
Ce mot est d'origine celtique,
ainsi que le prouve le passage sui-
vant de Dioscoride : 'H ôè xeXxtx;^
vâpSo; yz^^àzai [asv êv loî; xatà Aiyu-
p(av "AXtiectiv, èitixtopîtoç <î)vo(ia<7fi.évYi
àXioÛYY'»' (Dioscoride, éd. de 4598,
liv. I, ch. VII, p. 9.)
— Bret. kuelen, huzelen, uzelen,
absinthe. Dans àXtoûyvta, aluine,
l'article al a dû être ajouté. (Voir
Alouette à l'article précédent.)
Arpent. D'après un passage de
Columelle, ce mot paraît nous être
venu de la langue des Gaulois :
« Galli candetum appellant in areis
urbanis spatium c pedum; in agre-
stibus autem pedum cl, quod ara-
tores candeium nominant, semiju-
gerum quoque aripenem vocant. »
(Colum. liv. V, ch. i.)
Atib, aaitib, hatir, aatib, aàs^
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL
tiR, etc., anc. invectiver, injurier,
quereller. Atine, ataine, etc., que-
relle, dispute, discorde, animosité.
Ataimr, atahiner, atiner, quereller,
disputer, obséder, irriter, agacer,
provoquer; d'où ostiner, qui s'est
conservé parmi le peuple avec la
même signification. Ataîneux, que-
relleur, disputeur, chicaneur.
Où iez Rollans, boins chevaliers hardis,
Ke de bataille et d'estor m'aaitis.
(Rdm. de Cerars de Yiane, y, 513).
Lequel Berart dist a icellui Chauvet qae
s'il le haloit^ que il Ini donroit un boutfeau
ou buffe (soufflet). Pour celle cause, en eulz
haussant l'un l'autre de leur pouoir, et eu
desmentant l'un l'autre... (Lettres de ré-
mission de 1404, citées dans le glossaire de
Carpentier, art. Atia.)
Aucuns des dis de Mons aastîrent de pa-
roles ceux de Villers. (Lettres de rémission
de 1401, citées ibid.)
Lequel Colin a esté tout le temps de sa
vie bomme plaideur et altaïneux, (Lettres
de rémission de 1370, citées ibid.)
Eisi dura ceste olaïne
Une grant espace e un termine
Entre les frères et le rei ;
Mainte bataille e maint turnei
Tindrent ensemble plusors feiz.
{ChrOH, det duc» de Norm., t. Ijp. lOS.)
Dès ciel jor sorst l'a/aîne,
La malevoillance e la haïne,
Ce vos sai bien ci ameinteivre,
Dunt li covient mort 'a receivre.
{liid., 1. 1, p. 453.)
— Ecoss. aifhis, quereller, in-
vectiver, gourmander, réprimander,
reprocher; irland. aithisim, invecti-
ver, injurier, outrager; bret. atàhin,
querelle, dispute, noise, chicane;
atahinein, quereller, chercher noise,
chicaner, irriter, agacer, provo-
quer.
BxBEQum, anc. soufflet pour al-
lumer le feu. (Roquefort.) Ce mot
signifiait aussi un coup donné sur
la joue avec le plat de la main, ce
que nous appelons de même un
soufflet. (Voir le glossaire de Car-
pentier, art. Buffa.) Le provençal
nomme bouffet un soufflet pour al-
lumer le feu; en vieux français
buffe, buffet, et en espagnol bofe-
tada, signifient un soufflet donné
sur la joue. (Voyez Bouffer ci-après
parmi les mots d'origine germa-
nique, ch. III, sect.ii.) Les jongleurs,
les bouffons enflaient leurs joues
comme un soufflet plein d'air au
moment où on les souffletait pour
l'amusement du public, afin que le
coup fît plus de bruit et moins de
mal ; de là le nom que l'on donnait
à ce coup. (Voir, à cet égard, Ter-
tulianus, de pallio, p. 298.) Les
enfants s'amusent encore à faire
entre eux ce que faisaient les his-
trions. — Bret. begin, megin, souf-
flet pour allumer le feu; gall. me-
gin, item; irland. builg, item,
écoss. builg, builgean
Begin dont on fait babequin a é-
prouvé une sorte de redoublement de
sa première syllabe, comme il arrive
quelquefois; c'est ainsi que àenym-
phœa nous avons fait nénuphar.
Bachelier. La première significa-
tion de ce mot fut celle de jeune gar-
çon, jeune homme, adolescent; d'où
bachelerie, dans le sens de jeunesse,
adolescence.
Respnndiient li bacheler. (Livre des Roity
p. 282.)
Et dixerunt ei juvenes.
E tint sei al cunseil as bacheler», si lar
dlst. [Ibid. p 283.)
Et locutus est eît tecundum eonsilium ju-
venum, dicens.
206
PREMIÈRE PARTIE.
Respnudi SaQI : Ne te poz pas a lui co-
pier, kar tu es vadiez, e il est un merveil-
lus bers de sa bachelerie, {Ibid. p. 63.)
Et ait Saulad David : Non vales resiatere
Philisthœo isti, nec pugnare adversus eum,
quia puer es, hic autem vir bellator est ab
adolescentiï sua.
L'aive douèrent maintenant
Li bachelier et H serjant.
[Flohe et Blaneeflor, ëdit. dé M. da Méril. p. 195.)
Ensembr od éls xv, mille de Francs
De bachelers que Caries cleimet enfans.
{Ckans. de Roland, (t. ceux.)
Bachelier se prit dans la suite
pour un jeune genlilhomme qui a
fait ses premières armes, enfin on lui
donna la signification qu'il conserve
encore aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on
l'employa pour désigner celui qui
a fait ses premières études, qui a pris
le premier grade dans une faculté afin
de parvenir au doctorat. De bachelier
on fit le latin barbare baccalaureuSy
mot fabriqué de telle façon qu'on
semble avoir eu l'intention d'expri-
mer l'idée d'un lauréat couronné de
baies de laurier, bacea laurea.
Dedans avoit bonne chevalerie qui la
gardoient et defendoient ( la ville de
Rennes) : premièrement le vicomte de Ro-
han, le sire de Laval, messire Charles de
Dynant et plusieurs autres bons chevaliers
et écuyers. Et y estoit adoncques un jeune
bachelier qui s'appeloit messire Bertran du
Guesclin, qui depuis fut moult renommé au
Toyaume de France... et se combattit, le
siège tenant par devant Rennes, à un che-
valier d'Angleterre. (Froissart, 1. 1, p. 369,
col. 1/
Mais il furent armé a loi de bacheler.
{Chron. de du Guesclin, t. Il, p. 234.)
On disait anciennement béchot,
bésot, pour petit garçon; béchotte,
besotte, basselle, baiselle, bachelette,
etc. pour petite fille ; bageasse, ba-
jassej baasse, baesse pour servante.
(Voir le glossaire de Roquefort et
son supplément.) On dit encore au-
jourd'hui, en Picardie, baichof, et en
Franche-Comté pa?:cAa/î, pour petit
garçon; en Dauphiné, patc/io^ signi-
fie à la fois petit et petit garçon.
Pos es escueles lavoit,
Lk où ordoier les savoit,
Com se de l'ostel fu bajasse.
(Rutcbeaf, t, II. p. 213.)
Tant vont cerchant bonne aventure
Qu'il n'ont baesse ne sergant (serviteur).
{liid.. t. 1, p. 2Î8.;
Il n'i a mais fors baisseletes,
Enfans et garchonnaille
{Théâtre fraa fais au mogeu ô^c, p. 93.)
Ben qu'il eust, et rendu le hanap à la
bachelette gentille, feit une lourde excla-
mation. (Rabelais, Pantagruel, I. iv, chap.
ti, p. 269.)
Gall. beçan,byçan, petit; ftaçgen,
garçon, jeune homme; baçgenyn,^Q~
tit garçon; écoss. bearj, heagan,^Q-
tit; irland. beag^, beagan, item; bret.
bihanJtem.On trouve bachan, bichan
avec la même signification, dans le
dictionnaire cornouaillais du XIP siè-
cle, publié par Pryce et par M. Zeuss.
Bade, anc. baliverne, sottise, pro-
pos frivole et niais (Roquefort), Ba-
daud et Badiner, sont des mots
de la même famille. — Bret. bada,
agir ou parler comme un sot, un fou,
un étourdi ; bader^ badaouer, niais,
sot, badaud; écoss. baothj baothair,
item; irland. badhghaire, item.
Bagues, Bagage. Bagues se disait
autrefois pour hardes, marchandises,
meubles, et, en général, pour tous
les effets que l'on pouvait emporter,;
il avait enfin un sens analogue à
notre mot bagage, qui en est dérivé.
Ce temps pendant, le seigneur de Quie-
vrain, quel comniand que le duc lai oU fair,
CHAP. II, ÉLÉMENT
se parlist de la cour du duc, le plus secrè-
tement qu'il peut , lui deuxiesme, et felt
emporter ses mcillenTS bagues. (Mémoires
de Jacques du Clercq, publiées par M. Bu-
chon, liv. V, chap. xx, t. III, p. 383.)
Ecoss. ôag, trousse, paquet de bar-
des, faix, fardeau; gall. bac, baich;
bret. béac'h.
Baillet. On appelait, ainsi autre-
fois, selon Nicot, un cheval ayant
une tache blanche au front. Aujour-
d'hui baillet ne se dit que d'un
cheval dont le poil est roux, tirant
sur le blanc. Nous nommons bal-
zanewae tache blanche qui se trouve
aux pieds de certains chevaux; un
cheval balzan est celui qui est
marqué de ces taches.
Bret. bal {l mouillée), tache blan-
che au front des animaux, soit che-
val, bœuf, chèvre, chien ou autres ;
il se dit également de l'animal mar-
qué de cette tache. Irland. bail, tache,
marque; écoss. bail, item; balladh,
tacheté.
Balai, en basse lat. baleium. Les
anciens balais se faisaient générale-
ment en genêt, comme cela se pra-
tique encore dans beaucoup de nos
provinces; de là le nom de l'arbuste
servit à désigner le 6a/mlui-mêmc. Il
en est encore ainsi en anglais : broom
signiÛQ genêt et balai. En provençal,
ginest est également employé dans
les deux significations. Dans notre
ancienne langue, le genêt se nom-
mait balanier. (Voir ce mot dans le
glossaire de Roquefort.)
Le mot baleys parait être pris pour
un brin de genêt dans le passage sui-
vant de Matthieu Paris, sur l'an 1 252 :
« Ferens in manu virgamquam vul-
gariter baleys appellamus. »
CELTIQUE SECT. IL 207
— Irland. ballan, genêt et balai;
écoss. bealmdh,item; gall. banal
item; bret. balan, genêt; balaen,
balai.
Balet, Balay, Balé, anc. galerie
couverte par un toit en saillie ap-
puyé contre un bâtiment. En basse
latinité, baletum,
Vindrent deux chappellains dessoubz le
balet ou galerie de l'église de Saint-Martin
de Coussay. (Lettres de rémission de 1454,
citées dans le glossaire de Carpentier, art.
Baletum.)
Lequel sac porteront tous deux ensemble
sur le ballet Ae la maison qui est sur la rue.
(Lettres de rémission de 1459, citées ibid.')
— Bret. baled, toit en saillie pour
garantir de la pluic^ auvent; baleg,
saillie; gall. balawg, toit ou autre
construction en saillie, avant-toit,
auvent; 6a?^ saillie.
Bane, anc. corne; en provençal
bana. (Voir le glossaire do Roquefort,
article Bane$,. — Gall. ban, corne;
écoss. beann, item ; irland. beann,
item.
Bar, anc. fange, limon^ vase. (Ro-
quefort.) — Écoss. eabar, fange, boue,
vase, limon; irland. eabar, item. .,j
Baraque, enesp. barraca. — Écoss.
barrachad, maisonnette , cabane ,
hutte, baraque; irland. barrachad.
Barat, anc. tromperie, perfidie,
trahison, fraude, ruse; barater,
tromper, frauder; barateur, trom-
peur, imposteur. (Voir Nicot, Tré-
voux et Roquefort.)
Seignour, cis siècles ne vaut rien ;
Plain est de barat et d'engien
Por quoi preudon ne l'doit amer;
La {;ent sont lelon comme chien.
(Nouu. ree. dtt contes, 1. 1, p. 283.)
Hon puet bien reigneir une pièce
Par faucetei avant c'on chiece.
208
PREMIÈRE PARTIE.
Et plus qui plus seit de barat;
Mais il convient qu'il se barat
Li-mcismes, que qu'il i mete;
Ne jamais n'uns ne s'entremêle
De bareteir que il ne sache
Que baraz li rendra la vache.
(Ruteb«uf, t. I, p. 3^7.)
Feme, s'ele fait mal, fait bien que faire
doit,
Ouar se feme fait mal, et ele l'aperçoit.
Elle guile, et barnle^ et engingue et déçoit...
Trop set feme d'engin, àebaral et de lobe;
Home qui la velt croire guile, barate et
lobe,
Et petit et petit le barate et desrobe
Et demande deniers, et puis demande robe.
(Chaitit-Musart, à U «uiie des oeurret de Rulebcui^
t. II, p. 231.)
Vos créez un mentéor,
I. larron, i. barretéor,
Por sa grant barbe l^e il porte.
[Dolopalkot, ëd!t. Jannet, p. SSS.)
— Bret. barad, perfidie, trompe-
rie, trahison; écoss. brath, item;
irland . brath^ item; gall. bradj item ;
bradu, décevoir, tromper, trahir;
bradwr, trompeur, traître.
Barguigner, signifiait autrefois
marchander; il signifie aujourd'hui
hésiter, avoir de la peine à se déter-
miner, particulièrement quand il s'a-
git d'un achat, d'un accord, d'une
afi'aire. Marchander s'emploie éga-
lement dans le même sens. En ital.
bargagnare; en portugais et en langue
d'oc barganhar signifient marchan-
der, traiter, négocier.
D'un vassal vus recunte ci
Ki un ceval aveit nurrî...
Par vingt souz, ce dit, le dunra.
Un sien veisin le bargeigna^
Haiz n'en vraut mie tant duner.
(Marie de Franc*, t. II, p. 308.)
Estagiers de Paris puent barguinier et
aehater blé on marchié de Paris por leur
mengier en la présence des talmeliers bau-
baniers, {Livre des métiers, p. 17.)
— Écoss. baragan, marché, traité,
accord; bret, barhaha, marchander.
Baril, Barrique et Baratte, es-
pèce de long baril dans lequel on bat
le beurre, sont tous des mots de même
origine. Dans les capitulaires de
Charlemagne de villis suis, le mot
barriclus se trouve employé pour une
sorte de vaisseau de bois garni de
cercles en fer. (Voir la bibliothèque
de l'École des Chartes, année 1853,
p. 547.)— Bret. 6ara2^ baquet, caque,
baril, mais plus particulièrement ba-
ratte, vaisseau à battre le beurre;
gall. barils caque, baril, barrique;
écoss. baraill, bairill; irland. bai-
rile.
Barrette, Birrette, Berret ou
Béret, mots qui désignent diffé-
rentes sortes de bonnets. (Voir le
dictionnaire de l'Académie et celui
de Trévoux.) En basse latinité, bir-
retum, espèce de bonnet; en prov.
baretta; en ancien espagnol, barrete;
en ital. berretta. — Écoss. bairead,
bioraide, bonnet, chapeau, casque;
irland, bairead^ item.
Bas. — Gall. bas, bas, profond;
basu, abaisser; irland. bass, profond
(Mac-Curtin) ; bret. baz. Dans ce
dernier idiome la signification de baz
a été altérée au point que ce mot ne
représente plus aujourd'hui que l'idée
de peu profond. Ce fait ne paraîtra
pas étonnant à ceux qui ont observé
comment le pouvoir despotique de
l'usage fait passer les mots d'accep-
tion en acception, au point de les
conduire quelquefois, par une suite
d'évolutions, à une signification fort
éloignée de celle qu'ils avaient pri-
mitivement. (Voyez à cet égard t. II,
chap. II, sect. v.)
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SEGT. IL 209
L'adjectif bas, qui fait le sujet de
cet article, est lui-même une preuve
de la variation que l'usage peut faire
éprouver aux mots, car cet adjectif
signifie tantôt qui a beaucoup de
profondeur, et tantôt qui a peu
d'élévation : ce puits est bas, cette
cave est basse; un plafond bas, une
maison basse. En latin altvs signi-
fiait haut, élevé, ou bien bas, pro-
fond.
On trouve bassiis traduit par cras-
sus, pinguis dans le glossaire d'Isi-
dore de Séville, Papias l'interprète,
par mrtus, humilis. Ainsi ce mot de-
vait avoir plusieurs acceptions et
entre autres celle de gros et court,
courtaud, trapu, bas de taille. Nous
appelons basset un chien qui offre
une pareille manière d'être. Bassus
paraît avoir appartenu au latin rus-
tique, qui a dû l'emprunter au cel-
tique en modifiant diversement la si-
gnification du primitif.
Dans ma première édition j'ai don-
né bâtard comme un composé formé
de deux mots celtiques bas, bas et
tœrz, extraction; mais après un exa-
men plus attentif, je trouve que cette
origine n'est pas admissible . Il est
plus probable que bâtard , autrefois
bastard, bastart, est un dérivé de bas
auquel on a joint le suffixe ard, art;
c'est ainsi que de mâle on a fait ma-
lart, mâle du canard sauvage, de ju-
ment jiimart, animal né d'une ju-
ment et d'un âne. (Voyez t. II , p.
357-359.) Bastard, bastart sont pour
bassard, bassart dans lesquels on a
intercalé un t après le s, comme
dans l'ancien verbe blastenger , for-
mé de blasmer dont il avait la signi-
fication, cl dans la locution este-le-
vos (ecce illum vobis), qui signifiait
en langue d'oïl le voilà. (Voir pour
cette locution le tome III, p. 388.)
Bâtard signifie proprement un en-
fant qui, sous le rapport de la nais-
sance est considéré comme étant au-
dessous de l'enfant légitime, ou bien
comme étant de basse extraction,
pourrai tron dire, si cette expression
n'était consacrée pour rendre une
autre idée. On trouve dans nos anciens
auteurs enfant de bas, fils de bas ,
fille de bas, pour enfant naturel, fils
naturel, fille naturelle.
D'ot li rois gaires de santé ;
Et si vesqui plus de vu. ans,
Et ot assenés ses enfans
De bas, dont un. avoit encor.
Si leur dona de son trésor.
{Chron, de Ph. iioutkes , ëdit. da SI. d« R«iffeBb*r(,
1. 1, p. 447.)
Mais il reprist, a grant proière,
Fille le conte Godefroit
De Louvaing, W moult bêle estoit...
Mais 11 rois n'en out nul enfant ;
Çou pesa lui, mois non pour quant
Si ot de bas li rois vi, fins
Et VII fllles auques gentius ;
De frankes femes palsans
Ot li rois Henris ces enfans.
{Uid., 1. 11, p, 3*4.)
Et s'eut de bas i. fil
Ki moult ot haut cuer et gentil.
{lèid., t. 1, p. 69.)
Fille le roi Henri de bas,
Juliane fa apielée.
(liid.. t. ll.p. S31.)
Pourquoy il le avoit appelle /^/ta» de bas,
qui estoit a dire bastart et ûlz de putain.
(Lettres de remission de 1375 citées dans le
gloss. de Carpentier, art. Bastardus.
Bauderon de la Viesville, fils de bas de
feu le seigneur de la Viesville. {Lettres de
1400 citées ibid.)
On disait venir de bas pour être né
d'une femme non mariée, être !c
M
Î40
PREMIÈRE PARTIE.
fruit d'un commerce criminel, être
enfant naturel.
De la partie de Phelippe de Nohaut ,
femme de Jehan du Jat.... nous a esté ex-
posé.... que comme elle feust venue de bas
et ne feu3t née en loyal mariage,.... et que
«le présent, elle a plusieurs. enfTans il
nous pleust iceulx enffans femeaulx et de
sexe féminin habiliter et a iceulx faire
pareille grâce que nous avons (faite) à elle.
{Charte de 1402 citée iMd.,itl. Yenire de
Basso.)
Bat. Vieux mot qui signifie queue
de poisson, et que les marchands de
marée emploient encore dans cer-
taines phrases : lepoissonest mesuré
entre œil etBxr. (Académie.) — Écoss.
bod, queue; irland. bod, item.
Baton. — Irland. bat, bâta, bâ-
ton ; bret. baz; écoss. bat.
Bave. — Bret. babouz, bave, or-
dure, saleté; babouza, baver; gall.
baw, ordure, saleté.
Bec. Suétone nous apprend qu'An-
tonius Primus, général de Vespasien,
né à Toulouse, avait reçu, dans son
enfance, de ses compatriotes, le sur-
nom de becco, qui, selon cet histo-
rien, signifiait bec de coq. « Cui To-
los3Ê nato cognonem in pueritia Becco
fuerat; id valet gallinacei rostrum.»
(Suét. Vie de Vitelîius.)— Bret. beh,
beg, bec; écoss. beic; gall. pig; ir-
land. bec.
Bêche. En basse latinité, becca. —
Bret. 6ac% bêche; irland. bac; gall.
bac.
Beloce, Belloce, anc. sorte de
prune sauvage, espèce de prunelle.
On trouve en basse latinité boluca
dans une vie de saint Colomban
écrite auvni* siècle par Jonas, moine
de Bobbio. chap. xix : « Vel pomo-
rum parvulorum quae eremus illa fe-
rebat, quae vulgo bolucas appellant.»
Père, se prune ne ieloce,
Poire, pommes, frères ne nois
Truis en alant aval ce boys,
J'en mengeray.
{Ua miracU dt Noilre-Dame , daos la Tli^âtra fraDftU
au imajeo Âge, p. S8G.)
Pesches, raisins ou alliettes.
Nèfles entées ou framboises,
Belloces d'Avesnes, jorroises.
Ou des meures franches ayés.
(Roman dt la Rote, ii. de ITSS, 1. 1, p. S88.)
— Irland. 1" buîos, prune; 2» bu-
lislair, prune sauvage, prunelle.
Écoss. \° bulas, bulos; 2° bulais-
tear.
Benel, Bennel, Beneau, anc.
chariot, tombereau.
Maistre Sausien Le Len et le messager de
Pierre de La Lune.... furent amenés moult
honteusement et desbonnestement en un
bennel da Louvre en la cour dupalais.i..
et après furent ramenés au Louvre sur le
dict bennel^ comme dessus. (Monstrelet,
liv. I, chap. XXVI.)
Bennel, benel, sont des diminu-
tifs du celtique ben. Nous trouvons
ce mot, avec la forme latine benna,
dans Festus, qui le donne comme
appartenant à la langue des Gau-
lois. « Benna, lingua gallica, genus
vehiculi appellatur, unde vocantur
combennones, in eadem benna se-
dentes. »
Gall. ben, char, chariot; irland.
fen; écoss. feun.
Bertauder, Bertouder, Bretau-
DER, anc. tondre, couper, châtrer.
L'Académie admet encore brétauder,
avec la signification de tondre in-
également^ couper les oreilles à un
cheval. Bertaad signifiait châtré.
(Voir ce mot dans Trévoux.)
CHAP. n, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 214
Moines devint, ch'en est la soume ;
Par H conseil du bon preudoume,
Pour le siècle plus eslongier,
Berlatider Cst et rooigner
Sen chief c'avoit blonl et poli.
[Faùliaux et conte), éd. Je 1808, ». J, p. 355.)
Mors est Gérard et toz scsparanteiz.
Et tu serais tondus et berloxidiez.
{Gtrarsde Viane,éd. Bekker, T. 154.)
On trouve brétauder, pour signi-
fier couper court, tondre, dans ma-
dame de Sévigné; mais elle paraît
ne s'en être servie que comme d'un
vieux mot qu'elle se permet d'em-
ployer en plaisantant.
La Martin l'avait brétaiidée par plaisir
comme un patron de mode excessive; elle
avait donc tous les cheveux coupés sur la
tête, et frisés naturellement par cent pa-
pillotes, qui la font souffrir toute la nuit;
cela fait une petite tête de chou ronde sans
que rien accompagne les côtés. (Lettre de
M»» de Sévignc a M"" de Grignan, du 18
mars 1671.)
— Écoss. 4° beanta, béante, qui
a les cheveux coupés court, tondu;
2° bearr, couper, écourter, tondre,
dérivé de 3" bearr, court; irland.
4<* bearr ad, 2° bearr aim, 3° bearr;
bret. berraat, accourcir, raccourcir;
rogner: berradur, raccourcissement,
action de raccourcir; berr, court;
gall. byr, court; byrâu, raccourcir,
rogner. On trouve ber, signifiant
court, dans le dictionnaire cor-
nouaillais du XII* siècle publié par
Pryce et par M. Zeuss.
Bétoine, plante que les Gaulois
nommaient vettonica, selon le rap-
port de Pline : « Vettonica dicitur
in Gallia, in Italia serratula. » (Liv.
XXV, cli. VIII.)
On trouve bétoine et vétoine dans
nos anciens auteurs :
Remède por la dolor de chief. — Raez si
le peil de la teste, puis si prenez de vé-
toine plein pot, si quassiez o le vin, et puis
si;en oingnez la teste o le jus austresi chaut
eome 11 porra souffrir, et si li mêlez l'em-
plastre sur le chief en une coiffe linge des-
sus , et si lessiez estre treis jors. (JIs de
M. D., côte M, no 9, f» 117 r", cité par Ro-
quefort, gloss. ari.Yétoine.)
— Bret. bentonih, bétoine; écoss.
lus bheathaig, item ; lus, qui entre
dans cette expression, signifie herbe ;
irland. lus mhic bethaig, bétoine, ,
littéralement herbe de pure bétoine.
Bijou. Ce mot dérive d'un'primi-
tif celtique signifiant anneau ; c'est
par extension qu'il a été pris dans
le sens de joyau en général. Le mot
bague , anneau, prend également
quelquefois une signification géné-
rale analogue à celle de bijou.
L'Académie autorise cette acception
étendue, et donne pour exemple :
« Les bagues et joyaux de cette
femme ont été estimés cinquante
mille francs. Allouer tant à une
veuve pour ses bagues et joyaux. »
— Bret. \° bizou, bézou, bézeu,
anneau, bague; 2° biz, doigt, pri-
mitif des précédents. Gall. 1° byson;
2" bys. On trouve bisou, anneau, et
bis, doigt, dans le dictionnaire cor-
nouaillais du XII* siècle, publié par
M. Zeuss.
Bille, pièce de bois de toute la
grosseur de l'arbre, séparée du tronc
par deux traits de scie (Acad.) ; Bil-
lot, gros tronçon de bois cylindri-
que ou taillé carrément (ibid.). —
Irland. bille, tronc d'arbre, gros
tronçon de bois, bille, billot ; bret.
bill, pill; gall. pill.
Botte, en basse latinité bota, botta.
que l'on trouve souvent et fort an-
212
PREMIÈRE PARTIE.
ciennement^ pour signifier diverses
sortes de chaussures, et particulière-
ment des chaussures profondes.
(Voir le glossaire de du Gange, art.
Bota.) — Brel. botez, chaussure en
général; botaoui, boutaoui, chaus-
ser. Gall. botas, botasen, chaus-
sure^ botte. Écoss. bot, boit, item,
Irland. botis, botain. botin, butais,
item.
Bouge, Bougette, anc. bourse.
Vous voulez vuider les gibecières d'au-
truy pour remplir vos bouges. {IV» Matinée
du seigneur de Cholières.)
De mettre nostre argent en bouge
Ou autrement en la bougette,
Mieulxvault rafreschir la gorgette
De ce qui est donné pour nous.
(Àpoeali/pte tainti Jcr.\n Zebedie, «te, ^dit. da 1541,
ia-fol. fauilUti. r«ct. ca\.H.)
Et baillent, quant ik sont sur champs.
Leur bougette a l'hostesse à garder,
Et dient qu'il y a cent francz,
Où il n'y a pas uug denier.
(L«i DroUt nouveaux r!a Coquillari, <dit. daCoattclicr,
p. 50)
Le mot bouge fut transporté de
France en Angleterre par les Nor-
mands, d'où il nous est revenu sous
la forme budget, diminutif quelque
peu dérisoire que l'on croirait avoir
été employé par euphémisme. Tous
ces mots sont dérivés de bulga,
bourse, petit sac de cuir, primitif ap-
partenant à la langue celtique, dnsi
qufC nous l'apprend Festus : <( Bulgas
Galli sacculos scorteos appellant. »
Ce primitif, diversement modifié^ se
retrouve dans tous les idiomes néo-
celtiques. — Gall. bolgan, bourse;
bret. boulgan et boulgeden (Rostre-
nen) ; écoss. bolg, builg ; irland. bolg.
Bouleau. Selon Plino, le bouleau
était un arbre particulier è la Gaule,
« Gaudet frigidis sorbus, et magis
etiam betulla. Gallica hœc arbori,
mirabili candore atque tenuitale ter-
ribilis magistratuum virgis , eadem
circulis flexilis, item corbium costis.
Bitumen ex ea Galliae excoquunt. »
(Liv. XVI, ch. XVIII.)
On a dit autrefois bez et betule
pour bouleau. (Voir les deux dans le
glossaire de Roquefort.) Betulus et
betule sont des dérivés du primitif
celtique, formés au moyen de suf-
fixes propres aux diminutifs. (Voir
t. II, p. 388.) —Irland. beith, bou-
leau; écoss, beithj beithe; bret. bé-
zô, béô, béeù,; corn, bezo, bes: gall.
bedw.
Bourde signifiait autrefois trom-
perie^ menterie, plaisanterie, raille-
rie, moquerie, facétie, malice, farce,
sornettes. Ce mot est encore au-
jourd'hui employé populairement
pour un mensonge, uii faux pré-
texte, une défaite. On dit bourder,
pour se moquer, dire des mensonges,
des sornettes.
Warnet, as-tn le raison
Ole de cest païsant,
Et comment il nous va disant
Ses bourdes dont il nous abuffe T
{Théâtre franf ait au moyen âge, p. 89.)
Douce geni:, es croniques de Romme soitt
trouvées
Les paroles qui sont ci de par moi contées;
Mais I rommans en est cù en est ajoustées
Granz bourdes qui n'i doivent pas estre re-
cordées.
{Nouveau reeueitde eonut, l. I, p. lit.)
Sages fu li bourjois et moult bien empariez;
Quant il ot bien beu, bourdes disoit assez.
{Chrott. de du Gueteli». I. 1. p. 53.)
Ha ! respondi messire Hue de Cavrelée
qui fut courroucé de celle parole , que tu
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. II. 213
es bien taillé de bien fareer une belle
lourde; or sais-je bien que tu as menti.
(Chron. de Froissart, liv. lî, ch, cxu.)
Bret, bourd, tromperie, ruse, ma-
lice, facétie, farce; écoss. burdan,
plaisanterie, raillerie, malice, mo-
querie, sarcasme, lardon; irland.
burdan^ item.
Bouse. Bret. beùzel, bouzel, bou-
iil, bouse de vache ; gall. biswail,
excrément des animaux et particu-
lièrement bouso de vache; écoss.
buachar, item; irland. buacar item.
Boyau, Boudin. Ces mots ont la
raême origine. Boyau se disait an-
ciennement baudan, baoudan, bouel,
boel. (Voyez, à cet égard, le glos-
saire de Roquefort.) Basse lat. 60-
tellus, botulus, bodelluSj boyau; en
ital. bvdello, en languedocien bxidel.
On appelait autrefois, en français,
béditle le cordon ombilical, et bu~
dine, boudiné le nombril.
Le suppliant frappa sa bisague ou ventre
d'icellui prestre, entre l'aine et la budine.
(Lettres de rémission de 1475, citées dans
le glossaire de Carpenliet, &n. Bodellus.)
Or verrai au moustrer devant
De la gorgete en avalant ;
Et premiers au pis camuset,....
Bouline avant et rains vautiés.
{TUâlre franfaii au moyen âge, p. 960.)
On trouve dans Martial botulus et
botellus, pour boudin, liv. V, épigr.
79, et liv. XVI, épigr. 72 ; mais Au-
lu-Gelle nous apprend, liv. XVI, ch.
VII, que ce mot était étranger à la
langue latine. Comme il se trouve
dans les divers idiomes néo-celti-
ques, pour signifier à la fois boyau
et boudin, je ne doute pas qu'il ne
fût un des mots empruntés par les
Romains à la langue des Gaulois.
Bret. bouzellen, boyau, intestin; ir-
land. putog, intestin, boyau, bou-
din; boideal, boudin; gall. foten,
boyau, boudin; écoss. putag, puta-
gan, boudin. C'est de là que les An-
glais ont tiré leur pudding^ boudin.
Bragard et Brave signifiaient
tous deux autrefois bien vêtu, élé-
gamment habillé, paré magnifique-
ment. (Voir Bragard dans Nicot,
Trévoux, Borel et Le Duchat.)
Chacun est roy en sa maison,....
Chacun fait le bragard.
Et chacun n'a pas un potart.
{Tréior des lenienees, eité par SI. Le Roux de Lincy dao*
le LiTredcf proverbes fraaçait, t. 11, p. 197.]
Rencontrant par les rues quelques mi-
gnons bragars et mieulx en poinct , sans
d'yeeuh estre aulcunement offensé , par
guayeté de cueur leur donnoyt grandz coups
de poing en face. (Rabelais, Penlagruel, liv.
IV, chap. XVI, p. 231.)
Brave était encore en usage au
xvii° siècle dans le sens que je viens
de lui assigner. On le trouve em-
ployé de la sorte dans La Fontaine,
dans M""® de Sévigné, dans Pascal
et dans d'autres écrivains de cette
époque.
Richardcommence:«Ehra,Bartholomée...
T'ai-je jamais refusé nulle chose,
Soit pour ton jeu, soit pour tes vêtements?
En étoit-il quelqu'une de plus brave ? >
(La Fontaine, L» calendrier dei vieillards, ooate.)
Etre brave n'est pas trop vain : c'est
montrer qu'un grand nombre de gens tra-
vaillent pour soi; c'est montrer par ses che-
veux qu'on a un valet de chambre, un par-
fumeur, etc.; par son rabat, le fil et le pas-
sement. (Pensées de Pascal,!'^ part., an.
vin, pensée xiii.)
L'Académie donne encore brave
dans cette acception, en avertissant
qu'il est familier, et braverie dans
le sens de magnificence en habits.
su
PREMIÈRE PARTIE.
Brave a pris dans la suite des signi-
fications tout à fait différentes, et
qui ne sont pas les mêmes selon
que cet adjectif est placé, avant ou
après certains substantifs j les ad-
jectifs gentil, galant, se trouvent
exactement dans le même cas.
— Bret. braVj beau, agréable;
braga, se parer de beaux habits;
bragecr, celui qui aime à se parer.
Ecoss. breagh, briagh, hraw, beau,
agréable, orné, splendide ; breaghad,
beauté, parure, ornement, splen-
deur. Irland. breag, beau, gentil,
orné, paré; breaghachd, agrément,
parure ; breagfiaichim, parer, orner.
Braie, vêtement qui fut long-
temps en usage chez nos pères;
nous avons conservé le diminutif
de brayette.
Rices dras ot Partonopeus,
Et li rois de France antretels.
Ne vos quier or faire devise
Ne de braies ne de cemise,
Ne de braiels, ne de lasnieres.
{Partenopêut dt Blois, t. II, p. !90j.
Por estanchier faire ma plaie,
Copai lou tivuel de ma Iraie
Et ma chemise an delranchai.
{Dolopolhoi, éiix. Jaanet, p. 408.)
On dit brague, pour braie, dans
plusieurs de nos départements de
l'Ouest, où ce vêtement est encore
en usage parmi les gens de la cam-
pagne. D'après le témoignage de
plusieurs auteurs anciens, bracm
ou bracha était une espèce de haut-
de-chausse en usage chez les Gau-
lois. Il en est fait mention dans la
Vie d'Alexandre Sévère, par Lara-
pridius, dans celle d'Aurélien, par
Vopiscus, et dans Ammien Mar-
ceUi», liv. XVI, où il appelle les
soldats gaulois braccati. Diodore
de Sicile dit en parlant des habi-
tants de la Gaule : XpwvTat Se àva£u-
pCfftv S; èxeïvot Ppaxaç zaXoyfftv. Sué-
tone, dans le chapitre lxxx de la
Vie de Jules César, rapporte les
vers suivants faits contre ce dicta-
teur :
Galles Ca^sar in triumphum ducit;
Idem in cariam.
Gain Iraccas deposuerunt, latum
Ciavum sumpserunt.
Le même terme se retrouve dans
tous les idiomes néo-celtiques. —
Bret. ômgfcz^ braie; corn, bryccans;
gall. brethyn; irland. bristighe;
écoss. brigis, briogais, briogan.
Braire, Brailler. Autrefois brais
ou braiz signifiait cri, clameur, et
braire, crier, criailler, se lamenter ;
il en était de même, en basse lati-
nité du verbe braiare.
ÂI assembler del hurteiz,
I eut noises (bruits), e braiz, e criz.
[Chron. dst ducs de Korm., 1. 1, p. 30». )
II ne set tant crier ne braire,
Soi debatre, ne soit detraire,
K'el en voelle merci avoir
Seul tant qu'elle puisce veoir.
(Jlariede France, t. I, p. 93S.)
Emprès ont le Hombre passé
Et le plain païs tout gasté ;
N'i avoit fors la vilenaille
Qui n'avoit qure de bataille ;
Et li ullage les ocient,
Et li chaitif braient et crient.
{Rom. de^ Brut, t. I, p. 188.)
— Irland. breas, cri, clameur;
feragam^, crier, brailler; bret. breùgi.
crier et braire; gall. bragal, crier,
vociférer, brailler; écoss. bragainn,
item.
Bran, Bren, signifiaient autrefois
GHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 2<5
son, résidu qui reste sur le tamis
après que la farine est passée. L'A-
cadémie donne encore bran^ pour
désigner la partie la plus grossière
du son, et bran de scie, pour signi-
fier la poudre qui tombe du bois
lorsqu'on le scie. En provençal, bren
a conservé la signification de son.
Li talemelier qui sont baubanier soot
quites du tonlieu des pors qu'il aclietent et
de ceus qu'il revendent, por tant qu'il aient
une fois mangié de leur bren. (Livre des
métiers^ p. 6.)
Dites vos patenostres pour chascan boulen*
gier,
Pour ce qu'ils nous ont fait pain de iren à
mengier.
[Nouv. rêe. de eoutei, 1. 1, p. 945.)
Par métaphore, on a dit Iran,
bren, pour la matière fécale de
l'homme, les résidus de la digestion;
d'où l'adjectif bréneux, qui figure
dans le dictionnaire de l'Académie.
Mousse pour le guet, bran pour les sergens.
{Àduge$ et prmerhet de Solon de Yoge, p»r I*BatrOpoU-
tain (Jaban L«boa], Parii, ia-tfi, 1" partie, feuil-
let D, ij, Terio.)
Tonnez, dyables, pedez, rottez, fiantez ;
bren, pour la vague. Elle ha, par la vertus
Dieu, failly k m'empourter. (Rabelais, Pan-
tagruel, liv. IV, ctiap. XX, p. 236.)
— Ecoss. bran, son; bret. bren;
gall. bran; irland. bran; com.
bren.
Brance, anc. sorte de beau fro-
ment. (Voir Borel, Roquefort, et
particulièrement Teissier dans son
Nouveau Cours complet d'agricul-
ture, t. Il, p. 484.) Selon Pline,
les Gaulois appelaient brancîs une
très-belle espèce de froment nommé
sandalum par les Romains : « Gal-
liae quoque suum genus farris de-
dere, quod illic brancem vocant,
apud nos sandalum, nitidissimi
grani. » (Pline, liv. XVIII, ch. vu.)
On désigne en breton sous le
nom de brazed, une sorte de blé
dont le grain est très gros; ce mot
est composé de braz, gros, et ed,
blé. Je n'assurerai pas toutefois que
le brazeà des Bretons soit le même
que le brancis mentionné par Pline.
Branche. — Bret. brank, branche
d'arbre^ dérivé de bar, barr, qui ont
la même signification; gall. bar,
item; écoss. barrach; irland. bar-
raeh.
Bray, anc. boue, fange, limon,
vase; en basse latinité, braium.
Brayeiix, plein de boue, de vase, de
limon. Bray entre dans la composi-
tion de beaucoup de noms de lieux,
Mibray, Vibray, Follembray. Le pays
de Bray est une contrée fangeuse de
la Normandie.
Sur ce que nous disions ke nous pooions
et devions faire fauquer l'erbe, et holdra-
gier et retraire le bray de l'yau de Somme.
(Titre de 1268, cité dans le glossaire de du
Cange, art. Braium.)
L'empereur vient par la Coustelerie,
Jusqu'au carfour nommé la Vannerie,
Où fut jadis la planche de Mybray,
Tel nom portoit pour la vague et le bray
Getté de Seine en une creuse tranche.
(nenëMacëiCité iiiVf.)
Il passa parmi la ville, où il y avoit caves
et sources moult brayeuses. (Monstrelet,
ch, CCI.)
L'auteur anonyme des Miracles de
saint Bernard dit en parlant du châ-
teau de Bray-sur-Seine : « Castrum
Braium, quod lutum interpretatur.»
On trouve dans les Formules de
Marculfe, qui passent pour être du
VII* siècle : *« Braivm. gaUice lu-
246
PREMIÈRE PARTIE.
tura. » {Recueil des historiens de
France, t. III, p. 430.)
Écoss. brogh, boue, fange, or-
dure; irland, brogh, broghaighil ,
item; bret.pn^ terre glaise, argile;
gall. priz, item; corn. bry,pry, item.
Breton, Bretun, anc. rot, flatuo-
sité provenant de l'estomac, et s'é-
chappant avec bruit par la bouche.
Et si vus avez ernctatiuns et bretuns
Egre, ce est par l'encheisun
Et signe ke l'eslomach avez
Freit, saciez de veritez.
La mescine de ceo ke devez receivre
Est ke devez chaade eve beivre.
(X«< Eiueignemenli d'Ariitote, cuit dam laglosMirtd*
Raquafort, irt. Brtiimer.)
— Écoss. bruchd, rot^ action de
roter; irland. bruchd; bret. breû-
geûd.
Brian, Brien, Brion, anc. petit
ver, ciron. (Roquefort.) Bret. preon,
prenv, ver, ciron; gall. pryvyn.
Brique. Ménage suppose que l'on
a dû dire en latin brica, dans le sens
de brique, parce qu'il trouve dans
Sidoine Apollinaire imbricare, cou-
vrir de faîtières, et dans Pline, im-
Iricatm, disposé en forme de faî-
tière ou de gouttière; mais ces deux
mots n'ont rien de commun avec
brique : ils dérivent de imbrex, icis,
faîtière, tuile creuse, gouttière, qui
vient lui-même de imber, pluie. —
Bret. briken, brique, de pri, terre
glaise, argile ; gall. priz, item ; corn.
bry, pry, item; irland. brice, bric,
brique; écoss. brice, item.
Broche. Autrefois broM, broque,
broche, etc., servaient à désigner
beaucoup d'objets en bois ou en fer
terminés en pointe, tels que pieu ,
perche, bâton pointu, broche, dard.
cheville, fausset, cannelle, clou, ai-
guille, ardillon, etc. En basse lati-
nité, brocca avait les mêmes signi-
fications. (Voir les glossaires de Ro-
quefort et de du Gange.) Broche et
les diminutifs brochette, broquette,
conservent encore une partie de ces
diverses acceptions. En espagnol
broca signifie petit clou. Sous le rap-
port de la prononciation, comme
sous le rapport de la signification,
ces mots se rapprochent plus d'un
primitif celtique que du latin veru. —
Ecoss. bior, signifiant divers objets
qui se terminent en pointe, broche,
clavette, cheville^ clou, broquette ,
poinçon, aiguille, aiguillon, épine,
épingle, etc.; island. bior; gall,, ber,
lance, pique, broche; bret. 6er,
broche.
Brosse , Broce , Brousse , signi-
fiaient autrefois broussailles, vergçg,
menu bois, buisson.
Et de savoir TOlés de son cstre,
Qui n'est ne souple ne terreus,
Fain demore en un champ perreus
Où ne croist blé, buisson ne broce.
[Roman dt la Rote, T. 10186.)
Brosse nous est resté pour indi-
quer un ustensile propre à nettoyer
les habits, les. meubles, etc. Les
brosses se font aujourd'hui le plus
ordinairement en crin, en soies de
cochon ou de sanglier; mais on les
faisait autrefois avec de menus brins
de bois, de jonc, de bruyère, etc. Le
mot vergette, qui a la même signi-
fication, a été formé de verge, pour
la même raison. Brousses nous a
donné la forme allongée brous-
sailles .
Les dérivés broil , breuil, breul,
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. II. 217
Bruit, Bruire, etc.— Brel. brûd,
bruit, tumulte ; gall. broth, brwth ;
écoss. bnddhinn; irland. bruidhean,
braidhadh.
Brusque. — Irland. brise, prompt,
vif, impétueux , brusque; écoss.
brisg, item ; gall. brysg, item.
Bruyère, en languedocien, brug-
hiera ; en provençal brus^ brudgio.
Cette plante se nomme bruc, brug
en Lombardie, partie de l'Italie oc-
cupée autrefois par les Gaulois ci-
salpins, (Voir Jules Scaliger, Contra
Cardanum, xxxvi.)
— Bret. bruk, brug, brugen,
bruyère; écoss. fraoch; irland.
fraoch ; gall. grug, bruyère ; brwg,
broussailles.
Bugise , Buigne , BouNiE , anc.
tumeur, abcès, apostème. On ap-
pelle encore aujourd'hui bugne à
Lyon une sorte de pâte frite qui est
assez gonflée; cette circonstance l'a
fait comparer à une enflure, à une
tumeur, et lui a valu le nom qu'on
lui donne. Buigne peut également
être le primitif de beignet, pâte frite
que l'on nomme dans certaines pro-
vinces, buignet, bignet et que l'on
appelle bigne dans le Gapençais.'
Duquel cop de baston Jehan Marchant fa
un peu blecié sans sanc ; mais se leva seu-
lement en la place dudit cop une enflure
et buigne. (Lettres de rémission de 1393, ci-
tées dans le glossaire de Carpentier, art.
Buba.)
La dite Colete.... donna si grand coup sur
l'ueil.... que a pou que elle ne lui creva,
et pour ce lui flst une grant buyne ou boce
sur le dit œil. (Lettres de rémission de
1378, citées dans le glossaire de Carpen-
tier, art. Buba.)
— Bret. funez (n mouillé), tu-
meur, abcès, apostème, furoncle;
bfoi, signifiaient anciennement hal-
lier, fourré, taillis, bois.
Cil passèrent une montaigne.
Et puis un broil lès une plaigne;
Les herberges virent de l'ost,
Et il vinrent assès tost.
[Rom. dt Brut, t. Il, p. 163.)
Une gent pucele ad truvée
Dedenz li bois, prez de l'orée ;
Bien ert vestue et bien chauciée.
Bien afublée e bien liée.
A li vint, si l'a saluée
Demanda-li ki ele esteit,
En cel broil suie ke faseit.
{Rom. de Rou, t. I, p. 191.)
A envis prend nus nul oiselet au broi
Qu'il ne le mehaint, ou ocie, ou afole.
{Châtiions dt Thibault de Champagne, p. 68.)
En basse lat. brolium, lieu com-
planté d'arbres, bois, parc; enprov.
brueil , item ; brouas , hallier ,
broussailles.
— Bret. broust, hallier, buisson
épais , broussailles ; gall. "prijs ,
prysg, hallier, bois taillis; écoss.
preas, item; irland . preos, buisson,
hallier, arbuste, etc.
Brouille, Brouiller. — Bret.
brelîa, mettre en confusion, en dé-
sordre, brouiller; écoss. broilich,
broilead, confusion, désordre, tu-
multe, querelle, brouille, brouil-
lerie; irland. broileadh, broile-
adhadhj item.
Brout , Broutille , Bourgeois .
Brouter, sont tous de la môme fa-
mille . JBrouf, dit l'Académie, pousse
des jeunes taillis au printemps :
« Les cerfs aiment le brout, vont au
brout. »
On disait autrefois broustet brov^-
ter.-" Bret. 1" brous, ienne pousse,
jet des végétaux, brout; 2" brousta,
brouter. Irland. 4° bras; 2° bru-
sam. Écoss. brus, , brouter.
SIS
PREMIÈRE PARTIE.
gall. pwnga, item, de pwng, amas,
congestion.
Cabane, Cabine^ Cabinet, sont
de la même famille. En basse lati-
nité^ capana^ capanna, hutte, cabane.
— Irland. ca, maison; caban, mai-
sonnette, hutte, cabane. Gall. cab,
chaumière, chalet; caban, hutte,
cabane. Écoss. caban, item. Bret.
caban, item, suivant Rostrenen.
Corn, caban, item.
CANCOiLE,anc. hanneton. (Roque-
fort.) On dit encore dans plusieurs
de nos départements de l'Est cran-
coile, crancoire, cacoire j cocoire,
cocoine. La signification étymolo-
gique de ces mots est scarabée de
bois, d'arbre. — Bret, cran, bois,
forêt (voir le dict. de Le Gonidec,
édition de M. de la Yillemarqué) ;
c'hoiiil, coléoptère, scarabée, cscar-
bot; hann.'ton; gall. çwil, cwilen,
scarabée, escarbot; écoss. et irland.
crann, arbre.
Carole, anc. danse exécutée en
rond, branle, ronde; Caroler ,
danser en rond, faire un branle, une
ronde. En italien, on dit, dans le
même sens, pour le premier caroîa, et
pour le second, carolare. (Voir le
le dictionnaire d'Oudin.)
Ayant agrandi la ronde corolle, com-
mencèrent à dire force branles autour du
bouquet. (Le Printemps d'Yver,éà. de1î)82,
p. 192.)
Un jor firent Troyen feste
A la maniera de lor geste ;
Caroles faisoientet geus...
[Rom. dt Brui, t. t, p. 59.)
Très que n'avoie que douse ans
Estoie forment goulousans
De veoir danses et carolles,
D'oïr ménestrels et parolles
Qui s'apertiennent a déduit.
(Po4ii«> d* Froitiart, à la suit» d* sea CbronlquM, éi.
—Gall. coroli, danser en rond,
faire un branle, une ronde; dérivé
de cor, rond, cercle. Bret. koroll,
danse; horolli, danser; kerl, rond,
cercle. Écoss. cearcall, item, irland.
cearcall, item.
Carrière. Les Latins disaient lor
pidicina et lapicidina, pour une car-
rière, un lieu d'où l'on extrait des
pierres; ces mots étaient formés de
lapis. Dans notre ancienne langue
pierriére, pierrier, perriêre.périère,
signifiaient également une carrière.
(Voir ces mots dans le glossaire de
Roquefort et dans son supplément.)
— Écoss. carr, carragh, carraig,
pierre, roc, rocher; irland. caratcc;
gall. careg; bret. harrek.
Cas, mot familier pour excrément,
ordure : « Il a fait son cas au pied
du mur. » (Académie.) Caca, excré-
ment, ordure. Terme dont se servent
ordinairement les nourrices, les bon-
nes, etc., en parlant de l'ordure des
enfants. (Académie.) On dit égale-
ment caca, avec la même significa-
tion, en espagnol et en provençal.
— Écoss. cac, excrément, fiente;
irland. cac, item; gall. caç, item;
bret. kac'h, item, kakac'h, ordure.
Le ç en gallois et le c'h en breton
ont une prononciation gutturale très
forte, semblable à celle du ch alle-
mand. Les mots que je viens de
mentionner dans les divers idiomes
celtiques, sont de la même famille
que le verbe latin cacare; mais il est
à remarquer que la langue latine
n'a pas le substantif que l'on re-
trouve dans le celtique, dans les deux
idiomes parlés en France et dans
celui que parlent en Espagne les des-
cendants des Celtibériens.
GHAP. II, ÉLÉMENT
Casaque, — Écoss. casag, vête-
ment long, habit qui vient jusqu'aux
pieds, casaque ; dérivé de cas, pied,
jambe ; les Latins appelaient de
même vestis talaris, un vêtement
qui descendait jusqu'aux talons. Ir-
land. casog , casaque ; cas, pied.
Gall. 0065, jambe.
Cep de vigne; Cépée, touffe de
plusieurs tiges de bois qui sortent de
la même souche (Acad.); Cépeoun,
anc. billot de bois (Roquefort);
Ceps ou Cep se disaient autrefois de
deux pièces de bois disposées de ma-
nière qu'en se rapprochant elles
serraient les pieds du condamné,
soit pour le torturer, soit pour l'em-
pêcher de s'évader. En basse latin.
CB'pipus cippus; en ital. ceppo; en
esp. cepo. On lit dans le Diction-
naire de Jean de Garlande : « Cip-
pus est quilibet truncus, et speciali-
ter tnmcus ille quo crura latronum
coarctantur; gallice, cep. » (Jean de
Garl., dans Paris som Philippe le
Bel, p. 600.)
— Ecoss. ceap^ tronc, souche, cep;
grosse pièce de bois, madrier, ceps
que l'on mettait aux pieds des cri-
minels. Irland. ceap^ tronc, souche,
cep; ceapan, tronc, tronçon d'arbre,
pièce de bois , madrier. Gall. cyf,
cippyl, tige, tronc, souche, cep.
Bret. kef, item, de plus, ceps, ins-
trument destiné à serrer les pieds
des criminels.
Cervoise, nom que l'on donnait
autrefois à la bière.
Nus cervoisiers ne puet ne ne doit faire
cervoise fors de yaue et de grain, c'est a
savoir, d'orge, de mestuel et de dragie.
{livrt des métiers, p. 89,)
CELTIQUE. SECT. IL 2t9
Vostre aiol Robert de Faleise
Soleil mult bien brader cerveise.
{Citron, des duct deNorm. t. Ut, p.«*.)
Cervoise est d'origine celtique,
ainsi qu'on est en droit de le sup-
poser, d'après le passage suivant de
Pline : « Et frugum quidem hsec
sunt in usu medico ; ex iisdem fiunt
et potus ; zythum in iEgypto^ cœlia
et ceria in Hispania,cervism etplura
gênera in Gallia. » (Pline, liv. XXU,
ch. XXV.) On lit dans le livre des
Gestes de Jules Africain, p. 299 :
nivoyfft yoùv ÇûBov AIyûtîtioi, y.â[jLov
Ilatove;, KeXtoI pepêriaïav, ctxepav Ba-
êuXwviot. Du Cange fait observer avec
raison qu'il faut lire xspêYiaïav au
lieu de pepSyitrîav.
Gall. ewryv, civrw, bière, cer-
voise ; bret. koref, kiifr. On trouve
coref et coraf pour bière, cervoise
dans le dictionnaire Cornouaillais
du XII» siècle, publié par M. Zeuss.
Charrée, cendres qui servent à
faire la lessive. — Bret. koered^
kouered, charrée. Écoss. 1° sguradh,
ce qui sert à nettoyer, à lessiver ;
2° sgur, nettoyer, lessiver. Irland.
^° sguradh; 2° suguraim.
Cheminer, Chemin. — Bret.
kamm, pas, marche, démarche, ac-
tion de cheminer. Gall. cam, pas,
marche, trace; caman, chemin.
Écoss. cmm, pas, marche, trace;
ceum, ceumnaich, sentier, chemin.
Irland. ceim, pas, marche, trace ;
ceimnighim , marcher, cheminer,
faire trace.
Chemise : en basse latinité, ca-
misia, qui signifia d'abord une es-
pèce de tunique ou de sarrau de
toile, une sorte de blouse, que por-
taient les soldats sous le Bas-Em-
S20
PREMIÈRE PARTm.
pire; ce mot appartenait ù la langue
vulgaire, ainsi que nous l'apprend
saint Jérôme; et, comme nous le
retrouvons dans les divers idiomes
néo-celtiques, il est fort probable que
les Romains avaient emprunté aux
Gaulois ce vêtement militaire comme
ils leur avaient emprunté le sagum.
(Voyez ci-après l'art. Saie, a Yolo
pro legentis facilitate abuti sermone
vulgato. Soient militantes habere
lineas quas camisias vocant, sic
aptas membris et adstrictas corpo-
ribuSj ut expediti sint, vel ad cur-
sum, vel ad praelia. » (S. Jérôme,
épître à Fabiola.)
Chamise est employé pour tunique
dans la Passion de N. S. Jésus-
Cbrist, monument en langue d'oc du
X" siècle, publié par M. Champol-
Uon-Figeac.
Cum el perveng a Golgota,
Davan la porta de la ciptat,
Duuc lor gurpit soe chamise
Chi sens custure fo faltice.
(Stropha lxtii.)
Fortunat, évoque de Poitiers,
mort en 609^ a écrit une vie de
sainte Radegonde, oii l'on trouve le
passage suivant, dans lequel camisa
paraît employé pour signifier une
sorte de vêtement de femme, une
espèce de robe : « Regina, sermone
ut loquar barbaro, scafionem, cami-
sas, manicas, cofeas, cuncta aurea
sancto tradidit altari. » Chemise doit
avoir à peu près le même sens dans
ces vers du roman de Dolopathos :
Trop fu apertement vestue
D'une chemise estroit cousue ;
En braz et par les pans fu lée,
Déliée, blanche et ridée ;
Pelice ot legiere et sanz manche.
[Dolopolkoi, p. IM.)
Chemise n'est pas le seul dérivé
français de camisia; celui-ci se
syncopant nous donna également
chainse, qui signifiait autrefois une
sorte de légère mantille à l'usage
des femmes, « Teristra dicuntur
gallice chainse, quaedam vestis mu-
lieris de lino. » {Dictionnaire de
Jean de Garlande, dans Paris sous
Philippe le Bel, p. 595.) — « Te-
RiSTRUM, une manière de vestement
de femme qu'on dit chainse. » (An-
cien glossaire latin français cité par
Du Gange, art. Theristrum.)
Et Rogier s'amie apèle,
Si l'a par le chainse prise.
{^Théâtre français au moyen âg», p. 3T, col. I.)
On dit en espagnol, en portugais
et en provençal camisa pour che-
mise, en italien camiscia, camicia.
— Ane. écoss. etanc. irland. cai-
mis, genit. caimse, sarrau, chemise;
gall. camse, long vêtement, robe;
bret. hamps, aube, vêtement de prê-
tre ; ce mot a reçu un p intercalaire ;
voyez à cet égard t. II, p. 139.
Ghômer, cesser de travailler, faute
d'avoir de l'ouvrage ; fêter un jour
en cessant, en s' abstenant de tra-
vailler. — Bret. choum, s'arrêter,
cesser, rester, demeurer. Écoss.
1 cum, arrêter; 2° cum ort, s'arrêter,
cesser, rester; ort signifie au-dessus.
Irland. \° cuînaim; 2° cumaim ort.
Claie, autrefois claie, cleie; en
basse latinité cleta, cleda, clida,
cleida, cleia; en languedocien, cleda.
— Bret. kloued, claie, ouvrage
d'osier à claire-voie, servant à fer-
mer l'entrée d'un champ , d'un
parc, etc., barrière, herse; gall.
clwyd, claie d'osier; corn, cluid,
cluity item; écoss. cleath, item;
CHAP. Il, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 224
diathj deith, herse; irland. death,
claie ; diath, herse.
Clavelée^ Claveau^ espèce de
teigne contagieuse qui attaque les
moutons. — Gall. davar, teigne,
gale, lèpre, clavelée; écoss. doimh,
item; irland. daim, item. Les la-
biales du gallois, et surtout le v, se
changent fréquemment en mh ou m
en écossais et en irlandais. Le bre-
ton n'a conservé que l'adjectif Uan-
Xiuz, malade, maladif. On trouve
dafhorec, lépreux, daf, malade, et
davet, maladie, dans le Dictionnaire
cornouaillais du xii« siècle, publié
par M. Zeuss.
Coche, Cochon. Bret. /low'/i, porc,
cochon; gall. hoç; écoss. mhuc; ir-
land. rucht. L'écossais et l'irlandais
n'ont pas de mots commençant par
h; ils remplacent ordinairement,
par une consonne aspirée ou par un
r,r/i initial du breton et du gallois.
On trouve hoc, avec la même signi-
fication, dans le Dictionnaire cor-
nouaillais du xu^ siècle, publié par
Pryce et par M. Zeuss.
Coche, entaillure; on dit égale-
ment hodie. — Bret . coch , coche
(Le Pelletier); écoss. sgoch, item;
sgoch, inciser, entailler, fendre;
gall. cosi, item; irland. sgothog,
coupure, entaillure.
COINT, CoiNTE, CUINTE, aUC.
agréable, gentil, aimable, joli, gra-
cieux.
Chës Ysal de Bethléem tï nn des fiz li
bien set chanter, fort est e bateillerurs, e
cuintei de paroles, e bels. (Livre des Roi»,
p. 60.)
Or manderai m'amiete
Qui est eointe et jolietf .
[TU44n fnmçais au «iityca iyi, p. 59, eol S.)
Ja ponr che ne veus amerai;
Bergeronnete sui.
Mais j'ai ami
Bel et eointe et gai.
{Ibid., p. 106.)
— Bret. koant, gentil, agréable,
joli; écoss. cuanta, caoin, item; ir-
land. cuanna, caoin, item.
Combe, anc. vallée environnée de
montagnes de tous les côtés, grotte,
caverne. Basse latinité, cuma, coma,
cumba, comba, vallée.
Tant vont contre le tertre et la graat combe
autaigue
Qu'il virent l'ost des Saisne et la lor grant
compaigne.
{Chanlon det Saxons, t. 1, p. 191.)
Por chevauchier le bruel de Selve longue,
Si descendirent lès une basse combe.
(Roman d» Gariti, cité par da Caogi, art. Cumia, 9.)
Li reis li çainst l'espée fort et dure ;
D'or fu li pons et toute la hondure,
E fa forgié en une combe oscure.
(Rom, de Raoul de Cambrai, p, 19.)
— Bret. kombant, koumbant, val-
lée, vallon, dérivé de kao, keô, keû,
cavité, creux, grotte, caverne; gall.
cwm, cavité, vallée, vallon profond
entouré de hautes montagnes; go-
bant, petit vallon, cavité, dérivé de
cw, cavité, creux; irland. cumar, val-
lée ; cuas, enfoncement, cavité, creux,,
trou; écoss. cuas, cuasan, item.
Coq. Suétone rapporte, dans la
Vie de Vitellius, que Primus, géné-
ral de cet empereur, était nommé
dans son enfance Becco par les Tou-
lousains, ses compatriotes, et que
ce mot signifiait bec de coq. (Voir la
citation textuelle de cet historien à
l'article Bec.) Probablement becco
n'est que la forme latine de èeccoc,
et ce mot est composé des deux
mots bec et coc, qui ont été con-
servés en français.
m
PREMIÈRE PARTIE.
— Bret. Imk, coq ; ce monosyl-
labe doit être le résultat d'une syn-
cope éprouvée par un ancien primi-
tif celtique dont nous ne pouvons
connaître exactement la forme, mais
qui devait avoir plusieurs syllabes,
si l'on en juge par les mots corres-
pondants dans les quatre autres
idiomes néo-celtiques, Ecoss. coi-
leachf coq; gall. ceiliawg, item; ir-
land. coileach, item. On trouve che-
lioc pour coq dans le Dictionnaire
cornouaillais du xii^ siècle, publié
par M. Zeuss.
Coquelicot. Ce mot est d'origine
celtique, ainsi qu'on peut en juger
par le passage suivant de Marcellus
Empiricus.
Fastidium stomachi relevât papaver sil<
veslre, quod gallice calocaionos dicitur, Iri-
tum et ex lacté caprino potui datum. (Mar-
cellus Empiricus, De remedns empirids,
dans Medici principes ^ éd. de Henri Es-
tienne, p. 331, H.)
Calocaionos, dont on fait coqueli-
cot, a éprouvé une sorte de redou-
blement de sa première syllabe,
comme il arrive quelquefois. C'est
ainsi que le nom d'une autre plante,
appelée par les Latins nymphœa, est
devenu en français nénuphar. On
trouve en irlandais codlainean, pa-
vot, et en écossais codalian, item.
(Armstrong, dans son English-Gaelic
dictionary , art. Poppy.) Mais je
n'oserais garantir que ces mots pro-
vinssent de la même source que ce-
lui qui nous a été conservé par Mar-
cellus Empiricus : d'abord, parce
qu'ils en diffèrent considérablement,
et, en outre, parce qu'ils paraissent
dérivés de codai, codai, qui signi-
fient sommeil, le premier en écos-
sais et le second en irlandais. Les
Espagnols appellent de même le pa-
vot dormidera, adormidera, et les
Portugais dotmideiras.
Couper, Copeau, etc. On disait
autrefois colper, qui est devenu cou-
per par la transformation ordinaire
à'ol en ou. (Voir t. ii, p. 163-165.)
Si ço avent que alquen colpe le poin a
alire u le pied, si li rendra demi were, su-
luc ceo que il est nez .. del ungle si il colpe,
de cascun v solz, de soit engleis. (Lois de
Guill. § xui, ci-dessus, p. 104.)
Hieu lur cscrist de rechief, e (o out al
brief : si vus mes humes estes, c obéir me
vulez, les chiefs as fiz vostre seignur col-
pez — Cume le brief Hieu vint à ces de Sa-
marie, erranment colperent les chiefs as
seisante fiz le rei. [Livre des Rois, p. 380.)
Rescripsit autcm eis liiteras secundo, di-
eens : Si met estis, et oheditis mihi, tollite
capita filiorum domini veslri.... Cumque ve"
nissent litlerœ ad eoi, tulerunt filios régis
et occiderunt septuaginla viros.
— Bret. kolpa, couper, verbe qui
est hors d'usage, mais que l'on re-
trouve dans le composé diskolpa, dé-
couper, fendre, tailler. Irland. 1»
sgealpaim, couper, fendre, tailler; 2<»
sgea/padft, copeau. Écoss. ]" sgealb;
2° sgeolb, sgolb, scolb. Gall. colp,
ysgolp, copeau.
Crêpe, sorte de pâte frite; en prov.
crespéou. — Bret. hrampoez, crêpe,
galette peu épaisse, pâte mince éten-
due sur une plaque de fer et mise
sur le feu; gall. crammwyth, item.
Danse. Ce mot existe dans les di-
vers idiomes néo-germaniques, mais
on ne le trouve dans aucun des
anciens. Dans les traductions an-
glo-Scixonnes de la Bible, l'idée
de danser est constamment rendue
par des mots qui n'ont rien de com-
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 223
mun avec celui qui lait le sujet de
cet article; aussi ne peut-on guère
douter que ce mot n'ait été fourni
aux idiomes germaniques actuels par
quelque langue moderne, et proba-
blement par le français. Je crois
que l'on doit attribuer à danse,
danser, une origine celtique, avec
d'autant plus de raison que carole,
sorte de danse, et fringuer, danser,
nous ont également été fournis par
la langue des Gaulois . (Voir ces mots
à leurs places.)
~Breton : 1 « dans, danse ; 2° dan-
sa, danser . Écoss. 1 ° dannsa, damsa ;
2" danns, damhs. Irland. \'*damhas,
damhsa; 2° damhsaighm. Gall. I"
dawnz ; 2" dawnsio (Davies) .
Darne, tranche d'un poisson, com-
me le saumon, l'alose, etc. (Acadé-
mie) — Gall. \°dam, morceau, frag-
ment, tranche, portion, partie ; 2°
damiaw, couper par morceaux, par
tranches, diviser, partager. Bret. 4"
dam ; ^''damaoui. Écoss. tearb, di-
viser, partager.
Dartre. — Bret. darvoéden, dar-
vouéden, dervoéden, dartre ; gall .
tarzwraintj taroden, dartre, dérivés
de torz, éruption; écoss. dortadh, é-
ruption. Dans le français dartre, il
a été ajouté un r après le t comme
dans martre de martes, dans pupi^
tre de pulpitum, etc. (Voir à cet é-
gard tome ii, p. i 42.
Dégobiller, vomir le vin et les
aliments qu'on a pris avec excès .
(Acad.) Ce verbe est composé de la
préposition latine de et d'un mot
celtique signifiant bouche . Le terme
populaire dégueuier, également ad-
mis par l'Académie, est complète-
ment analogue à dégobiller, et pour
la signification et pour la composi-
tion.
— Gall. go6, bouche; irland. gobf
bouche, bec; écoss. goi, bec. (Voir
Goôer ci-après.)
Dehait. (Voir ci-après l'article
Hait.)
DiA. Mot dont les charretiers 88
servent pour faire aller leurs chevaux
à gauche, selon l'Académie; adroite,
selon Trévoux. La contradiction ap-
parente qui résulte du témoignage de
ces deux autorités provient de ce que
à droite et à gauche sont des expres-
sions relatives; elles sont tout à
fait dépendantes de la position que
l'homme occupe au moment où il
commande au cheval. L'Académie
suppose que le charretier se tient du
côté gauche du cheval, comme c'est
l'ordinaire ; tandis que Trévoux sup-
pose qu'il est placé vis-à-vis la tête
de l'animal, ce qui a lieu lorsqu'on
lui saisit les guides pour lui faire
franchir un obstacle ou un mauvais
pas.
— Bret. dia, diaz, dihaz, dicha,
déha, mots employés par les charre-
tiers pour faire détourner leurs che-
vauX;, correspondant au français dia.
(Voir à cet égard Le Gonidec et Le
Pelletier.) Ces mots sont dérivés de
diou, dihou, déou, déhou, droit, qui
est à droite (dexter). Gall. dèou,
item. Écoss. et Irland. deas, item.
Les mots celtiques qui étaient
exclusivement à l'usage du peuple,
tels que dia, sont précisément ceux
qui ont passé en plus grand nombre
dans notre langue, ainsi que je l'ai
établi dans l'introduction, pag. 48
et suivantes. Par une particularité
assez remarquable, lepoëte Claudien
224
PREMIÈRE PARTIE.
nous a transmis que les muletiers
gaulois avaient dans leur langue un
mot pour faire aller leurs mules à
gauche et un autre mot pour les faire
aller à droite. Il est possible que ce
dernier ne fût autre que dm, qui est
resté en breton aussi bien qu'en fran-
çais.
DE Hl'LABDS GALLICIS.
AspicemorigerasRhodanitorrentisalamnas
Imperio nexat, imperioque vagas,
Dissona quam varios flectant ad mnrmura
cursus.
