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Full text of "Pathologie interne"

^'Vj^^m^ffg^^ 



'^ 



ENCYCLOPEDIE CADEAC 



PATHOLOGIE INTERNE 



••••••• 



NUTRITION - AUTO-INTOXICATION 
APPAREIL URINAIRE - PEAU 



TRAVAUX ET OUVRAGES DU MEME AUTEUR 



Recherches expérimentales sur la morve (in <ollaboration 
avec M. .M.\i.i.et) (Ilccoiiipensé pai' l'Acadtîinie des sciences 
l't par l'Acailéiiiic do médecine). Paris, 1886, 2uo paf^es. 

Mémoire sur la contagion miasmique du cliarLon, de la 
clavelée, de la morve et de la tuberculose (en collaboration 
avec M. Mallet) (Couronné par l'Académie de nudecine de 
France). 

Recherches expérimentales sur les essences. — Ktude des 

lii|ui'ur.s dabsiiiLiie, d'aïqiiebuse. de l'eau de mélisse ries 
Carmes, de Garus (en collaboration avec le D'' Meinier). 
Paris, 18'Jl (Ouviage couronné par l'Académie des sciences 
et récomiiensé j)ar l'Académie de médecine de France). 

Innocuité des poussières tuberculeuses provenant des 
crachats desséchés. Danger des particules liquides (Mé- 
moire récompensé |)ai' l'AcadiMiiie de méilecine, l'.lQli). 

Pathologie générale des animaux domestiques, -J' édition, 
l'JO.'i. I vol. in-IS ji^sus, a\fc ;î7 li;,'ures. 

Sémiologie et diagnostic des maladies des- animaux domes- 
tiques, i'" (dition, l!Mi.i. -2 vol. in-18 jesus, avec ligures 
( /•^iici/clopé(/ie ('.(tdéac) . 

Pathologie interne des animaux domestiques. 8 vol. in-18 
Jésus, avec ligures {Enci/c/opédie Cadéac) (Ouvrage récom- 
pensé par l'Institut). :?« édition, 1908 à 1911. 

Pathologie chirurgicale : 1» l'allmlogie chirurgicale générale; 
2' Maladies de la peau et des vaisseaux ; 3° Muscles, tendons 
et nerl's (en collaboration avec Padek) ; 4" Articulations ; 
;i° Arthrites; G» Appareil digestif. C vol. iii-i8 jésus. 

Anatomie pathologique des animaux domestiques, ^'édition, 
1907 (avec la collaboi'ation de M. Ball). I vol. in-18 jésus 
avec fiKures. 



2480. — CiiHiim.. — Iiniii'iinerie CrKtk. 



ENCYCLOPEDIE YÉTÉRINAmE 

Publiée sous la direction de G. GADÉAG 



PATHOLOGIE INTERNE 



••••••• 



MTRITIOX — AUTO-LMOXICÀTION 
APPAREIL URIXAIRE — PEAU 



C. CADEAG 

PROFESSEUR DE CLINIQUE A l"ÉCOLE VÉTÉRINAIRE DE LVON 



Avec 143 figures intercalées dans le texte 
Deuxième édition entièrement refondue 




PARIS 

LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE et FILS 

19, rue Haulefcuille, près dn Boulevard Sainl-Germain 



1914 
Tous droits réservés 



Digitized by the Internet Archive 

in 2009 witli funding from 

NCSU Libraries 



Iittp://www.arcliive.org/details/patliologieintern07cad 



PATHOLOGIE INTERNE 



LIVRE VII 

MALADIES DE LA NUTRITION 



I. — DIABÈTE SUCRÉ. 

Définition — Pathogénie. — C'est une affection grave, 
incurable, caractérisée par de la polydipsie, delà polyurie, 
de la glvcosiirie. des troubles oculaires et des troubles 
nutritifs qui aboutissent au marasme. Il ne faut pas con- 
fondre le diabète avec la glycosurie, simple passage du 
sucre dans les urines : la glycosurie n'est qu'un sym- 
ptôme du diabète et résulte d'un grand nombre de causes 
[glycosurie alimentaire, nerveuse, asphyxique, toxique, 
traumatique, lactosurie des femelles en état de gestation (1)]. 
Il n'y a diabète que lorsque la surcharge en glycose des 
humeurs et des tissus de l'organisme affecte un caractère 
chronique. Ce phénomène peut résulter d'une production 
exagérée de sucre livré au sang ou d'une destruction insuffi- 
sante. Ces deux troubles sont souvent associés : la suracti- 
vité fonctionnelle du foie a pour résultat de déterminer 

ill Voy. Sémiologie, t. I et 11. 

C.\DÉAc. — Pathologie interne. VII. 1 



2 MALADIES DE LA NUTHITIOX. 

la présence il'tin excès de sucre dans le sang; la diminu- 
tion du ferment gljcolytique, capable de dédoubler le gly- 
cose, cmpêclio l'organisme de l'utiliser et de le détruire; 
il y a ainsi à la l'ois hyperglycémie et glycosurie. 

I. — SOLIPÈDES. 

Le diabète des solijH-des est exlrêmeincnl rare si l'on 
en distrait les nombreux cas de glycosurie syniploma- 
tique qu'on à le tort d'y rattacher. La présence du sucre 
dans l'urine n'est qu'un élément accessoire dans ïhémo- 
globinurie paroxystique, dans les affectiom cérébrales, 
les infections aiguës et les intoxications (1). L'altéra- 
tion nutritive caractéristique du diabète vrai ou diabète 
chronique a été signalée par Heiss f2>, Diei-kerholT (3), 
Krùger (i). 

Symptômes. — Le diabète sucré est caractérisé par 
de ressoulllemeul, un amaigrissement rapide, de la fai- 
blesse, des troubles de la nutrition. Le poil est terne; les 
inmpieuses sont ictéri(iues ou rosées, l'appétit capri- 
cieux, la respiration normale, le pouls un peu accéléré 
(54 pulsations) ; la fièvre est intense d'après Ilciss (39° tY 41°). 
faible ou nulle d'après Dicckerholî (37°, 8). Dans tous les 
cas, il y a polydijjsie intense ; les malades peuvent ingé- 
rer trois à cinq fois plus d'eau (ju'à l'état normal, juscju'à 
55 litres d'eau par jour ; la polyurie est excessive, 
l'iu-inc est claire, jaunâtre, à réaction neutre, et renferme 
toujours du sucre en quantité notable; on en a trouvé 
de 3,62 à 3,75 p. 100 en moyenne. 

Les troubles oculaires se manifestent trente <i qua- 
rante jours après le début des symptômes; le cristallin 

(1) Leclorc, Arr/i. vrl., 1881. 
(-2) Heiss, Aitanis n'oehe/isrhr., 1888. 
(3) Dieckcrhoir, lierliner T/iierarstl. iVochensr/ir., 1892. 
(l) Krûger, Diabùle siicré (Zeilschrift fiir Veterinarkunitr, lyOT, 
p. 488). 



DIABETE SLCRE. 3 

devient opaque ; la cataracte diabétique est double. On 
peut voir apparaître la conjonctivite, des ulcères cornéens. 
Finalement, lamaigrissement est excessif, le sucre diminue 
de quantité dans les urines, et le malade succombe dans le 
coma. 

Marche et terminaison. — La marche est constamment 
progressive et la terminaison fatale. Lainaigrissement 
est de plus en plus manifeste, l'animal tombe dans le 
marasme le plus absolu ; il présente quelquefois de la 
furonculose (Kruger) et meurt au bout de sept à huit 
semaines, malgré les meilleurs soins. 

Anatomie pathologique. — Le foie est congestionné, 
hypertrophié, jaunâtre, dégénéré (Heiss, DieckerhotT) : 
les autres organes paraissent sains. On ne constate qu'ime 
émaciation générale. 

Diagnostic. — Pour établir le diagnostic, on se 
base sur les symptômes polydipsie et polyurie, qui 
portent à examiner les urines et à y rechercher le sucre. 
L'amaigrissement progressif, la faiblesse, l'essoufflement 
et les troubles oculaires viennent confirmer ce dia- 
gnostic. 

Pronostic. — Le pronostic est très grave, étant données 
rinetlleacité du traitement et la marche progressive et 
rapide de la maladie. Il est aggravé en ce sens 
que le régime du cheval est un régime essentiellement 
féculent et que l'on ne peut ici. comme chez Ihomme. 
instituer un régime rationnel, ce qui explique peut-être 
l'évolution si rapide de la maladie. 

Traitement. — On conseille les cholagogues (acide sali- 
cylique. salicylate de soude) et, s"il y a lièvre, les antipy- 
rétiques [acétanilide, antipyrine) pour favoiùser la produc- 
tion du glvcoffène et arrêter la formation du sucre. 



MALADIKS ItK LA NUTRITION.» 



II. — BOVIDKS. 



Signalé iiar l)arl)as (i), le diabète dos bovidés ost un 
phénomène svniplomatique oompliciiianl la lièvre de lait. 
[Noeai'd, Saint-Cyr et Violet (2)] ou une maladie du système 
nerveux comme l'hydrocéphalie chronique [tJirolti (3)]. On 
ne connaît encore rien de précis sur le diabète essentiel 
des bovidés en admettant son existence, qui nous parait 
hypolliélicpie. Ilillerbrand (-4) a constaté du sucre dans 
les urines d'une vache malade depuis cinq mois et réduite 
c\ l'état squelettique. 

III. — CAHMVORES. 

Le diabète sucré constitue, chez les ciirnivorcs, une 
affection nettement différenciée (pii est la copie lidèlc du 
diabète de l'homme. 

Étiologie et pathogénie. — Vàge a une grande influence : 
on n'observe celte maladie que chez les sujets âgés. Les 
diverses maladies cpii altèrent lanutrition. comme la ;)!ro- 
plasmosc, peuvent produire la glycosurie et peut-être le 
diabète; on ne sait rien de précis sur le rôle des troubles 
nerveux et des émotions dans l'apparition de cette maladie. 
L'alimentation trop abondante et trop sucrée, l'abus des 
friandises peuvent déterminer de la glycosurie, et toute 
glycosurie peut aboutir au diabète. 

L'intoxication arsenicale et toutes les causes de dégéné- 
rescence graisseuse favorisent son apparition ; on l'a vue se 
manifester après ingestion répétée d'eau de La Hourboule 
ou d'eau arsenicale (Sendrail et Lafon). 

Les allrrationfi du /"o/c jouent un rôle prépondérant. Le 
diabète hépatique est assurément le plus fré(iuent ; le foie 

(I) Darbas, Jievtie vél., 1890. 

(i) Saint Cyr (.'l Violet, Traité d'obsti-triquo. 

(3) Girolli, .Xitovo Ereolnni, IS'.Mi. 

(i) llillerbianil, T/ie Veterinary Record, 1910. 



DIABETE SUCRE. 5 

est atteint d'une altération graisseuse plus on moins pro- 
noncée [Leblanc (1), ïhiernesse (2), Schmitt (3), Saint- 
Cyr (4), Ferraro (5), Frôhner(6), Schindelka (7), Franzen- 
burg (8), Cadéac et Maignon (9), Lanfranchi (10)]. 

Le l'oie est souvent hypertrophié en même temps ; mais 
il est rarement indemne. Tant que ses cellules ne sont pas 
entièrement détruites, le diabète est sucré, mais la glyco- 
surie diminue vers la fin de la maladie, quand les cellules 
sont entièrement détruites par la dégénérescence grais- 
seuse et dépourvues de glycogène : l'animal privé de ses 
fonctions hépatiques succombe. « C'est que, pour être dia- 
bétique, il faut bien se porter » (Cl. Bernard), c'est-à-dire 
être en possession d'un foie qui fonctionne encore . Quand 
cet organe a subi la dégénérescence graisseuse, il ne ren- 
ferme plus de glycogène, c'est-à-dire plus de source de 
glycose (Sendrail et Lafon). Le système musculaire lui- 
même éprouve le contre-coup de l'altération hépatique ; il 
subit, par places, la même dégénérescence graisseuse. Des 
portions de muscles sont atrophiées, jaunâtres, friables : 
elles s'écrasent à la pression et se transforment en pulpe 
onctueuse. Les muscles accusent, enfin, la même pauvreté 
en glycogène que le foie (Cadéac et Maignon) ; ]esaltérations 
du pancréas sont elles-mêmes des causes de diabète (diabète 
pancréatique). Minkowski et Mering ont produit un diabète 
glycosurique par l'extirpation du pancréas. Ce diabète ne 
se produit pas si on laisse plus du dixième du volume 
total du pancréas. La sclérose du pancréas peut ainsi 



(1) Leblanc, Clitiique vét., 1851. 

(2) Thiernesse, Ann. de méd. vét., 1861. 

(3) Schmitt, Wocheiischr. f. Tierheil., 1863. 

(4) Saint-Cyr, Journ. de l'Ecole de Lyon, 1870. 

(5) Ferraro, Il Morgagni, 1883. 

(ô) Frôhner, Monatschr. f'iir praklische Tierheil., 1892. 

(7) Schindelka, id. 

(8) Franzenburg, Berliner Tierarz. Wockenscki'., 1895. 

(9) Cadéac et Maignon, Journ. de Lyon, 1907. 

(10) Lanfranchi, Clinica veterinaria, 1907 



6 MALADIES DE LA MTHITION. 

évoluer chez le c/iini sans |)ro(liiire le inoindro syniiitnino 
apprécialile. en raison de la rt'génération rajiiile du lissu 
glandulaire riiez ret animal : mais, parfois, on voit se 
dérouler tous les signes du diabète panci-éatitpie [Liénaux. 
Almy. Sendrail el Lal'on il), etc.]. l/alroitliie du pancréas 
est alors si prononcée que ses dimensions normales de 
30 à 40 lenlimélres de long sont réduites à 3 centi- 
mètres de long et à i centimètre d'épaisseur (Liénaux), ù un 
nodule de la grosseur d'im haricot (Sendrail et La ton . h 
un cordon dur, composé d'une série de grains blandiàlres 
dans lestpiels on trouve des ganglions nerveux microsio- 
piques dont les cellules semblent être en voie de dégc'né- 
resccnce [Almy (2), Eber. Pernberlhy, Miiller]. 

Du côté du rein, les lésions sont plus discrètes; il existe 
seulement de la dégénérescence graisseuse, localisée sur- 
tout à la zone limitante, dans les cellules tq/itlndiales des 
anses de Henle. et dans quelques points disséminés des 
couches corticale et médullaire (tubes contournés et tubes 
collecteurs). On constate, en outre, sur quelques points, 
des altérations des cellules épilhéliales des tubes contour- 
nés, caractérisées par l'abrasion rlu plateau el le défaut de 
coloration du noyau. Nous n'avons trouvé rien de sem- 
blable à la d(''générescence glyeogi''ni(pie décrite par les 
auteurs dans les cellules épithéliales des tubes collecteurs. 
Le diabète paraît résulter de l'extension d'un processus 
d'artériosclérose, comme tendent à le montrer les lésions 
vasculairesetles lésions concomitantes du cœur (Sendrail). 
Symptômes. — Le diabète est par excellence la maladie 
latente; elle débute d'une manière insidieuse el n'est 
soupçonnée que lorsque l'amaigrissement et la polyurie 
sont intenses. Le processus est déjà parvenu à la période 
d'état ou i» une époque rapprochée de sa terminaison, (piand 

(1) Sendrail et Lafon, Revue véf., 1906, p. 232. — Muller, />re.srf. Ber., 
1006. — Li«?naux, Annales de Bruxeltrx, 1897. 

(2) Almy, Diabète sucré avec atrophie du pancréas {Société centrale, 1900, 
p. 882).— Voy. t. 111, p. 10 de la Pathologie interne. 



DIABETE SUCRE. 7 

on a la possibilité d'étudier les malades. Il est caracté- 
risé par quatre symptômes cardinaux : la glycosurie, la 
poljurie, la polvdipsie. l'amaigrissement et des troubles 
accessoires. 

a. La glycosurie, conséquence de l'iiyperglycémie, est le 
symptôme caractéristique du diabète. Le sucre, qui existe 
normalement dans le sang dans la proportion de l^',^ 
■ pour 1 000 en moyenne, augmente notablement de propor- 
tion; il passe en partie dans les urines dès que cette quan- 
tité dépasse 3 grammes ; on peut même trouver T^'.SS par 
litre dans le sang de la carotide (Cadéac et Maignon). Pour- 
tant le rapport entre la quantité de sucre qui existe dans 
le sang et celle qui traverse le filtre rénal n'est pas constant : 
il y a rétention relative quand le rein altéré s'oppose par- 
tiellement à ce passage. 

La glycosurie offre une intensité très variable ; on n'en 
trouve quelquefois qu'une très petite quantité, mais on l'a 
vue monter jusqu'à 20 grammes par litre. Cette quantité 
subit d'ailleurs de grandes oscillations; on peut la voir 
varier de 54 grammes à 94 grammes d'un jour à l'autre, 
sous l'influence d'une alimentation féculente ou même sans 
cause connue (Gadéac). 

L'urine sucrée est jaunâtre, filante, sirupeuse, de den- 
sité supérieure à la normale; on y révèle la présence du 
glycose en chauffant, dans un tube à essai, l'urine suspecte 
additionnée de liqueur de Fehling (liqueur cupro-potas- 
sique) ; il se forme, en présence du sucre, un précipité 
rougeàtre, pulvérulent, d'oxyde de cuivre (1). 

b, Lsi polyurie est généralement très appréciable; elle 
est cependant moins marquée que dans le diabète insi- 
pide ; les mictions sont fréquentes et abondantes; les chiens 
les plus propres s'oublient dans les pièces où ils se trouvent 
et finissent par uriner partout. C'est ce symptôme qui attire 



(1) Voy. Sémiologie, t. I, p. 424, pour les divers moyens de déceler et de 
doser la glycose dans les urines. 



8 MALADIES DE LA NUTRITION. 

généralement l'attention du propriétaire et rpii fait soup- 
çonner l'existence du diabète. 

c. La polydipsie est en rapport avec la polyurie ; le chien 
manifeste une soif intense; il s'arrête pour boire à toutes 
les flaques d'eau. 

d. Ij' ainaigrissemott progressif, malgré une nourriture 
abondante absorbée avec grand appétit, devient bientôt le 
signe caractéristique. La maigreur, attribuée, au début, à 
des vers intestinaux, s'accuse de jour en jour malgré un 
redoublement d'aliments. L'animal s'affaiblit et devient 
d'une maigreur squelettique : les côtes, les apopbjses 
épineuses des vertèbres dorsales et lombaires, les angles 
externes des iliums, les pointes des ischions, en un mot 
toutes les éminences osseuses forment des saillies très 
accusées sous la peau, à travers les masses musculaires 
atrophiées. Le ventre est levrette (fig. i). 

La marche est très difficile; les membres vacillent sous 
le poids du corps. Il y a cependant des chiens diabétiques 
qui conservent leur embonpoint (diabète gras). 

Pes troubles de la plupart des appareils viennent aggra- 
ver l'état général du malade. On voit survenir des érup- 
tions eczémateuses, de l'œdème du lourroau et de la bala- 
nite suppurée : on observe quelquefois de ralbuminm-ie. 
qui trahit une altération rénale. Les accidents digestifs 
consistent principalement dans une diarrhée intense, opi- 
niâtre et parfois dansune stomatite tartrique et ulcéreuse 
et dans des vomissements: l'animal s'essoidTle très vile; il 
présente souvent de romphysème. de la bronchite, des 
troubles circulatoires ave<' insuflisance mitrale, de l'hyper- 
tropliie des thyroïdes, l'aspect ulcéreux des plaies; mais 
ce sont les troubles oculaires qui sont les plus fréquents et 
les plus étroitement liés à l'altération de la nutrition. On 
constate des opacités répétées du cristallin (Eisenmenger), 
de la cataracte simple ou double f]ui entraine la cécité en 
quelques semaines, des ulcères cornéens, un décollement 
de la rétine, l'atrophie du nerf optique. 



DIABETE SUCRE. 9 

La motricité, la sensibilité sont généralement peu altérées; 
on peut cependant observer de l'hémiplégie (Schindelka) 
et une diminution de l'intelligence avec apathie et indiffé- 
rence complète des animaux les plus affectueux. 

Marche, durée, terminaison. — On constate quelquefois 
au début, un peu de fièvre ; mais la température descend 




Kig. 1. — Chien diabétique (Cadeac). 

ensuite assez rapidement au-dessous de la normale et. vei-s 
la tin de la maladie, elle tombe à 37° .2. Le processus a une 
marche progressive et une durée relativement courte; un 
(■hicn diabétique vit de quatre à huit mois ; mais il faut tenir 
compte de ce fait qu'on ignore généralement le début 
de l'affection. L'animal meurt dans un état de maigreur 
extrême, ou succombe au coma diabétique avec hypo- 
thermie et absence presque complète du sucre dans ses 
urines. 
Traitement. — Il faut d'abord modifier le régime : sup- 

1. 



10 MALADIES DE LA NUTRITION. 

primer les f(*(ulen(s, les sucres et la viande. Sous rinflucnce 
du régime carné, la glycosurie augmente. Le sucre uri- 
naire s'accroît, en effet, dans le diabète, proportionnelle- 
ment à la quantité de viande ingérée. 

Les corps gras saponitiés sont les seuls aliments qui 
diminuent ousupprimoni la glycosurie, mais ne suppriment 
pas la cause môme du diabète. Le lait est indiqué dans 
les cas de lésions rénales; on administre des cholagogues 
comme le salicylate de soude, le bicarbonate de soude 
(1 à 3 grammes matin et soir), l'eau de Vicby pour couper 
l'eau des boissons. 

On combat la poljurieà l'aide des bromures et de lanti- 
pjrine : 

.\ntip\Tine G à 12 grammes. 

Sirop simple 300 — 

On administre trois à quatre cuillen-es par jour de ce! 
mélange. 

(tn combat le coma par le café, le thé ou les injection^ 
soizs-cutanées d'étber ou de café. On entretient les malades 
au grand air, en supprimant toute cause de fatigue; éviter 
de pratiquer des opérations sur ces malades. i 

IL — DLVnÈTE INSIPIDE. 

Définition. — Le diabète insipide est caractérisé par le 
rejet d'une quantité considérable d'urine, claire, transpa- 
rente, d'un poids spécifique moins élevé qu'à l'état normal 
et ne renfermant pas de sucre. 11 se distingue du syndrome 
polyurie par la diiuinulion des forces et l'amaigrisseuKMît 
des animaux. La polyurie dénonce la résorption dexsudals 
ou d'épancliements [z<rme,ç criiiçMes (i)], la néphrite inter- 
stitielle chronique, des intoxications déterminées par le 
nitrate de potasse, de soude, parla digitale ou les produits 
mélasses; le diabète insipide trahit biihitucllcmcnt une 

(1) Voy. Polyurie, iii Sémiologie, t. I, p. Ii87). 



DIABÈTE INSIPIDE. il 

désassimilation exagérée, une dénutrition azoturique, 
albuminurique, analogue à celle qu'on observe dans le dia- 
bète sucré ; mais on ne connaît pas, chez les animaux, les 
diabètes insipides phosphatique. inosurique, oxalique ; c'est 
le diabète insipide essentiel, sans sucre ni albumine, qui 
est le plus commun ; il est exclusivement caractérisé par 
la polyurie, la polvdipsie et l'amaigrissement. On Tobserve 
principalement chez les solipi'des et le chien. 

I. — SOLIPÈDES. 

Le diabète insipide essentiel ou vrai a été signalé par 
Moiroud. Weber, Cagnj-, Dieckerhoff. Schindelka. 

Étiologie. — Les aliments moisis, notamment le pain 
moisi, l'avoine échauffée (Moiroud. Dieckerhoff), les vesces 
altérées sont les principales causes de ce diabète insipide; 
les fermentations déterminent probablement la formation 
de produits toxiques qui troublent le système nerveux et 
provoquent la diurèse. Les adonis, les anémones et sur- 
toutlesasclépiadées engendrent ce trouble chez les inou^o»s 
(Veith'i. Les fourrages gelés sont également une cause de 
ce diabète (Koll). On le voit particulièrement apparaître 
l'été, àla suite de grandes fatigues chezhs chevaux entiers; 
il est beaucoup plus rare chez les fy/evau.Y hongres et excep- 
tionnel chez les juments. Il est permis de croire à la con- 
tagion de ce trouble fonctionnel quand on voit tous les 
chevaux d'une écurie devenir polyuriques quelque temps 
après l'arrivée d'un cheval lui-même atteint de polyurie 
(Cagny, Gagnât) ; mais on peut supposer aussi que les 
mêmes conditions de travail et d'alimentation se tradui- 
sent par des troubles analogues. La polyurie symptoma- 
lique peut succéder à un traumatisme du foie (Perrin , à 
des altéi'ations du système nerveux central et sm'tout à la 
tuberculose, à la morve et à la lymphadénie ; il y a géné- 
ralement un amaigrissement progressif des animaux en 
même temps qu'une anomalie de la sécrétion rénale. 



12 MALADIES DE LA NUTRITION. 

Symptômes. — Le diabMo insipide qui succède k l'in- 
gestion d'aliments altérés, à un travail pénible pendant les 
chaleurs de l'été, se développe tantôt brusquement, tantôt 
graduellement, de sorte que son existence passerait inaper- 
çue si elle n'était trahie par l'affaiblissement des sujets, 
leur amaigrissement et une polyurie de plus en plus 
intense. Les animaux urinent fréquemment et en grande 
quantité; ils expulsent journellement 30à601itres d'urine, 
et urinent jusqu'à quatre à dix fois par heure ; on observe 
quelquefois delà dysurie par suite de la tuméfaction catar- 
rhale de la muqueuse des tubes urinifères; il j a parfois 
même une véritable incontinence d'urine. Ce liquide est 
aqueux, transparent, d'une densité toujours inférieure à 
celle de l'urine normale; son poids spécifique est de 1001 à 
d002; ce sont surtout les sels de chaux qui disparaissent ; 
on peut y découvrir quelquefois de l'albumine, mais jamais 
de sucre; l'examen microscopique donne des résultats né- 
gatifs. 

La polydipsie est toujours très prononcée ; les animatix 
absorbent quelquefois jusqu'à 100 litres de liquide. 

En même temps, les malades maigrissent, leurs forces 
baissent; le pénis est pendant; lessécrétionsdigeslivesdimi- 
nuent ; ou observe de la constipation sans lièvre, sans 
troul)ics circulatoires bien appréciables. 

Marche. — Ce trouble sécrétoire persiste pendant un 
mois à six semaines ; il disparaît plus rapidement quand 
il est d'origine alimentaire et (piOu h promptement sup- 
primé les aliments nocifs. Exceiitiounelieuient, le diabète 
insipide, abandonné à lui-même, persiste plusieurs mois et 
parfois même plus de deux ans (Crève, DieckerliolV) pour 
aboutir à la cachexie. 

Diagnostic. — La poh/uric simple se distinguedu diabète 
insipide par sa dispai-iliou |u-oiiipt(' sans auiaigriss(Miient 
(lu sujet. 

Le diabète sucré s'en ditVérencie par i'i'b'vation du poids 
spécifique et la pi'ésence du sucre dans les urines ; la 



DIABÈTE INSIPIDE. 13 

néphrite, par l'existence d'une albuminiirie persistante. 

Traitement. — Le changement de nourriture, le repos, 
donnent les meilleurs résultats ; on doit réduire aussi la 
quantité d'eau à 20 ou 24 litres par jour, car on a remar- 
qué que la polyurie est entretenue par l'absorption de 
grandes quantités d'eau (Leblanc, Gagnai). 

Les médicaments sont entièrement inefficaces. 

II. — CHIEN. 

Le diabète insipide du chien n'est pas rare : il est carac- 
térisé par de l'amaigrissement et le rejet d'une grande 
quantité d'urine ne contenant aucun élément anormal 
{polvurie essentielle) ou renfermant une certaine quantité 
d'albumine. 

Étiologie. — Les causes passagères de polydipsie qui 
déterminent de la poljurie, en augmentant la masse du 
sang, ne peuvent être regardées comme des sources de 
diabète insipide. 

Telles sont les gastro-entérites, qui s'accusent par une 
soif intense; la néphrite chronique, les intoxications, 
les diurétiques, le sucre, qui élèvent la tension sanguine 
dans les glomérules et engendrent des vaso-dilatations 
rénales. 

Le diabète insipide résulte principalement de troubles 
nerveux. 

La piqûre du quatrième ventricule, les lésions bulbaires, 
cérébrales, cérébelleuses, l'écrasement de la région sous- 
lombaire par une roue de voiture (Holzmann), la compres- 
sion de la moelle par des tumeurs déterminent la polyurie 
par excitation des nerfs vaso-dilatateurs du rein. 

La désassimilation exagérée pi'oduite par des tumeurs, 
la ]jmphadénie,la tuberculose, l'abcédation de la prostate 
et des ganglions périanaux (Schindelka), s'accompagnent 
quelquefois de diabète insipide. La sécrétion rénale devient 
anormale, l'organisme perd la faculté de séparer l'acide 



14 MALADIES DE L\ MTIUTION. 

nrique et les sels ; ces prodiiili^ d'excrrlion sont résorbés 
;m nivciui des gloméniles par ilo grandes qiiantilé-s d'eau. 
Symptômes. — La polyiirie essentielle est dcnonci'-e par 
ré'niission fn^piente cl ahondantc (Turinc <daire, limpide, 
inodore, ne renfermant ni sucre, ni aucun élément étran- 
ger. 11 s'agit, le plus souvent, dans ce cas, d'un phénomène 
passager, dépourvu de troubles gé-néraux, qui s'atti'nue et 
disparaît pi'ogressivemenl au bout de quelques semaines 
ou d'un mois. Quand le diabète insipideest lié à une mala- 
die organique, l'urine présente souvent des traces d'albu- 
mine; elle est rejetée encpianlilt- considérable(3 àilitres) ; 
l'animal urine aussi à tout instant : il ne peut être con- 
servé dans les appartements; il manifeste une soif vive; 
il absorbe de grandes quantités d'eau (quelquefois 10 à 
151itres). Quand l'eau vientà manquer, ces malades absor- 
bent l'eau croupie, l'eau sale infecte ou même leurju-opre 
urine ; l'urine rejetée est ainsi constamment en rapport 
avec la quantité de liquide que l'animal a pu ingérer. La 
peau devient sèche, les poils ternes, les muqueuses pAles ; 
l'appétit diminue ou est capricieux : l'amaigrissement 
s'accuse de plus en plus, cl ranimai peut succomber si 
l'on ne modilie pas son régime ou si on l'abandonne fi 
lui-même. 

Diagnostic. — Le diabète insipide vrai peut être reconnu 
el dinV'reucié dembb'eilcs diverses maladies qui engendrent 
une polyurie passagère ; il suflil d'administrer i\ l'animal 
suspect une dose de quelques grammes de sel marin pen- 
dant quelques jours. L'exagération rapide de la quantité 
d'urine sécrétée témoigne de l'existence du diabète insi- 
{»ide ; le sel marin ne modilie pas laquantiti- d'urine dans 
les autres cas, sauf dans la néphrite inlerstitielle, qu'on 
dilV(''rencie du diabète par des symptômes spéciaux. 

Traitement. — Une bonne alimentation, composée de 
lait et de viande crue, exerce une influence salutaire. 

Il faut Restreindre la quantité de liquide (tisane d'orge et 
de chiendent) qu'on donne en boissons. Les préparations 



OBÉSITÉ. IS 

valérianées, bromurées ou opiacées, exercent une action 
sédative sur le système nerveux et peuvent enrayer un 
diabète insipide récent ; elles sont peu efficaces quand il 
est ancien. 

Bromure de potassium ou de sodium 25 grammes. 

Sirop d'écorce d'oranges amères iOO — 

Une cuillerée à soupe, matin et soir. 

III. — OBÉSITÉ. 

L'obésité est un état pathologique caractérisé par Ihyper- 
trophie généralisée du tissu adipeux. 

Étiologie. — L'obésité physiologique ou engraissement 
résulte d'une alimentation très copieuse chez les animaux 
au repos, de telle sorte qu'il y a disproportion entre l'apport 
et l'utilisation des matériaux nutritifs. 

L'obésité pathologique l'ésulte fréquemment d'un ralen- 
tissement delà nutrition caractérisé par une oxydation et 
une combustion incomplète des aliments ingérés en quan- 
tité normale. 

; Les chiens eczémateux sont fréquemment obèses par 
ce mécanisme. 

La suppression de la vie génitale agénéralementrobésité 
pour conséquence. La castration diminue l'activité muscu- 
laire et ralentit les combustions; elle diminue à la fois les 
besoins et les dépenses. 

Vdge avancé, qui est caractérisé parla prédominance de la 
désassimilation sur l'assimilation, diminue l'activité mus- 
culaire et favorise l'engraissement : les vieux chiens sont 
fréquemment obèses. 

Les (7;era;/.Y emphysémateux deviennent obèses par suite 
de la diminution de la capacité respiratoire du poumon. 
L'obésité résulte toujours d'une suralimentation absolue ou 
relative. Augmenter la quantité de principes nutritifs ou 
diminuer l'intensité des combustions produit l'obésité. 

Symptômes. — Le corps s'arrondit, les angles s'effacent; 



16 MALADIES DE LA NUTRITION. 

les creux se remplissent ; la peau s'épaissit et forme des 
plis mous et élastiques. Le tissu adipeux envahit principa- 
lement le tissu cellulaire sous-culané et intermusculaire du 
cou, du tronc, du ventre, des épaules et des cuisses, l'épi- 
ploon et le mésentère. Le ventre, distendu, donne quelque- 
lois l'impression, chez le chien, d'un commencement d'as- 
cile. L'obésité est une cause de fatigue pour le fonction- 
nement de tous les organes; les animaux indolents s'es- 
souflent au moindre exercice; ils se fatiguent vite et se 
couvrent de sueur. Lactivité cardiaque est alTaiblie; le 
pouls est accéléré et mou; la digestion est lente, pénible; 
le chien gras est généralement constipé (fig. 2). 

Marche. — C'est une maladie qui évolue lentement, 
compatible avec un léger travail; elle est suivie d'ané- 
mie, demphjsème, de troubles respiratoires et circula- 
toires, qui peuvent devenir asphyxiques. Chez le cheval, 
elle se complique fréquemment de furonculose au pour- 
tour de la queue et chez le chien d'eczéma et d'impé- 
tigo. Parfois, chez cet animal, l'adiposité du mésentère est 
si itrononcée (lucilo simule l'ascile (Magnin). 

Traitement. — Diminuer la ration journalière et 
augmenter la durée de l'exercice, tels sont les deux 
moyens de combattre le dépôt de graisse dans les 
organes et les tissus. Chez le chien, il faut diminuer le 
nombre des repas et la quantité de corps gras et de 
f('cul('nts qu'on donne à cliafpie repas. L'iodin-e de potas- 
.sjum est souvent utilisé, chez un animal, pour le faire 
maigrir. 

Les préparationsà base de thjroïdine rendent de grands 
services parce qu'elles amènent une disparition rapide des 
graisses, et une forte deslruclion d'albumine, i-'est ji^urquoi 
leiireniploi nécessile un plus riche apport d'albumines. 

Parmi ces dilïérentes préparations, on peut employer la 
la thvroïdine éjiurée [chien, 0'!'',2-0e>',3 jusqu'à Qs^Tri, ou 
t rois fois par jour unr;uillère à café de la solution îi 0,1 p. 100); 
Ibvroïdine de P6/(/ (trois fois par jour0g^3 k 08', 0' ; iodo- 



GOUTTE. 17 

thji-ine (Og%l à 0sf,2). Les glandes thyroïdes d'animaux 




Fig. 2. — Chien obèse d'apparence ascitique. 

fraîchement abattus conviennent bien pour combattre 
l'adiposité. 

IV. — GOUTTE. 



Définition. — La goutte est une maladie générale de la 
nutrition caractérisée par le dépôt d'acide urique et 
d'urates dans les articulations (arthrite goutteuse) et dans 
les organes internes (goutte viscérale). Sous sa forme la 
plus typique, on l'observe exclusivement chez les oiseaux; 
mais avec des caractères frustes, elle paraît susceptible de 
se développer chez les autres espèces animales. 



18 MALADIES DE LA NL'THITION, 



I. — OISEAUX. 



Étiologie et Pathogénie. — L;ilimcnlation joue un rolo 
prépondérant dans l'étiologie de cette maladie. 1^'acide 
urique provient principalement des aliments riches en 
nucléines, comme certaines graisses et diverses matières 
animales : les nucléo-alhumines so dédoublent en albu- 
mine et nufléinos ; les nucléines, en albumine et acide 
nucléinique; lacide nucléinique donne de l'acide phosplio- 
rique, certains sucres et les corps alloxuriques (xantbine, 
hypoxanthine, guanine, adénine, etc.) ; ceux-ci, à leur tour, 
se transforment partiellement en acide urique. L'ingestion 
expérimentale de viande de clicvnl pendant une semaine à 
un mois i)erme( de faire déveIop|ier la goutle chez les 
/*o;//e.s (Kionka et Bannes, Khsiein, Widal). 

Certains produits toxiques favorisent ces dépôts d'urate 
et d'acide urique : tels sont le plomb, chez YJioiinne; les 
acides chromique, oxalique, le sublimé, le sucre de canne, 
l'acétone, l'aloïne chez \es jjoiik's iKossa). Des observations 
récentes permettent de considérer ÏUsIilaç/o rndidis 
comme une cause de goutte chez les oiseaux. Tous les 
poisons agissent en déterminant des néphrites toxiques 
qui sont des causes de rétention des urales. La ligature 
des uretères aboutit, chez la poule, le pigeon ou Voie, 
au même résultat par le même mécanisme : il se l'orme des 
dépôts uratiques dans les organes internes (estomac, intes- 
tin, cœur, poumon), commedansles articulations (Ebstein, 
Arthus). 

Il n'est d'ailleurs pas rare de constater l'obstruction 
d'un uretère par une concrétion uratique soit chez la 
poule, soit chez le pigeon (Larcher) (1). Chez le lapin, 
l'acide urique, injecté en assez grande quantité sous la 
peau, se transforme en paillettes d'urate de soude (Van 
Loghem). 

(1) Larcher, Société centrale, I891-, p. 45. 



GOUTTE, ' 19 

Le défaut d'élimination des urates produit ainsi les 
mêmes résultats que leur excès de production. 

Les sédiments d'acide urique et d'urates se déposent 
partout où le sang circule très lentement, comme au niveau 
des reins du pigeon (Liénaux), au niveau des tissus 
nécrosés chez tous les animaux (Ebstein) ou des articu- 
lations chez les poules bien nourries et sédentaires. Les 
grosses races, comme celles de Cochinchine et de Brahma, 
qui ne font presque pas d'exercice, y sont particulièrement 
|irédisposées (i). 

La goutte est très commune chez les perroquets, qui ne 
quittent pas leur perchoir : chez les rapnces entretenus 
dans les jardins zoologiques, tandis que la maladie est rare 
chez les autruches et chez les oiseaux qui vivent en liberté, 
comme les palini])èdes aquatiques ; cependant on l'a vue 
frapper, d'une manière enzootique, les oies d'une grande 
exploitation (Hartenstein). 

Cette maladie sévit plus souvent chez les roqs que chez 
les poules, et, parmi celles-ci, ce sont les poules qui ne 
font pas d'œufs qui sont le plus fréquemment atteintes ; elle 
frappe exclusivement les animaux adultes ou âgés. Un 
trouble nutritif accidentel ou héréditaire semble s'ajouter, 
chez ces animaux, à l'action des aliments pour favoriser 
les dépôts uratiques engendrés par rétention rénale ou 
hyperproduction aboutissant, dans les deux cas, à la satu- 
ration du sang par les urates. 

Symptômes. — Dans la goutte articulaire, les arti- 
culations frappées (tarse, métatarse, phalanges, coude) 
sont douloureuses à la pression et présentent des tuméfac- 
tions partielles ou diffuses, situées sur les parties laté- 
rales des jointures, d'une consistance molle: ce sont des 
tophus ou des nodules arthritiques. De la grosseur d'un 
d'un grain de chènevis ou d'une lentille, exceptionnelle- 



(1) Lucet, Sur un cas d'urémie chez là poule (Recueil de méd. vét., 1891, 
p. 171). 



20 MALADIES DE LA NUTRITION. 

ment de celle d'un (piif de pigeon chez les gros oiseaux, ces 
lophus sont rarement mobiles sous la peau ; ils l'ont 
généralement corps avec l'os; ils se multiplient au pour- 
tour de l'articulation et s'étendent le long des tendons, 
dans la peau et les tissus sous-jacents, ou dans le voisinage 
du rachis des plumes. Ces nodules ont une évolution très 
variable : tantôt l'épidenne se desquame et s'amincit à 
leur surface; tantôt meurtris par des contacts anormaux, 
ils se ramollissent et s'ulcèrent ; il s'en échappe une 
matière blanchâtre ou gris jaunâtre constituée par un 
mélange de pus et d'urates. Les bords de ces ulcérations 
sont légèrement sanguinolents; le tissu osseux ou cartila- 
gineux peut apparaître dénudé, et la sonde peut pénétrer 
dans l'articulation ouverte. 

Les signes fonctionnels qui accompagnent ces altérations 
articulaires consistent dans des troubles locomoteurs ou 
dans l'impossibilité de voler. 

Les membres malades sont fréquemment agités de 
mouvements spasmodiques : les animaux ne peuvent se 
maintenir longtemps sur leurs pattes; ils ont une démar- 
che chancelante et paraissent souffrir beaucoup. Chaque 
fois que leurs doigts, déformés, heurtent un obstacle, on 
les voit se tenir' immobiles comme s'ils couvaient des 
œufs. 

L'évolution de la maladie est lente et progressive ; la 
plupart des articulations deviennent malad.es; les sujets 
perdent l'appétit et deviennent d'une maigreur extrême. 
L'as|)ect de leurs plumes moins brillantes et hérissées, la 
pâlciu" de leur crête, devenue flasque, et enfin l'invasion de 
la diarrhée, dénotent, chez eux, une grande faiblesse et lina- 
lement, on les voit succomber dans le marasme. 

Quand les animaux résistent, les articulations intéressées 
se déforment et s'ankylosent ; souvent les ongles s'épais- 
sissent, prennent une forme tortueuse ; quelquefois même 
ils tombent avec la idialange qui leur correspond flg. 3). 

La goutte a une évolution chronique; elle est rarement 



GOUTTE. 



21 



aiguë, comme Harstentein l'a observée chez les oies. Elle 
commence habituellement par une extrémité et gagne 
ensuite, au bout de quelques mois, les articulations corres- 
pondantes de l'autre patte sans troubler en rien l'état 
général. On peut constater des poussées aiguës dans les 
principales articulations atteintes. 

La guérison est très rare; elle ne peut survenir que chez 




Fig. 3. — Extrémités des pattes d'une poule goutteuse (d'ajirès Liénaux). 



les animaux enfermés auxquels on rend la liberté. Chez 
tous ceux qui vivent en captivité, le pronostic est défavo- 
rable; la goutte ne rétrograde jamais ; il se produit tou- 
jours des ankvloses et des déibrmations irrémédiables (1). 
Anatomie pathologique. — Les cartilages articulaires 
sont le siège de dépôts blancs comme la craie, limités au 

(1) Hébrant et Antoine, A propos de la goutte ou diathèse urique cliez les 
oiseaux (Ann. de méd. vét., 1909, p. 321). 



22 MALADIES DK LA NUTRITION. 

centre ou étendus à la périphérie; çà et là, on observe des 
ulcérations cartilagineuses. Les ligaments articulaires, les 
muscles, le tissu conjonctil" intermusculaire, les tendons au 
niveau de leurs insertions sont le siège de dépôts uratiques 
qui envahissent aussi le tissu osseux [colonne vertébrale, 
os du bassin, côtes, ailes et membres inférieurs (Larcher)], 
les cartilages du larynx, les parois vasculaires et la peau. 

Les lésions viscérales sont elles-mêmes très fréquentes. 
Les séreuses (plèvre, péritoine, péricarde), les paren- 
chymes (foie, poumon, estomae) sont le siège de nodosités 
crayeuses ou analogues à du talc, plus ou moins volumi- 
neuses, à l'eflets plus ou moins chatoyants quand elles sont 
sèches. 

Les reins et les î/j'e^è/rs renferment des cylindres ou des 
bouchons blanchâtres: on trouve des cristaux autour et 
dans les tubes droits et les tubes contournés. 

Diagnostic. — La maladie est réellement caract ('risée 
par l'examen microscopique ou chimique de l'acide urique 
ou des urates dans les articulations ou les viscères. L'exa- 
men microscopique permet de constater la présence de 
cristaux en aiguille d'uralede soude. Le produit traité par 
l'acide nitrique et évaport' dans un verre de montre, à une 
température douce, donne une masse rouge-pelure d'oignon, 
qui devient pourpre par l'addition d'une goutte d'ammo- 
niaque. On a là d'excellents moyens de distinguer les 
arthrites goutteuses des arthrites hiberculeuses ou des 
formes articulaires chroniques du choléra aviaire. Dans 
la gale des pattes, les déformations articulaires sont déter- 
minées par des croûtes,, au-dessous desquelles on peut 
découvrir les femelles ovigèrcs du Sarcoptes mutans. 

Traitement. — Diminuer la nourriture des animaux 
malades; supprimer les aliments Iroj) azotés, particidiè- 
rement ceux (pii sont très riches en nucléines ; administrer 
avec l'eau des boissons des sols alcalins, notamment du 
bicarbonate de soude, de l'eau de Vichy ; modifier le régime 
des animaux eu leunlonnanl la liberté. 



GOUTTE. 23 

La pipérazine à la dose de 0?''.5 à 1 gramme chez les 
poules, de 0^^,40 à 08^,50 chez les pigeons, fait diminuer 
la quantité d'acide urique et d'urates dans le sang. Le 
salicylate de soude à l'intérieur, les frictions à lalcool. les 
badigeonnages à la teinture diode ou à l'huile de laurier 
sont indiqués pour combattre les déformations arti- 
culaires. 

Après la disparition des manifestations aiguës, Marek 
conseille l'ablation, avec le scalpel, des tuniem's bien 
délimitées: pour celles qui sont molles, on en pratique 
lincision. puis le curettage. 

Lorsque l'articulation est ouverte, on institue un traite- 
ment antiseptique. 

II. — MAMMIFÈRES. 

La goutte des inawiniteres est à peine soupçonnée. 
Signalée chez les vieux r/;ye/3s($pinola. Bruckmùlier. Cha- 
zeau), elle se localise au niveau des articulations infé- 
rieures des membres et de l'extrémité inférieure des côtes 
et paraît se terminer par l'ankylose des articulations 
noueuses. 

Chez le cheval, les extrémités osseuses des membres 
postérieurs deviennent douloureuses; elles se tuméfient et 
empêchent l'animal de se déplacer pendant quinze jours 
au minimum. Cette douleur peut se localiser aux boulets, 
aux jarrets, à la couronne, au paturon, et s'accompagner 
de troubles urinaires avec rejet d'un sédiment abondani 
(Vogt) qui fait dire que les animaux sont « graveleux » 
(Chazeau) (1). C'est une maladie récidivante qui tend à 
s'atténuer à la suite d'un travail régulier. 

Chez le bœuf, on peut observer des troubles articulaires 
« chez des animaux ayant la pierre ». 

Chez le porc, on a signalé des dépôts de guanine dans 

(1) Chazeau. Revue générale, t. II, 1911, p. 695. 



24 MALADIES I)K LA NLTRITIOX. 

les articiihitions (Ffliig, etr.). La réaction de Tiirine de ces 
animaux est en rapport avec leur alimentation. Les povi-s 
goutteux sont fréquemment atteints aux ijuatre membres 
[Péricaud (1)]. 

Traitement. — t)n ne s'est pas pn-occupé du traitement 
de cette maladie chez les inanuuilV'res. 



V. — ACHONDROPLASIE. 

L'achondroplasie est une maladie congénitale qui atteint 
lesos développés aux dépens des cartilages (2). Il y a raccour- 
cissement des membres et de la tôle [veinix-boulcdoçjues. 
veaux-tortues) par défaut de formation, de prolifération 
et d'ossification des cartilages (Voy. Achondroplasie. in 
Pathologie chirurgicale générale, t. L p. 334). 

VI.— RACHITISME. 

Le racbitisme est une affection du système osseux des 
jeunes animaux caractérisée par des déformations tempo- 
raires ou permanentes dues à l'insutïisance des sels miné- 
raux nécessaires à la constitution du squelette. On l'observe 
chez tous les animaux (3). (Voy. Pathologie chirurgicale gé- 
nérale, t. I.) 

(1) Péricaud, Goiilte du iiorc {Soc. renir., 190S). 

(2) Zschokke, Anomalies de développement des os. — Regnaull, L'achon- 
droplasie chez le chien (Recueil de mcd. vcl., 1901, p. 118). — lA'blanc, 
Achondroplasie et my.\œ lème (loitrnnl de Lyon, 1901). 

(3) Zwaenepoel, Enquête faite en 1912 poui- eciirlor les causes, la fréquence 
et la gravité du rachitisme des [joulains dans la Flandre occidentale: mesures 
à prendre pour enrayer l'extension de la maladie (Annales de mcd. x'ét., 
1913, p. 69). — Liénau.\, Le fau.'c éparvin du poulain rachilique (Anna/es 
de méd. vél., 1911, p. 377). — Liénaux, Sur l'alaxic locomotrice des poulains 
rachitiqiies et sur le diagnostic difTérentiol du tour de rein (Anna /ci de 
méd. vêt., 1912, p. 130). — Loos, Rachitisme chez des porcelets alimentés 
exclusivement avec de la viande et des pommes de Icrre (]Vor/ienschri/'( fiir 
Tierheilkunde, 1905, et Revue générale, 190C, 1. 1, p. i'67). 



MALADIE DU RENIFLEMENT. 



VII. — CACHEXIE OSSEUSE. 

La cachexie osseuse est une maladie générale qui se 
traduit par la décalcification du système osseux et la disso- 
lution des travées osseuses. On l'observe principalement 
chez les bovidés adultes et la chèvre sous la forme 
sporadique ou endé- 
mique à rinstar des 
maladies infectieuses 
(tig. 4j. Cette maladie 
se sépare nettement 
du rachitisme (Voy. 
Pathologie chirurgi- 
cale générale, t. 1, 
p. 281) (Carougeau). 

VllI. — MALADIE 

DU 

RENIFLEMENT. 

La maladie du reni- 
flement est une mala- 
die microbienne du 
porc très rapprochée 
de l'ostéomalacie des 
bovidés eldeschè vro.t, 
si ce n'est pas la même 
maladie. 

En faveur de l'iden- 
tité, on peut invoquer son inoculabilité à la chèvre et la 
coexistence de la maladie du reniflement chez le porc et 
de la cachexie osseuse du ])œut' dans les mêmes exploita- 
tions (Liénaux) (Voy. Maladie du reniflement, in Patho- 
logie chirurgicale générale, t. I). 

Il faut isoler les malades et désinfecter les locaux qu'ils 
occupent. , 

Cadéac. — Patholosie interne. VII. 2 




Fig. 4. — Ostéomalacie (Besiioit). 



