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Full text of "Les graveurs du dix-huitième siècle"

LES 



GRAVE U RS 



DU 



DIX-HUITIEME SIECLE 









TOME PREMIER 



DEUXIEME PARTIS. 



LES 



GRAVEURS 



DU 



DIX-HUITIÈME SIÈCLE 

PAR MM. 

LE BARON ROGER PORTALIS 

ET 

HENRI BÉRALDI 



TOME PREMIER 



DEUXIEME PARTIE. 




PARIS 
DAMASCÈNE MORGAND et CHARLES FÀTOUT 

55, PASSAGE DES PANORAMAS, 55 



1880 

Tous droits réservés. 



LES 



GRAVEURS 



DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



CHODOWIECKI (Daniel). 

1726-1801. 



L'art allemand est souvent lourd et peu spirituel : 
la gravure allemande en particulier, si puissante 
et si créatrice au XVI 1 ' siècle , quand arrive le 
XVIII e et qu'elle veut imiter l'art français léger et 
gracieux , ne lui emprunte que ses sujets , grivoi- 
series , bergeries et scènes de mœurs , mais non pas 
sa finesse , sa désinvolture et son laisser-aller facile : 
même quand le graveur allemand est venu étudier 
à Paris, chez les Le Bas et chez les Wille, il conserve 
toujours, qu'il y reste ou qu'il retourne dans son pays, 
une sorte de goût de terroir, dont il ne pourra jamais 
se défaire. Chodowiecki , sans faire exception à cette 
règle , a apporté dans l'exécution de ses nombreuses 
petites vignettes tant d'intentions fines et originales , 
tant d'heureux arrangements dans la manière de grou- 

I. 26 



398 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

per ses petits personnages , dans ses physionomies à 
la fois tant d'esprit et de naïveté , qu'il s'est élevé 
beaucoup au-dessus de ses compatriotes , dans cette 
spécialité de la vignette, et qu'il mérite d'être placé au 
premier rang des illustrateurs de livres allemands. 

Daniel Chodowiecki est né à Dantzig le 16 octobre 
1726. Son père , marchand droguiste, le destinait à lui 
succéder dans son commerce ; toutefois ayant appris 
jadis à peindre en miniature il enseigna ce qu'il savait de 
cet art à son fils qui y prit immédiatement le plus grand 
goût. Son père mourut : « Resté très-jeune encore à 
» la charge d'une mère sans fortune il fut placé chez 
» un épicier où il était occupé des détails du commerce 
» depuis six heures du matin jusqu'à onze heures du 
» soir. Chodowiecki, qu'un goût décidé pour le dessin 
» appelait vers d'autres occupations , souffrait de cette 
» contrainte et surtout de la position de sa mère qu'il 
» voyait dans le besoin. L'espoir de lui procurer par 
» ses dessins quelque secours , l'enchaîna au travail. 
» Pendant la nuit, retiré dans sa chambre, il y travaillait 
» jusqu'à quatre heures du matin. Mais il fut obligé de 
» quitter son épicier par suite du mauvais état où le 
» commerce était tombé. Privé plus que jamais des 
» moyens de subvenir aux besoins de sa mère , il fut 
» envoyé en 1743 à Berlin chez un oncle où il finit son 
» apprentissage en fréquentant les foires comme teneur 
» de livres. » 

Heureusement , Chodowiecki trouva dans son pa ■ 
rent un négociant qui vit dans les ouvrages de son 
neveu un nouvel objet de commerce. 11 le poussa donc 
à peindre en miniature des couvercles de boites , lui 
fît apprendre la peinture sur émail et le jeune homme 



CHODOWIECKI. 399 

devenu bientôt très-habile fut remarqué des artistes , 
mais dès qu'il eut commencé des études sérieuses , il 
abandonna ce genre inférieur. Ses dessins et ses 
eaux-fortes n'en ont pas moins toujours conservé de 
ces premiers travaux, une préciosité et un fini parti- 
culiers. 

C'est une petite eau-forte carrée, le Passe dix , 
(représentant un vieux graveur de tabatières de Berlin 
qui faisait le bouffon, jouant aux dés), qui commença sa 
réputation. La planche est signée d'Huquier à qui elle 
fut sans doute vendue , mais elle est bien de Chodo- 
wiecki. Elle fut remarquée de l'Académie de peinture 
de Berlin et cette société chargea aussitôt le jeune 
graveur de l'exécution des figures de son almanach. 
Ce fut le commencement de la vogue extraordinaire 
qu'obtint dans la seconde moitié du siècle, grâce 
au concours de l'artiste, ce genre de productions. 
Almanachs de poche de Berlin , de Gotha , de Goët- 
tingue , de Lauenbourg , tirés à des milliers d'exem- 
plaires , pendant quarante ans, Chodowiecki a rempli 
chacun d'eux de ses minuscules et vivantes compo- 
sitions. Nous allons rapidement les passer en revue. 

Un de ses premiers travaux est une suite de 12 
eaux-fortes de la Passion de Jésus-Christ. «Ce n'était 
» qu'une miniature , mais elle était d'un fini si pré- 
» cieux et en même temps d'une énergie si admirable 
» que tout le monde avait voulu la voir et en connaître 
» l'auteur. » 

Nous remarquons parmi ses premiers ouvrages, 2 Vois 
fe?nmes qui jouent à llwmbre (1758), d'autres études 
de femmes à l'eau-forte , des mendiants , des paysages 
d'après Rembrandt et Dietricy, des portraits de la 



400 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE 

famille royale de Prusse et les Adieux de Calas à sa 
famille dont nous parlons plus loin (1768). C'est alors 
que commencent les travaux pour les Almanachs. 

1769. — 12 pièces pour la comédie de Minna de 
Barnhelm , destinées à YAlmanach de Berlin , pour 
lequel il a gravé une bonne partie des séries qui 
suivent. Il est à remarquer que dans les premières 
épreuves les marges sont couvertes de caprices et 
griffonnages que le graveur a effacés ensuite. 

1770. — 12 pièces pour Y Histoire de Don Quichotte. 
Ce n'est pas une de ses meilleures illustrations. 

1771. — 12 sujets pour les Idylles de Gessner. 

1772. — 12 pièces pour Roland furieux . Cette suite 
malgré son exiguité est une des plus originales et des 
plus imprévues de l'œuvre de Chodowiecki. L'invention 
lui en appartient absolument. La petite figure ^Angé- 
lique nue est étonnante de dessin et de vérité. 

1773. — 12 sujets pour la Vie d'un Libertin. — 5 
fig. in-8 pour le 1 er volume de Sebaldus Nolhanker. 

1774. — 12 sujets pour la pièce du Déserteur de 
Sedaine , assez gracieux. — Suite de 21 petites têtes. 

1775. — 12 sujets pour Biaise Goulart. Ils sont d'une 
finesse fabuleuse, particulièrement le dernier repré- 
sentant une Visite à M me de Noyers. 

1776. — 12 sujets pour les Fables de Gellerl. — 12 
sujets pour la Vie du Prédicateur Gros (Alm. de 
Gotha). 

C'est dans cette année que Chodowiecki a dessiné 
quelques pièces pour les Souffrances du jeune 
Werther. Quelques-unes de ces pièces sont particu- 
lièrement agréables, les portraits de Charlotte d'abord, 
dont trois d'entre eux avec de petites scènes du roman 



CHODOWIECKI 404 

au bas et ceux de Werther avec la même disposition ; 
puis la scène des tartines et la chambre de Werther, 
jolies eaux-fortes qui se trouvent sur les titres de 
l'édition de Maestricht (1776). 

1777. — 12 sujets pour les Voyages de Sophie 
(Alm. de Gotha). — 12 sujets de la Vie commune. 
(Alm. de Lauenbourg). — 16 estampes pour la Vie de 
Bunkel. 

1778. — 4 vignettes pour Candide. — 12 sujets de 
Morale. (Alm. de Lauenbourg). — 12 sujets de la 
tragédie à'Hamlet . Ces figures ont été critiquées par 
Demmin , compatriote de l'artiste , qui ne veut pas 
comprendre le parti pris plaisant de certains ouvrages 
et qui s'écrie : « Rien de plus ridicule que ses illustra- 
tions de Shakespeare, véritables parodies dont les plus 
burlesques sont les eaux-fortes qu'il a exécutées pour 
une traduction de Hamlet. » — 12 planches de Coëffures 
et Coëffages Berlinois. — 12 sujets des Manières 
affectées et naturelles de la conversation. (Alm. de 
Goëttingue). 

1779. — 12 sujets de la Mauvaise éducation d'une 
Fille. — 12 planches des Poésies de Lessing. Char- 
mante suite. 

1780. — 12 sujets de Propositions de mariage. 
Assez originales et bien observées — 12 sujets pour 
les Œuvres de Voltaire. Assez bonne suite. 

1781. — Planches de Coiffures et habillements. — 
6 planches pour Y Eloge de la Folie in-8. — 12 sujets 
pour la comédie des Six plats. 

1782. — 12 sujets pour la Nouvelle Héloïse qui 
sont jolis. — 12 sujets pour Y Histoire des Croisades. 
— 12 sujets pour Huon de Bordeaux. — 12 sujets 



402 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

pour Léonard et Gerlrude , roman dans lequel se 
trouve l'une des séries les plus réussies de ces sujets 
familiers où il savait si bien montrer sa profonde con- 
naissance de la physiononie humaine. 

1783. — 12 sujets du Voyage sentimental de Sterne. 

— 12 sujets pour Gil Blas de Santillane , assez 
ordinaires. — 12 sujets de la Guerre oV Amérique. 

1784. — 12 sujets de Macbeth. (Alm. deGoëttingue). 

— 12 sujets de la comédie le Faiseur de mariages. 

1785. — 12 sujets de ï Histoire de Henri IV. — 12 
sujets pour la Cabale et V Amour de Schiller. 

178(3. — 12 sujets pour le Mariage de Figaro , une 
de ses suites les plus médiocres. — 12 sujets pour 
Candide dont le portrait de Voltaire , très-jolie série. 

— C'est à la même date qu'il faut mentionner sa belle 
suite de grandes vignettes pour Clarisse Harlowe, 
un de ses meilleurs ouvrages , composée à partir de 
1784. — 12 sujets de la Guerre de sept ans , — 12 pi. 
pour Coriolan, tragédie. — 12 sujets pour les Joyeuses 
commères de Windsor. 

1787. — 12 sujets pour l'Orage de Shakespeare. — 
12 sujets pour l'Histoire de Cêcilie. 

1788. — 12 sujets pour l'Enéide travestie. — 12 
sujets Folies à la mode. — 12 sujets pour les Anec- 
dotes de Frédéric //(Alm. de Gotha). 

1789. — 12 sujets des Qualités morales . — 12 sujets, 
Anecdotes de la Vie de Pierre le Grand,. 

1790. — 12 sujets de la tragédie de Charles IX. — 
12 sujets de la comédie des Indiens en Angleterre. — 
12 sujets tirés de l'Histoire Ancienne et Moderne. 

1791. — 12 sujets de Visites de la Mort pièces 
renouvelées de la Danse des Morts d'Holbein et qui 



CHODOWIECKI. 403 

sont curieuses par le parallèle que l'on peut établir 
entre les deux artistes, le dernier s'étant évidemment 
inspiré de son illustre prédécesseur. — 4 planches de 
Diffèrens métiers. — Frontispice et vignette pour 
Jacques le Fataliste. 

1792. — 12 Fables. — 6 sujets de YÈnëide. 

1793. — 4 planches de la Vie d'un jeune ho?nme. 
— 12 Fables de Gellert. — 12 sujets de Y Histoire du 
Moyen-Age. 

1794. — 6 sujets de Y Histoire de Tlièsèe. — 6 sujets 
de la Guerre Française. 

Et au milieu de tout cela un déluge de frontispices et 
de vignettes séparées pour des romans , des livres de 
poésies, des tragédies, des grammaires, des mémoires ; 
on en trouvera la nomenclature dans l'ouvrage de 
Heinecken, dans le catalogue de ses travaux par 
Meusel, et l'on comprendra que dans un œuvre de plu- 
sieurs milliers de pièces nous ayons dû choisir. 

La grande notoriété de Chodowiecki, le grand succès 
de la moindre de ses productions devaient attirer les 
graveurs officieux. Chodowiecki s'en défendait comme 
il pouvait et se plaignait de ce sans-gêne dans une 
lettre adressée de Berlin à Pahin de la Blancherie : 
« Il vient de paraître chez vous, Monsieur, une estampe 
» représentant le portrait de feu M. Lambert en 
» médaillon portant son nom , l'indication du lieu et de 
» l'année de sa naissance avec la date de sa mort et 
» une inscription de 4 vers, au bas desquels on lit ces 
» mots : Gravé à Paris, d'après l'esquisse de M. Daniel 
» Chodowiecki. Un bon portrait de M. Lambert serait 
» sans doute très-agréable à tous les savants et sur- 
» tout à ceux qui ont eu l'avantage de le connaître. 



404 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» Sans m'expliquer sur la bonté de celui-ci, je voudrois 
» bien, monsieur, avertir les amateurs entre les mains 
» desquels cette estampe pourra tomber, qu'elle n'a 
» point été faite par moi mais d'après une copie qu'on 
» a tirée sur une caricature que j'ai faite dans un 
» moment de gaillardise sans penser qu'on pourrait 
» jamais s'aviser de la graver. Faites moi le plaisir , 
•>> monsieur,de publier cette lettre et cet avertissement. 
» Je suis, etc.. D. Chodowiecki. » 

On a reproché à Chodowiecki cette fécondité qui a 
pu nuire en effet à la perfection de ses travaux ou tout 
au moins y produire une certaine monotonie dans la 
facture, dont ils sont , il faut le reconnaître , bien loin 
d'être exempts. Le journaliste Pahin, dans les Nouvelles 
de la République des Lettres et des Arts, avait reçu de 
Gotha et reproduisait une lettre où l'on disait de Chodo- 
wiecki, et cela dans son pays même : « Une gravure de 
» sa main est une puissante recommandation pour un 
» ouvrage , seulement les connaisseurs désireraient 
» qu'il lut plus avare de ses dessins, qu'il en fit moins 
» de commande . et qu'il ne les prostituât pas à la tête 
» de toute espèce d'ouvrages. » 

Chodowiecki eut connaissance de cette critique, qui 
l'accusait en outre d'avoir imité Hogarth dans sa Vie 
d'un Libertin. Il y répondit de Berlin le 6 avril 1779 : 
« Je dois me disculper contre quelques inculpations 
» qu'a faites à mon sujet l'auteur de la lettre de Gotha 
» du 30 janvier.... quant à la prostitution de mes 
» dessins à la tête de toutes sortes d'ouvrages, tout 
» homme qui pense devinera facilement toutes les 
» raisons queje pourrais alléguer qui m'empêchent d'y 
» obvier. La plus forte, selon moi, est queje ne suis pas 



GHODOWIECKI. 405 

» plus en état de juger des ouvrages des savants, que 
» la plupart des savants ne sont en état déjuger les 
» miens , et assez modeste pour ne pas le vouloir.... » 
Le graveur allemand se disculpe ensuite d'avoir copié 
Hogarth en disant qu'il n'avait pas une seule estampe 
de lui dans sa collection quand il a composé sa suite. 
Mais ses arguments ne brillent pas par une logique 
bien péremptoire , comme on a pu le voir. 

Chodowiecki lui aussi aborda le sujet de Calas 
dont la condamnation injuste émut tant l'Europe. La 
scène des Adieux de Calas à sa famille est assez 
touchante , malgré quelques détails puérils qui nuisent 
à l'impression qu'elle veut produire , et habilement 
exécutée. Elle eut beaucoup de succès , surtout en 
France. Les premières épreuves sont datées de 1767 , 
et les postérieures de 1768. Mais cette pièce n'a pas le 
mérite de la vérité historique, c'est une composition de 
fantaisie , tandis que l'estampe de Carmontelle , la 
Famille Calas, nous donne des portraits authentiques. 

Chodowiecki a également gravé en dehors des vi- 
gnettes quelques pièces plus importantes par les sujets 
et la dimension. L'une, qui date de 1771, est l'intéres- 
sante estampe du Cabinet d'un peintre , où il s'est 
représenté dans son cabinet avec sa famille. Autour 
d'une table placée dans une pièce ornée de tableaux 
de maîtres , sont ses filles et ses fils dans des attitudes 
diverses : sa femme à la douce physionomie est debout 
pendant que Chodowiecki occupé dans le fond à graver, 
regarde par dessus ses lunettes. Les expressions des 
acteurs de cette scène sont très-vivantes et très-bien 
rendues et les nombreux détails , fauteuils , tableaux , 
console chargée d'objets , prennent ici une valeur et 



406 LES GRAVEURS DU XVIII 1 ' SIÈCLE. 

un intérêt et concourent à impressionner le spectateur 
et à le faire entrer dans l'intimité de cette scène de 
famille. 

Signalons encore parmi les grandes estampes 
l Action près de Choczim , in fol. en largeur; Fré- 
déric II rendant visite au général Zielhen , c'est une 
grande composition historique qui nous semble moins 
bonne ; les personnages sont lourds , les têtes trop 
fortes et l'effet diffus. Les Adieux de Louis XVI à sa 
famille ne nous ont pas non plus paru très touchants. 
L'expression des physionomies est peut-être juste , 
mais elle a le tort de n'être pas heureuse. 

Les Effets de la Sensibilité sur les quatre Tempê- 
ramens, est une pièce très-finement gravée qui repré- 
sente quatre personnages manifestant chacun par des 
gestes et une expression différente , les sentiments 
dont ils sont agités en regardant le tableau de Chodo- 
wiecki, les Adieux de Calas. Celui-ci vu en raccourci 
est particulièrement bien gravé. 

Le Mariage du Prince d'Orange Guillaume IV 
avec Frêdérique-Sophie-Wilhelmine , Princesse de 
Prusse, (4 octobre 1707) est une pièce allégorique 
très-soignée où l'on voit les trois Grâces et des figures 
emblématiques de la Sagesse et de la Royauté. Le 
portrait de la princesse Frédérique-Sophie-Wilhel- 
mine , a été en même temps gravé par l'artiste avec 
une application visible. 

Les portraits de Chodowiecki ne sont pas en général 
ce qu'il a le mieux réussi. Pourtant le petit portrait d'une 
jeune femme, probablement de madame Chodowiecki 
(Chodowiecki ad, vivum fecit Berol. 1758) debout, en 
chapeau de paille , est agréable , et l'intérieur de son 



CHODOWIECKI. 407 

cabinet où il s'est représenté avec toute sa famille est 
des plus intéressants ; nous aimons assez également 
V Expérience de physique devant le Roi et la Reine 
de Prusse et leurs enfants , mais nous goûtons moins 
le portrait de Frédéric II (1758) et celui de la Prin- 
cesse Royale de Prusse (1707). Citons encore les 
portraits de Catherine II, en forme de médaille, et 
ceux de Engcl, de Gœthe, de Dietrich et de Ebrhaerd 
en médaillon (1778) , du peintre Weilsch , ceux de 
Rousseau, Voltaire, Cervantes etc. Les toutes petites 
têtes de souverains et de princes qui se trouvent sou- 
vent sur les titres des almanachs illustrés par lui sont 
également assez médiocres ; c'est en 1773 que Cho- 
dowiecki a dessiné presque tous les types et portraits 
du grand ouvrage de Lavater sur la Physionomie ; 
il en a gravé plusieurs. 

Basedow , dont il a gravé le portrait , était son ami 
et Chodowiecki a composé pour son livre élémentaire 
de dessin 66 planches qui ont été gravées par Berger, 
Gottfried Chodowiecki, son frère, et d'autres graveurs. 

Les compositions de Chodowiecki ont eu un tel 
succès à l'époque en Allemagne que le tirage des 
gravures , quelqu'étendu qu'il fût , ne parvenait pas 
à satisfaire les nombreux appréciateurs de son talent. 
11 fallut donc les faire graver à nouveau , c'est ce qui 
fait qu'une bonne partie de son œuvre existe en 
copies. Le graveur Berger est celui qui a le plus 
reproduit de ses suites pour les almanachs. Après 
lui viennent Geyser, Meil , Bause , Schellenberg et 
plusieurs autres. 

Heinecken a dit : Les productions de Chodowiecki 
sont reclierchées pour leur naïveté. C'est exact, mais 



408 LES GRAVEURS DU XVIII* SIECLE. 

incomplet. Elles sont recherchées aussi pour leur 
expression si vraie , pour leurs physionomies qui 
marquent si bien ce que l'artiste a voulu rendre , pour 
leur naturel enfin. Chodowiecki cherchait la vérité de 
l'attitude , du geste , du regard ; aussi ne cessait-il de 
consulter la nature. Il a pris soin dans la Lettre adressée 
à Formey , et dont nous avons déjà reproduit un 
passage, de donner quelques conseils aux jeunes 
artistes en se proposant comme exemple : « Les jeunes 
» gens qui se vouent aux arts sont rarement conduits 
» de façon à se pouvoir promettre beaucoup de succès 
» de leurs études ; on les fait trop longtemps copier 
» d'après des estampes ou des tableaux qui , pour la 
» plupart , sont maniérés. Quand , après cela , ils 
» veulent travailler d "après nature , ils trouvent que la 
» nature ne ressemble pas à ce qu'ils ont été accou- 
» tumés de copier ; on leur a beaucoup parlé d'un idéal 
» que l'artiste doit avoir présent à l'esprit ; ils prennent 
» faussement la manière de leur maître pour cet idéal 
» et corrigent la nature par le moyen de ce prétendu 
» idéal... Pour moi qui me suis formé par moi-même 
» et sans maître et qui n'ai étudié que la nature , sans 
» savoir qu'il existait quelque chose qu'on appelle un 
» idéal , je dois peut-être attribuer à cela même la 
» vérité qu'on a la bonté de trouver dans mes 
» ouvrages. » 

On voit que Chodowiecki avait pris le bon parti en 
prenant pour maître la nature et en la consultant sans 
cesse ; mais outre ces qualités de naturel , il avait 
d'incontestables qualités d'esprit et cet esprit était 
d'une tournure gaie et enjouée qui s'accordait bien 
avec le genre de livres qu'il a eu à illustrer. 



CHODOWIECKI. 409 

Tous ces romans , toutes ces vignettes de mœurs , 
nous montrent le petit côté de la vie , mais le côté 
auquel on s'intéresse toujours , celui de la vie domes- 
tique , et cela avec esprit et verve ; aussi M. Duplessis 
a-t-il pu dire avec raison que Chodowiecki est sans 
contredit l'artiste le plus réellement spirituel que 
l'Allemagne ait produit. 

Son œuvre qui comprend au moins 3,000 pièces , 
était fort difficile à former, même de son vivant , en 
premières épreuves qui sont celles sur les marges des- 
quelles l'artiste a laissé courir en caprices sa pointe 
facile. Huber et Rost dans leur Manuel des Curieux 
signalaient déjà cette difficulté : « Depuis quelques 
» années , il s'est formé un grand nombre de curieux 
» qui se sont fait un plaisir de rechercher et de com- 
» plèter son œuvre ; mais aujourd'hui ils se plaignent 
» qu'on leur rend cette tâche un peu difficile parceque 
» M. Chodowiecki, peut-être par un excès de complai- 
» sance pour quelques amateurs qui veulent avoir de 
» certaines préférences , trace d'une pointe légère 
» quelques pensées sur la marge de ses gravures 
» d'almanach. De ces premiers , il tire un petit nombre 
» d'épreuves qu'il vend le double du prix ordinaire. 
» Ce procédé a déjà dégoûté plus d'un curieux , qui 
» désiroit d'avoir tout et qui ne peut y parvenir , de 
» continuer à compléter son œuvre. » 

Quoiqu'il en soit , un certain nombre de collection- 
neurs avaient entrepris au siècle dernier cette tâche 
ardue ; comme on avait écrit qu'il n'y avait qu'une 
seule collection complète de son œuvre, celle du prince 
de Saxe-Gotha, Chodowiecki prit la peine de démentir 
ce bruit et signala d'autres collections chez le peintre 



410 LES GRAVEURS DU XVIII'- SIÈCLE. 

Falbe, les graveurs Berger et Zingg ses amis, à Zurich 
chez Lavater, à Amsterdam chez Ploos Van Amstel et 
chez beaucoup d'autres. 

Il existe outre la liste déjà fort nombreuse publiée 
par Heinecken, dans le 4 me volume de son Dictionnaire 
de Graveurs (ouvrage qui s'arrête à la lettre D) , un 
Catalogue des Estampes gravées par Daniel Chodo- 
wiecki (1796) , in-12. 

Le catalogue de ces mêmes estampes , rédigé par 
Meusel, se trouve dans ses Miscellanèes sur les 
Beaux- Arts. 

Le portrait de profil de Chodowiecki gravé par 
Zingg est très-caractéristique et semble bien rendre 
la physionomie accidentée du célèbre vignettiste. 
Schellenberg a également gravé un portrait du maître. 

Chodowiecki mourut en 1801 , à Berlin où il était 
directeur de l'Académie des arts et sciences méca- 
niques. 



CHOFFARD (Pierre-Philippe 



1730-1809. 



Quel plus agréable régal pour les yeux que d'en- 
tr'ouvrir un livre illustré , comme le Jugement de 
Paris , les Saisons , les Contes de La Fontaine des 
fermiers généraux , ou encore les Métamorphoses 
d'Ovide , et d'y apercevoir ces délicieux fleurons, ces 
culs-de-lampe si ingénieusement composés et si spiri- 
tuellement gravés? Qui n'a regardé avec plaisir ces 
cartouches , ces cadres , ces adresses où s'enroulent 
capricieusement les guirlandes , où figurent , toujours 
assemblés avec un goût suprême, les attributs les plus 
divers? L'artiste qui nous a légué les meilleures de 
ces élégantes productions , c'est Ghoffard , le maître 
ornemaniste du XVIII e siècle. 

Nul mieux que lui n'a su réunir en un choix plus 
heureux les objets qu'il faisait entrer dans ses compo- 
sitions , ni les renouveler dans un plus ingénieux 
agencement de manière à ne se répéter jamais. 
Exécution nerveuse et précise , pointe amusante et 
spirituelle , burin , comme on l'a dit souvent , à la 
fois ferme, transparent et léger, grande sûreté de goût 
et remarquable facilité, Ghoffard avait les qualités d'un 
artiste de premier ordre. 



412 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Né à Paris en 1730 (en 1736 d'après Joubert), d'une 
famille peu aisée , Choffard , ayant perdu son père à 
l'âge de dix ans , resta à la charge de sa mère dont le 
commerce périclitait assez pour qu'elle fût obligée de 
retirer son fils de la pension où elle l'avait placé. 
L'enfant dessinait déjà avec goût des fleurs et des 
ornements sur les marges de ses livres ; l'idée vint à 
sa mère de cultiver ces dispositions naissantes en le 
plaçant chez un graveur de plans et de cartes nommé 
Dheulland. Choffard s'essaya dans cet atelier à 
composer et à graver des cartouches et des ornements 
pour les cartes de géographie , circonstance qui 
décida de sa vocation. De bonne heure il reçut les 
conseils des maîtres de la gravure et suivit les leçons 
de Babel , graveur d'ornements , dont on retrouve 
l'influence dans ses premiers travaux. Le vieux 
Nicolas Edelinck , Balechou , Cochin passent aussi 
pour lui avoir été utiles par leurs leçons et leur 
exemple. Au surplus Choffard, élève des quais, 
comme il se plaisait à le dire , s'est surtout formé lui- 
même et c'est bien à lui seul qu'on doit faire honneur 
de la richesse de son imagination et de la chaleur de 
ses eaux-fortes. 

Le catalogue raisonné qui va suivre et qui établit 
pour la première fois la classification et la description 
de l'œuvre de Choffard, nous dispense de nous étendre 
longuement sur ses travaux; nous allons rapidement 
indiquer ici ses principales productions. 

Après les cartouches de cartes de géographie, datés 
de 1753 à 1756, et qui sont ses débuts , notre ornema- 
niste déjà fort habile, grave des billets d'invitation bien 
tournés , des ex-libris et des adresses comme celles 



GHOFFARD. H 3 

â'Aubert , marchand et graveur , (1750) , du libraire 
Prault fils, du graveur de lettres Lattre (1759), ses 
coquettes adresses à lui-même, et des encadrements 
dans le goût de son premier maître Babel; il collabore 
aussi pour deux pièces aux Fables de La Fontaine 
illustrées par Oudry , et pour le frontispice , aux 
estampes galantes de Boccace. 

Ces travaux attirèrent l'attention sur Ghoffard , et 
lui valurent la commande de tous les culs-de-lampe 
destinés à orner la célèbre édition des Contes de La 
Fontaine patronnée et payée par les Fermiers géné- 
raux. Tous les amateurs connaissent et ont admiré la 
fertilité d'invention , le goût que l'artiste a répandu à 
profusion dans cette nombreuse série de petites eaux- 
fortes placées à la fin de chaque conte et qui en 
rappellent le sujet par quelque accessoire. Cette suite 
de cinquante-trois pièces datées de 1761 et 1762 est 
un chef-d'œuvre ; elle se termine par le portrait du 
graveur, profil intelligent et bon, que Ghoffard a placé, 
en forme de médaille , dans le cul - de - lampe du 
Rossignol. 

Viennent ensuite quantité d'armoiries , de titres , 
d'adresses , de dédicaces , de frontispices , de cadres 
ornés ; des Vues perspectives de la place Louis XV 
à Rheims gravées d'après les dessins de l'ingénieur 
Legendre (1764) , des Vues de Bordeaux , des figures 
pour les Almanachs Iconologiques etc,.. Lorsque 
Desfriches veut avoir la gravure de sa grande Vue 
d'Orléans prise de la rive gauche de la Loire , animée 
de groupes de mariniers et de promeneurs que Cochin 
passe pour avoir dessinés , c'est à Choffard que l'on 
s'adresse pour ce travail dont l'eau-forte est si lumi- 
r. -m 



414 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

neuse et qui fut largement payé , sans doute , par le 
riche négociant artiste d'Orléans. Cochin se chargea 
d'en faire parvenir les épreuves à Desfriches. Il lui 
écrivait de Paris le 6 janvier 1767 : 

« Monsieur et ami , vous devez avoir reçu les deux 
» cent cinquante estampes de la vue d'Orléans qui ont 
» été mises au carrosse à votre adresse la veille de 
» Noël. Vous me ferez plaisir de me faire savoir si elles 
» vous sont parvenues sans accident ; nous avons pris 
» toutes les précautions que nous avons pu imaginer 
» pour en assurer le transport. M. de Cypierre * a fait 
» prendre chez moi par M. Choffard les cinquante 
» autres pour être à portée d'en distribuer le jour 
» de la présentation . Ainsi voilà tout fait de ma 
» part. » 

Un des principaux titres de gloire de Choffard est sa 
série des grands fleurons placés en tête de chaque 
livre des Métamorphoses d'Ovide de l'édition de 
Basan et Le Mire (1767) , pour lesquelles il a aussi 
gravé les frontispices et ce joli cadre enguirlandé de 
rubans et de fleurs qui court autour des figures : « De 
» toutes les compositions de Choffard , écrivait le 
» graveur Ponce , celles des vignettes des Mêlamor- 
» phoses sont sans contredit les plus piquantes et celles 
» dans lesquelles on trouve le plus de génie et de 
» goût. Chacun des sujets forme à lui seul un poëme 
» dans lequel la substance de la fable est conservée 
» en entier et chacun des incidents indiqués jusque 
» dans ses moindres détails par des accessoires qui 

1 M. de Cypierre était Intendant de l'Orléanais, et c'est lui qui devait 
présenter l'estampe au Duc d'Orléans, à qui elle est dédiée. 



GHOFFARD. -M5 

» peignent les faits au moyen des allégories les plus 
» fines. » 

Le grand fleuron qui termine cette illustration si bien 
comprise , est particulièrement intéressant en ce qu'il 
forme une espèce d'apothéose des dessinateurs et des 
graveurs qui ont collaboré à ce beau livre et dont les 
noms se lisent sur des médailles au milieu des rayons 
de la gloire. 

C'est vers cette même époque (1767) que Choffard a 
produit plusieurs estampes importantes , les Amours 
champêtres ou Petite Idylle galante , et les Amants 
surpris, gravés d'après les « gouasses » sensuelles de 
Baudouin. Nul ne sait mieux décrire de semblables 
sujets que Diderot , qui traite le peintre de bon garçon 
avec de la figure et de l'esprit, quoiqu'un peu libertin : 
« Ma femme a ses quarante-cinq ans passés et il n'ap- 
» prochera pas de ma fille, ni lui ni ses compositions. » 

Voici la description de la Petite Idylle galante : « A 
» la porte d'une ferme au-dessus d'un colombier , une 
» jeune paysanne assise ou plutôt voluptueusement 
» renversée sur un banc de pierre ; derrière elle sa 
» sœur cadette debout. Elles regardent toutes deux 
» deux pigeons qui sont à terre , à quelque distance et 
» qui se caressent. L'ainée rêve et soupire ; la cadette 
» lui fait signe du doigt de ne pas effaroucher les deux 
» oiseaux. Au haut de la maison , à la fenêtre d'un 
» grenier à foin , un jeune paysan sourit malignement 
» de l'indiscrétion voluptueuse de l'une et de la crainte 
» ingénue de l'autre. » 

Quant aux Amants surpris, pièce également gravée 
par Choffard « la scène est dans une cave. La fille et 
» son doux ami en étaient sur un point, sur un point... 



416 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» c'est dire assez que ne le dire point... lorsque la 
» mère est arrivée justement , justement... C'est dire 
» encore ceci bien clairement. La mère est en grande 
» colère ; elle a les deux poings sur les côtés. Sa fille 
» debout , ayant derrière elle une belle botte de paille 
» fraichement foulée , baisse les yeux et pleure ; elle 
» n'a pas eu le temps de rajuster son corset et son 
» fichu , et il y parait bien. A côté d'elle sur le milieu 
» de l'escalier de la cave , on voit par le dos un gros 
» garçon qui s'esquive. A la position de ses bras et de 
» ses mains , on n'est aucunement en doute sur la 
» partie de son vêtement qu'il relève... Gela est tout à 
» fait libertin ; mais on peut aller jusque là. Je regarde, 
» je souris et je passe. » 

Ces deux estampes de Choffard, bien que n'étant pas 
à la hauteur des pièces analogues de Simonet ou de 
Nicolas de Launay sont pourtant agréables et soigneu- 
sement interprétées. Plus tard, en 1782, notre graveur 
a de nouveau reproduit une composition de Baudouin, 
celle connue sous le nom de la Fille mal gardée ou 
encore Marchez tout doux , parlez tout bas. Ce sont 
les mots qu'une jeune fille en déshabillé semble dire à 
un jeune garçon qui entre par la fenêtre ses souliers à 
la main. La traduction de ce léger sujet est charmante. 

A partir de la publication des Métamorphoses , 
Choflard est désormais hors de pair. Toujours alerte 
à grouper son matériel iconologique , il compose et 
grave à lui seul l'ornementation entière de plusieurs 
des livres les plus renommés de cette époque. Les 
en-têtes du poëme des Saisons de Saint -Lambert (1769), 
nous montrent avec ingéniosité le laboureur au prin- 
temps, le moissonneur en été, le chasseur à l'automne, 



CHOFFARD. 447 

et les loups en hiver ; compositions qu'il a regravées 
avec quelques changements en 1775 , pour une autre 
édition des Saisons illustrée par Moreau. Il orne de 
fleurons le Jugement de Paris, d'imbert (1772), 
et enrichit d'une admirable suite de culs-de-lampe 
l'Histoire de la Maison de Bourbon, de Désormeaux 
(1779-88). Dans ces livres , comme dans ses ex-libris 
et adresses, il a porté à un si haut degré l'art d'agencer 
les petits sujets d'ornement que Renouvier l'a appelé 
avec raison « l'artiste le plus considérable dans la 
guirlande. » Les pièces qu'il nous a laissées en ce 
genre sont devenues aujourd'hui l'objet des recherches 
passionnées de nos bibliophiles, des Pichon, des 
Foule, des Rœderer, des Paillet *. 

Outre ses propres dessins, il grave encore des 
vignettes d'après les dessins des illustrateurs en 
vogue : toutes les figures de la Dunciade , d'après 
Monnet, quelques-unes pour les Comédies de Térence, 
d'après Cochin, pour Emile d'après Moreau, etc. 

1 La bibliothèque de M. Eugène Paillet mérite la grande réputation 
dont elle jouit. C'est la collection d'un amateur éclectique , connaissant 
à la fois le livre, la reliure et la gravure, ce qui est rare (car les biblio- 
philes purs sont généralement mauvais iconophiles, et vice-versâ); 
c'est en quelque sorte, un résumé de l'histoire du livre, depuis le 
manuscrit, l'incunable, le roman de chevalerie, les impressions de Simon 
Vostre et de Geoffroy Tory, jusqu'au moderne romantique , en passant 
par les Elzevier, par les éditions originales de nos grands classiques , 
par les livres à figures. A côté des reliures de provenances célèbres , a 
côté des modèles exquis que nous ont légués lesPadeloup, les Le Gascon 
et les Derôme , on y trouve d'admirables spécimens de la reliure con- 
temporaine , des dorures habiles de Lortic , de merveilleuses dentelles 
et mosaïques de Trautz-Bauzonnet , l'artiste au goût parfait, à la main 
vigoureuse et sûre. 

Mais ce qui fait la gloire de cette bibliothèque, c'est une incomparable 



418 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Les frontispices du Cabinet de Choiseul (1771) des 
Catalogues de Mariette (1775) et de Neyman (1776) , 
sont composés et gravés par Choffard. 

Ghoffard a encore exécuté pour les Préjugés mili- 
taires du Prince de Ligne (1780), une série de petites 
vues de batailles , très-finement traitées ; enfin il a 
travaillé à plusieurs des grands Voyages de la fin du 
siècle, au Voyage pittoresque de la Grèce pour lequel 

réunion des plus beaux livres à figures du XVIII e siècle, et dans quelle 
condition ! Qu'on en juge : 

les Fables de La Fontaine, figures d'Oudry, reliure de Derôme à 
large dentelle, — c'est peut-être le plus bel exemplaire connu ; 

le Molière de Boucher, reliure aux armes de Caraman-Chimay ; 

les Métamorphoses d'Ovide , avec toutes les eaux-fortes; 

les Chansons de La Borde , avec les eaux-fortes des quatre volumes ; 

le Temple de Guide , figures d'Eisen avant la lettre ; 

le Temple de Guida , figures de Monnet avant la lettre ; 

V Origine des Grâces , figures de Cochin avant la lettre ; 

le Molière de Bret , avant la lettre ; 

le Voltaire de Kebl , avant la lettre ; 

les Grâces , avant la lettre ; 

le Monument du Costume , avant la lettre. 

La série des livres à fleurons est remarquable par le soin apporté au 
choix des épreuves et la richesse des reliures : 

les Baisers , avec les fleurons tirés à part ; 

les Fables de Dorât , avec tous les fleurons tirés hors texte ■ 

Anacre'on , avec tous les fleurons d'Eisen tirés à part ; 

les Petits Conteurs et la Pucelle , cinq volumes toutes les vignettes 
tirées hors texte ; 

l'Histoire de la Maison de Bourbon , les Saisons , le Jugement de 
Paris , avec les figures de Moreau avant la lettre et les fleurons de 
Choffard tirés hors texte. 

Les ouvrages de la collection Bleuet , Manon Lescaut et autres, sont 
en grand papier, avec les eaux-fortes. 

Nous en passons, et de premier ordre, comme le Rousseau de Marillier, 
les collections de Smirke avant la lettre ; mais nous ne pouvons omettre 
la fameuse Folle Journée, figures avant la lettre et eaux-fortes. 

Terminons nos citations par les Idylles de Berquin, avec de 



CHOFFARD. 4*9 

il a gravé des vues d'après Hilair et des fleurons , et 
au Voyagea Naples et en Sicile de l'abbé de Saint-Non 
(1780) , auquel il a collaboré pour plusieurs magni- 
fiques fleurons , pour quelques vues et surtout pour 
un grand nombre de planches d'antiquités, de bronzes, 
de trépieds découverts dans les fouilles d'Herculanum, 
et de plans de monuments antiques. 
Cette collaboration donna lieu à une plainte de la 

ravissants dessins jetés de verve sur le papier par Marillier ; et enfin 
( le bouquet ! ) : 

les Contes de La Fontaine, manuscrit in-4 , relié en maroquin rouge, 
et renfermant la précieuse série de cinquante-sept dessins originaux de 
Fragonard. 

Après cette merveille, on ne saurait plus rien ajouter. 
Mais ce dont on ne peut se rendre compte que de visu, c'est la condi- 
tion splendide de toutes ces illustrations. Pas un défaut , pas une tache, 
pas une épreuve douteuse! M. Paillet , comme il le dit lui-même, 
cherche la petite bête. Son coup-d'œil perçant bien connu, est la 
terreur des libraires et des bibliophiles ; n'essayez point de lui cacher 
une tare , un lavage, une déchirure , un raccommodage : peine perdue ; 

tout défaut, il le verra et il le dira. 

S'il est sévère aux livres des autres, il est sans faiblesse pour les siens ; 
toute gravure qui pèche par quelque côté est chassée et remplacée : 
c'est ainsi qu'il est arrivé à la perfection. 

M Paillet n'est point de ces amateurs sans décision qui ont suivi 
passivement le grand courant du XVIIP siècle ; il est de ceux qui l'ont 
établi cela est bien mieux. Nul plus que lui n'a contribué à répandre 
le goût des livres a figures. Chaque dimanche , l'élite des bibliophiles 
français et étrangers est reçue par lui avec la plus cordiale aftabihte ; 
les bibliothèques sont ouvertes , les livres , les précieuses images mis a 
la disposition de tous. On peut étudier, comparer, mesurer à l'elzevmo- 
mètre la hauteur du Pastissier français ou de Y Illustre Théâtre , faire 
miroiter les mosaïques , pincer les coiffes d'une main de connaisseur, 
juger au toucher seul la qualité du maroquin , et au poids l'homogénéité 
du corps d'ouvrage, exécuter tous ces petits manèges, cette auscultation 
du livre, discuter, critiquer sans crainte de jamais paraître importun ou 
indiscret. C'est dans ces réunions hebdomadaires que maint collectionneur 
s'est formé, et que se sont traitées maintes grosses affaires de bibliophilie. 



420 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

part d'un graveur profondément inconnu du reste 
nommé Stagnon , qui crut devoir réclamer dans les 
Nouvelles de la République des lettres et des arts , 
contre l'adjonction du nom de Choffard à deux 
planches auxquelles il avait travaillé , en adressant la 
lettre suivante à son directeur, Pahin de la Blan- 
cherie : 

« Monsieur, je ne sais quel est le motif qui a 
» porté à effacer mon nom de dessus les deux planches 
» de la 5 me livraison du Voyage pittoresque d'Italie , 
» pour y substituer celui de M. Choffard , tandis que 
» c'est moi qui les ai absolument finies , chose que je 
» suis à portée et en droit de prouver i ... Cet ouvrage 
» étant destiné à être placé dans presque tous les 
» cabinets de l'Europe , je ne puis être indifférent à 
» me voir privé du fruit le plus flatteur de mon travail, 
» et je réclame pour que ma lettre soit insérée dans 
» les Nouvelles de la République des Lettres , cette 
» impartialité et cette justice que vous n'avez pas 
» seulement promises pour toutes les parties de votre 
» établissement, mais que l'on vous voit observer avec 
» tant de courage. Je suis... etc. » 

Il est bien probable que les planches en question 
durent être retouchées par Choffard , pour être mises 
à la hauteur de cette belle publication et la récla- 
mation de Stagnon devait surtout avoir pour cause son 
amour-propre blessé. 

1 Ce sont les numéros 36 et 38 , et chacune d'elles porte gravé par 
Stagnon , terminé par Choffard. Stagnon (Antoine-Marie) , graveur 
des sceaux du roi de Sardaigne, auteur de suites de costumes de fsmmes 
(1T80) et de militaires (1190) , a gravé plusieurs planches du Cabinet 
du Duc de Choiseul. 



CHOFFARD 421 

Pendant la Révolution on retrouve le nom de 
Choffard sur quelques médailles pour des sociétés poli- 
tiques. Notre graveur signe encore quelques vignettes, 
d'après Monsiau, pour les Confessions , dans l'édition 
des Œuvres de Rousseau, de Defer de Maisonneuve , 
d'après Le Barbier, pour les Lettres d'une Péru- 
vienne, etc. 

Il compose le joli fleuron du titre des Contes de 
La Fontaine illustrés par Fragonard (1795) ; enfin , 
dans les dernières années de sa vie , il grave d'une 
main assez ferme les froides illustrations de Garnier 
pour les Œuvres de Racine , pour Atala et René. 
Glissons sur cette dernière et peu brillante période 
de sa carrière. 

Bien que Choffard n'ait gravé que quelques por- 
traits de petit format , il doit être incontestablement 
placé comme Le Mire ou Gaucher, au nombre des 
meilleurs graveurs qui se sont exercés « dans un 
» genre qui est à la grande gravure de portrait ce que 
» la vignette est à la gravure d'histoire. » Le portrait 
du Duc de la Rochefoucauld, auteur des maximes , 
est très-fin , et rend bien la préciosité et le joli de 
l'émail de Petitot d'après lequel il a été gravé. Celui 
du capitaine de vaisseau de Rossel l auquel sa fille 

* Le capitaine de vaisseau de Rossel était lui-même un artiste d'un 
certain talent , qui avait été chargé par le roi de peindre les principaux 
combats des dernières guerres. Il n'avait été fait que des conventions 
verbales entre le Ministre de la Marine Lacoste et lui ; aussi , quand il 
fut question de règlement , y eut-il contestation , M. de Rossel réclamant 
3,000 fr. pour chacune des peintures , sur lesquelles il avait déjà reçu 
d'ailleurs une somme considérée comme suffisamment rémunératrice. 
On dut nommer des experts, pris parmi les peintres de l'Académie, pour 
trancher ce différend. Ceci se passait en juillet 1792. 



422 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

présente une branche de laurier, et le petit profil de 
Basan, destiné à orner le Dictionnaire des graveurs, 
sont d'un travail remarquablement fin et serré. 

Choffard a laissé la réputation d'un artiste amoureux 
de son art , quittant difficilement un ouvrage à moins 
qu'il n'en fût absolument satisfait, et ne calculant 
jamais par les honoraires qu'il devait recevoir, le 
temps qu'il y mettait. 11 était encore toujours prêt à 
obliger ses confrères et à mettre sa grande habileté à 
leur disposition. Ponce, son contemporain, lui a rendu 
dans une Notice nécrologique cet hommage : « Lorsque 
» l'un d'eux avait recours à lui pour un objet de 
» perspective ou d'ornement , genre dans lequel il 
» excellait : apportez-moi votre travail , lui disait-il , 
» et laissez-le moi afin que je le considère à loisir. 
» Vous étiez sûr , lorsque vous retourniez chez lui, de 
» trouver la partie qui vous inquiétait entièrement 
» faite ; mais ce qui mettait le comble à la délicatesse 
» de son procédé , c'est que jamais vous ne pouviez 
» parvenir à lui faire accepter le juste tribut de votre 
» reconnaissance. » 

Ponce ajoute que ce désir d'être agréable le suivait 
partout , en même temps que son extrême modestie et 
la crainte d'être à charge à quelqu'un. Je l'ai vu 
souvent arriver à la campagne , dit-il , avec le petit 
pain en poche pour le dogue de la porte, les gimblettes 
pour le petit chien , les bonbons pour les enfants , les 
fleurs ou le flacon pour la maîtresse de la maison et le 
gros écu pour les domestiques. 

Ces larges façons d'agir n'avaient pas , comme on 
peut le penser , contribué à augmenter beaucoup 
l'avoir de Choflàrd. L'artiste était obligé sur la 



CHOFFARD. 423 

fin de sa vie d'accepter des besognes fastidieuses, 
de pauvres vignettes pour des romans plus pauvres 
encore. Tels étaient les travaux qu'il faisait pour le 
roman des Trois Femmes , de M me de Charrière , et 
autres élucubrations de même ordre. Nous trouvons 
dans une des lettres que le peintre graveur Legrand 
écrivait le 13 Thermidor an VI à cette dame dont il 
était le factotum à Paris , ce curieux passage : 

« J'ai vu Couché. Il retouchera la première planche. 
» Il prétend qu'elle deviendra bien, j'en doute fort, enfin 
» nous verrons. Il faut que je retouche une épreuve 
» et que je retouche encore les épreuves subséquentes 
» jusqu'à et qu'elles soient dans un état suportable. Il 
» se plaint toujours que l'eau-forte a trop mordu. Ce 
» n'est pas cela, c'est le talent qui manque. Les autres 
» desseins sont en train , ne vous inquiétés pas. Mais 
» il faudrait que vous eussiés la complaisance de me 
» procurer les moyens de donner quelques à-comptes 
» à Choffard. Il a beaucoup moins les moyens de faire 
» des avances que le richard Couché qui parrait avoir 
» bien des regrets d'avoir entrepris cette affaire et qui 
» m'a dit que son beau-frère avait eu bien meilleur nez 
» que lui en refusant de travailler pour vous. Et moi 
» je dis qu'il aura un pied de nez quand il verra des 
» gravures meilleures que les siennes... adieu, excusés 
» mon chagrin mais croyés qu'il est motivé par une 
» position fort critique... Je tâcherai de rapeller mon 
» courage. J'en ai besoin. Vous enverrés la sôme que 
» vous jugerés à propos pour que je la fasse passer 
» à Choffard. Les artistes dont vous me parlés dans 
» votre avant-dernière sont morts.... Et moi aussi je 
» voudrois être mort après tout ce que je vois. Adieu 



424 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» mes homages s'il vous plaît à M. de Charrière et a 
» vos charmantes demoiselles. » 

Choffard avec son heureux caractère eut un grand 
nombre d'amis ; il fut lié avec Joseph Vernet , avec 
Vien , avec Gochin ; il était des promenades aux 
environs de Paris, dirigées par Wille. Quand le prince 
de Nassau-Saarbrùck propose au célèbre graveur de 
portraits un aussi petit travail que celui de graver ses 
armes : « Cela me fit rire , écrit-il, mais je me suis 
excusé en lui donnant M. Choffard qui fait bien les 
ornements. » 

En 1793 , les artistes qui ne voulaient pas être 
suspects au nouvel ordre de choses furent tenus de 
rendre leurs brevets de membres des ci-devant Acadé- 
mies Royales , à la Commune des Arts. Wille avait 
déjà fait sur cet autel le sacrifice de ses patentes des 
académies de Rouen et de Paris. 

« Ayant retrouvé, — écrit Wille le 9 octobre 1793, et 
» c'est ainsi que se termine son intéressant Journal — 
» quatre de ces patentes (celles de Vienne , d'Augs- 
» bourg, de Copenhague et de Berlin) je les ai portées 
» chez mon ami le citoyen Choffard qui doit aller ce 
» soir à la Commune des Arts , le priant de remettre 
» les patentes sur le bureau , ce qu'il a promis de faire 
» avec plaisir; car je ne pouvois pas m'y rendre moi- 
» même à cause d'un mal d'oreille. » 

Peu de graveurs étaient plus à même que Choffard, 
d'écrire sur la gravure. Instruit , habile dans son art, 
et doué d'un jugement sain , il ne pouvait en prenant 
la plume qu'éclairer son histoire d'aperçus ingénieux. 
C'est ce qu'il a fait dans une Notice historique 
sur l'art de la gravure parue en 1804 , où il passe 



C HO F FARD. 425 

rapidement en revue les principaux artistes qui s'y 
sont illustrés. Contentons-nous de détacher de l'avant- 
propos cette remarque : « Quand le graveur sent bien 
» son sujet , il rend avec les grâces du pinceau les 
» douces carnations d'Adonis et de Vénus et avec 
» l'énergie du ciseau les formes prononcées de Mars 
» et Milon. Il ose plus. Il lutte avec ses originaux pour 
» l'expression de la vie et celle des passions et des 
» affections de l'âme. Ainsi le burin dans sa main 
» industrieuse , comme le ciseau , le pinceau et la 
» plume dans celles du sculpteur , du peintre et du 
» poëte devient la baguette avec laquelle l'enchanteur 
» opère ses prestiges. » 

Peut-on mieux définir le rôle de ces traducteurs et 
vulgarisateurs de l'art qui font l'objet de ce livre? 

Ghoffard est mort à Paris le 7 mars 1809. 

« Nul n'a laissé plus de marques de talent que cet 
» artiste respectable, écrivait le libraire Biaise. Favo- 
» risé de la nature et des Muses , celles-ci l'avaient 
» comblé de leurs dons les plus précieux ; et son cœur 
» généreux leur rendit encore plus qu'il n'avait reçu 
» d'elles ! Né laborieux et intelligent, tous les moments 
» de sa vie ont été voués à son art.... Nul n'avait plus 
» de goût que lui pour le choix et la distribution des 
» objets qui entraient dans ses compositions; nul 
» n'avait plus d'intelligence , et plus de grâces pour 
» l'agencement et l'enchaînement des sujets ; quelque 
» aride que fût le programme qu'on lui donnait , il 
» avait l'art par excellence de l'enrichir et de le 
» rendre intéressant. » 

11 méditait un ouvrage très-étendu sur la gravure , 
mais il fut frappé par la mort au moment où il allait 



426 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

l'entreprendre. « Son génie semblait se ranimer encore 
» à son heure dernière ; il était tellement occupé de 
» son projet qu'il ne voyait point la faux du Temps 
» suspendue sur sa tête blanchie par le travail et 
» chargée de soixante-dix -huit printemps. » Une heure 
avant sa mort , Choffard envoyait chercher du papier 
pour faire la réduction d'un tableau de Legrand, qu'il 
voulait graver pour son traité de la gravure. 

Nous avons cherché à établir le catalogue de 
Choffard dans une forme concise, quoique descriptive, 
afin qu'il demeurât possible de se rendre compte, par 
une lecture rapide , de l'ensemble de l'œuvre , qui est 
d'environ neuf cents pièces. Fidèles au principe que 
nous avons adopté et qui nous paraît utile pour les 
personnes encore peu familiarisées avec la gravure, 
nous appelons l'attention par les dimensions même des 
caractères typographiques sur l'importance des pièces ; 
de la sorte , le collectionneur qui veut s'attaquer à 
l'œuvre sait immédiatement où il doit frapper les coups 
décisifs. 

Les divisions introduites dans le classement sont 
destinées à faciliter les recherches. Ce sont d'abord 
les Estampes , pièces peu nombreuses , et dans les- 
quelles Choffard, comme nous l'avons fait remarquer, 
ne s'est pas montré supérieur à ses habiles rivaux . 
de Launay, Ponce ou Simonet. Puis les Portraits, où 
se distinguent quelques petites pièces d'une admirable 
finesse. Nous appelons ensuite l'attention sur quelques 
Encadrements par lesquels Choffard a fait valoir des 
portraits gravés par Ficquet, Gaucher ou Saint- Aubin. 
Les pièces qui suivent : Ex-libris , Cartes de Visite , 
Adresses , Etiquettes , Médailles pour sociétés poli- 



GHOFFARD. 427 

tiques, Ecrans, Cahiers d'Ornements, nous montrent 
Choffard dans son véritable élément, et s'abandonnant 
à tous les caprices de son esprit inventif. 

Avec les Cartouches pour Titres de Cartes Géogra- 
phiques, nous entrons dans l'application de la gravure 
au livre. Les Titres sont décrits sous une rubrique 
spéciale, parce qu'ils participent à la fois de l'encadre- 
ment et de la vignette , et qu'ils sont recherchés par 
les collectionneurs d'ornements. Les Fleurons nous 
font voir dans tout son éclat, le dessinateur spirituel et 
ingénieux, le graveur sans égal pour placer un motif 
à la tête d'une page ou à la fin d'un chapitre. Les 
Vignettes viennent ensuite, bien gravées assurément , 
mais non point supérieures à celles des autres artistes 
qui se sont distingués dans ce genre ; si les eaux-fortes 
en ont beaucoup d'éclat, il faut reconnaître que le tra- 
vail de burin qui les termine est quelquefois un peu 
trop sec. 

Nous rejetons à la fin, en les séparant des vignettes, 
qui sont destinées à l'amusement du lecteur, les 
Planches, qui visent à son instruction et ont pour but 
d'expliquer certains passages d'ouvrages techniques. 
Les pièces de ce genre n'offrent nul intérêt; les décrire 
avec complaisance serait en quelque sorte tromper le 
lecteur, en lui faisant croire à une valeur qu'elles n'ont 
pas , en détournant son attention des morceaux 
importants de l'œuvre pour la reporter sur des scories. 
Il y a du reste fort peu de ces non-valeurs ; Choffard 
est vraiment exceptionnel sous ce rapport : avec lui, 
tout est bon , et de plus sa gravure nerveuse est d'une 
fermeté à toute épreuve. 

L'œuvre de Choffard au Cabinet des Estampes 



428 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

forme deux volumes in-folio ; c'est un recueil précieux 
réuni par Biaise , l'ami du graveur , en 1812. 



CATALOGUE RAISONNE 
DE L'ŒUVRE DE P.-P CHOFFARD. 



ESTAMPES. 

1. LES AMANTS SURPRIS d'après Baudouin , 1767; in-fol. 

Une paysanne admoneste sa fllle qui pleure, les vêtements en désordre ; un 
jeune paysan s'enfuit par l'escalier (E. Bocher, Baudouin, N° 3). 

Eau-forte pure. 

1 er état, avant toutes lettres. 

2 e état , avec la lettre et A. P. D. R. 

3 e état , le privilège effacé. 

Cette estampe a été gravée une seconde fois , dans le même format , par 
Harleston. 

2. LES AMOURS CHAMPÊTRES, d'après Baudouin , pendant de 

la pièce précédente. 

Deux paysannes sous une treille, à la porte d'une cabane, considérant des 
pigeons qui se becquètent. Au-dessus d'elles , un jeune paysan à la fenêtre 
(E. Bocher, 1). 

Mêmes états que les Amants surpris. H en existe également une copie par 
Harleston. 

3. MARCHEZ TOUT DOUX, PARLEZ TOUT RAS, d'après 

Baudouin , 1782 ; in-fol. 

Jeune paysan s'introduisant par la fenêtre dans la chambre d'une paysanne 
qui lui fait signe d'observer le silence. Scène tirée d'une chanson du temps (E. 
Bocher, 30) . 

Eau-forte pure. 

1 er état , épreuve avec la tablette blanche, 505 fr. vente Béhague. 

2 e état , avec la dédicace au Prince de Ligne. 

4. L'ORACLE DES AMANTS — Dédié à Son Altesse Sérénissime 

Madame la Princesse Cathne de Holstein-Beck , par son très- 
humble et respectueux serviteur Louis Basan. — Dessiné par 



CHOFFARD. 429 

Touzé, de l'ancienne Académie de Peinture ; gravure commencée 
par feue Mag ne Retor, terminée en l'an XI (1803) par P. -P. Chof- 
fard. . . ; in-fol. 

Une jeune fille entre avec sa compagne dans un temple pour consulter l'oracle. 
Elle lui demande sans doute si elle est aimée , et son amant , caché derrière la 
tête du dieu, rend lui-même la réponse, qui no saurait être que favorable à sa 
passion. 

1 er état, le titre en lettres grises, avant la dédicace, la signature des artistes 
et l'adresse de Basan. 



5. Ruines pittoresques. 

A gauche, vestiges d'un temple, quatre colonnes corinthiennes avec leur enta- 
blement ; à droite, ruines d'une colonnade circulaire ; au milieu , vers le fond , 
trois personnages turcs causant. Non signé. 

A l'eau-forte pure (Cabinet des Estampes). H. 286, L. 229. 

6-9. Vues de Bordeaux , par le Chevalier de Bassemon , 1753 ; 4 p. 
in-fol. carré. 

Deux de ces pièces seulement nous sont connues : ce sont les plus médiocres 
de l'œuvre de Ghoffard. 

1. Vue de la ville de Bordeaux et de ses promenades du côté du Château- 
Trompette. — P. P. Ghoffard sculpsit 1155. A Paris chez Lattre, etc. 

2. Vue de la Porte et Place Bourgogne sur le Port de la ville de Bordeaux, etc. 
— Même date. 

10. Vue de la Bourse de Dunkerque. — Hardy, Capne au Régiin 1 - de 

Médoc delin., P. -P. Choffard sculp. 1T61 ; in-fol. en travers. 

Un Prince bienfaisant , un héros magnanime, 
Enlève à tous les cœurs et l'amour et l'ïstime ; 
Leur hommage est un droit qu'exige la vertu , 
Daigne accepter, Soubise, un tribut qui t'est du. 

1 er état, avant l'adresse de Basan et Poignant. 

11. Vue des Eaux de Brunoy. — H. Gravelot del., P. -P. Choffard 

sculp. 1763 ; in-fol. en largeur. 

Nous ne voyous aucune raison pour attribuer à Moreau cette estampe qui est 
signée de Choffard. L'eau-forte a été reliée, il est vrai , dans l'oeuvre de Moreau 
au Cabinet des Estampes ; mais elle est aussi dans l'œuvre de Choffard , c'est 
cette dernière place qui nous paraît la bonne. 

Existe avant la lettre. 

12-15. La place Louis XV à Rheims, suite de quatre pièces. 

1. Perspective de la Place Royale de Louis XV à Rheims, vue de la rue des 

Tapissiers gravée par P. P. Choffard en 1761 ; grand in-fol. en largeur. 

I. 23 



430 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

2. Vue perspective du côté de la Place Royale de Louis XV à Rheims, opposé 
à l'Hôtel des Fermes .... gravée par Choffard en 1764 ; grand in-fol. en largeur. 

Les très-jolis petits groupes de personnages qui remplissent ces deux estampes 
ont été dessinés et gravés par Cochin, à ce que nous apprend Jombert. 
Les eaux-fortes des deux pièces sont au Cabinet des Estampes. 

3. Plan et élévation de deux corps de bâtiment à construire en retour de la 
rue Royale vis-à-vis l'Hôtel- de-Ville de Rheims, projettes par le S r Le Gendre, 
Ingénieur du Roy, inspecteur général des Ponts-et-Chaussées de France. — 
P. P. Choffard sculp.; in-fol. en largeur. 

4. Plan et élévation de moitié de la Place Royale de Louis XV à Rheims et 
des pavillons qui terminent le s rues Dauphine et de Cérès .... d'après le S r Le 
Gendre. — P. P. Choffard scalp.; in-fol. en largeur. 

16. Vue de la VILLE d'OrlÉANS, dédiée à S. A. S. Monsei- 
gneur le Duc d'Orléans , par les Maire et Échevins de la ville 
d'Orléans, et présentée par M. de Cypierre, Intendant de la pro- 
vince, en 1766. — Dessinée par Desfriches, négociant à Orléans, 
en 1761 , gravée par Choffard en 1766; in-fol. en largeur, avec 
une tablette ornée de branches de vigne et des armes du Duc 
d'Orléans. — Adresse de la V ve Cochin. 

Au Cabinet des Estampes est une épreuve d'eau-forte pure avant la tablette, 
très-vivement esquissée, surtout pour les petits personnages qui contribuent à 
animer ces sortes de compositions et qui, dans cette estampe, ont été dessinés 
et gravés par Cochin. 

H-18. Vue du port et de la ville de Rouen , — Vue du pont et de la 
ville de Rouen, 2 p. grand in-fol. en largeur. 

Ces deux estampes, faciles à reconnaître (sur l'une on voit à gauche la cathé- 
drale de Rouen, sur l'autre un pont de bateaux), sont avant toute lettre dans 
l'œuvre de Choffard à la Bibliothèque Nationale. Le catalogue de la vente Soleil 
les donne comme gravées sous la direction de Le Bas et de Choffard, et attribue 
l'une des eaux-fortes à Malapeau. 

19. ILLUMINATION faite à l'hôtel de S. Exe. M. le baron de Zettwitz, 

Ambassadeur extraordinaire de S. A. Sérén. Electorale Palatine, 
à la Diète de l'élection de S. M. le Roy des Romains Joseph II , 
le jour de son couronnement à Francfort, le 3 avril 1764. — Gravé 
par Choffard , 1767; grand in-fol. en largeur. 

Dans cette pièce, peut-être dessinée par Moreau , l'effet de l'illumination est 
très-habilement et très-curieusement rendu ; on voit littéralement vaciller la 
fumée et l'air chaud qui s'élèvent au-dessus de la flamme des lampions. 

20. Deuxième vue de Moti ers-Travers et de ses environs , avec la scène 

des enfants qui jettent des pierres à Jean-Jacques Rousseau. — 



GHOFFARD. 431 

G.-H. Grim ad nat m del., P.-P. Choffard sculp. 1771 , in-fol. en 
largeur. 

Planche provenant du Voyage pittoresque de la Suisse. Elle existe à l'eau-forte 
et avant la lettre. 



21. Le Christ en croix. Consummatumest. S* Jean,ch.9 30, 

d'après Monnet, 1181 ; petit in-fol. 
Existe à l'eau-forte pure et avant la lettre. 

22. VUE DE LA MÉTROPOLE DE NARBONNE, sous l'in- 

vocation de la Vierge, de St Just et de St Pasteur, d'après Monnet, 
1781 ; petit in-fol. 

Dans le bas de la composition , la ville de Naibonne et la cathédrale de Saint- 
Just; au-dessus, sur un nuage, la Vierge, saint Just, des anges, etc. 

Cette belle pièce existe à l'eau-forte pure. Elle semble être le frontispice d'un 
livre d'église (Bréviaire de St-Justl ), dont la pièce précédonte ferait également 
partie. 



PORTRAITS. 

■23. CHOFFARD (PP.) Del or et Sculp 01 ', profil à gauche sur une 
petite médaille entourée de guirlandes de fleurs ; au-dessus, une 
petite cage avec un oiseau , P. P. Choffard fecil 1762 ; in-12. 

Ce portrait , d'une facture si spirituelle et d'une ornementation si gracieuse, 
sert de cul-de-lampe au Rossignol dans les Contes de La Fontaine des Fermiers- 
Généraux. De là, la présence du rossignol en cage dans les ornements. 

Dans l'exemplaire de M. James de Rothschild se trouve une série précieuse 
et véritablement unique de cinq portraits à différents degrés d'avancement , 
comprenant les deux états terminés . une épreuve d'essai avant le nom de Chof- 
fard, l'eau-forte, et une première eau-forte du médaillon , sans les ornements. 

Terminé, le portrait a deux états bien marqués : 

1 . Le nom sur l'exergue blanc. Le fond formé d'un rang de tailles horizon- 
tales. La figure légèrement traitée par points. 231 fr. en 1880. 

2. Choffard , jugeant que son portrait manque d'effet , le retouche complète- 
ment, accentue le modelé de la figure, force les tailles du fond , met des points 
entre elles, et couvre l'exergue d'une série de tailles horizontales. Le portrait 
venu à point , on en tire quelques épreuves d'artiste sur papier fort , sans texte 
au verso. 110 fr. en 1880. 

La planche est ensuite placée dans le livre et supporte un tirage étendu; 
épreuves avec texte au verso. 



432 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

24. BASAN (Pie-Fr.), né à Paris en 1723. Médaillon ovale avec 

l'atelier de gravure à gauche et le cabinet d'amateur à droite. — 
P. P. Choffard fecit 1790. 

Ce petit chef-d'œuvre que l'artiste, uni d'amitié à Basan , avait exécuté avec 
un soin tout particulier, sert de tête de page à la seconde édition du Diction- 
naire des Graveurs, (Paris, Biaise 1809). 

Les épreuves de choix , très-rares, sont tirées hors texte. 

M. Wasset possédait une épreuve exceptionnelle avant la signature de Choffard 
et les vers latins dans la marge supérieure, E cœca nocte sepulchri. . . etc. Cette 
épreuve a été vendue 235 fr. en février 1880. 

25. Basan (A la mémoire de P. Fr.). Le Dieu du commerce et le Génie 

de l'activité déterminent le goût de l'artiste pour les avantages 
du commerce , ils lui facilitent la correspondance de son art 
chez l'étranger, — P. P. Choffard ft. l'an VII... 98 , in-8. 

Vignette servant de frontispice au Catalogue de la vente après décès de Basan, 
et au Dictionnaire des Graveurs, édition de 1809. Elle existe à l'eau-forte. Les 
premières épreuves sont celles qui ne portent pas encore le chiffre 98 après la 
date de l'an VII. 

26. Bézout (Etienne), de l'Académie Royale des Sciences, etc. etc. — 

P. P. Choffard fecit 1775 ; petit in-4. 

27. BONAPABTE, Premier Consul de la République franç se . — 

P. P. Choffard f. Tan 9 (1801). — Déposé à la Bibliothècjue Natio- 
nale le 2 Fructidor l'an 9 de la République Française- in-8. 

Allégorie : la médaille portant l'effigie du Premier Consul est soutenue à gauche 
par la Victoire : la Paix se tient à droite. 

Eau-forte pure. 

1 er état, avant la lettre, tablette blanche. 

2 e état , avec la lettre. Cette petite pièce est une étiquette ; elle porte pour 
légende : 



EAU DE LA PAIX 

De Claude Brun et Comp e Distilateurs Chimistes 

A St-Marcellin , Département de Vlsère 

près Grenoble et la Côte St André. 



28. Catherine II, donnant des lois à ses peuples. — Vignette allé- 
gorique dessinée en 1777 par Monnet (par les soins de M. le Comte 
de StrogonofF) et gravée par Choffard en 1778 ; in 4. 

Existe à l'eau-forte pure, avant la lettre et avec la lettre. 



CHOFFARD. 433 

29 CHARTRES (le Duc de), depuis Philippe-Egalité, dans une grande 
composition en largeur, destinée à servir de Diplôme de Franc- 
Maçonnerie. — Dessiné par Monnet , peintre du Roi , M. - , de la 
loge des neuf sœurs, gravé par P. P. Choffard , 1T77. in-fol. en 
largeur. 

A gauche, un temple, A l'union des Sciences et des Arts avec la vertu; à droite, 
les Muses et Pégase. Dans le haut, à droite, Apollon, et à gauche, un aigle 
tenant dans ses serres un petit médaillon sur lequel est délicatement gravé le 
portrait de L.-. P.-.J.-. Duc de Chartres, G.-. M.: Dr. G.\ 0.-. D.-. F.-. — Un lion, 
un chien, un pélican, etc. — PréserM par le Frère Abbé Cordier de St Firmin , 
Instituteur et Orateur de la Loge des Neuf-Sœurs. Le Yen.'. De La Lande, de l'Ac. 
des Sci.'. Ed.-. L'0.\ L.\ D.\ L.\ Y.: S777- — Un cartouche au-dessus de la 
composition et deux autres sur les côtés. 

30. Kléber, profil à gauche, d'après Guérin , signé de Choffard et 
daté du dernier jour de l'an VIII ; in-8, à claire-voie. 

81. La CONDAMINE (C. Mis de), d'après Cochin , profila gauche, 

médaillon rond dans un encadrement carré ; in-4. 

Souvent des pièces d'importance secondaire se permettent d'avoir subi tant 
de modifications, que la description de leurs états devient interminable. N'est- 
ce pas un abus que d'être obligé d'indiquer le portrait de La Condamine : 

1 . A l'eau-forte pure, le médaillon rond seulement. 

2. Eau-forte du rond et du cadre. 

3. Eau-forte, avec le nom C. M. de la Condamine et l'inscription : Non vis 
homin. virtutem contemnere. — C. N. Cochin del. 1758, P. P. Choffard sculp. 1158. 

4. Eau-forte, avec l'inscription Vide efjigiein.. . etc., et la devise Mvo vindici 
sur le nœud de ruban. 

5. Terminé, avec l'inscription Pluribus intenta.. . . les dates 1759 et 1758 pour 
le dessin et la gravure. 

6. Avec le nom suivi de Ch er de VOrdre de s' Lazare.. . etc., et quatre vers : 
Son âme (ut active . . . etc. 

7. Retouché, le nom suivi de Chov r des Ordres R x Mil res ... l'un des Quarante... 
M 1, en Février 1774. — C. N. Cochin del. 175S. — Chez Chéreau. 

82. LA ROCHEFOUCAULD (François VI, Duc de), NéenMDCXin, 

M. en mdclxxx. — Peint en émail par Petitot , gravé en mo 
par P. P. Choffard , etc. — In-8 , élégamment orné d'attrihuts 
divers , blason , couronne , manteau , épée , collier, le livre des 
Maximes, etc. 

Le Cabinet des Estampes possède ce portrait en divers états fort curieux : 

1 . L'encadrement presque achevé, la place du portrait en blanc. 

2. L'encadrement achevé. La perruque et le vêtement très-avancés , la place 
de la figure en blanc; tablette blanche. 

3. La tablette ombrée. Le portrait légèrement gravé. 

1 . Même état du cadre. Le portrait est plus avancé, avec des ombros accusées 
et les yeux marqués. 
5. Epreuve d'essai , terminée, avant les signatures des artistes. 



434 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

33. Le Grand Delaleu ( Louis -Aug e ), Avocat au Parlement, né au 

Nouvion en Téraehe en 1755. — Acclamante IX Sor. Societate 
off. C. J. Notté, P. P. Choffard, C. S. Gaucher, Bernier.— Des- 
siné par Notté, gravé par Choffard en 1786 ; in-4 orné. 

C'est le endant du portrait de Du Paty, gravé par Gaucher dans un encadre- 
ment de Choffard. 

34. Le Maur (Scriptis geslis animo Sanctitale clarissimo viro Carolo). 

— Goya inv., P. P. Choffard sculpsit Parisiis 1788 ; grand in-8. 

Portrait allégorique , la tête est dans un médaillon sur un obélisque ; au bas, 
divers plans sur lesquels on lit : Canal du Guadarrama , etc. 
Existe à l'eau-forte. 

35. Le Serurier (J. L.), écuyer, négociant à St-Quentin , né le XXIX 

Nov. M DC XXIII , M. le I er Mai M DCC LXXIV, âgé de LXXX ans et 

III mois. 

Chéri des siens, à ses devoirs fidèle, 
Qui le connut fut son ami. 
Tendre père, tendre mari, 
Des mœurs et des vertus voici le vrai modèle. 

Dessiné par Vallière , dragon du col 1 . gén\ en 1773, gravé par 
Choffard en 1774 ; in-8 orné. 

36. LOUIS XV. — Portrait sur une pièce allégorique, pour la naissance 

du Comte d'Artois. 

Cadre petit in-fol., formé d'un ruban, de médailles au chiffre de Louis XV, etc.; 
au bas , un chien couché sm un canon croisé avec un drapeau ; dans le haut , 
une médaille dont la face est le portrait de Louis XV, le revers représente la 
naissance du Comte d'Artois : 7757, Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois. 
La France debout , vêtue de ses ornements royaux , tient dans ses mains le Prince 
nouvellement né et le présente à l'Artois.. . . etc., etc. 

Au bistre, sans signature ; in-4. 

37-40. Louis XV, — Louis XIV, — Louis XIII, — Henri IV, 

4 médailles avec ornements de Gravelot , formant têtes de pages 
pour le Catalogue des Chevaliers du Saint-Esprit. 

Les eaux-fortes sont dans l'œuvre de Choffard. Terminées , ces pièces sont 
signées Lau. Cars ex. 

41. LOUIS XV, vignette tête-de-page pour le Traité des horloges 
marines , in-4 , dédié au Roi par F. Berthoud. — C.-N. Cochin 
Delin, 1773, P. P. Choffard sculp. 

Le médaillon du Roi . accompagné de divers attributs : une sphère, une bous- 
sole, une ancre, un sextant ; au fond , la mer et des navires. 
Existe à l'eau-forte pure. 
Les premières épreuves sont tirées hors texte. 



CHOFFARD. *36 

42 MARIETTE {L'Histoire, le Génie du Dessin, le Dieu du Goût et 
l'Étude, rassemblés au pied du Buste de M.). -Hoc suœ grati- 
tudinis Monumentum amicus amico dicavit. — Cochin filins 
delin., P. P. Choffard sculp. IT75 ; in-8. 

Cette magniflque vignette, dans laquelle Cochin a mis toute sa grâce, et Chof- 
fard toute l'habileté de son interprétation , sert de frontispice au catalogue de la 
célèbre collection de Mariette, et a eu l'honneur d'être l'objet d'un prospectus 
imprimé spécial : Explication de VaUégorie dessinée par M. Cochin et gravie par 
M. Choffard.... Monsieur Mariette était célèbre par ses connaissances dans Us 

"ïteeSto à l'eau-forte pure, à l'eau-forte avancée , avant la lettre et avec la 

Vendue 165 fr. avant la lettre , février 1880. 

43. PALISSOT (Charles), né à Nancy en mdccxxx. — Peint en 
Vm parCh. Monnet , peintre du Roi , gravé en 1TTÏ ; in-4, orne 
de masques, trompette, sifflet , etc. 
Gravure très-fine. 

44 Palissot (Charles), né à Nancy en M DCC XXX , Lecteur de S. A. S. 

Mgr le Duc d'Orléans. - Dessiné par Monnet , 1188 ; in-8, orne 
de lierre. 

Palissot est représenté ici plus âgé que dans le portrait précédent. 
L'eau-forte pure est déjà avec la lettre. 

45 R S S E L (Auguste-Louis de) , Capitaine des vaisseaux des armées 

navales de France, né auprès de La Rochelle en 1T36 , représente 
avec sa fille. - Peint par François en 1184, gravé en 1190 par 
P. P. Choffard ; in-8. 
Choffard, inspiré par l'élégance du modèle, a atteint ici un degré de finesse 

^ScSSsEstampesuneépreuve d'essai, sur Quelle le portât 
et le cadre sont à peine indiqués au trait, et une épreuve d'eau-forfe assez 
avancée. 

l«r état, avant la lettre, tablette blanche. 

2« état, avec la lettre et deux vers latins sur la marge inférieure. 

46. Saint-Auban (Jacques-Ant. Barathier, Usxf de), portrait dessiné 
par Choffard et gravé par Miger, 1184 ; in-8 orne. 

1er état , avant la lettre, tablette blanche. 

Il est probable que la gravure des ornements, ou tout au moins 1 eau-forte 
pure, a été exécutée par Choffard. 

Choffard a encore gravé le portrait «Ovide sur le titrodes MM*-££ 
médaillons de César et de Pompée sur deux fleurons du même livre, le portra.t 



436 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

du Tasse sur un en-tête du Voyage à Naples de Saint-Non et celui de Boileau 
sur un fleuron de titre des Œuvres de Racine avec figures de Garnier. II 
inséré le profil de Louis XV dans des cartouches et adresses; enfin lebuste 
Lepelletier-St-Fargeau se trouve sur une médaille pour société politique. 
La vignette du chant I de la Dunciade, d'après Monnet, 

Et l'on ne sait lequel a l'avantage 
Du beau derrière ou du galant visage, 

passe pour représenter Baculard d'Arnaud faisant faire son portrait. 



ENCADREMENTS DE PORTRAITS. 

47. Encadrement pour le portrait de Corneille gravé par Ficquet. 

Le dessin de cet encadrement est de Cochin. 

Dans l'œuvre de Choffard au Cabinet des Estampes, figure une épreuve d'essai 
avec le cadre à l'état d'eau-forte et la figure à peine indiquée par quelques traits. 

48. Encadrement pour le portrait de Crébillon gravé par Ficquet. 

Existe à l'état d'eau-forte, avec le portrait inachevé. 

49. Encadrement pour le portrait de La Mothe le Vayer gravé par 

Ficquet. 

Il existe des épreuves sur lesquelles la figure est entièrement terminée, tandis 
que le cadre n'est encore qu'à l'état d'eau-forte. 

50. Bordure carrée , avec guirlandes et masques , pour le portrait de 

Molière gravé par Ficquet. 

51. Encadrement pour le portrait de Montaigne gravé par Ficquet. 

5?. Bordure carrée, avec guirlandes, masques, épée, livre, etc., pour 
le portrait de Regnard gravé par Ficquet. 

Deux épreuves du cadre seul, à l'état d'eau-forte et terminé , au Cabinet des 
Estampes. 

Une autre épreuve du cadre seul , terminé , a été payée 800 fr. à la vente 
Sieurin, et par ce fait ce Ficquet , qui n'est pas de Ficquet, se trouve être le 
Ficquet le plus cher qui se soit encore vendu. 

Quand on le complimentait sur la possession de cet encadrement rare , mais 
après tout peu élégant , Sieurin , esprit délié et malin , vous montrait une feuille 
de papier blanc en vous juraut que c'était un précieux Ficquet avant tous les 
travaux. — Et il ajoutait qu'il connaissait un état bien autrement inouï , un 
Ficquet avant le papier 1 

53. Cadre pour le portrait de Jean-Jacques Rousseau gravé par 
Ficquet. 
Existe à l'état d'eau-forte, avec le portrait non terminé. 



CHOFFARD. 437 

54. Cadre pour le portrait de Voltaire gravé par Ficquet. 

Il y a des épreuves d'eau-forte, avec le portrait également à l'eau-forto. 

La gravure des encadrements des portraits de Boileau et de La Fontaine (au 
ruisseau blanc) par Ficquet, semble pouvoir être attribuée à Cboffard. Le dessin 
de ce dernier encadrement est de Gravelot , et les guirlandes de fleurs qui en 
ornent la partie inférieure paraissent bien exécutées dans la manière de notre 
graveur. 

Pour les autres portraits de Ficquet , les ornements sont plus simples, et la 
question de savoir qui les a gravés n'offre pas beaucoup d'intérêt. 

55. Christian VII , roi de Danemark , gravé par Gaucher; in-8 orné. 

Nous croyons qu'il n'existe de ce portrait qu'une épreuve d'essai dans l'œuvre 
de Gaucher au Cabinet des Estampes. Elle est à peine ébauchée, retouchée au 
crayon , et porte l'indication manuscrite : Pasquier effig. pinx.; P. P. Cho/fard 
ornam. inv.; C. S. Gaucher sculp. 

56. Cadre dessiné par Gravelot et gravé par Choffard , pour le portrait 

de Corneille gravé par Gaucher, qui se trouve dans l'édition de 
1764. 

Épreuves de l'encadrement seul , signées de Choffard , à l'état d eau-forte et 
terminées. 

57. Cadre dessiné par Gravelot et gravé par Choffard , pour le portrait 

de Racine gravé par Gaucher, qui figure en tête de l'édition de 
Luneau de Boisgermain ; 1768. 
Épreuve d'essai du cadre seul , signé P. P. Ch. 

58. Cadre pour le portrait de Du Paty gravé par Gaucher; in-4. 

C'est le pareil de celui du portrait de Le Grand Delaleu , gravé par Choffard. 

59. ENCADREMENT DE LYS ET DE ROSES, pour le portrait 

de Marie Leczinska gravé par Gaucher et placé en tête de la 

dédicace de Y Histoire de France du président Hénault. 

Une épreuve de ce petit cadre seul , à l'état d'eau-forte (collection Kéraldi). 

60. GRAND ENCADREMENT pour le portrait de Victor- Amédée, 

roi de Sardaigne, gravé par Saint-Aubin d'après Cochin ; in-fol. 
(E. Bocher, Saint-Aubin, 2). 

Au-dessus du médaillon, un aigle les ailes déployées, une couronne de laurier 
dans son bec, tient dans ses serres un casque dont la visière est ornée de pier- 
reries. Dans le bas, deux lions, draperie avec les armes royales. 

Il existe des épreuves sur lesquelles le portrait et son magnifique cadre sont 
à l'état d'eau-forte, avec les signatures Cochin Uel., P.P. Cho/fard sculp., et des 
épreuves du cadre seul , avec la place du portrait ménagée en blanc au moyen 
d'un cache. 



438 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

61. Titre des Aventures de Télémaque , (suite de figures de Monnet 
gravées par Tilliardj ; in-4 ( E. Bocher, Saint-Aubin, 80). 

Ce titre , sur lequel se trouve, à la partie supérieure , un petit portrait de Fé- 
nelon gravé par Saint-Aubin , est signé C. Monnet del., A. de S l -Aubin effigiem 
sculp., P. P. Choffard ornamenta sculp. 

62-63. Encadrements pour les portraits allégoriques de Louis XVI et 
de Marie-Antoinette dessinés par Gochin , gravés à l'eau-forte par 
Saint-Aubin, terminés et présentés par Longueil en 1*776 ; in-4 
(E. Bocher, Saint-Aubin , 334 et 336). 

Deux épreuves d'eau-forte pure, dans l'œuvre de Saint-Aubin au Cabinet des 
Estampes , portent l'indication , de la main de Saint-Aubin : La bordure par 
P. P. Choffard. 

64. Encadrement d'un portrait allégorique de Napoléon I er , présenté 

à S. M. Impériale par M. Vivant-Denon , etc. Le portrait est 
dans un médaillon à la partie supérieure de la composition. — 
C. Monnet del., Aug. de Si-Aubin effigiem , Eelman sculp., 
in-4 ( E. Bocher, Saint-Aubin , 195). 

L'eau-forte pure , non décrite , est de la main de Choffard , et se trouve dans 
son œuvre au Cabinet des Estampes. 

65. Cadre pour un portrait de format in-12. 

Ovale blanc. Draperie à la partie supérieure, avec palmes, couronnes et épées. 
Au bas , fleurs , mandoline , masque , marotte , cahier de musique. Tablette 
ombrée. P. P. Choffard fecit. (Collection Foule). 

66-79. ORNEMENTS des portraits qui accompagnent les vignettes de 
Moreau et Choffard dans VHistoire de la Maison de Bourbon, de 
Désormeaux; 14 pièces in-4. 

Les portraits sont gravés par Miger, sauf celui de Charles de Bourbon , Duc 
de Vendôme, qui est gravé par Gaucher. Les cadres ornés, tous différents, sont 
dessinés par Choffard, et gravés par lui, au moins à l'eau-forte. Ces portraits 
n'existent pas avant la lettre. 

1. Antoine de Bourbon, Roi de Navarre. — 2. Charles III, Connétable de Bourbon. 

— 3. Charles de Bourbon, Comte de Soissons. — 4. Charles de Bourbon, Duc de Yen- 
dôme. — 5. Charles, Cardinal de Bourbon. — 6. Charlotte-Catherine de la Trémoitle. 

— 7. François de Bourbon, Duc de Montpensier. — S. François de Bourbon, Duc 
d'Enf/hien. — 9. Henri de Bourbon , Prince de Condé. — 10. Henri de Bourbon, 
Prince de Béarn. — 11. Henri de Bourbon, Boi de Navarre. — 12. Jeanne d'Albret. 

— 13. Louis de Bourbon, Prince de Béarn.— 14. Marguerite de France, i re femme 
d'Henri IV. 

Nous n'avons jamais rencontré qu'une seule épreuve d'eau-forte, celle de 
Charles de Bourbon , Duc de Vendôme. Elle était signée à la pointe Choffard 
ornani. inv. 



CHOFFARD 439 

80. Cadres pour les portraits-vignettes de V Histoire de France du pré- 

sident Hénault , gravés par Prévost et autres ; in-4. 

Les vignettes allégoriques sont dessinées par Cochin. On a ajouté au-dessua 
de chacune d'elles un portrait de Roi en médaillon. Le tout est entouré de bor- 
dures dessinées par Choffard , et probablement gravées à l'eau-forte par lui , au 
moins sur quelques pièces. Les bordures sont du même dessin , sauf des 
variantes introduites dans les guirlandes. 