Et certas adeant, voce régente, viag.
QuamTis qusque sibi nuUis discurrat ba-
benis,
Et pateant diiro libéra colla jugo;
Ceu contrista tamen servit, patiensque la-
borum
Barbaricos docili concipit aure sonos.
Absentjs longinqua valent prxcepta magis-
tri,
Frenorumque vicem lingua virilis agit.
Haec procul angustat 'sparsas, spargitque
coactas,
Hxc sistit rapldas, Ytxc properare facit.
Lxva jubet? l»vo deducunt limite gressum.
Mutavii strepitum? dexteriora petunt.
Nec vinclis famulse, nec Ubertate fercces,
Exut» laqueis, sub ditione tamen;
Consensuque pares, et fulvispellibus irtœ,
Esseda concordes multisonora trahunt.
Miraris, si voce feras pacaverit Orpheus,
Qunm prônas peeudes gallica verba re-
gant.
(Clauditn, H, Panckouoke, t. II, p. 418.)
Dorloter. — Bret, dorlota, cares-
ser, flatter, cajoler, dorloter ; dérivé
de dorlài, dorlô, caresser avec la main
comme on fait aux petits enfants; ce
mot paraît formé de dom, main.
Gall. dorlota f caresser, amignoter,
dorloter, choyer ; duim, main fer-
mée, poing ; irland. et écoss. dom,
item; corn, dom, dum.
Drille signifiait autrefois lam-
beau d'étoffe^ haillon, guenille, lo-
que, chiffon. Ce mot est encore usi-
té dans les manufactures de pa-
pier.
Drillei sont vieux linges a faire du pa-
pier. (Arrestdu conseil du 18 janvier 1729,
cité dans le glossaire manuscrit de Sainte-
Palaye, art. Drille.)
—Gall. dry W^ lambeau, pièce, mor-
ceau ; drylliaw, mettre en lambeaux,
mettre en pièces. Bret. trul {l mouil-
lé), lambeau d'étoffe, chiffon, loque,
haillon, guenille.
Drouine, espèce de havre-sac que
les chaudronniers de campagne por-
tent derrière le dos, et dans lequel
ils mettent leurs outils (Trévoux.) —
Bret. drouin, havre-sac des chau-
dronniers, drouine, dérivé de l'inu-
sité dren, dos, que l'on retrouve
dans le composé adren, par derrière,
derrière. la dosj écoss. druim, dos;
irland. druim, item;, gall. trum,
item.
Dru. Mot fort ordinaire à Paris
pour dire brave, courageux, hardi,
alerte, entreprenant. C'est un dru,
c'est-à-dire un bon drôle, un gail-
lard, un éveillé. ( Trévoux. ) Selon
l'Académie, ce mot signifie gaillard,
vif, gai.
Bru a toutes ces significations
dans nos anciens auteurs ; de plus,
on le trouve employé pour fort, ro-
buste, gras, bien portant, en bon état.
De reporter lui te convient
Que nous sommes tciuz sains et drux
En un bon point; et ne dy plus.
{TUiat frauçai» ai. moj/t» ige, p. 387.)
De che me souvient il sans plus
Que me dist qu'estoie trop dru»;
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 525
Mais se je me desiruissoie, nom et n'eurent pas besoin de re-
Ou aucun mal je me fesoie, courir au grec «pu;, ainsi que Pline
Félon me devroit-on clamer. ^^^^^ ^^,^^^ ^^^^^ p^ j^ f^j^.^^ ^^
doit seulement remarquer que le mot
grec est de la même famille que ce-
lui qui devait également signifier
chêne dans l'ancienne langue cel-
tique. « Nihil habent druides [ila.
suos Galliae appellant magos) visco,
et arbore in qua gignatur, si modo
sit robur, sacratius. Jam per se ro-
borum cligunt lucos, nec ulla sacra
sine ea fronde conficiunt; ut inde
appellatiquoque interpretationc grœ-
ca possint druides videri. » (Pline,
liv. XV, vers la fin.)
Dune, monticule de sable qui se
trouve au bord de la mer ; Dunette,
partie la plus élevée de l'arrière d'un
vaisseau. Ces mots dérivent du cel-
tique dun, qui signifiait une émi-
nence, une colline, ainsi que nous
l'apprend Clitophon dans im Traité
attribué à Plutarque. Voici le pas-
sage :
Auprès deTArarOa Sa&ne) estnneémi-
nence qui s'aitpelait Lougdounon, et qui re-
çut ce nom pour le motif que je vais rap*
porter. Momoros et Atepomaros, qui avaient
été détrônés par Séséronéos , entreprirent^
d'après la réponse d'un oracle,de bâtir une
ville sur cette éminence. Ils en avaient déjà
jeté les fondements, lorsqu'une multitude
de corbeaux dirigèrent leur vol de ce côté
et vinrent couvrir les arbres d'alentour.
Momoros, versé dans la science des augures,
donna a la ville le nom de Lougdounon, at'
tendu que, dans leur langue, ils (les Gau-
lois) appellent le corbeau lougon et une
éminence dounen.
Voici le texte de la dernière
phrase :
AoÛYOv Tfàp t^ erç>ûv 2iaXeXT(j> tôv
x6paKa xaXoûfft, Soùvov 6è tôv iÇéj^ovta.
(Plutarque, llepl noToi(i(3v, vi.)
(GalotviUe, le Piltrinage de humaine lignée, cit^ dani
le glouairt de Carpentier, art. Druda.)
Icellui Thierry fery le dit Simonnet de
la dite esse droit sur le dru de la joe assez
près de la temple. (Lettres de rémission de
1407, citées tiirf.)
Adonc etoit le royaume de France gras,
plein et dru, et les gens riches et puissans
de grand avoir, ni on n'y savoit parler de
nulle guerre. (Froissart, liv. I, cb. lx, éd.
Bucbon, 1. 1, p. 55, col. 1 .)
— Gall. drud, hardi, brave, cou-
rageux ; écoss, treun , fort, vigou-
reux, robuste, gaillard, brave; Ir-
lande trearii treun, item.', bret. drut,
gras.
Druge, anc. bruit, tapage, vacar-
me, tumulte^ clameur.
Sarrazins comme chiens glatissent;
Leur granz cris, leur horrible druge.
Semble le meschief du déluge.
Que Dlex ait l'a représenté.
(Branche dei royaux lignages, t, IT, p. 38.)
Druge de veel ne dure pas tuz jours.
(Lt Roax da Llaey, Livre det proverbet fiançait,
t. II. p. 389.).
Bret. troui, bruit, tapage^ vacar-
me ; gall . trwst, item ; écoss . tor-
ran ; irland. toran.
Drylle^ chêne femelle. Quelques-
uns ne prennent ce mot que pour
le gland de cet arbre. (Trévoux.) —
Bret. dérô. derv, chêne; gall. derw
(prononcez derou) ; écoss. dair ; ir-
land. dair, chêne; dairghe, gland.
Corn, dar, dero, deru, chêne. S'il
est vrai que les druides dussent leur
nom au chêne, qu'ils honoraient
d'une manière toute particulière, les
Gaulois trouvèrent dans leur propre
leuigue le mot qui servit à former ce
j*
Î26
PREMIÈRE PARTIE.
Celte ville, ainsi que le lecteur l'a
déjà pensé, n'est autre que le Lug-
dunum des Romains, devenu notre
Lyon ; elle fut d'abord bâtie le long
de la rive droite de la Saône, sur
les hauteurs qui avoisinent Pierre-
Scise.
Dun s'est conservé dans la termi-
naison de plusieurs autres de nos
villes. Verdun (Virodunum), Chà-
tcavdun (Castellodunum), Issoudun
(Exelodunum), etc.
— Gall. irland. et écoss. dun, din,
élévation de terre^ colline, tertre;
bret. tun, tunyen^ item ; corn^ dun.
Ebaubi, Ebahi. On disait ancien-
nement baîf pour signifier, étonné,
surpris, stupéfait,, consterné, effrayé.
Ne s'en trait nus arlere ;
NI sisnt estraier ne baïf;
Par sus les morz passent H vif.
{Chrott, des duo de Pfarm., I, I, p. 268.)
Li tornois est maltalentis,
N'i a mrstior vasaus bais,
[PailoaOjteut de BloU, t. Il, p. 131.)
Bret. àbafij étourdir, surprendre,
ébahir, de aôa/", étourdi, étonné, stu-
péfait, stupide, timide, qui provient
suivant Le Pelletier de a marquant
extension dans les mots composés,
et de bav, bao, stupeur, stupidité,
timidité; gall. bw stupeur, conster-
nation, crainte, épouvante,
ÉcHEVEAu. On a dit autrefois es-
taigne, eschagne^ eschief; celui-ci a
donné les diminutifs esc/iereiffe, esche-
vel; ce dernier est devenu écheveau.
Le suppliant a prins et emblé es ysles de
Suresnes et de Puteaux... certaines eS'
taignes de 01... trois eschevaulx ou escai-
gnes de ûle, qui povoit valoir huit franrs
ou environ. (Lettres de rémission de 1409,
citées dans le glossaire de Carpenticr, art.
Eschaota.) '
Le soppliaui print six ou huit eachiefs de
fil blanc. (Lettres de rémission de 1S94,
citées ibid.)
La suppliant prins... trois escliez defil-
let. (Le' très de réiBi.ssion de 1397, citées
tbid.)
Deux etchevettei de fli. (Lettres de ré-
mission de 1401, ti\ée%ibid.)
— Écoss. sgein, sgeinne^ éche-
veau ; irland. sgaine ; gall. cengyl
(prononcez hengil).
Échine. — Bret. hein, dos, échine,
sommet d'une chaîne de montagnes;
gall. cefn, item. On trouve cheirty
avec la même signification, dans le
dictionnaire cornouaillais du xii*
siècle, publié par M. Zeuss. L'e ini-
tial du mot français a été ajouté,
comme^ans écorce de cortex, icis;
ÉCLAIR de clarus (ignis). Voyez à cet
égard t. ii, p. 424.
Emganer, anc. tromper, duper, at-
traper, abuser; en ital. ingannare;
en languedoc, enganar. Ces mots
sont composés de la préposition la-
tine in et d'un primitif celtique qui
signifiait fourbe, perfide. C'est ce
même primitif qui servit à former le
nom propre de Ganes, Ganelon, ce
traître fameux dans nos romans de
chevalerie qui livral'arrière-gardede
Charlemagne à Marsille, roi des Sar-
rasins d'Espagne, et qui fut cause
de la défaite de Roncevaux. Nos
anciens poètes faisaient assez souvent
un nom propre d'un nom commun
dont la signification pouvait servir
à caractériser le personnage ainsi
désigné. Cet usage a persisté presque
jusqu'à nos jours parmi nos auteurs
de comédie.
Abés, tu as toi engané
Qui bâtons as droit et plané
S'ausi toi ne dreches et planes.
(AoiHaii dt Ckarité, t\. cxit, cit^ par Roqntfort,
t?t. Enjaifr.)
CHAP. n, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 227
Maidîan monte tôt haitië,
Qui le vallet a anganné.
{Floir* et Blance/lor, édit. du Méril, p.
156.)
Vous estes plus traistres que Ganei.
[Farce de Paiheli», cttëe par Borel, art. Ganet.)
Avoec les faus et les félons
Qui sont parent as gantions.
{LeiDittdet Philosophes, cilës dans la ChroniqM
de< ducs de Narmandie, t. III, p. 34, «n note).
Ganelon est souvent employé dans
nos anciens auteurs comme nom
commun pour désigner un traître,
ainsi que dans le dernier exemple ;
soit qu'il ait d'abord été nom com-
mun avant de devenir nom propre,
ou que de nom propre il soit devenu
nom commun^ ainsi que tartufe se
dit pour un faux dévot, et mentor
pour un sage gouverneur.
— Bret. ganaz, fourbe, perfide,
traître. Écoss. 1°garîgmrf^ tromperie,
perfidie, duplicité, fausseté; 2° gan-
gaideach, faux, fûurbe,perfide, trom-
peur. Irland. \°gangaid ; 2° gangai-
deach. Gall. 1" gau; t° gau.
Entamer. Tous les étymologistes
font dériver ce mot du grec; mais
notre ancienne langue n'a guère em-
prunté de termes usuels à la langue
grecque, ainsi que je l'ai remar-
qué ailleurs. (Voir p. 3, note 2). Je
préfère donc attribuer entamer au
celtique, le même primitif se trou-
vant à la fois dans tous les idio-
mes néo-celtiques aussi bien que
dans la langue grecque, sans doute
à cause de la parenté qui existait
entre l'ancienne langue des Grecs et
celle des Gaulois. En dans entamer
est la préposition latine in, qui est
venue se joindre au primitif celti-
que.
— Bret. 4» tama, couper, enta-
mer; 2" tamm, morceau, fragment,
Gall. \° tameidiaw; Ttam, iama.
Écoss. 1° teum; 2° teuma_, teum. Ir-
laiid. teuman, couper, trancher,
entamer.
EscACHE, mors de cheval, diffé-
rant du canon en ce que le canon est
rond et Vescache est ovale. (Acadé-
mie.) — Bret. gweslien, frein, mors,
escache, dérivé de gwasli, pression,
compression; gall.. gwâsg, item.
ESCOUFLE, ESCOFLE. ÉCOUFLE, aUC.
milau, oiseau de proie.
Uns escuffle jut en sun lit,
Malades fu si cum il dit.
Un gais ot sun ni près de lui
A cui ot fait suvent anui.
Li escofles se purpensa
Que sa mère i envoira,
Si le fera requeire pardun.
Et que pur lui face orisuu.
(Uarle de Ffance, fable ttxXTii, D'un eicoujtei ê
dou jais, t. II, p. 358.)
— Bret. skoul, milan, écoufle. On
trouve scQul, avec la même signifi-
cation, dans le dictionnaire cor-
nouaillais du xii« siècle, publié par
Pryce et par M. Zeuss. Gall. ysgavael,
proie; ysgavaelu, ravir une proie.
Le mot breton et le mot cornouail-
lais devaient avoir anciennement un
/"ou un V, si l'on en juge parle gal-
lois ysgavael, ysgavaelu, dérivés pro-
bablement de l'ancien primitif cel-
tique qui a du signifier milan.
EscouRGÉE, anc. fouet. Ce mot
est encore dans la dernière édition
du Dictionnaire de l'Académie, qui
le donne comme vieux. On dit en
italien scoreggiata, et en espagnol
zurriago.
S'ensuit la teneur d'une prière qu'ilz (lei
flagellans) disoient en chantant, quant ilt
se batoient, de leurs escourgées. {Le Roux
528
PREMIÈRE PARTIE.
de Lincy, Chmts historiques^ 1. 1, p. 237.)
Toz nuz les battent i'etcorgiies.
{Dohpathot, ëdlt. JTaoDet, p. 31.)
— Bret. 1» skourjez, fouet;
2" skourjesa j fouetter. Ecoss.
4° sgiurs , sgiursadh; 2° sgiurs.
Irland. sciursa, fouet.
EscRACHE; anc. gale^ rogne.
Toi fierge Nostre-Seignor de la plaie de
Egipte, et la partie de ton cors dont les es-
trounts sont portez, à escrache et a mangue
issent que tu ne poes estre garis. (Bible,
Deutéronome, ch. xxTlii, vers. 27 ; citation
de Roquefort, art. Escrache.)
Percutiai te Dominus ulcère Egypti^ et
partem corporis per quant stercora egeruri'
tur, scabie quoque et prurijfine} ita ut cura'
ri nequeas,
— Écoss. sgrafh, gale; irland.
sgreab; gall. craç (Owen), crach
(Davies); bret. râch,
EscRAFFE, anc. coquille de noix,
d'amende, etc. En patois messin,
crafaï} en provençal, crouvéou.
Vos despandeiz et senz raison
Vostre tens et vostre saison.
Et le vostre et l'autrui en tasche;
Le noiel (amande) laissiez por Veseraffe
Et paradix pour vainne gloire.
(CEuTrM d* Ralebcuf. t.1, p. 115.)
— Écoss. sgrath, peau, écorce,
écale, coque, coquille; gall. cragen,
item; bret. hrogen, coquille.
EsTALLES, anc. testicules. (Voir
Étalon qui suit.)
Étalon. On disait autrefois esta-
lotij estalîon, et on appelait estaîles
les organes qui distinguent un che-
val entier d'un cheval hongre, les
testicules. Voir le glossaire de Ro-
quefort, qui cite l'exemple suivant
tiré du Roman de la Rose :
Ainz qu'ils muirent , puissent-ils perdre
Et l'aumosniere (bourse) et les estalles,
Dont ils ont signe d'estre malles,
Perte leur vienne des pcndens
A quoy l'aumosniere est pendens.
{Roman de la Rote, âl6 par Roqntfori, art. EtiatUi )
— Gall. ystaîw, productif, fer-
tile, générateur; ystalwyn. cheval
entier destiné à couvrir les juments,
étalon; écoss. stal, staîan, item;
irland. stal, item.
Fagot. — Gall. fagod, fagot,
faisceau; bret. fagod; irland. fa-
goid ; écoss. fagaid.
Fol, Fou, etc. Fol signifiait autre-
fois sot, imbécile, déraisonnable. Dé
là l'expression de vierges folles qui,
dans le style biblique, est opposé à
vierges sages. Saint Bernard appelle
les premières vierges sottes. (Voyez
le Choix de ses sermons, p. 564.)
Merci te cri que mis sires 11 reis ne Se
curuzt vers cest felun Nabal, kar, snlune
Sun nnm, fols est.... e folie est ensemble-
ment od lui. (Livre des Rois, p. 99.)
Ne ponat, oro, dominus meus rex cor suum
super virum istum iniquum Nabal; quoniam
secundum nomen suutrty stultus est, et stul-
\H\iest cum eo.
L'on ne doit pas fol ne musart apeler k
nul jugemant, ne ^ donner conseil. (Livre
de Jostlce^ p. 8.)
En basse latinité, follus avait la
même signification, et du Gange
fait observer que deux chroniques
différentes donnent cette qualificar
tion à Charles le Simple. On trouve
dans la Vie de Saint Grégoire, par
Jean Diacre : « At ille, more gallico,
sanctum senem increpans follem,
ab eo virga leviter percussus est. »
(Vie de saint Grégoire, liv. IV,
ch. xcvi,)
— Bret. foll, sot, imbécile, dé-
raisonnable; gall. fôl; écoss. bhoil
{bh aspiré), boile ; irland. boile. On
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL t«9
trouve fol avec la même significa-
tion dans le Dictionnaire cornouail-
lais du xii° siècle, publié par
M. Zeuss.
Fbeux, sorte de corneille que l'on
nomme également grolîe. — Bret.
fraô, frâv, corneille, groUe^ freux ;
gall. ydvran,item, ; yd, qui est joint
à vran, est une particule qui s'a-
joute au commencement de plusieurs
mots.
Fringuer, danser, sautiller en
dansant. Il est vieux. Il se dit en-
core quelquefois des chevaux frin-
gants : « Ce cheval fringue conti-
nuellement. » (Acad.)
Fringant,, qui est fort alerte, fort
éveillé, fort vif, et dont la vivacité
se manifeste par des mouvements
rapides et fréquents. (Ibid.)
— Bret. fringa, sauter, gamba-
der, danser, fringuer; écoss. ring,
rinc, danser; irland. rincim, item;
gall. frengig, prompt, vif, alerte.
Furet, en basse lat. furo, que
l'on trouve dans Isidore de Séville.
liv. XII, ch. II, et furectus, employé
par l'empereur Frédéric II dans son
traité De Venatione, liv. I, ch. i.
— Gall. 4" fured, furet; 2» fur,
fin, rusé, subtil, primitif de fured.
Bret. I» fured; %° fur. Ecoss. fea-
raid, furet. Irland. f,read, item.
Galant. La signification de ga-
lant, galans, galan, était autrefois
assez rapprochée de celle que nous
donnons à gaillard, qui paraît être
de la même famille. De plus, ga-
lant se prenait particulièrement
pour brave, courageux. L'anglais
gallant a conservé cette acception,
bien qu'il s'emploie également dans
toutes celles que nous attribuons
aujourd'hui au français galant. Au
milieu du xvu» siècle, La Fontaine
employait encore galant dans son
ancienne signification :
Certain renard gascon, d'autres disent nor-
mand;
Mourant presque de faim, vit, au haut d'une
treille.
Des raisins mûrs apparemment.
Et couverts d'une peau vermeille
Le galant en eût fait volontiers un repas.
(La Fontsinek livra III. fable si.)
— Gall. gall. force, vigueur,
puissance; galawnt, brave, coura-
geux, vaillant, hardi. Irland, gall.
bravoure, valeur, courage, galach,
brave, courageux. Bret. gallovd, for-
ce, puissance.
Gale, maladie de la peau.— Bret.
gâi, gaie^ éruption cutanée conta-
gieuse; gall. gàl, éruption en gé-
néral.
Galerne, 'vent entre le nord et
l'ouest, nord-ouest : « Un vent de
galerne. La galerne donne de ce cô-
té. » (Acad.) Ce mot se trouve dans
nos plus anciens auteurs.
Si galerne ist de mer, bise ne altre vent
Ki ferent al paleis devers occident,
Il le funt turner e menut e suvent.
( Yoy. de Charlem. à Jér., t. 354.)
-- Bret. gwalam, nord -ouest;
avel gwalam, vent du nord-ouest,
galerne; gall. gorlewin, nord-
ouest.
Gâteau, autrefois gasteau, gastel;
en basse lat. gastellum, vastellum.
— Bret. gwastel, gâteau, tourte;
écoss. geatair; irland. geataire;
gall. gwer.
Gaule. — Gall. gwial, gwiail,
gwialen, gaule, verge, baguette,
houssine; bret. gwalen, gwialen;
écoss. giolc, giolag; irland. giolc.
230
PREiMIÈRE PARTIE.
giolcach. On trouve guaylen avec la
même signification daus le diction-
naire cornouaillais du xu* siècle, pu-
blié par M. Zeuss.
Gazouiller, Gazouillement. —
Bret. geii. ged, murmure agréable,
gazouillement des oiseaux; geiza,
gazouiller. Gall. gyth, murmure;
gythu, murmurer.
Geai, oiseau; en basse lat. gaiuS',
en prov. gaîet. — Bret. gegin, ke-
gin, geai; écoss. cathagj item; ir-
land. cudhog, item; gall. cegid {pro-
noncez keguid)_, pic, pivert.
GiESER, anc, javelot, pique^ lance;
mot formé de gèse, giése, en basse
latinité gf,sa, gisamnij gysamm.
Mil Sarrazins i descfindent a piet,
E à cheval suiit xl. millers;
Men escienire, ne 's osent aproismer;
Il lor lancent e lances, e espiez,
E wigres, e darz, e museras, c agiez, e
gieser.
{Chans. de Roi., CLII.)
Gesum, gessum, était une espèce
do javelot, de pique ou de lance, dont
l'usage était particulier aux Gaulois,
ainsi que nous l'apprend Servius:
« Pilum proprie est hasta romana,
nt gessa Gallorum, sarissœ Macedo-
num. » (Commentaire du livre viii
de l'Enéide.)
— Écoss. geis_, javelot, pique,
lance; gall. gwaew, item.
Gigot. La signification étymolo-
gique de ce mot est celle de charnu ;
c'est ainsi que nous disons le gras de
la jambe, en parlant de l'endroit de
jambe qui a le plus de chair.— Bret.
i" kigék, charnu; 2° Mg ou Uk,
chair, primitif de Mgek. Gall. 1 ° ci-
gaicg; 2° cig (prononcez higaoug ,.
kig. ) On trouve kig , pour chair ,
dans le dictionnaire cornouaillais du
xii* siècle, publié par Pryce et par
M. Zeuss.
Gimblet, Ginblet, Guinblet, ane.
vrille, foret.
Un guinbelet ou foret a percer vins.
(Lettres de rémission de 141 2, citées dans
le glossaire de Carpentier, art. Vigilia.)
— Bret. gwimelet (prononcez goui-
melet), vrille, foret; irland. gime-
leid; écoss. gimleid. Ce mot a été
oublié par Armstrong dans son dic-
tionnaire gaélique -anglais; mais il
se trouve dans son dictionnaire an-
glais-gaélique.
Dans gimblet, un b intercalaire
s'est introduit entre le w et le / ,
comme dans trembler,sembkr, hum-
ble, formés de tremulare, similare,
humilis, etc. (Voir t. II, p. 139.)
Glai, Glay, anc. verdure. (Voir
le glossaire de Roquefort, art. Glay.)
Lasse ! fait-ele en souspirant,
De duel morrai.
Robins ne m'aime de néant.
Or maudirai
Le tans de mai,
Et maudirai
Et foille et flor et glai.
{Thiàtre fmnpiii au moyen âge, p. 43, c*l. >{)
— Bret. /["glàz, vert; 2° glazvez,
verdure, herbes et feuilles d'arbres
vertes. Gall. I» glas; 'i° glesin ,
gleswg. Écoss. 4° glas; 2» glaise.
Irland. 1 «" glas; 2° glasghord.
Glaire. Bret. glaouren, glaire,
mucosité, bave, humeur visqueuse;
gall. glyvoer, bave.
Glane, Glaner. (Voyez Glui.)
Gloe, anc. menu bois, menues
branches d'arbre dont on fait des
fagots, broutilles.
Item, de la gloe, des fagoz, de bnsche
de fesseau, d'escanle et de late... (Livre
des méliers de Paris, p. 424.)
C'est i'ordeaance des marcbaans de baeb«
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 23<
(bois k brûler) : li marchaant de bnche de
Paris, puis que la bûche de molle, de cos-
tere ou de gloe sera mise en leur meson ou
en leur tas, ils porront conter ou fere con-
ter par leur meniée la bûche de gloe jus-
qu'à deml-cenl , et la bûche de costerez
jusques a un quarteron, et ceie de mole
moler ou fere moler jusques à m moles.
{Livre des métiers de Paris, p. 424, note 4.)
— Écoss. giolc, giolag, menu brin
de bois, verge, gaule, baguette; ir-
land. giolc, giolcach; gall. gwial,
gwiail, gwialen; bret. gwalen^gwia-
len.
Glui, Glane. On nommait autre-
fois glui, glu, gleu, gluion, une
poignée de paille , de blé scié , une
javelle, une botte de plantes légu-
mineuses; glui, pris dans un sens
restreint, signifiait paille, chaume;
il se dit encore aujourd'hui du
chaume dont on couvre les tois. On
l'appelle glu en Champagne, gleu en
Normandie, et cluis en Dauphiné.
On nommait gluion un lien fait avec
une poignée de paille tordue, que
l'on employait pour lier les gerbes ,
ce qui s'appelait gluier.
Glane ^ glaine, gléne , glénon, de
même origine que glui^ signifiaient
également une poignée de blé scié,
une javelle^ une botte de plantes
légumineuses. Dans la suite, ces
mots se prirent plus particulière-
ment pour une poignée de blé scié
que l'on ramasse dans le champ
après que les gerbes sont liées.
Glane a conservé cette signification.
Glaner, glencr, faire des glanes ou
des glénes, ramasser des poignées
du blé qui a été laissé par les mois-
sonneurs. (Voir, dans le glossaire de
du Gange, glana, glena, gelima, ge-
lina.)
Un fesseau de chaume, autrement ap-
pelé glui. (Lettres de rémission de 1394,
citées dans le glossaire de Carpentier, art.
Gluen.)
Le suppliant print furtivement aux champs
neuf gluys ou jarbes de seigle. (Lettres de
rémission de 140o, ciices dans le glossaire
de Carpentier, art. Gluen.)
Jehan Boistel porta aux champs un glu-
yon de feurre pour d'icellui lyer le blé que
ses gens soyoient. (Lettres de rémission de
1457, citées ibid.)
Pierre Hermart ayant envolé Jehan Her-
mart son filz et Gillon sa fille gluier iu'gluy
aux champs.... (Lettres de rémission de
de 1371, citées ibid.)
Un gluy de fèves où il y avoit environ an
boisseau de fèves. (Lettres de rémission
de 1385, citées ibid.)
Sire, c'est par voz coupes certes que foibles
sui,
Quar'je ne goust d'avaine se n'este à autrui;
N'onques, mon escient, en vostre ostel ne
gui,
Qu'eusse jor et nuit de vece c'un seul glui.
{Du plail Renan de Dammarlin contre Yairoti, ton
roiicta.daat U Nouveau rccutil dei «oulei, dili, «te,
t. II, p. 21.)
Item a Perrenet marchant...
Luy laisse trois gluyons de feurre,
Pour eslendre dessus la terre,
A faire l'amoureux mestier.
(Villon, Grand Tttlament.)
Ainsi que le suppliant batoit un pou it
glaines ou gerbes de blé. (Lettres de ré-
mission de 1427, citées dans le glossaire de
Carpentier, art. Glana.)
Icelle Mabille avoit emblé et fait ses
glennes en temps d'aoust. (Lettres de ré-
mission de 1377, citées ibid.)
En hayne de ce que les jumens et poulins
avoient mengié deux glenons de ses pois,
(Lettres de rémission de 1406, citées ibid.)
— Écoss. \° glac^glacan, poignée,
botte, javelle; 2° glac, paume de la
main; celui-ci est le primitif des
deux précédents. \ " glacoin; 2' gla£.
S33
PREMIÈRE PARTIE.
Gall. cloig, botte de chaume dont on
se sert pour couvrir les toits.
Gobe, anc. hâbleur, beau parleur,
fanfaron, vantard, vaniteux, vain,
glorieux, orgueilleux.
Mors est celé qui riens ne lait ;
Tout prent la mort et tout atrape.
Tex la porte sous sa chape
Qui le cuide avoir moult sain;
Tex la porte dedens son sein,
Qui moult est Gers, cointe et gobe.
il (Cautier da Coiaii, IW. I, cb. xxviii.)
Loons tuit la doce dame...
En enfer n'a maufé si gobe.
Tant soit veluz, grant ne patez,
Dès qu'il la voit ne soit matez.
( Comment Theophitut vint à péniune», k ta idIm <]•(
duTru ds RuttboDf, t. II, p. 315.)
Tieux a vestue bêle robe.
Qui le cuer n'a mie si gobe^
Ni si soupris de vaine gloire,
Gom tieux afuble chape noire.
{tild., p. 3Î1.)
- Ècoss A" gobach,gobair, grand
parleur, hâbleur, vantard, fanfaron;
â° gob. bec, et, au figuré, babil, ca-
quet, primitif des précédents. Iriand.
i° gobach, ^o gob.
GOB, GOREB, GOBELET. NoUS di-
sions autrefois tout de gob pour
tout d'une bouchée, tout d'un trait.
De là l'expression familière cela va
tout de go que nous avons conser-
vée en pariant d'une chose exécutée
sans obstacle, sans difficulté, qui
passe, pour ainsi dire, comme un
morceau avalé sans être mâché.
Uneboure qui là estoit.leprint et l'avaU
tout de gob. [La nouvelle Fabrique des ex-
cellents traits de vérité, etc., par Ph. d'AI-
çripe, édit.Jannet, p. 5!9,)
11 l'aval la tout de gob, sans mascher.
{Ibid, p. 142.)
— Iriand. gob, bouche, bec ; gall.
gob, bouche, gM)p, bec; écoss. gob,
bec; bret. gob, kob, vase à boire,
tasse, coupe, verre, gobelet. Nous
avons dit autrefois gobel, gobeau
pour gobelet, tous ces mots sont des
dérivés dont le primitif subsiste
dans le breton gob et dans le proven-
çal gô anciennement gob qui adonné
goubaou; l'un et l'autre signifient
gobelet.
Le duc de Moscovie detoit anciennemenl
ceste reverance aux Tartares.... qu'il....
leur presentoit un soJeait de laitde jument.
(Montaigne, Essais, lit. I, chap. xLvni.)
Gober a été fait de gob, bouche,
comme l'anglais to mcnith et l'ita-
lien ingollare, mots ayant à peu
près la même signification que le
verbe français, ont été formés, l'un
de mouth, bouche ; l'autre de gola,
gueule.
Goéland, oiseau de mer; c'est
une sorte de grosse mouette. Bufi'on
dit qu'on l'appelle gros miaulard
sur les côtes de Normandie et de
Picardie; il ajoute qu'au printemps
cet oiseau a un cri que l'on peut
représenter par quieute on pieute,
tantôt bref et répété précipitam-
ment, tantôt traîné sur la finale eu^e,
avec des intervalles marqués, comme
ceux qui séparent les soupirs d'une
personne affligée. (Voir Buffon, His-
toire naturelle des oiseaux, art.
Goéland.)
— Bret. gwélan (prononcez goué-
Zaw), gouëland, dérivé de gwela,
pleurer ; gall. gwylan, goëland ;
écoss. aoileann, faoileann; iriand.
faoileann. On trouve guilan, avec
la même signification, dans le dic-
tionnaire cornouaillais du xii» siècle,
publié par Pryce et par M. Zeuss.
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 233
GoGUE, Goguette, Goguenette,
Goguenard. Gogue est un ancien
mot qui signifiait plaisanterie, rail-
lerie, d'où sont dérivés les diminu-
rifs goguenette et goguettej dont le
dernier nous est resté, ainsi que go-
guenard, railleur, plaisant, et les
termes populaires gogueîu, plaisant,
farceur; gouayer, plaisanter, railler.
A^ l'approchier que François firent
Du lieu où leur ennemis virent,
N'ot gieu, ne ris, Teste ne gogue.
[Branche det royaux lignaget, t. Il, p. 365.)
Icelui Guillaume lui dist par goguet:
)>ele sueur, vous ne seriez pas cligne de tenir
terre se les diz pijons cuisiez en l'eau.
(Lettres Je rémission de 4361, citées dans
le glosi. de Carpentier. art. Gobelinua.
Ce colonel goguelu
Est de renom trop goula.
(Lucitin travesti, f, 19.)
— Bret. gôgé, plaisanterie, rail-
lerie, satire; gall. gogan; irland.
sgeig ; écoss. sgeig, sgeige.
Gone, Gonne, diminutifs Gonelle,
GuNELLE, Gunèle, auc. longue robe
à l'usage des hommes et des fem-
mes, casaque.
Laissa le siècle por devenir prud'bom.
Et prist la gonne et le noir chaperon.
{RomttH dt Guillaume au Court Nez, \ti\6 par du
Ctoge, art. Guima.^
En vous auroit bêle personne,
S'aviés vestuë la gonne.
{Roman du Renard, cité par du Caoge, art, Gunna).
Encor ai-je soz ma gonele
Tel rien qui vos ert bone et bêle.
Un hauberjon fort et legier
Que vos porra avoir mestier.
( Tristan, t. I, p. 50.)
La meschine fud vestue de une gunele qui
li bastid al talun; e si soleient a cel cun-
temple cstre vcsiues pulceles ki furent filles
de rci. Li serjanr mist fors la meschine, e
après li clost l'us. E ele deseirad sa gunele
et jetad puldre sui sun chief. {Livre des
Rois, p. 164.)
Quœ induta erat talari tuniea ; hnjusce-
modi etiam filiœ régis virgines vestibus ule-
bantur. Ejecit itaque eam minister illius fo-
ras, clausitque fores post eam. Quœ asper-
gens cinerem capiti sua , scissa talari tu-
niea...
En basse latinité gonna, gwia, et
en langue d'oc gonela, gonella,
avaient la môme signification. De
gonelle viennent probablement sou-
quenenille et guenille. Les noms des
vêtements qui ne sont plus en usage
se prennent assez souvent dans un
mauvais sens ; c'est ce qui est arrivé
au mot houppelande, qui désignait
autrefois un riche surtout garni de
broderies et de fourrures précieuses.
(Voir des exemples de ce mot dans
le Théâtre français au moyen âge,
p. 371, dans Froissart, t. I, p. 371,
col. 2, et dans l'Histoire de Bretagne,
de Lobineau, t. II, p. 827.)
— Écoss. gun, robe, habit long,
casaque; gall. gwn,item; irland.
gunn, gunnad.
Gourmand. — Irland. gioraman,
gourmand, goulu, glouton; écoss.
gioraman, item, employé comme sub-
stantif ; gioramhach, item, adjectif;
àegiorr, se rassasier, se gorger.
Gall. gormodi, être i^empli, être gor-
gé, être rassasié.
Gourme, humeur qui survient aux
jeunes chevaux et dont la suppura-
tion se fait par les naseaux, et par des
glandes qui sont situées entre les
deux os de la ganache.
— Bret. groumm, grom, gourme
des chevaux; gor, apostume, abcès,
furoncle. Gall. gor, humeur sécrétée,
pus, sanic; gori, suppurer; goirean.
234
PREMIÈRE PARTIE.
pustule, apostume. Êcoss, gor, pus,
sanie; giwVmn^ pustule. Irland. gfiu-
rin, garan, item.
Gourmette. La terminaison de ce
mot est celle d'un diminutif. — Bret.
gromm , gourmette , de kromm ,
krowmm, courbe, courbé, fléchi^ ar-
qué, pai'ce que la gourmette, accro-
chée aux deux côtés du mors, forme
une courbe au-dessous de la ganache
du cheval. La même considération a
fait donner en anglais le nom de curb
à la gourmette. Gall. crom, crwm,
courbe , courbé , fléchi , arqué , qui
entoure; ccoss. crom, cromadh, item,',
irland. crow^ item.
GouRNAL, nom que l'on donnait
anciennement au poisson que nous
appelons rouget ; ce nom lui est resté
dans certaines provinces.
La charretée de goumaus doit^ de cous-
tiime, vu s. et xv den. de congié et de ba-
gage, et chascune soume n den. La charre-
tée de merlans doit, de coustume, un s. et
XVI den. de congié et de halage. (Livre des
métiers de Paris, p. 273.)
— Écoss. guimead, rouget, gour-
nal; irland. guimead; gall. 'pen-ger-
nyn, composé de pen_, tête, et de
gernyiij aujourd'hui inusité. Ce mot,
d'après ceux qui s'en rapprochent le
plus, a dû signifier qui a la consis-
tance de la corne , dur comme de la
corne. La dureté de la tête de ce pois-
son est, en effet, un de ses caractères
les plus remarquables.
Gousset, petite bourse ou petite
poche qu'on attache à présent en de-
dans de la ceinture de la culotte, et
qu'on mettait autrefois sous l'ais-
selle. (Trévoux.) C'est de cet usage
que vient l'expression sentir le gous-
set, pour signifier sentir la mauvaise
odeur communiquée au gousset par-
la transpiration du creux de l'aisselle,
— Ecoss. guiseid, petite poche,
gousset; irland. guisead; gall. cwyr
sed.
GoY, Goé, Goue, Gouyer, anc.
sorte de gros couteau, couperet,
serpe; diminutif gouet, espèce de
petit couteau.
Le suppliant feri nn conp d'an goy^ au-
trement appelle vougesse, de quoy l'en ar-
rache les buissons, d« la louppe qui est
devers le dos d'icellui goy, sur le front da
dit Jehan. (Lettres de rémission de 1456,
citées dans le glossaire de Carpentier, art.
Goia.)
Ung goé ou serpe que le suppliant tenoit
en sa main de quoy il tailloit les vignes.
(Lettres de rémission de 1409, cUèesibid.)
Icellui Mathé print ung gouyer , et en
frappa le dit Pissoul deuxcops sur la leste.
(^Lettres de rémission de 1444, citées il/id.)
Icellui Jehan.... a roingné de toutes
icelles tasses de chascune un pou d'argent
à un hostil appelle gouet. (Lettres de ré-
mission de 1382, citées ibid.)
— Écoss. sgian, couteau; $geath,
sgeith, sgud, couper, tailler, inciser;
irland. sgian, couteau ; gall. ysgien,
item, ysgwther, action de couper, de
tailler, d'inciser; bret. skeja, couper,
inciser, tailler.
Graisset , « espèce de 'grenouille
qui vit sur terre et dans les buissons,
qui est verte, et porte les yeux avan-
cés en guise de cornes; elle tient du
crapaud et a du venin. » (Trévoux,
art. Graisset.) « Le plus dangereux
crapaud est celui qu'on appelle cra-
paud verdicr, ou graisset, ou raine
verte (ranaviridis) ; en latin, bufo.n
{Ibid. art. Crapaud.)
Graisset est pour glasset, c'est un
dérivé ayant la forme d'un dimiautit
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 235
-— Gall. glâs_, vert; bret. glaz; ir-
Land. et écoss. glas.
Grés, pierre dure et grise , qui se
fend et se réduit en poudre aisément.
(Trévoux.) On disait autrefois grae,
groe, groi, pour roc, rocher. Grdsa
reçu un s paragogique.
Berte gisl sur la terre qui est dure com groe.
Il u'ot si bêle dame jusques à le Dinoe.
{Beru aua gram pies, p. 49.)
— Bret. krag, pierre dure, grès;
gall. careg, pierre, roc, rocher; écoss.
craig, item ; irland. caraicc, item.
Grève, Gravier; en prov. grava,
gros sable , gravier; en basse lat.
gravia, gravarium, gravaria, grève,
gravier. — Bret. graé, hraè, rivage,
grève; grouan, gravier, gros sable
du rivage; gall. gro, grodir, gros
sable, gravier; écoss. garbhan, gair-
bheal, item; irland. gairbhcal, item.
Grignoter. La terminaison de ce
verbe est celle d'un fréquentatif. —
Bret. krina (n mouillé), ronger, cor-
roder, couper avec les dents à fré-
quentes reprises^ grignoter; irland.
ùreinim, item ; écoss. creim, item.
Le substantif grignon paraît avoir
la même origine.
GuÈDE, autrefois guesde, plante
qui sert à teindre en bleu foncé; elle
est plus connue aujourd'hui sous le
nom de pastel. En espagnol et en
portugais glasto, en basse latinité
guasdium , guesdium. Les Grecs et
les Latins la nommaient isatis.
Quiconques veult estre tainluriersa Pa'is
de guesde et de toutes autres coleurs dcs-
queles l'en taintdras, estre le puet franche-
çjent. {Livre des métiers, p. 135.)
Guesde, guéde, viennent du cel-
tique, ainsi qu'on peut le conclure
du passage suivant de Pline le na-
turaliste : « Siinile plantagini gia*-
tum in Gallia vocatur ; que Britan-
norum conjuges nurusque toto cor-
pore oblitœ, quibusdam in sacris nu-
dae incedunt ; jEthiopum colores imi-
tantes, glasto infectores caeruleum
colorcm pannis inducunt, (Liv. XXII,
ch. 1.)
Glastum dérive d'un primitif cel-
tique qui signifie bleu. — Gall. glas,
bleu, vert} bret. glâz; écoss. et ir-
land. glas.
GuÉRET. — Gall. gweryd (pronon-
cez gouerid), terre labourée, guéret,
selon Davies ; il signifie surface du
terrain, selon Ow^en, qui donne gwe-
rydre dans le sens de terre labourée,
terre cultivée; bret. avrek, guéret,
terre labourée qui n'est pas encore
ensemencée; écoss. et irland. grian,
terre,terrain.On trouvegwere^^ signi-
fiant terre, terrain, dans le diction-
naire cornouaillais du xii^ siècle,
publié par Pryceet par M. Zeuss.
GuERMENTER, anc. sc lamenter, se
répandre en plaintes, en sanglots et
en cris.
II se guermente de l'infortune de son
amy.
{Veiclarcissement de la langue fmnçayse, par PaîsgrnTB'
édit. Gcnin, p. 453, col. 2).
— Bret.l" garm, cri; 2° garmi,
crier, criailler. Gall. 1° garm; T gar-
miaw. Écoss. et irland. 1° gairm;
2° gairim.
Guirlande. — Gall. 4" gwyrlen,
guirlande, feston de fleurs; 2° gwyr,
courbe, courbé, fléchi, primitif de
gwyrlen, Bret. 1 » garlantez ; 2° goar,
givar. Ecoss. car, courbe, courbé,
fléchi. Irland. car, courbure, flexion,
tour, détour.
Hait, Het, anc. plaisir, agrément,
satisfaction, gré, joie, réjouissance,
allégresse, bonne disposition dô
PREMIÈRE PARTIE.
l'esprit ou du corps, gaillardise,
courage. D'où haiter, haitier, faire
plaisir, plaire, réjouir, encourager,
conforter, se réjouir, se conforter,
ranimer son courage; déhait, déhet,
déplaisir, contrariété, chagrin, mau-
vaise disposition de l'esprit ou du
corps, indisposition, maladie; dé-
haiter, contrister, déconforter, dé-
courager. Il nous est resté le com-
posé souhait, désip; suggéré par
quelque idée qui plaît à l'imagina-
tion. I
Et came l'arche vinrèn l'ost, H poples
Peu duna un merveUlifs cri , que tute la
terre rebundi, Li Philisîen oïrentces cris
et distrent N'en our^at^pas tel hait ea
l'ORt, ne hier, ne avant-hier. 1çt nos guar-
derad encuutre ces halz Deus ? Ço sunt les
Deus ki flaelerent et tuèrent ces d'Egypte
el désert. Mais orez vus hailez, e seiez forr
champiuns, Philistiim, que vous ne servez
as Hebreus si cume il unt servi k vus.
{Livre des Rois, p, 15.)
Cumque venisset arca fœderis Domini in
castra, vociferalus est omnis Israël elamore
grandi, et personuit terra. Et audierunt
Philislhiim vocem clamoris, dixeruntque..:.
Non enim fuit tanta exultatio heri et nu-
diustertius : vœ nobis ! Quis nos salvabit de
manu Deorum sublimium istorum ? Hi sunt
DU qui percusserunt JEgyptum omni plaga
in deserto. Confortamini, et estote viri,
Philisthiim , ne serviatis Hebrœis sicut et
illi servierunt vobis.
Or quit qu'à mult mal aise sunt
Cil de la tor desus ; d'amont
N'en devaient, n'a eus ne vait
Nus qui lor dunt confort ne hait.
(Chron, det duct de Norm., t. III, p. 35.)
Pour qui lonc temps eut mal dehait
Tout celui jour fu en bon hait.
[Roman du Chatulain da Couci/, y, 9417.)
Di a Joab qu'il ne se dehaite pas, kar di-
verses sont les aventures de bataille, e ore
ehiet ciste ore li allrcs; yor co li di qu'il
haile ses cumpalgauns. {Livre des fioù^
p. 157.)
Iriez fa trop li reis de France
Des antres laide meschaance ;
For le deshet, por le contraire,
N'i vout longe demore faire.
{Chron. det dues de Karin., t. Itl, p. 18.)
Depuis qu'ele ot de vous la nouvele es-
coutée.
Ne fa one puis haitiée ne soir ne matinée.
[Romande Bene ont jram piii, f. III.)
Bien sot au roi aler entor*
A guise de losangeor.
Un jor trova le roi hailii^
Si la a consel afaitié.
(Rom. de Brui,t. I, p. 3S3. t. 7007.)
— Bret. hetj plaisir, agrément,
chose qui cause de la joie, mouve-
ment de la volonté vers ce qui nous
plaît, désir, souhait; heta, faire plai-
sir, plaire, rendre joyeux, désirer,
souhaiter. Écoss. 4° aiteas, joie,
gaieté, réjouissance ; 2° ait, joyeux,
gai, réjoui. Irland. 1" aiteas; 2» m-
theasach.
Hale, état de l'air qui, échauffé
par le soleil, fait impression sur le
teint en le rendant brun et rou-
geâtre, sur les herbes à la campagne
en les flétrissant, etc. Haler, brunir
le teint en parlant du soleil ou de
l'air chaud. Eàle, avant d'avoir la
signification que je viens d'indi-
quer, se prenait pour la lumière et
la chaleur provenant des rayons so-
laires arrivant directement; c'est ce
que nous appelons aujourd'hui soleil,
par opposition à ombre ; « Otez-
vous de mon soleil; éloignez-vous
du soleil, et mettez-vous à l'ombre.»
On a passé de cette signification à
la signification actuelle en prenant
la cause pour l'effet.
Mult a famé le cuer muable...
Or est sauvage, or est privée,
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 237
Dr vent piis, et or veut niellée,
Or ne dit mot, et or repalle;
Or veut l'onbre, or veut le halle ,
Or veut repoi, or veut labor.
{Nouveau recueil de conlet, t. II, p. 171- 1T3.)
Cler fa le jour, greveus le halle.
Et fiers H huz,près d'Aubemalle
Où les deux os s'entre-requierent.
{Branche det royaux lignages, t. I, p. 108.)
Poi pensent k pluie n'a halle.
lattd. p. 111.)
— Gall. 1 ' haul, soleil; g» heulaw,
exposer au soleil. Bret. 4» heol;
t" heolia.
Haleine. — Bret. \''halan, alan,
respiration, haleine, souffle ; 2° ha-
lana_, alana, respirer. Gall. \ » alanez;
2* alanu. Écoss. anail, respiration,
haleine. Irland. anal, item. Ces deux
derniers idiomes se rapprochent plus
du latin anhelitus que le français, le
breton et le gallois.
Hanouar, Henouar, Hannouart,
anc. porteur de sel du grenier à sel
de Paris. (Voir Roquefort, art. Han-
nouarts.)
L'an de grâce mil deus cenz quatre-vinz
*t treize fut regardé par sire Jehan Popin,
prevost des marcheans, Thomas de Saint-
Benoust, Est. Barbète, Adam Paon et Guill.
Pizdoe, echevins, que qnant aucun des
henouars seront chêne en vellesse, ou sera
(sic) si malade qui ne pourra son pain ga-
tgner, que cil qui sera si vieulx ou si ma-
lade, come il est dessus dit, porra mestre
en lieu de li personne soufflsant, et Ma le
service tant come le henouart vivra seule-
ment ; et le henouart mort, cil qui aura esté
Por li ne porra plus fere le service, ainçois
les prevost et echevius i metront tel come
H leur plera. {Livre des métiers de Paris^
Ordonnance de mesureurs et porteurs de
Kl, p. 3B6.>
— Bret. 10 haîennour, hatenner,
c'îwalenner, marchand de sel, sau-
nier; 2° halen, c'hoaîen, sel. GalL
4° halenwr (prononcez halenour);
2° halen. On trouve haloinor, pour
marchand de sel, et haloin, pour
sel, dans le Dictionnaire cornouail-
lais du XII® siècle, publié par
M. Zeuss.
Hardée, anc. paquet, trousse,
trousseau, faix, fardeau, charge;
Hardes, effets divers, propres à
l'habillement que Ton met et que
l'on peut mettre en paquet, en
trousseau; en latin sarcinœ, de sar-
cina.
Iceulx signifians ont prins six hardées de
lin. (Lettres de rémission de 1369. citées
dans le glossaire de Carpeutier, art. Har-
deia.)
Le suppliant vend! vint hardées de foings
à Pierre le Queux. (Lettres de rémission de
1394 citées i^jU)
— Bret. horden, paquet, faix,
fardeau, charge; écoss. eireadh ,
item; irland. eireadh ^ item.
Tous ces mots paraissent dériver
d'un primitif celtique signifiant lien,
attache. (Voir ci-après l'art. Eart.)
Haret, anc. bord, extrémité. Un
traducteur de la Bible dit, en par-
lant d'un vêtement que l'on doit
faire pour le grand-prêtre Aaron :
11 avéra deux haretz en l'une et l'autre
costiere des hautesces qu'il revignent tut
en un. (Exode, ch. xxviii, vers. 7 ; cita-
tion de Roquefort, art. Haretz.)
Duas oras junctas hnbebit in utroque lae-
tere summitatum, ut in unum redeat.
— Bret. harz, harzou, borne, li-
mite, extrémité, bord, lisière; écoss.
eirthir^ extrémité, bord, bordure,
lisière; gall, ardai, extrémité d'un
pays, limites, frontière.
Harnais, Harnois. On appelait
ancieanement harnois l'armure com-
m
t'REMIÈRE PARTIE.
plète d'un homme d'armes. Ce mot
est encore usité dans quelques fa-
çons de parler figurcer. . « Endosser
le hamois, » embrasser la profes-
sion des armes. « Blanchir sous le
hamois, » vieillir dans la profession
des armes. Hamois, ou plutôt har-
nais, se dit aujourd'hui de tout l'é-
quipage d'un cheval de selle ; il se
prend plus particulièrement pour le
poitrail, le collier et tout le reste
de ce qui sert à atteler des chevaux
de carrosse ou de charrette. En
basse latinité, hamascha, herna-
sium, hamois ; en italien, amese ;
en espagnol, âmes. Les idiomes
germaniques ont des mots sem-
blables qu'ils ont empruntés à la
basse latinité ou bien au français :
anc. allem. et allem. moderne, har-
nisch; island. hamesMa; dan. har-
nisk; suéd. hamesk', holl. ham.ass;
angl. ham.ess.
Nous avons dit autrefois hamas,
qui devait être pour hamasCj si l'on
en juge par les dérivés hamascher,
harnacher, par le mot de basse lati-
nité hamascha, par l'ancien alle-
mand hamisch, etc.
Les diverses pièces qui compo-
saient l'armure des gens de guerre
étaient généralement en fer; de là
l'origine du mot hamois. — Bret.
1° houamach, nom collectif s' appli-
quant à tout ouvrage de fer, quin-
caillerie; dérivé de 2° houam, fer;
on disait anciennement haiarn.
Gall. 1" haiamaez; 2° haiarn. Ir-
land. iarann, fer; écoss. iamaichj
item.
Les idiomes germaniques ont des
mots assez analogues à ceux que
nous venons de voir pour signifier
fer; on peut voir ces mots ci-après
à l'article Landier. Mais les idiomes
celtiques nous offrent des formes
beaucoup plus rapprochées de celles
de hamascha, hamas, hamois.
Hart. — Bret. ari^ ère, lien, at-
tache^ ligature; ariein, erea, lier,
attacher. On trouve dans les anciens
auteurs heren, au lieu de ariein,
ainsi que le remarque Le Pelletier.
Écoss. ar, lien, attache; irland. ar,
item,
(Voir, ci-dessus, l'article Hardée.)
HiDE, anc. frayeur, effroi, terreur,
épouvante, horreur; d'où hideux,
qui signifiait autrefois effroyable,
épouvantable, affreux, terrible, hor-
rible. L'anglais hideous a conservé
cette signification.
Quant Ferrant vit Flandres perdne
Par la guerre qu'il ot meue.
Dont les François souvent lassa,
En Angleterre repassa.
Car du roi de France ot grant hide ;
Au roi Jouhan requist aïde.
{Branche det roijaux lignages, t. I, p. S50.)
Seigneurs, puisque ci morte gist
crius la regars, plus ay grant hide)^
Faites que vous aiez aïde,
Et que l'emportez la derrière,
Et li pourveez une bière.
{Tbéilre françaii du moyen [âge, p. 570.)
Mes la nuit est tainte et oscnre,
S'en a grant hide et grant poor.
[Comment Theophilut vint à penîtance, i la laiU
dei Œuvrét de Rutélt>euf, U II, p. S8I.]
A son boQteilIer commanda
Qu'ai galant le cief trençast...
Merveilles fu la teste grant
Et hideuse de eel jaiant;
Eu ai, dist Artus, paor ;
Aine mais n'ol de galant forcer.
Fors de Riton tant solement.
{Rom. de Bmt, i. II, p. IW.)
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. II. ^39
sais ou en irlandais. A cet égard,
le grec suit assez généralement la
même loi que le breton et le galloiSj
tandis que le latin est plus analogue
à l'écossais et à l'irlandais. — Brct.
gall. halen, sel; grec &lk{halx);
irland. salan; écoss. salann ; lat.
sal. Bret. heol, soleil ; gall. haul;
grec^ iiXioi; (/ié?îOs); écoss. so/; ir-
land. sole ; lat. sol.
Hoche. (Voir Coche.)
Jale, Jallaie, Galoie, Gallon,
anc. seau, baquet servant de mesure
pour les liquides. L'action de mesu-
rer ou le mesuragc avec la jale se
nommait jalage ; on donnait égale-
ment ce nom au droit revenant au
seigneur pour chaque mesure de
vin que l'on vendait en détail. Dans
la suite, une certaine mesure adop-
tée pour le jalage fut appelée jalge
ou jauge ; ce dernier nous est resté,
ainsi que ses dérivés jauger, jaitgewr,
jaugeage.
Jtfonlt fu leur penitance hideuse a regarder:
m cuirs de buef a fait l'apostolle aporter;
A chascun en donne un pour lui enveloper;
Dedenz les fist-on queudre et bien esiroit
serrer.
(tt DU du Due/, dans le Nouviau recueil Je eonlei,
àUi, etc., 1. 1, p. 58.)
— Bret. 4» heûz, eûz, effroi,
frayeur, épouvante, terreur, horreur;
2° heûzuz, eûzuz, effroyable, épou-
vantable, terrible, horrible. Ecoss.
\* uadh; uadhach. Irland. 1* itadh,
uath; 2* uadhbhacach. Le gallois
n'a conservé que hvdwg, épouvan-
tail.
Hobereau, oiseau de proie; c'est
une espèce de petit faucon. Hobe-
reau est un dérivé de hobe, liobel,
mots qui servaient autrefois à dési-
gner cet oiseau. Nous employons
hobereau au figuré pour signifier un
jeune gentilhomme sans fortune; en
espagnol tagarote se prend égale-
ment pour un petit faucon et pour
un pauvre gentilhomme. (Voyez ce
mot dans Covarruvias.)
Si devez savoir qu'il est huit espèces d'oi-
seaux de quoy homme se puet déduire. Et
sont quatre de quoy on vole , qui volent à
tour, et quatre qui volentde poing et pren-
nent de randon. Ceux qui volent a tour
taault sont le faucon, le lasnier, le sacre et
le hobe; et ceulx qui volent de poing, et
prennent de randon sont : l'otoir, le ger-
faut, l'espervicr et l'esmerillon. {Livre du
roi ilûdus, etc. éd. d'Elz. Blaze, f» 76 v».)
Femme est ostour per preie atteindre,
Femme est espervcr per haut voler.
Femme est hobel per haut mounlcr.
{Nouii*aii rtcutiliU coniei, dili, etc., , t. I, p. 331.)
— Gall. hebog, faucon; écoss.
seobag, seabag; irland, seabhac. Les
mots gallois et bretons qui ont un h
initial ont fort souvent un s en éeos-
Si a li cuens le cambage , c'est de cas-
cune cambe , à cascune fié c'on y brasse,
Uois jales de cervoise. (Rentes du comté
de Namur de 1265, citation empruntée au
glossaire de Carpentier, arl. Jalea.)
Celui qui les (lies) va querre et les prent
ou nom du dit boutcillier, il convient qu'il
apporte ou celier son sac et sa jalle. (Re-
gistre de la cour des comptes de Paris, cité
ibid. art. Jalla.)
Je vous donrai du meillor \ia
Qui soit ceens, une galoie.
Par couvant que vengié en soie.
(Fabliau, cité itid., art. Calo.)
Ung çallon, qui sont deux potz, de cistre.
(Lettres de rémission de 1450, citées aifi.)
Le droit que il (l'évêque de Laon) dc-
mandoit et se disoit avoir par point de
chartre ou tonlieu, ou rouage, ou jailaige...
(Charte de 1331, citée ibid. art. Jalagium.)
En tout le baillage d'Orléans n'y a que
éio
iPREMIÈRE PARTIE.
vme jauge d'estallon de fûts (de bois), à
mettre vin; et contient le pocuson douze
jnllayes , et chacunes jallayes seize pintes
de la grande mesure de la ville d'Orléans.
{Cousttttnier gênerai, 1. 1, p. 977.)
— Écoss. sgal, baquet, seau;
irland. sgala, bol, grande tasse,
écuelle.
Jambe, Jambon, Gambade, Gam-
bader, INGAMBE, etc. Nous avous
dit anciennement gam6e pour jambe;
italien gamba, provençal camba;
Li destrers est e curanz e aates,
Piez ad copiez e les garnies ad plates.
iCha»$. de Roland, n, cxiii,}
— Écoss. gamban, jambe; irland.
gamburij, item.
Jarret, autrefois garret; en ita-
lien garretto. Ces mots sont des déri-
vés formés au moyen des suffixes et
etto.
A tcas i fist les poinK trenchcr
E des goules les denz saeher;
Des garezèa i eut de quiz.
{Ckrou. det ducs de Norm., t. II, p. 105.)
— Bret. gâr,gfarr, jambe ;jan7e/,
jarret. Gall. gâr, jambe et jarret.
Irland. car a, jambe.
Au même primitif parait se rat-
tacher garrot, partie du corps du
cheval qui se trouve au-dessus des
jambes de devant.
Jars, oie mâle. Bret. garz, oie
mâle, jars; écoss. ganra, ganradh,
item; irland. ganra, item.
Jauge, Jauger. (Voir Jale.)
Jorroise, anc. sorte de prunelle;
jùrrasier, prunellier.
Pesches, raisins ou alliettes,
^efles entées ou framboises,
Belloces d'Avesnes,;"orrow«,
Ou des meures franches ayés.
(Romon de h Rote, éi. de 1735, t. I, p. S88].
Pierre Lengloys de une serpe «Tolt copct
ou jardin du dit exposant pluseurs arbres,
c'est assavoir nauerdiers (noisetiers) ou
jorrasiers. (Lettres dt rémission de 1396,
citées dans le glossaire de Carpentier, art.
Jarrossia.)
— Bret, irin. hirin, primellc,
fruit de l'épine noire; gall. emn;
écoss. aime ; irland. aime.
Lagaigne. anc. chassie, humeur
qui sort des yeux. (Roquefort.) —
Gall. llygadgoçni, chassie, dérivé
de llygad, œil; bret. lagad, item.
On trouve lagat pour œil dans le
dictionnaire comouaillais du xii®
siècle, publié par Pryce et par M.
Zeuss.
Lance. Diodore de Sicile dit en
parlant des Gaulois : (( Ils lancent
des piques qu'ils appellent lanœs ,
dont le fer est long d'ime coudée. »
npo6àXXovTai 6è >6yx*î S; âxeïvot
AAFKIAS xaXoûfft, nri/uaia; t<5> (x^ôxe'
Toû ai^çoM. ( Diod. liv. V, 30.) Le
mot lance se trouve dans les plus
anciens monuments de notre langue.
(Voyez une citation de la chanson de
Roland, p. 230, col. 1 .)
Diodore vivait sous Auguste; Var-
ron, plus ancien que lui, avait dit,
selon Aulu-Gelle {Nuits attiques,x\,
30), que lancea n'était pas latin,
mais hispanique. Sur quoiCasaubon,
dans ses notes surStrabon, reproche
à Varron d'avoir enlevé ce mot aux
Gaulois pour le donner aux Espa-
gnols : « Vocem lancea, Varro, Gai-
lis inique adimens, Hispanis tri-
buit. » Mais Casaubon n'a pas fait
attention qu'une partie de l'Espagne
était habitée par les Celtibères, par-
lant , sinon le celtique , du moins
une langue dans laquelle avaient dû
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SEGT. IL
m
s'introduire beaucoup de mots cel-
tiques. Les Espagnols appellent eH-
core aujourd'hui une lance lanza.
Bret. lans, lance; écoss. latin ,
item; irland. larig, item; gall. llain,
long morceau de bois, tige, rejeton,
bouture.
Larris, anc. lande, bruyère, terre
inculte ; en basse latinité , larri-
cium.
Quar je li donral si beau don qu'il porra
dormir en prez, en rivières, en forez, en
larris, en montaignes, en valées, en bos-
chaiges d'une part et d'autre. (C< comence
Cerberie, inséré dans les œuvres de Rute-
bcuf, t. I, p. 472.)
François costoiant mainte selve,
Se vont logier soaz Monz-en-Pelve,
Tout au long d'an larriz sauvage
Plain de fossez, près de boscage.
{Branche det royaux lignages, I. 1, p. 431.)
— Écoss. lâr, terre, terrain, sol;
irland. lar, item; gall. llawr (pro-
noncez laour), item; bret. leur, ter-
rain, sol, aire.
Il est à remarquer que Ife mot cel-
tique signifiant terre a passé dans
notre langue avec un sens défavora-
ble, tout Comme le mot tudesque de
même signification, qui nous a don-
né lande. (Voir ce dernier mot par-
mi ceux qui sont d'origine germani-
nique, daDs le chapitre suivant,
sect. II.)
Lèche, tranche fort mince de
quelque chose qui se mange. Ce mot
n'est plus guère en usage aujour-
d'hui, bien que l'Académie le donne
encore dans sa dernière édition;
mais on le trouve assez souvent dans
nos anciens auteurs. On dit lesca
dans la Provence et le Languedoc ,
léissa dans le Gapençais.
Une cruche seul astre prise
Où l'aumosne de vin est mise,
D'une lesche d« pain singnie.
(De Cuenay, & la suite des oeuvres de Rutebeu *
t. H,p. 439;)
— Écoss, slis , sliseag, tranché,
morceau; irland. slis, sliseog; gall.
yslaiv.
LiART, anc. gris, gris-brun, gris
pommelé. Un indigne chevalier, ne
pouvant triompher de la vertu de
Flourence, la suspend à un arbre
par ses cheveux. Un bon châtelain
vint à passer :
La pucelle vit pendre, si s'en vint celle part.
Moult en ot grant merveille, mais forment
li fu tart
Qu'elle fust despendue. De son cheval liart
Descend!; lors Flourence li fist i douz re-
gard.
(Le Dit de Flourence tie Romme, dam le Nouveau
reeueU de contes, dits, etc, t. I,p. 104.)
Et qui morele ne tenroit,
Tôt le cours a morel venroit ,
Voire a fauvel ou a liart.
Si corn sa volonté li art...
Et ce que ge di de morele,
Et de fauvel et de fauvele,
Et de liart et de morel,
Di-ge de vache et de torefi
Et de berbiz et de mouton;
{lioman dt la Rote, t. 14513.)
— Écoss. liath, gris; irland.
liath ; gall. llwyd, liai ; bret. loiiet
/oued. Dans le français liart, le r est
venu se placer devant le t, comme
dans Tartare,nom propre d'un peu-
ple qui se nomme Tatar dans sa
propre langue. (Voir t. II, p. 4 42.)
Lie, en basse latinité liix. Jean dô
Garlande dit, au chapitre xxi de son
Hortulanus, espèce de vocabulaire
des mots vulgaires employés dans
la Grande-Bretagne : « Alii (dicunt)
liam, id est fœces vini calcinati , »
— Bret. li, lie, léit, vase, boue.
r
ie
âi2
PREMIÈRE PARTIE.
limon j gall. llaid, vase, limon;
écoss. et irland. làthach, item,
Lieue, de leuca, mot d'origine
celtique adopté par les Romains, et
tellement naturalisé dans leur lan-
gue, qu'on le retrouve aujourd'hui
dans toute l'Europe latine. En ital.
et en prov. lega, en esp. legua^ en
port, legoa.
La mesure itinéraire des Romains
était le mille et celle des Gaulois
était la lieue : « In Nilo flumine ,
sivs in ripis ejus, soient naves funi-
bus trahere; certa habentes spatia
quae appellant funiculos, ut labori
defessorum recentia trahentium col-
la succédant. Nec mirum si una-
quaeque gens certa viarum spatia
suis appellct nominibus, cum et La-
tini mille passus, et Galli leucas et
Persae parasangas, et rastas univer-
sa Germania; atque in singulis no-
minibus diversa mensura sit. » (S.
Jérôme, Commentaire sw Joël, ch.
m.) Ce témoignage se trouve confir-
mé par Hesychius : AeuYï), ixétpov
xi YttXàTixov, Isidore de Séville dit
dans ses Origines, ch. xvi : « Men-
suras viarum milliaria dicimus,
Graeci stadia. Galli leucas. » D'au-
tres témoignages analogues se trou-
vent dans Ammien Marcellin, liv.
xv; Jornandès, ch. xvi et lx; Yves
de Chartres et autres auteurs.
— Écoss. leig, lieue ; irland. leige,
leagik, item; bret. leô, lev, grande
lieue de pays ; leoih , petite lieue.
Loche, sorte de poisson. — Bret.
lontek, loche. (Le Gonidec.) Le Pel-
letier écrit lonch, lonchic; dérivés de
lontek , vorace , qui vient lui-même
de lonka, avaler, dévorer. Gall. lyn-
qu, item.
LocHER^ branler, être prêt de tom-
ber. Il ne se dit que d'un fer de che-
val. (Acad.) Autrefois locher, locier
signifiait en général branler, re-
muer; il se prenait dans le sens
neutre et dans le sens actif. Dans ce
dernier sens , il signifiait ébranler,
Sor le fucrre noviau bâta
Se sont andui entrebatu,
Cil adenz e celé souvine.
Li vilaitts vit tout le couvine
Qui du lincael est acouvers,
Quar il tenoit ses iei ouvers ;
Si veoit bien l'estrain hocler,
Et vit le chapelain locier.
{Nouveau retutUde contes, t. I, p. 3I& )
Li minieur pas ne souffleillent,
Un chat bon et fort appareillent.
Tant euvrent desouz et tant cavent,
C'une grant part du mur destravent;
Endementieres qu'il les lochent.
Le conte et ses Flamanz aprochent.
(Branche dei rot/aux Hgnagei, t. 1, p, 49.)
De belif li estoit laciés
Li hiaume, qai el chief li loehe.
{Tournoiement de l'Antéchrist, p. 3S.)
— Bret. Iriska, branler, remuer;
écoss. luaisg; gall. Ihvygaw; irland.
luasgaim.
Longe, partie du veau ou du cerf
qui est entre l'épaule et la queue^ et
à laquelleest attaché le rognon. C'est
la moitié des reins de ces animaux.
En basse latinité longia f longua se
disaient des reins de plusieurs ani-
maux qui se mangent. (Voir ces mots
dans du Cange.)
— Bret. lonec'h, lounec'h, rognon,
reins, longe; gall. llwyn; écoss. et
irland. liuiin.
Magnan, Maagnan, Maignan, Mai-
GNiEN,etc. anc. chaudronnier. Dans
le Jura, on appelle encore magninun
chaudronnier ambulant.
CHAP. II, ÉLÉMENT
Nns mangnant, ne autres, soit dedenz la
vile, soit dehors, ne puet nule des euvres
apartenans au mestier des potiés d'estain
vendre aval la vile, ne eu son ostel, se
l'œuvre n'est de bon aloiement et de loial,
et se il le feit, ildoit perdre l'euvre. {Livre
des Métiers, p. 40.)
