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Full text of "Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie"

f,i;-cr,i;u 



U dVof OTTAUA 

lllllllliilil 

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DICTIONNAIRE 

D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 



ET 



DE LITURGIE 



TOME TROISIEME 



P R E M I H R E PARTIE 



CHAINAGE — CHYPRE 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 witii funding from 

University of Ottawa 



Iittp://www.arcliive.org/details/p1dictionnaireda03lecl 



6 



DICTIONNAIRE 

D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 



ET 



DE LITURGIE 



PUBLIE PAR 




Le R°" dom Fernand CABROL 

ABBÉ DE SAINT- MIC H EL DE FAIINBOROUO H (ANGLETERRE) 

et le R. P. dom Henri LECLERCQ 



AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS 



TOME TROISIÈME 



PREMIERE PARTIE 






CHAINAGE - CHYPRE 






PARIS 

LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 

L. LETOUZEY, Succ' 

76'"% Hue des Saints-Pères (VIP) 

1913 

TOUS DROITS RÉSERVÉS 



■"UnWërïïttî* 
BIBUOTHECA 






/ 1 



DICTIONNAIRE 



D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 



ET 



DE LITURGIE 



-:'5^W0 >*cO:^^— 



(suite 



CHAINAGE. Parmi les édifices que nous avons 
eu jusqu'ici l'occasion de décrire ou de ligurcr, il n'en 
est guère • — ■ depuis les plus parfaits jusqu'aux plus 
grossiers — qui ne nous ollre l'emploi des chaînages, 
c'est-à-dire d'armatures secondaires qui remplissent 
dans la construction le rôle d'une charpente for- 
mant corps avec la bâtisse. Les chaînages se ren- 
contrent dans les parements aussi bien que dans les 
voûtes, les cintres ou les coupoles d'un édilice. Tou- 
tefois, on peut dire, d'une manière générale, que le 
chaînage des parements est en pierre, celui des par- 
tics sphériques est en briques ou en tuilcaux. On voit 
du premier coup par cette distinction la différence 
des services qu'on attend des chaînages suivant le 
cas. Dans le parement, on lui demande l'immobilité, 
dans les parties sphériques on lui demande l'élasti- 
cité, mais dans un cas comme dans l'autre, on réclame 
de lui la résistance. Le chaînage n'a, en effet, pas 
d'autre destination. .Son rôle dans le parement n'a 
aucune prétention décorative; il lui importe peu de 
rompre la monotonie des lits superposés de la con- 
struction concrète; ce sera affaire à l'ornement d'enjo- 
liver le mur. Le chaînage est une sorte de pilastre 
ravalé, un contrefort simplifié, destiné à renforcer le 
parement et à l'immobiliser contre toute menace 
de lléchissement, contre tout danger de crevasscment. 

Mais c'est dans les parties sphériques que le rôle du 
chaînage devient considérable. Pendant la durée de 
la construction il rend les mêmes services qu'on pour- 
rait attendre d'une charpente intérieure, soutenant 
les masses et empêchant les maçonneries de diriger 
leur poussée totale sur les cintres. Cette armature 
faite en matériaux choisis et ouvrés coûtait, il est 
vrai, plus cher que la portion de blocage dont elle 
tenait la place; mais outre que la dilïérence était 
peu considérable, la solidité et les garanties de dureté 
offraient une compensation sans comparaison pos- 
sible avec ce léger renchérissement. On réduisait 
d'ailleurs ce coût en réduisant le chaînage à un simple 
réseau, une sorte de quadrillage ajouré, ou bien à une 
chaîne isolée, noyée dans l'épaisseur du blocage, une 
sorte de claîre-voie de briques tapissant, de distance 
en distance, les zones étroites de la voûte. Parfois, 
on substituait au chaînage une sorte de carrelage à 
l'aide de briques posées à plat'. 

Va\ Orient, une circonstance, heureusement locale, 

' IL Leclercq, Manuel d'archéologie chrélienne, in-S" 
Paris, 1907, 1. 1, fig. 157-160, 163-10.^). — '■ A. Choisy, Essai 

DICT. D'aRCH. CHRÉT. 



imposait l'adoption de procédés particuliers. Nous 
avons dit l'instabilité du sol à Antioche, à Byzance, 
les fréquentes oscillations et les tremblements de 
terre qui déterminaient la ruine des édifices les plus 
solides. Les chroniques du Bas-Empire oITrent presque 
à chaque page le récit d'un écroulement, et l'on en 
vient il se demander, en face de ces désastres pério- 
diques, si le mode de construction approprié à ces climats 
n'eût pas dû reposer sur l'emploi de charpentes lé- 
gères, au lieu de voûtes massives qui menacent, à la 
moindre secousse du sol, de se rompre et de s'effondrer. 

Il n'en est rien, répond A. Choisy. J'ai pu visiter, 
quelques mois après un de ces terribles ébranlements 
du sol, une ville d'Asie-Mîncure en ruine, Echekli; 
et j'observai, a mon vif étonnement, que les mosquées 
à coupoles se dressaient presque intactes au milieu des 
décombres. Leur conservation tenait à la structure 
même de ces voûtes : ces voûtes n'étaient pas seule- 
ment maintenues par de vigoureux massifs de butée, 
elles étaient, pour ainsi dire, cerclées par un chaînage 
en pièces de charpente contre lequel les trépidations 
ne pouvaient rien. C'est un usage vieux comme les 
civilisations asiatiques de chaîner ainsi les voûtes 
et les murailles elles-mêmes; la tradition s'en est con- 
servée dans l'.\sie-Mîneure et la Grèce, et il est peu 
d'édilices du Bas-Empire qui ne soient ainsi conso- 
lidés dans toutes leurs parties par des cadres en char- 
pente plus ou moins apparents, habituellement noyés 
dans l'épaisseur de leurs massifs =. 

Ces chaînages n'avaient pas d'ailleurs en vue ciue 
les tremblements de terre, on attendait d'eux un ser- 
vice plus immédiat qui était de prévenir dans la 
maçonnerie encore fraîche, les déformations acciden- 
telles de nature à altérer la régularité et à compro- 
mettre la durée de l'édifice. Mais les Byzantins étaient 
trop habiles pour ignorer que la durée de ces chaînages 
noyés est essentiellement restreinte et leur entretien 
impossible, car le bois privé d'air s'échauffe et pourrit. 
Le chaînage en bois n'était donc qu'un pis aller, d'ail- 
leurs ils avaient des matériaux plus résistants sous la 
main. Et même, le chaînage n'était rien de plus à leurs 
yeux qu'une mesure de prudence destinée à rendre 
service pendant la période des tassements et lors des 
oscillations du sol. Aux efforts permanents ils oppo- 
saient un système de butée combiné comme si les ti- 
rants n'avaient pas existé. H. Leclercq. 



sur l'art de bâtir chez les Byzantins. 
p. 115. 



in-fol., Paris, 1883, 



111. - 1 



CHAINES DE SAINT PIERRE 



CHAINES DE SAINT PIERRE. — I. Textes et 
monuments rcUilifs ;iux cliaincs de saint Pierre. II. La 
basilique de Saint-Pierre-cs-liens. III. La tombe des 
Macchabées. IV. Mosaïque de l'autel de Saint-Sebas- 
tien. V. La chaîne de samt Pierre. VI. Bibliographie- 

I. Textes et monuments relatifs aux chaînes de 
SAINT Pierre. — L'histoire des chaînes de saint Pierre 
est inséparable de l'histoire de la basilique qui les con- 
servait. Le vocable de cette basilique : basilica Eu- 
doxiana a longtemps fait croire qu'elle était l'ou- 
vrage de l'impératrice Eudoxic la Jeune, fille de Théo- 
dose II et femme de Valentinien III, ce qui nous 
reporte vers le temps du pontificat de saint Léon le 
Grand '. Il faut remonter à une date plus ancienne. 
Dès avant le commencement du V siicle, une église 
s'élevait à cette place dédiée à la mémoire des saints 
Apôtres. Le prédécesseur de saint Léon, le pape 
Sixte III, grand bâtisseur, la fit reconstruire sur un 
plan plus spacieux et décorer avec richesse, grâce à la 
munificence de l'impératrice Eudoxie. Le Martyro- 
loqium Ilieromjmianwn, document du v* siècle, men- 
tionne ainsi sa dédicace, au l*^' août^ : 'Sferf ^--.tm ^-^ 



MS. DE BERNE J 

Rontœ dedicatio 
ecclesie a bealo Pe- 
tro constructe et 
œdiftcate. 



MS. DE WISSE.M- 
BOVRG 

Romœ dedicatio 
prime aecclesiœ a 
beato Petro con- 
struclœ. 



MS. D EPTER- 
NACH 

Romse statio ad 
sanctum Pelnim 
ad vincula. 

Var. : natale 
sancti Pétri ad 
tfincula. 

Var. : ad uincu- 
la E[u]doxiœ a- 
postoU. 

Pétri o(b)scii- 
lant popiili cathe- 
nas. 



PRAESBYTERI TAMEN HIC LABOR EST ET 

CVRA PHILIPPI 
POSTQVAM EPHESI CHRISTVS VICIT VTRI- 

|QVE POLO 
PRAEMIA DISCIPVLVS (SERVIT VINCENTE MA- 

IGISTRO 
10 HANCPALMAM FIDEI RETTVLIT INDE SENEX 

Ainsi, le pape Sixte III lit la dédicace de l'église 
après son entière reconstruction dont les travaux 
avaient été dirigés par le prêtre Philiijpe, attaché 
à l'église même. Ce Philippe est bien loin d'être pour 
nous un inconnu. Il avait rejjrésenté l'évêque de Rome 
en qualité de légat au concile d'Éphése, en 431', et 
sa signature a été conservée : Philippus cccicsiœ apo- 
slolorum presbyler'. Cette dénomination est à retenir : 
tilulus A postolorum; elle était évidemment populaire 
dès ce temps-là '. Il est même possible que Sixte III ait 
remplacé par ce nom un autre que nous ignorons. 
Dans l'inscription qu'on vient de lire, on affirme que 
le pape, lors de la dédicace de la nouvelle église, a 
change le nom ancien : 

Ctde prias nomen novilali cède veluslcs. 

Le titre nouveau réunissait désormais les noms des 
deux princes des apôtres : 

Ila-c Pétri Paulique simul nunc nomine signo. 

Mais dans le cours des âges et pour abréger on ne 
garda que le seul nom de saint Pierre. Au début du 
vi« siècle, on désignait aussi cette basilique sous le 
titre de tid vincula sancti Prtri. Le Liber pontificalis 
fait mention d'un presbitcr a pincula sancli Pétri cipo- 
sloli. Dii/nissimus''. et une inscription de .333-535, en- 
core fixée à la paroi de la nef gauche de la basilique, 
est ainsi conçue (fig. 23S0) : 



SALVO PAPA NOSTRO lOHANNE COGNOMEN 

TO MERCVRIO EX SANCTAE ECCLESIAE ROMANAE PRESBYTE 

RIS ORDINATO EX TITVLO SANCTI CLEMENTIS AD GLO 

RIAM PONTIFICALEM PROMOTO BEATO PETRO 

APOSTOLO PATRONO SVO A VINCVLIS EIVS SEVERVS PRESBYTER OFERT 

ET ITERVM POST CONSVLATVM LAMPADI ET ORESTIS VV. CC. VRBI + CLVS CED RICSNVS EST 



Une inscription du v= siècle rappelait la restauration 
exécutée par les ordres de Sixte III (432-440U cette 
inscription n'existe plus, mais son texte nous a été heu- 
reusement conservé dans une sylloge épigraphique. Elle 
se lisait à l'intérieur de la basilique, au-dessus de l'en- 
trée' : 

CEDE PRIVS NOMEN NO VIT ATI CEDE VETVSTAS 

REGIA LAETANTER VOTA DICARE LIBET 
HAEC PETRI PAVLIQVE SIMVL NVNC NOMINE 

ISIGNO 
XYSTVS APOSTOLICAE SEDIS HONORE 

IFRVENS 
5 VNVM QVAESO PARES VNVM DVO SVMITE MV- 

|NVS 
VNVS HONOR CELEBRET QVOS HABET VNA 

(FIDES 

'M. ArmeUini, Chiese di Roma, in-8'>,Roma, 1891, 2' édit., 
p. 20S. — = Martyrologium Hieroniimianum, édit. De Rossi- 
Duchesne, dans Acia sanct., novembr. t. ii, p. 98. — 
• De Rossi, Jnscriptiones christianœ urbis Romœ, in-foL, 
Roraœ, 1888, t. II, part. 1, p. 110, lig. 9, le ms. donne par er- 
reur discipulis, dans le ms. de Lorscli. Dans le ms. de Ver- 
dun nous retrouvons ces mêmes distiques, mais incomplets 
(op. cit., p. 134), avec toute! jii celte mention : Ilem in occi- 
dentali parte ipsius ecclesiee. Sur ce texte, cf. Monsacrati, 
De catenis S. Pétri, in-l», Roma-, 1750, p. 17. En 1877, on a 
trouvé en .\trique prés de Tébessa (= Theveste) une ins- 
cription métrique servant de titre dêdicatoire à une église 
dédiée aux apôtres Pierre et Paul. Cette inscription a per- 
mis une correction lig. 6 : celebrel au lieu de célébrât que 



Au jugement de Monsacrati. on de\Tait encore at- 
tribuer à cette église une inscription \"ue par lui à 
Saint-Laurent-hors-lcs-Murs ' : 

;^LOCVS • SEBASTIANI • PB CS A VIN>((«s 6. PetH] 
IN ■ QVO • REQVIESCIT ■ FILIA • SS" • NOMINE| 
QVAE ■ VIXIT • ANN-XIIIDEPIII- KAL • NOVE| 

Vers le \i' siècle, l'appellation de S. Pctri ad vin- 
cula (= San Pieiro in vincoti) prévaut définitivement. 
En 554, la basilique est choisie pour être le théâtre 
de la lecture publique du poème d'.-\rator 'intitulé i>e 
actihus Apostolorum, et une notice contemporaine 
nous avertît ", en effet, que la solennité fut célébrée 
in ecclesia sancli Pétri, quss vocalur ad vincula". Le 
catalogue des églises de Rome, au vii° siècle, meii- 

donnait le recueil de Ix>rsch. Sur l'inscription de Theveste : 
de Bosredon, dans Recueil des notices et mémoires de la So- 
ciété archéologique de Constantine, II"^ sér., 1877, t. viu, p. 378 ; 
De Rossi, Bull, di arch. crist.. 1878, p. 14-18. — 'Hefele, 
Histoire des conciles, édit. Leclercq, in-S", Paris, 1908, t. il, 
part. 1, p. 290. — ' Mansi, Concil. ampliss. coll., t. iv, 
col. 1303; Hardouin, Coll. concil.. t. i, col. 1483. — ' L. Du- 
chesne. Notes sur la topographie de Rome au moyen âge, 
dans les Mélcuiges d'archéol. et d'histoire, 1887. t. vu, p. 222. 
— 'Liber pontificalis, édit. Duchesne, 18S6, t. i, p. 261, 
n. 78, vers l'année 531, à propos de la notice du pape Sntii- 
maque (498-514). — • .Monsacrati, De catenis sancti Pétri 
disscrtatio, in-l", Roma-, 1750. p. 10. — " P. L., t. Lxvin, 
col. 55. — '° P. /.., t. Lxviii, col. 81. 



CHAINES DE SAINT PIERRE 



6 



tionne la basilica qiuv appellatur nincula Pciri ubi 
habeiur catena qua Peints ligalus cst^. 

Le titre de basilica Eiidoxiœ n'apparaît qu'à une 
date assez tardive. Nous le rencontrons pour la 
première fois au viii" siècle, sous le pontificat d'Ha- 
drien I" (772-795) dans la notice de ce pape au Liber 
ponlificalis qui rappelle encore l'ancien titre : (Ha- 
drianus) litnlwn apostoloram, quœ appellaliir Eudoxiœ 
ad vincula lotam ejus noviler resUmravil ecclesiam ", et 
plus loin : in lilulo Euduxiœ, videlicct bcali Pclri apo- 
sloli ad vincula^. On voit que le vocable d'Eudoxie 
exigeait encore, pour être bien compris, son identifi- 
cation avec l'ancien titre. 

Aucun texte, ni historique ni épigraphiquc, anté- 
rieur au viii" ou même au ix« siècle, ne fait mention 
du récit admis par tout le moyen âge, du transfert à 
Rome, par Eudoxie la Jeune, d'une nouvelle chaîne 
de l'apôtre. En réalité, le souvenir des chaînes de 



de l'abside contient deu.x termes remarquables : 
olim qui marque l'antique possession en ce lieu, et 
inlœsds, l'intégrité de la relique, avant qu'on eût 
commencé d'en distraire des parties et d'en taire de la 
limaille, distributions qui commencèrent à être accor- 
dées à diverses églises dès le v' siècle'. 

Deux autres inscriptions de la basilique nous sont 
connues; elles font allusion à sa restauration, grâce 
à la munificence imi)ériale'. 

THEODOSIVS PATER EVDOCIA CVIVI CONIVGE 

fVOTVIVl 
CVMQVESVOSVPPLEXEVDOXIANOMINESOLVIT 

L'inscription suivante devait décorer une abside 
mineure': 

IN MEDIO REGVM COELESTEM RESPICE REGEM 
NEC DESVNTTVASIGNA FIDES ANTISTITE XYSTO 



SALBOPM-NÎOFlRNEÇOGNavE 
TaMRCVRIOEXSÇEECCtRÔM-PRESBfTE 

risordïnaToextitsciclbveSsadglo 

WPoSlFlCALEIVPROMCfOBEÂrOPETR^ 
■£#RdN0SV0/VlNQiSEIVSSE\'ER5'FMil 

: mimMMPA DIE;TOR E STIS • VV CC VT^Bt-î-avSCED f Rlcr- N VSEST 



2380. — Inscription de la basilique de Saint-Pierre-ês-Lîens. D'après une pliotographie. 



saint Pierre en cet endroit était très ancien. La con- 
viction générale, sous Sixte III, dès la première moitié 
du V siècle, était à Rome de posséder" depuis de 
longues années » dans cette église les chaînes pré- 
cieuses. Une des absides, probablement l'abside 
principale, contenait cette inscription en mosa'ique 
très ancienne ex opère vrnnicul(do veluslissimis lit- 
teris* : 

INLAESASOLIM SERVANT HAEC TECTA CATENAS 
VINCLA SACRATA PETRI FERRVM PRETIOSIVS 

[AVRO 

C'était probablement dans cette abside majeure 
qu'était conservée la relique : « les chaînes intactes, 
les liens sacrés de Pierre, ce fer plus précieu.x que l'or.» 
Rien ne permet de croire qu'on leur ait, pendant le 
moyen âge, assigné un autre endroits L'inscription 



'O. Marrucchi, lilémeiitx d'archéologie chrétienne, in-S», 
Paris, 1902, t. m, p. 313. — ' Liber pontifiealis, édit. Uu- 
chesne, t. i, p. 508, n. 342. — ' Id., p. 512, n. 353. — 
' De Rossi, InscriplUmes elirislianœ iirbis Roma:, t. Il, part. 2, 
p. 131, n. 1. — 'C'est ce qu'inviterait encore à croire cette 
indication donnée par Xicjla SigiiorJi, au xiv siècle, lequel 
parle d'une chaîne conservée dans l'église Saneti Pelri ad 
vincula et il lui assigne cette place: xub tribiina dielœ eccle- 
siœ, l'abside majeure. — "H. Grisar, Archeologia, dans Ciiiiltà 
catlolica, 1898, sér. XVII, t. m, p. 210. — -De Rossi, op. 
cit., t. Il, part. 1, p. 110, n. 66, mentionne Tliéodose II, sa 
femme Eudoxie et leur lille Eudoxie la Jeune. — ' Ibid., 



La description et l'épigraphe de la deuxième abside 
mineure ne nous ont pas été conservées ». Deux 
autres inscriptions de la basilique font allusion à la 
relique dont celle-ci tirait sa gloire"' : 

HIS SOLIDATA FIDES HIS EST TIBI ROMA CATE- 

[NIS 
PERPETVATASALVSHARVMCIRCVMDATANEXV 
LIBERA SEIVIPERERISQVIDENIIVI NON VINCVLA 

[PRAESTENT 
QVAE TETIGIT QVI CVNCTA POTEST ABSOL- 

|VERE CVIVS 

5 HAEC INVICTA WIANV VEL RELIGIOSA TRIVM- 

PHO MOENIANONVLLOPENITVS QVATIENTVR 

|AB HOSTE 
CLAVDIT ITER BELLIS QVI PORTAM PANDIT IN 

lASTRIS 



p. 134, n. 2. Une des absides mineures. La mosaïque devait 
représenter le Christ roi, assis au centre, parmi les membres 
de la famil:c impériale et le pape Sixte III portant le signum 
fidei, c'est-ù-dire la croix hastée. — " Ibid., p. 134, n. 2. — 
^'^ Id., p. 114, n. 64. Cette inscription est un peu postérieure 
à la précédente. Elle est tirée du poénie d'Ara tor. Le ms. de 
Lorsch qui a conservé ce fragment le fait sui\ re (.i'iui autre 
de même source. Ces emprunts sont faits à .Vrator, De acti- 
bus Aimstolorum, 1. I, vs. 1070-1076, et I. I, vs. 687-688, 
avec d'insignifiantes variantes. Cf. H. Grisar, .4no/cc/a Ho- 
mana, in-8°, Roma, 1899, t. i, p. 77, diss. 3-, Iscriz. di 
Ronia, n. 2. 



CHAINES DE SAINT PIERRE 



Enfin, une dernière inscription faisait encore al- 
lusion à la relique' : 

SOLVEIVVANTEDEOTERRARVMPETRECATENAS 
QVI FACIS VT PATEANTCOELESTIA REGNA BEA- 

[TIS 
IPSE TVA PETRE DISRVMPERE VINCVLA IVSSIT 
QVITECONSTITVITMVNDANOSSOLVERENEXVS 

Cette inscription s'inspirait d'un autre poème 
épigraphique qui se lisait sur la porte de la basilique 
de Saint-Pierre à Spolète. L'évêque de cette petite 
cité, Achille, avait, pendant la première moitié du 
v» siècle, construit cette église et y avait déposé, 
parmi les palrocinia de plusieurs saints, une relique de 
la cliaine de saint Pierre. Les quatres vers peuvent 
être attribués à ce personnage (vers 419). 

AchiUe fit placer sur l'escalier qui conduisait à sa 
basilique de .Saint-Pierre, une longue inscription en 
vers dont le texte est encore conservé. L'édifice, entiè- 
rement retait, s'élève à droite de la voie Flaminienne. 
sur une colline. L'évêque disait aux pèlerins passant 
à Spolète pour se rendre à Rome ou pour en revenir, 
que le prince des apôtres n'est pas seulement dans la 
ville sainte, mais aussi chez lui, sur la colline où se 
trouve la basilique de Saint-Pierre, grâce à cette 
relique de la chaîne, à ce souvenir sacré de son mar- 
tyre, dont la basilique de Spolète a été enrichie. 

L'épigramme se compose de trois pièces d'inégale 
longueur; c'est un document aussi hnportant pour la 
théologie que pour les études archéologiques. Le pre- 
mier éditeur. J.-B. De Rossi, a trouvé ces inscriptions 
dans le ms. Palat. Vatic. 833, fol. 75 sq." (sylloye Lau- 
reshamensis); le P. H. Grisar les a disposées dans 
l'ordre qu'elles ont dû occuper : Qui Roniam... ne 
pouvait se lire que sur la voie Flaminienne, à l'entrée 
de l'escaher qui. en gravissant la colline, conduisait 
à la basilique, ainsi qu'on peut s'en rendre compte 
de nos jours. Antistes... et Quidnam... devaient se 
lire sur la façade près de la porte ou dans la basi- 
lique près du sanctuaire' : 

I 

OVI ROWAM ROMflQVE UENIS HINC ASPICE MONTEIW 

EOVE PETRI SEOE POSCE VIATOR OPEM 
QVflE MERITIS SANCTAQVE FIDE NIL DISTAT AB ILLA 

NAIVI CRVX HIC REGNANT HIC QVOQVE VINCLA PETRI 
5 OMNIA MAGNAMMVS PASTOR CONSTRVXIT ACHILLES 

SOLLICITAS POPVLl HVC ADHIBETE PRAECES 

II 

ANTISTES XPI DNl DEVOTVS ACHILLES 

CVLIVllNA MAGNA Pli STRVXIT HONORE PETRI 

NtmO PVTET VACVAM VENERANOI NOMINIS fVLAIVl 
10 SISTERE OVOD NON SIT CORPORIS ISTfl OOMVS 

MAGNA QVIDEM SERVAT VENERABILE ROMA SEPLVCRVM 
IN QVO PRO XPI NOMINE PASSV3 OBIT 

SED NON ET MERITVM WONVIVIENTA INCLVDERE POSSVNT 
NEC QVAE CORPVS HA8ENT SAXA TENENT ANIMAM 



I 15 VICTOR ENIM MVNDI SVPERATA MORTE TRIVMPHANS 
! SPIRITVS AD SVMNIVM PERGIT IN ASTRA DEVM 

CVMQVE SIT IN XPO VITA DVRANTE REPOSTVS 

AD XPM TGTUS MARTYR VBIQVE VENIT 
ILLE SUOS SANCTOS CVNCTIS CREDENTIBVS OFFERT 
20 PER QVOS SVPPLICIBVS PRAESTAT OPEM FAMVLIS 

m 

QVIDNAM IGITVR MIRVM MAGNO SI CVLMINA PETRO ' 

OVOLIBET EXISTANT AEDIFICATA LOCO 
CVM QVAE PER TOTVM CELEBRATVR ECLESIA MVNDVM 

IN FVNDAMENTO FIXA PETRO MANEAT 
25 NAMQVE ILLVM DEVS IPSE CAPVT QVI CORPORIS EXTAT 

PROPTEREA PETRAE NOMEN HABERE DEDIT 
DICENS ESTO PETRVS QVONIAM FVNDABO SVPER TE 

OVAM MlHI NVNC TOTO MOLIOR ORBE DOMVM 
IN TE PER CVNCTAS CONSISTIT ECLESIA GENTES 
.Sû VINCIT ET INFERNI CARCERIS IWPERIVM 

NAMQVE DATIS CLAVIBVS CAELORUM CLAVDERE PORTAS 

ET RESERARE DEDIT PRO MERITIS HOMINVM 
QVAECVMQVE IN TERRIS FVERIT SENTENTIA PETRI 

HAEC ERIT IN CAELIS SCRIPTA NOTANTE DEO 
35D1X1T ENIM TV ES MAGNO MlHl NOMINE PETRVS 

ET TIR! CAELORVM FORTIA CLAVSTRA DEDl 
HAC DITIONE POTENS TERRA CAELOOVE PETRVS STAT 

ARBITER IN TERRIS lANlTOR IN SVPERIS 

Cette longue série de distiques est moins remar- 
quable, à coup sûr, par le mérite poétique que par 
les renseignements qu'elle contient. Le fait de la pré- 
sence de reliques de la chaîne de saint Pierre à Spo- 
lète, pendant le premier quart du v-' siècle, mérite 
surtout de retenir quelques instants l'attention. Cette 
translation de [Rome en province d'une partie de la 
chaîne est la plus ancienne qui nous soit connue. 
J.-B. De Rossi, s'appuyant sur la dissertation excel- 
lente, mais en partie vieillie, de Monsacrati, fixait 
la date de cette translation en l'année 441 au plus 
tôt; il se laissait influencer en cela par les prétendus 
rapports de la chaîne avec Eudoxie et calculait 
d'après la chronologie de cette princesse. Dans ses 
Inscripliones, il relève cette date et admet que ces 
(iiirmina) conveniunl œlali, qiiœ Romœ hasilica a vin- 
culis appellaUi maqnificc extnicla est et solemni rilu 
(ledicata*, ce qui nous ramène sous le pontificat de 
SLxte III. En réalité, tout ce que nous pouvons dire, 
c'est que la relique se trouvait à Spolète quand 
iévèque Achille bâtit la basilique; rien ne nous per- 
met de savoir depuis combien de temps elle s'y trou- 
vait; rien n'empêche que le transfert ait eu lieu dès 
les dernières années du i\" siècle. En 394, nous savons 
que le ministre Rufin obtint pour l'église de i'apo- 
sloleion de Chalcédoine le transfert de reliquix aposto- 
lorum Pétri et Pauli. Quelles étaient ces reliques, de 
simples brandea peut-être? nous l'ignorons absolu- 
ment; en tout cas, il n'est fait aucune mention des 
chaînes. 



Ibid.. p. SO, n. 12; p.: 254, n. 5. Les deux premiers vers 
seuls (avec la variante fubenle) se lisaient in icona sancti 
Petn, nous apprend VAnlhologia isidoriana, sans prendre 
la peme de nous dire la ville et l'église. J.-B. De Rossi 
croit que ce devait être dans la basilique du Vatican On 
les lit sur une cloche de la basilique Vaticane en 1353 
cf. Rocca, De campants, p. 90, et au graduel de la messe du 
l"aout. Tommasi, Opéra, édit. Vezzosi, t. iv p -[oo _ 
'De Rossi, Btdl. di arch. crist., 1871, p. 118 sq.'; De Rossi, 
Inscnpl. clu:sl., t. ii, part. 1, p. 113, n. 79, 80, 81 : Antistes 
Qmdnam... Qui Ronmni.'ct. Baronius, Annales, ad aun. 439- 
MpnsacraU, De catenis, p. 44; Borgia, Vaticana confessio'. 



p. 87, ont utilisé Gruter, Inscr.,p. 117ô,n. 7, S, 9, sans savoir 
qu'il s'agissait de Spolète. De Rossi est, en définitive, le \Tai 
premier éditeur de ce texte, il y a corrigé quelques fautes 
d'orthographe qui entachaient la correction du mètre. — 
=> Sur cet èvêque Achille, nous ne connaissons que son ins- 
cription et une lettre à lui adressée par l'empereur Hono- 
rius à l'occasion d'Eulalius qui s'était empare du siège apo- 
stolique : Exemplum sacrarum lillerarum ad Acîiillum Spo- 
lilanumepiscopum dans les EpisluliB imperalonim, etc., édit. 
Guenther, Corp. script, eccles. lat., Vindobonœ, 1895, 
p. 69, n. 22. La date de la mort d'Achille est inconnue. — 
• De Rossi, Inscript, ctvist. urb. Rom., t. il, part. 1, p. 113. 



CHAINES DE SAINT PIERRE 



10 



Au contraire, une mention très claire se trouve en 
519, dans la Siiggestio legalorum (sedis apostolicœ) ad 
Hormisdam (papam), en faveur de Justinicn, avant 
l'avènement de celui-ci'. Les légats disent : petit et de 
catenis sanclorum apostuloriim, si possibile est, et de 
craticula beati Laurentii martyris'. Saint Grégoire le 
Grand parle d'une cliaine de saint Paul qui se con- 
servait à Rome et dont la limaille se distribuait à 
titre de benediclio ou d'eulogie, de même que cela se 
pratiquait pour la chaîne de saint Pierre : De catenis 
(jLias ipse sanctas Paulus apostolus in collo et in manibns 
(jestavit, ex quibiis milita niiriicula in populo demon- 
strantur, partent aliquam vobis transniittere fcslinabo, 
si tamcn hanc tollcre liniando prœvaluero; qui œdiun 
fréquenter ex catenis eisdem muiti vcnicntes benedi- 
ctionem peliint, ut pannun quid ex linialura aeeipiunt, 
assistit saeerdos cum lima, et aliquibiis petentibus 



VNVM QVESO PARES VNVM DVO SVMITE MVNVS 

[+ AECLESIA 

VNVS HONOR CELEBRET QVOS HABET VNA 

|FIDES + DON 

PRESBYTERI TAMEN HIC OPVS EST ET CVRA 

[PROBANTI + TIST.... 

II. La basilique de Saint-Pierre-ès-liens. — La 
basilique, dans son état actuel, a conservé la forme 
qu'elle avait sous Sixte III. Au v= siècle, lors de la 
reconstruction et grâce à la munificence impériale, 
l'intérieur de l'édifice était des plus magnifiques, 
grâce aux appliques de marbre et au.x mosaïques. 
La distribution en trois nefs a été respectée. Toutes 
les colonnes, au nombre de vingt, monolithes en 
marbre de Paros, travaillées en style dorique et can- 
nelées largement, sont restées en place; elles doivent 



^IT^^zfW 








2381. — Abside et colonnade de Saint-Pierre-és-Lieus. 
D'après Dehio et Bezold, Die kirchliche Baukunst des Abendlatides, pi. XX. 



ita concile aliqiiid de catenis ipsis exculitur, ut mora 
niilla sit. Qiiibusdcmi vero petentibus, diu per catenas 
ipsas ducitur lima, et tamen ut aliqiiid exinde cxeut 
non obtinetur '. 

Vers la seconde moitié du v^ siècle ou le début du 
siècle suivant, on peut signaler une autre translation 
des reliques de la chaîne de saint Pierre; la dédicace 
d'une église à Saint-Pierre et à Saint-Paul aux Alis- 
camps d'.\rles, rend très probable le fait de cette trans- 
lation''. L'inscription de Tebessa en Numidie, dont 
nous avons déjà parlé, copiée sur celle de la basi- 
lique de Sancti Pétri ad vincula et légèrement retou- 
chée, donne tout lieu de croire que le prêtre Probantius, 
qui construisit l'église dédiée aux apôtres, était venu 
à Rome d'où il avait rapporté de la limaille des 
chaînes. Voici cette inscription ' : 

CEDE PRIVS NOMEN NOVITATI CEDE VETVSTAS 

REGIA LAETANTER VOTA DICARE LIBET 
HAEC PETRI PAVLIQVE SEDES CRISTO LIBENTE 

[RESVRGIT 

» L. Duchesne, dans le Bulletin de correspondance hellé- 
nique, 1878, p. 292. — -Thicl, Epistoliv romanoruni ponlifi- 
citm, t. I, p. 874. — ' S. Grégoire, Epist., I. IV, n. 30, édit. 
Ewald, p. 266 ; P. L., t. Lxxvii, col. 794. — « Dictionn., t. i, 
col. 121.3-1214. — 'De Rossi, Bull, di archeol. crisl., 1878, 



venir bien probablement de quelque monument clas- 
sique. L'arc triomphal est soutenu par deux autres 
colonnes plus hautes, en granit, de style corinthien. 
Elles soutiennent dignement l'abside sous laquelle 
s'abritait l'autel principal. Les mesures de cette 
partie de la basilique sont encore assez faciles à 
reconnaître pour autoriser l'essai de reconstruction 
donné ici et pleinement d'accord avec les lois ordi- 
naires de l'ordonnance basilicale" (fig. 2381). 

Dans l'abside, s'élevait le ciboriunr abritant l'autel 
sous des courtines suspendues à des verges de métal. 
La décoration en appliques de marbre formant des 
tracés géométriques au pourtour de l'abside est une 
conjecture à peu près certaine, si on considère la déco- 
ration usuelle de cette époque. Pour la conque de 
l'abside et l'arc triomphal, nous sommes encore en 
droit de supposer une décoration analogue à celle des 
principales basiliques de ce temps. On a supposé ici 
une décoration identique à celle de l'arc de Placidie à 
Saint-Paul-hors-les-inurs '. De chaque côté de l'abside 
centrale se trouvaient des absides moindres auxquelles 

p. 19. — "G. Dehio et G. von Bezold, Die kirchliche Bau- 
kunst des Abendlandes, in-4°, Stuttgart, 1884, pi. xx, n. 1,2; 
H. Grisar, dans Civillà catlolica.lSOS, sér.XVII.t. m, p. 216. 
— 'Des peintures ont été substituées au xvi' siècle aux mo- 
saïques primitives. 



11 



CHAINES DE SAINT PIERRE 



12 



aboutissaient les bas-côtés. Dans la vue des colonnes, 
on a figuré les <;ran(les et nombreuses fenêtres à arc 
qui les surmontaient». En 187fi, lors des dernières 
grandes restaurations, on découvrit entre l'abside et le 
maitre-autel les restes d'une abside plus petite, avec 
des parois latérales qui font penser à une petite ba- 
silique ou à un oratoire, orienté comme la basilique 
actuelle. J.-B. De Rossi a donné une description très 
concise de cette découverte qui nous a fait connaître, 
sans aucun doute, l'emplacement de l'abside de la 
basilique primitive remontant au iv^ siècle et qui 
changea de vocable sous Sixte III. La fouille, écrivait 
• l.-B. De Rossi, a deux mètres à peine et elle offre peu 
d'utilité pour la topographie des lieux, vu l'encombre- 
ment des terres. On voit un beau mur semi-circulaire 
à trois mètres de distance de l'abside actuelle =. 11 
exprimait le souhait que cette découverte servît à 
éclairer les origines de la basilique Eudoxienne qui, 
au dire du :\Iartyro!oge hiéronymien, serait la première 
église dans laquelle saint Pierre réunit les fidèles ^ 
Sans doute, des fouilles trop sommaires n'auto- 
risent pas à rien aVancer'de pareil, mais c'est déjà un 
])oint notable que de connaître l'existence d'une 
église en ce lieu avant le iv« siècle; simple oratoire 
peut-être qui devint ensuite Vecclesia aposlolonim 
dont nous avons parlé. 

Le P. H. Grisar conjecture que le souvenir des 
chaînes se rattache à une prison, autre que le carcer 
Mamerlinus, dans laquelle saint Pierre aurait été aussi 
enfermé*. Il remarque qu'à l'époque impériale, les 
édifices de la « préfecture urbaine » ^ centre de 
l'administration judiciaire, se trouvaient dans le voisi- 
nage immédiat de l'emplacement de Saint-Pierre-ès- 
liens. Proche également se trouvait le porliciis Tcllu- 
rensis, souvent mentionné dans les passions romaines 
comme le lieu de la condamnation des martyrs. Sous 
ce portique, on affichait les édits du préfet de la Ville, 
et proche de là devaient être les lieux de détention des 
inculpés pendant la durée du procès =. Il ne serait 
donc pas du tout impossible que l'emplacement de 
Saint-Pierre-ès-liens consacrât le lieu d'un empri- 
sonnement subi par saint Pierre sur l'Esquilin; une 
tradition soutenue par la présence des chaînes mêmes 
de l'apôtre s'y conserva et fut notée d'une façon plus 
ou moins exacte dans le martyrologe hiéronymien ". 
Avant d'étudier ces chaînes, terminons ce que nous 
avons à dire sur l'église et ses monuments. 

Le Mirabilia urbis Itomœ nous a conservé une 
inscription que ne donnent pas les documents plus 
anciens et qui, par conséquent, a dû être composée 
vers le xi* ou le xii« siècle * : 

[CATVM 
HOC DOMINI TEMPLVM RETRO FVIT ANTE Dl- 
TERTIVS ANTISTES SIXTVS SACR AVER ATOLI M 
ClVILl BELLO DESTRVCTVM POST FVIT IPSVM 
EVDOXIA QVIDEM TOTVM RENOVAVIT IBIDEM 
5 PELAGIVS RVRSVS SACRAVIT PAPA BEATVS 
CORPORA SANCTORVM CONDENS IBI MACHA- 

[BEORVM 

' Presque toutes ont été murées. — = De Rossi, Bull, di 
nrch. crisL, 1876, p. 75. — ' Voir les textes des mss. de 
Berne et de Wissenibourg, au début de la présente disserta- 
tion. — * H. Grisar, Der mamertinische Kerker iind die 
rômischen Traditionen uom dcfangnisse und den Keiien 
Pelri, dans Zeilschri/l fiir kaihol. r/ieoZ., 1S96, t. xx,p. 102- 
120. — ^Dictionn., t. i,au mot Affich.\ge. — ' C'est aussi 
ropinion de R. Lanciani, Forma urbis Romx, pi. xxii, 
XXIII, XXIX, XXX, KJepcrtetHuolsen, Formie Urbis, pi. Ro- 
ma ab imp. Aiigusti (etate; R. Lanciani, Gli edifîcii délia 
prelcttura urbann Ira la Tellure e le terme di Tilo et di Tra- 
fano, dans Bulleitino délia commiss. archeol. di Roma, 1SH2, 
p. 19-37; H. Grisar, .4rc/ieo!o9ia, dans Ciiiillà caltolica, 1S9S, 
sér. XVII, t. III, p. 218. — ' Florentin!, Veluslius occiden- 
talis ecclesiai nuirlyrolugium, in-l», Lucso, 1C6S, p. G97 : 



APPOSVIT PETRI PRETIOSA VINCVLA FERRI 
ILLVSTRIS MVLIER QVAE DETVLIT AB HIERV- 

[SALEM 
ET QVIBVS EST PETRVS NERONIS TEMPORE 

[VINCTVS 
10AVGVSTI MENSIS CELEBRANTVR FESTA KA- 

[LENDIS 
CVIQVE HVC ACCESSERINT LAVANTVR CRIMI- 

NA CVNCTA 

III. L.\ TOMBE DF.s Macciiabées. — L'înscriptîon 
conservée parles Mirahilia fait mention de la présence 
à Saint-Pierre-és-liens d'une autre relique célèbre, la 
tombe des .'Machabées. Nous avons rencontré la sépul- 
ture de ces martyrs à Antioche' et nous avons dû cesser 
de nous en occuper à partir de leur translation'". Le 
martyrologe en rapportant leur fête au 1'"^ août ajoute 
cette indication : eorum reliquiie liomam translai.'B in 
eadem ecclesia sancti Pclri ad vinciila conditee fuerunt, 
que confirme l'inscription suivante, d'après laquelle la 
translation aurait eu lieu sous le pontificat de Pe- 
lage (550-501)". 

[CATVM 
HOC DOMINI TEMPLVM PETRO FVIT ANTE Dl- 
TERTIVS ANTISTES SYSTVS SACR AVER AT OLIM 
ClVILl BELLO DESTRVCTVM POST FVIT IPSVM 
EVDOXIA QVIDEM TOTVM RENOVAVIT IBIDEM 
5 PELAGIVS RVRSVS SACRAVIT PAPA BEATVS 
CORPORA SANCTORVM CONDENS IBI MACHA- 

BAEORVM 

■" On connaît les rapports qui ont existé entre le pape 
Vigile et l'empereur Justinion". .\près bien des dé- 
mêlés, l'accord se fit et Vigile obtint plusieurs faveurs 
avant son retour en Italie, en 555. On peut supposer 
qu'il obtint également, en totalité ou en partie, les 
reliques des Macchabées jadis apportées d'Antioche 
et les emporta avec lui à Rome; mais il mourut en 
chemin à Syracuse (7 juin 555) et le diacre Pelage qui 
l'accompagnait lui succéda sur le trône pontifical. Ce 
fut donc ce dernier qui déposa, conformément au 
témoignage de l'inscrijUion, les reliques dans la ba- 
silique Eudoxienne. 

Lors des travaux de restauration exécutés en 1876, 
après avoir démoli les degrés du maître-autel de la 
Ijasilique pour creuser l'hypogée qu'on devait cons- 
truire à cette place, on se trouva inopinément en jiré- 
sencc d'un sarcophage en marbre renfermant les 
restes des Macchabées. Ce sarcophage est un travail du 
iv« siècle, sur lequel on a représenté divers sujets du 
cycle évangélique : Jésus au tombeau de Lazare, la 
multiplication des pains et des poissons. Jésus et la 
Samaritaine au puits de Jacob, le reniement de 
saint Pierre et la tradition des clefs à saint Pierre 
(fig. 2382). Le couvercle était formé d'une grande 
plaque de marbre. L'intérieur du sarcophage était 
divisé en sept compartiments au moyen de six plaques 
de marbre phrygien, insérées dans la longueur des 
pai-ois. Au fond de chacune des sept cases se trouvait 
une couche de cendres avec des fragments d'osse- 

De prima Romfe a s. Petro dedicata ecclesia : Monsacrati, De 
catcnis, p. 13, Torrigio, / sacri trojei romani di S. Pielro, 
Roma, 1644, p. 132 sq. — ' O. Marruchi, Éléments d'archéol. 
chrél., 1902, t. m, p. 317. — ' Diclionn., t. I, col. 2375. — 
'"M. Rampolla y Tindaro, Martyre et sépulture des Mac- 
chabées, dans la Revue de Fart chrétien, 1899, V« série, t. x, 
p. 459-465. — " Cette inscription a été rapportée par L'go- 
nio, Theatrum urbis Romte, ms. Barberini, n. 1057; Marti- 
nelli, Roma ex ethnica sacra, p. 284: Tommasi, Ad capi- 
tulare Ei'ongelior. antiq. lib. Missar. .Romx, 1691, p. ISS; 
Giorgi, .'\/flr/!;ro;. Adonis, au 1" août, p. 360; Balle- 
rini, S. Leonis Opéra, t. i, p. 488; Monsacrati, De calenis 
S. Pelri. dissertatio, p. vi, etc. — '- Hclele, Histoire des 
conciles d'après les documents originaux-, édit. Leclercq, 
1910, t. m, part. 1, p. 135 sq. 



13 



CHAINES DE SAINT PIERRE 



14 



ments. On découvrit égalenienl deux feuilles de plomb, 
a, b, avec les inscriptions suivantes' : 

a) IN • HIS ■ SEPTEM • LOCV 
CONDITA . SVNT ■ OS 
SA • ET ■ CINERES . SCOR 
SEPTEM ■ FRATRVM . MA 
CHABEOu ■ ET . AMBOR. 
PARENTV • EOii • AC • INV" 
MERABILIV • ALlOu ■ SCOii 

h) IN -HIS- LOCVLIS-SVNT-RE 
Q 
SIDVA • OSSIV ■ ET • CINEii 
_Q_ Q 

SCOr ■ SEPTEM ■ FRATRV 
MACHABEOk ■ ET ■ AMBOk 

Q 
PARENTV ■ EOit ■ AC • INNV 
MERABILIVM • ALIOi; 
SANCTORVM 

On a longuement discuté l'âge île ces inscriptions 
sans arriver à rien d'absolument certain. Il est cer- 



mine par une absidiole jadis remplie par un autel 
que surmontait une mosa'ique. En 1083, autel et 
mosa'ique furent transférés à l'endroit qu'ils occupent 
encore aujourd'hui. 

Une longue inscription, gravée sur le marbre, à 
côté de l'autel, à droite du spectateur, raconte l'ori- 
gine de cet autel qui aurait été élevé en l'honneur du 
martyr saint Sébastien, à l'occasion de la terrible 
peste de 680 ^ La voici; eu égard à sa date récente 
nous ne la donnons pas en caractères épigrapliiques : 

S. Schastiono marti/ri depulsori i>cslililcUis. Ann. 
sal. DCLXXX. Urbem Ronuim perniciosa, et gravis 
invasil pesli.i. Trimestre malum fuil, Julio, Auguslo. 
et Septemhrio tanta accessit maltitndo pereunliiim, ul 
eodem feretro parentes euni liberis, uiri cani uxoribus, 
fratres cumfralribus cl sororibiis cfferrenhir, loca undique 
replela caduveribus uix suppclebanl. Ad hœc noctiirna 
miracnla lerruerant; nam duo Antjeli, bonus aller, con- 
tra aller malus Urbem perar/rahaiU, et hic Venabulum 
manu ferens quoi pulsibus oslia Icliqisset, lotidem in 
illis domibus cadebanl mortales : tamdiii labes vagcUa, 
donec cuidam sanclo viro nunciatum ferunt, finem ccda- 
milalis fore, si in œde s. Pétri ad Vincula altare Seba- 




23i-î. — Sarcophage des Macchabées. D'après la Revue de l'art chrétien, 189y, 



tain que les deux feuilles de plomb appartiennent à 
des époques différentes; la feuille b trouvée hors du 
tombeau, bien conservée, est paléographiqucment de 
date plus récente'. La feuille a parle de ossa et cineres, 
la feuille b n'indique que residua ossium cl cinerum, 
cette légère distinction invite à admettre cette diffé- 
rence de temps. On avait conservé à Rome la dis- 
position en sept loculi distincts telle qu'elle existait à 
Antioche, au rapport du pseudo--\nlonin de Plai- 
sance'. II est possible, d'après la forme des lettres de 
ces inscriptions, de les faire remonter au x», et peut- 
être même au ix' siècle, ce qui nous amènerait à 
l'époque des grands travaux exécutés sous le ponti- 
ficat d'Hadrien !■''. 

IV. M0S.\ÏQUE DE l'autel DE S.\INT SÉE.\STIEN'. 

— Le fond de la nef gauche de la basilique se ter- 

'n, très oxydée, était adossée à la petite séparation 
intérieure du premier compartiment; b, en bon état, était 
en dehors et à quelque distance du sarcophage. Cf. De Rossi, 
Bull, di archeot. crisL. 1876, p. 7.Î-75. — ^ Le signe d'abré- 
viation, coudé au milieu, ne laisse aucune hésitation sur 
le fait de celte postériorité. — ^ Dktionn., t. i, col. 2378. — 
' Liber /jontificalis, édit. Duchcsne, t. I, Vita Iladriani. — 



stiano marlijri consecraretur. Re perfecta, illico pesti- 
veluli manu puisa, facesserc fussa est. 

Ce monument a eu la bonne fortune d'être étudié 
par J.-B. De Rossi dont voici le commentaire* : 
Pietro Sablno a été le premier à transcrire ce texte qui 
(igure dans le recueil épigraphique dédié par lui en 
1491 au roi de France Charles VIll. Sabino donne la 
dateANNO SAL. DCLXXII au lieu de dclxxx". Mais 
en examinant attentivement le nmrbre je me suis aper- 
çu qu'à l'origine il portait réellement l'année relatée 
par Sabino. Les deux unités furent donc martelées 
dans la suite et on leur substitua un X pour former le 
chiffre LXXX. La peste sévit cllcctivement en 680, 
date hors de controverse' qui se trouve enregistrée 
dans la vie du pape .\gathon ainsi que dans l'histoire 
de Paul Diacre'. L'erreur chronologique contenue 

= Ciampini, Vêlera monimenla, in-fol., Romœ, 1747, t. il, 
p. 115. — ' De Rossi, Miisaici crisliuni, allas, Roma,1899: 
Miisaico sulVallare di S. Scbasliano in S. Pielro in uincoli. — 
• De Rossi, Inscript, clirisl., 1888, t. a, p. 452, n. 236. — 
' Pagi, Crilica ad Baronium, KÎSU, ad ann. 680. — » Liber 
pontiflcalis, édit. Uuchesnc, t. i, p. 350, 356; Paul Diacre, 
De geslis Lanijobardor., 1. VI, 3. 



15 



CHAINES l)i; SAINT PIERRE 



46 



(Unis le texte piiiiiitir de l'inscription, quelle qu'en ; 
ail été la source, est un premier indice qui en atténue | 
sensiblement la valeur historique. Hn effet, la sub- 
stance de ce document n'est qu'une paraphrase abré- 
gée du passage de Paul Diacre, dont le latin du temps 
de Charlemagne fut transformé en celui plus élégant 
des humanistes du xv= siècle. Les capitales romaines 
qui y sont gravées correspondent aussi à la paléo- 
graphie usitée à la même époque. Le marbre n'est 
donc pas plus ancien que le siècle à la fin duquel il 
fut copié par Pietro Sabino. En résume, ce texte, 
quoique transformé et abrégé, ne dérive d'autre source 
que du témoignage de Paul Diacre. 

C'est là l'unique fondement sur lequel les .irchéo- 
logues ont adfrmé connue un fait prouvé par l'his- 
toire, que l'image de saint Sébastien date du temps 
d'.\gathon et de la fameuse peste de fiSO. Pourtant, la 
vie authentique de ce pape, où sont décrits les ravages 
du fléau à F.ome et aux environs, ne mentionne au- 
cunement l'érection de l'autel en l'honneur du clepul- 
sor pestilitatis, saint Sébastien, pour la cessation de 
la peste'. Considérons d'abord ce point historique; 
nous entreprendrons ensuite l'examen du tableau. 

Si le biographe, écrivant à Rome cette partie du 
Liber ponlificalis, a passé sous silence l'autel élevé 
à saint Sébastien, et si, par contre, Paul Diacre a rap- 
pelé ce fait dans son o\i\ra<ieDe geslis Lannobtinlorum. 
cela n'est pas s.ans motif. Paul Diacre parle de la 
peste en employant presque les mêmes termes que 
l'auteur de la vie d'Agathon. Seulement, tandis que 
celui-ci s'occupe exclusivement de Rome et de ses 
alentours, l'autre applique ces paroles à l'Italie lom- 
barde, et spécialement à Pavie. La fin du fléau, après 
l'érection de l'autel de saint Sébastien est un fait 
expressément indiqué par Paul Diacre, comme étant 
advenu dans cette dernière ville. Et, ce qui est défi- 
nitif, c'est que l'historien des Lombards dit aussi que 
l'autel fut élevé dans l'église de Saint-Pierre-ès-liens 
de Pavie après que l'on y eût transporté de Rome des 
reliques de saint Sébastien, tirlatis ab urbc Roma bcati 
Scbasliani marlyris rcliiiuiis. L"ne église ainsi appelée 
existait à Pavie et existe encore, comme à Rome '. 
C'est ce que les érudits, à partir du xv« siècle, ont 
oublié de noter, appliquant ainsi par méprise le pas- 
sage de Paul Diacre à la célèbre basilique romaine, 
tandis qu'en réalité celui-ci parlait de l'église homo- 
nyme de Pavie. Les mots delalis ab urbc reliquiis em- 
barrassaient pourtant cette interprétation. L'auteur 
de l'inscription les supprima tout simplement. Sigonio. 
l'élégant historien, les transfornui de la sorte : dclaiis 
<id nrbcm. sans citer ni Paul Diacre ni aucune autre 
source'. Baronius plaça en marge du texte de 
Paul Diacre, comme une variante ou une correction, 
la phrase modifiée par Sigonio*; et Bollandus y mit 
également les pai-oles in urbem '. Ciauquni, qui repro- 
duisit le passage de Paul Diacre en adoptant sans hési- 
ter la fausse leçon ad urbem au lieu de la véritable ab 
urbe', fut cause que les archéologues suivants tom- 
hèrent aveuglément dans la même erreur. Les mots 
ad Urbem ou in Crbein ne se trouvent dans aucun ma- 
nuscrit de Paul Diacre '. Ils ont leur origine unique- 
ment dans le texte créé arbitrairement par Sigonio. Il 
est donc maintenant assuré que le fait sur lequel les 

^ Aussi je m'étonne, écrit De Rossi, (lu'cn dépit de la cri- 
tique historique si développée de nos jours, des archéolo- 
gues d'un grand nom continuent encore à considérer 
comme un fait certain et à l'abri du doute l'exécution 
de la mosaïque au temps d*.\gatlion et précisément en 
G80 ; par exemple. R. riarrucci, Sloria drW artc crisliana, 
t. IV. p. ',12: F.-X. Ivraus, Heal-Enaïklopàdic. t. n. p. 747- 
748. Dans leDiclionn.des antiquités chrétiennes, 1^~~. p. 275^ 
Martigny dit que l'image en mosaïque tle saint Sebastien 
est " de la fin du xyii*^ siècle. » Il v a là une erreur d'iin- 



archéologues se sont fondés pour attribuer à notre 
mosaïque la date précise de 6S0, se rapporte à Pavit; 
et non à Rome, et conséquemment n'a pas de relation 
directe avec la basilique romaine de Saint-Pierre- 
ès-liens. Je dis de relation directe, car le P. Giampaoli. 




2383. — Saint Sébastien. Mosaïque île Suint-Pierre-és-Liens. 
D'après De Rossi, Musaici cristiani. 

chanoine régulier de Saint-Jean-de-Latran. dans un 
récent écrit ', note justement que Paul Diacre ne lui 
semble pas parler de Rome, mais de Pavie — ce qui 
est inouvé maintenant — et ajoute que, probable- 
pression. En corrigeant " \i!^ siècle " on verra bientôt 
que le jugement de Martigny est fort juste. — = Robo- 
lini, A'o(i:ie délia storia di Pmiia. t. i. p. 75; De Rossi, 
Inscr. christ., t. il, p. 33. — 'De rcgnn Italiir (min. 6S0),édit. 
de Bologne, 1580. p. 90. — 'Annales, ad. ann. 680, n. 51. 
édil. Mansi. I.ncqucs, t. xii, p. 17. — ' .to(<i sanct., jan. 
t. Il, p. 26(1. — ^ \'etera monimenta,hc.cit. — ' Voirrédition 
critiiiue de Waitz dans les Scriplores reritm Langobard. et 
ItuL, sn'c. vi-i\,p. 166. — ^ Menïorie délie catene diS. Pietro, 
in-8°, Prato, 1884, p. 57. 



CHAINES DE SAINT PIERRE 



18 



ment, les Romains ont imité l'exemple des habitants 
de cette ville, en mémoire de la cessation de la iiestc. 
Celte hypothèse me paraissait extrêmement fondée; 
il faut voir si le style de la mosaïque peut se rapporter 
à cette époque ou aux années qui ont suivi de prés la 
fin du fléau. 

,Je commence par la bibliographie. Le plus ancien 
dessin subsistant est l'aquarelle de la collection Ciac- 
conio. Cocl. Valic, âlOS, fol. 22. I.a'figure y est toute 
entière et une note y signale la barbe et l'aspect sentie 
de saint .Sébastien, contrairement à l'usage des peintres 
modernes qui le représentent comme un jeune homme. 
La même observation a été faite par Baronius et sou- 
vent répétée depuis'. La chevelure dans l'original est 
l'ouvrage de restaurations récentes dont j'ignore la 
date précise, mais la barbe, qui est ancienne, est réel- 
lement gi'ise. Dans le lucernaire de la crypte de 
■Sainte-Cécile, au cimetière de Calliste, est une peinture 
exécutée entre le iv= et le v siècle, où saint Sébastien 
est représenté comme un homme d'âge très mûr 
(fig. 2239)^, ce qui se vérifie aussi à Ravenne, dans 
un monument du vi« siècle '. Cet âge avancé con- 
vient en ellet à un personnage comme saint Sébastien 
qui occupa un grade élevé dans la milice palatine. 
Ciampini a été le premier éditeur de notre mosa'ique *. 
Sa gravuie sur cui\Te est la source des reproductions 
de Mai'tigny et de Kraus. Le dessin, de dimensions 
fort restreintes, publié par Séroux d'.\gincourt, est 
tiré de l'original '. Garrucci aussi a fait graver le sien 
d'après l'original, mais en proportions plus considé- 
rables et avec des lacunes au sommet de la tête, ainsi 
qu'à l'endroit où commence le nom, ces parties étant 
modernes '. La planche donnée par De Rossi ', et 
d'après laquelle est faite notre rigurc(fig. 2383). est la 
première reproduction en chromolithographie. Elle 
]jerniet de distinguer clairement les couleurs et les dé- 
tails des vêtements, surtout ceux de la tunique avec 
la bande gemmée se repliant sur l'épaule. On y aper- 
cevra avec une égale clarté l'ample chlamyde pala- 
tine avec le morceau d'étolTe pourpre cousu par-dessus. 
et les chaussures : en un mot toutes les particularités 
de l'uniforme militaire usité à la cour byzantine. Ces 
vêtements sont semblables à ceux que portent Rufi- 
nianus, le vicaire, dans la fresque du vu- siècle, au ci- 
metière de Generosa ", et les martyrs figurés en habit 
de cour dans une mosaïque du même siècle, à Saint- 
Venance, près du baptistère du Latran. 

L'aspect général de la figme de saint Sébastien 
ofire beaucoup d'analogie avec celui de la Vierge 
orante, représentée à l'oratoire de Jean VII au Latran, 
dans une mosaïque de l'an 706. Le type est meilleur et 
plus ancien que celui des images des mosaïques romaines 
du i.K« siècle. On lui attribuerait plutôt quelque point 
de ressemblance avec les œuvres de la période italo- 
byzantine du vi° siècle, exécutées à Ravenne ». En 
sorte que notre mosaïque est fort justement attribuée 
à la fin du vu" siècle environ, c'est-à-dire à l'époque 
même où les faits consacrés à Pavie en 680 ont pu 
suggérer aux Romains la pensée d'imiter les habitants 
de celte ville en dédiant à leur tour un autel et une 
image à saint Sébastien. 



'Baronius, Ad martijrol., 20 janv. ; .4c/a soncf., Zoc. cit.: 
Ciampini, /oc. cit. ; Bottari, ScuUure e pitlure, t. m, p. 168 ; 
Lug.nri, S. Sebasliano, Roma, 188"J, p. 33; Martigny, 
Diclionn., 1877, p. 725; Kraus, Rcal-Encyklup., t. n, 
p. 747-748. — - Roma sotterranea, t. ii, pi. vu, p. 119. — 
^ Garrucci, Storia dell' nrle crisL, pi. 243. — ' Vclera moni- 
mentit, pi. XXXIV. — '■ Histoire de la décadence des arts. 
Peinture, pi. xvii, n. 3. — • Garrucci, op. cil., pi. 275, 
n. 3. — ' Musaici cristiani, pi. non numérotée. — 'Roma 
sotterranea, t. m, pi. li, p. 659. — •Crowe et C.aval- 
cascUe, Storia délia piliiire in Italia,t. i, p. &.); ces auteurs 
observent que le tond de couleur sombre.privant l'image de 



Les plantes fleuries au milieu desquelles se trouve 
le martjT, et la couronne ornée de pierreries qu'il 
tient à la main, sont les symboles fort connus de la 
récompense éternelle dans le paradis. Le disque mar- 
qué d'une croix, entre les pieds du saint, pourrait, en 
quelque façon, être appelé à signifier la même chose. 
Ciampini l'a fait graver connue si c'était une rose 
avec sa tige et ses feuilles'". Mais c'est un vrai disque 
semblable à ceu.x qu'on voit sur la voûte de l'oratoire 
de saint Jean l'Évangéliste au Latran, où lis ne 
semblent pourtant être qu'un simple ornement. 
J.-B. De I^ossi a observé plusieurs fois des disques 
semblables, comme emblèmes de récompense, dans 
les monuments relatifs aux jeux de cirque". Cet objet 
pourrait donc aussi cire interprété comme un sym- 
bole de récompense, en le considérant comme un sym- 
bole des luttes agonistiques et d'amphithéâtre, selon 
le sens allégorique et moral donné par saint Paul et 
reproduit dans la littérature et l'art des chrétiens '^ Il 




2384. — Chaînes de saint Pierre. 
D'après Civillii cattulica, 1898, série XVI!, t. m, \i. 220. 

est encore possible que ce disque fasse allusion au jeu 
de la rolala et aux exercices de la palestre ", en sou- 
venir de l'hippodrome du Palatin, lieu du martyre de 
saint Sébastien, que l'on confondait au moyen âge 
avec le stade et la palestre ". 

V. L.\ chaIne de saint Pierre. — T^a relique qui 
fit la célébrité du titre de Saint-Pierre-ès-liens existe 
encore et tout concourt à faire admettre sa parfaite 
authenticité (fis. 2384). 

Les chaînes de saint Pierre, dans leur état actuel, 
se composent de deu.K morceaux; l'un comprend 
vingt-trois chaînons allongés, le dernier est contourné 
et s'attache à deux fers recourbés en forme de demi- 
cercle et destinés à enserrer le col"; telle devait être 
sa destination. L'autre partie se compose de onze chaî- 
nons identiques à ceux de la partie déjà mentionnée et 
paraissant avoir fait partie d'une chaîne primitive- 
ment unique; les quatre derniers chaînons de la chaîne 
plus courte sont plus petits et un peu diflérents des 
autres. C'est l'ouvrage d'un grossier forgeron. Cette 
chaîne u'olïre rien qui diffère des quelques autres dé- 
bris de chaînes antiques". Elle a été probablement 
assez réduite par suite des dons qui ont détaché un 
certain nombre de chaînons et du débit de quelques 

son relief, est peut-être moderne. Les lettres d'or qui se 
détachent sur ce fond sont cependant antiques. — '"Le 
dessin colorié de Ciacconio omet le disque entre les pieds 
du saint ainsi que les fleurs latérales. — " Borsari, dans 
Fiorelli, .\o(i:ie degli Seaui, 1889, p. 224. — '■ Bull, di arch. 
crisl., 1867, p. 82 sq. — " Konia sotlerr., t. m, p. 185. — 
"Jordan, Topotjr. der Stadt Rom, t. 11, p. 384; De Rossi, 
Fiante di iîoma,p.l25. — '^Monsacrati, De ca(enjs S. Pefri, 
édit. Giampaoli.p. 211. — '*Dareniberg et Saglio, Dic/ionn. 
des antiquités grecques et romaines, 1887, t. i, fig. 1243, 
d'après Grivaud de la Vincelle, .4r/s et métiers des anciens, 

pi. XLVIII. 



19 



CHAINES DE SAINT PIERRE — CHAIRE ÉPISCOPALE 



20 



autres en limaille. Vu celte dispersion et l'incertitude 
qui en résulte sur les dimensions réelles de la chaîne, 
nous ne pouvons que conjecturer qu'il en existait deux 
primitivement, l'une ayant enserré le col, l'autre les 
mains. On a pu remarquer dans le texte de saint Gré- 
goire le Grand, cité plus haut et relatif aux chaînes 
de saint Paul, que le pape parle de ccilenîe. au pluriel ; 
mais ce pluriel vise deux parties de la même chaîne 
et non deux chaînes. Ce pluriel reparait dans la men- 
tion des reliques pour le culte liturgique, c'est la tête 
des Vincula Pétri '. 

Un catalogue des églises de Rome remontant au 
vu« siècle réduit l'expression à son véritable sens : 
Biisilicd ijmr appellatur « rincuta Pelri », ubi habetiir 
calena quti Petrus ligalus est ". L'existence de deux 
chaînes, l'une d'origine romaine, l'autre apportée de 
Jérusalem, par Eudoxie, identique à la première et 
se soudant à elle, en sorte qu'on n'arrive plus à les dis- 
tinguer, est un racontar qui ne commence à courir que 
vers le xiii^ siècle, une amplilication assez naturelle- 
ment appelée par le récit que l'on trouve dans l'homi- 
liaire de Paul Dfacre, composé par ordre de Cliarle- 
magne, entre 77(5 et 784», de l'existence d'une chaîne 
romaine et d'une chaîne hierosolymitaine. La sou- 
dure spontanée mit donc cinq siècles à s'opérer. C'est 
sans doute à de pareilles historiettes que s'appliquait 
cette critique des correcteurs nommés par le pape 
Benoit XI\', pom la réforme du Bréviaire romain : 
Qaœ in brcvinrio exlanl historiain exhibent giix eriticis 
pêne omnibus non probalur'. 

VL Bibliographie, — M. .\ngcli. De catenis 
S. Petit (lissertulio, in-4<>, Roma-, 1750; 111-4°, Rom:r, 
1828, — H. Grisar, Dcr mamcrlini.ichn Kerker und die 
rômischen Traditionen vom Gcfânnnisse und den Kel- 
ien Pétri, dans Zeilschrijl fur kidlwlische Thcoloijie, 
1896, t. XX, p. ]0'2-12l); .ire/ieo/o(/(a,dans Civillà catlo- 
lica, 1898, série XVILt. m, p. 205-221. — E. Lafond, 
Histoire des chaînes de saint Pierre et de la confrérie ijui 
porte ce nom à Rome, in-32, Paris, 1866, — O. Ma- 
rucchi, Élcnunls d'archéoloyie chrétienne, in-8°, Paris, 
1902, t. m, p. 311-319. — C. .Mencacci, // cullo aile 
catene di S. Pietro aposlolo nette chiese cjreclie,memoria, 
in-8", Ronia, 1877. — P. Mencacci, Drcvi notizie sullc 
catene di Pielri, 2' édit., 1864; Les chaînes de saint 
Pierre, dans la Revue de l'art chrétien, 1877, 2" série, 
t. VI, p. 227-229. — M. A. Monsacrati, De catenis 
S. Pétri dissertalio ad Benedictum XIV, in-i", Roniœ, 
1750, in-4", 1828, traduction italienne par L, Giaiii- 
paoh, Menmrie délie s. catene di S. Pietro apostolo dis- 
sertazioni, in-S", Prato, 1884. — l'almierî, Xotizie isto- 
riche dette sucre Ccdene di S. Pietro, in-8", Roma, 1816. 
— J.-B, De Rossi, Bulleltino di ctrcheoloejia crislianu, 
1871, p. 118; 1874, p. 147; 1878, p. 19; / musaici cris- 
liuni, atlas, Roma, 1S89, Musctico suit' cdlare di S.Sc- 
bastiano; Inscriptioncs chrisliame urbis Rom:c, iii-fol., 
Rom», 1888. t. ii, part., p. 110, p. 131. 

H. Lecleucq. 

CHAIRE ÉPiSCOPALE. — L La calliedra. 
IL Chaires dans les catacombes. IIL Chaires après la 
paix de l'Église. IV. Chaires voilées. V. Chaire de saint 
Pierre. \1. Chaire de Saint-IIippolyte. VIL Chaire de 
Saint-;\Iarc. MIL Chaires historiques. IX. Chaire de 
-Alaximien de Ravenne. X. Quelques monuments. 

i.L\CATiiEDnA. — Chez les Grecs, y.o.')iir,x avait le 
sens général de siège et s'appliquait indistinctement 
au e?ovoç, à dossier haut et'droit, au S;?po:, espèce de 
tabouret, au x>,i<j!i.b; (ou ■/.'/.■.cir,. ou y.),..vT/,?), au dossier 
concave, et à la simple banquette. Si on s'en rapporte 
aux ligures représentées sur les v.ases peints, le x/.iaix'i; 

' Cf. !■', l'idhst. Die àlleslen runiisclien Sacramenlarien, 
in-S«, Munclien. KSy2, p. 274. — = De Rossi, Roma sotler- 
ranea crislianu, I^ome, 1S(14, t. i, p. 143. ' Homiliie 



était de forme identique au siège que les Romains dé- 
signaient sous le nom de cathedra. Chez ceux-ci, les 
femmes surtout en faisaient usage, bien que les 
hommes ne dédaignassent pas de s'en servir. Dans une 
maison romaine, l'appartement de réception était 
pourvu de cuthedrie: nous savons, en outre, qu'.Vu- 
guste lit asseoir Cinna sur une calliedra et Pline le 
Jeune offre des calhedrse dans la chambre où il réu- 
nit ses amis, à sa campagne du Laurentin. 

Ce meuble pouvait être exécuté en marbre, en bois: 
la cathedra ou chaise curule des sénateurs était confec- 
tionnée en ivoire, c'est-à-dire revêtue d'un placage 
d'ivoire. Des étoffes, des coussins garnissaient la ca- 
thedra et amélioraient ce siège d'une commodité rela- 
tive. Suivant que le dossier était plus ou moins incliné, 
le siège recevait différentes cpithètes, telles que longa, 
supina et la catlwdra ainsi transformée ressemblait 
assez à une chaise longue. La belle statue d'Agrippine 
assise, conservée au musée du Capîtole, nous montre 
la cathedra au siège large et peu élevé au-dessus du sol, 
le dossier assez peu élevé pour que le bras puisse s'y 
appuyer commodément. Afin de faciliter le transport 
de la cathedra, on s'ingénia à la façonner d'une matière 
très légère: Pline parle de euthedrœ en osier qui de- 
\aient ren(h-e des services analogues à ceux de nos 
fauteuils de jardin. 

Les proportions amples de la cathedra s'altérèrent 
avec le temps. On rétrécît et on exhaussa le siège, le 
dossier fut rogné et perdit presque complètement sa 
courbure large, ou bien 11 s'évasa d'une manière ridi- 
cule, ou bien encore se recroquevilla au point de for- 
mer le demi cercle. En même temps la cathedra ces- 
sait d'être le meuble préféré du gynécée et le siège 
olTiciel des sénateurs pour obtenir une vogue très large. 
Rhéteurs et philosophes — et on sait à quel point ils 
étaient nombreux — adoptaient la cathedra, docteurs 
et évêques des chrétiens transportaient volontiers 
dans l'église le siège familier d'où ils avaient adresse 
leurs leçons dans l'école et ainsi la cathedra se trouva 
rapidement amenée à prendre une dignité liturgique. 
Elle fut le siège du fondateur de la plupai-t des églises, 
avec elle se confondit le souvenir des origines souvent 
obscures, et obscurcies à dessein, des premiers apôtres 
et évêques dune ville. La cathedra localisa ce souvenir 
comme nous le verrons bientôt. Toutefois, dans les 
monuments chrétiens que nous allons étudier ou énu- 
mérer, le type de la cathedra primitive s'est considéra- 
blement altéré. Le dossier recourbé s'est aplati, la 
partie supérieure a été relevée et arrondie, le siège est 
demeuré bas, mais on l'a pourvu d'appuis pour les 
bras. Ainsi transformée, la cathedra se rapproche assez 
du sotium, siège d'honneur du maître de la maison; 
cependant ce dernier terme fut délaissé, celui de 
cathedra prévalut et donna naissance au mot « chaire ». 
Le lieu où l'évêque posait sa cathedra ]irenait aux 
yeux des fidèles une dignité éniînente, c'était désor- 
mais l'Éghse épiscopale, le siège officiel d'une chré- 
tienté et l'édifice qui abritait la chaire n'existait pour 
ainsi dire qu'en fonction de cette chaire, on lui donna 
donc le nom de ecclesiu cathedrie. la « cathédrale ». 
La chaire elle-même est un objet de vénération. 
Chaire et église épîscopalcs sont inséparables désor- 
mais. -Vu cours des siècles si troublés par les invasions 
de barbares ou de pirates, nous voyons souvent les 
é\'êques s'obstiner dans une cité parce que leur catliedra 
y est en quelque sorte attachée; ce n'est qu'à la der- 
nière extrémité qu'on se résout à transporter ailleurs 
ce siège qui a, pour ainsi dire, pris possession du sol et 
créé une unité ecclésiastique, le diocèse. Cathedra 

de sanclîs, n. xx.xviii. In vinculis sancii Pétri, P. L., 
t. xcv, col. 14S5. — ^ es. Analecta jtiris iMnli/icii, ISSd, 
t, XXIV, p. yi3. 



21 



CHAIRE EPISCOPALE 



22 



prend ainsi le sens d'établissement. On raconte que 
saint Josse était à la recherche du lieu où il fon- 
derait luie Ésïlise : Devenil in ixillifiilmn quritmtam. 
ubi rivulum aquœ perparvum reperU'iis, ail : « Hic est 
cathedra », veluti liicerct « Ilfec erit sedes mea^'^. Chez 
Victor de Wie, cathedra est pris au sens de diocèse, le 
11« concile deMilèvelui donne le sens d'éfîlise; c'est 
ainsi qu'on lit : cathedrœ vidaitu', catliedrœ matrices, 
catlicdrœ principales-; un capitulaire rendu à Aix-la- 
Chapelle, en 789, s'exprime ainsi : L't non liceat epis- 
copo principalemcathedram sitœ parochiiv netjligere et 
aliqiuim ecclesiam in sua dioecesi rna;/is frequentare '. 
Dès le vr" siècle, le concile de Tarragone, en 516, 
donne le nom d'Ecclesia mater à l'église qui pos- 
sède la cathedra; on ti'ouve ailleurs ecclesia matrix 
et simplement matrix. Quant au terme i cathédrale», 
pris au sens absolu pour ecclesia cathedralis. on ne le 
renoonlre guère avant le x' siècle cl exclusivement en 
Occident. 

A mesure que cathedra s'imposait dans le monde la- 
tin et servait A désigner un meuble liturgique indis- 
])ensahle, les Grecs adoptaient pour équivalent le 
terme f)f6vo,-, lequel, décidément, vu la déformation 
subie par la cathedra, convenait mieux que ■/.'/■iitJ.o:. 
Chez Eusèbe nous trouvons l'expression : 'fir,u(XY.x\ Opdvo; 
■j'J/7|>.o;'pourdésigner le siège épiscopal adopté par Paul 
de Samosate, impatient de se distinguer des sièges du 
reste de son clergé ii-'j-iç.o: fjpovoi*. La chaire de 
l'apôtre saint Jacques, premier évèque de .Jérusalem, 
conservée alors dans cette Église est appelée àTioci-To- 
Aixb; Opovo;°. De bonne heure on prend l'habitude 
d'élever la chaire ou le trône de l'évêque au-dessus 
du niveau des autres prêtres qui l'environnent, d'où 
l'expression ■j'J/riXoi Ôpôvoi chez Grégoire de Nazianze, 
cathedra gradata, sublimis, etc., chez les latins. Dans 
son Oralio contra Jnlianum, l'évêque de Constanti- 
nople nous dit : « Je me voyais assis sur un trône 
élevé; sur des sièges inférieurs étaient assis les prêtres, 
les diacres se tenaienl debout;» saint Augustin : « Les 
évèques sont assis plus haut que les autres prêtres, 
alin qu'ils songent, qu'ils se rappellent (|u'ils sont 
connne la vigie dont les regards surveillent le trou- 
peau. » C'est très probablement au fait de cet exhaus- 
sement de la chaire épiscopale que nous devons l'adop- 
tion du mot throniis chez les Latins', pour qui ce 
terme évoquait naturellement l'idée d'un siège placé 
sur un lieu élevé, comme par exemple, le siège de l'em- 
pereur. 

A vrai dire, du moment où l'évêque s'installait 
dans la basilique, il n'avait guère le choix de la place. 
L'usage invétéré voulait que, dans cet édilice affecté 
au service judiciaire, le juge ou président allât siéger 
au fond de l'abside, fort au-dessus des scribes et des 
assesseurs qui l'environnaient '. 

Froiile sub aduersa gradibus sublime tribunal 
ToUilur, anlistes preedical unde Dcum ". 

Le siège ainsi exposé aux regards de tous était, 
nous l'avons vu — et nous y reviendrons — drapé et 
rembourré au moyen de coussins. C'est encore une pra- 
tique qu'on adoptera pour les chaires épiscopales : In 



' Cabrol et Leclercq, Monum. Ecclesiic lilitrgica, 1901, 
t.I, n. 946, 1749,1964. — =MabiUou, Annal. Ord. S.Bened., 
t. u, p. 569. —'Il.Conc. Milcvil., caji. 21, 24, 25, Coder 
canon. A/ric, n. 38, 123; Capit. Aquisgran., 789, can. 40. 

— ' Eusèbe, Hist. eccles., l.VII, c. xxx, P. G., t. xx, col. 712. 

— ' Eusèbe, Hist. eccles., 1. X, c. v, P. G., t. xx, col. 880 sq. 

— • Eusèbe, Hist. eccles., 1. VII, c. xix, P. G., t. xx, col. 681. 

— ' S. Fulgence de Ruspe, dans son Homil. v, dit : altissi- 
miun consccndi'miis (hronum; notons que Fulgence savait le 
grec. — *Voir, par exemple, l'ivoire de Berlin, Dictionn., 
t. îr, col. 785, fig. 1519. — "Prudence, Peri SIephanôn, 
hymn, xi, vs. 225, V. L., t. lx, col. 554. — '»S. .\ugustin. 



futuro Christi judicio, nous dit saint Augustin, ncque 
absidse gradalœ, ncc calhedrœ velalic adhibcbuntur ad 
defensionem '". 

Ainsi orné et drapé, le siège épiscopal donne nais- 
sance à im type distinct que nous rencontrons sur 
des sarcophages et des mosaïques et que nous étudie- 
rons en son lieu sous le nom d'cliinasia (voir ce mot), 
c'est-à-dire : t, éToiaaaii toù Opovo-j, « la préparation du 
trône »". Ces sortes de chaires sont toujours riche- 
ment décorées. Il y a lieu de soupçonner que ce luxe 
ne commença qu'après la paix de l'Église. Aupara- 
vant, la première chaire venue devait suffire aux be- 
soins que ne compliquaient pas encore les exigences 
abusives de l'opulence. Nous verrons dans un moment 
que la chaire de l'apôtre Pierre était portative, par 
conséquent en bois; d'autres devaient être en marbre, 
et pour se les procurer on n'avait que l'embarras du 
choix. Sans doute, la communauté pouvait se cotiser, 
lui riche Adèle, cjuclque sénateur ou une clarissime 
devait parfois tenir h honneur d'offrir le siège de 




2^85. — Chaire épiscopale en Ijrouze. 

l'évêque; à défaut de ces dons on s'adressait aux mar- 
briers qui en fabriquaient de grandes quantités ; nous 
savons que les thermes d'Antouin à eux seuls possé- 
daient six cents cathedra''-. Plusieurs de celles qui 
subsistent aujourd'hui encore à Rome, par exemple, 
à Saint-Clément, à Sainte-Marie-in-Cosmedin, etc., 
n'ont pas d'autre provenance. 

L'n type caractérisé de chaire épiscopale qui ne peut 
évidemment provenir de ce mobilier de rencontre, 
c'est cehii de la chaire dont le haut dossier est sur- 
monté d'un insigne chrétien. Xous parlerons bientôt 
d'un fond de coupe trouvé dans les catacombes, sur 
lequel la chaire de Pierre porte au sommet du dossier 
le symbole du chrisme ". La précieuse lampe en 
forme de basilique tout en bronze, trouvée près 
d'Orléansville, en Afrique, contenait dans l'abside de 
cette petite basilicjuc la cliaire épiscopale, également 
en bronze, surmontée d'une croix" (fig. 2385); une 
autre chaire figurant sur un marbre trouvé dans la 
catacombe des Saints-Pierre-et-Marcellin, nous montre 
un autre symbole : la colombe avec la tète nimbée'^. 
Xous nous éloignons ainsi de plus en plus de la cathedra 
sénatoriale. 



iîpisf., xxiii, P. I.., t. xxxiii, col. 96. Pacien de Barcelone, 
Epist., II, ad Sempronium, P. I.., t. xiii, col. 1059, parle 
également des linleatas sedes. — "P. Durand, Etude sur 
rEtimacia, symbole du jugement dernier dans V iconographie 
grecque clwétienne, in-S'^, Chartres, 1867; De Rossi, Bull, di 
arch. crist., 1872, p. 125-140. — ' = MontIaucon, Diariiuii ila- 
licum, in-4<', Parisiis, 1702, p. 137. — "R. Garrucci, Vetri 
ornali di figure in oro, in-fol., Ronia, 1SG4, pi. xxv, n. 3. — 
"A. Darcel, Collection Basilewsky. in-4", Paris, 1874, pi. ix, 
n.37: De Rossi, Bull, diarclu crist., 1880, p. 150; un exemple 
ù S. Giorgio Magijiore. — "De Rossi, Bulleltino di archeol. 
crist., 1872, pi, ix, n. 2. 



23 



CHAIRE ÉPISGOPALE 



24 



II. Chaires dans les cvtacomiîes. — Quelques 
cryptes des catacombes nous ont conservé des ban- 
quettes et des sièges de larges dimensions mais d'une 
extrême simplicité. Ces chaires, dont on s'est un peu 
trop hâté de déterminer la destination, sont taillées 
dans le tut. Dans la petite basilique souterraine du ci- 
metière Ostrien, l'extrémité du presbijlerium est mar- 
quée par une large chaire qui ne peut être que celle de 
l'évêqueM dans ce même cimetière un cubicule très 
exigu — il ne mesure que 3 mètres environ de côté — 
est entouré d'une banquette et présente deux chaires 
de chaque côté de la porte -. Martigny y voyait la 
chaire épiscopale et celle dans laquelle on invitait à 
prendre place les évëques de passage; mais l'exiguïté 
de ce local rend assez peu probable qu'on y ait tenu 
des réunions liturgiques et célébré la synaxe eucha- 
ristique. 11 parait plus \Taisemblable que cette salle 



eUe devait contenir la chaire dont on ne voit aucune 
trace"; c'est donc qu'il existait des chaires transpor- 
tables dans les catacombes. On se rappelle que dans 
la crypte papale au cimetière de Calliste, nous avons 
pu constater la présence des mortaises qui fixaient 
l'autel; entre celui-ci et le mur du fond était adossée 
la chaire épiscopale dont il ne subsiste aucun vestige». 
Une fouille faite en 1873 par ^I. Armellini, sur la voie 
Nomentane, à ÏOstrianum, lui a fait découvrir une 
crj-pte spacieuse avec abside jadis visitée et men- 
tionnée par Bosio. C'est une petite église (chicsuola) 
qui a pu servir jadis à des réunions liturgiques : sous 
l'abside du fond se voit un arcosolium; dans les parois 
latérales on a entaillé dans le tuf, à droite, une mensa 
circulaire et, à gauche, une chaire " (fig. 2387J. 

Toutes ces cathcdrœ des catacombes sont de plaln- 
pied, ce qui s'explique sans peine vu le ]ieu d'éléva- 




2386. — Calhedi'ie, au cimetière Ostrien. D'après Th. RoUer, Les catacombes de Rome, 1880, t. ii, pi. 63, n. 7-8. 



ait servi à l'instruction des catéchumènes ; en ce cas une 
des chaires était réservée à l'évêquc. l'autre au caté- 
chiste. Dans un autre cubicule du même cimetière, 
les chaires, au nombre de deux, présentent une dispo- 
sition un peu différente; elles sont ménagées aux deux 
angles opposés du cubicule'; enfin, dans un dernier 
cubicule, les chaires accoudoirs se font faee* (fig. 2386). 

Outre ces exemples heureusement conservés, les an- 
ciens explorateurs des catacombes mentionnent la ren- 
contre de chaires dans les souterrains. Bosio en si- 
gnale une, creusée dans le tut au cimetière de Cy- 
riaque'; Marangoni découvrit une chambre avec une 
cathedra faite de marbres peints* et il visita les cnbi- 
cules ' décrits par le P. Marchi, sous le nom de cime- 
tière de Sainte-.\gnès, et qui sont ceux du cimetière 
Ostrien que nous venons d'énumérer. I 

Dans la petite basilique du cimetière de Saint- 
Hermès, la niche du fond de l'abside est conservée; 

'G. Marchi, I moniimenli délie urte cristiane primitioe, 
in-4°, Roma, 1811, t. i, pi. x.xxv, xxxvi, xxxvii, xxxviii; 
H. Leclercq, Manuel d'arcMol. chrét.. in-S», Paris, 1907, t. i, 
p. 292-204, ng. 80, 81, 82. — =G. Marchi, op. cil., pi. xvii; 
H. Leclercq, op. cit., t. i, p. 298, fig. 87. — ' G. llarchi. op. 
cit., pi. XXV ; H. Leclercq, op. cit., t. i, p. 298, fig. 88. — 
•G. Marchi, op. cit., pi. xxviii; H. Leclercq, op. cit., t. i, 
p. 298, fig. 89. — '.\. Bosio, Roma solterranca, in-fol., Roma, 
1632, p. 409. — "Marangoni, Istoiia delV anlichissimo Ora- 
torio communemenle appellato Sancfa Sanclorum, in-4«. 



tion des e\d)iculcs et des petites églises souterraines. 
Cependant ce n'était pas une règle absolue. D'après 
la chaire de la crypte de Sainte-Émérentienne que 
nous venons de représenter, il est clair qu'un esca- 
beau ne devait pas être inutile pour se jucher sur ce 
siège élevé. Ce n'est guère que dans les édifices à ciel 
ouvert qu'on pourra exhausser considérablement la 
chaire épiscopale, comme nous le voyons dans le 
petit oratoire découvert au monte délia Giustizia^^ ; 
une pareille disposition semble étrangère aux cata- 
combes où cependant on prend soin de ménager une 
niche dans l'abside pour y loger la chaire, comme c'est 
le cas dans la crypte de Sainte-Pétronille, au cime- 
tière de Domitille'-. 

Les fresques antérieures à l'époque de la paix de 
l'Église sur lesquelles nous voyons des chaires, sont 
en petit nombre. A la cataconibe de Priscille une 
fresque, représentant un sujet un peu énigmatlque, 

Roma, 1747, p. 1G8, neir iiitertio del Cimilero di Ciriaca di 
un cubicolo fornito di caltedra dieiro Fabside delta basilica 
di S. Lorenzo. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1877, p. C2. 
croit che ta cripta veduta dal Marangoni sia quella appunta 
di S. Ciriaca. — • Marangoni, op. cit., p. 391. — * G. Marchi, 
op. cit., pi. XXXVIII ; H. Leclercq, op. cit., t. i, p. 295, 
ng. 83. — 'Dictionn., t. il, col. 1724, fig. 1937. — "•Bull, di 
aicli. crist., 1873, p. 161-162; 1877, p. 150-152, pi. xi. — 
"Bull, di arcli. crist., 1876, p. 50; Dictionn., t. i, col. 189, 
fig. 47. — " Bull, di arch. crist., 1874, pi. iv-v. 



25 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



26 



nous montre un vieillard assis dans une cathedra et 
une jeune femme assise elle aussi dans une cathedra^. 
Ces deux chaires sont de couleur foncée, en bois pro- 
bablement, d'une extrême simplicité et posées sur le 
sol, sans socle ni escabeau; le dossier arrondi monte 
jusqu'aux épaules, il n'y a pas d'accoudoirs. Dès 
le iv-' siècle, nous rencontrons souvent deux compo- 




•2387. 



Chaire d'un cubicule sur la voie Nomentane. 



sitions : le Cbrist docteur et l'Adoration des Alages. 
Presque toujours ces sujets sont l'occasion de repré- 
senter une chaire luxueuse; au contraire, pendant la 
deuxième moitié du ii"" siècle, nous voyons au cime- 
tière des Saints-Pierre-et-Marcellin le Christ ensei- 
gnant six apôtres, les sièges sont des plus simples, 
une banquette pour tous. I.e Christ lui-même n'est 
pas encore pourvu de la cathedra''. 

II. Chaires après la paix de l'Église. — Nous 



delta Giustizia. près des Thermes de Dioclétien, nous 
voyons une abside au fond de laquelle se trouve une 
niche destinée à recevoir une chaire; autour de la 
niche régnait une banquette circulaire à un niveau 
très inférieur à celui de la chaire à laquelle on devait 
accéder par plusieurs degrés conune dans les exemples 
postérieurs mais bien connus de Ciradoou deTorcello'. 
Cette disposition, postérioire A l'époque des cata- 
combes, devient rapidement générale et les monu- 
ments figurés en témoignent. Deux de ces monuments, 
appartenant à la deuxième moitié du iv» siècle, nous 
montrent le Christ jugeant un défunt'. La tête de 
celui-ci arrive à peine à la hauteur des genoux du 
juge, assis sur sa chaire dressée sur un haut piédestal; 
dans le second de ces monuments la chaire est repré- 
sentée de côté et fort bien faite, mais de type encore 
identique à celui des chaires de la fresque du cime- 
tière de Priscille. Ce même type persiste pendant le 
IV» siècle, mais, au lieu de la teinte sombre du bois, il 
prend les couleurs éclatantes de la toile d'or et de la 
pourpre. Au cimetière de Domitille, une adoration 
des Mages, de la première moitié du iv'^ siècle, montre 
la Vierge assise sur une chaise ainsi drapée *. Ce même 
type, mais moins éclatant, reparait dans plusieurs 
fresques dans les cimetières de Thrason et Saturnin, 
de CaUiste, de Domitille, de Pierre-et-Marcellin, etc.". 
Les bas-reliefs provenant de sarcophages et repré- 
sentant la scène de l'adoration des Alages offrent 
presque tous le même type de chaire; malgré la ru- 
desse du travail on peut soupçonner qu'on a parfois 
voulu la figurer drapée', quelquefois la Vierge est 
assise sur un rocher ou sur un tabouret. Sur plusieurs 
sarcophages la chaire est comme celles dont parle 
Pline, en osier tressé", et parfois recouverte d'une 




8. — Sarcophage de Saint-Jean-Baptiste de Ravenne. D'après Ch. Diehl, Ravenne, p. 01. 



avons déjà laissé entendre que le clergé, en s'instal- 
laiit dans les basiliques judiciaires et en adoptant ce 
type pour les édifices du culte chrétien, se trouva na- 
turellement amené à accepter les dispositions consa- 
crées par l'usage. L'évêque et son clergé vinrent 
prendre place dans l'abside d'où la vue s'étendait dans 
presque tout l'édifice; l'évêque gravit les degi-és du 
siège présidentiel et ainsi la cliaire épiscopale se 
haussa par-dessus les sièges du corps presbytéral. 
Dans le petit oratoire découvert à Rome sur le monte 

^J. Wilpert, Die goltgeweilxten Juntjfrauen m den ersten 
Jalirluinderten, in-4'', Freiburg-im-Br., 1S92; O Mitius, Ein 
Fandtienhild ans der Priscilîiakatfdcnmbe, dans AArchàologische 
Siudien de Ficker, 1S95, t. i ; Wilpert, Le pillure délie cala- 
comhc romane, in-tol., Roma, 1003, pi. Lxxix, lxxxi. — 
= /bid.,pl.xcvi. — sDe Rossi, Bull, di arclucrisl., 1876, p. 50; 
Diclionn., t. i, col. 189, fig. 47. — ' Dictionn., t. i, fig. 356, 
fresque de la catacombe de Saint-Hermès; t. ii, fig. 1233, 
épitaphe du cimetière de Balbiiie. — ^ Wilpert, Le pillure 
pelle calaeombe romanf, in-£oI., Roma, 1903, pi. 116, n. 1; 



draperie' et pourvue d'un tabouret pour les pieds'». 
Voir Diclionn., t. i, fig. 1063, 1064 (fig. 238S). 

A partir du iv» siècle, un sujet devient fréquent 
dans les catacombes : le Christ enseignant les apôtres 
rangés autour de lui. D'ordinaire, le Christ seul oc- 
cupe une cathedra qu'on a l'intention de rendre somp- 
tueuse. Au cimetière de Domitille, un large dossier est 
tendu d'étoffe bleue mouchetée"; parfois les apôtres 
ont des chah-es, mais plus modestes, c'est l'ancien 
type du ni"! siècle à dossier rond'-; dans la crypte 

pi. 141. — • H. F. J. Liell, DieDarslellungen der allerseligslen 
Jungfrau und Gollesgebarerin, in-S", Freiburg-im-Br., 1897, 
p. 236, ng. 16; p. 240, fig. 17; p. 241, fig. 18; p. 242, fig. 19 
p. 243, fig. 20; pi. ii, n. 1, 2; pi. iv. — 'ifrid., p. 222, fig. 13; 
p. 249, flg. 23; p. 251, fig. 24; p. 252, fig. 25; p. 253, 
flg. 26,27; p. 254, fig. 28, 29; p. 255, fig. 30; p. 256, fig. 31, 
.32; p. 257, fig. 33; p. 263, fig. 39 ; p. 270, fig. 44; p. 127, 
flg. 46; p. 272, fig. 47. — • Ihid., fig. 23, 25, 31, 39, 47. — 
'Ilnd., flg. 31,44. — '« Ibid., fig. 31. — "Wilpert, op. cil., 
pi. 148, n. 2. — '"-Ibid., pi. 155, n. 2; pi. 177, n. 1, 2. 



27 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



28 



de l'annone la cnihedra est tendue de pourpre '. 
Au cimetière de Saint-Hennés, une fresque anté- 
rieure à l'année 337 nous montre le Christ et les douze 
apôtres tous dans leur cathedra (fig. 2389J ^. 

Mais dans les fresques des catacombes et sur les 
bas-reliefs des sarcophages, les chaires sont toujours 
de plain-pied ou simplement posées sur un escalicau. 
Ce type conservera longtemps la faveur, on le retrouve 
à Xaples, dans une petite église taillée dans le roc. la 
chaire grossièrement façonnée est pourvue d'accou- 
doirs et d'un dossier arrondi. La négligence avec la- 
quelle ce siège a été taillé donne lieu de penser qu'il 
était revêtu de stuc ou d'enduit ou plus simplement 
encore drapé '. Xous mentionnons ce monument 
parmi ceux de l'âge de la Paix tout en inclinant l'i le 
croire plus ancien (fig. 2390). Quoi qu'il en soit de cette 
date dilTicile à déterminer, nous devons mentionner 
dans la même ville, la chaire de l'évêque Gaudiosus, 
conservée dans le chœur de l'église Santa-Maria-della- 
sanità. Cet évêque mourut vers le milieu du v= siècle. 



présentait les arrivants à la Vierge assise sur une 
chaire dont le dossier sculpté offre la coquille; les 
panneaux des côtés sont dégagés et remplacés par 
une traverse (fig. 2392). Cette chaire n'a pas encore les 
majestueuses proportions de celle du Christ sur la 
pyxide du Musée de Berlin, mais elle marque un ef- 
fort vers l'allégement et la décoration du meuble si 
lourd d'aspect que nous avons vu jusqu'ici. Le dos- 
sier au lieu de s'arrêter aux épaules dépasse mainte- 
nant la tête. On peut rapprocher cette chaire alexan- 
drine de celle sur laquelle est assise la Vierge entre 
les anges et que nous avons donnée parmi les monu- 
ments du musée du Caire (voir fig. 1852) et aussi 
d'une chaire fort luxueuse peinte à fresque dans une 
chapelle de Bagaouât '. 

L'aménagement des églises au iV siècle nous montre 
uniformément la chaire épiscopale placée au fond de 
l'abside; nous avons heureusement conservé un spéci- 
men de cette installation dans l'abside de l'oratoire 
dédié par saint Damase aux martyrs Simplice, l-'austin 




2389. 



■ Le Clirist el les apùtres. D'après Wilpert, Lepilture délie cataccnibe, pi. 152. 



Sa cathedra ne s'écarte pas encore du type alors con- 
sacré. Le siège est des plus simples, entièrement dé- 
pourvu d'ornements. Le dossier est décoré de trois 
filets de perles et du chrisme (fig. 2391). 

Pour en finir avec ce type, rappelons encore quel- 
ques spécimens, notamment dans le manuscrit pour- 
pré de Hossano : sur le feuillet ([ui représente Judas 
rapportant les trente deniers, et sur celui de l'évan- 
géliste saint Marc écrivant nous retrouvons les larges 
fauteuils d'osier tressé^ (voir fig. ISOO), de même dans 
la scène de l'annonciation sur le dossier de la chaire de 
Maximien de Ravemie, et sur une pyxide d'ivoire du 
Museu nuzionale, à F'iorence ^ Sur le coffret d'ar- 
gent de Saint-Nazaire à Milan, la Vierge et l'enfant 
reçoivent les présents des bergers et Daniel juge les 
séducteurs de Suzanne. L'un et l'autre personnages 
occupent le centre de la scène assis sur des sièges 
à dossier carré élevé '. 

D'autres monuments pourraient être cités; nous 
ne croyons pas nécessaire de prolonger cette énumé- 
ration qui n'apprendrait aucune particularité nou- 
velle digne d'attention. Le seul monument qui ne 
doive pas être passé sous silence, est un ivoire de la 
chaire de Maximien de Ravenne, représentant la 
moitié de la scène de l'adoration des I.Mages. L'ange 

' Ibid., pi. 193. — ' Ibid., pi. 152. — ' Rohault de Fleuiy, 
La messe, ïiliides archéologiiiues, ISS'.i, t. ii, p. 157; t. m, 
p. 106, pi. cc.vxxix. — * Venturi, Storiu deir arle italiana, 
in-S°, .Alilano, 1901, t. i, fig. 140, 142. — ' Ibid., 1. 1, fig. 296, 



et Viatrix. près de l'emplacement de leur sépulture 
au cimetière de Generosa. Dans ce qui subsiste de cet 
édicule, l'abside est Iieureusement conservée au fond 
de l'hémicycle dans lequel elle trace comme une large 
niche, ainsi que nous le voyons dans la basilique sou- 
terraine de Sainte-Pélronille. Dans cette niche, la 
cathedra elle-même était composée d'une simple plaque 
de marbre posée sur deux petits nuirs. Lors de la 
découverte, J.-B. De Hossi a pu voir encore et dessiner 
celle chaire qui a disparu depuis (lig. 2393) '. Malgré 
son aspect grossier, cette chaire ne s'éloigne pas des 
cathedra' de style classique; elle rappelle la chaire en 
marbre qui se voit dans l'église de Saint-Étienne- 
le-Iîond, à Rome, à droite en entrant. L'ne tradition 
locale représente ce siège comme une chaire de saint 
Grégoire le Grand. Sur la base, on lit le nom d'un fa- 
meux marbrier romain du moyen-âge : MAC. lOHS 
{magister Johannes). Le fait est curieux mais il n'est 
pas sans analogue ; on voyait encore au xviii= siècle, 
dans le palazzo Verospi, sur le Corso, une statue 
d'Esculape portant sur sou piédestal le nom ASACLE- 
TVS, c'est-à-dire Bassallectus, le marbrier qui façonna 
le candélabre en marbre de Saint-Paul-hors-les-murs, 
et divers autres ouvrages. Dans ces deux cas, il faudrait 
supposer que ces nuubriers du moyen âge ont connu 

401. — 'Ibid., t. 1, fig. 4 17, 449. — ' Dicliontiaire d'archéo- 
logie chrélienne et de liturgie, t. il, col. 59. — ^De Rossi, 
Roma soiterrranea, in-Iol., Roma, 1877, t. m, p. 651-652, 
pi. LU. 



29 




CHAIRE ÉPISCOPALE 



30 



les monuments antiques qu'Us ont parfois imitis ou 
copiés. Cette cliairc se compose de deux dalles debout 
sur lesquelles repose une troisième servant de siège; 
pas de dossiers ni d'accoudoirs, (fig. 2394), mais un 
marchepied '. 

Au Latran, la chaire pontificale, dont les fragments 
se voient encore dans le cloître, ne différait guère de 
ce type, sauf un dossier ^ On lisait l'inscription sui- 
vante en vers léonins : 

HAEC EST PAPALIS SEDES ET PONTIFICALIS 
PRAESIDETETCHRISTI DE IVRE VICARIVSISTI 
ET QVIAIVREDATVR SEDES ROMAN A VOCATVR 
NEC DEBET VERE NISI SOLVS PAPA SEDERE 
ET QVIA SVBLIMIS ALII SVBDVNTVR IN IMIS 

La basilique des Saints-Xérée-et-Achillée, ancien 
titre de Fasciota, était le titre urbain dont dépendait 
le cimetière de Domitille. Il en est résulté quelques 
confusions qui ont fait appliquer à l'église urbaine des 
détails relatifs à l'église cémétériale. et réciiiroquc 




.^,âff.. 



beaux monuments est celui qu'on conserve à Sainle- 
Marie-du-Transtevère; les accoudoirs sont supportés 
par deux griffons ailés à têtes de lion et à cornes de 
chè\Te '. Mais il est bien aventureux de s'en remettre 
à des « traditions locales » pour accepter l'attribution 
liistorique de ces sortes de monuments. Heureuse- 
ment, une catégorie de monuments dont le chris- 
tianisme est indiscutable, nous apporte un utile sup- 
idément d'information, ce sont les sarcophages. Celui 
de Junius Bassus nous montre le Christ assis sur une 
chaire supportée par deux lions'; un sarcophage du 



2390. — Chaire dans la catacombe de Saint-Janvier. 
D'après Rohaultde Fleury, La messe, t. m, pi. 239. 

ment, .\insi Baronius croyait que l'homélie de saint 
Grégoire le Grand ; Sancti /.s/; ud (/uonuii tumlyain con- 
sistimus^... avait été prononcée à l'église urbaine, 
tandis qu'elle le fut au cimetière. Le commencement et 
la lin de cette homélie sont gravés siu- la chaire ponti- 
ficale dans l'église urbaine. Cette chaire tait partie 
d'une sorte de petit édifice à fronton dans lequel la 
nielle sert de dossier, le siège est plein et profondé- 
ment encaissé entre les accoudoirs que supportent 
des fions. Ce type n'est qu'une adaptation du modèle 
antique. La prétendue chaire de saint Grégoire, con- 
servée dans l'église Saint-Grégoire à Rome, remplace 
les lions par des animaux ailes, un peu fantastiques et 
fort détériorés*. On s'évertuait à décou\Tir après coup 
une signilicalion symbolique à ces animaux : le lion 
représentait la force et la vigilance, vertus essentielles 
à l'èvêque ' ; les chiens figuraient la vigilance et la fidé- 
lité «, ainsi du reste. Dans cette catégorie, un des plus 



* O. Marucchi, Eléments trarchéolugie chrétienne, in-S°, 
Paris, 1902, t. m, p. 223; Rohault de Fleury, La messe, 
1883, t. II, p. 159, pi. CLi; Von Bilguer, Greynr der 
Crosse, in-8», Berlin, 1904, p. 13, n. 1. — = Rohault de 
Fleury, Le Latran au nioijen âge, pi. xxn, xxiii; La messe, 
1883, t. Il, p. 159. — 'S. Grégoire, llomilia in Euanijeliu, 
1. II, hom. xxvin, P. /.., t. lxxvi, col. 1210 sq. — * Von Bil- 
guer, op. cit.. p. 13, n. 2; H. F. Witherby, Tlie .Storii of the chair 
o/ S. Peler in the basilica of S. Peter, Home, in-SiiLondon, 1905, 
p. 57. Rohault de Fleury, La messe, t. ii, p. 178, pi. rxxvin, 
l'attribue au xiii' siècle. — '.Marangoni, Délie cose gentiles- 




}jl||ip:f?f•f!^;^^:"'; ^^' 







2;j91. — Cliaii-e de saint Gaudiosus. 
D'après Rohault de Kleui-y, La messe, t. n, pi. 153. 

musée de Pèrouse offre une chaire de même modèle, 
très élevée et pourvue d'un suppedaneiim ou marche- 
pied encore rehaussé par un volumineux coussin ». On 
remarquera dans ces deux derniers monuments, l'ab- 
sence de dossier; la calhedra se trouve ainsi réduite à 
une banquette de larges dimensions; U est possible 
cependant que, soit négligence, soit inhabileté, le sculp- 
teur se soit dispensé de figurer le dossier. La chaire 

che e profane trasporlate ad iiso ed ornamento délie cliiese, 
in-l°, Roma, 1744, c. Lxviii. — ' Ciampini, ^'elera moni- 
menla, in-fol., Roma, 1690-1699, t. i, pi. ii. — 'A. Gori- 
Passcri, Thésaurus gemmarum astri/erarum, in-4'', Florcn- 
ti;c, 1750, t. m, p. 232. Rohault de Fleury, op. cit., t. u, 
p. 176, pi. CLXiv, l'attribue au xii« siècle; Bottari, Scullurc 
e pitiure, t. il, p. 69. — 'Dictionn., t. i, col. 3030, fig. 1063. 
— 'Rohault de Fleury, La messe, 1883, t. il, p. 159, 
pi. cxLviii; Weis-LiebersdorI, Chrislus und Apostelbildcr, 
Ein fluss der .Apokryphen auf die altestcn Kunstlypen, iii-8», 
Freiburg-im-Br., 1U02, p. 17, lig. 11. 



31 



CHAIRE EPISCOPALE 



32 



conservée à Saintc-Marie-in-Cosmedin est cerlainement 
antique et offre un modifie bien complet du type que 
nous étudions ici. Elle est carrée, ornée sur le devant 
d'une dalle de porphyre, les accoudoirs sont formés de 
deux griffes, surmontées de têtes de lion vigoureuse- 
ment "taillées' (fig. 2395). 

Avec les byzantins, la chaire haute, droite, angu- 
leuse, dont on a fait usage jusqu'alors, va être rem- 
placée par un siège qui n'a plus avec la cathedra que de 
lointains rapports. C'est dans les mosaïques que nous 
voyons ce meuble d'aspect nouveau et dont la déco- 




2392. — La présentation des Jlages. Ctiaire de Maximien 
à Ravenne. D'après une photograpliie. 

ration réclame toutes les richesses : soieries, métaux, 
gemmes et pierres précieuses. 

Le monument le plus ancien et un des plus remar- 
quables pour l'histoire de cette transformation de la 
chaire en trône, c'est la mosaïque de l'abside de 
Sainte-Pudentienne. I.e Christ est assis sur un vaste 
siège dont les dimensions laissent loin en arrière, la 
cathedra étriquée et même l'ample chaise curule séna- 
toriale. C'est bien un trône ici, et nous y voyons 
l'énorme coussui,bouftant de chaque côté du person- 
nage assis, qui deviendra une caractéristique de ces 
nouveaux sièges. Ici, le dossier ressemble assez à un 
vaste écran tendu d'élolïe. Ce qui est remarquable 
dans ce siège, c'est moins encore la richesse toute nou- 
velle des matériaux, l'anqjleur des dùnensions, le 
ty]ie tout nouveau, que l'intention évidente de rompre 
avec le type ancien, d'implanter une mode qui n'ait 
rien des usages du passé (iig. 2396). Outre le mérite 

^ Ibid., p. 160, pi. CLII. Au xii« siècle, le cardinal Alfauo 
refit le dossier, l'orna d'un cercle de mosaïque et fit gi-a- 
ver cette inscription : Al/anus fieri libi /ecit, Virgo Maria. 



d'art et l'intérêt qui s'attachent à la mosaïque de 
Sainte-Pudentienne, pour le point spécial qui fait 
l'objet de notre dissertation, elle prend une valeur 
d'originalité et d'innovation à laquelle on n'a pas 
jusqu'ici prêté assez d'attention. Si les chaires de 
marbre et de pierre nous ont été conservées en grand 
nombre, elles doivent moins cette heureuse fortune 
aux souvenirs historiques vrais ou faux qu'on leur at- 
tache qu'au faible prix qu'on peut retirer des maté- 
riaux entrés dans leur construction. Il n'en est pas 
ainsi pour les chaires byzantines dont le luxe ébloids- 
sant et l'énorme valeur excitaient trop de convoitises 
l)0ur échapper longtemps à la destruction. Sans doute, 
les mosaïstes avaient beau jeu de prodiguer les^ri- 
chesses, au moyen de cubes de pierre ou de verre; à 
supposer qu'ils aientparfois ajouté à l'éclat des meubles 
qu'ils copiaient, nous pouvons être certains, néan- 
moins, que leurs ouvrages s'en rapprochaient dans la 




2393. — Oratoire au cimetière de Générosa. 
D'après Bouta sotterranea, t. m, pi. 52. 

mesure du possible. Ce que nous savons du luxe ef- 
fréné employé par Justinien pour l'ornementation du 
mobilier de Sainte-Sophie, en particuUer pour l'am- 
bon, ne permet guère de douter que la chaire épisco- 
pale ait été traitée avec moins de profusion. 

Dans l'art by-zantin antérieur à Justinien, une sorte 
d'incertitude comme d'une pensée qui se cherche- 
rait elle-même, alïecte plutôt l'architecture que le 
mobilier et la décoration. Pour cette dernière la formule 
est trouvée. L'application sur toute la surface de motifs 
ornementaux. La chaire de Sainte-Pudentienne n'est 
qu'un premier exemple qui sera de suite compris et 
imité. Sur le grand arc de Sainte- .Marie-Majeure la mo- 
saïque nous offre un trône d'une richesse sans pai'eille. 
Voir Étim.\si.\. Dans cette même mosaïque, la scène 
de l'adoration des Mages nous montre l'enfan-t Jésus 
assis sur un trône de ce genre, moins riche mais plus 
large, le dossier est rouge encadré d'une bordure d'or, 
le coussin vert. Les pieds du siège et les disques qui 
les surmontent sont en or; en avant est posé un esca- 
beau avec perles et cabochons. Au baptistère de 
1 '«avenue, la voûte présente une série de trônes somp- 
tueu'v Voir Éti.m.\si.\.. Ce qui est remarquable, c'est 
l'abandon définitif du type et des dimensions de l'an- 
cienne chaire à haut dossier. Le siège s'élargit outre 
mesure, porté par quatre pieds isolés, sur le siège un 
coussin dont les extrémités forment deux boules, le 
dossier et les accoudoirs sont de plus en plus aban- 
donnés. 



33 



CHAIRE EPISCOPALE 



34 



Dans la coupole du baptistère des Ariens, à Ra- 
venne, un trône très riche, gemme, présente un dos- 
sier ramené sur les faces latérales en forme d'accou- 
doirs. A Saint-Apollinairc-Neuf de Ravenne, le Christ 
occupe un trône gemmé enrichi de cabochons, pré- 
cédé d'un escabeau en pierreries; le dossier est égale- 
ment gemmé, en forme de lyre et surmonté de deux 
globes. La Vierge est assise sur un trône un peu moins 
riche mais peu différent du précédent '. f^es marbriers 
de Ravenne ne pouvant figurer comme les mosaïstes 
la richesse des chaires byzantines cherchent à se rap- 
procher du type essentiel et s'aperçoivent qu'il se 
trouve dans le dossier carré -. 

A mesure qu'on s'éloigne de Constantinople et des 
richesses entassées par Justinien, on s'attend à voir 
les chaires moins somptueuses, vu l'appauvrissement 
général et les désastres des provinces : il n'en est rien. 
La chapelle de Saint-Zénon, dans l'église Sainte- 




2394. — Chaire à Suint-Ktienne-Ie-Kond. 
D'après une photographie. 

Praxède, h Rome, nous montre un trône gemmé 
«ncore rutilant de perles et de pierreries, dans la 
même église le trône de l'agneau n'est guère moins 
riche. A Torcello, à Palerme, à Montréale, d'autres 
exemples s'offrent à nous, mais nous nous contentons 
de signaler un type qui va prendre faveur, le dossier 
en forme de lyre qu'on voit à Sainte-Marie-du- 
Transtévère et à Sainte-Françoise-Romaine. 

Tandis que le goût asiatique de la polychromie se 
naturalisait dans la décoration byzantine, les Occiden- 
taux suivaient ce mouven\ent de loin, mais dans la 
mesure de leur moindre richesse, ils appliquaient avec 
bonheur le procédé d'inscrnstations polychromes. On 
trouve dans les papiers ^iianuscrits d'Ugonio, con- 
servés à la bibliothèque Barberine, ce passage relatif 
à la basilique de Junius Bassus, plus tard Saint-André- 
in-Catabarbara : « Elle a une Seule nef très grande, 
soutenue par des arcs élevés en briques. En tète, on 
monte au grand autel, où, derrière le presbytère, est 
le siège de marbre de l'évêque, tout incrusté de pierres 
de couleurs variées, dont le travail représente dif- 

'Sur im sarcophage à Saint-ApoUinaire-in-CIasse, le 
Christ est assis sur une chaire basse carrée, pour\-ue d'un 
coussin, à dossier carré, dont les extrémités sont couronnées 
par des globes. Venturi, op. cil., t. i, p. 214, Tig. 201. — 
«Vcnturi, o/). cit., t. i, p. 209, fig. 196; p. 213, flg. 200; 
p. 214, flg. 201. — » De Rossi, Bull, di arcli. crisl., 1870, 

DICT. d'aRCH. UHRÉT. 



fércntes ligures'.» Ce monument nous place à la limite 
des IV" et v siècles, t'n peu plus tard, auvi'" siècle, 
nous voyons dans l'église du Dôme, à Parenzo, une 
chaire épiscopale adossée au fond de l'abside. Le 
dossier paraît de cette époque: ses dimensions n'ont 
pas dû changer, car les marqueteries de marbre qui 
l'encadrent sont primitives et en dessinent encore les 
anciens contours. Ce dossier carré est légèrement 
mouluré; les accoudoirs sont composés de deux dalles 
moulurées en dehors, arrondies en creux à leur partie 
supérieure et ornées sur le devant de petits cercles en 
relief. Un perron de cinq marches entre deux échiffres 
donne accès au siège. On remarquera dans les mo- 
saïques de nacre et de marbre qui tapissent le fond de 
la tribune, deux chandeliers figurés à droite et à 
gauche de la chaire. Un banc presbytéral l'accom- 
pagne et pourtourne la tribune; il est précédé d'une 
marche, son dossier est formé de dalles de marbre 



iîaiiiiiiffiïffiiiiKiiii'^ 





iiiiiiai;*i,i,,iiii!-ji;BaiiiiiiiiiiiiiiiiiiBiiMiiio«Bi,t"'ï;i,.iiiiiii\^Ki;^i 

2395. — Chaire de .Sainte->huie-in-t.;iib[nedin. 
D'après Rohault de Fleury, ha .Messe, t. H, p. 152. 

d'environ O'ofiO de hauteur, couronnées d'une mou- 
lure. Aux extrémités, il se termine par deux dauphins 
d'un beau caractère dont la tête repose sur le sol ■■. 

.A mesure qu'on s'éloigne de l'Orient et de la renais- 
sance artistique qui souleva Rome au iv^ siècle, les 
monuments se fout plus rares et plus simples. Un des 
plus remarquables par ses proportions heureuses est la 
chaire épiscopale conservée dans l'église de Vaison 
(Vaucluse). Cette église porte les traces de quatre 
constructions de style complètement dlQ'érent. L'ab- 
side et la travée qui la précède, ainsi que les cliapelles 
absidales, sont incontestablement les plus anciennes 
et remontent à l'époque mérovingienne. L'abside 
principale, entourée à l'extérieur d'un massif carré 
surmonté d'un fronton avec moulures et denticules, 
circulaire à l'intérieur, est couverte par une voûte 
en cul-de-four. Cinq arcatures supportées par des 
arcades reposant sur des colonnes en marbre cipolin 
aux fûts antiques et dont les chapiteaux ont tous les 
caractères de la sculpture mérovingienne, décorent 
ce sanctuaire; sous l'arcature centrale on voit en 

p. 14. — « M. Stornaiolo a reconnu au milieu de l'abside 
d'une basilique antique à Avcllino, une niche ornée et 
peinte; de là serait venu, d'après lui, l'usage de peindre 
et de plaquer la chaire épiscopale déposée dans ces niches 
absidales. BiilL di arch. crist. ,1SS0, p. S7. La conjecture est 
au moins ingénieuse et séduisante, 

m. - 2 



35 



CIIAIRK EPISCOPALE 



30 



place, comme dans les anciemics basiliques, le trône 
de l'évêque (fig. 2397) '. L'autel ancien est encore 
debout; c'est une grande taille de marbre supportée 
par quatre colonnes = ; nous avons ainsi une dispo- 
sition vraiment primitive. Quant à la chaire, très 
simple, composée d'un banc avec accoudoirs, terminée 
sur le devant par deux colonnes engagées, précédée 



A Sainte-Agnès-hors-les-Murs, l'abside a été revêtue 
de marbres et de mosaïques, sous le pontificat d'Hono- 
rius l'^' (625-638), et la chaire peut être contempo- 
raine de cette restauration. Elle est d'une simplicité 
et d'un type primitifs, formée de dalles de marbre 
n'ayant pas plus de O^OS d'épaisseur. La hau- 
teur du siège (O^g?) nécessitait un escabeau'. La 




239(3. — ^losaïque de Saint-Puilentioniie. Dotni>ius conservator Ecclesiœ PuttcnttuitX. D'après une photot-'i'aj liie. 



d'un escabeau circulaire, elle s'harmonise parfaite- 
ment avec l'ensemble et n'a guère à envier à l'éclat 
papillottant des monuments byzantins. 

Cette chaire de Vaison est d'une ampleur à laquelle 
n'atteindront plus les monuments postérieurs qui 
nous ont été conservés, pour le vii^et le \ui' siècles. 



'H. Revoil, Architecture romane' du midi de la France, 
in-lol., Paris, 1873, t. il, p. 21, pi. xxui. — - Ibid., t. ml 
pi. L;Rohaultde FiQury, La messe, t. il, p. 167, pi. clvii. 
— ^ 'Rohault de FIcurj', La messe, t. il, p. 167, pi. cLvii. 



chaire de Sainte-Cécile de Rome est du même genre; 
elle ne doit guère remonter i)lus haut que le pape 
Pascal pr, au ix'-' siècle' (flg. 2398). 

A mesure que nous nous éloignons de l'antiquité, 
une particularité s'afllrme, le relèvement progressif 
de la chaiie. Dans le cimetière Ostrien et dans la 



— • «A. Xesbitt, On the churches at Rome earlier thon Ihe 
year 1150, dans TIte Archœologia, 1866, t. .xL, p. 215, flg. 10. 
Xesbitt rapproche cette chaire de celle élevée ù Aix-la-Cha- 
pelle, par Charlemagne. 



OHAIRE EPISCOPALE 



38 



catacombe de Priscille, la chaire est posée sur le sol, 
tout au plus si on doit recourir à un marche-pied pour 
l'escalader. Au i\"> siècle, nous voyons les ralhudrie 
f/rmlalœ qui déplaisent à certains, puisque saint Alar- 
thi refuse cette distinction. La chaire de Vaison est 
déjà exhaussée de trois degrés; à Sainte-Sophie de 
Constantinoplc le trône patriarcal sous Justinien do- 
mine les sept ran;4sdegradinsoùs'asseyalentles prêtres 
et doit avoir au moins huit ou neut degrés; à Grado, 
le perron est de six marches '; à Torcello d'une quin- 
zaine environ. Cette chaire de Torcello clôture digne- 
ment la série des monuments caractéristiques étudiés 
ici ^. Quoique incomplet, il est un des plus intéressants 
que nous possédions encore. Les anciens degrés ont été 
remplaces par des marches de bois, mais leur nombre 
ne devait guère s'éloigner de treize à quinze. Deux 
murs d'appui rampants accompagnent les chiq der- 



mière vue qu'elles ne sont pas à leur place'et qu'elles 
devaient se trouver en avant du siège pour soutenir 
un dais de marbre qui a disparu '. Un évêque bénis- 
sant, vêtu du pallinm, a été plus tard représenté en 
mosaïque au-dessus de cette chaire. L'inscription SCS 
ELIODORVS nous prouve que ce saint, évêque d'Al- 
tinum, au iv« siècle, était resté titulaire de la nouvelle 
cathédrale (fig. 2399). 

L'emploi d'un dais sur la chaire de Torcello n'ot- 
frh-ait rien d'anormal. Nous en pouvons rapporter 
d'autres exemples. Paul Durand a signalé un exemple 
dans une église du Vieux Caire ; Salzenberg a pu voir 
pendant les nettoyages de Sainte-Sophie une mosaïque 
sur laquelle était représentée une chaire sous une ar- 
cade. La chaire de Grado est abritée sous un dais. 

IV. Chaires voilées. — A plusieurs reprises, nous 
venons d'avoir occasion de mentionner des cliaires re- 




2397. — Chaire épiscopalc de Vaison. D'après H. Revoil, Architecture romane du midi de lu France, t. il, pi. 23. 



niers degrés près du trône. Six bancs suivent, à droite 
et à gauche, la circonférence de la tribune. « .Te n'ose 
dire, écrit Piohault de Fleury, qu'ils ont absolument 
la forme et les dimensions primitives, parce qu'on re- 
marque, aux abords du perron qui conduit au trône, 
des amorces de gradins; mais leur nombre n'a pas dû 
varier. » 

Cet amphithéâtre, surmonté de revêtements de 
marbres et de mosaïques, était dominé par la chaire 
elle-même dont il ne nous reste que le dossier et deux 
colonnes. Ce dossier en marbre blanc porte une croix 
ornée de rinceaux et d'un médaillon central que rem- 
plit une main bénissante entre le soleil et la lune. Au- 
dessus des bras de la croix deux rosaces, au-dessous 
deux palmes inclinées, dans la partie supérieure une 
frise de rinceaux. Cette dalle est accompagnée de 
deux colonnes d'un marbre blanc, veiné de légères 
teintes grises, avec chapiteaux corinthiens à feuilles 
d'acantlie fortement rclouillées. On comprend à pre- 

' Diciionn., t. i, fig. 864. — > Middleton, dans The Aca- 
demij, sept. 1882, et Roliault de Fleury, La messe, t. ii, 
p. IGS, établissent un rapprochement entre la chaire de 
Torcello et celle de l'église d'Abu-Sargah, au Caire, .\utour 
cie l'abside sont trois gradins de marbre blanc, et, au cen- 
tre, un i>cu plus élevé que le reste, le trône de l'évêque; ce 



couvertes d'une draperie. Lin célèbre sarcophage, con- 
servé au musée de Latran, présente un important 
développement théologique. Xous n'avons à en retenir 
ici que deux groupes. Dans le registre supérieur, les 
trois personnes divines prennent part à la création de 
l'homme (fig. 2100); dans le registre inférieur, la 
vierge Marie reçoit les Mages. Dans ces deux scènes 
on voit l'emploi de la chaire. Dieu le Père et Marie 
sont tous deux assis sur la cathedra, mais celle de Dieu 
le Père est seule voilée. Cette distinction s'explique 
parce que le voile était une marque d'iionneur réservée 
au seul siège de l'évêque, chef de la hiérarchie. Ce 
n'était pas chose sans exemple alors de comparer la 
dignité et le rôle présidentiel de l'évêque dans l'assem- 
blée des fidèles avec le rôle central attribué à Dieu le 
Père dans la Trinité'. On lit dans l'épître de saint 
Ignace aux Magnésiens : -apaivib, èv oaovoia OsoC ar.o'j- 

TÔTTi'- Oîoj. • Je vous exhorte à faire toutes choses 

trône est dans une niche à arc aigu, enrichi d'une belle et 
fine mosaïque de marbre, de perles, d'émaux colores. Pour 
lormer dossier aux sièges, le mur est garni de dalles de 
marbre à une hauteur de plusieurs pieds. — ' Rohault de 
Fleury, La messe, t. il. p. 168, pi. clviii, propose une 
restauration ûgurée. — 'Bull, di arch. crisl., 1865, p. 68, 61». 



39 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



40 



dans la ressemblance de Dieu, que l'évêque prési- 
dant tienne la place de Dieu'. » Cette invitation 
n'est pas isolée ni la comparaison qu'elle renferme; 
on^Ha retrouve plusieurs fois dans la littérature 




. — Chaire épiscopale à Sainte-Cécile. 
D'après The Archseologia, 1866, t. xl, fig. 10. 

apostolique ' et jusqu'au rv' siècle, où elle reparaît 
dans les ConsUiulions apostoliques (1. II, c. xxvi, 
XXVIII, XXX). La sedes linteata est donc bien l'insigne 
distinctif de la chaire épiscopale dans laquelle. 




^%, 







2399. — Chaire à Tûrcello. 
D'après Holuinger, Die altchristlicheArcliitektur, 18S9, fig 



110. 



sur le sarcophage du Latran, Dieu le Père est assis'. 
Le diacre Pontien, biographe de saint Cyprien^ 
fait mention du sedile linteo tecliun comme caractère 

•S. Ignace, .4 d Magnesios, c. vi, n. 1, dans Opéra pa- 
trum apostoliconim, édit. Funk, in-S», Tubingœ, 1901, t. i, 
p. 234, et la note sur le sens de ce texte. — = Voir les réfé- 
rences groupées par Funk, loc. cit. — ' Garrucci, Sloria 
dell arle crisliana, in-fol., Prato, 1873, 1. 1, p. 28S, accumule, 
11 ce propos, les inexactitudes. Cf. De Rossi, Bull, di arch. 
ciisl., ISSl, p. S2-83. — ' Pontianus, Vi(a Cyprinni, c. xvi, 
dans Ruinart, Acta sincera martyrum, in-1», Amstelod;mii, 
P-214. — 'Pacicn, Epist. ii ad Sympronianum, n. 3,P. L., 



distinctif de la chaire épiscopale • et Pacien de Barce- 
lone faisant allusion à l'époque du schisme novatien 
contre le pape Corneille, désigne également la chaire 
épiscopale par ces mots : scdcs linleala ^ Ces témoi- 
gnages concordent; mais ils ne disent aucunement 
que cette caractéristique fut générale et obUgatoire. 
Nous avons signalé sur tel sarcophage la vierge Marie 
et l'enfant recevant l'hommage des trois rois sur une 
chaire drapée^; nous pouvons de même mentionner 
des chaires épiscopales. telle que sur le grafïïte trouvé 
auprès du mausolée de Sainte-Hélène où il n'y a nulle 
trace de voile ou de tenture '. L'n monument assez 
curieux est un peigne trouvé à Chiusi (voir Diclionn., 
t. I, col. 900, fig. 214) et pouvant dater du iv<^ ou du 
v« siècle à ses débuts. On y voit représentée sur une 
des faces une chaire épiscopale entre deux agneaux. 



; "• .V. . V .' v* »'-'/i 




2400. — Création de l'homme par la Trinité. 

D'après J. E. Weis Liebersdorir, Christus ititd Apostelbilder, 

1902, fig. 3. 



Cette chaire est entièrement voilée, et sur le siège 
repose le li\Te des Écritures ^. C'est le s\TnboIe du 
troupeau mystique des fidèles s'appliquant à con- 
naître et à pratiquer la loi divine ; au revers, les deux 
agneaux reçoivent leur récompense céleste, ce n'est 
plus la chaire épiscopale et son enseignement, mais 
la couronne qui leur est offerte. 

Il n'est pas question ici du trône et de VEtimasia 
que nous voyons sur le sarcophage de Tusculum, et la 
mosaïque de Ravenne. 

L'usage de draper la chaire épiscopale s'est main- 
tenu et nous pouvons l'induire, à défaut de tout in- 
dice positif, lorsque le trône de l'évêque est d'une 
nudité absolue, comme c'est le cas à Sainte-Agnés- 
hors-les-Murs, ou à Samte-Cécile de Rome. 

V. Cii.MRE DE s.viNT PiERRE. — La fctc de la 
Chaire de saint Pierre fera l'objet d'une étude séparée, 

t. xin, col. 1059. • — • Liell, Die Darsletlungen der aller- 
seligslcn Jung/raii, p. 256, fig. 31, 32; p. 270, fig. 44; cf. 
p. 227, fig. 13. Cf. eu. Diehl, Justinien et la civilisaiion 
byzantine au vi' siècle, in-8», Paris, 1901, pi. viii, Hérode 
recevant les mages sur ime chaise drapée, la Vierge les 
recevant à son tour sur une chaire drapée. — " De Rossi, 
Bull, di arch. crist.. 1872, pi. ix, n. 2. — » De Rossi, Bull, 
di arch. crist., 1880, pi. vi, n. 2, ISSl, p. 80-85, aujourd'hui 
au musée du Vatican. 



il 



CHAIRE EPISCOPALE 



nous ne nous occuperons ici que du monument '. 
En 1867, à l'occasion du dix-huitième centenaire des 
apôtres Pierre et Paul, on ouvrit le reliquaire de 
bronze exécuté sous le pontificat d'Alexandre Vil et 
la chaire épiscopale qu'il renfermait tut exposée publi- 
quement -. 

Les attestations textuelles relatives à cette chaire 
sont nombreuses et anciennes. Elles forment une 
chaîne ininterrompue. A la fin du v siècle ou au début 
du vi", Ennodius de F'avie met dans la bouche de 
Rome même ces paroles : Ecce nunc ad gestatoriam 
sellam aposlolicie con/essionis iida mittiinl liminacandi- 
dalos; et uberibiis, gaudio exaciorc, fletibus collala Dei 
bénéficia dona geminaniur^; ainsi c'était alors l'usage 
pour les néophytes, vêtus de la robe blanche, de se 
rendre de la piscine, iida limina, à la gestatoria sella 
aposlolicœ confessiomiis. Qu'y venaient-ils taire? En- 
nodius nous l'apprend quand il parle du double don 
céleste répandu sur les néophytes devant la sella apo- 
stolica: et ubcrihus, gaudio exaclore, fielibas collala Dci 
bénéficia dona gcniinunlnr, allusion suOlsamment claire 
à la confirmation qui succédait au baptême. Les néo- 
ph\'tes, au sortir de la piscine, étaient donc amenés 
devant le pape qui leur administrait la confirmation j 
devant le siège de Pierre conservé alors dans le bap- [ 
tistère,' ainsi qu'on peut l'induire d'une épigramme j 
conservée dans le sylloge épigraphique de Verdun, 
avec cette mention : ubi ponlifcx consignabal *. 

ISTIC INSONTES COELESTI FLVMINE LOTAS 
PASTORIS SVMWll DEXTERA SIGNAT OVES 

HVC VNDIS GENERATE VENI QVO SANCTVS AD 

IVNVM I 
SPIRITVS VTCAPIAS TE SVA DONA VOCAT. 

La présence de la chaire de saint Pierre au bap- 
tistère du Vatican se trouve confirmée par l'inscription 
damasienne de ce baptistère élevé par Damase dans la 
seconde moitié du iv<' siècle. 

VNA PETRI SEDES VNVWI VERVMQVE LAVACRVWl 

lisons-nous dans l'inscription '. Une fois connu, le fait j 

de la présence de cette inscription au fronton du bap- ! 

tistère, l'allusion devient si évidente qu'on ne peut s'y ; 
dérober. D'ailleurs les témoignages se multiplient. 

L'éloge funèbre du pape Sirice, successeur immédiat \ 
de Damase, nous apprend que " : 

FONTE SACRO MAGNVS MERVIT SEDERE SA- ' 

[CERDOS 

ainsi donc l'emplacement ordinaire de la chaire épis- 
copale était, nous l'avons vu, dans l'abside de la basi- [ 

' A, Aiicajanus (= J. IMarotti), De cathedra romana 
S. Pelri principis apostolorum onUio, in-4o, Romse, 1791 ; ' 
S. de Canzano, De cathedra romana b. Pétri principis apo- ' 
stolorum oratio, in-4°, Roma?,lS67; L. Caraceiolo,De cathedra 
romana b. Pétri apostolorum principis oratio, iii-4", Roma;, ( 
1S70; et quelques autres écrits de même valeur ne se rap- , 
portant à notre sujet que par l'apparence; on ne trouve 
guère dans les écrits de ce genre que des considérations 
théologiques sur la primatie romaine. On consultera utile- 
ment : De Rossi, La cattedra di S. Pielro net Vaticano e 
qiiella del cimitero Ostriano, dans Bull, di archeol. crist., 1S67, 
p. 33-46; Stevenson, dans F.-X. Kraus, Realencyklopàdie 
dcr cliristliclien Alterthiimer, Freiburg-ini-Br., 1886, t. ii, 
p. 156-161 ; S. Sanguinetti, De sede romana beati Pétri prin- 
cipis apostolorum, commentcu-ius liistorico-criticus, in-S^, 
Roms, 1867; A.-S. Rames, Saint Peter in Rome and his 
tomb on the Vatican hill, in-S^ London, 1900, p. 35, 55, 
7y-82; Smith and Cheetham, ZJic/ionary o/ Christian anti- 
quities. 1880. t. ii, p. 1625-1627 ; A. de Waal, Chair o] S. Pe- 
ter, dans The catliolic Encyclopedia, 1908, t. il, p. 553-554. 
Parmi les ou\Tages anciens, Fr. Phœbcus. Dissertatio de 
identitate cathedrœ S. Pétri, in-8^, Rom:e, 1666, èdit. Picra- 
lesi, Roma, 1886; Torrigio, Grotte vaticane, Roma, 1788; 
Cancellieri, De secretariis basilicœ Valicaniv, in-4", Rounu 



lique; mais depuis Damase la cathedra à laquelle 
l'évéque de Rome devait son titre de sacerdos magnas 
se trouvait au fonte sacro. 

Cette localisation se trouve contemporaine de l'écrit 
de saint Optât de Milève contre les donatistes '. 
Optât oppose aux schismatiques qui se vantaient 
d'avoir dans Rome un évêque de leur secte S la suite 
des pontifes romains se succédant sur la même chaire; 
il ajoute : denique si Macrobio dicalur, ubi illic sedea 
luinvjuid polcst dicerc in ccUhcdra Pctri? quam nescio 
si vel oculis novil, et ad cujus nienwriam non accedit 
quasi schisnudicus '. Au temps de Damase et de Sirice 
c'était donc sur la chaire même de saint Pierre que 
siégeaient les papes; on la pouvait voir de ses yeux 
en se rendant ad Pelri mcmoriarn; ainsi au iv« siècle, 
personne ne mettait en doute que la chaire du pape 
Sirice au fonte sacro était la chaire même qui avait 
servi à l'apôtre. 

LTne semblable conviction pour être ainsi affirmée 
dans une vive polémique devait être bien générale et 
bien profonde alors: ajoutons qu'elle ne pouvait être 
récente sous peine de provoquer le démenti. Avant 
que Damase eût déposé la chaire dans le baptistère 
construit par ses soins, celle-ci devait se trouver soit 
dans la crypte même de la sépulture de saint Pierre, 
soit dans la basilique constantinienne depuis le temps 
de la paix de l'Église. A l'époque des persécutions nous 
rencontrons dans le Carmen adi'crsus Marcionem, at- 
tribué à tort à Tertullien, mais appartenant au 
iii" siècle, ce distique '° : 

Hac cathedra, Petrus qiiu scileral ipse, locatum 
Alaxima Roma Linum primum considère fussit, 

et l'auteur poursuit la série des successeurs de Pierre 
sur cette chaire. Ces mots hac cathedra Petrus qua sedc- 
ral ipse, dans leur sens naturel, désignent la chaire 
même de l'apôtre. C'est ce sens que favorisent plu- 
sieurs témoignages fort anciens. Après le martyre du 
pape Fabien, saint Cyprien s'exprime ainsi : cuni locus 
Fabiani, id est locus Pelri el gradus calhedne sacerdo- 
tulis vacaret ". Un demi-siècle plus tôt, Tertullien 
écrivait cette phrase célèbre : Percurre ecclesias apo- 
slûlicas, apud quas ipsse adhuc calhcdrœ apostolorum 
suis locis prœsidenl.Si Ilcdiœ adjaccs, habes Ronvun '-. 
Par cathedrœ ce sont bien les Églises, mais en même 
temps le souvenir matériel des chaires que Tertullien 
veut marquer ici. Nous savons d'ailleurs par un té- 
moignage étranger que l'ÉgUse de Jérusalem conser- 
vait l'ipsa cathedra de l'apôtre Jacques "; l'Église 
d'Alexandrie conservait à son tour l'ipsa cathedra de 
l'évangéliste Marc "; l'Église de Rome, d'après les 

1788; P. F. Foggini, De romano diDi Pétri itinere et episco- 
patu ejusque cmtiquissimis imaginibus exercilationes histo- 
rico-criliae, 10-4», Florentite, 1741; Rohault de Fleury, La 
messe. Études arctiéotogiques,lSS3, t. ii,p. 149-150, pI.cxLv; 
Armellini, dans Omaggio cattulico in uarie lingue ai principi 
degli apostoli net xvai centenario, Roma, 1867, p. 160, 161; 
S. Sanguinetti, De sede romana beati Pelri conimentarius 
histuricus crilicus, Ronifi, 1867, p. 192 sq. — * Les meilleure» 
dissertations parues alors furent celles de J.-B. De Rossi^ 
S. Sanguinetti, R. Garrucci. — 'Ennodius, Apologet. pro 
synode, P.L., t.I.xin,coI. 206. — * De Rossi, BiiZ/.rii arcli. crist., 
1867, p. 34; Inseript. christ, urb. Ronue, in-fol., Romœ, 
1888, t. II. part. 1, p. 139,247. — ' lhn\, Daniasii epigrammata, 
in-16, Lipsiœ, 1895, p. 9, n. 5. — ' Gruter, Inscript., 
p. MCLXXI, n. 16. — ' h'Ad Parmenianum parut d'abord en 
372, sous le pontificat de Damase; Optât en fit une seconde 
édition qui parut sous Sirice. — ^ En 372, cet évêque s'appe- 
lait Xlacrobius. — ' Optât, Ad Parmenianum, 1. II, c. iv, 
P. L., t. XI, col. 951. — ^°Ps. Tertullien, Carmen adversus 
Marcionem, 1. III, P. L., t. il, col. 1099. — '■ Cyprien, 
Epist., LV, édit. Hartel, Vindobuna-, 1868, t. i, p. 630. — 
1» Tertullien, De prœscriptiunibiis, c. xxxvi, P. L., t. i, 
col. 49. — " Eusèbe, His(. eccles., 1. VII,c. xix, xxxii, P. G., 
t. XX, col. 681, 721. — "/bid.,c. xxxii, P. L., t. ii, col. 721. 



43 



CHAIRE EPISCOPALE 



textes rapportés ci-dessus conservait Vipsa cathedra 
de saint Pierre. Manifestement Tertullien attactiait 
la valeur d'une attestation positive et historique à la 
possession par une Église de la chaire de son fondateur. 
Nous pouvons ainsi, à l'aide de textes autlientiques, 
offrir une suite de témoignages parfaitement cohérents, 
une chaîne continue depuis le ii= jusqu'au v* siècle, 
grâce à laquelle nous savons que l'Église de Rome 
était en possession de la chaire de l'apôtre qui, au 
v» siècle, se trouvait au baptistère du Vatican. Au 
cours du moyen âge, nous n'avons que des men- 
tions incidentes de la chaire, particulièrement à pro- 
pos de l'intronisation des papes et dans les livres 
liturgiques. Nous savons qu'on avait coutume d'y 
introniser les papes ^ et une bulle de Nicolas III nous 
apprend qu'il était d'usage de transporter la chaire 
au maitrc-autcl sur les épaules des chanoines le jour 



et le nom du signataire de la mosaïque, c'est un travail 
du ive siècle; or, le siège n'offre ici aucun rapport avec 
celui conservé au Vatican, c'est une chaire sans dossier 
et pleine, une sorte d'escabeau massif (fig. 2401). 

La description de la chaire du Vatican est donnée 
à l'article Chaipe de saint Pierre (fête), cf. col. S.ï. 

Nous nous contenterons de dire que l'ensemble de 
cette description ne permet pas de soutenir l'identité 
du siège conservé au Vatican avec la chaire de saint 
Pierre, vénérée et conservée dès les premiers siècles 
chrétiens. La décoration en arcatures est radicale- 
ment incompatible avec un monument du i«' siècle, 
tel qu'une chaise curule sénatoriale. Mais toute cette 
décoration, on l'a remarqué', est appliquée, super- 
posée au cadre primitif ». Rien de plus naturel, 
à partir du v= ou du vi« siècle, de voir les fidèles 
faire usage de bijoux ou tl'objetsd'art portant des re- 




MAXIMVS FEC'iT CVM SVIS 



2401. — Mosaïque à Sainte-Pudentîenne. D'après Builelin d'archéologie ch7-étieut>e, 1867, p. 44. 



de' la fête du 22 février. Le rite indiqué par cette bulle 
devait lui être assez antérieur. Les historiens de la 
basiUque Vaticane rapportent que la chaire fut trans- 
férée d'un oratoire dans un autre, jusqu'au jour où 
Alexandre VII la fit enfermer dans une enveloppe de 
bronze. 

La légende qui prétend taire de la chaire de saint 
Pierre, le siège sénatorial de Pudens, est absolument 
dépour\T.ie de tout commencement de preuve; elle a 
même contre elle la forme, la matière et la décoration 
du monument qui ne peuvent en aucune façon être 
reportées au temps de Claude et imputées à un sénateur. 
Le ms. V«(/e. S40T, p. 82, contient un dessin d'après 
une niosa'ique conservée à Saintc-Pudentienne (litu- 
lus Pudfnlis) dans une chapelle et détruite en l'année 
1.595. C'était un ou\Tage du iv<^ siècle dans lequel on 
voyait saint Pierre assis sur sa cathedra et distribuant 
la doctrine aux brebis: in œde sacra S. Padcnlianœ ad 
radiées Viminalis prope Exquilias est sacellum, in oiw 
S. Petrus diciiiir... célébrasse, etc. Exstat in eo sacello 
hujus rei monumenliini ex opère mtisivo jaclum cum 
inscriptione ad/ecta MAXIMVS FECITCVM SVIS^. Au- 
tant qu'on en peut juger d'après le croquis de Ciacconio 

' Cet usage prit fin lors du séjour des papes à Avignon. — 
= Ce Maxinius reparait sur d'autres inscriptions de la 
même église restaurée sous le pape Siricc au iv« s.iécle. 



présentations païennes, dont le sens est devenu lettre 
morte, pour les faire servir ou les transformer en ob- 
jets chrétiens. Diptyques, couvertures d'évangéliaires, 
ornements de crucifix ou de reliquaires sont ainsi 
démarqués et adaptés à une destination nouvelle. 
Rien de pareil ne pouvait se faire pendant les trois 
premiers siècles, alors que les apologistes menaient 
le combat contre les turpitudes de l'Olympe païen, 
que Clément d'Alexandrie interdisait aux fidèles le 
port de tels et tels symboles. C'est au point que 
dans les catacombes, avant d'utiliser un sarcophage, 
un marbre représentant des figures païennes, on prend 
soin de les marteler: le mythe d'Hercule est dans ce 
cas. L'utilisation des plaques carrées nous indique 
donc pour la décoration de la cathedra une époque 
postérieure à la paix de l'Église. 

C'est donc le «cadre» de chêne qui serait primitif; 
le revêtement d'acacia et les appliques seraient sans 
autre relation avec la chaire que celle d'une décora- 
tion tardive. Par ailleurs, nous savons que l'usage se 
conserva pendant des siècles de procéder à l'introni- 
sation des papes sur la chaire même de saint Pierre 
et de célébrer le 22 du mois de fcATier une fête solen- 
nelle à l'occasion de laquelle le pape faisait usage de 
la chaire. Il est aise de comprendre combien il est 
improbable, pour ne pas dire impossible, qu'une sub- 
stitution d'un siège nouveau ait eu lieu alors que ces 



45 



CHAIRE EPISCOPALE 



46 



C(;Témonies consacraient périodiquement le siège 
historique. Des réparations, des restaurations s'im- 
posaient sans doute, mais le « cadre» subsistait sous 
le revêtement plus ou moins riche et bizarre qu'on lui 
appliquait. Ennodius nous apprend que la chaire véné- 
rée, conservée au baptistère, était une sella fjestatoria, 
par conséquent un siège de bois et portatif, et la chaire 
du Vatican satisfait à ces deux conditions. Nous n'a- 
vons pas sans doute dans ces remarques et ces faits 
une preuve matérielle de ridentihcation du siège ac- 
tuel avec la chaire primitive, mais les meilleures pro- 
babilités en faveur de cette identilication. 

Nous n'avons pas à aborder ici la question des deux 
fêtes de la cathedra Pelri au 18 janvier et au 22 fé- 
^Tier. Toutefois, nous devons remarquer que la chaire 
un peu rudimentaire conservée dans le dessin de Ciac- 
conio, d'après la mosaïque de Sainte-Pudcntienne. 
n'est pas sans offrir quelque rapport avec une autre 
chaire de saint Pierre, dont J.-B. De Rossi détermi- 
nait le site dans le cimetière Ostrien. Là, sur la voie 
Nomentane, près de la catacombe de Sainte-Agnès, 
.se serait trouvé la scdes ubi prias sedit S. Pelrus '. 
Voici en quelques mots les arguments présentés. Au 
vii= siècle, l'abbé Jean, chargé de porter à la reine 
Théodelinde des fioles d'huile sainte, écrit sur l'une 
d'elles •: Oleo de sede ubi prias scdil sanctus Pctnis. 
D'après la topographie suivie dans le catalogue des 
fioles, il ne saurait être question ici de la chaire du 
baiitistère du Vatican; de plus, le mot prias implique 
clairement la mention d'une première chaire et l'exis- 
tence d'une deuxième, auxquelles se rapporteraient 
les deux fêtes. Cette première chaire se trouvait située 
dans le secteur qui sépare la voie Nomentane de la 
voie Salaire neuve, dans la direction du cimetière 
Ostrien que certains documents nomment : ufci /V(/'ii6- 
bajilizabal, certains autres : ad nymphas S. Pclri et 
fuiiiis S. Pctri. Dans les souterrains où nous localisons 
ce cimetière, Bosio avait remarque une spacieuse tri- 
bune ornée de stucs à feuillages et d'une inscription 
en lettres rouges, indices d'archaïsme. 