Epreuves d'eau-forte de deux encadrements seuls, sans portrait et sans 
vignettes, dans l'œuvre de Choffard au Cabinet des Estampes. 

Le titre qui accompagne ces gravures ; Estampes des Evénements les plus 
connus de l'Histoire de France, 1168, est entouré d'une bordure qu'il est permis 
d'attribuer à Choffard. 

81. Encadrement du portrait de Frédéric- Guillaume , Prince Royal de 

Prusse, que Tardieu a gravé d'après Moreau ; in-4. 
M. Foule attribue à Choffard l'eau-forte de cet ornement. 

82. Fleuron pour le portrait de Gerardus Meerman gravé par Daullé. 

Cadre avec fleuron dans le bas; deux lions et un blason avec devise: Gau- 
deant bene nati. 

83. Ornements pour le portrait de Coignard gravé par Daullé. 

Attribution probable, mais non certaine. 

84. Fleuron pour un portrait ? 

Double blason, couronne fieurdelysée au-dessus, au milieu, un dauphin. 
A gauche une corbeille de fleurs, à droite un brûle parfums. — P. P. Choffard 
fecit 1763. 

85. Fleuron pour un portrait ? 

Double blason , couronne, emblèmes divers, Vue de Bruxelles, Plan d'Ostende, 
etc. — P. P. Choffard fecit 1784. 

86. Fleuron à deux aigles et aux armes de Sénac de Meilhan , pour le 

portrait de ce personnage gravé par Bervic. 



EX-LIBRIS. 

Ex-LlBRlS DE CURSAY. — Sur une tablette, un blason supporté 
par deux lévriers; couronne de comte. Devise : Malo Mori quam 
fœdari. Légende : De Cursay , de Landry et de La Parisière 
Thomasseau , Ecuyer, Origin. d'Angers, — Traduct. morale de 
la devise : Plus tôt mourir que de me déshonorer. — P. P. Chof- 
fard fecit, H56; in-12. 



440 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

88. Ex-LlBKIS DE BuiSSY. — Lévriers supportant un blason appuyé 

sur une tablette ornée. Devise : Attente, nuit , Buissy. Sur la 
tablette : Ex-libris de Buissy. — P. P. Ghoffard fecit , 1759; 
in- 1 8. 

89. Ex-libris. — Blason avec la devise Magis ac magis, surmonté d'un 

heaume ; deux sirènes sur les côtés. — Sans signature et sans 
date ; in-12 à claire-voie. 
Le dessin est dans l'œuvre de Choffard au Cabinet des Estampes. 

90. Ex-LiBRis DE S.VLIS. — Deux sirènes supportent un cartouche 

d'armes surmonté d'un heaume. Devise sur une banderolle : Pro 
Deo , Patria , Libertate , Honore ac Amicis. Dans la tablette du 
bas. ombrée : Andréas de Salis curid rhœtorum. — P. P. Chof- 
fard fecit; in-12 carré. 

91. Ex-LlBRIS. — Deux lévriers servant de support à un blason, 

sur lequel est un petit lévrier courant. Sur le blason , un heaume 
et une banderolle ; au-dessous , une étoffe fieurdelysée , une 
branche de feuillage. Tablette ombrée. — Sans signature et sans 
date , in-8. 
Ce très-bel ex-libris existe à l'eau-forte. 

92. Pièce en forme d'ex-libris. — Une ruche ; au-dessus le soleil radieux 

derrière, une banderolle avec la devise Sub sole labor. — P. P. 
Choffard fecit; in-18 à claire-voie. 

93. Ex-LiBRIS? — Petite médaille ronde, sur laquelle est un aigle 

avec une couronne au bec ; le Parnasse à gauche et une forteresse 
à droite; inscription : Utraque Fulgens. La médaille est entourée 
d'attributs : au-dessus, une trompette, un masque, une lyre, réunis 
par un nœud de rubans ; au bas, un arc, un carquois, un compas, 
une guirlande de rieurs. — Guillot inv ; in-12 . à claire-voie. 

94. Ex-libris? — Le milieu est une sorte de glace encadrée avec orne- 

ments de style rocaille ; au-dessus trois couronnes ; le bas est 
occupé par une tablette. — P. P. Choffard fecit 1759 ; in-8 ( col- 
lection Béraldi). 

Cette pièce , grande pour un ex-libris , est peut-être un cartouche de titre de 
carte géographique. 

95 Ex-LiBR!S(?) LESCALE. — Dans un encadrement carré en 
largeur, orné de feuilles et de fleurs , deux blasons. Sur celui de 



CHOFFARD. 44* 

gauche une échelle , et au-dessous la légende : Blason des Armes 
Lescale. Sur celui de droite , soutenu par deux lévriers , qu;.tre 
croissants ; légende : Blason des Armes Lescalopier. — P. P. 
Choffard fecit 1163 ; in-8 , en forme de tête de page. 
Existe à l'eau-forte pure. 

96. Ex-LlBBIS. — Blason en losange dans un écusson , sur lequel 

une colombe dépose une couronne. De chaque côté un Amour 
tenant une guirlande de fleurs qui passe sous la composition. 
Légende : Ex-libris , avec la place du nom en blanc. — P. P. 
Choffard fecit 1T66 ; in-12, à claire-voie. 

Cet ex-libris est dessiné par Moreau le Jeune. 
A l'eau-forte et avant toute lettre. 

97. Ex-libris, ou Cachet.— Petite pièce ronde, de 30 mm. de diamètre, 

représentant un blason sur lequel sont trois léopards. Deux 
licornes servent de support. — Datée de 1T72 en caractères exces- 
sivement fins. 

98. Ex-LlBlUS HELL. — La Justice assise sur un fût de colonne, 

accoudée au piédestal d'une autre colonne , sur lequel est un 
blason avec la devise : // éclaire toutes mes démarches. Derrière 
la Justice , des arbres et une pyramide. Au-dessous , entre deux 
faisceaux , la légende : Franc. Jos. Ant. Hell, Bailli de l'Evêché 
de Bâle , des Comtés de Montjoye et de Morimont , des Départe- 
ments de Hirsingen et W Landzer et autres terres en H te Alsace, 
de la Société économique de Berne, etc. — C. Monnet del., P. P. 
Choffard fecit 1T73 ; in-12. 
Il existe un second état avec modification de la légende. 

99. Ex-LiBIUS RlLLIET. — La Justice, assise sur un trône, élevant 

sa balance et abaissant le glaive. Une sphère et d'autres attributs. 
A gauche , des arbres , un fût de colonne et un blason avec la 
devise : Justitia et Amenitas. Dans le bas, sur une tablette, le 
nom Rilliet. — C. Monnet del., H15; P. P. Choffard sculp.; 
in-8. 

100. Ex-LlBRIS SOUCHAY. — Bellone , coiffée d'un casque , une 

pique contre l'épaule gauche, soutient un blason appuyé sur un 
piédestal. Au bas une palette, un compas, un demi-cercle. 
Légende : Ex-libris Souchay eqi» Lugduni. — C Monnet del., 
P. P. Choffard sculp. 1*776 , in-12. 
1 er état , avant la lettre. 



442 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

101. Ex-LlBRIS Tronchin. — Blason surmonté d'une couronne 

de comte ; à gauche de l'écusson , une lampe sur un livre ; à 
droite , une sphère , un compas , un encrier ; au-dessous , une 
tahlette pointillée sur lacruelle est écrit : Jean-Armand Tronchin. 
— P. P. Choffard fecit 1179 ; in-12 , à claire-voie. 

102. Ex-LlBRIS THELLUSSON. — P. P. Choffard fecit 1782. 

Cité par Poulet-Malassis. 

103. Ex-libris? — Cartouche blanc, oblong, à angles rabattus. Deux 

cornes d'abondance au-dessus , d'où sortent deux guirlandes de 
fruits qui entourent le cartouche et se rejoignent au-dessous. — 
P. P. Choffard sculpt. 91 ; in-18 en largeur. 

104. Ex-LlBRIS PlNSOT d'Armand. — Les lettres P. D'A. entre- 

lacées sur un écusson placé entre deux branches de feuillages. 
Au-dessus, un chien ; au-dessous, une banderolle portant le nom 
Pinsot d'Armand. — P. P. Choffard f. 98 ; in-12. 



CARTES, etc. 

105. BlLLET DE BAL. — Petit cadre très-élégant , in-12 en hauteur, 
avec fleurs, rinceaux ; au bas, un flambeau . une marotte, etc. 
au milieu , l'inscription : 




p(^ /i heures 

U?ôs 2)a,mes è'cvvs 



CHOFFARD 443 

106 BILLET DE BAL. — Carte représentant une console qui sup- 
porte des girandoles et une corbeille de fruits. Guirlande de 
fleurs s'enroulant autour des pieds de la console. Au bas, des 
instruments de musique ; au milieu, une draperie avec l'ins- 
cription : Bal Paré et Masqué. — P. P. Choffard inv., Née 
sculp. (Collection de M. le baron Pichon). 

10*7. Carte de la Marquise des Rolands. — Petit cartouche 
oblong en largeur, représentant une draperie. Dans le haut, une 
colombe tenant une couronne ; au bas à gauche, des roses, et un 
petit lion assis, levant la patte gauche de devant. — P. P. Chof- 
fard fecit, 1T71. 

Eau-forte pure et avant la lettre (Collection Béraldi). 

108. Carte des Officiers du Régiment de Monsieur. 

— Petit cartouche en largeur, orné d'attributs guerriers ; dans le 
haut , les armes de France avec des drapeaux ; au milieu , la 
légende : 



M rs les Officiers 
du Régiment d'Infanterie 

de Monsieur. 

P. P. Choffard fecit 1774. 
L'eau-forte pure est déjà avec la lettre. 

109-1 1". Neuf cartes gravées à l'eau-forte sur la même planche, dispo- 
sées trois par trois et séparées par des traits. — La planche a 
ensuite été coupée et a formé neuf pièces distinctes. 

1. Tablette ovale, avec deux saillies sur les côtés, ruban et guirlande de fleurs. 

2. Deux guirlandes de palmes , réunies dans le bas par un nœud de ruban , 
sur une tablette blancbe encadrée d'un rang de perles. 

3. Tablette longue échancrée sur les côtés et pointillée. Guirlande de roses en 
baut et en bas. Encadrement de feuilles courant sur une grecque. — Terminée, 
celte carte porte le nom de M r - Campbell et la signature P. P. Choffard fec. 1777. 

4. Sujet non symétrique. A droite un autel, avec deux mains enlacées; la faux 
du Temps, des ailes, un faisceau , guirlande de vigne, etc. 

5. Milieu de draperie , sur un fond formé d'une ricbe arabesque ; au-dessus , 
corbeille de fleurs. 

0. Sujet non symétrique. A gauche, une corbeille de fleurs ; au milieu , dans 
le bas, des fruits ; à droite, un vase à brûler des parfums. 



444 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

1. Guirlande de fleurs ovale en largeur, sur une tablette pointillée dont les 
deux angles supérieurs sont saillants. 

8. Tablette losange en largeur, à fond blanc , sur cadre orné de guirlandes de 
fleurs et de rubans. 

9. Tablette octogone en largeur, à fond pointillé, sur cadre orné de fleurs et de 
rubans. 

Dimension de chaque carte : in-12 en largeur. 

118. CARTE DE FREGE. — Cadre formé d'une baguette ornée ; le 

milieu est une tablette pointillée qui paraît fortement en saillie 
sur le cadre ; sur ce milieu carré en largeur, une double guirlande 
de feuilles, réunie dans le bas par un nœud de rubans. Sur le 
pointillé de la tablette, le mot Frege. 

1 er état : Avant la lettre. 

119. PIÈCE COMMÉMORATIVE D'UN MARIAGE. — A la 

partie supérieure , étendu sur des nuages , l'Hymen tient une 
guirlande de fleurs dans la main gaucbe, et dans la droite un 
flambeau ; il allume du feu sur un autel. Au bas, des colombes, 
une lyre, un arc et un carquois, un casque et une épée, et deux 
écussons dont l'un porte un entrelac des lettres H. P. D., l'autre 
des lettres E. A. V. — Quand la planche a beaucoup de marge, 
on lit dans le haut , près du trait de cuivre : Quod vivit amore 
uritur. — P. P. Clioffard fecit 1780 ; grand in-8. 

Cette pièce est l'une des plus séduisantes que Choffard ait jamais com- 
posées. 

Eau-forte pure (Collection Roth). 

1 er état : Celui décrit. 

2 e état : Le chiffre H. P. D. est remplacé sur l'écusson de gauche par deux 
jeunes enfants. 

3 e état : La date de 1780 est remplacée par celle de T788. 

4 e état : Avec les mots Tome l ere (sic) au-dessus du trait carré. 

120. Carte de J. de Retancourt. — A droite, devant une 

charmille, une femme , un amour, et les attributs de l'agricul- 
ture ; à gauche une femme tenant un compas, des amours dont 
l'un soulève, au moyen d'un appareil , une plaque portant l'in- 
scription : D. Joseph de Belancourt y Castro. — P. P. Choffard 
fecit Parisiis 1188 ; in-12. 

121. CARTE de R. DE A G D IL A R. — Un aigle couronné debout sur 

un rocher. Au bas, à gauche, un amour jouant de la mandoline ; 
à droite deux autres amours, drapeaux , casque, canon, etc. Sur 



CHOFFARD. 445 

le rocher, on lit : Rafaël Maria de Aguilar y Santillan. — P. P. 
Choffard fecit Parisiis 1789 , in-12. 

122. Cadre pour carte ou adresse. — Bordure carrée, formée d'une 

guirlande de fleurs : rubans aux quatre angles. Milieu ovale , 
blanc, avec seconde bordure de fleurs. — Date de 1762, manu- 
scrite. H. 62, L. 81. 

123. Autre. — Cadre formé d'une guirlande de fleurs, avec nœuds de 

rubans à la partie supérieure. — Non signé, in-8 en largaur. 

124. Autre. — Cadre carré. H. 62, L. 80. Épaisseur de la bordure, 9. 

125. Autre. — Petit cadre d'arabesques, orné de fleurs. — Date de 1760, 

manuscrite. H. 51, L. 76. 

126. Autre. — Cadre formé d'un filet carré en largeur. Au dedans une 

bordure ovale, autour de laquelle courent des branches de vigne 
avec raisins. — Non signé. H. 86, L. 114. 

127. Autre. — Cadre carré orné en largeur. — Non signé. H. 88, L. 115. 

Épaisseur de la bordure, 14. 

128. Autre. — Fond formé par les rayons du soleil. Couronne de deux 

branches de chêne, unies dans le bas par un nœud de rubans. — 
Non signé. H. 50, L. 95 ; à claire-voie. 

129. Autre. — Petite vue des quais de Paris, avec Notre-Dame et le 

Pont-Neuf, dans une grosse guirlande de feuilles. Au-dessus, un 
petit médaillon de saint Denis tenant sa tête dans sa main. — Non 
signé. H. 66, L. 107. 

130. Autre. — Simple cadre, milieu en blanc. H. 63, L. 80. Épaisseur 

de la bordure, 9. 

Nous avons dit, en parlant du graveur âjrivel, que nous ne comprenions les 
adresses et cartes qu'avec la lettre. Les pièces qui précèdent nous confirment 
dans cette opinion. Que signifient , dépourvues de leurs légendes , les dernières 
petites bordures que nous venons de citer, simples cadres que le graveur n'a 
pas signés? Absolument rien. 



29 



440 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 



ADRESSES, ÉTIQUETTES, etc. 

131. ADRESSE DE CBOFFARD. — Cadre carré long, in-12, eu 
largeur, renfermant une tablette blanche sur laquelle on lit : 



CHOFFARD 

Rue des Francs - Bourgeois 

Place St-Michel 

Entre Vne Porte Cochère 

6* un Pâtissier 

A PARIS 



132. ADRESSE DE CHOFFARD. — Tablette ombrée, in-12 en 
largeur. Au-dessus, nœud de rubans ; au-dessous, riche guir- 
lande de fleurs. Sur la tablette est écrit : 



CHOFFARD 

rue des Cordeliers , la première porte 

cochère à droite en entrant par la 

rue de la Comédie-Française 

chez un Sellier. 



Vendu 149 fr. Février 1880. 

133. Projet d'adresse pour le Magasin de la Sirène, Rue St-Honore', 

près la petite porte de la boucherie de Dauvais. (Cabinet des 
Estampes.) 

134. ADRESSE DE MARCHAIS. — Cadre d'arabesques, avec guir- 

lande de fleurs dans le haut. 

LE Sr MARCHAIS 

Marchand de Fer 

Quay de la Mégisserie à l'Enseigne de l'Ecritoire 

a l'honneur de vous donner avis qu'il tient 

Magasin de tout tes sortes de Tuyeaux de Fer 

de tout Diamcltre, pour les Pièces d'Eaux 

conduitle de Jets d'Eau et Fontaine 

à Juste Prix. 



CHOFFARD 447 

135. Adresse du graveur Aubert. — Encadrement de branches 
d'arbres, in-8, portant une banderolle à la partie supérieure, des 
fleurs et un papillon. Au bas une draperie avec l'inscription ■ 



AU PAPILLON 

AUBERT, M d et Graveur 

rue St Jacques, près la fontaine St Severin 
à l'Enseigne du Papillon . Donne Avis 
qu'il a trouvé la véritable façon de fa 
briquer les Papiers Veloutés ou Papiers 
d'Angleterre, en façon de Damas et Velours 
d'Utrechl, en une ou plusieurs couleurs, 
propres pourTapisseries, Paravents, Ecras 
à Pieds et devants d'Autels. JParis. 

P. P. Choffaid fecit 1756. 



136. ADRESSE DE LATTRE. — Cadre in-8, carré, enguirlandé de 
fleurs, formant comme un devant de cheminée. Au-dessus , la 
boule du monde, trois Amours. La tablette centrale porte, sur 
fond blanc : 



LATTRE 

ET SON ÉPOUSE 

pour la gravure des Plans 

Topographiques , Géographiques 

et généralement toutes sortes d'écritures. 

Rue St Jacques au coin de celle de la Parcheminerie 

à la Ville de Bordeaux 

A PARIS 

P. P. Choffard fecit Onamenta /;-;y 

Les Amours sont dessinés par Cochin (.Tombert 1 . 
Existe à l'eau-forte pure et avant la lettre. 



448 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

137. ADRESSE DE L'ORFÈVRE VALLAYER. — Cadre in-8 , 
oblong en largeur. Dans le haut, le soleil, deux décorations et 
leurs cordons , des guirlandes de fleurs venant reparaître sur les 
côtés. Tablette centrale ombrée sur laquelle on lit : 



VALLAYER 

MARCHAND ORFÈVRE DU ROY. 

Bijoutier Joiallier cy-devant aux Gobelins, 

Présentement rue du Rouie au Soleil d'Or près la 

Rue St Honoré, 

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Mérite Militaire, et fait celles des autres Ordres. 

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P. P. Choffard fecit ij6o. 

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Joïallier cy devant aux Gobelins Présentement rue du Roule au Soleil d'Or près l 
rue St-Uonorë , Vend Acheyle et Troque toutes sortes de Bijouteries et Joïalleries , 
fait Commissions et Envois en Provinces et divers Cours Etrangères. A Paris. 



133. ADRESSE DE «[elle DROUIN ET DE PRATLT. — Cadre 
in-12, en largeur, coins supérieurs saillants. Nœud de rubans au- 
dessus. Une guirlande de fleurs s'enroule autour du cadre, d'une 
façon non symétrique. Sur la tablette centrale, blanche, on lit : 



M LE DROUIN 

Marchande de Modes 

Demeurant 

Che's M. Furgault M d Papetier 

Rue S 1 Honoré 

Aliénant la Porte des Quinze-Vingts 

à la Teste Noire 

/ffARIS 

P. P. Ch. fecit. 



GHOFFARD. 449 

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PRAULT, Fils, 

Libraire Quay des Augu-tins 

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Etrangers. Il a rassemble 1 toutes les meilleures pièces qui se 

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ainsi que des Prisées et des Ventes. 
On trouve aussi chez lui toutes les nouveautés. 

A PARIS- 

P. P. Choffard fecit. 

139. Adresse du brodeur Balzac — Petit cadre oblong en 
largeur, presqu'entièrement caché par une draperie. Fleurs au- 
dessus et dans le bas : 



BALZAC 
BRODEUR ORD. DU ROY 

Rue du Doyenné 

au coin du Cul de Sac S 1 - 

Thomas du Louvre 

A PARIS. 

P. P. Choffard fecit iyoo. 



140. ADRESSE DU DRAPIER R É M Y. — Cadre carré en largeur, 
les angles supérieurs saillants. Au milieu du cadre , tablette 
pointillée entourée d'une bordure. Riche guirlande de fleurs dans 
le haut et sur les côtés. Au milieu de la partie supérieure, un 
vase en forme de soupière : 



AU VASE D'OR 



REMY 

M a Rue S 1 Honoré près celle 

de l'Arbre Sec. 

Tient magazin de Draps, Ratines d'Hollande 

d'Andely, et autres, Camelots et Baraquants 

de toute espèce, fournit la Marine 

et les Régiments. 

\ PARIS 

1 P. P. Choffard fecit ij6o. I 



450 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

141. ADRESSE DE LÀNGLUMÉ JEUNE. — Cadre in-4 en 

largeur, recouvert d'une grande draperie , avec glands et guir- 
landes de fleurs. Dans le haut, la Renommée, assise et tenant un 
caducée, embouche sa trompette ; dans le bas, à gauche, passe 
le bout d'une vergue ; à droite un livre, des dentelles, des ballots, 
un câble, l'extrémité de deux avirons. Sur la draperie, en lignes 
courbes, l'inscription : 

LÀNGLUMÉ JEUNE 

Négociant à Bordeaux 

Tient magazin de toilles de Flandres, dentelles de tout prix en 

Vallenciennes, Malines, point d'Angleterre, d'Alençon et d'Argentan, 

Mousselines unies, rayées et brodées, assorties, soyeries de 

toutes espèces, bas de soye de Paris pour hommes 

et femmes et généralement tout ce qui con 

cerne les modes et ajustemens de femmes. 

En gros et en détail. 

Il fournit toutes sortes de marchandises 

pour les Isles 

et (ait la Commission. 

P. P. Choffard fecit 1763. 
1 er état : Avant la lettre. 

142. ADRESSE. — Cadre carré in-8 en largeur, à coins saillants , 

avec tablette blanche au milieu. Nœud de rubans à la partie 
supérieure. Deux guirlandes de fleurs garnissent le haut, passent 
le long des côtés, derrière les angles inférieurs, et se rejoignent 
dans le bas, au milieu , où un nœud de rubans les attache. — 
Qi"miô PP. Choffard sculp 
01 o ne 1764. 

Cette très-belle adresse vient d'être reproduite, pour son usage, par M. Le- 
fllleul, libraire à Paris, qui l'a fait graver par M. Varin. 
Vendue 200 fr., Février 1880. 

143. ADRESSE du BIJOUTIER FORME Y. — Cadre d'arabesques, 

orné, avec bijoux , montre, etc. Sur le fond blanc : 



FORMEY, M d Orfèvre 

Joyallier Bijoutier 

Fabrique , Vend , Achète , Troque 

toutes sortes de Joy aller tes , Bijouteries 

A PARIS 

A la Ville de Ponloise sur le Pont 
au Change 



GHOFFARD. 4o* 

144. ADRESSE DE Me»e WERN EAU. — Petit cadre oblong, orné 
de feuillages et de fleurs. Au milieu , dans le haut , le médaillon 
de Lud. XV- rex Christianiss. tourné à droite. Légende : 

AU ROY (jDE FRANGE 

Rue des Petits-Champs S 1 honore' 

M ile WemeClU, Fabrique, Vendengroset en 

détail la véritable cire d'Espagne et d'Hollande 

tant molle que dure pour les Bureaux et graveurs 

A?ARIS 



145. ADRESSE DE L'HORLOGER D\U T H I. VU. — Petit cadre carré 

en largeur, enguirlandé de fleurs. Sphère, cadran solaire, armille, 
horloges, montre : 



Daullliau horloger 

Abbaye St Germain des Pre: 

Cour Conventuel 

Près la Porte St Benoist 

A Paris 



146. ADRESSE DE PAUPE. — Cadre carré , in-8 , à angles ren- 
trants ; au-dessus du cadre, une tablette pointillée, le cordon du 
Saint-Esprit avec la décoration ; au milieu : 



AU CORDON BLEU 

Rue aux Fers en entrant par la rue S 1 
Denis la première Boutique à droite. 

PAUPE Marchand 

Tient magazin , et fait fabriquer toutes sortes de Marchandises de Soyerie, comme 
Cordons Bleu, Cordons Rouge, Larges et Etroits, de tous les Ordres, Rubans 
Ponceau pour Croix de St Louis , Rubans de satin à Gros grains et de Taffetas, 
Cordonnets, Agréments de toute espèce, Crêpes, Gazes, Blondes, Dentelles, Noir 
Taffetas noir, Mouchoirs de Gaze, Sources à Cheveux et à Argent, Cordons et 
Glands pour sonnettes, et autres Merceries, en gros comme en détail, et à 
juste prix. 

A PARIS 

P. P. Choffard fecil iyj$ 



452 LES GRAVEURS DU XVIIF SIÈCLE. 

147. ADRESSE d'un ARTISTE? — Cadre oblong en largeur. A 

gauche, trois amours dont l'un dessine ; à droite, un buste de 
Minerve et un Amour. Une guirlande de fleurs traverse le milieu 
de la composition. — Signé au bas, à gauche : P. P. Choffard 
fecit Parisiis 1 7S5. 
Eau-forte pure au Cabinet des Estampes. 

148. ADRESSE DE CHEAUL1ER. —Composition oblongue. Dans 

le haut , une étoile chiffrée de l'entrelac V . J. C- &"• A gauche, 
Mercure ; à droite, la Renommée ; dans le bas, une très-jolie 
petite vue du port de Marseille. Au milieu on lit : 

VICTOR ET JOSEPH CHAULIER ET COMPie 

FABRICAMTS DE SAVONS A MARSEILLE 

Les Savons de leurs fabriques, déjà connus par leur bonne qualité, 
porteront à l'avenir l'Empreinte d'une Étoile renfermant leur chiffre. 

P. P. Choffard fecit an u (1802). 

149. Carte pour adresse ? — Encadrement d'arabesques, in-4 en largeur. 

Aux quatre coins, dans de très-petits ronds , les Saisons ; le 
Printemps , l'Été , l'Automne sont des femmes couronnées de 
fleurs, d'épis, de pampres ; l'Hiver est un vieillard à bonnet de 
fourrure. Sur le haut et sur le bas du cadre, deux cartouches 
blancs, celui du bas porte en très-petits caractères : P.P. Choffard 
fecit 1792. (Collection Foule.) (1) 



150. Annonce commerciale. — Console à deux têtes de bélier, suppor- 



(1) Deux adresses d'attribution incertaine : 

Lenoir, successeur de Pillot , tient magasin d'estampes , Livres d'Ecriture gravés par 
Beaublé , Canons d'Autel, Bazins et Bréviaires provenant du fonds de Drevet, 
Tardieu et Chéreau. Il tient un assortiment de Draperies etd'Almanachs. Bue St- 
Jacques, n° 6. — Cadre orné de fleurs (Collection Foule). 

Aux Armes de Villeneuve -Flay ose (du Premier Marquis de France ). M e Vaufleury, 
Libraire, Jardin du Palcis-Royal , Pavillon n° 2. Privilégié de S. A. S. Mgr. le Duc 
d'Orléans, tient Magazin de Librairie en Histoires, Voyages, Romans, Mémoires, 
Ouvrages anglais et toutes les nouveautés, tient aussi Cabinet Littéraire ou l'on 
donne à lire les Papiers publics par séance ou par abonnement. 



CHOFFARD. 453 

tant un aigle et les attributs de la sculpture. Au milieu, sur une 
tablette blanche : 

LE PRIX SERA DE 40 U JUSQU'AU I r JANV r 
MDCCLV ET PASSÉ CE TEMPS 48 tt . 

— P. P. Choffard inv. et sculp. (Collection Foule.) 

151. CARTE D'ANNONCE. — Cadre d'arabesques; en haut, des 
draperies, des abeilles, un flambeau; à droite, couronne, sceptre; 
à gauche, un panier de fleurs, une houlette ; dans le bas, au 
milieu , une chouette et un casque. Cette composition laisse un 
milieu à peu près octogone où on lit : 



LES CENT UNE 
FIGURES POUR LES FABLES 

DE LA MOTTE 

COMPOSÉES ET GRAVÉES 
PAR C. GILLOT 



— P. P. Choffard fecit. — A Paris chez la V e de F. Chéreau etc. 
1 er état : Avant toute lettre (Collection Béraldi). 

152. Carte d'abonnement. — Cartouche avec lyre, caducée, thyrse, etc. 

aux angles. Le milieu figure un tambour de basque sur lequel 
est écrit : Etablissement Dorsay, Rue de Varennes , 
N 0S 666 et 667, à Paris. Au-dessus de la composition , le mot 
ABONNEMENT. — Jullier inv., Choffard sculpt. 98. 

153. CARTE D'ÉCHANTILLONS DE DELAITRE ET NOËL. 

— Grand encadrement orné d'une grecque, divisé par le milieu, et 
renfermant 28 cases pour y coller des échantillons. Dans le bas, 
la Vue de l'Etablissement ; dans le haut , Neptune et une autre 
divinité appuyés sur des ballots chiffrés B- Mi. — P. P. Ch. Un 
petit Mercure, des balances, un encrier, etc.; une tablette sur 
laquelle est écrit : Echantillons des Cotons filés de la Manu- 
facture hydraulique des C ens Délai tre, Noël et Cornp 8 , à l'Epine 
près Arpajon. — Dessiné par B. Millière et gravé par Choffard 
en 1808; petit in-fol. 



454 LES GRAVEURS DU XVIIF SIECLE. 

154-1"70. Etiquettes de l'apothicaire Lacassaigne. — Dix-sept étiquettes 
de formes et de dimensions différentes, carrées, oblongues ou 
demi-circulaires pour bouteilles et fioles, et rondes pour les cou- 
vercles des petits pots : la plus grande de format in-8 , la plu 
petite d'un centimètre carré. Elles portent toutes le nom de 
Lacassaigne, apot. du Roi. 

171 . Étiquette de la Pharmacie des Hôpitaux militaires de la République. 
— A gauche, une femme tenant une pique, des faisceaux , un 
alambic ; à droite, le dieu Mars. En haut , une banderolle por- 
tant : Pharmacie centrale des Hôpitaux militaires de la Répu- 
blique Française. — P. P. Choffard f. l'an 2 de la R.; in-8 en 
largeur. 

H2. La même étiquette, réduite in-12. 

1 13-181 . Etiquettes du droguiste Fougeron. — Sur la même feuille, neuf 
étiquettes, oblongues ou rondes, portant toutes : Fougeron, rue 
Bannier N° 24 à Orléans. Quelques-unes portent , en outre : 
Magasin de Drogueries. — P. P. Choffard f. 95. 

« Etiquette pour YEau des Fées (voyez : Portrait de Bonaparte). 

182. Etiquette ronde, non signée, sur laquelle on lit : Nouvel exutoire 
ou Pomade épipastique sans Cantharides. 



183. Petite pièce. — Sous une porte surmontée d'une boule fleurdelysée, 
on voit un arbre, et au-dessus, sur une banderolle, on lit : Nunc 
et Balsamo. En bas, à gauche, un coq ; à droite, un livre ouvert 
sur lequel on lit : Orme piramidal âgé de 10 a 12 ans. Sous la 
pièce, la mention : Aux quinze vingt à Paris. — P. P. Choffard 
fecit 1784 ; in-12. 



184-189. Bons de la Compagnie des Indes. — Six pièces 
faciles à reconnaître, parce qu'elles portent toutes les armes de 
File de France, avec une montagne. 

1. Cadre octogone en largeur, fleurdelyso ; cornes d'abondance, coquilles, 
trident, gouvernail; in-8. — Bon pour virujt piastres Payables au Porteur par le 
Caissier de la Compagnie des Indes à l'île de France après que le présent y aura 



CHOFFARD. 455 

étécontrôié. — Fait à Paris au mois de Janvier :j6g. — Contrôle. — P. P. Choflard 
fecit H59 ; in-8. 
Eau-forte, avant et avec la lettre au Cabinet des Estampes. 

2. Cadre ovale en largeur. Les armes de l'Ile-de-France sont à la partie supé- 
rieure. Même date. 

3. Autre, oblong en largeur. Guirlande de fleurs dans le haut ; à gauche, les 
armes de France ; à droite , celles de la colonie. Bon pour une Piastres (sic) etc. 
— Même date. 

4. Autre, oblong en largeur, style rocaille; les armes de la colonie dans le 
haut , fleurs de lys des deux côtés et au bas. — Même date. 

5. Autre, oblong en largeur, style rocaille; les armes de la colonie dans le 
bas, une fleur de lys dans le haut. — Même date. 

6. Autre, cartouche en forme de coquille; trois fleurs de lys dans le haut, 
guirlande de fleurs et armes de la colonie au bas. 



DIPLOMES, MÉDAILLES, etc. 

190 DIPLOME DES FRANCS - MAÇONS DE BORDEAUX, 

d'après Boucher ; in-fol. 

Cartouche dont le milieu est une grande draperie contenant une longue 
inscription. Au bas, des petits génies et les attributs des arts. Au-dessus de la 
draperie , à gauche , la Charité avec plusieurs enfants. Dans le haut de la com- 
position , un compas, deux amours, une banderolle. 

Cette belle pièce, où se retrouve la meilleure manière de Boucher, existe à 
l'état d'eau-forte pure. 

1 er état : Avant la légende sur la draperie et la devise : Post Tenebras Lux sur 
la banderolle. 

2 e état : Avec la devise et la légende : Loge de V Amitié de Bordeaux. A 
l'Orient d'un lieu très élevé, où régnent le Silence, la Paix, V Amitié, VÉgalité, 
la Concorde, la Sagesse, la Charité, etc. 

191-192. Diplôme ou passe-port. — Tête de page et fleuron. 

Grande feuille, avec un en-tête non signé, comprenant les armes de France, 
la croix du Saint-Esprit , un casque, une épëe, des faisceaux et des palmes sur 
un nuage. — Au-dessous la formule imprimée: Guillaume Henri Prince de Nassau 
Comte de Saarbruck et Saarmerden etc., Lieutenant Général des armées du Roy, 
etc. (8 lignes de texte). — Dans le bas, la formule : Par Son Altesse Sérénissime, 
et à gauche, le fleuron des armes du Prince de Nassau , signé P. P. Choffard 
Fecit Parhii tySi. 

193. Médaille commémorative ? — Louis XV visitant TEcole-Militaire. 
Militiœ tyrocinium. — Nobiles educati munificent, princ. — 
Gravé par Leinpereur ; in-8. 

L'encadrement style rocaille de cette pièce est de Choffard (Cabinet des 
Estampes). 



456 LES GRAVEURS DU XVIIF SIÈCLE. 

194. Médaille. — Persée avec la tête de Méduse. Devise : Militum 

alacritas (ardeur des soldats). Légende : Delphini ad Scaldim 
iter MDCXCIV (Marche du Dauphin sur l'Escaut 1694). — 
P. P. Choffard fecit 1756. In-8 orné. 

195. Carte de la Société populaire Lepelletier. — P. P. Choffard fec. 

Double médaille. Face : le buste de Lepelletier-St-Fargeau , les inscriptions : 
Voilà ton modèle, le suis satisfait d'avoir versé mon sang pour la patrie. — Le 
revers porte: Société populaire Lepelletier, etc. 

196. Carte de la Commune des Arts. — J. M. Moreau le jne invenit , 

P P. Choffard sculp. 

Double médaille. Face : Minerve couronnant un génie. Constituée le iS Juillet 
IJ93 en vertu du Décret du 4 Juv' 1793 l'An 2 de la Rép. Fran. 1793. — Revers : 
guirlande de feuilles ; Commune des Arts de Peinture , Sculpture , Architecture et 
Gravure. 

197. Carte de la Société des Amis des Loix révolutionnaires. 

Double médaille. Face : Femme coiffée d'un casque, appuyée sur une massue 
et des faisceaux ; Liberté Fraternité ou la Mort ; — l'An II de la République fran- 
çaise une et indivisible. — Revers : Guirlande de feuilles ; en baut , un œil dans 
des rayons ; Société des Amis des Loix révolutionnaires. N° — P r le C n — 
Pré 1 — Sec re — Section Fontaine de Grenelle. 

198. La Constitution de 1793. Nous maintiendrons cette belle consti- 

tution, nous la défendrons jusqu'à la dernière goutte de notre 
sang. — (Pièce citée par Renouvier.) 

199. Carte de la Société populaire de la Fontaine-Grenelle 

Double médaille. Face : Femme coiffée d'un casque, appuyée sur un faisceau 
et sur une massue avec bonnet phrygien. Liberté. Egalité. Fraternité ou la Mort. 
P. P. Choffard f. 1794. — Revers : Milieu blanc. Société populaire épurée de la 
Section Fontaine de Grenelle. 

200. Carte de police. — P. P. Choffard f. l'an V. 

Double médaille. Face : Deux femmes dont l'une touche les faisceaux, l'autre 
tient la Constitution de Van III. sur un socle où est écrit: Département de la Seine; 
exergue : Surveillance et Prudence. — Revers : Milieu blanc, guirlande de fleurs, 
Département de la Seine. 

201. Carte d'officier municipal ? — P. P. Choffard fecit l'an VI. 

Double médaille. A gauche, guirlande de fleurs ; République Française, canton 
de Paris , Municipalité du — arrondissement. — A droite , guirlande de feuilles ; 
Liberté . Égalité, et le mot — Président. 



CHOFFARD. 457 

202. Carte, ou en-tête de lettre. 

Au milieu d'une double branche de chêne, surmontée d'une banderolle portant 
Union et Liberté, un médaillon à bordure de perles , avec la Croix. Au-dessus, 
une couronne; au-dessous, l'inscription : District des Théatins. 

A l'eau-forte, avant la lettre, avec la lettre au bistre, et sur satin (Cabinet des 
Estampes). 

203. Carte d'une société musicale ? 

Double médaille. A gauche, une lyre ornée de fleurs et entourée de couronnes. 
A droite , une guirlande de fleurs ; le milieu est en blanc. 

204. Médaille en l'honneur de la paix. 

Face : Composition allégorique ; légende : Un Gouvernement sage assure les 
destins de la France libre et triomphante : La Gloire immortelle du quatorze 
juillet.. . . etc. — Revers : La Victoire fonda la République .... Célébration de la 
paix continentale le 25 messidor an g : Anniversaire du 14 Juillet lySç. Au second 
Consulat de Bonaparte, Cambacérès, Lebrun. — Par Palloy patriote pour la vie. 

La gravure peut être attribuée à Choffard. 

205. En-tête de lettre pour la préfecture de Loir-et-Cher. 

Une femme assise au milieu de divers emblèmes du Commerce et de l'Agri- 
culture. Elle est accoudée à une dalle sur laquelle est gravée la carte du dépar- 
tement , avec la légende : Préfecture du Département de Loir-et-Cher. — Dessiné 
par M<J e Desparanches, gravé par Duplessi-Bertaux et P. P. Choffard; in-8. 



ECRANS. 

206-211 . Six petits écrans , de format gd. in-8 , dont l'encadrement est 
formé d'élégantes arabesques, avec des paysages pour motifs de 
milieu. H. 190, L. 143. (Cabinet des Estampes.) 

1. Une colline ; au bas une rivière, un marinier dans son bateau , un pêcheur 
à la ligne. 

2. Colline avec monuments : un petit arc-de-triomphe en ruines, un château- 
fort. 

3. Une colline, un pont , des femmes lavant leur linge à la rivière. 

4. Un bateau amarré à un quai , une tour. 

5. Paysage avec petite église. 

6. Un monastère au bord d'une rivière. 

Les encadrements seuls sont de Choffard ; les sujets du milieu sont très-mal 
gravés. 

212-215. Quatre bordures d'écrans; in-4. 

1. Bordure avec une H et le titre Anecdotes françaises à la partie supérieure. 
— P. P. Choffard fecit 1772. — A Paris chez Lattre Rue St .Tacques. 

2. Bordure ornée de perles, une sorte d'oeuf d'autruche dans le milieu, en haut. 



458 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

3. Bordure ayant dans le milieu un petit Chinois qui met le doigt sur sa 
bouche. — P. P. Choffard fecit 1772. 

4. Bordure avec guirlande de palmes et de fruits. Dans le haut, un pélican. 
— P. P. Ch. f. 

Les quatre eaux-fortes au Cabinet des Estampes. 



CAHIERS D'ORNEMENTS. 

216-221. Collection de culs-de-lampe et fleurons In- 
ventes et dessinés par M. Bachelier, Peintre du Roy, tirés delà 
grande édition in-folio des Fables de La Fontaine et gravés par 
P. P. Choffard. I 1 '" suite. — A Paris chés la V e Chereau rue 
St Jacques au 2 Piliers d'or. 

Cahier de six feuilles, signées Bachelier inv., P. P. Choffard scalp., et numéro- 
tées 1 à 6 avec la lettre d'ordre a. 

222-22T. 2 me SUITTE DE CU LS- de-lampe ET fleurons In- 
ventés et Dessinés par M. Bachelier P tre du Roy, Tirée de la 
grande Edition in-f. des Fables de La Fontaine et gravés par 
P P. Choffard. Avec Privilège du Roy. — A Paris chez la Veuve 
Chereau , etc. 

Cahier de six feuilles, .signées Bachelier inr.. P. P. Choffard sculp., et numéro- 
tées 1 à 6 avec la lettre d'ordre b. 

228-234. Livre d'Écussons et Cartels, Dessinés par P. P. Choffard- — 
A Paris rue S 1 - Jacques aux deux piliers d'or. 
Sept planches en largeur, numérotées 1 à 7 et contenant 10 écussons et cartels. 

235-2'70. Six cahiers de cartouches , dessinés par Choffard et publiés 
chez Chereau. 

Ces cahiers sont de six pièces chacun , et chaque pièce porte, indépendam- 
ment de son numéro dans le cahier, 1 à 6, la lettre d'ordre delà série, A à F. 

Ces trente-six pièces ne doivent point être comptées dans l'œuvre de Choffard, 
parce qu'elles font double emploi et qu'elles ne sont pas des pièces originales , 
mais de mauvaises copies exécutées d'après des cartouches de l'Atlas de Robert 
de Vaugondy, des adresses, le titre d'un atlas de Berlin et autres sujets d orne- 
ments, qui ont bien été, dans l'origine, dessinés par Choffard. Le titre des cahiers 
ne ment donc pas, à la rigueur. 

271-282. Diversi Trofei de B. Bossi et P. P. Choffard, publiés chez 

Chereau. 

Deux cahiers de six pièces chacun , numérotées A et B, 1 à 6. 
Les deux titres, et les deux pièces portant le N° 6, sont signées P. P. Ch. — 
Mais, là encore, il doit y avoir quelque manipulation de l'éditeur Chereau 



CHOFFARD. 459 

CARTOUCHES 

POUR CARTES GÉOGRAPHIQUES. 

283-332. Cartouches pour les cartes de V Atlas Universel de Robert et 
Robert de Vaugondy son fils, 1757; in-fol., titre gravé par 
Gh. Baquoy. 

Cet atlas comprend plus de cent cartes, datées de 1749 à 1756, dont les titres 
sont inscrits dans des cartouches ornés gravés par Elisabeth Haussard. 

Nous nous bornons à signaler les cartouches dont le- dessin est incontesta- 
blement dû à Choffard , ceux qu'on retrouve dans l'œuvre du Cabinet des 
Estampes, ou dans les cahiers de cartels publiés par Chéreau d'après les dessins 
de Choffard. Les attributs groupés sur chaque titre rappellent les pays que 
représentent les cartes. 

1. Antiquorum imperiorum tabula. — 2. Grœcia vêtus. — 3. Egypte ancienne et 
moderne. — 4. Qermania antiqua. — 5. Asia Minor. — 6. Isles Britanniques. — 
7. Royaume d'Angleterre. — 8. Suède et Norwège. — 9. Italie. — 10. Suisse. -■ 
11. Turquie. — 12. Allemagne. — 13. Nouvelle France et Canada. — 14. Virginie 
et Mary/and. — 15. Franconie. — 16. Cercles du Haut et du Bas-Rhin. — 17. Gou- 
vernement général de Vile de France. — 18. Champagne septentrionale. — 19. Cham- 
pagne méridionale. — 20. Bourgogne septentrionale. — 21. Bourgogne méridionale. 
— 22. berry, Nivernais, Bourbonnois. — 23. Marche, Limousin, Auvergne. — 
24. Alsace Haute et Basse. — 25. Guyenne méridionale. — 26. Brabant méridional. 
27. Luxembourg, etc., etc. — Environ cinquante pièces. 

Choffard , employé dans sa jeunesse par un graveur de cartes géographiques, 
a dû exécuter à main-levée bien d'autres ornements , qu'il n'a pas signés , et 
qu'on ne sait aujourd'hui où reconnaître. On les devine quelquefois , mais on 
n'ose affirmer; par exemple, dans l'Hydrographie française de Bellin. 

333. Plan du siège de Leide, le premier commence' le 31 8 bre 1573 , 

le second le 26 mai 1574. — Dessiné par Joost Janssen 
Bilhamer, etc. 
Petit cartouche insignifiant , signé P. P. Choffard se. 

334. Plans et descriptions des principales places de guerre et villes 

maritimes des frontières du Royaume. . . . 1751- 
Cartouche rocaille en largeur, in-4. A la partie supérieure, les armes de France. 

335. L'Europe divisée par grandes régions par le S r Janvier 

Géographe à Paris. 

A la partie supérieure du cartouche, des attributs de géographie; à droite un 
petit médaillon de Louis XV; 

336. Encadrement très-élégant, avec casque antique et mappemonde à 

la partie supérieure ; guiriande de fleurs sur les côtés, se réunis- 



460 LES GRAVEURS DU XVI1P SIECLE. 

sant dans le bas au milieu , en entourant les mots P. P. Choffard 
fecit. 

La localité la plus rapprochée du cartouche , sur la carte , est marquée îles 
Sorlingues. 

337. Carte des Isles des Papous. — Signé Choffard ; in-12. 

Petit cadre formé de plantes des deux côtés , avec coquillages dans le bas. 

338. Nouvelle carte des parties occidentales du monde, servante à 

indique' les Navigations, Découvertes et Etablissements des 
Hollandais en Amérique, suivant les dernières découvertes. — 
P. P. Cho. f. 

Très-joli petit cadre enguirlandé de fleurs, de la dimension d'une adresse in-8 
en largeur. 

339. Nouvelle Mappemonde dédiée au progrès de nos connais- 

sances , entourée d'une grande bordure d'ornements, dessinée et 
gravée par Choffard. — A Paris chez Julien 1753. 

Il y a en haut de la carte une grande figure représentant TAstronomie entourée 
de nuages , desquels sort un rayon de lumière avec les mots Fiat Lux. Cette 
figure est dessinée et gravée à l'eau-forte par Cochin , et terminée par Ingram. 

340. Carie ancienne des Pays-Bas et des environs du temps des 

Romains. — P. P. Choffard 1756. 
Bouclier, casque, faisceaux, carquois, etc. 

341 . Cartouche. — L'arrière d'un navire, avec deux sabords garnis de 

canons. Au-dessus, une grande voile destinée à recevoir le titre 
de la carte, etc. — P. P. Choffard fecit, 1156. 

Le nom le plus proche de ce cartouche, sur la carte, est Yarmouth. 

342. Cartouche. — Ornements se terminant de chaque côté, dans le bas, 

par des cornes d'abondance. En haut et au milieu, une boule avec 
armoiries, retenue par trois chaînes. — P. P. Choffard fecit 
(1757); in-8. 

343. Ornement pour une Mappemonde. — P. P. Choffard fecit orna- 

menta 1758. 

Le cadre qui entoure cette carte porte , à la partie supérieure , un cartouche ; 
à gauche , palmiers , coiffures de sauvages en plumes , le Coran surmonté du 
croissant , etc.; à droite, une voile, un ballot , une palette, un canon , etc. 



C HO F FARD. '.(il 

344. Troisième partie de la Carte d'Europe, contenant le Midi de la 

Russie, la Pologne et la Hongrie, la Turquie .... Publiée sous 
les auspices de Monseigneur Louis-Philippe Duc d'Orléans . . . . 
H59. — Dessiné par Gravelot , gravé par Choffard. 

A droite du cartouche, un Turc ; à gauche, un Hongrois en pied. 
Pour l'Atlas du géographo DAnville. 

345. Mappemonde ou Description du Globe Terrestre, assujettie aux 

observations astronomiques, par le S r Janvier, Géographe. 
Avec Privilège du Roi 1762. — P. P. Choffard fecit. 

Cartouche et. ornements pour la partie supérieure de la carte, embrassant les 
deux moitiés de la sphère terrestre. 

346. CARTOUCHE AUX ARMES DE FRANCE, pour l'angle 

supérieur gauche d'une très-grande carte. 

Les armes de France sur une boule à la partie supérieure , et sur un écusson 
dans le bas. A droite et à gauche, des drapeaux et des médaillons des rois de 
France Henri IV, Louis XIV, Louis XV. 

Cette superbe composition , in-fol. en largeur, est signée sur le cartouche 
central, au bas et à droite, P. P. Choffard fecit 1763. 

A l'eau-forte pure et avant la lettre. 

347. Diocèse de Lyon , Divisé par sas vingt Archiprêlrés . . . . Dédié h 

Monseigneur Antoine de Malvin de Montazet. . . . mdcolxx. 
P. P. Choffard sculpsit aqua-forti. 

La Religion est à la partie supérieure. A droite, médaillons de Saint Pothin et 
Saint Irénée. 

348. Carte du cours de la Moselle et de la Sarre, 

Depuis les villes de Mets et Sarguemines jusqu'à leur embou- 
chure respective, vérifiée en 1 784 .... par M. Plonguer, etc. 

Allégorie pour l'angle inférieur gauche de la carte. Dans le haut, les armes de 
France sur une boule. Au bas, un Fleuve, des Naïades, des Amours, dont l'un 
est à cheval sur un canon ; un ballot, une caisse, un tonneau , des boulets. On 
lit sur le ballot : iV. /yS6. — P. M. Le Barbier l'Aine tnv ; et sur le tonneau : 
P. P. Choffard sculpsit ij8j. 

349-353. Divers cartouches non signés ( Œuvre de Choffard, Cahinet 
des Estampes). 

1. Pour l'angle supérieur gauche d'une carte. — Lion accroupi au bord de la 
mer. Une tour sur laquelle Hotte un étendarl marqué P. P. 1'. 

2. Composition pour l'angle inférieur droit d'une grande carte. — Un agneau 
offert en sacrifice sur un autel (parNoé?). Des animaux de toute espèce sont 

I. 30 



462 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

réunis derrière le sacrificateur ; un éléphant, une licorne, etc. La bordure de la 
carte semble représenter le déluge. 

3. Plan de la ville de Bordeaux. — A gauche, une porte de ville avec colonnes, 
un blason appuyé contre un chapiteau et orné de fleurs ; à droite, un arbre, une 
porte rustique. 

4. Cartouche pour l'angle inférieur gauche d'un grand plan (de Bordeaux?). 
— Le soleil dans le haut. A gauche, un bouclier aux armes de France ; à droite, 
piques et boulets , etc. — Dédié et Présenté au Roy par ses tris-humbles et très- 
fidelles sujets, les Maire, Sous-Maire, Jurais, Procureur Sindic et Secrétaire de la 
cille. 

5. Cartouche pour un plan de ville. — Deux jeunes femmes déploient une 
tapisserie. A leurs pieds sont, d'un côté, une ancre et un ballot ; de l'autre, une 
corne d'abondance et un blason. Sous le piédestal , une guirlande passant dans 
des anneaux , et les armes de la ville avec trois fleurs de lys et un mouton por- 
tant une croix. 



TITRES, etc. 

354-358. Titres pour l'Histoire amoureuse des Gaules de Bussy- 
Rabutin, 1754, 5 vol. in-12. 

1. Au milieu d'un cadre d'arabesques, et à la partie inférieure, deux Amours 
qui s'embrassent. P. P. Ch. inv. L. L. (Legrand) se. 

2. Cartouche d'arabesques. — Une couronne suspendue au milieu , dans le 
haut. Fleurs de lys dans les angles supérieurs. Au bas , sur un coussin, deux 
colombes qui se becquètent. — P. P. inv., L. L. se. 

3. Cadres d'arabesques. Dans le bas un petit trophée, arc, carquois, flambeau, 
bouquet de roses. — P. P. Ch. fec . 

4. Cadre d'arabesques. — Dans le bas, trophée d'une couronne et d'nn 
sceptre, trompette, flambeau, etc. — P. P. Ch. feeit. 

5. Cadre d'arabesques avec pampres. Au bas une aiguière, un plat, des 
flacons etc. — P. P. Ch. feeit. 

359. Cartes et tables de la Géographie physique ou naturelle. — Cet 

ouvrage approuvé et publié sous le priv9 s de l'Ac. se trouve à 
Paris sur le quai de l'Horloge. 

Cadre pour l'avertissement placé en tète du volume. — Les armes royales à 
la partie supérieure. A droite et à gauche , deux sujets ovales , Dieu créant le 
monde. Signature manuscrite P. P. Choffard ij;$ ; petit in-fol. en largeur. 
(Cabinet des Estampes.) 

360. Acte y puntual Explicacion del modo de Tocar el Violin. . . . 

tompuesto por D Joseph Herrado .... quien le dedica al Exc m0 
S r D n Francisco Ponce de Léon .... — La W a y L tra gravada 
por M elle Vendôme. 

Titre in-4 en largeur, représentant une table garnie de flambeaux, d'aiguières, 
de fruits. Dans le bas , à droite , des instruments et un cahier de musique. Le 



CHOFFARD. m 

milieu est occupé parla légende.— Signé : Joannes a crue» faciebal Parisiis 1756, 
et, à la main, P. P. Choffard ornamenta. (Cabinet des Estampes.) 

361-362. Pièces en forme de double titre. 

Deux encadrements accolés : 

A gauche, cadre orné de feuilles, un petit réchaud dans le bas. Dans le haut , 
un zodiaque qui seuble découpé àjour. La partie inférieure est occupée par une 
tablette quadrillée. 

A droite, cadre de même dimension , guirlande de fleurs traversant le haut en 
demi-cercle ; dans le bas, un serpent qui se mord la queue forme un cercle, les 
extrémités de la guirlande de fleurs traversent ce cercle en croix. 

H. de chaque pièce, 97; L. 63. 

363. Estampes galantes des Contes de Boccace. — A 

Londres. — D'après Gravelot; non signé ; in-12. 

Un satyre soulève une draperie et laisse voir, dans un jardin, une femme cou- 
ronnant la statue de Priape. Devant la statue , un couple dans une attitude 
équivoque, ou plutôt non équivoque. 

Cette composition sert de frontispice à la série des figures libres de Gravelot 
pour le Boccace de n57. 

364. Description géographique des isles Antilles possédées par les 

Anglais.... parle S r Delhi, ingénieur de la Marine et du 
Dépôt des Plans 1758.— P. P. Choffard fecit 1758. in-4. 

Cadre d'arabesques ornées de guirlandes de fleurs. Dans le haut , à droite et à 
gauche, deux corbeilles de coquillages. H. 195 , L. 157. 

Chéreau a utilisé cette pièce pour servir de titre à son Sixième cahier de car- 
touches dessinés par Choffard. 

365. Titre pour un livre in-12. 

Encadrement d'arabesques , avec arbres dans les côtés. Au bas , une tablette 
ronde ombrée, avec guirlandes de fleurs, pour recevoir la date du livre. — P. P. 
Choffard fecit 1760. 

366. Titre pour un livre in-12. 

Encadrement carré avec guirlande de fleurs. Au bas, une tablette oblongue, 
ombrée, pour la date du livre. Au-dessus, une sphère et un compas ; à gauche, 
un demi-cercle ; des papiers déroulés, à droite. — P. P. Choffard fecit (à la main, 
1760) ; in-12. 

367. ÉTRENNES GALANTES. 

Deux très-petits cadres in-32 accolés.— Sur celui de gauche, une légende a été 
supprimée à l'aide d'un cache-lettres. Sur celui de droite, au bas, un petit amour 
avec son carquois, et au milieu les mots : Etre mes galantes. 

« Etrennes galantes chez Vallayer, marchand bijoutier, rue du Ronlle 1Tb , 

• deux très-petites estampes d'un pouce en quarré la figure de l'Amour assis 

• est gravée par Cochin fils, le reste est de Choffard. » (jombert.) 



4C>4 LES GRAVEURS DU XVIIP SIÈCLE. 

368. ÉTRENNES GALANTES. — P. P. Choffard fecit ; in-12. 

Arabesques avec couronne de fleurs ; une fleur de lys ; dans le bas, un amour 
tenant une flèche, et deux dauphins. Petit cartouche en hauteur et très-étroit. 
L'Amour qui s'envole et les deux dauphins sont gravés par Cochin. 

369. Atlas géographique et Militaire ou Théâtre de la Guerre pré- 

sente en Allemagne. . . . Par M Rizzi Zannoni A Paris 

chez Ballard , Imprimeur du Roy. . . . etc. — P. P. Choffard 
fecit, vers 1*761 ; in-12. 
Encadrement avec drapeaux à droite et à gauche. Au bas, timbales, canon, etc. 

3"0. Amusemens d'un Convalescent, dédiés a ses Amis. 
M.DCC.LXI. — Gravelot inv., P. P. Choffard sculp.; in-8. 

Le haut de la composition est occupé par le cartouche portant le titre. Dans 
le bas, un ovale : au coin d'une cheminée, le convalescent écrit sur l'angle d'une 
table, un violoncelle est appuyé sur son genou. 

Existe à l'eau-forte pure. 

371. Recueil d'Estampes gravées d'après les Tableaux du Cabinet de 
Monseigneur le Duc de Choiseul, par les soins du S r Basan, 
M.DCC.LXXI. — P. P. Choffard fecit 1771; in-4. 

Les armes du Duc à la partie supérieure ; à gauche, les attributs des arts ; à 
droite, ceux de la guerre. 

3~2. Catalogue du Cabinet de M. Neyman, par F° is Basan 
rue et Hôtel de la Serpente à Paris. — P. P. Choffard fecit 1776. 
« Divers genres de dessins réunis par le goût des arts » ; in-8. 

A gauche , amours cueillant des fleurs ; à droite , amour tenant un flambeau , 
estampes, etc. 
Existe à l'eau-forte et avant la lettre. 

373 Manuel du Chasseur, par M. de Changran , 1780 ; in-8. 

Encadrement carré. Dans le haut, cartouche rond formé par un zodiaque. Au 
bas, un cartouche blanc formé par une draperie. Attributs de chasse. 
Sans aucune lettre (Cabinet des Estampes). 

314. GALERIE DU PA LAI S - ROYA L. — Encadrement de la dédi- 
cace A Monseigneur le Duc d'Orléans, Premier Prince du Sang. 
— Dessiné par Choffard , gravé par Guttemberg; in-fol. 

Bordure carrée doublée à l'intérieur d'une petite guirlande de feuilles. Dans le 
haut, les armes du duc d'Orléans sur un globe, au-dessus duquel une couronne 
fleurdelysée est soutenue , à gauche par le génie de la musique, à droite par 
celui des arts. Le tout porté sur des nuages. 

L'eau-forte de cette très-belle composition est de Choffard. 



CHOFFARD. 465 

315. Ch.VNSONS DE Plis. — Encadrement de la dédicace A Mon- 
seigneur le Comte d'Artois. — P. P. Choffard fecit 1185 ; in-12. 

A la partie supérieure, les armes de France, des drapeaux, des Amours; dans 
le bas, une lyre, et sur un ospace réservé en blanc , les vers : 

Du soin de mes peines passées, 
Je me relèoe avec ardeur 
Pour vous offrir ce bouquet de pensées, 
Hlles devront au lys leur sort et leur odeur. . . etc. 



Existe à l'eau-forte. 

316. TITRE pour un ouvrage grand in-fol. 

Dans une large bordure de rocailles, Mercure, s'envolant de gauche à droite, 
tient dans ses bras trois drapeaux dont l'un est déployé comme pour recevoir 
une légende. Au-dessus de lui est un globe aux armes de France. Dans le bas , 
on voit sur le bord d'une rivière un monument de style russe, des drapeaux 
russes, des ballots sur lesquels on lit : Suif et Banque de Riga. La date de Sç sur 
un ballot. 

Très-belle pièce. — Existe à l'eau-forte pure. 

317. L'Hydraulique naturelle , ou l'art d'élever les Eaux sans méca- 

nique, par J. B. de Trouville, ingénieur. — P. P. Choffard fecit 

1193; in-4. 

Cette pièce est plutôt un frontispice allégorique qu'un titre. La légende est sur 

la marge inférieure d'une vignette représentant la Physique , secondée par Iris, 

montrant à Neptune étonné les eaux transportées sur le sommet des montagnes. 

318. Arsace et Isménie , histoire orientale. — P.P. Choffard mv., 

N. Le Mire sculp. 96; in-8. 
Vignette servant de titre : Un homme en costume oriental , une femme tenant 
un poignard et un flambeau. 

319. Idylles, par Berquin. — Monsiau inv., P. P. Choffard sculp. 1802; 

in-12. 
Cadre carré. Paniers de fleurs et houlette posés sur une pierre ; chien , 
mouton , etc. 



380. Méthode pour le Piano-Forte par Pleyel et Dussek. — In-4. 

Ce titre est inscrit sur une draperie à droite ; à gauche est une jeune femme 
jouant du piano. Sur la marge inférieure on lit : Celte méthode contient essentiel- 
lement les principes du doigté du forte-piano. On y trouvera ausst une nouvelle 
manière d'accorder /' instrument. — Pria 12 f. i Paris ch .■■: Pleyel... etc. 

Existe à l'eau-forte pure et sans la légende de la marge inférieure. 



466 LES GRAVEURS DU XVIIF SIÈCLE. 

381. A Elle. Six Romances , avec accompagnement de Piano. — 

Dessiné par J. Guérin , gravé par P. P. Choffard 99 ; in-4 en 
largeur. 

Composition à claire-voie. Des nuages, une guirlande de fleurs, et au-dessus, 
des tourterelles ; au milieu , une lyre derrière laquelle passent les rayons du 
soleil. Sur la marge inférieure : A Paris chez Pleyel Rue Neuve des Petits-Champs 
n° 72S. Prix 6 f. La musique gravée par Richomme. 

382. Grande Sonate pour le Piano-Forte, composée et 

dédiée par D. Steibelt à Madame Bonaparte — Grand in-4. 

Encadrement formé d'une mince bordure. Au-dessous de la légende , la Re- 
nommée sonnant de la trompette ; à la partie inférieure de l'encadrement , des 
branches de feuillage réunies par un ruban. Une tablette sur laquelle ou lit : 

inllA 
A Pari> chez M Erard rue du Mail n° 37. — A Lyon chez 

Garnier place de la Comédie, etc. ! Prix 6 . 

A l'eau-forte pure, le titre se trouve déjà sur la planche. 

883. Douze nouveaux Quintetti , pour deux Violons, deux Violon- 
celles et Alto, par Luigi Boccherini , etc. Œuvre 37. Prix 9 fr. 
A Paris chez Ignace Pleyel , etc. — Grand in-4 

La moitié inférieure de la composition est occupée par le titre, qui est dans uu 
cadre ; la moitié supérieure par un sujet allégorique : la Renommée présentant 
a la Musique une tablette sur laquelle est écrit : Nouveaux Manuscrits de 
Boccherini. 



384-403. Encadrements de pages pour Y Histoire de Louis XV par mé- 
dailles, de l'Imprimerie royale, commencée en 1T53 ; in-fol. 

« Comme ce magnifique ouvrage a été interrompu pour quelque temps, on ne 
» peut rendre compte que des planches qui sont actuellement gravées, en aver- 
» tissant néanmoins qu'aucune de ces estampes ni des ornements qui y ont 
» rapport n'a passé dans le public , et que M. Cochin s'est fait une loi de n'en 
» donner à qui que ce soit jusqu'à ce que ce grand travail, qu'il compte reprendre 
» incessamment , soit poussé à la perfection , et qu'il ait eu l'honneur de pre- 
» senter à Sa Majesté l'ouvrage entier complet et achevé. Voici ce qu'il y a de 
» fait actuellement : 

» Vingt bordures toutes différentes, allégoriques au discours qu'elles doivent 
» encadrer pour servir d'explication à chaque planche, dessinées et gravées par 
» Choffard , sous la direction de M. Cochin fils ... . etc. » (Jombert). 

L'ouvrage n'a jamais été repris et terminé. 

404. Encadrement de titre ou de dédicace? — In-fol. 

Cette belle pièce simule une feuille de papier fixée sur un fond par deux clous 
à la partie supérieure. Les deux clous retiennent une grosse guirlande de feuilles 
avec rubans. En haut , les armes de Fiance ; en bas, un cartouche d'armes sou- 



CHOFFARD. 467 

etnu à droite par un homme portant une massue, à gauche par une femme ailée. 
Le milieu est blanc— Signé à la pointe : C. D. L. F.— M. S. G.— H. 441, L. 304. 
Al'eau-forte pure. Exécution tres-vigoureuse. (Cabinet des Estampes.) 

405. Bordure d'arabesques pour le titre deY Essai sur les Isles 

Britanniques . . . . par Bellin, 1757 ; iu-4. 

Ce cadre, très-élégant, est orné de plantes et de fleurs, avec une petite branche 
de corail dans le bas au milieu. Au-dessous, la signature à la pointe P. P. Cftof- 
fard fecit 1757. — H. 215, L. 142. (Voyez N os 599-602). 

406. Encadrement. 

Cet encadrement, haut de 290 millira., large de 15T , est formé d'une bordure 
de 14 millim. d'épaisseur, y compris son ombre portée. La composition est re- 
fendue à la partie supérieure par une baguette qui la traverse, de sorte qu'elle a 
comme une tablette dans le haut. La partie inférieure est divisée par des traits 
en cases longitudinales , comme un fragment de calendrier. ( Cabinet des 
Estampes.) 

407. Bordures d'arabesques. 

Deux cadres minces, de 223 millira. de haut sur 146 de large. Le milieu est 
blanc; au haut de l'un est une coquille, au bas de l'autre un carquois. — Signa- 
ture : P. P. Choffanl fecit. 

408. Bordure d'arabesques. 

Le milieu blanc. Rinceaux aux angles et dans le milieu du haut et du bas. 
Dans le milieu des côtés, motifs de plantes et de fleurs.— H. 325, L. 216, Ep. 18. 

409. Bordure pour vignette ? — ïn-8. 

En haut, des faisceaux ; de chaque côté, des attributs de guerre, deux bustes 
de faune et de Cérès terminés en gaîne. Au bas, à gauche, des fruits ; a droite, 
un chien ; au milieu , la louve allaitant Romulus et Rémus. 

410. Cadre d'arabesques. H. 1*74, L. 114. 

411. Cadre pour vignette. — In-4. 

Bordure carrée, en hauteur, les coins supérieurs saillants. Dans le bas, bande- 
rolle s'élargissant pour former un cartouche, branches de feuillage. Dans le haut, 
un casque empanaché et une épée, un carquois, un flambeau et deux colombes. 
Guirlande de feuilles passant derrière le haut du cadre et venant retomber sur 
les côtés. — H. 205, L. 113. 

Nous avons cité aux encadrements de portraits l'encadrement des vignettes 
de Cochin pour VHisloire de France du Président Hénault; nous mentionnons 
plus bas , sous le N° 682 , la bordure des vignettes de Lucrèce traduit par La- 
grange, Paris, Bleuet , an II. 



468 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 



FLEURONS. 



412-415. Le Décaméron de Jean Boccace , l"/5~-61 ; 5 vol. in-8. 

La part de Choffard dans l'illustration de ce beau livre est minime. 
Quatre petits culs-de-lampe, portant les signatures deGravelot et de Choffard, 
pour les Nouvelles 2 , 4 , 5 et 7 de la dixième journée. 

416-473. CONTES DE LA FONTAINE, édition dite des Fermiers 

généraux. Amsterdam (Paris), 1762; 2 vol. in-8 ; fig. 

Tout éloge des illustrations si connues de cet ouvrage et de ceux qui vont 
suivre, serait superflu. Les fleurons des Contes , d'Ovide , des Saisons , du Juge- 
ment de Paris, ont établi la réputation de Choffard et l'ont consacré ornemaniste 
sans rival. 

Nous décrirons brièvement : 

Tome I. — 1. Titre. Fleuron à la lyre. — 2. Grand fleuron de Joconde. Satyre 
assis sur un nuage. — 3. En-tète de Joconde. Amour couché sur des nuages, un 
arc et un flambeau à la main. 

Culs-de-lampe. — 4. Joconde. Couronne et bois de cerf, un coucou. — 5. Le Cocu 
battu. . . Vieille femme teuant un bâton. — 6. Le Savetier. Souliers, babouches. 

— 7. Le Paysan.. . Arabesques, ail , sac d'écus. — 8. Le Muletier. Cœur ailé et 
enflammé. — 9. La Servante justifiée. Bouquet de fleurs dans des arabesques. — 
10. La Gageure.. . Médaillon avec amour tenant une pique. — 11. Le Calendrier. . . 
L'Amour tenant une boule avec les heures. — 12. On ne s'avise... Plumes de 
paon, livre du Recueil de ruses. — 13. Le Gascon puni. Renard et trois oiseaux. 

— 14. La Fiancée. Médaillons chiffrés M. -A. L.-A. — 15. La Coupe enchantée. 
Trépied, serpents. — 16. Le Petit chien... Draperie; le Seigneur sauvant la 
couleuvre. — H. Le Magnifique. Une montre. — 18. La. Clochette. Une clochette. 
— 19. Le Glouton. Une table avec six bougies. — 20. Les Deux Amis. Trois grues. 

— 21. Le Juge de Mesle. La Justice. — 22. Alix malade. Cœur enflammé dans une 
couionne d'épines. — 23. Le Baiser rendu. Arabesques, trois oiseaux. — 24. Sœur 
Jeanne. Tète de nonne sous une fontaine. — 25. Première imitation d'Anacréon. 
Colombes, fleurs, marotte, flambeau. — 26. Fin du Tome I er . Cartouche , guir- 
landes, médaillon avec lyre. 

Tome II. — 27. Fleuron du titre. Tableau, palette, compas. — 28. Grand fleuron 
des Oyes de frère Philippe. Enfants dans un nuage. — 29. En-tête des Oyes. Vénus 
couchée sur des nuages , deux colombes. 

Culs-do lampe. — 30. Les Oyes.. . Arabesques, deux médaillons de femmes. — 
31. Richard Minulolo. Amour se démasquant. — 32. VOraison... Homme dé- 
pouillé de ses vêtements, assis. — 33. Le Villageois... Deux oiseaux sur des 
branches d'arbre. — 34. VU ermite. Tête d hermite, clochette. — 35. La Mandra- 
gore. Arabesques , un loup. — 36. Les Bernois. Palette , filet avec poissons. — 
37. La Courtisane . . . Guirlande, femme accompagnée d'un paon offrant des fleurs 
à l'Amour. — 38. Nicaise. La Fortune sur sa roue. — 39. LesTroqueurs. Couronne, 
rubans et deux bâtons fleuris croisés. — !0. Le Diable de Papjfiguière. Ailes cro- 
chue-, pioche, râteau. — 41. Féronde. Mitre, arc, carquois, chaînes. — 42. Le Roi 
Candaule. Deux petites scènes dans des guirlandes de feuilles. — 43. Le Diable 
en enfer. Agneau , serpent . boule. — 41. La Jument. . . Coq , oie. — 45. La Chose 



CHOFFARD. 469 

impossible. Enclume, marteau, tenailles. — -16. Le 'tableau. Chaise brisée. — 
47. Le Bât. Un âne. — 48. Le Faiseur d'oreilles. Arabesques, femme tenant deux 
boules. — 49. Le Fleuve Scamandre. Plantes aquatiques, cygne. — 50. Le Remède. 
Fleurs , linge , besicles , seringue. — 51. Les Aveux indiscrets. Une selle et uu 
flambeau. — 52. Le Contrat. Arabesques, deux cornes d'abondance. — 53. La Cou- 
turière. Pelote à épingles , pelotons de fil. — 5t. Le Gascon. Geai et plumes de 
paon, arabesques. — 55. La Cruche cassée. Vase cassé; très-petite pièce non 
signée. — 56. Promettre est un.. . Arc, carquois, cinq flèches. — 57. Le Rossignol. 
Portrait de Chollard. — 58. Fin du Tome second. Faulx, sablier, etc. 

Les douze premières pièces portent la date de 1761 , toutes les autres celle de 
1762. 

La presque totalité des eaux-fortes au Cabinet des Estampes et dans l'exem- 
plaire de M. James de Rothschild. 

Séries tirées sans texte. Il en a été vendu plusieurs exemplaires dans ces der- 
nières années ; mais après un minutieux examen do ces épreuves, fait de concert 
avec M. Paillet , nous serions tentés de croire que ce sont simplement de très- 
bonnes premières épreuves mais non pas des épreuves d'artiste sur papier fort. 

474. LETTRE DE SVPHO A Ph.VON, par BHd de Sainmore. 1167. 
In-8 ; fig. de Gravelot. 

Sapho sejetant à la mer, cul-de-lampe. — P. P. Choffard fecit iy66. 
Ce cul-de-lampe, retouché et daté de 1801 , a été plac dans le Dictionnaire îles 
Graveurs de Basan. 

475-512. LES MÉTAMORPHOSES D'OVIDE— Paris, 1767-1771. 
4 vol. in-4 ; fig. 

Les illustrations admirables que Chollard a gravées pour ce livre comprennent 
trente-sept pièces : 

1. Un frontispice-titre , de la plus riche ornementation, avec le médaillon 
d'Ovide, 1767. 

L'eau-forte pure de cette belle pièce est dans la collection de M. de Ville- 
neuve et dans plusieurs autres collections. 

2. Un encadrement d'un goût exquis , pour entourer la première page de la 
dédicace A Monseigneur te Duc de Chartres, 1767. 

Dans les premières épreuves de cet encadrement , tirées avant le texte de la 
dédicace, la couronne fleurdelysée se trouve sur la boule même qui porte les 
rieurs de lys et le lambel de la famille d'Orléans ; dans les épreuves posté- 
rieures, la couronne est au-dessus de la boule. L'eau forte, MO fr., 1880. 

Quatre fleurons pour les titres des volumes : y. Femme tenant un flambeau 
et entourant de fleurs les noms d'Homère et d'Hésiode, 1767. — -t. Sphynx , 
brasier allumé ; 1768. — 5. Amour tenant deux torches , paon , phénix ; 1770. — 
6. Les trois Grâces ; l'une est appuyée sur la lyre d'Ovide. — C. Monnet delin. 
P. P. Choffard sculp. 

Trente fleurons d'en-tête : 

7-8. Livre I. Le Chaos. — Paysage avec cascade, chèvre sur des rochers ; 1767. 

9-10. Livre IL Phaéton.— La Grande-Ourse, une centauresse, un cygne : 1767. 

11-12. Livre III. Dragon expirant sur un arbre, charrue, cerf et chiens. — 
Temple et bacchante à gauche, à droite le vaisseau de Bacchus ; 1767. 

13-14. Livre IV. Les Furies dans le Ténare. — Femme se précipitant dans In 
mer. — Les deux pièces gravées par Choiïart d'après Monnet . 1768. 



470 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

15-16. Livre V. Bataille contre Persée.— Muses et harpies.— Les deux pièces 
gravées d'après Monnet, 1768. 

17-18. Livre VI. Araignée et sa toile , métier à tapisserie. — Lyre suspendue 
à un arbre, autel , roseaux , grenouilles ; 1768. 

19-20. Livre VIL Bœuf portant le joug , navire de Jason à tête de bélier. — 
Enchantements de Médée , chaudière à sortilèges, torches avec serpents ; 1768. 

21-22. Livre VIII. Plan d'un monument, au milieu un centaure, statuette sur 
un support. — Tombeau de Méléagre, hure de sanglier, chiens ; 1770. 

23-24. Livre IX. Bas-relief d'Hercule, source jaillissant d'une urne, corne 
d'abondance. — Massue d'Hercule , médaillon représentant ses travaux ; 1770. 

25-26. Livre X. Arabesques, têtes de cerf et de bœuf , arbres, au milieu un 
serpent et une lyre. — Vénus debout sur une console , riches arabesques avec 
têtes de lion; 1770. 

27-28. Livre XL Lyre, bas-relief de Silène. — Loup, forteresse en construction, 
médaillon de Céyx naufragé et Alcyone ; 1770. 

29-30. Livre XII. Prêtre faisant un sacrifice , Thestorides , Vincemus. — Son 
corps disparut ; 1771. 

31-32. Livre XIII. Une femme sur des nuages , un bûcher, des oiseaux qui 
s'envolent. — Grande aiguière, brûle-parfums, coffret , etc. 1771. 

33-34. Livre XIV. Enchantements de Gircé. — Médaillons des aventures 
d'Énée; 1771. 

35-36. Livre XV. Médaillon de César. — Médaillon de Pompée ; 1771. 

37. Grand fleuron de la Fin d»s Métamorphoses d'Ovide. Composition d'un goût 
merveilleux , où se lisent sur des médaillons habilement distribués , et qu'un 
Amour enguirlande de fleurs, les noms des collaborateurs artistiques du livre. 
A la première place, Boucher, puis plus bas Le Prince, Monnet, Eisen, Moreau, 
Gravelot. Plus loin, Le Mire et Saint-Aubin ont chacun leur petit médaillon. Un 
peu plus bas , modestement dissimulés dans l'ombre , la phalange de^ graveurs 
ordinaires de Messieurs les vignettistes ; un rayon de lumière , qui est évidem- 
ment connaisseur en gravure , va frapper les noms de De Launay et de l'éditeur 
Basan. Choffard est représenté par sa signature : P. P. Choffard fecit i-jyo. 

38. A cette suite de trente-sept pièces , il convient d'ajouter comme dessinée, 
et peut-être un certain nombre de fois gravée par Choffard , la jolie bordure 
qui entoure et fait valoir les vignettes, et contribue ainsi à l'élégance du livre. 
Une épreuve de celte bordure seule, avec la place de la vignette en blanc, 60 fr., 
vente W. 1880. 

États. Partie des eaux-fortes au Cabinet des Estampes , chez MM. Rœderer 
et Portalis. 
Les épreuves d'artiste, tirées hors texte, dans diverses collections. 

513-5n. LES SAISONS, poëme de Saint-Lambert. — Amsterdam, 
1769. In-8 ; fig. de Gravelot et Le Prince. 

Fleuron du titre. Lyre sur fond rayonnant, dans un cercle formé d'un serpent 
qui se mord la queue. Roses, épis, pampres, pommes de pin. 

Quatre têtes de pages , médaillons entourés d'ornements. — 1. Le Printemps, 
un laboureur, vase de fleurs, zodiaque, oiseaux. — 2. L'Été : un faucheur, 
oiseaux , zodiaque , épis , serpent. — 3. L'Automne : un chasseur, attributs de 
chasse et des vendanges, zodiaque. — i. L'Hiver : des loups, zodiaque, attri- 
buts de la musique ou des théâtres. 

Ces cinq compositions ingénieuses sont signées P. P. Choffard fecit i~6g- 

1 er état : Tirage hors texte. 



CHOFFARD. 471 

518-522. LES SAISONS , poëme de Saint-Lambert. — Amsterdam , 
1T75. In-8 ; fig. de Moreau. 

Un fleuron de titre et quatre têtes de pages. Mômes dessins que les fleurons 
ci-dessus décrits , avec quelques petites différences, et légèrement agrandis. Ce 
sont de nouvelles planches, gravées d'une pointe un peu moins transparente 
que celles de l'édition de 1169. — Les cinq pièces sont signées /'. P. Choffard 
fecit /J7j. 

1 er état : Tirage hors texte. 

Il n'est pas bien loin le temps où les fleurons de Choffard traînaient sur les 
quais , à un sou la feuille. Aujourd'hui , la double suite des Saisons vient de 
dépasser aux enchères le prix de mille francs. 

Est-ce une folie de mettre à présent tant d'argent à des vignettes ? Qu'importe! 
on en fait bien d'autres pour les livres. Exemple : 

Il est un petit bouquin pas plus gros que çà, qui s'appelle le Pâtissier français. 
universellement reconnu sans mérite intrinsèque, n'ayant que la qualité relative 
d'être un livre de cuisine imprimé par les Elzevier. Eh bien ! c'est ce livre que 
les bibliophiles ont amené au prix de six , huit , dix mille francs ; oui , dix mille 
francs ! Ce sont ces feuillets, destinés primitivement à être tournés par le pouce 
graisseux des marmitons , qu'ils font recouvrir des plus précieuses reliures , 
doublées et merveilleusement dorées. Cela ne vaut-il pas toutes les folies des 
amateurs d'images? — C'est que , collectionneurs , nous sommes tous à deux 
faces : hommes de goût d'un côté, maniaques de l'autre. 

523-526. LE JUGEMENT DE PARIS, poëme par Imbert. — 1T72. 
In-8 ; fig. àî Moreau. 

Suite de têtes de page pour les quatre chants, signées P. P. Choffard fecit iyj2. 

— 1. Torche , serpjnts , pomme de discorde avec les mots Plus belle. — 2. Un 
paon sur le dossier d'un trône , vase , réchaud de parfums , corne d'abondance. 

— 3. Temple circulaire, attributs des arts , bouclier à tête de Méduse. — 4. Arc 
et carquois, fleurs, nuages, oiseaux voltigeant. 

L'exemplaire de M. PaUlet contient , avec les eaux-fortes des figures de 
Moreau , les tirages hors texte et les eaux-fortes des fleurons de Choffard. 

527 . Traité des Horloges marines, par Berthoud. 1T73. 1 vol. in-4. 

Fleuron du titre. Boule fleurdelysée, lettre L, gouvernail, etc. Signé à gauche 
P. P. Choffard fecit 1773. (Voyez portrait de Louis XV.) 

528-532. OEUVRES DE J.-J. ROUSSEAU. — Londres, 1T74. — 
12 vol. in-4. 

Fleurons pour les titres de cinq volumes, très-élégants : 

1. Buste sur un socle. Attributs d'histoire naturelle , machine pneumatique, 
attributs de musique, encyclopédie; 1776. 

2. Femme à six mamelles sous un arbre. Fauteuil avec lions , pyramide , 
corne d'abondance ; 1T76. 

3. Femme nue assise sur une draperie. Elégants rinceaux d'arabesques. 
Masque, carquois, flambeau , etc. 1777. 

4. Médaillon d'Apollon dans une draperie. Attributs de la musique et guir- 
landes de fleurs ; 1777. 

5. La Musique jouant de l'orgue; mandoline, violoncelle, etc. 1777. 



472 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

533-534. Voyage pittoresque de la Grèce , par Choiseul- 
Gouffier ; in-fol. 

1. Tête de page du premier chapitre. — La Guerre marchant sur un canon. 
Ville turque incendiée, soldats, captifs, gabion, Plan de Coron, etc. — G. Monnet 
del., P. P. Choffard, 1718. 

2. Très-beau cul-de-lampe du premier chapitre. — Console avec buste do Pau, 
jeunes faunes jouant de la flûte et portaut des fruits. Guirlandes de fleurs et 
médailles grecques. — P. P. Choffard fecit 1178 ; in-4. 



535-561. HISTOIRE DE LA MAISON DE BOURBON, par Dé- 

sormeaux. — Paris, Imprimerie Royale, 1T79-1788. 5 vol. in-4; 
fig. 

Le frontispice de ce livre est de Boucher, les têtes de pages sont de Moreau ; 
la totalité des fleurons est de Choffard , dessin et gravure. 

1 à 5. Cinq fleurons pour les titre-. On retrouve sur tous une boule à trois 
fleurs de lys, et une bannière avec la devise : Bonté et Valeur. 

6. Un très-riche fleuron pour l'en-tête de la dédicace. On y voit au milieu 
d'attributs divers, casque, drapeaux, gouvernail, etc., un médaillon avec le 
chiffre de Louis XV, un autre avec le nom deFontenoi. Au bas, sur une tablette, 
en gros caractères, les mots : Au Roi. — P. P. Choffard fecit 1772. 

Sous le fleuron est le mot Sire avec une petite lettre S ornée. 

Culs-de-lampe. — 7. Croix lumineuse, médaillons au nom des rois de France; 
1772. — 8. Une chapelle, avec les mots Saincl Louis; 1772. — 9. Bannières, bou- 
cliers, B itaille de Cassel, etc. — 10. Deux clefs croisées, éclairs, attributs divers ; 
1772. — 11. Deux chevaliers dans un souterrain, l'oiifiamme, le mot Espérance ; 
177C. — 12. Trophée, chaînes , Bataille d'Azincourt; 1772. — 13. Guerrier vêtu à 
l'antique , foulant aux pieds la licorne anglaise et élevant des palmes; 1772. — 
14. La Victoire assise. Boucliers aux noms de Normandie , Guyenne, Médoc, etc. 
1775. — 15. Attributs divers, armes de la ville de Paris, devise N' espoir ne peur ; 
1775. — 16. Un petit enfant sur un trône, pélican, gouvernail, livre avec les 
mots : Tutela augusta; 1775. — 17. La France cherche à retenir le connétable de 
Bourbon. — 18. Deux médaillons avec portraits d'homme et de femme. Les noms 
d'Antoine de Bourbon, etc. 1781. — 19. Trophée avec devise : Nec JEstus nec 
Torret flyems; 1781. — 20. Guerrier élevant un casque de la main droite, amours, 
bouclier au nom de Louis 1 er ; 1786. — 21. Guerrier assis. Draperie, deux fais- 
ceaux de piques croisés ; 1786. — 22. Le mariage d'Henri IV, allégorie aux 
chiffres H. M.; 1786. — 23. Henri IV faisant porter des blessés dans sa tente au 
siège de La Rochelle ; 1786. — 24. Bas-relief, Henri IV se défend avec trois com- 
pagnons contre 200 hommes armés ; 1788. — 25. La Perfidie cherche à éloigner 
des armes de France celles du roi de Navarre ; 1788. — 26. Fleuron de Coutras ; 
1788. — 27. Votum Patriœ 1589. Les grands du royaume soutiennent la couronne 
de Henri IV. 

Ces illustrations sont des plus belles, et n'ont d'autre défaut que d'être trop 
peu nombreuses pour cinq forts volumes. 

Partie des eaux-fortes chez M. James de Rothschild, avec quelques-uns des 
dessins de Choffard. 

Suite des fleurons en tirage hors texte chez MM. Paillet, Béraldi , etc. 



CHOFFARD. '.7)} 

562-579. Préjugés MILITAIRES, par un officier autrichien 
(le Prince de Ligne) ; à Kralovilhota, 1780; 2 vol. in-8. 