26 MALADIES DE LA NUTRITION. 

IX. — OSTÉOMALACIE DES EQUIDES. 

Conntio sous le nom de maladies du non, ou (ïostéopo- 
rose(i), refle maladie infectieuse, propre aux équidés. es! 
raraotérisée par une ostéomyélite généralisée avec démi- 
naralisalion progressive et se traduit par d(!s boiteries, un 
gontlement pathognomonique des os maxillaires, par des 
arrachements tendineux et ligamenteux, des fractures et 
par un amaigrissement considérable, malgré la conserva- 
lion de Tappétit (Carougeau). 

Elle est rare en Europe, 1res répandue en Amérique, 
enzoolique en Cochinehine, en Australie, dans l'inde et 
dans l'Afrique du Sud. A Madagascar, elle rend inutilisables 
dans un délai de trois à quatre ans la plupart des équidés 
importés. L'ostéomalacie frappe les animaux de tout âge ; 
elle évolue comme une maladie infectieuse de la moelle 
osseuse qui intéresse ensuite l'ensemble du squelette; le 
tissu osseux se raréfie et est remplacé pardutissu conjonc- 
tivo-vasculaire plus ou moins abondant. Les diverses 
tentatives d'inoculation ont échoué. 

Traitement. — Le phosphate trihasi(pie de chaux 
(10 grammes) associé au carbonate de chaux (8 grammes), 
à la magnésie, calcinée (5 grammes), au chlorure de sodium 
(10 grammes), produit de bons résultats. 

Les arsenicaux sont un adjuvant important de celle 
médication (Carougeau) (2). Le déplacement des malades 
vers des régions indemnes amène souvent la guérison. 

X. — OSTKO-PI^KIOSTITR DIFFUSE. 

Le domaine de l'ostéo-périostile dilhise du r/irval et du 

(1) Pathologie rkiruriiieale générale, t. I,]). 'M^S. 

(i\ Carougeau, Klude génornle de l'ostéomalacie chez le cheval uarticuliè- 
remenl à Madagascar {Revue générale, t. 1, p. 1-04). — Guilheni et Jandraii, 
Revice vét., iSOS, p. 201. — Germain, Recueil de méd. vét., 1881. — Pécaud, 
l.ostéoinalacie des équidés auToiikin [Revue générale de méd. re/., janvier 
1904).— Horrel, Diaiiaz el .Marliaiigeas {.hiurn. des véf. mi/ilaires. H»10). 



OSTEO-PERIOSTITE DIFFUSE. 'l > 

chien, (\è]k décrite (1), s'est enrichi d'une série de travaux 
importants qui établissent le rôle prépondérant de la 
tuberculose inflammatoire dans Je dévelo[)pement des 
ostéo-arthropathies hypertrophiantes et des ostéo-périos- 
tites ditTuses, presque toujours symétriques. Poncet puis 
Marie ont précisé depuis longtemps les relations étroites 
de l'ostéo-arthropathie hyperlrophiante de \ homme avec 
une affection broncho-pulmonaire antérieure, d'où le terme 
de pneumique employé pour caractériser l'origine du pro- 
cessus. Les toxines pulmonaires ou bronchiques résorbées 
ont une action élective sur les os et les articulations. 
L'exactitude de ces vues a été confirmée chez les ani- 
maux par des expériences (Dor, 1892) et par de nom- 
breuses observations [Ballet Alamartine (2), Liénaux (3), 
Auger (4), Cadiot (5)]. Les recherches de Bail et Alamar- 
tine (6) ont été le point de départ de travaux importants sur 
la tuberculose inflammatoire des animaux ; ils ont fait res- 
sortir la diversité des lésions pneumiques ; ils ont reconnu 
que ces lésions peuvent intéresser les diverses pièces 
.du squelette : vertèbres, côtes (Liénaux), os coxal et côtes 
[Bissauge et Naudin (7)], os de la face (Bail et Alamar- 
tine), le poumon [Bail (8)], le cœur [Boquet (9)]. Les néo- 
formations se développent presque constamment cliez les 
chiens affectés de tuberculose pulmonaire à forme inflam- 
matoire simple, c'est-à-dire à type épithélioïde, non folli- 
culaire et à évolution très lente. D'ailleurs, chez le chien, 
cette forme de tuberculose est très commune; on ne 

(1) Pathologie chirurgicale générale, t. I, p. 230. 

(2) Bail et Alamartine, Revue de chirurgie, octobre 1908 : Ostéo-arfhro- 
pathies hypertrophiantes d'origine tuberculeuse chez l'homme et chez le 
chien. 

(3) Liénaux, Annatesde méd. vét., 1909, p. 313. 

(4) Auger, Journal de Lyon, 1909, p. 712. 

(o) Cadiot, Recueil de méd. vét., 1912, 15 avril. 

(6) Bail et Alamartine, Gazette des hôpitaux, 1912, 8 octobre. 

(7) Bissauge etNaudin, Revue générale de méd. vêt., 1906. 

(8) Bail, Journal de Lyon, 1913. 

(9) Roquet, idem, 1913. 



28 MALADIES DE LA NUTRITION. 

découvre jamais chez oot animal tlo cellules géantes Bail-. 
Les lésions osseuses sont elles-mêmes purcmenlinnainma- 
toires. Histologiquement et bactériologiquement, elles sont 
dépourvues de toute caractéristique tuberculeuse et parais- 
sent dépendre, uniquement, des toxines tuberculeuses 
charriées par la circulation vers la périphérie, notamment 
vers les extrémités, où la stase liée aux lésions cardiaques 
favorise leur action. 

XI. — PSEUDO-RHUMATISMES ARTICULAIRES. 

Le rhumatisme articulaire n'est qu'un rhumatisme 
infectieux provoqué par des causes inconnues qui sont les 
mêmes que celles des pseudo-rhumatismes infectieux. Il 
s'agit toujours d'infections générales de l'économie à 
manifestations articulaires (Voj. Pathologie chirurgicale 
des articulations, Arlhritesj. 



LIVRE YIll 



MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION 



Ce groupe renferme des maladies dues à la résorption 
de poisons élaborés dans le tube digestif [gastro-entérites 
toxi-infectieusesouvertige abdominal 1)], auxquels viennent 
s'ajouter des produits de déchet comme dans la fourbure 
et l'hémoglobinurie paroxystique. On y trouve desmaladies 
par insuffisance glandulaire (auto-intoxication gravidique, 
fièvre vitulaire. éclampsie puerpérale, maladie de Basedow, 
crétinisme . Le rein est la principale sauvegarde contre la 
plupart des auto-intoxications; le péril est conjuré tant que 
son fonctionnement est normal; il devient imminent dès 
qu'il laisse filtrer lalbumine. 11 n'y a ni éclampsie puer- 
pérale, ni fièvre vitulaire, ni liémoglobinurie paroxystique 
sans albuminurie ; nous avons même constaté ce sym- 
ptôme dans plusieurs cas de fourbure. Ces maladies sont 
sœurs '2). L'insuffisance rénale joue dans leur évolution un 
rôle prépondérant. 

La fcRU'bure a été décrite dans les maladies du pied 
{Voy. Pathologie chirurgicale ; nous classons la maladie 
de Basedow, le crétinisme dans les maladies du système 
nerveux ; la fièvre vitulaire et l'éclampsie puerpérale sont 
étudiées en obstétrique. 

(1) Cadéac, Pathologie interne : Intestin. 

(:!) Cadéac, Fièvre vitulaire et hémoglobinurie paroxystique sont deux 
ni.'iladies sœurs {Journal de Lyon, 1910). 



30 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

IIÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE 
PAROXYSTIQUE. 

SOLIPÈDES. 

Idée générale. — Synonymie. — L'h&moglobimirie mus- 
cidaire paroxystique est une auto-intoxication à invasion 
toujours subite, frappant au sortir, de l'écurie ou pendant 
le travail, les animaux reposés et caractérisée par l'émis- 
sion d'urine foncée, l'engourdissement des membres, la 
tuméfaction des muscles contractures, rimpiiissancc de la 
locomotion suivie ou non de chute. 

Sa physionomie clinique est celle d'une paraplégie. 
L'altération du muscle exprimée par l'expulsion dans les 
urinesde méihémoglobine est la lésion dominante. L'intoxi- 
cation musculaire, aggravée par la marche, est suivie 
d'anoxyhémie. d'accélération de la respiration, île la cir- 
culation, de cyanose des muqueuses, de congestion et 
d'hémorragies dans les divers tissus. 

Lésions et symptômes ont une grande tendance à la 
diffusion, parce que l'agent toxique qui détermine la 
dissolution de l'hémoelobine musculaire se ré[)and dans 
tout l'organisme. 

Les premièresobservations précises sur Ihémoglobinurie 
musculaire remontent au commencement du siècle der- 
nier. Gohier (1813) signale les lésions des psoas. Coul- 
beaux (1824), Houpp, Chariot. Prévost (1825), Houley jeune 
attirent l'attention sur les lésions de la moelle. Sépai-ées 
ou réunies, on constate dans cette maladie des lésions 
médullaires nerveuses, musculaires, rénales, intestinales, 
auxquelles on accorde successivement la prépondérance, 
ce qui a permis de faire tour àtourde cette hémoglobinurie 
une affection exclusive de la moelle, des nerfs, des nmscles 
ou du rein. Chacune de ces localisations a eu ses partisans, 
comme en témoignent les diverses appellations qui servent 
à la désigner, et qui rappellent le symptôme le plus 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 31 

expressif ou la lésion la plus difficile à reconnaître : 
congestion de la moelle, ncvropathie brachiale, congestion 
spino-rénale, paraplégie cpizootiqite, lumbago, névrite 
des nerfs fémoraux, hémoglobinurie paroxystique a frigore, 
néphrite, mal de Bright aigu, azcturie, strangurie noire, 
congestion musculaire, contracture pelvienne, typhus spinal, 
typhus lombaire, typhus rénal, hémoglobinémie, hémoglobi- 
némie rhumatismale, charbon apoplectique, apoplexie mus- 
culaire. 

Son évolution est toujours rapide, l'accès d"hémoglobi- 
némie se dissipe en quelques heures ou se complique de 
lésions graves souvent mortelles. 

Ces caractères la différencient nettement des affections 
septiques accompagnées aussi du syndrome hémoglobinurie. 

Étiologie. — L'hémoglobinémie est spéciale au cheval; 
on ne l'observe ni chez Vâne, ni chez le mulet. Elle sévit 
l'automne, l'hiver ou le printemps, et revêt le caractère 
enzootique ou sporadique : elle attaque surtout les ani- 
maux qu'on remet au travail après quelques jours de 
repos. C'est ce qui lui a fait donner le nom de m,aladie du 
li(ndi,de\apentecôte,de maladie des chevaux des blanchis- 
seurs, parce que ces animaux, bien nourris, ne travaillant 
que deux jours par semaine, sont particulièrement frappés. 

L'inaction absolue pendant un ou plusieurs jours est une 
des causes prédisposantes les plus actives (Demilly, 
H. Bouley, C. Leblanc, Riquet). Cependant on a vu la 
maladie se développer, l'après-midi, chez des chevaux de 
brasseurs ayant travaillé toute la matinée. 

Hormis quelques exceptions, un brusque repos, chez les 
animaux qui reçoivent de fortes rations et qui sont em- 
ployés à des travaux journaliers, constitue la condition la 
plus favorable au développement de cette maladie. 

L'hémoglobinurie survient après une stabulation d'une 
durée très variable (1) ; mais unstagede deux ou troisjours 

(I) Dans une statistique d'Adam et de Pustcher, les chevaux frappés se 



32 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

est plus funeste qu'un repos de deux ou trois mois. 

La stabulalion favorise la concentration des produits 
toxiques, susceptibles de modifier le sang et de provoquer 
la dissolution de l'hémoglobine musculaire. 

Tous les animaux de travail y sont exposés ; mais, 
dans l'immense majorité des cas, les animaux frappés 
sont en parfaite condition de santé au moment où ils 
subissent, si inopinément, les premières atteintes de la 
maladie. 

Ni le mode d'alimentation, ni V administration d'une trop 
forte ration pendant le repos, ne peuvent être considérés 
isolément comme des influences prédisposantes. 

Cette affection sévit chez les chevaux de meuniers, 
nourris de son et de farine, comme chez ceux des maraî- 
chers et des petits cultivateurs maintenus pendant une 
grande partie de l'année au régime du vert et des carottes, 
ou nourris de maïs, de fourrages altérés. 

L' état pléthoriqne, incriminé par un grand nombre d'au- 
teurs, contribue à l'éclosion du mal qui frappe presque 
exclusivement les plus beaux sujets. Pourtant les animaux 
saignés abondamment au commencement du printemps 
sont aussi souvent atteints d'hémoglobinurie que ceux qui 
ne l'ont pas été. Mais l'amaigrissement les préserve de ses 
atteintes. A la Compagnie des Oinnibusde Paris, la. swppj'e*'- 
sion d'une grande quantité de la ration des animaux qui 
restaient au repos faisait considérablement diminuer le 
nombre des chevaux paraplégiques. La fourbure et la 
paraplégie ont, à cet égard, d'étroites relations, et l'on 
peut voir la première se compliquer de la seconde (Sen- 
drail). 

Les clievHiix Acracc commune, les animaux de gros trait, 
les chevnux entiers, les Juments bien portantes, les races 
lourdes, y sont particulièrement exposés; mais les r//rrr/».v 

répartissent de la manière suivante : 5 avaient séjourné^ récurie un jour; 
-21, deux jours; 11, trois jours; 3, quatre jours ; 5, cinq jours; 4, six et huit 
jours, i'I tl, un tcnips imléterniinè. 



HÉMOGLOBINURIK MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 33 

de race noble ne sont pas absolument réfractaires à cette 
maladie ; nous lavons observée sur des anglo-normands et 
même chez des pur-sang 1). 

L'âge a une certaine influence sur le développement de 
cette maladie. C'est le plus souvent vers l'âge de cinq à 
six ans que les animaux tombent malades, mais jamais 
avant trois ans Adam et Pustcher). 

On a incriminé les efforts qu'efîectue Tanimal pour éviter 
les glissades occasionnées par le verglas, la neige, la 
glace; mais cette influence n'est pas nécessaire pour pro- 
voquer la maladie. Signol l'a observée chez des animaux 
boiteux qui venaient de faire une courte promenade 
n'ayant nécessité d'autres efforts musculaires que ceux 
indispensables à la station ou à l'allure du pas. 

Le froid est le facteur étiologique le plus important; 
tous les auteurs sont unanimes à le reconnaître. L'affec- 
tion est très commune pendant les mois de novembre. 
Janvier, février, mars, avril; on la voit même revêtir 
un caractère enzootique: elle sévit presque toujours sur 
plusieurs chevaux en même temps et dans le même 
lieu (2 . 

Ce ne sont pas les froids intenses et continus qui 
occasionnent la maladie : une différence de température 
entre l'écurie et l'air extérieur suffit pour la faire appa- 
raître; \Qs,écuries chaudes exercent aussi l'influence la plus 



il) Adam et Putscher (f!) ayant ramené au pourcentage 63 cas d'hémoglo- 
binémie constatent que ^5 cas sont fournis par les chevaux de gros trait, 
36 p. 100 par les gros chevaux de labour, 20 p. 100 par les chevaux ordi- 
naires de culture, 9 p. 100 par les chevaux fins. Schindelka rapporte 352 cas 
dont 65 p. 100 de sujets lourds et 35 p. 100 de chevaux légers. Le danger 
commence à partir de 550 kilos. La fréquence et la gravité du mal sont fonc- 
tion du poids des animaux (.\dam et Pustcher, Adam Wochenschrift, 1885, 
p. 363). 

(2) Bouley en a observé, en 1S61, 21 cas dans une même journée au com- 
mencement du mois de janvier. DieckerhotT. en 18S5, en a recueilli 17 obser- 
vations après les fêtes de Noël; Letard l'a constatée le même jour que Bouley 
sur deux c/iei-ai/j; de la même écurie Cagny_ sur 6 chevaux appartenant à 
1^ même ferme. 



3i MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

nocive. Exceptionnellement, on peut observer la maladie 
Vctc, par un temps chaud et sec. 

L'action isolée du refroidissement ne peut, malgré les 
affirmations de quelques auteurs, engendrer les accidents 
paraplégiques; l'observation démontre, en effet, que ceux-ci 
ne s'observent jamais chez ]oschcvntix exposés au froid 
qu'on tient absolument immobiles. Le refroidissement et 
la mise au travail sont deux causes indissolublement liées 
dans la majorité des cas de paraplégie : les journées rie 
verglas sont particulièrement redoutables, parce que l'élé- 
ment surmenage vient se joindre à la réfrigération. Il n'est 
pourtant par très rare de voir la maladie survenir, même 
au milieu de la journée, par un temps cliaud et sec, 
comme en témoignent un grand nombre d'observations. 

Sans vouloir préjuger en rien de sa nature, on constate 
que l'hémoglobinurie frappe brusquement les animaux 
jeunes, bien portants jusque-là, doués d'un excellent 
appétit, soumis pendant un repos temporaire à une ali- 
mentation intensive. La reprise du travail et le refroi- 
dissement favorables à l'apparition de l'accès hémoglobi- 
nurique ne sont pas indispensables à son éclosion. 

Pathogénie. — La pathogénie de cette maladie a jusqu'à 
présent échappé à tous nos moyens d'investigation. La 
théorie microbienne et la théorie par simple auto-intoxi- 
cation ont chacune leurs partisans. 

Théorie infectieuse. — L'hémoglobinurie paroxystiijuc 
doit-elle être envisagée comme une maladie infectieuse? 
F.,es arguments ne mancpient pas en faveur de cette opi- 
nion. On peut d'abord invoquer son caractère endémicpie ; 
elle procède par séries; elle frappe plus certaines écuries 
que d'autres et peut atteindre successivement les clieviiux 
qui remplacent ceux qui ont succombé à ses atteintes 
(Dessart). Son évolution est rapide comme dans les mala- 
dies infectieuses suraiguës et sa terminaison fréquemment 
mortelle. Les animaux morts de cette maladie se décom- 
posent rapidement ; leur sang est foncé, noin\tre, comme 



HÉMOGLOBIXURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 35 

dans les affections septiques, les reins sont altérés : l'urine 
est brunâtre ; les muscles sont ecchymoses, dégénérés 
comme dans les affections typhiques; tout l'organisme 
semble avoir subi les effets d'une infection microbienne 
ou parasitaire. A l'appui de cette théorie, on peut invoquer 
la nature parasitaire de l'hémoglobinurie du bœuf, du 
mouton et de Y homme lui-même, qui ne se manifeste que 
dans les affections paludéennes. On trouve sans doute des 
microbes variés chez les animaux qui ont succombé ; mais 
quel est celui qui opère la dissolution de l'hémoglobine ? 
On ne peut émettre que des hypothèses. On a soupçonné 
le streptocoque d'être cet agent de destruction et de disso- 
lution parce qu'il passe rapidement et facilement par tous 
les degrés de virulence. 

L'attaque soudaine d'hemoglobinurie et de pseudo-para- 
plégie rentre bien dans sa manière de procéder. Ne peut-il 
condamner l'animal à l'impuissance locomotrice, comme 
il produit une précipitation extrême et subite des mou- 
vements du flanc, chez certains animaux affectés de 
formes avortées et passagères de pneumonie infectieuse'*. 
Nous avons du reste vu plusieurs fois, dans une écurie à 
pneumonie contagieuse, des animaux qui ne sortaient pas 
présenter des accès de pseudo-paraplégie et d'hemoglo- 
binurie. 

Dans cette conception, l'hémoglobinurie apparaît comme 
une maladie infectieuse du sang produite probablement 
par des streptocoques et caractérisée par la dissolution 
de l'hémoglobine, d'où découle l'émission d'urine foncée, 
l'engourdissement des membres, l'impuissance de la loco- 
motion. 

Mais des arguments décisifs se dressent contre cette 
manière de voir. L'injection du sang des malades prélevé au 
moment de l'apparition de la maladie et injecté à la dose 
de 10 centimètres cubes au cheval sain ne détermine rien. 
Le sérum de ces animaux malades ou morts n'a aucune 
action chez le cobaye ou le lapin à la dose de 3 à 5 centi- 



36 MALADIES PAR ALTO-l.NTOXICATION. 

mètres cubes (Césari). Toutes les condilions qui président 
à l'apparition de cette maladie tendent à démontrer 
qu'elle n'est pas de nature infectieuse. La pléthore, l'ali- 
mentation abondante et riche, le repos, l'Age de cinq à 
six ans, loin d'être une prédisposition à l'égard des mala- 
dies infectieuses, sont des causes de préserval ion. On ne 
constate d'ailleurs pas de [)ériode prodromique comme 
dans les maladies infectieuses, el ses troubles peuvent 
cesser presque instantanément, comme si la source des 
toxines était immédiatement tarie. En outre, l'hémoglobi- 
nurie ne procure aucune immunité; une première atteinte 
prédispose même à de nouveaux accès. Une maladie qui 
débute ainsi sans prodromes, avec une telle violence que 
les animaux deviennent en quelques instants incapables de 
se tenir debout, et qui disparaît souvent avec la même 
rapidité quand on arrête immédiatement les animaux qui 
en sont atteints, ne peut être regardée comme infectieuse 
(Cuny)(l). On ne peut, en effet, concevoir un agent mi- 
crobien qui continue ou suspend ses méfaits suivant qu'un 
animal a fait quelques centaines de mètres de plus ou de 
moins. II n'y a pas d'agent microbien susceptible de pro- 
voquer la mort, de se dépouiller en quelques instants de 
sa puissance pathogène après avoir engendré les symptômos 
les plus caractéristiques. Un microbe ne peut s'atténuer ou 
se détruire avec une telle rapidité, de sorte qu'on peut 
regarder l'hémoglobinurie paroxystique comme indépen- 
dante de toute infection microbienne. 

Théorie de l'auto-intoxication. — L'Iirmoglobinurie 
paroxystique est-elle bien une maladie par auto-intoxica- 
tion ? La soudaineté de l'accès d'hémoglobinurie, l'état 
d'embonpoint des animaux frappés, l'absence de lièvre, la 
disparition rapide de tous les symptômes quand l'animal 
est arrêté avant sa chute, les bons eiïets d^ la saignée, les 



(1) Cuny, L'hémoglobinurie paroxystique est-elle une maladie infectieuse? 
(Journal de Lyon, 1910, p. 130). — Lucet, Presse médicale, 4 juin 1910. 



HEMOGLOBIMRIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 37 

sueurs qui se produisent dans les formes bénignes comme 
dans les formes graves, les congestions hémorragiques, 
lanémie elle-même, plaident en faveur d'une auto-intoxi- 
cation. Cette opinion est enfin renforcée par les vaines 
tentatives qu'on a faites pour transmetti*e la maladie ou 
pour découvrir un agent pathogène chez les malades. De 
plus, l'auto-intoxication des animaux frappés d'hémoglobi- 
nurie est toujours préparée par une alimentation abondante 
coïncidant avec une période de l'epos qui leur permet de 
manger davantage. Le lundi est le jour des coliques et des 
indigestions comme de l'hémoglobinurie. Sous l'influence 
de ce régime, les animaux offrent de la constipation 
suivie de rétention et de fermentation des matières accu- 
mulées dans l'appareil digestif. Lauto-intoxication résul- 
tant de ces troubles n'est-elle pas suffisante pour produire 
la contracture des muscles et la paraplégie à un degré va- 
riable quand le foie laisse passer unetropgrande quantité de 
poisons et que le rein ne parvient pas à les éliminer immé- 
diatement ? La résorption des principes toxiques et leur 
accumulation dans l'organisme expliquent l'apparition et 
la disparition brusques du mal. son aggravation quand les 
animaux continuent à marcher ou à s'agiter et l'influence 
salutaire des mictions abondantes sur l'issue de la maladie. 
L'auto-intoxication est aggravée par le travail musculaire 
qui engendre de nouveaux poisons, comme par la ferme- 
ture du rein qui empêche leur élimination. 

Le tube digestif n'en demeure pas moins la source prin- 
cipale des poisons susceptibles d'engendrer l'attaque 
d'hémoglobinurie. 

Ce sont les animaux gros mangeurs, maintenus au repos 
pendant un ou deux jours, libres d'ingérer des masses 
énormes d'aliments, qui sont frappés d'hémoglobinurie. On 
n'a d'abord vu dans cette réplétion du tube digestif qu'une 
action mécanique, et l'hémoglobinurie a été regardée 
comme l'expression d'une vicieuse répartition du sang créée 
par une stase mécanique dont la cause est ordinairement 
Cadé.\c. — Pathologie interne. VII- 3 



38 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

une indigestion. Le rejet d'une masse considérable d'exrré- 
nients durs et résistants, pendant les quarante-huit heures 
qui suivent Tapparition de la paraplégie, légitime cette con- 
ception de la maladie. Sous l'inHuence de cette réplétion 
alimentaire et excrémentilielle du tube digestif, il y a 
obstruction des troncs veineux iliaques internes (Garreau, 
Gojau), compression de la veine cave postérieure (Sym- 
phorien Bouley), congestion de tout le train postérieur, 
gonflement des muscles fessiers, ischiaux, rotuliens, et 
paraplégie. D autre part, le gros intestin, surchargé d'ali- 
ments, remplit peu à peu la cavité abdominale, repousse en 
haut le côlon flottant plein d'excréments durs, qui com- 
prime les gros vaisseaux sanguins et les uretères. Ces 
influences mécaniques déterminent ainsi des troubles di- 
gestifs, des troubles vasculaires et des troubles urinaires. 

Les troubles digestifs se révèlent par des coliques, qui 
marquent le début et indiquent l'origine de la paraplégie. 

Quand les troubles sont peu graves, on n'observe qu'un 
peu d'irrégularité dans la marche, et l'affection se ter- 
mine par la défécation et l'émission d'une urine sangui- 
nolente. 

Qu'à ces troubles se joignent la compression et l'obs- 
truction des uretères, il y a intoxication urinaire, d'au- 
tant plus [grave que la masse des poisons à éliminer est 
des plus considérables en r.aison de la marche et des 
efforts musculaires qu'effectue l'animal. 

L'anurie qu'on observe dans les cas les plus graves 
témoigne de cette compression des uretères, qui crée une 
rétention urinaire exagérant la pression intrarénale et 
rendant toute sécrétion impossible (Cagny . 

Nous ne nous attacherons pas îi réfuter cette théorie 
mécanique, qui tend à subordonner toute attaque d'hémo- 
globinurio aune indigestion; la réplétion du tube digestif 
et la constipation n'ont d'autre rôle que celui de favoriser 
l'auto-intoxication. 

Le tube digestif est un laboratoire de poisons issus des 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 39 

fermentations. Les microbes toxigènes développés dans 
certains compartiments intestinaux se chitîrent par mil- 
liards. Ils peuvent, sous l'influence de modifications phy- 
sico-chimiques du milieu, acquérir une virulence anormale 
et sécréter des poisons solubles d'une extrême activité. 

L'intestin est donc la source de l'infection ou de l'intoxi- 
cation favorisée par l'alimentation intensive; les lésions 
multiples que l'on rencontre, à l'autopsie des chevaux 
hémoglobinuriques, résultent de la diffusion par le sang ou 
les vaisseaux lymphatiques, de ces poisons: on s'explique 
ainsi l'apparition primitive des coliques témoignant d'un 
fonctionnement anormal de l'intestin. Les troubles loco- 
moteurs, urinaires, découlent de l'action paralysante ici, 
irritante là. des poisons qui passent dans le sang, touchent 
la moelle, les muscles et les reins. Il n'est même pas 
nécessaire que les microbes aillent élire domicile au niveau 
de ces organes ; le bacille de Nicolaier produit le tétanos 
par la seule action de ses toxines. De fait, si on ensemence, 
sur différents milieux, du sang et des matières prélevées 
dans les muscles altérés, dans le rein, le foie, la rate, la 
moelle, on a des résultats variables; tantôt on isole des 
microbes divers, tantôt les milieux ensemencés restent 
stériles (1). 

Les produits toxiques issus des fermentations micro- 
biennes ne résument pas toute l'auto-intoxication diges- 
tive; l'insuffisance des glandes digestives détermine un 
autre empoisonnement. 11 ne faut pas plus négliger le rôle 
antitoxique des glandes intestinales que celui des glandes 
thyroïdes, parathyroïdes, des capsules surrénales, etc. Les 
paj-ois intestinales renferment «les substances toxiques ; 
les extraits d'intestin ont une action convulsivante et 
hypotensive. La suppression de l'action de l'intestin est 
suivie d'une insuffisance glandulaire dont les effets sont 
analogues ou de même ordre que ceux qui résultent de 

(1) Drouin, Revue (générale, 15 avril 1911. 



40 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

l'insuffisance glandulaire de la mamelle chez les vaches 
atteintes de paraplégie vitulaire. L'auto-inloxication intes- 
tinale par insuffisance glandulaire et par fermentations 
exagérées et anormales joue un rôle prépondérant dans le 
développement de la paraplégie paroxystique. Les poisons 
intestinaux résorbés sont lacause essentielle, indispensable, 
de rhémoglobinurie. Rationnez les animaux et purgez-les; 
rhémoglobinurie n'éclate pas. Si on ne connaît pas la 
nature de ces poisons, Tobserva-lion clinique journalière 
accuse leur nocivité. Leur action s'exerce sur le sang, les 
muscles, le système nerveux, les reins et sur tous ces 
appareils à la fois. 

a. Action sur le sang. — Le sang a été longtemps consi- 
déré comme le substratum de rbémoglobiniu"ie paroxys- 
tique. Cette conception semblait justiliée par la soudai- 
neté de l'invasion, les hémorragies qui se produisent 
pendant son évolution et surtout par l'émission d'urines 
foncées, noirâtres. Le symptôme hémoglobinurie était 
notamment considéré comme la preuve irréfragable de 
l'altération des hématies déterminée par une diastase 
hémolytique. On sait, d'ailleurs, que rhémoglobinurie 
succède à l'empoisonnement par l'acide phénique, l'hydro- 
gène arsénié, le chlorate de potasse, l'acide pyrogal- 
lique. etc., ou à la destruction des globules par des parasites 
intraglobulaires comme les piroplasmes. De pareilles ana- 
logies ont contribué à fortifier cette croyance (pie rhémo- 
globinurie est d'origine hématogène. L'intensité de ce syn- 
drome caractéristique semble se proportionner à la quan- 
tité de globules rouges distincts. S'ils sont peu altérés, ce 
signe est peu marqué et très passager. Les urines foncées 
sont quelquefois rejetées en une seule fois, de sorte que 
rhémoglobinuricpeut passerinaperçue. D'ailleurs, l'absence 
d'hémoglobine n'implique pas l'intégrité des globules : 
le symptôme hémoglobinurie n'apparaît nettement, à la 
vue, que lorsque la destruction globulaire atteint le 
soixantième de la masse totale des hématies. Mais toute 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 41 

hémoglobinurie, spontanée ou expérimentale, d'origine 
sanguine, est suivie de la coloration rougeâtre du sérum 
sanguin et d'anémie aiguë. 

Or, on n'observe rien de pareil dans la paraplégie : le 
sang ne laque pas, le sérum des animaux n'est pas modifié 
pendant la crise, il n'est pas teinté en rouge ; le nombre 
des globules l'ouges n'est pas diminué; il ny a ni hémo- 
lyse, ni hémoglobinémie, de sorte qu'on peut affirmer que 
rhémoglobinurie ne procède pas du sang (1). 

Le symptôme albuminurie est beaucoup plus constant 
que rhémoglobinurie et paraît impliquer autant une alté- 
ration sanguine qu'une altération musculaire. D'autre part, 
les hémorragies nombreuses disséminées des muscles, du 
système nerveux, de l'endocarde, etc., témoignent nette- 
ment de l'altération du sang, dont l'action plus toxique ou 
dégénérative se fait sentir sur tous les tissus. Le sérum 
des animaux malades est d'autantplus toxique que l'attaque 
d"hémoglobinurie est plus grave ; il tue le cobaye quand 
il provient d'un cheval frappé mortellement ; il est 
inoffensif s'il provient d'un chevalsous le coup d'un accès 
bénin [Sipon-Keristedjean (2)]. 

b. Action sur les muscles. — L'intervention du système 
musculaire dans le développement de la paraplégie pa- 
roxystique est un événement secondaire. On peut laisser 
impunément au repos les animaux mis à l'abri de l'auto- 
intoxication digestive par un régime rafraîchissant ou des 
purgatifs. Le fonctionnement des muscles n'est même pas 
indispensable à la production de rhémoglobinurie. On 
peut voir en effet l'accès se déclarer avant que le cheval 
sorte de l'écurie et évoluer « sans localisation musculaire 
apparente ». Son existence se trahit dans ce cas par deux 
signes carastéristiques : rhémoglobinurie et l'albuminurie. 
Pourtant, si, dans l'ordre chronologique, les altérations 

(1) Roger, Absence d héniolysines dans le sérum des chevaux hémoglobi- 
nuriques (/îev. ré?e>., 19Û9, p. i92-48i'). 

(2) Sipon-Keristedjean, Revue vétérinaire, 1909, p. 566. 



42 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

congeslives, héinorragiqueset d(''gén(''ratives des muscles ne 
viennent pas en première ligne, elles sont très importantes 
et généralement très caractéristiques (Demilly, Letard, 
Aubry, Lucet, Mouquet, Gallier). Du reste l'hémoglobine 
qui passe dans les urines ne provient pas du sang, mais 
exclusivement des muscles : c'est de la met hémoglobine 
musculaire. On ])eut reproduire expérimenlalement ce 
symptôme. L'injection veineuse de suc musculaire est sui- 
vie de l'évacuation d'urine rose ou rouge foncé suivant 
la quantité injectée ; c'est l'hémoglobine du muscle qui 
passe sans addition d'hémoglobine globulaire : le suc 
de muscles de chiens, débarrassés de leur sang par de 
nombreux lavages effectués par injection de pliisieur.s 
litres dans l'aorte abdominale, détermine de riu-moglobinu- 
rie. Le suc musculaire décoloré par ébuUition ne provoque 
pas d'hémoglobinurie (1). 

La production d'hémoglobinurie d'origine musculaire (â) 
est d'ailleurs obtenue en agissant directement sur les 
muscles qu'on tranmatise par injection d'eau distillée ou 
de glycérine dans leur épaisseur (Camus et Pagniez). Ces 
faits établissent péremptoirement que l'hémoglobinurie 
procède bien des muscles (3). C'était l'opinion des premiers 
praticiens qui ont bien décrit la maladie sans parvenir à 
découvrir le mécanisme des alti-rations musculaires 
aboutissant à la disparision de leurs fonctions. Ils n'ont 
pu, à. ce sujet, qu'émettre des idées basées sur des obser- 



(1) Camiis et Pagnioz, Ilémogloliiiiiirie iiuisculaire (Académie des sciences, 
190i). 

(2) Les injeclions d'extrait de raie, de foie, ne donnent pas d'hémoglobi- 
nurie à des doses beaucoup plus fortes ([ue celles du suc musculaire. 

(o) Meyer-Belz prétend que l'hémoglobine éliminée n'est pas totalement 
d'origine musulaire, car il a souvent constaté que le sang du chien hémo- 
globinurique par injection de glycérine élait laqué [Semaine médicale, 19U, 
p. 88) et, d'autre part. Aehard et Feuillée soutiennent que l'hémoglobinurie 
provoquée par l'injection intraveineuse d'hémoglobine globulaire et muscu- 
laire ne résulte pas du passage à tr.ivers le rein de la matière colorante globu- 
laire ou musculaire dissoute dans le plasma sanguin, mais d'une hémolyse 
intra-urinairo. 



HÉMOGLOBINCRIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 43 

sations personnelles : la tViéoriede la contracture pelvienne 
(Demilly 1853) et la théorie de la congestion musculaire 
(Ponimeret-Mannechez, 1855) soutenue depuis par Letard, 
Aubry, Luect, Mouquet, Gallier, ont abouti à la constata- 
tion de deux signes importants, l'hémoglobinurie et l'albu- 
minurie. Autant il est facile de constater les altérations 
musculaires, autant il est difficile d'établir par quel méca- 
nisme les muscles se dépouillent de leur hémoglobine et 
de leur albumine, si cette dernière substance ne provient 
pas du sang. Frôhner attribue cette désintégrât ion aune exa- 
gération des métamorphoses nutritives dans les muscles 
sous l'influence de l'irritation des nerfs sensitifs de la peau. 

Le froid étant la cause irritante, il se produit, sous son 
influence, une décomposition du tissu musculaire, c'est-à- 
dire de l'albumine organique. Lassar et Nassarofî ont 
obtenu, en exposant des animaux au refroidissement, des 
dégénérescences parenchymateuses des muscles et une 
décoloration très prononcée de ces derniers. 

Schindelka a démontré que le sang des sujets atteints 
d'hémoglobinurie rhumatismale est plus riche en hémoglo- 
bine que celui du cheval sain. Pour expliquer cette consta- 
tation, il admet qu'il s'ajoute au sang un principe colorant 
identique à l'hémoglobine et provenant des muscles. 

Camus et Pagniez ont constaté la présence de l'albumine 
dans les urines non seulement pendant la crise d'hémo- 
globinurie, mais avant l'arrivée de l'hémoglobine muscu- 
laire. 11 y a donc une véritable destruction musculaire. 
Cette destruction se localise à certaines régions; les 
muscles du train postérieur, de la croupe et des lombes, 
fonctionnant plus activement que ceux des autres régions 
et étant moins couverts, moins protégés, sont de ce fait les 
plus touchés. Ce sont eux qui se couvrent d'abord de sueur 
profuses, qui se tuméfient les premiers et avec le plus 
d'intensité. La cause de cette tuméfaction, c'est la con- 
tracture. Elle se manifeste sous l'influence du froid ou du 
refroidissement, brusquement, quand l'animal sort d'une 



44 MALADIKS PAR AUTO-INTOXICATION. 

écurie chaude et passe brusquement dans un milieu froid. 
Pareillement, on peut voir, chez IV/o^yj/yic, l'hémoglobinurie 
paroxystique a frigore se manifester à la suite d'un bain de 
pieds froid. Chauffard, Neilson et Terry ont rejiroiluil une 
crise dhémoglobinurie avec frissons, tremblements et 
albuminurie, en plongeani simplement la main ou les pieds 
malades dans l'eau glacée, quoique les extrémités fussent 
isolées du reste du corps par une ligature. Meyer-Betz a 
observé un cas d'hémoglobinurie humaine avec des 
myopathies et des paralysies musculaires, comme dans 
l'hémoglobinurie paroxystique du c/icvnl. L'apparition de 
1-hémoglobinurie chez cet animal pendant l'hiver ou le 
printemps, à la suite d'un léger exercice, fournit un appui 
important à cette théorie. Sans doute, on peut invoquer 
des cas de paraplégie se manifestant pendant les mois de 
mai, de juin ou même pendant l'été; mais le refroidisse- 
ment est possible en toute saison; c'est une question de 
variation de température extérieure. 

L'action du froid sur les parties dénudées du corps comme 
la croupe se traduit par une irritation des nerfs sensitifs 
qui a pour conséquence la contracture des muscles, l'albu- 
minurie et l'hémoglobinurie. (les symptômes procédant 
d'une hyperexcitation musculaire déterminée par le froid, 
on conçoit que toutes les causes qui l'entretiennent telles 
que la marche, les irritants cutanés (moutarde, essence 
de térébenthine) aggravent rapidement la maladie. Ces 
agents ajoutent leur action àcelle de la cause provocatrice 
et exagèrent ses elTels. Mais l'hémoglobinurie paroxystique 
est rare si on la compare à la fréquence de la cause qui la 
produit; le refroidissement est assurément un des éléments 
les plus importants dans la patliogénie de cette maladie ; 
mais il n'est pas le seul : l'inaction et une alimentation 
abondante revendiquent la majeure part do responsabilité. 

Les poisons issus de l'appareil digestif s'allient à ceux qui 
sont engendrés ensuite dans les muscles sous l'influence du 
refroidissement et du travail pour produire des inyosites 



HÉMOGLOBINUKIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 45> 

toxiques. Les muscles extenseurs du train postérieur et 
quel(iuefois du train antérieur sont pour ainsi dire exclu- 
sivement frappés. 

Leur fonction motrice est d'ailleurs très inégalement 
troublée suivant les cas; presque abolie d'un côté de la 
croupe, elle peut être conservée de l'autre; le triceps 
crural gauche est quelquefois le seul groupe musculaire 
condamné à l'impuissance. Une pareille localisation paraît 
incompatible avec l'arrivée du sang par la voie sanguine. 
Il paraît d'autant plus légitime d'admettre que le poison 
prend naissance dans les muscles qu'on voit tous les jours 
la maladie enrayée par l'immobilisation du sujet au début 
de la crise et aggravée parla continuation du travail. Sans 
méconnaître la force de ces arguments, nous devons faire 
observer que la localisation de l'intoxication dans certains 
groupes musculaires, presque toujours les mêmes, n'exclut 
pas le transport des poisons parle sang. Intoxiquez un sujet 
par le plomb, vous constatez une pareille électivité pour les 
muscles extenseurs; empoisonnez le cy^t'Cfliavec des gesses, 
vous constatez des monoplégies, parmi lesquelles l'hémi- 
plégie ou la diplégie laryngienne est la plus fréquente. Le 
travail nécessaire à la station quadrupédale congestionne 
les muscles qui contribuent à maintenir l'animal dans cette 
attitude. Or la congestion est la principale cause de la 
localisation de tous les toxiques circulant dans le sang. Ils- 
sont attirés vers les muscles, qui présentent leur maximum 
de fonctionnement. La localisation du mal ne résulte-t-elle 
pas de cette activité fonctionnelle? Le muscle n'est que 
l'instrument de l'hémoglobinurie musculaire paroxystique; 
il n'en est pas la cause primitive. 

Les poisons qui chassent l'hémoglobine des muscles 
sont élaborés par l'organisme, transportés par la circula- 
tion et retenus parles muscles. Les animaux frappés d'hémo- 
globinurie sont sous le coup d'une auto-intoxication com- 
plexe. D'un côté, ils éprouvent déjà les effets d'une auto- 
intoxication digestive permanente par le fait de leur 

3. 



46 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

appétit et de rabondance de leur ration. Leur organisme 
est déjà surchargé de produits de désassimilation suscep- 
tibles d'apporter une perturbation profonde dans le fonc- 
tionnement musculaire. On sait que des principes toxiques 
issus de l'intestin déterminent fréquemment, chez Vlinmiiip, 
de l'engourdissement et des crampes musculaires pendant 
la nuit, c'est-à-dire pendant le repos; ils peuvent orga- 
niser des troubles analogues chez le clieval inaclif soumis 
à une véritable suralimentation? D'autre part, le cIicvrI 
qui va présenter une crise d'hémoglobinurie n'urine pas, 
et cette insuffisance de la fonction rénale favorise la 
rétention des poisons et l'auto-intoxication musculaire (1). 
Cette absence de miction résulte elle-même de l'action 
vaso-dilatatrice exercée par les produits de la désassi- 
milation qui se répandent dans le système musculaire dès 
que les écluses vasculaires s'ouvrent sous l'influence de 
l'hyperexcitation créée par l'inaction et une nourriture 
trop abondante. La reprise du travail devient ainsi un éh'menl 
favorable au déversement dans les muscles en activité des 
poisons élaborés pendant le repos dans le tube digestif. 
Ouand le système musculaire éprouve, au contact de ces 
poisons, un commencement de désintégration organique, 
le refroidissement provoque, à son tour, une excitation 
musculaire suivie de tremblements fibrillaires et de 
•crampes, comme dans la fatigue. L'accès d'hémoglobinurie 
résulte, à notre avis, d'une auto-intoxication dorigine 
digestive favorisée par une insutfisance rénale momenta- 
née et aggravée par le refroidissement. Sous l'influence 
de cette cause, l'oxydation du glycogène musculaire est 
imparfaite; la diastase qui l'opère habituellement a son 
action paralysée ou retardée, et des acides organiques 
{formique, acétique, lactique, butyrique, etc.) s'inlercallent 
«ntre le glycogène et ses résidus normaux : l'acide carbo- 



(1) VoY. Théorie rénale de l'Iiémoiîlohiiuirie paroxystique dans la I"-' édi- 
iion. 



HEMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 47 

nique et l'eau (1). A ces agents de dégénérescence muscu- 
laire dont la production est favorisée par les tremblements 
fibrillaires s'ajoutent les poisons issus de la digestion 
troublée pour compléter l'auto-intoxication. 

Ces poisons associés déterminent l'altération de la 
substance musculaire, le départ de l'albumine, de l'hémo- 
globine, la décoloration des muscles dégénérés. Si l'on 
supprime l'un ou l'autre de ces facteurs, l'accès d'hémo- 
globinurie est évité. Si l'on purge l'animal trop bien nourri 
et maintenu dans l'inaction, on supprime l'auto-intoxi- 
cation digestive; il n'j a pas d'hémoglobinurie; d'autre 
part, si l'on arrête le cheval qui se met à trembler, si on 
le réchauffe, on prévient la fatigue musculaii'e et la 
formation de ses poisons : l'animal demeure pour ainsi 
dire au seuil de l'hémoglobinurie. L'évolution complète 
de la maladie résulte de l'action synthétique de ces 
divers poisons. La maladie est à peine esquissée, ou 
n'est pas soupçonnée quand les poisons, en faible quan- 
tité, s'éliminent rapidement ou que leur action n'est pas 
favorisée par le refroidissement ; on constate seulement 
que le cheval se couvre de sueur sans cause connue, et son 
conducteur constate seulement que le c/^ev'.v/ n'a pas marché 
ce jour-là comme d'habitude et qu'il a fallu le pousser: la 
cause réelle de ces troubles moteurs, mal définis, passe 
inaperçue (2). Si, enraidi et contracture, il tombe, on le 
croit paralysé. 

c. Action sur le système nerveux. — L'auto-intoxication 
n'épargne pas plus le système nerveux que le système mus- 
culaire ; mais c'est n'envisager qu'un côté du problème 
que de faire du système nerveux le siège exclusif de la 
maladie. La théorie de la congestion de la moelle, sou- 
tenue par Bouleyjeune, Delwart, Weber, Haubner, Fried- 

(1) Delmer, A propos de létiologie, de la pathogénie et du traitement de 
l'hémoglobinurie du cheval {Semaine vétérinaire, 10 juin 19U). 

(2) Le cheval qui se surmène pendant une contention décubitale peut pré" 
senter de l'hémoglobinurie (Dagès). 



48 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

berger, Csokor, Saint -Cvr, Trasbot), a été combattue par 
Deniillv, Signol, Létard, Lucet, Cadéac (d). 

C'est que généralement le cheval hémoglobinurique 
n'est paraplégique qu'en apparence. S'il ne peut se relever 
et marcher, il a, néanmoins, conservé sa motricité et sa 
sensibilité; il ne présente, à l'autopsie, aucune lésion cérébro- 
médullaire congestivc ou hémorragique. Dans ces cas, 
l'hémoglobinurie paroxystique est exclusivement muscu- 
laire ; mais il en est d'autres où l'auto-intoxication intéresse 
à la t'ois les muscles et le système cérébro-médullaire ; on 
constate de la glycosurie, qui témoigne d'un trouble céré- 
bral ou médullaire (Mouquet." Lucet). et l'autopsie révèle 
des hémorragies multiples ou une véritable apoplexie 
cérébrale ou médullaire, de sorte que les cas ne sont 
jamais absolument semblables. Suivant l'électivité pré- 
pondérante des principes toxiques apportés par le sang, 
on constate des formes à dominante médullaire et des 
■Cormes à dominante musculaire, ou ces deux types diver- 
sement combinés. 

Les nerfs sont fréquemment lésés d'emblée par les prin- 
cipes toxiques qui circulent dans le sang ; on constate des 
paralysies motrices immédiates, indépendantes de toute 
action mécanique ou traumatique. II s'agit exclusivement 
de paralysies toxiques analogues à celles qu'on observe chez 
le cheval à la suite d'ingestion de gesses, chez les volailles 
intoxiquées par le plomb, le riz altéré ou l'acide oxalique. 
Les polynévrites toxiques del'hémoglobinurie paroxystique 
intéressent principalement le plexus lombo-sacré, les 
nerfs fémoraux, le tibial antérieur (F'réger) (1), le radial; 
mais, parmi eux, c'est le nerf fémoral qui est le plus fré- 
quemment altéré soit d'un seul, soit des deux côtés. Sa dé- 
générescence est suivie de l'atrophie rapide du triceps crural . 

Cette lésion s'observe chez des animaux maintenus 

(1) Voy. Théorie nerveuse, in Pathologie interne, i'e édit., l. VI, p. 13i!. 

(2) Frt'ger, Paralysie du tibial antérieur après un accès d'hémoglobinurie 
{Journal de Lyon, 1909). 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 49 

immobiles au moment de l'accès d'hémoglobinurie et qui 
ne tombent jamais, de telle sorte qu'on ne peut attribuer 
ces névrites qu'à l'intervention d'un poison agissant à l'ins- 
tar des toxines microbiennes de la gourme du cheval, 
delà maladiedu jeune âge du chien, de la fièvre typhoïde, 
de la tuberculose ou de la diphtériehumaines. 

Les vaso-moteurs sont immédiatement influencés par 
l'auto- intoxication hémoglobinurique ; les vaisseaux péri- 
phériques éprouvent une vaso-dilataiion prononcée qui se 
traduit par une sudation générale abondante, par une con- 
gestion musculaire intense, dénoncée par la tuméfaction 
des muscles superficiels et quelquefois, sans doute, parles 
manifestations caractéristiques de la fourbure, comme on 
voit celle-ci se déplacer pour se traduire par les signes de 
la paraplégie hémoglobinurique (Sendrail et Naudinat) (1). 
Sous l'influence de la vaso-dilatation générale périphéritpie 
qui accompagne cette auto-intoxication, la pression san- 
guine s'abaisse; le sang stagne à la périphérie; la fonction 
rénale s'arrête, l'oxygénation des hématies est com- 
promise; la respiration etlacirculation s'accélèrent, l'ani- 
mal bat des flancs, il y a anoxhémie, dyspnée, cyanose 
des muqueuses, congestion et hémorragies dans les divers 
tissus, comme chez les animaux surmenés, qui sont eux- 
mêmes des intoxiqués. 

d. Action sur les reins. — Cet appareil d'élimination 
éprouve des troubles fonctionnels et matériels dès que 
lauto-intoxication commence. Sa sécrétion diminue ou 
s'arrête dès que la pression sanguine fléchit ; son épithé- 
lium s'altère au contact de la méthémoglobine, de l'albu- 
mine et des divers principes toxiques; il ne constitue plus 
qu'un mauvais filtre, gorgé de sang, qui se remplit de 
cylindres hyalins et épithéliaux, et ne laisse passer qu'un 
peu de liquide foncé et albumineux. On assiste au début 
d'une néphrite toxique. 

(1) Sendrail etNaudinat, Contribution à l'étude de 1 etiologie de !a fourbure 
considérée comme maladie toxi-infectieuse {/lévite vétérinaire, 1908, p. 1). 



50 MALADIES P\n AUTO-INTOXICATION. 

C'est ollc (jui a faililoiiner a la paraplégie le nom de mal 
de Briijld avju. de stranfjurie noire, de néphrite suraiguë. 
de congestion « a frigore » des reins. 

On peut, du reste, constater, à l'autopsie, la congestion et 
le ramollissement des reins, notamment de la substance 
corticale chez tous les cJievaux paraplégiques. 