Cette question semblait devoir rester du domaine 
exclusif de la discussion conjecturale, lorsqu'en ISV.'j 
une fouille amena la découverte d'une crypte pourvue 
d'une abside et en 1876, dans cette même abside, jadis 
visitée par liosio, Mariano Armellini déciiilTra à grand '- 
peine ces mots ...SANC PET(ras)'. Saint l'ierre aurait 
donc donné ses instructions en ce lieu; il y aurait 
établi sa chaire. Ce n'est là qu'un indice, mais il a son 
prix; il suffit de l'avoir rappelé. Voir Ostiuanum. 
Quant à faire de la crypte qui contenait l'inscription 
et de la chaire en tuf qui s'y trouvait des monuments 
contemporains de l'apôtre, on n'y peut songer. La 
crypte est d'époque postérieure et la chaire, si elle 
eût été celle clc saint Pierre, eût obtenu une place 
d'honneur au lieu d'être reléguée sur un côté. Tout ce 
qu'on peut dire c'est que l'apôtre a dû baptiser et 
prêcher en cet endroit, dans une villa appartenant ù 
la « gens Ostoria » ; si, au vi" siècle, le prêtre Jean pensa 
voir en ces parages une chaire de saint Pierre, c'est 
qu'il s'en tint sans plus y regarder, aux afhrmations 
qui^lui parurent suffisamment fondées par le souveuii' 
deM'apôtre persistant dans ces Ueux. 

Les représentations de la chaire de saint Pierre sont 

^ Celle opinion a élé contredite par M. O. Mai-uMii. /.« 
récente œnlroversia sut ciniitero Ostriano, dans Suono btitt. di 
inrlwol. crist,^ 1903, p. 199-273: celui-ci propose de pincer 
le ciiiietièrc Ostrien sur la voie Salaire, dans la nécropole de 
Priscillc.', L'opinion de J.-B. De Rossi a été dclciuhic dans 
l-i' catacombe, S. Pielvo c il ciniitero Oslriano, dans Cifitlà 
catlolicu, 7 nov. 1903, p. 332-319. — = II. Armellini, Scoiicrt.i 
(tella''yri[>t<i ili S. Emcrenziana c di nna menioria rctatiiia 
altit catliedra di S. Pietro, in-S°, Roma, 1877; De Rossi, 
Bull, di arcti. crist., 1877, p. 150-1.32, pi. xi. — 'Uictionn., 



très anciennes, et elles entrent parfois dans une com- 
position symbolique aussi ingénieuse que grossiè- 
rement figurée. Nous avons donné au mot Calicula(\oir 
fig.1920) un tond de coupe venant des catacombes et 
représentant un homme et une femme faisant le geste 
d'orants. A côté d'eux une cathedra surmontée du 
clirismon est adossée à la roche d'où s'écoule l'eau vive. 
On sait que le symbolisme primitif aimait à rapprocher 
Moïse frappant le rocher du personnage de saint Pierre 
auquel on prêtait le même geste =, allusion à ce nom 
de pierre qui, par un heureux calembour, évoquait 
l'idée de l'inébranlable solidité du siège de l'apôtre : 
Sic nca7ique ecclesiastici primalus cathedra sibi est ira- 
dita, ut perpétua sit soliditate jundata ', et saint Jérôme 
écrivait à Marcella : super illam pclrarn œdificalam 
ecclesiam scio. C'est le commentaire graphique de 
cette croyance qu'on exprimait eu figurant la chaire 




2402. — Fùnil de coupe. 
D'après Garruccî, Vetri fi'jurc, pi. xiv, n. 4. 

surmontée du monogramme du Christ ^ adossée au 
rocher. Celui-ci, dans le fond de coupe dont nous par- 
lons, est de couleur verdâtre. au sommet pousse un 
arbre plein de fruits, sur le flanc coule à flots une 
source '. Pour tous ceux qui avaient quelque connais- 
sance des Livres saints, cette pierre inébranlable c'était 
le Christ lui-même, fondement de l'Église ', et à ceux 
qui n'auraient pas été familiers avec le symbolisme, 
ou expliquait que sicul in dcserlo dominico silienti po- 
pulo aqna fluxit c pelra, ita univcrso mundo perfulix 
ariditate lassato de ore Pelri [ons salutiferx confessionis 
emersit *. Cette source s'écoule ainsi du rocher et de 
la chaire elle-même et devient, grâce à la chaire bâtie 
sur le roc, la source du baptême : nalalis fans, unde 
aqux cuncUe procédant... et puri latices capitis incor- 
rupti manant '. 

Un fond de coupe conservé au British Muséum a été 
classé à tort parmi ceux qui nous mont renfla chaire ados- 
sée au rocher d'où sort la source de Moïse" (lîg. 2402). 

l. 1, col. 272, fig. 00; De Rossi, Bail, di ardu crist., ISOS, 
p. 1 sq. ; 1S77, p. 80 sq. — 'S. Léon, Scrntu de cathedra S. 
Pétri apost. xcvi ou Sermo xiv. P. /.., I. Liv, col. 507. — 
' Cette précaution empêchait de la confondre avec un siège 
A l'usage privé. — • « R. Garrucci. Vclri ornati di figure in oro, 
in-4«,Roma,1864, p. 112,pl. .Kxv,n.:i. — 'ICor.,x,3. — 'S. 
JMaxinicdcTurin,//onn7iii,i.xviii,P. r-.,t.LVii, col.591. — 'P. 
Constant, £pisto/a' romunonimpwi/i/ic'mi, p. Slil). Cf. De Ris- 
si, lliill. di arch. crisl.. 18G8, p. 11. — '» O. Dalton, Catatajue 
o] Christian anliqiiit ies, in-S", London,1901. p!. xxix, n. 1)37. 



47 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



48 



Nous ne pouvons malheureusement attendre aucun 
éclaircissement pour le type de la chaire primitive de 
saint Pierre de deux monuments anciens qui repré- 
sentent cet apôtre : une statue de bronze vénérée 
depuis des siècles dans la basilique vaticane et dont 
Je siège en marbre est d'époque moderne '; une autre 
statue en marbre polychrome, conservée dans les 
cryptes vaticanes, sous le n" 16 '. Ce dernier monu- 
ment est une ancienne statue classique, pouvant 
remonter jusqu'au iii'^ siècle, qui aura pu devenir au 
IV» siècle statue ofTiciclle du prince des apôtres; le 
siège est très fruste et laisse deviner, sous les peintures, 
la forme des chaires antiques avec grilles de lion. 

Nous ne ferons pas plus d'attention à un monument 
qualifié de cathedra di san Pielro conservé à Venise, 
dans l'égUse de San Pietro a Castello, entre le deuxième 
et le troisième autel. C'est un assemblage de marbres 
qu'on a trouvé ingénieux de compléter au moyen d'une 
stèle funéraire du xii'' siècle empruntée à quelque 
cimetière nuisulman et portant une inscription cou- 
hque formée de quelques versets du Coran '. 

VI. Ch.\ire de saint Hippolyte. — En 1551, on 
trouva près de la basilique de Saint-Laurent-hors-les- 
Murs. une statue représentant un homme assis dont 
l'attribution ne saurait être douteuse un seul instant, 
malgré l'état pitoyable de conservation du monument 
(fig. 2403). En effet, la tête, les bras, les mains, une 
partie de la poitrine et du dos manquaient; la restau- 
ration qu'on fit de ces parties est médiocre, notam- 
ment la tête. Mais ce qui était plus précieux que tout» 
la chaire avec les inscriptions, était conservée. On put 
ainsi identifier à coup sur le personnage représenté, 
c'était saint Hippolyte, évêque de Porto, auteur re- 
narquable par retendue de ses connaissances et dont 
les bibliothèques commencent seulement de nos jours 
à livrer l'œu\Te de plus en plus vaste, à tel point qu'on 
a pu la comparer, d'après ce qu'on en prévoit, à 
l'œuvre d'Origène *. Hippolyte joua, en son temps; 
un rôle considérable et jouit d'une notoriété considé- 
rable; un instant en lutte ouverte avec l'évêque de 
Rome, il fut antipape, se ressaisit, rentra dans l'or- 
thodoxie et finit sa vie par le martyre. Son activité 
littéraire nous est témoignée par la liste de ses écrits 
gravée sur la chaire de marbre dans laquelle il est as. 
sis. Parmi ces travaux d'érudition il se trouva amené 
à étudier une question brûlante en son temps : la fixa- 
tion de la date de la fête de Pâques. Voir Comput. 
Pour résoudre ce problème qui renouvelait chaque an- 
née le dissentiment entre les difiérentes observances 
pascales, il composa un calendrier calculé d'après un 
cycle de 16 ans, dont le retour périodique devait, il 
s'en flattait du moins, amener un accord général. 
C'est ce calendrier pascal, calculé sous le régne 
d'Alexandre Sévère, qui fut gravé sur la deuxième 
face latérale du siège d'Hippolyte. De ces deux ins- 
criptions, le catalogue et le calendrier, nous n'avons 
pas à nous occuper à cette place, mais de la seule 
statue. 

Il est d'usage d'admettre, comme un lieu commun, 
que cette statue provient de quelque atelier païen et 
qu'on lui a attribué dans la suite la représentation 
sous laquelle elle est aujourd'liui connue. Nous a^ions 
nous-même adopté cette opinion qui, en définitive, 
ne repose sur rien. Si la statue est sortie d'un atelier 
chrétien ou d'une ofiicine païenne, nous n'avons au- 
cun moyen de le savoir; si elle fut d'abord iconique ou 
si on lui imposa gratuitement la fonction de repré- 
senter un docteur clirétien, nous l'ignorons absolu- 



' H. Leclercq, Manuel d'archéol. chrétienne, in-S", Paris, 
1907, t. n, p. 256-259. — ' Ibid., t. ii, p. 276-277, fig. 231. — 
• Rohault de Fleury, La messe, t. il, p. 152; A. Le Hir, 
dans les Études religieuses, 1S70, i\" série, t. v, p. 679, n. 1 ; 



ment. Si elle ofi'rait les traits de saint Hippolyte, d'un 
rhéteur, d'un philosophe ou même d'un modèle d'ate- 
lier, si elle fut baptisée par le pape Dainase au mo- 
ment où celui-ci aurait eu besoin d'une statue à l'épo- 
que où il décorait magnifiquement la crypte de 
Saint-Hippolyte, personne ne nous l'apprendra ja- 
mais. La seule vraisemblance qu'on puisse faire valoir 
en faveur d'un changement de destination imposé à la 
statue, se trouve dans le fait de la cassure de la tête et 
des mains. L'antiquité avait coutume de faire suc- 
céder les têtes d'empereurs ou de personnages consu- 
laires sur une même statue à mesure que les hasards et 




2403. — Chaire de saint Hippolsle. 
D'après une pliotographie. 

les surprises des révolutions et des disgrâces amenaient 
au pouvoir des hommes nouveaux. Une opération de 
cette nature a pu être infligée à notre statue. On sub- 
stitua à un visage décidément trop caractérisé et trop 
connu pour permettre l'illusion, un visage quelconque 
pouvant, sans inconvénient, figurer Hippolyte ; quant 
aux mains, si ce n'est pas leur fragilité qui les a fait 
briser, c'est peut-être la présence d'anneaux que les 
Romains aimaient à porter en grand nombre et qui 
eussent choqué aux doigts d'un évêque. Malgré cela, 
nous doutons que si cette statue, qui est incontestable- 
ment du m" siècle, avait attendu la fin du IV siècle, 
le pontificat de Damase, pour recevoir des inscrip- 
tions (à supposer qu'on se fût déterminé à en faire 
Hippolyte de Porto) on eût songé alors à y graver le 
calendrier d'Hippolyte, depuis longtemps délaissé pour 
d'autres computs et que, le gravant en grec, on le 
pût faire sans faute. Nous inclinons donc à croire que 
l'attribution de la statue est contemporaine ou très 
peu postérieure au troisième ou au quatrième decen- 

Kraus, Real-Encykl. der christl. Allertlmmer, t. il, p. 161. 
— «A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, in-S», Paris, 
1906. Sur le canon pascal, p. v, 150-15S. La chaire n'est 
pas étudiée au point de vue teclinique. 



49 



CHAIRE EPISCOPALE 



50 



nium du iii<' siècle'; AVinckelmann se prononce pour 
le premier tiers du iW siècle. 

Déposée jadis au Vatican, cette statue orne main- 
tenant l'extrémité de la principale galerie du musée 
de Latran. Elle est d'un style large et souple, la dra- 
perie, très ample, dessine assez agréablement les 
grandes lignes du corps. La chaire est un large siège à 
dossier arrondi, dont les accoudoirs se terminent par 
des têtes de lions d'un beau caractère, que soutiennent 
dans le bas les griUcs ordinaires. 

La statue est eu marbre grec d'un grain très fin. 
Ses dimensions sont les suivantes : hauteur jusqu'à 
la brisure, coté gauche 0"81, côté droit 0°'94; jus- 
qu'au rebord du siège 0°'6'25; jusqu'au genou droit 
(sans la base) 0'°55; hauteur de la base, i)ar devant 
O^Tô, le siège est élevé de 0"4. La largeur complète 
de la base est, par devant ""08, par derrière 0'".58; 
la longueur 1 ""12-. 

VIL Ch.^ire de saint Marc. — Nous avons dit ce 
que l'histoire authentique permet de savoir, touchant 
l'apostolat de révangéliste saint Marc à Alexandrie '. 
C'est de cette ville que provient, dit-on, une chaire 
d'albâtre, conservée à Venise, dans la basilique de 
Saint-Marc *. Ce monument a une longue histoire. On 
racontait que les fidèles d'Alexandrie murmuraient 
parce que leur évêque Pierre refusait de s'asseoir 
dans la chaire, mais s'asseyait seulement sur le socle 
qui la portait; Pierre, apprenant ce mécontentement, 
déclara qu'il y apercevait une lumière divine qui le 
rempUssait de crainte. Les actes du martyre de cet 
évêque nous apprennent qu'on lui trancha la tête. 
Les fidèles la rapprochèrent du tronc, enveloppèrent 
ces restes et les rapportèrent dans la ville. Poslhœc 
igitur orla est inler eos non parva conlenlio; quidam 
enini sacralissinws arlus in ecclesiam qiiam ipse œdi- 
ficaverat,ubi et mine requiescil, adveclare satanebant; alii 
aulem ad sancluariiim cvangelislo: iibi et marlijrii me- 

'De bonne heure on avait reconnu l'erreur qui \'iciait le 
calcul du cycle de seize ans et on y avait remédié. Il faudrait 
admettre que la gravure du cycle sur la chaire est antérieure 
ù la découverte de l'erreur qui l'invalidait, mais, à la rigueur, 
on peut supposer que c'était un hommage rendu, plutôt 
qu'un service attendu; on savait déjà que le cycle était à 
réformer, mais par égard pour la science et le martyre du 
calculateur on continuait à lui tenir son comput comme 
un principal titre de gloire parmi tant de travaux dont on 
ne pouvait qu'énumérer les titres. L'usage de graver une 
inscription sur le Ilanc d'un siège antique, n'est pas sans 
exemple, cî. Archdo^ogische epigrapinsche MillheihinQen ans 
Ocs/erreic;!,1877,t.i,p.34. — -La statue d'Hippolyte a été 
souvent reproduite iBianchini, De kalendario et cycloCœsaris 
ac de paschali canone S. Hippolyti iiuirtyris, in-4'*, Romse, 
1703, pi. m; Vignoli, Disser/a/io de anno primo imperii Severi 
Alexandri Aiig., quem prœfert cathedra marmorca S. Hippo- 
lyti episcopi in hihliolheca Vaticana, in-4'>, Romse, 1712, 
p. 3; Hippolytc, Opéra, édit. Fabricius, in-4°, Hamburgi, 
1716, t. I, p. 36; De Magistris, Acta marlyrum ad Ostia Ti- 
berina sub Claudio Cothico, in-fol., Roni.Te, 1795, p. 352; Sé- 
roux d'Agincourt, Histoire de l'art, par les monuments, in-fol., 
Paris, 1823, t. iv. Sculpture, pi. m, n. 1; cf. t. il, p. 29; 
F. Monter, Sirmbilder und Kunstvorxlellungen der allen 
Christen, in-4», .Mtona, 1825, part. II, pi. xui, n. 92, 
p. 123 sq. ; Patrologia greeca, t. x, col. 881 sq., 183 sq. • 
L. Perret, Les catacombes de Rome, in-fol., Paris, 1852, 
t. v, pi. i; t. VI, p. 132; C. J. Bunsen, Hippolytus und seine 
Zeil, in-S", Leipzig, 1852, t. i, pl. frontispice, p. 12, 154, 
158, 163 ; Northcote and Brownlow, Roma solterranca, in-S", 
London, 1878, t. il, fig. 107, p. 262, 264; F.-X. Kraus, 
Die chrislliche Kunst in ihren friihesten Anfàngen, in-S"*, 
Leipzig, 1872, fig. 25, p. 112 sq. ; Realencyklopddie der 
christlichen A Itcrthiimer, in-8'', Freiburg-ira-Br., 1882, 1. 1, 
fig. 244, p. 664 ; Geschichie der christlichen Kimst, in-S", 
Freiburg, 1895, t. i, p. 230, fig. 185; A. Peraté, L'archéologie 
chrétienne, in-8", Paris, 1892, fig. 191, p. 292-293; O. Mamc- 
chi. Éléments d'archéologie chrétienne, in-8'', Paris, 1900, t. i, 
p. 337, 338; C.-M. Kauimann, Handbucli der christlichen Ar- 
chdologie, in-8°, Paderborn, 1905, p. 511 , fig. 197 ; M. Besnier, 



tam complevil, déferre nilebantur ^ Pendant celte con- 
testation et lorsqu'on va en venir aux mains, un 
groupe s'empare des restes et les transporte dans 
l'église de la Vierge; on pose le corps sur sa propre 
chaire et on l'ensevelit ainsi. Voici donc la chaire 
du fondateur de l'Église d'Alexandrie à l'abri des 
indiscrétions. Une série de témoignages éclaire ensuite 
l'histoire de cette chaire et permet de remonter 
jusqu'au vu" siècle. Le plus important est celui d'un 
doge célèbre, André Dandolo ', vers 13.50. Il nous dit : 
Dctiilit et seciim (Heraclius) de Alexandria cathedram 
in qua B. Marcus evangclista in eadem iirbe ponti- 
ficatum tenait, qiiœ sub sequcnti patriarcha (sub Primi- 
genio, successore Cypriani) Venetiis dclala est. Le nom 
de Venise ne doit pas être pris trop ;i la lettre en cet en- 
droit, et la même chronique nous en avertit suffi- 
samment quand, après avoir raconté comment Primi- 
genius fut établi par le pape sur le siège de Grado et 
comment il se plaignit à l'empereur de l'oppression 
des Longobards, elle ajoute : Tune piissimus impera- 
lor ci auri et argenli plus remisit quam perdideral, et 
insuper sedem beatissimi Marci evangetistie ob conflr- 
mationem dictie mrtropolis ' direxil, quam ab Alexan- 
drina Constantitiopolim secum duxerat '. 

D'autres chroniques beaucoup plus anciennes » s'ac- 
cordent avec Dandolo pour la substance du fait, mais 
en le défigurant par des anachronismes et par une 
étrange confusion de noms et de personnages. Au 
reste,écrit M. Le IIir",la cause de cette confusion n'est 
pas difflcile à démêler. L'origine en est dans la rivalité 
qui exista assez longtemps entre l'ancienne Aquilée 
et la nouvelle, fondée par des réfugiés de l'ancienne 
dans l'ile de Grado ". Le schisme des évêques d'Aquilée 
avait obhgé le pape Honorius à en transférer les préro- 
gatives à Grado, vers le temps où l'Egypte tombait 
sous le joug des musulmans. Pour conserver au moins 
le souvenir du catriarcat d'.\lexandrie, le pape jugea 

Les catacombes de Rome, in-1 2, Paris, 1909, p.230,pl.xvii; 
F. Becker, Inschri/len, pl. x; Parker, Photographies, n. 588; 
Simelli, Photogr., 2860. Description et bibliographie dans 
J. Ficker, Die altchrisllichen Bildwcrke im christlichen 
Muséum des Laterans, in-8°, Leipzig, 1890, p. 166-175, n. 223. 
— 'Dictionn., t. i, col. 1099-1100, llfi. — ' J.-J.-L. Barges, 
Dissertation sur rinscription hébraïque de la chaire de saint 
Marc à Venise,dansles Annales de philosophie chrétienne,lS80, 
VU" sér., t. III, p. 222-256, 2 pl.; G. Fabiani, Sulla cattedra 
Alexandrina di S. Marco, nuovi studi critici, in-S", Modena, 
1869; L. Fantoni, La cathedra di S. Marco in Venezia illus- 
trata, in-8'', Roma, 1856; A. Le Hir, La chaire de saint Marc, 
dans les Éludes religieuses d'histoire et de littérature, 1870, 
IV» sér., t. V, p. 672-688, pl. ; G.-P. Secchi, La cattedra 
Alexandrina di S. Marco, euangelista e martire, conseniata 
in Venezia eniro il lesoro Marciano dette reliquie, riconosciuta 
e dimostrata, in-4», Venezia. 1853. Cf. G.-J. .\scoli, Inlorno 
a l'opéra la cattedra alessandrina di S. Marco del P. G. S., 
dans .Studi orienlali e linguistici, aoiit 1855; B. Veratti, Di 
alcune censure ail' opéra la cattedra alessandrina di .S. Marco 
del P. G. Secchi, dans Opuscoli relig.-lett.-mor., 1857, t. n. 
p. 224-242; C. Tarquini, Délia inscrizione delta cattedra 
Alessandrina di S.Marco, ... dissertaxioni, dans Atli accad. 
nrcftco/., Roma, 1 868 ; trad. franc, par J. Gabarra, Dissertation 
sur l'inscription de la chaire d'Alexandrie, dans les Annales 
dephil. cftréf., 1872, Vt« sér., t. iv, p. 165-196; cf. B. Veratti, 
dans Opusc. relig.-lett.-mor., 1868, 11= sér., t. xii.p. 460-473, 
Rohault de Flcur>', La messe. Éludes archéologiques, in-8'' ; 
Paris, 1883, t. ii, p. 1.52-155; pl. cvLvi; J.-K. Zenner, Die 
cathedra S. Marci, « ein schones Zeiignis /lir den Primcd-, 
dans Zeitschrift fiir katholische Théologie, 1894, t. xviii, 
p. 588-589; F.-X. Kraus, dans Real-Encyklopadie, t. il, p. 156. 

ip. G., t. XVIII, col. 464-465. — 'Chronicon, dans Mura- 

tori, Rerum Italicaruniscriptores, t. xii, p. 112. — 'Honorius 
avait élevé Grado au rang de métropole, en 630. — • Rerum 
ilal. script., t. XII, p. 113, 114. — • Les textes ont été pu- 
bliés par Secchi, loc. cit., et par Rohault de Fleury, loc. 
cit. — "Le Hir, La chaire de saint Marc, dans les Études reli- 
gieuses, 1870, IV» sér., t. v, p. 876 sq. — " Voir Dicfioniiaire 
d'arch. cltrét., t. I, col. 2654. 



51 



CHAIRE KPISCOPALE 



à propos d'en conférer le titre à quelque siège épisco- 
pal plus étroitement uni à celui de saint Marc. Son 
choix devait tomber sur Aquilce qui se glorifiait 
d'avoir reçu la foi de la bouche de l'cvangéliste. Mais 
son attachement à l'hérésie l'en rendant indigne, ce 
nouvel honneur lut conféré aux habitants de Grado. 
Quand, plus tard, ceux d'Aquilée rentrèrent dans 
l'obéissance et dans l'unité de l'Église, ils se sou- 
vinrent qu'ils avaient été deshérités. Mais ils tinrent 
au moins à l'honneur d'avoir joui pendant quelque 
temps des privilèges dont ils se voyaient privés. Ils 
renversèrent l'histoire et confondirent les faits afin 
d'en pouvoir conclure que leur Église avait possédé 
pendant quelque temps le titre, les honneurs et la 
propre chaire du premier siège patriarcal de l'Orient. 
Il est pourtant digne de remarque qu'au milieu de 
ces dates fausses et contradictoires, les chroniqueurs 
restent fidèles à attribuer à Héraclius le don fait à 
leur pays, de cette relique. 

11 n'y a pas le même accord sur le nom du prince 
qui l'avait d'abord transférée d'Alexandrie à Cons- 
tantinople. Volontiers, les vieilles chroniques en font 
honneur à Hélène, mère de Constantin. Mais indé- 
pendamment même des autorités plus graves qui le 
combattent, ce sentiment se détruit assez par lui- 
même. L'enlèvement d'un meuble liturgique si vénéré 
aurait excité sous Constantin des réclamations et des 
murmures dont il faudrait s'attendre à trouver l'écho 
dans l'histoire. Trois siècles plus tard, l'insécurité 
produite par les invasions des Perses et des Arabes, la 
lassitude causée par les luttes monophysites ren- 
daient plus facile le transport à Constantinople des 
plus illustres reliques de l'Asie et de l'Afrique. Les 
circonstances historiques favorisent donc le récit pré- 
senté par Dandolo. La chaire de saint Marc, à une 
époque contemporaine des premiers progrès de l'i.s- 
laniisme, aurait donc été tranférée d'Alexandrie à 
Constantinople et de là à Grado. Ce fait une fois 
établi et accepté, il ne subsiste aucune difficulté à 
prouver l'identité du monument, aujourd'hui déposé 
à Saint-Marc avec celui dont Héraclius fit don au pa- 
triarche Primigenius. On sait que cette chaire s'est 
conservée à Grado jusque vers la fin du xv^ siècle 
ou le commencement du xvi=, puisqu'un jurisconsulte 
de cette époque, Giovanni Candido, anirme l'avoir vue 
à Grado : Vidimus illam calhedram S. Marci Alcxan- 
drinam in sacrario Gradcnsi, laceram, ebore cnnser- 
iam '. Ce revêtement d'ivoire, mentionné également 
par plusieurs écrivains antérieurs, est trop caracté- 
ristique pour que le monument ait couru risque d'être 
confondu avec d'autres pendant tout le temps qu'il en 
conserva des traces. Ces traces ont disparu depuis: 
mais l'identité de la chaire de Grado, avec celle qu'on 
conserve à Venise, parait, néanmoins, véritable. Cette 
dernière est bien la même dont Stringa affirme qu'elle 
portait à Grado ce revêtement d'ivoire, et qu'elle y 
avait été vue par Candido. Il est vrai qu'on ne peut 
assigner la date précise de sa translation à Venise; 
mais on sait, pourtant, que ce fut avant l'année 1534. 
Ce fut, en effet, en cette année qu'on la retira du 
maitre-autel de l'église de Saint-Marc, où les Vénitiens 
l'avaient exposée d'abord, pour la placer dans la cha- 
pelle du baptistère. Elle avait occupé jusque-là un lieu 
honorable derrière l'autel, on la relégua ensuite près 
de la porte d'où elle a été transportée au trésor des re- 
liques. 

Au delà du vW siècle, l'obscurité se fait très pro- 
fonde sur la relique; à l'exception du témoignage bien 
fragile des Acta de saint Pierre d'Alexandrie, on ne sait 
absoUiment rien qui mérite d'être pris en considéra- 

' Commeninrii Agiiilcjcnses, m-tof., Venetiis, 1521, I. III, 
p. 12. 



lion. L'authenticité du monument se fonde donc sur 
le récit de Dandolo. Mais ce témoignage n'est pas seul. 
Il faut en venir maintenant à la description de la 
chaire elle-même. 

Celle-ci repose sur un piédestal moderne en pierre 
d'istrie, étranger au monument. La chaire se compose 
de deux pièces de marbre; un bloc d'albâtre égyptien 
évidé formant siège, dossier et accoudoirs; au sommet 
du dossier un médaillon rapporté après coup. L'évide- 
ment de la chaire a été pratiqué non sans habileté; le 
dossier est un peu arrondi pour encadrer le dos, les 
parois latérales présentent une légère courbure. Le 
P. Secchi, A. Le Hir, Rohault de Fleury sont d'accord 
pour conjecturer que la chaire primitive n'avait ni les 



o 




^ 0--"J5 > 

2404. — Chaire primitive de saint ^^arc restaurée. 
D'après Rohault de Fleury, La messe, t. il, pi. 155. 

sculptures ni l'appendice qui lui ont été imposés dans 
la suite. Le croquis proposé par Rohault de Fleury, de 
l'état primitif, est tout à fait recevab!e(fig. 2404, '2405). 

La décoration est des moins séduisantes, elle s'ins- 
pire des visions de l'Apocalypse. Tout d'abord, le mé- 
daillon rapporté contient sur ses deux faces une croix 
surmontée d'une boule, ornée de bâtons rompus et ac- 
costée de deux saints portant des livres; on a cru y 
voir, sur de vagues indices, les évangélistes Marc et 
Mathieu. Au-dessous du médaillon, dans le fond du 
dossier, un agneau est figuré au pied d'un arbre cou- 
vert de branches et de feuilles, croissant sur la colline, 
d'où s'écliappent les quatre fleuves mystiques. C'est 
l'arbre dont il est dit : Vincenii dabo edere de ligno vi- 
lœ, qiiod est in paradiso Dei mei. 

Les autres faces sont ornées de symboles. Celle de 
droite représente saint Mathieu dans l'appareU des 
chérubins, avec six ailes, sur un semis d'étoiles; au- 
dessus de lui, deux anges sonnent de la trompe, au- 
dessous un loculus destiné sans doute à contenir des 
reliques a été pratiqué, il est accosté de deux palmiers. 
Au revers du dossier, deux autres symboles du tétra- 
morphe : l'aigle et le lion sous le croissant iiarmi les 



53 



CHAIRE ÈPISCOPALE 



D-4 



étoiles, au-dessus des palmiers et du lociiliis. Sur la 
face de gauche, le bœuf d'après le même type décora- 
tif. Dans les tympans, au-dessus des accoudoirs, cinq 
torches allumées dont le sens est loin d'être clair. Sur 
le devant du siège, un panneau rempli de lignes en zig- 
zag et une inscription passablement ênigmatique. 

Cette inscription ne fut remarquée qu'en 1830, elle 
sortit pour ainsi dire de la pierre sous la brosse du sa- 



Cathedra Marci (qui) evangcUzavil Dominum lue, et 
ascendit è Roma. 

Telle est la transcription et la traduction de A. Le 
Hir; celle de Barges s'en éloigne peu : Cathedra Marci, 
qui evanrjelium stabilivit Alexandriœ. Nous n'avons pas 
à prendre parti dans celte question d'épigraphie sémi- 
tique; nous nous bornons à présenter deux traductions 
que la science et la probité de leurs auteurs rendent 




2405. — Chaire dite de saint Marc. D'après G. Secchi, La Cattedra Alessandrina di S. Marco, 1853, frontispice. 



cristain qui lui enlevait sa fourrure de poussière. Une 
première explication la présenta comme un texte en 
caractères longobards, dont la lecture expliqua tels 
événements locaux relatifs aux règne de Frédéric 
Barberousse. On y revint cependant et on obtint un 
résultat assez différent. Cette inscription fut étudiée 
avec une érudition débordante par le P. Secchi, dont 
les conclusions furent discutées et partiellement in- 



également probables; c'est ainsi que A. Le Hir fait 
remonter jusqu'au V siècle cette inscription que Bar- 
ges retarde jusqu'au xiv siècle. 

De tout ce que nous avons vu jusqu'ici, la forme et 
la matière de la chaire, l'ornementation, l'inscription, 
nous ne pouvons tirer que des vraisemblances, des 
probabilités. L'emploi du tétramorphe n'est guère an- 
térieur au v"= siècle ; le P. Garrucci propose de descendre 



<yy^'£c^rciM-¥& r^iOno^n.'OLron 



2406. 



• Inscription de la chaire de saint .Mai-c. Dapi-ès les Éludes religieuses, 1S7Û, t. V, p. Ci82 



firmées par G.-J. Ascoli, L. Fantoni, G. Tarquini, 
B. Veratti, J.-J.-L. Barges, .\. Le Hir, d'autres encore 
peut-être. Cette inscription, écrite sur une seule ligne, 
offre cette singularité que les caractères se lisent de 
gauche à droite contrairement à l'usage hébreu, parti- 
cularité qui s'explique probablement par l'emploi du 
décalque par un graveur, ignorant de la langue et des 
habitudes juives. Voici la transcription avec l'origi- 
nal ' (lig. 2406). 

' A. Le Hir a donné une reproduction « d'après un mou- 
lage fait sur marbre » (plus probablement un estampage). — 
' Von Bilguer, Gregor der Grosse, in-S», Berlin, 1904, p. 13, 



jusqu'au vii'^ siècle; c'est également la date à la- 
quelle nous nous arrêterions le plus volontiers. 

Vni. Chaires historiques. — On conserve, dans 
l'église de Saint-Grégoire, à Rome, une chaire qu'on 
attribue au pape Grégoire P^ C'est un monument 
d'époque païenne que nul indice, nul document rece- 
vable permet de maintenir à ce saint personnage de 
préférence à tout autre ■; sa décoration peut remonter 
vers le début de notre ère. 

On n'a pas de meilleures raisons à faire valoir pour 
maintenir l'attribution au pape Etienne, martjT 

fig. 4; H.-F. Witherby, TIte story ol ilie Chair of S. Peter, 
London, 1905, p. 54, fig. ; Rohault de Fleury,X.a messe, 1883, 
t. II, p. 160, pi. cxLi,\. 



55 



CHAIRE EPISCOPALE 



56 



en 257, d'une cliaire enlevée de la Plalonia ad catacum- 
bas et transportée en 1700 dans l'église Saint-Étienne, 
à Pise >; il ne reste que le siège — ■ le dossier et le sou- 
bassement ont disparu. 

On attribue à saint Silvestre une chaire conservée 
dans le cloitre du Latran; à saint Augustin, la cliaire 
de Sainte-Marie-in-Cosmedin; à saint Ambroise, celle 
qu'on montre dans la basilique de ce nom, à Milan^. Il 
va sans dire que ces attributions sont dénuées de 
preuves historiques, les afllrmations intrépides des 
guides et les élucubrations des érudits locaux n'y sau- 
raient suppléer. A défaut de ces monuments, on peut 
accorder, sinon la valeur d'une reproduction dii'ecte, 
du moins le témoignage d'un contemporain à la fresque 
du Latran, représentant saint Augustin assis sur une 
chaire et enseignant, fresque que nous avons donnée en 
étudiant les bibliothèques '. 

Dans la petite basilique du cimetière de Saint- 
Alexandre *, Nesbitt signalait, en 1864, a marble ca- 
thedra ^ et Hohault de Fleury ajoute, en 1883, « ces 
ruines ont été si peu respectées que je doute qu'elle sub- 
siste encore '. » ■ 

IX. Ch.mre de M.\ximien de R.wenne. — Nous 
avons conservé presque intacte la chaire épiscopale de 
Maximien qui gouverna l'Église de Ravenne de 541) 
à 553 '. Ce monument hors ligne présente, au point de 
vue archéologique, une importance qu'on ne saurait 
exagérer. L'authenticité parait défier toute discussion: 
Maximien ayant pris soin de faire sculpter son mono- 
gramme : Maximianus episcopus. On a, cependant, 
contesté l'appartenance du siège à Maximien et tenté 
d'établir que ce meuble ne vint à Ravenne qu'au 
commencement du xi« siècle, époque où le doge de 
Venise l'aurait envoyé à l'empereur Otton III; mais 
longtemps la date du vi" siècle sembla incontestable * 
(fig. 2407-2408). 

Le siège mesure avec le dossier 1 "24 en hauteur, 
O^GS en largeur, O^ôO en hauteur, les accoudoirs 
ont 0"18. La structure est des plus simples : un 
grand panneau antérieur accompagné de deux mon- 
tants verticaux à section rectangulaire, dont les par- 
ties inférieures forment les pieds et les parties supé- 
rieures les bras; deux panneaux verticaux, dressés à 
droite et à gauche, formant un angle droit avec la face 
antérieure; un dossier demi-circulaire, cintré à sa par- 
tie supérieure, divisé en compartiments rectangu- 
laires, sur ses deux faces par de larges bandes décora- 



Rohault de Fleury, La messe, 1883, t. il, p. 156, pi. CLi. 
— = R. Cattaneo, I.'archilettnra in Italia dal sccolo vi al mille 
circa, m-8°, Venezia, 1S89, p. 201, flg. 120 -.Cattedra arcive- 
scovile del Stuit' Amhrogio di Milano (sec. i.\). — 'Voir 
Dictionn., t. ii, pi. en regard de la colonne SGS. — * VoiriDjc- 
iionn., 1. 1, col. 1094, flg. 266. — 'A.Ncsbitt, On Ihe dmrches 
al Rome earlier than the year 1150, dans The Archieologia, 
1866, t. .XL, p. 177. — 'La messe, in-4°, Paris, 1883, t. ii, 
p. 163. — ' Né à Pola, en 498. — ' Agnellus, de Ravenne, 
JLifc. pon(.,édit. Bacchini, in-4°, llodena, 1708, t. il, append., 
pi. E. H; A. degli Abbati Olivieri Giordani, Lellera sopra 
aîcune antichitâ eristiane conseroate in Pesaro net Miiseo 
Olivieri, p. xxx, pi. 7; G. -M. Paciaudi, De vet. Cliristi 
Crucifïxi signo, dans A. Gori, Sijmbol. liUcr. Florent., in-l", 
Florentiœ, 1749, t. m, p. 235; R. Garrucci, Sloria detf 
arte crisliana, in-tol., Prato, 1873, t. vi, p. 17 sq., 
pi. 414 sq.; G.-B. Passeri, Tliesaurus gemmarum antiqua- 
rum, in-4°, Flurentix, 1750, t. m, p. 226 ; P. Ginanni, 
Scrittori Ravcnnati, 1769, t. il, p. 39; Ch. Bayet, L'art 
byzantin, in-8°, Paris, 1883, p. 92; A. Pératé, L'archéologie 
chrétienne, in-8'', Paris, 1892, p. 345 sq. ; Westwood, A des- 
criptive catalogue of ihe fictile ivories in the South Kensing- 
ton Muséum, in-8'', London, 1876, p. 31, p. 357; Sehnaase, 
Geschichie der bildenden Kunst im Mitletalter, 2' édit.. Dus- 
seldort, 1869, t. m, p. 220: du Sommerard, Histoire deVart 
au mogcn âge, P^série.t.ii; W'ehs, Kostunikimde im Mittel- 
alter, p. 152; Ralin, Ein Resuch in Ravenna, dans Zalin's 
Jalu-biichern jiir K unstaiisscnschalt, 1868, t. i, part. II, III: 



tives. Des plaques d'ivoire sculptées qui ornaient ce 
siège, quelques-unes ont disparu. La face antérieure et 
les montants sont intacts, ainsi que les grands pan- 
neaux verticaux; le dossier a été seul maltraité. Des 
vingt-quatre bas-reliefs qui composaient sa décora- 
tion primitive, sept seulement sont demeurés en place, 
quatre à l'intérieur, trois à l'extérieur. Quelques autres 
ont été retrouvés et identifiés dans des collections pu- 
bliques ou privées '. 

La partie antérieure est celle qui présente le plus de 
perfection artistique et témoigne le plus de science 
technique. Elle se compose de cinq panneaux oblongs 
encadrés entre deux larges frises horizontales et les 
deux montants sculptés du fauteuil. Chaque panneau 
contient un personnage debout, sous une arcade, en 
plein cintre, dressée sur des colonnes cannelées en spi- 
rales et inscrivant des coquilles. Le panneau central 
présente la figure de saint Jean-Baptiste, debout, 
barbu, les cheveux longs, vêtu d'une tunique et 
d'une mélote de peau nouée sur la poitrine, les pieds 
sont chaussés de sandales. La main droite bénit à la 
manière orientale, la main gauche porte un disque sur 
lequel est figuré l'Agneau dont Jean était le précur- 
seur. « Cette figure, dont l'aspect grandiose n'échap- 
pera à personne, est d'une exécution absolument supé- 
rieure. L'attitude est irréprochablement correcte, la 
draperie, bien dessinée et largement traitée, comme il 
convient à une ligure de grande dimension. Le type- 
adopté pour le Précurseur n'est nullement éniacié ni 
farouche; son visage respire la bonté et la joie, comme 
il convient au messager de la Bonne Nouvelle, et c& 
type, du reste, ne dilïére pas très sensiblement de celui 
qui, dans des inonuments presque contemporains, a 
été adopte pour la figure du Christ. C'est ce qui ex- 
plique comment on a pu croire, quelquefois, que ce 
personnage figurait le Clirist et non pas saint Jean- 
Baptiste " « (flg. 2409). 

Les quatre figures viriles qui accompagnent le 
Précurseur sont, sans hésitation possible, celles des. 
évangélistes. Tous quatre portent le livre qu'ils ont 
écrit, enfermé dans une reliure dont le plat est orné 
d'une croix; deux d'entre eux bénissent à la manière 
grecque, deu.x autres font le geste d'enseignement, l'un 
d'eux fait, peut-être, celui de l'acclamation. Trois sont 
barbus, le quatrième est imberbe, peut-être a-t-oii 
voulu désigner ainsi saint Jean. Aucun nom, aucun 
indice ne permet d'appliquer en particulier à tel ou tel 



E. Molinier, Histoire générale des arts appliqués à F indus- 
trie, in-toI., Paris, 1896, t. i, p. 67-73, p!. vn; Corrado Ricci, 
Avori (di Ravenna), dans Arte italiana decorativa e indus- 
triate, 1898, t. vn, p. 42 sq. ; H. Holtzlnger, Die altcltristlicho 
Archileklur, iii-S», Stuttgart, 1889, p. 168, ûg. 114; A. Ven- 
turi, Storia dell' arte italiana, in-8'', Milano, 1901, t. i, 
p. 466-475, flg. 278-307; p. 295-299, 301-315, 317, 321, 327, 
329-332; Rohault de Fleury, La messe, in-4'', Paris, 1883, 
t. Il, p. 164-166; J. Labarte, Hist. des arts industriels, t. i, 
p. 16; Cil. Dielil, Ravenne, dans Les villes d'art célèbres, in-S», 
Paris, 1903, p. 1, 95-99, 108; G. Millet, L'art byzantin, dans 
A. Michel, Histoire de Fiu-t, iii-S», Paris, 1905, t. i, p. 265: 
G. Stulilfauth, Die altchrislliclte El/enbeinplastil<, dans. 
G. Ficker, Arclucologischen Studien zum ciwistlichen 
Miitelalter, ^-8°, Freiburg. 1896, p. 86, note 2 (bibliogra- 
phie) ; J. Strzygowski, Der ElfenbeintJwon des Bisclio/s 
Alaximian in Ravenne, dans Atlgemeine Zeitung, beilage, 
n. 209, p. 520; Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, 
in-8'', Paris, 1907, t. ii, p. 352-354; Aïnalof, Origines hellé- 
nistiques de l'art byzantin (en russe), Saint-Pétersbourg, 
1900, p. 101 sq.; Ch. Diehl, Manuel d'art byzantin, 1910, 
p. 278-282, flg. 144, 145. — ' Au musée Brcra, à Jlilan, 
^Vcst^vood. op. cit., p. 33, n. 89, p. 365; au musée de 
Naples. ibid., p. 371; collection StroganofT, à Rome; 
Ch. Dii-hl. Rinvnne, p. 98; musée Olivieri à Ravenne; col- 
lection Trotli. à Legnano; — •» MoUnier, op. cit.. t. i, p. 67. 
Labarte, Histoire des arts industriels, 2'^ édit.. t. i, p. 17, _ 
écrit que > le Christ porte un vêtement sacerdotal peu usité. 



57 



CHAIRE EPISCOPALE 



58 



évan,a<!'liste leurs noms patronymiques. J'avoue, écri- 
vait E. Molinier ', que si cette assimilation avec les 
quatre porte-parole du Christ ne s'imposait en quelque 
sorte, j'aimerais à reconnaitre, dans les deux person- 
nages de gauche, saint Pierre et saint Paul, dont nous 
retrouvons là les types iconographiques, plus grossiè- 
rement, mais si clairement indiqués sur le diptyque de 
Tongres. .Mais il est évident que le doute n'est pas per- 
mis; c'est bien des cvangélistes qu'il s'agit, et si leur 
tj'pe iconograpliique est commun à celui adopté pour 
certains apôlres les plus fréquemment représentés, il 



comparaison avec l'art que nous font connaitre les 
diptyques consulaires. 

« Les frises d'ornement qui décorent cette partie an- 
térieure du siège de Maximien, méritent qu'on s'y ar- 
rête un instant, .\ucun monument d'ivoire de l'époque 
antérieure ne nous montre une pareille entente de la 
décoration jointe à une habileté technique au-dessus 
de tout éloge; franchement, en face de ces tiges de 
pampres profondément refouillées et au miUeu des- 
quelles s'agite tout un monde, on est bien obligé d'ad- 
mettre que dans certains centres, l'art de l'ivoirier au 











il V!i: '/ 'il' 





2407. — Cliaire lie Maximien, dos et côté droit. 

D'après une photographie. 



2408. — Chaire de Maximien, (ace. 



ne faut s'en prendre qu'à l'indigence des modèles que 
l'artiste avait à sa disposition. Si ces quatre figures, 
qui ne sont pas exactement de même dimension, sont 
deux du moins, d'un plus fort relief que le panneau 
central, on ne peut, néanmoins, douter que le tout soit 
de la même main; on y retrouve la même manière de 
traiter les draperies, largement, mais très habilement, 
les mêmes proportions, le même soin dans l'exécution 
des extrémités, la même architecture. Ces cinq figures 
réunies, à une époque où la sculpture monumentale 
était en pleine décadence, constituent à elles seules 
un monument d'importance unique; elles peuvent 
servir à constater un progrès très réel dans l'art de 
l'ivoirier. Malheureusement, le trône de l'évèque Maxi- 
mien forme, en quelque sorte, une exception; il ne 
manque pas de monuments byzantins, créés vers la 
même époque, dans lesquels on retrouve les mêmes 
types iconographiques, mais dont l'exécution peu soi- 
gnée atteste, au contraire, une réelle décadence, par 



vi« siècle avait fait de réels progrès; que s'il n'attei- 
gnait pas les sommets où l'avait conduit l'art classique 
des bonnes époques, il était cependant sorti de l'or- 
nière où il croupissait aux bas temps de l'Empire ro- 
main. Sur cette chaire de Ravenne, un art nouveau 
s'affirme en réalité, rempli encore des souvenirs de l'art 
classique, mais inspiré aussi par des formes provin- 
ciales de l'art grec. Ces paons, ne sont-ils pas la copie 
presque textuelle, mais une copie supérieure à l'ori- 
ginal, d'une frise de linteau de porte que M. de Vogiié 
a reproduite, la porte de Dana, en Syrie ="? >rais ce mo- 
tif d'ornement, vieux au vi« siècle, qui, en ce moment, 
est déjà parvenu jusqu'en Gaule depuis de longues 
années, prend une nouvelle forme sous les mains de 
l'habile sculpteur qui sait lui imprimer une tournure 
personnelle. On peut en dire autant de la frise infé- 

' Op. cit., t. I, p. 67. — 'De Vogué, Arcltileciure de la 
Syrie centrale, in-l", Paris, 1866-1S77, t. i, pi. 45. 



59 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



60 



rieure où l'artiste a su vivifier une formule nullement 
nouvelle; les lions sont proches parents de ceux qui 
figurent sur certains sarcophages chrétiens i, mais les 
lièvres, les canards, les oiseaux de toute sorte qui cir- 
culent au milieu d'une végétation exubérante, appar- 
tiennent à un autre art, moins encore à l'art syrien 
qu'à l'art alexandrin, mélangé d'éléments tout à fait 
orientaux, tel que nous le font connaitre en particulier 
les tapisseries coptes ^ Ce sont là des rapprochements 
qui, au premier abord, peuvent paraitre bien osés, mais 



pas la place qui devrait être la leur. Les deux pan- 
neaux verticaux nous présentent dix bas-reliefs cojisa- 
crcs à l'histoire de Joseph. Le choix du sujet semble 
déjà une présomption en faveur d'une origine égyp- 
tienne, la façon érudite avec laquelle l'artiste se préoc- 
cupe de la couleur locale dans le type des ég}T)tiens et 
de ce qui les entoure, est un nouvel indice favorable à 
l'opinion d'un atelier alexandrin. Les sujets repré- 
sentés sont les suivants. Panneau gauclie : 1» Joseph 
descendu dans la citerne; 2= Joseph vendu par ses 




24C9. — Chaire de Maximieii, partie antérieure. D'après une photographie. 



qui deviennent fort légitimes si on prend la peine de 
faire quelques comparaisons. Sur les tissus fabriqués 
en Egypte, on retrouve mainte et mainte fois ce rin- 
ceau courant, abritant dans ses plis alternativement 
une feuille et une grappe, puis un petit animal, qua- 
drupède ou volatile, qui, le plus souvent, n'est 
placé là que comme simple motif décoratif, isolé, 
sans lien ni avec le motif précédent, ni avec le motif 
suivant '. u 

Nous abordons maintenant la décoration des côtés. 
Il y a quelque désordre dans la disposition des scènes, 
ou plutôt des interversions, par exemple, la Rencontre 
de Jacob et de Joseph, le Désespoir de Jacob n'occupent 

1 Voir notamment le sarcophage de Tipasa, publié dans 
la Revue des Sociétés saDonles, 1S73, V« sér., t. vi, p. 123. 
Voir Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie 
t. I, col. 735, fig. 165. — - Gerspach, Les tapisseries coptes', 
in-4<>, Paris, 1890. — ' J. Strzsgowski, Der Elfenbeinsthron 
des Bischofs Maximian in Ravenna, dans AUgemeine Zei- 



frères; 3" Josepli vendu à Putipliar; 4' Joseph résiste 
à la femme de Putiphar, et il est mis en prison; .5» Les 
fils de Jacob lui jirésentent la tunique de Joseph teinte 
de sang, le patriarche déchire ses vêtements. — Pan- 
neau de droite ; 1° Songe de Pharaon; 2° Joseph ex- 
plique le songe de Pharaon ; 3° Joseph fait donner du 
blé à ses frères (fig. 2410); 4" Joseph fait arrêter ses 
frères; 5" Rencontre de Jacob et de Joseph(fig. 2411)'. 
Le Pharaon, Joseph,les frères de celui-ci, les marchands 
de Madian, les gardes du corps du Pharaon, ses 
devins, tout ce monde est bien distingué par des 
vêtements et des types nettement accusés. C'était 
une bonne aubaine pour un atelier égyptien qu'une 

tixng, beil., n. 209, p. 520, revendique la chaire pour l'art 
d'Antioche. Cf. H. Grjeven, Fragment eines Iriihchristlichen 
Bischo/stuhls im Provinzial-Museum zti Trêves, dans Jahr- 
bùcher des Vereins von AUerthumsfreun den ini Rheinlande, 
Bonn, 1900, t. cv, p. 147-163. — 'Voir Diclionn., t. i, 
ng.î2411. 



61 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



62 



commande dans laquelle il pouvait ainsi exhiber ses 
modèles, tout en célétjrant une illustration locale. 

On n'a ni preuve ni indice que les ivoires des pan- 
neaux latéraux soient l'œuvre du même artiste que les 
])anncaux de la face antérieure du siège. Le travail dif- 
fère complètement. Tandis que Jean-I'.aptiste et les 
Évangèlistes sont traités avec un soin minutieux, l'ivoi- 
rier s'est accorde de grandes licences en entaillant les 
scènes de l'histoire de Joseph. La technique ne peut 
donc servir à fonder aucune démonstration; quant au 
sens artistique, à la faculté dramatique que révèle ce 
cycle, on n'en peut rien conclure, sinon que celui qui 
l'a exécuté était un artisan d'un rare et vigoureux ta- 
lent, en pleine possession de ses moyens. « Comme ses 
contemporains, il accepte certaines formules iconogra- 
phiques; les frères de Joseph sont des bergers antiques, 
tous de même physionomie, ou à peu près, tous armés 



personnelle de la nature se voient encore d'une façon 
très évidente dans les bas-reliefs qui ornent le côté 
droit du siège. Dans deux d'entre eux surtout : Joseph 
expliquant les songes du Pliaraon et Joseph faisant ar- 
rêter ses frères, si l'on trouve la représentation de 
soldats vêtus à la byzantine, on voit aussi des Éthio- 
piens, au type très caractérisé, figures camardes, 
cheveux crépus tressés en cordelettes. Les costumes, 
l'armement de ces personnages ne sont ni romains, ni 
byzantins; leurs longues épées, larges et droites, sont 
évidemment copiées sur des armes que le sculpteur 
avait vues. Si, au point de vue du mouvement des 
personnages, de la composition, il n'y a rien à dire de 
particulier de ces bas-reliefs, on peut donner quelques 
éloges à la Rencontre de Jacob et de Joseph. Cette 
sculpture, où nous voyons Jacob vieux et infirme ser- 
rer contre sa poitrine son lils enfin retrouvé, est une 




2410. — Joseph fait donnef du blé à ses frùres. Panneau cùtt': droit de la chaire de Jlaximien. 



lie l'inévitable pcdiun. C'est ainsi qu'il était de mise de 
re])résenter des bergers, nous ne devons pas nous en 
étonner. Jlais aussitôt qu'il peut reconquérir sa li- 
berté, comme il en profite I II varie les attitudes, les 
types pour mieux taire comprendre la scène et en 
faire ressortir le côté pittoresque. 11 y aurait là de cu- 
rieuses comparaisons à faire avec un manuscrit célèbre, 
le manuscrit de la Genèse, conservé à Vienne, où, sous 
une forme plus grossière et plus maladroite, se re- 
trouvent, à côté de morceaux absolument insignifiants 
l)arce qu'ils ne font que reproduire un thème icono- 
graphique connu, des tendances au réalisme qui ne 
laissent pas de surprendre chez des artistes de déca- 
dence, mais indiquent très nettement qu'on est en face 
d'œuvres produites à une époque de transformation. 
Le bas-relief, représentant le désespoir de Jacob est 
peut-être, à ce point de vue, l'un des plus intéressants; 
s'il n'est pas l'un des plus beaux, il est certainement 
l'un de ceux où l'on rencontre quelque chose d'inat- 
tendu. L'attitude résignée de Uachel, assise, les mains 
croisées sur l'un de ses genoux, n'est pas absolument 
la reproduction d'une formule; on y sent plus qu'une 
tentative d'observation de la nature, une réussite 
presque complète, un essai pour sortir du chemin 
battu (fig. 2411). Ces tendances réalistes, cette étude 



très belle chose digne de l'art classique auquel, du 
reste, bon nombre des gestes et des attitudes des per- 
sonnages sont empruntés. L'exécution en est rude, 
presque sauvage, mais les attitudes sont si justes, 
l'opposition entre ce vieillard fatigué par l'âge et la 
douleur, aux formes alourdies, et ce jeune homme, à 
l'allure élégante, est si bien ménagée qu'on s'arrête à 
contempler ce bas-relief comme on examinerait la pre- 
mière idée, le croquis d'un tableau de maitre(fig. 2412). 
-Auprès de lui, les autres compositions, Joseph don- 
nant du blé à ses frères, le Songe de Pharaon, quel que 
soit leur mérite, ne sont que passables'.» 

Dans ce rare ensemble décoratif, on est tenté de 
négliger les larges bandeaux qui tracent sur le dossier 
du siège une série de huit cadres à l'intérieur, et une 
autre série de seize cadres à l'extérieur. D'un relief 
moins accusé que celui des inimitables frises du pan- 
neau antérieur, ces bandeaux ne laissent pas de mériter 
presque tous les mêmes éloges. Le type ornemental 
est celui des frises et des montants de la chaire : des 
pampres s'échappant de vases et, dans leur végétation 
luxuriante, des oiseaux et des quadrupèdes vifs, 
légers, alertes, passant et repassant. Ici encore, nous 

' E. Molinier, op. cit., t. i, p. 70. 



63 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



64 



avons à admirer l'œuvre d'une main à peine moins 
habile que celle dont nous avons déjà décrit les ou- 
vrages. 

Ces bandeaux sont du même art que ceux du pan- 
neau antérieur. Les tableautins qu'ils sont destinés à 
encadrer sont bien loin de présenter le mérite des mor- 
ceaux qui viennent d'être énumérés. Sur les vingt- 
quatre petits bas-reliefs, la chaire en conserve sept, les 
collections privées et les musées cinq autres, il nous 
manque donc, en tout, douze bas-reliefs. Voici l'cnu- 
mcration des douze qui sont conservés : 1» L'Annon- 
ciation (musée Olivieri, à Ravenne); 2" Im Vierge su- 
bissant l'épreuve des eaux améres, en témoignage de sa 
conception virginale (en place); 3° Le voyage à Belh- 
léhem (dôme de Ravenne, détachée); 4" La Xalivilé 
(ancienne collection Tri\'ulzio, puis Trotti.à Legnano); 
5° L'adoration des mages (en place); 6» Le baptême 
du Christ (en place); 7° L'entrée du Christ à Jérusalem 
collection Trotti;) S" Le miracle de Cana (au dôme de 



dans lesquels on reconnaît les olives et les perles de la 
décoration classique. 

«On trouvera peut-être que nous nous sommes éten- 
du bien longuement sur cette chaire épiscopale de 
Ravenne; mais son importance est tellement grande, 
on y trouve la clé de tant de petits problèmes que sou- 
lève l'étude des premiers ivoires franchement byzan- 
tins, qu'on peut s'étonner qu'elle n'ait pas donné lieu à 
une publication complète véritablement digne d'elle; 
on n'en connaît guère communément que la partie 
antérieure, la plus belle sans doute, mais les autres 
bas-reliefs, pour être plus grossiers, ne le cèdent pas 
en intérêt, et surtout leur étude permet de formuler, 
sur l'ensemble, des conclusions. La chaire épiscopale 
de Ravenne est, à notre avis, un monument sorti d'un 
atelier alexandrin, conçu par un seul artiste qui en a 
exécuté lui-même les meilleures parties et fait sculpter 
le reste sous sa direction, soit par des Byzantins, soit 
par des Italiens. Mais la conception, le parti pris déco- 







iifaïSi-'/i 



2411. — Désespoir de Jacob. Panneau du côté droit de la chaire de Maximiei;. 



Ravenne. détachée;) 9° La multiplication des pains 
(en place); 10» La multiplication des pains et le repas 
du peuple (musée Olivieri, à Pesaro); 10" Le Christ et 
la Samaritaine (musée de Naples); 11" Gucrison de 
l'aveugle-né (musée Brcra, Milan) i. 

Ces bas-reliefs, les deux derniers surtout, sont d'une 
facture rapide et grossière, ce n'est presque rien de 
plus que des ébauches. Très probablement on n'a pu 
confier à un seul artiste une commande aussi consi- 
dérable; on a été obligé de répartir le travail entre 
plusieurs mains et celui ou ceux qui furent chargés du 
panneau antérieur, des panneaux de côté, des ban- 
deaux et des frises n'ont pu rencontrer des tabletiers 
d'un mérite égal au leur pour exécuter les vingt-quatre 
petits bas-reliefs. Force fut donc d'accepter des ap- 
prentis auxquels on passa le cahier de modèles. C'est 
ce qui expliquerait cette espèce de contradiction qui 
rapproche des morceaux d'un style byzantin très 
franc d'autres morceaux encore bien empreints du 
style classique; c'est ainsi que la plupart des plaques 
portent à la partie inférieure ou à la partie supérieure 
une ornementation composée de losanges et de disques, 

lA. Venturi, op, cil., t. i, fig. 296-307. Nous avons donni* 
plusieurs de ces figures dans le Dictionn., t. i, flg. 600, 834, 
t. n, Cg. 1303. — = E. .Molinicr, op. cit., t. i, p. 72-73. En 
adoptant cette conclusion, nous avons substitué les 
mots : sorti d'un atelier alexandrin à ceux-ci, un rao- 
Qument complètement byzantin. D'après C. Diehl, .A/a- 



ratif, la distribution des bas-reliefs, le choix des orne- 
ments, tout cela revient à un seul et même artiste qui 
a conçu toute l'entreprise. On peut dire que la chaire de 
Maximien est une sorte d'étalon de la sculpture byzan- 
tine, du milieu du vi* siècle, à laquelle il faut toujours se 
rapporter pour juger des monuments d'ivoire de cette 
époque ^. » 

Depuis que cette notice a été écrite on a constaté de 
nouveau la tradition qui attribue la chaire de Ravenne 
au contemporain de Justinien, et, par des raisons assez 
plausibles, on a tenté d'établir que le meuble ne vint à 
Ravenne qu'au xi" siècle. M. Martroye, dans une Com- 
munication faite à la Société nationale des cmtiguaircs de 
France' a présenté ainsi la question dont je cite le 
résumé transmis par lui-même, o La chaire épiscopale 
conservée à Ravenne, précédemment dans la sacris- 
tie de la Cathédrale, actuellement dans la chapelle 
de l'évêché, ne peut être celle de l'évêque Maximien, 
sacré en 546, car il est certain qu'elle fut apportée 
à Ravenne en l'an 1001 par le diacre Jean, ambas- 
sadeur du doge de Venise, Pierre Orseolo II, et 
offerte au nom du doge à l'empereur Othon III. 

miel d'art byzantin 1910, p. 281 « La chaire est sortie 
d'un atelier ég>ptien, mais en lui temps où la tra- 
dition alexandrine était déjà fort pénétrée d'influences 
orientales, non seulement syriennes, mais persanes. » — 
» Bidtelln de la Société nalionule des anliq. de France, 
S juin laiO. 



65 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



66 



« Le diacre Jean avait mission d'obtenir de l'empe- 
reur la reconnaissance du titre de duc de Dalmatie que 
Pierre Orseolo II avait pris au retour de son expédi- 
tion de 997 dont le succès avait établi dans ce pays la 
domination vénitienne. Pierre Orseolo, ayant intérêt à 
rendre manifeste de toutes façons l'assentiment de 
l'empereur, ne dut point négliger une occasion de lui 
faire agréer publiquement, en présent, un objet rappe- 
lant par sa provenance la conquête dont il sollicitait la 
consécration. Il y a donc lieu de penser que l'objet 
offert, dans ces circonstances, à l'empereur par Pierro 
Orseolo avait été rapporté par lui de Dalmatie et 
faisait partie de son butin. Il n'avait pu faire aucun 
butin ni en Istrie, ni en Dalmatie jusqu'à Spalato, car 
il avait eu à ménager des populations qui s'étaient 
soumises volontairement. 11 n'en avait point été de 



toutes les lettres donnant MAXIM US SALON/E EPS, 
une des barres inférieures du signe x, présentant la 
forme d? la lettre l. 

« On estime, il est vrai, que les plaques d'ivoire du 
siège de Ravenne ne peuvent être antérieures au 
vi« siècle. Cette appréciation semble parfaitement 
exacte pour une partie de ces plaques, mais non 
pour toutes. Celles de la partie antérieure du siège, 
où se trouve le monogramme, présentent, au con- 
traire, les caractères de l'art du iv« siècle, et la diffé- 
rence de qualité entre ces dernières plaques et celles 
du dossier permet de supposer que la chaire a subi, 
au VI* siècle, des restaurations et que des plaques 
anciennes ont été, à cette époque, remplacées par 
d'autres. 

I Si la chaire était du vi* siècle, et si on admettait 




2'il2. — Rencontre de Jacob et de .loseph. Panneau coté droit de la chaire de Ma.'simieii. 



même après la soumission de Spalato. Il avait fallu 
vaincre des résistances, agir en conquérant; et la région 
entre Spalato et Raguse n'est pas éloignée de l'empla- 
cement de l'antique Salone, d'où furent tirées de nom- 
breuses reliques, après la destruction complète de cette 
cité dont l'Église avait été régie en 342 ou 343 par cet 
évêque Maxhnus qui figure au nombre des destina- 
taires de la lettre encyclique des évêques eusébiens 
dissidents du concile de Sardique. 

« Or, parmi les localités qu'occupa Pierre Orseolo, il 
en est une dite « l'église de Saint-^Iaximus » qui devait 
apparemment son nom à l'évêque .Maximus, considéré 
comme un saint parce que sur sa sépulture on avait dû 
lire le qualificatif .sonc/in, généralement attribué aux 
évêques dans les inscriptions de leurs tombeaux. 
Parmi les reliques de ce prétendu saint, apportées de 
Salone, Pierre Orseolo a pu trouver sa chaire épisco- 
pale, la recevoir en don ou s'en emparer. 

« Le monogramme dont elle est ornée et où dom 
Bacchini, en 17'23, avait lu : MAXIMIANUS EPIS- 
COPUS, parce qu'il y clierciiail le chiffre d'un 
ancien évêque de Ravenne, fournit une jjrésomption 
en faveur de cette hypothèse. Non seulement on y 
peut lire MAXIMUS, mais on y peut aisément trouver 

DiCT. d'arch. chrét. 



qu'elle provient de Salone, on serait obligé de l'attri- 
buer à Maxhnus II, évêque de cette ville de 592 à 620. 
Ce n'est guère possible, car Maximus II prenait le titre 
d'archevêque. Or, le monogramme donne episco;}us, 
non archiepiscopns, et ce personnage, dont les lettres 
de saint Grégoire le Grand nous font connaître le 
caractère, n'était pas homme à négliger ses préten- 
tions. 

« Cette communication a été suivie d'observations 
présentées par MM. Cagnat et de Mély. M. de Mély a 
fait remarquer que la décoration des plaques anté- 
rieures au siège de Ravenne rappellent d'une façon 
saisissante d'autres monuments qu'il a fait connaître 
par ses publications et qui sont certainement du 
iv* siècle, ce qui viendrait à l'appui de mon hypothèse. 
M. Cagnat a fait des réserves au sujet de la lecture 
MAXIMUS SALON/E EPS et a insisté sur ce point 
qu'un monogramme susceptible d'interprétations di- 
verses et où, selon son expression, on peut trouver ce 
que l'on veut, ne peut fournir une preuve. 

« Cette observation de M. Cagnat est extrêmement 
judicieuse. Aussi ne peut-on présenter la lecture MAXI- 
MUS SALON/E EPS qu'à litre de présomption, destinée 
surtout à établir que le monogramme ne fait point 

m — 3 



67 



CHAIRE ÉPISCOPALE 



68 



obstacle à l'hypothèse tirée des faits attestes par les 
chroniques de Venise. » 

Voici la disposition des ivoires du dossier : 



F.\CE INTERIEURE 



Nativité 

du 
Christ. 



Annonciation. 



Visitation. 



Adoration 

des 

Maçes. 



Epreuves 

des 

eaux a mère s. 



Les Mages 
à genoux. 

Massacre 
des Innocents. 



Songe 

de Joseph. 

Voyage 

à Bethléhem. 



FACE EXTERIEURE 





Baptême 

de 

Jésus. 


Triomphe 

du 

Christ. 




Noces 

de 
Cana. 


Multiplication 

des 

pains. 


Pèlerins 
d'Emmaiis. 


Repas de la 
multiplication 
des pains. | 


La 

Samaritaine 

au 

Puits de Jacob- 


L'aveugle- né. 















X. Quelques :vionumexts. — 1. Écartons avant 
tout une mosaïque de Thabraca, en Afrique, du 




2413. — Grafiite du cimetière de Prétextât. 

D'après J. Ficlier, Die altchristlichen Bildwtrke des Lalerans, 

p. 176. 

iV-v-e siècle, indûment comptée quelque temps parmi 
les figurations de chaires chrétiennes. On y voyait 

' Poinssot, Rebora, L. Duchesne, dans le BuUelin trimes- 
triel des aitliq. ajricuines, 18S4, pi. vi, p. 128; Bull de la Soc. 
nal. des anliq. de France, 1883, p. 202; J. Schmidt, dans 
Ephemeris epigraphica, t. v, p. 425, n. 825; A. Héron de 
Villetosse, dans \a Revue de l'A jrique française, 1S87, p. 400, 
pi. VII. De Rossi, Bull, di urch. crisL, 1S87, p. 125, n. 1, a 
rendu au sujet sa vraie signification. — = De Rossi, Bull, di 



même • un évêque priant debout dans la chaire épis- 

copale, avec cette épitaphe : PELAGIVS IN-f- PAGE. 
Le défunt est représenté dans le paradis, parmi les 
fleurs elles oiseaux; deux chandeliers ont été pris à 
tort pour les montants d'une cathedra; ce sont, à n'en 




'2414. — Grafiite du cimetière de Prétextât. 
D'après Kraus, Realencyclopàdie, t. il, p. 155, Bg. 74. 

pas douter, des candélabres allumés, la flammèche du 
cierge a encore gardé la couleur rouge '. » 

Plusieurs grafTites, tracés à la pointe, offrent la re- 
présentation de cathedrœ: 

2. Au cimetière de Priscille, un petit fragment de 
marbre représente une cathedra isolée *. 

3. Même cimetière, sur une dalle trouvée dans un des 
escaliers conduisant à l'étage inférieur, une chaire 
gravée à la pointe '. 

4. Même cimetière, même symijole gravé sur une 
pierre '. 

5. Au musée de Latran, on conserve un fragment 




2415. — Grafflte du cimetière de Pierre-et-Marceliin. 
D'après De Rossi, Bullellino, 1872, pi. ix, n. 2. 

de marbre grec, venu de la catacombe de Prétextât '; 
on V voit un homme imberbe assis dans une chaire 
(fig.' 2413). 

6. Du même cimetière de Prétextât, une chaire vide, 
dans laquelle E. .Stevenson voit, un peu téméraire- 
ment, une .illusion au pape Sixte II qui fut mis à mort 
sur sa chaire épiscopale dans ce même cimetière* 
(fig. 2414). 

arc/i. cn'.'i(.,1884-18S5,p. G6. — 'Ibid., 18S4-1SS5, p. 66. — 
* Ibid., 1886, p. 76. — ' Roliault de Fleury, La messe, m-t°, 
Paris, 1883, t. ir, p. 157, pi. CLiii (la partie supérieure du 
corps seulement); J. Ficker, Die allchrisllichen Bildtverke 
im christlichen Muséum des Laterans, in-8"', Leipzig, 1890, 
p. 175, n. 226. — • Real-encijklopddie fiir chrisiliche 
Alterihiimer, t. Il, p. 155, llg. 74. 



69 



CHAIRE EPISCOPALE 



70 



7. Le même sujet sérail pt-iil-Otre reprosentci sur un 
graffite découvert par Mariano Arniellini au cimetière 
de Domitille et présenté à la Conférence d'arcliéologie 
chrétienne. On voyait, paraît-il. un personnage assis 
sur une cathedra et un autre honnne qui s'approche et 
pose les mains sur les épaules du premier, comme pour 
lui faire violence. .J.-B. De F,ossi enregistrait l'explica- 
tion proposée : l'arrestation du pape Sixte II, tué sur 
sa chaire, non loin de ce cimetière '. N'eus avons cher- 
ché en vain la trace de ce monument '. 




2410. ~ (ietnine annulaire du musée de Berlin. 

8. Severano avait trouvé, prés du mausolée de 
Sainte-Hélène, un fragment sur lequel se voyait une 
cathedra placée devant un rideau: sur le dossier de 
cette chaire est perché un oiseau nimbé, une colombe 
probablement '. Ce motif n'est pas rare; nous l'avons 
rencontré plusieurs fois sur des lampes, où la colombe 
est perchée sur la croix. L'interprétation est évidem- 
ment abandonnée à l'ingéniosité de chacun; le sens 
le plus naturel, eu égard aux habitudes du symbolisme 
de ce temps, c'est de voir l'assistance divine person- 
nifiée par l'Esprit-Saint reposant sur la chaire épiseo- 
pale. Quant à l'âge de ce petit monument, il n'est pas 
aisé d'en décider. «Le monument est d'époque incer- 
taine, disait J.-B. De Rossi, mais les plaques de marbre 




2il7. 



Veire doré. 



D'après Garrncci, Vetri, 
pi. Nvi, n. 4. 



2418. — Verre ihné. 

D'après Garruccî, Vetri, 

pi. .\vi, n. G. 



ornées de symboles grafTites appartiennent en général 
à la classe des pierres cèmétériales souterraines et or- 
dinairement elles ne sont pas postérieures à la pre- 
mière moitié du v° siècle » (fig. 2415). 

9. Tous les archéologues connaissent une gemme 
annulaire publiée, pour la première fois, par Passer!*, 
petite chalccdoine conservée alors dans le cabinet de 
Philippe Buonarotti et entrée depuis dans les collec- 
tions du musée à Berlin. La description est presque 
superflue grâce à la figure 2416. Sur une cathedra â 
dossier et sans accoudoirs, mais avec tabouret, on lit 
quelques inscriptions. Sur le dossier: IXY9 c'est-à-dire 
Iyi'7oOç Xp'.fTtô; l'îrj; Si'rj, Jésus-Chrisl, Fils de Dieu. 
Au-dessous une étoile rayonnante. Les monogrammes 
gravés de chaque côté du siège sont d'une e.xplication 



> De Rossi, Bull, di arcli. crisl., ISSO, p. 8S: Kraus.'op. 
cit., p. 515. — 'Arniellini, Gli anticin cimiteri cristiani di 
Roma c d' Italin, iii-S», Ronia, 1893, p. 433-464, n'en fait 
plus aucune mention dans son chapitre sur le cimetière de 
Domitille. — • ' Bosio, Romn sotterranea, in-fol., Roma, 



plus malaisée. Multa de illis dicenda forent, écrit Pas- 
ser!, s; hariolandi oliiim suppelcret; nam YflAP vigilan- 
tiani, et vcram visionem significai; YriAPZIS subslan- 
tiam, et vitam : FIAYAOZ gi-egem agnoruni,^; mille his 




2419. — Le Christ sur une cathedra. Fund de criupe. 
D'après Garrucci, Vetri ornati, 1864, pi. xvm. n. 4. 

similia, qux convenicntissime o/ficin pasiorali aptaren- 
tur; et, ut mea fert opinio.nullum monitum, nullunique 
documeulum in hisce notis ac lemmatibus continctur ; 




2420. — Le Christ sur la cathedra. Py.\ide du musée de Berlin. 
D'après une photographie. 

sed nomcn illius, in cujus gratiam gemma scalpta exi, 
iil ÎIAYAOI. ITAYAINOZ atque cdia hujuscemodi, in 
quorum imagine opéra omnino luditur ^. Pour J.-B. 



16,32, p. 327, 653; De Rossi, Bull, di airh. crist., 1.S72, 
p. 134, pi. IX, n. 2. — • * J.-B. Passeri, Atlas Farnesiamis 
inartnoreus, dans Thésaurus gemmarum antiquarum de Gori, 
in-4s Florenti.-B, 1750, t. m, p. 221-232 : IfcPOePONOS sine 
de Ihrono sacra, dissertatio XII. — ' Ibid., p. 231-232. 



71 



CHAIIIE ÉPISGOPALE 



72 



De Rossi, le sens de ce symbole n'est pas douteux, il 
nepeut représenter que la Chaire du Christ'. 

10-12. Trois verres dores nous montrent des cathe- 
drœ. Deux de ces verres représentent des types que 
nous avons déjà rencontrés et décrits (fig. 1920)"; 
le troisième offre une scène d'un vrai mérite artistique 
et dont les artistes pourraient s'inspirer encore utile- 
ment'. Le Christ jeune, imberbe, est assis au centre 
de la composition, sur une large chaire qui l'encadre 
presque tout entier; il porte la tunique et le manteau, 
lient de la main gauche un feuillet écrit, de la main 
droite fait un geste oratoire. Autour du Christ, mais 
à un niveau inférieur, sept personnages (la cassure 
du verre dérobe le huitième) sont assis eux aussi sur 











2421. — Lampe du musée de Genève. 
D'après Bull, di arcli. crisC, 1867, p. 25. 

des chaires, dans des attitudes animées et semblent 
]irendre part à une discussion. Ceux du centre ont 
leurs noms écrits sur le piédestal de la chaire du Christ : 
TIMOTEVS. SUSTVS. SIMON. FLORVS. Nous pou- 
vons lire, également, les noms de CRISTVS.PETRVS. 
imM'ém. = (Paulus'}). les autres manquent (lig. 2417. 
2418, 2419). 

13. La belle pyxidc de Berlin, contemporaine des 
verres dorés, nous offre au iv siècle une représentation 
du Christ assis sur la chaire et enseignant ses apôtres '. 
La chaire se compose d'un siège dont les montants an- 

' J. P. Richter et A. Cam. Taylor, The golden âge o/ 
class ic chrislian arl, in-4°, London, 1904, pl. xxxiv, 
n. 7; De Rossi. Bull, di arch. crist., 1872, p. 33, pl.ix, n. 3; 
A. Gori, IMuseiim FloreiUinum, in-fol., Flurentiae, 1731, t. m, 
pl. 93, n. 3; Venuti, Sopra alcune (temme lettcrale, dans 
^aggi in dissertazioni accadeniiche pubblicamente lelie nobile 
Accadcmia ctrusca deW anlichissima citlà di Corlona, 1758, 
t. VII, p. 44, pl. XI, n. 13; De Rossi, De chrislianis monn- 



téricurs sont en forme de colonnettes surmontées d'un 
globe; sur ce siège, un coussin bouffant et un dossier 
tendu en étoffe, offrant exactement l'aspect de celui 
de la mosa'ique de Sainte-Pudentienne. Cette chaire 
est disposée sous une arcade qui en est indépendante 
et qu'il faut se garder de prendre pour le dossier du 
meuble lui-même (fig. 2420). 

14. Les ivoires de la chaire de Ravenne, consacrés 
à l'histoire de Joseph et comportant des sièges, nous 
montrent toujours des sièges sans dossier '. 

15. Les diptyques consulaires nous montrent les 
premiers personnages de l'empire assis sur des sièges 
peu diflèrents des chaires épiscopales. Montants du 
siège avec têtes et griffes de lion, banquette sur- 




mentis 



exhibeniibuSt dans Spicil. Solesm.y t. m. 



p. 576, n. SI; F. Hacker, Die Darstellangen Jesu Chrisli, 
■p. 80 n. 5; Garrucci, Storia deli arle crislinnii, t. vi, pl. 47s, 



2422. — Lampe trouvée u Rome. 
D'après Bull, di arch. crit^t., 1874, pl. x. 

chargée d'ornements, voile brodé, pas de dossier '; plus 
rarement, les montants antérieurs sont remplacés par 
de petites colonnettes '. Le siège du consul Anas- 
tase (517), conservé à Berlin, est d'une grande ri- 
chesse. Appuyé à la lois sur des griffes et sur des pi- 
lastres ornés de médaillons, il est surmonté d'un dais. 
Ce dais consiste en un fronton dont les rampants sont 
garnis d'oves et que soutiennent deux pilastres co- 
rinthiens, avec des Victoires portant des médaillons 
sculptés sur le fût *. 

16. Une èpitaphc, aujourd'hui conservée au musée 

n. 39; Maniachi, Origines el anliquilales Ecclesiœ, ^-4° 
Romïe, 1850, t. v, p. 499 ; Dictionn., t. il, col. 7S4, n. 15. — 
■ Garrucci. Velri ornati di figure in oro, in-fol., Roma, 
1864, pl. XVI, lig. 4-6; texte, 2" édit, in-4°. p. 102, 103. — 
' Ibid., pl. xviii, n. 4, p. 111-114. — • H. Leclercq, Manuel 
d'archéol. chrét., in-S», Paris, 1907, t. il, p. 345-347. ^ * Vcn- 
turi, Storia deW arle italiana, in-8<', llilano, 1901, t. i, 
fig. 291, 292, 293. — 'Ibid.. 1. 1, lig. 338, 312, 343, 346, 347, 
350. — ' Ibid., 1. 1, fig. 342-343. — « Dictionn., t. il, col. 775 ; 
Cil. Diehl, Jusd'ni'en et la civilisation byzantine au v:" siècle, 
in-S«, Paris, 1901, p. 255, fig. 95. , 



73 



CHAIRE EPISCOPALE 



74 



épigraphique du Latran (classe xv. n. 1), représente 
une orante entre deux brebis coni|)araiss;uit devant 
un personnai,'e assis dans la catheilra; c'est le jugement 
de l'ânic d'Anthusa' Diclionn., t. i, fig. 354. 

17-20. Martigny mentionne, d'après le P. Lupi, la 
présence dans l'église de Sanld Marin drlla Mentorella 
dans le Latiuni. d'un monument d'un intérêt et d'une 
signification exceptionnels: c'est un bronze antique, 
doré, où, au milieu des douze apôtres en buste, est 
sculptée une cbaire sur laquelle repose un livre ouvert, 
lequel sans doute tient la place du Cbrist. car, au- 
dessus de ce même siège, est figurée une porte près 
de laquelle on voit un agneau portant la croix, avec 
cette légende : Ego sum ostinm cl oinle ovium -. Lupi ne 
domie, malheureusement, aucun croquis de ce mo- 
jiument et nous ignorons dans quelle collection il a pu 




2423. — Plat trouvé sur l'Esquilin. 
D'après Biillet. di arch. crist., 187S. pi. 2. 

échouer, à supposer qu'il existe encore. Xous croyons 
toutefois pouvoir rapprocher certains traits de sa des- 
cription de plusieurs monuments qui forment, à eux 
trois, une série encore énigmatique. La présence des 
douze apôtres, figurés en buste, entourant une chaire, 
n'est pas exceptionnelle dans l'art chrétien '. Nous 
avons eu occasion dans un autre travail et en nous 
plaçant à un point de vue différent, de relever la ré- 
miniscence d'un type classique dans cette disposi- 
tion*. Les trois monuments en question sont une 
lampe du musée de Genève, en belle argile rouge, sur 
hKjnellc douze bustes barbus forment l'encadrement 
du sujet principal. Tandis que les bustes semblent re- 
monter à l'époque constantinienne, ce sujet nous 
ramène bien en ai-rière, tant par le goût, le type et 
la technique (|ue par l'aspect général du personnage. 
C'est un barbme portant une moustache et une barbe 
hirsutes, bien dilïérent en cela des douze apôtres, il 
porte une tunique et une clilainyde, et sa tête semble 
coilTée d'un béret orné d'une longueplume; il est assis 
sur une chaire ornée (lig. 2421). 

Cette chaire, avec des ornements identiques, repa- 
rait sur une lampe trouvée à Rome '. Cette fois, il ne 

*J. Wilpert, Drei altchristlicite Epitaphlraijmciitettus den 
romischen Kuluhomben, dans Rontische Quartutscliri/t, 1S*J'2, 
p. 381. — -A. l.npU DiSierlaziuni, kllere vil iillie operelle, 
in-4'', Faenza, 1785, t. i, p. UtJ2; Martigny, Diclionn. des 
anliq. chrét., 1877, p. 161. — 'Uoldelli, Usscrva:ioni snpra 
i cimiteri cristiani, in-l'ol., Roma, 1720, p. GO, lig. 0; 
A. Gori, M useiiin CoHonense, in-4", Romie,17.'>0,pl. i.xxxiv. 



s'agit plus d'un barbare, mais d'un évêque ou d'un 
docteur comme le montre son vêlement. Mais ici, les 
bustes d'apôtres ont disparu, ils sont remplacés par 
une couronne de feuillage (fig. 2422). Dans ces deux 
monuments la chaire est rigoureusement identique et 
nous remarquons une particularité, la présence d'une 
sorte de petite roulette allleurant la partie inférieure; 
est-ce un ornement étranger ou bien l'indice que la 
chaire était roulante'? 

Et voici que, sur un fragment de plat en terre, trouvé 
sur l'Esquilin, nous voyons reparaître le barbare hir- 
sute de la lampe de Genève.habillé et posé de même .sur 
une chaire identique aux précédentes, mais riiomme 
est ici sans coiffure (fig. 2423). Ce fragment semble 
devoir être attribué à l'époque ostrogothiquc; on a 
trouvé, d'ailleurs, beaucoup de monnaies et de terres 
cuites de ce temps, sur l'Esquilin. .I.-B. De Hossi avait 
commencé par établir (jne le personnage figure sur la 
lampe trouvée à Genève devait figurer l'apôtre de cette 
ville; il s'agissait non d'un type général, mais d'un 
])ortrait. La lampe trouvée à Rome infirmait cette 
conjecture; le plat de l'Esquilin lui a suggéré la pensée 
que ce personnage barbare pourrait figurer Cassiodore 
ou Théodoric, ou peut-être ni l'un ni l'autre. Il est clair 
que la lampe de Genève et le fragment de l'Esquilin 
représentent un même personnage, mais lequel'? Par 
ailleurs, il siège sur une chaire qui ne lui est pas spé- 
cialement réservée, puisque le docteur, sur la lampe 
trouvée à Rome, y siège à son tour. Si une liypothèse 
pouvait jamais servir à quelque chose, nous serions 
disposé à admettre que la chaire est, dans ces trois 
monuments, le morceau capital. D'après la lampe de 
Fîome, on pourrait croire que le docteur assis repré- 
sente saint Paul, dont il offre assez bien le type de 
profil; mais cette identification est par trop incertaine. 
Le docteur est ici quelque évêque dont le siège, pré- 
cieusement conservé dans le trésor d'une église, aura 
servi à l'intronisation d'un de ses successeurs sorti des 
rangs barbares et représenté à son tour sur ce même 
siège, suivant un modèle répandu, dont la lampe de 
Rome nous conserve une attestation. Le fait que ce 
personnage tient un rouleau à la main ne permet guère 
de douter qu'il s'agisse d'un évjque. bien qu'on l'ait 
représenté en costume laïque — il n'y avait plus 
guère de rhéteurs, alors — mais sa présence sur la 
chaire bien connue et le rouleau expliquaient assez 
l'abandon de la carrière civile pour l'état sacerdotaL 

21. Quelques manuscrits anciens peuvent être con- 
sultés pour l'histore des chaires épiscopales. Xous 
avons déjà mentionné l'évangéliaire de Rossano; on 
peut citer aussi le Book of Kclls qu'on croit avoir ap- 
partenu à saint Coloinban et sur lequel on voit une 
Vierge assise sur un siège à dossier très élevé et cou- 
ronné d'une sorte de volute ; les accoudoirs sont arron- 
dis et les côtés ornés de rosaces crucifères '. 

22. Les manuscrits carolingiens sont intarissables 
lorsqu'il s'agit de représenter les princes ou les évan- 
gélistes assis, mais d'ordinaire le siège dont ils font 
usage n'est plus la chaire antique, mais un simple ta- 
bouret ou pliant, richement drapé. .Nous ne pouvons 
nous y attarder, nous ferons une exceijtion, toutefois, 
pour une des plus curieuses miniatures du célèbre ma- 
nuscrit carolingien de l'abbaye d'Elnon, conservé dans 
la bibliothèque du séminaire d'.\utun '. Cette minia- 
ture montre la chaire abbatiale avec tous les ornements 
qu'elle comportait; on y voit l'abbé, debout sur les 

— < H. Leclercq, Manuel d'urcli. chrél., t. i, p. 151-152, 
fig. 43, 44; De Rossi, Bnll. di arclt. crisl., 1867, p. 26. — 
» De Rossu Bull, di arch. crist., 1870, p. 159, pi. x. — • Ro- 
hault de Fleury, La sainte Vicrue. l'Uudes iconographiques, 
in-4°, Paris, 1878, pi. cxxxvi; iT/ic archœologicalJournal, 
t. X, p 287. — • ^Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de 
liturgie, t. i. col. 3205. 



7ô CHAIRE ÉPISCOPALE — CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROiME (FÊTE DE LA) 70 



iiiarclics. bénissant le peuple. Le médaillon est à fond 
de camaïeu foncé, borde d'une couronne de lauriers 
retenus par des rubans et enserrée dans un grenetis de 
perles rouges. L'abbé, nimbé de rnugc, tient sa crosse 
par la volute et bénit de la main droite pendant qu'un 
religieux, incliné devant lui, tient sur la tête le béné- 
dictionnaire. On lit au-dessus cette inscription : HIC 
BENEDÎC POPVLV. Derrière celui qui tient le livre, 
sept autres religieux sur deux liles, tous nimbés, s'in- 
cUnent profondément en tendant les bras. L^ne troi- 



CHAJRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÊTE OE 

LA). - I. La felechl 22 kvrer. II. La fêle du LS jan- 
vier. 111. Le formulaire gallican et romain. IV. Le té- 
moignage des martyrologes, des calendriers et des li- 
vres liturgiques. V. La fête de la chaire à Borne et ses 
pèlerinages. VI. Les homélies pour la fête de la Cathe- 
dra. VII. Les chaires de saint Pierre du Vatican et 
au cimetière Ostrien. VIII. Conclusions. IX. Biblio- 
graphie. 

I. l^K FÊTE nr 22 février. — Le calendrier romain 







■I,'.:' 



%%3 










- Ch.iire ilo l'abbé Raganald. D'aii'i's un manuscrit de la bibl. du séminaire d'.^utun. 



sième file de cinq personnages, vêtus de la tunique. 
sans nimbe, s'incline également; ce sont les laïques. 
Tous ces personnages sont figurés en or avec rehauts 
de couleur rouge, pour les ceintures et les bordures. 
La chaire épiscopale est fort remarquable. Elle repose 
sur deux degrés très élevés, sculptes en arcades, sous 
lesquelles on a inséré les lettres formant ces mots RA- 
GANALDVS ABBAS ; quatre rangs de perles achèvent 
l'ornementation de ce beau meuble' (fig. 2424). 

23. Une inscription africaine, qui peut provenir 
d'une cliaiie épiscopale, porte ces mots - : 

PAVLINE VIVAS 
SEMPER SEDAS 

H. Leclercq. 

' Rohault de Flcury,7..a messe, tS83, t. il, p. 171, pi. cxix. 
— 'Nouvelles archives des missions scientifiques et litté- 
raires, 1892, p. 139. I 



aclucl compte deux fêtes de saint Pierre, l'une au 
18 janvier, avec cette rubrique Cathedra sancti Pétri 
qua Romx primuin sedil, l'autre au 22 février : in cathe- 
dra sancti Pelri Anliochiœ. La liturgie romaine, fidèle 
à cette rubrique, célèbre à la première de ces dates 
la fête de la chaire de saint Pierre à Rome, et à la 
seconde, la fête de la chaire de saint Pierre à An- 
tioche, en souvenir de l'épiscopat de l'apôtre dans 
cette ville. Mais en réalité, comme on va le voir, il ne 
s'agit pas de deux fêtes différentes, ni même des deux 
chaires de Pierre. 

Il semble qu'il n'y ait eu à l'origine qu'une seule 
fête, celle du 22 février, où l'on solennisail le souvenir 
de l'épiscopat ou de l'apostolat de saint Pierre à 
Rome. L'addition d'Antioche est due en réalité au 
rédacteur de l'édition auxerroise du martyrologe 
hiéronymien et n'a pas de valeur historique. 

Celle fêle romaine du 22 février était, d'après 



CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÊTE DE LA) 



78 



M'j' Duchesne, ranniversaire correspondant au Xcilci- 
lis; consécration épiscopale. ou prise de possession de 
cliaque évéquo, et dont ou voit des exemples déjà 
dans la première moitié du iv*^ siècle'. 

Saint Léon a ainsi trois sermons sur l'anniversaire 
de sa promotion, XuUilis calhedrœ. Saint Augustin a 
aussi un traité De nalali cpiscopi, tractaliis iiniis, et 
deux sermons pour l'anniversaire de son ordination. 
L'anniversaire de l'ordination de l'èvêque est appelé 
Nalalilia. Diem nalalis noslri, nalalis mei fexlu'ilas, 
disent les papes Anastase et Hilaire-. Les plus an- 
ciens sacramentaires ont des messes in natale cpis- 
coporum. Le Léonien notamment en a plusieurs, dont 
le formulaire serait intéressant à étudier'. 

Il semble donc que la fête de la calhedra saiiiii l'clri 
ait été instituée pour célébrer un anniversaire de 
même genre. Mais quelle raison fit choisir le 2'2 fé- 
vrier? il parait bien que ce fut le désir de remplacer 
par une fête chrétienne le souvenir d'une solennité 
païenne qui se célébrait à ce même jour par des festins 
et d'autres manifestations profanes en l'honneur des 
défunts de chaque famille. C'était la cara coynatio 
ou charistia. célèbre dans les annales de la liturgie 
païenne''. 

.\ ces pratiques païennes, que le culte chrétien s'cf- 
forvait d'abroger et de remplacer par d'autres céré- 
monies, font allusion les homélies dont le texte nous 
a été conservé^. On en retrouve aussi un écho dans ce 
canon du concile de Tours dejl'année 567 (c. 22) : 
Siint eliam qui in jestivilale cathedra; donmi Pelri 
Apusloli cibos morluis ojjerunl, et post niissas redcunles 
ad donios pruprias ad (lentilium reuertnnlur cnores, et 
post corpus Doinini sacralas dœmoni escas accipiunl. 

Beleth au xii= siècle parle encore de ces banquets 
en des termes qu'il faut rappeler : 

Hoc item tcmpore {se. sepluagcsimœ) celcbrari solet 
Cathedra sancti Pelri, tant (/uœ Roniœ fuit, (juieque 
lempore posterior est quani illa quœ fuit Antiochiœ. 
Verum illa quœ fuit Antiochiœ, solenmior profeclo est 
alla, ut rel hufus diei collecta quie est de incathedra- 
tiiine Anliuchix facla, abundc testatnr, dicilurque fe- 
sUun B. Pelri cpularum. Fuit enim consucludo vete- 
rum ethnicorum ut sinyulis annis niense Februurii 
certo quopiam die epulas ad parentum suoruni tnmulos 
apponerenl, quas nocte dœmones consumebant, cum 
inde non minus falsn quani ridicule animœ refici cre- 
debantur. Putabanl enim Inifusmodi epulas ab ani- 
mabus circa tumulos crrantibus absuini. Hœc autem 
cnnsueludo alque hn/usmodi falsie opinionis crror a 
christianis vi.v exslirpari poluit. Quod quidcm cum viri 
sancli animailoerlisscnl, ac penilus illcun consuelu- 
dineni exsUni/ucre voluissenl, instituerunt festuni de 
Cathedra S. Pelri, tant de illa quœ fuit Romœ, quam 
quœ Anliochix, idque illo eodem die quo ubominanda 
illa ab ethnieis fiebant, ut solemnihoc fcsto prauœ istius 
consueludinis festum omnino exstingueretur. Unde 
eliam ab illis epulis festuni hoc appellatam est beali 
Pelri epularum •. 

II. L\ FÊTE DE L.V CH.\IRE DE SAINT PlERRE XV 

IS JANVIER. — Qu'il n'y ait eu à l'origine qu'une seule 



' Mgr Duchesne, Les origines du cuUe chrilicii, i' édit., 
p. 284. — 'Thomassin, Traité des fesles de l'Église. Paris, 
1697, p. 281, 283. — ' Sacrcimentariurn Leonianum, éd. 
Feltoe, Cambridge, 189G, p. 123 sq. — ' Cicéion, De o/Ti- 
ciis, 1, 17, 59; Ovide. Fast., ii, 617; Martial ix, 56. 
Cf. W. Warde Fowler, The roman festival o/ Ihe period 
of the Repuhlic, London, 1899, in-S», p. 306-310; J. .\.Hild, 
Parenlalia, Parentatio, dans Daremberg et Saglio, Dicl- 
des antiquités, t. iv, p. 333-334; P. Saintyvcs, Les saints 
successeurs des dieu.T, Paris. 1907, p. 79, 80. — 'Cf. en 
particulier les sermons cxc-cxcii dans l'appendice aux ser- 
mons de saint .\uguslin. Au sujet de ces homélies, voir 
le III. — 'Rationalc divinoruin olfieiorum, P. L., t. ccii. 



fête de la Cathedra, c'est un fait prouvé par l'examen 
des calendriers, martyrologes et autres livres litur- 
giques anciens. Missis innumeris propemodum niaiiij- 
rologiis, kaleruiariis, aliisque lilurgicùrum librorum 
monumentis, dit Vezzosi, illud idem constat et ex cdiis 
a ven. nostro Thomasio vulgalis anliphonarii, grada- 
lis, evangeliarii, leclionarii locis, in quibus, quum uni- 
cum occurrat Cathedra: S. Pelri festum, nullo signo 
indigitatur quœnam cathedra inlelligi debeat, an an- 
tiochena, cm poilus romaïui. Il conclut de l'examen 
de ces livres, que dans l'antiquité il n'y avait qu'une 
seule fête de la chaire de saint Pierre, célébrée dans 
l'Église romaine '. C'est aussi l'opinion des boUan- 
distes », de Menard % de Cenni '° et d'autres auteurs 
cités par Vezzosi". Ce dernier semble admettre (pie 
s'il n'y eut d'abord qu'une fête de la chaire de saint 
Pierre à Flome, dans d'autres églises, notamment eu 
Gaule et en Espagne, il peut y en avoir eu deux. Mais 
il suflit d'étudier les anciens livres liturgiques ou les 
calendriers de ces églises, pour constater qu'il n'y 
eut là aussi d'abord qu'une fêle de ce genre. C'est 
le cas, par exemple, pour le Missale Gothicum, pou 
le lectiomiaire de Luxeuil, pour le ni'ssel de Bobbio'^. 
Ces témoignages seront corroborés par ceux des ma- 
nuscrits des martyrologes et des calendriers que nous 
donnerons au n° IV. 

Cependant, il faut remarquer que dans les docu- 
ments gallicans, cette fête de la chaire ne semble pas, 
au premier abord, avoir été célébrée au 22 fè\Tier. 
La date est le 18 janvier,dit MabiUon". C'est en efîet 
celle que lui assignent d'anciens martyrologes et ca- 
lendriers. Mais le Missale golhicum que nous avons 
déjà cité, la met après la fête de la conversion de 
saint Paul, donc après le 25 janvier; et le Missel de 
Bobbio, avant la fête de l'Assomption, assignée d'or- 
dinaire dans ce rite au 18 janvier. 

L'Espagne qui est aussi un des témoins de l'usage 
gallican n3 connaît que la fête du 22 février. 

De plus, dom Wilmart fait à propos de la date cette 
remarque : c'est grâce à la revision gélasienne de la 
deuxième moitié du viii' siècle, qui a eu une si grande 
influence liturgique, que cette fête de la chaire, ou- 
bliée ou perdue à Rome, a fait sa réapparition dans la 
liturgie. Or, cette revision ne connaît qu'une fête de 
la Cathedra, celle du 22 février. Mais cette date et 
cette fête, la revision gélasienne ne pouvait la tenir 
que de l'usage gallican, ou, pour spécifier, de l'usage 
franc. C'est donc là encore, comme en Espagne, la 
date du 22 février et non celle du 18 janvier, que nous 
retrouvons. Et il ne parait plus aussi clair que cette 
dernière date représente l'usage gaUican. 

D'autres témoins gallicans mettent la fête au 22 fé- 
vrier, par exemple, certains sacramentaires gélasiens 
des Gaules (révision gélasienne du viii» siècle), sacra- 
mentaires de Saint-Gall, de Rheinau (Zurich), de 
Gellone, d'.\ngoulême, de Keims ". 

Mais d'où viendrait alors la date du 18 janvier? 
où le recenseur auxerrois l'aurait-il prise? Selon Baîl- 
let, ce serait la date d'une dédicace d'église à saint 
Pierre, mais il ne donne pas de preuve '^. Pour Mgr Du- 

col. 87. Durand de Jlende ne fait guère que répéter les 
mêmes paroles, Rational, trad. Barthélémy, t. i, p. 47. 
Cf. aussi les homélies qui portent la trace de ces coutumes, 
g VI. — ' Loc. cit., t. IV, p. 3. — ' Acia sanelorum junii, 
t. v, p. 459, 460. ^ » /;i noiis ad S. Gregorii sacranien- 
tnriiim, P. L., t. Lxxviii, col. 50,303. — "Disserl. de ronu 
caliicdra. in tom. iv .-Inas/asii, p. 150 sq. — "Loc. ci(.,t. iv, 
p. 4; cf. aussi, t. vi, p. 267, note 2. — " Tliomasi- Vezzosi, 
Opéra, t. vi, p. 267, note 2; Mabillon, Musœum italicuni, 
Lutetiœ. Paris, 1724, t. i. p. 297 — "Mabillon, Liturg. 
gallican., I. II, p. 120 et 121. - "Voir pour ces témoi- 
gnages des calendriers et des sacramentaires le IV. — 
■s Baillct, Les uies des saints, 1704, t. i, p. 230. 



79 



CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÈÏE DE LA) 



80 



chcsnc, le 22 fcviit-r tiimlianl souvent en carême, et 
la coutume, à laquelle les gallicans étaient très fidèles, 
ne voulant pas qu'on célébrât de tête durant cette 
saison de l'année, on évita cette occurrence en plaçant 
la fête en janvier. 

Par suite de la fusion des deux usages, gallican et 
romain, les fêtes du 1.S janvier et du 22 février auraient 
pris place l'une à côlé de l'autre, et, pour les distin- 
guer, mais sans aucun fondement historique, on ap- 
pela celle du 22 février la fête de saint Pierre à An- 
tioclie; ce serait simplement un doublet liturgique. 
Telle est du moins l'explication adoptée par Mgr Du- 
chesne. .Mais, comme nous le disions tout à l'heure, 
est-il bien sûr que les gallicans n'aient pas célébré 
primitivement cette fête à la même date que les ro- 
mains, étant donné surtout qu'ils empruntèrent, cer- 
tainement, cette fête au calendrier romain'? Faut-il 
chercher l'origine de la date du 18 janvier dans ce fait 
que c'est à ce jour que se célèbre la fête de sainte 
Prisque, dont l'église sur l'Aventin eut l'honneur de 
garder à l'origine la chaire de Pierre'? Voir § V. 

Ou bien, faut-il récourir il l'explication du D' Erbes, 
qui a essayé de trouver un autre fondement au choix 
de cette date'? 

Selon lui, elle repose sur un calcul chronologique'. 
La durée de l'épiscopat de saint Pierre aurait été de 
25 ans 1 mois 8 jours; si l'on admet le 18 janvier 
comme date initiale, on obtient par l'addition d'un 
mois huit jours, le 22 février. La coïncidence est cu- 
rieuse, mais comme le montre P. Lejay, l'hypothèse 
repose sur des bases trop fragiles, et du reste le chiffre 
additionnel est en réalité non pas 1 mois 8 jours, mais 
1 mois 9 jours ^. 

Quoi qu'il en soit de la date et de l'origine, les livres 
gallicans nous ont conservé pour cette fête un formu- 
laire liturgique qui mérite que nous l'étudiions à part. 

III. Le formul.mre gallican et le romain. — Le 
Missale Gothicum pour la Mhsa in Cathedra sancli 
Peiri apostoli contient un ensemble de formules très 
intéressantes, que l'on retrouve du reste à peu près in- 
tégralement dans le Missale de Bobbio. Le cadre est 
gallican, comme on s'en rendra compte par le tableau 
suivant où l'on voit les deux textes parallèles : 



MISS.\LE GOTIIICU.M 

MISSA I\ CATHEDR.i S. PETRI 
APOSTOLI 

Soïemn îtas pvœdicandte 
diem prœciptie nobilem... 

COLLEi'TIn SE'.iriTrit. DcitS 

qui hodierna die Beattim 
Petrtim post te dedisli caput 
ecclesiœ... 

Posr .\oMi\A. Dettm qui 
leato Pelro lantam pote- 
stalem discipulo contulit... 

CoLLErnO Ail PACEM. Cle~ 

mentissime conditor, qui lanta 
caritate succendisti disci- 
pulum... 

Co.xrESTATto. Dignum et 
justum est qui dives infînitse 
ctemcntiœ... 

PùsT sA.\cri_s. Suscipe, Do- 
mine, inter angelieœ vocis 
officium. . , 

PoMT ^^Y.'iTEnlr^f. Ilœc 
gilur prœcepta semantes 
sacrosttnctii munera... 



' Die Todestuge der Aposlel Paulus u. Petrus, u. ihre 
romisclieu Denl<miiler, Leipzig, in-S°, 1S99, — - Cf. Revue 
d'Iiist. et de littérature retigieuses, Paris, 1902, p. 363. — 
•Le Missale indique comme épitrc la 1" épître de saint 



missale BOBBIENSE' 

MISSA /.V CA TnEDR.\ S. PETRI 

APOSTOLI 

Beatissima Pétri apostoli 
solemnissimum diem. 

CoLLErrio. Deus qui ho- 
dierna die beatum Petrum 
post te dedisti caput Eccle- 
sia'... 

Post xomixa. Deuin qui 
beato Peti-o tantam pote- 
statem discipulo contulit... 

Ao pACEv. Clementissime 
conditor y qui tanta caritate 
succendisti discipulum.. . 

Co.vTESATro. Vere dignum 
et justum est, omnipotens 
Deus, qui diues infinitœ cle- 
nïentiîv... 

flanque. 



ilanque. 



AxTE ORAT. iJoMiMCA.v. Dt- Mauquc. 

vino Xlagisterio edocti... 

Post ORAT, ij'>Mi\i< AM. Li- Manque. 

bera nos eeterna pietas.., 

Bexedictio. Supra cœlo- Manque. 

rum agmina sedens, loto 
orbe terrarum pugillo... 

Nous parlerons dans le VI des homélies lues au bré- 
viaire. 

Il y aurait bien des remarques à faire sur ces for- 
mules où les privilèges de Pierre sont énoncés en termes 
éloquents; nous nous contenterons de souligner quel- 
ques passages : 

a) 11 faut observer d'abord qu'il n'est question que 
de la chaire de Pierre à Rome dans ces formules. 

b) Le texte de la conteslalio semble faire allusion 
à la chaire matérielle de saint Pierre, Beati Pelri 
cathedra episcopatus exposila. 

En voici du reste la partie la plus importante : Te- 
slis est dics hodierna beali Pelri cathedra episcopatus 
exposila, in qna fidei mérita revelalionis miislerium, 
l'ilium Dei confilendo, prœlalus aposlolus ordinalur 
(ou plutôt, comme lit Mabillon, revelalionis mijslerio 
l'iliiim Dei confilendo, prœlalus aposlolis ordinalur)'. 
Quoique le texte ne soit pas absolument clair, il 
semble bien qu'il soit question ici d'autre chose que 
d'un simple anniversaire d'épiscopat. Ce serait le seul 
passage, du reste, où l'on relève une allusion de ce 
genre. 

cj L'Évangile (dans le Missel de Bobbio et dans 
le lectionnaire de Luxeuil) est tiré de saint Matthieu, 
ch. XVI et contient la fameuse confession de Pierre 
à Césarée de Philippe et la réponse du ("brist : et ego 
ilieo libi quia tu es Pelrus, qui est le fondement des 
privilèges de Pierre et qui semble prouver que la li- 
turgie gallicane était conforme à la tradition ro- 
maine qui croyait que la fête du 22 février ét.ait l'an- 
uivcrsaire de la confession de saint Pierre et même 
du jour où il avait été élu pape. D'autres textes de 
cette liturgie fout allusion au même fait : quem diem 
ipsa diuinilas conseerarit delegando cœlorum claves, 
vel ponlificedis cathedra: eonlulit dirjnitatem... Deus 
qui hodierna die beatum Petrum posl le dedieasli capul 
Ecclesiœ... Deum qui beato Pelro tantani poteslatem 
discipulo contulit, etc. 

L'oraison post nomina, fait allusion au pouvoir de 
Pierre qui délivre les défunts de leur peine, precibus 
(Pelruin) implorcmus; ut educlis a larlaro dcfunctorum 
spirilibus, non prœualcanl sepultis infcrnx partie per 
criniina; quas per apostoli ftdem oinci crédit Eccicsia, 
Per. Ibid., p. 208. 

On ra])prochcra ce texte des coutumes dont il est 
fait mention dans le passage de Beleth cité ci-dessus. 
Voir aussi au VI le texte des homélies. 

e) Nous ferons remarquer en outre q\ie si l'on ac- 
ceptait l'hypothèse de dom Cagin sur l'origine du 
Missel de Bobbio, la messe in Cathedra sancli Pelri 
appartiendrait à la partie A du document, qui repré- 
sente, dans cette hypothèse, l'état liturgique romain 
au commencement du v" siècle'. La conclusion serait 
donc que le formulaire, considéré jusqu'ici comme 
gallican, serait romain, sinon dans son cadre, au 
moins dans sa substance. De plus, nous arriverions 
à établir à peu près à quel moment la messe de la 
CcUhedra passa de la liturgie romaine dans une liturgie 
gallicane. Ces conséquences seraient de haute im- 
portance au point de vue liturgique, mais elles repo- 
sent sur une base bien fragile. 

Pierre (début), et pour l'Évangile la confession de saint 
Pierre (Matth., .\iv). — ' Thomasi, toc. cit., p. 268. — 
' Paléographie musicale, t. v p. 100, cf. 130, 133, note 2, 
et p. 134. 



81 



CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÊTE DE LA) 



82 



Nous avons un autre forniukiiro romain, que l'on 
peut lire au missel romain, à la l'été du l.S janvier et 



doni Férotin ne connaissent aussi que la fête du 22 té 
vrier : en voici le schéma : 



Codex A CodexH 

m, 10:i'j'. (a. 10:.2'- 



Katheiira 

saiicti Pétri 

a])ostoU. 



Kathedra 

sancii Pi'tri 

apostuli. 



C o [• i: X r 

.i in,;-. 



Kathedra 

sancti Pétri 

apostoU, 



c o t> E X D 

(a. 106S). 



Kathedra 

sancti Pétri 

apustuli. 



Codex E 

[a. 1067). 



Kathedra 

sancti Pétri 

apostuli. 



r o !• E X F 

(a. iij:2', 



Kathedra 

iincti Pétri 

apûstuti. 



G. K A I,. {'OR 1>U B. 

1 !)ra 



In iitsoestprepusituraCa- 
thedreS!iyvonisai'U!^totifqui 
dictas cit Pctriif. Pume'. 



' Dom Kérotin, Le Liber Ordinum, t. V des Monuntenta litanjica, 19u4, p. 456, 457 



du 22 février, et qui est caractérisé surtout par les ; 
oraisons suivantes : 

Oraison : Dciis qui beato Pclm, cnlUilis cl(ii'il>us... 

Secrète : Ecclcsiœ laie, Dne, jireccs el Iwstiiis, beati 
Pelri commendel oratio .. 

Postcomm. : Lœlificel nos, Diie, imtiius ubtalum. 

L'epitrc, comme dans le missel de Bobbio, est le 
début de la première épitre de saint Pierre; la pèri- 
cope de l'évangile est la même que dans le lection- 
naire de Luxeuil, et dans le missel de Uobbio. 

Ce qu'il faut noter, c'est que cette messe est, en 
substance, celle que l'on trouve dans la famille des 
,!>élasiens des Gaules, dans ceux de Saint-Gall, de 
Rheinau, de Gellone, d'Angoulême, de Reims. 

La première oraison en particulier Dcus qui bcato 
Peiro, est fort ancienne et a une longue histoire. C'est 
l'oraison employée en beaucoup de sacramentaires 
au 29 juin; c'est celle de la Missa romeusis cotidiana, 
dans les plus anciens documents liturgiques, notam- 
ment dans le missel de Bobbio, messe dans laquelle 
dom Cagin est tenté de voir la messe propre, ordi- 
naire, quotidienne de la basilique de Saint-Pierre de 
Rome, au commencement du v° siècle, selon son hypo- 
thèse '. L'allusion que nous citions tout à l'heure à la 
Cathedra Pelri s'éclairerait donc du même coup, et 
désignerait la chaire transportée au Vatican par 
saint Damase. Cf. n' VIL 

Nous parlerons au VI des homélies sur celte fête, 
notamment de celle qui est insérée au bréviaire romain 
pour le 22 février. 

IV. Le témoig.xage des martyrologes, l>?;s ca- 
lendriers ET DES LIVRES LITURGIQUES. — Nous don- 
nerons ici les principaux et plus anciens textes des 
livres liturgiques, des martyrologes et des calendriers 
qui relatent la fête de la chaire. On comprend quelle 
est leur importance dans la question : 

Le calendrier de Philocalus (en 3.31) ne fait pas 
mention de la fête du 18 janvier. Au 22 février il dit: 
VIII kl. marlias : Nalale Pelri de eathcdra. 

En Gaule le calendrier de Polcmius Silvius au 
v« siècle, porte au 22 février : Dcposilio Pelri et Pauli. 

Nous avons cité le Concile de Tours de .5(37 qui parle 
aussi de la fête du 22 février. 

Le Martyrologe hiéronymien (mss. de Weissen- 
burg) dit : xv kl. febr. Dedicalio cathedra' sci 
pelri apustuli qua primo Hume pctrtis apostolus sedit 
(— 18 janvier). 

Le Cudex Eptenuiceusis a simplement : ealh. Pelri 
in roma. 

La recension du ix' siècle donne une seconde fête 
de la chaire au 22 février sous cette forme (mss. de 
Berne) Vlll kal. mar. calhcdnc sci Pelri apustuli qua 
sedil upud anlioehiam. 

(Mss. de Weissenburg) Xall {natale) sel Pelri apostoli 
calhedne ([ua sedil apud Antiociii. 

Pour l'Espagne la fête de la chaire est indiquée 
dans le leclionnairc de Silos et dans le tnissale ini.rtuin, 
au 22 février. Les calendriers mozarabes publiés par 



Les autres fragnu-nts de calendriers mozarabes 
publiés par le même auteur mettent toujours la fête 
au 22 février-. L'anliphonaire de Léon l'annonce à la 
même date^. 

Elle est absente dans le calendrier de Naples 
(vii= siècle), ainsi ipie dans les calendriers cassiniens 
du viii= et du ix"^ siècle. 

L'adoption d'une double fête remonte donc, nous 
l'avons dit, au moins jusqu'à la recension auxerroise 
du martyrologe liiéronymien (lin du vi<' siècle) et s'est 
de là répandue dans les calendriers el dans les abrégés 
martyrologiques. 

En voici quelques exemples : Calendrier de saint 
Vaast (2'-' moitié du x" s. Delisle, Mémoire sur 
d'anciens sacramentaires, p. 345), calendrier du Bos- 
ivorlh Psaller (lin .x", représentant l'usage de Can- 
torbéry: Bishop, p. 76, 80). C'est sans doute grâce 
aux calendriers que la fête du 18 janvier s'étendit dans 
la liturgie. .Mais encore faut-il noter que la grande 
nuijorité des calendriers, surtout des anciens, ne porte 
que la mention du 22 février, ordinairement avec 
l'indication in Anliochia, par exemple les calendriers 
de Rheinau (viii" s.), de saint Denys (ix'^ s.), d'Amiens 
(i.x^ s.l cf. Delisle, Mémoire, etc., et plus tard, celui du 
Leo/rie Missal(x'^ s.), celui de Travaglia (xi' s., éd. Ma- 
gistretti). 

La fête de la Cathedra est absente dans le Gélasien 
primitif (Regin. 316); dans plusieurs recensions du 
Grégorien (sacramentaires carolingiens); dans l'ancien 
Cornes romain (vi'" s.?) de Wiirzbourg, dans le Capitu- 
lare evanijelioTiun de WUrzbourg {\W s.'?), dans l'évan- 
géliaire de Burchard (vers 7tl()), dans l'évangéliaire ca- 
rolingien, dans l'homéliaire de Paul diacre, dans le 
Comcs d'Alcuin; dans l'ancien cornes ambrosien du 
vii« s. (Regin. 9), ainsi que dans les livres ambrosieus 
(sacramentaires, missels, manuels, évangéliaires) du 
ix'' au xi= siècle, avec la seule exception du ms. du 
Tesoro (x" siècle) où elle a dû être introduite sous 
une influence étrangère. CL Ebner, p. 91. 

Elle est donc absente en général de l'usage romain, 
italien et ambrosien pendant une longue période de 
siècles (vi^ au x''), et les quelques exceptions s'expli- 
queront facilement par des influences étrangères. 

On la trouve au contraire en pays franc au yw^ et 
au VIII* siècle : Icctionnaire de Luxeuil (entre l'Epi- 
phanie et le carême); 

Missale golhieum, entre la conversion de saint Paul 
et le carême; 

Missel de Bobbio. entre l'Epiphanie et la fête de la 
sainte Vierge (au 18 janvier). 

A ces représentants une noie de dom Wilmart nous 
permet d'ajouter un autre témoin, un document 
gallican qui parait provenir de l'abbaye de la nouvelle 
Corbie en Saxe, l'Ambrosian. .1/. 12 supr., dont Mai 
et Poyron ont publié chacun de leur côté quelques frag- 



' Palioijr., lac. cit., p. 128, KiO, 133. 
/oc. cit., p. 494, 405. — ' hoc. cit., p. 520. 



^ Dom Férotin, 



83 



r.llAIl'.K DE SAINT PIF.RRE A ROME (FETE DE LA] 



84 



ments. Ce siicraiiienlaire a un ordo missœ complet ni 
cathedra sel Pétri aposloli, composé d'une formule de 
préface, d'un posl nomina, d'un ad pacem et d'une 
conteslatio, toutes pièces dont le grand intérêt est de 
reparaître d'autre part dans la messe mozarabe du 
Missale mUliini. L'un des fragments publiés par 
Peyron', mm/s/m! siisceplor, etc.. intercessionis sme 
sliidio, est à rapprocher de son contexte naturel. Mis- 
sale Mixtuni, l'l\. Dans ce sacramentaire pour lequel 
dom Wilmart prépare une notice, la Cathedra Pclii 
est la seule fête pour cette partie de l'année entre l'Epi- 
phanie et le carême. 

Toujours d'après la note de dom Wilmart, on 
trouve la fête du 22 février dans trois sacramentaires 
de Fulda : Vercelli, Bibl. capit., ISl (Ebner. p. 283); 
Vatican, 3«0«(Ebner, p. 213 et 342); Vatican. 35:^4 (Eb- 
ner, p,209); Missel plénterdeBobbio, Ambras. D. 84 infr. 
(x-xi«s.).Ebner,p.82;Missel plénier de Lucques, C(/pi- 
tol. 606, XI' s. (Ebner. p. 65); Missel de saint Augustin de 
Cantorbèry, éd. Rule; additions (xi-xii« s.) au sacra- 
mentaire ambrosien de Biasca (Ebner, p. 80); Missel de 
Camaldoli (Ebner. p. 39) ; Évangéliaires de Ratisbonne, 
de Cracovie, de Siisstern (Beissel). 

La date de ces manuscrits, dont on pourrait com- 
pléter rénumération, prouverait toujours qu'à partir 
du xi=s. surtout, la fête de la chaire au 22 février, se 
répand partout, avec le même formulaire que la revi- 
sion gélasienne. 

A partir aussi de ce moment, quelques missels 
adoptent une seconde fête de la chaire au 18 janvier-. 

V. L.\ FÊrE DE L.^. CH.\IRE ET LES PÈLERI^■.^.GES A 

Rome. — Revenons à la fête romaine du 22 féxTier 
pour en découvrir l'origine, s'il est possible, en tout 
cas, pour montrer le lien qui la rattache à la relique 
conservée à Rome, sous le nom de chaire de saint 
Pierre. 

La fête du 22 février se célébrait solennellement à 
Rome et nous savons qu'elle y attirait souvent des 
pèlerins illustres. On a publié récemment le texte d'un 
sermon inédit, prononcé probablement le 22 février 
450, en présence de l'empereur N'alcntinien III et de 
sa cour, et que De Rossi propose d'attribuer à saint 
Léon. On y lit les passages suivants : Natale calhedru- 
sancti Pétri primi apostoli est. qiwd pia dcvoiione san- 
cla célébrai ccclesia... Uiide dieni, quoa postolalum vel 
episcopatum ore Christi indeplus est, hune esse, quo ci 
cathedra conwjissa est, non ineonvenienler accipimus. 
Cathedra quoque isla non est illa pestilenliœ, sed sanœ 
doclrinœ... Ex hac cathedra nostra; ecclesiiv, id est 
c<Ulicilicœ, prolatuni instHulioncm cognoscimus, eongau- 
demus, credimns et confttcmur. 

Après une description des privilèges de Pierre qui 
se rapproche de celle qu'on lit dans la conlestatio des 
messes du Bobbicnse et du Missale Gothicum que nous 
avons citée, il est fait allusion à la présence d'un 
prince : Eecc in universo orbe urbs prima vel maxima 
paupercido honiini a Christo specialiter regenda com- 
mitlitur. Signa criicis regalia sceplra subduntur, et im- 
périales purpurie Christi et sanclorum marlyrum san- 
gnini subiugantnr. Fulgenli conspicmis diademate, el 
innumerabili vallatus exercitu princeps piscatoris mii- 
niri se preeibns imstulat, eiusdemque meritis magis 
qiiam circum/lncntibus grmniis se potiiis ornari depos- 
cit". 



Dom Germain Morin qui a publié ce texte, et a le 
le premier émis l'hypothèse à laquelle s'est ralliée 
De Rossi, a refusé d'y reconnaître l'œuvre de saint 
Léon, mais en ajoutant que la date de ce sermon ne 
devait pas être rabaissée beaucoup au-dessous du 
%" siècle, et que Valentinien n'est pas le seul prince 
qui vint à Rome à cette époque; on y vit entre autres 
l'empereur Anthème, sous le pape Hilaire, en 467 et 
dans les années suivantes'. 

Quant au pèlerinage de Valentinien avec Placidia 
et Eudoxie en 450, le souvenir nous en a été conservé 
par les historiens anciens. Us nous racontent que les 
souverains y célébrèrent la vigile de la fête de la chaire 
et vinrent le lendemain, 22 février, à la basilique du 
saint apôtre où ils furent re'çus solennellement 
par saint Léon et par plusieurs évêques de toute 
l'Italie K 

Ce qui est curieux, c'est que cette fête si romaine 
par SCS origines et par son objet, el qui parait célé- 
brée au iv" et au v= siècle avec tant de solennité, 
semble disparaître du calendrier liturgique de Rome 
pendant plusieurs siècles, du vii^ au x« siècle, au moins, 
Elle ne se trouve même pas mentionnée dans la recen- 
sion romaine du Gélasien, ni dans les éditions an- 
ciennes du Grégorien. Quant au Léonien, on n'en peut 
rien dire à cause de l'état fragmentaire dans lequel 
nous le possédons. Ce n'est que plus tard que repa- 
raîtra dans la liturgie romaine la fête de la chaire 
du 22 février et même celle de la chaire du 18 janvier. 

Cette éclipse d'une fête, pendant plusieurs siècles, 
n'est pas la moindre singularité de cette histoire. On 
en est réduit aux conjectures sur les motifs qui ont 
pu amener cette suppression. 

VI. Les homélies pour la fête de la Cathedra. 
— Nous venons de citer l'homélie inédite donnée par 
dom .Morin. L'auteur en la publiant faisait cette re- 
marque : les sermons vraiment anciens pour la fête 
de la chaire sont relativement rares. On ne connaît 
guère jusqu'ici que les deux petits discours de l'appen- 
dice de saint Augustin, et un troisième attribué faus- 
sement au pape saint Léon^. 

L'une de ces homélies est donnée au bréviaire ro- 
main, comme de saint Augustin, pour la fête du 22 fé- 
vrier. Il faut en citer quelques passages '. 

InstitiiHo solemnitatis hodierme a senioribus noslris 
Cathedrœ nomen accepil, ideo qaod primas apostolo- 
rum Petrus hodie episcopatus Calhcdram siiscepisse 
refercdiir... La suite contient un développement inté- 
ressant sur les privilèges de Pierre. La finale s'exprime 
ainsi: Ciim solemnitatem hanc Ecclesiis merilo religiosa 
observatio inlroduxerit, miror car apud quosdam infi- 
dèles hodie lam perniciosus error increverit, ni super 
tumulos dcjunclonim cibos et vina conférant, quasi 
egressa: de corporibus animœ carnales cibos requinmt 
que l'on rapprochera du canon du concile de Tours 
cité au 1°. 

Deux autres homélies, données au même appendice, 
sont également curieuses. La cxci' fait allusion au 
culte des défunts : Orent quotidic (fidèles) pro charis 
suis, interpellent dominum voce flebili... paseant esu- 
ricntes, vestiant nndos. Adhibeat quoque unusquisque 
pro charis suis sanclorum preces, sacriftcia offeral, et 
sucerdolali eos prosecutionc Domino contmendet... Cibi 
autcm el pocula quœ sepulcris superponuntur, si qua 



' M. Tutti Ciceronis oralionum... Fragmenta in'dita, 1S24, 
Adnolationes, p. 226-228. — ' Cf. Ebner„ Quellen u. For- 
schungen, etc.. p. •-S2, 209: Kellner, L'anno ecclesiustico 
e le leste dei santi, 1906, p. 267; dom Quentin, Martyrologes 
historiques, 1908. p. 49, 419 etc. Pour les calendriers orien- 
taux, voir Nillcs. Kaîendarium ulriusque Ecctesite, 1. 1, p. 377, 
391, 471, 487. etc. - 'Reu. bénéd., t. xiii, 1896, p. 343, 344. 
—, *Cc sermo in Culliedra sancti Pétri, signalé d'abord dans 
les Anecdota Maredsolunu, IJber eomicus, Maredsoli, 1893, 



t. I, p. 409, 410, a été ensuite publié dans la Heviie béné- 
dictine. 1896, t. XIII, p. 343-345, sous ce litre : l'n sermon 
ancien pour ta fête de saint Pierre. La conférence de De Rossi 
à laquelle il est fait allusion est du 4 décembre 1892. — 
'Tillemont. Ilisl. des empereurs, Bruxelles, 1740, t. vi. 
p. 101: cf. /'. ;,., t. Liv. col. 857; Grisar, Ge.sc/i. Rnms, t. i. 
p. 314; Baumstark, Liturgia ramana e lit. del Esarcalu, 
p. 164, 165. — • Revue bénédictine, 1896, l. xiii, p. 343. 
— = /'. /-., l. xxxix, col. 2100-2110. 



85 



CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÊTE DE LA) 



86 



suiicrsiitionis istius cura ad dc/unclos pei tincl. tœdi Iiis 
inayis (juam dcleclari possunl, etc.' 

La cxcii'^est tout entière consacrée à la louange de 
saint Pierre et au miracle de la marche sur les eaux^. 

L'autre homélie attribuée quelquefois à saint Léon, 
célèbre les titres de saint Pierre surtout celui de 
pasteur'. Du reste, dans tous ces sermons, aucune al- 
lusion à une relique de la chaire, mais seulement à 
l'épiscopat de saint Pierre et à sa primauté. 

VIL Les ch.\ires de s.\int Piehhe .\u V.\tic.\n 
ET AU CIMETIÈRE OsTRiEN. — Il était naturel que 
l'on cherchât ;\ établir un lien entre la fête de la 
Cathedra de saint Pierre, et la chaire qui existe encore 
à Rome, au Vatican. Celle-ci est enfermée dans un 
monument de bronze, œuvre du Bernin, qui, depuis 
1GG3, sous Alexandre VII, décore l'abside de la basi- 
lique Vaticane. 

En 1867, pour les fêtes du centenaire de saint 
Pierre, Pie IX la fit sortir du monument, et ox])oser 




2425. — Chaire de saint Pierre. 
D'après Kraus, Real-Encykiopàdie, t. u, p. I.j7. 

à la vénération des fidèles. On put alors l'étudier et 
la photographier à loisir, et rectifier par là même cer- 
taines idées fausses qui s'étaient répandues sur ce 
monument, celle en particulier qui voulait y voir la 
chaise curule du consul Pudens '. 

C'est une chaise en bois de chêne; la hauteur to- 
tale, y compris le tympan, est de 1"31; la lar- 
geur 0,89; la hauteur du siège proprement dit, 0, 78: 
la hauteur des petits pilastres, 0,25; la hauteur des 
arcatures, 0,56; l'épaisseur du siège, Q,bl. 

On voit par notre gravure, cjue la chaire, comme il 
était naturel, a souffert des atteintes du temps : 
quelques parties sont rongées; de plus il faut accuser 
do cette usure l'indiscrétion des pèlerins, qui à l'aide 
de couteaux, ont tailladé le bois, pour emporter 
quelque relique ( fig. 2425). 

La chaire est munie de chaque côté de deux an- 
neaux qui permettaient de la transporter. Le dossier et 
les panneaux ont été renouvelés à une époque pos- 
térieure, en bois d'acacia de couleur sombre; ce dos- 
sier est formé d'arcades à jour, que surmonte un 
tympan triangulaire de même bois. 

Des ornements d'ivoire ont été adaptés au devant 
et au dossier de la chaire. Ceux qui couvrent le pan- 
neau de devant sont surtout intéressants: ils sont di- 

' P. I... t. xxxix, col. 210t-2UG. — ' /.oc. cit., col. 2102- 
2103. — s P. L., t. LTV. col. .5(I5-.50S. — «Cf. doin Gué- 
ranger, Sainte Cécile et la sociclc romaine, éd. 1871, p. 69. 
^Doni Guéranger, toc. cit., p. 70; Mgr Barnés, Saint 
Peter in Rom and Ijis tomb on Ihc Vatican Hitt, Londies, 1900' 



visés en trois rangs superposes, contenant chacun six 
plaques d'ivoire, sur lesquelles ont été gravés divers 
sujets, entre autres les travaux d'Hercule. Quelques- 
unesdeces plaques sont posées à faux, et l'onreconnaît 
aisément que leur emploi a eu lieu dans un but d'or- 
nementation a l'époque où l'on adaptait les restes de 
l'antiquité aux objets que l'on voulait décorer, aux 
châsses de reliques, aux missels, etc., dans les vni« 
et ix« siècles". Les ivoires qui décorent le dossier cor- 
respondent à son architecture et semblent fabriqués 
exprés. Ce sont de longues bandes sculptées en relief, 
et représentant des combats d'animaux, de cen- 
taures et d'hommes. Le centre de la ligne horizontale 
du tympan est occupé par la figure d'un prince cou- 
ronné aj'ant le globe dans sa main gauche et le sceptre 
dans la droite; sous ses traits M. De Rossi croit voir 
un empereur carolingien, Charlemagne ou l'un de ses 
successeurs. 

Les plaques d'ivoire qui représentent les travaux 
d'Hercule sont incrustées d'or. Garrucci les croit du 
XI' siècle, selon De I^.ossi elles seraient plus anciennes *. 

De Rossi s'est efi'orcé de suivre l'histoire de cette 
chaire jusqu'aux origines. (Vest sans doute sous le 
pontificat de Damase qu'elle fut transportée au Vati- 
can. Mais où était-elle auparavant'? On a cru générale- 
ment que c'était dans l'église de Sainte-Pudentienne, 
mais il est plus probable que c'était dans l'église de 
Sainte-Prisca sur l'Aventin. qui serait ainsi le Locus 
ubi secundo sedebal sanctus l'ctrus. Sous le pontificat 
de Damase, l'importance de cette église était bien 
diminuée. On ne dut pas s'étonner de voir le pape 
transporter la chaire qui en faisait l'ornement dans 
le nouveau baptistère qu'il avait fait construire au 
Vatican. On a remarqué que la dédicace de l'église de 
.Sainte-Prisque est au 22 février; il faut rappeler aussi 
que la fête de sainte Prisque coïncide avec l'autre 
fête de la chaire au 18 janvier. 

En tout cas, au iv" siècle et même avant cette 
époque, nous avons plusieurs textes qui font allusion 
à une Cathedra ou chaire de Pierre, et qu'il ne sera 
pas inutile de citer ici. 

Rappelons tout d'abord que le terme même de 
Catiu'dra fut emprunté aux i)a'iens par les chrétiens 
pour l'appliquer au siège des èvêques. Il désigne un 
siège complet avec dossier et appui; c'est une sorte de 
fauteuil attribué d'ordinaire aux personnes de qualité, 
rhéteurs, philosophes, personnages consulaires'. 

Le mot Cathedra, passé dans l'usage chrétien, em- 
porte donc avec soi une idée mystique et symbolique, 
qui rappelle l'autorité de l'enseignement chrétien. 
C'est en ce sens que nous le voyons employé par Ter- 
tullien : Percurre ecclesias aposlolicas apnd quas ipsss 
adhuc cathedra; apostolicœ suis locis président. Si 
Italiœ adjaces habes Romam", De prœscr., et par 
saint Cyprien : Primatus Pelro dcdur, ut una Chrisli 
eeclesia et calliedra una monstrelur... Qui cathedram... 
Pétri deserit, in eeclesia se esse confidil? et ailleurs : 
Cum locus Fabiani, id est locus Pétri et gradus Cathe- 
dra: sacerdot(dis vacarct^. Cypr., Epist., vers 250. 

Dans l'auteur anonyme Advcrsus .l/i/rcioncm, pro- 
bablement du m'-' siècle, nous lisons : Ilac cathedra, 
Petrus qua sederat ipse, localam Maxima Homa Linuni 
primani considère iassit '". 

Damase dit de sont côté dans ses inscriptions : una 
Pctri sedcs, ununi verumque kwacruni. Gruter, Inscr. 
1163, 10". 

Optât de Milève, à peu près au même temps, pose 
cette question à propos d'un évêque donatiste : 

p. 35, 55, 79-82. — ' Rossi, loc. cit. — ' Cf. Daremberg 
et Saglio, Dict. des arUiiinilé.s. t. I, p. 970. 971 . — ' De 
prœscript., c. xxxvi, P. L., t. i. col. 49. — ' Ep., lv, édit. 
Harlcl. t. I, p. 030. — '•.irfii. Marcion.. I. III, P. L., t. il, 
C(jI.1U99. — ï'ilini. Danntsi c/)if/ra/ii/ji((/(i,Lipsiîe, 1895, p. 9. 



87 



CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÊTE DE LA) 



88 



Xuuiqiiid piitcsl diirrr in calhnlia l'clri? quam nescio, 
si vel oculis novit et ad cuius memoriam non accedit, 
<juasi scliisnuiliciis '. 

Saint Jérôme tlit de son côté : Chrislum xeijucns, 
beatitudini suœ. id est eathedrx Pétri communione, 
consocior; super illam Pelrtim œdiftcalam ceelesiam 
fsse scio -. 

A la fin du v= siècle, Ennodius de Pavie écrit à son 
tour : Ecee nunc ad gestatoriam sellani apostolieœ con- 
Jessionis uda mittunt limina candidates; et uberibiis, 
gaudio exacto, fletibus collata Dei bénéficia dona gemi- 
nantiir '. 

Tandis que dans le Codex de Verdun, nous trouvons 
ces vers du iv« ou du v siècle, que l'auteur a lus à 
l'entrée du baptistère : Auxit apostolicœ geminatunt 
sedis lionorcm Christus et ad cœlum hanc dédit esse viani. 

De ces textes. De Rossi rapproche ceux des itiné- 
raires, des martyrologes, des anciens calendriers et 
même des documents apocryphes, Gestn Liberii, Passio 
Marcelli. etc.. et en même temps le témoignage des 
catacombes et des monuments romains. Il rappelle 
que le martyrologe hiéronymien contient deux fêtes 
de la chaire de saint Pierre, celle du 18 janvier, Dedi- 
calio S. Pétri apostoli, qua primo Romœ Petrus apo- 
stolus sedit (Cod. Luc), et celle du 22 février, Natalis 
S. Pétri aposloli catliedra: quant resedit apud Antio- 
chiam. 

Il ne lui est pas dilTicile de démontrer que cette dési- 
gnation de la chaire d'Antioche n'a pas de base his- 
torique. Selon lui. la première mention, celle du 
18 janvier, désigne une autre chaire, celle du cime- 
tière Ostrien, et le 22 février, celle de la chaire du Vati- 
can. 

Le cimetière Ostrien sur la voie Nomentane est 
mentionné dans plusieurs documents anciens, sous 
divers titres ad Xymphas, ubi Petrus baplizaverat, 
ubi Petrus baptizabat, in co'meteriuni fontis sancti 
Pelri, ad nympltas sancti Pétri. Là se trouvait une 
chaire dilïérente de celle vénérée au Vatican. Sur la 
fameuse liste des huiles saintes envoyée par le pape 
saint Grégoire le Grand à la reine Théodelinde, on lit 
cette mention très curieuse : Oleum de sede ubi prius 
sedit sanctiis Petrus, qui désigne un monument du 
cimetière Ostrien. Ce cpU prouve qu'au moins à cette 
époc]ue la chaire du cimetière Ostrien était vénérée 
par les lidéles et on allumait, par honneur devant 
elle, des lampes, dont l'huile était considérée comme 
une relique. Le cimetière Ostrien et ses monuments 
archéologiques ont été étudiés, avec beaucoup de 
soin, par De Hossi et par ses successeurs*. 

On ne sait où était cette chaire. Celle cjue l'on voit 
dans la crypte de Sainte-Émérentienne, et que l'on a 
donnée comme celle de Pierre, n'est certainement 
pas celle de l'apôtre, dit M. Alarucchi. Cette chaire, si 
on l'eût possédée, aurait occupé une place d'honneur; 
du reste, il est vraisemblable que ce cimetière n'exis- 
tait pas au temps de saint Pierre '. 

On trouve du reste dans cette catacombe plusieurs 
chaires du même genre, qui étaient sans doute des- 
tinées à un usage liturgique. De Waal croit que la 
chaire de VOstrianuni périt dès le vi* ou le vii« siècle, 
lors des invasions barbares qui désolèrent Rome et ses 
environs. De Waal. loc. cit., p. 553. 

Mgr Duchesne qui a rejeté la plupart des conclu- 
sions exposées par M. De Rossi dans son Bulletin', 
se refuse à admettre qu'il y ait eu avant le bas moyen 

^AdParm., 1. II, c. iv,P. L., t. xi, col. 951. — '-Epist., 
XV, ad Damasiim, P. L., t. xxii, col. 355. — » Apolog. pro 
synodo, P. L., t. i.xiii, col. 20fi. — ' De "Rossi, Ronia sotler., 
I. III. c. I.; et un rèsiimè des derniers travaux dans H. Xla- 
rucchi. Eléments d'archéologie chrétienne, Paris, 1900, t. il, 
p., 272-286, et dom Leclercq, Maniicld'arcluologie ctirélienne, 
Paris, 1907, t. i, p. 276, 291. 297. Cf. J. Rinieri, le cala- 



âge, un lien entre le Xalale Cathedra' .5. Pelri et le 
culte de la relique vénérée à Rome sous le nom de 
chaire de saint Pierre. Les textes allégués pour dé- 
montrer que cette chaire se trouvait, dès le iV siècle, 
dans le baptistère du Vatican, n'ont pas, selon lui, 
le sens qu'on leur attribue. Ils ne parlent c|ue de la 
sedes Pelri. de la scdes aposlolica, dans un sens mé- 
taphorique '. Olui d'Iinnodius, où il est question d'une 
sella geslatoria. a rapport à la sella sur laquelle les 
consuls étaient portés le jour de la procession consu- 
laire. Cf. Revue de philologie, t. vu, 1883, p. 81). En 
réalité, toujours d'a])rès Mgr Duchesne, la plus ancienne 
mention d'une relique de ce nom se trouve dans le cata- 
logue de Monza du temps de saint Grégoire et de la 
reine Théodelinde (De Hossi, Roma soit., t. i, p. 170), 
que nous avons cité. Cette huile avait été recueillie loin 
du Vatican, sur la voie Salaria ou la voie Nomentane. 
De ce côté se trouvait un cimetière appelé quelquefois 
Ad nijmphas S. Pelri, où l'on croyait que saint Pierre 
avait baptisé. Cette tradition est attestée dés le com- 
mencement du vi<^ siècle, par les Gesta Liberii papœ, 
et la Passio Marcelli. Il y avait sans doute là un siège 
mobile ou plutôt taillé dans le tuf, que l'on considérait 
comme une sedes Pelri. Quant à celle du Vatican, dont 
la forme et les dimensions ne se prêtent guère à l'hy- 
pothèse d'un séjour dans les catacombes, je ne relève 
aucune trace de vénération spéciale antérieurement 
à l'année 1217. Xerini, De templo S. Alexii, p. 209. 
Pierre Mallius, qui décrivit la basilique de Saint-Pierre 
au temps d'.\lexandre III (1159-1181), n'en dit pas 
le moindre mot; ce qui, eu égard à sa préoccupation 
constante de faire valoir les reliques de la basilique 
vaticane, signilie que, de son temps, on n'y vénérait 
aucune chaire de saint Pierre. Les origines du culte 
chrétien, p. 286). 

VIII. Conclusions. — Tel est aujourd'hui l'état 
de la question. Si quelques points restent encore 
obscurs, il paraît du moins certain qu'il n'y eut à 
l'origine qu'une seule fête de la Cathedra Pelri, celle 
du 22 février; cette fête est d'origine romaine et 
remonte jusqu'au iv" siècle; elle rappelait l'épiscopat 
de saint Pierre à Rome plutôt que la vénération d'une 
chaire matérielle de l'apôtre. 

Rien de plus curieux au point de vue liturgique 
que les destinées de cette fête. Rome, après en avoir 
léaué d'assez bonne heure, probablement au yi" siècle, 
peut-être dès le commencement du v, l'usage aux 
églises des Gaules et d'Espagne, la raye de son calen- 
drier pour plusieurs siècles. Puis, par une sorte de /us 
postliininii, elle emprunte à la revision franque du 
livre gélasien, la fête de la chaire et même les deux 
chaires, qui prendront place, dès lors, ofTiciellement 
sur son calendrier jusqu'au jour où Paul IV décrétera 
pour l'Église universelle la célébration des deux fêtes. 

Il est ])lus dilTicile d'établir le rapport qui existe 
entre la question liturgique et la question archéo- 
logique. Il est incontestable que l'on connut à Rome 
dans l'antiquité, deux chaires de Saint-Pierre, l'une 
au Vatican, l'autre visitée par les pèlerins, au cime- 
tière Ostrien. Mais le lien entre ces chaires et les deux 
fêtes du 18 janvier et du 22 février n'est pas établi, 
au moins pour l'époque primitive. 

Les calendriers et les martyrologes du moyen âge 
portent les traces de cette diversité d'usage. C'est 
pour la faire cesser que Paul IV, en 1558, admit sépa-, 
rément deux fêtes de la chaire de Pierre, à Rome et 

comlie S. Pietro e ciniitero oslriano, dans Ciniltà cattoUca, 
1 903, t. Liv, p. 332-349 ; voir aussi plus loin la bibliographie. 
— * Marrucchi, loc. cit.. t. ii, p. 278. — ' Bullettino di archen- 
logia cristicuta, 1867, p. 38. Cf. Duchesne, Les origines [du 
culte chrétien,i' édit., p. 286. — 'Onsc rappelle que nous 
avons signalé une exception, celle de la Contestatio de la 
messe gallicane. 



m 



GIIAIF.E m SAINT l'IKF.RE A HOME (FÊTE DE LA) - CIJALCÉDOINE 



m 



à Anlioche, comme elles existenl encore aujourd'hui, l 
Dans les discussions sur la réforme <lu bréviaire, celte 
anomalie devait frapper les reviseurs, et l'on proposa, 
mais sans succès, la suppression de la fête du 18 jan- 
vier'. Avec les documents et faits nouveaux apportés 
au débat, la question ne peut manquer de se repré- 
senter aux reviseurs futurs du bréviaire et du calen- 
drier romain. ''• 
IX. BiHLiOGRAPHiK. — Bclctli, J{ationale~diiii- 
norum officionim, c. Lxxxiii, P. L., t. ccii, col. 87. — 
Durand de Mende, Ralional, trad. Barthélémy, Paris, 
1851, t. I, p. 47. — Thomasi-Vczzosi, Opéra, t. iv. p. 3; 
t. VI, p. 267. — Thomassin, Traité des /estes de V Église. 
Paris, 1697. p. 279-290. — Baillct, Les vies des saints. 
1704, Paris, t. i, p. 230. 287. — Benoit XIV, .Suite 
Fesle detla Catliedra di saii Pielrn due dissertazioni iné- 
dite, Rome, 1828. — Mabillon,Dc lilurgia yallicana, u. 
23, P. L., t. L.xxii,col.lS2,472. — Cancellieri, i>c seere- ] 
tariis basilicie Valicanœ, Rome, 1788. — Foggini. 
De romano beati Pétri itinere, Florence, 1741. — Zac- 
caria. De saneti Pétri aposl. prine. primatu, Rome. 
1776. — Cenni, De romana Cathedra, dans t. iv d'.\nas- 
tasii, p. 150. — Tillemont. Mémoires, 1701, t. i, p. 546. 

— Kellner, Die Fesle Cathedra Pétri and des Antiorlir- 
nisehen Episkopals dièses Aposlels, dans Zeilsch. f. Aru- 
thol. Theol, 1889, t. .xiii, p. 566-576. — Marucclii. 
Le memorie dei SS. Apostoli Pietro e Paolo nella cilla 
di lioma, ib. 1894. — C. Erbes: Die Todestage der 
Apostel Paulus ii. Petriis u. ihre riimisehen Denk- 
mâler, Leipzig, 1899. Cf. Lejay, Ancienne philologie 
chrétienne, dans la R. d'hist. et de lillcralurc religieuses. 
1902, t. VII, p. 362-364. — Dom G. Morin. Notes d\w- 
cienne littérature eeelésiaslique, un sermon ancien [mur 
la fêle de la chaire de Sainl-Pierre, dan^ la Revue béné- 
dictine, 1896, t. XIII, p. 343-340. Cf. Aneedota Maredso- 
kma, 1893, t. i, p. 409, sermo in calhcdra saneti Pétri. 

— Stevenson, Chair of Peter, dans Kraus, Realcn- 
cijclopàdie d. ehristl. Alterlhiinicr, 1886, t. ii, p. 156-161. 

— Recdencijklopàdie. Stuhlteie'- Pelri. — De Waa!. 
Chair of Peler, dans The catholic Encyelopedia, t. m. 
p. 551-554, ne parait pas connaître les conclusions 
de Mgr Duchesne. — Kirehenlcricon. art. Ctdhedm. 
t. II, p. 2060. — De Rossi, La CcUhcdra di S. Pietro 
nel Vaticemo e quella del cemctcrio oslriano, dans Bull, 
di areheol. crisliana, 1867, p. 33 sq. — Quentin, Les 
marUjrologes historiques, Paris, 1908. — Armellini. 
Scoperla delta cripla di S. Emerenziuna e di una inrino- 
ria relaliva alla cathedra di S. Pietro, Roma; 1877, 
Onviggio catlwlieo di principi degli apos loti nel 
XVIII cenlenario, Roma, 1867, p. 160, 161. — 
S. Sanguinetti, De sede romana beati Pelri conmien- 
tarius historico-crilicus, Roma, 1867, p. 192 sq. — 
RampoUa, ZJc cathedra romana beati Pelri, Rome, 1868. 