1. Tête de page de la dédicace A mon maître (le Maréchal de Lacy), etc. 
Attributs guerriers, bouclier avec un entrelac des lettres L et A. 

2. Cul-de-lampe. Trophée, deux boucliers, palmes, aigle; 1778. 

3. Tètes de page aux armes royales de France dans un trophée de drepeaus : 
1780. 

4-18. Quinze petites vues des batailles auxquelles le Prince de Ligne a assisté, 
formant têtes de page, datées de 1T78 à 80 : Adelsbach, Breslau , Colin , Jardin 
de Dresde, Gorliz , Hûnenwasser, Hochkirchen , Leythen . LudewigsdorfT, 
Maxen , Reusendorff , Torgau (2) . Zehren (2). 

Les dessins et les eaux-fortes au Cabinet des Estampes. 

Tirages hors texte dans diverses collections. 

580-583. VOYAGE PITTORESQUE DE NAPLES ET DE 
SICILE , par Saint-Non. — Paris, 1781 ; in-fol. 

Les quelques pièces exécutées par Choffard pour l'ornementation de ce voyage 
doivent être mises au rang de ses meilleures productions. 

1. Grand fleuron de la dédicace. Un aigle à deux têtes, au milieu d'une cou- 
ronne formée par deux tiges de lys que réunit un Amour. Au-dessous , des 
Amours soutiennent une banderolle où on lit : A la Reine. « Madame, vous 
» présenter cet ouvrage , en obtenir la permission de Votre Majesté est sans 
» doute le Prix et la Récompense la plus prétieuse que je pouvais désirer, elc. » 

2. Portrait du Tasse. En-tête du Précis de la rie du Tasse, T. I, p. 125. 

3. Très-élégante composition formée d'une lyre et d'une grande harpe , d'uu 
caducée , de guirlandes de fleurs , avec une banderolle portant l'inscription : 
Ingenio injlammantur.— Y. P. Choffard fecit 1782.— Cul-de-lampe delà page HO. 

4. Cul-de-lampe dans lequel « on a cherché à réunir tout ce qui a rapport au 
» culte et aux fêtes de Bacchus ». Masques, thyrse, couronne de vigne, tympan 
au milieu.— Paris inv. et delin., P. P. Choffard sculp. nSl.— Page 92 du second 
volume. 

5. Cul-de-lamp<*des dieux égyptiens. « L'intention de l'artiste qui a composé 
» ce fleuron a été d'y rassembler les différents symboles de la religion des 
» Egyptiens. » Le sujet du milieu est un vase avec tète de sphynx , entouré de 
roseaux « pour rappeler le Nil ». — Paris inv. et delin.. P. P. Choffard sculp. 
1781. — Page 146 du second volume. 

6. Vue du port de Messine, avant l'époque du tremblement arrivé en Février ij8j. 
— P. P. Choffard fecit 1783. — Cul-de-lampe de la page 6 du troisième volume. 

La ville de Messine est représentée dessinée sur une feuille de papier déchirée 
par le milieu, une torche placée au-dessous répand une épaisse fumée.— Si l'ou 
n'était pas averti que cette ingénieuse composition , de format in^l . n'est qu'un 
fleuron, on rélèverait volontiers à la dignité d'estampe. 

7. Fleuron sur le titre du tome IV. — Enlèvement de Proserpine. — H° Prs 
gonard inv'- et delin 1 - P. P. Choffard sculp. 1785. 

8. Fleuron sur le titre du tome IV, seconde partie. — Femme dans un char, 
tenant un flambeau. — H é Fragonard inv'- et del., P. P. Choffard sculp. 17S7. 

Toutes ces pièces existent en tirage hors texte. 



474 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

584-585. Dictionnaire des Graveurs, par Basan. — Paris, 1789. 2 vol 
in-8. 

1. En-tête de la dédicace au Comte de Durazzo. — Ecusson avec couronne et 
collier. Aigle à deux têtes. A gauche , un lion couché ; à droite , une lyre et un 
cahier de musique. — P. P. Choffard fecit 1789. 

2. En-tête du second volume. — Deux petits Amours gravant une planche sur 
une table. Attributs des arts, tableau représentant le Génie des arts, médaillons 
de graveurs célèbres. Immortale eliam, nomen sperare licehit ; Sculptura Lib r - Sec s • 
— P. P. Choffard fecit 1789. 

Existent à l'eau-forte et en tirage hors texte. 

586. Adresse à l'Assemblée Nationale, par les graveurs et les proprié- 

taires de planches gravées. 

Tête de page. — La Muse des Beaux-Arts met sous la protection de la Loi le 
Génie, l'Étude et le Commerce. — Dess. par Choffard, i-jgi. Gravée par Tilliard. 

1 er état , tirage hors texte. — 2 e état , avec le texte du discours : « Messieurs, 
» nous ne venons point ici vous demander des privilèges ni solliciter des récom- 
» penses ; la gloire est la seule que nous puissions ambitionner, etc. » 

587. CONTES DE LA FONTAINE. — Paris, Didot l'aîné, 1795. 

2 vol. in-4; fig. de Fragonard , etc. 

Fleuron du titre. — L'Amour s'envole dans les nuages ; il est couronné de fleurs 
et tient un flambeau de la main gauche. Des roses et des flèches s'échappent de 
son carquois. Oiseaux et papillons. — Signé à droite : p - p - Choffard — Dans le 
haut de la planche, en fins caractères tracés à la pointe : 

Tu fais, Amour, nos plaisirs et nos fêtes. 
Mais en fuyant tu formes des tempêtes. 

Pièce excessivement recherchée des bibliophiles, lorsqu'elle est en tirage hors 
texte. 

Eau-forte et tirage hors texte sur papier de soie dans la collection de MM. Bé- 
raldi. 

588. Ilistoire de la Mesure du temps par les horloges , par Ferdinand 

Berthoud , Méchanicien de la Marine , Membre de l'Institut 
national de France et de la Société royale de Londres. — De 
l'Imprimerie de la République, an X (1802) ; in-4. 

Fleuron du titre du tome I. — La place du Carrousel , les Tuileries au fond , 
un obélisque, attributs d'horlogerie au premier plan. — P. P. Choffard fecit an X, 
1802. 

589. Notice historique sur l'art de la gravure, 

par P. P. Choffard; in-8. 

En-tête. — Dans un atelier de gravure , une jeune femme est assise devant 
l'établi; le maître, debout, tire une estampe d'un portefeuille; dans le fond, un 
élève met un tableau au carré. — Signé : P. P. Choffard fec 1 - L'AnXll {1804). 

I e ' état : Tirage hors texte. 



CHOFFARD. 475 

590-596. Œuvres de Racine. — Paris, Le Normant, 1808. 1 vol. in-8 ; 
fig. de Garnier. 

Sept fleurons pour les titres, d'après Gatnier. — 1. Femme assise tenant les 
Œuvres de Racine. — 2. Femme assise tenant Andromaque, les Plaideurs , Bri- 
tannicus. — 3. Scène de Bajazet. — 4. Navire, biche, autel du sacrifice d'Iphigénie. 

— 5. Le chandelie à septbranches d'Athalie.— 6. Vue del'abbayedePort- Royal. 

— 1. Médaillon de Boileau. 



597. En-tête pour un livre in-4. 

Une saL'e de conseil , toute décorée de peintures , avec des personnages assis 
autour d'une table, et d'autres debout. — P. P. Choffard fecit H56. 

598. En-tête pour un livre in-4. 

Salle du trône gothique. Un personnage en manteau de cérémonie s'avance 
vers le Souverain. Nombreux assistants. A gauche, deux hallebardiers. — P. P. 
Choffard fecit. 

599-602. Cantorberi — Chatam. — Chvteau d'Edimbourg. 
— Phn de Londres, 4 pièces in-8. 

Culs-de-lampe pour l'Essai géographique sur les Isles Britanniques.... pour 
le service des vaisseaux du Roi.... par M. Bellin, 1~51 : in-4,- 

Les encadrements de Windsor, Douvres, Plan de la baie de Loknouer, etc., 
peuvent encore être attribués à Choffard. 

603. Très-petite vue de ville, dans un petit cadre orné en forme de cul- 

de-lampe. Sous le pont est écrit : pr \G. — P. P. Choffard fecit , 
H57; in-32. 

604. Très-petit plan de bataille dans un cadre orné en formé de cul-de- 

lampe. Légende : B le d'Eastenbeck 1757. — P. P. Choffard 
fecit; in-32. 

605. Fleurons dans des cadres ornés, lettre H et trois lettres L ornées. 

(Cabinet des Estampes.) 

Pour le Catalogue des Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit. 

606. En-tête pour la Description géographique des Antilles, par 

Bellin. 

L'écusson royal au milieu; à gauche, une sphère, une armille, une machine 
pneumatique; à droite, drapeaux, tambour, bouclier.— P. P. Choffard fecit 1T58. 



V7G LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

607. En-tête pour livre in-4 ou Diplôme. 

Les fleurs de lys sur le disque du soleil. Au-dessous, sur un nuage, palmes, 
fleurs, collier du Saint-Esprit. — A claire-voie ; signé : P. P. Choffard fecit 1160. 

608. Têtes de pages pour un livre in-fol. 

1. Cadre avec fond rayonnant, blason sur lequel on voit sept tours, surmonté 
d'une couronne. Epée, croix , etc. — En largeur, sans signature. 

2. Cadre de même format que le précédent. Blason avec sept tours. A gauche, 
attributs guerriers ; à droite , calice , croix , burettes , encensoir, etc. 

609. ARMES DU MARQUIS DE MARIGNV. — Tête de page 

pour un in-fol. 

Composition en forme de bas-relief. Sur un fond de pierre se détachent les 
armes de Marigny, entourées du collier du Saint-Esprit. Aux deux côtés , des 
poissons à la queue contournée, formant rinceaux, sont d'une vigueur de dessin 
et d'exécution admirable. — P. P. Choffard fecit 1763. 

A l'eau-forte pure au Cabinet des Estampes. 

1 er état : Tirage hors texte avant la lettre. 

2 e état : Avec la dédicace sur la tablette : A Monsieur le Marquis de yiariyny, 
conseiller du Roy en ses conseils , commandeur de ses ordres , Directeur et ord eur 
général des bâtiments, jardins, arts, académies et manufactures royales. 

3 1- état : Tirage avec texte au verso. 

610. EN-TÊTE AU CHIFFRE DU ROI. 

Très-riche composition , sur laquelle on voit un médaillon portant deux L 
pntrelacées, surmonté de la couronne royale et reposant sur des nuages. Ruche, 
guirlande de fleurs, tige de lys, corne d'abondance, gouvernail; in— 1. 

1 er état : Tirage hors texte. Vendu 180 fr. 1880. 

2 e état : En-tête d'une page in-fol. Idée générale de la ville de R/teims. 

611. En-tête pour la Description des de'bouquements de Saint- 

Domingue, par Bellin , 1768 ; in-4. 

Sphère, pavillon fleurdelysé, ballot, ancre , livre ouvert sur leque on lit 
Débouquemënts, etc. — P. P. Ctoffard fecit 1767. 

612. En-tête aux armes du Dauphin , pour un in-4. 

Les armes du Dauphin au milieu, entourées du collier du Saint-Esprit et sur- 
montées de la eouronne. A gauche , un coq ; à droite, tige de lys, lampe, livre, 
encrier et plumes. — P. P. Choffard fecit 1768. 

613. Armoiries d'Armand - Jérôme Bignon , Commandeur 

des Ordres du Roi , Conseiller d'État , Grand Bibliothécaire de 
S. M té. — Tête de page pour un in-4, avec uue petite lettre ornée 
au-dessous. — Dessiné et gravé par Choffard en 1768. 

On ne pourrait croire tout ce que le dessinateur pouvait avoir l'intention 
d'indiquer dans un simple fleuron . témoin sa description officielle : « L'on voit 



CHOFFARD. 477 

» un bouclier chargé des armes et des honneurs dont le Roi a décoré sa per- 
» sonne, . . . une urne renversée laisse apercevoir les médailles du Cabinet du 
•> Roi, dépôt sacré des siècles auprès duquel semble veiller le sphinx.. . uu 
» trophée scientifique , avec les dons de Cérès et de Pomone , allusion aux ma- 
» tières premières et alimentaires que la prévoyance de ce sage magistrat pro- 
» curait journellement aux besoins de la capitale et des citoyens. A la droite de 
» cette ingénieuse vignette, on a placé la façade de l'Hôtel -do-Ville. A gauche, 
» une vue exacte des salles de la Bibliothèque royale , qui laisse apercevoir le 
» portrait de Louis XV, que nos cœurs français ont surnommé Louis l» Bien- 
» Aimé.... » 

La petite lettre grise est aussi à elle seule tout un poëme : « Elle ne cède en 
» rien à la vignette. Deux branches de laurier environnent la lettre M ou l'on 
» voie un burin et une plume symbole du Cabinet des Estampes du Roi. Au- 
» dessus s'élève une lampe ardente dont la flamme s'échappe par le cercle du 
» Zodiaque, pour exprimer l'universalité des matières contenues dans ce pré- 
» cieux cabinet. » 

Tirage hors texte. 

614. Chiffre élégant , formé d'une L entrelacée avec une branche de 

laurier, fond rayonnant avec le chiffre XVI. — Sans signature. 
(Collection Wasset.l 

615. Deux femmes sur des nuages ; celle de droite soutient la Croix , 

l'autre élève le Calice. — C. Monnet inv. del. 1777, P. P. Chof- 
fard sculp. 1778. — Tête de page pour un in-fol. 
l or état : Tirage hors texte. 

616. Tête de page aux armes d'un cardinal , avec une banderolle por- 

tant la devise Dum spiro spero, à claire-voie ; pour un in-fol. 
1 er état : Tirage hors texte. 

617. Un aigle tenant des palmes dans le bec , le croissant et une épée 

dans ses serres, nuages, foudre. — P. P. Choffard fecit , 1778. 

— Cul-de-lampe pour un ouvrage de grand format. 
1 er état : Tirage hors texte. 

618. La Peinture , tenant sa palette , assise et montrant des armoiries 

avec la devise Gloria quo cœlumque vocant ; attributs des arts. 

— P. P. Choffard fecit 1781. — En-tête pour un in-1. 
1 er état: lirage hors texte. 

619. Tête de page pour un livre in-8 . 

A droite, une femme nue et un jeune homme couchés. Au-dessus d'eux, 
Minerve traverse le ciel ; la tête de Méduse de son bouclier met en fuite trois 
harpies. — C. Monnet delin., P. P. Choffard sculp. H82. 

I. 31 



478 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

620. FLEURON AU CHIFFRE DE CATHERINE II; pour un 

livre in- fol. 

Dans le haut, l'aigle à deux têtes porte un écusson chiffré E K. II. Au- 
dessous, la Renommée embouche sa trompette, les Génies des Arts sont placés 
sur un nuage. — P. P. Choffard fecit Parisiis 1T88 ; in-4 à claire-voie. 

1 er état : Tirage hors texte. 

621. Fleuron des Hasards heureux de l'Escarpolette , estampe d'Ho- 

noré Fragonard , gravée par M. de Launay. 

Amour dessinant avec un flambeau les initiales H. F. sur une toile tendue 
dans un cadre. — P. P. Choffard Del., De Launay se. 

622. Très-petite pièce en largeur, en forme de tête de page , pour un 

in-8 , représentant les Vendanges. Au-dessus du trait carré , à 
gauche • N° 3 ; au-dessous : Choffard 1794. 

623. Petite estampe formant en-tête pour une page in-4, sur laquelle on 

voit une maison de campagne et des arbres ; au premier plan sont 
de petits personnages : Napoléon , sa calèche à six chevaux , des 
piqueurs tenant des chevaux , etc. — Dessiné par Carie Vernet , 
gravé par Duplessi-Bertaux et Choffard. 

624. Le même sujet, réduit, gravé par Duplessi-Bertaux et Choffard 

en 1805 et 1806. 

625. Halte de chasse sous un arbre, formant le pendant de la pièce 

précédente. On y voit encore Napoléon. — Dessiné par Carie 
Vernet, gravé par Duplessi-Bertaux et P. P. Choffard , 1806; 
in-4 , à claire-voie. 

626. LE CAR INET DE BASAN, petite estampe en forme d'en-tête 

pour un in-4. 

Longue galerie éclairée par le haut. Aux deux côtés , bibliothèques à hauteur 
d'homme , et au-dessus , tableaux garnissant les murs. De nombreux amateurs 
entrent, causent, ouvrent le Cabinet Choiseul ou le Dictionnaire des Graveurs , 
et parcourent des paniers posés sur la table du premier plan , au milieu , recou- 
verte d'un tapis avec un grand chiffre H. L. B. ( Basan fils). 

89 fr. Vente W. 1880. 

627. Tête de page pour un in-fol., aux armes impériales. 

L"écusson impérial est au milieu; à gauche canon et drapeaux; adroite, 
ancres et cables; au fond, un combat naval. — Dessiné par Choffard, 1806; 
gravé par Al. Tardieu. 

628. Armes impériales , fleuron pour un titre. — P. P. Choffard fecit 

Décbre 1805. 



CHOFFARD. 



VIGNETTES. 

I. D'APRÈS CHOFFARD. 

629. Frontispice d'un ouvrage sur la médecine, 1802, in-8- 

A droite , sur un piédestal , la Médecine avec divers attributs ; à gauche , un 
temple rond dans un paysage. Le premier objet de la médecine chez les ancien.* 
était de prévenir les maladies. — P. P. Ghoffard fecit l'an 10 (1802). 

ii. d'après goghin. 

630-631. EUNUCHUS, niO,- Phormio, 1" 1 , — 2 pièces in-8 
pour les Comédies de Térence. Paris, Jombert , 1*771. 

632. Vignette allégorique pour les Œuvres badines et morales de M. . . 

(Gazotte). Amsterdam et Paris, 1776. — Cochin filius inv. 1762, 
P. P. Ghoffard sculp. 1771 ; in-8. 

633. Circése donnant à Ulysse qu'elle n'a pu transformer, 1782 ; in-4. 
Fait partie d'une suite de Cochin pour Emile, de Jean-Jacques Rousseau. 

634. Circése donnant à Ulysse qu'elle n'a pu transformer, 1 182 , in-8. 
Pour une réduction delà suite à' Emile. 

m. d'après demarne. 

635. Lovzinki sauvant des flammes Lodoïska — P. P. Ghoffard sculp. 

98; in-8. 
Pour Faublas , 3 e édition, an VI , 1 vol. 

iv. d'après eisen. 

636. Le Paysan qui avait offensé son Seigneur. — P. P. Choffartl sculp. 

1761 ; in-8. 
Pour les Contes de La Fontaine, édition des Fermiers généraux. 

637-638. Les Deux Amis , — On ne s'avise jamais de tout ; 2 petites 
pièces rondes d'un diamètre de 50 millim. 
Copies de deux vignettes des Contes de La Fontaine. 



480 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 



V. DAPRES GARNIER. 

639-644. La Thébaïde, 1806. — Alexandre le Grand, 1806.— Andro- 
maque, 1806. — Britannicus, 1806. — Mithridate, 1807. — 
Esther, 1807. — Six pièces in-8. 

Illustrations pour les Œuvres de Racine, Paris, LeNormant, 1808. 
Voyez , pour le même ouvrage, aux fleurons N os 

645-647. Mort d'Atala, 1804. — Prise de voile d'Amélie, 1805.— René 
montrant une lettre au Père Souël , 1805. — Trois pièces in-12. 
Pour Atala et René, par Chateaubriand, Paris, 1805. 

vi. d'après GRAVELOT. 
648. Vignette satirique sur Fréron; in-12. 

Un âne braît devant une lyre suspendue à un arbre. 

Que veut dire 

Cette lyre , 
Cest Melpomène ou Clairon : 
Et ce Monsieur qui soupire 

Et (ait rire, 
y est-ce pas Martin F ? 

L'eau-forte pure au Cabinet d sEstampes. 

649-650. La Confiance des belles âmes, IV<> Part. P. 59.— Le» Monu- 
ments des anciennes amours, IV« Part. P. 323. — 2 pièces 

in-8. 
Pour les Lettres de deux amants ( Amsterdam , 1761 ) ou la Nouvelle Béloïse 
( Paris, Duchesne, 1764 ). 

651-661. Agriculture. — Architecture. — Art. — CalHope. — Gram- 
maire. — Mathématiques. — Printemps. — Prudence. — 
Raison. — Sanguin. — Secret. — 11 vignettes in-12. 

Pour les Almanachs Iconologiques, 1765-1781. 

La Prudena a subi une retouche ; le livre qu'elle tient sous le bras a été rem- 
place par une tête de mort, le hibou par une lampe ; la vignette représente alors 
la Prudence chrétienne. — On en a ainsi tiré sans la lettre, c'est-à-dire entre la 
suppression de l'ancienne légende et la gravure de la nouvelle. 

VII. D'APRÈS LE BARBIER. 

662. Combat d'Arondel et de La Trimouille. — Gravé par P. P. Chof- 

fard 96 ; in-8, porté à l'in-4 par l'adjonction d'un cadre. 

Vignette pour le chaut 8 de (a Pucelle (édition de Didot , l'an III , in-4). 



CHOFFARD. 481 

663. Zilia et Céline examinant les objets provenant du temple du Soleil. 
— Le Barbier l'aîné inv. 1796, P. P. Ghoffard sculp.; in-8 

Pour les Lettres d'une Péruvienne, Paris, Migneret, 1797. 

vin. d'après legrand. 

664-667. Frontispice et trois vignettes pour le roman des Trois Femmes, 
de Madame de Charrière, née de Theuil ; Lausanne, 1798 ; in-8. 

Frontispice. — Une ville au bord de la mer. Des anges dans des nuages ; au 
milieu le mot Devoir. — P. Legrand del'- , Duplessi-Bertaux et P. P. Choffard 
sculp nt . 

Vignette. — Dans une chambre , un homme debout près d'une harpe , une 
femme coiffée d'un chapeau à plumes , deux autres femmes assises. — Mêmes 
signatures. 

Vignette. — Près d'un lit , une jeune femme en bonnet et deux petits enfants ; 
à gauche, trois hommes. — Mêmes signatures. 

Vignette. — Unjeune homme et une femme voilée, précédés d'un porteur de 
torche. — Mêmes signatures. 

Duplessi-Bertaux a gravé les eaux-fortes, et Choffard a terminé ces pièces. 

L'illustration de ce livre comprend deux autres vignettes gravées par J. Couché. 



IX. D APRES LE PRINCE. 

668. Vignette pour le chant du Printemps, des Saisons de St-Lambert ; 
in-8. 

C'est la même composition que celle qui a été si mal gravée par Wateiet dans 
l'édition de 1769 , et qu'on a jugé indispensable de faire recommencer. Elle est 
en contre-partie. Elle représente un jeune paysan et une paysanne assis sous 
une charmille ; les parents de la jeune fille les épient. 

Existe à l'eau-forte pure, comme toutes les vignettes gravées par Choffard, 
du reste. 



X. DAPRES MARILLIER. 

669. Cadige , ma fille , vous n'êtes encore qu'un enfant, obéissez à 

votre sœur Fatime. — Les Milles et un jour (sic) ; in-8. 
Vignette pour le Cabinet des Fées, Genève et Paris, 1783, 1789. 

XI. D'APRÈS MONNET. 

670. Astolfo , corne Vira lo sospinge. ... ; in-8 avec cadre. 
Pour le chant 33 de Roland furieux , édition de Baskerville, 1773. 

671-680. Suite complète de dix figures pour laDUNCIADE, dans les 



482 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Œuvres de Palissot, Paris, Bastien , 1778-1779, 7 vol. in-8 ; et 
Paris, de l'Imprimerie de Monsieur, 1788, 4 vol. in-8. 

Ces figures ne portent que la signature C. Monnet inv. del. 1766, au bas à 
gauche. Choffard ne les a point signées , bien qu'elles soient son œuvre la plus 
considérable en fait de vignettes. 

Partie des eaux-fortes au Cabinet des Estampes. 

1 er état : Avant la légende sur la marge inférieure. 

681. Dieu apparaît à Ca'm , vignette à mi-page. — Ghoffard sculp. 1788. 

Pour une Histoire ancienne , recueil de vignettes à mi-page, avec teste au- 
dessous et bordures d'encadrement. 

82. PSYCHÉ et l'Amour, vignette in-8 , agrandie par un cadre 
qui porte deux sphynx à la partie inférieure. — Gravé par P. P. 
Ghoffard l'an 2 de la Républ. franç e . 

Belle vignette pour le livre 4 de Lucrèce, traduction de Lagrange, Paris, Bleuet, 
l'an II , in-4. 

On trouve des épreuves de l'encadrement seul , et des épreuves avec la 
vignette: 1° à l'eau-forte pure; 2° à l'eau-forte avancée, tablette blanche; 
:i" avant la lettre, tablette ombrée ; 4° avec la lettre. 

683. La Religion présente à déjeunes enfants la Morale de l'Évangile, 
sur laquelle l'Apologue répand quelques fleurs. — G. Monnet 
inv. delt, P. P. Choffard sculp. an 10 (1802) ; in-12. 



XII. dapr.es monsiau. 

684-685. Lambercier découvrant l'aqueduc construit par les enfants. — 
Gravé par P. P. Choffard , l'an IV. 96. — Rousseau aux pieds 
de Madame d'Houdetot , 1799. 

Figures peur les Œuvres de Jean-Jacques Rousseau , Paris , Defer de Maison- 
neuve, 1~93-1800, grand in-4. 

Comme toutes les illustrations gravées par Choffard , elles existent à 
l'eau-forte et avant la lettre. 

686. Vignette pour les Jardins , poème de Delille , Paris, Levrault , 
an IX, 1801. — Monciau (sic) del., Ghoffard sculp.; in-8. 

Un jardinier, tenant un râteau , reçoit des ordres d'un homme coiffé d'un 
tricorne. 

La nature est à vous, et votre main féconde 
Dispose, pour créer, des éléments du monde. 
Ch. I, p. 3. 



CHOFFARD. 483 

687. Vulcain reçoit Pomone dans une serre où se trouve un fourneau 

allumé. — N. Monciau del., P. P. Choffard sculpt ; in-12. 
Mais l'art subjugue tout ; le feu, vainqueur de l'air, 
De Flore, dans ces lieux, entretient la couronne, 
Et Vulcain y présente un hospice à Pomone. 

(Chant I, p. 9.) 

688. Guerrier coiffé d'une tête de lion, enfonçant sa pique dans la 

gueule d'un dragon. — Monsiau invt- , P. P. Choffard sculpt- 
an 13 (1805) ; in-8 , avec cadre [Ovide de Villenave). 

689-691. Vignettes in-12 , d'après Monsiau? 

1. Homme pleurant , appuyé sur un tombeau ombragé par un saule. 

2. Dans la cour d'un couvent , des religieux se livrent à divers travaux; l'un 
d'eux se prosterne aux pieds d'un jeune homme. 

3. Un vieillard et un jeune homme, en costume antique, couronnés ds fleurs , 
près d'un autel où brûle du feu ; un jeune guerrier leur montre le ciel de la main 
gauche. 

xni. d'après MOREAU. 

692. Chacun respecte le travail des autres, afin 

QUE LE SIEN SOIT EN SURETE. Emile, P. 98. — J -M. 
Moreau le jeune inv. 1777, P. P. Choffard 1779 ; in-4. 
Cette grande vignette, une des meilleures que Choffard ait gravées, fait partie 
de la suite des figures pour les Œuvres de Rousseau, 1774-1783, 12 vol. in-4. 

Elle existe à l'eau-forte. Le premier état est avec la lettre , sans l'indication 
pour le placement au-dessus du trait carré. 
Voyez pour les Fleurons de la même édition , N os 528 à 532. 

693. Vignette pour la Piété filiale , Romance par M. Dubos j*> pro- 

fesseur au Lycée impérial. 

Je pleure, hélas ! une mère chérie 

Quece tombeau renferme... avec mon cœur! 

— J.-M. Moreau le Jeune del. au XII , P. P. Choffard sculp. 
1803; in-8. 
Le Cabinet des Estampes possède deux eaux-fortes ; la plus avancée porte 
déjà la légende. 

xiv. d'après oudry. 

694-695. Le Cerf malade.— La Chauve-Souris, le Buisson et le Canard. 
2 pièces in-fol. 
Pour la grande édition des Fables de La Fontaine , 1155-1159. 
Existent à l'eau-forte et avant la lettre. 



484 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE 



PIECES DIVERSES. 

696-697. Exercices et jeux militaires des troupes de Tchao-Hoei, 1772. 
— Tchao-Hoei recevant les hommages des hahitants de la ville 
et delà province d'Yerechim, en 1759, gravé en 1774 ; 2 pièces 
grand in-fol. en largeur. 

Pour la suite des Victoires et Conquêtes de l'Empereur de la Chine, représentées 
en seize planches gravées sous la direction de Cochin. 
Existent à l'eau-forte pure et avant la lettre. 

698. Jeune homme en élégant costume Louis XV, portant l'épée, regar- 
dant dans un grand télescope fleurdelysé ; planche in-fol. 

A l'eau-forte pure au Cabinet des Estampes. 

699-T01 . Mausolée de Henri de Bourbon, Prince de Condé. — Tombeau 
de Charles Le Brun. — Tombeau de la mère de Le Brun. — 
Choffard fc; 3 pièces in-8. 

702-.721 Planches pour Préjugés militaires par un officier autrichien, 
1780. 

Sur les vingt planches non signées qui se trouvent dans le second volume 
de l'ouvrage, nous ne citerons que celles du Campement, de la Moitié 
de la légion à pied , parce qu'il s'y trouve de petits soldats évidemment gravés 
par Choffard. Nous passerons sous silence les différents Ordres de bataille , qui 
méritent à peine le nom de gravures, et nous signalerons, à titre de curiosité, un 
projet d'appareil composé d'une sorte de brouette portant quatre canons de 
fusils destinés à être manœuvres par un seul homme. C'est un germe de 
mitrailleuse. 

122-123. Praça da Patriarchal , Place de la Patriarchale. — Igregia 
de S. Nicolau, Église de S l -Nicolas. — P. P. Chofiard sculp. 
1776 ; 2 planches in-fol. en largeur. 

124. Porte de ville avec pont-levis ; planche grand in-4 en largeur. 

725. Monuments funèbres et ruines d'un arc-de-triomphe antique ; 

planche in-4 en largeur. 

726. Plan d'un ancien château-fort, signé à gauche P. P. Choffard 

sculpsit ; in-4. 



CHOFFARD. 485 

727-791. Planches pour l'Essai sur l'horlogerie de Ferdinand Berthoud, 
Paris , 1763 , 2 vol. in-4 ; 38 pièces ; — et pour le Traité des 
horloges marines, du même, Paris, 1773, 1 vol. in-4 ; 27 pièces. 

Ces planches sont signées Goussier del., P. P. Choffard sculp. — Leur accorder 
une simple mention en passant , c"est faire largement le nécessaire. Ce sont des 
pièces technicjues , où l'art ne joue aucun rôle , et qu'un apprenti aurait pu 
exécuter tout comme Choffard. On regrette le temps perdu à ces travaux ; le 
moindre cul-de-lampe ferait bien mieux notre affaire. 

791-794. Elévation de la façade de la sacristie, sur laquelle on voit un 
médaillon de Louis XV. — Coupe des profils , Dumont del. — 
Coupe et profils des Deux Porches et du Sallon pris sur la 
largeur du bâtiment. — 3 planches d'architecture. 

795-819. Planches d'architecture, colonnes, chapiteaux , etc.; 25 pièces 
in-4. 

820. Frise antique, bas-relief d'après Clérisseau. — P. P. Choffard 

sculpsit 1771 ; in-fol. 

821. Petit bas-relief antique, non signé (Cabinet des Estampes). 

822-824. Décoration pour panneaux; 3 pièces in-fol. non signées (Cabinet 
des Estampes). 

825. Planche de médailles grecques d'Ariarathe et d'Ariobarzane. 

826-843. Planches pour le Voyage à Naples de Saint-Non ; 18 pièces, 
avec plusieurs sujets par planche. 

Antiquités, peintures, meubles, vases, trépieds, lampes d'Herculanum , vues 
du Théâtre d'Herculanum, du Temple de Sérapis, de l'Amphithéâtre de Capoue, 
Tombeaux antiques entre Caserte et Capoue, etc. 

844. Vue de la ville et de Vile de Siphanlo, d'après Hilair ; in-fol. en 

largeur. 

845. Caravane Kamtschadale ; in-fol. en largeur. 

846. Arrestation des Ambassadeurs français à Novate; in-fol. 

Planche 94 des Tableaux de la Dévolution , terminée par Choffard sur une eau- 
forte de Duplessi-Bertaux. 

847 Dieu créant le monde ; pièce in-4 d'après Raphaël. 



i86 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

848. Momies d'Ibis, pi. 99 , d'après Denon ; in-fol. 

849-850. Deux planches sur la même feuille , relatives à l'expédition 
d'Egypte ? Champ de bataille, blessés chargés par des cavaliers ; 
in-fol. en largeur, non signé (Cabinet des Estampes). 

851. Planche de vases et trophée antique, signés P. P. Choffard sculp. 
an XII (1804); in-fol. 

852-855. Livre de fleurs et de feuillages ; 4 pièces d'après Choffard , 
gravées à la sanguine par Bonnet. 



CHRÉTIEN (Gilles-Louis). 



1754-'! 811. 



Chrétien , musicien de la chapelle du roi et des 
concerts de la reine à Versailles , et que dans la suite 
on retrouve musicien de S. M. l'empereur et roi, s'avisa 
un beau jour de jeter son violoncelle aux orties pour 
exploiter un procédé de portraits dont il était l'inven- 
teur, et qui consistait, comme le nom de Physionolrace 
l'indique assez , à faire reproduire le profil de ses 
modèles par un appareil mécanique , combinaison 
ingénieuse de deux parallélogrammes chargés de 
maintenir parallèlement l'objectif. Suivant le Moniteur 
de 1812 , quelques minutes suffisaient pour calquer 
ainsi la nature, et devant ce procédé expéditif on ne 
peut s'empêcher de penser au fameux ne bougeons 
plus de nos jours. A ce tracé s'arrêtait la besogne 
de la machine ; un artiste , Fouquet le plus souvent . 
intervenait pour réduire les figures et les compléter . 
en un mot pour faire d'une silhouette un portrait . 
que Chrétien gravait lestement au lavis sur du fer- 
blanc. 

L'invention eut du succès, ce que nous comprenons, 
car ces petites images auxquelles l'appareil donnait 
une exactitude au moins relative , prenaient de la 



488 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

main du graveur un air propret , coquet et intelligent 
tout particulièrement de nature à flatter le public. 
C'est donc par centaines que les clients se présentaient 
rue Saint-Honoré n. 45 et 133 , vis-à-vis l'oratoire ; en 
1793, Chrétien exposa cent épreuves dessinées par 
Fouquet , peintre en miniature, et gravées ainsi par 
notre musicien et , au seul salon de l'an IV , il exposa 
six cents portraits. 

Edme Quénedey fut son associé dès les débuts de 
l'invention, en 1788, puis il voulut l'exploiter pour son 
compte , et se sépara de lui au bout de quelque temps. 

Dans la masse de portraits que nous ont laissés 
Chrétien et Quénedey , comment faire un choix ? 

En ce qui concerne Quénedey , ses portraits ont un 
numéro d'ordre , correspondant à un catalogue qui 
permet de connaître leur nom ; malheureusement ce 
sont généralement des personnages sans aucun 
intérêt. 

Les portraits publiés par Chrétien, au contraire , ne 
sont nullement catalogués et ne peuvent, la plupart du 
temps, recevoir de dénomination: ils méritent cependant 
de fixer l'attention. 

Les portraits de femmes dessinés au physionotrace 
par Chrétien sont des plus piquants : ils se distinguent 
dit Renouvier, par la finesse de la physionomie, l'accou- 
trement des cheveux et du corsage ; grâce à leur 
naïveté , celles figures inconnues nous intéressent 
encore, comme images 'idéales de celles que nous 
regrettons de ne pas tenir. C'est surtout la plus com- 
plète collection de coiffures que l'on puisse imaginer, 
catogans , nattes et frisures de toute sorte , bonnets et 
chapeaux. Les parisiennes , en aucun temps , n'ont 



CHRÉTIEN. 489 

voulu renoncer à diriger la mode. Nous avons sous 
les yeux les images de quelques jeunes et jolies femmes, 
qui , en pleine Terreur , sont allées se faire portraic- 
turer passage Honoré chez l'inventeur du physiono- 
trace , au risque de croiser en chemin les trop fameu- 
ses charrettes ; leurs chapeaux sont du dernier goût , 
et , détail curieux , ces chapeaux de 1793 sont absolu- 
ment ceux qu'on a pu voir porter par nos élégantes 
de l'an de grâce 1879. 

Parmi les portraits d'hommes , il y a un choix à 
faire. A côté d'un grand nombre d'inconnus, fort 
peu intéressants viennent figurer, saisis sur le vif, c'est 
le cas de le dire, des personnages célèbres de la 
Révolution. 

Citons parmi ces documents d'une authenticité 
précieuse : 

Chrétien (G. L.) musicien du Roy inventeur du 
Physionotrace et graveur en 1787. Dessiné par 
Fouquet, gravé par Chrétien en 1792 , à Paris. 

Barnave , profil à droite , en couleur , sans aucune 
lettre. 

Basire, représentant du peuple, envoyé par la 
Côte d'Or à la Législative et ensuite à la Convention 
Nationale. 

Carnot, tourné à gauche , en habit de général. 

M. Challier, parti tout exprés de Lyon, le 30 
décembre 1789 , pour aller contempler l'auguste 
Assemblée Nationale; il a eu la satisfaction d'assister 
aux célèbres séances des 4, 7, 8, 9 , 11 et 16 janvier 
1790. 

Jean Debry , Préfet du Département du Doubs. 

Isnard. 



490 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

Le Chapelier. 

Malesherbes. 

Maral. 

Mirabeau , portrait très-curieux . ayant pour 
légende la fameuse apostrophe : Allez dire à ceux qui 
vous envoient que nous sommes ici par la volonté 
du peuple.... 

Moreau de Saint-Mêry , Président des Electeurs 
de Paris au mois de Juillet 1789. 

Pétion , tourné à droite , très-reconnaissable à 
l'écharpe tricolore qu'il porte en sautoir , 1792. 

L'Incorruptible Robespierre, Député à V Assemblée 
Nationale Constituante. C'est le plus curieux, peut- 
être, des portraits gravés par Chrétien. Il est daté 
de 1792. 

Madame Roland,. 

Vadier. 

Renouvier cite: Baiïly , Curtius , Letourneur , 
Rabaud-Po mmier. 



GLAESSENS (Antoine-Lambert). 



1764-1834. 



Claessens est un graveur belge de la fin du XVIII e 
siècle. Il était né à Anvers en 1764 et travailla sous 
Bartolozzi. Il est surtout connu par la gravure de 
quelques tableaux célèbres de son pays , la Descente 
de Croix de Rubens , d'après la magnifique peinture 
de la cathédrale d'Anvers i , la Ronde de Nuit , 
d'après Rembrandt , du musée d'Amsterdam , et la 
Femme Hydropique , d'après le tableau de Gérard 
Dow qui se trouve au musée du Louvre. 

Claessens a d'ailleurs gravé pour le Musée Français 
de Robillard-Péronville , plusieurs autres tableaux de 
Rubens , Rembrandt , Ostade , etc.. 

En fait de portraits gravés par Claessens , il faut 
citer ceux de Rubens , de Rembrandt , de Têniers 
le fils , de Ferdinand Bol , et une collection de 
portraits , copiés d'après ceux de Bonneville . pour 
une Histoire de la Révolution française publiée à 
Amsterdam. 

l II paraît qu'il existe quelques épreuves d'un tout premier état de 
cette planche que le graveur, n'étant pas satisfait , ne voulut pas livrer 
au commerce. Il remania sa planche , et ce n'est que par une infidélité 
d'imprimeur qu'il en a circulé quelques épreuves. 



GOCHIN Père (Charles-Nicolas 

1688-4754. 



La gloire de Charles-Nicolas Gochin le père a un peu 
pâli dans l'éclatante trainée lumineuse laissée par le 
talent de son fils et cependant l'interprète des œuvres 
des plus grands peintres du XVIII e siècle , Watteau 
et Chardin a droit à moins d'oubli et mérite que ses 
travaux soient soigneusement distingués de ceux de 
son fils. 

Cochin le père naquit à Paris le 29 avril 1688, d'une 
ancienne famille champenoise dont plusieurs membres 
s'étaient déjà distingués dans les arts. 

Son père Charles Cochin était peintre et Charles- 
Nicolas s'occupa de peinture jusqu'à l'âge de vingt- 
deux ans , époque à laquelle il se consacra exclusive- 
ment à la gravure. Elève encore, il se mit à reproduire 
de grandes décorations comme les Sujets de la Vie de 
Saint Augustin en sept pièces d'après les peintures de 
Louis de Boullogne qui sont à l'église des Invalides et 
de grands tableaux comme les Noces de Cana, d'après 
Véronèse et des sujets de l'Ancien et du Nouveau Tes- 
tament d'après Restout, Lemoine, Halle, Noël, Coypel, 
Van Loo , furent ses premiers ouvrages. 

Ces divers travaux où il s'était fait remarquer par 



C0CH1N PÈRE. 493 

son habileté à saisir l'esprit des maîtres qu'il gravait 
le firent admettre à l'Académie le 31 août 1731 sur les 
portraits qui lui avaient été commandés précédemment 
du peintre Eustache Lesueur et du sculpteur Jacques 
Sarrazin. 

Puis Cochin se lança à la suite de Watteau , de 
Lancret et de Chardin dans la fantaisie et les scènes 
de mœurs telles que la Mariée de Village , grande 
estampe en largeur d'après Watteau , le Camp- 
Volant, le Retour de Campagne, V Amour au Théâtre 
Italien et V Amour au Théâtre Français, toutes pièces 
d'une bonne facture d'après le maître suprême des 
élégances du XVIII e siècle. Nous voyons souvent sur 
les procès-verbaux de l'Académie des mentions comme 
celles-ci : « M. Cochin académicien a présenté à l'Aca- 
démie deux épreuves d'une planche gravée par lui 
d'après M. Lancret ayant pour titre le Collin-Maillard 
(1739) » ou bien encore « M. Cochin a présenté à 
l'Académie 4 épreuves de 2 planches qu'il a gravées 
d'après M. Chardin ayant pour titres VEcureuse et le 
Garçon Cabaretier. » Les deux tableaux faisaient 
alors partie du cabinet du comte de Vence. Cochin 
père a pris aussi pour modèles les peintures de de Troy, 
telles que le Jeu du Pied de Bœuf, V Amant sans 
Gêne, Fuyez Iris, etc.. 

Heinecken cite encore de lui des planches pour 
le Recueil des Nations du Levant , pour le Sacre 
de Louis XV, pour un ouvrage intitulé Versailles 
immortalisé, et donne une liste de vingt-cinq peintres 
d'après lesquels il a gravé. 

Une des meilleures pièces de son œuvre est la Pompe 
funèbre de la Reine de Sardaigne à Notre-Dame de 

I. 32 



494 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Paris, le 24 mars 1735, gravée par Cochin père d'après 
la décoration des sieurs Pérault et Slodtz. 

Une chose qui peut sembler fort curieuse c'est 
de voir Cochin père graver résolument d'après les 
compositions de son fils. Un fait certain , c'est que le 
père avait infiniment moins de facilité de composition 
et d'imagination que le fils ; mais en revanche en fait 
d'habileté d'outil et de maniement de la pointe et du 
burin, il n'avait rien à lui envier. 11 avait déjà eu 
occasion de graver ou de retoucher au burin quelques 
frontispices et vignettes d'après ses dessins tels que 
celui du poëme de la Religion de Racine le fils (1742), 
seize des jolies vignettes des Œuvres de Virgile, 
Paris , Quillau (1742) , où le travail des deux artistes 
se fond et se confond à merveille , la gravure de la 
vignette du Catalogue de Quentin de Lorangère 
(1744), lorsqu'en 1745, Charles-Nicolas Cochin fils 
accablé de travaux , dut prier son père de l'aider dans 
l'exécution des planches si importantes des Cérémonies 
du mariage du Dauphin avec V Infante d'Espagne. 
En sa qualité de dessinateur des Menus-Plaisirs et 
surtout d'artiste émérite, déjà très-apprécié à la cour, 
c'est Cochin fils qui exécuta les quatre dessins des 
fêtes, mais il ne grava que les deux premières, la céré- 
monie du mariage et la salle du manège convertie en 
théâtre. C'est donc à Cochin père que revient tout 
l'honneur de la gravure des magnifiques estampes de la 
Décoration du Bal Paré, donné par le roi le 24 février 
1745 pour le mariage du Dauphin et de la Décoration 
du Bal Masqué, donné dans la grande galerie du 
château de Versailles dans la nuit du 25 au 26 février 
1745. Rarement le dessinateur a été mieux inspiré , a 



COCHIN PÈRE. 495 

mieux groupé ses innombrables personnages et mieux 
donné l'illusion d'une foule animée ; de plus il a trouvé 
dans son père un interprète excellent , d'un talent sûr 
et aguerri , et les préparations à l'eau-forte non plus 
que les pièces terminées sont loin de déparer par leur 
présence le beau volume des fêtes. 

Citons encore comme produit de cette collaboration 
de famille , la Décoration et le Dessein du Jeu tenu 
par le Roy et la Reine dans la grande galerie de 
Versailles à l'occasion du second mariage du Dauphin 
le 9 février 1747. 

Dans les jolies figures du Bréviaire du Diocèse 
dEvreux, ce serait Gochin père qui aurait gravé 
très-finement les différentes vues de la cathédrale de 
la ville , au-dessus de laquelle planent la Vierge et 
saint Eloi. Enfin il aurait, suivant Jombert, collaboré à 
l'Histoire de Louis XV par médailles. 

Le 7 août 1745 l'Académie choisit Gochin père « pour 
faire imprimer toutes les planches des portraits gravés 
de l'Académie dont on pourrait avoir besoin par la 
suite, M. Duchange qui en était chargé précédemment 
ayant fait rapport à l'assemblée qu'il n'avait plus de 
presse chez lui. » 

On doit encore lui attribuer l'eau-forte de quelques- 
unes des figures des Fables de La Fontaine, (l'Homme 
entre deux âges et ses deux Maîtresses, Contre ceux 
qui ont le goût difficile , le Corbeau voulant imiter 
V Aigle, le Meunier , son Fils et VAne, etc..) dont son 
fils s'était chargé de redessiner les figures laissées un 
peu vagues par Oudry. Ces planches signées C. 
Cochin sont l'œuvre des dernières années de sa vie. 
Nous y distinguons encore les eaux-fortes des Deux 



496 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Mulets , de V Hirondelle et les petits Oiseaux . Simo- 
nide préservé par les Dieux. 

Charles-Nicolas Cochin père avait épousé Louise 
Magdeleine Hortemels dont nous parlons ci-après. Il 
mourut le 5 juillet 1754 , dans son logement des 
galeries du Louvre et fut enterré le lendemain en 
présence de son fils et de Jacques-Nicolas Tardieu son 
neveu. 

L'œuvre de Cochin père comprenant 512 planches 
tant avant et avec la lettre qu'à l'état d'eaux-fortes , a 
été vendu à la vente du sculpteur Cayeux (1769) , la 
somme de 52 livres. 

Louise Magdeleine Hortemels, femme Cochin, née 
à Paris en 1686, et fille d'un libraire originaire de la 
Hollande , est cette bonne vieille janséniste dont 
Moreau alors âgé seulement de vingt-quatre ans nous 
a conservé les traits. Elle est assise les bras croisés , 
en bonnet blanc et mantelet de soie noire ; près d'elle 
sur une table un chat étonnant de vérité. Au fond l'on 
reconnaît parmi les cadres accrochés , le dessin du 
Concours de la Tête d'expression de son fils et une 
marine d'après Vernet à la gravure de laquelle elle a 
collaboré *. 

Mais avant d'être la vieille et digne femme que nous 
a représentée Moreau , Magdeleine Hortemels était une 
vaillante buriniste, occupée comme ses sœurs , Marie- 
Anne femme Tardieu et Marie-Nicolle femme Belle, à 
graver des estampes. Signalons d'elle les Quatre heures 
du Jour d'après Lancret; des planches pour Versailles 

1 Le portrait dessiné par Moreau , et appartenant à M. de Goncourt , 
a été exposé à l'École des Beaux-Arts en 1879. 



COCHIN PÈRE. 497 

Immortalisé ouvrage de J. B. de Monicart (Paris , 
1720. 2 vol. in-4) ; Mercure annonçant la Paix aux 
Muses , d'après Michel Corneille ; le Ballet des Noces 
de Gamaches , d'après Charles Coypel ; le Triomphe 
de Flore, d'après Poussin et d'autres compositions 
d'après ce peintre ; des estampes d'après Bertin , 
et même Tassez vilain titre de l'édition du Diable 
Boiteux (Paris, Ribou, 1707, in-12), œuvre de sa 
jeunesse 1 . 

C'est à sa sœur ainée Marie- Anne Hortemels , née 
en 1682 et lemme de Nicolas-Henry Tardieu qu'il faut 
restituer quelques bons portraits, ceux de la Duchesse 
d'Orléans (Elisabeth-Charlotte) , du cardinal Gaston 
de Rohan, du cardinal de Thiard de Bissy , tous 
trois d'après Rigaud , et celui du Régent , d'après 
Santerre. 

Cette dernière mourut le 24 mars 1727. 

Mais Louise-Magdeleine Hortemels qui avait épousé 
Charles - Nicolas Cochin le 10 août 1713 et qui eut 
l'honneur de mettre au monde et d'élever celui qui 
devait devenir l'un des meilleurs dessinateurs-graveurs 
et écrivains d'art du XVIII e siècle , a surtout gravé 
d'après son fils. La Charmante Catin et le Chanteur 
de Cantiques sont deux de ses bonnes pièces. La pre- 
mière surtout est agréable et l'effet de clair-obscur 
y est fort bien rendu. Elles ont été gravées d'après deux 
des dessins des Charges des Rues de Paris exécutés par 
son fils alors qu'il n'avait que quinze à seize ans et 
conservés précieusement par Jombert. « Quoique faits, 



1 Ce titre a été vendu récemment (1879), avant la lettre , la somme 
de 500 fr. 



498 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» dit-il , dans un âge fort peu avancé , on y remarque 
» déjà la touche spirituelle , le génie poétique et la 
» belle composition qui distinguent ses ouvrages. » 

Signalons une planche pour Don Quichotte , ( celle 
où on le barbifie ) , — le Grand Lama et le Roi de 
Tangut, pour V Histoire générale des Voyages. 

Dans la grande et belle pièce d'après Pannini repré- 
sentant les Préparatifs du feu d'Artifice que le 
cardinal de Polignac fit tirer à Rome sur la place 
Navone , pour la naissance du Dauphin , l'eau-forte 
seule est de Cochin,et l'estampe a été terminée au burin 
en 1736 par Madame Cochin sa mère. 

Enfin Magdeleine Hortemels passe pour avoir souvent 
aidé son fils dans ses grandes planches de fêtes et 
pour s'être modestement effacée devant lui en ne 
signant pas , pour lui en laisser l'honneur et le succès. 

Madame Cochin après la mort de son mari était 
venue habiter avec son fils aux galeries du Louvre. 
Nous supposons même que par une attention délicate 
de celui-ci et pour masquer son hospitalité, il lui 
donnait quelques planches à exploiter, car nous lisons 
au-dessous de la grande vue d'Orléans de Desfriches 
et Ghoffard, dont il avait lui-même exécuté les figures, 
se vend aux galeries du Louvre chez la veuve 
Cochin. 

Miger, l'un des rares élèves de Cochin , nous a 
dépeint dans ses mémoires cet intérieur composé de 
trois vieilles femmes jansénistes qu'il appelait plaisam- 
ment les Se?npiternelles, et où le chevalier son maître 
n'apparaissait que bien rarement. 

Wille nous fera en quelques lignes dans son 
journal , l'oraison funèbre de Magdeleine Hortemels : 



GOCHIN PÈRE 499 

« 4 octobre 1767. J'assistay aux convoy et enter- 
» rement de madame Cochin née Hortemels, mère de 
»M. Cochin, chevalier de l'ordre de Saint - Michel , 
» graveur du roi , secrétaire de l'Académie Royale de 
» peinture et garde des desseins du cabinet du roi. Elle 
» demeuroit avec M. son fils aux galeries du Louvre 
» et fût enterrée à Saint-Germain l'Auxerrois sa pa- 
» roisse. Un monde infini , outre l'Académie, accom- 
»pagnoit le corps de la défunte. Elle étoit d'une 
» grande douceur et avoit beaucoup et fort bien tra- 
» vaille dans la gravure. Elle avoit 87 ans et il y avoit 
» bien vingt-sept ans que je la connoissois et estimois 
» infiniment. » 

ESTAMPES. 

I. D'APRÈS CHARDIN. 

1. La Blanchisseuse,- La Fontaine, 2 p.in-fol. en largeur. 

120 £r. 1817. 

2. L'Écureuse, - Le Garçon Cabaretier, 2 p. in-fol. en 

hauteur. 
180 fr. 1877. 

il. d'après cochin fils. 

3. DÉCORATION DU BAL PARÉ DONNÉ PAR LE ROY le 

24 février 1745, pour le mariage du Dauphin , dans la grande salle 
du Manège couvert , laquelle fut changée en 16 heures , dessinée 
sur les lieux par Cochin fils , gravée par Cochin père en H 16 ; 
grand in-fol. en hauteur. 

4. DÉCORATION DU RAL MASQUÉ DONNÉ PAR LE ROY 

dans la grande galerie du château de Versailles, la nuit du 25 au 
26 février 1145, pour le mariage du Dauphin , dessinée d'après 
nature par Cochin fils et gravée par Cochin père en 1146 ; grand 
in-fol. en largeur. 



500 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

5. DÉCORATION ET DESSEIN, DU JEU TENU PAR LE ROY 

ET LA REINE dans la grande galerie de Versailles, à l'occasion 
du second mariage du Dauphin , le 9 février l^éT, dessinée d'après 
nature par Cochin fils et gravée par Cochin père ; grand in-fol. en 
largeur. 

Les eaux-fortes de ces trois magnifiques pièces , au Cabinet des Estampes , 
dans l'œuvre de Cochin fils. 

m. d'après LANCRET. 

6. Le Jeu de Colin-Maillard; grand in-fol. en largeur 

(E. Bocher, n°42). 
215 fr. avant la lettre, vente Béhague. 

1. Conversation dans un jardin , Dans cette aimable solitude. . . etc. — 
Sérénade, Par une tendre chansonnette; in-fol. (E. Bocher, n os 24 

et 58;. 

8. La Terre (E. Bocher , n° 75). 

iv. d'après de troy. 

9. LE JEU DU PIED-DE-BOEUF; in-fol. 

400 fr. avant la lettre, vente Béhague. 

10. Fuyez Iris ; in-fol. 

140 fr. avant la lettre, vente Béhague. 

il. L'Amant sans gêne. 

L'eau-forte pure de cette belle estampe, et celles des deux précédentes, dans 
la collection de M. Mûhlbaeher. 

v. d'après WATTEAU. 

12. LA MARIÉE DE VILLAGE; in-fol. en largeur. 

135 fr. en 18T7. 

13. Le Bosquet de Bacchus; in-fol. enlargeur. 

14. L'Amour au théâtre français. — L'Amour au théâtre italien. — 

Personnages de la comédie italienne, 2 p. (Belle, n'écoutez rien... 
et Pour garder l'honneur...) — Camp volant. — Retour de 
campagne. — Soldats en détachement faisant halte. — Le Conteur. 



COCHIN PÈRE. 501 

vi. d'après divers. 

15. Pompe funèbre de la Reine de Sardaigne, à Notre- 

Dame, le 25 mars 1735, d'après la décoration de Pérault et Slodtz ; 
in-fol. 

16. L'Inflexibilité de saint Basile, — Jacob se faisant connaître à Rachel, 

d'après Lenioyne, — Jacob et Laban , — la Destruction du palais 
d'Armide, d'après Restout, — Jacob poursuivi par Laban , — le 
Serviteur d'Abrabam auprès de Rébecca , d'après N. Bertin, — 
La Trinité et l'Assomption , tableaux de la voûte des Invalides , 
d'après Noël Coypel, — L'Histoire de saint Augustin peinte aux 
Invalides en sept pièces, d'après L. de Boullongne, etc. 

H. Portraits de Jacques Sarrazin l'aîné, sculpteur ordinaire du Roi, et 
d'Eustache Le Sueur, gravés par Gocbin pour sa réception à 
l'Académie en 1731. 

Huber dit de Cochin qu'il était bon dessinateur et gravait avec beaucoup 
d'esprit et de goût , surtout quand les figures de ses estampes étaient d'une 
grandeur médiocre. 



VIGNETTES. 

18. Frontispice de Boucher pour Tombeaux des princes.... de la 

Grande-Bretagne , gravé à l'eau-forte par Cochin fils , et terminé 
par Cochin père. 

19. Tête de page pour un in-fol., avec des amours, les attributs des 

arts, et un cartouche d'armoiries dans lequel Le Mire a gravé plus 
tard le portrait de Louis XV. — D'après Boucher. 

20. Vignette pour le tome XIII de Sancti Joanni Chrysostomi opéra, 

d'après Cochin fils. 

21. M. de Montgeron présentant au Roi son livre sur la vérité des 

miracles opérés par le diacre Paris ; frontispice in-8 , d'après 
Cochin fils. 

On voit au bas de cette curieuse petite pièce M. de Montgeron à genoux 
devant la tombe de Paris, et le carrosse qui le conduit à la Bastille. 

Cette planche a servi , en 1T53, sous le titre de Remontrances du Parlement au 
Roi contre le schisme. Le bas a été changé : on y voit la Justice ; au-dessous , 
les curés de St-Médard et de St-Etienne refusant le Sacrement à des malades. 
« Il y a eu arrêt delà Cour du Parlement en date du <1 juillet H53, portant sup- 
» pression de cette dernière estampe. » (Jombert). 



502 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

22. La Religion , poëme de Louis Racine , in-8 , frontispice et fleuron 

d'après Cochin fils. 1742. 

23. Œuvres de Virgile, Paris, Quillau , 1742. 

Seize vignettes gravées d'après Cochin père. Deux autres vignettes, pour les 
chants IX et X de l'Énéïde, ont été dessinées et gravées par Cochin fils. 

24. Le Temple de la Renommée, par Piron , in-8, 1744. 

Frontispice représentant les efforts des ambitieux pour arriver à ce temple ; 
d'après Cochin fils. 

25. Catalogue raisonne' des Curiosités du Cabinet de M. Quentin de 

Lorangère, par Gersaint; in-8, 1744. 

Très-joli frontispice, d'après Cochin fils, représentant des amateurs qui 
examinent des tableaux et des estampes. Il a servi depuis au catalogue des 
estampes de M. de Fonpertuis et à celui de Gersaint. 

26. Oraison funèbre de M. de Beauvau, archevêque de Narbonne; 

in-4, 1744. 

Fleuron d'armoiries et encadrement d'un petit portrait tête de page, d'après 
Cochin fils. Le portrait a été gravé par Schmidt. 

27. Moïse, frontispice pour les Figures de la Bible, de Royaumont ; in-4, 

1744 ; d'après Cochin fils. 

28. Bréviaire du diocèse d'Évreux, Paris, 1747 ; in-12. 

Quatre frontispices d'après Cochin fils. 

29. L'Art de la guerre , du maréchal de Puységur , Paris , Jomberl , 

1748. 
Minerve enseignant l'art de la guerre, fleuron d'après Cochin fils. 

30. Théâtre des Grecs, par le Père Brumoy, Paris, 1749 ; in-12. 

Très-joli frontispice représentant l'origine de la Tragédie, d'après Cochin fils. 

31. Illustrations pour la grande édition des Fables de La Fontaine. 

Un certain nombre des figures de cet important ouvrage sont signées de 
Cochin comme gravées à l'eau-forte : la Grenouille qui veut se faire.. ., les Deux 
Mulets, l'Hirondelle et les Petits Oiseaux , le Dragon à plusieurs têtes , l'Homme 
entre deux âges , Contre ceux qui ont le goût difficile , l'Ane chargé d'épongés , le 
Corbeau voulant imiter l'aigle, le Meunier, son Fils et l'Ane, les Loups et les Brebis, 
le Bûcheron et Mercure, etc., etc. 



COGHIN Fils (Charles-Nicolas). 



4715-1790. 



La place que Charles-Nicolas Gochin fils , dessina- 
teur, graveur, écrivain, ordonnateur des beaux-arts 
sous l'administration de M. de Marigny, secrétaire- 
historiographe de l'Académie Royale, a tenue dans 
l'art du xvm e siècle , est trop considérable pour qu'il 
ne lui soit pas consacré ici une notice proportionnée à 
son importance. Toutefois , laissant au second plan ses 
autres mérites , c'est comme graveur que nous allons 
particulièrement l'étudier. 

Le tout premier début de Gochin dans la gravure, 
alors qu'il était encore élève de son père , serait en 
1727 , un petit Saint Joseph tenant l'enfant Jésus sur 
ses genoux, suivi en 1728 de deux pièces d'après 
Gillot pour les Fables de La Motte , ( /' Audience du 
Lion, les Moineaux), signées de Gochin le fils qui avait 
alors treize ans. La Fuite en Egypte qui date de 1730 
est son premier essai d'eau -forte. Il était tellement 
rebuté, dit Jombert , du travail froid et monotone des 
commencements de la gravure au burin qu'il en était 
découragé, lorsque son père s'apercevant de ce dégoût, 
lui permit de se livrer au penchant qui l'entraînait vers 
la gravure à l'eau-forte. 



504 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

C'était d'ailleurs un maître assez sévère que Cochin 
le père ; il faisait copier à son fils des estampes de 
savants graveurs telles que le Christ couronné 
d'épines de Bolswert , d'après Rubens , et quand le 
jeune Cochin , qui aimait déjà la gaudriole , goût 
auquel il n'a jamais renoncé , cherchait à reproduire 
des compositions facétieuses , telles que celle du 
Villageois qui cherche son Veau, d'après Pierre, qui 
est fort égrillarde , Monsieur son père s'empressait de 
« rompre la planche » avant même qu'elle ne fût 
terminée, ce qui a rendu cette estampe infiniment rare 
(1731) ; et bien vite , cachant son dépit le futur ami de 
M me de Pompadour , reprenait philosophiquement ses 
planches de Saint Paul et Saint André à mi-corps 
d'après les peintures de son oncle Belle. 

Dulin ou d'Hulin, membre de l'Académie, était alors 
un peintre en grande réputation , et Cochin gravait 
le plus sérieusement du monde son tableau les 
Hommes de Génézareth présentant leurs malades à 
Jésus, ou bien l'e paysage de sa Vertumne et Pomone, 
ou encore la Mort dHippolyle d'après de Troy , mais 
bientôt en cachette il courait chez Le Bas et revenait 
aux compositions des Contes de La Fontaine dont le 
placement toujours facile lui mettait, un peu d'argent 
en poche pour ses plaisirs. C'est à notre avis dans ces 
travaux en sous-main , qu'il faut ranger les figures 
assez rudimentaires d'ailleurs comme dessin et comme 
gravure , de format in-8 , la Mandragore , le Baiser 
rendu, Nicaise, Frère Luce, Frère Luce congédiant 
Agnès , la suite du Cas de Conscience , Mazet, qui lui 
étaient achetées par un marchand-vitrier nommé Célis. 

En 1729 , pour célébrer la naissance du Dauphin , 



COGHIN. 505 

des fêtes furent données partout. A Rome , le cardinal 
de Polignac se distingua par un magnifique Feu 
d'Artifice qu'il fit tirer sur la place Navone, le 30 
novembre. Ce sont les préparatifs de cette fête que 
Pannini avait peints et que Dumont le Romain 
reproduisit en un dessin qu'il envoya à Paris. Le 
bonheur voulut que Cochin fils fût chargé de le graver 
à l'eau-forte pour en répandre et perpétuer le souvenir, 
heureuse coïncidence qui lui révéla sa vocation. Il le 
fit avec une habileté et une légèreté prodigieuses 
(1735). Ces personnages innombrables , ces groupes 
élégants , ce fourmillement de la foule , l'architecture, 
tout est rendu à la perfection. Il ne reste plus pour 
gâter la pièce ou tout au moins l'alourdir, qu'à la 
faire terminer par sa mère , Madeleine Hortemels , ce 
qui ne manque point. Mais Cochin a donné là sa 
mesure comme graveur, il faut qu'il montre son savoir 
comme compositeur. Justement cette même année 1735, 
le 3 septembre , le duc d'Orléans voulut donner dans 
ses jardins de Meudon , une fête au petit Dauphin. Le 
Dessein de V Illumination et du Feu d'Artifice , fut 
commandé à Cochin qui a aussi gravé cette estampe, 
et à voir l'arrangement facile et pittoresque des specta- 
teurs et l'effet rendu , on sent que le dessinateur et le 
graveur des menus-plaisirs du Roi n'est plus à découvrir. 
Nous trouvons d'ailleurs de très intéressants détails 
sur cette première partie de l'existence de notre 
artiste et sur ses premiers travaux, dans un manuscrit 
intitulé par Cochin , Mémoires Secrets l , qu'il n'a 

1 Ce manuscrit, qui va être publié sous le patronage de la Société des 
Archives de l'Art français , nous a été très obligeamment communiqué 
par M. J. Guifirey. Il fut légué par Cochin à la Bibliothèque du Roi. 



506 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

malheureusement pas mené assez loin. C'est grâce à 
un dessin représentant V Audience de l'Ambassadeur 
Turc à Versailles, qu'il avait reçu les encouragements 
de Bouchardon et d'autres artistes et attiré l'attention 
du comte de Bonneval , contrôleur des menus , qui se 
fit un devoir de l'employer : « Ce dessein m'avoit coûté 
» un temps considérable. Il m'avoit été décommandé 
» dans le temps ou il étoit déjà suffisamment avancé 

» pour me faire désirer de l'achever Lorsqu'il le 

» fût, je le montray à M. de Bonneval alors contrôleur 
» des menus plaisirs du Roy , il me parût le désirer 
» avec tant d'ardeur , lui qui étoit froid et peu démons- 
» tratif que je lui en fis présent. C'étoit à lui que 
» j'avois l'obligation d'avoir travaillé pour le Roy dès 
» l'âge de 20 ans , honneur dont j'étois flatté, ne pré- 
» voyant pas que je serois toujours fort mal payé dans 
» ce district et que je perdrois toutte ma jeunesse sans 
» profit à leur service. M. de Bonneval étoit alors par 
» sa place à portée de me faire du bien dans la suitte , 
» mais il la quitta par les dégoûts que lui donna M. le 
» Duc de Richelieu premier gentilhomme de la chambre 
» du Roy. » 

Cochin continue à remplir les livres de ses gravures, 
en même temps qu'il jette aux quatre vents de la 
publicité des adresses de Strass, de Jombert, des 
ex - libris , des cartes d'invitation historiées , des 
figures de modes , des paravents d'après Gillot , des 
pièces d'ornements d'après Lajoue. On retrouve sa 
signature dans des bréviaires, où il traduit les compo- 
sitions de Restout et de Boucher , dans des livres sur 
la Décoration des Edifices (1737), sur le Calcul Diffé- 
rentiel et la Mécanique Générale (1741) , sur le me- 



COCHIN. 507 

canisme de l'artillerie où il a représenté les effets 
des bombes, mortiers, une batterie de canon qui saute, 
dans les pittoresques vignettes des ouvrages de l'abbé 
Deidier et de Dulacq ; citons aussi celles où il a tra- 
duit finement des expériences d'électricité pour les 
Transactions Philosophiques, le fleuron et la vignette 
de Faunillane , roman du comte de Tessin , enfin la 
plus jolie pièce des Quatre âges de la Vie, d'après ses 
dessins , V Enfance , estampe remarquablement exé- 
cutée, qui représente des petites filles donnant de la 
bouillie à un cbat emmaillotté et qui est également de 
lui comme gravure. 

Cochin , dont le mérite était déjà reconnu en haut 
lieu , bien qu'il n'eût que vingt-quatre ans , avait été 
chargé de suppléer ou mieux d'aider les frères Sébas- 
tien-Antoine et Paul-Ambroise Slodtz, avec lesquels il 
était d'ailleurs fort lié , dans le dessin et la gravure 
des fêtes que l'on préparait pour le mariage de Madame 
Première , et dont on désirait à la cour conserver le 
souvenir. C'étaient eux, en effet, et le sculpteur René- 
Michel Slodtz, qui à la mort du peintre d'architecture 
Pérot, « s'étant bien fait venir des supérieurs » furent 
choisis comme décorateurs en chef des menus-plaisirs. 
Cochin. leur ami, avait donc été proposé par eux comme 
dessinateur et graveur du Cabinet du Roi , et c'est en 
cette qualité qu'il dessina et grava les amusantes et 
minuscules petites figures &qV Illumination de la Rue 
de la Ferronnerie pour le mariage de Madame et de 
Don Philippe d'Espagne. Mais la pièce qui justifie 
davantage la distinction qu'il venait d'obtenir, et 
qui l'emporte encore en grâce et en esprit , est celle 
où se meuvent ces groupes si curieux de vie et de 



508 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

mouvement , si amusants de vérité , la Décoration de 
V Illumination et du Feu d'Artifice tiré à Versailles 
le 26 septembre 1739, pour le même mariage de 
Madame Première avec l'Infant Don Philippe, groupes 
qui sont dessinés et gravés à l'eau-forte et au burin 
par Cochin. L'eau-forte particulièrement est mer- 
veilleuse de légèreté en même temps que de rendu. 

La place de Cochin était marquée à l'Académie, après 
ces travaux remarquables : aussi bien son père , son 
oncle Belle, et leurs amis l'y appelaient et, à peine âgé 
de vingt-six ans, il y fut agréé : « Samedi 29 avril 1741, 
» le sieur Charles-Nicolas Cochin le fils ayant présenté 
» plusieurs dessins de sa composition et estampes qu'il 
» a gravées, les voix prises, la compagnie a agréé sa pré- 
» sentation et lui a ordonné de graver pour son morceau 
» de réception un dessin allégorique qu'il a composé à 
» la louange du Roy et des arts de peinture, sculpture 
» et gravure. Accordé un an pour l'exécution du dit 
» morceau *. » 



i Extrait des Procès-verbaux inédits de l'ancienne Académie (École 
des Beaux-Arts). On jugera combien Cochin était occupé par ses travaux, 
car, vingt ans après, il n'avait pas encore rempli son engagement. Mais 
alors il était un personnage , l'ami du Directeur des Bâtiments , et , on 
peut le dire , le directeur des arts en France ; aussi l'Académie , dont il 
était d'ailleurs le secrétaire, lui faisait-elle crédit. On lit dans ces mêmes 
procès-verbaux , 31 octobre 11Q1 : u Le S r Cochin , secrétaire, à qui ses 
A occupations. pour le service du Roi n'ont pas encore permis de satis- 
« faire aux engagements qu'il a contractés lors de sa réception , a 
n présenté à la Compagnie un dessein au crayon rouge représentant 
« Lycurgue blessé dans une sédition , et l'a supplié de vouloir bien 
» accepter ce morceau et son pendant , qu'il fait actuellement , comme 
>i acquit de sa promesse. L'Académie a bien voulu lui accorder cette 
a faveur. » Notons que c'est Cochin lui-même qui rédigeait alors les 
procès-verbaux 



GOCHIN. 509 

C'est vers cette époque que Cochin grave le fleuron 
qu'on appelle V Enseigne de Jomberl , et les belles 
Académies largement et facilement traitées dans le 
goût et la manière de Boucher , et qui sont destinées 
à orner la Méthode pour apprendre le Dessin du 
même Jombert, son ami. 

Cet éditeur , libraire du Roi pour l'artillerie et le 
génie , était lié avec un grand nombre d'artistes. 
C'est chez lui que Cochin aimait à aller le soir, et , 
tout en causant , il dessinait quelque portrait de 
la famille ou quelque spirituel croquis qu'il se gardait 
bien d'emporter. Jombert avait ainsi recueilli un grand 
nombre de dessins et de gravures de l'artiste tels que 
ces Diverses charges des rues de Paris parmi les- 
quelles figuraient la Charmante Catin et le Chanteur 
de Cantiques , et ces beaux dessins de Virginius et 
Brutus , inspirés par la lecture de l Histoire Romaine 
de Rollin ; il avait aussi formé l'œuvre presque complet 
des pièces gravées par et d'après Cochin, et se trouvait 
ainsi , mieux que personne , à même de le décrire , ce 
qu'il a fait dans un petit volume qui est un modèle du 
genre. 

Dans l'illustration des Œuvres de Virgile, traduites 
par l'abbé Desfontaines (Paris 1742), Cochin fils, qui a 
dessiné toutes les jolies figures de ce livre , n'en a 
gravé que deux. Toutes les autres le sont par 
son père ; c'est au fils en revanche qu'il faut rapporter 
un grand nombre de frontispices pour les ouvrages 
imprimés par Prault et Coustelier. C'est aussi sa 
signature que l'on remarque au bas de gracieux en- 
têtes de chapitres représentant la, Vérité , la Satire , 
les Muses , etc. composés et gravés pour les Œuvres 

I. 33 



510 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

de Jean-Baptiste Rousseau (1743) ; des vignettes pour 
Y Oraison funèbre du Cardinal de Fleur y , pièces 
dessinées et gravées en quatre jours ; des fleurons de 
Sylvie, roman de Watelet, pour lequel le peintre 
Pierre avait crayonné les dessins ; enfin ce joli titre du 
Règlement pour VOpêra de Paris , si justement im- 
primé à Utopie (1743). 

A cette date Jombert, dans son catalogue , place 
la publication du frontispice des Mémoires de V Aca- 
démie Royale de Chirurgie de Paris, mais cette 
pièce, qui montre la Chirurgie présentant ses mé- 
moires au roi, au milieu d'un camp , avait été dessinée 
et gravée deux ans auparavant. Cochin faillit, par 
l'intrigue du comte de Caylus , se voir refuser cette 
estampe et rapporte ainsi dans quelles circonstances 1 : 
« Lorsque je n'avois encore qu'environ vingt ans , 
» l'établissement de l'Académie royale de chirurgie fut 
» fait par M. de la Péronie. Il fut question de faire 
» graver un frontispice pour le premier volume des 
» mémoires. M. Quesnay qui étoit ami de mon père 
» m'en chargea. Il suffit, vis à vis des gens qui ne sont 
» pas au fait de l'art, qu'on soit de leur connoissance 
» pour supposer qu'on a les talens dont ils ont besoin , 
» car, il le faut avouer, j'étois encore extrêmement 
» faible. Je le dessinai avec tout le soin dont j'étois 
» capable et le gravai de même, mais on ne me permit 
» pas de mettre la Minerve sur un nuage, comme j'en 
» avois besoin , si bien que cette figure de Minerve, 
» fourrée dans la composition après coup étoit très 
» misérable. Quoi qu'il en soit ils en parurent contents. 

1 Mémoires secrets encore inédits. 



( : ()C H I N . 51 1 

» 11 y avoit bien sept à huit mois que je n'avois point 
» demandé à être payé pour ne pas paroître avide , 
» lorsque j'appris que M. Boucher avait fait un dessein 
» et que M. Le Bas recommençait la planche, je 
» demandai alors à être payé et j'en vins à bout. » 

Disons ici, d'après Jombert, que c'est le comte de 
Caylus qui se mêlait de tout et voulait tout régenter 
dans les arts, qui conseilla de s'adresser à Boucher 
pour obtenir un dessin plus satisfaisant , et qui le fit 
graver par Le Bas. 

« Les deux planches faites on ne sçut laquelle 
» préférer. Le dessein de M. Boucher étoit mieux 
» composé , mais la figure du Roy étoit lourde et d'un 
» caractère bas. MM. de l'Académie de Chirurgie ne 
» sachant comment se déterminer, prièrent M. le 
» Cardinal de Fleury de les présenter touttes deux au 
» Roy afin qu'il choisit et la mienne eut le bonheur 
» d'être préférée. Je le dis en vérité bien sans vanité 
» car je conviens que c'est une assés mauvaise 
» besogne. 

» Je n'ay pas bien sçu le rapport qu'avoit eu M. de 
» Caylus à cette affaire, mais je sçais que M. Boucher 
» qui m'aimoit, fâché du risque que je courois lorsque 
» j'étois incertain si l'on ne me laisseroit point ma 
» planche me dit : C'est la faute, tu ne vas jamais 
» voir M. de Caylus. » 

Le dessinateur et le graveur des planches des céré- 
monies officielles organisées par M. de Bonneval, 
contrôleur des menus-plaisirs, poursuit son œuvre. En 
1741 , c'est la Pompe funèbre d 'Elisabeth-Thérèse de 
Lorraine, Reine de Sardaignc, en l'église Notre-Dame 
de Paris , le 22 de septembre, qu'il dessine et grave 



512 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

avec un grand sentiment de l'arrangement heureux , 
des proportions et de la perspective. L'eau-forte en 
est claire , lumineuse même et c'est une de ces 
planches que sa mère ne fera qu'assombrir , en la 
terminant , mais elle le fera modestement du reste en 
ne signant pas. La planche n'a été finie qu'en 1743. 

A propos de ces estampes Cochin rapporte que 
M. de Bonneval avait la singulière gloriole d'exiger 
que l'on gravât au bas : de Bonneval invenit. « On en 
» rioit , ajoute notre graveur , personne n'en étoit la 
» dupe , mais il étoit content. » 

Puis vint le mariage du Dauphin avec cette Infante 
d'Espagne dont la vie fut si courte et dont Cochin 
devait à si peu de distance retracer par ses gravures 
le mariage et les obsèques. 

C'est d'abord, la Cérémonie du Mariage de Louis, 
Dauphin de France , avec Marie-Thérèse , Infante 
d'Espagne, dans la chapelle du château de Versailles , 
le 23 février 1745 , pièce en hauteur , remplie des 
charmants groupes de dames de la cour , et dont il 
signe le dessin et la gravure. 

Ensuite vient la fameuse pièce du Bal masqué donné 
par le Roi dans la grande Galerie de Versailles , 
pour ce même mariage , magnifique estampe en 
largeur avec un mouvement prodigieux de masques 
et de costumes grotesques dont on pourrait , si la 
gravure en semblait insuffisante , constater tout l'effet 
dans le dessin original qui se trouve au Louvre. 
Jamais Cochin n'a mieux groupé ses personnages , 
dans la variété infinie de leurs poses ; jamais il ne leur a 
donné plus d'animation , jamais il n'a mieux formulé ce 
fourmillement de foule parée. 



C0CH1N 513 

Seulement , Cochin tout occupé alors à composer et 
à dessiner, n'a plus le loisir d'exécuter les gravures. 
Nous pensons toutefois q-u'il a dû mettre la main à 
l'eau-forte et indiquer avec sa sûreté habituelle les 
silhouettes de bien des personnages. Toujours est-il 
que rien ne le marque sûrement et cette belle planche 
ainsi que celles du Bal Paré, donné le 24 février, et de 
la Décoration de la salle de spectacle construite dans 
le Manège , sont signées de Cochin père pour la 
gravure et d'ailleurs lui font honneur si elles sont bien 
réellement de lui ; c'est Cochin fils en revanche qui 
s'était réservé de graver les jolies cartes d'invitation 
enguirlandées d'amours , qui étaient envoyées aux 
seigneurs invités au bal paré. 

Ces fêtes furent le triomphe des frères Siodtz , qui 
en étaient les organisateurs , et les dépenses des 
menus , jusqu'alors peu importantes , devinrent , à 
partir de 1745 , très considérables : « Les Siodtz 
» furent chargés , rapporte Cochin * , qui nous donne 
» à ce sujet d'intéressants détails, des fêtes du premier 
» mariage de M. le Dauphin pour lesquelles ils 
» firent dans le manège de la petite écurie du Roy 
» une salle de bal paré qui , dans les vingt-quatre 
» heures, fut changée en une salle de comédie dont on 
» a fait usage pendant quelques années. 

» Depuis ce temps les décorations des feux d'artifices, 
» de théâtres pour la cour et autres qui se firent en 
» différentes occasions furent exécutées sur leurs 
» desseins. Les pompes funèbres devinrent quelque 
» chose entre leurs mains. Ce qu'on y avoit jusques-là 

i Mémoires secrets déjà cités. 



o\k LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» exécuté qu'en platte peinture , ils l'exécutèrent en 
» relief. 11 est vrai qu'on leur a reproché qu'ils y 
» avoient répandu un goust galant et un air de fête 
» peu convenable à la gravité du cérémonial , mais ils 
» s'eforçoient de plaire à la Cour, qui n'admet de 
» sérieux nulle part qu'avec peine , et ils réussissoient 
» assés. » 

On pourrait s'étonner de ne retrouver que rarement 
dans ce beau livre de fêtes, de bonnes épreuves de ces 
remarquables planches. Le graveur nous en donne 
encore l'explication dans ses Mémoires Secrets et en 
rejette la faute sur M. de Bonneval qui, suivant lui, fit 
alors « une bonne bévue. » « Je lui avois donné un 
» imprimeur pour imprimer mes planches de fêtes de 
» 1745. Je l'avois prévenu que c'étoit un des plus 
» habiles , mais qu'il avoit besoin d'être veillé. En 
» effet par la négligence de Lévêque et d'autres 
» valets des menus plaisirs avec qui il buvoit , il fit 
» faire l'ouvrage par un mauvais compagnon , au 
» moyen de quoy les planches furent usées sans avoir 
» donné à peine cent bonnes épreuves. J'en avertis 
» plusieurs fois inutilement ; il les servit donc de 
» manière à mériter punition. Le bon M. de Bonneval 
» lui fit donner une pension. Ce qu'il y eut de plaisant 
» c'est que l'imprimeur qui avoit imprimé mon ouvrage, 
» qui avait mal servi , fût bien payé et récompensé , et 
» que moy je fus mal payé et n'eus aucune récom- 
» pense. » 

Dix-huit mois à peine étaient écoulés que le dessina- 
teur des menus était appelé, mais, cette fois, pour con- 
server le souvenir de la Pompe Funèbre de Math' mê- 
la Dauphine dans V Eglise de Noire-Dame , le 24 



COCHIN. àiS 

novembre 1746 , dont l'arrangement était dû , nous 
venons de le voir, aux Slodtz, et de la Pompe funèbre 
de son enterrement dans les caveaux de la Cathé- 
drale de Saint-Denis. Cette fois, les gravures portent 
bien la signature de Charles-Nicolas Cochin le fils. 

N'oublions pas la Pompe funèbre de Philippe V, 
roi d'Espagne et des Indes, à Notre-Dame, dessinée et 
gravée par le même en 1748. 

Entre-temps Cochin en était revenu à ces Contes de 
La Fontaine dont il avait déjà essayé dans sa jeunesse 
de traduire quelques-uns des plus vifs. Cette fois 
c'était pour une petite édition datée de 1745 et 
imprimée sans doute chez Coustelier , que Cochin 
avait dessiné une agréable série de vignettes, non 
signées d'ailleurs , mais dont l'invention est incontes- 
tablement son œuvre. Y a-t-il quelques-unes des 
figures qu'il doive revendiquer comme graveur ? Rien 
ne permet de le supposer. Il faut donc se résigner à 
n'y voir que l'œuvre de Chédel et de Ravenet pour le 
plus grand nombre. 

C'est le moment du reste de la grande production de 
notre artiste. Il ne refuse aucun travail , ne recule 
devant aucune commande et sa fécondité est telle que 
ses amis ont recours à lui quand l'imagination leur 
fait défaut l . 

« Il était alors, ont écrit MM. de Goncourt, l'artiste 
» couru , demandé , recherché par la cour et la ville , 
» tourmenté par les intendants des menus et les 



1 On a même prétendu que le tombeau du maréchal de Saxe , sculpté 
par Pigalle, était de l'invention de Cochin , qui nous en a laissé d'ailleurs 
une fine estampe. 



olG LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» libraires pour toutes les grandes et petites choses 
» du dessin et de la gravure , alors si mêlés au 
» luxe courant de la vie sociale. Sa facilité , son 
» abondance , triomphent du temps , du nombre des 
» commandes , de la variété et de la multiplicité des 
» travaux. L'heure va venir où les vignettes ne 
» s'appelleront plus des vignettes mais des Cochin. » 

En effet l'artiste aborde tous les genres avec un 
succès égal à sa fécondité. En-têtes, fleurons, culs-de- 
lampe , cartels , adresses , cartes d'invitation , frontis- 
pices, scènes d'histoire, portraits, tout jusqu'aux jolis 
chais de Madame Du Deffand ! Nous ne le suivrons pas 
dans le détail de cette intéressante production , car 
nous n'étudions ici que le Cochin graveur et, à cette 
heure , il commence déjà à se reposer sur d'habiles 
artistes du soin de traduire ses sanguines et ses 
mines de plomb. Ghedel , Fessard , Duflos , Aveline , 
Sornique , Baquoy, les interprètent et nous retrou- 
verons ces divers travaux en nous occupant de ces 
graveurs. Cochin pourtant qui dessine pour chaque 
édition de l'Abrégé Chronologique de l'Histoire de 
France du Président Hénault, homme de cour comme 
lui, de nouvelles et minuscules scènes d'histoire, veut 
aussi en graver quelques-unes, le fleuron du titre et 
deux vignettes dans l'édition in-8° de 1744, trois fleurons 
et deux vignettes dans celle de 1746 , enfin vingt-sept 
fleurons et vignettes dans la première édition in-4, 
compositions intéressantes dont l'action est très claire 
bien que l'espace dans lequel elles se meuvent soit 
bien restreint. 

On le retrouve encore dans le frontispice d'Angola, 
et dans une curieuse figure pour Tartuffe , qui fait 



COCHIN. oiï 

regretter que la société formée entre Didot , Jombert 
et notre graveur , pour illustrer les Comédies de 
Molière, ait été rompue dès le début. Il faut admirer 
encore les figures si bien appropriées au sujet du 
poème du Lutrin , qui font l'ornement de l'édition 
des Œuvres de Boileau - Despréaux , publiée par 
Saint Marc (1747). Bien que Jombert les dise dessi- 
nées et gravées par Cochin en 1746 , comme nous 
les trouvons avec les bordures en passe-partout, dans 
l'édition in-fol. de 1740 , nous persistons à les croire 
exécutées plusieurs années auparavant. 

Cependant les vignettes gravées par Cocbin com- 
mencent à se faire rares. C'est que l'artiste est devenu 
un homme de cour, absorbé par les devoirs du 
monde , les soupers , les invitations de toutes sortes , 
surtout celles de Madame de Pompadour, alors dans 
tout l'éclat de sa faveur et de sa beauté. Dès le prin- 
cipe , elle avait fait nommer l'oncle de son mari , 
Lenormand de Tournehem à l'emploi de directeur- 
général des bâtiments du roi , et comme il était âgé 
et qu'elle était ambitieuse de voir son frère placé dans 
une position en rapport avec celle qu'elle occupait à la 
cour, elle lui adjoignit en survivance le jeune et rose 
Abel Poisson , âgé seulement de vingt et un ans, que 
l'on décrassa à la savonnette à vilain du marquisat de 
Yandièros. Mais le Marquis d 'Avant-Hier , ainsi 
qu'on appelait plaisamment le frère de la favorite, 
ayant également besoin de se former le goût à la vue 
des chefs-d'œuvre , rien n'était mieux fait pour pré- 
parer un jeune homme à tenir cette haute main artis- 
tique sur l'art dans un grand pays comme la France, 
qu'un séjour en Italie. 