A tant olreut un maingnien
Qui son mestier aloit criant;
Et la pucele maintenant
Vint a l'uis, lo meignien apele
Qui portoit une viez paele.
(MÉOir, Fabliaux et contt$, I..I plifTI .)
— Bret. mahouner, chaudronnier,
<îelui qui fait ou qui vend des usten-
siles de cuisine en cuivre ou en airain;
ce mot, ainsi que le français magnan,
dérive probablement d'un ancien pri-
mitif celtique maha, umaha, signi-
fiant cuivre, airain, qui n'existe plus
en breton, mais dont on retrouve dep
traces dans les deux idiomes gaé-
liques, Écoss. h* umha, cuivre, ai-
rain; 2* umhadan, chaudronnier;
iriand. 1° umha; 2» umhaire.
Marne ^ autrefois marie; en pro-
vençal marra, en basse latinité mar-
gila, mar/a. Du celtique marga^ioni
se servaient avec la même significa-
tion les habitants des Gaules et de
la Grande-Bretagne : « Alia est ra-
tio quam Britannia et Gallia invenere
alendi eam (terram) ipsa; quodge-
nus vocant margam. Spissior uber-
tas in ea intelligitur ; est autem qui-
dam terrée adeps, ac velut glandia in
corporibus, ibi densante se pingui-
tudinis nucleo. » (Pline, liv. xvii,
4.) Dans un autre passage^ le même
auteur dit en parlant des Bretons :
* Tertium genus lerrae candidae glis-
cftromargfftm vocant.» (Liv. xvii, 8.)
Cluverius , dans sa Germania an-
tiqm, liv. I, ch. vin, remarque que
CELTIQUE. SEGT. IL 243
dans plusieurs anciens manuscrits
de Pline, qu'il a vus à la bibliothèque
de Londres, au lieu de marga, il y a
constamment maria.
— Bret. marg, marne. Ce mot a
été omis dans la première édition du
dictionnaire de Le Gonidec , mais il
est mentionné dans celle qu'a pu-
bliée M. de la Villemarqué et dans
d'autres dictionnaires bretons. Le
P. Rostrenen donne marg et mari.
Écoss. maria. Gall. mari. Iriand.
maria.
Le l du primitif margila, maria
s'est changé en n dans marne comme
dans nivel, niveau de libella et dans
quenouille, autrefois conoille, de co-
lucula diminutif de colus, employé
en basse latinité. (Voir t. II, p. 111.)
Matin, gros chien de garde ; au-
trefois mastin.
De granz perres lance âl tnattin.
Li pastoreaus le chen menace.
Et li quens ducement renbra«e.
{Chron. dei'duci de Iform. t. U, p. 455.)
— Bret. mastin, gros chien de
garde, mâtin; iriand. masdidh, ma-
dadh; écoss. madadh, mada.
Matras, Materas, Matrasse, Ma-
telas, anc. gros trait d'arbalète; en
basse latinité matarus; en langue
d'oc matras, materoun.
S'ai miseratles, et bons materas fexr (Li
Moinage Renouart, eité par M. F. Michel
dans son glossaire de la Chanson de Ro-
land, art. Museraz.)
Le suppliant benda une «rbilestc... et
tira une materasse. (Titre de 1478, cité
dans le glossaire de Carpenlier, «rt. lf«-
tarus.)
(Voir un autre exemple de ce mot,
ainsi qu'une remarque, à l'article
Bouzon, parmi les dérivés germa-
niques, ch, III, sect. H.)
m
PREMIÈRE PARTIE.
Borel définit ainsi le matras :
« C'est une sorte de dard ancien,
ayant grosse teste, qui ne perçoit
pas, mais meurtrissoit, fait à la
façon des fioles que les chimistes
appelent aussi matras, qui ont le
fond tout rond et le col fort long. »
{Dict. du vietix français, art. Mor-
iras.) Le P. Daniel en donne une
description toute semblable dans
son Histoire de la milice française,
t. I, p. 441.)
Matras est un mot d'origine cel-
tique. Strabon dit en parlant des
armes des Gaulois : Kai [j.aTepl; uâX-
Tou xi eT8o;. César, De belîo Gal-
lico, liv. I : « Nonnulli {Galli) in-
tcr caros rotasque mataras ac tra-
gulas subjiciebant, nostrosque vul-
nerabant. « L'auteur anonyme de la
Rhétorique destinée à Herennius,
liv. IV : « Ut si quis Macedonas ap-
pellarit hoc modo : non tam cito
sarissae Graecia potitœ sunt; aut
idem Gallos significans dicat : nec
tam facile ex Italia materis transal-
pina depulsa est. »
Avant qu'on fît usage de l'arba-
lète , on lançait des matras avec la
main; c'étaient alors des espèces de
piques ou de javelots. Matras est
probablement de la même famille
que le gallois m^thred, celui qui
lance, jaculator; c'est ainsi que le
latin jaculum provient de jacere.
Mègue, Maigue, anc. petit-lait.
(Voir Trévoux, Roquefort, Bo-
rel etc.)
Empedoeles disoit jadis que, qoaind on
est travaillé de qaelque sorte de passion
d'esprit, le sang se trouble, et que de la
viennent les larmes, comme le megue du
laiet. (Maladie d'amour, p. 101; citation
empruntéeauglossalre manuscrit de Safftte-
Palaye, art. Megue.)
— Écoss. meag, mewgf^ petit-lait ;
irland. m^iig, meadhg; gall. maiz.
Mine. — Écoss. wem, meinn,
meun, minerai, veine métallique,
filon, mine, minière; gall. mvm,
item; irland. mian, mianach, item;
bret. mengleuz, meugle, mine, car-
rière, lieu d'où l'on extrait des mé-
taux ou des pierres.
MiSTE, anc. joli, gentil, bien mis,
propret.
L'avois tu fait tant bon, tant beau, tant
miste.
Pour de son sang taindre les dards poinctus
Des Turcs maudits...
(Marol, complainta i.)
— Bret. mistr, gentil, recherché
dans sa mise, propret, Island. maise,
grâce, gentillesse, parure; maiseach,
joli, gentil, agréable, élégant. Écoss.
maiseach, item.
Moquer, Moquerie. — Gall.
1° moc, moquerie, raillerie; 2° mo-
dav), se moquer, railler. Éeoss.
\°magad; Tmagh. Irland. magadh,
moquerie, raillerie, plaisanterie. Ces
mots sont provenus de la môme
source primitive que le grec \i.(ay.^v,
se moquer ; mais ils n'en dérivent
pas, non plus que le mot français .
Voyez ce que j'ai dit au sujet du fort
petit nombre de mots que la langue
grecque a fournis à notre ancien vo-
cabulaire^ p. 3, note 2, et p. 255-
256.
Morgue, contenance sérieuse qui
annonce de l'orgueil, de la hauteur,
de la fierté.^ Écoss. 1 ° moireas, hau-
teur, fierté, orgueil, morgue; 2" mor,
grand magnanime, magnifique, ma-
jestueux, noble, primitif de maireas.
CHAP. ir, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 245
Gall. 4° mawrvalc; 2° mawr. Bret.
meur, grand, majestueux, magni-
fique; meurded, grandeur; m&ardeZy
majesté. Irland. ifmr, grand, etc.;
moireis, grandeur; monighadh, ma-
gnificence; moraigeantachdjmagna.-
nimité. (Pour le g épenthétique de
morgue, voir t. II, p. 142.)
Mortaise. — Gall. mortais, mor-
taise; irland. mortis,moirtis,itein;
écoss. moirteis, item.
Motte, butte, éminence isolée
faite de main d'homme ou par la
nature. (Acad.) En langue d'oc,
monta. Ces mots paraissent plutôt
dériver d'un primitif celtique que du
latin mx)n&. t- Écoss. mota, mont,
montagne; irland. mota, item»
MoucHET , Émouchet. Trévx)ux
donne les deux, mais l'Académie ne
donne que le dernier. Ces mots dé-
signent un oiseau de proie assez
semblable à l'épervier, mais plus pe-
tit. Nous avons dit anciennement
mousquetj mouschet ; en langue d'oc
m^squet; en italien moscardo.
.... L'aloe (l'alouette)
Fuit le mousket et l'eprevier...
Et tout il petit oisillon
Le houbet u l'esmerillon
Fuient....
(Ph. Hoiuket, Mit. Raiffenbsre, t. I, p. 384.)
Adont véissiez-vous faucons
Et ostoirs et esmerillons,
Et moult grant planté de mouschés^
Voler après les oiselés.
\2(Floirt et Blanct/Ior, ëdil. de H. du Méril, p. 110.)
— Écoss. musg, muisg, musgait,
mouchet ou émouchet; irland. WMsg^
musgaid, item; bret. moiichel, item.
(Le Pelletier.)
Mouton, autrefois multon, mul-
tun j en basse latinité multo.
Adonias fist un grand sacreiise de mul-
luns e de gras veels. {Livre des Rois, p. 221 .)
Immolatis ergo Adonias arietibus et vi-
iulis...
L'um sacriflout un buef e un multun,
(Ibid, p. 141.)
Jmmolabat bovem et arietem.
— Écoss. mult, mouton; gall;
mollt; irland. molt; bret. maout.
On trouve molt pour mouton dans le
Dictionnaire cornouaillais du xu* siè-
cle, publié par Pryce, dans son Ar-
chœologia Cornu - Britannica.
Les Gallo-Romains, ayant à lati-
niser mult, en firent multo, nis, dont
l'accusatif multonem a formé mul-
ton, mouton. (Voir, à cet égard, 1. 1,
p. 45, note 1, et t. III, p. 42 et 15.)
NoE, Noue, petit cours d'eau, p&-
tit canal, ruisseau, source. Ces mots
sont encore usités en Normandie;
dans l'arrondissement de Vire, on
appelle la source de la Sienne, noe
de Sienne. (Voir du Méril, Diction-
naire du patois normand.) On dit
une prairie de noe, de nom, ou^ par
abréviation, une noe, noue pour une
prairie traversée par un ou plusieurs
petits cours d'eau qui lui communi-
quent de l'humidité. On disait eUv
basse latinité noda, nqta, noa, noia,
aveo la même signification. (Voyez
le glossaire de du Cange.) C'est ainsi
que l'allemand bruch désigne un
terrain inondé, un marécage, tandis
que son primitif tudesque bruoh,
brôca, signifiait un petit cours d'eau,
un ruisseau.
L'Académie, dans la dernière édi-
tion de son dictionnaire, donne en-
core noîie qu'elle définit, terre grasse
et humide , qui est ,une espèce de
pré servant à la pâture des bestiaux.
Elle remarque que ce mot signifie,
en outre, une tuile creuso destinée à
246
PREMIÈRE PARTIE.
l'écoulement des eaux. La Noe, la
Noue, sont des noms propres de lo-
calités devenus des noms propres
d'homme.
Vnenoe contenant journée a deux bommes
faucheurs de pré; laquelle noe est joignant
à la rivière d'Arve. (Testament de 1382 cité
par Ménage, Preuve» deThistoire de Sablé,
p. .sgo.)
Une noe eontenant vi)'* percbes, Iiqnele
sied au-dessus de la Planche Morin. (Trésor
des Chartes, Alençok, n* 28, carton J.
226, citation de M. DeVisle, Eludes sur l'état
de l'agriculture en Normandie au moyen
âge, p. 278, note.)
— Bret. naoz, petit cours d'eau,
ruisseau, canal; gall. nant, item.
Orgueil. (Voir Rogue.)
Pairol, anc. chaudron; Pairole,
chaudière. En basse latinité parola,
pairola.
D'une charge de pairols et pairoles.
(Traduction française d'un inventaire de
1218 écrit en latin; citation tirée du
glossaire de Carpentior, art. Pairola.)
— Bret. per, bassin de cuivre,
chaudron, chaudière; gall. pair,
item.
Palet. Ce mot a la forme d'un
diminutif. — Bret. pal, pierre plate
et ronde qui sert à jouer, palet ;
gall. pâl, corps plat en général.
Pan, anc. contrée, canton , pro-
vince.
Se Mahnmet me voelt esîre guarant,
De tute Espaigne aquiterai les pans
Dès porz d'Espaigne entresqu'à Durestant,
iCiums. U Roland, tt, Lxrii.)
Le grant orgoill se ja puez malir,
Je vos durrai un pan de mun païs.
Dès Cherianl entrcsqu'en Val-Marchis.
(t/iid- «t. ecxxxi.)
— Bret.pan, canton, contrée, pays;
éeoss. et irland. fonn, terre, pays.
Pautre, anc. gros garçon, pay-
san, lourdaud, nigaud. Voir ce mot
dans le Dictionnaire du Jargon (Pa-
ris, 1 680, in-l 2), et dans les Etudes
de philologie comparée sur l'argot,
de M. Francisque Michel, p. 308,
col. 2. De pautre on fit pautraille,
populace, lie du peuple, canaille,
comme de prêtre on a [dMprètr aille.
(Voyez pautraille dans le dictioa-
naire de Cotgrave.)
Vousestes, fais-je, du lignage
D'icy entour plus à louer.
— Mais je puisse Dieu avouer
S'il n'est attrait d'une peautraille,
La plus rebelle villenaille
Qui soit, ce croy-je, en ce royaane.
(ba Furte lU Paihelin, ^dit. de 1763, f. W.)
Ouvrez cesie porte, peautraille.
{Mitlen d» la ruurrtciiim d» tf. S. JesMcriH,
Piirii, Aatolne Veiard, in-fol, fcuiUet l, recto,
col. 10
Plus me deplaist celle hnhe peaultraille....
Que ne faict pas le taillon ne la taille.
[OEtvretJaJean Muret, édit. de Coudiilier, p. SiT.)
— Bret. paotr, garçon ; irland. et
écoss. poth, item.
Pavois, Pavais, Pavesche, etc. ,.
anc. sorte de grand bouclier; en
ital. palvese, pavese.
Si vint le dessus dit messire Roger à
soixante lances et à cent pavois, et le
senechal de Rouergue à autant, et messire
Hugues de Froideviile autant ou plus; sise
trouvèrent bien ces gcni d'armes, qnand ils
furent tous assemblés, environ quatre cents
lances et bien mille portant pavois que
gros varlets. (Froissart, liv. III, ch. xxin,
t. II, p. 440, col. 1.)
Lors chascun, armé de ce qu'il devoit
prent sa pavesche en sa main senestre.
(Roman du Petit Jehan de Saintré, cité par
Roquefort, art. Pavait.)
— Gall. parvaes, bouclier. Ce
mot signifie proprement ce qui sert
à parer, à préserver, à garantir
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 247
On trouve peu, tète, sommité, dans
le Dictionnaire cornouaillais du
xu® siècle, publié par M. Zeuss.
Apenninus, Apennin, paraît avoir
été formé du même primitif auquel
on a joint l'article an, ar ou a/, et
le suffixe latin inus.
Pic, Pioche. — Bret. pik, pic,
pigel, pic, pioche, houe; écoss. pic;
irland. piocoid ; gall. pigwr, dérivé
àe pig, pointe, bec, crochet.
Picotin. Le suffixe ot et le suf-
fixe m, qui forment des diminutifs,
paraissent être entrés l'un et l'autre
dans la composition de ce mot.
(Voyez t. II, p. 393 et 407.)
— Gall. pêg, mesure de capacité
contenant huit boisseaux; écoss. et
irland. peic, mesure équivalant au
quart du boisseau, picotin.
Pièce. En basse latinité, pessa,
pessia,peciajpetia, petium; en pro-
vençal, pessa. — Écoss. pios^piosa,
fragment, morceau, pièce; irland.
piosa; gall. peth; \iXQi.pez,pec'h.
Pinson. L'académie écrit ainsi ce
nom d'oiseau; mais plusieurs lexico-
graphes écrivent pwçon ; ce qui est
plus conforme à l'étymologie : en
basse latinité, pincio;. en italien,
pimione. — Gall. pim signifiant à
la fois gai, joyeux et pinson. Cette
double signification du mot est
d'accord, on ne peut mieux avec
notre expression proverbiale gai
comme pinson. ^vç,X.pint, pinson.
Plâtre. Caseneuve et plusieurs
autres étymologistes , ne sachant
quelle origine donner à ce mot, l'ont
dérivé, en désespoir de cause, du
mot grec niâcroeiv, former, façon-
ner, attendu, disent-ils, que « le
plâtre sert à faire des moulages. >i
est dérivé de parv, ce qui est entre
deux, ce qui s'interpose. ^xeX. pavez,
grand bouclier, pavois.
Peautre, Piautre, anc. étain.
Villon dit en parlant de sa maîtresse ;
Abusé m'a, et faicl entendre,
Tousjours d'ung que c'estoit ung autre ;
De farine, que c'estoit cendre ;
D'un mortier, un chapeau de feautre ;
De viel mâchefer, que fust peautre.
(Villon, Grand Teitameat.)
Nuls ne doit faire courroies d'estain,
t'est assavoir cloer ne ferrer ne de plonc
ne ie piautre ne de coquilles de poisson ne
de bois, a Paris ne ailleurs. (Livre des
métiers, p. 238, notel.)
— Écoss. peodar, étain; irland.
peodar; gall. ffeutur. Ce dernier mot
n'est point dans Owen; mais il se
trouve dans Richard's english-welsh
Dictionary.
Penne, anc. partie supérieure,
cîme, sommité, sommet, hauteur,
éminence, colline; en basse latinité
pena, penna ; en italien, penna. De
penne on fit le diminutif pennette,
qui signifiait une petite colline.
Si a un ruiste colp féru
En le penne de son escu.
Si qu'il en trence et fer et quir.
(Parunoptui d* Bloii, T. 31t3.)
Une pesquerie a tous haruas qu'il
avoient heritablement en l'eaue qu'on dit
de Bousencourt, depuis le penne du Cheri-
sier jusqu'à la cauchie de Sailly-Leaurech.
(Charte de 1332, citée dans le glossaire de
Carpentier, art. Penna i.)
Affin qne l'eaue qui passe a la ditle^^en-
nette puisse deschendre en la ville. (Charte
de 1511, citée il/id.)
— Bret. pcnn, tête, sommité,
extrémité. Gall. pen, item; ban,
éminence, montagne. Irland. beau,
item; écoss. beinne, beann, item.
248 PREMIÈUE PARTIE.
Le fait est vrai^ mais ce n'est point
là son usage le plus commun ni le
plus ancien, celui qui, par consé-
quent, a pu lui donner son nom. En
outre, piastre se trouve fort ancien-
nement dans notre langue ; il paraît
appartenir à ce vocabulaire primitif
qui a fort peu emprunté de mots
usuels à la langue grecque. (Voir
p. 255-256 et la note 2 de la p. 3.)
Se uns plantriers envoioit piastre pour
mètre en œuvre chies ancun hom, li maçon
qui œuvre a celui a cui en envoil le piastre
doit prendre garde par son serement que
la mesure dcl piastre soit bone et lolax ;
et se il en est en soupeçon de la mesure,
11 doit le piastre mesurer, ou faire mesu-
rer devant lui. {Livre des métiers, p. 109.)
Enfin il est à remarquer que ce
mot se retrouve dans tous les dia-
lectes néo-celtiques, ainsi que dans
les deux langues auxquelles le cel-
tique a fourni le plus de mots, le
français et l'anglais; ce dernier a
pîaister, plaster; tandis que les
langues néo-latines méridionales,
qui ont emprunté beaucoup moins
de mots au celtique, ont toutes des
dérivés de grjpsum pour désigner le
plâtre. Prov. gip, ital. gesso, esp.
yeso^ port, gesso.
— Gall. plastyr, plâtre, dérivé
de plast, enduit; écoss. plasdair,
plâtre; irland. plasda, plasdach,
item ; bret. plastr, item. Ce mot a
été omis à tort dans la première
édition du Dictionnaire de Le Go-
nidec; mais il se trouve dans celle
qu'a publiée M. de la Villemarqué,
ainsi que dans Le Pelletier, dans
Troude et dans Rostrenen. Les Bre-
tons n'ont d'ailleurs pas d'autre mot
pour signifier plâtre, car pri-ras,
(font la signification est la plus rap-
prochée, ne désigne qu'un mélange
de sable et de chaux, ce que nous
appelons du mortier.
Plonger, enfoncer quelque chose
dans un liquide. — Gall. plwng,
action de plonger quelque chose,
immersion; ivla.nd. pluinnseach, item
(O'Brien) ; bret. plunia^ pluia, plon-
ger; écoss. pluinnse, action de plon-
ger, immersion; pluinns, plonger.
Armstrong a oublié ce verbe dans
son Dictionnaire anglais-gaélique;
mais on le trouve dans son Diction-
naire gaélique-anglais.
Rabâcher, Rabâchage. On disait,
au xiii* siècle, rabâche pour répéti-
tion, redite, rabâchage.
Car il est de veillier trop las,
Et demain le ramenras chi
Quant UD peu il ara dormi ;
Aussi ne fait-il fors rabâches.
(Théâtre frunf ail au moyen âge, p. 73.)
r— Écoss. rabhanach, celui qui ré-
pète sans cesse les mêmes choses,
rabâcheur ; rabhanachd, répétition
ennuyeuse des mêmes avis, des mê-.
mes paroles, rabâchage ; dérivés de
rabfMcharij avis, avertissement, cen-
sure^ réprimande, rabâchage. Irland.
rabhan, avertissement, réprimande,
rabâchage. Gall. rhab, reproche, ré-
primande; rhabu, réprimander, re-
procher. Bret. rebech, reproche ; re-
bechttj reprocher.
Rabardel, anc. Sorte de chant
composé de plusieurs couplets à la
fin desquels on chantait en chœur le
même refrain. Ce chant servait d'ac-
compagnement à une sorte de danse;
rabardel s'employait pour signifier
cette danse elle-même.
Quant les tables ostées furent,
Cil jongleor en pics esturent ;
CHAP. II, ÉLÉMENT
S'ont vieles et harpes prises ;
Chançons, lais, sons, vers et reprises ,
El de geste chanté nous ont.
Li chevalier Antéchrist font
Le rabardel, par grant déduit.
(Tounoitmnt dt fAniechriu , édit. de Roi»».
1851 p. 15.)
•Après le vin s'entr'acointerenl
Li uns a l'autre, et encerchierent
Qui seit faire le beguinaige,
L'ermite, le pèlerin aige,
Le provencel, le rabardel^
Berenglier ot le chapel,
Ou aucuns gieus pour esgaier.
(£e< tounoii de Chauvenci, ▼. U3|.]
Rabardel est coïnposé du mol
barde et des préfixes latins re et ad,
servant à marquer la réitération, idée
qui se rapportait à la répétition du
refrain revenant après chaque cou-
plet. On sait que, chez les Celtes, les
bardes étaient des poëtes qui chan-
taient leurs propres vers,
El(TÎ 5à ïtap' aÙTOtç (KéXTot;) xal
TtoiTjxai |;.E>,wv oO; pâpSou; ôvojjLaîouo-.v
o5toi 8è \ifc' ôpY(xvù)v -rat; Xijpaiç ôjiot'wv
oO; i«.èv û[Jivoy(Ttv, où; 8è pXa<i?r,iioû(ri.
(Diodore de Sicile, liv. V, ch. xxxi),
BocpSot (iàv û(i.vriTal xai îtotriTaî. (Stra-
bon, liv, IV.)
Bardi quidem fortia virorum illustrium
facta heroicis romposita versibus cumdul-
cibus lyrse modulis cantitarunt. (Âmmien
Marcellin, liv. XV, ch. ix.)
Bardus gallice cantor appellatur qui vi-
rorum fortium laudes canit. (Festus, art.
Bardus.)
— Écoss. bard, poëte ; irland. bard,
item; gall. bar z, item; bret. barz,
bars, poëte, chanteur, joueur d'ins-
trument, ménestrel, celui qui fait
métier de chanter publiquement et
de déclamer des vers. On trouve
harth signifiant jongleur dans le
CELTIQUE. SECT. H. 249
dictionnaire cornouailles du xii" siè-
cle, publié par M. Zeuss.
Rache, anc. gale^ teigne ; encore
usité en Franche-Comté. D'où ra-
dieux, radions, rachat, galeux, tei-
gneux.
PoRRiGo, teigne ; rache, roigne. (Ancien
glossaire latin-français cité par du Gange,
att. Porriyium.)
Et por ce qu'il le tiengne en pais,
Li raOïous consent le pugnais (punais).
Et li pugnais bien lo rachat.
Certes trop i a de barat :
Li rachai, le punais molt bien,
Ne se desconfortent de rien.
Pour ce que l'uns et l'autre put.
Bible Guiot, T. 2604, citée dai» le g'o»»'»'''» <*•
Roquefort, art. Rachout.)
— Bret. 1° rach, teigne, gale;
2° rac'ha, ôter la peau, peler, écor-
cher. Écoss. 1" sgrath; 2° sgrath.
Irland. sgreab, gale, teigne. Gall.
crac (Owcn), crach, (Davies), item.
Le ç dans Ow^en et le ch dans Da-
vies représentent également une
gutturale très forte semblable au j
des Espagnols et au ch des Alle-
mands.
Raie, Rigole. On disait autre-
fois règs pour sillon, raie, ligne.
(Voir le glossaire de Roquefort.)
Mie signifie encore aujourd'hui l'ou-
verture longitudinale que l'on fait
sur la terre en labourant; l'Acadé-
mie donne pour exemple : « Dans ce
pays, les laboureurs font les raies
fort creuses. » En basse latinité,
1» riga, sillon, raie, ligne; 2° rigo-
la, rigole. En provençal, 4° rega;
T rigola. En italien, riga, raie,
ligne ; rigagno, rigole. En espagnol,
regata, reguara, rigole.
— Gall. rhig, raie creuse rai-
nure; r/MiCO^ sillon, tranchée, rigole,
250
PREMIÈRE PARTIE.
iosséj rhiglif faire des raies, creu-
ser des sillons, des tranches^ des
fossés, des rigoles. Bret. regfo^ creu-
ser des sillons, faire des rigoles.
Rang. — Bret. renk, reiz, suite,
série, file, rang, rangée; gall.r/iewg,
rhenc ; écoss. ranc, rang; irlandais,
ranc.
Ratin ou Ratis, vieux mot qui
signifiait de la fougère, filix. (Tré-
voux.) Ratin, ratis, sont d'origine,
celtique, ainsi que le prouve le pas-
sage suivant de Marcellus Empiri-
cus :
Herb» pteridis (id est fliiealsa, quœ ratis
gallice diciiur, quseque in fago ssepe nasci»
tur), radiées tunsae in potione jejuno dan-
tur cum vino coxarum doloribus laborauti.
(Marcellus Empiricus, dans Medici principes
do U. Estienne, cb- xxv, 354, D.)
— Bret. raden, fougère; gall.
rhedyn; irland.ratf/»ne^ raithneach;
écoss. raineajch. On trouve reden
avec la même signification dans le
dictionnaire cornouailles du xii® siè-
cle, publié par M. Zeuss.
Rigole. (Voir Raie.)
Roc, Roche. — Bret. toc'h, roc,
roche, rocher ; écoss. roc, irland.
roc, rocas, roais.
RoGUE, Arrogant, Orgueil. Ces
trois mots ont la même origine. Le
second est composé au moyen de la
préposition latine ad ; dans le troi-
sième il y a eu transposition du r,
comme dans pour de pro, troubler
de turbulare, etc. On dit en italien
rigoglio pour orgueil.
— Bret. rok, rog, fier, rogue, ar-
rogant. Écoss. \° rvucas, fierté, or-
gueil, arrogance; 2° rmasach, fier,
arrogant. Irland. 1" rucas, rocas;
2° rucasach.
RoTTE, Rote, anc. sorte d'instru
ment de musique à cordes fort sem-
blable à celui que nous appelona
aujourd'hui vielle.
De tos estruments sot mestrie.
Et de diverse canterie ;
Et moult sot de lais et de note ;
De viele (violon) sot et de rote,
De lire et de saterion ,
De barpe sot et de choron,
De gigbe sot, de simpbonie,
Si savoit asses d'armonie.
{Rom, de Brut, t. 1, p. 119.)
Tôt adès li faites olr
Harpes, et violes, et rôles.
Sonnez et lais, cbauçons et notes.
{Doloptithot, ëdil. Janoet, p. 135.)
L&rotte n'était autre que la c/trof-
ta mentionnée par Fortunat comme
un instrument particulier aux Bre-
tons.
Romanusque lyra plaudat tibi , barbarus.
harpa,
Gracus acbitUaea, chrotta britanna canat,.
(Fortaaat.liT.VII, 8.)
Écoss. cruit, espèce d'ancien ins-
trument de musique à six cordes ;
plus tard, ce mot a servi à désigner
toutes sortes d'instruments à cordes,
tels que la lyre, la harpe, la vielle,
le violon; irland. cruit, item; gall.
crwth, item, dérivé de crw, rond,
arrondi ; bret. hrenn, rond.
Route. — Écoss. rod, trace, sen-
tier tracé, chemin; bret. rouden,
trace ligne tracée ; irland. rodh, rot,
chemin en général, route; gall. rhew,
chemin pavé, route, rue.
Il est à remarquer que la langue
des Gaulois nous a également four-
ni. Ziewe, mesure itinéraire.
Nous ne connaissons pas précisé-
la forme qu'avait le primitif celtique
d'où provient le mot route, mais ce
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 2&I
n'est point une raison pour dériver
ce mot du latin ruptus, rupta, ainsi
que l'ont fait plusieurs auteurs. On
a également eu tort de le rapprocher
du substantif pluriel brisées. Celui-
ci est un terme de chasse que l'on
doit à une pratique toute particulière
employée par les veneurs. (Voyez à
cet égard le tome ii, p. 492.)
Ruche. Dans notre ancienne langue
rusque, et en basse latinité rusca,
signifiaient à la fois écorce d'arbre
et ruche. (Voir les glossaires de du
Cange et de Roquefort.)
En espagnol corcho est l'écorce du
liège, et carcha une ruche. Dans
plusieurs contrées de TEurope, les
ruches sont faites d'un seul ou plu-
sieurs morceaux d'écorce. Cet usage
est fort ancien, et il était pratiqué
par les Romains, ainsi que nous
l'apprend Virgile :
tpsa autem, seu cortiàbus tibi sata ca-
valis ,
Seu lento fuerint alvearia vimine lexa,
Angàstos habeaut aditus.
(Céorg. li». IV.)
En Languedoc, la ruche d'écorce
se nomme rusque, ainsi que le té-
moigne Borel dans ses Antiquités
gauloises, p. 545 en Provence et en
Dauphiné, on l'appelle brusc, brus.
En provençal desruskar signifie en-
lever l'écorce d'un arbre.
— Bret. rusken signifiant à la fois
écorce et ruche; écoss. rusg, écorce;
gall. rhisg, item j irland. rusg, item.
On trouve ruse, pour écorce, dans
le dictionnaire cornouaillais du xii*
siècle publié par Pryce et par M.
Zeuss.
Rue, Reue, signifiaient autrefois
rue et route, chemin, comme le
ktin via et l'allemand strasse.
Et c'il aveneit que aucuns hom ou aucune
feme faisct faire aucun envaiil sur son mur,
et celuy envaut entret el chemin plus don.
tiers de la rue , la raison juge qu'il fait
tort, au seignor de la terre de prendre son
chemin ; et si deit estre, pour celui tort ,
abatu tout celuy envant, si que mais n'i
deit riens aver hors de son mur. Et ce est
raison, car puis que H rois ou le seignour
li soeffre à aver sur son chemin le tiers de
la rue, et celuy ne se tient por paie, aius
fait tort au roi et li prent son chemin, si
det tout perdre. {Assises de Jérusalem^
t. Il, p. 197.)
L'officier chargé de la police de»
chemins^ que nous nommons au-
jourd'hui voyer, s'appelait ancienne-
ment ruyer, royer, roier, dans plu-
sieurs endroits de la Belgique et du
nord de la France. Il est désigné
sous le nom de wardireue (garde-
rue ) dans les Lois de Guillaume le
Conquérant. (Voir ci-dessus, p. 115
et 197.)
De strewarde. — De chascon des hides
del hundred un home de denz la fesle scint
Michiel et le seint Martin. E li wardireue
si avrard xxx bides quites pur sou travail.
(L. de Gain. § xnu.)
On trouve en basse latinité ruata,
rua, et en langue d'oc ruda signi-
fiant rue. Celui-ci n'est qu'une syn-
cope de route ; il a été formé comme
son homonyme rue^ plante, dérivé de
ruta, comme roue fait de rota, etc.
(Pour l'origine route, voir ce mot
un peu plus haut.)
Saie, espèce d'ancienne casaque à
l'usage des gens de guerre ; plus tard
on appela saie une sorte de pour-
point à longues basques. (Voir Tré-
voux.) De saie on forma les diminu-
tifs sayon et sayette .
Bref le villain ne s'en voulut aller
Pour si petit, mais encore il me happe
253
PREMIÈRE PARTIE.
Saye et honnet, chausses, pourpoinct et
cappe ;
De mes habits en effect il pilla
Tous les plus beaux ; et pois s'en habilla
Si justement, qu'à le veoir ainsi estre,
Vous l'eussiez prins, en plain Jour, pour
son maistre.
(Marat, EpiilTt au ny, pour atoir e$li diroU.)
Bien que le sagumini le vêtement
ordinaire des soldats romains, il pa-
raît qu'ils en avaient emprunté l'u-
sage et le nom aux Gaulois, proba-
blement à l'époque des premières
guerres qu'ils eurent à soutenir con-
tre eux. Pline et Diodore de Sicile
nous apprennent que c'était un vête-
ment propre aux Gaulois. Varron et
Isidore de Séville témoignent for-
mellement que le mot était celti-
que : « In his (verbis) multa pere-
grina, ut sagum, rem, gallica. »
(Varron, De linguâ latinà, liv. iv.)
« Sagum, gallicum nomen est; dic-
tum autem sagum quadrum, eo
quod apud eos primum quadratum,
vel quadruplex erat. » (Isidore, Ori-
gines, liv. XIX, ch. XXIV.)
— En bret. sae signifie un habit
long, une casaque, une robe; anc.
island. sai, item. (Zeuss, Gramma-
tica celtica, t. I, p. 37.) En écoss.
sge, sgath, sgiath, se dit de tout ce
qui sert à couvrir.
Sale. — Écoss. salach, malpro-
pre, souillé, sale; de sal, ordure,
boue; gall. salw, malpropre, sale;
irland. salach, item.
Samole, plante dont la fleur est en
rosette, d'une seule pièce et divisée
en plusieurs segments. ( Trévoux. )
Pline nous apprend que les Gaulois
appelaient cette herbe samolum ; ils
s'en servaient contre les maladies
des ports et des bœufs, et la faisaient
cueillir de la main gauche par de*,
gens qui devaient être à jeun. Celui
qui la cueillait ue devait pas la re-
garder. Voici le texte du passage de.
Pline dont il est question :
lidem (druid» Gallorum) samolum her-
bam nominavere nascentem in humidis ;
et banc sinistra manu legi a jejunis contra
morbos suum boumque ; nec respicere le-
gentem. (Pline, liv. XXIV, ch. n.)
Soc; en basse latinité soccus. —
Bret. souc'h^ soc'h, soc; gall. swç;
écoss. soc; irland. soc. On trouve
soch, signifiant soc, dans le diction-
naire cornouaillais du xii« siècle,
publié par Pryce et par M. Zeuss.
Solive, pièce de charpente qui
porte le plancher. — Bret. sol, so-
live, poutre; écoss. sait; irland.
sait.
SoRNER, anc. railler, se moquer,
badiner, plaisanter, dire des plai-
santeries, des bouffonneries, des ba-
livernes; d'où le substantif ^omerte,
qui nous est resté.
En la rue de la Licorne,
L'un me hue, l'autre me sorne.
(,l*i ruei de Paris, A la iDiig da Parii lout Phi-
lippe le Bel, p. 57).]
Dites, je vous pry, sans sorner.
Par amour, faites-moi venir
Maistre Pierre.
{la Farce de maislre Pierre Patheti» , iàit. et
1763, p. 48.)
On rit, on raille, on sorne, on dit....
(le Biaton det armet et des Dames, parmi le» poi!-
•ieide CoquiUart, édil.de Coutlelier, p. 134.)
Sorner.... c'estet c« que vous ae pouvez
exprimer qu'en trois, dire une sornette, ou
dire des sornettes. (Henri Estienne, DiO'
logues du nouveau langage français italio'
nizé, p. 135.)
— Écoss. sorchain, raillerie, cri-
tique, satire; irland. sorchainead ,
item.
Le n qui est dans sorner ne se
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 2S3
trouvait probablement pas dans l'an-
cien primitif celtique; il a dû être
attiré par le r comme dans toumelle
^onr tourelle. (Voir t. II, p. 386,
note 3.)
Sorte. — Écoss. sort, sorte, es-
pèce, genre; irland. sort; bret. sort,
seurt.
Souhait. (Voir Hait.)
Suie. On dit en languedocien sw-
gia, et en provençal sugio, pronon-
cés sudjia, sudjio. — Irland. suth-
che, suth, suie; écoss. suithe. Le
breton a huzel, huzil, signifiant suie.
J'ai déjà fait observer que beaucoup
de mots commençant par un s en ir-
landais et en écossais, commencent
par un h en breton; ainsi huzel,
huzil sont les équivalents de suzel,
suzil: (Voyez ci-dessus l'art. Hobe-
reau, p. 239.)
Tabut, anc. bruit, tapage, tumul-
te, vacarme , tintamare , querelle ,
dispute; d'où tabuter, tabusterj3i.ÏTe
du tapage, faire du bruit, frapper.
Il n'y a pas long-temps que je rencontray
l'un des plus savans hommes de France,
entre ceux de non médiocre fortune, estu-
diant au coin d'une salle qu'on luy avoit
rembarré de tapisserie, et autour de luy un
tatut de ses valets pleins de licence. Il me
dit, et Seneque quasi autant de soy, qu'il
faisoit son proflt de ce tinta'marre; comme
si, battu de ce bruit, il se ramenast et re-
serrast plus en soy pour la contemplation.
(Montaigne, liv. III, ch. xiii, p. 806.)
Fouquet faisait toutes les corvées ; entre
lesquelles l'une estoit qu'il ouvroit quasi
toujours la porte quant on tabutoit. {Contes
et joyeux devis de Bonav. des Perrierif
nouv. xii.)
Lucifer, terrible serpent,
Ryez, ronflez et (abusiez,
Abbatei boys et clicquettez.
l(t« eluquittiu litre det Acltt det A):ôtTtt, fouilUt
CT, recto, col. 1.)
— Bret. tàbut, bruit, tapage, va-
carme, querelle, dispute; écoss. fa-
baid; irland. tabaid.
Tache, Tèche, Tèce, etc. anc. ces
mots signifiaient une qualité, bonne
ou mauvaise, acquise par l'habitude,
par l'éducation; ensuite ils se pri-
rent pour une qualité non acquise ,
pour une inclination naturelle vers
le bien ou vers le mal, pour une
bonne disposition ou un vice; on
s'en servait même en parlant des
animaux.
Ingebor (femme de Philippe-Auguste)^
belle et bonne et sainte dame et religieuse,
et garnie de moult bonnes taches. (His-
toire de France manuscrite citée par du
Cange, k la fin de l'article Tasca 2.)
Li povres hom doit tant aprendre et savoir,
Et tant de bonnes teches et tenir et avoir
Que il en puist aquerre et honor et avoir.
{Nouveau recueil de conut, u 11, p. 159.)
Se vous estes a us armes corageus et hardis.
Gardez par maies teches ne perdez votre
pris;
Soiez cortois et sages, leaus et bien apris ;
Si que vous ne soiez vilainement repris.
Cuidiez-vous estre sires por un poi de
proece î
Puisque il u'a en vous aucune bonne
teehe ,
Droiz est que vos bons pris faille tost et
remece;
Uoniz soit bardemeuz où il n'a gentillece.
(liid., p. 155.)
Au mangier estoit droiz serjenz,
Apres mangier estoit compains
De toutes boues teches plains,
Pers aus barons, aus povres peires.
Et aus moieus compains et frères ;
Bons eu conseil et bien meurs,
Aux armes vistes et seurs,
Si qu'en tout l'ost n'avoir son peir.
(Rutebeuf, t. I, p, «3-44.)
Eissi de trestot sun poeir
Falseit bien et teneit justice,
Senz mal, senz teche e senz malice«
î (CArod. det duct de Korm., t. l.p^ 4T7.)
$»4
PREMIÈRE PARTIE.
Ensuite tèche^ tache, se prirent
dans un sens restreint pour signifier
un défaut physique dans l'homme
ou dans les animaux, une défectuo-
sité, une altération dans un objet, et
particulièrement une altération par-
tielle dans la couleur, une macula-
turc.
Autels fois avîenl que i hourae prent
Teme, et «elle femme devient puis mezelle
(lépreuse), ou chiet de mauvais mal trop
laidement, ou li put trop durement la
bouche et le nés ; ou pisse toutes les
nuits au lit, si que elle gaste toutes les
dras.... selle qui avéra la tache qui dit est
•dessus soit rendue en religion, et le mari
peut puis prendre autre femme.,.. Ce... une
femc se part de son baron par aucunes
des lâches avant dites, la raizon coumande
^ue son mari est tenus de donner autant a
Tabaie, quant elle se rendra, corne elle li
aportt en son mariage. (.Assise de Jéru-
salem, édit. de M. Victor roucher, p. 323
«t 324.)
A son seignor dist k'il avoit
El front une lecht vermeille.
[Dolopatho$, idii. Jannet, p. S16.)
Il avoyt nne petite guedoufle plaine de
vieille huyle, et,quandiltrouvoytou femme
x>u homme qui eust quelque belle robbe, il
leur en gressoyt et pastoyt tous les plus
beaulx endroitcz soubz le semblant de les
toucher... leur mettoyt la main sus le col-
let, ensemble la maie lâche j demonroyt
perpétuellement. (Rabelais , Pantagruel ,
iiv. II, ch. XVI, p. 95, col. 1 )
Entéchié signifiait qui a contracté
des habitudes bonnes ou mauvaises,
qui a été bien ou mal élevé, bien ou
mal instruit, et, par suite^ qui a
telle ou telle qualité, tel ou tel vice,
telle ou telle connaissance. Dans un
sens restreint, il s'employa pour si-
gnifier qui a un défaut physique, un
vice d'organisation^ qui est atteint
d'une maladie. Nous disons aujour-
d'hui entiché en parlant d'un fruit
qui, afi'ecté d'une maie téche, com-
mence à se gâter. Nous nous servons
encore de ce mot en parlant d'une
personne dont l'esprit est vicié par
de mauvaises opinions, par des doc-
trines dangereuses, par une hérésie
condamnable. Il ne faut point con-
fondre, comme on l'a fait, entiché,
en usage aujourd'hui, avec euticé,
entiché, qui signifiaient autrefois in-
cité, excité, suscité, poussé à. Le
lecteur trouvera des exemples de ces
derniers dans la Chronique des ducs
de Normandie, t. II, p. 194, v,
21028; p. 218, V. 21795; t. III, p!
420, V. 35199 ; et dans le Livre des
Rois,p^ 215.
Yvrogne, ou entéchié de aucun mauvais
et vilain nce.{Assises de Jérusalem, ch.cxc,
citées dans le glossaire de du Gange, a la
fin de l'article Tasca î.)
Et fut li plus riches homs qui en son temps
allast aux armées ou royaulrae de France,
de plus grand grâce, et de plus grand re-
nommée d'estre bien entechiez,»\ de bonne
vie mener. (Le lignage de Coucy, cité ibid.)
Et si a le plus preude feme, et le plus af-
faitiéel entéchié de toutesles millors techet
qui soient. (Roman de Merlin, cité ibid.)
Il n'est orendroites ou mont
Nus hom, que por voir le sachier.
Tant vilains ne mal entechiez.
(Kouvêau rieueil da conlei, t. II, p. SSO.)
L'en disoit par tout le palis que uns hé-
rites vint une foiz a lui entechiez d'une ma-
nière d'eresie qui lors courolt par toute
Egypte. (La Vie des saints Pérès, citée dans
le glossaire de Roquefort, art. Entecié.)
En Nervie, dont je suis nez,
A un homme (ceci tenez
Pour vérité et pour certain)
Qui est de si grant sainte plaia
Et si juste, sanz touz péchiez,
Qu'il n'est grief mal dont entethiez
CHAP. n, ÉLÉMENT
Soit homme ou femme, si le volt,
Que tout gari ne l'eu renvoit;
Et ce a-il fait a trop de gent,
Sans prendre salaire n'argent.
[Théâtre français au moytn âç/e, p. 29T, col. 1.)
— Brct. tech, habitude^ inclina-
tion, propension, qualité ou défaut :
ce mot est pris le plus souvent dans
un sens favorable; techet , habitué
à, enclin à, porté à, sujet à. Écoss.
i" teagaisg, faire prendre des habi-
tudes, élever, éduquer, instruire;
2° teagasg, éducation, instruction.
Irland. 1« teagasgaim ; 2® teagasg.
Les peuples de race celtique sem-
blent avoir dit avant Jean-Jacques:
« L'éducation n'est qu'une longue
habitude. »
Tacon, anc. pièce que l'on met à
un soulier,. à un habit déchiré, etc.
Taconner, retaconner , mettre des
pièces, rapetasser, raccommoder.
Par la rae de l'Arbre-Sec
Vins tout droit en Coul-de-Bacon;
La fis-je coudre un tacon
Eu mon soller qui fu perde.
(Cm Riu) de Paris, dan« Parit tout Philippe te
Bel, p. 574, eol. 1. t.*256.)
Cirurgie la Vilenastre
Se seoit lez I sanglent astre,
Qui moult amoit miex les descordes
Qu'il ne ist les gentiz concordes.
Boistes portoit et oingnemenz
Etgranzplentez de ferremenz
Por sacbier les quarriaus des panées.
Moult avoit tost retaconnez
Les ventres qu'il vit baconnez.
{la Baiaillt dn VU ars,k la luite dos oeuvrea d«
Rutebeuf.t, II. p. 133.)
— Bret. takon, pièce, morceau
qu'on met à un habit déchiré, à un
bassin percé, etc.; takona, mettre
des pièces, raccommoder, réparer;
gall. ta£lu_, réparer, raccommoder ;
irland. tocht, pièce^ morceau.
CELTIQUE. SECT. IL 255
Taleist, signifiait autrefois incli-
nation de l'esprit, propension, dis-
position, goût, fantaisie, envie, dé-
sir, volonté. En basse latinité, ta-
lentum ; en ital. talento ; en esp.
talante.
Se regardon de quoi nous sommes,
D'estre orgueilleux n'arons talent.
{Nouveau recueil de contes, t. 1, p. 379,)
Sire, funt-il, or faites bien ;
Nos vodriura mult une rien.
Que vos trestol premerement
Nos deissiez vostre talent
E vostre avis e vostre gré.
{ChroH. des ducs de Norm. t. U. p. 334.)
Quant il orent or et argent
Et garnison à lor talent.
S'ont devisé qu'il le querront.
(Théâlre franfait au moi/en âyé, p. 545, cbI.',1.)
Li roisHenris s'en va, s'osta son vestement.
Et prist I autre abit, de celui n'ot talent;
A Dieu se commanda a qui li mons apent:
Sire, dient si homme, avez fait vo talent.
(Chron.de du Guesclin, t. I, p. 455.)
Plus tard, talent se prit dans une
acception dérivée, pour disposition
naturelle de l'esprit à réussir dans
certaines choses, aptitude, habileté.
Soyez plutôt maçon, si c'est vostre talent.
Ouvrier estimé dans un art nécessaire.
Qu'écrivain du commun et poëte vulgaire.
(Boilesu, Art poétique, cfaaot IV.) ,
La nature, fertile en esprits excellents.
Sait entre les auteurs partager les talent».
(Boileaa, Artpoétiqu», cbaat I.)
Guillaume Budé et plusieurs au-
tres auteurs après lui ont dérivé ta-
lent du grec IHlta. Du Gange, ar-
ticle Talentunij fait, au sujet de
cette étymologie, la remarque sui-
vante, qui est bien digne de l'il-
lustre lexicographe : t Ab èôeXwt^;
vocis etymon accersit Budaeus, quod
video probari viris doctis. Mihi vera
1156
PREMIÈRE PARTIE.
origines linguarum vulgarium a
graeca lingua petitse, minus arri-
dent. » Il fut un temps où nos doc-
teurs en étymologie allaient cher-
cher l'origine des mots français dans
les anciennes langues de la Grèce,
de la Judée et même de la Perse,
plutôt que dans les idiomes qui ont
été successivement parlés par nos
pères dans le nord de la Gaule.
— Ecoss. toil, propension, pen-
chant, inclination naturelle, dispo-
sition, goût, fantaisie, désir, vo-
lonté. Irland. toil, item; toileas,
volonté. Bret. tmr, désir, volonté.
(Le Pelletier.) Pour former le latin
barbare talentum, on ajouta au pri-
mitif celtique la terminaison entum,
qui était commune à beaucoup de
substantifs latins.
Tan, écorce de chêne moulue,
avec laquelle on prépare le cuir.
— Bret. tann , chêne ; glasten ,
glazten, chêne vert, mot composé
de glaz, vert, et de tann, ten, chêne.
Gall. glasdonen, chêne vert; glas.
Vert; le second radical, tonen, do-
nen, qui a dû signifier chêne, n'existe
plus dans la langue à l'état simple.
On trouve glastannen, pour chêne
vert, dans le Dictionnaire cornouail-
lais du xii^ siècle, publié par Pryce
€t par M. Zeuss. Ecoss. et irland.
tuilm, chêne.
Tas. — Gall. dâs, amas, mon-
ceau^ tas; bret. tes et dastum; écoss.
daiss ; irland. dais.
Tasse, anc. assemblage de plu-
sieurs arbres, touffes d'arbres ou
d'arbustes, hallier, fourré.
Ils alerent tous ensemble jusques à une
tttfse de bois, nommile boisPatey.(Lettres
de rémission de 1398, citées dans le glos-
saire de Carpentier, art. tassia 2.)
Lesqueit se boutèrent et musserent tous
ensemble en une tasse de boys. (Lettres de
rémission de 1409, citées ibid.)
— Ecoss. dos, touffe d'arbres,
hallier, fourré; irland. dos, item;
gall. tîis, tusw, assemblage de plu-
sieurs choses qui sont ensemble,
fagot, botte, javelle.
Teigne, maladie de la peau. —
Ecoss. teine de, espèce de dartre qui
s'étend sur la peau et qui la ronge,
herpe, teigne; cette expression si-
gnifie littéralement feu de Dieu
{teine, feu, de, génitif de Bia, Dieu).
Bret. tin, tari, teigne, tan, feu; ir-
land. teine, item; gall. tàn, item.
Telon, anc. harpe, lyre. (Voir
Trévoux, Borel et Roquefort.) —
Bret. telen, harpe; telennik, lyre;
gall. telyn, harpe. On trouve telein,
signifiant harpe, dans le Diction-
naire cornouaillais du xii® siècle,
publié par Pryce et par M. Zeuss.
Tette, Tetin, Tétine, Teton,
Teter. — Gall. teth, tethan, ma-
melle^ teton; bret. tez, tec'h; écoss.
uth; irland. uth, uité
Toque, signifiait anciennement
une sorte de bonnet rond; le dimi-
nutif toquet désignait un bonnet
d'enfant; On trouve en basse lati-
nité toca et toga, pour bonnet. (Voir
Nicot, Borel, Trévoux, Roquefort
et du Gange.) — Bret. tok, coif-
fure en général, chapeau; gall. toc.
Torche, Torchis. On appelle tor-
ches, en termes de maçonnerie,, des
bouchons de paille dont on garnit
les arrêtes des pierres de taille que
l'on transporte, afin qu'elles ne s'é-
cornent pas. On nomme également
torches, en terme de chasse, les
CHAP. II, ÉLÉMENT
fientes des bêles fauves à demi for-
mées, qui semblent nôtre qu'un
t>ouclion de foin, d'herbes. Le tor-
cfij's est un mortier composé de terre
grasse et de paille ou de foin coupé
que l'on emploie dans les campa-
gnes, pour faire quelques grossières
constructions. (Voir ces mots dans
les dictionnaires de Trévoux, Boiste
et autres.)
— Brct. torchad. bouchon de
paille, de foin, d'herbes ; gall. tcrch
(Davies), tore (Owen); écoss. trûs-
gan.
Tourte. Ce mot ainsi que ceux
de tourtei, tour tel ^ tourteau, signi-
fiait autrefois un pain rond. Tré-
voux fait observer que tourte est
encore usité avec cette signification
dans certaines provinces et la der-
nière édition du dictionnaire de l'A-
cadémie donne tourteau comme dé-
signant une sorte de gâteau. Le
diminutif iurtellet, que l'on trouve
dans le Livre des Rois, p. 3H, cor-
respond au latin panem parvulutn.
La moyenne et la basse latinité se
sont servies de torta, que l'on lit
dans la Vulgate, Exode, ch. xxix,
23 ; Nombres, ch. m, \, etc. Mé-
nage cite un passage d'Érotien, dans
lequel cet auteur dit que les Athé-
niens appellent tourta, un pain cuit
sous la cendre, 'Aptàv èYxp&uçîav
ôv Toùpxav xa).oû<7iv;;mais il est pro-
bable que ces trois derniers mots
ont été interpolés postérieurement
par quelque copiste^ ainsi que le
pensent Jer. Mercuriâl, liv. Il, ch. v,
et autres commentateurs. Je suis
persuadé que torta fut emprunté au
celtique, attendu que nous le re-
trouvons avec son ancienne signi-
GELTIQUE. SECT. II. S'it
fication dans tous les idiomes néo-
celtiques.
— Gall . torth, pain rond ; bret ,
tors, item ; écoss. tort, petit pain ;
irland. forf, petit pain, gâteau.
Tréteau, autrefois trestel, tretel ;
en basse latinité trestellus, tretellus.
— Gall. trestyl, tréteau, pièce de
bois ou charpente servant de sup-
port^ dérivé de trawst, poutre, che-
vron ; bret. treustel, treu^teul, tré-
teau, pièce de bois mise en travers
au-dessus d'une porte ou d'une fe-
nêtre et servant à soutenir la ma-
çonnerie, linteau ; treust, trest, pou-
tre ; écoss. drothta , item ; irland.
drothla, item.
Trimer, marcher vite et avec fa-
tigue : « J'ai ^rimé toute la journée.»
(Acad.) — Bret. tremen, tremeni,
fremenout, aller d'un lieu dans un
autre, passer, traverser ; gall. tram-
wy, item.
Tripe. — Gall. tripa, boyau, tripe;
bret. stripen, item ; irland triopas,
tripes.
Trôler, aller çà et là, courir çà
et là, rôder, rouler. — Gall. troliaw,
tourner, rouler, rôder, trôler ; brct,
troi, ttei, item ; écoss. druil, item.
Tous ces mots ont pour primitif trô
qui en gallois et en breton signifie
tour, mouvement circulaire.
Trompe, Trompette. En basse
latinité trumpa, trumla, tromba.
— Écoss. tromp, troimp, truimp,
trompe, trompette ; irland. tromp,
trompa, trumpa ; gall. trwmples
(Davies) ; bret. trompil.
Trot, Trotter. — Brct. 4° trot,
trot; 2o trota, trotter; ces mots pa-
raissent tenir à 3o troet, troad, pied.
Écoss. 1° trot ; 2° trot, trotail ;
I*
1T
258
PREMIÈRE PARTIE.
3» troidh. Gall. trotiaw, trotter ;
troed, pied. Irland. troidh, item.
Trou, Trouer. — Gall. 1» trwy,
ouverture trou; 2° trwyaw, percer^
trouer. Bret. 4» toull ; 2"* toulla.
Ecoss. et irland. toll. trou.
Trousse, Trousseau. En basse
latinité trossa, paquet, trousse; en
provençal troussa. — Écoss. trus,
paquet^ ballot de bardes, trousse ;
gall. trws, trwsa,it€m; hrei. trons,
tronsad, item; irland. truscarijitemy
dérivé de trusaim. lier, attacher,
qui vient lui-même de trus, lien, at-
tache, ceinture.
Truie. En basse latinité troga,
troia; en provençal tniéia, truia;
en italien troia. Ménage et Case-
neuve dérivent truie de troia, mot
prétendu latin qu'ils trouvent em-
ployé avec la môme signification
dans un opuscule intitulé De proge-
nie Augusti, attribué à Messala
Corvinus. Ce livre qui a paru pour
la première fois en 1 540, est l'ou-
vrage d'un faussaire, ainsi que l'a
parfaitement établi G. Barth dans
ses Adversaria ; son opinion est
aujourd'hui partagée par tous les
savants. 11 est probable que le véri-
table auteur est un Italien connu
sous le nom de Pomponius Sabiiius
ou Lœtus, qui vivait à la fin du xv*
siècle, car on trouve dans son Com-
mentaire sur l'Enéide, liv. I, la
même supposition ridicule faite sur
le même mot, au sujet du même
passage de Virgile^ cité par le pré-
tendu Messala : Armaque fiocit troia.
Pomponius a cru pouvoir faire pas-
ser un mot italien pour un mot
latin.
D'autres ont cherché l'origine de
truie dans porcus trojanus qui se
trouve dans Macrobe. 11 suffit de re-
courir au passage en question pour
faire justice de cette étymologie.
Macrobe parle d'un porc rôti que
l'on servait tout entier sur la table ;
l'intérieur de ce porc était rempli
d'autres animaux cuits qui sortaient
de son ventre au moment où on le
découpait, comme les compagnons
d'Ulysse sortirent du ventre du che-
val dq Troie. Trojanus n'est donc en
cet endroit qu'une épithète faisant
allusion à un fait particulier. Voici,
du reste, les paroles mêmes de Ma-
crobe : « Porcum trojanum mensis
inférant, quem illi ideo sic vocabant,
quasi aliis inclusis animalibus gra-
vidum, ut ille trojanus equus gravi-
dus armatis fuit.» (Saturnales, II, 9.)
Troga, troia, truie, qui désignent
la femelle d'un cochon, sont le fé-
minin d'un mot primitif qui s'est
conservé dans les idiomes néo-cel-
tiques, pour signifier un cochon
mâle.
— Ecoss. tore, porc mâle, pour-
ceau, verrat; irland. tore; gall.
twrç; bret. tourc'h. Le r a été trans-
posé dans troga, troia, truie, comme
dans trouble de turbidulus, trombe
de turbo, broder de border, etc.
(Voir t. II, p. 121.)
Turbot, poisson. — Gall. torbwt,
turbot; écoss. turbaid; bret. turbo-
den, tidboze7i; irland. turbit.
TuRET, anc. monticule, éminence,
colline, tertre, butte. La terminai-
son de ce mot est celle d'un dimi-
nutif.
Sa meson que je vous devise
A-il par son beuba ni assise
GIIAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL S'iîi
Sor I turet enmi la voie,
Por ce que chascuns miex la voie.
(Rutflbcaf, f, II. p. 30.)
— Irland. to)% monticule, émi-
nence, colline, tertre, butte; écoss.
ton; bret. torosen, torgen.
Vassal, Valet, Ces deux mots
doivent être rapportés au même pri-
mitif. En basse latinité, vassi signi-
fia d'abord les gens attachés au ser-
vice de l'empereur, du roi , d'un
prince, d'un grand, d'une commu-
nauté : homines régis, lamines prin-
dpis, homines conventiis. Ensuite
vassus, ainsi que son dérivé vassal-
luSj se prirent pour le possesseur
d'un fief qui relève d'un seigueur
suzerain, Vhomme de ce seigneur^
ainsi qu'on parlait au moyen âge.
Vassallus correspond au français
vassal. Celui-ci s'employait au xii*
siècle pour signifier un homme de
guerre, un homme courageux, un
preux, un brave ; de là vasselage,
pour valeur, bravoure, prouesse,
exploit, fait d'armes.
Prendrai par ço mun pain, e ma ewe e la
char des bestes li'ai aturned a mes tuntn-
riers, e durrai as vassals qui jo ne sai !ii
sunt? [Livre des Rois, p. 97.1
Tollam ergo panes meos , el oquas vieas
et carnes pecorum quœ occidi tonsoribus
Mets, eldabu smsquos nescio undesunl ?
Cumenl cliairent en bataille li bon vas-
Ml ? (Ziîrf. p. 123.)
Quomodo ceciderunt fortes in prœlio ?
Turpln de Reins quant se sent abalut,
Deiiiiespiez parmi lecorsferut,
Isuelement le ber resailit sus,
Reliant regardet, puis si li est curut,
R dist un mot : « Ne suis raie vencut !
Ja bon vassal nen est vif recreut ! »
{Cham. dt Roland, tl. cuil.)
Chinmarc qui ert qnens de Tigcl
En en la compagne Hoel ;
Malt estoit de grant vasselage,
Et des Romains faisoient damage.
(Rom. dt Bntt, t. II, p. 209. 1
L'autre dérivé indiqué en tête de
ret article se présente sous les for-
mes vasletj, varlet, vallet^ valet.
Ces mots signifièrent d'abord jeune
homme, garçon, fils, gentilhomme
qui n'était point encore armé cheva-
lier, écuyer; ainsi que jeune homme
apprenant un métier, apprentis.
Vuslet a été formé de vassus par le
même mode de dérivation auquel
nous devons tonnelet, mantelet, etc.,
provenus de tonne, mante. (Voir
t. II, p. 407.) Dans varlet, le s de
vaslet s'est changé en r, comme
dans tortm, de testudo, et orfraie,
de ossifraga.
Oez a quel li dus tendait :
Dous enfanz de sa femme aveit,
L'uns ert rasiez, l'autre danzele,
En tôt le munt n'aveit plus bêle;
Et s'aveit non Hues Cliapez,
Ce vos sai bien dire, li vaslez;
Et la pucelle aveit non Emme.
{Chron. des diica de Norm. t. II, p. 84.)
Encor u'avoit la mère son filz reconnén
Car biau varlel estoit et fort ei parcreu....
La raere fu cousue
Et le varlel après, puis la fille ensement.
(Nouv. recueil de conles, 1. 1, p. 58.)
Ce n'ay cure de famé qui se farde
Ne dt varlel qui se regarde.
(litre des proverbes françuii, publié par M, Le Roux
de Liuor, t. II, p. 343.)
Jean d'Artois, variez du roy nostre sei-
gneur et bailli de Reims, salut. (Lettres de
rémission de 1362, citées par Carpeutier,
article Vallelus.)
Que aucun barbier ne doit oster ou sous-
traire a un autre barbier son aprcntis ou
varlel.^Ordonnances des rois de France, t.V,
p. 441.)
2C0
PREMIÈRE PARTIE.
Apres li ont femme donée
Qui de gentilz Romains fu née.
Trois vallés en ot, le plus grant
Fist 11 rois apeler Constant.
{Roman de Brut., t. I, p. 304.)
Au xrv* siècle, varlet, valet, se
prenait déjà comme aujourd'hui
pour domestique. Le grec naï;, le
latin puer et de nos jours le fran-
çais garçon ont pareillement passé
de leur signification propre à celle
de serviteur.
Tant fut genglé et parlementé des Ge-
nevois aux varlets et aux maîtres, que les
plus grands de l'ost en eurent connois-
sance, et par especial le sire de Coucy.
(Frois;sart,liv. IV, ch. xvii, t. III, p. 99.)
— Gall. gwas , jeune homme,
garçon, domestique, valet; bret.
(jwâz, homme, domestique, sujet,
vassal; écoss. et irland gas, jeune
homme , garçon , valet d'armée ,
goujat.
Le gw initial gallois et breton a
ordinairement pour correspondant
un g dans les mots français dérivés
du celtique; mais dans vassal et
dans valet, c'est un v qui répond au
gw; il en est de même dans veme,
breton et gallois, gwem. (Voir Verne
ci-après, à la colonne suivante.)
Veltre, Veautre, Vial'tre, anc.
lévrier; en basse latinité veltragus,
veltrahus, veltris; en italien veltro.
Apres iceste, altre avisiura sunjat,
Qifllen France ert a sa capele ad Ais ;
El destre braz li morst uns vers (sanglier)
si mais;
Devers Ardene vit venir un leuparz,
Sun cors demenie, mult fièrement asalt.
IVens de (la) sale (palais) uns vellres avalai
Que vint a Caries le galops et les salz,
La désire oreille al premer ver trenchat,
Ireement secumbat al lepart.
(t'A/li». d' nolaiid, 6t. ITI.)
Et nos sons ausi corn li vimtre
Qui se corabatent por i os ;
Plus en déissc, mais je n'oz.
[Rutcbeuf, 1. 1, p., m.)
On lit dans Hekkehard, connu sous
le nom de moine de Saint-Gall : « As-
sumpsit duas caniculas in manu sua
quas gallica lingua veltres nuncu-
pant, utilitate sua, vulpes et caeteras
minores bestiolas facillime capien-
tcs. » (Hekkehard, liv. I, ch. xxii,
dans Pertz, Monumenta Germaniœ,
t. II, p. 739.)
Veltre est d'origine celtique, ainsi
que nous l'apprend le passage sui-
vant du Traité de chasse d'Adrien,
qui a été longtemps attribué à Xé-
nophon :
Al 5è TToSwxeiî xûvs; al Ke)-Ttxal, xa-
Xoûvxat (j.èv oOéptpaYOi x^ve? qswv^ t^
KeXxix^ àizà ttj; wxûxtitoî. (Kuv/iye-
Tixè; )-6yo;, ch. lU.)
On lit dans Martial :
Non sibi, sed domino venaïur verlragus
acer,
irissum leporem qui tibi dente ferit.
(Mart. liT. XIV, épi(;r. ce.)
Vertragus, oûéptpaYd:, sont formés
de deux mots celtiques signifiant qui
a des pieds agiles ; ce sont des com-
posés analogues au grec wxûtcûu; et
au latin citipes. Arrien nous avertit
que ces chiens doivent leur nom à leur
agilité : ànà irî; o)XUTy]To:. — Is-
land. traighj troigh, troidh, pied;
écoss. troidh; bret. troad; gall.
troed. Bret. hemiz, prompt, agile,
rapide, impétueux; gall. fres; ir-
land. et écoss. Irais.
Verne, Vergne, anc. arbre, nommé
aujourd'hui aune. (Voir Trévoux,
vergne, verne.) — Bret. givern, gwer-
nen^aune; gall. gwem; écoss. feam,
flieam; irland. fearn. On trouve
CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. II. 26<
gverneu dans le dictionnaire cor-
nouaillais du xii« siècle, publié par
Pryce et par M. Zeuss.
Vit, membre viril.
Et ce (si) tout ce ne plaist as parens de
la garce (jeune fille), ou celuy n'a mie tant
don il puisse faire ce que est devisé desus,
ou il n'est mie tes hom qui afiere (con-
vienne) à la garce, ce est qu'il soit pire
de luy et de mal estraite, le droit et la rai-
son coumande que celui, qui que il soit, ou
chevalier ou borgeis, qu'il deit aveir copé
le vil toutes les coilles, etdeit estre chacé
hors de la terre ou il a fait cele malfaite
un an et un jor. {Assises de Jérusalem,
t. II, p. 92.)
Je su jouene espouse, siay un baroun.
Mes trop est-il Oeble en sa mesoun ;
Ce est la vérité, il ad un vil,
Trop est-il plyant et trop petit.
(Nouveau recueil découles, t. U, p. 35.)
Cbescuns raadles de vous sera circonsiz,
et vous circuncisere la char de vostre vil...
Et il circonciza la cbar de lour vH main-
tenant que a cel jour, come Nostre Seignoar
le conianda. («îcnèse, ch. yvu; citation de
M. Orell, Iji^cdit., p. 232.)
Circumcidelur ex vobis omne masculinuvi*
et circumcidetis caruem prœpucii veslri...Ei
circumcidit carnem prœpucii eortm slatim
in ipsa die, sicut prœceperat ei Deus.
On a dit autrefois biotte dans la
même signification.
« Bêle Mariette,
Prés de mol te tien.
Par desoz ta cotte
Tebottroi del mien »
Et dit que bien siet
Dedanz sa hiolle,
(Tkiilre françaii au moi/en âge, p. 47 et 18.)
— Bret. piderij biden, et avec l'ar-
ticle ar-viden, la verge de l'homme
et des animaux; gall. pidyn, mem-
bre viril, verge de l'homme seule-
ment; écoss. bodj génitif buid, item ;
irland. bod, item.
262 PKExMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE III.
ÉLÉMENT GERMANIQUE.
OBSERVATIONS CONCERNANT LA MARCHE SUIVIE DANS LES RECHERCHE*
QUI FONT l'objet DE CE CHAPITRE.
Je procéderai , à l'égard, des mots d'origine gcrn aiii;[ne,
avec la circonspection dont j'ai usé à l'égard des mois d'ori-
gine cf'ltiqiie. Je ne donnerai, comme provenant de l'ancienne
langue djs ( onquéi ants de la Gaule , que des mots existant au
moins dans trois idiomes gtrmnniques; presque tous se trou-
veront dans un plus grand iioml)re de ces idiomes; et il en
est plusieurs que je donnerai dans dix lang'ies différentes.
Plusieurs motifs m'ont détermné à suivre celte marche,
malgré la longueur des r; cherclies qu'elle nécessitait , et je
n'ai pas craint de consacrer plusi(>urs années d'étude à la pré-
paration de ce seul cliapitre. Il fallail d'à! ord éviter d'attri-
buer à la langLie des Francs des niots altérés provenant du
lalin, ou de toute autre langue ancienne ou modt;rne, qui se
trouvent en b)n nombre dans chacun des idiomes germa-
niques. C'est recueil où sont tombés ceux des étymologistes
qui ontr.ipporté à une origine tudesque tous les mots fran-
çais qu'ils ont pu retrouver dans l'allemand ou dans un autre
idiome quelconque de la même famille.
Un autre motif qui m'a engagé a faire porler mes recher-
ches sur toutes les langues germaniques à la fois, c'est que tel
mot entièrement f^ltéré dan« presque lou'es ces langues, sous
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. I. 863
le j apport du son, de la forme et do la signilîcation, no se
trouve avoir conservé quelque chose de son ancien état que
dans un ou deux idiomrs seulement. Dans la plupart des cas,
cet indice suffit pour nous remettre sur la trace du mot primitif.