— Barncs (.AIii'). SI Peler in Rome cmd lus tomb on Ihe 
Vaticcm Ilill, London, 1900, p. 35, 55, 79-82. — 

" Kellner, Dr K. A. H.,L'anno ccclcsiastico e le fesle dei 
santi, Roma. 1906, p. 262-268. — Saintyves, Les 
saints successeurs des dieu.v, Paris, 1907, p. 79, 80. — 
Paléographie musicale, t. v, p. 161. — A. Ashpitel 
et A. Nesbitt, Tu>o memoirs of saint Peler's Chair 
preserved in Rome,in-to\., London, 1870. — .Surla pre- 

'Baûmer-Biron, Histoire dubréviaire, t. n. p. 372 sq. — 

— Si la mort n'a\'ait été phis prompte que nous et n'avait 
enlevé le V. .1. Pargoire, cette étude sur Chalcédoine lui 
appartenait de droit. lËtabli sur cette terre même de l'an- 
cienne ville bilhynienne. il en avait à plusieurs reprises 
exposé la topographie dans divers tra\'aux un peu dis- 
persés et dont certains sont peu accessibles. C'est pour 
cette raison, d'abord, que je les ai cités assez longuement, 
mais plus encore dans une pensée d'hommage à l'égard 
tle leur auteur et d'utilité pour la science archéologique. — 
' Thucydide, iv, 75. — ' Pline, Ilist. nul., v, 32; ix, 15. — 
' Polybc, IV, 39. — ' Zosime, i, 34. — ' Bihliotheca liaijiixjr. 
grwca, 189.5, p. 42-13; Bibliotli. Iiagiogr. lalina, l.S'.Mi, 



mière chaire de saint l'ierre au cimetière ostrien : 
Giuseppe Bonavenia, La sylloge de Verdune il Papiro- 
di Mon-a. .Se reramcnte abbiamo tal vcdore lopogra- 
fieo qucde si dû loro nella opinione che dcdla via Nomen- 
tana trasferisee alla S(daria nova una insigne memoria 
di S. Pielro. in-8», Roma, 1903. — O. Marucchi, La 
récente coniroversia sut cimilero Oslriano c sulla sede 
primitiva di S. Pietro in Roma, dans Nuovo bull. di 
areheol. crisl., 1903, p. 199 sq.; El valore topograflco 
délia sillage di Verdun e del papiro di Mon:a, ibidem, 
1903, p. 321 sq. — Dom Leclcrcq, Mimuel d'arehéol. 
chrél., Paris, 1907, t. i, p. 74, 292, 297, etc. — Marchi, 
/ monumenli dette arli cristiane primitive, Roma, 1844, 
pi. XXV. xxviii. etc. 

F. Cabrol. 

CHALCÉDOINE'. — I. Chalcédoine. IL La basi- 
lique de Sainte-Kuphémic. III. Église de Saint- 
Christophe. IV. Église de Sainte-Bassa. V. .Mont 
Saint-.\uxence. VI. .\utour du mont Saint-.\uxence. 
VIII. Hiéria. VIII. Ruflnianes. IX. Le Polyaticon et 
le monastère de Satyre. X. La liste épiscopale. 
XL Épigraphie. XII. Bibliographie. 

L Chalcédoine. — Chalcédoine (.\a'//./-,îwv), ville 
de Bithynie, à l'entrée du Pont, sur la côte, en face 
de Byzancc. C'était une colonie de Mégare', dont on 
railla doucement les fondateurs après les accroisse- 
ments merveilleux de Byzance. de qui le promon- 
toire et ses avantages étaient restés comme inaperçus; 
l'oracle de Delphes, en un jour d'heureuse boutade, 
avait donc qualifié Chalcédoine : la ville des aveugles. 
Entre Byzancc et Chalcédoine on mesurait, à vol 
d'oiseau, sept stades environ ou un mille romain ', 
d'autres parlaient de quatorze stades ^ le tout serait 
de savoir de quel point à quel point.. \u reste, cela im- 
porte assez peu, car l'emplacement de l'ancienne ville 
est certain, c'est celui que les Turcs désignent aujour- 
d'hui sous le nom de Kadi-Keui (lig. 2426). 

La \ille elle-même présente, au point de vue de 
l'antiquité chrétienne, moins d'intérêt que ses fau- 
bourgs : Hiéria, Rulinianes; n'était le IV» concile 
œcuménique qui a marque pour jamais dans l'his- 
toire de l'Église le nom de Chalcédoine. celle-ci suivit 
les lluctuations ordinaires des villes de cette région 
dans l'antiquité. Très commerçante et riche, elle ren- 
fermait des temples et des édifices en grand nombre; 
peu de temps avant l'ère chrétienne (75 av. J.-C), 
Chalcédoine fut léguée aux Romains par le testament 
du dernier roi de Bithynie, Nicomédes. Sous l'empire, 
la ville, très éprouvée par un siège, fut atïranehie et se 
releva de ses ruines, mais sa situation géographique 
l'exposait aux premières attaques dés qu'on menaçait 
l'empire. D'après Zosime, Chalcédoine fut prise par 
les Scythes sous le règne de Valérien et Gallien «. Le 
transfert du siège de l'empire à Byzance devait ap- 
porter quelque sécurité et un accroissement de richesse 
aux cités voisines, mais à condition pour elles de s'ef- 
facer devant leur ancienne rivale. Chalcédoine ne 
pouvait songer à lutter d'illustration et de richesse, 
cependant, il lui échut un avantage qui l'empêcha 
d'être entièrement éclipsée : elle posséda le sanctuaire 
célèbre de Sainte-Euphémie '. 

p. 407-408, 1343; Diclionanj of Christian biography. au 
mot Euphemia; Fabricius, IHNioth. grwca. 1719. t. ix. 
p. 76; 2' édit., Harlcs, t. x, p. 221-225; Monbritius, .Sim- 
1 /unrium. 1749. t. i, p. r.cLV-cci.viii ; G. Pcrdicaro, Vila di 
S. Eiifeniia, vergine e martirc. cillaJina di Calcedoniu, cmm- 
in da marlirologi et aniichissimi (iiilori, in-4'>, Palermc, 1675 ; 
Ruinarl, Acla sincera, 1689, p. 541-513; Stilting. dans 
.■1cm sanclonwi, 1755, sept. t. v, p. 252-266; Tillemont. 
Mémoires pour servir à Vltisloire ecclésiastique. Paris, 1698. 
t. v, p. 405-412, 746-748; La vila , (/ marlirio e il ciillo 
dellàvcrgine Calcedoncse S. Eiilemia, in-8», Hovigno, 1891; 
Bibliuteca Isiriitna, 1864, p. 1704; Isiria, 1849, t. iv, 
p. 185-187. 



91 



CHALCÉDOINE 



92 



II. La basilique de Sainte-Euphémie. — « A 
cent cinquante pas du Bosphore, en dehors des portes 
de Chalccdoine, s'élevait sur un monticule la basilique 
dédiée à la martyre sainte Euphémie, une des saintes 
les plus vénérées de l'Orient. On y montait par une 
pente insensible: mais lorsqu'on avait atteint le som- 
met du coteau, on voyait se déployer un spectacle mer- 
veilleux; d'un côté, la mer, ici tranquille, là plus ou 
moins agitée et jetant son écume sur les rochers de 
la rive; de l'autre, de hautes montagnes couvertes 
d'antiques forêts; au fond de la vallée, des prairies à 
perte de vue, des moissons jaunissantes, des vergers 
couronnés des plus beaux fruits; en face, la ville de 
Constantinople, s'étageant sur la côte européenne du 



l'empereur, et l'on se rendait processionnellement à 
l'oratoire, l'empereur et l'impératrice en tête, puis 
les magistrats, le clergé et le peuple de Constan- 
tinople. Entré seul dans le sanctuaire, l'archevêque 
s'approchait du tombeau, et. par une ouverture pra- ' 
tiquée du côté gauche du monument, il introduisait 
une tige de fer portant une éponge qu'il retirait pleine 
de sang, et ce sang, considéré comme un préservatif 
contre tous les maux, était ensuite distribué par 
gouttes et envoyé dans des fioles jusqu'aux extré- 
mités de l'empire '. 

Sous un portique couvert attenant à l'oratoire, se 
trouvait un grand tableau peint sur toile, dû au pin- 
ceau d'un peintre célèbre et représentant la vie et la 



Echelle 




2426.. — Carte des environs de Chalcédoine. 



Bosphore, servait de fond à ce magnifique tableau. 
La basilique elle-même était digne de cet encadre- 
ment par son architecture. On y entrait par une vaste 
cour rectangulaire, garnie d'une colonnade, et for- 
mant péristyle à un ensemble d'édifices. L'église, de 
la même dimension, et d'une ordonnance pareille, 
conduisait à un oratoire circulaire surmonté d'une 
coupole qu'entourait une galerie d'où l'on pou- 
vait entendre l'office ^. » Ainsi, la grande église de 
Chalcédoine possétlait un sanctuaire placé en dehors 
du bâtiment principal et construit sur le tombeau 
même de sainte Euphémie. Dans les actes du IV« con- 
cile général *, ce sanctuaire est appelé s-J7.Tr,i'.ov xo-j 
à";o'j aïprjpiov, mais c'est l'église elle-même, la basi- 
lique, qui porte le nom de aipToplov '. Le corps de 
la sainte était enfermé dans une châsse d'argent. 

La croyance générale était qu'il s'opérait dans ce 
lieu beaucoup de miracles. Dans les temps de désastres 
ou de dangers publics, l'archevêque de Constanti- 
nople, averti par certains signes, prévenait à son tour 

" Am. Thierry, Xes(oriijs el Eutgchès, ln-S°, Paris, 1878, 
p. 295. — * Mansi, Concil., ampUss. coll., t. vu, col. 101, 
108. — ' L. Duchesne, Inscription chrétienne de Bithtjnie, 



mort d'Euphémie, martyrisée sous Dioclctien. Il nous 
en reste une description qui est, en son genre, une 
rareté de la littérature chrétienne; la voici : 

« Le juge est assis sur son siège; il regarde la vierge 
d'un air farouche et cruel. L'art sait, en effet, quand 
il veut, peindre la colère, même sur une matière ina- 
nimée. "Tout près sont les satellites, la foule des sol- 
dats; les grefliers ont leurs tablettes et leurs stylets; 
l'un d'eux suspend sa tâche et se tourne vivement 
vers la vierge, comme s'il lui ordonnait de répondre 
plus haut, craignant d'entendre mal et de commettre 
quelque erreur dans le procès-verbal. Euphémie porte 
des vêtements sombres, et le pallium, signe de la 
philosophie. Le peintre lui a donné une physionomie 
aimable; pour moi, son âme me parait embellie par 
ses vertus. Deux soldats la conduisent au juge; l'un 
marche en avant et la traîne, l'autre est derrière et la 
pousse. La pudeur se mêle au courage de la vierge. 
Elle baisse la tête comme si elle rougissait d'être regar- 
dée par des hommes, mais elle se tient sans crainte et 

dans le Bull, de corresp. hellénique, 1S7.S. t. ir, p. 292. — 
' Evagrius, Hist. eccles., 1. II, c. m, P. G., t. Lxxxvi 
col. 2492 sq. 



93 



CIIALCÉDOIXE 



94 



ne souffre point de montrer la moindre terreur dans le 
combat. Autrefois, j'admirais comment certains 
peintres ont rendu l'histoire de Mcdce; comment, 
lorsqu'elle est sur le point d'égorger ses enfants, la 
pitié et la colère se mêlent sur son visage; un œil ex- 
prime la fureur, l'autre trahit la mère prête à épargner 
et prenant en horreur un tel crime. Maintenant, j'ai 
reporté mon admiration sur la peinture dont je parle; 
je suis étonné du talent de l'artiste qui, mélangeant 
mieux encore les sentiments que les couleurs, a tem- 
péré l'un par l'autre la pudeur et le courage, vertus 
qui semblent contraires par leur nature. Plus loin, 
dans la suite de cette peinture, les bourreaux, vêtus 
seulement d'une tunique, accomplissent leur tâche : 
l'un d'eux a saisi la tête de la vierge et la renverse en 
arrière, il la maintient ainsi immobile, exposée aux 
tortures, l'autre lui arrache les dents. On voit les ins- 
truments du supplice, un maillet et un foret. Mais ici 
je fonds en larmes et la douleur me coupe la parole. 
Car le peintre a si distinctement rendu les gouttes de 
sang, qu'il semble qu'on les voit réellement couler, et 
qu'on s'éloigne en sanglotant. Puis, on aperçoit la 
vierge en prison; elle est assise seule, dans ses vête- 
ments de deuil; elle tend les mains vers le ciel; elle 
Invoque Dieu au milieu de ses souffrances. Pendant 
qu'elle prie apparaît, au-dessus de sa tête, le signe 
que les chrétiens ont l'habitude d'adorer et de repré- 
senter; c'est, je pense, le symbole du martyre qu'elle 
va subir. Tout près, en elfet, le peintre a placé un 
bûcher embrasé qui répand, çà et là, ses flammes 
rougeâtres et épaisses. Euphémie est au milieu, les 
mains vers le ciel; son visage ne trahit aucune tris- 
tesse; il montre plutôt la joie de fuir vers la vie im- 
matérielle et bienheureuse '. » 

D'après cette description, on voit que l'artiste avait 
fait cinq tableaux. Aussi, grâce àEvasrius et à saint 
.\stére, nous pouvons nous figurer quelque chose de la 
célèbre basilique dans laquelle les Pères du VI= con- 
cile tinrent leurs sessions. Baronius - a cru à tort que 
les Pères se réunissaient dans le prcsbytcrium; induit 
en erreur par une variante incorrecte de son exem- 
plaire du Breviarium de Liberatus ^, il a lu : adveniens 
Marcianus impcralor ad secretarium ciim judicibus, etc. 
Baronius se souvenait que le secrclarium est un bâti- 
ment annexe de l'église et que beaucoup de conciles 
se sont tenus dans ces secreiaria-, mais les actes du 
concile de Chalcédoine disant explicitement que les 
évêques se sont assis près de l'autel. Baronius a iden- 
tifié secretarium avec sanctuarium et il a cru y voir 
le presbi/leriiini. Le texte correct de Liberatus résout 
la dilliculté.il porte: sexto aiitcm secretario adveniens, 
Marcianus impcralor ad concilium cum fudicibus, etc. 
c'est-à-dire «lors de la sixième session, Marcicn as- 
sista au concile. » Comme le nombre des Pères pré- 
sents s'élevait à six cents environ, il est probable 
qu'une si grande assemblée n'aura pu trouver place 
que dans la nef de l'église et non dans le presbyte- 
n'iim*. Tillemout avait déjà vu la nécessité d'adopter 
cette disposition ; aussi écrit-il « que le concile s'est 
tenu dans la net de l'église plutôt que dans le chœur'. » 

La cinquième session se tint dans rejxtripiov, 

' S. Astère, Homilia a/ in laudem S. Eiiphcmia', dans 
P. G., t. XL, col. ."iSG sq. : De Rossi, BatlcUino di arclieolo- 
gia crisliana, 1871, p. 61-62; Ch. Bayct, Reclierclics pour 
seruir à Vliistoire de la peinture et de la sculpture en Orient^ 
auanl la querelle des iconoclastes, in-S", Paris, 1879, p. 63-64; 
E. Le Blant, / es persécuteurs et les martyrs, in-S", Paris, 
1893, p. 2; Ed. Bertrand, Étude sur la peinture et la critique 
d'art dans l'anliquilé. in-S», Paris, 1893, p. 420-423. — 
' Baronius, Annales, ad ann. 451, n. 60. — ' Liberatus, 
Breiùarium causx Seslorianorum et Eutychianorum, c. xiii. 
— ' Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, in-S», Paris, 
1908, t. II, part. 2, p. 657-658. — » Tillemont, Mém. Iiist. 
ecclés., t. XV, note XLiv,sur saint Léon. Le te.vte des .\ctes 



autour du tombeau de la martyre: les incidents qui 
s'y passèrent ne nous apprennent rien de nouveau sur 
les conditions architectoniques de l'édifice ■=. 

La description de la basilique est bien loin de nous 
apprendre tout ce que nous souhaiterions connaître, 
et d'abord le donateur et l'époque de la construction 
et de la dédicace. Nous savons, toutefois, qu'elle exis- 
tait avant l'année 399, ce que nous apprend la ren- 
contre d'Arcadius et de Gainas le Goth, qui eut lieu 
cette année-là ' dans la basilique '. 11 est assez peu 
probable que la basilique élevée primitivement sur 
la tombe de la jeune martyre de l'année 305 soit le 
même édifice dont les vastes dimensions suffirent à 
abriter six cents évêques environ et le personnel 
indispensable à une pareille assemblée. 

Au dire de certains auteurs modernes ', il existait 
jadis, proche de Chalcédoine, à Fener-Bagtché, un 
temple de Vénus " — outre que rien n'est plus dou- 
teux que l'existence de ce temple — celui-ci serait 
devenu avec Constantin la basilique de Sainte-Eu- 
phémie. « Cette opinion, pour si répandue qu'elle 
soit, reste douteuse. Ceux-là même chez qui on la 
trouve se permettent parfois d'hésiter et parfois aussi 
de se contredire. Skarlatos Byzantios hésite; le pa- 
triarche Constantios se contredit; Hammer identifie 
le sanctuaire de Vénus avec l'église de Sainte-Euphé- 
mie et fixe l'emplacement de cet édifice unique au fau- 
bourg du Chêne. N'y a-t-il rien à redire à cela'? On 
peut y reprendre et beaucoup. Tout d'abord, comment 
se fait-il que le temple de Vénus soit en même temps 
au 7iprjic;T£iov du Chêne et sur le promontoire de 
Fener-Bagtché? Fener-Bagtché remplacerait-il le 
Chêne'? S'il en est ainsi dans la topographie de Ham- 
mer, il en va tout autrement dans la topographie véri- 
table. Celle-ci, basée sur les textes, nous montre avec 
la dernière évidence que le faubourg du Chêne, plus 
connu sous le nom de Rufinianes (voir plus loin), oc- 
cupait le site du moderne Djadi-Bostan. » Si on iden- 
tifie le temple avec la basilique qui lui succéda, il faut 
donc situer celle-ci à Djadi-Bostan, ce qui est impos- 
sible, parce que l» la distance de trois milles, inter- 
médiaire entre Kadi-Keui et Djadi-Bostan, est de 
beaucoup supérieure à celle que tous les textes font 
supposer entre Chalcédoine et l'église de Sainte- 
Euphémie. — 2" Djadi-Bostan est assez éloigné du 
Bosphore, même en étendant cette dénomination 
au bras de mer qui baigne Chalcédoine; or, nous dit 

Evagrius, Sainte-Euphémie ii^aiziiTa; toj Bo<t-o- 

poj iTTaôioc; oj -),EioTt ôJo ". — 3» De Djadi-Bostan 
la vue ne s'étend que sur la mer de Marmara et que 
sur des côtes parfaitement semblables entre elles. Or, 
ajoute Évagre, de Sainte-Euphémie. le regard embras- 
sait iTc/iyr, ôiiiopi '". — 4» Djadi-Bostan n'est pas en 
face de Constantinople et n'a pas vue sur elle. Or, le 
même Evagrius écrit à propos de Sainte-Euphémie : 
'AvTtxp'j Ik TYi; Ktov-jTa-^Tt'vo'j ro T^jj-ïvor, MGTâ y.ai rr, 
Ôia Tr,; ro<raÛT/]ç 7:ô).iw; tôv v£(ov wpati^SfTOa:. — 5° -\u 
milieu du v= siècle, l'emplacement du moderne Djadi- 
Bostan ne portait, comme édifice religieux, que 
Yaposlolœum des saints Pierre et Paul et le monas- 
tère de l'higoumène Hypace; il ne portait pas la bas!-. 

du concile nous apprend d'ailleurs que « les oITicicrs étaient 
devant le balustre de l'autel. • — ' Hetclc-Leclercq, 
Histoire des conciles, t. ii. part. 2, p. 720, 731, note 2. — 
' Acta sancl., sept. t. iv, p. 535. ^ ' Socrates, Hist. 
eccles., I, VI, c. vi; Sozomène. Hist. eccles., I. VIII, c. iv, 
P. G., t. Lxvii, col. 609, 1521. — • I. von Hammer, Umblick 
auf einer Reise von Constantinopel nach Brassa und dem 
Olympos, in-8», Buda-Pesth, 1818, p. 165-166; Constan- 
linopolis und der Bosporos. in-8°. Pesth, 1822. t. il, p. 349. — 
"■ J. Pargoire. Hiéria, dans Izviéstia russkarjo arkheologit- 
ctwsI;ago Instiluta, 1899, t. iv, p. 21 sq., montre que cela est 
loin d'être démontré. — " Evagrius, Hisl. eccl., 1. II, c. m, 
P. G., L Lxxxvi, col. 2492. — " Ibid., col. 2493. 



95 



CHALCEDOINE 



96 



lique de Sainte-Euphémie. La biographie d'Hypace, 
composée à Rufinianes même, quelques mois à peine 
avant le concile de 451, tenu à Sainte-Euphémie, ne 
permet de conserver aucun doute sur ce point. 
Si on ncslige la question du site du temple de Venus 

— qui, au témoignage de Dcnys de Byzance.se trou- 
vait entre Ciirysopolis et Chalcédoine — et son iden- 
tification avec la basilique de Sainte Euphcmic, la 
place de ce dernier édifice ne peut être fixée ailleurs 
qu'au moderne Haïdar-Paclia, au sommet de hi petite 
colline aujourd'hui couronnée de maisons. Cela résulte : 
1° du fait que le sanctuaire euphémien se trouvait en 
dehors de Chalcédoine; — 2» de la description que nous 
en fait Evagrius à qui seul nous devons les indica- 
tions topographiques positives suivantes : l'église 
était à deux stades du rivage, sur une hauteur qu'on 
gravissait en pente douce; du sommet on voyait la 
campagne verdoyante et, au loin, Byzance éblouis- 
sante '. 

III. Église DE Saint-Ciihistopiie. — Sur une pierre 
longue de 2 mètres, large de 1 mètre, trouvée proche 
de H)ida--Pacha ^ on lit l'inscription suivante^; 

CYNOôJAneTeGHTAee 

MeAlA TOY MAP 

TYPIOYTOYAriOY XPIC 
TOcfjOPOYINAçTlVl.lVlAIGÙIVie 
5 TATHiMYnATeiAN npcjTore 
NOYCKAIACTOYPIOYTWNAAM 

nPNenieeoAociOYBAciAe COCHA. 

CYAAAIOY eniCKOXAAKHAO 
NOCKTIZeTGAenAPATHC 
10 CeWNOnPKOYBIKOYAAPI- . 
eYct'HMIAOYKAiereNeTOH 

KATAeeciceNeiNAs e 
nAHPOYWiM ■ cenieMBP 

KBYHN 
15 TOYAAN li 

ligne 4, au lieu de T il faut f. laniue 4.30 indiquée 
par la date consulaire ayant l'indiction troisième; 

— ligne 9, il faut y.-i:,s.-x\; — lignes 11, lî-jjr.u.i'o-j; — 
ligne 12, il faut ivo., au lieu de eÎ/ô; — lignes 7 et 14 : 
Aiti-pN ; 'j-N, dans les deux cas, la lettre N serait un 
signe abréviatif. 

Xpio-rosôso-J ivô(iy.T'.<ôvo;) ).' y.{r,'i\) Mafco tiï-i tv; -j«a- 
TEt'av llprùTOYô'vo'J? xat 'Airo'jptO'j ztày ).aa7:p(oTâTo)v) 
ETt'i 0âooo<y:'o*j êaffO.édj; [xa]*. EjÀx>.io*j e7;i*7y.ô[7rov] XaÀ- 
y.r.ôôvo;. Kt:Cîtî oz itïpà t/,; (7£iivo;:p(îUï:a;j xo'jSi/.ou. 
).ap:[o'j] E-J3ïj;iio-j, v.xl èvivîTO r, xari^Eciç àv c'.vô(!zx'.wv!) 
e' ;L).ir)po-./iJi{=vr,) a(r|vl) ï;!;ktîuioç;[:«)] vê' ■J;i[oc-e'ï S^ïopa- 
yj.o'j xa"; 'Kpx]o'j).av['jO T(".>v ).a;j.TrpOTiT(ov. 

L'inscription relate la fondation et la consécration 
d'une église, en l'honneur de saint Cliristophe : les 
fondements furent creusés au mois de mai de l'année 
450, la dédicace eut lieu le 22 septembre 452. Dans 
l'intervalle avait eu lieu le IV* concile œcuménique 
réuni dans la basilique Sainte-Euphémie. Tous les 
personnages sont connus. Eulalius, l'évêque trem- 
bleur, que nous signalerons dans la liste épisco- 
pale ■•; Protogène est le consul de 449, Sporacius, autre 
consul, qualifié dans le préambule des Actes du 
concile de « Comte des domestiques >. L'empereur 
Théodose II mourut le 28 juillet 450. Quant au per- 

• J. Pargoirc, op. ci/., p. 22-24 et n. 2 de la page 24. — 
' Haïdar-Pacha, petit village situe ;> environ 1 kilom. au 
N.-E. de Kadi-Kcuï. — ' .M. Paranikas, dans 'a,»-.,/,; 
(de Constantinople), n. du 7 avril 1S77; L. Duchesne, 
Inscription clirélienne de Bithijnie, dans le Bntletin de cor- 
respondance hellénique, 1S7.S, t. ii, p. 289-299. — ' J. Par- 
goirc, Les premiers évêqnes de Chalcédoine, dans les Échos 
d'Orient, 1900, t. iv, p. 104-107. lui a consacré une excel- 
lente notice. — =• Cette promotion serait évidemment pos- 



sonnage désigné sous le nom d'E\,z.r,o.iô',-j, ce serait 
peut-être \'.'jz.r,o.ir,-j qu'il faudrait lire, et il s'agirait 
d'un chambellan, cubicularius, qui fit une belle car- 
rière, devint magister officiorum S conseiller écouté 
de l'empereur Marcien. 

L'église dédiée à saint Christophe, personnage fort 
exploité par les légendaires, était un marlijrium. Ce 
n'est pas à dire qu'elle s'élevait sur la tombe d'un 
martyr, car, dés le iv siècle et surtout au v^, on 
commença à se relâcher de l'usage qui voulait que le 
titre de ij-aptOp;'./ fût réservé aux seules églises abri- 
tant les corps saints ou commémorant l'emplacement 
du supplice ou de la tombe d'un martyr. .\u sud de 
Chalcédoine, à Rufinianes, se voyait un i-oaro'/Eîov 
bien qu'aucun apôtre n'y eût souffert ou reposé. Par 
une fiction généralement admise, on se procurait des 
reliques d'un martyr', brandea (voir ce mot), huile- 
éclats du sarcophage, linges, étoupes cnsanglan, 
tées, etc., et ces reliques, au sens très large du mot, 
étaient déposées solennellement dans l'église que 
l'on voulait consacrer au culte. Ce transfert de re- 
liques était assimilé à la translation du corps saint 
lui-même, on l'appelait zaToiOsat; chez les grecs, et 
chez les latins : depositio. 

L'inscription de Chalcédoine est le plus ancien 
monument daté du culte de saint Christophe, dont 
le nom se trouve dans les martyrologes les plus reculés, 
notamment dans Vhieronymianum où la mention du 
saint appartient à la rédaction primitive et ne peut, 
pour cette raison, être postérieure au v siècle. 

IV. Eglise de Saixte-B.'vss.^. — Sainte Bassa fut. 
s'il faut en croire ses actes, martyrisée sous Maxi- 
mien, dans l'île d'Haloné, prés de Cyzique '. Cette 
sainte fut. à Chalcédoine, l'objet d'un culte et y pos- 
séda une église dédiée sous son vocable. Théodore 
le Lecteur nous apprend qu'en 464 le prêtre chargé de 
cette église -pE-rêJTepo; toO iv Ka/./.TÔovt vaoj liïTçrr: 
T?,: jj.ïpr-jpo:, était le futur patriarche intrus d'.\n- 
tioche destiné à une si bruyante carrière. Pierre le 
Foulon ". .\ cette date nous ignorons si l'église dédiée 
à sainte Bassa appartenait ou non à un monastère; 
mais en 538, nous savons qu'elle était conventuelle, 
comme nous l'apprend la vingt-quatrième signature 
d'une lettre adressée au patriarche Menas par quarante 
supérieurs religieux soumis à l'évêque de (Chalcédoine : 
Toj>.iavo5 (ou ToJ/.irjç) é'/.éto Weo'j TipETo-J-îpo; xai r.yo^- 
(j-Evo: uovï^ç TT,; â-j'îx; Bi(r(7'/;î Èv 7(j> 'IjA^pw Onô 4>(oteivÔv 
TÔv È-rtîTzo-ov 'j-É-j'pa^î/a'. 

Maintenant, où faut-il en chercher l'emplacement"? 
L'Himéros indiqué dans la souscription ci-dessus 
était-il un quartier urbain de Chalcédoine ou un quar- 
tier suburbain'? Ici, nous pouvons affirmer, et pour 
' 464 et pour toute autre date, quel'Himérosne se trou- 
vait point au dedans de la ville, mais constituait un 
de ses faubourgs, et même un faubourg maritime. Tel 
hagiographe lui donne, en effet, le titre d'cmporion, 
et ce mot, lorsqu'il s'agit de la capitale et de ses en- 
virons, les auteurs ne l'emploient que pour les petites 
échelles, que pour les petits ports de banlieue situés 
sur le Bosphore ou la Propontide. .Au point où se 
trouvait l'cmporion de Chalcédoine, aujourd'hui la 
baie de Haidar-Pacha. se trouve encore de nos jours 
un insignifiant ruisseau boueux qui avait nom dans 
l'antiquité : Himéros. Ce renseignement tout à la 

térieure ù la dédicace du 22 septembre 4."i2, laquelle ne 
connait encore que le cubiculaire. — ' Lebas et Wadding- 
t.)n, Ins'cripl., n. 2498 iZorava en Traclionite). — ' .4c/rt 
sanct.. aug, L iv, p. 419-421. Cf. J. Pargoirc, Saintc-Bassa 
de C/udcérfoinc, dans les Échos d'Orient. 190:5. t. vi.p. 315- 
317. — 'Hist. eccles..i,P. G., t. Lxxxvi.col. 17(1. I.e fait est 
confirmé par Thcophane, C/jronoj;rap/u'«, annoDOoG, et par 
Nicéphore, Hist. eccles., 1. XV, c. xxviii, I'. G., t. rxi.vii, 
col. 81. — > Mansi. Conc. ampliss. coll.. t. viii. col. 1015. 



97 



CllALGÉDOINE 



98 



fois pri'cis et jiri'cieux nous a été conservé par Deny, 
de Byzaiice'; les moindres circonstances topo- 
grapliiques relevées par le P. J. Pargoire ne laissent 
pas l'ombre d'un doute sur l'identification. Et ce 
fait, ajoutait-il, impose des conclusions. Comme 
rivières et localités riveraines se passent réciproque- 
ment leurs noms, il faut dire que le quartier "l[j.epor, 
signalé par l'higoumène Julien, doit être cherché aux 
mêmes parages que le cours d'eau "luspo;, men- 
tionné par le géographe Denys. Hn outre, comme 
l'embouchure de ce cours d'eau est placée à souhait 
pour être un emporion chalcédonicn en relation di- 
recte avec Constantinople, il faut dire que le quar- 
tier "\]i--.y'j:, OÙ s'élevait l'église de Sainte-Bassa, 
doit être identifié avec le faubourg 'll]a.£po:, où les 
visiteurs du mont Skopa s'embarquaient pour la capi- 
tale. \~A\ conséquence, l'Himéros ou Héméros, cours 
d'eau ou faubourg, correspond au ruisseau de Haïdar- 
Pacha et aux quelques mètres carrés de plaine qu'il 
arrose en se jetant dans la mer ^ 

Un texte est venu confirmer cette localisation ; il est 
tiré de la vie de saint Alype le Stylite, d'Andrinople 
en Paphlagonie '. On y voit que le saint, forcé d'ac- 
compagner son évêque jusqu'àConstantinople, s'était 
arrêté à Chalcédoine et passait la nuit dans l'église 
de Sainte-Bassa : propler pontifuis lamcii revercntiam 
Chalcedonem usqiie est conseculus. Illic cum clam 
se subduxisset, dum esset episcopas mare Iransmissnrus 
Conslantinopolim, ubi juxla mare est positam mar- 
tyriiim Bassœ martyris, id ingressus, sub iino ex scam- 
nis, quœ illic erant, dormicns latebat '. Le texte est 
clair. L'église Sainte-Bassa s'élevait prés de la mers 
jiixta mare '. 

Resterait à déterminer l'emplacement exact de 
l'église. A plusieurs reprises, des travaux de con- 
struction ou de terrassement entrepris dans l'en- 
ceinte de la gare de Ha'idar-Pacha ont mis à jour 
des ruines manifestement chrétiennes, malgré la pré- 
sence de matériaux plus antiques. Des topographes 
amateurs afiirment que ces restes appartiennent à la 
basilique de Sainte-Kuphémie, ce qui est absolument 
incompatible avec la description qu'Évagrius nous a 
laissée de ce monument ". Xe seraient-ils pas mieux 
inspirés d'y chercher les fondements de Sainte-Bassa'? 
Peut-être '. 

Si on ne peut encore déterminer le point précis de la 
basilique qui s'élevait dans le faubourg d'Himéros, il 
y a lieu de penser, cependant, que ce point était assez 
rapproché de l'emplacement de la gare actuelle '. 
Quoi qu'il en soit, c'est un nouveau point de repère 
pour l'étude de la ville de Chalcédoine à l'époque 
chrétienne. 

V. Mont S.\int-Auxen'ce. — Aux environs de 
Chalcédoine se trouve une colline illustrée par un so- 
litaire fameux qui lui laissa le nom sous lequel elle 
fut désormais désignée : Mont Saint-Auxence. Le per- 
sonnage nous est bien connu grâce h trois vies pu- 
bliées in exiensn et deux vies analysées à grands traits 
et peu dillérentes des précédentes ». Xé en Syrie et 
venu chercher fortune à Constantinople, Auxence y 
fut enrôlé dans les sclwlaircs; mais désireu.x de soli- 



' Mûller, J>aj;men(n hisloricoriim grmcorum, t. v, p. 190' 

— ' J. Pargoire. dans les Échos d' Orient, 1903, t. vi, p. 317. 

— 'Surius, Devais sanctorum, in-fol., Venetiis, 1581, t.vi, 
p. 187-190; le texte grec, encore inédit, se trouve dans le 
ms. de la Bibliothèque nationale, fonds grec, n. 25J5, 
toi. ISS-non. — • Surius, op. cil., t. vi, p. 1S8, col. 2. ^ 
' S. Vailiiè, Sainte-Bassa de Clialcidoine, dans Ici Échos 
d'Orient. 1908, t. xi, p. 227. — • J. Pargoire, Topo- 
graphie byzantine, dans le Seruet du 11 juillet 1900. — 
' J. Pargoire, dans les Échos d'Orient, 1903, t. vi, p. 317. . — 
' S. Vailhé, dans la même revue, 1908, t. xi, p. 227. — 
•J. Pargoire, Mon/ Sainl-Auxence, Élude historique et lopo- 

DICT. D'ARCH. CHRÉT. 



tude, il démissionna, passa dans la Bithynie, courut à 
une dizaine de milles de Chalcédoine et s'y établit 
sur un rocher, au liane du mont Oxia. Il s'y trouvait 
encore à l'époque où se tint le concile de Chalcédoine 
et le bruit s'étant répandu que l'ermite était eutychien, 
l'empereur Marcien l'en arracha et le fit venir par 
Rufinianes '° (avril-mai J52). Après un séjour de 
quelques semaines, coupé par un voyage à l'Hebdo- 
mon " et un autre à Constantinople ", les instances 
de l'empereur Marcien " et les communications du 
patriarche Anatole " l'amenèrent à se déclarer for- 
mellement contre l'hérésie d'Eutychès '=. Dès lors, on 
ne le retint plus, et lui s'en alla, en toute hâte, cher- 
cher au mont Scopa le calme que Rufinianes lui refu- 
sait. Mais il ne retourna pas sur le mont Oxia, lui 
préférant une hauteur plus voisine ".Là, sa vie ne dif- 
féra point de ce qu'elle avait été sur la première col- 
Une; quelques chrétiens imitèrent son exemple, 
reçurent de lui l'habit éréiuitique et vécurent dispersés 
dans les environs. Des fennues reçurent de l'ana- 
chorète ce même habit et fondèrent un monastère au 
pied de la montagne. Cette maison, dite des Trikhi- 
naires, reçut la dépouille mortelle du saint, peut-être 
en 473 "; ce ne fut pas sans contestations ". 

.\près Auxence, son petit ermitage ne fut pas aban- 
donné et les disciples contiimèrent à se grouper à 
l'entour de la demeure sanctifiée. Ils vécurent sous 
la direction de quatre moines, principalement Serge, 
Bendidianos, Grégoire et Jean. Lorsque Auxence avait 
quitté Rufinianes, les moines de cette maison l'avaient 
accompagné au chant des hymnes et des psaumes 
jusqu'au mont Scopa où ils lui avaient bâti une 
maisonnette. Mais cette bicoque avait fini par tomber 
de vétusté, et Auxence s'était probablement réfugié 
dans une grotte, c'est du moins ce que laisse supposer 
le biographe d'Etienne le Jeune qui montre Serge, 
premier successeur d'Auxence, établi dans la grotte 
du père ^'. Il est possible qu'avec le temps on agrandit 
un peu cette anfractuosité, on l'aménagea, et la pos- 
térité, ignorante de cette légère transformation, at- 
tacha le souvenir du saint à la petite grotte où elle 
voyait les anachorètes se succéder derrière quelques 
planches. Qu'il y ait eu ce petit déplacement, cela pa- 
rait certain. Déjà, au début du ix" siècle, le diacre 
Etienne faisait observer que la position de la grotte 
ne répondait point tout à fait à la position indiquée 
par la cellule (</o-jgo:) d'Auxence dans la vie de ce 
dernier -°. 

Après Serge, ce fut Bendidianos qui gouverna 
quarante-deux ans et se trouva enfin à la tête d'une 
légion de disciples dispersés de droite et de gauche, 
comme au temps d'Auxence. En vinrent-ils dans la 
suite à former une conununauté'? La présence parmi 
eux d'un ecclésiastique, la mention d'une église 
conventuelle et d'un monastère terniraient à le prou- 
ver. Par contre, les documents relatifs à saint Etienne 
le Jeune nous défendent, en ce qui regarde les hommes, 
d'introduire la vie cénobitique au mont Saint .\uxence, 
avant le milieu du viii'-" siècle ". 

Puis ce fut Grégoire, puis ce fut Jean à qui suc- 
céda Etienne le Jeune; mais, dans l'intervalle, des 



graphique, in-8°, Paris, 1904, p.16-17. — '"Sur cet itiné- 
raire, ibid.. p. 23; Bijzant. Zeits., t. vin, p. 452; t. xi, 
p. 341. — "Sim. Métaphr., Vila S. .Auxentii, c. xxxvm, 
P. G., t. cxiv, col. 1405. — •••Ihid., c. xi., col. 1408. — 
"Ibid-, c. xxxvm, xL, col. 1405, 1408. — "Ibid., c. XL, 
col. 1409. — '- Ibid.,c. xi,, col. 1412; J. Pargoire, .MoiU 
Sainl-.Auxence, p. 25. — '* ^--^■'•-«, i/o-v, ii-t'.-ù;. — " l.'n 
14 février, la date de l'année est douteuse. J. Par- 
goire, Mont Saint-AiLvcnce, p. 29. — " Pargoire, op. cit., 
p. 30. — "Ibid., p. 33. — =» Etienne, Vita S. Stephani 
junioris, dans P. G., t. c, col. 1101. — ■' J. Pargoire, op. 
cit., p. 35. 



111. 



99 



CHAI.CÉDOIXE 



100 



inconnus s'étaient succédé depuis le v" jusqu'au 
viiie siècle, leur réputation à quelques-uns avait été 
grande mais non pas au po'nt d'éclipser le souvenir 
d'Auxence dont le nom était désormais associé par 
tous à ces lieux; on disait to opo; toj à-ioj A-jli-ni'j-^. 
Implantée dès la fin du V siècle, cette dénomination 
devait rester en usage durant toute la période by- 
zantine. La célébrité de saint Etienne le Jeune n'y 
fit pas de tort et servit plutôt à la consacrer. Ce fut lui 
qui construisit un premier monastère qui prit le nom 
de monastère de Saint-Auxencc, auquel il préposa un 
supérieur afin de se reléguer lui-même dans une re- 
traite plus étroite et plus élevée que celle où avaient 
vécu ses devanciers, en un point qu'on croyait être 
l'emplacement du y./.o-jëoc primitif. 

Il nous faut maintenant identifier les lieux que nous 
avons nommés. : Chalcédoine, écrivait le P. J. Par- 
goire, est comme le pivot autour duquel roule toute 
la vie de saint Auxence -, » et » la position du mont 
Saint-Auxence au nord-ouest de la Bithynie ne sau- 
rait donc faire le moindre doute '. Entre Chalcé- 
doine et Chrysopolis les monticules ne manquent 
pas. lequel choisir'? Les textes des divers biographes 
d'.^u.xence, de celui de Bendidianos. du premier his- 
torien d'Etienne le Jeune sont tous d'accord pour 
nous donner cette triple détermination : à savoir que 
le Skopa se dressait à l'est de Chrysopolis et. par 
conséquent, de Chalcédoine, qu'il était 1° le point 
culminant de la région, 2" plus élevé que l'O.xia, plus 
rapproché de Chalcédoine que l'Oxia. « Si l'on ajoute 
à ces données que le mont Oxia, plus éloigné que le 
mont Skopa, s'élevait à dix milles environ de Chal- 
cédoine, on n'aura pas de peine à trouver une indi- 
cation précise. Dix milles, cela équivaut à quinze petits 
kilomètres. Quel est, à l'est de Scutari, moins de quinze 
kilomètres à l'est de Kadi-Kcuï, le seul sommet qui 
dépasse tous les sommets environnants et réponde 
aux descriptions? C'est le Kaich Dagh *, qu'il faut 
se garder de confondre avec l'Oxia ^ lequel, après le 
premier séjour d'Auxence, n'est jamais plus men- 
tionné ni dans l'hagiographie, ni dans l'histoire '. 

Le Kaïch-Dagh est une hauteur bien caractérisée. 
Il se détache sur l'horizon, conique et noir, termi- 
nant au nord la petite chaîne dont la colline de Mal- 
tépé. sur le rivage de la mer. et les iles des Princes, 
au milieu des flots, sont comme les anneaux extrêmes. 
Il s'appuie à cette chaîne par son flanc méridional. 
Isolé des trois autres côtés, son isolement le grandit. 
Avec ses 430 mètres d'altitude, il en impose plus que 
l'Alem-Dagh. qui en compte 445, plus même que 
r.\ïdos-Dagh. qui en mesure 528 '. 

Mont .Saint-Auxence porta plusieurs monastères. 
Le plus ancien de tous, que nous avons déjà nommé, 
le couvent des Trikhinaires, fondé au troisième quart 
du V siècle ', par une certaine Stéphanie, ancienne 



cubiculaire de l'impératrice Pulcluric, à un mille de 
l'ermitage d'.\uxence, en un lieu dit Gyréta. En peu 
de temps on compta soixante-dix postulantes; il fal- 
lut bâtir. On commença par l'oratoire, ensuite on pas- 
sa au couvent dont l'inauguration fut très solennelle *. 
A ses religieuses, .\uxence donna un costume de même 
apparence que le sien. Connue les hommes, ses dis- 
ciples, qui vivaient en ermites dans les environs, il les 
revêtit d'habits grossiers connus souslenomdeTpiyiva. 
(^es habits, ainsi que le mot l'indique, étaient faits de 
poils, j'ajouterai même, en généralisant un témoi- 
gnage byzantin '°, faits de poil de chèvre. Leur usage 
en Orient, dans le monde monastique et surtout ana- 
chorètique, est attesté des centaines de fois et les 
saints de l'Église grecque ne sont pas très rares qui 
leur doivent le surnom de Tpi-/i'/î: ". Mais le public 
du v siècle n'avait pas encore eu le temps de se fami- 
liariser avec cet accoutrement austère. Il en fut sur- 
pris, il en parla, et bientôt, comme l'écrit un de ses 
biographes, les filles spirituelles d'Auxence n'eurent 
d'autre dénomination que celle de religieuses Trikhi- 
naires ^-. Dès leur installation au pied de la colline, 
avant la construction des cellules qui devaient les 
abriter d'une façon définitive, Stéphanie, Kosmia et 
1 nirs compagnes ne manquèrent pas de mettre à pro- 
fit la présence du saint anachorète. Deux fois par 
semaine, le dimanche et le vendredi, elles montaient 
auprès de son ermitage, et lui, sage directeur, leur 
donnait une conférence ou une instruction. Les pa- 
roles qu'il leur adressa dans une circonstance plus 
solennelle nous sont parvenues par la voie du Méta- 
phraste ". Jusqu'à quel point sont-elles conformes 
au texte de l'orateur, dans qu 11' m sure la néfaste 
facilité de Syméon les a-t-el!e cmbcllies,je ne saurais 
1,' dire. Mais elles ont cela de remarquable, ces paroles 
sur la grandeur et les avantages de la virginité, qu'on 
peut les regarder comme le testament spirituel de 
l'anachorète à ses filles. Auxence. en elTet, les pro- 
nonça dans son ermitage, le jour même où fut inauguré 
le couvent. Trois jours plus tard il tombait malade et 
dix jours de maladie le conduisaient au tombeau. La 
chapelle des Trikhinaires avait dû, à peine construite, 
recevoir les saintes reliques dont Stéphanie s'était dé- 
faite en faveur de son père spirituel.. \ la mort de ce 
dernier, cette même chapelle s'enrichit de son corps 
et cette relique y fut plus précieuse à elle seule que 
toutes les autres, et plus vénérée. Endormi là, Auxence 
attira la dépouille mortelle de ses successeurs dans 
le voisinage. Ainsi fut créé, tout contre le couvent, 
le cimetière que l'on trouve plusieurs fois mentionné 
par les biographes de saint Etienne le Jeune. 

« Ce que fit la pieuse communauté du dernier 
quart du v« siècle au premier quart du vin'' nous est 
inconnu. Serons-nous téméraires, pourtant, si nous 
supposons que chacun des nouveaux anachorètes 



' Ihid., p. 40; T'i7(t S. Siephani /iinioris, dans P. G., t. c 
col. 1101. Pour la substitution de ---o; ou Soj.i; ou /.ij-.; -l'j 
ivt'.u AOïi.Tl'.j à l'ancien nom, cj. J. Pargoire, op. ci(., p. 69. 
— 'J. Pargoire,op.oi(..p. 59, et les textes qui abondent tou- 
jours entre les mains du savant auteur. — = J. Pargoire a 
refaite péremptoirement quelques identirications malheu- 
reuses, op. cit., p. 60-61 ; il n'y a plus à s'y attarder. 

* J. Pargoire, op. cit., p. 63-64. Cette ideatification avait été 
ïnitedéjà par .\. Paspati, r» à,siT','/i»i 7:-,oi^i-.« t'.; lSj''i,z;<,j, 
dans l''t<.)n->"; ■!•!)...;-,;.«.; ^ly/.».-,-.'.;, t. xii, p. 49; là iZoï-,-::.,, 
àiir-'.y.', p. 153, n. 3; J. Miliopoulos, Itoj.ô; Aj;i,T-foj, dans 
Bfj-:iintiiusche Zeitschri/I. lUOO, t. ix, p. 63-71; J. Par- 
goire. Autour de Clialcédnine, dans Biizanlinisclie Zeit- 
sclirill, 1902, t. xi, p. 344. — > Comme l'a tait W. To- 
maschek, Zur historicheri Topographie uon Kleinasien 
Im Mittelalter, in-S», Wicn, 1891, p. 4-3; plusieurs ont 

pris l'un pour l'autre, cl. .1. Pargoire. op. cit., p. 64-05. 

' J. Pargoire, I^s monastères de saint Ignace et les cinq plus 
pelils ilôts de Carchipel des Princes, dans I:viéslia russkago 



arrheologitclicskagolnstituta v. Konstantinopoliè.1901 , t. vil, 
p. 88. — ' J. Pargoire, Mont Saint-.Auience, p. 66. Kaïch- 
Dagh est l'abréviation courante de Kaîch-Bounar-Dagh. 
— ' J. Pargoire, op. cit., p. 71-78. — • Sim. Jtétaphr., 
op. cit., c. i.xii. Lxv. dans P. G., t. cxiv, col. 1432, 1436: 
Psellos. dans M. Gédoon, ii.:,.t .-,. .:.jT-..r;. -, ,p. 2S3. — ^'Vita 
S. Basilii junioris. Lv et lvi. dans .4c(a sanct.. mart. t. m, 
p. xxxi. — " Le bollandiste V. de lîuck cite jusqu'à trois 
Etienne décorés de ce surnom, parmi lesquels notre Etienne 
le Jeune, .icta sanct., oct. t. xii, p. 673; le saint Théodore 
Trikhinas, fêté le 20 avril, vécut dans un monastère égale- 
ment surnommé 'Trikhinas, cf. Ménologe de Basile, dans 
P. G., t. cxvii. col. 413. — " De là, sans doute aucun, 
l'origine du nom donné au lieu qu'elles habitaient. Oui, si 

le monastère s'appela ti/i. '.<;:>; OUt---/---»!-:» 0Ut.^>, ■:f;/^,a;a•:w■,, 

ou n'importe quoi d'approchant, il dut ce nom à ses pieuses 
T3!/!-.asoîa:, Ti;/---.aj'.c; OU -?v."'»?^'-- nullement à l'aspérité, t^ 
Tia/i, de son emplacement. — " Sim. Mélaphr., op. cit. 
c. LXII-LXIV, P. G., t. cxiv. col. 1432-1436. 





101 



CHALCIlDOINE 



M)2 



établis sur la montagne fut (jour elle un nouvel Auxence 
c'est-à-dire un père et un guide? Très probable pour 
Serge, pour Bendidianos et pour Grégoire, la chose 
paraît à peu près certaine pour Jean et pour Etienne 
le Jeune. Au temps de ces deux derniers, les rapports 
entre l'ermitage et le couvent sont de toutes les heures. 
.\vant de prendre rang parmi les Trikhinaiics. déclare 
le diacre de Sainte-Sophie ', Anne et Thcodote, mère 
et sœur d'Etienne le Jeune, vinrent recevoir la béné- 
diction et les conseils de Jean. Celui-ci envoyait 
chercher chez les Trikhinaires tout ce dont il avait 
besoin. Et comment ne pas mentionner ici le petit 
chien dont il employait le ministère'? Etienne, dis- 
ciple de l'ermite, avait la charge de monter leau ainsi 
([ue toutes les autres provisions prévues, et il s'en 
acquittait chaque jour, par le soleil d'août comme 
par les neiges de janvier, avec une régularité par- 
faite. Mais parfois, tandis qu'il était en course ou 
occupé à d'autres soins, arrivaient soudain des visi- 
teurs inattendus. Le moyen, avec la pénurie de l'er- 
mitage, de subvenir à leurs nécessités? C'est alors 
que Jean recourait à son petit chien. Il écrivait un 
billet et, le lui attachant au cou : « Descends au monas- 
tère, lui disait-il, porte ce billet à la supérieure et 
reviens au plus vite. » Quelques minutes plus tard 
le lidèle animal se trouvait devant la cellule de la su- 
périeure, aboyant de toutes ses forces jusqu'au mo- 
ment où les gens du monastère lui prenaient le billet 
|)our le passer à qui de droit et faire ensuite selon 
son contenu '. A lire ces dernières lignes, à voir com- 
ment la destinataire du billet ne le prend point elle- 
même, il paraîtrait assez naturel de croire que la 
supérieure était une recluse. Cette opinion semblerait 
confirmée jjar le fait que les soldats de Constantin 
Copronyine envahissant l'église conventuelle à l'heure 
de l'ofTice trouvèrent toutes les religieuses au chœur, 
mais point l'higouménesse. 'Ev xs) >.;<■> yàp y-|'7'jyaîiv,dit 
le biographe *, ', tiJ.ia YpaO; /.a'i tt]; p.ù'^r,; 7:^oiG-ûi'j'x. 
Il est vrai que le biographe ajoute : -lixr,; tv' !j.iapiv 
k'yoôov Y'/oj^x... 'i cit; -po; a-JToJ;. Mais que conclure? 
Cette sortie au-devant des soldats peut s'expliquer chez 
une recluse parla gravité de la circonstance, comme 
aussi cette absence du chœur peut s'expliquer chez 
une cénobite par tout autre motif que la réclusion. 
Auxence avait vécu de la sorte, ses successeurs aussi. 
Ce genre de vie était si ancré dans les traditions de 
la montagne, qu'il n'y a rien d'invraisemblable à ce 
qu'il fût pratiqué par la supérieure des Trikhinaires. 
D'autant que, nous le constatons par plusieurs exem- 
ples, diriger une communauté de cénobites et vivre 
soi-même en reclus ne s'excluaient point sur notre 
colline, pas plus d'ailleurs qu'en bien d'autres en- 
droits '. • 

Pendant la persécution iconoclaste du Copro- 
nyme, une des nonnes trikhinaires, .\nne, subit In 
(lueition': mais on ignore si elle mourut des mauvais 
traitements qu'elle eut à subir. Le monastère subsis- 
tait encore et prospérait au début du ix" siècle. Peut- 
être exista-t-il plusieurs siècles encore: nous n'avons 
pas à poursuivre l'histoire de sa destinée, mais il 
nous reste à savoir le lieu exact de son emplacement. 

Diverses petites incidentes des hagiographes 
peuvent nous aider à déterminer exactement sa posi- 
tion. D'abord il était au pied de la montagne, mais 
non pas en plaine; au liane même de la colline, ayant 
dans son enceinte ou bien touchant cUe-ci une source 
à laquelle le disciple de l'ermite .Ican allait remplir 



' Etienne, Vila s'itn-ti Stephani jiniiuris, /'. G., t. c, 
col. 1093. — ' Ibid., col. 1092, 109,3. — ' Ibid., col. 1 128. — 
* J. Pargoirc, Mont Saint- Auxence, p. 7;i-75. — * Etienne, 
op.ci/., P. a., t. c. col. 1128-11,32. — • J. .Miliopoulos, Uov.i; 
a'jU,-''j', diim Hyzdîilinisihe Zeilschri/I, 1900, t. ix, p. 66. 



ses outies. L'existence de cette source au midi de la 
colline et à un quart d'heure de chemin du sommet 
permet de ne conserver aucun doute sur l'emplace- 
ment et de vérifier les quatre indices fournis par les 
textes. Complétés et corrigés les uns par les autres, 
ces quatre renseignements nous conduisent tout droit 
au large col par où le Kaïch-Dagh soude son flanc 
méridional aux autres sommets de la chaîne qui des- 
cend vers Maltépé. Là se trouve encore, entouré de 
larges murs en pierres sèches, un vaste emplacement 
qui répond à toutes les conditions requises, assez plat 
pour être dit ■Axbo-j.xiv', assez en pente pour être 
qualilié de Ttpavi». Là se distinguent par endroits, 
au milieu des buissons et des ruines, les arasements 
des murs extérieurs d'une modeste église. Là, coule 
silencieusement, à trois mètres environ de profondeur, 
l'hagiasma que les orthodoxes de Benyuk-Bakal- 
Keuï visitent à l'Ascension et qu'ils appellent à-, iairua 
To'j iyirj-j .\C;ivTioj d'après tel crudit ', ou bien en- 
core i/iîcTiiï xr,; ',\va).r, •!/£(.■; d'après tel autre '. Tels 
sont les souvenirs et les vestiges de l'humble mo- 
nastère qui fut, pendant plusieurs siècles ', un* des 
curiosités monastiques des environs de Chalcédoînc. 

Ce qu'on appelle « Monastère de Saint-Auxence » 
eut une destinée bien différente. Auxence, ermite 
consultant, ne fonda jamais un monastère d'hommes 
et ne fut de sa vie higoumène. Il y a bien lieu de tenir 
en suspicion ce qu'on lit touchant l'existence d'un 
monastère dans la vie très retouchée de saint Ben- 
didianos, suspicion d'autant plus légitime que la liste 
de 53G dont nous avons déjà parlé, où figurent qua- 
rante monastères d'hommes appartenant au dio- 
cèse de Chalcédoînc °, ne présente aucune maison 
qui soit, connue il faudrait s'y attendre, si la donnée 
biographique était juste, désignée par le nom de 
Skopa, d'Auxence ou de Bendidianos. Et vers 807, 
Etienne de Sainte-Sophie ne soupçonne même pas 
qu'il ait pu exister au mont Saint-Auxence un monas- 
tère d'hommes contemporain de saint Bendidi.aiios. 
Pour lui, exception faite en faveur des Trikhinaires, 
le cénobitisme ne s'introduisit sur la colline qu'au 
milieu du viir' siècle '°. 

Etienne le Jeune habitait l'ermitage depuis 743 ou 
746, lorsque cédant, après bien des refus, aux instances 
de quelques disciples, il consentit à l'établissement 
d'un petit monastère dont les constructions s'éle- 
vèrent tout à côté de l'ermitage, au sommet de la 
colline, non point sur la plate-forme supérieure, mais 
un peu en contre-bas, sur une petite terrasse méri- 
dionale, inférieure de cinq ou six mètres comme ni- 
veau et protégée contre le vent du nord par un mur de 
rochers. L'ensemble fut placé sous le patronage de 
saint .\uxence". De douze membres qu'elle comptait 
au début, la communauté passa bientôt à vingt, vers 
754-7Ô7. Etienne conserva le titre d'higouméne. mais 
délégua au gouvernement des religieux le premier 
reçu dans la conmiunauté. l'économe Marin'-. En "ïdO. 
au printenqjs, Etienne qui avait refusé de souscrire à 
l'iconoclasme vit le patrice Calliste assiéger les moines 
six jours et ne lever le siège que pour revenir pendant 
l'automne ou l'hiver suivant, ruiner et mettre à sac 
le monastère qui, fondé vers 7.50, disparut en 763 ou 
764 ". « Mais disparut-il pour toujours? Ce serait peu 
connaître la ténacité des moines byzantins et leur 
esprit traditionaliste que de le penser. Un lieu sanc- 
tifié par un ascète comme .auxence et par un nuirtyr 
connue Etienne était sacré pour eux et l'abandonner 



— ' J. Pargoire, Mont Saint-Auxence, p. TS. — ' Il existait 
peut-être encore en 1192. — • Mansi, Conc. amptiss, coll., 
t. VIII. col. 1014-1018. — • " J. Pargoirc, op. ci(.,p. 79. 

— " Ibid., p. 80. — '- ï^tienne, V'i'/a .Stephani junioris^P. G., 
t.ccol. 1097-1104. - " J. Pargoirc, op. ci(.,p.82. 



103 



CHALCEDOIXE 



104 



sans retour leur eût paru un sacrilège. Aussi, la per- 
sécution du Copronyme passée, ermites et cénobites 
revinrent-ils au poste '. » Pendant la persécution, 
l'accès de leur colline leur avait été interdit. Le Copro- 
nonyme, laïcisateur à outrance, avait retiré le mot 
â-fioi au monticule ' et décrété que < Quiconque 
sera surpris allant à la colline d'Auxence le paiera de 
sa tète'. » Dès lors, les cénobites n'eurent qu'une 
pensée : rejoindre Etienne le Jeune au lieu de son 
exil. Tandis que le mont .Saint-Auxence était désert 
et quelques semaines seulement après la dispersion, 
ils se réunirent en Proconnése, à Kissouda. 

A l'avènement de l'impératrice Irène, dont la ré- 
gence signala une restauration générale des images 
et du nionacliisme. il est possible que le monastère 
ruiné du mont Saint-Auxence ait reçu de nouveaux 
liabitants. Rien ne prouve, cependant, que la res- 
tauration n'ait pas un jieu tardé. Vers 807. Etienne, 
diacre de Sainte- .Sophie et biographe d'Étieitne le 
Jeune, dédie son ouvrage à un certain Épiphane, 
émule et successeur d'.\uxence, de Serge, de Ben- 
didianosct occupant sur la colline l'ermitage d'Etienne 
le Jeune. Était-il reclus ou bien gouvernait-il un 
monastère de cénobites, nous l'ignorons. La vie reli- 
gieuse avait repris pied sur le Kaïch-Dagh pour les 
hommes. 

VL AVTOLR DU MONT S.\INT-Al XENCE. « DaUS 

les environs de la colline les maisons religieuses 
s'étaient multipliées à profusion bien avant le 
viii" siècle. Elles y fleurissaient en grand nombre 
dès le v siècle. Dans sa biographie de l'higoumène 
saint Hypace. que nous verrons mourir à Rufinianes, 
le 10 juin 446, Callinique nous montre que la ville 
de Ghalcédoine et ses faubourgs avaient toute une 
armée de moines dès 434 ou 435 '. II cite en par- 
ticulier le petit couvent dirigé par le pieux higou- 
mène Eumathios à trois milles du proaslcion rufi- 
nien '. En 45'2. entre le mont Oxia et le cloitre de 
saint Hypace à Rufinianes. .\uxence rencontrait un 
monastère dédié à saint Jean-Baptiste iv rr, '!>•.> ■■.i ou 
T>.: 'l':a\r,; OU encore toC '.\v-iil/,o-j. La quantité vrai- 
ment considérable d'ermites à qui l'exemple de saint 
.\uxence et de ses successeurs suggéra de s'établir au.x 
alentours ne manqua certainement point d'y pro- 
voquer une sensible augmentation de monastères, car 
on sait le peu de peine des ermitages à se transformer 
en couvents. Plusieurs d'entre eux durent subir cette 
métamorpliose auprès de notre colline. De fait, au 
\iu' siècle, les hauteurs voisines se trouvaient cou- 
vertes de maisons religieuses. Aussi passionné pour 
la chasse qu'il l'était contre les moines. Constantin 
Copronyme fit détruire ces asiles de l'iconopliilie, 
afin de rendre la contrée plus giboyeuse «. » 

Nous allons passer maintenant du nord de Ghal- 
cédoine au sud de cette ville. 

VII. HiÉRiA. — .-Ku sud-est de Kadi-Keuï une 
presqu'ile aujourd'liui désignée sous les noms de 
Phaniiraki (petit phare) et de Féner-Baijlché (jardin 
du phare) a porté dès l'antiquité et à l'époque by- 
zantine des appellations variées dont la plus retentis- 



' J. Pargoire, op. cit., p. 83. — = IbiJ., p. 09. — "Etienne, 
op. cil., col. 1139. — 'Callinique. De vita S. Hypatii 
liber. Mil. Teubner. Lipsi«;, 1S'J5, p. 70, 71. — ^ Op. cit., 
p. 57-59. — • .1. Pargoire, op. cil., p. 79-80. — ' Sous le 
titre d'Hiéria. la presqu'ile des empereurs, fut donné 
un récit d'allure romanesque dans l?s Échos d'Orient, 
t. III; je ne le signale ici que pour l'écarter de la 
bibliographie et déblayer le terrain d'autant; la pré- 
sence d'un tel titre dans une revue scientifique étant de 
nature ;i prêter a'.i quiproquo. Tout s'explique si on observe 
que cette historiette appartient, par sa date, à une époque 
011 scvissaien' encore dans les liclios d'Orient les complaintes 
poétiques; années antérieures à la parfaite bonne tenue qui 



santé est celle de Presqu'île des Empereurs '. Ce qui 
pour les anciens était 'llpaia i'/.ça reçut des By- 
zantins le nom de lipE'-x. Cette identification basée 
sur des indications précises et sur des te.xtcs for- 
mels est hors de doute. Le site appelé llpai-j- et en- 
suite 'lif'.ix répondait également aux noms de 
ll/iov, Hpix, "Hif/i'a, etc., et ces noms divers s'ap- 
pliquent au TipojijTE'.ov de Hiéria si fameux dans les 
.\nnales byzantines. 

Nombre de textes nous apprennent que Hiéria 
était située au bord de la mer, et Proco])e nous dit 
que Justinien y fit construire un port », tandis que 
Théodora y possédait son palais maritime le plus fré- 
quenté '. Hiéria, par rapport à Constantinople, se 
trouvait de l'autre côté de la Corne d'Or, du Bosphore 
ou de la Propontide '", sur la rive orientale. L'histo- 
riographe de Constantin Porphyrogéntte représente 
Hiéria comme le vieux cimetière des Chalcédoniens : 
-TipÔTccov rj-jrjx-i ToT; Xa/./.r,oovio;; EÎç Ta:^r,v ^* ; un frag- 
ment de manuscrit cité par Lambecius l'appelle 

également ■zxz.iXryi " -r,: -o/ew; .\ï)y.T?ovoç '». Les 

villes d'autrefois n'établissaient jamais leurs né- 
cropoles bien loin des murs : il est donc impossible 
, de chercher notre Trp-.àrrtEiov ailleurs que dans les 
alentours immédiats de l'antique cité, ailleurs par 
conséquent que dans le voisinage du Kadi-Keuï 
moderne. Les Patria mentionnent Hiéria entre l'église 
Saint-Georges qui s'élevait à Ghalcédoine et le palais 
de Bryas qui s'étalait sur la côte bithynienne, en 
face des iles des Princes''. Cette place intermédiaire 
assignée à Hiéria serait une preuve absolument pé- 
remptoire de sa position à l'est de Ghalcédoine, si 
l'Anonyme suivait toujours dans ses énumcrations 
l'ordre topographique, mais nous savons par ailleurs 
et nous verrons dans la suite des paragraphes de 
cette dissertation qu'il existait toute une série de 
r.pii<7:z\.x maritimes échelonnés le long de la côte 
septentrionale de Nicomédie; c'étaient, en venant de 
cette dernière ville : Kartalimèn ( = Kartal), Bryas 
(= Maltépé), Satyre, Poleat.kon, Rufinianes {=Djudi- 
lioslan) et Hiéria '= qui se trouvait donc entre Kadi- 
Keuï et Djadi-Bostan. La configuration géographique 
apporte une nouvelle garantie à l'identification, 
Hiéria formait, en efiet, un promontoire en face de 
Ghalcédoine. Etienne de Byzance le dit formelle- 
ment : 'lioxix. a/.pa o'jtoî ).e"o[j.£v/., xaTavrtxp'J XaÀ- 
/.r,5o/.; et il emprunte à Démosthène le Bithynien 
sept vers qui débutent ainsi : 

"Etti ce t:; 'pi— âsoi^E y.y.-jTr,; Xa'','/.rj^v/o; xy.pr^ 
^Wpx'.x 

Dès lors, pas à pas, d'étape en étape, nous en 
sommes arrivés à circonscrire notre -poi^Tsiov en 
des limites fort étroites. Localité maritime, faisant 
face à Constantinople, sur la rive asiatique, au sud 
du Bosphore, p es de Ghalcédoine, à l'orient de cette 
ville, sur un cap. Hiéria n'a guère le choix entre plu- 
sieurs emplacements, un seul promontoire lui con- 
vient, qui se trouve jeté entre Kadi-Keuï et Djadi- 
Bostan. celui de Féner-Bagtché. Nous avons parlé 



a suivi. I^e seul travail d'allure et de portée scientifique 
est celui du P. J. Pargoire, Ilicriu, dans Izviéstia russkaao 
arkheologitcltcskago Institut:!. 1S99, t. iv, fasc. 2, p. 9-78. 
C'est son travail que je résume et cite constamment. — 
•Procope.Dea'di/îciis, I. I, c. xi. édit. Bonn. p. 207, lig. 11. 

— ' Procope. Ilist. arcnnu, 1. XV, édit. lionn, p. 95, n. 22. 

— ^^ Nous ne faisons qu'indiquer ici l'enchainement de 
propositions topographiques développées et démontrées 
par J. Pargoire. — " Théopli., Continuai., I. VI, c. .\.\i, 
édit. Bonn, p. 451. — '-Notes à Codinus, P. G., t. CLVii, 
col. 451. — » Notes à Codinus, P. G., t. clvii, col. G06. — 
" P. G., t. cxxii, co\. 1080. — ■' De cœrimoniis, I. I, .\ppcn- 
dix, édit. Bonn, p. 197, lig. G. 



10." 



CIIALCEDOINE 



lOG 



d'un port creusé sous Justinien ' et ce port tl'Eutrope 
se laisse aisément retrouver; mentionné par Tliéu- 
pliylicte Simocattas, par la Chronique paschalc et 
par Zonaras -, ces trois auteurs nous obligent à le 
placer au nord, dans la baie de Haïdar-Paclia ou à l'est 
dans le petit golfe de Calamieh. Entre les deux, l'hési- 
tation n'est pas possible, puisque l'église grecque 
de Calamieh conserve la pierre tumulaire de l'épo- 
nyme Eutropios ^ Voir col. 123, lig. 2426. Le port 
créé par Justinien âv T'n; EOrpoTico-j ÈTtwvJaoi; occu- 
pait donc une partie de la baie de Calamieh '. Le site 
de Hiéria est ainsi détenniné sans hésitation possible. 

Le nom de la presqu'île Hiéria a subi un si grand 
nombre de déformations qu'on a pu dresser un cata- 
logue de trente-huit intonations dont les variantes, 
portant tour à tour sur les lettres, l'esprit, l'accent, le 
genre et le nombre, conduisent de 'A^pta à 'l'pi , 
en passant par toutes les déformations imaginables. 
Ces trente-huit formes ne sont pour la plupart qu'une 
collection de cacographies introduites par le parler 
vulgaire, par l'itacisme, par les copistes, par les édi- 
teurs autour de quatre noms:"lhia, r,fUi-/, ir,o etUpôv, 
Mais il en est résulté beaucoup de confusion, princi- 
palement entre la presqu'île asiatique que nous étu- 
dions et plusieurs localités homonymes, notamment 
Iérion,.dans la banlieue européenne de Constanti- 
nople, à Galata. 

Nous ne nous occuperons ici que do ']li-^t.ri ()u'\liç,i:x 
dont l'itacisme lit 'lipuï ^ , et cela d'autant que 
'leoilrj-/, Procope nous le prouve', avait déjà pénétré 
dans l'usage du vi' siècle, léyin finit, en elïet, par 
s'imposer aux Byzantins. Il apparaît pour la pre- 
mière fois dans r.\nthologic ', en tête d'une épigramnic 
destinée au palais de .Justinien. Peut-être, sous la 
forme où nous le possédons, ce titre est-il l'œuvre 
d'une main plus tardive. 11 semblerait, en effet, que 
le nom de 'lion-/, destiné à représenter la presqu'île 
comme une chose sainte et sacrée, ne se généralisa 
pas avant le vu* siècle. Héraclius l'introduisit le 
premier dans l'usage, ou, tout au moins, lui donna sa 
consécration. L'histoire ne dit pas à quelle époque 
lenom d'Hiéria déserta le promontoire; au xvi" siècle. 
Pierre Gilles ne l'y trouva plus. 

L'histoire d'Hiéria, déblayée des événements qui 
eurent pour théâtre les localités homonymes, reste 
assez intéressante. Jusqu'au temps de Justinien les 
destinées de la presqu'île sont peu et mal connues; 
peut-être servait-elle dès lors de cimetière, les tombes 
retrouvées à Phanaraki (voir le para.graphe : Épi- 
graphie), Inviteraient à faire admettre cette destina- 
tion. La pi-esqu'ile, à raison de sa petitesse, ne pou- 
vait songer à devenir elle-même l'assiette d'un centre 
important, et elle ne fit que subir le contre-coup des 
prospérités ou des infortunes réservées aux grandes 
agglomérations voisines. Son rôle ne counnença que 
du jour où Byzance et Chalcédoine perdirent leur 
caractère de villes commerçantes pour s'accorder 
la vie joyeuse et bruyante des plaisirs coûteux. Ces 
plaisirs ne pouvaient se satisfaire dans l'intérieur des 

' Procope, De œdificiis, 1, I, c, .\i, èdjt. Bonn, p. 208, 
lig. 3. — = Théophylacle Simocattas, ilisl.A. Vlll, c. xi, 
édit. Bonn, p. 336, lig 1 ; Cliron. pnsch.. cdit. Bonn, t. i, 
p. G9G, lig. 10; Zonaras, Epilome hislorianim, I. XIV, c. .xiv, 
édit. L. Dindorf, t. m, p, 300, lig. 8. — 'G. Jacqucmier 
et Gcmier-Durand, Ëpilaphes grecques chrétiennes re- 
cueillies aux environs de Clialccdoinc, dans Cosmos, 1896, 
t. xxxiv, p. 211, fig. 2. — *J. Pargoire, op. cit., p. 32. 
— ' Ceci, bien entendu, au cas où l'on admet que 'il •,;» 
a vraiment précédé 'i.si--^. Si l'on regarde, au contraire, 
'IlifiK comme une simple cacographie de 'I 51», l'appa- 
rition de ce dernier nom, tantôt paroxyton et tantôt pro- 
paroxyton, devra s'expliquer, semble-t-il, par le pluriel de 
la forme 'U^eT..., déjà courante au temps de Procope et 
venue elle-même soit directement de îsfi:, soit, par cor 



villes, on s'éprit donc de la campagne '; de ce jour, 
la presqu'île était promise au plus brillant avenir. 

Justinien. sur les conseils de Théodora, l'embellit 
comme il savait le faire. .\vec un château magni- 
fique, il y construisit une église, des galeries, des 
places, des bains publics '. L'église reçut pour pa- 
tronne la Théotokos : Procope se déclare impuissant 
à décrire sa splendeur". Le reste des édifices ne le 
cédait en rien aux palais impériaux de la capitale". 
L'U pli du rivage devint, à grands frais, le débarca- 
dère de l'auguste villa. Deux môks puissaiitsjetés dans 
la mer au-devant des Ilots y formaient un port mer- 
veilleusement abrité contre les vents du large'-. Théo- 
dora. sa cour et l'empereur lui-même se transpor- 
taient chaque année à Hiéria, à la belle saison, pour 
un séjour de plusieurs mois. L'.\nthologie nous a 
conservé un distique dont le texte, gravé sur le marbre, 
à la porte même du palais, félicitait Justinien d'avoir 
ajouté en ces lieux à la beauté de la terre et des 
eaux ''. 

ToCtov 'lojTTivtavô; iyx-/.'/.l% OciaXTO yto^ù't 
"l'SotTi y.'xX vair, -/i/./o; i-'./.'ji\i.h.'7'x:, 

Justin II continua à endjellir la presqu'île qui tut, 
le 27 novembre (iil2, le théâtre d'une de ces tragédies 
que ménage l'histoire byzantine de siècle en sitcle. 
Dans la nuit du 23 novendire. l'cmpircur Maurice 
avait quitté Constantinople en fugitif, emmenant sa 
femme et ses neuf enfants. Le dromon qui les portait 
échoua à Pendik; la goutte empêchait Maurice de mon- 
ter à cheval; il se réfugia donc avec toute sa famille 
dans l'église voisine de Saint-Autonome. Pendant ce 
temps. Phocas arrivait devant Byzar.ce. y entrait, 
s'y faisait proclamer empereur le 2.5 et, le 26. envoyait 
une troupe arracher l'empereur déchu et les siens de 
leur lieu d'asile. On prit aussitôt le chemin du port 
d'Eutrope ou de la baie de Calamieh; seul manquait 
le prince héritier Théodose que Maurice avait dépê- 
ché au shah de Perse, Chosroés, pour lui demander du 
secours. Le mardi 27 novendjre. au milieu d'une foule 
nombreuse que contenait une troupe de soldats, pro- 
bablement sur l'emplacement de la chapelle actuelle 
dédiée à saint Jean Chrysoslome de Caîamich, on 
amena l'empereur, cinq de ses fils : Tibère, âgé de seize 
ans à peine, Pierre, Paul, Justin et Justinien tous 
plus jeunes, enfin deux généraux, un frère de l'empe- 
reur Pierre, et Commentiolos. On commença l'exécu- 
tion par les enfants. Déjà éclaboussé du sang de quatre 
d'entre eux, Maurice n'avait su que dire à chaque 
coup de hache : • N'ous êtes juste. Seigneur, et vos juge- 
ments sont équitables. « C'était le tour du cinquième 
lils. quand Mavirice reconnut qu'on lui avait substitué 
l'enfant de sa nourrice. L'em|)ereur ne fut pas moins 
hcro'ique que cette femme, il arrêta le bourreau et ré- 
clama son fils, le petit Justinien, blotti prés de sa mère 
et de ses sœurs; on l'apporta et, après ce dernier en- 
fant, ce fut le tour de l'empereur, de Pierre et de Com- 
mentiolos". On jeta les corps tout nus à la mer. L'offi- 

ruption, des thèmes 'Uia et *.-,;•... — • Procope dit : -"■ 
'Hj'/i.M, i-i? 'l.fir.,. •/oi>,.,i<!i T-i.r,, De wdiftciis, 1. I, c. m, édit. 
Bonn, p. 185, lig, 11, et ailleurs : -.-. •u»./;,;. ; ,r, ■]£-;.:,, ;,.,. 
;i»Xovi ., De œdiftciis, I. I, c. xi, édit. Bonn, p. 207, lig. 4. 
. — ' L. IV; Banduri, Imper, orient., t. i, p. 118. — ' Echos 
d'Orient, 1908, p. 15-22. — • Procope, De œdiftciis, I. I, c. xi, 
édit. Bonn, p. 207. — "Procope, op. ci7.,l. I, c. m, p. 185. 
— "Procope, op. cit., 1. I, c. xi. p. 208. — "Procope, op. 
cit., 1. 1, c. XI, p. 207. — " AnIlwliHjia, 1. IV, c. iv. Peut-être 
deux autres pièces se rapportcnt-clIes à Hiéria, cf. J. Par- 
goire, op. cit., p. 59, n. 1. — " S. Vailhé, i;j;écu/ion de l'em- 
pereur Maurice à Calamieh en 002, dans les Échos d'Orient, 
1910, t, XIII, p. 201-208; Lebeau, Histoiredu Bas-Empire, 
édit. Saint-Martin, Paris, 1829, t. x, p. 150-156; R. Spintler, 
De l'hoca imperatore Itomanorum, in-S", Icna, 1905. 



107 



CHALCKDOINE 



108 



cier coiiuiuiiulaiit l'escorte enipoila les huit têtes pour 
convaincre Pliotius que ses ordres avaient été exé- 
cutés. Peu de jours après, le prince héritier Théodosc 
fut à son tour saisi dans l'église Saint-Antonome, où 
il s'était réfugié après la mort de son père, et décapité 
immédiatement. Cinq années plus tard, mais la date 
exacte n'est pas connue, à Hiéria, aux lieux mêmes où 
Maurice avait péri avec ses fils, ce fut le tour de Cons- 
tantine, veuve de l'empereur, de ses trois filles : 
.\nastasie, Thèoctiste et Cléopâtre, et de sa belle-lille, 
la jeune veuve du prince Théodose. 

Les victimes de Phocas trouvèrent un vengeur dans 
Hcraclius, et Hiéria, eut en lui un de ses hôtes les plus 
tldèles. Héraclius y passa l'été de (ill, sa fdle aînée 
y naquit le 7 juillet et son fils Héraclius le 3 mai 612. 
.\ cette date, Chalcédoine et la banlieue asiatique 
de Byzance furent occujjées par les armées persanes 
pendant plusieurs années; l'empereur renonça pour 
longtemps aux villégiatures à Hiéria. Un retour d'éner- 
gie amena l'empereur à reprendre la lutte, et, en 622, 
une flotte grecque sortit des ports de Constantinople. 
Au jour de son départ, la presqu'île répondait encore, 
semble-t-il, au vieux nom qu'elle tenait de siècles 
païens. Héraclius profita de la circonstance pour le 
changer. « Lorsqu'on eut laissé à gauche Chalcé- 
doine, on passa devant le promontoire d'Hcra, où 
s'élevait autrefois un temple consacré à cette grande 
divinité de l'Olympe grec. Dominé par un enthou- 
siasme religieux qui n'avait jamais été aussi ardent 
ni aussi cxpansif, l'empereur supprima ce nom, der- 
nier vestige du paganisme et lui substitua une appella- 
tion chrétienne, sans doute celle de la Vierge Marie '. 
C'est une manière d'entendre les vers de Georges 
Pisidès ^. 

Kx\ cr, -ap£7;/,£i; î-JOÙ; 'Ilpïia; -or.ry^;. 
O-jrti) fàp aijTriV Mvoaa^ov Èx TiXâvr,; 
Ttj; Tipiv xpaTo-jT/j; "îcaoo/Tiv 6£5cYtj.£vot, 
"Ewç 2Tp=4'3c; sOctê^w; [jLtQapixôaa; 
fo T7); TiXccvr^; afioEov sî; ôOôoHt'av. 
TpÉuw 6= to-jTtuv p.vyjaovî'jirac Tàjv tÔtîuv 

2iy7J TTap£),Q£lv T,V £V CfJToC; EtpvifTtO 

"Evav/^o; svaéés'.xv* s'ffTat yàp 'iy^a. 
Kai To:; |j.$6' tijjlîi; /j uiMîir, ^ripiix. 

Cette interprétation est-elle irréprochable d'un bout 
à l'autre? Je ne rafrn-mcraî pas : un fait bien avéré, 
pourtant, c'est que l'ancienne dénomination se trou- 
vait oITîciellement abolie quand le diacre poète com- 
posa les trois acroaseis de son El; Tr,v xïri ILpaôr/ 
EX orparsîav. 

Au retour de la campagne glorieuse, Héraclius dé- 
barqua à Hiéria, parmi ces manifestations turbu- 
lentes, familières aux foules byzantines^. L'empe- 
reur attendit l'arrivée de la relique de la Vraie Croix, 
reconquise sur les Perses; dés qu'elle fut arrivée, on 
pressa le départ et l'entrée triomphale dans Con- 
stantinople^eut lieu le 1-1 septembre 628. Quelques 

• L. Drapeyron, L'empereur Héraclius et Tempire byzan- 
tin au VII' siècle, in-8", I^aris, 1869, p. 151. — 'De expedi- 
(lonc persica, acroas, I, vers 157-165, édit. Bonn, p. 9. — 
' Chronograph., édit. de Boor, i, p. 328 ; George Hamartolos. 
Chronic, iv, Regn. Ileraclii, 24. — ' Héraclius, à qui un as- 
trologue avait prédit : « C'est l'eau qui sera cause de ta 
mort, " refusait de franchir le Bosphore. — 'Si habilement 
que fût préparé le stratagème, c'est la meilleure preuve de 
lolie de ne pas s'apercevoir de l'existence du pont, du bruit 
de la mer, de l'aspect des branchages, etc. Les plus habiles 
machinistes auraient eu beau se surpasser, un homme 
sensé aurait découvert à l'instant l'artifice. — 'Théophane, 
Chronograph., i, p. 427,lig. 31. Sur ce conciliabule icono- 
cla.ste, cl. Hefele-Leclercq, Ilisl. des conti/es, t. m, part. 2, 
p. 693. — 'Théophane, Chronograph., i, p. 439, lig. 4; Nicé- 
phore de Constantinople, Op. hist., édit. de Boor, p. 74. — 
'Chronograph., I, p. 444, lig. 16. -^ » Éphrem, Cœsares, 



années plus lard, Hiéria abrita encore une fois Héra- 
clius dont l'intelligence, amoindrie sous le coup de 
trop d'infortunes, après la désastreuse campagne 
de Syrie, était assiégée de terreurs folles. Pour l'em- 
mener d'Hiéria et le ramener à Constantinople*, il 
fallut jeter un pont debateaux sur le moyen Bosphore 
entre une double haie de branches touffues. Héraclius 
se crut dans une avenue, parmi quelque forêt ^ Parti 
d'Asie à cheval, il arriva en Europe quelques heures 
plus tard, et, contournant la Corne d'Or, entrait le 
soir dans Constantinople, étant en selle depuis le 
matin. Cette même folie hydrophobe lui avait fait 
combler les citernes du palais d'Hiéria : nous en re- 
parlerons. 

Pendant plus d'un siècle l'histoire d'Hiéria n'offre 
plus rien de notable. En 753. Constantin Copronyme 
rassemble dans sa ville impériale d'Hiéria 338 évêques 
partisans de sa théologie et prêts à souscrire aux dé- 
cisions du prince*. C'est là encor,; qu'est exilé le mi- 
sérable patriarche Constantin, fantoche créé par le 
Copronyme jusqu'au moment de l'exil à Hiéria, que 
suivit l'exil à Prinkipo. cnlin le supplice" (76')). 

En 76SI, nouveau spectacle, Hiéria reçoit la jeune 
Irène avant son mariage avec le fils du Copronyme '; 
on ne sait trop si elle y reparut dans la suite. Ajirès 
elle, Théophile s'y montre au retour d'une campagne 
victorieuse en Cilicie.Avec la dynastie macédonienne, 
Hiéria revit les réceptions et les fêtes éclatantes des 
règnes de Justinien et d'Héraclius ; Basilefit construire 
une église à Hiéria '. Le biographe du prince ne s'at- 
tarde pas à décrire le nouvel édifice annexé à l'ancien 
édifice de la Théotokos, mais il déclare d'un mot qu'il 
ne le cédait en rien à aucun autre : o-Jôv/o: tw/ a>).œv 
èv 7.i).>.îi y.oil (ôpjioT/.Tt y.pivoasvov ce--rîpov'°. Là ne se 
borna pas l'œuvre de Basile. Nous avons dit qu'Héra- 
clius, dans un jour de folie, avait fait combler de 
terre et transformer en jardin potager la vaste ci- 
terne creusée sous Justinien près de la villa impé- 
riale. Depuis lors, on n'avait cessé d'y cultiver les 
légumes et les arbres fruitiers. Basile fit rendre la 
citerne à sa destination primitive, le potager rede- 
vint réservoir, à gi-ands frais, comme bien on le pense, 
mais c'était là un simple détail ". Au xvi« siècle, 
le voyageur Pierre Gilles en admirait encore les 
vastes dimensions, mais déjà il n'en restait plus que les 
quatre murs '^. Bâtis à la manière de Justinien, avec 
un ciment presque indestructible, ces quatre murs 
existaient naguère encore à peine entamés, à peine 
veufs de leur revêtement. En 1897, on fut contraint, 
pour procéder à des constructions modernes de faire 
sauter à coups de mine ces murs formidables. 

Nous nous arrêtons à cette limite chronologique. 
Hiéria recevra, au ix» et au x^ siècles trois patriarches 
de Constantinople, tombés en pleine disgrâce. C'est 
d'abord Ignace, conduit de l'île deTerebinthos =i; tyiv 
'lÉpEiav où il fut enfermé dans uncétable à chèvres 
bU (iivîpav oiiyM', ". C'est ensuite Photius que Léon VI 

vers 2580-2583, édit. Bonn, p. 113; ces églises étaient dé- 
diées à Élie le Thcsbite. — '"Théophan. Contin.. Basiliiis 
Macedo, n. xc.i, édit. Bonn, p. 337. — " Ibid.. p. .338. 
CI. Cedrenns. Ilislor. compendium. édit. Bonn, t. ii, p. 412, 
lig. 4. — '^Cependant, il prétendait qu'elle était voûtée; 
mais .1. I\Trgoire, Hiéria, p. 74-75, montre bien que c'était, 
au contraire, un réservoir à ciel ouvert. — "Nicetas David, 
Vila S. Ignalii, d.nns P. G., t. cv, col. 513; Siméon Ma- 
gister, .4nnn/. : Michael et T/ieodora, 28, édit. Bonn, p. 668, 
lig. 7. C'est par erreur que G. Schlumberger. [.es iles des 
Princes, in-8», Paris, 1884. p. 274. fait conduire Ignace 
« à l'extrémité septentrionale du Bosphore, sur la côte 
d'Asie, à ce célèbre promontoire d'Iliéréion, si fameux 
dans les fastes du détroit, au pied duquel était établie la 
douane impériale pour les régions du Pont et de la mer 
Noire. • La méprise est considérable. Cf. .1. Pargoire, 
Hiéria, p. 53-64. 



109 



CHALCEDOINE 



10 



y relègue pour quelques jours ' it-'piv... toO «iiteo; =•/ 
toi; xoc>.ouu.jvoiî "Irpi'uç. C'est enfin Nicolas !'='■ qu'une 
barque dépose sur le promontoire, en plein hiver, 
et que des séides poussent à pied, malgré la neige, 
jusqu'à Galaorènes '. 

Une dernière indication mérite d'être recueillie 
sous le règne de Constantin Porphyrogénète qui té- 
moigna un intérêt très vif pour la presqu'île et y 
entreprit des travaux qui semblent avoir été considé- 
rables; par malheur, ils nous sont rapportés dans une 
phrase incorrecte ou mutilée dont certains membres 
se laisseraient malaisément traduire. 11 faut relever, 
toutefois, cette indication : ... npàysov ojaa-/ Xï/y.r,- 
Sovirji; s'i; Tï?r,v'. Ainsi, jusqu'à cette époque la pres- 
qu'île avait continué à servir de cimetière aux habi- 
tants de Chalcédoine, voisinage inattendu pour les 
villas imijériales, mais, somme toute, voisinage ori- 
ginal. Serait-ce que la propriété des empereurs occu- 
pait la partie libre du terrain et que le reste n'avait pu 
être exproprié? Quoi qu'il en soit, les débris d'épi- 
taphes rencontrés à Phanaraki, et dont nous parlerons 
plus loin, ne sont pas faits pour rendre cette h\ jio- 
thése invraisemblable. Quant aux constructions et 
installations du Porphyrogénète, le plus sage, en 
l'état du texte qui nous les fait connaître, est de renon- 
cer à en préciser le lieu et la disposition. 

Puis passeront encore quelques empereurs, mais 
on ne saurait indiquer à quelle date les constructions 
impériales disparurent de la presqu'île. S'y trouvaient- 
elles encore au moment de la conquête musulmane? 
Avaient-elles succombé quelques années ou quelques 
siècles plus tôt? .\u début du xvi" siècle, Pierre Gilles 
trouva le promontoire dans un état de ruine qui té- 
moigne d'un long abandon. Vers le milieu de ce siècle, 
Soliman le Magnifique fit construire une maison de 
plaisance qui a disparu depuis. Aujourd'hui la pres- 
qu'île porte de pimpantes habitations qui ont puisé 
parmi les débris qui couvraient le sol, i)our se pro- 
curer les matériaux nécessaires. Les puissantes bâ- 
tisses de Justinien * ont disparu, la citerne n'est plus 
représentée que par quelques pans de murailles; une 
église dont Pierre Gilles vit les murs encore debout 
était rasée au temps de Skarlatos Byzantîos, au- 
jourd'hui ces restes eux-mêmes ont disparu. Les jetées 
des ports d'Hutrope et de Héraeon ont à leur tour 
cédé et les mariniers seuls peuvent reconnaître sous 
l'eau des bas-fonds artificiels. V'n écucîl dressé devant 
la presqu'île portait une inscription, il en fut dépouillé 
par des Européens vers 1816. 

' Vila Eulliiimii, c. il, édit. de Boor, p. 5. C. de Boor, 
op. cit., p. 142 et 209, voit dans ce nom propre le fau- 
bourg asiatique;.!. Pargtoire, op. C(7..p. 48, l'admet comme 
■ très probable », et p. (i4, ■ à moins toutefois qu'il 
ne s'agisse de quelque localité homonyme. » — ' Léo Gram- 
niaticus.C/ironof/r., édit. Bonn, p. 279, lig. 22: Theophan. 
Continuât., vi, Léo Basilii /i/ii(S, xxiv, édit. Bonn, p. 371 ; 
SymeonMagister,ylnna;.:/.eoBasi;ii/i(iiis, XIX, édit. Bonn, 
p. 709; Georg. Monach., Vila rec. imperntnrum, Imp. 
I.eonis fil. Basilii, xxKV, édit. Bonn,p.8G5, lig. 20. — »Theo- 
phan. Contin.,vi, Constantin Porphyrofj., xxvi, édit. Bonn, 
p. 451, lig. 17. — ' Procope, De irdiftciis, 1. I, r. xi. — 
' I*al!adius, Dial. de uita S. .Joannis Chnjsostomi, c. viii, 
P. G., t. XLVii, col. 28. — • Ibid. Dans l'Historia lausiaca, 
c. XII, P. G., t. xxxiv, col. 1034, on lit : 'l'',j=i-i«,»r;. — 
' Socrate. Ilisl. eccles., 1. VI, c. xv, xvii, P. G., t. Lxvii, 
col. 709, 716. — * Sozomène, Hisl. eccles., 1. VIII, c. xvii, 
P. G., t. i-xvir, col. 1560. — • Loc. cil. — " Chronographe, 
anno 5897, édit. de Boor, p. 78. — " Théophane, Histnriie 
compendiiini, P. G., t. cxxi, col. 629. — " Vita S. Jolmnnis 
Chnjsostomi, c. xlv, P. G., t. cxiv, col. 1165. — "Hisl. 
eccles., I. Xni, c. xv. P. G., t. cxlvi. col. 984. — " Pape- 
broch, Acia sanct., jun. t. iv, p. 243, propose Bufinus 
Proculus, consul en 316, ou Junius Rufinus, consul en 323, 
l'invraisemblance et l'improbabilité de ces deux noms est 
suffisamment démontrée par .J. Pargoire, Hiifinianes, dans 



VIII. HuFiM AXES. — Au sud-est de Chalcédoine, à 
une heure de marche environ et sur le bord du rivage 
s'élevait jadis un chêne, solitaire et fameux, qui avait 
imposé son nom la localité qui l'environnait (A-,j;). 
Son souvenir commença à pâlir et à s'effacer lorsqu'en 
392, sur cet emplacement s'élevèrent les constructions 
immenses et somptueuses du fameux préfet FI. Rufin; 
le peuple les désignait sous le nom de -y. "Po'js'-o-j 
(/.ri'TiiaTa), mais un autre nom prévalut; ai' Po-j?;!/'.»- 
•ix: (.■zf>',',(j.ï;). Toutefois, on voit persister l'ancienne 
appellation quelque temps. Les évêques réuni» en 403 
autour de Théophile d'.\lexandrie ' pour achever 
d'écraser saint .Jean Chrysostome, s'intitulent ;'ll (jj- 
voôo; ■?, à-{'.x r, èx'i Apiv auva/6:î'7ï, ce qui nécessitait 
déjà pour quelques-uns une explication, puisque Pal- 
ladius identifie le lieu aussitôt : totio; 3= éirriv o'j-zbi 
zaXo-Jfj-svo; Tripav Oa^âTir;:, Pouçsvrj-j TipoctaTeiov*. Les 
deux noms se conservèrent quelque temps; les uns 
préféraient l'ancienne appellation dont l'aspect 
vieillot donnait quelque cachet d'érudition à leur 
langage, les autres trouvaient le nom moderne plus à 
leur gré. Socrate ' et Sozomène ' continuent à parler 
de Apj; qui ne diffère en rien, quoi qu'on en ait dit, 
de Ruflnianes, ainsi qu'en témoigne Sozomène : 

r,"/.£v £•; Ap-jv* Xc("/y.r|ÔÔVOÎ 6è toCto 7,pOCt'7T£'.OV 'Po'JÇï'vOU 

Toj -JTtaT'.vtoO vj'/ Itt',')vjij.ov ', corroboré par Palladius 
cju'on vient de lire il n'y a qu'un instant, par Théo- 
phane : £v f^ Apuï Tr, vjv 'Po-j^iviavai; 'iz-i'ip.iv'r^^'',paT 
Cédrénus", par Métaphraste ", par Nicéphore Cal- 
liste ■', et par d'autres. 

Rufinîanes fut la création de I-'l. Rulin, consul en 
392, préfet du prétoire en juillet-août do cette même 
année ". La Vie de saint Hypace, abbé de Ruflnianes, 
par Callinique " a procuré à ce dernier l'occasion de 
parler du monastère et des constructions élevés par 
le tout-puissant ministre d'.Vrcadius qui s'était pré- 
paré à Ruflnianes un somptueux tombeau" ; 

Qui sibi pijramidas, qui non cedentia leniptis 
Ornalura suos exsiruxit culmina mânes. 

Ru fin construisit au Chêne trois monuments prin- 
cipaux : une église, un monastère, un palais. 

L'église dédiée aux apôtres Pierre et Paul était un 
mardjrium, riocpTJpiov ", pour lequel son fondateur 
avait obtenu de Rome quelques reliques des deux 
apôtres". On l'appelait souvent aussi V'A-oazo'/.v.'yi", 
ou même l'âyiov àTioTTo/EÎov ", très souvent aussi o't 
«Y'oi k-Kdrs-oloi ", OU ol i-6(iTo).oi tout court ", OU 
encore ô or/.o; twv àyt'wv aTroTTo/wv '^. 

Byzanlinische Zeitschrifl, 1899, t. viii, p. 431, dont nous 
ne faisons que résumer la dissertation. — '^Callinique, 
De vila S. Hypatii liber, in-16, Lipsi», 1895, et dans Acla 
sanct., jun. t. iv, p. 247-282. — " Claudien, In Rufinum, i. 
vers 448. — " Callinique, op. ci7., p. 66, lig. 19; Palladei 
Hisl. laus., c. XII, P. G., t. xxxiv, col. 1034; Socrate, 
Hist. eccles., I. VI, c. xvii, P. G., t. lxvii, col. 716. — 
'• Callinique, op. <?/(., p. 66, lig. 18. — " Ibid., p. 06, 
Ug. 16; p. 102, lig. 26; p. 107, lig. 1; p. 112, lig. 29; 
p. 118, lig. 22; Sozomène, loc. cit.; Nicéphore Callistc, 
op. cit. Papebroch s'est ingénié à découvrir deux édifices 
dans le nfTjj.o, de Pallade et riuo'TTo/.r.. des auteurs. 
La distinction est impossible, le texte de Callinique n'au- 
torise rien de semblable : à-<.TToXiro/ xaî ii-v.a-rî/.pîov r.'r.^ai^' 

«JToti, a-if iT)xo6ô^r,fTEv ô ^axù^io; PouïTvo; ^tîiava ^etëiov ùr.h 'Piojn^; 

lA,,l,^i ^o.zili-'.. Vita, p. 66, lig. 16. Voilà qui est précis: 
l'église des apôtres et le monastère sont tons deux l'œuvre 
d'un seul Rufin, qui fait venir les reliques de Rome et, 
l'église terminée, les y dépose solennellement. — '"Calli- 
nique, op. ci(.,p. 73, lig. 19. — " Ibid., p. 73, lig. 18; p. 99. 
lig. 29; p. 115, lig. 11 ; Siméon Métaphraste, Vita S. Anxcn- 
tii, c. V, P. G., t. cxiv, col. 1405. — " Callinique, op. cil., 
p. Ii7, lig. 22; p. 73, lig. 25; p. 118, lig. 48; Sim. Métaplir., 
op. cit., P. G., t. cxiv, col. 1405. — " Sim. Métaphr., op. 
ci(., c. Lxvi, P. G., t. cxiv, col. 1436. 



111 



CHALCEDÛIXE 



112 



C'est dans cette église que Rufin fut baptise le 
jour même de la dédicace, en 393, ou mieux en 394'. 
en présence d'un grand nombre d'évêques; un moine 
égjTitien, Animon, servit de parrain, rien ne prouve 
que saint Grégoire de Xyss? ait, dans la circonstance, 
prononcé une homélie -. La mort soudaine et rap- 
prochée de Rufln (27 novembre 395) ne compromit 
pas l'édifice qui se trouvait achevé. 

Près de l'église dédiée aux apôtres, et pour la desser- 
\ir, Rufin établit un monastère. Le témoignage de 
Sozomène est formel sur ce point : Ti/r.iiov ôà [iova/o-^; 
('Poviiv';;) nriw/.-.m; et celui de Callinique ne l'est 
guère moins : TÔ cÈ [lovaiTTiÇtov •/.T:'7â: ('Po*.*çîvo;) pova- 
;ovTa; A-j-;-.,:;T:t>-j; v.aTwy.i^sv '. Mais les moines égv'p- 
tiens ne s'étaient pas attardés à Rufinianes après la 
mort de Rufln; dès le mois de décembre 395 ou le 
début de l'année suivante, au plus tard, la colonie 
avait regagné sa terre natale ; ce qui n'était, peut-être, 
de sa part que l'effet d'une sage prudence *. Le mo- 
nastère se trouva donc abandonné, puisque ce n'est 
que vers l'année 400 que saint Hypace entreprit de le 
restaurer. Pendant cet intervalle de cinq années, 
plusieurs tentatives avaient été faites d'occuper les 
cellules abandonnées '. et il ne parait pas que ces ten- 
tatives aient toutes eu lieu coup sur coup; mais elles 
échouèrent et. vers l'année 400, Hypace trouva à 
Rufinianes un uLova<jTr,p;ov j'pr.jiov, w; u.t, la'vôfjôai oti 
tiovaaTT.pifiv r,v * et un eOztt.giov oly-ov tt^vj ■/■.uêÀr,- 
[lévov '. L'ensemble des constructions était même 
en si piteux état que les neiges s'y engouffraient à 
plaisir : t,v vis tÔ rtv/.r^u.'x yiyx •/.%': Ëçr/j.ov, wr •/■.ovo; l-j 
■/;iii(ivi ■(■c'j.'rî'îOat '. Cette situation si voisine de la 
ruine s'explique par l'insouciance dont on enve;oppa. 
à la mort de Rufin. tout ce qui lui avait appartenu et 
que la rapacité des particuliers ou du fisc impérial 
n'avait point confisque. 

La restauration tentée par saint Hypace doit se 
placer à la date approximative de 400 '. En effet, 
nous avons vu le monastère déserté en 395 ou 396 et 
trouvé par Hypace, à son arrivée, dans un état de 
complet délabrement : or. l'incurie, si profonde soit- 
elle. demande pour produire de pareils résultats le con- 
cours du temps, nous voulons dire un certain nombre 
d'années. D'autre part. Hypace s'établit à Rufinianes 
avec deux compagnons, Tiniothée et Moschion; or, 
dans l'été de 403 nous le voyons à la tête d'une com- 
munauté, sinon très nombreuse, du moins très res- 



pectable. C'est à l'occasion des funérailles du célèbre 
Ammon, l'un des ^ Longs-Frères ', célébrées sans 
hésitation possible par la communauté et dans le mo- 
nastère d'Hypace"; ce n'est pas trop d'accorder deux 
ou trois années pour réunir les moines qui entouraient 
Hypace dans la circonstance. La restauration fut, 
d'ailleurs, semble-t-il, assez lentement menée. L'ex- 
trême pénurie au sein de laquelle vécut au début la 
communauté d'Hypace en doit être le motif"; il fal- 
lut très probablement attendre les bienfaits du cham- 
bellan Lrbicius. en 434, pour procéder à une restau- 
ration méthodique et complète '^ Cette pénurie s'ex- 
pliquerait d'ailleurs en partie par l'attitude prise par 
la communauté renaissante en faveur de Jean Chry- 
sostome dont la querelle occupait alors tous les es- 
prits"; ce n'était pas un moyen de s'attirer la faveur 
et les dons de tout ce qui touchait à la cour impériale 
et disposait des richesses. O ne fut qu'en 406, à la 
mort de Cyrinus, adversaire de Jean, que les diffi- 
cultés intérieures prirent fin à Rufinianes. 

L'année 403, signalée par le o conciliabule du 
Chêne » ", amena à Rufinianes les ennemis les plus 
acharnés de l'archevêque de Constantinople. Leur 
voisinage ne dut pas être bien favorable à l'affermis- 
sement de l'œuvre de restauration encore branlante 
entreprise par Hypace; toutefois, il importe de noter 
que le monastère était bien distinct de \'à.-'j<7-.'/ii~.'--^ où 
se tenaient les réunions des évêqucs dont les logements 
devaient se trouver très vraisemblablement dans le 
palais voisin de Rufln, confisqué et devenu pro- 
priété impériale, que l'impératrice Eudoxie devait 
être bien aise de mettre à la disposition de son 
complice, Théophile d".\lexandrie '*, et de ses col- 
lègues. On a cependant quelquefois rapproché le mo- 
nastère et l'apostoleion au point de les confondre. 
C'était, en réalité, deux constructions voisines, mais 
fort distinctes. Si l'emploi constant de l'adverbe 
->t,t:ov ", lorsqu'il s'agit de leur position respec- 
tive, indique suffisamment leur voisinage, il n'indique 
point leur identité ". 

Le plan du monastère consistait en une vaste cour 
intérieure bordée sur les quatre côtes par l'oratoire 
ou les cellules, et c'est tout : as^avÀiov /.jx'/m iyov xs>.- 
1.%: v.jl: îC/.tt.v.o-/ 0I/.0 ". La présence de cet oratoire 
est attestée à maintes reprises ", on y célébrait 
l'oraison et la psalmodie quotidienne 2°; mais le 
dimanche, pour la célébration de la liturgie, Hypace 



■ Cette rectiflcation est proposée par Tillemont, Mé- 
moires pour serv. à rhislore ecclésiastique, t. ix, p. 592, 593, 
qui croit devoir faire coïncider la présence de ce grand 
nombre d'évêques à Rufinianes et le concile tenu à 
Constantinople. le 24 septembre 394; cf. Hefele-Leclercq. 
Hist. des conciles, in-S". Paris, 190S, t, 11, part. 1, p. 97. 

— =J.Pargoii e.iîu/inianes, dans Byzanlinische Zcilschrift, 
1890. t. VIII, p. 436- — = Callinique, op. cit., p. 66, lig, 21, 
H>-pace ne construisit pas, il ne fit que restaurer Rufinianes, 
le repeupler, l'agrandir, op. cit., p, 67, grâce aux largesses 
dTrbicius, op. cit., p. 73, lig. 1-10. Cela était parfaitement 
connu des contemporains et, à chacune de ses visites, 
le moine Isaac ne manquait pas de répéter : iiïa -i^ Si,- 

-•. îi -•- >!; --..; yy,L-l-r.j; 'Pojçv.-.j ,;/,,„: «,,7,,,^; 6!-,:;, Op. cH., 

p. 70, lign. 21. — ' J. Pargoire, op. cit., p. 438-439. Le 
fait d'un prompt départ est certain. Callinique, Vita, p. 66, 

Itg. 22 : To5 «àv 'Pou=tv6j TEAE-jT/.çavTo; £â(Jft/7£; aJTÔ (SCil, T'. '.lo-.aï- 

-','■•■''■) oî .4tvuir:i9t TT.v îSt'av ^a-rfl-Sa xaTÉÀdSov, c Dans la phrase de 
Callinique, la catastrophe du 27 novembre 395 et la fu<nie 
des Égj-ptiens sont peut-être non seulement en relation de 
temps, mais encore en rapport de cause à efTet. • L. Du- 
chesne. dansBii/tde corresp. hellén. ,18~S. t. n. p. 294, place 
le départ de la colonie égj-ptienne après la réaction de 403; 
cette opinion est insoutenable. Cf, Pargoire, op. cit., p. 439. 

— 'Callinique. op. ci7..p. 66, lig. 26. — 'Ibid., p. 66, lig 04 

— ■ Ibid., p. 67, lig. 12. — • Ibid.. p. 67, lig. 17. — 'Cette 
date proposée par les derniers éditeurs de Callinique : 



Seminarii philolog. Bonnensis sodales, est admise par 
J. Pargoire, op. cit., p. 140; tandis que M. Gédéon, dans 
nj''i,-.:.„ 'E;;-..;,.ix;., p. 114, 115, proposc 395-400, date 
qui renferme une période dont les deux ou trois premières 
années ne sont pas acceptables. — '" Callinique, op. cit., 
p. 137, lig. 23; p. 138, lig. 3; Sozomène, Histoire ecclé- 
siastique, 1. VIII. c. XVII, P. G., t.LXVii, col. 1560: 
J. Pargoire, op. cit., p. 439-440, et pour le point précis de 
la sépulture, ibid.. p. 447-449. — " On manqua de pain plu- 
sieurs fois. Callinique, op. cit., p. 75, lig. 29; p. 76, lig. 20. — 
" Callinique, op. cit., p. 73. lig. 6, et Index nominum, au 
mot û;;8:»:.,;, — "Cette attitude est nettement déduite par 
J. Pargoire, op.cit., p. 441. — " Hefele-Leclercq. Histoire 
des conciles, in-S'. Paris, 1907. t. il. part. 1, p. 141. — 
"Prélat fastueux s'il en fut, qui se fût encore plus mal 
accommodé de la simplicité des cellules du monastère 
que de la fer\eur de ses habitants. Le séjour de Théophile 
au monastère n'est, d'ailleurs, qu'une imagination d'Am, 
Thierrj-, Saini Jean Chrysoslomc et l' impératrice Eudoxie, 
2<édit., p. 179. — " Callinique, op. cit., p. 66, lig. 17; p. 99, 
lig. 30; p. 102, lig. 27; p. IIS, lig. 18; Sim. .Métaphr., 
op. ci7., c, XXXVI, P. G., t. cxn-, col, 1405. — ".\m. Thierrj-, 
op. cit., p, 179, présente le- grand monastère relié par ses 
cloîtres à l'apostolœuni. » — " Callinique. op. ri'., P- 67, 
lig, 11, — " Callinique, op. cit., p. 66. lig. 17: p. 99. lig. .30; 
p. 102, lig. 27; p. 118, lig. 18. — =• Callinique. op. cit., p. 67, 
lig. 14; p. 137, lig. 23. 



1i:i 



CIIALCEDOINE 



114 



quittait le monastère et se rendait à ràiioaTo)erov '. 
l'ne seule porte dans le monastère servait à ces allées 
et venues ^; nulle trace de cloîtres ou de galeries entre 
le monastère et l'éslise, le trajet se faisait en plein 
air ^ Quelles étaient maintenant les relations de 
l'abbé du monastère avec l'église voisine? 

Héritier fortuit des moines égyiitiens ^ Hypace ne 
succéda pas de prime abord à tous leurs droits et ne 
recueillit pas, en arrivant, tous leurs privilèges ^ Il 
avait pu, lui, ascète ignoré, venir s'installer avec ses 
disciples, dans un monastère déserté; mais il n'aurait 
jamais poussé la hardiesse jusqu'à prendre possession 
d'une basilique entretenue, à défaut de lUifin, par ses 
héritiers. rj)'ailleurs. le service de cette église récla- 
mait un prêtre : Hypace, encore dépourvu du carac- 
tère sacerdotal, ne pouvait y prétendre en 403. Bien 
plus, la mention parmi les gens de V xr.orirrj'i.v.o'i d'un 
àvaYvcKTrr,; marié ^ la présence dans ses murs de 
x)r,p'/.oi' étrangers au monastère • sont des indices 
de nature à nous convaincre qu'une fois les Égyptiens 
partis, l'évêque de Chalcédoine leur avait donné des 
séculiers comme successeurs. Ces derniers, maîtres 
de la place, y conservèrent, au moins en partie, leurs 
emplois même à l'époque où l'archimandrite voisin 
nous paraît y agir en maître. Fixer à cette époque un 
point de départ précis n'est pas cliose facile. Toute- 
fois, en voyant dans l'écrit de son disciple que saint 
Hypace, devenu prêtre, ne manqua jamais, le di- 
manche, de célébrer aux Saints- .\pôtres, on se per- 
suade que la date de sa mainmise sur l'église se con- 
fond avec celle de son ordination, laquelle doit être, 
suivant toute vraisemblance, postérieure à l'année 405. 
I/année suivante, 406. Hypace devenait l'higou- 
mène et il ne devait mourir que quarante années plus 
tard '; c'est dans les années de ce long gouvernement 
qu'il prit assez d'autorité, en 431, pour se permettre 
d'effacer le nom de Nestorius sur les diptyques de son 
église », au vif mécontentement de l'évêque de Chal- 
cédoine, qui tenta, nuus en vain, de l'y faire rétablir. 
Cette initiative hardie, cette résistance opiniâtre in- 
diquent bien qu'il jouissait alors de quelque autorité 
sur l'ctTuoo-To'AEÎov. Scs disciples en héritèrent "". 

Pendant les quarante années du gouvernement 
d'Hypace, l'établissement monastique de Rufmianes 
s'était dénnitjvement alîermi; la réputation de l'ar- 
chimandrite avait grandi au point de le placer à la tête 
du monachisme contemporain, à la mort de saint 
Dalniace", et on s'hal)itua, en conséquence, à donner 



à l'établissement de Rufinianes le nom de son restau- 
rateur. Appelé uovr, ' Y-x-i',-^ du vivant de celui-ci •-, 
Il prit à sa mort le titre de u.o-/aoT/,o:ov to-j [j.axa?io'j 
' V-z3.-irj-j ", et plus tard celui de uoviTTripiov to-j iyio'j 
*l':TaTco'j. 

Le monastère passa ensuite sous le gouvernement 
d'un personnage mal connu "et à quelques années de 
là il offrit une courte hospitalité à saint Auxence 
(452) 'S mais non à saint Sabas (.513) '«.A partir de 
cette date le monastère hypatien reste de longues an- 
nées sans occuper beaucoup de place dans l'histoire. 
Son éclipse paraît s'expliquer par les malheurs qui ne 
tardèrent pas à fondre sur lui. En 529, il semble que 
la banlieue de Chalcédoine fut visitée par une inva- 
sion arabe '"; en 615, sous Héraclius, l'armée persane, 
sous Sàhîn ravagea toute la banlieue asiatique de 
Constantinople et son collègue Sarbarâz en fit de 
même onze ans plus tard. S'ils étaient encore debout, 
les monuments de Rufinianes compteraient cette 
fois parmi ceux dont le Chronicon paschale nous ap- 
prend le sort: laXgipa;, =;aov'.o: toj Titpai/.'jj iT-parrj-j... 
Y=vo[j.£vo; àv Xj/xr,^ôv[ TrivTX -zi xï nçtftxo'iiT. xa't îraz-àna 
xïi ToO: E'jy.Topio'j; oi'xo'jç évïprio'îv ''. Dans les cellules 
ainsi dévastées avait vécu, peu auparavant, un cer- 
tain saint Jean, o ctyio; 'Iiuiv/r; 6 èv ' Po-j:j'.ïviî; (i.e. : 
^Po'jç'.vtavaî;) ^'*. 

Il semble que du vif au x" siècle Rufinianes demeu- 
ra désolée; ce ne fut que sous l'épiscopat du patriarche 
Théophylacte (933-954) qu'on entreprit une nouvelle 
restauration -°. Nous n'avons plus à suivre l'histoire 
de cette destinée -'. 

Outre l'église et le monastère. Rufin avait bâti un 
palais qualifié par Sozomène de paii'/En et qui, 
confisqué par Arcadius, après l'assassinat du 27 no- 
vembre 395, devint résidence d'été de la famille im- 
périale, dont plusieurs nuMnbres y firent de rapides 
apparitions "-; sous Justinien il était devenu la pro- 
priété de Bélisaire -'. Dès lors, le palais rufinien dis- 
parait de l'histoire. Selon toutes les vraisemblances, il 
devint la proie des fiammes après avoir logé soit Sâ- 
hin. soit Sarbarâz, sous le règne d'Héraclius ='. 

Ainsi voilà de vastes et multiples constructions 
surgissant tout à coup en un lieu désert où un chêne 
était chose remarquable. Hn effet, sur cette terre 
grasse, un chêne paraissait une gageure; au reste, le 
pays était désert et n'attirait pas les cultivateurs ". 
L'existence chétive qu'on menait à Rufinianes au 
temps d'Hypace était à peu près défrayée avec un 



'Calliniqup. op. cil., p. V.i, lig. l(i; p. 73, lig. 24; p. 102, 
lig. 26. — 'Callinique, op. cit., p. 120, hg. 17. — 'Cnllinique, 
op. cit., p. 115, lig. 11. En \enant de Cliaicédoine on rencon- 
trait d'abord l'À-'^TToi.uo., ensuite le :i-..vT:rs'.,, comme nous 
le voyons pourTarchimandrite Alexandre, venude la ville, 
chassé de l'église par Eulalius et réfugié chez Hypace, 
op. cit., p. 118. lig. 10-28; cf. J. Pargoire, op. cit., t. vni, 
p. 450; cet .\lexandre fut le fondateur des Acémètes (voir 
ce mot ). — * Sozomène, op. cit. — ^ Son pouvoir fut, au dé- 
but, dénué de tout caractère ofTiciel et discuté même parmi 
les moines. Calliniquc, op. cit., p. 68, lig. 18. — 'Callinique. 
op. cit., p. 00, lig. 21). — " Callinique. op. cit., p. 73, lig. 26. 
— • Callinique, op. cit., p. 130, lig. 3; cf. p. 70, lig. 11 ; le 
30 juin 446, et. J. Pargoire, op. ci(., t. viii, p. 450-451. — 
• Callinique, op. cit., p. 106, lig. 28. — '" Vers 470, le 14 té-' 
vrier, nous les voyons multiplier leurs instances pour ob- 
tenir le corps de saint Auxence qu'ils veulent ensevelir 
Èv Tùi o'.>.;. T.7.V ivLiov i.-r.'i'jz"'i.u>', ct c'cst là une preuve que cet 
oî'yo; relevait de leur monastère. Sim. Métaphr., op. cit., 
c. Lxvi, P. G., t. cxiv, col. 1436; J. Pargoire, op. cit., t. viit, 
p. 443. — " J. Pargoire, op. cit., t. viii, p. 450. — '-Callinique, 
op. cit., p. 118, lig. 18. — "C'était chose faite dés le début 
du VIO siècle. Cf. Vie de S. Au.vence, c. Lxvi, P. G., t. cxiv, 
col. 1436. — "Callinique, op. cit., p. 137, lig. 12; Vie de 
S. Aiixcncc, c. XXXVI, /'. G., t. cxiv, col. 1405. — '^ Vie de 
S. Auxence, c. xl, P. G., t. cxiv, col. 140.">-1412 ; ,1. Pargoire. 
op.c«.,t. VIII, p. 452, et Byzan/. Zei/sc/ir., 1002, t. xi,p. 334. 



341. — "Eutychius, Annales, P. G., t. cxi, col. 1064; 
Suiius, Vilœ sanclornm, in-fol.. Venctiis, 1581, t. vi, p. 250,^ 
col. 4; Cotelicr, Ecclcs. griecœ monum., t. m, p. 303; J. Par- 
goire. op. ci/., p. 453 et note 2; il y a un doute, le Rufinianes 
pourrait être une villa située dans la banlieue européenne 
de Constantinople. Dans Byzanl. Zcitschr., 1902. t. xi, 

I p. 340-341, l'auteur montre qu'il faut renoncer à faire venir 
saint Sabas à Rufinianes. — " Théophane, Cltronographia, 
édit. de lioor, p. 178; le fait paraît discutable toutefois- 
En 536. l'higoumène de Rufinianes. Sabbatios, illettré, 
signe le premier, entre quarante higoumcnes du diocèse de 
Chalcédoine, une pièce lue le 4 juin, à la v* session du 
concile tenu par le patriarche Menas. Mansi, Conc. ampliss. 

' coll., t. vin, col. 1014. Dans cette même pièce, au trei- 
zième rang et au vingt-et-uniéme rang, ibid., col. 1015, 
nous constatons l'existence de deux autres higouménes 

' à Rufinianes, mais leur carrière fut modeste et peut-être 
courte, on n'entend plus parler d'eux. — • ** P. G., t. xcii, 
col. 1005. — " J. Pargoire, op. cil., t. viii, p. 454. — 
-" Balsamon, Explic. du septième canon de la HiMT'.^-jTîja, 
dans Rhalli et Polli, i:^;-a~;x<,, t. il, p. 675. — =' J. Pargoire, 

1 op. ci'f., t. viir, p. 457-458. — " Callinique, op. cit., p. 112, 
lig. 27; p. 119, lig. 16; P. G., t. Lxxxiii, col. 1264, 1274; 

I Jordanès, Regum romanorum séries; Zenon, Chronicon pas- 
chale, P. G., t. xcii. col. 832. — " Procope, De bello per- 
sico, l. I, c. XXV. — =' .1. Pargoire, op. cit., t. vm, p. 458- 
460. — " Callinique, op. cil., p. 68, lig. 27. 



115 



CHALCÉDOINE 



116 



jardin ' et des vignes '. Les gens du pays, campa- 
gnards assez sympathiques, ■ïvpoi/.oi ', •/(ôpty.Qi * 
étaient, semble-t-il. maraichers et vignerons. Bientôt, 
pourtant, l'importance prise par le monastère attira 
quelque population et, ainsi qu'il arrive souvent, 
devint le noyau d'une agglomération; Hypace à 
peine mort, il s'était constitué sur la côte, pour les 
besoins du trafic, un groupe de maisons assez consi- 
dérable où les barques venaient aborder. Les moines 
habitaient eux-mêmes dans le voisinage immédiat 
de la mer '. Ce petit centre actif était un iy.T:6p:o-i °, 
un Ij::'v£'ov '. Son échelle vit approcher le dro- 
mon que Marcien envoyait à saint Auxence et Xicé- 
phore Botoniatc y attendit, quelques jours durant, 
celui qui devait le transporter sous sa pourpre récente 
devant la Porte Dorée. La ville eut même, dans la 
suite, quelque valeur militaire, ce qui ne lui procura 
qu'un traitement plus rigoureux et une ruine plus 
irrémédiable. 

Rufinianes disparut si absolument que son empla- 
cement fut aboli, son nom oublié, son site transféré en 
divers lieux. L'histoire de ces variations a été faite ', 
il serait sans aucun profit d'y revenir. Une confé- 
rence de .^L Paspati sur les '.\ix-6'i.iy.'-x -'^rti-'j-ai. xoû 
B-jîï'/Tioj », le '24 avril 1S7S, commençait à diriger 
Rufinianes sur la bonne voie; le P. Pargoire acheva 
la localisation et sa démonstration est définitive. 

Un texte de Callinique " nous apprend pour Rufi- 
nianes, que le -poa<rT£iov se trouvait à trois milles 
Tp:a (jr;|i=îa de Chalccdoine, à l'est de cette ville i-nX 
ivi-o)ar, sur la côte qui regarde les îles des Princes, 
et, ajoute la Vie de saint Auxence, dans le voisinage 
immédiat de la mer : -poivÉvsj/.s t?, ôa>di<7ar, ''. Si on 
compte trois milles depuis l'endroit précis où la 
déclivité du terrain et d'autres indices forcent à 
placer les murs de Chalcédoine, et qu'on tienne 
compte du recul indispensable pour faire commen- 
cer le premier mille au centre de la ville, le troi- 
sième mille vous amène au bourg de Djadi-Bostan. 
C'est autour du petit golfe de Djadi-Bostan qu'il faut 
placer Rufinianes. « Lii, point de ces ruines accu- 
mulées, comme il s'en trouve ailleurs, sur l'emplace- 
ment de centres importants et compacts aujourd'hui 
disparus. Il faut citer à Bagdad-Djadési une belle 
citerne de quarante mètres carrés '=. Quelques pas en 
deçà, un chapiteau presque intact dort sur la route. 
Plus près de la mer", l'on remarque, avec une autre 
citerne, les restes de constructions antiques fort im- 
portantes. De droite et de gauche gisent divers frag- 
ments sculptés, entre autres deux croix différentes de 
forme et de dimensions, deux ou trois chapiteaux, 
des tronçons de colonnes. Les marbres brisés ne se 
comptent pas. 



'Callinique, op. cil., p. 117, lig. 17; p. 120, lig. 13. — 
= Callinique, op. cit.. p. 120, lig. 13; p. 135, lig. 19. — 
'Callinique, op. cil., p. 81, lig. 30: p. 119, lig. 7; cf. 
p. 104, lig. 25. — ' Callinique, op. cil., p. 114. lig. 7, 9. — 
^ M. Gédéon, Vie inédite de saint .\nxence, dans Bj'^a.T-.-.ô-*, 
'Vr.f-'.'i.i-i:'.,, p. 115. — ' Sini. Mctaphr., Vie de S. .iuxence, 
e. XLrv, P. G., t. cxiv, col. 1413; c. xlv, col. 1416. — 'Nlcé- 
phore Calliste, Hist. cccles., I. XIII, c. xv, P. G., t. CXLVI» 
col. 9S4. — • J. Pargoire, op. cit., t. viii, p. 462-472; ces 
quelques pages, qu'on voudrait plus sobres, disent tout le 
nécessaire. — • 'KiV. ■'>■■'. îIjV'o •.;, t. xii, p. 43 sq. — '" Cal- 
linique, op. cit., p. 66, lig. 14; même distance notée plus 
loin, p. 117, lig. 29. La voie romaine, jalonnée de bornes, 
passait devant le monastère. — " livla.-:. 'K-.oT.,"/....,p. 115. — 
'^Surcescitemes, voirBYZ\NCE,t. iT.coI. 1448. — '^.\ côté 
de la propriété Mihran-eflendi. — " Michel .\ttaliate. édit. 
Bonn, p. 278. — " .J. Pargoire, op. cil., t. vm. p. 475. La 
découverte à Saraandra (= Sémendéré) d'une inscription 
médiévale relative à Rufinianes ne constitue pas une objec- 
tion contre nous. Tsigaras, dans 'Hi.l. •t:,.. zy,:,.',-r,:, t. vn, 
p. 237 ; Sidéridès, dans *kâV. «t'-./. SûV/.ov.,supplém. archéol. au 



" Ces ruines représentent- elles les cellules des 
moines? On serait tenté de l'affirmer, s'il n'était puéril 
de vouloir assigner, sans preuves, une place fixe à 
toute chose. On peut faire observer simplement que 
la citerne de Bagdad-Djadési, située deux minutes 
plus haut, occuperait dans cette hypothèse une place 
merveilleuse par rapport aux jardins du monastère; 
on peut même ajouter que cet emplacement, contigu 
aux flots et tout au bout des trois milles, cadrerait 
de tout point avec la position du monastère que les 
textes nous indiquent sur la côte, après l'à-'jTTo'/slov. 
Loin de nous toutefois la pensée de certifier l'iden- 
tification de pareils détails! Il nous suffit, sans pré- 
tendre indiquer à quel monument particulier se rat- 
tache tel ou tel débris, de répéter que Djadi-Bostan 
représente Rufinianes. Que le -soiTT;:»-/ se soit 
un peu déplacé dans le cours des siècles, que les 
maisons groupées tout d'abord au point le plus acces- 
sible du golfe se soient insensiblement transportées sur 
le cap qui précède l'échelle actuelle, ou peut-être même 
sur le monticule de Bagdad-Djadési, pour y former 
le -o/.iyvtov xapTîO'.'iraxov v.x\ ô-j'7[J-x-/iù'3.'rj', dont nous 
parle Michel Attaliate ", il n'y a rien là que de très 
naturel, et les déplacements de ce genre sont fré- 
quents et on les remarque un peu partout. Opéré 
ici, dans un rayon très restreint, il n'a jamais éloigné 
Rufinianes du moderne Djadi-Bostan ". » 

IX. Le Poly.\ticox et le monwstère de S.\tyre. 
— En 717, nous dit Théophane, l'arabe Ized allant 
avec sa flotte de l'ouest à l'est tiootûpuhtev et; -i- 
T-jpo'< 7.ai Bpjav y.%\ ëw; Kipra )'.|i:vo;"; d'où il résulte 
que le monastère de Satyre se trouvait avant Bryas. 
c'est-à-dire avant Maltépé qui représente, à peu de 
chose prés, ce hameau byzantin ". Mais ailleurs, 
Constantin Porphyrogénète, marchant en sens in- 
verse, nous apprend qu'nu jour où le basileus 
retourne d'Orient à ô e-apyo; Tf,; ^6).îm; i-avTÏ... 
îirc £v SaT-jpw, ïiVi i'i ~'o IIoA ;>aTr/. ï», 'r, âv 'Po'jy'.v.otvat;, 
r, èv TA, 'lépcta ". Et la conclusion s'impose : Satyre 
précède Bryas, mais entre Satyre et 'lipï.a, deux 
TtpoJTTî'.a, c'est-à-dire Tlo'/jx-z:/.6-/ et 'Po'j?'.-/'.ïva;, 
réclament leur place, et ils la réclament de telle sorte 
qu'entre "lipsia, à l'ouest, et Kipra Xcaiîv à l'est, 
l'ordre soit le suivant ; "lépstï, 'Po-jçiviava:, Ilo'/.-ja- 
Tt/.ôv, ÎLTaOpo:. Boûa:, KâpTa /'.fjLV>^*. 

Polyaticon, plus rapproché de Chalcédoine que 
Satyre, se trouvait donc sur la côte entre Djadi-Bos- 
tan et Maltépé. La disposition de cette côte et la dis- 
tribution dans ces parages des restes antiques sup- 
pléent en partie au silence des documents. Le site de 
Polyaticon pourrait alors être fixé à vingt-cinq mi- 
nutes de Djadi-Bostan, à vingt minutes de Bagdad- 
Djadesi '". au lieu dénommé Bostandji-Keupru -' aux 



t. XVII, p. 123, n'y ont pas vu un document capable d'in- 
fluer sur la topographie du -0'>'i(rT£t'.v. Les deux lignes, les 
cinq mots qui la composent : t ''Oj{o:) -(r.) '"^ri'^-) ;^'''*;; "1*oj- 
=:v:av.r,,, nous apprennent que le monastère possédait une 
propriété quelconque dans ces parages. Détenteur de biens- 
fonds au diocèse de Smyrne. il est naturel qu'il en eût 
aussi à quatre ou cinq heures de ses portes. Le P. Pargoire, 
Autour de Chalcédoine, dans Byzanlinische Zeitsclirift, 
1902, t. XI, p. 333-320, a repris de nouveau la question 
de l'emplacement de Rufinianes. — "Théophane, Cftrono- 
graphia, édit. de Boor, p. 397. — " El. Tapeinos a publié 
sur Maltépé et ses environs un travail (dont toutes les 
conclusions ne s'imposent pas) dans ' \-r:rz, 1890-1891, 
n. 7-10, 12,13. — "Constantin Porphyrogénète, De ciFri- 
moniis, 1. I, P. G., t. cxii, col. 937. — ".\i-je besoin dédire 
que je cite encore le P. Pargoire, Rufinianes, dans Byzan- 
linische Zeitschrifl, 1S99, t. vm. p. 468, dont le travail 
est d'autant plus précieux qu'il rectifie la topographie 
établie par M. Paspati? — " Groupe de maisons situées à 
cinq minutes de féchelle actuelle de Djadi-Bostan. — - 
" S'appelle aussi Bostandjlk et Bostandji-Bachi. 



Il" 



CIIALCEDOINE 



118 



dibris anli(|iu-' silms ;i l'embouchiirc du Bostandji- 
Doré. La rive droili' de «■ torrent peut être regardée 
comme le centre du vieux l'olyaticon; le cap voisin 
devait former la partie occidentale de son emplace- 
ment. De la sorte, le hameau dominait tout ensemble 
les deux golfes creusés par la Propontide, entre la baie 
de Rufmianes et celle dcSatyre. 

l'n peu sur la gauche de la route, à deux minutes 
de Kara-Haeh-Tchesmé, presque à mi-chemin, entre 
Bostandji-Kenpru et Maltépé se trouverait le site 
du monastère de Satyre. 

« Ces ruines ont leur caractère. Assises non loin de 
la plage et dans un lieu peu élevé, elles forment un 
tumulus quadrangulaire imposant. Dans les gros murs 
encore debout, on reconnaît sans peine les substruc- 
tions de l'édifice qui a fourni tant de marbres, tant 
de fûts de colonnes aux tombes musulmanes du 
cimetière voisin. Le tumulus est divisé au moins en 
trois rectangles. Celui du milieu, le seul éventrc et 
déblayé, servait de citerne, mais la disposition des 
piliers et des voûtes encore intacts dans la partie 
orientale donne au premier abord rimpression d'une 
vaste crypte. L'idée qui persiste à la réflexion c'est 
que la citerne soutenait une église orientée, f.;"!, 
croyons-nous, s'élevait le monastère de Satyre, la 
(iovr) ToO Ali/ïr,), Toj '.\vxTi),).0'Toç bâtie par saint 
Ignace de Constantinople et gardienne de son tom- 
beau. Au cours de la petite table qu'il lui consacre, 
le continuateur de Théophane appelle ce lieu oJaë»T-,v 
et nous révèle l'existence dans le voisinage d'un 
temple païen dont les restes fournirent à l'empe- 
reur Théophile (829-S4'2) les matériaux de son palais 
de Bryas '. Prés des ruines que nous signalons, le 
terrain est tout aussi accidenté que sur tel autre iioint 
de la côte et sa [)roximité de Maltépé explique tout 
naturellement l'acte de Théophile. 

« Il y a plus. Le pont jeté sur le torrent voisin porte, 
encore aujourd'hui un nom des plus significatifs. 
C'est le Monastir-Tach-Keupru, le « pont de pierres 
du monastère ». Fort de cette dénomination tradi- 
tionnelle, nous affirmons que les ruines de Kara- 
Bach-Tchesmé représentent une ancienne maison 
religieuse. Et cette maison religieuse est évidemment 
celle de Satyre, puisque l'histoire n'en mentionne 
aucune autre sur ce rivage '■ 

« Si l'on adopte ces conclusions qui ne sont |)eiil- 
être pas de simples hypothèses, les jtpoiTTEia mari- 
times énumérés par Théophane et Constantin Porphy- 
rogénète se trouvent tous identifiés. 'Ilpaia ou 
'léfeiot est à Phéner-Bagtché, Apû; ou 'Po-j?iv;avaî à 
Djadi-Bostan, IloA'jaTi/.ov ou IloXeaTc/.'iv à Bostandji- 
Kenpru, SiT-jpo; ou Monastère Mi/ar,), toj '.Xvït;;,- 
).ovTo; à Kara-Bach-Tchcsmé, Bpjaç ^ Maltépé et 
KapTa)![jLr,-/ à Kartal. Qui désirerait pousser jusqu'au 
village voisin, retrouverait dans Pcndik le UotvToiyiov 
célèbre par la mort d'Eutrope et le séjour de Bélisaire.»' 

X. L.\ MSTE ÉpiscoPALE. — Avant l'illustration 
que jeta sur le siège de Chalcédoine, au temps de 
l'épiscopat d'P^leuthèrc, en 1.^1, la réunion du IV'' con- 

^ Thcopli.. (^ont., 7-PO I Arnienius, c. x, P. G., t. nx, 
col. 33. — ^ Celles que l'on connaît là s'élevaient à l'inté- 
rieur des terres : rien ne prouve, du moins, qu'elles fus- 
sent maritimes. — ^ .1. Parf^oire, Hiifïniancs, dans Byzan- 
tinische Zeitschri/t, l.Sîiîi. t. \-ni. p. J77. Cf. J. Pargnire, 
Les nionastères de .•utitil It/iuicc cl les cinq plus petits ilôts 
de Varchipcl des Princes, dans Izvicstia ntsskafio-areltcoîo- 
gitcheskago Institnlau. ivn/(.s/nn/(no/)o/ie, 1901.t.vir,p.74-56. 
— * J. Pargoire, / es premiers êncques de Clialcédnine, dans 
les Échos d'Orient, 18'.)!!. t. m, p. 85-91, 204-20ÎI; l'.lOO, t. iv, 
p. 21-10, 104-1 13, c'est le seul travail vraiment critique sur 
la question. Cf. M. Kléoiunnos et X. Papadopouliis, BiO^- 
■''.yj, în-S'', Constantinople, 18(i7, p. 121, ce n'est qu'une 
médiocre adaptation de l'OriVns christianus, sans utilité 
d'aucune sorte; .\nthinic .\lexoudis, dans le N£o>.o;-î; (de 



elle oecuménique, la liste épiscopale ne contient que 
peu de noms *. Le Quien en donne sept '', .Mexoudis 
va jusqu'à onze : voici leurs scliémas respectifs : 



Le Quien. 
Theocritus. w siècle 
Maris signalé en 326et302 
Theoduius. . 381 
Philoteus . . 382 



Cyrinus 



Atexoudis. 
Criscès, apôtre. 
Tychique. 
325-381 Marnos. 

390 Heraclcianos. 
391-395 Cyrille. 
:598et403 397-407 Marin ou Cyrin. 
431 .Aprigius. 
431 Éleuthère. 
440 Cosmas. 
Eulalius. . . 431 448 Eulalius. 

Éleutherius . 451 451-459 Éleuthère. 

La concordance entre ces deux listes laisse beaucoup 
à désirer, on le voit. 

I. Kpiay.r,; ou plutôt Kpyjir/.v):, Cresccns " men- 
tionné par saint Paul à l'occasion d'un voyage en 
Gaule ou en Galatie — le litige n'est pas vidé — a 
été arrêté au passage et intronisé sur le siège de Chal- 
cédoine. On n'échappe pas à sa destinée; celle de 
Crescent le poussait vers l'épiscopat; à telle enseigne 
qu'on l'a revendiqué pour une demi-douzaine de 
sièges ' : Carchc, Chalcis, Vienne en Dauphiné, 
Mayence, Carthage, Chalcédoine, enfin la Galatie 
entière; voilà des destinations assez divergentes et 
difficilement conciliables, encore que le Synaxariste 
nous prévienne que les apôtres et leurs disciples 
n'avaient pas l'habitude de s'éterniser sur le même 
siège'. Ce qui impoite plus, c'est que jamais l'an- 
cienne tradition grecque n'a fixé la chaire épisco- 
pale de Crescent dans une ville de Bithynie; ce n'est 
que beaucoup plus tard que cette localisation com- 
mence à se faire jour. Le premier auteur qui men- 
tionne l'épiscopat de Crescent est le faux Dorothée 
de Tyr. Son travail sur les disciples du Christ le si- 
gnale au di.x-huitième rang avec cette rubrique : 
Kp-fiT/'isi û"J [J.i[Xv-/]Ta[ *.-\TtO(7TO>.o; iv t>, Ttpô; Ttjj.ô0£ov 
^E'jrépot 'IOttitto'/ï; o; /.ai è~:i/.oî;o; Xa>.y.r|56vo; Tr,; èv 
l'a/Xia Év£vi7o '. Comme on le voit, il s'agit d'une 
ville gauloise et non d'une cité bithynienne. Ce que 
peut être une ville gauloise du nom de \ix'>y.rfi(o-j, 
nous l'ignorons et ce n'est pas ici le lieu de le cher- 
cher, mais ce c[ui est certain c'est qu'il n'est pas ques- 
tion de Chalcédoine, en Bithynie. La précision qu'ap- 
portent les mots Tr,; iv Pa'A/.ii interdit le transfert 
d'une Chalcédoine des Gaules en Bithynie, d'autant 
plus que ce dernier siège n'est plus vacant puisque 
le même pseudo-Dorothée y colloque un autre disciple 
du Christ, Tychique, qu'il fait i-irjy.oKo; Xï).xr,6ovo; 
TT,ç Bi6-jvia; ". L'opposition entre les deux cités est 
formelle, indéniable, voulue. Donc, dans la pensée de 
l'auteur, la ville épiscopale de Crescent n'a rien de 
commun avec Chalcédoine de Bithynie. Le Calalogus 
Ilippotyli^^ fait de Crescent un l-nirjy.o-nr,; Kip/r,; tîjç Iv 
l'x.Àicxiî; cette mention rapprochée de celle du pseudo- 

Constantinople, ensuite d'Athènes), puis dans r'Av«T',î.tx'.;, 
'Al-'.';, 1890-1891, t. XXX, p. 108. — 'Le Quien, Oriens 
christianus, t. i, p. 599-602. — • II Tim., iv, 10. — ''J. Par- 
goire, op. cit., p. 86. — • rjv./ -;./.,„;-;, Zante, 1868, t. m, 
p. 166, note 2. Voilà cependant qui ne s'accorde guère 
avec le principe consacré à Nicéc du non-transfert d'un 
siège épiscopal à un autre siège. — "Selecta ad illustralionem 
Chroniei paschalis, dans P. G., t. xcii, col. 1061. Au lieu 
de Kj/,.i*r,.-, (>; iLî-t-.r.-'ji-, etc., on lit aussi, par exemple dans 
l'édition de Venise, p. 343 :K) i ;i,,;, ol niii.r.Tn .etc., mais cette 
leçon est à rejeter eans la moindre hésitation, puisque le 
nom de Clément i.e figure pus dans la seconde épîlre à 
Timothée. — "Op. cit., P. G., t. xcii, col. 1005. Tychique 
est le soixante-et-unicme disciple. — " Acla sanct., jun. 
t. VII, p. 223. 



119 



CHALCÉDOINE 



120 



Dorothée témoigne en faveur du maintien de la déter- 
mination en Gaule dans la phrase discutée, el le atteste 
en même temps que les Grecs connaissaient fort mal 
le nom exact de la ville particulière dont ils parlaient, 
mais qu'ils étaient par contre pleinement d'accord 
sur la région où se trouvait cette ville '. Toutefois, 
cette région gêna un peu à partir du jour où on ima- 
gina d'amener Crescent à Chalcédoine où il devait 
faire bonne figure et épauler au besoin l'apostolicité 
un peu branlante de son voisin de Constantinoplc. 
Le remède était tout près du mal; les mots, t/.; èv 
raÀ/i'j, gênaient, on les biffa; ce fut ainsi que les 
boUandistes firent usage d'un manuscrit qui ne les 
contenait point, tandis que Du Gange mit la main sur 
un manuscrit qui les avait conservés. Ce n'était pas 
le seul qui témoignât de l'ancienne tradition, encore 
vivace au temps du pseudo-Dorothée et même bien 
plus tard, puisque saint Joseph l'Hymnographe 
l'accueillait dans son Canon en l'iionneur des cinq 
disciples fêtés le 30 juillet '. dont elle disparut éga- 
lement à une date postérieure. Ainsi donc saint 
Crescent n'a aucun droit à figurer sur le catalogue 
épiscopal de Chalcédoine où il ne peut faire que fi- 
gure d'intrus. 

//. T-^y.y.'ii n'est pas un inconnu, son nom 
figure une fois dans les .\ctes des apôtres ' et quatre 
fois dans les épitres de saint Paul '. Nous apprenons 
ainsi qu'il était asiate et accompagna saint Paul dans 
son voyage de Macédoine à Jérusalem; destiné par 
l'apôtre à faire l'intérim de Tite dans l'île de Crète, 
il fut envoyé de Rome porteur de lettres et de nou- 
velles pour les communautés d'Éphése et de Colosses. 
C'est tout. Plusieurs martyrologes font de lui un diacre, 
presque tous lui refusent le titre épiscopal*; cepen- 
dant, le Calalogus IJippulyti. le Ménologe de Basile et 
tel Synaxaire lui réservent le siège de Colophon; le 
pseudo- Dorothée l'envoie à Chalcédoine, et la vie 
de saint .\uxibius lui attribue Xéapolis de Chypre. 
Dorothée qui a besoin d'un nombreux personnel dé- 
double le compagnon de saint Paul et trouve ainsi un 
évéque pour le siège de Chalcédoine; mais il demeure 
seul témoin et comme son témoignage ne vaut rien, 
le personnage n'a guère chance d'être maintenu sur 
son siège imaginaire ^. 

III. Theocritus nous est connu par un chapitre du 
Prifdestinatus ' qui le représente avec son collègue 
Evandre de Xicomédie, comme luttant avec succès 
contre la secte des Ophites, chassant leurs prêtres et 
tuant leurs serpents. Les Ophites ont duré depuis 
l'an 150 environ jusque vers le premier quart du 
iu= siècle; on voit, d'après cela, que la date de l'épis- 
copat de Théocrite reste un peu vague et c'est sans 
raison véritable que Le Quien * propose de le fixer 
au II* siècle; on peut admettre une époque un peu plus 
tardive. Les obscurités qui enveloppent ce détail de 
chronologie ne sauraient nous empêcher de regarder 



Théocrite comme le premier évêque, de nous connu, 
qui ait gouverne l'Église de Chalcédoine. 

IV. Maris '^ commence enfin à faire figure sur le 
siège de Chalcédoine. Présent au concile de Nicée 
de 32,') ", il devait s'y intéresser d'autant plus qu'il 
avait eu, au dire de Philostorge, Lucien d'Antioche 
pour maitre " et professait chaudement les doctrines 
d'.\rius, dès avant 325 ". Théodoret le range au 
nombre des Ariens les plus militants ". Gélase de 
Cyzique lui réserve une place dans sa liste des dix-sept 
Pères hétérodoxes du Concile ". Ce n'était pas un in- 
transigeant, à Nicée il signa la profession de foi catho- 
lique, mais sans modifier ses opinions. En 335, on le 
rencontre à Tyr, peu après à .\lexandrie, puis à Jéru- 
salem et à Constantinoplc, où il obtient la condam- 
nation et l'exil d'.\thanase dont il resta l'irréduc- 
tible adversaire. On le voit apparaître pour la der- 
nière fois en 362, complimentant Julien l'Apostat lors 
du passage de celui-ci à Chalcédoine; il était aveugle 
alors et dut disparaître peu de temps après ". 

V. Theoduhis succéda peut-être directement à 
llaris, rien de précis sur ce point. .\u IL" concile 
œcuménique, à Constantinoplc, en 381, les signatures 
des Pères nous donnent pour la province deBithynie: 
Theodohis calcedonensis. 

C'est tout ce que nous savons de l'épiscopat de 
Théodule. Le Quien a pensé à tort que cet évêque 
était mort pendant les derniers mois de 381 ou au dé- 
but de 382, il infère cela d'un renseignement contenu 
dans la vita s. Isaaci monachi, mais le Philothée qu'on 
y donne pour successeur à Théodule ne parut pas au 
concile de Constantinoplc, ne succéda pas à Théodule, 
n'occupa pas le siège de Chalcédoine au cours du 
iv« siècle. 

VI. Cyrinns a reçu des noms divers : Cijrillos, 
Marinas, Xyrinos et même Severus; les contempo- 
rains n'ont connu et cité que le seul nom de Ivjpivo:. 
Le personnage doit sa triste célébrité à sa haine 
contre saint Jean Chrysostome; son animosité est 
connue de tous les historiens et il fait digne figure 
à côté de son compatriote Théophile d'.\lexandrie. 
En 403, lévéque de Clialcédoine se multiplia lorsqu'il 
s'agit d'héberger Théophile et les évêques égyptiens 
venus pour terminer la campagne entreprise par 
l'impératrice Eudoxie '^. Il joua également un rôle 
dans le conciliabule du Chêne, tenu dans son diocèse, 
à une heure à l'est de sa ville épiscopale et dans les 
démarches qui suivirent". Cj'rinus mourut peu après, 
pendant le dernier semestre de 405 '*; nous ne savons 
depuis combien d'années il occupait le siège épisco- 
pal de Chalcédoine, peut-être depuis l'année 401, 
époque à laquelle il se trouverait attesté". 