518 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Le voyage résolu , on jeta les yeux, pour accom- 
pagner M. de Vandières , sur Cochin , aimable , 
instruit , gai compagnon , et on lui adjoignit pour 
compléter les notions du futur surintendant, en arché- 
ologie et en architecture , l'abbé Le Blanc et Soufilot. 

Ils partirent le 20 décembre 1749, et rien de curieux 
et presque de touchant comme les lettres que la mar- 
quise écrivait à son frérot pendant tout le voyage pour 
lui donner des conseils de conduite : « ce que je vous 
» recommande par dessus tout c'est la plus grande 
» politesse , une discrétion égale et de vous bien 
» mettre dans la teste qu'étant fait pour le monde et 
» pour la sosiété il faut estre aimable avec tout le 
» monde car s'y l'on se bornoit aux gens que l'on 
» estime on ceroit détesté de presque tout le genre 
» humain. » 

Pendant le voyage Cochin insère dans les lettres des 
croquis destinés à faire rire la marquise et son royal 
amant : « Je trouve l'esquisse effroyable , écrit-elle , le 
» 12 avril 1750 ; je crois que Cochin s'est amusé à vous 
» y mettre tous , au moins ai-je cru y reconnaître 
» l'abbé Le Blanc. » 

A Rome nos voyageurs sont reçus par le Saint Père 
avec beaucoup de bonne grâce et Madame de Pompa- 
dour de s'étonner que son influence s'étendejusque 
là. Puis elle accepte avec plaisir le recueil que son frère 
lui promet des croquis de tout ce qu'ils voient de plus 
intéressant : « Comme vous me mandez très bien , le 
» Roy a toutes les gravures de ce que vous voyez , 
» mais moi qui n'ai rien je ne serai pas fâchée d'avoir 
» le petit portefeuille que vous m'offrez et je compte 
» que M Cochin me fera le plaisir d'y travailler. Je le 



COCHIN. o!9 

» substituerai à perpétuité comme une chose précieuse, 
» étant faite par un aussi habile artiste ; » et dans une 
autre lettre : « Soyez sûr aussi que le petit porte- 
» feuille pourra être en des mains plus connoisseuses 
» mais non pas qui en feront plus de cas. » 

Puis ils parcourent l'Italie dans tous les sens , 
reçus partout avec honneur. Le directeur de l'Académie 
de France à Rome, le peintre de Troy, se met en quatre 
pour leur faire fête , mais le désordre de son adminis- 
tration est tel que sur le rapport de M. de Vandières à 
M. de Tournehem , son remplacement par Natoire est 
décidé. 

Vandières enchanté de la gaîté , de l'esprit et du 
savoir de son dessinateur et compagnon de voyage , 
veut sans doute lui être agréable, car au commencement 
de 1751 , sa sœur lui répond : « Je suis persuadée 
» que M. de T. (Tournehem) vous accordera avec 
» plaisir les étrennes que vous lui demandez pour votre 
» petit Cochin. » 

Il s'agissait du cordon de chevalier de l'ordre de 
St-Michel , qu'il obtint ainsi à son retour sans l'avoir 
sollicité , mais qu'il méritait bien, car en dehors de ses 
précédents travaux, il n'était pas, on le suppose, resté 
inactif pendant son voyage d'Italie. Il avait entassé 
notes sur notes, touchant les villes, les monuments, les 
tableaux , et c'est le résultat de ses remarques qui ne 
laissent pas d'être souvent critiques et piquantes , 
qu'il réunit en trois volumes sous le titre de Voyage 
cV Italie (1758). 

1 Les originaux de ces lettres appartiennent à M. Morrisson , amateur 
d'autographes à Londres, et ont été publiés par Poulet-Malassis en 1878. 



520 LES GRAVEURS DU XVIIP SIECLE. 

Il avait fait à Rome connaissance de Bellicart, 
jeune architecte qui se trouvait à l'Académie de France 
avec la pension du roi. Nos voyageurs l'emmenèrent 
sans doute à Naples avec eux et Cochin , très frappé 
des magnifiques antiquités que l'on tirait alors des 
fouilles d'Herculanum récemment ouvertes , résolut 
d'écrire au retour en collaboration avec lui , ses 
Observations sur les antiquités d'Herculanum, qui 
parurent en 1754 , chez Jombert , avec les « Bards » 
du marquis de Marigny , gravés par lui en tête et 
huit planches d'antiquités qu'il dessina de mémoire 
et que grava Bellicart. Les planches de peintures 
d'Herculanum furent gravées par Cochin lui-même , 
qui n'abandonna pas son collaborateur , car nous 
voyons dix ans plus tard Bellicart inspecteur des 
bâtiments du roi et membre de l'Académie pour l'ar- 
chitecture. 

Presqu'aussitôt son retour d'Italie, qui eut lieu en 
septembre 1751 , et où il s'était fait l'ami plus encore 
que le cicérone de M. de Vandières, qui va devenir 
M. de Marigny , les honneurs commencent à pleuvoir 
sur la tête de Cochin , grâce à ses nombreuses amitiés 
et à de puissantes interventions. Le 27 novembre 1751, 
« Coypel représenta à l'Académie que les travaux que 
» le sieur Cochin agréé avait été obligé de faire pour 
» le roi et notamment son voyage d'Italie avec M. de 
» Vandières , l'ayant empêché de fournir son morceau 
» de réception , il se trouvait privé par là de jouir des 
» conférences instructives que l'Académie faisait sur 
» les différentes parties des arts qu'elle cultive ; qu'il 
» supplieroit donc la compagnie en attendant qu'il 
» satisfasse à ses engagemens de lui accorder la grâce 



COCHIN. 521 

» d'assister aux assemblées *. » Et l'Académie passant 
outre à ses règlements reçut académicien, sans morceau 
de réception , cet heureux protégé de Madame de 
Pompadour. 

Il se contenta, le 4 mars de l'année suivante (1752), 
d'y lire pour sa réception des considérations sur 
l'utilité des voyages en Italie , si profitables en par- 
ticulier pour M. de Vandières. Et le bon Goypel de lui 
répondre finement : « Convenons que pour se rendre 
» un tel voyage parfaitement avantageux, il faut comme 
» vous , s'être préparé dès longtemps par de solides 
» réflexions à bien voir les chefs-d'œuvre divers qui 
» décorent l'Italie. Car enfin ce n'est pas une chose 
» facile que de bien voir. Nombre de ceux qui parcou- 
» rent ce beau pays y portent peu de connaissance et 
» beaucoup de prévention qui souvent est la seule 
» chose qu'ils en rapportent. Combien de gens n'ont 
» fait que regarder ce qu'ils croient avoir bien vu. » 

Charles Coypel était justement garde des dessins du 
Roi. Il vint à mourir peu après , et tout aussitôt , le 23 
juin 1752, sa place fut donnée à Cochin. Le 17 janvier 
1755, c'est Lépicié qui meurt, et, le 25 du même mois, 
Cochin est nommé à sa place secrétaire historiographe 
de l'Académie. 

Notre graveur est tellement ému de cette nouvelle 
faveur qu'il ne trouve pas de termes convenables pour 
en remercier la compagnie; mais, le 1 er février suivant, 
armé de son papier , il lit le remercîment que voici : 
« Messieurs , pénétré de l'affection avec laquelle toute 

1 Procès-verbaux inédits de l'ancienne Académie ( Ecole des Beaux- 
Arts';. 



522 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» la compagnie s'est portée à me conférer la place de 
» secrétaire et historiographe de cette Académie , je 
» ne puis différer davantage à vous en témoigner ma 
» profonde reconnaissance. Dans les premiers moments 
» de ma nomination , il ne m'eut pas été possible de 
» vaincre la timidité qui saisit, naturellement toutte 
» personne obligée de paroître pour la première fois 
» au milieu de votre respectable compagnie , occupé 
» des sentiments que doivent m'inspirer vos bontés pour 
» moy dont je reçois une preuve si éclatante , agité de 
» la crainte de n'avoir pas la capacité nécessaire pour 
» répondre dignement à ces faveurs ; envisageant les 
» devoirs d'une place qui a été remplie avec tant de 
» distinction par M. Lépicié , mon illustre prédé- 
» cesseur, je sens combien j'ai besoin que la même 
» indulgence qui m'y a élevé me soit continuée et 
» particulièrement dans ces commencements.... » 

Cochin fait ensuite l'éloge du défunt et déclare 
modestement qu'il n'a de commun avec lui que le zèle 
le plus ardent pour la gloire de l'Académie. Disons 
avec Mariette, à ce propos , qu'il était digne d'occuper 
cette place tant parce qu'il avait le talent d'écrire que 
parce qu'il avait de la souplesse dans l'esprit et, s'il faut 
le dire , du manège , mais déplorons aussi comme lui 
que ces fonctions nouvelles , l'importance qu'il avait 
prise auprès de M. de Marigny, dont il était le 
conseiller intime et le bras droit pour tout ce qui 
concernait les arts , en même temps que ses relations 
nombreuses dans le monde , lui fissent sacrifier les 
talents qu'il avait pour la gravure au point que, depuis 
cette époque , il n'ait presque plus manié la pointe ni 
le burin. 



COCHIN. 523 

Pourtant avant d'être nommé à la place d'historio- 
graphe de l'Académie , Cochin, à son retour d'Italie , 
toujours en quête de belles publications , avait entre- 
pris, de concert avec un amateur ruiné , M. de Monte- 
nault, d'utiliser pour une grande édition des Fables de 
La Fontaine , les dessins que l'habile peintre d'ani- 
maux Oudry, avait jetés comme en se jouant sur le 
papier. Ces dessins pleins d'invention étaient pourtant 
trop peu arrêtés pour qu'ils pussent être en cet état 
donnés aux graveurs. Il se chargea donc de les mettre 
à même d'être interprétés et, dit Jombert, « Cochin a 
» tellement rectifié tous les sujets de figures de cette 
» suite , qu'il se les est rendus propres et qu'on y 
» reconnaît aisément sa touche et sa manière, et comme 
» toutes ces figures étaient très-indécises , il a été 
» obligé de les redessiner ; il en a fait lui-même tous 
» les traits pour les graveurs et a retouché les épreuves 
» au crayon noir et blanc, en sorte qu'on peut regarder 
» cette suite d'estampes comme devant faire partie de 
» son œuvre. » 

Jombert, qui en savait quelque chose , puisque ce 
beau livre fut imprimé chez lui , a signalé ce fait que 
Cochin pour mettre en train ses artistes , a gravé lui- 
même à l' eau-forte le frontispice terminé par Dupuis, 
et représentant Esope montrant le buste de La Fon- 
taine. Les autres figures qui portent le nom de 
C. Cochin seraient gravées par son père. 

A la même époque (1755) le graveur Massé, qui était 
dans tout le feu de sa grande entreprise , la repro- 
duction des peintures de Lebrun dans la Grande 
Galerie de Versailles, avait besoin d'un homme habile 
pour mener à bien sa grande planche de début qui 



524 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

représente le développement de la décoration intérieure 
et des peintures du plafond. C'est Cochin qui voulut 
bien se charger de retoucher et de finir l'eau-forte , 
commencée par Laurent , de cette belle planche qui , 
au dire de Jombert , est une des plus difficiles qu'on 
puisse exécuter en gravure à cause de la petitesse 
des figures et de la quantité de sujets qui y sont 
représentés. Cette estampe fut ensuite retouchée et 
finie au burin par Ouvrier. 

Mais voici le moment où notre graveur , homme de 
cour et orateur d'Académie , tout au service du roi , 
de Madame de Pompadour, de M. de Marigny, n'a 
plus le loisir de s'attacher aux soins absorbants de la 
gravure non plus qu'aux manipulations délicates de 
l'eau-forte. Il dessine encore et beaucoup même, mais 
c'est aux artistes qu'il a distingués et qu'il dirige, 
qu'il confie la traduction des ravissantes compositions 
écloses sous ses doigts. 

Il faut du moins pour qu'il grave encore que les 
sujets aient trait à la cour et soient faits pour le 
service du roi. 11 en est ainsi de cette belle suite 
d'estampes, qui n'a pas été continuée : les Principaux 
Evénements du Règne de Louis XV par médailles. 
Cochin a déployé toutes les ressources de son talent 
de compositeur et de son goût pour les ingénieuses 
allégories de ces belles pièces dont cinq sur huit sont 
gravées par lui et dont l'une représente la Naissance 
du Dauphin , plus tard Louis XV, entourée de belles 
figures de femmes (Cochin fllius del. et sculp. 1753) ; 
mais que Diderot , qui pourtant aimait Cochin , a donc 
dû pousser d'exclamations vibrantes et critiquer cet 
allégorisme outré « brouillant tout , produisant un 



COGHIN. o25 

» galimatias de personnes vraies et d'êtres imaginaires 
» et une obscurité à 1 épreuve des légendes. » 

Une autre fois c'est Madame de Pompadour, a la- 
quelle notre artiste n'a rien à refuser , qui lui demande 
le programme du théâtre des Petits-Appartemens , 
(1759) et Cochin tout aussitôt d'inventer et de graver 
de sa plus spirituelle pointe une Parade de la grandeur 
d'une carte à jouer où l'on distingue Isabelle et le 
beau Léandre avec son valet Pierrot ; ou bien c'est son 
Ex-Libris , car elle a une bibliothèque , dans lequel 
il s'agit d'encadrer agréablement ses armes aux tours 
d'argent. 

On sait que Madame de Pompadour gravait agréable- 
ment à l'eau-forte et ne manquait pas, a l'occasion, de 
faire retoucher ses essais par son professeur de gravure 
Cochin. Lorsqu'elle eut la fantaisie d'imprimer au 
château de Versailles la Rodogune de Pierre Corneille, 
le frontispice qu'elle avait gravé d'après le dessin de 
Boucher, pour y être joint, eut sans doute besoin d'être 
remis sur pied, ce que notre artiste exécuta , avec un 
complément de travail au burin. Il a fait de cette pièce, 
qu'il a signée à côté de la toute puissante favorite, une 
très jolie vignette curieuse et recherchée à juste titre 
(1760). Mais un peu plus tard sa protectrice tombe ma- 
lade. Dès qu'un semblant d'espoir se produit , Cochin 
grave aussitôt un cadre allégorique qui devait contenir 
des vers de Favart destinés à fêter sa convalescence. 
Quelque hâte que le bon courtisan y eût mise, la mort 
survint avant que les vers ne fussent gravés , et le 
cadre vide est resté comme un petit monument de 
reconnaissance en même temps qu'un témoignage de 
l'inanité des désirs humains. 

i. 34 



526 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

Il faut aussi rappeler une jolie vignette gravée par 
Cochin dans le même temps , représentant la statue 
de Louis XV, élevée par Pigalle à Reims, vignette qui 
servit de frontispice au Projet de Paix Perpétuelle , 
de l'abbé de Saint-Pierre (1761). 

On sait que le roi ou mieux que le marquis de 
Maiïgny avait commandé à l'babile peintre de marines 
Joseph Vernet, qu'il avait connu à Rome, une série de 
peintures représentant les principaux Ports de France. 
L'artiste s'était mis à l'œuvre et presqu'aussitôt , 
Cochin , flairant une affaire , avait obtenu de son pro- 
tecteur et ami la permission de les vulgariser par la 
gravure. Il s'associa pour cette entreprise à Le Bas , se 
chargea des eaux-fortes , pour le travail desquelles il 
était passé maître, et les conditions de la publication 
furent arrêtées entre les graveurs et le peintre en 
1753. Les deux premiers avaient une part égale dans 
la propriété des planches et dans leur produit ; quant 
à celle du peintre elle semble s'être réduite à un 
certain nombre d'exemplaires des estampes dont il 
avait recueilli de son côté la souscription. 

L'opération eut un plein succès. L'on commença à 
réunir les adhésions en 1756, mais la première livraison 
ne parut qu'en 1760. C'est un peu auparavant que 
Cochin écrivait à son ami Desfriches , d'Orléans : 
« Afin que vous puissiez en rendre compte aux bonnes 
» âmes qui ont souscrit , apprenez leur que nous avons 
» déjà deux estampes à l'eau-forte dont les curieux 
» paraissent satisfaits voire même sont ébahis. Mon 
» camarade , comme vous me le marquez s'était un 
» peu discrédité auprès du public. Ce n'est pas que le 
» drôle n'ait les plus grands talents , mais il courait 



COCHIN. 527 

» après l'argent et voulait le gagner à son aise ; quand 
» maître Gochin est venu le prêcher qu'avant toutes 
» choses , il fallait bien faire , il a bien fallu que la 
» conversion se fit. Aussi est-elle exemplaire et j'ose 
» promettre que jamais Lebas n'a rien montré d'aussi 
» soigneusement fait. Enfin il y a lieu d'espérer que le 
» public ne regrettera point son argent , peut-être 
» même ceux qui ont reculé en feront-ils un peu 
» pénitence. » 

Mais l'opération réussissait si bien, même avant que 
rien n'eût paru , le nombre des souscripteurs était si 
grand qu'on refusait les retardataires. Gochin écrivait 
encore à Desfriches le 30 septembre 1759 : « Le 
» nombre des souscripteurs que nous avons eu est plus 
» que suffisant pour payer les frais des planches et nous 
» n'en souhaitons pas davantage ; D'ailleurs c'est à ces 
» premiers souscripteurs que nous avons eu l'obligation 
» de nous mettre à portée de faire l'ouvrage. Ils ont eu 
» confiance en nos talents et en notre probité : ce 
» serait mal le reconnaître que de les mal servir en 
» en acceptant de nouveaux. » 

La première livraison comprit la Vue du Port et de 
r Arsenal de Toulon , prise du parc d'artillerie avec 
son monde d'ingénieurs , de visiteurs et d'ouvriers , la 
Vue de l'Intérieur du Port de Marseille, peuplé 
d'orientaux , de marchandes de fruits , d'une foule 
de personnages parmi lesquels on reconnaît' le gouver- 
neur et sa femme auxquels un abbé présente ses 
hommages. 

Cochin était, nous l'avons dit, plus spécialement 
chargé de préparer des planches à Feau-forte e1 do 
graver les figures, et il faut reconnaître qu'il s'est 



528 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

tiré avec l'esprit qu'on lui connaît de la difficulté de 
reproduire les groupes agréables dont Vernet a par- 
semé les premiers plans de ses tableaux. Ceux de 
V Entrée du Port de Marseille sont particulièrement 
intéressants et vivants ; on y remarque , outre des 
pêcheurs à la ligne et de nombreux baigneurs, Vernet 
lui-même dessinant auprès de sa femme et de plu- 
sieurs de ses amis. La Pèche du Thon dans le golfe 
de Bandol offre aussi une réunion , dans des barques, 
de personnages attentifs des plus spirituellement 
touchés. 

Vernet eut l'art , dans ces peintures qui , sous un 
autre pinceau , n'eussent été qu'une série froide de 
maisons et de navires, de varier ses paysages et de les 
rendre intéressants en y introduisant avec abondance 
la figure humaine , élément indispensable à la gaité de 
l'ensemble et qu'il était passé maître à rendre. 

Ainsi, dans la deuxième livraison qui parut en 1762, 
c'était le Port vieux de Toulon , avec des négociants 
s'occupant de leurs affaires au milieu des forçats qui 
travaillent. La Vue de la Ville et de la Rade de 
Toulon , prise à mi-côte , est animée de la plus pitto- 
resque façon par ses joueurs de boule, ses promeneurs 
à âne et ses chasseurs, et l'eau-forte constitue à elle 
seule une charmante pièce. La Vue d-Antïbes est 
remarquable aussi par sa troupe joyeuse de soldats en 
marche et ses cueilleuses d'olives. La livraison était 
complétée par le Port de Celte et son effet de gros 
temps. 

Nous aimons moins le travail à l'eau-forte du Port 
de Bordeaux, vue prise du côté des salinières , qui 
fait partie de la troisième livraison. Les figures n'ont 



COCHIN. 529 

plus leur franchise habituelle et font douter qu'elles 
soient bien deCochin. La Vue de Bordeaux prise du 
Château-Trompette est meilleure et deux Vues de 
Bayonne terminent cette livraison parue en 1764. Puis 
les années s'écoulent. Les graveurs attendent que 
Vernet complète ses peintures. En 1767 parut un 
demi-livraison, la Rochelle et Rochefort, où il semble 
encore que Gochin ne mette plus la main que d'une 
façon intermittente. Enfin ce n'est plus qu'en 1778 que 
Le Bas termine le Port de Dieppe , sur l'eau-forte de 
Martini. A la même époque Gochin , pour tâcher de 
remplir les engagements pris à l'origine, allait dessiner 
une vue du Port du Havre à laquelle on donna le 
n° 17, mais le chiffre de vingt estampes , qui avait 
été promis, ne fut jamais atteint *, bien que notre 
artiste ait cherché à tenir les engagements pris en 
dessinant deux vues de Rouen dont la gravure n'était 
pas encore terminée à sa mort. 

Cochin raconte plaisamment dans une lettre adressée 
à son ami Descamps , son expédition du Havre pour 
aller y exécuter le dessin du port de cette ville : 

« Vous allés rire d'un projet qui me mène dans 
» votre province , mais malheureusement non pas à 
» Rouen ou j'aurois eu le plaisir de jouir de votre 
» société. Vous commisses les Ports de France de 

1 Voici, d'après M. Léon Lagrange (Joseph Vernet et la peinture 
au X VIII e siècle), quelques détails complémentaires sur les prix et con- 
ditions de publication des Ports de France. Chaque livraison se vendait 
36 livres , mais les amateurs qui voulaient des épreuves d'eau-forte ou 
avant la lettre les payaient à raison de 12 à 15 livres chaque pièce. La 
collection complète de 16 estampes coûtait 144 livres; à la vente Mariette 
(1T75) elle se vendit 200 livres et atteignit 380 livres à la vente Randon 
de Boisset (ÎTH). 



530 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» M. Vernet, hé bien je vais faire un essay pour tenter 
» de les continuer. Vous pensés bien que je n'ay pas 
» la sottise d'imaginer que je feray des Vernets, ce ne 
» seront tout au plus que des Cochins , mais peut-être 
» s'en contentera-t'on faute de mieux. M. Vernet avoit 
» fait le port de Dieppe que nous n'avons pas gravé 
» faute d'y avoir un pendant. Je vais tenter de dessiner 
» le port du Havre. Je viendray , à ce que j'espère, à 
» bout de rendre passablement le portrait de cette ville, 
» j'espère aussi l'orner de figures supportables, mais 
» les vaisseaux m'embarrasseront fort. Ah ! les pauvres 
» vaisseaux que je feray ! Nous serons obligés de mettre 
» au-dessous , ce sont des vaisseaux. » 

Cochin mit en effet bientôt son projet à exécution. 
Il fit arrêter son logement au Havre , un appartement 
de trois pièces en chambre garnie , et le 15 juin 1776, 
au matin , il monta dans sa chaise de poste , avec son 
domestique sur le siège, et arriva le soir à Rouen pour 
souper avec Descamps. Le voyage jusqu'au Havre fut 
plus accidenté. 

« A une demie-lieue d'Yvetot , écrit-il à son môme 
» correspondant , un de mes ressorts et une soupente 
» ont cassé. Nous avons balancé si nous retournerions 
» à Yvetôt pour y rester ce jour et le lendemain et 
» peut-être davantage , car c'est une opération que de 
» réparer cela. Tout cela ne me faisoit pas rire. 
» Cependant mon domestique qui n'est pas absolument 
» maladroit et le postillon ont si bien attaché le devant 
» de la chaise avec des cordes que nous avons pu 
» espérer d'arriver jusqu'au Havre quoiqu'il y eut 
» encore six postes. Enfin nous sommes arrivés à bon 
» port. Ce n'a pas été sans l'inquiétude de rester en 



C OC H IN. 534 

<•> plein champ. Si j'avois largement payé les postillons 
» pour aller vîte en venant à Rouen , je les payois de 
» même pour aller doucement et éviter les soubresauts 
» qui pouvoient casser nos cordes. Enfin tout a 
» réussi. » 

Afin de travailler en toute liberté et de n'être 
dérangé ni par les visites ni par les dîners, notre 
artiste ne s'était muni que des recommandations indis- 
pensables auprès des fonctionnaires , mais après les 
premiers jours passés à chercher des points de vue, les 
invitations vinrent le trouver ainsi que les demandes 
de ces portraits qu'il faisait si bien : « Tous les ingé- 
» nieurs de la place se sont avisés de me prendre en 
» affection. Ils sont une demie douzaine et me veulent 
» traitter tour à tour. De fil en éguille voilà que je 
» connois tout le monde. J'ay peur qu'à la fin cette 
» ville ne soit pour moy l'isle de Calypso. » 

Les estampes des Ports de France furent exposées 
aux divers Salons à partir de 1761. Diderot ne leur 
fut jamais favorable. Il traitait Le Bas de libertin qui 
ne cherche que l'argent et Cochin « d'homme de 
» bonne compagnie qui fait des plaisanteries , des 
» soupers agréables et néglige son talent. » En 1767, 
le terrible critique est encore plus sévère et traite les 
estampes des ports de La Rochelle et de Rochefort de 
« gravures médiocres faites en commun pardessous 
» jambe par deux habiles gens dont l'un aime trop 
» l'argent et l'autre trop le plaisir. » 

Quoi qu'en ait eu Diderot , la manière facile et un 
peu sommaire dont les deux graveurs ont usé , était 
bien choisie pour rendre les peintures de Vernet 
et leur conserver cette clarté et cette légèreté qu'un 



532 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

travail plus consciencieux, plus peiné, mais plus lourd 
leur eût certainement fait perdre. 

Vernet entendait très-bien le costume et en a rendu 
à ravir la forme , la couleur et la façon de le porter. 
Les personnages n'étaient donc pas la partie la moins 
réussie des estampes et l'idée vint à Le Bas de faire 
graver à nouveau , en les agrandissant , les groupes 
les plus intéressants interprêtés déjà par son associé 
Cochin et d'en composer une suite de douze pièces qui 
fut publiée sous le nom de Groupes de figures tirés 
des Tableaux des Ports de France , et qui forme une 
estimable réunion de costumes. C'est Moreau le jeune 
qui en a gravé la plupart des eaux-fortes. 

Cochin était fort lié avec Desfriches , qui l'invitait 
toujours à venir passer quelques semaines de la 
belle saison auprès de lui et de son neveu Robbé de 
Beauveset , rimeur facile auquel le graveur s'intéres- 
sait tout spécialement. 

« Je désirerais bien, écrivait-il à Desfriches en 1758, 
» que mes devoirs me laissassent le loisir de visiter 
» avec vous les bords du Loiret ; La vue qui m'y 
» attirerait serait celle d'un galant homme, autant bon 
» diable qu'il se puisse , qu'on nomme M. Desfriches : 
» Vous le connaissez ; je ne lui sais d'autre défaut que 
» de savoir par cœur quantité de contes d'un certain 
» Robbé qui les sait très-bien faire. A propos de 
» ce conteur , il n'y a pas d'apparence que vous l'ayez 
» cette année ; il s'en va je ne sais où , chez certain 
» marquis , à ce que je crois et aparemment il nous 
» brochera quelque nouveauté pour nous récréer cet 
» hiver. Nous le voyons souvent et nous rions d'autant. 
» Il est devenu nouvelliste et nous disputons politique 



C0CH1N. 533 

» à ne plus nous entendre et avec tout cela nous n'en- 
» gendrons point la mélancolie. » 

Un peu plus tard le 26 avril 1759 , il su«t avec plus 
d'intérêt encore les travaux du jeune poète : « Gomment 
» un homme qui possède les plus rares et les plus grands 
» talents qui soient estimés chez les hommes , écrivait 
» encore Cochin à Desfriches, négligerait-il de travail- 
» 1er ses ouvrages de manière qu'ils puissent soutenir 
» sans danger le jour de l'impression et d'en tirer par ce 
» moyen les avantages qui peuvent améliorer sa 
» fortune : La saison est favorable , il ne se fait pres- 
» que plus rien de gai ni d'agréable. On est altéré des 
» ouvrages de poésie : quel moment heureux pour 
» paraître.... » 

Sur ces encouragements de Cochin et de son oncle 
Desfriches, Robbé de Beauveset qui avait de la facilité 
pour écrire en vers , voulut bien pour un moment ne 
pas composer de gauloiseries trop accentuées et se 
contenta de raconter en petits vers les incidents 
comiques d'une excursion qu'il venait de faire en 
Saintonge ; ses amis lui mirent en tête de faire 
imprimer cette bluette qui parut sous le titre de 
Mon Odyssée ou Mon Retour de Saintonge, et 
Desfriches aussitôt de tailler ses crayons pour retracer 
quatre des épisodes les plus piquants où il nous 
montre son neveu roulant au bas d'un talus, cheminant 
sur sa mule , écrivant des sentences dans une écurie , 
dessins que Cochin fut heureux de graver avec tout le 
soin dont il était capable, pour aider ainsi à la réussite 
de l'essai poétique de son jeune ami : « Le poëme de 
» Robbé , écrit-il le 30 septembre 1759 , essuie ici 
» beaucoup de critiques et reçoit aussi des éloges ; ce 



534 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» qu'il y a de bon c'est qu'il se vend assez bien et 
» qu'actuellement je crois qu'il y en a à peu près un 
» millier de consommé... Plût à Dieu que ce ne fût pas 
» un compliment que ce que vous me dites qu'on est 
» content des planches ; pour moi je ne le crois point 
» du tout : pour vouloir aller trop vite , je n'ai rien fait 
» qui vaille. J'avais dessein de les racommoder ; il 
» aurait fallu du temps , à la vérité il s'agissait de les 
» faire de la moitié moins noires , mais l'édition était 
» faite , j'étais au désespoir de faire attendre , je les ai 
» lâchées à contre-cœur et je me suis fait pour cet 
» instant illusion de croire qu'elles pouvaient passer ; 
» à présent qu'elles sont au jour, j'enrage quand je 
» les vois et quand on m'en parle. Il ne reste qu'à 
» attendre l'occasion que Robbé fasse quelque bon 
» morceau et je lui promets quelque chose de mieux 
» gravé. » 

Notre graveur aurait même voulu faire paraître 
les Vierges d'Orléans du même auteur et se serait 
engagé, sans doute, à en fournir les illustrations, mais 
ce poème était tellement libre qu'il craignit de n'en 
pas obtenir l'autorisation. 

On sait que Robbé tourna mal et se fit donner, en sa 
qualité de joli faiseur de petits vers à bonnes fortunes, 
des subsides par des dames de conduite peu régulière 
telles que la comtesse d'Olonne et d'autres. Mais 
son livre n'en subsiste pas moins avec ses quatre 
estampes signées de Desfriches et Cochin , et cette 
collaboration, même à défaut d'autre mérite, est encore 
intéressante aujourd'hui. 

Si l'on ne considérait Cochin que comme graveur, on 
passerait à tort sous silence tout un côté important de 



COCHIN. 535 

la vie si occupée de l'artiste. Son influence sur les arts 
pendant une période de quarante ans a été des plus 
importantes par ce fait que le marquis de Marigny 
comme intendant des Beaux-Arts , ne prit pour ainsi 
dire aucune décision sans le consulter. Pendant une 
partie considérable du règne de Louis XV, le frère de 
Madame de Pompadour sut , malgré l'origine de son 
élévation due à la faveur, se montrer digne des hautes 
fonctions qui lui avaient été confiées , les remplir 
avec fermeté et grandeur et cela malgré les difficultés 
inhérentes au maniement des artistes et celles d'un 
autre ordre, les difficultés d'argent. Rien que son admi- 
nistration ait été entravée par la guerre de sept ans 
qui vida le trésor public , il put trouver encore des 
ressources pour entretenir l'Académie de France à 
Rome et l'Ecole des Elèves protégés , continuer 
la construction de l'Ecole Militaire , commander 
des tableaux, ainsi que nous l'avons vu pour Vernet, 
des sculptures à Coustou , Pigalle et Falconnet , 
activer la production des tapisseries à la manufacture 
des Gobelins et donner tant d'autres encouragements 
aux arts dont les traces se retrouvent dans sa corres- 
pondance générale. Mais nous serions injustes, ce nous 
semble , de ne pas reconnaître qu'une bonne part de ce 
mérite revient à Gochin chargé du menu détail de 
l'administration des arts, le canal des grâces, comme 
il s'appelait plaisamment lui-même. 

Gochin s'étudia toujours à remplir consciencieuse- 
ment et avec impartialité ces délicates fonctions , sans 
se laisser gouverner ni assujettir par certains amateurs 
dont son prédécesseur à l'Académie le graveur Lépicié 
subissait l'influence. Il avait surtout à cœur d'échapper 



536 LES GRAVEURS DU XVIII* SIECLE. 

au despotisme que cherchait à exercer le comte de 
Caylus : 

« Mon caractère naturel répugnoit à se laisser 
» mener surtout par des personnes que je ne pouvois 

» m'empêcher de regarder comme de petits tyrans 

» M. de Caylus n'aimant que ceux qu'il pouvoit tenir 
» en tutelle et contraire à ceux qui pouvoient voler de 
» leurs propres ailes. J*avois à ménager les anti- 
» Caylus tels que M. Pierre et quelques autres , mais 
» en même temps j'avois à rester neutre et à me garder 
» de leurs conseils qui m'auroient mal poussés et 
» m'auroient fait commettre quelqu'imprudence à son 
» égard. De plus je devois surtout prendre garde que 
» M. le marquis de Marigny m'accordant sa confiance 
» dans tout ce qui concernoit les arts n'étoit pas 
» homme à se laisser diriger par les conseils d'amateurs 
» à qui l'on auroit attribué tout ce qu'il auroit fait de 
» bon et qui auroient rejette sur lui touttes les fautes 
» qu'ils lui auroient fait commettre. Je ne voulois donc 
» point qu'il put me soupçonner d'être livré à personne 
» ni d'être mû par aucun autre motif que celui du bien 
» des arts et de la gloire de son ministère. Je tâchois 
» de me tenir dans un juste milieu , de rendre à M. de 
» Caylus tous les respects qu'il pouvoit désirer , mais 
» de n'en être pas réellement gouverné. Cette marche 
» mesurée pouvait n'être pas propre à lui plaire mais 
» il n'en témoigna rien et me marqua toujours beau- 
» coup d'apparences d'amitié. Cependant on m'avoit 
» assuré qu'il avoit dit à quelques-uns de nos artistes 
» que j'estois une teste de bois qui ne faisois rien qu'à 
•» ma fantaisie. » 

La correspondance entre le directeur des bâtiments 



COCHIN 53T 

et son subordonné est des plus importantes pour les 
arts. Le premier demande des renseignements, ordonne 
des peintures , des travaux de toutes sortes , des 
enquêtes , des rapports , et Cochin doit rendre 
compte à son supérieur, qui dans l'intimité redevient 
son protecteur et son ami. Malheureusement si les 
lettres de M. de Marigny existent aux Archives 
Nationales , les lettres de Cochin ont été dispersées. 
Nous avons pourtant retrouvé un de ces rapports 
écrits de la main de notre grand artiste * et nous le 
reproduisons pour faire voir par quelles suites de 
considérations élevées et pratiques à la fois il enten- 
dait l'administration de notre École de Rome : 

« Monsieur , dans les contestations arrivées à l' Aca- 
» demie de Rome pour le choix des chambres , 
» M. Natoire a dû faire usage de son autorité afin de 
» conserver le respect qui lui est dû. Le sieur Chardin 
» s'est soumis et par là a diminué sa faute que par 
» indulgence on veut bien attribuer uniquement à la 
» croyance d'être plus commodément placé pour ses 
» études, mais soutenue avec une obstination excessive 
» et qui méritoit d'être réprimée. Il doit prendre garde 
» à être plus circonspect à l'avenir. 

» L'ancien usage dans cette Académie ainsi que 
» dans l'École des Élèves protégés à Paris , par lequel 
» les plus anciens avaient le choix des chambres 
» vacantes et dans le cas d'égale ancienneté les tiroient 
» au sort entr'eux , sembloit avoir suffisamment 
» pourvu à toutes les difficultés qui pouvoient naîstre 
» sur ce sujet; si cependant M. Natoire y trouve des 

i Cette lettre inédite se trouve à la Bibliothèque Nationale (Manuscrits). 



538 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» inconvénients importants , il peut les rectifier. De 
» quelque manière que ce soit , il paroist nécessaire 
» que cet ordre à suivre soit connu , afin que nul ne 
» se croye fondé à y résister. 

» Il est indécent que les élèves contractent des 
» debtes sans être certain de la faculté de les payer 
» et pour éviter les licences qu'ils peuvent prendre à 
» cet égard , il paroist que l'on peut y remédier en 
» rendant leur départ le plus public qu'il est possible 
» afin que les loix du pays puissent avoir leur plein 
» effet eontr eux et en acceptant les oppositions qui 
» seront faittes par leurs créanciers sur les gratifi- 
» cations qui leur sont accordées pour leur voyage. 
» On en peut cependant excepter certains cas rares 
» mais non pas sans exemple qui s'en suivent de la 
» séduction fondée sur les passions de cet âge comme 
» des promesses de mariage extorquées etc., qui ont 
» quelquefois permis aux prédécesseurs de M. Natoire 
» de ne point apercevoir leur départ furtif , ce qui est 
» remis à la prudence du directeur; mais dans les cas 
» de debtes contractées il peut les abandonner aux 
» suittes de leur inconsidération. 

» Il ne par oit point nécessaire d'exiger des élèves 
» qu'ils envoyent de leur ouvrage tous les six mois. 
» L'inquiétude inséparable d'ouvrages qui doivent 
» subir un examen qui peut les troubler et les 
» exposer à recommencer plusieurs fois , revenant 
» trop fréquemment retarderoit le cours des études 
» vers lesquelles leur inclination et leur goût naturel 
» les portent. C'est assés qu'ils envoyent tous les 
» ans et môme des morceaux peu considérables qui 
» suffiront pour jugés de leurs progrès et leur 



COCHIN. 539 

» communiquer les avis qu'on croit pouvoir leur être 
» utiles. 

» La conduite de plusieurs jeunes gens qui sont en 
» âge d'homme est sans doute délicate et demande 
» toute la prudence de M. Natoire. Le moyen le plus 
» sur est de conquérir leurs cœurs et c'est le plus 
» facile pour M. Natoire dont l'aménité fera aisément 
» cette conversion. La douceur dans l'usage ordinaire 
» soutenue de fermeté dans les occasions dont les 
» suittes pourroient être de quelque importance rétabli- 
» ront cette subordination nécessaire à tout bon ordre. 
» Les jeunes gens n'ont que trop besoin d'indulgence, 
» mais l'humanité engage à les sauver eux-mêmes de 
» leur propre imprudence en leur évitant les occa- 
» sions où ils peuvent la prendre pour guide et par 
» la, leur épargner autant qu'il est possible les suittes 
» fâcheuses auquelles leur folie les exposeroit en 
» arrêtant le cours de leurs études, et les livrant ensuite 
» au repentir dans un âge ou la raison plus formée 
» ne produiroit que des regrets superflus. 

» M. Natoire demande aussi vos ordres , monsieur, 
» pour l'admission du sieur Robert qui selon l'arran- 
» gement que vous avés formé peut rentrer cette 
» année avec un suplément pour sa pension et ensuite 
» profiter des deux années suivants ou il se trouvera 
» une place vacante. 

» Je suis avec un profond respect , monsieur , votre 
» très-humble et très-obéissant serviteur. 

Gochin. 
» Ce 6 octobre 1759. » 

Cochiii ne se bornait pas à s'occuper de l'adminis- 
tration des Beaux-Arts. Non content de dessiner , de 



540 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE 

graver, de rédiger les procès-verbaux de l'Académie, 
d'éclairer le directeur des Bâtiments, il écrivait encore 
des ouvrages sur les arts. 

Nous avons dit un mot de ses Observations sur les 
Antiquités d 'Herculanum et de ses notes de voyage 
réunies en trois volumes sous le titre de Voyage 
d 'Italie ou Recueil de notes sur les ouvrages de pein- 
ture et de sculpture quon voit dans les principales 
villes d Italie (1758). En sa qualité de secrétaire perpé- 
tuel et d'historiographe de l'Académie de Peinture, 
place à laquelle il fut élu le 25 janvier 1755 , il faisait 
l'éloge de ses membres décédés et les lisait aux 
réunions. C'est aussi là qu'il donna connaissance de 
Mémoires sur VÊtat des Arts en Italie, sur V Effet de 
la Lumière dans la Peinture , sur la Connaissance 
des Arts fondée sur le Dessein , etc. 

Cochin est encore l'auteur de Lettres et Réflexions 
sur les Ouvrages exposés au Salon du Louvre , par 
M. Raphaël , peintre, à M. Jérôme rapeur de tabac. 
Marmontel a môme profité de sa compétence en 
matière artistique comme il le confesse modestement 
dans ses Mémoires : « Cochin homme d'esprit dont la 
» plume n'était pas moins pure et moins correcte que 
» le burin faisait aussi pour moi d'excellents écrits 
» sur les arts qui étaient l'objet de ses études. Ce fût 
» sous sa dictée que je rendis compte au public de 
» l'exposition de 1759. Cet examen était le modèle 
» d'une critique saine et douce. Les défauts s'y faisaient 
» sentir et remarquer. Les beautés y étaient exaltées. 
» Le public ne fut point trompé et les artistes furent 
» contents » 

Citons encore sa Supplication aux Orfèvres . 



COCHIN. 541 

Cizeleurs et Sculpteurs pour les engager à adopter 
un style plus calme et moins contourné, son Avis 
aux Dames , pour les persuader à n'avoir en fait de 
fard que celui octroyé parla nature ; des Mémoires sur 
les Portraits , sur les Chaires d'Églises , sur la 
Sculpture; un Éloge historique, de M. Masse, graveur, 
morceaux toujours d'un tour aisé et d'une critique 
spirituelle ; enfin un ouvrage de polémique artistique 
que Cocliin écrivit sous la forme de dialogues , qu'il 
intitula les Misotechnites aux Enfers , et qu'il orna 
de dix originales vignettes qu'il se donna la peine de 
graver lui-même. Ces discussions sur les théories de 
l'art, sur les termes dont on doit se servir etc., sont 
bien dénuées d'intérêt pour nous , mais les minuscules 
estampes composées de personnages dont on n'aperçoit 
que les têtes expressives . sont inattendues d'effet et 
amusantes à regarder. Ces divers morceaux furent 
réunis en trois volumes par Jombert en 1771. 

Malgré tant de travaux , tant d'efforts et tant de 
talent , Cochin n'était pas riche. Il se plaignait sans 
cesse à ses amis d'être à court d'argent et de ne pouvoir 
jouir d'un repos qu'il avait bien gagné. Sa petite fortune 
reposait en grande partie sur une pension du roi dont 
les arrérages ne lui étaient pas payés. On lui devait 
de ce chef plus de 25,000 livres. Avec cela étant bon 
diable, comme il le dit lui-même , il acceptait de faire 
quantité de corvées gratuites qui absorbaient le tiers 
de son année, et se trouvait ensuite obligé de travailler 
avec la plus grande assiduité pour rétablir ses affaires 
délabrées. Il avait de nombreuses charges de famille, 
d'abord sa mère qui demeura avec lui jusqu'à sa mort ; 
une sœur incapable de se conduire, un jeune cousin. 

I. 35 



542 LES GRAVEURS DU XV1IF SIECLE. 

qu'il avait pris chez lui pour l'élever , une ancienne 
gouvernante impotente , deux vieux serviteurs qui 
l'avaient servi longtemps avec fidélité « en tout dix à 
» onze personnes qui n'ont, écrivait-il, de ressources 
» que dans mes faibles bienfaits. » 

Il est donc astreint à une production incessante. Tou- 
tefois il n'est plus question pour lui de graver. C'est à 
Saint -Aubin, à Prévost et à Choffard, qu'il confie 
l'exécution des figures des Comédies de Térence 
(1770), à Simonet, Aliamet, Saint-Aubin, Née, Mas- 
quelier et de Launay , celles de V Origine des Grâces 
(1777) , à de Launay les dessins qu'il a faits pour 
ÏOrlando Furioso de Baskerville (1773) , à Saint- 
Aubin , de Launay , Simonet , les figures des Aven- 
tures de Tëlémaque (1781), à Romanet , de Launay 
et Gaucher, les trois figures de ï 'Iliade (1773) , à 
Prévost , Choffard, Halbou , Helman , Ponce et R. de 
Launay, les deux suites de figures in-4° et in-8° pour 
Emile (1782), à Le Veau, Saint -Aubin, Ponce, 
Massard , Lingée , Gaucher , Godefroy et autres , les 
pièces qu'il dessine pour la publication de VAlmanach 
Iconologique , ouvrage dont il reprit la publication 
après la mort de Gravelot. Gaucher grave l'adorable 
frontispice des Fastes d'Ovide , ainsi que les délicates 
vignettes destinées aux volumes des Etrennes lyriques, 
et d'autres pièces pour Tarsis et Zélie , ou pour le 
poëme des Mois , de Roucher. Saint-Aubin attaque à 
l'eau-forte , et Longueil termine deux Allégories 
dédiées au Roi et à la Reine , Prévost grave les 
en-tête pour les Oraisons funèbres, etc., etc. 

Comme notre artiste n'est plus pour rien dans leur 
gravure, nous passons rapidement sur ces nombreuses 



C OC H IN. :i43 

suites d'illustrations que l'incroyable fécondité de son 
crayon met au jour, aiguillonnée par la nécessité. Il 
en sera de même des seize grandes estampes des 
Evénements Remarquables de l' Empire des Chinois, 
dont il avait accepté de diriger l'exécution d'après les 
dessins des pères Attiret et Damascène et dont la Com- 
pagnie des Indes faisait les frais pour l'empereur de la 
Chine. 

Citons pourtant encore deux pièces pour une suite de 
sujets des Aventures de Têlêmaque, en largeur cette 
fois, gravées par Patas et Demonchy et qui fut inter- 
rompue ; quarante nouvelles compositions pour l'édition 
du Roland Furieux (1775), série gravée toute entière 
par Ponce ; la belle suite de figures allégoriques pour 
Y Histoire de France du président Hénault ; une illus- 
tration pour les Œuvres de Jean-Jacques Rousseau , 
en collaboration avec Monsiau et autres , qui ne parut 
qu'après sa mort. 

La dernière œuvre un peu importante qu'il ait exé- 
cutée fut une série de compositions pour la Jérusalem 
Délivrée qu'il avait entreprises à la sollicitation du 
comte de Provence et dont les dessins lui furent 
largement payés par ce prince. 

Ce n'est pas une exagération de dire que tout ce 
qu'il y a eu de célèbre en France au XVIII e siècle a 
posé devant Cochin. Habile entre tous à rendre non 
seulement la physionomie , mais le caractère et 
l'humeur de ses modèles , grands seigneurs , artistes , 
ont tous voulu posséder leur profil crayonné d'une 
main sûre par lui , à la sanguine ou à la mine de 
plomb. Aussi le nombre de ses portraits dessinés 
est-il innombrable et celui des portraits gravés assez 



544 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

nombreux encore. Mais un reproche qu'on pourrait 
leur adresser avec raison, c'est un peu de monotonie, 
Cochin ayant de préférence et toujours choisi la forme 
ronde dans un médaillon orné d'un nœud et dessiné la 
figure de profil. Pourtant un certain nombre d'entre eux 
sont ajuste titre très-connus et recherchés. 

On conçoit que si l'artiste acceptait avec sa bonne 
grâce et sa facilité habituelles de dessiner un ami , il 
ne pouvait , tiraillé par de multiples occupations , 
s'astreindre à le graver. C'est ce qui fait que le plus 
grand nombre des portraits exécutés d'après ses dessins 
l'ont été par ses élèves et ses confrères ; quelques 
graveurs comme Laurent Cars , Dupuis , Rousseau , 
Augustin de Saint- Aubin surtout, les ont remarquable- 
ment traduits. Miger son élève leur a été inférieur; 
Watelet qui en a gravé un certain nombre y a mis 
moins d'ampleur et de sûreté , et quant à ceux de 
Campion de Tersan , ils sont fort médiocres. 

Cochin n'a fait qu'à très peu de ses modèles 
l'honneur de les graver ; c'étaient pour la plupart ses 
amis , le peintre /. Restout (1753) , le Comte de 
Caylus , le sculpteur Edme Boucliardon (1754) , le 
Duc de la Vallière (1757) , le graveur Masse , le 
littérateur Duclos , Y Abbé Pommyer , un intime chez 
lequel il allait chaque année à Gandelu , près du 
château de Marigny , passer quelques jours de la belle 
saison , enfin son compagnon de voyage , en Italie et 
plus tard en Hollande , dont il était le confident plus 
encore que le subordonné , Abel Poisson , dont il a 
gravé la jolie figure en 1752 sous le nom de M. de 
Vandiercs et en 1757 sous celui de Marquis de 
Marigny . du nom de l'ancien château qu'il avait 



COCHIN. 51o 

acheté en Brie. Tous ces derniers portraits se distin 
guent par une sûreté d'exécution et une fermeté que 
n'avaient pas toujours ses traducteurs. L'eau-forte du 
portrait de Joachim Gras , trésorier de France , est 
jolie. 

« Beaucoup d'affaires, des maux d'yeux , des soupers 
» en ville , on se couche tard , on ne se lève pas 
» matin , des dessins à faire qui sont pressés, ou l'on 
» emploie les parties de la journée qu'on ne passe pas 
» à table , car vous savez que qui veut se livrer à la 
» société de Paris ne manque pas d'occasion de gueule : 
» ainsi se passe la vie et après cela on se plaint qu'elle 
» paraisse courte. » 

C'est en ces quelques mots d'une lettre adressée à 
Desfriches en 1781 que Cochin déjà vieux et fatigué a 
caractérisé sa vie habituelle avec ses préoccupa- 
tions et ses plaisirs. Cette existence occupée ne 
l'empêchait pas de rendre service, de donner son 
temps et son argent chaque fois qu'on les lui réclamait, 
aussi était -il aimé de ses camarades, estimé de 
ses collègues de l'Académie et de ses supérieurs et 
bien venu partout où il se présentait. Le graveur 
Gaucher, son admirateur, a résumé ainsi son sentiment 
sur Cochin comme artiste et comme homme : « Son 
» génie fut toujours dirigé par le goût; au mérite 
» de la correction , il sut allier le sentiment et les 
» grâces. Jamais l'infortune ne réclama vainement 
» son secours. Obliger en secret était un besoin de 
» son âme. Il fut estimé , chéri , regretté des savans , 
■» des artistes , des littérateurs et de tous ceux qui 
» l'avoient connu. » 

Cochin était encore , ce que ne dit pas Gaucher, 



546 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

un causeur agréable et d'un caractère fort gai, 
aimant la plaisanterie salée et l'on ne peut à ce propos 
s'empêcher de se rappeler l'exclamation de Diderot à 
la vue de son portrait peint par Michel Van Loo : Il 
est ressemblant , il est fin , il va dire une ordure 
ou une malice. 

Il aimait à écrire souvent à ses amis et toujours 
c'était d'un tour heureux et gai : Voici par exemple 
le récit animé d'un accident qui lui arriva le 12 juillet 
1785 et qui . à l'âge de soixante et onze ans , pouvait 
avoir des suites graves. La lettre est adressée au 
peintre Descamps avec lequel il entretint pendant près 
de 40 ans une correspondance suivie i . 

« Mon cher ami. 
» Puisque vous avés été informé de ma culbute dans 
» l'eau , il faut que je vous instruise de la vérité du 
» fait. Je voulois aller à Sèvres le soir du jour de la 
» Pentecôte. Ayant manqué la galiotte , je pris le parti 
» ainsi que quelques autres personnes qui se trouvoient 
» dans le même cas, d'entrer dans un batelet (c'était au 
» port qui est au bas du Pont-Royal) . ou se trouvoient 
» avec moi huit ou neuf autres voyageurs. J'avois 
» mon ordre de Saint Michel en petitte croix comme il 
» nous est permis de le faire à la campagne au moyen 
» de quoy je recevois beaucoup de politesses de mes 
» camarades de voyage , M. le chevalier par cy , M. le 
» chevalier par là , chose que je n'aime guères car 
» vous scavés que je ne suis pas fort vain de ces sortes 
» d'honneurs et que j'ay attaché tout le mien à tâcher 
» de valoir quelque chose dans mon art. On me fit la 

1 Cette lettre fait partie des Archives de l'Académie de Rouen. 



COGHIN. 547 

» politesse de vouloir que je me plaçasse vers le fond 
» du bateau sur un de ces bancs qui longent le bord. 
» Dans le moment que j'ailois m'asseoir il se fit quelque 
» mouvement de secousse dans le bateau soit par quel- 
» qu'un qui y eutroit ou autrement. Cette secousse me 
» fait échapper les pieds et patatras voilà Mons Cochin 
» qui fait la culbute en arrierre dans la rivière. Je 
» tenois un petit portefeuille sous mon bras que je n'ay 
» point quitté (c'est presque César qui se sauve à la 
» nage en tenant ses commentaires). Par bonheur 
» je sçais nager quoique non pas aussy bien que lui, 
» c'est ce qui a fait que je n'ay pas eu le moindre 
» effroy. Mon premier mouvement a été de me dire , 
» allons il faut se tirer d'icy. Sans avoir touché le 
» fonds dont par conséquent j'ay ignoré la profondeur, 
» j'ay fait un mouvement qui m'a ramené sur l'eau. A 
» la seconde brassée qui devoit être plaisante car je 
» nageois du seul bras droit et simplement de la main 
» gauche pour ne pas lâcher mon petit portefeuille , je 
» rasois le bateau. Les personnes qui étoient dedans 
» beaucoup plus effrayées que moy parce qu'elles 
» ignoraient si j'étois capable de m'en tirer tout seul , 
» m'ont accrochées par mon habit, je leur dis que je 
» gagneroit facilement le bord qui n'étoit pas à quinze 
» pieds de moy , mais elle ne l'ont pas voulu ce qui 
» m'a donné beaucoup plus de peine que si j'eusse nagé 
» jusqu'à terre. On vouloit que j'attendisse que j'eusse 
» envoyé chercher un fiacre , mais j'ay réprésenté que 
» demeurant aux galeries du Louvre j'étois à ma porte 
» et qu'en m'en allant de toute vitesse je me refroi- 
» dirois moins ; débat sur ce point , cependant on m'a 
» laissé faire et j'ay été chës moy toujours courant et 



548 LES GRAVEURS DU XVIII* SIECLE. 

» sans me refroidir. Mais il s'en est peu falû que je n'y 
» trouvasse aucun secours. Le domestique et la cuisi- 
» nière n'y étoit point et je n'y rencontray qu'un jeune 
» cousin qui sortoit aussi pour aller à la promenade. 
» Bel embarras pour arracher culotte et bas , etc. 
» Ayant changé de tout, je me suis mis à travailler , 
» j'ay été souper en ville et le lendemain je suis parti 
» pour la campagne où j'avois promis d'aller... » 

Il était réservé à Cochin d'essuyer un ennui plus 
grave et plus pénible que ce petit accident et qui vint 
assombrir ses dernières années. Il faut encore lui laisser 
raconter le vol de ses collections dont il fut victime 
et dont par bonté , il ne poursuivit pas l'auteur. 

« Imaginés -vous écrit-il à Descamps le 12 juillet 
» 1786, que j'ay été indignement volé par un élève 
» que j'avois pris par charité que je nourrissois , 
» logeois , habillois , enseignois. Il m'a pris huit à neuf 
» cent estampes des Ports de France , les premières 
» épreuves sans lettres que j'avois conservées que je 
» vendois 30 livres pièce , qu'il a vendu 9 livres , une 
» quantité d'épreuves de mon Histoire de France que 
»je fais de société avec M. Prévost. Mais ce qui 
» plus m'afflige , c'est quil m'a pris toutes les estampes 
» que depuis plus de 40 ans les graveurs , mes amis , 
» m'avoient données, touttes choses devenues rares et 
» de prix. Enfin mon ami, sans exagération, je ne puis 
» évaluer ce vol à moins de 10,000 livres. Par un bon- 
» heur dont je ne puis trop remercier Dieu , il ne m'a 
» pris aucun effet appartenant au Roy. Vous scavés 
» que j'ay sous ma garde peut-être pour un milion de 
» dessins du cabinet du Roy , jugés de mon état d'être 
» dévoré de cette inquiétude pendant tout le temps que 



CGC H IN. 549 

»j'ay mis à vérifier si j'avois tous ces effets. Enfin à 
» cet égard je n'ay rien perdu ; il est vrai que je garde 
» ces objets bien plus sévèrement que je ne garde mon 
» bien propre. 

» Ce qui m'a le plus poignardé c'est l'horrible ingrati- 
» tude de ce monstre. Je l'aimois,je cherchois à le former 
» à tous égards. 11 estoit à ma table même quand j'avois 
» compagnie. N'en parlons plus , le sang me bout de 
» rage, cependant je n'ay point porté de plainte. Je ne 
» veux point me préparer de nouveaux chagrins tels 
» que ceux de M. Pierre lorsqu'il a fait pendre l'élève qui 
» l'avoit volé. Je n'ay plus d'espérance de retirer pres- 
» qu'aucun de ces effets. Il y a huit mois que ce 
» manège dure, tout est dispersé. J'ay offert de racheter 
» aux marchands en leur donnant un bénéfice au de-là 
» du prix qu'ils ont payé. Ils n'ont ou disent n'avoir 
» presque plus rien. Ilfaudroit faire un procès criminel 
» à plus de vingt personnes qui croyent pouvoir 
» s'excuser en ce qu'ils ont acheté dans une maison 
» qu'ils peuvent désigner et qu'ils ont pu croire acheter 
» légitimement. Mais ils se disculperoient diflficillement 
» d'avoir acheté de jeunes gens , à la vérité chez un 
» homme que je crois honnête et qui dit avoir été 
» cruellement trompé , son fils et lui par mon voleur *. 
» Il est toujours vrai qu'ils ont acheté à la fois des 
» quantités d'estampes et de la même estampe qu'un 
» jeune homme ne peut pas avoir et à des prix si bas 
» qu'ils ne pouvoient pas douter que ce ne fût chose 
» volée.... 

» Si nos loix étoient moins cruelles , si l'on n'inffli - 

1 II doit s'agir là des marchands d'estampes Basan père et fils. 



550 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» geoit pas la peine de mort , on se feroit un devoir de 
» dénoncer ces sortes de coupables afin qu'ils ne 
» pussent plus nuire à d'autres. Mais toutte personne 
» qui a de l'humanité ne peut supporter l'idée de faire 
» pendre quelqu'un. » 

Cochin ne nous dit pas quel était son voleur, 
mais en rapprochant certaines expressions de ses autres 
lettres, tout porte à croire qu'il s'agit, le vieux graveur 
ne faisant plus d'élèves alors , de ce jeune parent qu'il 
avait recueilli. 

On voit que la vieillesse du vaillant artiste fut attristée 
non seulement par des embarras financiers , mais 
même par la perte de ses portefeuilles d'estampes. 
A soixante quinze ans , après avoir travaillé soixante 
ans, il s'étonnait douloureusement de ne pas être 
sûr de pouvoir soutenir sa famille à quelques mois de là. 
Il aurait voulu vendre une partie de sa bibliothèque qui 
était fort belle, mais ne trouvait personne qui la voulût 
acheter même au plus bas prix. Enfin la mort vint le 
délivrer de toutes ces amertumes, le 29 avril 1790, après 
une existence de célibataire bien remplie et dont les 
bibliophiles retrouvent avec joie les traces gracieuses 
dans la plupart des jolis livres illustrés du xviir 3 siècle. 

Certes on peut reprocher à Cochin un peu de mono- 
tonie et de lourdeur dans les types qu'il a choisis, une 
recherche peut-être exagérée de l'allégorie , ce qui 
rend la pensée, de l'artiste prétentieuse et trop souvent 
obscure , mais on ne peut lui refuser de la grâce et de 
l'ingéniosité dans ses vignettes , et dans ses grandes 
compositions , une science d'arrangement des plus 
remarquables. « Là où il excelle , a écrit M. de Chen- 
» nevières , là où il n'a jamais été égalé même par 



C0CH1N. ôôi 

» Moreau, pour la liberté, la fine expression , l'aisance, 
» le galant , l'esprit , la variabilité infinie des mou- 
» vements et des poses de ses petites figures, c'est dans 
» la représentation des fêtes et des grandes céré- 
» monies de cour et de théâtre. » Enfin comme 
graveur aussi bien au burin qu'à l'eau-forte , Cochin a 
fait preuve d'une aisance et d'une adresse qui n'ont 
guère été surpassées. 

Nous donnons ci-après le catalogue des pièces qui 
ont été gravées par Charles-Nicolas Cochin fils *. 

ESTAMPES. 

1. S 1 Joseph tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus qui le couronne de 

fleurs, 1727 ; in-4. 

2. La Vierge donnant une grappe de raisin à l'Enfant Jésus, 1128; 

in-fol. 

3. Jésus-Christ couronné d'épines , d'après une estampe de Bolswert , 

1729. 

4. Sainte Famille, d'après une estampe de Goltzius, 1729. 

5. Saint Jean à Pathmos, sujet de thèse, 1729. 

6. Fuite en Egypte , d'après une estampe de Gérard Audran , 1729; 

in-fol. 

7. Sainte Foy, vierge et martyre à Agen, avec des armes au has, 1730 ; 

in-8. 

8. Sainte Marguerite, d'après Le Cocq , 1730; in-8. 

9. Saint Paul et saint André, d'après Belle, 1733 ; in-fol. 



\ M. Emmanuel Bocher prépare actuellement un Catalogue raisonné de l'œuvre 
dessiné et gravé de Cochin. Ce grand travail d'ensemble , qui fera suite à ses remar- 
quables monographies de Saint-Aubin et de Moreau , sera d'autant plus utile que le 
petit volume de Jombert, très-précis dans sa forme condensée, est malhoureusoment 
d'une grande rareté, et qu'il est à pou près impossible de se le procurer. 



oo2 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

10. Les habitants de Génézareth présentent à Jésus-Christ leurs malades 

pour être guéris, d'après Dullia , 1134 -, in-fol. 

1 1 . David jouant de la harpe devant Saiïl , d'après Carie Vanloo, 1736 ; 

in-fol. 

12. Statue de saint Charles Borromée ; in-4. 

13. Deux têtes d'après Goltzius , l'une d'elles est celle d'Harpocrate , 

1729; in-fol. 

14. Le Villageois qui cherche son veau , d'après Pierre, 1730. 

« La planche a été rompue par M. Cochin le père avant qu'elle fût mise au 
» jour. » (Jombert). 

15. Vertumne et Pomone, d'après Dullin , 1735; in-fol. en largeur. 

« Sujet de deux grandes figures de femmes qu'on croit être Madame de Nesle 
» et Madame de Polignac. Il n'y a que l'eau-forte du paysage qui soit de Cochin, 
» le reste de l'estampe est terminé au burin par Petit, mais le travail de Cochin 
» y est méconnaissable. » 

16. Mort d'Hippolyte, d'après de Troy, 1735; in-fol. 

17. Le Tailleur pour FEMMES, estampe de modes , avec huit 

vers, 1737. 

Que ton métier est gracieux , 
Tailleur, que je te porte envie, 
Tu peux , des appas de Silvie, 
Librement contenter les yeux. 
Je supporterai* sans murmure 
Les maux qu'elle me fait souffrir, 
Si j'étais sur de parvenir 
A prendre à mon gré sa mesure. 

18. Allégorie pour l'Espagne à l'occasion de la naissance d'un Prince, 

d'après Restout , 1739; in-fol. 

Cette planche n'a pas été achevée et n'a point servi. 

19. Foire de CAMPAGNE, d'après Boucher, 1740 ; in-fol. en largeur 

« Grande estampe exécutée au burin pour un marchand tapissier nommé 
» Biangy , d'après un tableau très-médiocre copié par Francisque sur une 
» esquisse de Boucher. » 

20. L'Enfance, pour une suite des Quatre Ages, 1740; in-8. 



COCHIN. 553 

21. Les Chats Angola de Madame la Marquise du Def- 

FANT, avec quatre vers au bas de l'estampe, 1746, in-8 en 
largeur. 

22. La Grande Galerie de Versailles, vue en développe- 

ment avec tous les sujets de son plafond représentés très-distincte- 
ment ... Le tout réduit et dessiné très en petit par Cochin pour 
mettre en tête du recueil des estampes de cette galerie par 
M. Massé, 1755 ; grand in-fol en largeur. 

« Cette planche , une des plus difficiles qu'on puisse exécuter en gravure, à 
» cause de la petitesse des figures et de la quantité des sujets, a été commencée 
» au trait par Laurent, habile graveur anglais, gravée à l'eau-forte par Cochin , 
» terminée par Ouvrier. » 

23. Vue du Siège deMenin en 1745, d'après de la Peigne, 1756 ; in-fol. 

« M. Cochin Sis avait été chargé de graver la suite des conquêtes du Roy en 
» Flandre; mais ses grandes occupations ont interrompu cette belle entreprise, 
» de sorte que cette première planche n'a môme pas été achevée. » 

24. Elévation du buffet d'orgues de l'église Saint-Séverin , d'après 

François Dupré. A Paris, cbez Chéreau , 1749. 

« Le groupe d'enfants musiciens qui couronne la partie du milieu des tuyaux 
» de l'orgue et les têtes des chérubins sont dessinés et gravés par Cochin. » 

25-26. Elévation du grand portail de Saint-Sulpice , gravée par 
Ravenet. — Vue perspective de l'intérieur de Saint-Sulpice, 
dédiée au curé par Blangy, marchand tapissier, gravée par Claude 
Lucas, 1745; in-fol. 

Les figures sont gravées par Cochin. 

27. Vue perspective de la Loge des Changes à Lyon , les figures des- 
sinées et gravées par Cochin , l'architecture par Bellicard , 1752 ; 
in-4. 

28-29 Deux grandes vues de la nouvelle place de Louis XV à Rheims, 
gravées par Choffard , 1765; in-fol. 

Les figures sont dessinées et gravées par Cochin. 

30. Vue de la ville d'Orléans, dessinée par Desfriches et gravée par 
Choffard , 1766 ; in-fol. 

Les figures gravées à l'eau-forte par Cochin. 



554 LES GRAVEURS DU X\III e SIECLE. 

31. \ ue perspective de l'intérieur de la nouvelle église de Sainte-Gene- 
viève qui se bâtit actuellement, 1769 ; grand in-4. 

Les figures dessinées et gravées par Gochin. 

32-45. LES PORTS DE FRANGE, d'aprèsVernet, 1760-67 ; in-fol. 

1. Le Port neuf ou l'Arsenal de Toulon. — 2. L'Intérieur du Port de Marseille. 
— 3. La Madrague ou la Pêche du thon. — 4. L'Entrée du Port de Marseille. — 
5. Le Port vieux de Toulon. — 6. La Ville et la Rade de Toulon. — 7. Le Port 
d'Antibes. — 8. Le Port de Cette. — 9. Vue de Bordeaux prise du côté des Sali- 
nières. — 10. Vue de Bordeaux prise du Château-Trompette. — 11. Vue de 
Bayonne prise de l'allée de Boufflers. — 12. Vue de Bayonne prise du glacis de 
la Citadelle. — 13. Rochefort vue du magasin des Colonies. — 14. La Rochelle 
vue de la petite rive. 

Cochin a gravé à l'eau-forte toutes les figures de ces quatorze estampes, et 
même une partie des eaux-fortes des paysages. Toutes ces planches , réunies à 
l'état d'eau-forte dans l'œuvre du Cabinet des Estampes, forment un magnifique 
ensemble. 

46-56. Marines, Tempêtes, Naufrages peints par Joseph Vernet, 
estampes dans lesquelles les figures ont été gravées à l'eau-forte , 
et même terminées par Cochin , 1770 ; in-fol. 

Vue d'un Naufrage , gravée par Poly. 

L'Onde tranquille , par de Lorraine, et l'Onde agitée , par P. F. Tardieu. 

La Pèche en eau douce, par Le Veau , et la Pêche à la ligne, par Miger. 

Le Rocher dangereux , par Tardieu , et le Port de sûreté. 

Repos de soldats , par Cathelin , et tes Pêcheurs à l'échiquier, par Nicolet. 

Le Calme, par Godefroy, et Une Tempête, par Longueil et Nicollet. 



FÊTES, CÉRÉMONIES. 



57. PRÉPARATIFS DU GRAND FEU D'ARTIFICE que S. E. 

Monseign. le Cardinal de Polignac. fit tirer à Rome clans la Place 
Navonne le 30 9 bre 1729 pour la naissance de Monseigneur le 
Dauphin. — Peint par Panini , dessiné par Dumont le Romain , 
gravé à l'eau-forte par Cochin , terminé par Madame sa mère ; 
in-fol. en largeur, 1735. 

58. DESSEIN DE L'ILLUMINATION ET DU FEU D'ARTIFICE 

donné à Mgr. le Dauphin à Meudon le 3 septembre 1735 ; in-fol. 
en largeur, 1736. 



GOGHIN. 555 

59. Vue perspective de l'illumination de la rue de la ferronnerie, exécutée 

le 29 août 1739 par les soins de Messieurs les six corps des mar- 
chands à l'occasion du mariage de Madame I re de France et de 
l'Infant Don Philippe II e ; in-fol. — Les figures inventé et gravée 
par Cochin le Fils et la Perspective par de Sève. 

60. DÉCORATION DE L'ILLUMINATION ET DU FEU D'AR- 

TIFICE tiré à Versailles, le 25 septembre 1739, pour le mariage 
de Madame Première avec l'Infant don Philippe ; très-grand in-fol. 
en largeur. 

61. POMPE FUNÈBRE DE LA REINE DE SARDAIGNE à 

Notre-Dame, le 22 septembre 1741 ; in-fol. 

62. Décoration du théâtre pour la représentation des tragédies du Col- 

lège des Jésuites à Rennes, à l'occasion de la distribution des prix. 
— L'Hermitais invenit , Moreau sculpsit ; 1745. 

Les figures ont été dessinées et gravées à l'eau-forte par Cochin. Il est inutile 
de faire remarquer que le Moreau qui a signé cette pièce n'est pas Moreau le 
jeune, alors âgé de quatre ans. 

63. CÉRÉMONIE DU MARIAGE DU DAUPHIN DE FRANCE 

avec Mario - Thérèse , Infante d'Espagne , dans la chapelle de 
Versailles, le 23 février 1745; in-fol. 

64. DÉCORATION DE LA SALLE DE SPECTACLE construite 

dans le manège couvert de la grande écurie de Versailles pour les 
fêtes du mariage du Dauphin le 23 février 1745 ; in-fol. 

65. POMPE FUNÈBRE DE MARIE-THÉRÈSE D'ESPAGNE, 

Dauphine , dans l'abbaye royale de Saint-Denys le 5 septembre 
1746; in-fol. en largeur, 1748. 

66. POMPE FUNÈBRE DE LA DAUPHINE dans l'église Notre- 

Dame, le 24 novembre 1746 ; petit in-fol. 

67. POMPE FUNÈBRE DE PHILIPPE V, Roy d'Espagne, à 

Notre-Dame, le 15 décembre 1746 ; in-fol., 1748. 

68. Pompe funèbre de Catherine Opalinska, Reine de 

Pologne , dans l'église Notre-Dame , dessinée et gravée à l'enu- 
forte par Cochin , terminée par Ouvrier ; 1747. 



556 LES GRAVEURS DU XVIII 1 ' SIECLE 



PORTRAITS. 

69. Boissy (Louis de) , de l'Académie-Française, 1757; in-8. 
"70. Bouchardon (Eduie) , sculpteur du Roy, 1754; in-4 

71. CAYLUS (le Comte de) , 1752; in-4. 

72. Chauvelin , Conseiller en la Grand Chambre du Parlement , de 

trois quarts à droite, 1762 ; in-4. 

73. Dl'CLOS (Charles), Historiographe de France, 1763; in-4. 

74. Fleury (le Cardinal de) , portrait allégorique servant de frontispice 

à l'Oraison funèbre prononcée par le Père de la Neuville , 174 :i ; 
in-fol. 

75. FRANCISCCS BENALIUS TARVISINUS, abbé, 1751; in-4. 

76. Garrick (D.). — Ch.-Nic Cochin filius et Nie. Dupuis sculpserunt ; 

in-4. 

77. Gaussin (Melle) dans l'Oracle, comédie en un acte par M. de Saint- 

Foy, 1740; in-8. 

■ Très-joli fleuron dessiné et gravé par Cochin, dans lequel cet habile artiste 
» a tâché de rendre l'inimitable actrice M e " e Gaussin , dans le moment où elle 
» attache un ruban au col de Grandval jouant le rôle de Charmant. » 

78. GRAS (Joachim) , Trésorier de France, de la Généralité de Paris, 

1753; in-4 orné. 

79. Jéliote , ordinaire de la musique de la Chambre du Roy, gravé à 

l'eau-forte par Cochin , terminé par Saint- Aubin ; in-4. 

80. La Fontaine, portrait-frontispice du tome I er de la grande édition 

des Fables. — Composé par Oudry, retouché et gravé à l'eau-forte 
par Cochin , terminé par Dupuis. 

81. La Place (P. de), 1762; in-4. 

82. La VALLIÈRE (le Duc de), de trois quarts à droite, 1757; in-4. 

Courtisan , philosophe, enjoué, studieux, etc. 

83. Louis XV, au milieu d'un camp, reçoit la Chirurgie qui lui pré- 

sente ses mémoires, 1741 ; in-4. 
Vignette-frontispice des Mémoires <le V Académie île Chirurgie. 



COGHIN. 5R7 

84. Louis XV armant le Dauphin pour le combat , 1745 

Vignette pour Essai d'un, chant île la Loui.iiade , poëme héroïque sur la cam- 
pagne du Roi en Flandres, par M. Piron. 

85. Louis XV convalescent. La Santé rend à la France un monarque 

victorieux. Louis XV est surnommé le Bien-Aimé, 1744; in-8. 

Frontispice pour Recueil de pièces sur la convalescence du Roy en 1745. 
1 er état : Avant la lettre. 

86. Louis XV, statue de Pigalle élevée à Reims 1761; in-8. 

Frontispice finement gravé, pour un volume du Projet de paix perpétuelle de 
l'abbé de Saint-Pierre. 

87. LOUIS XV, médaillon du Roi, de profil à gauche, d'après Duvivier, 

avec les Génies des Arts et ceux de la Guerre pour support. 

Très-joli en-tète de l'epître dédicatoire du Catalogue Raisonné des Tableaux du 
Roi , par Lépicié, 2 vol. in-4. 

88. LOUIS XV (SCHOLA MARTIS), allégorie sur l'institution de 

l'Ecole Royale Militaire ; in-fol. 

Composition en forme de titre ; dans le haut , les armes royales supportées 
par les génies ailés. Aux deux côtés, Mars et l'Étude tenant une grammaire ; à 
la partie inférieure, un bas-relief représentant les exercices militaires des élèves; 
signé C. N. Cochin filins del. 1770. Le portrait de Louis XV est sur un médaillon 
à gauche. 

Cette superbe pièce est la dernière du Catalogue de .Tombert. « Dessinée par 
» Cochin en novembre 1T70, elle se grave actuellement, dit-il , chez M. Galli- 
» mard , maître à dessiner de l'École Royale Militaire. » Peut-être Cochin en 
ii-t-il gravé l'eau-forte. 

Nous ne la connaissons que par deux épreuves d'eau-forte pure (Cabinet des 
Estampes et collection Béraldi ). Nous ne croyons pas qu'elle ait été terminée. 

89. MARIGNY (Poisson deVandières Mis de), de profil à gauche, 1752 ; 

in-4. 

Cette planche n'ayant pas été achevée, il n'en a été tiré que quelques épreuves 
d'essai à l'eau-forte. Très-rare. 

90. MARIGNY (M r le Marquis de), profil à droite, 1757; in-4. 

91. Massé (J.-B.), Peintre du Roi , gravé à l'eau-forte par Cochin ; in-4. 

92. Maupertuis, en habit de Lapon , tiré dans un traîneau par un renne, 

1738. 

Très-petite tête de page pour la Figure de la Terre déterminée par les obser- 
vations de .W. de Maupertuis, Clairault, Camus et Le ilonnier. Imprimerie royale. 

93. Parrocel , gravé à l'eau-forte par Cochin , terminé par Dupuis; in-4. 
I. 3fi 



558 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

94. Pommyer (l'Abbé), Conseiller en la Grande Chambre du Parlement, 
gravé à l'eau-forte par Cochin , terminé par Saint- Aubin ; in-4. 

9ô. Pompadour (Madame de), en femme savante qui s'occupe de l'étude, 
des amours remportant les colifichets de la toilette, d'après Natoire ; 
in-12. 

Frontispice pour la Pluralita dei momli, ouvrage de M. de Fontenelle, traduit 
en italien par une dame; 1744. 

9G. RESTOUT, gravé à l'eau-forte par Cochin ; in-4. 

9". Rousseau (J.-B.). — Son buste se trouve sur deux des petits fleu- 
rons qui ornent l'édition de ses œuvres, Bruxelles, 1143. 

98. Séguier, avocat général du Parlement de Paris ■ in-4. 

99. Tasse (Le) , frontispice allégorique pour ses œuvres, gravé à l'eau- 

forte par Cochin , terminé par Ingram , 1752 ; in-12. 

100. Turenne (le Prince de) , 1750; in-4. 



ADRESSES. 

loi. Adresse du Bijoutier Stras, espèce de cartel dans lequel 
on voit une Vénus sur le bord de la mer, tenant du corail et des 
bijoux, accompagnée de tritons, etc. 1735 



STRAS, 

Marchand Joyalier du Roy demeurant 
à Paris Quaydes Orfèvres, au Duc de Bourgog- 
ne , Avertit Messieurs les metteurs en Œuvre 
de tout Pays Provinces et Nations qu'il possède 
dans la dernière perfection le secret de bien 
faire les Feuilles blanches, comme aussi celles 
de touttes autres couleurs. Peint toultes sortes 
de Pierres très - avantageusement égales à 
celles d'Orient. Vend de la Poudre d'Or 
parfaite, et enverra à condition à quiconque 
souhaitera Diamans et autres Pierreries 
précieuses en œuvre et hors d'oeuvre en gros 
et au détail. Le tout à très -juste Prix. 

Cette adresse, qui nous a été communiquée par M. Loizelet, est la première 
composition de Cochin , et la première pièce qu'il ait gravée d'après son propre 
dessin, 



CGC H IN. 559 

102. Cartel pour la Compagnie des Chevaux léger a de la garde ordi- 

naire du Roy, dessiné par La Joue, gravé par Cochin, 1138; in-8. 

103. Adresse de l'Orfèvre Roberdeau, H38; in-8.— Une 
grande aiguière dans la cour d'un bâtiment , des personnages 
maniant des objets d'orfèvrerie. A la partie inférieure, tablette sur 
laquelle on lit : 



AU VAZE D'OR 

ROBERDEAU , marchand Orfèvre Jonalier 
demeurant rue des Argentiers , fait , vend et 
achète toutes sortes de Marchandises d'Or et 
d'Argent Perles Diamants, Le tout ajuste prix. 

A Bordeaux 1738 



104. Médaille pour la ville de Dinant en reconnaissance des bienfaits 

du Roy, que M. de Regemorte, alors Directeur du bureau des 
fortifications, lui avait procurés, 1T39. 

105. Règlement pour l'Opéra de Paris , avec des nottes historiques. 

A Utopie, chez Thomas Morus, 1743. 

Titre eu forme de cartel , au bas duquel on voit Vénus assise , tenant un fais- 
ceau de flèches que des amours lui prennent des mains. — Dessiné par Boucher, 
gravé par Cochin ; 1~43. 

106. BILLET DE BAL PARÉ à Versailles pour le mariage .le 

Monseigneur le Dauphin , le 24 février 1745. 

Très-élégant cartouche d'ornements, avec amours et instruments '!»> musique, 
sur lequel on lit : 

Porte et gra/lins 
à gauche. 



BAL PARE 

à Versailles 
POUR LE MARIAGE 

De Monseigneur le Dauphin 

I.e Mercredi 24 Février 
H45. 

De Bûnnevai.. 



560 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

107. BILLET DE BAL PARÉ à Versailles pour le second mariage 

de Monseigneur le Dauphin le 9 février 1741. 

Cartouche d'ornements dans le genre et dans le format du précédent. 11 y en 
a deux épreuves au Cabinet des Estampes : une pour Porte et gradins à droite, 
très-belle; la seconde pour Porte et gradins à gauche , d'une qualité bien infé- 
rieure. 

Les épreuves anciennes sur papier vergé de ces célèbres billets de bal sont 
très-rares. Il en existe des épreuves plus modernes, sur fort papier vélin. 

108. Armes de M. de Boullogne , vignette sur fond de mosaïque à 

compartimens losanges ; 1746. 

109. Bordure pour la reconnaissance de souscription à l'Art de la Guerre, 

par le Maréchal de Puységur ; 1748. 

110. Bordure pour la reconnaissance de souscription à la seconde partie 

de V Architecture hydraulique ; 1748. 

111-112. Pantin et Pantine , 1749. 

« Deux figures à mi-corps dont les bras et les jambes étaient postiches pour 
» pouvoir les faire remuer; espèce décharge qui a servi pendant quelque temps 
» d'amusement à tout Paris : ces deux figures dessinées par Boucher, et les 
» têtes redessinées par Natoire ont été gravées par de Poilly, et les têtes par 
» Cochin fils. Hauteur de la figure sans les cuisses et les jambes , 10 pouces. » 

Les deux figures sont à l'eau-forte au Cabinet des Estampes. Elles sont sur 
deux feuilles in-4 , le corps dessiné au milieu de la feuille , les membres épars 
sur les marges, pour être découpés, collés sur carton et ajustés. 

113. Armes de Le Vassor de la Touche , avec deux sauvages pour sup- 

port; in-12, 1751. 

114. Armes de Madame la Marquise de Pompadour, soutenues par deux 

griffons, en forme d'une demi-page in-12 ; 1755. 

« Il y a apparence que ces armes ont été faites pour être collées sur les livres 
» de la Bibliothèque de cette Dame. » 

115. PARADE : La belle Isabelle à un balcon , tenant un grand éven- 

tail , son amant le beau Léandre, avec son valet Pierrot ; 1759 

« Cette petite estampe, de la grandeur d'une carte à jouer, a pu servir de billet 
» d'entrée pour les divertissemens particuliers donnés au Roy par Madame la 
» Marquise de Pompadour, sur le théâtre des petits appartemens, vers la fin de 
.. 1~59. .. 



COCHIN. 564 

116. ALLÉGORIE SUR LA CONVALESCENCE DE MADAME 

DE P M PA D U R. — Dessinée et gravée par Cocbin , 1764 ; 
in-4. 

Cette rare et intéressante pièce est un cartouche de nuages, avec une éclipse 
à la partie supérieure. 

Le milieu du cartouche est en blanc ; il devait d'abord recevoir ce couplet de 
chanson fait par Favart : 

Du premier avril n64. 
Le soleil est malade 
Et Pompadour aussi, 
Ce n'est qu'une passade, 
L'un et l'autre est guéri. 
Le bon Dieu qui seconde 
Nos vœux et notre amour, 
Nous a rendu le jour 
Avec Pompadour. 

Votum populi laus ejus. 

Mais la favorite, loin de se rétablir, mourut quinze jours après cette fausse 
convalescence; l'on ne fit pas usage delà composition de Cochin , et la planche 
fut supprimée. 

Vendu 360 fr., décembre 1879. 

HT. ORAISON A SAINTE GENEVIÈVE, petit cartouche dont l'in- 
térieur est rempli par une prière à cette sainte, d'après La Joue -, 
1730. 

On voit en haut du cartel la Heine de France à genoux ; au bas sont les clefs 
de saint Pierre et l'Agneau pascal. 

118. Très-petit cartouche pour l'angle supérieur gauche d'une carte 

géographique ; 1733. 

Il est entoure de roseaux; on voit au-dessous , à gauche, un petit vaisseau 
qui vogue sur la mer. 

119. Petite bordure extrêmement légère , formant cartouche , dont les 

montants vers le bas, sont ornés de pampres et de raisins; 1736. 

120-122. Trois cartouches en largeur, d'après La Joue, gravés à l'eau- 
fbrte par Cochin et terminés par Huquier, 1736 ; in-8. 

123-125. Trois cartouches d'après La Joue , gravés à l'eau-fbrte par 
Cochin en 1739, terminés par Huquier. 

1. Attributs de Neptune. — 2. Nappes d'eau , roseaux , cygne. — 3. Nappes 
d'eau , raisins, écureuil , tigre. 



562 LEîS GRAVEURS DU XYIIF SIECLE. 

126. Cartouche du titre du Plan de la Ville de Paris de Louis Breton , 
grave par Claude Lucas par ordre de M. Turgot , prévôt des 
marchands; 1739. 

12". Cartouche en passe-parlout avec des trophées et des attributs mi- 
litaires, 1744 ; in-4. 

128. Petit cartouche en médaillon au haut d'une bordure , pour le cer- 

tificat de réception de la loge de Sainte-Geneviève ; 1748. 

<■ Dans le cartel est une petite sainte Geneviève dessinée et gravée par 
» Cochin ; le reste est dessiné et gravé par Marvye. » 

129. Un petit trophée mortuaire au bas des billets d invitation de la 

même loge, dessiné et gravé par Cochin ; 1*748. 

130. Armes du Roy, gravées par Cochin sur l'estampe de la Décoration 

du feu d'artifice tiré à Versailles pour la Naissance de M9 r le 
Duc de Bourgogne le 30 décembre 1751. 

131. Armes du Comte de Vence, au bas de l'estampe de la Cléopdtre 

gravée par Wille ; 1754. 

132. Armes du Marquis de Marigny, pour les Observations sur les 

antiquités d Herculanum ; 1754. 



VIGNETTES. 

133-134. L'Audience du Lion , — les Moineaux, vignettes d'après Gillot 
pour les Fables de La Motte ; 1728. 

135. Lamon trouve Daphnis qu'il porte à sa femme, copie d'une 
vignette gravée par Audran pour le Daphnis et Chloé du Régent , 
1730. 

136-137. Le Sacre du Roi , — le Roi présentant le Dauphin à Minerve, 
2 pièces pour V Histoire de Louis XV par médailles , de Godo- 
nesche, 1736; in-4. 

138-140. Tombeaux des Princes , etc. . . . de la Grande-Bretagne, mis 
au jour par les soins de Eugène Mac-Swini ; in-fol. — Très-beau 
cartouche-frontispice sur lequel on lit : Sydneio Comiti Godol- 
phini, otc. — Espèce de grande vignette du comte deDorset, etc. 
— Fleuron de la fin de son éloge, représentant Tordre de la 
•Jarretière rayonnant de lumière, d'après Boucher, 1736. 