Enfin j'ai pensé que l'étude comparée des mots dans les di-
verses langues germaniques devait être propre à nous fournir
certaines autres données utiles pour nos recherches. Elle peut
surtout nous faire entrevoir la part qui revient à tel ou tel des
anciens idiomes septentrionaux sur l'ensemble des emprunts^
que nous avons faits à ces différents idiomes.
Comme les anciennes langues germaniques auxquelles j'ai
eu recours pour ce travail sont généralement peu connues en
France, je crois devoir ajouter quelques renseignements à
ceux que j'ai déjà donnés à la page ig, afin de mettre lelecteur
à portée d'apprécier l'importance respective qu'il faut donner
à chacune de ces langues dans la question de provenance des
mots que le français doit à rétablissement des barbares dans
la Gaule.
Le Tudesque que les savauts allemands désignent «ous le
de allhochdeutsch, ancien haut teutonique, est incontestable-
ment l'idiome le plus important pour nos recherches. Il était
la langue parlée dans le nord par les Francs, au sud-est par
les Bavarois et au sud-ouest par les AUemanni; de là la division
de cette langue en trois dialectes principaux ; le francique, le
bavarois et Vallémannique. Le premier de ces dialectes se rap-
prochait de l'anglo-saxon, du frison, du hollandais et du bas
allemand ; les deux autres étaient plus voisins de l'allemand
littéraire actuel et des divers idiomes compris sous le nom de
haut allemand. Il est à regretter pour nos études que parmi
les écrits enlangue tudesque parvenus jusqu'à nous, il ne s en
trouve pas qui soit rédigé en pur dialecte francique. Les
264 PREMIÈRE PARTIE,
principaux de ces écrits sont : la traduction du premier livre de
l'ouvrage d'I idore deSéville contra nequitiam Jud^orum.Lc
seul mannsci it de cette traduction que l'on connaisse peut
être n gardé comme appartenant au vii^ siècle ; il se
iro'ive à la Bibliothèque impériale, fonds Colbert , n» 2326.
l.a traduction de la règlç de saint Benoist, par Kéron, moine
de Saim-Gall , qui vivait au commencement du viii^ siècle.
f M version des Evangiles, par Otfrid, moine de Weissem-
bourg:, en basse Alsace. Cetteversionestde la première moitié
du IX* siècle. La paraphrase du Cantique des cantiques j par
Willeram, du XI9 siède. La traduction de l harmonie des
évangiles de Tatian. Celte traduction est supposée avoir été
faiteau xi° siècle; du moins est-il prouvé qu'elle est antérieure
au xiie. On peut ajouter à ces écrits deux autres traductions,
Tune des Consolations de Boèce et l'autre de Martius Capella.
Schiller, et, après lui, M. Graff nous ont donné des glossaires
de ces monuments et de quelques autres moins importants.
Si ces glossaires renfrmaint tons les mois qui ont apparie-
nu à la langue des Francs, ils eussent pu m'épargner bien
de remt)arras et bien des recherches; mais il s'en faut de beau-
coup qu'il en soit ainsi. C'est généralement à l'excellent tra-
vail de M. Graff que j'ai emprunté les mots tudcsques cités
dans le cours de ce chapitre '.
Le gothique est l'ancienne langue des Goths. Il ne nous reste
en cette langue que des fragments assez considérables de la
traduction de la Bible faite au iv? siècle par Ulfilas , évêque
d'une colonie de Goths méridionaux établis dans la Mésie.
Ces fragments comprennent les quatre Évangiles, les Épîtrcs
de saint Paul presque en entier, une partie Néhémie et d'Es-
* Graff. Aîthochdeutsdher sprachschatz oder worterhmh der althoch-
deutschen sprache^ Berlin, 1834 1842; 7 vol. in-4".
CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. I. 265
drasjondoit y joindre un commentaire sur une partie de
l'évangile de saint Jean dt'couvert depuis peu de temps. L'ou-
vrage d'Ulfilas est le plus ancien monument qui nous soit par-
venu en langue germanique.
Les Goths du nord de la Germanie, connus squs le nom de
Scandinaves, parlaient également un idiome gothique. De cet
idiome provint la langue dont faisaient usage les peuplades
qui, sous le nom de Normands, envahirent le nord-ouest de
la France au ix* et au x* siècle. Les plus anciens textes que
nous ayons conservés en cette langue sont écrits en dialectes
islandais; ils comprennent les deux codes de la religion
Scandinave , connus sous la dénomination commune d'£</c/fl.
L'un est en vers, l'autre est en prose, tous deux furent rédiges
en Islande, le premier au \i* siècle, et le second au commen-
cement du Xl|i^. De la langue normanniqne proviennent le.
norvégien^ Yisla/idais, le suédois et le danois, h'islandais est
celui de tous qui est resté le plus pi es du type primitif.
L'ancien saxon était la langue des pleupiades qui occu-
paient le pays situé entre l'Elbe et le Weser.
\^' anglo-saxon fut l'idiome parlé en Angleterre par les An-
gles et par les Saxons conquérants de cette île, jusqu'au mo-
ment où, se mêlant à la langue d'oïl importée par les Nor-
mands, il donna naissance à l'anglais actuel. La plus ancienne
production de la littérature anglo-saxonne date du vu* siècle :
c'est XHymme sur lacréation du poète Cœdmon. Les ouvrages
postérieurs qui composent cette littérature sont en trop grand
pombre pour entreprendre de les énumérer.
J'ai appelé ancien allemand l'idiome dans lequel ont écrit
les Minnesingers , dont le premier est Henri de Veldeck ; ce
poëte brillait à la cour de Thuriqge, sous les empereurs Fré-
déric !<"■ et Henri VI, vers la fin du xii^ siècle. V ancien aile-
266 PREMIÈRE PARTIE,
i^mnc/ na(juit du dialecte allc/nanni(/ue ; il lut insensiblement
modifié par Pidiome des Saxons, et finit par produire, au
XVI* siècle V allemand moderne.
Mon travail ayant pour but de constater quels sont les mois
que nous devons à l'invasion germanique, j'ai dû nécessaire-
ment en exclure, autant qu'il m'a été possible, tous les mots
d'une provenance postérieure, fournis principalement par
l'anglais et par l'allemand. Toutefois, lorsque j'ai été dans le
doute si un mot remonte à l'époque de la conquête, ou s'il a
été introduit ultérieurement dans notre langue, je n'ai pas fait
difficulté de l'admettre, préférant courir le risque d'en donner
quelques-uns d'importation moderne, plutôtqued'en omettre
de ceux auxquels on doit assigner une origine ancienne.
H.
RECUEIL DES MOTS DE LA LANGUE d'oÏL QUI SONT d'oRIGINE GERMANIQUE.
Abandon. (Voir JBandîir, BancZon.) lum, item; island. brenna, item;
Abrander^ anc. prendre feu, s'en- dan. brœnde, item; suéd. brœna;
flammer, s'allumer, paraître tout en holl. branden, item; angl. to bum,
feu, briller, item; allem. brennen, item; et avec
Li reis, si tost cum Paube abrande la prép. an, anbrennen, prendre feu,
Comande a sa gent qu'elle s'espande s'enflammer s'allumer.
Parmi la terre pur rober, . ••[•■.• „ „„•
, ., , Adouber signifiait anciennement
li pur les viles alumer. '' ,• /^
CcAron. d» ducs de Norm., 1. 1. p. 108.) armcr quclqu'un chevalier. Ce mot
— Tud. anbrinnan, anbrenmn, doit son origine à une des cérémo-
prendre feu, s'enflammer, s'allumer, nies qui étaient en usage en pareille
composé de la préposition an, cor- circonstance ; elle consistait à frap-
respondant au latin ad, et de brin- per trois coups du plat de l'épée sur •
non, brennan, brûler; goth. brin- le cou du nouveau chevalier. C'est
nan, item ; anglo-sax. biman, byr- ce qu'on appelait donner la colée *. On
1 Colée dérive de col signifiait proprement un coup d'épée frappé sur le
cou.
El il ont traites les espées ;
Si se donnent moult grans colées.
(Marie de France, 1. 1, p. 576.)
Au lieu de la colée, on a écrit dans la suite Yacolé, l'iMColée comme l'on
a écrit l'abée, To/emcWe pour la bée, la lemelle. {Voir tome 11, p. 126).
CHAP. ni, ÉLÉMENT C.EUMANIQUE. SEGT. II. 267
Recueil des fabliaux et contes de
Barbazan, édit. de 1808, t. I, p. 69.
En tète du volume on voit la repro-
duction d'une miniature du manus-
crit original représentant un roi qui
donne la colée à un nouveau cheva-
lier en le frappant au côté gauche
du cou avec le plat de son épée.
Dans la suite, adouber se prit
dans le sens d'armer quelqu'un, le
revêtir de ses armes, l'équiper; et
l'on a dit s'adouber, pour s'armer
soi-même, s'équiper.
Mais Bertran de Guesclins si en est rcvestis,
Les mors ont dénué et les armeures pris :
A loi de chevalier s'adouba li rearchiz;
Chauça les espérons qui sont d'or fin macis,
El toutes les armeures du chevalier failiz
Vesti li bers Bertran, que delay nifust mis.
[C/iron. de du Cuetcli», t. I, p. 31.)
Enfin, adouber passa de la signi-
fication d'équiper à celle d'ajuster,
accommoder, arranger, embellir,
orner, parer; c'est le sens qu'a con-
servé l'italien adobare, addobbare,
et le provençal adoubar. Nous di-
sons encore adouber, en termes de
trictrac et de jeu d'échec, pour si-
gnifier toucher à une pièce pour
l'arranger, non pour jouer. Le com-
posé radouber signifie, en terme de
marine, réparer un bâtiment.
— Anglo-sax. dubban, frapper quel-
qu'un du plat de l'épée pour lui con-
disait en basse latinité adobare dans
le même sens que nous disions adou-
ber. Le mot, aussi bien que l'usage
auquel nous le devons, paraissent
être l'un et l'autre venus de la Ger-
manie. Voyez à cet égard ce que dit
Hickesius dans sa grammaire an-
glo-saxonne,p. 151.)
Sire, dit-elle ,pour Deu de Paradis,
Soit adoubez mes frères Auberis....
Raoul Vadoxibe qui estoit ses amis,
Premiers li chausse ses espérons massis,
Et puis li a le branc au costel mis,
En col le pert, si con il ot apris,
Tien, Auberi, dit Raols li gentis,
Que dame Dex, qui en la crois fu mis,
Te doin.st pooir contre tes an( mis.
[Rom. it Auberi c\ié par du Can{;;e, ort. A(fofmre.)
Le bon Symon a fait Pépins appareiller,
Et lui et sesdeus lilschascun fait chevalier.
Mautiau de fin drap d'or fait a chascuu
bailler,
Bien séant a leur gré, si corn a souhaidier
Pe Symon fist li rois son mestre conseiller.
Dux >'aymes leur ala les espérons chaucier,
Et li bons rois Pépins leur ceint les brans
d'acier,
La colàe leur donne, pals les ala bai-
sier (1)
Après ce que Symonsfu ainsi adoubés.
Et que li rois li ol donné grans hérités.
Se sont tout li baron parti de Florimés.
(Rom.deBerte, p. 174 et 177.)
On trouvera des détails sur la ma-
nière d'adouber dans VOrdene de
chevalerie. On peut les lire dans le
* Après que de la colèe on eut fait l'accolée, on forma de celui-ci le dé-
rivé accolade que l'on prit pour signifier une embrassade fraternelle donnée
au nouveau chevalier par celui qui l'armait. La signification de ce mot est
due à ce que l'on embrassait le récipendiaire après lui avoir donnée la colée,
ainsi qu'on le voit dans ce passage du Roman de Berte. Nous avons con-
servé l'expression accolade en la prenant dans un sens plus général qu'elle
n'avait primitivement. '
268
PREMIÈRE PARTIE.
férer un ordre de chevalerie mili-
taire; anc. island. dubba, item;
angl. to duh, item. On a joint au
primitif germanique le préfixe ad
pour former addobbare, adouber.
Affale, terme de marine. C'est
le commandement aux gens de mer
pour faire baisser quelques manœu-
vres. Déprime. On l'emploie en-
core pour abaisser les itagucs, les
cargues des basses voiles, afin que
la toile tombe plus facilement. Af-
faler se dit, en général, pour abais-
ser. (Trévoux.)
— Holl. afhalen, tirer en bas,
abaisser, composé de 1° af, suffixe
qui répond au de des Latins ; et de
Thalen,haalen,Wv&v, attirer. Island,
1»a/, %° liala. Dan. 1° af, ?» haie;
suéd. 1» af, 2° hdla. AUcra. 1» ab,
2° holen. Angl. \° of, 2° to haie.
Affres, Affreux. Ces deux mois
sont composés du préfixe latin ad
et d'un substantif germanique qui
signifie frayeur. — Tud. forhta,
frayeur, efi'roi; anglo-sax. ferht,
fyrht, forht; angl. fright; dan.
frygt; suéd. fmchtan; allem. furcht;
holl. vreeze.
Agasse, anc. pie ; en provençal
mjassa; en italien gazza.
Agasse se trouve encore dans
La Fontaine :
L'agasse eut peur; mais l'aigle, ayant fort
bien dîué,
La rassure et lui dit: Allons de compagnie.
L'homme d'Horace,
Disant le bien, le mal , a travers champs,
n'eût su
Ce qu'en fait de babil y savoit notre agasse.
(Lifr« XII, fable xt.)
— Tud. agaza, agahtra, pie;
bas-allem. aglaster; allem. àlster,
elster; holl. aakster, aaxtcr, cxier;
suéd. skata; dan. skade.
Agrès. (Voyez Gréer.)
Ahoquer. (Voyez Hoc.)
Ahuge, Ahoge^ anc. grand, haut,
élevé, énorme. Le Livre des B.ois dit
en parlant de Goliath :
Le halme ont lacié, e vestud le balberc,
od les chalces de fer, e l'escu de aralm al
col ki le cuverit les espaldes; li halbercs
pesad cinc milles sicles, e le fer de sa lance
sis cenz, e la hanste fud grosse e nhuge
cume le subie as leissures. {Livre des Rois,
p, 62.)
Un sengler a chasclé le jor
Grant e ahoge e quartenor.
{Chro». det dues de Kormamiit, 1. 1, p. 459.)
Ahoge est composé du préfixe a,
qui, dans les anciens idiomes ger-
maniques, marque assez souvent
l'extension, et d'un adjectif qui si-
gnifie haut, grand, élevé.
— Tud. hoch, hoh, élevé, grand ;
go th. haug, haush; anglo-sax. heag,
heah; island. har; anc. allem. houg,
hoiich; aMeva.hoch; snéà.hœg; dan.
hœy; holl. hoog; di.r\g\.huge,high.
Aigrette, sorte de petit héron.
, (Voir Trévoux.) En italien aghirone,
arghirone ; en langue d'oc aîgron.
On disait autrefois un panache
d'aigrette, pour un panache fait
avec certaines plumes blanches de
cet oiseau. Par extension, nous em-
ployons aujourd'hui aigrette pour
désigner diverses sortes de pa-
naches .
Je suis sur le poinctde vous recouvrer un
cheval qui va l'enlrepas, le plus beau que
vous visles jamais et le meilleur, force pa-
naches d'esgrette. {R'eeueil des lettres de
Henri iF, publié par M. Berger de Xivrey,
t. II, p. 216.)
— Tud. heigir, heigcro, hcigro.
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 269
(Voir d'autres exemples de l'em-
ploi de ce mot dans le même ou-
vrage, t. I, p. 13; Roman de Brut,
t. II, p, 251 ; Poésies de Marie de
France, t. II, p. 377.)
Aire nous est resté sons la forme
air, manière d'être extérieure, le de-
hors , l'apparence : nous disons ,
dans ce sens, il a Voir bon, méchant,
doux, féroce, sale, propre, etc. Le
latin habitus, dont la significatioh
primitive était aussi celle de manière
d'être propre à un individu, sa na-
ture , son naturel, passa également
à l'acception de manière d'être ex-
térieure, l'extérieur, le dehors, et
même à celle de manière d'être vê-
tu, le costume, l'habit.
Ane. allem. art, manière d'être,
naturel, nature, complexion, carac-
tère; holi. aart , aard; dan. art;
suéd. art; allem, art.
Aise signifiait autrefois facilité,
commodité, aisance, satisfaction,
gré, agrément, plaisir.
Jamais n'aurons tel aise de nos hontes
vangier.
[Chuiis. des Saxons, t. I, p. 13.)
— Goth, azèts, facile, aisé, com-
mode; azéti, agrément. Anglo-sax.
eath, facile^ commode; angl. easy,
item; tud. ôdi, item.
Alêne, autrefois alesne ; en espa-
gnol alezna.
Vers lai a sa corne tornée
Plus tranchant et plus afilée
Conques nus hom ne vit rasoir;
Ce dit l'escripture por voir
Qu'ainz ne fu faus plus cfmolue
Ne nule alesne plus aguë.
(JVoKii. ne. découles, t. Il, p. 116.)
— Tud. alansa, ala, alêne; anc.
allem. aelsene; anglo-sax. al, eal;
hragra, héron, aigrette; anglo-sax.
hrara ; island. hegre ; dan. hejre ;
suéd. hœger; angl. hem; hoU. reiger;
allem. reiger etreiher. Ces deux der-
nières langues ont supprimé devant
le r l'aspirée initiale du primitif
hragra; cette suppression est fré-
quente parmi les idiomes néo-ger-
maniques.
Aire, autrefois le naturel, la na-
ture propre d'une persofinei, sa ma-
nière d'être, ses dispositions, son
caractère, son humeur. On disait
de mal aire ou de put aire pour de
mauvais naturel, de bon aire pour
de mauvais naturel. C'est de cette
dernière expression que nous vient
l'adjectif débonnaire. (Voir, à cet
égard, les judicieuses remarques de
M. P. Paris^ dans le Bonmncero
français, p. 22.)
Unques vilains nul, ne d'eus nez,
Ne fu grantment de lui privez ;
Kar, ce li estcit aviaire,
Toz jorz rctraient vers ['aire
K vers l'orine (origine), senz mentir,
Dont a peine poent eissir.
{ChroH. des ducs Je Nortu., t. II, p. 388.)
Tuit cil qui conseillé l'aveienl
E qui en tôt co le mctcient,
Feus fméchanis) e ruilverz (pervers) e de
mal aires,
Furent desfaiz des genitaires,
R des oilz e des n*s plusors.
{Uid., p. 398.,
Âhi ! cuivert, malvais hom de put aire.
(C/ians. de Roi. lix, 3.)
El gentil hom, chevaler de bon aire,
{Iliid , CLIIT.)
rortune est bêle et bone aus bons, et de
bon aire,
Mauvese aus mans fesanz, et laide, et de
put aire.
[NoKv. rtc. de contes, I. 1, p. 198.)
270
PREMIÈRE PARTIE.
island. air; allem. ahle; angl. aivl;
hoU. els, elssen. Tous ces mots pa-
raissent de la même famille que le
gothique alj signifiant aiguille.
— Alérion, anc. aiglon. Ce mot
a la forme d'un diminutif; il est en-
core usité en terme de blason. Les
Montmorenci portent d'or à la croix
(le gueules, cantonnée de seize alé-
rions d'azur.
Tant i fui quej'oï venir
Chevaliers, ce me fu avis...
Et cil, conie maltalenlis,
Vint plus tost que uns nierions.
Fier par semblant corne lions.
{Touriioiemenlilet'Aniéchrlsl, p. 127 et lîS )
Cliiule de dum (duvetj d'alérion
Envolsé d'un blanc siglaton
Ot par desus le cordeis
Qui fu de soie lacéis,
{Parlonop. de Blois, t. II, p. 181.)
— Tud. i^adalarOj sorte d'aigle,
composé de 2" adaly noble, et de
3°àro, aigle; anc. allem. 1° adeîar,
adler; %" adel ; 3" ar ; holl . adelaar,
aigle. Le mot principal dont est
formé ce composé se trouve dans les
divers idiomes germaniques. Goth.
ara, aigle; anc. island. ari; anglo-
sax. earn ; dan. om; suéd. œrn.
Algier, algeir, anc. pique, ja-
velot.
Li reisMarsilics ad la culur muée,
De Sun algeir ad la hanste croUée.
{Chnn$. de Roland, tt. xxxiii.)
Li reis Marsilics en fud mult esfreed,
Un algier tint ki d'or fut enpenet,
Ferir l'en volt se n'en fust desturnet.
(/iU. ht. xixii.)
Al par lequel commence algdr,
nlgier, doit être une notation gra-
phique équivalant à au auquel cette
notation est substituée; ainsi ces
mots se prononçaient sans doute au-
ger, augier. (Voyez les observations
présentées ci-dessus p. 1 24, art. Al-
cuns.) Cette supposition est d'autant
plus probable que nous trouvons
agiez au plur. dans le même ouvrage
qui nous fournit les formes algier,
algeir.
Il lor lancent e lances, e espiez,
Evr'igres,edarz,e museras, efljî(;5,egieser.
{Chans. de Roland, tU cm.)
— Tud. \<'azgèr, sorte d'arme de
trait, javelot, pique, composé de
2* az, préfixe explétif servant à for-
mer des composés, et de 3" yêr, ja-
velot. Anglo-sax. \° atgar, 2° at,
3° gar. Anc. island. ]°atgeir, Tat,
3°geir. (Voyez au sujet du préfixe az^
a^Grimm, Dewisc/ie grammatik,t, II,
p. m.) Anc. allemand^ ger, gère,
javelot, pique.
Alise. — Anc. allem. œlsche-pyr,
alise; allem. else-beere; dan. axel-
bœr. Nous n'avons gardé que le pre-
mier des deux mots dont se com-
pose le substantif germanique; le
second, pjr, heere , hœr , que nous
avon» rejeté, signifie petit fruit,
baie.
Alleu, en basse latinité a Wo<imm.
Ce mot servit à désigner, après la
conquête germanique, une portion
de terre possédée en toute propriété
par un homme libre, à la différence
du bénéfice, concédé seulement à vie,
ou bien pour un temps déterminé.
En italien allodio, en espagnol alo-
dio , en langue d'oc alodi. Nous
avons dit anciennement en langue
d'oïl aluet, alluet.
Nostre antecesseur, et nous après iauls
euissient tenut paisiulenient le ville, le
tiene de Lcssines et toutes les apierienanccs
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 271
doit remplir un prévôt, lui donne
le conseil suivant :
en forterece et defors fortereclie en franch
alluet. (Cartulaires de Hainaut, publiées
par M, de Reiffenberg, p. 371.)
Ce sunt H homme mon signeur de Soten-
ghien de sen aluet. {Ibid, p. 404.)
— Tud. aloà, alleu ; composé de
Ao al, tout et de 2° àd, propre, ap-
partenant en toute propriété. Anglo-
sax. <o al, cel, eal ; 2° œth,aith. Is-
land. \f>all; tood, audr. Suéd. ail,
tout; odal, patrimoine, héritage,
domaine ; mot composé, selon Ihre,
de l'ancien primitif od, propriété,
et ail, tout. Dan. al, tout ; odel, de
même signification et de même
composition que le suédois odal.
Alose, en espagnol alosa, en ita-
lien /occta; en basse latinité alau-
sa qui se trouve déjà dans Ausone.
Il donne ce nom à un poisson de la
Moselle. Il est probable qu'il était
nommé de la sorte parmi les popu-
lations germaniques qui déjà au iv«
siècle étaient établies dans une par-
tie de l'ancienne Belgique ; car on
retrouve ce mot en tudesque et dans
d'autres idiomes de la même famille.
— Tud. alausa, alosa, alose; anc.
allem. alsem; allem. alose, àlse,else;
holl.elft; angl. alose.
Amarre, Amarrer, mots compo-
sés de la préposition germanique an,
correspondant au latin ad, et d'un
verbe qui signifie attacher.
— Tud. marrian, merran, rete-
nir, attacher ; go th. marzjan, item ;
anglo-sax. meanjan, merran, item;
marel, corde, câble; holl. maaren,
amarrer.
Ambassadeur, Au xiii" siècle nos
pères disaient ambasseur, ambasscor
qui signifiaient un délégué. Brunetto
Lattini parlant des devoirs que
Autres! doiz en ton tens, se meslier est,
tro\er ambasseor.i, par la volonté dou com-
mun, qui te facent compaignie jusqu'à ton
hostel, et qui portent grâces, et saluz, et
bon tesmoing de toi et de les œuvres au
comun de ta vile. (Jré.ior de Brunetto La-
tini , Bibliolh. impériale , suppl. franc,
ms. 1f'8, fol. 229, recto. — Impr. Livre de
Justice, p. 3^0.)
En basse latinité ambascia signi-
fiait charge qu'une personne donne
à quelqu'un de faire quelque chose
pour elle, commission ; d'où ambas-
ciare, ambassiare, charger quel-
qu'un d'une affaire, l'envoyer en
commission, lui confier une mission ;
ambasciator, ambassiator, celui qui
est chargé d'une affaire, d'une fonc-
tion temporaire, un commissaire, un
député, un délégué. C'est ambassia-
tor qui donna à notre ancienne lan-
gue ambasseur comme imperator,
salvator lui donnèrent empereur,
sauveur. Quant à la forme actuelle
ambassadeur, il est probable qu'elle
nous vient du portugais ou de l'es-
pagnol. La première de ces langues
nous offre embaixador et la seconde
embaxador ou embajador. La sup-
position que je fais à cet égard n'est
pas uniquement fondée sur une res-
semblance de terminaisons, elle est
encore fondée sur un motif tiré
d'une circonstance particulière. La
première fois que je vois apparaître
ce mot dansla langue avec sa forme
et sa signification actuelle, c'est dans
un chapitre de Froissart où il s'agit
d'ambassadeurs potugais. « Vous sa-
vez, dit-il, si comme ci-dessus est
contenu, comment le roi dam Jean
de Castille avoit assiégé la bonne
272
PREMIÈRE PARTIE.
cité de Lussebonne et le roi Jean de
Portingal dedans ; lequel roi de fait
les bonnes villes de Portingal avoient
couronné pour sa vaillance, car voi-
re ment estoit^il bâtard; et si avez
ouï recorder comment cil roi avoit
envoyé en Angleterre devant le
duc de Lancastre et le comte de
Cantebruge qui avoient par mariage
ses cousines, au secours, ses espe-
ciaux messagers deux chevaliers,
messire Jean Ra Digos et messire
Jean Tête d'Or, et avecqucs eux un
clerc licencié en droit qui estoit ar-
chidiacre de Lussebonne. Tant ex-
ploitèrent ces ambassadeurs ^SiT mer,
par le bon vent qu'ils eurent, qu'ils
arrivèrent au havre de H an tonne....
Les ambaxadeurs portingalois furent
contens assez de ces réponses et se
départirent du duc de Lancastre....
Les ambassadeurs de Portingal con-
cevoientbienlcs paroles du comte...»
(Froissart, livre III, ch. XVIII, t. II,
Pi4i5, coL \ et 2.)
— Tud. ambaht, ci ambahti, char-
ge, office, emploi, fonction; ambaht,
ambahtari, qui a une charge, un offi-
ce , un emploi , ministre , officier ;
goth. andbahts, item ; anglo-sax,
ambiht , item; island. ambatt ,
ambot, ilem; allem.amf, charge,
emploi, office, fonction; holl. ampt,
item; amptman, officier, employé,
ministre ; dan. ambt, préposé, pré-
vôt jsuéd. ambet,item.
Anchois, en portugais anchova.
— Holl. antsouwe, anchois; angl.
anchovy ; dan . antjoser.
Anspect, terme de marine^ barre
de bois servant de levier pour re-
muer des fardeaux. — Holl. hands-
paak, anspect, composé de hand,
main, et de spaak, barre. Dan.
haa'iidspage, haandspœger, anspect;
haand, main; spar, sparje, barre.
Angl. hanspike, anspect ; hand,
main; pike, bâton pointu, pieu.
Arban, anc. corvée, service gra-
tuit qui était dû par un tenancier à
son seigneur; il consistait en un
travail fait demain d'homme ou bien
au moyen de chevaux, de bœufs, etc.
Toul homme tenant servement son héri-
tage ou raorlaillablement, doit faire par
chacune semaine a son seigneur le ban et
Varban, c'ést-ii-dire une corvée à bras du
mestier qu'il sçait faire; et s'il fait arban
avec di'ux bœufs, il en vaut deux. (Coa-
tumex de la Marche, ar». 1 36.)
Je quite tout arban aux hommes et aux
femmes de la dite francise, fors que tant je
retien moncharroy entièrement au besogne
de mon chastel et de mes maisons de Ves-
dun, et de vins et de foins tant seulement;
et je ne les puis forcer à nul arban, ne de
charroy aller fors la paroche de Vesdun par
nesun besoin. (.Coutumes de Vesdun en
Berri, publiées par LaThaumassière dans
son recueil des Coutumes du Berri.)
On disait dans le même sens en
basse latinité heribannum, hereban-
num, haribannum, aribannum, etc.
Ces mots signifièrent primitivement
une proclamation faite pour appeler
sous les drapeaux tous ceux qui
étaient tenus au service militaire, ils
se prirent ensuite pour une redevance
pécuniaire que l'on payait afin de
s'exempter de ce service', puis ils
s'employèrent pour désigner cer-
taines prestations en argent ou en
nature, et enfin pour une corvée.
Voyez du Gange Heribannum.
— Tud. heriban , proclamation
faite pour convoquer les gens de
guerre, mot composé de heri, hari,
armée et de bann, proclamation,
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE SECT. II. 873
édit, mandement. Anglo-sax. here^
kerig, armée; bannan, proclamer.
Pour les mots correspondants à heri
et à bann dans les différents idiomes
germaniques voyez ci-après l'art.
Auberge et l'art. Ban.
Arramir, anc. convoquer^ réunir,
rassembler j assigner quelqu'un à
comparaître au jour fixé ou dans un
lieu déterminé pour plaider une
cause ou pour traiter d'une affaire.
Qui famé vbudrôit dëcevoir,
Je li faz bien apercevoir
Qu'avant decevroit i'anemi.
Le deable, a cbaïQp arami.
(Kotebeuf, I. I, p. S96.)
A Everwic vinrent Daneis ;
tk 's amenierent li Engleis
Galleve e Gai-Patricius
Od quanqu'ii porent arramir
Vindrent les chasteaus assaillir.
[Chron. det duc$ de Nom., t. III. p. 166.)
On disait en basse latinité, adra-
mire, arramire. Ces mots sont com-
posés du préfixe latin ad et d'un
verbe germanique. — Tud. râmén^
râmjanj diriger vers ; hoU. raamenf
et avec le préfixe be, beraamen, con-
voquer des plaideurs pour juger leur
affaire, fixer un jour, assigner un
lieuj aUem . anberdumen , item;
avec les préfixes an et 6e.
Attache, Attacher, mots com-
posés de la préposition latine ad et
d'un élément germanique. En basse
latinité^ staca se prenait pour un
pieu ; d'où stacare, lier, attacher à
un pieu. En espagnol, estaca, pieu ;
estacar, ficher un pieu en terre pour
y attacher une bête. En italien,
stacca signifie un piquet, un clou fi-
ché dans le mur pour y attacher
quelque chose, et attaccare, atta-
cher. Nous disions autrefois fisïacftc
pour pieu, poteau servant à atta-
cher.
A une estache l'unt atachet cil serf.
Les mains li lient à curreies de cerf.
Très bien le bâtent a fuz e a jamelz.
■{Chans. de Roland, tt. cctxxil.)
— Tud. steccho, sfecho, pieu, pi-
quet; anglo-sax. staka; island.
stiaka ; bas allem. stake; dan.
stage; suéd. stake; hoU. staah}
angl. stake.
Auberge. On disait autrefois her-
berge, qui signifiait d'abord un em-
placement oii une armée dresse des
tentes pour s'y loger et où elle fait
des retranchements, afin de se ga-
rantir des attaques de l'ennemi, un
camp, un campement; il se prenait
également poui* uû logement de sol-
dats dans un camp, pour une tente,
une barque.
Loreseissid li poples de la cited, e vint
as herberges de ces de Syrie. {Livre de»
Rois, p. 373.)
Et egrestus populus diripuit castra SyHa»
Cume David fud venuz as herierges. {IHd.
p. 184.)
Cumque venisset David in castra.
Cornée unt plusors la retraite;
N'i out une puis saette traite.
As herberget se désarmèrent
Tut maintenant, n'i demorerent.
(CAroa. dei duct de Korm. t. I, p. 118.}
Herberger signifiait prendre un
campement, dresser un camp.
Dist l'emperere : « Tens est del herberger;
En Roncesvals est tart del repairer ;
Noz chevals sunt e las e ennuiez....
Li emperere ad prise sa herberge
Franceis descendent en la tere déserte,
A lur chevals unt toleites les seles.
(CAa*<. d* Roland, rt. CHsrii etusimi.)
48
S74
PREMIÈRE PARTIE.
Par extension , herberge , héber-
ge, se dirent d'un logement, d'une
demeure, d'une habitation en géné-
ral, et herbergerj héberger se prirent
pour donner un logement, loger
chez soi. Le dernier nous est resté
dans le même sens. En basse lati-
nité les substantifs heriherga, here-
berga, et les verbes heribergare, fter-
bergare ont passé par les mêmes si-
gnifications que les mots français
correspondants.
Un esté faites e basties
Au meins dis et oit abeies
De moines, e sis de nonains ...
En icestes saintes herberges
N'est pas 11 airs laiz ne tenerges;
Deus des suens rais les enlumine.
(Chron. det duo de Norm. t. III, p. 289.)
Enfin héberge en vint à signifier
une maison o\x l'on est logé en
payant, une hôtellerie; c'est la
seule signification qu'ait conservée
la forme moderne auberge»
— Tud. heriberga, campement,
formé de 1 " herij hari, armée, et de
2° bergan, garantir, protéger, dé-
fendre. Goth. 4° har; 2° bairgan.
Anglo-sax. 4' hère, herig, herg;
2* bergan. Island. 4» her; 2' berga.
AUem. 4' heer; 2" bergen. Dan.
4* hœr; 2» vœrge. Suéd. 4° her;
2» bœrga. HoU. 4" heir; 2° bergen.
Avarie. Ce nom a d'abord été
donné à ce que nous nommons au-
jourd'hui les menues avaries, défi-
nies ainsi par l'Académie : « Acci-
dents légers qu'éprouvent le navire
ou les marchandises à l'entrée ou à
la sortie des ports, des rivières,
ainsi que les frais de lamanage, de
louage, etc. »
— Allem. haferey, haverey, ava-
rie, dérivé de hafen, port. Holt.
4" havery, avarie; 2" haven, port.
Angl. 4° average; 2" haven. Dan.
havne-^enge, avarie, composé de
havn, port, et de "penge, somme, ar-
gent, frais.
Baate, anc. garde, gardien.
Quant les baates de la tor
Virent les enseignes des lor,
Saveir l'ont fait ignelement
Al duc Richart e a sa geut.
(CAren. dei ducs de Korm., t.l, p. lit.)
— Tud. bahuotan, behuotan, 6e-
hoodan, garder, conserver^ composé
du préfixe ba, be et de huotan, hoo-
dan, qui ont la même signification ;
allem. behûten, item; holl. behou-^
den et hoeden, item; behouder, beoe-
der, garde^ gardien.
Babil, Babiller. — Island. bab^
babil, caquet; dan. bable, jaser, ba-
biller; angl. to babble, item; holl.
babbeîen; allem. babbeln.
Bâbord, terme de marine. Ce mot
signifie étymologiquement, bord de
derrière. Dans les anciens navires,
le gouvernail se trouvant attaché au
tribord d'arrière, le pilote avait le
bâbord derrière lui. (Voir, sur cette
position du gouvernail, Ihre, Glos-
sarium sueco-gothiaim, col. 741 , et
M. Jal, Archéologie navale, t. I,
p. 481.) — Allem. backbord, bâ-
bord; holl. bakboord; suéd. et dan.
bagbord; island. bakbordi; anglo-
sax. bacbord. — Suéd. 4° bak, en
arrière, derrière; 2" bord, bord. Dan.
<• bag; 2° bord. Angl. 4* back;
2" board. Tud. 4» bacho; 2° bort,
borti. Anglo-sax. 4 ' bac, bœc; 2' bord,
Island. 4* bak; 2° bord. (Voir l'art.
Bord et l'art. Tribord.)
Bac, Bachot. Bac signifiait autre-
CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 275
holl. baecke; bas allem. bolckjtem;
anc. allera. hache Jtem; allem. mol
derne bcœhe, laie, femelle d'un porc
sauvage. L'anglais a hacon, porc
salé; mais ce mot n'est autre que
celui de la langue d'oïl importé en
Angleterre par les Normands.
Badille, anc. hoyau; ital. badUe,
item. Ces mots sont des diminutifs :
Or faut cerpe, or faut faucille.
fois une espèce de navire qui servait
aux transports; il ne s'emploie plus
aujourd'hui que pour désigner une
sorte de bateau plat destiné à passer
une rivière à l'aide d'une corde ten-
due d'une rive à l'autre.
Nés, sauntines, buces e bas
Orent à si très-grant plantez
C'unques ne furent sol nonbrez;
Armes et vitaille i unt mise.
{Chron. det duci dt Norm. t. 11, p. 434.)
— Holl. bah, bac, ponton, bateau
plat; allem. balte, balise, bouée,
amarque. Ces mots peuvent être
rapportés à l'ancien allemand bac.
bach, qui signifient un grand baquet
ou tout autre grand vaisseau de
même sorte; allem. bechen, item.
Bacon, anc. porc, chair de porc,
cochon salé, lard, jambon; en basse
latmité, baco, baconis. Le mot ba-
con signifie encore aujourd'hui du
lard dans le patois messin.
Sire, fait-il, vous avez tort,
Onquespar toz sainz ne l'toschal;
Mais c'est deable, bien le sai,
Qui a fait moine de bacon.
Se Diex me doint confession.
Ce fut un bacon que je pris.
; (H^o, Fabliaux et conlet, I. I, p, 263.)
Chascuns bacons doit obole de tonlieu ;
la moitié d'un ^acoM doit obole de tonlieu;
li quarts de i bacon ne doit rien de tonlieu.
Se bacon vienent en peneaus en gresse, li
Hii penau doivent i denier de tonlieu.
i Livre des tnéliers d'Etienne Boileau ,
p. 319.)
Diex 1 qui ore eust du baeon
Te taiien, bien venist a point.
(T/uàlrifraneaii au moyen âge, p. 108.)
(Voir ci-après la fin de l'article
Fliche.)
— Tud. barc, barch, porc, pour-
ceau; anglo-sax. bearh, item; anc.
Et maint autre tille, badille,
Rouable et pele.
(te Diiii d„ chose, gui fuillent en ménage, ian, I,
Noureau reeueil de coDlet, t. H, p. i67.)
— Tud. spato. houe, boyau; an-
glo-sax. spad^spadu; island. spadi
spadei holl. spade; allem. spate,
spaten; dan. spade; suéd. spada;
spade; angl. spade.
Bâfrer, manger avidement et
avec excès. (Acad.) On disait autre-
fois brifer dans le même sens. (Voir
Trévoux.)
Ohl le bon appétit 1 Tenez, comme il bri/fel
(Nocl du Fail, Propo, ruiliqui,, clap. xn.)
Toutefois nous ne laissons pas,
Trinquans et briffans comme drôles,
D'y faire un aussi bon repas
Qu'on puisse faire entre deux pôles.
(OEuvret de gaint-Amanl. ëdit. de 1661, p. 154.)
Brifa se dit encore aujourd'hui
en Languedoc pour désigner certaine
faim dévorante des vers à soie. ■—
Ces mots sont composés du préfixe
germanique be, U, ba, et d'un verbe
qui signifie dévorer. Tud. frezan,
manger avidement, dévorer; goth.
fretan; anglo-sax. frœtan, fretan;
allem. fressen; dan. fraadse; suéd.
frœta ; holl. vreeten.
Bagarre, querelle avecgrand bruit.
—Tud. bâga, querelle, dispute, com-
bat; bagên,, se disputer, se querel-
ler, combattre. Allem, sich balgen,
276
PREMIÈRE PARTIE.
se disputer, se colleter, se battre ;
balgen, se fâcher, se mettre en co-
lère. Holl. belgen, se fâcher.
Bague. En basse latinité, baga et
bauga se prenaient ponr un anneau
que l'on portait au bras , un brace-
let, ou pour un anneau que l'on porte
au doigt, une bague. — Tud. baug,
pauga, anneau, bracelet, collier;
goth. baiig; ancien iû&nd. baugr ;
anglo-sax. beag; holl. beugel. Tous
ces mots dérivent d'une racine ger-
manique signifiant courber, fléchir,
ployer en rond. — Tud. biiigan, baug-
jan, ployer, fléchir, courber; anglo-
sax. bugarij bigan; anc. island. bey-
gia; allem. beugen, biegen, bôgeln;
suéd. boya ; holl. buigen ; angl. to
bow.
Bahut, Behut, espèce d'ancien
coffre destiné à renfermer des ha-
bits, du pain et divers autres objets ;
en basse latinité, bahvdum. — Tud.
bahuotan, behuotan, garder, conser-
ver, mettre en réserve ; composés du
préfixe ba, be et de huotan, huotjan,
qui ont la même signification , d'où
hute, endroit de réserve, endroit où
l'on garde des provisions. Anglo-sax.
hedan, garder, conserver. Allem.
behûten , item ; holl. behouden et
hoederij item; dan. hytte, item.
Baille, en terme de marine, est
ime espèce de cuve ou de baquet fait
d'un demi-tonneau, qui sert à divers
usages sur les vaisseaux, et particu-
lièrement à mettre le breuvage qu'on
donne aux motelots. (Trévoux.) On
disait autrefois baallie pour cuve,
envier. (Voir ce mot dans Roquefort.)
— Dan. balje, cuve, cuvier, baquet,
seau, tinette, baille; suéd. bœlja,
item; bas allem. balje, item; hoU.
balte f item; anc. sax. ballye, ballje^
baquet, seau; angl. pm7, lYem.
Balast; c'est un amas de cailloux
et de sable que l'on met à fond de
cale , afin que le vaisseau , entrant
dans l'eau par ce poids, demeure en
assiette. (Trévoux). — Suéd. ballast,
balast, composé de baat, navire, ba-
teau, et de last, poids, charge. Angl.
i ballast, balast ; 2° boat, bateau ;
3° load, charge. Allem. 4° ballast;
2° boot ; 3" last. Holl. 1" ballast;
2° boot; 3" last. Dan. boaà^ bateau;
last, charge.
Bald, Bault, Baud, Baut, anc,
hardi, audacieux, gaillard, dispos,
éveillé; en italien, balào. Balde-
MENT, Baudement, hardiment, gail-
lardement, joyeusement; ital, baX-
damente. Baldet, Baudé, Baldeur,
Baldoirie, hardiesse, audace, gail-
lardise, gaieté; en italien, baldanza.
De baud on forma bawdir, qui est
encore en usage en termes de chasse,
et dont nous avons fait le composé
ébaudir,
Li empereres se f»it e balz e liez,
Coidres a prise e les murs peceiez,
Od ses radables les turs en aLatied.
(chant, dt RalanJ, it. Tiii.)
Ne quiers don ne bas ne haut ;
Ains veuil qu'el me truit bault.
Sans guiller et sans faillir.
{Chaïu. de Thibault de Champagm, p. 31.)
Hé las ! por qoi fui-je si baut
Que je onques penssai si haut !
(Aouf. ne, de contei, t. 11, p. 363.)
Lores dist Jonathas à san esquier : Bal-
dement alam, bien le sachiez que Deus les
ad à mort livrez. (Livre des Rois, p. 46.)
E Jéroboam ne deignad faire le cuman"
dément le rei, kar muntez fud ed baldet e
en ferté par co que H reis le out fait pur
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE.
SEC T. II. 277
M prneise maistre reeeTur de tnz les treoz
ki aleverent del lignage Joseph al oes la
rei.(/*ii,p.279.)
Cum decarrat ma force e ma baldur !
r^en tarai j'a ki sostienget m'onur.
{Cham. de Roland, it. ccir.)
Pais venent tl palais si demeinant grant
baldorie,
Franeeis sant al palais, taz fud prest li
digners,
Les tabeles farent drecées, e sont alez
manger.
( rog. ie CkarUm. i Mr., v. S30.)
— Tud. bald, hardi^ gaillard, dis-
pos; go th. balths ; anglo-sax. bald,
bcUdice; anc. island. baldr; anc.
ail. bold ; angl. bold; dan. balstyrig,
fougueux, turbulent, pétulant; hoU,
baldadig, item.
Balise, terme de marine. Marque
dont on se sert pour assurer la na-
vigation à l'entrée des ports, à l'em-
bouchure des rivières, en indiquant
les endroits où il peut y avoir du pé-
ril. Ce sont ordinairement des ba-
rils, des baquets et autres vaisseaux
semblables attachés par une chaîne
de fer, dont l'un des bouts est main-
tenu au fond de l'eau au moyen de
grosses pierres. Anc. sax. balye^ balje,
baquet, cuvier, seau^; dan. balje ;
suéd. bœlja; holl. balte; angl. pail.
Balle, Ballot, paquet de mar-
chandises; en basse latinité, bala.
(Voir du Gange.) Ces mots dérivent
d'une racine germanique signifiant
un -corps arrondi en général ( Voir
Balle à jouer.) — Tud. balla, balle,
paume, pelotte, corps arrondi ; island.
bollr, item ; anc. allem. bal, item ;
allem. bail, item ; ballen, arrondir,
former en ballot ; ballen , paquet ,
ballot; suéd. bahl, item; hoU. baal.
item; angl. hule, item; dan. baile,
item.
Balle à jouer (Voir Balle, ballot).
— Tud. balla, balle à jouer, paume;
island. bôllr ; hoUand. 6a/ ; dan.
bold; suéd. bœll; angl. bail; anc.
allem. bal; allem. bail.
Ban, Bannir, Bannal : 4"» La si-
gnification primitive de ban était
celle de proclamation, mandement
du pouvoir public pour ordonner,
défendre ou faire connaître quelque
chose ; il nous est resté en ce sens dans
ban de vendange ban de mariage.
Quant l'emperor establit par letrcs oa
par escriz ou par jugement ou par interlo-
cutoire, ou ce que il commande par son
ban, loi est. (Livre de Jostiee, p. 9.)
Quant bans est criez en commune seae,
cil qui vienentpor actieson dou ban, paeent
eslire, tout soieut-ii pou. (Ibid, p. 28.)
2° Dans une sigification restreinte.
ban s'appliqua particulièrement à la
proclamation faite pour convoquer
les gens de guerre, et, par suite,
pour désigner les troupes convoquées
sous les drapeaux. Un héraut d'ar-
mes est chargé, par un roi d'Afri-
que, de faire une proclamation pour
convoquer les gens de guerre; il
parcourt le pays en criant :
Oiiès, oiiès, oies, signear,
Oiè« vo preu et vo honneur.
Je fïc le ban le roy d'Aufrile;
Que tôt i Yiegnent, povre e rique.
Garni de leur armes, par ban.
De la terre Prestrc-Jehan
Ne remaigne jusques al Coine.
{Théâlre franpait au moyn âge, p. 167.)
A cel ure, li Philistien firent lur ban,
asemblerent lur gent, apresterent sei a^'ba-
taille encunire Israël. (Livre des Rois,
p. 108.)
3° Ban signifia de plus la juridic-
tion d'un magistrat, d'un seigneur,
S78
PREMIÈRE PARTIE.
et l'étendue de territoire dans la-
quelle ils avaient le droit de faire
leurs proclamations et leurs mande-
ments;
4* Enfin, ban s'employa pour le
prononcé ou la publication d'un ju-
gement, d'une condamnation, la sen-
tence d'un juge; dans un sens res-
treint, il se prit pour la condamna-
tion à une amende, mais surtout
pour la condamnation à l'exil; de là
nous sont venus bannir, bannisse-
ment.
Ceux de Gand y envoyèrent douze hommes
des leurs, desquels Philippe d'Arlevelle fut
de tous chef, et estoient ceux de Gand
adonc si bien d'accord que.... ceux qui
etoient demeurés dans la ville outre sa vo-
lonté fussent punis par ban et bannis de
Gand et de la comté de Flaudresa toujours,
sans nul rappel.. .(Froissart, liv. U, ch. cl
t. II, p. 199.)
De bamiirei du préfixe /'or {foras,
hors;voirt. II.p. 286)onfitle com-
posé forbannir, forbennir, expulser
d'un pays, exiler, bannir ; d'où for-
banni , forbenni et forban, exilé,
banni; forbannissement, bannisse-
ment, exil. On disait eu basse lati-
nité forisbannire, forsbannire ; for-
bannitus, forbannitio.
Li baillis de Orliens flst un home' for-
bannir por cri et por renomée, que il disoit
que il avoit ocis un home. Et fu semons
en sa mesou par le commandement le roi
par l'espace de quarante jors; ne vint, ne
n'envoia, ne ne contremanda, ctporcefust
forbenniz, et soffri le forbennissemenl saiiz
venir avant cinquante anz. (Li>r« de Jus-
tice, p. 312.)
Les criminels repoussés par la so-
ciété et obligés de s'expatrier, trou-
vaient dans les déprédations et la
piraterie des moyens d'existence
conformes à leurs habitudes , aussi
forban en est-il venu à signifier un
corsaire.
Banal s'employait d'abord en par-
lant des choses à l'usage desquelles
le seigneur était en possession d'as-
sujettir ses vassaux dans l'étendua
de son fief, afin de retirer d'eux cer-
taines redevances^ certains droits.
Four banal; moulin banal. (Voir, à
l'égard de ce mot. Ban, 3°.) Dans la
suite, banal s'est appliqué figuré-
ment à ce qui est à la disposition de
tout le monde, ainsi qu'à tout ce qui
est commun, vulgaire.
— Tud. bann, proclamation, édit,
mandement, AUem. bann, item ; et
de plus condamnation, anathème,
bannen, condamner à l'exil, bannir.
Anglo-sax. bannan, proclamer. Angl.
ban\ proclamation , annonce. Dan.
4" fcanrfe, condamnation, sentence,
censure, anathème, excommunica-
tion; 2* bande, condamner, auathé-
matiser, Suéd. 1» bannor;V> banna.
Holl . ban , censure, condamnation,
anathème , excommunication ; ban-
nen, condanmer à l'exil, bannir.
Banc, Banquet; en basse latinité,
bancus, banc. — Tud. banch, banc ;
anglo-sax. benc; dan. bœnk; suéd.
bœnck'f.h.ol\a.nà. bank; angl. bench;
allem. bank ; island. beck.
De. banc nous fîmes le dérivé ban-
quet, qui signifiait primitivement
débauche, faite sur les bancs à la
suite d'un repas et après avoir enle-
vé les tables. Banquet a donné le
verbe banqueter, qui passa dans
l'ancien allemand sous la forme ban-
ketiren, faire la débauche sur les
bancs après le repas. (Voir Schiller,,
p, 83, col. 2.)
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 879
E lairrai les destrers aler a lur banim.
{ Yoy, de Charl. à Jérut. T. 502.)
Amours, mon corps trop fort tenez,
invitatisad epulum multis, hostres fecit
•edere subsellio, cumque in eo prandium
elongalum fuisset spatio, ut nox raundum
obrueret, ablata mensa, ut mos Francorum
est, un in subselUa sua sicut locati fuerant,
residebant; polatoque vino multo, in tantum
crapulati sunt ut pueri eorum madefacli,
per angulos domus, ubi quisque corruerat,
obdormirent. (Grégoire de Tours, liv. X,
ch. XXVII.)
Les Anglais semblent avoir con-
servé quelque chose de cette vieille
habitude germanique.
Bande, Bander, Bandeau. — Tud.
hand, hinda, lien, attache, bande;
goth. ôanii; anglo-sax. 6enc?; allem.
band', dan. baand; suéd. hoU. et
angl. band; i si and. hinda.
Bander un arc. — Anglo-sax.
bendan, courber, fléchir^ ployer, ban-
der un arc; island. benda, item;
tud. wentjan, wantjan; angl. to bend;
dan, spœnde.
Bandir^ Bandon, anc. bandir
était proprement autoriser, permet-
tre quelque chose par ban, ou pro-
clamation publique faite au nom de
l'autorité, comme de laisser paître
les troupeaux dans certains'pâturages,
de commencer les vendanges, etc.
Bandon était le mandement, l'au-
torisation, la permission accor-
dée, la liberté, le pouvoir de faire
une chose ; par extension, il se prit
pour le pouvoir d'agir à sa volonté;
ce que nous appelons, en termes de
palais, le pouvoir discrétionnaire.
Qaant Charles de Blois sceut que li ducs de
tenon
Fut venu de ça mer
le lon-Boiteux transmist a Resnes, ce
dit-on,
(De Pennehort aussi porta cilz le saumon).
De soidoiers o lui avoit grande foison ;
Pe U ville garder li donna le bandon.
{C/irtni^ut i* i» Cme$cliit, l, I, p. U.}
D'AmlIle ne le puis oster.
Or l'i ay-je volu donner
Moi-meisrae tout a son bandon.
{Théâtre franfait au moyen ijt, p. 134.)
A bandon signifia à discrétion, à
volonté.
Genz estranges d'environ nos
Nos sunt cruels et haïnos,
Mult nos funt or espes-sement,
Hontes et damages sovent ;
Le nostre prennent à bandon,
Senz nul autre defension.
[CAron. de» due) de Normandie, t. I, p. 36T./
N'espargnenl vergier ne vignoble,
Que partout à bandon ne saillent.
{Tournoiement dé l' Antéchrist, p. 11.)
Mettre quelque chose à bandon,
mettre, livrer quelque chose à discré-
tion, à l'abandon; être à bandon,
être à discrétion, être à l'abandon.
Of est fors mis de cest roiaume
Li bons preudhom
Qui mist cors et vie ô bandon.
(Ratebeuf, t. I, p. 80.)
Qui out la force e le poeir
Si peut l'autrui prendre e avcir ;
* Poi le contendent li vilain,
Kar il ne sunt fi ne certain
D'aveir nule defension :
Eissi ert la terre à bandon.
{Chron. dés ducs dé Normandit, t. lU , p. 11.)
En ne faisant qu'un seul mot de
la préposition à et du substantif Tan-
don, on a formé le mot abandon,
qui noifs est resté et qui a fourni le
dérivé abandonner.
Qui trestout le soen
A fere tout moun bon
Mettet à baundoun ;
Qui trestout me abaundoune,
Tont œetout, tout me donne,
S80
PREMIÈRE PARTIE.
N'ai cnre de tel donn.
Qui tout me donne, tout me nie.
[Lei proverbe» del vilain, à la (aite dn Prmerbet
françaii publiëi par 11, La Boas de Ligcf,
t. Il, p. 376.)
(Voir ci-dessus l'article Ban pour
l'origine germanique de ces mots.
Le d est venu s'adjoindre au n, dans
bandir, bandoUj comme dans tendre,
gronder, gendre, formés de tener,
grunnire, gêner; voir d ajouté à la
suite du n, t. II, p. i 41 .
Banlieue ; en basse latinité, ban-
leuca, bannileuca de bannum, éten-
due de territoire qui était sous la
juridiction d'un magistrat ou d'un
seigneur, et de leuca, lieue, parce
que les banlieues s'étendaient assez
généralement à une lieue à peu près
autour du siège de la juridiction.
C'est par la même raison que les
Allemands ont désigné la banlieue
par l'expression bann-meile. (Voir
ci-dessus Ban 3°.) "
Bannière, en langue d'oc bandie-
ra. Nous disions autrefois banne,
dans le même sens :
Ainz qu'il partist bernois ne bannes.
[Branches des royaux liç/tiaget, t. II, p. S74.)
— Ane. island. baenda, drapeau,
enseigne, bannière; inà. fana, fdno,
anglo-sax. fana^fahne ; allem. fafme;
suéd. fa7ia; dan. fane; hoU. vaan.
Tous ces mots paraissent tenir au
gothique bandva, bandvo, signe, in-
signe, comme le français enseigne
tient à signum. Ce dernier signifiait
à la fois signe et drapeau, bannière.
Plusieurs idiomes germaniques nous
ont à leur tour emprunté notre mot
bannière en le modifiant à leur façon:
allem. banner, panier ; angl. banner.
holl. banier, etc.
Bar, ginc. civière renfoncée qu'on
porte à deux, à quatre, à six hommes,
qui sert dans les ateliers à transpor-
ter des pierres, du moellon et autres
matériaux nécessaifes aux ouvriers.
On s'en servait aussi autrefois sur
les ports pour décharger les bateaux
de bois et autres marchandises; d'où
vient qu'on appelle aujourd'hui ceux
qu'on y emploie des bardeurs. (Tré-
voux.) La sixième édition de l'Aca-^
demie n'a point le mot bardeur,ma.i3
seulement celui de débardeur, qui
est le seul employé aujourd'hui.
— Tud. 4<* baran, barên, porter;
2<* bâra, para, civière, brancard. An-
glo-sax. \° bœran ; T bœr. AUcm.
i'^bringen; 2° bahre. UoW. 1" bren-
gen; 2" 6aar. Dan, l^ôœre; 2" fcoare.
Suèd. 4° bœra; 2° 6cb^. Aagl. ^^ to
bear ; 2* béer, barrow. Goth. bairan,
porter. Island. 6era, item. Basçillem.
baren, item.
Barde, anc. hache.
Li dus Rollan est vaillant chevalier
Et vassas nobles por ses armes bailler.
Pluls en est duiz ke maistres charpantiers
N'est de sa barde ferir et chaploier,
Kant il veut faire saule ou maison dressier.
(Rom. de Gerart de Viane, éd. Bekker, t. 1995.)
— Tud. barta, bart, hache; an-
glo-jsax. baerd, item; anc. allem.
barthe, barde, parte, item; island.
bard, Hem ; holl. baars. (Voir ci-
après Hallebarde et Pertuisane.)
Barde, Bardelle, Bardot. Oiv
appelait autrefois barde, et l'on apr
pelle aujourd'hui bardelle une sorte
de bât fait de grosse toile garnie de
bourre ou de paille, servant pour le
transport de certains fardeaux qui
pourraient blesser le dos de la bête
de somme.
On dit encore aujourd'hui barda
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 284
pelons de môme garçonnière une
jeune fille qui aime à fréquenter les
garçons. — Tud. bam, garçon; goth.
barn, item; anglo-sax. beam. (Voir
d'autres détails à l'article Bers.)
Baron. (Voyez Bers.)
I^rque; en basse latinité, barca.
— Ane. allem. bark^ barque; island,
barkr; allem. barhe; hoU. bark;
suéd. bark; angl. bark. Les barques
des anciennes peuplades du Nord
étaient faites avec l'écorce de cer-
tains arbres, comme les pirogues
des sauvages ; de là le nom qui leur
fut donné dans les divers idiomes
germaniques. — Dan. bark, écorce;
suéd. barck, item; island. barkr,
barkur, item; angl. bark, item.
On trouve dans Hinkmar : « Na-
vibus magnis quas nostrates bargas
vocant. » {Annales, dans Pertz,
Monumenta Germaniœ, t. I, p. 501 .)
Bassin, Baquet. En basse latinité,
bacinus, bacchinum; en italien, ba-
cino. — Ane. allem. bac, bach,
bekin, bassin, baquet, jatte; allem.
becken; suéd. bœcken; dan. bekken;
hoU. bak, bekken.
Il serait plus conforme à l'éty-
mologie d'écrire badn que bassin.
On disait autrefbis en langue d'oïl
bâchas pour bassin, cuvette, auge.
(Voir le glossaire de Roquefort.)
Bateau, autrefois batel; en ita-
lien, batellOj qui sont des diminu-
tifs de batus, bateau, en basse la-
tinité. — Ane. allem. bat, bot, bar-
que, bateau; anglo-sax. bat, bœt;
island. bâtr ; allem. boot; dan.
baad; suéd. baat; holl. boot; angl.
boat.
Eau, terme de marine. Les baux
sont des poutres qui traversent, en
en provènçaL et barda, bardella en
italien.
S'il avientque nn chamelier luie ces cha-
miaus por vin ou por huile a porter, ou
por aucune chose autre, et il avient que
les chamiaus cheent et font aucun damage
de ce qu'ils portent, ja le chamelier n'en
doit rien amender de ce damage par dreit.
Mais c'il avieni que les cordes de la ùarde
dou chamiau brisent, le dreit comandeque
le chamelyer deit amender celui damage
par dreit. (Ass. deJér. t. II, p. 73.
Un bardot est une bête de bât, un
petit mulet portant des fardeaux sur
la barde. En provençal, bardot; en
italien, bardotto.
— Tud. baran, porter. Anglo-sax.
bœran. Island. bera. Dan. bœre.
Suéd. bœra. Angl. to bear. Pour le
d épenthé tique de barde, voir t. II,
p. 442.)
Bardeau, petit ais employé à cou-
vrir les maisons et à divers autres
usages. — Anglo-sax. bord, brœd,
bret, ais, planche; angl. board;
holl. berd, bord; tud. bret; suéd.
brœde, brede; dan. brœde; allem.
brett.
Barnesse, anc. femme de mau-
vaises mœurs, libertine. Une jeune
dame vient consulter un médecin;
elle se plaint d'avoir le ventre gros
et tendu. Le médecin lui répond que
son mal provient de ce qu'elle s'est
couchée sur le dos. La dame com-
prend cette malicieuse insinuation
et la repousse avec colère :
Vous en mentes, sire ribaus ;
Je ne sui mie, tel barnesse.
Onques pour don ne pour premesse
Tel mestier faire ne vauc.
(Théâtn franfuii au nut/tn ige, p. M.)
Barnesse dérive d'un primitif ger-
manique signifiant garçon. Nous ap-
u%
PREMIÈRE PARTIE.
largeur, d'un bout à l'autre du na-
vire, et servent à porter le pont ou
tillac. — Un bau se nomme en hol-
landais verdeks-balh., mot composé
de verdek, pont, tillac, et de balk,
poutre; nous n'avons pris (^ue ce
dernier. — Tud, balcho, poutref so-
live (Tatian, ch. xxix, v. 6); goth.
balk; island. biœlka, bielka, balkr;
allem. balke; dan. biœlke; suéd.
bioelke^ bielke,
Baudequin, anc. petite nacelle.
(Voir le supplément du glossaire de
Roquefort.)
— Allem. bootchen, diminutif de
boot, nacelle, bateau; anc. allem.
bot, bat, item; anglo-sax. lat, item;
dan. baad; suéd. baat; hoU. boot;
angl. boat.
Bauge, lieu fangeux où le sanglier
se retire, se couche. (Acad.) — Anc,
allem. botch, fange, boue, bourbe;
holl. bagger, item; angl. bog, fon-^
drière, bourbier.
Beaupré, terme de marine. C'est
le mât d'un navire le plus avancé;
il est sur la proue, fort incliné sur
l'éperon. — Angl, bow-sprit, beau-
pré^ composé de bow, l'avant d'un
navire, la proue, et de sprit, mât.
Allem. \'' bugspriet, bogspriet,heaM~
pré; g^ÔMg, proue; 3" spriet, mât.
Dan. 1 • bougsprid ; 2° boug; 3» sprid.
Suéd. 1 " bogsprœtet ; 2» bog ; 3" sprŒh
tet.
Bedeau. C'était primitivement un
appariteur, un huissier, qui, dans
les cours de justice, était chargé
d'appeler les causes.
Tant y a de prevos et bedeaux.
Et tant baillis viez et nouveaux,
Ne paons avoir paix une hore.
(Aom. it lioa., t\ié dam do Ca»8<< ■<'>■ Plo^H»»)
De ce sordent nos achaisoni,
Tuitquerent noz destiuccions;
Qui porreit tanz provoz soffrir,
N'a tanz bailliz en gré servir ;
N'a tanz forestiers, n'a bedeaus
Faire n'accomplir lor aveaus?
(Chro». det duet di Norm. t. II, p. 391.)
En basse latinité, bedellus; en ita-
lien, bidella; en langue d'oc, bedel.
— Anglo-sax. bydel, beadel, crieur
public^ huissier, sergent; de bieten,
annoncer, faire savoir. Tud. butil,
crieur public; allem. bûttel. huis-^
sier, sergent; pedell, appariteur,
massier; dan.joede/, huissier; suéd..
pedell; holl. pedel; angl. beadle
Beffroi. Ce fut d'abord une es-
pèce de tour roulante en bois, que
l'on faisait approcher des murs d'une
ville assiégée, afin que les soldats
qui se trouvaient renfermés dans
cette tour pussent, avec sûreté et
avec facilité, lancer des projectiles
sur les murailles et dans la ville..
Plus tard, on appela beffroi une tour
située dans l'intérieur d'une ville et
dans laquelle se trouvait une cloche.
La sentinelle placée dans la tour de-
vait sonner l'alarme en cas de be-
soin. Enfin on nomma beffroi la clo-
che d'alarme elle-^même. On disait
autrefois berfroi, helfroi; en basse
latinité^ berfrediis, 6e//r*edus. (Voir le
glossaire de du Cange.)
Berfrois, perieres i fist faire,
Et sovent ûst lanchier et traire.
Le berfroi ûst al mur joster, ^
Et les perieres fist jeter.
Cil dedens, qui sunt as creniax,
Traient sajetes et quariax....
Li altre ont feu aparillié.
Si l'ont sor le berfroi lancié.
(Rom. de Brut, t. I, p. 16.)
Perieres fisenl et berfrois
Si *s asaillirent plusor fois.
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE SEGT. II. 283
Lor engin firent al mur traire.
(liiil, t. U, p. S43.)
Vu grant belfroi de bois orent fait char»
penler,
Et le firent adont a Resnes amener;
^usques près des fessez le firent traîner.
Li belfroiz fust moult hauz quant le firent
lever,
Grande plenté de gent y pooit bien entrer.
(Chrott. de du Guetclin, 1. 1, p. 69-70.^
— Ane. allera. berg-fried, berg-
fxed, bercvrit, tour servant de moyen
de défense, beffroi {tuitionis propu-
gnamlum); mots composés deberg,
protection^ défense^ ou bergen, ga-
rantir^ protéger, défendre, et de
fried, fred. frede, paix^ sûreté, sé-
curité, qui, par extension, a signifié
lieu de sûreté, asile, retranche-
ment, rampart , donjon : en y joi-
gnant le préfixe 6e, l'allemand mo-
dei^ie en a fait befriedigen, munir
d'un rempart, entourer d'une en-
ceinte, fortifier, et befriedigung, en-
ceinte, fortification. Tud. 4 ° bergan,
garantir, protéger, défendre; 2° fri-
du, frida, paix, sûreté, sécurité.
AUem. \ bergen.', 2° friede, dan. i •
vœrge; 2» fred, Suéd. 1» bœrga, 2"
frid. Holl. \ bergen ; 2* vrede.
Behord, Behourd, Bohord, Bou-
HOURD, Behordeis, ^uc. signifiaient
proprement le choc des lances; par
extension, ils se prirent pour un
combat simulé où l'on faisait usage
de la lance, pour une joute, pour un
tournoi.
El cil li dis! k'il envoit querre
Touz les chevaliers de sa terre.
Et faice une festeaûer,
El I behordeis crier.
[Dolopoihot, éd. Jannet, p. SlS.)
Et nommèrent le jour de lor mouvoir au
premier behordeis a Diex les amenroit
(Histoire manuscrite d'une croisade cilé»
par du Cange, gloss. an, Bohordicum.)
Tel conroi ne mena Alixandres li rois....
Pour faire bataille et bohours et
lornois.
(Chron. de du Guetclin, t. I, p. 383.^
De behord, behourd, bohourd, on
fit les verbes behorder, behourder,
bohourder, jouter avec la lance.
Tuit li escnier behordoient.
( Dolopalhoi, ëdil. janaet, p. >88,)
Bertran, le capitaine, vous fait par moy
mander..,
Qu'ens ou marchié venez combalre ei be-
hourder.
(Chron. de du Gueselin, 1. 1, p. 87, nota l, col. l.)
De la cité as cans issirent ;
As plusiors gius se départirent.
Li un alereut bohorder
Et lor isniax cevax prover;
, Li autre alerent escremir,
Ou piere jeter, ou salir,
fRom. de Brut, t. Il, p. IIO.)
La firent un bouhourt de molt noble fasson;
Ly uns encontre l'aultre bouhourde de
randon.
{Gérard de Viane, en têle du rom, de Fierabrai,
éd. Bekker.T. 218.)
— Ane. allem. hehorl, choc de
lances; behurden, jouter, composé
du préfixe le et de hurten, choquer,
heurter. Holl. horten, item. Auglo-
sax. hyrt., meurtrir en donnant un
coup, contusionner, blesser. Angl.
to hurtj item .
Belanre, terme de marine. Petit
bâtiment de transport à fond plat,
dont on se sert principalement sur
les rivières, sur les caneaux et dans
les rades. (Acad.)
— Angl. 4 bylander, bilander,
belandre, mots composés signifiant
qui côtoie la terre; 2° by, par, près,
proche; 3° land, terre. Holl. 4' by-
lander; T by; 3» Zand. Allem. 4°
^4
PREMIÈRE PARTIE.
bimenlander, de binnm, en dedans,
et de land, terre.
Belette; ce mot a la fonne d'un
diminutif. On disait autrefois bêle.
Richart enveia par sa terre
Chevals, e dras, e bêles querre.
(Rom. d» Rou, t. 1, p. 333.)
Bêle signifie , dans cette citation ,
une fourrure de peau de belette.
—Ane. allera, bilch, fouine, be-
lette; allem. wiesel; dan. wœzel;
hoW.wezel; angl. weasel. On trouve
en tudesque bilh,\oiT.
Bélître , gueux qui mendie par
fainéantise, homme de néant. (Trév.)
Anciennement ce mot n'était pas
pris en mauvaise part, et il ne signi-
fiait que mandiant. On appelait les
quatre ordres mendiants les quatre
ordres de bélistres.
De toutes manières de moines
Y en avoit un grant chapitre;
Prêtres et clercs chantant l'epitre
Y etoient tous tenus de court,
Et les quatre ordres de bélistres.
fia Fonlaim perilleuie, éd'U. de Paris, I5TS, p. 19.)
— Allem. bettler, gueux , men-
diant; àan. betler, item; hoU. bee-
delaar, item; anc. allem. betelode,
mendicité. Le l a été transposé dans
bélitre comme dans /ïûfe de fistula.
(Voyezt. Il, p. 122.)
Bellue, Belhue, anc. menterie,
tromperie, fourberie.