V7/. Philotheus, mal connu; nous savons de lui 
qu'il ordonna Hypace, abbé de P.ufinianes, et cette 
ordination n'est pas antérieure à 405. C'est donc 
après cette date que Philothée, l'ordinand d'Hypace, 



' A l'époque où le pseudo-Dorothée écrivait, les orien- 
taux entendaient le mot r,^.^-:^ de saint Paul dans le 
sens de Gaule. Cf. Eusèbe, Hist. eccles., 1. III, c. iv, P. G., 
t. XX, col. 220; Épiphane. Hares., li, n. 11, P. G., t. xli, 
col. 909; Théodoret, Comment, in II Timoth., P. G., 
t. Lxxxii, col. S53. pour lesquels l'ai^T» et ra"/.>.:-i signifient 
la même région. Le Pseudo-Dorothée s'en est tenu à ce 
qui se disait de son temps. Cf. Échos d'Orient, t. ni. p. 88. 
— 'Mrva-v,, T,2 I-,j/ :-.j, édit. Barthélémy de Koutloumousi, 
Venise, ISSO, p. 156. — '.\ct., xx, 4. — 'Tit., m, 12; 
Tim.,iv,12;Eph.,vi,21,22:Col. iv, 7,8. —^ Acia sanct., 
apr. t. m, p. 260. — «Il y aurait, d'ailleurs, siégé le pre- 
mier et non pas après Crescent, comme le veut Anthime 
Ale.xoudis. Cela importe assez peu, à vrai dire, puisque ce 
ne sont que des ombres. — ' Prœdeslinalus, I, c. xvii, P. L., 
t. LUI, col. 592, cet ouvrage a été attribué à Primasius; on 
propose aujourd'hui Arnobele Jeune. — • Oriens chrislia- 
nus, 1. 1. p. 583. — 'C'est le même personnage qu'.\nthime 



' Alexoudis nomme Marnos. — '"H. Gelzer, H. Hilgcnleld, 
O. Cuntz, Patriim Xicsenorum nomina, in-16, Lipsiie, 1898; 
Êcltos d'Orient, t. ni, p. 206; on le trouve désigné sous 
'es noms de Maris, Marcs, Mn;;, Marins, Marinas. — 
" Philostorge, Hist. eccles., I. II, c. xiv, P. G., t. L.xv 
col. 477. — '- S. .\thanase. De synodis, xvii, P. G., t. xxvi, 
col. 711. — " Théodoret, Hisl. eccles., 1. V, c. vu. P. G., 
t. Lxxxii, col. 1208. — " Hist. conc. S'icœni, 1. II, c. vu, 
P. G.,t.Lxxxv, col. 1241. — " Êc/iosd'Orien/, t. III,p.207- 
209. — " Socrate, Hisl. ceci., vi, 15, P. G., t. Lxvii, col. 709; 
Sozoméne, Hisl. eccles., 1. VIII, c. xvi, P. G., t. Lvxii, 

1 col. 1557. : — "Pallade, Dialogus de uita S. Johannis 
Chrysostomi,P.G. t. XLVii, col. 31 sq. Cf. Hefele-Leclercq , 
Histoire des conciles, t. ii, part. 1, p. 141. — " TiUemont, 
Mémoires pouuant servir à Chistoire ecclésiaslique, t. xi, 
note LXiv, p. 594-595. — "La mention que Le Quien 
fait de lui en 398 est inexacte. Cf. Échos d'Orient, t. iv, 
p. 29. 



121 



CIIALCEDOINE 



122 



était assis sur le siège de Clialcodoine, en 206. Les ré- 
cents éditeurs de la Vila Ilijpalii l'y maintiennent 
sans preuve jusqu'en 430 '. 

VIII.Eulalius occupait, incontestablement, le siège 
de Chalccdoine, en 431, on peut même dire qu'il 
l'occupait avant cette date, et plusieurs annéesavant, 
au moins dès 426 ou 427, à laquelle se rapporte l'inci- 
dent de l'expulsion de l'archimandrite, Alexandre, de 
la basilique de Rufinianes '. Eulalius, nous le savons 
par une inscription relative à une église voisine de 
Chalcédoine, vivait encore en mai 450 ', date de la * 
pose de la première pierre de l'église de Saint-Chris- 
tophe. Entre cette date et le mois d'octobre 451, 
Eulalius mourut et fut remplacé par Éleuthère. 

IX. Eleulherius occupait donc son siège depuis fort 
peu de temps, lorsque le IV<^ concile œcuménique 
se réunit dans sa ville épiscopale. A partir de ce prélat 
la liste épiscopale offre moins d'incertitude; on touche 
au terrain historique. 

Nous ne nous arrêterons pas à discuter après le P. Par- 
goire la réalité des personnages indûment introduits 
dans la liste épiscopale de. Mgr Anthime Alexoudis, 
Le catalogue qui précède est le seul qu'il importe de 
retenir pour les renseignements positifs qu'on peut 
songer à demander aux fastes èpiscopaux de Chal- 
cédoine *. Toutefois, un nom reste à intercaler dans 
la liste qu'on vient de lire, mais, faute de pouvoir 
déterminer son rang, nous avons préféré le noter 
séparément. C'est '. Hadrien ('A5ç,!a: pour '.A5pij'/6;), 
sans doute, évêque de Chalcédoine», par ailleurs in- 
connu, n'était la mention que lui accorde le marty- 
rologe syriaque de Wright '. L'épiscopat d'Hadrien 
est à placer entre le if et le iv siècle *. 

Depuis la réunion du IV<-' concile, « il semble que ' 
la ville de Chalcédoine, jusque-là simple évêché, ait 
été érigée en métrojiole ecclésiastique. Du moins, elle 
porte dèj;\ ce titre en 458, lors de la célèbre consul- 
tation de l'empereur Léon '. .\ partir de ce moment, 
elle figure comme métropole dans tous les documents 
ecclésiastiques, mais, chose curieuse, elle n'avait pas 
et n'a jamais eu depuis des évcchés suHragants. C'est 
une métropole autocéphale, une particularité du droit 
canonique byzantin ". » 

I!'épiscopat d'Kleuthère, commencé entre mai 450 
et octobre 451, se prolongea plusieurs années, puisque 
nous en retrouvons la mention dans l'inscription de 
Haidar-Pacha ' (22 se])tembre 452), puis à l'occasion 
de l'assassinat du patriarche Protérios (458) '°, enfin 
au concile de Constantinople (459) ". On ignore abso- 
lument la date de la mort d'Élcuthcre. 

X. Héraclien. Cet évêque écrivit vingt livres contre 
les erreurs des manichéens '-. reprenant et citant les 
ouvrages de ses devanciers : Hégèmonius, Titus de 
Bostra, Georges de Laodicée, Sèrapion de Thmuis et 
Diodore de Tarse; cette seule citation de noms nous 
reporte au moins au début du v« siècle. Parmi les 

' Callinique, De vila S. Uijpnlii liber, in-S", Lipsiae, 
1895, p. XVIII, p. 119. CF. J. l'argoire, Rufinianes, dans 
Bij:anlinisclte Zeilschri/I, 1899, t. vin, p. 445-447. — 
' Ibid., p. 82-84; Ti'c/ios d'Orient, t. iv, p. 105-106; 
J. Pargoire. Rufmianes, dans Bijzanlinische Zeilschrifi, 
1899, t. VIII, p. 44:i. — = .M. Paranikas, dans 'a,,-,).^, (de 
Constantinople), 7 avril 1877 ; L. Duchesne, dans le Bulletin 
de corresp. hellénique, t. ii, p. 289-299. — 'Sur Apringius, 
Éleuthère dédoublé, Cosmas, cf. Échos d'Orient, t. iv, 
p. 108-112. — <■ Acta sanct., nov. t. il, p. Lxi etp.[131]; voir 
aussi.Acfri sanc/., octobr. t. vi,p. 196sq. — ' S. Vailhé, Les 
métropolitains de Chalcédoine, \'-x' siècles, dans les Échos 
d'Orient, 1908, t. xi, p. 347-351. — ' Mansi, Conc. ampliss. 

coll., t. VII, col. 523. — • S. Vailliè, op. cit., p. 347. 

* Bulletin de correspondance lietléniquc, 1878, t. ii, p. 289- 
299; voir le paragraphe III du présent travail : Église de 
Saint-Christophe. — "Mansi, op. cit., t. vii, col. 523. — 
" Mansi, op. cit., t. vu, col. 917. — '= Photius, Bibliotheca, 



ouvrages perdus d'Héraclicn s'en trouvait un inti- 
tulé : IIpô; Swrripiynv ". Sotérichos, métropolitain de 
Césarée de Cappadocc, occupa ce siège depuis 496 
(au plus tôt) jusqu'à 536; mais c'est surtout vers la 
fin du règne d'Athanase, entre les années 509 et 518, 
que Sotérichos fit parler de lui. Il ne sera donc pas 
téméraire de faire vivre Héraclien à cette époque, car 
son écrit est adressé à Sotérichos personnellement. 
Par ailleurs,Héraclien a dû mouriren 518 au plus tard, 
car nous trouvons alors Marcien sur la métropole de 
' Chalcédoine ". 

XI. Marcien signe, en juillet 518, une pétition 
épiscopale adressée à .Jean de Constantinople, en fa- 
veur du concile de Chalcédoine '^ En 520. il signe une 
lettre adressée au pape Hormisdas par des métropo- 
litains et des évêques, au sujet de l'élection d'Épi- 
phane, le nouveau patriarche de Constantinople ". 

XII. Photin occupait le siège de Chalcédoine en 
536 ■'. 

XIII. Constantin était présent au "V« concile œcu- 
ménique, tenu à Constanlinople, en 533, qui condam- 
na les Trois Chapitres ". 

XIV. Pierre, ancien moine de Palestine, et proba- 
blement au Sinaï, ami de Jean Moschus ". Pierre 
monta sur le siège de Chalcédoine après 593, avant 
619. On pourrait être surpris de voir un titulaire de 
Chalccdoine, venu de si loin, mais le siège de Jéru- 
salem fut occupé de 575 à 593, par un ancien reli- 
gieux du monastère des Acémétes. dans le diocèse 
de Chalcédoine, ce qui explique les relations entre la 
Palestine et la Bithynic et le choix de Pierre. Voir 

ACÉMLTES. 

XV. l'robus avait eu une vie fort mouvementée, 
tour à tour jacobite, monophysite, chalcèdonien. 
Son élection au siège de Chalcédoine doit être rap- 
portée aux premières années du vu» siècle -». 

XVI. Jean était présent au VI" concile œcumé- 
nique tenu à Constantinople, en 681='; et au concile ;/! 
Triillu, en 692 ". 

XVII. Xicélas, inscrit dans plusieurs ménologes 
à la date du 28 mai. » Le Quien=' déclare qu'il ignore à 
quelle époque il vivait ; un office, publié par M. Papa- 
dopoulos-Kerameus^', permet aujourd'hui de le placer 
durant la persécution iconoclaste. Mais celle-ci a 
duré de 726 à 842, avec une longue interruption, il est 
vrai, entre 780 et 815; saint Nicètas a-t-il vécu an 
viii« ou au ix" siècle'? Au ix" siècle, de 815 à 824, le 
trône métropolitain est occupé; Michel le Bègue n'a 
presque tué personne et, si Nicétas avait été une vic- 
time de l'empereur Théophile (829-842), nous aurions 
d'amples renseignements sur son compte. Force est 
donc de placer son épiscopat et son martyre sous 
les empereurs Léon l'Isaurien ou Constantin Copro- 
nyme. entre les années 726 et 775 ''. » 

XVIII. André, sous l'épiscopat duquel eut lieu le 
transfert des reliques de sainte Euphémie ", Cons- 

cod. Lxxxv, p. G., t. cm, col. 288: voir aussi cod. ccxx.xi, 
col. 1090. — " Le Quien cite deux fragments manuscrits 
d'ouvrages perdus d'Héraclien. Oriens christianus, t. i, 
col. 602. Cf. J. Pargoire, dans les Échos d'Orient, t. iv, p. 24- 
27. — "S. Vailhé, op. cit., p. 348. — "Mansi, op. cit., t. viii, 
col. 1017. — " Mansi, op. cit., t. viii, col. 492. — " Mansi, 
op. cit., t. VIII, col. 1014-1018. — " Mansi, op. cit., t. i.x, 
col. 174, 192, etc. — *' Jean Moschus, Patruni spirituale, 
c. cxxxiv,P. G.,t. Lxxxvii, col. 2997. — =■> Denis de Tell- 
Mahrè,C/ironiq»e.dans .-Vssemani, Bibliotheca orientalis, t.ii, 
p. 72; Michel le Syrien, C/ironique, èdil. Chabot, t. il, p. 362- 
364; S. Vailhé, dans les Échos d'Orient, 1908, t. xi, p. 349. 

— "Mansi, op. ci(..t. xi, col. 669, 689.^ — Mansi, op. cit. 
t. XI, col. 989. — -■' Le Quien, Oriens christianus, 1. 1, col. 604. 

— ^ Papadopoulos- Kerameus, 'i'.Klr.f.-ji-i; =a'//.o7;xô; djî.Àoyo;, 
1896, t XXVI, p. 38-42; voir surtout la 6« ode, p. 42,quiûxe 
la date. — "S. Vailhé, op. ci(., p. 349. — ".4c(a sanct., sept. 
t. V, n. 14, p. 281. 



123 



CHALCEDOINE 



124 



tantin VI étant empereur et Taraise, patriarche de 
Constantinople. Ce synchronisme nous limite entre 
décembre 784 (avènement de Taraise) et août 797 
(chute de Constantin VI). Mais, dès 7S7, Staurakios 
était métropolitain de Chalcédoine. André doit donc 
prendre place avant cette date et non après, puisque, 
au dire de Constantin de Tiuni, l'historien du trans- 
fert de sainte Euphémie, le siège de Chalcédoine était 
vacant depuis longtemps ', lorsque l'impératrice Irène, 
au début de son règne, lui donna un titulaire. L'épis- 
copat d'André prend donc place entre 780 et 787. 

XIX. SUiurakios était présent au VII= concile 
œcuménique, tenu à Nicéc, en 787 ^. 

A'-Y. Cosmas était moine lorsqu'il devint métro- 
polite de Chalcédoine. Très attaché aux images, il fut 
e.xilé une première fois et maltraité, il fut ensuite rap- 
pelé, et, sur son refus de céder, il mourut avec son 
ami Auxence, après avoir enduré de nombreux tour- 
ments '. D'après Le Quien, ces événements se rap- 
porteraient au règne de Léon l'Arménien (813-828) '. 
Dans ce cas, le compagnon du martyre de saint 
Cosmas serait peut-être à identilier avec l'higouméne 
Auxence, un des correspondants do Théodore Studi te'. 



outre que Jean portait le surnom de Kamoulianos ". 
Quelques mois après son voyage de 824, une méchante 
éruption de pustules couchait notre prélat dans la 
tombe : l'higouméne de Studion, qui devait mourir 
le 11 novembre 824, eut la triste consolation de suivre 
ses funérailles, et la première catéchèse qu'il pro- 
nonça au retour fut consacrée en grande partie à dire 
les vertus de l'illustre défunt ". » 

XXII. Damicn, métropolite de Chalcédoine, au 
vin» ou au ix« siècle '-; son rang pourrait être aussi 
•bien entre Staurakios et Cosmas, mais entre Jean et 
Cosmas il semble n'y avoir place pour aucun nom ". 
XI. Épigrapuie ". — 1° Dans l'église grecque de 
Saint-Jean-Chrysostorae, qui marque l'emplacement 
d'une plus grande église détruite, au lieu signalé par 
le voyageur Pierre Gilles, qui sut l'identifier avec 
l'ancienne Hiéria : promontorium (jiiod hoclie vacant 
acram Johannis Calamoti, c'est-à-dire à la baie de 
Calamich : Canarum sylvis herbisque /requens ejus 
ora cernitur : uiide nomen lemplam proximiim diui 
Joanni^ Clwysuslcmi Calamoti inuenlt, c'est aujour- 
d'hui Phanaraki ou héner-Bagtché ''. Une plaque 
mesurant deux mètres en longueur_et oITrant, dans 



t EYirmmlffiEîMIÏÏErfèFâMôC HaEUHIÊC 
ÔYMÔMATHCAFfTHCEIXENAEIAôMEMÔN 

ATfôT^EMôm(^)NT]TÔ^EYTPôïïi)^HFîlÀl:ÂCÂHiPÀ 
0EéEPEhE5M6NÀMCTFEICiiETE0aHÀEtv4MC 

ÏÏETP^ EAErHû)TOCCTÀeEP[NÏÏAiKATMFMl^^C 
CTHCEMilû^ElHENtolTûlTûrEFACnAPEXwH'i' 



2427. — Kpilaphe d'Eutrope, à Calamich. D'après le Cusnios, 1806, t. xxxiv, p. 210, fig. 



Ce saint est fêté à diverses dates, notamment le 14, 
le 18 et le 19 avril; la date du 18 est la plus connue- 
XXI. Jean, d'abord «investi de la dignité sénato- 
riale avant de revêtir l'habit religieux, passa en- 
suite du monastère au siège métropolitain de Chal- 
cédoine et eut à subir l'exil pour la foi '. Théodore 
le Studite le tenait en singulière estime. Il parle de 
lui dans une missive à son disciple Grégoire '. Il l'ac- 
compagna au mont Olympe pour rendre visite à 
saint Joannicc; non pas, comme le veut Le Quien S 
lorsque ce dernier approchait de sa fin, mais bien) 
comme l'indiquent les bollandistes^ vers 884, c'est- 
à-dire vingt-deux ans plus tôt. La vie de Joannice, 
qui nous fournit ce renseignement, nous apprend en 

^ Acla sanclonim, sept. t. v, n. 11, p. 280. — ' Mansi, 
op. cil., t. xiii, col. 136, 381, etc. — ' Ménologede Basile, 
dans P. (;., t. cxvii, col. 209. Ct. Propylwiim ad Acla sanc- 
loriim nouenibris, in-lol., Bruxelles, 1902, col. 612. — 
*Le Quien, Oriens christianiis, t. i, col. 804, — ^ P. G., 
t. xci.x, col. 1565-1569; sur saint Cosmas, Échos d'Orieiil, 
t. IV, p. 111 sq. — 'A, Mai, \'oua bibliotheca Patruni, 
t. VIII, lettres clxvi et ccx.xi, de Théodore Studite. — 
'P. G., t. xcix, col. 1360. — 'Oriens ctiristianus, t. i, 
col. 605. — ' Acla sanct., nov. t. ii, p. 326, note 7 : p. 359. 
— ^"Op. cit., p. 357. Il appartenait, par conséquent, à une 
famille originaire de Kamoulianes, ville cappadocienne très 
célèbre chez les Byzantins. — "A. Mai et Cozza-Luzzi, 
Aoua bibliotlieca Palrttm, t. ix, p. 52; E.Auvray, S. T/ieodori 
parva catechesis, p. 80; citation deJ.Pargoire, dans lesjjcftos 
d'Orient, t. iv, p. 110 et S.Vailhé, t. xi, p. 350 : « On trouve 
dans les Menées, à la date du 18 juillet, un saint Jean, 
évêque de Chalcédoine. C'est de notre héros qu'il s'agit 



un encadrement mouluré, un cartouche à queue 
d'arondes entre deux croix posées sur des globes 
te's qu'on les voit dans quelques ambons byzantins. 
La paléographie de l'inscription offre assez d'intérêt 
pour être rep'-.iduite ici (fig. 2427;. Les dimensions 
du marbre et le soin donné à la gravure prouvent que 
le défunt n'était pas le premier venu ". 

E'Jtpo^'O'j Txyo; e'jji'; 7Cîp;j3ovo; r, yàp à>.ii9s; 

0'jvo(i.a TÎi; ipsTT,; tî/Ji iEtûonevov. 
".\Tp07T£, [xotpiwv tI tôv E'jTponov r^pîTaia; av5px: 

"O; çépîv £^ piovaôx; rpcî; ô' ItIwv ôcxiSa:. 
Ilirpo; fia ■[■''^"ô;, (7Ta6£pT,v TtXàxa Tf,vôe yapi;a;. 

Sf/JTiv àîtoyOïtjiévto to-jto ys?*î izaçti^wt. 

selon toutes les vraisemblances. Il est également fêté le 
19 et le 29 du même mois. » Propylxuni ad Acta sanctor. no~ 
veinbris, col. 830, 853. — '= Schliimberger, Sigillograpliie de 
l'empire byzantin, in-4<>. Paris, 1884, p. 246. — "S. Vailhé, 
dans Échos d'Orient, 1908, t. xt, p. 350. — " Gabriel 
Jacquemier et Germer-Durand, Épilaphes grecques chré- 
tiennes recueillies aux environs de Chalcédoine, dans 
Cosmos. 1896, t. XXXIV. p. 212-215; Germer - Durand, 
AnliquUés de Chatcédoine, III, Deu.t nouiielles épilaphes 
Irouiiées à Plumaratci, dans Cosmos, 1897, t. xxxvi, p. 588; 
Échos de Soire-Dame de France. 1896. p. 333; 1897, p. 144. 
J. Pargoire. Hiéria, dans Izfié^lia russliago arklieologil- 
clieskago Institula, 1899, t. iv, p. 77-78. donne nos textes 3. 
«, "', V, ^, -> -, '., ''y » ■'« '• :^. '» 'f — '' Gyllius, De Bosporo 
Thracio, I, III, c. xi, édit. Venetiis, p. 272. Cf. J. Pargoire. 
Iliéria, dans l:viéslia russkago arkheologilcheskago Insti- 
tula, 1899, t, iv,p.41-12. — "J. Pargoire. 0/). cit.. p. 76, et 
pour le port qu'il fit creuser et qui garda son nom, ibii(,,p, 32. 



125 



CIIALCÉDOINE 



126 



« Je suis le tombeau du 1res sage Eutrope,cIont avec 
vérité le nom célébrait le mérite. O Parque, pourquoi 
avoir ôtc la vie à cet homme de bien, qui a vécu trente- 
six ans? — Pierre, son parent, a gravé cette dalle 
épaisse, et l'a posée comme un hommage au défunt. » 

La traduction, ainsi que le faisait remarquer le 
premier éditeur, ne peut rendre le jeu de mots qui 
résulte du rapprochement des formes Ej-rpo-m'o-j, 



« Ici repose Salomon, diacre, avec sa femme El- 
pidie, du pays de Pingalon. » 

|5) 'KvOàôî /.aTi/.îiTat 'AT-jvy.pt'-cta y^oLy.i'r^ 'lu.Eoiry^ 
(fig. 2430), 0°70 X O^ôO. 

« Ici repose Asyncritie, femme d'Imerius. » 

Y) 'Evôioî v.xz-x/.iizxi Aû[Avo; llpovérj'j yotpio'j (fig. 
2431), 0°aO X 0°20. 

« Ici repose Domnus, du pays de Proneos. » Peut- 




ri A rTQYC'T E tci\HC! A C A 








2428. — Sarcopluige de Maras iiypobuleus. Ibid.. fig. 3. 



2'i2!>. — Èpilaphe de Salomon. Ibxit., fii; 



"ATpoTts et ÏM-ç.oTim et qui est le seul mérite de cette 
composition, si mérite il y a. Nous avons déjà men- 
tionné, en parcourant Hiéria, le port d'Eutrope'. 

2" Aux environs d'Ischmidt, un couvercle de sar- 
cophage antique, dont l'inscription est de beaucoup 
postérieure aux sculptures (lig. 2428). On lit : 

Mâpa;, UïioêoJ.S'jç Tr,; â-;:a; toû t)(£o)C £■/.). r^^t'a;, iv=- 
vcw a3tjXf|V Ti\v -/aptaOetTâv [Loi Tr-jEAOv. 







INiS©TJt©(PC@Y 



o.-fff 



o.so 

'2'430. — Épitaphe d' Asyncritie. 
Ibid., fig. 5. 



2«1. 



Epitaphe de Domnus. 
IbiA., fig. 6. 



« Maras, hypoboleus de la sainte Église de Dieu 
j'ai restauré ( I) ce sarcophage à moi donné. » 

Hypoboleus, à prendre le sens étymologique, on 
pourrait y voir un sous-conseiller, quelque chose 
comme un « marguillier ». 

3° Cimetière de Phanaraki. Une série de dalles de 
dimensions variables. 

a) 'ÏCvQcé&E /arixEiTat — o).o[j.wv otaxt^v n-j-j t/} a-j\i^iûn 
'EXjtiSîr,, ywp'o-j IIt'vY![)iov (fig. 2429), dimensions 
0"70 x' 0"'45. 

*G. Jacquemier et Cfenner-Duraiul. ï^pitaphcA grec- 
ques chrétiennes recueillies aux enuirons de Clmlcédoine, 
dans Cosmos, 1896, t. xxxiv. p. 211 ; A. Levai, Inscription 
de Clmlcédoine, dans le Bulletin de corrcspondunce /tcZ/é- 
niîue, 1883, t. VII, p. 517; J. -H. Mordtmann, Meiriscbe In' 



être Tipo est-il à séparer de viov et le village s'ap- 
pelle-t-il simplement Néov -/(opi'ov.. 

2) 'EvOiÎE zaTixeitat O'j'pïvi; iiiittù; 
(•■"ÔS X 0°'20. 

" Ici repose Ouranis, fidèle. » 



(fig. 2432), 



dllM 




2132. 



-=>d^. 



O 2û 
i^piUphe d'Ouranis. Ibid., fig. 7. 



e) 'EvO-xSe y.aTixEiTai Sjveto; tiittô; (fig. 2433), 
U°>50 X 0"35. 

» Ici repose .Synétos, fidèle. ». 

s) ['EvdiÔE xaTi<£i7a'. 6 7?,; [jiaxapia; (ivr|ULr|Ç..,?J('Ov)- 
/;T;'p.ou ).tvo[no'.ov/] >;w(pi'o'.^) Kpowé'ov. [TE).ï'j]ii mï;('''0 
•Iou).;oy [/.]g 'Ivc(iy.Tiwvr,:)r (fig. 2434), 0°32 dans la 
plus grande largeur. La forme de croix peut être 
discutée ; ce qui subsiste s'accommoderait aussi bien de 

schrîften aus Clialeedon, Kyrikos, Heraklea Pontica nnd .Vi- 
comédien, dans Mittheilungen des deutschen archdologischen 
Institutesin Allwti,\H7'i),\-. iv,p. 11-14; J. Pargoire, //('pria, 
dans Iziùéstia russkago urcheologitclieskago Institutu, 1890, 
t. IV, p. 11-42,76. 



127 



CHALCÉDOINE 



128 



la restitution sans forme de cartouclie à queues 
d'aronde. 

" (Ici repose...) fils d'Onésime, tisserand, du lieu 
de Cronnéa, mort le 22 juillet, indiction 6. » 

rJ'KvOi y.3.-i/.t'.-x: o Tr,; u-axapia; [ivriuv,; Ma5:viovo; 
(fig. 2135), O^aO X 0'°54. 

t Ici, repose Marinien, d'heureuse mémoire. » 




TAKfTSC^Nl 

CT®CWi!C 

■T@C 




<P.3S 



2433. — Épitaphe de Sj-netos. Ibid., fig. 8. 

6) 'Evôiôe xanixôiTai 'HoaxÀfa r, O'jvâT/ip B'.Ta),iavo-j 
(fig. 2436), O-'GO X O'^iô. 

« Ici repose Héraclia, fille de Vitalien. » 

r,taT.... SiJïSipov [to'j] ôiaxovou [lio^lraTivo-j 

<fig. 2437), O^ôO X O^oU (■?). 

« (Tombeau)... du diacre Constantin, 
y.) 'Kvôiîe zaTixî'.Tai TpJiMV toû » Vv:-/.;. 

« Ici repose Ttj-phon, fils de Yniki. » 
>.) 'E/6à5£ xirixî'.Ta; ô vuf.ar,; i'^'o; 'A/.Éïav5po:. 

« Ici repose Alexandre, digne de mémoire. • 
p.) 'Ev6i5£ xaTi/.î;[Tii] 'E/.itioi; Aixvo;. 

Ici repose Elpidis Decnos. » 



// 






•2434. — Epitaphe dOnésime. Ibid.. fig. 9. 

v) 'E-/6i5e xaTixEita: o 7ï)ç aa/apta; iivr.aa; Tpoi'.no;. 
« Ici repose Trophime d'heureuse mémoire. » 
f) 'EvOàôî xaTi/.-iTx; 'Iwivvî; z:'.<7Tb;. Oio; Sts^ïvoC, 
*J7rox£itx£vo; to-j Oe:o"j :îa/,aTto-j rrôv O'.aiTapuuv. 

« Ici repose Jean, fidèle, fils d'Etienne, servi- 
teur du sacré palais des diétaires. » 

a) ['Eveâôî -Atî-iii) npoxo]-||rt!i [?i] x(a!) Kp'j!rôpLt>.Xix,|| 
Tiiffrr;, êuYifi? ^'X'- Il !J-["^J 'O'J, Y«M-eT'[r)] yevïixé- || v[ri] 
Mapxé).).o-j,-/(i)p(iou) riyt-ll [y]i(TÔpMv tmv llïyXa-H [yoJvuv 

{£-apx(!»;) STS>.£-J-||[rYi-s ii(ir)v)-. ivcf'.xTiûvo;)....] 

« Ici repose Procopia, dite Khrysomilla, fidèle, 
fille de N'icomède et femme de Marcel, du village 

,' J. GoUwald, Épitaphe chrétienne de Chakéiioine, dans 
Jes Échos d'Orient, 1904, p. 261-262. — = J. Pargoire, Envi- 



de Gigisores, dans la province des Paphlagoniens; 
elle est morte ie... du mois de..., durant l'indiction '. » 



l^iTiOTKEHâ 



2435. — Épitaphe de Marinien. 
Ibiit., lis. 10. 




243; 



- Épitaphe d'Héraclia. 
lbid.,fi%. 11. 



4» Yalenez Selvi, aujourd'iuii Moadjir-Keuï, à une 
heure et demie au nord-est de Chalcédoine^. 
Fragment provenant de ruines byzantines : 



ePONTCCT 
OÛNP808H 

r«NCVNn 

AIKI8 + 



VJ'priVTî; 



'PoJlOU T.YOVV i^UVTt/.lX.'o'J + 



Cette inscription n'est pas sans analogie avec celles 
qui précédent : 3, a, y. '•> "> ^'le nous fournit le 




2437. — Épitaphe de Constantin. Ibid., fig. 12. 

double nom d'une localité nouvelle. « C'était l'usage 
à Constantinople, surtout aux v« et vi= siècles, de 
désigner les différents quartiers de la ville et de la 
campagne par le nom du personnage qui les avait 
choisis pour bâtir son palais ou sa villa. L'expres- 
sion consacrée était ta -o'j csrvo;, avec -/.-((jact-x sous- 
entendu. Et ces villas, pour ne parler que d'elles 
s'imposaient à l'admiration : riches, spacieuses, en- 
tourées toujours de vastes dépendances, flanquées 
souvent d'une église et d'un monastère, vrais petits 
hameaux aux maisons espacées, juxtaposés les uns 
à côté des autres, empiétant les uns sur les autres et 

rons de Chalcédoi ne, dans les Échos d'Orient, 1897-198S, t.i, 
p. 145-147. 



129 



CIIALCÉDOINE — CHALE 



130 



toiiiiant les anneaux brillants de cette chaîne d'ha- 
bitations luxueuses qui serpentait dans la verdure 
parallèlement au rivage. On connaissait déjà autour 
de Chalcédoine ou de Chrysopolis ' : Ti EOtcpotti'ci-j, 
Ta 'AvOen'^O'j, 'là Boppaôi'i-j ou lirïpjiaiGto'j, 'l'i IIpo^ù- 
Toy. Ta BaTt>i(7y.o-j et d'autres encore. .\ cette liste, 
il faudra, dorénavant, ajouter Ta 'Po-jço-j et Ta Stii- 

Tz'/.iv.irju. 

« Ta 'Pojyo-j ne saurait se placer en ville ^ On 
n'inscrit pas sur la tombe d'un citadin le nom de son 
quartier; l'usage, au contraire, d'indiquer pour un ru- 
ral celui de son village, nous est attesté par les épi- 
taphes que nous rappelions tout à l'heure. Mais ce 
hameau de Rufus ou de Simplicius, où le placerons- 
nous? Sera-ce à Yalenez Salvi? Point du tout, pas 
plus que nous n'identifions Kpovvsa, Iliv-faXa, Ilpd- 
vcov, etc., avec Phanaraki. Cette façon de graver sur 
des pierres tombales, par ailleurs modestes, le nom 
d'un tout petit village, semble plutôt indiquer une 
localité voisine mais distincte du lieu de sépulture, 
Ta 'Po'J?o'j ou liij-'Ar/.i'o'j ne sont donc pas Yalenez 
Salvi. On les chercherait avec plus de vraisemblance 
à quinze minutes de là, sur l'emplacement de Boul- 
gourlou, village moderne où les vestiges byzantins ne 
manquent pas. Ses maisons s'allongent entre les deux 
sommets du grand et du petit Tchamlidja ', » et ces 
collines peuvent représenter l'ancienne station des 
Pins; les maisons bâties entre les deux pouvaient être 
Tx 'Po-J3'ju ou S;;;.Ti'/ixîfj-j. L'endroit est, d'ailleurs, 
bien approprié au besoin d'une villégiature. Quant aux 
personnages, Rufus et Simplicius, de qui les habita- 
tions tiraient leur nom, ils sont inconnus '. 

XII. Bibliographie. — L. Duchesne, Inscription 
chrétienne de Bithynie, dans le Bulletin de correspon- 
dance hellénique, 1878, t. ii, p. '289-299. — Germer- 
Uurand, Antiquités de Chalcédoine. III. Deux nouvelles 
épitaphes trouvées à Phanaraki, dans le Cosmos, 
1897, t. XXXVI, p. 588. — J. Gottwald, Épitaphe 
chrétienne de Chalcédoine, dans les Échos d'Orient, 
190-1, t. VII, p. 261-2G2. — Hefele-Leclercq, Histoire 
des loneiles, t. ii, part. 2 (1908), p. 649-069. — G. Jac- 
qucmier et Germer-Durand, Épitaphes grecques chré- 
tiennes reeueillies cmx environs de Chalcédoine, dans 
le Cosmos, 1896, t. xxxiv, p. 212-215. — J. II. Mordt- 
mann, Metrische Inschriflen aus Chcdcedon, Kyzikos, 
Ilcrakla-Pontica und Nikornedien. dans Milthcilangcn 
des dcutschcn archdoloyischen Inslitutes inAthen, 1879, 
t. IV, p. 11-14. — J. Pargoire, Hiéria, dans Izviéstia 
russkago arkheologiteheskago Instituta, 1899, t. iv, 
]). 9-78; Sainlc-Bassa de Chalcédoine, dans les Échos 
d'Orient, 1903, t. vi, p. 315-317; MonlSainl-Auxence, 
Étude historique et topographique, in-S", Paris, 1904; 
Autour de Chalcédoine, dans Byzantinische Zeitschrift. 
1902, t. XI, p. 333-357; L'amour de la campagne à 
Byzance et les villas impériales, dans les Échos d'Orient, 
1908, t. XI, p. 15-22; Les monastères de saint Ignace 
et les cinq plus petits itoti de l'archipel des Princes, 
dans Izviéstia russkago arkheologiteheskago Instituta 
V. Konstantinopolié, 1901, t. vu, p. 56-91; Etienne 
de Byzance et le cap Acritas, dans les Échos d'Orient, 
1898-1899, t. II, p. 200-214; Hurmianes, dans Byzan- 
tinische Zcitschri/t, 1899, t. VIII, p. 428-477; Les pre- 
miers évéques de Chalcédoine, dans les Échos d'Orient, 

' Chrysopolis, célèbre par la victoire de Constantin 
sur Licinius, est aujourd'hui Scutari. — ' Il y avait à 
Constantinople un (radKS /iii/i, des a-des Ru/i, entre Sainte- 
Irène et Sainte-Sophie. Cf. Du Gange, Conslanlinopotis 
cliiisliana, édit. Paris, p. 178 ; édit. Venise, p. 238. — ' Pas- 

Pati, 'l'w àv«TO>,ty'/ T:30ttT7ElK TOJ Hjt'/vTt'oJ, daUS *E>.À, 4»!)., i^j"/.- 

Vo;.;, t. XII. p. 52, identifie le grand et le petit Tchamhdja 
( = pincraie en turc), avec la station des Pins, t» rij»{-< dans 
Nicétas Choniates. P. G., t.cx.\.\ix, col. 598. Cf. J. Pargoire, 
Environs de Chalcédoine, il i .. ^'-^ i .. j- ..'iJ- /•;■.:, ^7- 

UICT. d'ahcii. ciir.i.T. 



1899, t. ni, p. 85-91, 204-209; 1900, t. iv, p. 21-30, 
104-113; Environs de Chalcédoine, dans les Échos 
d'Or;e7jM897-1898, t, i, p. 145-147 ; Anaple el Sosthéne, 
dans Izviéstia russkago arkheologiteheskago Instituta 
V. Konstantinopolié, 1898, t. m, p. 60-97. — S. Vailhc, 
Sainle-Bassa de Chalcédoine, dans les Échos d'Orient, 
1908, t. XI, p. 227 ; Exécution de l'empereur Maurice 
à Calamich en 602, dans les Échos d'Orient, 1910, 
t. XIII, p. 201-208 ; Les métropolitains de Chalcédoine, 
v=-.\« siècles, dans les Échos d'Orient, 1908, t. xi, 
p. 347-350. 

H. Leclercq. 
CHALCIS D'EUBÉE. La ville de Chalcis, capitale 
de l'ilc d'Eubée, est bâtie sur un promontoire de la côte 
ouest de l'ile. De la cité antique, qui avait trois lieues 
de tour et renfermait de nombreux monuments, il ne ' 
reste que quelques débris sans importance. 

En 1884, quelques journaux grecs annoncèrent la 
découverte d'une catacombe chrétienne à Chalcis 
d'Eubce. Le fait est des plus rares pour cette région où 
on n'a relevé d'excavations céniétériales que dans les 
iles, jamais sur le continent, et ces catacombes sont 
d'une insigne pauvreté. Celle de Trypeti de Mélos ne 
contient ni scul])tures, ni peintures, que le monogramme 
constantinien '; elle peut remonter à la deuxième moi- 
tié du iv<= siècle». La catacombe de Chalcis ' se réduit 
à bien peu do chose. A di.x minutes de la ville actuelle, 
au sud, se trouvent le cimetière et la nouvelle église 
Saint-Jean-Raptiste. Au sud-ouest de celle-ci, à l'in- 
térieur du mur d'enceinte du cimetière, un étroit pas- 
sage conduit vers une tranchée par laquelle on arrive 
jusqu'à une sorte d'excavation qui, d'après les tra- 
ditions locales, serait l'emplacement de l'ancienne 
église Saint-Jean, qui est aujourd'hui entièrement 
remplie d'ossements. De ce point, un chemin conduit 
vers la nouvelle église. Au nord de celle-ci, se trouve 
l'entrée d'un passage élevé, flanqué, sur sa gauche, 
d'une chambre ronde pourvue d'une petite niche sem- 
blable au loculus d'un columbarium. Si on poursuit 
dans ce même passage, on aboutit à un lieu voiité 
qui a dû être, auparavant, une église de Saint- 
Cyriaque. Ici aboutissent deux boyaux dont l'un, 
celui de gauche, se termine dans une petite chambre 
carrée. 

Quelques débris d'une basilique byzantine ont été 
relevés à Chalcis '. 

Nous avons eu déjà l'occasion de mentionner un 
beau chapiteau provenant de Chalcis '. 

CHALE. Le vêtement auquel nous donnons ce 
nom de châle était une écharpe probablement plus 
longue que large que nous voyons posée sur les épaules 
et tombant sur les bras de quelques femmes chré- 
tiennes vêtues à la mode du iii'=-iv= siècle. En réalité, 
c'était un pallium, mais souple et léger — on le voit 
flotter — et d'une coupe assez distincte de celle du pal- 
lium ordinaire pour que nous nous croyions auto- 
risé à lui imposer ce nom de châle. 

Les monuments sur lesquels nous le rencontrons 
sont rares, mais bien conservés. Ce sont des fonds de 
coupes. L'un d'eux a déjà été donné'" ; voici les 
autres : 

1° Fond de coupe. L"ne femme debout, en orante, 

1S98, t. i, p. 146. — ' Les conjectures du P. Pargoire sont 
plus ingénieuses que convaincantes. — ^ Ross, Inselreisen, 
t. m, p. 145 sq. ^«C. Bayet, dans le Bull, de corresp. 
hellén.,lS7S,p. 347 sq. — ' Lambakis, dans tîSoiA^;, 1884, 
lii.-.i;:. N. 28, 29 : J. Strzygowski, Reste ollchristliclier 
Kunsl in Griechenland, dans Romisclie Quarlalscliri/l, 1800, 
t. IV, p. 2 sq. — 'J. Strzygowski, 11^ «/ iJÎa.Ti.î; âun.Àixi; 
i- Xai/S , Athènes, 1889. — » Dictionn., t. i, flg. 101. — 
'"Dicd'omi., t. i, col. 915, fig. 218; R. Garrucci, Ve(ri ornait 
di fujiu-e in oro, in-fo!., Roma, 1861, pi. xxii, n. 1. 

111. - 5 



131 



CHALE — CHALUMEAU 



132 



entre deux arbres. On lit son nom MARA'. Le vête- 
ment se compose de la tunique tombant jusqu'aux 
pieds et d'une tunique plus courte passée par-dessus, 
nouée à la taille et découpée en feston; il semble que 
ce soit le vêtement grec appelé cypassis que portaient 
les jeunes Grecques. Le châle posé sur les épaules est 
relevé sur les bras et retombe à peu près jusqu'à 




2437. — Fond de coupe. 
D'après Garrucci. Vetri, pi. ix, n. 11. 

mi-jambes (fîg. 2438)*. Il est utile de rapprocher ce 
monument du suivant. 

2» Fond de coupe. L'ne femme debout, entre deux 
arbres. On lit son nom ANNE, dans lequel Garrucci 
voit, sans l'ombre d'une preuve, sainte .\,anès. Le 
fait d'être coific du bandeau appelé milni ou milella 




2438. — Fond de coupe. 
D'après Ganucci, Vetri, pi. xxii, n. 4. 

ne prouve rien, car cette coiffure, plus particulière- 
ment réservée aux jeunes filles, était parfois conservée 
par les femmes mariées. La coupe du châle est plus 
facile à comprendre : ce devait être nécessairement 
une pièce d'étoffe très ample (fig. 2437f et très légère 
comme nous le montre le monument suivant. 

3» Fond de coupe (fragment). Une fenune debout, 
en orante, entre deux colombes posées chacune sur 
un piédestal. On lit une partie du nom : AN (ne1), au- 

' Boldetti, Osservazioni sopra i cimileri crisliani in-fol 
Roma, 1720, p. 4S2, p. 527. — = Garrucci (planches)' 
in-fol., Roma, 1S64, pi. ix, n. 11 (texte); in-4», Romai 
1864, p. 76. — ' Garrucci (planches), pi. xxii, n. 4 (texte)'. 



dessous, une fleur. L'extrémité du châle au lieu de 
tomber à longs plis flotte légèrement comme pourraient 
taire les tissus délicats, tels que gaze, tulle ou mousse- 
line '(flg. 2439). 

4» Fond de coupe. Une femme debout, entre deux 
arbres. On lit son nom ANNE. Ici. le châle n'est plus 
relevé sur les épaules, c'est une simple écharpe posée 
sur les bras ^ Dictionn., 1. 1, col. 2690, flg. 887. 

5° Fond de coupe. Ici le nom d'Agnès est certain : 
ANGNE et peut viser la célèbre martyre. Dictionn., 
t. I, col. 91.5, flg. 218. Le port du châle est très parti- 
culier; il est posé sur les épaules, les extrémités sont 




2439. — Fond de coupe. 
D'après Garrucci, Veiri. pi. .xxn. n. 7. 

ramenées et le vêtement est étroitement serre et 
fixé avec une broche sur la poitrine. 

H. Leclercq. 

CHALONS-SUR-MARNE' (MANUSCRITS li- 
turgiques DE). 

45 (4!() xiii' siècle. Pontifical; table en tête; au verso 
du feuillet l'on a ajouté la fête du Saint-Sacrement 
(instituée par Urbain IV, en 1261). Reliure curieuse, 
dont voici la description : les plats, en chêne, sont re- 
couverts d'une étoffe de soie brochée (or, rouge et 
vert) d'origine orientale; sur cette soie ont été fixées 
des bandes de laiton, divisant chaque plat en quatre 
compartiments égaux; ces compartiments renferment 
huit peintures sur velin, représentant les différents 
actes liturgiques réservés aux pontifes : consécration 
d'un autel, consécration d'un évêque, intronisation 
d'un abbé bénédictin, intronisation d'une abbesse du 
même ordre, ordination d'un prêtre, ordination d'un 
diacre, consécration d'une religieuse. Peintures fines, 
la plupart bien conservées; fond d'architecture et d'or 
bruni; elles étaient autrefois recouvertes de plaques de 
corne. 

H. Leclercq. 

CHALUMEAU. Le chalumeau n'est plus au- 
jourd'hui employé qu'exceptionnellement à la messe 
papale; jadis son usage était si répandu qu'on trouve 
pour le désigner les mots calamus, fisliila, cannula, 
siphon, pipa, pugillaris, anindo. Cet instrument con- 
sistait en un tube d'or ou d'argent de petites diiMen- 
sions au moyen duquel le prêtre ou l'èvèque aspirait 



p. 135. — « Garrucci (planches), pi. xxii, n. 7 (texte), 

p. 137. — 5 Garrucci (planches), pi. xxii, n. 3 (texte) 

p. 135. — 'Catalogue général des manuscrits de France, 
t. m. 



133 



CHALUMEAU — GHAMAVES (LOI DITE DES FRANCS) 



•134 



le précieux sang contenu dans le calice. On trouve 
dans l'ancien Ordo romanus la mention suivante : 
Diaconiis tenens calicem et ftslulam slcl anlc episcopum 
usque dum ex sanguine Chrisd quantum volueril 
sumat; et sic calicem et fistulam subdiacono commcndel. 
L'usage du chalumeau paraît ancien; on peut en 
trouver des attestations jusqu'à la fin du vi"^ siècle'. 
Maljillon mentionne une notice contenue dans un ma- 
nuscrit de la bibliothèque du Vatican, d'après laquelle 
saint Grégoire le Grand (590-60-1) se servait pour as- 
pirer le précieux sang d'une virçjula argenlea perfo- 
rata'. Les onze cannœ que l'cvêque Didier d'Auxerre 
donnait à son Église au vii= siècle étaient des chalu- 
nieaiix'. Le Liber pontificalis fait mention, dans la 
notice de Léon III, d'un grand calice pourvu d'un 
chalumeau : Item calicem majorcm fundatum, cum 
scijphone, pensantem libras 37; il est à remarquer que 
dans les anciennes cnumérations de mobilier litur- 
gique contenues dans le Liber pontificalis, il n'est 
fait mention nulle part du chalumeau. 

Bibliographie. — Chardon, Histoire des sacrements, 
in-12, Paris, 1745, t. ii, p. 128. — J. Corblet, Histoire 
dogm. liturg. et arcltéol. du sacrement de l'eucharistie, 
in-8», Paris, 1885, t. i, p. fi20; t. ii, p. 275-277. — 
H. J. Hotham, dans Smith Cheetham, Diclionanj oj 
Christian Antiquities, in-8", London, 1875, t. i, p. 675. 
— J. G. Kœeher, Apospasmatia historite fistulwum 
eucharisticarum, in-4'', Osnabrugi, 1711. — Krazer, De 
nposlolicis ncc non aniiquis ecclcs. occidenKd. liturgiis, 
in-12, .\ugust;c Vindelicorum, p. 201 sq. — Krull, 
Fistula, dans F.-X. Kraus, Rcal-Encijklopâdie der christ- 
lichen Alterthumer, in-8", Freiburg, 1882, t. i, p. 528- 
529. — A.l{occa,De sacra sumnù pontificis eommunionc 
sacro-sanctam misscmi solen^niter eclcbrantis commenla- 
rius, in-4'', Romse, 1610. — • G. Rohault de Fleury, La 
messe, Études archéologiques, in-l", Paris, s. d. (1887), 
t. IV, p. 181-185, pi. 319, 3.38. — J. Vogt, Historia 
fistulx eucharisticœ eu/us ope sugi solet e ccdiee vinum 
benedictum ex antiquitate ecclcsiastica et scriptoribus 
medii œvi illuslrcUa, in-l", Brenice, 1740;in-S", Breni», 
1772, et dans J. Œlrichs, Germanise lilteratœ opuscula, 
in-12, Bremœ, 1772, p. 185-260. 

H. Lecleuco. 
CHAMAVES (LOI DITE DES FRANCS). — I. La 
loi (les Chamaves. IL Date. III. Région. IV. Nature. 
V. Analyse : 1° Droit public, 2' Droit privé. VI. Con- 
clusion. 

I. L.\ LOI DES CiiAM.WES. — Il va être question, ici, 
d'un texte législatif d'époque franque dont il importe :' 
de comprendre et d'appliquer les dispositions comme 
aussi d'en déterminer la nature. Ce texte très court — j 
il ne comprend que quarante-huit articles — est dé- 
signé à tort sous le nom de « loi des Francs Chamaves »; 
Icx dicta Francorum Chamcworum. En étudiant les ; 
différentes formes de l'affranchissement {Dictionn., 
t. i, col. 554-576), nous avons pu voir combien les 1 
textes juridiques sont indispensables à l'étude de 



l'archéologie; à propos des classes agricoles (Dictionn., 
t. i, col. 984-1035) l'analyse du capitulaire De villis 
a permis d'expliquer bien des traits que nous avons 
déjà rencontrés sur les monuments; nous continuons 
à considérer l'archéologie chrétienne et la liturgie 
dans les notices consacrées aux Gapitulaires (Dictionn., 
t. Il, col. 2051-2059), Godes, Conciles, Chroniques, 
Formules, Lois barbares, etc. 

Le texte de la ' loi dite des Francs Chamaves « nous 
est parvenu dans deux manuscrits du x'^ siècle '. Les 
opinions varient notablement sur son caractère. Sui- 
vant Baluze, c'est un capitulaire; il l'intitule et le dé- 
crit ainsi : Capitulare tcrtium anni S 13 sive capitula 40 
de causis neccssariis Ecclesix Dei et populo christiano, 
data, ut videlur, Aquisgrani in gênerait populi con- 
ventu, anno S13, mense septembri. A'unc primum édita 
ex duobus antiquis codicibus, etc. Après avoir fait 
longtemps bonne figure à son rang parmi les capi- 
tulaires, le texte disparaît de la collection en 1835 ' et, 
en 1846, Pertz le réduit à n'être plus que la loi populaire 
du canton de Hanten =; mais en 1855, Gaupp en fait 
la loi populaire des Francs Chamaves ' et ce nom lui 
est resté jusqu'à nos jours; il lui a été maintenu par 
Rudolf Sohm dont l'édition critique tient lieu de 
toutes celles qui ont précédé \ 

IL Date. — Le texte ne contient aucune date pré- 
cise; à son défaut on peut grouper quelques éléments 
d'information qui permettent d'arriver à une date ap- 
proximative. L'ensemble des documents dont le texte 
est entoure dans les manuscrits invite à se reporter 
vers le commencement du ix" siècle; mais cette preuve 
est à peu près illusoire, car on sait que dans les manus- 
crits à l'usage des praticiens «les textes législatifs sont 
écrits à la suite les uns des autres, sans aucune règle °, » 
à telle enseigne qu'au jugement de Pertz «on ne peut 
tirer, de la place que la loi occupe dans les manuscrits, 
aucune conclusion pour en fixer la date'".)! A défaut de 
cet indice trop vague, nous avons des témoignages 
intrinsèques de grande valeur. « Certains articles de 
la Icx dicta Fremeorum Chamavorum portent , en effet, 
en eux leur date, pour ainsi dire; c'est le cas pour 
l'article 8, où il est question du missus dominieus; ■ — • 
pour l'article 7, qui concerne le cornes in suo comilalu; 
— pour l'article 36 encore, qui mentionne l'obligation 
de la wacta ou de la warda. A quelle époque se rap- 
portent toutes ces mentions, sinon aux règnes de 
Charlemagne et de Louis le Pieux? Et non pas même 
à tout leur règne, mais à une partie seulement; à la 
fin du règne de Charlemagne, alors que le grand em- 
pereur a complètement organisé son empire, ou au 
début du gouvernement de son fils, alors que la déca- 
dence n'a pas encore pu se produire. Il ressort de ces 
preuves irrécusables que la loi des Francs Chamaves 
a été rédigée dans le premier quart du ix" siècle; et, 
en faveur de cette opinion, militent encore la confor- 
mité matérielle de plusieurs passages avec certaines 
prescriptions contenues dans les capitulaires de la 



'Rohault de Fleury, 7,a messe, Ëtudes archéolotjiques, 
1X1-4°, Paris, s. d. (1S87), p. 182, et H.J. Hotham, au mot 
Fistula, dans Dictionarij o/ Christian Antiquities, 1. 1, p. 675, 
attribuent à Grégoire de Tours, llisl. Franc, 1. III, c. xxxi, 
la mention du non-emploi du clialumeau chez les ariens ;il 
n'est aucunement question de cela dans le texte visé, mais 
des deux calices destinés au roi et au peuple cliez les ariens. 
— ' Mabillon, Annales ord. S. Benedicti, ad ann. 600. — 

• Labbe, Bibliolhcca manuscriptorum nova, t. i, p. 242. — 

• Paris, Bibliothèque nationale, fonds latin,i62S.4, fol. 38 sq.; 
963i, fol. 134 sq. Un troisième manuscrit coté 4631 n'est 
qu'une copie du premier. La première édition est celle de 
Baluze, Capitularia regiim Francorum, in-fol., Paris, 1G77, 
t. I, col. 511-516; t. ir, col. 1075; la plus récente, celle de 
R. Sohm, Lex Francorum Ctiamavorum, dans Monum. 
Germ. Itislor., Leges, in-Iol., 1SS3, t. v, p. 269-270. Sur ces 
manuscrits, leurs descriptions et leurs éditions, ou ne peut 



guère ajouter à ce qu'en dit H. Froidevaux, Éludes sur la 
a lex dicta Francorum Chaniauorum » et sur les Francs du 
paqs d'Amor, in-S", Paris, 1891 p. 1-7. — ' Pertz, dans 
Monum. Germ. hislor., Leges, in-fol., t. i, ii; de même dans 
les Capitularia de Borelius, en 1883. — 'H. Pertz, Ueber 
das Xantener Recht, dans .\bltandlungcn der konigl. Akademie 
der Wissenschaften, 1840, Berlin, 1848, p. 411-423. — 'Lex 
Francorum Chamavorum, oder das vermeintlicfie Xantener 
Gaurech/, in-S", Breslau, 1855, traduit en partie par P. La- 
boulaye, dans la Revue hist. du droit /rcmçais et étranger, 1855. 
— *Sur la division en 48 paragraphes, la modification in- 
troduite par Gaupp et maintenue par Sohm, cf. Froidevaux, 
op. cit., p. 7, notes 2, 4. — • Fustel de Coulanges, De la loi 
dite des Francs Chamaves, dans Sé<inces et trau. de t^Acad. des 
se. mor. et polit., 18S7, nouv. sér., t. .\xvir, p. 101, note 1. — 
'"Pertz, Ueber das Xantener Recht, dans AbhandL der kônigl. 
Akad. der IVissensc/i. zu Berlin, 1S4S, p. 413-414. 



135 



CHAMAYES (LOI DITE DES FRANCS) 



136 



même époque, la'conformité des expressions, etc. On 
peut même aller jusqu'à dire que notre document ap- 
partient très \Taisemblablement au règne de Charle- 
magne, qui fit, au témoignage de son panégjTiste 
Éinhard, rédiger, après le rétablissement de la di- 
gnité impériale, celles des coutumes de ses peuples 
qui n'avaient point été écrites jusqu'alors'. > On ne 
saurait, sans donner dans la conjecture, adopter l'opi- 
nion de Gaupp qui fixe la rédaction du texte à l'an- 
née 802, ou celle de Baluze qui le date du mois de sep- 
tembre 813 '-. 

III. Région. — La =loi des Chamaves «est un texte 
local, n'ayant de vigueur que dans une région nette- 
ment déterminée. Ce point, méconnu par Baluze, a été 
mis en pleine évidence par Pertz. moins bien inspiré 
lorsqu'il identifia cette région avec le pays de Xanten, 
pagiis Xantinais', en se fondant sur cette unique rai- 
son de la présence à trois reprises différentes dans le 
texte, des expressions sanclum et in sanclis *. Cette 
opinion discutable ' fut réduite à néant par la dis- 
cussion de Gaupp ' qui montra que ces expressions 
visaient les reliques des saints, ou bien plutôt, comme 
Zôpfl l'a démontré, l'église elle-même '. In sanctis 
juret; in loco qui dicilur sanctum ; in sanclis reliquiis 
désigne donc l'église, sanclum étant ici le synonjTne 
d'ecclesia, à'altare. En effet, à l'époque mérovingienne 
et à l'époque carolingienne, c'est dans l'église qu'on 
prêtait serment sur les reliques des saints. Les textes 
des historiens, les actes législatifs, les formules, les 
vies des saints confirment cette dernière interprétation, 
universellement admise aujourd'hui. De Xanten, il 
n'est donc pas question. 

Gaupp propose de faire du mot Amor qui se lit dans 
le texte à plusieurs reprises, une localité nommée 
Emmerich. Dederich soutient que les mots cuva qusc 
se ad Aniorem habel signifient : la loi qui est en vi- 
gueur à la frontière de l'Amorland '. (Les expressions 
ad Amorem, in Amore désignent une région précise 
qui est le pays appelé au moyen âge Hamaland ", 
c'est-à-dire, comme l'a déclaré Grimm : la vieille 
terra Chamavoruni .) Celte opinion fut bien vite ac- 
acceptée et reproduite, avec quelques modifications, 
par Zôpn, par Waitz, par Sohm, par Schroeder et 
par Boretiusi'';des érudits français l'accueillirent sans 
discussion ". quelques autres se montrèrent plus 
réservés '■''. Tout esprit, écrivait Fustel de Coulanges, 
qui n'accepte les affirmations que lorsqu'elles sont 
prouvées, peut se demander sur quelles preuves Gaupp 
appuie la sienne. Disons d'abord qu'il ne pourrait y 
avoir, pour attribuer cette loi aux Chamaves, que deux 
preuves véritablement convaincantes. L'une serait que 
le nom des Chamaves se trouvât écrit dans notre texte. 
L'autre serait que, en dehors de ce texte, quelque 
chronique ou quelque charte mentionnât une loi 

' Froidevaux, op. cit., p. 10. Cf. Vila Karoli, n. xxix : 
Omnium nationuni, quœ sub ejus dominalu erant, jura, 
quœ scripla non eranl, describere ac lilteris mandari fecil. 
— = Gaupp, op. cit., p. 24; Baluze, op. cit., t. i, col. 511. — 
' Monum. Gerni. hiit., in-fo!., Leges, t. i, p. xxxi, xxxv: 
cî.Arcliiv der Geseltschatt /ur deiiische Gcscliichtskimde,t. vi: 
A'achricht ùber den dritlen imd vierlen Bond der Monumenta 
p. 715; et t. vu, Bemerkimgen iiber einzelne Handschri/len 
imd Urkunden, p. 753 ; et surtout Ueber da.i Xantener Redit, 
dans Abhandlungen der kônigL Akad. der Wissensch., Ber- 
lin, 1.S48, p. 411-423; Gottingen Gelehrl. Anzeig., 1835, 
p. 163-1&4. — «Articles 10, 11, 32. — =W. A. Snouek- 
Hurgronje, De jure circa aggcriim aquarumque curam in in- 

sula Walacria; conslituto, m-8°, Utrecht, 1837, p. 17-18. 

' E. Th. Gaupp, Lex Francorum Cliamavorum, odrr das ver- 

meintliche Xantener Gaurecid. in-S", Brcslau, 1855, p. 14. 

' ZopO, Die Euua Chnmavorum; cin Beitrag :ur Kritik und 
Erlàuterung ihres Texte.t, in-S», Heidelberg, 1856, p. 5 sq. — 
• Dederich, Geschichie derRômer und der Deutsciten am Nie- 
■ derrliein, ins besondcre im Lande der Clxamaver oder Hama- 



des Chamaves et en indiquât certaines dispositions, 
que nous reconnaîtrions dans notre texte. Aucune de 
ces preuves ne se rencontre. Le mot Chamavi ne se Ut 
pas une seule fois. Aucun préambule, aucun titre, 
aucune note, même du copiste, n'indique que nous 
ayons sous les yeux une loi d'un peuple chamave. 
Dans les manuscrits, les lois salique et ripuaire portent 
en tête leur titre, parfois un prologue qui les carac- 
térise, et les mots salicus et ripuarius se lisent plu- 
sieurs fois dans le corps du texte. Rien de semblable 
ici : les hommes pour lesquels ce code est écrit, ne sont 
jamais appelés du nom de Ciiamavi. D'autre part, on 
pourra lire toutes les chroniques et toutes les chartes 
du moyen âge, on n'y trouvera jamais l'indication 
d'une loi des Chamaves. Ainsi les deux preuves 
qui pourraient seules forcer la conviction, font dé- 
faut. Tout le système de Gaupp repose sur le mot 
Arnor qui ne serait autre que V Hamaland dont font 
mention plusieurs documents du ix" siècle, et entre 
autres les Annales de Saint-Bertin ". Aucune des 
formes différentes du nom (Hameland, Hamalant, 
Hamaland, Hammelanl, Hamarlant, Hammland), qui 
se rencontrent du ix^ au xi» siècle, ne semble com- 
plètement justifier cette assimilation. Jamais, si ce 
n'est dans le texte publié par Baluze, le mot Amor ne 
se retrouve comme désignant V Hamaland. A force 
d'entremêler les conjectures et les affirmations, Gaupp 
parvient à identifier V Hamaland et la terra Chama- 
vorum et le pays d'A77!or. Est-ce à dire que tout soit 
fantaisie dans ces conclusions? Non, assurément. On 
peut, avec M. Froidevaux ", se refuser à croire que 
y Hamaland soit le pays A' Amor, mais il est très pos- 
sible, \Taisemblable même, que V Hamaland ait fait 
partie de l'Amorland, et on doit tenir pour certain 
que le pays d'Amor s'étendait dans la région des 
bouches du Rhin, sur la rive droite du fleuve, au sud 
du pays des Frisons, à l'ouest de la Saxe, et confinait 
du côté du sud au Jlaasgau; quant à sa Ihnite occi- 
dentale, elle est tout à fait inconnue. Était-ce le mare 
Germanicum, la mer du Nord'? N'était-ce pas (chose 
vraisemblable) la Frise efie-raême? En tous cas, il 
subsiste encore aujourd'hui un certain nombre de dé- 
nominations géographiques qui confirment les rensei- 
gnements fournis par le texte découvert et publié par 
Baluze; elles prouvent que là, sur l'emplacement du 
pays d' Utrecht actuel, est bien l'ancien pays d'Amor, 
mais elles ne permettent pas de préciser davantage, 
de dh-e queUe partie de ce pays le Zuyderzée recou\Te 
maintenant, et de dresser une carte, même approxi- 
mative, de cette région au temps où fut rédigé le 
texte qui seul en fait mention et qui y fut certaine- 
ment appliqué. 

rv. X.\TURE. — Suivant Baluze, le texte en question 
est un capitulaire et son opinion est suivie sans objec- 

lande, 1854, p. 1S5. — »Hurgronj«, op. cit., p. 50; Beucker 
Andrese, De origine juris municipalis Frisici, Utrecht, 
1S40. p. 52. — "Zôpa, Die euva Chamauorum, 1856; 
G. Waitz. Deutsche Ver/assungsgeschichte, 3« édit., t. ii, 
p. 111, 115, 384; n. Sohm, Rechts und Gericlits Ver/assung, 
p. 573-575; Schrœder, Die FrarUten in ilu-em Reciil, dans 
Zeitschrift jùr Savigng Stifiung, 1881, II" partie, p. 47. 
Schrœder lit pms, il entreprit de compléter les explica- 
tions de ses devanciers : Untersuchungen :u den frànkischen 
Volksrechlen, n. Die Heimat der Lex Cliamavorum, dans 
Monalsscliri/t /lïr die Geschichie Westdeulschlonds, 18S0, 
(. VI. p. 492 sq. Cf. Froidevau.\, op. cit., p. 20. — " J.Havet, 
dans la Revue historique du droit. 1877, p. 667; P. VioUet, 
Précis d'hisL du droit /rançais, 1S85, p. 97. — '■ De Val- 
roger. Les barbares et leurs lois, c. xii. Prétendue loi des 
Francs Chamaves, dans \a Revue critique de légiste tion et de 
/uri.'îprudencc, 1867, t. XXX, p. 166-168; Fustel de Coulanges, 
op. cit., p. 106; Ch. .Mortel, dans la Grande Encgctopédle, 
1890, t. X, p. 303 ; Froidevaux. op. cit. — " Les te.ites sont 
réunis par Gaupp. op. cit., p. 16-23. — " Op. cii , p. 21. 



137 



CHAMAVES (LOI DITE DES FRANCS) 



138 



tion aucune par Chiniac ', Gcorgisch ', Walter', 
Guérard *. Le premier à s'inscrire en faux contre cette 
opinion tut H. Pertz, qui prétendit avoir découvert le 
véritable capitulaire du mois de septembre 813, ce en 
quoi il s'abusait'; mais il voyait juste en déclarant 
([ue le texte n'offrait ni le nom de (.^harlemagne, ni la 
date 813, ni la mention d'Aix-la-CluipcUe, qu'en outre 
le document visé par la Chronique de Moissac" qu'invo- 
quait Raluze comptait 40 capitula, au lieu de 45 et 47 
dans les manuscrits de la loi des Chamaves, et enfin 
que, pendant que le capitulaire dont parle la Chro- 
nique de Moissac a pour objet les choses (jux cranl 
necessarix Ecclesiœ Dei ci christiano populo et se trouve 
donc être un ensemble de règlements ecclésiastiques, 
notre texte laisse de côté les choses d'Église. Surtout, 
le capitulaire de 813 dont parle le chroniqueur de Mois- 
sac était fait pour tout l'empire, de omni regno vel iin- 
perio. Or, il suffit de lire notre document pour s'aper- 
cevoir que les dispositions législatives qu'il contient 
ne s'adressent qu'.à un petit groupe de population. 
C'est une sorte de code d'un caractère tout local '. 
Nous savons maintenant ce que n'est pas notre docu- 
ment, reste à savoir ce qu'il est. 

Pertz en fait un coutumier local, le jus pagi Xan- 
{ensis'. Pardessus en fait également «un statut lo- 
cal»''; après lui, Walter abonde dans le même sens". 
.Survint Gaupp qui ne se contentait plus de la » cou- 
tume » ( Weisttmm) admise par Pertz, mais imaginait 
une « loi populaire » (Volbsrcchl), un i ancien droit 
spécial aux habitants de l'Hamaland » dont « une 
grande partie s'était conservée à l'état de coutume, 
jusqu'à ce que le besoin d'une rédaction s'y fût fait 
sentir^'.» L'explication fut adoptée et fut déclarée 
« le dernier mot» sur la question. Cependant, dés 1807, 
un historien, M. de 'Valroger, repoussait, mais trop 
sommairement, l'explication mise en cours '2, et, en 
1887, Fustel de Coulanges réduisait ;\ néant la thèse 
de Gaupp ". De loi des Chamaves nulle trace, 
nulle mention explicite ou implicite dans les docu- 
ments du moyen âge, diplômes, formules, testaments, 
donations, actes judiciaires. Éinhard dit que les 
Francs ont deux lois ", il ne dit pas qu'ils en aient 
trois!'. Tvjous ne pensons donc pas qu'après examen, 
il y ait lieu d'adhérer à la théorie de Gaupp. Ce serait, à 
notre avis, une grande illusion de croire que ce texte 
nous mette sous les yeux une vieille loi populaire des 
Francs Chamaves. 

Le texte que nous avons à étudier comporte 48 ar- 
ticles qui ne s'occupent guère que du droit privé avec 
d'énormes lacunes qui empêchent de les considérer 
comme une législation. Le désordre qui règne dans 
cette brève rédaction est remarquable. A le lire attenti- 
vement, on constate que, sur ses 48 articles, 34 règlent 
la compensation pécuniaire exigée pour tel ou tel 
délit (articles 3-0, 10-41, 47). Sans doute, les lois 



*Baluze, Capîtularîa Regtim Francorum, éJit. P. de 
Oiiniac, in-fol., Parisiis, 1870, t. i, col. 511-51G. — ' Gear- 
gisch. Corpus jui-is Germaiiici antiqtii, jn-4°. Halle, 1738, 
col. 781-786. — ^Walter, Corpus juris Germanici antiqtii' 
in-S", Berlin, 1824, t. il, p. 264-267. Omis par Canciani, 
Leges barbarorum. — * B. Guéiard, dans h'oticcs et extraits 
des manuscrits, t. xri, part. II, p. 74. — 'Fustel de Cou- 
langes, dans Séances et tran. de VAcad. des se. mor. et polit., 
1887, p. 101-102. — ' Chronicon Moissacense, ann. 813. 
dans Monum. Germ. bist., Scriptores, l. i, p. 310. — ' Fustel 
de Coulanges, op. cit., p. 102. — " Monum. Germ. bist., 
Leges, 1. 1, p. xxxv ; Ueber das Xantener Rccîit, dans Abhand' 
/iingen, 1848, p. 411-423. — 'Pardessus, Loi sajiijiie, p. xxvi. 
— '" Walter, Deutsche Rcctilsgescliichte, 1852, S 143. — 
" Gaupp, Lex Francorum Cluunauorum, p. 27-28. — *- De 
Valroger, Les barbares et leurs lois, p. 88. — " Fustel de 
Coulanges, op. ci(., p. 112-113. — " Vita Karoli, c. xxix : 
Franci duas liabent leges, la salique et la ripuaire. — '=■ Les 
copistes qui, au ix^' et au .x" siècle, ont écrit ces libri légales 



franques manifestent la même iiréoccupation, mais 
elles y apportent un luxe de prév-oyancc qui ne se 
retrouve plus ici. Là où Lex emendata consacre un titre 
tout entier, en vingt articles ^ pour le vol des porcs 
— nous trouvons dans notre document deux lignes. 
Perpétuellement, la prétendue loi des Chamaves 
semble renvoyer à un autre texte plus développé. — 
Autre caractère : la généralité. Abstraction faite de 
quatre articles (26, 27, 28, 29), le document (si on ne 
tient pas compte du titre donné par un manuscrit) 
semble s'étendre à tout l'empire. Prenons par exemple 
ces formules : Qui hominem Franeum occiderit (art. 3) ; 
.SI quis conics in suo comilatu occisus fueril (art. 7) ; 
qui pcr cartam ingcnuus est (art. 12) ; si quis cum armis 
hannitus fuerit (art. 3 1) ; quisquis audel arma clamare 
(art. 37). On pourrait multiplier les exemples. Ceux-ci 
suffisent à montrer qu'on s'est attaché à choisir les 
formules vagues et générales, ce qui n'est guère le cas 
dans la rédaction d'une loi particulière. • — Deux ar- 
i;unients sont invoqués en faveur d'un texte local, 
c'est la mention de l'affranchissement per hanlra- 
dam"^' qui n'est prévu que dans notre document et qui 
deviendrait l'usage particulier d'une peuplade. De 
cela nulle preuve péremptoire. Les articles 11 et 12 
insinuent le contraire puisqu'ils parlent de cette manu- 
mission comme d'un mode très connu. — 2° Le titre 
donné dans le manuscrit 96.J4 : Xotitia vel conunemora- 
lio de illa euva quse se ad Amorem habct, diffère de celui 
du ms. 46-2SA, dont l'importance est à peu près égale, 
sinon supérieure. Or, le mot euva ne se rencontre pas 
dans ce dernier manuscrit; il signifie loi <, comme le 
montrent les textes du ix'- siècle, et se trouve n'avoir 
ici qu'une seule attestation. Quant à la place occupée 
par notre document dans les manuscrits, on n'en peut 
rien conclure puisque le même désaccord existe sur ce 
point et sur le titre lui-même; le ms. 965 i intercale 
nos 48 articles entre la Lcx cmcndala et la Lex ripua- 
lia, tandis que le ms. 46i'iA les place au milieu des 
capitulaires. 

« Il faut donc, en définitive, s'en tenir à l'étude in- 
trinsèque du texte lui-même, et voir ce qu'il peut ap- 
prendre sur sa propre nature. Des observations di- 
verses qui viennent d'être faites successivement, il 
résulte que les travaux des érudits d'Outre-Rhin doi- 
vent être rejelés. Leur prétendue loi n'a pas, en effet, le 
caractère d'une loi, même d'une loi populaire"; il lui 
en manque plusieurs éléments constitutifs et essen- 
tiels. Quant à voh- dans la prétendue lcx Francorum 
Cliaimworum un appendice de la loi Ripuaire", c'est 
là une hypothèse purement gratuite et formellement 
contredite par les manuscrits; tous les deux sont d'ac- 
cord sur ce point, et placent les 48 articles après la loi 
salique et avant la loi ripuaire ". » 

"V. An.\lyse. — 1. Droit public. — Au point de vue 
monarchique et au point de vue administratif, notre 

que nous possédons en si grand nombre, et dont chacun con- 
tenait le recueil des diverses législations alors connues, ont 
tous ignoré la législation des Chamaves; car ceux-là mêmes 
qui ont écrit nos deux manuscrits et qui ont inséré le code 
que nous étudions, ne lui ont pas donné le titre de loi des 
Cliainaves et ne paraissent pas s'être doutés qu'il renfermât 
la loi de ce peuple. 11 y a encore cette singularité : on a un 
acte de donation relatif à des terres du pays nommé Hania- 
land, l'acte est de 855, postérieur de peu à notre texte; 
l'auteur y allègue et y cite la lex salica, la lcx ripuaria et la 
lex Frisionum; mais aucune loi chamave n'est citée. Ainsi^ 
dans ce canton même qui serait, dit-on, le pays des Cha- 
maves, on applique toutes les lois, excepté une loi cha- 
mave. » Fustel de Coulanges, op. cit., p. 113. — "JOicdonn., 
t. I, col. 560. — " C'est ce que reconnaît M. Glasson, Ilist. 
du droit et des instit. de la France, in-8°, Paris, 1888, t. il, 
p. 100. ^ >' Gaupp, Le.c Francorum C/iamauoruni, p. 2r>-28; 
le iiKit rippcni/iVc n'est pas prononcé,mais résulte du raison- 
nement tenu par l'auteur. — " Froidevaux, op. ctl., p. 37. 



139 



CHAMAVES (LOI DITE DES FRANCS) 



CHAMBELLAN 



140 



texte témoigne en faveur tle l'identité absolue du 
pays d'Amor, avec le reste de l'empire franc'. Nous 
n'avons pas à nous y attarder et nous en venons tout 
de suite à ce qui concerne le point de vue ecclésiastique. 

In primo capilulo, de caiisis Ecclcsiœ cl de illis servis 
Dei. qui ibidem deserriunt, sic habemus, quomodo et cilii 
Franci habciit. Ainsi donc, sur ce point encore, parité 
absolue avec les autres Francs. Mais que faut-il en- 
tendre sous ce nom très vague de coiisa" Ecclesiir'l On 
en est réduit aux conjectures, car on sait, par l'élude 
des Capitulaires que les rois francs, mérovingiens ou 
carolingiens, et Charlemagne surtout, se sont ingérés à 
tout réglementer dans l'Église. Il est, toutefois, une 
explication fondée sur l'interprétation restreinte du 
mot causa qui, dans la langue latine telle qu'on la 
parle au début du ix" siècle, en Gaule, désigne les 
choses de l'Église, c'est-;\-dire ses domaines, ses biens 
temporels et les monuments du culte. Les mots sui- 
vants : cl de servis Dei, qui ibidem deserviunt, favo- 
risent nettement cette deuxième explication, car l'ex- 
pression scrvus Dei désigne de préférence un prêtre ou 
un clerc à un laïque; enfin, les mots qui ibidem de- 
serviunl enlèvent tout doute, il s'agit bien, ici, des 
desservants » ecclésiastiques. 

Quels sont, dès lors, les dispositions prises à l'égard 
du clergé d'Amor dans l'article l*^'? Ce sont des dispo- 
sitions protectrices relatives à la punition du meurtre 
d'un prêtre, aux coups et blessures qu'il reçoit, etc. 
Cela dit, on ne s'occupera plus, dans les quarante-sept 
articles suivants, que des laïques. « Une pareille brièveté 
est loin de contenter la curiosité, et les mesures qui se 
trouvent dans la loi ripuaire sont trop rapidement 
énoncées pour nous satisfaire -. Il existe aussi, il est 
vrai, dans les capitulaires, plusieurs dispositions qui 
complètent celles de la loi ripuaire, et les corroborent ; 
mais cela encore est trop insuffisant pour permettre 
de donner une idée un peu précise de la situation 
du clergé dans le pays d'Amor. Tout ce qu'on peut 
dire, c'est que le meurtre des ecclésiastiques était sévè- 
rement puni, et que la valeur de la composition deve- 
nait de plus en plus grande, suivant que le rang occupé 
par la victime dans la hiérarcbie ecclésiastique était 
plus élevé '. » 

Ce qui concerne la justice, les pénalités, le service 
militaire, la police, les ponts et chaussées ne nous ap- 
partient pas. 

2. Droit privé. — Il existait, dans le pays d'Amor, 
quatre classes sociales : Francs, hommes libres, af- 
franchis, esclaves. Nous avons déjà traité des affran- 
chis, nous rencontrerons les autres classes; nous vou- 
lons seulement revenir sur le mode spécial visé par 
notre document : l'affranchissement per liantradam : 
une des plus intéressantes questions que soulève 
l'étude de la loi dite des Chamaves '. 

Voici le texte de cet article 11 : 



Ms. 965i. 

Qui per hantradam ho- 
minem ingenuum dimittcre 
volucril, sua mami daode- 
cima ipsum ingenuum di- 
miltere facial. 



Ms. 462S.i. 

Qui per hantradam liu- 
mineni ingenuum dimiltere 
volucril, in loco qui dicilur 
scmclum cum xii ipsum 
ingenuum dimittcre facial. 



Ce qui donne la traduction suivante, en combinant 
les deux textes : « Celui qui voudra affranchir un es- 
clave par le mode appelé Ilanlrada, que de sa propre 
main, assisté de douze témoins [var. lui douzièmel, 
dans le heu appelé le lieu saint, il le renvoie libre. » 

1 Froidevaux, Études sur la tex dicta Francorum Clia- 
mnvonim, p. 41-51. — • ' Lex ripuaria, édit. Sohm, tit. x, 
1, 2; tit. XI, 3; tit. xiv, 1; tit. xxxvi, 5, 6, 7, S; I.cx 
salica, cdit. Hubé, tit., lxxv, lxxvi, lx.xvii. — "Froide- 



Voici maintenant l'article 12 dont le début met 
l'aflranchissement per hantradam sur le même rang que 
l'affranchissement si connu per carlam : Qui per car- 
lam aul per hantradam ingenuus est, et se ille foris de eo 
miseril, tune ille leodis dominicum veniat cl suus pecu- 
liaris Iradilum jam dicta domino non fiai. » Celui qui est 
devenu libre par caria ou par hanlrada (et) si le maître 
l'a renvoyé hors de chez lui, alors que le prix vienne 
dans le trésor royal et que le pécule ne soit pas remis 
au devant-dit maitre. » 

Le mode d'affranchissement consiste donc en ceci : 
le maître, accompagné de douze témoins, se rendait 
dans une église avec son esclave, et là, lui-même, en 
présence des douze témoins, il renvoyait son es- 
clave libre et le laissait maître de ses actions. Ceci est 
bien sommaire, aucun détail sur les formalités à rem- 
plir, nulle mention de Vacle qui opère l'affranchisse- 
ment ; mais peut-être n'en est-il ainsi que parce que ce 
mode d'affranchissement était si répandu qu'une des- 
cription et une explication paraissaient superflues. 
Si rafTranchissement per hantradam ne se rencontre que 
dans notre document — et jusqu'à ce jour on ne l'a 
découvert nulle part ailleurs — le plus sage est peut- 
être encore d'avouer son ignorance et de s'en tenir à 
l'article 11 : dans le mode d'affranchissement per 
hantradam, la manumission de l'esclave a lieu dans 
l'église, par la main du maître, assisté de douze (ou 
onze) témoins. Dés lors, il est assez naturel de com- 
parer ce mode d'affranchissement à la manumissio in 
ecclcsia que de nombreux textes nous font connaître. 

La loi salique ne parle pas de cette sorte d'affran- 
chissement, mais la loi ripuaire lui consacre son 
titre Lviii en vingt et un articles. On y voit que le 
maitre se rendait dans l'église accompagné de son es- 
clave; là, en présence des prêtres et du peuple, il le dé- 
clarait libre et lui remettait une tabula d'afïranchisse- 
ment, signée de tous les assistants. Les articles 12, 13 
et 14 de la loi dite des Chamaves décrivent les effets 
produits par l'affranchissement per hantradam; or, ces 
effets sont identiques à ceux produits par l'observa- 
tion du titre lviii de la loi ripuaire, telle que les font 
connaître les recueils de formules, même extension et 
mêmes restrictions possibles. Quant à l'omission faîte 
par notre document en ce qui concerne la présence du 
prêtre et la rédaction d'une tabula, on peut soutenir 
que ces conditions sont impliquées par la cérémonie 
faite dans l'église où la présence du pi'être est, non 
seulement normale, mais obligatoire,' et par l'usage, 
toujours vîvace au ix^ siècle, de dresser un procès- 
verbal à l'issue de toute cérémonie ^. 

VI. Conclusion. — Le titre donné au document 
est injustifié. Les Chamaves disparaissent de l'his- 
toire dans le cours du iv^ siècle ; rien n'autorise à sup- 
Iioser qu'ils aient persisté jusqu'au ix«. A cette date, 
le pays d'.\mor est peuplé de Francs qui, sur la plu- 
part des points, ressemblent absolument au.x habi- 
tants du reste de l'empire carolingien. 

Le titre donné par le ms. 9654 est formel : Xotitia 
vel conunemoralio de illa cuva (= lege) qux se ad Amo- 
rem habel. Il s'agit d'un texte juridique, et les deux 
premiers mots en déterminent la nature; ce n'est pas 
une loi populaire, c'est un résumé, rien de plus''. 

H. Leclercq. 

CHAMBELLAN. — I. Cubicularii et cubicularix. 
IL Fonctions. III. Préposîtcs. IV. Maîi'es du palais. 
V. Sarcophage. 

I. Cubicularii et cubicuhrijE. — Chez les Ro- 
mains, des serviteurs étaient affectés à chacun des 

vaux, op. cil., p. 54. — * Dictionn., t. i, col. 569. — 'Froi- 
devaux, op. cit., p. SS-125; pour Fustel de Coulanges, 
L'alleu et le domaine rural, p. 315, note 1, il n'y a pas de 
tabula. — • Froidevaux, op. cit., p. 220-230. 



141 



CHAMBELLAN 



14-2 



appartements de la maison; le nombre exorbitant des 
esclaves permettait cette division du service poussée 
au (h-\h des limites du bon sens. Un même appartement 
était desservi par plusieurs esclaves chargés de soins 
minimes, c'étaient souvent de véritables sinécures. 
Ceux qui avaient à s'occuper de la chambre à coucher 
(ciibiculiuu) et, en général, de tous les soins qui se rap- 
portaient à la personne des maîtres, portaient le titre 
de culncularii. Si des habitations des particuliers 
nous passons à la cour impériale, nous retrouvons ces 
mêmes serviteurs sous le nom de cubicularii ou n cubi- 
culo ', appartenant à la classe des esclaves ou des aflran- 
chis -. Ils y étaient nombreux et embrigadés sous 
un surintendant, personnage important, ayant ses 
entrées à toute heure dans le privé du prince, une 
sorte de « premier gentilhonmie de la chambre ». 
pourvu du titre de supra cubicnlarios ou prœpositiis 
nibiculo '. 

Les cnbicidarii des empereurs jouèrent ordinaire- 
ment un rôle, parfois considérable, auprès de leurs 
maîtres et exercèrent sur l'esprit de certains empe- 
reurs une inlluence néfaste '. Parfois, nous les voyons 
tenir le rôle tragique. Doniitien fut assassiné avec la 
complicité de ses chambellans, Parthcnius et .Sigerius. 
On voulut faire de ce drame un complot chrétien par 
suite de la présence d'un certain Stephanus, allranchi 
de Flavia Domitilla et intendant de ses biens. Ce Ste- 
l)liauus avait probablement été nommé séquestre de la 
fortune de la femme de Clemens; quoi qu'il en soit, ac- 
cusé de concussion, l'empereur voulait lui faire rendre 
des comptes. Stephanus s'offrit pour porter le premier 
coup et frappa l'empereur à l'aine; on accourut et, 
dans le tumulte qui suivit, le chambellan Sigerius ache- 
va l'empereur et Stephanus lui-même fut massacré, 
ftenan a induit que cet assassinat, qui suivait de fort 
près la persécution contre les chrétiens, n'était pas 
sans quelque rapport avec elle: « ce qui est probable, 
ajoute-t-il, c'est que Domitille et les gens de Flavius 
Clemens entrèrent dans le complot '. » Cette supposi- 
tion ne s'autorise que du rôle du seul Stephanus, «un 
nom qui va bien â un chrétien, n ajoute Uenan. I^'ar- 
gument est un peu mince. Parmi les conjurés que nous 
connaissons avec certitude il ne se trouve pas un seul 
chrétien. Un texte de Tertullien ne laisse guère de 
place à l'hcsitalion : D'où sont sortis les Cassius, les 
■Niger, les Albinus, ceux qui forcent le palais à main 
armée, plus audacieux encore que les Sigerius et les 
Parlhenius? Ils étaient Romains, si je ne me trompe, 
c'est-à-dire qu'ils n'étaient pas chrétiens. Undc Cassii 
cl Xiyri, et Atbini'}... undc qui arniali palalium irrum- 
punt, omnibus Si(icriis atquc Parlheniis audaciores'! 
JJc Honmnis — ni /ullor — id est de non christianis '. 

' OreUi, Inscripl. («(., in-S°, Turici, 1828, n. 1635, 2810, 
2863, 2905, 2906, 4411, 4663, 6312,6344, 6651, 7091 ; Corp. 
inscr. lat., t. vi, part. 2, n. 3954-3961, 4439, 8758-8794, 
9285-9315. — = Sous les premiers Césars, il n'y a que des es- 
claves. Pour les atlranchis, G. Heiizen, dans Annali delt. 
Isliliilo, t. XXIX, p. 88; Bull. delVIstil., 1862, p. 33; Corp. 
inscr. grœc, t. n, n. 2947. — ' Marini, Alli degli jralelli 
Aruidi, p. 44; Henzen, dans Annali, 1856, p. 15, n. 47; 
Corp. inscr. l(d., t. vi, part. 2, n. 8760, 9287. — ' Frieil- 
l;ender, Siltenr/eschictUc Roms, G" édition, t. i, p. 114 sq. ; 
J. Marquardt, La e/c prit'ée des Romains, trad. V. Henr\-, 
t. I, p. 169, note 9; O. Hirschteld, Die Gelreideuerwallunij 
in der ràmischen Kaiserzeit, dans Pliilologus, 1870, p. 72 sq. ; 
E. Bonnell, De dîgnitale majoris domus regum Francoram 
a Romano sacri cubiculi prœposito dncenda,m-S", Berolini. 
1855; Rostowzcw, Cubiculariiis, dans Pauly-\Visso\a, 
Real-cncyclop., t. iv, p. 1734 sq. ; J. Michiels, Les Cuhicn- 
larii des empereurs romains d'.-iugnste à Dioctétien, dans Je 
Musée belge, 1902, t. vu, p. 364-387. — ' Kemm, Les Ëuan- 
yiles, p. 338. Cf. B. Aube, Histoire des persécutions, p. 184 
185. — 'Tertullien, .\pologeticus, c. xxxv, I'. /.., t. i,' 
col. 152; H. Le Blant, dans la Revue des tiuestians his- 
toriques, janvier 1876, p. 239; P. AUard, Histoire des pér- 



il faut donc renoncer à mêler les chrétiens à ce complot 
des chambellans. 

Sous le règne de Trajan, un chambellan, nommé 
Piomulus. embrassa le christianisme; il subit le mar- 
tyre. Nous ne possédons malheureusement pas d'actes 
authentiques sur ce personnage, mais seulement des 
textes de l'époque du Bas-Empire, dans lesquels on lui 
donne le titre de : -paiitociTo; ;ioc7'./ :y.f,; ï-j)?,; ou ^tl'j:- 
'/.îm; ', terme fréquemment employé sous le Bas-Empire 
pour désigner les chambellans '. Xous parlerons, dans 
un moment, d'un chambellan chrétien de Caracalla ou 
de Commode. Il n'y a pas lieu d'accorder plus qu'une 
mention à lui pseudo-Lucien, chambellan de Dioclé- 
tien, auquel Théonas d'.\lexandrie aurait écrit une 
lettre. C'est une pièce latine qui n'a jamais existé en 
grec et qui a été forgée par un faussaire célèbre, l'ora- 
torien Jérôme Yiguier (t 1661) '. 

Avec les empereurs chrétiens, il va sans dire que les 
chambellans appartiennent à la nouvelle religion; c'est 
alors, probablement, que le cubicularius est régu- 
lièrement choisi parmi les eunuques. Constantin, en 
s'établissant à Byzance, acceptait la civilisation de 
l'Orient dans toutes ses conséquences, il n'adoptait 
pas seulement le cérémonial, le luxe, l'autorité sans 
contrepoids des princes orientaux, mais jusqu'aux 
eunuques. Le chambellan de Constance, Eutherius, 
est eunuque" et porte le titre de prœpositns cubiculi 
que lui donne à satiété .\mmien Marcellin ", de même 
que Philostorge : 'j :JvoO/o;, ô; si; t?,v -'i\j -oï;-!)<7;to-j'^ 
et Soerate : i;pœTOT-./-o:Tw/ y.o'.rclvwv toO |5a7'.).î'ù); vrio^à- 
yo;". Pour le chambellan de l'empereur Julien, Cassio- 
dore emploie ce titre : prœsidcns imperiali cubiculo^'; 
pour celui d'Honorius, Zosime dit ceci :6-r,; ç-j/.a/.T,; 
ToO ^icù.'.y.o'j xciiTtôvo; Ttposarc'.); ". L'n des plus célèbres 
parmi ces eunuques cubiculaires est l'eunuque Eutrope, 
chambellan d'Arcadius. Dès cette époque, fin du 
IV' siècle, la charge de cubicularius est devenue insé- 
parable delà condition d'eunuque. Une inscription du 
cimetière de Commodillc nous fait connaître un cubicii- 
laire qui ne songe pas à cacher une situation qu'on ne 
songerait guère à proclamer de nos jours '^ : 

[S RECESSIT IN PAGE lOANNIS 
EVN(!;)CVS CVBICVLARIVS 
QVI VIXIT ANNIS PLVS MINVS 
XLV BENEMERENS DIAE 
3 es III KAL AVGVSTAS £\___ 

On voit d'après ce texte que les empereurs n'étaient 
pas seuls à avoir des eunuques en qualité de cham- 
bellans, car si ce Jean avait eu le titre de cubiculaire 
impérial, il n'eijt pas manqué de s'en parer. 

séciiiions pendant les deux premiers siècles, in-S", Paris, 1SS5. 
p. 128-130; S. Gsell, Essai sur le régne de F empereur Domi- 
tien, iu-8°, Paris, 1894, p. 327, note 5. — ' Siméon Méta- 
phraste, dans .4c(a sancl., 5 septembre, t. ii, p. 511 : Acta 
sancti Ronudi; ^ïenologium Gnvcorum Basilii imperatoris, 
part. I, n. 20, 6 septembre, P. L., t. cxvii; E. Bonnell, 
op. cit., p. 4, 5. — ' Sur l'emploi de ce terme sous Trajan, 
et Acia sanct., septembr. t. ii, p. 512; sur sa significa- 
tion, E. Bonnell, op. cit.. p. 14, 15, 29 sq. — • .\mmieu 
Marcellin, Hist. rom., 1. XVI, c. vu : Eutherius prsepo- 
situs cubiculi... notas in .\rmenia sanguine libero, cap- 
lusque a fmitimis hostibus etium tum parvulns, abstractis 
geminis. Romanis mercatoribus uenumdatus ad palalium 
Constantini. — '• P, BatifTol, L'épitre de Tliéonos à Lucien, 
dans Bull. cri(., 1886, t. vu. p. 155-160, reproduit dans les 
Œuvres de Jidien Havet, in-8°, Paris, 1896, t. i, p. 83-88.— 
".\mmien Marcellin, 1. xiv, 10; .xv, 3; xvi, 7, 8; xviii, 4 ; 
XX, 2. — " Philostorge, Hist. eccles., 1. IV, e. i, P. G., t. Lxv, 
col. 516. — • " Soerate, Hist. eccles., 1. II, c. il, P. G., t. LXVII, 
col. 933. — ■' Cassiodore, HisL IriparL, I. VI, c. i, P.L., t. LXix , 
col. 1027. — ^^ Zosime, Hist.,]. y, c. xxxv. — '"iZ ciniitero 
di (ytmmoditlu, dans .Vaot'o bail, di arch. crist., 1904, p. 102, 
n. 51, date assez tardive, iv ou v siècle. 



143 



CHAMBELLAN 



144 



Vers le temps de l'inscription qui précède nous 
trouvons la mention cpigraphique cubicularia', c'est- 
à-dire de simples femmes de chambre, mais l'une d'elles 
se qualifie de cubicularia regin{a)e, et il ne faut pas 
donner un sens trop rigoureux de basse domesticité 
à ce titre' : 



I 



HIC • REQVIESCIT IN PACE[ 

QVIVIXIT ANNOSXXXIIIM[<>nses...d;fs.... 

XV-ORAS • VI- RECESSIT[ 

DO • HONORIO ■ AVG ■ \/ ....cons 
5 CVBECVLARIA ■ HVNC TV[mu/um 
POSVIT 

Cette inscription, ainsi que les deux suivantes, ont 
été trouvées dans le pavement de Saint-Paul, sur la 
voie d'Ostic - : 

+ HIC REQVIESCIT 

CVBICVLARIA DOMN 

et celle-ci ' : 

rf/es]-XX -DEP XVII ■ KAL • lAN 
c]VBICVLARIAE REGINE 
j-ETFLCONST un/io v.c.conss. 

La charge de chambellan menait à tout, à condi- 
tion d'en sortir. Eutrope avait été revêtu de la dignité 
consul.aire *. Le Code Théodosien consacre un titre 
aux Prsepositis sacri cubiculi^ : Qui sacri cubiruli 
nostri fuere prœposili, vel mine esse cœperunt, vel quos 
poslea sors ad ascendendi hajus gradum fasliiiii devo- 
caril, ca dignitalc fnnganlur. qua sanl prœditi, qui emi- 
nentissimam prœlorianam vel urbanam meruerinl prœ- 
fecluram aul cerle militarem magisleriam potesiatem, ila 
ut sit inler eos post deposilas adntinislrationes nulla di- 
scretio 

IL FoxcTioNS. — Pendant toute cette période du 
haut Empire, les fonctions de ces camériers nous pa- 
raissent tout à la fois vagues et précises, car le service 
d'un prince peut comporter bien des choses inattendues 
et c'est ce qui parait avoir été l'usage. Passablement 
désœu\Tés, ces gens de service passent une partie de 
leur existence dans l'antichambre de l'empereur ', on . 
les voit écouter à la porte du cabinet impérial ' et dé- 
rober des papiers sur la table du prince *. La nuit, ils 
gardent les abords de la chambre à coucher " et intro- 
duisent ceux qui se présentent avec des nouvelles 
urgentes ". Ils circulent dans lepalais.portent les mes- 
sages que s'envoient les membres de la famiUe impé- 
riale"'; se tiennent au courant des moindres racontars 
et des petites nouvelles'-. Les cubiculaires suivent le 
prince dans ses déplacements, expéditions militaires 
ou parties déplaisir". 

Une charge si intime a pu et dû être sujette à des 
règlements; toutefois, la fantaisie du prince pouvait 
modifier la coutume sans en laisser trace, sinon 
dans de rapides mentions qui, parfois, semblent con- 

' Murât ori, .Voî>. thés. vel. inscr., 1. 1, p. cccxciii, n. 1 ; Fa- 
bretti, Inscripl. domeslic, in-fol., Romae, 1699, p. 192, 
n. 390; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romse, in-fol., Roma. 
1861, t. j, p. 254, n. 599; Corp. inscr. lai., t. vi, part. 2, 
p. 1227, n. 9313. — = Corp. inscr. lai., t. vi, part. 2, n. 9315. 
— ' Corp. inscr. lat., t. vi, part. 2, n. 9314. La domesticité 
du palais impérial comportait des titres que nous ne com- 
prenons qu'à l'aide d'un raisonnement. Molière était valet 
de chambre du roi Louis XIV et M" Campan, élève de 
Duclos, de .Mannontel et de Thomas, d'.\lbanèse et de 
Goldoni, tut femme de chambre de Marie-.\ntoinette. La 
fonction était peu absorbante et le titre fort recherché; on 
" appartenait > au roi ou à la reine ou à tel prince, on s'en 
réclamait, et le protecteur ne l'oubliait pas. Ce sont de vieil- 
les mœurs que nous ne comprenons plus, c'est à leur aide 
<Iu'on peut se représenter certains titres très anciens. Nous 
ne pouvons entrer ici dans un sujet si étranger ù nos études 



tradictoires parce qu'elles énoncent non un règlement 
fixe, mais un bon plaisir vite délaissé. 

I! n'y avait guère de loi pour régler les attributions 
du chambellan dont la faveur décidait l'élévation, les 
privilèges et la chute. Sa fonction se confondait avec 
la toute-puissance du maitre; on ne les distinguait 
pas aisément l'une de l'autre. Compagnons de tous 
les instants, les chambellans qui parvenaient à la 
faveur intime, se baignent, jouent, mangent avec le 
maitre" et transmettent ses ordres — avec les leurs — 
à la domesticité ''. Le chambellan influent est parfois 
choisi pour arbitre dans les joutes littéraires ou athlé- 
tiques dans lesquelles figure son maitre " et se donne 
les .apparences de l'impartiaUté. Il connaît les moments 
favorables pour formuler des demandes, présenter des 
requêtes et recevoir de toutesmains'". Évidemment, on 
ne saurait confondre ce favori avec la foule des cubi- 
culaires inférieurs, de laquelle il est presque toujours 
sorti, et qu'il enviera peut-être après sa chute à peu 
prés certaine. 

C'est à ce monde d'esclaves subalternes que re- 
viennent les charges multiples du service de la chambre 
de l'empereur. L'un renouvelle l'air ", l'autre chasse 
les mouches ", prend soin des vêtements, les pré- 
sente, les passe au prince, orne sa coiffure, le farde, 
le rase, l'épile, coupe les ongles, parfume, chausse, 
drape, toutes besognes auxquelles nous n'avons pas à 
nous attarder ici, encore moins à les énumérer, si Ion 
veut bien songer que certains empereurs eurent plu- 
sieurs centaines de chambellans. A Byzance, leur 
nombre ne diminue guère. La cérémonie de leur pro- 
motion, racontée au chapitre xxv du li^Te II des 
Cérémonies, nous donne de curieux détails sur 1 im- 
portance de la dignité et de la fonction. Leur insigne 
est un vêtement de soie et d'or, le ■miav^^^^^'' °^ "ip^t- 
yaOc:ov. Ils sont placés sous les ordres des préposites ou 
chambellans et on les avertit, au nom de ces chefs 
hiérarchiques, de se bien garder, sans l'avis de l'em- 
pereur, de porter la main sur un homme qui n'est pas 
rasé (SifêiTo;),de ne pas s'enivrer, de n'être ni vain, 
ni léger, ni occupe de choses étrangères au service, 
d'éviter la compagnie et même la rencontre des 
hommes pervers et désireux de nouveautés, c'est-a- 
dire, les mécontents, l'opposition révolutionnaire, de 
répandre au dehors les secret; de l'empereur, ils de- 
^Tont honorer tous les dignitaires du palais, supéricm-s 
et égaux, le sénat et, par-dessus tout, les préposites. 
«Voici, dit la formule de promotion, quelle dignité tu 
reçois. Songe que la sainte porte dont la garde l'est 
commise, tu la tiens de Dieu même, surveille-toi toi- 
même afin que jusqu'à la fin de ta vie tu observes ces 
avis, et, qu'orne des plus belles vertus, tu obtiennes 
aussi de notre empereur de plus hautes dignités et que 
tu deviennes illustre dans le sacré couboucleion. » 
Ceux-ci appartiennent donc à la foule des oi èni toj 

X0-o0*J7.>.£;0*J, 0[ iTl\ TOO yp'JCOTpix).ÎOy, 01 V-O'.TCUVtTS;. 

III. Préposites. — C'étaient là, somme toute, de 

et qui, cependant, les éclaire vivement. On trouvera im ex- 
posé très agréable et très exact dans A. de Maricourt, En 
marge de notre histoire, in-S», Paris, 1905. — * Cassiodore, 
Hist. tripart., I. X, c. iv, P. L., t. Lxix, col. 1167. — ' Code 
théodosien, I. VI. tit. viii. Cf. Code Justinien, I. Xll.tit. v, l.I. 

— • Philo, Legatio ad Caium, .\mmicn Marcellin. I. XV, ii, 
10; I. XXII, III, 12; Michiels, op. cit., p. 376; Rostowzew, 
op. ci7.,p. 1734. — = Suétone, Tiberius, cxxi. — 'Lampride, 
Anton. Diadiim., c. ix. — ' Plutarque, Galba, vu; Mar- 
quardt, op. ri(., 1. 1, p. 169, note 9. — "> Plutarque, Galba, \n. 

— " Hérodien, I. xvii, 6. — '-Suétone, Domitianus,c. xvi. ^ 
" Flav. Vopiscus, Carus, c. viii; Dion Cassius. //is(. roni., 
I. Lxxvi, c. xrv; I. Lxxviii, c. .xxxii; Suétone, César, c. il. — 
" Philo, Legatio ad Caium, c. .x.xvi, sq. — " Hérodien, I, xvii, 
9. — '«Dion Cassius, I. LXXH, c xix. — " Martial, v, 6; 
n', 97. — "Suétone, .-iugustits, c. lxxxii. — "Dion Cas- 
sius, I. LXXIV, c. IV. 



145 



CHAMBELLAN 



146 



petits compagnons. Pour retrouver !e chambellan tel 
que nous l'avons rencontré anprcs des empereurs ro- 
mains il faut, à Ryzance, en venir aux « préposites » qui 
détiennent la fonction la plus importante du palais, 
■q T<ôv ).ci|j.7rpoTiTMV Tip» iiroiTiTMv àÇi'oc, héritiers directs 
des prepositi sacri cubiculi. Avec le temps, la 
charge s'était dédoublée. Aux iV et V siècles on dis- 
tinguait dvihlcs prœposili sacri palatii des pra'posili cu- 
biculi, l'usage ne s'était pas encore établi que tous 
fussent eunuques; dès le vi" siècle, cette coutume ne 
souffre plus guère d'exceptions et surtout la charge 
prend une consistance hiérarchique qu'elle n'avait 
guère connue jusque-là. Ils ont autorité sur tous les 
dignitaires eunuques qui, au jour de leur élévation, 
leur paient la gratification. En outre, ils transmettent 
les ordres du basileus ù tous les dignitaires au- 
liques et dans les diverses cérémonies reçoivent de 
leurs mains les insignes qu'on présente à l'empereur, 
l'ar exemple, ils offrent à l'empereur les cierges; ils 
lui mettent la couronne sur la tête, etc. 

Le nombre des préposites n'est indiqué nulle part. 
«Cependant, en confrontant les différents passages du 
Livre des Cérémonies, on peut remarquer que, dans 
tous les passages qui parlent de ])lusieurs empereurs. 




2'i'iÛ. — Sceau d'un cubiculaire. 
Ibid., p. 568, lig. 1. 

il est fait mention des préposites; dans ceux qui par- 
lent d'un seul empereur, nous ne trouvons trace que 
d'un préposite. D'autre part, nous pouvons faire la 
même remarque poiu- la maison de l'impératrice, ce 
qui semble bien indiquer qu'il y avait un préposite 
par cour, mais un seul, chef unique de chaque maison 
impériale, ayant sous ses ordres tous les cubiculaircs'. « 

y.n terminant, nous voulons mentionner un cham- 
bellan nommé Théopliaues, o xojra/.o'j/.àpio; xx'i nipa- 
xoi(i<ot..£vo;, qui confessa l'orthodoxie sous Léon IV 
(775-780), pendant la persécution iconoclaste. 

Les sceaux byzantins, dont le nombre s'accroît 
chaque année, offrent la mention de plusieurs cubi- 
culaircs et préposites. Nous ne mentionnerons parmi 
les plus anciens que celui d'un cubiculaire du vu" siècle 
nommé Théodore, qui s'intitule « esclave de la ïheo- 
tokos»(flg. 2410) =. 

+ OeOA0JPOY KOYBIKOYAAPIOY, et au revers 
-f AOYAOY THC OeOTOKOY, vii^ siècle. 

Celui du préposite Basile ' : 

GCOTOKe BOHOei {en monogramme cruci/orme), 
TCi) COÛ A8AC0. viii^-ixi siècle (fig. 2441). 

Celui de Joseph, protospathaire, préposite et doyen, 
1 qui est un curieux exemple de ce que pouvait être la 

' A. Vogt, Basile I'', empereur de Btjzance (S67-SS6), el la 
civilisation hijzanline à la fin du IX' siéele, iii-8°, Paris, l'JOS, 
p. 78. — 'G. Sclilumberger, Sigillographie de Fempire hg- 
inn(i;i,in-4», Paris, 1884. p. 486, n. L — 'Ibid., p.568,n. 2.^ 
' Ibid., p. 'Ml, n. 1; p. 508, n. 5; Sorlin-Dorigny, dans la 
Revue archéologique, 1877, t. i, p. 87. — ' Amali, dans Gior- 
nale arcadico, t. L, p. 255; C. Fea, dans Bullctlino delV Islil. 
di corrisp. archeol, 1830, p. 123;' Cardinal!, Diplomi im- 
periali accordati ai mililari, in-4°, Velletri, 1835, p. 127. — 
' Aniati, dans Giornn/c arcadico, t. lvi, p. 328, 330. — ' Outre 



confusion des dignités dans une société telle que celle de 
Byzance. Voilà un honmie, très probablement eu- 
nuque, qui est à la fois préposite, c'est-à-dire chargé 
de fonctions importantes au gynécée impérial, proto- 
spathaire, c'est-à-dire membre de la hiérarchie nobi- 
liaire militaire, enfin doyen, c'est-à-dire fonctionnaire 
de l'ordre ecclésiastique ". •< 

IV. .Maires du palais. — Si nous quittons l'Orient 
pour revenir en Occident, nous rencontrerons encore 
les chambellans, mais pourvus d'un titre tout nou- 
veau, celui de major domas, ce sont les « maires du pa- 
lais ». Voir ce mot. 

V. Sakcophace. — Le monument que nous allons 
décrire est un des plus curieux et des moins remarqués 
de l'antiquité chrétienne. C'est un grand sarcophage vu 
et étudié par J.-B. De Rossi à la villa Borghèse et 
d'une apparence païenne si on n'y prend pas garde. 
Amati affirme que ce monument fut trouvé dans une 
fouille sur la voie Labicane, el Fea précise en disant que 
ce fut dans le terrain désigné sous le nom de Torrc nno- 
va, à un demi-mille environ de cette tour, en revenant 
vers Rome. Ces deux antiquaires et Cardinal! aprèseux 
ont copié et publié l'inscription qui se lit sur la face 
antérieure du sarcophage '; quant à l'inscription qui se 









2441. — Sceau d'un pr<'-po3ile. 

D'après G. Scblumljerger, Sigillographie de l'empire bijzanlin, 

1884, p. 480. fig. 1. 

lit sur la face droite elle ne les a guère préoccupés. 
.\mati a beaucoup insisté sur l'expression ordinalio 
Castrense qui mentionne une charge militaire". C'est à 
un autre titre que le défunt relève de notre travail, l'épi- 
taphe nous apprend, en effet, qu'il était chambellan 
de l'empereur Commode et affranchi des empereurs 
.Marc-.\uréle et Lucius Verus. 

Rien dans le texte de la face antérieure ne permet 
de soupçonner le christianisme du défunt, dont on 
énumère pompeusement les charges diverses. Outre 
celle de chambellan, il était encore pourvu de quatre 
autres charges : procuraior tliesauroram, procaraior 
palrimonii , procuraior munerum, procuraior vinorunt. 
Ce personnage important avait des amis parmi les 
affranchis pa'iens qui prirent soin de lui procurer la 
sépulture et y firent graver l'inscription suivante ' : 

M • AVRELIO • AVGG ■ LIB ■ PROSENETI 

A CVBICVLO AVG • 
PROC • THESAVRORVIVI 
PROC ■ PATRIIVIONI • PROC • 
5 MVNERVIVI • PROC • VI NORVM 
ORDINATO ADIVO COMMODO 
IN KASTRENSE PATRONO PIISSIMO 

LIBERTI BENEMERENTI 

SARCOPHAGVM DE SVO • 
10 ADORNAVERVNT 

Amati, ^ea et Cardinali déjà mentionnés. De Rossi, In- 
scripliones christ, urh. Romie, in-lol., Romic, 1861, t.i, p. 9, 
n. 5 ; Corp. inscr. lat.. t. vi, part. 2, n. S49S ; llatz von Dulin, 
.Intike Bildœerke, t. n, p. 120 sq., n. 2453; Hirschfeld, 
Inscript, lalinœ sclccta-, t. i, p. 354, n. 1738; Tomassetti, 
Campagna romana (Labicana), p. 37, n. 1; Friedlànder, 
Uarstellungen aus der Siltengeschichte Roms in der Zeil von 
Aiigust bis zum .iusgang der Antonins, 1888, 1. 1, p. 196 sq.; 
J. \Vilpert,Die Papstgràber und die Cdciliengruft in der Ka- 
tacombe des hl. Kiillistiis, iri-fol., ï'reiburg, 1909, p. 62, fig. 51. 



14" 



CHAMBKI.LAN 



148 



Tout était dit lorsqu'un ami du défunt, affranchi 
comme lui, un nommé Ampelius, qu'une absence avait 
privé de s'associer à riiommage rendu, revint à Rome 
et voulut voir la tombe de Prosenés. 11 remarqua que 
l'épitaphe remplissait si complètement le cartel qu'on 
ne pouvait rien y ajouter, cependant l'inscription pas- 



TVS IN LVCE DOMINI SVSCEPTVS EST' — DO- 
NATVS ACCEPIT REQVIE IN DEO * — HERACLIA 

RECEPTAINPACEsj,'». Quoique la formule employée 

par Ampelius pût, à la rigueur, se rencontrer chez 
quelque platonicien, elle ne se trouve nulle part. 




•2442. 



In^ciipliun de Prùsenès. D'après W ilpert. Die Papstgràber, pi. v. n. 1. 



PROSENES RECEPTVS AD DEVM-V-NON^SIII 
REGREDIENS IN VRBE AB EXPEDITI 



ONIBVS 



JIA-PRAESENTE-ETEXTRICATO-II. 
SCRIPSIT AMPELIVS LIS 



sait sous silence un fait que les amis païens avaient 
négligé, ignoré peut-être; la foi chrétienne du mort. 
Celui-ci reposait hors d'un cimetière réservé aux fi- 
dèles, sa qualité risquait d'être méconnue. Ampelius 
ne le souffrit pas et, sur la face droite du sarcophage, il 
fit graver une inscription à la mémoire du cham- 
bellan, son coreligionnaire (fig. 2442). 

La revendication était claire. La formule rcccplas 
ad Deum ne se rencontre jamais sur les épitaphes 



en fait. Au reste, un autre indice corrobore ce 
premier signe de christianisme; c'est la mention 
du jour de la mort. Tandis que les païens qui tiennent 
ce jour pour funeste s'abstiennent avec soin de le 
rappeler, les fidèles, qui en font le jour de la vraie 
naissance, prennent soin de le faire connaître. Am- 
pelius n'y manque pas; il nous apprend donc que c'est le 
Y. XOX. apri LIS ('?) que mourut son ami et nous dit. 
en outre, que ce fut en l'année 217. Probablement 




2443. — Sarcûpbat'e de Prosenés. D'après Wilpert, Die I^apstgraber uiui <ite CdCiitengrii.'l, l'Jua, p. o'-', u;;. M. 



pa'i'ennes.clle reparait, au contraire, à plusieurs reprises, 
sur les inscriptions des fidèles: MALA ACCEPTA APVD 
DEVMi— IN PACE XPI RECEPTA"- — REQVIEM 
ADCEPIT IN DEO' — SEVERIANVS CVIVS SPIRl- 



'Bosio, Homa sollerranea, in-tol., Roma, 1G32, p. 105. — 
* Gazzera, dans Memorie délia Reale accad. délie scienze di 
Torino, sér. Il, t. xvii. — = Corp. inser. lui., t m, n. 4221. — 
•De Rossi, Inscr.chrisl.urb.Hom.,t.'i, p.iy2, n. 442. — ' Ma- 



Prosenès avait été de ce nombre de recrues que fit le 
christianisme pendant la longue accalmie du règne 
de Commode '. 

Le sarcophage ^ est à peine moins remarquable que 



rangoni,.4c(a 5. Viclorini, in-4°, Romae, 1740. p. 97. — • Ibid., 
p. 09. — 'Dictionn., t. i, col. 2S60. — " Ce sarcophage a été 
édite pour la première fois par J. Wilpert, Die Papslgrciber, 
1909, p. 02, fig. 51, et pi. V, n. 1. 



149 



CHAMBELLAN — CJIAMBRES DES SACREMENTS 



150 



l'inscription. C'est une œuvre soigneusement entaillée. 
Le sujet de la décoration n'offre rien de très digne 
d'attention quant à la cuve. Le cartel est soutenu par 
deux amours qui, pour mieux s'acquitter de leur tâche, 
ont jeté l'arc à leurs pieds et déposé en l'inclinant, la 
torche, attribut des génies funèbres; sous le cartel deux 
cornes d'abondance et à l'extrémité droite de la face 
antérieure un pilastre surmonté d'une urne cinéraire. Le 
couvercle est plus intéressant. Aux angles deux petits 
génies funèbres, assis, appuyés sur leur flambeau ren- 
versé, se désolent; ces petites figures sont d'un na- 
turel parfait. Sur la longue dalle du couvercle, repose 
Prosenès. D'après ce qui subsiste, — car la tète et une 
partie du buste ont disparu et toute cette partie est 
déplorablement mutilée — nous avons ici une repré- 
sentation très rare, et qu'on peut rapprocher du sar- 
cophage d'Asclépia à Salone ^ Ce beau monument, 
quoique sorti à coup sûr d'un atelier païen, n'en de- 
vient pas moins, grâce à la précaution prise par l'af- 
franchi Ampelius. un des plus curieux souvenirs 
du cliristiauisme primitif ( Tig. 2413). 

il. I.ECLERCQ. 

CHAMBRES DES SACREMENTS. — I. Les 

«chambres des Sacrements». II. La chambre A-. 
III. La chambre A'. IV. Les chambres A' A^' A». 
"V. Les symboles. VI. Les vêtements. VIL Rapports 
des peintures entre elles. VIII. Technique. 

I. Les « cii.\MBRES des .S.\cre.ments ■. — Dans 
l'étude consacrée au cimetière de Calliste (voir ce 
mol, t. II. col. 1664) nous avons décrit la situation 
topographique de plusieurs cubicules auxquels leur 
décoration à fresques a valu le nom de « chambres 
des Sacrements ". Ces chambres, au nombre de cinq, 
forment un groupe distinct et limité à une période 
chronologique assez restreinte dont le début nous re- 
porterait aux pontificats de Zéphirin ou de Calliste, 
c'est-à-dire dans le premier quart du iii« siècle, au 
j)lus tard. Si on se reporte au plan général de la cata- 
combe dite de Calliste, on verra que ces chambres 
désignées A^ A', A*, A", A«, sont situées le long 
d'un des deux ambulacres principaux de la 1'" arcci.ix 
peu de distance de la crypte papale. Les cubicules 
A" A' sont les plus anciens, situés au même niveau, 
ou peu s'en faut, et contemporains l'un de l'autre, 
les cubicules A", A', A", sont creusés à des niveaux 
dificrents et à des intervalles de temps plus ou moins 
rapprochés, en commençant par le plus éloigné pour 
se rapprocher des cubicules anciens; ainsi la série doit 
être établie dans l'ordre suivant : A^ A', A", A=, A*. 
L'architecture de ces cubicules ne présente rien de 
particulièrement remarquable; aucun d'eux ne ren- 
ferme à'arcosolia mais seulement des lociili creusés 
dans les deux parois latérales et dans le mur du fond. 
Enterrés par mesure de préservation pendant la per- 
sécution de Dioclétien, on les dégagea plus tard, mais 
on laissa subsister la différence de niveau qui remon- 
tait à l'époque des excavations, tandis que l'on mon- 
tait plusieurs degrés pour pénétrer dans A', A^ on 
en descendait plusieurs pour s'introduire dans 
A*, A", A'. Les fresques sont peintes sur le mur de 
l'entrée, sur les grandes surfaces planes entre les lociili 
et sur le plafond. Nous ignorons tout relativement 
aux tombes contenues dans ces cubicules, les ouvriers 
de Boldetti ont saccagé ces chambres, forcé les sépul- 
tures, volé le contenu, emporté les dalles funéraires 
trouvées intactes. L^n fragment négligé par eux dans 
un loculus de la chambre A" est resté en place, on y 

'H. Leclercq, Manuel d'arch. chrét., t. ii, p. 306, fig. 241. 
— ' J.-B. De Rossi, De chrisliaiiis nioniimcnlis 7')j. exhibeti- 
tihus, dans Spicilegium Solesmensc, t. m, p. 545-577. — 
' R. Garrucci, Sloria deU'arle crisliana, in-tol., Prato, 1876, 
t. Il, p. 11, 12, 14. — 'De Rossi, Honia sollerranea cri- 
sliinw, Roma, 1864, t. i, p. 246, 328-350. — ' Northcote 



lit le mot : XPHCTH (fig. 2444). Sous l'administra- 
tion néfaste de Boldetti ou peu de temps après, 
quelques peintures furent détachées des murs; cette 
forme nouvelle de dévastation, si elle se fût poursuivie 
méthodiquement, eût privé l'antiquité chrétienne 
d'un ensemble de monuments unique en son genre. 
J.-B. De Rossi, le premier, attira l'attention sur cet 
ensemble et lui consacra un commentaires adoptant 
et consacrant le nom imposé par le P. Marchi : camcre 
dei Sacranicnli, nom peu exact et qui a induit Garrucci 
à reconnaître la représentation de quatre sacrements '. 
En réalité, le baptême et l'eucharistie sont seuls fi- 
gurés S il n'est nulle part question de la pénitence et 
de la confirmation. Ce dernier point a été définiti- 
vement démontré, et les travaux postérieurs dignes 
d'attention l'ont unanimement reconnu ^ Toutefois, 
pour les « chambres des Sacrements», comme pour 
la Cappella greca, on était en possession d'un terme 




2444. — Épitaplie du cubicule A^. 
D'après De Rossi, Roma sotterranea, t. ii, pi. .\.xxix, n. 22. 

compris de tous et d'une exactitude relative; on le con- 
serva *. 

L'n texte ancien, les Philosoplmmena ', nous ap- 
prend que le pape Zéphyrin confia à Calliste la direc- 
tion du clergé et l'administration du » cimetière ». Ce 
qu'on désignait sous ce nom, c'était le cimetière sou- 
terrain qui porta un moment le nom de ZéphvTin et 
prit bientôt le nom de Calliste qu'il a conservé. Cal- 
liste eut, en effet, la principale part dans l'excavation 
de la première area; d'où on a induit que son inHuence 
n'avait pas dû être moindre dans la décoration des cu- 
bicules, eu égard à la préoccupation théologique dont 
témoigne cette décoration. Cette induction est pos- 
sible, vraisemblable jusqu'à un certain point, mais 
elle ne peut invoquer de preuves d'aucune sorte. On 
s'expliquerait difilcilement que l'administrateur igno- 
rât la décoration, mais celle-ci ne présente cependant 
pas de ces profondeurs théologiques inaccessibles à un 
fidèle instruit de sa religion. Calliste aurait bien pu 
n'être appelé qu'à donner rien de plus cju'un témoi- 
gnage de satisfaction. L'hypothèse, cependant, était 
à tel point séduisante qu'on l'accueillit; on lui donna 
une apparence historique, on grefia par-dessus des 
interprétations superlines au point d'en tirer toute 
une théologie sacramentairc. Les fresques des « cham- 
bres des Sacrements » ont partagé la malchance des 
fresques de la «Cappella greca ". Aux unes et auxautres, 

et Brownlow, P. AUard, F.-X. Kraus, J. Wilpert. — 
* Dans tout ce qui va suivre il ne sera aucunement ques- 
Uon de la chambre A', laquelle perdit, à la suite de mo- 
difications architectoniqucs importantes, ses fresques et 
même son aspect primitif. — ' Pliilosophiimena, 1. IX, 
e. XI, P. G., t. XVI ter, col. 3383. 



151 



CHAMBRES DES SACREMENTS 



152 



on a prétendu faire exposer, suivant des règles didac- 
tiques parfaitement déduites, une apologétique chré- 
tienne en images. Les « chambres des Sacrements » ont 
fourni un thème inépuisable à des synthèses auxquelles 
il ne manque rien que d'avoir été conçues au m^ siècle '. 

II. La cha:mbreA=. — On peut, en s'aidant de la fi- 
gure 2446, prendre une idée de l'ensemble décoratif 
de ce cubicule '. J.-B. De Rossi a cru dccou\Tir ici un 
cycle symbolique; c'est un divertissement inoffensif 
et, pour lui, c'était comme un délassement parmi des 
recherches plus positives. Cependant, on s'est attaché 
à son explication comme à la seule possible. La voici 
donc : le développement du cycle comprend Moïse 
frappant le rocher, un pécheur, le repas au bord de la 
merdeXibériade, le baptême, le navire secoué par la 
tempête, le trépied avec le poisson, les pains et les 
sept corbeilles, un docteur qui enseigne, Lazare res- 
suscité, un philosophe debout, un dauphin sur un tri- 
dent; à la voûte : le bon pasteur; dans une lunette, 
Jonas couché sous le cucurbite. Du premier coup 
d'œil. l'inspection de la hgure 2146 permet de saisir 
les lacunes produites par la disparition de l'enduit; en 
sorte que le cycle dont aucun sujet n'est douteux est 
non seulement incomplet, mais contestable dans l'in- 
terprétation ofTicielle qu'on prétend en imposer. Nous 
ne voyons ici ni profit ni vraisemblance dans ces fan- 
taisistes imaginations dépensées en vue d'attribuer 
aux premiers fidèles des préoccupations et des rai- 
sonnements identiques aux nôtres. 

Chaque sujet, pris isolément, présente, au point de 
vue technique, un véritable intérêt. La pensée, à coup 
sûr, ne rachète pas la pauvreté de l'exécution. Pour 
apprécier la mesure du terrain perdu depuis un siècle, 
il suffit de comparer la Cène que nous trouvons re- 
présentée ici, avec la jractio panis de \a Cappella grcca. 
La maladresse et l'ignorance gagnent rapidement. On 
peut encore représenter les personnages de face et 
debout, mais, lorsqu'on entreprend de les asseoir et 
de les coucher, ils sont désarticulés; les convives qui 
prennent part à la Cène gesticulent tous de même 
façon et en même temps; celui qui monte le bateau 
dans la tempête se tient droit, ayant perdu l'équilibre, 
ainsi des autres. Le'navire en perdition, le trépied, les 
corbeilles, c'est-à-dire tout ce qui n'est plus le modèle 
vivant, sont traités avec soin et avec quelque succès. 

III. L.\ CHAMBRE A'. — Le deuxième cubicule a des 
fresques moins endommagées que le précédent, à 
l'exception, toutefois, de la paroi latérale droite ^ Ici 
encore on a pensé découvrir un enchaînement d'une 
haute importance dogmatique. Nous retrouvons une 
partie des sujets figurés dans la chambre A^ : Mo'ise 
frappant le rocher, un pécheur, un baptiste, le para- 
lytique portant son lit, un fossoyeur, la consécration 
eucharistique, le repas miraculeux au désert, le sacri- 
fice d'Abraham, un fossoyeur, le Crhist et la Samari- 
taine, enfin les trois moments de l'épisode de Jonas, 
mais intervertis : jeté à la mer, se reposant sous le cu- 
curbite, rejeté par le monstre marin. La voûte, heu- 
reusement conservée, offre une décoration très élé- 
gante, des paons, des oiseaux, des amours, des fleurs 
diversifient les compartiments traces par quatre 

' Desbassyns de Richemont, L'art chrélien pendant les 
îroîs premiers siècles^ dans la Reutte des questions historiques, 
1870, t. VIII, p. 104-108; A. Pératc, Vart chrétien, dans La 
quinzaine, 15 mars 1897, p. 171. — 'De Rossi, Roma 
sotterranea, t. H, pi. xi, pi. xv, n. 1-S; tav. d'agg., c, D. 
Wilpert, Le pitlnre dclle calacombc romane, in-£ol., Roma, 
1903, donne les reproductions suivantes : pi. 27, n. 2 : 
Moïse, pêcheur, et repas au lac de Tibériade; pi. 27, 3 : 
pécheur, baptême du Christ, paralytique guéri; pi. 29, 
n. 2 : la Samaritaine; pi. 38 : voûte du cubicule A"; 
pi. 39, n. 1, résurrection de Lazare, dauphin; pi. 40, n. 3 : 
homme debout; pi. 41. n. 1, consécration eucharistique, 
n, 2, Abraliam, n. 3, repas miraculeux au désert. — 



cercles concentriques et une double croix (fig. 2445.) 

IV. Les chambres A«, A», A*. — La chambre A' a 
également des parois recouvertes de sujets symboliques ; 
à droite, le poisson et douze corbeilles; à gauche, trois 
moments de l'épisode de Jonas *; de chaque côté de la 
porte d'entrée, Moyse et Lazare; la paroi du fond avait 
reçu une apphcation de marbres, la voûte est tombée. 
La chambre A' a perdu la décoration et l'enduit de la 
voûte; les parois latérales ont reçu des peintures sym- 
boliques; à droite, Jonas couché; la cène et dix cor- 
beilles; dans le mur du fond, le sujet a disparu'. 

La chambre A* avait reçu une voûte décorée avec 
simplicité et d'un ensemble moins heureux que dans 
les cubicules A' et A'. Au centre, le bon pasteur; dans 
deux lunettes latérales, Jonas rejeté par le monstre, 
à droite, et Jonas, couché à terre, à gauche. La paroi 
du fond reçut, dés l'origine, une grande tombe a mensa 
avec niche rectangulaire; malgré les dégradations et 
les entailles faites pour deux loculi d'enfants, on voit 
qu'il existait sur cette paroi des sujets symboliques et 
deux petits orants. Les parois latérales laissent voir 
une bande décorée entre les deux rangs de loculi, c'est 
encore le banquet avec le poisson d'un côté et la pre- 
mière scène de l'épisode de Jonas de l'autre côté, ou 
bien, Moïse frappant le rocher. De chaque côté de la 
I porte, des fossoyeurs occupés à entailler le mur. Le 
sol a reçu un pavement de marbre de diverses cou- 
leurs; les morceaux dont il se compose sont taillés en 
forme de carrés, triangles et autres figures géomé- 
triques, ainsi que dans les beaux pavements du Pala- 
tin de l'époque de Septime-Sévère et d'Alexandre- 
Sévère. 

On voit, d'après cette description sommaire, que 
l'intérêt se concentre exclusivement dans la décora- 
tion des cubicules A= et A'; les autres cubicules ne 
présentent aucun sujet qui ne se retrouve dans l'une 
ou l'autre, et parfois dans les deux chambres précé- 
dentes*. 

V. Les symboles. — Le désir de chercher des inter- 
prétations, différentes de celles qui s'offraient instincti- 
vement à la vue des sujets évangéliques ou bibliques 
figurés par les peintures, a parfois entraîné les archéo- 
logues à de bizarres solutions. C'est ainsi que dans la 
chambre A', sur le mur, à droite de l'entrée, un 
groupe s'expliquait tout naturellement par la ren- 
contre de Jésus et de la Samaritaine au puits de Ja- 
cob '. Cette explication s'était présentée à M. De Rossi 
qui ne s'en contenta pas, fit de la Samaritaine court 
vêtue, un homme, et s'engagea dans des rapproche- 
ments contestables qui le conduisirent à voir dans le 
personnage assis de la chambre A' et dans le per- 
sonnage également assis de la chambre A-, le chef 
d'atelier qui dirigea la décoration symbohque dont il 
offrait le schéma sur le rouleau déroulé devant lui. Vint 
V. Schultze qui déclara que l'homme assis auprès du 
puits était le propriétaire du cubicule qui, d'après un 
plan concerté, tracé sur le rouleau qu'il avait sous les 
yeux, en dirigeait de son vivant l'aménagement. Quant 
à Y homme qui puise l'eau, il y met un si bel entrain et 
tant d'habitude, qu'il est clair que tel devait être son 
métier*. On ne saurait s'arrêter ù tout ce fatras qui 

"De Rossi, Roma sotterranea, t. n, pi. xnr, n. 3; pi. xvi, 
XVII, .wni, 1, tav. d'agg., c. d. ; Wilpert, Le pitture délie 
cal. rom., pi. 26, 29, 41. — 'De Rossi, Roma sotterranea, 
t. H, pi. .XIII, n. 1; pi. XIV. — 'De Rossi, Roma sotterra- 
nea, t. II, pi. XII, XVIII, n. 5-0. — 'De Rossi, Roma sotter- 
ranea, t. II, pi. XIII, n. 2; pi. XXV, n. 6; pi. xviii, n. 3-4. - 
' De Rossi, Roma sotterranea, t. il, pi. xvii ; J. Wilpert, 
Die Malereien der Sacramentskapetlen in den Katakomben 
des ht. Caltislus. in-S», Freiburg, 1897, p. 4, fig. 3; J. Wil- 
pert, Le pitture délie catacombe romane, in-fol., Roma, 1903, 
pi. 29. — ^ V. Schultze, Die Fresfren der Sakramentskapellen 
in S. Callisto, dans Archiiologische Studicn ûber altchristliche 
Monumente, in-S^ Wien, 1880, p. U5. 




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155 



CIIAMriRES DES SACREMENTS 



156 



ne s'interdit même pas de remplacer les fresques dé- 
truites par des compositions offrant un » parallélisme 
convenable •'. Le P. V. de Buck se contentait avec 
plus de raison de voir dans les peintures de ces cubi- 
cules « une représentation des leçons tirées de l'Ancien 
Testament, relatives à l'administration du baptême et 
à la réception de l'eucharistie-. » F.-X. Kraus, adoptant 
cette manière de voir, interprétait la scène d'après 
une prophétie d'Isaïe : Onines siticntes venite ad aquas'. 

Or. nous avons ici le Christ et la Samaritaine. La dis- 
position des personnages à des plans différents peut, 
sans doute, s'expliquer par la difliculté qu'offrait à 
l'artiste le champ élevé et étroit qu'il avait à remplir, 
mais aussi par quelque souci et un essai timide de pers- 
pective. Le rouleau que tient Jésus est un attribut 
nécessaire pour le faire reconnaitre. Quant à la femme, 
elle a pris soin de retrousser sa jupe pour aller à la fon- 
taine : c'est un petit trait de naturel finement observé. 

VI. Les vêtements. — On voit, d'après cet 
exemple, les abus auxquels le symbolisme à outrance 
peut entraiuer. Ce ne sont pas les seules erreurs dont 
rinterprétation systématique des fresques des cham- 
bres des Sacrements ait eu à souffrir. Le vêtement des 
personnages a été aussi peu étudié que mal interprété. 
M. J. AVilpert a très heureusement traité ce point de 
détail auquel il a apporté le goût et le talent de pré- 
cision qui caractérisent ses remarques archéologiques. 
• M. A. Pératé, écrit-il, voit, par exemple, dans la slola 
de la Samaritaine- une tunique et une robe courte'.» 
M. V. Schultze prétend que le Moyse du cubicule A- 
porte une (tunique courte), laquelle devient, quelques 
pages plus loin, " une cxomide légère qui découvre le 
•< bras droit et s'arrête aux genoux °, » lorsqu'en réalité, 
Moyse porte le manteau de philosophe, .\illeurs, le 
prêtre occupé à baptiser (A=) est affublé d'une toge", 
au lieu qu'il porte la tunique et, par-dessus, le pallium. 
Dans le groupe qui montre un homme et une orante 
auprès d'un trépied (A^) on cxpUque la nudité du bras 
par le geste de la main étendue v'ers le trépied. Or, c'est 
simplement la façon ordinaire des philosophes de por- 
ter le paHumi sur le corps nu (iï-jat'ôo; -p6-o-i). En un 
mot, l'homme au trépied, comme le Christ et comme 
Moyse (AS A'), porte le manteau de philosophe, 
alors fort considéré, malgré les dédains que lui pro- 
digue saint Cyprien ', et qu'un martyr estimait assez, 
au temps de la persécution de Dioclétien. pour aller 
au supplice vêtu en philosophe '. Ce manteau 
n'avait, toutefois, aucun rapport avec le costume du 
clergé '. 1 Aucun rapport, non plus, avec le vêtement 
sommaire d'un homme nu, portant une simple cein- 
ture de toile (perizoma) et procédant au baptême d'un 
enfant (A^). Il ne s'agit pas ici d'un prêtre, ni de l'ad- 
ministration d'un sacrement, mais — ainsi que la pré- 
sence de la colombe le prouve — de Jean-Baptiste 
baptisant le Clu'ist '". Au contraire, dans le cubicule A^ 
c'est bien du baptême d'un fidèle qu'il s'agit, la co- 



lombe n'apparait plus et celui qui baptise porte la 
tunique et le pallium. Dans ce même cubicule A^ le 
repas des sept disciples au bord du lac de Tibériade a 
été mal compris par suite de l'erreur du copiste de . 
M. De Rossi qui, trompé par quelques taches, dessina 
devant le sigma autour duquel les disciples sont assis, 
le rebord supérieur de sept corbeilles dont la fresque 
n'offre aucune trace. Cette méprise amena une con- 
fusion persistante entre le repas miraculeux de la foule 
nourrie dans le désert et le repas des disciples au bord 
du lac. M. De Rossi y vit, en conséquence, une sorte 
de combinaison icompenetrazione) du poisson et du 
pain de Tibériade avec les poissons et les pains de 
la multiplication ". Cependant, aucune combinaison 
n'a eu lieu et aucune confusion n'est possible. Au lac 
de Tibériade, point de corbeilles et des hommes nus 
comme le sont des pêcheurs'^ (A=); dans le repas mi- 
raculeux du désert la foule est représentée par sept 
hommes vêtus de la tunique et accompagnés des cor- 
beilles (.\'). 

Lîne autre figure, bien souvent reproduite depuis 
un demi-siécle, nous montre un personnage drapé dans 
un manteau, debout auprès d'une table à trois pieds 
sur laquelle on voit un poisson et une miche de pain ". 
L'explication, devenue classique, de cette fresque, y 
montre un prêtre chrétien accomplissant le sacrifice 
eucharistique en présence de l'Église en prières. Tou- 
tefois, on a réclamé, on s'est dit scandalisé par cet 
habit sacerdotal qui montre la moitié de la poitrine 
nue, et on a proposé de fau-e de ce petit tableau une 
représentation du repas funèbre pris par des époux 
chrétiens": ce à quoi d'autres ont répondu en rappe- 
lant les chrétiens qui ont j^rêché la parole divine dans 
l'habit des philosophes : Justin le Martyr, Aristide 
d'Athènes, Héraclas d'Alexandrie, Grégoire le Thau- 
maturge, etc. '^. Pareille contestation ne mène à rien. 
Le personnage vêtu comme on vient de dire n'a rien 
qui offense la pudeur et les disciples du lac de Tibériade 
n'ont aucun vêtement, Jean-Baptiste n'a qu'une cein- 
ture, ce qui prouve que ce dont on s'effarouche au- 
jourd'hui ne faisait même pas impression autrefois ". 
Qu'il s'agisse du Christ opérant le miracle de la mul- 
tiplication des pains et des poissons, c'est infiniment 
vraiseml)lable, qu'il s'agisse d'un prêtre chrétien con- 
sacrant l'eucharistie, ce n'est pas impossible. Quant à 
l'orante, c'est l'âme dans la béatitude; peut-être a-t-on 
songé à suggérer les effets de sanctification et de salut 
de l'eucharistie ". 

Lin dernier sujet, le plus mouvementé de tous, 
réclame aussi l'examen. I! s'agit du navire en perdi- 
tion qui se voit au sommet de la paroi du fond du cu- 
bicule AS fig. 2448. La copie donnée par Rossi et de 
laquelle procédèrent longtemps toutes les reproduc- 
tions dans les ouvrages de vulgarisation contient une 
grave inexactitude '*. Le navire porterait deux passa- 
gers à bord, un à l'avant, un à l'arrière, tous deux 



^ Ibid., p. 57. -^ - V. de Buck, Le cimetière de S. Cal- 
liste et les travaux de MM. De Rossi, dans Études reli- 
gieuses historiques et lilléraires, 1S68, t. il, p. 300. — 'Isaïe, 
Lr\', LV, Kraus, Roma sotterranea, 2* édit. p. 325. Peters, 
dans Kraus, Realencyklopàdic, t. i, p. 44S, le maître assis 
c'est l'Église; R. Garrucci, Sloria, t. n, p. 13, c'est Mala- 
chie; A. Pératé, Archéoiogie chrétienne, 1892, p. 132, c'est 
la Samaritaine et un prêtre enterré dans le cubicule, ou plu- 
tôt un lecteur lisant la péricope évangélique de la Samari- 
taine. RoUer, Catac. de Rome, ISSl, t. i, p. 136, 142. est 
boulTon, comme d'habitude; Wilpert, Die Malercien, 
p. 4 sq., démontre que c'est le Christ et la Samaritaine. Le 
Christ porte le manteau des philosophes; Rossi lui a donné, 
par erreur, la tunique et le pallium, Garrucci ajoute de la 
barbe. — «A. Pératé, op. cit., p. 132. • — 'V. Schultze, op. 
cit., p. 24, 39. — • Ibid., p. 26. — ' S. Cyprien, De bono pa- 
lientiœ,n. 2, 3, édit. Hartel, p. 938. — *Eusèbe, De mailtj- 
libus Palœstinœ, c. xi, n. 19. — 'Wilpert, Die Malereien, 



p. 15. — '' Dictionn., t. n, col. 353, fig. 1289. — "Roma 
sotterr., t. i, p. 341. V. Schultze, op. cit., p. 54, combine le 
repas d'adieu du Seigneur et les souvenirs de la multi- 
plication des pains. — - '-Kraus, Gesch. d. cliristl. Kunst, 
p. 162, ajoute bien gratuitement du vin. — • " V. Schultze, 
op. cit.. p. 91. — '* Kraus, Roma sotterrcuiea, p. 314a; Peters. 
dans Realencgklop., t. i, p. 442. — » H. Leclercq. Manuel 
d'archéologie chrétienne, in-S», Paris, 1907, t. i, p. 162-180. 
— "Dictionnaire, t. il, fig. 1288. — " Wilpert, Di'c Ma- 
lereien, p. 21, rapproche ingénieusement de ce sujet une 
autre fresque de la catacombe de Calliste. De Rossi, 
Roma sotterranea, t. m, pi. viii, n. 2, p. 65. On y voit le 
Christ opérant le miracle de la multiplication des pains, de 
la manière usuelle depuis le m* siècle, c'est-à-dire en tou- 
chant les corbeilles du bout de sa baguette. Venant vers lui, 
une orante voilée montre sa reconnaissance ou son espé- 
rance dans l'eucharistie. — ^' Roma sotterranea, pi. xv, n. 1 ; 
Garrucci, Storia deWarte cristiana, t. il, pi. v, n. 4. 



157 



CHAMBRES DES SACREMENTS 



158 



dans l'attitude d'orants. En réalité, la fresque origi- 
nale ne montre qu'un seul passager à l'avant'. Celui-ci 
est vêtu de la tunique serrée par une ceintiu'e autour de 
la taille, vêtement vulgaire que les peintres ne donnent 
guère aux personnages de qualité comme les apôtres ; 
il s'agit donc, vraisemblablement, d'un simple fidèle 



l'artiste. Il s'y livre sans contrainte, mais il s'accorde 
quelques excursions dans le symbolisme en faveur 
parmi ses contemporains. D'abord, les sujets orne- 
mentaux sont étrangers à ces deux sacrements : co- 
lombes, paons, dauphins, etc., alors qu'il eût été aisé 
de leur substituer des images parlantes, comme le vase 




2447. — Fresque du ctibicule .\-. D'après Wilpert, Le pitture, pi. 27, 



dans la tempête. Cette dernière circonstance est sufB- 
samment indiquée par la position du navire rudement 
secoué, et l'homme qu'une vague a emporté et qui va 
disparaître dans les Ilots. Malgré ce péril imminent, le 
fidèle demeure impassible sous la protection de Dieu 
qui se manifeste par un buste et une main déchirant la 
nuée et s'étendant sur le chrétien. Le sens de cette der- 
nière figure est incontestable. Dés lors, le sens général 



de lait, d'une signification en rapport avec le cycle ou 
prétendu cycle à retracer. Parmi les figures choisies, 
un certain nombre sont également étrangères : l'épi- 
sode de Jonas, le docteur assis, le personnage debout 
auquel on a donné un rouleau, la résurrection de 
Lazare, les fossoyeurs, le navire en perdition. Or, ces 
sujets, loin d'être relégués tous ensemble, sont inter- 
calés parmi ceux qui rappellent le baptême et l'eucha- 




244S. — I-'i-esque du cubicule .\-. D'après Wilpert, Le pitlure, pi. 39, n. 2. 



de la fresque est bien clair : le fidèle qui est resté 
à bord du vaisseau de l'Église jouit de la protec- 
tion divine, celui qui l'a quitté est entraîné vers 
l'abimc. 

VII. R.iPPOnxS DES PEINTURES ENTRE ELLES. 

Personne ne peut songer sérieusement à contester 
l'inspiration de cet ensemble décoratif. L'ne évidente 
préoccupation du baptême et de l'eucharistie occupe 

'Wilpert, Die Malereien, p. 22, fig. 12; Le pilliire délie 
■calac. roni., 1903, pi. 39, n. 2. 



ristie. Le cycle, ou ce qu'on était convenu d'appeler 
de ce nom, ne comportait donc pas un développement 
rigoureux, ininterrompu et, pour ainsi dire, linéaire. 
En outre, dans .V, nous voyons sur la paroi d'entrée : 
la Samaritaine, Mo'ise frappant le roclier; en conti- 
nuant, un pêcheur retire un poisson de l'eau, puis in- 
terruption, c'est bien du baptême encore qu'il est ques- 
tion, mais du baptême du Christ; cela fait, on re- 
trouve le paralytique; enfin, dans la paroi du fond, 
trois scènes à intentions eucharistiques : la consécra- 
tion des éléments, le repas miraculeux au désert, le 



159 



CHAMBRES DES SACREMENTS — CHAMEAU 



160 



sacrifice d'Abraham '. Dans A'' le prétendu cycle se 
réduit à Moïse, le pêcheur, ensuite le repas des dis- 
ciples au bord du lac de Tibériade ^ à la paroi sui- 
vante reparaît une scène de baptême, un naufrage, un 
docteur et les cléments eucharistiques, enfin on ar- 
rive à Lazare. Tout ceci, on en conviendra, est loin 
d'ofirir un développement didactique. En ce qui re- 
garde le baptême et l'eucharistie, la chambre A= 
n'ofîre rien de plus que la chambre A' et tout se ré- 
duit, en complétant l'un par l'autre, h une scène bi- 
blique, Moïse frappant le, rocher, deux scènes évan- 
gcUqucs, la Samaritaine et le paralytique, un épisode 
historique, le Christ dans le Jourdain pour commenter 
et introduire le baptême administré par un prêtre 
en A»; tout se réduit de même, en complétant l'un par 
l'autre, à une scène biblique, le sacrifice d'Abraham, 
deux scènes cvangéliques, le repas au désert, le repas 
au bord du lac, une nature morte, pain et poissons sur 
un trépied et sept corbeilles pour commenter et intro- 
duire la célébration eucharistique par le Christ ou par 
UB prêtre. Le parallélisme que nous venons ainsi d'éta- 
bUr est tout à fait factice et arbitraire. Nous croyons 
qu'un regard jeté sur le développement des scènes 



Vin. Technique. — Les peintures des chambres 
.\' et .V sont de la même époque, du même atelier, 
sinon de la même main. Toutes, spécialement quel- 
ques-unes de A'', sont esquissées avec une légèreté 
de touche dont on ne trouve pas d'autre exemple à 
ce degré dans les catacombes. C'est, probablement, 
une extrême habileté pratique plutôt que la fatigue 
ou la hâte qui explique ce procédé. Les traits de sépa- 
ration qui délimitent les divers champs sont tirés par 
une main sûre d'elle-même. Les figures ont leurs con- 
tours tracés du premier coup, non au charbon ou à la 
pointe, mais avec le pinceau enduit de couleur. De là 
des détails négligés, sacrifiés; les extrémités, bras et 
jambes, sont indiquées, l'artiste ne s'est pas attardé 
à donner cinq doigts à la main ni au pied, peu im- 
porte : deux, trois, quatre ! Le visage est traité avec 
une égale désinvolture, quelques points, quelques 
traits, un frottis plus clair suffisent à indiquer les 
yeux, le nez, la bouche; une touche claire donne la 
lumière, une touche foncée donne l'ombre. Et malgré, 
ou peut-être à cause de cette négligence hautaine du 
détail, ces peintures font preuve d'une dextérité, d'un 
« métier » que pouvaient seuls posséder des hommes 







2448. — Sarcophage romain. D'après RoUer, Les catacoiiibes de Rome, 1881, pi. GT, n. 2. 



donné dans les figures 2445, 2446, montre clairement 
l'absence de tout plan arrêté, de tout développement 
méthodique, de toute démonstration théologique. Nous 
sommes en présence de sujets choisis et rapprochés 
sans y mettre beaucoup de finesse. Dans le cubicule .V, 
la paroi d'entrée montre deux scènes formant réplique : 
Moïse frappant le rocher et la Samaritaine au puits de 
Jacob, probablement aussi étrangères à l'idée de sym- 
bole baptismal, malgré que toutes deux aient de l'eau, 
que les trois épisodes de Jonas dans lesquels l'eau ne 
manque pas non plus. Cette paroi d'entrée, la paroi du 
fond avec ses deux fossoyeurs et ses trois symboles du 
centre, les épisodes de Jonas nous montrent que, par- 
dessus la préoccupation d'un cycle théologique, l'ar- 
tiste a eu surtout le souci de l'équilibre décoratif ou, 
comme on s'est habitué à dire, du parallélisme dans 
la distribution de ses groupes. Dans le cubicule A^, 
les dégradations sont trop considérables pour que ce 
même souci s'impose aussi évidemment. 

C'est un exercice de virtuosité que d'établir un lien 
logique entre ces peintures; avec quelque adresse on 
peut découvrir des raisons ingénieuses et même spé- 
cieuses pour ordonner le commencement, le dévelop- 
pement et la fin, faire contribuer les moindres débris, 
les aligner en bon ordre et aboutir à un ensemble aussi 
satisfaisant qu'arbitraire. Des textes on n'en manque 
jamais, des raisons on en trouve toujours. -A ce prix, les 
contradictions deviennent autant de traits de lumière, 
les inversions, les doublets autant de traits de génie. 

' La signiQcatlon eucharistique de ce dernier sujet est 
d'ailleurs un peu arbitraire; pris isolément le sacrifice 
d'Abraham n'évoque pas, tout d'abord, par une analogie 
évidente, la pensée du sacrifice eucharistique, mais du sa- 
crifice du Calvaire. Il y a ainsi dans l'ancienne sjinbolique 



familiers avec toutes les ressources de leur art, qui 
avaient séjourné 'dans les ateliers, connu tous les 
secrets et tous les "trucs», de manière, avec les 
moyens les plus Umités, à créer des œu\Tes opu- 
lentes de réalité vivante. Les couleurs dont ils faisaient 
usage étaient bonnes et le stuc, à deu.x couches super- 
posées, sur lequel ils peignaient, de bonne qualité. 