Le cheval paraplégique devient ainsi une sorte d'uré- 
mique [Berger (1840), Adam, Williams. Lucet 1892)]. Son 
sort est étroitement lié à lintégrité relative de ses reins. 
Les formes les plus graves de la paraplégie sont celles où 
il y a anurie : un rein complètement fermé hâte l'intoxi- 
cation et précipite la dénouement fatal ; il est incapable 
de récupérer ses fonctions ; les formes les plus bénignes 
découlent d'une excrétion urinaire abondante : un rein 
ouvert favorise l'élimination des principes toxiques, la réso- 
lution musculaire et la guérison rapide. On trouve dans 
cet organe des causes importantes de la mort des para- 
plégiques ; on n'y découvre pas l'altération initiale de la 
maladie. L'auto-intoxication primitive, aggravée par la 
contraction musculaire et par les troubles urinaires. fait 
sentir ses effets sur tous les organes, sur tous les tissus, 
et tend à déterminer partout des lésions congestives, hémor- 
ragiques et dégénératives. 

Symptômes. — L'invasion de Ihémoglobinurie sur- 
vient sans prodromes. Cette pseudo-paraplégie s'accuse 
d'emblée par des troubles intestinaux, locomoteurs, uri- 
naires, cutanés, rapidement suivis de modifications de la 
respiration et de la circulation. 

Troibles digestifs, — L'animal est subitement pris de 
coliques ou de manifestations analogues; il présente des 
trépignements: il cherche îi se coucher etàse rouler comme 
au début de la congestion ou de Vindigestion intestinale 
(Symph. Bouley, Letard). 

Ces coliques précèdent quelquefois tous les autres sym- 
ptômes et offrent beaucoup d'analogie avec celles qui se 
manifestent un instant avant l'apparition de la fourhure. 



HEMOGLOBIMRIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 51 

Elles sont d'autant plus intenses que le début de l'affection 
est moins rapide et la chute plus tardive. A ce moment, 
elles sont éclipsées par les troubles locomoteurs. 

L'auscultation de l'abdomen fait percevoir de violents 
borboryytnes, qui sont quelquefois entendus à distance 
(Gênée) : ils sont suivis de l'expulsion de crottins ramollis 
ou de matières diarrbéiques. Ces troubles cessent bientôt. 
La parésie remplace les contractions péristaltiques de l'in- 
testin : la constipation se produit et les crottins qui sont 
rendus par l'animal, de loin en loin, ou qui sont retirés par 
l'exploration rectale, se montrent secs, durs et bien 
moulés. 

Troubles locomoteurs. — a. Signes fonctionnels. — 
Brusques et soudains, les signes d'impuissance locomo- 
trice se produisent dans les conditions les plus imprévues 
chez les animaux atteints de maladies du pied qu'on 
promène dans une cour ou chez ceux qui sortent de l'écu- 
rie du marchand pour être livrés Benjamin). Exception- 
nellement, on les voit apparaître chez les clievaux qui 
n'ont pas encore quitté le wagon (Arloing"! ou l'écurie 
(Symph. Bouley. Lucet, Cadiot) (IV 

Ordinairement, l'affection se déclare chez les animaux 
qu'on vient d'atteler; il en est qui sont frappés dès les 
premiers pas. D'autres sautent, gambadent deux minutes 
à peine, un quart d'heure, rarement plus d'une heure et 
quart, et les phénomènes paralytiques font leur appa- 
rition. 

L'animal frappé d'hémoglobinurie présente tout d'abord 
de la paresse, de V engourdissement musculaire ; il y a 



(i) Sur 63 cas observés par Adam et Pustcher. 49 chevaux étaient utilisés à 
un travail proportionné à leur constitution ; dans 6 cas, les fardeaux avaient 
été trop lourds; 4 navaienl pas travaillé. .\dam et Pustcher l'ont vue débuter 
à l'écurie chez lUchevauxsur 63. Le temps depuis lequel les animaux ava'ent 
quitté l'écurie était : pour 3, de quatre à cinq minutes : pour 1, de huit mi- 
nutes ; pour 10, de dix minutes à un quart d'heure; pour 19, de un quart 
d'heure à une heure ; pour 10, de une heure à deux heui-es ; pour 8, de deux 
à quatre heures. 



52 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

hypere.vcitation dun certain nombre de groupes de 
muscles (Ilofmann). Puis une raideur localisée qui devient 
rapidement envahissante sous l'inlluence de la marche 
aboutit à la chute de Tanimal et à la porte complète de la 
motricité. Cette raideur débute généralement parl'arrière- 
main ; elle se propage ensuite -k lavant-main : elle n'in- 
téresse, souvent au début, qu'un seul membre postérieur : 
le membre gauche semble plus souvent alfecté que le 
droit (Urbain Leblanc). 

Exceptionnellement, l'affection est exclusivementcaracté- 
risée par une roù/ewr prononcée du tronc, qui permet à l'ani- 
mal de conserver toujours la station quadnqx'-dale (Lucet;. 

Ouand les premières manifestations commencent par un 
membre, le cheval 6o/fe dune manière évidente, et la 
claudication est significative. Le membre atteint ne fonc- 
tionne plus aussi activement que l'autre : il a de la peine 
à embrasser le terrain, il traîne la pince, il se meut avec 
difficuU/', et la trace, laiss(''e par le pied, se trouve en 
arrière du point où elle devrait exister. Bientôt après, sous 
linfluence de la marche, la difficulté de la locomotion se 
propage à l'autre membre, l'appui devient plus difficile, 
l'animal vacilledu train postéritnu-. dont les muscles sont 
impuissants à soutenir le poids du corps: la marche se 
ralentit ; l'animal, qui trottait, prend immédiatement le 
pas, malgré les excitations ou les coups, et cette allui-e 
devient elle-même très pénible : les boulets se portent en 
avant; les angles formés par les rayons des membres 
deviennent moins ouverts; ceux-ci se rétractent, seraccour- 
cissentplus ou moins; la face plantaire du pied est tournée 
en arrière : « L'animal éprouve la plus grande difficulté à 
marcher; il semble que le membre ou les membres posté- 
rieurs soient tirés en arrière, comme on le fait ordinaire- 
ment lorsqu'on veut faire ferrer un clwvril difficile, en 
fixant à l'aide d'une corde le pied à la queue » (Uemilly). 

Menacé d'une chute imminente, l'animal s'accroupit 
comme un c/iien ou s'iminobilise, tend la tète sur l'enco- 



HEMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. o3 

lure abaissée, reporte en avant tout le poids du corps, 
engage les membres antérieurs sous le tronc et réussit 
ainsi à se maintenir un instant debout ; il présente au 
niveau de la tète, de l'encolure et de la queue, des tremble- 
ments comparables à ceux qui résultent de piqûres d'in- 
sectes. Puis les forces s'éteignent, la chute survient malgré 
les excitations produites par le fouet, la voix ou les fric- 
tions irritantes. 

Tantôt la chute est brusque, rapide, tantôt il s'écoule un 
certain temps entre le début du mal et la perte complète 
de la motricité. 

On voit des chevaux parcourir un certain chemin sans 
aucun secours ou à demi soutenus par la queue et à l'aide 
de barres. Certains chevaux hémoglobinuriques ne tom- 
bent jamais malgré la durée de la marche. 

Néanmoins, on peut poser en principe que la chute est 
d'autant plus à craindre que l'animal a marché ou s'est 
agité plus longtemps et que la maladie s'est localisée dans 
le train postérieur. 

Déjà, en 1854, Demillv avait établi cette règle : « Si 
l'animal peut encore tenir sur ses jambes au moment où 
vous le voyez, faites-le rester sur place et arrêter à l'ins- 
tant même ; vous le guérirez, cela est certain ; mais si, au 
contraire, la maladie développée, le chevala. étéforcéà la 
marche ou que vous le forciez pour un motif quelconque, 
votre animal périra (ceci est inévitable). » 

b. Signes physiques. — Ils consistent essentiellement 
dans la congestion, la tuméfaction et le durcissement des 
principales luasses musculaires qui servent à la station 
quadrupédale. 

D'après une statistique d'Adam et Pustcher, quarante- 
quatre fois on a remarqué la dureté des muscles de la 
croupe ; sur vingt-deux chevaux, on n'a presque pas observe 
de symptômes avant la paralysie. 

Demilly ( j . qui avait observé ces modifications muscu- 

(1) Demilly, Rec. de méd. vit., 1853. 



5i 



MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 



laires, avait donné à rinTiioglobinurie le nom de contracture 
pelvienne. INinmiei'el el iMannt'clioz (1855) avaient adopté, 

vers la même époque, celui 
de congestion musculai7'e, 
parce qu'ils considéraient le 
spasme et la tension des 
muscles de la croupe comme 
les signes dominants. 

La croupe, le dos. les épau- 
les, le poitrail, ensemble ou 
successivement, présentent 
un excès de tonicité et se 
tuméfient à vue d'oeil. Les 
muscles de ces régions de- 
viennent énormes et sont tel- 
lement contractés qu'ils sont 
fermes, durs, donnant, au 
toucher, la sensation du bois. 
La peau qui les recouvre est 
tendue, impossible à saisir et 
à plisser (Létard, Lucet) 
(fig. 5). 

La croupe a souvent chan- 
gé complètement d'aspect : 
les fessiers forment des mas- 
ses rebondies laissant entre 
elles un sillon médian très 
profond. Les animaux pren- 
nent une croupe double, 
comme elle existe normale- 
ment chez les gros c7/cr«».Y. 
Parfois (( le spasme et la rétraction des muscles de cette 
région sont si violents (pie la ligne médiane forme une 
scissure si profonde que la i»(\m d'un côté se réimit à 
celle du cùté opposé ». 

Vers la région lombaire, cette scissure se prolonge jus- 




Fig. 5. — Gonflenient des muscles 
1 dans l'hémoglobitiurie. 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 55 

qu'aux dernières vertèbres dorsales, par suite de la turges- 
cence des ilio-spinaux. 

En avant, « les extenseurs de l'avant-bras, le sus-épi- 
neux, le sous-épineux, le long abducteur du bras, les pec- 
toraux sont si tuméfiés que les deux membres antérieurs 
paraissent très écartés l'un de l'autre et donnent à la région 
du poitrail une physionomie d'ampleur toute particulière» 
(Létard) (1). 

La contractilité musculaire est plus ou moins réduite 
dans le train postérieur ; elle n'est jamais complètement 
abolie. Le sujet n'est jamais un paraplégique au vrai sens 
du mot. L'animal debout réussit encore à faire mouvoir 
ses membres ; couché, il les projette en arrière avec une 
certaine force. 

La sensibilité persiste également. Si parfois l'animal 
supporte les piqûres cutanées sans témoigner de douleur, 
c'est qu'on a irrité les parties normalement peu sensibles, 
comme la peau de la croupe. Les piqûres faites à la « partie 
postérieure et supérieure de la fesse, où se termine un des 
nerfs fessiers postérieurs, ou bien à la partie supérieure de 
la face externe de la jambe, oùvientse ramifier labranche 
cutanée péronière du nerf petit sciatique, produisent tou- 
jours une douleur assez vive, que l'animal traduit par des 
secousses musculaires ou par des déplacements brusques 
des membres et même par des mouvements de la tête » 
(Arloing) (2). 

Déjà, en 1834, Demillj avait reconnu la persistance de 
la motricité et de la sensibilité et fait ressortir ce fait 
important que la paraplégie épizootiqiie n'est pas une 
paralysie. Effectivement, ni au début, ni dans le cours de 
la maladie, on nobserve ladisparition totale des fonctions 
de la vie de relation. 

Troubles urinaires. — L' hémoglobinurie est un des 
signes les plus caractéristiques. Il se traduit parunecolora- 

(1) Lélard, Rec. de môd. vél., 1887. 

(2) Arloing, Journ. de l'école vét. de Lyon, 1866, p. 107. 



"i6 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

lion l'oncéc. brun rouj^'cAIre. brunAIre des urines, se rap- 
prochant plus ou moins du porto, du maiaga. du bordeaux, 
du bourgogne. Ce symptôme a lait appeler la maladie 
strangurie, urines sanguinolentes:, hétnoglobinurie, né- 
phrite, etc.: il a été signab- par Demilly. Signol, Dubois et 
André, Adenot, Brisavoine, etc., et, à l'étranger, par la 
plupart des auteurs. Pendant longtemps, en France, les 
auteurs n'ont accordé à ce signe aucune importance ; ils 
en faisaient à peine mention. Lucet lui a rendu, ily a 
quelques années, toute la valeur qu'il mérite. 

Le symptôme est-il constant ?.Iusqu"à [irésent, on pouvait 
croire que l'hémoglobinurie lait défaut dans les cas bénins 
et dans ceux où la maladie avorte. L'examen direct est 
un indice insuffisant; la spectroscopie elle-même peut 
donner un résultat négatif ; la réaction obtenue par la 
benzidine de Schlesinger et Holst ou par la teinture de 
gaïac-essence de térébenthine de Schnumm l'évèle cons- 
tamment la présence de Ihémoglobine (Mayer). 

Généralement « l'urine émise à la première miction qui 
suit l'apparition des symptômes est, quelle que soit la 
gravité de l'accès, toujours hémoglobinurique et, par con- 
séquent, toujours colorée en brun rougoàtre », malgré 
l'absence constante do glol)ules ronges. Parfois l'excn'tion 
de pigment par l'urine précède le spasme musculaire (Mac- 
Fadyean). Tantôt la coloi*ation rougeàtre disparaît après 
la deuxième ou troisième miction dans les formes bé- 
nignes, tantôt elle persiste jusqu'à la mort ou diminue 
progressivement d'une miction à l'autre. 

V albuminurie accompagne l'hémoglobinurie : elle est 
même proportionnelle à son intensité ; la réaction est 
toujours alcaline. Sur 63 cas, une seul fois l'albumine 
manquait (Adam). « L'urine est muqueuse, filante, difficile 
ù filtrer et possède, dans la majorité des cas, une 
densité moindre qu'à l'état normal ; elle contient cons- 
tamment de l'albumine, dont la proportion, variant de 
i à 25 grammes par litre et quelquefois plus, est en 



HEMOGLOBIM'RIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 57 

rapport avec la quantité d'hémoglobine dissoute quelle 
renferme, c'est-à-dire avec l'intensité de sa coloration. 
Sous l'influence de la chaleur ou des acides, cette albu- 
mine se coagule en caillots qui entraînent la matière 
tinctoriale, se colorent en brun et se déposent. 

Recueillie dans une éprouvette, ou mieux un verre à 
pied, et laissée au repos, elle abandonne lentement et 
sans s'éclaicir. en raison de sa richesse en mucus, un 
amas sédimenteux plus ou moins abondant suivant les 
cas. Ce dépôt, traité par le picro-carmin, montre au mi- 
croscope, en dehors des cristaux de carbonate et d'oxa- 
late de chaux, constants dans l'urine du cheval : 1» des 
traînées muqueuses tenant fréquemment en suspension 
de tins cristaux des corps précédents et des granulations 
sans caractères définis, granulations parfois libres, réu- 
nies en amas et colorées les unes en rouge, les autres en 
jaune rougeàtre: 2° des cellules épithéliales libres pro- 
venant des canalicules du rein, à noyau bien coloré par le 
carmin ; 3° quelques cylindres hyalins ; 4° enfin de nom- 
breux cylindres épithéliaux, à contom's réguliers ou mal 
délimités, constitués par des cellules épithéliales granu- 
leuses, colorées en jaune rougeàtre. à noyau bien distinct 
et franchement coloi^é. « Ces éléments, toujours présents 
dans les urines hémoglobinuriques quelle que soit la gra- 
vité de l'accès, sont cependant plus nombreux dans les 
cas à forme grave que dans ceux où la guérison est rapide. 
De plus leur proportion relative varie également d'un cas 
à l'autre •> [Lucet (1)]. 

La présence du sucre dans les urines des chevaux pa- 
raplégiques, révélée par Mouquet et Lucet, est constatée 
exceptionnellement. La glycosurie est passagère ; elle révèle 
les troubles du système nerveux. Tantôt l'urine renferme 
plus de 30 grammes de sucre, tantôt elle n'en présente 
que des traces. 

L'émission d'urine est rare, difficile ; on peut constater 

(i* Lucet, Bec. de méd. vét., iS92. 



58 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

de la rétention pendant les quinze ou vinj^'t premières 
heures; l'urine est quelquefois rejetée très abondamment 
dès que l'animal est moins agité; sinon, on peut vider 
la vessie en comprimant cet organe à laide de la main 
introduite dans le rectum. 

Ordinairement l'animal urine dès qu'il s'arrête, au 
début du mal; il rejette une petite quantité de liquide 
dont la coloration est frappante. Quand il marche jusqu'au 
moment de la chute, la miction ne se produit que 
longtemps après la cessation de tout effort ; elle est 
très abondante; l'animal rejette sans difficulté appré- 
ciable une grande quantité d'urine noire. Cette expulsion 
d'urine précède fréquemment latténual ion ou la cessation 
des symptômes alarmants. 

Troubles CUTANÉS. — Une sudation abondante se montre 
d'emblée et coïncide avec l'engourdissement musculaire (1). 
La sueur inonde tout le corps, en commençant par la 
croupe, l'épaule, les membres antérieurs, lencolure. Elle 
est souvent bornée à l'ari-ière-main, quand l'impuissance 
locomotrice doit se localiser dans ces régions. 

La transpiration cutanée, subite, précède les formes 
bénignes comme les formes les plus graves de la maladie. 
« Elle est d'autant plus abondante que l'attaque d'hémo- 
globinurie est plus soudaine et plus violente. Quant à 
sa durée, elle est en rapport avec la gravité de l'affection. 
Si celle-ci est bénigne, l'exagération de la sécrétion des 
glandes sudoripares dure peu, une demi-heure, une heure 
au plus, puis elle disparaît, et, raiiidement. l'animal 
sèche; mais, dans les cas graves, elle dure souvent plu- 
sieurs heures et quel(|iiefois même jusqu'à la mort, si elle 
doit avoir lieu à bref délai » (Lucet), Elle est entretenue 
par les violents efforts qu'effectue l'animal pour garder 
la station quadrupédale ou pour s efforcer de la reprendre. 



(1) Revel, Cas de paralysie momentanée du sentiment avec éphid rose pro- 
noncée observée chez la jument (/?ecMei7, 1882, p. 571). 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQLE. 59 

En résumé, la sudation n'offre jamais de siège défini en 
rapport avec les régions malades ; elle présente des carac- 
tèi'es très variables, de sorte qu'elle est dépourvue de 
toute valeur symptomatique. 

Troubles respiratoires. — La respiration, calme et ré- 
gulière au début, s'accélère à mesure que les troubles 
locomoteurs augmentent d'intensité. Quand l'animal ne 
conserve la station quadrupédale que grâce à des efforts 
considérables, on peut voir le nombre des' mouvements 
respiratoires s'élever à 40, 60 et même 70 par minute. 
Quelquefois même, la respiration est dyspnéique, trem- 
blotante ou soubresautante, la physionomie inquiète, 
anxieuse, empreinte d'une angoisse extrême, l'œil fixe 
ou égaré, les narines crispées ou dilatées à l'extrême. On 
peut alors compter jusqu'à 85 respirations par minute 
témoignant d'une anoxyhémie très prononcée. Ces cas 
extrêmes ne se produisent que chez les animaux couchés 
en proie aune agitation continue. 

Troubles circulatoires. — Au début, ils font complè- 
tement défaut, le pouls est normal (40 à la minute) ou 
un peu accéléré (45 à 50), quand l'animal est arrêté à 
temps, mis dans une écurie, bouchonné et convenable- 
ment couvert. Sous l'influence de la marche ou des efforts 
continus que fait l'animal pour se tenir debout ou se 
relever, les muqueuses se congestionnent, se cyanosent 
même. 

Les battements du cœur deviennent tumultueux, le 
pouls vite, dur, filant et si rapide qu'il est presque 
impossible à compter : les pulsations atteignent 120° à 
130°. On voit quelquefois ces troubles circulatoires persister 
plusieurs jours, alors que la respiration est redevenue 
normale (Arloing). 

Modifications de la température. — La température 
peut exceptionnellement s'élever sous l'influence de la 
marche et des troubles généraux pour atteindre 39o,5 et 
même dépasser 40° avant l'accès (Marek, Fréger), mais 



60 M\L.\D1E.S PAU AUTO-INTOXICATION. 

habitiiollement, la mahulio est apvriHique ou peu fébrile, la 
température varie de 38° à ;{8o,5 ; il n'est rtième pas rare 
de constater de l'hypothermie chez les animaux, qui ne 
tombent pas etqui se rétablissent; Cuny(l)a constaté une 
température de 34°, 2 chez un malade, de 3oo.8 chez un 
second et de 37° chez un troisième. Elle remonte bientôt à 
la normale quand la guérison survient; elle remonte aussi 
et s'élève même à 39°, S et même à 40°, chez les ani- 
maux tombés qui s'agitent en faisant de vains efforts pour 
se relever. La température ne fournit donc aucune indi- 
cation sérieuse sur la marche et la terminaison de la 
maladie ; on peut seulement constater que rhypothermie 
précède souvent la guérison et que Thyperthermie, qui varie 
de 38°,5 à 41° chez les animaux couchés qui se débattent, 
est le prélude d'une mort prochaine. La terminaison est 
presque toujours mortelle quand la température dépasse 
39°,5 (Hùtling). 

Marche. — Durée. — Terminaison. — Lhémoglo- 
binurie a un début brusque, ra|)ide; elle arrive en quelques 
instants à sa période d'état : le tableau symptomatique 
se dessine et se complète sous l'œil -de l'observateur. Le 
clioviil, plein de force et de gaîté en sortant de l'écurie, 
se couvre bientôt de sueur et manifeste des coliques ; 
il ralentit son allure, marche, traîne un ou plusieurs 
membres, boite, tremble, fléchit sous le poids du corps, 
se raidit, vacille du train postérieur, menace de tomber, 
fait de violents efforts pour se maintenir debout. 

La respiration, la circulation s'accélèrent, la physio- 
nomie exprime l'anxiété et la souffrance. En quelques 
heures, l'affection est arrivée à son paroxysme ; elle est 
caractérisée par l'apparition du symptôme pathogno- 
monique : la tuméfaction des masses nuisculaires de la 
croupe, du dos, de l'épaide. du poitrail. 

La maladie est parvenue à son apogée ; le dénouement 

(1) Cuny,,/oMr7ia; de Lyon, 1910, p. 137. 



HÉMOGLOHINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 61 

est rapide et souvent foudroyant. Dans une statistique 
portant sur 63 cas, la durée de la maladie a été 8 fois 
de douze heures; 14 fois de vingt-quatre heures; 17 fois 
de quarante-huit heures ; 12 fois de trois jours ; 1 fois de 
quatre jours ; 3 fois de cinq joiu-s ; 6 fois de huit jours et 
2 fois de quatorze jours (Adam et Pustcher). 

Deux signes permettent de présager la guérison ou 
la mort du malade. Vexcrétion d'urine abondante, peu 
foncée, indique une évolution bénigne et est le signal 
de l'atténuation ou de la disparition des mjosites et 
des troubles locomoteurs ; la chute sans excrétion 
urinaire est l'indice, le plus probable, d'une mort pro- 
chaine. 

LaGuÉRisox est la terminaison habituelle quand l'animal 
pris d'hémoglobinurie est arrêté, maintenu immobile 
ou conduit, à quelques mètres, dans la maison la plus 
proche. 

La tranquillité dissipe souvent tous les troubles 
locomoteurs, les sueurs cessent, les masses musculaires 
ne se tuméfient pas; les coliques, à peine appréciables, 
s'éteignent après l'expulsion de quelques matièi*es diar- 
rhéiques; la respiration se calme plus vite que la circu- 
lation; l'animal manifeste de la lassitude, de rabattement, 
de la somnolence, puis un phénomène salutaire se pro- 
duit : c'est le rejet d'urine noire ou foncée, qui entraîne 
sans doute les éléments toxiques, stupéfiants, retenus 
dans l'organisme, car l'amélioration commence dès la 
première miction; elle s'accentue à chacune d'elles; la 
guérison est complète quand l'urine a récupéré sa colo- 
ration normale. Parfois Vurine hémoglobinurique ou sim- 
plement foncée est rejetée en une seule fois, et l'animal est 
guéri en tant que maladie ; ses effets subsistent encore 
pendant sept à huit heures, quelquefois douze à vingt- 
quatre heures. 

Exceptionnellement cette forme bénigne se complique, 
« au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, d'un 
Gadéac. — PatholoRie interne. VII. 4 



62 MALADIES PAU AUTO-INTOXlCATlON. 

œdème soiis-vonlral qui se résorbe on doux ou Irois 
jours » (Lucet). 

Souvent la maladie arrive à un degré de plus avant 
que l'impuissance loconiolrice soit bien établie; le i^on- 
fleniont musculaire, caractéristique, s'est produit. La 
guérison osl encore fréquente malgré l'existence des 
symptômes les plus alarmants : coliques intenses, diffi- 
culté ou impossibilité de conserver la station quadrupé- 
dale, sueurs abondantes, généralisées ou localisées aux 
masses musculaires tuméfiées, respiration accélérée, 
haletante, pouls petit, filant, très précipité, physionomie 
anxieuse; les défécations diarrhéiques et l'expulsion 
abondante d'urine foncée annoncent généralement la 
décroissance des symptômes. La guérison est surtout 
rapide quand l'atîection est localisée aux masses mus- 
culaires des membres antérieurs. 

La forme paraplégique est celle qui se généralise ot se 
complique le plus facilement d'altérations prolongées et 
quelquefois incurables des muscles et des nerfs. Quelle 
que soit la forme que la maladie affecte, elle peut gué- 
rir; les animaux qui ont fait des chutes ne sont pas 
irrémédiablement perdus; on cite môme des clievnux 
tombés dix fois en chemin avant de se rendre à l'écurie 
et qui sont complètement guéris; mais c'est l'excep- 
tion. 

Debout ou couché, le malade marche vers la guérison 
quand il continue à manger, à remuer les membres sans 
manifester d'agitation et qu'il expulse les excréments et 
urine abondamment. 

La conservation de la fonction urinaire demeure, sous 
toutes les formes et à tous les degrés de la maladie, le 
signe essentiel et la principale cause de la guérison. 
Alors, en deux ou trois jours, l'urine récupère ses 
caractères normaux, mais la station quadrupédale ne se 
rétablit qu'en cinq, six, huit ou même neuf jours, l'animal 
commence dès les premiers jours du décuhitus à se 



HEMOGLOBIMRIE MUSCULAIRE PAROXYSTIOUE. 63 

placer en position sterno-costale ou sternale ; les nijosites 
se dissipent, les muscles tuméfiés deviennent pâteux et 
un peu douloureux. 

La MORT survient quelquefois quatre à sept heures 
après le début de la maladie ; celle-ci a une évolution 
foudroyante. 

L'animal tombe un quart dheure ou une demi-heure 
après le départ ; il est étendu « en décubitus latéral com- 
plet, en proie à une agitation continue» ; ses muscles sont 
gonflés à Textrème: il est couvert de sueur ; les conjonc- 
tives sont cyanosées, la langue pendante; il meurt subi- 
tement, comme frappé d'apoplexie ; parfois il s'agite 
inutilement sans avoir uriné, ou rejette, aux der- 
niers moments de la vie, une petite quantité d'urine 
noire. 

Ordinairement la mort se fait attendre douze, vingt- 
quatre heures, deux jours, trois jours ou même cinq 
jours. Dans les premières heures qui suivent la chute, 
les muscles du train postérieur, surtout ceux de la 
croupe, sont énergiquement contractés, durs, tendus; la 
peau est mouillée et fumante, l'animal paraît en proie à 
de vives souffrances, comme en témoignent son regard 
brillant et anxieux, ses naseaux dilatés et crispés, sa 
respiration haletante et ses mouvements désordonnés ; 
puis il récupère un peu de calme, il cherche même à 
combiner ses efforts en vue de se lever (fig. 6). 

On voit alors le malade se placer sur le sternum, 
allonger successivement les membres antérieurs et 
se soulever : mais le train postérieur reste cloué au sol ; 
l'animal est assis sur son derrière ; il ne garde pas long- 
temps cette attitude, il se laisse retomber, comme con- 
vaincu de l'impuissance de ses efforts. La motilité n'est 
cependant pas complètement abolie; l'animal exécute 
des mouvements partiels, des flexions ou des détentes 
violentes des membres postérieurs. La sensibilité n'est 
pas éteinte au niveau des parties postérieures; il semble 



64 



MALADIES l'AH ALTD-INTOXICATION. 



qu'il y ail hjpereslhésie plus ou moins manileste des 
parties antérieures. 

Pendant les périodes de calme, la température est 
normale, le pouls moins rapide, la respiration légèrement 
accélérée, l'appétit conservé. L'animal prend ses aliments 
et ses boissons si on a la précaution de lui relever la 




Fig. (). — L'animal fait de vains efforts pour se lever. 



tète; mais l'urine, rejotée en petite quantité, est noire, le 
sujet s'épuise, les grandes fonctions (respiration, circula- 
tion), gênées par la position décubilale. se troublent, 
s'embarrassent, les parties saillantes du corps s'excorient, 
la température monte de quelques dixièmes )\ i° au-dessus 
de la normale ; le poumon s'engoue par congestion bypo- 
statique et l'animal succombe. 

Complications. — L'émaciation, générale ou locale, 
temporaire ou délinitive, des muscles de la croupe succède 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 65 

à certaines paraplégies qui ont duré depuis quelques 
heures jusqu'à huit ou neuf jours. Les animaux demeurent 
boiteux ou affectés dune gêne particulière de l'arrière- 
inain d'une durée en rapport avec celle de Tatrophie 
musculaire (Lucet'. 

Ldi paralysie du nerf fémoral antérieur n'est pas rare ; 
elle survient chez des paraplégiques qui se relèvent sans 
trop de difficultés (Voy. Paralysie du fémoral). C'est, 
le plus souvent, le premier membre affecté qui manifeste 
cette paralysie locale : Tanimal boite, et il est aisé de 
reconnaître que la boiterie est due à l'inactivité des 
muscles de la région crurale antérieure facia lata et tri- 
ceps crural), de telle sorte que chaque fois que le membre 
affecté fait son appui, l'angle fémoro-tibial se ferme et la 
croupe s'affaisse plus ou moins suivant le degré de la 
paralysie. Pendant que disparaissent tous les autres 
symptômes de l'affection primitive, cette boiterie spéciale 
persiste et s'accentue. Bientôt la région crurale anté- 
rieure se déforme. Le triceps criii'al s'atrophie, et on voit 
se produire au-dessus du grasset une dépression plus ou 
moins profonde : la paralysie du nerf fémoral antérieur 
est confirmée. Ce reliquat de la paraplégie aiguë n'est 
pas rare; on en a même fait, pendant longtemps, la 
lésion essentielle de la paraplégie. 

Cette paralysie n'est pas extrêmement grave; elle per- 
siste généralement deux ou trois mois ; puis elle diminue 
peu à peu et flnit par disparaître en trois à cinq mois 
ou davantage. On peut la voir persister indéfiniment 
avec une telle intensité que l'animal, rendu absolument 
inutilisable, doit être sacrifié (Saint-Cyr). 

Ldi paralysie Ae?, extenseurs des deux membres antérieurs 
est quelquefois consécutive à un accès d'hémoglobinurie 
La piqûre pratiquée au niveau du radial ne provoque 
aucune réaction. La boiterie, peu manifeste au pas, est 
très accentuée au trot, par suite de la dégénérescence des 
extenseurs. 

4. 



66 MALADIES l'AR AUTO-INTOXICATION. 

La fourbiirc du membre sain chez les chevaux affec- 
tés de la paralysie du fémoral antérieur du membre 
opposé se produit, quelquefois, et rend de nouveau le 
cheval impuissant à se maintenir sur le train posté- 
rieur. 

Les plaies, les excoriations résultant d'un décubiliis 
prolongé s'infectent, provoquent la fièvre et luttent la 
mort. 

Rechutes. — Loin de donner l'immunité, une première 
attaque de paraplégie est une cause prédisposante pour 
des attaques ulti'-rieures. Un cheval peut être frappé de 
cette maladie trois foisentjuinze jours (Lucet). \j'lu'ino!/lobi- 
nwne recidù'e quelquefois dans la même journée: l'animai 
dontlaguérison paraît certaine el procliaine peut retomber 
tout à coup aussi complètement paralysé qu'au début. 
Dans ces conditions, une seconde attaque est presque 
toujours mortelle. Nous avons cependant constaté la 
guérison d'un cheval qui a présenté trois récidives en 
huit jours. 11 y en a d'autres qui présentent tous les ans 
un accès de paraplégie. 

Anatomie pathologique. — La décomposition rapide du 
cadavre el l'altération du sang sont des lésions secon- 
daires consécutives à l'auto-intoxication. 

Les sujets se putrétient en quelques heures comme les 
animaux surmenés. Leur sang est mou, épais, huileux 
comme celui des animaux septicémiques. Les globules 
rouges sont altérés, décolorés; le sérum est rougeâtre : 
mais cette coloration résulte de la décomposition cada- 
vérique. On peut d'ailleurs y découvrir des granulations 
pigmenlaires, des cristaux d'hématoïdine et des microbes 
de la putréfaction. 

Tube dickstif. — L'estomac et l'intestin présentent les 
traces d'tme légère irritation; les follicules solitaires ou 
agminés sont quelquefois légèrement inlillrés et entourés 
d'une ecchymose ; mais ces lésions, inconstantes, n'ont 
aucune signification. 



HÉMOGLOBIXURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 67 

Le FOIE offre une teinte jaunâtre, son tissu est sec, 
grenu ; il est infiltré de graisse et hémorragique. Le noyau 
(les cellules hépatiques est invisible au microscope; il est 
dissimulé par des granulations graisseuses. 

La RATE, surchargée de pigments, est hypertrophiée, 
lisse ou bosselée: sa coupe est molle, diffluente, noire au 
niveau des bosselures. Cette coloration s'atténue au contact 
de l'air. 

Muscles. — Les lésions du système musculaire, loca- 
lisées ou diffuses, sont plus ou moins prononcées, mais 
elles ne manquent jamais : les psoas, les adducteurs de la 
cuisse, les muscles de la région crurale antérieure, les 
fessiers, les ischio-tibiaux — puis, loin de ceux qui précè- 
dent, les muscles de la région scapulaire, sous-scapulaire, 
le grand dentelé, sous et sus-épineux, les olécraniens, enfin 
les ilio-spinaux et les muscles âeV encolure sont les plus tou- 
chés. Les autres, notamment ceux delà jambe, de l'avant- 
bras, de la tète, sont généralement sains. Le coeur demeure 
rarement indemne. 

L'altération, des psoas est quelquefois tellement pro- 
noncée qu'en ouvrant l'abdomen on voit, à la région 
sous-lombaire, une sorte de tuméfaction de couleur 
bleuâtre, bien apparente, à travers la séreuse péritonéale. 
Cette coloration est due à des ecchymoses ou à une vaste 
hémorragie sous-lombaire qui englobe la masse des psoas 
et se prolonge, quelquefois, à travers les piliei's du dia- 
phragme jusqu'à l'intérieur de la cavité pectorale. Ordi- 
nairement la quantité de sang épanché est moins considé- 
rable ; le caillot présente les dimensions d'un œuf de dinde, 
de poule, ou est plus petit encore. Les hémorragies révèlent 
les déchirures musculaires q\x\ se sont produites pendant la 
vie sous l'influence de violents efforts qu'effectue l'animal 
pour se maintenir debout. Un ou plusieurs psoas présen- 
tent des interruptions dans leur continuité; il existe une 
cavité intramusculaire située au centre de la partie 
charnue dans laquelle flottent les extrémités des fi')res 



68 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

musculaires rompues à diverses hauteurs; les extrémi- 
tés déchirées des fibres sont distantes de 2 à 3 centi- 
mètres. 

D'autres muscles [scalénc, muscles de l'encolure) pré- 
sentent également des traces de déchirure ; mais celles-ci 
sont beaucoup moins étendues : elles sont bornées h 
quelques faisceaux, et s'accusent, à l'œil, par des taches 
ecchjmotiques du diamètre d'une pièce de 20 cen- 
times à celui d'une pièce de 1 franc, qu'on découvre en 
pratiquant des sections musculaires longitudinales ou 
transversales. 

La couleur des muscles malades est toujours modiliée ; 
elle est grisâtre, rouge, rouge foncé, rouge livide dans les 
cas foudroyants ; jaune orangé, jaune pâle ou même 
blanchâtre dans les cas à évolution lente. 

La décoloration n'occupe pas toujours toute la masse 
d'un muscle ; elle se présente, souvent, sous laspecl de 
taches disséminées, de grandeur, de forme et de teinte 
variables, ce qui indique que l'altération qu'elles expri- 
ment ne se produit pas partout en même temps. 
• La consistance du muscle est considérablement dimi- 
nuée dans tous les points décolorés. Une pression légère 
suffit pour faire pénétrer le doigt dans son tissu, qui 
s'écrase facilement; la plus faible traction rupture ses 
fibres. 

Le tissu musculaire est tuméfié, u'démateux ou sec, 
presque exsangue, cassant, et ressemblant, plus ou moins, 
à un morceau de chair cuite. 

Vexamen microscopique révèle une série d'altérations 
musculaires plus ou moins différenciées qui rappellent : la 
tuméfaction trouble, la dégénérescence graisseuse ou 
granulo-graisseuse. la dégénérescence cireuse ou vitreuse 
et, exceptionnellement, la sclérose musculaire à l'état 
embryonnaire. 

La tuméfaction trouble marque le début des altérations 
dégénératives des fibres musculaires ; celles-ci sont tumé- 



HÉMOGLOBINURIE MUSCtLAIRE PAROXYSTIQUE. 69 

fiées, opaques, granuleuses ; la striation est moins visible 
ou efTacée; le sarcolemnie est encore normal. 

La dégénérescence graisseuse est l'altération la plus 
répandue ; elle s'observe partout où les muscles sont 
friables et offrent une teinte jaunâtre; elle existe aussi 
mais moins prononcée, dans les muscles, qui, à l'œil nu, ne 
semblent pas altérés. 

La transformation cireuse, ou dégénérescence vitreuse, 
rend les fibres musculaires transparentes, hyalines; elles 
présentent un reflet brillant analogue à celui de la cire 
blanche. 

Fragile et dépourvu de striations, le contenu sarcolem- 
mique présente, de distance en distance, des espèces de 
fentes transversales ou même des cassures complètes. 

Les morceaux sont irréguliers, vitreux, complètement 
détachés ou adhérents par places et maintenus par le 
sarcolemme coloré en jaune qui comprime les extrémités 
des blocs vitreux. Cette dégénérescence, comme celle qui 
précède, est très inégalement répartie ; des faisceaux 
intacts ou à peine granuleux siègent à côté des faisceaux 
complètement transparents et vitreux. 

Toutes ces altérations se pi'oduisent avec une grande 
rapidité, puisqu'on les l'encontre, déjà bien caractérisées, 
chez des sujets morts le quatrième, le troisième et même 
le deuxième jour de la maladie. 

Certains muscles, très tuméfiés sont noyés dans un 
exsudât fibrineux (myosite parenchymateuse). 

Les noyaux des fibres musculaires, « volumineux, mul- 
tipliés, nettement colorés, sont disposés en série, soit à 
la surface, soit dans l'épaisseur des faisceaux, et le tissu 
conjonctif interfasciculaire a subi un commencement 
d'organisation » (Lucet). 

Moelle épinière. — Les lésions médullaires, recherchées 
en raison des troubles locomoteurs, sont inconstantes et 
disparates. Quand elles existent, elles sont limitées au 
renflement lombaire ou s'étendent le plus souvent jusqu'au 



70 MALADIES PAR ALTO-INTOXICATION. 

renflement brachial. Décrites i)ar Coiilbeaux (1824), el 
Bouley jeune (1828), Adenot (18(14). on leur a attribué en 
France un rôle prépondérani . 

La congestion simple de la uioelle ou de ses enveloppes 
est l'altération la plus commune; elle est visible même à 
travers les méninges. 

Les vaisseaux superficiels du canal rachidien sont lor- 
lement injectés. Quand la dure-mère est incisée, la 
moelle apparaît avec sa teinte rosée, rouge vif ou rouge 
sombre; les vaisseaux qui rampent à sa surface sont 
distendus parle sang; le liquide arachnoïdien est rosé 
et plus abondant qu'à l'état normal. On trouve parfois 
de nombreuses adhérences entre les doux feuillets de 
l'arachnoïde. De la face interne de la pie-mère s'élèvent 
des vaisseaux chargés de sang qui pénètrent dans la 
substance propre de la moelle. Les coupes longitudinales 
ou transversales de cet organe permettent d'apercevoir, 
à l'œil nu, un pointillé prononcé dans la substance grise, 
principalement au niveau des cornes. Les vaisseaux 
capillaires y sont fortement dilatés, déchirés, ou offrent 
des renflements fusiformes, des réseaux magnifiques, 
comme s'ils avaient été gonflés par une injection artili- 
cielle. 

Les ruptures vasculaires sont souvent si nombreuses que 
l'on constate une véritable apoplexie de la moelle, carac- 
térisée par uneextravasation du sang, soit à la surface, soit 
à, l'intérieur du cordon médullaire. Tantôt, en elTet, les 
caillots accumulés à sa surface dépriment et déforment cet 
organe; tantôt, formés dans son épaisseur, ils réduisent 
mécaniquement en bouillie la substance grise, lis sont plus 
ou moins nombreux, irrégulièrement répartis, plus abon- 
dants d'un côté que de l'autre : le sang peut même ru]>- 
turer la muqueiise, qui tapisse le canal de l'épendyme et se 
répandre dans son intérieur. 

Ces altérations occupent la moelle lombaire, parfois la 
partie moyenne de la région dorsale, parfois la ré- 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 7t 

gion brachiale, exceptionnellement la région bulbaire. 

Quand ces lésions ne sont pas suffisantes pour déter- 
miner immédiatement la mort, elles se compliquent d'un 
c(M"tain degré de ramollissement médullaire, d'épaississe- 
luent de la dure- mère et d'arachnoïdite rachidienne. 

Nerfs. — Les nerfs qui émergent de la moelle présentent 
à leur origine, surtout au niveau du plexus lombo-sacré, 
une coloration jaunâtre, lis sont plus volumineux quà 
l'état normal, congestionnés et ecchymoses, ou bien infil- 
tri's d'un peu de sérosité jaunâtre ou gélatiniforme, soit à 
leur issue des trous rachidiens, soit sur divers points de 
leur trajet extérieur. 

Les nerfs fémoraux sont fréquemment altérés sur une 
étendue de 4 à 5 centimètres; les flbres sont dissociées; 
les tubes nerveux sont souvent ruptures et dégénérés. 
Les troncs sciafiques racines desfcmorau.r) sont quelquefois 
congestionnés au niveau du bord externe de l'ischium, au 
point où le tronc nerveux, après avoir rampé sur le liga- 
ment sacro-sciatique, s'infléchit en bas pour descendre 
entre les muscles ischio-tibiaux; mais toutes ces altérations 
nerveuses sont également inconstantes. 

Reins. — Les reins, toujours altérés, le sont à des degrés 
divers ; ils sont congestionnés, piquetés de rouge, noirs 
comme de l'encre (Berger) ; ils s'écrasent facilement sous la 
pression du doigt ; le bassinet renferme une grande quan- 
tité de liquide trouble, brunâtre, dans les cas d'hémoglo- 
biniirie fiuraiuKë. Ils sont mous, friables, ramollis au point 
de tomber en détritus par leur propre poids quand la mort 
est rapide, grisâtres, œdémateux, hypertrophiés quand la 
mort est plus tardive. Ces organes incisés laissent écouler 
plus ou moins de sang ou de sérosité claire suivant que la 
mort est survenue plus ou moins rapidement. 

A Vexarneii microscopique, tous les capillaires sont 
dilatés. Les cellules épithéliales des tubes contournés ont 
subi la tuméfaction trouble. Les tubes droits sont presque 
sains ; les glomérules de Malpighi sont le siège d'une 



72 



MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 



altérai ion caractérisée par la présence, dans la cavité 
glomériilaire, d'un liquide granuleux contenant des cel- 
lules migratrices qui peuvent exister aussi dans les 
vaisseaux glomérulaires. Parfois, on observe un épanche- 
ment de globules rouges et de leucocytes dans la capsule 
de Bowmann. Une exsudation albumineuse les sépare 
quelquefois de leur enveloppe séreuse. 

Lorsque la maladie a duré quelque temps, les lésions de 
la substance corticale sont plus 
avancées. 

Vues au microscope, les cel- 
lides épithélialc's des tubes con- 
lournés sont hypertrophiées, 
granuleuses ; leur bord libre 
est déchiqueté, frangé. Elles 
présentent souvent plusieurs 
noyaux (lig. 7i. 

D'autres fois, elles sont tel- 
lement hypertrophiées qu'elles 
bouchent la lumière du con- 
duit. Les tubes rénaux sont pri- 
vés de leur épilhélium. vides, 
ou renferment des cellules 
épilhéliales desquamées, iso- 
lées ou réunies en amas 
(Lucet) (1). 

Le tism conjonctif intertu- 
nurie. 11 apparaît constitué d'une bulaire est parfois creusé. par 

matière homogène, colloïde, et i i .,,.,,.. 

de cellules épithéiiaies (couche P'^ces, de cavites iiTegulieres. 
médullaire). de dimensions variées, refou- 

lant, et écartant les tubes ré. 
naux ; ces cavités sont remplies de débris de globules et 
de cristaux d'ht'moglobine. 

Pronostic. — Le pronostic est variable suivant le degré 
d'intensité des crampes et d'impuissance locomotrice. 

(1) Lucet, Rec. deméd. vêt., 189'i, p. 162. 




Fig. 7. — (-vlindre urinaire (coupé 
longitudinalement) dans le rein 
d'un cheval mort dhémoglobi- 



HEMOGLOBIXLRIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 73 

Les animaux qui continuent de travailler quand la 
maladie l'ait son apparition succombent ; ceux qu'on ar- 
rête d'emblée guérissent généralement. Demilly disait 
avec raison : « Faites marcher le cheval frappé de con- 
tracture pelvienne, il périra. Faites rester l'animal sur 
place, il guérira. » C'est que, dans le premier cas, on ajoute 
à l'intoxication préexistante l'empoisonnement déterminé 
par les produits issus des muscles contractures, tandis que, 
dans le second, on permet aux produits toxiques de s'éli- 
miner, à la contracture de se dissiper et aux muscles de 
revenir à l'état physiologique. La maladie est bénigne 
quand la tuméfaction des muscles est appréciable ou 
qu'elle est localisée aux muscles de l'avant-main : elle est 
plus grave quand les lésions musculaires intéressent le 
train postérieur ; elle est mortelle quand les myosites sont 
généralisées et l'excitation considérable : c'est la mort à 
bref délai quand la respiration est précipitée, le pouls 
petit, rapide et les muqueuses cyanosées. Les animaux 
tombés qu'il faut transporter dans une écurie guérissent 
rarement; les mousements violents auxquels ils se livrent 
précipitent leur mort. 

L'époque de l'émission de l'urine et la qualité de ce 
liquide ont une certaine valeur pour établir le pronostic. 
Les symptômes généraux s'atténuent en effet d'autant 
plus rapidement que la sécrétion rénale se rétablit plus 
promptement et que la vessie évacue l'urine hémoglobi- 
nurique. La maladie est d'autant plus grave que l'urine est 
plus foncée et plus riche en albumine. 

La mortalité est variable suivant les cas qu'on envi- 
sage. 

Elle est considérable pour les cas de paraplégie confir- 
mée ; cette maladie fait périr 70 p. 100 au moins des 
sujets atteints; le pourcentage de la mortalité est beau- 
coup moins élevé si l'on considèi'e le nombre des sujets à 
peine frappés qui résistent. Le taux de la mortalité est tou- 
jours beaucoup plus élevé dans les écoles vétérinaii-es, où 
Cadé.\c. — Pathologie interne. VII. 5 



74 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATIOX. 

sont amenés la plupart des animaux gravement atteints, 
que dans les clientèles civiles. 

Le traitement utilisé fait t'galemenl varier le pronostic. 
Les révulsifs ou les irritants cutanés, comme l'essence de 
térébenthine, assombrissent le pronostic. 

Diagnostic. — Le diagnostic de l'hémoglobinurie du 
cbevcil est facile; la soudaineté de son apparition sur les 
animaux remis au travail après quelques jours de repos, 
la tuméfaction des muscles, la chute ou l'impuissance 
motrice et l'émission d'urine noire ou foncée et ailiumi- 
neuse sont des signes caractéristiques. 

Les coliques s'en différencient toujours, quelle que 
soit leur origine, par la dilTiculté ou l'impossibilité 
qu'éprouvent les sujets hémoglobinuriques pour se 
relever. 

La THROMBOSE DE l'aorte POSTÉRIEURE cst facilement 
reconnue à l'aide de l'exploration rectale. D'ailleurs, les 
symptômes se dissipent rapidement quand l'animal est 
arrêté ; la maladie s'accuse essentiellement par une boi- 
terie intermittente à chaud, 

La PARAPLÉGIE INFECTIEUSE olfre, au contraire, beaucoup 
de traits communs avec l'hémoglobinurie. Elle débute, 
comme elle, à l'écurie ou après un instant d'exercice, mais 
elle est plus franchement épidémique et s'accompagne 
d'une tuméfaction plus ou moins prononcée de la vulve 
chez les juments, et d'inilammation des organes génitaux 
avec rejet d'urine non colorée (Voy. plus loin, Paraplégie 
infectieuse). 

Traitement préventif. — Les moyens préventifs sont 
pluseflicaces que les moyens curatifs. Les chevaux sont à 
l'abri de la maladie quand ils effectuent un travail régulier 
ou quand on a soin de diminuer la ration et d'administrer 
des purgatifs pendant la période de repos. La diminu- 
tion de la rai ion d'avoine, quand on ne la supprime pas 
entièrement pour la remplacer par de la mélasse qui pos- 
sède une action purgative par ses sels de potasse, les 



HEMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 75 

dimanches et les jours de fête, est un moyen d'une effica- 
cité certaine pour empêcberrauto-intoxication qui prépare 
l'attaque d'hémoglobinurie. il faut reiloubler de soins 
envers les animaux pendant la saison froide, les mettre 
au régime de la demi-ration quand ils sont trop gras, 
éviter de les tenir dans des écuries trop chaudes; il 
faut aérer celles-ci de manière que leur température soit 
à peine plus élevée que celle du dehors. Il est utile 
de couvrir les chevaux, qui sont exposés à s'arrêter et à 
demeurer immobiles au dehors, les jours de brouillard. 

Traitement curatif. — La principale indication à rem- 
plir, c'est défaire éliniinerlesprincipes toxiques accumulés 
dans l'organisme aussi prompteraent que possible, de 
manière à éviter la chute du sujet. On a recours à des 
moyens hygiéniques et ù des moyens thérapeutiques. 