Cil qui famé viaut justicier,
Chascun jor la puet combrisler,
Et lendemain r'est tote saine
Por retouffrir auiretel paine;
Mes quant famé a fol debonere,
Et ele a riens de lui afere
Ele H dist tant de bellues ,
De truffes et de fanfelues.
Qu'elle li fet a force entendre
Que le ciel sera demain cendre.
(KuMbeuf, t. I, p. S95.J
— Tud. biHugarij mentir, dire des
faussetés, tromper, composé de liu-
gan, qui a la même signification, et
du préfixe bi, équivalant à be. Allem.
belûgen; simple, iûg en.. HoU. l'ôe-
liegen, dire des faussetés sur le
compte de quelqu'un, calomnier;
2° be, préfixe; S» liegen, mentir.
Suéd. 1* beliuga; 2° be, 3* liuga.
Dan. r belyve; 2* 6e;3' lyve. Angl.
H' to belle, to bely; 2' 6e; 3» lie.
Goth. liugan, mentir. Anglo-sax.
leogan. Island. Ijuga.
Berge. On appelle en terme de
mer, berges^ ou barges, les grands
rochers âpres et élevés àpic, comme
les berges ou barges d'Olonne ; tels
sont Scylla et Charybde vers Messine.
Berge, en agriculture, se dit particu-
lièrement d'une petite élévation de
terre escarpée. (Trév.) —Tud. berg,
montagne; goth. bairg ; anglo-sax.
beorg, byrgs ; island. biarga, biarg ;
allem. berg ; bas allem. berch ; holl.
berg; dan. biœrg; suéd.feerg.
Berme, terme de fortification,
petit espace laissé entre le pied du
rempart et le fossé; on l'appelle aussi
retraite et lisière. (Voyez Trévoux);
en espagnol berma.— Allem. brame^
bord, bordure lisière; holl. brem£'j
anglais, brim; dan. brœme, brème;
suéd. 6rœm; island. 6rm; anglo-
sax. brymme. Lera été transposé
dans berme comme dans Burarwe
de Bruentia, dans -gour de -gro, etc.
(\'oirt. II,p.420.)
Berke, terme de marine : mettre
le pavillon en berne, c'est le hisser
en le tenant roulé^ soit pour donner
un signal de détresse, soit en signe
de deuil. — Anc. allem. baren, te- »
nir quelque chose élevé pour le mon-
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. 6ECT. II. m
trer; bas allem. 6âren, élever, haus-
ser, hisser; holl. beuren, item.
Dans berne le n a été attiré par le
r qui précède comme dans toumelle
pour tourelle. (Voir t. II, p. 386,
note 3.)
Bers, Baron. Dans les plus an-
ciens monuments de notre langue,
bers signifie un homme distingué
par sa naissance^ par sa haute ex-
traction, par ses qualités et surtout
par sa bravoure, utr; aussi se prend-
il souvent pour un guerrier. Baron
ou ôarun n'est qu'une autre forme
du même mot. (Voyez à cet égard,
t. III, p.2i.)
Uns bers fu ja en l'antif pople Deu, e out
num Helcana, fiz fud Jéroboam. {Livre des
Rois y p. 1.)
Fuit vir unus de Ramathaimsophim de
mante Ephraim, et nomen ejus Eicana, filius
Jeroham.
Came Samuel vit Saûl, erranmant li dist
Deu : Cist est li bers dant jo parlai a tei, cist
iert sires sur mon pople. {Livre des Rois^
p. 31.)
Cumque aspexisset Samuel Saulem, Do-
minus dixit ei : Ecce vir guem dixeramjtibiy
iste dominabitur populo meo,
E Deu out le jur devant dit a Samuel :
Demain a cest ure te enveierai un barun
de terre de Benjamin , e si l'enuingdras,
que ducs seit sur mon pople de Israël.
{Ibid, p. 30,)
Dominus autem revelaverat auriculam
Samuelisante unam diem quant veniretSmil:
dicens : Hac ipsa hora quœ nunc est, cras
mittam virum ad te de terra Benjamin et
unges eum ducem super populum meum Is-
raël.
Dune dist Samuel al pople : Veez quel
barun nostre sire ad eslit. {Ibid. p. 35.)
Respundi Saûl : Ne te poz pas a lui cu-
pler, kar tu es vadlez, e il est un merveil-
lus bers. {Ibid, p. 65 J
Et ait Saut ad David : Non valea resis-
tere Philisthœo tsti, nec pugnare ^adversuf
eum, quia puer es, hic autem vir bellator.
Morz est li quens que plus ne se demuret;
Rollans li ber le pluret, si l* duluset :
Jamais en tere n'orrez plus dolent hume.
{Chant, de Roi. it. curiil. )
Par amistiez, bel sire, la vos duuns
Que vos aidez de RoUant le barun.
Qu'en rère-guarde trover le poûsum.
fibid, st. XLTii.)
Bers, baron se prenait assez sou*
vent pour mari dans notre ancienne
langue. On peut en voir des exemples
ci-dessus^ p. 261, col. 1, et dans les
quatre livres des Rois, p. 99 et \ 30.
Les étymologistes ont beaucoup
disputé pour savoir d'ovi vient ftarow;
et ces messieurs ont prodigieusement
embrouillé la question en confon-
dant, dans une même signification,
des mots dont le sens est entière-
ment différent^ bien qu'ils aient entre
eux une conformité de son. C'est là
un fait assez commun dans presque
toutes les langues, et sans en aller
chercher un exemple bien loin, le
mot son, qui vient de se rencontrer
sous ma plume, nous en est une
preuve suffisante pour le français.
Baro ou varo a été employé par
Cicéron {de Finib. liv. U; de Divi-
nat. liv. II; Epist. ad Attic.liv.Y,
épître II ; Epist. ad famil. liv. IX,
épître dernière), dans le sens de sot,
stupide, lourdaud. On le trouve,
avec la même signification, dans
Perse, satire v, et dans TertuUien,
de Anima, ch. vi. Jusqu'ici, il faut
convenir que le mot baro a fort peu
de ressemblance, pour le sens, avec
le bers, barun, de la langue d'oïl au
XII* siècle.
Comutus, ami et commentateur
286
PREMIÈRE partie:
de Perse, à propos du passage de
cet auteur que je viens de mention-
ner, observe que baro ou varo est
un valet de soldats, un goujat^ dans
la langue des Gaulois : « Lingua
Gallorum barones vel varones dicun-
tur servi militum; qui utique stul-
tissimi sunt, servi videlicet stulto-*
rum. » Hirtius Pansa, dans son
Histoire de la guerre d'Alexandrie,
liv. II, ch. LUI, emploie le mot baro
dans un sens qui n'est pas claire-
ment déterminé, mais qui paraît
assez analogue à celui que lui attri-
bue Cornutus. Isidore, dans ses Ori-
gines, liv. IX, ch. IV, donne à baro
la signification d'ouvrier ou de ser-
viteur mercenaire; ce qui s'accorde
assez bien avec le passage de Cor-
nutus. Il faut encore avouer que ce
mot, dans le sens de goujat ou de
mercenaire, n'est guère plus ana-
logue à bers, baron, que dans le
sens de sot, stupide. Quant aux
deux endroits de saint Augustin où
l'on a prétendu que baro se trouvait
employé dans une acception plus
relevée, les Bénédictins, éditeurs du
glossaire de du Gange, en ont fait
bonne justice à l'article Baro.
Il faut venir jusqu'à la loi sa-
lique et à Frédégaire pour trouver
baro et faro dans la signification
que conserva la langue d'oïl. (Voir,
pour toutes les citations, du Cange^
Baro et Faro.)
Il était naturel que nous dussions
ce terme à la langue des vainqueurs,
qui nous en a fourni tant d'autres
analogues : marquis, sénéchal, ma-
réchal, échevin, etc. Quant à la lan-
gue des Gaulois, dont on a voulu
le faire venir, elle ne nous a fourni
ni ne pouvait nous fournir rien de
semblable. D'ailleurs, cette préten-
tion ne se trouve aucunement justi-
fiée par les idiomes néo-celtiques,
quoi qu'on ait pu écrire à ce sujet;
tandis que tous les anciens idiomes
germaniques et plusieurs des idio-
mes modernes de la même famille
nous offrent ce mot dans une accep-
tion tout à fait analogue à celle qu9
lui donne la langue d'oïl. — Tud.
1 ° bar, homme né libre, homme de
bonne extraction, de bonne condi-
tion, vir ingenuus; 2* bam, enfant,
fils, garçon. Goth. 4° vair; 2» bam.
Anglo-sax. 4« beom, ver; %° beam,
Island. i» ver; 2° byr, bur. Ane.
allem. bam, fils, garçon. Frison,
bem, item. Dan. barn, item. Suéd.
bam, item. Les idiomes modernes
ont encore conservé d'autres traces
de la signification primitive de bar,
var ; je n'en citerai qu'un exemple.
— Dan. var-ulv, homme-loup^ loup-
garou; en grec, XuxàvepuTCo;; suéd.
war-ulf; allem. wàhr-wolf; hoU.
weer-volf; angl. were-wolf. (Voir
Gars, Garçon et Garou.)
Enfin , il est à remarquer qu'il
nous est resté un bon nombre de
noms propres d'origine germanique,
dans lesquels bar, bem, bam, en-
trent comme éléments étymologi-
ques. Barald nous a donné Baraut,
Barot; Berald, Beraud; Berhard,
Béraxà ; Beringer, Bérangoy; Bar-
nwin, Barnouin, etc. (Voir^ pour la
composition de ces mots, le glos-
saire de Graff et celui de Wachter.)
Berser, anc. chasser, giboyer.
De table e d'eschez sout son compagnon
mater;
BieDSoat paistre un oisd, e livrer, e porter;
CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. il. 287
En bois sous cointement et berser, e vener.
{Rom. de Rou, t. 35II.)
Le rois, fait il, a fait veer (défendre)
C'en n'i ait chachier, ne berser.
Ne adeser (approcher) la venison
En la forest, se par lui non.
fRom. dt Brut, t. 1, p. 40.^
— Tud. birsjan, chasser, giboyef ;
allem. birschen , item ; anc. angl.
berselet, chien de chasse.
Beser, Bezer, anc. s'effaroucher,
se dit des vaches qui courent quand
elles sont piquées des mouches. (Ni-
cot. Ménage et Trévoux.)
— Tud. bisjan, bison, s'effarou-
cher, s'emporter, en parlant des bœufs
et des vaches piqués par les mouches ;
anc. allera. bissen, biesen, bischen,
item; flam. biesen,item; bas allem.
bissen; ce dernier n'est plus guère
employé qu'au figuré dans le sens où
nous disons : Owe/Ze mouche vous pi-
que ? Tous ces mots sont dérivés de
hiso,wiso, bise^wurm, qui signifient,
en bas allem. taon, grosse mouche.
Bési, nom générique qu'on donne
à plusieurs espèces de poires , en y
ajoutant le nom du pays d'où elles
sont tirées : « Bési d'Héri^ Bési de la
Motte, Bési Chaumonlel. (Acad. 6®
édit.) Bési signifie petite poire sau-
vage dans l'Anjou et dans le Poitou.
Il est probable que les arbres portant
les différentes espèces de bésis con-
nues aujourd'hui proviennent d'au-
tant d'espèces de poiriers sauvages
qui ont été améliorés par la culture.
Il est encore certaines sortes de bé-
sis qui ont un goût assez sauvage ;
tel est le bési de Caissoy, dont le
goût se rapproche de celui des cormes.
(Voir, à cet égard, la Quintinie,
Instructions pour les jardins frui-
tiers et potagers, t. I, part, m, p,
369.)
Huet a prétendu que bési vient du
celtique. Les étymologistes et les
lexicographes l'ont cru sur parole sans
se donner la peine de vérifier son as-
sertion. Je puis certifier, après véri-
fication , qu'il n'existe rien de sem-
blable dans les idiomes celtiques.
Bési dérive d'un mot germanique
signifiant un petit fruit en général ,
tel que corme, nèfle, olive, baie,
fraise, mûre, etc. — Goth. basi, petit
fruit; anCi allera. bese; hoU. bezie,
beezie ; bas allem. besing. Les au-
tres idiomes ont un r au lieu d'un s;
c'est ainsi que les Latins disaient :
honos ou honor, arbos ou arbor^ pul-
vis ou pulver, cinis ou ciner, vomis
ou vomer. Anglo-sax. beria , petit
fruit en général ; island, ber; allem.
beere; dan. bœr; suéd, bœr; angl.
berry. (Voir ci-après l'article Hase
et l'article Framboise.)
Besoin. On a fort vainement tenté
de remonter à l'origine de ce mot,
en partant de sa signification ac-
tuelle, et sans s'inquiéter de celle
qu'il avait dans notre ancienne lan-
gue. Au xti* siècle, besoin, busuin,
signifiaient affaire , comme l'italien
bisogna.
E par custume matin veneit e estout
après la porte al chemin, e tuzcez Ici ourent
alcun busuin a faire vers le rei, bel apelad
e baisad, e demandad de quel citez et de
quel lignage il fussent. [Livre des Rois,
p. 172.)
Et mane consurgens Absalom, slabat jux-
ta inlToilum portœ, et omnem virum gui ha-
bebat negotiumu/ veniretad régis judicium,
vocabat Absalom ad se, et dicebat : de qua
dvit te es tu ?
As-tu nul busuin • faire, que jo parolg*
288
pur tel al rel u al cnnestable de la cheva
terie? {Livre det Rois, p. 357.)
Num quid habes negotium , et vis ut lo-
quar régi, sive principi militiœ?
Nuls ne pout issir ne entrer,
Si ceo ne fust od un batel.
Oui busuin eust ù cbastel.
(Maria da Fraoce, t. I, p. 66.)
Petit i^ezbesoig véu;
Ge m'en sui bien apercéu.
{Ftoin et Blanee/lor, «îdit. du Mérll, p. 155.)
On disait : «J'ai besoin... comme
on dit aujourd'hui : J'ai affaire de
vous, restez; j'ai bien affaire de cet
homme-là; qu'ai-je affaire de ce
drôle ? » Le peuple dit encore : « Je
vais à Fontainetleau où j'ai besoin; »
c'est-à-dire, oiij'aiaffaire.
Il est besoin équivaut à l'italien ê
bisogna; au latin, opus est; au grec,
Épyov ëcTTi.
Les cas analogues, dans lesquels
on employait besoin, revenaient fré-
quemment dans le discours, et l'es-
prit, plus frappé du sens total de
l'expression que de l'acception parti-
culière du moibesoin, dépouilla bien-
tôt ce mot de la signification d'affaire^
qui seule lui appartenait, pour lui
attribuer exclusivement celle de né-
cessité, qui lui était étrangère.
De besoin on fit besoingne, besoi-
gne, aujourd'hui besogne qui a hérité
de l'ancienne acception de son pri-
mitif. (Voir des exemples de l'emploi
de besoigne dans le Théâtre français
au moyen âge, p. 77, 347, et dans
la Chronique des ducs de Norman-
die, t. III, p. 61.)
Anglo-sax. h^bisgmg, affaire, oc-
cupation; Vbysi, bysig, occupé, af-
fairé. Angl. <» business; 2» busy.
HoU. 40 bezigheid, beezigheid ;
%° bezig, beezig.
PREMIÈRE PARTIE.
Beter, anc. mordre, faire mordre,
combattre à coups de dents en par-
lant des animaux.
En luxure a de borbe tant
C'On doit celui com ors beter
Qui veaut tel borbe borbeter.
(b* Uonacho in fumint pericUuuo dint U Chron.
dei duu de Norasadi*, t. Hl, p. 5». )
Lions i betent et grans ours ;
Grant joie i a de jougleours.
(Ftoin tt Blanctflor, ëdit. du Ifëril, p. 118.)
On flt as noces beter ors
Et vers (sangliers), et k chiens et à vautres.
(Rotn. de tEicoufJle cite par M. du M^rU du» ta
«louairè de Floirt tt Btanuflor, art. Beter.)
— Anglo-sax. bœtan^ mordre;
tud. bizan; anc. allem. beizen; anc.
hoU. beeten; hoU. moderne 1 » MYen
mordre; 2° beet, morceau; allem.
r beissen, 2° Ussen; dan. >|o bide,
T bid; suéd. r bita, 2» bit; angl.
bit, morceau.
Biais, obliquité, ligne oblique,
sens oblique; Biseau, extrémité ou
bord coupé en biais, comme l'est un
coin à fendre du bois. — Angl. bias,
pente, obliquité, inclinaison; to bias,
pencher, incliner, obliquer, biaiser.
Anc. allem. biss, bissen, beissel,
coin, ciseau, instrument qui se ter-
mine en biseau. HoII. beitel, item.
BiED signifiait proprement et pri-
mitivement le lit d'une rivière, d'un
cours d'eau, d'un canal, ce que les
Allemands appellent flussbett, de
fiuss, cours d'eau et bett, lit.
Deus 1 fist miracles, H glorius del cel,
Que tute la grand ewe fait isir de sun Wcrf,
Aspandre les camps que tuz les virent ben,
Entrer en la citez et emplir les celers.
{ roj/age dt Charlemagne à Jénu. t. mj
Bief, biès, biez, bial, biet sont
autant de formes provenues du mômQ
CHAP. !II, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 289
délié. Ou disait autrefois biche pour
signifier une petite chienne. (Voir
Trévoux, art. Bichon.)
— Tud. biz, bizo, chien, mots
que l'on trouve dans les composés
wolfbiz, wolfbizo, chien-loup, ani-
mal né d'un chien et d'une louve ;
en latin , lycisais. Goth. bœtze ,
chienne. Anglo-sax. bicce , bice ,
item. Island. bickja, item. Angl.
bitch^, item. AUem. betze, petze,
item .
Bière, boisson. — Tud. bier^ bior,
bière, anglo-sax. béer, item, de
bere, qui signifie orge; island. bior,
bière; allem. bier,item; angl. béer,
item ; hoU. bier, item.
Tacite nous apprend que la bière
était une boisson fort en usage parmi
les Germains : « Potui humor ex
hordeo aut frumento, in quamdam
similitudinem vini corruptus. » (Ta-
cite, Germania, XXI 11^; éd. Paris,
1805, p. 263.)
Bière, espèce de coffre où l'on
enferme un corps mort pour le por-
ter en terre, cercueil. Au xii^ siècle,
ce mot signifiait de plus une sorte
de brancard propre à porter un ma-
lade, une litière, en langue d'oc
bera. Uter, roi des Bretons, étant
tombé malade, se fit porter en li-
tière à la tête de son armée.
primitif qui nous a donné biecl ; les
unes sont dues à une modification
de la désinence du mot, et les autres
à l'addition d'un suffixe. Le plus
souvent bied, bief, biès, etc., ne se
prenaient point pour le lit d'un cours
d'eau^ mais pour le cours d'eau lui-
même, pour un ruisseau, un ca-
nal, etc. Nous employons encore
bief et biez pour signifier le canal
d'un moulin. On disait en basse la-
tinité bedum, biesium, beciiim. Ces
deux derniers ne sont que le fran-
çais biês plus ou moins régulière-
ment latinisé. On dit en Dauphiné
bial, biau, pour un torrent, et en
Normandie bieu pour un cours
d'eau.
Guencist la reisiie COgier), laist aler le des-
trier;
Selonc Cesser est li bers adreciés.
C'est une vile où il n'a gué ne biés.
{La chevalerie dC Ogter de Danemarche, t. 1, p. 238,/
Sire, ce n'est marliere vlez,
Ke grant fossez, ne parfont Mezy
Ains est abisme voirement.
(Rom. du Renan, t. 111, p. 17.j
Devers Sebourc s'en va ; pas ne fu desvoiés;
Car il y savoit bien les terres et les liés.
Les bois et les rivières, les algues et les ZiîV*.
(Baudouin de Sebourg, t. 11, p. 93.)
Des moneies sorst li forfez
E des chemins, e des foresz...
De faire biens, murs e fossez.
(Chron. des duci de Normandie, 1. U, p. 391)
— Tud. betti, lit; goth. bad;
anglo-sax. bedd; island. bedr; allem.
lett; holl. bedde; suéd. bœdd; angl.
hed.
Biche; en basse latinité, bicca et
bissa. — Dan. bikke, biche; suéd.
bikka; island. bita.
Bichon, petit chien qui a le nez
court et le poil long, blanc et fort
Ne valt mais, ce dist, remanoir,
Ses barons velt en ost veoir.
Porter s'a fait, si com em bière,
A chevax, en une litière;
Or verra, ce dist, qui l'suira.
Et qui od lui en ost ira...
Desdaing lor sambla et vile cose
Que porte fu por le roi close
Qui em bière les guerroioit,
Et em bière em bataille aloit ;
Mais lor orgoel, je crol, lor nut,
19
290
PREMIÈRE PARTIE.
£t cil vainquit qui vaincre dut...
À ses homes dist en riant :
Mius voel jo en Mère jesir
Et en longe enfreté langir.
Que estre sains et en vertu.
Et estre a de^lionor venqu.
[Rom. de Brul, t. Il, p. 33, 31 ei 35.)
les nafrez Cblessés) vont toz quel'om querre,
Si sVnporte l'om soef en bierre
À. Rocm porm«dccinier,
Por garir e por respasser.
{ChroH. de» duo de Norm., t. Il, p. 343.)
— Tud. 1° 6aren^ porter; 2° bara,
civière, brancard, bièr^' Anglo-sax.
4° bœran; 2" baar_, bœr. AUem,
4° bringen; 2° bahre. lîoU. 1° bren-
gen; 2° baar. DanA^bcere; 2° baare.
Suéd, 1° bœra; 2" bœr. Angl. i" to
bear; 2° béer. Les Latins ont formé
de même feretrum de fera.
Bigot, dévot outré et supersti-
tieux. (Acad.)
Les Normands, qui vinrent s'éta-
blir en France au commencement
du X* siècle parlèrent, pendant quel-
que temps, la langue de leur pays.
(Voir ci-dessus p. 56, note.) Lors-
qu'ils voulaient affirmer quelque
chose avec force et donner de l'au-
torité à leurs paroles, ils les accom-
pagnaient des mots bi Got, qui si-
gnifient par Dieu. De là le surnom
de bigots, que l'on donnait, pendant
le moyen âge, aux habitants de la
Normandie, et qu'on a donné dans
la suite à ceux qui ont sans cesse le
nom de Dieu dans la bouche.
Une ancienne chronique, insérée
par André Duchesne dans sa Col-
lection des historiens de France, dit
en parlant de RoUon, premier duc
de Normandie :
Hic non est dignatus pedcm Caroli oscu-
Itri, nisi ad os suum levaret. Camque sui
comités lllum ammonerent, ut pedem regl»
in acceplione tanti muneris oscularctur,
lingua anglica respondit : Ne se bi Got;
qaod interpretalur : Ne per Deum. Rex
vero et sui iilum deridentcs, et sermonem
cjus corrupte referentes, illum vocaverunt
Bigoth; unde Normanni adliuc Bî^o/fti di-
cuntur. (Uistoriœ Francorum scriptores ^
t. III, p. 359-360.)
On lit dans le roman de Rou :
Por la discorde et grant envie
Ke Franceiz ont vers Normendie,
Mult ont Franceiz ISormanz laidiz
E de mefaiz e de mediz.
Sovent lor dient reproviers
E claiment bigoz e draschiers;
Soveat les ont medlé el rei,
Sovent dient : Sire por kei
Ne tollez la terre as bigoz ?
A vos ancessors et as noz
La tolirent lor ancessor
Ki par mer vinrent robeor.
[Ram. de Rcu, y. 9938ctlulT.)
— Tud. \<' bi, par; 2» Got, Dieu.
Goth. 4» bi; 2° Guda. Anglo-sax.
4° bi; 2» God. Allem. \° bey, bei,'
i^Gott. HoU. 1° by; 2° God. Island.
God, Gvd, Dieu. Suéd. et dan. Gtid,
item.
Bigre, Biguar, anc. terme de cou-
tume : garde forestier particulière-
ment chargé du soin de surveiller
et de recueillir les essaims d'abeilles;
en basse latinité^ biganis, bigrus,
ont la même signification. Biguarrie,
emploi de biguar ou bigre. Bigrerie,
lieu où l'on tient les ruches.
Item, avons droit d'avoir et tenir en la
dite foret ung bigre., lequel peut prendre
mousches, miel et cire pour le luminaire de
nostre dite église, mercher (marquer), cou-
per et abatre les arbres où elles seront,
sans aucun dangier ne reprinse. (Charte de
1462, citée dans le glossaire de du Gange,
art. Bigrus.)
Item, ai droit de trois ans en trois ans,
quand on mot les mouches en ladite foret,
CHAP.III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 291
hvidle; suéd. hwisla; holland. hie-
zm. Dans la Suisse allemande on
dit hi^e, pour vend du nord.
Bitte, terme de marine; pièce de
bois longue et carrée destinée à te-
nir les câbles lorsqu'on mouille les
ancres ou qu'on amarre le navire. —
Ane. island. hiti, longue pièce de
bois, solive, poutre. Angl.iiY^ bite;
holland. beeting ; dan. bidding.
Blafard, qui est d'une couleur
pâle, blême. — AUem. blasse-farbe,
bleiche-farbe, pâleur; de blass, bleich,
pâle, blême, et de farbe couleur.
Tud. 1» bîeih, pâle; 2° farwa, cou-
leur. Anglo-sax. 4 " Mac, bîœCj blec;
2°fœrbu. Island. 4° bleik; ^°farvi.
Dan. 1° bleege; 2» farve. Suéd.
r blek; V fœrg. HoU. 4° bleek;
2° verœ. Le d de fcta/ai'd est parago-
gique comme celui de fard (Voyez
ce mot ci-après.
Blanc. — Tud. blanch, blanc;
anc. allem. blanc; island. blank;
dan. blank; suéd. blanck; holl. blank,
allem. blank; angl. blank.
Blé, Bled ; en basse latinité bla-
dum, qui signifia d'abord toute sorte
de céréales encore sur pied. (Voir le
glossaire de duCange, 1. 1, p. 1190,
col. 1 .) — Ane* allem. blad, blaed,
blet, récolte pendante, productions
de la terre qui sont encore sur pied,
en herbe, en tuyaux; anglo-sax. bla-
da, blœda, item. Cette expression
générique fut restreinte dans la suite,
et bled désigna spécialement la ré-
colte la plus importante pour l'hom-
me, celle qui sert principalement à
le nourrir. (Voir un cas analogue à
l'article Fourrage.) L'anc. allemand
et l'anglo - saxon ont l'un et l'autre
pour racine un mot qui, dans tous
d*«nvojer saon bigre avec les ligres du roi,
lequel doit être juré devant le chastelaiu
de Breteuil de bien el fidèlement querre
les abeilles et le miel pour en faire mon
besoing. (Autre charte de 1479, citée ibid.)
Et du dit fief d'Auvergny dépend ung
bostel appelle la bigrerie ou l'hostel aux
mousches. (Autre charte de 14(53, citée
ibid.)
Comme Guillaume Maugier.... nous eust
fait exposer que eust esté donné aux an-
cesseurs du dit Guillaume un office de ser-
genterie fieffé en la forest de Lyons, appelé
la biguarrye, parmi lequel office il est tenu
de garder nos pors, querre et garder les
essains de mouches franches; pour et a
cause duquel office il est frans de pastu-
rage, etc. (Charte de 1370, citée dans le
glossaire de Carpentier, art. Bigarrius.)
— Tud. bi-wartj gardien des
abeilles; bia, abeille; wart, garde,
gardien, de loartén^ garder. Allem.
bienen-îvàrter^ garde chargé de la '
surveillance des abeilles; biene,
abeille; lodrter , garde, gardien.
Anglo-sax. 1° 6co^ abeille; 'i°vear-
dian^ garder. Island. 1° bî; 'i,° tarda.
Holl. \° bye, bie, bije; 2° bewaaren,
avec le préfixe be. Angl. 1° bee;
2° to xoard, to gward. Dan. 1° bie;
2° ware. Suéd. 1" bit; 2° worda.
Billet; en basse latinité, billetus.
Ces mots sont des diminutifs. —
Anc. allem. bilj un écrit, un livre,
d'où billage, le livre des lois, code,
composé de bil^ livre, et de lage,
loi. Anglo-sax. billa, bill, livret,
lettre, billet. Angl. bill, petit écrit,
catalogue, liste, affiche, billet.
Bise ; en provençal Usa. — Tud.
Usa, vent du nord, bise; island,
bytur, item ; anc. allem. Usswind,
item, mot composé de wind, vent et
Ussen, siffler; anglo-sax. hvistan,
tvoisllojn, tYeîn;angl. towhistle;Aa.n.
292
PREMIÈRE PARTIE.
les idiomes germaniques, signifie
feuille. — Anglo-sax. blœd^ bled,
feuille; tud. blat; island. blad;
allem. 6/M^^,*dan. blad; suéd. blad;
angl. blade, feuille, tuyau, tige
d'une herbe , d'où corn-bladed, blé
sur pied, blé en tuyau; holl. blad,
feuille, de bladeren, productions de
la terre dont on a la jouissance ,
usufruit.
Blême, autrefois blesme. — Tud.
bleih, pâle, blême; anglo-sax. bloc,
blœc, blec; island. bleik, bleikr;
allem. bleich ; holl . bleck; dan.
bleege; suéd. bleh. Il semble que le
primitif germanique , en passant
dans le latin rustique, prit la termi-
naison imus,,qm est commune à
beaucoup d'adjectifs latins. Une
transformation toute semblable a eu
lieu dans plusieurs de nos adjectifs
numéraux ordinaux. Nous disions
primitivement: tiers (tertius),^uar/;,
(quartus), quint (quintus), siste (sex-
tus) ; nous avons dit ensuite troi-
sième, quatrième, cinquième, sixiè-
me, formés par analogie avec scjo-
tième (septimus), dixième (decimus),
vingtième (vigcsimus), etc. (Voir t.
III, p. 135.) On aura dit blecimus ,
dont nous aurons fait blecime, ble-
sime, puis blesme. et enfin blême.
Blet , adjectif dont on n'emploie
guère que fe féminin blette. Il se dit
des fruits qui sont mous sans être
gâtés : |)OîVe blette, nèfles blettes.
— Suéd. ^° blœt, mou, ramolli,
tendre; 2° blœta, ramollir. Dan.
4° blœd; 2° blœde. Allem. blôde ne
s'emploie qu'au figuré, mou, lâche,
sans cœur, craintif, timide. Holl.
bloode,item.
Bleu, en langue d'oc blau.—Tnà.
blâo, blaw, bleu; anglo-sax. bleo,
blae; island, blâ,blar; allem. blau;
dan. blaa ; suéd. blœ; angl. blue;
holl. blaauw.
Blinde, terme de guerre . Défense
faite de bois ou de branches entre-
lacées et renfermées entre deux
rangs de pieux. On s'en sert parti-
culièrement à la tête des tranchées
que l'on pousse de front vers le gla-
cis, afin d'empêcher que l'onne soit
vu des assiégés.
— Allem. blend, retranchement
empêchant que l'on ne soit vu, man-
telet, blinde, de blind, qui ne voit
pas, aveugle. On a passé de l'idée
exprimée par blind à celle qui est
représentée par blend comme nous
passons du sens propre de sourd à
certaine acception particulière de cet
adjectif. Sourd signifie proprement
qui entend peu ou qui n'entend pas
du tout; mais il se prend quelque-
fois pour signifier oîi l'on entend
peu , qui retentit peu : « une salle
sourde, une église sourde. » . — Tud.
blint, aveugle; go th. blinds; anglo-
sax. blind; island. blindr; dan. suéd.
et holl. blind.
Blond. Les Germains et les Gau-
lois avaient l'habitude de se teindre
les cheveux d'une couleur rougeâtre
au moyen d'une sorte de composi-
tion savonneuse : « Prodest et sapo,
Gallorum hoc inventum, rutilandis
capillis ex sevo et cincre. Optimus
fagino et carpino duobus modis, spis-
sus ac liquidus; uterque apud Ger-
manos majori in usu viris quam fœ-
minis. » (Pline, liv. XXVIII, chap.
XII.) Il paraît même, d'après le rap-
port de Martial, que cette mode, peu
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 293
gracieuse à nos yeux, fut adoptée
par quelques Romains.
Et mutât latias spuma batava comas.
(Lit. Vlll.épigr. ixxiii.)
Tacite n'oublie pas , dans le por-
trait qu'il fait des Germains, de
mentionner leurs chevelures rougeâ-
tres : (( Truces et cœrulei oculi, ruti-
lœ comœ, magna corpora, et tantum
ad impetum valida. » (JDe moribus
Germanonim, IV.)
Dans les siècles qui suivirent l'in-
vasion, les peuples d'origine germa-
nique, répandus dans l'empire, con-
servèrent l'usage de se teindre les
cheveux ; mais ils en vinrent à pré-
férer une coloration moins rouge,
moins éclatantej plus conforme à la
nature, et tâchèrent d'imiter certai-
nes jolies nuances blondes propres
aux enfants du Nord. La beauté de
ceux-ci était proverbiale au moyen
âge^ et plus d'un gentilhomme se
glorifiait d'en avoir conservé le type.
Un ancien proverbe disait :
Liplus bel homme en Âlemaigne.
(LtKoux de Lincy, Le Hure des pnverbet français,
t. I, p. 186.)
Un autre :
Rou (roux) comme un Allemand.
[lùid.)
A la fin du xi« siècle, la compo-
sition au moyen de laquelle on don-
nait aux cheveux une teinte blonde
était encore fort employée par les
dames qui avaient l'inconvénient
d'être brunes. Saint Anselme, arche-
vêque de Cantorbéry, le reproche à
ses contemporaines dans les vers
suivants, cités par M. Francisque
Michel dans le Théâtre français au
moyen âge, p. 58, note.
Quod natura sibi sapiens dédit, illa refor-
mat ;
Quicquid et accepit dedecuisse putat.
Pungit acu, et fuco liventes reddit ocellos,
Sic oculorum, inquit, gratia major eril.
Est etiam teneras aures qui perforet, ut sic
Aut aurum aut carus pendeat inde lapis.
Altéra jejunat misère, minuitque cruorem,
Et prorsus quare palleat , ipsa facit ;
Nam quse non pallet sibi rustica qusDque vl-
detur;
Hicdecet, hiccolor est verusamanlis,alt.
Hœc quoquediversis sua sordibusinflcitora.
Sed quare; meiior quairilur arte color.
Arte supercilium rarescil, rursus et arte
In minimum mammas colligit ipsa suas.
Arte quidemvideas nigros fiavescere crines.
Nititur ipsa suo membra movere loco.
{^Sancti Ansetmi ex Beccensi abbate Cantuiirientit
archiepiscojii Opéra, labore et ttudi'o Gubrielit
Gerberou ; Luietia; Paritioruiu, etc. 1G75, Id-
fol., p. 197, col. 2.)
M. Francisque Michel, dans la
note que je viens de mentionner,
établit, avec son érudition habituelle,
que^ pendant le moyen âge, une
chevelure blonde était l'un des ca-
ractères les plus indispensables de
la beauté dans l'un et l'autre sexe.
Je me bornerai à renvoyer le lecteur
à la note en question insérée dans le
Théâtre français au moyen âge,
p. 58.
Remarquons en passant que, chez
les peuples d'origine germanique,
les femmes avaient encore au xi^ siècle
l'habitude de se farder le visage.
C'est ce que témoignent les vers de
saint Anselme que je vie«s de citer.
Cette habitude était fort ancienne et
fort répandue parmi ces peuples ;
aussi ne devons-nous pas nous éton-
ner que leur langue nous ait fourni
le moi fard. (Voyez ce mot ci-après.)
L'usage de se teindre la chevelure
finit par disparaître, mais le terme
S94
PREMIÈRE PARTIE.
resta, et il servit à qualifier une cou-
leur de cheveux analogue à celle que
l'on obtenait au moyen de la com-
position colorante.
En anglo-saxon, bland signifie
mélange , mixtion , composition ;
blendaUj mêler, mélanger ,mixtion-
ner, composer; blonde, mêlé, mâjan-
gé, composé; 6iom7en, çnduit d'une
composition^ frotté d'une mixtion co-
lorante, coloré, teint^ fardé. On trouve
dans les auteurs anglo-saxons. Mon-
den-feax, pour désigner un homme
qui a des cheveux blonds; mais cette
expression dut certainement s'appli-
quer primitivement à celui qui avait
les cheveux teints en blond au moyen
de la composition colorante en usage.
Feax signifie chevelure en anglo-
saxon. On peut voir^ dans le glos-
saire de Lye et dans son supplément,
tous les mots que je viens de citer,
accompagnés des preuves qui justi-
fient leur interprétation.
— Tud. blantan, mêler, mélan-
ger, composer ; island. blanda ; dan.
blande ; suéd. blanda ; angl. tohlend.
Blostre, anc. tumeur, pustule,
empoule.
Kesiax devint, ce dit la lelre ;
Li las doIeD2, li \u meffez.
En pou de tens fu si deffpz
Qu'il fu trestoz en une blostre;.
Ne seinbloii pas home, mes mostre.
(Uéon, Fabliaux, t. Il, p. 81.)
— Ane. holl. bluyster, tumeur,
pustule, ampoule; holl. moderne
bluts; angl. Uister; às.n.bylde.
Bluette, autrefois belugette. Ce
sont des diminutifs; en provençal,
béluga. — Tud. blich, éclat, jet de
lumière, éclair; blichan, briller,
étinceler. Allem. blich, lueur rapide.
éclat, éclair; bliclien, luire, briller,
Holl. blikken, item; blikzem, éclair.
Dan, blinken, item; suéd. blag,
item.
BoDiNE, terme de marine. On
nomme ainsi en quelques endroits
la quille d'un vaisseau, principale-
ment sur les côtes de Normandie.
(Trévoux.) Allem. boden, fond, fon-
dement, base, quille de navire; holl.
bodem; angl. bottom; dan. bund.
Bois. En italien, bosco; en basse
latinité, boscus, d'où nous avons dé-
rivé bocage, bosquet, bûche, buisson,
bouquet. Ce dernier se dit en espa-
gnol ramillete, et en languedocien
ramelet, qui sont les diminutifs dé-
rivés de ramus. — Holl. bosch, fo-
rêt, bois, bocage ; allem. 6msc/i, item;
dan. 6Ms/f, bois, bocage, hallier, buis-
son ; suéd . buska,, item ; island . buski,
hallicr, broussailles; tud. 6msc, reje-
ton, jeune pousse, arbrisseau,
BoisiE, BoisDiE, anc. méchanceté,
trahison, perfidie ; boiser, boisier,
boisdier, tromper, faire un mauvais
tour; boiseur, boiseor, boisdeiir, per-
fide, fourbe, trompeur, félon .
Bien soITeist assis à salveteit si tu bum-
lemenl et senz aucune ioisie vels embais-
sier lo cuer de ton prêtait a ceu ke tu dé-
sires. [Scrm. de S. Bernard, p. 509.)
Terne est si artilleuse, ge ne sal que ge die,
Quar feme par nature est plaine àeboisdie,
En mal faire et pensser travaille et estudie;
Nul n'en dira tant bien qu'en la fin n'en
raesdie.
{Chatlie-Muiard, pWce de vers pbc^e a lo suite in
a'arresdeRaleb<!uf, t. Il, p. 481.)
Fu puis Cuillaumes eissilliez :
Solom sa mérite fu paiez ;
E qui "a tel ovre s'essaie,
Dreiz est teus en resert sa paie.,
Teus la puissent tuit cil aveir
Qui maupensé e mauvolcir
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 295
bouchon, bonde, bondon, bouchon
de tonneau; island. spons; allem.
spund; dan. spunds; suéd. sprund;
holl. spond, bom; angl. bimg.
Bord, extrémité d'une surface. —
Tud. bort, borto, extrémité, bord,
côté; anglo-sax. island. allem.
holl. suéd. bord; angl. border; dan.
bred.
Bord, terme de marine; mem-
brure d'un navire; bordage, plan-
ches qui revêtent d'un bout à l'au-
tre le corps d'un navire, tant à l'ex-
térieur qu'à l'intérieur. Bord, em-
ployé comme terme de marine, se
trouve dans nos plus anciens au-
teurs.
Uiit de boiser à lor seignors,
Faus, mençongiers el traïtors.
( Chron. des duci de Norm. t. III, p. M.)
Mais s'il séust a nul fuer
Que cil éust vers lui boisié,
Ne l'eust pas laiens laissié.
[Flaire et Blancejlor, édil. du Méril, p. 236.)
Guard que pur nule rien ne vienge boisdeur;
Messe il aime Henri sou bon seignur,
Par lui deit endurer peines et dolur.
{Chron. de Jordan Fanlotme, p. 591.)
Ert Raol Torte en prant poeir,
Li hom od plus très-amer fiel
Qui fustsoz la chape del ciel...
Parjur e faus e boiseor
Ësteit des rentes son seignor.
{CArott. detduct de Norm. t. II, p. 73.)
De boiser on fit le composé em-
boiser, tromper quelqu'un en le flat-
tant, le surprendre par de belles
paroles, l'enjoler. Cette expression est
encore en usage parmi le peuple.
Il ne faut jamais porter des marchan-
dises chez des gens de qualité. Quand ils
tiennent un garçon, ils l'emboisent de leur
caquet, et le remeuent a la porte avec des
reverances. {Le Marchand duppé, act. I,
se. III, dans le Théâtre italien de Gberardi,
t. II, p. 159.)
— Ane. allem. bos, bose, mé-
chant, perfide, pervers, scélérat;
goth^ baud, baut ; anglo-sax bad,
bœd; island, bowe_, allem. bose ; holl.
boos, booze; angl. bad.
BoMERiE, terme de marine. C'est
le nom que l'on donne à un prêt à
la grosse aventure qui est assigné
sur la quille d'un vaisseau. (Voir
Trévoux, Boiste, etc.) — Allem. bod-
merei, bomerie, dérivé de boden,
carène, quille de navire. Holl 4° bo~
demerye, bomorie; 2° bodem, carène ;
angl. \° bottomry; 2° bottom. Dan.
<» bodmerie ; 2° bimd.
Bonde, Bondon. — Tud. spunt,
Li mers enfla, onde levèrent ;
Wage crurent et reversèrent;
Nef commentent a perillier,
Bort et kievilles à froissier.
Rompent closture et buri froissent.
{Rom de Brut, t. I, p. 119.)
Pedrogue fu devers la vile
Au costé des vessiaux contraires;
Sa nef, où genz a maintes paires ,
Fu en celé emprise douteuse
Bort k bort contre l'Orgueilleuse
Qui fu si très durement grande.
{Branche des roi/aux lignaget, 1. 11, p. 37S,)
— Tud. bort, borti, borto, ais,
planche, madrier, assemblage de
planches, membrure d'un navire,
bord, bordage. Angl. board, item.
Anglo-sax. island. dan. et suéd.
bord, item. Ane. allem. 4° bort,
bord, 6re^^ planche, madrier; 2" bord,
membrure, bord d'un navire. Holl.
1° bord; 2° boord. Allem. 4o bret;
2o bord. Goth. baurd, planche.
Borde, anc. maisonnette, maison
des champs, métairie, ferme. Bor~
del, bordéle, dérivés de borde, si-
gnifiaient maison chétive et de peu
296
PREMIÈRE PARTIE.
d'apparence^ masure, bicoque, et de
plus maison de prostitution.
En celle ille de mer n'ot borde ne maison,
raiii ne blé, ne farine, ne autre garnison;
Mes poumeles sauvages y avoit grant foison.
{Nouveau recueilde contes, t. I, p. 21.)
Or n'ai ne borde ne maison.
(Ratebeufi t. I, p. 6.)
rochet, alez tost, sans eslongne,
De par le bailli, nostre maislre,
Une estache drescier et mettre
Ou viez bordel qui est maison
Gaste. Or tost, sani arrestoison.
[Théàlre françait au moyen âge, p. 347-318 )
Ke faites-vos, signor roi, ke faites-vos ?
Aoreiz-vos dons un alaitant enfant en un
vil bordele et envolcpeit en vils dras? Est
dons cist enfes Deus ? (Serm. de S, Ber-
nard^ p. 550.)
On peut voir d'autres exemples
de bordel dans la Chronique des
ducs de Normandie, t. I, p. 495,
543 ; t. Il, p. 425.
De borde, métairie, on fit bordier,
métayer, fermier.
Franc home qi ad aver champester trente
deners vailaunt, deit doner le dener seint
Pcre. Le seignur pur un deners que il
donrad, si erunt quitcs ses bnrdiers (fer-
miers), et ses boverz et ses serjanz. (Lois
de Guillaume le Conquérant, § xvni ; ci-
dessus, p. 107.)
— Tud. bWj habitation, maison,
métairie; buring, métayer, fermier,
Goth. baurd , maison, métairie.
Anglo-sax. bùr, bord, bred, item.
Island. byr. Ane. allem. bord. Ane.
holl. bord, bcrd. Aujourd'hui le
dérivé bordel, dans la plupart des
idiomes néo-germaniques, signifie,
comme en français, maison de
prostitution.
BoRKE, Ou a dit autrefois bodne,
puis bone, bonne, et enfin bovie
avec un r intercalaire. On dit en-
core bouina, bouino, en Provence.
Dans la basse latinité^ butina, bor-
duJa, bodina, bodena, bonda, bonna,
signifiaient tous borne, limite; ils
étaient dérivés de buta, boto, -nis,
bodo, -nis, employés pour désigner
une petite butte, une élévation de
terre arrondie que l'on faisait sur
les limites des champs pour servir
de borne. (Voir du Gange et Roque-
fort.)
Kar entor les devisions
Qui parteient les régions,
Par les termes, par les devises,
La ù les bodnes furent mises,
Avironout maintes fiées
Od chevaliers et od maisniées.
(CAren. des ducs de Korm. t. l, p. 375.)
Tous les allées que je tenoie a Buse-
gnies, c'est a savoir tous les bos de Buse-
gniesjusqiies au tieroir de Biekegiiies et
de la endroit tont contreval dusques au
tieroir de Vaus, si con ïesboyies suut mises
entre camp et bos. [Carlulaires de Hainaut
publiés par M. de Reiffenberg, p. 413.)
Doit avoir des bos de Vicongoe en tour
treize cens et vint et un bonnier, petit
plus un petit mains, si comme les bonnes le
portent. (Ibid. p. 363.)
Bone a signifié également but,
terme.
En vain fait l'ora la bone œvre, se om la
lait devant la fin de la vie; car en vain cuert
ki laisset lo curre anzois ke il venget al
bone. {Livre de Job, p. 448.)
— Angl. butt, bout, extrémité,
but, butte ; bud, bouton, bourgeon,
corps ayant une forme arrondie;
bounds, borne, limite. Goth, bauths,
bout, extrémité; anc. allem. butt,
item, se disait surtout des extrémi-'
tés arrondies, comme le bout de la
mamelle, le bout du nez; allcra.
butz, item, de plus bouton, bour-<
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 297
billon, bourgeon; hoU. bot^ bouton,
bourgeon.
BossEMAN, terme de marine, nom
que l'on donnait autrefois au sous-
officier de marine ayant le grade
intermédiaire entre ceux de quartier-
maître et de contre-maître. (Acad.)
— Allcm. hootsmann, bosseman,
composé de hoot^ nacelle, bateau^ et
de mann, homme. HoU. 4" boots-
man, bosseman; 2" boot, bateau;
3° man, homme. Dan. 1° baads-
mand; 2° baad; 3° mand. Suéd.
4° baatman; 2° baat; 3°man. Angl.
boatman, pilote; bout, bateau; man,
homme. Tud, bot^ bat, nacelle, ba-
teau; man, homme.
Bot, adjectif, qui n'est usité .que
dans l'expression -pied bot. — Holl.
bot, rabougri, bot, obtus, d'où bo-
thiel, pied bot; le suédois a con-
servé le composé trubbot, mousse,
obtus, rabougri, bot, qui, avec fot,
pied, forme l'expression trubbot fot,
pied bot. Allem. butt, obtus, mousse,
et, au figuré, qui a l'esprit obtus,
stupide, grossier.
Bot, Boz^ Botte, Botterel. anc.
crapaud; en basse latinité, botta.
(Voir les glossaires de du Gange et
de Roquefort.) En italien, botta.
Renart, fait-il, à ton viaire
Semblés hien bestes de put aire...
Plein es de venin comme boz.
(Ram. (lu Renart, t. Il, p. 15î.)
Et cele (pierre) qui entre les eus
DuBotoW croist, est plus fine,
Qu'on seut apeler crapoudiue.
{Tournoiement Je l'Antéchrist, p. 13.)
Assez sovent li avenoit,
Por son pechié, por sa malice, ,
Qu'il vooit emmi son calice
Un grant crapout lait et hideus...
Dévotement et par grant cure
Se confessa de sa malice;
Ainsi chaça hors do calice
Confessions le bolerel.
(Chron. des ducs de Norm. appcad. t. IH, p. 5ïJ
et 524.)
— Ane. allem, batte, badde, gre-
nouille et crapaud; bas àUem. padde,
batte; island, podda; dan. padde;
suéd. padda, hoUand. padde , cra-
paud .
Boter^ botter, bouter, signifiè-
rent primitivement heurter, pous-
ser.
Cil mismes ki ester vneit, ancor ne lacet-
il mies la voie , se l'convient-il totevoies
chaor por ce qu'il ne welt esploitier, car
cil ki après vont le bottent et trabuchent.
(^S,erm. de S. Bernard, p. 5G7.)
Se aucuns ledist aucun apertement, et il
ne li face sanc, ne chaable, ne peceuie,
forsdeferiret de boter... (Livre deJostice,
p. 301.) — Offilius dit que batre est o do-
lor, et boter sanz dolor. (Ibid., citation do
Roquefort, art. Bouter.)
Je di, fortune ne voit goûte.
Ou en son sens est desvoianz;
Les uns atret, les autres boute.
[Ruteheuf, t. 1, p. 88.)
Ensuite bouter, botter, passèrent
de la signification de pousser à celle
de mettre, poser. Le premier des
exemples suivants est assez propre
à nous montrer comment s'est opé-
rée la transition de la première ac-
ception à la dernière.
Senz un, senz merci e senz paiz
Fut-il le jor botez e mis,
E del tôt, fors de paradis.
(Chron. des ducs de Norm., t. Il, p. 985.)
Les denz en la coe li bote.
Que il li a rompue tote.
[Roman du Renard, I, H, p. Wt )
Endroit le cuer sous la mamiele
Le trenchant coutiel apointa,
Desi au manche li bouta
El cors, illuecques l'a mordrie.
(Roman de la Yio'.elle, p. I9i.)
298
PREMIÈRE PARTIE.
Nous disons encore en termes de
marine, bouter au large pour pous-
ser une embarcation au large. De
plus, bouter, dans le sens de met-
tre, entre dans certaines expressions
que nous avons conservées, telles
que boute-feu, boute-selle, boute-
en- train, boute -hors, boute-de-
hors, etc. Nous avons également
gardé le composé débouter, employé
en termes de palais pour signifier
mettre un plaideur hors de cour en
le déclarant déchu de sa demande.
Un rebouteur est celui qui fait mé-
tier de remettre les membres dislo-
qués. Le verbe rebouter signifiait
autrefois remettre, reposer.
Tôt soavet en estraignant
L'a reboutée sor l'enfant.
(Partonoptut de Biais, T. 1275.)
— Holl. botzen, choquer, heurter,
pousser; bas allem. botsen. bossen ;
en Suisse botzen; anc. allem. bôzen;
tud. bôzjan.
Botte, Boutte, anc. sorte de ton-
neau; bout, outre, pot, cantine. En
basse latinité, butta, tonneau, baril,
cantine, darac-jeanne ; en espagnol,
bota, espèce de tonneau; en italien,
botte, item; en provençal, bouta ,
dame - Jeanne , grosse bouteille.
Boute nous a donné le diminutif
bouteille; en basse latinité, èw^i-
mla.
Car j'ay ung estomach pavé, creux comme
la botte sainct Benoist. (Rabelais, liv. I,
ch. XXXIX, p. 45, col. 2.)
— Tud. botaha , tonneau; anc.
allem. butte, botte, bouttich, item ;
allem. butte, item. An^h-sax. butte ,
bytte, grand vaisseau, grand vase,
outre; island. bytta , item. Dan.
boette, item.
Botte, assemblage de plusieurs
choses de môme nature liées ensem-
ble : botte de foin, botte de -paille ;
autrefois boste, d'où bostellier, bot-
teleur. En basse latinité, bostillator;
en patois messin, ftoc/ie, botte; en
provençal, buissa dé carbé, botte de
chanvre.
— Tud. bozo, faisceau, fagot, ja-
velle, botte; anc. allem. 6oss; allem.
bïischel; bas allem. botsche; holl.
bos, bussel; angl. bottel.
Bou^ Bous, Bus, anc. sorte d'an-
neau que les guerriers portaient au
bras, bracelet; en basse latinité,
boga, bouga, bauga.
Pris la curune de sua chief et le bou de
sun braz e aportés les ai a tei mun seignur.
{Livre des jRo/s^p. 121.)
El tuli diadema quod erit in capite ejus,
et irmillim de èrachio illius,et attuli ad tt
dominum meum hue.
Ses armilles, qu'om bus apele,
0(1 odure preciose e bêle
D'or e de pierres grant e geut,
Qui valeient maint marc d'argent.
Laissa en une chaisne penduz.
{Chron, des ducs Je Normandie, 1. 1, p. 341.)
— Tud. baug, bouc, anneau, bra-
celet, collier; goth. baug; island.
baugr; anglo-sax. beag; holl. beu-
gel. Tous ces mots dérivent d'une
racine germanique qui signifie flé-
chir, courber, ployer, en rond. —
Tud. biugan; anglo-sax. bugan, bi-
gan; island. beijgia; allem. beugen,
biegen; suéd. boya; holl. buigen;
angl. to boio.
Boucle, bucle, bock, signifiaient
la bosse du bouclier ; c'était dans
Tintérieur de la concavité formée
par cette bosse que se trouvaient le
fermoir et les courroies servant à
bo-.'der le bov/^lier au bras du com-
CHAP. III, ÉLÉxMENT GERxMANIQUE. SECT. II. 209
battant. (Voir l'article Bouclier ci-
après.) En prenant le tout pour la
partie, on a donné à boucle la signi-
fication que ce mot conserve encore
aujourd'hui.
— Ane. allem. buchel, bosse, et
en particulier bosse du bouclier;
holl. bochchel, bogchel, basse en gé-
néral; dan. bug el, item; suéd. po-
ckel, item. Allem. buckel, bosse et
boucle; angl. buckle, boucle.
Bouclier. Autrefois on disait éga-
loment boucler, bucler, dérivés de
boucle, bucle, bocle, bosse du milieu
du bouclier que les Romains appe-
laient wmfto. En basse latinité, on se
servait de bucula, buccula, bomla,
pour désigner cette bosse, et de bo-
cle>'ius pour signifier un bouclie.
Et nonpourcant il (messire Raoul) met
toute sa forche et sa pr[o]aiche, et rckieit
monseigneur Robiert molt asprcment, et li
donne granscos soursonesku, sili'il iifendi
jusltes en la boucle. (Théâtre français au
moyen âge, p. 426, col. 2.)
E Anseis laisset le cheval curre,
Si vait ferir Turgis de Turteluse
L'escut li freint desus l'orée bncle
De sun osberc li derumpit les dubles,
I)el bon espietel cors limet l'armure.
[Chani. de Roi. it. xcit.)
On a dit d'abord escu bucler, escu
boucler, pour désigner un écu à
boucle ; puis on a supprimé le subs-
tantif, et l'épithète seule est restée
pour signifier cette arme défensive.
De Charlemagne vos voeiil oir parler :
Il est mult vieiz! si ad sun tcns uset;
Men escient, dous cenz ans ad passet !
l'ar tantes teres ad sun cors demened !
Tanz [colps] ad pris sur sun escut bucler !
{Chant, de Roi. «t. xxxix.)
On peut voir d'autres exemples
de boucle dans le glossaire de du
Cange, article Buccula. En basse la-
tinité, ce mot était le synonyme de
umbo; mais, dans les auteurs an-
ciens, il signifiait la visière du
casque : « Cassidis pars, quœ de-
missa buccam tegit.» Cette dernière
opinion est celle des plus savants
commentateurs, bien qu'elle ne soit
pas partagée par l'illustre lexico-
graphe que je viens de nommer.
— Tud. buhil, éminence, éléva-
tion, bosse ; buckeler, bouclier. Ane.
allem. buckel, bosse et en particulier
bosse du bouclier, umbo,' buckeler,
bouclier. Holl. 6o(/c/ie/, bosse en gé-
néral; beukelaar, bouclier. Allem.
buckel, bosse. Dan. bugcl, item.
Suéd^ pockel, item. Angl. buckler,
bouclier. Island. buklari^ item.
Boue, autrefois boe ; on dit boga
en Lorabardie. Ces mots sont de la
même famille que notre terme de
chasse bauge. Voyez ce dernier ci-
dessus, p. 282. — Ane. allem. botch,
boue, bourbe, fange; holl. bagger,
item; angl. bog , fondrière, bour-
bier.
Bouée, terme de marine. Il se dit
d'un morceau de bois ou de liége^
d'un fagot ou d'un baril vide qui
flotte au-dessus d'une ancre pour
indiquer l'endroit où elle est mouil-
lée. (Acad.) — Dan. boy, bouée;
allem. boje; holl. boei^ boey; angl.
buoy.
Bouffer, Bouffée, Bouffi, etc.
« Bouffer, dit Nicot, est un verbe
duquel le français n'use guère que
par métaphore. La propre significa-
tion est souffler à puissance d'ha-
leine et à joues enflées ; en laquelle
le Languedoc l'usurpe ordinaire-
ment, disant : Ion vent bouffe
300
PREMIÈRE PARTIE.
Ainsi dira le François ta bouffes,
c'est-à-dire tu te despites ; et tu
bouffes de courroux et de maltalent;
TOTUS STOMACHO ATQL'E IRA TURGES.
Parce que, quand aucun est despité
ou courroucé, il renfle les joues^
comme fait celui qui bouffe et souffle
quelque chose, laquelle raison de mé-
taphore est suivie au mot bouffy,
qui signifie eslevé en tumeur et
enflé.»
Le premier des exemples suivants
nous offre bouffer employé dans le
sens propre^ celui de souffler ; le se-
cond nous présente ce mot pris dans
le sens figuré, celui d'être bouffi de
colère.
Li rois l'entent boufe est sospire.
(Kom. de Trittun, t. 1, p. 92.)
Le grand écuyer se releva le nez de des-
sus la table, regarda toute la compagnie
toujours bouffant, {ilémoires de Saint-
Simon, année 1707 ; t. V, p. 362.)
Buffe, buffet signifiaient un coup
sur la joue, un soufflet. J'ai donné
ci-dessus p. 203 la raison del' usage
que l'on faisait de ce mot dans celte
signification, en voici des exem-
ples.
A cez molz se aproschad Sedechlasli flz
Chanaan a Michée, si li empeinst un buffet.
(Livre des Rois, p, 337.)
Accessit autem Sedecias filins Chanaa, et
percussit Mithœam in maxillam.
Oué ! donne-Ii une buffe.
( Thiâlrefmnçais au moyen %«, p. 99. )
Ne l'estuet pas penser a irufes,
Batre la font et boner bufes.
Quant maistre Corras a li vient,
Puis que des bu/fes li sovient
Que Diex reçut, si les reçoit.
(Rutebeuf, t. Il, p. 198.)
Il ne nous est resté de la première
acception de bouffer que le substan-
tif bouffée; en italien, 6m^o.— H oll.
puffeti, poffen, souffler; angl. to
•puff, item; allem. puffen, buffen,
gonfler en soufflant dedans, être gon-
flé, être bouffi.
Boulevard. La signification éty-
mologique de ce mot est celle d'ou-
vrage de défense construit avec de
grosses pièces de bois ; tels étaient,
en effet, les anciens boulevards. On
a dit autrefois bollewerque, boulevert,
boulevart. (Voyez le premier de ces
mots dans Roquefort.)
La rivière de Seine estoit entre nous et
eux ; et commencèrent ceux du roy une
tranchée a l'endroit de Cliarenton, ou ils
firent un boulevart de bois et de terre,
jusquesaubout de nostre ost. iMcmoires de
Philippe de Commines, liv, I, ch. x, p. 22,
col. 2.)
Et a ceste cause furent faits dessus les
dits murs plusieurs taudis, bouleverts et
tranchées au long des dits murs- {Livre des
faits advenus au temps du roy Louis XI,
par Jean de Troyes, édit. du Panthéon litté-
raire, p. 254, col. 2.)
Au moyen âge on éleva des boule-
vards autour de beaucoup de villes
pour les défendre contre les attaques
des ennemis. Les terre-pleins de ces
boulevards furent complantés d'ar-
bres, soit pour empêcher le terrain
de s'ébouler, soit pour procurer une
promenade ombragée aux habitants
de la ville. De là vient que ftou/euarci
se prit dans la suite pour une pro-
menade extérieure située autour
d'une ville. On bâtit des maisons le
long de cette promenade, qui devint
ainsi une espèce de rue plantée d'ar-
bres. Enfin on appela boulevard
toute rue complantée d'arbres, se
trouvât -elle dans le cœur même
CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 30f
d'une ville ; tels sont plusieurs bou-
levards de Paris, et particulière-
ment celui de Sébastopol que l'on
achève en ce moment.
— Ane. allem. bohle_, holo, tronc,
poutre , madrier ; werk, ouvrage.
Dan. ^°bolverk, boulevard j 2° bul,
tronc ; 3" verk , ouvrage. Suéd.
4o bolverk ; 2° bohlen; 3° verk.
Angl. 1° bulwark; t^bohle; ^'work.
Allem, boUwevk, boulevard; bohle,
madrier; xcerk, ouvrage. Holl. bol-
werk, boulevard ; werk, ouvrage.
Bouline. Cordage dont l'un des
bouts est fixé vers le milieu de chaque
côté d'une voile carrée et dont l'autre
bout s'amarre généralement sur l'un
des points de l'avant du navire. On
trouve boeline employé au xii* siècle.
Estuins ferment et escotes.
Et font tendre les cordes totes;
Utages laschejit, très avalent,
Boelines sachent et baient.
{Rom. (U Brut, t. II, p. lit.)
— Dan. i» bougline, bouline;
2" huQj l'avant, la proue ; 3° Une,
corde. Angl. ]° bowline; T bow;
3° Une. Allem. \'' boleine; Tbug,
3° leine. Holl. 6oe/yw, bouline ; ?(;«,
corde. Anglo-sax. bow, l'avant, la
proue; Une, corde. Island. et suéd.
hog, proue; Una, corde. (Voir l'ar-
ticle Bout, terme de marine.)
Boulon, Bouzon, gros trait d'ar-
balète dont l'extrémité se terminait
par une tête ; il ressemblait en cela
au matras. (Voir ce dernier mot
parmi les mots d'origine celtique,
eh. n, sect. n, p. 243.) En italien,
bchone, polza, avaient autrefois la
même signification; en langue d'oc,
bosso; en basse latinité, bo1ta,puho.
Pierre Crescenzi, savant agronome
italien du xiii» siècle, dans son Opiis
ruraUmn commodorum , liv. X^
ch. xxYiir^ dit en parlant de cette
sorte de traits : « Puhones dicun-
tur sagittee balistarum in capitc
grossae. » La traduction française
de cet ouvrage, faite au xiv' siècle
sous le titre de Proiiffits champestres
et ruraulx_, etc., interprète la défi-
nition de l'auteur italien par ces
mots : Materas gros en la teste de
devant.
Nous appelons encore aujourd'hui
boulon une grosse cheville de fer
munie d'une tête à l'un de ses
bouts. Son nom lui est venu de ce
que sa forme était celle de l'espèce
de trait qui fait le sujet de cet ar-
ticle. (Voir à l'article Matras, déjà
cité , une dérivation analogue du
sens primitif de ce mot.)
Moult fu quens Turgibus de grant renon.
Il prist un jor son arc et son boulon.
{Roman (TAmligier ciié par Roqaefort, art. BouIoh.)
Si cum aleient ainsi parlant.
Si unt weu un hum errant,
Arcpurteit, sajette, bouz-uns.
(Marie de Fronce, t. Il, p. 3G0.)
— Tud. bolz, javelot, gros trait;
anc. island. bolti; anglo-sax. boita;
angl. boit, trait, javelot^ verrou;
allem. bolzen, gros trait^ javelot,
cheville de fer munie d'une tête,
boulon; holl. pois, sorte de bâton
ferré, brin d'estoc.
BouNDEL, anc. faisceau^ fagot.
(Voir le supplément du glossaire de
Roquefort.) — Anglo-sax. byndel,
byndela, faisceau^ fagot, dérivé de
hyndan, bindan, lier, attacher. Holl.
1° bondel, biindelja.isceeiu; 2° 6m-
den, lier. Allem. 1° bund, bundel;
2° binden. Angl. {° bundle; 2" to
303
PREMIÈRE PARTIE.
tind. Dan. -lo hundt; 2» binde.
Suéd. 40 bunt; 2° binda.
Bouquet. (Voir Bois.)
Bouquin. — Ane. holl. boeckin,
petit livre, diminutif de boec, livre.
Holl. moderne, boek, item; tud.
buoch, buohj item; gotli. ôonos ,
boks, item; anglo-sax. boec, boc;
island. bok; allem. buch; dan. bog,
boog; suéd. bok; holl. boeh; angl.
book.
Bouquin n'est probablement pas
bien ancien dans notre langue. Il a
été forme d'un diminutif germa*
nique de la même manière que
mannequin, qui est moderne; anc.
holl. 1° mannekin, petit homme;
de 2° mann^ homme, Allem. 1 mann-
chen; 2° mann. Goth. manna,
homme; tud. anglo-sax. island.
angl. mcn, item.
BouKACAN, sorte de gros camelot;
en basse latinité, barracanus. —
Dan. barkan^ bouracan; suéd. bare-
kan; allem. berkan; angl. barra-
can ; holl. barkaan.
Bourg, bourc, burg, bure, bore,
bor signifièrent d'abord ville défen-
due par une forteresse, par une ci-
tadelle, par une enceinte de mu-
railles, ville forte; bourg s'employa
ensuite pour une ville en général;
enfin il prit la signification qu'il
conserve encore.
Li bochicr d'Orlions prennent sor chas-
cune beste six deniers, et mêlent en une
boele a défendre cels de lor bore contre
autres genz. {Livre de Joslice, p. 7.)
Roquefort cite les deux exemples
suivants dans son glossaire, art.
Bore :
Ici sont li quatre livres des Dialogues
Grégoire, lo papa del tors do Rome, des
miracles des porcs de Lumbardie. (Titre
des Dialogues dp saint Crésoiie.)
El lems alsiinent de cel meisnie prince,
qiKint Dacius H vcske dcl bure de Moilans,
demcneis por la cause de la foid, s'en aloi
al bore de Conslanliuoble, dunkes vint-il
a Corinthe. {Dial. de S. Grog. liv. IV,
ch. lu.)
Ce dernier passage répond à ces
mots latins : « Ejusdem quoque
principis tempore, cum DatiusMedio-
lanensis urbis episcqpus, causa fidei
exactus, ad Constantinopolitanam
urfeempergeret, Corinthum devenit.»
Tud. bxirg, bure, ville défendue
par une forteresse, ville protégée par
une enceinte de murailles , ville
forte; de bergan, défendre, proté-
ger, garantir. Goth. I" baurgs,\'û\é
forte; 2° bairgan, défendre. Anglo-
sax., r burg, burig, byrig, burh;
2° beorgan, beorgian. Island. 1 " borg;
2° berga. Allem. burçj, château fort,
forteresse; bergen, défendre. Dan.
borg, forteresse; vœrge, défendre.
Suéd. borg, forteresse; bœrga, dé-
fendre. Holl burg, forteresse ; 6er-
gen, défendre. Angl. burg, château
fort, forteresse, bourg.
Bourre, poil de plusieurs ani-
maux, comme bœufs, vaches, chè-
vres, cerfs, etc. qu'on enlève de des-
sus leurs peaux quand on les pré-
pare dans les tanneries. (Trév.) En
basse latinité, burra. — Anglo-sax.
byrst, poil; angl. beard, item; allem.
borste, poil de cochon; dan. boerste ,
item.; suéà. borste, item; holl.
borstel, item
Bout, dérivé Bouton; en basse
latinité, butum. bout.— Anc. allem.
butt, extrémité, bout ; se disait sur-
tout des extrémités mousses ou ar-
rondies, comme le bout de la ma-
CHAP. III, ÉLÉiMEiNT GERMANIQUE. SEGT. II. 3Ô3
melle, le bout du nez ; allem. butz,
item; de plus, bouton^ bourbillon,
bourgeon; hoU. bot, bouton, bour-
geon; angl. butt, bout, extrémité,
but, butte.
Bout, en terme de marine, se dit
dans quelques phrases de l'avant, de
la proue du bâtiment : « Ce bâti-
ment a le bout à terre ; il court, il
donne de bout à terre ; cette embar-
cation nage bout au vent, bout au
courant, bout à la lama; elle est de
bout au vent, au courant, etc. Avoir
vent de bout, avoir vent contraire;
on écrit aussi debout en un seul
mot. » (Acad.) Il est vrai que bien
des marins écrivent debout; mais
l'Académie n'aurait point dû auto-
riser cette orthographe vicieuse qui
provient d'une singulière confusion
d'idées. C'est déjà par une semblable
confusion que l'on écrit bout de na-
vire comme on écrit bout du doigt,
bout de l'oreille. Le terme de ma-
rine devrait s'écrire bou ou boiig,
(Voir ci-dessus l'article Bouline.)
— Anglo-sax. bow, l'avant, la
proue ; island. et suéd. bog ; dan.
bug; angl. bovo ; allem. bug.
Bkacque, aïic. terre en friche, ja-
chère ; en basse latinité, bracus.
Ce faici, issoyenl hors, tousjours confe-
rens des propous de la lecture, et se des-
portoyent en bracque , ou es prez , et
jouoyent a la balle, a la paulme, a la pile
trigone, gualantement s'exerceans le cors,
comme ilz avoyeut les âmes auparavant
exercé. (Rabelais, liv. I, cb. xxui, p. 26,
col. 2.)