La date de ces chambres a été étudiée par Michel De 
Rossi qui admettrait qu'on remontât jusqu'aux vingt 
dernières années du ii' siècle. J.-B. De Rossi retarde 
jusqu'au premier quart du m" siècle. J. Wilpert es- 
time, d'après riiabillemcnt qui diffère de celui adopté 
par les artistes du iii'^ siècle, que la date la plus ancienne 
olTre plus de vraisemblance. Quant aux chambres A', 
.\^ A^, leur décoration doit appartenu' à la première 
moitié du iii« siècle, à en juger par l'usage de la tunique 
sans manches et, pour le Christ et Moïse, de la tuni- 
que et du pallium au lieu du manteau de philosophe. 

Dans la chambre .\^ il n'est plus question de cycle. 
Qiuelques sujets bibliques et évangéliques s'y trou- 
vent rapprochés, ce sont Moïse frappant le rocher, les 
repas des sept disciples, Lazare, Jonas, le bon Pasteur. 
Dans la chambre AS rien ne permet de présumer quel- 
que image relative au baptême ou à l'eucharistie. 

H. LECLEnCQ. 

CHAMEAU. On connaît la comparaison célèbre 
de Jésus : 11 est plus facile à un chameau de 
passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer 
dans le royaume de Dieu. i. Cette locution proverbiale 

un certain nombre de sujets complaisants qui se prêtent aux 
déplacements et se laissent volontiers tirer à soi. — ■ Encore 
un de ces sujets auxquels on lait témoigner ce qu'on leur 
souffle de dire.Celui-ci, comme le baptêmedu Christ, dans A', 
est purement historique. 



161 



CHAMEAU 



162 



se retrouve dans le Talraud, elle passera plus tard dans 
le Coran; mais le iJroverbe sémitique confine en 
Orient parut si bizarre dans d'autres milieux, qu'on 
imagina d'y découvrir une « coquille » ; et c'est ainsi 
qu'Origène et plusieurs interprètes grecs corrigèrent 



nous offrent à plusieurs reprises la scène de l'adora- 
tion des mages, et la scène ne comporte jamais la 
présence de leurs montures. Au contraire, sur les sar- 
cophages, les mages sont plusieurs fois représentés 
avec leurs chameaux'. Vu la rudesse avec laquelle 




lliiO. — .Toseph vendu par ses fi-iTes. Chaire de M.ixiniien, à Ravenne. D'après une pliotograpliie. 



xiijivj),o; Qn-v.i\j.ù.o;, il ne s'agissait plus d'un chameau, 
mais simplement d'un câble. 

Soft par suite de ce]qui paraissait trop dispropor- 
tionné dans la comiiaraison, soit plutôt à cause de 
la difFi:ulté d'en trouver une figuration (pielconque, 
les artistes chrétiens ne paraissent pas s'être jamais 
exercés à interpréter ce proverbe. Pour rencontrer 
dans les monuments la figure du chameau, il faut 



sont entaillés la plupart des sarcophages chrétiens, 
il ne faut pas s'attendre à rencontrer autre chose 
qu'une approximation', l'indication de quadrupèdes 
qu'on pourrait être tenté parfois de prendre pour des 
chevaux si quelques bas-reliefs travaillés plus soigneu- 
sement ne permettaient de reconnaître le type du cha- 
meau *. Chaque fois que l'animal est représenté, il 
est placé de profil, derrière son mailre, en sorte qu'on 




'2450. — .loseph vendu a Putipliar. Chaire de Maximien à Ravenne. D'après une photographie. 



s'éloigner de la période des fresques catacombales '. 
Ce fait est d'aulanl ]ilus curieux que c^s fresques 

* Aucune peinture égyptienne ne représente le chameau. 
Cf. E. Egger, .-1 quelle époque le ehameau a-i-il été introduit en 
Egypte eomme bête de sonune'^ dans lesConjp/cs rendus de l'A ea- 
démie des inseriptions et belles-lettres, 1864, t. viii, p. 329- 
330. — = l*as toujours, cependant. Cf. H. 1-. .J. Liell, Die 
Darstelliinqen dcr allerselifjsten Junqfrau und Gottesgebàrerin 
Marin auf den Kunstdenkmdlern der Katakomben, in-S°, 
Freiburg-im-Ureisgau, 1887, p. 210, llg. 23; p. 251,fig. 21; 

IlICT. b'.VnCU. ClIllKT. 



n';i[ierçoit que la tète, le cou, quelquefois une p;irtie 
de l'avant-train; on se préoccupe rarement de figurer 

p. 2.'>2, fig. 25; p. 2.')3, fig. 2G; p. 259, fig. 35; p. 202. lig. 37; 
p. 2G2, ng. 38; p. 2G3, lig. 30; p. 266, fig. 40; p. '267, fig. 41 ; 
p. 268, ng. 42; p. 269, fig. 43; p. 270, lig. 45; p. 273, lig. 48; 
p. 274, fig. 49; p. 275, fig. .5»; p. 278, fig. 53; p. 270. fig. 54; 
p. 280, fig. 55 ; p. 285, fig. 57 ; p. 287, fig. 50 ; p. 288, fig. 60. - 
» 7/)i</., p.253,fig. 27 ; p. 254, fig. 28 ; p. 254, fig.20 ; p.255,fig.30 ; 
p. 2.56, fig. 32; p. 2.57, fig. 33; p. 261, fig. 36; p. 270, lig. 44; 
Cl. 271 , fig. 40. — 'Ibid., p. 258, fig. 3 1 ; p. 272, fig. 47. 



II'. 



6 



163 



CHAMEAU 



164 



les jambes. Une fois seulement, les mages forment 
un groupe et, en arrière d'eux, on voit un seul cha- 
meau représenté avec un certain souci d'exactitude '. 
Ce sarcophage, assez remarquable par un mérite 
d'observation directe de la nature, encadre la scène 
entre de vigoureux plants d'arbres et de feuillages. Le 
chameau n'est pas complètement dégagé de ces arbres, 
c'est, malgré l'imperfection des jambes, un assez bon 
morceau, inférieiir cependant au bœuf de la crèche. 
Les mages, vêtus à la mode orientale, offrent leurs 
présents les mains couvertes, suivant le cérémonial 



sur divers autres monuments consacrés à la glorifica- 
tion de ce saint '. A vrai dire, ce n'est pas sans peine 
qu'on s'est décidé ù y reconnaître des chameaux. 
Auparavant, on voyait dans ces quadrupèdes énigma- 
liques, des agneaux S des éléphants ', des oiseaux', des 
dragons ', des crocodiles i", des serpents ", des lions '-; 
nous ne prétendons pas qu'on n'ait trouvé d'autres 
interprétations. Ce fut une ampoule du musée de Flo- 
rence, bien conservée et offrant le nom de saint Menas, 
qui mit sur la voie de l'identification définitive ". 
Le saint est presque " invariablement représenté 




245i. — Estampille ég\-ptienne. D'après J. Slrzygowski, Koplische Kuttst, pi. 22, n. 8991. 



impérial. Un berger est vêtu de la tunique à l'exomidc, 
la Vierge, assise, amplement drapée, semble copiée 
d'après quelque statue de l'époque classique^Cfig. 2448). 
Plus étudiés, et, à tous points de vue, plus inté- 
ressants sont les chameaux figurés sur deux plaques 
d'ivoire servant à la décoration des bras de la chaire 
épiscopale de Maxhnien de Ravenne. Ces deux plaques 
font partie de l'histoire de Joseph et représentent le 
jeune garçon vendu par ses frères aux marchands 
Israélites de Madian et revendu par ceux-ci à Puti- 
phar (fig. 2449-50). 11 y a dans ces deux petites pièces 




debout, portant le vêtement d'un ofTicicr de l'armée 
romaine, la tête découverte et nimbée; il est accom- 
pagné de deux chameaux prosternés à ses pieds. 
C'était une allusion à un incident qui précéda la mort 
du saint. Celui-ci dit à la foule qui l'entourait : Après 
qu'on m'aura coupé la tête, prenez mon corps et le 
déposez sur un chameau que vous laisserez aller à sa 
guise ; vous verrez alors la volonté de Notre-Seigrieur 
Jésus-Christ qui mènera cet animal au lieu où il veut 
que son serviteur soit enterré. Ayant parlé, il s'age- 
nouilla, tendit le col et ayant reçu le coup mortel, il 
obtint la couronne parmi les cohortes des anges et des 



2452. — Poêlon de bronze. 
D'açris Strzygowski, Koplisclie Kioist, pi. 28. n. 9063. 

un grand souci du détail et une heureuse faculté d'ob- 
servation. Les frères de Joseph, les Israélites et les 
Égj'ptiens sont représentés avec des distinctions 
faciles à saisir. Les chameaux sont encore un peu 
difformes, mais guère plus que leurs modèles '. 

La représentation du chameau se trouve sur un cer- 
tain nombre de monuments dont nous avons eu déjà 
occasion de parler, les ampoules de saint Menas *, et 

"Liell, op. cil., p. 258, fig. 34. — = Photographie Parker, 
n. 2932; Garrucci, Sloria dcH'arte crisliana, in-fol., Prato, 
1S73, t. V, pi. 398, n. 5 ; Lehner, Die Marienverehrung in 
den ersten Jahrhunderlen, in-S", Stuttgart, 1SS6, p. 317, 
pi. VI, n. 45; Liell, op. cit., p. 258, fig. 34, qui croit voir 
ici saint Joseph; Th. Roller, Les catacombes de Rome, in- 
fol., Paris, 1881, t. il, pi. Lxvii, fig. 2, p. 144. — > A. Ven- 
turi, Sioria dell'arte italiana, in-8'', Milano, 1901, t. i, 
p. 306, 307, fig. 288, 289. — ' Diclionn., t. i, col. 172.5-1730. 
— '■Dictionn., t. i, col. 1112, fig. 269; col. 1114, fig. 070; 
- col. 1115, Cg. 271 ; col. 1724, fig. 448; col. 1725, fig. 449. — 




2453. — Lampe égyptieime. 
Ibid., p. 293, flg. 324. 

martyrs. Ce fut le troisième jour des ides de novembre 
qu'il entra en la présence de Dieu. Dès qu'il fut mort, 
les fidèles enveloppèrent son corps dans des vête- 
ments précieux et le déposèrent sur un chameau qu'ils 
laissèrent aller. Le chameau se mit à gravir la mon- 
tagne, précédé qu'il était de l'ange du Seigneur, et il 
se coucha au heu voulu par Dieu. Ceux qui avaient 
suivi s'approchèrent, prirent le corps et l'inhumèrent. 

« De Rossi, Bull, di arcli. crisl., 1869, p. 46. — ' Garrucci,. 
Storia dell'arle crisliana, in-fol., Prato, 1873, t. vi, p. 53. — 
' De Rossi, Bull, di arch. crist., 1869, p. 32. Cf. Revue archéo- 
logique, 1844, t. I, p. 405. — » A. Gayet, L'art copte, in-S", 
Paris, 1902, p. 1. — " /6id.,p. 115. — "Ibid., p. 116. — "De 
Rossi, Bull, di arch. crist., 1869. p. 32.— "Diclionn., t. I, 
col. 1725, fig. 449. Voir le même t\-pe dans J. Strzygowski, 
Koplische Kunst, in-4°, Wien, 1904, pi. xxi, p. 226, n. 8976. 
— " Il y a quelques e.'cceptions, par exemple, Diclionn., 1. 1, 
col. 1728, fig. 450;' ICoplische Kunst, pi. xxi, p. 226.- 
n. 8975. 



165 



CHAMEAU — CHAMPS-ELYSEES 



466 



Plus tard, ils élevèrent en ce lieu une basilique digue 
de la gloii-e du saint. Dieu ne cesse d'y montrer sa 
puissance pour sa plus grande gloire, jusqu'à ce jour '. 
Le texte ne fait mention que d'un seul chameau, les 
monuments nous en montrent deux, ce qui doit s'ex- 
pliquer par l'habitude des artistes anciens d'intro- 
duire la symétrie dans leurs compositions =. 

Nous avons fait connaître sulTisamment, en étudiant 
les ampoules, le type de celles de saint Menas ; les exem- 
plaires publiés par Strzygowski, par Fôrrer et par Kauf- 
mann n'enrichissent pas la collection de types nou- 
veaux. Toutefois, on ne s'est pas borné à des ampoules, 
l'industrie égypUenne a fabriqué des estampilles en 



en bronze de teinte brun foncé représentant un cha- 
meau portant au cou un collier, muni probablement 
jadis d'une sonnette. La bosse avec le ventre sert de ré- 
cipient pour l'huile; le chargement est figuré sur les 
flancs par des pochettes dans lesquelles on pouvait 
placer des mèches de rechange et l'épingle; enfin, la 
queue, tournée en anneau, pouvait servir à suspendre 
cette petite lampe grâce à une chaînette qu'on aurait 
placée sous la tête; dimensions : longueur 0"145, 
hauteur au sommet de la tête ""093, au sommet de 
la bosse O^OST; épaisseur du ventre avec les char- 
gements 0°'1105(fig. 2453). 

Nous mentionnons simplement les chameaux figurés 



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2i5'i. — Eliézer et ilebecca. -Miniature du Cod. Xiennensis Oeneseos. 
D'apré» F. WickholT et \V. Harlel, Die Wiener Genesis, 1899, pi. xiil. 



forme de médaillons j'ortant une empreinte sur chaque 
face. Celui que nous représentons ici mesure O^OS 
de diamètre et 0"043 d'épaisseur, au droit c'est saint 
Menas, avec un seul chameau, cette fois, mais les 
pieds en l'air, au revers un coq et une croix =(ng. 2451). 

II faut s'attendre à [rencontrer en Egypte, de pré- 
férence aux autres pays, la représentation du chameau, 
t^'est ainsi que nous pouvons mentionner une sorte 
de petit poêlon de bronze à manche pourvu d'un 
goulot représentant une tête de chameau *; dimen- 
sions : hauteur ""079; diamètre ""078, au pied "'602; 
longueur de la poignée "09 (fig. 2452). 

Plus curieuse que l'objet précédent est une lampe 

' Bibl. nationale, fonds lalin, n. 5274, loi. 186 v°; 
n. 1S61, fol. 79 v°; n. 5293, fol. 144 v°; n. 530S, toi. 23G V. 
Cf. H. Le Blant, dans la Revue urchcologique, 1878, t. xxxv, 
p. 304. Une note utile de M. Cliaine, Xo(e sur les animaux 
de suint Menas, dans la Revue de l'Orient chrélien, 190S, 
II' série, t. III, p. 212 sq., dispense de tenir compte dé- 
sormais des arguments ( '. ) de miss M. A. Miirray dans 
Proccediiigs o/ llie Society o/ hihlical Ardieoloyij, t. xxix, 
p. 25-30, 51-60, 112-122. — = Cf. .\rvaailakis, d;ms le 
Bulletin de l'Inslitnl égyptien, IV série, n. v, p. 165. 
— ' Strzygowski, lioplisclie KunsI, in-t"., Wicn, 1904, 



sur les bas-reliefs de la colonne de Théodore ' et deux 
miniatures du célèbre manuscrit de la Genèse de 
Vienne; nous donnons ici celle qui représente Éliézcr 
désaltéré par Rebecca. Le serviteur d'Abraham est sui- 
vi de sept chameaux dessinés avec autant de bon goût 
que de verve ' (fig. 2454). 

H. Leclercq. 
CHAMPS-ELYSÉES. Le christianisme, à ses dé- 
buts, avait devant lui un cliamp de réforme si vaste 
et si rempli de dilUcultés qu'en s'adonnant tout entier 
à la moralisation de la société antique, il négligea cer- 
tains aspects qui lui semblèrent de moindre impor- 
tance. L'art, malgré quelques impulsions heureuses et 

pi. xxii, p. 231, n. 8991; cf. pi. xxiii, p. 239, n. 9029, 
9030.— • Ibid.,pl. xxvin, p. 267, n. 9063.— '/(«id., p. 293, 
n. 9143, fig. 324. — •VoirDic/ionn.. t. il, col. 1403, fig. 1760 
bis. Cf. également E. Le Blant, Ëtude sur les sarcophages 
chrMensdela ville d'Arles, in-fol., Paris, 1878, pi. xxxii; 
S. Reinach, Africain sur son chameau. Terre cuite trouvée à 
Hadrumèle. dans La Blanchère, Collection du Musée Alaouï, 
Palis, 18 0, p. 33-44. — " I"r. Wickhoff et \Y. Hartel, Die 
Wiener Genesis. Beilagezum m und m Bande des Jalvbuches 
des Kunsthistorischen Sammlungen des alterhôchsten Kaiser- 
hauses, in-foI.,Wien, 1895, pi. xiii, voir aussi pi. xiv. 



167 



CHAMPS-ELYSÉES 



KiS 



des lueurs de renaissance ne connut jamais les 
jours glorieux et les œuvres impérissables de l'anti- 
quité; la poésie s'exprima dans quelques chants d'une 
inspiration très pure, mais elle fit usage d'un maté- 
riel poétique fatigué et presque hors de service. Faute 
de pouvoir et de savoir mieux faire, on se contenta 
d'utiliser des formules défraîchies, et même fanées 
depuis longtemps, de la mythologie. Le tour donne 
aux générations, l'éducation encore distribuée dans 
les écoles et par les rhéteurs marquaient l'imagination 
chrétienne, quoi qu'elle en eût, d'une empreinte à la- 
quelle elle ne parvenait pas complètement à se dérober. 
Dans les conférences de Cassien,un abbé parle ainsi de 
la puissante persistance des souvenirs laissés dans son 
âme par l'étude des vieux poètes : » Les incitations des 
maîtres, mes lectures assidues, ont, pour ainsi dire, in- 
fecté mon esprit de poésie et de vers. Ces fables, ces récits 
de combats, que j'ai appris dans mon enfance, ma mé- 
moire les remet sans pudeur devant mes yeux .au mi- 
lieu des méditations, des chants sacrés, et, lorsque je 
supplie le Seigneur de me pardonner mes fautes. Je 
revois sans cesse- les héros combattant; l'imagination 
qui évoque ces fantômes m'empêche d'élever mon âme 



lianares ipsas aromate respirante suflTii'il, ad modulanter 
indicuns, quod sicul ad orientem Eden a principio, ila 
decurso sœeiilo, alleriim ad occasiiin Dcus plantasse 
Elijsium, in quo fortior Adam, id est. Martiiis Martinus 
iiiexpugnabilis aceola Christi, fide ditior viueret'. Sur les 
monuments chrétiens le paradis terrestre n'est guère 
représenté, on préfère le paradis, séjour des élus, 
parmi les arbres et les fleurs le défunt s'y promène: 
cependant, Fortunat n'est pas seul à voir dans le bois 
poétique des Champs-Elysées, le paradis terrestre'. 
Cette opinion fut moins répandue que celle qui 
fait des Champs-Elysées le séjour définitif des àines. 
L'ne épitaphe de Vienne, en Dauphiné, dont il ne sub- 
siste qu'un fragment, nous montre .Marinus distribuant 
l'eucharistie au peuple chrétien et acclamé aujourd'hui 
par la foule des bienheureux qui peuplent les Champs- 
Éh'sées * : 

HOC lACET IN TVMVLO SACRA QVI MYSTI 
CA SEMPER DIVISIT POPVLIS PIETATE 
HONORE DECORVS 
QVEM NEMVS AELYSIVM WIARINVM 
5 CONCLAMAT OMNE 



': rn A D im-CM G OR! Of OTAIAC Fo^TVMV LO 
AHNl VOTASlhW LHEHEVQVAN'rfARWlFVf f\YNT 
}ir/O/v^MVITAJ3RtV.li.QVAMBKEVfÇ0NlVGlVM 
E3AiJ"OLA|.v]jg OTv'NA^ACn"F.Rr^Mf,X?MAfJ^rrAr 
KOf tCl\'^P\ ET A^TgRM?<?VDJC I T1A 



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■ Inscripiion du iriusce de Narbonne. D'après Le Blant, Nouveau recueil des luscript. chret. de ta (Uiute. p. 3ô7 



vers le Très-Haut, et les larmes mêmes de la prière 
sont impuissantes à les écarter^. » 

Les formules épigraphiques ont gardé la trace de 
cette survivance obstinée de la poétique mytholo- 
gique. Le Tartare ^, le Styx, les Champs-Elysées 
servent au v siècle et plus tard à exprimer l'idée de la 
vie future. 11 est bien possible que les rédacteurs des 
formulaires versifiés, en usage parmi les lapicides, aient 
emprunté leurs idées — et quelque chose de la forme à 
intentions poétiques dont ils les ont revêtues — à des 
recueilsprofanes plus anciens qu'ilsont accommodés au 
goût d'une clientèle chrétienne, mais il est également 
possible qu'ils aient, pour plus de sécurité, cherché 
dans les traités des Pères et des évêques une partie de 
leurs inspirations. On a heureusement rapproché telle 
inscription de Trêves, dans laquelle il est question du 
Tartare, d'un texte de saint Maxime de Turin '. 

La mention des Champs-Elysées, si fréquente sur 
les épitaphes métriques des gentils, se montre plusieurs 
fois dans l'épigraphic clu'étienne, notamment en 
Gaule. L'ne lettre de Venance Fortunat à Martin de 
Braga nous fait bien connaître la pensée syml)olique 
qui s'attachait à cette image : paradisiaci horli odora- 
menta sabarrans (i.e.subodorans), siiavium flonimniui- 

' Cassien, CoUalio, xiv, c. xii, P. L., t. xlix, col. 974. — 
= E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures 
au VIII' siède, m-4», Paris, 1855-lS64,t. i,p.396, n. 293. — 
' Ibid., 1. 1, p. 397. — ' Venance Fortunat, Miscellanea, I. V, 
e. I, P. L., t. Lxxxvni, col. 178-179. ^ ' E. Le Blant, op. cit., 
t. n, p. 325, note 4; p. 400, note 1. — • /6i'i.,t. ii, p.90,n. 421. 
— ' Guilhermy, dans la Reuue des sociétés sai'antcs, sér. IV, 
t. III, p. 207; Tournai, d;ins .'a même revue, sér. IV, 
t. IV, p. 481 ; Bamé, dans la même revue, sér. \1, t. i. 



A Narbonne, une inscription, conservée au musée et 
fort maltraitée, a été heureusement copiée au XVI ''siècle, 
au temps où elle était complète, ce qui permet de 
reconstituer l'épitaphe, pour la partie métrique du 
moins (fig. 2155). Voici la transcription de toute la 
pièce dont il ne reste qu'une partie sur le fragment' ; 

Yix diini iranscursus Elysiiim ingrederis 

Ter rosa vix fuerat, 1er spicœ et pampiniis ex quo 

Tradila Grcgorio Fcsta jaces tiimulo. 

Anni vota simul lieheu quam parva fuerunt ! 

Heu qnam vila brei'is, quani brct'c conjiigium ! 

.Elas sola minor ncun cetera maxima Fcstie : 

Adfcctus, pielas, forma, pudicitia. 

Angelicie legis docla dicata Deo 

Hic jacet hoc superis placitum est. hue ibimus cl nos, 

Sit modo sancla fides, sit pia credulitas. 

Fcsta, decus nostrum, ccrte ueniemus in unum 

Si mihi vila proba, si libi cura nwi est. 

.it tu, sanclarum moderalor summe animarum, 

Fac rata quœ cupimus, fac eita quœ volumus. 

Pour l'épitaphe du prêtre Clarus, compagnon de 

p. 594;Lebègue, dans les Annales de la faculté des lettres 
de Borrfeaui, 1882. p. 206; Épigrap/iiedeVoriionne, dans les 
.Vnnales de la lacultc des lettres de Bordeaux. 1882, t. i\', 
n. 1276;Hirschfeld, dans Corpus inscriptionum latinarum, 
t. XII, n. 5350; Thiers, dans le Bulletin de la Commission 
archéologique de V arrondissement de Xarbonne, 1890, p. 44; 
E. Le Blant, Xouitcan recueil des inscriptions cïiréliennes de 
la Gaule antérieures au \iii' siècle, in-S", Paris, 1892, p. 357, 
n. 311. 



IGS» 



CHAMPS-ELYSÉES — CHANAAN (GRAPPE DE RAISIN DE) 



170 



saint Martin de Tours, Sulpice-Sévère. avait composé 
un assez long poème dans lequel on lit ' : 

|ARA 

SIVE PATRVM SINIBVS RECVBAS DOMINIVE SVB 
CONDERIS AVT SACRO PASCERIS IN NEMORE 
QVALIBET INREGIONEPOLISITVSAVT PARADISI 
CLARE SVB AETERNA PAGE BEATVS AGIS 

II. Leclercq. 

CHANAAN (Grappe de raisin de). Moïse en- 
voya des hommes pour considérer le pays de Chanaan 
et il leur dit : Montez par le midi.... soyez courageux, 
et apportez-nous des fruits du pays. Or, c'était alors 
le temps auquel on pouvait manger les premiers rai- 
sins. Ces hammes... étant allés jusqu'au Torrent de la 
Grappe, ils coupèrent une branche de vigne avec la 
grappe, que deux hommes portèrent au moyen d'une 
perche 2. » 

L'art chrétien n'a adopté ce sujet que tardivement 
et il n'a été reproduit que sur un nombre très restreint 




•2456. — Fond de coupe. 
D'après Gjirruccî, Vetri orriati, pi. 



n. 0. 



de monuments. Pour la représentation, on ne fit guère 
elïort d'imagination. Une enseigne de marchand de 
vin, retrouvée à Ponipéi, nous montre le prototype 
dont on s'est inspiré. Deux sommeliers portent sur 
leurs épaules une longue perche au milieu de laquelle 
une amphore est suspendue '. Ce sujet, à peine modifié, 
se retrouve sur d'autres monuments de l'époque clas- 
sique et d'art profane '. 

Un des plus anciens monuments chrétiens est un 
fond de coupe en verre doré qui a tait partie du 
musée Olivieri, à Pesaro ^.Garrucci. voyant les person- 
nages vêtus de la tunique et du pallium, soutient que le 
sujet ne représente pas les explorateurs de Chanaan. 
auxquels l'art chrétiendes iii«-iv= sièclesdonnait la tu- 
ni(|ue courte serrée à la taille, le birrus et un bonnet 
cylindrique °. L'argument n'a guère de valeur à nos 
yeux. Les artistes chrétiens n'ont pas de scrupule en 
fait d'anachronisme et les sujets représentant des 
Hébreux sont alors trop rares pour imposer un ty'pc 

' E. Le Blant, Recueil des inscr. clirél. de la Gaule, t. Il, 
II. 594, p. 393. Sur les inscriptions païennes qui mentionnent 
les Champs-Élysces, voir C. M. Kautmann. Fursehunrjeu ztir 
Monumentalen Théologie, in-tol., Mainz, 1900, p. 93 sq. — 
*Nuni., xm, 18-2.5. — » H. Leclercq, .^/anlJe; d'archéologie 
chrélicnne. in-S», Paris, 1907, t. i, p. 143, fig. 29; V. Cha- 
pnl,(l:uisleZ.iic(ionn. Jesanliq. grccq. el roni.,l. vni, p. 1332, 
ti}^. tll.")!; (iiiiiI-Koner, Lc/>cn der Gricch. utut lioni., in-S'\ 
Berlin, 1893, p. 774; P. Gusman, PoHipci, ;« inlle,les ina-urs^ 
les arts, in-4». Paris, 1900, p. 216. — ' C. L. Visconti. Gramlè 
sarcofago cou rappreseuianza délia caccia Caledonia, dans 



immuable. Les deux jeunes espions portent la grappe 
énorme et on lit en légende : ANIMA DVLCIS PIE 
ZESES IN DEO (fig. 24.56). 

Quelques lampes de même époque, le iv= siècle. 
L'ne d'elles, faisant partie de la collection Zurla, ne 
permet pas de s'attarder à l'objection qui voudrait 
rattacher ces petits monuments à l'art juif; en effet, 
au-dessus des explorateurs, on voit le monogramme 
du Christ' (fig. 2457). D'ailleurs, malgré le peu de 
vogue de ce sujet parmi les fidèles, les- Pères et les 
écrivains ecclésiastiques n'ont pas laissé d'en tirer 
parti. Dans le prétendu dialogue entre un juif et un 
chrétien, intitulé: Allcicalio inter Theophilum el Simo- 




2'i57. — Lampe chrclienne. 
D'après Rô)insche Quartalschn[t, 1886, t. !, pi. 10, n. 3. 

nfm, nous lisons, en propres termes, cette interpréta- 
tion: A i/e mine intelliije racenmm illuni inNumeris,xin, 
2t, qiiem in terra repromissionis duo veclanies reporla- 
banl, quod utique fiijura fuil Christi pendcniis in ligno ', 
et l'auteur, Evagrius, si heureux de sa découverte, la 
pousse à fond et en arrive à voir dans les deux por- 
teurs, le peuple gentil et le peuple juif. Saint Augustin 
se rapproche de cette explication lorsqu'il écrit à pro- 
pos du Christ : Ipse est holnis qui pependit in ligno '. 
Un sermon de r.\ppendice aux oeuvres de saint Au- 
gustin '■' explique ainsi : liane uiKini duo de/enint inscrto 
vecte pendenteni. Possunt isti duo cliam clirislianum vel 

Bullettino delta conuniss. archeol. eommunale, 1872, t. i, 
pi. III. — ' Olivieri, Di alcuue antichilà eristiane conservate 
inPesaro, in-4", Posaro. 1871, pi. i. p. vi. — ' Garrucci, Vetri 
oruati di figure in oro trovali uei ctmitcri di Roma, în-4'', 
Roma, 1.S61, pi. il, n, 9, p, 33-34, — • O.Marucchi, Médaille 
nud Lampe aus der Sammlung Zurla, dans Rôniische Quar- 
lalschri/t, 1.SS7, t. i, p. 32.") sq., pi. x. n. 3. 4. — ' Altercalio 
iuter Simonetn et Tlwopliiluni. P. /,., t. .vx, col. 1175. — 
• S. .\iigustin, C.'o/ifra Fauslum, xii, 42, /', /.., t.XLii, col.276. 
— '» Serru., xxviii, /'. /.., t. xxMX. col. 1809, attribué à tort 
à saint Ccsaire. Cf. P. Lejay, Revue biblinae, 1895. p. 591. 



171 



CHANAAN (GRAPPE DE RAISIN DE) — CHANANÉENNE 



•172 



jiidaicum populum figurarc. Isli ergo sunl duo, id est, 
Synagogœ v-l Eccesix popiili. El quia prior fuit Jii- 
dœonim populus,pra:cediÙudieussequiliir Chrislianus : 
sahilem suam hic anle conspcctum stium gcrit, ille posl 
dorsîim. Enfin, Aponius écrit: Ut eum in holro a duobiis 
de (erra promissionis populis iudaieo videlicel el romano, 
in phalanga crucis in lorcular morlis exprimendo, par- 
ia to inveniat '. 

On remarquera que la décadence s'accuse entre 
l'enseigne de Ponipéi et la lampe. Sur ce dernier monu- 
ment les explorateurs ne marclient plus, ils sont plan- 
tés en face du spectateur, les jambes écartées; il en 
est de même sur une autre lampe provenant de Thé- 
bessa en Afrique et conservée au musée du Campo 
santo tedesco, à Rome, d'une facture moins soignée en- 
core que la précédente '. Outre ces lampes, il en existe 
quelques autres offrant le même sujet avec d'insi- 
gnifiantes variantes ^ Une d'elles, publiée par 
E. Le Blant. est d'une singulière grossièreté et 
marque la période d'extrême décadence; néanmoins, 
cette lampe, celle que Garrucci a publiée et celle de la 
collection Zurla nous offrent toutes trois la juxtapo- 
sition du monogramme et de la grappe supendue, ce 
qui montre assez que celle-ci représentait bien pour 
es anciens le corps même de Jésus attaché à la croix. 




2458. — Bas-relief d'Hébron. 
D'api-ès la Revue biblique, 190-2, t. xi, p. 600. 

Cette pensée familière aux Pères de l'Église devait 
se prolonger dans la littérature alors que l'art avait 
déjà abandonné la représentation correspondante. 
Saint Eucher de Lyon, au V siècle, et l'apocryphe 
intitulé Clef de Méliton, s'accordent à accueillir et à 
répandre ce symbolisme parmi leurs lecteurs. Bolrus 
Ecclesia, sive corpus Domini. In Numéris : Eo quod 
Botrum de terra repromissionis in falanga crucis Israe- 
litici speculatorcs rcportarcnt, lit-on dans la Clef *, et 
dans saint Eucher : Bolrus Ecclesia sù'c corpus Domini. 
In Xum. Eo quod bolrum iiide portassent filii Israël *. 
Enfin, le Liber de proniissionibus el prœdictionibus 
Dei : J\Iysteria Christi Domini résonant Ecclesix. Bo- 
lrus in Chrislo, vox Ecclcsiœ in canticis canticorum : 
Bolrus cypri fralruelis meus. Quod ligno porlalur cruci- 
fixum agnosce, etc. '. 

Il nous reste à parler d'un petit bas-relief récemment 
trouvé. Il a été découvert aux environs d'Hébron, 
en Palestine. « C'est un fragment de très fin marbre 
blanc, mesurant O"»!? de long, sur 0"i095 de haut et 
une épaisseur presque égale. Il est brisé sur trois côtés, 
mais le sujet sculpté est en assez bon état. Sur une 

'.\ponius. In Canlica Canlicorum, in- 1", Roraœ, 1843, 
I. XII, p. 212. — ' RomischeQuartalschrill, 1887, 1. 1, pi. x, 
n. 4, p. 327. — ' Garrucci, Sloria delV nrie crisliana, t. vi 
pi. 476, n. 2 ; E. Le Blant, De quelques sujets représentés sur 
des lampes en terre cuite de l'époque c/irt'/iennc, dans les Mé- 
langes d'archéologie el d'histoire, 1886, t. vi, pi. iv, n. 4. 
— ■- «Pitra, Analecta sacra Spicilegio .Solesmensi parata, 
%. II, p. 30. — ' S. Euclier, Lifccr formularum spiritualis in- 



face très soigneusement poUe, on a taillé en creux, 
presque à Qo'Ol de profondeur, un cartouche rectan- 
gulaire de " 105 sur " 07 en moyenne. Dans ce cadre 
est représenté le pittoresque épisode biblique de la 
fameuse grappe d'Echkol. Deux hommes aux vête- 
ments courts et retroussés comme il convient à des 
explorateurs, les pieds chaussés, la tête nue, s'avancent 
avec effort, visiblement écrasés sous leur fardeau. 
Du milieu d'une longue perche appuyée sur leurs 
épaules pend une grappe énorme de raisin dont les 
grains mal détachés, sans doute à dessein, font res- 
sortir davantage l'apparence massive. La perche a 
légèrement fiéchi et le dos busqué du premier por- 
teur, le pas lourd du second donnent la vive impres- 
sion de l'effort. En cela, du reste, tient toute la valeur 
artistique du morceau, dont la facture est par ailleurs 
médiocre, soit que le sculpteur n'ait su mieux faire ou 
qu'il ait négligé la correction et le fin: des traits, le 
soin des proportions, l'élégance de la draperie. Le 
dessin qu'on a sous les yeux suppléera à tout autre 
détail (fig. 2458). Ajoutons seulement que l'examen de 
la pièce ne laisse aucun doute sur son antiquité. On 
y verrait volontiers une traduction plastique, romaine 
ou byzantine, de l'opinion qui place aux environs 
d'Hébron la vallée fertile où les espions de Moïse cou- 
pèrent jadis leur merveilleuse grappe '. » 

H. Leclercq. 
CHANANÉENNE. « Jésus quittant Jérusalem 
s'en alla sur les confins de Tyr et de Sidon; et, étant 
entré dans une maison, il voulait qu'on l'ignorât; mais 
il ne put demeurer caché, car une femme dont la fille 
était possédée d'un esprit impur, ayant entendu par- 
ler de lui, entra aussitôt et se jeta à ses pieds. C'était 
une femme pa'ienne, syro-phénicienne de nation. Et 
elle le pria de chasser le démon de sa fille. Mais Jésus 
lui dit : « Laisse d'abord les enfants se rassasier; car 
' il n'est pas bon de prendre le pain des enfants et de le 
■' jeter aux chiens. » Mais la femme répondit : « C'est 
" vrai. Seigneur, mais les petits chiens mangent sous la 
" table les miettes des enfants. » Alors, il lui dit : a A 
« cause de cette parole, va; le démon est sorti de ta 
« fille. » Et s'en étant allée dans sa maison, elle trouva 
la jeune fille couchée sur le lit; le démon était sorti *. » 
Tel est le récit de saint Marc; celui de saint Matthieu 
est plus complet, c'est certainement à un détail donné 
par le seul Matthieu que fait allusion la représentation 
dont nous parlerons plus loin : « Voici qu'une femme 
chananéenne, venue de ces contrées, s'écria : « Ayez 
« pitié de moi. Seigneur, fils de David; ma fille est af- 
« freusement tourmentée par le démon. » Mais Jésus ne 
lui répondit pas un mot. Et ses disciples, s'approchant 
de lui, le priaient, en disant : « Renvoyez-la, car elle 
« crie derrière nous. » Il répondit : « Je n'ai été envoyé 
= qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël.» Mais 
elle vint cl l'adora, en disant : « Seigneur, secourez- 
« moi,» et le reste'. C'est aussi la dénomination de 
Chananéenne, employée par saint Matthieu, qui a 
prévalu. 

L'épisode ainsi rapporté par deux évangélistes est 
un de ceux qui se rencontrent le plus rarement sur les 
monuments de l'art chrétien primitif. L'n sarcophage, 
provenant de l'ancien cimetière du Vatican et publié 
pour la première fois par Bosio^", nous montre le 
Christ aux pieds duquel une femme de taille minuscule 
baise les mains du Sauveur, pendant qu'un apôtre pose 

telligenliee, c. v, P. I... t. l. col. 727 sq. — " E. Le Blant, 
op. cit., p. 238, note 2. — ' M. Vincent, La grappe d'Echkol, 
dans la Reinie biltlique, 1902, t. xi, p. 600-GOl ; J. E. Ha- 
nauer, Scutplured pqures front llie Muristan and othcr 
notes, dans Palestine E.vploration Fund, Quarterly .Slate- 
nient, 1003, t. xxxv, p. 83-81. — » Marc, vu, 24-30. — 
• Jlatth., XV, 21-28. — " Roma sotterranea, in-fol., Roma, 
1032, p. 05. 



iT3 



CHANANEENNE 



CHANCELLERIE 



174 



a main sur l'épaule de la suppliante. L'identification 
de ce petit bas-relief à celui que rapporte le texte cite 
est très vraisemblable sans être certaine ' (fig. 2459). 

On n'est pas plus certain pour deux verres dorés 
conservés, l'un au musée du Vatican, l'autre au 
British Muséum. Tous deux représentent une femme 
agenouillée, les mains suppliantes. La première porte 
sur la tête un pepliim qui lui couvre les épaules 
(fig. 2460); la deuxième a la tête découverte et, par- 



Grégoire le Grand. G" vii^-ix" siècles. 7" RcUiquise. 
I. Chancellerie impérl\le. — « Dès le début de 
l'empire, la maison impériale comprit une foule d'em- 
ployés, indispensables pour remplir les services nou- 
veaux qui venaient s'imposer au chef de l'État ^. Ces 
emplois n'eurent qu'un caractère privé; ils furent 
confiés aux esclaves et aux affranchis impériaux'. On 
connaît la plupart des affranchis qui ont occupé ces 
postes, sous les premiers empereurs, ainsi que le rôle 




2459. — Sarcophage du cimetiiJre du Vatican. D'après Bosio, Roma sottcrranca, 1632, p. 05. 



dessus la coiffure, un petit ornement horizontal, à 
moins que ce ne soit, tout simplement, ce paquet de 
cheveux au sommet de la tète qu'on désignait sous le 
nom de lululus. \5\\ voile gonflé par le vent flotte dcr- 





2460 et 2461. — Verres dorés. 
D'après Garrucci, Vetri ornati, pi. 9. n. 1, 2. 

rière le dos, retenu sur l'épaule gauche et à la cein- 
ture (fig. 2451). 

H. Leclercq. 
CHANCELLERIE. — I. Chancellerie impériale. 
II. Chancellerie pontificale. 1» Période des persécu- 
tions. 2" Époque constantinienne. 3" Au iV siècle. 
4" De saint Léon à saint Grégoire (4G0-G04).5''Saint 

*]\Iartigay, Dictionnaire des anliq. chrct., 1877, p. I(i2. — 
- O. Hirschfeld, Unlersuchungen auf deni Gt'hit'te dcr rumis- 
chen Verwaltungsfjeschichte, in-8">, Berlin, 1S70, t. i,Uie Kui- 
serlichcn Verwallnngsbeamlen bis au/ Dioclelian, p. 201-208; 
Mommsen, Roniiscjies Slaaisreclit, in-S*^, Leipzig, 1871, 
part. 2, p. 784-787; L. Friediândcr, De iis qui primis 
duobus sa-culis, a ralionibus, ah epislolis, a libellis inipc- 
ratonwi romanorum fueriml, in-4», Konigsberg, 18R0; 
J. Xaudet, Des changements opérés dans toutes les parties 
de l'empire romain sous les régnes de Dioctétien, de Con- 
stantin et de leurs successeurs jusqu'à Julien, 2 vol. in-S'», 
Paris, 1817, t. I, p. 94, 224 sq. ; Gaictti. Del Primicero 
délia sanla Sede apostolica, in-4<>, Roma, 1770. p. 5. 133 sq. ; 
CanccWieri, De secretariis biisilica' ^'atic^nil• neteris ac noi'tv, 
4 vol. in-4°, Roniœ. 17SG, n'est pas, malgré son titre, une 
histoire de la chancellerie pontificale; J. M.idvig, Die Ver- 
fassung und \'eriv:illung des rumischen Staates, in-8°, Leipzig, 
1861, t. I, p. 553; E. Egger. Heeherches historiques sur la 
jonction de secrétaire des princes chez les anciens, dans Mé- 



important qu'ils ont joué dans l'histoire; nous n'avons 
pas à faire ici l'énumération de ces divers emplois*; 
qu'il nous sulTise de dire que bientôt certains d'entre 
eux acquirent une grande importance, et furent dès 
lors enlevés aux affranchis pour être confiés aux che- 
valiers. Ces fonctions sont les procuratèles financières 
et provinciales et celles de la chancellerie impériale ^ t 
Nous n'avons à nous occuper ici que de ces der- 
nières. 

La chancellerie impériale, protoljpe de la chan- 
cellerie pontificale, se composait de plusieurs bureaux 
désignés sous le titre de leurs principales attributions: 
ab episiolis, a libellis, a memoria, a cognilionibus. Au 
cours du 11= siècle et surtout pendant le siècle suivant, 
le premier bureau se dédouble et dépend de deux titu- 
laires, l'un ab epislolis latinis, l'autre ab epislolis grxcis, 
qui centralisent toute la correspondance oflicielle. 
Le bureau a Iibellis,d'abord peu chargé de travail, reçoit 
les mémoires adressés à l'empereur par les parti- 
culiers, les annote et propose la réponse qui équi- 
vaut souvent à une véritable consultation juridique"; 
aussi le poste de nnii/islcr a libellis a-t-il été occupé par 

moires d'histoire ancienne, in-8", Paris. 1863. p. 220-259 ; 
Ed. Cuq, Épigraphie l'uridifiue. De quelques inscriptions rela- 
tives ri l'administnUion de Dioctétien, II. Le magister sacra- 
rum cognilionum, m-8'', Paris, 1881, p. 77-138. L'auteur est 
arrivéà des solutions nouvelles très importantes sur l'origine 
et les fonctions de l'a cognilionibus et du magister cognilio- 
num. — ' Cela tient à ce que l'empereur, malgré son pa/a/iuni, 
qualifié ailla, n'est considéré que comme un particulier, admi- 
nistrant la partie de l'empire qui lui est confiée, comme il 
administre son patrimoine propre. Le caractère de fonction- 
naires publics des employés impériaux se développe peu à 
peu, à mesure que la conception monarchique fait des pro- 
grès. — * Exemples : a censibus, a studiis. a bibliotheca, tri- 
clinnrclia, a fibulis, etc. — ' ,I.-B. Mispoulot, Les instila- 
t ions politiques des Rouuûns ou exposé historique des régies 
de la constitution et de l'administration romaines depuis la 
jondation de Rome jusqu'au régne de .luslinien, in-S", Paris, 
1882, t. I, p. 278. — ' H. ïhédenat, Libellis (a), dans Saglio, 
Dictionn.des antiquités grecq.ct roni.,t.iii, part. 2, col. 1175. 



175 



CHANCELLERIE 



176 



tréniinonts jurisconsultes'. I.c bureau a cmjnitionibus 
lait un rapport ni empereur sur les questions qui lui sont 
soumises. Enfin, le bureau a memoria, qui apparaît, 
pour la première fois, sous Caracalla, acquiert rapide- 
ment une grande importance et attire à lui les alTaires 
des bureaux a lihcllis et a coriiiilionibus dont le magis- 
ler ne semble plus travailler que pour le compte du 
miifiister memoriœ-. Celui-ci, à l'époque où fut rédigée 
la Xnliliii, a l'expédition de toutes les affaires concer- 
lumt la cbancellerie impériale. 

.\ l'époque de Diocléticn et de Constantin, la chan- 
cellerie forme quatre divisions principales appelées 
scrinia et placées sous la surveillance du Miiijisler of- 
ficionim qui conununique directement avec les cjuatre 
préposés à ces bureaux : magislri scrinioiiirn^. 

he scrinium l'jiislolarum l'cçoit les députés des cités, 
prépare et expédie les réponses aux demandes des ma- 
gistrats (consultalioncs) ou des parties (pièces)'. En 
Orient, nous trouvons un nmgisicr ei)islolanini grœ- 
canim qui rédige les lettres devant être écrites en 
grec, ou qui traduit, en cette langue, les lettres rédi- 
gées en latin '. 

Le serinhim memoriœ a pour mission de rédiger les 
décisions sommaires, sous forme d'annotations {aclnn- 
lare), d'expédier les nominations à certains emplois 
{emi(lere) et de répondre aux placcts des particuliers ". 

Le scrinium libcUontm qui a absorbé, à cette époque, 
le bureau des cogniliones. prépare et expédie les juge- 
ments des affaires portées devant le prince (conniliones) 
ainsi (pie les réponses aux placets des particuliers. 

La Xolilia. d'ailleurs incomplète en cet endroit, ne 
mentionne pas le scrinium cpistolarum gra'curum en 
Occident. Il est probable que le bureau qui manque 
est celui des disposilioncs, qui était chargé de prépa- 
rer les voyages du prince et d'instruire certaines af- 
faires extraordinaires qui ne rentraient pas dans la 
comiiéteiice des trois autres '. 

II. Cii\NCELLF.piE .\PosTOLiQUE. — 1° Période des 
persécutions. — Dès ses origines, l'Église chrétienne eut 
à prendre soin de documents relatifs à son organi- 
sation, à son administration, au gouvernement de .ses 
membres. Nous avons déj.à étudié ce que furent, pen- 
dant la période antérieure à la Pai.x de l'Église, les 
bibliothèques naissantes. \o\r Diclionn., t. ii, col. 885. 
Outre les livres, les écrits des Pères et des docteurs, 
tout ce qui relevait de l'instruction et de l'édification, 
d'autres écrits encore réclamaient des soins au moins 
égaux, c'étaient les actes, la correspondance, les ma- 
tricules, la comptabilité, en un mot tout ce cjui regar- 
dait l'administration. De là naquit pour les grandes 
Églises, principalement pour celle de Rome, l'absolue 
nécessité d'une chancelierie. A mesure que le nombre 
des fidèles allait croissant et que les communautés 
se multipliaient, l'Église se trouvait obligée de subir la 
centralisation et de prendre modèle sur ce qui se fai- 
sait dans l'État. 

'E. Ciiq. op. cit.. p. 77 sq. — - O. Hirschfeld. op. cit., 
p. 210 sq.; J.-B. Mispoulet. op. cit.. l. i. p. 281; H. Théde- 
nat, loc. c(/., col. 1175. — ^ Xolitia di<jnilalum,Occkl.,c. vin, 
c. XVI ; Orient., c. x, xvii. — * Magisler cpistotanim tcgationes 
civitcdujuet consuîtcdioncs et preres tractai. — '^Eaxcpi^lolas 
quic greece soient emitti aut ipse dictai, aiit latine dietatas 
transfert in grœcum. — ''.4rfno/(((io/ies dictât et cmittit, preci- 
bns respondet. — ' J.-B. Mispoulet, op. cit., t. i. p. .328-329. 
— » G. Marini, Memorie isloriclie degli arcliiin délia Santa 
Scde, forme l'Appendice I, de H. Làmnior. Monumenla 
Vaticana historiam eccîesiaslieani Sîeciili aiv illustrantia, 
in-8», Friburgi Brisgoviae, 1861 ; J.-B. De Rossi. De origine, 
lùstoria, indicibus scrinii et hibliolliecce Sedis apostoUcœ, 
dans tiudices palatini latini Bibliotbecœ Vaticana', in-S^, 
Roma', 1.S86, t. I, p. xvill sq. — » Liber ponliftcalis. édit. 
Duchesne, t. i, p. 147, cf. p. xcv; édit. Moiumsen, t. i. p. 26. 
La correction proposée par De Rossi, Roma sottcrranca, 
t. Il, p. 182, est inacceptable ainsi que lui-même l'a reconnu. 



La plus ancien ne mention du scrinium apostolique se 
lit dans la notice du pape Antéros au Liber ponlifi- 
cdlis '. Voici le texte : Hic gesicis martijrum diligenter a 
iiotariis exquisivil et in ecclesia recondil, propler que- 
diim Ma.vimino prcsbitcro, qui marlyrio coronalus esl'. 
Le martyre d'un prêtre nommé Maximin fut ainsi 
l'occasion d'instituer une branche distincte dans le 
scrinium apostolique"; le bureau chargé de recueillir 
ce cjui avait trait aux supplices des fidèles fut réor- 
ganisé par le successeur d'Antéros, le pape Fabien : 
Hic rcgiones dividildiaconibus clfecil VII subdiaconos. 
qui VII nolciriis imminercnt, ut gcstas martyriiin in in~ 
icijio fideliicr colliijerenl ". Des liasses formées alors,, 
il ne nous est rien ou presque rien parvenu; du moins, 
avons-nous quelques témoignages de l'activité des- 
bureaux. Saint Cyprien nous apprend que le clergé 
romain avait mandé à l'Église de Carthage — et 
probablement à beaucoup d'autres — le supplice du 
pape F"abien et celui du pape Sixte II '*. Les actes des. 
martyrs romains sont ceux sur lesquels nous sommes le 
moins renseignés; presque tous furent détruits pour 
être reconstitués tant bien que mal après la Paix de 
l'Église. Mais à Rome même, on faisait peu de cas de 
ces récits ". Nous ne sommes pas réduits, heureuse- 
ment, à ces trop rares indications. Divers indicea per- 
mettent d'entrevoir quelque chose de l'activité du 
scrinium apostolique. 

Ce que par anticipation on serait tenté d'appeler le 
premier bureau a. dans ses attributions, la corres- 
pondance administrative, les documents cjui seront dé- 
signés un jour sous le nom de regesla. On a supposé, 
plus qu'on n'a ))rouvè, que de très bonne heure, l'Église 
romaine, suivant le modèle que lui donnait la chancel- 
lerie impériale, avait possédé ses regesta epistularum 
pontiftcum romanorum ". Jusqu'au IV siècle révolu, 
nous n avons aucun vestige, aucun indice de ces regesla ; 
à partir du v siècle, nous savons que le bureau fonc- 
tionne, le charlarius ecclcsiœ Romana: se remplit. 
Juscju'à cette date relativement tardive, nous sa- 
vons que les papes ont beaucoup écrit, qu'ils ont entre- 
tenu des correspondances avec les Églises, mais aucun 
document ne nous est parvenu d'original. Isolés les uns 
des autres, ces documents n'en gardent pas moins une 
grande importance au point de vue di])Iomatique, car 
on y peut entrevoir l'apparition et les premiers linéa- 
ments des formules et des dispositions destinés à cons- 
tituer, plus tard, le stjie de la chancellerie romaine. 

Du bureau de la correspondance relèvent : vers 
l'an 97, la lettre du pape Clément à l'Église de Co- 
rinthe; — vers l'an 168 une autre lettre du pape Soter 
aux Corinthiens et une série de lettres adressées à di- 
verses Églises: — en l'an 177, une instance de l'Église 
de Lyon sollicitant l'ordination et recommandant la 
mission de saint Irènée; — en 197, des lettres d'indic- 
tion synodale à Éphèse et en Asie-Mineure, relative- 
ment à la question de la Pâque; — en 199, unesen- 

De origine hisl., p. .xix. note 3. — 'o Le renseignement 
donné par le Liber pontifiealis parait venir de bonne source, 
édit. Duchesne, p. xcv-xcvi. — ^^ Liber pontifiealis, édit. 
Duchesne. t. i. p. US; édit. Jlommsen, t. i, p. 27. Telle est, 
du moins, l'anirmation de l'auteur du Liber. — '-S. C>'prien. 
Epistolœ, III, P. L., t. IV, col. 229. — " Le décret dit de 
Gélasc : De libris recipiendis et non recipienrfi.';. atteste qu'on 
n'y lisait pas en public : gesta martijrum singutari eaulela 
in Ecclesia romana [publiée non] legi. Grégoire de Tours. De 
gloria nmrigrum, c. xxxi\, dans Monum. Germ. Itisl., Script, 
rer. nieroi'., t. i. p. Ô13, nous dit que niultorum marlyrum 
(enterrés à Rome) historias pa.'<sionum nobis intégras non 
esse delatas. — '* H. Breslau, Die Commenlarii der romiscbcn 
Kaiser und die Regesterbiiclier der Pdp.'^te. dans Zeitscbrifl 
der Suvigmj-Sliftung fiir Recldsgescliicbte. Rom. Abtlieil., 
1883, t. VI, p. 242-2G0; Liiwenteld, GescbiclUe des pàp- 
stliclwn .Arclïins, dans ^Lislorisclies Tascbenbuch, Leipzig , 
C.ISS, p. 308. ■' 



177 



CHANCELLERIE 



178 



leiice du pape Victor, comminaloiic. selon les uns. 
exécutoire, selon les autres, d'excommunication contre 
les principaux cvêques asiates: — en 2 10. une censure 
contre l'évcque de Lambése. Privatus; — en 251-252. 
une active correspondance de l'Église de Rome avec 
des Églises d'Afrique, de Gaule et d'Espagne, corres- 
pondance menaçante et aigre-douce entre Rome et 
Cartilage. Les pontificats des papes Etienne, Cor- 
neille et Fabien sont des plus actifs au point de vue 
épistolairc. Quoiqu'ils aient aujourd'hui disparu en 
partie ou en totalité, ces documents ont existe et, 
probablement, beaucoup d'autres avec eux ; il est vrai- 
.semblable et même très probable que ces actes, clé- 
ments des regesia les plus anciens, ont été conservés à 
l'exemple de ceux des empereurs et ont formé le pre- 
mier fonds du scriniam. 

Une autre catégorie d'archives est attestée par 
quelques textes formels. Au dire de Gennadius, un 
chrétien, nommé Bachiarius, faisant profession de 
philosophie, remit au pape un écrit justificatif de sa 
conduite : sadsfecisse ponlifici L'rbis advcrsns quc- 
rulos et infamalores pcregrinationis siiiv '. Il y avait 
des précédents puisque TertuUien nous apprend qu'on 
conservait avec soin un écrit signé par un hérétique 
noëtleii, Praxéas, rétractation autographe de ses er- 
reurs : cai'issc de cmendationc sua, et manne chiro- 
ijiaphum apud Psyehicus (les catholiques) apiul quos 
les f/esta est'; ceci se passait à Rome, sous le pontifi- 
cat de Zéphyrin'. A quelque temps de là. c'était au 
tour d'OrIgène, à propos de cpielques expressions ha- 
sardeuses, qui prodiclis pii'iiiltiit, lihelto pivititentix ad 
l'abianum tune urbis Romsc episeopam dalo'. Nous 
voyons ainsi que, dès le m' siècle, on gardait copie à 
I^ome, et on y gardait même les originaux quand la 
chose était possible, des controverses et des décisions 
soumises au jugement de l'Église romaine. Les textes 
que nous venons de transcrire ne font connaître 
(lu'une parcelle minime de ces documents: le peu qui 
nous en est parvenu a été conservé par des manus- 
crits de provenance étrangère à Rome *. 

Dans les attributions d'un deuxième bureau de- 
vaient se trouver les questions de contentieux. Chaque 
Église avait alors de lourdes charges à supporter. Ter- 
tuUien en dit quelques mots : Areic... imidieam anus- 
quisque stipcm menstrua die. vel eum velit et si modo velit 
et possit. apponit :... Iia'e quasi deposita pietatis stint, 
nam inde... dispensatar cgenis alendis humaitdisque... 
e^iis) qui in melallis. in insulis i>cl in eustodiis... alum- 
iii eonfessionis suie /îu/i;*. Vers le milieu du iii^' siècle 
l'Église de Rome, à elle seule, pourvoyait aux besoins 
et à l'entre tien de plus de quinze cents clercs et pauvres'. 
Un pareil nombre exigeait une comptabilité minu- 
tieuse suivant la nature et la qualité des prestations 
auxquelles chacun avait droit. Pensions et subven- 
tions alimentaires, en espèces ou en nature, devaient 

' (Jennadius, De viris illustribus. c. .xxiv, édit. Riehardson, 
Leipzig, 1896, p. 71 ; Muratori, Anecdola ex codd. 
Amtmis., :Mcdiolanl, 1697. t. ii, p. U. — =TertulMen, ,!<;- 
versas Praxeiwu c. i, P. L., t. il. col. 156. P. Monceaux, 
Ilisltiire lillér. de VAIriq. clirét.. in-S". Paris, 1901, t. i. p. :■>', 
récianic cet autographe pour Cartilage. — ^ De Uossi, 
Bull, di (irch. crisl., 1806. p. (jS-72. .SO sq. Cf. Ilagemann, 
Die romisebe Kircbe uml ibr Einflass tiaf Disciplin and 
Dotjnia in den crslen drei .Jahrbanttertcn.in-H", l'reiburg im 
nr.,isr)l. p. 145. — ' Rufin. Inneclii'a in llieruninuan. 1. I, 
0. xr.iv, /'. /,., t. xxr, col. ()20; S. .lérônic. lîpist., i.xxxiv, 
ad Patnmacbiani et Oceanani. o. x. /*. /.., l. xxii, col. 751 ; 
^Oriffenes in epistola, qaani srribit ad Fabianain liomana' 
arbis episeopam. pirnitenliant agit, car lalia scripscril. 
Cf. Kusèbe, //is(. ccdos.. I.VII.c. xxxii, P. fi., t. xx, col. 722. 
— ^ Pitra, Étade sar les lettres des papes, dans Analeela 
nonissinai. Spieileyii S(desatensis altéra eontinaatiit, Paris, 
18.S5. l. I. p. 14. — * Tcrlullien. .\palo(ietieas, c. xxxix, 
P. /,., l. I. cul. 470. — ■ Euséhe. llisl. eeeles.. I. VL c. XLiir, 



faire l'objet d'un enregistrement pour lequel on avait 
VTaisemblablement pris modèle sur Valbum qui con- 
tenait les noms de ceux qui recevaient des pensions ou 
des distributions de blé de l'État. Deux inscriptions 
romaines rappellent la mémoire de veuves qui ne 
turent pas inscrites sur la liste des assistés ^ : 

DAFNEN VIDVA-Q-CVN VIX[en'i annos... 
ACLESIAN III • GRAVAVIT 
et : 

RIGINE VENEMERENTI FILIA SVA FECIT 
VENE RIGINE IVIATRI VIDVAE QVE SE 
DIT VIDVA ANNOS LX • ET ECLESA 
NVMQVA GRAVAVIT ■ VNIBYRA • QVE 
5 VIXIT ANNOS LXXX. MESIS V. 
DIES XXVI 

Daphne, vidua, qux ciim vixeiit annos... Eeelesiam 
nihit gravavil... Mais tons n'avaient pas les scrupules 
ouïe point d'honneur de Daphné et de Regina. L'au- 
teur, tardif d'ailleurs, du .Martijrium démentis nous ap- 
prend qu'il avait fallu procéder à la rédaction de listes 
des pauvres dans chaque région; c'était là ce qu'on ap- 
pelait les matricules, «!i//f('c(i/;('. Outre ses assistés dans 
Rome. l'Église de cette ville envoyait des secours aux 
Églises éprouvées. L'ne lettre célèbre de l'évêque Denys 
de Corinthe au pape Soter atteste cette bienfaisance et 
proclame que c'était là une tradition du siège aposto- 
lique, grâce à lac[uclle fralres omnes Ecclesiasque quam 
plurimas avalent été soutenus'. Il n'est guère croyable 
que ces allocations extraordinaires n'aient fait l'ob- 
jet d'une comptabilité distincte. De même aussi une nou- 
velle source de dépenses que faisaient naître les persé- 
cutions périodiques, les secours à envoyer aux fidèles 
arrêtés et condamnés au.x mines '°. Il fallait savoir à 
qui l'on envoyait ceux qui mouraient, ceux qui chan- 
geaient de puits de mine. Sous le jiape Victor, Marcia 
obtint de l'empereur Commode l'élargissement des 
chrétiens condamnés aux mines et relégués en Sar- 
daigne ; vite on recourut aux matricules afin d'en don- 
ner ampllation au délégué chargé de procéder à l'élar- 
gissement". On voit que le bureau du contentieux ne 
manquait pas de besogne. Tantôt, ce sont les Syriens et 
les Arabes '^, tantôt, les Cappadociens qu'on secourt, 
eu accompagnant les dons d'une lettre ", et, jusqu'en 
pleine persécution de Dioclétien. on trouve les moyens 
et l'occasion de ne pas abandonner les Églises trop ac- 
cablées ". Voir CUAHITK. 

Autre bureau, sur lequel nous savons fort peu de 
chose, mais dont l'existence ne peut guère être mise 
en doute, chargé des confilts entre fidèles et sur- 
tout entre clercs. Dès le temps des apôtres '^ on re- 
marque la tendance marquée à soustraire aux tribu- 
naux civils les litiges Inévitables entre chrétiens. 
Comme il arrive fréquemment, sinon toujours, que les 
deux parties ont des torts réciproques, il n'y avait 

P. G., t. XX, col. 616. — " Marehi, Monum. dette arti crisl. 
primitive, ^-4», Roma, 1814, t. i, p. 98; Mon. Ecctes. 
lilarqica, 1901. t. i, n. 3008, 4237. — ' Eusébe, Hist. 
ecctes., 1. IV. c. xxiii, P. G., t. xx, col. 384. — "Dictionn., 
t. 1, col. 467: Ad Metalla. — " Pbitosopbamena, 1. IX. 
c. XI, P. G., t. XVI ter, cul. 3378: De Uossi, Bull, di arcbeut. 
crisl., 1866, p. 6-7: 1S6S. p. 18; H. Aiibé, dans la Revue ar- 
cbéologique, mars 1879, p. 161 ; Dictionn., 1. 1, col. 2862. — 
'= Eusèbe, Hist. eccles., 1. VU, c. v, P. L., t. xx, col. 641. — 
" Dans l'Église de Césarée. à l'époque du pontificat de 
Daniase, on continuait à donner lecture de la lettre du 
pape Denys annonçant reii\-i>i d'une subvention. Cf. 
S. Basile, Èpis/.. i.xx, P. C, t. xxxii. col. 433; P. Constant, 
Epistolœ Romunuram Pontitlcum. in-fol.. Parisiis, 1721, 
p. 478, cf. p. 291. — - '* Eusèbe. llistoria ecclcsiastica^ 
1. IV. e. XXIII, P. G., t. XX. col. 384. — "■ I Cor., vi, 1-6; 
t^.onstil.apo.st., 1. II. c. xlv, édit. Pitra, Juris ecclcsiaslici 
Grieciiram bistoria et monamenla, in-8", Koma?, 1864, t. i, 
p. 1 95, 706 sq. 



179 



CHANCELLERIE 



180 



donc que desavantage sans compensation à exposer 
l'affaire devant des juges disposés à imputer au chris- 
tianisme les faiblesses de ses fidèles. Ce bureau ne 
devait pas être le moins encombre d'affaires et de 
paperasses, car la procédure romaine n'avait guère à 
en\àer sur ce point à ce qui se voit de nos jours; 
toutefois il n'en reste aucun vestige et même aucune 
attestation bien claire avant le iv* siècle. 

Aces renseignements trop peu nombreux, mais suf- 
fisants néanmoins pour laisser entrevoir quelque chose 
de l'organisation et du fonctionnement d'une chancel- 
lerie chrétienne à ses débuts, nous pouvons ajouter 
ceux que nous possédons sur l'Église de Cartilage, si 
étroitement modelée sur celle de Rome, que ce qui 
concerne l'une regarde presque nécessairement l'autre. 

Les registres dans lesquels s'accumulaient les ren- 
.seignements s'appelaient censits; là s'entassaient cata- 
logues, inventaires, matricules, comptes, etc. Malgré 
l'inconvénient et l'imprudence de tenir un état ofTiciel 
de tous les membres de l'Église locale, les avantages 
l'emportaient et des listes devaient exister, classant 
les chrétiens suivant les règles de la hiérarchie : or- 
(lines ecclesiastici d'abord, l'ordo saccrdolalis ensuite, 
enfin Yordo laïcus. Mis à jour au fur et à mesure des 
mutations et du renouvellement, les registres servaient 
de base à la rédaction de ces chroniques que consulta 
Hégcsippe, aussi bien à Rome que dans les autres 
Églises, et dont il tira cinq livres concernant la prédi- 
cation des apôtres et les plus anciennes listes épisco- 
pales. A Carthage comme à Rome, et dans la plupart 
des Églises on se glorifiait de cet ordo episcoponim qui 
témoignait de la tradition et de l'invariable ortho- 
doxie; les conventicules hérétiques n'avaient rien de 
comparable, on les mettait au défi de produire leur 
ordo episcopornm. Si concis qu'il fût, ce document 
aurait de nos jours une valeur immense si on le re- 
trouvait pour telle ou telle Église; on ne sait trop 
comment il pouvait être rédigé, il est probable qu'il 
ne s'écartait que très peu du type qui a survécu sous 
le titre de : Deposilio cpiicoporum. 

Une source qui devint de jour en jour plus abon- 
dante en pièces d'archives fut la copie des décisions 
synodales. Ce que nous en connaissons n'est probable- 
ment rien en comparaison de ce que nous ignorons. 
L'Éghse d'Afrique, qui avait le goût de la netteté et 
de l'exactitude, posséda des recueils de canons. Saint 
Cyprien y fait allusion et les déclare fort anciens, du 
moins certains d'entre eux, par exemple, celui qui 
défendait à un clerc de rempUr la charge de tuteur. 

Une catégorie de documents qui n'est également 
pas représentée de nos jours concernait l'histoire des 
phénomènes surnaturels dont les membres de l'Éghse 
étaient l'objet. Nous verrons bientôt l'abondance des 
dons spirituels ou charismes (voir ce mot) et l'auto- 
rité qu'on leur reconnaissait. Lorsque le montanisme 
revendiqua ces dons comme le critère de son ortho- 
doxie, il prétendit bien ne pas innover mais conti- 
nuer, et la preuve n'en pouvait être que dans une con- 
formité rigoureuse entre les phénomènes de vision, 
d'extase et prophétie tels qu'ils existaient dans la 
•secte avec ceux dont avait été favorisée la primitive 
Église. La justification serait dans la comparaison; 
aussi, on notait régulièrement ces manifestations di- 
vines : 'I On en rédige le récit avec le plus grand soin, 
pour en faire, au besoin, la preuve. » Tout porte donc 
à croire que des recueils beaucoup plus anciens, les 
prototypes, existaient déjà. 

C'est encore parmi les archives que se compulsaient 
les éléments destinés à former un jour le calendrier 
ecclésiastique. Listes d'évêques où était mentionné le 

• Voir Diclionn., t. i, col. 375-388. — = De Rossi, Roma 
sollerr., t. i, p. 208. — 'De Rossi, Insaipl. chrisl., t. i. 



jour de leur mort et de leur inhumation, avec, par- 
fois, le lieu de celle-ci : Dcposiliones episcopornm, dont 
nous possédons un exemplaire romain et un exem- 
plaire africain, mais ce dernier fondu dans un calen- 
drier du V ou du vie siècle. C'était ce qu'on nommait 
les Fastes d'une ÉgUse (Fasli). Cette Uste sommaire ne 
comprenait pas que les évêques, on y accueillait 
quelques noms qui glorifiaient grandement la commu- 
nauté, par exemple : les martyrs. On la tenait à jour 
avec soin : saint Cyprien y trouvait de son temps la 
mention de plusieurs martyrs obscurs dont le nom 
seul s'était conservé dans les Fastes, à défaut desquels 
le souvenir même eût péri. Des Fastes bien en règle 
étaient non seulement honorables, mais encore indis- 
pensables à une Église pour renseigner exactement les 
clercs sur la série et la date des fêtes locales. 

Aux Fasli se rattachaient les Acla nmrlijnim. On a 
représenté les Églises chrétiennes exploitant le mar- 
tyre de leurs membres au profit de leur» pieuse poli- 
tique» d'envahissement; c'est là un point de vue tel 
que les doucereux ps\chologues d'académies en peu- 
vent découvrir; en réalité le martyre était, dans les 
Églises primitives, l'expression de la plus haute 
charité et d'une charité le plus souvent sans alliage 
de vanité humaine. Aussi, l'histoire des interroga- 
toires et des supplices faisait-elle l'objet de récits et 
d'enquêtes conservés aux archives. De là, deux séries 
de documents. Les Deposiiiones martynim, listes som- 
maires, simples catalogues, et les Acla ou Passiones. 
Dès le iii« siècle, au plus fort d'une persécution, saint 
Cyprien, fugitif, recommande à ses clercs de tenir soi- 
gneusement au courant le catalogue des mart \Ts : D/es 
eoruni quibus cxccdunl adnolalc, ut commcmorationes 
coruni inler mcmorias martynim celebrare possimus. 
Pour les Acla on recourait, quand c'était possible, 
aux archives officielles, dût-on n'obtenir la communi- 
cation qu'à prix d'argent '. 

L'administration des cimetières a dû entraîner la 
création d'un bureau distinct. Le droit funéraire, à 
l'époque impériale était une des branches les mieux 
organisées de la jurisprudence. L'importance des tom- 
beaux dans les religions antiques, les conséquences 
qu'entraînait leur présence pour la parcelle du sol qui 
les contenait avaient de bonne heure imposé à l'admi- 
nistration impériale une série de mesures protectrices 
et prévoyantes dont le christianisme ne pouvait se dis- 
penser de son côté. A mesure que s'étendaient les 
catacombes, il importait d'en pouvoir concéder les 
lociili sans courir risque de les voir accaparer par des 
intrus. D'abord, les cimetières furent administrés par 
le clergé. Une inscription du cimetière de DomitiUe 
rappelle qu'Aferji;s et Capriola fecerunt se vivi jussu 
Archelai cl Dulciti presbylerorum'^. Au cimetière de 
Calliste c'est le pape lui-même qui accorde une conces 
sion de terrain : Cubicalum duplex cum arcisoliis et 
luminare jussu p(a)(pse) sui Marcellini diaconus iste 
Severus fccil mansioncm in pace qaietam sibi suisque '. . . 
Ce mot jussu dans le langage officiel du m' et du 
iv<: siècle est employé pour marquer la décision des 
princes ou des magistrats supérieurs (jussu dominorum 
nostrorum, jussu proconsulis, etc.) ; ici, il ne laisse aucun 
doute sur la juridiction du clergé. Vers la fin du 
iv« siècle, les fossorcs constitués en corporation suc- 
cèdent ou se substituent au clergé, mais vers la se- 
conde moitié du iv= siècle les prêtres et les préposés des 
basiliques reprennent l'administration '. Les épitaphes 
mentionnent, fréqueinmcnt, le prix d'achat ou le prix 
de vente d'une concession et fixent l'endroit avec pré- 
cision. On multipliait les précautions, mais il est clair 
que si on n'avait que l'unique témoignage du marbre 



p. c.xv. — * Diclionn. 
sotlerr., t. m, p. 251. 



, t. II, col. 2434-2435. De Rossi, Roma 



181 



CHANCELLERIE 



182 



on courrait grand risque d'être victime de quelque 
personnage indélicat qui déplacerait la pierre, ou même 
la briserait. Il était indispensaljle qu'on passât un 
acte en règle, auquel, en cas de contestation, on pour- 
rait recourir. Ces contrats se trouvent attestés par 
cette épitaphe ' : 

LOCVM VICENTI 
QVEM CVIMPARA 
VIT CVM SVIS SI 
QVI VOLVERIT REQVI 
5 RERE VENIAT IN CLE 

Lociim Vicentis quem comparai'il ciiin suis. Si qiiis 
vohieril requirere (chirograpUum venditionis) vcniat 
in de (meleriiim ad ) et le nom de la personne au- 
près de laquelle on pouvait se renseigner. Nous n'avons 
pas à rechercher maintenant la formule omcicUe du 
contrat, ni les témoins requis; il suffît d'en avoir cons- 
taté l'existence. L'original était-il conservé dans 
chaque siatio ou bien était-il enregistré aux archives 
pontificales, on peut hésiter sur ce point; nous pen- 
chons à croire, toutefois, que les archives possédaient 
au moins des cadastres, des matricules, des états. 
comme on voudra les appeler, sommaires, mais suf- 
fisants pour repérer les concessions dans chaque 
cimetière. 

Une inscription grecque, probablement d'origine 
romaine, nous met au courant d'une autre coutume 
funéraire. Des fidèles interdirent l'inhumation dans 
leur hypogée sous peine d'être cité au tribunal de 
Dieu '. D'autres chrétiens d'un tour d'esprit plus 
jmsitif soumettaient le violateur de leur tombe à une 
pénalité pécuniaire^. La loi civile reconnaissait cette 
disposition et faisait appliquer la sanction au coupable. 
Si c'était le fisc qui bénéficiait, il est clair que c'était 
à lui de veiller à l'intégrité de la tombe et à tenir un 
état de celles qui se plaçaient ainsi sous sa protection. 
Mais il y a des cas où l'amende est au profit de telle ou 
telle Église catholique, par exemple l'Église de Salone. 
Fax ce cas, c'est à celle-ci de connaître ses droits, 
d'exercer la surveillance; parfois, ainsi que nous le 
voyons à Concordia, la décision sera rendue par 
l'Église et l'amende ira au fisc. Évidenunent, nous 
sommes ici en présence d'une administration spéciale, 
d'un bureau des archives chargé de tenir la liste de 
ces tombes, de veiller à leur intégrité, de procéder, le 
■cas échéant, aux constatations et aux poursuites lé- 
gales, enfin de faire verser à qui de droit l'amende 
prévue. Si on en doutait, une inscription grecque de 
Smyrne enlèverait toute hésitation et fixerait ce point : 
11 La juive Rufina, archi-synagogue, a construit ce tom- 
beau pour ses affranchis et les esclaves élevés dans sa 
maison. Personne n'a le droit d'y ensevelir un autre 
•corps; si quelqu'un se permet de le faire, il paiera 
1500 deniers d'amende au trésor sacré et 1000 deniers 
il la nation des Juifs. Lîne copie de cette inscription a 
été. déposée aux archives publiques, » TxJt?,; xr,; ètii- 
Ypa:pr,; TQ àvTÎypayov iK'i'/.tl':x.: li- tô àpystov*. 

2° f'.poque conslanlinicnne. — La Paix de l'Église 
inaugura une ère nouvelle pour l'histoire de la chan- 
cellerie pontificale. Tout ou presque tout était à re- 



faire après la dévastation méthodique opérée pendant 
la persécution de Dioclétien. En outre, l'Église n'avait 
plus seulement à veiller à la conservation de ses ar- 
chives domestiques, des droits et des fonctions offi- 
cielles lui étaient dévolus, ce qui entraînait un déve- 
loppement considérable de son administration. Par 
exemple, rafiranchissement des esclaves pouvait se 
faire légalement désormais dans l'église en présence du 
prêtre ou de l'évêque; ainsi, la chancellerie romaine, 
où ces affranchissements seraient accordés en grand 
nombre en l'honneur des saints apôtres, s'annexait, 
ce qu'on pourrait appeler, d'une certaine manière, un 
nouveau bureau, le bureau d'état-civil =. Sous le 
pontificat de Silvestre I''", on courut, sans doute, au 
plus pressé (314-335), sous le pape Jules l" (337-352) 
on entreprit la réorganisation des archives. Le Liber 
pontificalis nous apprend qu'on réglementa ce qui avait 
trait aux affranchissements, cautionnements, actes 
jniblics, testaments : de manumissiunilnis cclcbrandis 
in ecclesia per scrinium sancluin... de cautionibus, 
instrunienlis, leslamcnlis °. Les érudits se sont accor- 
dés à voir dans ce texte le témoiguage de la reconsti- 
tution de la chancellerie apostolique '. Désormais, ses 
actes avaient une valeur au même titre que les actes 
de la chancellerie impériale; les dons faits à l'Église, 
par-devant l'Église, se trouvaient exécutables et nous 
en avons un exemple dans un papyrus dûment enre- 
gistré par l'Église de I^avenne, en 591 *. Les rescrits 
des papes ont conservé longtemps la formule solen- 
nelle indispensable dans les donations : gcstis muni- 
fipalibus allegalis '. C'est donc le pape Jules I"' qui 
réorganisa les archives et confia la garde de ce 
dépôt en même temps que la rédaction des actes à UQ 
collège de notaires dirigé par un priniicier : ut nolilia, 
(/uœ omnibus pro fidc ccclcsiastica csl, per notarios col- 
ligcrclur, el omnium nmnimenlorum in ecclesia per 
prinjicerium nolaiiorum confectio cclebraretur'^''. Ces no- 
taires régionnaires étaient des personnages très qua- 
lifiés : on les voit, au v* siècle, remplir les hautes fonc- 
tions de légats du i)apc auprès des évêques et des 
conciles". 

Outre le priniicier, le personnel de la chancellerie 
apostolique se composait de ceux qu'on désignait sous 
le nom d'exceptorcs. Formés à ces fonctions dès l'en- 
fance, ils acquéraient une extrême habileté dans l'art 
tachygraphiqiie — la sténographie — on les choisis- 
sait de préférence parmi les /ec/ores'-, attachés à des 
tiluli, c'est-à-dire à des églises et non à des regiones, 
comme les notaires. Une épitaphe de l'année 338 nous 
fait connaître un certain Héracfius, lecteur de la 
11' région et probablement aussi notaire de la chan- 
cellerie pour cette région. 

Faut-il, pendant cette période d'organisation et 
peut-être aussi de tâtonnements, réunir, dans une 
même charge, les attributions de notarii, de scrinarii, 
de chartularii ou cliurlurii. Un papyrus de l'Église de 
Ravenne, dont nous avons déjà parlé, réunit sur un 
seul personnage les titres de nolarius et de scrinarius. 
Avec le temps, les titres et les emplois se spéciali- 
sèrent, l'appellation de scrinarius fut réservée à ceux 
qui rédigeaient les lettres pontificales, mais au début 



'Mai, Scriplor. vêler, nova coll., t. v, p. 409, n. G; De 
Tlossi, Horna soltcrr., l. m, p. 5-15, cf. p. 534. — - Dictionn., 
t. II, col. 2382. — ^Diclionn., t. i, col. 1575 sq. — ' Nous ren- 
voyons pour toute cette question à ce que nous avons dit i"! 
propos des. 4 mcni/es dans ;erf;oi(/uncraire, 1. 1, col. l,575-15i)l. 
— ' Diclionn., t. i, col. 554. — 'Liber pontificalis, édit. 
Duclicsne, t. i, p. 205. — ' Cenni, Disserlazioni sopra vari 
punit inicressanic d'isloria eccl€siastic<t, pontiftcia c cano- 
nini, iii-l», Pistoja, 1778, t. i, p. i.wv; I>. dxk-Hi.Del primi- 
cerio (le la sanla Sede aposlolii-a cil i allri iipniali mai/ç/iori 
del .siicro Palulin Lalcrancnse, in-l", Roma, 177ti, p. 3, 4; 
•G. Mariiii, Mcniorie islorichc dcgli archiui delta santa Sede, 



p. 6; De Rossi, De orifjine, liistoria..., p. xxix. — • * G. Ma- 
l'ini, I pripiri diplomalici. in-fol., Roma, 1805, p. 130, 
n. Lxxxiv. — » Pelage I", Episl., dans Alansi, Conc. ampliss. 
coll., t. i\, p. 734; Ucusdedil, Coll. canon., m, 107; Gré- 
goire I", Episl., u,â, 12; ix, 70, 83; xii. 11 ; l\ L.,t. Lxxvii, 
col. 541, 548, 1007, 1014, 1226. — "Liber ponliftcalis, 
édit. Duchesne, t. i, p. 205, la lecture omnium mnnimen- 
liiruin doit être subsistiiée à omnia monnmenla. — " D. Cous- 
tant, Episl. roman, ponli/., p. 1030; Boniface I^^ eu 422, 
envoie en qualité de légat à I^ufin de Thessalonique. Sevcnis 
aposlolicieSedis noiariafi tte iiiuo) proprio lalere. — ï-Marini, 
Papiri diplmnalici, p. 318; Bull, di arclt.crist., 1883, p. 17sq. 



183 



CHANCELLERIE 



184 



on ne peut rien affirmer de bien précis; ce qui paraît 
très vraisemblahlc, c'est que. pendant les iv« et 
v= siècles, le scriniiim pontifical fut calque sur le scri- 
niiim sénatorial et l'administration de la [)réfecture 
urbaine. Au v^ siècle, nous possédons un spécimen 
insigne des actes du Sénat dans le document de pro- 
mulgation du code théodosien, en 438, editit a Flaino 
Lanrenlio exceplore scnatiis amplissimi. personnage 
dont l'épitaphe fait mention sous le nom de Laiirentii 
scribne senalus^. Ces deux titres d'exceptor et de scriba 
étaient donc identiques ou successifs. Dans la i)réfec- 
ture urbaine nous voyons énumérer : cura epistolarum 
regendarhis, exccplores '■. ces derniers sont donc dis- 
tincts des scrinarii et des regendarii qui composaient 
la correspondance et qui en prenaient copie sur des 
registres. Il est probable que le titre d'exceplor était 
réservé aux débutants, aux surnuméraires; à mesure 
qu'on se pénétrait de l'air du bureau on recevait les 
titres de scriba, regcndarius, scrinarius. Si on compare 
les gesta promulgationis du code théodosien avec 
Vexemplar geslonun de absolulione Misent, on peut se 
convaincre de l'analogie des fonctions entre exccplores 
senatus et notarii ecclcsise, on lit, en effet : Sixliis noia- 
riiis sanctie jonianœ Ecclesise jussu domini mei beatis- 
sinii papœ Gclasii ex scrinio edidi die m idiis Martii. 
Flavio Viatore viro ctarissimo consule (495)'. 

3° Au iv siècle. — Le pape Damase (366-384) fit 
construire pour les archives un édifice spécial. Proche 
du théâtre de Pompée, il éleva une basilique dédiée à 
saint Laurent et celte œuvre est attestée par des té- 
moignages anciens, la persistance du nom de ce pape 
attaché au vocable: Saint-Laurent-in-Damaso. et les 
attestations des sylloges épigraphiques '. Dans l'hémi- 
cycle de l'abside on lisait cette inscription : 

[TA DICAVI 
HAEC DAMASVS TIBI CHRISTE DEVS NOVA TEC- 
LAVRENTI SAEPTVS WIARTYRIS AVXILIO 

A l'entrée de l'église, on lisait cette autre inscrip- 
tion : 

HINC PATER EXCEPTOR LECTOR LEVITA SA- 

ICERDOS 
CREVERAT HINC MERITIS QVONIAM MELIORI- 

|SVS ACTIS 
HINC MIHI PROVECTO CHRISTVS CVI SVMMA 

[POTESTAS 
SEDIS APOSTOLICAE VOLVIT CONCEDERE 

(HONOREM 
5 ARCHIBIS FATEOR VOLVI NOVA CONDERE 

(TECTA 
ADDERE PRAETEREA DEXTRA LAEVAQVE CO- 

[LVMNAS 
QVAE DAMASI TENEANT PROPRIVM PER SAE- 

[CVLA NOMEN 

On a tiraillé en tous sens le mot archibis de la 
ligne 5'. Il marquait si clairement que le dépôt des 
archives pontificales était ici désigné et qu'il était si- 
tué à bonne distance du Latran où on suppose que, 

' De Rossi, Bull di arcb. crisl., 1869, p. 18; llommsen, 
dans Xeiics Archiv, t. x, p. 584. — '• Solilia dignilatiim. 
Occident, iv, 27-29, édit. Seeck, p. 114. Sur les scrinia 
de la Prélecture urbaine ad œdem Telluris, cf. R. Lan- 
ciani, dans Bull, délia coinmissione archeolog. comunale, 
1882. p. 162. — 'Thiel, Episl. ronumor. pontif., p. 447. 
— 'Liber ponlificalis, édit, Duchesne, t. i, p. 213; Ha- 
drien I", Episl. ad Carol. Magnum, dans Mansi, op. cit., 
t. XIII, col. 801. Sylloge de Verdun, dans De Rossi, Inscr. 
christ., t. II, p. 143: M. Ihm, Drtmaii fpijromma/a, in-16, 
Lipsia-, i895, p. 57, n. 55; p. 5S, n. 37; F. Piper, dans Zeit- 
schri/t fur Kirchengeschichle, 1877, t. i, p. 221 ; M. Rade, 
Damasus.Bischofvon Rom, in-S», Freiburg, 1882; .\rmellini, 
Le Chiese di Roma, p. 312. — ' Coustant, Episl. sum. ponlij.. 



depuis l'époque de Constantin, était situé le scrinium 
sanctum, qu'on imagina de lui faire dire autre chose. 
En réalité, archibum = (archivum) n'a qu'un seul sens, 
celui que nous lui donnons. Le poème de Damase nous 
apprend qu'en ces lieux où son propre père fut eicep- 
tor et Icclor, ensuite lei'ita et sacerdos. le fils commença 
lui aussi sa carrière : /une... hinc, c'est-à-dire ex archi- 
vis; c'est là qu'il fut à son tour lector jusqu'à ce que, 
franchissant tous les degrés, il s'éleva jusqu'au ponti- 
ficat : hinc mihi provecto. En ces mêmes lieux où son 
père avait fait ses débuts, c'est-à-dire avant le 
iv siècle, Damase condidit nova tecla archivis. Tout 
porte donc à croire qu'avant le pontificat de Damase, 
avant celui de Jules L"', avant la Paix de l'Église, la 
chancellerie pontificale s'élevait à l'endroit même où 
fut construite la basihque et les portiques de Saint- 
Laurent. Désormais, les services pouvaient s'y étendre 
à l'aise puisque les nova tecla comportaient des por- 
tiques : addilis dextra lœvaque columnis. L'ancienne 
basilique fut détruite en 1486; jusqu'alors elle avait 
gardé devant l'entrée un portique curieux : de chaque 
côté de la cour intérieure se voyaient deux rangées de 
colonnes. Quant à la cour avec des ailes de chaque 
côté, elle était située non devant l'entrée, mais der- 
rière l'abside. Ainsi l'église se trouvait entre deux 
portiques, l'un avant, l'autre arrière, contenant les 
bibliothèques et les archives dans des chambres 
appuyées à ces portiques. 

Nul doute que le pape Damase ne pensât que cette 
installation durerait per sœcula; on se souvenait en- 
core des illustres fondateurs des grandes bibliothèques 
anciennes et le pape souhaitait que son nom fût con- 
servé par la renommée qui l'attacherait au palais des 
archives qu'il avait fait construire. Sans doute, il veilla 
à l'installation et à l'aménagement. On voit qu'on 
prenait plaisir à faire mention de l'établissement 
nouveau, car on lit dans les actes du concile romain 
de 369 : simililer cl alii CXL VI orientales episcopi sub- 
scripserunt, quorum suhseriptio in authenlicum hodie 
in archivis romanœ licclesia: tenetur^. Saint Jérôme 
nous apprend quelque chose de l'activité de la chan- 
cellerie de Damase qui in chartis ecclcsiaslic's juvil 
et oiienli" algue ocridenlis synodicis consallationibus 
rcspondif'; il donne à la chancellerie le nom de char- 
larium Ecclesis: lomanœ et nous dit qu'on y commu- 
niquait à tout venant les lettres des papes '. Ce que 
nous appelons les regesla des papes a donc existé dés 
le temps du pontificat de Damase >. Boniface Isf, en 
419, et Innocent I'', dès 412, se réfèrent à ces lettres '^ 
enfin le pape Sirice, successeur immédiat de Damase, 
commence la série des décrélales authentiques. Sirice, 
nous dit-on, fecit constilutum in omnem ecclesiam, 
qu'on devait conserver in omni Ecclesiœ archibo '°. 

Au V siècle on préférait à l'expression charlariiim 
Ecclesise ronumœ, celle de scrinium ou scrinia Se- 
dis aposloUcœ. Ce sont les termes qu'emploient 
Boniface I"', Célcstin I'', Léon le Grand et beaucoup 
d'autres. Probablement ce fut au v" siècle que les 
archives furent transférées de la demeure que leur 
avait assignée saint Damase pour être installées au 

p. 500. Cf. Bethmann, dans Seues .irchir, t. xii, p. 201. Un 
contemporain de Damase, saint Basile, Epis/., Lxxxii, con- 
firme rautoritc de cette note lorsqu'il écrit : îv -t, P»;it, f^-ja- 

=o; e.;-;™. :,;«•)>. o;-:», ^>;: tv N'.x-y.Ja -{tteu; i-i^si-rat. • C'eSt le texte- 

qu'a voulu interpréter au frontispice des Epist. rom. ponlif., 
le graveur de dom Coustant. — ' S. .Jérôme. .Apologia adtfers. 
Rufmum, 1. III, c. xx. P. 1... t. xxxiii. col. 412. — ' Rcgcsla = 
res gcstse. On donne ce nom lorsque dans une suite ciirono- 
logique des actes d'un pontificat on intercale des indica- 
tions empruntées aux sources narratives. — 'Coustant,. 
op. cit., p. 817, 1019. — ^' Liber ponli/icalis, édit. Du- 
chesne, t. i, p. 216. .\u concile romain de 531 on cita des 
lettres de Damase et le pape Boniface II ordonna de s'as- 
surer de leur authenticité, ftdem apostolicœ .*icrinio rcquiri.- 



185 



CHANCELLERIE 



18G 



Latran, à proximité de la demeure pontificale '. Ce 
nom de scriniuni vient de l'usage établi de renfermer 
dans des scrinia, coffres fermés, les documents les 
plus importants. Les lettres des papes, les actes et 
documents de toute nature relatifs au gouvernement 
et à l'administration de l'Église avaient leur place 
marquée dans le scrinitim. Cruice conjecturait un clas- 
sement géographique et logique : Duas in parles per- 
comnwde illnil diuisum esse coniperio; qnariini altéra 
spirilualem universœ Ecclesiœ adminisiralioneiii dislin- 
ctis eurn diœresron sea Iraciuiim singulùrum nrniiinibiis 
prœ suis quornnwis pluteis, ul qaœrenti prn'sto essrl 
qiiidquid ferrcl oceasio, altéra vero, doeumcnta omnia 
donalionum seii palrimonioriim et quivcumque ad ea per- 
linebant, qiia: infinitum esset enumerare, tant multiplex 
prœceplorum, privilcgiorum aliarumque chartarum genus 
oecurril in pontifleiis litleris, quibus de eorum admi- 
nisirulione agilur'. Nul indice n'autorise à admettre 
ce classement géographique; au contraire, on est ' 
fondé à le rejeter, d'après ces mots de Boniface II, 
dans l'instruction de l'affaire d'Etienne de Larisse : 
quœ lecla snnt eeclesiaslicis indanlur annalibus'. Les 
documents en question ne se trouvaient donc plus ' 
classés sous la rubrique du « diocèse» d'IUyrie, mais I 
sous celle des » Annales ». \ 

Dans le dépôt olTiciel des archives et de la chancel- 
lerie, on enregistrait tous les actes émanés du Saint- j 
.Siège. Le prestige de l'Église de Rome au point de vue : 
dogmatique et disciplinaire allait grandissant, la cor- 
respondance et les décisions pontilicales prenaient, de , 
jour en jour, une importance plus considérable. Entre 
saint Sylvestre et saint Léon le Grand, on voit pa- 
raître des traités (traeloria'), des lettres (epistula'), 
des tomes (tonmi), des enmmonitoria qui jouissent 
d'une autorité trop grande et d'une dignité ofTicielle 
trop avérée pour qu'on puisse les exposer à être perdus, 
altérés, tronqués au gré de la passion de ceux que ces 
textes condamnent ou protègent. On les dépose donc 
au scr!/H'(;m apostolique; ainsi apparaissent les registres 
ofTiciels. Une pièce envoyée ou reçue n'a de valeur 
que par ce dépôt, et les copies ne sont réputées offi- 
cielles que par leur conformité aux originaux romains *. 
Ces correspondances, ces consultations, ces réponses 
viennent de toutes ])arts et vont en tous pays. Parmi 
les hommes dont l'activité nous est connue avec 
quelque détail, il n'en est guère qui ne s'adressent à 
Home : évêques, docteurs, hérétiques, synodes, em- 
pereurs. « Et que serait-ce, si tout nous était parvenu'? 
.Mais des séries entières sont perdues; il en est qui 
n'existent que par un seul manuscrit. Dom Constant 
n'arrive au chiffre de 339 lettres qu'en tenant compte 
de 171 dont il n'existe qu'un souvenir. Jaffé, qui n'a 
pas enregistré les lettres des correspondants, s'arrête 
il 148. La nouvelle édition des Regesla s'étend à 22-1, 
englobant confusément les lettres apocryphes, les dé- 
crets suspects et tout le faux Isidore. Et voici que sur 
la foi d'un nouveau ms. de Turin, Pflugk-Harttung 
permettait d'ajouter à toutes ces sommes une nou- 

'Diriioim., t. II, col. 867. — = Ms. conservé à l'académie 
«le Saint-Marcel de Pistoie, et intitulé : Canon seu codex 
amonam Ecclesiœ romanœ, fol. 49, cité par De Rossi, De 
origine, etc., p. XLVir. — ' .Mansi, Concil. umpUss. coll., 
t. VIII, col. 73',». — ' Pitra, Analecla novissima. t. i, p. 17. — 
' Ibid., p. 18. Sauf un seul fragment du ms. Vatican 2S32. tout 
vient du seul ms. de la bibliollièque nationale de Turin, du 
xii= ou XIII» siècle, côté /;. V. 44. Une description très dé- 
taillée se trouve dans 7(cr llalicnni. nnicrnonuneii mit l nler- 
stûlzimgcn dcr l;<Jn. .ikad. , Stuttgart, 1SS3, p. 780. — •Ilcfcle, 
Jlisl. des conciles, édit. Leclercq, 1908, t. ii, part. 1, 
p. 190 sq. — ' Coustant, Episl. romanor. pontif., in-fol.. 
Parisiis. 1721, appendix, p. 58-81. — • Mansi, op. cit., t. ii, 
col. 1191, 1215, 1253. — " Photius, liiMiotliecu, cod. xxix, 
/'. G., t. cm, col. 64. — '» Coustant, op. cit., appcnd. 59 sq. 
— ".\. .\mclli, .S. Leone Magno c t'Oriente, 1883,'p.M8. Eu- 



velle série de 29 pièces inconnues, en remontant 
jusqu'à saint Évariste '. •> 

On ne laissait pas, malgré les précautions prises, 
d'être quelquefois surpris. Le gros incident provoque 
par l'affaire d'Apiarius, en 418, montra que les 
scribes de la chancellerie romaine n'étaient pas à 
l'abri du reproche de négligence. Ils copiaient sans dis- 
cernement, bout à bout, des canons de conciles, sans 
distinguer la provenance, et les évêques d'Afrique ne 
furent pas fâchés de donner une verte leçon à ce scri- 
nium impeccable en lui procurant la courte honte de 
reconnaître qu'il avait tort sans excuse possible en 
donnant les canons de Sardique pour canons de 
N'icée '. 

L'ne autre source de tracas était les officines de faus- 
saires. L'n des exemples les plus notoires en fut offert 
par la secte des apollînaristes qui répandirent leur 
doctrine erronée sous le couvert de documents apocry- 
phes, et les plus imposants furent mis sous le nom du 
pape saint Jules'. La supercherie était si bien tissée 
que les plus clairvoyants y furent trompés. Ni saint 
Cyrille, ni les Pères réunis à Éphèse et à Chalcédoine 
ne virent l'imposture '. L'n siècle plus tard, Eupheinius 
d'Antioche s'exténuait à interpréter, suivant l'ortho- 
doxie, ce qui portait le nom de Jules '. Bien d'autres 
n'y virent pas plus clair jusqu'à ce que Léontius de 
Byzance dissipât presque tous les doutes'". Eutychés, 
s'emparant de ces faux textes, osa les présenter à 
Rome"; la secte des monophysites eut tout le temps 
d'en abuser et de les opposer aux plus vénérables auto- 
rités de l'Église. Ils ne cessèrent de les répéter, de les 
traduire en syriaque, en copte, en arabe et d'en appe- 
ler surtout ' au vénérable Père Jules, de Rome . Ainsi, 
à une époque récente, dans un manuscrit arabe, nous 
retrouvons ces mêmes textes, en partie réduits, en 
partie développés sous le nom de saint Hippolyte'-. 
Car, de préférence, par un singulier hommage, on re- 
courait aux grands noms de Rome, pour masquer les 
impostures. Il y avait une lettre à un Prosdicius, lue 
à Éphèse et acceptée par saint Cyrille", une lettre à 
un Denys de Corinthe ou d'Alexandrie ",un traité sur 
1'" union du corps du Christ avec la divinité»'*, une 
encyclique à tous les évêques'". un discours sur le mot 
« consubstantiel» ", et bien d'autres écrits encore". 

A cette invasion d'apocryphes, on ne voit pas (pie 
le scrinium romain ait opposé un démenti catégorique. 
Mais eût-il été en état de le faire? La réorganisation 
parle pape Jules, l'installation spacieuse par le pape 
Damase ne nous apprennent pas si la chancellerie re- 
constituée pratiquait, dés lors, la coutume de tenir 
registre de tous les actes émanés du Saint-Siège. l'ne 
réfutation diplomatique des apocryphes eût été déci- 
sive, à condition qu'elle eût été possible; au lieu d'y 
recourir, la discussion taisait appel à des arguments 
où l'autorité des archives n'était pour rien. Saint Léon 
avait mis le doigt sur la fraude d'Eutychês, en taxant 
le moine d'ignorance". Gennade avait nettement 
nonuué Apollinaire -'. Sans tout éclaircir, Facumlus 

tycliès présenta 13 témoignages, sept de Jules, l'élix, Da- 
mase et Célestin, un d'Athanase, un de Grégoire le Thauma- 
turge, et un de Grégoire de Xazianze. — '= Pitra, Analcclii 
sacru. t. n, p. xxxiii, cf. p. 049. — '» S. Cyrille d'AIexandrir, 
P. G., t. Lxxvi, col. 342: Mansi. op. cit., t. ii, col. 1215; 
Coustant, op. cit., append. 74. Dans son édition des Kegcsdi 
JafTc a omis de placer devant cette pièce le signe des apo- 
cryphes, p. 31, n. 189. — "Coustant, op. cit.. append., 02, 
09. Cf. Pitra, .l;i«te/u sncni, t. il, p. xxxiii. — '' .Mai, IV- 
-tennit scriptoriim noua coltectio, in-l*, Roma", 1.831, t. \ ii, 
p. 108. — "Ibid., t. VIII, p. S70. — "Coustant, op. cit., 
append. 82. — " Pitra, Anal, sacra, proleg., t. ii, p. xxxiii, 
xxxiv. — i»S. Léon, Epist. ad Ftavianum. Cf. Amelli, 
S. Leone Magno e l'Oriente, liiS'.i.loc. cil. — '"Gennade, Uc 
scriptoribus eeclesiaslicis, ad Julium. Cf. Constant, op. cit., 
V- 58. . „ , 



187 



CHANCELLERIE 



188 



d'Hcrniiane, Éphrem, Évagre le Scolastiquc, Jean de 
Scythopolis avaient soulevé des doutes graves dans 
la conférence tenue à Constantinoplc, en 533, devant 
Justinien. Les monophysites sévériens ayant allégué 
ces textes, Hypace d'Éphése montra que pour tromper 
les simples, on avait substitué le nom des saints à celui 
d'Apollinaire 1. Enfin, Léonce de Byzance reprit à 
fond l'examen, confronta les doctrines, et poussa l'en- 
quête jusqu'à exhumer des textes authentiques d'Apol- 
linaire, qui, lui-même, réclamait la propriété de ces 
écrits -. 

Il n'eût pas fallu, croyons-nous, déployer une érudi- 
tion si minutieuse et si tardive si on avait recouru aux 
registres de la chancellerie ; mais pour une raison que 
nous ne connaissons pas, les pièces nécessaires étaient 
égarées ou détruites. En effet, les lettres pontificales 
étaient conservées et transcrites dans les registres, 
chacune d'elles pourvue de son numéro d'ordre ainsi 
que Maassen la pu constater dans quelques manuscrits 
d'anciennes collections canoniques, où ces annota- 
tions marginales sont déjà employées pour les lettres 
d'Innocent I"''' (402-417)'. Ainsi donc, dés lors il exis- 
tait des regesla des lettres pontificales distribuées par 
tomes avec une numérotation par pièces; en sorte 
qu'une recherche y était chose aisée et rapide. Et ce 
n'était pas alors une innovation, puisque saint Jérôme 
pouvait écrire à Uufin: Si a me ficlam epislolam sus- 
picaris, cur eam in romance Ecclcsiœ charlario non rc- 
qiiiris •? et il s'agissait d'une lettre du pape Anas- 
tase I»' (400-401). Après ces papes, l'usage s'était 
maintenu de tenu- des rcgcsla. Nous savons, à n'en 
pouvoir douter, que l'on tenait ceux des papes Zosime 
(417-418) et Celestin L' (422-132) ^ On avait adopté 
une coutume de la chancellerie impériale d'après la- 
quelle toute lettre du prince — ou du pape — dont on 
faisait plusieurs expéditions à différents destinataires, 
était transcrite dans les regesla une fois seulement, 
mais on faisait mention des noms de tous ceux qui 
avaient reçu copie, c'est ce qu'indiquait, en termes 
de chancellerie, la formule a pari qui se lit sur deux 
lettres de Zosime ". L'ne lettre du pape Celestin tou- 
chant l'hérésie de Xestorius, que nous possédons en 
latin, tirée des regesla avec cette mention : per Orien- 
lern episcopis a pari, se retrouve traduite en grec dans 
les actes du concile d'Éphése, d'après l'exemplaire 
envoyé à Jean d'Antioche '. 

4° De saint Léon à sainl Grégoire (4iû-604). — Dès 
le pontificat de Léon le Grand (440-461), le style des 
lettres expédiées par la chancellerie pontificale fut as- 
sujetti à certaines règles qui se sont maintenues jus- 
qu'au temps de Grégoire I" (590-604). C'est un agen- 
cement euphonique de mots, fondé sur la quantité et 

'Coustant, Epiilolœ romanorum ponliflcum, in-fol., 
Paris, 1721, appendix, p. 61. — - Mai, op. cit., t. viii. — 
'F. Maassen, Bibliolheca juris canonici, dans Sitxungshe- 
richte der phil liist. Cl. der kais. Akad. der Wissen- 
so/in'77. Wien. t. lui, p. 373 sq. ; t. liv, p. 157 sq. ; t. Lvr, 
p. 157 sq. ; Maassen, L'eber eine Sanunlung Cregor's I non 
Sdireiben imd Verordnitngcn der Kaiser und Pupste, dans le 
même recueil, t. lxxv, p. 227 sq. ; Maassen, Geschichle der 
Quellen imd der Lileralur des canon. Rechts im Abendlande, 
in-S", Gratz, 1S71. — 'S. .Jérôme, .Apolog. adi'. Ruflnum, 
1. III, c. XX, P. L., t. xxin, col. 414. — ' H. Bresslau, dans 
Zeitsclirift der Savigng-Slijlung fiir Rechtsgescinchte, Rô- 
mische Abllieilung, 18SS, t. vi, p. 242-260. — 'Constant, 
op. cit., p. 955, 959. — • Mansi, Cono. ampliss. coll., t. iv, 
col. 1047. — K\. Giry, Manuel de diplomatique, in-S»! 
Paris. 1S04.P.454. — » /fcid.. p. 667. Nous rappellerons plus 
loin, d'après Pitra, Analecta novissima, t. i, p. 55, 74, ce 
qui a trait à l'origine et au développement du formulaire 
grégorien des glandes bulles. — "> E. de Rozicre. Liber diiir- 
mis, introd., p. xxviii. — " Pitra, Anulecla novissima, t. i, 
p. 351, note 1, et il ajoute : » Mais il sulllt de renvoyer aux 
Ballcrini qui ont indiqué 22 collections et en particulier 
celles qui sont conservées à la Vaticane. ■ — '•' Ce manuscrit 



emprunté à des règles plus anciennes, dont on voit 
déjà l'application un siècle auparavant, dans les lettres 
de Symmaque. Les règles de cette prose métrique dis- 
parurent et s'oublièrent dès le début du vu" siècle. Le 
formulaire de la chancellerie romaine, connu sous 
le nom de Liber diurnus, dont la rédaction remonte au 
vii« siècle, n'en conserve aucun vestige '. Sous le pon- 
tificat de Grégoire le Grand, le formulaire avait acquis 
assez de fixité pour que les clercs, chargés de l'enre- 
gistrement, aient pu remplacer parfois dans les registres 
la transcription intégrale de certains passages par les 
mots : secundum morem ou de more solito. C'est dans 
ces lettres, d'autre part, que l'on voit apparaître, au 
moins en germe, beaucoup des formules qui, dévelop- 
pées et fixées plus tard, se retrouveront dans les 
bulles ".Les compilateurs qui,auvii«et au viii" siècle, 
composeront le Liber diurnas puiseront, en effet, à 
pleines mains dans les registres grégoriens". 

Entre les deux pontificats de saint Léon et de saint 
Grégoire que subsiste-t-il de l'activité de la chancelle- 
rie pontificale? « Nous [pourrions] remonter à saint 
Léon, écrit Pitra, car il existe certainement à Rome 
comme ailleurs des fragments de son registre ". » 
Quoi qu'on puisse penser de cette assertion, le fameux 
Manuscrit Grimani'^ parait venir de l'ancienne biblio- 
thèque du Latran ". 

Il s'est conservé, transcrits dans des collections pos- 
térieures, des fragments, plus ou moins remaniés, de 
registres primitifs. L'n seul manuscrit du British 
Muséum a rendu au jour des lettres de Gélase I'^' (492- 
49G) et de Pelage P' (555-560), tirées des Regesla de 
ces papes". Le regesium de Gélase a, d'ailleurs, été 
cité par le compilateur Deusdedit ". 

A la période intermédiaire entre les deux célèbres 
pontificats appartiennent d'insignes documents his- 
toriques relatifs au concile de Chalcédoine, au schisme 
de Dioscore sous Boniface II en 510, à la contro- 
verse résolue par Jean II, en 534, relative au de uno 
ex Triniiate passa et conservée dans un manuscrit de 
Novare, d'après les actes authentiques et les origi- 
naux conservés au scriniuni apostolique. Cette copie 
fut nécessairement faite avant l'année 535 où, sur 
l'ordre du pape Agapet, l'original fut retiré des ar- 
chives pontificales et brûlé publiquement'*. L'auteur 
du manuscrit de Novare pourrait être Denys le Petit, 
un habitué de la chancellerie pontificale où il mit à 
profit pour des traductions sa science, alors rare, du 
latin et du grec. Nous allons le retrouver dans un ins- 
tant; mais auparavant, remarquons que r'ceu\Te de 
Denys, dans les archives pontificales, se rattache à un 
ordre de préoccupations qu'il avait dû partager avant 
son voyage à Home. Il existe un certain nombre d'an- 

fut légué à l'Oratoire par le cardinal Grimani. — " Mansi, 
Conc. ampliss. coll., t. vi, col. 315. La correspondance de 
saint Léon le Grand ne nous olTre qu'un seul exemple de 
lettres a pari. — "P. Ewald, Die Pàpslbriefe der hrittischen 
Sfinimlimg, dans Xeiics Archiif, 18S0, t. v, p. 505 sq., 526^ 
561 ; Lôwenfeld, Epist. Romanor. ponlif. inédits', in-l», 
Lipsiœ, 1885. — '• Coll. can., II, 40. Pour Gélase, le ms. du 
British Muséum a fourni 28 pièces nouvelles. D. Coustant 
avait recueilli 29 morceaux, simples billets, provenant sans 
doute en grand nombre d'un ms. de Josaphat, contempo- 
rain d'Yves de Chartres qui en a silrement profité et qui 
a peut-être inspiré et dirigé la rédaction. C'est l'unique ms. 
qui parle expressément d'un registre de Gélase et qui nous 
donne la première et la plus ancienne mention de ces recueils 
pontificaux. Cems. du monastère de Josapliat semble perdu. 
— " G.AmcUi, S. Leone Magno e rOriente, dans Dissertazioni 
Jette neir accadcmia di religione callolica, 18S2-1SS5; le 
même, Docnmenti inediti relativi al ponti/icato di Felice IV 
e di Boni/accio II, dans Scuola caltolica. Milan, 1883, t. xxi, 
lasc. 122, L. Duclicsne, dans Mélanges d'arcliéol. et d'Iiis- 
toire, 1883, t. m, p. 245 sq. ; P. Ewald, dans Keiics .irchiu, 
t. X, p. 412 sq. ; Monimsen.dans \etiesArcliii', t. x, p. 581 sq.; 
t. XI, p. 363 sq. 



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cicnncs collections canoniques; telle remonte à Hor- 
niisdas, comme le ms. Vatican 199T; au pape Vigile, 
comme le ms. Paris 12097 (= Corbeiensis) et le Paris 
ÎSS7 (= Colbcrlinus) qui ne dépasse pas l'époque 
de Symmaque, comme le ms. de Saint-Paul en Ca- 
rinthie ', le Qi(fsnc//i((n(js; toutes collections formées 
loin de Rome. C'est qu'à Rome on avait sous la main 
les originaux, au delà des monts on recueillait de son 
mieux les diplômes parvenus de l'archive pontificale 
aux Églises locales et ces répertoires se ressentent des 
conditions défavorables dans lesquelles ils ont été 
formés. A Rome, à la même époque, on avait aussi 
des collections, des canonistes et des controverses, 
mais avec plus d'ordre, plus de compétence et plus de 
matériaux. 

Sur ces entrefaites arriva Dcnys le Petit qui s'em- 
ploya d'abord à des traductions. Bientôt les évêques 
Etienne et Pétrone dirigèrent son activité vers les 
canons ecclésiastiqu' s et Denys, pour leur complaire, l 
entreprit une collection de canons. Plus tard, Julien, 
prêtre du titre de Saint-Anastase, élève du pape Gé- 
iase^ lui inspira son ituvre capitale, une collection | 
des décrétales des papes, accompagnée de toute la 
série précédente avec les canons apostoliques, les ca- 
nons de Sardique et ceux du concile d'Afrique de 419. 

Denis avait dû, par ses amis, avoir accès à l'archive 
pontificale', pour y puiser un recueil choisi de qua- 
rante lettres des papes Sirice, Innocent, Zosime. 
Boniface, Célestin, Gétase et .Vnastase. Autant ce re- 
cueil est précieux par la sincérité des documents, au- 
tant il est difficile d'expliquer pourquoi il se réduit à 
quarante lettres, parmi quatre cent soixante que nous 
connaissons; et pourtant Denys assure qu'il a mis le 
plus grand soin à recueillir ce qu'il nous donne. On 
peut l'en croire; il s'était fait la main dans les collec- 
tions destinées à Pétrone, et à Etienne de Salone; ce- 
pendant son nouveau recueil fut mal reçu et le pape 
Ilormisdas, pour couper court aux réclamations, com- 
manda à Dcnys une quatrième collection '. Enfin, 
Deiiys aura dû profiter de son accès aux archives pon- 
tificales pour former une cinquième collection, celle du 
ms. de Xovare qui contient les pièces capitales contre 
Xestorius. 

On a encore été tenté d'attribuer à Denys le Petit 
un autre travail accompli au cours de son exploration 
des archives pontificales et qu'Anastase le bibliothé- 
caire décrit ainsi : Nolandum, quod nonnulla qiuv 
latine fuerunl édita, latinitas funditus mole obliviojiis 
obruta deplorasset, nisi ex Grœconim post fonte libroriim 
hœc hausla sitibundo pcctore resiimpsisset, siciit epislo- 
lam beali papx Felicis in Pctrum sentenliam proferen- 
ti'm Anliochenuni damnationis ', mais Fr. Maassen a 
montré que ce passage vise un fait plus ancien et une 
seule lettre, de Félix III à Pierre le Foulon ". 

Le meilleur de l'œuvre du moine Denys c'était sa 
compilation canonique dont la vogue fut générale et 

'F. Maassen, BibliolHeca latina juris canonici, ms., 
p. 381. — ' P. L., t. Lxvn, col. 230. — » Les Balleiini, 
écrit Pitra, sont d'un avis contraire. Ils ne connaissaient 
pas la lettre de Dcnys au pape Ilomiistlas, laquelle ne 
permet pas de croire ([u'unc collection de décrétales se 
soit faite à I\oine stms les auspices tfuii pape, sans 
profiter du dépôt ties originaux subsistants. Denys lui- 
même nous apprend que le pape s'intéressa à ses rcclier- 
ches. — ' l'itra, Juris ecclesiaslici Griecoriwi historia et 
moniimenta, iu-i", Uonia, 18G4, t. i, p. xi-i, xlii; .4na(ei'(« 
noi}issim(f, t. i. p. :i7-3S. — ^ Aiiustasii bibliolh. Colleda- 
nconim, préf., édit. Siiniond, dans ses Opéra, Vcncliis, 
t. I, p. 294. — ' F. Maassen, dans Silxungsberichte, Wien, 
t. Lxxxv, p. 244, 242; cette lettre est d'ailleurs apocryphe. 
— ' Pitra, .4nafcc(a iwi'issima, t. i, p. 40. Le plus considé- 
rable de ces recueils concernant Ncstorius et Eutychôs a 
donné lieu à une curieuse suite d'entreprises, que nous 
avons racontées dans //isfoire des conciles, in-S", Paris, 1908, 



durable. Il avait tracé un modèle longtemps suivi. 
Même à Rome, dans l'encombrement chaque jour crois- 
sant des documents originaux et complets, on appré- 
ciait ces collections partielles, sur un sujet spécial, 
formant des dossiers maniables et portatifs. En ce 
genre, le ms. de Novare était un modèle du genre, et 
l'exemple donné parait avoir été suivi '. L'auteur de 
la collectio Avellana (milieu du vi" siècle) appartenait 
à la chancellerie apostolique et puisait au seriniam à 
pleines mains, parfois il se contentait d'y renvoyer 
le lecteur : Gcsta in causa Abundantii episcopi Tra- 
janopolitani in scrinio habemus '? Heureuses gens! 

La chancellerie pontificale du vi° siècle avait 
d'autres travaux à poursuivre. Le pape Gélase avait 
ordonné la rédaction du polyptyque des biens et cens 
de l'Église romaine. On développa évidemment dans 
la suite, à mesure de l'extension du patrimoine, le 
recueil primitif, mais on ne le délaissa pas et, sous le 
pontificat de saint Grégoire, on s'employa à dresser 
la liste des pensions à payer omnibus oïdinibus eccle- 
siasticis vel palatinis,monasteriis,ecclesiis, eoemeleriis, 
diaconiis, xenodochiis urbanis vcl suburbanis. Il est 
assez probable qu'on avait développé le type, mais 
sans altérer le plan; ainsi le polyptyque grégorien re- 
produisait le polyptyque gélasien et c'était celui-ci 
qui continuait pendant des siècles à faire bon usage, 
Ijuisque Jean Diacre écrivait au ix<= siècle : Extat 
usiiue hodie, in sacratissimo Lateranensis palalii scri- 
nio, luijus(Gregori) confectum temporibus cinirta cum 
piâ'yrande volumen, in quo comnuinis sexus cunctarunt 
œtatuni ac professiunum nomina lam Romœ quam per 
suburbana civitatesijue vicinas, necnon longinqaas ma- 
ritimas wbes degentium, eum suis cognominibus, tem- 
poribus et remuneraliunibus continentur ». Cette ad- 
ministration du patrimoine pontifical obligeait la 
chancellerie non seulement à tenir état des propriétés, 
mais à se mettre en rapport avec les administrateurs. 
Les biens étaient placés sous la responsabihté de 
représentants ofïiciels qui, après avoir déposé un cau- 
tionnement, recevaient a scrinio brève patrimonii, con- 
tenant la description des biens-fonds à eux confiés". 
Les biens qui n'étaient pas afl'ermés de la sorte étaient 
attribués à des basihques et à des égUses urbaines 
dont les préposés, prêtres ou diacres, étaient chargés 
au point de vue économique; au cas où un bien quel- 
conque sortait du patrimoine de l'Église romaine 
pour entrer dans le patrimoine privé d'une basilique 
ou d'une église, on procédait à sa radiation sur les 
registres du polyptyque et on l'inscrivait sur les re- 
gistres particuliers de cette basilique ou de cette 
église". 

La rédaction et la mise à jour du polyptyque général 
de l'Église romaine, les brevia relatifs à chaque patri- 
moine, les cautionnements des administrateurs, leurs 
rapports, ont suffi à occuper un bureau des archives, 
distinct en tout cas du bureau des ammles et de la cor- 

t. Il, part. 2, p. 1309-1320. — ' Pitra, op. cit., t. i, p. 43. 
Cette cotleclio Avellana reproduit 24l> documents, dont 200 
n'existeraient plus pour nous sans elle. Quant aux gesla 
d'Abundanlius que le collecteur a négligé de transcrire, ils 
sont perdus pour nous. — «Jean Diacre, Vila S. Gregorii 
Magni, 1. II, c. xxiv, P. L., t. i-xxvii, col. 560. — "Deus- 
dedit, Colleclio canomim, 111,111, édit. Martinucci.p. 291 ; 
A. Zaccaria, Disscrtalio de rébus ad ecclesiam perlinenlibus, 
in-4°, Fulginia-, 17S1, t. i, p. 68 sq.; De Rossi, Bii«. di 
archeol. crisl., 1870, p. 103. — ■' Voir par exemple la do- 
nation faite par saint Grégoire le Grand à la basilique de 
Saint-Paul, Epis(.,l. XIV, n. 14, P. I... t. lxxvii, col. 1318, 
et conservée sur un texte épisraphiquc, .Margarini, Ins- 
cripl. basilicie saiteli Pauti, in-Iol., Rom:p, 1654, n. 245; 
Mai, Scriplor. vcl. nova coll., t.v, p. 212-213; Pitra, op. cit., 
t. I, p. 460-468; la donation de Serge / ', à l'église Sainte- 
■ Suzanne, De Rossi, Bull, di archeol. crist, 1870, p. 92 sq. 
Voir Diclionn., au mot Ch.vrtes. 



191 



CHANCELLERIE 



192 



respondance pontiflcale relative aux gouvernements 
et aux alTaircs des diverses Églises. 

Le Liber ponlificalis mentionne fréquemment les 
dons faits aux églises, les uns faits au moment de la 
fondation, les autres plus tard, alors que le culte était 
déjà célébré. Ces dernières n'offrent ni ordre ni uni- 
formité: le choix y est évidemment déterminé par les 
besoins accidentels de l'église ou par les préférences et 
les ressources du donateur. Les donations faites au mo- 
ment delà fondation offrent des particularités notables 
et qui ne se retrouvent plus postérieurement. Elles se 
rencontrent dans la vie des papes Silvestre, Marc, 
Damase, Innocent, Boniface, Célcstin et Si.xte III qui 
appartiennent tous au iv» siècle ou à la première 
moitié du v. Toutes ces donations, au nombre de dix- 
neuf, sont faites aux églises suivantes : la basilique 
Constantinienne, — le baptistère Constantinien. — 
Saint- Pierre, — Saint-Paul, — la basilique Sessorienne, 
— Sainte-Agnès, — Saint-Laurent, — Saint >-Pierre-et 
Marcellin, — l'église d'Ostie, — l'église d'Albano, — 
l'église de Capoue, — l'église de Kaples, — le tilulus 
Etjtiitii ou Silvesiri, -. — le iiiulus Marci, — le tilulus 
Damasi, — le Ululas Veslinœ, — l'oratoire de Sainte- 
Félicité, — la basilique de Sainte-Marie, — la basi- 
lique de Saint-Laurent. Pour chacune <le ces églises, 
on trouve régulièrement deux catalogues, l'un de vases 
liturgiques et lampadaires, l'autre de biens immo- 
biliers affectés à l'entretien du luminaire '. Le premier 
catalogue présente toujours les mêmes objets - et géné- 
ralement énumérésdans le même ordre, les différences 
ne concernent que le nombre des pièces, leur poids et 
leur richesse. Le second énumère le revenu des fonds 
de terre, maisons, édifices divers spécialement affectés 
à l'entretien du luminaire. Les ressources ainsi catalo- 
guées avec une minutieuse description ne peuvent 
être connues par la tradition, pas plus que par la noto- 
riété publique, mais seulement par des documents 
écrits. Parmi ceux-ci nous devons écarter les inscrip- 
tions. Les basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul, 
des Saints-Jean-et-Paul, de Sainte-Suzanne possèdent 
encore des chartes gravées sur marbre ou sur bronze, 
mentionnant des donations. « Mais, d'abord, aucune 
de ces quatre inscriptions les plus anciennes que l'on 
connaisse, ne remonte au temps où le Liber ponlifi- 
calis a été écrit; ensuite il semble que l'usage de 
l'épigraphie, pour des pièces de ce genre, ne soit pas 
primitif ^ Ceci, sans doute, n'exclut pas absolument 
la possibilité qu'il y ait eu à Rome, dès le commen- 
cement du VI'' siècle, des inscriptions de ce genre, d'où 
l'auteur ilu Liber pontiftealis aurait pu tirer ses infor- 
mations. Mais on a pu constater, en divers passages, 
qu'il ne parait pas avoir accordé une grande attention 
aux inscriptions, même les plus monumentales et 
les plus solennelles. Il est donc peu probable que les 
renseignements qu'il nous donne sur les dotations 
immobilières soient le fruit de recherches épigra- 
phiqucs. Celles-ci, du reste, ne lui auraient rien ou 
presque rien fourni pour ses énumérations d'objets 
mobiliers. Ce qui est plus probable et même certain, 
c'est qu'il aura tiré toutes ces indications de docu- 
ments d'archives, de chartes de fondation et de dona- 
tion où se trouvaient indiqués à la fois les biens-fonds 
et le mobilier liturgique *. 

' Le catalogue des biens immobiliers ne fait défaut que 
pour l'oratoire de Sainte-Félicité et pour la basilique de 
Saint-Laurent- Majeur. — = Ceci, on le conçoit, ne s'applique 
pas au baptistère constantinien; le mobilier liturgique d'un 

baptistère ne peut être le même que celui d'une église. 

' En elTet, nous trouvons à Sainte-Marie- Majeure une charte 
de donation sans date, mais dont la nomenclature et la ter- 
minologie appartiennent à la fin du \i' siècle, ou au siècle 
suivant. Or, il est expressément marqué que le texte en a 
été relevé sur les documents authentiques et transporté sur 



« 11 est dilllcile de croire qu'il n'y ait pas eu dans 
les bureaux du siège apostolique, un registre des ordi- 
nations : ces actes étaient trop importants pour que 
l'on ne cherchât point à en garderie souvenir par une 
écriture officielle ^. ■ Comment et par qui était tenu 
ce registre, nous n'en savons rien. «Du reste, il n'est 
guère probable que ce registre, s'il existait, remontât 
bien haut; la série des lettres pontificales provenant 
des archives du Saint-Siège commence assez tard; 
on n'est nullement autorisé à affirmer que des docu- 
ments aussi précieux aient été conservés avec moins 
de succès que les procès-verbaux d'ordination'. » 

Un texte un peu obscur a été quelquefois inter- 
prété comme s'il y était question des ordinations. On 
lit dans la correspondance de saint Grégoire : De ordi- 
ncitionibus vero apostoUcœ scdis pontificum, ulrum 
posl healissimum Hormisdam aliqua siiil addita, vcslra 
charilas rcquiril. Scd usque ad Vigilii papœ lempora ex- 
posilas ordinaliunes pra;suluni esse cognoseas '. D'après 
M. Duchesne, ce texte se rapporterait à une catégorie 
de décrets pontificaux qui auraient été l'objet d'une 
publication spéciale. On ne voit pas, en eflet, s'il 
s'agissait des lettres pontificales en général ou de 
leurs registres, pourquoi Grégoire aurait parlé d'une 
prolongation arrêtée à Vigile. On a beaucoup de lettres 
et de fragments de registres postérieurs à ce pape; 
même s'il s'agissait des ordinations, ce qui paraît 
inadmissible, il n'y aurait pas eu lieu d'indiquer ce 
terme '. 

5° Saint Grégoire le Grcuul. — Jusqu'ici nous n'avons 
relevé que des fragments plus ou moins dispersés, 
plus ou moins remaniés, des registres transcrits dans 
des collections postérieures. Avec saint Grégoire 1" 
(590-G02), les fragments de registres s'offrent à nous 
assez nombreux et assez étendus pour autoriser une 
ingénieuse tentative de restitution'. Un texte célèbre 
de Jean Diacre, biographe de saint Grégoire, mention- 
nait toi charlieios libros epistolcu-um ejusdem Patris, 
quoi annos et assurait que ces registres s'étaient con- 
servés au moins jusqu'au ix« siècle'". Il appartenait à 
M. Paul Ewald d'entreprendre la reconstitution de ce 
registre pontifical. spécimen de ce qui se faisait dans 
le bureau le plus important de la chancellerie". « Nul 
mieux que lui n'était préparé à dépouiller cette vaste 
correspondance, dont il a confronté par toute l'Europe 
93 manuscrits et 87 éditions. Le premier, il a reconnu 
trois familles de manuscrits dont les plus anciens mon- 
tent jusqu'au viii'- siècle; un premier groupe provient 
des deux volumes que fit extraire Hadrien L' du re- 
gistre original en papyrus, alors déposé aux archives 
du Latran. Ces parchemins copiés, plus facilement 
communicables au public, sont comme une première 
édition comprenant environ (iSG lettres. Une autre 
édition plus portative de 200 lettres donna lieu à un 
second groupe de manuscrits. Paul diacre, à la même 
époque, provoqué par son ami, Adalhard de Corbic, 
lui envoya un recueil de .53 lettres, difiérentes des pré- 
cédentes, nouveau noyau d'une troisième série de ma- 
nuscrits, parfois combinés avec ceux du second 
groupe. C'est sur cette triple base que M. Ewald conçut 
le projet hardi de reconstruire le grand registre origi- 
nal en papyrus. C? que nous possédons n'est qu'un e.x- 
trait;chaque famillede mss. en porte lapreuveen son 

marbre bien longtemps après sous le pape Grégoire IV (827- 
844). — 'Liber pontif.. édit. Duchesne, t. i, p. cxliv-cxlvi. 
— s Ibid.. p. CLiv. — « Ibid., p. cliv. — ' S. Grégoire. EpisL, 
1. IX, epist. LU, t. Lxxvii, col. 982. — ' Liber pontif., t. i, 
p. cLiv. — » P. Ewald, Sludien :ur Ausgabe des Regislers 
Grcgors I, dans Seues Archio, 1878, t. m, p. 429-625. — 
" .Jean Diacre. fi/<i 5. Gregorii, préf., et 1. IV. c. lxxi, P. L., 
t. Lxxv, col. 37, 223. —i' P. Ewald et L. M. Hartmann, 
S. Gregorii 1 papa? regislrtimepisliilarum, 1. 1-VII, Hanno- 
ver*, 1892, dans Mnnum. Germ. hislor., Epist., t. I. 



193 



CHANCELLERIE 



194 



titre : ex registro. Certains manuscrits d'origine nor- 
mande ajoutent des lettres c/use de superioribiis indi- 
ctionibus desidcranlar, ce qui est plus décisif. Saint 
Grégoire lui-même mentionne expressément 77 lettres 
dont il faut regretter la perte '. 

«Mais, outre les lettres émanées du Saint-Siège, ce 
registre, sans aucun doute, contenait, comme docu- 
ments inséparables, les pièces auxquelles répondait la 
chancellerie romaine, et qui constituaient le dossier 
des consultations et des litiges soumis au tribunal 
suprême. La réponse ou la sentence le plus souvent 
mentionne la réception de ces lettres d'appel et par- 
fois les déclare annexées à la missive pontificale ^ Et 
si ces documents font défaut, on les réclame, pour les 
enregistrer aux scrinia'. On vérifie sévèrement les 
instances, pour voir si elles sont en désaccord avec les 
enquêtes reçues et conservées. Grégoire, régisseur scru- 
puleux de tout le patrimoine, surveille toutes les ad- 
ministrations temporelles. Il veut que même les livTes 
de compte soient en partie double, pour être déposés à 
la fois aux archives épiscopales et pontificales '. Les 
lettres privées, même celles de pieuses dames ^, ne sont 
point négligées, bien que, pour y répondre, le pape, 
fatigué et souffrant, doive les chercher longtemps". 
Enfin, même dans l'édition d'Hadrien !"■, évidem- 
■ ment choisie et réservée aux seules lettres de Grégoire, 
plusieurs pièces étrangères reparaissent dans les divers 
exemplaires '..\insi, le registre original ne se composait 
pas seulement des volumes eu i)apyrus correspondant 
aux quatorze indictions du pontificat. Si on veut le 
reconstituer, il faut tenir compte de l'accessoire non 
moins considérable des correspondants et des ayants- 
cause '. » 

On ne peut mieux se taire une idée de tout ce qui arri- 
vait à la chancellerie que par la liste suivante qui ne 
renferme, cependant, que les documents transmis par 
écrit; on omet les très nombreuses instances, même 
venues de personnes éloignées, (jui ont pu être présen- 
tées de vive voix par des intermédiaires sous ces di- 
verses désignations : insinuatio, petilio, querelos, sug- 
gestio, etc. On pourra ainsi entrevoir quelque chose de 
ce que présentait dans son ensemble, parmi les papy- 
rus du Latran, le grand registre de la correspondance 
pontificale '. 

Registre, îii>re I. 

1 Scripla .JusHni pra'toris Sieiliœ (epist. il). 

2 Narsœ scriptum de solitudine et de fratribus(ep. vi). 

3 Anastasii Antioeheni -usi.ylr.a;; (ep. vu). 

4 Bacaudîe Xeiiodochi testanientum (ep. ix). 

5 Clementinre patricire epistola (ep. xi). 

6 Gesla synodi Salonitanse, a Xatali episcopo missa 

(ep. XIX). 

7 Honorât! scripta simul missa (ep. xx). 
S Nova Katalis scripta (ep. .\xi). 

9 Nonnosi petitio (ep. xxii). 

10 Scripta Anastasii Antioeheni (ep. xxvi). 

11 Anastasii Corinthi vota (cp. xxvii). 

12 Capitulare Joannis episcopi Surrentini (ep. XLii). 

13 Leandri epi. Hispalensis epist. de convers. Recaredi 

(ep. XLiii). 

14 Scriptum de causa Salpingi Judsei (ep. xliv ). 

15 Jobini pra*positi in lllyrico scripta (ep. XLV). 

'Jaffén'en signalait que 2; Ewald 21 ; D. Constant 3S; 
Pitra 77. — 'S. Grégoire, Epist., 1. VHI, ep. xxiv, P. L., 
t. Lxxvii, col. 926. — » Epist., I. VI, ep. xxxiv, P. L., 
t. LXxvii, col. 825. — 'Epist., m, 50; ix, 72; xiii, 44. 
Il recommande instamment, Epist., xiii, 6, 7, de dépo- 
ser les privilèges des monastères d'Autun dans les 
archives des rois francs, pour la sauvegarde des pro- 
priétés de ces royales donations. Chilpéric, à l'instar du 
pape et de l'empereur, avait son scrinium et son registre. 
Grégoire de Tours, Hist. Franronim, 1. X, c. xix, P. L., 
t. L.XXI, col. 551. — ' Voir plus loin la mention des lettres 
de l'abbesse Bona, des patriciennes Italiea, Rusticiana, 

UICT. o'arch. CHRÉT. 



16 Symmachi defcnsoris scriptum (ep. lu). 

17 Epistola Severi episcopi (ep. Lvii). 

18 Ariminensium relationis textus (ep. LViii). 

19 Episcoporum Numidiîe relatio (ep. lxxvii). 

20 Laurentii Mediolanensis scripta (ep. LXXxii). 

21 Januarii Caralitani scripta (ep. LX-Xxiii). 

22 Felicissimi et Vincentii diaconor. petitio adnexa 

(ep. Lxxxiv). 

Liurc II. 

23 Velocis militum raagistri epistola (ep. m). 

24 Januarii subdiaconi petitio subdita (ep. v). 

25 Xeapolitanoriiin relatio (ep. ix ). 

26 Pelagii III epist. de Honorato ad NatiUcm Salonit. 

(ep. xviii, XIX, XX). 

27 Episcopor. Illyriei relatio de Joanne epise. Primœ 

Justinianse (ep. xxn, xxni, xxxm). 

28 Rusticianae patrieiae epistola (ep. xxvii). 

29 Maurili et Vitaliani militise magistror. epistola 

ep. xxix). 

30 Ariulphi Longobardi epistola (ep.xxx). 

31 Relatio .\ntonini defensoris de legatis recuperand's 

(ep. xx.xii). 

32 Relalio de obitu epi. Crotoniensis (ep. xxxviii). 

33 Joannis Ravennatis inulta scripta (ep. XLVi). 

34 Dominici Carthaginiensis epistula (ep. XLVii). 

35 Episcopor. scripta de tribus capitulis (ep. Li). 

36 Pelagii liber transmissus (ep. Li). 

37 Natalis Salonitani scripta (ep. lu). 

38 * Liciiiiani Carthaginiensis epistula (ep. Liv). 

I-ii.re ///. 

39 Relatio de scclere in episc. Paulum commisse (ep. il). 

40 .Joannis abbatis relatio (ep. m). 

41 Acta de Joanne Larissaeo et altero Joanne leeta 

(ep. vi-vii). 

42 Hadriani episc. Thebani capitula (ep. vi-vii). 

43 Decretum eleetionis Florentii in episc. Neapolit. 

(ep. XV). 

44 Relatio cleri et popidi Terracinensis (ep. xiii). 

45 Epistola cleri Mediolanensis (ep. x.xix, xxx, xxxi). 

46 Testanientum Joannis romani presbyteri(ep. xxxvii). 

47 Scripta episcoporum Corinthiorum (ep. xxxix). 

48 Gesta et décréta de Joanne Calliopolitauo (ep. xlvi). 

49 Cleri Salonitani scripta (ep. xlviû. 

50 Columbi episcopi scripta (ep. xlviii). 

51 Adeodati episc. in Nuniidia scripta (ep. xlix). 

52 De Paulo episc. pagince rationum in scriniis Roma- 

no et Lilybetano deponendie (ep. l). 

53 * Joannis Ravennatis in scrinio servata (ep. LVir, 

1. VI, ep. x.xxiv). 

54 Litterœ Italicre patriciœ (ep. Lx). 

55 Fortunati Xeapolitani scripta (ep. LX-i). 

56 Eutychii Tyndaritani scripta (ep. lxii). 

57 Gratiosœ abbatissae petitio subdita (ep. lxiii). 

58 Juliani .\p0stata3 lex adversus monachos (ep. Lxvi). 

59 Domitiani Melitinae metropolit. scripta (ep. Lxviii). 

Livre IV. 

60 Constantii Mediolanensis scripta (ep. i). 

61 Ejusdem aliud scriptum (ep. 11). 

62 SardorumlitteraîcriniiiiantesEpiphaniuin(ep. xxvii). 

63 Theodorici medici scripta (ep. xxxil. 

64 Narsae epistolœ (ep. xxxii). 

65 Constantii Mediolanensis scripta (ep. xxxix). 

66 Epistola Marcelli scholastici (ep. XL). 

67 Rusticianae patrieiae scripta (ep. XLVI). 

Projecta, Clementina, Barbara, Antonina, Gregoria. Celle- 
ci, camérière de l'impératrice, menace d'écrire sans fin, 
tant que le pape n'aura pas déclaré que ses péchés sont 
pardonnes. Epis(., vu, 25. — * Epis(., vu, 30. — 'Telles sont 
les lettres de Jean de Ravenne, iïpisf., 11, 57; de Félix de 
Messine, xrv, 16; la sentence de Jean le défenseur avec les 
lois impériales qui l'accompagnent, xiii, 46; nous négli- 
geons les lettres de Licinius de Cartilage, du roi Recarède, 
de saint Colomban, ajoutées par les modernes éditeurs. 
— ' Pitra, Analecta novissima, t. i, p. 51-52. — • Pitra, 
op. cit., t. I, p. 59-63. Tous ces documents sont perdus, 
excepté quelques-uns marqués d'un astérisque. 

III. — 7 



195 



CHANCELLERIE 



196 



Livre V. 

68Rclatio Thcodosiœ religiosse feminîe (ep. ii). 

69 Epistola Venantii Lunensis (ep. m). 

70 Consultatio Constantii Mediolanensis (ep. iv). 
71-72 Duplex epist. Dominici Carthaginensis (ep. v). 

73 Scriptum Joannis Ravennatis (ep. xv ). 

74 Mandata Sabiniano apocrisiario Constantinopol. 

scripta (ep. xv). 

75 Scripta Datiani (al. Domitiani) metropolitœ (ep. xvi). 

76 Epistola Cypriani (ep. xviil. 

77 Scripta Joannis Constantinopolitani (ep. xviii). 

78 Epistola nobilium Syracusanorum (ep. xxii). 

79 Theodosii abbatis petitio subne.xa (ep. xxxvii). 

80 Scripta Eliïe abbatis (ep. xxxviii ). 

81 Epistola Anastasii .\ntiocheni (ep. xxxix). 

82 S. Ignatiispuriaeepistulïeiam latine vers3e(ep.xxxix). 

83 Mauricii imperatoris jussiones (ep. xj.). 

84 Scripta Sebastiani Sirmiensis (ep. xlii). 

85 Responsalium relatio (ep. XLVii). 
SBEpistoliE Virgilii Arelatensis (ep. Lin). 
S7 Childeberti régis epistula (ep. lv ). 

88 Epistula Jo innis (llorinthii (ep: Lvii». 

89 Epistula epis?oporum Helladis (ep. Lviii). 

Livre VI. 

90 Scripta episcoporum Epiri (ep. vin). 

91 Narsse scripta et codex gestoruni .\thanasii presb. 

(ep. xn). 

92 Gesta Joannis presb. synodica (ep. xv, xvi, xvii). 

93 Epistolae Dominici .\fricani (ep. xix). 

94 Mariniani Ravennatensis scripta (ep. xxiv-xxi.\). 

95 Colunibi episcopi scripta (ep. x.xxvii). 

96 Epist. Venantii patricii ex-monachi (ep. .XLiii). 

97 Leontii Ariminensis (ep. xlv t. 

98 Epistulïe Rrunechildis reginîe (ep. L ). 

99 Litterœ dominici Carthaginensis (ep. Lxiv). 

100 Libellus fidei ab Athanasio porrectus (ep. i.xvi). 

Livre VIL 

101 Epistula Columbi episcopi (ep. ii). 

102 Epistula; Cyriaci Constantinopolitani (ep. iv). 

103 Scripta trium episcoporimi (ep. vu i. 

104 Scripta Stepliani episcopi (ep. vni). 

105 Relatio de obitu Bacaudœ (ep. xvi). 

106 Supplicatio Castorii data scriptis (ep. xix, xx, xxi). 

107 Gregoria; cubiculariœ apud Augustam scripta 

(ep. XXV). 

108 Epistula Anastasii Antiocheni (ep. .xxvii). 

109 Scripta Andreae (ep. xxix). 

110 Narsœ scripta (ep. x.xx). 

111 Scripta Cyriaci Constantinopolitani (ep. x.xxi). 

112 Joannis jejunatoris epist. et gesta adversus Isauros 

(ep. xx.xiv). 

113 Scripta Eulogii (ep. xxxiv). 

114Dynamii et .\urclia> in Galliis scripta (ep. xx.xvi). 
lIôDominicse epistula (ep. xx.xviii. 

116 Epistula Eulogii Alexandrini (ep. XD. 

117 Epistula Mariniani (ep. xlii). 
llSClaudii secretie litterae (ep. XLV). 

Livre VIII. 

119 Epistula? Pétri episcopi Corsicas (ep. i). 

120 Epistulae Anastasii Antiocheni (ep. ii). 

121 Epistulae Sabiniani laderensis (ep. x, xxn'). 

122 Epistula Eulogii Alexandrini (ep. .xxix, xxx). 

123 Scripta Dominici Carthaginensis (ep. .xx.xili). 

Livre IX. 

124 Scriptum ab Exarcho de pace cum .\giluIpho (ep. rv). 

125 Januarii Caralitani excusationes (ep. n). 

126 EpistiUa Marcelli Dalmatia; proconsulis (ep. v). 

127 Calliï-ici scripta pro Maximo (ep. ix, x). 

128 BrunichildsE litterae (ep. xi). 

129 Epistulœ Felicis Siculi (ep. xiii, xn). 

130 Capitulum Joannis episcopi (ep. xxi). 

131 Petitio scripta Adcodatœ, subdita (ep. xxix). 

132 Epistulae Aldionis magistri militum (ep. xxxiv). 

133 Epistula Siculi (ep. xliv-xlv). 



134 Anastasii Antiocheni scripta (ep. xLix). 

135 Secundini inclusi scripta (ep. xlix). 

130 Constantii Mediolanensis scripta et capitulare 
(ep. lui). 

137 Epistula Martini Scholastici (ep. lviii). 

138 * Recaredi epistula (ep. lxi). 

139 Joannis Syracusani epistula (ep. LXiii ). 

140 Valerii notarii Firmani petitio, subdita(ep.LXX,Lx.xi). 

141 Eulogii Alexandrini scripta (ep. lxxviii). 

142 Januariïe petitoria suggestio, subdita (ep. Lxxxiv). 

143 Capitula Neapolitanorum (ep. crv). 

144 Syagrii et Gregorii litterae mutuse (ep. cvi, cvm). 

145 Childeberti scriptum de condendo monasterîo .\re- 

latensi (ep. cxi). 

146 Leandri epistula (ep. cxxi). 

147 Epistula Donelli erogatoris (ep. cxxiv). 

148 Epistula; M.ariniani episc. (ep. cx.xv). 
149 'Epistula S. Columbani (ep. cxxvii). 

/,ii>re A'. 

150 Dlrecta relatio de obitu Paulini Taurinensis (ep.xviil. 

151 Joannis Italiae praepositi scriptum (ep. xxi). 

152 Fortunati Xeapolitani excusationes (ep. xxv). 

153 Graece scripta; Zittani epistulae (ep. xxvii). 

154 Lectae Constantii Mediolanensis epistulae (ep. .x.xix). 

155 Transmissa gesta de Maximiano (ep. .xxix). 
156Suscepta Secundini scripta (ep. xxxiiii. 

157 Transmissa .\ufridi scripta (ep. xxxiv). 

158 Suscepta Eulogii suavissima scripta (ep. xxxv). 

159 Olim recepta Anatolii epistula de Agnoitis(ep. x.x.xv). 

160 Epistulae Maximi Salonitani (ep. .xx.xvi i. 

161 Innocentii .\fricie praefecti epistula (ep. .xxxvn). 

162 Epistula Dominici Carthaginensis (ep. xxxviii). 

163 Venantii Lunensis scripta (ep. XLiii). 

164 Agrippini et Servandi petitio. subjecta (ep. xlh'). 

165 Scripta ab Ecclesio Clusino (ep. xlv). 

166 Epistula illustris Adeodatfe (ep. xlix). 

167 Testificatio epistularum Domitiani (ep. l). 

168 Libertini cautio et exemplar (ep. li). 

169 Scripta .\mandini domestici (ep. lu). 

170 Transmissa Mauricii imperatoris jussio, olim in Cons- 
tantlnopolit. per Gregorium recepta pro Neapolitanis 

(ep. Lin). 

171 Scripta Neapolitanorum (ep. lxii). 

172 Adeodatae petitio subdita (ep. lxvi). 

Livre XL 

173 Epistula Joannis abbatis in monte Sina (ep. i). 

174 Palladii de monte Sina, suscepta (ep. il). 

175 Suscepta Mariniani scripta (ep. vi). 

176 Litterae Sereni .Massiliensis (ep. xiii). 
177-178 Augustini epistulae a Britannia (ep. xxviii). 

179 Indiculus erogationum et eleemosinarum (ep. x.xxiv). 

180 Scripta Barbara; et .\ntoninae (ep. xxxv). 

181 Suscepta Joannis Syracusani scripta (ep. xx.xvi). 

182 Venantii epistula (ep. xxxvi). 

183 Epistula Fausti Syracusani (ep. xli-xlii). 

184 Epistula Pétri Vicedomini (ep. xliii). 

185 Suscepta Rusticianae Patriciœ scripta (ep. xliv). 

186 Epistula lecta Isaacii Hierosolymitani (ep. xlvi). 

187 Anatolii Constantinopolitani scriptum (ep. XLVii). 

188 Urbici abbatis scripta suscepta (ep. xlix). 

189 Epistula; .Etherii Lugdunensis (ep. LVI). 

190 Epistula Theoderici Francorum régis (ep. Lix). 

191 Brunichilda; scriptorum emissa dudum pagina 

(ep. LXiii). 

192 Epistula; Quirici episcopi (ep. Lxvii). 

193 Susceptae epistulae Barbarae et .Antonin8e(ep.Lxxviii). 

Livre XII. 

194 Epistula Dominici Carthaginensis (ep. i). 

195 Petitio Donadei subdita (ep. vin). 

196 .\nionis comitis petitio, subdita (ep. xi). 

197 Epistula .\zimarchi Scribonis (ep. xiv). 

198 Suscepta epistula Quertini ex-prœfecti (ep. xxvii). 

199 Scripta Nemesionis, subdita (ep. xxx). 

200 Gesta ejusdem delata (ep. xxxi). 

201 Epistula Finnini Istriae (ep. xxxiii). 

202 Ciridani scripta dudum suscepta (ep. xx.xiv). 

203 Venantii patricii scripta i ep. xL). 

204 Pantaleonis Xotarii renuntiatio (ep. XLi). 



197 



CHANCELLERIE 



198 



Livre XIII. 