1° Moyens hygiÉxXiques. — Quand on a lachance d'inter- 
venir dès le début de la crise, c'est-à-dire avant la chute, au 
moment de l'apparition des tremblements musculaires, il 
faut arrêter les animaux sur place, les dételer, les bou- 
chonner, les couvrir, les réchauffer, les maintenir immo- 
biles, une demi-heure au moins, ou n'exiger d'eux d'autres 
efforts que ceux qui sont indispensables dans quelques cas, 
pour les conduire, aussi doucement que possible, à l'écurie 
la plus voisine. A la campagne, on peut immobiliser 
l'animal sur le bord du chemin: une tente montée à l'aide 
d'une toile et de quelques piquets sert d'écurie. En ville, 
il est préférable de faire entrer lemalade dans une voiture 
ad hoc et de lui éviter ainsila'moindre fatigue musculaire. 
Il ne faut jamais songer à le faire sortir de l'écurie où on 
l'a fait entrer qu'après sa guérison complète. 

L'expérience a prouvé que la maladie est d'autant plus 
bénigne que ces conditions sont remplies d'une manière 
plus parfaite. Les conducteurs, ignorant les conséquences 
des efîorts excessifs qu'etfectuent les animaux pour mar- 
cher pendant les premiers moments de la paraplégie, et 
espérant les ramener à domicile, les poussent jusqu'à 



76 MALADIES PAR AITO-IXTOMCATIOX. 

ce qu'ils tombent pour ne plus se relever (Trnsbot). 

Si les malades sont déjà tombés au moment où Ton 
arrive près d'eux, il faut les entraver afin de lesempéclicr 
de se débattre et de s'épuiser ; il faut éviter de les bisser 
dans des voitures de transport à l'aide de moj'ens de 
traction trop violents; il faut les cbarger avec inliniment 
de précaution en les maintenant solidement pour les em- 
pêcher de s'agiter et de se l'aligner à l'excès. Les chances 
de guérison sont alors presque nidles : les tractions 
nécessitées par le chargement, le bruit et la trépidation 
de la voiture pendant le transport, surexcitent le malade, 
qui s'épuise et succombe presque toujours. 

2° Moyens thérapeutiques. — La saignée, proportionnée 
à la vigueur du cheval et à l'intensité des symptômes, est 
indiquée quand l'hémoglobinurie est caractérisée par des 
symptômes intenses, non seulement pour combattre la 
congestion, mais encore ])Our débarrasser l'organisme 
d'une partie des principes toxiqut>s qu'il renferme. Chez 
les chevaux de forte taille, ime saignée de 3 ou 6 litres 
de sangestindi(|uée. Quand l'affection est àpeine esquissée, 
il n'est pas nécessaire de retirer une aussi grande quantité 
de sang. Ce moyen de traitement, regardé comme inutile 
par de nombreux auteurs ou praticiens (Hulyra et Marek, 
Schlegel, Braund, Breton, etc.), est généralement employé 
en France, et donne d'excellents résultats dans les cas 
graves. 

La constipation doit élre immédiatement combattue à 
l'aide des lavements simples, glycérines, ou renfermant 
du sulfate de«oude. qui amènent l'expulsion des crottins 
durcis accumulés dans le rectum et des injections de pilo- 
carpine ou de pilocarpine et d'ésérine mélangés; on 
administre, en même temj)s, dans les boissons, des j)urga- 
tifs comme le sulfate de §oude et de magnésie. 

Tous ces agents suppriment les poisons digestifs. 

On peutassocier l'iodure de potassium (15 à 23 grammes) 
ausalicylaled'ésérine (10 cenligrammes) considéré comme 



Ht.MOGLOBlNURIE MUSCULAIllE PAROXYSTIQUE. 77 

évacuant de l'intestin (Braund), ou employer les alcaloïdes 
hypersécrétoires, comme la pilocarpine et l'ésérine. 

Les diurétiques sont indispensables pour accélérer l'éli- 
mination de tous les principes toxiques: le rétablissement 
rapide de la sécrétion urinaire est généralement d'un bon 
augure chez le cheval hémoglobinurique ; les mictions 
abondantes hâtent la guérison : le bicarbonate de soude, 
la lactose, le lait, les boissons mucilagineuses. la théobro- 
mine sont donc indiqués. On pratique journellement des 
injections d'éther camphré (trois à quatre piqûres de 
2 grammes de camphre dissous dans 10 grammes d'éther 
[lour soutenir la tonicité cardiaque). 

Les excitants du système nerveux et particulièrement 
ceux de la moelle ont été conseillés pour remédier à 
l'impuissance musculaire ; mais ils n'ont aucune action 
curative ; les antispasmodiques sont préférables pour 
calmer l'excitation du sujet et l'empêcher de se débattre. 
Le camphre, le bromure de sodium (oO à 70 grammes), 
de potassium 3 à .5 grammes , la morphine, le chloral. le 
sulfonal remplissent cette indication : mais, si les ani- 
maux demeurent tranquilles, leur administration est 
contre-indiquée. 

On peut associer les calmants [bromure de sodium) aux 
diurétiques, comme le sucre à haute dose loOO grammes) 
(Leitz, Green. Metzger). 

Les révulsifs doivent être absolument proscrits pendant 
toute la durée de la maladie. 

L'hydrothérapie calmeles animaux et donne aux muscles 
le temps de récupérer leur contractilité ; elle est tou- 
jours utile ; son elTicacité est reconnue, et son emploi 
mérite de se généraliser. Ses effets salutaires ont été 
constatés en utilisant l'eau froide ou l'eau chaude, les 
compresses humidesou les irrigations continues (Lafosse, 
Hartenstein. Marion, Rippert, Maris et Ranvier). Un drap 
plié en quatre ou en huit, trempé dans l'eau froide le 
printemps, l'été ou l'automne, dans l'eau chaude l'hiver, 



78 MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION. 

est appliqué sur la rt'gion Ioml)aire ou les groupes mus- 
culaires les plus tumélit'S ; on Tarrose toutes les dix 
minutes pour maintenir la région dans le même degré 
d'humidité et assurer la continuation de l'eiïet analgé- 
sique et sédatif obtenu. 

On peut restreindre Tévaporation en appliquant une 
toile cirée mince sur le drap mouillé. 

Sur 9 cas traités par ce procédé, Jouquan et Grenier ont 
obtenu 9 guérlsons. Sa supériorité sur les agents irri- 
tants locaux est aujourd'hui universellement reconnue. 

Les analogies que nous avons fait ressortir entre l'hémo- 
globinurie paroxystique et la fièvre vitulaire ont suggéré 
l'idée de pratiquer des injections sous-cutanées d'air ou 
d'oxigène purs. Brunschwik a utilisé plusieurs fois ce 
traitement avec succès (1). 

Le sérum artificiel h 7 p. 1000 injecté dans la jugulaire 
à la dose de 2 à 3 litres augmente la tension sanguine 
et tend à rétablir la diurèse. 

Le lavage du sang et, par lui, des muscles altéréssemble 
devoir faire disparaître leur impotence fonctionnelle. 
Heichlinger a obtenu de bons résultats en injectant, deux 
fois [)ar jour, 3 litres de sérum artificiel ; Bergeon, en 
remplaçant la quantité de sang enlevée à l'aide du trocart 
par unequantité égale desérum; Péricaud, en utilisant un 
sérum alcalin à base de potasse. Neilson et Terrj recom- 
mandent, chez V homme, le chlorure de calcium comme 
agent susceptible d'empéclier l'hénioglobinurie. 

Règle générale, au bout d'un, deux jours au plus, une 
première émission d'urine noire a lieu; elle est suivie 
d'une seconde et d'une troisième dans un court délai, puis 
les sjmptômes généraux s'atténuent ; la station quadrupé- 
dale est reprise et l'animal est hors de danger. 

Quand le décubitus se prolonge au delà de ce temps, 
il^gêne l'exercice desprincipalesfonctions.il fauts'elforcer 

(1) biunic\\\\'i\i. Journal (le Lyon, 1911. 



HÉMOGLOBINURIE MUSCULAIRE PAROXYSTIQUE. 79 

de relever le malade, de le maintenir debout à l'aide d'ap- 
pareils de suspension; mais, pour donner de bons résul- 
tats, la suspension ne doit pas être continue ; il faut qu'on 
puisse alternativement relever le malade et le soutenir, le 
descendre sur la litière quand on s'aperçoit qu'il se 
fatigue. 

D'ailleurs, la suspension n'est vraiment salutaire que 
lorsque le malade, une fois debout, s'aide un peu lui- 
même, sinon, il est préférable de le laisser couché et de le 
retourner deux ou trois fois par jour. 

Au début de la convalescence, il faut surveiller le régime 
et administrer de légers purgatifs. 

On combat la tuméfaction musculaire à l'aide de fric- 
tions d'alcool camphré ; quelques promenades achèvent 
de la dissiper. Contre les paralysies locales des muscles 
rotuliens, on utilise les frictions résolutives avec l'alcool 
camphré seul ou additionné d'essence de lavande, de 
térébenthine, ou irritantes avec la teinture de cantharide, 
les frictions de teinture de noix vomique, les sétons ap- 
pliqués sur la région malade, le feu en raies, l'électricité. 

L'exercice est à cette ("poque très utile ; il faut mettre 
les malades en liberté dans un enclos, prairie, cour, où ils 
puissentse mouvoir, et aussi forcer les animaux à marcher 
pendant plusieurs heures tous les jours. 

L'atrophie musculaire est combattue par des injec- 
tions de solutions saturées de sel marin ; on injecte en 
moyenne 5 grammes de la solution en deux points diffé- 
rents; le lendemain, il existe un engorgement irrégulier, 
bossue, remplaçant la concavité de la veille. On injecte 
alors 10 centigrammes de sulfate de strychnine au grasset 
pendant cinq jours ; les muscles atrophiés augmentent 
rapidement de volume (Maris et Ranvier). 



LIVRE IX 

APPAREIL URINAIRE 



CHAPITRE PREMIER 
REINS. 

I. — CONGESTIONS RÉNALES. 

Les congestions rénales sont aiguës ou chroniques. Ces 
deux formes diffèrent entièrement par leur origine, leur 
mécanisme pathog(''ni(|ue, leur évolution, leur répercussion 
immédiate sur la fonction de l'organe et par toutes leurs 
conséquences. Les congestions aiguës appartiennent aux 
processus inflammatoires ou toxiques : les comjestions 
chroniques dépendent d'une stase veineuse et trouvent leur 
expression la plus complète dans le rein cardiaque. On les 
observe chez toutes les espèces animales. 

I. — SOLIPÈDES. 

A. — CONGESTION AIGUË. — HÉMORRAGIE RÉNALE. 

Définition. — Les congestions rénales actives ou aiguës 
sont des états pathologi(iues d'ordre toxique, infectieux ou 
traumatique, caractérisés, au poini de vue clinifjiie. par 
des coliques urinaires. 



CONGESTION AlfiUE. — HKMORRAGlE RÉNALE. 81 

Étiologie et Pathogénie. — a. Toutes les intoxications, 
notamment celles qui résultent de la cantharide, de l'if à 
baies, de la scille, de la brvone, de l'essence de térében- 
thine, des nitrates, retentissent sur le rein ; les poisons ne 
peuvent s'éliminer sans léser plus ou moins le filtre rénal 
au passage. Les congestions dues à des plantes toxiques 
mélangées aux aliments sont très rares; les animaux ne 
les ingèrent pas. L'ingestion d'eau de mer peut la produire 
accidentellement (Williams). 

b. Les infections générales réalisent le mieux la conges- 
tion rénale par un mécanisme complexe dans lequel il 
faut faire la part des toxines qui irritent Tépithélium rénal 
et suscitent des vaso-dilatations comme la tuberculine, la 
malléine, et celle des microbes qui cultivent dans le rein 
comme les staphylocoques, les streptocoques, les bacilles de 
la morve (Conte et Bosc). Ces congestions rénales infec- 
tieuses sont de simples déterminations locales d'un état 
morbide général ; elles sont communes dans les pneumo- 
nies infectieuses, dans Vanasarque et la piroplasmose aiguë. 
On peut les voir apparaître à la suite du froid, qui dé- 
termine le trouble vasculaire. préface de la néphrite 
aiguë. 

c. Les traumatismes comme les contusions de la région, 
les violents efforts de tirage, les chutes violentes, les coups 
de pied sur le dos (Violet, Caroni, Lapôtre) sont rarement 
des causes de congestion rénale. La surexcitation de la 
circulation, par une longue course désordonnée, a une 
action plus directe sur la dilatation des vaisseaux l'énaux 
et peut provoquer la rupture de ces organes (Cadéac, 
Avérons, Schmidt, Guillemin et Cadix) (fig. 8). 

L'irritation d'un point quelconque des muqueuses de 
la vessie, de l'urètre, des uretères et du bassinet, peut 
déterminer, par voie réflexe, la vaso-dilatation rénale. Les 
calculs rénaux, les tumeurs sont également suivies de vaso- 
dilatations actives directes ou réflexes. 

Symptômes. — La symptomatologie de la congestion 

5. 



82 REINS. 

rénale active se confond, gcnéralemenl. avec celle ilc la 
néphrite aiguë qui raccompagne. 

L'animal, subitement frappé, ralentit l'allure s'il est 
au travail; sa démarche est embarrassée ; ses membres 
postérieurs, déplacés avec peine, décrivent un mouvement 

d'abiluclion très pro- 
noncé. La douleur est 
vive; la physionomie 
anxieuse ; les mu- 
queuses s'injectent : 
le sujet se couche, 
se relève ; il présente 
descoliques; les reins 
sont peu ou très 
sensibles à la pres- 
sion. Une heure ou 
deux après Fappa- 
rition de ces si- 
gnes, l'animal fait 
des efforts pour uri- 
ner: il expulse alors 
une quantité toujours 
abondante d'urine, 
([ui est claire, trans- 
parente, lorsque l'ac- 
cident ne s'accom- 
pagne pas de rupture 
descapillairesrénaux. 
La quantité d'urine émise peut varier de 5 à 25 litres ; 
son poids spécifique est diminué ; elle est albuniineuse, 
hématurique. 

Quand la congestion est très vive, hémorragique, l'ani- 
mal est atteint de coliques très violentes (Cadéac), aux- 
quelles succède l'émission d'une urine très colorée ou de 
sang rutilant rejeté, par jet, en quantité assez abondante 
(Lapôtre). Dans ces cas, l'urine foiu'uit un d(''pôf abondant. 




Fig. 8. — Rupture des deux reins chez un 
c/ieraMe contrebandier pendant une course 

(Cadéac). 



CONGESTIOiN AIGUË. — HEMORRAGIE RENALE. 



83 



rouge, formé de globules sanguins et de caillots cylin- 
driques (Trasbot) ; elle est fortement albumineuse. 

Évolution. — Quand la congestion aiguë affecte des 
reins sains jusque-là, elle se dissipe vite : la miction 
devient plus facile, l'urine perd sa coloration rouge et est 
rejetée en abondance; le malade reste debout, récupère 
l'appétit et se remet rapidement ; exceptionnellement, des 




Fig. 9. — Hémorragie rénale. Le sang forme une masse englobant 
complètemenl le rein (P. Leblanc^ 



rechutes surviennent et compliquent la maladie (Trasbot, 
Violet). 

Si, -au contraire, les reins sont déjà malades, ou si 
lagression congestive est très intense, le lobule rénal est 
envahi par une congestion diapédétique intense, par un 
oedème congestif aigu qui prédomine au niveau de la porte 
d'entrée du sang artériel dans les glomérules ; la portion 
sécrétante du rein se trouve annulée par cet œdème ; il se 
produit de Vanurie et de l'empoisonnement urémique ; la 



84 



REINS. 



mort survient vers le qualriènie ou le cinquième jour. 
Quand la congestion est très inlense ou le rein très altéré, 
il se produit une hémorragie interstitielle, intracapsulaire 
ou abdominale rapidement mortelle (Cadéac, Kitt, Molle- 
reau et Porcher, Touvé). 

Anatomie pathologique. — Les reins sont tuméfiés; la 
substance corticale est pi(iuctéede rouge, hémorragique ; 
les capillaires sont dilatés, gorgés de sang ; on constate 




l'ig. m. — Coupe (lu rein i)técé<Ienl montrant l'origine des hémorragies 
(P. Leblanc). 



des hémorragies glomérulaires. périrénales : la capsule 
soulevée et distendue forme la paroi d'une sorte de kyste 
sanguin mou, élastique, crépitant, du poids de 3 à 42 kilo- 
grammes. Cette tumeur est généralement unilatérale; elle 
renferme, au centre, le tissu rénal tantôt nettement res- 
pecté, lanlùt réduit eu houillie par le [)r(icessus liémor- 
ragique (lig. 9 et 10). 

On constate généralement un vaste hématome en arrière 
de l'organe rupture. Exceptionnidlement. les deux reins se 
sont déchirés simultanément. 

Diagnostic. — La congestion aigiiè est caractérisée ])ar 
labsence de fièvre et l'émission d'urines abondantes. 



CONGESTION' PASSIVE OU CHRONIQUE. 8o 

albumineuseset hématuriqiies revenant rapidement à Tétat 
normal quand il n'y a pas hémorragie mortelle ou néphrite 
consécutive. 

h'hémoylobinurie muscitlaive s'en distingue par le déve- 
loppement rapide de troubles locomoteurs ; les indigestions 
par des coliques plus intenses : la fourhure par l'attitude 
des malades. 

Traitement. — Le traitement des congestions actives 
se confond avec celui des néphrites aiguës. Le repos, la 
diète, les diurétiques comme les carottes, le fourrage vert, 
les sédatifs comme le camphre: les révulsifs externes sont 
indiqués. 

B. - CONGESTION PASSIVE OU CHRONIQUE. 

Définition. — La congestion chronique consiste essen- 
tiellement en une stase sanguine liée à un obstacle à la 
circulation de retolir {rein cardiaque) ; elle est caractérisée 
par des urines rares, foncées, concentrées, sédimenteuses 
et albumineuses. 

Étiologie. — Les causes de la congestion rénale chro- 
nique chez le cheval sont liées à un obstacle de la circu- 
lation dans les veines émulgentes et la veine cave, ou 
bien à une maladie du cœur et du poumon. L'obstacle au 
cours du sang dans les veines reconnaît pour causes les 
thrombus, les tumeurs de toute nature, l'hypertrophie 
des ganglions lymphatiques, etc. Dans le cœur, ce sont 
les insuffisances valvulaires, consécutives aux dilata- 
tions des orifices ou à l'endocardite qui déterminent la 
stase sanguine ; dans le poumon, elle est créée par l'em- 
physème, la pneumonie chi'onique, la sclérose, en un 
mot par l'imperméabilité du tissu pulmonaire ; les épan- 
chements pleuraux en sont souvent aussi le point de 
départ. 

Symptômes. — Les urines sont peu abondantes, foncées, 
plus denses que normalement : elles deviennent albumi- 



86 REINS. 

neuses par ralentissement de la circtilation ilaus le rein ; 
elles laissent déposer beaucoup de sédiments. 

Ces manifestations rénales compliquent diverses aHec- 
lions; elles contribuent à amener l'alVailjlissement progres- 
sif du malade ; mais elles ne] sont jamais la cause de la 
mort, dont l'origine doit être recherchée dans un autre 
organe. 

Anatomie pathologique. — Les lésions son 1 1 rés variables 
suivant le dcgn'' d'anciennelé du mal. Au déi)ut. le rein 
cardiaque est hypertrophié; sa surface est lisse, sa ca[»sule 
s'enlève facilement. Sur une coupe, il paraît gorgé de 
sang : on distingue çà et là des points ecchymotiques rouges 
ou bruns, ainsi que des traînées de même nuance repré- 
sentant les glomérules et les canaux urinifères distendus 
par le sang. Au microscope, les capillaires sont dilatés; 
les cellules épithéliales de certains tubes contournés ont 
subi la dégénérescence graisseuse; il existe une légère 
infiltration interstitielle. Chez le cheval, les lésions ne 
sont généralement pas plus avancées parce que les mala- 
dies qui provoquent la congestion passive ont presque 
toutes une évolution assez rapide. Quand la pression du 
sang dans le rein est considérable, la congestion passive 
peut être suivie de la rupture de cet organe (Cadéac). 

Traitement. — Les toniques du cœur comme la digi- 
tale, la caféine, produisent les meilleurs elTets ; ils 
augmentent la sécrétion urinaire et maintiennent la 
perméabilité rénale à son taux normal. 



II — RUMIIVAATS. 

Chez les ruminants plus encore que chez les autres ani- 
maux, les congestions rénales sont des accidents secondaires 
qui apparaissent dans le cours d'un grand nombre de 
processus morbides infectieux, parasitaires ou toxiques, 
décrits autrefois sous le nom de maladies des bois (Chabert), 



CONGESTION PASSIVE OU CHRONIQUE. 87 

de gastro-entérite enzootique, de mal de brou (Reynal), de 
gastro-entéro-néphro-cystite et aussi de piroplasmose. 

Étiologie. — 1° Congestion aiguë. — Les maladies infec- 
tieuses (coryza gangreneux, charbon, piroplasmose, liémo- 
globinurie parasitaire) sont des causes certaines de conges- 
tion rénale aiguë. 

Les principe, irritants médicamenteux (nitrates, essence 
de térébenthine, etc.), ou alimentaires (pousses des arbres 
au printemps, résidus industriels altérés ou fermentes, 
aliments trop riches en huiles essentielles ou en principes 
toxiques) sont susceptibles de provoquer la congestion 
rénale. 

Chez le mouton, elle a rarement une origine alimen- 
taire (1); elle est presque toujours symptomatique d'une 
maladie infectieuse ou d'une maladie parasitaire. Chez le 
porc, elle peut résulter d'une intoxication par des aliments 
avariés, mais elle complique généralement le rouget et la 
peste. 

2° Congestion chronioue. — Elle reconnaît pour causes 
essentielles les maladies du cœur, du péricarde, du pou- 
mon {tuberculose, pleuropneiimonie), les atTections parasi- 
taires du foie, la compression de la veine cave. On la 
voit succéder à la météorisation aiguë, à l'indigestion 
chronique awec surcharge alimentaire, à \a gestation gémel- 
laire, à l'hydx-opisie des enveloppes. Chez le mouton, la 
chèvre et le porc, toutes les maladies susceptibles de 
déterminer de l'asystolie conduisent au rein cardiaque. 

Symptômes. — Congestion aiguë. — L'animal est brus- 
quement atteint de coliques sourdes. Le malade tient les 
membres rassemblés sous le corps, vousse la région lom- 
baire, se campe fréquemment pour uriner et expulse un 
liquide dont la coloration varie de la teinte normale au 
rouge foncé, hématurique. L'exploration externe ou interne 
des reins réveille une sensibilité anormale. 

(1) Cependant Weith l'a déterminée expérimentalement en faisant ingérer à 
quatre moutons sains des feuilles de dompte-venin. 



88 HEIiNS. 

Les troubles généraux sont peu accusés; l'appélit est 
diminué, le mufle se dessèche, la respiration s'accélère, 
les battements cardiaques deviennent tumultueux. 

L'évolution de cet accident congeslif est très rapide; 
en deux ou trois jours, l'animal est guéri (Drouard). Excep- 
tionnellement, l'hématurie persiste, le pouls devient fili- 
forme, la sécrétion lactée se tarit, la faiblesse devient 
extrême et l'animal meurt d'hémorragie rénale du qua- 
trième ou sixième jour. 

Les congestions passives ou secondaires ne se traduisent 
par aucun symptôme spécial, indi'pondant des altérations 
rénales chroniques. Elles demeurent toujours gouvernées 
par l'altération cardiaque, hépatique, ganglionnaire qui a 
provoqué l'asystolie rénale. 

AxATOMiE PATHOLOGIQUE. — Daus la conf/estion aiyuë, les 
lésions rénales sont très prononcées. Ces organes ont doublé 
ou triplé de volume et présentent des taches ecchymo- 
tiques à Ictu* surface, des foyers hémorragiques dans leur 
parenchyme. 

Los reins cardiaques sont durs à la pression, turges- 
cents (imhiration cyanolique). A l'examen microscopique, 
les altérations rénales sont très évidentes. Les dépôts 
sanguins siègent dans les capillaires dilatés, dont le par- 
cours, irrégulier, présente des culs-de-sac, des nids de 
jiigeon dans lesquels sont accumulés des globules rouges. 
Dans les rannux urinairos. répitindium est recouvert de 
granulationspigmentaires, reste des ht-maties. dégénérées. 
Lorsque les troubles ont atteint un certain degré, on 
observe des ruptures vasculaires; les globules sanguins 
sortis des vaisseaux s'accumulent sous forme de cylindres 
ou de sphères dans le tissu conjonclil' interstitiel. Quand 
la lésion est récente, l'absence d'inlilt ration cellulaire 
marquée permet de différencier les h'-sions congénitales 
des lésions intlammatoires (Ivilt). 

Diagnostic. — La congestion rénale est dillicile à distin- 
guer d'une néphrite hénioi'ragiipie ; l'intensité de la lièvre 



CONGESTION PASSIVE OU CHRONIQUE. 89 

et la persistance des souffrances indiquent une néphrite. 

La cystite hémorragique s'en ditTérencie par l'absence 
de coliques et par l'exploration rectale, qui permet de 
localiser le mal dans la vessie. 

Ldi piroplasmose s'accompagne d'hémoglobinurie, d'une 
hématurie et d'accès fébriles caractéristiques. Les calculs 
du rein, de la vessie ou de l'urètre provoquent parfois 
des hémorragies qui colorent l'urine en rouge; mais ces 
hémorragies sont toujours faibles, et l'animal ne présente 
à aucun moment de la polyurie ; suivant qu'ils occupent 
telle ou telle partie de l'appareil urinaire. leur présence 
est décelée par des signes spéciaux. 

Pronostic. — Le pronostic varie suivant la nature de la 
cause. Quand la congestion est d'origine alimentaire, sa 
gravité est subordonnée à la toxicité de la plante et à la 
quantité de substances toxiques ingérées. Ces réserves 
étant faites, on peut poser en principe que la congestion 
rénale est une maladie relativement bénigne, puisqu'elle 
se termine par la guérison au bout de quatre à six jouirs. 

Traitement. — Étant donnée la nature des causes, il 
est évident que le traitement est, avant tout, prophylac- 
tique. Les animaux, avant d'être conduits à la forêt, doi- 
vent recevoir un léger repas de fourrage sec, qui apaise leur 
voracité et atténue l'action toxique desplantes nouvelles. 

Quand la maladie est déclarée, la saignée est toujours 
recommandée. A l'intérieur, les mucilagineux et les séda- 
tifs (bromure de potassium, bromure de camphre) sont 
administrés à la dose de 10 à 15 grammes. Les décoctions 
émollientes d'orge ou de pariétaire, les frictions sèches 
et une douce température complètent le traitement. 

III. — C.\RMVORES. 

Ëtiologie. — La congestion aigué succède à l'ingestion 
ou à l'injection des diverses essences (Cadéac), à l'adminis- 
tration de fortes doses d'azotate de potasse. 



90 REINS. 

Les inflammations de la peau, l'eczéma généralisé, les 
brûlures étendues qui s'accompagnent de la suppression 
d'une partie de la fonction cutanée: les coups, les chutes, 
les courses désordonnées, le froid, les traumatismes 
déterminent directement ou par voie réflexe la dilatation 
des vaisseaux du rein. 

La congestion rénale clivonhiue apparaît chez le chien 
pendant le cours de l'endocardite, de la péricardite, chez 
les animaux qui présentent des altérations valvulaires 
ou d'orifice, à la suite de la pneumonie, de la pleurésie, 
de la tuberculose pulmonaire et des tumeurs du poumon , 
de l'anévrjsme de l'aorte, de la torsion de restomac 
(Cadéac), des tumeurs développées dans la cavité abdomi- 
nale. Ces divers états pathologiques ont un retentissement 
très marqué sur la circulation rénale de retour qui, 
modérée, ralentie, transforme la glande rénale en un 
diverticule éloigné du cœur (rein cyanotique). 

Symptômes. — La congestion aiguë s'accuse par une 
douleur symétrique qui se révèle d'une façon très évidente 
à la palpation de la région lombaire. L'urine normale ou 
teintée de sang est rejetée en abondance. Lorsque l'ac- 
cident est léger, ces signes sont de courte durée, et ils 
disparaissent quand on cesse l'emploi des préparations 
nuisibles; ils s'aggravent, au contraire, et peuvent aboutir 
à la mort lorsque l'agent irritant a déterminé, dans la 
substance rénale, des hémorragies de quelque importance, 
lienjamin a observé tous les signes de la congestion 
avec hémorragie rénale chez le chien (1). 

La congestion chronique se traduit par les signes des 
néphrites chroniques. 

Danstous les cas, la perméabilité du rein est diminuée ; 



(1) Benjamin, Hémorragie rénale chez un chien (Soe. c'entr., 30 janv. 
1893, p. 18). Scoffié a vu un chien mourir d'hémorragie interne à la suite 
d'une déchiriire du rein. L'existence d'un ihrombus dans une ramiricaliun 
artérielle perjuit d'expliquer la production de l'hémorragie (Revue vétéri- 
naire, i" juin 1898). 



CONGESTION PASSIVE OU CHRONIQUE. 9i 

l'urine est sécrétée en plus petite quantité ; elle est ordi- 
nairement plus foncée, plus colorée. 

Elle contient une proportion variable d'albumine ainsi 
que des cylindres hyalins et même du sang. Comme dans 
les affections chroniques du rein, l'animal s'affaiblit pro- 
gressivement. Lorsqu'il est possible de découvrir la lésion 
initiale, les symptômes, fournis par l'urine, acquièrent 
toute leur signification ; dans le cas contraii'e, le mal ne 
peut quï'tre soupçonné. 

La marche de la congestion passive du rein, subordon- 
née à celle de sa cause, est, comme elle, permanente ou 
transitoire. 

Anatqmie PATHOLO(;iQUE. — Daïïs, [â coïKjest 10 H active, les 
reins hypertrophiés présentent une coloration rouge vineux 
caractéristique ; ils se montrent parfois parsemés de taches 
ecchymotiques visibles surla membrane d'enveloppe ; l'in- 
cision de la substance rénale permet de constater l'exis- 
tence dans son intérieur détaches analogues (Benjamin). 
Quand la congestion rénale s'est compliquée d'hémorragie, 
on aperçoit, dans la vessie, un caillot sanguin plus ou 
moins volumineux. 

A l'examen microscopique, on constate une dilatation 
marquée des capillaires au niveau des glomérules et des 
vaisseaux droits; la cavité des glomérules est occupée 
par un exsudât coagulé qui refoule le bouquet vasculaire. 
Quand la congestion est très violente, les globules i"ouges 
se répandent dans le glomérule et passent à plein canal 
dans le tube contourné, dont les cellules sont altérées. 
Habituellement, les lésions s'arrêtent là quand la conges- 
tion ne se continue pas par une néphrite. 

La congestion rénale chronique [rein cyanotique) s'accuse 
par l'engorgement des étoiles veineuses de Verheyen, 

Lacouche corticale est épaissie, la substance médullaire 
montre des rayons plus accusés, rouges d'abord, pâles plus 
tard. 

La séparation des deux substances devient de plus 



92 



liKINS. 



en plus marquée ; les pyramides sont plus colorées à leur 
hase quàlcMir sommet. 

A l'examen liistologique, les (jlniiiévulcs sont le siège 
d'hémorragies; le plus souvent, ils sont partiellement ou 
totalement distendus. Quand il y a hémorragie, le sang 
épanché distend la capsule, s'infiltre dans les canalicules 




Fig. 11. — Congestion jinssive du rein. 

Chien. — Les capillaires du gloniérule sont apparents ainsi que les capil- 
laires interluliulaires gorgés de globules rouges. .\ remarquer l'oxsudat albu- 
niineux dans la cavité du corpuscule de Malpighi (rciit cyanotique). 
{Iloqucl). 



sinueux de la couche corticale, puis dans les anses de 
Henle, dans les lubes droits des rayons médullaires et les 
tubes collecteurs, où il se résout en pigment qui infiltre 
les cellules desquaméos (fig. 11). 

La disposition des vaisseaux au niveau des espaces inter- 
tuhulaires est très variable. Sur des sections perpendicu- 
laires à l'axe des pyramides, les vaisseaux sanguins très 



INFARCTUS DU REI>'. 93 

agrandis offrent un diamètre considérable. Dans certains 
cas. il existe des hémorragies interstitielles. 

Le tissu conjonctif lui-même devient malade : il subit 
un léger commencement d'hypertrophie ; avec le temps, 
l'organe prend une coloration rouge foncé bleuâtre, il 
s'indure (induration cvanosée). se densifie : sa capsule 
devient adhérente, sa surface perd son brillant et peut 
devenir bosselée ou granuleuse. Ce processus répond, 
au point de vue histologique, à la sclérose du rein. Le 
conjonctif, épaissi par points, enserre les tubes urini- 
fères : ceux-ci renferment alors un épithélium granuleux 
et contiennent des cylindres. Peu à peu, ces lésions vas- 
culaires. épithéliales et glomérulaires prennent la phy- 
sionomie de la néphrite chronique ^néphrite intersti- 
tielle diffuse) : les deux processus finissent par se 
ressembler tellement que la distinction en devient 
impossible. 

Diagnostic. — On ne réussit généralement pas à diffé- 
rencier les congestions rénales des néphrites. 

Traitement. — Le traitement est celui de l'affection 
causale. La congestion passive est combattue par des 
toniques cardiaques (digitale, caféine), et par le régime 
lacté. Le traitement des congestions actives se confond 
avec celui des néphrites aiguës. 

II. — INFARCTUS DU REIX. 

Considérations générales. — La thrombose des vais- 
seaux artériels du rein détermine la nécrose du terrain 
irrigué par l'artère obstruée. Si lembolie qui produit 
cette nécrose est aseptique, la lésion reste purement nécro- 
tique; si, au contraire, l'embolus estseptique, il détermine 
l'apparition de la purulence ou la formation d'abcès. 

Chez les solipèdes, les infections succèdent principa- 
lement aux thromboses de l'aorte et des artères rénales 
déterminées par des sclérostomes. Ces parasites déter- 



94 REINS. 

ininenl le rétrécissement ou rocckision dos artères rénales 
ou de l'une d'elles seulement. Le rein s'atrophie comme 
le testicule bistourné quand des germes septiques ne sont 
pas enfermés dans l'orijane privi' de circulation (Cadéac. 
Lustig, Ostermann). 

Chez tous les animaux, les infarctus des reins succèdent 
à Vendocnrdite ulcéreuse et aux diverses infections san- 
guines susceptibles de provoquer des embolies rénales. 

Chez les veaux, les agneaux et, quelquefois, chez les 
poulains, les infarctus résultent d'une omphalo-phlébite. 

AxATOMiE PAïHOLOGigi'E. — Lcs infarctus se présentent 
généralement sous la forme de petites masses blanc gri- 
sâtre, de dimensions variables; ilssontsous-capsulaires et, 
dans ce cas, hémisphériques, lenticulaires ou intrarénaux; 
leur coupe rappelle alors la disposition de la surface d'une 
pyramide à sommet dirigé du côté du bile (Brault). Les 
infarctus sous-capsulaires, d'abord de niveau avec la 
surface du rein, ne tardent pas ii se déprimer, et ils 
entraînent dans leur mouvement de retrait la capsule 
fibreuse. Cette rétraction ne s'arrête que lorsque toute 
la substance mortifiée est résorbée. La portion conique de 
l'infarctus disparue est remplacée par l'adossement de 
deux lames conjonctives. 

A l'examen microscopique, il est facile de se rendre 
compte des phases successives par lesquelles passe l'in- 
farctusavant de disparaître complètement. Les capillaires 
avoisinant le territoire nécrosé se montrent chargés de 
gouttelettes graisseuses, de granulations et de matières 
pigmenta ires. Les lymphatiques participent largement 
à la réparation: les phagocytes contribuent à déblayer et 
à faire disparaître les parties du rein mortifiées. Ces phé- 
nomènes sont analogues, au point de vue des conséquences, 
à ceux que l'on obtient parla ligature simultanée des deux 
artères rénales. O'iclquefois, enetl'et, les infarctus occupent 
la presque totalité des reins. 

Symptômes. — Cliniqnemcnt, lesiufai'dus rénanxrestent 



DÉGÉNÉRESCENCE AMVLOIDE DU REIN. 95 

latents ou sont marqués par l'évolution de la néphrite ou 
du rein cardiaque. Parfois Tanimal est brusquement pris 
de coliques néphrétiques; la région des reins devient très 
douloureuse à la pression ; les mictions sont fréquentes, 
mais l'urine est rejetée en petite quantité; elle renferme 
de Talbumine. des cellules rénales, des cylindres urinaires 
et des globules du sang : hématurie visible à l'œil nu ou 
au microscope (cyto-examen de l'urine). 

Malgré tout, on ne soupçonne généralement pas la 
production ou l'existence d'infarctus. 

Traitement. — On ne peut ni les prévenir ni les guérir. 

III. — DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOIDE DU REIN. 

Étiologie. — La dégénérescence amyloïde du rein est 
toujours une affection secondaire ; elle est la conséquence 
de l'action prolongée de toxines ayant déterminé un état 
cachectique plus ou moins pi'ononcé. 

Les suppurations persistantes, les injections répétées de 
toxines (toxine pyocyanique, etc.) peuvent la produire. Elje 
a été observée chez le cheval (Rabe), chez le hœuf{Rahe), 
chez le chien (Rabe, Rivolta, Kitt, Dortlinger), chez le chat 
(Mathis). 

Symptômes. — Son histoire clinique est à peine ébau- 
chée chez les carnivores; on constate des œdèmes, 
accusés surtout au niveau des membres, de l'ascite, de 
l'albuminurie et des accidents urémiques: vomissements, 
faiblesse paralytique, coma, coUapsus. Comme on le voit, 
ces signes ne diffèrent en rien de ceux de la néphrite 
chronique. 

Son évolution est lente ; elle tue par hémorragie consé- 
cutive à l'altération des vaisseaux ou par urémie due à la 
dégénérescence de l'épithélium des tubes urinifères. 

Ânatomie pathologique. — Le rein amyloïde ressemble 
au gros rein blanc, c'est-à-dire au rein affecté de néphrite 
parenchymateuse diffuse, chronique; sa surface est lisse. 



96 



REINS. 



blanc jaunAfrc et pou vascularisée : il se dccnrtique faci- 
lement. A la coupe, sa consistance est à la fois pilleuse et 
un peu ferme, sans élasticité; la section est lisse, sèche, 
presque exsangue. 

Les gloniérciles sont augmentés de volume et ont subi la 
tuméfaction liyaline ; dans les anses des canalicules urini- 
fères, on constate la présence de cylindres homogènes à 
reflets mats et peu réfringents. 

Traité par la solution iodo-iodurée, le tissu rénal devient 
rouge-acajou et vire au bleu d'acier sous l'action de l'acide 
sulfurique. 

Sur les coupes minces, d'ailées soit par une solution 
iodurée faible, soit par le violet de métbylaniline, on 
colore en brun par l'iode, en rouge 
par le violetde méthyle, toutes les 
parties devenues transparentes et 
hyalines par suite de la dégéné- 
rescence amyloïde. 

Traitement. — Le traitement 
préventif dirigé contre toutes les 
causes de suppuration prolongée 
est seul -efiicace. Sinon la théra- 
peutique n'a aucune prise sur la 
dégénérescence amyloïde. 

IV. _ Dr:(iK.NËHKSCENCE 
URAISSEUSE. 

La stéatose rénale est un fait 
pulhologique chez tous les animaux, 
saufchezie chirn et le clntl, où la 
graisse existe normalement dans 
l'épilhélium rénal. Cette altéra- 
tion, il est vrai, fait souvent 
lai'tie intégrante des néphrites (tig. 12). 
On peut cependant observer chez le />a'i//'et le /)0;v- des 




.'ig. 12. — Dégénérescence 
graissiusc du rein chez le 
chat. — Coui)e longiludi- 
nale (d'après .Mathis). 



DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE. 97 

altérations rénales dans lesquelles la dégénérescence grais- 
seuse est prépondéi'ante. 

Les reins de pore leucémique ou lymphadénique sont 
parfois graisseux : ils ont un aspect uniformément blan- 
châtre, gris clair, à surface lisse et transparente ; leur 
consistance est peu modifiée. La substance, lie de vin, res- 
semble comme coloration à de lalaitance de hareng (Kitt) ; 
la dégénérescence est parfois si prononcée que l'on ne 
trouve plus que des vestiges de la substance tubuleuse. 

Chez le chien et le chat, l'infiltration physiologique 
graisseuse des reins est quelquefois si prononcée qu'elle 
aboutit à une destruction quasi complète de ces organes. 

CARiMVORES. 

La dégénérescence graisseuse des reins présente chez le 
chat son maximum d'intensité. 

Étiologie. — Le défaut de travail musculaire (Vulpian". 
uni à une bonne alimentation et au défaut d'urination, 
causes qui interviennent chez les chiens et les c/ia^.s d'ap- 
partement, contribuent à produire cette dégénérescence. 

11 suffit d'enfermer lescJiats pour la déterminer. 

L'albuminurie graisseuse des chats n'est que l'exagération 
dune fonction qui paraît spéciale au rein du chat : savoir 
lemmagasinement de la graisse de réserve dans le proto- 
plasma des cellules parenchymateuses. Le rein serait un 
un organe où la graisse, contrairement à ce qui se passe 
chez les autres espèces, se déposerait de préférence, 
comme elle se dépose, par exemple, dans le tissu conjonc- 
tif. 

Les hitoxications lentes parlespoisonssléalogènescomme 
larsenic, le phosphore, les troubles circulatoires consé- 
cutifs aux maladies du cœur, exagèrent rinlillration grais- 
seuse physiologique. 

Symptômes. — La dégénérescence graisseuse, peu pro- 
noncée, ne se révèle par aucim symptôme. 

Gadéac. — Patholoijrie interne. VU. 6 



98 IIEIN'S. 

Plus tard, on peut observer une soif vive et insatiable, 
une diurèse abondante, un amaigrissement lent et fatal. 

L'amaigrissement, qui semblerait devoir amener une 
amélioration dans l'état des sujets, ne modifie rien en 
réalité, parce que répithélium».frappé a subi de telles alté- 
rations qu'il n'existe plus que dans certains points, et que. 
dans d'autres, il est incapable de fonctionner. L'albumine 
existe dans l'urine en quantité considérable; celle-ci con- 
tient, en outre, des globules graisseux qui nagent àsa sur- 
face; la sécrétion urinaire diminue; on voit survenir del'in- 
filtration des membres, de l'asrite, des signes d'anorexie, 
déclauipsie, de salivation. La démarcbe est raide : l'ani- 
mal, inquiet, fait entendre des miaulements fréquents; 
il meurt d'urémie. 

Anatomie pathologique. — Les reins atteints de dégé- 
nérescence graisseuse conservent leur volume normal ; 
ils sont p;Ues, jaunAtres. quelquefois jaune-paille; leur 
couleur varie du jaune ocreux au jaune clair. La capsule 
de l'organe se détache facilement de la substance corti- 
cale. Sur une coupe, la zone corticale présente la même 
coloration que la surface du rein ; la zone médullaire est 
pille, la ri'gion vasculaire rouge ; la surface de section est 
lisse, brillante, onctueuse au toiiclier. Le produit du raclage, 
examiné extemporanément dans quelques gouttes d'acide 
osmique, décèle la présence de nombreuses gouttelettes 
graisseuses et de cellules chargées de granulations de la 
même matière. Toutes les altérations intéressent Tépithé- 
lium, sp(''cialement Tt-pitliélium des tnbuli contorti. Quel- 
ques-uns sont sains, d'autres peu altérés, le plus grand 
nombre très malades; les globules graisseux ont envahi 
complètement les éléments cellulaires; le protoplasma a 
disparu ; les noyaux sont épars dans la masse. Les tubes 
de Henle sont absolument sains ou très malades; leur 
obstruction a pour conséquence le refoulement des gra- 
nulations graisseuses formées en amont; celles-ci s'accu- 
mulent dans le tube contourné, pénètrent dans le glomé- 



DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE. 99 

rule, où elles refoulent le peloton vasculaire (Mathis). 

Au point de vue fonctionnel, ces lésions diminuent la 

capacité sécrétoire et affaiblissent l'aptitude à résorber 







Fig. 13. — Néphrite chronique type dégénératif. 

Chat. 1, glomérule ; 2, tube urinifère dont l'épithélium est atteint de 

dégénérescence graisseuse. Les gouttelettes de graisse sont colorées en noir 
par l'acide osmique ; 3, trame sclérosée (Bail). 

l'albumine, qui sort avec le sérum de l'enveloppe de Bow- 
mann fig. 13). 

Diagnostic. — Les symptômes énumérés, observés chez 
un chat âgé. doivent faire penser à la néphrite chronique 
avec dégénérescence graisseuse. L'examen de Turine per- 
met de reconnaître lexistence de granulations graisseuses 



10(1 HKINS. 

et de cellules en voie de dégénérescence. Cet état doit être 
considéré comme fréquent puisque, sur 40 c///?^s examinés 
à la rourrièrc,28 ont été trouvésatleints de dégénérescence 
graisseuse. 

'Pronostic — La fin de cette maladie paraitètre la mort 
dans tous les cas (Trasbot). 

Traitement. — Si la dégénérescence reconnaît pour 
causes la claustration, il est évident que le traitement 
doit être surtout prophylactique. 

Il est. en elTet, iliflicile decombatire unelésiou avancée; 
les diurétiques, l'essence de térébenthine, les alcalins, à 
dose faible, doivent être essayés. 

V. — NÉPHRITES. 

Considérations générales. — Les ni'pluites sont des 
inlluuiiuations diffuses du parenchyme rénal caractérisées 
j)ar des altérations épithéliales et vasculo-conjonctives 
variables avec la nature et le degré d'activité de l'agent 
toxiipie qui préside à leur développement. Qu'un poison 
organi(pie, microbien ou minéral très violent, agisse à 
dose massive, il exerce son action sur tous les éléments 
glandulaires des reins et détermine la nécrose quasi 
totale de l'épithélium ; la réaction inflammatoire con- 
gestive et exsudative du bouquet glomérulaire et du tissu 
interstitiel est presque nulle : la mort résulte de la suppres- 
sion In-usque et complète des fonctions rénales. Une 
agression moins brutale, déterminée par un poison moins 
violent, on à plus petite dose, mais qui répète son action 
plusieurs jours de suite, comme pendant la durée de 
l'évolution d'une maladie infectieuse, est suivie de lésions 
épithéliales moins profondes et moins généralisées: les 
systèmes glomérulo-tubulaires sont atteints inégalement; 
•certains même demeurent sains, et les lésions réaction- 
nelles (congestion, exsudation plasmatique, apport leuco- 
cytaire, prolifération des cellules conjonctives interstitielles 



NÉPHRITES. 101 

et des cellules endothéliales des glomérules) s'ajoutent, en 
proportions très variables, aux lésions dégénératives. On a 
ainsi des néphrites aiguës à dominante dégénérative, con- 
gestive ou diapédétique suivant la nature et l'intensité de 
la cause provocatrice. Ces lésions peuvent se réparer d'une 
manière complète ou incomplète : la néphrite aiguë 
guérit ; mais elle peut continuer son évolution. Elle est 
dite subaiguë quand l'intoxication est prolongée ou agit à 
doses fractionnées et plus ou moins longtemps répétées. 
La réaction inflammatoire devient ici beaucoup plus 
accusée, sans exclure l'altération dégénérative; ces 
deux ordres d'altérations se combinent très diversement 
suivant les cas; la sclérose rénale commence à poindre 
dans les néphrites chroniques sans que cette altération 
puisse être considérée comme l'aboutissant fatal de toute 
néphrite de longue durée. 

On retrouve encore ici des néphrites dans lesquelles 
la cause irritante a porté tout spécialement son action 
sur l'élément épithélial, et qui demeurent ainsi des 
néphrites essentiellement dégénératives, pendant que 
d'autres sont essentiellement scléreuses et atrophiques. 
Entre le gros rein blanc et le rein granuleux et dur, on 
peut trouver tous les intermédiaires, sans qu'on puisse 
établir entre eux le moindre lien de continuité. 

Le petit rein blanc granuleux n'est pas la dernière étape 
du gros rein blanc: il est seulement l'expression d'un 
processus dégénératif et inflammatoire de moindre acuité 
et de plus longue durée. Les néphrites chroniques com- 
portent ainsi de nombreux degrés et une durée très 
variable : il y a des néphrites chroniques relativement 
jeunes comme il y en a de très vieilles. 

La néphrite atrophique lente qui répond à des intoxi- 
cations minimes représente la forme la plus âgée, parce 
que le poison, peu actif, qui attaque et détruit, une à 
une, les unités glomérulo-tubulaires de l'organe met des 
années pour parachever son œuvre et permet ainsi au 

6. 



102 REINS. 

tissu de sclérose d'atlcindi-e son maximum de déve- 
loppement. 

La néphrite interstitielle constitue donc une néphrite de 
cause bénigne exerçant une faible action sur l'épithélium 
sécréteur; la néphrite chronique à gros rein blanc, une 
néphrite à cause plus agissante qui a frappt' l'épithélium 
sans donner au tissu conjonclil' le temps de réagir et de 
s'édifier. Le gros rein blanc est un rein qui meurt jeune ; 
le petit rein atrophié est un rein qui meurt vieux ; leur 
point de départ diffère comme leur évolution. Assurément 
l'épithélium, les glomérules cl le tissu coujonctif sont 
toujours associés pour constituer lanéphrite, mais, comme 
dans les sociétés en commandite, il arrive très souvent 
que, devant l'imminence d'une catastrophe, que l'un des 
commanditaires retire la plus grande partie de ses fonds 
pendant qu'un autre y verse tous les siens pour parer au 
déficit. On a ainsi, suivant les circonstances, des néphrites 
diffuses qui sont plus épithéliales que conjonctivo-vascu- 
laires, et des néphrites glomérulaires ou en voie de 
devenir interstitielles. 

NÉPHRITES AIGUËS. 

I. — SOLIPÈDES. 

L'inflammation aiguë du parenchyme rénal est une 
maladie fébrile, à évolution rapide, caractérisée par la 
douleur rénale, le rejet d'urines rares, foncées, avec des 
signes il'uri'mie. 

Étiologie. — a. Los maladies infectieuses occupent 
une place importante dans l'étiologie des néphrites aiguës. 
La septicémie, la pyohémie, la pneumonie contagievse 
déterminent, fréquemment, une néphrite congeslive et 
hémorragique dénoncée par la présence d'albumine et de 
cylindres hyalins dans les urines. 

Les angines graves, les bronchites, les adénites 



NÉPHRITES AIGUËS. 103 

gourmeuses et toutes les affections streptococciques 
retentissent quelquefois sur le rein. Les infections coliba- 
cillaires, d'origine ombilicale, produisent, chez les jeunes 
animaux, des néphrites hémorragiques. D'autre part, les 
colibacilles peuvent produire des infections ascendantes 
ou des pyélo-n&phrites; mais ces microbes infectent or- 
dinairement le rein par la voie sanguine. On peut le 
démontrer expérimentalement : la ligature du rectum est 
suivie du passage du colibacille dans la voie sanguine, 
d'albuminurie, de glomérulite et de nécrose épithéliale 
(Posner). 

Le charbon, la morve aiguë peuvent entraîner la fonte 
granulo-graisseuse de l'épithélium rénal. 

Les endocardites, les piroplasmes sont une source de 
néphrites secondaires. 