— HoU. 6ma/iî, adj. et subst. si-
gnifie à la fois qui est en jachère,
qui est en friche, et terrain qui est
en jachère, en friche; allem. brach,
adj. en friche; broche, subst. terre en
friche, jachère ; dan. brahîand, item;
mol composé de brak et de land,
terre. Dans cette dernière langue,
brak signifie qui est à l'état naturel,
qui n'est point travaillé , qui n'est
point préparé ; il se dit particulière-
ment dans le sens d'écru en parlant
du fil, de la toile.
Braidif, Braidis, anc. ardent^
enflammé de désir, de courage, im-
patient.
Se un petit se retenissent,
El 'a lor gcnt se resirainsissent,
Grans pris et grans los i eussent,
Et encore garir peussent;
Mais il furent trop volantif,
Et de ferir avant braidif.
(Rom. de Brut, I. 1 1 , p. SOÎ.)
Et quant il vit qu'il ert seuz.
As sutns fait prendre lur escuz.
Puis muntent es chevals braidis.
(Chron. desduct de Norm., t. I, p. 175.)
— Holl. branding , ardent , en-
flammé, au propre et au figuré, dé-
rivé de branden, être en feu, brûler.
Dan. i° brœndende,Qxàç.xii; %°brœn-
de, brûler. Suéd. 4« brinnande ; 2*
brœna. Tud. brinnan, brcnnan, être:
en feu, être enflammé, brûler. An-
glo-sax. Urnan, byrnan, item. Is-
land. brenna. Allem. brennen. A.ng[.
to burn.
Brais, Bray, Brès signifiaient
autrefois orge préparée pour faire la
bière; en basse latinité, brasium,
braseum , bracium, brace. Nous
avons dit brasse pour bière. (Voir
Roquefort et du Gange.) Il nous est
resté brassin, brasser (basse lat.
brassare, braxare, braciare) , bras-
serie (basse lat. brasseria, bradaria),
etc. tous dérivés d'un primitif ger-
manique et non point da français
304
PREMIÈRE PARTIE.
6ms, comme on l'admet générale-
jnent. — AUem. 1° brau, et avec le
préfixe ge, gebràu, gebràiige, bras-
sin ; 2° brauen, brasser de la bière;
aoôrawerei, brasserie. HoU. 1 ° brouw-
sel, gebroict ; 2' bromven ; 3° brou-
ivery. Tud. briuimn, brasser de la
bière. Anglo-sax. brivan, briwan,
item. Angl. to brew , item. Dan.
brygge, item. Suéd. brigga, item.
Tous ces mots sont de la même fa-
mille que le tudesque brio, bri,
bouillie; anglo-sax. brig, briv,item;
anc. allem. bri; allem. moderne,
brei; hoU. brij, bry.
Braise; en italien, brace, brada-,
en espagnol, brasa-, en provençal,
bmza. — -Island. brasa, feu ardent,
braise, de 5rmna, brûler ; tud. bren-
nan, brinnan, brûler; goth. brin-
nan ; anglo-sax. bTjrnan ; allem.
brennen ; dan. brœiide ; suéd. brœn-
na; holl. bra^iden; angl. to burn.
Bramer, « c'est crier énormément.
Le Languedoc et nations adjacentes
en usent ordinairement, disant bra-
mar, qu'ils attribuent proprement
au braire des asnes, et, par méta-
phore, à tout cri hautain.» (Nicot.)
Aujourd'hui, bramer ne se dit plus
qu'en parlant du cerf. — Tud. bre-
mariy mugir, rugir. Anglo-sax. bre-
man, item. Allem. bmmmen, gron-
der, mugir; brumft, brunft, cri du
cerf quand il est en rut . Dan .
brumme, mugir. Suéd. bnmma,
item. Holl. brommen, item.
Brand,Braist, Bran, BRANC,anc.
glaive, épée.
Jesbidenob... oui ceint un hrant nuef
{Livre des Rois, p. 203.)
Jesbidenob... accindus crat ense novo
Al Iratit d'acer l'cntrenchet V. des laz.
(Chnns. de Rot., it. ccl.)
Forz fa li ber, li cos fu granÉ
Et li branz fu dur? et tranchanZi
Le hiaume faudi et quassa,
Bien le feriet assena,
Dusqu'as espalles le fendi.
{nom. de Brut, t. U, p. 203.)
— Anglo-sax. brand, iiranif,glaive,
épée; island. brandr ; anc. angl.
brand. Tous ces mots paraissent
tenir à brant, brand, tison (Voir ci-
après l'art. Brandon) ; c'est ainsi
qu'en espagnol tizon, tison, a for-
mé tizona, épée; on désigna d'a-
bord par ce mot la fameuse épée du
Cid, comme chez nous on appela
Durandal l'épée de Roland et Joy-
euse celle de Charlemagne.
BrandeVin, eau-de-vie faite avec
du vin. Ce mot n'est probablement
pas fort ancien dans notre langue .
— Allem. 1" brantwein, brandevin,
composé de 2° brennen brûler et de
3» wein, vin. Holl. 1" brandewijn,
\ 2° branden, S'^wijn.Da.n. \°bromd~
evin, %°brœnde, 3° lun. Suéd. 1°
brœnwin, 2° brœnna, 3° tf in. Angl.
brandy et unne-bra7idy, hra.Mevin;
to feitrn; brûler; îDine, vin.
Brander^ anc. être en feu, être
en flamme, être en combustioe. Ce
verbe est de la même famille que
braidif et brandon. (Voyez le pre-
mier de ces mots ci-dessus et le se-
cond ci-après.)
Tute \i terre brandc; pensez del espleitier:
Li vielz rei d'Engletcrre aurad des suens
mestier.
( Chrott. de Jordan Fanlosme, p. 509.)
— Holl. branden, être en feu, brû-
ler, dan. brœnde, item; tud. brin-
. nan ; anglo-sax. birnan, byrnan ;
island. brenna ; suéd. brœna ; allem.
brennen; angl, to burn.
Brandir, secouer, agiter une épée,
GHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 305
une lance, etc. comme pour se pré-
parer à frapper. Ce verbe a donné
branler, qui est un fréquentatif. En
provençal, brantar signifie secouer,
agiter; branduciar, agiter fréquem-
ment, branler. Brandir a pour pri-
niitif brand, glaive, qui se trouve ci-
dessus. De dard on a fait de même
darder.
Brandon signifiait autrefois mor-
ceaudebois enflammé, tison, torche.
Nous disons encore au figuré : « Les
brandons de la discorde, les bran-
dons de la guerre civile.» On appelle
dans quelques pays dimanche des
brandons le premier dimanche du
carême , parce que ce jour - là
le peuple allumait autrefois des feux,
dansait alentour et parcourait les
rues en agitant des tisons allu-
més . (Voir Trévoux, art. Brandon.)
Ce fu la table d'or, plus noble ne vit-on,
Que toute estoit d'or fin sans cuivre et
sans laiton; ,
Si fu 11 escarboucle assise ens où moilon
Qui reluisoit par nuit ausi cler qaebTandun.
(CAroH. de du Gutsclin, t. 1, p. 374.)
Par nuit obscure a tel clarté,
Que il n'estuet à nul garçon
Porter lanterne ne brandon.
{Floire tt Blanceflor, ëdit. du Mëril, p. 65.)
— Tud. brant, tison, de brinnan,
brsnnan, être enflammé, brûler.
Anglo-sax \ o brand, tison ; 2° bir-
nan, by r7ian, brûler . Island.i o brand;
20 brenna. AUem. \obrand; %^bren-
nen. Dan. < o brand ; 2» bromde .
Suéd, \o brand; 2° brœna. HoU.
\obrandhout; %° branden. Angl.
40 brand; 2° to bum.
Braon , anc. partie charnue du
corps de l'homme et des animaux,
morceau ,de viande propre à être
rôti ; ce mot se prenait particulière-
ment pour la partie la plus charnue
de la jambe et du derrière, le mollet
et la fesse. En langue d'oc, brazon
avait la même signification. (Voir
M . Raynouard, Glossaire des Trou-
badours, t. II, p. 247.) En basse la-
tinité, brado signifiait jambon, en
patois messin, braon, mollet.
Quant oït que son oncle morroit
Por venoison que il n'avoit...
Un braon trança de sa quissc;
Larder le list et bien rostir,
A son oncle le flst offrir.
(Ram. de Brut, t. 1 1, p. 272.)
Plate banque ronde gambete,
Gros braon, basse quevillette ;
Pié vautic, haingre, a peu de cbar.
{^Li Jut Adun ou de la Feuittie, dam le Thëàtr*
français au moyen âge, p. 61, col. I.)
Li cers pas^e outre, et tôt 11 cien
L'encaucierent après si bien,
K'entour et environ li viennent,
As ners et as braons le tiennent ;
Si l'ont par force a terre mis.
(iloni. de Rott, cité par Roquefort, art. Braon.)
— Tud. brât, fcrâfo, partie la plus
charnue du corps de l'homme ou
des animaux (lat. pulpa) ; island.
brâd, item; a.nc. aljem. brado, mol-
let; angl. breech, fesse.
Braque, Braconner; en basse lati-
nité, bracco, chien braque; en ita-
lien, bracco; en langue d'oc, brac.
On trouve fréquemment brache,
brachet, avec la même signification,
dans nos anciens auteurs :
Moult amoit bruches et lévriers,
Etveneors et braconniers....
Ses braches et ses loïmiers
Acouplait por aler chacier.
{Dohpalhos, ^dit. J(nnet, p. 317.)
Ses forestiers a fet viser
U il porreit granz cerf truver ;
Rfz e saetes flst porter
r
20
306
PREMIÈRE PARTIE.
E cliipnz asanl, s'ala berser ;
As vfineors e as varleîz
Fitjmener loz ses brachei
E limiers
(Rom. de Rmi. t. 1, p. 288.)
— Tud. Irak, braccho , chien
braque: allem. brack; holl. brak,
braak; angl. brach.
Bréchet, l'os de la poitrine, celui
auquel aboutissent les côtes par-
devant; plus parti culièrementrextré-
mité inférieure de cet os, (Acad.)
Brus signifiait autrefois poitrine.
(Voir ce mot ci-après.)
Qaant ce vint on tour de Chicquanous,
ilz le festoyarent "a grandz conpz de gante-
letz, si bien que il resta tout eslourdy et
ineurtry, ung œil poché on beurre noir,
huyct costes froissées, le bréchet enfon-
dré... (Rabelais, Pantagrnel,\\\.l\\ ch.xp.,
p. 227, col. 1.)
— Tud. 'brust, poitrine; goth.
brusts; anglo-sax. breost; island.
briost; allem. brust; dan. bryst;
suéd. brœst; holl. brost; angl.
breast.
Bréhaigne. Il se dit des femelles
des animaux qui sont stériles. Ainsi,
on appelle carpe bréhaigne une
carpe qui n'a ni œufs ni laite. Bré-
haigne se dit quelquefois substanti-
vement d'une femme stérile. C'est
une bréhaigne. (Acad.)
Bréhaing, bréhaigne, baraigne,
etc. signifiait autrefois stérile, en
parlant des femmes, des femelles des
animaux, de la terre, des arbres, etc.
Mult par fusl bons H surjurs a ceste cl-
ted, si cume bien le veis, si pur ço nun que
pesmes sunt les eves e baraignes les terres.
{Livre des Rois, p. 3o0.)
Ecce habitalio civitatis hujus oplima est,
sicut tu jpse, domine, perspicis : sed aquœ
pessimœ sunt, et terra sterilis.
Mull devons estre sonious ke pau ne soit
de noz biens et ke il ne soient senz discus-
sion, u ke nos soiens terre brehagne. (Livre
de Job, p. 447.)
Enfant ne pooit avoir,
Et cuidoit bien ke la reïne
Deust toz jors estre brehigne.
{Dolopalhoi, id\t. Jannet, p. 39.)
— Ane. allem. brah, brach, sté-
rile se disait en général; anglo-sax.
bar, item; angl. barren, item; allem.
brach, stérile, inculte ne se dit plus
que de la terre; holl. braak, item.
Brelan, Berlan signifiaient au-
trefois une petite table dont on se ser-
vait pour jouer, une table àjeu. Au-
jourd'hui brelan est employé en mau-
vaise part et sert à désigner un lieu
où l'on joue à difi"érents jeux de carte.
On a pris le contenu pour le conte-
nant^ comme il arrive souvent. Nous
disons de même le bureau, le comp-
toir, la banque pour désigner l'en-
droit où se trouve un meuble du
même nom. Voyez t. II, p. 228.
Un berlenc aporte et trois dez.
De lez le jongleor s'asit
Tout coiement, et si !i dist :
Amis, fet-il, veus-tu jouer ?
Vois, quel berlenc por hazeter;
Et s'ai trois dez qui sont plenier,
Tu pues bien a moi gaaignier
Bons esterlins priveement.
(Batbaian, Fahlinux, t. 111, p. 986.)
Ostes, troi dés et un brelenc;
Vès ichi nosire chambrelenc
Qui chi se veut solacier.
{Ihid., t. IV, p. 41.)
— Ane. allem., 1° bretelin, petite
table, diminutif de 2° bret, table ;
allem., 1° bretlein; 2° brett; holl.,
1° bordlein; 2° bord; dan. bret et
bord, table; tud. bret et bort.
Brème, poisson ; autrefois brasme.
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 307
toit construit en charpente, appuyé
contre une muraille, et soutenu en
avant par des piliers, appentis fait
avec des planches. Brétecque, bré-
teche, etc., se prirent ensuite pour
une construction faite avec des ma-
driers, destinée à mettre les soldats
à couvert de l'ennemi ; ils s'em-
ployèrent également pour signifier
une espèce de tour de bois dont on
se servait pour attaquer ou pour dé-
fendre les murs d'une ville ou d'un
château. En basse latinité, hreta-
chia, hretechia, bertescha; en ita-
lien, bertesca ; en espagnol, bretesa.
brame. — Tud. brahsema, bres-
semo; brahsina , brème; dan.
brasme; angl. bream; hoU. breas-
sem; allem. brachse,brassen; suéd.
braxen.
Brequin, anc. outil d'artisan qui
sert à percer. Le brequin est propre-
ment la partie du vire-brequin
qu'on appelle la mèche. (Trévoux.)
L'Académie n'admet plus aujour-
d'hui que vilebrequin qu'elle dé-
finit: Outil d'artisan qui sert à
trouer, à percer du bois, de la pierre,
du métal^ par le moyen d'une mèche
de fer qui a un taillant en spirale et
qu'on fait entrer en la tournant.
On voit, par la citation de Tré-
voux^ que l'on disait anciennement
vire-brequin pour vilebrequin; virer
signifiait tourner, et avait trait à la
manière dont on fait entrer la mè-
che ou brequin. — Tud. bora, pora,
vrille, brequin; borjan, borôn, per-
cer , perforer. Allem. bohreisen,
mèche du vilebrequin, brequin ;
bohrer, tarière, vilebrequin ; bohren,
percer, trouer, forer. Holl. boor, vile-
brequin; booren, percer, forer. Dan.
brœkke, item. Suéd. bœra, item.
Angl. to, bore, item.
Brequin ne dérive pas directe-
ment de bora ou boor, mais d'un
diminutif tel que borekîn, boorkin,
borechen. (Voyez ci-dessus l'art.
Bouquin.)
Bressin, terme de marine, corde
qui sert à hisser ou à amener une
vergue ou une voile. — Holl. bras,
bressin; angl. brace ; allem. bras-
sen ; island. bras.
Brétecque, Brétesce, Brétéche,
Brétesche, etc. anc. Ces mots si-
gnifièrentprimitivementune sorte de
Un possesseur d'un héritage, ou de plu-
sieurs, ne peut faire bretfcqurs, boutures,
saillies, ni autres clioses sur la rue a l'en-
droit desdits lieritages, an préjudice de ses
voisins. (Countiimes de l'eschevinage d'Ar-
ras, art. 15; citation de du Gange, a la fin
de l'article Drelnchicf.)
Treis chasteaus fist faire environ,
Clos de fosseï od heriçons,
Od bret esches e od paiiz.
De granz chaisnes lonz e fentiz.
{Chron. des ducs de Norm., t. III, p. 91.)
Il (Rollon) od ses privées maisnées.
D'armes mult bien apareillées.
Vint "a Paris entre tanz dis.
Qu'il r'a hardiement assis.
Dunt il furent as jorz entiers
Les assauz fsiz granz e pleniers.
Mainte œuvre i avint renomée
Qui ci ne vos ert pas contée.
Fait i unt puis de granz cloisons,
Fossez, paliz e heriçons,
Bretesches e ponz torneiz.
{CAron. det dues de Norm., 1. 1, p. 950.)
Li feus esprent si durement,
E si très merveilleusement.
Pour les haiz (ais) qui sont toutes sèche»,
Qu'il se flert du baille es breteches;
Et puis, si con le vent l'aporte.
Par leanz en chascune porte,
308
PREMIÈRE PARTIE.
En tours, en «aies et en chambres ;
Du chastel ardent tous les mambres.
(fimnclie des royaux lirjmiges, t. 1, p. 16*0
Le jor oevrent, la nuit se gaitent ;
Bretesces et tor apaieillent,
Corn li un dorment 11 autre veillent.
(Rom. dt Biui.i. 11, p. 243.)
Bréteche est composé de deux
mots germaniques signifiant toiture
formée avec des madriers. Cette si-
gnification est parfaitement d'accord
avec le sens primitif du mot. Boule-
vard, autre sorte de fortification^ est
un composé analogue signifiant éti-
mologiquement ouvrage fait avec
des madriers. (Voir ci-dessusp. 300.)
— Ane. allem. brett-tach, cons-
truction de bois en forme de toit,
appentis fait avec des madriers;
composé de brett, bort^ ais, planche^
madrier, et de tach, qui se disait de
tout ce qui sert à couvrir, à mettre
à l'abri, couverture, toiture, appen-
tis, etc. Tud. \° bret, planche, ma-
drier; 2° tak, dak, couverture, toi-
ture. Anglo-sax.1° tord; 2° theccene.
Island. '["bord; %° theki. Allem.
^°bret; 'i°dach.no\\.\°bord; î" dak.
Dan. \° bret, bord'jfdœkke.Snéà.
1» bord; 2° tœck, tœcke. Angl.
4° board; t" deck, tillac.
Bricole, Bricole, ancienne ma-
chine de guerre dont on se servait
pour lancer des pierres et des traits;
en basse latinité, bricola.
En et sur cette tour avoit une bricole qui
pas n'estoit oiseuse, mais tiroit et jetoit
carreaux contre les naves des chrétiens; et
sur chacune des tours de la ville, au lez
devers la marine, avoit aussi pour défense
une bricole bien jetant. (Froissart, liv. IV,
ch. XXV, t. m, p. 83.^
— Tuà. sprengjan,spre7ir}an, lan-
cer de tous côtés, jeter çàet là, ré-
pandre, asperger; anglo-sax .spren-
gan; island. spreng m; allem. spren-
gen; holl. sprengen; suéd. sprœnge;
dan. sprenge; angl. tosprinkle.
Bricoler, terme de jeu de paume.
Faire rebondir la balle obliquement,
en la lançant contre un des murs
de la longueur du jeu de paume. En
espagnol, brincar, sauter, resauter,
bondir, rebondir.— Tud. springan,
sauter, bondir, rebondir. Anglo-sax.
springan,spymgan. Suéd. springa.
Holl. spmge/t. Allem. i" springen,
sauter, bondir, rebondir; 2° prallen,
rebondir obliquement, bricoler. Dan.
i" springe; 2° prœlle. Angl. \° to
spring; 2° to bricoU.
Bricon, anc. scélérat, coquin, fri-
pon, drôle, vaurien, maraud ; en
italien briccone. L'auteur anonyme
de la Vie de saint Thomas de Can-
torbéry raconte que cet archevêque
fut massacré par quatre hommes
qui se présentèrent à lui comme
messagers de Henri II, roi d'Angle-
terre. Après avoir fait connaître trois
des assassins, il dit en parlant du
quatrième :
Le quatre fu le Breton
Qui ad ovré cum bricon
Par l'Encmi {le diable'};
Car de Deu a perdu la beneiçon.
(Viedesninl Thomas^ à la suite lie la Chron. des
duci de Kurmandie, t. 111, p. 492.)
En piez se drecet, si vint devant Carlun,
Mult fièrement cumencel sa raisun,
Et dist al rei : Jà mar crerez bricun.
CChani. de Roland, it. it.)
— Tud. hrecho, violateur, mot
servant à former l'expression hûs-
brecho, celui qui pénètre dans une
maison par effraction, un pillard,
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 309
un voleur; composé de hùs, maison
et de brecharij briser, faire effrac-
tion. HoU. breeker, violateur que
l'on ne trouve plus que dans des
composés tels que egtbreeker, celui
qui viole la foi conjugale, un adul-
tère. Anglo-sax. brica_, malfaiteur,
scélérat; anc. frison breker un cri-
minel, un coupable; allem. verbre-
cher, item, composé au moyen du
préfixe ver.
Bride. — Tud. brittil, bride;
anglo-sax. bridils, bridel, bridl ;
anc. allem. breidel, briddel; hoU.
breidel; a,ng\. bridle.
Brin , anc. bord d'une rivière.
(Voir ce mot dans le glossaire de
Roquefort.)
— Anglo-sax. brymme, bnmme,
bord en général, et particulière-
mentbord d'une rivière; island.fen'w,
bord; dan. brœme, brème; suéd.
brœm; angl. brim ; allem. brame ,
bprd, bordure, lisière d'un champ,
Brinde , coup qu'on boit à la
santé de quelqu'un, et qu'on porte
à un autre : « Porter des brindes,
hoïve des brindes à la ronde.» (Acad.)
Faire un brindes. (Recueil des let-
tres de Henri IV, publié par M .
Berger de Xivrey, t. VI, p. 485.)
— HoU. brcngen, porter une san-
té : ik breng u, je porte à vous ,
e'est-à-dire je porte votre santé;
allem. bringen et zubringen, porter
une santé; ?,uéà. bringa^item ; àa.n.
bringe, item ; jeg bringer eder eders
sundhed ; littéralement : Je porte à
vous votre santé.
Les Italiens disent far brindisi,
pour signifier boire à la santé de
quelqu'un; il peut se faire que notre
mot brinde vienne de cette expres-
sion que les Italiens auraient em-
pruntée des Allemands, selon l'o-
pinion de Jean de La Case et de Fer-
rari.
Brin d'estoc, long bâton ferré à
l'aide duquel on saute les fossés, les
ruisseaux, etc. On écrivait autrefois
en un seul mot brindestoc. (Voir le
dictionnaire de Borel.) Depuis, une
étymologie ridicule a fait changer
l'orthographe de ce mot. Des esprits
ingénieux, au nombre desquels se
trouve Le Duchat, ont vu dans un
briîidestock un brin, un fragment de
tronc mort appelé autrefois estoc.
— Allem. spring stock, hnn. d'es-
toc^ composé de springen, sauter et
de stock, bâton. HoU. springstok,
brin d'estoc : springen, sauter ; stok,
bâton. Tud. 4" springan, sauter;
2°sfoc/i, bâton. Anglo-sax. >i'>spryn-
gan; 2° stocce. Suéd. 1° springa;
2° stok. Dan. 1° springe ; T stok.
Angl. \° tospring; T stock.
Brise, terme de marine. Nom
générique qu'ondonne au vent quand
il n'est pas très-violent : petite brise,
jolie brise, bonnebrise. (Acad.) —
Angl . breeze, brise ; breath, souffle ;
tobreathe, souffler. Anglo-sax. 4°
brathe, souffle; 2° 6m^/ian^ souffler;
Dan. \° blœst; 2° blœse. Suéd. 4°
blaast; %° blaasa. HoU. 1° geblaas,
avec le préfixe ge; 1° blaazen. Tud.
hlasan, souffler ;allem. blasen, item.
Broigne, Bruine, Brunie, anc.
cuirasse ; en basse latinité, brunia.
Ci eut tante grant lance fraite,
E tante espée oscliée ei traite,
E tante broine desmailée,
En sanc arosée et inoilliée,
De tanz heaumes rompuz les laz ,
E tanz homes envers eplar,
310
PRExMIÈRE PARTIE.
Morz e saugleuz par sus ies bos.
{Chron. dtt duct de Norm., t. 1, p. 165.)
La veissiez mainte lance enpuignle
El milnie broigne qui luistet reflambie.
ILî moniayes lienoitarl, ms. de la Blblîoibéque
impériale, n»6985, f 231 6itv', col. 2, t.33,
cité dans ta Cbronlque des ducs de riormaadie,
t. 11, p. 529, noie.)
Il lur a cumandet que aient vestu brunies,
E capes afublez, e ceintes espées burnies.
( Voyage de Ckarlemagne à Jérui., r. 635.)
— Tud. hrunjâ, hnmnâ, cuirasse;
goth. bruîijô; anglo-sax. byrna;
anc. allem. hrùne; island. brinja.
Bru, Briu, anc. ruisseau, petit
cours d'eau, source. (Roquefort.) —
Tud, bntoh, brôca^ ruisseau; anglo-
sax. hrûc; angl, brook.
Bru, belle-fille. Ce mot signifie
nouvelle épouse dans le patois du
pays de Bray. On écrivait autrefois
brut.
Une noble dame es contreies de Toscane
avoit une brut. (Traduciion des Dialogues
de saint Grégoire, liv. I, ch. x ; citation de
Roquefort, art. Matrone,)
On lit dans le texte latin :
Matrona quœdam nobilis in vicinis parti-
bus Tusciœ nurum habebat.
— Tud. et anc. allem. brut,
épouse; goth. bruth_, item; anc.
sax. brûd; anglo-sax. bryd; anc.
island. brùdhr; allem. braut; dan.
brud; holl. bruid; suéd. brud; angl.
bride. (Voir l'article suivant.)
Bruman^ Brumen, nom que don-
naient autrefois un père ou une mère
à l'homme qui avait épousé leur
fille; gendre, beau-fils. (Voir Cot-
grave, Nicot, Monel, Borel et Ro-
quefort, ainsi que l'article Bru, qui
précède.) — Tud. 1' biiit, épouse;
2» man, homme. Goth. 1° bruth;
2° manna. Anglo-sax. i° bryd;
2" man. Anc. island. -1° brùdhr;
2° man. Allem. I" braut; 2° mann.
Dan. 1° brud; 2° mand. Suéd.
1° brud; 2° man. Holl. 4° bruid;
2° man. Angl. 1° bride; 2° man.
Brun. — Tud. brîm, brun; is-
land. brunn , brurn; anglo-sax.
brun; allem. braun; dan. brunn;
holl. bruin; suéd. brun; angl. brown.
(Voir l'article Blond.)
Brunir, polir; se disait spéciale-
ment au xii^ siècle en parlant des
armes. (Voir à la page précédente
un exemple emprunté au Voyage de
Charlemagne à Jérusalem.)
Od mil lances d'acier burniet,
E od mil espées forbies
Li offerrai jà mun convei.
{Chron. des duci de Norm, t. H, p. 317.)
Anc. allem. briunen, rendre bril-
lant, polir. Le tudesque brinnan
avait le sens neutre de briller, être
brillant, et signifiait proprement être
en feu, brûler. (Voir Grimm^ t. III,
p. 446 ) Goth. brinnan ; anglo-sax.
byrnan; island. brinna; allem. bren-
nen; suéd. brœnna; dan. brœnde.
L'anglais a to burn, être en feu,
brûler ; to burnish signifiant dans le
sens neutre devenir brillant^ et dans
le sens actif rendre brillant^ polir,
brunir.
Brus, anc. poitrine; en langue
d'oc, brutz. (Voir ce mot dans le
glossaire placé à la suite de l'His-
toire de la croisade contre les Albi-
geois, publiée par M. Fauriel.) En
provençal, on dit encore dans quel-
ques cas bi'us avec la même signifi-
cation : a un houen brus, il a une
bonne poitrine. (Voir ci-dessus l'ar-
ticle Bréchet.)
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE SEGT. II. 311
Lor beaus vis clers e loi- cor jeDZ
Faiscient manger à mastics
E à voutours e a corbins
E a urs granz enchaenez
Qui mameles, brus e costcz
Lor derompeient à dolor.
{Chron. dti dues Je Norm. t. II, p. 421.)
— Tud, brust, poitrine; goth.
trusts; anglo-sax. breost ; island.
briost; anc. frison, brmt, brast,
briast; dan. bryst; suéd. brœst;
holl. borst; angl. breast ; allem.
brust : d'où le composé brustbild,
représentation d'une personne jus-
qu'à la ceinture, soit en peinture,
soit en sculpture, buste. Brustbild
est formé de brust, poitrine, et bild,
représentation^ image.
Bue, Bu, anc. buste, partie supé-
rieure du corps ; en langue d'oc
hue.
Li emperere, s'il se cumbat od mei,
Desur le bue la teste perdre en deit.
( Chans. de Roland, >t. ncxurjii.)
Uncore quid qu'en perderez la teste sur le
bue.
( Voy. de Charlem. à Jir., t. 55.)
Arivargus l'a conseu,
Li a sevré le chief del bu.
(Rom. de Brut, t. 1, p. 238.)
— Anc. holl. bùk, buik, ventre,
ces mots se prenaient également
pour toute la partie supérieure du
corps, pour le buste. Tud, bûh, ven-
tre; anc. island. bûkr ; anc. allem.
bûch ; aWem. moderne bauch; holl.
buik; suéd. buk; dan. bug.
Busse, Buce, Buissar, sorte d'an-
cien navire.
Nés, sauntines, buces e bas
Orent a si tres-grant plentez
C'unques ne furent sol nonbrez ;
Armes e vitaille i unt mise.
{Chron. det duct de Norin. t. II, p. 4J5.)
Et avoit retenu et mis en certains port?»
c'est à savoir, de Marseille3, d'Aiguemortes,
de Laites, de Narbonne et d'environ Mont-
pellier, telle quantité de vaisseaux, de nefs,
de carakes, de hus, de cognes, de buissart,
de galées et de barjîes, comme pour passer
et porter soixante mille hommes d'armes et
leurs pourvenances. (Froissart , liv. I ,
ch. Lii,t. I, p. û5, col. 2.)
— Anglo-sax . butse, sorte de na-
vire, mot qui se trouve dans le com-
posé butse-carlas, gens de l'équi-
page, marins. Anc. island. hùssa,
espèce de navire; dan. bojse; holl.
buyse , buis ; allem. 6ûse ; angl .
buss.
BucKJOL, BucKJON, anc. hareng
fumé, hareng saur. (Voir le glos-
saire de Roquefort.) Buckjol eibuck-
jon sont le même mot auquel on a
donné deux terminaisons différen-
tes, — Allem. bùcking, bûkling ,
hareng saur; hoW. bukking,bokking;
dan. buking ; suéd. boking.
BucHE.(Voir Bois.)
Buée, lessive; Buer, lessiver,
anc. En italien^ bucato, lessive; en
espagnol et en provençal, bugada.
— Anglo-sax. bùhken, lessiver, anc.
allem, peûchen; allem. bduchen;
dan. boege ; suéd. byka; bas-allem.
bucken; angl. tobuck.
BuisNART, anc. nigaud^ niais, sot^
imbécile.
Pot buisnart vos poez tenir ;
Alez-vos, buen home, dormir;
Si nos laissiez en pais ester,
N'est uncor pas tens de lever,
Ne lieus ne cointe ne besoing,
Ne quant que vos dites n'avom soing.
[Chron. des duct de Norm. t. 11, p. 26.)
— Allem, butter narr, stupide,
lourdaud, grand nigaud, gros imbé-
cile: 1» huit, stupide, hébété, gros-
312
PREMIÈRE PARTIE.
sier; 2° narr, un sot, un imbé-
cile. Holl. 1° bot; 2° nar. Dan.
\° but; 2o nar. Suéd. 1" butt;
T narr.
BuRON^ anc. petite maison, ca-
bane. En Auvergne ce mot signifie
encore une étab-le aux vaches; en
Normandie on dit buret pour une
loge à cochons.
Sire, dirent-ilz, il vous vault mieux cy
demonrer que aller plus avant, car nous ne
vous ferions que travailler; car il n'y a au
boys ne maison ne buron que nous saichons,
et nous avons viande à grant planté, si
tendrons vostre pavillon en ce pré. [Roman
de Lancelct du Lac, cité dans le glossaire
manuscrit de Sainte-Palaye, art. Buron.)
Lors se trouvèrent les deux chevaliers gi-
sans en la forest soubs un arbre, ne ilz ne
virent entour d'eulx maison ne buron. (,Ro-
man de Perceforesl, cité ibid.)
— Tud. bûr^ maison, habitation;
go th. baurd; anglo-sax. bûr, bord;
island. byr ; anc. allcm. bord; anc.
holl. bord, berd.
But, Butte. On a dit, en basse
latinité^ boto et buta^, pour signifier
une petite butte^ une petite éléva-
tion de terre arrondie que l'on
faisait sur les limites des champs
pour servir de borne . (Voir le glos-
saire de du Gange.)
La signification primitive de but
est celle d'élévation de terre servant
de point de mire .
— Angl. butt, bout, extrémité,
butte, but; bud, bouton, bourgeon,
corps ayant une forme arrondie;
bounds, borne, limite. Goth. bauths,
bout, extrémité; anc. allem. butt,
item, se disait surtout des extré-
mités arrondies, comme le bout de
la mamelle, le bout du nez. Allem.
bute, item; de plus, bouton^ bour-
billon, bourgeon. Holl. bot, bouton,
bourgeon.
Butin. — Anc. allem. bute, bùten,
butin, dépouilles enlevées à l'enne-
mi; island. byti, byte ; dan. bytte;
suéd. byte;ho\\. buit; allem. beute;
angl. booty.
Gahute, Gajute. — Dan. kahyt,
cabane, chaumière, cahute; suéd.
kajuyta, kaota, kota; allem. koth,
kothe ; angl. cot, cottage, ; anglo-
sax. cote, cyte; island. kot; holl.
kajuit, cabine d'un navire, cajutte;
allem. kajùte, item.
GAiLLE,en italien gwag /ta, en pro-
vençal cailla, enbasselatinité, <7wa-
quila, quaquilia, qualea, qualia.
— Anc. holl. quakele, caille;
holl. moderne quakkel,item; quaken,
crier, en parlant de certains oiseaux,
piauler; allem. quaken, item. angl.
quail, caiWe; tocackle, caqueter, en
parlant des poules ; suéd. kakla,
item. Tous ces mots sont des ono-
matopées.
Cale^ terme de marine. Partie la
plus basse de l'intérieur d'un navire,
construite sur la quille. — Holl.
kiel, quille et cale d'un navire ; dan.
kioel, quille, carène; suéd. kiœl ;
allem. kiel; angl. keel; anglo-sax.
cœol, ceol; island. Mal, Mol; tud.
Mol.
Galme. — Anc. allem. halm, tran-
quillité de la mer^ bonace, calme ;
holl, kalmt, item ; angl. calm, item.
On trouve dans Scaliger : « Gum
essem in navi, neque ventus flaret,
calamum vocant Histri.» {Aristote-
lis historia de animalibus; p. 217.)
Gapjapsa, sac de cuir que porte
sur les épaules un goujat ou un
pauvre artisan quand il voyage. Ce
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II
mot est vieux. (Acad.) — AUem
313
knapsack, canapsa, sac rétréci dans
sa partie supérieure, composé de
knapp, étroit, juste, et de sacÂ^sac.
HoU. knapzak, canapsa; naim ,
étroit; zak, sac. Angl. knapsack,
canapsa. Suéd. knap, étroit; sœck,
sac. Dan. knaptaske, canapsa : com-
posé de knap,étroit, et fasAe, poche.
Cane, Canne, Chane, Chaenne,
signifiaient autrefois une sorte de
cruche ; d'où nous sont venus les
dérivés canette et cantine, ainsi que
canon, mesure pour le vin. En basse
latinité^ canna, cruche; canneta,
petite cruche, canette.
Tant va la canne à l'iau qu'il li convient
brisier. (Beaudouin de Sebourg cité dans les
Récréations pbilol. de M. Gérin, p. 178.)
E chaenes, e frocs, e pliieles, e mor-
tiers, e encensiers, tut de fin or. (Livre des
Ruis, p. 257.)
El liydrias, et fuscinulas, et phialas, et
mottariola, et turibula, de aura purissimo.
— Tud. canna, channa, channala,
pot, cruche; anglo-sax. canna; is-
land. kanna; allem. kanne; suéd.
kanna; holl. kan;dm. kande ; angl.
cann.
Canif signifiait autrefois un cou-
teau à lame droite, de même que
ses diminutifs canivet, canivet, ke-
nivet, quenivet, cnivet, guenivet
en basse latinité, knivus, knipulus,
canipulus. On lit dans le diction-
naire de Jean de Garlande : « Ar-
tavus dicitur gallice kenivet, scilli-
cet cultellus qui tendit in altum.»
(Jean de Garl. dans Paris sous Phi-
lippe le Bel, p. 588.)
Dft vénerie i a oustil.
Le quenivet et le fuisill,
Et li tondresetli galet.
Et moult arme de maint abel.
{Roman de Partenopex de Bloit, cité dans le gloi-
saire de noqoefort, art. Tondret.)
•— Ane. island. knifr, couteau;
anglo-sax. cnif; allem. kneif; bas-
allem . knief; dan. kniv ; suéd. knif;
holl. kniif; angl. knife.
Canot, sorte de barque. Ce mot
a la forme d'un diminutif. — Allem.
kahn, barque, nacelle, canot; holl.
kaan; suéd. kana; àa.n.kane; angl.
canoë.
Canton, avant d'avoir la signifi-
cation qu'il a aujourd'hui, signifiait
coin, recoin, encognure, angle. Le
provençal cantoun, canton, et l'ita-
lien canto, ont conservé l'ancienne
acception du mot français.
On nous avoit asseuré qu'on le vouloit
tuer par les rues où nous pensions nous
battre à chaque canton. [Des Cnuronnels
français, ch. xvii, dans les Œuvres com-
plètes de Brantôme, édit. du Panthéon lit-
téraire, 1. 1, p. 684, col. 2.)
Ces supercheries d'arme>5 sont cent fois
pires que celles que l'on fait assassinant les
personnes aux cantons des rues, ou en un
coing de bois. {Discours sur les duels, ibid.
p. 722, col, 1 .)
L'homme. ... se regarde comme égaré
dans ce canton détourné de la nature.
Pensées de Pascal publiées par M. V. Cou-
sin, p. 126.)
— Tud kant, coin, angle, bord,
extrémité, contour ; anglo-sax. cant ;
anc. island. kantr; allem. kante;
holl. dan. suéd. kant; angl. cantle,
coin, bord, extrémité, se dit parti-
culièrement en parlant du pain, a
cantle of bread, morceau coupé à
l'une des extrémités d'un pain, chan-
teau.
Capler^ Chapler, anc. tailler en
pièces, sabrer, massacrer; en langue
d'oc, capuzar, capular. Caple^ Cha-
314
PREMIÈRE PARTIE.
PLE, action de tailler enpièces, mas-
sacre, carnage. On dit dans les Hau-
tes-Alpes chaplar, pour couper en
petits morceaux, hacher. Il nous est
resté chapeler, chapelure qui se di-
sent en parlant du pain.
Quant les lances furent faillies,
Caplent as espces forbies.
(Rom. de Brut, t. H, p. 177.)
Au caple des espées nues
Fièrent tes cous que tous s'estonnent.
{Touraoitmeni de l'Aniéc/iri$t, p. 74.)
Or sont 11 (lui content ensamble
Venu au chaple des espées,
Si li en donnent grans clipées.
L'a puet-on veoirbacUeler
Qui fait le feu estainceler ,
Tant tiert et chaple a son content.
[Nouveau recueilde contes, t. I, p. 336.)
— Holl. kappen, couper, tran-
cher , hacher , mettre en pièces ;
allem. kappen; suéd. kappa ; dan.
kappe.
Dans capler le / s'est introduit à
la suite du p comme dans sinople
de Sinopis. (Voir à cet égard t. II,
p. 4 40.
Câpre en terme de marine est le
nom qu'on donne aux armateurs et
aux vaisseaux armés en guerre qui
vont en course. (Trévoux.) — Holl.
kaper, kaaper, câpre ; ce mot a les
deux acceptions données par Tré-
voux, il se prend pour un vaisseau
armé en guerre et pour un arma-
teur ; il dérive de kapen, kaapen,
croiser sur les vaisseaux ennemis
pour les capturer, être armé en
course. Suéd. ftapare, armateur, cor-
saire,pirate ; dan. kaper, item.
Caque. La forme de ce mot se
rapproche plus de celle de son cor-
respondant germanique que du latin
cadus. — Island. kaggi, tonneau,
barrique, baril, caque; suéd. kay-
ge; dan. kagge; angl. cag,kag.
Carcan. Autrefois ce mot signi-
fiait un collier de fer, avec lequel
on attachait par le cou un crimi-
nel à la potence ; il se prenait éga-
lement pour un collier en pierreries
qui ornait le cou des dames. En
basse latinité, carcannum avait la
première de ces deux significations:
A tant le fait mètre en prison,
Et un carquan ou col fremer.
(T/iéâtre frattçais au moyen âge, p, 163.)
Lespatenostres, anneaux, jazerans, car-
cans, estoyent de fines pierreryes, escar-
boucles, rubys balays, dyaraans, saphys,
esmeraugdes, turquoyses, grenatz, agathes,
berilles , perles et unions d'excellence.
(Rabelais, liv. I, cb. tvi, p. 62, col. 2.)
Carcan vient d'un mot germa-
nique signifiant gorge, comme col-
lier vient de col. — Tud. querca,
gorge ; krago, cou . Ane. island.
qverkj gorge, cou ; anc. allem. kra-
gen, item ; holl. kraag, le derrière
du cou, le chignon, de plus, collet,
col, rabat , fraise . Suéd. krage ,
item ; dan. krave, item ; allem. kra-
gerij collet, col, rabat; angl. kraw,
le devant du cou des oiseaux, le ja-
bot.
Carpe^ poisson : en basse latinité,
carpio ; en espagnol^ corpa; en ita-
lien, carpione. — Tud. charpho^cax-
pe; holl. karper; dan. /carpe ; suéd.
karp; angl. carp; allem. karpfen.
Cauchemar. Les peuples supers-
titieux de la Germanie croyaient que
le cauchemar est produit par un gé-
nie malfaisant, un incube qui^ pen-
dant le sommeil, vient s'asseoir sur
la poitrine et la comprime de façon
à gêner la respiration. Notre mot
cauchemar est formé du nom donné
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 315
à cet incube dans les idiomes ger-
maniques et du latin calcare, que
l'on retrouve dans le provençal cau-
dar, caouciar, fouler, presser et
dans le picard cauquer; le patois
des Hautes-Alpes dit chaouchar,
pour fouler, presser, et chaoucha-
vieillaj pour cauchemar; dans le pa-
tois de l'Isère^ on ait chauchi-vieilli,
et dans celui du Rhône chauche-
vieille. M. Champollion-Figeac, dans
ses Nouvelles recherches sur les pa-
tois de la France, p. 125, dit que
les paysans du Grésivaudan attri-
buentle cauchemar à une t;îez7/e sor-
cière qui descend de la cheminée
pour venir tourmenter celui qui dort.
Dans d'autres patois on dit 'pesant,
peant; en espagnol pesadilla. Les
vers suivants nous donnent une idée
de ce que l'on pensait du cauchemar
au xu* siècle :
En partie ont nature humaine
Etem partie soveraine;
Incubi demoines ont non ;
Par cel air ont lor région,
Et en la terre ont lor repaire.
Ne puecnt mie grarvt mal faire,
Ne pueent mis muit nuisir
Fors (le gaber et d'eschernit ;
Bien prendent humaine figure,
Et ce consent bien lor nature;
Mainte meschine ont porjeue (violée)
El en tel guise deceue.
{Rom. de Brut, I. 1, p. 356 et 357.)
— Anglo-saxon, mara, incube,
épialte, cauchemar; island. mara;
bas-allem. mare; dan. et suéd.
mara; hoU. nagt-merrie; angl.
night-mare; ces deux derniers si-
gnifient proprement incubes de la
nuit, car nagt et night, nuit, ont
été ajoutés au mot usité à l'état
simple dans les autres idiomes.
Causer. — ïud. kàzàn, cosan_,
chosan, causer, jaser, babiller;
anglo-sax. cuedan; anc. allem. ke-
den; allem. kosen; boll. kouten;
angl. to chat.
Cembel, anc. combat partiel, es-
carmouche. (Voir l'article Champ
ci-après.) Cembel a la forme d'un
diminutif.
Sa bataille estoit bone et fors,
Car ces semblanz et ces effors
Donoient aux autres hardiesse ;
Onques home de sa jonesse
Ne vit n'uns contenir si bel.
En guait, en eslour, en cembel,
(Rutebcuf, 1. 1, p. 4t.)
Entre les prisons e It preie
Valurent deus cenz mile mars;
E quant tôt fu destruit e ars,
Si s'en retornerent si bel,
N'orent ne sieute ne cembel.
A Roem fu la départie.
{Chrcin. det ducs de Norm. t. II, p. 527.)
— Tud. 1° kamph, kamf, com-
bat, bataille; 2° camfjan, combattre.
Anglo-sax. 4° camp; 2° campian.
Anc. allem. \° kamph; 2" chemfen.
A\\em.\° kampf; 2° kàmpfen. Dan,
1° kamp; %°kampe. Suéd. \° kamp;
2° kœmpa. Holl. 1 " kamp, qu'on ne
trouve plus qu'en composition;
2° kampen.
Cercueil. On disait autrefois sar-
cueUj, sarkeu, sarcou, sarcu; en
basse latinité, sarcha.
Un sarkeu fist apareillier,
Lez la meisiere del mostier,
A melre emprès sa mort son cois.
[Rom. de Rou, t. 5961.)
En blancs sarcous fait mètre les seignurs;
A seint Romain l'a gisent li baron.
{chant, de Roland, st. cclxix )
A honur la dame unt porté
El sarcu, posée et musse
I)e-lès le cors de san ami.
(Mario de Fruoce, t. 1, p. 31t.)
316
PREMIÈRE PARTIE.
— Tud. sarc, sarch, sarh, cer-
cueil, sépulcre tombeau; allem.
sarg ; holl. zark.
Cerneau. — Tud. kerno, fruit
renfermé dans une coque, dans un
noyau, et particulièrement intérieur
de la noix, amande, cerneau; anglo-
sax. cimel; island. kiarni dan.
kierne, kiœrne; suéd. kierna; allem.
et holl. kern ; angl. kernel.
Chaloupe. — Dan. sluppe, cha-
loupe; suéd. slup; holl. sloep; angl.
sloop ^ shallop.
Chamois, en italien^ camoscio. —
Tud. gams^ chamois; anc. sax.
ghemse, item; anc. allem. gamz;
allem. gemse, item.
Champ^ Chanp signifiaient autre-
fois guerre, bataille, combat, duel ;
d'où champion, guerrier, combat-
tant. Celui-ci ne vient donc pas de
campus, dans le sens de lice desti-
née aux combats singuliers, mais
d'un primitif germanique qui signi-
fie combat, bataille. En basse lati-
nité, campus signifiait guerre, com-
bat. (Voir du Cange, et ci-dessus
l'article Cemhel.)
Tuit sunt segur deu champ ûner.
Et de la terre délivrer
D'icele granz geut desleiée.
[Chron. desductde Nom. t, 1, p. 270.J
Ferir levait, niolt se hasta...,
La teste prant de l'aversier,
Le grant espié et le destrier;
Poignant en vint vers la cité,
Quar molt bien a le champ fine.
{Floire et Blanceflor, édit. du Méril, p. Ki. )
Et li rels Achab se desguisad de ar-
mure e entrad el chanp, {Livre des Rois,
p. 338.) ;
Porro rex Israël mulavit habilum suum,
et ingressus est bellum.
Tuz les jurs Saul fud la bataille fort e
fiere encunlre le» Philistiens e Saûl ; kar
lleslit par tut les bons champiuns e lu forte
bachelerie, si 's fit de sa privée maignée.
{Ibid. p. 52.)
Erat autem bellum potens adversum Phi-
listœos omnibus diebus Saul. Nam quem-
cumque viderai Saul virum fortem et ap^
tum ad prœlium, soeiabal eum sibi.
On lit dans Baldricus de NoyoUj
liv. I, ch. X ; « Ad singulare certa-
men quod rustice dicimus campum,
provocaverunt. »
— Tud. kamph, kamf, combat,
bataille; Aam^an^ combattre ; kem-
phOj, combattant, guerrier, soldat.
Goth. chempo, item. Anglo-sax.
^ " camp, combat ; 2° campian, com-
battre. Anc. allem. 1 ° kamph ;
go chemfen. Allem. ]° kampf ;
2° kàmpfen. Dan. 4 » kamp ; 2° kampe.
Suéd. ]° kamp; 2° kœmpa. Holl.
i° kamp, que l'on ne trouve plus
qu'en composition; 2* kampen.
Chanteau, morceau coupé à l'une
des extrémités d'un pain. Cantel ,
chantel, chanteau signifiaient autre-
fois un morceau, un quartier de
quelque chose. (Voir Roquefort.) Ra-
belais dit un chanteau de lœ lune
pour un quartier de la lune. (Panta-
gruel, prologue du liv. IV, p. 205,
col. 2, au bas.) Ces mots sont de la
même famille que canton. (Voyez
celui-ci p. 313 ) De cantel, chantel,
on fit le composé escanteller, eschan-
teller, ôter un morceau, écorner;
d'où le dimirmiiî escantillon, eschan-
tillon , échantillon , petit morceau
que l'on coupe à une étoffe pour ser^
vir de montre et faire connaître la
pièce.
Si varl ferir Escremiz de Valterne
L'escut del col li fraint e escantelet.
(Chani, de Rolland, «t. xcriii.)
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. IL 317
— Angl. cantle, extrémité, bord,
morceau coupé à l'extrémité de quel-
que chose et particulièrement d'un
pain, chanteau; de plus ce mot si-
gnifie en général morceau, quartier,
fragment, portion. Anglo-sax. cant,
extrémité , bord ^ coin , angle ; tud.
kant; ancien islarfd. kantr ; allem.
hante ; holl. dan. et suéd. kant.
Chelme , ScHELME, auc. méchant,
traître, scélérat^ coquin, fripon.
11 ks lance bien fort, les appelans cJieltnes
et poultrons.,(Bouchet, liv. III, p. 42, cité
dans le glossaire de Sainte-Palaye, art.
Chelmes.)
— Allem. schelm, fripon, coquin,
traître, scélérat; dan. skiœlm; suéd.
skielm; holl. schelm; ang. skellum.
Chinquer, anc. verser à boire
avec profusion, boire beaucoup, go-
dailler, faire une orgie. (Voir Ro-
quefort.) En italien, cioncare. Ces
mots sont dérivés d'un verbe tu-
desque signifiant verser à boire.
C'est encore un exemple d'un terme
germanique que les vaincus prirent
en mauvaise part. (Voir Eére, Lan-
de, Lippe, Rosse, Rapièce.
Voyant qu'elles prenoient si grund plai-
sir a chiiiquer du vin d'Arbois,... (Mémoites
de Sully, U IV, p. 195.3
— Tud. scencan, scenkàn^ verser
àioire; anglo-sax. scencan; island.
skencka ; allem. schenken ; dan.
skiœnke; suéd. skœnka; holl. schen-
ken.
Choc, Choquer. — Anglo-sax.
scacan ; choquer heurter, secouer,
ébranler; island. skaka; anc. allem.
schocken; suéd. skaka; holl. 1 » schok,
choc , 2° schokken, choquer, heur-
ter.' Angl. 1" shock; 2° to shock.
Choisir, CoisiR signifiaient ancien-
nement apercevoir, découvrir, dis-
cerner , élire avec discernement ,
choisir, en langue d'oc causir.
Tant ont nagé et tant siglé
Qu'il ont choisie la cité.
fChron. des ducs de Norm. t. 1, p. 219.^
Par dejoste un jardinet,
Soz le ru d'une fontaine,
Choisi en un praëlet
Pastore qui mult ert saine.
[Tkéâlre français au moyen âge, p. 34. «ol. 1.)
Vers la mer nous en allons,
Encor pau de jour vêlons,
Quant nous choisîmes ceste nef.
(Rom. de la Mimckine, t. 5045.)
— Tud. kiusan, chiusan, aperce-
voir, distinguer, discerner, consi-
dérer, examiner, choisir, élire. Goth.
kausjan, examiner; kiusan, aperce-
voir, discerner, choisir. Anglo-sax.
keosan,ceosan, cysan; island. kiosa;
suéd. kesa; holl. kiezen; angl. to
chuse, to choose; lûlem.erkiesen ,
avec le préfix er.
Chopine, diminutif de chope, cope
ancienne mesure pour les liquides,
les grains 3t le sel. On trouve en
basse latinité chopa, cheopina. —
Tud. koph, vase servant à contenir
des liquides, cruche. Anc. allem.
chopha^ schaff, vase, baquet, seau ;
schoppen, mesure pour les grains et,
les liquides. Anglo-sax. schopen ,
seau. Suéd. scopa,, item Allem.
schoppen , chopine ; schopfen, pui-
ser. Holl. kopj, petite mesure pour
les liquides, écuelle, tasse.
Chopper. — Holl. schoppen, heur-
ter du pied contre quelque chose ,
chopper; allem. schuppen, schupfen,
heurter, choquer, chopper ; schupp,
heurt, choc. Tud. sdupan, sduhan,
frapper, heurter, pousser; anglo-
sax. sceofan, item.
318
PREMIÈRE PARTIE.
Choucas ou Chucas, « Espèce de
corneille grise , aux bec et pieds
rouges. Graculus. Quelques-uns di-
sent choucas ou chocas et chouca.
Les choucas vivent de toute sorte de
grains et de sauterelles , de vers et
de glands Ils s'apprivoisent
facilement,, et, lorsqu'ils sont nour-
ris niais, ils ne quittent jamais leur
cage. On leur apprend à parler. »
(Trév.)
Choucas, chocas, sont des dérivés
de choe, caxve, kauioe, mots qui ser-
vaient autrefois à désigner cet oi-
seau.
Sa coulorsn'estoitpasen semblance Aechoe,
Carele ert aussi blanche corne croie (craie)
qu'on Iioe.
{Rom. de Derle, p. 50.)
nOU VILAIN QUI NOURIT U>E CBOE.
D'un vilein dist ki nurrissfit
Une kauwe que mult ameit;
Tant la nuri qu'cle parla.
Un siens veisins l'a li tua ;
Cil s'en claima a la Justise...
De la cawe li demanda
Qe ce esteit qu'ele canta.
Et quel parole elediseit.
Cil li respunt qu'il ne saveit.
(Marie de France, t. », p. 331, Kt.)
— Tud. caha, corneille, choucas ;
anglo-sax. ceo ; hoU. kaa, kauw,
kaauw ; angl. to kaw, crier comme
un choucas.
Chouette, Chevette, Chat-hu-
ANT. Les deux premiers sont des dé-
rivés ayant la forme de diminutifs.
La chouette était autrefois appelée
cahu, cdhue, chahue et cuece, dans
différentes provinces.
Janin Janot, mais quel oysel es-tu ?
Es-tu pinchon, linot, merle ou cahu ?
(Vttiix-de- V!ri d'Olivier BiS^etin, M\\. de M. Loui»
Dubois, p. 168.)
Si m'aprochai vers le vilain,
Si vi qu'il ot grosse la teste
Les sorcieux gratis et le nez plat,
Nez de cuece et nez de chai.
(Tournoiement de r Antéchrist, p. 12Î.)
De calme, chahue on fit les dé-
rivés cahuant, chahuant, chouant,
chat-huant. En langue d'oc chauana ;
en basse latinité, cduanna, cauannus.
Ce n'est que par une confusion de
son, et par une fausse et ridicule
analogie avec un chat qui hue, que
nous en sommes venus à écrire
chat-huant. Du Cange, art. Cauanna,
a déjà fait la même remarque.
A midy estoile ne luit, cahuant ne sort de
son n\i>..
(Adage* et proverbes in«'rés dans les Récrëalions
philologiques de M. C^nin, I. Il, p. 23i,)
Leschouan», annonceurs de mauvaise aven-
ture,
Ne s'y viennent percher, mais les rossi-
gnolets...
(Ronsard, Eclogue lll.)
— Anglo-sax. chauch, chat-hu-
ant , chouette , chevette : allem.
kauz ; holl. schuivit.
Chouler, Chéoler, Choler, So-
LER, anc. jouer à divers jeux dans
lesquels on lance quelque chose de
rond^ comme une boule, un ballon,
une balle, etc. En basse latinité,
cheolare. Du Cange dans sa disser-
tation sur le jeu delà chicane dit que
les paysans de son temps appelaient
encore choie un jeu dans lequel on
lance une espèce de ballon avec le
pied.
Die\t que jou ai le panche lassée
De le choule de l'autre fois!
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. I[. 3^9
VARIONS.
Di, Robin, foy que tu mi dois,
Choulas-iu ! que Diex le te mire !
fLi Cieus de Robin et de Marion, dans le Thcàtrt
français au moyen àje, p. 108,)
— AUem. schoîlern, jouer à cer-
tains jeux dans lesquels on lance
quelque chose de rond, jouer aux
noix^ aux galets, etc. HoU. sollen,
lancer, jeter; angl. to shoot j item.
Cible. On écrivait autrefois sible.
— Tud. sciba, disque, rond; allem.
scheibe_, rond, disque, but, cible;
dan. sMve; suéd. sUifwa; hoU.
schijf. Il est probable que du mot
tudesque sciba on aura formé, en
basse latinité, le diminutif scibula,
sibula : d'où sible, cible.
Cingler. Une fausse et ridicule
étymologie donnée par Huet a con-
duit à orthographier ainsi ce verbe;
on devrait écrire singler, ainsi que
Ta fait Nicot. On disait autrefois
sigler, en basse latinité, siglare,
faire voile. (Voir Roquefort et Du
Cange.)
En la mer s'en entra la navie
De grant ricliesce repienie;
Tant corurent e tant siglerent
Qu'el liafne de Seigne entrèrent.
(Cron. des ducs de Nom. t. I, p. 187.)
Plus est seur afere
De nager près de terre
Ke en haute mer sigler.
(Traduction des distiques de Calon, dam le Lirre
des proTcrbei français de M. L* Roui de Liocy,
t. Il, p. 373,)
Le texte porte :
iVaȔ lilus carpere remis
Tutius est mnlto quùm vélum tendere in
altum.
Sigler, faire voile, a été formé
de sigle qui signifiait anciennement
voile .
E un vent devant eus leva,
Qui luin del hafne les geta,
Lur verge brusa e fendi,
Et tut lur sigle desrumpi.
(Marie de France, t. 1, p. 458.)
Donne Irieves trois mois sans perte et sans
damage.
N'iras mes, par besoin, 'a sigle ne a vage.
(Roman de Rou, par Vace, cité dan) du Cange, art.
Si^la.J
Au xiv« siècle, on disait déjà
single, pour voile, et singler, pour
faire voile : <( Lendemain ils se
desancrèrent et sachèrent leurs sin-
gles à mont, et se mirent à chemin
en côtoyant Zélande. » (Chron. de
Froissart, t. I, p. 13.)
Dans single, singler le n s'est in-
troduit devant le g comme dans
langouste, jongleur, formés de lo-
custa, joculator. (Voir t. 11^ p. 1 43,)
— • Tud. 4» segal, voile; 2o segal-
jan, faire voile, naviguer, cingler.
Anglo-sax. 4» sœgel, segl; 2° se-
glian. Island. 1 sigal, segl ; 2o si-
gla. Allem. io segel; 2" segeln.
Suéd. 4° segel; 2° segla. Dan.
1° sejl; 2» sejle. HoU. 4" zeil;
2° zeilen. Angl. 40 sail; 2° to sail.
CiRON : en basse latinité, siro,
sironis. — Ane. allem. sire, siere,
sur, ciron; Jias allem. sûre; hoU.
zier.
CiSEMUs, anc. musaraigne, animal
sauvage assez semblable à 'une
souris.
Ceens n'a buis ne fenestre
Par où rien nulp s'en alast.
Se n'estoit oisiau qui volast.
Ou escureus ou cisemus
Ou beste ausint petite ou plus.
(Le Chevalier nu Lion dans Romvarl, pnblië par
A. Keller, p.551.)
Tud. sisemiis, zisimûs, musa-
320
PREMIÈRE PARTIE.
raignc; anglo-sax. sisemus, item ;
allem. zismaas, ziselmaus, item.
Clamp. C'est un terme de ma-
rine qui signifie une certaine pièce
de bois qu'on applique contre un
mât ou contre une vergue pour les
fortifier, et empêcher que le bois
n'éclate. (Trévoux.)
— Ane. island. klampi, crampon, .
dérivé de Uemma^ serrer, presser.
Holl. klamp, morceau de bois ou de
fer qui tient deux pièces ensemble,
clamp ^ crampon, patte, dérivé de
klemmen, serrer, presser, étreindre.
Dan. \ ° hlampe, crampon , clamp ;
2° hlemme, serrer, presser. Allem.
1** klammer; T klemmen. Angl.
\° clamp; 2° to clap. Tud. klamjmij
serrer, presser, étreindre, attacher.
Suéd. klœmma, item.
Clapet, petite soupape. — Allem.
klappe, clapet, valvule, languette,
de kappen, Uappeni, faire du bruit,
claquer, cliqueter. Holl. 1° klep,
clapet, etc. ; 2° klappen, claquer, etc.
Dan. 4° klappe; 2° klappe. Suéd.
klapp, marteau de porte; klappa,
frapper^ taper^ faire du bruit, cla-
quer. Angl. to clap, item.
Clapier. On appelle, en proven-
çal, clap et clapier, un gros tas de
pierres , de quartiers de rochers.
En basse latinité, claperium signi-
fiait à la fois un tas de pierres et
un clapier pour les lapins. (Voir du
Cange, à la fin de l'article Clape-
rium.) Le# clapiers furent dans
l'origine des tas de grosses pierres
ou des quartiers de fochers disposés
dans les garennes pour servir de
retraite aux lapins, ainsi que cela
se pratique encore.
— Island. hlaupp, roc, rocher;
anglo-sax. clif; allem. klippe; holl,
klip; angl. kliff' ; suéd. klapper,
caillou, galet.
Clapoter. — Tud. klaphàn, frap-
per, taper, faire du bruit, raisonner,
clapoter; anglo-sax. clappan; is-
land. klappa; dan. klappe; holl.
klappen; allem. A;/appen, klappern;
suéd. klappa; angl. to clap.
Clapoter est formé du primitif
germanique et du suffixe ôter, qui
est propre aux verbes fréquentatifs ;
de taper, cligner, on a fait de même
tapoter, clignoter.
Glatir se dit d'un chien qui fait
entendre un cri perçant et redoublé
en poursuivant le gibier. C'est une
onomatopée qui se retrouve dans les
idiomes germaniques. — Holl. kla-
teren, faire un bruit ou un cri per-
çant, éclatant; allem. klatschen;
angl. to clatter.
Cliische, Clenque, Clique, Cli-
quet, anc. loquet d'une porte. ^Voir
Trévoux et le supplément du glos-
saire de Roquefort.)
On dit encore clanche pour loquet
dans le patois messin.
N'on ne puet entrer es osteus
Sans bruscier u sacier le clenque.
(Ch'ea du hunteus menesterei , inséré dani lea
œuvres de Rutebenf, t. ï, p. 341.)
— Ane. allem. klinken, loquet;
island. klinka; allem. klinke; holl.
klink; dan. klinke ; suéd. klinka.
L'anglais n'a pas le substantif, mais
il a conservé le verbe to clinch,
fermer.
Clinquant, ainsi que Quincaille,
Quincaillerie, pour lesquels on
disait autrefois clincaille, clincaille-
rie (voir Trévoux), paraissent pro-
venir d'une onomatopée qui se re-
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE SECT. II. 321
trouve dans les idiomes germa-
niques. — Holl. klinken, rendre un
son, sonner, tinter; allem. klingen ;
suéd. klinga; dan. Minge; angl. to
dink; tud. klingan; island. klingia.
Coche. Les premiers coches étaient
une sorte de bateaux servant aux
transports.
Se unenef vuide est vendue, li venderres
doit ij deniers, et li achaterresij deniers de
tonlieu. Se uns bateaus ou un coches Ab]
fust est vendu, li venderres doit de chascun
obole de tonlieu, et li acheterres obole; et
se bateaus ou li coches est de ij fuz, il doit
autant de tonlieu corne la nef. {Livre des
métiers, p. 315.)
Dans la suite, les coches furent
des bateaux couverts qui faisaient
un service régulier et servaient à
transporter les voyageurs et les mar-
chandises; enfin on appela coches,
par extension, de grandes voitures
qui faisaient, par terre, un service
semblable à celui que ces bateaux
faisaient par eau.
Les diminutifs cochet, cocquet,
coket, se disaient anciennement d'un
petit bateau de transport ; en basse
latinité, cocho, cocha, cocka, cogo,
kogge, cochetus, avaient la même
signification. (Voir le glossaire de
du Cange^ art. Cogo , et celui de
Roquefort, art. Cochet.)
Pierre de Dusburg, cité par du
.Cange, nous apprend que cocka était
un mot germanique : « Cujusdam
navis dictae coc^ia teutonice.» {Chron.
de Prusse, ch. i.)
— Tud. kocho, koche, sorte de na-
vire, espèce de barque ou de bateau;
anc. allem. cocka, kogge, item ; is-
land. kugger; suéd. kogg; holl. kog,
kogge; anc. angl. cogge; ce dernier
est dans Chaucer.
Coiffe, habillement de tête. An-
ciennement ce mot signifiait princi-
palement une sorte de casque ; il se
prenait fort souvent pour la garni-
ture intérieure du casque. On di-
sait en basse latinité aipha, cuphia,
cufea, coffia. Voici ces mots dans
du Cange :
Al trépas traist Gauvins l'espée,
El chief li a tote anbarrée,
Jusqu'as espaulles le fendi
Onques li coiff'es ne l'gari (préserva).
fRom. de Brut, t. II, p. I69J
Bien sai luit i morrons el dame-Dieu ser-
viche;
Mais moût bien m'i vendrai, se m'espée ne
brise.
Jà n'en gariraj. ne coiffe ne haubers.
(Cesl li jus de taint tfhkalai, injéré dam 1 *
Th^lre français an moyen âge, p. 174.)
Boucliers es poings, roifes laciées,
Et blanches espées sachiées.
Se vont vistement a l'esbatre
Entre ceus de Flandres enbatre.
{Branche det roijaux lignages^ t. Il, p, S3&)
Grand cop li done en l'heaume agu;
Jusqu'à la coife la fendu.
fFloirt et Blanee/hr, ëdit. da Méril, p. 158^
— Tud. chuppha, couvre-chef,
bonnet; island. hufa; suéd. hufwa;
dan. huve; holl. huif; allem. haube.
L'aspirée initiale du primitif germa-
nique a été changé en c, comme dans
Clovis, Cîothaire, etc. (Voyez t. II,
p. 407.)
Cosse, Ecosse, Gousse; en basse
latinité, cossa. — Anglo-sax. Vscœd,
scatha, gaine, étui; %°codde, cosse,
écosse. Angl. \° sheath; 2° cod.
Allem. 40 scheide; T schote. Dan.
skede, gaîne, étui. Holl. scheede,
schede, item. Suéd. skida, gaîne,
' étui , fourreau , cosse , écosse ,
gousse .
%\
322
PREMIÈRE PARTIE.
Cotte, Cote, signifiaient autre-
fois une sorte de long vêtement^
une espèce de tunique, une souque-
nille, une robe et, en dernier lieu,
un jupon. Nous n'avons pas encore
perdu le souvenir des cottes d'armes
et des cottes de mailles.
Feme sens et sustance trait d'orne de bon
aire;
Cote, sercot et chape, peliçon, robe vaire,
Garnison al'ostel, deniersas despens faire,
Jk feme n'i iaira chose qu'el en puis traire.
(Chattie-Mutari, à la suite an œurret de Rolebeuf,
I. U, p.483,]
Se cil qui vont criant la cote et la chape
par la vile de Paris voelent revenir à ce
que ils puissent partir aus preudeshomes du
mestier devant dit, il convient que il leisent
le crier par la vile la cote et la chape, et
que il achate tout de nouvel le mestier de-
vant dit, et que il face le serement en la
manière desus devisée. (Livre des métiers,
p. 200.)
Cotte forma les dérivés cottelle,
cotillon; le composé surcot, sor-
cot, etc. En basse latinité, cotta,
cottus signifiaient tunique, robe,
souquenille, soutane.
Guiot a mult bien entendu...
Il a reposie sa muselé.
Si secorce sa cotele.
(Thiilre françaii du moyen âge, p. 35, col. 2.)
Esgardait l'osle ki avoil
Le sercot sa famé afubleit.
(Dolopathot, p. 366.y
Cote et la chape par covent,
Clerc i sont engané sovent;
Cote et sorcot rafeteroie.
(Ltt Crieries de Parti, par G. de la Villeneuve, in-
sérée» dant les Proverbes et dictons populaires
du XIII* et xi»« siècle, publiés par M. Cra-
pelet, 1831, in-8», p. 140.^
— Tud. koza, kozo, surtout fait
d'une étoffe grossière, casaque, sou-
quenille, sarrau. Ane. allem. kotze,
item. Angl. coat, casaque, souque-
nille, jaquette, jupe, cotillon j dan.
hittel; suéd. Mortel; allem. kutte,
kittel.
Crampe. — Tud. cramiph, kramph,
crampe, engourdissement, spasme
suéd . kramp , krampe ; allem .
krampf; holL kramp; angl. cramp;
dan. krampe.
. Cranche. On disait ancienne-
ment aller cranche^ pour signifier
marcher avec peine, coiïime un im-
potent , un estropié^ comme un
homme aflaibli par la maladie.
Vos aleiz en estei si joint,
Et en yver aleiz si cranche;
Vostre soleir n'ont mestier d'oint,
Vos faites de vos talons planghes.
(Rutebeuf, t.I, p. 2H.)
— Tud. krank, malade, impotent,
débile ; island . krank , krankur ;
allem. hoU.suéd.ftmnft; daxi.skran-
ten.
Cranequin, anc. On appelait ainsi
un instrument que les arbalétriers
portaient à leur ceinture, et avec
lequel ils bandaient leurs arbalètes.