COCHIN. 863 

141. Frontispice pour une Histoire universelle de Puffendorf, édition 
qui n'a pas été exécutée ; in- 8. 
L'Histoire assise sur un trône, le Temps couché retenu par des enfants ; pal- 
miers . médailles, pyramides, etc.; 1737. - Le Génie des médailles découvrant 
Wistoire et la sauvant de la fureur du Temps. 

142-145. De la Décoration des Edifices, par Blondel ; in-4. 

Quatre vignettes d'enfants architectes et décorateurs, et cinq lettres ornées ; 

1735 

Un de ces en-tête, à devise Absque labore nihil, a fourni le motif de l'ex-libns 
de M. Emmanuel Martin , dont l'importante bibliothèque de livres a figures a 
été vendue en 1876. 

146-149. Histoire du Peuple de Dieu , par le Père Berruyer ; in-4. 

Quatre vignettes d'après Boucher.- 1 . Videbis terram . . .- 2. In diebus MU . . . 
— 3. Dabo tibi.. . — 4. Innova dies. . . — 1738. 

150. Frontispice pour l'édition in-12 du même ouvrage : Qui fecit 

utrdque unum; d'après Boucher, 1~38. 

151. Traité de la Constance; in-1'2. 

Fleuron du titre : le Héros chrétien , en forme de petite médaille ; 1738. 

152. Breviarium Bajocense ; in-8. 
Frontispice d'après une esquisse de Restoul ; 1739. 

153-151. Histoire de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , 

par Gros de Boze. 

1 Frontispice gravé à l'eau-forte par Cocbin, terminé par Daullé. - 2. Armes 

du Roi sur le titre. - 3. Médaillon de Mercure traçant une inscription - 

! ! et 5 Deux vignettes : Minerve assise et dictant; le Médaillon de l'Immortahte. 

— D'après Coypel ; 1739. 

158-161. Architecture hydraulique, parBelidor; in-4. 

Quatre dessins de fontaines , d'après Blondel, dont les figures et le paysage 
sont gravés par Cochin ; 1739. 

162-163. La Science du Géomètre, par l'abbé Deidier; in-4. 
Deux vignettes d'enfants géomètres ; 1739. 

164. Éléments de Cosmographie, par M. de Maupertuis ; in-8. 

Vignette représentant la Géographie , dans une bordure aux armes du Roi ; 
1710. 



564 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

165. Traité de la grandeur et de la figure de la terre, par M. Gassini ; 

in-12. 
Une petite vignette réduite de Sébastien Le Clerc ; 1740. 

166-168. Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, 
traduites par M. de Brémond ; in-4. 

Trois vignettes. — 1. Expérience faite sur une tour. — 2. Expérience d'électri- 
cité sur un homme couché sur des cordes. — 3. Expérience d'électricité le long 
d'une grande allée ; 17-10. 

169-170. Le Calcul différentiel et le Calcul intégral, par l'abbé Deidier, 
Paris, Jombert , in-4 . 

Deux vignettes. — 1. La Géométrie assise, qui instruit des petits génies. — 
2. La Géométrie debout , démoutrant à des philosophes les propriétés de la 
cycloîde; 1740. 

Il y a des gens qui mettent l'histoire de France en rondeaux , Cochin , lui , 
met les sciences en culs-de-lampe. Illustrer le calcul différentiel et intégral est 
le dernier mot du genre. Cochin nous paraît remplir ici le rôle des antiques 
sirènes : par les séductions de ses frontispices et de ses fleurons , il semble 
engager le lecteur hésitant à plonger de confiance dans les profondeurs scienti- 
fiques. 

1*71-172. Faunillane , ou l'Infante jaune, conte allégorique par Mari- 
vaux; in-4. 
Fleuron sur le titre, et vignette ; 1740. 

H3-182. Astronomie physique de Gamaches, Paris, Jombert, in-4. 

Six vignettes. — 1. Armes de M. de Maurepas. — 2. Le Système de l'Univers 
suivant Descartes. — 3. Le Choc des corps. — 4. Le Mouvement dans les fluides. 

— 5. L'Attraction et la machine du vide. — 6. Le Flux et le Reflux. 

Quatre fleurons. — 7. La Physique. — 8. La Géométrie. — 9. L'Astronomie. 

— 10. La Métaphysique ; 1740. 

183-199. Méthode pour apprendre le dessein , par Jombert; in-4. 

Deux lettres ornées , un O et un S ; on voit dans l'O la salle des modèles de 
l'Académie, et dans l'S, le professeur qui corrige les dessins de ses élèves. 
Quinze planches d'études, académies, paysages ; 1740. 

200. Adam et Eve , tragédie de Tannevot; in-8. 
Fleuron représentant Adam et Eve chassés du paradis ; 1741. 

201. Étrennes mignonnes pour l'année 1741 ; in-32. 

Frontispice. L'Histoire s'clevant , par le moyen du temps, jusqu'à l'éternité ; 
et titre entouré de petits amours. 

« Comme ces estampes devaient être tirées au nombre de quarante à cin- 
» quante mille , M. Cochin a gravé sur le même cuivre quatre fois ces mêmes 
» desseins. » 



C0CH1N. 565 

202-203. Or iens Chris tianus ; in-fol. 

Tête de page représentant la Religion debout , tenant la croix. Dans le fond , 
Constantinople. 
Lettre ornée d'encensoirs et d'ornements d'église ; 1741. 

204. Histoire générale des cérémonies religieuses de tous les peuples ; 

7 vol. in-fol. 

Fleuron du titre. Triomphe do la religion catholique ; H 11. 

« Le libraire n'ayant pas voulu faire la dépense d'un fleuron pour chaque 
» volume , on a fait servir la même gravure à tous les sept , en sorte que cette 
» planche a tiré plus de dix mille épreuves. » 

205. Mécanique générale, par Deidier ; in-4. 

Un canon monté sur un affût au moyen d'une chèvre, vignette ; 1741. 

206-208. Mécanisme de l'artillerie, par Dulacq ; in-4. 

Trois tètes de page : Explosion d'une mine qui fait sauter une batterie de 
canons. — Effet de tir la nuit. — Bombes tombant dans une ville assiégée ; 1741. 

209 Règle des cinq ordres d'architecture , par Vignole ; in-8. 

« Deux sujets de figures en forme de bas-reliefs antiques , dans les frises de 
» l'ordre corinthien et de l'ordre composite de ce petit ouvrage. » nil. 

210. La Religion , poème de Louis Racine ; in- 12. 
Un fleuron de titre. 

211-214. Heures dédiées à Mesdames de France ; in-24. 

Quatre pièces : 1. Les armes de France. — 2. Un chiffre d'initiales. — 3. Los 
Anges et le Samt-Esprit. — 4. L'Annonciation ; 1742. 

215. Le Médecin observateur; in-12. 

Très-joli frontispice , où Ton voit un médecin galant assis dans un fauteuil , 
auprès d'une jeune dame malade , un vieux mari au pied du lit et deux petits 
enfants qui pieureut ; 1742. 

216-218. Vignettes pour un livre d'heures ; in-24. 
1. Jésus enfant. — 2. Un crucifix. — 3. La Vierge ; 17 12. 

219-232. Éléments de la guerre des sièges, par Le Blond ; 3 vol. in-8. 

L'artillerie, l'attaque et la défense des places, trois vignottes. 
Les figures dans onze planches ; 1742. 

233. Œuvres de M. Bossuet , Évoque de Meaux ; in-4. 

Vignette en tête du premier volume ; 17 13. 



566 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

234. Oraison funèbre de M. le Cardinal de Fleury, par le Père de la 

Neuville, jésuite. 
Fleuron du titre ; 17-13 (voyez aussi aux Portraits). 

235. Henri IV à cheval à la tête de son armée, vignette pour une édition 

de la Eenriade qui n'a point paru ; 1743. 

236. Histoire de Cicéron , par l'abbé Prévost ; 3 vol. in-12. 

Frontispice représentant l'Éloquence qui couronne le buste de cet orateur, la 
Philosophie et la Valeur sont à ses côtés ; 1743. 

237-260. Œuvres de Jean-Baptiste Rousseau, Bruxelles, 
3 vol. in-4. 

Neuf fleurons , neuf lettres ornées; six vignettes : la Comédie , ta Musique , 
l'Histoire, la Vérité, la Satyre, les Muses ; 1743. 

•^61-265. Sylvie , roman de M. Watelet ; in-8. 

Quatre fleurons de jeux d'enfants, gravés d'après les dessins de Pierre, et une 
jolie vignette de la Timidité d'Aminte, également d'après Pierre; 1743. 

266-261. Zéneïde , comédie en un acte par M. Cahusac; in-8. 

Frontispice : Nymphe qui s'enfuit en se couvrant le visage avec ses mains. — 
Fleuron sur le titre : Fée assise sur des nuages , avec un livre de Conte de Fée ; 
1744. 

268-269. Traité de la Méridienne de Paris , par Cassini de Thury. 

Observateurs montés sur un échelle au-dessus des arbres d'une forêt et 
prenant des mesures d'angles. — Les mêmes dans une campagne découverte ; 
têtes de page, 1744. 

270. Dissertation sur la nature et la propagation du feu, par Madame 
la Marquise du Châtelet; in-8. 
Fleuron représentant des amours qui forgent dans une caverne ; 1744. 

271-272. Racolta di Rime italiane del Signor abbale Antonini ; in-12. 

Vignette d'armoiries, avec deux écus accolés supportés par des lions; génies, 
turbans , pour l'épître dédicatoire ; 1744. 
Fleuron du titre. 

273-276. Abrégé chronologique de l'Histoire de France , du Président 
Hénault, première édition in-8 ; 1744. 

Le fleuron du titre et trois têtes de page , gravés en 1743 : 1. Bataille de Tol- 
biac. — 2. Baptême deClovis. —3. Louis XIV. 



COCHIN b67 

277-290. Géométrie théorique et pratique a l'usage des artistes , par 
Sébastien Leclerc. 

Fleuron du titre : Génies mesurant le globo terrestre. — La Géométrie, tète de 
page. — Deux fleurons d'enfants qui jouent avec des instruments de mathéma- 
tiques. — Dix petits sujets grotesques de divers amusements ; 1745. 

Ces quatorze pièces ont été copiées par Baquoy. 

291. Traité de perspective, par l'abbé Deidier; in-4. 

« Fragmens de quatre figures très-petites sur la planche 2. » 11-45. 

•292-293. Mémoires d'artillerie, par Surirey de Saint-Rémy, 3 vol iii-4. 

Deux lettres ornées, une L avec un canon monté sur son affût , et un P avec 
un mortier auquel on met le feu ; 1745. 

294. Recueil de pièces sur la convalescence du Roy en 1745 ; Pans, 

David l'aîné, in-8. 
Tête de page : le soleil dissipant les nuages ; 1745. 

295. Le TARTUFE , tête de page in-8 pour la première scène du pre- 

mier acte, dessinée et gravée seulement à l'eau-forte en 1745. 

Cochin , en société avec les sieurs Didot et Jombert, libraires, avait entrepris 
une édition de Molière dont le texte devait être gravé et illustré. Il ne fut pas 
donné cours à ce projet par suite de la mort de Didot. 

Cette petite vignette a été vendue 108 fr. en 1878. 

296. La Malebosse , ouvrage satyrique contre Voltaire , faisant partie 

des Mémoires des Colporteurs , in-8. 

Frontispice sur lequel on voit , entre autres personnages, un bossu qui ouvre 
une porte ; 1746. 

297-302. OEUVRES DE BOJLEAU-DESPRÉAIX , Paris, David 
et Durand , 5 vol. in-8. 
Suite de six vignettes pour le Lutrin ; 1746. 

On trouve ces figures tirées in-8, ou avec des cadres rajoutés, in 4. 
Les eaux-fortes sont au Cabinet des Estampes. 

303-306. Abrégé chronologique de l'Histoire de France du Président 
Hénault , édition de 1746 ; in-8. 

Quatre fleurons gravés par Cochin ; les autres par Chedel , Sornique et Sou- 
beyran. 

: '.07-308. Histoire du Roy Splendide et de la Princesse Hc'térocli/c, 
in-12. 
Deux titres de chaque partie ; 17 17. 



558 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

309. CYTHERE ASSIÉGÉE, opéra-comique de Favart; in-8. 

Très-belle vignette-frontispice représentant Renaud et Armide , dessiné par 
Roucher. L'eau-forte pure est signée d'Ingracn , le terminé de Gochin ; 1748. 

310. Système du philosophe chrétien , par M. de Gamaches ; in-8. 
Un homme assis sur un banc dans un jardin ; fleuron du titre ; 1748. 

311. Fables de Richer ; in-12. 
Frontispice : Suspicione si quis.... etc. 

312-314. Recueil des historiens de France, par Dom Bouquet : in-fol. 
Trois têtes de page pour les volumes 6, 7, 8 ; 1749-1752. 

315-341. Abrégé chronologique de l'Histoire de France 

du Président Hénault ; l re édition in-4. 
Cochin a gravé la plupart des fleurons de cet ouvrage ; 27 pièces ; 1749. 

342-343. Étrennes galantes , chez Vallayer. 

Deux titres gravés par Choffard. L'Amour assis , sur l'un , et sur l'autre , 
l'Amour qui s'envole et les deux dauphins, sont gravés par Cochin ; 1751. 

344. Voyage de l'Amiral Anson , Amsterdam , Arsktée et Merkus ; 
in-4. 
L'eau-forte du fleuron du titre; terminé par Ingram ; 1751. 

345-358. HISTOIRE DE LOUIS XV PAR MÉDAILLES, 1753; 

in-fol. 

Cet ouvrage , qui promettait d'être fort beau , n'a pas été terminé. Chofford 
avait gravé vingt bordures pour encadrer le texte, comme nous l'avons dit dans 
le catalogue de l'œuvre de cet artiste. Quant à Cochin , il avait dessiné et gravé 
ueuf fleurons : 

1 . Zéphyre et Borée volant dans les airs. — 2. Attributs dos arts sur des nuages. 
— 3. Deux amours tenant des lys et des roses. — 4. Deux branches de palmier 
et d'olivier, formant une couronne. — 5. Un cyprès, la faulx du Temps , un 
sablier. — 6. Deux anges chassant des harpies. — 7. Petit fleuron de branches 
d'olivier. — 8. Branches entrelacées, serpent, miroir, épée. — 9. Couronne royale 
sur un coussin , avec bâton et épée. 

Il avait aussi dessiné une suite de plusieurs grandes figures , qui sont à pro- 
prement dire des estampes, et qui peuvent compter parmi ses plus belles pièces. 
11 en a gravé cinq : 

1. Accouchement de Madame la Duchesse de Bourgogne, naissance de 
Louis XV; 1753. 

2. Mort de Louis XIV ; 1753. 

3. Avènement de Louis XV. — Un phénix renaissant de ses cendres, la Guerre 
et la Discorde enchaînées ; 1754. — Terminé par Ingram. 

4. La Régence déférée au Duc d'Orléans. — La Justice prête à monter sur un 



COCHIN. 569 

char traîné par un lion , un renard , un mouton et un chien , « symbole de la 
diversité de caractère du peuple à gouverner ». — Terminé par Dupuis ; 1751. 

5. Rétablissement du commerce et de la marine sojs la Régence ; 1757. 

Les autres pièces, au nombre de huit, gravées par Gallimard, Flipart, Aliamet, 
L. Cars, Dupuis, Prévost. 

359. Recueil de dissertations sur la peinture el le coloris , par M. de 

Piles; in-12. 
Une planche au trait ; 1755. 

360. Dissertation sur l'effet de la lumière , par Cochin fils, lue à l'Aca- 

démie royale de peinture et de sculpture ; in-12. 
Une figure de perspective ; 1759. 

361. Oraison funèbre de Philippe V ; in-4. 

Tête de page. L'Espagne , appuyée sur un lion , et l'Amérique , coiffée de 
plumes, pleurant ; 1759. 

362. Saint Pierre dans une solitude, pleurant sa faute ; vignette in-4. 

Sébastien Le Clerc avait d'abord gravé cette pièce avec un saint Claude ; 
Eisen fut chargé de substituer à ce saint une Madeleine , qui fut effacée à son 
tour et remplacée, en 1759, par le saint Pierre de Cochin ; de là cette légende : 

Saint Claude, par Le Clerc, occupa cette place ; 
La Magdelaine y fut mise après par Eisen ; 
De la main de Cochin, saint Pierre enfin V efface : 
C'est h portier des deux , qu'il nous les ouvre. Amen. 

363. RODOGUNE, tragédie de Corneille ; in-4. 

Le frontispice, dessiné par Boucher, passe pour avoir été gravé à l'eau-forte 
par Madame de Pompadour ; retouché et terminé par Cochin. 

364-36T. Mon disse e, ou le Journal de mon retour de Sain- 
longe, par Robe de Bauvezet, in-8. 
Suite de quatre vignettes dessinées par Desfriches , oncle de l'auteur, et gra- 
vées par Cochin. 
Les eaux-fortes pures dans la collection de M. Portalis. 

368. Oraison funèbre de Madame de France, Duchesse de Parme. 
Tête de page. Deux femmes pleurant auprès d'une urne funéraire ; 1760 

369. Sei Sonate a tre del Signor Leoni ; partition in-fol. 
Fleuron du titre, lyre rayonnante entourée de nuages. 

510. Description du catafalque du Duc de Bourgogne ; in-4. 

ED-Wte où l'on voit l'Espérance désolée à l'aspect d'une colonne renversée en 
plusieurs tronçons ; 1761. 



570 LES URAVEURS DU XVIII e SIECLE 

3*71 . Soliman second, ouïes Sultanes, opéra-comique de Eavart ; in-8. 

Vignette pour l'épître dédicatoire au Maréchal de Saxe : Enfants faisant 
l'exercice, portant l'écu du Maréchal, etc. Gravé en partie par Cochin, en partie 
par Ingram ; 1762. 

372-381 . Les Misotechnites aux enfers, par Cochin fils ; Jombert, in-12. 

Il y a dix petites vignettes allégoriques dessinées et gravées entièrement par 
Cochin; H63. 

382. Tombeau du Maréchal de Saxe , dessiné et gravé à l'eau-forte par 
Cochin , terminé par Nie. Dupuis, 1769 ; in-fol. 



PIECES DIVERSES. 

383. Lucius Quintus Cincinnatus, statue antique, 1728; in-4. 

384. Lutrin terminé par un aigle monté sur le globe de la terre, d'après 

Vassé, 1732; grand in-4. 

385-386. Deux dessins de pendules sur un fond d'architecture dans un 
trumeau d'appartement entre deux croisées, d'après Vassé. 1734 ; 
2 pi. in-fol. 

387-390. Quatre trophées d'outils d'agriculture et de jardinage allégo- 
riques aux quatre saisons, d'après Belay, 1734 ; in-4. 

391. Un grand ananas avec ses feuilles, 1736 ; in-fol. 

392-393. Les Fruits de l'Automne, — Fontaine bachique, planches 
pour Livre nouveau de douze morceaux de fantaisie, d'après 
La Joue, 1737; in-fol. 

394. Grande feuille de paravent , d'après Boucher, 1737; in-fol. 

395. Planche de médailles de l'Empire romain sous Antonin , tirées du 

Cabinet de l'abbé de Rothelin , 1738 ; in-4. 

396. Prime d'émeraude dans sa grandeur naturelle , appartenant à 

M. le Chevalier de Fourques, à Montpellier ; 1740. 

897-401. Cinq planches de tableaux trouvés à Herculanum, dessinées de 
mémoire par Cochin fils et gravées par lui-même à son retour à 
Paris. (Observations sur les antiquités d'Herculanum , Paris , 
Jombert , in-12). 



COTNY (Jacques-Joseph). 



4 761-1809. 



Jacques -Joseph Goiny, fils d'un orfèvre de Ver- 
sailles, d'une famille suisse et qui s'établit en France 
sous le règne de Henri III , est né dans cette ville 
le 19 mars 1761. 

C'était à la profession suivie par ses ancêtres que 
le destinait son père , mais il perdit dès l'âge de 
huit ans ce guide si nécessaire. Sa mère , restée 
veuve avec quatre enfants , n'épargna rien pour leur 
éducation. Notre futur graveur fut mis en pension à 
Saint-Germain-en-Laye , et , ses études achevées , fut 
placé chez un orfèvre de Paris nommé Rameaux. Les 
leçons de dessin nécessaires à cette profession déve- 
loppèrent les dispositions naturelles du jeune artiste. 
Grâce aux conseils du peintre Suvée qui allait devenir 
le gendre de l'orfèvre Rameaux , grâce aux modèles 
que cet artiste lui prêta , Goiny fit de rapides progrès 
dans l'art appliqué à l'industrie , mais son peu de goût 
pour l'état auquel on le destinait le détermina, au bout 
de trois ans , à quitter , malgré la volonté de sa 
famille , l'atelier où il faisait son apprentissage et à 
entrer dans l'école de gravure de Philippe Le Bas. Son 
désir d'arriver le fît aisément remarquer d'un maître 



572 LES GRAVEURS DU XVIII 1 SIÈCLE. 

accoutumé à encourager ses élèves et à leur donner 
tous ses soins. 

Son premier voyage fut pour le Languedoc , dont il 
dessina les sites dans les environs de Montpellier et de 
Nîmes. 11 s'y lia avec le jeune peintre de paysages 
Letellier et c'est là qu'ils formèrent le projet d'aller 
en Suisse. Ils y dessinèrent force paysages lorsqu'au 
bout de trois mois les jeunes artistes furent obligés 
d'interrompre leur voyage , Letellier étant tombé 
assez gravement malade pour que Coiny fût obligé de 
le ramener à Paris. 

A son retour on le présenta à l'abbé de Saint-Non 
qui cherchait des graveurs de mérite pour l'exécution 
des planches du Voyage à Naples et dans les Deux 
Siciles. Coiny grava habilement pour lui, à l'eau-forte, 
un certain nombre de planches, la Vue de Salerne, les 
Côtes de Sorrente, les Environs de Catane , des 
Vues de VEtna , du Lac de Proserpine, de la Ville de 
Termini, des Temples antiques de Sêgeste, Agrigente 
et Syracuse et le Tremblement de Terre de Messine 
(17S3). Toutes ces planches qui ne sont pas les moins 
bonnes de l'ouvrage , sont habilement préparées à 
l'eau-forte par Coiny dont c'était semble-t'il la spécia- 
lité , d'un effet bien compris et bien ménagé. Elles 
étaient ensuite terminées par de Ghendt et d'autres 
graveurs. C'est pendant ces travaux que Coiny fut 
atteint de fièvres qui le laissèrent longtemps dans un 
état d'extrême faiblesse. Le goût de son art ne l'aban- 
donna pas pendant ces épreuves et le peu de répit 
que la maladie lui laissait, était employé à étudier ou à 
graver pour l'abbé de Saint-Non. 

C'est en 1784 que Coiny commença ses planches 



GOINY. 573 

des Fables de La Fontaine , jolie suite très-finement 
gravée d'après les dessins de Vivier, ouvrage plus 
généralement connu sous le nom de Fables de Simon 
et Coiny. Cette dénomination provient de ce que le 
privilège avait été accordé au graveur Simon * , qui 
céda à Coiny la moitié de ses droits et eut part ainsi 
aux premiers succès de l'entreprise , jusqu'au moment 
où ce dernier devint seul propriétaire. Notre graveur 
fit exécuter par Duplessi-Bertaux un certain nombre 
de ces petites figures qui sont assez fines , faites avec 
goût, a dit Renouard , et parfois un peu négligées. 

Encouragé par le succès de cette publication , notre 
graveur entreprit en 1786 , dans le même format , la 
publication d'une suite pour les Métamorphoses 
d'Ovide , dont il avait demandé les dessins à J. B. Re- 
gnault ; mais les trois premières livraisons seules 
parurent. Il en fut ainsi d'une suite de figures du 
même genre pour les Contes de La Fontaine, qui 
promettait une gracieuse illustration ; la première 
livraison seule vit le jour. 

Faut-il attribuer ce défaut de suites au départ de 
Coiny pour l'Italie ? Toujours est-il qu'en 1788, il se mit 
en route pour la terre classique des arts, qu'il désirait 
depuis longtemps visiter , et là. dessinant les vues, les 
monuments , les ouvrages de grands maîtres, surtout 
ceux de Raphaël et de Poussin , il acquit « cette 
» manière sévère et la pureté de formes qui depuis ont 
» distingué ses productions. » C'est sans doute à son 
admiration pour le Sanzio , que l'on doit la suite de la 



1 Simon Simon , graveur né en 1T59, élève de François- Anne David, 
mourut d'un coup de sang (dans sa ville natale) le 20 janvier 180T 

3T 



574 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

Fable de Psyché, gravée par lui sous l'inspiration 
des peintures de la Farnésine. 

De retour en France en 1790 , et après avoir 
terminé la gravure de ses Fables de La Fontaine , 
Coiny collabora à divers ouvrages , à la Galerie de 
Florence , au Musée Français , publié par Filhol , et 
surtout à la collection des Tableaux historiques de la 
Révolution Française , ouvrage imprimé par Didot et 
dont les fascicules commencés dès 1791 , formèrent un 
premier volume paru en 1798. Le frontispice dessiné par 
Fragonard fils , est gravé à l'eau-forte par Coiny et 
terminé par Malapeau. Notre artiste a gravé également 
plusieurs des planches d'après les dessins de Duplessi- 
Bertaux , de Swebach , habiles eaux-fortes qui repré- 
sentent le Pillage des armes de la Garde Nationale , 
les Canons de Paris portés à Montmartre, le 
Triomphe de Voltaire , etc.. 

Nous voyons encore Coiny collaborer aux gravures 
de la grande édition des Œuvres de Racine , d'après 
les dessins de Chaudet, au Voyage pittoresque de 
Constantinople et des Rives du Bosphore , d'après les 
dessins de Melling , et à la Description de V Egypte de 
De Non , mais ce qui assure à Coiny un rang très- 
honorable parmi les graveurs d'illustrations , c'est que 
dans les ouvrages de la collection Bleuet, si recherchés 
aujourd'hui , deux sont entièrement gravés de sa main 
d'après les dessins de J. Lefebvre et ce sont les meil- 
leurs , les Lettres dune Péruvienne et surtout la 
Manon Lescaut (1797). 11 est a remarquer que pour 
Manon Lescaut , les eaux-fortes de ces vignettes sont 
extrêmement avancées et diffèrent à peine des planches 
terminées. Si cette particularité diminue leur intérêt 



COINY 575 

au point de vue de la gravure , elle n'ôte rien à leur 
valeur au point de vue de la rareté et de la curiosité. 

Il faut encore mentionner de Goiny quatre pièces 
pour les Romans et Contes de Voltaire de la suite de 
Renouard , des figures pour les Œuvres de Léonard 
(1787) , un frontispice pour les Œuvres de V Abbé 
Brelin (1797) et une suite (YOrnements de Proues de 
Navires (an VII-IX) gravée avec Le Gouaz son beau- 
père , d'après les dessins d'Ozanne. 

On attribue à Goiny la gravure des planches non 
signées du volume erotique connu sous la dénomination 
de Figures de VArètin d' Augustin Carrache ou 
recueil de postures erotiques. C'est une reproduction 
plus ou moins fidèle des planches très rares gravées 
par Pierre de Jode d'après les dessins originaux de cet 
artiste célèbre *. Les figures de ce livre publié en 1798 
par Pierre Didot sont en effet gravées dans la manière 
un peu sèche de Goiny. La grande allure de l'art 
italien et le sérieux imperturbable avec lequel ces 
compositions sont traitées , rendent cet ouvrage aussi 
peu erotique que possible. 

C'est pendant l'Empire que Coiny entreprit la 
gravure d'une grande planche, la Bataille de Marengo, 
d'après Lejeune : « Peu d'ouvrages aussi considérables, 
» a écrit Regnault-Delalande , offrent une si belle 
» conduite de travail ; elle se distingue par une couleur 
» vigoureuse et un ton très-harmonieux. Le passage 
» des ombres aux lumières y est ménagé avec art et les 

1 Luigi Crispi écrivait en 1T50 à Monsguor Bottari , bibliothécaire du 
Vatican , que ces dessins étaient entre les mains d'un frère ignoranlin , 
et qu'il serait convenable de les en rethvr. Le texte du Recueil est 
l'œuvre de Croze-Magnan. 



570 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» contours y sont prononcés avec science et fermeté. » 
Malheureusement la santé de Coiny avait toujours 
été délicate et le soin extraordinaire qu'il apporta à 
l'exécution de cette planche acheva de l'altérer. Malgré 
les soins de sa femme, Marie- Amélie Le Gouaz fille du 
graveur de ce nom et nièce des Ozanne , un état de 
dépérissement qui allait toujours en augmentant , 
amena sa mort le 28 mai 1809. 

Coiny joignait à un esprit fin et délicat une rare 
modestie et une grande facilité. Exercé de bonne 
heure au maniement de l'eau-forte il en a exécuté un 
grand nombre et tellement dans la manière de 
Duplessi-Bertaux qu'on pourrait les confondre avec 
celles de cet habile graveur. 

Coiny a laissé un fils, Joseph Coiny, graveur comme 
son père et plusieurs élèves parmi lesquels les frères 
Caron , Quéverdo et Richomme. 



1. Fables de La Fontaine, avec figures gravées par MM. Simon 

et Coiny, Paris, Didot l'aîné, 1787, 6 vol. in-18, papier vélin. 

1 frontispice et 211 figures qu'il faut avoir soin de choisir 8vant les numéros 
(Cohen). 

2. LETTRES D'UNE PÉRUVIENNE, par Mme de Graffigny, 

Paris, Didot, 1797, 2 vol. in-18. 
Huit figures de Lefèvre, gravées par Coiny. 

3. HISTOIRE DE MANON LESCAUT, par l'abbé Prévost, Paris, 

Didot, 1797, 2vol. in-18. 

Huit figures de Lefèvre, gravées par Coiny. 

L'engouement des bibliophiles pour les ouvrages de la collection Bleuet est 
poussé très-loin aujourd'hui. Un exemplaire de Manon Lescaut, grand papier, 
fig. avant la lettre et eaux-fortes était récemment cote par un libraire "7.000 fi. 



COLIBERT (Nicolas 



1750- 1806. 



Nicolas Golibert , né à Paris en 1750 , mort à 
Londres en 1806 , peintre et graveur au pointillé , a 
gravé d'abord des paysages d'après Casanova , le 
Dépouillement d'un Cavalier et le Retour de la 
Chasse. 

En 1782 , Golibert est à Londres ; il y grave deux 
sujets ovales se faisant pendant , Pity et Youth . et 
deux sujets d'Evelina. 

Nous le retrouvons à Paris pendant la Révolution, il 
expose au salon libre de 1793 des sujets pastoraux 
et des pièces d'actualité, les Cendres de Voltaire et de 
Rousseau sont portées au Panthéon des grands 
Hommes , d'après Boizot une allégorie de la Patrie 
Satisfaite et le portrait du ministre Roland. 

Il aborda en même temps des sujets plus tendres, la 
Beauté rend les Armes à l'Amour, plusieurs des 
compositions assez médiocres de Schall pour les 
Amours de Psyché et de Cupidon, Paris , chez Defer 
de Maîsonneuve , 1791 , in-4 , qu'il grava en couleur , 
et d'autres d'après Monsiau pour le poëme de la Mort 
d'Abet , publié par le môme éditeur en 1793. 



CONDÉ (John 



L'anglais John Condé, agréable graveur au pointillé, 
a exécuté dans les dernières années du XVIII e siècle , 
un certain nombre de portraits parmi lesquels nous 
signalerons quelques femmes au type fin et distingué , 
représentées en pied d'après le peintre Cosway , 
M n Bouverie , M rs Fitzerbert , M" Tickell , etc. 

Condé entourait ses portraits d'une bordure imitant 
ces encadrements composés de filets et de teintes 
plates qu'on appelle glomisages , du nom de l'enca- 
dreur et marchand d'estampes Glomy, qui les a in- 
ventés. Ce petit artifice, en apparence indifférent, 
n'est pas sans relever et faire valoir les gravures qui 
ont été tenues dans les tons pâles , le pointillé , la 
sanguine , l'aqua-tinta, les pièces sans marges. On 
l'employait souvent au XVIII e siècle pour les dessins. 

Les amateurs français apprécient beaucoup un petit 
portrait ovale de Madame Du Barry, signé de Condé, 
d'après Cosway. Nous le soupçonnons pourtant d'être 
un portrait de pure fantaisie , sans ressemblance 
aucune. 



COPIA (Jacques-Louis), 

1764-4799. 



Le graveur qui s'est peut-être le mieux identifié 
avec ce grand artiste qu'on appelle Prudhon, celui 
qui a le mieux compris le génie voluptueux , caressant 
en môme temps qu'élevé de son modèle , est Jacques- 
Louis Copia. Il est juste de dire toutefois que , sans 
Prudhon, Copia serait resté perdu dans la foule , qu'il 
lui fallait , pour que ses rares qualités de modelé et 
de douceur trouvassent leur emploi , des œuvres 
propres aies faire ressortir, et qu'enfin Prudhon parla 
perfection et le terminé de ses dessins, en môme temps 
que par ses conseils et la direction qu'il leur imprimait 
a aidé singulièrement ses graveurs et favorisé l'éclosion 
des délicieuses interprétations de ses œuvres. Mal- 
heureusement Copia mourut à trente-cinq ans, trop tôt 
pour pouvoir graver les grandes œuvres de son ami , 
mais non pas sans avoir eu le temps de faire apprécier 
son rare mérite. 

Jacques-Louis Copia est né en 1764 à Landau. Il vint 
à Paris et ses premiers travaux parurent dans les 
planches et fleurons de l'Histoire de V AH de Winckel- 
mann, et dans un livre traduit de l'allemand par 
Jansen , éditeur qui était, dit-on, son beau-frère, livre 



880 LES GRAVEURS DU XVIIF SIÈCLE. 

intitulé Idées sur le Geste et l'Action TJiéàlrale (17 '88); 
un ravissant petit portrait de la reine Marie-Antoinette, 
d'après Piauger , et un autre fort gracieux d'après 
Myris, de Madame de Genlis, gouvernante des jeunes 
princes d'Orléans , assise à son bureau , la plume à la 
main et coiffée d'un élégant chapeau , doivent aussi 
dater de ses débuts. Citons de la même époque le 
portrait de Mirabeau , d'après Sicardi , Corne la 
Trovate, estampe galante d'après le même miniaturiste 
et la gravure d'une bien froide composition de Le 
Barbier , la Matinée Turc (sic) , où rien ne fait pré- 
sager le moelleux graveur. Enfin Copia rencontre 
Prudhon et de cette collaboration heureuse vont naître 
quelques précieuses estampes. 

À son retour d'Italie , en pleine crise révolution- 
naire , sans ressources , accablé par sa désagréable 
épouse et par une famille qui s'augmentait , Prudhon 
cherchait quelques travaux . n'importe lesquels. Un 
amateur , le comte d'Harlai , instruit de cette situation 
difficile , lui commanda plusieurs dessins. Le jeune 
peintre avait commencé à Rome les études d'une 
scène mythologique, laVengeance de Cères ; il proposa 
au comte de la terminer , et d'exécuter deux compo- 
sitions gracieuses se faisant pendant, ï Amour réduit 
à la Raison et le Cruel rit des Pleurs qu'il fait 
Verser. 

Dans la Vengeance de Cères , où l'on voit la déesse 
qui va changer en lézard le jeune Iacchus qui se 
moque d'elle pendant qu'elle mange, première estampe 
gravée par Copia , le graveur s'est montré très-habile 
dans le pointillé des chairs et il a très-heureusement 
relevé de burin les draperies et les parties sombres. 



COPIA o81 

C'est du même procédé que s'est servi l'artiste pour 
graver les deux autres compositions, procédé évidem- 
ment enseigné et exécuté sous les yeux de Prudhon 
qui passe , avec raison à notre avis , pour n'avoir 
laissé tirer les planches qu'après avoir revu lus 
épreuves d'essai. Nous irons même plus loin et devant 
ces estampes qui sont la personnification même de 
Prudhon et l'identification de ses dessins , nous pen- 
serions que le grand peintre qui eut pendant quelque 
temps le même atelier que Copia , qui s'associa avec 
son graveur et son ami Constantin qui fournissait les 
fonds pour l'exploitation de ces deux gravures , a 
retouché les planches. 

Le Moniteur du 9 nivôse an II annonçait ainsi 
V Amour réduit à la Raison : « Estampe ingénieuse 
» où l'on reconnaît le moelleux et la grâce du burin de 
» Copia; les étoffes, les chairs et les ornements, tout a 
» sa touche particulière et pour dire ainsi sa couleur. » 
Ces éloges n'ont rien d'exagéré. Nous avons sous les 
yeux la gravure de cette gracieuse composition ainsi 
que celle de son pendant, le Cruel rit des Pleurs 
quil fait verser et nous avons récemment revu les deux 
dessins 1 . Il est impossible d'imaginer quelque chose de 
plus identique ; c'est à croire à première vue que ces 
derniers sont des gravures et Copia n'a eu qu'à suivre 
pour ainsi dire point à point son modèle. Le pointillé 
triomphe en effet dans ces deux estampes et rend 
merveilleusement ce faire si fondu , si suave du grand 
dessinateur, dans le corps de l'amour rageur attaché 



1 A l'Exposition des dessins de maîtres anciens à 1 École des Beaux- 
Arts en 18Ti). Ils appartiennent maintenant à M. Constantini. 



582 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

à la statue de Minerve , ou de l'amour rieur du second 
sujet, dans les bras de la jeune femme qui sont déli- 
cieux et dans l'expression des physionomies. 

En même temps que Prudhon exposait au salon de 
1793 le dessin de V Amour réduit à la Raison , il 
exposait aussi un portrait de femme qui n'était autre 
que la citoyenne Copia. 

C'est un peu plus tard que Prudhon ayant donné 
déjà plusieurs dessins pour l'édition des Amours de 
Daphnis et Chloè , publiée par son ami Pierre Didot , 
fut encore choisi par lui pour en exécuter quelques 
autres destinés à illustrer une édition qu'il préparait de 
VArt d 'Aimer et de Phrosine et Mèlidore , poëmes de 
Gentil-Bernard. Prudhon , qui aurait pu être un 
maître en l'art de la gravure , grava lui-même, on sait 
avec quelle supériorité , la figure de ce dernier 
morceau et produisit un chef-d'œuvre , parfait modèle 
à suivre pour quiconque voudra traduire ses œuvres. 
Copia fut chargé de graver la plus gracieuse des trois 
figures de ï Art d'Aimer , celle qui porte au bas la 
prescription, En Jouir, et son travail habituel a rendu 
à ravir le groupe formé par ces deux corps frémissant 
d'amour , dans un délicieux mélange d'abandon et de 
pudeur. 

Une charmante œuvre encore, due à la collaboration 
des deux artistes, est la suite des cinq figures 
pour la Nouvelle Hèloïse. Le portrait de Jean-Jacques 
Rousseau costumé à l'antique est gravé finement 
par Copia, d'après Degault ; les cinq autres pièces 
dont celle bien connue du Premier baiser de ï Amour 
sont du maître , et gravées avec beaucoup de goût par 
Copia. Partout où il faut mettre du sentiment et de la 



COPIA 583 

volupté , Prudhon triomphe , et là même où le disgra- 
cieux des accoutrements ferait échouer tout autre. Son 
historien 1 trouve que les costumes ridicules de la fin du 
siècle enlèvent à ces compositions le caractère sérieux 
qu'elles exigent , mais en revanche il reconnaît que 
Julie dans le bosquet, soutenue par son amie suspendue 
des deux bras au cou de son amant , sa jolie tête 
enivrée d'amour penchée sur son épaule , est une 
figure ravissante qui doit prendre place parmi les plus 
merveilleuses inventions de l'artiste. 

Ajoutons que les autres pièces de la même suite 
sont agréables quand elles sont en bonnes épreuves , 
ce qui est rare, particulièrement celle qui a pour 
légende : Il appliqua sur sa main malade des baisers 
de feu. 

Il nous faut parler maintenant de quelques grandes 
pièces républicaines de Prudhon exécutées au moment 
de la plus grande effervescence révolutionnaire et po- 
pularisées par la gravure de Copia. La Constitution 
Française , est symbolisée par Minerve rapprochant 
l'une de l'autre la Liberté et la Loi qui se donnent la 
main , groupe principal entouré d'autres figures allé- 
goriques. Cet ouvrage d'une belle ordonnance mais 
un peu théâtral , semble avoir été fait pour quelque 
projet de décoration murale. Deux soubassements 
renferment les compositions bien connues de £ Egalité 
et de la Loi dont notre graveur fit aussi deux petites 
estampes séparées. La Loi surtout représentée par 
une femme accroupie qui défend une jeune fille qu'un 



1 Prudhon , sa vie , ses œuvres et sa correspondance , par Charles 
Clément. 18T2. 



584 LES GRAVEURS DU XVIIF SIECLE 

malfaiteur veut frapper est d'une magnifique tournure 
malgré son exiguité. 

Mentionnons encore d'après Prudhon , la Liberté , 
jolie pièce qui se vendait chez Copia , rue Boucher 
n. 6. 

Et puis Copia tombe dans l'imagerie révolutionnaire. 
Il grave bien encore pour le Virgile de Didot une 
des meilleures compositions des Bucoliques , estampe 
qui paraîtra après sa mort , en 1801 ; mais il est obligé 
d'intevprèter l'apothéose de la République Française 
traînée sur un char , et entourée de ces figures déme- 
surément longues dont Fragonard fils avait le triste 
secret ; d'après Sicardi la Liberté Patronne des 
Français, estampe commencée par Ruotte et terminée 
par Copia , ou bien encore le Porte-Drapeau de la 
Fête Civique , d'après Boyli (sic) composition où le 
peuple a été personnifié dans un type bien peu flatteur, 
et le Marèchal-F errant de la Vendée , d'après Sablet. 
Le portrait de Marat assassiné , d'après le dessin de 
David , est particulièrement sinistre. 

Citons maintenant l'estampe de Julie, d'après Mallais 
(Mallet sans doute), nouvelle édition mais inférieure 
du Premier baiser de l'amour. Enfin pour finir, 
V Innocence en Danger , d'après Devosge et V Amour 
et V Amitié, d'après Vincent, fadeurs qui sont annoncées 
dans les Nouvelles des Arts de Landon (an XI) comme 
les dernières productions de Copia. 

L'artiste nous a laissé sa carte de visite gravée, un 
Amour sur des nuages qui tient une petite pancarte 
avec l'adresse : Copia, graveur en taille douce , rue 
Bouclier n. 5, au 2 me , Paris. C'est là qu'il demeurait 
avec sa femme , dont Prudhon nous a laissé un mer- 



COPIA. 585 

veilleux portrait , peint en 1792 , qui fut acheté par 
M. d'Harcourt aux héritiers de Copia , et que nous 
avons vu passer en vente il y a une dizaine d'années *. 

Copia a laissé entre autres élèves , un remarquable 
continuateur de sa manière, Roger , qui a tellement 
bien gravé les compositions de Prudhon qu'au dire de 
plusieurs , il a surpassé son maître. 

Voici l'acte de décès peu connu de Copia , extrait 
des archives de l'hôtel de ville de Paris , brûlées 
maintenant : 

« Du 1 er germinal de l'an VII de la République 
» française une et indivisible (21 mars 1799) , acte de 
» décès de Jacques-Louis Copia graveur , âgé de 35 
» ans , natif de Landau , département du Bas-Rhin , 
» domicilié à Paris , rue et division du Théâtre 
» français n. 9 , marié à Françoise-Simone-Antoinette 
» Leroux , sa veuve , décédé le jour d'hier à 3 heures 
» 1/2 de relevée, demeure susditte sur la réquisition à 
» nous faite par Nicolas Renault , âgé de 38 ans , rue 
» de la Liberté 76 , et par Jean-Louis Anselin 43 ans , 
» graveur , domicilié à Paris , susdite rue du Théâtre 
» français n. 9, voisins.... » 

PIÈCES D'APRÈS PRUDHON. 

1. CONSTITUTION FRANÇAISE, fondée sur la Sagesse, sur les 
bases immuables des droits de l'homme et des devoirs du citoyen ; 
in-fol. en largeur. 

M. de Goncourt signale de cette composition magistrale les états suivants: 
1. L'eau-forte, chez M. Eudoxe Marcille. — 2. Avec l'inscription , les noms des 



^ Il se vendit 9050 francs à l'hôtel des ventes et fut adjugé à M. Bis- 
'hoffsheiiu. 



586 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE 

artistes à la pointe. — 3. Avec trois lignes de texte sur la marge inférieure : 
Couverte d'un casque. .. — 4. Les trois lignes effacées, les noms des artistes au 
trait. — 5. Avec dédicace à Napoléon 1 er . 

2-3. L'ÉGALITÉ, — La Loi, petits bas-reliefs tirés de la composition 
précédente ; in- 12 en largeur. 
1 er état: Avant la lettre. 

4. LA LIBERTÉ. Elle a renversé l'hydre delà tyrannie et brisé le 

joug du despotisme — A Paris, chez Depeuille , rue Franciade, 
Section de Bon-Conseil , n° 52. 

1 er état: Sans texte sur la marge inférieure. 
2 e état : Adresse de Copia , rue Boucher, N° G. 
3 e état : Adresse de Depeuille. 

5. La VENGEANCE DE CÉRÈS. — Elle change en lézard le jeune 

Stellio , parce qu'il se moquait d'elle en la voyant manger avec 

avidité. 

I e ' état : Avant la lettre. 

G-T. L'Amour réduit a la raison, — Le Cruel rit des 

PLEURS QU'IL FAIT VERSER, 2p. in-4 en largeur. 
Existent avant la lettre. 

8. EN JOUIR, illustration pour l'Art d'aimer de Gentil-Bernard; 
in-4. 

M. de Concourt signale l'eau-forte chez M. His de la Salle. L'épreuve de 
l'œuvre de Copia au Cabinet des Estampes est sans tablette, avec les mots : 
Copia se. à la pointe, à droite. 

1. Épreuves avec la tablette et avant la lettre, portant quelquefois les mots : 
En jouir, en fins caractères, sur la marge inférieure. 

2. Épreuves avec la lettre dans la tablette. 

9-13. LE PREMIER BAISER DE L'A M U R. — L'Héroïsme de la 
Valeur. — Je ne me bats pas contre un insensé. — Ma fille, 
respecte les cheveux blancs de ton malheureux père. — // ap- 
pliqua sur sa main malade des baisers de feu. — Suite de cinq 
vignettes pour la Nouvelle Héloïse, édition publiée par Bossange, 
Masson et Besson. 

M. de Goncourt signale trois des eaux-fortes dans la collection de M. His 
de la Salle. 

11 existe des épreuves avant la lettre des cinq vignettes. 

Une épreuve avant la lettre , et à toutes marges , de ce chef-d'œuvre qui s'ap- 
pelle le Premier Baiser Je l'amour, a été vendue 300 fr. en 1S79. 



COPIA 587 

Les quelques pièces que Copia a gravons d'après Prudhon suffisent pour le 
faire classer comme un graveur distingué ; non pas comme un artiste à l'exé- 
cution vigoureuse, originale et brillante, mais comme un interprète consciencieux 
qui , placé sur le chemin d'un peintre de génie, a compris qu'il devait s'anéantir 
en lui. Copia sait que traduire est souvent trahir, il se croirait déshonoré parla 
moindre inexactitude et ne cherche point à briller aux dépens de son modèle. Il 
réhabilite le procédé du pointillé, réputé d'habitude d'un ordre Inférieur, en 
l'amenant à rendre à la perfection des œuvres admirables. Que pourrait-on 
demander de plus à Copia ? 

Prudhon , du reste , ne laissait pas à ses interprètes la bride sur le cou : il les 
surveillait et les dirigeait ; quelquefois même , comme dans te Cruel rit des 
pleurs..., il indiquait sur son dessin tous les travaux de gravure à effectuer. 
M. de Concourt nous apprend que le peintre a laissé, sur un certain nombre de 
feuilles volantes, des essais à la plume dans lesquels il s'efforçait d'obtenir sur 
le papier les tailles et le pointillé de la gravure. 



SUJETS DIVERS. 

14-15. Ah ! quel doux plaisir. — Je touche au bonheur. 2 p. in-8 , 
d'après Lavreince (E. Bûcher, N" s 3 et 34Ï. 

16-T7. L'Amour et V Amitié', d'après Vincent. — L'Innocence en danger, 
d'après Devosg-e. 

Ces deux estampes, in-fol., qui font pendant , sont lourdement exécutées : la 
première au pointillé, la seconde au pointillé rehaussé de burin. 

18. Sapho inspirée par l'Amour, d'après Devosge ; in-fol. 

19. Corne la trovate? (Esclave découvrant une odalisque ) , d'après 

Sicardi ; in-fol. ovale. 

20. Julie (le Premier Baiser de l'amour), d'après Mallais ; petit in-fol. 

Au pointillé. Ce sujet n'est point mal traité du tout ; mais il faut, en le regar- 
dant , ne pas se souvenir de la composition de Prudhon. 

21-22. ClIIT! Chit! — PAR ICI! 2 p. d'après Mallet ; in-4. 

Ces deux pièces, faisant pendant, sont assurément curieuses, et fort risquées 
sinon comme dessin , du moins comme intention ; mais une certaine élégance 
de composition rachète la trivialité du sujet. Deux jeunes femmes à la toilette 
voyante appellent , à denii-cachéos derrière leur fenêtre, Chit ! Chit ! — Puis, se 
penchant , l'une d'elles indique l'entrée de la maison , Par ici ! — Ces estampes, 
que n'a pas citées Renouvier, valent bien les grivoiseries de l'ancien régime. 
Elles sont tirées du Cabinet du citoyen Darlet. Sans préjugés, le citoyen Darl.t I 

16 fr. vente Herzog. et 79 fr. vente Béhague. 



588 LES GRAVEURS DU XVIII<" SIECLE 

23. La Matinée turc ou le Sultan Saladin , d'après Le Barbier ; in-fol. 

en largeur. 

24. Le Couronnement de Virgile, vignette in-4. 

25. Vignette d'après Gérard pour l'Églogue V de Virgile , Me unique 

et Mopsus ; in-4. 
Bucoliques de l'édition Didot, H98. 

26-27. Werther. —Charlotte; 1787. 

Pièces copiées sur celles que Berger a gravées d'après Chodowiecki. 

28. Femme du Cap de Diemen (Voyage à la recherche de La Pérouse). 

29. ADRESSE de COPIA. — Sur le fond de cette petite composition , 

les rayons du soleil. Au milieu, un nuage ; un petit amour, mettant 
le doigt sur sa bouche , élève de la main gauche un cadre ovale 
sur lequel on lit : Copia , graveur en taille-douce rue Boucher 
N° 5 au 2 me Paris. — Copia se; in-12 en largeur. 

30-63. Idée sur le geste et l'action théâtrale, par M. Engel, de l'Aca- 
démie royale de Berlin , suivie d'une lettre sur la peinture musicale. 
Paris, Barrois, 1788; 2 vol. in-8. 

34 planches gravées par Copia , représentant 60 petits personnages ou scènes 
de théâtre (Cohen). 

64-87. Le Panthéon ou les figures de la fable, par Sylvain Maréchal. 
24 flg. dont quelques-unes portent le nom du graveur Copia (Cohen). 

88-107. Les Bucoliques. Paris, Giguet et Michaud , 1806; in-4. 

10 figures et 10 culs-de-lampe par Iluet et Fragonard fils, gravés par Copia 
(Cohen). 



PIECES REVOLUTIONNAIRES. 

108. Le Cauchemar de l'Aristocratie, d'après Sauvage ; in-8 en largeur. 

109. Le Forgeron de la Vendée, d'après Sablet ; in-fol. 

110. Le Porte-Drapeau de la fête civique , d'après Boyli ; in-fol., pen- 

dant du précédent. 

Patriote fumant sa pipe et tenant un drapeau tricolore sur lequel on lit la 
devise : La Liberté ou la Mort. 



COPIA, 589 

Les estampes sont susceptibles de changer d'opinion politique comme les 
hommes. Plus lard, le drapeau de la fête civique a été transformé, par une 
retouche , en un drapeau blanc fleurdelysé , et le patriote est devenu le Porte- 
Drapeau de la fête champêtre au retour de Sa Majesté Louis XVIII dans sa capitale 
le 3 mai 1814. 

111. Génie à cheval sur une panthère , tenant un triangle et un bonnet 

phrygien ; in-8. 

112. La Liberté Patrone des Français, d'après Sicardi. — Commencé 

par Ruotte, terminé par Copia. 

113. La République Française, maigre composition de Fragonard fils, 

dans laquelle on retrouve les personnages du tableau de Prudhon, 
la Justice et la Vengeance poursuivant le Crime ; petit in- fol. 
en largeur. 



PORTRAITS. 



114. Bonaparte, Premier Consul, petit profil à droite, encadrement 

orné; in-8. 

115. Franklin, médaille avec revers ; in- 12. 

116. GENLIS (Stéphanie-Félicité Ducrest, Marquise de Sillery, ci- 

devant C sse de), Gouvernante des Enfans de S. A. S. Monseg r . 
le Duc d'Orléans. 

Vertus, grâces, talents, esprit juste, enchanteur. 
Elle a tout ce qu'il faut pour eml/ellir la vie ; 
C'est le charme des yeux , de l'oreille, du eœur. 
Et le désespoir de l'envie. 

Par M. db Sauvigny. 

— Myris pinx., Copia sculp.; in-8. 

Le portrait est assez mal gravé au burin, mais le costume, l'arrangement des 
cheveux et l'« adorable petit chapeau ridicule » sont intéressants. 

117. M A RAT , tel qu'il était au moment de sa mort. — A Marat , l'ami 

du Peuple, David. — Ne pouvant le corrompre, ils l'ont assas- 
sine'! — In- fol. 

Cette tête de Marat, mort, est effrayante de vérité. Elle fut dessinée pov 
David , d'après nature, alors que Marat était encore dans sa baignoire. Copia a 
traduit le dessin au burin , avec une sobriété de moyens qui en grandit encore 
l'effet saisissant. 

I. 38 



590 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

118. Marat, réduction in-8 du précédent. 

119. MARIE -ANTOINETTE , profil à gauche de la Reine, dans un 

petit médaillon ovale reposant sur un nuage. Un amour le sou- 
tient à gauche; un autre l'orne d'une guirlande de fleurs. A 
droite , le Temps se repose. Sous le médaillon , des livres et la 
devise : Dissipât timbras. Sur la marge inférieure , une légende 
en vers. 
Tête de page pour un volume in-8. — Très-rare. 

120. MIRABEAU L'AINE, d'après Sicardi ; in-8 ovale. 

Portrait gravé d'un pointillé très-fln , « dans la manière anglaise la plus édul- 
corée » , dit Renouvier. Nous en avons vu l'eau-forte pure , récemment , chez 
M. Roblin , marchand d'estampes. 

121. Potoki (Wanda , Pauline et Emma, filles du prince Severin), 

d'après Isabey ; ovale. 

122. Rousseau, buste dans une niche ovale. Encadrement carré. — 

Légende: Vitam impendere vero; in-8. 
Accompagne la suite des figures de Prudhon pour la Nouvelle Hélo'i'se. 

123. Un général de la République, à cheval ; la Victoire est au-dessus 

de lui. — Copia aqua forti ; iu-tbl. 



GOQUERET (Pierre-Charles). 



1761 



Coqueret , élève do Janinet , grava au lavis , pen- 
dant la Révolution , des compositions de Lethière , 
empreintes du goût de l'époque , Junius Brut us 
condamnant ses fils , Virginius tuant sa fille , et une 
estampe sur le Neuf Thermidor. Il exécuta aussi 
d'après H. Le Dru de très grands portraits de Jourdan, 
Pichegru et M asséna. 

Il mit à profit les leçons de gravure qu'il avait reçues 
de Janinet dans deux estampes d'un patriotisme 
ampoulé , exécutées en couleur d'après Dutailly : On 
doit à sa Pairie le Sacrifice de ses plus chères 
Affections, — Il est Glorieux de mourir pour sa 
Patrie. 

Plus tard Coqueret reproduisit à Taqua-tinte des 
charges de Vernet, notamment la pièce très-panta- 
gruélique du Gastronome en Jouissance. 

Citons encore un portrait de La Fontaine , ovale , 
gravé en couleur au pointillé, inspiré du type connu 
de H. Rigaud , dédié à Ginguené par Pointeau, auteur 
du dessin. 



COUCHÉ (Jacques). 



1750 



Jacques Couché , graveur au burin , né à Gournay 
en 1750, suivant Joubert, élève de Le Vasseur et 
d'Aliamet, fut l'éditeur de la Galerie du Palais-Ruyal, 
sa principale œuvre , à laquelle il consacra toutes ses 
forces et une bonne partie de son existence. 

Cette entreprise fut commencée vers 1784 ou 1785, 
encouragée par le possesseur de cette belle collection, 
le duc d'Orléans , qui avait choisi Couché comme le 
graveur de son cabinet. La Galerie avait été réunie 
par Monsieur , frère de Louis XIV et très-augmentée 
par le Régent son fils , qui avait acquis d'un coup 
toute la collection Odescalchi contenant elle-même 
celle formée par la reine Christine de Suède. Les 
premières livraisons des gravures de la Galerie du 
Palais-Royal parurent en 1786 , mais la Révolution 
survint, et le duc d'Orléans , Philippe Egalité pressé 
de toutes parts, vendit en plusieurs fois ses tableaux. 
Ceux des écoles française et italienne passèrent entre 
les mains de La Borde de Méreville et peu de temps 
après dans celle d'amateurs anglais. Les tableaux des 
écoles flamande et hollandaise furent acquis par le 
collectionneur anglais Slade et. se dispersèrent aussi. 



COUCHE. o93 

Ce n'est donc que d'après des dessins que Couché avait 
eu la précaution de faire exécuter avec soin par Borel, 
Wicar et autres que les peintures du Palais-Royal 
purent être gravées. Aussi les premières livraisons 
dont les planches avaient été retouchées devant les 
originaux, et qui d'ailleurs avaient été gravées a 
loisir, sont-elles supérieures aux suivantes. Couché 
avait employé à ce vaste travail un grand nombre de 
graveurs , parmi lesquels il faut citer Patas , Deque- 
vauvillers , Romanet , Trière , Guttenberg , Massard , 
Robert de Launay, et d'autres moins connus ; Couché 
et son associé Bouillard gravèrent plusieurs tableaux , 
et , bien que Le Blanc n'en indique que deux , nous 
avons relevé sur dix -huit planches la signature 
J. Couché. Les principales gravées par lui sont la 
Jeune Martyre , d'après Cagnacci , la Partie de 
Masques, d'après Cerquozzi, la Mort d 'Action , 
d'après Titien , une Sainte Famille , d'après A. Car- 
rache , Saint Jean prêchant dans le désert , d'après 
l'Albane , et plusieurs autres d'après Wouwermans , 
Dow , Poelemburg , Bol et Van der Neer. Le Concert 
des Chats, d'après P. Breughel est une curieuse 
estampe. Chaque planche de cette publication était 
accompagnée d'une explication rédigée par l'abbé de 
Fontenai. Les dernières livraisons ne parurent qu'en 
1808. On en trouve des exemplaires avant la lettre. 
(884 fr. Vente de la Bédoyère. ) 

Entre-temps J. Couché collabora pour quelques 
pièces au Voyage à Naples et en Sicile de l'abbé 
de Saint-Non ; il a gravé les planches , vues et 
costumes d'après Geissler pour le Voyage de Pallas 
dans la Russie Méridionale (Paris , 1788-93, 5 vol.), 



594 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

i n _4. — On trouve son nom et son adresse au-dessous 
de la Mort de Toiras et du Lit de la Victoire, d'après 
Fauvel , pièces gravées par J. Couche , graveur, rue 
St-Hyacinthe, et au-dessous de V Aventure d'Henri IV 
et du Capitaine Michau , d'après Duplessi-Bertaux , 
in-4 en largeur, à Paris, chez J. Couché, graveur, 
rue des Fossés-Sl-Germain-des-Prés , 42. 

Citons encore les Sabots, estampe d'après Lavreince, 
la Fuite à Dessein , d'après la peinture de Fragonard ; 
deux jolis paysages avec figures , le Retour au Gîte 
et Je l'aurai mon Etrille , d'après Morete et dédiés 
à M. le baron de Pondeux; la vue d'un Moulin, 
avec personnages , d'après Carmontelle , en largeur. 
— Une pièce pour les Figures de V Histoire de France, 
d'après Moreau le jeune. — Paysages et Animaux , 
d'après Paul Potter et autres , gravés lourdement 
dans la manière du crayon. — Courtoisie du Chevalier 
Bayard, d'après Monnet, gravé à l'eau-forte par 
J. Couché et terminé par Patas. 

François-Louis Couché qui signe Couché fils, élève 
de Louis Lafitte pour le dessin et de son père pour la 
gravure , est né à Paris en 1782. Il a beaucoup plus 
gravé que son père , mais ses principaux travaux , 
Batailles de V Empire , d'après Swebach et Duplessi- 
Bertaux, planches pour Y Histoire de Napoléon par 
Norvins , Trophées des Armées Françaises , Voyage 
en Egypte, Portraits de Généraux , etc, etc.. sont 
postérieures à 1800 et sortent par conséquent de 
notre cadre. 

Mentionnons pourtant une reproduction réduite 
assez réussie bien qu'un peu confuse du Couronne- 
ment de Voltaire au Théâtre - Français , d'après 



COUCHE. 596 

Moreau et Gaucher , et la Translation des Cendres 
de Voltaire au Panthéon , qui lui fait pendant ; 
60 planches des Monuments de Paris, d'après Giveton, 
120 pièces assez fines pour les Esquisses de la 
Révolution, de Dulaure , dessinées et gravées a l'eau- 
forte par Couché fils et terminées par Bovinet et 
Lejeune , et un assez joli portrait de J.-J. Rousseau, 
d'après Duchesne. 



ESTAMPES, etc. 

1. Les Sabots, d'après Lavreince, estampe dédiée à M. le Comte de 

Pons-St-Maurice par Couché , graveur rue S te -Hyacinthe N° 51, 
et dont le sujet est tiré de l'opéra-comuiue de Cazotte et Sedaine , 
représenté le 26 octobre 1168 (E. Bocher, Lavreince, n° 57). 

199 fr. avant la lettre, vente Béhague. 

2. Le Flûteur, d'après Chardin. 

3. LA FUITE A DESSEIN, d'après Fragonard, par Macret et 

Couché, 1783 ; in-fol. 
L'eau-forte pure de cette jolie pièce chez M. Muhlbacher. 

4. La Coquette fixée. 

C'est l'une des moins bonnes pièces de Fragonard ; elle est gravée a l'eau-forta 
par Couché, terminée par Dambrun. 

5. LA PETITE THÉRÈSE, d'après Caresme; dédiée à Madame. 

de Blangermon ; in-fol. 

Biaise à laparfin s'apprête La Belle y vient , il la happe 

Li même à faire le guet Par son jupon île bazin 

Du chapiau couvrant sa (été Vous v'nez donc mordre a lu grappe 

I s'plante au lieu du piquet. Dans la vigne du voisin. 

Eau-forte pure (collection de M. Muhlbacher). 
Terminé en noir, avec les chairs tirées en bistre. 

6. Vignettes d'après Legrand pour lo roman des Trois Femmes , de 

M Inp de Charrière ; in-8. ( Voir à ce sujet l'article Choffard). 



COULET (Anne-Philiberte 



1736- 



Anne-Philiberte Coulet , née à Paris en 1736, reçut 
des leçons d'Aliamet et de Lempereur ; elle s'est 
distinguée parmi les graveuses françaises , et s'est 
particulièrement appliquée à la reproduction des 
tableaux de Joseph Vernet : 

Départ de la Chaloupe , V Heureux Passage. 

La Belle Après-Dinêe. 

Les Jetteurs de Filets. 

Les Pêcheurs Napolitains. 

Incendie d'un Port. 

Les Commerçants Turcs. 

Elle a gravé le Rendez-vous à la Colonne , d'après 
Berghem , le Départ pour le Marché, d'après Van 
Goyen, les Plaisirs Champêtres, la Partie de Plaisirs 
à la Campagne , d'après Loutherbourg. 

Anne Goulet fut reçue à l'Académie Royale de 
Peinture en 1770. 



COURBE ( WlLBRODE - M AGLOl RE - NlCOL AS ) . 



C'est un graveur assez peu connu des derniers 
temps du XVIII e siècle , qui semble avoir eu la 
spécialité des sujets de sainteté : — Enfance de la 
Sainte -Vierge et de Noire-Seigneur, d'après Maratte 
et Lebrun , le Christ en Croix , d'après Le Barbier et 
Rubens , et série de portraits de saints , Charles 
Borromée , Louis de Gonzague , François de Sales , 
Vincent de Paul , etc. 

On trouve pourtant son nom sur deux pièces assez 
jolies de Marillier pour les Amours de Faublas de 
l'an VI , et sur plusieurs des figures bien médiocres 
de X Ovide , de Villenave. 

Signalons encore six pièces pour les Barrières de 
Paris, une copie du portrait de la Comtesse de 
Carcadc, de Gaucher, et des figures pour /.-/. Rous- 
seau, d'après Monsiau. 

Courbe est le principal graveur de la Collection des 
Portraits de MM. les DèpiUès de V Assemblée Natio- 
nale de 1789 , plus connue sous le nom de Collection 
Dejabin. Dejabin était un marchand d'estampes de la 
place du Carrousel , qui entreprit de populariser les 
physionomies des députés des Trois états , demanda 



598 LES GRAVEURS DU XVIIF SIECLE. 

les dessins de leurs portraits , exécutés pour la plupart 
d'après nature , à Labadye , à Perrin , à Isabey et 
même à Moreau *, et les fit graver tous de profil et 
de format in-8 , par Massard , Beljambe, Voyez jeune, 
Masquelier jeune , Letellier, mais surtout par Courbe. 
Ces portraits d'une exécution assez médiocre ne sont 
intéressants que parcequ'ils nous conservent les traits 
authentiques de personnages dont quelques-uns sont 
devenus célèbres ; parmi ceux gravés par Courbe dans 
cette collection, et ils sont bien au nombre de 150 à 
200 , il faut citer : Barnave , Le Pelletier de Sainl- 
Fargeau, Target, Talleyrand, le Comte et le Vicomte 
de Mirabeau , Petion de Villeneuve , Sieyès , l'Abbé 
Maury , Lanjuinais , l'Abbé Grégoire , Dionys du 
Séjour, le Comte de Sainte- Aldegonde, l'évêque de 
Dijon Desmontiers de Mèrinville , etc, etc.. 

Beaucoup de ces portraits ont été commencés à 
l 'eau-forte par Malbeste. 



1 La collection des dessins originaux de ces portraits se trouve au 
Cabinet des Estampes. 



COURTOIS (Pierre-François). 



1736-1763. 



Né à Paris en 1736, mort à Rochefort en 1763, 
P.-F. Courtois a signé deux estampes bien connues , 
dessinées par A. de Saint-Aubin, et qui sont de curieux 
tableaux du monde parisien en 1760. 



1-2. TABLEAU DES PORTRAITS A LA MODE,— LA PRO- 
MENADE DES REMPARTS DE PARIS, d'après A. de Saint- 
Aubin ; 2 p. in-fol. en largeur, 1760. 

La première estampe nous fait assister au défilé des équipages sur les rem- 
parts de Paris. La seconde nous montre le boulevard avec ses cafés aux frontons 
décorés de lanternes vénitiennes , la file des voitures , le monde des consomma- 
teurs et des promeneurs, depuis l'homme aimable qui offre des fleurs aux jeunes 
femmes jusqu'à la joueuse de vielle qui sollicite l'aumône. .. Pour légendes, des 
vers de la composition du graveur lui-même. 

Ces deux pièces sont rares et recherchées. M. Miihlbacher en possède les 
eaux-fortes. — On peut aussi les rencontrer, très-exceptionnellement, avant la 
lettre. 

3. Titre d'après l'iauger pour un Traité des Pierres Précieuses, par 
Pouget fils , marchand joy allier, Quay des Orfèvres au Bouquet 
de Diamants ; in-4. 



COUTELLIER. 



Il n'est rien de plus recherché des collectionneurs 
que ce qui se rapporte à l'histoire du théâtre , et les 
bibliophiles se passionnent particulièrement pour tout 
ce qui l'appelle la célèbre première représentation du 
Mariage de Figaro (la Folle Journée). Il faut donc 
savoir gré à un artiste du nom de Coutellier de nous 
avoir transmis , gravés en couleur, les portraits de 
quelques-uns des acteurs les plus en renom de son 
temps, et notamment de deux interprètes de la 
comédie de Beaumarchais , M elle Contât , dans le 
rôle de Suzanne , et M elle Ollwier sous le costume 
du page Chérubin. 

Les portraits gravés par Coutellier sont ovales , 
leur hauteur est en moyenne de 147 mm. Ils ont été 
publiés d'abord chez Coutellier, puis chez Mondhare 
et Jean , rue Saint-Jean de Beauvais , A. P. D. R. 

Coutellier a aussi gravé un grand portrait de 
Louis XVI au lavis , assez disgracieux (1789). 



1. CONTAT ( Melle) , de la Comédie française, dans le rôle de Suzanne. 
Mariage de Figaro. — ' 4 Coutellier del. et sculp. 



COUTELLIER GOI 

2. OLIVIER (Melle), de la Comédie française, dans le rôle de 

Chérubin , Mariage de Figaro. — Coutellier del. et sculp. 

Ces deux portraits , rares à rencontrer en bel état , forment pendant. Ils sont 
entourés d'un encadrement qui porte leur dimension en hauteur à 185 mm.; ils 
peuvent servir à orner l'édition de la Folle Journée de H85. Les premières 
épreuves, excessivement rares, portent l'adresse de Coutellier, remplacée ensuite 
par celle de Mondhare. 

On peut voir que Mademoiselle Olivier, qui ne fit que passer à la Comédie- 
Française et mourut à vingt-trois ans , n'était point régulièrement johe. Elle 
était très-blonde avec des yeux fort noirs , nous apprend Grimm , « elle avait 
» naturellement je ne sais quoi de fade dans tout son air; mais grâce aux 
» recherches d'une toilette variée avec beaucoup de goût , elle était parvenue à 
» dissimuler adroitement ce défaut, et son jeu avait acquis un caractère d'ingé- 
» nuité, de décenco et de noblesse qui la rendait tout-à-fait intéressante. » 

Grimm nous raconte aussi cette anecdote : a La demoiselle Olivier partage ses 
>> bontés entre M. de Lassonne, médecin, et le sieur Dazincourt, qui double 
» Préville dans les rôles do Crispin. Elle vient d'accoucher; ces deux messieurs 
» se sont disputé fort vivement l'honneur d'être le père de l'enfant. Des arbitres, 
» choisis pour examiner leurs droits et leurs titres respectifs , ont jugé que le 
» meilleur moyen de les concilier était d'appeler l'enfant Crispin-ilédecin. Cette 
» décision a paru d'une équité rare. » 

3. Carlin Bertinazzi, reçu à la Comédie-Italienne en 1741. 

Portrait accompagné de ces vers qui sembleraient mieux convenir à une très- 
jolie actrice : 

Il jouit du rare avantage 
De conserver toujours ses amis, ses talens; 
Son hiver reproduit les fleurs de ton printemps. 
Il est toujours Carlin, les Grâces n'ont point d'âge. 

4. Colombe (M 11 **) l'Ainée, reçue à la Comédie-Italienne en 1773. 

Colombe a fixé sur la terre 
Le dieu qui commande à Cylhère 
C'est le triomphe mérité 
Des talents et de la beauti. 



5. DU GAZON (M me ), reçue a la Comédie-Italienne en 1776. 

Son jeu plein de finesse. Soubrette, elle a pour gages 

Et touchant à la fois Nos applaudissement. 

Acquitte la promesse Elle obtient , en sultane, 

De ce joli minois, Le mouchoir des talents; 

Amante, à nos hommages Elle est en paysanne? 

Elle a des droits constans ; Tous nos cœurs sont au champs. 

Madame Dugazon est représentée eu paysanne. — Cette curieuse gravure est 
extrêmement rare. 



602 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 
6 Jolie n (M rae ), reçue à la Comédie-Italienne en 1781. 

J'apperçus le Sergent, je lui rendis justice, 
Son air était si doux , son regard si flatteur. 
On eut dit que l'Amour s'était fait racoleur. 

Veuve de Cancal. Act I. Scène VI. 

1. MENIER (Joseph), né à Perpignan le 21 Dec. 1752, reçu à la 
Comédie-Italienne en 1176. 

Jamais outré, jamais extrême 
En gatlé, comme en sentiment , 
Son talent est toujours le même 
Etparatt toujours différent. 

A. MlOHU, reçu à la Comédie-Italienne en 17*75. 

Dans ses yeux son âme s'explique, 
Dans su bouche tout est charmant, 
Et la nature en le formant 
Lui dit : Jouez le Magnifique. 

Ce « Magnifique » eut une fin bien triste : ruiné par des spéculations malheu- 
reuses , accusé de mœurs peu honorables , quoique bon père de famille , il se 
noya. 

Il y a un premier état très-rare des six portraits précédents. La gravure est 
coupée à l'ovale, et rapportée sur un cadre en papier bleu à l'adresse de Coutel- 
lier, sur lequel est collée une bande de papier blanc portant la légende. 

9, MAILLARD (M elle ), de l'Académie royale de musique. — Coutellier 
del. et sculp.; in-8. 



COYPEL (Charles). 

1694-1753. 



Les quatre peintres Goypel ont tous essayé de la 
gravure. 

Noël Goypel , né en 1628 , mort en 1707, appartient 
au XVII e siècle. 11 a gravé une Sainte Famille et la 
Vierge et V Enfant Jésus. 

D'Antoine Goypel , fils de Noël , né en 1661 , mort 
en 1722 , on a une Judith , in-4 , estampe à l'eau-forte 
inventée peinte et gravée par A. Coypel et terminée 
au burin par Simonneau l'aîné , un Démocrite , un 
Ecce Homo et un Satyre lutine par des Amours , 
le Triomphe de Galathée, Bacchus et Ariane, planches 
également gravées à l'eau-forte par le peintre et 
terminées par divers graveurs. 

Noël-Nicolas Goypel, fils de Noël, mais d'un second 
lit , né en 1692 , mort en 1734 , a signé une Sainte 
Thérèse en extase, une Femme caressant une 
Colombe, et quelques autres pièces. 

Enfin l'illustrateur du livre de Moncrif sur les 
les Chats, l'auteur des compositions de Don Quichotte, 
Charles Goypel , fils d'Antoine, qui est plus particuliè- 
rement de l'époque qui nous occupe, nous a laissé 
quelques gravures : une suite des Muses , in-4 , de 



ti04 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

neuf pièces naturellement ; l'Amour Précepteur et 
r Amour Ramoneur; l'épigraphe de cette dernière 
estampe doit être de lui , car il avait la prétention de 
trousser galamment de petits vers : 

Votis qui faites cas de l'honeur, 
Fillettes dont l'âme est bien née, 
De ce dangereux ramoneur 
Gardez bien votre cheminée ! 

Quelques petites pièces dans le goût de Watteau 
parmi lesquelles on remarque celle-ci : Petit Maître 
faisant semblant de penser , et des caricatures de 
vieilles femmes; l'Histoire d'une Dévote est une 
amusante suite due à sa verve satyrique ; elle com- 
prend : 1. La Dévote va à la messe, 2. Elle s'offre 
en holocauste , 3. Elle querelle sa servante , 4. Elle 
calomnie son prochain. 

LÎAbbè de Maroulle , ce sicilien antiquaire qui était 
venu s'installer à Paris , dessiné et gravé par son 
amy Ch. Coypel 1726 , ovale in-4, est un intéressant 
portrait d'amateur. 

Huber malmène assez vivement Charles Coypel : 
« Il fut élève et imitateur de son père , mais avec une 
» très-grande infériorité. La faveur l'éleva à la place 
» de premier peintre du roi et de directeur de l'Aca- 
» demie. Son grand défaut que rien ne peut réparer 
» était de manquer absolument de caractère. Il quitta 
» l'histoire pour la bambochade et se trouva encore 
» inférieur à ce genre. A l'exemple de son père , il a 
» aussi cultivé les belles-lettres , et il a beaucoup écrit 
» en vers et en prose , et il n'y a pas mieux réussi que 
» dans les beaux-arts. •» 



Les CREPY. 



Jean Crèpy , le père , était marchand d'estampes à 
Paris , au commencement du siècle dernier ; il a gravé, 
nous apprend Heinecken, « quantité d'estampes en 
» forme de tabatières qui étoient dans ce temps en 
» vogue. » Ces petites pièces sont assez finement 
pointillées et représentent pour la plupart des sujets 
galants. 

Les portraits de Crépy père , d'une exécution bien 
ordinaire , sont quelquefois intéressants par les person- 
nages représentés. Citons le chancelier oVAguesseau , 
Louis XIV, Bernard de Fontanelle, Claude de Sainte 
Marthe, le financier Law , le diacre Paris, Godet 
Des Marais , évêque de Chartres ( l'un des examina- 
teurs du livre de Fénelon , les Maximes des Saints) , 
ï Abbè de Rancê , Koudart de la Motte , le cardinal 
de Noailles , etc.. de formats divers. 

Enfin il faut remarquer pour leur gentillesse et leur 
extrême finesse , une série de très petits portraits de 
princes de la famille royale de France , de forme ovale, 
entourés d'un petit ornement, parmi lesquels on 
distingue le Duc de Berry , le Prince et la Princesse 
de Conty , le Duc et la Duchesse du Maine , le Duc 

I. 39 



606 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

et la Duchesse de Bourgogne, le Duc et la Duchesse 
de Chartres, etc. 

Crépy père eut plusieurs adresses et demeura 
successivement , Rue Saint-Jacques , vis-à-vis le 
Miroir ; Devant la rue du Plâtre , à Saint-Pierre, 
et Cloître Saint-Benoît , au Lion d'Argent. 

Louis Crépy , son fils , né à Paris , graveur et 
éditeur, a gravé d'après Watteau la Perspective, 
qui représente une vue du jardin de Crozat à 
Montmorency , l'Escarpolette , le Triomphe de Cèrès , 
les Délassements de la Guerre , le Quen Dira fon , 
et un curieux portrait de Watteau , lui-même , qui le 
représente à l'âge de vingt ans environ ; au bas se 
trouvent ces vers : 

Avec un air aisé si vif et si nouveau 
Watteau dans ce qu'il peint montre tant de génie 
Que les moindres sujets de son heureux pinceau 
Des grâces, des amours semblent tenir la vie. 

Crépy fils a aussi retouché des Dessus de Cla- 
vecins d'après Gillot, gravés à l'eau-forte par le 
comte de Caylus. 

Il a gravé quelques portraits , la Duchesse de Lesdi- 
guières , Louis XV, d'après VanLoo, in-fol., l'ar- 
chevêque de Paris de Vintimille. 

Enfin un grand nombre de pièces , surtout de por- 
traits , portant l'adresse des Crépy , n'ont pas été 
gravées , mais seulement éditées par eux. 

Il y avait encore pendant la Révolution un éditeur 
d'estampes du nom de Crespy , et il a publié un cer- 
tain nombre des pièces de circonstance qui parurent 
à cette époque. 



GROISEY 



Çroisey , graveur et, éditeur, qui tenait boutique 
quai des Augustins à la Minerve , est l'auteur d'un 
portrait de Marie-Antoinette, Dauphine de France , 
auquel on doit accorder quelque attention, car c'est un 
des meilleurs et des plus gracieux qui aient été exécutés 
de la jeune princesse. Elle est représentée de trois- 
quarts à gauche , la coiffure demi-haute, bouclée et 
ornée de perles , un nœud de rubans autour du cou , 
l'ovale du portrait est entouré d'un cadre richement 
orné avec roses , fleurs de lys , carquois , flambeaux , 
etc. Cette pièce rare à rencontrer en belle épreuve , 
paraît former le pendant du portrait du Dauphin in- 
fol. gravé par Gaucher. 

Croisey a signé l'adresse de Leduc , Maître Sellier 
et Bourrelier de Monseigneur Le Duc de Chartres , 
Fait et Vend toute Sorte d'Equipages Anglaise des 
plus à la Mode, Rue Sainte-Anne , Bute Sainl- 
Roch , à Paris. 

On remarque aussi le nom de Groisey sur un tiè^- 
grand nombre de cartes géographiques. 



GROISIER (Marie-Anne 



1765- 



Cette élève d'Augustin de Saint- Aubin a gravé une 
très-jolie pièce qui représente , dans trois petits 
médaillons enguirlandés le duc d'Orléans, le duc de 
Chartres (depuis Egalité) et la duchesse de Chartres 
On lit dans la marge imprimée : Un bon Prince est 
aimé jusque dans ses Enfants. L'eau-forte, exécutée 
tout-à-fait dans la manière de Saint- Aubin , a été 
vendue en 1876 comme portraits de Louis XV , 
Louis XVI et Marie- Antoinette. Mais c'est là une 
erreur incontestable. 

Marie-Anne Croisier avait débuté par des estampes 
d'après les maîtres : Vénus corrigeant V Amour, d'après 
Rubens , et le Jeune Faune Amoureux , d'après 
Goypel, in-fol. en rond. A la Révolution, elle tombe 
dans les pièces politiques , sur l'administration de 
Necker, la Fête en l'honneur de l'Etre Suprême , etc. 

Citons encore un portrait de Y Abbé Fauchet, dont 
Saint-Aubin a évidemment gravé l'eau-forte. 

En parlant du graveur Louvion, Renouvier, qui n'est 
pas toujours galant , dit que sa pointe sale rappelle 
celle de M elle Croisier. 



CROUTELLE (Louis). 



Croutelle appartient à la catégorie des artistes dont 
le bagage se compose de quelques vignettes. On peut 
dire d'eux qu'ils n'ont pas d'histoire, mais le bibliophile 
n'en doit pas moins pieusement recueillir leurs noms. 
Formé par De Launay qui naturellement l'a associé à 
la gravure des figures de Marillier pour le Cabinet des 
Fées et les Voyages Imaginaires, la pièce la plus 
intéressante pour les bibliophiles qui soit signée du 
nom de Croutelle est un portrait allégorique de Voltaire, 
(dans une composition qui a pour légende : Il ôte aux 
nations le bandeau de l'erreur) dessiné par Moreau 
le jeune , et qui se joint à la suite des figures de 
l'édition de Kelil. Cette élégante composition est d'une 
insigne rareté avant la lettre ; l'eau-forte pure porte 
la signature du graveur Pauquet, Croutelle s'est 
donc borné à terminer la pièce. 

Très fin petit portrait de C. F. Tripier-Lefranc , né 
à Versailles le 24 août 1700. 

Moraliste agréable et Fabuliste sage, 
Ainsi que La Fontaine il doit être cité : 
Et la reconnaissance en traçant son image 
A pressenti le vœu de la postérité. 

Mouton. 



610 LES GRAVEURS DU XVIII' SIECLE. 

Croutelle est un des graveurs des figures de Borel 
pour les Comédies de Regnard , édition de Maradan , 
1790 {le Bal, les Mèneckmes , Dèmocrite, le Léga- 
taire). 

Portraits du Cardinal de Bernis , in-4 , d'après 
Callet , du Marquis Scipion Maffeï , de Frédéric II, 
d'après Guningham , in-fol., de Potocki, in-4, etc. 

Nous avons relevé le nom de Croutelle sur une 
pièce du Voyage Pittoresque de la Syrie, de la 
Palestine et de la Basse-Egypte (an Vil) , celle qui 
représente la Vision du Dessinateur Cassas sur la 
Pyramide , encore notre graveur n'a-t-il fait que 
terminer une eau-forte de Desmaisons. 

11 a encore gravé dans la Pucelle de Voltaire , 
édition de Kehl , la figure du chant X , dans la suite 
du Molière , de Renouard , une pièce , le Mariage 
Forcé, et une pièce pour le Voltaire, du même éditeur, 
le Baron tfOtrante. C'est une des jolies figures de 
cette suite et l'eau-forte est un spécimen de gravure 
aussi peu avancée que possible. C'est à peine si l'on 
y distingue quelques lignes et points. 

Figure d'après Lafitte pour les œuvres de Jean- 
Baptiste Rousseau (1795). — Le Jugement de Salo- 
mon, d'après P. Veronèse (Galerie du Palais-Royal). 

Manuel des boudoirs ou essais erotiques sur les 
demoiselles d'Athènes, ouvrage plus moral quon 
ne pense.... par Mercier de Compiègne. Cythère , 
avec licence des amours l'an du plaisir et de la 
liberté 1240, 4 figures, par Bornet, gravées par 
Croutelle , in-8 (Cohen). 



Les CUVILLIÈS. 



4ti98--l80o. 



Le graveur d'ornements François de Cuvilliès est 
né à Soissons en 1698 et vint à Paris en 1714 étudier 
l'architecture. Robert de Cotte, son maître, était alors 
l'architecte accrédité et les souverains non seulement le 
consultaient sur leurs projets de monuments et de déco- 
rations, mais encore lui demandaient déjeunes élèves 
pour les exécuter ; c'est ainsi que vers 1720 , Cuvilliès 
l'ut envoyé à l'Électeur de Cologne, et en 1724 nommé 
sous-architecte de l'Electeur de Bavière. Son mérite 
et ses nombreux travaux le firent nommer ensuite, en 
1738 , gentilhomme de bouche et 1 er architecte de ce 
prince et lorsqu'en 1745 , il devint empereur d'Alle- 
magne, Cuvilliès prit le titre de conseiller et architecte 
de sa Majesté impériale. 

Son œuvre se compose de suites de Décorations 
oV Appartements , dans le style Louis XV le plus 
rocaille, Panneaux, Cheminées, Portes, Glaces, 
Trumeaux , Lambris , Livres de Consoles , de 
Serrurerie *, le tout remarquablement gravé par 



1 Voir, pour un catalogue détaille de sou œuvre, Notice sur quelque.'' 
artistes français, par Destailleur, architecte. 1863. 



612 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

C. A. de Lespilliez , son élève et son ami. Ce 
graveur mourut en 1754 et Cuvilliès fut tellement 
frappé de cette perte qu'il demanda alors un congé pour 
faire diversion à son chagrin et faire connaître en 
même temps Paris à son fils. 

Il mourut subitement en 1767, et c'est à ce fils qu'il 
faut rapporter la plupart des planches gravées qui 
portent le nom de Cuvilliès. 

François de Cuvilliès fils est né à Munich en 
1734. 11 était ingénieur, capitaine au corps du génie et 
fut nommé, à la mort de son père,architecte de la cour. 
Il publia à Munich en 1769-72, les œuvres de son père, 
in-folio, déjà parues par suites séparées dans un recueil 
intitulé Ecole de ï Architecture Bavaroise , petit in- 
folio , où se trouvent au milieu d'un grand nombre de 
pièces dessinées seulement par lui et gravées surtout 
par Kaltner, un certain nombre de pièces gravées par 
François de Cuvilliès fils. Ce sont des Monuments 
Funéraires (1767) , des Fontaines richement ornées 
(1769) , des Cariatides , pièces gravées à l'eau-forte 
assez mesquinement. 

On suppose que Cuvilliès fils mourut en 1805, à 
cause d'une demande de pension adressée à cette 
époque par sa veuve Catherine Forstner. 