Les néphrites, consécutives aux maladies infectieuses, 
dépendent moins des agents microbiens de ces maladies 
que de leurs toxines. Les néphrites microbiennes ne sont 
que des néphi'ites toxiques caractérisées par la nature et 
la provenance du poison pathogène. Tantôt ce poison est 
élaboré dans le sang et le rein, comme dans les maladies 
septicémiques, où le filtre rénal sert d'émonctoire aux 
microbes {streptocoques, colibacilles, bacteridie charbon- 
neuse) qui encombrent les canalicules rénaux. Tantôt la 
toxine est la seule cause de l'inflammation rénale et 
revendique, dans tous les cas, un rôle prépondérant. Les 
toxines pyocyanique, colibacillaire, stnphylococcique. pro- 
duisent des altérations épithéliales. des altérations 
vasculaires et périvasculaii-es aussi nettes que les agents 
infectieux les plus actifs. 

6. Les POISONS ENDOGÈNES déterminent des auto-intoxica- 
tions qui ne sont pas étrangères àl'éclosion des néphrites: 
les troubles gastro-intestinaux, hépatiques, élèvent la 
toxicité urinaire : les matières extractives (leucine. tyro- 
sine, créatine, etc.) provoquent la dégénérescence granulo- 
gi-aisseuse des épithéliums tubulaires; les néphrites des 



104 liEINS. 

ictéi'iqiies sont dues à une insuffisance hépatique et à 
l'intoxication biliaire. 

c. Les POISONS EXOGÈNES (cantharidine, essence de téré- 
benthine, goudron, acide phénique, acide salicylique, 
chlorate de potasse, calomel, etc., chlorolorme, ergové- 
ratrine) (Hoquet) délennincnt des néphrites variées, mais 
principalement hémorragiques et throml)Osi(pies. 

Certains toxiques ont, comme le plomb, une électivité 
évidente pour le tissu conjonctif ; d'autres, comme l'ar- 
senic etle phosphore, sefixent plus spécialement surle tissu 
épithélial. Les plantes toxiques sont rarement des causes 
d'empoisonnement et de néphrite chez \es soJiprdes ; elles 
se bornenl généralement à produire des entérites. 

d. Le FROID agit, dans maintes circonstances, comme 
cause occasionnelle, localisant diverses infections ; il peut 
engendrer, à lui seul, des néphrites aiguës ou subaigués en 
entraînant une vaso-conslriction des vaisseaux du rein 
et une diminution de la perméabilité rénale (Wertheinier, 
Delezenne). 

La réfrigération détermine, en outre, une exagération 
des produits de désnssimilation, une destruction globu- 
laire intense, une modification des fermentations intesti- 
nales et un arrêt de la fonction antitoxique du foie. Les 
néphrites a frigore deviennent ainsi des néphrites toxiques: 
elles deviennent aussi des néphrites infectieuses, car le 
froid peut amener le passage des microbes intestinaux 
dans le sang. 

Symptômes. — Certaines néphrites aiguës sont si 
légères (pioii ne constate qu'une albuminurie modérée et 
transitoire sans douleur lombaire, ni œdème, ni héma- 
turie. 11 en est souvent ainsi dans la pneumonie infectieuse, 
dans Vanasar que, àdiXis Vhémoglobinurie paroxystique, etc., 
de telle sorte qu'on a pu croire que les diverses maladies 
provoquent l'albuminurie sans lésion ai)pré('iable du rein. 

Les néphrites aiguës intenses débutent brusquement dans 
les intoxications, plus insidieusement dans les maladies 



NÉPHRITES AlfiUES. 105 

infectieuses et sont immi'diatement très graves; elles 
déterminent la fermeture du rein et ajoutent une auto- 
intoxication (urémie) à l'intoxication initiale. Les ncj>hri te s 
a frigore sont les plus nettes; les symptômes procèdent 
alors exclusivement des lésions rénales; mais, quelle que 
soit l'origine de la néphrite, ses manifestations ofîi'ent 
une intensité très variable. 

Les symptômes généraux du début font défaut, sont 
insigniliants ou très nets. La conjonctive est conges- 
tionnée, la respiration accélérée, courte, saccadée ; les 
battements de cœur sont forts, le ventre est tendu, dou- 
loureux, cordé (Carougeau) , la fièvre s'allume, la tempé- 
rature monte à 38°, 10°, 2, 40°. 5 ; des tremblements géné- 
raux apparaissent; le pouls, d'abord dur et fréquent, devient 
serré ; des sueurs générales ou partielles apparaissent en 
divers points du coi'ps; parfois le malade grince des dents 
(Clichj); il refuse les aliments et semble éprouver une 
douleur intense. 

Les signes locaux sont eux-mêmes sujets à de grandes 
variations. Parfois on ne constate aucune douleurlombaire; 
mais ordinairement le malade manifeste une douleur ou 
une sensibilité exagérée au niveau de la région des 
reins. Cette douleur est plus évidente encore à la 
percussion qu'au pincement. L'exploration l'ectale dénote 
une sensibilité très vive du rein accessible; le contact du 
rein malade détermine de violents efforts expulsifs qui 
chassent la main hors du rectum (Lafosse). L'animal 
paraît éprouver une douleur intense, profonde ; il se 
couche, se relève, regarde son flanc, se laisse tomber sur 
la litière; mais, le plus souvent, il se couche avec précau- 
tion. Dans l'intervalle de ces coliques, il prend une atti- 
tude spéciale; il recule sur la longe, écarte les membres 
postérieurs, vousse la colonne vertébrale, baisse la tête 
pendant que la queue est agitée de mouvements fré- 
quents. 

Si on force l'animal à se déplacer, il ne le fait qu'avec 



106 REINS; 

peine, en traînant l'un ou les deux membres postérieurs : 
la région inguinale et supérieure de la cuisse est comme 
engourdie. Les malades, dans les moments d'arrêt, ont 
les membres postérieurs raides et vacillants; quelquefois 
l'aclion de tourner est très difficile et douloureuse : la 
douleur rénale augmente par la commotion de la tous, par 
l'ébrouement, par une inspiration profonde, et généra- 
lement dans tous les mouvements du tronc (Zundel). Chez 
le mâle, le testicule correspondant au rein le plus malade 
est souvent remonté (Rôll) :1e pénis est pendant et l'animal 
entre parfois en état de semi-érection. 
• Les wùZiuns sont fréquentes, douloureuses; l'animal, pour 
uriner, s'abaisse beaucoup du train postérieur, qu'il tord 
tantôt à droite, tantôt à gauche (Carougeau) ; la quantité 
d'urine rejetée est peu abondante ; la réaction urinaire est 
sensiblement diminuée : parfois lanurie est complète etse 
prolonge de cinq à sept jours. 

L'urine présente des changements en rapport avec 
l'intensité de la néphrite. Dans les néphrites légères, 
l'albuminurie est modérée (1 h ^ p. 100). et la quantité 
d'urine est normale ou peu diminuée ; elle renferme seu- 
lement des cylindres épithéliaux ou h valins et quelques glo- 
bules rouges et blancs isolés (fig. 14). Dans les néphrites 
graves, l'urine est rouge, épaisse, trouble, fortement albu- 
mineuse ; elle contient parfois de véritables caillots san- 
guins; il v a aniirie ou oligurie par ralentissement de la 
circulation capillaire dans les glomérules et obstruction 
des tubes urinifères par les cellules épithéliales, les 
cylindres et l'infiltration interstitielle. 

Son poids spécifique est augmenté : on y trouve moins 
d'acide urique, d'urates. de chlorures et de phosphates que 
dans l'urine saine. .Vu microscope, on constate la présence 
de cylindres fibrineux. incolores, hyalins, graisseux ou 
épithéliaux, de globules blancs, d'hématies, de fragments 
de tubes urinifères, de filaments amorphes et de microbes 
(streptocoques, etc.), des amas de sels de chaux sinuilant 



NÉPHRITES AIGUËS. 



lo: 



des cylindres, mais disparaissant par les acides avec déga- 
gement d'acide carbonique. 

Lesœdémes du tissu conjonctif sous-cutané des paupièi-es, 
de la région inférieure, de la poitrine, du ventre, du four- 
reau, des extrémités, etles épanchementsdupéricarde, des 
plèvres, etc., sont très rares chez les solipèdes. La perméa- 




Fig. 14. — Néphrite aiguë. 

Cyto-examen de Vurine. Cheval à hémoglobinurie paroxystique. Cylindre 
granuleux, cellules épithéliales urinaires. hématies, leucocytes, granulations 
pigmentaires ocres {Roquet). 

bilité rénale est amoindrie, l'appétit est diminué; la 
dépression générale apparaît; le pouls est toujours accéléré 
ou faible : l'urémie est proche si la maladie ne rétrocède 
pas. 

Le f;Aeva7 est quelquefois pris de coliques violentes, aux- 
quelles succède une prostration absolue ; il a le faciès 
grippé, le regard fixe; il tombe et se couvre de sueurs; 
sa sensibilité s'émousse ; il présente des contractions mus- 



108 REI.NS. 

culaires ou des convulsions et meurt pendant l'excitation 
ou dans un coma profond avec collapsus, œdème |)m1- 
monaire et dyspnée intense, engorgement des extré- 
mités iHoy), anasarque (Cadéac), amaurose double. 

Évolution. — La néphrite suraiguë par intoxication 
canlharidienne, etc., aune évolution trèsrapide: l'anurieest 
complète ; la l'onction r(''nale est totalement supprimée, et 
la mort survient au bout de trois iicpialro jours (Carougeau), 
de cinq jours (Benjamin). 

L'état chronique succède à l'état aigu quand l'iu-émie 
n'est pas mortelle. Presque toujours, la néphrite aigué, 
même guérie, laisse après elle des l'orinations conjonctives 
qui tendent à étouffer les corpuscules et qui manifestent 
leur présence par l'oblitération de quelques groupes 
canaliculaires, par la formation d'embolies ou d'artério- 
sclérose ; si un seul rein est lésé^ une hyperémie colla- 
térale compensatrice se produit. Si les deux reins pré- 
sentent des lésions des capillaires, la pression sanguine, 
qui augmente dans l'organe, se transmet par les artères 
rénales à l'aorte, au cœur gauche ; celui-ci subit Vhyper- 
trophie avec ou sans dilatation (9 kilogrammes. Benjamin). 
Celte hypertrophie cardiaciue tend à compenser la maladie 
du rein, parce que l'excès de pression sanguine augmente 
la filtration de l'urine. Ces altérations se complètent si 
la maladie se prolonge (Voy. Néphrite chronique). 

La guérison s'annonce par l'atténuation des symptômes 
généraux, le retour de l'appétit et surtout par la modili- 
cation survenue dans les caractères de l'iu-ine. Celle-ci 
est évacuée en grande quantité ; elle perd peu t\ peu 
sa coloration, qui redevient normale vers le sixième ou 
le septième jour, mais elle reste albumineuse pendant 
une période de temps variable. Ce sont là des marques 
de la guérison des lésions rénales; l'épilliélium di'généré, 
détaché et expulsé, se régénère; les globules sjinguins, 
émigrés par diapédèse, sont résorbés; tout reilevienl 
normal. 



NEPHRITES AIGUËS. 



109 



La guérison complète 
est exceptionnelle ; la 
restauration de l'épithé- 
lium rénal est imparfaite ; 
il se produit une cica- 
trice rénale. 

Anatomie pathologi- 
que. — Les reins sont 
volumineux, leur capsule 
est distendue. La subs- 
tance corticale est tumé- 



fiée, congestionnée, par- ^>4-%^^^^K 
semée de nombreux #i /^ i^. 



points hémorragiques 
irrégulièrement arrondis 
ou de traînées ravonnées 
qui s'étendent dans la 
substance médullaire, 
dont la couleur est deve- 
nue vineuse. Le tissu 
imbibé de sérosité est 
friable. Il donne écoule- 
ment, par la pression, à 
un liquide rougeàtre et 
trouble. Le bassinet ren- 
ferme une uriïie épaisse, 
gélatineuse ou sanguino- 
lente. Parfois le tissu 
rénal est transformé en 
une pulpe noirâtre, très 
friable, s'enlevant par le 
grattage. Histologique- 
ment. les lésions com- 
prennent ; 1» la glomé- 
rulo-néphrite ; 2° lajj né- 
phrite épithéliale ; 3" une inflammation 

Gadéac. — Pathologie intfrne.VII. 




Fig. Ij. — Néphrite aiguë chez le cheval 
(fort grossissement) (Roquet). 

Les gloméniles de Malpighi montrent 
nettement les thromboses des capillaires 
sous forme de blocs homogènes, fibri- 
noïdes, fortement colorés. On voit dans 
la cavité du corpuscule un exsudât albu- 
mineux, poussiéreux, contenant quel- 
ques cellules endothéliales desquaniées. 
Remarquer aussi la dégénérescence gra- 
nuleuse des tubes du rein, dont la trame 
conjonctive est infiltrée par de nombreux 
lï-ucocyles. 



conjonctive. 

7 



no REINS. 

a. Le t/loménile présente des lésions constantes. Les 
capillaires qui constituent le bouquet glomérulaire sont 
dilatés, gonflés par le sang ; l'ensemble du peleton a doublé 
ou triplé de volume (fig. dS). La capsule de Bowmann est 
infiltrée de leucocytes, distendue par un exsudât constitué 
par des globules blancs, des hématies et quelquefois par 
des boules hyalines ; lorscjuc l'irritation a été très intense, 
la capsule est remplie de sang en nature qui s'est extra- 
vasé des capillaires rompus. Le passage du sérum san- 
guin dans la capsule explique la présence de l'albumine 
dans les urines. Dans quelques points, le sang passe à plein 
canal du glomérule dans les tubes urinifères, qui se 
montrent remplis de globules rouges, et l'on peut quel- 
quefois compter jusqu'à trente ou quarante thromboses 
capillaires {thrombo-capillarites gloméniluircs) dans un 
bouquet vasculaire (Roquet) (1). 

Ces lésions congestives et hémorragiques sont complétées 
par des altérations qui relèvent dire<'tcmcnt du processus 
irritatif. Les cellules de la capsule de Bowmann se tumé- 
fient et se multiplient ; elles deviennent turgides et se 
desquament. 11 y a i\ la fois endo, méso et péricapsulite. 
Si le processus a quelque durée, ces lésions marchent 
vers l'organisation conjonctive, la capsule s'épaissit, le 
bouquet a de la tendance à devenir libreux. 

b. L'épithélium sécréteur (tubes contournés et branche 
montante du tube) est manifestement malade. Les cana- 
licules sont dilatés et opaques. Les cellules des tubes 
contournés sont gonflées, granuleuses, troubles, sou- 
dées les unes aux autres ; leurs noyaux persistent (('arou- 
geau). Certains éléments cellulaires sont mortilii's. Ouel(|ues 
groupes de cellules quittent la paroi des tubes et forment 
des bouchons allongés qui obstruent complètement leur 
lumière. lien est qui présentent des va<uoles. cavités plus 
ou moins volumineuses qui contiennent des blocs, des 

(1) Koquct, your/i. lie Lyon, 1909, p. 388. 



NEPHRITES AIGUËS. 



111 



boules de substance protéique. Ces boules tombent ensuite 
dans la lumière du tube et contribuent à former des 
cylindres hyalins. L'inflammation des cellules de l'épi- 
thélium rénal ressemble donc à l'inflammation des 
cellules de certaines muqueuses qui sécrètent, à peu près, 







Fig. 16. — Néphrite cantharidienne chez un cheval (Carougeau). 

B, capsule glomérulaire épaissie et rompue par places ; C, cylindre 
épithélial ; E, cellules épilhéliales ; G, hémorragie entre le bouquet vas- 
culaire et la capsule de Bowmann ; H. hémorragie intratubulaire ; I, hémor- 
ragie interstitielle ; L, hémorragie au pourtour du glomérule. 



de la même manière, des blocs de substance albumineuse 
(Cornil). 

L'inflammation légère, passagère, aboutit à la forma- 
tion des cylindres hyalins ; l'inflammation aiguë, durable, 
aboutit à la formation des cylindres épithéliaux (fig. 10). 
Les cellules épithéliales subissent, en effet, la tuméfaction 
trouble, la desquamation, la nécrose. Ces cellules dégé- 
nérées s'entassent dans la lumière des tubes et contribuent. 



112 REINS. 

de cnncert avec les piles de globules s;ini.Miins et les 
cylindres hyalins, à les oblitérer. 

11 n'est pas rai-c de voir l'épitliéliiini sirié s"inlillror, 
par places, de granulations graisseuses. 

c. Les Iules collecteurs sont plus tardiveiucul Trappes 
que les prJ'oédents. mais leur épitliéliuni n'en subit pas 
moins des transformai ions très marquées. De cylindrique 
et clair qu'il est normalemcnl . il (Icvient cubique, polyé- 
drique ou irrégulier, constitué jtar une série de couches 
cellulaires disposées sans ordre. Cette transformation 
cellulaire du d(''but n'est pas persistante, les cellules des 
tubes collecteurs sont frappées de nécrose comme celles 
des tubes sécréteurs. 

d. Le tissu conjonctif lui-même participe à l'inllam- 
mation, même dans la néphrite aiguë. Les interstices des 
tubes sont, en effet, le siège d'une infiltration leucocytaire 
manifeste; on peut y reconnaître aussi la présence d'exsu- 
dals granuleux ou de petites masses hémorragiques. La 
néphrite, piimitivement parenchymateuse, devient rapide- 
ment interstitielle. L'élément conjonctif subit des modifi- 
cations progressives ; les lésions interstitielles complètent 
la suppression fonctionnelle de l'organe en étouiïant 
l'élément noble morlouen voie de mortification. 

e. Le sj/stéme vasculaire du rein est considérablement 
distendu: (pielques artérioles sont rupturées, et, si la 
néphrite est de quelque durée, les parois des vaisseaux 
s'épaississent ; l'endartérite et la périartérite apparais- 
sent et tendent h donner à la néphrile aiguë la physio- 
nomie d'une néphrite .subaigué dilTusc. 

Telles sont les lésions dégénératives, nécrosantes, 
irrilatives et phlegmasiques des néphrites aiguës. 

Diagaostic. — La néphrite aiguë est caractérisée par 
la diminution de «luantité de l'urine qui est albumineuse et 
par la présence de cellules épilhéliales, de cylindres, de 
globules rouges et blancs dans le sédiment m-inaire. 
L'association des éléments cellulaires et de l'albumine 



NÉPHRITES AIGUËS. 113 

constitue le signe le plus important de cet état aigu. 
L'albumine seule n'est pas un symptôme univoque de 
rinflammation ; on peut constater sa présence dans les 
néphrites chroniques, dans l'hjperémie rénale passive et 
dans toutes les maladies des voies urinaires accompagnées 
du passage de sang ou de pus dans l'urine. 

La congestion rénale active ne peut être confondue avec 
la néphrite; la première est toujours accompagnée de 
polyurie, la seconde d'anurie; dans l'hémorragie rénale 
(infarctus, lésions traumaliques des reins, rupture des 
artères et du rein), la quantité d'urine reste invariable ; 
le sang se coagule souvent dans les uretères, de sorte que 
le sédiment urinaire ne renferme qu'un petit nombre de 
globules rouges. 

La cystite, Vurétrite s'en ditîé rendent par les caractères 
des cellules contenues dans le sédiment urinaire. La péri- 
tonite, ['entérite, la métrite, sont faciles à éliminer en rai- 
son de l'absence des symptômes propres à ces affections 

Pronostic. — La néphrite aigué, quand elle est légère 
et bien soignée, peut guérir en une huitaine de jours. 
Dans d'autres cas, elle persiste, passe à l'état subaigu et 
peut durer plusieurs mois. Le pronostic est donc toujours 
grave, puisque la maladie se termine par la mort dans la 
moitié des cas. 

Traitement. — La diminution ou la suppression de la 
sécrétion urinaire constitue le plus grand danger de la 
néphrite aiguë. On le combat : 

1» En favorisant l'élimination immédiatedes principes toxi- 
ques renfermés dans l'organisme, par toutes les voies. Les 
diaphorétiques, enveloppement du corps avec des couver- 
tures chaudes, sachets émollients sur les lombes, frictions 
sèches, injections sous-cutanées de pilocarpine (de 10 à 
IScentigrammes), de bromhydrated'arécoline (à ladosede 
6 à 8 centigrammes), les purgatifs (huile de ricin, ca- 
lomel, aloès, etc.) suppriment une partie de l'eau, de l'urée 
et des phosphates de l'urine. 



H4 REINS. 

2° On diininiie la toxicité iirinairo en restreignant les 
matières azotées qui entrent dans lalimentalion et en 
donnant la préférence aux matières liydrocarboni-es. et 
surtout aux matières qui sont à la fois pauvres en albu- 
mine et en sels comme les fourrages verts, les carottes, 
les tubercules, les décoctions légères de graine de lin, 
additionnées d'une certaine quantité de lait. 

',i'' On rétablit la perméabilité rénale à l'aide des alcalins 
à petites doses (bicarbonate de soude, 20 à 30 grammes; 
eau chargée d'acide carbonique i. Ces agents facilitent le 
processus de filtration, empêchent l'occlusion descanalicules 
iirinaires par l'épithélium desquamé et les cylindres, il 
faut cependant empêcher l'animal de boire à satiété quand 
les (édèmes hydropiques ont fait leur apparition. Les diu- 
rétiques augmentent la liltration de l'eau : l'acétate de 
potassium, le nitrate de potasse (20 à 25 grammes), la 
caféine, la digitale sont indiqués. Ces derniers élèvent la 
tension artérielle en combattant la faiblesse cardiaque. 

Si des symptômes urcmique.s font leur apparition, la 
saignée est de rigueur. C'est ime excellente médication 
qu'on ne doit jamais renvoyer au lendemain : le chloral. 
le bromure de potassium, les inhalations de chloroforme 
ne donnent jamais des résultats aussi satisfaisants. 

Pendant toute la durée de la maladie, on combat l'irri- 
tation rénale k laide du camphre (8 à 10 grammes), du 
bromure de camphre et du bromure de potassium (-4 à 
6 grammes). Ces médicaments jouissent d'une action salu- 
taire incontestable. 

Les néphrites qui compliquent les pneumonies et les 
maladies infectieuses réclament les antisepti(iues comme 
le salicylate de sourie (20 à 30 grammes), le salol (dij i"» 
20 grammes) et tous les agents antibactériens qui s'éliminent 
par le rein. 



NÉPHRITES AIGUËS. llî 



II. — RUMI^AIVTS. 



Étiologie. — Les maladies infectieuses [coryza gangre- 
neux, hémoglobinurie, septicémie des veaux (Thomassen), 
pyosepticémie ombilicale, métrite et infectionspos^ partum, 
fièvre charbonneuse, piroplamoses] sont des causes impor- 
tantes de néphrites aiguës. On peut d'ailleurs déterminer 
expérimentalement àl'aide de toxines, comme la tuberculine, 
une nécrose spéciale de l'épithélium sécréteur du rein, carac- 
térisée par la désintégration fragmentaire des noyaux et 
la dégénérescence vacuolaire et granuleuse du protoplasma. 

La gestation est une cause fréquente d'auto-intoxication 
qui pi'oduil la stéatose du foie, des reins, la compression 
des uretères et peut-être des veines rénales, d'où résultent 
de l'albuminurie, une légère néphrite, ou le réveil d'une 
inflammation apaisée. Ces néphrites gravidiques sont tou- 
jours plus bénignes que les néphrites j^ost partum dues 
généralement à une septicémie puerpérale ou à une cystite 
avec infection ascendante (1). 

Lesagents toxiques médicamenteux (acide phénique, naph- 
taline, etc.) ou contenus dans les aliments (sels de potasse 
et de soude utilisés comme engrais) produisent un em- 
poisonnement général dont les effets retentissent surtout 
sur l'appareil éliminateur : le filtre rénal. Les bourgeons 
de chêne et d'arbres résineux, les glands (Godbille, 1905) 
produisent quelquefois des néphrites par le même méca- 
nisme. 

h^ froid et les refroidissements ont une action manifeste 
sur l'évolution des néphrites. On a vu cette inflammation 
succéder à l'injection d'eau très froide (Heuser) ou au séjour 
des animaux dans des pâturages humides ou givrés (Rei- 
chenbach). 

Le surmenage est quelquefois suivi d'auto-intoxication et 
d'auto-infection d'origine intestinale. Sous l'influence de 

(1) Scherzer. Journ. de Lyon, 1904, p. 545. 



116 REINS. 

CCS deux fiuises. une nt'|jlirite aiguë peut éclater. Cruzcl a 
vu cette inllamniation se manifester chez un />(/'u/'poursuivi 
par un chien. Les chutes, les chevauchées, les commotions 
(Joyeux) peuvent contribuer à déterminer des néphrites. 

Symptômes. — L'animal atteint de néphrite est triste; 
à l'étahlo. il tient onlinairement ses inombres postérieui's 
engagés sous le tronc, ou iiien il les étend en soulevant la 
queue légèrement; la région dorso-lombaire est voussée, 
douloureuse à la pression exercée au-dessus ou au-dessous 
des lombes à l'aide du poing enfoncé sous les apophyses 
transverses des vertèbres de la région. 

Cette doideur augmente progressivement, des trépigne- 
ments surviennent; l'animal se couche, se relève sans 
jamais conserver une position normale; il refuse toutes 
sortes d'aliments, ne rumine point ; le mufle est sec, les 
conjonctives injectées: il regarde son flanc et pousse de 
temps à autre des mugissements plaintifs, dans l'intervalle 
desquels on observe des grincements de dents. 

Si on force les animaux à se déplacer, ils ne le font 
qu'avec peine ; les mouvements du train postérieur sont 
raides et vacillants. Le pouls est vite, précipité (80 à 100 
pulsations), la respiration accélérée; la température monte 
parfois à M\°, 410,2 (Hoichenbarh). 

Au début de l'apparition de ces signes, l'animal urine peu 
ou point; l'anurie peut persister pendant cinq jours (Funk). 
L'urine rejetée est peu abondante, colorée, quelquefois san- 
guinolente, toujours albumineuse. La proportion d'albumine 
est très variable. 

L'examen microscopique de ce liquide y décèle des cylin- 
dres hyalins ou épitliéliaux, des globules rouges, des globules 
blancs, des cellules rénales. On peut voir survenir, dans les 
cas de néphrite double intense, des accidents urémiques 
caractérisés par du vertige, des attatiues éclampliques 
violentes, de l'opistbotonos et un coma profond jiendant 
l'intervalle des accès (Ptlug). 

Les œdèmes sous-cutanés sont très rares chez les ruiiii- 



NÉPHRITES AIGUËS. H7 

liants: l'œdème pulmonaire est plus fréquent; on a signalé 
quelquefois des épistaxis. 

La marche de la maladie est rapide et le pronostic grave ; 
les néphrites légères guérissent seules d'une manière com- 
plète. Les néphrites graves déterminent la mort ou passent 
à l'état chronique. 

Diagnostic. — La congestion rénale s'en différencie par 
l'ahsence de fièvre et la polyurie : il y a anurie ou diminu- 
tion de la quantité d'urine dans la néphrite. 

La piropîasmose est caractérisée par la présence de para- 
sites dans les globules rouges: la cystite hémorragique est 
une maladie chronique apyrétique. Les hémorragies acci- 
dentelles ou traumatiques de l'appareil urinaire ne sont ni 
précédées, ni suivies de coliques. 

Lésions. — Les reins sont gorgés de sang, distendus; 
la substance rénale se déchire facilement, et l'on peut cons- 
tater une exsudation intratubulaire et intracapsulaire. 

Les glomérules de Malpighi sont noyés dans un épan- 
chement hyalin. dilTus : le peloton vasculaire est entouré 
d'un exsudât qui contient une matière d'apparence albu- 
mineiise. formant une sorte de manteau. 

Certains tubes sont intacts; d'autres, au contraire, sont 
dépourvus d'épithélium. Quand l'affection a évolué rapi- 
dement, l'élément noble de l'organe seul est atteint; il 
n'y a pas d'infiltration cellulaire dans les interstices. 

Traitement. — La saignée est le principal moyen de 
traitement de la néphrite aiguë : ses résultats sont 
d'autant plus nets qu'elle est plus abondante et plus ra- 
pide. Localement, l'application des cataplasmes émol- 
lients de mauve, de farine de lin, ou de dérivatifs sur la 
région lombaire, a donné de bons résultats entre les mains 
de divers praticiens. A l'intérieur, il est indiqué de donner 
des boissons rafraîchissantes à petites doses, des infusions 
de feuilles de mauve, de racine dWIthœa (Reichenbach), 
additionnées de 5 à 10 grammes de nitrate de potasse, de 
tisane de pariétaire et de décoction de graine de lin. On 

7. 



118 REINS. 

a préconisé le breuvage suivant, qu'on fait prendre en 
trois l'ois : 

Camphre ])ulvéi'isé 24 grammes. 

Jauiio dœuf N" I. 

Emulsionner. Ajouter : 

Nitrate de potasse 45 grammes. 

Décocté de graines de lin 500 — 

Ces moyens tliérapeuliiiucs doivent être accompagnés 
d'agents activant la sudation. Le chlorhydrate de pilocar- 
pineàladose de 50 centigrammes est tout particulièrement 
indiqué ; les bouchonnages, les frictions énergiques sur le 
corps complètent son action. Les attaques d'urémie sont 
combattues par la saignée abondante : les médicaments 
nervins, bromure de potassium et hydrate de chloral ont 
une action peu efficace. Quand le cœur faiblit, les infusions 
de café, de digitale ou les injections sous-cutanées des 
alcaloïdes de ces deux plantes renforcent son action. 

Néphrite à macules blanches. 

Définition. — On désigne ainsi une néphrite subaiguë 
propre au venu (A caraiHérisée [)ar des nodules blancliAlres, 
bien délimités, de volume variable, situés presque exclusi- 
vement dans la substance corticale. 

Étiologieet pathogénie. — Cette altération est fréquente 
chez des vcnu.x de première qualité, en parfait état de 
graisse, sacriliés dans les abattoirs. Elle se développe pour 
ainsi dire à l'état enzootique chez les i rr^u.v à l'engraisse- 
ment :0,80p. iOOetquelquefoisSà 4 p. 100 de ces animaux 
en sont affectés (Blieck). C'est ce qui fait incriminer une 
alimentation surabondante et le séjour des jeunes animaux 
dans des étables étroites et mal aérées. A ces causes pré- 
disposantes, on nepeuts'empêcherd'adjoindreune infection 
microbienne d'origine ombilicale (Kitt, Kabitz), qui ne 
s'accorde guère avec l'intégrité complète du foie ou une 
infection sanguine d'origine digestive. Les toxines micro- 



NÉPHRITE A MACULES BLANCHES 119 

biennes issues de ces microbes ou celles qui résultent de 
la fermentation des aliments ne sont peut-être pas étran- 
gères à ce processus, dont la véritable étiologie est encore 
inconnue. 

Quelle est. la nature de ces nodules? Rieck. Kitt les consi- 
dèrent comme des foyers métastatiques d'origine embo- 
lique; Ostertag comme des infections et des noyaux sar- 
comateux ; Basset (1) comme une néphrite aiguë circonscrite 
consécutive à une infection sanguine ; Panisset, comme une 
néphritechroniqueavecprédominance des lésions artériel- 
les; Fally (2), comme une néphrite interstitielle en foyers, 
d'origine inconnue; Vaerst(3),(iuillebeau, comme des arrêts 
de développement du tissu rénal : les macules ne sont pour 
eux que des zones dans lesquelles les tubes urinifères sont 
restés à l'état embryonnaire. L'existence des taches chez 
des animaux en parfaite santé et leur disparition chez les 
animaux adultes, sans laisser de traces, militent en faveur 
de cette manière de voir. Assurément, il ne s'agit pas là 
de sarcomes ; mais il est avéré que ces taches peuvent 
s'abcéder, laisser persister des cicatrices et qu'elles peuvent 
même exister chez les animaux adultes (4). Autant de raisons 
qui permettent de rattacher ces lésions à une néphrite 
subaiguë, fibro-plastique , susceptible de passer à l'état 
chronique, mais se terminant habituellement par la gué- 
rison complète. 

Lésions. — Les reins présentent de nombreuses taches, 
légèrement proéminentes, arrondies, d'un blanc bleuâtre ou 
d'un blanc laiteux, de dimensions variant d'une graine de 
chanvre à une pièce de cinquante centimes. Elles sont quel- 
quefois tellement confluentes qu'on ne trouve que de rares 
vestiges de tissu rénal sain {néphrite blanche). La consis- 
tance du rein est normale, un peu plus molle quand les 

(1) Basset, Revue gén., 1903, t. Il, p. 583. 

(2) Fally, Aiui . de méd. vêt., 1907. 

(3) Vaerst, Journ. de Lyon, 1901, p. 65. 

(4) De Blieck, Revue gén., 1907, t. 1, p. 89. 



120 



REIXS. 



lésions sont récentes; habituellement, elle est plus dure. Les 
surfaces de section offrent un aspect bigarré dii ù la mul- 
titude de taches 
blanclies ou légè- 
rement grisâtres 
qui tranchent sur 
la coloration rouge 
ItriuiAtre ou rouge 
vil du tissu rénal 
normal. Les plus 
petites forment un 
lin piqueté dans la 
substance corti- 
cale, les plusgrosses 
s'avancent jusque 
dans la substance 
médullaire. Entre 
elles, on observe 
un discret pointillé 
hémorragique ou 
quelques fines traî- 
nées rougeAIres. 
Parmi ces taches, 
il en est de ramol- 
lies au centre et de 
purulentes (Kitt) : 
il en est d'autres 
qui contractent une 
adhérence intime 
avec la capsule, qui se déchire partiellement à leur 
niveau, et la substance corticale apparaît déprimée, creusée 
de cicatrices irrégulières, peu profondes, d'un blanc mat, 
de consistance ferme et ulcéreuse, comme dans la néphrite 
chronique, (lig. 17 . 

Au microscope, on constate une infiltration cellulaire 
intense des différents tissus du rein ; le bouquet vasculaire 




Kig. 17. — Néphrite à macules blanches 
du veau (P. Leblanc). 



NEPHRITE A MACULES BLANCHES. 



121 



(lu glomérule de Malpighi est bouiTc de leucocytes, et les 
tubes sont séparés par une véritable coulée de ces éléments 
et par un exsudât 

fViav^»-"" — ''~ — ' 







fibrineux. Vers le 
centre de la lé- 
sion, les leuco- 
cytes pénètrent 
dans les tubes 
dont les cellules 
épithéliales sont 
altérées et granu- 
leuses, (fig. 18). 
Parfois les leuco- 
cytes réunis en 
amas sont dé- 
générés au 
centre et trans- 
formés en un bloc 
amorphe très 
paie : ils consti- 
tuent de petits 
abcès en minia- 
ture. Quand les 
exsudats et les leucocytes ne se résolvent pas rapide- 
ment, ils offrent une évolution cicatricielle. Lesglomérules 
se rétractent et deviennent fibreux; la substance corticale 
est envahie par du tissu conjonctif jeune formé d'éléments 
volumineux (fibroblastes) qui déterminent l'atrophie et la 
disparition des tubes urinifères et l'occlusion de diverses 
artérioles par endartérite oblitérante : le rein à macules 
est devenu le rein blanc (Panisset"). 






Fig. 18. — Rein à macules du veau. 
Néphrite interstitielle. 



III 



PORC. 



Étiologie. — La néphrite aiguë toxique et accidentelle 
est la seule forme primitive : elle est extrêmement rare. 



122 REINS. 

La néphrite secondaire est l'apanage des animaux affectés 
de rouget, de choléra : celte forme est fréquente. 

Lésions. — La néphrite aiguë s'accompagne toujours 
d'une hypertrophie des reins, qui sont doublés et triplés 
de volume, de couleur gris jaunâtre et assez fermes. 
L'examen microscopique du rein révèle toutes les lésions 
de la néphrite diffuse aiguë ou de la néphrite hémorra- 
gique (1). 

L'urine renferme des éléments épithéliaux. des leuco- 
cytes, des globules rouges, des cylindres hyalins et des 
biictéries (Marek. 189-4). 

Symptômes. — Les signes de la néphrite aigui' n'ont 
pas été distingués de ceux de la maladie infectieuse pri- 
mitive et toujours dominante. 

Traitement. — Cette maladie n'étant généralement pas 
soupçonnée ne peut être traitée. 

IV. — CARMVORES. 

Ëtiologie. — Lm néphrite com|)ii(pie fréquemment la 
maladie du jeune âge. la piicinnonie, les diverses formes 
de bronchopnvamonie . V endocardite, la piroplasmose, la 
gastro-entérite hémorragique et les diverses maladies in- 
fectieuses. Elle résulte d'un empoisonnement aigu déter- 
miné par un agent toxique absorbé par le tube digestif ou 
parla peau (sublimé corrosif, menuriaux, acide arsénieux. 
iodoforme, nitrate de potasse à trop forte dose), ou d'intoxi- 
cations consécutives à de vastes brûlures de la peau, à 
un surmenage intensif, à des infections gastro-intestinales, 
ù. l'ictère, à l'insuffisance hépatique, au diabète. 

Le refroidissement peut lui-même engendrer une autre 
infection susceptible de se localiser au parenchyme rénal. 

Les cou|)s violents sur la région lombaire déterminent 
(pielquefois une hémorragie péricapsulaire et exception- 

(1) Voy. 1" édition, t. VI, p. 495. 



NÉPHRITE A MACULES BLANCHES. 123 

nellemeiit une hématonéphi'ose accompagnée de coliques 
néphrétiques (Parascandolo) (1). 

Symptômes. — La néphrite aigué du chien débute par 
des symptômes fébriles peu accusés accompagnés d'un 
abattement profond. L'appétit est diminué, souvent aboli ; 
la soif normale. L'animal demeure couché ; il ne bouge 
pas quand ou l'appelle ou se déplace péniblement, la tête 
basse, le dos voiîlé ; la région lombaire est douloureuse à 
la palpation. 

« Les mictions sont fréquentes, douloureuses et peu 
abondantes. A de brefs intervalles, le malade expulse de 
l'urine colorée en rouge par du sang et toujours fortement 
albumineuse ; l'examen macroscopique y décèle des cel- 
lules épithéliales du rein, des globules rouges, des cylin- 
dres hématiques granuleux et hyalins » (Cadiot). 

Le tube digestif tend à suppléer, dans une certaine 
mesure, à l'insuffisance de la miction et de l'élimination 
des poisons urinaires: la constipation, fébrile au début, est 
remplacée par de la diarrhée, des nausées, des vomissements. 
Ces derniers coïncident généralement avec la fermeture 
du rein et l'anurie complète. L'urémie consécutive à cet 
état est dénoncée par des troubles nerveux (parésie, con- 
vulsions, manifestations épileptiformes, état comateux), 
des troubles respiratoires (dyspnée, odeur urineuse de l'air 
expiré), par un abaissement notable de la température 
et par des vomissements incoercibles. L'évolution est 
rapide ; l'animal guérit quand le rein redevient perméable ; 
il succombe en quelques jours quand il demeure fermé., 

Anatomie pathologique. — Los reins sont volumineux, 
distendus. La substance corticale est parsemée de petites 
hémorragies punctiformes ; la substance médullaire offre 
une teinte vineuse. Les anses vasculaires du bouquet glo- 
mérulaire sont dilatées, et la cavité glomérulaire est rem- 
plie d'un épancliement albumineux composé de globules 

(l) Parascandolo, Lésions traumaliques du rein chez les animaux domes- 
liques {Revue gén., 1903, t. Il, p. 79). 



124 



HEINS. 



ronges, de globules blancs et disposé souvent en croissant. 
Les cellules épilhéliales des tubes contournés sont gra- 
nuleuses et tuméfiées, parfois creusées de vacuoles. Dans 
les tubes collecteurs, on constate la prolifération et la 
desquamation des cellules (lig. 19). 






' -wV <?, 



*"^V^ 







,oj.}^-^M^ 



Fig. 19. 



^Néphrite aiguë par le sublimé (rein de lapin mort 
au troisième jour). 



Un grand nombre de tubes montrent une nécrose complète de leur épi- 
tliélium dont les cellules ne sont plus reconnaissables. Quelques tubes ont 
leur lumière obstruée par un cylindre albumineux. 



Le tissu conjonclif interlobulaire est infiltré de cellules 
rondes. 

Traitement. — Le régime lacté donne les meilleurs 
résultats cliez les carnivores. On peut l'administrer en 



NEPHRITES CHRONIQUES. 125 

lavements et le rendre tolérable pour l'estomac en l'addi- 
tionnant d'un quart d'eau de Vichy ou de 3 à 5 grammes 
de sel de Vichy et en l'administrant par petites quan- 
tités il l'aide d'une cuillerée. 

On facilite l'élimination des produits toxiques à l'aide des 
diaphorétiques comme les diverses infusions chaudes, à 
l'aide des laxatifs ou purgatifs (huile de ricin, manne grasse, 
sirop de nerprun, injection hypodermique quotidienne de 
1 milligramme à 1 centigramme de nitrate de pilocar- 
pine). 

On calme les douleurs rénales à l'aide d'applications sur 
la région lombaire, de compresses humides et chaudes 
fréquemment renouvelées. 

Les accidents urémiques sont combattus par les purga- 
tifs associés, mais administrés par doses fractionnées 
toutes les trois à quatre heures; ils agissent en provoquant 
une dérivation vers la muqueuse intestinale du sang et 
des poisons qu'il renferme ; on soustrait une dose impor- 
tante de poisons par une saignée de 40 à 330 grammes ; 
on dilue ces poisons et on favorise leur élimination par des 
injections journalières d'eau salée '^20 à 150 grammes à 
7 p. 1000). 

La faiblesse du cœur est combattue par des injections 
sous-cutanées de caféine à la dose de 1 gramme dissoute 
dans 40 centimètres cubes d'eau distillée ; on peut prati- 
quer trois à quatre injections de 1 à 5 centimètres cubes 
dans la journée. On administi-e aussi des infusions de 
thé ou de café. 

NÉPHRITES CHRONIQUES. 

Considérations générales. — Les néphrites chroniques 
sont des inflammations diffuses caractérisées par la durée 
d'action et le peu de nocivité du poison pathogène. 

Les variations de son activité et de sa persistance diver- 
sifient l'association des lésions inflammatoires et des 



126 REINS. 

lésions dégénéral ives. On peut rlisUngaer aussi des formes 
plus ou moins trancliées. 

Les espères animalos à vie courte comme le mouton, 
le jiorc, écliappent gi'ntTalement à la néphrite chronique: 
les lésions anciennes ont rarement le temps d'évoluer; les 
espèces k vie pénible quoique longue, comme les solijtèdes. 
succombent généralement avantque les lésions aientatteint 
leiH" degré ultime ; on n'observe guère chez ces animaux 
que les néphrites chroniques ;'i (hu'èc courte, à prédominance 
parenchvmateuse ou épithéliale, désignées autreiois sous 
le nom de gros reinblanc, de sorte qu'il n'y a guère que les 
espèces sédentaires, comme le chien et le chat, qui puissent 
réaliser la forme alrophique, ou le petit rein blanc, expres- 
sion delà néphrite interstitielle de longue durée. 

I. — SOLIPÈDES. 

La néphrite chronique des soliiirdrs consiste donc géné- 
ralement dans une inflammation mixte à prédominance 
parenchymateuse ou cpilJiélialc — yro.s rein blanc — ordinai- 
rement dénoncée par des troubles urinaires, de l'amaigris- 
sement, de l'anémie, des œdèmes et de l'hypertrophie car- 
diaque, qui amènent la mort en quelques mois ou unanau 
plus. Cette néphrite est à la fois caractérisée par sa courte 
durée et sa tendance hydropigène. Assurément, tous les 
cas de néphrite chronique des solijx'-dcs n'appartiennent 
pas absolument à cette forme : mais la plupart gravitent 
autour d'elle et font ressortir sa prédominance sur les 
autres formes. Les observations de llable, Verheyen, 
Lustig, Thomassen, Marcone(l), DeU'.Vcqua. Markus. Hou- 
doire (i). s'y rattachent étroitement. 

Étiologie. — Les agents toxiques qui l'ivippent lépilhé- 
liuni l'cnal et suscitent une inllaiiiiiialiiui secondaire ilu 

(1) Marcone, Revue gén., 1906. 

(2) Buudoire, Revue vét., 1906, p. HIO. — Pimliii, Un cas de iiépliriie 
mixte cliez le clieval (.1/i/i. de méd. vél., 1907). 



NÉPHRITES CHUOXIQUES. 127 

système vasculo-conjonctif agissent plus longtemps, mais 
d'une manière moins intense que dans les néphrites aiguës. 

L'auto-intoxication d'origine gastro-intestinale ou d'oi-i- 
gine hépatique et les toxines élaborées par les microbes 
dans le cours des diverses maladies infectieuses sont les 
deux principales sources de ces néphrites chroniques qui 
ne font presque jamais suite aux formes aiguës. 

Les affections gastro-intstinales (indigestions), les ali- 
ments azotés donnés en trop grande abondance à des 
animaux qui ne travaillent pas contribuent au développe- 
ment des néphrites chroniques comme deThémoglobinurie 
musculaire. 

L'insuffisance hépatique accompagnée ou non dictèi"e 
devient, par auto-intoxication, une cause importante de 
néphrites chroniques. Les matières extractives que le foie 
livre à la circulation provoquent la dégénérescence granulo- 
graisseuse des épithéliums tubulaires. 

Les maladies infectieuses subaiguës ou chroniques 
(bronchite chronique, pneumonies et bronchopneumonies, 
tuberculose, morve, etc.) agissent parleurs toxines sur le 
rein comme sur le foie, qui perd sa fonction d'arrêt pour 
les poisons et contribue à son tour à intoxiquer le rein. 
Tous ces poisons hématogènes réunis déterminent la 
néphrite chronique épithéliale, dont l'insuffisance rénale 
est la première manifestation. 

L'artérite chronique, l'anévrysme de l'aorte (Cadéac, 
Marek), l'aortite (Cadéac), l'endartérite des artères rénales 
(Lustig), n'a qu'un rôle elTacé^dans l'éclosion delà néphrite 
chronique, qui d'ailleurs n'offre pas, dans ces cas, les ca- 
ractères du gros rein blanc. 

Symptômes. — Le début est ordinairement insidieux, 
sans réaction générale ni locale : la maladie est déjà très 
avancée quand on observe un affaiblissement des foi'ces, 
de l'amaigrissement, le hérissement des poils et la pâleur 
des muqueuses, de l'anémie sans élévation appréciable de 
la température. Dans la plupart des cas, la maladie n'est 



128 HEINS. 

soupçonnée que le jour où apparaissent des o'dénies ou 
des troubles urinaires. 

Les (edcmes constituent la manifeslalion la jilus carac- 
téristique du tableau cliniipie de cette maladie. L"(pdènie 
apparaît d'abord au fourreau ; il s'étend au-dessus du 
ventre, gagne les membres postérieurs, envahit la région 
sterno-abdominale et quelquefois même les paupières, qui 
retombent sur les veux (Poulinj ; il augmente avec le 
repos et disparaît avec rexercice. Cet œdème, variable d'un 
jour à l'autre, est indolent et dénressible. 

Les urines sont rares ; leur quantité, en vingt-quatre 
heures, est considérablement diminuée; mais, malgré cette 
oligurie, on note fréquemment de la pollakiurie par irrita- 
l)ilité vésicale : Le cheval urine très souvent et en petite 
quantité. I^e poids spécifique de l'urine est augmenté par 
suite de sa concentration ; elle laisse déposer un sédiment 
assez abondant et contient toujours une certaine quantité 
d'albumine, variable avec chaque cas et, dans chacun 
d'eux avec la période de la maladie. Tantôt limpide, 
tantôt mousseuse et foncée, elle est pauvre en phosphates 
et en chlorures ; mais l'examen histologique de ce li(iuide 
centrifugé y révèle des cristaux de carbonate de chaux, 
des globules blancs, des globules rouges, des cylindres 
hyalins, des cylindres épithéliaux granuleux et des cellules 
épithéliales en voie de transformation graisseuse. Quand 
la néphrite mixte est plus interstitielle qu'épithéliale, la 
quantité d'urine rejetée, augmentée, se rapproche de la 
normale ; il peut même y avoir polyurie ; mais, le rein 
devenant imperméable, l'urine devient claire, de densité 
plus faible et jiauvre en albumine. 

L'exploration rénale révèle exceptionnellement une sen- 
sibilité anormale delà région du i-ein ; la main, introduite 
dans le rectum, atteint difficilement les organes même 
hypertrophiés. Des troubles digestifs accom[iagnent les 
troubles urinaires, mais ils sont peu significatifs ; l'appétit 
est diminué ; les matières fécales, d'abord recouvertes 



NÉPHRITES CHUO.MQUES. 129 

de mucus, sont fétides : elles deviennent diarrhéiques et 
répandent quelquefois une odeur urineuse ; on peut cons- 
tater parfois de légères coliques. La peau se colle aux os 
dans les parties non œdéniatiées ; le sang devient séreux 
par rétention d'eau ; le pouls est mou, dépressible ; la ten- 
sion artérielle est plutôt diminuée qu'augmentée ; les bat- 
tements cardiaques sont sourds, mal frappés ; les cavités 
cai'diaques ne sontguèrehypertrophiées,mais plutôt dilatées; 
les accidents urémiques sont rares quand la néphrite 
parenchymateuse prédomine ; mais les œdèmes et les 
hjdropisies deviennent prépondérants. Le cheval succombe 
à l'œdème pulmonaire, à l'hydrothorax, à rinflammation 
des voies respiratoires. 

h' évolution de ces néphrites est relativement rapide : la 
mort peut survenir quelques mois après des alternatives 
d'amélioration et d'aggravation ; les œdèmes disparaissent 
par intervalles, et la quantité d'urine rejetée redevient 
presque normale ; parfois l'amélioration est très passagère, 
et le malade est subitement pris d'une dyspnée intense 
qui l'emporte en moins de vingt-quatre heures (1). 

Anatomie pathologique. — Les reins sont augmentés 
de volume et de poids ; leur surface est lisse, uniforme ; 
la capsule est peu épaisse et peu adhérente ; elle se déchire 
parfois en quelques points et entraîne avec elle de petits 
lambeaux de substance corticale. La coupe est parsemée 
de taches jaune gris et de foyers hémori'agiques; elle 
est striée de lignes brun grisâtre alternant avec des 
stries grises, presque translucides, qui partent de la par- 
tie excentrique de la couche corticale pour aboutir à la 
couche médul|laire. La consistance du parenchyme est 
diminuée. 

u Le volume des reins trouve son explication dans l'inten- 
sité des phénomènes inflammatoires dans les glomérulites 
intenses; les différences de coloration dépendent du 

(1) Dell'Acqua, ISéphnle mixte à prédominance parenchymateuse {Revue 
gén., t. 1, 1908). 



130 HKINS. 

degré de congestion, de l'abondance des produits dexsu- 
dation dans les tubes, de raltéralion plus ou moins pro- 
fonde des ccllidos <''iiilli('Iiales des lulnili co)itorli » 
(Brault). 

Au microscope, on voit que les tubes contournés et tous 
les canaux de la substance corticale ont leur diamètre 
doubléou triplé ; cet élargissement est absolument caracté- 
ristique des néphrites à prédominance épitliéliale ; les cel- 
lules sont granuleuses et oITrentdes contours mal délinis; 
les noyaux sont pâles et souvent impossil)les à dilTérencier. 
Des cylindres hyalins occupent parfois une partie de la 
cavité du canal. On peut constater, en même temps, de 
petits foyers d'infiltration cellulaire. On trouve des bou- 
quets gloiuérulaires atropliiés à divers degrés. Les lésions 
interstitielles otïrent une intensité très variable; elles pré- 
sident à Tatruphie des gloiiiérides, de la capsule de Bow- 
mann et des tubes urinifères. Les altérations conjonctives 
offrent généralement une intensité moindre que les lésions 
épithéliales. Quand les premières sont très prononcées, le 
cœur est hypertrophié {creur rénal). On constate, en même 
temps, des infiltra lions séreuses du tissu conjonctif sous- 
cutané, de ru'dème du poumon cl des (''panchements dans 
les séreuses. 