Les craneqiiins étaient des crones
de petite dimension ; aussi leur nom
n'est-il qu'un diminutif de Crone.
(Voyez Crone.) — Anc. allem. krane,
machine à lever et à charger des
fardeaux, grue, crone; le diminutif
devait être kranechen, kraneken .
Anglo-sax. crœn^ grue^ crone ; allem.
krahn; holl. kraan; dan. krane ;
suéd. kran; angl. crâne.
Crapaud. « Le plus dangereux
crapaud est celui qu'on appelle cra-
paud verdÂer, ou graisset, ou raine-
verte (rana viridis) ; en latin, bufo.v
(Trév. art. Crapaud.) En provençal,
le crapaud se nomme grapaoud. —
Dan . groen-^adde, crapaud, compo-
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 323
se de groen, vert, et de padde^ qui
signifie un batracien, grenouille ou
crapaud^ suéd. grœn-padda, cra-
paud : de grœn_, vert, et de padda,
batracien, grenouille ou crapaud; anc.
allem. ^° gruan, vert; 2" batte,
ftadrfe, crapaud. Bas allem. \° grôn;
2° padde. HoU. 4° groen; ^"padde.
Island. 1° grœn; ^°podda.
Craquer. Onomatopée que l'on
retrouve dans les idiomes germani-
ques. — Tud. chraCj bruit^ craque-
ment; krachjaUj krachôn, craquer.
Anglo-sax. kracTi, craquement;
allem. krachen, craquer ; dan.ftraftAe,
krage, item; hoU. kraaken; angl. to
crack.
Créquier, prunier sauvage. Il est
resté en termes de blason. (Acad.)
Son fruit, se nommait crêque. (Voir
Trévoux.)
Créquiers sont arbres qui ont poy de
feuilles et ont foison de picans, et en fait
on volentiers clôtures. {Office des hérauts
et jwvr suivons, cité dans le glossaire de du
Cange, éd. de Henschel, t. VII, art. Cré-
quier.)
— Tud, cne/t, petit fruit à noyau,
tel que prunelle^ cerise, etc. ; dan.
krikon, prune; anc. allem. krieche
item; allem. kirsche, cerise; hoU.
kroosjes, sorte de petites prunes.
CRESSON^.enital.cr'escione, On ap-
pelait autrefois cresson orlénois,
c'est-à-dire cresson d'Orléans, une
sorte de cresson que l'on cultive
dans les jardins. Par corruption, le
peuple nomme aujourd'hui cette
plante cresson à la noix; et les ha-
biles^ de se moquer de lui. Selon
ces messieurs, la seule expression
admissible est cresson alénois. Mais
le cresson orlénois n'a pas plus la
forme d'une alêne que celle d'une
noix, et le terme usité à la halle
vaut bien celui dont on se sert à
l'Académie.
Menuise vive orrez crier....
Puis après cresson de fontaine,
Cerfueil, porpié tout devenue....
Vez-ci bon cresson orlénois.
ftet Crieries de Paris , par G. de la Villenearcy
ins^réet dans les Proverbes et dictons popu-
laires du xiîi' et iiv* siècle, publiés par
M. Crapelet, 1831, io-S", p. 140.)
— Tud. kresso, kressa, cresson;
anglo-sax. kerse, cerse, cœrse; anc.
allem. kerse, crasse; allem. kresse;
dan. kœrse; suéd. krassa, krasse;
holl. kers, kerse; angl. er esses.
Crique, petit p(^rt naturel. —
Anglo-sax, crecca, crique; angl.
creek; holl. kreek. m '
Croc, Crochet. — Tud. cracho,
croc, crochet; island. krôkr; suéd.
krok; dan. krog; angl. crook; holl.
krooke.
Croissir, Croisir, Crussir, anc.
craquer, faire entendre un bruit, un
craquement; ces mots s'employaient
également pour signifier se briser,
se rompre. On dit en italien cro-
sciare; en espagnol cruxir et en
provençal crussir. Voyez l'observa-
tion faite ci-dessus , p. 140, art.
Crieve.
Rollans ferit el perrun de sardonie,
Cruist H acer, ne briset ne n'esgrunie.
{^Chans. de Roland, st. CLZtx.)
L'espée cruist, ne fruisset ne ne brise,
Contre le ciel amunt est resortie.
(Ibîd. st. CI.XX.)
Cil qui furent al assembler
Virent tant bel escu percier.
Tant bon hauberc desmailier •
Tante grosse lance croissir
Etante aime de cors eissir...
(Chron. des ducs de Nom. t. 1, p. 383.)
324
PREMIÈRE PARTIE.
Wage crurent et reversèrent;
Nef commencent a periller,
Bort et kievilles a froisser....
Voile depiccent et mast croissent.
(Rom de Brut, t. 1 , p. 119.)
— Go th. kriustan, craquer^ grin-
cer; holl. gruizen, briser, broyer;
suéd. krossa; dan. kryste; angl.
to crush. En Allemand hross est une
expression populaire signifiant qui se
brise aisément^ qui est craquant; il
se dit particulièrement de la croûte
de pain.
Crone, machine pour charger et
décharger les navires, espèce de
grue. (Voir Trévoux.) — Tud. krane,
machine à lever des fardeaux^ gf'ie,
crone; anglo-sax. crten; allem.
krahn; holl. kraan; dan. krane;
suéd. kran; angl. crâne.
Crosse. « Bâton crochu, ou re-
courbé par le bout, avec lequel les
enfants jouent et s'échauffent en
hiver, en poussant et se renvoyant
une balle, une pierre.... Crosse est
aussi un bâton pastoral que portent
les archevêques, les évêques et abbés
réguliers, ou qu'on porte devant eux
dans les cérémonies. C'€st un bâton
d'argent ou d'or, recourbé et ouvragé
par le haut. » (Trév.)
Nous disons proverbialement :
« C'est un homme à crosser » pour
c'est un homme à bâtonner.
Croce signifiait autrefois une
houlette: « Pedum dicitur gallice
croce. » (Dict. de Jean de Garlande,
à la suite de Paris sous Philippe le
Bel p. 605.)
En basse latinité^ croca, crocia
signifiaient bâton recourbé par le
haut, béquille dont se servent les
estropiés, houlette^ crosse d'évêque.
— Tud. krucka, bâton recourbé par
le haut, béquille; anglo-sax. crycce,
houlette; angl. crookj croc, bâton
crochu , houlette ; allem. krûcke,
béquille^ potence ; holl. kruk, item;
dan. ÂryÂ/ee^ béquille, crosse; suéd.
krycka, item.
Crotte, boue formée par la pous-
sière détrempée par les eaux de la
pluie, fiente de certains animaux,
comme brebis, chèvres, lapins, etc.
— Tud. chot, fiente, excrément,
crotte; allem. koth, boue, fange,
fiente d'animal, crotte de brebis, etc.,
flam. krotte, item; holl. keutel,
crotte d'animal; angl. crottles, item.
Dans l'anglais crottles, dans le fa-
mand krotte, ainsi que dans le fran-
çais crotte, le r est venu se placer
après le c. (Voir à cet égard, t. II,
p. 143.)
Croupe, Croupion : en basse la-
tinité, cruppa, croupe; crupporms,
croupion. — Bas allem. krupen, le
bas des reins, croupe, croupion;
island. gumpr ; dan. rumpe; suéd.
gump; angl. rump, le bas des reins,
croupion; crupper, croupe de cheval.
Dans certains idiomes le r a dis-
paru, dans d'autres c'est la palatate
kon g.
Couire, Cuire et Cuivre, Cuevre,
QuEUVRE, avec un v intercalaire, si-
gnifiant autrefois carquois.
Dune véissiez banstes drecier,
Haubers e belmes afaitier,
Estrieuse seles atorner,
Cuires emplir, ars encorder.
fRom. deRou, t. Il, p. 184.)
Et si avoit pendu encor
Une arbaleste fait de cor
Et un cuevre plain de quarriaus.
(Rom. de Cleomadèi , ciié dam la Cbroaiqu«
dM dHC( d« Normandie, t. Il, p. 450.)
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 325
née à couvrir des terrasses, ou à pa-
ver des salles, des vestibules , etc.
Dalle signifie aussi une tranche de
gros poisson.
— Tud. deilan, tailjan , diviser,
partager, trancher; d'où dil, dili,
dilo, thil, thili, ais, planche, ta-
blette. Anglo-sax. 1" dœlan, divi-
ser, etc.; 2° dhil, dhill, planche, ta-
blette. Island. \° deila; 2° thil, thi-
lia. EoW. \° deelen; ^^ deel. Dan.
\'deele; V dœle. Allem. ]°theilen;
2" diele. Goth. dailjan, partager,
trancher. Suéd. delà, item.
Dard : en italien et en espagnol,
dardo; en base latinité, dardus. —
Tud, tart, pique, javelot, trait, dard;
anglo-sax. darath; island, darradr;
anc. allem. dard; angl. dart; suéd.
dart, dagne, poignard.
Déchirer. Ce verbe est composé
de la proposition de et d'un verbe
germanique qui est resté à l'état de
simple dans le provençal esguirar,
déchirer. — Tud. sceran, skerran,
déchirer, couper, diviser: anglo-sax.
scyrian, scearan ,. seœran ; island,
skera i dan* sM'ere; suéd. shiœva,
skœra, hoU. scheuren; a.ng\. toshofe,
diviser, partager. Allem. scharren,
enlever en raclant.
Déerne, Déeréne, Déenne, aac.
fille, servante. (Voir Trévoux, Borel
et Roquefort.) —Tud. diorna, fille,
servante,; anglo-sax. thiorna; is-
land. thema; allem. dime; bas allem,
deeren; holl. deerne.
Dérive, terme de marine. Dévia-
tion de la route d'un navire occa-
sionnée par la violence du vent, du
courant ou de la marée qui le pous-
sent'de côté, et le font avancer obli-
quement par rapport à la direction
Et qui se fait vesque clamer.
Dont trait carriax fors de son queuvre.
(La Descriision et laplaissanct des religiont, iniér^a
dans les (£UTre< d« Ruiebeuf, t.I, p. 445.)
De cuire on fit cuirée , signifiant
la totalité des traits que peut conte-
nir un carquois, comme assiettée, si-
gnifie tout ce que peut contenir une
assiette.
Lor darz, lor arz et lor cuirées
Orent de iez eus apoiées.
{Roman delà Roie, t. 111. p. 79.)
— Tud. kochar,, carquois; anglo-
sax. cocer; island. kogur ; ■ dan. ko-
ger; a\\em.kôcher;holl.koker; suéd.
koger; angl. quiver.
Dague : en basse latinité , daga,
en italien daga. — Anc. allem. dagge,
poignard, dague; island. dolgur;
allem. degen; dan. daggeri; suéd.
dolk; angl. dag, dagger; holl, de-
gen, sorte d'épée.
Dais. Ce mot est orthographié de
différentes manières dans les auteurs
du XII* et xin® siècle ; on trouve deis,
des, dais. On disait dagm en basse
latinité. (Voir le glossaire de Ro-
quefort et celui de du Cange.)
— Tud. dag, dak, tout ce qui
sert à couvrir , couverture, voile,
poêle, dais; de decchan, couvrir.
Anglo-sajc. \°theccenef couverture,
dais, etc.; 2° theccan, thaccian, cou-
vrir. Island. \° theki; 2" thœcka.
Dan. 1° dœkke; 2° dœkke. Suéd.
\'' tœck, tœcke; 2° tœcka, tackja.
HoU. dek, couverture, plancher ,
tillac ; dekken , couvrir. Allem. de-
cke, couverture, plafond ^ plancher,
tillao, decken, couvrir. Angl . deck.
tillac.
Dalle , tablette de pierre ou de
marbre de peu d'épaisseur, et desti-
326
PREMIÈRE PARTIE.
de la proue. Dériver, aller à la dé-
rive.
— Dan. drive , pousser, faire
avancer, chasser, être poussé par le
vent, dériver; angl. to drive, item;
holl. drijven, item; allem, treiben,
item; suéd. drifwa, pousser en avant,
chasser; auglo-sax, drifan. item;
island. drifa, item; tud. triban ,
item ,
1 Digue. On a dit autrefois dique,
dike pour digue et dikier pour endi-
guer.
Moultbien avoient les gaiteset les gardes,
qui en Gagant se tenoienl, vu approcher
cette grosse armée ; si supposoient assez
que c'estoient Anglois; parquoi ils s'es-
toient ja tous armés et rangés sur les dikes
et sur le sablon, et mis leurs pennons par
ordonnance devant eux. (Froissart, liv. I,
ch, Lxix, p. 62, col. 2)
Li devant dit ges s'estent dusques en la
mer et amont vers terre dusques a nos
dunes, lequel get nous avons tait nouvele-
raent en partie dikier. (Charte de 1280 in-
insérée dans le Chartier de Namur, publié
par M. deReiffenberg, p. 169.)
— Anglo-sax, die, dike, dice,
digue, chaussée, jetée; hoW. dyk,
dijk; dan. dige; angl. dike; allem.
deich.
DoGRE, bateau servant à la pêche
du hareng. —Holl. dogger, bateau
pêcheur ; angl. duggarar , dogger;
island. dugga.
Dogue. — Anglo-sax.doc, chien;
ang. dog , item ; dan. dogge , gros
chien, dogue ; holl. dog, item; allem.
dogge, item; zauche, muge, chienne;
suéd. tik, item; island. tijk, item;
tud. zoha, item.
Dois, Deis, anc. table à manger.
Mais as fiz Berzellai de Galaad rendras
grâce e bien, e manjerunt a tuz dis à tun
iei$, {litre des Rois, p. 228.),
Sed et filiis Berzellai Calaadilis reddet
(jratiam, erunlque comedentea in mensa lua.
Sedignent al deis la reine Jezabel. {Ibid,
p. 316.)
Comedunt de mensa Jezabel.
Les napes fait ester des dois ;
Tout se lievent, ne mais qu'ans trois.
{Floire et Dlanceflor, édU. du Méril, p. 61.)
Mais Fromons fait les dois appareiller;
Les napes metent serjant et escuier ;
Gui il plaira des or poura mengier.
(Gunn le Loherain, t. II, p. 178.)
On trouve souvent écrit de même
dois, doigt de digitus.
— Tud. dise, tisCj table ; island.
suéd. et dan. disk, item ; holl. dis ,
disch, item; allem. tisch, item; angl.
desk, pupitre.
Dolequin, anc. sorte de poignard^
espèce de dague.
Jehan Bernart tira un dollequin qu'il
avoit, et d'icellui cuida courir sus au sup-
pliant et l'en ferir. {Lettres de rémission de
1422 citéesparCarpentier, art, Do/eçaîntis.)
Icellui Simonnet fery icelle jeune femme
trois ou quatre cops d'un dolequin qu'il
avoit. {Lettres de rémission de 1455 citées
iHd.)
Jacot Cuerqueville tenant soubz son man-
tel nn^doltequinhors desa gaeine... [Lettres
de rémission de 1 457 citées ibid.)
— Holl. dolckiti, diminutif de
dolk coutelas , dague , poignard ;
allem. dolch, item; dan. et suéd.
dolk.
Dore, Deur^ anc . porte de mai-
son. (Voir le glossaire de Roque-
fort.) — Tud. turi, tor, porte; goth.
daur ; anglo-sax. dora, dur, duru ;
island. dyr; dan. dœr, suéd. dœrr ;
allem. thûr ; bas allem. dore; holl.
deur; angl. door.
Drageon, rejeton qui pousse à la
racine d'un arbre ou d'une plante.
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 327
Ce mot dérive d'un verbe germani-
que signifiant pousser. C'est ainsi
que nous nommons pousse les peti-
tes branches que les arbres poussent
au printemps. — Goth. draibjan,
pousser ; anglo-sax. drîfan ; island.
drifa; tud. treibjan; dan. drive;
suéd. drifwa; holl. drijven; angl.
to drive; allem. treiben, pousser,
croître; trieb, pousse, jet, scion.
Drague^ instrument fait en pelle
recourbée, et emmanché d'une lon-
gue perche^ qui sert à tirer le sable
des rivières, etc. (Acad.) Draguer,
tirer le sable du fond d'une rivière .
— Anglo-sax. dragan, tirer, retirer;
dràge, instrument recourbé propre
à saisir un corps et à aider à l'atti-
rer, croc. Angl. to draxv, tirer, a1>-
tirer; drag, croc^ drague. Suéd.
draga, tirer, retirer; dan. drage,
item; bas allem. treclien;\io\\.trek-
ken.
On a dit anciennement holdra-
guer, holdraguier, à peu près dans
le même sens que nous disons au-
jourd'hui draguer.
Sur ce que nous disions ke nous pooions
et devions faire fauquer l'iierbe et holdrà-
gier et retraire le bray de l'yau de Somme.
(Titre de 1268, cité dans le glossaire de du
Cange. art. Braium.
Holdraguer est composé de deux
primitifs germaniques; l'un est le
même que celui d'où provient dra-
guer; l'autre signifie creux, cavité.
Holdraguer est proprement retirer la
vase qui se trouve dans les creux du
lit d'une rivière. — Tud. hol, holi,
creux, cavité, trou; goth. hul; anglo-
sax. hool ; island . holur ; allem .
hôhle; dan. huul, hul; suéd. et
holl . hol ; angl. hollow.
Drèche, Drague, marc de l'orge
qui a été employée pour faire de la
bière . Les habitants de l'Ile-de-
France appelaient, par dérision,dms-
chiers ceux du duché de Normandie^
qui étaient grands buveurs de bière.
Mult ont Franceiz Normanz laidiz
Et de mefaiz e de mediz ;
Sovent lor dient reproviers
E claiment bigoz e draichiers.
(Rom. de nou, T. 9940.)
— Tud. drek, résidu, boue, ordu-
re, excrément, lie, marc ; anglo-sax.
dhroge; anc. island. dregg; suéd.
trœck; allem. dreck; dan. drœk ;
holl. drek, boue; droessem, marc,
drèche; angl. dreg, lie, marc.
(Voir une remarque placée à la fin
de l'article Bière.)
Dreisc, Dran, ancien terme do
marine, manœuvre au moyen de
laquelle on serre le racage des ver-
gues; c'est ce qu'on nomme aujour-
d'hui la drosse des vergues. (Voir
l'Archéologie navale de M. Jal, t. l,
p. 216.)
Bruisseiit lur masz, lur governail ;
Nul d'eus n'endure le travail ;
N'i a ne veile ne hobenc,
Utage, n'escote, ne drenc...
{Chron. des ducs de Norm,, I. 1, p. 154.)
— Tud. drangôn,dringan, serrer,
presser ; allem . dràngen ; holl .
dringen; dan. drive; suéd. dn/wa.
Drin'cheil, Drinkel, terme de po-
litesse dont se servait ancienne-
ment celui qui faisait raison d'un
toast. Voyez ci - après Trinquer et
Wessail .
Drille. « Vieux mot qui signi-
fiait autrefois soldat, et qu'on em-
ploie aujourd'hui dans le style fa-
milier dans différentes acceptions.
^^^ PREMIÈRE PARTIE
On dit, par mépris, c'est un pauvre
drille, un méchant soldat; miles
ignavus, imhellis, et plus souvent,
un pauvre malheureux. C'est un
vieux drille, c'est-à-dire un soldat
qui a vieilli dans le service, miles
stremus, et quelquefois un vieux
libertin. » (Trévoux.)
Drille signifiait proprement et
primitivement un soldat exercé aux
manœuvres.
Nul de tous ces affiquets
Dont on pare nos drilles.,..
Cela se faisoit-il du temps
De Jean de Vert ?
Qu'elle s'amur li ostreiast,
E par france druerie l'amast,
Pur ceo k'il est pruz e curleis.
[Ibid., p. 256.)
(ChansOD citée dans le Dictionnaire dar^ol de
M. Fr. Michel, p. 139, col. 1.)
— Ane. allem. drillen, trillen,
exercer des soldats, faire faire
l'exercice; allem. et hoU. drillen,
item; angl. to drill, item.
Drosse, terme de marine; câble
qui sert à divers usages sur les na-
vires. Il y a la drosse de gouver-
nail, la drosse de canon. — Dan,
trosse, corde, câble, drosse; suéd.
traoss, tross, item; island. tratsa,
item; angl. to truss, lier, attacher.
Dru, anc. ami, amant; drue,
amie, amante; d'où l'on fit druerie,
amour.
El vit son dru, et il, sa drue.
(Flaire et Blanceflor, ëdit. du Méril, p. 88 )
Siie, dist l'escuier, vous soiez bien venusJ
Vos compains voudrai estre, vos amis et vos
drus.
(Nouv. recueil de contes. 1. 1^ p. U9.)
Or puis bien estre vostre amis.
La dame se raseura,
Sun chief descuvri, si parla ;
Le chevalier a respundu,
E dit qu'elle en fera son dru.
(Marie de France, t, I, p Hgî \
La fllle al rei ama,
E mainte feiz l'areisuna
■— Tud. driit, trùt, ami, amant;
la signification primitive était celle
de fidèle; on disait dans ce dernier
sens triuwi, et triuwa signifiait
fidélité. Allem. traut, aimé, chéri;
^j-ew, fidèle; treue, fidélité. La dé-
nomination de fidèle désignant un
ami, un amant, est digne de la
constance germanique. Chez nous,
ce n'est pas seulement le mot (dm)
qui est passé d'usage depuis plu-
sieurs siècles. Island. trur, fidèle.
Anglo-sax. 1° treove, trive, fidèle;
2» treova, truva, foi, fidélité. Dan.
I^^ro; r troe. Suéd. 1" et 2" tro.
Angl. 4° trusty;%'' trustiness. HoU.
1 • trouio ; 2» trouw, trouwe.
DuRFEUS, DuRFEUz, auc. mal-
heureux, misérable, pauvre. Be-
sogneux.
Theophilus li desvoiez,
Li durfeuz, li fauvoiez,
Congié a pris, si s'en repaire
Tout coiemenl a son repaire.
(Comment Theophilus vint à pénitence, k la suit*
des œuvres de Ralebeuf, t. II, p. 280.)
Las! fet-il, las! que deviendrai.'
Las ! quel conseil de moi prendrai ?
Las! qu'ai pensé ? las ! qu'ai-je fet ?...
Las ! forvoiez, las ! durfeuz.
Las! engingnez, las ! deceuz.
Las! mal bailli, las! redotez,
Las! sor toz autres meschaianz.
(IHd., p. 292.)
— Tud. durftig, pauvre, beso-
gneux, nécessiteux, indigent, misé-
rable; durfén, être dans le besoin ;
dérivés de durft, besoin, nécessité,
disette. Anglo-sax. thurfende, né-
cessiteux, indigent; thearfcm, dear-
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 329
fan, être dans le besoin^ dans l'in-
digence. Goth, tharfan, zYem.Allem.
dùrfen , darben, item; dùrftig ,
besogneux, pauvre, indigent, mal-
heureux. Island. thurfi j item;
suéd. torftig, item; holl. nood-
druftig , item; dan. nœdtœrftig ,
item. En hollandais, nood, et en
danois, nozd, qui entrent dans la
composition des mots cités plus
haut^ signifient misère.
Duvet. On a dit autrefoit dum,
sujet singulier duns.
Chiute de dum d'alerion
Envolsé d'un blanc siglaton
Ot par desusle cordéis
Qui fu de soie lacéis....
Un oreiller ot al chievè*
De mellor n'orés parler mes j
Li duns en fu tos de fenis.
D'un oisel qui moult est soltis.
{Partnnoptus de Blois, t. Il, p. 181.)
De dum on fit le diminutif dumet
que l'on trouve encore dans Rabe-
lais, liv. I, ch.xui, à la fin: «Vous
sentez une volupté mirifique^
tant par la douceur d'iceluy dumet
que par la chaleur tempérée de
l'oyzon. » Quelques lignes plus
haut il parle à'un oyzon bien dumété ;
on dit en patois normand deumet ;
en basse latinité, dumœ avait la
même signification ; il se trouve dans
le Traité sur la vénerie de l'empe-
reur Frédéric II, liv. I^ ch. xlv.
— lui. dunij duvet; island. dùn;
dan. duun; suéd. dun; holl, dons;
angl. down; bas allem. dunen,
pluriel, les petites plumes . Le n du
.primitif germanique s'est changé en
m dans dumet, comme dans amer-
tume de AMARITUDO, AMARITUDINIS,
coutume de consuetudo, consuetu-
DiNis, c/iarme^ arbre de CARPiMjs, etc.
(Voir t. II, p. 144.)
Ebe. « Terme de marine qui se
dit dans quelques provinces. C'est
le reflux de la mer^ lorsque la mer
baisse, ou que la mer refoule, ou
s'en retourne. Il est opposé a,u flot ci
au montant. On l'appelle autrement
jusant On dit proverbialement
en Normandie, tout ce qui vient de
flot s'en retourne d'ebe, en parlant
des biens mal acquis et mal assurés. »
(Trév.) En basse latinité , ebba ,
reflux.
— Tud. ebba, reflux de la mer ;
anglo-sax. I^eftèa, reflux; VebUan,
se retirer, refluer, Allem. 1' ebbe;
V ebben. Holl. t" eb, ebbe; Tebhen.
Angl. 4° ebb; V to ebb. Dan.
1 ° ebbe ; %" ebbe. Suéd. ehb, ebbe,
reflux.
Éblouir : en italien, abbagliare,
formé de la proposition a et de
bagliore, pour bliore, qui signifie à
la fois éclat de lumière, éclair et
éblouissement. Au lieu de la pré-
position a, le verbe français a pris
la préposition e, ex; quant à l'autre
élément qui entre dans la composi-
tion du mot, il lui est commun avec
l'italien, et il dérive d'un primitif
germanique.
— Tud. blich, éclat, vive lueur,
jet de lumière, éclair; blichan,hTi\-
1er, étinceler. Allem. blick, lueur
rapide, éclat, éclair; blicUn, luire,
briller. Holl. blikhen, item ; blikzem,
éclair. Dan. blinken, item; suéd.
blag, item.
ÉCALE, ÉCAILLE, autrefois escale,
escaille. — Tud. scâla, enveloppe,
écaille, coque, écale; goth. skaljo,
tégument , enveloppe ; anglo-sax.
330
PREMIÈRE PARTIE.
scala, sceala, scyll, enveloppe, écaille,
gousse^ écale; island. sto/^ item;
allem. schale; dan. skal; suéd. skal;
holl. schille; angl. shell, coquille^
écaille, coque, écale, gousse ; seule,
écaille.
ÉcHALGAiTE. (Voir Eschafgaite.)
ÉcHANSON, autrefois eschanson;
en basse latinité^ schanco^ scanso,
scantio. — Tud. scencho, échanson,
dérivé de scenchan, verser à boire.
Ane. island. V skiencare, échanson;
2° skencka, verser à boire. Ane.
allem. ]" sci7iko„ schencho; 2° schen-
chen. Dan. 1° skiœnk; %<' shiœnke.
Suéd. 1" skœnkswen; 2" skœnka.
Holl. 1° schenker; T sclienken.
Allem. 4° schenk; g-* schenken.
Anglo-sax. scencan, verser à boire.
ÉCHARDE, petit éclat qui se dé-
tache du bois quand on le fend. On
disait autrefois escharde. En patois
wallon, ccarder signifie ébréchcr, et
en patois normand, écharder, déta-
cher des écailles, écailler.
— Anglo-sax. sceard, fragment,
éclat détaché d'un corps dur, tes-
son^ etc., de scearan, couper, di-
viser. Angl. 1° shardj éclat de tuile
ou de pot, tesson ; 2° to share, di-
viser. Holl. '1 " scherf; 2" scheuren.
Dan. '[° skaar; 2° skiere. Suéd.
K°skœrfwa; 2* skiœra, skœra. Tud.
scartian, scertan, découper. Island.
skerda,skierda,item. Allem. scharte,
entaille, brèche.
ÉCHARPE, ÉcHARPER. On disait
autrefois escharpe_, escherpe. En
provençal, escarpa signifie écharpe,
et escarpii' lacérer, mettre en lam-
beaux.
En sonjant, escharpe et bordon
Prist Rustebues, issi s'esmuet.
{Ritttbe»f, I. il, p. 35.)
Lors fait faire commandement.
Parle bannier (héraut) qui en l'osl crie,
Que tout homme de sa patrie
Face tant, comme qu'il la tranche,
Qu'il soitseignez à' escherpe blanche.
Pour estre au ferir conneuj, ....
Meis li ribaut les ont mises
Faites de leurs propres chemises.
{Branche Jet roi/aux lignages, t. II, |i. 435 et 436.)
— Tud. scarbôn, découper, di-
viser, déchirer, écharper; anglo-
sax. scearpan, sceorfan, item. Allem.
1° scharben, scharhen, découper,
écharper ; 2" schàrpe , schàrfe ,
écharpe. Dan. 1» karve; 2° skiœrfe,
scherfe. Holl. 1* kerven; %* siarp.
Angl. \° to carve; t'^ scarf. Suéd.
1° karfwa; 2° skœrp, skiœrp ^
écharpe; skarf, coupon de toile,
lambeau.
ÉcHASSE signifia d'abord une
jambe de bois; il se prenait égale-
ment pour une béquille, une potence
à l'usage des estropiés. En basse
latinité, eschassa avait la même
signification. Nous appelons aujour-
d'hui échasses deux long bâtons à
chacun desquels se trouve une sorte
d'étrier où l'on met le pied, et qui
sont comme deux jambes de bois
servant à marcher dans les marais,
dans les sables^ etc.
Or oiez du vilain....
S'avoit 1. pié chaucié
Et l'autre avoit trenchié,
Si aloit a eschace....
Et s'il hurte Veschace ,
Lui ne chaut que il face;
Mais s'il sou pié hurtast,
Je cuit qu'il se bleçast.
S'il marche sus espine,
Ja mar querra mecine
Par pointure qu'il face
De l'espine a eschace.
S'il marche sus serpent,
Oe l'envenimement
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 331
Ne li estuet douter.
Que ne li puet grever.
S'il marche sus chardon,
IS'en donroit i. bouton ;
Et se il la deslace,
Si puet-il de Vescliace
S'aillie pesleler.
Et son poivre souder.
Et son commin broier...
Et s'ele est bien ferrée,
vn. ans a de durée
[Plus] qu'unssollers n'auroit.
{Le du de l'Escliacitr, publié par M. Jubinal, Jon-
gleurs et trouvéreSf p. 159-163.)
Mais li damoisiax s'en venjait
Si bien c'uns des piez li tranchait ;
Or aloit cil a une eschace.
fOolopathos, p. 249 J
Aux contrais impotens qui droit lor corps
ne portent.
Qu'aient por soustenirou bastonou eschace.
Dites vos patenostres, que Diex merci lor
face.
(Nouveau recueil de coûtes , 1. I, p. 247.)
Il n'est pas possible de détermi-
ner exactement quelle était la signi-
fication de l'ancien primitif tudesque
qui nous a fourni le mot échasse.
Je dois seulement constater qu'il est
resté dans trois idiomes germa-
niques modernes, dans lesquels il
désigne cette sorte de chaussure de
bois garnie d'un fer par dessous qui
sert à glisser sur la glace, ce que
appelons un patin. — Holl. schaats,
patin; dan. skœyte _, item ; angl.
skate, scate, item.
ÉCHEviis; en basse latinité, sca-
binus , scavinus, juge subalterne,
échevin; en italien, scahino, plus
usité schiavino. On a dit ancienne-
ment en langue d'oïl, eskevin, eskie-
vin, eschevin.
Porons lever, prendre et paner, selonc la
loyde la ville, par le jugement de no* es-
kievins, les loys et amendes de nos droi-
tures. {Charte de 1290 insérée dans lesCar-
lulaires de Hainaut publiés par M. deReif-
fenberg, p. 420.)
— Tud. scafino, scefino, juge;
dérivé de scafôn, régler, disposer^
arranger, ordonner. Ane. allem.
schoppen, scheppen, scheffen, juge ;
schopfen, schaffen, régler, accom-
moder, régler une affaire, rendre la
justice. Allem. moderne, schôppe^
schôffe, scheffen, échevin; holl. sche-
pen, item.
Echiquier; en basse latinité, sca-
carium_, scaccarium, qui signifiaient
primitivement le trésor royal. On
trouve eschekier dans le Livre des
lioiSj avec la même signification.
Asiasar seneschal de la maisun lu rei,
Adoniram fud maistre del eschekier e de
receivre les treuz. (Livre des Rois, p. 238.)
Et Ahiasar, prœpositus domtis; et Adoni-
ram, filius Abda, super iributa.
Plus tard, le mot échiquier dési-
gna une cour de justice où l'on ju-
geait les affaires qui concernaient le
fisc.
— Tud. scaz, contribution, im-
pôt, taxe^ rétribution; la significa-
tion première de ces mots est celle
d'argent monnaye, monnaie, pièce
d'argent; goth. skattj item; anglo-
sax. sceat, item; allem. schoss, taxe,
impôt; schatz, trésor; dan. skat^
item; suéd. skatt; holl. schat; is-
land. skattVj tribut, taxe, impôt.
Échoppe, petite boutique^ ordi-
nairement en appentis et adossée
contre une muraille. (Acad.) En
basse latinité , scopa , schoppa ,
échoppe, boutique. — Tud. schiipha,
cahutte, échoppe; anglo-sax. sciop,
skiop, sceoppe; island. skap; dan.
skab; suéd. skaop , skop ; holL
332
PREMIÈRE PARTIE.
schap. schapraai; allem. schuppen,
échoppe; angl. shop, boutique.
EcLANCHE. — Tud. scinca,scinha,
jambe; scincal, jambon^ cuisse,
éclanche; anglo-sax. skenc, scène,
item,', dan. skanke , item; suéd.
skanka, item; hoU. skink; allem.
schinken; angl. s^anft, jambe.
(Pour l'introduction du l dans
éclanche, voir t. II, p. 443.)
Éclat, Éclisse. (Voir Esclier.)
ÉcoPE, EscopE, EscouPE, espèce
de pelle creuse qui sert à vider l'eau
entrée dans les bateaux. — Tud.
scaph, pelle creuse, puisoir; sche-
phan, scuofan, puiser. Allem. schau-
fel , pelle; schôpfkelle , puisoir,
écope; composé de schôpfen, puiser,
et de kelle, cuiller. HoU. schepper,
écope; scheppen, schoppen, puiser.
Suéd. skopa, écope ; skofwel, pelle.
Dan. skovlj item.
ÉcoRE, terme de marine et de
rivière. Côte escarpée à pic : saxum,
cos, rupes abrupta, ora erecta.
(Trévoux.) — Tud. scorro, côte
escarpée^ écore, écueil; anglo-sax.
score, rivage, côtes; angl. shore,
item; holl. schorre, item.
Écot; ital. scotto, écot. En basse
latinité, scotum, scottum signifiaient
d'abord taxe, contribution, impôt,
puis cotisation, écot. Dans notre
ancienne langue, escot avait égale-
ment les deux significations. Du
Cange, art. Scot, nous fournit un
exemple de la première signification
tiré d'une charte de l'empereur Phi-
lippe en faveur des habitants de
Liège. Il y est dit que les Liégeois
seront exempts « de serviche, tailhe
et escot. »
Voici un autre exemple de ce mot
pris dans la même acception ; l'au-
teur dit en parlant du clergé menacé
dans ses intérêts temporels par les
nouvelles taxe s que Clément V venait
de lui imposer :
Cil qui les dignitez avoient
Orendroit li plus s'en esmoient.
Leur esiat tenir convendra,
Mais ne sai dont ce leur vendra
Dont estât puissent maintenir.
Leur despens ne porrontfornir
ISe finer aussi leurs escos;
Si metront cotes et surcos
En gages pour Vescot paier.
fLa Requetie des frères mineuri $u$ le leplUnu Cli-
ment le Quint, insérée dant tel cearrei d*
Rucebeaf, t. 1, p. 448.)
Dans le passage suivant, écot a la
signification que nous lui donnons
encore aujourd'hui.
LI MOINES.
Ostes, me ferés-vous dont forche ?
LI OSTES.
0!1, se VOUS ne me paies.
Ll MOINES.
Bien voi que je sui cunkiés,
Mais c'est li darraine fois.
Par mi ehou m'en irai-je anchois
Qu'il reviegue uoHViaus escas.
{Théâtre franfaii au mogen %«, p. 89.)
— Tud. scaz, impôt, taxe^ contri-
bution, salaire ; goth. skatt ; anglo-
sax. scot, sceat; anc. frison skot ;
island. skattr; allem. sc/toss ; dan.
skat; suéd. skatt; angl. shcot ; holl.
schot.
ÉcoDTE^ terme de marine. Cordage
attaché au coin inférieure d'une voile
pour servir à la déployer et à la ten-
dre, de manière qu'elle reçoive l'im-
pulsion du vent. On trouve escotes,
avec le même sens, au xii« siècle.
Estuins ferment et escotes
Et font tandre les cordes totes.
{Rom. de Bru\ U II, p. UL)
CHAP. III, ÉLÉMENT G;ERMANIQUE. SECT. II. 333
(Voyez un autre exemple à l'article schrauven, percer^ forer, faire un
Drenc ci-dessus.)
— Suéd. skot, écoute ; dan. skiœd;
allem. schote; hoU. schoot; angl.
sheet.
ÉCRAINE, ÉCRÈNE, EsCRENNE, aUC.
hutte recouverte de paille ou de ga-
zon, dans laquelle les femmes allaient
passer la veillée pendant l'hiver. En
hase latinité, screona, screuna, screo,
maisonnette, hutte, chaumière. (Voir
Trévoux, ainsi que du Cange^ art.
Screo.)
— Tud . schranno, screona, hutte,
cahane, dérivés de scur, scura, chau-
mière; anc. allem, schranne, scrua,
chaumière, maisonnette, schranne,
boutique, échoppe; allem. schrank,
dépense, armoire, huffet ; suéd.
skryn, item.
Écran. — Tud. skerm, skirm ,
se dit de tout ce qui garantit, pro-
tège, défend; scirman, garantir, pro-
téger, défendre ; anc. allem. skerm.
paravent, écran; allem. schirm,item;
angl. scfreen , item; hoU. scherm,
item ; àan. skirm, item; suéd.
skiœrm, skerm, item.
Pour les transformations qu'a su-
bies le primitif skerm devenu escran,
écran, voyez tome II, e permuté en a,
p- 63, r transposé p. 4 20, m changé
en n p . 411.
Écraser Mot hybride composé de
la préposition latine e, ea?, et d'un
élément germanique qui parait avoir
été importé par les Normands , car
il est particulier aux langues Scan-
dinaves.
— Anc. island . krassa, broyer,
briser, écraser; suéd. krasa , briser,
casser, rompre; dan. kryste.
ÉcRou. — Anc. allem. shruben,
trou avec un foret, une vrille, serrer
une vis dans son écrou ; allem.
hoU. schrauben, visser, faire entrer
une vis dans son écrou ; holl.
schroeven, item;dian. skruve, skrue,
item; suéd. skrufajtem; angl. to
screw, item; maie screw, vis; female
screw , trou dans lequel entre la vis,
écrou.
Écume, ital. schiuma, esp. etprov.
esaima , viennent plutôt d'un pri-
mitif germanique que du latin spw-
ma , car le français n'offre pas un
seul exemple du changement dej) en
c ; ce changement a cependant lieu
quelquefois entre certaines langues,
et notamment entre l'islandais et le
breton.
— Tud . sciim, écume ; island .
skuum; anc. allem. schaum ; dan.
sftww; allem . sc/taum ; bas allem,
schuum; holl. schuim; angl. scww;
suéd. skumm.
ÉcuRER, en provençal escurar. —
Dan. skure, nettoyer, polir, écurer;
suéd. skœra; allem. scheuem; holl.
schuuren; angl . to scour. On trouve
en gothique, dans Ulphilas, le verbe
skaurôn, employé dans un sens ana-
logue, mais au figuré.
Edel, anc. noble.
De quoy assez li fit par letre.
Et par les gens de son ostel,
Qui lui discil mouit d'un edel...
(Dom Mariéue, Thetaurus novui anecdoiomm, t. III,
ool, 1461.)
— Tud. ad^al, edil, noble, d'ori-
gine illustre; anglo-sax. œdhel, ed-
hel; island. ada//; allem. adel,edel;
holl. edel; suéd. adel; dan. adel,
œdel, edel.
On disait encore en langue d'oïl
334
PREMIÈRE PARTIE.
éUn pour signifier noble (Voir Ro-
quefort) ; en langue d'oc adelenc ;
en basse latinité adalmgm, edelin-
gus. Ces mots proviennent d'un pri-
mitif germanique qui était un déri-
vé de ceux que je viens de men-
tionner. Tud. adalinc,ediHng ,noh\c;
anglo-sax. œdheling, item. Les ter-
minaisons ing, inc sont des suffi-
xes.
Édredon. — Suéd. ]° ejderdun,
édredon, mot composé de 2° ejder,
sorte de canard particulier aux pays
du nord dont les plumes sont fort
douces, et de 3° dun, duvet, petites
plumes. Angl. 1 " eider-down, 2° ei-
der, edder, 3° doivn. AUem. ^°e^-
derdunen, 2" eidervogel, composé
au moyen de vogel, oiseau ; 3' du-
nen. Dan. \°ederdun, 2° ederfugl,
avec fugl, oiseau; 3° dim.
Effroi. Ce mot est composé de
la préposition latine e, ex, et d'un
élément germanique. — Tud. freis,
vreese , frayeur, effroi ; anglo-sax.
ferht, fyrht, feorht, forht; dan.
frygt ; suéd . fnichtan ; allem .
furcht; hoU. vreeze. Angl. fright,
effroi, frayeur ; to fray, effrayer,
épouvanter.
Égratigner. (Voyez Graf^er.)
Égruger. (Voyez Gruger.)
Élan^ autrefois ellend, espèce de
cerf. Il est nommé alce par César
et par Pline, et âXxYi par Pausanias.
Tous ces mots proviennent des idio-
mes de la Germanie, pays où se
trouve cet animal. — Tud. elaho,
élan ; hoU. eland ; dan. elling ; suéd.
elg ; angl. elk; anc. allem. elch;
allem. moderne elenn.
Élingue, terme de marine. « C'est
une corde avec un nœud coulant à
chaque bout, qui sert à entourer les
fardeaux pour les mettre dedans et
dehors le vaisseau.» (Trévoux.) On
disait autrefois eslingue.
— Angl. sling, signifiant égale-
ment élingue et fronde à cause de
la ressemblance que ces deux objets
ont entre eux ; suéd. sliunga, item ;
hoU.I °schUnge, fronde; 2° leng, élin-
gue. Allem. 1° schleuder; 2° schlin-
ge. Tud. slinga, fronde; anglo-sax.
slinga, item; island. slunga, slan-
ga, item ; anc. allem . schlinge ,
item; dan. slynge, item.
Émail. On disait autrefois esmail;
en italien, smalto; en basse latinité,
smaltum.
Nus ne puet ne ne doit mètre en oevre
clozd'evoirenedVsmflf/ de quelque manière
que cesoit;el se il le fet, l'oevre doit estre
arse, quar l'oevre n'est ne bone ne loial.
{Livre des métiers, p. 212.)
— Tud. smah, smehi, substance
fondue, se dit des métaux, de la
graisse^ etc. ; smehan, smaljan,
fondre, liquéfiier; anglo-sax. smel-
tan, item; island. smelta, item;
hoU. \°smalt, émail ; 2° smelten ,
fondre . Allem . ^° schmelz ; 2°
schmelzen. Angl. \° enamel, com-
posé au moyen de deux préfixes ;
2" to melt. Dan. ]°smœH-verk (verk,
signifie ouvrage) ; 2" smelte. Suéd .
1 " smœït-iverk {werk, ouvrage) 2°
smœlta.
Émérillon, autrefois esmérillon ;
en basse latinité smen7^o ; en ital.
smeriglio, smeriglione; en espagnol
esmerejon.
Tez i a qui aimment faucons,
Espriviers et esmerillons.
(NottV. rec. de contes, t. I, p. 154.)
— Tud . smerle, smirl, émérillon
CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. IL 335
allem. schmerl, schmerlein ; dan .
smer le ; hoW. smeerle ; a.ng\ . mer-
lin.
Empan, mesure de longueur qui
se fait par l'extension de la main,
depuis le pouce étendu d'un côté
jusqu'à l'extrémité du petit doigt
opposé. (Trévoux.) On disait autre-
fois espan ; en basse latinité, span-
nus, spanna ; en italien, spanna ;
en provençal^ pan.
Nuscordouaniers de Paris ne peut ne ne
doit fére soulers de bazaiie dedenz la ban-
Jieue de Paris de plus d'un espan de pié,
ne de plus d'un espan de haut. {Livre des
métiers, p. 227.)
Ets'ot la barbe blanche et bele
1 espan desouz la mamele.
{Dolopathos, p. 165.)
— Anglo-sax. span, spon, sponne,
empan, dérive de spannan, étendre,
mesurer avec la main étendue, me-
surer par empan; tud. spanna, em-
pan ; spannan, tendre, étendre ; anc.
allem. k° spana, span, empan; 2°
spannen, étendre, mesurer avec la
main étendue. Allem. 1" spanne,
spann ; 2° spannen. HoU. 1° span ;
2° spannen. Dan. spand, empan;
spœnde , tendre , étendre . Suéd .
spann, empan ; spœnna, tendre,
étendre. Angl . span, empan; to
span, mesurer par empan.
Eis'HEUDÉ, anc. « qui est attaché
par des heudes, pedicis implicatus.
Ce mot est un vieux terme de cou-
tumes. Bêtes enheudées sont des
bêtes retenues par des heudes qui
sont des liens qu'elles ont aux pieds
de devant. » (Trévoux.) Enheudé
est composé du préfixe en et d'un
primitif germanique.
La beste chevaline doit deux deniers, en
quelque lieu qu'elle soit prise; et si elle
est enheudêe, et prise en taillis, elle doit
quatre deniers. {Coustumier général, t. H
p. 779.)
— AvLC. allem. umhudeln, attaché
avec un lien, une bande, un lam-
beau d'étoffe, composé de la prépo-
sition um et de hude, hudel, lam-
beau d'étoffe, chiffon ; dan. hud,
item ; allem. hudel, item, qui n'est
plus usité que dans certaines pro-
vinces.
Epeautre. autrefois espaulte, es-
paultre : en basse latinité, spelta ;
en italien^ spelda, spelta ; en espa-
gnol, espelta ; en provençal, espéou-
ta. — Inà. spelta, spelza, épautre;
anglo-sax. spelt ; allem. spelt, spelz,
hoU. spelte ; angl. et dan. spelt.
Dans épautre le r s'est introduit
à la suite du t comme dans pupitre,
martre, formés depulpitum^, martes.
(Voir t. II, p. 142.)
Épeiche.(( Nom d'un oiseau qu'on
appelle aussi cul rouge^ ou pic rouge,
picus ruber major; c'est une espèce
de pivert ou pic vert.» (Trévoux.)
On disait autrefois espec, espeiche,
dans la même signification. (Voir
ces mots dans le glossaire de Ro-
quefort.)
— Tud. speh, speht, specht, pic,
épeiche; allem, specht; holl. spegt;
dan. sept ; angl. speight.
Éperlan. — Allem. spierling,
éperlan ; holl. spiering, item ; angl.
sprat, item. L'allemand spierling
auquel éperlan a le plus de rapport,
est probablement un diminuitf si-
gnifiant petit trait, flèche ; ce nom
aura été donné à ce poisson parce
qu'il est à la fois très long et très
mince. Tud. sperilin, petit trait,
336
PREMIÈRE PARTIE.
flèche, diminutif de sper, trait, ja-
velot, pique. Anglo-sax. spere ; dan.
spar ; suéd. sparr; angl. spear.
Éperon, autrefois esperon : en
basse latinité, spouro ; en italien,
sperone. Les plus anciens éperons
n'avaient pas de molette, mais seu-
lement un aiguillon, une espèce de
petite broche; de là l'expression bro-
cher un cheval, pour signifier lui
donner de l'éperon , l'éperonner .
(Voir Roquefort, art. Broce.)
Or broche hom grant cheval des espérons *a
broche.
{Nom. rec. décantes, I. 1, p. 197.)
— Tud. sporo, éperon; de spor-
nen, frapper^ aiguillonner, piquer.
Anglo-sax. spora, spura, éperon;
island. spon , spore, item; hoW.
spoor ; suéd . spaore, sporre ; dan.
spore ; allem. sporn , angl. spur.
Épervier, autrefois espervier : en
basse latinité, sparvarius; en italien,
sparviere; en provençal, esparouviou.
L'épervier fait la chasse aux petits
oiseaux ; de là le nom qui sert à le
désigner dans plusieurs langues. Les
Latins l'appelaient accipiter frin-
gillarius ; de fringilla, frigilla, pin-
son. Les idiomes germaniques ont
formé son nom du mot qui signifie
moineau dans ces idiomes. C'est
ainsi qu'en français linotte dérive de
lin et chardonneret, de chardon.
— Tud. sperwâri, épervier; sparo,
moineau. Go th. sparva, item; an-
glo-sax. speare, sparva, item; is-
land. spaur^item; dan. spure, item.
AUem. sperher, épervier; sperling,
moineau. Suéd. sparfhœk, épervier^
expression composée de hmk, faucon,
et de sparf, moineau . Angl.sparrow-
hawk, de hawk, faucon, et sparrow,
moineau. Holl. spenoer^ épervier.
Épier, Espion : en italien, spiare,
épier; en espagnol^ espiar. Nous
disions autrefois espie pour espion;
la forme actuelle n'est pas fort an-
cienne dans le français; la langue
d'oc avait espia dans la même signi-
fication.
Jo quid que lireis outen sa cambre s'espie.
(Voyage de Charlem. à Jérus. v. 65t.)
Et les noz chevaliers en un brueil sunt
entré;
L'a si uni lur espie, ki tut lur a conté.
( Chron. de Jordan Fanlosmc, p. 600.)
— Tud. spehôn, spiohon, épier;
spëha, espion. Anglo-sax. spirian,
épier; allem. spàhen, spehen; dan.
spejde; suéd. speja, speija; angl.
to spy; hoU. hespieden, composé
au moyen du préfixe 6e.
Épieu, sorte d'arme à fer plat et
pointu, dont on se sert ordinaire-
meni àla chasse du sanglier. (Acad.)
On disait autrefois espiet, espiez, qui
désignaient une espèce de pique dont
on faisait usage dans les combats.
L'escut li freinst, l'osberc li descumfist,
Sun grant espiet par mi le corps 11 mist.
{C/tans. de Roi., st. xciii.)
E lançad as Escuz (Écossais) treis espiez
esmuluz ;
 chascun des espiez ad un mort abatuz.
fChron. de lord. Fanl. ctiii.)
En italien, spiedo, spiede, spie-
done, épieu et broche; en espagnol,
espetOj espedo, espeton ; en langue
d'oc espieut ; en basse latinité, spi-
tum, broche; spietum, pique, épieu,
— Tud. spioz,speoz, épieu, lance,
pique, iDroche; anglo-sax. spietu,
spitu; anc. island. spiot; anc. allem.
spiez; allem. moderne spiess; dan.
spid; suéd.sjpe<iÇ;holl. sptes, pique.
III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 337
CHAP
épieu; speet, broche; angl. spit,
item. ^
Épisser, terme de marine, séparer
les torons de deux bouts de corde et
et les entrelacer de manière à réunir
les deux cordes. — HoU. splitsen,
partager, diviser, séparer^ épisser
une corde; allem. 1° spleissen_,îen-
dre^ séparer, diviser; 2° splitzen,
épisser une corde. Angl. 1° tosplit;
'S,°tosplice.T\ià. splizan, fendre, di-
viser, séparer; island. splita^item;
dan. splitte, item; suéd. split, di-
vision.
Épolet^ Époulin, anciennement
espolet, espoullier. On appelle ainsi
une sorte de bobine à l'usage des
tisserands ; elle consiste en un mor-
ceau de roseau, sur lequel on dévide
une quantité convenable de trame.
Vépoulin tourne autour d'une bro-
chette de fer appelée fuseroUe, et le
tout ensemble se place dans le mi-
lieu de la navette. (Voir Trévoux,
Époulin et FuseroUe.) En italien,
spola, spuola, navette; en espagnol,
espolin .
— Tud. spuolo, bobine, époulin ;
island. spoZa; anc. allem. spoele ;
allem, spule; hoU. spoel; dan.
spole; suéd. spol; angl. spool.
Épois, terme de vénerie, cors
pointus qui se trouvent au sommet
des perches du cerf; on disait autre-
fois espoîs. — Tud. spiz, pointe,
corne; anglo-sax. spietu; allem.
spitze; hoU. spits; dan. spids;
suéd. spets.
EscALiN, ancienne pièce de mon-
naie dont la valeur a varié. Voyez
le dictionnaire de Trévoux et le
supplément du glossaire de Roque-
fort.
— Tud. scilling, monnaie qui
fut primitivement en or ; goth. skil-
liggs ; anglo-sax. scilling ; anc. is-
land. skillingr; allem. schilling;
hoU. schelling ; angl. shilling ; dan.
et suéà. shilling .
Escalope, anc. coquille de lima-
çon, d'escargot.
La limace gete son cors
De Vescalope toute fors
Par le biaus tems; mes par la pluie,
Rentre enz, quant ele li anuie.
(Rutebeuf, t. II, p. 315.)
— HoU. schelp, schulp, coquille,
écaille ; allem. schale, schuppe ; tud.
scaljScala; dan. et suéd. skal.
Escarcelle. C'était autrefois une
grande bourse de cuir garnie d'un
fermoir de fer. Ce mot ne se dit plus
aujourd'hui qu'en plaisantant. Les
italiens ont scarsella, scarsellone,
de même signification, qui dérive de
scarso. parcimonieux, comme escar-
celle dérive de notre ancien mot
escars, eschars. (Voir Eschars.)
Voyez cy argent content, combien ? Ce
disoyt monstrant son esquarcelle plaine de
nouveauli henricus. (Rabelais, Pantagruel,
liv. IV, chap. VI, p. 219.)
La fille du logis, qu'on vous voie ; appro-
chez :
Quand la martrons-nous ? quand aurons-
nous des gendres?
Bon homme , c'est ce coup qu'il faut, vous
m'entendez,
Qu'il faut fouiller "a l'escarcelle.
(La Fontaine, lirre IV, fable it.)
Escarmouche : en basse latinité^
scaramutia, scarmutia ; en italien^
scaramucda, schermugio ; en espa-
gnol, escaramuza. Ce mot n'est pas
nouveau dans notre langue; il se
trouve employé par plusieurs de nos
anciens auteurs.
tt
338
PREMIÈRE PARTIE.
Si y eut plusieurs escarmouches et en-
\ayes devant les barrières; car il y avoit
aucuns Anglois el Gascons, qui l'a s'estoienl
retraits ds la déconfiture de Ymet, qui te-
BOient la ville assez vaillamment, (Frois-
sarl, liv. II, ch. vm, t. II, p. 6, col. 2.)
Escarmouche est de la même fa-
mille que escremir signifiant ancien-
nement se défendre en combattant,
combattre ; en italien schermire,
schermare. Voyez ci-après l'art.
Escrime.
— AUem. 4° scharmùtzel, escar-
mouche; de 2° schirmen, se défen-
dre en combattant, combattre. HoU.
1 " scharmutzeling ; 2° schermen. Tud.
skirman, scirman, se défendre en
combattant; anc. suéd. skirma ,
item; suéd. moderne skœrmysla^
skermisla , escaramoucher. Dan.
skiermydsel , escarmouche; angl.
skirmish, item.
Escarpe^ terme de fortification,
partie du fossé formant une pente
roide, qui se trouve au pied du rem-
part du côté de la place. Ce mot nous
a donné escarper, escarpé_, escarpe-
ment. En italien, scarpa, escarpe.
— Anglo-sax. scearp, scarp, aigu,
roide^ abrupte, escarpé; anc. island.
skarp; tud. scarf; angl. skarp;
hoU. scharp; allem. scharf; dan.
et suéd. skarp.
EscHAC, EscHEC, EscHECE, anc.
butin.
Mais venqueor e haut e lié
Sunt a Telercs repaire
Od tel eschac, od teus gaaini
Dunt liseignor e li corapainz
Furent puis lichesa lor vies.
{Chwn. des ducs de Normandie, t. II. p. 457.)
Assez i a perdu, petit eschac anmaine.
{CImhs. des Satons, t. II, p. 6},}
Ces deYduraée vindrent lur flée en Juda,
si 'n ocistrenl multz de Juda, et pristrent
grant prèle, et flrent maint bon eschec.
{Livre des Rois, p. 3^.)
Mult grant eschech eu unt si clievaler
D'or e d'argent e de garnemenz chers.
(CAans. de Roi. it. vin.)
— Tud. scâft, proie, butin; island.
skaak, item; anc. allem. schach,
item; angl. to sack, faire du butin,
piller; allem. schàcher, pillard, bri-
gand, voleur.
Nous avons conservé sac et sacca-
ger, qui paraissent appartenir à la
même famille. Esp. saquear, sacca-
ger; ital. saccheggiare.
ESCHARGAITE, EsCHALGAITE , Es-
CHALWAITE, ESCHIELGUAITE, ÉCHAL-
GAiTE, Échaugaite: enbasse latinité,
scaraguayta, eschargaita, eschal-
gaita, eschaugueta, etc. Tous ces
mots avaient une même significa-
tion, et désignaient primitivement
une compagnie de gens de guerre
chargés de faire le guet; ce qui s'ap-
pelait eschargaiter, eschargaitier.
Dans la suite, échaugaite ou échaw-
guette signifia une petite tour d'ob-
servation où se tenaient les gens de
guerre qui faisaient le guet. C'est
ainsi que l'expression corps de garde
a passé du corps de troupe qui
monte la garde au lieu oià se tien-
nent ceux qui sont de garde .
Quar les eschargdlles les voient,
Qui l'ost eschargaitier dévoient.
{Roman d^Aubry, cité par du Cange, iirt. Scara-
guayta.)
Li reis esteit dedenz sun paveillun,
Li eschielguaite delez e envirun.
(C/in>n. des ducs de Norm., t. III, p. S59,]
Icele noit n'unt unkes escalgaite.
{Chans. de Roland, st. clxxtiii.^
Celle nnit en son ost cbascan eschargaita.
{Chron. de du Gueselin, t. I, p. 400.)
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 339
— Tud. 1° scara, corps de troupe,
bataillon^ compagnie de gens de
guerre; %°wahta, guet, faction,
Goth. \° scaar; t° waths, vahtus.
Island. 4° skor , skari; 2° vakt.
Allem. ]° schaar ; '2,° wacht. Dan.
1°skare; ^° vagt. suéd. \° skara;
^°wakt. HoU. schaare, assemblée,
troupe^ foule; wagt, guet.
ESCHAKMR, ESCARNIR, EsCHERNIR,
EsKERNiR, anc. se moquer, railler,
honnir, outrager, faire affront, cou-
vrir de honte. En langue d'oc esquer-
nir, escarnir; en itcdien schernire; en
espagnol et en portugais escarnir.
Fist un de ces de Israël a David : As tu
vea cest merveillus champiun ki ci vient
pur nus attarier e escharnir. {Livre des
Rois, p. 64.)
Et dixit unus quispiam de Israël : Num
vidistis virum hune qui ascendit ? Ad ex-
probraudum enim Israël ascendit.
Ha, Diexl com m'avez escharni,
Dist li chevaliers, biaus dous sire !
Or ne cuidai qu'en nul empire
Eust tel famé com la moie.
De grant noient m'esjoïssoie;
Or voi-je bien , et croi et cuit
N'est pas tout or quanqu'il reluit.
(Rutetxiuf, t.I, p. 317.)
(Voirie même auteur, t. II, p. 72;
le Roman de Brut, 1. 1 , p. 85; 1. 11^
p. 235 et 232; les Chroniques des
ducs de Normandie^ t. I, p. 281 et
235; t. II, p. 3 ; le Voyage de Char-
lemagne à Jérusalem, v. 626, 643.)
— Tud. scernôn, honnir, insulter,
se moquer, railler; schernan, cou-
vrir d'ordure, et au figuré couvrir
d'infamie, d'opprobe, de honte, faire
un afiront, outrager, insulter, hon-
nir; dérivé de schern, ordure, sa-
leté, vilenie. Anglo-sax, skearn,
sciern, ordure, saleté ;island, scern,
item;àa.n. skam, item; suéà. skarn,
item; ang. to scorn, honnnir, mé-
priser.
ESCHARS, ÉCHARS, EsCARS, aUC.
chiche, avare, parcimonieux : en ita
lien, scarso; en langue d'oc es-
cars.
Nul n'esteil si achaisonos,
Si morteus ne si envies,
Ne si avers, ne si eschars ;
Plus de vaillant de mil mars
Out trait à sei de Normendie,
{Chrou. des ducs de Nom. t. II, p. 73).
Verspovregent n'estiez n'escftarse ne avare.
(Roman de Berle aux grans pies, p. 133.)
— HoU, schaars^ avai*^ chiche,
parcimonieux; allem. karg; dan.
karrig ; suéd. karrig , karg ; angl.
scarce, rare, peu abondant, res-
treint .
EscHELLE, EscHiLLE, auc. Son-
nette, clochette; d'où les diminutifs
eschelette , eschillette , échelette ,
échillette. (Voir Roquefort.) En
basse latinité, skella, skilla, squilla,
esquilla; en italien ^ squilla; en
espagnol, esquila; en langue d'oc,
esquella.
Le blanc destrier li a l'en amené
Que Balan ot par Nayme présenté ;
François li ont richement atorné ;
Frein ot ad or richement tresgetté.
Et li poitrax fu ad or estelé
Et environ A'escheleltes ouvré.
Quant li chevax a un petit aie
L'or retentist et a un son geté.
(Roman d'AgolanI, ^d.Bekker.p. 163)
— Tud. scella, skella, sonnette^
clochette; de scal , son; scellan,
sonner. Island. skella, item; allem.
schallen, item; schelle, sonnette,
clochette; hoU. schel, item; suéd.
skœlla, skiœlla, item.
EscHEvi, anc, bien conformé^ bien
proportionné, bien fait.
340
PRExMIÈRE PARTIE.
Aisli devant un chevalers [gentilz]
Frère Gefrei a un duc angevin,
Heingre ol le cors, e gresle et eschewid.
[Chuns. de Roland, It. CCLxiix.)
Aubris fu biaus, eschevis et moles.
Gros par espaules, gralsles par le baudré.
{Garin le Loherain, \, \, p. 85.)
Eschevi provient d'un verbe ger-
manique signifiant former, confor-
mer, façonner; c'est ainsi que l'on
dit en grec êaxeuainisvos de ffxuâÇw
pour eu Êcrxeua(7[AÉvo; ; en latin com-
positus pour bene compositus; en
français, confectionné, motdé, pour
bien confectionné, bien moulé. —
Tud. scaijan, former, façonner,
conformer , confectionner ; goth .
skapan, item; anc. island. skapa,
item; angl. to shape, item; suéd,
skapa, former, créer; dan. skabe,
item; allem. schaffen, item; hoU.
scheppen, item.
ESCHIÈLE , ESCHÈLE , ESKIÉLE ,
ESQUiÉRE, EscHiÈRE, ctc. anc. en
basse latinité, scara, schera, sca-
la, etc. (Voir du Gange.) Tous ces
mots signifiaient un corps de trou-
pes, une compagnie de gens de
guerre, un bataillon. En italien,
schiera; en langue d'oc, esqueira.
On trouve dans Hinkmar, qui vi-
vait sous Charles le Chauve : « Bel-
latorum acies quas vulgari sermone
scaras vocamus. » (Hinkmar, Opéra,
t. Il, p. 458.)
Puis ont fait conroi de lor genl
Par mil, par soixante, par cent;
Des plus vaillants des mius aidables
Ont fait raaistres et connestables
A chascune eschiele par soi
Qui 's face tenir en conroi.
(Rom. de Biul, t. 1, p. 150.)
Li empeteres repairtt vcirement,
X. granz eseheles a faites de sa gent.
(Chani. dt Roland, «I. ccxxx.)
E ordenerent lur eschieles, pur bataille
faire encontre cols de Philistiim. {Livre des
Rois, p. 61.)
' Et direxerunt aciem ad pugnandum contra
Vhilistiim.
— Tud. scara, corps de troupes,
bataillon; goth. scaar; island. skor,
skari; anc. allem. scar^sA;ar; allem.
schar, schaar; dan. skare; suéd.
skara; hoU. schaare, assemblée,
troupe, foule.
Scaar ou scar forma le dérivé
scadro en basse latinité, corps de
troupes; d'oii l'italien squadra ,
squadrone, qui nous ont donné
escadre, escadron.
EscHiER, anc. séparer, éloigner,
bannir. (Voir Roquefort.)
— Tud. sceidan, séparer, écarter,
éloigner, diviser; goth. skaidan,
item ; anglo-sax. sceadan ; anc.
allem. sceiden; island. skipta; hoU.
scheiden; dan. skifte; suéd. skifta;
allem. scheiden.
EscHiPRE, anc, matelot, marinier,
marin.
D'altre part est un paien, Valdabrun ;
Celoi levai le rei Marsiliun,
Sire est par mer de iiii. c. drodmnnz;
N'i ad eschipre qui l'cleimt se par loi nun.
fChans. de Roland, su cxtu.)
E li reis Yram enveiad ses humes ki es-
chipres furent bon, e moult sonrenl de mer,
en cel navirie od les servanz lu rei Salo-
mun. {Livre des Rois, p. 271 .)
Misilque Hiram in classe illa servos suas,
viros nauticos et gnaros maris, cum servis
Salomonis.
— Anglo-sax. skipper, marinier,
marin, matelot; dérivé de skip,
scip, navire. Tud. 1 ° sceffeher, ma-
rinier, matelot; 2° scef, skef, na-
vire. Island. 1° skip; 2° skipari.
Allem. \° Schiffer; 2" schiff. Angl.
CHAP. III, ÉLÉMENT G
i" shifîer; i" shi-p. Holl. schipper,
nocher, nautonier, batelier; schip,
navire. Dan. skipper, nocher, etc.;
skib, navire. Suéd, skeppare, no-
cher, etc.; skeppj navire.
EscHivE, anc. tourelle où se te-
naient les gens de guerre qui fai-
saient le guet, et d'où l'on pouvait
observer au loin ; beffroi, donjon,
échauguelte. En basse latinité,
eschiffa .
Mole i firent haute e daojon,
£ granz eschives d'environ,
Si bien fermé, si ricliement
Qu'il n'a regard de nule gent.
{Chron. des ducs de Norm. 1. IH, p. 103.)
Quant mis l'orent fors de Veschive,
Si s'en repairent as osteus.
(Uid., t. Il, p. I4i.)
— Tud . scauwôïij scawôn, scouwôn,
regarder^ considérer, observer, exa-
miner; anglo-sax. scavian_, sceavîan;
island. skoda; holl. schouwen; suéd.
skoda; dan. skue; angl. shew ,
spectacle, apparence ; allem. schau-
thurm, tour d'observation, donjon,
beffroi, échauguette; composé de
thurm, tour, et de schauen, regar-
der, observer, considérer.
EscLATE^ EscLAiTE, anc. race,
lignée, famille, parenté.
Dunliescomencerent alsimeni a lui (S. Be-
noit) curre li noble et li religions del bore
de Rome, et doneir lur filz a lui por norrir
al toi poissant Sanior;donk6s alsiment de
bone sperance lur esclates, Eutitius donat
Maurum, Tertullus li patrices donat Placi-
dum. (Dialogues de saint Grégoire, liv. II,
chap. m, cités par Roquefort, art. Es-
elates.
Cœpere etiam tune ad eum Romance urbîs
nobiles et religiosi concurrere, suosque ei
filifis omnipotenti Dca nutriendot dare. Tune
quoque bonœ spei suas soboles , Equitius
ERiMANIQUE. SEGT. II. 341
Maurum, Tertullus vero palricius Placidum
tradidit.
Et mi home séur seront
Que seignor après moi auront
De m'esclaite et de mon lignaige.
{Dolopaikos, p. 115. ]
— Tud. shlahta, slahta_, race, li-
gnée, famille; anc. allem. schlacht,
item; allem. geschlechtjtem, avec
le préfixe ge ; holl. geslagt, item;
slag, genre, sorte; island. slekt,
item; suéd. slag^ item; dan. slags,
item.
ESCLENCBE, ESCLENQUE, anC.
gauche .
A main, ne sai, droite ou esdenche.
Au plus vlstement qu'il puet trenche
Les cordes à quoy l'on le haie.
(Bmnchei des royaux lignages, t. il, 'p. 189;) ~
Ne pernez mais od main esctenche
De lui seremeni ne fiance.
(CAroM. des ducs de Norm, t. U, p. S.)
^'on ne puet entrer ses osteus
Sans buscier, usacier le cleuque
Jà de main droite ne à'esclenque.
{ Ch'etl du honleus menesierel, insërë dan> le> oeutr*
dsRoiebeuf, t. Il, p. 341.)
—Tud. slinc, gauche; holl. slinke,
item ; allem. link, item ; dan. ling.
EscLiER, anc. fendre, briser^
mettre en pièce, faire- voler en
éclats. EscLiCE, Esclisse, Esclis>
ÉcLissE, morceau de bois fendu frag-
ment d'un corps dur brisé, éclaty
tronçon.
Hardrez^ uns chvaliers hardiz,
De Baives nez e norriz,
Preisiez d'armes e coneuz,
Sor le destrier, les sauz menuz,
Vait le duc ferir a bandon
Parmi l'escu d'or a liun
Que la lance froissée esclieé
{Chrm. des ducs de Nom., t. III, p. 64.)
As-tu espérance en eez de Egypte ki sum-
342
PREMIÈRE PARTIE.
cume bastuns de rosel pescéed sur qui si
l'um se apuied, tost falsed e depiesced, e
entrent les escUces en la charn, e percent
la main. {Livre des Rois, p. 408.)
An speras in baculo arondineo atque con-
fracto ^gypto , super quem, si incubuerit
homo, comminutus ingredielur manum ejus,
et perforant eam.
Od lui ert li rois de Galice
Qui fait de mainte lance esclice.
(Païunopeus de B/ois, t. Il, p. 77.)
Ranol le vescoute e sa gent,
Qui vers lui estrive e content ,
Alerent eissi envaïr
E si tres-durement fcrir
Que des glaives as fers bruuiz
Volèrent pièces et escliz.