Les exemplaires bien complets et de premier tirage 
des Œuvres de Décorations des Cuvilliès sont assez 
rares. Le premier volume seul a été vendu 615 fr. en 
1873. 



Les DAGOTY. 



Les Dagoty père et fils tentèrent des premiers 
l'essai de la gravure en couleurs , et s'ils ne surent 
jamais tirer grand parti de cette invention, qui devait 
donner de si merveilleux résultats dans les mains des 
Janinet et des Debucourt , on doit néanmoins leur- 
savoir gré d'avoir préparé la voie , en se lançant cou- 
rageusement sur les traces de celui qu'on dit le créa- 
teur du procédé , Leblond de Francfort. 

Ce Leblond , au dire de Choffard , avait commencé 
à Londres, en 1730, une suite de planches d'anatomie, 
coloriées par sa méthode , suite qui fut interrompue 
par le décès de l'anatomiste ; il passa en France , fut 
bien accueilli et obtint un établissement et une pension. 
Il essaya quelques portraits , mais sans obtenir de 
succès, ses planches manquant de franchise et d'éclat ; 
il mourut en 1741. 

Jacques Gauthier Dagoty, né à Marseille vers 1717, 
fut un de ces esprits à la fois intelligents , superficiels 
et inquiets , qui embrassant toutes choses à la fois , 
n'étreignent rien. Demi -savant et demi - artiste, il 
s'occupa de physique , d'anatomie , de botanique , de 
peinture et de gravure avec un égal insuccès. 



644 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Il écrivit un Nouveau système de V Univers (1750), 
dans lequel il combattit le système de Newton et 
l'attraction universelle. Dans sa Chromagènêsie , ou 
Génération des Couleurs , il se donna le ridicule de 
vouloir contester que la lumière blanche soit décom- 
posable en sept couleurs au moyen du prisme. Il 
publia des ouvrages d'anatomie avec planches coloriées 
par son procédé , et les hommes spéciaux ne les trou- 
vèrent pas de leur goût. Il aborda la gravure en 
couleur, et nous a laissé des estampes sans valeur 
artistique , dont on ne peut que conserver un spécimen 
dans une collection, à titre de curiosité , à peu près 
comme on garde aux Arts et Métiers le chariot à 
vapeur de l'ingénieur Cugnot , précurseur de nos 
locomotives. 

C'est en 1749 que Dagoty publia sa Lettre sur le nou- 
vel art d'imprimer les tableaux avec quafre couleurs, 
(le noir , le bleu , le jaune et le rouge). Nous ne con- 
naissons guère de lui que quelques malheureuses 
reproductions de tableaux, un Portrait de M. Dufrény, 
peint par M. Coypel , gravé en couleur par J. Gau- 
thier seul , Prie, du Roy , Rue Saint-Honoré , vis- 
à-vis de V Oratoire ; une pièce représentant Apollon 
et le Soleil levant , composé et gravé en couleur par 
Jacques Gauthier, seul privilégié du Roi 1743 ; 
l'exécution , des plus gauches , laisse à peine deviner 
que c'est Louis XV qu'on a essayé de diviniser. 

Il commença avec un de ses fils , en 1770 , la publi- 
cation d'une Galerie Française , ou Portraits des 
Hommes et des Femmes célèbres qui ont paru en 
France. 

Deux livraisons seulement virent le jour, comprenant 



DAGOTY. 61 o 

un frontispice avec portrait allégorique de Louis XV, 
et les portraits de Louis XV , Louis- Auguste dau- 
phin, Charles-Emmanuel de Sardaigne, Frédéric II, 
Voltaire , d'après La Tour, un .second Voltaire plus 
âgé, Maupeou, etc., portraits généralement signés 
ainsi : peint par Gauthier Dagoty (ils aine , et gravé 
par Gauthier Dagoty père. 

Jacques Dagoty mourut de chagrin , dit-on , d'avoir 
été rayé de la liste des membres de l'Académie de 
Dijon, par suite de querelles particulières , 1785. 

L'article des fils de Dagoty est fort embrouillé , la 
Biographie Générale a essayé de le démêler , mais 
sans grand succès , car ses indications ne sont pas 
d'accord avec les signatures portées sur les pièces 
exécutées par eux. La question n'est pas du reste d'un 
intérêt palpitant. 

Le fils aîné de Dagoty, que nous avons vu signer des 
portraits de la Galerie Universelle à côté de son père, 
s'appelait Louis-Charles. Le portrait de Maupeou est 
gravé par Louis Dagoty fils aine, et une allégorie 
ridicule, à la manière noire, sur le rétablissement de la 
paix , intitulée Travaux de Minerve , est dédiée au 
Roi , par L. Ch. Dagoty , peintre de la Reine et de 
Madame. On dit qu'il commença une série des rois de 
France et n'alla pas plus loin que.... Clnldéric! 

Edouard Dagoty était incontestablement le second 
fils de Jacques , car une épreuve d'un Saint-François 
gravé par lui , que nous avons vue , portait la dédicace 
manuscrite : à Monseigneur le Duc de Chartres, peint 
par Vandyck et gravé en couleur par Edouard 
Dagoty , 2 me pis , avec Pr. du Roi, 1780. 

C'est lui qui est l'auteur d'un très-singulier portrait 



616 LES GRAVEURS DU XVI11* SIÈCLE. 

de Madame du Barry, et d'une Marie-Antoinette de 
grandeur naturelle. 

Cherchant à perfectionner son art , il publiait vers 
1780 une suite d'estampes d'après les tableaux des 
grands maîtres , la Vierge à la Chaise , qui est sa 
moins mauvaise pièce, Venus Anadyo?nène, etc., et 
n'obtenait aucun succès. Rien de plus primitif, en 
effet , que l'exécution de ces grandes enluminures. 
Découragé par cet échec , ce qui se comprend , et 
« dégoûté de sa patrie » ce qui se comprend moins , il 
s'en alla mourir en Italie , en 1783. Les Dagoty 
étaient décidément de leur siècle et avaient l'âme 
sensible. 

Suivant Le Blanc , un autre Dagoty , Arnaud-Éloi , 
a gravé des planches d'histoire naturelle ; il existe 
enfin des planches de minéraux signées : Dessinées et 
gravées par Fabien G. Dagoty, 5 me fils. — Mais 
cela ne nous importe nullement. 



PORTRAITS. 

1. Boucher ; in-4. 

2. Charles-Emmanuel , roi de Sardaigne ; in-4. 

3. DU BARRY (Madame), à laquelle son petit nègre Zamore offre une 

tasse de café ; petit in-fol. 

Ce portrait, des plus recherchés, n'est rien moins que beau. Il y a des épreuves 
en couleur qui paraissent avoir subi des retouches , d'autres en noir que nous 
trouvons préférables. 

4. Louis XV, en noir, allégorique, sur le titre de la Galerie française , 

par Gautier Dagoty le fils, 1771; in-4. 

5. LOUIS XV, de face, en couleur; in-4 {Galerie universelle) 



DAGOTY. ♦VIT 

6. Louis-Auguste, Dauphin de France, en habit rouge ; in-4 ( Galerie 
universelle). 

T MARIE-ANTOINETTE; grand in-fol. 

Cette curiosité est extrêmement rare, introuvable môme. La Reine est repré- 
sentée coiffée de plumes , la main gauche appuyée sur la couronne royale. La 
tête est de grandeur naturelle. 

M. Lacroix nous en a montré une épreuve imprimée sur velours. 

S. Marie-Antoinette (Trait de charité de), grande pièce en largeur 
gravée à la manière noire par L.-Ch. Dagoty. 

« Le 13 octobre 1774, un cerf, poursuivi par la chasse du Roi, se rua sur le 
» nommé P. Grimpier et le blessa dangereusement. La Reine, pour lors Madame 
» la Dauphine , fut au-devant de ce malheureux , le combla de ses bienfaits et 
o lui fit donner tous les secours nécessaires. » 

Bien qu'elle ait atteint le prix de 280 fr. à la vente Béhague , cette pièce est 
bien loin de valoir celle que Moreau le jeune a dessinée sur le même sujet. 

9. Rameau ; in-4. 

10. Voltaire, d'après Latour, gravé par Dagoty père; in-4. 

11. VOLTAIRE , âgé, de face, la main droite dans son gilet ; peint par 

Gautier Dagoty fils , gravé par Gautier Dagoty père , avec Priv. 
du Roi , pour la Galerie universelle, 1112. 

Portrait sinon bien gravé, du moins très-rare et intéressant au point de vue 
de l'iconographie voltairienne. — Il accompagnait un Précis de la vie de Voltaire, 
par la Harpe , dont Grimm parle avec éloge, tout en écrasant le graveur de son 
dédain mérité. « M. de la Harpe , écrit-il eu novembre 1T72, a composé un Précis 
» de la vie de Voltaire pour une certaine Galerie Française dont M. Gauthier 
» Dagoty, graveur en couleur, justement décrié, fournit les portraits. Ce 
y Précis est bien fait , et comme personne ne doit se soucier d'avoir la rap- 
<• sodie de Gauthier Dagoty on sera bien aise sans doute de trouver ce petit 
» morceau à part 



DAMBRUN (Jean). 



1744 



Dambrun, né à Paris en 1741 , est un très-bon graveur 
de vignettes. Ilnevapasjusqu a s'être fait une manière 
originale qui le mette hors de pair , comme un Chof- 
fard ou un Le Mire , et il se borne à traduire correc- 
tement les dessins qu'on lui a confiés , aussi passe-t-il 
sans être beaucoup remarqué ; Huber ne le nomme 
même pas ; Basan , dans son travail écourté , ne peut 
lui consacrer que quatre lignes ; Le Blanc établit son 
catalogue en six articles. 

Nous sommes moins pressés que Basan , et nous 
devons insister davantage sur ces oubliés et ces 
dédaignés de la gravure , sur le petit groupe d'artistes 
modestes , qui ont montré tant de conscience et de 
talent dans l'ornementation des livres. Nous disons 
qu'ils étaient en petit nombre , ces habiles interprètes 
des vignettistes , et c'est un point à faire ressortir ; les 
très-beaux livres à figures , les plus célèbres sont 
signés d'une trentaine de noms de graveurs , pas plus, 
et quand après avoir cité en premier lieu les têtes de 
colonne , les artistes dignes de porter la plume 
blanche , Cochin , Moreau , Choffard , Saint-Aubin , 
Le Mire , Gaucher, particulièrement remarquables par 



DAMBRUN. 649 

leur originalité , nous aurons nommé de Launay , de 
Ghendt , Duclos , Massard , Masquelier, Ponce et 
Simonet, graveurs d'une habileté consommée, puis 
après eux , Baquoy , Dambrun , Delignon , Delvaux , 
Flipart , Godefroy , Halbou , Helman , Legrand , 
Le Roy , Le Veau , Longueil, Patas, Pauquet, Prévost, 
Romanet , Rousseau , Tilliard et Trière , nous aurons 
à peu près épuisé la liste des graveurs qui ont dû leur 
réputation à la facilité , à la netteté avec lesquelles 
ils ont reporté sur le cuivre plusieurs milliers de 
compositions dues à nos incomparables illustrateurs. 

Les détails biographiques nous manquent sur 
Dambrun, mais son œuvre important fait suffisamment 
connaître l'artiste. Si la date de sa naissance est 
exactement 1741 , comme on l'a avancé , Dambrun ne 
serait arrivé à quelque réputation qu'assez tard, à l'âge 
de quarante ans, car on ne le voit point collaborer aux 
célèbres livres qui ont vu le jour avant 1780 , tels que 
ceux illustrés par Gravelot , ou bien encore X Ovide , 
les Baisers et les Fables de Dorât, le Molière de Bret. 
Mais à partir de 1780 on lui confie travaux sur travaux, 
et il ne cesse pas d'être occupé jusque vers 1808 . 
gravant un chiffre honorable de plus de quatre cents 
pièces. 

Il exécute avec bonheur la belle estampe de la 
Partie de Wisch , d'après Moreau , et de nombreuses 
figures pour le Voltaire de Kehl. Plus tard , on le 
voit travailler au Nouveau Testament, à la Psyché 
in-4, et aux autres ouvrages illustrés par Moreau dans 
les dix dernières aimées du siècle. D'après Marillier, 
il collabore au Cabinet des Fées , aux Œuvres de 
l'Abbé Prévost , à l'élégante illustration des Œuvres 



620 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

de Rousseau , in-12 , et prend une large part à la 
gravure de la Bible. Il interprète aussi diverses 
compositions de Le Barbier , Monnet , Monsiau , etc. 
Mais nous pouvons passer rapidement sur ces travaux 
que nous indiquerons plus au long dans le catalogue. 
Il ne nous est pas permis cependant d'omettre ici une 
pièce qui fait le plus grand honneur à Dambrun, 
exécutée d'après Fragonard ; la composition du 
Calendrier des Vieillards est l'une des plus impor- 
tantes de la série des Contes de La Fontaine. Le 
nom de l'artiste qui a gravé cette belle vignette et 
la Partie de Wisch , mérite d'être conservé. 

Dambrun fut visiblement un graveur attitré de 
Quéverdo , qui lui confiait ses estampes au dessin 
lourd et incorrect, comme le Repos, le Sommeil 
interrompu , ou le Lever de la Mariée , composition 
d'une facture alambiquée , servant de pendant à un 
Coucher de la Mariée gravé par Patas (et qui n'a rien 
de commun avec l'estampe si connue de Baudouin), 
et ses vignettes , souvent médiocres , comme celles du 
Télémaque, mais quelquefois estimables, comme celles 
de la Henriade in-4 , ou de la Dernière Hèloïse , ou 
bien encore comme les illustrations des Œuvres de 
Flonan , in-12. Dambrun les recevait toutes gravées 
à l'eau-forte et les achevait d'un burin des plus polis. 
Presque toutes les planches de Dambrun , surtout 
dans la seconde partie de sa carrière , ont été 
commencées par des graveurs qui s'étaient fait une 
spécialité de ces préparations à l'eau-forte , Giraud le 
jeune, Pélicier, etc. Mais ce que Dambrun a produit 
de plus curieux , d'après Quéverdo , c'est incontesta- 
blement la suite de ses almanachs. 



DAM BRUN. 624 

L'œuvre de Dambrun au Cabinet des Estampes 
contient une remarquable série de ces almanachs et 
calendriers , que Cohen a exactement décrite , mais 
sans reconnaître le faire du dessinateur Quéverdo , 
qui pourtant saute aux yeux. 

11 y a là , tirées à douze par feuille, des illustrations 
pour les Etrennes Galantes de 1780, relatives aux 
amusements de Paris et de ses environs ; — une autre 
série se rapporte aux marchands de Paris : le Bon 
Portugal , oranges ! le Bon boudin gros et salé ! le 
marché aux fleurs , au poisson , à la volaille ; mar- 
chande de chapelure à la livre, d'abricots , de crème ; 
les écosseuses ; — une troisième suite nous montre des 
scènes champêtres , une autre nous fait pénétrer dans 
le boudoir d'une jolie femme et assister à son lever, à 
sa toilette , à son bain. 

Puis vient une série de boutiques , confiseurs , 
bouquetières , etc. De là , ces almanachs , véritable 
microcosme de la société du XVIII e siècle, Monument 
du Costume vu par le gros bout de la lorgnette , nous 
transportent au Palais-Royal; les illustrations sont 
toujours hautes de deux pouces , mais tout y est : le 
jardin, la rotonde, les promeneurs se rafraîchissant 
au café , la galerie , le théâtre , les ombres chinoises , 
et môme une scène étrange qui semble représenter 
une fille s'offrant à l'examen d'une proxénète. Cet 
almanach n'est point le moins curieux de la suite. 

Un autre est qualifié par Cohen « représentai ion de 
» scènes amoureuses , telles que des jeunes gens 
» pénétrant chez des jeunes filles, et autres situations 
» voluptueuses. » 

Lorsqu'on a parcouru cette amusante collection, on 

I. 40 



622 LES GRAVEURS DU XVIII»' SIECLE. 

regrette que Quéverdo et Dambrun n'aient pas produit 
un plus grand nombre de ces alraanachs , et surtout 
que ces petits livrets soient d'une telle rareté. 

Dambrun s'essaya dans le genre du portrait par un 
profil du Maréchal de Duras entouré d'ornements de 
Quéverdo , et remplacé plus tard sur la même planche 
par le profil de Necker. La tentative ne fut pas 
heureuse ; le format in-fol. était trop grand pour ses 
moyens. Il aurait mieux réussi dans le portrait-vignette, 
tel que le Frédéric-Guillaume allégorique qu'il a 
gravé pour le Voltaire de Kelil. 



ESTAMPES. 

i. d'après fragonard. 

1. La Coquette fixée; in-fol. 

ii. d'après le prince. 

2. Le Réveil des enfants , gravé à l'eau-forte par Tilliard , terminé par 

d'Embrun; in-fol. 

Cette tenlalive d'anoblissement du nom de d'Embrun paraît être une fantaisie 
du graveur en lettres ; si elle est de Dambrun , il l'a bientôt abandonnée. 

m. d'après MOITTE. 

3. L'Infidélité reconnue ; in-fol. 

iv. d'après moreau. 

4. LA PARTIE DE WISCH, 1~83 ; in-fol. 

Les états des estampes du Monument du Costume sont assez connus pour que 
ous nous dispensions d'y revenir ici 

5. A UN PEUPLE LIBRE; allégorie in-4. 

Le buste de Louis XVI est posé devant une pyramide. Un groupe déjeunes 
gens accroche h son piédestal le médaillon de Bailly. Au fond , l'on voit 



DAM BRUN. 023 

La Fayette porté en triomphe par des gardes nationaux , et la démolition de la 
Bastille. Dans les airs, une Renommée sonne de la trompette. 
Existe à l'eau-forte et avant la lettre. 

v. d'après QUÉVERDO. 

6. Les Baigneuse champêtre dédiés (sic) à Messire Alexandre-Marie de 
Varanville ; in-fol. orné. 

"7. Le Lever DE LA MARIÉE, dédié à la Belle Jeunesse par l'Ami 
du Beau Sexe ; petit in-fol. 

8. Le Repos, — le Sommeil interrompu, 2 p. in-fol. 

9. Les Heures du jour, sujets traités d'une manière affectée et lourde- 

ment ornés. 

10. Les Sens , suite de quatre pièces in-4 , ornées , publiées chez 

Mondhare. 

11. Deux scènes de l'opéra-comique du Déserteur ; in-fol. 

VIGNETTES. 

i. d'après marillier. 

12. Vignettes pour les Œuvres de Pope ( La boucle est à moi ! etc.) , 

pour le Théâtre du monde , de Richer, pour Tangu et Félime , 
pour la petite suite des Œuvres de Jean-Jacques Rousseau. 

Les quatre pièces exécutées pour le Rousseau in-12, sont très-fines et ne 
déparent pas cet ensemble si remarquable comme délicatesse. 

13. Illustrations pour les Œuvres de l'abbé Prévost , le Cabinet des 

Fées. 

Ces pièces (Belphégor, Elle voulut prendre, une serinette , Allons mamselle , Que 
vous êtes fou, Ce n'estpoint un perdreau, les Belles Ondines, Désaltérez-vous, oie.) 
sont d'une très-bonne exécution, surtout la jolie vignette du Voyage sentimental 
(Je la tins dix minutes sur son tablier). — Le Cabinet des Estampes les possède 
en épreuves d'artiste avant la lettre, à tablettes blanches. 

14. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres ; in-18. 

15. Vignettes pour l'Iliade , Télémaquc . les œuvres de Fiorian et de 

Crébillon , Faublas. 



624 LES GRAVEURS DU XVIII U SIECLE. 

1G. Très-nombreuses figures pour la Bible, telles que Sacrifice d'Abra- 
ham , Chasteté de Joseph, Adoration du veau d'or, Samson tue 
un lion , Mort de Samson [ eaux-fortes par Pélicier et Giraud le 
jeune), etc., etc. — Plus de quarante pièces. 

il. d'après moreau. 

H. Figures pour les Œuvres de Voltaire, édition de Kehl; in-8. 

Les plus jolies sont celles de l'Indiscrète , où l'on voit une jeune femme dans 
un costume qui rappelle celui de Marie-Antoinette , — de l'Enfant Prodigue , de 
Zulime, des Deux Tonneaux (Beau-Père , pour jamais je renonce à la voir). — Il 
faut citer encore la Bégueule, Jeannol et Colin , Candide chassé du château , les 
pièces gravées pour la Pucelle, surtout celle du Chant II (Le moine gagne . . . etc.) 
qui est très-découverte, et enfin le portrait allégorique de Frédéric-GuilUvi me, 
Prince de Prusse. 

18. Fleuron pour un des titres du Rousseau in-4. — Femme pleurant 

sur le tombeau de Jean-Jacques. 

19. Vignettes pour YHisloire philosophique ... de l'abbé Raynal , in-8 ; 

pour la Henriade in-4 , chant III ; ITS2. 

20. Nombreuses figures pour le Nouveau Testament. 

21 . Illustrations pour Jehan de Saintré (deux pièces, dont l'une à l'eau- 

forte par Giraud); — pour Psyché' in-4 (la belle figure de Vernis 
et l'Amour et celle de la Mort d'Adonis) ; — pour les Géorgiques 
(ronde de bacchantes). — Vignettes de Juvénal, de la Mort d'An- 
tonin , de la Mort de Phocion , d'Abeilard enseignant. 

22. Œuvres de Gessncr. — La vignette séduisante du Premier navi- 

gateur, conduisant sa barque entourée de nymphes et d'amours , 
(eau-forte par Giraud) , etc. 

23. Illustrations pour Y Ovide deVillenave, d'après Moreau et autres 

(eaux-fortes par Hulk , Giraud le jeune, Petit). 



III. D APRES FRAGONARD. 

24. LE CALENDRIER DES VIEILLARDS, — le Savetier, 

— le Faucon, — la Clochette, illustrations pour les 
Contes de La Fontaine. 

Le Faucon est de Dambi'un , quoique signé par Tilliard. 



DAMBRUN. 625 



iv. d'après quéverdo. 

25. Frontispice et vignettes pour la Hcnriade in-4 ( eaux-fortes por 

Quéverdo). 

Le frontispice a subi , à l'époque de la Révolution , un changement notable. 
On a supprimé les médaillons des rois placés sur la droite, ainsi que le Dauphin 
nouveau-né que la Fiance présentait à Henri IV. 

Les deux figures du Chant IX (Henri IV et Gabrielle d'Estrées), gravées par 
Dambrun, sont les meilleures de la suite; il est à remarquer que, pour 1 une 
d'elles, Quéverdo a servilement copié un petit en-tête d'Eisen en l'agrandissant. 

26. Frontispice et vignettes pour la Dernière Hétoïse (Paris, 1~S1, in-8). 

27. Titre pour Pierre le Grand , tragédie de Dorât , in-8. — Vignette 

pour Télémaque , in-12. — Frontispice élégant et vignettes pour 
Galatée et pour Estelle de Florian , in-8. - Frontispice de Numa, 
du même {Tu longe sequere), in-8. — Apollon et les amours , 
vignette in-12. 

28. Suite de treize vignettes pour Numa Pompilius , et vignettes pour 

les autres ouvrages de Florian , Estelle, Gonzalve, etc. 

Cohen indique avec raison ces illustrations comme très-bonnes. Les vignettes 
du théâtre surtout (toi Deux Billets, les Jumca ux , le Don Fils) rivalisent de gen- 
tillesse avecles meilleures scènes des petits elmanachs. Elles sont gravées avec 
un poli qui rappelle tout-à-fait la manière de Gaucher. 

29. Almanacfi. — Étrennes galantes des Promenades et Amuse- 

ments de Paris pour 1 780 ; 12 pièces in-18. 

Maison de jeu. — Bal champêtre. — Promenade sous les arbres. — Théâtre. 
— Intérieur d'une maison de jeu. — Visite au salon de peinture, etc. 
Très-bonne exécution. 

30. ALMANACll. — Cris de Paris, boutiques, etc.; 12 pièces in-18. 

Le bon Portugal , oranges fines ! — Du bon boudin gros et salé ! — La rue au 
fer, marché aux fleurs. - Cerises à la livre. - Marchande d'abricots. - La 
Vallée, marché à la volaille. - Marché au poisson. - Marchande de chapelure 
à la livre. — Les Écosseuses. — Marchande de crème. 

Scènes amusantes, aussi finement gravées crue dessinées. 

31. ALMANACll. — Scène des saisons? 12 pièces in-18. 

La boutique du confiseur. — Marchande de marrons. — La promenade par un 
temps d'hiver. — Patineurs. — Char de carnaval. - Parade a la baraque de 
p ierro t. — Bouquetière. — Baigneuses. — Cavalier et dame à cheval. — Repas 
champêtre. — Danse paysanne. — La moisson. 

Exécution inférieure. 



626 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

32. ÂLMANA.CH. — Scènes de la vie galante et intime ; 12 pièces in-18. 

Lever d'une jolie femme. — Jeune mère allaitant son enfant. — Toilette d'une 
jolie femme. — La marchande embrassée. — La pèche. — La chasse. — La halte 
des chasseurs. — La guinguette. — La partie de bateau. — Les baigneuses 
surprises. — L'amant suppliant. — Le repas des moissonneurs. 

Bonne gravure. 

33. ALMANACH. — Scènes amoureuses ; 12 pièces in-18. 

Amoureux surpris à la cave. — Amoureux surpris par la mère. — Jeune homme 
entrant dans la chambre d'une jeune fUle qui regarde sa gorge dans une glace. 

— Jeune homme entrant dans le bain des femmes. — Jeune femme jouant à la 
balançoire avec des amours. — Paysan embrassant une paysanne, etc. 

34. ALMANACH. — Le Palais-Royal; 12 pièces in-12. 

Le Jardin. — La Galerie. — La Rotonde. — Le Café. — Courtisane et entré- 
metteuse. — Le Théâtre. — Ombres chinoises, etc. 
Très-curieux et très-bien exécuté. 

35. Almanach. — Le Mariage de Figaro ; 12 pièces in-18. 

Elles sont faciles à reconnaître , on voit Chérubin caché sur le fauteuil , et 
autres scènes reproduites des figures de Saint-Quentin. 
Cet almanach est médiocrement gravé. 

36. Almanach. — Sujets de petits amours ; 12 pièces in-18. 

Femme jouant avec des amours , se faisant pousser par eux en traîneau. — 
Berger et bergère pendant l'orage. — Militaire en congé ? — Baigneuse et amour. 

— Paysan et paysanne qu'un amour entoure d'un filet. — Amour éventant une 
dormeuse, etc. 

37. Almanach. — Suite de scènes qui semblent se rapporter à un roman ; 

12 pièces in-18. 

C'est la suite qui est désignée par Cohen comme Scènes d'intérieur très-diffi- 
ciles à décrire ; on y voit l'incendie d'une chaumière et les suites d'un duel à 
l'épée, etc. 

38. Almanach. — 4 pièces sur la même feuille et 4 cadres. 

Frontispice avec amours. — L'intérieur d'un jeune ménage , avec la mère 
allaitant son enfant. — Jeune élégant aux pieds d'une femme. — Paysan entrant 
par la fenêtre chez une paysanne; imitation de l'estampe de Baudouin Marchez 
tout doux, parlez tout bas. 

39. CALENDRIER. — Scènes mythologicpues ; 12 très-petits sujets 

ronds, avec encadrements pour le calendrier. 

Pygmalion et Galathée.— Hercule et Omphale.— Mars et Vénus.— Les Grâces 
et l'Amour, etc. 



DAM BRUN. 627 

40. Calendrier avec les portraits de la famille royale de France en tête 

des mois. 

41. Calendrier avec scènes des fêtes données à Marie-Antoinette pour 

la naissance du Dauphin. 

Attribué à Dambrun par le catalogue Béhague. 

42. CALENDRIER. -Scènes de la vie galante, delà plus grande finesse. 

Femme surprise au lit, - mettant son chapeau , - recevant une déclaration 
d'amour, - se faisant mettre ses bas, - jouant de la guitare, - se chauffant.- 
ïravaux des champs. - Baigneuses, etc. - 12 petits sujets carrés avec orne- 
ments. Cadre pour le calendrier. 

Excessivement jolis et bien gravés. 

V. VIGNETTES DIVERSES. 

43. Titre pour un Cours de dessin à l'usage de la marine , enrichi 

d'une galerie historique à la portée des En fans ; in-4, non signe. 
A la partie supérieure est une petite estampe représentant un musée de 
constructions navales, avec le buste de Louis XVI placé sur la droite. 

44 Illustrations de Cochin pour la Jérusalem délivrée , in-4 , — de 

Monnet pour Télémaque (Tilliard a signé toutes les pièces , mais 
Dambrun en a gravé quelques-unes) , - les Contes de Voltaire , 
édition de Bouillon , — Lucrèce. 

45 Vio-nettes de Le Barbier pour les Liaisons dangereuses , in-12, 

Racine (eaux-fortes par Giraud le jeune), le Roman comique , les 
Idylles de Gessner, Daphnis et Chloé , la Jérusalem délivrée 
(eaux-fortes par Hulk), etc.; - de Lefèvre pour Télémaque ; - 
de Monsiau pour Rousseau ; - de Myris pour l'Histoire romaine, 
etc., etc. 

46 Planches pour le Voyage à Naples de Saint-Non ( eaux-fortes par 

Allix, Desmoulins ou Quéverdo), le Voyage en Syrie, la Galerie 
du Palais-Royal et autres publications des musées , etc., etc. 



DANZEL (Jérôme 



1755- 18-10. 



Danzel , élève de Flipart , né à Abbeville , a gravé 
Neptune et Amimone , Vulcain remettant à Venus 
les armes d'JSnëe] Boucher en avait exécuté les 
peintures pour le marquis de Marigny, et le directeur 
des bâtiments les faisait reproduire en tapisserie 
aux Gobelins lorsque Beauvarlet et Danzel lui firent 
demander par Cochin la permission de les graver. 
M. de Marigny chargea aussitôt ce dernier de leur 
transmettre sa gracieuse autorisation : 

« 1 er Février. Vos observations , Monsieur , sur 
» l'utilité dont pourrait être à la manufacture des 
» Gobelins , le projet formé par les sieurs Beauvarlet 
» et Danzel de graver les quatre tableaux exécutés en 
» tapisserie dans mon sallon de Paris , m'a paru juste. 
» Ainsy j'accorde bien volontiers à ces deux artistes 
» la permission d'emprunter ces tableaux à condition 
» toutes fois que ce sera pour un tems limité , comme 
» de six semaines ou deux mois et qu'ils choisiront 
» les intervalles ou la manufacture n'en aura pas 
» besoin. Ils peuvent s'adresser à M. Souftlot à qui 
» j'écris pour lui faire connoître mes intentions à cet 
» égard. » 



DANZEL. 620 

Danzel a gravé d'autres grandes estampes , dont les 
plus intéressantes sont : 

V Enlèvement de Proserpine , d'après Vien. 

Alexandre cédant Campaspe à Apelle, d'après 
Lagrenée. 

le Grand-Prêtre Corœsus , désespéré du refus de 
Callirhoê, s'immole à sa place, assez médiocre repro- 
duction du dramatique tableau de Fragonard , décrit 
et loué d'une façon si originale par Diderot. 

Vénus et Adonis, d'après Berthon ; Vénus et Enée, 
d'après Boizot. 

Une estampe dédiée à Madame de La Live, la Laveuse 
d'après Greuze , est d'un burin très-clair et des plus 
agréables. 



DARCIS (Louis). 



Inspirées des procédés de gravure au pointillé de 
Bartolozzi , certaines estampes signées du nom de 
Darcis sont devenues populaires, et les sujets plutôt 
que la manière dont ils sont traités ont donné à son 
nom une certaine notoriété. Les deux gouaches de 
Lavreince qu'il a reproduites par son procédé favori 
ne sont pas parmi les plus gracieuses de ce maître. 
V Accident imprévu nous montre une jeune ouvrière 
recevant d'un petit commissionnaire un billet , contre- 
ordre d'un rendez-vous sans doute. Son pendant, la 
Sentinelle en défaut , représente l'embarras de deux 
jeunes gens surpris par la mère , sujet souvent traité 
dans la dernière moitié du siècle. Ces deux pièces , 
mollement gravées et tirées en bistre , sont dédiées 
au duc d'Orléans par notre graveur qui signe a"Arcis 
pour la circonstance. 

De 1789, date un portrait in- 8 du commandant de la 
garde nationale Marquis de La Fayette, au bas duquel 
il signe Darcis de Demierre, puis pendant la Révolution, 
inspiré par les compositions allégoriques pourtant bien 
vulgaires du sculpteur Boizot , Darcis grave son 
Génie de la Nation Française recevant le Serment 



DARCIS. 031 

du Citoyen couronné par la Loy , in-4, puis de 
petites pièces en rond , V Egalité , la Fraternité , la 
Force , la Liberté, et même un nègre et une négresse 
avec cette légende également nègre : Moi libre aussi. 

La Morale sans Réplique , la Nature , V Inno- 
cence, sont d'après les compositions médiocres du 
même auteur. Darcis a encore gravé d'après quatre 
autres artistes , Isabey , P. Guérin , Boilly et Carie 
Vernet. Le Départ et le Retour , sont deux pièces 
sentimentales imitées du goût anglais, où le volontaire 
des armées de la République embrasse au départ son 
enfant que lui tend sa jeune femme , qu'il presse au 
retour dans ses bras en la couvrant de baisers. 

La Brouille et le Raccommodement , d'après P. 
Guérin , ne sont pas sans grâce , malgré la longueur 
des corps des personnages , mise à la mode par Louis 
David. Darcis a gravé la Solitude et V Innocence, 
d'après Boilly, ainsi qu'un montreur d'animaux savants 
sous le nom de la Pièce Curieuse. — La Bacchante, 
signée du graveur seulement, mais qui semble d'après 
Isabey, nous donne son adresse Rue Montmartre 
1 10 et 98, au coin de celle Notre-Da?ne des Victoires. 

Mais ce sont surtout ses reproductions des dessins 
et aquarelles de Carie Vernet qui ont fait connaître 
Darcis. Les mœurs du Directoire , plus encore peut- 
être que ses costumes , prêtaient à la caricature , et la 
verve satirique du gendre de Moreau le jeune put se 
donner librement carrière , les sujets étant bien loin 
de lui manquer. 

« La popularité la plus bruyante, a écrit M. Renou- 
» vier , accueillit le talent de Vernet au salon où il 
» avait exposé les Incroyables et les Merveilleuses 



632 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» qui furent gravés par Darcis et reproduits et imités 
» par beaucoup d'autres dans tous les formats. Ces 
» types ont conquis leur immortalité dans les annales 
» du costume et des mœurs , comme avaient fait dans 
» leur temps les capitans et les précieuses de Bosse, les 
» Mezzetins et les Coquettes de Gillot. » 

Les Payables , estampe où l'on voit deux filles aux- 
quelles un jeune homme donne de l'argent, semble de 
l'invention de Darcis seul , qui l'a gravée , mais 
r Anglomane , la Course de Chevaux et la suite de 
8 pièces de chevaux au repos ou au galop, sautant une 
barrière et désarçonnant leurs cavaliers , achevèrent 
de populariser le nom de Darcis en même temps que 
celui de Carie Vernet. 

Citons encore un Marins à Minturnes, d'après une 
peinture exécutée à Rome par Drouais, deux portraits 
en rond dans un entourage en feuilles de chêne de 
Brutus et de Guillaume Tell, d'après les dessins de 
Lethière , et dans un tout autre ordre d'idées : Le 
Trente-Un ou la maison de prêt sur nantissement , 
estampe in-fol. en largeur; des compositions pitoyables 
de Mouchet , V Illusion , Couchez là , le Réveil im- 
portun ; et enfin un petit sujet risqué : une dame 
surprise en train de faire sa toilette intime, pièce en 
couleur intitulée Qui est là ? 



DAUDET (Robert). 

1737-1824. 



Robert Daudet ! Voilà un nom que l'on rencontre 
presque à chaque page du Journal de son maître 
Wille , et certes le jeune élève avait su conquérir et 
conserver son affection , car depuis le 16 du mois 
d'octobre 1766 , jour où Wille inscrit : « M. Daudet 
» de Lyon est entré chez moi en qualité d'élève ; son 
» père était marchand d'estampes à Lyon » , les men- 
tions telles que celles-ci : « J'allay à la Comédie- 
» Française. J'y menai MM. Pariseau et Daudet mes 
» élèves » , ou bien « J'allai à la Comédie-Italienne 
» avec mon fils Frédéric et M. Daudet » , ne se 
comptent plus. 

D'autres fois, le graveur conduira son élève au ma- 
riage de Chéreau, aux ventes de tableaux, d'estampes, 
ou bien il le mènera souper chez Basan , ou voir les 
préparatifs du feu d'artifice sur la place Louis XV, à 
l'occasion du mariage du Dauphin avec Marie-Antoi- 
nette d'Autriche, visiter la collection d'objets d'art 
laissés par Boucher ou par Michel Van Loo , et le 
chargera de lui acheter des dessins ou des peintures ; 
tout cela entremêlé de soupers et de promenades. 

Daudet , élevé au milieu des estampes dans la bou- 



63V LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

tique de son père qui lui avait donné quelques leçons 
de gravure , possédait déjà un certain acquit en arri- 
vant à Paris , et se rendit rapidement utile dans 
l'atelier de Wille. Dans le courant de mai 1767 , il 
calque sur la planche les traits d'une composition de 
Schalken dont le maître commence la gravure. Cette 
opération « m'a beaucoup soulagé , écrit Wille , et m'a 
fait plaisir. » 

Daudet grave alors des Marines, d'après J. Vernet. 
L'une d'elles est datée de 1767. La Tempête est réelle- 
ment très-bien rendue ainsi que les Jeunes Blan- 
chisseuses, d'après la peinture faisant partie du cabinet 
de M. Lempereur écuyer , ancien échevin de la ville 
de Paris (1768). C'est dans le courant de cette même 
année que Wille lui confie la gravure de deux fins 
paysages de Dietrich , à lui prêtés par son ami 
M. de Livry. Ce sont les deux planches connues 
sous le nom de 3 me et 4 me Ruines Romaines. Elles se 
vendaient chez Wille , qui annonce au mois de janvier 
1769, au peintre de l'électeur de Saxe , l'achèvement 
de ses deux paysages qu'il a pris la liberté de lui dédier 
et lui en demande encore quelques-uns de même 
sorte. 

Daudet semble avoir gravé avec prédilection les 
paysages de Berghem, délicieux de vérité , de naturel 
et d'arrangement. Nous reconnaissons en deux des 
meilleures planches de Robert Daudet d'après ce 
maître , deux tableaux , le Guè et V Abreuvoir, 
achetés par Wille à la vente de Gaignat , qui rappelle 
et décrit son acquisition avec la joie du collec- 
tionneur. « 17 février 1769. J'ai acheté dans la 
» fameuse vente des tableaux de M. Gaignat , deux 



DAUDET. 63S 

» superbes tableaux faisant pendant de N. Berghein. 
» Ils sont de la plus grande conservation. Dans l'un , 
» on voit treize animaux et cinq figures dont une 
» femme qui trait une chèvre ; une autre est debout à 
» côté d'une vache ; une troisième lave du linge dans 
» le bassin d'une fontaine à la romaine. Dans l'autre 
» tableau , il y a trois figures et neuf animaux dont 
» trois vaches entrant dans une rivière, qu'une femme 
» y mène qui est sur le bord et un chien sautant devant 
» elle. Derrière on voit une belle vache et un homme 
» sur un âne. Ces deux tableaux m'ont coûté quatre 
» mille cent une livres. Ils méritent ce prix, car ils 
» sont des plus beaux et des plus finis du célèbre 
» Berghem. Ils ont appartenu autrefois à M. de Voyer 
» d'Argenson et occupoient une place distinguée dans 
» son beau cabinet , comme aussi dans celui de 
» M. Gaignat. M. le chevalier de Dameri , M. Mariette 
» et plusieurs autres connoisseurs et amateurs de mes 
» amis sont venus depuis pour les examiner de près , 

» étant placés chez moi comme cette vente se faisoit 

» dans la rue de Richelieu , c'est-à-dire loin du quay 
» des Augustins , j'y fus toujours accompagné par 
» M. Daudet qui demeure chez moi et qui aime infini- 
» ment les belles choses ; je revenois cependant 
» plusieurs fois dans le carosse de M. Mariette car le 
» temps étoit fort mauvais. Ma femme et mes enfants 
» ont marqué la plus grande joie lorsque j'apportai 
» mes Berghem au logis. » 

Ces planches ne sont pas les seules que Daudet ait 
gravées d'après Berghem ; nous retrouvons dans son 
œuvre le Passage de Gué de Rivière, et d'autres 
paysages animés de nombreuses figures par exemple 



G3G LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

une Vendange joyeuse et peuplée, terminée par 
Daudet en 1770. C'est à Weisbrodt qu'il en avait , 
comme il le faisait d'habitude , confié l'eau forte ; le 
travail particulier de chacun de ces deux élèves de 
Wille se fondait admirablement et Weisbrodt était 
tellement estimé pour ce premier travail de prépa- 
ration que Daudet, pour en profiter, lui envoyait 
encore jusqu'à Hambourg où son ami était retourné, 
ses cuivres et les modèles, leur faisant courir ainsi tous 
les risques d'un long voyage. C'est ainsi que fut 
gravé entre autres un beau dessin de Berghem repré- 
sentant un Troupeau d'Anes ou de mulets au passage 
d'un bac. 

Daudet dut se marier vers la fin de 1772 , et quitter 
Wille pour s'installer complètement chez lui. Il est 
question en novembre d'un dîner donné par un mar- 
chand, beau-frère de la femme de Daudet, auquel 
Wille , Le Bas et Chéreau sont invités, qui dut précéder 
ou suivre de peu de temps la cérémonie. 

En 1774, en tous cas, Daudet n'habite plus avec son 
maître; car enjuin, Wille mentionne qu'il lui a envoyé, 
avec le tableau, une planche d'après Wagner, que 
Weisbrodt a gravée à l'eau-forte. « Il m'a promis de me 
» l'achever, ajoute-t-il , de même que le pendant que 
» M. Weisbrodt grave actuellement. » 

Ces deux estampes qui représentent des Vues de 
Pirna , en Saxe , sont du meilleur faire de Daudet. 

Le graveur avait aussi été chargé par Basan de 
terminer plusieurs des planches du Cabinet Choiseul 
et de celui du duc de Praslin , son cousin, entre autre 
la grande Chasse au Cerf d'après Wouvermans 
préparéo par Dunker à Teau-lorte. Il terminait encore 



DAUDET. 637 

pour Wille la belle estampe de VAprès-Midi , gravée 
à l'eau-forte d'après Dietrich , par Weisbrodt qui avait 
reçu 18 louis de Wille pour ce travail. 

Daudet avait aussi fait connaissance du peintre- 
Lebrun, grand amateur et grand marchand de tableaux, 
bien que beaucoup moins artiste que sa femme la 
charmante M elle Vigée , dont il ne réussit qu'à se fane 
haïr. Lebrun s'était formé dans un hôtel de la rue de 
Cléry qu'il avait acheté , une importante réunion de 
tableaux et pour la mieux faire valoir, le hardi spécu- 
lateur avait entrepris de la faire graver, à l'instar des 
Ghoiseul, des Poullain , des Vence, et autres 4 . C'est 
ainsi que Daudet avait été chargé de reproduire 
nombre des tableaux de ce cabinet et particulièrement 
plusieurs toiles de Berghem et des compositions d'Os- 
tade , de Van de Velcle, de Van der Meulen, de Karel 
Dujardin , de Moucheron , de Téniers et de Dusart , 
dont il confiait presque toujours les préparations à 
l'eau-forte à l'habile Weisbrodt. 

« Je m'occupe sans relâche , écrivait-il à Lebrun , à 
» terminer votre planche d'après le tableau de C. Dus- 
» sard et je me suis imposé la loix de ne sortir de chez 
» moy qu'après le soleil couché jusqu'à ce que cet objet 
» soit terminée et j'espère que cet époque n'est pas 
» très éloignée; mais il est certain que je n'avois 
» pas aperçue tout de suitte la besogne considérable 
» que je serois obligés d'y employer pour la porter à 
» son plus grand effet. Encore un peu de patiance et 
» vous serés satisfait, je veux au moins finir comme 
» j'ay commancé. 

1 Les planches de la Galerie de Lebrun parurent de 1"7T7 à H90 
et le texte explicatif en 1*792. 

I. 41 



638 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» L'eau-forte du Verchuring est faite depuis long- 
» tems et môme commancé à terminer. Dès que la 
» première planche serat faite je vous la porteray de 
» suitte. Ce 14 juin 1787. » 

Vers la fin de novembre la planche des Buveurs , 
d'après Dusart, était terminée et Daudet l'envoyait à 
Lebrun avec cette lettre : 

« Monsieur voilà enfin ce que vous attendes depuis 
» longtemps et ce que je croyois fermement vous 
» rendre trois mois plutôt , mais j'ay été trompé dans 
» mon calcul par le travail qu'il y a dans cette planche 
» car il est certain que j'en aurois terminé deux pen— 
» dant que j'ay finis celle-cy. Au reste je désire que 
» vous soyez satisfait au moins j'ay fait de mon mieux 
» pour y réussir , je vais faire enssorte que vous 
» n'atendiés pas longtemps la seconde dont je vous 
» envoyé l'eau-forte. Comme j'ay beaucoup d'affaires 
» à cause de l'arrivée de mon neveu qui succède à 
» M. Chereau dans son commerce , il ne m'est pas 
» possible d'aller chez vous pour le moment ce que je 
» me propose de faire sous peut. 

» J'ay besoin pour remplir des engagement de la 
» somme de huit cent livres que je vous prie de 
» remettre au porteur qui vous donnerat ma quitancce 
» de même somme et comme j'en ay très-positivement 
» besoin , j'espère que vous aurés égard à ma prière. 
» 11 y a longtems que j'ay avancé 20 louis d'or pour 
» les deux eauffortes ce qui est plus que la moitié de 
» ce que je vous demande. 

» Je désirerois bien que mon imprimeur soit chargé 
» de l'impression de ma planche parce que je serois 
» plus à portée d'y veiller et nous y gagnerions tout 



DAUDET. 639 

» deux; au moins je n'aurois pas le regret de voir 
» faire le massacre des innocents. J'ai l'honneur , 
» etc Daudet. » 

L'année suivante 1788 , Lebrun continuant de faire 
graver sa galerie , charge Daudet, dont il apprécie le 
talent correct , de reproduire un important tableau 
d'Ostade , la Tabagie. 

« Monsieur , si vous voulés remettre au porteur le 
» tableau d'Ostade en question , j'en feray faire l'eau- 
» forte , pendant que je termineray la planche de 
» Verchuring qui sera bientôt faite actuellement. 

» Faudra-t-il s'en tenir à la même grandeur des 
» planches que je vous ay faite pour celle d'Ostade , 
» dans ce cas il me semble que les figures seront bien 
» petites. Au reste comme vous avés des planches un 
» peu plus grandes celles qui serat faite d'après 
» l'Ostade en question seroit susceptible d'un peu 
» d'augmentation , vous m'instruirés de vos intentions 
» auxquelles je me conformeray. J'ai l'honneur, etc.... 
» Daudet. 18 mai 1788. » 

Puis la Révolution arrive : au milieu des événements 
qui se précipitent , les graveurs n'ont guère le cœur 
à la besogne. L'histoire et le spectacle sont dans la 
rue et c'est là que l'on passe une bonne partie de 
son temps. Daudet, plus lié d'amitié que jamais avec 
Wille , accompagne partout son vieux maître. Ils sont 
ensemble à l'assassinat de Foulon , ils visitent l'inté- 
rieur de la Bastille à moitié démolie, grâce à des billets 
que Daudet s'est procurés ; ils parcourent le Palais des 
Tuileries , en demandant sur le conseil de Daudet la 
permission en allemand à un soldat suisse ; ils vont 



640 LES GRAVEURS DU XVIIF SIÈCLE. 

voir la revue passée aux Champs-Elysées par Lafayette; 
ils assistent au Palais-Royal, au pied du mât surmonté 
du bonnet Phygien , à la chasse donnée aux aristo- 
crates qui n'ont pas de cocarde à leur chapeau. 
Cependant l'on dîne encore à cette époque troublée : 

« 7 février 1790. Mon ami M. Daudet m'avoit invité 
» à dîner chez lui, je m'y rendis avec mon domestique. 
» Le repas fut magnifique. Il y avoit belle et bonne 
» compagnie. M. Daudet qui m'aime d'ancienne date 
» me fit toutes sortes d'amitiés. Je revins chez moi en 
» belle humeur comme ayant passé mon après-midy 
» très-agréablement. » 

On conçoit que Daudet ait un peu négligé les 
planches de Lebrun au milieu de ces premiers événe- 
ments ; il était pourtant arrivé à avancer celle du 
tableau d'Ostade. 

« Monsieur, je vous envoie, lui écrivait-il le 27 août 
» 1789, une des dernières épreuves que j'ay faite 
» faire de votre planche et sans toutes les révolutions 
» qui vienent d'arriver elle seroit actuelement terminée 
» car vous devés bien croire que cela m'at dérangé 
» comme tout le monde. Cette planche qui est extrême- 
» ment compliqué m'a tenue beaucoup plus de tems 
» que je ne l'aurois imaginée ; il lui manque de l'effet 
» et de l'armonie , c'est ce que je fait maintenant et 
» j'espère que la chose serat promtement teminée car 
» il y a déjà du tems que j'y travaille mais l'effet en est 
» difRcille. 1 » 



1 Ces diverses lettres de Daudet font partie des Papiers de Lebrun 
appartenant à M. le baron Pichon qui , avec son amabilité habituelle , a 
bien voulu nous en communiquer ce qui se rapportait à notre sujet. 



DAUDET. 641 

Toujours à la recherche de compositions deBerghera 
pour les graver, Daudet avait appris qu'il était passé à 
la vente du cabinet de M. de Vaudreuil, que Lebrun 
avait formé et dont il avait ensuite été chargé d'effec- 
tuer la vente , un dessin de son maître favori. Daudet 
s'empressa aussitôt , autorisé par leurs relations pré- 
cédentes, d'écrire à Lebrun : 

« Monsieur, Je scait que M. Demarais a acquit à la 
» vente de M. le comte de Vaudreuil que vous venés 
» de faire le dessin de Berghem indiqué par le n. 142 
» pour un prix doux. S'il se contentait d'un bénéfice 
» raisonableje serois bien charmé d'en faire l'acqui- 
» sition et je vous aurois la plus grande obligation si 
» vous aviés la bonté de vous meller de cette acquisi- 
» tion, sans me nomer parceque cela rendroit la chose 
» plus difficille , de plus M. Demarais aurat pour vous 
» des égards qu'il n'auroit pour personne auttres. 
» J'atend de vous cette complaisance comme de votre 
» amitié. J'ai l'honneur, etc.. Daudet. 

» Ce 5 décembre 1787. » 

Lebrun s'empressa, paraît-il, de lui procurer le 
dessin , mais il n'était pas sans doute à la hauteur de 
ce que notre graveur attendait , car trois jours après 
Daudet lui envoyait le billet suivant : « Je me proposois 
» bien, Monsieur, d'aller moi-même vous remercier de 
» la bonté que vous avez eu de me confier les études 
» des ânes de Berghem , en vous les portant , mais je 
» me suis écorché les talons et je suis forcé pour ne 
» pas augmenter le mal de rester dans la chambre 
» quelques jours. Les études des ânes ne me satisfont 
» pas complètement parce que cela ne me paroit pas 
» également de la môme beauté et d'une parffaitte 



642 LES GRAVEURS LU XVIII e SIÈCLE. 

» consservation comme j'aime à posséder ces sortes de 
» choses autrement ma jouissance est imparffaite. Je 
» vous renouvelle mes remercîments et j'ai l'honneur, 
» etc.... Daudet *. » 

On retrouve encore le nom de Daudet dans les 
grands livres de voyages publiés à la fin du siècle ; il a 
terminé au burin, entre autres planches , la Vue des 
Ruines de Palmyre, d'après le dessin de Cassas, 
pour le Voyage en Syrie et en Palestine, et une 
Vue de Naples , pour le Voyage à Naples et en 
Sicile ; des planches pour les Monuments de l'Indous- 
tan , de Langlès , et pour le Musée Finançais , la 
Galerie de Florence, etc.... 

Nous avons étudié Daudet graveur; mais un autre côté 
de sa physionomie qu'il ne faut pas non plus négliger 
c'est le Daudet amateur de tableaux et d'estampes , et 
s'occupant de placer les uns et les autres. Pendant qu'il 
gravait pour Lebrun , il faisait aussi avec lui des affaires 
de tableaux : « Il n'y a point d'équivoque entre 
» M. Lebrun et moy. J'ay bien entendu que je lui 
» redevois 400 L. sur le tableau de Bourdon en retour 
» de la tête de Rembrandt et du Solimène , au moyen 
» de quoy c'est une affaire claire , nette et arrêtée 
» surquoy il n'y aura point de difficultés. 

» Le layetier ira après diné chez M. Le Brun pour 
» encaisser le Bourdon ; il voudrat bien le faire mettre 
» à bas ou donner des ordres dans le cas ou il sortiroit 
» afin que cette affaire ne soit pas retardée. Un 
» amy m'a proposé de m'envoyer une gouache de 

1 Ces lettres font encore partie de la correspondance de Le Brun , que 
M. le baron Pichon a eu la gracieuseté de nous communiquer. 



DAUDET. 643 

» Van-Ulft , si elle pouvoit bien se vendre à Paris 
» de même que des tables de verd antique, je 
» prie M. Le Brun de m'en donner son avis par un 
» mot qu'Q voudrat bien donner au layetier. — 21 
» juillet 1783. — Daudet. » 

Dans une autre série de lettres que nous avons 
eu le plaisir de retrouver, c'est le fin connaisseur 
d'estampes qui se révèle; Daudet qui semble s'occuper 
activement de ce commerce, y donne à 1 amateur 
néophyte Gard - Dutertre , trésorier de France a 
Reims, des conseils sur les pièces à acquérir, 
conseils excellents et dont on peut encore aujour- 
d'hui faire son profit. Cette correspondance com- 
prend sept lettres, partant du 4 février 1780 pour 
aboutir au 7 mars 1781 : « Je suis fort aize que vous 
» soyés de mon sentiments pour ne vous fixer qu a 
« des objets de première beauté et c'est le plus sur 
» moyen de ne jamais vous dégoûter de votre curio- 
» sitée. C'est la morale que j'ay constamment prêche 
» à mes amis et dont il ne m'ont jamais fait de reproche. 
» Les estampes de Rubens , de Vandick , de Vischer , 
» sont aussi celles qui tienent le premier rang dans a 
» curiosité et il paroit que vous commence par ou e 
» commun des amateurs finissent c'est a dire parla 
» tète de la curiositée ; et c'est le véritable moyen de 
» ne jamais s'encanailler. ...» 

Daudet conseille ensuite à son amateur de ne pas 
acquérir d'estampes lavées : « Je n'aime pas mieux 
» que vous les estampes blanchies et je suis leur 
» ennemi déclarré. Pourtant il n'y a pas de règle sans 
» exception. Quant à la collure je leur fait moins la 
» guerre surtout quant les estampes sont de la plus 



644 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» grande beautée et qu'elles sont destinées a mettre 
» sous verre, car la majeure partie de celle que j'ay 
» sont dans ce cas. » 

Ailleurs il s'agit de commissions données dans les 
ventes pour l'amateur rémois : « Le plis de la Magde- 
» laine de la vente de Buldet étant trop aparent je 
» vous invite d'y renoncer. Cela n'empêcherat pas 
» qu'elle ne soit vendue fort chère d'après ce que 
» j'ay oui-dire. » 

Du reste l'amateur Gard-Dutertre veut des pièces 
intactes et particulièrement les chefs-d'œuvre de 
la gravure. A ce titre le fameux portrait , gravé par 
Balechou, du roi de Pologne Auguste III, est une 
pièce qu'il désire avec ardeur mais qu'il ne veut pas 
surpayer : « Le Roy de Pologne, lui écrit Daudet, est 
» sans doute le même dont vous a parlé le P. St-Pierre. 
» C'est Buldet qui l'avoit déjà vendu 120 L. Il est en 
» bordure doré et verre le tout fort propre à part la 
» marge d'en bas qui est coupé , cet estampe est de la 
» plus grande beauté et je ne doute pas qu'elle n'atire 
» des amateurs. Il faut que vous mêtié quelque chose 
» au dessus de 120 L. pareequ'il y a commission 
» jusqu'à ce prix... Une épreuve semblable avec sa 
» marge entière ce vendroit 240 L. » 

Ne croirait-on pas entendre un faiseur de commis- 
sions de nos jours dans le passage qui suit : « La 
» Présentation au Temple , de Rubens sans lettre 
» vient de la vente de Brochant. Elle est comme cecy 
» extraordinairement rare puisque jamais je ne l'ay vu 
» avant la lettre. Elle a coûté 160 L. à la dite vente et 
» peut-être l'auroit-on pour 150. Elle a plusieurs con- 
» curents ; c'est une beauté rare qui n'est point à ma 



DAUDET. 645 

» disposition. Elle est entre les mains d'un homme qui 
» m'at promis d'attendre votre réponsse ; et c'est tout ce 
» que j'ai pu gagner d'un âme mercenaire. Cette 
» estampe est en hauteur gravée par Bolswert et très 
» belle. Je ne perdray pas de vue la note que vous 
» venés de m'envoyer mais il ne faut pas vous borner 
» à l'ordre que vous y avés mis pour les acquisitions. 
» Gomme ces choses ne vienent pas à volonté il faut 
» les saisir quant on les trouvent parcequ'il arrive très 
» souvent qu'elle ne se représantent plus et que l'on a 
» des regrets quand il n'est plus tems. » 

Toujours les mêmes ces experts ! 

Dans la lettre suivante , datée du 14 février, Daudet 
qui a reçu deux lettres à un jour de distance de 
l'impatient et passionné amateur , lui donne des nou- 
velles des acquisitions qu'il a faites pour lui. Il lui a 
acheté la présentation de Rubens à 160 livres. Mais il 
a manqué le portrait du roi de Pologne : « Il a été 
» poussé follement à 184 L. Gela prouve sa beauté , 
» mais ce prix est trop haut pour une estampe qui est 
» deshonnorée par la marge coupée ; je l'ay quité à 
» 150 L. La Magdelaine a été poussée à 150 L. elle eut 
» passé 200 L. sans le plis. » 

Du reste cette lettre est presque toute entière 
intéressante par les réflexions dont Daudet accompagne 
ses conseils à l'amateur novice : « La Mort aux 
» Rats et VHérodiade , étoient vendu lors de la récep- 
» tion de votre lettre et si je ne me fut pas hatté la 
» Présentation auroient eu le même sort , voilà préci- 
» sèment ce que vous aviés prévu ; mais je ne con- 
» noissoit pas vos intentions ; pour obvier à cet 
» inconvéniant je feray une note des estampes que vous 



646 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE 

» m'avés notées , j'y ajouteras celles dont vous ne me 
» parlés point, que vous possédé peut-être ou que vous 
» avés obmis et qui tienent comme les plus beauxRubens 
» le premier rang dans la curiosité, c'est à dire qui sont 
» également des chef d'œuvre des plus grand maittre. 
» J'y ajouteray à peu près les prix et d'après ces ren- 
» seignements vous m'indiqueriés les morceaux que 
» vous préfereriés ; au moyen de cette précaution et 
» instruit de vos désirs je ne manqueray point les 
» objet qui se présanteront et qui seront de la première 
» beautée et conservations. 

» L'acquéreur de la Mort aux Rats et de méro- 
» cliacle étant un homme inconstant il pourroit arriver 
» que quelques jours il me retombasse dans les mains ; 
» d'ailleurs il ne sont pas aussi rares que la Prêsen- 
» talion de Rubens avant la lettre qui est unique à ma 
» connoissance. 

» Gomme l'objet de vos acquisitions étoit de trop 
» petites consequance je les ay payés de suittes. Dans 
» d'auttres circonstances pour de plus forte somme on 
» accorde quelque fois crédit. Il n'y a point de Boe- 
» mienne à désirer auttre que celle avec le nom de 
» Vischer au bas qui est execivement rare , mais que 
» nous trouverons avec la patience, mais je vous plaint 
» véritablement si vous en manquées 

» Puisque c'est Alliette qui vous a vendu le petit 
» Christ au rozeau à très bon compte l'épreuve me fait 
» naittre des suspiscion de sa beauté. C'est un mar- 
» chand qui a des connoissances et qui ordinairement 
» est extrêmement cher, si je pouvois voir votre 
» épreuve, j'éclaircirois le mistère , d'autant mieux 
» que difficilement elle se trouve belle. » 



DAUDET. 647 

Mais voici que Beauvarlet ne trouve pas grâce 
devant Daudet ; il nous semble bien sévèrement mal- 
traité par son contemporain : « Vous ferés très 
» sagement de garder vos deux Beauvarlet avec la lettre 
» et de ne point pensser à faire des follies pour des 
» épreuves sans lettres des estampes de ce maittre. Il 
» vaut cent fois mieux employer de l'argent pour des 
» estampes précieuses d'anciens maîttres que d'en 
» donner pour les productions d'un homme qui ne plait 
» véritablement qu'à des ignorants et ce choix vous 
» ferat toujours beaucoup d'honneur vis-à-vis des 
» vrays connoisseurs ; d'ailleurs ces sortes de chose ne 
» peuvent pas se soutenir à côté des Rubens et des 
» Vicher. Toujours du très beau ou point , c'est 
» d'ailleurs mon sistême , de tous les tems. Quant les 
» choses sont de premières beautées elles ont toujours 
» une valeur déterminée et communément les prix 
» augmentent plutôt qu'ils ne diminue et l'on a plutôt 
» des regrets sur la médiocrité que sur les prix des 
» objets de curiositées. 

» Quant il se ferat des ventes de concéquances et 
» qu'on y accorderat des délais pour le payement, rien 
» n'est plus juste de vous en faire jouir, d'ailleur ce 
» serat toujours moy qui paroitrés et jamais vous ; 
» cela est entendu une fois pour toutes. » 

On voit combien l'amateur Gard-Dutertre était 
soigneusement conseillé. N'acheter que du beau , et 
ne pas craindre quelques prix élevés , la valeur des 
belles choses tendant à augmenter plutôt qu'à diminuer, 
ce qui est vrai plus que jamais. Dans d'autres lettres , 
Daudet dégoûte son amateur des Vues de Suisse et lui 
conseille de préférence de souscrire au Voyage d'Italie 



648 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

de Saint-Non et au Voyage de Grèce de Choiseul qui 
sont des ouvrages pour lesquels les auteurs n'ont rien 
épargné : « M. M. Aliamet , Lemire , Prévost et autres 
» habiles graveurs ont été occupés dans ces deux 
» ouvrages et le sont encore. » 

Le 9 septembre 1780 , il lui écrit : « L'estampe du 
» Sacre de Moreau est extrêmement rare ; un mar- 
» chand qui en a eu , en a vendu jusqu'à 3 Louis d'or 
» et moins , 48 Livres à des marchands. Je lui en ay 
» demandé une comme pour moy à ce dernier prix , 
» et il m'a promis que s'il lui en venoit une belle il 
» m'en instruirait et feroit son possible pour m'obliger. » 

Enfin dans la dernière lettre datée du 7 mars 1781 , 
Daudet propose à son amateur quelques estampes 
qu'on lui a confiées pour les vendre : « Monsieur, j'ay 
t> eu depuis deux jours une partie des estampes du 
f> portefeuille dont j'ay eu l'honneur de vous parler 
» lors de votre séjour à Paris et je me hâte de vous 
» donner note de celles qu'il m'a parût que vous 
» désiriés le plus ardemment. Le seigneur qui mêles a 
» données à vendre se dégoûte de la curiosité en ce 
» genrre pour la remplacer par des dessins ; c'est 
» assés l'ordinnaire dans cette classe d'hommes de 
» n'être jamais attachée à rien. Plusieurs amateurs 
» instruits des belles choses qui vienent de m'ettre 
•» confiée sont déjà venu me faire visite et j'attendray 
» de leur montrer ce que je viens vous annoncer 
» jusqu'à votre réponsse car je ne voudrois pas man- 
» quer les occasions qui ce présenteront , pour être 
» plutôt débarassé de cette besogne qui est toujours 
» onéreuse à un artiste qui est fort occupés. » 

Suit une liste d'estampes d'Édelinck , Suyderof , 



DAUDET. 649 

Mellan et autres , plus intéressantes pour les corres- 
pondants que pour nous , mais il ressort de cette cor- 
respondance que le graveur Daudet , ainsi que Wille 
le laisse d'ailleurs entendre dans son journal, était non 
seulement un excellent buriniste, choisi comme tel par 
le connaisseur Lebrun, pour graver seize des planches 
de sa Galerie, mais aussi un amateur très - compétent 
et très -éclairé sur les productions anciennes de la 
gravure et sur celles de ses contemporains. Pour 
nous, nous tenons en singulière estime l'homme qui a 
formulé la devise du véritable collectionneur : Tou- 
jours du très-beau ou point. 
Robert Daudet mourut à Paris en 1824. 



DAULCEUR (Louise Le). 



Il y aurait injustice , disait M. Poulet-Malassis, dans 
les Ex-Libris Français , et nous le répétons avec lui, 
à ne pas donner place ici à cette femme du monde , 
amateur de talent , gracieux intermédiaire entre les 
artistes ses maîtres et ses amis , auxquels elle deman- 
dait des marques de bibliothèques et ses autres amis 
savants et lettrés, pour qui elle se plaisait à les graver. 
Louise de Montigny, femme Le Daulceur, dans sa 
société, s'était fait de l'ex-libris une spécialité aimable. 
Bouchard on , Pierre , Gravelot , Eisen , lui ont donné 
des modèles , les deux premiers n'en ont donné qu'à 
elle. C'est une patronne toute trouvée pour les collec- 
tionneurs, et du bon temps : 

EX-LIBRIS, etc. 

1. M de Le Daulceur. — Ed. Bouchardon, inv. del., Louise Le D. sculp. 

2. Un autre plus petit que le précédent , sans signature. 

3. Mde la Comtesse de Mellet. — Signé Le D. 

4. Mde la Comtesse de Mellet. — Ed. Bouchardon in. del., Louise le D. 

sculp. 



DAULCEUR (Le). 634 

5. M. de Montigny, de l'Académie des Sciences — Grave par M ,,e Le D. 

6. Le même, plus petit. 

I. M. Mignot de Montigny. — Pierre D., Louise Le D. sculp. 

8. M. Thiroux d'Arconville présida* au Parlent*- — H. Gravelot in., 

M de L. D. sculp. 

9. M. le Gte Thiroux de Gervillier.— H. Gravelot in., MdeL. D. sculp. 

10. M me dArconville. — G. Eisen del , Louise Le Daulceur sculp. 

II. M mc d'Alleray. — Durand (D.V.) inv. del., Louise Le Daulceur se. 

Poulet-Malassis ne sait s'il faut attribuer à la môme artiste l'ex-libris fie 
M e " e d'Alleray, blason appuyé à un buisson de roses avec la devise : Piccola si, 
ma studiosa. 

12. M me du Tailly. — Louise Le D. inv. se. 

13. Cul-de-lampe pour la Lucrèce de Marchetti. 

C. N. Cocbin fils a dessiné une petite pièce qui représente M e '' e Le Daulceur, 
enfant. Cette pièce a été gravée par M me Cocbiu la mère. 



DAULLÉ (Jean). 



1703-1763. 



« Il est des hommes privilégiés pour lesquels la 
» nature semble applanir toutes les difficultés de l'art ; 
» à peine on les voit former les premiers pas dans la 
» carrière que déjà ils ont atteint le but : tel fut le 
» célèbre Daullé. » C'est en ces termes que Gaucher 
débute dans la courte notice qu'il a consacrée à ce 
graveur dans le Dictionnaire des Artistes de l'abbé de 
Fontenai. Sans souscrire à cet éloge absolu qu'il 
décerne à la première planche importante de Daullé , 
la Comtesse de Feuquières , tenant à la main le por- 
trait de son père, le peintre Mignard , cependant nous 
conviendrons volontiers que cette belle personne, aux 
traits réguliers mais peu animés , a été gravée d'une 
manière soignée et faisait augurer un habile artiste. 

C'est dans la cité d'Abbeville , qui a vu naître tant 
de graveurs remarquables, qu'est né sur la paroisse de 
Saint-Georges , Jean Daullé , le 18 mai 1703 , à onze 
heures du soir, de Jean Daullé orfèvre et d'Anne 
Dennel, son épouse 1 . Ayant, dès l'âge de quatorze ans, 



1 Nous avons tenu à préciser, parce que ses biographes le font naître 
de 1703 à 1709, et même en 1711. 



DAULLE G53 

manifesté dos dispositions pour los arts , il reçut les 
premières leçons de gravure de Dom Robart, religieux 
du prieuré de Saint-Pierre d'Abbeville , et il pouvait 
déjà passablement manier le burin quand il arriva à 
Paris chez son compatriote , Robert Hecquet , qui 
l'hébergea et lui enseigna le peu qu'il savait lui-même. 
Il donna à graver au jeune artiste , nous dit Mariette, 
de grandes planches de thèses , d'après les dessins des 
maîtres d'alors et lui fit acquérir en fort peu de temps 
une très-grande facilité à couper le cuivre. Son burin . 
conduit avec franchise et pureté, produisait les tons les 
plus doux et les plus agréables à l'œil. 11 était net sans 
avoir rien de sec. Cet éloge serait plus juste s'il n'avait 
gravé que des portraits comme celui de la Comtesse 
de Feuquières , et si l'on ne retrouvait pas trop 
souvent dans ses planches les traces d'une production 
hâtive et une déplaisante régularité. 

La commande de cette estampe lui fut obtenue par 
Hecquet, heureux de témoigner ainsi de l'intérêt qu'il 
portait à son élève ; c'est aussi par son entremise 
que le peintre Rigaud en vit une épreuve et fut 
frappé de l'avantage qu'il aurait à faire graver ses 
portraits de si pompeuse tournure par un artiste de ce 
talent, et résolut de se l'attacher. Il s'était refroidi 
pour les Drevet , nous dit encore Mariette, parce qu'il 
ne croyait plus apercevoir en eux le même zèle et les 
mêmes égards. 

La planche de la fille de Mignard fut achevée en 
1735 et fut qualifiée de chef-d'œuvre, même par des 
gens du métier tels que Gaucher, qui trouvent que la 
ressemblance des têtes , l'expression du sujet , la 
pureté, la souplesse, l'harmonie du burin, (oui en est 

I. 42 



654 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

admirable. Nous conviendrons volontiers que cette 
estampe faisait bien augurer de l'avenir du jeune 
graveur et qu'il était presque du premier coup arrivé 
à un degré de perfection qu'il ne devait pas dépasser. 
Daullé s'était d'ailleurs essayé déjà dans le portrait 
en gravant en 1732 ceux du comédien Baron et de 
Louis-Philippe oV Orléans duc de Chartres (1735). 
11 grava ensuite, d'après Aved , une planche d'une 
belle exécution , l'évêque de Soissons , Lefèvre de 
Laubrière (1736), et quelque temps après le portrait de 
Jean-Baptiste Rousseau. Bien que le célèbre épigram- 
matiste ait voulu choisir lui-même , comme légende , 
ce vers de Martial : 

Certior in nostro carminé vultus erit, 

cependant nous croyons qu'il serait difficile de 
rencontrer davantage la ressemblance de l'homme 
dans son caractère moqueur et son attitude débraillée, 
ailleurs que dans la peinture d'Aved et la gravure de 
Daullé. Bien qu'on ait dit qu'il en a exécuté de plus 
finies et de moins dures , nous la tenons pour un de 
ses meilleurs ouvrages , qui a en outre le mérite d'être 
complètement de lui. 

Le portrait de l'oculiste Gendron , s'appuyant sur 
de vieux livres , très-bien rendus , est une planche 
harmonieuse; un portrait de Louis XV, en médaillon 
ovale, est de la même année (1737). 

Le portrait de Fénelon , d'après Vivien , très-fin , 
de format in-12 , date de 1739. 

Agréé à l'Académie sur la présentation de ces 
ouvrages , notre graveur fut admis le 20 juin 1742. 



DAULLE 655 

On lui donna comme morceau de réception , par une 
attention délicate du directeur , le portrait de son pro- 
tecteur et ami Hyacinthe Rigaud. Le peintre s'était 
représenté assis devant un chevalet , peignant le por- 
trait de sa femme Elisabeth de Goût/, et Daullé a 
remarquablement rendu les deux têtes , les draperies 
et les accessoires. Cette planche restera un de ses 
meilleurs ouvrages. 

C'est un peu avant cette époque que Daullé (1740-41) 
chargé de graver les portraits du prétendant Charles 
Stuart et de son frère le Duc d'Yorck, fit la connais- 
sance de Wille, très-jeune alors, et auquel il s'adressa 
pour s'en faire aider. Ce graveur, auquel Rigaud avait 
aussi facilité les débuts dans la carrière, a raconté dans 
ses Mémoires en quoi consista cette collaboration : 
« M. Daullé, graveur de ma connaissance, me vint voir 
» me priant de lui être secourable en l'aidant dans la 
» gravure des portraits du Prétendant et du duc 
» d'York, son frère , dont il avait fait l'entreprise , 
» alléguant qu'il étoit surchargé d'autres ouvrages. Je 
» consentis volontiers à sa demande, plutôt pour saisir 
» l'occasion de m'exercer qu'à gagner de l'argent, 
» quoique je sentisse parfaitement l'utilité et la valeur 
» de ce métal , surtout quand je n'en possédois pas. 
» M. Daullé , lorsqu'il fut assuré de ma bonne volonté 
» à son égard , m'envoya les tableaux des deux 
» princes , d'après lesquels je travaillai avec tant 
» d'activité que , dans un laps de temps peu considé- 
» rable, tout ce qui me concernoit était terminé. Mais 
» cette gravure n'étoit ni belle ni bonne selon moi ; ce 
» n'étoit que de la besogne d'un jeune homme qui 
» savoit se juger lui-même , mais qui espéroit faire 



656 LES GRAVEURS DU XVIII^ SIÈCLE. 

» mieux par la suite. Je dois observer ici que M. Daullé 
» s'étoit réservé la gravure des têtes de ces princes, et, 
>•> les ayant finies , il mit son nom sur des planches 
» ainsi fagotées , et dont je pouvois être jaloux. » 

On voit que le travail de Wille sur ces planches, 
assez médiocres, du reste, s'est borné à la confection 
des vêtements et des mains , et que c'est Daullé qui a 
exécuté les têtes. C'était un vrai travail d'exportation 
et c'est ainsi qu'il a été traité. Les estampes ont dû 
être envoyées en Angleterre sans lettres , car on ne 
les rencontre guères qu'ainsi en France. 

Tout autre est le portrait du géomètre Maupertuis, 
habillé de fourrures, terminé en 1741 *, et peint par 
Robert Tournières. C'est une très -belle estampe, 
habilement traitée dans la tête et dans les vête- 
ments : elle est encore le fruit de la collaboration 
de Daullé et de Wille ; celui-ci raconte qu'il fut de 
nouveau dérangé dans ses travaux par Daullé : « 11 
» étoit question du portrait de M. de Maupertuis que 
» M. Daullé s'étoit engagé à graver ; après quelques 
» contestations et des paroles gracieuses et flatteuses 
» qu'ilmeprodiguoitje consentis enfin de le seconder. 
» Ce savant, de retour de son voyage du pôle arctique 
» où il avoit été occupé à mesurer la terre , s'étoit 
» fait peindre habillé et complètement vêtu de peaux 
» d'animaux, selon le costume et la nécessité des très- 
» misérables Lapons , habitants de ces régions aussi 
» froides que reculées de notre globe. Ce tableau me 
» fut remis et me servit à graver les parties pour les- 



1 M. Duplessis, et après lui M. Delignières, se sont trompés en le 
disant terminé seulement en 1151. 



DAULLE. ii57 

» quellesjem'ètois engage et dont M. Daullé me parût 
» aussi content que je l'êtois peu. » 

On voit par cet extrait que si Wille était exigeant 
sur son propre travail , Daullé était beaucoup plus 
facile à satisfaire; c'est cette différence qui signale en 
effet deux talents de graveurs qui ont des points 
communs, mais le premier cherche toujours à atteindre 
à la plus grande perfection possible, tandis que l'autre 
se contente à bon compte. C'est ce qu'on peut juger 
dans un portrait pourtant agréable de notre graveur , 
celui de la cousine, de l'enfant gâté de M me de Maintenon, 
de la Comtesse de Caylus (1743) , mère du célèbre 
graveur -antiquaire. C'est évidemment sur la com- 
mande de son fils, qui possédait la peinture deRigaud, 
que Daullé fut prié par son confrère à l'Académie de 
graver le portrait de sa mère. Les vêtements, la mantille 
y sont traités avec plus de soin et d'attention que la 
tête ; mais n'est-ce pas encore à Wille auquel on les 
attribue , qu'il faut en rapporter l'honneur ? Recon- 
naissons cependant qu'on a mené bien grand bruit 
pour quelques coups de burins donnés par Wille dans 
les accessoires de certains portraits. La critique a 
toujours été sévère pour Daullé. Quel est le maître qui 
n'a pas abandonné à ses élèves , le soin de graver 
quelques détails d'une planche ? 

Puis Daullé qui venait de se marier et avait épousé, 
vers 1744, une demoiselle Gabrielle-Anne Landry dont 
il eut cinq enfants , continue sa laborieuse carrière. 
Citons, parmi ses plus beaux portraits, ceux de Claude 
de Saint-Simon , prince évêque de Metz (1744) ; de 
Jean Mariette , graveur et libraire (1747) , père du 
célèbre amateur; celui de Jacques de Chaslenel de 



658 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Puysêgur (1748) , d'après Tournière ; de Charles de 
Baschi, Marquis d'Aubais, l'auteur des Pièces fugi- 
tives sur f histoire de France, d'après Péronneau 
(1748) ; de Charles Coffin (1749). 

Nous louerons ces planches, sans y chercher de trop 
près la part qui pourrait en revenir à Wille. Le mot 
de Mariette revient involontairement à l'esprit que 
Daullé seul ne pouvait rien faire de bien , et l'on 
sait en effet que de 1738 à 1750 , l'élève a fort souvent 
aidé le maître. Peut-être faut-il réagir contre cette 
impression et croire que le grand critique d'art , par 
suite de quelque difficulté avec le graveur , l'aura 
desservi devant la postérité , car on y aperçoit 
vraiment trop le désir de décrier Daullé. 

C'est dans la Galerie de Dresde qu'il faut aller 
chercher les Deux Fils de Rubens , d'après la pein- 
ture de ce grand maître. Les deux jeunes gens sont 
en riches costumes, et l'aîné a le bras passé autour du 
cou du plus jeune, qui s'amuse à faire voler un oiseau 
attaché par la patte. Cette intéressante peinture fut 
gravée par Daullé en 1752 , sur le dessin de Charles 
Hutin. 

Notre graveur avait déjà exécuté pour le même 
recueil et en pendant du fameux portrait d'Auguste III, 
de Balechou, celui de la reine de Pologne Marie- 
Josèphe , en pied , superbement vêtue d'une robe de 
cour en brocart et peinte, comme son mari, à Dresde, 
par Louis de Silvestre. On place généralement cette 
magnifique pièce gravée en 1750 , en tête du second 
volume de la galerie de Dresde, qui ne parut qu'en 
1757. 

Daullé a également gravé un portrait d'Auguste III, 



DAULLE. 659 

mais d'après de Silvestre , comme celui de Schmidt , 
au lieu d'être d'après la peinture de Rigaud , comme 
celui de Balechou , et il est curieux de mettre en 
parallèle les portraits du même personnage d'après 
trois des grands graveurs du XVIII siècle. 

Une des planches les plus connues, et à notre avis 
une des plus heureuses de Daullé, est son portrait de 
Madame Favart, d'après Carie Vanloo , dans le rôle 
de Baslienne (1754). L'air naïf et rusé tout à la fois 
de la paysanne est fort bien rendu et l'ensemble 
forme une des estampes les plus franchement exécutées 
de notre artiste. 

M. de Neslïer, écuyer de la grande écurie, a 
naturellement été représenté à cheval , par Delarue , 
et gravé par Daullé en 1753. 

Très-intéressant aussi est le portrait du genevois 
Gauffecourt (1754) que son ami Jean-Jacques Rous- 
seau , nous apprend Huber , fit graver d'après la 
peinture de l'académicien Nonnotte. Accoudé à son 
bureau , semblant regarder avec finesse et le doigt 
levé, un interlocuteur, ce personnage à la physionomie 
expressive et sympathique , a été rendu d'une façon 
très-vivante par le graveur. 

Nous pourrions multiplier les citations , car la liste 
des bons portraits de Daullé est longue à épuiser ; le 
chirurgien de la Peyronie, d'après Rigaud (1755), un 
de ses meilleurs morceaux ; les imprimeurs J.-B. 
Coignard et Lemercier; la Vicomtesse de Narbonne- 
Pelet , dont les traits sont si simplement et si large- 
ment traités ; deux planches différentes du chancelier 
De Lamoignon ; le peintre Nonnotte ; le Chancelier 
cT Aguesseau , d'après Vivien (1761), assez médiocres; 



660 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

le Cardinal de Polignac, d'après Rigaud, gravé deux 
fois , petit in-folio et in-8 ; une actrice, M elle Pèlissier, 
d'après Drouais, dont la tête et la parure de fleurs 
sont très-bien rendues ; enfin, parmi plusieurs portraits 
exécutés pour les livres , ceux de Boileau , in-8 , pour 
l'édition des œuvres publiées par Saint-Marc (1747) , 
et de Racine, in-4, pour l'édition de ses tragédies 
illustrée par de Sève et publiée en 1760. 

Le portrait du compatriote de Dauilé , Philippe 
Hecquet , doyen de la Faculté de Médecine de Paris, 
est sans importance ; mais il mérite une mention 
spéciale à cause de la difficulté que l'on eut d'obtenir 
du modèle qu'il se laissât peindre Nous trouvons 
à ce sujet une note intéressante dans le travail de 
M. Delignières sur l'œuvre de Dauilé : 

« Les confrères et les amis de Philippe Hecquet 
» avaient eu beau le solliciter pour faire tirer son 
» portrait, il n'avait jamais voulu y consentir et on ne 
» l'aurait jamais eu sans l'adresse de M. Rencamme, 
v son ami particulier. 11 connaissait la dame Le Belle , 
» sœur de la fameuse M elle Ghéron et femme d'un 
» peintre estimé, laquelle, outre le talent de travailler 
» agréablement en miniature, possédait celui de peindre 
» de mémoire , qimlquïncommodité qu'elle eût aux 
» yeux. Cela fit naître à M. Rencamme l'idée d'une 
» ruse innocente et lui fournit le prétexte de mener 
» cette daine chez M. Hecquet comme pour le con-- 
» sulter. Pendant qu'il conversait avec eux elle eut le 
» temps de l'examiner et de s'en graver les traits et 
» la physionomie dans la mémoire. De retour chez elle 
» elle ébaucha son esquisse, et plusieurs visites que 
» M. Hecquet lui fit pour la conduire dans les remèdes 



DAULLE. 661 

» qu'il lui procurait la mirent en état d'achever son 
» ouvrage. M. Le Belle l en fit ensuite la copie en 
» grand et l'on ne se cacha plus de M. Hecquet, qui vit 
» que sa résistance avait été vaine et qui se prêta , 
» quoiqu a regret, au besoin que le peintre avait de sa 
» présence pour donner les derniers coups à ce por- 
» trait sur lequel on grava le jetton qu'il fit distribuer 
» lorsqu'il sortit de la charge de doyen de la faculté 
» de médecine en 1714. Ce fut aussi d'après ce por- 
» trait que Jean Daullé , d'Abbeville , a gravé sa 
» planche. » 

On a vu que Daullé avait gravé quelques morceaux 
pour la Galerie de Dresde, parmi lesquels il faut 
remarquer le Biogène , sa lanterne à la main , de 
Ribéra , la Vierge et l'Enfant Jésus, d'après Maratte, 
gravés tous deux en 1752 , époque à laquelle il 
commença à aborder le genre historique , Caïn et 
Âbel, d'après Dietricy, le Quos Ego, tableau de 
Rubens , enfin la fameuse Madeleine du Corrège , et 
des reproductions de tableaux de Metzu ; ces travaux 
et la pensée qu'en gravant des sujets agréables et 
légers pour son propre compte , il en tirerait de plus 
grands avantages , lui firent peu à peu délaisser le 
genre du portrait dans lequel il avait pourtant obtenu 
de si beaux succès ; il confia , pour ceux dont il 
restait chargé , les trois quarts du travail à des gra- 
veurs de sa connaissance. Quand il mourut en 1763 , 
sa veuve continuant le commerce des estampes établi 
par son mari quai des Augustins , au coin de la rue 
Git-le-Cœur , réunit en un volume toutes les estampes 

i II est ici question du peintre Belle, le beau-frère de Cochin père. 



662 LES GRAVEURS DU XVIII* SIECLE. 

de genre qu'il avait gravées dans les douze dernières 
années de sa vie et les vendit sous le nom à' Œuvre 
de Jean Daullê , graveur du Roi, recueil contenant 
84 Estampes d'après les tableaux des plus grands 
peintres Italiens , Flamands et Français. 

Dans cette réunion de grandes estampes, gravées 
d'une manière facile mais un peu sommaire, et où se 
laisse trop voir le désir de produire vite et beaucoup, 
Daullé, faisant plutôt du métier que de l'art, s'attaqua 
principalement aux gracieuses compositions de Bou- 
cher : les sujets des Saisons , les Charmes du 
Printemps, les Plaisirs de l'Eté, les Délices de 
r Automne, les Amusements de V River , sont fort 
agréables à regarder. Le Trio?nphe de Vénus, malgré 
cette désespérante régularité de tailles, qui donne de la 
monotonie aux planches de Daullé , produit encore un 
certain effet. Citons aussi parmi les peintures de 
Boucher qu'il a traduites plus ou moins heureusement, 
la Baigneuse Surprise , les muses Clio , Erato , dont 
les originaux appartenaient à Madame de Pompadour ; 
puis, d'après Joseph Vernet, plusieurs marines animées 
de personnages ; d'après Poussin , d'assez mauvaises 
estampes ; de curieuses compositions de Le Nain, deux 
planches d'animaux bien exécutées d'après Oudry, 
le Serrait du Doguin et la Chienne Braque avec 
toute sa Famille (1758). Les peintures reproduites 
dans ce recueil appartenaient au chevalier de Damery, 
au marquis de Marigny , au comte de Vence , à M. de 
Peters, etc., et l'on commence à voir quelquefois au 
bas des planches le nom du graveur Le Vasseur , 
abbevillois comme Daullé , et qui était son meilleur 
élève. 