Diagnostic. — La néphrite chronifiue du chcvul ne peut 
être reconnue que par l'examen de l'urine. L'acide ni- 
trique y décèle un gros disque d'albumine; le microscope, 
des cylindres et des cellules épithéliales. Tous les autres 
symptômes dépendent de l'albumiiiurie et des troubles 
généraux de la nutrition. 

La néphrite aigtic s'en distingue par ime évolution plus 
rapide, une diminution plus considérable de la quantité 
d'urine et sm'tout par la présence de globules rouges dans 
ce produit d'excrétion. Quand la néphrite chronique 
.s'accompagne d'exacerbations, de poussées aiguës, la diffé- 
renciation est momentanément Ijeaucoiip plus difficile, 
sinon impossible 



NÉPHRITES CHRONIQUES. 131 

La congestion passive du rein détermine peu d'albumi- 
nurie; Turine a un poids spécifique plus élevé et ne ren- 
ferme que de i-ares éléments rénaux. 

Le rein amyloide peut engendrer tous les troubles de la 
ni'phrite chronique. Dans l'atrophie rénale consécutive à 
Taortite et à l'oblitération d'une artère rénale, l'hypertro- 
phie cardiaque est un signe dominant. 

Traitement. — Il n'existe pas de traitement capable 
d'enrayer la marche de la maladie. Il est indiqué d'acti- 
ver la nutrition générale, de combattre l'anémie et de 
relever la pression vasculaire lorsqu'il y a insuffisance 
cardiaque. On maintient les animaux au repos, ou l'on 
supprime tout au moins tout travail pénible. Le régime 
lacté, s'il n'était pas aussi coûteux, serait le plus favorable ; 
on a quelquefois donné jusqu'à 10 litres de lait par jour 
(PouHn). 

Lessignes d'hydropisie sontcombattus parles diurétiques, 
les mucilagineux, le bicarbonate de soude, les injections 
sous-cutanées et répétées de faibles doses de pilocarpine. 

On peut d'ailleurs apprécier les chances de guéi'ison 
par l'examen des urines et le dosage de l'albumine. La 
persistance d'une albuminurie intense indique la persis- 
tance ou l'aggravation du mal. 

II. — RUMINANTS. 

La néphrite chronique hématogène ne s'observe guère 
que chez les bovidés (1) et offre les plus grandes analo- 
gies avec celles des solipèdes : elle est mixte et à tendance 
hypertrophique. 

Étiologie. — Les poisons endogènes élaborés pendant 
la gestation, les maladies chroniques de l'utérus, du foie, 
de l'intestin, paraissent jouer un rôle important dans son 

(1) Sur 7000 moutons tués, Horn a signalé 0,32p. 100 de néphrites chro- 
niques; mais on y fait sûrement rentrer les formes qui résultent de l'esten- 
sion d'une pyélite. 



J32 REINS. 

a 



pparilion. Des néphritessuportirielles. Ir^^'cTOs, peuvent, en 
se répétant, organiser la deslruction de l'épitliéliinn rénal 
el une végétation conjonctive qui compromettent la l'onc- 
tion rénale. Une température froide, une pluie glaciale, un 
courant d'air continu sur le dos des animaux et dans une 
étable mal fermée, enfin un refroidissement gén(''i'al 
peuvcMit l'occasionner (Seufîert). 

Symptômes. — On n'observe, au début, aucun signe 
spécial. Les malades perdent lappétit ou prennent 
leur nourriture d'une façon très irrégulière. Si les 
vaches sont bonnes laitières, la sécrétion lactée di- 
minue. 

Ces manifestations, qui s'observent au début de tout 
état patliologique mal déterminé, sont a((Oin|»agnées. au 
bout d'un temps variable, de signes (jui penuetlent de 
localiser le mal. 

Les animaux se campent fréciucimiienl poiu' ni-inci'. 
rapprochent les membres sous le tronc, voussenl la 
colonne lombaire et rejettent une petite (]uanlit('' d'une 
urine rougeâlre. trouble ou claire, riche en albumine, con- 
tenant des globules rouges et dont le poids spécifique est 
augmenté. L'exploration rectale, pratiquée à cette épo- 
que, accuse de la douleur rénale à la compression el 
dénote une hypertrophie plus ou moins évidente des 
reins; le droit, notamment, remplit tout l'espace sous- 
lombaire et déborde l'angle antérieur du creux du flanc, 
de telle sorte que la palpation externe peruicl de constater 
cette hypertrophie (Seufferl). 

Les troubles rénaux sont presque toujours accompagnés 
de manifestations digeslives ; la rumination est irrégulière : 
la constipation survient; on observe des coliques sourdes 
accompagnées de plaintes intermittentes. Les malades 
expulsent des matières noires recouvertes d'un enduit 
muqueux blanchâtre. Le thermomètre n'accuse jias de 
lièvre ; la température reste normale. 

Quand les lésions rénales sont très évidentes, on 



NÉPHRITES CHRONIQUES. 133 

observe de la dilatation du cœur, de la stase veineuse; le 
pouls veineux apparaît à la jugulaire; les muqueuses se 
foncent, deviennent violettes; des œdèmes se développent, 
débutant généralement par la région de l'auge (Thomsen), 
descendant ensuite au niveau des membres, de la région 
pectorale et abdominale inférieure (CalTaretti). 

Le cœur s'hvpertropliie, ses ballements sont forts: l'ar- 
tère est dure, tendue, le pouls accéléré; on peut constater 
des épislaxis (Thomas). 

La maladie évolue ainsi avec des alternatives d'aggra- 
vation et d'amélioration, des phases de constipation et de 
diarrhée, mais l'animal maigrit progressivement, devient 
chétif ; il ne mange et ne rumine pour ainsi dire plus. La 
mort arrive bientôt après dans le marasme le plus com- 
plet (Seuffert) ; il n'y a pas de chance de guérison. 

Diagnostic. ^ La présence de l'albumine dans les urines 
d'une manière permanente, la sensibilité et V hypertrophie 
des reins sont des signes caractéristiques. Lapyélonéphrite 
s'en distingue par le rejet d'urine purulente; ïhydronc- 
phrose, par le volume des uretères et l'inégalité de volume 
des reins ; la cystite chronique hémorragique, par l'explo- 
ration rectale qui permet de vérifier l'intégrité ou l'alté- 
ration des reins et de la vessie. 

Lésions. — Les reins hypertrophiés sont durs, pâles, 
lardacés. Leur surface est bosselée ; leur couleur, rouge 
brun (Thomsen) avec de grandes taches marbrées par 
])laces (1). 

Sur une coupe, la couche corticale apparaît d'un rouge 
vif; la couche médullaire a une teinte plus pâle. On ne 
trouve ni pus ni foyers d'inflammation aiguë. La substance 
propre est ferme, dense, résistante même. 

L'examen des coupes du rein démontre l'infiltration 
du parenchyme rénal par des cellules fusiformeset rondes 
et la disparition de l'épithéliuni dans les canaux urinaires. 

(I) Morol, Reins bronzés chez une vache (Revue vét., 1903, p 92). 
Gadéac. — Pathologie interne. VII. 8 



134 



REINS. 



Leur cavité est ofcupée par des cylindres calcaires; 
quelques-uns, vides, apparaissent comme une fente. 

Le tissu fibreux intercanaliculaire forme de véritables 
tractus cicatriciels eni^dobant des îlots de tissu relative- 




.4 



Fig. 20. — Rein de bœuf atteint de néphrite chronique partielle (Leblanc). 
A, zone malade. 



ment sain, autour desquels se dessine une surface iné- 
gale, tomenteuse, granuleuse. 

Très souvent aussi, les lésions de néphrite chronitpie 
consistent en des plaques d'étendue variable, à contours 
irrégulicrs, enfoncées dans les parties saines comme de 
larges cicatrices. 

Une coupe pratiquée dans l'épaisseur do ces taches et 
alioutissanl au hilc do l'orirane d(''monti'o. d'imo i'aron 



NÉPHRITES CHRONIQUES. 135 

très évidente, que la substance corticale est surtout 
malade (fig. 20). 

Les glomérules de Malpighi sont dilatés, forment de 
véritables cavités ayant sept ou huit fois les dimensions 
d'un glomérule normal. A leur intérieur est accumulé 
un produit d'origine urinaire qui comprime le bouquet 
vasculairo. le réduit à un très fin peloton appliqué contre 



;^'^ X^: 




Fig. 21. — Coupe transversale au niveau de la zone corticale d un rein 
de bœuf atteint de néphrite chronique (grossissement faible). 

A, cavités glomérulaires dans lesquelles le peloton vasculaire est atrophié 
ou disparu ; B, espaces envahis par le conjonctif et dans lesquels il ne 
reste aucune trace des tubes urinifères. 

la paroi du corpuscule qui s'est hypertrophié et est devenu 
nettement fibreux. Les grandes dimensions des cavités 
glomérulaires font qu'elles ont détruit par compression 
les tubes les plus voisins et qu'elles parviennent à se tou- 
cher. Au niveau de ces points, le rein donne l'impression 
d'un tissu constitué par des mailles délimitant des cavités. 

Vépithélium sécréteur et excréteur a presque totale- 
ment disparu. Les tubes restés intacts sont comprimés et 
enserrés par des productions conjonctives. 

Le système vasculaire occupe, au niveau de l'imion des 



136 RELNS. 

deux substances, une surlafe anormale. Los parois arté- 
rielles ont augmenté de volume; elles forment de véri- 
tables anneaux libreux très épais : l'endotliélium vasou- 
culaire malade est irrégulier, chillonné. 

Le tissu conjonctif envahit toutes les zones du rein 
Il comprime les tubes excréteurs, en détermine l'obstruc- 
tion et, const'qiiemment. la dilatation des cavités glonié- 
rulaires auxquelles ils aboutissent. Dans la zone corti- 
cale, le tissu conjonctif a complètement fait disparaître 
les tubuli contorli; le rein malade ressemble à une 
tumeur fibi'euse. En somme, les lésions les plus marquées 
sont caractérisées par l'énorme développement pris par 
le tissu conjonctif. par l'état des vaisseaux et des glomé- 
rules transformés en cavités kysticpies i fig. t[). 

Traitement. — Quand un intérêt particulier empêche 
de livrer immédiatemment le malade à la boucherie, il 
convient d'instituer un traitement diurétique composé de 
graine de lin, de lait, de bicarbonate de soude. On combat 
l'atonie du tube digestif par l'adminislration d'infusionsde 
café et de purgatifs salins. Les injections de sérum san- 
guin des veines rénales d'animaux sains, préconisées en 
médecine humaine, ne peuvent être utilisées économique- 
ment dans la thérapeutique des néphrites de nos grands 
animaux destinés à la boucherie. 

III. — IM>R(:. 

La néphrite chronique succède au rouget (Haase). Elle 
est caractérisée anatomiquement par des di'pressions jau- 
nâtres ou grisAtres au niveau desquelles la capsule est 
très adhérente. Toute la zone corticale. blancliAtre ou 
grisâtre, est ponctuée de taches vineuses ou gris rouge. 
Des traînées fibreuses issues de la substance médullaire 
suivent le trajet des artc'rioles allant aux glomérules. La 
surface des sections est dm-e, scléreuse. parsemée de 
taches blanchâtres (KitI . 



NÉPHRITES CHRONIQUES. 13"; 



IV. — CAR-MVORES. 



Etiologie. — Nombreuses sont les causes qui font de 
la néphrite chronique ou mal de Bright des carnivores 
une maladie commune. 

Lai ieillesse amène généralement avec elle delà sclérose 
rénale. Or, le rein sénile est l'expression des infections 
et des intoxications légères que Tanimal a subies. S'il a 
résisté, ce n'est qu'en partie et en gros: beaucoup de ses 
unités rénales portent la trace d'inflammations éteintes. 
Le rein sénile constitue ainsi une lésion restrictive d'un 
organe sans réaction, une diminution fonctionnelle sans 
retentissement. C'est ainsi que toutes les néphrites aiguës 
superficielles participent à la production de la néphrite 
chronique interstitielle. L'administration méthodique de 
petites quantités de sels de plomb ou de cuivre peut déter- 
miner la néphrite chronique. L'abus de l'alimentation 
carnée n'est pas étrangère à l'apparition de celle maladie 
chez les chiens d'appartement et chez les chats maintenus 
séquestrés [Hébrant et Antoine {!)]. 

Le froid ou le refroidissement, c'est-à-dire l'aclion lente 
prolongée du froid humide ou le passage brusque du chaud 
au froid chez les chiens qui chassent dans les marais sont 
des conditions d'autant plus favorables au développement 
des néphrites que ces chiens sont fréquemment surmenés, 
exposés à des causes diverses d'intoxication et d'infection. 

Les diverses manifestations eczémateuses nécessitent 
lutilisalion de nombreux médicaments, que l'animal lèche 
et ingère, non sans inconvénients pour le rein: enûn ces 
maladies cutanées sont par elle-mémes des causes d'auto- 
intoxication et de néphrite chronique. 

Les ulcérations intestinales consécutives à des brûlures. 



(1) Hébrant et Antoine, A propos de la néphrite chronique chez le chien et 
le chat. Du danger de pratiquer des opérations sur des brighliques {Ann. 
de méd. vit., 1912, p. 306). 



138 HKINS. 

il des gasti'o-enlériles lu''inoiTagi(Hics. sont des soiuros 
dlnleclions septlcémiques secondaires, dont l'animal ne 
triomphe qu'imparlaitemenl : les poisons éliminés allèrenl 
le filtre rénal et entretienneni iiin' irritation clironiijiie 
dans cet organe. 

Les aU'eclions cardiaques, pàkardiques, pulmonaires, 
pleurales, la tuberculose, la malailie du jeune âge, parti- 
cipent aussi à l'éclosiondes néphrites chroniques en livrant 
au sang des agents infectieux, des toxines et des poisons 
organiques. Les enil)olies répétées, occassionnées jiar 
l'endocardite, peuvent provoquer un processus atrophique 
(atrophie rénale eniboii(p)e). Les calculs et les vers conte- 
nus dans le bassinet sont quelquefois aussi l'origine <le la 
néphrite interslitiello. La collaboration de ces diverses 
influences engendre mie néphrite mixte, ditliise, qui sup- 
prime successivement les diverses unités organiques et 
atrophie l'organe. La né[)hrite chroni(iue du chien gravite 
autour du petit rein granuleux, comme celle du cheval et 
du yjo?»/" autour du gros rein blanc: on peut cependant 
observer cette dernière forme ou uneassociation des deux: 
la sclérose conjonctive et la dégénérescence épiihéliale 
combinent leurs elTets. 

Symptômes. — La né-phrite chronique débute ordinai- 
rement d'une manière insidieuse, et les |)remiers accidents 
se manifestent seulement quand l'évolution des lésions est 
déjà très avancée. Ils sont généralement peu caractéris- 
tiques. On peut cependant noter de l'inappétence, un 
appétit irrégulier, capricieux, des vomissements ré|)élés. 
fréquents, sans cause connue, une oppression modérée, 
une accélération du iioiils. une exagération de la tension 
artérielle ou queltpics palpitations survenant dès que 
l'animal effectue une course : il refuse généralement de 
courir; il n'a pbis la même ardeur à la chasse: il est 
paresseux, fatigué, triste; il présente souvent de vives 
démangeaisons et une grande impressionnabilité au froid; 
ses urines sont encore peu modifiées; leur quantité est à 



NÉPHRITES CHRONIQUES. 130 

pf u près normale : ce liquide tient seulement en suspen- 
sion quelques flocons dus à une légère desquamation 
épithéliale et des traces d'albumine. 

A la période d'état, la maladie se dessine, son tableau 
svmptomatiquo se complote eu s'aggravant. On constate 
ilo la pollakiiirie. symptôme consistant dans la fréquence 
des mictions, indépendamment de la quantité d'urine 
rejetée. Les modifications de l'urine sécrétée sont caracté- 
ristiques. 

La quantité augmente graduellement : le poli/itrie devient 
très manifeste, quoiqu'il soit généralement difficile de 
suivre ses oscillations quotidiennes. L'urine est pâle, de 
faible densité: son poids spécifique peut osciller entre 1010 
et 1032 fZimmermann': son point de congélation ou point 
cryoscopique tend à se rapprocher du 0: l'albuminurie est 
habituelle, mais d'intensité très vanable: la quantité 
d'albumine qu'on y trouve est d'autant plus faible que la 
néphrite interstitielle est plus avancée ; elle est d'autant 
plus considérable que l'inflammation épithéliale dégéné- 
rative est plus prononcée. Ordinairement, la proportion 
d'albumine ne dépasse pas 1 p. 100. Il y a en même temps 
diminution de l'urée, de l'acide urique, des matières 
extractives. Parfois l'urine est graisseuse et ressemble à 
du lait aqueux Regenbogen). L'examen microscopique du 
sédiment que l'urine déposée laisse au fond d'un verre 
conique se compose de globules blancs, de débris épithé- 
liaux, de détritus amorphes et de cylindres fig. 22) . Ces 
derniers permettent de vérifier les lésions rénales sur le 
vivant; ils sont épithéliaux. hyalins, amorphes ou granu- 
leux. Leur persistance indique la persistance de l'inflam- 
mation ; leur augmentation de nombre dénonce l'aggra- 
vation du mal. La palpation du rein décèle quelquefois 
l'hypertrophie de ces organes: on peut constater leur 
atrophie ou leur inégalité de volume. 

En même temps, se développe une hijpertrophie 
cardiaque caractérisée par des battements énergiques qui 



140 UEINS. 

rhianlenl toute la poitrine, ainsi que [lar la sonorité et la 
dureté du premier bruit; les artères sont dures, roulent 
sous le doigt; le pouls est plein et dur; il se produit quel- 
(juefois des hémorragies rétiniennes entraînant la cécité et 
des épisfaxis légères (Ilébrant et Antoine). 

La respiration est précipitée. dilTicile et finalement 
asthmatique (LiénauxV 




Fig. 2i. — Néphrite chronique. Chien. Cylo-exanien de l'urine. Cylindres 
colloïdes et granuleux. Rares cellules épithéliales urinaires. Fort grossis- 
sement (Roquet). > 

Los tedèmcs sont fréquents; ils apjiaraissent quelquefois 
brusquement dès le début et olVrcnt des loealisations 
diverses; ils envahissent le fourreau, les membres posté- 
rieurs ou plus particulièrement la tête et le cou, qui devien- 
nent monstrueux; parfois c'est une anasarque généralisée 
accompagnée bienlùl d'ascite. d'hydrothorax, qui s'exa- 
gèrent quand le cœur vient h faiblir. Ces œdèmes peuvent 
rétrograder et disparaître très raftidcmenl. comme ils sont 



XKPH RITES CHRONIQUES. 



141 



vomis, pendant les premières périodes de la maladie ; ils 
persistent et s'accentuent dans les dernières périodes quand 
l'affection rénale s'est compliquée d'asystolie. Des truubles 
respiratoires dyspnéiques, d'oi'igine urémique. reviennent 
par accès et s'ajoutent à la gène mécanique ou fonction- 
nelle déterminée par l'œdème pulmonaire et l'hydro- 
thorax. 

L'anorexie, les vomissements, la constipation, la poly- 
dipsie constituent une forme d'urémie gastro-intestinale 
aggravée par l'ascite et les altérations hépatiques. 

Parfois même l'urémie s'accuse par des troubles nerveux : 
soubresauts, crampes, crises éclamptiques iLiénaux . Ces 
animaux émaciés. étiques. à peau sèche et à poils piqués, 
succombent au bout d'un temps variable. L'cvolulion de ces 
néphrites embrasse souvent plusieurs années ; elle est par- 
ticulièrement longue chez le cJiat. Ni les symptômes ni 
même les lésions ne permettent d'apprécier exactement 
leur ancienneté. Cette maladie incurable conduit inévita- 
blement à la consomption. 

Anatomie pathologique. — Les lésions des néphrites chro- 
niques du chien sont gé- 
néralement celles de la 
néphrite interstitielle ou 
atrophique. Les reins du 
chien ont un volume nor- 
mal ou inférieur à la 
normale, une coloration 
rougeàtre, jaunâtre chez 
le chat, une surface bos- 
selée , une consistance 
ferme, un aspect ficelé 
(fig. 23 . La capsule 

rénale est épaissie et fortement adhérente à la couche 
corticale. Sur une section longitudinale du rein, on constate 
l'existence de travées fibreuses partant de la surface et 
venant se perdre au niveau du hiJe. C'est la substance 




Fig. 23. — Atrophie très avancée cTiez 
un chien de 25 kilogrammes (d'après 
Porcher). 



142 



REINS. 



corliralo (711! ost lo plus nialadi'; la coucho nn'diillairo n'est 
cependant pas indemne : elle est strii-e longiliidinalenieni 
ou présente des taches disséniim-es (ras|)ect nodidaii-e. Aii 




Fig. 2i. 



Néphrite chronicjiie. petit rein l)lanc (rhat). 



i, capsule fibreuse sclérosée ; 2, glomérule hypertrophié; 3, corpuscules 
de Malpighi sclùreux ; 3, capsule de Bownian épaissie; 4, cylindre col 
loïde ; 5, tube urinifère; 6, charpente du rein hyperi)lasiée ; 7, début de la 
transformation kystique d'un tube urinifère (Bail). 



niveau de la voûte vasculaire, la sclérose est très manifeste. 

A l'examen microseopi(iue, le système artériel se montre 

profondément altéré, surtout dans ses petits vaisseaux, qui 



NEPHRITES CMROMQUES. 



143 



sont alleinls dendartérite et de périartérite. Les toutes 
petites artères sont obstruées. Les glon^érules atteints sont 
ceux dont l'artère afférente est malade ou obstruée; 
certains sont réduits à un petit noyau fibreux. Jamais de 
masses colloïdes dans la capsule de Bowman. Quelquefois. 
on observe la dilatation de la capsule et l'atrophie du 
bouquet glomérulaire flg. 24). 

De petits kystes à contenu clair et limpide existent 







-^ - ■• ■ ' ■ .-<u - 




ig- iô. — Dilatations pseudo-kystiques moniliformes par rétraction fibreuse 
périphérique (d'après Porcher). 

B, glomérule ; C, toljes avec épaississement de la basale. 



fréquemment dans l'épaisseur de la couche corticale: ils 
résultent d'une dilatation de tubes urinifères étouffés sur 
leur trajet par le tissu de sclérose (fig. 25). 

L'épithéliumdes tubes, à peine altéré dansles tubes droits, 
présente ses premières lésions dans \e?,ti(biiliconto)'ti. Les 
cellules sont un peu gonflées, très granuleuses, quelquefois 
détachi'cs de la paroi. Dansles tubes les plus altérés, il n'y 
a plus d'épithélium; le tube, gonflé, vésiculeux en certains 



144 REINS. 

endroits, est lolalemenl rempli de matières eolloïdes. 

La réaction de sclérose caractéristique de toutes les 
néphrites chronicpjes prolongées peut s'acconiftagner d'hy- 
pertrophie ronipensatrici' dénoncée par des granulations 
de volume variable roriimiil (piclquefois des saillies hémi- 
sphériques ou aplaties : ce sont les granulations de Bright 
qui donnent à la surface du rein un aspect tourmenté 
rappelant légèrement l'aspect descirconvolutionsetscissures 
d'un hémisphère céréhral. Sur la coupe, la couche corti- 
cale ofTre une teinte bigarrée, semée de taches opaques, 
jaunâtres ou saumonées sur fond grisAtre ou lilas. Cette 
hypertrophie compensatrice s'opère dans toutes les né- 
phrites parcellaires: elle prolonge la résistance du sujet : 
la quantité de parencliyme r.'nal. nécessaire à la vie. 
est d'environ 1er, 50 ^[(, parencliyme sécrétant par kilo- 
gramme de substance animale à dépurer (Tuflier/. Chaque 
foisque, dansune néphrite, ily a des parties indemnes, — et 
ce fait s'observe même dans les néphrites toxiques. — il se 
produit, à ce niveau, des granulations de IJright caractérisées 
par une dilatation de la lumière des tubes contournés, l'hy- 
pert rojdiie de cesglomérules et de leur bouquet gloméridaire. 

Traitement. — 11 est indiqué de mettre les animaux 
au régime lacté. (|uon additionne d'une petite quan- 
tité d'eau de Vichy. S'il survient une amélioration, on 
peut ajouter à l'alimentation des o'ufs, des légumes, de la 
viande blanche. Les diuri'tiques (tisane de chiendent, 1 à 
À grammes de bicarbonate de soude additionné d'un quart 
d'eau de Vichy) sont donnés en boissons. L'iodure de 
sodium (-40 à 50 centigrammes), administré d'une manière 
intermittente, convient pour combattre la sch'-rose rénale, 
pourvu que l'albuminurie soit peu manpiée. 

Les accidents dyspnéicpies sont combattus par les injec- 
tions sous-cutanées de morphine, la faiblesse du cœur par 
le café, la caféine, lateinture de digitale (I à X gouttes). 

L'opothérapie n'a donné aucun n'-sultal dans la néphrite 
interstitielle du chien (liisanli, 1*J04). 



HYDRONÉPHROSES. 145 

Ces animaux intoxiqués supportent difficilement la 
moindre opération (Hébrant et Antoine). 

V. — OISEAUX. 

Étiologie. — Lésions. — Chez les oiseaux, l'acide urique, 
formé en quantité considérable, engendre à la fois la goutte 
et la néphrite chronique. Les diverses infections si 
communes chez ces animaux expliquent la fréquence de 
ces inflammations(Larcher, Semmer, Zurn, Siedamgrotzky, 
Rivolta. etc.). On l'observe chez les poulets comme chez les 
adultes. 

Les reins doublent ou triplent de volume ; ils offrent une 
coloration gris jaune et une consistance assez ferme due 
à la végétation du tissu cellulaire interstitiel et à la dégé- 
nérescence de l'épithélium des tubes urinifères. 

Traitement. — Cette maladie n'étant pas soupçonnée 
ne peut guère être ni prévenue ni combattue. 

VI. — HYDRONÉPHROSES. 

Définition. — Sous le nom (ï/iydwnéphrose ou d'uroné- 
phrose, on désigne la distension du bassinet et du rein par 
l'urine aseptique. Quand cette rétention se complique 
d'infection, elle porte le nom d'uropyonéphrose. 

L'oblitération partielle de l'uretère est la condition 
dominante de la rétention de l'urine et de l'hydronéphrose. 
L'oblitération totale, comme celle qui succède à la ligature 
brusque d'un uretère, produit l'atrophie de l'organe et 
non l'hydronéphrose. Celte lésion résulte donc d'un obstacle 
dans le cours normal de l'urine qui garde un écoulement 
partiel. Sous l'influence de la rétention progressive de 
l'urine, le bassinet et les calices se dilatent; la pointe des 
pyramides s'aplatit; dos cavités se forment par distension 
des calices et refoulerni ni du parenchyme^ qui subit une 
atrophie scléreuse d'aulant plus prononcée que l'occlusion 
C.\DÉAC. — Pathologie interne. Vil. 9 



146 lŒlNS. 

de ruretùre est plus coinplèlc. Sinon, les pOL-hcs formées 
par les calices dilatés se fusionnent en une poche pyélo- 
rénale, peu cloisonnée, et d'autant plus régulièrement 
dilatée qu'elle est plus volumineuse. La i»orliou obstruée 
de l'uretère alleint quelquefois les dimensions du bras; le 
rein acquiert un volume double ou triple et devient kystique. 
Cette transformation, fréquente chez les bovidés et 
chez le porc, ne s'observe presipiejamais chez le cheval, le 
cliien ou le cliiit; elle est même très rare chez le mouton 
si on ne fait pas entrer en ligne de compte les cas où 
riivdronéphrose complique la gravelle. La fréquence d'un 
accident purement mécanique chez certaines espèces 
animales, sa rareté et son absence chez d'autres impliquent 
forcément l'intervention de causes anatomiques spéciales 
chez les animaux comme le hœul'vi \e porc, qui sont tribu- 
taires de riivflronéphrose. Il faut d'ailleurs reconnaitieque, 
parmi les observations classées parmi l'hjdronéphrose, il 
y en a beaucoup qui appartiennent à la pyélo-néphrose ou 
à la pyonéplirose primitive. C'est que le rein, distendu par 
l'urine stagnante, constitue un excellent bouillon pour les 
microbes. L'hydronéphrose des solijirdes se transforme 
généralement ainsi en pyonéphrose (Voy. PytHoncphritc). 

I. — SOLIPÈDES. 

Étiologie. — Chez les er////(/es. lliydronéphrosc (1) peut 
succéder à la lithiase vésicale ou rénale, au rétrécissement 
du col de la vessie par des tumeurs développées dans les 
organes voisins (prostate, utérus, ovaire, vessie) (2). L'urété- 
rite, la dis|)osition anormale de lext rémité vésicale de 
luretère s'ouvrant perpendic-ulairement dans la vessie 
[Mongiardino (3)], sont les principales causes de cette dila- 

(1) Basset, Hydioru'iihiose calciilousc chez un cheval (Kevue yen., 19u3, 
t. I, p. se;!). 

(i) Bnrrier, Lithiase rénale et hydronéphrose (Soc. centrale, 1906, p. 683). 
(3) Mongiardino, Jouru. de Lyon, 1901, p. 357. 



HYDRONEPHROSES. 



147 



talion mécanique (fig. 26). Une rétention urinaire com- 
plète accompagnée d'accidents urémiques peut résulter 
d'une concrétion b 

sébacée logée dans 
le sinus urétral 
[Rohr (1)]. 

II. — BOVIDÉS. 

Étiologie. — La 

stagnation de 
l'urine dans le bas- 
sinet et les calices 
provient d'un obs- 
tacle siégeant en 
dehors de l'uretère, 
dans sa paroi ou 
dans la lumière du 
canal. 

rt. Les agents de 
compression exté- 
rieure sont les tu- 
meurs abdominales 
ou pelviennes, les 
néoplasmes de la 
vessie, de la pros- 
tate, de l'utérus, 
des ovaires, les 

masses ganglion- Fig. 26. — h jdronéphrose du rem gauche atrophié 

" naires hypertro- ^^«c "•"^'ère dilaté. 

phiées par infec- b, rein droit dilaté (d'après Basset). 

tion tuberculeuse 

ou lymphosarcomatose, et le rumen distendu par les ali- 
ments. Cet organe peut comprimer le rein gauche, l'iu'etère 




(1) Rohr, Journ. des vét. milit., 1906, p. 331. 



148 REINS. 

de ce côté ou tout au moins produire une inflexion de ce 
canal (Breuer). 

6. La jmroi elle-même peut présenter des obstacles 
produits par des rétrécissements, des inflexions, des dépla- 
cements, des malformations des uretères ou même du 
bassinet qui s'opposent d'une manière permanente ou 
intermittente au libre écoulement de l'urine. 

c. La lumière du canal peut être obstruée par des calculs, 
des caillots sanguins, des exsudais inflammatoires, des 
tumeurs vésioales (Cadiot), les végétations de la cystite 
hémorragique. Cette oblitération partielle de l'embou- 
chure de l'uretère dans la vessie est tantôt congénitale (1), 
tantôt acquise. L'hjdronéphrose est ordinairement unila- 
térale, mais elle peut être double. 

Symptômes. — L'hydronéphrose n'est ordinairement 
dénoncée par aucun signe particulier ; l'hypertrophie com- 
pensatrice du rein sain assure l'écoulement régulier de 
l'urine. Presque toujours, l'hydronéphrose unilatérale est, 
chez le bœuf, une trouvaille d'anfopsie. On ne la reconnaît 
sur le vivant que lorsque la tumeur formée par le rein 
kystique vient faire saillie sous la peau au niveau du flanc 
gauche et donne à la palpât ion la sensation d'une tumeur 
fluctuante et non douloureuse. L'exploration rectale 
fournit des renseignements encore plus précis ; elle permet 
de sentir l'uretère, dont la grosseur atteint presque celle 
du bras ; elle met îiussi en évidence la surface anfractueuse 
et lobulée du rein hypertrophié. Q'iand l'hydronéphrose 
est bilati'ralo, les troubles urinaires appara ssent rapide- 
ment ; ils consistent dans une diminution rapide de la (]uan- 
tité des urines, puis dans une anurie continue ou intermit- 
tente, qui précède elle-même les accidents urémiques. 

L'évolution de l'hydronéphrose unilatérale est essentiel- 
lement chronique et con)patibIe avecune bonnesanté. tant 
(pTelle ne se complique pas do pyoncphrose. 

(I) L'hydronéphrose est quelquefois d'origine congénita e chez le mouton. 
Morot l'a observée chez un agneau Agé d un mois. 



HYDRONÉPHROSES. 149 

Lésions. — On constate une disproportion très grande 
entre le rein sain et le rein malade. Ce dernier constitue 
une grosse masse lobulée, blanchâtre, transparente, pos- 
sédant autant de culs-de-sac que de lobules. Chacun d'eux 
est très hypertrophié, lisse, hémisphérique, fluctuant. Le 
rein malade présente une longueur de 50 centimètres et 
une largeur de 35 centimètres (Kitt, Pourquier, Eloire), et 
renferme de 10 à 20 litres de liquide composé d'urine 
hydratée, toujours moins riche en principes extractifs et 
en sédiments que l'urine sécrétée par le rein sain. 

Sectionné longitudinalement, le parenchyme est atrophié, 
creusé de poches répondant à chaque lobule. La substance 
médullaire a plus ou moins complètement disparu; à sa 
place, on trouve une cavité semi-limaire en communica- 
tion avec d'autres. Le bassinet est dilaté: sa paroi, épaissie, 
peut avoir de 1 à 2 centimètres de diamètre (Kitt). 

L'uretère qui lui fait suite forme un cordon volumineux, 
de 16 à 25 centimètres de diamètre, noyé dans le tissu 
conjonctif infiltré de la région sous-lombaire. Quand les 
lésions rénales sont moins avancées, le bassinet et les 
calices sont plus ou moins dilatés, mais la substance rénale 
est encore reconnaissable à l'œil nu, et l'abouchement de 
l'uretère dans le bassinet offre une disposition ampullaire. 

Traitement. — L'hydronéphi-ose unilatérale n'est géné- 
ralement pas soupçonnée, de sorte qu'on ne peut instituer 
aucun traitement. Quand elle attire l'attention par son 
volume considérable, la néphrectomie peut être tentée; 
elle a d'autant plus de chances de réussir que l'autre rein 
est entièrement sain. 

III. — PORC. 

Étiologie. — L'hydronéphrose est une maladie com- 
mune chez le porc. Lucks l'a observée 43 fois sur 
6 425 porcs qu'il a examinés ; elle est trois fois plus fré- 
quente chez les femelles que chez les mâles en raison des 



150 REINS. 

prossions exerrôos sur la vossio par riili'rus gravide. Elle 
résulte gônéralomeni d'un vice de eonforniation île l'cxlré- 
mité terminale de l'uretère. Tantôt un faisceau musculaire 
de la paroi de la vessie enlace ce conduit et y détermine 
une sorte de valvule qui engendre la stagnation perma- 
nente de l'urine ; tantôt l'un de ces canaux dcbouche 
dans le réservoir vésical, plus près de son exln-initt' pos- 
térieure, et efîectue entre la musculeuseetla muqueuse un 
trajet sinueux de plusieurs centimètres. Lhydronéphrose 
existe toujours de ce côté ; l'élongation éprouvée par cet 
uretère sous l'influence des tiraillements diminue son 
calibre et facilile son occlusion (LuiUs) (Ij. 

D'autre part, le rétrécissement congénital des uretères 
à leur insertion sur la vessie (Lavezzari), la compression 
d'un uretère par l'utérus, la hernie périnéale de la vessie 
(Villemin) sont des causes d'hydronéphrose (2). 

La vessie elle-même engendre cet accident. Si- 
tuée tout entière dans la cavité abdominale, la vessie 
du povc est proportionnellement beaucoup plus grosse 
que celle des autres espèces ; elle est suspendue au bout 
d'un col très long qui appuie sur le bord du bassin et est 
susceptible de mouvements de (b'placement d'autant plus 
étendus qu'elle ne remonte |»as dans la cavité pelvienne. 
Les ligaments qui la tixent sont d'ailleurs très lAches. de 
telle sorte qu'au lieu d'avoir une position horizontale dans 
la cavité abdominale, elle s'appuie sur le plan incliné des 
parois ventrales inféi'icures. Les tiraillements que supporte 
le col comprimé sur le bord du ])ul)is par le fait du poids 
de l'organe et des déplacements latéraux sont la principale 
cause de l'hydronéphrose double. 

Consécutivement à cette ptôse, il se produit un arrêt 
périodique dans l'écoulement de l'urine. Ces diverses 
conditions anatimiiques expliquent la fréqueme de l'iiydro- 



(1) Lucks, Mo»fitssr/tr. fiir Tierhpil., 1905. 
(i) Villemin. yoi</v(. de Lyon, 1903. 



HYDRONÉPH ROSES. 151 

néphrose chez le porc (Roll, Busch, Lorge, Soula, Ehlers, 
Coreman, Kitt). 

Symptômes. — L'hypertrophie du rein hydropique peut 
augmenter considérablement le volume du ventre, qui 
arrive presque ;i toucher le sol, comme dans l'ascite : la 
démarche de l'animal est pénible, lourde: il prend souvent 
la position du cliien assis (Richter), et l'on constate de la 
polydipsie (Ehlei's). 

La palpât ion du flanc met en évidence la fluctuation 
de la tumeur, et la ponction est suivie de l'écoulement 
d'un liquide urineux limpide. 

Dans la plupart des cas, l'hjdronéphrose ne provoque 
aucun trouble particulier ; elle est compatible avec l'engrais- 
sement, et cette lésion constitue généralement une surprise 
d'autopsie. 

L'hjdronéphrose bilatérale peut évoluer et atteindre un 
degré très avancé sans déterminer d'urémie moi'telle 
(Soula). 

Lésions. — Le rein malade est représenté par une 
poche volumineuse, diverticulée et remplie de liquide dont 
le poids peut atteindre 42 kilos (Richter). Cette poche 
aréolaire présente, çà et là, quelques îlots de substance 
rénale quelquefois réduite à une petite masse réléguée au 
hile.La face interne de la cavité est d'un blanc nacré; ony 
remarque des brides tibreuses disposées transversalement. 
Habituellement unilatérale, elle est quelquefois bilatérale 
[Squadrini (11]. 

Traitement. — On n'a ordinairement pas l'occasion 
d'instituer un traitement. 

IV. — CHIEN. 

Étiologie. — L'hypertrophie de la prostate est la prin- 
cipale cause d'hydronéphrose chez le c/i/eH(Liénaux,1896; 

(1) Squadrini, Hydronèphrose chez la truie {Revue gén., 1908). 



152 REINS. 

Leigton, 1903). Le rétrécissement, loLliléralion pro- 
gressive des uretères par iirélérite (1) sont, exceptionnel- 
lement, des causes de rétention urinaire simple et de 
dilatation mécanique du rein. 

Les tinneurs de la vessie peuvent envahir successivement 
les orifices desdfux uretères et d('terminer leur obstruction 
[SufFran et Daille, 1905 ; Huynen (2)]. Les autres 
obstacles à l'écoulement de l'urine (coudure de l'uretère 
dans le rein mobile, calculs, hernie périnéale de la vessie) 
sont très rarement, chez le chion, des causes dhydroné- 
phrose iiT. 

Symptômes. — Ils n'ont généralement rien de caracté- 
ristique : ils traliissent habituellement la difficulté de 
l'expulsion de l'urinesans faire sou[)çonnerrhy(lronéphrose, 
qui en est la conséquence exceptionnelle. 

Les mictions sont fré(iuentes et douloureuses : le sujet 
se campe, agite la queue, conserve deux à trois minutes 
cette attitude, redouble ses efforts, vousse le dos, contracte 
les muscles abdominaux et ne réussit à rejeter qu'une 
faible quantité d'urine, qui s'écoule quelquefois goutte à 
goutte. 

Le catliétérisme de Vurètrc dénonce la pernK'ubilité fiar- 
faitedececanal. L'examen de l'urine peut révéler l'infection 
de la vessie et l'intégrité du rein : l'urine est albumineuse, 
foncée, et renferme des globules rouges, des leucocytes, 
des cellules de la vessie quand il y a cystite simple ou 
cystite cancéreuse ; elle est dépoiu'vue de cellules rénales 
et de cylindres, si les reins sont indemnes. 

Le toucher rectal fait percevoir l'état de la prostate si 
souvent hypertrophiée chez les vieux cliiens. 

La palpalion abdominale, vers le détroit antérieur du 
bassin, renseigne sur l'état de la vessie et permet de 
dépister les tumeurs et les dilatations de cet organe, qui 

(1) Suffi-an el Daille, Jieviie vét., 1905, p. Cli. 

(2) Huynen, Atui. de méd. vét., 1912, p. 208. 

(3) B&\\,Journ. de Lyon, 1903. 



HYDRONÉPHROSES. 



153 



atteint quelquefois le volume d'une tête d'enfant et remplit 
presque entièrement la cavité abdominale. Ce même mode 




c ' 



Fig. 27. — Hydronéphrose du rein droit avec dilatatioa de l'uretère, 
(d'après Huynen). 

b, tumeur de la vessie; L. lumière de la vessie; P, prostate; c, canaux 
déférents. 

d'exploration, appliqué à la partie supérieure du ventre, 
peut faire découvrir le rein distendu et flottant. 

Le pronostic est d'autant plus grave que la plupart 
des cas d'hydronéphrose sont consécutifs au cancer de la 
vessie. 

9. 



154 REINS. 

Lésions. — Le rein atteint d'hydronéphrose est augmenté 
de volume, déformé ; il forme une tumeur molle et 
fluctuante de la grosseur des deux poings, flottant au milieu 
de la masse intestinale ; grAce à une distension excessive 
de ses moyens d'attache, il renferme ime urine d'attache 
claire et normale (fig. 27). 

Ce caractère a été exceptionnellement constaté chez le 
chien ; le bassinet et les dilatations de cet organe sont 
généralement remplis d'un li(iuido trouble. gluant, jauniitre, 
caractéristique d'une infection pyogènc: il y a dans tous 
ces cas pyonéphrose et non hydronéphrose. Cette alté- 
ration mécanique pure est une rareté chez les carnivores. 

Le parenchyme rénal, presque complètement disparu, 
ne forme plus qu'ime couche mince ayant seulement 
quelques millimètres d'épaisseur (Daille et SufTran). 

Les uretères sont considi-rablement dilatés par l'urine, 
surtout à leur origine dans le bassinet rénal, où ils s'élar- 
gissent en forme d'entonnoir. 

Diagnostic. — La palpât ion alxiominale permet de 
reconnaître l'hypertrophie du rein atteint d'hydronéphrose ; 
l'absence de lièvre différencie l'hydronéphrose de la pyo- 
néphrose, qui a été souvent confondue avec une simple 
rétention urinaire(l). 

La limpidité de l'urine rejetée quand la vessie n'est pas 
atteinte de cyslile ou de cancer et les caractères normaux 
<le celle qu'on retire du bassinet permettent lic distinguer 
rhydroné|)hrose delà pyonéphrose. 

Traitement. — 11 faut s'elTorcer de supprimer les causes 
de rétention urinaire. Les calculs de l'urètre et de la 
vessie sont extraits, mais on est généralement désarmé 
contre les cancers de la vessie. 



(1) Aliny, Société rentrale,'.iO décembre 1897; il s'agissait de pyonéphrose 
consécutive à l'obstruction de l'uretère. 



REIN POLYKYSTIQUE. 



155 



VII. — REIN POLYKYSTIQUE. 

Définition. — Sous le nom de rein polykystique, de 
dégénérescence kystique du rein, on désigne une maladie 
congénitale ou ac- 
quise caractérisée 
par la transforma- 
tion générale de 
l'organe en un 
amas de cavités 
kystiques qui lui 
donnent l'aspect 
d'une grappe volu- 
mineuse. Dévelop- 
pés en plein paren- 
chyme, ces kystes 
se distinguent ainsi 
de l'hydroné- 
phrose. C'est une 
affection presque 
toujours bilatérale 
et qui s'accom- 
pagne assez fré- 
quemment, princi- 
palement chez 
Y homme (Collet), 

le chien (Roquet), lâchât [BoW) (1). et probablement aussi 
chez les autres espèces, d'une lésion analogue du foie. On 
l'observe fréquemment chez les ruminants et les porcins, 
rarement chez le rhoval. plus souvent chez \'àne (fig. 28). 

Kystes de la néphrite interstitielle. — Assurément 
les petits kystes médullaires qu'on rencontre dans les reins 




f:aVî/é-Li 



Fig. :!5. — Rein polykystique de l'dne. 

Un kyste apparaît limité par une membrane 
fibreuse et contient un exsudât a:ranuleux. 



(1) Bail, Dégénérescence kystique des reins, du foie et des ovaires (Journ. 
de Lyon, 1911, p. 405). 



156 REINS. 

atteints de néphrite atrophique lente doivent en être soi- 
gneusement distingués; ils sont disséminés sous la capsule 
et résultent évidemment de la rétro-dilatation des tubes 
urinifères en amont d'un point comprimé par la sclérose 
interstitielle: (iQ%i\epetitreinscléro-kystique,(\\x'on observe 
principalement chez le chien. 

Les kystes sous-capsulaires sont généralement peu nom- 
breux (une quinzaine tout au plus); ils ne dépassent pas 
le volume d'un petit pois et ne se développent que dans 
les reins chroniquement enflammés; ils sont généralement 
déchirés ou détachés au moment de l'enlèvement de la 
capsule (1). 

Kystes séreux. — Les kystes séreux développés dans 
un tissu rénal sain constituent des masses de volume 
variable, tantôt petites et multiples, tantôt volumineuses 
et uniques, à paroi lisse et mince et à contenu citrin 
devenant parfois hématique. Les reins qui en sont affectés 
ne présentent aucune lésion, sauf une légère zone sclé- 
reuse tout autour de la production pathologique. Ces 
kystes, qu'on a différenciés jusqu'à présent du reinpolykys- 
tiqve ont avec lui d'étroites analogies étiologiques, anato- 
luiques, sjmptomatiques et évolutives (2). 

Étiologie. — Le rein polykystique se rencontre chez 
tous les animaux à deux périodes de la vie: à la naissance 
et dans les premiers tenq)s de la vie {vocUi, agneau, por- 
celet, poulain) et chez l'adulte [chien, chat, et toutes les 
espèces domestiques). En dehors de l'âge, les conditions 
étiologiques de cette altération sont totalement inconnues. 

Anatomie pathologique. — Cette affection, ordinaire- 
ment bilatérale, se traduit chez la plupart des animaux par 
une augmentation de volume des reins qui sont souvent 
énormes: le rein devea^i qui vient de naître pèse quelque- 



(1) Basset et Chaussé, Ktude sur les kystes du rein (Revue génér., t. I, 
1906, p. 465). 

(2) Bail, Cas exceptionnel des kystes ovariques cl rénaux chez \xw dnvsse 
[Journ. de Lyon, 1899). 



REIN POLYKYSTIQFE. 



157 



fois 2''«,300 (Arloing) ; ceux du fœtus de brebis, de truie, 
méritent bien l'appellation de gros reins polykystiques 
(Moi'ot) ; celui du c/i/e/i adulte présente son volume normal 
et est souvent plus petit (Basset et Chaussé) ; le rein de 
porc adulte peut peser 3''b,500 (Thirion) (1). 

La forme générale de l'organe est conservée; mais sa 
surface est irrégulière, 



bosselée par une série 
de saillies hémisphé- 
riques de volume va- 
riable à parois lisses, 
miroitantes, donnant, à 
la palpation, la sensa- 
tion do vésicules à con- 
tenu liquide. Les kystes 
sont d'autant plus nom- 
breux qu'ils sont moins 
volumineux : on peut 
en compter une cen- 
taine, mais quelquefois 
il n'y a que quelques 
exemplaires de gran- 
deur inégale (fig. 29). 

La coupe de l'organe 
accuse la disparition du 

parenchyme rénal ; il est remplacé par des cavités de 
toutes dimensions, des multitudes d'aréoles sphéroïdales 
qui se compriment les unes les autres, tout en conservant 
leur indépendance réciproque ; on peut cependant cons- 
tater des communications dues à des cloisonnements in- 
complets. 

Les cloisons sont minces et transparentes ; il n'existe 
souvent entre elles aucune trace, visible à l'œil nu, de 
substance rénale. 

(1) Thirion, Kyste sous-capsulaire du rein chez le pore {Recueil de méd., 
1907, p. 249). 




Fig. 29. — Rein polykyslique du chat. 

Les kystes sont situés dans la substance 
corticale du rein et renferment des granu- 
lations albuminoïdes. 



158 REINS. 

Chez la plupart des animaux comme chez ï homme, la 
substance corticale a complètement disparu ; chez le chien, 
elle persiste souvent ; les kystes, localisés à la substance 
médullaire, donnent à celle-ci l'aspect d'une éponge ; les 
plus gros siègent généralement à la base des pyramides 
de Malpighi, les plus petits dans le voisinage du bassinet 
(Basset). 

Le contenu des kystes est très variable d'aspect d'une 
cavité à l'autre ; tantôt fluide, séreux, citrin, tantôt 
gélatineux, colloïde, rougeâtre. ou ambré, répandant une 
odeur urineuse (1), quoique l'analyse chimique démontre 
qu'il est assez différent de l'urine; il est généralement 
albumineux, et parfois il subit la transformation purulente 
par infection secondaire. 

Il n'est i)as rare de constater, en même temps, des mal- 
formations du bassinet, des uretères, et de rencontrer, 
aussi bien chez l'adulte que chez le fœtus, des kystes ana- 
logues dans le foie, les ovaires, dans le corps thyroïde et 
même dans la rate. 

Les cavités kystiques sont formées par une paroi con- 
jonctive tapissée d'un épithéliuin simple ou stratifié; les 
cellules qui le composent sont cubiques ou polyédriques, à 
noyau volumineux, ovoïde ou arrondi; les cellules super- 
ficielles, très généralement hautes et cylindritpies, offrent 
parfois tous les caractères des cellides ciliées ; des végéta- 
tions papilliformes font souvent saillie ilans l'intérieur des 
cavités comme dans les fibro-adénomes kystiques de la 
mamelle. 

Entre les kystes, le tissu rénal, étouffé par la sclérose, 
peut avoir complètement disparu, il peut être simplement 
comprim('' ; mais, parfois, il a gardé son inlégriti- parfaite 
sans aucune prolifération de son tissu interstitiel; la sclé- 
rose manque autour des petits kystes; elle est marquée et 
plus nettement fibreuse auloiu' des grands kystes. 

(1) .Moi'cl et Vieilluril, Rein polykystir|uc cliez un ««e {Revue vét., 1909). 