{Chron. des duct de Normandie, I. lU , p. 63.)
Du verbe esclier vient esdat, éclat,
partie qui se détache d'un corps dur
en le fendant ou en le brisant; es-
quille, petit fragment d'os; édisse,
terme de boisselier. signifiant un'bois
de fente qui sert à faire des boisseaux,
des seaux, des tambours, etc. Il se
dit aussi, parmi les vanniers, d'un
osier fendu et plané pour bander le
moule du panier.
Tud. scaljarij sceljan, briser, rom-
pre; s/ùan^ fendre. Anglo-sax skylan,
slitan, item; island. skilia^ item;
dan. sMlle; suéd. skilja; allem.
schlitzen, schleissen; holl. scheelen;
angl. to slit.
EscLTSSE, anc, traîneau ; d'où es-
clissier, transporter sur un traî-
neau ; esclissage, esclaidage, droit
qui était dû pour les transports faits
au moyen des traîneaux .
Sont tenus tous fermiers dudit esclaidage
de sougner toutes fortes cordes, charrios,
esclisses. (Statuts de l'échevinage de Mé-
zières, citées dans le glossaire de Carpen-
tier, art. Esclichium.)
Se aucuns marclians.... vouloient faire
rouiller leurs vins qui seroient près du ri-
vage, sans porter, esclissier ou charrier,ils
doivent pour chacune queue de vin vu den,
comme s'ils estoient esclissiez. {Id. ibid.)
— Allem. schlitten, traîneau ;
island. sledi, item; dan. slœde,
traîneau; suéd. slœda, item ; holl.
sleede. Angl. sied, sledge, traîneau;
de to slide, glisser, faire glisser,
(Voyez ci-après l'art. Eslider.)
EscoRS,EscoRT,EscouRT, auc. sein,
giron. Voyez le glossaire de Ro-
quefort et son supplément.
K'aparuit el cors del enfant cny li meire
virgine nurivet en son nat escors, se li ve-
riteiz non de la char ke receue estoit?
(Serm, de saint Bernard, cité par Roque-
fort, art. Escors.)
Se délivrait la demoiselle
De vu. filz et d'une pucelle
Dedens Vescors sa maie suivre (socrus)
Qui plus fu desloiax que vuivre.
{Do/oimlhos, p. 323.)
Escort dérive d'un primitif ger-
manique dans lequel un r a été in-
tercalé. (Voir t. II, p. 140.)— Goth.
skaut, ventre, sein, giron; island.
skaut, skot; holl. schoot; allem.
schoos; dan. skiœd; suéd. skœt,
skœte .
EsRAPER, anc. racler, nettoyer en
raclant.
A PierotDubus pour escraper des briques.
(Compte de l'hospital de S. Jean des Trou-
vés de 1460, cité dans le supplément du
glossaire de Roquefort, art. Escraper.)
— Anglo-sax. screopan, racler,
ratisser; allem. schrapen; holl.
schraapen; angl. to scrape; suéd.
skrapa ; dan. skrabe.
ÉscRiLER, EscRiLLER. anc. glis-
ser, échapper.
Kar quant le punt veut passer,
Del pé comensa escriler
Et ver l'ewe aval chaï.
IKotii'. ree, d* conlei, I. II. p. 307,1
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 343
— Suéd. scridla, scrilla, glisser^
s'échapper, s'écouler ; tud . scritan,
item; anglo-sax. scridhan, item;
dan. skrint, glissant.
Escrime, Escrimer : en italien^
schermo, défense ; schermire, scher-
mare, se défendre, se garder, faire
des armes, s'escrimer ; scherma,
exercice des armes, escrime. Dans
notre ancienne langue, escremir si-
gnifiait également se défendre en
combattant, combattre et faire des
armes, s'escrimer.
Mais ne sunt mie des coarz,
Qui durs vassause adurez,
Qu'ainz lor serunt les chés coupez
Qu'ils s'en augent cum recreanz.
Cist escremissent as Normanz
E as Daneis de leu manière
Que d'eaus lor i funt mainte bière,
(CAroM. des duct de Norm. t. II, p. 40.)
Knls a joer n'a escremir
Ne se saveit plus bd courir,
Nemeuz geter al chef senz perte
Entredeus a la descoverte ;
D'espervier sout e de faucon
E d'ostur e de esmerillon.
[lOid., t. II, p. m.)
— Tud. scirman,skirman, se cou-
vrir de son bouclier pour parer les
coups, se défendre en combattant^
se préserver^ se garantir ; dérivé de
scirm, skirm, bouclier. Ane. allem.
schirmen, se garantir en combattant^
se défendre; anc. suéd. skirma,
item. Allem . moderne schirmen et
beschirmerij abriter^ préserver^ ga-
rantir^ défendre. HoU. schermen,
faire des armes, s'escrimer.
EsLiDER^ anc. glisser, passer lé-
gèrement, effleurer.
Lequel exposant marcha oultre soubz le
cop, et ne fu point atteint du fer, mais tant
seulement du manche par la teste en etli-
dant. (Lettres de rémission de 1385, citée
dans le glossaire de Carpentier, art. Eli-
dere.)
— Anglo-sax. slidaUj glisser,
passer légèrement, effleurer, se cou-
ler, couler; go th. Hdan; angl. to
slide; anc- holl, slidden.
EsLiNGUE, anc. fronde; d'où es-
Ungueur, eslingur, eslingour, fron-
deur. (Voir Roquefort.) « Fundi-
BULA^ eslingue. » (Glossaire latiu
manuscrit cité par Carpentier, art.
Fundibula.)
E M eslingur avirunerent lamaistre cited
e grant partie en destruitrent. (.Livre des
Rois, p. 354.)
El circumdaia est civitas a fundibulariis ,
et magna ex parle percussa.
— Tud. slinga, fronde ; slingari,
frondeur; de slangj an ^ jeter , lancer;
anglo-sax. slinga, fronde; island.
slunga, slanga, item; anc. allem.
schlinge ; angl. sling ; dan. slynge ;
suéà. sliunga; holl. slinger; allem.
schlinge^ corde à nœud coulant,
lacet .
ESNEKE, ESNESQUE, ESNECHE, etC.
anc. sorte de navire, de barque
Manda de ses genz les raeillors
Barons, contes et vavassor
Sa preisée chevalerie,
Puis fist ajuster gran navie ,
Nefs e esnekes granz, ferrées.
(Chron. des ducs de Nom. t. Il, p. 40T.)
En basse latinité, isnechia, isnecia.
(Voir l'Archéogie navale de M. Jal,
t. I, p. 437, 438.)
— Tud. snaga„ sorte de navire,
espèce de barque ; anc. island.
sneckja; anc. allem. snicke (voir
Grimm, Grammatik, t. III, p. 437);
allem. moderne, schnake ; dan.
344
PREMIÈRE PARTIE.
snekhe; holl. snik, snaw; angl.
snow.
ESPARRE, ESPARRER, ESPRAVER,
anc. épieu, pique, lance. En basse
latinité, sparro.
Un esparre longue et pesant
A trovée lès lui en presant,
S'an vait, si ferut un gloton.
Que na li valu un boton.
iRoman d'Àlixamtns, eité par du Caoga, «ri.
Sparro.)
Son espraver a levé contremont,
Girart en flert parmi le gros del front.
{Roman dé Girard de Vienne, cilo par du Gange,
iiid.)
— Tud. sper, spere, pique, lance,
épieu; anglo-sax. spoera, spere, item;
dan. spar, item; suéd. sparr, item;
angl. spear, item; allem. speer,
item; holl. spar, sper, perche.
Espars, Épars, terme de marine :
longue pièce de sapin servant à faire
des mâts de chaloupe, des bouts de
vergue, etc. — Tud. sparro, pièce
de bois, poutre, solive, chevron;
island. sperra, itmi; holl. spar,
sparre, longue pièce de bois, perche,
chevron^ espars; allem. sparren, so-
live, chevron; dan. sparre; suéd.
sparr e.
Espars, Espart, anc. éclair; Es-
PARTiR, faire des éclairs, répandre
une vive clarté, étinceler. (Voir Ro-
quefort.)
L'un te mort, l'autre te menjue ;
L'on te glete, l'autre te rue ;
Te desrube d'yaue creusée
Et de tonnerres estonnée,
Batue de foudre et d'espars.
(U Martyre dt taint Bacchus, iow'rë dam le Non-
TMu recueil de conte», p. Î59.)
Le pals luist et resplendist
Aussi clerement comme esparz.
(Brandit des roynHx lignagei, I. U, p, 443.)
E eus (yeux) me feri les espars
Des armes où vi luire l'or.
( Tournoiement de PAniéchrin, p. S3.J
Plovûir verras et espartir.
iUid. p. 125.)
Cil jour fist moult lait temps, car il plut et
espart.
{Roman de Berte aux frantpiét, p. 37.)
Il espartoit forment et durement tonna,
Et plut menuement, et grésille et vent a.
(ibid. f. il.)
— Anglo-sax. spœre, étincelle;
holl. sprank, sprankie; bas allem.
spark; angl. spark.
EspRÉQUER, anc. piquer, aiguil-
lonner.
Mehaus li agace et espreke.
{Rom. du Renard, I. IV, p. 199.)
Ce mol dérive d'un primitif ger-
manique auquel on a ajouté le pré-
fixe es provenu du latin ex. (Voir
t. II, p. 285.) — Holl. 4° prikken,
prikkelen , piquer , aiguillonner ;
2° prik, prikkelj pointe, aiguillon.
Allem. 4 ° pricken, prickeln ; 2° pric-
kel. Angl. \° to prick; 2° prick,
pricle. Dan. prikke, piquer, aiguil-
lonner; suéd. pricka^ item.
ESPRINGARDE, ESPINGARDE, EsPRIIS-
GALE, ancienne machine de guerre,
servant à jeter des pierres et des
traits. Après l'invention de la pou-
dre, le nom de plusieurs machines
de guerre jusqu'alors en usage pas-
sèrent aux armes à feu qui les rem-
placèrent. C'efst ce qui arriva pour
Varquebuse. De même^ espingard
servit à désigner une certaine pièce
d'artillerie pouvant porter une livre
de balles. On trouve en basse lati-
nité springarda, springardus, sprin-
galdus, signifiant espringarde, es-
pringale :
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 345
l'eau dessus, asperger, arroser; anc.
allein. sprewen ; allem. moderne,
spritzen; suéd. spruta; dan. sprœite;
hoU. hesproeyen, avec le préfixe be.
Esquif. On appelait autrefois
équier une sorte de navire. Ces
mots- me paraissent plutôt dériver
du germanique skif, schiff, skip, que
du grec axaçi^ ; d'autant que nous
avons emprunté aux langues du
Nord la plupart de nos termes de
marine, ainsi que je l'ai précédem-
ment remarqué, p. S6 et 59.
Équiper a la même origine. La
signification primitive de ce verbe,
conservée encore aujourd'hui, est
celle de pourvoir un navire de tout
ce qui lui est nécessaire.
— Tud. skifj scef, navire; go th.
skip, scyp; anglo-sax. skip, scip;
island. skip; dan. skib ; suéd. skepp;
allem. schiff; holl. schip, scheep;
angl. ship.
Esquille. (Voyez Esclier.)
Esquiver; en italien, schivare.
— Tud. sciuhan, skiuhan, être
saisi de terreur, s'effrayer, s'épou-
vanter , s'effaroucher , s'enfuir ;
scihtig, fugitif. Anc. allem. schiech,
schiehes, épouvanté, effarouché, fu-
gitif; allem. moderne, scheum,
avoir peur, s'effrayer, s'effaroucher.
Angl. to eschew, éviter, esquiver;
dan. skye; suéd. sky; holl. schuu-
wen.
EssoiNE, EssoiGNE. Ccs mots si-
gnifièrent d'abord empêchement; ils
se disaient principalement d'un em-
pêchement qui ne permettait pas de
comparaître en justice au jour fixé ;
celui qui se trouvait dans ce cas était
obligé de se faire excuser auprès des
juges. En prenant la cause pour
Quarriaus traient au cliqueter.
Et font Vespringale geter ;
Les garroz qui lors de l'a isl
Lps plus vigaereus esbahit.
{Brstnehn du royaux lignages, t. II, p. S33.)
Si fit le dit roi traire toutes ses naves et
ses vaisseaux par devers les dunes, et bien
garnir et fournir de bombardes , d'arba-
letresjd'archers elà'espringales, et de telles
choses par quoi l'ost des François ne put
ni n'osât par l'a passer. (Froissart, liv. I,
ch. cccxvii, p. 265, col. 1.)
— Tud. sprengjan , sprengan ,
lancer de tous côtés, jeter cà et là,
répandre, asperger; anglo-sax. spren-
gan ; island. sprengza; allem. spren-
gen; holl. sprengen suéd. sprœnge;
dan. sprenge; angl. to sprinkle.
^ ESPRINGUER, ESPRINGIER, anC.
danser en trépignant^ sauter, sau-
tiller; d'où espringerie, espringale,
sorte de danse haute.
Jehan Pierart dansa elespringa "a la fesle
du dit Montfalon et gaigna le mouton,
commme le mieulx dansant. (Lettres de
rémission de 1392, citées dans le glossaire
de Carpentier, art. Cariolari.)
Dex veut des deux la concordanche,
Se li cuers hile, espringe et danse...
Et à'espringier et de baler,
Treper, salir, de ce savoii...
Qui miex aiment vaines paroles,
Espringeries et caroles.
[Miracle d* IfoUre-Dame, cité itiJ.J
— Tud. springan,. sauter; anglo-
sax. spryngan; suéd. springa; holl.
springen; dan. springe; angl. to
spring; allem. springen.
EspROHER, anc. asperger, ar-
roser.
Et li prestres le livre aporte,
Se li a mis deseur son cbief.
Puis Vesproha d'eve benoîte.
(Basbàz&n, Fubtiaux,\. III, p. i08.)
— Tud. spruejm, faire jaiUir de
346
PREMIÈRE PARTIE.
l'effet, on se servit ensuite à'es-
soine pour signifier excuse présen-
tée en justice, et enfin pour excuse
en général. Essoinier se disait pour
s'excuser de ne pas comparaître à
une audience à cause de quelque
empêchement par lequel on était
retenu. (Voir dans du Cange Sunnia,
Essonia, Essonium, Essoniare.)
Et les juges qui sont estab'.ys as leus de-
vant noumés, doivent mander au seignor
de celuy a qui l'on met le larecin sus que
il, dou jor que il avéra receu leur lettres en
quinze jors, doit enveer cel liome ou ceaus
a qui l'on met le larecin sus; et se il ne
les envée, il doit venir en sa propre per-
sone, se il n'en a essoigne (empêchement)
de son cors, dou quel essoigne, s'il a esté
essoigne, il doit eslre creu par son saire-
ment. (Ass. de Jér. t. II, p. 376.)
Plusieurs essoignes sont par lesquiex, ou
par aucuns desquiex l'en puet essonier le
jour que on a par devant son seigneur, si
comme enfermeté de corps; car quiconque
a maladie par laquelle il est aperte chose
que il ne puet sans grant grief aller a son
jour, il puet loiaumcnt essionier chil qui est
semons par devant son seigneur souverain,
{Coutume de Beauvoisis, citée par Roque-
fort, art. Essoigner.)
Chascon a chère sa moillier,
S'eritage e son patrimoine;
Senz grant meschef e senz essoine
Ne les se laisseront tolir.
(Chron. des ducs dt Ijorm. t. Il, p. 19.)
A enveiez ses messagiers
A la contesse de Peitiers....
Que senz délai e senz essoines (excuse)
Li enveiast sol tresze moines.
{Ikid. t. Il, p. 462.)
Hoël oït la grant besoigne,
N'i quist contredit ne essoigne;
E si baron et si parent
S'aparillent isnelement.
/"Rom. de Brut, t. Il, p. 45.^
— Tud. sunnia^ sunna, sunnis.
empêchement. (Voir Graff, t. VI,
p. 242, et Grimm, 622, 749.) Island.
syn, item; dan. sinhe , empêcher,
retarder, tarder^ verbe actif et neu-
tre; suéd. sinka, item; anc. allem.
siiumen, item; allem. saumen, tar-
der, retarder, s'arrêter, ne s'emploie
que neutralement.
Est. Si l'on était tenté de croire
que est_, ouest, nord, sud, sont des
mots nouveaux dans notre langue,
on trouverait la preuve du contraire
dans le Livre des Rois :
Alogierent soi en Magmas, al est de Be-
laven. {Livre des Rois, p. 42.)
Castrametnti sunt m Machmas, ad orien-
tem Bethttven.
De celeparei jesque al entrée del temple
ki fud devers le hest, out quarante aines,
e devers le west en out vint aines. {Livre
des Jlûis, p. 248.)
Li uns rochiers montout al north , en-
cuntre Magmas, e li altres al sud, encuntre
Gabaa. {Ibid, p. 46.)
Unus scopulus promineni ad aquilonem
ex adverso Machmas, et aller ad meridiem
contra Gabaa.
— Tud. ôst, est; anglo-sax. east,
eost; island. austr; allem. ost; hoU.
oost; suéd. œstj, œster; dan. ost;
angl. east.
ESTACHE, ESTAC, ESTACE, ESTAQUE,
anc. signifiaient piquet, pieu, pilier,
poteau. En basse latinité, staca,
stacha; en espagnol, estaca. Nous
avons conservé le dérivé estacade.
A une eslache l'unt aiachet cil serf,
Les mains li lient a curreies de cerf.
Très bien le bâtent a fuz e a jamelz.
{Cluins. de Roland, st. ccLXXii.)
Li palets fud vont e desur cloanz,
E fu fait par cumpas, et seret noblement ;
Vestaclie del miliu neelé d'argent blanc.
( Voi/. de Charlem. à Jer., r. 34T.)
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 347
Or tost, seigneurs, tost, l'a en my
Celle place le despoulliez;
Quant tout nu sera, le vueilliez
Lier estant à celle estache.
CUn Miracle de saint Valentin, inséré dam leThédlre
français au nioyea âge, p. 320.)
— Tud. steccho, pieu, piquet;
anglo-sax. staka; island. stiaka;
bas allem. I" stake, pieu, piquet;
2* stacketj palissade, estacade. Dan.
1° stage; ^^ stakkeet. Suéd. V stake;
2" staketwœrk. HolL 1 o staak ; 2* sta-
ketsel. Angl, stake; 2" staccado.
Allem. staken, perche.
EsTAL, anc. place, poste, position,
situatic'n, séjour, demeure, siège,
tribunal, etc. En italien, stallo; en
basse latinité, stallum , stallus ^
staulus.
Enfer seit mis de cela part,
Es mansions de l'altre part ;
E puis le ciel ; e as estais
Primes, Pilateod cesvassals.
{Théâtre français au moyen âye, p. II.)
N'el remua de son estai premier
Ne que felst une tor de niostier.
fCh. dOgierdeDanemarche, v. 10037,)
Li Grieu ne s'osèrent venir ferir en lor
estai ; et cil ne volrent eslongier les lices.
( Villehardouin, édi(. Brial, p. 453, C.)
Quant il oï que morte estoit.
De son estai où il estoit.
Chai a la terre pasmez.
{Floire et Blancejlor, édit. du Jféril, p. 169.)
Et vit le rei ester al estai real. {Livre
des Rois, p. 387.)
Viditregem stantem super Iribanal.
En basse latinité, stallum ou
stallus se prenaient dans un sens
restreint pour la place que chaque
moine ou chaque chanoine occu-
pait dans le chœur d'une église,
une stalle; ce mot était autrefois
masculin dans notre langue. De
stallum, place, on fit installare,
mettre en place, qui nou^ a donné
installer.
Estai, employé dans un sens par-
ticulier, signifiait la place où les
marchands exposaient en vente leurs
marchandises sur les marchés pu-
blics, h' estai était ordinairement
protégé contre les intempéries de
l'air par un toit et une clôture en
charpente, ce qui formait une petite
baraque qui, par extension, reçut
également le nom à'estal. Nous
avons conservé étal pour désigner
le banc élevé sur lequel on expose
en vente de la viande de boucherie,
ainsi que la boutique même où l'on
vend de la viande. Estai, étal nous
ont fourni les dérivés étaler, éta-
lage, etc.
Nus boutonier ne puet conporter au jour
de marchié, c'est a savoir, au vendredi et
au samedi, tant qu'il i ait (jusqu'à ce qu'il y
ait) estai vuit, et si li estaus vuls n'a mestre
qui riens n'est mis sus, c'est a savoir, home
qui le tiegne a cens du roi ou a [louage]; et
se il conportoit qu'il i eust estai vuist qu'il
ne fusl a cens ou a louage, li haliers por-
roient les choses au conporteur mestre k
estai, et prendre ent son estalage. {Livre
des métiers, p. 186.)
— TuâMftal, place^ poste, posi-
tion, situation, séjour, demeure;
anglo-sax. stal, stall, stœl; anc. is-
land. stallr; allem. stelle; suéd.
stœlle. Angl. stall, place, stalle,
échoppe, étal.
EsTAVE, EsTAVEL, EsTAVEU, anc.
cierge^ bougie, chandelle de cire.
A nuit iroiz a vos ostex
cierges e o estavex ;
Par ces iglises en iroiz
Nus piez, en langes veillerais
348
PREMIÈRE PARTIE.
El proieroiz Nostre-Seignor
Qu'il vos tiegne à grant henor.
( Roman de Partenopet dt Bloit. cité dan> le elnttaire
niaauacrJtde Sainte-PaUye, apt. Ettaie.)
A EmcryCommelin.merchier, pour avoir
livré six estaveux pesant chacun demi qua-
rignon de chire, pour servir à six povres
cartriers et cartrieres irespassez .... 9 s.
(Compte de l'hospital des Charlriers, de
1525, cité dans le supplément du glos-
saire de Roquefort, art. Estaveu.)
Estave dérive d'un primitif ger-
manique, signifiant bâton. Nous di-
sons aujourd'hui : « Un bâton de
cire d'Espagne, un bâton de sucre
d'orge, etc. » — Tud. stab, bâton;
anglo-sax. staf, stœf; island. stafr;
allem. stab; hoU. staf; angl. staff;
suéd. staf; dan. stav.
EsTEiL, anc. poteau, pieu. (Voyez
ce mot dans le glossaire de Roque-
fort.) — Anglo-sax. stel^ stèle,
poteau, pilier, tige; holL stijl ^
pieu, poteau, pilier; angl. stilt,
item; allem. steile, terme de ma-
rine , pilier des bittes ; tud. stil,
tige; suéd. stjelk, item; dan. stilk,
item .
EsTEu, anc. sorte de vase servant
de mesure pour les liquides ; dimi-
nutif, estivelot. En basse latinité,
staupus, stoupus, stopus^
Débet habere unusquisque privatus demi
esteu de morelo. (Anciens statuts des cha-
noines de Saint-Quentin, cités dans le glos-
saire de du Cange, art. Slopus, sous Stau-
pus)
Un pot de demi lot d'estain, trois eslive-
los et deus sausserons d'estain. (Livre rouge
de l'hôtel de ville d'Abbeville, ciié dans le
glossaire de Carpentier, art. Estiva.)
— Tud. stouph, stouf, stauf. vase
destiné à contenir des liquides, urne,
sceau, etc. Anglo-sax. stoppa,
stapul; island. staup; suéd. stop,
vase servant de mesure, pinte ; angl.
stope; hoU. stoop, mesure de quatre
pintes; allem. topf, pot; dan.
stob, vase à boire, grande coupe.
EsTiÉRE , anc. gouvernail d'un
navire.
Par le pié l'eu ad )eté lors,
Lesundes enporteflt le cors;
Puisqu'il l'ot lancié en la mer,
Al estiere vait guverner;
Tant guverna la neif e tint,
Le bafne prist, a tere vint.
(Marie de Franor, t. I, p. 46S.)
— Tud. stiura, gouvernail; anglo-
sax. styri; island. stiorn; allem.
steuer; dan. styre; suéd. styre;
hoU. stuur; l'anglais n'a pas con-
servé le substantif, mais il a encore
le verbe to steer, gouverner.
EsnQUER, anc. bâtonner, fustiger,
rosser.
Deu lur (ud ami
A ces gentilz paisanz kl furent desguarni,
Ke li Escot n'i furent lur mortel enemi ;
Tuz les eussent estikés, ocis e mal bailli.
(Chron. d*Jord. Fanlottiu, p. 5ÏT.)
Ce mot provient d'un primitif
germanique signifiant bâton, comme
bâtonner, dérivé de bâton, et fusti-
ger, du latin fustis. — Angl. stick,
bâton, baguette; allem. stecken;
bas allem. stikke ; dan. stikke, pe-
tit bâton, spatule; suéd. sticka ,
item.
Estival, anc. sorte de botte. En
basse latinité, stivales; en italien,
stivale, stivalone.
Icele nuit que je vos di,
Tonna et plut et esparti,
Si ne pot pas 11 rois dormir,
Ses chambelans fist toz venir
Devant son lit, et demanda
Une chape, si l'afubla ;
GHAP. III, ÉLÉMENT G
Uns estivaus forrés d'ermine
Chauça li rois
(Roma» Ue Perceval , cité par Roquefort, ar».
Xtlivat.J
— Tud. stiful, sorte de botte,
estival; anc. allem. stival; allem.
stiefel; dan. stoevîe; suéd. stoefwel;
holl. stevel.
Estoc, Estocade. Les diverses
acceptions que Trévoux donne au
mot estoc sont fort propres à jeter
du jour sur la véritable origine de
ce mot. Voici ce qu'il en dit : « Il
signifie originairement un tronc
d'arbre, ou une souche morte; c'est
ainsi qu'on dit en termes d'eaux et
forêts que les marchands sont tenus
à faire couper et ravaler près de
terre toutes les souches et vieux
estoc ou etoc. Ce mot se dit aussi
d'un long bâton ferré par un bout.
Estoc signifie aussi le fer, la pointe
d'une arme; ainsi on dit : « Frap-
per à'estoc et de taille; » pucntim et
cœsim. Estoc était autrefois une
sorte de grosse épée, nommée aussi
épée d'armes. C'est la notion qu'en
donne Olivier de La Marche^ lors-
qu'il parle des tournois et des joutes
de son temps. Et cette arme nom-
mée aussi bâton, qui est la vraie
signification d'estoc, ne servait que
pour se battre à pied et pour poin-
ter et pousser; quand elle était
tranchante, elle servait aussi pour
tailler et pour sabrer; de là est ve-
nue la manière de parler d'estoc et
de taille, c'est-à-dire de la pointe
et du tranchant d'une épée. »
— Tud. stoc, pièce de bois, tronc,
souche, pieu, bâton; anglo-sax.
stocce; allem. stock; dan. stok;
suéd. stock; holl. stok; angl. stock.
ERMANIQUE. SECT. IL 349
EsTOMBEL, anc. aiguillon pour
piquer les bœuls. Ce mot me paraît
dérivé d'un primitif germanique
plutôt que du latin stimulus.
Le suppliant print son baston que l'on
appelle estombel, duquel il touchoit ses
beufs. (Lettres de rémission de 1470, citées
dans le glossaire de Carpentier, art. Esta-
gua.)
— Anc. allem. 1°stupfel. aiguil-
lon, dérivé de 2» stupfen, stopfen,
siumpfen, piquer, aiguillonner. Tud.
1° stuph, stoph; 2° stopôn. Allem.
et holl. stift, pointe, poinçon, ai-
guiUon. Le m a été introduit dans
français estombel ainsi que dans
l'ancien allemand stumpfen. Voir à
cet égard tome II, p. i 40.
EsTOR, EsTOUR, EsTUR, auc. as-
saut, combat, mêlée : en basse la-
tinité, stormus; en italien, stormo ;
en langue d'oc estom.
Saûl lores e li flz Israël el val de Tere-
binte lindre les eslurs encuntre ces de Phi-
listiim. {Livre des Rois, p. 63.)
Saul aulem, et illi, et ovines filii Israël in
valle Terebinthini pugnabant adversum
Philislhiim.
Fieres batailles, fiers esturs.
Fist dux Reiniers od lui pjusurs . . .
Chevaliers aveit merveilles
Ë hardiz e chevaleros;
Mais unques n'i fist assemblée,
Estor, bataille, ne mesiée
Que sur lui n'en tornast le pis.
[Chron. de» ducs de Norm., (. f, p. 174.)
— Tud. sturm, combat, assaut;
anglo-sax. stour, stoure ;. island.
stur, styr; suéd. storm; angl. storm,
assaut; allem. sturm, item ; dan.
storm, item; holl. storm, item.
EsTouT, anc. hardi, audacieux,
téméraire ; Estoutie, hardiesse, bra-
350
PREMIÈRE PARTIE.
voure, audace, témérité; Estouïer,
être hardi, avoir de l'audace, de la
témérité, oser hardiment braver.
Bien connois que vous estes mon droil loial
espous,
E que j'ai ij. biaux fiux en Boulonnois de
vous ;
Mes cel iosengier-la, qui est foux et esious,
M'avoit souvent requise par moz courtois et
douz.
(Nouveau recueil de amifi, t. I, p. lî.)
Vieil iientgenz Ûeres et estoutes.
En guerre sages et meures,
Bien esprouvées et seures.
^Branche des roi/aux Ugnnget^ 1. 1. p. 371.)
Caignet, tu te fais moult eslout.
(Théâtre Jranfais au moyen âge, p. 301.)
Seigneur, or créés m'esloutie ;
Prengne chascuns une pugnie
De ches besans; ja ni parroit.
{Théâtre franf ait au moyen âge, p. 203.)
Ta janglerie trop estoute ;
Comment as-tu osé ce dire
Devant l'empereur nostre sire ?
(Uid. p. 281.)
Avoit un rois en France de moult grant .sei-
gnorie,
Qui moult fu fol fi fiers e de grant estoulie;
Charles Martiaus ot lioni
(Roman de Berle aus grans pies, p> Z-J
— Island. sfoZ^, hardi, intrépide,
audacieux, téméraire ; hoU. stout,
item ; angl. stout, item ; suéd. stut-
sa, faire le hardi, le brave, braver;
allem. stolz, fier, altier^ arrogant.
EsTRAC, ancien terme de Manège
qui se disait d'un cheval qui a peu
de corps, qui est serré des côtes,
qui est élancé. (Voir Trévoux.) —
Tud. straCj droit, allongé, élancé ;
angl o-sax, strac, strec; anc. allem.
strac, allem. moderne strack; holl.
strak raide, tendu ; suéd. strœcka,
allonger étendre; dan. strœkke,item.
EsTRAMAço^, sorte d'épée à deux
tranchants qu'on portait autrefois.
(Acad.) On trouve dans la basse la-
tinité scramasaxus, pour signifier
un glaive, un coutelas^ une dague ;
« Cum cultris validis quos vulgus
scramasaxos vocant, infectis vene-
no... utraque ei latera feriunt. »
(Grégoire de Tours, liv. IV, ch.
XLvi.) Dans estromaçon le c du pri-
mitif s'est changé en t avant le r
comme dans flétrir de flaccere et
dans chartre de carcer. (Voir t. II,
p. 404.)
Scramasaxus est composé de deux
mots germaniques dont l'un signifie
couteau, dague et l'autre se défendre
en combattant. — Tud. \°scirman,
skirman, se défendre en combattant;
2° sahs, couteau, coutelas, dague.
Anc. allem. 4" schirmen; 2° sachs.
Anc^ suéd. 1° skirma; t° sax. An-
glo-sax. sax, sœx, seax, couteau,
dague; island. sax, item.En danois
sax ne signifie plus que ciseaux.
EsTRÉE, Etrée, anc. chemin,
route ; en italien et en espagnol, es-
trada. De l'un de ces deux idiomes
nous est venu estrade , qui n'est
point ancien dans notre langue
La rivière de Saine vit qui moult est loée.
Et d'une part et d'autre mainte vigne
plantée;
Vit Pontoise, et Poissi, et Meulent, en l'es-
irée,
Marli, Montmorenci et Conflansen la prée.
(Rom. de Berle aus granspiès, p. 3.)
Li pèlerin qui vont parmi Vestrée,
Cil sevent bien où lor tombe est posée.
[Nouveau recueil de contes, DOtei, p. 412.)
On trouve strae dans la traduction
des Quatre livres des Rois :
Jo ces ki me béent decbacerai.... si cume
la boe de la strae les defulerai. {Livre des
Rois, p. 209,)
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 351
— Tud. strâza, chemin, route,
rue; anglo-sax. strœt, stret, item;
a.]lem. strasse, item ; àaxi. strœde,
item; suéd. straat, item; angl.
Street, rue ; holl, straat item.
EsTRiQUE, anc. bâton que l'on
passait sur la mesure pour en faire
tomber le grain excédant, radoire,
racloire; d'où estriquer , mesurer
avec Vestrique. (Voir le glossaire de
Roquefort.)
Art. XVI, Que nul mesureur ne mesure de
mesure qui ne soit enseignée du Douisien
sur dix livres d'amende eteslre banni de la
ville. Comme aussi que nul u'eslrigue A'es-
trique qui ne soit enseignée et ait plaine-
mentsix paulces de tour, sur le fourfait de
100 s.
Art. xvii. Que chascun mesureur mette
le poulce en le moienne de Vestrique, et
estrique oultre le mesure surpaine de 10 1.
et perdre son mesurage quarante jours.
(Ordonnances, statuls et édiisdu marché au
blé de Douai, du 5 mars 1593; citation de
Roquefort, supplément au glossaire, art.
Estrique.)
— Angl. strikle, radoire, ra-
cloire; dérivé de to strike, rader
une mesure de grain. Tud. stri-
chan, frotter, raser. Allem. 1 ° strei-
chen, frotter, passer légèrement sur,
raser; 2" s^reîcMoZz, radoire, ra-
cloire. Dan. ]° stryge; t'strygholt.
Suéd. 1 » stryha ; 2° stryktrœd. Holl.
4" strijken ; 2° strijhstok. Les subs-
tantifs streichholz, strigholt, stryk-
trœd, strijkstk, sont composés du
verbe signifiant frotter, raser, et de
holz, hoît, trœd, stok, qui signi-
fient un morceau de bois.
EsTRoiE, EsTROE, auc. attache,
cordon, courroie.
Li mestres du meslier devant dit puet
prendre et arester toutes estroies, soit de
cuirien, soit de lange, seur qui il les truisse
dessi adont que cil seur qui elles seront
trouvées ait amené son garantisseur , et
s'il ne puet trover son garantisseur, les
eslroes demeurent au mestre, ja soit ce que
les estroes soient mises en chaperon ou en
autre garnemens. ( Livre des métiers ,
p. 197,)
— Tud. strie, stricch, attache,
cordon, courroie ; island. strick,
item; allem. strick, item ; dan.
strikke, item ; angl. string , item ;
holl . strik, lacet, nœud de ruban ;
suéd . strek, corde .
EsTROPE, Étrope, terme de ma-
rine : courroie ou corde qui sou-
tient et suspend une moufle de pou-
lie dans le navire ; elle sert aussi à
bander l'arcasse de la poulie, pour
empêcher qu'elle n'éclate . (Voir le
dictionnaire de Trévoux.)
Holl . strop, corde à nœud cou-
lant, étrope ; angl. strop, étrope ;
dan . strop, stroppe, item ; allem .
strippe, courroie, attache, lien, ti-
rant ; suéd . strœppa, item ; anglo-
sax. strop, item.
Esturgeon : en basse latinité, stu-
rio, sturgio. — Tud. sturo, estuiv
geon ; anglo-sax. styria, styriga ;
dan. stoerje, stoer ; suéd. stœr ;
holl. steur; allem. sfôr.
ESTURMAN, EsTRUMANT, EstIRMAN,
anc. pilote.
Assez out od lui chevaliers,
Geutes puceles, e muilliers,
Esturmans, e marineaus,
E bachelers cointeset beaus.
{Ckron. dei ducs de Norm., t. 111, p. 349.^
De l'aler s'est aparillés. . . .
Son estrumant a moult proie,
Et il li a bien otroié
Que a cil port l'arivera.
[Floire el Blaneeflor, l'dil. da M^ril, p. 48.)
352
PREMIÈRE PARTIE.
Estirmans prist et mariniers,
Par pramesses et par loiers
En mer les fist al vent empaindre
Que Arlus ne l'peul ataindre ;
En Cornuaille l'ont conduit,
Grant paor a, volentiers fait.
(Rom. de Brut, t. Il, p. 126.)
— AUem. steuerman , pilote,
composé de steuer, gouvernail, et
de mann, homme. Dan, 1° styr-
mand, pilote ; 2" styre, stiœre, gou-
vernail ; 3o mand , homme. Suéd.
I» styrman; 2° styre ; 3°man. HoU.
i» stuurman; 2° stuur ; 3° man.
Bas allem. \°stùrmann; 2o stûr;
3" mann. Angl . steersman, pilote ;
to steer, gouverner; ma7i, homme.
Tud. 1° stiura, gouvernail; 2° man,
homme. Anglo-sax. 1 ° styri; 2° man.
Island. 1° stiom, stiori; fii^man.
Étai, Étayer : en basse latinité^
statua signifie un poteau, une co-
lonne : «In ea habentur pretiosissi-
mae reliquiae Domini, id est statua
ad quam fuit ligatus, flagellum inde
fuit flagellatus.» (Lettre d'un empe-
reur de Constantinople à Robert,
comte de Flandre, dans dom Mar-
tèfte, Anecd. t. I, col. 268.) « Item,
quod, idem venerabilis adolescens
ab eisdem Judeis fuerit suspensus
ad statuam deorsum.» {Acta S.
Wemheri, t. II, avril, p. 717.) Voir
du Gange. Statua, 2.
— Goth. staths, pilier^ poteau,
étai, étançon; anc. hoU. staede,
staye, item ; anglo-sax . stuthe, stu-
thu, item; island. 1° stod, poteau,
étai ; 2° stydia, étrayer, étançonner.
Allem. 4° stutze; 2° stutzen. Dan.
4° et îostcette,stytte. Suéd. h" stod,
stœd; 2° stodja. Angl. 1° stay ; 2"
to stay.
Étambord, Étambort, plus usité
Etambot, terme de marine : pièce
de bois élevée sur le bout de la
quille à l'arrière du navire, servant
de soutien au château de poupe et
au gouvernail qui y est attaché. On
disait autrefois estambord, estam-
bort.
Estambord signifie étymologique-
ment madrier de support. — Dan.
^o stœven, appui, support; i<>bord,
madrier planche. Allem. ]« steven;
i°bord. Angl. 1° stay; 2° board.
Holl. i» steun; 2° bord. En hollan-
dais, steven, formé de steun, signi-
fie à la fois l'étrave et l'étambot,
c'est-à-dire la charpente qui sert de
support à l'avant du navire et celle
qui sert de support à l'arrière. En
allemand, Vétrave est appelée vor-
dersteven, c'est-à-dire support an-
térieur, et l'étamfco^ est nommé hin-
tersteven, support postérieur. (Voir
l'article Étrave ci-après.)
Etamper^ terme de maréchalerie .
Il ne s'emploie que dans cette phrase,
étamper un fer de cheval, y faire
les huit trous. (Acad.) Ge mot pro-
vient d'un primitif germanique si-
gnifiant frapper, percer ou faire une
empreinte en frappant. L'italien a
stampare percer des trous avec un
emporte-pièce, empreindre, graver,
estamper, imprimer; stampa, em-
preinte, impression, estampe . De ce
verbe et de ce substantif italiens déri-
vent les mots français estamper, es-
tampe qui ne sont pas anciens dans
notre langue.
— Allem. stampen, frapper, battre,
faire un trou, une empreinte en
frappant; lôcher-stampen, étamper
un fer de cheval; angl. to stamp,
frapper, faire une empreinte en frap-
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 353
lasser, amonceler. Holl.stope;,am as,
chantier, entrepôt^ étape ; stapelen,
amasser, entasser. Angl. staple, en-
trepôt, étape. Dan. 4° stabel, amas,
monceau ; 2° stabel-stad, ville qui
a droit d'entrepôt, étape ; stad qui
entre dans cette expression signifie
ville. Suéd. \° stapel ; %° stapel-stad.
Island. stable, amas, tas, monceau.
Étau . Ce mot provient d'un pri-
mitif germanique signifiant ceps ,
instrument de supplice qui consis-
tait en deux pièces de bois que Ton
serrait au moyen d'une vis et entre
lesquelles on pressait les jambes de
ceux que l'on soumettait à la tor-
ture. Uétau dont se servent les ser-
ruriers et autres ouvriers est fort
semblable à cet instrument. On dit
en provençal estoc pour étau et en
patois lorrain estauque.
— Tud. stoc, stock, ceps, insiru-
ment de torture; ce mot signifie pro-
prement pièce de bois, billot, tronc.
L'ancien allemand stock et le hollan-
dais stoh ont les deux mêmes si-
gnifications. L'allemand emploie
schraubstocJi pour signifier ceps ; ce
mot est composé de schrauben, pres-
ser, serrer et de stock, pièce de bois,
billot. L'anglo-saxon a dans ce der-
nier sens stoc , stocce; l'islandais
stockr ; le danois stok et le suédois
stock.
Etoffe, autrefois estoffe.
On disait estofer, estoffer, estofler,
pour signifier garnir, équiper^ orner,
parer, et es/o^wre, estoffement, pour
garniture, équipement, ornement ;
en base latinité, sito/"/îa, étoffe, sfit/-
fare, garnir, orner ; stufura, stofu-
ra, garniture, ornement. (Voir dans
du Cange ainsi que dans Roquefort,
pant; hoU. stampen, frapper, piler;
suéd. stampa; dan. stampe.
Étangues, espèee de grandes te-
nailles. (VoirTrévoux.) — Anglo-sax.
tanga, tange, tang, tenailles, pince;
island. tông, taung; tud. zanga; hoU.
tang; allem. zangfe;suéd. taong ;
dan. tang; angl. tongs.
Un e initial a été ajouté à étan-
gues comme à écorce, formés de
cortexy-ticis et à éclair de clarus
(ignis). Voir tome II, p. 124.
Étape, autrefois estape, estaple.
On appelait ainsi une place publique,
où les marchands étaient obligés
d'apporter leurs marchandises pour
les vendre au peuple : en basse la-
tinité, stapula.
Item, tous raarchans ayans vin a Ves-
lappe (le Paris doivent au dlct prevost ,
chacun pour chacunes charretés de vin,
xij deniers parisis, el pour le charriot ij
sols parisis. {Livre des métiers, p. 440.)
Par extension, étape se prenait
pour une ville de commerce ; on di-
sait, « Grand est V étape des blés,»
nous dirions aujourd'hui entrepôt
des blés. Enfin, étape se prit pour
un lieu approvisionné, où. s'arrêtaient
les troupes qui étaient en marche,
afin qu'on leur distribuât les vivres
et les fourrages qui leur étaient né-
cessaires.
Stapula, d'où nous avons fait es-
taple, étape, dérive d'un mot ger-
manique signifiant amas, tas; c'é-
tait un lieu où on amassait une
grande quantité de marchandises,
comme on le fait dans nos entre-
pôts.
— Allem. stapel, amas, tas, mon-
ceau, chantier, magasin, entrepôt ,
foire, étape ; stapeln, amasser, en-
r
23
354
PREMIÈRE PARTIE.
glossaire et supplément, des exem-
ples de ces mots dans les deux lan-
gues.)
Pour vostre grâce accroistre et que vous
ayez mieux pour vous exto/fer et suivit \es
armes, je vous retiensa tousjours pour mon
chevalier "a cinq cents marcs de revenu par
an. i,Froissart, liv. I, part, ii, cliap. xlvi.i
— HoU. 1° stof, étoffe; 2" stoffee-
ren, garnir, parer, orner. Allera.
h" stoft, étoffe; ^° staffiren. Angl.
stuff, étoffe. Dan. et snéà. stof, item.
Tous ces mots paraissent tenir au
gothique stahs, matière première^
élément.
Étourdi : en basse latinité, stor-
datus ; en italien stordito.
— AUem. 1° stutzig et bestùrit,
étourdi^ abasourdi, comme quel-
qu'un qui tombe d'un lieu élevé ; 2°
sturtzen, stùrtzerij tomber du haut,
se précipiter. C'est ainsi que nous
disons en français, J'en suis tombé
de ma hauteur, pour J'en ai été fort
étonné. Suéd. 1" stœss; 2o stœrta.
HoU. storten, tomber d'un lieu élevé;
dan. styrte, item.
Étrain _, côte de la mer qui est
plate et sablonneuse. Ce mot est
principalement usité en Picardie.
(Voir Trévoux.) On disait autrefois
estran, estrain, avec la même signi-
fication. Anglo-sax. strand, rivage,
côte; island. strônd ; allem. angl.
hoU. dan. et suéd. strand.
ÉTRAVE, autrefois estrave, terme
de marine : assemblage de pièces
de bois élevées sur le devant de la
quille. Vétrave sertde supporta l'a-
vant du navire et forme la proue.
— HoU. ]o steven, étrave ; 'i°steun,
appui, support. Angl 1 ° stem ;%° stay.
AUem. vordersteven, étrave ; com-
posé de vorder, antérieur, de devant,
et de steven , support. Dan. fors-
tœven, étrave ; de fors, devant, et
stœven, support. Suéd. stœf, étrave,
dérivé de s to/', pièce de bois, bâton.
Tuà.stab, item; anglo-sax. stœf,
staf, item ; island. stafr, item.
Dans estrave, étrave, le r a été
ajouté après le t, comme dans mar-
tre^ de martes; trésor, de thésau-
rus^ etc. (Voyez tome II, p. 142.)
Étrier : en basse latinité, strepa,
streva ; en espagnol et en portuguais,
es^n'ôo. Nous disions autrefois sMeu,
et plus anciennement estref, estrief;
en langue d'oc, estreup.
Outre s'en passent que ej/re/"u'i perdirent.
(Oyierde Dantmarche, v. 1798.)
Estrief, ne siele, ne sosçaingle.
(PU. Mouskct, cité p»r du Gange, «ri. Strepa.)
Les anciens étriers ne consistaient
qu'en une courroie qui s'élargissait
à l'endroit où le cavalier plaçait le
pied. On peut s'en convaincre en
examinant certains sceaux et certai-
nes médailles du moyen âge, où se
trouve un homme à cheval. Nous
appelons aujourd'hui étriviére la
courroie à laqueUe est suspendu l'é-
trier.
— Anglo-sax. strop, courroie,
attache; allem. strippe^ item; suéd.
strœpa,item; hoU. strop, courroie,
attache, corde à nœud coulant, es-
trope ou étrope; on appelle ainsi,
en termes de marine, une courroie
ou une corde à laquelle est suspen-
due une moufle de poulie. Angl.
strop, étrope; dan. strop, stroppe,
item.
Étron. On disait autrefois esfroraf;
en basse latinité, struntus, strun-
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 305
le meurtrier; parti formé d'une ou
de plusieurs familles pour tirer ven-
geance d'un meurtre : en basse la-
tinité, faida.
dius; en italien, sft"onzo; en proven-
çal, estron.
Elle est Vestront de vostre mère.
théâtre français au mot/en âge, p. 100.)
Ge VOS di, beax amis, prenez-moi un es-
ironl de vieille anesse, et un esiront de
chat, et une crote de rat, et une faelle de
plantein, et un esiront de putain ; si les pes-
telez tout nestement en un mortier de
coivre a unpestau de fer, par force d'ome.
Si méprenez un poi de cellande dudiaton
et panele, et manviele, et comal, et tormal,
et de l'erbe Robert, et si meteiz un pié de
reine , de l'oDbre du fossé, de brine; ce
sont ore les bonnes herbes que je vos di.
Si mêlez un poi de sain de marœote, et de
Vestront de la linote , et si metez de Ves-
tront a la charrée de Troies et de Vestront
à la croteuse de Ligny; ne l'metez en ou-
bli. Prenez toutes ces bones espices; si
m'en faites i, geniill pastel tout net, si le
me couchiezsor vostre joue, et du jus lavez-
vos bien vos denz, et puis dormez un poi.
Ge di que vos en seroiz gariz, se Diex velt.
(Cl comence l'erberie, dans les œuvres de
Rutebeuf, 1. 1, p. 470.)
— Ane. a.\lem. stront, étron; bas
allem. strund; suéd. strunt; holl.
stront; angl. turd; anglo-sEix. tord.
Étuve : en basse latinité, stuba,
stuppa, stupha, stuffa; en italien,
stufa; en espagnol, estufa; en pro-
vençal, estuba.
— Tnà. stuba, siwpa^ poêle, étuve;
anglo-sax. stofa; island. stufa; anc.
allem. stobe; dan. stue; suéd. stufwa;
holl. stoof , stoove; angl. stove.
Allem. stube, chambre où se trouve
un poêle, chambre à feu.
Fàide, Faidu, Fadiu, anc. ini-
mitié, animosité, différend, démêlé ;
droit de vengeance autorisé par nos
anciennes lois, qui permettaient aux
parents d'un homme tué d'user de
représailles s'ils venaient à trouver
Ou fait le ban ke on fait asavoir "a tous
ke s'il est home u feme en ceste vile ki soit
en faide, ni en mal amour, ne en haine, ke
s'il volt avoirpais nearcord,ke il viengne as
preud'houmes eswardeurs ki le pais feront
de par sainte Église, de par le seigneur de
le terre et de par les eschevins. (Ban des
Trives, de1254.)
Il n'a mie mort deservie,
Nec'on li doie tolir la vie;
Por ce que il vos a baisiée
Tant devez vos estre plus liée :
S'il vos eust veue laide
J'a de baisier n'eussiez faide-.
Mais il vos vist, ma damoisele,
Sor tote criature bêle.
Laissiez ester ceste riote,
Tost vost en tenroit-on à sote.
{Roman de Blanchandin,t' 178 »", col. I.)
Se aulcun home de forain à ces trives ne
se voelt tenir, il convient ke cils qui les
trives aront fiancés u li kief de le faidCy
amené devant eschevins celi u cels ki à
ces trives ne se voiront tenir, en plainne
halle, par quoi les eschevins parolent à
als de bouke. (Registre de l'hôtel de ville
de Douai , a clous de cuivre, coté L ,
f 4 v°.)
S'aucuns home porte coutiel à pointe, u
broke, u sajetes, u arc et piles, s'il n'est
de faide morteil em puint que triuwessont,
et puis que bans en est fais, il est a trente
sols. {Cartulaires de Hainaut publiés par
M.de Reiffenberg, p. 346.)
(Voir le glossaire de Roquefort et
son supplément, auquel j'ai emprunté
les trois premiers exemples que je
viens de citer.)
De faide, on fit le verbe faider,
faidir, exciter l'animosité d'une per-
sonne contre une autre.
356
PREMIÈRE PARTIE.
Quar li Poitevin li aidoient.
Elle roy Jean monh faidoienl.
^Phil. Mousket, cil» par du Cnogo, art. Fuidire, a
la suite de l'art. Faida.J
Tacite dit en parlant des Ger-
mains : « Suscipere tara inimicitias,
seu patris, seu propinqui, quam
amicitias necesse est. )){De Moribus
Germanorum, XXI.) C'est à cet usage
des barbares envabisseurs de l'Em-
pire romain que l'on doit attribuer
l'origine des faides et de ces guerres
particulières que se faisaient entre
eux les seigneurs du moyen âge,
guerres qui ont ensanglanté l'Europe
pendant plusieurs siècles.
— Tud. faida, animosité, inimitié,
haine,bostilité; a.ng\o-sa.x,'l°fœhdhd,
item; 2° fehan, fean, avoir de l'ani-
mosité contre quelqu'un, le pour-
suivre de sa vengeance. Ane. allem.
4° fede; 2° fien. Goth. flgan, avoir
de l'animosité, de la haine contre
quelqu'un. HoU. veede, veete, ani-
mosité, inimitié, haine; island. fœd,
item; allem. fehde, démêlé, que-
relle, hostilité, guerre ; dan . fejde,
item; suéd. fegd, item ; bas allem.
vaihede, item; angl. foe, ennemi,
adversaire.
Falaise, rocher escarpé qui se
trouve au bord de la mer; ce mot
paraît avoir signifié anciennement
un rocher quelconque ; en basse la-
tinité falesia.
Li aumacors atoi s'en vet;
A une falaise se tret,
Qui moU estoit et liante et granz.
{Ftoire elBlauceflor, ëdil. Hu Méril, p. 323.)
Tant oirre qu'a une falise,
Où nus ne golasl d'une fonde,
Est venus
fRomani lU Perceml, cite i/,id. p. 275, )
— Tud. felisa, felis, roc, rocher;
island. fiœll, item ; anc. allem.
felis, item; suéd. ^œll, item; allem.
fels, item; dan. fiœld, montagne.
Falde^ Faulde , Faude, anc.
claie, assemblage de claies qui se
plient les unes sur les autres, bercail
fait avec des claies, parc à brebis,
bergerie. En basse latinité, falda
avait les mêmes significations. (Voir
le glossaire de Du Gange.) En ita-
lien, falda se dit de toute pièce
d'un assemblage dont les différentes
parties se plient les unes sur les
autres, comme les feuilles d'un pa-
ravant. Le dictionnaire de laCrusca
donne pour définition : « Falda si
dice di materia'piaghevole dilatata
in figura piana che agevolmente ad
altra si soprappone. »
Et vint Saûl a unes faides de berbiz ki
sur sun chemin esteint; truvad i une cave
grande ù il eutrad, pur sei aiser. {Livre des
Rois, p. 93.)
El venit ad caulas ovium quce se offerebant
vianli; eratqne ibi spelunca quam ingressut
est Saul, ut purgaret ventrem.
D'un lairon cunte qui ala
Berbiz embler que il espia
Dedenz la faude à un vilain;
Ensanle od li porta un pain.
Au chien voleit ce pain bailler
Qui la faude devait gueilier
Li kiens li dist : Amis, pur coi
Prendrei-jeo cest pain de toi ?
Je ne l'ie puis guerredoner,
Fai a tuu oues le pain garder.
(Marie de France, t. 11. p. 153.)
Une faude veil de berbiz
E un grant parc, lez un costiz;
Veit le pastor qui 's gart e meine.
[C/iron. des duci de Sform. t. Il, p. tSiJ
— Anglo-sax. fald, pli, assem-
blage de pièces qui se plient les
CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE SEGT. IL 357
unes sur les autres, bercail formé
avec des claies; parc à brebis, ber-
gerie ; fealdan, plier. Tud. 1° fait,
pli; 2° /aWan, plier. Goth. \° fald;
2° faldan. Island. ] " falld; 2° fallda.
Dan. i ^ fold; 2° foîde. Suéd. ]°fœll;
2° /œ//a. Allem. i» /a^^e ; 2° /"a/ien.
Angl. fold, pli, et de plus bercail,
bergerie, parc à brebis; to fold,
plier, parquer des moutons.
Fange. On disait autrefois fane,
pour signifier un bourbier.
Et dant Platon par grant air
Le referi si d'un solisrae
Sor l'escu, parmi une rime,
Qu'il le tist trcbuchicr el fane.
Et le couvri testout de sanc.
(la Bulaille det Vllarx,^ la «uilo des œuvre» âe
Rulcbcuf, 1,11, p. 436.)
— Tud. fennî, fenna, mare, ma-
rais, bourbier, boue; goth. /ani;
lo sax. fenn; island. suéd. et
fen, mare, marais, maré-
cage; hoU. veen, tourbière. L'e du
primitif germanique est devenu a
dans fane, fange comme dans ipar,
rame, ramper, cran formés de per,
remus, repère, crena. (Voir tome II,
p. 68.)
Fanon, outre la signification que
ce mot possède aujourd'hui, il dési-
gnait encore anciennement un mor-
ceau de linge, une serviette^ un es-
sjiie-main (voir le Roman du Re-
nard, t. I, p. 128), ainsi qu'une
sorte de bandelette pendante au bras
d'un prêtre, un manipule. (Voyez la
vie de saint Thomas de Canterbury,
p. 479, V. 530.)
— Goth. fana, morceau de linge_
serviette; tud. fano, linge, drapeau,
bannière ; anglo-sax. et island.
/"ana; allem. fahne, drapeau^ en-
seigne, bannière; dan. fane; suéd.
fana ; hoU. vaan.
Fard. Le fard était fort en usage
chez les femmes au moyen âge.
L'auteur de ['Art d'amours conseille
d'aller voir sa maîtresse avant
qu'elle ne soit fardée.
Au matin va la voir, ains qu'elle soit levée,
Ne que de son fardet soit oinle ne fardée.
(Guiart, Art it Amours, mss. ii"76l5, cité par Ro-
quefort, an. Fardet.)
Et Si vous di que la limace,
Qui va dorant tousjors sa trace.
Si nous trouva l'enluminer
Et foies famés a farder. •
(Vert insérés à la «nite des œuvres de Ruiebeuf,
t. 1 1, p. 4S5.)
(Voir ci-dessus l'article Blond,
pour l'emploi des colorations factices
dans la toilette parmi les peuples
d'origine germanique.)
— Tud. farwa, couleur^ coloris,
teint; anglo-sax. /"cerôit; island. far-
vi; allem. farbe; dan. farve; suéd.
fœrq ; holl. venu. Le d final de /"ard
est paragogique comme celui d'Al-
lemand, Flamand, gourmand, blor-
fard, etc. (Voyez tome II, p. 153
et tome \, p. 291, art. Blafard.)
Faubert, terme de marine : es-
pèce de balai fait de cordages défilés,
avec lequel on nettoie le navire ; de
là fauberter, pour balayer, nettoyer
avec le faubert. -— Holl. zwabber,
faubert; suéd. svabert; angl. swab,
de l'anglo-saxon svehban, nettoyer.
Faulder, Fauder, anc. plier,
ployer, courber.
Mais j'ai en remembrance ades
Que Dix ensi me ploie et faude
Ki veut que l'ame en ait son rès
En paradis
fCi Congié Je Baude Fattoul U'Arat, T. UT, citii
par. Roquefort, art. Faulder.) ,
358
PREMIÈRE PARTIE.
— Tud. faldan, plier, ployer;
anglo-sax. fealdan; island. fallda ;
dan, folde ; suéd. fœlîa ; allem. fal-
ten; angl. tofold.
Fauteuil, anciennement faldes-
toel, faudestoel, faudesteuil, favr-
destoul, faudestuel, faudetuel, fau-
deteuil.
Un faldestoel out suz l'ombre d'un pin,
Envolupet fm d'un pâlie alexandrin;
Lb fut li reis ki tute Espaigne tint.
(CAonJ. de Rolimd, ëdit. Gëoin, p. 35.)
Un faudestuel fait aporter;
Desus s'en vait li rois ester.
[Floire et Blancejlor, édit. du Méril, p. 213 )
Deseur i. faudeslueil roial,
Covert de porpre inpérial,
Sist César
{Dalopachoa, p. 34. i
Les mulz e les sumers afeutrent !i servant,
E funt pleines les maies entre or fln et ar-
gent,
De veisaus e de deners e de autre garne-
ment;
Faudestoulz d'or i portent e treis de seie
blanc.
A Seiut-Denis de France 11 reis s'escrepe
prent.
Li archevesche Turpin li seiguat gente-
ment.
( Vog. de Charl. à Jérut. T. 82.)
En basse latinité, faldestaulus,
faldestolium, faudestaula, faudes-
tolium, faldistorium, valdestolum ■
Ces mots désignaient une sorte
de siège pliant^ garni de sangles
et recouvert d'étoffe, ayant un
dossier composé de même et des
accotoirs ; ce siège était spéciale-
ment destiné aux cérémonies publi-
ques; on le pliait pour pouvoir plus
facilement le transporter d'un lieu
dans un autre. On lit dans le com-
mentaire sur le panégyrique de l'em-
pereur Béranger, composé par Adrien
de Valois : « Sella plectilis quae
vulgo valdestolum vocatur. » Du
Cange, dans son glossaire, inter-
prète faldistorium par sella plicati-
lis. Nicot est plus explicite dans sa
définition ; la voici :
Faudeteuil est une espèce de chaire a
dossiers et à accouldoirs, ayant le siège de
sangles entrelassées, couverte de telle es-
loffe qu'on veut, laquelle se plie pour plus
commodément la porter d'un lieu à un
autre, et est chaire de parade laquelle on
tenoit anciennement auprès d'un iict de
parade.
En italien et en espagnol, faldis-
torio signifie un siège qui est à l'u-
sage des évoques dans les cérémonies
de l'église.
— Tud. faldstuol, siège pliant,
fauteuil ; ce mot esi composé de
faldan, plier, et de stuol, stual,stôl,
siège. Goth \° faldan, T^liev; 'i° stol.
Anglo-sax. 1 ° fealdan ; 2° stol. Is-
land. \° fallda; 2° stol. Dan. i»
folde; 2° stoel. Suéd. 1° fœlla; 2»
stol. Allem. 1° falten; 2° stuhl.
Angl. 1o tofold; V stool.
Fel, Fêle, Félon, Félun, anc.
méchant, pervers, injuste, violent,
cruel, barbare, perfide, traître; en
basse latinité felo.
Elduiue fu fel et iros
Et mult durement orgillos.
fRom. de Brut, t. M. p. 26S.)
Por lapoor e por le cri
De Hastainz cil fel anemi.
Se sunt li muignes tuit fui,
Li mostier unt tout soûl guerpi.
{Rom. de Roti, y. 345.)
Feme a le cuer félon, chelis et orgueilleux,
Cruel et desloial, félon et traïteux.
fCIkulie-Muiari, à la suite dei asuTret de Ruirbeuf.
t. Il,p.486.y
CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 359
Nos pères se servaient du feutre
à divers usages, pour faire des cha-
peaux, des tapis, des garnitures ie
chaise, de selle, et même des ha-
bits.
Merci te cri que mis sires li reis ne se cu-
ruzt vers cest felun Nabal. (Livre des Rois,
p. 99.)
Ne ponat, oro, dominus meus rex cor suum
super virurn istum iniquum.
— Anglo-sax . felle, méchant,
pervers, scélérat ; angl . fell, mé-
chant, cruel, barbare; holl. fel,
item.
Ferling, Ferlin, ancienne mon-
naie qui était le quart du denier; en
italien ferlino. — Anglo-sax. feor-
dhling, quart de denier, ferlin: de
feordh, feorth, quatrième, formé
lui-même de feother, quatre. Pour
les correspondants de ce dernier dans
les divers idiomes germaniques
voyez l'art. Ferton qui vient après.
Ferton, Fierton, Freiton, anc.
quatrième partie du marc. En basse
laXiniiéferto^fierto. (Voir le glos-
saire de du Gange.)
Et juroDs que nos ne recevrions nns des
deniersdes ouvriers par qu'il istic (stc) plus
de trois fors et de trois foibles au freiton,
c'est "a savoir que li fors doivent estre de
15 sols et 5 den. etc. (Serment prêté par
des monnâyeurs au comte de Poitiers, an-
née 1 265, cité par du Cange, art. Ferto.)
— Anglo-sax. ferting, quatrième
partie du marc, ferton; de feorth,
quatrième, qui est formé de feother,
quatre. Goth.. fidur, fidvor, item;
tud. fiari, item ; island. fiugar ; suéd.
fyra; dan. fire ; axigl. four ; holl.
vier; allem. vier.
Feutre, anciennement feltre, es-
pèce d'étoffe non tissée qui se fait
en foulant le poil ou la laine dont
elle est composée; c'est ce que les
Latins appelaient coactile ou lana
coacta. En basse latinité, feltrum,
filtrum ; d'où nous avons fait filtre;
en italien, filtro.
Nus cliapelier de feutre ne doit faire cha-
piaus de feutre fors que d'aignelins purs
sanz bourre. [Livre des métiers, p. 248.)
LI reis me prestet sa espée al poin d'or
adubet,
Si ferrai sur les heaumes ù il erent plus
chers,
Trancherai les haubercs e les heaumes gem-
mez,
Le feutre od la sele del destrer sujurnez.
( Voyage de Charlemagne à Jérut. ». 458.^
Or aillent s'il voillenl couohier,
Car il ne daignent atouchier
Leurs robes de saz et de fautres.
{Branche des rot/aux lignages^ t. I. p. 171.)
— Anglo-sax. 1° felt, feutre; dé-
rivé de 2° fel, fell, peau d'animal
avec la laine, avec le poil, toison.
Tud. i" fih; 2° fel, fil. Allem.
\'>filz; fell. Angl. \°felt; 2° fleece.
Holl. \° vilt; 2° vei. En gothique,
fill, peau. Pour l'addition du r après
le t dans filtre, voyez t. II, p. 142.
Fey, Fé, Fex, anc. troupeau, bé-
tail.
Si un fex de brebiz ou de moutons est
prins en temps deu, l'en ne paiera que
deux solz tournois pour une foiz. (Ordon-
nance royale de 1352, citée dans ie glos-
saire de Carpentier, art. Fexa.)
— Tud. fihu, troupeau, bétail;
goth. faihu, item; anglo-sax. feo ;
island. fé; allem. vieh; bas allem.
veh, viech; holl. vee; dan. et suéd.
fœ.
Fief. En basse latinité, feodum,
feudum ; en italien, fio ; en langue
d'oc, feu; en anc. portugais, feu.
360
PREMIÈRE PARTIE.
Vu a été changé en f dans fief
de feodum, comme dans juif de ju-
dœus , dans veuf de viduus, etc.
(Voyez, à cet égard, l. II, p. 416
et 118.)
— Goth. faihu, bien, fortune,
avoir, richesse. On trouve dans la
langue des Lombards l'expression
fader-fiu {fader, père), bien pater-
nel, patrimoine. Ane. frison, fia,
bien, richesse, avoir, ])étail, trou-
peau. Les autres idiomes germa-
niques ne nous présentent ce mot
que dans le sens de bétail, trou-
peau, la richesse consistant en bes-
tiaux ; c'est ainsi que avoir, aveir
avaient le môme sens dans notre
ancienne langue. (Voyez ci-dessus,
p. 128.) Tud. fiu, bétail, troupeau ;
anglo-sax. feo; island. fé; allem.
vieh; holl. vee; dan. et suéd.
fœ. Les dérivés latins feodum,
feudum, sont pour feoum, feuum,
dans lesquels on a introduit un d
épenthétique, afin d'éviter la ren-
contre des deux voyelles; les Ita-
liens ont fait même chiodo pour
chioo de clavus, et ladico pour laico
de laîcus.
Fin. En italien et en espagnol,
fino. — Tud. fin, déliée menu, fin ;
dan. fiin; suéd. fin; allem. fein,
fin, délié, subtil, pur; holl. fijn,
fin, pur, épuré ; island. finn, item;
angl. fine, fin, rafiné^ épuré, clair,
beau.
Flacon. En basse latinité, fiasco,
flasca, flascula, qui signifiaient bou-
teille, flacon, fiole et autres vases
destinés à contenir de la boisson;
en espagnol, fiasco ; en italien, ^as-
co, fiascone; en provençal, flasque,
fiasco, flascou. Nous avons dit au-
trefois flasche et flasque avec la
même signification.
La aussy nous dist estre ung flasque de
sang Greal, chouse divine et a peu de gens
congnuc. (Rabelais, Pantagruel, liv. V,
ch. X.)
Le bon Bacchus jouoit du flasque. (Das-
soucy, Le Jugement de Paris, 1648, in-4*,
p. 12.)
— Tud. flascha, bouteille, fiole,
flacon; anglo-sax. flaska, flaxa; is-
land. flaska; anc. allem. vlasca;
allem. flasche; dan. flaske; suéd.
flaska; holl. flesch; angl. flask.
Flan, autrefois flaon. En basse
latinité, flado , onis; flato , onis;
flanto, onis.
Par trestoz les sainz que l'en proie.
S'il ne se deffent de lamproie,
De luz, de saumon ou d'anguille.
S'en le puet trover en la ville.
Ou de tartes, ou de (laons.
Ou de fromages en glaons.
{Roman dt la Rose, T. 12185.)
Flaon, formé de fladonem ou fla-
tonem (voir p. 45, note), est devenu
flan, comme paon, taon et Laon
sont devenus pan, tan, Lan dans la
prononciation, bien que l'on con-
tinue à les écrire paon, taon, Laon.
— Tud. flado, tarte, gâteau, flan ;
allem. fladen, item; holl. vlaade,
tarte au lait, flan.
■ Flanc. — Goth. hîanc , côté ,
flanc; tud. hlancha, lancha ; allem..
flanke; suéd. flank; holl. flank,
flanc; angl. flank. L'aspirée gut-
turale h de hlanc, hlancha s'est
changée en aspirée labiale dans les
mots correspondants des idiomes
germaniques modernes ainsi que
dans le français flanc. La même
permutation s'est produite dans
dHAK III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 36<
d'autres dérivés d'origine germani-
bue tels que frimas, froc. Voyez ces
mots à leur place dans ce chapitre et
tome II, p. 87.
Flaque d'eau. On a dit autrefois
flache pour étang et pour flaque
d'eau; voyez Roquefort. — Ane.
holl. vlake, nappe d'eau laissée par
la haute marée, marais salant, de
vlak, qui présente une surface éten-
due, mais qui n'a pas de profondeur,
qui est plus profond, plan, plat;
allem. flach, item; flaches ivasser,
eau peu profonde, nappe d'eau; dan.
flakj plan, plat, peu profond; suéd.
flack, item.
Flatir signifiait autrefois aplatir
quelque chose en frappant; il ne se
dit aujourd'hui qu'en termes de
monnayeur^ pour signifier aplatir
une pièce de monnaie en la battant
avec le marteau appelé flatoir.
— Tud. 4° fiazan, aplatir; 2" ftaz,
plat, aplati. Island.'1°/?e^ja; '^° flatr.
Angl. 4° to fiât; Tflat. Suéd. xtlatt,
plat, aplati; allem. p/a^^; dan. holl.
flat, item.
Flèche. — Tud. flukhe, flèche;
anglo-sax. fia, flœn; anc. allem.
flitz, flitsche , island. flein ; dan.
flits; angl. flitch, holl. flits.V&Ue-
mand n'a conservé ce mot que dans
des composés^ tels que flitzbogen,
arc à lancer des flèches, de flitz,
flèche^ et de bogerij arc.
Flet, Flez, poisson de mer très
plat, appartenant à la famille que la
haute latinité désignait sous le nom
générique de passer, et la basse la-
tinité sous celui de platesa, pîatessa,
platesia.
— Suéd. flat-fisk, expression ser-
vant à désigner toute la famill