DAULLE. 663 

C'est par le portrait d'Anastasie, Princesse de 
Hesse-Hombourg (1761) qui lui avait été commandé 
par son frère le général Betsky , que Daullé , nous 
apprend Mariette , a fini sa triste carrière , car cet 
ouvrage, dit-il, « qu'il traîna et qu'il fit avec négligence, 
» lui fit éprouver des désagréments qui le durent 
» beaucoup mortifier quelque soin que j'eusse pris pour 
» lui en épargner une partie. » On voit trop, en effet, 
bien que le premier aspect n'en soit pas désagréable, 
combien cette estampe fut faite sans soin , sans 
modelé. L'auteur des portraits de la Comtesse de Feu- 
quières et de Marie Leczinska, arrivé au terme de sa 
carrière , fatigué de cette vie de labeur, ne dirigeait 
plus son burin que d'une main inattentive et débile. 

Une curieuse note de Cochin va nous apprendre de 
quels désagréments parle Mariette à propos de ce 
portrait ; Madame Anastasie devait d'abord être 
confiée, par l'intermédiaire du comte de Caylus , à 
Wille ; mais que ce graveur « qui Taisait très bien ses 
» affaires en gravant d'après des maîtres flamands de 
» petits morceaux qu'il vendait le prix qu'il voulait 
» et qu'on achetait avec une avidité singulière , ne 
» voulait point se charger de grands ouvrages , à 
» moins qu'ils ne fussent pour lui des coups de 
» fortune. » Il demanda donc trente mille livres , puis 
baissa ses prétentions à seize. « M. de Caylus fut 
» furieux et déclama contre Wille : il lui semblait 
» qu'on devait ménager l'argent de la Russie, même au 
» détriment des artistes, il fit donc chercher le pauvre 
» Daullé et le prêcha tant qu'il le fit engager dans un 
» marché par écrit à se charger de graver la planche 
» pour quatre mille livres. » C'était trop peu, cette fois : 



604 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Daullè , dupé , et qui baissait d'ailleurs comme talent , 
travailla vite et mal pour perdre moins. 

« Lorsque la chose fut à peu près fini, dit Gochin, le 
» général Betski, qui faisoit faire la planche, ne fut pas 
» content. Daullé l'étoit encore moins et demandoit des 
» dédommagements. Le comte de Caylus en appeloit 
» à la convention ainsi que le général. Daullé crioit à 
» la perte. M. Mariette fut mis entre deux pour tâcher 
» d'arranger cela ; on n'étoit surtout pas content de la 
» teste. Dans l'embarras de cette contestation, comme 
» quand il s'est agi d'obliger, je me suis toujours assés 
» volontiers trouvé prest , lorsqu'on apporta l'estampe 
» chés M 1 " 6 Geoflrin où éloit le bureau des amateurs , 
» voyant l'embarras de M. Mariette qui ne sçavoit 
» comment concilier tous ces intérêts , j'offris de 
» retoucher les épreuves et de ramener la teste à peu 
» près au point ou le général la vouloit , on accepta et 
» en effet nous contentâmes , vaille que vaille , le 
» général. 

» Il restoit l'article de la gratification ou dédomma- 
» gement. M. de Caylus n'en vouloit pas entendre 
» parler. Il alléguait le marché fait , disoit-il, volontai- 
» rement par Daullé , mais je sçavois très-bien par 
» Daullé môme qu'il avoit demandé beaucoup plus, mais 
» qu'à force de propos , M. de Caylus l'avoit engagé à 
» passer à ce prix. 

» J'eus alors un peu l'occasion de faire sentir à M. de 
» Caylus combien il tirannisoit les artistes , car je lui 
» fis observer que trente ans auparavant on payoit ces 
» sortes de planches 6,000 livres , que touttes les 
» denrées ayant au moins doublé, il étoit incontestable 
» que le prix de l'industrie devoit être augmenté,... et 



DAULLÉ. 665 

» pour répondre au mépris que je ne scais que trop 
» que les gens de condition malgré leurs beaux sem- 
» blans de politesse ont pour tout ce qui n'est que bour- 
» geoisie comme les artistes, je lui disois , si vous 
» voulés que Daullé ne mange que des harangs sores 
» j'y consens, mais au moins songes que lorsqu'on 
» payoit deux mille écus, ils ne valoient que deux liards 
» et qu'à présent ils valent au moins dix-huit deniers. 

» Je n'ay pas sçu s'il avoit été accordé quelque 
» gratification si bien due , mais je pense que non. Le 
» général Betski, quoique très-bon homme, ne parrois- 
» soit pas généreux et d'ailleurs Daullé mourût à si 
» peu de temps de là que je crois qu'il en étoit encore 
» à le solliciter vainement. » 

Daullé mourut en avril 1763. 

Nous ne pouvons mieux faire, en manière d'oraison 
funèbre , que de transcrire ici le paragraphe du 
Journal de Wille qui le concerne. Impossible de 
trouver un meilleur panégyriste, car nul ne l'a mieux 
connu : 

« 20 mai 1763. L'on commença la vente , chez 
» madame Daullé , des effets délaissés par feu son 
» mari , qui était mon ami , l'ayant déjà fréquenté il y 
» a plus de vingt-quatre ans , dans ma grande jeunesse 
» et lequel est mort , il y a environ un mois. Sa mort 
» m'a véritablement attristé et je plains sa veuve et ses 
» deux filles , d'autant plus qu'elles ne sont pas bien à 
» leur aise. M. Daullé n'avait que cinquante cinq ans . 
» lorsqu'une fièvre putride l'emporta le neuvième jour 
» de sa maladie. Il étoit extrêmement prompt dans le 
» travail et jamais malade. Son œuvre va à environ 
» 300 pièces parmi lesquelles il y en a plusieurs de 



666 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» réputation et qui sont bien faites et recherchées. 
» C'est dommage que sa grande facilité dans l'exécution 
» Tait emporté quelquefois à n'être pas assez difficile ; 
» mais il doit avec justice être compté au nombre des 
» bons graveurs de son temps. L'oculiste Gendron, la 
» Comtesse de Feuquières, le Quos Ego, la Madeleine, 
» les Enfants de Rubens , tous trois pour la galerie 
» de Dresde et plusieurs autres pièces également bien 
» faites transmettront son nom à la postérité. » 

Le chiffre de 300 pièces cité par Wille est exagéré. 
Le mérite d'avoir fixé , d'une manière définitive, 
l'importance de l'œuvre de Daullé revient à M. Emile 
Delignières , d'Abbeville , qui l'a décrit avec beaucoup 
de soin dans un très-bon catalogue raisonné arrêté à 
174 articles (Paris, Rapilly, 1873, un vol. in-8). — 
Nous renvoyons à ce travail pour la description très- 
détaillée de l'œuvre de Daullé , nous bornant, en ce 
qui nous concerne , à signaler les estampes qu'il a 
gravées d'après des peintres du XVIII e siècle , et à 
donner brièvement le catalogue de ses portraits , qui 
lui assurent un rang distingué parmi les graveurs 
français. 

ESTAMPES. 

i. d'après boucher. 

1 . L'Air, — l'Eau , — le Feu , — la Terre, suite de quatre pièces in-4 , 

représentant des amours jouant avec des oiseaux, des dauphins, etc. , 
et dédiées au Comte de Brlihl. 

2. L'Amour porté par les Grâces, — Vénus et l'Amour ; 2 p. in-4 

3. Les Amours en gayeté, scène d'enfants, 1*750 ; in-4. 



DAULLÉ. 667 

4. La BAIGNEUSE SURPRISE, estampe dédiée à Madame de Pom- 

padour, 1760; in-fol. en largeur. 
140 fr. avant la lettre, I87Ï. 

5. La Bénédiction de Jacob ; grand in-fol. 

6. La Bergère endormie 1758 ; in-4. 

7. Le Berger napolitain , — le Raffraichissement des voïageuses ; 2 p. 

in-iol. en largeur; 1758. 

8. Les Buveurs de lait ; in-fol. 

9. Les Charmes de la vie champêtre, 1757; in-fol. 

10. Les Charmes du Printemps, — les Plaisirs de 

l'Été, — les Délices de l'Automne, — les Amu- 
sements DE l'Hiver, suite de quatre pièces in-fol. en lar- 
geur, dédiées à Madame de Pompadour. 

11 . La Coquette, — l'Oiseau chéri , 2 p. in-4 ; 1758. 

12. La Marchande d'oiseaux , — la Marchande d'oeufs, — la Souffleuse 

de savon , — la Vendangeuse, suite de quatre pièces in-4. 
125 fr. vente Béhague. 

13. La Muse Clio, — la Muse Érato, 2 pièces in-fol. en largeur, dédiées 

à Madame de Pompadour, dame du Palais de la Reine. 

14. Naissance et Triomphe de Vénus; in-fol. 

15. Le Petit Souffleur de bouteilles de savon , 1758 ; in-4. 

16. Vénus et les Grâces au bain ; in-4. 

Quelques-unes des estampes qui précèdent sont exécutées à la hâte ; ces tra- 
vaux ont été plus nuisibles qu'utiles à la réputation de Daullé. 

il. d'après divers. 

17. L'Amour, d'après Coypel ; in-fol. 

18. Paysannes au bord d'une rivière, d'après Dietrich ; in-fol. 



668 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

19. Joueur de cornemuse faisant danser des marionnettes, — Savoyarde 

et ses deux enfants, 2 p. d'après Dumont le Romain, 1739 ; in-fol. 

20. La Muse Uranie, d'après Jeaurat ; in-fol. en largeur. 

21. La Vengeance de Latone, d'après Jouvenet ; in-fol. 

22. Climène essayant les flèches de l'Amour, d'après Nonuolte ; in-4. 

23. Le Serrail du doguin , — la Chienne braque avec toute sa famille , 

d'après Oudry ; 2 p. in-fol. en largeur. 

24. La Lanterne magique, d'après Pierre, 1757; in-fol. 

25. Repos de Vénus et les Grâces au bain , d'après Raoulx ; in-fol. 

26. Salmacis et Hermaphrodite, d'après de Troy ; in-fol. en largeur. 

27. Jupiter en pluie d'or, — le Prix de la beauté, d'après de Troy : 2 p. 

in-fol. en largeur. 

28. La Grecque sortant du bain , — le Turc qui regarde pêcher, d'après 

Vernet ; 2 p. in-fol. en largeur. 

29. Les Différents Travaux d'un port , — le Pèlerinage, d'après Vernet ; 

2 p. in-fol. en largeur. 

30. Rome ancienne, — Rome moderne, d'après Lullemand ; 2 p. in-fol. 

en largeur. 

31 . Première et Deuxième Vues d'Italie, d'après Patel; in-fol. en largeur. 

32. Première Vue des environs de Dresde , d'après Dietrich ; in-fol. en 

largeur. 

33. Frontispice d'après Cochin. Le Temps, derrière la Renommée qui 

écrit sur des tablettes ; in-8. 

34. Vignette d'après Dumont le Romain. La Religion, assise sur des 

nuages, tient la croix ; dans le haut , à gauche, l'Agneau pascal ; 
in-4 , et la même réduite in-8. 

Daullé a gravé pour la Galerie de Dresde quelques planches estimables : la 
Madeleine du Corrège, Diogène de Ribera, Quos ego de Rubens, les Fils de Rubens, 
etc. — Enfin son œuvre comprend encore une trentaine d'estampes exécutées 
d'après les tableaux do l'Albane, Le Nain , Metzu, Poussin, Vandermeulen, etc. 



DAULLÉ. 669 



PORTRAITS. 

35. Aguesseau (Henri-François d') , chancelier de France, d'après 
Vivien, 1761; petit in-fol. 

1 er état : Le second mot des six vers latins de la légende, Lingua, est avec une 
L majuscule. 

2 e état: Le mot lingua commence par une l minuscule; les six vers ont été 
gravés à nouveau en plus gros caractères. 

SG. AN A S TA SI E (S.A. S. Madame), landgravinede Hesse-Horabourg, 
née princesse Troubetskoy, représentée en pied et assise , d'après 
Roslin, 1*761 ; in-fol. 

Ce portrait n'a pas été poussé à l'effet; il a été tenu dans une teinte trop uni- 
formément blonde; mais il n'en est pas moins, dans l'ensemble , assez agréable. 

M. Delignières le signale avant la lettre. Il existe aussi des premières épreuves 
avec la légende, mais avant les noms du peintre et du graveur. 

37. Astruc (Jean) , médecin , d'après Vigée, 1756 ; in-8. 

38. AUGUSTE III, Roi de Pologne, en pied , d'après Louis de Sil- 

vestre, 1750; in-fol. 

39. Auguste III, Roi de Pologne, en buste, d'après de Silvestre ; in- 1 

l or état: Avec les mots Présenté par de Lespine et Hérissant , au-dessous de 

l'inscription. 
2 e état : Les mots rapportés ci-dessus ont été effaces. 

40. BagliondelaSalle, episcopus Atrebatensis, d'après Wampe ; in-fol. 

11. BASCHI (Charles de), marquis d'Aubais, d'après Péronneau, 1748; 
in-fol. 

État avant toute lettre, tablette blanche, au Cabinet des Estampes. 

42. BARON, d'après de Troy, 1732; iu-fol. 

Une épreuve avant toute lettre de ce portrait du célèbre comédien . 
vendue 131 fr. en 1819. 
M. Delignières indique un état sans le litre, mais avec les vers. 

43. Bassompierre (François de) , maréchal de France. — A. D. pinxii , 

J. D. sculpsit: in-8 (Delignières, n° 9). 
l. 43 



670 LES GRAVEURS DU XVIII 1 - SIECLE. 

44. BoiLEAU, in-8 , servant de frontispice à l'édition de ses œuvres 

dite de Saint-Marc, 1747. 

Avant toute lettre, tablette blanche, au Cabinet des Estampes. 

45. CAYLUS ( Marguerite de Valois , comtesse de) , morte à Paris le 

15 avril 1729, âgée de 57 ans, nièce de Madame de Maintenon et 
mère du Comte de Caylus, d'après Rigaud , 1743 ; in-fol. 

Un des plus beaux portraits gravés par Daullé. Les travaux des accessoires 
ont plus de valeur pourtant que ceux de la figure. 

46. Chambroy (Lazare) , abbé de S te -Geneviève , d'après Péronneau , 

in-fol. 

47. Chapt de Rastignac (Louis-Jacob de) , archevêque de Tours; in-4. 

48. CHARTRES (Louis-Philippe d'Orléans, duc de), né à Versailles le 

12 may 1725 d'après Belle ; in-fol. (Delignières, n° 50). 

Le futur duc d'Orléans, petit-fils du Régent et père de Philippe-Égalité, est 
représenté ici très-jeune, de face, le corps tourné vers la gauche. 

Existe avant la lettre et avec deux adresses successives : la première, chez le 
S r Belle ; la seconde, chez la veuve Belle. 

49. Chartres (Louis-Philippe d'Orléans, duc de); petit in-fol. (Del., 51). 

C'est le même personnage que le portrait précédent , mais en sens contraire, 
tourné vers la droite, son chapeau sous le bras, gravé évidemment d'après 
Belle; mais le cuivre du portrait a été coupé à l'ovale et inséré dans le cadre 
qui avait servi au portrait de Louis XV, d'après Vanloo (voyez plus loin N "il , 
de sorte qu'on y lit encore le nom de Vanloo pinx., et l'adresse : Se vend à Paria 
chez Hecquet. Une bande de papier se trouve collée sur l'ancienne légende 
Louis XV Roy de France et de Navarre. 

50. CHOJîEL (P. J. B.), médecin de la Faculté de Paris, d'après Tour- 

nière; in-8. 

51. Cochin fils, de profil à gauche , dessiné par lui-même , gravé par 

Daullé en 1754 ; in-4. 

52 COFF1N (Charles), recteur de l'Université de Paris, d'après Fon- 
taine, 1749 ; in-fol. 

Une épreuve de remarque au Cabinet des Estampes , sur laquelle les signa- 
tures sont écrites : Peint par Fontaine , Gravé par J. Daullé G', du Boy. Il n'y a 
pas encore la date MDCCXXIX sur un des papiers déroulés à gauche (Etat non 
décrit). 

Les signatures ont été ensuite écrites ainsi : Peiat par Fontaine. Gravé par 
Daullé graveur du Boy. et. la date précitée a été inscrite. 



DAULLÉ. 071 

53. C01GNARD (J.-B.), imprimeur du Roi et de l'Académie, d'après 

Yoirieau; in-fol. orné. 

Epreuve d'essai inachevée au Cabinet des Estampes. Les manchettes et le 
jabot y sont à peine indiqués, le cadre avec cartouche, vraisemblablement dû à 
Choffard , est également inachevé. 

1 er état : Avant ta mention et de V Académie impériale dWugsbourg à la suite du 
nom de Daullé. 

54. Fabert (le Maréchal) ; in-8. 

55. FAVART (Madame), en pied , en costume de paysanne , rôle de 

Bastienne, d'après Yanloo, 1754; in-fol. 

Cette planche est un sujet de théâtre intéressant. Madame Favart introduisit 
la première, on le sait, les vrais costumes de paysannes au théâtre. Il faut 
avoir cette estampe avant qu'on ait rajouté aux huit vers qui forment la 
légende, les mots : Portrait en pied de Mad e " e Favart. 

56. FÉNELON , d'après Vivien , petit portrait finement gravé ; in-8. 

57. F E Q U I È R E (Catherine Mignard , comtesse de), soutenant de la 

main droite une toile sur laquelle est le portrait du peintre Mignard. 
son père. — D'après Mignard , 1735 ; in-fol. 

Les belles épreuves de ce portrait , qui établit la réputation de Daullé , sont 
celles qui ne portent pas encore la mention: Se vend chez l'Anth'ur place de 
Cambrai à Paris. 

58. Galland (Stephanus) , abbé , d'après le Chevalier Lombard ; petit 

in-fol. 

5i). Gasparini (Nie.) , abbé , d'après J.-B. Lombard , 1737. 

1" état : Avec la seule signature J. Daullé fecit 1737 à gauche, sans autre 
lettre. De format in-4. (Del., 22). 

2 e état : Le cuivre coupé à l'ovale et inséré dans un cadre portant le nom du 
personnage et les signatures : Peint par J. B. Lombard, gravé par Daullé en ijjj. 
De format in-fol. (Del., 21). 

60. G.\UF KECOURT , ami de Jean-Jacques Rousseau, en robe de 

chambre , la tête couverte d'un bonnet fourré, ayant devant lui le 
livre de l'Art d'aimer. — D'après Nonnotte , 175 l ; in-fol. carré. 

61. GENPRON (Claude Deshayes), médecin oculiste, d'après Rigaud. 

1737; in-fol. 

« Très-belle gravure , dit M. Delignières , harmonieuse de tons, d'un effet 
■ réellement artistique; la figure, qui se détache bien , est modelée avec une 
■> finesse et une perfection remarquables : le velours du manteau et de In toqne 



672 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» est parfaitement rendu. C'est bien là certainement un des meilleurs portraits 
» gravés par Daullé. » 

Il y a des épreuves avant toute lettre, et d'autres avant la lettre avec les noms 
des artistes sur la gravure. 

Les premières épreuves avec la lettre ont le mot facult. écrit par une f mi- 
nuscule (Didot). 

62. Hocquet (Philippe), médecin, d'après Le Belle; in-8. 

63. Lamoignon(GuilielmusChristianusde).Gallia3Cancellarius; in-fol. 

64. Lamoignon (Guillaume de), chancelier de France, d'après Valade, 

1755 ; in-4. 

05. LA PEYRONIE (Françoisde), chirurgien, d'après Rigaud; in-fol. 

M. Didot possédait de ce remarquable portrait une épreuve d'essai retouchée 
an crayon , et une épreuve avant la lettre. 

Les premières épreuves, très-rares, sont celles qui ne portent pas encore sous 
la gravure, à gauche, les mots : La tête a été peinte par Hyacinthe Rigaud. 

Il existe de ce portrait une petite réduction moderne sans importance, gravée 
pour la collection Landon. 

66. L AUB R I È R E (Charles-François Lefebvre de), évêque de Soissons, 
d'après Aved , 1*736 ; in-fol. 
Avant la lettre (Cabinet des Estampes et catalogue Didot). 

6*7. LAVERGNE (M«U e ), nièce de M r Liotard, peintre ; d'après Liotard, 
gravé par Daullé et Ravenet ; grand in-fol. 

Ce rare et beau portrait a été vendu 300 fr. à la vente Didot , et 250 fr. à la 
vente de M. Roth en 1819. 

68. LEMERCIER ( Pierre- Augustin ) , imprimeur ordinaire de la ville 
de Paris, d'après L. Vanloo ; in-fol. 
121 fr. avant la lettre, 1819. 

G9. Lorraine (Charles-Alexandre de), oncle de Marie-Antoinette, d'après 
de Meytens; in-4. 
Existe avant la lettre. 

70. Louis Quinze, jeune, de trois quarts à gauche, ovale dans un cadre 
carré, d'après Rigaud, H3T ; in-fol. (Delignières, 35). 

1\ . Louis Quinze, Roy de France et de Navarre, de trois quarts à droite, 
d'après Vanloo. Cuivre coupé à l'ovale et inséré dans un cadre 
carré grand in-4. — Se vend à Paris chez Becquet , etc. (Del. 32). 

Nous avons vu plus haut (n° 49) qu'on a inséré ensuite dans le même cadre 
\m portrait de Louis-Philippe d'Orléans, duc do Chartres, d'après Belle. 



DAULLE. 673 

'72. Louis XV, en cuirasse, de Irois quarts à gauche. — Celle les le a 
esté dessinée par Jean-Baptiste Lemoine, gravée par Jean Daullé 
1738, in-fol. orné (Del., 83). 

73. Louis XV , médaillon du roi, de profil , à la partie supérieure d'un 

cartouche d'encadrement renfermant la dédicace gravée par Bour- 
goin : Ludovico XV régi christianissimo , pio felici. . . etc. — 
Edm.Bouchardon sculptor regius delin, Joan. Daullé sculp. 1739 ; 
petit in-fol. (Del. 31). 

Pour un Recueil des Historiens de la Gaule et de la France , de Dora Martin 
Bouquet. 

74. Louis XV ; petite vignette-frontispice allégorique pour Y Histoire 

de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Gros de Boze. 
L'Histoire écrit , appuyant son livre sur le Temps ; au fond , on 
voit un balancier à frapper les monnaies ; à la partie supérieure, à 
gauche, Mercure et des amours soutiennent le médaillon de 
Louis XV, jeune, de profil à droite. — Ant. Coypel inv., J. Daullé 
sculp. 1739 ; in-8 (non décrit). 

L'eau-forte pure de cette vignette est indiquée comme étant de Cochin. 
La même allégorie avait déjà été gravée en plusieurs formats, par Simonneau, 
avec le portrait de Louis XIV. 

75. Louis , Dauphin de France , fils de Louis XV, né le 4 septembre 

1729, représenté tout enfant , avec un bonnet et une robe, d'après 
Belle; in-fol. (Del., 34). 

L'idée d'avoir représenté le Dauphin en petite fille n'est pas heureuse , et le 
portrait est sèchement gravé. 

'76. Louis, Dauphin (?), représenté très-jeune, en pied, debout, étendant 
la main droite sur un livre de Y Histoire de France (Del., 90). 

Nous ne connaissons ce portrait que par une épreuve inachevée qui figuro 
dans l'œuvre de Daullé au Cabinet des Estampes. 

77. Louis, Dauphin , très-jeune , de face , la main gauche appuyée sur 

un casque. — Gravé par Daullé d'après la tète originale peinte par 
J. Louis Tocqué; in-fol. (Del., 36). 

78. Louis, Dauphin, d'après La Tour; in-4 (Del., 37). 

Avant toute lettre au Cabinet des Estampes. 

Avant la lettre, avec le nom de Daullé sur la bordure ovale d'encadromcul ; 
121 fr. 1879. 
Avec la lettre, vendu 21 ù'. 1879. 



674 LES GRAVEURS DU XV 111' SIECLE. 

19. Mailly (Louis de), marquis de Néelle, debout près de la mer, tenant 
son épée du bras gauche ; un serviteur, coiffé d'un turban , 
tient son casque ; in-fol., sans signature (Del., 38). 

80. MABÉGHAL (Georges) , premier chirurgien du Roi , d'après Fon- 

taine; in-8 (Collection d'Odieuvre). 

Ce portrait, qui est très-fin , existe avant la lettre au Cabinet des Estampes. 
Les premières épreuves avec la lettre sont celles qui portent l'adresse 
d Odieuvre. Cette adresse a été effacée ensuite. 

81. MARIE-JOSÈPHE, Reine de Pologne, en pied, d'après Louis 

de Silvestre, H50 ; in-fol. 

En-tête du second volume de la Galerie de Dresde. — Forme le pendant du 
portrait en pied d'Auguste III. 
Une épreuve avant toute lettre, 120 fr. vente Béhague. 

82- MARIE LECZINSKA, en pied , vêtue d'une robe de brocart à 
fleurs , les épaules couvertes d'un manteau fleurdelysé , d'après 
Tocqué ; grand in-fol. 
Ce portrait n'a été payé que 80 fr. avant la lettre, vente Béhague. 

83. M.YRIE-ThÉRÈSE, Reine de Hongrie, d'après de Mevtens ; in-4. 

Existe avant toute lettre. 

Le catalogue Béhague signale un état avec le nom de Daullé, mais avant celui 
de Meytens. 

84. MARIETTE (Jean), graveur et libraire , père du célèbre collec- 

tionneur, d'après Pesne, 1T47 ; in-fol. 

Au Cabinet des Estampes se trouve une épreuve d'un état d'essai , très-diffé- 
rente du portrait tel qu'il a été définitivement gravé. Une poignée au premier 
tiroir de la commode à gauche. La perruque longue et passant sur le bras droit. 
Le jabot descendant jusqu'au manteau. Quatre petits boutons sur l'habit. 

Le Cabinet des Estampes possède une autre épreuve d'essai , qu'au premier 
abord on pourrait croire antérieure à la précédente, mais qui est eu réalité posté- 
rieure. La planche a été en grande partie replanée, on a effacé notamment les 
vêtements, puis, sur l'épreuve ainsi tirée, on a dessiné à nouveau ces vêtements 
et divers accessoires, tels qu'ils devaient être définitivement gravés. Ce dessin 
est, par suite, conforme à la gravure de la planche suivante. 

Etat définitif: La poignée de la commode a été effacée. La perruque, raccour- 
cie, s'arrête au-dessus du bras droit , la cravate s'arrête à grande distance du 
manteau et rentre dans l'habit qui porte six gros boutons. 

Ainsi terminé, le portrait de Mariette, un des plus beaux de l'œuvre de Daullé, 
se rencontre en superbes épreuves avant toute lettre. 361 fr. vente Roth , 18T9. 

C'est une chose digne de remarque que personne ne se soit montré plus sévère 
pour Daullé que le fils de ce Manette dont il avait si bien gravé le portrait. Le 



DAULLE. 678 

célèbre collectionneur a émis l'avis que Daullé seul ne pouvait rien faire de bien. 
Mais , comme on l'a fait judicieusement observer, ce jugement outre doit avoir 
été inspiré par quoique susceptibilité de critique auquel on 8 négligé de demander 
conseil. 

85. MAUPERTUIS, d'après Tournière ; in-fol. 

Les accessoires jouent, dans cette estampe, un rôle trop prédominant. 
151 fr. avant la lettre, 1879. — M. Delignières signale un état avant la lettre, 
mais avec les quatre vers de Voltaire sur la tablette. 

86. Maupertuis, d'après Tournière ; in-8. 

87. Meerman ( Gerardus ) , conseiller et syndic de Rotterdam , d'après 

Peronneau , 1763; in-4. 

L'écusson de la bordure avec deux lions , se trouve dans l'œuvre de Choffard 
au Cabinet des Estampes. 

État avant la devise Gaudeant l/ene nati dans la guirlande au bas de l'écusson, 
et avant les mots grav. du roi iy6j après le nom de Daullé. 

88. NAR BONNE -PELET ( Marie -Antoinette de Rosset de Fleury, 

vicomtesse de), née à Narbonne le 6 avril 1721, morte au château 
de Fontanès en Languedoc, le 27 juillet 1754; in-fol. 

Cette estampe, d'une très-agréable exécution , ne porte pas de nom de peintre 
ni de graveur. La partie inférieure est occupée par une tablette avec armes, 
portant une légende qui est des plus extraordinaires dans son genre, tant elle 
est emphatique: « Femme charmante et accomplie, douée de toutes les vertus, 
» ornée des plus rares qualités de l'e ;prit et du cœur ; pleine de grâces, de mérite 
» et d'agréments ; parfaite et incomparable en tout; digne des regrets de tous 
» les gens de bien , au-dessus de tous leurs éloges ; à qui Rome payenne et la 
» Grèce savante eussent dressé des autels; que la religion des peuples cano- 
» nise ; vray modèle de la femme forte; les délices de son mari; lajoyeetle 
» bonheur de sa famille; enfin la gloire et l'ornement de son pais , de son sexe 
» et de son siècle. » 

Et cette oraison funèbre en français est suivie d'une autre en latin — et tout 
cela n'empt'cha pas M. de Narbonne de se remarier peu de temps après. 

L'épreuve du Cabinet des Estampes est inachevée; la place des armes 
réservée en blanc. 

89. NE ST I E R (Monsieur de), écuyer ordinaire de la grande écurie du 

Roy, représenté à cheval, de profil, d'après Delarue, 1753; in-fol. 

60 fr., avant l'adresse de Buldet , 1879. 

90. Nonnotte, profil d'après Cochin ; in-4. 

91. Orléans (Louis, duc d') , premier Prince du Sang, fils du Régent , 

d'après Coypel ; in-fol. 



676 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

92. Orléans (Louis, due d'), né en 1703, mort en 1752, d'après Covpel ; 

in-8 

93. Pallu (le Père), jésuite d après Nonnotte ; in-4. 

94. PVLLU (le Père), 1738; in-8. 

1 er état : Avant la lettre, tablette blanche. 

93. Patot , abbé de Sainte-Geneviève ; in-lbl. 
État avant toute lettre. 

96. PÉLISSIER (MeUe), actrice, d'après Drouais; in-fol. 

Par un art délicat , par un jeu patétique 
Pëlissier vous donnez à la scène lyrique 
Ou Théâtre-Français tous les charmes divers : 
Sans vous les opéra ne sont que des concerts. 

Ce portrait, d'une gravure très-soignée, existe avant la lettre, très-raro. Les 
épreuves avec la lettre portent successivement les adresses : 1° de Drouais ; 
2° do Jacob ; 3° de Basan. 

97. Pinto (Emmanuel), grand maître de l'ordre de Malte, 17 11 ; grand 

in-4. 

1 er état : Avec la lettre, mais avant les armes (Didot). 

98. Pinto (Emmanuel) , d'après Rigaud ; iu-8. 

99. POLIGNAC (le cardinal de) , d'après Rigaud ; petit in-fol. 

Existe avant toute lettre. 

100. Polignac (le cardinal de) , d'après Rigaud ; in-8. 

1 er état : Avec quatre vers latins dans la tablette. 

2 e état : Ces vers remplacés par le nom Uelchior, cardinal de Polignac. 

loi. Pontcarré ( Camus de) , premier président du Parlement de Nor- 
mandie, d'après Sixe ; in-4. 

102. PuYSÉGUR (Chastenet de) , marécbal de France , d'après Tour- 

nière ; in-4 . 
51 fr. avant toute lettre, vente Bébague, et 99 fr. en 1819. 

103. Racine, portrait gravé en 1 752, et qui a été placé en tête de l'édition 

de ses œuvres avec figures de De Sève, publiée en 1760 ; in-4. 



DAULLE. 617 

104. RIUAU1) (Hyacinthe), assis à son chevalet, et peignant le por- 

trait de sa femme, Elisabeth de Gouy. 

Cette pièce, la plus belle de l'œuvre de Daullé , a été gravée pour sa réception 
à l'Académie. L'artiste fut dispensé, paraît-il , do produire un second morceau , 
attendu que sou estampe renfermait deux portraits. L'ensemble de cette planche 
décèle chez le graveur une habileté consommée, et le travail des figures est tout 
particulièrement admirable; Daullé les a tenues dans un ton clair d'une har- 
monie très-douce, et qui fait honneur à son goût. 

Watelet dit que si Daullé avait cherché à faire des progrès , il aurait été mis 
au rang des plus habiles graveurs. Nous n'aimons guère cette manière d'appré- 
cier un artiste. Il nous semble qu'il suffit de le juger sur ce qu'il a fait , et non 
pas sur ce qu'il aurait pu faire. Le jugement de Watelet est d'autant plus singu- 
lier en ce qui concerne Daullé , que ce graveur a laissé un œuvre considérable , 
comprenant un grand nombre de portraits généralement bon=, et parmi lesquels 
il en est plusieurs, comme ceux de Rigaud et de sa femme, qui sont certainement 
de premier ordre. Que peut-on exiger de plus ? En dépit de Watelet. Daullé reste 
un des meilleurs graveurs de son temps. 

Le Cabinet des Estampes possède du portrait de Rigaud une épreuve d'essai ; 
la toile où doit être le portrait de la femme du peintre est en blanc. 

Une seconde épreuve d'essai, inachevée, avec le cartouche des armes en blanc. 

Les promières épreuves terminées sont avant les mots : Grave par Jean Daullé 
pour sa réception à V Académie en 1742. — 191 fr. vente Béhague. 

105. HOUSSE AU (Jean-Baptiste) , d'après Aved ; grand in- fol. 
Avant toute lettre, 67 fr. 1871. 

10(3. SAINT-SIMON (Claude de) , évêquc de Metz , d'après Rigaud , 
in-fol. 

Avant toute lettre et avant les armes (collection Didot 1 . 
Etat de remarque avec les mots S. B. J. Princeps tracés à la pointe au-dessous 
du titre.— 170 fr. 1879. 

107. Salin (le comte de) , gravé par Daullé, 1740 ; in-4. 

Sous ce nom est désigné au Cabinet des Estampes un portrait d'ecclésiastique, 
ayant pour légende : Fran. S. H. Corn, in Salin, episc. Torn. elc. (Del. 88). 

108. Seyxas (Joseph-Antoine), tenant une lyre et écrivant sur un orgue ; 

in-4. 
2] fr. avant toute lettre, 1N79. 

109. Sirera (P. Francus) , d'après De Lohel ; in-12. 

110. Sounois (C. M.) , avocat , d'après Cornu ; in-4. 

111. Stuart (Charles-Edouard) , le Prétendant ; in-4. 



1178 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

112. STUART (Charles-Edouard); petit in-fol. 
État avant la lettre. — Wille a travaillé à ce portrait. 

113. STUART (Henri-Benoît); pendant du précédent. 

Épreuve avant toute lettre au Cabinet des Estampes, avec mention manu- 
scrite Wille se. — Autre épreuve avant la lettre, signée de Daullé au trait. 

114. Sutaine, abbé de Sainte - Geneviève , d'après Guillemard ; petit 

in-fol. 

115. Taffoureau de Fontaine ; in-4. 

Sous ce nom est désigné au Cabinet des Estampes un portrait d'ecclésiastique 
avant toute lettre (Del., 82). 

116. Tbiboust (Claude-Louis), imprimeur et libraire ; in-8. 

1 er état : Avec le nom sous le portrait. 

2 e état : Avec le nom autour du portrait et quatre vers sur le socle. 

117. Van Dyck (écrit Vandeik) ; in-8 (Collection d'Odieuvre), 

118. Van Loo (Carie) , profil d'après Cocbin ; in-4. 

119. Vintimille ( Cbarles-Gaspard de ) , archevêque de Paris , d après 

Rigaud ; petit in-fol. 

120. Portrait d'un jeune prélat , vu de face , portant la croix de l'ordre 

du Saint-Esprit; in-4 (Del., 91). 

121. Portrait de femme, non signé; in-8. 

M. Delign'ères, sous le n° 61 de son catalogue , donne ce portrait, qui est à la 
bibliothèque d'Abbeville , comme grave par Daullé et représentant Madame de 
Pompadour. 



DAVID (François-Anne). 



1741-1824. 



Né à Paris en 1741 , David , disciple du graveur 
Le Bas , n'était pas précisément un élève modèle , si 
nous en croyons la note suivante extraite des Procès- 
Verbaux de l'Académie de peinture , qui doit s'appli- 
quer non pas au peintre bien connu Louis David , 
mais au futur graveur alors âgé de vingt-trois ans et 
qui témoigne de sa turbulence : « 26 janvier 1765. Sur 
» les plaintes portées que quelques élèves de l'Académie 
» se sont comportés irrévéremment et ont trouble la 
» tranquillité de l'école du dessin tenue par MM. les 
» maitres peintres et sculpteurs , l'Académie a banni 
» les nommés David et Boissier pour six mois. » 

Pourtant il avait , dans ses premiers travaux , fait 
concevoir des espérances. Le portrait de Gaspard- 
Netscher avec son épouse cl son fils , gravé en 1772 , 
est une estampe largement traitée ainsi que la 
Liseuse et le Buveur ( 1772-73 ) , exécutés d'après 
Metzu pour la Galerie de Lebrun. Le Marché aux 
Herbes d'Amsterdam, du môme (1774) planche dédiée 
à Blondel d'Azincourt , est également d'une lumière 
bien distribuée et d'une bonne facture. 

L'Heureux Désordre , d'après Tischbein , est une 



680 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

estampe médiocre. Dans le Marchand d'Orviètan, 
d'après Karel Dujardin , d'une faible exécution , David 
s'intitule Graveur de la Chambre et du Cabinet de 
Monsieur, frère du roi. Monsieur, tout jeune alors, 
était le comte de Provence dont David a gravé le 
portrait d'après la peinture de Drouais. 11 a exécuté 
quelques autres portraits , ceux de Diderot , d'après 
Louis-Michel Van Loo , du Duc de Choiseul , d'après 
Roslin , et de Catherine IL 

David alléché sans doute par le succès des Ports de 
France , aurait aussi publié des estampes d'après 
Vernet , estampes qui , nous apprend le Journal de 
Paris (6 mars 1780), donnèrent lieu à une contestation. 

Renou , secrétaire de l'Académie de peinture fut 
même obligé d'écrire au journal au sujet de ces soi- 
disant vues de Dunkerque et de ses environs. 

Il avait en effet paru le 25 février, une annonce 
ainsi conçue : Première et seconde vue des environs 
de Dunkerque , gravées par Auder, d'après Vernet. 
Cette attribution à Vernet fut désavouée par Renou 
de la part de Vernet lui-même. Le graveur David , 
répondit en assurant que les deux vues avaient été 
gravées d'après deux dessins originaux appartenant à 
M. le Chevalier Lambert ; il ajoutait qu'il s'en était 
rapporté au graveur qui lui avait vendu les deux 
planches sous ce titre et qu'elles pouvaient bien n'être 
pas des vues de Dunkerque. 

C'est alors que Renou écrivit de nouveau que 
jamais Vernet n'avait été à Dunkerque ; que ce 
peintre célèbre était du reste habitué depuis long- 
temps à se voir attribuer des ouvrages qui n'étaient 
pas siens , qu'il l'avait chargé de désavouer d'aussi 



DAVID. 081 

médiocres ouvrages et de dévoiler une spéculation 
trop ordinaire. 

« Je me suis procuré , ajoute-t-il , deux épreuves 
» de ces planches , que j'ai portées à M. Vernet lui- 
» même pour les désavouer ou les reconnaître. Il y est 
» si défiguré qu'il est impossible de les croire gravées 
» d'après lui et qu'il s'y est longtemps méconnu. Enfin 
» il s'est rappelé que dans les loisirs de quelques 
» soirées , il avait fait deux croquis de fantaisie à peu- 
» près pareils à ces estampes. Il m'a ajouté qu'il 
» n'auroit jamais cru qu'on s'avisât de les graver et 
» que s'il l'avoit su , il s'y seroit opposé et surtout 
» l'auroit défendu à MM. Auder et David. En effet ces 
» images n'ont pas la valeur de celles que l'on crie à 
» deux sols sur les quais. » 

Renou ajoute que David aurait dû consulter 
M. Vernet ; il lui rappelle la loi sur la propriété artis- 
tique et traite sa marchandise de véritable contrefaçon. 

Vernet avait ajouté en manière de postscriptum à 
cette lettre : « Excepté le bien que M. Renou dit de 
» moi dans sa lettre , j'approuve tout ce qu'elle con- 
» tient; je pense comme lui sur les estampes dont il 
» s'agit. Je déclare donc formellement que je les 
» désavoue comme ne méritant point de faire partie de 
» mon œuvre et d'y figurer avec les belles gravures de 
» MM. Cochin , Lebas , Aliamet et autres. Vernet. » 

C'était une rage dans la dernière partie du dix- 
huitième siècle d'entreprendre, au risque d'y consumer 
tout son avoir, de grandes publications illustrées et de 
les offrir par souscription. David en fut saisi plus que 
tout autre. En 1780, il commença à faire paraître 
les Antiquités d'Hcrculanum, avec explications de 



G82 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

Sylvain Maréchal, et, de 1785 à 1788, il donne une 
nouvelle édition des Antiquités Etrusques , Grecques 
et Romaines, avec texte de Hugues d'Hancarville et 
planches en couleur de son exécution. Brunet dit 
qu'elle est assez bien faite quoiqu'elle ne soit pas 
comparable à l'édition originale de Naples , imprimée 
aux frais du chevalier Hamilton. En 1787, commencent 
à paraître son Muséum de Florence et son Histoire 
de France, dont les dessins, pillés un peu partout, 
étaient dus à un artiste du nom de Lejeune. Mais 
laissons David annoncer lui-même ses nombreuses 
publications. 

« La collection des ouvrages d'antiquité et d'histoire 
» dessinés et gravés par l'artiste est actuellement 
» composée de 33 volumes in-4 contenant plus de deux 
» mille planches gravées avec discours, savoir : Anti- 
» quités d' Herculanum, Il vol. — Antiquités Étrus- 
» qucs , 5 vol. — Muséum de Florence, 7 vol. — 
» Histoire de France , 5 vol. — Histoire d'Angle- 
» terre , 3 vol. — Histoire de Russie , 2 vol. — On ne 
» peut se procurer les ouvrages ensemble ou séparés 
» que chez le citoyen David , rue Pierre Sarazin , 14 , 
» qui répond de la beauté des épreuves , autrement 
» l'homme de goût risquerait de n'avoir que des 
» ouvrages composés d'épreuves de rebut et de contre- 
» façons que le charlatanisme annonce comme com- 
» plets dans des catalogues dits au rabais. » 

Cette dernière remarque laisse apercevoir que les 
publications du graveur David ne se soutenaient pas 
dans le commerce au prix de souscription. Cela n'a 
rien qui doive étonner : Renouvier, a dit que les com- 
positions dont ces recueils sont remplis sont d'un 



DAVID. 683 

académisme banal, empruntées au premier dessinateur 
venu ou à des reproductions de figures antiques et 
qu'elles attestent chez le graveur plus d'activité que 
de talent. 

Pendant la Révolution David entreprit la gravure de 
grandes allégories d'actualité, Louis X VI au Temple de 
la Constitution et Louis XVI à l'Assemblée accepte la- 
Constitution, le Triomphe de la République Fran- 
çaise , d'après Monnet, est tout ce qu'il y a de plus 
mauvais comme composition et comme gravure. Le 
graveur qui en avait fait imprimer une description, que 
nous passons sous silence, ajoute que « cette gravure 
» étant uniquement destinée pour les souscripteurs 
» dont le nombre a été rempli , il n'en sera vendu 
» aucun exemplaire pour passer dans le commerce. 
» On ne peut se la procurer qu'en prenant son 
» inscription pour le pendant, qui représente les Hon- 
» neurs du Triomphe décernés à Bonaparte par le 
» Peuple Français , qui paraîtra dans le cours de 
» l'an X. » 

Puis ce sont les batailles de Marengo et à'Auster- 
lilz , le Code Napoléon et la Fondation de VOî'dre de 
la Légion d'honneur , qui sont célébrées par le burin 
sans conviction de David. Il revint aussi à la gravure 
classique par une Sainte Cécile , d'après Raphaël et 
un Christ au Roseau,, d'après Titien. Il continua 
également ses ouvrages d'histoire, et, à sa mort, arrivée 
en 1824 , il en laissa plusieurs inachevés. 



DEBUGOURT (Louis-Philibert 



! 755-1 832. 



C'est le propre du vrai talent d'être dénigré à l'excès 
ou exalté jusqu'aux nues et c'est ce qui arrive de nos 
jours à l'artiste original , délicat et spirituel qui a 
signé la Promenade de la Galerie du Palais-Royal , 
et tant de remarquables estampes en couleur , Louis- 
Philibert Debucourt. Il y a peut-être un peu d'engoue- 
ment dans les prix obtenus en ces derniers temps par 
quelques épreuves de ses estampes rares d'ailleurs , 
mais refuser du talent à cet observateur des mœurs 
de son temps , peintre de genre remarqué avant d'être 
graveur en couleur, rabaisser au rang banal et commun 
de dessinateur de gravures de modes , l'artiste qui a 
composé et gravé les Bouquets ou la Noce au Château, 
estampes qui sont à elles seules de vrais tableaux , 
ce n'est pas faire acte de justice artistique, c'est se 
laisser aller au dénigrement et méconnaître . de parti 
pris, l'un des talents les plus fins et les plus français 
de la seconde moitié du XVIII e siècle 4 . 

Avant d'être le curieux graveur en couleur que 

* II est bien entendu que , dans ces remarques , il n'est question que 
du Debucourt d'avant 1800. Ce qu'il a fait depuis cette époque , nous 
l'abandonnons à toutes les sévérités des critiques. 



DEBUCOURT. 

tout le monde admire , Louis-Philibert Debucourt , né 
à Paris le 13 février 1755 , d'un huissier à cheval au 
Châtelet, élève pendant quelque temps du peintre 
académique Vien , qu'il quitta bientôt pour suivre sans 
contrainte son goût personnel , était un très-agréable 
peintre de genre et de scènes intimes. Il avait épousé 
de bonne heure la fille du sculpteur Mouchy, se trou- 
vait ainsi le neveu de Pigalle et d'Allegrain et avait 
par ces parentés sa place marquée à l'Académie ; il y 
J'ut agréé en effet comme peintre de genre : «28 juillet 
» 1781. — M. Demachy conseiller a présenté à la com- 
» pagnie le sieur Philbert De Bucourt, âgé de 26 ans , 
» né à Paris, peintre en petits sujets dans le genre des 
» flamands qui a fait apporter de ses ouvrages. Les 
» voix prises à l'ordinaire , l'Académie ayant reconnu 
» sa capacité , a agréé la présentation. » 

Le jeune artiste avait en effet exposé dès 1781 , de 
petits tableaux finement peints , représentant des 
scènes familières , comme le Gentilhomme Bienfai- 
sant, le Juge de Village, la Consultation Redon ièe. 
En 1783, le Charlatan et une Vue de la Halle au 
moment des fêtes pour la naissance du Dauphin , et , 
en 1785, la Feinte Caresse. C'est à partir de cette 
époque que Debucourt . employant les procédés mis 
en œuvre par Leblond , Dagoty et Janinet , et les 
portant à un haut point de perfection , se livra com- 
plètement à la gravure en couleur. 11 sut , grâce aux 
différentes planches qui venaient compléter, par une 
ingénieuse et habile superposition de couleurs . le 
travail d'aqua-tinte gravé sur la première, produire 
des manières de petits tableaux très délicats , mais 
que son habileté, de main n'aurait pu seule exécuter. 

1. 44 



686 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

s'il n'y avait introduit en même temps l'esprit et un 
sentiment très- réel. 

Ce n'est pas du premier coup que Debucourt arriva 
à cette perfection. Dans ses premières planches d'essai, 
datées de 1785 , la Porte Enfoncée , les Amants 
Poursuivis , les Amants Découverts, et citées par 
MM. de Goncourt , il tâtonne encore et cherche la 
formule exacte , le degré juste du mariage des 
couleurs. 

Dans les Deux Baisers, estampe gravée d'après 
son tableau de la Feinte Caresse (1786), composition 
amusante et spirituelle , le travail est déjà plus habile , 
bien qu'il manque un peu d'effet et de fondu. En 
revanche le Menuet de la Mariée, de cette même 
année , claire et vivante fête campagnarde dans un 
frais paysage, est une de ses pièces les mieux réussies. 

Il faut placer en 1787 la Promenade du Jardin 
du Palais-Royal , avec ses cafés à stores bleus et 
blancs et ses groupes de promeneurs et de prome- 
neuses. Cette pièce dont on a douté que notre artiste 
soit l'auteur, est pourtant bien évidemment de la même 
main que les scènes qui auront la galerie du Palais - 
Royal pour théâtre , mais elle semble son coup d'essai 
tant pour la composition que pour l'exécution. Les 
groupes n'ont pas encore cet enchevêtrement, ce 
fourmillement et cette cohésion des planches suivantes, 
et les tons un peu secs , ce fondu qu'il va savoir leur 
donner, mais certains détails et certaines physionomies 
s'y font remarquer déjà par leur finesse. 

Après avoir expliqué les procédés dont se servait 
l'artiste, MM.de Goncourt décrivent bien l'effet produit : 

« C'est à cet art si compliqué que Debucourt touchait 



DEBUCOURT. 687 

» avec la science d'un maître. Presque du premier 
» coup avec ses premières planches à cinq cuivres , 
» il efface son prédécesseur , son rival Janinet , les 
» Descourtis à la suite et il défie à l'avance toute la 
» série future de ses imitateurs. Avec lui , le sec de la 
» gravure disparaît. Il dissimule ce grain plat et méca- 
» nique , cet espèce de canevas de pointillé qui jusqu'à 
» lui , fait ces vilains dessous froids , tristes , sales , 
» transperçant l'enluminure et le coloriage des tirages. 
» Le travail , le procédé , la manière et la peine de 
» l'effet obtenu échappent et se cachent chez lui ; ce 
» qu'il grave, les scènes qu'il jette sur le cuivre ont la 
» légèreté , le jet du pinceau. Rien de dur ni de lourd 
» dans ses ombres , dans ses fonds d'intérieur pastel- 
» leux , dans le nuageux de ses ciels ; une fraîcheur 
» d'aquarelle court à travers ses tons de fleurs et de 
» satins , les roses , les jaune de paille , les gorge de 
» pigeon. Les petites têtes délicatement modelées ont 
» des taches de rouge , éteintes comme sur un papier 
» mouillé. Du moelleux des costumes et des pelisses , 
» de la douceur des blancs , il tire des tendresses et 
» des satinages de ton qu'on dirait prises à une robe 
» de Netsclier. Les piqûres de lumière , les petits 
» réveillons, les gais coups de jour, l'esprit, le pétil- 
» lement , le joli et le vif de la touche , il les jette , il 
» les sème par toute sa planche avec le gras d'empâte- 
» ment et la vivacité d'éclaboussure d'une gouache ; 
» si bien que l'illusion est complète et que sa gravure , 
» regardez-là encadrée à un mur , elle n'est plus pour 
» vous une gravure imprimée ; vos yeux croient 
» s'amuser d'un dessin et voient dans l'épreuve quel- 
» que chose de la main môme de l'artiste. Il y a là un 



688 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» grand art de petit graveur. L'agrément de ces 
» planches , l'illusion qu'elles donnent , cette harmonie 
» qu'elles ont dans la vivacité et le bariolage, révèlent 
» une science bien remarquable , un maniement très- 
» habile et bien délicat des outils du graveur. » 

En 1787 , en pleine possession de son procédé, 
Debucourt fait paraître Heur et Malheur ou la Cruche 
Cassée, joli groupe de deux jeunes gens interdits de 
l'éternelle et toujours agréable faute qu'ils viennent de 
commettre et dont ils semblent déjà apercevoir les 
lointaines conséquences ; le paysage est trop sombre 
et sans air. 

L 'Escalade , est une galante composition de deux 
figures , un peu pâle comme l'heure matinale où les 
deux amants se livrent à la douceur d'un dernier baiser. 

Le Compliment ou la Matinée du Jour de VAn , 
nous montre une de ces scènes de famille dans les- 
quelles excelle notre peintre-graveur. C'est un enfant 
qui, stylé par sa mère, finit de réciter un compliment à 
son grand-père auquel il envoie un baiser. Il y a dans 
toute cette composition intime un sentiment fin que 
rendent fort bien les physionomies des personnages. 

L Oiseau Ranimé, est encore de cette année féconde, 
enfin la fameuse Promenade de la Gallerie du Palais- 
Royal, cette galerie de bois, si fréquentée de nos 
grands-pères dans leur jeunesse , lieu de plaisir et de 
rendez-vous des élégants , des étrangers , des célé- 
brités du jour et surtout, avouons-le , des filles. N'est- 
il pas curieux de retrouver à quatre-vingt-dix ans de 
distance , une représentation réellement exacte de ce 
tableau animé de la vie parisienne , une restitution 
fidèle de la société de ce curieux temps. 



DEBUCOURT. <»89 

Oui , ce sont des figures de modes , oui , ce sont des 
chapeaux extravagants , oui , ce sont des hétaïres de 
médiocre étage , mais ces costumes , ce sont des docu- 
ments , ces personnages élégants ou grotesques , ce 
sont à coup sûr presque tous des portraits ; ces groupes 
de femmes aux ajustements bizarres ou gracieux , aux 
poses sentimentales ou provocantes, ce sont des 
tableaux de mœurs qui peignent une époque , et si ces 
tableaux sont intéressants pour nous qui n'en sommes 
pas fort éloignés, combien ne le seront-ils pas pour nos 
descendants dans quelques centaines d'années ? Enfin 
l'exécution est celle d'un véritable artiste et non pas 
d'un imagier vulgaire. 

MM. de Goncourt, ces ciseleurs en fait de style, ont 

décrit la scène représentée par Debucourt : « Et 

» quelle foule bigarrée et amusante : Le chevalier 

» de Saint Louis à côté du jeune officier, le clerc 

» tonsuré auprès du commis, les quadrilles de familles 

» provinciales et les vieux libertins à lorgnon ; 

» l'impertinence de petits bouts d'hommes faisant 

» jabot, les élégants à doubles breloques, l'anglomane 

» au tricorne insolent, cambré dans sa longue redingote 

» à collet rouge, la cuisse dans une culotte de peau de 

» dain tendue, un fouet de baleine à la main et l'éperon 

» d'argent à la botte , des financiers à grosses perru- 

» ques , à cannes à pomme d'or , des farauds campés 

» dans leur habit de chyprienne zébré des rayures au 

» goût du temps.... Des femmes passent dans tout cela, 

» à travers tous ces hommes avec des regards quêteurs, 

» des provocations , des mots qu'elles jettent , la 

» bouche ouverte aux passants , des signes de doigt 

» qui sont une menace ou un appel , des attaques 



690 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» qu'elles lancent avec un coup d'éventail , des rires 
» qu'elles étouffent dans la fourrure de leurs manchons 

» blancs Celle-ci en redingote brune, coiffée 

» d'un haut chapeau de feutre , fait son marché une 
» badine à la main.... Trois autres bras dessus, bras 
» dessous forment un groupe enlacé qui se balance 
» en toutes sortes de poses agaçantes et de gracieux 
» penchements et d'où part l'œillade de six jolis yeux 
» noirs.... » 

Nous écourtons ce tableau qui nous entraînerait trop 
loin. Mais que cette estampe est finement touchée, que 
toutes ces notes vives sont fondues avec art et que 
l'ensemble produit donc un chatoiement pittoresque 
qui vaut bien le sévère aspect de nombre d'estampes 
célèbres, et tout au moins, qui repose de leur majesté! 
En 1788 , Debucourt continue ses scènes familières 
par une des meilleures qu'il ait gravées, les Bouquets 
ou la Fête de la Grand-Maman. Cette composition 
dont l'artiste fit le tableau avant d'en faire la gravure, 
est une ravissante chose, d'un grand charme et 
d'une intimité en même temps que d'une justesse 
d'expression tout-à-fait exquises. Rien n'est glacé 
dans ces figures aimables où Debucourt attachait son 
meilleur sourire , et il est remarquable que par le vent 
de réaction qui soufflait alors sur l'école française , et 
dont notre artiste devait comme les autres subir 
l'influence, il n'ait encore rien perdu de son talent 
si original. On admire en outre dans cette pièce 
une harmonieuse distribution de couleurs , qui donne 
l'illusion d'un vrai tableau. 

La Noce au Château, gracieux pendant du Menuet 
de la Mariée, date de 1789. Au pied d'une terrasse, la 



DEBUCOURT. 691 

dame du château souriante ouvre le bal avec le marié 
dont l'embarras naïf est rendu de la façon la plus plai- 
sante. Fines colorations , expressions trouvées ; cette 
agréable estampe dans un paysage d'ailleurs tout de 
convention est imprimée par Chapuis , lui-même gra- 
veur en couleur de talent. 

Dans Annette et Lubin , œuvre de la même année , 
malgré une recherche et un effort visibles, l'aspect est 
moins heureux et un paysage trop sombre l'alourdit 
encore. 

Debucourt grave aussi quelques portraits d'actualité, 
un grand Louis XVI, in-folio, en couleur, peint et 
gravé par notre artiste, un Marquis de Lafayelte , 
commandant général de la garde nationale , gravé 
en manière noire , et une pièce de circonstance, 
VAlmanach National dédié aux Amis de la Consti- 
tution. C'est une sorte de statue de Minerve en bronze 
sur le socle élevé de laquelle est gravé sur l'airain 
l'almanach pour l'an 1791 , 3 U de la Liberté. A ses 
pieds des représentants de diverses nations se réunis- 
sent dans une accolade fraternelle pendant qu'une 
vendeuse de journaux , fort bien troussée du reste , 
crie sa marchandise aux passants. 

Enfin en 1792 , Debucourt donne sa fameuse 
planche, son chef-d'œuvre , la Promenade Publique 
du Jardin du Palais-Royal : sous les marronniers 
fourmille la foule des muscadins , parmi lesquels on 
croit reconnaître le duc de Chartres , lorgnant les 
courtisanes et se prélassant sur quatre chaises. 
Chaque type est étudié dans ses ridicules et ses 
allures , chaque costume rendu à plaisir ; mais c'est le 
chant du cygne. 



692 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

Debucourt publie bien encore quelques sujets gra- 
cieux pendant la Révolution. La Bénédiction Pater- 
nelle, avec son sentiment à la Greuze, et la Croisée , 
rappel des grivoiseries de l'ancien régime , montrent 
bien qu'il cherche à renouveler son fonds d'idées , 
mais ce n'est plus qu'un vulgaire pointillé sans origi- 
nalité ni grâce. 

Dans les huit pièces en couleur pour la traduction 
du poëme de Héro et Léandre, de son ami le chevalier 
de Querelles ( 1801 ) , le peintre du Palais-Royal a 
cherché pourtant à revenir à ses procédés fondus. 
Héro au pied de la Statue de l'Amour, possède 
encore des qualité de morbidesse et d'harmonie , mais 
ce n'est plus qu'un éclair. L'artiste vient de tomber- 
dans la gravure des charges de Verne t. 

Les Modes et Manières du Jour à Paris, les 
Marchandes de Coco et de Peaux de Lapin, les 
Postillons et les Militaires , ne sont plus de l'art 
relevé, mais de la gravure de pacotille. La planche de 
Frascati, lieu de plaisir légendaire est encore un coin 
soulevé pour nous du rideau du passé. Mais qu'il grave 
cette lourde Histoire d'Ulysse, d'après Lordon , le 
Colin-Maillard ou la Main-Chaude, ou bien ces 
grandes études de chevaux d'après son ami Carie 
Vernet , Debucourt qui vécut fort âgé , n'existe plus 
pour nous qui nous arrêtons au seuil du XIX e siècle. 

A quarante - huit ans Debucourt s'était remarié 
(16 Ventôse an XI) à M 0,le Marquant , et l'un de ses 
témoins était Emmanuel-Michel Querelles , homme de 
lettres , le traducteur (ÏHéro et Léandre. Excellent 
homme , mais insoucieux du lendemain , Debucourt 
regardait l'ordre et la prévoyance comme incompa- 



DEBUCOURT 693 

tibles avec la carrière et le tempérament de l'artiste. 
Grand amateur de campagne , avec basse-cour et 
animaux de toutes sortes , il quitta en 1803 Passy où 
il avait vécu longtemps pour aller s'élablir Barrière 
de la Chapelle. 11 put là donner libre carrière à ses 
goûts campagnards qu'il fallut restreindre en revenant 
habiter en 1824 le boulevard Saint-Denis. 11 y avait 
pourtant transporté ses chats et ses chiens. Enfin les 
dernières années de sa longue carrière , il les passa 
à Belleville dans la maison du neveu de sa femme, son 
élève Jazet , chez lequel il s'éteignit le 22 septembre 
1832. 

ESTAMPES. 

1. AN NETTE ET LUBIN, scène finale du l 01 'acle de l'opéra-comique 

de Favart , musique de Biaise ; in-fol. 

211 fr. avant la lettre, vente Béhague, 18T7. 

2. LES BOUQUETS, ou la Fêle de la Grand' maman , dédiée aux 

Mères de famille , — LE C M 1» L I M E N T , ou la Matinée du 
jour de l'an , dédiée aux Pères de famille ; pièces formant pen- 
dant, 1*7817-88; in-fol. 

Deux épreuves de ces estampes , qui comptent parmi les meilleures de Debu- 
court, avec le nom de l'artiste tracé à la pointe , et avant son adresse, 500 fr. 
même vente. 

Sur les premières épreuves des Compliments , on voit dans l'armoire du fond 
entr'ouverte, à gauche , une poupée et un polichinelle. 

3. LES DEUX BAISERS, peint et gravé par Debucourt, peintre du 

Roi, 1186 ; in-ful en largeur. 

Un vieux mari contemple avec béatitude uu tableau sur lequel il s'est fail 
représenter embrassant sa jeune femme. Pendant ce temps, derrière lui, la belle 
donne sa main à baiser au galant peintre. 

601 fr., même vente. 

4. L'ESCALADE , ou les Adieux du matin ; in-fol. 

Une magnifique épreuve, d'une fraîcheur extraordinaire, avant la lettre, avec 
le nom de Debucourt tracé à la pointe , u atteint à la vente Béhague le prix de 
i,9ÔO fr. 



694 



LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 



5. HEUR ET MALHEUR, ou la Cruche cassée ; in-fol. 

860 fr. avant la lettre, même vente. 

6. Lise poursuivie, — Le Songe réalisé, 2 p. in-4 avec 

cadre. — Chez l'auteur, cour du Louvre, la 5 me porte à gauche en 
entrant par la colonnade, au 2 me . 

Bergère fuyant on berger; — surprise par lui pendant son sommeil, au pied 
d'un buisson. 

7. LA MAIN, — LA ROSE, 2 p. in-fol. 1787. 

Le sujet de ces deux très-belles estampes se trouve expliqué par les vers 
suivants extraits de leurs légendes. 
La Main d'abord : 

Aux baisers de l'heureux Valsin 

Justine abandonne sa main 

Et la main promet tout le reste. 

Voici maintenant pour la Rose. 

De cet amant passionné, 
Justine, refusez l'offrande; 
Lorsqu'un amant donne, il demande, 
Et beaucoup plus qu'il n'a donne". 

Les deux pièces, très-belles épreuves, 1,900 fr. môme vente. 

8. LE MENUET DE LA MARIÉE, — LA NOCE AU CHATEAU, 

2 p. in-fol. 1 "786-87. 

Ces chefs-d'œuvre de gravure en couleur ont été payés 3,505 fr. à la vente 
Béhague, épreuves d'une beauté remarquable, avant la lettre , portant seule- 
ment les armes et le nom de l'artiste tracé à la pointe. 

9. L'OISEAU RANIMÉ; in-fol. 1787. 

Deux jeunes femmes , enfermées dans une chambre à coucher, cherchent a 
ranimer un malheureux petit oiseau. L'une d'elles se résout à dégrafer son 
corsage pour réchauffer le pauvret , et montre une gorge des plus opulentes. 

Cette pièce rarissime, presque introuvable, a tout-à-fait l'aspect d'une gouache 
très-chargée de blanc. 

10. PROMENADE DU JARDIN DU PALAIS-ROYAL; grand 

in-fol. en largeur , sans signature , avec l'adresse : A Paris rue 
S l -Jacques »° 55 ; 1787. 

Cette pièce , qui porte la même date que la suivante , est d'une manière très- 
différente. Elle n'est qu'attribuée à Debucourt. 

600 fr., vente Béhague. 

Une réduction de cette estampe , grand in-I . à l'aqua-linte , non siguee, dans 
la collection de M. Miihlbacher. 



DEBUCOURT. 695 

11. PROMENADE DE LA GALLERIE DU PALAIS-ROYAL, 

grand in-fol. en largeur, mêmes dimensions que la pièce précé- 
dente. — Adresse de Debucourt au Louvre ; 1787. 
600 fr., même vente. 

Sous le prétexte que les estampes de Debucourt sont tirées en couleurs, et 
que les chromolithograph'es sont aussi des impressions en couleurs, de sévères 
et injustes critiques ont tenté d'assimiler les premières aux secondes et de leur 
dénier le nom d'oeuvres d'art. Assurément ce n'est pas là de l'art grec, ni de 
l'art de la renais=ance allemande ou italienne. C'est tout simplement de l'art 
français du XVIII e siècle, et cela nous paraît bien suffisant. Et même (qu'on 
nous pardonne ce rêve de collectionneur) nous nous prenons parfois à regretter 
que chaque civilisation et chaque époque n'ait pas pu avoir son Debucourt. 
Voit-on quel amusant portefeuille ce serait à parcourir, que celui où figu- 
reraient , spirituellement croqués par quelque humoriste contemporain, les 
élégants et les élégantes, la jeunesse dorée de Babylone, d'Athènes ou de Rome? 

Quant à la chromolithographie, s'il se trouve un homme d'assez détalent 
pour en tirer parti comme Debucourt de la gravure en couleur, nous serons les 
premiers à ne pas refuser à ce ckromolithographe le nom d'artiste, surtout s'il 
parvient à retracer les scènes de notre moderne vie mondaine en tableaux 
caractéristiques , pour l'instruction et l'amusement de nos petits-neveux. 

12. LA PROMENADE PURLIQUE, très-grand in-fol. en largeur, 

1792. 

Avant la lettre, 900 fr., même vente. — Cette estampe ne forme pas le pendant 
de la Galerie du Palais-Royal , elle est de plus grande dimension. 

Il serait superflu de faire l'éloge de cette pièce célèbre qui, à elle seule, comme 
on a remarqué justement , fera désormais la fortune du nom de Debucourt , 
mais ne l'a pas sauvé de l'oubli pendant un temps. « Il y a quarante ans , nous 
disait un ancien marchand d'estampes do la place du Carrousel, les épreuves de 
la Promenade publique se trouvaient en nombre dans les cartons ; on les offrait 
a l'acheteur pour cent sous , avant ou avec la lettre, indifféremment. Et l'on ne 
parvenait pas facilement à les vendre. De loin en loin , un client se décidait à 
emporter une épreuve , qu'il faisait ployer en deux et utilisait comme chemise 
pour envelopper d'autres estampes ! » 

18. F RA SG ATI ; grand in-4 en largeur. 

680 fr. avant la lettre, môme vente. 

La gravure de Frascati est très-inférieure à celle des estampes précédentes , 
mais il est curieux de posséder une représentation authentique de ce lieu de 
plaisir célèbre. 



14. LA RénÉdiction PATERNELLE , ou le Départ de la Mariée ; 
1795 ; in-fol. en largeur. 



696 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

15. LA CROISÉE; grand in-fol. 

1 er état : Avant la lettre. La jeune femme assise à la croisée tend sa main au 
dehors à un jeune homme monté sur une échelle. 

2 e état : Avec le titre. Le jeune homme est remplacé par deux enfants montés 
sur l'échelle, un petit garçon qui baise la main de la dame et une petite fille qui 
lui tend un bouquet de fleurs. Ainsi amendée, la composition n'a plus aucun sel. 

La Croisée est du m^me format que la Rose mal dé fendue. 

16. L'Enfant soldat, ou les Amusements de la famille, — 

le Grand-Papa, ou les Plaisirs paternels ; 2 p. in-fol. 

11. Il est pris! — Elle est puise! 2 p. in-fol., ovale on 
largeur. 

La première de ces estampes représente un pêcheur fort occupé à prendre un 
poisson à la ligne, tandis que, dans le fond de son bateau, deux jeunes gens 
s'ébattent amoureusement; la femme tient de la main gauche un petit poisson 
placé avec une intention très-libre, et qui ne se voit que sur les premières 
épreuves. On l'a effacé ensuite. 

18. Minet aux aguets ; in-fol. ovale en largeur. 

19. L'OISEAU privé, gravé au pinceau (sic). — Pauvre A.vnette, 

2 p. in-fol. en noir ou en couleur. 

Pauvre Annette ! Encore une jeune fille qui pleure sur sa cruche cassée. Infor- 
tunées cruches! quelle consommation le XVIII e siècle en a fait. 

Une autre estampe , intitulée le Juge, ou la Cruche cassée, in-fol. en largeur, a 
été gravée par Le Veau d'après une composition de Debucourt. 

20. Que vas-tu faire? — Qu'as-tu fait? 2 p. in-4 ovales. — A Paris , 

chez Depeuille , m 1 ! d'estampes rue Denis n° 52 , Section de Bon- 
Conseil. 

Pièces d'un dessin médiocre, représentant une jeune femme qui sort furtive- 
ment de chez elle [Que vas-tu faire?), puis qui rentre toute pensive, tandis 
qu'un jeune homme s'enfuit dans le lointain {Qu'as-tu fait?). 

21. LA ROSE MAL DÉFENDUE, 1791; in-fol. 

Avant toute lettre (collection Muhlbacher). 

Avec le titre et le nom de Debucourt tracé à la pointe , 245 fr. 18T7. 

Cette estampe a été réduite in-4 par Bonnemain. 

22. L'Orange, ouïe Moderne Jugement de Paris, — les Visites 

le premier jour du XIX e siècle ; 2 p. in-fol. en largeur. 

Avec les Visites nous arrivons, comme le titre de cette estampe nous l'apprend, 
au premier jour du XIX e siècle. Désormais, Debucourt ne nous appartient plus, 
et nous n'avons heureusement pas à donner la liste complète des estampes que 



DEBUCOURT. 697 

l'artiste ne cessa de produire pendant vingt-cinq ans encore. Mais hélas ! que 
nous sommes loin du Debucourt du XVIII 6 siècle dans la gravure intitulée : la 
Séparation pendant une nuit d'hiver, ou bien dans l'Incendie, ou bien dans cette 
suite de scènes in-fol. en largeur qui se passent toutes par un temps de neige, 
et qui représentent des paysans se chauffant dans un village , des voleurs 
dépouillant des voyageurs , des charrons réparant une roue, la vue d'un village 
avec une forge, des voyageurs dont la voiture est arrêtée par la tourmente. 

Citons parmi les estampes les plus connues gravées par Debucourt depuis 
1800: 
les Courses du matin , 
le Bouquet d'une maman , 
la Manie de la Danse, 

la Coquette et ses Filles, — la Femme et le Mari, — les Galants surannés, — la 
Jeune Femme, 
Lui répondrai-je ? — Ne suis-je pas vue ? 
le Baiser à propos de bottes, — le Coeffeur, — le Tailleur, 
les Amateurs de plafonds , 

Chacun son tour,— Inutile précaution, plaisanteries scatologiques de C. Vernet; 
l'Innocente du jour, 
le Carnaval, 1810, 
Vent devant , vent derrière; 
et les Types militaires et autres, de Carie Vernet. 

Dans les derniers temps, l'œuvre de Debucourt devient une véritable olla 
podrida ; l'artiste grave n'importe quoi, d'après n'importe qui , et son exécution 
est d'une froideur qui passe tout ce que l'on peut imaginer. Donnons une idée 
de ce que peut être cette macédoine en citant : le Chasseur au tirer ; la Chasse ; 
Exercices de Franconi ; la Croix d'honneur, le Soldat français, la Vivandière, 
Soldat enterrant les morts; Marchand de Vins des environs de Naples , Route de 
Rome; Vue de l'Arc-de-Triomphe de l'Etoile et du Bouquet du feu d'artifice tiré 
pour le mariage de leurs M. M. I.l. et R.R. , Illumination de la grande cascade de 
Saint-Cloud; Barrière des Champs-Elysées par un temps de neige, Barrière de 
Bercy, Barrière du Faubourg-St-Martin , Barrière de Charenton: Éruption du 
Vésuve; Vue de Moskou ; Types de cochers et attelages russes; VBermitage de 
Montmorency , Vue des environs d'Êcouen ; Costumes polonais; Vue de l'intérieur 
d'une ferme en Picardie, lithographie ; le Coup de \ ».' ; le Modi le à barbe : la Mar- 
chande de galettes, le Café ambulant, 1821 ; etc., etc. 
Tout-à-fail à la fin do sa carrière, Debucourt signe quelques pièces qui sont 

vraiment intéressantes comme monuments de laideur; par exenip.e, une 

suite de quatre pièces : le Malin , le Midi, le Soir, la Nuit . d'après H. l.eeomte, 
du plus pur style troubadour. Riscn , Baudouin, où êtes-vous? 

Nous ne résistons pas au désir do mentionner comme spécialement horribles 
deux vues d'appartements à la mode de 1825, Intérieur d'une salle à manger, et 
Intéri ur d'une cuisine, d après Droling. Voilà de beaux sujets d'estampes pour 
l'homme ipii ;i i.-né le Venue t de la Mariée et te Promenade publiqueX Mais ces 
deux pièces sont, comme on dit, tout unpo'tme, et caractérisent toute une 
époque. Passons vite! 



23 Allégorie à la mémoire do feu M. deVergennes . Ministre d'État ; 
1787. 



698 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

24. Vive le Roy, récit d'un invalide, chez un fermier de la Haute-Nor- 

mandie, en leur montrant le portrait du Roy. — Gravé par Augustin 
Legrand d'après Dobucourt ; in-4 en largeur. 

1 er état : Avec le portrait de Louis XVI. 

2 e état : Le portrait du Roi remplacé par le décret du 18 floréal , etc. 

8 e état : Avec le portrait de Bonaparte. 

25. ALMANACH NATIONAL, dédié aux Amis de la Constitution , 

H91 ; in- fol. en couleur. 

Sur un socle construit des débris de la Bastille , l'Assemblée Nationale , sous 
la figure de Minerve , trace les lois constitutionnelles. Au-dessus , un petit mé- 
daillon de Louis XVI. Dans le bas, « un Français et un Anglais, réunis parleur 
» commun amour pour la patrie, invitent à une fraternelle confédération les 
» habitants de diverses contrées, parmi lesquels on distingue un Turc et un 
» Indien qui restent en extase aux saints mots de Liberté et de Constitution...» A 
gauche, une marchande de cocardes et de journaux, et des enfants « élevés dans 
l'esprit de la Révolution », qui poursuivent de leurs quolibets deux personnages 
aristocrates. 

211 fr., vente Béhague. 

26. Placard des Droits de l'Homme et du Citoyen. 

La République française , couronnée des étoiles de l'immortalité , assise sur 
un siège de pierre qui sert de piédestal aux statuettes do la Liberté et de l'Ega- 
lité, tient d'une main la foudre, de l'autre un rameau d'olivier. 

27. La Liberté , — l'Égalité , — la Fraternité , — l'Unité , allégories 

révolutionnaires ; in-4. 

28. Calendrier républicain pour l'An II; in-fol., au lavis. 

Sur un sommet élevé, la Philosophie assise sur un siège de marbre décoré des 
images de la Nature féconde, et ayant pour diadème le bonnet de la Liberté, 
foule à ses pieds les gothiques monuments d'erreur et de superstition. — Le 
calendrier est au milieu d'un encadrement; nous en transcrivons la première 
décade : 

VENDÉMIAIRE. 

du 22 y" re au 

21 8 bre 1791. 

Primidi.... Raisin. 

Duodi Safran. 

Tridi Châtaigne. 

Quartidi... Colchique. 
Quintidi... Cheval. 
Sextidi.... Balsamique. 
Septidi.... Carottes. 

Octidi Amaranthe. 

Nonidi Panais. 

Décadi Cuve. 



DEBUCOURT. 699 

29. Calendrier républicain pour l'An III. 

Grande Liberté assise en haut, tenant ud livre d'astronomie ; un génie est à 
côté d'elle. — Encre bistrée. 



PORTRAITS. 

30. Louis XVI , en pied , en costume royal ; dédié à la Nation ; in-fo. 

en noir. 

31. La Fayette, commandant général de la garde nationale, en pied; 

grand in-fol. en noir. 

32. Le Duc d'ORLÉANS (Philippe-Égalité); in-4 orné en couleur. 

33. Barra, dédié aux jeunes français; in-fol. octogone (Collection 

Hennin). 

Debucourt a gravé plus tard des portraits de R.-J. Haiiy, de Napoléon I er 
in-fol., Lou is XVIII in-fol., le même en pied, très-petites pièces à claire-voie 
hautes de deux et trois centimètres, non signées ; — ceux de Charles X en pied, 
du Duc d'Angoulêm.1', etc. 



VIGNETTES. 

34. HÉRO ET LÉANDRE, poë'me nouveau en trois chants, traduit du 

grec sur un manuscrit trouvé à Castro. — Paris, Didot 1801, 

I vol. in-4. 

Cette édition est ornée d'un frontispice et de huit estampes en couleur, dessi- 
nées et gravées par Debucourt, de la ci-devant. Académie. 

Frontispice, en noir. 

Figures : 1. Le Couronnement. — 2. Les Colombes. — 3. La Course. — 
4. L'Invocation à l'Amour. — 5. La Grotte. — 6. Le Matin. — 7. La Tempête. — 
8. La Mort d'Héro. 

II y a des exemplaires avec les figures avant la lettre. 

35. Modes et Manières du JOUR, collection de 50 gravures 

de modes, an VIII et an IX ; in-8. 
Il y a 2 pièces supplémentaires, ce qui porte leur nombre à 52. 



DEFEHRT (J.-A.). 



C'est un nom bien peu connu. Le Blanc nomme deux 
graveurs de ce nom , qui tous deux auraient travaillé 
dans la seconde moitié du XV IIP siècle. Le premier 
s'appellerait A. J. de Fehrt ou Defehrt; le second 
Bertrand Defehrt. A l'article de ce dernier, il cite un 
frontispice pour Y Elite des Poésies Fugitives , d'après 
Gravelot (1764). 

Nous relevons encore le nom de Defehrt dans les 
Fables de La Fontaine d'Oudry , sur les planches de 
V Homme qui court après la Fortune, le Rat et 
r Eléphant , le Loup et le Chasseur , le Dépositaire 
Infidèle, le Statuaire et la Statue de Jupiter , etc 

Un petit portrait in-8 , de l'impératrice Elisabeth de 
Russie , en forme de médaille commémorative de 
l'établissement de l'Académie de Moscou , d'après 
Moreau le jeune dont c'est l'un des premiers ouvrages. 

Deux portrait équestres de Louis XV et Au Dauphin 
son fils , d'après Durameau , grand in-4. 

Defehrt a aussi collaboré à la Galerie du Palais- 
Royal. 



Les DELAFOSSE. 



1721 



Il est nécessaire d'établir une distinction entre deux 
artistes du siècle dernier portant le nom de Delafosse, 
le graveur des vignettes d'Eisen et des portraits de 
Carmontelle , l'éditeur du Voyage de Saint-Non , le 
marchand d'estampes et de crayons incassables de la 
place du Carrousel , Jean-Baptiste Delafosse , n'ayant 
aucun rapport avec Jean-Charles Delafosse , l'élégant 
dessinateur et graveur d'ornements de Ylconologie 
Historique. 

Jean-Baptiste Delafosse , élève de Fessard , a 
gravé dans la manière de son maître une foule de 
petites vignettes et de tètes de pages d'après Eisen , 
pour la Christiade, poëme de l'abbé de La Baume- 
Desdossat, les Œuvres de Pavillon, pour les Beaux- 
Arts réduits à un seul Principe (1747) et le Cours 
de Belles-Lettres (1753) de l'abbé Batteux. Il prend 
d'ailleurs volontiers pour modèle ce fécond illustrateur 
car nous retrouvons encore son nom au bas des figures 
signées Eisen pour l'Histoire de Clarisse Harloice 
(1751) pour r Anti-Lucrèce . du cardinal de Polignac, 
pour les Campagnes de Louis XV, enfin sur une jolie 
pièce in-8 représentant la Statue de Louis XV. Toutes 



702 LES GRAVEURS DU XVIII* SIECLE. 

ces vignettes nous montrent le travail d'un graveur 
exercé à bonne école au maniement du burin et de la 
pointe. 

Delafosse a traduit également Gravelot dans un 
certain nombre d'ouvrages , dans les Comédies de 
Têrence (1753) en collaboration avec Sornique , clans 
des Cartouches pour les cartes de l'atlas du géographe 
d'Anville, dans une tête de page représentant Apollon 
Dieu des Sciences et des Arts (1751) ; gravé d'après 
Oudry quelques Fables de La Fontaine; citons encore 
les figures d'un Ahnanach Poétique et Enigmatique , 
pour l'année 1756 , à Paris chez Babuty. 

Mais Delafosse fut surtout le graveur attitré de 
Carrogis de Carmontelle. Nous avons déjà signalé , à 
propos de ce portraitiste-amateur, la part que le gra- 
veur a prise à la reproduction de ses fameux profils. 
Ce fut en 1757 que Fessard , le maître de Delafosse 
exécuta le portrait du Comte de Dunois. On pourrait 
supposer qu'il proposa au lecteur du duc d'Orléans , 
son élève moins occupé que lui. 

Toujours est-il que peu après Delafosse exécuta , de 
la grandeur des originaux et de format in-folio , le 
président Durey de Meinières , puis son fils officier 
des gardes françaises (1760). Nous nous contenterons 
donc d'énumérer, les ayant appréciés à-propos de 
Carmontelle , VAbbè de Chaurelin (1762) , VAbbè 
Duresnel, G. F. de Fonlenay, le conseiller Lambert, 
la très-jolie pièce où M me Hérault est représentée 
avec sa bru M me de Séchelles (1763) , la danseuse 
Louise-Magdeleine Lany, l'intéressante pièce qui 
représente la Famille Mozart (1764) et où figure âgé 
de sept ans le petit Wolfgang . futur immortel auteur 



DELAFOSSE 70J 

de Don Juan , M. de Bourneville , le Duc d'Orléans 
à cheval, le géomètre Clair aut, assis à une table (1763), 
le général Comte de Waldner, etc. Tous ces portraits 
de la grandeur des dessins originaux , sont gravés par 
Delafosse respectueusement et avec une simplicité de 
moyens qui convient bien aux naïfs mais ressemblants 
dessins de Garmontelle. Signalons enfin l'estampe bien 
connue de la Malheureuse Famille Calas , que Car- 
montelle a représentée au moment où le jeune Lavaysse 
ami du fils Calas qui s'appuie sur lui avec une affec- 
tueuse sympathie , lit à la mère , aux deux filles et à 
leur servante l'acte de réhabilitation qui constate l'in- 
nocence de Galas, obtenue, comme on sait, grâce aux 
écrits de Voltaire. Cette composition dessinée en 1765, 
est intéressante par les expressions et la ressemblance 
certaine des personnages , au sujet de laquelle on 
peut s'en fier à la consciencieuse fidélité de crayon du 
dessinateur ; la gravure nous en semble bien un peu 
sèche et maigre , comme le dessin , mais les physio- 
nomies expressives des personnages sont rendues avec 
soin. 

Delafosse paraît s'être surtout occupé sur la fin 
de sa vie de l'échange des estampes et de la publi- 
cation d'ouvrages illustrés , de commerce enfin. Nous 
trouvons dans les procès-verbaux de l'Académie 
royale : « Le sieur Delafosse graveur ayant demandé 
» à l'Académie qu'elle voulut bien faire examiner de 
» nouveaux crayons de mine de plomb que l'on tire 
» d'Anglerre , MM. Pajou, Bachelier, Lépicié , Le 
» Prince et Cochin qui ont fait l'essai de ces crayons 
» ont certifié à l'Académie qu'ils les ont trouvé d'un 
» très bon usage , susceptibles d'être fabriqués aux 



704 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

» divers degrés de dureté que l'on peut désirer et 
» ayant l'avantage de n'être point sujets à un mélange 
» de parties pierreuses. En conséquence l'Académie , 
» connaissant combien cette découverte est utile aux 
» arts a accordé son approbation , etc.. » 

Delafosse était aussi , comme beaucoup d'autres 
graveurs d'alors , en possession d'un procédé nouveau 
de gravure en couleur qui , devait se rapprocher de 
celui employé quelques années plus tard avec tant de 
succès par Debucourt et Janinet. 11 l'avait commu- 
niqué à l'abbé de Saint-Non avec lequel il était en 
rapports journaliers pour la publication du Voyage à 
Naplcs. M. de Joursanvault, amateur à Beaune et sous- 
cripteur de cet ouvrage , ayant demandé quelques 
éclaircissements au sujet de ce procédé que l'abbé 
expérimentait pour les planches de son voyage , celui- 
ci lui répondait en 1778 : 

« Ce que vous m'avez demandé, mon cher mon- 
» sieur, pour colorier certaines estampes, je m'en 
» suis fort occupé moi et M. de Lafosse et peut-estre 
» y aurois-je réussi , quoique ce n'eut pas été sans 
» beaucoup de peine et des détails auxquels il m'auroit 
y> été bien difficile de me livrer , mais ce qui m'en a le 
» plus détourné c'est la crainte de trouver des contra- 
» dicteurs et des critiques nouvelles. On auroit traité 
» d'enluminures les estampes faites avec le plus de 
» soin et véritablement il faut convenir que ne pou- 
» vant absolument colorier qu'une petite et très-petite 
» partie de ces gravures , cela formeroit avec le reste 
» de l'ouvrage , une disparate qui pourroit déplaire 
» avec raison , ainsi il n'est pas possible d'y penser et 
» j'y ai renoncé. J'ai même essayé une des planches 



DELAFOSSE. 70K 

- de la l re livraison qui est le n° 3. J'ai cherché à la 
» colorier par l'impression même et j'ai vu avec chagrin 
» que les planches en souffroient beaucoup et il n'y en 
» a eu qu'un bien petit nombre de tirées. J'aurai soin 
» d'en joindre une pour vous à la seconde livraison 
» lorsqu'elle paroistra.... » 

Delafosse , on le voit , s'occupait activement de la 
partie artistique surtout en ce qui concernait la gra- 
vure du grand ouvrage entrepris par l'abbé de Saint- 
Non. C'est chez lui que l'on souscrivait, ainsi qu'il 
résulte des prospectus , et c'est lui qui distribuait les 
livraisons. 