REIN POLYKYSTIQUE. 159 

Pathogénie. — a. Théorie inflammatoire. — Les tubes uri- 
nifères sont l'origine des kystes; les cavités glomérulaires 
ne prennent qu'une faible part à la dilatation. Chezl'/wm- 
7«e,les tnbuli contovti sont considérés comme étant leur 
point de départ; chez le chien et peut-être aussi chez le 
cheval, ils se développent aux dépens des tubes collec- 
teurs. L'épithélium du canal prolifère se stratifié pendant 
que le conjonctif bourgeonne et fait subir à la lumière du 
tube des constrictions latérales d'où résulte un tube à appa- 
rence moniliforme ; puis les étranglements se complètent 
et le chapelet s'égrène ; les grains isolés forment des 
kystes (Basset). Cette théorie de la néphrite scléreuse ne 
paraît pas s'appliquer au rein polykystique congénital, 
dépourvu de lésions de néphrite interstitielle ; d'autre 
part, elle explique encore moins la coexistence fréquente 
chez l'adulte comme chez le fœtus, des mêmes kystes 
dans le foie. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de 
reconnaître qu'il existe une dissemblance frappante 
entre l'aspect du rein polykystique du veau, de l'a- 
gneaii, du porcelet, et celui des reins scléreux du chien 
parsemés de quelques kystes. La sclérose dans le rein 
polykystique est toujours confinée au pourtour des grands 
kystes et fait défaut autour des petits, de sorte qu'on peut 
considérer la sclérose périkystique non comme initiale, 
mais comme secondaire. 

b. Théorie de l'adénome. — La prolifération épithéliale 
observée dans le rein polykystique étant assimilée à celle 
qu'on rencontre dans les processus adénomateux et par- 
ticulièrement dans l'épithélioma mucoïde, on a pu penser 
que les kystes dérivent d'un processus analogue ; mais de 
nombreux arguments s'élèvent contre cette manière de 
voir. 

La néoformation épithéliale se borne à tapisser les 
cavités kystiques; elle ne devient jamais infectante, et on 
n'observe jamais ni envahissement ganglionnaire, ni méta- 
stase ; les kystes qui se développent dans le foie résultent 



160 REINS. 

du même processus évolutif et non d'une localisation. 

c. Théorie TÉRATOLOGiQUE. — Le rein polykystique est une 
malformation congénitale due à une oblitération destubes 
par atrésie papillaire ou à un défaut d'abouchement des 
tubes supi'i'ieurs avec les tubes inférieurs. La rétention des 
produits de sécrétion amène la dilatation kystique. Cette 
théorie explique la pathogénie du rein polj kystique des 
fœtus ou des jeunes animaux : elle permet de concevoir 
la coexistence de pareilles altérations dans le foie; elle est 
moins solidement étayée quand il s'agit d'interpréter les 
kystes des uniinanx adultes ou âgés. Pourtant on sait que 
les kystes salivaires d'origine congénitale et bien d'autres 
affections de même origine demeurent longtemps à l'état 
de germe inclus pour évoluer tardivement. 

Symptômes. — Les symptômes font géiféralement 
défaut; la mort peut survenir par urémie comateuse sans 
qu'on ait même soui^çonné l'exislence d'une aiTection 
rénale. 

L'exploration des reins par le rectum permettrait de 
constater une tumeur rénale bilatérale, ferme, rénitente, 
mobile ou ballottante, indolore à la pression: mais on ne 
songe pas à la pratiquer. 

Traitement. — Le rein polykyslique n'est pas une 
lésion ayant quelque chance d'être dépistée; on ne peut 
d'ailleurs la combattre: tout traitement est inutile. 

VIIL — PyKLONf:i'lI RITES KT PY()M':Pri ROSES. 

Considérations générales. — La pyclite est l'inllam- 
mation du bassinet ; elle s'associe ordinairement à l'in- 
flammation du parenchyme rénal : c'est alors la pijélo- 
néphrite. Si la rétention vient s'ajouter à l'infection, des 
collections purulentes se forment aux dépens du bassinet 
et des calices dilatés : c'est lapyoncphrose. Ces altérations 
sont d'autant plus fréquentes chez certaines espèces que le 
rein est menacé par deux voies : les microbes peuvent y 



PYÉLONÉPHRITES ET PYONÉPHROSES, 



161 



parvenir : 1° par la voie descendante ou hématogène, c'est-à- 
dire en abordant le parenchyme par l'intermédiaire de 
la circulation sanguine ; c'est la voie dominante, presque 
exclusive, chez les solipèdes, très exposés aux infections 




pjcr. 30. — Schéma de l'infection ascendante et descendante. 



septicémiques qui produisent les abcès du rein et les 
pyélonéphrites suppurées ; 2° par la voie ascendante ou 
urinaire, commençant par une infection génitale ou urinaire 
qui gagne l'urètre, la vessie, et se propage au rein par la 
voie canaliculaire ascendante, à la faveur de la rétention 
vésicale qui affaiblit le courant de l'urine dans l'uretère, 
amène la stase urétérale et parfois même crée un reflux 
vers le bassinet et les tubes urinifères (fig. 30). La 



162 REIXS. 

pyélonéphrite ascendante et la pyélonéphrite liématogène 
se disputent la prééminenfe chez les hovidès, qui sont 
ainsi les plus sujets à cette infection ri'nale dans laquelle 
s'associent trois ordres d'altérations : les abcès, la pyélite, 
la pyonéphrose. Les abcès rénaux et les pyélonéphrites 
suppiirécs compliquent les toxi-infections générales comme 
la pyélite, la pyélonéphrite et la pyonéphrose compli- 
quent les infections des voies urinaires. Si l'ordre d'appa- 
rition de ces altérations est insidieux, leur origine est la 
même ; elles procèdent toujours d'infections multiples, 
aépourvues généralement de toute spécificité. Les liens les 
plus intimes unissent les abcès du rein aux pyélonéphrites. 
Tous les microbes pathogènes, qu'ils soient ou non habi- 
tuellement pathogènes, peuvent provoquer des abcès du 
rein et des pyélonéphrites quand ils parviennent dans cet 
organe par la voie hématogène ; tous les microbes qui 
remontent dans le bassinet, par stase urinaire, peuvent 
déterminer de la pyélonéphrite et des abcès. Ces deux 
lésions ont la même étiologie, la même pathogénie, les 
mêmes manifestations cliniques, de sorte que leur sépara- 
tion est purement théorique ; leur réunion dans un tableau 
clinique d'ensemble nous paraît, au contraire, entière- 
ment justifiée. D'autre part, désigner la pyélonéphrite des 
hovidrs sous le nom de pyélonéphrite bactérienne ou de 
pyélonéphrite infectieuse, c'est prétendre ou tout au 
moins laisser croire que cette appellation naïve a une signi- 
fication spéciale qu'elle n'a pas. L'infection est la caracté- 
ristique des pyélonéphrilcs siippiii-ées de toutes les 
espèces animales. 

1. — SOLIPÈDES. 

Étiologie. — Toutes les maladies infectieuses seplicé- 
miqucs [M'uvent créer des suppurations rénales, commeelles 
peuvent déterminer des néphrites. Il convient de iMter tout 
particulièrement : la septicémie, la pyohémie, lendocar- 



PYÉLONÉPHRITES ET PYONÉPHROSES. 163 

dite, la bronchopneunionic, les pneumonies infectieuses, 
la gourme avec ses diverses manifestations, telles que les 
pharyngites phlegmoneuscs. la morve, la pyémie qui 
succède à l'infection ombilicale. 

Des septicémies compliquant des ulcérations gastro- 
intestinales, des entérites chroniques (Hasmanow, Fraim- 
bault) peuvent produire des abcès pyémiques du rein. Les 
microbes apportés par le sang s'arrêtent dans les capil- 
laires de la substance corticale (réseaux glomérulaires ou 
péritubulaires), provoquent la formation d'infections qui 
suppurent et se convertissent en abcès. Les microbes les 
plus fréquemment en cause sont le colibacille, le strepto- 
coque, le staphylocoque. La pyélonéphrite nous apparaît, 
dans tous ces cas, comme une complication d"une maladie 
préexistante. 

L'infection ascendante est elle-même préparée ou faci- 
litée par un obstacle plus ou moins complet à l'écoulement 
de l'urine. Les calculs, les paralysies vésicales d'origine 
médullaire, les cystites colibacillaires, les tumeurs de la 
vessie, notamment le cancer de cet organe, peuvent pro- 
duire la rétention de l'urine et l'infection du bassinet. Les 
germes qui atteignent les tubes urinifères provoquent, 
suivant leur action irritative, soit une sclérose simple avec 
foyers embryonnaires sans suppuration, soit la néphrite 
suppurée. Parmi eux. le bacille de la suppuration ca- 
séeuse est des plus envahissant ; il revendique divers cas 
de pyélonéphrite et de suppuration rénale des solipèdes 
(Schmidt. Panisset et Vieillard). On a vu aussi cette 
maladie compliquer, chez un étalon, un abcès para-urétral 
(Hess). On observe quelquefois au Transvaal une néphrite 
purulente attribuée au Bacillus uephriditis equi et qu'on 
a pu reproduire expérimentalement (Meyer, 1908-1909 . 

La néphrite purulente a quelquefois aussi une double 
origine. Primitivement simple, d'ordre toxique, l'altération 
du rein, provoquée par le sang chargé d'une substance 
irritante, se complique d'une infection d'origine ascen- 



164 



HEIXS. 



danle. Les dôsordros de la néphrite primitive facilitent la 
puUulation des germes que peut contenir le bassinet. 

Les trainnalismes (chutes, contusions, etc.) peuvent 
localiser exceptionnellement des processus infectieux dans 
les reins. 

Anatomie pathologique. — Abcès miliaires. — Les em- 
bolies sepli(iues provoquent des loyers suppuralifs appelés 

abcès miliaires, en 
raison de leur ap- 
parence habituelle. 
Les deux reins sont 
ordinairement alté- 
rés simultanément 
et au même degré ; 
ils sont turgescents, 
violacés ou ecchy- 
moses. Sous la cap- 
sule et sur les cou- 
pes, on aperçoit de 
nombreux abcès 
corticaux du vo- 
lume d'un grain de 
mil à celui d'im 
pois, constitués au 
centre par une pe- 
tite quantité de pus 
blanchâtre ou jau- 
nâtre et. à la péri- 
phérie, par une zone 
congestive foncée 
ou hémorragique. 
Quand ces petits 
abcès sont confluents, la coupe offre un aspect aréo- 
laire. On peut constater, en même temps, de véritables 
infections septiques (fig. 31 ;. 

Les voies urinaires inférieures (bassinet, uretères) sont 




Fig. 31. — Abcès miliaires dans la néphrite 
embolique. 



PYÉLONÉPHRITES ET PYONEPHROSES. 165 

normales. Histologiquement ces abcès métastatiques sont 
caractérisés par une embolie microbienne centrale avec 
thrombo-capillarite infectieuse, ordinairement strepto- 
coccique, diapédèse intense, dégénérescence et nécrose 
des épithéliums tubulaires et congestion périphérique 
marquée. 

De volumineux abcès métastatiques d'origine strepto- 
coccique peuvent se développer pendant la gourme et 
convertir cet organe en un sac purulent énorme renfer- 
mant plusieurs litres de pus (Chouard, Hasmanow, Zundel). 
Le microbe de Preisz-Guinard peut déterminer une vaste 
collection purulente englobant lun des reins et contenant 
jusqu'à 6 litres de pus (Cocu> Les infections rénales 
descendantes peuvent déterminer des abcès disséminés 
irrégulièrement dans le parenchyme (néphrites diffuses 
infiltrées) ou simplement des néphrites avec congestion 
ecchymotiqueel lésions l'pithéliales principalement accusées 
au niveau des tubes contournés. 

Pyélonéphrite . — Les lésions depyélonéphrite ont deux 
sources: l'infection pyogène et la distension rénale. Quand 
il n'y a pas de distension, la muqueuse du bassinet est 
congestionnée, tuméfiée, parsemée de points hémorragi- 
ques et recouverte de sédiments urinaires d'aspect crémeux 
et d'exsudats glaireux purulents. L'affection évolue lente- 
ment ; les parois du bassinet sont épaissies, fibreuses et 
tapissées d'un exsudât muco-purulent. 

Dans les cas aigus, les reins sont congestionnés, ecchy- 
moses, semés de petits abcès corticaux ou sous- 
capsulaires, de stries purulentes et jaunâtres qui rayonnent 
en éventail dans les pyramides. Dans les cas chroniques, 
le rein est mou, grisâtre, scléreux. 

Quand la distension s'ajoute à V infection, il y a. pyoné- 
phrose; le rein, toujours augmenté de volume, est quelque- 
fois énorme, de forme arrondie, plus ou moins globuleuse. 
Sa surface est lisse, sa capsule épaissie. Sur une coupe, 
le bassinet se montre largement dilaté, rempli d'un pro- 



166 



REINS. 



(luit purulent, gluant, fétide ou inodore, dans lequel nagent 
des llocons albumineux. Les pyramides sont aplaties, le 
parenchyme rénal atrophié, la distinction entre les deux 
couches impossible. 

A Vexamen microscopique, sur des coupes longitudinales 
de l'organe, parallèles à l'axe des pyramides, le tissu se 




Fig. 32. — Couje iransvei;-alu des pyramides (Gross. : 70 diam.). 

A, tubes collecteurs remplis de leucocytes ; B, glomérules de Malpigbi 
sclérosés; C, anses de lleale (d'après Hesiioit). 



montre l'orme d'alvéoles ri'iiiplis de leucocytes, séparés 
par des travées conjonclives. Cet aspect particulier est la 
conséquence d'une dilatation consid(''rable des tubes collec- 
teurs qui sont bourrés de leucocytes (Besnoit). Dans les 
pyramides de Malpighi, les tubes sont séparés par des 
bandes conjonclives, leur épiihéliiim aplati, cubique. Les 
anses de Henle sont atrophiées par le développement du 
tissu conjonctil'. La sclérose de la substance corticale est 
également très manifeste ; il n'existe que des vestiges de 
tubes contournés. La capsule des glomérules est épaissie. 



PYÉLONÉPHRITES ET PYONÉPHROSES. 167 

fibreuse, le bouquet, vasculaire. atrophié. Beaucoup d'arté- 
rioles ont disparu par sclérose (fig. 32). 

Les uretères sont intacts ou lésés seulement dans leur 
segment supérieur quand l'infection est descendante ou 
d'origine sanguine ; la pyélite peut évoluer sans cystite. 

Dans les pyélonéphrites ascendantes, les lésions uré- 
térales ne peuvent manquer ; l'urétérite est l'intermé- 
diaire obligé entre la pyélonéphrite et la cystite. L'uretère 
dilaté forme un conduit de diamètre inégal, épaissi, rigide, 
entouré d'une forte gangue scléreuse de périurétérite. 
Symptômes. — Les abcès rénaux d'origine pycmique ne 
s'accusent par aucune manifestation caractéristique. Les 
signes de l'affection causale dominent la scène : la suppu- 
ration rénale y ajoute seulement des symptômes généraux 
ou aggrave ceux qui existaient déjà : appétit nul, soif vive, 
constipation remplacée par la diarrhée, état fébrile rémit- 
tent, procédant par paroxysmes irréguliers et suivis de 
sueurs profuses, la température atteignant quelquefois 
41° (ïrasbotj, respiration courte, accélérée, pouls 
petit, filant, douleurs abdominales avec frissons, troubles 
nerveux, amaigrissement rapide. 

Les abcès rénaux volumineux, la j)\jélonéphrite et la 
pyonéphrose sont dénoncés par une douleur et une tumé- 
faction rénales et par les modifications de l'urine. 

a. La douleur rénale se traduit quelquefois par la diffi- 
culté du déplacement des membres postérieurs. Les malades 
boitent alternativement de l'un ou de l'autre membre 
(Olivier, Coupland) ou présentent de la faiblesse d'une 
extrémité consécutivement à la compression du plexus, 
lombo-sacré parlamasse rénale hypertrophiée (Benjamin). 
La sensibilité de la région lombaire est augmentée ; 
la pression du rein et du sacrum fait affaisser l'animal 
(Deubser) ; la douleur spontanée se traduit par des 
coliques sourdes qui augmentent beaucoup d'intensité 
quand il y a rétention du pus ou pyonéphrose et qui 
diminuent ou cessent quand il y a évacuation du pus. II y a 



168 REINS. 

aussi de l'oligurio et de la strongurie. Exceptionnelle- 
ment, les volumineux abcès du rein communiquent avec 
l'extérieur par une fistule (Cocu). 

b. La tuméfaction du rein n'est appréciable que dans 
les pjélonéphrites avec grande rétention. L'exploration 
rectale décèle alors l'existence d'une vaste poche fluc- 
tuante ou'dune tumeur volumineuse, dure, pendante, un peu 
mobile même au milieu des anses intestinales (Besnoit, 
Huguet, Marcenac). 

c. Uurine rejelée est plus foncée qu'à l'élat normal, 
épaisse, gélatineuse, purulente et quelquefois iélide ; le 
microscope y décèle la présence de cristaux de phos- 
phates, de globules purulents et d'éléments rénaux mor- 
tifiés (Liesering) et quelquefois de globules rouges. La 
pyurie est le signe le plus constant ; mais il subit de 
grandes variations, suivant que la rétention est passagère 
ou persistante. Certains jours, la quantité de pus diminue 
dans les urines ou cesse de s'y montrer ; il se produit 
alors dans le rein une rétention purulente dénoncée par 
l'aggravation des symptômes fébriles etseptiques. 

d. Ui'tat général devient inquiétant sous l'influence de 
l'intoxication purulente et urémique ; le poil est piqué, le 
flanc levrette, lappétit nul; il y a des alternatives de 
constipation et de diarrhée; la température est toujours 
oscillante, et des œdèmes cachectiques se manifestent aux 
membres postérieurs et au fourreau : mais ces engorge- 
ments œdémateux sont rares. 

Pronostic. — La gravité de la pyélonéphrite et des 
abcès du rein varie suivant l'unilatéralité ou l'atteinte 
simultanée des deux reins : la pyélonéphrite double, 
comme celle qui succède aux infections hématiques, 
tue rapidement les malades; la pyélonéphrite unilatérale, 
qui résulte d'une infection ascendante déterminée par le 
microbe de la suppuration caséeuse, permet aux animaux 
d'atteindre la vieillesse. 

Traitement. — Les antiseptiques internes sont tout 



PYELONEPHRITES ET PYONEPHROSES. 



169 



indiqués dans le traitement de la néphrite purulente : la 
créosote, l'acide salicjlique, le ^alol. Tràsbot dit s'être 
bien trouvé de l'emploi des formules suivantes : 



Salicylate de soude 30 gr. 

Eau-de-vie 200 — 

Poudre de digitale 4 — 

Electuaire à la réglisse. ... Q- S. 



Acétate d'ammoniaque. . .. 30 gr. 

Eau-de-vie 300 — 

Poudre de digitale 2 — 

Electuaire Q . S . 



Au bout de quelques ours, lorsqu'on a constaté une 
amélioration, on remplace cette formule par le nitrate 
de potasse additionné de bicarbonate de soude, parties 
égales 10. 



II. 



BOVIDES. 



Définition. — La pyélonéphrite des bovidés consiste 
généralement dans une pyonéphrose plus ou moins 
accusée caractérisée par la pyurie, la tuméfaction rénale, 
la douleur locale et des troubles généraux pyoseptiques, à 
évolution lente ou rapide et à terminaison mortelle. 

Cette maladie fréquente a été signalée par les praticiens 
de tous les pays. Décrite en France par Rossignol (1848), 
en Allemagne par Pilvk'ax (1867), son origine microbienne 
a été reconnue par Siedamgrotzky (1875) et confirmée 
par Dammann (1877), Hess (1888-1892), Bang (1889), 
Schmidt (1890), Hofflich (1891), Enderlen (1891), Lucet 
(1892), Mollereau et Porcher (1895), Jensen (1896), 
Cadéac et Morot (1897), Liénaux et Zwaenopoel (1902), 
Ernst (1905). 

Étiologie et pathogénie. — Cette maladie polymicro- 
bienne, désignée communément sous le nom de pyélo- 
néphrite bacillaire ou de pyélonéphrite bactérienne, résulte 
tantôt d'une infection hématogène ou descendante, tantôt 
d'une infection urinaire ou ascendante. La fréquence rela- 
tive de ces deux modes d'infection pyélorénale dépend des 
propriétés biologiques des microbes susceptibles d'infecter 
les reins. Il y a des microbes qui peuvent y parvenir par 
la voie sanguine comme par la voie urinaire ; il en est 
Cadéac. — Pathologie interne. VIL JO 



170 REINS, 

d'autres qui infectent seulement de proche en proche ou 
qui s'aventurent tout au plus dans le système lymphatique, 
la circulation sanguine demeurant généralement fermée 
devant leurs tentatives d'invasion. 

La détermination des microbes découverts dans les reins 
affectés de pjélonéphrite permet généralement de pré- 
sumer leur voie d'introduction. On sait notamment que 




Fig. 33. — Sédiment urinaire d'une vache à pyélonéphrite. 

a, Corynebacillus renalis ; b, cellules épithéliales pavinienleuses des ca- 
naux urinaires; r, cellules du rein ; d, cellules de pus; e, globules rouges. 

les staphylocoques, \os streptocoques, \emicvohepyocyaniquc, 
le colibacille peuvent suivre indifféremment la voie héma- 
togène ou la voie urinaire, tandis que le bacille de la 
suppuration casccuse se propage plus spécialement par les 
muqueuses, la peau et le système lymphati(pie. Tous les 
microbes pyogèncs qui atteignent le rein par la voie 
urinaire ou par la voie hématogène peuvent déterminer 
la pyélonéphrite. 



PTÉLONEPHRITES ET PY0XÉPHR05ES. 171 

Le CorynebaciUus renalis (Ernsf, appelé encore 
Bacillus renalis bovis, Bacillus pyelonephritidh bovum. est 
l'un des agents les plus fréquents de la pyélonéphrite du 
bœuf. C'est un bâtonnet polymorphe de 2-3 ou même 
4 [i de long sur Oa.6 à 0a,7 de largeur, immobile, tantôt 
flexueux. tantôt recourbé et arrondi aux extrémités. 
Dans l'urine, ces bacilles sont agglomérés en touffes de la 
grosseur d"un grain de sable, ce qui a fait donner à ce 
microbe le nom de CorynebaciUus. Ils se colorent bien 
par le Gram ou le Weigert; ils sont aérobies, cultivent 
à 37° sur milieux solides, comme l'agar. sur le sérum 
sanguin, dans le bouillon ordinaire, dans l'iu-ine neutre ou 
faiblement alcaline et dans l'agar d"urine : ils ne produisent 
ni acide, ni indol, mais laspect de leurs cultures varie 
suivant les variétés de ce microbe, qui se rapproche et 
se confond avec celui de la suppuration caséeuse ou 
microbe de Preisz-Guinard (Liénaux. Hutyra). Il en a les 
propriétés. 

L'injection intraveineuse des cultures de ce microbe 
demeure généralement sans effet, aussi bien chez les 
bovidés que chez les moutons. L'injection intravésicale 
chez la vache ne provoque ordinairement aucun trouble, 
exceptionnellement une pyélonéphrite ( Masselin et 
Porcher). La présence de ce microbe, regardé à tort 
comme spécifique, ne résout que très imparfaitement la 
question de l'étiologie de cette maladie. C'est un microbe 
banal, cosmopolite (fig. 33). 

Il n'est d'ailleurs pas seul en cause : l'infection rénale 
est généralement mixte; les microbes de la suppuration 
et tous les microbes vulgaires peuvent s'y trouver associés. 
On y a rencontré des staphylocoques (Cadéac, etc.), des 
streptocoques (Moussu), des cocci (Kitt), le microbe pyocya- 
nique (Cadéac et Morot), des bacilles courts ou grêles, qui 
tantôt prennent le Gram. tantôt ne prennent pas cette 
coloration, des colibacilles (Jensen, Kitt), le Bacillus 
enteritidis (Sommer), le bacille de Koch (Ernst), c'est-à- 



172 REINS. 

dire tous les microbes des aliments, de la litière, du 
fumier et du purin. Au point de vue bactériologique, la 
pyélonéphrile des bovidés, comme celle des autres 
animaux, est essentiollernenl une maladie polymicro- 
bienne. Si la concurrence vitale favorise certaines espèces 
ou détriment de quelques autres, il ne s'ensuit pas qu'on 
puisse incriminer exclusivement les espèces survivantes 
et innocenter les espèces disparues. Les variétés du 
bacille de Preisz-Guinard et celles du colibacille 
paraissent douées d'une telle résistance que les ense- 
mencements du pus retiré des reins malades donnent 
des cultures pures de ces microbes. Les uns et les 
autres sont d'ailleurs impuissants à provoquer la pjélo- 
néphrite tant que leur arrivée dans les reins et leur implan- 
tation dans ces organes ne sont pas favorisées par des 
influences secondaires. 

L'infection descendante ou hématoyène n'a guère de 
chance de s'effectuer en dehors des cas de rétention rénale 
complète ou incomplète. Quand cette cause n'intervient 
pas, les microbes traversent rapidement le rein sans s'y 
arrêter. Deux minutes après leur injection dans les veines, 
on les retrouve dans l'urine (Klecki). Cette élimination 
microbienne ou cette bactériurie peut même persister 
pendant des semaines et des mois sans déterminer d'alté- 
ration profonde des reins ou de la vessie. Il en est tout 
autrement si l'on comprime les uretères ou si cette com- 
pression est produite spontanément par l'utérus gravide 
ou par la lithiase rénale. Les microbes déversés dans le 
rein par les vaisseaux peuvent alors s'y installer et y 
cultiver; l'injection intraveineuse de microbes pyogènes 
détermine l'infection d'hydronéphroses expérimentales. Les 
slaphylorO(|ucs injectés sous la peau ou dans les veines 
produisent alors une pyélonépbrile 1ypi(]ue (J. Koch). Il 
est îi présumer que les colibacilles et les paracoli absorbés 
par la muqueuse intestinale saine ou malade peuventélire 
domicile dans le rein quand des conditions de rétention 



PYÉLONÉPHRITES ET PYOXÉPHROSES. 17Î 

OU des lésions rénales chroniques favorisent leur implan- 
tation dans ces organes (Bollinger, Fickers, Bang). 

L'infection pyélorénale ascendante, regardée à tort 
comme la cause principale, sinon exclusive, de la pyélo- 
néphrite, est elle-même subordonnée à des lésions anciennes 
ou récentes de l'appareil génito-urinaire qui sont presque 
toutes des facteurs de rétention. Les acrobustites, les 
urétrites, la lithiase urinaire chez les mâles, les infections 
génitales post partum et tous les accidents de la partu- 
rition (métrites, vaginites, cystites, fistules recto-vaginales), 
chez les femelles, se compliquent de pyélonéphrite indi- 
rectement en produisant une infection sanguine suivie 
d'endocardite, compliquée à son tour de néphrite purulente 
[Scherzer (d)]; directement en amenant la rétention de 
l'urine et l'infection de la vessie. Or la vessie infectée 
qui ne se vide pas est une menace permanente d'infection 
pour les uretères et le bassinet. 

D'une part, les microbes peuvent refluer dans les 
uretères et le bassinet à la faveur de la rétention de 
l'urine ; ils peuvent déterminer, d'autre part, une cystite 
avec destruction de l'épithélium de la muqueuse vésicale, 
ce qui leur permet de passer dans le sang et d'atteindre le 
rein par la voie hématogène. Les germes infectieux qui 
sont le point de départ de ces pyélonéphrites comprennent 
principalement les bactéries du groupe coU et celles du 
groupe Preisz-Guinard. 

Le rôle pathogène des premières a été démontré expé- 
rimentalement par injection intravésicale (Schmidt et 
Aschoff, Savor et Wûnschheim). 

On tend néanmoins à accorder, en France, un rôle pré- 
pondérant à celles du second groupe, dont l'intervention 
est favorisée par toutes les infections locales des organes 
génito-urinaires. 

La pyélonéphrite étant beaucoup plus fréquente chez 

(1) Scherzer, Journ. de Lyon, 190i, p. 545. 

10. 



174 REINS. 

la vache que chez le hœnl\ il y a lion d'en iiilÏTor que ces 
microbes se multiplient d'abord au niveau des lésions 
génitales ot gagnent ensuite successivement la vessie, les 
uretères et le bassinet. Cette invasion urinaire de proche 
en proche paraît être principalement la marque des 
bactéries de la pvohémie caséeuse. qu'on rencontre le plus 
communément dans la pyélonéphrile des bovidés ; il 
semble donc qu'on est en droit de conclure que, chez ces 
animaux, la pyélonéphrite résulte d'une infection ascen- 
dante ou d'une infection hémalogène favorisée par la 
gestation. Il faut pourtant admettre que ces microbes 
peuvent atteindre les reins par d'autres voies que la 
muqueuse urinaire. 

Chez les tout jeunes animaux, ou chez ceux qui viennent 
de naître, la pyélonéphrite peut succéder à une infection 
ombilicale propagée à la vessie par l'intermédiaire de 
l'ouraque: les reins hypertrophiés i)résentent dans ce cas 
une multitude d'abcès miliaires [Utz, Leblanc, Baillet et 
Sérès (1903)]. La source de l'infection rénale peut résider 
aussi dans un abcès situé dans la région du coxal (Ernst) 
ou dans tout autre organe ayant des relations vasculaires 
avec lappareil rénal. 

L'infection produite par les microbes du groupe Preisz- 
Guinard est suivie d'une intlammation locale plus ou 
moins étendue qui aboutit à la nécrose, dénoncée par 
des foyers de ramollissement renfermant un séquestre 
de tissu rénal peu altéré. Le contenu de ces foyers se 
cas;Mfie d'abord: il peut se calcilier ensuite pendant 
que le processus s'étend à la périphérie ou se délimite 
nettement par une paroi fibreuse. Les pyélonéphrites 
déterminées par de vulgaires pyoïjènes sont caractérisées 
par des foyers i'rauchemonl purulentset des indammalions 
dilîuses. Les iiifcctioiis mixtes peuvent tenir le milieu entre 
l'un et l'autre })rocessus : les foyers de nécrose et de caséi- 
fication évoluent ;\ côté des abcès; certaines parties sont 
envahies par la sclérose et l'atrophie consécutive pen- 



PYÉLONÉPHRITES ET PYOXÉPHROSES. 175 

dant que d'autres, demeurées saines, éprouvent une hyper- 
trophie compensatrice. 

Les uretères n'échappent généralement pas à l'infection. 

Ces canaux peuvent s'infecter avant le bassinet et le 
rein quand les germes refluent de la vessie distendue ; ils 
s'infectent généralement par suite du contact prolongé de 
leur muqueuse avec les bactéries accumulées dans le 
bassinet et les calices vers l'extrémité des papilles. L'urine 
chargée de microbes, de toxines, risque surtoiit d'infecter 
la vessie, de telle sorte que. primitivement ou consécutive- 
ment, ce réservoir subit les etïetsii-ritantsde son contenu; 
il devient alors difficile de déterminer la voie d'intro- 
duction des microbes : l'infection descendante peut être 
regardée à tort comme une infection ascendante typique. 

Symptômes. — Les pyélonéphrites sont caractérisées 
cliniquement par trois symptômes locaux: la pyurie. les 
douleurs et la tuméfaction rénale. 

a. La pyurie est le signe capital; il constitue la signa- 
ture de la maladie. La vache urine du pus ou un liquide 
trouble, louche, glaireux, jaunâtre, rougeàtre ou rouge 
foncé, tenant souvent en suspension des masses flocon- 
neuses rouge grisâtre. La réaction est toujours alcaline; il 
renferme de l'albumine, souvent de l'hémoglobine en quan- 
tité variable. Sa densité est de 1015 à 1020 (Porcher, 
Bartels). L'examen microscopique y décèle la présence de 
globules sanguins, de cellules rénales, de cylindres hyalins, 
de cristaux d'oxalate de chaux, de filaments de fibrine et 
surtout une grande quantité des globules purulents. La 
coloration par la méthode de Gram y révèle aussi des 
cocci, des amas de bacilles courts, épais, arrondis, dont 
la longueur est d'environ la moitié des hématies, à l'état 
pour ainsi dire pur ou associés à divers autres microbes. 
Abandonnée à l'air, l'urine brunit rapidement et répand 
une odeur ammoniacale prononcée. Recueillie dans un 
vase allongé, elle se clarifie lentement mais imparfaite- 
ment; le pus elle sédiment se déposent peu à peu au fond; 



176 REINS. 

la quantité diirine rejetée est parfois légèrement 
augmentée; il y a poljurie trouble. L'urine, franchement 
purulente, devient sanglante à la suite de nécrose et d'ulcé- 
ration rapide de la muqueuse du bassinet ou des calices. 
La purulence des urines est le symptôme le plus constant 
et le plus visible; il met en quelque sorte sous les yeux de 
l'observateur la lésion elle-même avec toute son intensité. 
On le voit tantôt se manifester après une période fébrile 
d'une durée variable, tantôt il s'installe chez une VcjW/e qui 
souffre depuis quelques semaines de coliques néphréticpies 
ou qui présente de temps à autre un peu d'hématurie. On le 
voit enlin apparaître insidieusement deux à trois mois après 
un vêlage laborieux, une non-délivrance, une vaginite ou 
une métrite. La pyurie est sujette à de grandes oscillations ; 
les uretères peuvent être oblitérés par des caillots san- 
guins; il y a rétention momentanée du pus dans le rein. 
La disparition de ce symptôme est suivie d'une aggra- 
vation de l'état général; sa réapparition, d'une amélio- 
ration analogue à celle qui succède k l'évacuation du pus 
renfermé dans un abcès. 

b. La douleur rénale spontanée se trahit par une démarche 
pénible, accompagnée de sourdesplaintes, par une altitude 
voussée, les membres étant rassemblés sous le tronc, et 
par de légères coliques qui augmentent d'intensité 
quand ily a rétention urinaire et pyonéphrose. La miction 
est elle-même toujours douloureuse. La douleur est pro- 
voquée par la pression ou la percussion des lombes, qui 
rendent les coliques plus fréquentes. Celte sensibilité 
excessive de la région lombaire est un signe fréquent, 
facile à mettre en évidence. 

c. La tuméfaction rénale, ordinairemenl unilati'Tnl(\ est 
dénoncée par l'exploration rectale, et la main per(,'oit au 
niveau de son bord postérieur, un cordon libreux, rigide, 
bosselé, de la grosseur du pouce ou même du bras d'un 
enfant serpentant sur la paroi droite ou gauche du bas- 
sin ; c'est l'uretère, généralement plus dilaté dans les par- 



PYÉLONÉPHRITES ET PYONÉPHROSES. 177 

lies antérieures que dans les parties postérieures. Le rein 
opposé est généralement sain ou peu altéré. 

d. L'exploration vaginale met quelquefois en évidence 
des escarres ou des plaies situées au pourtour du méat 
ainsi que la rougeur et la tuméfaction de la muqueuse 
vaginale et l'existence d'un écoulement vulvaire purulent. 
Parfois on constate du phymosis chez les mâles (Hess). 




Fig. 34. — Pyélonéphrite compliquée d'hydronéphrose consécutive à l'infec- 
tion pyocyanique (Cadéac). 



La main introduite dans la rectum peut dénoncer aussi 
une sensibilité anormale de la vessie. 

Symptômes généraux. — Les symptômes généraux 
olïrent une très grande intensité dans les infections poly- 
microbiennes septicémiques des organes urinai res ; la tem- 
pérature s'élève à 39° ou 40" ;la respiration s'accélère; on 
compte 90 à 100 pulsations par minute; la sécrétion lactée se 
tarit rapidement; l'aspect général des malades devient mau- 
vais ; ils demeurent couchés; la station debout devient 
impossible ou très pénible et les yeux s'enfoncent dans les 
orbites. 

Habituellement, les symptômes généraux sont peu 
appréciables ; le pus et les toxines s'éliminent à mesure 
qu'ils se produisent ; les animaux atteints de pyélonéphrite 



178 REIXS. 

offront sculonient imo fliminution de l'appétit et des irrégu- 
larités de la rumination. Mais ils perdent graduellement 
leurs forces ; le poil devient terne, piqué; la peau se colle 
aux os, et l'amaigrissement es) ininterrompu. 

Évolution. — La pyélonéphrite évolue sous deux formes 
principales: une forme aiguë ou siibaigui; avec fièvre, 
troubles généraux graves et terminaison mortelle en une 
ou deux semaines; une forme chronique succédant 
quelquefois à. l'état aigu, mais débutant ordinairement 
d'emblée sans troubles généraux caractéristiques et abou- 
tissant f'i l'épuisement, h la cachexie par intoxication uro- 
sepliqueet quelquefois;! l'urémie aigué consécutivement à la 
destruction complète des deux reins ou à la pyonéplirose. 

Cette terminaison ne se produit qu'au bout de deux 
quatre, cinq, six mois ou plus tardivement (Gillot, Lucet, 
Hess). 

Lésions. — Les reins malades sont toujours hyper- 
trophiés; leur poids peut atteindre -4 kilogrammes (Kitt). 
()''e,500 (Cadéac) et parfois même davantage. Leur 
grand axe mesure parfois 30 à 42 centimètres 
(Lucet). Cette augmentation de volume est ordi- 
nairement unilatérale, rarement double et dans ce cas 
toujours inégale. L'organe malade est distendu, boursouflé, 
constitué par une sériede tumeiu's fluctuantes, qui répondent 
à sa lobulation primitive. Sa surface est blanchâtre, plus 
pâle que d'habitude ou de teinte jaunAtre. La capsule est 
opaque, épaissie, et tellement adhérente qu'il est impos- 
sible de la détacher sans déchirer le tissu sous-jacent. La 
tissu rénal dénudé présente un aspect bizarre. Sur fond 
brun rougeAtre, on aperçoit des foyers jaunes au centre, 
rouges à la périphi-rie, de la grosseur d'une tête d'épingle, 
des îlots saillants, gris jaundtre, purulents, caséeux, 
nécrosés, parfois entourés d'une zone congestive et 
hémorragique. On peut y rencontrer aussi des abcès plus 
volumineux, mais les infarctus héniorragiipies y sont 
rares. Le parenchyme rénal est mou, infiltré de st-rosilé. 



PYELONEPHRITES ET PYONEPHROSES. 179 

Ces lésions se retrouvent, disséminées, dans la substance 
médullaire. 

Quand la maladie est plus ancienne, le tissu rénal 
présente des lésions scléreuses ; la couche corticale ofïre 
une consistance plus ferme; la couche médullaire apparaît 
rouge, congestionnée, ecchymosée, et se distingue nettement 
de la couche corticale qui offre une couleur sale, jaune- 
terre ou verte. Les papilles rénales sont couvertes d'une 
masse purulente, visqueuse, ou sont remplacées par une 
bouillie purulente [pyélonéphrite caverneuse). Le bassinet 
agrandi est rempli de pus, de produits nécrosés, de séro- 
sité gris sale ou gris jaunâtre, brunâtre, parfois infiltrée de 
sang, de produits floconneux formés de caillots sanguins. 

La mutjueuse du bassinet, tuméfiée, épaissie dans les 
cas récents, ponctuée de taches hémorragiques, ou recou- 
verte d'une pseudo-membrane flbrineuse (Bang, Mollereau 
et Porcher), est parsemée d'ulcérations et de foyers irré- 
guliers de nécrose (Ritzenthaler) (1). 

A la dernière période de la maladie, la couche médullaire 
est détruite, la zone corticale réduite à une zone mince, 
tassée, presque fibreuse constituée par la capsule rénale. 
Le rein est alors converli en un vaste sac purulent. 
Sectionné, il laisse écouler 2 à 4 litres de liquide muco- 
purulent, blancjaunàtre, épais, légèrement gluant, parfois 
gris sale, gris jaune, caséo-purulent, renfermant des 
flocons albumineux, de la fibrine, des sédiments urinaires 
ronds, pyramidaux, des concrétions calcaires, des cal- 
culs, des globules purulents, des cristaux de phosphates, 
des microbes variés, des cellules épithéliales ou leurs 
débris. L'intérieur de la poche est formé par un en- 
semble de cavités cloisonnées, mais communicantes. La 
paroi agrandie du bassinet atteint 3 à 4 millimètres 
d'épaisseur (fig. 34). 

L'examen histotogique révèle une infiltration cellulaire 

(1) Ritzerilhaler, L'anatomie pathologique de la pyélonéphrite bacillaire du 
bœuf [Journ, de Lyon, 1910). 



180 



REINS. 



de la couche coiiicalo, des amas puiiilonts. des altérations 

des tubes rénaux distendus, privés dépit hélium, ou remplis 

de pus, des throm- 
bus des petits vais- 
seaux, des foyers de 
nécrose particulière- 
ment nond^reux au 
niveau du sommet des 
papilles rénales, des 
stries purulentes sui- 
vant les rayons mé- 
dullaires, des mi- 
crobes, dont on peut 
suivre la migration 
depuis le glomérule 
il(^ Malpiglii jusqu'au 
liassinel. La capsule 
(le Hovvniann, les 
thrombus des vais- 
seaux, les canalicules 
collecteurs sont bour- 
rés de unisses bacté- 
riennes (fig. 35). 

Les pyélonépfirites 
plus avancées se tra- 
duisent, en même 
temps, par une réac- 
tion conjonctive sclé- 
reuse qui étouffe un 
certain nombre de 
tubes urinifères et 
dt'termine toutes les 
lésions de la néphrite 

chronique interstitielle irrégulièrement disséminée (iîg. 36). 
Les artérioles sont le siège' d'une périartérite intense ; 

leur paroi est épaissie et les glomérules même les plus 




Fig. 35. 



Pyéldiièphiiie nsccinlaiitc du Ixrxif 
(d'iipiès l'oii lier). 



PYELONEPHRITES ET PYONEPHROSES. 



181 



éloignés de la cavité pui'ulenle ont leur bouquet vasculaire 
et la périphérie de leur paroi infiltrés d'éléments lympha- 
tiques. 

L'uretère malade forme un gros conduit du volume des 
deuxpoucesou du poignet, partant delà vessieet se rendant 




Fig. 36. — Coupe perpendiculaire aux parois d'un a))cès lobulaire. 

A, amas microbiens imprégnant le tissu fongueux de l'abcès. — A, zcoglées 
siégeant dans le lubes droits dilatés et coupés ici en travers. — B, cavité 
de l'abcès (d'après Porcher). 



au rein. Ce conduit est noyé dans une abondante couche 
de tissu conjonctif mollasse, infiltré, jaunâtre ; il est quel- 
quel'ois rétréci en divers ])oints de son parcours, et, lorsqu'il 
est plein d'urine, il donne l'impression d'un long boudin 
qu'on aurait ficelé en un ou deux points. Souvent, il con- 
tient un produit qui n'est autre chose que de l'urine alté- 
rée, fortement ammoniacale, riche en globules de pus; 
quelquefois, il est rempli d'une matière fibrino-purulente , 
épaisse, gluante, mélangée de caillots sanguins et de muco- 
pus verdàlre. 

. La vessie, également malade, est ratatinée, rétractée. 
Sa muqueuse est le siège d'une inflammation purulente 
Cadéac. — Pathologie interne. VU. il 



182 HEINS. 

elle est terne, grisâtre, plombée, injectée ; ses parois 
épaissies lui donnent, lorsqu'elle est vide, les caractères 
d'une tumeur pleine. Souvent, elle a conservé ses carac- 
tères à peu près normaux; elle est le plus souvent vide 
ou contient une petite quantité d'iu-ine louche, rougeâtre. 
purulente, trèsalbumineuse. Exceptionnellement, linflam- 
mation de la mucpieuse vésicale revêt la forme pseudo- 
membraneuse (Bang. Rôder). 

La muqueuse de l'urètre est inliltive, ecclijmosée, par- 
courue de stries longitudinales rougeâtres, ponctuée 
de taches hémorragiques quand la pyélonéphrile est 
récente, grisàti'e, marbrée, érodée en divers points de son 
trajet quand rintlammation est chronique. 

Dans le vayiii on an niveau ilu foin-reau. on trouve des 
érosions de mauvaise nature, un état catarrhal jilus ou 
moins prononcé de la muqueuse, des plaies du prépuce à 
caractère ulcéreux (Hess). 

Diagnostic. — ^ L'amaigrissement, les coliques, la pyurie 
font immédiatement penser à la pvélonéphrite. Le dia- 
gnostic demeure inci'rtain tant ([ue ce symptôme n'a pas 
été constaté. 

La palpation du liane droit, s'il s'agit d'une pyélo- 
néiihrile h droite, accuse une sensibilité manifeste (Hess). 
L'exploration rectale lève tous les doutes : on perçoit la 
tuméfaction du rein iiialade et l'existence d'im uretère 
volumineux. 

La cystite simple s'en différencie par l'absence d'hyper- 
trophie rénale et il'uu conduit anormal allant de la vessie 
au rein. 

La cystite hémorra;/i<iue est nettement caractérisée pai' 
l'absence de coli([ues, les caractères tranchés et constants 
de l'urine et la sensation donnée par la vessie à l'explo- 
ration vaginale. 

La tuberculose rénale est dénonct'e par la liiliercMline : 
Yhydroncpltrose est caractérisée par rhv()ertrophie rénale 
et l'émission d'urine normale. 



PYÉLONÉPHKITES ET PYONÉPHROSES. 183 

Pronostic. — C'est une maladie rapidement mortelle 
quand elle est double ; la pjélonéphrite unilatérale est 
une affection grave qui épuise d'autant plus les malades 
que la pyurie est plus abondante et qu'elle s'accompagne 
d'une plusgrande rétention du pus et de la distension du rein. 

Traitement. — La désinfection des voies urinaires est 
la principale indication à poursuivre par l'administration 
à l'intérieur de substances antiseptiques tolérées par l'or- 
ganisme, comme le borate de soude, la benzoate de soude 
(8 à 10 grammes par jour), l'urotropine ouhelmitol. 

Les lavages de la vessie avec une solution de nitrate 
d'argent ou d'une solution tiède d'oxjcyanure de mercure 
à 1 p. 3 000 ou même à 1 p. 10000 complète cette médi- 
cation. 

On doit s'efforcer de prévenir la rétention de l'urine par 
le cathétérisme de la vessie, l'administration de diuré- 
tiques, et on envoie à la boucherie les animaux en bon état, 
avant que la maladie ait fait de notables progrès et amené 
l'amaigrissement. 

La néphrectomie a été tentée sans succès (Munich) ; cette 
opération est contre-indiquée en raison des obstacles à son 
exécution et de la difficulté de déterminer le rein malade. 
La ponction de l'abcès îi travers le flanc est aussi une 
opération à peu près impraticable. 

La prophylaxie de la pyélonéphrite est réalisée par des 
mesures hygiéniques de nature à prévenir les accidents, 
les complications de la parturition ou les infections 
générales susceptibles d'amener la suppuration rénale 
hématogène ou urinaire. Dans les cas de non-délivrance, 
de plaies vaginales, de vaginite, on désinfecte soigneu- 
sement les organes génitaux. 

L'abatage des animaux reconnus malades est la solution 
la plus avantageuse. 



184 REINS. 

III. — PETITS RUML\Ai\TS. 

Étiologie. — L'infection pyogène du rein de la chèvre 
el ilii indutuii résulte fréquemment de la généralisation 
(les lésions de la pjohémie casccuse. 

Le microbe de Preisz-Guinai-d [)eul infecter les paren- 
chymes par la voie lyni|dKili(iiic ou la voie sanguine. Les 
affections suppurât ives des divers organes (pyémie, mam- 
mite purulente, métrlte. vaginite, arthrite, etc.) peuvent 
se compliquer d'abcès du rein et do ])yélonéphrite. Les 
abcès du rein qu'on trouve quelquel'ois chez les uijueuux 
(Oslerlag) procèdent, sans doute, d'une infection ombili- 
cale. 

La pyt'Jonéplu'ilc ascendante résulte (jiielipiefois de la 
gravelle, d'une infection génitale, dune intlammation 
des voies urinaii'es (Oslerlag). Ilorn a constaté la néphrite 
puridente chez 0,1 p. 100 des montons, aliattus. 

Symptômes. — La maladie s'accuse par la perle de l'ap- 
pétit et du lait, quelquefois par une hématurie légère. l..es 
manifestations ne sont jamais bien vives; la maladie a, 
du reste, presque toujours une allure chronique. 

Les animaux atteints prennent (piebpiefois une attitude 
spéciale; les membres postérieurs sont écartés en pied 
de banc. La l'égion lombaire est sensible; parfois le 
tlanc est le siège d'une tuméfaction (Philips). L'animal 
rejette une urine purulente ou sanguinolente qui salil les 
lèvres de la vulve cl de la base de la queue. L'urine est 
souvent fortemenl auunoniacale et contient en suspension 
des ilocons librineu.x. 

L'exploration rectale permet de reconnaître l'existence 
d'une lumeur ipii a pu être prise pour le cul-de-sac gauche 
du riiiiMii. (Jncliiiielois le rein conslitue une volumineuse 
luiiieiir soutenue par une corde. 

Diagnostic. — Lediagnoslic es! basésiu-lescaraclères de 
l'urine el sur les ri'useignenients douné's par l'exiiloi'alion 
rectale. 



PVÉLONEPHRITES ET PYONKPHROSES. 185 

Pronostic. — Le pronostic doit être considéré comme 
1res grave, la néplii'ite f)uriilente et les abcès du rein 
entraînant un amaigrissement rapide. La mort en est sou- 
vent la terminaison : elle survient en quatre à onze jours. 

Anatomie pathologique. — La néphrite purulente est 
quelquefois diffuse ; elle est encore désignée sous le nom 
de néphrite ponctuée; elle atteint, dans ce cas, tout l'organe. 
La substance du rein présente dans son épaisseur de petites 
masses de couleur blanche ; quelquefois, ce ne sont que 
des taches ponctiformes entourées de zones hémorra- 
giques rouge foncé. Le bassinet lésé renferme des leu- 
cocj'tes et de l'urine, mélangés à du sang. 

A l'examen microscopique, on remarque une infiltra- 
tion cellulaire bien caractérisée, très manifeste, qui occupe 
dans les substances corticale et médullaire les espaces in- 
tercanaliculaires (Kilt). Les points purulents n'apparais- 
sent que comme de petites taches dans lesquelles on trouve 
des leucocytes fragmentés et des cellules de pus, du sérum 
et des globules rouges. Les canaux urinifères sont en par- 
tie normaux ; l'épithélium est quelquefois atteint de 
tuméfaction trouble ou granulo-graisseuse ; les cylindres 
peuvent manquer. Les glomérules de Malpighi sonttantôt 
normaux, tant(M remplis de leucocytes, surtout à leur 
partie basale ; la circonférence de la capsule est alors 
épaissie par une infiltration cellulaire. 

Dans les cas de néphrite purulente mixte, on constate 
une grande quantité de leucocytes dans les tubes contour- 
n;'s et dans les tubes droits. Beaucoup de tubes urinifères 
sont t étalement ou partiellement dépourvus de leur épi- 
thélium, et la lumière des tubes est obstruée par des 
cylindres albumineux ; dans les endroits situés en amont, 
le canal est dilaté. 

Traitement. — Le traitement est exclusivement pro- 
phylactique. Il consiste à prévenir l'infection ombilicale 
en maintenant les jeunes animaux dans les meilleures con- 
ditions hygiéniques. 



186 REINS. 

IV. — PORC. 

Étiologie. — Lesabcèsdureinetlapyôlonéphritc no sont 
pas rares chez le povf. La néphrite purulente hérnatogène 
existe chez 0,5 p. 100 des animaux abattus (Degen). Elle 
est souvent une complication do l'infection ombilicale. 