205 Bruniehiklte reginae littcrœ (ep. vi, viii, ix, x). 

206 Regum Francorum capitulare (ep. vi, viii, ix, X). 

207 Theodorici régis scripta (ep. vu, viii, ix, x). 
208DirectarelatiodeobituVictorisPanorraitani (ep.xiii). 

209 Capitulare Joannis episcopi (cp. xvii). 

210 Lecta Juliani Scripta (ep. xixi. 

211 Epistula Paschalis et Consolantia; (ep. xxi). 
212Epistulœ Philippi presbyteri (ep. xxix). 

213 Cillanis ducis litterse <ep. xxxiii). 

214 Bonifacii scripta ex Constantinopolit. (ep. XLii). 

215 Epiplianii diaconi epist. ad Alexandrum et Isidorum 

Eulogii intuitu (ep. xlii). 

216 Scripta Joannis Panormitani (ep. XLiii). 

217 Ejusdem capitula (ep. xLiv). 

218 Sententia Joannis defensoris in Hispania (ep. XLv). 
219-220 Leges impériales. Petitio et gesta Januarii 

(ep. XLV). 

Livre XIV. 

221 Epistula Vitalis defensoris (ep. il). 

222 Joannis Panormitani petitio, subdita (ep. m). 

223 Epistulœ Alcisonis Corcyrœi episc. (ep. vil-viii). 

224 Theodelindse scripta (ep. xii). 

225 Scripta Joannis et capitulare (ep. xiii). 

226 ♦ Felicis Messanensis (op. xvi). 

Le regrstre original fut écrit en pleines onciales ro- 
m.iines. 

Pendant les quatorze années de son pontiflcat, 
presque jour par jour, saint Grégoire apparaît écri- 
vant et faisant appel aux services de sa chancellerie. 
Car ce ne sont pas seulement les lettres qu'il fait ex- 
pédier, le polyptyque gélasicn qu'il fait rajeunir, mais 
encore il fait collationncr les manuscrits romains avec 
ceux de Constantinople afin de s'assurer de l'inexac- 
titude des transcriptions pour tout ce qui concerne 
le concile d'Éphèse, le résultat est, d'ailleurs, tout à 
l'honneur des manuscrits romains quœ ab antiiiuilatc 
servata in scriniis habebantur l'emportaient en sincé- 
rité'. Romani aiitem codices multo veriorcs sunt Grsecis, 
quia nos, veslra sicut non acumina, ita ncc iniposluras 
habemus '. Au scrinium le pape imposait en outre de 
garder copie de ses homélies, afin qu'on pût les consul- 
ter à loisir : rctineri in scrinio sanclic Ecclesiœ... ul 
(omnes) hic inreniant umte in his, quœ cnifndata sunl, 
cerliores fiant ^. Le scrinium et la hibliolheca, sous la di- 
rection du primicier des notaires étaient alors logés 
au Latran. Les formules du vri« siècle, insérées dans 
le Liber diurnus montrent qu'on ne sépare pas alors 
l 'archivum sancta; Romanx Ecclesiœ et le sacrum Latera- 
nense scrinium*. 

A cette date du vu' siècle commençant, la chancel- 
lerie pontificale a pris une importance et acquis des 
traditions et des habitudes de régularité qui n'excluent 
aucunement une amélioration progressive que nous 
pouvons ressaisir dans quelques détails, par exemple : 
la date. Toutes les lettres apostoliques des quatre 
premiers siècles nous sont parvenues sans date, soit 
(|u'elles en aient toujours été dépourvues, soit plutôt 
que les copistes aient négligé de les reproduire. C'est 
au pape saint Sirice que remontent les plus an- 
ciennes lettres datées; elles le sont, suivant l'usage 
romain, de l'année des consuls '. A la fin du V siècle, 
on rencontre, mais très exceptionnellement encore, 
K- signe de l'indiction «. Au milieu du vi« siècle, 
à la suite d'un voyage du pape Vigile à Constantinople, 

'S. Grégoire, Ejtisl., 1. IX, ep. XLix,P. L., t. Lxxvii, 
col. 805. — 'Ibid., 1. VI, cp. xiv, col. 805. — 'S. Grégoire, 
Pra^f. ad libr. Xl.homil., P. /.., t. Lxxvi,col.l075. — 'Liber 
<(iiirnus,édit. de Roziérc, p. 173, n. Lxx.xii. — ' Jatte, Begesta 
punlij. ronu, 2' écHt., t. i, p. 40; Sirice (384-.398). — ' On la 
trouve pour la première fois dans une lettre de Félix III, du 
1" mai 400. Jaffé, I{egesl<i,2' cdit., n. 614. — ■ Ibid., p. 117. 
— 'Jean Diacre, Vila Gregnrii, 1. III, c. i. Il faut recourir 



on voit apparaître à la date l'année de l'empire'; 
à partir de saint Grégoire, c'est une formule admise. 

Dans les plus anciennes lettres des papes, la sus- 
cription, lorsque les copistes l'ont conservée, est fré- 
quemment placée après l'adresse. Le pape s'intitule 
généralement episcopus, parfois papa, et parfois il ex- 
prime son titre par une périphrase. Grégoire I" intro- 
duit une formule nouvelle dans le protocole; il emploie 
pour la première fois l'expression episcopus, servus ser- 
vorumDei, et, peu à peu, cette formule s'impose et re- 
paraît dans toutes les lettres de ses successeurs; elle est 
déjà fréquente au vn"" siècle; au viii", son absence est 
devenue exceptionnelle et elle est de règle absolue à 
partir du ix= siècle ". 

De la plupart des huit cents lettres de Grégoire, on 
pourrait, écrit le cardinal Pitra, détacher la série de 
presque toutes les formules qui, après lui, reparaissent 
dans les bulles, soit pour l'intitulé, soit pour la salu- 
tation, soit pour l'exorde, soit pour l'énoncé du fait, 
soit pour la déduction des motifs de la sentence, soit 
pour le dispositif, soit pour la commination, soit pour 
la conclusion, soit pour la date, soit pour la souscrip- 
tion finale. Il suffirait, pour s'en rendre un compte 
sommaire, de dépouiller rapidement les cent lettres 
qui, selon l'édition des bénédictins deSaint-Maur, ont 
passé plus ou moins complètement au Décret de 
Gratien, dont la dernière édition offre cent quatre- 
vingt-six lettres, fournissant au Décret deux cent 
soixante-cinq textes, lesquels ont eu force de loi avant 
et après Gratien '. Le savant éditeur du Liber diurnus 
n'a pas hésité à dire que le tiers de ce formulaire était 
tiré du registre du pape Grégoire ">. La proportion se 
maintient dans les divers canonistes du genre de 
Gratien ". 

Le style de la chancellerie pontificale, relativement 
supérieur aux écrits de la même époque, conserve 
jusqu'au temps de la plus grande décadence, une gra- 
vité et une noblesse qui rappellent les bonnes tradi- 
tions du passé. C'est surtout à saint Grégoire qu'on 
doit cette persévérante dignité et cette distinction de 
race. Sous le flot des affaires et sous le poids des in- 
firmités, il demeure toujours le préteur disert et 
mesuré, l'apocrisiaire sentencieux. 

La continuité et l'influence du registre ressort sur- 
fout de la reproduction des mêmes formules. Il y 
aurait un livre à faire, aussi curieux qu'important, sur 
les protocoles grégoriens et leur long voyage à travers 
les vicissitudes de la chancellerie apostolique. En voici 
un exemple entre bien d'autres. Les privilèges accordés 
aux monastères d'Autun contiennent uneformuled'ex- 
communication contre tout roi, prêtre, juge, etc., vio- 
lateur du privilège; or, cette formule a été adoptée 
dans les mêmes termes, durant plus de cinq cents ans, 
pour la plupart des privilèges monastiques '- : Si quis 
vcro regum, saccrdolum, judicum, personarumque 
sœcularium, hanc constitutionis noslrœ paginam agnos- 
cens, contra eam venirc lentaverit, potestatis honorisquc 
sui dignitate careat, reumque se divino judicio cxislere 
de perpetrala iniquitate cognoscat, et nisi vel ea qute ab 
illo maie ablata sunt restituerit, vel dignapxnitenlia illi- 
cite acla dcflcverit, a sacratissimo corpore ac sanguine Dei 
cl domini noslri redemptoris Jesa Chrisli atienus fiai, 
cUque in ivtcrno examine districtœ ultioni subjaccat. 

Au siècle suivant, en 729, sous Grégoire II, on re- 
trouve la formule légèrement modifiée : Ex auetoritate 

aux lettres reproduites par Bédé, il'aprés les originaux, et 
aux bulles gravées sur marbre pour retrouver cette formule, 
car les extraits dont se compose le registre ont supprimé 
toutes les formules solennelles, ce qui rend très difficile une 
étude diplomatique. Cf. Pitra, Ariat. /iopi.s.s., 1. 1, p. 72, note 1 . 

— • E. Friedberg, Corpus j'iiris caiwnici, t. i, p. xxviii-xxx. 

— ^'E. de Rozière, Liber diurnus, introd., p. x.xviii. — 
l' Pitra, Analecta novissima, t. i, p. 72. — " Ibid., 1. 1, p. 55. 



199 



CHANCELLERIE 



200 



B. Pelri... inlerdicimus, ut nullas diix, milliis cornes, 
nulla prorsiis persona ecclesiaslica,sii'e miindana, etc.'. 
En 867, Nicolas I""' reproduit textuellement la for- 
mule grégorienne, dans un privilège pour Vézelay : Si 
guis vero sacerdolum, judicum, atque ssecularium perso- 
narum ^: en 897, Etienne VI, pour le même monas- 
tère fait usage de termes à peu près semblables : Sla- 
tuimus ut nulli regum, neque episcopo cuilibel, val co- 
miti, etc. En 875, Jean VIII prononce plus brièvement 
le mê 1 e anatlième dans les privilèges de Fulda^, de 
Saint-Waast d'Arras', de Saint-Médard de Soissons': 
le même pape énonce la formule textuelle en faveur de 
Saint-Pierre de Nimes ', de Vézelay ' et de la cathé- 
drale de Poitiers '. Elle est considérablement am- 
plifiée dans une bulle du Mont-Cassin ', et surtout, 
dans le privilège très extraordinaire de Saint-Gilles, 
lequel est contresigné par quarante-quatre évëques de 
France '". Vers le même temps, il y aurait à citer 
Etienne VI" qui remémore nommément Nicolas I'-': 
puis, au siècle suivant, Benoît IV '^, Serge III '^. 
Jean X", Jean XI", à qui on doit le célèbre privi- 
lège de Cluny, dont la formule mitigée devient, à son 
tour, un type traditionnel, surtout pour les deux mille 
monastères de cette observance. lien est de même pour 
Vézelay et le Mont-Cassin sous les papes Marius I*' " 
et Benoit VII ^'. Nommons encore, par surabondance, 
les bulles de Léon VII, .\gapit II, Jean XII, Be- 
noît VII", enfin de Jean XV, qui, dans un privilège 
vidimé de Corbie, se prévaut des grands noms de 
saint Grégoire et de Nicolas le^i' : Vt plenius prose- 
quaniur quod sanctos aposloticos jam dictas intendisse 
sentimus, atque ante eos beatum Gregorium ac révéren- 
des memoriœ Nicolaum, sanxisse de statihus monaste- 
riorum invenimus, etc. Il nous faut encore indiquer sur 
la fin du même siècle Grégoire V et Sylvestre II '°. Le 
célèbre Gerbert est l'un des plus énergiques et des plus 
explicites en renouvelant le privilège de Vézelay : 
Constiiaimus et apostolica nuctoritate censemus, atque 
per hoc nostrum apostolicum privilegiuni confirmawus, 
ut nullus rex autpontifex, vel abbas aut cornes, velqualis- 
cumque magna vel pcwi'opersona,avaritia.'cupiditilc cor- 
rcptus,cmdeat vel prsesumat contra tuuni honorem,o venera- 
bilis Roberte abbas,... aut... viotentias inferre, si non vult 
auctoritate Dei et S . Pelriet nostra apostolica excommuni- 
catione, etc. La continuité de cette formule devient 
au xi= siècle, par la multiplicité des bulles, de plus en 
plus manifeste. Chose même inattendue : dès l'an- 
née 1102, le saint empereur Henri II prend et déve- 
loppe la formule, en sa partie civile, dans un mundi- 
burdium, en faveur de l'abbesse Ouda de Ratisbonne -'. 
Sous Léon IX reparait confirmé le privilège de Véze- 
lay, avec le souvenir de Nicolas P' et la pleine for- 
mule : Si quis vero regum, episcoporum, sacerdolum, 
abbatum, judicum, comitum, etc.. percussus apostolico 
anathemate, potestatis honorisve sui dignitate careat '-... 
Du même genre sont les privilèges postérieurs de Vic- 
tor II 2', ÉUenne VU", Nicolas II". Alexandre II-'' 



ip. 7,.,t. Lxxxix.col. 530. — !£pis/.,cxiii, P. L..t. cxix, 
col. 1118. — = Hpis(.,xii, P. L., t. cxxvi, col. 657. — 'P. /.., 
t. cxxvi, col. 659. — • P. L., t. cxxvi, col. 662. — • P. L.. 
t. cxxvi, col. 791. — ' P. L.. t. cxxvi, col. 804. — • P. /,., 
t. cxxvi, col. 796. — 'P. L., t. cxxvi, col. 651. — "P. /.., 
t. cxxvi, col. 794. — " P. L., t. cxxix, col. 858. — "P. L.. 
t. cxxxi, col. 45. — " P. L., t. cxxxi, col. 982. — " P. I.. 
t. cxxxii, col. 810. — ^^P.L., t. cxxxii, col. 1057-1068' 

— " P. L., t. cxxxiii, col. 863, avec mention de Nicolas I"' 

— "P. L., t. cxxxvii, col. 324. — "P. L., t. cxxxii, 
col. 1067; t. cxxxiii, col.909: t. cxxxv, col. 971, 995, 1090. 

— '• P. L., t. cxxxvii, col. 832, 833. — " P. L., t. cxxxvii. 
col.,903, 918, 926, 935: t. cxxxix, coi. 273, 280. — '■' P L., 
t. CXL, col. 242. — "P. /,., t. CXLIII, col. 612, cf. col. 634, 
640, 644, 655, 658, 632, 664, 667, 678, 683, 686. 688, 689, 
691, 695, 715, 721 742. — "P. L., t. cxliii, col. 815, 
cl. 811, 818, 823, 825. — '-' P- L., t. cxLiii, col. 873. — 



et enfin Grégoire VIH'. qui, dans une longue série de 
privilèges, revient de plus près à la formule grégorienne 
primitive. Il est remarquable qu'après Grégoire VII, 
la grande formule imprécatoire des grandes bulles dis- 
paraît assez rapidement, et fait place à celle d'LTr- 
bain II". 

Cette influence séculaire exercée par Grégoire P^ sur 
la chancellerie apostolique, se comprend d'autant 
mieux que ce grand homme a contribué, plus que per- 
sonne, à organiser, à l'instar de V Auditorium impérial, 
l'administration et la chancellerie elle-même 2». 

Il avait commencé par être préteur de Rome, tenant 
lieu de l'empereur et continuant des traditions judi- 
ciaires qui remontaient jusqu'à la République. Comme 
les anciens préteurs de la Ville, il rangeait ses archives 
année par année; ainsi son registre fut tenu en XVI 
livres, indiction par indiction. A défaut du consulat, 
supprimé par Justinien, il datait ses actes d'après les 
années du règne de l'empereur. L'ancien préteur, vêtu 
de pourpre, siégeait sur son tribunal et, rangés dans 
le double ordre des consistoires, cinq sénateurs sié- 
geaient à droite, cinq chevaliers à gauche'". Ainsi, nous 
avons une sentence de Grégoire rendue avec l'assis- 
tance de trois prêtres et trois diacres". Si les copies 
prises sur l'original n'avaient pas supprimé toutes les 
souscriptions, nous aurions au bas de ces lettres, 
comme dans les bulles plus récentes, l'imposante série 
des signatures. 

Grégoire avait vu, à Constantinople, les notaires et 
les greffiers (scrinarii) rangés devant l'empereur ou le 
préfet du prétoire pour recueillir les termes de la sen- 
tence, les communiquer aux parties et en surveiller 
l'exécution '-. Il nous affirme plus d'une fois que, 
devant lui, les notaires ont écrit sous sa dictée, qu'il a 
relu leur texte '= et que la plupart de ses lettres sont 
portées par ces fonctionnaires. Il avait vu, au Palais 
sacré, soit V Auditorium public, où les parties étaient 
admises à présenter par écrit leur instance et à dé- 
fendre leurs droits, soit V Auditorium secret, quand 
l'empereur délibérait à huis clos avec son conseil. 
C'est ainsi qu'il y aura à Rome les consistoires secrets 
et publics. La sentence rendue, l'empereur signait 
en cinabre, après lui signaient les témoins. Grégoire 
a soin de noter qu'il a souscrit de sa main une lettre 
avec témoin, pour sceau d'authenticité". Il avait N'U, 
dans la basilique théodosiennc, les différents scrinia 
où l'on déposait les actes publics, l'armoire des lettres 
émanées du prince (scrinium epistularum), l'armoire 
des protocoles et des enquêtes (scriniuni libellorum et 
cognitionum), l'armoire réservée (scrinium memoriœ, 
id est gestorum et arcanorum imperii), l'armoire des lois 
et constitutions (sfri;jnmidisposi'((o;!i;m, idest pragma- 
ticarum sanctionum sive constitutionum generalium)'^. 
.\insi le palais du Latran possédera, nous l'avons vu, 
ses polyptyques et ses archives diverses et toutes les 
lettres y seront classées dans le '. Registre ». 

Grégoire a vu à Constantinople les onze collèges des- 

"P. L., t. cxLin, col. 1354, 1327, 1344, 1356. — =• P. J.., 
t. CXLVI, col. 1302, 1341, 1343, 1346, 1347, 1352, 1359, 1361, 
1368, 1377. Les bulles de Nicolas II et .\Iexandre II sont 
rédigées sous l'inspiration d'Hildebrand. — " P. L., 
t. CXLVIII, col. 651, 653, 660, 665, 066, 668, 669, 676, 679, 
682, 683, 685, 686, 689, 699, 712, 716, 718, 720. — ='Pitra, 
.4.nalecla novissima, in-4», Parisiis, 18S5, t. 1, p. 74-77. — 
".I. Gasparini, De S. Audilorio imperalorum eorumque fami- 
tiaribiis et comitibus, ad legem 32 cod. lîe appellaiknituî 
et consulialionibus lib. VII, lit. i.\u,dissertalio, Romx, 186G. 
— " Heiiieccius. .intiq. rom., 1. IV, tit. vi, n. 9. — ■ " S. Gré- 
goire, Episl., I. VI, ep. XII, P. L., t. Lxxvii, col. 803. — 
'-Gasparini, op. cil., p. 7. — " Epist..l. XII, ep. XLVI, P. L. 
t. Lxxvii, col. 125t. — "Epist., 1. XII, ep. xLvi, P. L., 
t. Lxxvii, col. 1251, Hanc donationem a nitario nostro 
prescriplam legimus, atque subscripsimus. — " Bnineraaim, 
In lege X. Cod. De proximis sacror. scrinior. 



201 



CHANCELLERIE 



202 



tinés à régler toutes les branches d'administration et 
remarqué le collège des notarii fondé par Auguste sur 
le conseil de Mécène, présidé par le magister scriniorum 
et composé des subalternes, proxinius scriniorum, etc., 
intimes assesseurs et conseillers du prince. Ainsi Home 
aura, outre les écoles des défenseurs, des régionnaires, 
des sous-diacres, des chantres, etc., la scliota ou col- 
lège des notaires'. Le chef était primicerius, après lui 
venait le secundicerius ; tous prêtaient, avant d'entrer 
en charge, serment sur la tombe de saint Pierre. Nous 
ne pourrions poursuivre la comparaison de chaque of- 
fice avec les charges pontificales sans parcourir la pha- 
lange innombrable des employés impériaux -. Nous ne 
pouvons toutefois omettre une institution ipii semble 
avoir été le plus puissant levier de cette administra- 
tion: c'est le collège des rfe/ensorcs^. Ils sont au nombre 
de sept, et placés sur le même rang que les sept diacres 
régionnaires'. Non seulement ils administrent les 
vastes domaines du patrimoine de l'Église, mais ils 
font parvenir partout les ordres du pape, traitent avec 
les évêques, les convoquent devant eux, président les 
synodes et les tribunaux, distribuent même aux 
évêques les reproches et les censures, vérifient les 
comptes, les procès, les sentences, et rendent de tout 
un rapport sévère. Eux-mêmes, d'ailleurs, sont sur- 
veillés par les évêques, soumis à un appel, admonestés 
au besoin et réprimandes sévèrement '. 

Avant de quitter la chancellerie grégorienne, notons 
une particularité qui serait de nature à provoquer des 
confusions. Depuis le vi" siècle au moins, les lettres 
pontificales furent scellées d'une bulle de plomb, et ce 
nom de bulle passa du sceau au document dont il 
garantissait l'authenticité, et dés le moyen âge on a, 
communément, donné le nom de bulles aux lettres 
pontificales scellées en plomb. Il est bon d'ob.servcr 
toutefois que cette appellation qui ne fut guère en 
vigueur avant le xiv^ siècle, n'a jamais été employée 
par la chancellerie pontificale. 

go yiif-i\e siècles. — Après le registre de saint Gré- 
goire le Grand, nous ne retrouvons plus semblable au- 
baine jusqu'aux fragments, d'ailleurs considérables, 
des registres de Nicolas I"' et de Jean VIII. Les ponti- 
ficats se succèdent rapides et stériles; il est peu pro- 
bable que l'heureuse découverte d'un manuscrit 
comparable à celui du British Muséum restitue de nou- 
velles séries de lettres; l'active exploration des biblio- 
thèques publiques rend cette chance de moins en moins 
probable. Tout ce que nous pouvons espérer, c'est de 
relever les témoignages de l'activité persistante de la 
chancellerie. Ainsi, des notes jointes à certaines lettres 
(lu pape Hormisdas (514-523), et l'indication, ajoutée 
à celles qui étaient adressées à ce pontife, du jour au- 
quel elles étaient parvenues à Rome, indiquent éga- 
lement que les compilateurs les ont recueillies dans les 
archives romaines «. Le ms. du British .Muséum et la 
collection de Deusdedit ont démontré que les deux 
registres d'IIonorius 1" (025-638) et de Grégoire II 
(71.")-731) étaient parvenus jusqu'au xii« siècle'. 

' Il y avait deux écoles de chantres, l'une à Saint-Pierre, 
l'autre auLatran. — '.\nnibaldi, De Caslicnsi omnium l'iiluti- 
norum peciilio, Romae, 18.57. — " Epist.A. V 11 1. cp. xiv, P. L., 
1. Lxxvii, col. 917 : Sicut in Scholis notariorum atqiie sub- 
iiiaconorum per induUam h>ngc rctro ponlifîcum lar<iiU:tcm 
suni retiianarii ronstitnti, ilti qiioque in ticfensoriluts scptem, 
t/ui nstensa sua' expericntiiv ntilitnlc i)IiicucrintJïonure reijio- 
nario decorcnliir. Cette lettre offre d'autant plus d'intérêt 
qu'elle énumère les privilèges des defensores. — ' Le terme 
est rendu par i;-/;/-.; dans les actes de S. Grégoire 
d'.\grigi'nte. Députés en légation, ils pronaienl avec les no- 
taires le titre d'apocrisiaires à Constanlinopie et ailleurs 
l'équivalent latin responsdlcs. On les appelait encore rc- 
vtorcs des patrimoines de Sicile, de Canipaiiio, de Sar- 
daigne, etc. Le défenseur pouvait a\'oir son rcsponsalis ou 
notaire. L'emploi était si important que les faussaires l'usur- 



Une copie exécutée au xi' siècle d'une partie du re- 
gistre de Jean VIII (872-882) est conservée aux ar- 
chives du Vatican '. Les registres des papes Honorius, 
Zacharie, Hadrien I*', Léon IV sont constatés par des 
mentions précises. On pouvait d'ailleurs en prendre 
communication sans trop de formalités et cette ten- 
dance débonnaire d'une administration à l'égard du 
public a pu nous valoir quelques fragments dispersés. 
En 730, Bède s'exprime ai n si à propos de la chancellerie : 
Xolhelmus (Britannus) Romam vcniens, nonnulias ibi 
beali Gregorii papie si/nul et uliorum pontificum episto- 
lai perscrulato ejusdem sanclœ Ecclesiœ Rnmanœ scrinio 
permissu Gregorii{lllj ponli/icis itwenil^. Le pape Za- 
charie, successeur de Grégoire III, anle scrinium Lalera- 
nense fecit porticnm atqiu' luirem, parlas wncas atque 
ccuicellos... et super lurrim Iriclinium et caneellos œreos 
conslruxil, ubi et orbis terrcuuni descriptionem de- 
pinxit atque diversis versiculis ornavil^". 

Il faut se résigner pendant cette période qui fait 
présager le moyen âge à ne recueillir que de rares in- 
dications. Un mot du pape Hadrien L', prononcé au 
concile romain de 745, nous apprend qu'on ne s'était 
pas départi de l'ancienne coutume de garder aux ar- 
chives les ouvrages des hérétiques". Nous savons 
également que les cautioncs des évêques et des papes 
eux-mêmes, c'est-à-dire leurs professions de foi scrip- 
tx a notariis in scrinio (Lateranensi), deponebanlur in 
sacratissima confessione beali Pétri apostoli ad corpus 
ejus conscrvandcc'^ : les procès-verbaux d'élection 
étaient également déposés dans le sacro scrinio Latera- 
nensi"; enfin les donations royales, telles que le privi- 
lège d'Otton qui était plus une mise en tutelle 
qu'une donation i'. 

7" Relliguia: — " De toutes les sources diploma- 
tiques, celles qui proviennent de la cour romaine sont, 
certainement, de beaucoup les plus nombreuses. Le 
gouvernement spirituel de la chrétienté, si étroite- 
ment uni, au moyen âge surtout, à nombre d'affaires 
politiques et à tant d'intérêts privés a donné lieu, 
depuis les premiers siècles de l'Église, à une quantité 
immense de documents qui, du siège de la papauté, se 
sont dispersés dans tout l'univers et dont un très 
grand nombre se sont conservés. Si l'importance et le 
nombre des lettres des papes ne suflTisaient pas à en 
faire placer l'étude diplomatique avant celle de toutes 
les autres chancelleries souveraines, elles mériteraient 
néanmoins ce rang à cause de la faveur dont les règles 
en usage à P,oine ont été l'objet dans la chrétienté tout 
entière. Organisée très anciennement, la chancellerie 
pontificale ne tarda pas à adopter pour la rédaction et 
la disposition des lettres un ensemble de formules et de 
règles qui se développèrent, se précisèrent, se fixèrent, 
de siècle en siècle. Le « style» de la cour romaine fut 
au moyen âge, on l'a dit, l'une des bases de l'enseigne- 
ment du dictamen, et les actes pontificaux devinrent 
des modèles qu'imitèrent plus ou moins la plupart 
des chancelleries, laïques ou ecclésiastiques, autant à 
cause de la régularité et de la belle ordonnance de ces 

paient, sans être munis d'une lettre oiïicielle de créance. — 
^ Pitra, op. ci7.,p. 7I.et liste des nuturii et f/c/en.sores, p. 77-79. 
— «Jaffé, Regesla, 2» édit.. t. i, p. loi. — 'Pitra, .tnaifc/n 
novissima, t. i, p. 80. — * G. Levi, // iomo dei regesti Vati- 
cani (Lettere di Giouanni Vllï), dans Arcbioio delta soc. 
romnna di sloria palria, ISSl, t. iv. p. lGl-194. — «Bède, 
Hisl. cco;., prasfalio,. /'. L.. t. xcv. col. 22. — '»DeRossi,Dc 
oritiine, hisloria. indicibus, 188<t. p. lxxx. — •' .\ propos 
de l'hérétique Adelbert, le pape dit que ses écrits in scrinio 
nostro rcserventur. — '-De Hossi. op. cit.. p. i.xxxi Liber 
diurniis, cdit. de Koziére, fonn. lxwih, Lxxxv,p. 182. 202, 
"203. — " l .ibcr diurniis. L'dit. de l\iizivr<\ foriii. i,xxxn;p. 172; 
Mîibillon, .MHS.-riiHi Ilalicitm. t. i. part. 2, p. ;i8. — "Th. Sic- 
Uel,/.>«.s l^rioiîegiuni Ollos I fur die romische Kirchevomjalire 
062. in-8'', Innsbrùck, 1 8S.'t. Le texte retrouvé n'est pas l'ori- 
ginal, mais une copie chronologiquement très rapprochée 



203 



CHANCELLERIE 



204 



documents qu'en raison de l'autorité qui s'attachait 
naturellement à tout ce qui émanait du Saint-Siège '. 

Les plus anciennes lettres pontificales qui nous 
sont parvenues, celles des huit premiers siècles de 
l'Église, ne nous ont été conservées que par des co- 
pies '; les unes recueillies dans des compilations cano- 
niques, d'autres dans des collections formées à l'aide 
de registres dont nous avons retrouvé un modèle 
typique sous le pontificat de Grégoire le^. 

La disparition des orginaux a laissé subsister 
quelques sceaux qui les authentiquaient '. La série est 



+ 

ACAP 

JTVS 




24lil. — Bulle du paje Agapet. 

Dapiès J.pnugk-Harttung,Sp?ci»ii»7a selecta chartarum 
pontiflcum ronianorum, 1887, part. 3, pi. xvii, n. 1. 

assez considérable par le nombre plus que par l'im- 
portance; les monuments nous sont connus par des 
dessins et par les originaux^. L'ne bulle du pape Aga- 
pet (535-536), jadis conservée à Velletri, au musée 
Borgia, est aujourd'hui perdue, mais il en existe une 
copie dans un manuscrit de la bibliothèque Vati- 
cane^. Le musée du Vatican conserve des plombs d'un 
pape Jean, qui est peut-être Jean III (560-573)» et 
du pape Deusdedit (615-618) '.A partir du pape Boni- 
face V (619-623)' le type reste immuable jusqu'à 
Léon IV (847-855) ; le diamètre de la bulle varie, de 25 à 




2462. — Bulle du pape Jean 111. 
Ibid., pi. I, n. 1. 

35 millimètres; au droit, est le nom du pape et au 
revers, son titre, au génitif. Nous donnons ici les 

^ A. Gir\% ^lunuel de diplomatiqite, in-S", Paris, 1894 
p. 562. La publication et la critique des documents 
apostoliques a commencé sous le nom générique de but- 
laires. Les uns sont généraux; les autres spéciaux à cer- 
tains pontificats, à certains pays, à certains ordres reli- 
gieux, à certaines Églises, à des étal)Hssenicnts comme 
l'Université de Paris. En dehors de ces collections, il existe 
une multitude de pièces dispersées, à peu prés inconnues, 
souvent inabordables; un nombre considérable est resté 
manuscrit. L'ouverture des archives du Vatican en 1883 a 
donné un nouvel essor à cet ordre de publications. — ' De 
Rossi, op. cil., p. Lxxxvii : Thésaurus ingens et pretii vere 
inœslimabilis libronim, regestorum. charlariim anie saeculiwi 
nndecimum congesliis in serinio, hibliotheca, vestiario Sedis 
apostolicœ, in confessione et archiito S. Pétri item codicum 
prxsertini liturgicorum tum îatini ritus tnrn grseci pertinen- 
tiuni ad singulas basilicas lititlos, diaconias, monasteria Ur~ 
bis funditns periit. Ab inleritu vijcquidqiuun esse seruatum... 
sed ne iinits qiiidem codex oclaiyo sœcnlo antiquior e bibîiothe- 
cis Hilarii, Agapeli, Laleranensi peri'enit ad Vaticanum. 
— ' P. Ewald, Zu den àlteren pàpstlichen Bleibullen, dans 
Seues Archiii, 1884, t. ix, p. 632-635; De Rossi, Dl una 
bnlla plitnibea papale scoperla nel foro romano, dans Nolizie 
degli scavi, 1SS2 p. 266 sq. ; F. Chamard, les bulles de 
plnmb des lettres pontificales, dans la Berne des qncst. hisl.. 
18S3,t.xxxiv,p 609-616; J.Pnugk-Harttung,.S;j(>imii/ia fie- 



bulles des papesAgapet(fig. 2461), Jean III(ng.2462) 
et Deusdedit (fig. 2463). Cette dernière, dont la face 
principale est assez mal conservée, représente le Bon 
Pasteur" (fig. 2461). On n'a pas même un commen- 
cement de preuve pour avancer que l'usage des bulles 
de plomb s'introduisit dans la chancellerie pontificale 
dès la fin des persécutions, au commencement du 
iv= siècle, sous le pontificat de saint Sylvestre". 

La série diplomatique des lettres pontificales com- 
mence à la fin du vni= siècle; le plus ancien original 




24U3. — Bulle du pape Deusdtd.;. 
Ibid., pi. I, n. 2. 

non suspect que l'on puisse citer est un fragment 
d'une lettre d'Hadrien I*', de 788, sur les affaires de 
la principauté de Bénévent '=. Depuis cette époque, 
tout en demeurant rares encore jusqu'au début du 
XI» siècle, les bulles originales sont cependant assez 
nombreuses et présentent assez de points com- 
muns pour qu'il soit possible d'en déterminer les carac- 
tères généraux. Sans nier la part d'innovation que 
toute administration introduit même inconsciemment 
dans ses usages, nous pouvons penser, d'après tout 
ce que nous avons exposé, qu'en ce qui concerne les for- 




2464. 



Restitution de la bulle de Deusdedit. 
Ibid.. pi. xvn, n. 11. 



mules et les types, la chancellerie romaine les maintint 
à peu près invariables jusqu'au pontificat de Léon IX. 

lecla chartarum ponti ficum ronianorum, in-4°, Stuttgart, 1S87, 
t. m, pi. I, n, m, xvn; Diekamp, Zum papstUchen Ur- 
kundenwesen , dans Mittheihmgen des Inst. fiir ôslerr. Gesch., 
t. III, p. 612 sq. ; J. Pflugk-Harttung, Die Bullen der Pdpsle 
bis zuni Ende des xu JaJirhunderts, Gotha, 1902. — 
'J.-P. ICirsch, dans Dictionn., t. n, col. 1344-1346. — 
' J. Pfluglv-Harttung, Specimina, part. III, pi. xvii, n. 1. — 
'Ibid., pi. I, n. 1. Cl. Dictionn., t. il, col. 1346, note 2. — 

• J. Pflugk-Harttung, Specimina, part. 11, pi. i, n. 2. — 

• Ibid.,x>\. I, n. 3. — ' Ibid.,pl. i, n, iii.Dicfionn., t. n, col. 1345, 
fig. 1734-1738. — '» Xous donnons l'interprétation de cette 
buUe par F. Ficoroni. De plumbeis antiquorum numisma- 
tibus tam sacris quam profanisdisserlatio, in-4"', Romx, 1750. 
p. 49, pi. XX m, n. 3, reproduite dans Pflugk-Harttung, Spe- 
cimina, part. III, pi. XVII, n. 11. Gori parle de cette bulle 
dans la préface qu'il a donnée au recueil d'inscriptions de 
Doni. Cette bulle a été trouvée en 1727 au Celius, villa Ca- 
sale, parmi beaucoup de briques portant le nom de Théo- 
doric. — "Ortolan, dans Dictionn. de théolog. cathol., t. Ii, 
col. 1256. Les références citées à la suite de cette alTirmatiort 
ne la confirment en aucune façon. — ' = .\rchives nationales, 
K?,n. 92 ; J. Tardif. Monuments historiques. Cartons des rois, 
in-4'*, Paris, 1866, dans les Inventaires et documents des ar- 
chives de l'Empire, p. 67, fac-similé, .\tlas, 2* série: P. JafTé, 
Regesla pontifum ronianorum, 2^ édit., n. 2462, Papvrus de 
0"51. 



il 



0- 



'A. 



/^. 



205 



CHANCELLERIE 



206 



en 1048. Quoique postérieurs à la limite du ix"^ siècle 
où s'arrêtent rigoureusement nos recherches, nous 
n'hésitons pas à faire usage des renseignements de 
cette période de 814 ù 1048 comme n'étant que l'écho 
d'institutions et de pratiques plus anciennes. 

Jusqu'au commencement du xi' siècle ', les lettres 
et diplômes pontificaux sont écrits sur papyrus. A 
l'onciale en usage au \'W siècle pour le registre grégo- 
rien avait succédé une écriture particulière, dérivée 
de la lombarde, nommée liUera roniana. et dans la- 
quelle on a voulu voir, sans raisons suffisantes, une 
influence byzantine ^. Jusqu'au commencement du 
xi<= siècle, la chancellerie romaine s'est servie pour les 
bulles originales exclusivement de papyrus, et jus- 
qu'au début du xii" elle a employé l'écriture lom- 
barde en la rapprochant peu à peu de la minuscule 
romane. Toutefois, dès le x« siècle, il semble qu'elle 
délivrait parfois, en même temps que l'original, une 
ampliation sur parchemin, écrite en minuscule, l'écri- 
ture lombarde étant dès lors lettre morte pour la plu- 
part des fidèles. Il y a lieu de présumer que parmi les 
bulles sur parchemin, antérieures au xi'= siècle, qu'on 
a souvent considérées comme des originaux, il s'en 
trouve qui ont cette origine. 

La dernière bulle* sur papyrus que j'ai vue, écrit 
A. Giry que nous citons ici ^, est la cession par le 
pape Serge IV, en novembre 1011, au comte Guifrcd. 
de l'église de Saint-Martin du Canigou,pour y étaljlir 
une abbaye ', mais il existe des mentions de bulles 
sur papyrus de Léon IX et de Victor II». La plus 
ancienne bulleoriginalesur parchemin, signalée comme 
non suspecte par les nouveaux éditeurs des Rcgesla 
romanorum i>ûntilicuni,Cf,t un privilège de Jean XVIII 
pour l'église de Padcrborn, de décembre 1005. Excep- 
tionnellement et dans des circonstances particulières, 
le parchemin avait été employé par la chancellerie pon- 
tificale dès le x* siècle ^. 

La première ligne est ordinairement en caractères 
plus gros que ceux du reste de la teneur; à la fin du 
x« siècle, on y employa souvent une écriture capitale 
mêlée d'onciales dont les caractères sont parfois en- 
lacés; sous le pontificat de Clément II (1046-1047). 
une écriture allongée. Souvent la suscription n'est 
précédée d'aucun signe d'invocation, tout au plus 
d'une petite croix qui, à la fin du x<ï et au commen- 
cement du xi<î siècle, est parfois plus grande et par- 
fois remplacée par le chrismon. La suscription précède 
toujours l'adresse; elle est invariablement sous la 
forme : A', episcopus, scrvus servonim Dei, elle est 
presque toujours suivie d'une adresse, qui dans les 
privilèges dont l'clïet doit être perpétuel, se termine 
par la formule in pcrpetuum, presque toujours abrégée 
de la sorte : m /);'). 

«La teneur se compose ordinairement d'un préam- 
bule, d'un exposé et d'un dispositif qui ne donnent 
lieu à aucune observation; ou y peut noter un style 
généralement diffus, de longues phrases coupées d'in- 
cidentes nombreuses, la liaison des diverses parties 
les unes aux autres par des conjonctions. Les clauses 
finales comportent des anatlièmes contre ceux qui 
violeraient l'acte, la promesse des récompenses éter- 
nelles pour ceux qui en assureront la fidèle obser- 
vation. La disposition et les expressions mêmes de 
cette clause, que l'on peut faire remonter jus<iu'à 

*H. Bresslau. Pupiiiits iiml Pevijajucnt in fier ijapslUchen 
Kanzlei bis :ur Millv des XI Juhrlutiulerls. ihms Milllit'ilun- 
<jen des InstH. jiïr œslcrr. Oeschi'-litforscliiin(i, 1888. t. ï\, 
p. 1-33. — = Monaei. l'rut qneslioiie sulla scrilttira Itolldlii-ti 
et Sltlla influenza hftzuntina nelbi srrittura délie antiriie 
boite pontificie, dans Archirindella re(de sne.roni. di slorin pa- 
Irio, 188.Î, t. vin, p. l>4.')-247; 1880, t. ix, p. 283-284. — 
' yianuel de dinlomadqiie. p. »;t>i)-r>72. — ' Original ù la 
bibliolhétiue de l'erpi^nan. A. lîrufails, Bitlle sur papi/riis 



Grégoire 1'', se répètent dans la plupart des bulles; 
elles ne sont pas encore toutefois fixées en une for- 
mule invariable. 

<î Depuis le pontificat d'Hadrien I*' (772-795), les 
bulles sont datées d'une manière particulière. La 
teneur se termine par une première date de la main du 
scribe de la pièce; elle commence par la formule : 
ScripUim per manum, suivie de son nom et de son titre, 
qui est ordinairement « notaire et scriniaire », et com- 
prend seulement l'indication du mois et de l'indic- 
tion. En voici un exemple : Scriptum per manum 
Theodori notarii el scrinarii sanclie Romanœ ecdesise. 
in mense oclobrio, indiclione quarla ~. L'acte ainsi ex- 
pédié était soumis à l'approbation du pape qui ajoutait 
ou faisait ajouter à la suite, en manière de souscrip- 
tion, la formule Bene valetc. Dans les plus anciennes 
bulles ce mot est tracé sur deux lignes, en gros carac- 
tères, souvent en capitales entremêlées d'onciales et 
disposés entre deux croix de la façon suiv'ante : 

+ BENE 
VALETE + 

La manière dont ces mots sont tracés, parfois d'une 
main défaillante, suffit à montrer qu'ils l'étaient quel- 
quefois au moins par le pape lui-même. 

« Revêtu de cette formule, l'acte passait dans un 
bureau où l'on ajoutait la véritable date, plus déve- 
loppée et plus précise que celle du scribe. Elle débute 
par le mot : Daliim ou Dala, dont la première lettre 
est formée d'un paraphe assez compliqué. Cette date 
comprend : 1" le nom et le titre de celui par la main 
duquel l'acte a été «donné»; 2" des indications chro- 
nologiques. Apposée d'abord par le primicier, parfois 
suppléé par le secondicier, par un notaire ou par 
il'autres officiers, cette date fut, depuis le pontificat 
de Pascal I" (817-824), donnée de plus en plus souvent 
par le bibliothécaire du Saint-Siège qui paraît avoir 
absorbé peu à peu, à partir de cette époque, les fonc- 
tions du primicier, auquel il était auparavant subor- 
donné. Les éléments chronologiques de cette date 
sont : le mois et le quantième à la romaine, l'année du 
])ontificat dont on trouve le premier exemple à la fin 
du vii= siècle, sous Hadrien h', l'année de l'empire, 
l'année du post-consulat et l'indiction. 

" Avant le couronnement de Charlemagne, Léon III 
date de la conquête d'Italie (« quo cepil Italiam), et, 
après l'an 800, de l'année de l'empire de Charlemagne. 
La date du post-consulat, qui n'est qu'une superféta- 
tion, tombe peu à peu en désuétude, maïs la date de 
l'empire persiste. Cependant, après le grand interrègne 
du x'ï siècle, elle devient peu à peu moins fréquente et 
est remplacée de plus en plus souvent par l'année du 
pontificat. Comme les papes changeaient de nom et 
en prenaient fréquemment un déjà porté par leurs 
prédécesseurs, l'usage s'établit d'indiquer le rang oc- 
cupé par le pape parmi les pontifes du même nom. 
Sous le pontificat de Jean XIII (965-972), apparaît la 
date de l'incarnation, mais elle demeure exception- 
nelle. L'indiction commence au V septembre. 

" L'acte était validé par une bulle suspendue à des 
cordelettes de chanvre. « 

Nous accorderons une notice distincte au Liber 
diiirnus. Voir ce mot. Toutefois, nous devons, dès 
maintenant, rappeler l'emploi qui en fut fait par la 

de Serge IW dans la Beinie des sociélés saiumles, 18,St>. p. IGO. 
et fac-similé ;.Tarfé, Berjeslu.2' cdit.. n. :i!l76. Il existe une 
l)ullc sur papyrus de Benoit VIII pmir Ilililcsheim (1020- 
10221, aux arcliives d'État de Hanovre. II.BressUm.op. fi(.. 
p. 7 : Jaffé, op. cil., n. 4030. — ' L. Di-lisle. I.n Bibl. nation. , 
en 1S7Ô, dans la Bibl. de V fCcole des clmrlcs. 1876, t. xxxvii, 
p. 109; H. Brcssiau. op. cil., p. 2!t. — ' Giry, op. cil., p. 670. 
— '7 octobre 855. Confirmation par Benoit III des privi- 
lèges de l'abbaye de Corbie. .JalTé, Reijeslii, 2' édit., n. 2663. 



207 



CHANCELLERIE — CHANDELEUR 



208 



chancellerie romaine. Le Liber diurnus — qui n'était 
peut-être, par sa destination première, qu'un manuel 
destiné à faciliter l'apprentissage des jeunes employés 
de la chancellerie pontificale — devint au x'^ et au 
xi"^ siècle le formulaire suivi par cette chancellerie pour 
la rédaction des actes. L'argument capital dont 
Th. de Sickcl appuie cette opinion est déduit de 
l'usage que fit, au xi"" siècle, le cardinal Deusdedit 
de textes empruntés au Liber diurnus. Quoi qu'il en 
soit de l'autorité qu'en son temps Deusdedit attri- 
buait au texte du formulaire, il est aujourd'hui hors 
de contestation que le Liber diurnus est un formu- 
laire régulièrement suivi dans la chancellerie ponti- 
ficale pendant une certaine période du moyen âge'. 

H. LtCLERCQ. 

1. CHANDELEUR. L'ancien art chrétienne nous 
offre guère de rf]iresentations monumentales de la 
présentation de Jésus au Temple. Avant la paix de 
l'Église nous n'en connaissons aucun exemple; après 
cette date, la mosaïque de l'arc triomphal de Sainte- 
Marie-Majeurc nous montre une scène qui, malgré 
sa noblesse et le talent avec lequel elle est traitée, 



chape, les autres en tunique qui paraissent trop étran- 
gers à la scène. Tout ce clergé vient de sortir du 
Temple dont on voit l'entrée et le fronton. Nous 
sommes devant le Temple et les portiques de Salomon, 
sujet auquel les artistes chrétiens se sont rarement 
attaqués'. La façade de l'édifice est composée de quatre 
colonnes soutenant un fronton triangulaire qui est 
orné de l'image du Sauveur assis entre les bustes nim- 
bés des princes des apôtres. L'artiste a, évidemment, 
imité la façade d'une église chrétienne et a fait comme 
l'auteur des portes de Sainte-Sabine qui, dans la 
scène de Zacharie, a mis dans le fond une église sur- 
montée d'une croix gemmée à la place du temple de 
Jérusalem *. Ce sont des anachronismes dont les ar- 
tistes chrétiens sont coutumiers et dont ils ne s'em- 
barrassent guère. Dans le cas présent, nous devons 
nous en féliciter p'uisque l'anachronisme nous met en 
possession d'un document positif de la manière dont 
le fronton extérieur des basiliques chrétiennes était 
orné dans la première moitié du \' siècle. 

A l'extrémité de la scène que nous venons de dé- 
crire, vers le point de contact de l'arc avec la paroi 




2iG0. — Présenlation au temple. Mosaïque de Sainte-Marie-Majeure. D'après une photographie. 



ne semble avoir exercé aucune influence. Ce sujet 
est demeuré unique - (fig. 2466). 

Au sommet de l'arc, à droite du spectateur, un 
registre offre la scène de la présentation. Devant un 
portique à colonnes qui sert de fond au tableau, 
la vierge Marie s'avance tenant son fils dans ses bras. 
La Vierge porte un riche vêtement byzantin, et son 
fils, déjà grand, vêtu d'une tunique talaire, a la tête 
ornée de l'auréole au sommet de laquelle se dresse 
une croix. Trois anges, adultes, les escortent, celui 
qui est en tête du cortège et qui montre le chemin a 
dû être entaille et réduit à l'époque de la Renaissance 
ou même plus tard, lorsqu'on s'avisa d'introduire 
saint Joseph, dont l'attitude empruntée dépare l'en- 
semble. A la rencontre de Marie et de son Fils, viennent 
la prophétesse Anne et le vieillard Simèon. Celui-ci est 
le morceau magistral du tableau. On peut apprécier 
par la planche que nous donnons, la vie et l'éclat de 
ce visage vigoureux ; l'attitude du corps est d'une vé- 
rité et d'une perfection auxquelles les monuments 
du \" siècle ne nous ont guère habitués (fig. 2467). 
Derrière Siméon, une troupe de prêtres, les uns en 

— ' Liher diiirntis, édit. de Rozière, 1869; Liber diurnus, 
édit. Th. de Sickel,lS.S<l.et PrrAïKjemena zum Liber diurnus, 
dans Silzungsbericblc de l'Acad. de Vienne, 1888, t. cxvn; 
P. Fournier, dans Mélanges d'iireb. et d'hisl., 1880, t. ix, 
p. 438-447; L. Duchesne. dans Bulletin eritique. 1889, 
p. 201-205, 238. — = Rohaiilt de Fleury. J.'Émmgile, in-4». 
Tours, 1874, t. i, pi. xiv; De Rossi, / miisaiei eristiani di 
Roma, in-tol., atlas, Ronia, 1899, non paginé, fascicule 
musaieo delV areo trionfale e dellc pareil dl S. Maria Mag~ 
giore, p. 4; A. Taylor et J. P. Bichter, The golden Age of 



latérale, la mosa'ique a disparu presque complète- 
ment. Au point où nous vo^'ons la façade du Temple, 
la scène changeait évidemment. Garrucci a cru voir, 
là où commence la lacune, la trace des extrémités du 
vêtement de la Vierge richement tissé d'or. Il pense, 
par conséquent, que cette scène mutilée figurait la 
fuite en Egypte protégée par un ange ; celui-ci est en- 
core visible. 

Pour rencontrer d'autres représentations du sujet 
que nous avons rencontré exceptionnellement au 
v^ siècle, il faut attendre le viii'= siècle; nous le retrou- 
vons alors sur une mosaïque de Saint-Pierre; au 
ix" siècle, dans une miniature d'un manuscrit grec 
de la Bibliothèque nationale, n" 150, au x« siècle, dans 
un ms. latin du même dépôt, n" aJJS, le « Graduel 
de l^riim » et, depuis lors, sur divers monuments qui 
cessent d'appartenir à nos recherches '. 

Toutefois, nous voulons faire une place à un mo- 
nument certainement ancien, mais dont la date ne 
peut être déterminée avec beaucoup de précision; il 
s'agit d'un chapiteau de marbre blanc, dans un des 
niinaretsdeHaram-esh-Sherîf, à Jérusalem (fig. 2468). 

elassic ehristian Art, in-S^, London, 1904, pi. 35, 36, 37, 3S, 
39. — 'De Rossi, Bullettino di areh. erisL, 1882, p. 151, 
a compare le temple de notre mosaïque avec un fond de 
coupe juif. Cf. H. Lcclercq, Manuel d'arehéol. ehrit., t. i, 
fig. 349, p. 108. — 'De Rossi, Bull, di arch. erisl., 1882, 
p. 140; 1887, p. 89; Berthier, La por/e de Sainte-Sabine, 
in-8<', Frihourg, 1892, p. 54. — 'L. Guéncbault.DïcL ico- 
nographique, 1843, t. ii, p. 278 ; Rohault de l'ieury, L'Évan- 
gile, t. i,p. 53-55, pi. XIV, XV ; Grimouard de .Saint-Laurent, 
Guide de l'art chrétien, in-8», Paris, 1872, t. iv, p. 150-152. 



DiCi KiNXAiRii i/.\i<<;iii';oi.O(;ii-: 



Li;i()i /TY i:i Asr. liditcuis. 



lî sa' ••a-il 




In.r. (,. DI-BMKQUE, u-.;. nu- de V.,ii:;ir:.rJ 



.Mu^aiinic- de S.iinlc-.WariL-.MaJL-iiri.-. 
Clichc-s prC-lOs par .\L J.-P. Kichtcr. 



209 



CHANDELEUR 



CHANDELIER 



210 



Quoique très mutilé, ce morceau de sculpture est sufil- 
samment conservé pour que l'on y puisse reconnaître 
la scène de la présentation de Jésus au Temple '.Les 
musulmans se sont surtout attachés à briser les visages 
<lont il ne subsiste nul vestige. Cependant à la suite 
(l'un examen minutieux on reconnaît à l'extrémité de 
ijauche la présence d'une figure portant un vêtement 
long, serré à la taille par une ceinture dont les extré- 
mités tombent naturellement. Le personnage est de- 
bout, les jambes légèrement courbées. les b.-as tendus 




1, ' • f 




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. 



2468. — La présentation au temple. Chapiteau 

du Hai-am-esh-Scliérif. 

D'après Clermont-Ganneau, Archa^ological researcliCS 

in Palestine, 1899, 1. 1, p. -144. 

en avant, et sur les bras une pièce d'étoffe à grands 
plis formant une sorte de cavité entre les bras. L'attl- 
lude est celle de l'homme qui se prépare à rece- 
voir un objet dans ses mains tendues et, suivant 
l'usage ancien, drapées par respect pour ce qu'on va 
recevoir. Ce geste est en fonclion d'un autre person- 
nage, également drapé, assis à l'extrémité de droite. 
Ici encore, la tête, la main et le bras droit ont été 
lirisés, il ne reste que le bras gauche et la main gauche 
ouverte. En martelant la tête, on a oublié de détruire 
un large nimbe crucifère orné de points; d'après la 
position de ce nimbe on peut induire que la tête placée 



* Ch. Clermont-Ganneau. Archa'oUnjii-dl researchcs în 
Pahsline, in-4», Loncliin, I8i)!), t. i, p. 1 14-1G5. — = De 
Rossi, Il niiiseo epiijrafico cfisliano Pio Lateranense, in-4'', 
Roma, 1877, pi. .\iv; Roma sotlerranea, t. il, p. 235; Gar- 



dcvant ne regardait pas de face, mais était tournée 
à gauche. Entre ces deux personnages s'en trouvait 
un troisième, debout, drapé, le coin de son vêtement 
jeté sur l'épaule gauche; le bras gauche est brisé, le 
bras droit semble s'emploj^er à rempUr une place in- 
termédiaire entre les deux personnages extrêmes de 
la scène. Celle-ci représente — avec quelque gauche- 
rie sans doute, qui peut tenir à la science de l'artiste 
et à la forme du cliapiteau peu favorable à un haut- 
relief — la présentitiori de Jésus. Il est probabit que 
-Marie était assise, luiant son enfant dans ses bras et 
faisant le geste de le tendre à Siméon qui s'apprêtait 
à le recevoir; entre eux, la prophètcsse .\nne tendait 
instinctivement les bras, afin de ne pas laisser choir 
l'enfant. Xul vestige du temple, des colombes, etc.; 
mais outre que l'état du chapiteau ne permet pas de 
dire avec certitude ce qui s'y voyait et ce qui ne s'y 
\ oyait pas. ses dimensions ont pu engager le sculpteur 
à simplifier le plus possible son sujet. La présence 
d'une aile permet toutefois de reconnaître la présence 
d'un ange qui a complètement disparu. .M. Clermont- 
Ganneau croit voir saint Joseph dans le person- 
nage que nous appelons la prophétesse Anne; le 
geste de son bras replié serait celui d'un homme qui 
retient les deux colombes du sacrifice sur sa poi- 
trine : le personnage de saint Joseph est trop excep- 
tionnel dans l'ancien art chrétien pour que nous ne 
!uî préférions pas la prophétesse; au reste, c'est là 
pure affaire de préférence. 

L'emploi du nimbe crucifère pour la Vierge est ex- 
c ptionnel dans l'art chrétien; on peut supposer qu'Ici 
M.irie a reçu cet attribut parce que le visage de Jésus 
touchait le sien et qu'on aura confondu leurs deux 
nimbes en un seul. 

11. Leclehcq. 

2. CHANDELEUR (Fête), voir Purification 
( Félc de la). 

CHANDELIER. — L Usage. IL Emplacement. 
111. Curiosités. IV. Chandelier pascal. 

I. Us.\GE. — Dans la notice consacrée au mot C.\n- 
DÉL.\BRE, Dklionn., t. ii, col. 1834-184'2, nous nous 
sommes occupé presque exclusivement de l'usage de 
cet emblème dans les représentations de martyrs et 
de personnages allégoriques; ici c'est l'usage litui^ 
gique qui nous retiendra particulièrement. 

L'origine de l'emploi des cierges allumés pendant la 
célébration des mystères eucharistiques fera l'objet 
d'une autre dissertation (voir Cierges); nous ne nous 
occupons à cette place que du matériel liturgique. 
Étant donnée la pratique de faire brûler des cierges, 
la forme de ceu.K-cî imposait l'adoption de récipients, 
en vue de les maintenir debout. L'n marbre antique 
représente une âme à l'entrée du paradis. Heureuse- 
ment au lieu de nous montrer le jardin fleuri si fré- 
quent sur les fresques de cette époque, le lapicide a 
figuré cette entrée par l'iconostase d'après un rappro- 
chement d'ailleurs aisé à saisir. 11 y a deux colonnes 
ioniques formant trois entre-colonnements et deux 
de ces derniers montrent des cierges plantés dans des 
chandeliers et posés sur le stylobate de chaque côté 
de l'entrée ^. Les chandeliers semblent, à en juger par 
cette incision grossière, un simple bloc évidé aux di- 
mensions nécessaires pour laisser ficher un cierge dans 
la cavité. Ce n'est pas encore, à proprement parler, 
le chandelier dans le sens que nous donnons à ce mot. 
Celui-ci se rencontre surlafresquedeXaples';ilcst des 
plus simples. C'est un long fuseau monté sur trois pieds 



rucci, Sloriu delV arte cristiaua^ in-fc.I., t. vi, p. 143, 
pi. 48.5; Perret, /-(•*• calticantbes de /Vonie, in-tol., Paris, 1852, 
t. V, pi. xxiv;i)if/ionn., t. i, roi. 1510, fig. 361. — ■ Dic- 
tionn., t. II, col. 1835, fig. 2008. 



211 



CHANDELIER 



21'2 



et soutenant une coupe évasée dans le haut: au centre 
de cette bobèche est plante le cierge. Dans la même 
catacombe de Saint-Janvier, on voit un autre type en 
forme de balustre porté sur trois pieds. Les chande- 
liers les plus luxueux sont alors formés d'une suite de 
boules et de fuseaux alternés et reposent sur un trépied 
à griffes de lion. Nous en avons un exemple remar- 
quable sur une épitaphe chrétienne représentant Bes- 
sula entre deux chandeliers posés à terre et pouvant 
mesurer environ un mètre de haut; c'est un des plus 
anciens types du chandelier liturgique, qui, pendant 
raille ans, restera ainsi au pied de l'autel', 

La matière de ces chandeliers, devait sans doute, 
varier beaucoup, depuis le bronze jusqu'au bois; peut- 
être dès avant la paix de l'Église vit-on des chandeliers 
d'argent ou de vermeil, nous n'avons ni un texte ni un 
monument qui autorise à rien aflîrmer ou à rien nier 
sur ce point. Le Liber ponlificalis nous apprend que 
l'empereur Constantin ofliit des chandeliers d'or et 
d'argent fort pesants et montés sur des pieds ^ Un 
croquis, ou même l'original, nous servirait mieux 
que les descriptions les plus pompeuses. 

Dès le i\' siècle, le luxe s'empare des chandeliers 
comme de tout le mobilier liturgique ; malheureuse- 
menton prend plus de soin à énumérerles splendeurs 
reluisantes de tel ou tel objet qu'à nous en décrire la 
forme etl'emploi. Une médaille de dévotion que nous 
avons déjà eu occasion de figurer et de décrire, nous 
montre un fidèle nommé Gaudentianus portant un 
calice d'offrande à l'autel. Cet autel est couronné d'un 
ciborium portant au sommet une rangée de cierges 
allumés,.plantés à même dans la charpente =. Ces herses 
limiineuses, écrit Rohault de Fleury, devaient produire 
un bel effet et couronner dignement l'autel. L'usage de 
disposer des cierges au sommet du ciborium ne se perdit 
jamais; nous le constatons à Sainte-Sophie, d'après la 
description duSilentiaire et je l'ai retrouvé sur un ci 60- 
rium de la cathédrale de Fieims.d'une époque tardive; 
là, comme sur la médaille de Gaudentianus, brûlaient 
en l'honneur des reliques, une suite de cierges serrés'. 

Un autre usage a été indiqué dans notre étude sur 
les lettres A et C*5. On fixait des cierges sur la croix de 
procession à laquelle pendaient les lettres symboliques, 
ces cierges étaient allumés et l'usage des croix cérofé- 
raires traversa tout le moyen âge^ Dans la basilique 
de Xole, saint Paulin nous décrit l'éclairage : lampes, 
lustres ei. candelabra qui sont moins ici des chandeliers 
que des girandoles ' : 

veî circumfixa per omnes 

Ordine diuerso quasi candelabra coUimnas^ 
Depietas exstante geriint qua: citspide seras, 
Lumina ni incUisis reddanlur odora papijris. 

Ici, la colonne sur laquelle on attache les girandoles, 
prend le nom de chandelier; il n'est que de s'entendre. 

Xous hésitons un peu à faire usage de quelques 
textes auxquels on s'est habitué à faire dire plus qu'ils 
ne contiennent. Vouloir tirer une indication de ces 
paroles de Jésus : Xeque accendunt lucernam et pomint 
eam sub modio sed super candelabrum ul lueeat omni- 
bus qui in domo sunt ', n'est plus affaire de science 
mais de virtuosité. De même, il . st aventureux 
de faire des sept chandeliers d'or, au milieu desquels 

'De Rossi, Il museo epigraftco, pi. xv, n. 44; Garrucci, 
Storia, t. vi. pi. 48.5. — 'Diclionn., t. 11, col. 1834. — 
• Dictionn., t. i. col. 1826, fig. 492. — ' Rohault de Flciiry. 
La messe. Éludes archéologiques. in-4°, Paris, 1888, t. vi, 
p. 36. — ' Dielionn.. t. i, col. 24. Xous le voyons en usage 
en Gaule, chez Grégoire de Tours. De gloria confessorum, 
c. Lxxix, P. L., t. ixxi. col. 886. — 'S. Paulin, Poema, 
XIX, P. l .. t. Lxi.col. 535. — ■ :Matth.. v. 15. — ' .\poc. i. U. 
— • S. .\thanase, Episl. ad ortltodoxos in persecutione, e. iv, 
P. G., t. XXV, col. 229. — "Prudence, Péri Slephanon, 



saint Jean vit le Verbe ', une prescription ou même un 
simple indice liturgique. 

Saint Athanase se plaint de ce que les ariens aient 
introduit des pa'iens dans les églises, ceux-ci empor- 
tèrent les chandeliers pour y faire briiler des cierges 
devant les idoles'. 

Prudence, dans son hymne sur saint Laurent, lui 
fait reprocher par le juge le luxe qu'il déployait dans 
les églises et les cierges qui, dans les offices nocturnes, 
étaient posés sur des chandeliers d'or. Xous croyons 
du moins qu'on peut ainsi traduire ces deux vers'": 

Auroque noclurnis sacris 
Aslare fîxos cereos 

Au point de vue du mobilier liturgique, le rensei- 
gnement ne vaut qu? pour l'époque de Prudence. Les 
Statula Ecclesiœ anliqua prescrivent en ces termes 
l'ordination des acolytes ; » Que l'acolyte reçoive le chan- 
delier avec un cierge des mains de l'archidiacre, afin 
qu'il sache que sa fonction est d'alkuncr les cierges dans 
l'église".» Ce texte permet d'induire qu'il s'agit de chan- 
deliers lorsque saint Isidore de Séville nous apprend que 
« les cierges sont portés et déposés par les acolytes '^.» 

.\u vi'î siècle, le sarcophage de saint Barbatianus, à 
Ravenne, nous montre sur les faces latérales, deux 
chandeliers allumés disposés de chaque côté de la 
croix; ils se composent d'une étroite bobèche, d'un fu- 
seau entre deux nœuds et d'un trépied qui sert de 
base ". Ces chandeliers flanquant la croix surmontée 
du chri'mc. pourraient bien vouloir figurer ici les chan- 
deliers de l'autel. Un hommage rendu à la croix n'est 
ni impossible ni extraordinaire à cette époque; néan- 
moins, nous penchons à voir ici dans les croix une sup- 
pléance de l'autel que, faute de place et d'haLileté.le 
tailleur de pierres ne s'est pas risqué à sculpter, 

.\u ix'siècle,la renaissance carolingienne ramène un 
peu de paix et d'opulence. Les papes s'efforcent de se 
montrer magnifiques. Léon III donne à la basilique de 
Saint-Paul ccrcostalas majores vcrsaliles anaglyphos ex 
argenlo. Léon IV offre aux saints des chandeliers d'ar- 
gent du poids de deux livres et six onces. Il fait recou- 
vrir d'argent quatre chandeliers qu'on ne mettait jadis 
dans le chœur que les jours de fête et qu'il décide d'y 
laisser perpétuellement. Ces lustres à cierges étaient 
quelquefois en fer plaqué d'argent. Dans un seul pres- 
bylerium, il en dressa vingt-sept. J.-B. De Rossi pense 
que le terme lilia qu'on rencontre fréquemment dans 
\e Liber ponlificalis désigne la partie supérieure des 
chandeliers, sorte de gobelets ou de calices de fleurs, 
dans lesquels on plantait les cierges". 

II. Emplacement. — Dans son écrit contre l'héré- 
tique Vigilance, saint Jérôme nous apprend que c'était 
une coutume universelle en Orient d'allumer un cierge 
pendant l'évangile. Cet usage s'introduisit en Occident 
au v= siècle et, vers le vu' siècle, la coutume était 
établie de tenir des cierges allumés pendant tout les 
temps du sacrifice de la messe '^. Mais les chandelier 
étaient alors déposés aux deux coins du sanctuaire. 
A quelle époque les plaça-t-on sur l'autel'? Si nous 
consultons les liturgistes, ils ne sont guère d'accord 
entre eux; les uns répondent que c'est au x« siècle", 
d'autres au xvr'"; Grancolas'* dit même que c'est 
un usage tout récent, et par là il entend le xvi» ou le 

hymn, 11, vs. 71, P. L.. t. lx, col. 300, — " Can, 6, Hctele, 
Ilisloire des conciles, édit, Lcclercq, 1908, t. 11, part. 1, 
p. 112. — '=S. Isidore, Ori9i;ies,I. VIII, c. xii,P. /.,,t.Lxxxii, 
col. 293. — " Rohault de Fleury, l.a messe, t. vi, pi, 448. 
— ^' Bulletinodiarcheologiacristiana, 1SS2, p. 148, — "Le- 
brun, Cérémonies de la messe, 111-8", Paris, 1818, t, i, 
p. 70. — " Thicrs, Dissertation sur les autels, c, xix, in-S°, 
Paris, 1688. — '"Bocquillot, Traité historique de la liturgie 
sacrée. in-8°, Paris, 1701. — " .Anciennes liturgies, in-S"» 
Paris, 1704. t. 11. p. 52. 



213 



CHANDELIER 



214 



XVII' siècle. Essayons de trouver la vérité au milieu 
de tant d'opinions contradictoires '. 

On a donné comme preuve de l'absence du chande- 
lier sur l'autel jusqu'au xv" siècle, les petites repré- 
sentations d'autels que nous offrent les miniatures et 
les vitraux, et où on ne voit figurer, tout au plus, que 
le calice. Cette preuve négative, en supposant même 
qu'elle soit exacte, ne serait point admissible, car les 
figures d'autel sont souvent si petites que les artistes 
ont dû se contenter d'en déterminer la nature en y 
plaçant seulement un calice; le défaut d'espace a pu 
leur faire négliger les accessoires. D'ailleurs, on ne 
pouvait placer les chandeliers, comme on l'a fait de 
la croix, qu'au moment même du saint sacrifice et 
c'est pour cela que certaines miniatures nous offrent 
des autels entièrement nus. 

Si l'absence de chandeliers sur l'autel dans les monu- 
ments figurés ne peut rien prouver, leur présence, au 
contraire, est un argument décisif. Nous pouvons en 
produire un pour le xir' siècle. La châsse romane de 
saint Calmin, provenant de l'abbaye de Mauzac (Riom ) 
nous offre une peinture d'autel où un chandelier unique 
fait le pendant de la croix. Deux autels reproduits 




2469. — Chandelier de Clu'dons-sur-.Marne. 

D'après le Bulletin de la Société nat. des antiquaires 

de France, 1877, p. 98. 

par Villemin, d'après des monuments du xv" siècle, 
sont ornés de deux chandeliers. 

Consultons maintenant les textes. Les écrivains 
ecclésiastiques antérieurs au xi^siècle qui se sont oc- 
cupés des autels, saint Cyrille de Jérusalem, saint 
Isidore de SéviUe, Denis l'Aréopagite, .\nialaire, 
Walafrid Strabon, Rhaban Maur, ne font aucune 
mention de chandeliers fixés sur l'autel. Ils nous 
apprennent que les acolytes posaient leurs chande- 
liers par terre, in pavimenlo, aux angles de l'autel, 
connue c'est encore l'usage aujourd'hui dans beaucoup 
d'églises orientales; qu'au moment de l'Évangile, ils 
les reprenaient pour accompagner le diacre à l'ambon 
ou au pupitre; qu'ils les replaçaient ensuite au pied 
de l'autel, et qu'après l'office ils les rangeaient soit à 
la sacristie, soit derrière l'autel. 

Le pape Léon IVet le concile de Reims au ix" siècle, 
Katliier de Vérone au x= siècle, prescrivent expressé- 
ment de ne rien mctti-e autre chose sur l'autel que les 
reliques des saints et le livre des évangiles. Quand les 
anciennes coutumes de Saint-Bénigne, de Dijon, 
de Fleury, de Corbie, etc., prescrivent un nombreux 
luminaire pour les ofiices, elles parlent toujours d'al- 
lumer les cierges non point sur l'autel, mais devant 
l'autel. Les Coutumes de Citeaux, rédigées en 1188, 
disent que le Vendredi-Saint, avant l'office, on doit 
allumer deux cierges près de l'autel, connue c'est 

ï J. Gorblet, Les chandeliers d'éijlise au moyen âf/e, dans 
la Fct'ue de l'art cbrctien, l.S.')'.l. I. iit, p. 20-:iI. 



l'usage pour les jours de fête, ul mos est festivis diebus. 

C'est seulement dans les auteurs du xiii^^ siècle qu'on 
trouve des indications positives sur la présence des 
chandeliers sur l'autel; ce qui ne veut dire aucune- 
ment que ces textes n'existent pas, puisque la châsse 
de Riom témoigne en faveur de l'usage dès le xii'' siècle. 
Guillaume Durand dit que : aux coins de l'autel sont 
placés deux chandeliers, pour signifier...; et encore : 
la croix est placée sur l'autel, au milieu de deux chan- 
deliers, parce que... Le Sire de .Joinville dit, en par- 
lant des cérémonies de la Sainte-Chapelle, sous le 
règne de saint Louis: Et en chascun jour férial ou jour 
que l'on ne dit pas ix leçons, estoient deux cierges sur 
l'autel qui estoient renouvelez chascun jour de lundi 
et chascun mercredi : mes en chascun samedi et en 
toute simple feste de i.x leçons estoient mis quatre 
cierges à l'autel; et en toute feste double ou demi- 
double ils estoient renouvelez, et estoient mis à l'autel 
six cierges ou huit; mais es festes qui estoient moult 
soUempnex, douze cierges estoient mis à l'autel. > 

Au xiv« siècle, sainte Brigitte écrivait au chapitre 
xxiî^ de ses Révélations : Le maitre-autel aura deux 
calices avec deux paires de burettes et de chandeliers. 




2470. — Chandelier à Syracuse. 
D'.-prcs Kotizie degli scavi, 1895, p. 498. 

une croi.x et trois encensoirs. L'usage de mettre des 
chandeliers sur l'autel était devenu général au 
xvi = siècle, lly avait encore, cependant, des exceptions 
au xviis parmi les églises cathédrales et collégiales qui, 
selon l'expression de J.-B. Thiers, « étaient restées le 
plus attachées à l'antiquité. : La cathédrale de Chartres 
a conservé cet usage de placer les chandeliers sur les 
marches de l'autel jusqu'à nos jours. 

Ainsi donc, pour nous résumer, il parait certain : 
1° que jusqu'au xr siècle on ne mit point de chande- 
liers sur l'autel; 2° que cet usage existait, du moins 
dans quelques églises, au xii" siècle et surtout au 
xiii«; qu'il se généralisa aux xvet xvi=,sauf quelques 
exceptions qui ont persévéré plus ou moins longtemps. 

Outre les chandeliers à poste fixe, il y en avait pour 
les acolytes plus ou moins nombreux, employés à la 
célébration de l'ofiTice. Dans l'ancienne liturgie galli- 
cane, le diacre qui chantait l'évangile était accom- 
pagné de sept acolytes portant chacun un chandeUer 
pour figurer les sept dons du Saint-Esprit. Le degré 
de solennité des offices, dans tous les monastères, 
était \'ulgairement désigné sous le nom de fête à trois, 
à cinq, à sept chandeliers. On indiquait par là, non 
qu'on dût placer ce nombre sur l'autel, mais que l'ofli- 
ciant devait être accompagné d'un ])areil nombre de 
céroféraires- Dans les processions, dès le temps de 
Grégoire de Tours, deux chandeliers escortaient la 
croix. On éleva ce nombre de deux à trois, à cinq ou 
même à sept, et cette pratique se maintenait encore en 
Touraine, il y a un liemi-siéclc. 



CHANDELIER A SEPT BRANCHES 



216 



f' III. Curiosités. — Nous réunirons ici quelques 
tj'pes de chandeliers dans l'espoir d'attirer l'attention 
sur certaines pièces qui reposent dans les vitrines des 
musées et auxquelles on ne fait pas l'honneur d'une 
publication, faute, souvent, de pouvoir en établir la 
destination. 

Aux environs de Châlons-sur-Marne on a trouvé, 
vers 1S77, un objet en bronze dont la forme éveille 
d'abord l'idée d'un double coquetier bien que la pré- 
sence d'un tube circulaire intérieur impose un usage 
différent de celui du coquetier'. Des objets analogues 
ont été signalés par l'abbé Cochet dans les cimetières 
de Xormandie: ils existent en nombre au musée de 
Rouen et au musée de Saint-Germain-en-Laye. Il y a 
tout lieu d'admettre l'opinion d'.\lex. Bertrand qui 
propose d'y voir des candelabra ou lychnuchi '; J. Qui- 
cherat conjecturait avec vraisemblance que ces chan- 
deliers ont dû servir dans les processions'; ainsi ces 
pau\Tcs débris gallo-romains offriraient un certain in- 
térêt liturgique (fig. 24G9>. 

A Syracuse, dans la cataconibe San Giovanni S un 
objet assez curieux ettrès grossier comme fabrication 
(fig. 2470). C'est un petit chandelier qui devait servir 
à tenir une mèche dans un récipient rempli d'huile sus- 
pendu en manière de lampe à lu voûte. Probablement, 
une de ces lampes qu'on appelait, à cause de leur 
forme, eorona- ou rirculi himimim, et dont nous trou- 
vons cette description dans Prudence*: 

Pendent nobilihiis luniina funibus 

Quœ sii/Iixa miennt per laquearia, 

El de languiditis fota nalantibus 

Luceni perspicuo flamma iacii vitro. 

1\. Ch.wdelier p.\sc.\l. — Les liturgistes se sont 
occupés du cierge pascal, de sa matière, de sa bénédic- 
tion. de sa décoration: ils ne se sont guère attardésàla 
question de son support. A \Tai dire, on n'en sait abso- 
lument rien', et. en l'absence de tout monument authen- 
tique, mieux vaut. peLit-être. s'abstenir d'enimproviser. 

II. Leclercq. 

CHANDELIER A SEPT BRANCHES. Le Sei- 
gneur dit à iMoïsc : Tu feras un chandelier en or pur, 

' A. de Barthélémy. Chandelier antique trouvé près de 
Chàlons-sur-Marne, dans le Bullelin de la Société nationale 
des antiq. de France. 1877. t. xxxvin, p. 98-9!). — ' .\. Ber- 
trand. Sole relative à des objets trouvés à Inclteville prés d'Eu, 
en lS7ù (communication de l'abbé Cochet f. dans la Reçue 
des Sociétés savantes, VI* sér.. t. m. p. 131-134. — ^ BuU. de 
la Soc. nat. des antiq. de France, 1877, p. 99. cf. p. 104. — 
* F. OrS!, Suave explorazioni nelle catacombe di S. Giovanni 
nel 1S94, dans Atti délia reale Accademia dei lincei. 1895, 
sér. Y. Classe dei scienze niorali, storiche e filologiche. t. m, 
Sotizie degli scavi. p. 498. — ^ Prudence, Cathenierinon. 
hymn. v, vs. 141, P. L.. t. lix. col. 829. — «Corblet. Le 
chandelier pascal, dans la Revue de l'art chrétien, 1859, t. m, 
p. 170. — • Exode, x.xv, 31-32; cf. xxxvii, 17 sq. ; xx.xix, 37. 
— ' Perret et Chipiez, Histoire de Tort dans ranliqailé, in-S». 
Paris, 1887, t. n-. p. 312, 313, fig. 161-163; W. Xovack, 
Candlestick, dans 7'/ic Jewish Encyclopedia, 1902. t. m. 
p. 531-533; Reland. De spoliis Templi Hierosolyniitani in 
arcii Tiliano, in-4<', Trajccti ad Rhenum, 1775, p. 82 sq. — 
C. Jullian, Inscriptions romaines de Bordeau.v, in-4*', Bor- 
deaux, 1890, t. II, p. 106. — " Maury, dans ]a Revue archéo- 
logique, 1883, 1. 1. p. 222. — '' D. Kaufmann, Étudesd'archéo- 
logie juive, dans la Revue des études juives, 1886, t. xin. 
p. 52-55; S. Rcinach, Soles sur la synagogue d'Hamnïan el 
£n/, dans même revue, 1886, t.xni,p.219: " Je suis moins 
certain que M. Kaufmann que ce symbole n'ait jamais clé 
employé par les chrétiens. M. Tliédenat, Lampes antiques 
trouvées à Chypre et en Asie-Mineure, dans le Bull, de la 
Soc. nat. des antiq. de France, 1881, t. xlii. p. 225-226, si- 
gnale une lampe de la collection Sorlin-Dorigny portant le 
chandelier entre la palme et la corne, « on a écrit de longues 
dissertations sur le chandelier à sept branches. Était-il 
représenté sur leurs monuments par les premiers chrétiens, 
ou seulement par les .luifs? La question, je crois, a été ré- 
solue dans le sens des Juifs. E. LeBlant, La controverse des 
chrétiens et des juifs au.v premiers siècles de l'Église, dans 



six branches sortiront de ses côtés : trois branches d'un 
côté du chandelier, trois branches de l'autre côté du 
chandelier '. Cet ordre fut exécuté et le chandelier à 
sept branches devint comme le symbole de la foi 
juive, symbole infiniment cher aux anciens Hébreux 
qui en multiplièrent la représentation '.Ce chandelier 
prit une telle importance dans l'histoire politique et 
religieuse du peuple juif qu'il devint, même et peut- 
être surtout après son transfert à Rome, par Titus, le 
signe symbolique et mystérieux de la race et de la foi 
juives '. Désormais, on le trouve sur tous les monuments 
figurés quels qu'ils soient, qui ont une origine hébraï- 
que: épitaphes, lampes, pierres gravées, pâtes de verre, 
anneaux. .\ vrai dire, on le rencontrerait également 
sur des monuments clirétiens", ce qui a été discuté". 
Mais avant d'aborder cette question, il importe 
d'être fixé sur les représentations juives. Tout d'abord, 
il ne semble pas que représentation figurée, fresque ou 
bas-relief du chandelier fût une contravention de la 
défense qui ne portait que sur une copie du chandelier 
employé comme objet d'usage journalier '^ Avant la 
destruction du Temple, ce symbole n'était pas encore 
adopte comme tel, car on ne le rencontre pas sur 
les monnaies juives''; sa reproduction sur l'arc de 
triomphe de Titus dut avoir quelque influence sur sa 
propagation : il figurait sur le monument de la défaite 
de la Judée par Rome, ainsi, il devenait assez naturel- 
lement le symbole ofiTiciel du judaïsme en exil.« Mais, 
de même que ce symbole a pris son essor à Rome, il 
est venu aussi directement de la Palestine à travers la 
diaspora. Tandis qu'en Occident, le chandelier à sept 
branches n'apparait ordinairement que sur des tom- 
beaux, des èpitaplies. des lampes funéraires, des verres 
dorés ou des pierres sculptées, on le voit en Orient, sur 
des édifices, des colonnes, des chapiteaux, comme un 
symbole très fréquent. Tantôt il est représenté en re- 
lief, tantôt simplement comme ornement d'une sur- 
face ". .-Vux preuves déjà connues viennent s'ajouter la 
lampe trouvée dans une tombe juive du Carme!'-' et 
les spécimens découverts dans la région orientale du 
Jourdain '*. . 

Mémoires de la Snc. nul. des antiq. de France. 1896, t. LVii, 
p. 249. note 5 : On sait combien ce signe, que ne porte au- 
cun monument chrétien, est fréquent sur les épitaphes 
juives. ' et il cite Corp. inscr. grœc, t. iv. p. 587 sq. ; Corp. 
inscr. lut., t. ix. n. 6199. 6204. 6212, 6219, 6221, 6224, 6225, 
6236; Inscript, chrét.. de la Gaule, t. il. n. 621 ; Xouveau re- 
cueil des inscr. chrét. de la Gaule, 1892, n. 284 a, 292, etc. 
Kraus. dans Realencgklopcidie, 1886, t. il, p. 296 : bis fetzl 
muss angenommen iverden, dass der Candelaber nur auf 
jiidischen Monumenten angebracht ivar. — ' = C'est cette con- 
travention qu'avait soutenue H. Guthe. dans Zeitschrift des 
deutschen PalasHnavereins, t. viii. p. 334, en s'appuyant sur 
la baraita de Menahot, 2S b (cf. Rosch haschana, 24 a; .Abo- 
da Zara 43a). — '^L'exception citée par Madden est encore 
douteuse. Cf. ^ladden. Coins of the Jews, in-8**, London, 
1881, p. 102. — "Kraus, Leuchtcr, dans Realencyclopàdie der 
chrisllichen .Ulerlhumer, 188G, t^ ii, p, 296. Cf. de Saulcy, 
Voyage en .Syrie et autour de la Mer ^lorte, t. il, pi. XLVi; 
Riehm, Hamhvorlerhuch des bibl. .-illerthums, Bielef., 1879, 
t. IV, p. 902; Héron de Villefosse, Xotice des monuments pro- 
venant de la Palestine et conservés au musée du Louvre, in-S°, 
Paris, 1879, p. 50, 74. — "Lawrence Oliphant, dans Pales- 
tine Quarlerly Statement, 1884, p. 41 ; 1886, p. 8. — "Schu- 
macher, dans Zeitschrift des deutscb. Paltestina Vereins, 
t. VIII, p. 333; D. Kaufmann, op. cit., p. 53. E. Michon, 
Mélanges, dans Revue Biblique, 1905, nouv. sér.. t. il, p. 576, 
rappelle « que l'on \oit sur l'une des colonnes de l'an- 
cienne église, aujourd'hui la grande mosquée de Gaza, un 
bas-relief, représentant le chandelier à sept branches dans 
une couronne et, au-dessous, un cartel portant une inscrip- 
tion en caractères hébraïques et en caractères grecs, à .-Vna- 
nias. fils de Jacob; il n'est pas douteux que cette colonne 
ait été empruntée à une synagogue soit de Gaza même, 
soit d'une autre grande \ille. Cf. Ch. Clermont-Ganneau, 

1 Archœolog. researches in Pn/es(mn,in-4«, London, 1899, t. il, 

! p. 393. 



217 



CHANDELIER A SEPT BRANCHES 



218 



Il est incontestable que, dans la plupart des cas, les 
monuments sur lesquels le chandelier à sept branches 
est représenté, sont d'origine, de fabrication ou de 
destination juives. Le lieu de la trouvaille ne prouve 
pas l'origine chrétienne, tout au plus l'utilisation du 
monument, en dépit du symbole; ainsi, un fond de 
coupe dore et peint trouvé dans la cataconibe des 
Saints-Pierre-et--Marcellin ad duas Ltmros, et qui re- 
présente le portique de .Salomon et le Temple avec 
une partie de leur mobilier liturgique', aura peut-être 
été dérobé dans le cimetière juif de la voie Labicane, 
voisin de cette cataconibe. C'est ainsi qu'il faut, pro- 
bablement, restituer à la catacombe juive de la vole 
Labicane.à celle de la voieAppienne, ou, enfin, à quel- 
qu'une des catacombes juives de Rome ^, une série de 
fonds de coupe dorés offrant, entre autres symboles, 
le chandelier à sept branches '. A défaut de la preuve 
à tirer du lieu de provenance ', le chandelier seul ou 
accompagné de l'ri/îroi/ et du loulab^est un indice 
à peu prés indubitable de l'origine juive d'un monu- 
ment. 

Est-ce à dire que cet emblème ne se rencontre ja- 
mais sur les monuments chrétiens? Nous avons mon- 
tré, dans un autre travail, que l'Église chrétienne pour 
mieux affirmer la disparition d'Israël entreprit de lui 
succéder et d'en hériter '. Dans ce but elle revendiqua 
les livres sacrés d'Israël et fonda sur eux son symbo- 
lisme. Les emblèmes judaïques les plus révérés ne 
devaient pas échapper à cette tentative d'accapare- 
ment. Clément dans son essai de réglementation pra- 
tique des symboles à l'usage des fidèles voit dans le 
chandelier le signe du Christ : "E/t: ci ti y.i'; aù.o aï- 
vty[jLC( r, Àu^vt'a -i] y_puaf„ to*j fir,[i.zio'j xoO Xpimoy, où to» 
(jyi^fjLaTt [j.6vw, àXXà xai Tfo ^ix)'tp.ooXiX^ Saint Gré- 
goire le Grand paraît admettre comme une vérité in- 
contestable le sens chrétien du chandelier. Quis in can- 
dctabro nisi Redemplor hninajii gentris'^ 1 .Malgré cela 
on peut dire qu'il suffit de lire les passages où les chré- 
tiens parlent du chandelier pour y voir précisément 
la preuve que c'était un symbole essentiellement juif, 
et dont ils voulaient dénaturer ou transformer la signi- 
fication au profit de leur propre symbolisme. Jamais 
un chrétien n'eût mis en action la théorie de ses doc- 
teurs et n'eût voulu employer comme signe de sa foi 
le chandelier qui, aux yeux de tous, caractérisait le 
juif. Les monuments figurés nous offrent ainsi, il ne 
faut pas l'oublier, une utile vérification de l'écho ob- 
tenu par telle ou telle idée lancée par un écrivain ecclé- 
siastique '. 

Un des plus remarquables monuments chrétiens sur 
lesquels le chandelier soit représenté est une lampe 

^'DeHossUVerre représentant le temple de Jérusalem, dans 
les Archives de r Orient latin, 1883, t. ii, p. 419-455; H. Le- 
clercq. Manuel d'archéologie chrétienne, iii-S'*, Paris, 1907, 
t. I, p. 359, fig. 108; p. 504, 505. — = H. Lcclcrcq, op. cit., 
t. I, p. 492. — ' R. Garrucci, Vetri ornali di figure in oro 
trouati nei cimiteri dei cristiani priniitiui di Ronia, in-fol., 
Roma, 1838, pi. v, n. 1-4; in-4°, Roma, 1864, p. 42-50; Di.s- 
sertazioni archeologiche di vario argonienlo, Roma, 1864, 
t. II, p. 31 sq., 150 sq. ; C. Cahier, Nouveaux mélanges d'ar- 
chéologie, in-i», Paris, 1874, t. ii, p. 345 (ridicule). — ' C'est 
le cas pour le fragment de sarcophage orné de dorures pro- 
venant delà vignaRandanini.H. Leclercq, op. ci7., t. i,p. 52.'î, 
fig. 147. — * La destination liturgique de ces deux objets 
dans le rituel de la synagogue est nettement déterminée. 

— • H. Leclercq, Manuel d'archéol. chrét., 1907, t. i,p. 109- 

— ' Clément, Stromata, I. V, c. vi, P. G., t. ix, col. 60. ^ 
" C. Jullian, Inscriptions roni. de Bordeaux, p. 107; Marti- 
gny, Dictionn. des aniiq. chrét., 1877, 2" édit., p. 113. — 
• Martigny, op. cit., p. 115, montre qu'on a tenté de consi- 
dérer le chandelier comme symbole du Christ, de la croix, 
de l'Église. Cette opinion accueillie par S. Reinach, dans 
I. Loeb, Chandeliers à sept branches, dans la Revue des études 
juives, 1890, p. 104, a été repoussée formellement par 
E. LeBlant, iVouyeaii recueil des inscript, chrét. de la Gaule, 



trouvée à Carthage". Le Christ debout, nimbe, vêtu 
d'une tunique plissée, tenant de la main droite une 
croix geminée,piétine le dragon et le chandelier à seiit 
branches renversé. Il ne faut pas voir dans cette com- 
position la nouvelle loi appuyée sur l'ancienne, le sens 
vrai nous est donné par un écrit fort oublié qui nous 
montre l'Église victorieuse de la synagogue : Ecce siib 
pedibus mets purpurata quondam regina versaris^^; et 
on peut rapprocher de ce texte celui du poète Arator 
qui, au vi« siècle, compare la synagogue à un ser- 
pent'^: 

Judiva venenum 

Semper ab ore vomit, crudelior aspide surda; 

Perfidiœ colubcr Synagogœ sibilat antro. 

DiscipuUs Salvator ait ; Calcabitis angues 

Purior obsequiis ut sit cadestibus actus. 

Cette découverte offre d'autant plus d'importance 
qu'en signalant le premier l'image du chandelier à 
sept branches dans un hypogée de Gamart", Davis 
en avait fait un emblème chrétien'*. La rencontre du 
chandelier et de la formule in pace donnait lieu de 
croire que cette formule entraînait le christianisme 
de l'inscription et du symbole lui-même''; mais la 
lampe en question semble lever tous les doutes. Cette 
représentation ne laisse pas moyen de soutenir qu'à 
Cartilage du moins, le chandelier était employé comme 
emblème par les chrétiens. 

Si on examine successivement les monuments 
d'époque chrétienne ornés du chandelier, on arrive à 
peu près régulièrement à conclure qu'ils proviennent 
de quelque juif isolé. Au palazzo dei Cesari à Rome, 
on a trouvé parmi d'autres débris clirétiens une lampe 
portant le chandelier à type anguleux'"; à Aklimîn, 
une lampe ornée du chandelier ne peut en aucune fa- 
çon être revendiquée pour le christianisme"; à Lam- 
bèse, dans la basilique, c'est un débris remployé; à 
Chiusi, les lampes rouges en terre cuite sont juives '*; 
à Rome, une lampe dont la terre et le grain font penser 
à une ollicine alexandrine doit l'être également"; 
en somme, suivant l'opinion mesurée de .J.-B. De Ros- 
si : di regola ordinaria nei monumenti cristiani questo 
cniblema non apparisce. Quand on étudie directement 
les monuments, on constate que les anciens éditeurs 
n'y ont pas toujours regardé de très près. Marini a 
publié un marbre avec ces mots TITVS IN PACE et 
le chandelier à sept branches; le monument, aujour- 
jourd'hui conservé à Arezzo, porte simplement la 
palme que l'éditeur a confondu avec le chandelier ^°. 
.\ Xovare, le pavement en mosaïque de la cathédrale 
a subi des restaurations modernes; c'est dans l'une de 
celles-ci qu'on voit le chandelier ".Boldetti a publié 

in-4'', Paris, 1892, p. 306. — >» A.-L. Delattre, Lampes 
chrétiennes de Carthage, in-8«, Lyon, 1880, p. 38; IL de Vo- 
gué, \ote sur les nécropoles de Carthage, dans la Revue archéo- 
logique, 1889, III« sér.,t. xiii.p. 184, pi. vni.n. 1 ; Mémoires 
de la Soc. nat. des anliq. de France, 1896, t. Lvii, p. 247, 
pi. en regard; Dicdonn., 1. 1, col. 737, flg. 166; E. Le Blant, 
dans Comptes rendus de r.icad. des inscript., 188S, t. xvi, 
p. 445, lampe en terre rouge mesurant en longueur "14, 
en largeur 0"085; .\.-L. Delattre, .A/usée Lavigerie, ^-4", 
Paris, 1899, pi. ix, n. 2, p. 37. — '^Dialogus de altcrcatione 
ecclesiae et synagogœ, P.L., t. xlii, col. 1131. — "De acti- 
bus apostolorum, 1. I. vs. 733-737. — " Sur la nécropole 
judéo-chrétienne de Gamart.voirce que nous avons dit en 
traitant de Carthage,Dù(irMiii., t. n, col. 2206. — ■' Fr. Muen- 
ter, Sinnbilder und Kunstvorstellungen der attcn Christen, 
in-l", .\ltona, 1825, 1. 1, p. 86. admettait aussi le christianisme 
du chandelier par allusion à .\poc., xi, 20. — ^^Corp. inscr. 
!a(.,t. VIII, n. 1091, d'abord classée chrétienne a été restituée 
a l'épigraphie juive, p. 929. — " De Rossi, Bull, di arch. 
christ., 1867, p. 11, 12, n. 7. — " R. Fôrrer, Die friih- 
christlichen .Alterthiimer ans dem Gràberfelde von Achmin- 
l'anopolis, 111-4°, Strassburg. 1893, pi. n, n. 5. — '"De Rossi, 
Bull, di cu-ch. crist., 1881, p. 70. — " De Rossi, Bull, di arch. 
crist., 1877. p. 51. — " Ibid. — " Ibid. 



219 



CHANDELIER A SEPT BRANCHES — CHANGEURS 



220 



comme chrétienne une lampe juive', et si Pciresc ' a 
pu signaler au cimetière de Lucine (= Commodille) 
près de la liasilique de Saint-Paul une lampe chrétienne 
portant le chandelier, il serait plus exact de dire que 
c'est la lampe de quelque juif devenu chrétien. Les juifs 
convertis n'avaient pas sans doute les mêmes pré- 
ventions que les fidèles contre cet emblème; d'ail- 
leurs une lampe, si peu qu'elle coûte, coûte toujours à 
acheter et au lieu de briser sans profit celle qu'il pos- 
sédait, le nouveau chrétien a imaginé de la faire servir 
en un lieu où on ne s'avisait guère de lui demander 
autre chose, sinon d'éclairer'. 

On pourrait croire la question résolue par l'afiu-- 
mative la plus absolue si une épitaphe fragmentaire 
de San Giovanni à Syracuse ne venait nous montrer 
le monogramme du Christ accolé au chandelier à 



EAEYee PAC 

EZHCENET_Hl 
K A 1 M H N E CJ^ 

"H m, 1 5 

Ico n[| 

0l 



2471. — Inscription de Syracuse. 
D'après Rôniisclie Quartalschrift, 1896, t. x. p. 31, n. 50. 

sept branches. La formule de l'épitaphc n'offre d'ail- 
leurs aucune espèce d'intérêt"* : 

'EJ.E'jÔlfa; ë^YiTsv £t<i i xal iJ.r|V:ç /, ' [reXsuTi] t?, itpb 

iS" [xa).H5«v [iiipù];ù>v. ^C (fig. (2471). 

Cependant un doute subsiste. Ce chandelier à sept 
branches en compte quatorze ou quinze au moins 1 et 
ressemble assez à une palme plantée debout, mais 
la présence du petit trépied plaide pour le chandelier: 
c'est sans doute un petit instrument destiné à main- 
tenir debout la palme. Nous pouvons donc maintenir 
comme une règle archéologique l'absence du chande- 
lier à sept branches sur les monuments chrétiens ^ 

^Boldetti, Osseri'ozioni sopra i ciiniteri crisliani, in-fol., 
Roraa, 1720, p. 526. — * Lettre de Peiresc à Menestrier, 
3 mars 1634, conservée à la bibliothèque de l'École de Mont- 
pellier, ms. H. 271. — = Rossi, Roma sotterranea, t. m, p. 61 0, 
mentionne et publie l'épitaphe hébraïque d'un juif converti 
trouvée au cimetière de Calliste. — ' Paolo Orsi, Gli scani 
a 5. Giovanni di Siracusa nel 1S95, dans Rnm. Quart. y 1896, 
t. X, p. 31, n. 50. On remarquera un monogramme du Christ 
tout à fait identique p. 15.n. 13; p. 23, n. 30; p. 27, n. 39; p. 41, 
n. 75. sur ce point nulle hésitation; dans les épitaphes.p. 19, 
n. 22, nous voyons deux fois la palme plantée debout, mais 
sans l'indication du petit support. Le chandelier est d'au- 
tant plus douteux que dans F. Orsi, .'Siracusa. \uove esplora- 
zioni neîîe calacombe di S. Giovanni nel ISOi, dans Notizie 
degli scavi, dans Alii délia reale Accademia dei lincei, 1895, 
«ér. V, Classe di scienze morali, sloriche e filologiche, t. m, 
p. 483 n. 162, nous trouvons sur une épitaphe la palme plan- 
tée debout avec une sorte de petit support en plan incliné. — 
*Bosio, iîoma sollerranea, 1632,1. IV, n. 46; Aringlii. Roma 
sub/erranea, 1651, t. n, p. 19; Mamachi, Origines christianœ, 
t. m. p. 39; A. Lupi, Severa? Epiiaphium, p. 177. Quant 
aux textes des Pères nous avons déjà cité Clément et 
saint Grégoire, les autres sont moins importants encore. 



Il nous reste à dire quelques mots du monument 
lui-même. Son histoire est pleine de vicissitudes. Sauvé 
des llanimes lors de la destruction de Jérusalem par 
Titus', le chandelier d'or fut transporté à Rome et 
placé dans le temple de la Paix ' après avoir servi à 
orner le triomphe du vainqueur '. L'n incendie dévora 
cet édifice"; soustrait à ce nouveau désastre, le can- 
délabre n'aurait pu éviter, d'après Procope, de tomber 
aux mains d'Alaric , en 410. Le bruit courait, ajoute 
cet historien, que le trésor de Jérusalem avait été 
transporté à Carcassonne. Selon Théophane le Chro- 
nographe, on le retrouve à Rome, à l'époque du pillage 
de cette ville par Genséric. Peut-être ces vases se trou- 
vaient-ils dans le Temple de la Paix où ils avaient été 
déjjosés jadis et réintégrés après l'incendie; toujours 
est-il qu'ils durent aller grossir le butin des Vandales'». 
Le sort des objets du temple de Jérusalem et spéciale- 
ment du chandelier à sept branches est devenu très 
obscur depuis leur transport en Afrique. D'après 
Procope ", lors de la conquête de Carthage, Bélisaire 
aurait envoyé à Constantinople tout ce qu'il aurait 
trouvé du butin de Jérusalem. Un juif, spectateur du 
triomphe, dit que ce trésor ne pouvait être gardé 
dans le palais impérial; il ne doit,ajouta-t-il, reposer 
que dans le lieu où le plaça autrefois Salomon. Sa pré- 
sence a causé la prise de Rome par Genséric et elle 
vient d'amener la ruine du royaume vandale. Justi- 
nien, effrayé, envoya les dépouilles des Juifs aux 
églises de Jérusalem '^ Lorsque les Arabes soumirent 
cette dernière ville, il est bien possible que les objets 
en question soient devenus leur proie. Au moyen âge, 
la basilique deLatran prétendit posséder le chandelier 
à sept branches, l'arche d'alliance et d'autres souvenirs 
judaïques d'une importance capitale, soi-disant en- 
voyées par Constantin le Grand". Il est à peine besoin 
de remarquer que la liste authentique des dons de 
Constantin à la basilique de Latran ne contient rien 
de semblable ". 

H. Leclercq. 
CHANGEURS. Un même nom désignait, chez 
les Romains, les manieurs d'argent : banquiers, chan- 
geurs, orfèvres. Nous avons déjà étudié les banquiers"; 
nous ne dirons ici que quelques mots des changeurs 
clirétiens, qu'on nommait argenlarii fabri ou vascularii 
et quelquefois simplement argentwii. Ces diverses 
professions n'étaient pas rigoureusement séparées et 
un mSme personnage taisait volontiers les opérations 
de banque, l'achat et la vente des métaux, l'essai et le 
change des monnaies. Les changeurs, plus précisé- 
ment appelés nunumilarii, mensularii, collccltirii, ou- 
vraient des comptes, changeaient l'argent ou le pre- 
naient en dépôt. C'est pourquoi, dans la pratique, et 

Théophile d'Antioche, Jn Mailh., vi; S. Jérôme, In Zach., 
c. IV ; In Matlh., c. v; In epist. ud Philem., c. ii; Bédé, In 
Exodum, c. x.x-xv, tous ces textes sont à peu près insigni- 
fiants. Quant à Cosiuas Indicopleustes. Topographie: cliri- 
slianiv, 1. V, P. G., t. Lxxxviii, col. 209. on n'en saurait 
rien tirer, et la miniature du ms. de Smyrne va lieaucoup 
au delà du texte. Cf. J. Strzygowski, Der Silderkreis des 
griecbischen Physiologus des Kosmas Indikopleusles und 
Okiateuch nach Handschriften der Bibliolhek zu Snnjrna, 
in-S», Leipzig, 1899, p. 57, pi. x.xviii, n. 1. — • FI. Jo- 
sèphe. De bello judaico, 1. V, c. xxvi. — ' Ibid.,\. Vil, 
c. XIX. — * Ibid., I. VII, c. xvn. — • Hérodien, 1. 1, c. xiv. 
— "Procope, De bello vandai, éilit. Dindorf, 1. II, c. ix, 
Corp, script, bist. bgz., p. 446; Tliéophane, Cltronographia, 
ad ann. 447, édit. Bekker, Corp. script, hist. byz., p. 37-40- 
Sur les vicissitudes du temple de la Paix. cf. H. Grisar, 
Histoire de Rome et des papes au moyen àgCr in-S", Paris, 
1906, t. I. p. 81, note. — 'De bello vandalico, 1. II. c. ix, 
p. 446. — '=E. LeBIant. Inscript, chrét. de la Gaule, t. n, 
p. 477, note 10. — "Mirabilia, édit. Parthey, 1869, p. 31; 
Jean Diacre, De Lateran. basil., c.iisq.; Mabillon, .l/iisipum 
Italicum.t. il, p. 563 sq. — ^^ Liber panliftcalis, édit. Du- 
chesne, 1886, 1. 1, p. 72 sq. — " Dictionn., t. ir, col. 198-202. 



221 



CHANGEURS 



222 



selon le droit, ces professions furent souvent confon- 
dues ^ 

Argenlarii et nummalarii sont souvent mentionnes 
par les textes, tantôt avec les témoignages de considé- 
ration pour les hommes remplissant un emploi hono- 
rable, tantôt avec l'épithéto insultante d'usuriers. Il 
est probable qu'à Rome comme dans le reste de l'em- 
pire, ces appréciations trouvaient à s'appliquer à des 
chrétiens '. L'épigraphie va nous offrir une intéres- 
sante récolte d'inscriptions : 

Rappilons d'abord l'inscription déjà donnée' d'un 
nammulariiis trouvée au cimetière de Priscille, en 
1803* : 

AVR • VENERANDO ■ NVM vl 
niahiiiceN QVI VIXIT • ANN ■ XXXV 
\h poiilsj ATILIA ■ VALENTINA • FECIT (5 

MftRITO BENEMERENTl • IN PAGE 

Cette profession de« changeur» qui réclamait une 
honnêteté à l'abri du soupçon s'explique sans peine 
parmi les chrétiens qui pouvaient se réclamer d'un 
illustre modèle. Le savant M. Le Hir, dans une note 
passée à peu près inaperçue, écrivait à propos du mot 
syriaque N-i— r-c : « Ce mot tant discuté ne signifie 
pas autre chose, selon moi, que» banquier » ou» chan- 
« geur. » Le substantif s;-w'î:d qui en dérive et qui 
a la même valeur, se trouve avec cette signification, 
soit dans les Didascalia apustoloniin soit dans les 
Ancicnl syritc documenis publiés par M. Cureton '. Ce 
terme moins odieux que celui du publicaln rappelait 
l'ancienne profession de l'évangéliste saint Matthieu «. 

Une inscription publiée par .Muratori fait mention 
d'un numnuitarius de Circo Fhtminio, deux antres dont 
une clirétienne, malgré la présence du sigle D. M . nous 
parlent de nummularii de basilica Jiilia. Voici cette 
dernière ' : 

D P M 

L • MARCI ■ FORTVNATI 

NVMMVLARI • 

DE • BASILICA • IVLIA • 
5 QVI VIXIT ANN • XL • 

Il ■ MENS • III ■ DIES • 

XVIII • FECIT • MAR 

CIA • ZOE ■ CONIV 

Gl (5 B 13 M • 
10 CVM • QVO • VIX 
ANN . XXIIII 

Les arfjcnlarii prennent soin, eux aussi, générale- 
ment, de mentionner leur quartier : L. Canidius Evel- 
pistusest [«'lycn |(] urius posl œdcm Castoris;h. Sues- 
tilius L. L. Clarius et L. Suestilius Lsetus sont l'un 
argcnlarius ab sex arcis, l'autre nummularius ab sex 
arcis; C. Calcius Heraclus est argcnlarias de Foro Es- 
qnilino ainsi que L. Vettius Rufus; d'autres sont éta- 
blis au ForumVinarium, un autre au Marcellum nia- 

' Elles sont distinguées dans le Digeste, 1. II, lit. xiii.l. 9, 
n. 2; Mommscn, Hist. de la monnaie roniai/ie, trad. Blacas, 
t. III, p. 172, n. 1. — = Voir Capilalisme, t. il, col. 2027- 
2041. — 'Diciionn.,t. ii, col. 1.35, fig. 1218, au mot Balance. 
Sur les anciennes balances en général, cf. Suggi di dissertaz. 
di Accad. di Cor/ona, 1. 1, p. 93-102. — * G. Marini, I papiri 
diplonialici, in-fol., Roma, p. 332; Jahn, Spécimen epigra- 
phicum in mcmoriam O. Kellermunni, in-S", Kiliœ, 1841, 
p. 144 ; Corp. inscr. lai., t. vi, part. 2, n. 9706 ; Garrucci, Sloria 
deliarle cris(.,t. vi,pl. 48S, n. ll;RoUcr, Les calac. de Rome, 
t. i, pi. IX, 23. — 'Cureton, Didascalia aposlolorum (texte 
syriaque), p. ■i2;Ancienlsyriac documents, p. 151. — 'A. L(e) 
H(ir), dans la Revue critique, 1860, t. i, p. 50. — ' Ma- 
tranga, dans Bull. delV instit. di corrisp, arche-d., 1850, 
p. 178: G. Henzen, Inscripl. /n(.,in-S°, Turici, 1S5J. p. 5082; 
Corp. inscr. lat.,l. vi, part. 1, n. 9711, conservée au musée 
de Latran. — " Corp. inscr. l<d., t. vi, part. 2, n. 9177, 9178, 
9179, 9180, 9181, 9182, 9183, 9184. — » Id., t. vu, part. 2, 



gnum, un autre au Vclabre, un autre encore au l'icus 
aclionum ferroTLarum; mais tous ces tituli sont païens'. 
Quatre épitaphes chrétiennes de Rome mentionnent 
des argenlarii chrétiens en 40G, 522, 544 et 557 "; 
deux autres sont sans date '». 

Voici ces inscriptions : celle de l'année 406" : 
pos/iCONSVLATVM F STILICHonjs 
SECVNDO ce DEPOSITVS PVER 
HELIAS ARGENTARIVS SEPTIMV 
KAL NOBEMBRES DIEBENERIS Olraquart.i 
jOVI BIXET ANNIS TRIGINTA ET QV[inque el 

[die s 
jVIGINTI ET TRES BENEMER[c/î;/ in pace 

Celle de l'année 52212: 

+ Hune locum loannilis vh ARGENTAr; el A 
nastasies h/, qui si viuoS CONPAraicr 
uni si"i eredivus qui soPETRO PREsvite 
ro tu sanc C.risogoni+ HIC REQVi'esc 
5 il in pace Petrunia que wlXIT ANNVi/ni! 
mensis VII dies qiindeci depOSlTA IN 
pace subd pridie nome innius cDNSVLA 
in Symmaci el Boeli viris consuUBVS 

Celle de l'année 544 " : 

/OCVS Anlonini argent, ter ca-}dens qnrm se vi(vo) 
cONPARAV/7 a Pclro el Fortanalo'pp. basilic, beati 

[apost 
PAVLI IN QVO REqniescenl in pace slefanus filius 

[e/iis qui inxil 

ANN -XV ET DIES XI dTp.sûb.d. III. id. febr. ind. 

l VII. et. il. pc. Basili i>c. 

5 ET THECLA FILIA EIVs q li ri.vit ânn. XIII. et 

dies XL. dep. sub d. id. ss. 

iND . SS . ET ANTONInus pater eorum dêp. subd. 

\prid. I<al. 
MART • ET ït. 'pc. cl Tnd. ss. vi.xit. ami. 'pîm LXV. 

Celle de l'année 557 " : 

+ HIC REQVIESCIT IN PACE IVLIANVS ARGT QVI 

[VISIT 
ANNVS PLVS MINVS XL DEPOSITVS EST SVB 

B XCI KAI 
NOBEMBRIS PC BASILI VC ANNO Xq [S 

BiELioGR.\PHiE. — Kraut. Dt' cu'gcnUuiis el nummula- 
riis, in-S", Gœttinga?, 1826. — Sicber, De argenlariis, 
in-S», Lipsia?. 1737, 1739. — Hubert, Dispukdiojuridica 
de argentariavelerum,in-S'>,Traiec\.i. 1739, 1740, et dans 
Dissertai, jurid. selecl. in Acad. Belg. de Œlrichs, 
Bremœ et Lipsia;, 1769, t. n, part. 1, p. 1-136. L. Har- 
scher, Ueber die RcUiones domesl. der Rômer, dans 

n.9161,9162,9157,9163. — '«/rf.,t.vi,part. 2, n.9171,9173. 
— 1' De Rossi, Inscript, christ, urh. Romœ, in-fol., Rorase. 
1861, t. i, p. 236, n. 558; Corp. inscr. lai., t. vi, part. 1, 
p. 1211, n. 9161, conservée au musée de Latran; les 
parties en italiques sont suppléées d'après une copie 
de Sirmond, ms. Paris, suppl. lat. 1420, fol. 6. — " De Ros- 
si, op. cit., t. I, p. 442, n. 522; Corp. inscr. lat., t.vi, part. 1, 
p. 1211, n. 9162; les suppléments d'après Sirmond, ms. Pa- 
ris, suppl. lat. 1430, fol. 23; ce qui subsiste est conservé 
dans lemonaslère adjacent à la basilique de Saijit-Pancrace; 
lig. 3, il faut entendre :(/i)ere(/if>iiS7ij[e] s(uis). — "De Rossi, 
op. cit., t. I, p. 496. n. lOSÔ; Corp. inscr. lat., t. vi, part. 2, 
n. 9157; les suppléments en italique d'après la copie du ms. 
de Sirmond, Paris, suppl. lat., H20, fol. 31 v». — "De Rossi, 
Inscriptiones christiana' urids Romir, t. I, p. 500, n. 1094; 
Corpus inscriptiomtm Intinarum, t. vi, part. 2, p. 9163, 
Sur les rtrjye/iï(/n"i,voir encore Ephemeris epigraphica,X, iv, 
p. 42 sq. 



223 



CHANGEURS — CHANOINES 



224 



Grolman', ^[af|as. fur Philos, und Gcsch. des Rechls, 
in-8», Giessen,'l807, t. i, p. 319-336; t. ii, p. 17S-182, 
213-221. — G. HofImann,'£)e commerciis et cambiis vele- 
rum, in-4<>, Regiomonti, 1726. — Pagenstecher, De liU. 
oblig. cl rai. tani dont, qiiani argentarioriim, in-S", 
Heidelberg, 1851. — G. Humbert,dans le Diciionn.des 
antiquités grecques et romaines, t. i, p. i06 sq., au mot 
Argentarii. 

H. Leclercq. 
CHANOINES. — I. Du i" au iv^ siècle. II. La 
fondation d'Hippoiie. III. La fondation de Verceil. 
IV. En Orient. V. Des origines au v« siècle. VI. Cha- 
noines. VII. Du V au viii" siècle. VIII. La fonda- 
tion de saint Chrodcgang. IX. Le concile de 817. 
X. Bibliographie. 

I. Du i''' .\u IV SIÈCLE. — L'étude consacrée au 
Cénobilisme (voir ce mot), nous a permis de suivre 
les progrès de l'organisation des communautés reli- 
gieuses. L'incertitude que le régime impérial laissait 
planer sur tout ce qui touchait au christianisme pen- 
dant la période des persécutions, s'opposait à toute 
tentative d'établissements tels qu'on les vit naître et 
se multiplier à partir de la paix de l'Église. L'ascèse 
domestique donna rapidement naissance aux premiers 
groupes monastiques que suivirent les premiers essais 
de communautés ecclésiastiques. On peut, sans doute, 
faire remonter beaucoup plus haut les origines de 
cette forme de vie commune. Jésus vivait en commu- 
nauté avec ses apôtres, ceux-ci et les disciples vé- 
curent également d'une façon très intime; mais si 
on rapproche dans le détail cette communauté avec 
les institutions canoniales, on doit reconnaître que 
les dissemblances l'emportent de beaucoup sur les 
similitudes. Jésus et son groupe se trouvent dans des 
conditions très particulières qui ressemblent assez à 
celles des docteurs juifs entourés de leurs élèves. Après 
la mort du Maître, l'association persiste et s'étend; 
elle comprend même les femmes et les laïques de la 
première église de Jérusalem et ce simple trait montre 
suffisamment en quel sens très large le mot de « com- 
munauté 1) , est applicable à ce groupement. Dans les 
Églises fondées par saint Paul, — et dont plusieurs 
de ses épitres nous font entrevoir la police intérieure — 
nul indice de vie commune. Ce qu'on entendait par 
ces mots n'était d'ailleurs qu'un rudiment et une 
approximation du sens qui leur fut donné depuis. 
La» communauté» dans la première Église de Jéru- 
salem consistait simplement dans la désappropriution 
que plusieurs particuliers faisaient de leurs biens et 
dans la distribution qui s'en faisait eu égard aux be- 
soins de chacun: mais le nombre des frères et leur 
dispersion dans la ville sainte s'opposaient à ce qu'ils 
partageassent un logement unique et prissent leur 
réfection tous ensemble dans la même maison. La 
communauté de biens se conservait dans plusieurs 
Églises durant les premiers siècles et on distribuait aux 
clercs une portion des revenus ou des dons de l'Église 
dans la mesure des besoins et des services de chacun, 
mais cela même peut servir de preuve que la vie de 
communauté n'était pas établie. Le mode de répar- 
tition adopté pour le produit des offrandes, prémices 
ou décimes entre les clercs, est une preuve sans ré- 
plique. Sile clergé eût vécu en congrégation, on n'eût 
pas appelé les clercs sportulanlcs fralres; on n'eût pas, 
ajoute Thomassin, appelé les distributions mensuelles : 
divisiones mcnsurnas ; on n'eût pas distingué entre les 
honoraires du prêtre et ceux du clerc de rang infé- 
rieur; on n'eût pas majoré ceux des jeunes clercs qui 
s'étaient illustres par la confession de leur foi et qui. 
à ce titre, s/îo/-/»/i.>i iisdcm cum prcsbglcris honorantur. 

" Possidius, Vita S. Auguslini, c. m, P. L., t. xxxii, 
col. 36. Il vendit tous ses biens et en donna le pri.x aux 



Saint Cyprien, à qui nous devons ces renseignements, 
ne pourrait ordonner de faire certaines aumônes, 
prises sur sa part personnelle, de quanlilalc mca pro- 
pria, laquelle vût dû être strictement sulTisante à ses 
besoins; enfin, nous ne verrions pas les novatiens 
attacher à leur schisme l'évêque Natalis sous la pro- 
messe d'une ()ension de cent cinquante pièces d'argent 
par mois. Les Constitutions apostoliques conTirment 
la conclusion qui se tire de ces textes quand elles 
règlent les portions inégales qui se devaient faire 
des biens de l'Église entre les divers ordres du 
clergé. 

Les textes invoqués par quelques auteurs anciens, 
pour faire attester par la littérature chrétienne la 
plus ancienne l'existence d'une institution et d'une 
organisation de communautés ecclésiastiques, sont 
tiraillés sans résultat ; il faut renoncer à rien découvrir 
dans ce genre avant le IV siècle avancé. Saint Augus- 
tin, si soucieux des institutions du passé, n'en trouvera 
nul vestige lorsqu'il entreprendra la création de la 
communauté des clercs à Hippone. Ayant dessein 
d'opposer aux vertus apparentes des manichéens, les 
vertus solides des chrétiens, il écrira son De moribus 
Ecclesi.x' catholiae dans lequel il .se montrera bien 
renseigné sur les monastères de l'Egypte et de l'Orient 
où se pratiquent la vie, la prière et le travail en com- 
mun. Passant au clergé, il fera observer que la vertu 
de ses membres est d'autant plus louable qu'elle est 
exposée à de plus grands dangers parmi les tentations 
qui se rencontrent dans le monde. Nulle mention de 
rien de comparable à ces asiles qu'il établira afin de 
procurer aux clercs les garanties et les bienfaits de 
la vie commune. Son silence, sur ce point, est d'autant 
plus convaincant, qu'après avoir parlé des retraites 
ouvertes aux moines, il va parler de celles des laïques, 
ayant connu, dit-il, à Rome et à Milan, des fidèles 
vivant, priant et travaillant tous ensemble dans une 
même maison sous la direction d'un prêtre. Des 
communautés de ce genre existaient pour les femmes 
séculières, placées sous la conduite d'une doyenne. 
Il ne semble pas douteux que si saint Augustin eût 
connu alors — le De moribus Ecclesiœ cutholicx 
fut écrit en 388 — quelque communauté de clercs, 
il eût évité ou oublié de la mentionner dans sa démons- 
tration. 

Vers la fin de l'année 388, Augustin, de retour à 
Tagasfe, y fonda un monastère; mais, dès le début de 
391, il fut ordonné prêtre et attaché à l'église d' Hippone 
dont l'évêque Valére lui concéda une propriété intra 
ecclesiam pour fonder un monastère. Évêque en 396, 
Augustin quitta sa fondation monastique pour la 
résidence épiscopale, mais, dès lors, sa maison devint 
un monastère où il établit la vie commune avec ses 
clercs qui s'engageaient à observer la pauvreté et la 
règle religieuse. 

II. La fond.'vtiox d'Hippone. — Ces fondations de 
Tagaste et d'Hippone ont droit à une particulière 
attention. 

Possidius, évêque de Calame, nous parle ainsi de la 
première : Plaçait ei percepln gratin (baptismi) cum 
aliis ciuibus cl amicis suis Deo pariler servientibus ad 
Africam cl propriam domum agrosque remeare. Ad 
quos vcniens, cl in qaibus cnnstitulus, ferme Iriennio 
el a se jam alienatis curis ssecularibus, cum ils qui 
eidem adhœrehant, Deo vivebal, jejaniis, oralionihus, 
bonisque operibus, in lege Domini méditons die ac nocle. 
Et de lis quœ sibi Deus cogitanti atque oranti intellecta 
revelabat; el pnvsentes cl absentes sermonibus ac libris 
docebal '. Le Liber LXXXIII quseslionum, le De Gc- 
nesi contra manichœos, le De magistro, le De vera 

pauvres. £pis(., cxxvi, 7. P. L., t. xxxiir, col. 480; 39, 
CD.'. 692; XVII, 5, col. S5. 



225 



CHANOINES 



226 



religione sont les fruits des entretiens et de; médita- 
tions de ces années de retraite. 

C'est encore h Possidius que nous empruntons ce 
qui a trait à la deuxième fondation : Fadas ergo 
prcsbytcr mnnaslei ium intra ecclesiam mox inslituil; 
et ciim Dci servis vivere ccepil seciindum modum el 
rerjiilam sub sanetis uposloUs constituium' : maxime 
lit nemo (juidi/iiam prnprium in illa socielalc haherel, 
sed eis cssenl omnia communia, et dislribuerelur 
unicuiquc sicut opus erat : ipiod jam ipse prior lecer(d, 
dum de transmarinis ad sua remcasset '. C'était donc 
un recommencemeiit de ce qui s'était fait à Tagastc 
où rien ne nous permet de supposer que saint Augustin 
eût pris riial)it ou adopte l'institution monastique. I.a 
communauté de Tagaste, composée de séculiers, 
devait dificrcr assez peu de celles qu'Augustin avait 
vu fonctionner h Milan et à Rome '. » Ai>rés qu'il fut 
prêtre, il npprociw de l'Église cette communauté de 
séculiers vertueux et vivant en commun avec la même 
desappropriation que es moines; ce qui lui a fait 
donner le nom de n monastère 2 , mais de •; monastère 
« joint à l'Église yi.monaslcrium inlra ecclesiam; ce qui 
ne peut proprement convenir à des moines; car les 
moines n'étoicnt point encore descendus dans les 
villes, et leurs monastères en étoiont écartés, tout au 
plus, ils n'étoicnt que dans les faux-bourgs comme 
celui de Saint Ambroise et celui de saint Martin. Au 
contraire, les monastères ou les congrégations de sécu- 
liers pieux ctoient dans les villes comme à Alilan et à 
Rome *. » 

Après qu'Augustin fut élevé à l'épiscopat, le monas - 
tèrc eut à subir une nouvelle niodùlcation: Proficiente 
porrn doclrina diuina, sitb sancto Anguslinn in mona- 
slcrio Dco seri'ienles, Ecclesiœ Uipponensi clciici ordi- 
nari cœperunt. Ac deinde innotcscentc el darcscenle de 
die in diem Ecclesiœ calhnlicœ prœdicationis verilate, 
sanelorumque servonini Dci proposilo, conlinenlia, 
et paiiperlate profunda, ex monasterio qund pcr illam 
memorahilcm virum et esse el cresccre cceperat, magnn 
desiderio poscere atcjue aceipcre episcopos et clericos 
pax Ecclesiœ alque unita-i et c(V])it primo cl poslea 
conseeula est ^. 

Ainsi nous pouvons marquer trois stades bien dis- 
tincts les uns des autres. A Tagaste, une réminis- 
cence de Cassiciacum, de Milan et de Rome, simple 
prélude auquel s'associent Alypius et lîvodius '. A 
Hippone, on avait une existence et probablement un 
rôle olliciels. Voisins de l'église, les confrères devaient, 
selon toute apparence, s'y réunir et y célébrer le 
culte autour du prêtre Augustin, leur supérieur, et de 
i'évêque 'Valère, leur propriétaire. Toutefois, l'éléva- 
tion d'Augustin A l'épiscopat devait donner son 
caractère définitif au groupement encore mal défini. 
L'évêquc qui connaît ce personnel de choix, qui l'avait 
formé, n'hésita pas à y puiser ses collaborateurs; il 
oleva aux ordres les jeunes hommes, s'en entoura, 

' Act., IV, 32. — -Possidius, op. cil., c. v, P. L., 
t. XXXII, col. 37. — 'S. Augustin, De moribus Eccle- 
siœ catholiae, c. xxxiii, P. L., t. x.xxii, col. 1339. 
— * L. Thomassin, Ancienne et noiwellc discipline de 
rÉc/lise louchant les bénéfices et les bcnéftcicrs. in-fol., 
Paris, 1725, t. I, fol. 1330-1331. Ainsi que beaucoup de 
polémiques éteintes, celles (lu'on agita sur la question 
de la profession monacale de saint .\ugustin surprend 
plus aujourd'liui par l'intérél qu'on >■ attaclia que par 
celui (lu'elle comporte en réalité. On trouvera dans Acta 
sancl. (3» édit.), aug., t. vi, p. 24S-25G, une liste copieuse 
<i'ouvrages pour et contre. CF. Thesis apoloyelica pro ditn 
Auguslini doclrina, stala et habita nwnacholi, reyabi..., 
iii-4" Parisiis, 1649; Bonavenlure de Sainte- .\niie, Mona- 
chatus Aufiustini ab Aufjustino potissinium propiignatiis, 
in-12, Lugduni, 1674; Fulgentius Fosseus (= .\.-H. de 
Noris), Soniniu L. Francisci Maccdo in ilinerario siaicti 
Auguslini posl baptismum..., in-4°, La Haye (Paris), l(iS7; 

DICT. D'ARCH. CHRÉT 



composa avec eux, dans la maison épiscopale, une 
pépinière, un séminaire qui devait lui fournir d'ex- 
cellents sujets pour les postes de son diocèse et de 
sages candidats ponr remplir les vacances dans l'épis- 
copat africain. 

Dès leur installation à Tagaste, les trois amis met- 
taient grande attention h qualifier leur maison de 
' monastère ». L'habitude une fois prise se généralisa. 
Possidius donne toujours le nom de monastère ) ù ces 
maisons de communauté; par contre, il ne donne 
jamais le titre de moines à ceux qui y étaient élevés. 
.\u contraire, il les appelle toujours clercs et les re- 
présente toujours comme des clercs qu'on formait 
pour les ordres supérieurs et même pour l'épiscopat. 
C'étaient bien des clercs, en effet, qu'on voyait réunis 
dans le monastère épiscopal que saint .-\ugustin dé- 
signe plus clairement que personne en l'appelant un 
" monastère de clercs «.Volui habere in isla domo epi- 
scopi mecum monasleriiim clericorum '. Ce fut la troi- 
sième et dernière étape du 1 monastère » ; de quelque 
dépendance attenante à l'église il fut transféré dans 
la maison épiscopale même. 

D'après la date de leur épiscopat, on peut retrouver 
les noms de quelques-uns de ceux qui firent partie 
des premières générations du monastère-séminaire 
d'Hipponc, plusieurs furent envoyés en qualité de 
prêtres dans ce que nous nommerions aujourd'hui 
des « paroisses u ; ce furent Evodius, Possidius de 
Calame, les deux Profuturus, Privatus, Servilius, 
Parthenius. A ces noms, Tillemont ajoute ceux de 
l 'rbanus. Peregrinus, Boniface, Fortunat et Privatus». 
l'ii se dispersant, ces hommes répandaient les idées 
et reproduisaient l'institution qu'ils avaient pu 
apprécier à Hippone. C'étaient autant de fondations 
nouvelles qui, modelées sur celle d'Augustin, étaient 
peu développées. Le monastère-séminaire d'Hippone 
comptait, à l'époque où I'évêque prononça les dis- 
cours intitulés : De vita et moribus clericorum suorum ', 
vers 124, un personnel restreint. C'étaient les prêtres 
Januarius, Barnabe et Leporius, les diacres, Lazare, 
Valens, Faustin, Sévère (qui devint aveuglf), Héra- 
clius et un sixième désigné sous le nom de diaconus 
Ilipponensis; enfin, il est possible que Lucillus, frère 
de révê([ue Xovatus, diacre également, ait complété 
le nombre traditionnel de sept diacres ■». Le seul sous- 
diacre était alors Patricius, neveu de I'évêque. Malgré 
nuel(]ucs défaillances individuelles partout inévi- 
tables" el le scandale qu'on avait essayé d'organiser 
à leur occasion, l'institution d'Hippone jouissait de 
la meilleure réputation. Possidius nous apprend que 
dilîérents diocèses vinrent jusqu'à dix reprises cher- 
cher leurs évêques au monastère-séminaire d'Hippone 
Bien qu'il eût connu personnellement ceux sur les- 
quels le choix était tombé, il en parle néanmoins 
avec éloge, insistant sur leur piété, leur moralité, 
leur instruction. Alypius, qui monta sur le siège 

Louis Feirand, Discours où l'on fait uoir que saint .\ugus' 
tin a été moine, in-S», Paris. 168U. — = Possidiu'^, t'i((;.4ii- 
gustini. c. xi. P. L., t. xxxii, col. 42. Sur tous ces débuts, 
cf. H. Leclcrcq, L'Alriquc chrétienne, 190 L t. 11, p. 70-77, 

— ^ Ce premier noyau grossit pou î'i peu. Nebridius mourut 
prématurément au moment où il allait venir se joindre à 
ses amis; d'autres novices dont les noms et le nombre ne 
sont pas Ci>nnus allaient obliger à se prociuer une instal- 
lation phis spacieuse, quand se produisit le transfert à 
Hippone. — ' S. .\ugustin, Serm., ccci.v, P. L., t. xxxix, 
col. 1569. — > Tillemont, Mémoires pour serv. hisl. ecclés., 
t. XIII. p. 151-155; Mabillon, Vila S. Auguslini. dans 
l'édit. bénédict. des Opéra, 1. III, c. v, n. 2. — ' S. -Au- 
gustin, Serm., ccclv, ccclvi, P. L., t. xxxix, col. 1.5CS sq. 

— "S. .\ugustin, Episl., lxxxiv, P. /-., t. xxxiii, 
col. 84; ce Lucillus savait la langue punicpie. — " Spes, 
sodomie; Paul de Cataqua, agiotage; .\ntoine de Fussala, 
abus de confiance et débauche. 

m. - s 



227 



CHANOINES 



228 



rie Tagastc, i^tait incoiitestablomcnt une intelligence 
ouverte, bien formée. On trouve d'autres clercs 
d'Hippone veni\s à Cirta, comme Profuturus et son 
successeur Fortuuatus, à .Alilève, comme Severus, à 
Calama, comme Possidius, à Uzala, comme Evodius, 
à Cataqua, comme Paul et Boniface, à Sicca, comme 
frbanus. Désormais, le succès était assuré, les monas- 
tères organisés par ces cvéques ou par d'autres, four- 
niront à leur tour des sujets à d'autres Églises; le 
rayonnement se fera de proche en proche. Bien des 
cités épiscopales eussent peut-être hésité longtemps 
et finalement renoncé à fonder un monastère à cause 
des embarras, des conflits, des quêtes qu'entraînait 
presque toujours pareille fondation; toutes étaient 
bien aises de se procurer un évêqiie pieux, instruit, 
éle\é dans des principes d'écononùe, et ne songeaient 
suèrc à lui marchander les ressources et le concours 
lorsque celui-ci, une fois installé, annonçait son inten- 
tion d'organiser un séminaire sur le modèle de celui 
d'ofi il était sorti. Ces évêqucs et ces prêtres, si recom- 
maudables et si zélés, étaieiit l'objet de soins con- 
stants de saint Augustin dont ils partageaient non 
seulement le toit et la table, mais les ressources et 
qui ne se distinguaient pas de lui, même par le vête- 
ment : cum ipso semper clerici, una etiani domo mensa 
sumplibnsyae cownninibus alebantur et veslietanliir^. 
I.'évêque et ses clercs étaient inséparables, les témoi- 
gnages s'en retrouvent principalement dans la corres- 
pondance : conservi mei, gui mecum siint; omnis fru- 
trum cœlus, qui apud nos cajjil coalescere, qui mecum 
sunt fratres. 

Il n'y a rien de plus et de mieux à faire que de ré- 
sumer ici les deux discours dans lesquels l'évêque 
d'Hippone annonçait un jour à son peuple et lui 
expliquait l'établissement et la discipline, du c nionas- 
tère » des clercs '. Dès la veille, il avait recommandé 
qu'on vînt en grand nombre, souhaitant être entendu 
de tous ceux parmi lesquels et pour lesquels, lui et ses 
rlercs dépensaient leur vie : vobiscum hic vivimus et 
propter POi vivimus. On la connaissait, cette vie: credo 
ente oculos reslros esse cnnversationcm nostram; on 
les voyait dans la maison épiscopale : in ea domo 
quse dieitnr domus episeopi, s'cfforçant de reproduire 
la vie de ceux dont il est dit « qu'ils ne possédaient 
rien en propre, tout étant connnun ù. tous. > Et rap- 
pelant ses souvenirs personnels, Augustin rapporte ce 
dont beaucoup d'auditeurs pouvaient se souvenir : 
« Moi, votre évêque, j'étais jeune encore quand jevins 
dans cette ville en quête d'un monastère où vivre 
avec mes frères. J'avais renoncé aux espérances 
mondaines, j'étais venii voir un ami que j'espérais 
gagner 1\ Dieu et associer à notre monastère; et voici 
qu'on s'empare de ma personne, on me fait prêtre, 
.le n'avais rien, j'étais vêtu comme à mon ordinaire 
et le saint vieillard Valerius, sachant quel avait été 
mon projet d'établir un mnnasi ère, me donna ce jardin 
dans lequel il s'élève aujourd'hui : dedil mihi I\f>rlum 
illum, in qno nunc est monasierium. Devenu évêque, 
je compris qu'un évêque a le devoir de se montrer 
accueillant à tous ceux qui vont et viennent; agirait- 
il autrement, il passerait pour dur et avare; d'autre 
part, ces procédés répugnent à l'usage monastique, 
c'est pourquoi j'ai voulu avoir avec moi, dans la mai- 
son épiscopale, un monastère de clercs, i 

Voici la vie qu'on y mène. Personne n'a le droit 
de rien posséder en propre. Bientôt, l'évêque repousse 
l'héritage que laisse un prêtre de la petite com.mu- 
nauté : leslnmcntnm feeil pr^sbyter cl socius rosier. 



' Possidius, Vila S. Auguslini. c. xxv, P. L., t. xxxii, 
col. 55. — = Serni., ccclv, ccclvi, dans P. L., t. x.xxu, 
col. 1568-15.S1 i dum forle de possessionibus invidia ipsîas 
clericis fîerel. — » F. Martroye, Sami Atiguslin et le droit 



nobiscum manens, de ccclesia vivcns, communem vitam 
profitens ; testamentum profilens; iestamcntum fecil 
hxredes institua '. Les clercs doivent prendre pour 
vivre dans la communauté un engagement formel de 
pauvreté : fralres mei, qui mecuni manent, quicumque 
habent aliquid, aut vendataut erogct, aut donel et com- 
mune illud facial. Qu'on s'en remette à l'Église qui 
est notre véritable titre aux biens que Dieu nous 
envoie. 1, es récalcitrants ont jusqu'à la fête de l'Epi- 
phanie pour en prendre leur parti, lis sont libres, 
mais ceuxc[ui ne s'engageront pas à un renoncement 
absolu et à vivre delà vie commune dans lésémiiuiire 
épiscopal, devront renoncer à l'état ecclésiastique, 
ils ne seront pas ordonnés. Quant à ceux qui ne per- 
sévéreraient pas dans cet engagement, ils seront dé- 
gradés des ordres et de la cléricature. Une telle ri- 
gueur entraîne un graveinconvénient; quelques clercs,, 
redoutant le discrédit d'une dégradation, imaginèrent 
de cacher leur fortune sans en faire abandon. Saint 
Augustin, redoutant les effets pernicieux de cette 
dissimulation, changea de conduite et se contenta de 
retrancher de la communauté sans priver de la clé- 
ricature ceux qui étaient convaincus de cette hypo- 
crisie; libre à ces clercs d'exercer leur charge dan* 
un autre diocèse, celui d'Hippone n'y mettrait pas 
obstacle : nolo hnbcre hijpocrilns... qui societatem com- 
numis vita; fam susceptam deseril, a vola suo adil et a 
professione sancla cadit... Ego ei non aufero clerica- 
tum. De tels transfuges ne manquaient d'ailleurs pas 
de partisans qui estimaient trop sévère la peine de la 
dégradation : noi'! enim quin si aliquemhoc facienlem 
deijradare roluero, non ei deerunt patroni, non ei dee- 
runl suf/ragatores et liic et apud episcopos qui dicant : 
Quid mali fecit? Non potcsl tecum tolerare islam vitam, 
e.rlra ep iscopium vvll manere, el de prop; io vivere, ideonc 
débet perdere clericalum? Cette opposition se rencon- 
trait non seulement à Hippone, mais dans les évêchés 
voisins : on invoquait même contre Augustin les 
textes des conciles et les autorités des Églises d'outre- 
mer, peine perdue; il était résobi à ne pas souffrir 
que les fonctions ecclésiastiques fussent exercées à 
Hippone par ceux qui avaient été infidèles k leur 
promesse de renoncement : modo quia placuil illis- 
socialis hœc vila, quisquis cum hypocrisi vi.verit, quis- 
quis inventus fuerit liabens proprium, non illi permillo^ 
ut indc facial leslanientum, sed delebo eum de tabula 
clericorum. Itderpellel contra me mille concilia, navigeL 
contra me qua volueril, si cerle ubi poluerit : adju- 
vabit me Deus, ut ubi ego episcopus sum, ille clericus. 
esse non possit. 

L'importance que saint .\ugustin attache à laj 
pauvreté des clercs, la sévérité qu'il marque à l'égard 
de ceux qui enfreignent cette règle inviteraient déjà 
à y voir un engagement formel, un vœu, si nous n'en 
trouvions la preuve dans ces phrases où il traite les. 
coupables comme des gens qui manquent à leur voeu 
et à leur profession et renoncent à l'espérance du 
salut : malum est cadere a proposito, sed pejus est 
simulare propositum. Eeee dico, audite : Qui socie- 
lalem communis vitœ jam susceptam, quœ laudalur 
in aclibus apostolorum deseril, ac voto suo cadil, et 
a professione sancla cadit... Egoscio quantum malisil, 
profileri sanctum aliquid, nec implere : Vovcle, inquit. 
et reddite Domino Deo vestro. Et : melius est non vo- 
vere, quam vovere el non reddere; et plus loin : Pro~ 
fessus est sanclilatem, professus est communilcr vivendi 
socielatem; si ab hoc proposilo cecideril, el e.vtra ma- 
nens clericus fuerit, dimidius cl ipse cecidil. 

d'héritage des églises et des nionaslérfs. Élude sur les origines 
du droit de succession des communautés religieuses à la 
succession des clercs et des moines, dans les Mémoires de la 
Société nationale des antiquaires de France, IQO'i, t. Lxviii. 



229 



CHANOINES 



230 



Thomassin fait cette remarque : « On pourrait avec 
quelque apparence conclure que saint Augustin n'in- 
stitua son séminaire de clercs qu'après qu'il eut 
été évcquc, afin d'y pouvoir exercer l'hospitalité, 
qui n'eût pas été convenable au premier monastère 
qu'il avait fondé étant prêtre, dans le jardin que 
Valère lui avait donne. Ainsi, il y aurait eu deux 
monastères, l'un dans le jardin, l'autre dans la mai- 
son de l'évêque : l'un bâti par saint Augustin encore 
prêtre, l'autre établi dans la maison épiscopale après 
qu'il eut été fait évêque; enfin, l'un consacré à une 
retraite plus exacte et l'autre plus proportionné à la 
vie des ecclésiastiques et à l'hospitalité même que 
iaint Paul leur ordonne d'exercer. » Cette distinction 
s'impose, mais les textes ne permettent pas d'at- 
teindre une plus grande précision. Probablement, 
le monastère du jardin ne dut être ni abandonné, 
ni désaffecté; pour notre part, nous aurions peine .'i 
croire que l'évêque ait concédé cette fondation, qui 
devait lui tenir à cœur, à un groupe monastique. 
C'était introduire au cœur de la place, une société 
sur laquelle on pouvait compter moins, au point de 
vue des services h attendre, que sur des ecclésias- 
tiques du diocèse'. A ceux-ci. revenait de droit cette 
maison où ils s'initieraient à une vie sacerdotale telle 
qu'avait dû la pratiquer .\ugustin avant son épis- 
copat. S'il était permis de conjecturer la destination 
que reçut le monastère du jardin, nous proposerions 
d'en faire, dans un sens très voisin de celui qu'a ce 
mot de nos jours, un « grand séminaire ». une école de 
théologie, un noviciat de la vie sacerdotale. En effet, 
le groupe qui habitait, avec saint Augustin, la maison 
épiscopale était très restreint et ne comprenait vrai- 
semblablement que des prêtres, des diacres et des 
sous-diacres: les autres clercs inférieurs n'y étaielit 
qu'exceptionnellement ou point du tout admis. Quoi- 
que dans les deux discours que nous analysons, saint 
Augustin parle des clercs en général, et qu'il semble 
les comprendre tous, on voit bientôt qu'il parle exclu- 
sivement de ceux qui habitent avec lui la maison épis- 
copale et qui ont renoncé à toute propriété : nuncio 
robis, iindc gaudcatis : quia onincs fralres cl clericos 
mcos, qui mecuni habitani, presbyteros, diacoiios, siib- 
diaconos cl Patrichim nepolem meum, laies inveni qiialcs 
drsidcrai'i. Des clercs d'ordre inférieur, il n'est fait 
nulle mention dans ces deux discours qui ont pour 
objet de justifier la conduite des clercs, leur fidélité 
constante au vœu de pauvreté; évidemment lecteurs, 
acolytes, portiers, etc., n'avaient pas pris pareil enga- 
gement et n'étaient en aucune façon confondus avec 
les clercs vivant en communauté. Cette distinction 
se trouve, d'ailleurs, confirmée par un détail d'ad- 
ministration. Saint Augustin explique comment les 
vêtements dont il use personnellement, ne diffèrent 
en rien, ni comme coupe, ni comme tissu, des vête- 
ments de ses compagnons, .\rrive-t-il qu'on lui fasse 
présent d'un vêtement de prix, il le fait vendre et 
le produit est employé à l'entretien de la comnui- 
nauté ; prêtres, diacres et sous-diacres : nemo dcl 
bi/rruru, vcl linemn tunicam. seu aliqiiid nisi in cont- 
nuine : de conimuni aceipiam mihi ipsi; cum seiam 
commune me habere vclle, quidquid luibco. Xcmo lalia 
ofjeral, quihiis quasi ego solus decenlius ular. Offeralur 
mihi verhi f/ratia bijrrum preliosum, forle deccl epis- 

' Il y avait bien aussi quelque cliose qui ressemble à 
l'antagonisme clironique entre séculiers et rêguMrrs. Dans 
une lettre ù Auréle de Carthage, saint .\uguslin insiste 
pour qu'on n'élève pas les moines au-dessus du clergé 
et le prie, en outre, de considérer que tous deux appar- 
tiennent au clergé : Siuiis dolendum si ad lani niinosain 
superbiani nioriaclms stirrigamiis, et tam gravi contitmelia 
clericos dignos pidenins, in quorum numéro sumus. Une 
fois, saint .\iigustin va même jusqu';\ dire qu'à peine 



copum, quamiHS non deceal Auguslinum, id esl. homi- 
nem pcuiperem, de pauperibus natum, elc. Qualem 
vesleni polesl habere prcsbijler, qualem polest habcic 
decenler diaconus el subdiaconus, lalem volo acciperc, 
quia in commune accipio. Si quis meliorem dederil, 
vendu : ut quando non polesl veslis esse communis, 
preliosum veslis fil commune. Ainsi tous les membres 
de la communauté portaient le byrrus ou tunique de 
lin, sans distinction de rang, c'était comme nous le 
savions (voir Birhus, t. ii, col. 907), l'habit ordi- 
naire des clercs, en quoi ils se distinguaient des moines ; 
c'était, en effet, le cas d'Hippone. 

L'insistance avec laquelle saint Augustin exigeait la 
pauvreté des clercs vivant en communauté, ne doit 
pas induire en faveur de l'opinion soutenue jadis, 
d'après laquelle les associés n'avaient ni liens ni vœux. 
Nous avons montré que ces vœux étaient réels, quant 
au renoncement aux richesses, et il est manifeste 
qu'ils n'en avaient pas d'autres à émettre puisque, dès 
lors, le sacerdoce, eu .\frique du moins, impliquait le 
célibat (voir ce mot) et la cléricature entraînait l'at- 
tache à un diocèse. 

Les quelques mentions qui nous ont été conservées 
de l'existence d'autres monastères épiscopaux en 
Afrique, ne nous apprennent rien de positif sur le 
régime qu'on y suivait, et cela même peut donner 
lieu de soupçonner que la discipline de ces maisons ne 
se distinguait guère de celle de la maison d'Hippone. 
Benediclos sanclilalis lux comilcs el «mutalores, in 
Domino fralres noslros, lani in ecctesiis quam in monas- 
teriis Carlhagini, Tagaslœ, Hippone Regio el lolis 
parochiis luis alquc omnibus cognilis tibi per Africam 
locis, mullo affcclu rogamus -. L'exemple, d'ailleurs, ne 
se renfermerait pas en .«Vfrique. Julius Pomerius parle 
des communautés fondées par Paulin de Noie. Hilaire 
d'Arles et d'autres évêques qui, après avoir distribué 
leur patrimoine aux pauvres, n'ont possédé les reve- 
nus de leurs Églises que pour subvenir aux congréga- 
tions : congregandis fralribus alendis, cvpedil f'icullatcs 
Ecclesix possidere, ul uno solliciludincs omnium in sua 
sociclale vivenlium, subslincnle, omnes qui sub eo sunl, 
fnuiuosa vocalionc polianlur spirilualilerel quiele. 

Il ne devait pas être bien difiîcile aux évêques de 
réunir les membres en nombre nécessaire pour fonder 
la communauté. .Au iv« siècle, les privilèges commen- 
çaient à rendre la profession cléricale attrayante, 
même à ceux que la vocation surnaturelle n'y eût pas 
attirés '. Les candidats ne manquaient pas. Saint 
Augustin laisse entendre qu'il sait à quoi s'en tenir lii- 
dessus ; Scia quomodo Iwmines ament clericalum '. 
.\utour de lui, nous voyons, à Hippone, vers 424, 
trois prêtres, six et peut-être sept diacres, un sous- 
diacre; il est vrai qu'Hippone est une bourgade; mais 
les grandes villes, mieux partagées, offraient plus de 
choix. Si vers le milieu du 111"= siècle, en temps de 
persécution, l'Église de Rome comptait quarante- 
six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarante- 
deux acolytes et cinquante-deux portiers, on peut 
préjuger que ce personnel s'était beaucoup accru 
depuis la paix de l'Église; de même dans les 'grandes 
villes. A Édesse, au temps d'Ibas, le clergé allait au 
nombre de deux cents personnes; à Carthage, au 
v-' siècle, le clergé montait ;\ plus de cinq cents per- 
sonnes au témoignage de Victor de Vite : univcrsus 

d'un bon moine on peut faire un clerc passable. Ceci a 
l'air d'une épigranime, peut-être n'est-ce qu'un fait 
d'expérience; sauf pour quelques natiues pri\-i!égiées et 
très souples on ne recommence pas sa vie. on ne s'impro- 
vise pas sur le tard une capacité. S. .\ugustin, Epist.. lx, 
P.L., t. xxxni, col. 228. — = S. Paulin, Episl.. m, n. 6, 
P L., t. Lxi, col. 164. — ' L'exemption de la charge 
ruineuse de curinlis était un des plus appréciés de ces 
privilèges. — «5prm., CCCLV.G. P. 7.., t. xxxix, col. 1573. 