Saint-Non occupé de la confection du texte, de 
la correspondance avec Denon , Desprès, Chatelet, 
Berthault et les autres dessinateurs voyageant pour son 
compte dans les Galabres et en Sicile , s'en remettait 
des mille tracas et détails de sa lourde entreprise sur 
son factotum Delafosse , qui paraît avoir été pour lui 
un auxiliaire actif : « Je suis je vous l'avoue si occupé, 
» écrivait encore Saint-Non, le 1 er janvier 1779, au 
» baron de Joursauvault , qu'il m'est impossible de 
» penser par moi-même aux détails de tous les envoys 
» qu'il y a à faire de ces livraisons à mesure qu'elles 
» paroissent ce qui augmentera encore par les suites 
» puiscpqueje compte bien que désormais elles parois- 
» tront presceque tous les mois exactement, C'est 
» M. Delafosse graveur place du Carrousel à Paris 
» qui est mon homme de confiance et chargé de tous 
» ces détails et je vous prierois de vouloir bien donner 
» icy à quelqu'un de vos correspondants ou de vos 
» amis la comission d'aller prendre chez M. de Lafosse 
» ces livraisons à mesure qu'elles paroistront et le 



700 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» charger de vous en faire l'envoy à Beaune tant pour 
» vous que pour M. de Migieux. J'espère que vous en 
» serez plus content encore que des premières et que 
» nous irons toujours de mieux en mieux parceque 
» connaissant davantage les talents différents des 
■» artistes que j 'employé, je serai aujourd'hui plus 
» sur de mon fait * . . . » 

Jean-Charles Delafosse, sur lequel M. Destailleur 
se voit obligé d'avouer dans ses Notices sur quelques 
At-ltstes Français, que malgré le peu d'années qui nous 
séparent de lui , il n'a pu trouver que de bien vagues 
renseignements , se qualifie dans son ouvrage de 
Ylconologie Historique , publié en 1771 chez J. F. 
Ghéreau fils , d'architecte-décorateur et professeur en 
dessins. 

C'est un des meilleurs et des plus purs dessina- 
teurs d'ornements , de décorations et de meubles du 
temps de Louis XVI. Il a eu beaucoup d'invention , 
de fécondité et de facilité comme en témoignent les 
nombreuses aquarelles qu'il a laissées : « Ses dessins 
» sont tracés d'une main très habile et très hardie , a 
» dit M. Destailleur , mais en voulant donner du 
» caractère à ses compositions , Delafosse finit par 
» tomber dans la pesanteur , défaut assez commun à 
» cette époque. On ne peut cependant lui refuser 
» d'avoir montré souvent beaucoup de verve dans ses 
» motifs de décoration. » 

Ce jugement est confirmé par l'examen du remar- 
quable recueil où Delafosse a réuni un grand nombre 
des productions dues à sa fertile invention et qu'il a 

1 Ces lettres font partie de la collection de M. Portalis. 



DELAFOSSE. 707 

en grande partie gravées lui-même l . Ce sont des 
Cahiers de Cheminées , Bordures , Médaillons , 
graves dans un mode très libre et très large fort déco- 
ratif et plein d'invention. L'une des planches de la série 
des Portes, nous donne les prénoms du graveur, 
Jean-Charles Delafosse invenil et fecit. Les Vases 
ornés de figures et d'attributs sont d'une belle 
tournure, bien qu'un peu lourds, et les Gaines, très 
légèrement gravées , portent à la pointe la signature 
de l'artiste. 

Quant aux cahiers de Piédestaux et Socles, de 
Monuments, de Pendules , de Frises, de Tombeaux, 
de Trépieds , la gravure en est généralement due à 
Ch. Beurlier , à M clle Thouvenin , à Littret , à Joly ; 
une série deVases Antiques est gravée par G. Baquoy ; 
des cahiers de Girandoles, de Flambeaux, de Calices 
et Ciboires, de Chandeliers d'Eglise et d'Encen- 
soirs, très bien exécutés sont dus au burin de Ber- 
thault. 

Delafosse a encore laissé un livre d'Ordres de 
Colonnes, 20 planches in-folio où il signe architecte 
et professeur de dessin , qui a été gravé à l'imitation 
du lavis par J. B. Lucien; des Livres de Meubles , 
sièges , canapés , etc.. gravés par Tardieu , Berthault 
et autres. 

J. G. Delafosse habitait en 1777, rue Neuve Saint- 
Martin et VAlmanach des Artistes , le désigne comme 
adjoint à professeur. 

1 On en trouvera la description complète et détaillée dans l'ouvrage 
de M . Destailleur, qui signale aussi un recueil de 56 dessins originaux de 
Delafosse à la Bibliothèque du Louvre; c'est dire que maintenant ils 
n'existent plus et qu'ils ont péri daus l'incendie de 18T1. 



DELATRE (Jean-Marie) 

!7i6- 



Delâtre , d'Abbeville , né en 1746 , fut employé par 
les éditeurs Esnauts et Rapilly à la gravure de quelques 
portraits de leur collection : le Comte oV Evreux , le 
Dauphin, fils de Louis XV, le musicien Cassanea de 
Mo, ido avilie, Rameau, l'avocat Linguet, et un assez 
fin Beaumarchais, d'autant plus estimable que les 
portraits du célèbre auteur sont peu communs et se 
réduisent à trois , gravés d'après Cochin , par Saint- 
Aubin , Delàtre , et plus tard , en 1802 , par Le Roy. 

En 1775, M clle Colombe obtint un succès éclatant à 
la Comédie-Italienne dans le rôle de Bélinde de la 
Colonie. Delàtre grava pour Esnauts le profil agréable 
et doux de cette actrice , qui avait , nous dit un 
contemporain , de grands yeux, les plus beaux du 
monde , le regard auguste , noble et tendre , le port 
et la démarche d'une reine. 

Delàtre ne persévéra pas dans le genre du portrait 
de petit format pour lequel il avait évidemment des 
dispositions, 11 passa en Angleterre , apprit le pointillé 
sous la direction de Bartolozzi et exécuta en ce genre 
diverses pièces , notamment d'après Angelica Kauff- 
mann. 



DELIGNON (Jean-Louis 



1755-4804. 



Élève de Nicolas de Launay, le graveur de vignettes 
Delignon a été l'un des bons interprètes de Moreau , 
dans les œuvres mises au jour depuis 1780. 

Un certain nombre des illustrations du Voltaire de 
Kehl , notamment , sont dues à son burin : dans le 
théâtre , la Princesse de Navarre , le Droit du 
Seigneur, Olympie, Agalhocle (pièce gravée deux 
fois, par Delignon et par Simonot); dans la Henriade, la 
Mort de Coligny; dans la Pucelle , la figure du 
chant VII, Dorothée sur le Bâcher ; dans les Romans 
et Contes , une des pièces de Candide , etc. 

Il prit part aussi à la gravure du Raynal, et lorsque 
Le Bas et Moreau entreprirent V Histoire de France , 
plusieurs de ces figures à mi-pages lui furent confiées. 
Delignon, comme les autres interprètes, y a réussi, mais 
le mérite de l'exécution ne rachète pas la monotonie 
de composition et le manque de style de cette inter- 
minable série. 

Le principal morceau de Delignon se trouve dans 
le Monument du Costume , c'est l'estampe du 
Seigneur chez son Fermier , d'une facture très 
claire , mais qui pâlit un peu au voisinage d'autres 



710 LES GRAVEURS DU XVIII SIECLE. 

planches de cette suite célèbre. Elle nous montre le 
petit maître accourant à la campagne, sans doute pour 
refaire sa santé et ses finances épuisées par les 
toilettes , les courses de chevaux , les visites aux 
petites loges , les soupers fins , et les bonnes fortunes 
menées tambour battant, et décidées par cette somma- 
tion décisive : oui ou non. Las d'un hiver passé à la 
cour dans ces appartements toujours trop chauds ou trop 
froids de Versailles, rassasié des plaisirs du monde , 
il semble prêcher à son fermier et à sa fille le bonheur 
des champs et de la vertu. Mais gageons qu'il ne 
songe qu'à retourner au plus vite dans les bosquets 
moins naïfs de Trianon. 

Delignon a encore gravé d'après Moreau la figure 
du Joueur, de Regnard (1786). Nous le retrouvons 
dans l'illustration du Nouveau Testament , dans 
V Enéide , in-8 , puis , au commencement du XIX e 
siècle , dans Ovide , de Villenave , et enfin dans les 
Œuvres de La Fontaine, suite de 1814. 

On doit à notre graveur : une partie des suites de 
Y Iliade et de la Bible , d'après Marinier; des figures 
pour la Pucelle , d'après Monsiau ; quatre pièces , 
d'après Gochin pour la Jérusalem délivrée; la belle 
figure de Fragonard pour le Cocu battu et content ; 
des vignettes de Y Histoire Romaine de Myris. 11 a 
terminé, sur des eaux-fortes de Quéverdo, de Baquoy 
ou de Pélicier , des planches de la Henriade in-4 , et 
du Tèlèmaque , in-12 , d'après Quéverdo. 

Delignon a encore été l'un des graveurs employés 
par Couché pour reproduire les tableaux de la Galerie 
du Palais-Royal. Il a signé entre autres la Nourriture 
d'Hercule , d'après J. Romain , une Descente de 



DELIGNON. 7H 

Croix , d'après A. Carrache, la Samaritaine, d'après 
l'Albane , un Saint Sébastien , d'après Le Guide , 
Saint François, d'après 1(3 Dominiquin, V Enlèvement 
(V Europe, le Départ d Adonis, et la Délivrance 
d'Andromède, d'après Titien. 

Le contrat suivant signé entre Delignon et Laurent 
pour une des planches du Musée Français , va nous 
apprendre quel prix était payé au graveur pour ses 
planches d'après des tableaux de maître : « Compromis 
» passé entre nous Jean Louis Delignon et le sieur Pierre 
» Laurent tous deux exerceant la même profession, 
» sommes convenus des conditions si-dessous moi 
» de Lignon m'engage de graver d'après un dessein 
» fais d'après le tableau du Dominiquain , représentant 
» Thimoclée devant Alexandre, de mettre toute la per- 
» fection qu'il me cera possible et de rendre la planche 
» terminée au mois de décembre prochain. Et moi 
» Laurent promet de remettre en pa}'ement la somme 
» de deux mille livres en trois payement egeaux , le 
» premier aux épreuves de l'eau-forte , le second aux 
» épreuves et l'entier et dernier payement en recevant 
» la planche. A Paris ce sept février 1792. Aprouvée 
» l'écriture ci-desus. — Pierre Laurent. — Delignon. » 

Dans l'estampe pure , nous remarquons la signature 
de notre graveur sur les Offres Séduisantes , de 
Lavreince. C'est une « jeune femme très-aimable » 
debout près d'un jeune homme assis qui lui présente 
un écrin pendant qu'une vieille les épie. Ne semble- 
t-il pas que tandis que les estampes galantes ne visent 
d'ordinaire que l'entraînement des sens , celle-ci 
souligne le côté vénal de l'amour. (Test une note assez, 
rare dans l'estampe. 



DELVAUX (Remi-Henri-Joseph). 



1750-1823. 



Cet artiste a été le graveur privilégié de Cazin ; 
fallait -il à l'éditeur Rémois un portrait , une 
vignette pour quelqu'une de ses nombreuses pu- 
blications dans ce petit format si connu des biblio- 
philes , vite il s'adressait à Delvaux. Celui-ci passe 
même pour avoir gravé quelques-unes des suites 
erotiques que l'éditeur en question ne se faisait pas 
faute de produire. 

Rémi Delvaux né à Lille en Flandre en 1750 , 
(élève, d'après A. Dinaux, de l'excellent graveur Noël 
Le Mire; a collaboré au Cabinet Choiseul (1781), pour 
une marine de Bakuysen, à la Galerie du Palais- 
Royal , pour une planche du tableau de l'Albane , 
Noli me Tangere , mais la grande occupation de ce 
graveur a été de reproduire les suites de la seconde 
manière de Moreau ; il a été l'un des artistes préférés 
du maître de la vignette pour graver avec une certaine 
douceur les longues figures de femmes des Idylles 
de Gessner et des Lettres à Emilie. On retrouve son 
travail correct dans les Figures de l'Histoire de 
France, dans le Nouveau Testament, dans les Œuvres 
de La Fontaiœ (1814) et dans d'autres ouvrages. 



DELVAUX 713 

Delvaux est aussi l'homme des réductions ; c'est lui 
qui réduit dans un format in-16 les grandes figures 
de Moreau pour la Psyché de La Fontaine (1797), 
c'est lui encore qui réduit en partie les figures du 
même artiste pour une nouvelle édition des Œuvres 
de J.-J. Rousseau (1788-93). 

Delvaux a gravé l'une des plus jolies pièces des 
Confessions, de J.-J. Rousseau (édition de Defer de 
Maisonneuve) , celle où la scène représente M me de 
Warens lacée par Claude Anet pendant que Rousseau 
la contemple amoureusement. La gracieuse compo- 
sition de Monsiau a été remarquablement bien gravée 
par Delvaux. Il a encore collaboré aux Contes de La 
Fontaine , illustrés par Desrais , aux Elégies de Pro- 
perce, au Faublas, aux Œuvres de V Abbé Prévost 
et de Le Sage , au Cabinet des Fées , de Marillier , 
aux Œuvres de Tressan. 

Delvaux a été nous lavons dit , un assez fin graveur 
de portraits. Bien qu'annoncés sur les planches comme 
gravés d'après les originaux , Vivien , Rigaud , 
Nanteuil , Largillière , ce ne sont la plupart du temps 
que des copies de planches antérieurement exécutées 
par Ficquet, ou autres. Quoi qu'il en soit, ces minus- 
cules effigies remplissent bien le but que se pro- 
posait l'éditeur de donner une idée à peu près exacte 
de la physionomie de l'auteur dont il réimprimait les 
œuvres. Citons ceux de M me de Sévigné , Dorât, 
Racine, Bossuet, M me Du Chalel et, Jeanne d'Arc, 
Gresset, Molière, La Bruyère, Piron, Crébillon, 
tous assez finement gravés. Il réussit notamment le 
portrait de Bacon, de /.-/. Rousseau et du petit 
La Fontaine, qui accompagne la suite de Psyché. Son 



71V LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

défaut est do faire gris , aussi bien dans les pièces 
terminées que dans les eaux-fortes. Rien de plus rare 
du reste que ses eaux-fortes de portraits. 

Delvaux, en résumé , eut un petit talent et sentant 
que les grandes pièces n'étaient pas son fait, il eut le 
bon goût de ne pas sortir de son petit genre , le por- 
trait ou la vignette de minime format. 

Rémi Delvaux essaya de s'anoblir en signant timide- 
ment DE) vaux mais il ne poussa pas plus loin la 
tentative. 

Il a laissé un fils , Marie-Auguste Delvaux , né en 
1786 , qui a également gravé sous la direction de son 
père. Ils demeuraient tous deux 1, rue de Coudé. 



PORTRAITS. 

1. Bacon ; in-8. 

l« r état: Avant la lettre. 

2. BOSSUET, d'après Rigaud ; in-12. 

Les belles épreuves de ce petit portrait sont avec la lettre grise. 

3. Charron ; in-12. 

l Pr état : La lettre grise sur tablette blanche. 

4. CHATELET (Madame du), d'après M eUe Loir; in-8. 

Existe à Teau-forte pure. Les premières épreuves ont la lettre grise. 

5. Condillac, médaillon avec nœud de rubans ■ in-12. 

6. Corneille (Pierre), d'après Le Brun ; in-8 orné. 

1. Corneille (Thomas) • in-8 orné. 

8. DAME GRECQUE. — Dessiné et gravé par R. d'Elvaux d'après 
l'original de grandeur naturelle peint par de la Pierre, etc. M" ; 
in-4. 



DELVAUX. :\-, 

9. Ditclos, historiographe de France, profil d'après Cochin ; in-12. 

10. FÉNELON, tourné vers la gauche, d'après Vivien ; in-12. 

1 er état : Avant la lettre. Il y a des épreuves de cet état qui n'ont pas encore 
le filet d'encadrement. 

11. Fénelon, tourné vers la droite, d'après Vivien , 1808; in-8. 

1'" i'4at : Avant la lettre. 

12. Foë (Daniel de); in-8. 

13. FoNTENELLE, d'après Rigaud , H83 ; in-12 orné 

14. Frédéric II , d'après Ramberg; in-8 orné. 

15. Gauffecourt , d'après Nattier ; in-8. 

Ce portrait est une copie réduite du grand Gauffecourt de Dûullé; mais ici le 
personnage est qualifié à tort du nom de P. J. Gentil-Bernard ■ né à Grenoble en 
tyio, uv- à Ch 4sy-le-Roi en tyy;. 

1G. Gessner, profil à droite; in-12 orné. 

17. Gessner, profil à gauche; in-8 orné. 

18. Haiiy (René-Juet) , d'après Ma ssard , 1804; in-8. 

1 er état : Avant la lettre. 

19. Jeanne d'Arc; in-8. 

20. La Bruyère , tourné à droite ; in-12 orné. — La Bruyère , tourné 

à gauche ; in-12 orné. 
Existe à l'ean-fnrte, et terminé avant toute lettre, et avec la lettre grise. 

21. La FONTAINE, d'après Rigault ; in-12 orné. 

Ce portrait accompagne la suite des figures deMoreau, réduites pour la petite 
édition de Psyché de Didot. 
l a 'état: Avant la lettre. 

22. Piron ; in-12 orné. 

23. Racine, d'après Santerre ; in-12. 

24. Racine (Louis) , d'après Aved ; petil médaillon ovale dans un enca- 

drement in-12. 



746 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE 

•25. RlQUET DE BONREPOS; in-8. — Au bas du portrait, une 
vignette de Myris représentant Riquet qui expose son projet aux 
Commissaires du Roi et des Etats. 

Sert de frontispice à une Histoire du rnnal du Languedoc , par le général 
Andréossy. 

26. Rollin , d'après Coypel ; in-8. 

2*7. ROUSSEAU (J.-B.), d'après Aved; in-8. 

Ce portrait est le meilleur de Delvaux , qui l'a exécuté avec un soin tout par- 
ticulier. 
A l'eau-forte pure (collection Béraldi). 
1 er état : Avant la lettre, la tablette ombrée. 
2 e état : Avec la lettre. On a effacé les tailles de la tablette, qui est blanche. 

28. Rousseau (J.-J.); dessiné par J. Le Mire d'après le buste de Houdon, 

réduit et gravé par Houdon ; in-8 

29. SÉVIGNÉ (Madame de) , d'après Nanteuil ; in-12 orné. 

1 er état : Avec le nom de M me de Sévigné 
2 e état : Avec le nom de M me de Staal. 

30. Sonnini, d'après Bornet ; in-8. 

81. Tasse (le) , d'après Chasselat , an II ; in-8. 
1 " r état : Avant la lettre. 

32. Suite de portraits in-12 pour divers ouvrages publiés par Cazin : 
Arioste , Pétrarque , le Tasse , l'acteur Baron , de Belloy, Cam- 
pistron , Crébillon , Destouches, Dorât , Gresset (très-rare), Joly, 
Le Sage, Montfleuri , Palaprat , Piron , Pompignan , Racine. 



VIGNETTES. 

i. d'après marillier. 

83. Vignettes pour le Cabinet, des Fées, les Œuvres de Vabbé Prévost, 
le? Œuvres de Tressan , les OEuvres de Le Sage , les Voyages 
imaginaires ; — pour le Boccace de Mirabeau ; — pour Télé- 
maque ; pour Properce ; — pour Faublas. 

34. Nombreuses figures de la suite de la Bible [Agar et Ismaè'l, l'Échelle 
de Jacob, Crime d'Ammon . etc., etc.). 



DELVAUX. 717 



II. D APRES MOREAU. 

:).">. LA Nouvelle HÉLOïse. — Réduction très-bien exécutée, pour 
l'édition de Cazin (1781, in-8) , des belles figures de Moreau pour 
l'édition in-4 de Londres, 1774-1783. 

30. LES AMOURS DE PSYCHÉ ET DE CUPIDON, avec le 

poème d'Adonis, Paris, 1797, 2 vol. in-12. 

Delvanx a réduit, pour cette petite édition , le portrait gravé par Audoniti , et 
les huit figures dessinées par Moreau pour l'édition in-4 do 1795. 
Cette suite recherchée , le plus important ouvrage de Delvaux , exisie avant 
lettre. Les eaux-fortes des huit vignettes se trouvent dans un exemplaire de 
Psyché en papier vélin , appartenant à M. Eugène Paillet. 

37. Figures pour le Nouveau Testament ; in-8. 

38. Illustrations pour les Idylles de Gessner, in-8. 

Les plus jolies sont celles de l'idylle la Matinée d'automne (Milon et sa famille), 
de l'idylle Erythie ( nymphe poursuivie par un satyre) , et de la scène dernière 
à'Éraste. 

39. Lettres à Emilie, Paris, Renouard , 1809; in-8. 

Delvaux a gravé pour cette suite, une des meilleures de la dernière manière 
de Moreau: Jupiter et la chèvre Amalthée, Jupiter et Io , Proserpine , Latone, 
Hyacinthe, Marsyas , Thésée, Jugement de Paris, Sapho, les Grâces, Enlèvement 
de Psyché , Psyché et l'Amour, Acis et Galathée , Circé. 

40. Vignettes pour la suite du Voltaire de Renouard (Œdipe, Brutus, 

Zulime , l'Orphelin de la Chine , les Guèbres , la Henriade) ; — 
pour le Molière de Renouard (Psyché) ; — pour le La Fontaine de 
1814 (la Fortune et le Jeune Enfant, les Oies de frère Philippe, 
Mazet, la Coupe enchantée). 

41. Vignettes pour les Géorgiques, — pour VOvide de Villenave, etc. 

Delvaux a encore gravé d'après Desrais, pour les Contes de La Fontaine; 
d'après Lefôvre , pour Télémaque ; d'après Harriet , une vignette in-8 de Ero e 
I.éandro; d'après Monsiau , pour la Pucelle, pour le Rousseau in-4, etc. 

On a attribué à Delvaux la gravure des suites libres du Meursius français 
ou Entretiens galants d'Aloysta (\~iSi) , de Thérèse philosophe (1785), de l'Arétin 
français (11S1). 



40 



DEMARTEAU (Gilles 



1722-1776. 



Le liégeois Demarteau , inventeur de la gravure en 
manière de crayon ( invention que Bonnet a cherché 
en vain à se faire attribuer) , est un des graveurs 
amusants du siècle. 

Lorsqu'il eut trouvé cette voie de la gravure au 
crayon , il se mit à l'exploiter avec persévérance. Le 
procédé obtenu par un instrument nommé roulette 
convenait admirablement à la reproduction des dessins 
de Boucher , exécutés à la sanguine , qu'ils rendent 
jusqu'à l'illusion. Demarteau s'était tellement identifié 
avec ses modèles que ses estampes peuvent passer pour 
de véritables fac-similé. Aussi ne se fit-il pas faute 
d'en produire , et encore et encore et toujours. 
Quelques-unes de ces pièces sont du reste fort jolies. 

Nous citerons dans le nombre , sans nous arrêter 
aux nombreuses têtes d'études d'après Raphaël , Par- 
rocel , Pierre , Bouchardon , destinées a servir de 
modèles aux dessinateurs-commençants, ni aux belles 
séries d'Académies d'après Carie Van Loo — V Edu- 
cation de V Amour , dédiée à M me de La Haye, des 
Groupes d'Amours dédiés à M. de Fontanieu , de 
piquantes Etudes de Femmes dédiées à M. de Sartine , 



DEMARTEAU. TI9 

à M. d'Azaincourt , la Surprise au Bain, à M. Sava- 
lette de Buchelay , de gracieuses paysanneries , à 
M. de Julienne, à M. Mirbeau de Neuville, à M. de 
La Haye , ces deux derniers fermiers généraux. C'est 
d'ailleurs presque toujours à de riches financiers bien 
payants que Demarteau dédie ses sanguines que 
Boucher pourrait presque confondre avec les origi- 
naux de sa main. Pourtant il fait une infidélité à ses 
bienfaiteurs en dédiant à Boucher lui-même la Mar- 
chande de Légumes et le Repos Champêtre. Il est 
vrai que ces deux estampes particulièrement fines et 
soignées sont dues au fécond crayon de Huet. 

Notre graveur a dû être fort lié avec ce dessinateur 
dont il a reproduit nombre de compositions, la Petite 
Laitière , l'Ecurie . etc , car on retrouve par deux fois 
le portrait de la jolie M me Huet, d'abord de profil aux 
deux crayons , ensuite de face jouant de la guitare. 
Demarteau a fort bien réussi le portrait. Plusieurs 
sont intéressants , le bibliophile de Coite , d'après 
Carêsme , le fermier général Bergeret , d'après 
Fragonard son compagnon de voyage en Italie . bon 
homme ventru à l'air bonasse, l'Abbé Pommyer , 
conseiller clerc au Parlement, associé-amateur de 
l'Académie de Peinture, le conseiller Radix , et un 
portrait de femme âgée présumé être celui de 
M me Geojfrin, ces trois derniers d'après Cochin. 

Gochin a fourni à Demarteau , entre autres dessins, 
celui de Y Allégorie sur la Mort du Dauphin, avec 
cette légende : la Mort a 'révélé le Secret de sa Vie. 
Grimm, dans sa Correspondance, en parle ainsi: 
« M. Cochin a fait graver en manière de crayon rouge 
» par Demarteau . le dessin allégorique sur la mort de 



720 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

» M. le Dauphin. Cette estampe vient de paraître. En 
» général ce morceau est froid et obscur. C'est un 
» amas de figures pressées les unes contre les autres 
» sans action , sans mouvement. Comme on ne les voit 
» que jusqu'aux genoux , elles ont l'air d'être fichées 
» en terre comme des fleurs dans une corbeille et l'on 
» pourrait appeler cette estampe la Corbeille de 
» Vertus ; ou bien elles ressemblent à une troupe de 
» femmes entassées dans un bateau et l'on craint tou- 
jours que ce bateau ne coule bas à cause du poids de 
» sa charge. Du reste point d'air entre les figures , 
» point de plans qui fassent avancer ou reculer les 
» groupes.... » 

Disons encore que l'estampe représentante France 
témoignant son Affection à la Ville de Liège (en 
reconnaissance de l'exemption du droit d'aubaine) , 
encore d'après Cochin (1771), estampe dont l'exécution 
revenait de droit à un artiste liégeois , est une des 
bonnes pièces de notre graveur. 

11 avait aussi perfectionné son procédé en repro- 
duisant des dessins à plusieurs crayons, et avait obtenu 
des résultats étonnants. Toutes ces pièces se vendaient 
chez l'auteur rue de la Peltrie , à la Cloche , près le 
Palais. Les planches aux deux crayons qui sont 
moins monotones qu'une trop grande répétition de 
sanguines, et quelques-unes d'entre elles , tirées des 
porte-feuilles de M. Néra , sont vraiment des chefs- 
d'œuvre dans leur genre. 

Introduites à petite dose dans une collection d'es- 
tampes, les gravures de Demarteau y amènent un 
agréable élément de variété , au même titre que les 
eaux-fortes , les pointillés , les pièces en couleurs , et 



DE MARTE AU. 721 

tous ces procédés de gravure qu'on pourrait appeler 
à mie, qui délassent de la sévérité uniforme du burin. 
Mais il faut de la sobriété , rien ne lasse plus vite que 
l'abus des sanguines, beaucoup d'entre elles d'ailleurs, 
étaient faites pour servir de modèles aux personnes 
qui étudiaient le dessin et n'ont jamais eu la prétention 
d'être élevées à la dignité d'estampes , et d'être 
admises aux honneurs du bristol et du grand porte- 
feuille. Et puis les sujets eux aussi finissent par être 
monotones, toujours des bergères et des nymphes, 
ces dessins nymphatiques deviennent à la longue 
affadissants. 

Demarteau avait été agréé et reçu le même jour, 
26 avril 1766, de l'Académie Royale sur la présentation 
de Lycurgue blessé dans une sédition , d'après 
Cochin. 11 y présenta , le 4 avril de l'année suivante, 
des essais de gravure avec mélange des deux crayons 
rouge et noir, et en 1771 il obtint qu'elle lui permît de 
graver dans sa manière à l'imitation du crayon, des 
académies qu'elle conservait de ses plus célèbres 
professeurs , permission qui lui fut accordée « comme 
étant un moyen de multiplier les secours propres à 
former les élèves. » Enfin en décembre 1770 la pension 
de 600 livres faite au graveur François étant venue à 
vaquer, le roi, sur la proposition de M. de Marigny, 
l'attribua à Demarteau en considération de la part 
qu'il avait eue à la découverte de ce procédé. 

Demarteau mourut le 31 juillet 1776. — Il s'était fait 
un fonds de 600 pièces, que son neveu a augmenté. 
Nous indiquons ici les pièces ordinairement préférées 
des amateurs . dans ce vaste ensemble. 



722 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE 



ESTAMPES. 

i. d'après boucher. 

1. L'ÉDUCATION de l'Amoor (n° d'ordre de Demarteau, 24U in-fol. 

2. ÉTUDE. Femme nue assise sur un canapé , la jambe gauche croisée 

sur son genou droit. Dédié à Madame Dazaincourt (45); in-4. 

3. ÉTUDE dédiée à M. Bergeret, receveur général des finances. Femme 

nue couchée sur le ventre, un amour dort sur sa jambe droite (46) ; 
in-fol. en largeur. 

4. ÉTUDE dédiée à M. Bourgevin de Norville. Femme nue couchée 

sur une draperie et jouant avec deux amours , un carquois est près 
de son bras droit (47) ; in-4 en largeur. 

5. Bergère debout, tenant sa houlette; tiré du cabinet de M. Dazain- 

court (48) ; in-fol. 

6. Grande étude de femme couchée, dédiée à M de Sartine (53) ; in-fol. 

en largeur. 

7. Jeune fille vue de dos, une corbeille de fleurs sur la tête; dédie à 

M. de Heusy (54) ; in-fol 

8. Jeune femme debout tenant un enfant clans ses bras, un autre est 

endormi à terre ; dédié à Madame de Heusy (55) ; in-fol. 

9. C'est la fille à Simonette (ôV } ; in-fol. 

10. Baigneuse surprise, — Amants surpris (61 et 62); in-fol. 

11. Paysan, — Paysanne vue de dos (68 et 69) ; in-4. 

12. Jeune femme assise , tenant une cible percée d'une flèche , dédie à 

Madame Blondel d'Azaincourt i73); in-fol. en largeur. 

13. Vénus et l'Amour ( 74) ; in-fol. 

14. AUTEL DE L'AMITIÉ (75), in-fol 

15. Vénus sur un dauphin (88) , in-fol. en travers. 



DE. M ART EAU. 723 

16. Bergers et Bergères (111-112) ; grand in-4 en largeur. 

H. Érigone et l'Amour ; dédié à l'architecte Aubry (HT) ; in fol. 

18. NYMPHE COURONNANT UN BUSTE DE JEUNE FILLE 

(134); iu-fol. 

19. Le Sommeil d'Annette (H2); in-fol. 

•20. NlNETTE (Madame Fa vart en jardinière) (119); in-8 à claire-voie 
en rouge. 

21. NlNETTE (Madame Favart) , aux deux crayons , in-4. 

22. Nymphes, Amours et Colombes (204) ; in-fol. 

23. Allégorie présentée à Monsieur et à Madame Guisy, à l'occasion du 

renouvellement de leur mariage, le 30 juillet 1164 ; in-fol. 

24. Femme assise, enfant et chien (212) ; in-4 en largeur. 

25. Oiseau captif (215); in-4. 

26. Paysans et Paysannes (225); in-4. 

21. LÉD.V ET LE CYGNE (220); grand in-8. 

28. Femme nue, assise près d'un panier de fleurs (221) ; grand in-8. 

29. Sainte-Famille (248); in-fol. en largeur. 

30. LA DANSE ALLEMANDE, sujet à deux crayons ; in-fol. 

Pièce habilement reproduite dans le bel ouvrage que M. Paul Mantz vient de 
publier sur François Boucher. 

81. Le Chat malade (281); in-4. 

32. VÉNUS VUE DE DOS, ET L'AMOUR (319); — DEUX BAI- 

GNEUSES (320) ; in-4. 

33. Jeune femme nue, couronnée, debout, accoudée sur un fût de 

colonne; à gauche, pigeons et tête d'amour (321); in-4. 

34. Vénus appuyée à un fût de colonne (322); petit in-fol. 

35. Baigneuses, amours et cygnes (345). 

36 . Buste de jeune iemme , assise , de profil à droite , lisant Eloyse et 

Abailard (218); in-4 , à plusieurs crayons. 



724 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

37. Têtes déjeunes filles (249-250 j ; in-4 , à plusieurs crayons. 

38. VENUS COURONiNÉE PAR LES AMOURS, — VENUS 

DÉSARMÉE PAR LES AMOURS (378-379); in-4 en lar- 
geur, à deux crayons. 

39. Jeune paysan et paysanne assis sous un arbre, — jouant dans un 

champ ; dessins tirés du portefeuille de M. Néra (486-487) ; in-4, 
à deux crayons. 

40. Baigneuses, — Femme nue et jeune paysan jouant de la flûte ; très- 

jolies pièces tirées du portefeuille de M. Néra (550-551) ; in-4 eD 
largeur, à deux crayons. 

ii. d'après goghin. 

41. La Justice protège les Arts (125); petit in-fol. 

Allégorie relative au procès intenté par la communauté des maîtres peintres 
de Saint^Luc, contre les artistes logés aux galeries du Louvre , au sujet des 
privilèges de leurs élèves. 

42. La Justice fait prendre la plume, la Raison dicte 

(194); in-4. 

Autre allégorie relative au même procès. Cochin fit présent du dessin au 
secrétaire de M. Séguier, avocat-général au Parlement de Paris, « en reconnais- 
>< sance des soins qu'il s'était donné à l'occasion de ce procès , gagné par les 
» artistes des galeries. » 

43. La Mort a révélé le secret de sa vie, allégorie sur 

la mort du Dauphin , fils de Louis XV (141) ; in-fol. 

44. La France témoigne son affection v la ville de 

Liège (263); in-4. 

45. Lycurgue blessé dans une sédition ; in-fol. en largeur. 

Cochin pria l'Académie, en 17(51 , de vouloir bien accepter ce dessin poiir son 
morceau de réception. — Demarteau le grava , également pour sa réception à 
l'Académie, en novembre 1769. 

ni. d'après courtois. 

46. La POUPÉE (314), Demarteau direxit ; in-8. 

47. TÊTES DE JEUNES FEMMES (315-318), Demarteau direxit 

in-4 et in-8. 



DEMARTEAU. 725 



IV. D APRES E1SEN. 

48. LA VIERGE ET L'ENFANT JÉSUS; in-12. 

Cette petite pièce, très-rare, et moins connue que les esquisses exécutées 
d'après Boucher, est de beaucoup l'une des plus agréables productions de 
Demarteau. 



V. D APRES GUERIN. 

49. ALLÉGORIE sur le mariage de Louis XVI et de Marie-Antoi- 

nette; in- fol. 

« Monseigneur le Dauphin , éclairé par des rayons de gloire, sous la figure de 
» l'Amour tenant un flambeau , met le feu à l'autel de l'Hymen ; Madame la 
» Dauphine, sous la figure de l'Amitié, présente un cœur qui en est le sym- 
» bole, etc. » 

vi. d'après HOUEL. 

50. Paysages avec ponts .'64-65); in-fol. en largeur. 

51. l re et 2 me vue des environs de Rouen (139-140) ; in-fol. en largeur 

vu. d'après huet. 

52. Le Marché (326). 

53. Livres de trophées, recueils de pièces in-8. 

54. Vénus sur un dauphin ; tiré du portefeuille de M. Néra (553) ; in-4 

en largeur, aux trois crayons. 

55. Portrait de J. Bapl. Huet , né le 22 octobre 1745 ; médaillon , avec 

des amours qui dessinent , etc.; in-4 en largeur. 

56. Portrait de Madame Huet; in-fol. 

vm. d'après VASSÉ. 

57. LOUIS-AUGUSTE, Dauphin de France, — MAR1E-A NTOI- 

NETTE , Dauphine de France ; profils sur des médailles; in-4 , 
ii la sanguine. 



Les DENNEL. 



1741-1806. 



Deux graveurs , deux frères peut-être , ont 
porté ce nom dans la seconde moitié du XVIII e 
siècle. Louis Dennel , né à Abbeville en 1741 , 
élève de Beauvarlet, mort en 1806, a gravé des 
estampes d'après les peintures de Lagrenée , Tirêsias 
aveugle des appas de Minerve , Pygmalion amou- 
reux de sa statue ; d'après Bouclier , l'Attention 
dangereuse, et la Vertu irrésolue ; d'après Greuze, 
le Doux regard de Colin et le Doux regard de 
Colette. 

L'estampe les Appas multipliés , in-folio , d'après 
C halle , représente ainsi que l'indique son titre , une 
jeune femme toute nue tournant le dos , prête à se 
mettre au lit et dont les formes se reflètent dans 
plusieurs miroirs afin que le spectateur supposé n'en 
perde rien. Cette pièce, assez singulière, mais grossiè- 
rement exécutée, est dédiée à M elle Duruel-Dufrangel 
par son serviteur Dennel ; serait-ce un portrait ? 

D'après Fragonard , S'il m'était aussi fidèle ! cette 
exclamation est adressée par une jeune femme sur un 
lit à son petit chien. Que de choses dans ce simple 
mot ! 



DENNEL. 727 

Nagler flit que Dennel a travaillé d'après les dessins 
de Wicar pour la Galerie de Flo?^ence. 

Antoine-François Dennel est élève de Wille. 
Ses deux principales estampes sont V Essai du Corset 
et la Dédicace d'un Poème Epique, d'après Wille 
fils. 11 y a lieu de croire que le graveur fut fortement 
aidé dans son travail par Wille père qui note dans ses 
Mémoires qu'à la date du 8 avril 1787, il a retouché chez 
M. Dennel l'estampe que celui-ci grave d'après un 
tableau de son fils, et, le 15 août, suivant « j'ai retouché 
» une épreuve pour ce cher M. Dennel de la seconde 
» planche qu'il grave d'après un tableau de mon fils, » 
et le 26 du même mois : « Après avoir retouché une 
» estampe à M. Daudet , jallais en faire autant chez 
» M. Dennel. » On voit que le célèbre graveur ne per- 
dait pas de vue la reproduction des tableaux de son 
fils, auxquels il n'a pu malheureusement communiquer 
les qualités de grâce qui leur font défaut. 

Nous rencontrons le portrait in-folio de Lazare 
Boudry , d'après Pougin de Saint- Aubin. Dennel 
sculp. 1769. Auquel des deux Dennel faut-il l'at- 
tribuer ? 

A. F. Dennel a beaucoup gravé pour le Musée 
Filhol, d'après An. Carrache, Spada, Ch. Lebrun. 



DENON (Vivant). 

1747-1825. 



Ce diplomate , ce directeur des musées impériaux , 
a été dans le beau temps de sa jeunesse un fervent de 
l'eau-forte et l'un des plus distingués parmi les gra- 
veurs amateurs du XVIII e siècle. 

Denon est par excellence le graveur des jolies dames 
qu'il rencontre dans ses voyages diplomatiques, et dont 
il s'empresse , en sa qualité de favori du beau sexe , 
défaire le portrait... et la conquête. Son esprit étince- 
lant appelle sa pointe à la rescousse et non content de 
leur tourner les compliments les plus galants il grave 
sur le cuivre avec un brio tout particulier leurs char- 
mantes images qui démontrent victorieusement que le 
jeune artiste n'avait pas trop mauvais goût. Vous 
faites partie de cette galerie , Princesse d'Aschcoff, 
et vous , diaphane anglaise Miss Mer y , brunes ita- 
liennes Catherine Citlo , sœurs Coltellini, et vous 
aussi , belle Lady Hamilton , vestale à la tête expres- 
sive et sensuelle que votre mari le diplomate archéo- 
logue avait tirée du néant , pour faire de vous une 
ambassadrice à la cour napolitaine ! Et vous encore , 
nombreuses victimes du sémillant français, dont les 
traits , à défaut des noms . sont venus jusqu'à nous. 



DENON. 729 

Madame Mosion n'a pas été la plus maltraitée ni 
Denon le in oins heureux des amants, à en juger parles 
beaux portraits qu'il nous a laissés de sa séduisante 
personne ; on assure môme que quelques portefeuilles 
discrets recèlent, dans les coiffures les plus ébouriffées 
et dans les poses les plus savantes , les formes de 
cette belle personne, gravées à l'eau-forte : De Non 
ridit et sculpsit. 

M me Vigée-Lebrun , que sa conduite met au-dessus 
du soupçon . et dont le graveur nous a laissé un fort 
joli portrait, a finement décrit dans ses Souvenirs 
l'intérieur de M m8 Marini, depuis Comtesse Albrizzi, 
qui recevait à Venise la plus brillante société , et chez 
laquelle Denon régnait en maître. La grande portraitiste 
raconte plaisamment comment, n'ayant pas d'amant 
pour l'accompagner, elle fut obligée, pour se mettre 
au diapason de cette société dissolue , d'accepter ce 
patito de rencontre. 

« Tout étrange qu'était cet arrangement , écrit-elle, 
» il me convint beaucoup puisqu'il me donna pour 
» guide un de nos français les plus aimables , non sous 
» le rapport de la figure , il est vrai , car M. Denon , 
» même très-jeune, a toujours été assez laid , ce qui . 
» dit-on , ne l'a pas empêché de plaire à un grand 
» nombre de jolies femmes. » 

Denon la conduisit voir sur le grand canal, le lende- 
main de son arrivée, le mariage du Doge avec la mer, et 
lui fit admirer les monuments riches en peintures et les 
églises ; le soir, il la menait chez l'aimable et spirituelle 
M mt ' Marini. M rae Vigée-Lebrun fit d'ailleurs, sur la prière 
de son cicérone, le portrait de sa nouvelle amie, et prit 
grand plaisir, dit-elle, à peindre cette jolie femme. 



730 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE 

Ne serait-ce pas l'une de ces beautés, la comtesse 
Albrizzi ou la comtesse d'Albany, qui lui aurait adressé 
cette lettre affectueuse sans signature , qui indique 
discrètement d'autres sentiments que ceux de l'amitié. 
Que ce soit l'une ou l'autre , nous serions curieux de 
connaître le portrait écrit de Denon dont elle parle : 

« À M. Denon , directeur général des galleries et 
» musées du Louvre , au Louvre , à Paris. 

» Terraglio, 3 octobre 1806. 

» Mon cher Denon , un oubli de ta part et un de la 
» mienne te vaut la lettre d'aujourd'hui. Tu as oublié 
» de répondre à ce que je t'ai demandé , si tu voulois 
» que je t'envoyasse mes portraits pour les faire 
» imprimer , comme tu m'avois dit l'année passée et 
» moi l'autre jour que je t'ai écrit , j'ai oublié de te 
» prier de me répondre sur cet article. Tes occupations 
» et la langue dans laquelle ils sont écrits exige qu'un 
» italien aie le soin de la correction, ainsi il faut savoir 
» si tu connois quelqu'un qui en veuille l'embarras. 
» Comme il s'agit d'une très petite chose M. Visconti, 
» qui est ton ami , pourrait s'en charger. Mon ami , 
» répond-moi tout de suite , à fin que je puisse t'en 
» envoyer une copie bien correcte ou si tu ne peut pas 
» en avoir l'embarras , que je puisse penser à autre 
» chose. Ce n'est que depuis que j'ai écrit ton portrait 
» que l'envie de les imprimer m'est venue. Il est si 
» doux de rendre un hommage public à celui qu'on 
» chérit le plus dans le monde ! Et quoique on m'aie 
» dit cent fois de les imprimer, ce n'est que le désir 
» que tu as montré qu'ils le fussent qui m'a décidée. 
» Je suis venue passer encore une quinzaine de jours 
» à la campagne quoique dans cette saison surtout , je 



DENON 731 

» préfère à cette grande maison mon petit Casin de 
» Venise et puis je suis toute seule ici et les soirées 
» deviennent longues. Mais mon enfant est heureux à 
» la campagne et la poitrine du pauvre Beppo se trouve 
» plus soulagée. Ces deux motifs sont si puissants sur 
» mon cœur que j'y passerais même l'hiver si cela leur 
» convenoit. Pour papa , quant il a un livre et des 
» lunettes , il est également heureux partout. Adieu 
» mon cher Denon , ce printemps , hélas ! n'aura pas 
» de roses pour moi. 

» Soigne ta santé, je t'en conjure et ne travaille pas 
» trop. » 

Avec sa facilité d'exécution et ses nombreuses rela- 
tions , Denon ne pouvait , malgré sa propension natu- 
relle , s'en tenir à portraicturer le beau sexe. Il dut 
de temps à autre mettre aussi son agréable talent au 
service de ses protecteurs et de ses amis. Le portrait 
de Louis XV, par exemple, doit dater de cette époque 
où , jeune courtisan , il avait été présenté au roi par 
Benjamin de La Borde , ce mouleur de notes , comme 
l'appelle Grimm , qu'il avait connu dans les coulisses 
de la Comédie-Française. Le portrait de ce financier, 
confident des amours du vieux souverain, placé emblê- 
matiquement dans une lyre , est l'un des ouvrages les 
plus connus et les plus recherchés de notre artiste ; 
seulement Denon laissa à Masquelier, qui terminait 
avec Née les gravures des Chansons , le soin de tra- 
duire son délicat dessin. Le premier volume de cet 
ouvrage, orné des figures de Moreau , avait déjà paru 
quand ce portrait, vit le jour, c'est ce qui explique 
comment beaucoup d'exemplaires ne le possèdent pas. 
Le peintre Noël Halle dut être gravé lorsqu'il vint à 



732 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Rome, envoyé par M. d'Angiviller pour remettre un 
peu d'ordre à l'Académie de France , après le départ 
de Natoire. Ce n'était d'ailleurs qu'un acte de cour- 
toise reconnaissance , puisque c'était aux leçons de ce 
peintre plus encore qu'à celles de Boucher que Denon 
devait son talent. On connaît le curieux portrait de 
Voltaire, surpris à Ferney en déshabillé par l'indiscret 
diplomate , et connu sous le nom du Déjeuner de 
Ferney. Le grand homme trouva avec raison que 
Denon avait fait plus une caricature qu'un portrait et 
le lui reprocha dans ses lettres , tout en feignant de 
croire que ce ne pouvait être qu'une nouvelle charge 
du dessinateur Huber. Le Lever du Philosophe de 
Ferney , qui lui fait pendant , ne dut pas davantage 
faire plaisir au philosophe , et bien qu'il ne soit pas 
signé , tout porte à croire qu'il est de la même main. 
Une curieuse pièce encore , c'est le Diner de philo- 
sophes , in-4 en largeur. A une table sont assis cinq 
ou six libres penseurs de l'école du Patriarche de 
Ferney, parmi lesquels on pourrait reconnaître , sans 
trop de difficultés, d'Holbach, Helvétius, d'Alembert, 
l'abbé Raynal ou l'abbé Morellet , et , gesticulant , 
Voltaire qui les préside. Peut-être ceci se passait-il 
que. que vendredi-saint de ce sceptique XVIII e siècle, 
et Denon , qui ne pouvait manquer d'y assister, aura 
ainsi prophétisé , en quelque sorte , le moderne Diner 
du gras-double. 

Toujours voyageant et gravant, Denon représenta 
à Rome , dans une curieuse eau-forte , le Cardinal 
de Demis , entouré des attachés de son ambassade. A 
Naples , il fit connaissance de l'archéologue Hugues 
d ' Hancarrille , qui écrivait alors son grand ouvrage 



DE NON. 733 

sur les antiquités étrusques, grecques et romaines, 
publié aux frais du chevalier Hamilton. Il nous a 
laissé son portrait ainsi que celui du dessinateur 
anglais Ramberg , ami également de l'ambassadeur 
anglais, et celui des négociants les frères Tliêrès. On 
sait combien il fut utile à l'abbé de Saint-Non, qu'il avait 
également retrouvé dans cette ville , en accompagnant 
dans les Galabres et en Sicile les artistes que celui-ci 
envoyait pour y dessiner les antiquités , les paysages 
et les scènes de mœurs. Denon se mit à la tête de 
la petite caravane , et ce voyage aventureux autant 
qu'artistique fut une des époques de sa vie dont il avait 
conservé le meilleur souvenir. 

La politique intéressait médiocrement, on le voit, 
notre diplomate. La gravure et les femmes , telles 
étaient les principales préoccupations de sa vie. En 
passant à Florence , il avait été attiré par la curieuse 
collection de portraits d'artistes peints par eux-mêmes, 
qui avait été formée par le Grand-Duc aux Uffizi. L'idée 
lui vint de les reproduire en petit à l'eau-forte en 
forme de suite. Ces portraits , très-finement gravés 
dans le format in-16, furent publiés par Aubourg, 
marchand d'estampes et de curiosités (dont il nous a 
également laissé un très-intéressant portrait) , sous le 
titre suivant : Ritratti dei piu celebri pitlori dipinti 
da loro stessi esislenti nella galleria di Firenze. Se 
vend à Paris chez Aubourg, hôtel Bullion , rue J.-J. 
Rousseau. Les plus intéressants sont ceux de 
Masaccio , Léonard de Vinci , Raphaël , Michel- 
Ange . les Carrache , Rubens , Titien , La Rosalba , 
etc.... 

En même temps son séjour prolongé en Italie lui 
i. 4- 



734 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

donnait souvent l'occasion de voir de magnifiques 
dessins, tableaux et estampes, et l'envie de les repro- 
duire. Nouveau Caylus , avec plus de respect peut- 
être pour la manière de ses modèles, Denon grava 
de grandes eaux-fortes d'après les maîtres. Son 
Adoration des Bergers , d'après Luca Giordano , lui 
ouvrit les portes de l'Académie. Il reproduisit le môme 
sujet d'après le Tintoret , et de magnifiques composi- 
tions du Gorrège, de Guerchin, Schidone, A. Carrache, 
Titien et autres peintres. Mais, dans ce genre, ses 
œuvres les plus curieuses sont, sans contredit, ses 
reproductions des eaux-fortes de Rembrandt. Sa 
Résurrection de Lazare est un pastiche des plus 
remarquables , son portrait du maître également et sa 
Mort de la Vierge , en particulier , est si habilement 
exécutée qu'elle est faite pour tromper les novices et 
ne mérite plus le terme ^imposture innocente dont 
Bernard Picart baptisait ses propres copies. 

C'est à propos de cette estampe qu'on raconte une 
anecdote dont aurait été victime Seroux d'Agincourt , 
archéologue installé à Rome où il devait finir ses jours. 
Denon lui emprunta pour quelques jours, sous prétexte 
de l'étudier, l'estampe originale de Rembrandt. Il 
revint bientôt le voir disant qu'il lui avait confié deux 
épreuves par mégarde et qu'il voulût bien lui donner 
l'une d'elles : « Je vous connais , répondit en riant 
» d'Agincourt, vous avez copié ma planche, mais je 
» vais reprendre l'original auquel je suis fort attaché. 
» — Retrouvez-le ! » répondit Denon ; et , en effet , 
l'auteur de Y Histoire de VArt par les Monuments . 
ne pouvant plus distinguer l'original , grâce à la per- 
fection du travail du copiste et au soin qu'il avait pris 



DENON 735 

de tirer lepreuve sur du vieux papier , dut s'avouer 
vaincu et préféra lui laisser les deux pièces. 

Denon passe encore pour avoir collaboré à la gra- 
vure des Monuments de la Vie privée des Douze 
Césars, et du Culte secret des Dames Romaines, 
ouvrages imprimés à Caprée chez Sabellus ( lisez à 
Paris chez Didot) qui étaient censés représenter des 
pierres gravées antiques, et dont Hugues d'Hancarville 
rédigeait le texte appuyé de citations des écrivains les 
moins pudibonds de l'ancienne Rome. Si l'auteur de 
t Œuvre Priapique n'y a collaboré que par des 
conseils , on était bien excusable de lui en attribuer 
l'exécution. Cette dernière suite de gravures en effet 
entièrement de lui, ne laisse aucun doute sur la 
légèreté de ses scrupules à cet égard. C'est là qu'il 
faut aller chercher les attitudes pleines d'abandon de 
M me Mosion et les fantaisies les plus dévergondées de 
l'impudique antiquité. 

Denon s'était attardé en Italie. Pendant ce temps 
les événements avaient marché en France. La Révo- 
lution, que notre graveur avait prise pour un orage 
passager, développait ses phases terribles. Denon . 
considéré comme émigré, avait appris que ses biens 
étaient confisqués. Il dut revenir à tout risque , faire 
appel à de hautes influences. Heureusement qu'il avait 
rendu , au temps de son séjour à Rome ou à Naples, 
quelque service au peintre Louis David. Devenu l'un 
des puissants du jour, celui-ci voulut bien s'en souvenir. 
Grâce à sa protection, Denon fut radié de la fatale liste 
et ses biens lui lurent restitués. Sceptique comme il 
l'était , l'ancien courtisan de Louis XV, l'ex-chargé fie 
mission du comte de Vergennes, accepta le nouvel 



73G LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

ordre de choses. Il mit même son talent au service des 
grandes scènes de la Révolution, en gravant la planche 
très curieuse du Serment du Jeu de Paume , d'après 
la peinture de son ami David. 

C'est certainement , dit Renouvier , l'une des plus 
grandes pièces que l'on ait jamais exécutées à l'eau- 
forte. Il n'y faut pas chercher l'effet d'ensemble; le 
trait de pointe en est maigre , mais d'une grande 
dextérité , suffisamment ombrée dans les têtes pour 
rendre l'expression et elle doit être comptée comme la 
plus précieuse qu'il ait jamais exécutée , la seule qui 
soit contemporaine et la plus rare, par suite de ce que 
l'auteur ne s'en est plus vanté. 

Cet ouvrage servit de prétexte à David pour apos- 
tiller une demande que faisait Denon au ministre des 
affaires étrangères Buchot , pour obtenir le paiement 
d'une pension : « J'atteste , citoyen ministre , avoir 
» connu le citoyen Denon en Italie , l'y avoir vu 
» s'exercer aux arts avec succès et qu'il n'y a jamais 
» habité que des pays neutres. Nous faisons en ce 
» moment concurremment la gravure du tableau du 
» Jeu de Paume. C'est lui qui en fait la gravure , il ne 
» l'aurait pas fait , s'il n"eût été bon patriote. David , 
» député. » 

Chargé, pour affirmer son patriotisme, de graver 
d'après les dessins de son protecteur les Costumes 
Républicains dont il s'agissait d'habiller les hauts 
fonctionnaires du nouvel ordre de choses, travail à 
l'occasion duquel il eut le dangereux honneur de faire 
connaissance avec Robespierre, Denon en grava onze 
de sa pointe un peu mince : mais il ne s'en tint 
pas là et nous a encore laissé deux portraits curieux 



DE NON. 737 

de personnages de la Révolution, Barère à la 
tribune , et une curieuse effigie , de grandeur natu- 
relle, de Lepelletier de Saint-Far geau , sur son lit 
funèbre. Enfin il faut citer un portrait in-18 en rond 
du Bue d'Orléans, plus connu alors sous le nom de 
Philippe-Égalité. 

Un petit paysage d'après Claude Lorrain, portant 
cette mention à la pointe : Be Non, fait le jour de son 
départ pour V Egypte, le 27 Floréal an 6, nous 
donne la date de ce dernier voyage. Il partait, séduit 
comme toute la France par l'attrait d'aventures, à la 
suite du général Bonaparte dont la rapide fortune 
étonnait le monde. Chargé avec Jomard et d'autres 
artistes et savants d'en rapporter une relation écrite 
et dessinée , Denon nous a laissé pour ce Voyage de 
la Haute et Basse Egypte, de nombreuses études 
d'égyptiens , musulmans à turbans, datés de l'an VII , 
et autres études ethnographiques. 11 fut , on le sait, 
nommé, sous l'Empire, directeur général des musées 
impériaux. 

Terminons cette étude par un fait qui le peindra 
tout entier. Quand le procédé lithographique fut en 
honneur, Denon l'accueillit avec enthousiasme, et s'en 
servit pour se représenter, sur un drapeau dont la 
hampe est terminée par la faux du Temps , à seize 
âges différents , et tiré d'un côté par Tamour et de 
l'autre par la folie. 

Denon , né à Chalon-sur-Saône, le 4 janvier 1747 , 
mourut à Paris , le 27 avril 1825. 



DENY (Jeanne et Martial). 



Jeanne Deny et son frère Martial Deny , turent avec 
Dambrun et Vidal les principaux graveurs d'un livre à 
figures qui est loin d'être sans mérite , les Romans et 
Contes de Voltaire , édition de Bouillon (1778) en trois 
volumes in-8 , illustrés par Monnet et Marillier. Les 
figures, signées Jeanne Deny,sont les plus nombreuses 
et aussi les mieux gravées. Les plus jolies sont pour 
Zadig , la Princesse de Bdbylone , Candide , 
t Ingénu, Jeannot et Colin, Ce qui plaît aux Dames, 
l'Homme aux Quarante Ecus, et la figure de Moreau 
le jeune pour Memnon. On en trouve quelquefois les 
eaux-fortes , mais elles sont extrêmement rares. 

Martial Deny a gravé en même temps , mais d'un 
burin plus mou, la Femme Battue et les Rendez-Vous, 
pour Zadig , les Trois Manières , les Voyages de 
Scarmentado, etc. 

On retrouve le frère et la sœur dans les petites 
figures des Contes de La Fontaine, de Desrais, et 
c'est d'après ce même dessinateur que Jeanne Deny a 
exécuté deux pièces des Confessions du Comte de "**, 
roman de Duclos : Non, s écria la femme voilée , elle 
nesl point morte votre chère Antonia, et la plus 



DENY. 739 

jolie où l'on voit un jeune couple sur un canapé avec 
cette légende : Elle laissait même couler ses larmes! 
L'exécution de ces deux vignettes est vraiment très- 
bonne. 11 est à remarquer au sujet de ce livre , com- 
posé seulement de sept figures , que trois femmes y 
ont gravé, Jeanne Deny, M me Lingée et M me Ponce. 
Jeanne Deny a aussi collaboré au Cabinet de Choiseul. 

Est-ce elle ou son frère qui a gravé la composition de 
Lavreince , intitulée le Restaurant , dont les tasses de 
bouillon que l'on apporte à un groupe dans des poses 
languissantes souligne suffisamment l'intention , et qui 
est signée simplement Déni ? En tous cas le graveur 
était a la solde de Vidal , graveur demeurant rue des 
Noyers et bien connu pour sa spécialité de sujets 
galants , car l'estampe porte son adresse. C'est lui 
sans doute qui s'était fait insérer dans le Mercure du 
17 août 1782, cette réclame où le nom du pauvre 
graveur est omis : « M. Vidal songe aussi à nous 
» donner en couleur quelques-unes des suites de ses 
» gravures. Nous avons vu dans son cabinet le Res- 
» laurant , exécuté ainsi. Rien de plus piquant , de 
» plus agréable et de plus grand effet que cette 
» estampe. Nous ne pouvons qu'inviter M. Vidal à la 
» publier ; elle fait réellement tableau , l'illusion est 
» complète. Elle mérite le plus grand succès. » 

Cette estampe a été imitée assez maladroitement par 
Moitte et c'est encore Deny qui l'a gravée , ainsi que 
CEcueil de V Innocence, estampe qui existe découverte 
ce qui en accentue la grossièreté. 

Jeanne Deny a gravé une délicieuse vignette , dont 
le dessin lui fut fourni par Duclos , le graveur bien 
connu du Concert et du Bal pare de Saint- Aubin. 



740 LES GRAVEURS DU XVIII* SIECLE. 

C'est une petite femme , renversée nue sur un lit et 
qui semble près de s'abandonner aux caresses d'un 
jeune homme. Ce sujet très-galant reçoit dans les 
catalogues le titre de la Rêveuse. 

Sous la signature de Deny ont été publiés dans les 
Costumes Français (Paris , Chéreau) une série de 
portraits de la famille royale de France , représentés 
en pied et coloriés. « La plus belle figure de modes 
» de Desrais, dit Renouvier, est le portrait de Marie- 
» Antoinette , en robe de cour garnie de perles et de 
» guirlandes , gravée par Deny. » Nous retrouvons 
le nom de Deny dans le Journal de Modes , de La 
Mésangère , et sur une petite pièce relative au bateau 
volant de Blanchard , sic itur ad astra. 



DEQUEVAUVILLER (François). 



Les deux estampes si connues l'Assemblée au Salon 
(1783) et l'Assemblée au Concert, d'après les gouaches 
de Lavreince, suffiraient seules à établir une réputation 
de bon graveur à Dequevauviller. Dans la première , 
dédiée au duc de Luynes et de Ghevreuse et qui passe 
pour être la peinture de son salon , Lavreince a repro- 
duit un riche intérieur avec lustre , torchères et vases 
sculptés et l'a peuplé de diverses personnes , avec un 
sentiment très-fin de la haute société. Une dame lit 
près de la fenêtre , un abbé l'ait sa partie de tric-trac 
avec une autre jeune femme pendant que d'autres 
personnes groupées jouent au wich ou causent près de 
la cheminée. 

V Assemblée au Concert, dédiée à M 8 " 6 de Coudé, 
nous introduit dans une réunion de personnes du 
monde faisant de la musique ou l'écoutant. Une jeune 
femme est au clavecin; un jeune homme joue du violon 
un autre de la basse ; dans un coin des dames et un 
abbé causent ensemble. 

l Ces deux estampes se vendaient chez Dequevauviller, rue St-Hya- 
cinthe, la 3éme porte cochère à droite en venant de la place St-Michel , 
et coûtaient 9 livres chacune. 



742 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

Sans avoir l'effet et le rendu brillant des sujets 
analogues gravés par Duclos , ces deux estampes 
d'un faire plus calme sont claires , la lumière en est 
bien distribuée , les personnages et le mobilier bien 
exécutés, l'ensemble donne une excellente impression. 

Dequevauviller qui s'est attaché à graver les 
gouaches séduisantes, tout au moins par leurs sujets, 
du peintre du roi de Suède , a parfaitement rendu la 
note jeune et galante , l'effet cherché par le peintre. 
Le Coucher des Ouvrières en Modes , en est un inté- 
ressant exemple. La scène se passe dans la pénombre 
d'une chambre de jeunes modistes en train de se 
déshabiller pour se mettre au lit ; pendant que l'une 
d'elles se tire les cartes au milieu d'un joli groupe 
formé par ses compagnes , deux autres font des com- 
paraisons dont profite le spectateur. Ce charmant 
épisode qui semble avoir été surpris sur le vif, tant 
il paraît réel, a été très bien rendu par le graveur qui 
traite à ravir les effets de lumière et d'ombre dans 
leurs différentes valeurs. Le Lever des Ouvrières en 
Modes , n'est pas inférieur. L'aspect en est plus lumi- 
neux et le groupement des jeunes filles qui s'habillent 
est un excellent prétexte pour laisser voir ce qu'elles 
ne pensent nullement d'ailleurs à cacher. 

Le Contre Temps , est encore une pièce d'un goût 
assez leste et comme nos pères aimaient à en orner 
les boudoirs de leurs petites maisons. L'opération 
délicate à laquelle une soubrette armée de son instru- 
ment va se livrer sur sa maîtresse permet à celle-ci 
une pose des plus abandonnées que contemple un 
monsieur curieux et indiscret par la porte entrebâillée. 
C'est encore une agréable estampe dans ces tons doux 



DEQUEVAUV1LLKR 743 

et un peu effaces qu'affectionne Dequevauviller , mais 
que nos grands parents étaient donc peu scrupuleux 
sur le choix de leurs sujets d'estampes ! 

L Ecole de Danses , autre scène d'intérieur bour- 
geois , nous montre une jeune fille esquissant un pas , 
pendant qu'une autre rattache sa jarretière et que le 
professeur et les mères applaudissent. Un jeune 
musicien assis sur une table marque la mesure sur sa 
pochette. Très agréable estampe tant par le sujet que 
par l'exécution. Les ombres douces et bien dégradées 
laissent toute leur valeur aux points sur lesquels l'artiste 
a voulu attirer l'attention. 

Dans le voyage de Naples et des deux Siciles (1781- 
1786) notre graveur a terminé d'après le dessin d'Hu- 
bert Robert et sur l'eau- forte de Germain , les Raines 
du Palais de la Reine Jeanne, des Vues du Vésuve, 
prises de Portici et de Résina , d'après Chastelet , et 
d'autres planches encore. 11 a collaboré au Voyage de 
la Syrie , de la Phénicie et de la Palestine , où il a 
gravé les dessins de Cassas ; aux Tableaux Topogra- 
phiques et Historiques de la Suisse, par des planches 
d'après Pérignon; dans la Galerie du Palais-Royal, les 
Chèvres , de P. Brill , le Moulin , de Rembrandt , la 
Procession du Saint-Sacrement , de À. Garrache , le 
Sacrifice dTsaac , du Dominiquin , etc. et d'après les 
tableaux flamands et hollandais de Wouvermans, Lin- 
gelbach , etc., une pièce le Duc Valentin, d'après le 
Corrège est signée Dequevauvillers fils ; Dequevauviller 
a aussi gravé pour la Galerie de Florence, et le Musée 
Français. Voici l'un de ses engagements pour une 
planche de cet ouvrage : 

« Entre nous Nicolas-Barthelemi-François Deque- 



744 LES GRAVEURS DU XVI1I L SIÈCLE. 

» vauvillier et Pierre Laurent tous deux exerçant la 
» même profession sommes convenus des conditions 
» ci-dessous savoir moi Dequevauvillier m'engage de 
» graver d'après le tableau de Teniers du cabinet du 
» Roi représentant la chasse aux Faucons ; d'y porter 
» tous mes soins pour y mettre toute la perfection qui 
» cera en mon pouvoir et de rendre la planche terminée 
» dans six mois à datter de ce jour. 

» Et moi Pierre Laurent promet remettre en paye- 
» ment au dit sieur Dequevauvillier la somme de treize 
» cent livres en trois payements égaux. Le premier 
» aux épreuves de l'eau-forte , le second aux épreuves 
» et le troisième et dernier en recevant la planche. 
» Fait double entre nous à Paris ce 29 décembre 1791. 
» — Approuvé l'écriture ci-dessus. 

» Dequevauvillier. — Pierre Laurent. » 

Le Pont projeté sur la Seine à Melun, d'après 
Eustache de Saint -Phar, gravé à l'eau-forte par 
Germain , et terminé par notre artiste et la Vue 
perspective du nouveau Pont Sainte - Maxence , 
d'après le même , sont des vues gravées pour la Des- 
cription de la France, ouvrage entrepris par Ben- 
jamin de La Borde. Nous y remarquons encore de 
jolies Vues d 1 Auxerre, une vue du Pont de Maçon, 
d'après Lallemant , Vue oVAvallon , des Vues de 
Charenton , une Vue générale du Pont-Neuf, d'après 
GenilUon (1780). 

ESTAMPES. 

i. d'après lavbeince. 

1. L'ASSEMBLÉ [sic) AU SALON, grande estampe in-l'ol . en largeur, 
dédiée à Monsieur le Duc de Luynes et de Chevreuse , Pair de 



DEQUEVAUVILLER. 745 

France, etc., par son très-humble et très-obéissant serviteur 
Dequevauviller , H83. 

2. L'ASSEMBLÉE AU CONCERT, estampe faisant pendant de la 

précédente et dédiée à Son Altesse Sérénissime Mademoiselle de 
Condé. 

Ces deux pièces , fort belles et. très-intéressantes , nous montrent une réunion 
brillante déjeunes gens et déjeunes femmes élégamment vêtus, jouant, causant, 
faisant de la musique. « Elles représentent assez bien , » disait le Journal de 
Paris, « ce qui se passe dans les meilleures assemblées. » 

A l'époque où ils furent gravés, les « tableaux» originaux appartenaient à 
M. Jaufret. Aujourd'hui ces tableaux , c'est-à-dire ces gouaches, figurent dans 
la collection de M. Muhlbacher, accompagnées de leurs gravures à l'état d'eau- 
forte. 

Les deux estampes, avant la dédicace, 520 fr. vente Béhague. 

3. Le Contretemps; in-fol. 

L'estampe est ainsi décrite par M. Emmanuel Bocher : « Une femme de 
» chambre se prépare à donner un lavement à sa maîtresse qui est couchée sur 
» son lit , à moitié nue , et montrant son derrière. A droite , un jeune homme a 
» passé le haut de son corps par une porte entr'ou verte et lorgne la scène. » 

Existe à l'eau-forte ( 455 fr., 1877) et avant la lettre. Les premières épreuves 
avec la lettre portent l'adresse du graveur. 

4. L'École de Danse; in-fol. en largeur. 

Un essaim de dix jeunes filles reçoit d'un professeur une leçon de danse. L'une 
d'elles relove sa robe pour attacher sa jarretière. 

Estampe de même format que les deux suivantes. Elle existe avant la lettre 
(455 fr., 18T7). 

La gouache originale appartient à M. Muhlbacher. 

5. Le Lever des ouvrières en modes, — le Coucher 

DES OUVRIÈRES EN MODES; 2 p. in-fol. en largeur. 

Ces deux estampes , gravées en 1T34 , existent à l'eau-forte et avant la lettre. 
Les titres en expliquent suffisamment le sujet; elles sont , du reste, exécutées 
sans charme et d'un burin assez pesant. 

(Pour les pièces qui précèdent, voyez Bocher: Lavreince. N ns 5, 6, 15, 16, 
23, 36). 

il. d'après BOREL. 

6. L'Indiscret; in-fol. 

Estampe de même format que le Contre-Temps de Lavreince. 

Les premières épreuves portent l'adresse de Dequevauviller, puis viennent 
celles qui portent l'adresse de Leloutre. Sur les dernières , l'adresse de Leloutre 
est effRcée. 



DESCOURTIS (Charles-Melgrior. 

4753-4820. 



Graveur en couleur dans le même goût et le même 
genre que Janinet son maître , Descourtis né à Paris , 
en 1753 , est l'auteur de deux estampes bien connues 
la Foire de Village , et la Noce de Village , d'après 
deux tableaux très fins de Taunay. Ils ont été repro- 
duits dans un sentiment charmant et dans une gamme 
de tons très fondus. 

Lï Amant Surpris et les Espiègles . agréables 
compositions de Schall , sont plus crus de tons. Quant 
aux six sujets de Paul et Virginie, et aux quatre 
compositions de Bon Quichotte , d'après le même 
peintre , ils sont fort mauvais. Nous en dirons autant 
de quatre sujets de la Vie de l'Enfant Prodigue. 

Descourtis a particulièrement réussi des Vues de 
Paris et de Rome , qu'il a gravées en couleur d'après 
De Machy. Ses Vues des Tuileries sont intéressantes. 



ESTAMPES, etc. 

1 FOIRE DE VILLAGE, — NOCE DE VILLAGE, — LA RIXE, 
— LE TAMBOURIN; 4 p. in-fol., d'après Taunay. 

Les deux premières pièces font pendant , les deux dernières également ; les 
quatre sont de même dimension et forment une sorte de série. 



DESCOURTIS. 747 

Quatre épreuves avant toute lettre et avant de nombreuses retouches, oui été 
payées 1,500 fr. à la vente Béhapue. 

2. Foire de village, — Noce de village; 2 p. in-8. 

Très-jolies réductions, on noir, do deux des pinces précédentes. 

3. L'Amant surpris, — les Espiègles, estampes in-fol., fai- 

sant pendant, d'après Sehall. 
On les trouve avant la lettre. 

4. Vue de la Porte St-Bemard prise en venant de l'hôpital , — Vue du 

Port St-Paul prise au bas du parapet dudit quay ; 2 p. grand in- 
fol. en largeur, d'après de Machy. 
Les premières épreuves ont les armes et la dédicace. 

5. Vues des Tuileries, l'une du côté du château, l'autre du côté du 

pont-tournant; in-4 rond , d'après de Machy. 

6. Deux vues des environs de Rome ; in-4 rond , d'après de Machy. 

7. Intérieur d'un cloître de religieux , — Intérieur d'un cloître de reli- 

gieuses , — la Prière interrompue , — l'Hermite du Colisée ; 4 p. 
in-fol. 

8. Paul et Virginie, — Don Quichotte, sujets d'après Sehall ; in-fol. en 

largeur. 

9. Frédérique-Sophie-Wilhelmine, princesse d'Orange; ovale in-fol. 



DESPLACES (Louis). 

1682-1739. 



Bien que Desplaces , né à Paris en 1682 , n'y soit 
mort qu'en 1739, il appartient presqu'exclusiveraent 
tant par sa manière de graver que par les sujets qu'il a 
choisis à l'art du XVII e siècle. Nous examinerons donc 
assez rapidement son œuvre , malgré qu'il soit assez 
considérable. C'est d'ailleurs un artiste de talent , 
élevé à bonne école et dont le procédé de gravure est 
large et assuré : « S'il avait pu, a écrit Joubert, joindre 
» à sa belle manière de dessiner le charme etl'empâte- 
» ment des travaux de Gérard Audran , leurs ouvrages 
» et leur mérite seraient toujours en concurrence. Il 
» excellait à faire sentir la forme et l'emmanchement 
» des os , le mouvement des muscles , et de savantes 
» dispositions de tailles méplates donnent à sa ma- 
» nœuvre une fermeté singulière. » 

Il est certain que dans l'Elévation en Croix , et sur- 
tout dans la Descente de Croix, d'après Jouvenet, 
dans les planches de la Galerie du Président Lam- 
bert, d'après Le Sueur, peintures formant une sorte 
d'histoire de l'Amour, et dans la reproduction des 
tableaux de Charles Lebrun , appartenant à M. Fagon, 
Desplaces s'est montré graveur consommé. Saint 



DESPLACES. 749 

Bruno en Prière , d'après Jouvenet , est encore une 
estampe remarquable et l'on doit dire avec M. Du- 
plessis que le peintre rouennais avait trouvé en 
notre graveur un interprète habile, sachant donner à 
ses gravures une harmonie que ne possédaient pas 
toujours les peintures originales. Desplaces a gravé 
également pour le Cabinet Crozat, un certain nombre 
de tableaux italiens d'après Véronèse , Annibal Car- 
rache , Carie Maratte ; une Diane au Bain , et 
une Diane surprise par Actéon, d'après ce dernier 
présentent de beaux corps de femmes gravés avec 
souplesse ; il a collaboré à l'Histoire d'Enée et à celle 
d' Hercule, peintes par Antoine Coypel dans les salons 
du Palais-Royal. 

Signalons encore entre autres planches de notre 
graveur deux compositions de Louis de Boullongne , 
VEau et le Feu, trois autres de Watteau, la Peinture, 
la Sculpture et le Repas de Campagne, enfin un 
certain nombre de compositions assez piquantes de 
Charles Coypel , la Matrone oVEphèse , V Education 
Douce et V Education Sèche. 

Desplaces nous a laissé quelques spécimens de por- 
traits qui montrent qu'il aurait remarquablement réussi 
en ce genre s'il s'en était davantage préoccupé. Son 
portrait de Marguerite Bècaille, veuve Titon d'après 
Largillière , est fort beau , le portrait de Charles- 
François Siïvestre (fils puiné d'Israël Silvestre) maître 
de dessin du roi d'Espagne Philippe V, d'après Hérault, 
est une œuvre d'une grande fermeté , mais le plus 
connu est encore celui de Mademoiselle Duclos (1714), 
chanteuse de l'Opéra , dans le rôle d'Ariane , d'après 
la peinture de Largillière ; c'est réellement une excel- 

I. 48 



750 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

lente gravure , mais qu'on nous pardonne cette irré- 
vérence , cette bonne grosse Duclos avec ses grands 
bras écartés nous paraît ressembler bien moins à 
une héroïne infortunée qua une moderne chanteuse 
d'alcazar lançant par dessus la rampe le trait final 
d'un couplet égrillard. 

Nous ne reproduirons pas les vers placés sous ce 
portrait : Qui mieux que toi Duclos , mais nous ne 
résistons pas à l'envie de citer ceux que Voltaire 
décocha à l'actrice : 

Belle Duclos 
Vous charmez toute la nature 

Belle Duclos 
Vous avez les dieux pour rivaux 
Et Mars tenterait l'aventure 
S'il ne craignait le dieu Mercure 

Belle Duclos. 

Quand nous aurons rappelé les portraits du béné- 
dictin Boni Louvard, du Père Thimothêe, d'après 
Jouvenet , du Prince de Nassau , d'après Parroce , 
enfin un petit portrait de VAbbê de Rancè, d'après 
Rigaud , gravé évidemment pour un livre , qui n'était 
pas, nous aimons aie croire, sa traduction d'Anacréon. 
nous demanderons qu'on nous fasse grâce du reste. 



DESROCHERS (Etienne). 

1661-1741. 



Étienne-Johandier Desrochers , graveur au burin 
et éditeur, était originaire de Lyon. M. Didot nous 
apprend qu'il faut fixer la date de sa naissance vers 
1661 , puisqu'il est mort à Paris le 8 mars 1741 , âge 
d'environ quatre-vingts ans, selon son acte de décès. 

Sa fabrique de portraits fonctionnait rue Saint- 
Jacques , à l'enseigne du Mécénas, puis rue du Foin. 
La boutique était copieusement approvisionnée, et 
principalement, comme il est facile de s'en apercevoir, 
par les travaux des apprentis, d'ouvriers graveurs, 
car Desrochers, à la différence du photographe, 
n'opérait pas toujours « lui-même ». 

Les portraits de Desrochers eurent-ils de la vogue au 
moment de leur publication? Cela est fort probable , 
car le graveur, agréé le 27 juillet 1715 , fut reçu le 
3 avril 1723 à l'Académie de peinture et de sculpture ; 
il fut aussi gratifié d'une médaille d'or par Sa Majesté 
impériale , en 1723 , et d'une autre par le prince de 
Hesse-Darmstadt en 1726. — Dans tous les cas, 
ces portraits ont eu un regain de succès à une 
époque toute récente , qui ne remonte pas à plus de 
dix ou quinze ans. ils gisaient alors par centaines 



752 LES GRAVEURS DU XVIII e SIÈCLE. 

dans les cartons des marchands, en compagnie de 
ceux de Moncornet, d'Odieuvre et de tant d'autres 
de même force. Un grand nombre d'amateurs eurent 
l'idée d'utiliser toutes ces gravures pour l'illustra- 
tion des Classiques Français, des Historiettes de 
Tallemant des Rèaux, des Lettres de M me de Sèmgnè, 
des Mémoires de Saint-Simon etc. etc. Ce goût d'il- 
lustrer, de commenter les livres au moyen de portraits 
fit rage pendant quelques années. En même temps 
que les portraits on entassait dans les livres des suites 

de figures. Un amateur anglais de nos amis M. H 

composait ainsi toute une bibliothèque , et se faisait 
dans ce genre une véritable célébrité. Jacques Sieurin, 
ancien marchand d'estampes « qui avait eu le mérite 
de se faire une collection remarquable , et le mérite 
plus rare encore de savoir la garder » connaisseur en 
portraits et en vignettes comme pas un , donnait des 
conseils pour le choix et le classement , et dirigeait la 
petite armée des illustrateurs du haut de cette même 
montagne Sainte-Geneviève d'où Diderot avait dirigé 
les philosophes. Un bibliophile que nous avons particu- 
tièrement connu mettait douze cents portraits dans un 
Boileau , et de quatre volumes en faisait quinze , si 
bien que c'était à proprement parler les portraits qui 
avaient fini par paraître entrecoupés de quelques pages 
de texte et non point le texte qui semblait orné de por- 
traits ; un autre insinuait quatre mille portraits dans 
les Lettres de M me de Sêvigné. Mais le nec plus ultra, 
le livre le plus phénoménal de l'espèce fut unVoltaire, 
absolument bourré de portraits et de figures . dont 
beaucoup étaient de très grande valeur du reste, et que 
nous relevons sur le catalogue de la librairie Fontaine 



DESROCHERS. 753 

pour 1872; ce Gargantua de l'illustration artificielle 
était coté 35,000 francs ! 

Y a-t-il lieu de fulminer un jugement sévère contre ce 
que Cohen appelait « ces macédoines, où les figures les 
» plus disparates des éditions les plus opposées se ren- 
» contrent et s'entre-choquent » et pour lesquelles il 
déclarait « professer une sainte horreur »? — Non , 
cela ne vaut pas la peine de se mettre en frais d'indi- 
gnation. Ces manipulations , après tout , n'ont pas 
nui aux livres purs , aux beaux portraits de collec- 
tion ; elles ont permis d'utiliser une quantité énorme 
de pièces qui sans cela se seraient perdues ; à ce titre, 
on leur doit , sinon des éloges , tout au moins les 
circonstances atténuantes. Mais Desrochers, lui, leur 
doit une véritable reconnaissance d'outre-tombe. 

Heinecken a donné une liste très-détaillée de por- 
traits gravés par Desrochers. Elle comprend environ 
600 noms. Nous nous dispensons de la reproduire , 
même par extrait , car les personnages gravés 
appartiennent à peu près sans exception à une époque 
antérieure au siècle de Louis XV. Sans parler des 
hommes notables du commencement du XVII e siècle , 
de la série nombreuse des jésuites , des jansé- 
nistes et des théologiens , nous dirons seulement 
que la plupart des personnalités qui ont illustré 
le règne de Louis XIV ont eu leurs traits repro- 
duits par Desrochers. Quelques-uns de ces por- 
traits , exécutés avec soin par la main de l'éditeur, 
sont vraiment estimables , surtout si l'on a sous les 
yeux une belle épreuve ; car il faut tenir compte dans 
ses jugements , du tort causé aux planches par un 
tirage excessif. 

I. 48* 



754 LES GRAVEURS DU XVIII e SIECLE. 

Nous appellerons surtout l'attention sur le succès des 
portraits de la famille royale de France : Louis XIV, 
le Duc et la Duchesse de Bourgogne, le Duc d'Anjou, 
le Duc de Berry , la Palatine, le Duc et la Duchesse 
de Chartres, la Princesse de Condé, fille de M me de la 
Vallière , François-Louis de Bourbon Prince de 
Conli et la Princesse de Conti, fille du prince de 
Condé; le Duc et la Duchesse du Maine, Louis- 
Henri de Bourbon, Louis -Armand de Bourbon 
Prince de Conti, etc., etc. 

Les portraits sont accompagnés de quatrains et de 
sixains fort amusants , et souvent rédigés par Gacon. 

Celui qui accompagne un des plus rares portraits 
de Desrochers , celui de M elle Fillon , dite la Prési- 
dente , entremetteuse célèbre est comme on va le voir 
d'une remarquable indulgence : 

Toujours compatissante aux faiblesses humaines 
Mon art sçut applanir la route des plaisirs 
L'Amour ne forma plus d'inutiles désirs 
Je réformai/ ses lois , je supprimai/ ses peines. 

Desrochers s'est gravé lui-même en 1727. Il se devait 
bien cela. Il s'est accompagné de cette légende , qui a 
la prétention d'être en vers : 

Tels sont les traits de ce graveur 

Qui tâche de donner dans son labeur 

Du tems passé et du siècle où nous sommes 

Un fidèle tableau des grands hommes, 

Le Public jugera s'il a bien imité 

Les Illustres qu'il a représentés. 



DOSSIER (Michel 



1684- 1750. 



Dossier, né à Paris en 1684, était élève de P. Drevet, 
mais il a fort peu produit. Il faut citer , parmi le petit 
nombre d'estampes qu'il a laissées : le Mariage de la 
Vierge, d'après Jouvenet, Jésus chassant les vendeurs 
du Temple, Jésus guérissant les deux Aveugles de 
Jéricho, le Repas chez le Pharisien, d'après Colombel, 
et quelques grands portraits d'un mérite secondaire : 
Colbert de Torcy , d'après Rigaud , Grégoire Gilbert, 
religieux de l'ordre des Augustins, d'après F. de Troy, 
Baudrand , docteur de Sorbonne , d'après Guerry 
Bousselin , contrôleur général du Marc d'or , d'après 
Tremblain , Nicolas Ducal , secrétaire du duc du 
Maine , d'après Colleri , Jacques III. 

La pièce la plus connue de Dossier est une estampe 
qui porte le titre de Vertumne et Pomone. La figure 
de Pomone est le portrait d'Anne Varice de Vallière, 
épouse de Jean Neyret de la Ravoye, grand-audiencier 
de France. Le portrait original fut peint par Rigaud 
en 1703 ; l'estampe est de 1709 , elle se vendait chez 
Drevet. 



TABLE 



DU TOME PREMIER. 



Pages 
Avertissement i 

Adam 1 

Aliamet (Les) 5 

Alix 47 

Allais 26 

Anselin 29 

Arrivet 35 

Albert 38 

Audouin 41 

Audran (Benoît F) 44 

Audran (Benoît II) 48 

Audran (Jean) ■ ^ 

AUVRAY 5i 

Aveline (François) 56 

Aveline (Pierre) 59 

Avril 62 

Babel 68 

Bacheley 70 

Balechou 71 

Baquoy (Les) 85 

Bar 91 

Barbie 93 

Baron 96 

Bartolozzi 98 

Basan I07 



Pages 

Baudoin 126 

Bause 4 28 

Beaublé • — * 32 

Bealmont *33 

Be vuvais * 34 

Beauvarlet ' 36 

Beisson 130 

Beljambe *53 

Benazech lf > 7 

Benoist i; J y 

Berger <6< 

Bernaerts *64 

Bernigeroth (Les) 466 

Berthault i67 

Berthet 1 73 

Bervic ,77 

BlNET ' I89 

BlOSSE * 9 ' 

Blot , ' 92 

BOILY ' 195 

Boissieu I 96 

Boizot 203 

BOLT 207 

Bond 24 ° 

Bonnefoy 2H 



758 



TABLE. 



Pages 

Bonnet 243 

bonneville 220 

BORGNET 222 

Bosse 223 

Boucher 224 

Bouilliard 232 

Bounieu 234 

Bourgeois de laRichardière 236 

Boutelou 240 

Bovinet 247 

BOYDELL 251 

Bradel 255 

Brichet 256 

Brion 258 

Brookshaw 260 

Camerata 263 

Camligue 265 

Campion (Les) 267 

Caquet 275 

Cardon (Les) 275 

Caresme 280 

Carjuona 281 

Carmontelle 283 

Carrée 300 

Cars 301 

Cathelin 320 

Caylus 338 

Cazenave 346 

Cernel (M ,ne ) 348 

Chaponnier 355 

Chapuy 358 

Charpentier 362 

Châtelain 364 

Chedel 366 

Chenu 372 

Chéreau (Les) 378 

Chévery (M me ) 386 



Pages 

Chevillet 387 

Chodowiecki 397 

Choffard 41 1 

Chrétien 487 

Claessens 491 

Cochin père 492 

Cochin fils 503 

Coiny 574 

colibert 577 

Condé 578 

Copia 579 

coqueret 591 

Couché 592 

Coulet 596 

Courbe 597 

Courtois 599 

Coutellier 600 

Covpel (Les) 603 

Crépy (Les) 605 

Croisey 607 

Croisier 608 

Croutelle 609 

Cuvilliês (Les) 614 

Dagoty (Les) 613 

Dambrun 618 

Danzel 628 

Darcis 630 

Daudet 633 

Daulceur (Le) 650 

Daullé 652 

David 679 

Debucourt 684 

Defehrt 700 

Delafosse (Les) 701 

Delatre 708 

Delignon 709 

Delvaux 742 



TABLE. 



759 



Demarteau 718 

Dennel (Les) 726 

Denon 732 

Deny 738 

Dequevauviller 741 



Pages 
Descourtis 746 

Desplaces 748 

Desrochers 754 

Dossier 755 



ÎUFRIMKRIS L. DANBI.. 



IPOIII ■^■■"*- ■«-' — '—•■ OUfH 



NE Portalis, Roger 

95 Les graveurs du dix-huitième 

P6 siècle 

t.1 

ptie.2 



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