231 



CHANOINES 



23-2 



clerus Carltiai/inis ca'de incdiaijuc maceiolur, fere quin- 
genti vel amp/nis'. Dans ce nombre, le choix devait 
être aisé, car cotte foule n'était pas réunie tout entière 
dans le monastère épiscopal qui ne contenait qu'une 
élite tirée vraisemblablement de préférence de ce que 
nous avons nommé le > grand séminaire». Au cours 
des années de formation l'évêque avait pu se rensei- 
gner sur les sujets, certains d'entre eux vêtant entrés 
dès l'enfance, comme le fut le cas pour un jeune lec- 
teur nommé Antoine qui passa un peu brusquement, 
et pour son malheur, du lectorat à l'épiscopat : in 
monaslerio a nobis parvula quideni œlate nulritum, sed 
prœter lertinnis officium nuUis cliricatus gradibus et ia- 
boribus noliim. Est-il téméraire de supposer que ce 
lecteur faisait partie du monastère du jardin et n'avait 
pas encore été introduit dans le monastère épisco- 
pal. Cette nomination était un peu la carte forcée, 
car le prêtre destiné au siège de Fnssala l'avait re- 
fusé absolument, omnino rcsislendo fritslravit. Saint 
Augustin ne voulut pas laisser partir l'évêque consé- 
crateur et lui présenta .\ntoinc, décidé a choisir dans 
son séminaire à défaut du monastère épiscopal, plutôt 
que de recourir à quelqu'une des maisons monas- 
tiques du diocèse, toutes prospères et qui lui eussent 
fort complaisaniment. sans doute, fourni un sujet. 
Mais il devait être persuadé que son séminaire était 
plus propre à former des prêtres et des évêques 
qu'aucun monastère, puisqu'on n'y fait nullement 
profession des vertus et des fonctions du ministère 
sacerdotal, où l'on se pique même parfois de les 
ignorer. 

La différence entre les moines et les clercs vivant 
en communauté portait non seulement sur les œuvres 
extérieures de zèle et le service du prochain, sur le 
vêtement et sur le sacerdoce, mais encore sur le régime 
alimentaire. Celui-ci consistait en légumes avec de 
la viande pour les hôtes, les malades, les santés déli- 
cates: on prenait toujours du vin : olera et legumina, 
eliam carnes aliquando propler hospiles, vel quosquc 
infirmiores, semper niilem vinum habebat. De pré- 
férence on faisait la lecture, mais parfois, lorsqu'on 
recevait un évcque, quelque personnage important, on 
causait pendant le repas. La vaiss"lle était de terre, 
de bois et de pierre, cependant on faisait usage de 
cuillers d'argent. 

A l'origine des instituts les plus florissants il faut 
s'attendre à noter bien des hésitations et des tâton- 
nements; on pourrait, sans paradoxe, soutenir que 
ces retouches et ces repentirs sont la garantie et la 
condition du succès futur, parce qu'ils témoignent de 
l'épreuve attentive et perspicace qui fut faite des 
œuvres nouvelles aux conditions pratiques de la vie. 
Vouloir découvrir au début d'une institution les ca- 
ractéristiques qu'elle prendra après s'être dégagée 
des incertitudes originelles, c'est presque toujours 
s'exposer à substituer l'imagination à la réalité, con- 
fondre le germe et l'état adulte. Ce que nous avons 
pu entrevoir de la fond.ation d'Hippone appelle sans 
doute la comparaison avec l'institution postérieure 
de chanoines réguliers, comparaison légitime, où les 
analogies véritables mettent sur la voie d'une filiation 
évidente, mais qui ne demeure exacte qu'à condition 
de ne pas être poussée à la rigueur du détail. Si le 
monastère épiscopal d'Hippone et ceux qui ont été 
formés d'après ce modèle sont nettement caractérisés 
conmie ! monastères de clercs j, il est probable qu'on 
eût retrouvé quelques traits mélangés à des usages 
purement monastiques dans d'autres congrégations 
du même temps. Prenons, par exemple, le monastère 
do Saint-Martin situé à deux milles de la cité épisco- 



pale, ce ne pouvait être un monatère de clercs et cepen- 
dant, de même que le monastère d'Hippone, celui-ci 
avait le privilège de fournir des évêques à un grand 
nombre d'églises désireuses de posséder un chef formé 
par saint Martin : Plures ex his postea episcopos vidi- 
miis. QiWE enim essei civitas, aul Ecclesia, qme non se 
de Martini monasterio cuperel habere sacerdotcs? II est 
permis de penser que ces évêques avaient reçu une 
formation assez attentive et connaissaient prati- 
quement les devoirs et le genre de vie qu'ils allaient 
pratiquer. Un autre exemple de cette adaptation alors 
fréquente d'un règlement duquel on s'inspirait, se 
trouve à Hippone même dans le monastère des 
vierges. Saint .\ugustin avait adressé à cette com- 
munauté une règle semblable à celle du séminaire, 
mais appropriée à certaines différences fondamen- 
tales entre les deux maisons. Cependant, outre la 
continence, ces nonnes s'obligeaient à la vie com- 
mune : etiam eligeretis in domo societatem unanimi 
'uibilandi, et à la pauvreté : non dicatis aliquid pro- 
priiim.sed sint fobis omnia ronununia; de p\\is, eMes 
portaient d'humbles vêtements semblables à ceux de 
la classe pauvre : non sil notabilis habitus rester, nec 
afjectetis l'cstibiis placere sed nmribas; il n'en était 
pas de même de toutes les nonnes de ce temps-là, 
mais saint .\ngustin s'inspirait à leur égard du même 
esprit que dans le règlement de son séminaire. 

III. L.\ FOND.\TioN- DE Verceil. — " Cclui qui pour- 
rait disputer à saint Augustin avec plus d'apparence 
la gloire d'avoir allié la vie cléricale avec la réforme 
des monastères est s.aint F.usèbc de Verceil. Néan- 
moins, si nous examinons de près ce que saint Eusèbe 
a écrit sur ce sujet, nous reconnaîtrons que cet 
illustre confesseur ne s'étudia nuUemctit à garder ce 
tempérament où s'arrêta depuis saint Augustin; mais 
il passa outre, et ne se contentant pas de donner à 
son clergé quelque teinture et comme une image des 
vertus des solitaires, il leur en fit prendre l'habit, la 
profession et l'état, les chargeant en même temps des 
fonctions sacerdotales. Ainsi il faut dire que saint 
.\ugustin laissa son clergé dans l'état ecclésiastique, 
il n'ajouta à la vie et à la piété cléricales que la vie 
en commun et la dèsappropriation; au lieu qu'Eusèbe 
de Verceil étabUt l'état et la profession monastique 
dans son Église. L'un apprit à ses ecclésiastiques à 
imiter quelque chose des vertus monastiques dont les 
laïques se rendaient fort souvent aussi les imita- 
teurs : l'autre leur fit entièrement embrasser la profes- 
sion monastique, sans renoncer aux [fonctions du 
clergé ^ «Cette interprétation est conforme à ce que 
nous laissent voir les paroles de saint .\mbroise : In 
Verccllensi Ecclesia dao pariler exigi videntvr ab 
rpiscopo, monasterii continentia et disciplina Ecclesix. 
Hœc enim prinms in Occidenlis partibus divcrsa inler 
se. Eusebius sancla: memoriœ conjnnxit, nt et in ci- 
vilate positus instilula nionachoriim teneret et Ecclcsicun 
regeret jejunii sobriet'ite, et plus loin : Hœcduo in atten- 
tionc cliristianorum dei'otionc prêestantiora esse qnis ani- 
bigat, clericorum officia et instituta nwnachoriim'. Baro- 
nius suppose avec assez de vraisemblance que cet essai 
tenté à Verceil s'inspiraitdes exemples rencontrés par 
Eusèbe au cours d'une mission accomplie en Égj'pte, 
en 328, en qualité de légat du pape. Les vertus qu'on 
pratiquait dans la fondation de Verceil ne différaient 
guère de l'ascèse monastique, : abstinence, jeûne, 
travail continuel; elles furent l'apprentissage de 
l'endurance d'Eusèbe pendant les persécutions qui le 
poursuivirent : Iliec igitur paticntia in sancto Etisebio 
monasterii coaluit usu. et durioris obseriyalionisconsne- 
tadine hausil laborum lolerantiam'. Dans un sermon 



' Possidius, Vila S. Augnstini, c. xxii, P. L.. t xxxn 
col. r>\. — -Ihoniassin, op. cit., t. i, col. 1311 1312. ■' 



'S. Ambroise. Episl. 
« Ibid., col. 1209. 



Lxiii, P. L., t. XVI, col. 1207. — 



233 



CHANOINES 



234 



prcclK' en riionncur rtu saint, l'évfque de Milan re- 
vient sur la fondation de Vcrccil : In bac snncla Ec- 
clesia eo^dcm inonnchns inslituit esse, i/iios chricos '. 
Et saint Maxime de Turin décrit en ces termes la vie 
des clercs de Verceil : Ilic (Eusebius)... ul universo 
clero suo spiritiialium instiUUioncm spéculum se cœ- 
leste prwlteret, oinnes illos sccum intra unius seplun: 
habitaciili cunf/regaint, ul, qunrum unum alr/uc indii'i- 
sum in religione prnposilum.lneril vita vielusqac com- 
munes*. 

Cette fondation n'offrait donc ()as l'originalité de 
celle d'Hippone; c'était simplement une fusion entre 
deux formes de vie qui. sur plusieurs points, s'excluent 
réciproquement. On peut croire qn'Eusélie les avait 
simplement rapprochées sans les combiner: il souliai- 
tait voir pratiquer la séparation du nimide et le devoir 
sacerdotal, le souhait était généreux, mais nous ne 
sommes pas assez instruits de la façon tlont on s'y prit 
pratiquement pour le remplir pour entreprendre d'en 
montrer le côté irréalisable. Nous savons toutefois 
quelques détails sur li régime monastique de Verceil : 
nunc discipulorum l'itiun pcrscquunnir, qui in illam 
se laudem induerunt, lujmnis dies ac nocics personant. 
Hœc nempe angcloruni mililia est semper esse in Dci 
laudibus, oralionibus conciliare crebris, alque cxorare 
Dominnm : sludcnt leclioni, vcl operibus continuis 
mcntem occupant, separati a cœtu mulierum, sibi ipsi 
inviccm tulam prœbent custodiam. Jejunii labor com- 
pcnsatur mentis placidilate. levalur usu. suslentatur 
otio aut fallilur negotio : non oneratur mundi sollici- 
ludine, non occupatur alienis molesliis, non urgelur 
urbanis discursibus '. Ce dernier Irait dit assez ce que 
nous cherchions à établir; la fondation de Verceil est 
avant tout un monastère et les exigences de la pro- 
fession cléricale s'y trouvent réduites au minimum : 
isolement, austérités, longs oltices de jour et de nuit, 
méditations, lectures, travaux incessants et cnlin la 
ciilure, non urgetur urbanis discursibus. On ne pouvait 
guère s'attendre à autre chose si on songe à la source 
orientale à laquelle le fondateur s'est inspire : si 
l'ideres monastcrii lirtulos. instar orientalis propositi 
judicarcs'. Ce modèle oriental induisait naturellcmeut 
à l'établissement monastique. Les monastères avaient 
commencé et s'étaient admirablement multipliés dans 
l'Orient avant qu'on en vît dans l'Occident : mais 
dans tout l'Orient il n'y avait probablement pas une 
Église où les ecclésiastiques vécussent en commu- 
nauté. Les évêques étaient fréquemment tirés <les 
monastères et les clercs fl'un rang moins élevé étaient 
mariés. 

IV. lix Orient. — Saint Basile parle, il est vrai, de 
chanoines vivant en communauté : Tifib; toÙ; èv 
xotvoê:'(j> •/avov'.xoj; ': mais c'est de cénobites, c'est- 
;\-dire de moines vivant réunis qu'il fait mention 
dans ce texte. Le titre de chanoines qu'il leur attribue 
se justifie par leur profession d'accomplir très exac- 
tement la règle, xavùiv. et. ce qui est décisif, il les 
soumet ;\ un supérieur diflérent de l'évcque, ce qui 
est inadmissible s'il est question d'une communauté 
de clercs vivant, comme celle d'Hippone, avec l'évêquc. 
Saint Basile nous apprend, en outre, qu'il vivait seul 
dans sa maison épiscopale de Césarée, un peu distante 
des logements réservés aux moines. A Chypre, au 
contraire, les moines, au nombre de quatre-vingts, 
habitaient dans la maison de l'évêquc; c'est probable- 
ment un exemple de ce genre que saint Eusèbe avait 
sous les yeux et qu'il a entrepris de reproduire à 



' S. Ambroisc, .Sprm., Lvi, P. /.., l. xvii, col. 720. — 
•S. Maxime de Turin, Serm., Lxxxiii, P. L., t. LVH, col. 
698 sq. — ' Ki)isl.. Lxni. /'. /.., t. xvi, cdI. 1211. — '.Serm., 
LVI, I'. /.., t. .vvii. col. 720. — ■ ' S. Uasile, Coiislituliones 
tnonasticiv, c. xviii. P. G., t. xxxi, col. 1381 sq. ; Hpisl., 



Verceil. L'unique exemple à notre connaissance d'une 
communauté cléricale en Orient est celui qu'on trouve 
rapporté par Sozoméne. A Rinocorura, en Egypte, 
après que plusieurs religieux se turent succédé sur 
le siège épiscopal de cette ville, les clercs commen- 
cèrent à vivre en communauté, ayant une maison et 
une table unique et ne possédant rien qu'en commun : 
y.oivÀi Si' È^rt Toï; aOroO: ■/.>.-/;pcy.Oi; ol'y.-^T:; 't Ka'-. -pâ- 
-ï^a, -/.a't Ta i>),a TiivTi'. Mais c'était là un cas excep- 
tionnel. Saint .lérôme, si minutieusement instruit 
et si curieux de tout ce qui concernait la pratique 
de la vie et des vertus religieuses, faisant à Sjépotien 
une peinture aclievée de la conduite d'un bon ecclé- 
siastique, n'avance pas un seul mot de l'obligation, 
on de la coutume, ou de la bienséance de vivre 
en communauté avec d'autres clercs. Il lui donne 
au contraire divers préceptes qui supposent une vie 
retirée et particulière dans sa maison, par exemple : 
d'avoir toujours des ])au vres à sa table, des voyageurs, 
de ne point recevoir de femmes dans sa maison. Népo- 
tien avait vu dans l'exemple d'un sien oncle la sain- 
teté d'un évêque associée aux exercices d'un moine : 
in nnn alque eodem cl imitabalur monaclxum et pontifi- 
cem vcncrabatur; lui-même devenu prêtre, exerçait sa 
charge sacerdotale et de rclonr à la maison épiscopale 
y pratiquait la vie des solitaires : relicto foris clerico, 
postguam domum se contuleral. duritiœ se Iradiderat 
monacliorum '. 

V. Des orioixes .\u V siècle. — On pourrait 
croire d'après cela, qu'avant saint Augustin ou au 
moins avant Husèbe do Verceil, aucun essai n'avait 
été entrepris dans le but de grouper les clercs atta- 
chés à une même Église. Ici encore, il faut s'abstenir 
d'afllrmations trop nettes: nous savons beaucoup sur 
l'histoire ancienne de l'Église, mais nous ignorons 
plus encore. Des tentatives isolées, silencieuses, vite 
abandonnées ou point remarquées ont pu être entre- 
prises sur tant de points où le christianisme s'étendit 
pendant les quatre premiers siècles; elles n'ont laissé 
aucune trace. Mais de ce que la vie matérielle n'était 
pas commune, il ne s'ensuit en aucune façon que les 
membres dont se composait l'entourage épiscopal, ses 
collaborateurs olTicicls, ne formassent un corps avec 
lui, partageant ses travaux dans l'administration d'un 
diocèse. Le clergé se composait de deux catégories dis- 
tinctes, les ruraux et les citadins. Les premiers, gens 
simples, moins aflinés, non moins utiles mais moins 
civilisés que leurs confrères, vivant souvent à de 
longues distances de la ville épiscopale. un peu anlcy- 
losèsparriiabituclle fréquentation d'un troupeau très 
fruste, plus indépendants d'allures, parce que moins 
surveillés, médiocrement instruits et ayant renoncé à 
l'être plus, ambitieux quelquefois, mais maladroits et 
ne sachant trop comment « s'y prendre », ces ruraux 
ne pouvaient récla'mer une part active A l'administra- 
tion épiscopale. Celle-ci se concentrait entre l'évêquc 
et son conseil presbytéral, composé d'hommes géné- 
ralement capables et vertueux parmi lesquels il ne 
faut pas être surpris et encore moins scandalisé de 
voir circuler quelques plats intrigants et des clercs 
d'une incapacité notoire. .\insi qu'on peut s 'y attendre, 
on voit se produire dans ce conseil, des luttes d'in- 
fiuence et des ambitions furieuses; les canons des 
conciles en apprennent beaucoup sur cet aspect de 
la psychologie ecclésiastique : ainsi le concile de 
Xicée interdit aux diacres de prendre le pas sur les 
prêtres et leur rappelle de garder leur rang '. Sur ce 



cc\ II, P. G, t. XXXII. col. 700 sq. — ' .Soroméne, Hisl. 
eccles., I. VI, c. xxxi, P. G., t. i-xvii. col. i:iS9. — 'S. Jé- 
rôme, Epis/., LU, /'. /.., t. XXII, col. 'y'.tj. — ' Pareil abus se 
trouve déjù signalé trois quarts <It* siècle plus tôt, dans 
la correspondance <lc saint Cypricn. 



235 



CHANOINES 



236 



principe de la subordination, le concile admet que la 
triple hiérarchie des cvêques, des prêtres et des 
diacres exerce intendance et juridiction sur le bas 
clerg"^ et sur les laïques. Évéque, prêtres et diacres 
font partie d'une Église au point de ne la pouvoir 
quitter pour passer dans une autre Église. Ils la repré- 
sentent, ils l'incarnent, ils la président. Si qiiis eoriim 
qui prœsunl Ecclcsisc. mil episcopus. aiil presbi/lcr, aut 
rf/nconiis, ainsi s'exprime le canon I" du concile d'An- 
tioche. A Rome, pendant les vacances cpiscopales, 
notamment .après la mort du pape Fabius, le collège des 
prêtres et des diacres assume le gouvernement du siège 
inoccupé. Saint Cyprien fugitif délègue ses clercs au 
gouvernement de l'Église de Carthagc et correspond 
avec le clergé romain pendant l'intérim entre la mort 
de Fabius et l'élection de Corneille; Marcion se pré- 
sente à l'Église romaine pendant un interrègne 
analogue qui suivit la mort du pape Hygin. — Ainsi il 
existait à défaut d'une communauté, un conseil ou 
sénat, lequel gouvernait le diocèse avec l'évêque et, 
en son absence ou à son défaut, le gouvernait pour 
lui. 

Dans les conciles universels ou provinciaux et 
dans ceux de moindre importance, le rôle concédé 
aux évêques, aux prêtres et aux diacres consacre 
leur prééminence; mais c'est principalement dans 
les conciles d'Églises particulières " que nous voyons 
fonctionner régulièrement le conseil supérieur des 
clercs. En dehors des conciles, dans l'administration 
courante, tel évêque très autoritaire s'astreint à ns 
rien décider sans une délibération de ses prêtres et de 
ses diacres ». La nomination d'un nouveau membre 
est proclamée orficiellement, ainsi pour Xumidicus 
ordonné prêtre de Carthage et membre du clergé 
supérieur '. Tels étaient ces conseils d'administration 
d'une ville épiscopale, conseillers de l'évêque, gou- 
vernant avec lui, sous lui et par lui, le temporel et le 
spirituel du diocèse. On n'y vivait pas en communauté, 
mais on vivait des revenus de l'Église '. L'innovation 
de saint Augustin ne portait, on le voit, que sur 
l'organisation matérielle et sur la dignité morale, 
mais non sur la capacité de juridiction du clergé cathé- 
dral. 

VI. Chanoixes. — A ce clergé il nous faut enfin 
donner le Eom sous lequel, vers le iv"= siècle, on com- 
mença à le désigner. Voulant nommer les clercs 
attaches au service des Églises, les conciles d'Antioche 
(341) ^ de Chalcedoine (451)= et in Trullo (592)' 
disent qu'ils sont i-i tw xavovi et èx -o'j xavovo;, c'est- 
à-dire qu'ils sont inscrits sur le xavùv, la malri- 
ciila, la tabula, Valbum '. La Vila Antonii par saint 
Athanase fait usage de ce terme au sens de clerc : 
TÔvTE xavova rf,; i/.y.'/.r,Gia.i iîiïpç'jàiî ÈTiixa '' et c'est 
exactement le même sens que nous retrouvons 
en Occident où le 1II« concile de Tolède désigne sous ce 
nom ceux qui sub canonc ccclesiaslico /acerenl^° et 
le concile de Frioul (791) ceux qui sont sub canonc 
ccrlesiustico constitutif^. Des le vi« siècle, le nom de 
canonicus est couramment employé en Gaule. Grégoire 
de Tours rappelle une fondation alimentaire due à l'un 

'Épiscopales, métropolitaines, dans rî-.glise romaine. — 
•C'est le cas pour saint Cyprien qui discute devant son con- 
seil la conduite à tenir à l'égard des pénitents. Saint Ignace 
d'Antioche dit que le collège presbytéral d'une Église suc- 
cède au collège apostolique. — ' Admonitos nos et instnrctos 
sciatis diynntione (iivina, ut Xumidicus prpsbijter ascributur 
presbyleroriim Cartbafjinensium nuincro, et nobi'icumsedeat 
in clero. — * Sporluln, quelque chose qui ressemble assez 
au " casuel o, mais qui pou\ait être en argent ou en nature. 
- — * Conc. Aniiocit.. can. 2, 0, 11. — • Conc. Cliaïced., 
can. 2. — ■ Conc. Trutt., can. 6. — * Socrate, Hist. eccics., 
1. I, c. XVII. P. G., t. Lxvii, col. 118 sq. Cf. Valois, note 
à Socrate, Hist. eccl., I. V, c. xix, P. G., t. lxvii, col. 613. 



de ses prédécesseurs, Baudin, qui établit une mensa 
canonicorum^-. Une charte (fausse) de Chilpéric eii 
faveur de l'Église de Tournii. vers 575 ou 580, établit 
que ipse teloncus et fastitia de teloneo omni (empare ad 
mensam canonicorum ejusdem ecclesise proficiat "; en- 
fin le III'^ concile d'Orléans, tenu en 588, interdit aux 
canonici le commerce et toute espèce de trafic ". Le 
mot n'était déjà plus une nouveauté puisque, dès la 
fin du v^ siècle, le pape Gélase avait fondé à Rome 
un établissement de canonici regulares "; de tous côtés 
on le voit surgir. En 531, le II'' concile de Tolède fait 
mention d'écoles dirigées par des canonici et dont 
les professeurs vivent in domo ecclesiie sub epis- 
copi prscsentia "; le III« concile de Tolède mea- 
tionne clairement la vie commune lorsqu'il prescrit 
de lire la sainte Écriture pendant le repas que les 
chanoines prennent au réfectoire, sacerdolali con- 
vivio 1'. 

VII. Du v« .4.U vin' SIÈCLE. — Ces canons de 
Tolède demandent qu'on s'y arrête un instant, parce 
qu'ils nous ramènent à une institution analogue à 
la fondation d'Hippone, mais avec acquisition du 
titre de « chanoines » pour ceux qui en font partie. 
Comme clans le « monastère du jardin » auquel nous 
avons attribué la destination de séminaire nous 
trouvons en vigueur en Espagne, un véritable sémi- 
naire dans la maison épiscopale, placé sous la direc- 
tion d'un préposé responsable devant l'évêque. Le 
IV'' concile de Tolède fait voir comme un double sémi- 
naire, l'un, dans la maison épiscopale où vit l'évêque 
avec ses prêtres et ses diacres; l'autre, dans une mai- 
son voisine où les jeunes clercs vivent sous la direc- 
tion d'un supérieur, c'étaient, comme l'a dit gracieu- 
sement des 11 boutures de chanoines «. Ainsi, enfants et 
adultes pratiquaient la vie cléricale en commun; 
ceux-là seuls, parmi les prêtres et les diacres en étaient 
dispensés, que la vieillesseou les infirmités excusaient 
de demeurer en communauté avec leur évêque ; qnos 
jorte inftrmitas, aut œtatis gravitas, in conclavi epis- 
copi mancre non sinit ". En Ciaule, nous voyons le 
II<^ concile de Tours prescrire l'habitation commune 
dans la maison épiscopale pour l'évêque, ses prêtres 
et ses diacres ; licet episcopus Dca propitio clericorum 
suorum testimonio caslus vivat, quia cum iUo tam in 
cella, quam ubicwnque fucrit, sui habitent; eumque 
presbytcri et diaconi vel deinccps clericorum turba funio- 
rum Deo authore conservent ". L'évêque Baudin avait 
depuis quelque temps établi à Tours la v^e commune 
pour les chanoines : hic instituit mensam canonico- 
rum '» et l'archidiacre y tenait la main, n'épargnant 
pas les réprimandes à un diacre nommé Patrocle qui 
s'abstenait du réfectoire commun : nec ad conviviuni 
mcnsx canonica; eum reliquis accederel clericis"^; d'où 
l'on peut induire que les diacres de la maison épisco- 
pale recevaient le titre de chanoines, puisqu'ils en 
partageaient la table; cette induction cependant est 
loin d'être rigoureuse. 

Toutefoisla communauté de la table cl l'habitation 
sous le même toit n'impliquent pas nécessairement 
la pratique de la pauvreté telle qu'on la suivait à 

— • .\th.inase, Vilu Antonii. P. G., t. xxvi, col. 837 sq. — 
" Conc. Tolel.. III, can. 5. — " Conc. Foroiul., can. 1. 

— 1! Grégoire de Tours, Ilisl. eccles..\. X, c. xxxi, P. i.., 
t. Lxxi, col. 57.0 — '' .\ub. Mirflpus, Diplomata Belg., t. ii, 
p. 1310, col. 2. Cf. Brcquigny, ad ann. 562. — " Conc. 
Aiirelian., III, can. 11. — " Hospinianus, i3c monacft., 
1. III, c. VI, p. 72; J. Binghani, Origines eccles., I. VII, 
c. II, n. 9. — '"• Conc. Tolel.. II, can. I, 2. — " Conr. 
Tolet. III, can. 7; cf. Conc. Turon. II (567), can. 12. — 
" Conr. Tolet..lX. can. 23. — '> Conc. Turon., II, can. 12. 

— !o Grégoire, /lis/, eccles.. I. X, e. xxxi, P. L.. t. Lxxi, 
col. 570. — =' Grégoire, de Tours. Vilœ Pairum, c. ix, 
P. /,., t. LXXI, col. 1052. 



237 



CHANOINES 



238 



Hippone ■. On n'entrevoit rien de pareil à Tours ni 
à Tolède, pas plus qu'à Rome et à Cantorbéry. En ce 
qui regarde ces deux dernières Églises nous savons 
que le pape saint Grégoire I^' avait recommandé à 
saint Augustin de Gantorliéry de ne pas imiter l'usage 
général de faire quatre parts des revenus de son 
Église, mais d'y vivre en communauté avec tous ses 
clercs engagés à pratiquer la continence perpétuelle; 
les autres se marieraient et recevraient leurs Iiono- 
raircs. L'usage général auquel fait allusion le pape 
Grégoire montre que les clercs ne vivaient pas en 
•communauté, ni avec leur évèque, mais séparément. 
Dans cette mission de Grande-Bretagne où presque 
tout était à créer, il eût été aisé d'essayer une inno- 
vation d'après le modèle d'Hippone; il semble que 
l'idée n'en soit même pas venue. Tiré d'un monastère, 
moine lui-même, Augustin allait fonder autour des 
cathédrales des chapitres monastiques qui absor- 
beraient et éclipseraient la vie cléricale. Beaucoup 
de cathédrales en Angleterre conservèrent jusqu'à la 
Réforme du xvif siècle, un caractère semi-monastique, 
principalement pour les sièges anciens, comme Can- 
torbéry, Lindisfarn. Pour d'autres sièges de création 
postérieure, Worcester, par exemple, il fallut céder 
à la poussée du clergé paroissial et lui abandonner la 
cathédrale. Saint Grégoire le Grand ne parait pas avoir 
en une idée bien nette sur l'organisation du corps 
•clérical. Fondateur de monastères, il vécut à Rome 
dans une société composée de moines et de clercs 
<i dont l'agréable confusion eût été capable, si elle eût 
trouvé assez d'imitateurs, de remettre l'ordre et la 
discipline dans toutes les Églises du monde. » C'est la 
pensée de Thomassin : nous la croyons très hasardée. 

Ce qui pourrait expliquer la combinaison tentée par 
saint Grégoire d'associer clercs et moines à l'œuvre 
du culte et du service des fidèles, c'est la situation de 
l'Église au vi" siècle finissant. Dans l'immense pé- 
nurie d'hommes instruits et capables, au sein d'un 
bouleversement presque sans exemple cl d'une fer- 
mentation sociale encore profondément obscure et 
inquiétante, il fallait mettre en œuvre toutes les 
ressources, concentrer toutes les forces, grouper tous 
les dévouements jusqu'à tenter l'accord et l'alliance 
irréalisable des clercs et des moines. Expédient, sans 
doute, mais, que tenter alors que des expédients? En 
Afrique même, où l'exemple de saint Augustin sem- 
blait devoir provoquer des tentatives semblables à 
la sienne, on était réduit aussi aux expédients et, 
ressemblance curieuse, on tentait également la com- 
binaison clerico-monacale. 

La persécution vandale avait chassé et dispersé le 
clergé loin des villes, dans des solitudes. Là, le pre- 
inier moment de stupeur passé on se compta, on se 
réunit, on construisit des abris et on vécut en commu- 
nauté. Saint Fulgence, le plus illustre de ces évêques 
exilés, fut suivi dans sa retraite par ses clercs et ses 
moines dont il arriva à composer une communauté : 
Jnler ipsa sane priniordia yloriosi cxilii, monasteriam 
congre.garc, paiicos scciini ducciif: nionachos minime 
poluil; sine fraterna lamen concjregationc vivere ncs- 
ciens coepiscopos suos lllustrciii ctJamiarium habilarc 
seciim persuasil voliinlc-:. Qaihiis iinico servicns curi- 
talis cifjeclu, similitailincm mugni cujusdam momislerii, 

' Thomassin, op. cit., t. i, col. 1357, le dit en son style 
filandreux : Eusèbe de Verceil... eut plus d'admirateurs 
que d'imitateurs. Le tempérament que saint Augustin 
avait pris... eut im succès plus favorable... ces mo- 
nastères de clercs se multiplièrent oxtrônieinent dans 
l'Afrique, ^lais l'histoire ne nous apprend pas si les 
autres provinces furent touchées d'un exemple si saint 
et de l'amour efTectif d'une institution si salutaire. Au con- 
traire, elle ne nous fait que trop justement appréhender 
que cette lumière brillante n'ait été presque aussitôt 



monachis et dericis adanalia sapienier effecii. Eriit 
qiiippe eis commanis mensa, commune cellariun^, com- 
munis oralio simul et lectio^. Ceci se passait dans l'exil 
de Sardaigne; lorsque la tolérance d'Hildéric permit 
le retour en Afrique, Fulgence incorpora en quelque 
manière son clergé et ses moines appelant ceux-ci à 
I remplir toutes les vacances : clericonim veto si quœ 
defuerunt miniatcriti rcparnns, probatos sibi multos ex 
fralribas monachis ad ecclesiasticam mililiam Iransiu- 
lil, ibi qiioque charilali consu/c/is, ul dum pêne omncs 
clericos ex illo monastcrio ordinal, aniiqux familiari- 
tatis monente notilia, nalla lis aliquando monachos et 
clericos ventilaret '. 

Tandis qu'en Afrique, sous le dur niveau de la per- 
sécution et de la nécessité, clercs et moines unissent 
leur effort et rapprochent leur vie ; en Gaule une situa- 
tion à peine moins menaçante produit également un 
résultat de nivellement : ruraux et citadins jouissent 
des mêmes titres, acheminement aux mêmes droits 
et au même prestige. Le II' concile de Vaisoii donne 
à tous le pouvoir de prêcher : ;;( non solum in civi- 
tatibus, sed etiam in omnibus parochiis verbam (acienti 
darenms presbyteris polcstalem. Le concile de Cler- 
mont, en 535, confère à tous, citadins, ruraux et 
même diacres, le titre de chanoines : Si quis presbyter 
Clique diaconus, qui neque in ciinlate ncque in parochiis 
canonecus esse dinuscilur, sed in villolis habitans, 
in oraloriis o/flcio sanclo deserviens célébrai divina 
mi/sleria, etc. '. Ces chanoines sont obliges, aux fêtes 
solennelles : Noël, Pâques, Pentecôte, et s'il s'en trouve 
quelque autre d'importance, de venir les célébrer 
avec l'évêque dans l'église cathédrale : nullalenns 
alibi nisi cum episcopo siio in civitale /enefi/. Ainsi les 
prêtres et diacres ruraux sont chanoines, les prêtres 
citadins et ceux de la cathédrale le sont également; 
il se trouve ainsi que tout le clergé des deux plus 
hauts degrés d'un diocèse porte ce titre. En 538, le 
III' concile d'Orléans prive du nom de chanoines 
tous les clercs qui ne rendent pas à l'évêque l'obéis- 
sance et à leur Église l'assistance qu'ils lui ont pro- 
mise : inlcr reliquos canonicos clericos, ne hac licenlia 
alii vilicnlur, nullalenus habeantiir neque ex rébus 
ecclesiaslicis cam canonicis slipendia aut muncra ulla 
percipianl^. Ce texte nous amène à l'étymologie du 
titre que nous étudions. Les canonici sont ceux qui 
sont inscrits sur le canon ou la matricule de l'Église. 
De Gange préfère à cette explication une autre qui 
nous parait en être inséparable. D'après lui les cano- 
nici sont ceux qui sont inscrits sur le canon frumcn- 
tarius, c'est-à-dire ceux qui reçoivent leurs hono- 
raires, sporlula, sur les revenus de l'Église d'où le 
nom de sporlulanles fralrcs que leur donne saint 
Cyprien. Mais la matricule d'une Église se compo- 
sait de plusieurs listes, depuis le catalogue épiscopal 
jusqu'à celui des indigents, en passant par ceux du 
personnel des clercs, des vierges, des veuves, des ca- 
téchumènes, des stipendiés de tout rang. 

Cette matricule des chanoines stipendiés nous cou 
duit bien loin de l'idéal tracé et appliqué par saint 
Augustin. Ce même concile d'Orléans montre le clergé 
de la ville épiscopale fort attentif à recueillir les 
bienfaits de l'évêque et les revenus do l'Église pour 
en jouir en ciualité d'usufruitiers, sous cette réserve 

éteinte et comme étoulTée dans sa naissance... .\insi dans 
l'Orient etpresque dans tout r Occident... la vie commune,... 
la pauvreté évangélique et les autres conseils de perfec- 
tion ne seront trouvés que dans les monastères; et c'est 
ordinairement de là que quelques étincelles auront volé 
jusque dans le clergé... etc. — - Ferrandus, Vila Fiitgenlii. 
— ^ Ibid,, c. XXIX. — * Maassen, Concilia tvvi nieroi>ingiciy 
1893, p. 69 : Concilium Clarnm., can. 1.5. — ' Maassen, Conci- 
Ua œui merovingici, 1093, p. 77 : Concilium Aiirelian., 
can. 12 



239 



CHANOINES 



240 



que l'évéquc pouvait échanger, voire même retirer 
une prébende de chanoine, mais seulement au gré de 
l'usufruitier ou à titre de châtiment : Si quid prœsenti 
lempore a clericis de ilccrdentium munipccntiis habe- 
tur i>rl possidclur, deinccjis (i xuccessnribus niilhitenus 
auferalur. ita ni, qui deccsxonim hircjUalibux f/uudent. 
officia Ecclesiic, obcdieniiain et nffectum sacerdolibiis 
prœbeant. De quibus lamcn munificenliis, quic pra'- 
senti lempore ab his, sieiit dicliim est, possidenliir, fi 
pro opporlunUrde episcopo placueiil, qiiod rolueril. j 
commulwe. sine accipientis dispcndio in locis eomnui- 
tclur\ i. Voilà, écrit Thomassin, les prébendes des 
chanoines de la cathédrale qui commençoient à se 
former par les libéralité', arbitraires des évêques, que i 
leurs successeurs ne pouvoieut pas ré%oquer, que j 
par un échange, ou par une sentence juridique contre 
un chanoine incorrigible : si inobedienlia rel conlii- 
macia in aliqiio aceipienlis exsteleril. culpa or/niUi in ] 
arbilrio piiesedcntis, utruni vel qualilcr di beat revu- j 
cari -, a 

En 666, le concile de Mérida, en Espagne, prend | 
irne mesure fort intéressante. Il autorise les évêques 
à transférer d'autorité les curés ruraux dans le cha- 
pitre de leur Église cathédrale sauf à les dédommager 
en les maintenant à leur paroisse primitive dont ils 
touchent les revenus et qu'ils font administrer par 
un remplaçant, prêtre ou diacre à la portion congrue. 
Grâce au cumul de ce revenu même ébréché et de 
leur prébende de chanoine, les évêques pouvaient 
combler les vides de leur chapitre : l't omnes episcopi j 
provincise nostra: si roluerint, de parochianis près- j 
b'/leris ac diaconibiis, calhedralem sibi in Ecclesia | 
pi incipali facere. maneat per omnia licenlia. El quamris 
ab episcopo sito stipendii causa per bonam obedientiam i 
aliquid accipianl. ab ecclesiis tomen in quibus conxe- 
crati sunl, pel a rébus earum extranei non numeant : 
scd pontificali electiune, presbyleri ipsius oïdinalione. 
presbyter alius instilualur, qui snnclum officium pera- 
qal, cl discrelionc prioris presbyter i victus et vestilus 
rationabiliter illi ministrcdur, ut non egeat '. On remar- 
quera que ce canon donne aux chanoines le titre de 
cathédrales, lequel n'était pas destiné à faire fortune. 
Il ne faut pas être surpris du reste, de ces tâtonne- 
ments, et on doit reconnaître qu'eu donnant du 1 cha- 
noine u à tous les clercs indistinctement : canoniei 
clerici, le titre honorable s'était un peu déprécié. 

Ce qui ressort clairement de cet ensemble, c'est 
que le clergé attaché à l'église cathédrale n'offrait 
plus aucun trait de la fondation d'Hippone. Le titre 
de chanoine peu précis, très largement distribué à 
diverses classes de clercs, ne distinguait en aucune 
manière ceux qui en étaient pourvus, t^ne combi- 
naison s'obstinait à reparaître qui associait les clercs 
aux moines, mais l'organisation plus forte de ces der- 
niers les amenait périodiquement à absorber ou à 
rejeter leurs collègues d'un jour. Il semble que du 
moment qu'on adoptait le principe et qu'on appli- 
quait le règlement de vie en communauté on ne pût 
concevoir ni entreprendre une i?istitution qui diftérât 
de la vie monastique. LeseUorts tentés sont si vagues, 
les prescriptions édictées si générales, qu'on ne s'étonne 
pas que les tentatives dévie canoniale échouent pério- 
diquement. En 75.5, le concile de Vernon prescrit que 
ccv\ qui dicant quod se propter Deum tonsurassent, et 

Conc. Aiirelian., III, can, 20 (17 ), dans Maassen, Concilia 
œui mero'^ingici, p, 79, — - Thomassin, Ane. et noiiu. disci' 
pline de l'Église, i. i, col. 13GS. — ^ Conc. Merit., can, 12, 
dans cl'Aguirre,'^,'onc, Ili.^ipaniœ, 175-4, t, iv, p. 19S sq, — 
«Conc, l>rn.,can. 11, — ' Il lut évoque de Metz, de 742 à 
766. Cf, A, Ebner, Ziir Hef/iila cunoniconim des Iieil. C/iro- 
degang, dans Rôiiiisclie Qiiartutsehrifl, 1S91, t. v, p. 81-86; 
W, Schmitz, Sancti Chrodegangi, ^letensis episcopi {742- 
76€), régula canoniconim, ans dent Leidener codex Vossianiis 



modo res eorum vcl pecunias habent et nec sub manu 
episcopi sunl nec in monasterio regnlariter vivunt; pla^ 
cuit ut in monasterio sinl sub ordine recjulari,aut sub 
manu episcopi sub ordine. canonico*. C'est plutôt la 
tendance dont témoigne ce canon et la date à laquelle 
elle apparaît qui doivent nous intéresser. C'est en effet 
à cette épocjue qu'un évêque de Metz, nommé Chro- 
degang, entreprend la rédaction d'une régie pour les 
chanoines, et l'idée même d'établir une distinction 
entre les obligations et les observances des moines et 
celles des chanoines est la plus sûre garantie du succès 
de cette règle. Assimilés malgré qu'ils en eussent aux 
moines, soumis à des exigences qui répugnaient à leur 
tempérament et contrecarraient leur ministère sa- 
cerdotal, les chanoines avaient toujours fini, après 
des essais plus ou mouis loyaux et prolongés, par se 
dérober à la loi sous laquelle on prétendait les réduire. 
Toutefois, en se dérobant à la vie commune, un trop 
grand nombre tombait dans un relâchement mani- 
feste: l'allocation nécessaire aux besoins matériels de 
'existence s'était, nous l'avons vu, transformée en 
prébende qu'on s'ingéniait à grossir. Les exemptions 
se multipliaient pour vivre en dehors de la maison 
épiscopale et les inconvénients de cette liberté abou- 
tissaient souvent au scandale, L'ne réforme s'impo- 
s.aiî : ce fut Chrodegang de Metz qui l'entreprit ', 

VIII. Saint ChrodegAxg, — Le rôle de Chrode- 
gang fut important *, nous ne nous occuperons que 
de son activité épiscopale. On le voit préoccupé de 
rétablir l'assistance du clergé au synode diocés.iin et 
de réprimer l'abus des résidences particuhères pour 
les moines comme pour les clercs, aussi peut on, avec 
beaucoup de vraisemblance, lui attribuer le canon 11" 
du concile de Vernon cit'- plus haut. Généreux, désin- 
téressé, mortifié, modeste tout eu sachant tenir son 
rang et affronter de grandes dépenses, il réunissait 
les capacités indispensables à l'œuvre ardue qu'il 
\oulait entreprendre. Dans le voisinage immédiat de 
la cathédrale il fonda ce que la langue du temps ne 
savait désigner sous un autre vocable que celui de 
>i monastère > : ledificai'it m.onasterium S. Pétri apo- 
stoti in parochia sancti Stcpfiani in pago Mosellensi 
et ditcwil... Clerum odunavil — instar cœnobii inlra 
clauslrorum septa conrersari fecil — annonas vilseque 
subsidia sufficienter prœbuit '. L'effort tenté eut 
peut-être échoué si les relations, on a même parlé de 
parenté, avec le roi Pépin n'avaient disposé celui-ci 
à protéger et à étendre la réforme. Après Pépin. 
Charlemagne dans ses capitulaires et Louis le Dé- 
bonnaire au concile d'Aix-la-Chapelle consacreront 
l'institution nouvelle que l'auteur appelait modes- 
tement inslitutiuncula nostra. 

La rcrjula canonicorum nous a été conservée sous 
deux formes. La rédaction en quatre-vingt-six cha- 
pitres ', parait n'être qu'un développement par un 
anonyme de la règle originale en trente-quatre cha- 
pitres destinée au clergé de Metz. La rédaction déve>- 
loppée omet avec soin tout ce qui se rapporte à Metz 
et introduit diverses prescriptions empruntées prin- 
cipalement aux canons du concile d'Aix-la-Chapelle 
de 816 et qui sont d'une application plus générale. 
.Mais la destination primitive au clergé de l'éghse 
cathédrale de Metz (can. 4 et ô) et à celui d'une autre 
église de la même ville (can, '24) est absolument cer- 

tatinus 94 m. Vnischrifi dcr tironisclien \olen lieraiisgeg., 
in-4>, Hannover, lS;il. — ' Il continuait la série des 
hommes d'église dirigeant la politique française et prend 
une belle place après saint Léger d'.\utun dans cette cu- 
rieuse galerie et très inégale qui se prolonge jusqu'au 
xviii' siècle avec le cardinal de Fleury et au xix" avec 
Talleyrand. — ' Paul Diacre. Vita Chrodegangi, dans Acla 
5anc/., mart t. vi, p. 451. — » L. D'.\chery, Spicilegiiim^ 
1654, t. I, p. 565; P. L., t. Lxxxix, col, 1067 sq. 



241 



CHANOINES 



242 



taine. La Préface contient la censure du relâchement 
des clercs de ce temps. Cette Préface se retrouve dans 
la rédaction développée, un peu postérieure, moins 
étroitement locale fcan. 8) est appuyée sur une certaine 
érudition conciliaire '. 

Le premier résultat de la re/jula canonicorum fut 
d'établir une distinction non seulement entre moines 
et clercs, mais encore entre les clercs attachés aux 
paroisses et les lanonici de la maison épiscopale. 
L'influence de la régie bénédictine est d'autant plus 
manifeste que l'auteur n'a pas songé à s'en cacher. 
Certaines difléreiices tenant à l'état lui-même s'im- 
posaient. Tandis que l'évêque et l'archidiacre rem- 
plissent les fonctions de l'abbé et du prieur d'un 
monastère, le titre de nioniichus est remplacé par 
celui de canonicus; par contre, les expressions mona- 
slerium et claustiurn sont conservées, les heures cano- 
niales sont adoptées sans changement. Chrodegang est 
le premier qui, conformément aux usages des bénédic- 
tins des basiliques romaines, mit en vigueur pour les 
clercs séculiers la prescription qui établissait à Prime 
iOfJlcium capiluli. Il ordonne que les chanoines 
assisteront tous les jours au chapitre et y liront la 
règle; mais le dimanche, le mercredi et le vendredi 
on lira des traités ou des homélies des Pères de l'Église. 
La façon selon laquelle les clercs devaient assister 
aux matines et au chapitre le dimanche est déterminée 
d'après l'Orilo romaiius-. Les autres parties du cha- 
pitre, le Confiieor, la lecture du .Martyrologe avec le 
verset Pretiosn, le triple Dciis in adjuiorium. Respice 
et l'oraison Dirirjcre, comme prière île pré])aration 
au travail avec la bénédiction et à la Tm l'aceusalion 
publi(|ue ou le chapitre des coulpes, après la lecture 
d'un chapitre de la règle, semblent être une création 
du ix'' siècle. Chroilecang avait fait ample moisson 
de notes et de souvenirs au cours d'un voyage en 
Italie dans l'autonme de 7.^3; à son retour il intro- 
duisit dans son clergé non seulement le chant romain 
(romana cantilena), mais, dans une certaine mesure. 
le rite romain lui-même. Quant aux usages consacrés 
par sa régula canonicorum, il les avait empruntés aux 
monastères bénédictins d'Italie, en particulier de 
Rome et du Mont-Casr.in. L"ne différence essentielle. 
celle qui, en réalité, caractérisait la discipline cano- 
niale et la diftérenciait de la discipline monacale, 
portait sur les vœux de pauvreté et d'obéissance. 
Les chanoines, bien que vivant en communauté et 
astreints aux observances inséparables de ce genre 
de vie, conservaient leur patrimoine et n'aliénaient 
pas leur indépendance. 

D'une comparaison minutieuse de la P.èyle des 
chanoines avec la règle de saint Benoit, il semble 
ressortir avec évidence la préoccupation d'éviter 
recueil d'uue ressemblance trop exacte qui avait 
contribué à entraîner une assimilation complète à 
des époques précédentes. Outre les distinctions fon- 
damentales sur la matière des vœux de pauvreté et 
d'obéissance, on relève une série de dilTérentiations 
minuscules qui semblent n'avoir d'autre but que 
d'atTirmer la distinction entre moines et chanoines. 
Les institutions diffèrent moins que le détail admi- 
nistratif. 

Nous avons déjà noté des appellations diflérentes. 
les ofTices demeurent identiques et cependant l'oslia- 
rius bénédictin tend à disparaître devant le [torturius. 
Après Compiles on garde le silence (fie;i., eh. .xLii = 
Chroi., ch. iv): au dortoir, les lits des jeunes cha- 
noines sont, comme ceux des jeunes moines, interca- 

' Can. 7 (citation du cime. d'.\i\-la-('.hapflle île .SIO. 
can. 121): can. IS (citation du can. 13.'» du même concile 
et can. 23 du IV** concile de Tolède tenu en r»:î3 ». — 
•W. Schmitz, S. Chrodegumji régula canonicorum, 18S9, 



lés entre les lits des anciens, on n'y dérogera que sur 
un ordre spécial de l'évêque (Cbrod., ch. m), mais 
Chrodegang n'impose pas comme saint Benoit (ch. 
xxii) le sommeil pris tout habillé et l'éclairage per- 
manent du dortoir dont il n'est question que clans 
la rédaction développée (ch. xLi.x). Tandis que les 
moines se levaient à deux heures après minuit pour 
dire matines, les chanoines les diront k minuit (Ben., 
ch. \ui=C.hrod. ch. v); mais les uns et les autres 
devront veiller à s'}- rendre dès le son de la cloche 
(Ben., ch. L = Chrod., ch. vi). Ils se livreront iau tra- 
vail manuel mais sur ce point la règle des chanoines 
laisse plus de latitude que celle des moines (Ben., 
ch. xLviii LVH = Chrod., ch. ix), d'ailleurs la saison 
d'hiver au lieu de commencer au It septembre ne 
commence que le 1'' novembre. La gradation du code 
pénal est la même dans les deux règles, l'abstinence 
est moins rigoureuse chez les chanoines {Ben., ch. 
xxxix-XLi = Chrod., ch. xx-xxu). Saint Benoît tolé- 
rait à son corps défendant l'usage du vin bien qu'il ne 
convînt pas aux moines ; saint Chrodegang, pour éviter 
toute interprétation, fixe la ration de chaque cha- 
noine avec un supplément pour les dignitaires {Ben., 
cil. XL = Chrod., ch. x.xiii) : un prêtre et un diacre 
ont droit à trois verres de vin en dînant, deux verres 
en soupant, un sous-diacre n'aura que deux verres à 
un repas, un verre à l'autre {Chrod., ch. xxiii). On m 
retrouve plus trace de ces distinctions dans la rédac- 
tion développée (ch. vu et Conc. .ii.v-la-Chap., 81(i, 
can. 135). La réception des hôtes présente de notables 
différences d'une règle à l'autre. Saint Benoît, souhai- 
tant développer la vertu d'hospitalité chez les reclus, 
accueille les laïques et les introduit au réfectoire; saint 
Chrodegang dont les chanoines sont fréquemment 
en contact avec les séculiers et excédés par eux, tient 
les hôtes à l'écart de sa communauté à moins d'une 
invitation spéciale de l'évêque ou de l'archidiacre 
{Ben., ch. lui = Chrod., ch. ni). Les laïques ne doi- 
vent rester dans la clôture que le temps requis indis- 
pensablement pour les affaires qu'ils ont à traiter, 
par exemple, les cuisiniers qu'on reconduira à partir 
du moment où on n'a plus besoin de leurs services. 
Les préséances sont réglées dans les monastères béné- 
dictins par la charge pour les supérieurs — • abbé, 
prieur — et par la date de l'entrée au monastère pour 
les autres religieux. Les chanoines sont répartis à sept 
tables qu'occupent l'évêque et ses invités, les prêtres,^ 
les diacres, etc. .-Vucun laïque ni étranger ne prendra 
son repas au réfectoire {Chrod., ch. xxi). Les cha- 
noines doivent se confesser au moins deux fois par 
an à l'évêque (Chrod. ,ch. xiv); enfin ils peuvent avoir 
un pécule et s'attribuer les honoraires de messes \ 

Ce qu'eût été le succès de cette règle sans le secours 
que lui accordèrent les rois francs dont elle aidait les 
projets de rénovation religieuse, il est malaisé de le 
dire. Dans un pays soustrait à l'influence des princes 
francs, la décadence du clergé était telle que cette 
règle cependant indulgente parut inexécutable; on 
était loin cependant des rigueurs des règles monas- 
tiques. Vers la fin du viu» siècle * on rencontre en 
Angleterre des groupes de clercs séculiers avec. ;i 
défaut du titre, les caractères de canonici et tendant 
à supplanter les moines à peu près partout, n'était 
l'attachement du peuple pour les moines auxquels 
se rattachent les origines historiques du christia- 
nisme dans la contrée et le dédain presque général 
pour la règle « lotharingienne ». .\u dire de Guil- 
laume de Malmesbury on ne s'en accommoda jamais. 

p. S, lig. 10 : sicul liabclur Oriln romanus. — ' On trouvera 
la traduction de la règle des clianoines dans Hefclc- 

Loclercq. Ilisl. ttes conciles, t. iir. part. I, p. 20-25. 

« Slubbs. Irilruil. to Episl. Cantuar.. introd., p. .xvii. 



243 



CHANOINES 



244 



Une tentative fut faite au concile de 786 pour l'intro- 
duire, elle n'eut probablement d'autre résultat que 
de faire clianger le nom de clercs séculiers en celui de 
•cbaiioines et les abbés en doyens i. 

Dans le royaume franc, la réforme et la restau- 
ration générale entreprise par Charlcmagne favorisa 
l'essor de la règle des chanoines. Dans un Capitulaire 
d'Aix-la-Chapelle, rendu en 789 ^, nous voyons que 
Ja cléricature et la profession de chanoine passaient 
])onr une même chose : Qui ad clcricalam accédant 
ijiiod nos canonicani vilani nominamur, ce qui venait 
de l'obligation i\ laquelle on avait assujetti tous les 
clercs de vivre en communauté. A ces chanoines plus 
ou moins bon gré mal gré on impose d'avoir à vivre 
conformément à leur règle : volumus ut illi canonice 
secundiini suam rcyiilam vii'anl. Cette fois l'empereur 
parlait cl ne badinait pas; moines et chanoines 
n'avaient que la perspective d'être bons moines ou 
bons chanoines: ut illi clerici, qui se fingiint habita l'cl 
nomine ninnaclws esse et non sunt, oninimodis viden- 
iur esse corriijendi, al vel vcri monachi sini vcl vert 
canonici*. Gr.âce à cette alternative on commence, 
semble-t-il, à mieux distinguer l'état de chacun et 
Ja catégorie sous laquelle il se range. Le concile de 
-Alayence, en 813, nous apprend qu'en ce temps la 
confusion était courante entre les communautés de 
chanoines et celles de moines, au point que l'habi- 
tation des uns et celle des autres s'appelaient égale- 
ment monastère : Perspiciant missi loca monaslerio- 
rum, canonicoruin pariter et mnnachoram ; li clôture 
y devait être la même, le supérieur des chanoines 
portait le titre d'abbé. A vrai dire cette confusion, 
si elle offrait des inconvénients, était peu de chose en 
comparaison des services que rendait la vie canoniale 
sous laquelle on rangeait tous les clercs. Le même 
concile de Maycnce s'exprime ainsi ' : Dccrevimus, ut 
canonici clerici canonice virant, obscirantes dii'intc 
Scripiurœ doclrinam et documenta Patrum et ut simul 
nionducent et dormiant, ubi liis facullas id facicndi 
suppetil, vcl qui de rebus ecclesiasticis stipendia acvi- 
piunt et in suo claustro maneant et obcilienliani secun- 
dum canones suis inagislris cxliibcant. Cette règle dont 
il est dit quelques lignes plus loin Pcyula canonico- 
runiest, sans contestation, celle de saint Chrodegang. 
puisque le chapitre 61 de la rédaction développée 
est citée par le 20'^ canon du concile. En cette même 
année 813, un concile de Reims s'emploie à la même 
mesure de police destinée ;^ fixer l'état des clercs, 
soit parmi les moines, soit parmi les chanoines : Lecii 
sunl canones, ut quisque canonicus Icgem vilamquc 
suani minime ignoraret. Lecta est rcfiulct sancti Bcnc- 
dicti, ut ad niemniiam reduccretur abbcdihus. En 815. 
le concile d'Aile?^ : Providendum episcopo qnaliter ca- 
nonici vivere debcant née non cl monachi, ut sccunduni 
crdinem vel regularcm vivere studeant. 

Outre cette distinction entre moines et chanoines, 
une autre restait à faire : il existait des chapitres 
de chanoines de deux sortes, les uns sous l'évêquc et 
dans les églises cathédrales, les autres sous un abbé, 
observant la vie commune et la règle des chanoines. 
Le concile tenu à Tours en 813 distingue trois genres 
de communautés religieuses et marque bien le carac- 
tère de chacun : 

Chanoines vivant avec l'évêque : Canonici et clerici 
ciuitatum qui in episcopiis conversantur, considera- 
vimus ut in clauslris habitantes, simul omnes in uno 
dormilorio dormitml, simulque in uno reftciantur reje- 
clorio, quo facilius possint ad horas canonicas celebran- 
dcis oecurrere, ac de vita et de conversationc sua admo- 

' Stubbs, De invent, crue, introd., p. ix. — ■ C.apilul., 
Aquisgrim., ann. 789, can. 72-93. — ' Ibid., can. 77. — 
« Cône. Mogunl., can. 9. 



neri et doceri, oiclwn ac vestimentum juxta facultalem 
episcopi accipiant ne ]>aaperla(is occasionc per divcrsn 
vayari cogantur, etc. (can. 23). 

Chanoines vivant sous un abbé ; Simili modo et 
abbales monasteriorum in quibus canonica vita anti- 
quitus fuit, velnunc vidclur esse, sollicite suis provideanf 
canonicis, ut habciint claustra et donniloria in quibus 
simul dormiant, simulque reftciantur, horas canonicas 
custodianl, viclum et vcstitum juxta quod poterit abbas, 
habeant, etc. (can. 24). 

Moinessous la règle bénédictine (can. 25). 

Ces deux catégories de chanoines avaient donc éga- 
lement la vie commune, le cloître, le réfectoire, le 
dortoir, le chant des heures canoniales, l'entretien 
par les revenus de la communauté; leur différence 
essentielle était la soumission immédiate des \ms h 
l'évêque, des autres à l'abbè, la résidence des uns dans 
la maison épiscopale, celle des autres en dehors de 
cette maison. 

Nous avons suivi, autant que les textes nous l'ont 
permis, les destinées des ecclésiastiques groupés dans 
la maison épiscopale; nous les voyons avec saint 
Clirodegang, Pépin et Charlemagne, aboutir à une 
organisation et prendre le titre de chanoines en un 
sens plus précieux que celui qu'on lui attribuait aupa- 
ravant. Mais d'où sort cette autre branche de cha- 
noines vivant sous un abbé? Thomassin présente une 
conjecture qui nous paraît très acceptable. Pendant 
les siècles de décadence que venait de traverser le 
clergé, les moines n'avaient guère été épargnés. Des 
monastères en grand nombre, sous des règles diverses, 
avaient suivi la pente générale. Le concile de Tours, 
tenu en 813, parle dans son canon 2 4" de ces monas- 
tères dans lesquelles la règle est entièrement abolie : 
monastcria in quibus régula bcali Bencdicti penitus 
abolita ncgligilur; on pourra entrevoir l'étendue du 
mal si on se rappelle qu'entre les règles monastiques 
celle de saint Benoît était alors la plus répandue et 
la mieux observée. Dans beaucoup de maisons sou- 
mises à cette règle et dans un grand nombre d'autres 
par conséquent sous les règles tombées à peu près 
en désuétude de saint Colomban, de saint Césaire 
d'Arles, de saint A.urélien, etc., le relâchement était 
arrivé au point que les moines n? se distinguaient plus 
guère des chanoines au sens fâcheux de ce titre avant 
la réforme de Chrodegang. L'habitude fut prise de qua- 
lifier ces maisons de monastères de chanoines, le nom 
leur en reste et aussi leur premier dignitaire, l'abbé. 
On se fait bien une idée du [désordre qui régnait alors, 
en lisant les reproches adressés par Charlemagne aux 
chanoines de Saint-Martin de Tours dont l'inconstance 
était telle qu'ils se taisaient appeler tantôt moines, 
tantôt chanoines -.Aliquando euim monachos, aliquando 
canonicas, aliquando nculrum vos esse dicebatis. On ne 
pouvait sortir de cette confusion qu'en appliquant les 
prescriptions des conciles qui enjoignaient à chaque 
religieux individuellement de se prononcer s'il voulait 
être moine suivant la règle de saint lîenoit ou chanoine 
suivant celle de saint Chrodegang. .\insi se forma la 
subdivision des chanoines des cathédrales et des cha- 
noines des collégiales. Les monastères déchus pour- 
vus d'un abbé et de chanoines ne firent pas retour 
:\ l'ordre monastique. Il faudrait pour exposer cette 
réforme entrer dans une statistique infinie et montrer 
ce qui advint dans chaque maison prise en particu- 
lier; nous ne pouvons aborder ici ce travail et nous 
devons simplement indiquer la solution donnée à la 
difTiculté par ceux qui eurent ;\ la résoudre. Il est clair 
que la règle des chanoines de saint Chrodegang sous 
sa forme primitive et, à plus forte raison, la rédac- 
tion développée n'était pas exclusivement destinée à 
régir le groupe minuscule de ceux qui vivaient dans 
la maison épiscopale, mais elle devait être appliquée 



245 



CHANOINES 



246 



à tout le clergé d'iia diocèse. C'est jiour celui-ci que 
légifère le concile d'Aix-hvChapclle en 817 lorsqu'il 
adopte et insère dans ses canons les chapitres de la 
règle de saint Clirodegang. 

IX. Le concile de DCCCXVII. — Le concile de 
817 marque une date capitale dans l'histoire de l'ins- 
titution canoniale '. L'empereur exposa lui-même à 
l'assemblée que malheureusement beaucoup d'évéques 
ne surveillaient pas assez leurs inférieurs et ne fai- 
saient pas pratiquer l'hospitalité; il ajouta qu'il lui 
semblait nécessaire de réunir, ii l'usage des clercs 
moins savants une collection de règles sur la Yiln 
canonica dispersées dans les anciens canons et les 
écrits des Pères. Les évêques acceptèrent cette exhor- 
tation, quoique la jjlupart d'entre eux vécussent avec 
leurs subordonnés conformément aux canons; ils 
l'acceptaient d'autant plus volontiers que l'empereur 
leur avait donné des livres indispensables à la compi- 
lation d'une semblable collection. — On composa, en 
effet, dans un laps de temps relativement court, deux 
collections de ce genre, l'une pour les clercs, l'autre 
pour les religieuses; elles furent approuvées par le 
concile et présentées à l'approbation de l'empereur. 
L'empereur et le concile remercièrent Dieu de l'heu- 
reuse issue de l'assemblée et les deux inslitutioncs 
furent recommandées à l'observation de tous. Elles se 
composaient de deux livres : 1" De institulione cano- 
niconini et 2'>Dc instilulione sanctinionialium. Chaqae 
livre se subdivise en deux parties, consacrées, la pre- 
mière aux prescriptions générales et précejites des 
Pères et des conciles, la seconde aux décisions du 
concile d'Aix-la-Chapelle. On citait les textes des Pères 
à l'appui de chacun des règlements d'Aix-la-Chapelle. 
Le premier livre, beaucoup plus considérable que le 
second, ou, pour parler plus exactement, la première 
j)artie du 1=' livre, c'est-à-dire la collection des sen- 
tences des Pères, etc., a eu, dit-on, pour auteur le sa- 
vant diacre Amalairc. Quelques textes de ces deux 
collections prouvent que d'autres auteurs y ont col- 
laboré. 

Les plus importantes de ces règles, parce qu'elles 
nous permettent de jeter un regard sur la situation 
ecclésiastique de cette époque, sont les ordonnances 
<lu concile lui-même. Inspirées ordinairement par la 
règle de Chrodegaug, elles commencent dans le premier 
livTC avec le chap. cxiv. Voici ceux qui nous inté- 
ressent particulièrement : 

C. cxv : Les chanoines peuvent porter du lin, man- 
ger de la viande, posséder des propriétés, toutes choses 
interdites aux moines; mais les uns et les autres doi- 
vent être zélés à éviter le péché et à faire le bien. Les 
chanoines, outre leur patrimoine, reçoivent de l'Église 
une subvention. 

C. cxvii : L'évêque doit veiller à ce que la clôture 
de la maison des chanoines soit solide. 

C. cxviii : Le supérieur ne doit pas se charger de 
trop de clercs. 

C. cxix : Certains évêques n'admettent dans leur 
clergé que des serfs d'églises qui, sous peine de retour- 
ner en esclavage, doivent approuver tout; il ne faut 
pas exclure les nobles du clergé. 

C. cxxi : Tous les chanoines recevront la même 
quantité de nourriture et de boisson. 

C. cxxii : Chacpic chanoine recevra cinq livres de 
vin par jour ', ou bien trois livres de vin et deux livres 
de bière, ou bien une livre de vin et cinq livres de 
bière, selon les ressources du pays. Dans les contrées 
moins opulentes on diminuera proportionnellement 
CCS quantités; en lin dans les régions les plus pauvres 
on fera en sorte de donner deux livres de vin et trois 

' Hetclc-Leclercq, Histoire des coneites, 1911, t. iv, 
part. 1, p. 10, note 2. — ' La livre est de douze onces. 



livres de bière et autant que possible une livre de 
vin. Les jours de fête on améliorera le régime. En 
temps de famine on fera les distributions comme on 
pourra, les riches viendront en aide à leurs collègues 
moins fortunés. 

C. cxxiv : Les chanoines seront habillés conve- 
nablement, sans luxe, toutefois, de même que sans 
alTeetation de misère. 

C. cx.xv : Ils ne porteront pas de cuculles afin de 
n'être pas confondus avec les moines; chaque état a 
sa manière de vivre et de se vêtir. 

C. cxxvi-cxxxiii : Relatifs aux heures canoniales. 
Pendant les prières au chœur, les chanoines se tien- 
dront debout, sans s'asseoir, saiis] s'appuyer sur un 
bâton, sans causer. 

C. cxxxiv : Code pénal. Le chanoine incorrigible 
après plusieurs réprimandes sera condamné pour un 
temps au pain et à l'eau. S'il s'obstine, il sera exclu 
du réfectoire et du chœur où on lui assigjiera une place 
il part. Si on n'obtient rien de lui, on emploiera les 
coups, à condition que sou âge le permette. S'il est 
âgé ou prêtre, il sera réprimandé publiquement et 
condamné au jeûne perpétuel jusqu'à ce qu'il se soit 
amendé. 

On pourra enfin recourir à, la prison, à la compa- 
rution devant l'évêque qui prononcera. 

C. cxx.xv : Les enfants et les jeunes gens élevés 
dans la maison canoniale doivent être surveillés et 
instruits; ils seront soumis à la garde d'un chanoine 
âgé et sûr et habiteront ciiscnilile dans un bâtiment 
de Valiium. 

C. cxxxvi : Après compiles, tous les chanoines 
se rendront au dortoir, chacun y aura son lit; une 
lampe brûlera toute la nuit. 

C. cxi.i : Lin chanoine sera directeur de l'hôpital. 

C. cxm : Les chanoines peuvent avoir des habi- 
tations privées dans l'intérieur de la maison cano- 
niale, toutefois le réfectoire et le dortoir restent com- 
muns pour tous. Les anciens et les malades auront 
une infirmerie desservie par les chanoines. 

C. cxLiii : Devoirs des portiers : Après compiles, 
ils ferment la porte dont ils apporteront la clef au 
supérieur. 

C. cxi.iv : Les femmes ne pourront entrer que dans 
l'église; celles qui demandent l'aumône iront dans 
un bâtiment placé en dehors de la clôture. 

Le concile de 817 ne fait aucune mention de la 
règle de saint Chrodegang qu'il se contente de repro- 
duire presque intégralement. Ce silence a induit 
quelques historiens à supposer que la règle de Chro- 
degang n'avait jamais existé et qu'il fallait voir dans 
Icsdocuments qui se réclament de ce titre une simple 
contrefaçon des canons d'Aix-la-Chapelle. Cette 
hypothèse hardie est insoutenable; le texte primitif 
en trente-quatre chapitres ne laisse subsister aucune 
objection. Son grand intérêt consiste surtout à nous 
montrer la genèse de la Réforme, sa localisation 
à Metz, les retouches faites jusqu'au moment de 
l'adoption et ijromulgation ofTieiellc en 817. 

On a avancé que les canons d'Aix-la-Chapelle pas- 
saient sous silence la règle de Chrodegang, parce 
qu'elle n'avait pas franchi l'enceinte de la ville de 
Metz et qu'elle était bientôt tombée en désuétude; 
mais cette opinion n'est rien moins que fondée, car 
les évêques présents à Aix-la-Cliapelle disent, dans 
le prologue des canons, que la plupart d'entre eux 
vivaient selon l'ordre canonique, ainsi que leurs Infé- 
rieurs, et que, in plerisque locis idem ordo pli'nissinw 
servaliir. On s'explique jusqu'à mi certain point le 
silence gardé sur la règle de Chrodegang par les 
statuts d'Aix-la-Chapelle, si l'on rélléchit que Louis 
le Débonnaire se proposait tout autre chose que de 
faire une simple réédition de la règle de Chrodegang. 



247 



CHANOINES 



CHANOINESSES 



248 



Son but était de réunir ce que les actes des anciens 
conciles et les écrits des Pères contenaient de meil- 
leur sur la vie canoniale. Ce qui prouve que Louis 
le Débonnaire tenait pour insuflisantc la règle de 
Chrodegang.c'estl'insistance avec laquelle ildcmande 
au concile de réunir les régies données par les anciens, 
quoique les évêques afTirniassent que la vie canoniale 
avait déjà été introduite partout. L'empereur esti- 
mait probablement que les statuts des plus anciens 
conciles et des Pères de l'Église auraient plus de 
prestige et de force qu'une règle composée par un 
évêque contemporain. Tout en utilisant cette règle. 
il a peut-être cru que le meilleur moyen de lui donner 
un vernis d'antiquité était de ne pas la mentionner 
en la citant dans ses Capitulaires. Les évêques s'ex- 
priment plus favorablement sur la régie de Clirode- 
gang : la vie canoniale déjà organisée en plusieurs 
lieux ne leur déplut pas, et ils ne crurent pas. comme 
Louis le Débonnaire, qu'il suflirait de reproduire sim- 
plement les textes des Pères disposés à la suite les 
uns des autres. Aussj joignirent-ils à ce premier tra- 
vail un secondqui.se substituant à la règle de Chro- 
degang. fit que celle-ci tomba en oubli. Dans ce cas 
encore, le mieux était de passer sous silence la règle 
de l'évêque de Metz. 

X. BiBLioGR.\PHiE. — E. Amort, Vêtus disciplina 
canonicorum regiihirium el siecularium, ex ilocumenlis 
magna parte hucusqiic ineditis a temporibus apostcli- 
cis usqiie ad sœculum xvil critice et mortdiler expensa, 
in-4», Venetiis, 1747: De canonicorum ordine disijui- 
sitioncs, in-4", Parisiis, 1697 : Des chanoines, leur ori- 
gine el leurs préroyalivcs, dans l'Auxiliaire catholique. 
1S46, t. V, p. 479-490. — R. Chaponnel, //(stoirc des 
chanoines ou recherches et critiques sur l'ordre cano- 
nique, in-i". Paris, 1699; cf. Ch. L. Hugo. Critique.... 
in-S", Luxembourg, 1700. — Hélyot, Diclionn. des 
ordres religieux. 1847, t. i, p. 761-789, 804-808. — 
Hospinianus, De canonicorum ordinis origine, dans 
Dugdale. .Monasticon.ingliecmum, 1846. t. vi,l"part.. 
p. 39-49. — L. Léonard, Ueber den Ursprung des Or- 
dens der regulierten Chorherren vom hcil. Augustinus. 
dans Studien und Mittheilungen d. Bened. u. Cislerz. 
Ordens, 1890, t. xi, p. 407-41.i — J. Mabillon, .\.nn(d. 
ord. Bened., 17.39, t. iv, p. 68.5-686 : Velus formula 
professionis canonicorum regularinm. — J.-B. Mele- 
g.arus, Institutio et progressas canonicorum ordinis, 
in-4°, Venetiis, 1648. — Aub. .Mirsus, Codex regula- 
rum canonicorum regularium, in-fol., Antverpla', 
16.38. — Origines ac progressas canonicorum regula- 
rium ordinis .S. Auqusiini, in-S", Colonie, 1615. — 
C. du Molinet, Figures des différents habits des cha- 
noines réguliers en ce siècle, avec un discours sur les 
habits anciens et modernes des chanoines, tant séculiers 
que réguliers, in-4, Paris. 1666; Kéflexions historiques 
sur les antiquités des chanoines, in-4'', Paris, 1674. — 
J. Mozzagruni, Xarratio rerum gestarum ccmonicorum 
regularium. in-iol., Venetiis, 1622. — L.-.\. Muratori, 
De canonicis, dans .intiquitates Italiie medii œvi, 
in-fol., -Mediolani, 1741, t. v, col. 183-272. — 
A. de Noris, De antiquitcdc et dignitate ordinis canonici 
ejusque proqressu et propagatione opusculum. — 
Paulin, Études sur l'ordre canonial ou l'ordre des cha- 
noines réguliers, in-8", Avignon, 1885. — G. Pennotti, 
Generalistotius ordinis clericorum canonicorum histo- 
ria tripartita, in-fol., Roraas, 1624; in-fol., Colonise 
Agrippinae, 1630; in-4''. Colonise Agrippinœ, 1645. — 
J. Pisani, Notice historique sur l'ordre des chanoines 
réguliers de Saint Augustin, in-8'', Poitiers, 1875. 
— L. Tliomassin, Ancienne et nouvelle discipline de 
l'Église, in-fol., Paris, 1725. t. i. col. 1326-13S5. — 

p 'S. Cyprien, Episl., iv, édil. Harlcl, p. 473. — = Cabrol 
et Leclercq, Monum. Eccles. lilarg., 1901, t. i, n. 2710- 



.J. TruUus, Ordo canonicorum regularium, ia-4'', C«sar- 
Augustse, 1571 ; in-4o, Bononiae, 1605. — ,T. A. Zunggo. 
Historiœ generalis et spccialis de ordine canonicorum 
regularium S. .iugustini prodromus, 2 in-fol., Tiguri. 
1742; Monachii, 1749. 

H. Leclercq. 

CHANOINESSES. Il est impossible de traiter la 
questioii des clianoinesses sans parler des vierges 
chrétiennes; toutefois ce sujet devant être étudié à 
part (voir Vierges), nous ne dirons ici que ce qui 
semblera indispensable. 

La profession de virginité et la continence dans le 
veuvage remontent aux origines du christianisme. 
L'entourage des apôtres et des disciples nous montre 
quelques femmes dévouées subvenant à leurs besoins, 
vivant à l'ombre de ceux qui leur distribuaient la 
doctrine et auxquels elles rendaient ces humbles ser- 
vices dont on ne s'aperçoit et qu'on n'apprécie à leur 
prix qu'à l'instant où ils viennent à nous manquer. 
Vierges et veuves vécurent longtemps, nous l'avons 
montré (voir Cénobitisme, t. :i, col. 3047), sous la 
discipline de l'ascèse domestique. Ce qu'était celle-ci. 
nous pouvons l'entrevoir. I_'ne existence modeste, si- 
lencieuse, remplie par l'accomplissement des devoirs 
d'état alternant avec les obligations surérogatoires 
telles que l'assistance régulière aux assemblées litur- 
giques, le soin des malades, des pauvres et la sup- 
pléance des clercs pour certaines missions délicates 
que le tact plus fin de la femme lui permet de remplir 
avantageusement ou certains services intimes qui lui 
sont naturellement réservés. L'ascèse domestique 
entraînait évidemment l'inconvénient d'une certaine 
dissipation mondaine lorsque celle qui s'y adonnait 
vivait dans la maison paternelle où la réclusion ne 
pouvait être que tout à fait relative; ce qui explique 
la tendance marquée de bonne heure, dés le iir- siècle 
au moins, à grouper celles qui avaient fait profession 
de virginité dans des liabitations réservées pour elles 
seules et où les hommes ne faisaient pas leur demeure. 
C'est ce que dit clairement saint Cyprien : Xec paii 
virgines cum masculis habitare; non dico simul dormire 
sed ncc simul l'ivere; cum et sexus infirmus et letas 
adhuc lubriea, per omnia frxnari et régi debeat '. Tou- 
tefois ces maisons particulières n'étaient pas ce que 
nous appellerions aujourd'hui des« couvents». Vierges 
et veuves ne connaissaient encore ni une discipline 
aussi stricte ni surtout une clôture. Les « Canons 
d'Hippolyte nous montrent la préoccupation de 
terminer les réunions d'assez bonne heure pour que 
les veuves soient rentrées chez elles avant la tombée 
de la nuit : Si quit l'iduis ccenam parare vnlt, curet, ut 
habeant ccenam et ut dimittanlur antequam sol occidat. 
Si vero sunt nmltx, eavccdur ne fiât con/usio nevc- 
impediantur, quoniinus ante vesperam dimittanlur. 
Unicuique autem earum tribuatur sufficiens cibus 
polusque. Sed abeant cmtequam nox advesperascal ^. 11 
en est de même pour les vierges puisque la caracté- 
ristique des unes et des autres est le jeûne fréquent 
et la présence assidue dans l'église : Virginum el 
viduarum est, ut ssepe jejunent et orent in ecetesia '. Le- 
pape Corneille nous apprend que l'Église de Rome, 
outre son clergé, composé de cent cinquante ecclé- 
siastiques, avait la charge de quinze cents veuves, 
infirmes ou pauvres, auxquels on distribuait quoti- 
diennement une pitance : quibus universis gratta el 
beniguitate Dci alimenta siippeditat *. Il est clair qu'il 
fallait venir chercher ce secours et ce qui est plus 
évident encore, c'est que les vierges sortaient de leur 
maison pour prendre leur repas quand l'occasion se 
présentait; ce qui fut le cas lorsque l'impératrice 



2712. — ' Monum. Eccles. lilarg.. 
Eccles. lilarg., t. i, n. 2310. 



1. 1, n. 20S7. — ' Monum.. 



249 



CHANOINESSES 



250 



Hélène convoquait les vierges ofTiciellcment inscrites 
sur la matricule de l'itglisc pour leur offrir un repas 
qu'elle servait elle-même : xal tÔc; îtap^ivou; -ri; àva- 
7£Ypa|j.fj,£va^ èv toi twv È>tx)./jfft(xiv */avôvt, ettè loxîaiTiv 
TtpoTpcTrotiivY], 5t' layxïiç Aîixo'jpYo-jTa, Ta O'La taîl^ Tpa- 
■jisïaiç TtpoçrÉcpEpe'. Ces vierges inscrites sur la matri- 
cule, v.avwv, et les veuves qui leur sont jusqu'à un 
certain point assimilées — administrativement du 
moins — recevront ou prendrotit dès le :V siècle 
l'appellation de y.jc/fjvi/.a; que nons lisons chez saint 
Basile, saint Macaire, saint Jean Chrysostome, dans 
la Aiiô/itr) x'jpt'oujdans les A'oueHes de Justinien, ail- 
leurs encore. 

Saint Basile s'exprime ainsi : TtapOÉvo? tiç t?,ç èx- 
x>.r|(7(a; xavovi/.r, ' et nous avons de lui une lettre 
adressée aux zavovizaî', une lettre à la xavovt/.r, 
Théodora S enfin une lettre à Amphiloqiie louchant 
lesxavovixai^ Quoiqu'on ait pu dire ^, de même que 
le titre de canoniciis dérivait de l'immatriciUation 
du sujet au canon, de même le titre de canonica, qu'il 
fût porté par une vierge ou par une veuve, tirait son 
origine d'une inscription semhiable. L'attrait du para- 
doxe et le souci de la contradiction, si séduisants 
qu'ils soient, ne sauraient raisonnablement prévaloir 
contre l'évidence fondée sur les textes. 

De ces trois textes de saint fîasile. celui de la lettre 
à Ampliiloque vise l'immoralité des xavciv.xa; et ne 
nous apprend donc rien sur la corporation ou sur la 
vie qu'on y menait, l.a lettre à la xavrjvtxr, Théodora. 
relativement à la vie qu'elle avait vouée semblerail 
devoir être pleine d'utiles renseignements, tandis 
qu'on n'y rencontre que des banalités, modestie dans 
les vêtements, réserve dans les entretiens avec les 
hommes, frugalité de la table, rejet des superfluilés 
pour n'admettre que le nécessaire; évidemment rien 
de bien nouveau ni de bien original dans tout cela, pas 
plus que dans les recommandations : constanlia in 
ahslinentiii, in precando scdiililas, in fntlcrna ditc- 
clione commiscratio, liberalitas erya indiip'nti's, spirilu 
(mimique abjeclio, cordis contritio, fldci saniliif, inmœ- 
rore œquabilitds. nunriaam intrrmiltcntc Cdijilaliune 
nosira Icrrihilis illins et incliictabilis judieii lecorda- 
lioneni. Bien de plus. Mais ce vague même en dit 
presque autant qu'une description plus précise. Tout 
ce que Basile rappelle, car il n'impose rien de nou- 
veau, c'est l'ensemble de règles et prescriptions dont 
se compose l'ascèse domestique avec ses mortifica- 
tions, sa reserve et ses bonnes œuvres. Quant à la 
lettre auxxxvovixaî; c'est une petite mercuriale théo- 
Jogique; ici encore, nul trait utile à relever pour la 
discipline. 

Les autres textes grecs ne sont pas plus instructifs. 
Ce que nous savons c'est qu'en Orient le titre de xavo- 
vixTi fut appliqué aux vierges et aux veuves faisant 
partie ofiiciellement de la communauté, ce titre n'en- 
traînait, semblc-t-il, d'autres obligations que celles de 
pratiquer les vertus chrétiennes et d'assister assidû- 
ment aux réunions liturgiques. A défaut de textes nou- 
veaux et plus diserts que ceux que nous possédons, il 
faut savoir reconnaître que le nom et l'institution 



' Soeratc, Hisl. eccles., 1. I, c. xvii, P. G., t. Lxvii, 
col. 121. — ' S. Basile, P. G., t. xxx, col. 795. — 
' Epist., LU, P. G., t. XXXII, col. 391. — ' Episl.. 
CLXXiii, P. G., t. xxxii, col. 647. — ' Epist., CLXxxviii, 
P. G., t. xxxii, col. G71. — ' A. PôschI, Bisclw/aiit 
und Meiisd episcopalis, in-S", Bonn, 1908, p. 50 sq. — 
' Ce qu'était la vie de ces religieuses hors cadre ou 
hors rang, on en trouve de curieux exemples dans les 
vies dos saints. Dans la V//(i Desiderii Alsegnudicnsis 
{Acta sanct., septomb., t. v, p. 790; Xeiies Arcltiv, l. xxvii, 
p. 389 sq.), on lit cette description de la vie de Pomponia 
à Saint-Dizier, c. v : Erat atiteni in eodcm loco sitnctinio- 
nialis fcmina,qiiic cxctibubnl in iitrio illiiis oraculi sedulum 



semble avoir disparu de bonne heure en Orient où les 
monastères de vierges se fondent et se multiplient 
d'une part, tandis que d'autre part les diaconesses 
demeurent en possession du rang hiérarchique et des 
attributions à elles primitivement concédées. 

En Occident, l'identité des institutions hiérar- 
chiques à l'époque primitive, et peut-être quelques 
textes dont il est plus prudent de ne pas user, invitent 
à admettre l'existence de ces mêmes groupes de vierges 
et de veuves que nous venons de signaler et à leur 
attribuer des occupations analogues. Mais les virgincs 
et les viduœ fournissent bientôt au recrutement des 
monastères qui, en Afrique, en Gaule, en Italie, à 
Rome commencent à pulluler. Monastères de types 
variés et d'aspect curieux, assez éloignés de la con- 
ception qui prévalut dans la suite, mais que ce n'est 
pas ici le lieu d'étudier. Monastères toutefois dont les 
habitantcs,.sfmc/i'mon/fi/e.s, cloîtrées à certaines heures, 
sortant à d'autres heures, se lançant même dans les 
excursions et les lointains voyages, recueillent et 
absorbent les corps de vierges et de veuves jadis atta- 
chés à telle ou telle église. A cette troupe régulière 
s'ajoutent celles qui marchent à la remorque, par 
groupes minuscules, trop indépendantes pour subir 
une règle et vivant à peu près à leur guise, passant 
entre les juridictions, se faisant excuser par quelques 
bienfaits ou quelques services, n'ayant ni existence, 
ni rang ofiîciellement déterminés et considérées dans 
les localités où elles vivent, comme des simples sanc- 
timoninles qu'elles ne sont pas, mais dont elles repro- 
duisent d'une certaine façon la vie et dont elles pra- 
tiquent à leur manière les vertus. Devant la troupe 
régulière, nous ne rencontrons que les diaconesses dont 
on tend à restreindre déjà, du moins, à délimiter le 
rôle et à réduire les fonctions. Nulle part nous ne ren- 
controns les chanoinesses proprement dites, pas plus 
que nous ne les voyons sortir des sanctinioniulcs. Ce 
sont les sanrtimoniales hors cadres qui continuent sous 
une forme un peu altérée mais encore reconnaîssable 
— celles du moins qui se sont tenues en garde contre 
l'absorption par les monastères — les virgines Deo 
siieratœ et les viduœ de l'antiquité chrétienne, lilles 
les continuent, mais dans l'anonymat, car il ne faut 
pas s'attendre à rencontrer nulle part en Occident 
l'organisation des chapitres de chanoinesses avant le 
milieu du viii* siècle '. 

Et tout d'abord il faut renoncer à retrouver — par 
conséquent à établir — une transmission quelconque 
entre les xavovtxi; mentionnées par saint Basile et 
les canoniae que nous rencontrons au viii* siècle en 
Occident'. L'analogie qu'on peut relever entre les 
attributions des unes et l'organisation des autres ne 
I)ermet en aucune façon de les rattacher entre elles. 
Tout au plus peut-on admettre, comme nous venons 
de l'indiquer, que les xavovixat de l'Orient recueillent 
un certain nombre de virgines saeratœ à l'époque où 
le progrès de la réglementation contraint doucement 
ces dernières à se ranger sous une forme dévie moins 
indéfinie que celle qui avait été la leur jusque-là; 
tandis que les canonicœ de l'Occident se rattachent, 



minislerium prœbens vunclis venientibus et in itliid intro- 
eunlibus. Ola rappellerait même les ya-:',/',-: de Sérapis, les 
incidmnles. Dans la VilaGaïKjnlfi, c. xi (Artti sanct., mai. 
t. Il, p. 647), nous rencontrons deux feninies quœ consti- 
tiitiv in loco posscssionis ciits siipcrius noniinatn Varennas 
sariclimoniœ atqtie castitatis stitdiis inserriebant. Quand on 
songe i'i ce t\ui est inutilisé pour l'histoire des origines de la 
vie religieuse parmi tant de textes que ne lisent pas ceux 
î"! qui il appartiendrait de le faire et d'en tirer parti, on 
ne s'étonne pas que tout soit mystère encore dans ce loin- 
tain passé. — • \V. I.evisun. dans Wcsldeulsclic Zeit- 
scbrijt jiir Gescliichle and Ktinsl, 1909, t. x.xvii, p. 491- 
512. 



251 



CHANOINESSES 



252 



après une quinzaine de générations au moins, à ces 
mêmes virgines sanrse par l'intermédiaire d'une popu- 
lation indécise de nonnes dont le caractère le plus 
marquant est de n'être pas embrigadées parmi les 
sanclimoniales. Les efforts tentés en vue de retrouver 
des cunonicse au vu' et même au vi« siècle en Gaule ' 
n'ont guère obtenu l'assentiment de ceux qui sont 
remontés aux textes eux-mêmes. 

La formule 32'' de Marculfe paraissait si claire qu'on 
ne pouvait souhaiter rien de plus : ... <■( nos ac causa 
■jiriiiter per testes veraces inquisivinnis, quod ipsa 
femina abbalissa pro suo clerico a domno illo IransmisU, 
et eiim in canonicas presbylcri ordinavit -. Cette for- 
mule, si elle appartenait au formulaire de Marculfe, 
nous reporterait sans doute au vir- siècle, mais elle 
est de rédaction très postérieure ainsi que l'indique 
assez le titre du groupe dont elle fait partie : Fornuilse 
Marcuiftnœ œvi Karolini '. Ce groupe se compose 
d'un certain nombre de formules tirées de Marculfe 
ou de son Supplément auxquelles on en a ajouté de 
nouvelles rédigées en vue des besoins sous Charlc- 
magne. Et dans ce recueil factice, la formule 32= qui 
tient le dernier rang est de beaucoup postérieure à 
tout le reste; l'éditeur C. Zeumer lui assigne la lin 
du ix*^ siècle*. Inutile, dès lors, de s'attarder à ce texte 
pour lui découvrir une antiquité qu'il n'a pas. 

Grégoire de Tours ne nous en apprend pas plus dans 
son récit bien connu de la révolte des nonnes du mo- 
nastère de Poitiers contre leur abbesse en 5S0 et 590. 
Chrodechildis se rend à Tours, va trouver l'évêque et 
lui expose en quelques mots la situation. L'évêque 
répond : Si abba/issa deliquil aul canonicam regiiUim 
in aliquo prseternùsil, accedamus ad fralem noslrum 
Maroueum episcopnm et... '. Il faut, on le reconnaîtra, 
pour trouver dans ces simples mots la régie canoniale, 
une règle distincte des règles monastiques en vigueur 
à cette époque, un effort d'exégèse et surtout un effort 
de bonne volonté. Le régime disciplinaire en vigueur 
à Poitiers nous est d'ailleurs connu. Comme beaucoup 
de fondateurs de cette époque, Radegonde avait d'a- 
bord pratiqué l'éclectisme et avait remis à l'expé- 
rience de lui apprendre avec le temps la règle qui s'adap- 
terait le mieux à son monastère; cette expérience 
l'amena en 567 ou peu d'années auparavant à établir 
la règle des nonnes rédigée par saint Césaire d'.\rles '. 
Ce fait est attesté de la façon la plus indubitable; 
nous possédons encore la lettre de l'abbesse Césarie 
accompagnant la copie de la règle ', et la mention 
que fait de l'introduction de celle-ci Venance-For- 
tunat, biographe de Radegonde '; mais en outre 
Grégoire de "Tours lui-même s'est chargé de nous 
apprendre que c'était bien la règle de saint Césaire 
qu'on suivait dans le monastère de Sainte-Croix de 
Poiticrs.Danslalettre adressée peu avant l'année 568 
à sainte Radegonde par sept évoques gaulois, il 
était question des jeunes filles, et en un mot de 
toutes celles qui abandonnaient leurs diocèses pour 
venir se ranger sous le gouvernement de Radegonde : 
et quia quasdam comperimns divinitale propitia, de 



* K. H. Schâfer, Die Kanonissenstifter im detttschen MU- 1 
Mnller, Ihre Entu'icklung iind innere Einrichlung im Zu- 
sammenhang mit dem allchristlichen Sanktimonialentiim , 
in-S", Stuttgart, 1907, p. 121. — ' C. Zeumer. Formulée 
merowingici et karolini feui, dans Mon. Germ. Iiisl., Loges, 
t. V, p.ll2, 127, n. 32. — =C. Zeumer, dans Sciies Archiv, 
t. VI, p. 41 sq. — ' C. Zeiuner, Formulée, p. 111, lig. 45 sq. 

— ' Grégoire de Tours, Hist. Francor., I. IX, c. xx.xix, dans 
Mon. Germ. hislor.. Scripl. «ui merov., t. i, p. 393, lig. 25. 

— ' Sur cette date probable, cf. W.Mayer, Die Gelegen- 
heitsdichter Venantius Forlunalus, dans Ahliandlungen 
der Goltinger Gesellscha/t der Wissenscimilen. Phil. hisl. 
niasse, l'.)01. nouv. série 1\, t. v, p. 97 sq. — ' Monum. 
Germ. hist., Epislular.. t. m, p. 450 sq. — ' Vila Rade- 



nostris terriloriis ad institutionem veslrx régulas desi- 
derabiliter convolasse., firmamus, ut, licet onines. 
œqualiter qux ibi conveniunt in Domini capitale man- 
surœ debeant inviolabiliter custodire, quod videntur 
libente semel animo suscepisse... tnmen spccialiler defi- 
nimus, si qua, sicut diciurn est, de locis sacerdotaliter 
nostrse tjnbernationi. Domino providenli commissis, in 
Pictavinacivitale vestro monasterio meruitsociarisecun- 
dum beatœ niemorix donini Cœsarii Arelatensis episcopi 
constiluta, nulli sit ulterius disccdcndi licenlia '. Rade- 
gonde avait fait aux cvêques une réponse conservée 
dans le monastère et dans laquelle on lisait : mona- 
sterium puellarum Pietava urbe consiitui, ... insuper' 
congregationem per me, Christo prœslante, collecta, 
regulam sub qua sancla Cœsaria deyuit, quam sollici- 
tudo beati Cœsarii antesliles Arelatensis, c.r institu- 
tione sanctorum patrum convenienler collegit, adscivi; 
et à ces passages nous pourrions encore ajouter ceux 
dans lesquels on lit par exemple : reyiilariter obedi- 
turam, .......regulam frangere, extra regulam exinde, 

egredi, nunquam de nostra régula — inuninucre valcat 
atiquid aul mulare, custodiens regulam,... ordinasse 
regulariter '". Voici donc ce que Grégoire de Tours 
désigne sous le nom de canonica régula; car il n'y a pas 
à invoquer une substitution d'une règle à une autre 
accomplie à Sainte-Croix après la mort de la fonda- 
trice Radegonde. Celle-ci étant morte le 13 août 587, 
la substitution aurait été bien vite opérée puisque les 
incidents rapportés remontent à 589 ou 590; mais 
enfin ce temps si court suffirait à la rigueur. Cepen- 
dant qu'aurait-on mis à la place'? Une autre règle! 
Laquelle'? Une règle canoniale I Mais de cela nul in- 
dice, et notez que parmi les griefs des nonnes révoltées 
contre la nouvelle abbesse on ne voit rien qui indique 
une telle substitution. Mais il y a plus. Les évêques 
viennent faire enquête sur les lieux et rédigent leur 
jugement : intcrrogata Chrodieldis vel Basina qnare 
tam audacter contra suam regulam foribus monasterii 
confractis discesserant^^, leur règle, la règle du monas- 
tère, il n'y en a donc pas deux, mais une seule en vi- 
gueur, celle de saint Césaire; et encore : respondentes 
prolulerunt non habcre se aliquid nisi per Iisec qux 
dixerinl eam ista fecissc contra regulam proclamarent ", 
la règle; pas d'ambiguïté. Enfin l'épilogue : In hac 
synodo Basina... coram episcopis sola prostrata,veniam 
pctiit,promillens se cum caritate abbatissœ monasterium 
ingredi ac de régula niliil transcendere ". Enfin dans 
l'interrogatoire de l'abbesse, nous l'entendons répon- 
dre à une inculpation : de tabula vero respondil : Etsi 
lusissel, vivente domna Radegunde, si minus ciitpa res- 
piccret, tamen in régula per scripturam protiiberi, nec 
in canonibus relui il '*:amii pour se justifier l'abbesse 
déclare que ces sortes de jeux de hasard ne sont inter- 
dits ni par la règle, ni par les canons. Ces canons, ce 
sont ceux de l'Église, il n'y en avait pas d'autres, et 
à supposer qu'il y en eût d'autres, ils difléraient donc 
de la régie. L'expression régula canonica ne veut donc 
désigner autre chose que la règle de saint Césaire; il 
est possible que Grégoire de Tours ait simplement 



gundîs, c. xxi\', dans Mon, Germ. histor., Scripl. rer^ 
meroving., t. ii, p. 372, lign. 2i. Cf. Carmina. I. VIII, i. 
vers 53, fiO, dans Mon. Germ. hist.. Auclores antiquissimi. 
t. IV, part. 1, p. 179 sq. — * Hisl. Francor.. 1. IX, c. xxix. 
dans Script, rer. meroving., p. 395, lig. 13-21, Sur la date 
de cette lettre, cf. W. Maycr, op. cit., p. 100. — " Hisl. 
Francor., 1. IX. c. xLi, dans .Scripl. rer. meroving., p. 401, 
403. — " Hi'il. Francor., I. X, c. .xvi, dans Scripl. rer. 
meroving., t. i, p. 427, lign. 12. — " Hisl. Francor., I. X, 
c. XVI, dans Script, rer. meroving.. t. i. p. 428, lig. 26. — 
" Historia Francorum, 1. X, c. xx, dans Scriplores rerum 
meroving., t. i, p. 431, lig. 2. — " Hisloria Francorum, 
1. X, c. XVI, dans Scriplores rerum meroving., t. i, p. 428» 
lig. 6. 



253 



CHANOINESSES 



25i 



voulu dire la règle divisée on chapitres ou canons 
et encore la règle qui contient le canon de l'observance 
monastique. 

Le Martyrologe hiéronyniien mis à contribution^ 
ne nous apprend rien lui non plus. La tablette du 
26 décembre (fo</. Wisscnib.) porte ces mots : in anthiocia 
siria! nal.scorn. virgiinimxi.canonicanini'; la tablette 
du 9 avril (cod. Bcrn., Eptern., Wisscmh.) porte : Syr- 
mium... cl vu virginum canon/eanim'. Mais pour tirer 
de ce mot l'indice d'une institution en vigueur en 
Occident et de ses ramifications en Orient, il faut plus 
que des prodiges d'exégèse et de bonne volonté, il 
faut des prodiges de fantaisie. De ce que trois copistes 
ont écrit un mot il ne s'en suit pas qu'ils l'aient 
compris, c'était pour cette engeance la moindre des 
préoccupations; pour s'en convaincre il suffit de 
voir ce que les uns et les autres font d'un nom 
propre : Sijrmicum, firmionis, sijrmionum. D'ailleurs 
à l'époque où fut compilé et transcrit le martyrologe 
hiéronyniien, le mot canoiiicus était connu et employé 
en Gaule, aussi l'un des copistes a écrit canonicoriuii, 
d'autres cannoninim, canicr; celui-ci esquivait la 
difficulté, d'autres enfin l'enjambaient purement et 
simplement. D'un masculin tirer un féminin, cela se 
fait, grâce à Dieu, tous les jours et n'engage à rien, in' 
prouve rien. Si ceux qui ont introduit ces termes dans 
les textes du martyrologe traduit en latin avaient 
comme c'est possible rencontré le mot y.avovixa! 
dans l'original, ils ont simplement décalqué adroite- 
ment et utilisé l'adjectif canonial *, qui ressemblait 
fort à ce qu'ils avaient sous les yeux, pour en faire un 
substantif. 

Nous rencontrons deux mentions de canonicœ dans 
le Pénitcntiel de l'archevêque Egbert d'York (73'2- 
766)^ C'est d'abord dans une énumération et la place 
est à retenir : Episcopus, prcshylcr, dinconns. snbdiii- 
coniis, k'clor, in griidu vcl sine, in conjiigio vel sine, 
peregriniis, virgo, fcmina canonica vel sanclinioniatix. 
débiles, in/irmi..., il s'agit ensuite des fautes char- 
nelles : si sine voto monachi euni paella... si cum ca- 
nonica II annos. fréquenter III annos. 

C'est donc parmi les Anglo-Saxons que nous ren- 
controns pour la première fois, vers le milieu du viii'' 
siècle, la canonica, en attribuant à ce nom uu sens 
bien distinct et le réservant à une institution parti- 
culière. S'ensuit-il que le nom et l'institution aient 
paru d'abord en Angleterre, on n'en a aucune preuve 
et les textes du Pénitentiel d'Egbert fourniraient 
tout au plus une présomption. .-\u reste, que ce soil 
en Angleterre ou ailleurs, nous ne sommes pas en 
mesure de rattacher cette institution nouvelle aux 
nonnes qui vivaient disséminées hors des monastères. 
Celles-ci, pieuses filles, échappaient depuisdes siècles 
à l'immatriculation qui les enrégimentait à l'origine 
et au moins jusqu'au iv^ siècle. Depuis l'époque des 
invasions, les archives des églises étaient plus que 
négligées — et pour cause — réduites, on peut le 
supposer.au très strict indispensable; ainsi la liste de 
celles qui appartenaient à l'Église par les services 
rendus et par la prébende servie avait disparu depuis 



' H. Scliiifer, op. cil., p. 27, note 7; et si ce renseigiiL— 
ment était reccvable, on voit que du coup la transmission 
du mot y'/.ovv/'/i d'Orient en Occident se trouverait en 
meilleure posture. — ■ Cod. Eptern. : antioc. syriïv sciirum 
virij. niiin. XL elalior.; Rich. : Anliochia virginum qiiiulra- 
ginla;G.: uirginuni XÏ.I canonicanini. De Rossi-Ducliesne. 
Martyrologium hierotitjmiuniim, dans. 1 c/rt .sanc/., novcmbr. 
t. II, p. 15G. — 3 Ibid., p. 41, \ecod. Kplern. porte canonico- 
nim. les ^■ariaIllt'S sont : cmiiioiiintm. canicr., et Rich., 
I. V ometlent I;i nieiilion ranonicaruni. — • Canonica 
était monnaie courante, nous venons de le rencontrer dans 
Giégoirc de Tours. — ' Peenilcnliale, prolog., c. v, viii; 
Wasscrsehlebeii, Die Bussordmim/en dcr abendldndischcn 



longtemps, et si les canonicœ se sont recrutées dans ce 
personnel anonyme, nous n'en pouvons guère espérer 
découvrir la preuve, puisque le caractère de ce person- 
nel était de ne dépendre de personne. Pour faire com- 
prendre ce qu'était ce personnel figurons-le-nous tel 
qu'il existe de nos jours, immuable dans ses trésors 
de vertu et ses petits travers : c'est toute cette popu- 
lation féminine bien pensante, dévouée, généreuse et 
qui assume sa large part des œuvres et des travaux de 
zèle que fait germer dans une paroisse le zèle du 
prêtre qui la gouverne, dames de charité, visiteuses 
des pauvres et des malades, directrices de l'ouvroir, 
catéchistes de persévérance, etc., etc. Ces dévoue- 
ments, ces spontanéités sont de tous les temps, aussi 
bien du iv= au viii» siècle que de nos jours, et celles 
qui s'y adonnent ne sont liées par aucun vœu, ne 
rentrent dans aucune catégorie, ne sont inscrites nulle 
part et désignées sous aucun vocable. Assidues aux 
réunions liturgiques, affiliées à une congrégation, à 
un tiers-ordre, à une confrérie, elles fournissent lar- 
gement au recrutement des ordres religieux. .Jusque- 
là elles reproduisent.avec l'infinie variété que le temps 
impose, le groupe des virginesDeosacratx de l'Église 
primitive. Et d'après cela, on comprend sans peine 
que le passage de ces pieuses femmes de leur vie de 
dévouement îi la vie canoniale ait pu se faire sur 
place, peu à peu, sans rien qui attirât l'attention et 
nous valût quelque récit circonstancié. De même 
qu'il arriva un jour, en quelque ville ou bourgade, 
qu'un petit groupe s'unit plus étroitement, s'associa 
et s'afTdia pour prat iquer des canons, pour se conformer 
àl'e.Kemple que donnaient les prêtres séculiers de l'en- 
tourage épiscopal qui. sous ce nom moins nouveau 
pour eux de ctHionici. s'efforçaient de pratiquer la vie 
commune conciliableavecles obligations du ministère 
sacerdotal; de même quelques fejnmes, sans renoncer 
au.x œuvres et aux pratiques de toute leur vie, prirent 
ce nom de canoniex sans bien se douter qu'elles 
étaient le noyau d'une institution nouvelle. Ainsi leur 
nom apparaît un jour sans que rien semble l'avoir 
préparé, et les canonicœ se trouvent être les héritières 
et continuatrices de celles auxquelles on se désha- 
bitue vers ce temps de donner le titre A'ancilla Dei. 
de famula Dei. Voir Ancill.\ Dei. 

Vers le milieu du vin-' siècle, la transition se fait 
et plusieurs textes en témoignent. Le concile réuni 
en 742 sous l'inlluencc de saint Boniface prescrit ni 
nmnachi cl ancillœ Dei monasleriates j'iixla regulam 
saneti Bencdicli ordinare el vivere, vitam propriant 
giibernare sludcanl ': mais au concile tenu à Ver, en 
755, nous lisons que désormais les ancillœ Dei veluUv 
devront vivre in monaslerio sub ordine regiilari aut 
siibmanu episcopi, sab ordine canonico '. Dès lors, nous 
rencontrons de plus eu plus fréquemment ces ancillœ 
Dei velalœ qui vivent snb ordine canonico, en prennent 
le nom, quœ se canonicas vocant '. 

En 817, f uren t rendues en concile, à Aix-la-Chapelle, 
deux ordonnances importantes. L'une concernait les 
chanoines (voir ce mot), l'autre intitulée : jDe insli- 
lulione sanclimonialiiun, est plutôt destinée aux 



7iirc/ie, p. 232, p. 2.3('i; Haddan and Stubbs, Conncils and 
ecclesiastical docianenis, relating to Great Brilain and Ire- 
/nnd, t. III, p.417, 422. Quant au Pénitentiel auquel ona im- 
posé le nom de Bcde, P. /.., t. xciv, col. 572, c'est une 
compilation du Pénitentiel d'Egbert a\ ec un outre. Il ne 
semble pas qu'on ait aucune bonne raison d'attribuer a 
Bédé un Pénitentiel. Cf. Bédé, Opéra hislorica. édit. Plum- 
mer, t. i, p. clvi sq. ; Wasserschleben, op. cil., p. 247 sq. 

— "^ Verminghoff, Co;ir. tvri A-nro/r>?(. dans Monam. Ocnu. 
liislor., t. Il, p. 4. eau. 7. — " Boictius, Capil. reg. )ranc., 
daiis Monum.Gcrm. hisl., Leges, sect. ii.t.i, p. 35.can. 117. 

— 'Ibid.. t. II, p. 171. can. 47 (en 794): p. 264, can. 1.3; 
p. 284, can. 53-65 ;C'n;)i7., 1. 1. p. 100, can. 5; p. 103, can. 31 



255 



CHANOINESSES 



CHANT ROMAIN ET GREGORIEN 



256 



chanoinesses qu'aux nonnes. En voici le résumé : 

Ch. i-vi : Passages de saint Jérôme, de saint 
Athanase, etc. 

Ch. vii-xxviu : Les prescriptions du concile d'Aix- 
la-Cliapelle; on remarquera la ressemblance frap- 
pante entre ces prescriptions et celles qui concernent 
lesclianoines. 

Cil. VII prescrit aux abbesses de conformer à ces 
prescriptions leur vie et celle des personnes qui leur 
sont soumises, de demeurer dans les monastères, de 
ne pas taire des séjours plus ou moins prolongés dans 
les villes, etc., de visiter assidûment les malades, de 
porter les mêmes habits et d'avoir les mêmes ali- 
ments que leurs inférieures. 

Ch. VIII : Elles ne doivent pas recevoir un trop grand 
nombre de nonnes, ni des personnes qui ont vécu 
dans un trop grand luxe: avant toute admission elles 
doivent donner lecture aux récipiendaires des canons 
ci-inclus. 

Ch. IX : .\vant leur entrée, les nonnes doivent 
disposer de leurs biens, dont l'administration ne 
les distraira plus dansla suite. Elles peuvent en faire 
don à l'Église, s'en réserver l'usufruit, ou ne les 
aliéner en aucune façon; dans ce dernier cas, elles 
doivent toutefois instituer un procureur. Quant aux 
jeunes filles ou aux personnes dont la vocation reli- 
gieuse pourrait donner lieu à des dillicultés, on ne 
doit pas les recevoir d'une manière imprévoyante. 

Ch. X ; Le voile et l'habit noir ne sont pas tout; 
il faut que le cœur soit pur. Défense aux nnnnes de 
causer avec les hommes. Toutes dormiront au dor- 
toir, chacune dans un lit. Elles observeront les heures 
canoniales; les filles de naissance noble ne s'élève- 
ront pas au-dessus des autres; aucune ne fera parade 
de sa chasteté ou de ses autres qualités. 

Ch. XI : 11 faut une clôture solide, murée. Dans 
l'enceinte il y aura réfectoires, cellules, dortoirs et 
autres bâtiments nécessaires. 

Ch. XII : Toutes auront la même quantité de nour- 
riture et de boisson, ce qui ne se pratiquait pas 
autrefois. 

Ch. XIII : Toute nonne doit recevoir par jour trois 
livres de pain et trois livres de vin, ou bien, au lieu 
de trois livres de vin deux livres seulement et deux 
livres de bière, ou, dans les pays qui ne produisent 
pas de vin, trois livres de bière, en ajoutant, si c'est 
possible, une livre de vin. On donnera moins dans 
les monastères pauvres. On veillera à ce que les jours 
de fête la nourriture soit meilleure. On fournira aux 
nonnes tout le nécessaire en viande, poisson, bois, etc., 
de même que la laine, le lin, les habits, etc. Toutes 
prendront leurs repas ensemble à l'exception de 
celles qui sont malades ou reçoivent des visites. 

Ch. XIV : Comment l'abbesse doit veiller au salut 
de toutes les personnes qui lui sont soumises. 

Ch. XV : Toutes les nonnes doivent, en temps 
voulu, et au signal donné, se rendre à l'église pour 
les heures canoniales; elles s'y tiendront d'une 
manière respectueuse, avec piété et en silence, etc. 

Ch. XVI : Elles prieront souvent et avec un cœur pur. 

Ch. XVII : .\près compiles elles se rendront au dor- 
toir où une lampe brûlera toute la nuit. 

Ch. XVIII : Pénalités. — Comme pour les chanoines. 

Ch. XIX : L'ne abbesse ne doit parler à un homme 
que dans le cas de nécessité et en présence do témoins. 

Ch. XX : L'abbesse nommera les sœurs au nombre 
de trois ou quatre qui seront toujours présentes 
lorsqu'une nonne aura à causer à un homme ou 
lorsque les ouvriers feront des réparations. 

Ch. XXI : Les chanoinesses (canonicc vii'cntitus) 



' Ephcs., V, 19 : 'é.al'.-j.rt-, la.,: 
*£J.>4aT:>aT;; cf. ColOSS., III, 16; 



.\ct., XVI, 



25.— =F. 



A. Ge- 



peuvenl avoir des servantes qu'on surveillera de près. 

Ch. XXII : De l'éducation des jeunes filles. 

Ch. XXIII : Les nonnes pourront avoir des habita- 
tions privées pour le jour, mais le réfectoire et le 
dortoir seront communs, sauf pour les malades. 

Ch. x.xiv-xxvi : On nommera des aides : à la cui- 
sine, à la porterie. 

Ch. XXVII : Les clercs des monastères de religieuses 
auront une habitation et une église en dehors des 
murs de ces monastères dans lesquels ils n'entreront 
qu'à une heure déterminée et pour y dire la messe; 
ils seront accompagnés du diacre et du sous-diacre 
et aussitôt l'ofTice terminé, tous se retireront. Les 
nonnes assistent à l'office divin derrière un rideau. 
Si une nonne veut se confesser, elle doit le faire dans 
l'église afin d'être vue de tous, et quant aux malades, 
le prêtre qui va les assister sera accompagné d'un 
diacre et d'un sous-diacre. 

Ch. xxviii : Hors du monastère on établira un 
hôpital, dans la demeure et proche de l'église du clerc 
chargé de ce monastère; à l'intérieur de l'hôpital un 
local sera réservé pour les veuves et les pauvres 
femmes. 

H. Leclf.rcq. 

1. CHANT BYZANTIN. Voir Musique byzantine. 

2. CHANT DU COQ. Voir Gallicinicm. 

3. CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN. — L Ci- 

tharodie. 11. Pvythmc populaire. 111. Chant des syna- 
gogues. IV. Chant gnostique. V. Chant gréco-romain. 
VI. Chant ecclésiastique : 1. Psalmodie responsoriale. 
2. Psalmodie chorale ou antiphonique. 3. Hymnodie. 
4. Mélodie. VIL L'œuvre grégorienne. VIII. L'anti- 
phonaire Centon : 1. Sa réalité. 2. Ses témoins. 3. Son 
ordonnance. 4. Sa composition. 5. Son auteur. IX. La 
destinée de l'œuvre grégorienne. a).\Rome. ;^) En Occi- 
dent : a. Milan, [i. Farfa. •;. Italie. S. Gaule, e. Espagne. 
;. Grande-Bretagne, r,. Germanie. X. L'œuvre de 
Charlemagne. 

Le chant fut en usage dans les premières assemblées 
chrétiennes où l'on alternait psaumes, hymnes et 
odes '; il est' moins aisé de dire à quel genre musical 
appartenaient les pièces désignées de cette manière 
trop générale. Ce que nous savons du chant dans l'an- 
tiquité est encore loin de répondre à toutes les ques- 
tions relatives aux origines du cliant ecclésiastique; 
cependant il ne semble pas douteux qu'il faille cher- 
cher à éclairer ces origines à l'aide de ce que nous 
savons de la pratique musicale chez les Grecs et les 
Romains, chez les juifs et chez les gnostiques. 

1. CiTiiARODiE. — La réduction de la Grèce en pro- 
vince romaine (146 av. J.-C.) eut pour résultat de 
hâter l'expansion de la culture grecque dans le monde 
romain et principalement à Rome. Une fois de plus, 
les vaincus subjuguèrent les vainqueurs. Malheu- 
reusement, à l'époque où se produisit cet événement, 
la chorale orchestrique des Grecs se survivait à elle- 
même, et ce fut moins un art qu'un métier ou une 
recette artistique que les musiciens hellènes appor- 
tèrent à Rome. Cependant. la décadence musicale sui- 
vit à peu près les étapes de la décadence monumen- 
tale; elle se trouva interrompue pendant une jiériode 
correspondant à peu près à celle qui s'étend entre le 
règne d'-\uguste et celui de Marc-.\urèle '. Pendant 
cette période de deux siècles environ, qui est celle 
de la gestation de la plupart des institutions du chris- 
tianisme, la prépondérance du chant accompagné 
par la cithare sur le chant accompagné de tous autres 
instruments de musique est attestée par un fait carac- 

vaert, I.a mrtopée antique dans le chant de V Église latine^ 
in-S", Gand, 1895, p. 31-61. 



257 



CHANT ROMAIN ET CxRÉGORIEN 



258 



téristiquc : lorsque, au ii' siècle, le système tonal re^ut 
son ordonnance déllnitive, on prit pour base de la 
nomenclature nouvelle les désignations des cinq modes 
allcctés au chant citUarodique et que nous retrouvons 
jjarmi les modes du chant aniiphonique. 

La musique gréco-romaine nous est parvenue non 
seulement da[is quelques textes, mais encore dans 
des monuments figurés d'un prix inestimable pour 
l'étude de la notation gréco-romaine; ce sont : la mé- 
lodie d'une demi-strophe de Pindare'; ■ — la partie 
chantée de trois hymnes païens du ii= siècle -; — un 
fragment de scoHe gravé sur un monument du i'' ou 
du n' siècle ': — en lin, quelques exercices et petits 
airs en notation instrumentale, feuilles éparses d'une 
sorte de méthode de cithare à l'usage des commen- 
çants. Pour incom.plets qu'ils soient, ces morceaux 
suffisent amplement ;\ démontrer la continuité de la 
mélopée antique dans les hymnes et antieni.es de 
l'office catholique. 

Il ne faut pas être surpris si, jusqu'au in' siècle, la 
citharodie subit, à Rome, l'inlluence exclusivement 
hellénique'; des faits connus, relevant du domaine de 
la philologie et de l'archéologie, nous ont appris que 
le lalin n'obtint la supériorité dans Rome que vers 
le milieu du m= siècle. Le répertoire des virtuoses en 
renom se composait de grandes cantates narratives 
et de chants lyriques peu étendus. Ces compositions 
musicales n'avaient pas la forme strophiquc; la mé- 
lodie, divisée en sections de longueur égale {conwiatd). 
variait plus ou moins d'un bout à l'autre du poème. 
Des chants citiuirodiques en latin, coupés ou non en 
strophes (tels que les odes d'Horace et de Catulle), 
ne s'entendaient guère que dans les banquets, les 
réunions privées ^. 

Quoi(|ue la mélodie antique n'exigeât pas un 
complément polyphonique, les compositions vocales, 
chœurs ou solos, destinés à l'exécution publique 
comportaient une partie instrumentale; c'était la 
y.ao-j'î;;. dilîérente du chant et fixée par la notation. 
.\risl.oxène parle avec admiration des accompagne- 
ments, y.pojaaTa, de Pindare, de Pratinas et d'autres 
poètes-nuisiciens de l'ancienne école". Pendant les 
premiers siècles de son existence, l'Église se montra 
peu accueillante pour l'introduction dans le sanc- 
tuaire des instruments de musique, mais aucun texte 
disciplinaire ne nous révèle une interdiction for- 
melle; cette tendance ne nous est connue que par des 
allusions, des insinuations, des protestations qui nous 
laissent forcément perplexes sur l'étendue de l'inter- 
diction et sur sa réalité même. La cithare y échap- 
pait en tous cas, semble-t-il. Clément d'Alexandrie 
remarque que les fidèles « n'ont que faire de l'ancien 
psaltérion, de la trompette, de la cymbale et de la 
flûte en usage chez ceux qui s'exercent à la guerre";» 
il ajoute : « si vous savez chanter avec la lyre ou la 
cithare, personne ne vous en blâmera, car vous imitez 
en cela le roi d'Israël*. » La cithare était à l'époque 
impériale, ce qu'était le luth au temps de la Renais- 
sance, ce ([u'est le piano de nos jours, l'instrument 



^ L'autUcnlicltc de ce morceau laisse place à des objec- 
tions. Cf. Gevaert, op. cil., p. :î2. note 4. — 'Bellcrmann, 
Die Ilijinnen des Dionysius iiiul Mcsnmedcs, in-4°, lierlin, 
1840. — » \V. Ramsay, dans le Biillelin île correspondance 
hellénique, 1883, p. 277 ; Gevaert, op. cil., p. 33, note 2 : p. 4ri, 
n. 1 ; p. 386, note I , avec une bibliof^raphic ; Revue des éludes 
grecques, 1892, 1804, p. 203; Monio, The modes o) ancien! 
Greek music, Oxford, 18'.)4, p. 88 scj. — • Sous Néron, qui 
composa lui-même lui recueil de chants citharodi(iues, les 
principaux cilharédcs à Rome furent : Terpnos, Mcnecrate, 
Diodore; sous Domitien : Chrysogone, l'ollion, Kchion, 
Glaphyros, tous noms grecs. — ' Gevaert, op. cit., p. 34. — 
— l'Iularque, De musica, c. xxxi. — 'Clément d'.\lexan- 
drie, l'œdagog.,\. II, c. iv, P. G., t. viii, col. 143. — ■ Ibid. — 

DICT. D'ARCH. CHRÉT. 



le plus répandu dans la bonne société; dès lors, il 
parait probable que l'interdiction — si interdiction 
il y eut — portée contre certains instruments réservés 
aux pompes bachiques ne s'étendait pas à la cithare 
qui aura pu être admise pour l'accompagnement du 
chant chrétien. 

La partie instrumentale d'un chant citharodique 
se composait : l^d'un prélude, d'interludes et d'un 
postlude; 2" d'un accompagnement figuré se dessi- 
nant à l'aigu de la partie \-ocale, une sorte de contre- 
point fleuri '. En l'absence de tout document nous 
ayant transmis une mélodie avec son accompagnement, 
les renseignements fournis par les divers textes con- 
temporains et particulièrement par un passage d'Apu- 
lée '", peuvent nous donner au moins une idée assez 
nette du mécanisme de l'e.xécution. L'instrument 
était maintenu debout, devant l'exécutant, à l'aide 
d'un baudrier ou d'un cordon passant derrière la 
nuque, de façon à laisser aux mains toute la liberté 
de leurs mouvements. Posées de chaque côté des 
cordes, comme chez nos harpistes, les deux mams 
prenaient part à l'exécution, et chacune d'elles avait 
son rôle propre. La main g.iuche loujoiirs occupée 
faisait résonner les cordes en les touchant du bout 
des doigts, mode d'attaque appelé psalmos. Le dessin 
mélodique qu'elle faisait entendre, à l'aigu de la par- 
tie vocale, était Vcpipsalmos. Quant à la main droite, 
munie d'un plectre, elle n'intervenait pendant le chant 
qu'à de certains moments, et seulement pour redou- 
bler la cantilène. Il y avait alors syncrotisis, jeu simul- 
tané des deux mains ". L'ne semblable harmonie à 
deux parties se produisait aussi d'une manière plus 
ou moins intermittente pendant les repos de la voix. 
Voilà toute la polyphonie que nous pouvons raison- 
nablement attribuer à la citharodie gréco-romaine et 
de l'époque chrétienne primitive. 

A l'époque classique cinq modes étaient en usage 
pour le chant accompagné sur la cithare et il ne semble 
pas qu'aucun changement se soit produit sur ce point 
à l'époque gréco-romaine; ces cinq modes étaient, en 
première ligne : le dorien. réolien et l'iaslien (tant le 
relâché que le normal); en seconde ligne ; le phrygien 
et le lydien. Le ton fondamental de la cithare était le 
lydien, correspondant à la voix de ténor et embras- 
sant l'étendue d'une onzième ". Les tons accessoires 
étaient l'hypolydien et l'hypophrygien ou son octave 
aiguë, l'hyperly-dien. L' « auteur anonyme » donne 
en plus aux citharèdes le ton hyperiastien et l'iastien. 
On obtenait les deux tons à dièzes en haussant les 
cordes fa et ut d'un demi-ton, sans changer ni l'ordre 
général ni la dénomination des cordes". 

Nous insistons sur ces cinq modes de la citharodie, 
parce que nous les retrouvons immuables depuis l'âge 
classique de l'art grec jusqu'au temps de la pleine 
efllorescence de l'antiphonie ecclésiastique. Lucien. 
Apulée, Julius PoUux, Ptoléméc ne connaissent que 
les cinq modes, nous les retrouvons trois siècles et 
demi plus tard, chez Cassiodore. Il y a plus. L'an- 
cienne gamme de la cithare se retrouve chez les mu- 



» F.-.\. Gevaert, op. cil., p. 34. — " .\pulce, Flor., n. xv. 
Cf. K.-A. Gevaert, Histoire et llïéorie de la musique de Vauti- 
quité, in-8°, Gand, 18v)5, t. ii. p. 639-640. — " V.-.K. Gevaert, 
op. ei7., 1. 1, p. 359, note 4. .\u vi«" siècle, Venance Fortimat 
semble connaître encore le jeu à deux mains sur la citliare : 
Orpheus ordilas moveret dum pollicc chordas Verbuque 
percusso pectine fila durent || Mo.v résonante liira tetitjit dulce- 
dine sijlims .Id cilharœ canlus Iruxit aniore feras. Car- 
niina,l. VU. n. 1. — '= Depuis la nète des disjointes juscju'à 
la proslambanomène. — " Gevaert, Ilist. et théor. de la mu- 
sique de l'antiquité, t. il, p. 264-265. Seul entre les écri- 
vains, Ptoléniée décrit ces choses différeniment. Son sys- 
tème, qui paraît moins une pratique locale qu'une théorie 
personnelle, est discuté par Gevaert, I.a mélopée, p. 36. 



III. - y 



259 



CHANT ROMAIN ET GREGORIEN 



260 



sicistes du x» siècle, prolongée au grave jusqu'à la 
jjroslauibanomène hypolydienne et devenue l'échelle 
fondamentale du chant de l'Église catholique'. 

Outre les modes ci-dessus mentionnés, nous devons 
nommer une variété de chants dont parle Ptolémée 
et qui sont appelés iasli-œolia, dénomination qui ne 
peut s'appliquer qu'à des mélodies hybrides, en par- 
tie iastiennes, en partie éoliennes. Elles étaient com- 
prises dans l'octave hypophrygienne (iastienne). Les 
chants de la liturgie catholique ont conservé une 
grande quantité de mélodies iasti-éolicnnes'. Ce serait 
là, pour toute une série de pièces, un indice d'anti- 
quité qui ne devrait pas être négligé. Julius PoUux 
écrit dans son vocabulaire technique : « Les harmo- 
nies des citharèdes sont la dorienne. l'iastienne et 
réoliennc. les principales; puis, la phrygienne et la 
lydienne'. Or, au iii^ siècle de notre ère, les trois modes 
dorien, iastien et éolien gardaient leur prééminence 
ainsi que viennent l'attester tous les débris de la mu- 
sique gréco-romaine ' qui nous sont parvenus dans 
leur notation originaire, dorienne, iastienne ou éo- 
lienne. Ce sont ces modes, nous l'avons dit, qui repa- 
raissent le plus fréquemment dans les antiennes où 
ne se retrouve guère le bachique phrygien, mode pré- 
dominant des instruments à vent, et le lydien sensuel 
et frivole incompatible avec la gravité des chants 
chrétiens. 

Quoique déchue, la musique continuait à être étu- 
diée avec ardeur, au iii^ siècle de notre ère, les musi- 
cologues les plus instruits écrivaient assidûment sur 
leur science. La pratique du chant et l'usaga des ins- 
truments paraissent être vers ce temps devenus géné- 
raux parmi les classes aisées. Au w" siècle, les nom- 
breux maîtres de musique originaires des contrées 
helléniques quittèrent l'Italie pourByzance après que 
la capitale de l'empire eut été transférée dans cette 
ville. L'Occident se latinisa de plus en plus;àpartir 
de l'an 350 les peuples de l'Italie, de l'Espagne, de 
la Gaule, de la Germanie romaine ne chantèrent plus 
qu'en latin, avec, on peut le croire, maintes chan- 
sons d'origine vulgaire. D'autre part, la notation 
musicale au moyen des lettres de l'alphabet grec, gé- 
néralement comprise encore sous Constantin, tomba 
peu après en désuétude, tant en Orient qu'en Occi- 
dent ^. de sorte que la transmission des œuvres mu- 
sicales ne se fit plus que de maître à disciple, et, à 
l'aide de la seule mémoire. Le chant et la musique 
n'en sont pas moins en honneur. Vers 370. Ammien 
Marcellîn se plaint amèrement de voir à Rome « le 
peu de maisons où le culte de l'intelligence était na- 
guère en honneur, envahies par le goût des plaisirs. 
On n'y entend que des chants et, dans tons les coins, 
des tintements de cordes '. '< Quelques années plus 
tard, saint Ambroise fait entendre les mêmes plaintes. 
On ne trouve aucun renseignement utile pour notre 
sujet dans le traité De musica, composé en 398, par 
saint .\ugustin et resté inachevé; la seule partie 
écrite ne traite que du rythme et des mètres lyriques. 

.\u v<ï siècle, la mélomanie se conserve. En 454. 
Sidoine .ApoUii.aire loue Théodoric, roi wisigoth de 
Toulouse, de ue tolérer dans son palais <• ni orgues 
hydrauliques, compositions chorales étudiées sous la 



direction d'un musicien de profession, ni exhibitions 
de virtuoses instrumentistes ou de chanteuses exo- 
tiques, mais de se complaire uniquement à cette simple 
musique de chant et d'instruments à cordes qui élève 
l'esprit en même temps qu'elle charme l'oreille. 

Sous la domination des rois goths (493-552), Rome 
possède encore des citharèdes renommés dont le ta- 
lent se déploie dans les banquets et que les rois francs 
établis en Gaule s'efforcent d'attirer à leur cour. La 
poésie mélique de la Rome païenne, de même que la 
science musicale de l'antiquité, a son dernier repré- 
sentant dans la personne de Boèce qui a parsemé de 
pièces de vers faites pour être chantées sur des ins- 
truments à cordes sa Consolation philosophiqur. Et. 
en effet, des moines lettrés et musiciens y ajoutèrent 
souvent des mélodies, au cours des tristes siècles qui 
suivirent '. 

Entre le vi* et le ■^i" siècle, la musique profane dis- 
paraît en Occident; disparition apparente car, en réa- 
lité, le chant rythmé associé au jeu d'un instrument, 
et souvent accompagné de danse, continue à être 
cultivé par des musiciens de profession, ancêtres ano- 
nymes des ménestrels et qui n'ont pas dû différer beau- 
coup des vieux ménétriers. •■ Bien que vivant sur un 
fonds immuable, très restreint apparemment, de mo- 
tifs poétiques et de t'ièines nuisic lux, cet art séculier 
ne put demeurer stationnaire. Tandis que le chant 
liturgique arriva dès la lin du vu'' siècle à son état 
délmitif et s'y maintint pour toute la suite des âges, 
le chant mondain se modifia peu à peu. en même 
temps que la société occidentale, délaissant d'aboril 
la langue liltérairc avec sa métrique savante, peur 
le langag.' populaire et les vers accentués ; plus tard, 
abandonnant complètement le latin, devenu inintel- 
ligible aux masses, et adaptant aux idiomes romans et 
germaniques, ce qui lui restait de rythmes antiques*. • 
A partir du x= siècle, un curieux revirement se pro- 
duit et le chant profane va reprendre son influence 
dans un sens tout nouveau sur le chant liturgique. 

II. Ryth.me populaire. — Puisque nous ne fai- 
sons rien de plus pour le moment, que de parcourir 
du regard quelques perspectives, notons, après la 
transmission de la citharodie. une autre source à la- 
quelle a puisé le chant ecclésiastique. — On s'est plu 
à faire honneur au moyen âge d'un rythme symé- 
trique qu'il n'a ])as imaginé, mais simplement adapté. 
C'est le rythme du vers trocha'iquc tonique de quatre 
pieds, plein ou catalectique : 

Tonlum 1 érgo 1 sacra- [ mentiin 

Venc- I remiir \ cerna- \ i 

Rien de plus commun que ce rythme au moyen âge 
et .Adam de Saint-Victor qui contribua pour une large 
part à sa vulgarisation, ne fit rien de plus en cela que 
de perfectionner le vers tonique incomparablement 
plus ancien que lui et depuis longtemps populaire. 
Poètes et musiciens le trouvaient si généralement ré- 
pandu que force était de l'employer s'ils voulaient 
que leurs compositions arrivassent à destination. 

Dés l'époque classique, nous rencontrons à Rome 
ce vers tonique. Gaston Paris a montré que la chan- 
son des soldats de César est faite en vers tonique. 



Cxsar 


Gain 


as sn- 


hegil 


Xico- 


medes 


Cœsa- 


rem 


Ecce 


Cœsar 


nunctri- 


nmphul 


qiii sii- 


heqil 


Galli- 


as 


yico 


medes 


non tri- 


nmphal 


qui su- 


begit 


Csesa- 


rcni 



^ Voir dans F.-A. Gevaert, La mélopée antique, p. 22-25, 
la démonstration des éléments de la gamme de la cithare. 
— *F.-A. Gevaert, La mélopée^ p. 74, deux exemples. — 
^ Julius Pollux, Onomasticon, 1. IV, segm. 64. — * Sauf 
deux morceaux extrêmement courts. — ^ Gaudence de 
Brescia, au v* siècle, n'attribue l'usage des notes qu'aux 



générations antérieures; saint Augustin, qui parle si sou- 
vent de musique, ne fait nulle part allusion à l'existence 
d'une écriture des sons. — " Ilist. et théor. delà musique dans 
Vantiq., t. II, p. 620. — • Id., t. ir, p. 603, note 3; La mé- 
lopée, p. 59; Coussemaker, Histoire de riiarnionie au moyen 
âge; monuments, pi. i, a, b. — * La mélopée, p. 60. 



261 



CHAiNT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



2G2 



Ces vers, sauf la disposition sur une même ligne tle 
deux hémistiches, sont les mêmes que ceux tlu Tuii- 
tum ergo. On peut dire la même chose des strophes 
que chantaient les légions de Vitellius marchant 
contre les Perses : 



Mille 


Francos, 


mille 


semel 


Sarmii- 


las oc- 


cidi' 


mus 


Millc 


mi Ile 


mille 


mille 


Mille 


l'cTsas 


ijuxri- 


mus 



Ad ho- 


nnrcm 


Uniin 


Clirisle 


Reco- 


lai Ec- 


clesi- 


a 


Preecur- 


soris 


el hap- 


tistœ 


Tui 


nala- 


un- 


a 



Toutes ces strophes s'adaptent à un même type 
mélodique et nous font toucher aux origines mêmes 
du chant liturgique. Ce n'est rien de plus qu'une indi- 
cation, mais qui ne saurait être négligée. En ces déli- 
cates questions d'origines, il faut savoir se contenter 
d'indices d'autant plus féconds qu'ils sont plus vagues 
et plus suggestifs. Il existe donc toute une série d'an- 
tiennes qui appartiennent, rylhiuiquemcnt parlant, à 
la même famille que les chants populaires des pre- 
miers siècles de notre ère. Sans aller jusqu'à dire qu'ils 
appartiennent à des fêtes contemporaines par leur 
institution ou leur organisation de cette période 
reculée, on peut remarquer que le rythme populaire 
met son empreinte sur des compositions liturgiques 
très anciennes, principalement celle de l'ofTice du 
Temps, spécialement au temps de l'Avent. 

On entrevoit les conséquences — car il ne saurait 
être question de conclusion. Des faits suffisamment 
clairs et nombreux autorisent à chercher dans les 
chants populaires le ])oint de départ de la cantilène 
liturgique. S'ils revenaient à 'la vie, les soldats de 
■Vitellius, les légionnaires de César et les Romains les 
plus sédentaires et les moins belliqueux, retrouve- 
raient, du moins en substance, dans nos chants et nos 
cadences liturgiques les rythmes et la musique qui 
les avaient jadis charmés. 

11 suffit, pour le moment, d'avoir indiqué cette di- 
rection de recherches à peine soupçonnée et presque 
complètement négligée. Au lieu de s'hypnotiser sur 
des pistes rebattues ou de se confluer obstinément 
dans le moyen âge, il y aurait plus de profit peut-être 
et plus d'agrément à se tourner vers l'étude de l'usage 
populaire. Tout ce qui précède n'est qu'une conjec- 
ture tout à fait probable à notre sens, uiais conjec- 
ture et, comme telle, ne supportant pas encore un 
certain degré de précision. Ce qui relève de la cer- 
titude c'est la conuuune tendance esthétique entre la 
mélodie liturgique et le rythme populaire. Tous deux 
réalisent, ici, en musique, là, en paroles, un même 
type rythmique, qui est de tous les temps, très carac- 
térisé et très simple, dont les éléments sont connus : 
le septénaire rythmique. Ce rythme est celui du vers 
lrochaï(pu^ eatalectiquc de huit pieds. Les anciens 
l'écrivaient tout entier sur une seule ligne; depuis, on 
a pris l'habitude de le couper en deux petits hémi- 
stiches superposés. Kn fait, peu importent les disposi- 
tions pour le rytlune, puisque celui-ci n'y veut recon- 
naitre qu'un seul vers, prononcé d'un seul trait, sans 
arrêt appréciable en son milieu et en marquant la 



' A. Gastoiié, Les origines dit th:ail romain, in-S", Paris, 
1007, p. 1 1. — * .ï. Paris:)!, hl.vriièse nuisicdic de (luelques 
titres de psaumes, dans la Kemie bittliqtte, 1S!)7. l. \'ii, 
p. 589 sq.; ISÏIS, t. viir, p. 117 sq. — ' Edm. Bouvy. dans 



Entre cette strophe et celle qu'adopteront, de pré- 
férence, poètes religieux et poètes profanes du moyen 
âge, aucune différence. Voici, par exemple, la prose de 
saint Jean-Baptiste : 



césure par une simple ijitonalion et une pause inap- 
préciable, comme nous le faisons dans les vers français. 

III. Chant des sy.nagooues. — ■ La liturgie chré- 
tienne, dans sa disposition générale et jusque dans 
le détail de plusieurs formules, offre un parallélisme 
trop soutenu avec la liturgie synagogalc pour n'être 
pas prémédité. Cette influence juive ne s'exerce pas 
seulement pendant la période des débuts, mais elle 
se fait sentir jusque vers le iv siècle. I^e chant litur- 
gique subit plus ou moins les mêmes conditions. 

Si le rituel synagogal prête souvent à la conjecture 
on peut, cependant, le reconstituer d'une manière suf- 
fisamment complète et certaine pour autoriser des rap- 
prochements : il n'en est plus de même pour le chant. 
Ici, la tradition orale s'est chargée de transmettre 
seule des mélodies qui ne nous sont parvenues qu'al- 
térées, et ces altérations sont assez anciennes, assez 
générales et assez protondes pour qu'on puisse au- 
jourd'hui regarder comme « impossible de restituer 
sûrement la tradition musicale juive, à une époque 
quelconque de son histoire. Mais, si cette tradition 
ne peut être retrouvée dans tous ses accidents, elle 
peut toujours l'être dans son essence, à savoir dans la 
forme générale et le style de sa musique, et c'est bien 
quelque chose. Cette musique est ])urenient vocale et 
monodique : soit en solo, soit en chœur, elle ne con- 
naît que l'unisson ou l'octave. Cependant, l'emploi 
d'instruments à cordes pour le service du Tem])le 
eut quelque influence sur la forme de composition des 
psaumes et des cantiques '. » 

La synagogue et l'Église chrétienne basaient leur 
service liturgique chanté sur le recueil des psaumes 
dont le plus grand nombre, sinon la totalité, entra 
dans l'office religieux. L'exécution variait d'après les 
indications données en tête du psaume ou d'après 
la contexturc de celui-ci : tantôt on chantait tout d'un 
trait, tantôt on encadrait dans une acclamation ini- 
tiale et finale («//c/u(«), tantôt on reprenait en guise de 
refrain un verset clioisi. Les titres des psaumes men- 
tionnent parfois l'usage d'instruments sur lesquels 
nous sommes mal renseignés, si quelques-uns peuvent 
être identifiés, la plupart demeurent énigmatiques^. 
Parfois, le titre est accompagné d'une mention qu'on 
regarde comme celle d'un mode : aielelh serait réolien ; 
ionelh serait l'ionien. Enfin, plusieurs psaumes (par 
ex. : Lvii, Lvni, li.x, lxxv hébr.) étaient composés 
sur la même forme littéraire qui se laisse identifi 
avec le ris-qolo syriaque et l'Iicirmos grec ^. 

Dans la liturgie du Temple de Jérusalem, les ins- 
truments à vent, à cordes, à percussion accompa- 
gnaient le chant, dans les synagogues ils n'étaient 
pas admis et on n'est guère en état de dire s'ils étaient 
également interdits dans l'Église ou si on leur concé- 
dait quelque rapide apparition. On admet avec vrai- 
semblance que la mention mal expliquée, setaix. qui se 
lit dans quelques psaumes , marque une pause de 
chant pendant laquelle les instruments jouaient seuls; 
là où les instruments n'étaient pas reçus, peut-être 
le chœur se chargeait-il de l'intermède, de là viendrait 
l'usage de certaines formules vocalisées '. 

Si on aborde la notation, il faut savoir avouer que 
nous n'avons pas le moindre indice antique crili- 
quement recevable. Sans doute chaque mot aiipellc 
son accentation dont les signes peuvent remonter 
plus haut que l'époque des points-voyelles, partant, 
pour quelques-uns au moins, de ces signes, jusqu'au 
vi« siècle avant notre ère; mais cela n'avance guère. 
Accentuation et ponctuation offrent, d'un exemplaire 



les Lettres ctirétiennes, l.S.^l, t. ir. p. 2D4; l'. Clievalier, 
Pitvsie îitunjiqite du moyen uge, in-.S", Lyon, 1892. — * .1. Pa- 
risot, Signirtcation mtisieale de Seittit-Diaiisalmaf dans la 
Henue biblique, 1S08, t. \'iii, p. 't'i'.i sij. ^ 



263 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



264 



à l'autre, des divergences qui interdisent tout essai 
de réduction à un type uniforme. A supposer possible 
cet expédient héroïque, resterait à remonter du texte 
ainsi étaljli à quelque autographe dont l'antiquité fa- 
buleuse ferait une des sources authentiques du cliant 
liturgique. Faut-il s'en tenir à ce résultat décou- 
rageant? Nous ne le pensons pas. 

Dans la synagogue, les cadences musicales ont été 
indiquées aux yeux par de simples signes de conven- 
tion placés tantôt sur, tantôt sous le texte. A l'aide 
de ces signes « le lecteur ou le chantre, en lisant le 
texte, sait, en voyant les signes, de quelle formule 
mélodique il doit revêtir le mot ou la syllabe, en se 
conformant de plus à l'accent tonique': les autres 
mots sont déclamés sur la note de tenue du récit, ou sur 
les notes qui peuvent servir à joindre deux des for- 
mules. La phrase musicale est donc étroitement mo- 
delée sur le texte littéraire; elle en reproduit les divi- 
sions, et les accents toniques informent la mélodie qui 
pare les syllabes. Elle est essentiellement formée de 
parties modulées, mélodiques, alternant avec des pas- 
sages en récit. Le récit peut être plus ou moins long; 
la partie mélodique peut aller de la simplicité d'une 
note au-dessus ou au-dessous du récit à celle d'une 
riche vocalise. Cependant, la vocalise elle-même n'est 
pas toujours fixée, et elle est parfois — elle a pu être 
primitivement toujours — une variation improvisée 
sur le thème simple rappelée par le signe correspon- 
dant. 

« On se rend donc bien compte que c'est surtout 
le style et la forme musicale hébraïque que nous pou- 
vons connaître, mais non tous les détails de cet art. 
Dans la pratique, en effet, les accents cantoraux ont 
perdu la valeur fixe qu'ils avaient primitivement : 
le thème subsiste quelquefois; ailleurs, il a disparu 
sous les transformations ou les développements adop- 
tés par une communauté. Toutefois, une chose domine 
cet obscurcissement de la tradition, et peut nous être 
un précieux guide dans ce labyrinthe : la variation 
ou le développement du tlième ne se fait plus d'après 
des principes inunuables, mais l'emploi des formules 
vocalisées qui y entrent a subi l'influence des tona- 
lités et des rythmes du temps et du pays où se célèbre 
le service divin, spécialement depuis le xvii'' siècle. 
En clTet, les formes d'ornementation non juives res- 
tèrent longtemps exclues de la synagogue, comme en- 
tachées d'usage païen. Ce principe, fécond pour la 
critique, nous porte donc à ne pas accorder a priori 
aux mélodies recueillies seulement au xix'^ siècle, 
pour l'usage de la synagogue plus qu'elles ne peuvent 
nous donner. Une remarque des plus importantes est 
cependant à faire. Les chants qui importent à notre 
sujet ne sont pas métriques, ou, s'ils le sont quelque 
peu, c'est avec un tel mélange qu'ils a])partiennent 
plutôt au rythme libre, n'étant même subordonnes 
à aucune condition fixe de mesure ou division du 
temps. A tel point que telle variation nous offrant 
ici une diminution rytlnniquc ne nous l'offre pas ail- 
leurs, ou bien elle en est totalement différente. 

« Mais si la tradition orale du chant, dans chaque 
communauté israélite, n'a été recueillie que trop tar- 
divement pour être publiée en notation claire, dans 
un livre pratique, quelques points cejjendant de cette 
tradition nous ont été révélés dans les siècles passés. 
Or, ces fragments remontant à une époque où n'a- 
vaient encore infiué ni les truvres polyphoniques 

'A. Gastoué, op. cit., p. 19-21. Nous empruntons cette 
longue citation à un etiapitre très étudié de ce livre. Il ne 
peut être question dans le présent travail de s'occuper des 
rapports existant entre la liturgie synagogale et la liturgie 
chrutienne, mais on trouvera d'utiles remarques i'ï ce 
sujet dans le livre de M. Gastoué. — = Iteuclilin, De accen- 
tibus el orthographia linguœ hehraicir, in-Jol., Haguenau, 



du XVI* siècle, ni les formes de concert du xv!!', nous 
sommes en droit de les considérer comme des repré- 
sentants de la tradition ancienne. » 

Des notations prises par Reuchlin ', Sébastiea 
Jliinster^ et .\thanase Kircher* représentent les trans- 
criptions des accents cantoraux. « L'examen de ces 
transcriptions, rigoureusement faites sur les origi- 
naux, ne fait que confirmer la préexistence des formes 
rythmiques très libres déjà constatées; dans les for- 
mules recueillies par Munster et Kirchcr, la division 
du temps se révèle — quoique rare — plus fréquem- 
ment que dans les formules plus anciennes notées 
à la fin du moyen âge. C'est, on nous ])ermettra de 
le dire, une constatation précieuse, pour la tradition 
religieuse dans la musique médiévale; et quant à ces 
mélodies en elles-mêmes, elles sont bien un anneau 
de la « chaîne de la tradition » en matière de chant, 
pour employer une expression talmudique. 

« La tonalité de ces formules, appliquée surtout 
aux psaumes, appelle d'intéressantes remarques : 
elle est analogue aux tons ecclésiastiques 2' (protus 
plagal) et 5' (trilus) ; or, ces tons sont ceux des trois 
quarts des répons-graduels de la liturgie romaine, 
ces extraits de psaumes qui nous viennent précisé- 
ment en ligne droite de la synagogue. 

« Ces formules se réfèrent à ces gannnes ° : 

(magen abotlo 



i 



'rsnsz: 



2Z 



m 



^-fr« 



ou transposé en ut 



i 



« En y joignant deux autres gammes usitées dans 
les chants juifs, nous aurons le système tonal géné- 
ral de la synagogue : 
dschtabach» 





• -•^ 




J « ''J 


m • "^ 




/ « • • 


a ' * 




fr^ n«*-«'^ 






-'•!l r^ tM'it' 




1 



« Mais cette dernière gamme est une échelle mo- 
derne, employée surtout par les juifs de Palestine '. 

« Tel est, dans l'état des recherches actuelles, ce 
que nous savons de plus précis et de meilleur sur 
l'ancienne tradition cantorale de la synagogue'. » 

IV. Chant gnostique. — L'n des phénomènes 
les plus inattendus et les plus instructifs du chris- 
tianisme primitif est l'étrange fourmillement gnos- 
tique qui s'attache au christianisme à la façon d'une 
végétation parasite sur une plante encore jeune. 
Longtemps dédaigné, faute d'être compris, le gnosti- 
cismc, par ciuelque côté qu'on l'aborde, se montre à 
nous comme une des sources les plus fécondes et les 
plus troubles dans lesquelles on puisse jeter la sonde 
pour en retirer quelques échantillons du grand nau- 
frage intellectuel des premières idées et des pra- 
tiques chrétiennes. Une fois la part faite à la mysti- 
fication, et cette part est large, avouons-le, le gnos- 
ticisme n'apparaît pas beaucoup plus déraisonnable 
que ce qu'on jjcut supporter de la jiart d'une secte 

1518, loi. XII sq. — 'S. Munster, Inslitutiones grammalicic 
in hebrœam lingiiam, in-fol., Basileas, 1524. — *A. Kircher, 
Musiirgia imincrsalis, in-fol., Rom.T-, 1G50, 1. IL c. i, n. 6, 
p. 64. — ^ Nous plaçons ces gammes dans leur diapason 
naturel. — * G. Dalman. Jiiiiische Mclodien uns Galizien 
und Russland, in-S», Leipzig, s. d. (1891?). — ' A. Gastoué,. 
op. ci/., p. 23-24. 



265 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



266 



17 



Déinélriiis, De clocutioitc^ c. lxxi, ia-8'*, AUeiiI>vir^i, 
p. ;î1. — - Diidunn., t. i, col. 1270; sur le chant 



lilurgi(|Uc des sept \'<)ycllcs, \oir les textes donnés col. 1 271- 
1272. — ' Ceux-ci ne juseaicnt pas sur les papyrus eux- 
mêmes, mais siu' quelques pièces gravées oITrant des textes 
analogues. Cf. Dicliimn., t. i, col. 127:i-1274. — ' H. Par- 
they, Zwci fiiiecltischc Zaubcrpupijri (1rs licrlincr Muséums, 
dans Abhuniltttnijeri iler koniijliclwn Akatlemie <ier Wissen- 
.schdllen zu Berlin, 1S6S, l'hilol.-liisl. dusse, in-S", Berlin, 
18()(>, p. 117. — ' Cli.-E. Ruelle, le chant des sept voijelles 
grectiiies, dans la Heotie des éludes (ireetiues, l.SSÏ), t. ii, p. 41 
sq. ; .\. Gastoué, Les origines du chanl romain, in-S", l^aris. 



en pleine efïervcsccncc d'imagination. Sous la bigar- 
rure de la thcosopliie égj'ptiennc, de la tliéurgie 
juive et de la théologie chrétienne nous avons déjà 
indique, à plusieurs reprises, les riches liions qu'offre 
le gnosticisme (voir Abr.\s.\x, Alchimie, Alph.^bet 
voc.\LiQUE DES GNOsTiQUEs) ; nous v rcvcnons en- 
core, mais, ce que nous avons exposé (Diclionn., t. i, 
col. 1268-1288) en détail, nous permettra d'être bref. 

Le gnostique habite par la pensée un monde supé- 
rieur duquel il croirait déchoir en se commettant à un 
contact direct avec la nature. Il la domine sans résis- 
tance possible et exerce ce mystérieux pouvoir à l'aide 
de la parole; faut-il un effet plus grand'? La parole 
va-t-elle échouer'? il est un secret devant lequel 
toute force succombe, s'incline et se soumet : le 
chant. 

(Jucl est ce chant? Les gnostiques ne nous l'ont 
pas dit, d'autres se sont charges de nous l'apprendre. 
« Kn Egypte, écrit Démctrius de Phalcre, les prêtres 
célèbrent les dieux au moyen de sept voyelles en les 
chantant de suite, et, à la place d'une flûte ou d'une 
cithare, le son de ces lettres se fait entendre d'une 
façon agréable ^. •> Et Xicomaque de Gérase ajoute 
que : « Les sons de chacune des sept sphères pro- 
duisent un certain bruit, la première réalisant le 
premier son, et à ces sons l'on a donné les noms de 
voyelles. Voilà pourquoi les théurges, lorsqu'ils ho- 
norent la divinité, l'invoquent symboliquement avec 
des poppsymcs (clappement des lèvres) et des silTle- 
incnls. avec des sons inarticulés et sans consonnes -. > 
D'après ces textes, la vocalise est employée dans un 
but d'intercession et d'honneur à l'égard de la divi- 
nité, .luifs et chrétiens n'auront ])as d'autre intention 
en s'altardant à des mélodies qui expriment par un 
son joyeux, sans mots qui le soutiennent, l'ardeur 
de leur désir et de leur tendre respect pour la Divi- 
nité. Nous avons, heureusement, plus et mieux que 
la théorie, nous pouvons reconstituer la pratique du 
chant gnostique, grâce aux papyrus de Berlin. Ces 
écrits, inintelligibles en apparence, incohérents au 
dire des anciens auteurs', nous ont rendu des hymnes 
dans lesquelles on reconnaît l'inlluence et parfois le 
mélange d'éléments juifs, païens et chrétiens, à tel 
point qu'il ne serait peut-être pas téméraire d'y pres- 
sentir des traductions ou des pastiches des hymnes 
syriennes de Bardesanc. 

Au point de vue musical, une première constata- 
tion s'impose, c'est que les sons reviennent en séries 
toujours périodiques et en pauses déterminées '. Le 
papyrus W de Leyde permet un pas de plus. Nous y | 
trouvons la mention des sept astres suivie des sept 
voyelles rangées dans l'ordre alphabétique et de plu- 
sieurs autres groupes où les voyelles sont disposées 
indépendamment de cet ordre '. Or, Nicomaque a 
établi la concordance des sons des sept astres avec les 
sept notes de l'échelle musicale, et cinq auteurs grecs 
ont exposé la corrélation des astres avec les voyelles 
grecques; dès lors, le rapprochement de ces deux con- 
cordances doit nous donner le rapport de la série voca- 
iique avec l'échelle musicale et aboutit au rés^iltat 
suivant " ; 



A 
E 
H 
I 

O 
T 
Q 



re 

ut 

si bémol 

la 

sol 

fa 

mi 



1'=' tétracorde 



tétracorde 



« C'est l'heptacorde de la lyre primitive, de la lyre 
d'Hermès, avec ses deux tétraeordes conjoints ré-la, 
la-mi, tétraeordes d'espèce doricnne. Nous nous trou- 
vons donc en ])résence d'une manifestation d'art qui 
remonte à la plus haute antiquité '. » 

Tantôt la mélodie est écrite sans être accom- 
pagnée de paroles, c'est le cas pour les amulettes *, 
tantôt elle forme la partie vocalique d'une invoca- 
tion déterminée. Par une rencontre qui pourrait 
être plus qu'une coïncidence fortuite, il arrive 
que ces invocations avec vocalises reçoivent parfois 
le titre de nfoxEi'u-''»'' donné aussi par la liturgie 
grecque aux versets chantés qui accompagnent la 
lecture de l'èpître et correspondent au psalmellus ou 
responsorium grinlualc des latins, précisément aussi 
chant vocalisé. Au nombre des formules mélodiques, 
outre l'anagramme et sa lecture rétrograde, il y avait 
aussi les répétitions de notes. Les papyrus montrent 
un emploi fréquent de ces arrangements. Quant à 
leur mode d'exécution nous l'ignorons encore, mais 
il parait vraisemblable que ces notes avaient un mou- 
vement rapide, qu'elles correspondaient à une sorte 
de tremblement de la voix, à une figure appelée pro- 
bablement térétisme '. 

« Pour l'interprétation du chant gnostique, on a 
remarqué que les voyelles de la notation offrent cette 
heureuse indication qu'elles sont toujours réunies par 
groupes et par lignes : groupes et lignes sont séparés 
soit par un espace blanc entre les groupes ou à la fin 
de la ligne, soit par un système de points ou de vir- 
gules. L'interprétation rythmique n'en est guère 
douteuse, car, pour qui connaît les idées des vieux 
métriciens.le temps premier étant indivisible, le grou- 
lienient des notes voyelles ne peut souffrir que deux 
explications : ou la ponctuation simple indique la 
réunion des divers éléments rythmiques, ou elle in- 
dique de plus la prolongation du dernier son. Que 
l'on adopte l'une ou l'autre manière d'interpréter, on 
arrive à une vocalise d'un caractère rythmique très 
libre. Cependant, la seconde manière a contre elle une 
grave objection : certains jiapyrus et autres docu- 
ments gnostiques alignent les voyelles côte à côte, 
sans se préoccuper de les séparer, n'en interrompant 
la ligne qu'à la fin des périodes. Ces considérations 
ont amené, dans la reconstitution musicale de ces 
voyelles, à adopter le principe d'un cursus égal, pou- 
vant être interprété librement '". 

Voici quelques passages : 

Papyrus I de Berlin, col. 3, ligne 227 : 



'^^=t==i=Jlï=^ 



-*-»-»-*' 



1907, p. 27 ; Diclionn., t. i, col. 1280-1281. — ' Dans cette 
gamme le si bémol est constant. — ' Ch.-E. Ruelle et 
H. Poirée, Le chant gnostico-magique des sept l'Otjelle!, 
in-S°, Solesmcs, 1901. p. 28; Diclionn., t. r. col. 1282. — 
» Dictionnaire, t. i, col. 1283-128 1. — '/(/., t. i. col. 1284. — 
'» .\. (lastouc, op. cit., p. 28, 29, pour les notations qui 
suivent. M. Gastoué les accompagne des indications sui- 
vantes : « Nous adoptons les croches comme temps pre- 
miers, en indiquant par leur liaison celles des notes 
voyelles. Nous marquons par le point d'orgue la prolon- 
gation des longues finales, et par une noire les caractères 
isolés les uns des autres. " 



267 



m. 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



2C8 



Eg^È^^^ 



Pyp\ rus I de Bt-rlin, col. 3, ligne 229 : 



Kf (■;^ 

Papyrus II de Berlin, col. 1. ligne 12: 



i 



m 



f^^ 



I .1 ! I I ) ! I II 



Papyrus \V de Leyde, p. 14i, lignes 31-32 : 



tf- 



E-:tixû!XoSu.aî (j£ Kûpte, (LStxù uavov uavw go'j 
Je t'invoque, Seigneur, par une hymne: je chante 






ta sainte puissance : 



—^ 


Papyrus 


W 


de Leyde, 


P- 


19, 


ligne 12 


sq. : 


'-~^ 


o 






:^^ 








^^ 








— 









Je t invoque par la voix des [anges^?] 



jnâles : 




Ces transcriptions permettent de constater qu'à 
une époque contemporaine de la forniatioi et du dé- 
veloppement de la mélopée chrétienne », il existait 
des chants liturgiques parmi des groupes apparentés 
au judaïsme, au christianisme et au paganisme =. Ces 
chants étaient basés sur des lettres représentant 
chacune un son et un temps uniques et groupées par 
rythmes: la vocalise alternait avec les récits' et la 
liberté d'exécution du rythme s'imposait. Tantôt, 
un rythme se reproduit régulièrement, tantôt, les 
rythmes divers alternent. Deux éléments du chant 

• Le papyrus de Leyde est .iitéricur au iv siècle; les 
papyrus deBerlin prennent place entre Icivet le \u' siè- 
cle. — = Friedlander. Der vorclirisllivlw judische Gnosticis- 
mus, in-8», Gottingen, 1898. — » Ce n'est parfois, comme 
dans les e.vemples 4 et 5, qu'une petite formule qui orne la 
rmaJe d'un verset. — ' F.-.V. Gevaert. La mélopée iintique, 
P- 13- — ' L'éolicn et l'iastien relâché s'emploient à l'ex- 
clusion des autres formes modales, pour les Traits. 'Le 

Tonaiius de Règinon contient environ 680 antiennes du 
mode iastien (VII'. VIII*, IV modes ecclésiastiques); 
350 antiennes du mode éolien (I" et, par exception, IP); 



gnostique ont passé dans le chant chrétien, l'un, le 
7:poy.ei[j.evov, avec son nom même, dans les liturgies 
grecques; l'autre, le térélisme ou Iclasma, dans le chant 
byzantin et avec le nom slrophiciis {uox Irenxula) dans 
le chant romain. 

V. Ch.\nt gréco-rom.mn. — La structure harmo- 
nique et la doctrine musicale gréco-romaines nous 
offriront de nouveaux rapprochements avec le chant 
ecclésiastique. . La disposition régulière des canti- 
lénes gréco-romaines était celle des modes authentes 
de l'Église '. » Le mode dorien, le plus usité à l'époque 
classique et pendant les trois premiers siècles de notre 
ère, conserve une place honorable dans le réper- 
toire chrétien. Le Te Deum est dans le mode dorien; 
la Prœfatio nussœ parait avoir eu primitivement la 
finale dorienne; la psalmodie du iir ton, celle du iv, 
toutes les antiennes du m'' ton et plusieurs du iv 
forment une série respectable. Cependant, la place 
la plus large dans l'antiphonaire revient au mode 
iastien dans quelqu'une de ses trois formes : iastien 
relâché (le plus fréquent), iastien normal, iastien in- 
tense =. Le mode éolien est celui qui, après l'iastien, 
compte le plus grand nombre de pièces. La simpli- 
cité de ce mode, qui est sa caractéristique secondaire 
se manifeste dans l'étendue restreinte de ses canti- 
lénes un peu monotones puisque l'éolien ne possède 
aucune variété secondaire '. 

Outre ces trois modes, qu'il possède en commun 
avec les cantilènes ambrosiennes et les restes de la 
musique vocale des anciens, le chant ecclésiastique 
présente une échelle modale inconnue à la citharodic 
gréco-romaine, comme à l'hymnodie primitive; c'est 
le mode lujpohjilicn ' qui, comme l'iastien, admet 
trois formes : normale, relâchée, intense^. La pré- 
sence de ce mode parmi les chants de l'Église romaine 
est due, sans doute, suivant F.-A. Gevaert, à des in- 
lluences populaires. Chez les anciens, Ihypolydien 
relâché était surtout consacré à la chanson gaie^ l'in- 
tense aux nsnies funèbres. L'harmonie hypolydienne 
n'est guère représentée dans l'antiphonaire que pour 
une vingtaine environ du nombre total des chants 
réjiartis entre les trois autres modes. Notons, dès 
maintenant, la présence d'un spécimen de l'hypoly- 
dien intense parmi les restes de l'art gréco-romain. 
C'est une mélodie minuscule, la plus gracieuse sans 
contredit, que l'antiquité nous ait léguée '. En ce 
qui concerne sa structure harmonique, ce petit mor- 
ceau de cithare concorde exactement avec les chants 
antiphoniques; par contre, le parcours mélodique 
diffère. Tandis que le dessin antique occupe toute 
l'octave lydienne, les cantilènes de l'ofTice ont l'am- 
bitus ordinaire de l'hypolydien normal. 

En résumé, le chant ecclésiastique a pris à l'art 
classique les quatre octaves modales les plus aiguës : 
éolienne, iastienne, hypolydienne, dorienne. Les 
quintes des deux modes inférieurs, hypolydien et do- 
rien, contiennent la consonance mélodique du triton. 
Les quintes des deux modes aigus, éolien et iastien, ne 
recèlent aucune intonation dure. Dés son origine, la 
mélopée des chrétiens d'Occident marque une ten- 
dance caractérisée vers la consonance. 

La rythmique de la musique gréco-romaine nous. 

100 antiennes du mode dorien (III- et ciuelques-unes du 
IV«). — "Le sens de la préposition :-^ est nettement sous, 
dans le sens de dérivé ; on n'hésitait pas, autrefois, ù 
dire : sous-phrygien, sous-lydien. — * On entendait par 
relâchée, une mélodie qui s'écartait de son échelle propre 
au grave intense, une cantilènc qui se développait et se 
terminait dans le haut. — ' F.-.-V. Gevaert, op. ci/., p. 51. 
On peut supposer que nous avons là un chant universelle- 
ment connu cl aimé au ii° et au iir siècle, quelque re- 
frain populaire. Il se trouve noté tout à la fin d'ua 
manuscrit avec la simple mention : x.ù>.'.v t;à(ry.;A&v. 



269 



CHANT ROMAIN ET GREGORIEN 



270 



est connue par des textes fort clairs, bien que ks 
exemples manquent pour les illustrer tous. Le chan- 
aement de rythme était l'objet de prescriptions minu- 
tieuses, quoique le mélange des rythmes pût aller 
jusqu'à une entière liberté tempérée seulement par 
le goût artistique; aussi a-t-on pu dire que, comme 
l'Église chrétienne, « l'antiquité païenne a connu des 
mélodies qui n'avaient que le rythme libre de la prose 
oratoire '. » Rien de plus curieux qu'un exemple de 
mélodie chantée, simple couplet de chanson, gravé 
sur un monument funéraire à Tralles, en Asie-Mi- 
neure '. 



î^^?±=^r?=P^ 



f^^^^ 



?^ 



"O- cov Çviç tpa(- vou' [xriSèv 5-}w; au Xu- 




t;- Xo; h /po'-vo; â- r.xl-zti 



On va constater la parenté étroite de celte mélodie 
avec une pièce de la liturgie romaine, l'antienne 
Uosanna de l'office des Hameaux ' : 



P 



:f=*=P= 



zy=tfcp= 



zp: 



gfÉ 



=tc 



Ho- San- na fi- 11- o Da- vid : 



be- 



die- tus qui ve- nit in no- i 



l i ^^ ^^^?#^ 



-U 



^^!^^ 



ne Do- nii- ni : rex Is- ra- 



:5=p3=^:îc: 



el : Ho- San- na in 



a- 



in ex-cel-fis. 

VI. Chant f.cclésiastiove. — Ce que nous venons 
de voir montre que le cliant ecclésiastique, loin d'être 
une création spontanée, est comme pénétré d'in- 
llucnccs qui ont marqué leur empreinte d'une manière 
plus ou moins profonde et durable. On ne peut guère 
songer, croyons-nous, dans l'état de nos connais- 
sances, à déterminer avec précision la part et l'éten- 
due de ces diverses influences : c'est déjà un fait d'en 
avoir pu reconnaître l'action. Nous constatons que le 
christianisme, grâce à cette étonnante faculté d'adap- 
tation qui est en lui, a su accueillir les formes musi- 
cales avec une souplesse analogue à celle qu'il appor- 
tait à l'égard des formes artistiques et intellectuelles. 
De son origine judéo-orientale il tirait (juclques res- 
sources ciu'il allait développer en entrant en contact 

'A. Gastoué, op. cU., p. 38; il cite Belleimann, Vin- 
cent, Gevacrt. — » Nous suivons ici la transcription de 
M. A. Gastoué, op. cii., p. 40. Sur ee texte et sa copieuse 
hlhliographie, cf. (Jevacrt, /.a mélopée, p. 33, 40,380, note 1. 
— 'A. Gastoué, op. cil., p. 41. La similitude s'observe jus- 



avec le monde gréco-romain oii il se « trouvait en face 
d'une technique et de tonnes musicales en partie dif- 
férentes de ce cjue ses origines premières lui avaiejil 
légué. Uéunir les unes aux autres, explicjuer au moyen 
des théories en cours ou appliquer, à ces mêmes théo- 
ries, les thèmes que lui avaient transmis tradition- 
nellement les musiciens juifs, telle fut donc la tâche 
des chantres chrétiens pendant au moins quatre 
siècles. De ce travail devaient, évidemment, surgir 
des formes nouvelles, et d'autant plus que les langues 
liturgiques allaient agrandissant leur cercle. Le culte 
traditionnel de l'ancienne synagogue se servait de la 
vieille langue hébraïque pour le chant des psaumes 
et la lecture des Livres saints. Mais la version grecque 
alexandrine, dite des Septante et celle d'.\quila, ré- 
pandues chez les juifs hellénisticiues, la version sy- 
riaque du II" siècle, connue sous le nom de Peschito, 
d'autres, peut-être, que nous ignorons, tendaient à 
supplanter l'original hébreu. Nous ne savons point, 
il est vrai, d'une façon précise, si ces versions ne ser- 
vaient qu'à l'usage privé de l'Écriture sainte ou si 
elles étaient autorisées pour l'omce liturgique. Cepen- 
dant, à examiner l'emploi de la langue grecc|ue chez 
tant de communautés juives de la Diaspora, à voir 
comment une multitude de ces communautés s'est 
convertie à la foi chrétienne, abandonnant aux juifs 
de la nouvelle dispersion l'usage exclusif de l'hébreu 
et du chaldaïquc, il est permis de supposer assez jus- 
tement que lecdites communautés employaient ordi- 
nairement la langue greccpic pour leur liturgie tradi- 
tionnelle. Les prédicateurs de la foi chrétienne sui- 
virent les habitudes des synagogues. L'Église de 
Jérusalem, formée exclusivement d'israelites pendant 
de longues années, dut conserver plus exactement quo 
d'autres les observances originales. Quand, après la 
destruction de la ville par Hadrien, elle se reforme 
dans la nouvelle .Elia, les éléments grecs dominent et 
leur langue, la -/.oivr,, l'emporte sur les dialectes sémi- 
tiques : il est presciue certain, cependant, cjue la tra- 
dition liturgique survécut dans sa plus grande partie. 
.\ux siècles suivants, c'est toujours sur Jérusalem que 
la chrétienté fixe les yeux, et quand Rome cherche 
à organiser définitivement son service liturgique, et 
particulièrement le « cursus >< psalmodique. c'est dans 
la ville sainte qu'elle va chercher ses modèles. Il est 
naturel de penser que l'habitude de la langue grecque 
ne fut pas sans infiuence sur les cantilènes hébra'i'ques, 
au texte original des([uelles elle substituait sa traduc- 
tion; que, d'autre part, à de nouveaux textes litur- 
giques en grec, une mélopée de style grec fut unie. 
Enfin, lorsque Rome, au cours du iii= siècle,emprunta 
à d'autres Églises l'usage du latin, ces modifications 
durent s'accentuer. Cependant, il ne faudrait pas 
s'exagérer l'importance de ces transformations. Éta- 
blie partout sur des bases identiques, tournant dans 
un même cercle, mêlant ici et là ses éléments divers, 
la musique chrétienne devait rester une. et les accidents 
extérieurs que le changement de la langue chantée 
amenait, n'étaient en somme que des détails : l'en- 
semble subsistait dans ses grandes lignes \ » 

Nous ne pouvons guère attendre des textes histo- 
riques des éclaircissements sur la mélodie et lerjthme, 
mais seulement d'utiles indications sur le style géné- 
ral et l'interprétation. 

A plusieurs reprises, saint Paul exhortait les fi- 
dèles au chant des psaumes, des hymnes et des can- 
tiques spirituels ^ Bientôt le Nouveau Testament vint 
y ajouter quelques pièces et, de très bonne heure, on 

qu'au mot Domini. le reste est un intéressant rappel du 
thème. —'A. Gastoué. op. cil., p. 42-43. — «Ephes., v, 18; 
Coloss., III, 1('>-17; I Cor., xiv. 2.'). On tr.>uvera dans n >s 
Afo/iiimcnfa Ecclcsiœ litiirgiai. l. i. n. fiGli. 701, 1371. 1372, 
1453,1460, 1524, des textes utiles pour le chant chrétien. 



271 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



21-2 



prit l'habitude d'en former des recueils '. Plusieurs, 
probaljlemcnt, galvaudaient ces mélodies, car on fut 
obligé de rappeler que ces chants sacres ne devaient 
pas être exécutés pour le délassement des profanes. 
Dans les festins des pa'iens, ne chantons pas les 
psaumes et ne lisons pas les Écritures, de peur de pa- 
raître semblables aux musiciens, citharédes, chan- 
teurs et diseurs de bonne aventure..., il ne convient 
pas que nous chantions ainsi les cantiques du Sei- 
gneur ^. La célèbre lettre de Pline à Trajan mentionne 
chez les fidèles de Bithynie (voir ce mot) « l'usage 
de se réunir à jour fixe pour dire un chant au Clirist, 
comme à Dieu. » Quant à l'exécution de ces chants, 
nous ne savons rien, sinon ce qu'en dit Clément 
d'Alexandrie qui autorise les chrétiens à faire usage 
de certains instruments de musique, par manière de 
délassement, après le repas par exemple, mais à con- 
dition qu'on ne les introduira pas à l'église. Le genre 
chromatique est particulièrement réprouvé, de celui- 
là il ne doit pas même être question '. Ainsi la mu- 
sique liturgique en est réduite alors à être purement 
vocale *. 

1. Psalmodie rcsponsorialr. — La psalmodie est 
le plus ancien et le plus abondant de tous les éléments 
qui ont contribué à la formation du cliant ecclésias- 
tique. Aux psaumes furent assimilés quelques pas- 
sages lyriques de l'Ancien et du Nouveau Testament; 
les premières générations chrétiennes ne connurent 
guère d'autres sources d'inspiration et sur ce thème 
les formes liturgiques se développèrent rapidement. 
Eusèbe témoigne vers le premier quart du iv siècle 
que « le précepte de chanter des psaumes au nom du 
Seigneur était observépartout; car, dit-il, ce comman- 
dement de psalmodier est en vigueur dans toutes les 
Églises existant parmi les peuples, non seulement 
pour les Grecs, mais encore pour les Barbares *. » et 
il ajoute que o dans le monde entier, dans les villes et 
les villages, comme dans les champs, en un mot dans 
toute l'Église, les peuples du Christ, recrutés dans 
toutes les nations, chantent à haute voix des hymnes 
et des psaumes au Dieu unique annoncé par les pro- 
pliètes, en sorte que la voix des psalmodiants est en- 
tendue de ceux qui sont dehors «. » Ces trop vagjcs 
indications sont précisées par une lettre de saint Ba- 
sile qui nous apprend que la psalmodie est en luui- 
neur chez les Lybicns, les Thébains, en Palestine, 
en .\rabie, en Pliénicie, en .Syrie et jusque sur les 
rives de l'Euplirate ''. 

Tous, hommes et femmes, prenaient part à la psal- 
modie *. En certains lieux cependant, il avait fallu 
imposer silence à ces dernières, tandis qu'en d'autres 
Églises, mieux disciplinées ou mieux encadrées, les 
voix féminines s'unissaient dans un seul chœur'. 
Cette discipline du chant, comment l'obtenail-on? 
Probablement par l'emploi d'un groupe de chantres 
chargés d'entonner les pièces, de régler l'allure, d'em- 



porter les passages moins connus qui pouvaient faire 
trébucher. En tous cas, il semble assuré que, d'une 
façon générale, les instruments restaient exclus. Nous 
n'avons besoin que d'un instrument, la parole qui 
apporte la paix... mais nous n'avons que fa're du psal- 
térion, de la trompette de la cymbale et de la flûte'";» 
à leur place « nous chantons les louanges divines avec 
un psaltérion vivant, une cithare animée et des can- 
tiques spirituels. Car, ce qui plait à Dieu plus que tous 
les instruments, c'est l'unisson de tout le peuple chré- 
tien chantant des psaumes et des cantiques '', • aussi 
la règle est-elle alors à peu près sans exceptions : 
« Dans les églises, l'emploi des instruments avec le 
chant est prohibe, les voix seules sont permises ''. » 

L'exécution de la psalmodie avait été primitive- 
ment réservée à un seul chantre'*; l'assemblée contri- 
buait pour sa part par des acclamations intercalées 
dans le solo psalniodique ; cependant, on s'essayait 
parfois à chanter à deux chœurs, par exemple, chez les 
thérapeutes "; mais il n'est pas prouvé que cette pra- 
tique se soit introduite parmi les assemblées chré- 
tiennes, quoiqu'on en ait attribué l'introduction, dans 
l'Église, à saint Ignace d'Antioche '^. Avant d'en 
venir à cette innovation, voici comment on procédait 
dans les réunions liturgiques. Le soliste commençait 
p.ar faire connaître le titre du psaume qu'il avait à 
chanter, l'assistance savait alors la part qui lui reve- 
nait car les Constilutions ai)û.<;lolitjucs, 1. 11, c. T,vii, 
l'avertissaient qu'elle aurait à répéter les acrostiches"' ; 
c'était là le itsalrnus responsorias ", encore en pleine 
vigueur à la fin du iv siècle. Ce chant responsorial 
revêtait des formes diverses. Tantôt, l'assemblée al- 
ternait avec le chantre vers par vers, de préférence 
on pratiquait l'emploi d'un refrain emprunté au 
psaume ou inspiré par lui ", parfois, une simple accla- 
mation, par exemple : Amen ", Alléluia, ou bien une 
formule rapide: r/iwniam in œternum minerieordia ejiis, 
ou un texte de circonstance : Confnsi sunt omnes, qui 
adorant sculptilia, qui gloriantur in sinuilacris. Cet 
usage du canlus rcsponsorius est commun à l'Orient 
et à l'Occident où nous le trouvons indiqué par Ter- 
tuUien '"; au iv" siècle, il y est en pleine application, 
saint .Augustin en témoigne à plusieurs reprises pour 
l'Église de .Milan, on y lit ces indications très claires : 
l'oces pxalmi qiws audivimus et ex parte cantavimus, où 
l'on saisit l'alternance du soliste et des fidèles, et en- 
core : psalmo quem cantatum audivimus, cui cantando 
rcspondinuis ^', ce sont les mêmes usages en Afrique, 
à Rome et ailleurs. 

2. Psalmodie chorale ou anliphonique. — C'est en 
Orient qu'il nous faut chercher l'origine d'une inno- 
vation grosse de conséquences ; la psalmodie en chœur. 
<i Je dois dire l'origine des chants antiphoniques 
(-'j-ji ivTijûvo-j; -javov;) dans les mœurs liturgiques. 
Ignace, troisième cvêque d'.\ntioche, qui avait con- 
versé familièrement avec les apôtres, ayant un jour 



* Eusèbe, llisl. eecïes., 1. V, c. xxviii, P. G., t. xx. 
col. 512. Les psaumes et les cantiques de nos frères, réunis 
dès le principe par les fidèles, célèbrent le Christ, Verbe de 
Dieu, en lui attribuant la divinité, ^'oi^ : Dic/io/in., au mot 
Cantioves. — -S. Clément, Epist. n.ad virgines,P. C.t.i, 
col. 431-433. — ^Clément d'Alexandrie, Pœdagogus, 1. Il, 
c. IV, P. G., t. VIII, col. 444,445. — «En Orient, on enfreint la 
loi; par exemple, à Antioche, sous l'épiscopat de Paul de 
Saniosate; ailleurs encore, mais ce sont bien des infractions. 
Théodoret, Hœret. /abitl, iv, 7, P. G., t. lxxxiii, col. 426. 
. — ' Eusèbe, Ad psalm. lxv, P. G., l. .xxiii, col. 047. — 
•Eusèbe, Ad psalm. l.^v, P. G., t. xxiii, col. 658. — 
' S. Basile, Epist.. r.c\n, 3, P. G., t. xxxii, col. 763. — 
' Sozomène, //i5(. crcj., 1. III, c. vi, P. G., t. lxvii, col. 1047. 

— • S. .\mbroise. In psalm. i, P. L., t. xiv, col. 968. — 
'» Clément d'.\lex., Picdag., 1. II, c. i v, P. G., t. viii, col. 443. 

— " Eusèbe, In psnlm.Mi, P. G., t. xxill, col. 1171 sq. 
Eusèbe fait remarquer ici la pratique contraire des juifs 



qui avaient accordé aux instruments un rôle important 
dans la psalmodie. Cf. S. Jean Chrysostomc, In psalm. ■ l, 
P. G., t. i.v, col. 497. — '= Ps. Justin, Qiuesl. ad orlhodoxos, 
n. 107, P. G., t. VI, col. 1353. — " C'était également l'usage 
dans les synagogues. Le psaume cxxxv. avec son refrain 
à chaque verset : Quoniam in adernum misericordia e/«s, 
nous fait toucher le procédé d'exécution. — '• Eusèbe, 
Hisl. eccles., 1. II, c. xvii, P. G., t. xx, col. 173. — " So- 
crate, Hisl. eccles., 1. VI, c. viii, P. G., t. lxvii, col. SS9. — 

^^ K'/- '. '«•,; z'J- '\/'^:r7Z-/\a l-'.'W'i.'t.i'^K SUF IcS dlVCrSCS 

significations du mot, voir Acrostiche. — '■ F. Cabrol, 
Étude sur la Peregrinalio Silviw, in-S», Paris, 1895, 
p. 59 sq. — '* Comme le psaume invitatoire à Platines, 
ps. xciv. — ^* S. Jean Chr>sostome, 7/) psa///ï. ( Ai//, P. G., 
t. Ev, col. 328. — -° Tcrtullien, De orationc. c. .x.xvir, P. L. 
t. I, col. 1301. — -' S. .-Augustin, In psalm. .wvi, 2; In 
psatm. M.vi, 1, P. L., t. XXXVI, col. 199, 525. Cf. P. Cagin, 
Antipbonarium Ambrosiantim, 1.S96, p. 30. 



273 



CHANT ROMAIN ET GRECxORIEN 



eu la vision des chœurs angoliques chanlaut en l'iion- 
ncur de la sainte Trinité des hymnes anliplioniques 
(Stà TfiJv àvTc^pfovwv 'ju.v(i)v TTiV àyt'av Tpîaoa {/[j.vo'jvt(i)v), 
introduisit dans l'Église d'Antioche une tradition 
analogue à ce qui lui avait été révélé '. » C'est égale- 
ment d'Antioche que Théodoret fait partir le mouve- 
ment, mais à une époque un peu postérieure : « Ces 
deux hommes admirables, Flavicn et Diodore, avant 
même d'avoir été initiésau sacerdoce et n'étant encore 
qu'au rang des laïcs (entre 348 et 338), s'a]>|>liquérenl 
à promouvoir autour d'eux la dévotion populaire 
aux prières de nuit comme à celles du jour. Ils inaugu- 
rèrent la distribution des chœurs des ])sallisles en deux 
groupes auxquels ils apprirent à chajiter alternati- 
vement les psaumes de David. <-)'jtoi jipti-co! ôt/-?, in- 
/(Svxe; Toùç Ttùv *l^aX).ôv7ttjv ywç^rj'jç £x ôiaôo'/r,ç xÔ£:v zr,'/ 
Aa-jrrix/;v èôiSîïotv iiO.Moix'i " ». D'un jiassage de Sozo- 
mène qui vise les mêmes faits, il parait évident que 
les yuipv^i 'ia/.yôviMv, ce n'étaient pas seulement les 
clercs, c'était le peuple aussi '. 11 y a de plus dans 
Sozomène im m; s6o:, à propos de cette ilivision en 
deux chœurs, qui semblerait considérer comme un 
usage établi ce que Théodoret donne comme une 
nouveauté. Théodoret poursuit : « Une fois cette cou- 
tume implantée à Antioche, on la vit gagner de 
proche en proche et se répandre de là jusqu'aux ex- 
trémités de la terre. » Voici l'institution bien établie, 
mais dans cjuelle mesure ce chant alterné d'un chœur 
à l'autre était-il une innovation? Voici ce que nous ap- 
prend Théodore île Mopsuestc ' : C;vtrrum pcr id 
leinpus Aniiochia' flrirchant et l'iiiulescienliaqiie célèbres 
lifibebcmtur Flavianiis et Diodonis quorum ille Antio- 
elienn episcopalui, hie Tarsensi postea prœ/ectus est. 
Alque ut Tlicodorus Mopsuestenus srrihit « iiliun psal- 
inodiii; speciem quas antipitonas dieimus, itli ex Syro- 
runi lingua in yrœcam Iranslulcnuit et (iniiiium prope 
soli iidmirandi hujus oiieris, nmnibus orbis rluistiani 
Iwminibus auctores apparucrunt. « Ainsi I-'lavien et 
Diodore n'ont guère fait cjue des traductions du sy- 
riacjue et il est tout à fait probable (|u'ils ont em- 
prunté la cadence alternée en même temps que les 
textes qui la supportent. 

De la Syrie, la psalmodie chorale venue à Antioclie 
s'introduit à Constantinople et de là à Milan et en 
Occident. On lit, en ellet, dans la vie de saint Am- 
broise, par son notaire Paulin : Hoc in Icmpore pri- 
mum antiplionœ, iH/mnique ae iHyiliœ eelcbrari rapc- 
runl, eu/us celebritalis devolio usque in Itodiernum 
dicm non soluni in eadem iJcr/c.-.;» (Mediolancnsi) l'e'- 
rum per omnes pcne Occidcntis prorineios mimet ^ et 
saint .\ugustin ajoute que ces cliants étaient célébrés 
secundnm morcm orienlalium jnulium. Ce qui con- 
stitue véritablement l'innovation, tant en Occident 
<|u'en Orient, ce n'est peut-être pas la psalmodie à 
deux chœurs en elle-même, c'est la psalmodie à deux 
choeurs populaires. On peut se demander ici comment 
la foule, ne sachant pas le psautier de mémoire, pou- 
vait psalmodier ainsi. La réponse la plus directe qu'on 
puisse faire à cette question, c'est un fait. Et ce fait 
se [)ro<hnsi[ précisémenl à Antioche. dans les pre 



' Socrate, Ilist. eccles., I. VI, c. viii, P. G., t. L.xvii, 
col. 688-G89. — "■ Théodoret, Ilisl. eccfes-., 1. II, c. xix, 
P. G., t. Lxx.xii, col. lOGO. — ' Sozomène, 7/i.s/. écries., 
1. IU,c. XX, P. G., t. Lxvii, col. 1100. Dans le présent p.ira- 
Si'aphc nous ne faisons que rèsiuner, le plus souvent trans- 
crire et un peu enordonoer. Ii's reniartiues é]>arses de doin 
P. Oaï^in, dans Antiplt'uuu'ituu .Xint'ni^ianuin, formant les 
t. v et VI du recueil intitulé Pulëngrdphic musicale. 1S9G. 
Dans une dissertation d'aspect un peu chaotique, le véné- 
ral)Ie savant a prodigué les trésors d'une érudition qui n'a 
dec >mparable que son obligeance. — * Ce passage n'existe 
qu'a l'étal de citation diois Nicétas (^honiatcs, Tlwstiurus 
/idci, 1. V, c. XXX, P. G., t. c.xxxix, col. 1390. — 'Paulin, 



mières années qui suivirent les enseignements de Dio- 
dore et de Flavicn, à l'occasion de la translation des 
reliques de saint Habylas et pendant un trajet d'en- 
viron quarante stades. «On dit qu'on se pressait à 
l'envi, hommes, femmes, jeunes hommes, jeunes filles, 
enfants et vieillards pour traîner la châsse du 
martyr, et qu'on chanta des psaumes tout le long du 
chemin. Ceux qui savaient le mieux les psaumes 
chantaient les premiers et le peuple leur répondait de 
concert, et voici le verset qui servait de refrain : « Que 
tous ceux qui adorent les idoles soient confondus, 
que ceux qui se glorifient dans leurs faux dieux soient 
couverts de honte *. » Les élèves de Flavien et de 
Diodore étaient bien formés. On voit comment ils se 
tiraient des dillicullés pratiques du nouveau système. 

Quant aux élèves de saint -AnUjroise. ils obtenaient 
un résultat tout à fait satisfaisant, l'n auditeur il- 
lustre, saint .\ugU5tin, nous a conservé le souvenir de 
« ces accents cjui vivilient des paroles chantées par 
une voix douce et savante. » Par cette harmonie, 
« les alïections de l'âme et leurs nuances variées re- 
trouvent chacune sa note dans les modulations de la 
voix » à tel point que parfois, dit-il, « un excès de 
précautions contre de telles surprises me jette dans 
un excès de rigidité et je voudrais éloigner de mon 
oreille et de l'église ces touchantes harmonies, com- 
jjagnes ordinaires des psaumes de David. Il me pa- 
rait alors plus sûr de s'en tenir à ce que j'ai souvent 
ouï dire d'.Mhanase, évêque d'Alexandrie, cpi'il les 
faisait réciter avec une légère infl'xion de voi.x, plus 
semblable à une lecture qu'à un chant. » tam nio- 
dico flcxu rocis faciebai sonare Icctorem psalmi ut pro- 
nuntianli viciniur esse! quant cancnti '. 

« Et cependant, quand je me rappelle ces larmes 
que les chants de votre église me firent répandre aux 
premiers jours où je recouvrai la foi, et ((u'aujourd'hui 
même je me sens encore ému, non de ces accents, mais 
des paroles modulées avec leur expression juste par 
une voix pure, je reconnais de nouveau toute l'utilité 
de cette institution. Ainsi je Hotte entre le danger de 
l'agréable et l'expérience de l'utile, et j'incline plutôt, 
sans porter toutefois une décision irrévocable, au 
maintien du chant dans l'église, afin que le charme 
de l'oreille élève aux mouvements de la piété l'esprit 
trop faible encore. Mais pourtant, lorsqu'il m'arrive 
d'être moins touche du verset que du chant, c'est un 
péché, je l'avoue, cjui mérite pénitence; je voudrais 
alors ne pas entendre chanter '. — Voilà où j'en suis. » 

11 faut croire cjue la décision vers laquelle inclinait 
saint Augustin s'affermit dans la suite. Vers 426-427. 
il fait une allusion qui donne à penser que les diocèses 
voisins du sien s'étaient ouverts, peut-être à son 
exemple, aux nouveaux chants, notamment à l'offer- 
toire et à la communion. Déjà, vers l'an 400, Au- 
gustin répondant aux questions de Januarius, don- 
nait la mesure suivant la([uelle on peut introduire 
plus ou nioinsd'art dans la pratique du chant d'église». 
Mais le passage du livre des Con/cssions cjue nous 
venons de ra])peler suffit à renseigner sur le caractère 
de la psalmodie usitée à cette époque. 



I'i7(i .S. .ImSrosii, P./.., t. XIV, col. 31. — '.Sozomène, /fi!c(. 
ccc/cs.,1. V, c.ix, P. G.,t. Lxvii, col. 1 272: Théodoret. /fis(. 
ecc!es.,l. m, c. vi, P. G.,t. lxxxii.coI. 1097. Voir Dictionn., 
t. I, col. 2288, 2375. — ■ S. .\ugustin, Confctsinnes, 1. X, 
c. xxxin, édit. P. Knôll, Viudobon;e. ISOli, p. 2G4. P. Wag- 
ner, Origine et déoelnpperncnt ilu rhoni liturgique jusqu'à la 
fin du mmjcn âije, in-8", 'l'oiu'nai, 190 I. p. .'iS, donne de ce 
texte une explication qui nie parait purement conjectu- 
rale. D'après lui, saint .\thanase ramenait les chantres 
d'.\lexandrie à une pratitiur ancienne <ïiïnt ils s'étaient 
déshabitués pour adopter un chant orné. — » S. .\ugustin. 
Rétractai., t. II, c. xi. /'. /... t. xxxii. col. (l.il. — » S. .\u- 
gustin, Episl., lv, P. /... t. wxiii , c >1. 2 il. 



275 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



276 



Ce n'était déjà plus cette simplicité du temps de 
saint Athanase que se prend à regretter l'évêque 
d'Hippone dans ses accès d'austérité. Ce n'était plus 
cette sobriété de modulation qui réduisait la mélopée 
à n'être qu'une récitation semi-cliantnntc; transfor- 
mée par des intonations et des cadences régulièrement 
musicales, elle aboutissait à une cantiléne mélo- 
dieuse supposant un certain art de composition et 
d'exécution. C'était une mélodie déjà assez puissante 
l)our surprendre les impressions, une mélodie riclie 
et variée, et cependant c'était encore une psalmodie 
qui ne se départait pas de son thème fondamental, le 
psautier de David. Mais dès lors, les chants s'adap- 
taient si parfaitement aux textes que les uns et les 
autres semblaient se prêter un mutuel concours, 
ceux-ci donnant à ceux-là le sens et la vie. pour en 
recevoir à leur tour une nouvelle onction et comme 
leur expression adéquate. Enfin, leur allure toute 
naturelle, malgré cet art exquis, demeure assez simple 
pour provoquer les récriminations des donatistes. 
Finalement, saint Augustin les justifie par le sou- 
venir du bien qu'ils faisaient à son âme alors qu'aux 
premiers temps de la conversion, il ne pouvait les en- 
tendre dans l'église de l'évêque Ambroise sans en 
être ému jusqu'aux larmes. Voilà le trait d'union qui 
rattache le chant d'Hippone au chant de Milan, dont 
nous cherchons à nous représenter la physionomie 
native au temps où saint Augustin fréquentait 
l'église de saint Ambroise, et le chant de Milan nous 
fait bien proches du chant de Rome, où, d'après les 
recherches les plus rigoureuses, l'organisation de la 
liturgie et du chant appartiendrait au pontificat de 
Damase (366-384) qui. au dire du Liber pontiftcali.t, 
établit le chant des psaumes jour et nuit dans toutes 
les églises. Peut-être l'impulsion fut-elle donnée par le 
concile de Rome, tenu en 382, et auquel assistèrent des 
évêques grecs et syriens familiarisés avec Tant iphonie^. 

En résumé, la psalmodie chorale entra au v^ siècle 
dans une nouvelle phase. A la forme rcsponsoriale 
succède la forme antii)lionique. « Cette habitude nou- 
velle eut forcément une répercussion importante sur 
la musique : à l'antique répons convenait le quasi-ré- 
citatif de la psalmodie ordinaire; au refrain plus long 
et mieux ordonné de l'antiphonie, une mélodie plus 
recherchée devenait nécessaire'. • 11 ne semble pas 
impossible d'en ressaisir la trace et de retrouver, en 
quelque façon, le genre musical auquel l'innovation 
antiphonique donna naissance. Les descriptions des 
écrivains du iv= siècle répondent assez exactement 
à ce que nous rencontrons dans quelques anciens ma- 
nuscrits. Prenons les nombreux passages où saint 
Augustin a relevé des textes chantés soit en antienne, 
soit en répons. Ces textes, surtout lorsqu'ils sont tirés 
du psaume, sont très courts. Or, nous en retrouvons 
une grande partie dans le chant romain ou dans l'am- 
brosien, précisément dans le fonds le plus ancien de ces 
liturgies. Dans l'une et l'autre, ils sont caractérisés 
par un chant très simple, presque syllabique. qui ne 
souffre aucune difficulté d'interprétation, et est très 
voisin du récit psalmodique. En voici quelques-uns; 
nous ne pouvons affirmer que la mélodie soit contem- 
poraine des citations faites par saint Augustin ; il y a, 
toutefois, de grandes chances pour qu'il en soit ainsi, 
ces très courts refrains faisant partie du fonds primi- 
tif emprunté directement au psautier et répété fidè- 



lement chaque semaine pendant de longs siècles, dans 
les églises les plus importantes. Pour nous, ils repré- 
sentent, à n'en pas douter, de très antiques réclames 
du chant, appartenant plutôt même à l'époque rcs- 
ponsoriale qu'à l'époque antiplionique. Et, soit dans 
le répertoire romain, soit dans le milanais, on en 
trouve encore des centaines de même genre, exécutés 
ici et là de semblable façon '. 



Antiph. Ainb't'ûs. \—. 



1 " dim. d*.\vent. 



--^ 



45= 



^-=i= 



loV 



^ 



Lœ- te- tur corquae- ren- ti- 



lû 



=i=«ac 



um Do- minura. 



Antiph.d'Hartker. 
.leudi saint. 



F^ 


-iV 


=±= 


-p 


-1>- 


-^ — 


ZD^- 


tç= 


« 


# 


-*- 


* 


^-*-< 


^^ 



Ex-sur- ge Do- mi- ne et 



ju- di- ca 



• — m—r 

cau-sam me- am. 



En quoi consistait le chant ecclésiastique pendant 
la première période, jusque vers le milieu du iv<^ siècle? 
Le soliste exécutait sa partie et la foule introduisait 
en temps marqué des acclamations. Ces répons 
devaient offrir plus de variété que nous ne pouvons le 
supposer, à défaut d'indications précises. Le chant 
responsorial était surtout en usage après une lecture 
afin de procurer à l'assemblée l'occasion de manifester 
les sentiments élevés et ardents provoqués en eux par 
les paroles de l'Esprit-Saint. L'n des écueils des 
longues réunions était la fatigue et l'inattention parmi 
les fidèles, principalement dans les offices nocturnes. 
Afin de tenir tout le monde éveillé, les Constitutions 
apostoliques ( 1 1, c • Lvii) prescrivent après deux lectures 
une psalmodie des hymnes de David, le peuple se 
joignant aux derniers mots des versets. A mesure 
que la vie religieuse se répand, des communautés 
d'hommes et de femmes de plus en plus nombreuses 
s'adonnent à d'interminables récitations psalmo- 
diques et, autant pour éviter la somnolence de l'inac- 
tion qu'un excès de fatigue, ces assemblées sont les 
premières à substituer au chant responsorial trop 
monotone le chant antiphonique. 

Eusèbe nous parlant de la psalmodie telle qu'on la 
pratiquait avant cette innovation, laisse entendre 
qu'elle offrait une sorte d'ornement: ailifilîiaixi. ', ex- 
pression signifiant plus qu'un récitatif. Ailleurs, il dit : 
nous chantons les psaumes sur des airs mélodiques : 
Q[iQ9(i)vov [j.£).o; £v 72;; 'ia/ u.o"/.ov;a:; àv2::i[jL~o;A£v^. Dans 
l'église d'Alexandrie, pendant l'épiscopat de saint 
Athanase, ce saint faisait réciter les psaumes avec 
une légère inflexion de voix, plus semblable à une 
lecture qu'à un cliant'. Aussi, quand saint Augustin 
distingue diverses manières de lectures dans l'Église 
latine ', nous pouvons admettre que la plus simple 
différait à peine du chant psalmodique, tandis que 
la plus ornée devait atteindre à la mélodie. 



'Eu égard à rinDuence de saint Augustin parmi ses col- 
ègues, on peut presque dire le chant africain, au moins 
pour une ijartie de l'Afrique du nord. Notons ici quelques 
dates. Entre 348-358 à .\ntioche. eu 38e. à Milan, en 390 à 
Constantinople, en 42fi à Carthage. à Hippone et dans ces 
deux dernières villes, cette date doit évidemment être re- 
levée de plusieurs années, en 375 en Cappadoee. — = A. Gas- 
toué. Les origines dit chant romain, in-S", Paris, 1907, p. 52- 



53. — ' Ibid., p. 53 ; Anliplionariumambrosianum.Bril.yius., 
addit., 3iiO'J. p. 3 (édit. 1896, p. 4), Antiplionaire deHar- 
Iker, Saint-Gall,n. 390-391 (édit. 1900. p. 179). — * Eusèbe, 
Inpsalm. ivr, P. G., t. xxiii, col. C47. — - Eusèbe, In 
psalni. x'i, P. G., t. xxiii, col. 1174. — ' S. Augustin, 
Con/essiones, 1. X, c. xxxm, P. L.,- t. xxxii. col. 800. 
— 'S. .\ugiistin. Serm., ccxviit. 1, P. /.., t. xxxvi, 
col. 1084. 



277 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



Lorsque l'antiphonie coiuiiieii(,-a à {îayiuT du terrain, 
on se garda bien, dans plusieurs Éfjlises de supprimer 
entièrement l'ancien usage. C'était niî-me un grief de 
plus aux yeux de certains que sou abandon. Saint 
Basile ne se croyait pas dispense d'y répondre, ce qui 
nous a valu l'utile renseignement que voici :« Quant 
au reproche qu'on me fait sur la psalmodie, je réponds 
([u'clle est organisée de la même manière dans toutes 
les églises de Dieu et qu'elle y résonne agréablement. 
Le peuple se lève la nuit et va à la maison de ])rièrc; 
et quand il a prié, il passe à la psalmodie. Tantôt, il 
se partage en deux parties alternantes, tantôt il laisse 
chanter un soliste auquel tous répondent; et après 
avoir ainsi passé la nuit en psalmodies diverses, ils 
entonnent tous ensemble, comme d'une bouche et 
d'un cœur, le psaume de la pénitence'. » Quoi qu'on 
en pût dire, les ascètes ne renonfaient pas volontiers 
à une forme familière et voyaient volontiers dans 
l'abandon du chant responsorial l'indice d'une pro- 
chaine décadence. L'abbé Pambo, du désert de Xitrie, 
reprocha amèrement à un de ses moines le dessein 
formé d'introduire le chant des canons et des tro- 
paires entendu au monastère de Saint-Marc d'Alexan- 
drie. Les moines du Sinaï n'étaient pas moins rigides, 
ils ne voulaient pas entendre parler du chant anti- 
phonique ni de tout ce qui dépassait la plus simple 
])salmodie. C'est peut-être à cette résistance, à ce 
« conservatisme » que nous devons la réaction en sens 
iiliposé dont on aurait conservé la trace, le chant di- 
rect canlus in clirectuin ou dircclaiiciis qui consistait, 
non seulement à rejeter l'antiphonie, mais à écarter 
les réponse Ce chant est encore prescrit au bréviaire 
ambrosien où il était clianté par les deux choeurs 
réunis, sans aucune alternance '. 

Quoi qu'il en soit de ces résistances purement lo- 
cales, ce furent surtout les grands monastères d'Orient 
et d'Occident qui hâtèrent l'heure de l'abandon défi- 
nitif du chant responsorial. Cassien rappelle que si 
certains monastères d'Egypte s'évertuaient à mainte- 
nir le type archaïque, d'autres monastères poussaient 
à l'innovation et certains psaumes y étaient prolongés 
l)ar (les antiennes et des modulations particulières*. 
(;etlc dernière expression ne peut guère se rapporter 
qu'à des groupes de vocalises. La règle monastique 
de Paul et d'Etienne, au vi' siècle, contient la pres- 
cription suivante : « Ce qui est à chanter ne doit pas 
être changé en manière de prose ou de lecture et ce qui 
est écrit pour être lu ne doit pas être changé en tropes 
ou mélodies artistiques *. < Cassien appelle de ce nom 
de « tropes « les formules mélismatiques; c'était de 
ce côté qu'il fallait veiller maintenant si, après avoir 
délaissé les chants responsoriaux pour les antipho- 
niques, on ne voulait pas tomber dans un excès et 
aboutir à un développement mélodique de plus en 
plus riche et mouvementé. 

.3. Uijmnudie. — C'est encore en Orient que nous 
devons chercher les sources d'une forme musicale 
dilTérente de la j)salmodie responsoriale et chorale. 
Le nom de saint Éphrem d'Édesse se présente comme 
de lui-même à l'origine de l'hymnodie populaire d'où 
sortiront plus tard les tropaires grecs : Xidcns bcaUis 
Ephiient (/iiiiiUiim oinnrx cantii ciipercntiir, illosf/nr 
a pro/diiis cl inlwncstis hisibiis clwreisciiic eimciin- 
cniui'iix. clioros inrijimun Dco suminim institiiil do- 



cnilqite hymnos cl scoliis cl lesponsoriu, sublimilnis 
cl spirilualibus scnlenliis re/erla de Christi nalivilale, 
haplismo, jcjunio, (ictibus, passionc, resurrectione cl 
ciscensionc, de mailyribiis. de pienilcnlia, de defunciis ; 
effecil lit l'irgines Ueo saciœ ad ecclesiam convenircnl 
cunctis solcmnibus Domini feslis et marlyrum solemni- 
liilibus olf/ue diebiis dorninicis. Ille vcro, velul pater et 
spirilus cithœrediis, in mcdio ciderat, dueebalque modns 
musicos el modutundi curminis letjcs^. On devrait, 
d'après cette indication, diriger les recherches du côté 
de la musique orientale, mais « l'absence totale de 
monuments écrits nous ôtc tout moyen d'étudier cette 
musique à des sources directes. A l'exception des Grecs 
et des Arméniens, les autres rites orientaux n'ont 
accompagné leurs textes liturgiques d'aucune nota- 
tion musicale. La notation arménienne, appliquée à 
certaines parties des livres liturgiques, est une chiro- 
nomie d'assez simple apparence; et, dans la pra- 
tique, on chante de mémoire, sans se guider expressé- 
ment sur les signes musicaux. Parmi les chrétiens des 
autres rites. Maronites, Syriens, Chaldéens, les chants 
se transmettent comme les mélodies profanes, par 
la seule voie de la tradition, sans notation ni livres 
d'enseignement musical. Les chantres modernes lé- 
gueront k leurs successeurs le patrimoine musical 
qu'ils ont eux-mêmes reçu de leurs maîtres et gardé 
avec une fidélité jalouse. Dans les offices orientaux, 
les parties chantées occupent une place considé- 
rable, que l'usage a, pour ainsi dire, consacrée en 
l'immobilisant. Tous, prêtres, clercs, assistants, et 
jusqu'aux enfants, peuvent i)rendre part au chant 
liturgique. Exce])tées les parties réservées à l'ofTi- 
ciant, les chants sont exécutés par tous ceux qui 
savent lire l'ancien syriaque. Certaines prières sont 
sues de mémoire et chantées souvent par toute l'as- 
semblée. De cette manière, les oftices des Syriens dif- 
fèrent des cérémonies actuelles des Grecs, où le peuple 
écoute en silence '. Les mêmes pièces sont souvent 
redites, enfin les mélodies sont privées du secours de 
l'accompagnement instrumental. Ces conditions sont 
assurément les plus favorables au maintien, par la 
routine, des airs usuels; mais la routine est mau- 
vaise conservatrice des oeuvres d'art, lors même qu'elle 
croit respecter et défendre les trésors livrés à sa seule 
garde. Si les nations de l'Occident, qui possédèrent 
dans de nombreux manuscrits et plus tard dans des 
livres imprimés la notation des cantilènes litur- 
giques, ont pu, jusqu'en ces dernières années, en ou- 
blier la vraie leçon et en perdre l'usage, on est en 
droit de se demander quelle est, au point de vue de 
l'antiquité, la valeur de la tradition musicale non 
écrite des Orientaux. Il est vrai que, par caractère, 
ceux-ci gardent plus fidèlement que nous-mêmes 
leurs anciens usages, et que les arts restent parmi eux 
depuis plus longtemps stationnaires, dans la mesure 
où ces peuples se tiennent plus éloignés de Tinduence 
européenne. D'un autre côté, l'histoire constate, dans 
les arts plastiques, la transformation des goûts, 
accomplie sur place à difïérentes époques, grâce à 
l'introduction successive des éléments étrangers qui 
modifièrent la civilisation antique. Les langues elles- 
mêmes n'ont pas échappé au changement. Sans doute 
les idiomes anciens de l'Orient subsistent essentiel- 
lement dans certains dialectes modernes: mais, ail- 



' .S. lîasjle, ICjiisl.. < cvil, li. I'. (l., 1. x\.\ll, col. 7(53 
C.'esl égaleineiiL à celte période de Irausitiuu entre l'usage 
responsorial et l'usage antiptiouiquc que se rapporte 
la mention faite par Tliéndoret. Ilisl. rclitj., I. V. P. (»., 
t. i.xwi, d'une antiplionie liyl)ride dans un monastère 
on <'irees et Syriens altern.'iient la récitation des psaumes, 
\ Cl sfl par \erset, cfiacuu flans sa langue. — = Nous n'avons 
la premiéie mention de ce i-liant (hrcrl (|uc dans la règle 
bénédicthie, e. \ii, /•. /... t. i.w i, col. 1 i;i; les règles monas- 



tiques de saint Césairc el de saint .Vurêlien mentionnent 
également /'. /... t. i.wii, col. 1102; I. i.wm. eol. 3y3. — 
s Ordo Mcdiohinciisis Kcrles. de Bérold. l.'Aittiphon. ani- 
bros. prescrit souvent le psalmus direclaneiis. — ' P. L., 
t. xxxii, col. 800. — ' P. /,., t. i.xvi, col. «54. — ' Acla 
S. Eplirœni ex anoniimo exccrpta, <ians .\ssemani, Biblîo- 
Iheca oricnlnlis. in-fol.. nom;e. 1720. t. l. p. 47-18. — 
= Mac Leaii, Eii.st syriiiit ddHij ii/lU-cs, in-8", London, 1S91, 

p. XMII, XIX. 



279 



CHANT ROMAIN ET GREGORIEN 



280 



leurs, ils ont ccdù la place à la langue arabe; de sorte 
que, si l'art musical, moins matériel et, partant, moins 
saisissable que les produits des arts plastiques, doit 
être comparé au langage, les chants actuels de la 
SjTie, ne reproduisaient qu'avec de profondes alté- 
rations les traits et les caractères de la source origi- 
nale. Il est néanmoins certain que la tradition est 
vivace parmi les nations orientales. En dépit des dif- 
férences locales, le cliant subsiste fondamentalement 
le même dans les diverses églises d'un même rite. 11 
diffère, au contraire, d'un rite à l'autre, pour les 
pièces ayant le même texte. Les séparations natio- 
nales et religieuses qui se produisirent aux époques 
historiques connues, amenèrent la cessation de tout 
rapport entre les chrétiens des diflére.ites sectes, et 
les rites, bien que sortis d'une source unique se déve- 
loppèrent en accusant des variations toujours plus 
profondes dans les parties accessoires surtout'.» 

On voit, dés lors, l'usage qu'on peut faire des chants 
orientaux. 11 faut, croyons-nous, renoncer à en rien 
tirer au point de vue de l'antiquité '; mieux vaut se 
priver d'un secours si' douteux qu'en faire un usa.ye 
capable de dénaturer les conclusions qu'on en tire- 
rait. D'ailleurs, la nature et le mode d'exécution de 
la musique orientale ne permet pas d'exprimer la 
notation exacte de certaines pièces, ni d'en fixer la 
tonalité délinitive. Cette particularité n'est pas ex- 
ceptionnelle, car le rite syrien comme le byzantin 
possède des formules servant par transposition à dif- 
férents modes ^ 

Les Syriens désignent un très grand nombre de 
pièces sous le nom de ris-qolo qui marque la strophe 
type, Vhirmiis (v-?lJ-o:) des Grecs. « Cette forme est 
constituée par la préexistence d'une mélodie, ou au 
moins d'un rythme donné, caractérisé par l'alternance 
d'accents ou de dépressions. Le vers, ou la divi- 
sion équivalente, est basé, non point sur la quantité, 
le nombre ou le mètre des éléments syllabiques et 
musicaux, mais sur le nombre des accents. On saisit 
tout de suite l'importance de cette forme musicale. 
Une phrase donnée peut être caractérisée par deux 
formules mélodiques d'accentuation et une cadence. 
Entre chacune d'elles, ou en avant, on peut mettre 
une, deux, trois notes ou fragments qui les réu- 
nissent, selon le nombre des syllabes à mettre en mu- 
sique. Avec des textes en prose quelque peu rythmée, 
c'est un procédé d'une merveilleuse convenance pour 
l'adaptation d'une mélodie à des phrases de plus ou 
moins de syllabes. L'hirnms, de par son origine et le 
besoin auquel il répond, doit, en effet, s'adapter à 
vingt, trente, cent, deux cents textes divers : pourvu 
que les élévations correspondent, peu importe le 
nombre des syllabes : c'est donc, avec l'uniformité 
dans le temps musical, une très grande liberté ryth- 
mique, coordonnée cependant par ces accentuations 
et ces cadences caractéristiques '. » 

h'hirmus. outre cette forme indéfiniment flexible, 
présente une forme rigide qui va donner naissance à 



un nouveau genre musical. Déjà chez les Syriens, 
on connaissait l'existence de longues compositions 
strophiques. chaque strophe étant écrite d'après les 
accidents de Vhirmus. De là procèdent les kontakin 
byzantins et les hymnes latines. Au point de vue mu- 
sical. Ihymnodie strophique fait la transition entre 
la mélopée vocale de l'antiquité et le chant liturgique 
proprement dit. La préoccupation d'où naquit cette 
nouveauté eut pour point de départ une hérésie à 
combattre sur son terrain. Vers la fin du W siècle, le 
gnostique Bardesane et son fils Harmonius d'Édesse 
avaient composé des cantilénes et des psaumes qui 
fournirent à saint Éphrem, non pas ses rythmes, mais 
l'idée d'une hymnologie populaire ^ Un contempo- 
rain d'Éphrem, saint Grégoire de Xazianze, compose 
de son côté des hymnes pour répondre aux psaumes 
hétérodoxes des Apollinaristes '. En Occident, saint 
Hilaire de Poitiers rapporta de son exil en .\sie-Mi- 
ncure, l'idée et le souvenir des tropaires grecs et 
syriaques dont il s'inspira dans ses essais d'hymnes 
strophiques suivant les règles du vers classique; mais 
ses compositions ne pénétrèrent pas dans l'usage li- 
turgique en Occident et disparurent de bonne heure 
du répertoire local'. 

Le véritable fondateur de l'hymnodie et du chant 
de l'Église latine en général fut saint Ainbroise qui 
se préoccupait lui aussi de la lutte contre l'hérésie 
par ce procédé très etTicace. i Certains prétendent, 
écrit-il, que j'ai fasciné le peuple par le charme mélo- 
dique de mes hymnes. .Vssurément, je ne m'en défen- 
drai pas. 11 y a là, je l'avoue, un charme de grande 
puissance. Quoi de plus puissant que la confession 
de la Trinité, renouvelée chaque jour par la confes- 
sion du peuple entier'? » L'effet des hymnes ambro- 
siennes fut immédiat, universel .prodigieux, à tel point 
que les ariens répandirent le bruit que l'évèque avait 
ensorcelé son peuple *. L'hymnodie ambrosienne 
éveilla le lyrisme clirétieu en Occident et y suscita une 
littérature qui eut, à ses débuts, un poète éminent. 
Prudence, puis quelques talents de second ordre, Sé- 
dulius au v« siècle, Ennodius et Venance Fortunat 
au vi'; après eux vint la foule, anonyme en grande 
partie, des imitateurs insipides '. » La forme diffère 
de celle adoptée par saint Hilaire qui s'en tenait à 
une symétrie sommaire, obtenue par le retour pério- 
dique de syllabes fortement accentuées. Saint.\mbroise 
se rattache directement par les formes métriques et 
musicales à la poésie mélique de l'antiquité païenne, 
sa langue est classique, sa versification est soumise 
aux lois de la quantité. Son vers est devenu typique 
en Occident pour l'hymnodie liturgique ; ses pièces sont 
toutes composées de huit strophes de quatre vers 
chacune en dimètres iambiques. C'était apparem- 
ment, au iv« siècle, un modèle rythmique très fami- 
lier à l'oreille, son extrême facilité le rendait propre 
à être chanté par les masses. Chaque strophe se chante 
sur la même mélodie. 

Gevaert fait observer que la mélopée des poésies de 



»J. Parisot, Essai sur le chant liliirgique des Églises 
orientales, dans la Revue de rOrient clirélien, ISHS, t. m, 
p. 222-224. Cf. J. Parisot. Rapport sur une mission scien- 
lifique en Turquie d'Asie, dans les Xom>elles urcliives des 
missions scientifiques et littéraires, i8Q9. t. ik. — =J. Pa- 
risot, Rapport, p. 33, note i, confronte un air recueilli 
il y a un siècle en Ég>-ptc par Villotcau avec la version du 
même air en Syrie de nos jours : la comparaison est pleine- 
ment démonstrative. — » A. Gastoué, Grecs et latins, 
dans Tribune de Saint- Geruais, 1897. p. 70. Dans une brève 
recension du Rapport sur une mission, M. .\. Gastoué a 
relevé quelques rapports entre les chants romains ou by- 
zantins et un certain nombre de transcriptions de pièces 
orientales. Cf. Revue de l'Orient latin, 1899, t. iv, p. 628-629. 
— ' A. Gastoué, Le chant romain, p. 62. — ' T.-J. Lamy, 
5. Ephrœm Sijri Ilymni et sermones, in-S", ilalines, 1889, 



t. III, Proleq., p. II, n. 4. G". E. S. Gyprian, De propagalionc 
heresium per cantilenas. in-S", Coburgi. 1708 ; réimprimé 
dans Dissertationes varii argumenii publiée habitée, in-S"*, 
Coburgi, 1755. — * E. Bouvy, Ae rythme tonique dans 
riujmnographie grecque, in-S", Ximes, 1SS6, p. 56. — 
" F.-.\. Gevaert, Jm mélopée antique, p. 63-65; J. Parisot. 
Jlymnographie poitevine, dans Bibliothèque du > Pays poi- 
tevin r-, in-8°, Ligugé, 189S. Il existait un recueil, P. L., 
t. XXXIII. col. 69, qui a péri; saint Hilaire appelle les 
Gaulois in hymnorum carminé indociles. P. L.. t. xxvi. 
col. 355; les hymnes de saint Hilaire avaient, toutefois, 
été assez connues pour être encore rappelées par le 
canon 13 du concile de Tolède en 633. Labbe, Concilia.' 
t. v, col. 1709. — • • S. .\mbr0i5e, Sermo contra Auxenlium^ 
34, P. L., t. XVI, col. 1017. — » F. -A. Gevaert, La mélo- 
pée antique, p. 66. 



«81 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



282 



suint Ambroisc. de inêinc que U'iir lytlime. est ciii- 
])runtce aux formes courantes du cliant lyrique des 
Grecs et des Romains, et la slucture harmonique 
des hymnes chrétiennes du iV siècle ne se distingue 
en rien de celle des hymnes païens du ii'' ; ainsi les 
cantilènes anibrosiennes du mode doricn ont la même 
contexture harmonique que l'hymne à Hélios et la 
])artie principale du Chaut à la Muse '. Mais une re- 
marque plus importante forme le commentaire oblige 
des mots de saint Augustin : Tniic lu/mni et psalmi ut 
canerentur secundiim morcm oricnlalium pcirtium... 
inslitutum es/". Pendant tout le moyen âge et jusqu'à 
nos jours la tradition du chant des hymnes anibro- 
siennes s'est transmise soit par l'ofTice liturgique 
milanais, soit par l'ofTice nionasti([UC. Or, aucune de 
ces vieilles hymnes n'a une mélodie qui lui soit parti- 
culière: on les chante sur des timbres qui s'adaptent à 
toutes celles de même rythme, ce sont encore des hinni^. 

« Il est donc, croyons-nous, à peu près impossible 
de déterminer quelle mélodie a revêtu telle ou telle 
hymne de saint Ambroise et de ses premiers imita- 
teurs. Leurs mélodies sont interchangeables dans 
tous les manuscrits notés, aussi bien que dans les 
livres modernes. Les hymnes qui apparaissent dans 
les plus anciens hymnaires, avec une mélodie propre 
sont celles composées depuis la fin du vi": ou le 
vil" siècle. Mais les anibrosiennes échappent à cette 
règle, et l'on peut seulement tirer la conclusion que 
les timbres très divers qui les revêtent sont tous an- 
ciens, sans les pouvoir fixer avec précision '. » 

La cantilène ambrosienne marque non pas tant 
un progrès qu'un changement par rapport à la mélo- 
pée des chants paicns. Si les formes modales, qu'on 
ne pouvait abolir, se retrouvent, l'inspiration est toute 
nouvelle. Désormais, plus de ces successions qui 
montrent le triton à nu avec une dureté toute ro- 
maine; plus de passages où le dessin semble errer au 
hasard. On sent, écrit Gevaerl, qu'entre le ir" siècle 
et la fm du IV s'est produite une révolution qui a pro- 
fondément modilié l'âme humaine, et qu'à certains 
égards il y a plus loin de l'époque de saint Ambroise 
à celle d'Hadrien qu'à la nôtre. 

Nous n'avons pas à nous arrêter aux com])ositions 
strophiques de Prudence, parce que ces pièces ne sont 
entrées dans l'usage liturgique que par une adapta- 
lion postérieure. Au-dessous de Prudence prennent 
rang beaucoup de noms, mais pas un poète. On ne 
|)cut guère, en elïet, donner ce titre à saint Augustin, 
auteur d'une composition plus laborieuse que vibrante 
et à laquelle il attache le titre de psaume abécédaire 
contre les donatistes, bien que ce soit en réalité une 
hymnes Ausone ne peut guère être introduit parmi 
les ])oètes liturgiquesSct son élève saint Paulin com- 
posa un livre d'hymnes qui n'est pas arrivé jusqu'à 
nous '. Victorinus Afer paraît être l'auteur de trois 
hymnes à la Trinité *, sans ordonnance métrique ou 
rythmique. Puis, c'est la troupe des versincaleurs 
<|ui s'exercent à composer suivant le rythme ambro- 
sien ; déjà la règle de saint Benoît (avant 543) connaît 
et emploie l'expression courante : (iiubrosidni. Car la 
vogue s'est mise de la partie; un texte de la seconde 



' Ibid., p. OS, 69. — ' S. Aiigust in, Con/essioncs, I. IX, c. vu, 
7'. /.., t. XXXII, col. 779. — ' A. Gastouè, op. cit., p. 66. — 
— * A. Gastouè, op. cit., p. 66. — ^ S. Augustin, Hetractut., 
I. I, e. XX, P. L., t. XXXII, col. 617. Cf. C. Daux, Ctiant 
abécédaire de saint Aufiiisliii vntilre les tlonatistcs, in-8", 
Arras, 1905. — ' lîritin' des clmlcs ancictuics, 190(i, p. :i25- 
.^:^7. — ' Gcnnade, De viris illusliibiis, c. XLViii, P. L., 
t. LViii, col. 1803. — ' P. L., t. VIII, col. 1139 sq. — • Ge- 
vaert, op. cit., p. 79. Un exemple de Irimétre iambiquc 
au VI" siècle dans r.liirea lace d'IClpis; la slroplic snpliique 
avec Paul Diacre, vers 780. — '» I.abl)c, Cniicilia, l. v, 
col. 841. Par contre, les conciles d'.\gde (506), de Tours 



moitié du v siècle nous apprend qu'au jour de Noël, 
dans toutes les contrées de la Gaule et de l'Italie, 
l'Église retentissait du chant de l'hymne ambro- 
sienne : Veni redcmplor gcnlium, aussi, n'est-ce plus 
qu'exceptionnellement qu'on voit reparaître une 
forme métrique dillérente. Le tétramètre trochaïque, 
le vers favori du chant populaire des anciens ro- 
mains, adapté à l'allure grave de l'hymnodie chré- 
tienne, est repris au vr- siècle par Venance Fortunat, 
« le plus original des poelx minores du christianisme, » 
les strophes sont détruis vers: Pange linguagloriosi'... 

Cependant l'hymnodie ne triomphe pas partout. 
Le concile de Braga, en 563, exclut de l'ofTice divin 
les chants en vers, et en général tout texte non tiré 
des saintes Écritures '".Trois siècles plus tard, le diacre 
de Metz, Amalaire, chargé par Louis le Pieux de régler 
le chant de l'office pour toutes les églises de l'empire 
franc, laisse les hymnes complètement de côté, se 
conformant en cela à l'usage de la métropole du 
catholicisme en Occident. On sait, en effet, et ceci est 
capital pour l'histoire du chant ecclésiastique, que le 
rite local de Rome n'avait pas encore accueilli les 
hymnes au cominencemcnt du xn= siècle ". 

Comment étaient chantées les anciennes hymnes? 
En Syrie et en Grèce, le chant des hymnes a dû se rat- 
tacher de fort près au chant populaire. On a certaine- 
ment dès lors adapté aux hymnes, pour assurer leur 
vogue, des mélodies familières au peuple. C'est tout 
ce que nous savons de leur appareil musical ^■'. 

Les mélodies des hymnes se présentent sous ses 
deux formes : un chant syllaijique ou un chant mêlé 
de groupes de notes. 

Voici la transcription de deux de ces timbres" : 

1° 



'^^^^Ê^m 



Rythme Ijinaire. 



^^ê^M 



S^&s 



2" 



^ 



*-# 



.^s--^- 



fê^^^i^a 



^^^ 







i^s^gi 



4. Mélodie. — L'Occident ne se tint pas pour satis- 
fait de ces innovations dans la psalmodie et l'hym- 
nodie, dès la fin du iV siècle au moins, il introduisit 
dans la liturgie des mélodies d'un caractère plus ar- 
tistique. Cet un nouvel élément, quoique à bien 
prendre nous l'ayons déjà rencontré dans les vocalises 
en usage dans le chant des synagogues et dans le 
chant des sectes gnostiques. .Mais à l'époque dont 



(567) et de Tolède (633) prescrivent les hymnes anibro- 
siennes. — " Il n'est pas encore question dans le XI" Ordo 
roman us du chanoine Benoit, dédié à Célestin 11(1143-1144), 
P. L., t. Lxxvm, col. 1025 sq. Et cependant, peut-être 
est-il prudent de mettre une sourdine à l'afTirmation 
trop absolue, voir à ce sujet une remarque de U. G. Mo- 
rin. Règlements inédits du p:ipe Créijnire VII p>\\r les 
chanoines réguliers, dans la Revue tiénédictine, 1901, 
t. xviii, p. 183. — " P. V^'agner, Origine cl développement 
du chant litaryique, p. 56. — » A. Gastouè, op. cit., p. 68. 
(".t. .1. Parisot. Les hymnes de l'o/Ticc romain, dans la Tri- 
bune de Saint- (icrvais, 1899. 



283 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



5Si 



nous parlons, la centralisation liturgique n'est guère 
avancée, aussi, d'une Église à une autre, règne-t-il 
une pratique distincte, souvent nicmc différente. 
L'uniformité ne date guère que du jour où le réper- 
toire liturgique a été à peu prés défuiitiveiucnt ar- 
rêté, ce qui, pour le rite romain est contemporain de 
la publication de l'antiplionaire grégorien. Or, ce re- 
cueil officiel conserve les traces certaines des anciens 
usages. Par exemple entre les lectures de l'avant- 
messe, épitre et évangile, on rencontre à plusieurs 
reprises un vestige du passé dans ces psaumes entiers 
ou presque entiers en chant orné, tractus; et ce qui 
demeure ne représente que des épaves heureusement 
échappées; on se fera une idée de ce qui existait avant 
la réforme grégorienne par les pièces similaires con- 
servées sous le nom de cantiis dans la liturgie ambro- 
sienne. Ces trop rares vestiges ne sont pas les seuls 
toutefois; outre les /rar/ii.s, l'antiphonairc pré-grégo- 
rien contenait des répons-graduels à plusieurs versets 
dont les liturgies milanaise et mozarabe gardent la 
trace dans des pièces encore déguisées sous les noms 
caractéristiques de ps(i.!mcl!as,psallendo.L-a tendance 
à comprimer le psaume à la mesure d'un ou deux 
versets se manifeste également pour l'offertoire qui, 
ramené aux dimensions étriquées d'une simple an- 
tienne, cache sous cette apparence exiguë une série de 
versets dont nous avons un exemple frappant et 
connu de tous dans l'offertoire de la messe des dé- 
funts. Les communions sont dans le même cas et, ici 
encore la messe des défunts nous a conservé le type 
primitif dont on ressaisit un autre vestige dans le 
verset de l'intro'it encore décoré, quoique unique, 
du nom de psaimns. Ce sont là autant de souvenirs 
d'un temps où le psautier formant le fond principal 
des chants de l'oflice, on s'attache à en diversifier 
l'exécution par la mélodie. 

Une des ressources de la mélodie c'est le jubilas, 
c'est-à-dire une vocalise, une modulation. On peut 
supposer que les chantres désireux de briller ou 
d'éclipser même un peu leurs collègues contribuèrent 
pour leur bonne part à empiéter sur la psalmodie au 
nom de la splendeur du culte. La psalmodie antipho- 
nique restait le fond de l'oflice et le privilège de la 
foule: mais les solistes ne pouvaient se contenter 
d'un mouvement syllabique. Le chant mélismatique 
s'introduisit probablement sous le couvert de l' Allé- 
luia dont le chant est mélismatique dès l'origine. On 
appelait juHlus la mélodie mélismatique. l'Allcliiia 
est donc chanté avec « jubilation ». ■ Celui qui jubile 
ne prononce pas de mots, mais c'est un chant de 
joie sans paroles; c'est la voix du cœur se fondant 
•dans la joie et cherchant le plus possible à exprimer 
ses sentiments, quand même il n'en comprend pas la 
signification. Quand il est emporté parla joie, l'homme 
n'use plus d'expressions qui débordent sa langue et 
son intelligence; sa voix éclate sans articuler de pa- 
roles, si bien qu'elle trahit son bonheur en mêmetemps 
qu'elle parait manquer de termes pour en traduire la 
mesure'. «Saint Jérôme ne s'exprime pas autrement: 
« On appelle jubilas ce qui ne saurait rendre ni par 
mots, ni par syllabes, ni par lettres, ni par aucun 
langage combien l'homme doit louer Dieu -. » Cas- 
siodore de son côté fait mention des jubilations allé- 
îuiatiques de longue haleine : « L'.i//e/i((rt] est, dit-il, 
d'un usage frécpient dans les maisons de Dieu et adap- 
té convenablement aux saintes fêtes. La langue des 
chantres en est ornée, la cour du Seigneur le répète, 

' S. Augustin, EnalTat. in psalni. w /.y, P. L., t. xxxvil, 
col. 1272. — = S. Jérôme, /;l psalm. aï.\;i, P. L., t. xxvl, 
col. 970. - — ' Cassiodore, In pstilm. en-, P. L., t. Lx.x, 
col. 742. — 'Cassiodore, /il psa/m.n, P. L., t. Lxx, col. 753. 
— ^ Victor de Vite, De persec. Vandaloriim, P. L., t. Lviii, 
col. 197, ce même terme de melos est conservé dans les 



et, comme un bien insatiable, le renouvelle sans cesse 
en tropcs variés '. n La connexion de Vallcluia avec, 
le jubilas est encore confirmée par Cassiodore dans 
un autre passage : « Voici revenu VAllrluia, il est 
bref, mais c'est pour être chanté au Seigneur avec la 
jubilation d'un psautier entier '. » Victor de Vite 
montre un lecteur, le jour de Pâques, en Afrique, de- 
bout à l'ambon et chantant le cantique alléluialique, 
alleluialicain mclos '. Ainsi donc, au milieu du vi" 
siècle, il existait un chant alléluiatique qui permettait 
aux exécutants de faire valoir leur habileté et qui 
comportait des modulations diverses et alternantes. 
Bien loin d'avoir seulement alors pris naissance, il 
était déjà devenu l'objet d'une certaine réglementa- 
tion, à savoir qu'aux fêtes particulièrement joyeuses, 
on usait des jubilations plus qu'aux autres. 

De tout temps à Piome on paraît avoir tendu à res- 
treindre le domaine du chant alléluiatique, plutôt 
qu'à l'étendre. Au v" siècle, Socrate et Sozomène nous 
apprennent qu'à Rome VAlleluia n'est usité qu'à 
Pâques; en Afrique, au dire de saint Augustin, on 
le chante pendant les cinquante jours du temps pas- 
cal et les usages varient, ajoute-t-il. d'église à église. 
Dans l'Italie méridionale, au vi^ siècle, on le dit en 
outre aux grandes fêtes, en Gaule à la même époque, on 
le tait entendre même aux jours d'obsèques '. Mais 
bien plus tôt, au iV siècle, saint Damase impose à 
Rome le chant de VAlleluia à la messe, sur le conseil 
de saint Jérôme qui copie en cela l'usage de Jérusa- 
lem '; à Bethléem, le même saint Jérôme nous ap- 
prend qu'à la messe on a chanté un psaume, le vu', 
sub alléluia '; enfin à Milan, où l'antique psalmellas 
a gardé sa place, l'alleluia apparaît à la plupart îles 
messes comme une superfétation. 

Toutes ces remarques nous mettent sur la voie, mm 
sans doute de la pratique cantorale, mais de l'usage 
du chant dans la liturgie. A défaut de bonnes fortunes 
comparables à celles qui, dans les domaines de l'épi- 
graphie et de la papyrologie, ont permis de rétablir 
les harmonies liturgiques en usage chez les grecs ou 
chez les gnostiques, nous arrivons, du moins, à déter- 
miner les limites du chant ecclésiastique et sa part de 
collaboration dans la liturgie chrétienne. Il est rela- 
tivement facile et à la portée de presque tous, d'épi- 
loguer sur telle ou telle transcription musicale du 
xn" siècle ou du ix"", de s'extasier sur des carac- 
tères dans lesquels on découvre la preuve d'une anti- 
quité dont on serait assez embarrassé d'établir la filia- 
tion. On ne s'étonnera donc pas, espérons-le, de ne 
rien trouver ici de semblable. Rien ne permet d'assu- 
rer ni de nier en présence de telle ou telle pièce vrai- 
ment ancienne qu'elle ait été altérée ou qu'elle ne 
l'ait pas été ou qu'elle l'ait été dans telle partie, de 
telle manière, à telle époque. L'c-xtrêrae précision du 
détail n'est pas possible, il faut se contenter d'obser- 
vations portant sur l'ensemble. 

A comparer entre elles la liturgie de Rome et celle 
de Milan, on voit vite l'importance de l'hécatombe 
faite dans la première où les tractus ont dû céder la 
place à Valleluia et au verset. Dans la liturgie de 
Milan, le ton des traits est encore le cantas propre 
et primitivement unique de nombreuses messes fé- 
riales. Très probablement, nous avons ici la plus an- 
cienne forme des mélodies ornées. Et une fois encore, 
nous nous trouvons ramenés à Milan où, en son temps, 
saint Ambroise acclimatait les importations orien- 
tales. 

antiphoiiaircs ambrosiens pour les longues vocalises des 
alleliiius et des répons. — - Fortunat. \'ila S. Radeyiinili.'i, 
dans Mabillon, Aela sanet. O. S. B., t. i. p. 3;t.'î. — ' .S. Gré- 
goire, EpisL, 1. IX, epist. xii, P. L., t. L.x.xvii, col. 590. — 
• G. Morin, Les uérilahles origines du chant grégorien, iu-S», 
Maredsous, 1S90, p. 48. 



28Ô 



CHANT ROMAIN' ET GRÉGORIEN 



28G 



Au iv= siècle et longtemps après, la lituriiie latine 
a subi, en effet, des inlluences grecques, qui ne sont 
pas restées sans conséquences musicales. L'Occident 
fut d'ailleurs longtemps triliutaire de l'Orient, prin- 
cipalement en matière de chant liturgique, de là, une 
parenté étroite. On peut s'en assurer en constatant 
!a présence de nombreux éléments grecs dans les 
plus anciens monuments du chant latin. Ainsi, le 
I»sOrtlo romanas prescrit au samedi-saint les leçons 
et les cantiques avant la messe en langues latine et 
grecque', pour les vêpres pascales le chant Allelniii. 
if '0 Kijpto? |gaT;).£-./(rîv {Dominus reijncwit. Ps. xcii) 
avec le y. : xai yào laTEoiwsî (Elenim fumavil); pour 
les vêpres du lundi de Pâques V Alléluia. y.'O iioi- 
ticti'vwv ibv 'iTjsar,), (Ps. Lxxviii, 1,2,0, 10) et pareil- 
lement pour le mardi, le vendredi et le samedi de la 
même semaine '. Des manuscrits non romains d'ori- 
gine, mais appartenant à la liturgie romaine, con- 
lirmenl l'emploi de chants grecs, notamment le Glo- 
ria et le Credo, dans l'Église latine '. L'invasion la plus 
importante de la musique byzantine dans l'Église la- 
tine aura lieu à l'époque carolingienne. A ])artir du 
viii« siècle, on rencontre à chaque pas la musique et 
la doctrine byzantine chez les francs et en Alemanie; 
mais auparavant il faut, une fois de plus, se résigner 
à des textes littéraires ou liturgiques, point de monu- 
ments techniques. 

Si nous entreprenons de résumer les résultats aux- 
quels nous sommes arrivés pour la période pré-grégo- 
rienne, nous dirons que chez les Anciens tout morceau 
de chant était précédé d'un prélude instrumental dont 
le but technique était d'inculquer le ton et le mode 
de la mélodie vocale. A ce prélude, l'Église substitua 
une formule musicale destinée à indiquer au chœur 
des lldèles l'air et le diapason du psaume à chanter. 
A défaut d'instrument on lit usage de la voix, le 
chantre fut créé et avec lui l'antienne, tantôt voca- 
lisée sans autre texte que les syllabes du mot hé- 
braïque Allcluid, tantôt chantée sur un verset tiré 
de la Bible. « Aux premiers temps du chant antiphn- 
nique, la mélodie du psaume, susceptible d'une assez 
grande variété ', était donc musicalement le prin- 
cipal : l'antienne, très courte sans doute, n'était que 
l'accessoire : une simple entrée en matière ^, servant 
aussi de formule terminative. Plus tard, le rapport 
s'intervertit. I^'introduction mélodique prit souvent 
de l'extension, attirant ù elle tout l'intérêt musical : on 
la reprit parfois dans le corps du psaume, en guise de 
refrain périodique; les cantilènes psalmodiques, au 
contraire, se convertirent à la longue en une seule 
formule stéréotypée pour chaque mode*. • 

L'élaboration progressive du recueil des canti- 
lènes liturgiques se fit principalement à Rome depuis 
le commencement du v' siècle jusqu'à la fin du vir', 
époque où le recueil parait s'être incorporé ses der- 
niers éléments. Les papes ne cessèrent de s'y intéres- 
ser. Après Damase (36fi-3<S4), qui ordonna le chant 
des psaumes jour et nuit ', Célestin (42'2-432) ordonna 
de psalmodier avant le sacrilice les 1.50 psaumes, 
ce qui ne se faisait pas aui)aravant '; après lui, 
saint Léon le Grand (4-10-l(')l) irislilua tout le chant 
annuel i)nis Gélase (492-402) rc/à'f'/ pareillement tout 

' P. L.. I. i.xxvni.col. O.-).-). — = 1'. /...t. Lxxviii.col. Ûrt.'j. 

— ' On pourrait citer bien d'autres exemples Cf. F. Cabrol 
et H. I,efJerc(i, Montim. liturfi, ecc/., li)0], t. i, prof., 
p. x\xvii-\i.Ti. — * An \' siècle encore les psaumes avaient 
(les intonations pins (ii\-iTsos (lu'anjourtï'luii. Cf. (ierberl. 
Sciiplorcs, t. I, p. 21:î sq. — ' Ce que les Anciens appelaient 
un endosiinon. — « I".-.\. Gevacrt, l.n mélopfc unlique, p. 84- 
85. — ' lAber ponli/lcalis, édit. Duehesne, t. i, p. 21.3. — 
' Ihid., t. I, p. 2.'Î0. — • De prundio mnnaclwnim, P. /.., 
t. cxxxviii, col. 1347. — " IJber ponliftrali.i, t. i, p. 2G'.i. 

— " De prandin, /'. /.., I. cxxxvui, col. 1317; BalilTol, 



le chant annuel et Symmaque (49.S-.514) édila lui- 
même pareillement son chant annuel »> Vint Hormis- 
das (514-523) qui apprit les psaumes an clergé'", 
.lean (523-526), qui écrivit en ordre le chant annuel 
du cycle liturgique, après lui Boniface (530-532) 
écrivit une rèç/lc et ordonna une cantiléne du cycle de 
l'année", enlin. saint Grégoire le Grand qui cantuin 
anni circuli nobilc edidit. Curieuse gradation dont on 
entrevoit simplement les états successifs '^. 

VIL L'œuvre grégorienne. — L'élaboration du 
répertoire romain des mélodies ecclésiastiques était 
achevée avant la fin du vii'= siècle. Un pape avait ac- 
tivement contribué à ce résultat, au point qu'on l'a 
pu considérer comme l'organisateur définitif de ce 
répertoire vers la fin du vi« siècle. LTne tradition vieille 
de plus de mille ans, désigne le pape Grégoire I" (590- 
1)04) et, chose rare, pour une fois, tradition et testes 
authentiques sont à peu prés d'accord. Le biograplie 
du pape, le diacre .lean. ne peut guère passer, cepen- 
dant, pour un contemporain, puisqu'il vécut deux 
siècles et demi après S(m héros, mais il s'informe avant 
d'écrire et il a l'accès des archives, il distingue assez 
bien le vrai du faux, ne se laisse pas imposer et a droit 
d'être cru. Voici ce qu'il nous apprend : « Dans la 
maison du Seigneur, comme un autre savant Salo- 
mon, et à cause de la componction et delà douceur de 
la musique, le plus zélé des chantres compila très uti- 
lement rantiphonairecenton,n;îïip/ionfiri'i(mccnton(';îi 
canlorum sludiosissimus nimis utililer compilavit: il 
constitua aussi la schola canlorum, qui chante encore 
dans la sainte Église romaine, d'après les mêmes prin- 
cipes". » Nous avons expose déjà tout ce qui concerne 
les origines et l'expansion de l'antiphonaire dit gré- 
gorien", nous n'y reviendrons pas ici; nous espérons 
d'ailleurs avoir démontré alors que si l'attribution de 
l'antiphonaire à saint Grégoire n'est pas entièrement 
évidente, le fait de l'autorité musicale attachée au 
nom de ce pape ne peut être mis en doute '^. On peut 
et on doit donc admettre que le pape Grégoire I ' 
donna une vive impulsion au chant ecclésiastique, en 
sa triple <[ualité de pape, d'exécutant et de profes- 
seur; en outre, nous avons tout lieu de croire qu'il a 
compilé et promulgué un répertoire du chant romain 
mis en harmonie avec le sacramentaire. Des exem- 
plaires du répertoire et du sacramentaire étaient con- 
servés en divers endroits, à Rome principalement, 
moins d'un siècle après sa mort. Pendant les années 
qui ont précédé son pontificat, on a parfaitement 
montré la nécessité où se trouva l'archidiacre Gré- 
goire de tourner son attention vers l'exécution can- 
torale; c'est aussi \Taisemblablement pendant cette 
période de temps qu'il aura eu le loisir de travailler au 
recueil destitié à empêcher le retour des abus qu'avait 
engendrés l'usage. Si Grégoire a publié, étant pape, 
un texte ofiiciel de l'antiphonaire, c'est, sans doute, 
qu'il l'avait préparé depuis plusieurs aimées, alors 
que, successivement abbé au Celius et archidiacre, il 
était à même de s'appliquer à un pareil travail, c'est- 
à-dire entre 570 et 590. Par une rencontre qui a son 
prix, ces dates sont précisément celles vers lesquelles 
F.-A. Gevaert, tout en déniant à saint Grégoire la 
paternité de l'antiiihonaire. a placé la ciunposition 



Ilisloirc du bréinuire''_roniain, in-12. Paris, 1803. p. 340- 
;i.'>0. — " A. Gastoué, o;). cil., p. SI ; I'. Wa-rner. Origine et 
développement du chant liltinjiqttc, lOOt, p. 187 sq. ■ — 
" .Jean Uiacre, \'ila .S. Cregorii. I. Il, c. vi, /'. /... t. Lxxv, 
eol. 00. Sur .lean Oiacre. cf. H. Cirisar, dans /.cilscltri/t 
liir kidliol. TbeoL, Innsliiiicli, lSS5,p. SSII; 1SS(>, p. 752; 
P. I-;\val(l, Itistor. .\tt/.'<dtzc dent .\ndenken an G. \VaHz 
gewidnict, Hannover, ISUG. — " Dicliinn., t. i, col. 2443- 
2461. — "Happroclierletcxtede l'épitaphe du pape Hon )- 
rius.en 638. De Kossi, In.scripl. rhrisl., in-fol., Ui:ne, ISS'^, 
t. II, 1». 127; -V. (îaslouè. np. cil., p. 03. 



287 



CITANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



288 



des mélodies du cycle de l'Avent et de Noël par les 
chantres pontificaux; l'un d'entre eux, et non des 
moins qualifiés, devait être alors Grégoire *. 

Le rôle du pape en matière de chant romain est 
indique dans la décision relative aux chantres diacres, 
prise par le concile de 595 ^ dans une autre décision 
réglant le chant du Kyrie eleison ' et rappelant qu'il 
a étendu l'usage du verset alléhiiatique en dehors du 
temps pascal selon ce qu'il avait vu pratiquer à Cons- 
tantinople. mais en rctrancliant cependant quelque 
chose de la coutume des Grecs qui le disent même 
pendant le carême. Cette extension du chant alléluia- 
tique entraîne comme conséquence nne importance 
plus grande donnée au rôle de la voix d'enfant et la 
suppression d'une partie des mélodies des chanteurs 
diacres ou sous-diacres, puisque le chant de Yalle- 
tuia exclut celui du tracltis ■". 

Saint Grégoire a surtout mis sa marque sur le chant 
en rajeunissant l'organisation de ce service. Saint 
Célestin I" (422-432) avait adopté la psalmodie anti- 
phonique, son successeur Xyste (432-440) fonda un 
monastère ad Culaeumbas, pour y entretenir l'office 
divin avec une imperturbahle régularités^, saint Léon 
le Grand (440-461) donna une organisation durable au 
chant de l'office en établissant dans le voisinage im- 
médiat de la basilique de Saint-Pierre une commu- 
nauté monastique cliargée du scr^ ice des Heurescano- 
niales*. Ce monastère, placé sous l'invocation des 
saints Jean-et-Paul ', et auquel deux autres vinrent 
s'adjoindre sous le pape Hilairc (461-458) un monas- 
tère proche de Saint-Laurent-hors-les-Murs et un 
autre encore dans la ville même, au lieu dit Liina ', 
fut le berceau de l'école de chant pontilicale connue 
sous le nom de seliola canlorum '. Le biographe de 
saint Grégoire (590-604), Jean Diacre ", nous apprend 
que celui-ci « constitua la sehola eunloium qui chante 
encore dans la sainte Église romaine, d'après les 
mêmes principes; et, avec de nombreux champs, lui 
donna deux maisons, savoir, l'une sous les degrés de 
la basilique du bienlieureux Pierre, apôtre, l'autre 
sous les constructions du patriarcat de Latran, où 
jusqu'à ce jour, on conserve, avec la vénération qui 
leur est due, l'antiphonaire authentique, le lit de 
repos où il chantait, et la férule dont il menaçait les 
enfants. 11 divisa ses donations par séries, suivant un 
décret portant la peine d'anathème, en vue d'assurer 
le service quotidien ". » Nous croyons que cette attes- 
tation, bien que tardive, se trouve accompagnée de 
circonstances telles et de détails si vraisemblables 

* F.-,\. Gevaeit. I.tt mélupve, p. 175; .\. Gastoué, Le 
citant romain, p. 100. — = Mansi, Conc. ampliss. coll., t. x, 
col. 344, et. A. Gastouè, op. cit., p. 70, 101. — ' S. Grégoire, 
Epist., 1. IX, cp. XI!, P. L.. t. Lxxvii, col. 95(i. — 
* Le rit de Milan est moins accueillant à ï'alleltiia et niain- 
tieut en la plupart des messes le traclus. — " Liber ponli- 
ficalis, cdit. Duchesne, t. i, p. 236, note 13. — ' IbiJ., 1. 1, 
p. 238-239, 241 note 11. — ' Llic (Léon I'') consiiiiiil nio- 
nasierium apiid bealum Pelnim aposiolum, qnod nuncupatur 
sanclonim Johannis e( Pauli. — ' Liber pontifie. 1. 1, p. 247}. 
— "Ce nom n'apparait dans les documents qu'a partir de 
l'école grégorienne. — i" Vita Gregorii, 1. II, c. vi, P. /,., 
t. LX.xv, col. 90. — " Outre le témoignage de .lean Diaeie, 
nous possédons celui d'Hadrien II (872), ou, ce qui est plus 
vraisemblable, d'Hadrien I" (79.Ô), lequel aurait composé 
le prologue de l'Antiphonaire retouché et disposé en 
hexamètres par Hadrien II. cf. Liber ponli/icalis, édit. 
Duchesne, t. i, p. ci.xxxii-( xxxxiv, d'après le ms. paris. 
lat. 2i(»6; on y lit cequi suit : 

Greçioriiis prœsiiî inerilis et nomine dignus. 
Vnde genus ducit suninmni conscendit honorent. 
Qui renot'ans ntonumenta putrtini jitniorqitc priorum 
Mtinere cœlcsli frcttis ornans .sapienicr, 
Compo.'iiiit scitola' eantoriim litinc rite lil>elliint. 
Qiio rcciproctindii ntorlnlcliir carntina CItrislo. 



qu'on doit la regarder comme un fait très certain. Le 
concile de Rome de 595. mentionné plus liant, indique 
déjà une des raisons et une des occasions de cette 
fondation. C'est le soin pris par Grégoire pour que la 
réputation du clergé n'eût jamais à souffrir des récla- 
mations injustes contre l'absence de belles voix dans 
l'accomplissement des fonctions liturgiques'^. Les 
essais tentés par jdusieurs papes en vue de grouper 
quekjues chœurs avaient été, on vient de le voir, as- 
sez dispersés; aucune tentative d'organisation défi- 
nitive n'avait été abordée et appliquée avec méthode 
jusque vers la fin du vi* siècle, en vue de constituer 
en un corps ces éléments divers et sans cohésion; les 
rares indications recueillies sur l'activité liturgique et 
musicale des papes du \' et du vi" siècle ne mention- 
nent rien de semblable". En assurant son existence 
matérielle, saint Grégoire donnait à l'institution qui 
avait végété jusqu'à ce moment, les indications indis- 
pensables à l'organisation définitive ". Telle fut 
l'œuvre iidministralive de ce pape en matière musi- 
cale; nous reviendrons plus loin sur l'organisation de 
la sehola, il faut maintenant étudier l'œuvre technique 
de ce même pape. 

Reconnaissons d'abord l'extrême indigence ou plu- 
tôt le mancjue absolu de toute espèce de matériaux 
contemporains ou même de l'époque qui suivit im- 
médiatement celle de saint Grégoire ".Xous ne possé- 
dons aucun exemplaire, vraiment original et authen- 
tique, indépendant de toute copie, du Cantatoriani, 
de Y .inliphonaire ou du licsponsorial, qui remonte 
au vu'' siècle. Nos plus anciens manuscrits repro- 
duisent ces ouvrages sous une tonne bien plus récente, 
et non plus purement romaine; ils nous donnent un 
Antiphonaire et un Responsorial formés de la fusion 
du rite romain avec un rite étranger. Il nous est donc 
impossible de traiter avec certitude du texte et de la 
musiciue des livres liturgiques du vu" siècle ". 

Cependant, à défaut de quelque palimpseste qu'on 
ne possédera peut-être jamais, nous pouvons appro- 
clier un peu de l'archétype pré-grégorien. Grâce aux 
indications contenues dans les chapitres ix à xvm de 
la Régula sancti Benedicti nous pouvons entrevoir 
dans le deuxième quart du vi" siècle, l'existence 
de tout un cycle de répons et d'antiennes pour les 
Matines, les Laudes et les Vêpres, dans le voisinage 
immédiat de Rome, c'est-à-dire ce que l'on désignera 
plus tard sous les noms de Responsorial et d'Anti- 
phonaire. A Rome même, cet Ordu divini officii était 
certainement connu grâce aux moines du Mont- 
Ce même prologue se lit dans le ms. Lncensis Capit. 400, 
du viii'^ siècle, mais pas toujours en hexamètres : Cœlesti 
munere frettts sapiens ornabat, Tunt compositit scholœ can- 
tortini hunetiiie libelluni. En hexamètres, comme ci-dessus, 
auBrilisli Muséum, Cotton^îs. Cleopatra A \'L fol. 4 72 r.ilu 
ix*" siècle; aussi dans Tommasi, Opéra, t. iv, p. 172. Cf. 
J. Pothier, dans .'\/i;.sicn sacra. Milan, 1890. p. 38-42; 
H. Grisar. dans Innsbriicker Zeitschrift. 1890; Paléographie 
nitisicale, 1891, pi. 3; G. Morin, Les uéritables origines dit 
chant grégorien, Maredsous, 1890, p. 26; Tommasi, op. cit., 
t. v, p. 1-2; Martène, De antiq. Eccles. ritib., édit. 1764, 
l. III, p. 29. — '- S. Haumer, Histoire dit bréviaire, trad. Bi- 
ron, in-S". Paris, 1905, t. i, p. 301. — " .\ Constantinople 
même, c'est sous .lustinien, contemporain de saint Gré- 
goire, qu'on organisa les chœurs de chant de la Grande 
Église. — " P. Wagner. Origiite et développement du chant 
litiirgiqtie, p. 211. — ■' M. Rule, The Missal o/ .S'. Augus- 
tine's abbey Canterbiirij, irilhexcerpls from the antiphonartj 
and lectionanj o/ the same monasterij, in-8^, Cambridge. 
1896, a pensé découvrir le missel de saint Grégoire. C'est une 
imagination sur la valeur de laquelle on peut s'édifier à 
l'aide de la recension du livre par I'. E. Warren, dans 
The Academii. 17 octobre 1896, p. 286, et P. Lejay, Chro- 
nique de littérature chrétienne, danslalientie d'histoire et de lit- 
térattire religieuses, IS'JT, t. H, p. 282-286.— " S. Baumcr» 
op. cit., t. I, p. 296. 



289 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



290 



Cassin qui étaient venus s'y fixer ; bien plus, le Latran, 
église paroissiale des papes, le connaissait par suite 
de la présence de l'abbé Valentinien, moine bénédic- 
tin, qui remplit longtemps les fonctions d'abbé, prés 
de cette basilique. C'est un fait qu'il n'y a pas et qu'il 
n'y avait pas alors deux Libri atiliphonalcs ou deux 
Libri rcsponsales différents, dont l'un aurait été béné- 
dictin, l'autre romain; il n'y avait qu'un seul respon- 
sorial, un seul antiphonaire, à la fois romain et béné- 
dictin. Le texte de l'onice bénédictin est, en réalité, 
le même que celui de l'office romain '. 

Reste à résoudre la question de la collaboration de 
saint Grégoire à la composition des olfices et des livres 
de chant de l'Église romaine, collaboration impos- 
sible à contrôler par des documents contemporains. 
Partant de ce fait incontestable : l'existence des élé- 
ments d'un Liber antiphonalis et d'un Lifter rcspon- 
salis complets au début du vi« siècle, nous ne voyons 
rien qui oblige ni qui invite simplement à en séparer 
la question de l'origine du Canliiloriani cl même du 
Sacramentaire. En instituant la Schola sanctorum 
sur des bases nouvelles et, d'une certaine façon, défi- 
nitives, le pape, dont la sollici tuile ne dédaignait au- 
cun détail — sa correspondance le prouve — a vrai- 
semblablement porté son attention sur le répertoire 
de cette Schola. Soit personnellement, soit par l'inter- 
médiaire de quelque personnage de confiance, Gré- 
goire a surveillé la composition des livres de chant 
officiel servant aux exercices de la Scliola. En quoi 
a consisté celle surveillance? On peut bien dire, sans 
crainte de se tromper, qu' « il prit le chant tel qu'il le 
trouva au vi' siècle, c'est-à-dire le vieux fonds renuui- 
tant au iv= siècle, et représenté par l'ambrosien des 
plus anciens manuscrits, avec les modifications et 
accessoires dus aux pontifes du V et du vi^ siècle. 
Il commença par faire son clioix, distribuant ses ma- 
tières suivant le cycle fixé définitivement par lui. 
Puis, il remit sur le métier ces pièces de son choix, et 
les retravailla en leur imprimant les marques caracté- 
ristiques de son génie : le naturel et la mesure, la 
simplicité et l'harmonie. Enfin, il dut composer 
quelques pièces nouvelles pour répondre aux nou- 
velles nécessités résultant des réformes introduites 
par lui '. » 

Quant à la question de savoir la part prise par 
saint Grégoire le Grand dans la modification et la 
codification des livres choraux de l'ollice romain, 
elle ne peut encore de nos jours être résolue et, vrai- 
semblablement, elle ne le sera pas dans l'avenir. Mais 
affirmer d'une façon générale que les livres de l'office 
romain ont reçu de saint Grégoire ou d'un de ses con- 
temporains une forme qui, plus tard, n'a jamais subi 
de changement radical et essentiel, c'est être d'ac- 
cord avec toute l'histoire de la liturgie occidentale, 
et non pas seulement avec celte histoire '. 

Vlll. L'.\NTIPHONAIRE CENTOX. Tel CSt Ic 

nom que donne Jean Diacre au livre de chant que 
la scitola romaine du i.x" siècle attribuait à saint Gré- 
goire; ce titre veut marquer le caractère de compi- 
lation du recueil composé de morceaux de chant re- 
cueillis de part et d'autre. La nuance mérite d'être 
notée, .lean ne dit pas que le pape composa, mais sim- 
plement qu'il centonisa, qu'il compila. Cette épithète 
de cenlon présente une grande importance, j)uis(|u'elle 
détermine le caractère essentiel de l'œuvre. Celle-ci 
n'a pas été conçue et exécutée d'un seul jet, dominée 
du conunencement jusqu'à la fin, par une idée fon- 

• La constatation de cette uniformité était déjà faite 
dès la seconde moitié du viii* siècle. Cf. liâumer, op. cil. 
'. I, p. 235, 262, note 1 ; p. 298. — = G. :Morin. op. cil., p. 08. 
— » S. lîaumcr, op. cil., t. i, p. SO.!, cl. p. 312-3IG : » Saint 
Grégoire d'après la nouvelle théorie. • — * P. Wagner, 
Origine el drucloppcmcnl, p. l'>s, note 1 , donn? une lionne 

DICT. D'aRCM. ClIRÊT. 



damentale; c'est tout autre chose : un ensemble 
de chants collectionnés de partout; aujourd'hui 
encore on en peut déterminer les assises superpo- 
sées et mélangées à l'aide des plus anciens manus- 
crits. 

1. Sa réalité. — L'anliphonaire authentique men- 
tionné par Jean Diacre n'a pas encore été retrouvé. 
Nos plus anciens manuscrits liturgiques, avec nota- 
tion musicale, datent du ix" siècle. Les chants de la 
messe, il est vrai, se retrouvent dans des manuscrits 
du viiiiî siècle. L'un de ceux-ci provient du monas- 
tère de Reichenau et se trouve conservé aujourd'hui 
dans le Cad. XIII de la bibliothèque cantonale de 
Zurich '; l'autre est le Graduel de Monza qui, toute- 
fois, ne contient que les chants du soliste pendant la 
messe et n'est donc qu'un CanUdoriiim ^ S'il est sin- 
gulier que ces deux manuscrits soient sans notation, 
on ne doit pas en conclure que cette dernière était 
inconnue au viii'= siècle. Si nous ne sommes plus eji 
possession de l'Antiphonaire authentique de saint 
Grégoire, nous pouvons, cependant, le reconstituer 
à l'aide des plus anciens manuscrits conservés jusqu'à 
nous, et cela, en défalquant toutes les parties admises 
dans la liturgie seulement après Grégoire. Un travail 
de ce genre est fort possible et historiquement justi- 
fiable, supposé que jusipi'au ix= siècle, date de nos 
plus anciens nuuuiscrits notés, le chant grégorien 
n'ait pas subi de changements essentiels. Ceci ressort, 
indubitablement, de la lettre du pape Léon IV (847- 
8.5.Ï) à Honorai, abbé d'un monastère voisin de Ftomc, 
lettre dans laquelle il parle d'une manière officielle et 
corrobore la tradition que reproduira Jean Diacre : 
le pape blâme son correspondant de ne pas adopter 
« la douceur du chant de Grégoire et la manière de 
chanter et de lire dans l'église, » qu'il ordonna et 
régla. Toutes les Églises ont reçu avec avidité et 
amour ladite tradition de ce très saint pape Gré- 
goire, serviteur de Dieu, qui fut illustre prédicateur 
et sage pasteur et fit tout pour le salut de l'humanité, 
édita aussi le chant susdit, que nous chantons à 
l'égUse et même partout «. Dans cette lettre est con- 
signée la tradition romaine oiricielle, et le pape Léon 
menace d'excommunication celui qui la révoque en 
doute '. Un texte si formel, si grave, rendu sur place, 
ne permet guère de soutenir la thèse d'altérations im- 
portantes au xu" et au viii<= siècle dans le chant 
romain. Les livres de chant du ix= siècle parvenus 
jusqu'à nous renferment donc substantiellement le 
chant de saint Grégoire. 

C'était, suivant l'expression' de ce temps, le « chant 
pour le cycle de l'année », cantum anni circali. Dès 
le vus siècle on commençait à le désigner plus briè- 
vement sous les diverses appellations de : antiphu. 
narius, responsale, responsoriale ou encore : anli- 
phonarius-responsale parce qu'il contient le chauL 
des antiennes et celui des répons, pour la messe et 
la psalmodie nocturne et diurne, en un mot la canti- 
lène liturgique. Toutefois, la synonymie des mots 
à antiphonaire » et « responsorial » n'était pas si par- 
faite que dans la pratique on ne s'habituât à réserver 
le premier aux chants de la messe et des processions. 
le second aux chants des autres offices. 

2. .Ses témoins. — Les manuscrits connus du livre 
des antiennes et des répons ou de ses extraits ne sont 
pas tous notés. Les plus anciens, et aussi les plus 
rapprochés du type original ne sont pas notés du 
tout. Ces manuscrits non notés s'espacent entre la 

description du manuscrit et la correct ion de plusieurs 
fautes de l'édition de Gerbert, .1/o.iiini. lilurij. .\leman., 
t. I, p. 362 sq. — ' Ce livre a été édité par Tummasi. — 
•G. Morin. op. cit.. p. 10 s<[. — ' I". Prolist, Die diteslen 
Sacramcniaricn iind Ordines romani. iii-S", Mùnsler, 1892, 
p. 302. 

III. - 10 



291 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



292 



moitié du viii'sièclc et la fin du siècle suivant. En 
voici une description sommaire : 

1» Canloloriiim ou Gradale de Monza, 1" moitié du 
vm= siècle, représente la liturgie romaine connue en 
Gaule à cette date; édité par Tommasi, Responso- 
lialia et anliphonaria romaïui; Ecclesiœ, in-S", Rom», 
1806; Tommasi, Opéra omnia, édit. Vezzozi, in-4°. 
Honiœ, 1748, t. v, p. 257-266; G. Morin. Les véri- 
tables origines du cimnt f/régorien, p. 25, note 4; 
A. Gastoué, Le chant romain, p. 248; P. Cagin, Un 
mot sur l'Antiphonalc missaruin, in-S», Solesmcs, 
1890, p. 2. 

2» Antipluinarius du Vatican. ])our la messe, viii- 
ix= siècle; « une des principales bases d'une étude cri- 
tique du recueil grégorien; plusieurs particularités in- 
ti rcssantcs le signalent. Au jour de Pâques, le répons 
graduel Hac dies avec tous ses versets, répartis au 
cours de la semaine dans les autres antiplionaires. 
Celte copie témoigne donc encore de la perpétuité du 
vieil usage du psaume avant la lecture de l'évangile, 
et concorde ainsi avec une rubrique de VOrdo V, lais- 
sant à l'évêque célébrant le soin de régler le nombre 
des versets à chanter. Une remarque tout à fait cu- 
rieuse est que, à part les versets alléluiatiques, Pas- 
cha nostrum et Epulcmur, qui figurent au jour de 
Pâques dans les copies de l'antiphonaire grégorien, 
l'octave et tout le temps pascal n'ont encore aucun 
verset particulier, sauf ceux d'un cycle primitif éten- 
du aussi à toute l'année »; édité par Pamelius, Litur- 
gican, t. I, et par P. L., t. lxxviii, col. 641-724, dans 
la réimpression des œuvres de S. Grégoire; A. Gas- 
toué, op. fi/., p. 248; le même, Hisl. du chant lilurg. 
à Paris, p. 53 sq. 

30 Anliphonaire dit de Charles le Chauve (Paris, 
Biblioth. nationale, latin 17436 = olim Compen- 
diensis). o Ce manuscrit concorde avec le précédent 
saut en quelques détails des versets alléluiatiques et 
l'ordre des graduels des dimanches après la Pente- 
côte. Mais cette copie précieuse noiis donne, en plus 
de la seconde partie du livre romain, le responsorial 
ou antiphonaire de l'office. Entre les deux parties se 
trouve une liste très archaïque des versets d'cdleluia. 
La seconde partie, reproduite intégralement dans 
l'édition bénédictine, renferme un très grand nombre 
de pièces; elle est écrite pour l'ordre séculier (office 
romain papal), mais, à la suite des séries des répons, 
donne les pièces supplémentaires nécessitées par l'of- 
fice monastique, ou chantées pendant l'octave des 
fêtes, ou encore empruntées à l'usage de nos églises 
du nord de la France. Les divisions en sont con- 
formes à celles qu'Amalaire décrit quelques années 
plus tôt pour le livre grégorien, en particulier la série 
des antiennes des dimanches après la Pentecôte, 
ajoutée parmi les chants ad libilunt aux antiphonaires 
apportés en France au temps de Pei)in, et supprimée 
dans les plus récents. Elle a depuis été ajoutée de 
nouveauà l'oflice romain. Ensupplément aussi figurent 
les répons des histoires » des mêmes dimanches, qui 
sont également des œuvres plus récentes que le fonds 
grégorien, etc. Édité dans /'. L.. t. lxxviii. col. 725- 
850; A. Gastoué, op. f(7.,p. 248-249. 

4" Antiphonaire d'Amiens (Paris, Bibl. natio- 
nale, latin 12050), joint à un sacrameutaire grégorien 
écrit en cette ville, par le prêtre Rodrade, en 853. 
Cf. L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramentaires, 
dans les Rlétn. de i'Acad. des inscr., 1886, t. xxxii, 
p. 122-126. Au sacranientaire quelques morceaux, 
parmi lesquels l'antiphonaire, ont été ajoutés dans le 
cours du x'^ siècle, fol. 3-16 v; cependant sa teneur 
est très archaïque et il est à rapprocher du cantatorium 
de Monza; ainsi, le 2 février porte le même titre, 
Scincti Symeonis. Les répons graduels des Quatrc- 
ïcmps sont pris indifféremment parmi ceux des di- 



manches, avec la rubrique quale volueris. A. Gastoué. 
Le chant romain, p. 249. 

5" Table d' antiphonaire, écrite à Saint-Denvs, entre 
862-877 (Paris, bibUoth. Sainte-Geneviève, ms. 111). 
Cette table, comme l'antiphonaire d'Amiens et le ma- 
nuscrit de Monza. donne à la fête du 2 février le titre 
Natale Symeonis, conjointement avec celui qui a pré- 
valu; elle ne fait mention d'aucune des têtes ajoutées 
depuis le temps de Serge 1", et a gardé au m des ides 
de mai la vieille fête de la dédicace de Sainte-Marie 
ad martyres. A. Gastoué, Le chant rom., p. 249; 
Ilist. du chant liturg. à Paris, p. 54 sq. 

0" Table d' antiphonaire, écrite à Notre-Dame de 
Paris, entre 886-910 (Paris, Bibl. nationale, la- 
tin 2291). Cette table indique les fêtes qui manquent 
à la table précédente; elle est donc mise à jour des 
innovations liturgiques. A. Gastoué, Le chant rom., 
p. 249 : Hist. du chant liturg. à Paris, p. 81-82. 

7" Fragment en tête du Sacramentarium triplex 
(Zurich, ms. 30 du fonds de Reichenau), vin« siècle, 
pourrait avoir été destiné à une église du nord de la 
Gaule, p. 1-27. Graduel, copié sur deux colonnes et 
précédé du titre: Ineipiunt dominicales anni circuli, 
édité par M. Gerbert, Monum. vcteris liturg. Alemani- 
cœ, t. I, p. 362. Cf. L. Delisle, Mémoire sur d'anciens 
sacramentaires, dans recueil cité, 1886, t. xxxii, p. 83; 
P. Cagin, Le sacramentarium triplex de Gerbcrl, dans 
la Reme des bibliothèques, 1899, t. ix, p. 347-371; 
A. Gastoué, Le chant romain, p. 267. 

Les manuscrits notés sont tous postérieurs ù ceux 
que nous venons de décrire, aucun d'entre eux n'est 
antérieur au ix° siècle, bien plus, il faut descendre 
jusqu'à la seconde moitié environ du xi^ siècle pour 
rencontrer des manuscrits complets notés soit de la 
messe, soit de l'ofiice. .Malgré ce laps de temps assez 
long entre ces manuscrits et ceux dépourvus de notes, 
la tradition qu'ils représentent paraît authentique. 
Les manuscrits notés se présentent avec quelques 
c;u-actèrcs d'école très tranchés, qui permettent de 
les distribuer suivant un classement rigoureux que 
nous empruntons à M. A. Gastoué ^ 

1° École italienne : Pour la messe : Monza (bibl. ca- 
pilulare, c. 12, 75), x« siècle — Monza (bibl. capit. c. 13, 
76), xi= siècle — Milan (ambras. IV, D. SI Inf.), 
x''-xi« siècle (olim Bobbio). — Rome (Angelica B. 3. 
IS), xi« siècle. — Mont-Cassin (N. N. 339), xi'' siècle. 

— Lucques (bibl. capit. 64), xi" siècle. 

Pour l'ofiice : Home (Angelica T. 5, 21), s.!" siècle. 

— Rome (Casanatcnse B. IL i), xi" siècle. — Pérouse 
(bibl. capit., 16), xi"= siècle. 

En dehors de ces manuscrits complets, ou à peu 
près, on doit citer un évangéliaire romain du ix<^ siècle : 
Rome (Valic. B. 50) dont plusieurs leçons sont no- 
tées, un rituel-sacramentaire d'Asti, de la seconde 
moitié du x« siècle * : Paris (Bibl. Mazar. 525); le tro- 
paire du chapitre de Vérone (n. cvii) du xi^ siècle, 
et quelques autres.] 

2° École anglaise : Trois manuscrits conservés à 
Rouen : 1° Pontificale Lanalutense, 30S (A. 27), du 
IX' siècle. Cf. J. Gage Rokewode, The anglo-saxon 
cérémonial oj the dedication and consécration of chur- 
ches, illustrated from a Pontifical in the public Library 
at Rouen, dans The Archœologia, 1834, t. xxv, p. 235- 
271, pi. xxviii; H. Omont, Rouen, dans Calai, génér. 
des mss., 1886. t. i, p. 69-70. — 2" Benedictionarium 
anglo-saxonicum (Bénédictionnaire de l'archevêque 
Robert), 369 (Y. 7), du xi'-xi'- siècle. Cf. J. Gage, 
A description of a Bcncdictional, or Pontifical, called 
Benedictionarius Roherti Arehicpiscopi,an illuminalcd 

'Le chant romain, p. 250-257. — 'A. Gastoué, Vn 
rituel noté de la proiùnce de Milan au a« siècle, dans Ras-^ 
segna gregoriana, 1903. 



293 



CHANT IIO.MAIX ET GREGOllIEN 



29i 



inarmscripl of thc tcnth ccnliinj, in Ihc public Libranj 
al Rouen dans Tlie ArcJucoloijia, 1832, t. xxiv, p. 118- 
136, pi. XXXIII ; A. Pottier, dans Frère, Manuel du 
Bibliographe normand, 1858, 1. 1, p. 91-92; H. OmonI, 
Rouen, dans Cal. yen. des mss., p. 70. — 3° Recueil, 
J3S5 (U. 107), xi« siècle; H. Oniont, op. cil., p. 360- 
362. — Le tropaire de Winclicstcr, W. H. Frère, 
Thc Winchester Troper, froni mss. of tlie A"' and Xl"' 
cent wilh olhcr documcnls illuslraling tlic hislory of 
tropes in England and France, 111-8"". London, 1894; 
Troparium Wintonicnsc, 979-1016. Cf. Misset-Wcal • 
.Vnalecla lilurg., 1892, t. ii, part. 2, p. 107-124. 

3" École française : Les mss. se rattachent à ceux 
envoyés par le pape Paul 1", et par le pape Etienne 
à Pépin le Bref. Les plus anciens fragments de cette 
école sont contenus dans un sacranicntaire (Paris. 
Bibl.nat., latin 2291) \ fin du ix'--comin. du x" siècle; 

— évangéliaire de la même époque (Paris, bibl. Sainte- 
Geneviève, 1260); — sacramentaire de l'Église de 
Tours, même époque (Tours, n.lSJ, Paris, latin 9130)^; 

— divers autres, comme le beau manuscrit de Vitry- 
Ic-François (n. 36) du xi^ siècle. 

Pour la messe : Paris (Jlazarine 3SJ), olim Notre- 
Dame, fin x= siècle; — Paris (Bibl. nation., lat. 9436), 
olim Saint-Dcnys', xi« siècle; — Paris (Bibl. nation., 
lat. 13252) olim Notre-Dame, xi'-' siècle; — Paris 
Bibl. nation., lat. 10S7), olim Limoges, xi' siècle; — 
-Montpellier (bibl. de l'École de médecine, H. 159), 
\i' siècle; ce manuscrit présente une double 
notation en neumes et en lettres, c'est le plus ancien 
([ui indique la ligne mélodique avec le plus de netteté. 
Ce manuscrit olTre une singularité remarquable : il 
n'a point été écrit pour l'ofiice liturgique; c'est un 
livre d'école où les mélodies sont rangées par tons, 
authentes et plagaux, et par genres, antiennes, rc- 
|)ons, etc. L'origine de ce livre n'est [las élucidée. 

Pour l'ofTice : Paris (Bibl. nation., latin 742), 
xi= siècle; — Paris (Bibl. nat., latin 12601), xi' siècle, 
vient de Cluny et le chant offre quelques variantes 
empruntées très probablement à Saint-Gall; — 
Paris (bibl. Sainte-Geneviève 1270), fin du .\i= siècle, 
vient de Chelles. 

4» École de Metz; Pour la messe : Paris (Bibl. nat., 
latin 944S), fin du x^ siècle, vient de Prum; — Paris 
(Bibl. nat., latin. iOJZO), fin du x' siècle, vient d'Ech- 
lernach; — Munich (latin 140S3), fin du xi= siècle, 
vient, ainsi que le suivant de Saint-Emmeran de 
lîalisbonne; — Munich (latin 14322). première moi- 
lié du XI' siècle. — Rituel-sacranientaire de \Vorms 
(Paris, Arsenal, latin 610), du ix' siècle'; — Laon 
(n- 239), x« siècle; — Troyes (n. 522), x= siècle. 

Pour l'office : Metz (n. SO), xi" siècle. 

5° École de Saint-Gall : Saint-Gall (n. 339), du 
x"^ siècle; édité dans Paléographie musicale, t. i, cf. 
P. Wagner, Origines c; développement, p. 313-334, ce 
nianuscrit est préférable aux trois qui vont suivre par 
le soin avec lequel il est écrit et qui le rapproche des 
mss. parisiens'; — Saint-Gall (n. 340); Saint-Gall 
(n. 376); Einsicdeln (n. 121) tous trois du xi= siècle, 
llnfln le Saint-Gall, n. 359, du ix' siècle', qui ne fut 
jamais un recueil complet, mais un simple canlalo- 
rium, extrait ne contenant que les graduels, traits et 
alléluias. Il prouve que, dès la seconde moitié du 
ix" siècle, l'école de Saint-Gall cultivait ces embellis- 
sements de la mélodie, qui donnait à son chant cette 
grande dissemblance avec le vrai chant romain, si- 
f;naléc à la même époque par les chroniqueurs de 

' L. Delisle, Mémoires sur d'anciens sacranwnlaires, dans 
Mémoires de IWcadémie des inscriptions et bcltes-lettres, 
1.SS6, t. XXXII, p. 148. — ' Ibid., p. 130-140. — • Une par- 
ticularité des mss. de Sain<-Dcnys est qu'en divers endroits 
ils présentent des variantes de fornuilos mélodiques. — 
«L. Delisle, op. cit., p. 173. - — ''Ce manuscrîL a conser\é 



Saint-Gall. Enfin, pour l'office, le célèbre Antiplionale 
de Hartkcr, cod. 390-391, entre 986 et 1011, publié 
par la Paléographie musicale, in-4'', Paris, 1900. 

6° Écoles diastématiques française et aquitaine. — 
La dernière grande école médiévale fut celle du midi 
de la France et du nord de l'Espagne, après la sup- 
pression des liturgies mozarabes; l'abbaye de Saint- 
Martial de Limoges en fut le centre incontesté. Les 
manuscrits offrent une singularité qui nous est d'un 
secours admirable dans la reconnaissance sûre de la 
ligne mélodique : dès au moins le cours du x"= siècle, 
et peut-être dans le ix', la notation, au lieu d'offrir 
les formes si caractéristiques des neumes grégoriens, 
est entièrement à points détachés, disposés de façon à 
indiquer, par leur espacement, la diaslémalie ou espa- 
cement des intervalles, comme le feraient des notes 
disposées sur une portée imaginaire. Ce système, 
dont nous ignorons l'origine, a un lien certain avec 
les écritures messine et lombarde plus récentes, avec 
les livres de provenances diverses, tels les sacra- 
mentaires de Paris et de Tours, déjà nommés (ix"- 
siècle), le feuillet de garde d'un antiphonaire de Notre- 
Dame de Paris (bibl. Sainte-Geneviève, 16), x» siècle, 
et les curieux graduels signalés par \aPaléjgraphie mu- 
sicale : Chartres (n. 47 [40] ), Angers (n. S3), tous deux 
du x« siècle; on peut y joindre celui de Saint- Vougay, 
du xi*" siècle, dont la notation est mixte. Ces manu- 
scrits forment, en tout cas, une classe à part. 

» Cela indiquerait assez que les moines limousins 
n'ont fait que généraliser, en le perfectionnant, un 
genre d'écriture musicale, peut-être fort rare aupa- 
ravant, qui leur serait parvenu par lintermédiaire 
des moines de Cluny. Leurs manuscrits présentent 
en même temps un autre intérêt pour l'histoire de la 
musique rituelle : le recueil grégorien s'y trouve aug- 
menté de chants particuliers aux anciennes liturgies 
gallicane et mozarabe. Une première classe peut 
comprendre le fonds de l'abbaye Saint-Martial de 
Limoges, actuellement à la Bibliothèque nationale. 

Pour la messe : Bibl. nat., latin 1240, x= siècle; 
latin 10S4, x^-xi« siècles : latin 1120-1121. début du 
xi" siècle; latin 909, fragments du ix= au x« siècle. 
Une seconde classe est beaucoup plus mêlée de chants 
gallicans, quoique les mélodies grégoriennes y restent 
aussi pures que dans les autres : Paris (Bibl. nat., 
latin 776), fin du xi« siècle; Albi (^2 et 4i), x«-- 
xiis siècle; Madrid (Acad. hist., F. 1S5), xi« siècle. 
Pour la messe, la notation diastématique ancienne 
nous offre donc, comme principaux spécimens, trois 
mss. des ÉgUses de l'ouest, cinq de Saint- Martial, 
trois ou quatre plus particulièrement aquitains. 

» Quant à l'office, nous ne connaissons pas de ma- 
nuscrits aussi anciens de ces écoles '. » 

3. Son ordonnance. — On peut entreprendre, et on 
n'y a pas manqué, de remonter à un état plus ancien 
que celui pour lequel témoignent les manuscrits qui 
viennent d'être mentionnés. On tenterait aussi d'en 
extraire la forme primitive de IWnliphonarium miss:r 
grégorien; pour cela il faudrait procéder à l'élimina 
tion des messes et des pièces introduites dans le but de 
faire concorder le livre avec les progrès du calendrier 
liturgique. On aurait donc, très ordinairement, à éla- 
guer les pièces suivantes : 

1» Tous les jeudis de carême, dont la messe parti- 
culière ne remonte qu'au pontificat de Grégoire IL 

2» La fête de la Sainte -Trinité introduite au 
ix" siècle, ^j» _ 

dans les chants du 3« ton et certaines formules du 8', le 
si comme dominante au lieu de Vitt plus récent, mais it 
ne donne pas tout au long les formules vocalisées des gra- 
duels et des alléluias. — * Ce manuscrit a été édité par te 
P. Lambillolte. — 'A. Gastoué, le chant romain, p. 255- 
256. 



295 



CHANT ROMAIN ET GREGORIEN 



2U6 



3» La fête de la Didicace des (fglises. 

4» Les dimanches qui suivent les Quatre-Tcnips. 

5" Le jeudi après la Pentecôte. 

6° Les fêtes de la Vierge, en deliors de l'octave de 
Noël. 

7° Les fêtes de la sainlc Croix, mélangées de pièces 
grecques. 

8° Les fêtes des saints : Lucie, Félix in Pincis, 
Grégoire, Alexandre, Eventius et Théodulc, Prime 
et Félicien, Apollinaire, Agapit, Hadrien, Gorgon, 
Prote et Hyacinthe, Euphèniie, Jérôme, Martin. 

» L'étude des textes du noyau grégorien, défalcation 
faite de ces additions postérieures, est fort instruc- 
tive. Comme les chants de VOnlimirium missa: se 
sont développés tout autrement que ceux du Pro- 
priiim, et n'étaient pas, dans l'origine, dévolus aux 
chantres, il ne faut pas les chercher dans les plus an- 
ciens manuscrits, ils ne faisaient pas partie de l'anti- 
phonaire de saint Grégoire. Le Temporale et le Scinclo- 
rale y étaient combinés suivant le cours de l'année 
liturgique en une série unique, ce qui dura jusqu'au 
xii^ siècle. La disjonction en deux séries fut faite 
alors, mais avec peu de soin et les missels, graduels et 
autres livres conservent aujourd'hui encore quelques 
fêtes erratiques du saneloiale en plein temporale, par 
exemple, dans l'octave de Noël, les fêtes de saint 
Etienne, des Innocents, de saint Jean '. Il n'y avait 
pas non plus de Commune sanviorum vers l'an 600; 
pour chaque fête, les chants étaient indiqués ou consi- 
gnés sur place suivant qu'ils se trouvaient ou non 
dans la partie précédente du livre. Ce n'est qu'à dater 
du xii= siècle, que le retour fréquent des mêmes chants 
et des mêmes textes amena l'arrangement du Com- 
mune sanclorum, où chaque classe de saints, apôtres, 
martyrs, confesseurs, elc, eut ses chants propres, en 
sorte que, pour chaque saint en particulier, il sulht de 
renvoyer au Commun, quand il n'a pas de chants spé- 
ciaux. Ainsi, le livre grégorien des chants de la messe 
n'avait pas de divisions, et les chants y étaient dis- 
posés suivant le cours de l'année liturgique absolu- 
ment comme dans le manuscrit 339 de la bibliothèque 
de Saint-Gall auquel nous allons accorder un moment 
d'attention comme à un témoin du chant romano- 
grégorien, tel qu'il était pratiqué dans la deuxième 
moitié du x= siècle'. » 

4. Sa composition. — Le ms. 339' renferme un Anti- 
phonale missanim et plusieurs parties de sacramen- 
taire réunies en vue d'en former un complet. En outre, 
un breviaiium indique les lectures de chaque fête, avec 
des additions particulières, en tin un ealendarium. Nous 
n'avons pas à faire remarquer que ce rapprochement 
a pour but de donner au célébrant un recueil factice, 
rendant déjà les mêmes services qu'on demandera plus 
tard aux missels dits pléniers. \JAntiplwnale occupe 
les pages 33-174 du manuscrit; il débute avec la 
messe Ad te levavi du premier dimanche de l'Avent. 
Ce dimanche et les suivants sont appelés, dans cette 
partie du ms. : Dom. iv, m, ii anle Xatale Domini, 
tandis que plus loin, dans le Sacramcntaire, ces di- 
manches sont désignés comme de nos jours : Dom. 
I, II, in, IV. Après l'Avent, l'Antiphonaire se pour- 
suit sans interruption, selon le cours des fêtes et du 
propre du temps; il conserve l'ordre du missel ro- 
main, sauf quelques variantes. Les dimanches après 

* Ces fêtes attirèrent à elles, dans la même région, d'autres 
de créa tien pi us récente, par exemple, saint TliomasdeCan- 
torbéry. . — -P. Wagner, Origines et développemenl, 1904, 
p. 200-201, ;il3-333, [P. Cagin:] Description du code.x 339 
de la bibliothèque de Saint- Gai, clans Paléographie musi- 
cale. 1889, t. I, p. 71-95. — =P. Cagin. tableaux A et C. — 
'Dans le cas particulier du ras. 339, la provenance sangal- 
licnne est d'ailleurs prouvée par la présence de deux an- 
tiennes à «aint Gall qui terminent le volume, en outre par 



la Pentecôte et les fêtes du sanctoral ont leurs allé- 
luias groupés après le vingt-quatrième dimanche, sous 
cette rubrique : .1//. dominicis diebiis, vel nalaliliis 
sanclorum per circulum anni. Le texte des versets al- 
lèluiatiques est emprunté aux psaumes et suit, pour les 
dimanches, l'ordre même du psautier. L'usage habi- 
tuel à cette époque, de renvoyer ainsi à la fin du gra- 
duel ces alléluias, s'explique par la liberté longtem])S 
laissée de les prendre soit à la suite, soit à son choix. 
En terminant, on trouve une série de cinquante-sept 
antiennes destinées à des processions ou à des circon- 
stances particulières. 

La pagination ancienne suffit à prouver que, ])ri- 
mitivement, l'Anliphonale était indépendant du le- 
cueil factice dans lequel on l'a fait entrer. Des tableaux 
ingénieux et méthodiques ont montré que cet exem- 
plaire, écrit au x^^ siècle, représente néanmoins l'état 
du chant grégorien et de la liturgie romaine à la lin 
du VIII"' siècle, époque de leur introduction à Sainl- 
Gall *. Les fêtes nouvelles n'y sont pas admises, mais 
rejetées auBreviarium; quelques pièces seulement pi- 
raitront plus récentes ou plus récemment introduites 
dans le Graduel, comme les antiennes chantées pen- 
dant les processions de la Purification ou de la fête de 
Pâques; mais, ce qu'il y a de vraiment nouveau ou de 
particulier n'arrive qu'à la fin ; dans le corps même de 
l'ouvrage, la forme primitive est soigneusement res- 
pectée. C'est ainsi qu'on remarquera, peut-être avec 
surprise, cjue, parmi les messes, aucune ne fait men- 
tion ni de saint Gall. ni <le saint Othmar, ni d'aucune 
des fêtes chères à la grande abbaye. Ce fait est con- 
forme aux plus pures traditions liturgiques, en hon- 
neur dans ce monastère. Primitivement, en effet, on 
n'admettait pas facilement dans le corps du Liber 
gradualis les additions hagiographicjues reçues au 
calendrier et même au sacramentaire. Était-ce res- 
pect pour le livre qui contenait les mélodies de saint 
Grégoire, et voulait-on le conserver intact tel qu'on 
l'avait reçu de Rome dans les dernières années du 
viii= siècle'? Nous le croirions volontiers. Ce qui est 
certain, c'est que, par suite de ce respect pour l'œuvre 
de saint Grégoire et de ses successeurs, les pièces de 
chant, lorsqu'on avait à célébrer de nouveaux oflices, 
étaient le plus souvent empruntées aux messes plus 
anciennes; sans rien ajouter à l'antiphonaire, on les 
indiquait simplement, avec le titre de la nouvelle 
fête, au Bicviarium =. 

Quoique l'exécution matérielle du \olume ne puisse 
remonter plus haut que la fin du x" siècle, sa con- 
cordance exacte, presque sur tous les points, avec 
le ms. 359 de la même bibliothèque, permet d'affirmer 
la fidélité absolue avec laquelle l'antiphonaire repro- 
duit la liturgie et le chant d'un monument grégo- 
rien datant de la fin du viii» ou de la première moitié 
du ix« siècle. 

Le caractère centonisant du livre des chants de la 
messe grégorienne se manifeste ouvertement dès qu'on 
en examine les textes de plus près. La partie du livre 
la plus ancienne comprend les fêtes relatives à notre 
rédemption et celles des saints romains. Pour les 
fêtes on faisait choix dans l'Ecriture, surtout dans 
les psaumes, de textes oITrant une application à la 
fête, par exemple : Pâques, Pentecôte, Noël, SS. Pierre 
et Paul, S. Jean-Baptiste. Les fêtes n'ayant pas une 

foeriture, les enluminures, les ornements, la notation lu-ii- 
niatiquc avec signes rcmaniens. — ' C'est une trop bonni' 
fortune de pouvoir alterner les travaux de D. Cagin et du 
D' P. Wagner dans l'étude de ce ms. 339, pour qu'on puisse 
ne pas s'en emparer, ce qui va suivre est tiré du livre Ori- 
gines et développement du chant liturgique, p. 201 sq. I.e 
ms. 339 a attiré également l'attention de G. Houdard, / <■ 
.sijstème du chant dit grégorien, in-8°, Paris, 1S9S. Cf. /ici ne 
bénédictine, 1900, t. xvii, p. 293-294. 



297 



CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN 



298 



origine romaine coriServcnt les luxtes de leurs églises 
j)articulières, par exemple : Siiiiile A(j(ilhc, dont l'in- 
troït Gaudeamus omnes vient de l'Église de Sicile. 
Si une fête est d'origine grecque, elle est pourvue de 
chants dont les textes sont traduits du grec. On 
remarque aussi, en comparant les chants de même 
sorte, que les oppositions de textes sont inégalement 
laites. Pour quelques messes, tous les textes sont 
pris à la même source, par exemple au ps. xi.iv pour 
la Circoncision, au psaume xc jiour le l" dimanclie 
de Carême; mais c'est une exception. La règle est que 
les textes d'une seule et même messe soient tirés de 
sources difïérentcs. 

Si on résume les résultais fournis i)ar le ms. 339 de 
Saint-Gall sur les sources des textes de la messe, on 
obtient le résultat suivant : 



PARTIES 
DE LA 
MICSSK. 


BllTiui. 


I.IV 

Rilili<]iii*i. 


Il i:s 

EUa- 
liiMiqurs. 


TOTAL. 


Introits 

Graduels 

Alléluias 

Traits ■ 

Oflertoires 

Communions. . . . 


1U2 
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70 
17 
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149 
118 
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20 
192 
147 


439 


lli7 


25 


631 



De ces 631 chants de la messe, G06 sont des textes 
bibliques, parmi lesquels 439 sont tirés du psautier. 
Cette prépondérance, on pourrait pres(|ue dire cet 
exclusivisme biblique, s'accentue si on défalque de 
ces totaux les messes introduites postérieurement 
à saint Grégoire le Grand, par exemple : la Trinité 
et la Dédicace. Cette dernière est la seule dont le 
(iraduel ne soit pas biblique; ainsi, nous arrivons à 
cet intéressant résultat que, dans le livre de chant, 
toi qu'il est sorti des mains de saint Grégoire, tous 
les chants anciens du soliste sans excejjtion, graduel 
el traits, ont des textes bibliques. Jusqu'à saint Gré- 
goire, on ne devait mettre que la Bible entre les mains 
du soliste liturgique. Ce fait nous démontre une loi 
imi)orlante dans la composition de ce livre, qui est 
que le choix des textes, pour le soliste de la messe, se 
faisait d'après un plan suivi et une tradition reçue. 
Dans l'antiplionaire centon grégorien, les chants du 
sol iste forment ainsi un groupe à part et exclusif, 
celui des graduels et des traits. 

Les autres chants de la messe diffèrent essenlielle- 
meut de cette série plus ancienne; le choix en a été 
fait sous un tout autre point de vue. Ainsi qu'on le 
voit par le tableau précédent, les textes extra-bi- 
bliques sont déjà plus nombreux, et les autres livres 
de l'Écriture sainte ressortent davantage vis-à-vis 
du psautier. La comparaison entre introïts et graduels, 
montre les principes différents qui ont présidé à la 
composition des uns et des antres. Précisément, les 
plus anciennes fêtes ont des graduels psalmodiques. 
tandis que le texte des intro'its est emprunté à d'autres 
livres bibliques. L'arrangement des introïts et |celui 
des graduels ne sont donc pas contemporains, le der- 
nier est sûrement antérieur. Les textes des commu- 
nions sont en majorité bil)liqucs en dehors du psau- 
tier; nous avons déjà vu qu'on les a choisis sous l'in- 
fluence des Évangiles de la messe, ce qui n'est le cas 
pour aucune autre classe des chants de la messe, les 
communions forment ainsi une aulrc série dans l'anti- 
phonaire centon. L'absence de tout rapport entre 
le graduel el les autres chants de la messe, enlrainc 



la nécessité d'admettre que les divers chants d'une 
seule et même messe n'ont pas été fixés simulta- 
nément, mais à part pour chacun d'eux. Les études 
liturgiques ultérieures répandront sans doute de nou- 
velles lumières sur ces couches superposées et mé- 
langées de l'édifice grégorien. Ce qui saute aux yeux, 
ce sont les arrangements de textes suivant la série nu- 
mérique des psaumes: c'est le dernier travail subi par 
le livre de chant. Prenons, par exemple, les Commu- 
nions des fériés de Carême'. .\ partir du mercredi des 
Cendres leurs textes sont tirés des psaumes i à xxvi. 
exception faite du samedi avant le 1" dimanche de 
Carême qui est omis, et de tous les jeudis. Ceux-ci 
interrompent la série, qui passe du mercredi au ven- 
dredi. En outre, au lieu des psaumes xii,xvi,xvii,xx 
et XXI, figurent des textes évangéliques. lia tout cas. 
le système des séries psalmodiques existait déjà quand 
on fixa la messe des jeudis. Ceci ayant eu lieu sous 
Grégoire II (715-731), il s'ensuit que ce système et 
toute la disposition de la messe, dont il lait partie, 
sont antérieurs à l'époque de Grégoire 11. Ces com- 
munions forment, elles aussi, une série à part dans le 
Centon grégorien, puisqu'elles sont disposées d'après 
des lois non observées pour les autres chants des 
mêmes messes. Nous constatons un arrangement 
semblable, mais sur de plus grandes proportions, aux 
dimanches après la Pentecôte, du i" au xvii': dans 
les introïts, cet ordre est suivi sans exception, tandis 
que pour les Offertoires et les Communions la série 
psalmodique est parfois interrompue par des extraits 
d'autres livres bibliques. Après le xvii"= dimanche, 
cette disposition est complètement abandonnée, d'où 
il est permis de conclure que ces deux séries de di- 
manches, n'ont pas eu leurs textes assignés simulta- 
nément. La première, sans conteste la plus récente, 
était toutefois déjà incorporée au livre de chant quand 
on détermina les messes des jeudis de Carême sous 
Grégoire II, car ceux-ci en ont emprunté la plu- 
part de leurs chants. 

A remarquer, en outre, les deux séries de graduels 
des dimanches après la Pentecôte; l'une suit l'ordre de 
la partie prépondérante du livre de chant, l'autre 
celui des introïts, ollertoires et communions des 
mêmes jours. Cette dernière série doit être posté- 
rieure et avoir été fixée pour ranger toute la suite des 
chants de ces dimanches dans le système numérique 
des psaumes. Cette disposition ne put se maintenir; 
tous les manuscrits, sauf deux, suivent la série plus 
ancienne. Mais l'existence d'un cycle de graduels con- 
stitué autrement que le reste des chants de la messe, 
démontre une fois de plus que, originairement, les 
chants pour les dimanches après la Pentecôte n'ont 
pas été déterminés en même temps : ici encore nous 
constatons deux couches bien tranchées par leur ar- 
rangement et par suite non contemporaines. 

Il suit de là que le caractère centonisant du livre 
grégorien ressort indubitablement de la comparai- 
son de ses parties. Jean Diacre était bien informé 
quand il le qualifia « compilation '. Il est malaise 
de dire combien de générations l'ont successivement 
retouché; à côté des parties plus récentes qui se dis- 
tinguent par l'observation systématique de principes 
d'arrangement déterminés, on en voit de plus an- 
ciennes, même de très anciennes dont la disposition 
remonte sûrement jusque dans le i\" et le v« siècle. 
Mais on conserva tout ce qui était venu s'ajouter au 
plan primitif dans le cours des temps; quand l'an- 
née liturgique fut parvenue à une organisation presque 
complète, on se garda de réaliser une uniformité 
stricte qui n'aurait pu être obtenue sans de grands 

' [P. Cagin.l Un mot sur l'Anliphoniile missarum, p.l l sq. 
Cf. Diclioim., t. I, col. 2303. 



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CHANT ROMAIN ET CxRECxORIEN 



300 



dommages; on préfera garder côte à côte les divers 
arrangements survenus peu à peu; parfois, même, 
on les intercala parmi les plus anciens. Ainsi, ce livre 
lie chant, répandu en même temps que le missel gré- 
!,orien en Angleterre, en France et en AUemanic, n'est 
jias une création nouvelle, ni un arrangement nou- 
veau; sinon, mainte chose aurait été changée; c'est 
im recueil, une collection riche, variée, sans cesse ac- 
crue et remaniée, un véritable a centon ». 

5. Son auteur. — Dans une étude consacrée à 
l'Antiphonaire (voir Diclionn., t. i, col. ■2443-2461), 
nous avons présenté la chaîne de témoignages histo- 
riques qui conduit jusqu'à l'évêque de Rochester, 
Putta (669-G76), formé à la science du chant par les 
disciples de saint Grégoire I". Ce texte est décisif 
en-ce qu'il écarte définitivement la candidature de 
drcgoire III, de Grégoire II et des papes grecs du 
vii= siècle'; au moment où régnaient ces papes, la 
tradition du chant romain n'avait guère à recevoir 
d'eux que des accroissements ou des modifications 
sans grande importance; le chant liturgique officiel 
ctait déjà réglé au point de faire l'objet d'un enseigne- 
ment systématique dans la sf/io/n c«;i;onz77). A