Les colibacilles et les pararoli. les microbes do la sup- 
puration caséeuse, les microbes pvogènes. le Polymorphus 
sttis (Degen) peuvent émigrer de l'intestin, envahir lo sang 
et secondairement le rein ; les bacilles du rouget peuvent 
occasionner aussi des fovers purulents (Haase) (1). 

Les infections urogéniques comme les infections héma- 
togènes peuvent déterminer la pyélonéphrite et la 
suppuration difîuse du parenchyme rénal. Elles peuvent 
engendrer aussi l'infection pyogéne d'une ancienne 
liydronéphrnso. 

Symptômes. — Le lableaii cliniciiio d(> la pyéloni''|)hrilo 
du porc se rapproclio d'autant plus do celui do Ihydro- 
néphrose qu'il ne se forme pas à proi»romont parler d'abcès 
collecté, de sorte que les urines sont rarement troubles et 
purulentes. C'est donc une maladie qu'on reconnaît seule- 
ment à l'autopsie. 

Lésions. — Los b'sions consistent ossontiollomont en une 
liyporéiiiio intenseavec inliltration liémorragi(iue et dans 
des foyoï's miliaires sous-cai)suiaires do la grosseur d'une 
léto d'épingle ou tout au plus d'une lentille, d'une couleur 
rouge sombre à la périphérie, jaunâtre au centre. La 
coupe des reins accuse des stries purulentes dont la dispo- 
sition est celle des rayons médullaires. 

Cette néphrite rayonnante, accompagnée do petits foyers 
miliaires corticaux, est la caractéristique de l'inflammation 
pyogène du pore (Degen). En vieillissant, les lésions pré- 
citées deviennent scléreuses ; les foyers miliaires sont 

(1) Wysnwnn, Pyélonéphrite bactérienne par infection mixte consécutive 
chez le porc (Revue génér., t. 1, 1905y. 



PYÉLONEPHRITES ET PYONÉPHROSES. 187 

remplacés par des cicatrices grisâtres, irrégulières, légè- 
rement déprimées, qui se continuent dans la substance 
rénale sous forme de bandes scléreuses. 

Traitement. — On ne peut instituer aucun traitement. 

V. — CHIEX. 

Étiologie. — La néphrite purulente et la pyélonéphrite 
succèdent quelquefois à Y endocardite, à la pyémie, à la 
maladie da jeune âge, au\ bnîlures, aux ulcérations gastro- 
intestinales et à la piroplasmose. 

Les maladies des voies urinaires (calculs de l'urètre, de 
la vessie, hypertrophie de la prostate, urétérite) peuvent 
aussi lui donner naissance. 

La plupart des cas d'h3dronéphrose de l'espèce canine 
appartiennent à la pyonéphrose [Almy (1897) (1), Bail 
(1903 i2V. 

Symptômes. — Les symptômes des néphrites purulentes 
et des pyélonéphrites hématogènes se confondent avec 
ceux de Taflection primitive; les troubles rénaux passent 
inaperçus; lurine conserve ses caractères normaux ou 
offre les changements qu'on observe dans une néphrite 
hémorragique banale. 11 en est tout autrement quand la 
pyélonéphrite s'installe chez un calculeux ou un prostatique 
reientionniste. L'animal pi'ésente des douleurs lombaires; 
il marche le dos voussé, ou demeure obstinément couché; 
ses narines sont fréquemment hématuriques oublanchàtres 
et lactescentes ; elles renferment une quantité variable 
de pus, de cellules du bassinet, du rein. La région rénale 
est le siège d'une vive douleur décelée par la pression des 
flancs. 

La tuméfaction est généralement peu accusée; la pyélo- 
néphrite demeure toujours ouverte chez ces animaux; elle 
ne se complique ni d'abcès rénal, ni de pyonéphrose. 

({) Almy, Société centrale, 1897. 

(2) Bail, Journ. de l'École vét. de Lyon, 1903. 



ii 



REINS. 



Quand l'urino s'écoule difficilcinont. 1rs animaux vomis- 
sent fréquemment: ils nianiioslenl une soif vive, une 
inappétence complète : leurs yeux se cavent ; leur nez se 
dessèche, et ils meurent il'ur .'mie si la désobstruction ne 
peut s'opérer (fig. 37). 

Lésions. — Lesinfeclionshématoijènes sont caractérisées 




Fig. 37. — Pyélont'phrile. Ghnt. (^yto-exinieii de l'urine. 

.Nombreux polynucléaires et gloliulos de pus, cellules épilhéli;ile-i du rein, 
staphylocoques iRc)[uel). 



par des infarctus, des foyers microscopiques ou miliaires 
de suppuration disséminés dans la substance corticale et 
par des stries rayonnantes dans la substance médullaire 
sans abcès. 

La muqueuse du bassinet est quelqutd'ois congestionnée 
et érodée, par suite fFune inflammation catarrhale. Cette 
muqueuse est ('paissie. scb-rosée (piand l'inflammation ré- 
sulte d'une inlVctionconsécutive à la rétention de l'urine ; les 



LITHIASE RKNALE. 189 

uretères sont épaissis: le bassinet et les calices sont remplis 
d'urine trouble et purulente: le rein est sclérosé. 

Traitement. — La première indication à remplir, c'est 
de faciliter l'écoulement de l'm'ine en supprimant les 
calculs urétraux et en pratiquant le cathétérisme de la 
vessie. 

La néphrotomie est rarement indiquée ; on peut la pra- 
tiquer l'acilenientchez le chien (Parascondola). 

W. — LITIHASE RÉNALE. 

Définition. — La lilbiase rénale est caractérisée par 
la formation de calculs dans le rein. 

Les sels minéraux que l'urine charrie se précipitent, 
s'agglomèrent et constituent des concrétions de dimensions 
variables. Réduit au minimum, le processus lithiasique 
consiste dans la production de dépôts pulvérulents ou 
sableux connus sous le nom de sédiments, qui se déposent 
dans les vases où l'on recueille l'urine. 

A un degré plus élevé, on observe des concrétions de la 
grosseur de têtes d'épingle ou de grains de chènevis ; c'est 
la ijravelle si commune chez le mouton. Quand elles sont 
agglutinées de manière à constituer des masses plus ou 
moins volumineuses retenues dans le bassinet ou à l'entrée 
des uretères, on a les calculs rénaux. Sectionnées, on "peut 
reconnaître, dans leur constitution, trois parties : i° un 
noyau constitué par une matière organique amorphe ; des 
débris épithéliaux ou fibrineux, un caillot sanguin ou des 
amas microbiens ; 2° une trame organique de mucine ou 
d'albumine : 3° des couches concentriques oti striées de 
composition variable. 

Étiologie et pathogénie. — La quantité anormale ou 
l'insolubilité des sels urinaires est la principale condition 
de développement des calculs. Normalement, l'urine des 
herbivores élimine des hippurates, des urates, des phos- 
phates de calcium, de sodium, de magnésium, d'ammo- 

11. 



190 REINS. 

ninm. L'hyperproduction de ces sels résulte généralement 
d'un régime intensif dont les effets se font particulièrement 
sentir chez le ujoiiton, le bœuf. La gravelle est la maladie 
des animaux fortement nourris, engraissés, à l'étable ou 
il la bergerie, comme elle est la maladie des classes aris- 
locratiques de la société, des riches et des sédentaires. Chez 
les moutons et les agneaux, on peut la faire apparaître à 
volonté, expérimentalement, et dans un délai relativement 
court, avec des rations alimentaires déterminées, par 
exemple 3''e,500 de maïs, lentilles et féveroles pour les 
adultes, 4''b,500 par jour pour des agneaux. La prépara- 
tion des animaux de concours est une des conditions les 
plus favorables à l'apparition de cette maladie. Les ali- 
ments interviennent principalement par leur quantité, 
mais ils peuvent intervenir (jiie^picfois par leur qua- 
lité. 

On a cru observer quchiuel'ois un lit-n enli'e la propor- 
tion des sels du sol et la fréquence des calculs (Lafosse. 
-Morton. Gaussé). Une alimentation contenant une forte 
proportion de magnésie (11. Bouley) ou de phosphates 
(Yvart ! favorise rapjiai-ition de la gravellecbez le mouton. 
La surabondance des phosphates calcaires dans lalimen- 
tation du cheval prédispose à toutes les productions calcu- 
leuses. Langa observé la lithiase urinaire dans un troupeau 
de hœul's placés dans une métairie à sol très calcaire. 

('.(•rtaincs substances paiviissent douées d'une action 
pathogène spéciale: la lithiase oxalique de Vliounne ap- 
partient principalement aux végétariens mangeurs de 
chocolat, de cacao, de haricots comme la lithiase unique aux 
carnivores. Le porc nourri de châtaignes est très souvent 
affecté de calculs rénaux (Lafosse). 

Les //or;//s nourris de pommes de terre, de carottes, de 
betteraves iY sucre, présentent des calculs siliceux. ïiieis a 
observé des calculs chez deux Juments auxquelles on avait 
distribué pendant des mois de la poudre d'os. Les chiens, 
les chats, les hi/iins qui ingèrent de Vo.ramide dérivé de 



LITHIASE RENALE. 191 

Tacide oxalique présentent bientôt des calculs r.'naux 
(Ebslein, Thoinassen). 

Dès lors, on conçoit (]ue la gravelle soit une maladie 
d'élevage, d'exploitation, liée aux conditions du sol et 
surtout à la nature et à la quantité des aliments qui entrent 
dans la ration journalière des animaux. 

L'insolubilité des sels véhiculés par le sang ne peut être 
attribuée aujourd'hui à leur trop grande concentration, 
déterminée par linsufïisance des boissons. On régularise, 
du reste, le régime des bovidés et des ovirh's par une dis- 
tribution régulière des boissons et par l'addition des four- 
rages verts, de tubercules et de racines à la nourriture 
sèche. 

Le dépôt des sels résulte donc, exclusivement, de leur 
excès dans le sang et dans les urines en raison d'une ali- 
mentation trop abondante ou d'une oxydation incomplète 
des matières azotées chez les animaux affectés d'un ralen- 
tissement de la nutrition. 

Il y a en effet des moutons et surtout des Jrrut's qui 
sont affectés de lithiase indépendante de la quantité d'ali- 
ments ; ce sont des animaux qui ont puisé chez leurs 
ascendants un terrain goutteux prédisposé à la gravelle. 
La sursaturation du sérimi sanguin cesse bientôt d'être 
compensée par une hyperexcrciioit rénale. Le filtre rénal 
s'obstrue; les sols peu solublcs se précipitent. 

Les infection.'^ de voies urinaires, la pyéloiiéphrite 
notamment, déterminent la fermentation de l'urine, la 
décomposition de l'urée qui se transforme en carbonate 
d'ammoniaque et la précipitation, dans ce milieu alcalinisé, 
de phosphate ammoniaco-magnésien insoluble. 

Chez les hut'lles de Hongrie, la néphrite graveleuse 
vient souvent compliquer l'infection ascendante des voies 
urinaires (Vannos et Schoppelt). Chez le bœut\ cette 
infection urogénique est fréquemment aussi la source des 
calculs rénaux. 

Les calculs s'observent chez tous r7/i/m;j(/T domestiques :ils 



1 92 REINS. 

diiïorent des eoniivlionsi)ar ce fait que les cet /c» /s résultent 
de la i)réfij»itali()n de sels calcaires; \cs concrétions sont 
exeliisivemeiil lormées de matière organique. 

I — SOLIPKDES. 

Anatomie pathologique. — La riiMiiicnce des ealctds 
croît avec l'âge des animaux. Ij's reins calculeux des 
soli/irdcs présentent à étudier le sal)le ou les calculs et les 
lésions rénales secondaires. 

Les calculs rénaux du chovnl sont ronds, ovoïdes, lissf^s 
ou rugueux à la surface, quelquefois crislallins, lamelloux 
ou s(''diinentaires : ils présentent ordinairement le volume 
Fun pois à celui d'une châtaigne; inais. quelquefois, ils 
sont énormes, el leni- jioids peut atteindre 1500 grammes 
(Persillel, Kitt) ; ils remplissent le bassinet, alfeclent une 
disposition semi-lunaire ou bicorne, et leur surface est 
recouverte de fins cristaux ou de sédiments granuleux. 

Chez Vnnc. le rein est quebpiefois converti parla lithiase 
en un sac (pu' paraîl bourré de cailloux ou de noix (Porcher). 
Leur poids total, très variable, peut s'élever à 2'*s,rj00. 
Leur densité est de d .50 environ. Leur surface irrégulière, 
mamelonnée, se moule parfaitement surles aspérités et les 
sillons du sac rénal. La coloration des calculs rénaux des 
solijiècles est brun clair, jaune brun, gris jaune, gris-fer. 
Ils sont formés de carbonate de j)Otassium, de carbonate 
de sodium, de carbonate de magnésium et de malières 
organifpies. ou, i)resque exclusivemeni, de cari)onale de 
chaux (.\dam). 

Les lésions rénales sont dues au si'jour du calcul dans 
le bassinet suivant qu'elles sont dcmeiu'ées aseptiques ou 
qu'elles se sont compliquées d'infeclion jnogène. 

Les calculs aseptiques eniraiueni l'atrophie scléreuse du 
parenchyme rénal, la distension progressive de l'organe 
sans hvdronéi)hrose bien accusée. La délimitation entre 
les parties malades et les parties relativement saines est 



LITHIASE RKNALE, 



193 



très brusque; les portions malades sont scléreuses et 
p arséniées de kystes îi toutes les périodes de leui* évolution 
(fig. 38). 

Les calculs septiqiics déterminent de la pjélonéphrite 
dénoncée par l'hypertrophie et rai)cédation des reins 
caleuleux; le bassinet 
est dilaté, rempli do 
pus ; ses parois soni 
épaissies, sclérosées ; 
des foyers purulents 
sont disséminés dans 
la substance corticalf; 
il y a de la pyoné- 
jdirose et derinflam- 
mation purulent r 
chronique des ure- 
tères. On a même 
signalé la rupture des 
reins [Dickens, Bar- 
rier (1)] avec de la 
périnéphrite suppu- 
rée. 

Les deux uretères 
peuvent être oblitérés 
par les calculs. 

Symptômes. — Les 
calculs immobilisés 
dans le bassinet des 

solipèdos demeurent latents ou ne déterminent que des 
symptômes vagues, imprécis; on constate exceptionnelle- 
ment de l'hématurie quand les calculs sont nombreux 
(Desban): mais généralement Tatrophie complète du rein 
s'efTectue sans troubles appréciables (Lafosse. Riquet, 
Schrader, ïui-ner, Persillet, Schmalz, Porcher). 



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■ 1 

1 






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Fig. 38. — Sclérose rénale calculeuse. Cheval. 

En haut, capsule rénale sclérosée. Au-des- 
sous, tissu fibreux inllammatoire avec rares 
corpuscules de Malpighi et tubes urinaires 
atrophiés. Vaisseaux sanguins congestionnés 

(Gross. : iO). 



(1) Barrier, Société centrale, 1906. I.e rein rupture pesait i'^j.n 



194 REINS. 

L'obstruction de rurctère et l'aniirie calculeuse unilaté- 
rale déterminent dos coliques plus ou moins violentes et 
persistantes suivant le degrt' et la durée du rétrécissement. 
L'animal présente brusquement de l'anxiété, de l'agitation; 
il se campe fréquemment pour uriner et rejette parfois 
une urine claire, mais peu abondante, exceptionnellement 
une urine sanguinolente (Desban). Ces douleurs cessent 
par migration ou d(''[)lacement du calcul; elles sont rare- 
mont mortelles ; elles reviennent facilement sous l'intluoni-e 
du travail et disparaissent par le repos. 

Les calculs compliqués d'infection pyogène déterminent 
les symptômes do la pyélite et de la pyonépbrose, notam- 
ment l'expulsion d'urine purulente (l^odet). 

La îïiort peut résidter, exceptionnellement, de la lièvre 
uroseptique de la périnéphrite suppurée, de la rupture du 
rein ou de l'anurie. 

Diagnostic. — La présence de sédiments calculeux dans 
lurino ot les coliques qui précèdent leur expulsion sont 
des signes caractéristiques. 

La cvsloscopie et le cathétérisme des uretères sont 
applicables à \sx Jument (Redecha et Kaszas). 

Pronostic. — La litbiase rénale doit toujours être consi- 
dérée comme grave en raison des complications possibles. 

Traitement. — L'administration répétée du bicarbonate 
de soude 20-;50 grammes) associé à l'azotate de potasse, 
à faible dose, facilite l'élimination des graviers. Les 
aliments très riches en produits minéraux, tels que le son 
et la farine, doivent être proscrits; par contre, le vert, les 
betteraves sont dos alimonts tout iudi(iués. 

II. —BOVIDÉS. 

Ânatomie pathologique. — Fréquents chez ces animaux 
et chez les hiil'/lo^. ils se logent plus ou moins exacte- 
ment dans le bassinet; ils sont ovoïdes, polyédriques, 
mùriformes et i»ossèdont dos prolongements qui répon- 



LITHIASE REXALE. 



195 



dent aux calices rénaux (calculs coralli formes). On en 
trouve de gris formés de carbonate de calcium, de carbo- 
nate de magnésium, de phosphate ammoniaco-magnésien, 
de matières organiques, de traces de fer. d'oxalate de 




Fig. 39. — Calculs du rein du bœuf, pesant 195 grammes, 
47 grammes et 37 grammes. 



calcium: il y en a qui contiennent seulement de l'oxalate 
et des carbonates de calcium et de magnésium; on trouve 
aussi des cristaux de triphosphate faciles à reconnaître 
(Kitt). Il y en a de rosés, de blancs, de gris terreux : les 



196 REIXS. 

uns soiil l'i'iablos, trautres rôsislanls; ils ponvonl obstruer 
onlièrement louvorturo des uretères (Bartlie) (1). 

Leur poids atleinl quelquefois 788 grammes (Losdi): ils 
sont solitaires ou très nombreux; on peut en compter 
jusqu'à 100 (flg. 39). 

Lorsfju'on en trouve dans un rein, il est bien rare de ne 
pas en trouver dans Taulre. Au niveau des points où ils 
existent, la surface du rein est déprini(''e ; elle api)arail 
av(^c unecoloration anormale, rouge-lie devin oujaunAtre, 
qui trauflie manifestement sur la teinte ocre des parties 
voisines. Ces taches sont irrégulières et se propagent en 
irradiant du lobe où siège le calcul au lobe voisin. Incisées 
dans le sens de leur épaisseur, elles se montrent dures, 
scléreuses, résistantes, d'une épaisseur variable, et la 
section aboutit ;'i unccaviti' (i.iiis laquelle on trouve un ou 
plusieurs calculs verts, irréguliers, le plus souvent petits. 

\ l'examen histologique, le tissu environnant le calcul 
est profondément altéré. La portion immédiatement en 
contact avec la pieri-e est sclérosée, fibreuse, et forme une 
coque conjonctive, toujours très épaisse. A la péripbérie 
de cette zone, le tissu du rein, très malade, a perdu ses 
caractères normaux; il est infiltré, sclérosé, transformé en 
tissu fibreux, méconnaissable: les organes qui résistent le 
plus à la destruction sont les corpuscules de Malpigbi. 
(Juoique ne fonctionnant plus, ils ont conservé leur forme; 
Ijcaucouj) sont étouirés et infiltr(''s. mais nettement recon- 
naissables. Un certain nondire de hibes nriniières ont 
sid)i, par suite de leur oblitération partielle ou totale, en 
un point de leur trajet, la transformation kystique. Ils 
apparaissent sur une coupe comme de larges conduits 
limités par une zone épaisse de tissu fibreux et reconnais- 
sablés à leur épithélium (fig. 40), parfois d'autant plus 
aplati que la dilatation des tubes est plus considérable. 
Ceux-ci contiennent, en outre, un produit granuleux ou des 

(I) Barlhc. /tpvue vél., 1006, p. 2S9. 



LITHIASE RENALE, 



197 



blocs de substance hjaline conibiant la bimière du tube. 

Quand rinfection pjogène complique la lithiase rénale, 
on peut constater les lésions de la pyélonéphrite et de la 
pyélonéphrose. 

Symptômes. — Les coliques, la douleur rénale dénoncée 
par la pression et la palpation. la diminution de la sécré- 




l-'ig. 40. — Coupe longitiuliiiak' d'un rein de bœ\if atteint de lithiase rénale 
(faible gross.). 

A, cavité du calcul: B, diUlition des tubes iirinifères voisins ; C, zones en- 
vahies par le tissu conjonctif (l-el)lanc). 



tion même, sont les signes les plus caractéristiques; mais 
ils sont ordinairement peu martjués, de sorte que la lithiase 
rénale n'est pas soupçonnée. Exceptionnellement, les 
symptômes sont tellement nets qu'on ne peut en mécon- 
naître l'origine ; la sécrétion urinaire paraît supprimée; la 
dysurie est accompagnée de coliques bruyantes, de ma- 
nifestations d'urémie caractérisées par la saillie de la 
langue en dehors de la bouche, des tremblements des 
muscles de la face, Thyperesthésie des paroisabdominales, 
et une respiration lente et profonde. 



198 REINS. 

L'animal couché ne peut se relever, il ne tarde pas à 
mourir. 

Quand le calcul passe dans l'uretère et s'y enclave, le 
rein se distend, et la pression de l'urine peut déchirer le 
conduit (Hohenleitner). 

Diagnostic. — Le diagnostic est basé sur la douleur 
rénale, les coliques, les caractères de l'urine, qui est 
souvent albumineuse et charg.'>e de sédiments. 

Pronostic. — La lithiase rénale est toujours grave, par 
suite des complications d'urémie ou de paralysie lombaire. 

Traitement. — Il est alimentaire et médicamenteux. 

Le régime du pâturage, les tisanes d'orge, de pariétaire, 
la graine do lin. l'administration de médicaments alcalins 
comme le bicarbonate de soude pr.'-viennent la lithiase, 
l'améliorent ou la guérissent. 

Les dépôts sableux ou boueux sont entraînés ou dissous. 

Dans le cas d'accidents aigus, il est indiqué de com- 
liattre la doideur par l'application de cataplasmes sur la 
région lombaire et l'administration, à l'intérieur, dune 
l'aible quantité de laudanum. 

III. — MOUÏO\. 

Les calculs sont frécpients. surtout chez les mouionsgras, 
sur les nioiitons de concours et les agneaux d'engrais. Us 
sont petits: les plus gros atteignent le volume d'un pois; 
ils sont blancs ou noiràti'es, lisses ou tomenteux, quelque- 
lois réunis au nombre de dix ou quinze. Chez une chèvre, 
le ItiissJMct l'Iait reuipii de calculs [Kabieaux (■!)]. 

Symptômes. — La gravelledu inouton t's\ généralement 
dénoncée par l'émission d'urine sédimenteuse, irritant 
l'extrémité du fourreau et constituant, à ce niveau, un 
dépôt plus ou moins apparent. On constate en même 
temps de la dvsurie. des coliques à peine esquissées et des 

(1) Ral)ipaux, Sor. centr. do m"d. vcl.. 1002. 



LITHIASE RENALE. 199 

frissons convulsifs uréniiques généralisés. Les malades 
tristes, abattus, présentent une anorexie complète ; ils se 
placent en décubitus sterno-abdominal ou sterno-latéral 
et peuvent succomber plus ou moins vite quand l'urine ne 
peut s'éliminer. 

Pronostic. — Le pronostic est très grave en raison du 
nombre danimaux qui peuvent tomber malades à la 
fois. 

Traitement. — Le seul traitement applicable dans 
l'espèce consiste dans la modification du régime alimen- 
taire. Le son doit être proscrit, le seigle cuit substitué à 
l'avoine, en même temps que la proportion de betteraves 
augmentée. Ce régime, combiné quelque temps avec 
l'ingestion d'tme eau bicarbonatée, 1 à 2 grammes par 
litre de boisson, peut être suivi des meilleurs résultats 
(H. Bouley). 

IV. — CHIEN. 

La lithiase rénale s'observe quelquefois chez les chiens 
âgés, abondamment nourris ou obèses. Elle consiste dans 
le dépôt de sédiments ou de calculs sphériques ou irré- 
guliers, quelquefois aplatis, de coloration blanchâtre, 
brunâtre ou verte, atteignant quelquefois le poids de 
97 grammes (Guillon). 

Symptômes. — Les sédiments ou petits graviers sont 
habituellement entraînés et expulsés avec l'urine; mais ils 
peuvent s'arrêter, chez le mâle, en arrière de l'os pénien 
et devenir une cause de rétention absolue ou relative de 
l'urine. 

Les calculs rénaux s'accusent par de Ihyperesthésie de 
la région lombaire, des souffrances et des accès d'anorexie 
(Mégnin). Dans certains cas, il y a de la strangurie ; les 
animaux, debout, maintiennent le dos voussé. Ces signes 
peuvent être accompagnés de violentes coliques et d'efforts 
de miction aboutissant à l'émission d'urine sanguinolente. 

Diagnostic. — L'expulsion de sédiments met sur la voie 



200 nKiNS. 

du diagnostic, qui, indépendamment de ce signe, est très 
dil'licile, sinon impossible. 

La cvstoscopie est applicable à la chienne: mais le 
cathétérisme des uretères n'a pu être réalisé (Hedechà et 
Kaszas, d909). 

Traitement. — La prophylaxie de la lithiase i-énale est 
une affaire de régime : le lait, les soupes légères, les viandes 
blanches conviennent aux animaux sé-dentaires. Si l'on 
nourrit davantage les animaux, il faut y joindre un 
exercice régulier. On doit administrer aussi des alcalins et 
des diurétiques (i à 5 grammes de bicarbonate de soude 
ou 08^.50 à i gramme de benzoate ou de salicylate de 
lithine I). 

Quand la lilhiase est certaine, la m'^plireclomie est 
indiipKM'; on peut même enlever les calculs en conservant 
le rein. Cette opération a été exécutée avec succès 
(Thonuissen) (d). 

V. — OISEAUX. 

Les dr-pols lu'inaires ne sont pas rares dans les reins 
des o;.sv,7».v: ils se présentent sous forme de concrétions 
ou de stries blanchâtres [Larclier (2). Lucet) (3)]. 

X. — CANCEUS DU UEIN. 
I _ SOLII»ÈI)ES. 

Anatomie pathologique. — Les cancers ihi rein l'iubras- 
sent les é|)ilh(''liomes, les carcinomec, les sarcomes et les 
tumeurs mixtes de cet organe. Ils sont primitifs ou secon- 
daires. Ces derniers s'appliquent ordinairement au cancer 
de l'ovaire, de l'utérus, de la vessie, du foie, de l'estomac, 

(1) Thomassen, Aidi. mrd.ivél ., 180;f, p. 659. 
{•2) Larclier, Mé/. de palh. rnmp.. l^iris, IS74. 
(3) L\xCL-\., Recueil, févr. 1S94. 



CANCERS DU REIN. 201 

(lu poumon, du testicule: ils reproduisent les caractères 
histologiques de la néoplasie primitive. Les cancers 
primitifs, beaucoup plus rares, n'ont été signalés que chez 
de vieux animaux: ils sont généralement unilatéraux ; 
ils se développent principalement au niveau du hile et 
atteignent quelquefois des dimensions considérables. 

Les epitliéliomes, les épit/ielio-carcinomes et les adcno- 
carcinoines affectent souvent la forme massive, de telle 
sorte que le rein est transformé en une masse néoplasique 
énorme intracapsulaire (Maja) (1) oblitérant les calices, 
refoulant le bassinet et présentant souvent des foyers 
hémorragiques diffus. Les cancers nodulaires, de nature 
sarcomateuse, constituent des masses molles, hémor- 
ragiques, l'amollies, dégénérées, encéphaloïdcs, dont le 
poids peut atteindre 17 kilogrammes (Kittj; ceux de nature 
épithéliale sont caractérisés par des nodosités molles ou 
dures, squirreuses, accompagnées de petits noyaux aber- 
i-ants. Ces diverses tumeurs se propagent aux ganglions 
du hile, au poumon et au foie par la voie veineuse et la 
voie lymphatique. 

Le rein sain présente quelquefois une hypertrophie 
compensatrice. 

L'examen histologique est souvent nécessaire pour les 
différencier. On trouve tantôt un épithéliome cylindrique 
formé de tubes tapissés d'une seule couche de cellules 
épithéliales, tantôt des formes atypiques qui établissent la 
transition entre les épithéliomes et les carcinomes, tantôt 
le type du carcinome, tantôt enfin des sarcomes fuso- 
cellulaires ou globo-cellulaii*es, plus rarement des tumeurs 
mixtes ou des adénosarcomes. 

Symptômes. — Ces tumeurs demeurent ordinairement 
latentes malgré leur développement considérable et leur 
malignité. Les troubles rénaux manquent ou sont trop 
peu accusés pour permettre de soupçonner une maladie de 

(1) -Maja, Deux faits de cancer épithélial du rein généralisé au poun.on 
chez le cheval (Bull, de la Soc. centrale, 1910). 



202 «EINS. 

ces organes el moins encore une néoplasie. Ihihiliiellc- 
ment, on ne constate que des coliques, de la raideur dans 
les mouvements, une marche vacillante, de l'hypertrophie 
cardiaque et des irrr^Milarités dans les battements, do 
lanémio, de la cachexie. On peut constater, par compres- 
sion de la tumeur, les signes d'im anévrysnie aorlique 
(Zicssler) (Ii. 

Traitement. — i/exiirpation du rein malade est le seul 
traitement efïicace ; mais cette opération est elle-même 
dangereuse et dilïîcile à prali(itier chez le cheval. 

H. — RI MINAATS. 

Anatomie pathologique. — Le cancer rénal des hovirirs 
estr('pr(''S('iilr par le larcinomc lypi(pie(lless), le carcinome 
colloïile (Ilayer), le sarcome (Ostertag) ou par Tadéno- 
carcin()me(lMliig, Siedamgrotzky). (les tumeurs unilatérales 
ou bilatérales déterminent une telle hypertrophie de 
l'organe malade que l'exploration rectale permet de 
reconnaiti-e cette augmentation de voliune (Hess). On 
constate quciipieroisdes tumeiu'sde celte nature alteignani 
le poids de V.i kilos, bourgeonnant dans les calices, le 
bassinet et même l'urètre (Mathis et Forgeot) (2). 

Le volume des uretères dans la pyélonéphrite et dans 
l'hydronéphrose assure le diagnostic dilTérentiel avec le 
cancer rénal (3). 

Le sarcome des ganglions du bile peut simuler une 
tumeiu- du parenchyme rénal, déterminant de la néphrite 
et le développement au niveau de l'un des reins dune 
grosse tumeur accessible par l'exploration rectale 
(Hhiim) (i). 



(1) Zil•^sll■r, A.Iénome du rein chez le cheval {/ievue tfniiér., lÛOti, l. I). 
(i) Malhis et Korgeot, Revue vét., 1906, p. 80i. 

(3) Chez \tmoulon, Koger a signalé un cancer épilhéiial [Aiui. de mèii. 
vét., 1864, p. 34). 

(t)RluiiM, /teviie fjé/i., 1907. 



CANCERS DU REIN. 



203 



III. — PORC. 

Le sarcome et Vadéiwsarcome sont les deux principales 
tumeurs primitives des reins chez le porc. Ces tumeurs 
peuvent se développer chez les /jorfWp/s, comme on observe 
le cancer rénal chez les enfants. Elles acquièrent quelque- 




Fig. 41. — Nodules sarcomateux d'un rein de jeune porc (Cadéac). 



fois des dimensions considérables ; leur poids peut 
atteindre 31^8,500 (Rieck), 14 kilos (Johne); elles affectent 
la forme médullaire et se développent également dans les 
deux substances du rein (fig. 41). 
Le carcinome, plus i*are. a été signalé par Ostertag. 



204 



IV. 



CAU-MVOIÎES. 



Le cancer vrn;\\ |iiiinilil' est l'ai'e cliez les r;//'/;/i'o/V'^'. 
On a cependant siynalé, cliez le chien, le caninoiiie 
[llabacher(l)],le carcinome colloïde (Zundel), répilhélionie 
(Bournay, Maja) et le sarcome généralisé au poumon 

[Maja (2)1. r.licz le rlml. on |iPiil oliscrvei- je saivnnie pri- 




l'i^. '\1. — Uciii Liuucrciix ilu <-h(il. lace exleri.e. 

La capsule du rein a élé eiilevcLV pour iiionlrer les bourgeons nèopla- 
siciues (Auger et Koquol). 

mitif [Petit (3), N'alillo (ijj, le cairinoine encéi)lialoïde [Au- 
ger et Uoqiiet (5)1 (lig. 42). 

Symptômes. — Les limicurs voliiinineuscs s'accom- 
pagnent seuk'sde troubles particuliers. L'animal maigrit et 



(I) Hahaciier, Revue géii., 1907, p. '.iù't. 

{■2) Maja, Soc. eentrule, 1010. 

(S* Pelil, Sor. reiilra/c, 1901, p. 6l'9. 

(1) Valillu, C/iiiiru ve/erhiuria, 19U9. 

(.'>) .Vu^'er el Koquct, Joiini. rie l'Éeo/e vri. de Lijoii, \'.">i. 



REIN FLOTTANT. , 205 

se tient difricilenient debout; la respiration semble nor- 
male, ce qui écarte toute localisation du côté de l'appareil 
respiratoire, mais l'attention est immédiatement attirée 
par le volume du ventre. Contrairement à ce que l'on 
observe dans l'ascite, le ventre ne pai'ait pas descendu; 
il semble élargi en son milieu et à sa partie supérieure. 
A la palpation, qui ne décèle aucune douleur, on sent 
immédiatement, en arrière des côtes, de chaque côté, 
une masse volumineuse, allongée, cylindrique, à déplace- 
ments limités, mais plus mobile cependant qu'un rein 
normal. En plaçant l'animal sur le dos, on a la sensation 
d'une tumeur volumineuse, bilobée, développée de chaque 
côté de la cavité abdominale, (juand la tumeur est bilaté- 
rale (Auger et Roquet). 

Quelquefois, on constate de l'albuminurie, des cylindres 
hyalins, et quelquefois de l'hématurie et des signes de 
cachexie avec complications ulcéreuses de la muqueuse 
buccale. 

Traitement. — La néphrectomie est le seul traitement 
efficace. 

\l. — REIN FLOTTANT. 

Chez beaucoup de chiens, les reins sont plus ou moins 
flottants au milieu de la masse intestinale. On peut les 
■ déplacer en avant et en arrière comme une tumeur mobile 
réunie àla colonne vertébrale par un ligament de longueur 
variable, mais toujours insuffisant pour a mener le rein 
en contact avec la ligne blanche de l'abdomen. Cette mo- 
bilité du rein s'observe chez environ 15 à 20 p. 100 des 
chiens (Johne). Habituellement, un seul de ces organes 
pend à l'extrémité d'un mésentère et donne, à l'exploration, 
la sensation d'une tumeur réniforme, allongée, légèrement 
douloureuse à la pression [Hébrant et Antoine (1)]. Le rein 
mobile ou flottant a été signalé quelquefois chez la vache 

(I) Hébi-ant et Antoine, Rein Uotlant (Annales de méd. cet., 1913). 
Cadéac. — Pathologie interne. YII. i- 



200 REINS. 

(Slocktlelli. Heali I ] ot chez le porc (Zell) ; il exerce fféné- 
ralcrncnl des lii'iullemenls plus ou moins pénibles ou dou- 
loureux, par le ligament suspensif, pendant les allures 
rapides. La rupture de ce ligament est peu à craindre, 
quoique Pinel ait signalé, chez le cheval, le détachement 
d'im rein trouvé libre dans la cavité abdominale et réduit 
en boule dégénérée du poids de 270 grammes. 

Traitement. — La m'-phrorraphie ou népbropexie (lixa- 
tiondurein) est l'opération (pii permet de remédier à cette 
disposition anormale. 

XII. — PAR.\S1TES. 

I. — EUSTRONGYLOSE. 

Définition. — l^'cusiroinjulosc est une alïei-tion parasi- 
1,1 ire du chien due à la présence d'Eustronyyhis ijiyas 
dans le rein et plus rarement en dehors de cet organe. 

D'autres espèces sont exceptionnellement parasitées par 
VEustroïKjijhts ui(jas. Le r//r»;// (Chabert, Leblanc. Labat), 
le bœuf [Hudolphi. Grève i2)], le y>orr (Linstow) peuvent 
renfermer ce parasite dans leur rein. 

Étiologie. — L'Eustronyylus gi(jas ou viscerali^ est le 
plus grand îles nématodes connus. Son corps est rouge 
sanguin, strie'' transversalement ; il offre une bouche 
triangulaire entourée de six papilles. Le mâle a de 13 à 
1() millimètres de long, i à (i de large : la femelle, 
longue de 20 centimètres à 1 mètre, est ovipare. L'œiil' 
mesure de 64 à 68 [j. de long sur 40 à 40 [a de large ; il se 
développe dans un milieu humide, et l'embryon fusiforme 
peut y conserver sa vitalité [jcnilant cinq ans au moins. 
Il ne peut infecter directement lesaniuiatix, cl Ion ignore 

(l) Keali, Hein gauche mobile chez une v.iche (Revue générale, 1900, 
p. i'7(i). 

(i) Grève l'a rencontré sur un taureau qui depuis longtemps souffrait de 
dysurie ; l'urine expulsée contenait des flocons de mucus ; le rein gauche était 
transformé en un énorme abcès. 



PARASITES. 207 

riiôle internu'diairc — poisson ? — qui assure son dévelop- 
pement. 

L'eustrongylose, commune en Italie chez les eJiieus de 
chasse, est rare en France ; elle a été signalée dans les 
divers pays européens, en Amérique et au Japon ; elle est 
particulièrement fréquente dans les régions où abondent 
les crustacés et les mollusques. 

Symptômes. — Dans la plupart des cas, on n'observe 
aucun symptôme appréciable ; l'eustrongylose est une 
découverte d'autopsie. Dans quelques cas seulement, ce 
parasite trahit sa présence dans le rein par des troubles 
plus ou moins graves : l'animal maigrit, dépérit plus ou 
moins rapidement, présente de l'hématurie, des signes de 
néphrite et de cystite, de la rétention d'urine passagère ou 
durable, de l'urémie quand le ver a obstrué un uretère ou 
l'urètre, marche péniblement, la colonne vertébrale 
courbée du côté malade ; il soutîre tellement qu'il pousse 
des hurlements continus, comme dans certains cas de 
lithiase rénale. Sa tristesse, sa voix rauque, son excitation 
rabiforme peuvent faire songer à la rage ; on observe 
quelquefois des convulsions et de la péritonite quand le para- 
site tombe dans la cavité abdominale, des vomissements et 
des signes asphyxiques quand il s'aventure dans la plèvre. 
L'eustrongyle tend à abandonner le rein, son habitat pri- 
mitif ; il peut le déserter de bonne heure, passer dans le 
bassinet, dans l'uretère et atteindre la vessie, puis s'enga- 
ger dans l'urètre, se loger dans le tissu conjonctif péri- 
urétral, être expulsé au dehors; il peut sortir directement 
du rein et passer dans la cavité abdominale, dans le foie, 
les plèvres, se loger sous la peau de la paroi abdominale 
inférieure en arrière des bourses, sortir au niveau d'une 
mamelle ou pénétrer dans le cœur. 

Lésions. — Généralement un seul rein est parasité, et 
on n'y trouve le plus souvent qu'un seul ver : mais on en a 
rencontré deux, trois, quatre, six et même huit (Klein), 
l'autre rein demeure indemne ou s'hypertrophie. Le para- 



208 REINS. 

site détruit progressivement le parenchyme rénal qu'il 
habite ; il ne reste bientôt plus à la place du rein qu'un 
kyste limité par une mince couche de la zone corticale. 
Parfois la surface présente une série de petits nodules hlan- 
chAtres renfermant des u'ufs d'eus! rongles témoignant du 
passage ou du séjouràce niveau d'une femelle d'eustrongle 
[Massaglia {{)]. ' 

Diagnostic. — L'émission d'iunne sanguinolente, et 
l'examen microscopique du dépôt urinaire. décelant les 
œufs du parasite, sont les deux principaux éléments du 
diagnostic. 

Pronostic. — Le pronostir de la strongylose rénale est 
évidciiunent iort grave ; toujours fatal quand les vers 
quittent le kyste par ellVaclion, il est presque aussi fâcheux 
quand ils émigrent i)ar les voies naturelles, en raison de 
la i'('l('iilion (fiu'ine qu'ils occasionnent. 

Traitement. — Le traiiementchirurgical est seul efticace 
(|iiand il peut être inslitui' en parfaite connaissance île 
cause. 11 l'aut extirper le rein conleuant le parasite, inciser 
la tumeur ])érinéale ou mammaire qu'il a provoquée (2). 

II. — PSEUDO-TUBERCULOSE VERMINEUSE. 

Nous di'signous ainsi luic alfection nodulaire de la couche 
corticale du rein due à l'infestation péi-i-arlt-rielle des 
artérioles i-énales de Viiiir par des larves de Uhnbditis. 

Cette pseudo-tuberculose, très rare, a fait l'objet d'une 
('■Inde i-é'cente de Petit. Henry et Germain (3). 

Étiologie. — Les larves de /{/(rt/j(7t//.s- mesurent 280 cen- 
tinu'-tres de long sur 15 centimètres d'épaisseur; elles ont 
la forme d'un fuseau et itossèdent un appareil génital, 
indice d'iuie umlliplicalidn rapide des larves par elles- 

(1) Massiiglia, Bulletin de iliistilut Pasteur, févr. 1912. 

(2) Chez le cheval, ou a signalé des écliinocoques dans le rein (Cadéac cl 
Malet, Blanc); on les observe aussi chez le Im'uf, le mouton, le pore et 
même chez le chien {Perroncito). 

(3) Polil, Henry et Germain, Hec . de méd . vrt., 1909, p. 493. 



PARASITES. 209 

mêmes qui explique leur groupement dans lintérieur des 
tubercules. Apportés par le sang artériel, ces parasites 
perforent la paroi artt^rielle de dedans en dehors et se 
logent dans les tunique interne et moyenne des petites 
artérioles dont ils provoquent l'occlusion. 

Lésion:. — Le rein est couvert de marbrures blan- 
châtres plus ou moins continentes et très légèrement sail- 
lantes, ressemblant à des foyers de nécrose, situées presque 
exclusivement dans la substance corticale. Ces nodules sont 
régulièrement suspendus comme de petits grains aux 
divisions latérales des artérioles rénales situées au centre 
et très riches en cellules géantes. 

Symptômes. — L'occlusion d'un grand nombre d'arté- 
rioles rénales détermine les signes d'une urémie intense 
marquée par des séries de crises de vertige accompagnées 
de chutes successives, de tremblements musculaires, de 
tétanie, dexorbitisme, sans salivation ni évacuation 
alvine se terminant par la mort ou nécessitant l'aba- 
tage du malade Mouilleron). 

Traitement. — On ne peut ni soupçonner ni prévenir 
cette infestation parasitaire. 



12. 



CHAPITRE II 
VESSIE 

I. — CYSTITES. 

Considérations générales. — Les inflammations do la 
vessio ou cvstitcs fonsistcnt dans des inl'ections de la paroi 
vésicale par tous les germes pathogènes ou susceptibles de 
s'implanter sur la muqueuse de cet organe à la faveur de 
causes prédisposantes. — llabiluolloinent. les microbes 
parvenus accidentellement dans la vessie sont totalement 
entraînés avec l'urine, qui redevient aseptique : linfeition 
est évitée ; parfois ils cultivent partiellement dans l'urine 
sans intéresser la paroi vésicale : il y a simplement de la 
bactériuric ; parfois la muqueuse vésicale s'infecte et 
s'enflamme ; il y a cystite. Dans cette infection, trois 
éléments doivent retenir notre attention : 1<» les microbes ; 
2° la voie de pénétration ; 3" les causes (jui permcltont 
leur implantation. 

a. 'Le microbe infectant est très variable ; on pciil incri- 
miner principalement les staphylocoques, les strepto- 
coques, les colibacilles, les microbes de la suppiu-ation 
caséeiise, le hacille do la tuberculose. Plusieurs espèces 
microbiennes peuvent d'ailleurs s'associer ou se remplacer 
quand la nnujueuse, altérée, est dépourvue de son é'pilhé- 
lium protecteur. 

b. La pénétration des microbes dans la vessie s'effectue 
parla voie descendante ou rénale dans le cours des infec- 
tions générales accompagnées de rétention et dans les 



CYSTITES. 211 

pyélonéphriles suppurées. Un rhume descend dans la 
poitrine ; une néphrite purulente hématogène peut 
engendrer une cystite pyogène. L'infection ascendante 
urétrale est fréquente ; la cystite complique l'acrobus- 
tite. la gravelle, les plaies, les ulcérations vaginales. 
L'infection par les vaisseaux lymphatiques peut déterminer 
une plaque de cystite produite par les microbes de la 
suppuration caséeuse ou par les bacilles de la tuberculose. 
D'autres microbes viennent plus tard se greffer sur cette 
plaque dénudée. 

c. La prédisposition est indispensable à toute infection. 
Sans elle, on peut injecter isolément ou ensemble tous les 
microbes infectieux dans la vessie : l'urine les entraîne ; 
il ne se développe pas de cystite. La prédisposition est 
réalisée : i° par la rétention : la vessie qui se vide bien 
résiste à l'infection ; 2° par le traumatisme occasionné par le 
cathétérismeoula gravelle; 3° par la congestion déterminée 
par l'urine, devenue irritante, en éliminant des agents 
toxiques. Chez les solipèdes, les bovidés et les chiens. 
on peut reconnaître deux sortes de cystites : la cystite 
aiguë et la cystite chronique. Ces inflammations, très rares 
chez le mouton et le porc, n'ont pas été étudiées. 



I. — SOLIPEDES. 

I. — CYSTITE AIGUË. 

Définition. — La cystite aigué des solipèdes est une 
maladie toxi-iufectieuse caractérisée par des coliques, des 
troubles de la miction, de la douleur vésicale. une marche 
rapide aboutissant à la guérison, à l'état chronique ou à 
la mort. 

Étiologie. — La cystite aiguë est une maladie toujours 
secondaire. La vessie constitue, en effet, un réserv'oir 
d'attente placé à égale distance du rein et du méat uri- 
naire. Tous les troubles du rein s'accompagnent d'une 



212 VESSIE. 

altération plus ou moins profonde fie l'urine ; réliiiiina- 
lion de prinripos irritants ou infectieux a néeessairenienl 
un retentissement plus ou moins marqué sur létal de la 
vessie. La cystite évolue, dans ces circonstances, comme 
évoluent la bronchite ou la pneumonie à la suite du <orvza 
ou de l'angine. L'infection est descendante. 

La plupart dosproduits irritants capables de «l'IermintM' 
une néphrite sont donc susceptibles de provoipier une 
cystite. Les végétaux toxiques, les résineux, la canthari- 
dine, l'essence de térébenthine, certains champignons sont 
des agents fréquents de la maladie. Prévôt la vue se déve- 
lopper à la suite de frictions légères à l'alcool cantha- 
ridé. 

La cystilc qui (■voliic |»cnilaul le cours des niabulies 
contagieuses a la même origine (pie les précédentes. 

Dans les cas d'infection ascendante, les agents micro- 
biens, avant de se rendre au rein, sont obligés de séjour- 
ner pendant un temps plus ou moins long dans le réser- 
voir vésical. 

Leur pri'sence à la surface de la muqueuso. dans l'urine, 
est quchjuefois suivie de l'apparition de désordres plus ou 
moins graves. Cette seconde forme de cystite par infection 
ascendante est surtout fréquente chez la femelle à la 
suite d'accouchements laborieux, de non-dëlirrancc. de 
plaies vaijiiialcs, de catarrhe du raijin. ou de sondages 
intempestifs, pratiqués avec des sondes infectées. 

Les obstacles au cours d(> l'in-inc. réirécissement uré- 
Iral, calculs, néoplasies, en sopposani à l'expulsion régu- 
lière de l'urine, sont autant d'accidcnls (jui ]pi'éparenl et 
facililiMil l'infection. 

Symptômes. — La maladie di-bute par de l'inquiétude ; 
l'animal malade cesse de manger, gratte le sol, se couche 
avec précaution et se relève aussitôt. S'il s'agit d'un mâle, 
on constate que les testicules sont remontés dans l'aine : 
sur la temelle, les lèvres de la vulve s'entr'ouvrenl. mon- 
trant un clitoris lurgescenl. 



CYSTITES. 213 

Le malade se campe fréquemment et rejette une faible 
quantité d'urine ; les mictions sont fréquentes et doulou- 
reuses, l'iu'ine est expulsée par gouttes, par jets interrom- 
pus. Pendant lurination, lattitude de l'animal exprime 
une vive douleur; lorsqu'elle a cessé, lise déplace latéra- 
lement à droite, à gauche: la queue est agitée, toujours en 
mouvement. 

L'exploration rectale, ou vaginale, s'il s'agit d'une 
femelle, est douloureuse ; l'animal se défend vivement 
pendant l'opération, ou se plaint. Elle permet de constater 
la réplétion de l'organe. 

La douleur déterminée par les efforts expulsifs. néces- 
saires à la défécation, empêche le malade de se livrer à 
cet acte. Les excréments s'accumulent dans le rectum 
et augmentent, jiar les pressions qu'ils déterminent", les 
douleurs ressenties. 

La. pyurie comp\i'\o ce tableau symi>tomatique ; l'urine 
est trouble, épaisse, plus dense qu'à l'état normal : elle 
renferme des éléments proven.int de la muqueuse 
enflammée : épithélium vésical, globules de pus, mucus, 
albumine, cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien. 
lorsqu'elle a subi un commencement de fermentation, et 
des microbes abondants. Elle peut contenir, en outre, du 
sang, des fausses membranes. Quelquefois la maladie se 
complique de la formation d'abcès. 

Les symptômes généraux qui accompagnent ces mani- 
festations sont peu accusés ; la température ne dépasse 
pas 39°. o ; le pouls est peu accéléré et la respiration peu 
troublée. 

Marche. — Cet état dure pendant un temps variable. 
Le malade se rétablit en quelques jours ou un accident 
termine brusquement l'évolution du processus quand celui- 
ci ne tend pas à persister indéfiniment. La maladie peut, 
en somme, se terminer par résolution, par urémie, par la 
rupture ou par la gangrène de l'organe ou par le passage 
à l'état chronique. 



214 VESSIE. 

La RÉsoLiTiON s'annonce par l'attcniiation de tous les 
symptômes que nous avons énumérés ; elle survient ordi- 
nairement au bout de quelques jours; parfois elle se fait 
attendre plus longtemps (quinze jours) (Oresle). Lorsque 
les symptômes persistent après avoir perdu de leui- inten- 
sité, la maladie passe à l'état dironique. 

La MORT peut être la conséquence de iurémio, de la 
rupture ou de la gangrène de la vessie. 

L'urémie se produit lorsque la plénitude de l'organe 
s'oppose au déversement de l'urine contenue dans les ure- 
tères et le hassinet. Elle se caractérise par l'appari- 
tion de phénomènes nerveux auxquels donne lieu cette 
intoxication, qnciquel'ois par de la paralysie générale 
(Isnard). 

La RUPTURE DE LA VESSIE cst facilitée par sa paralysie 
plus ou moins complète et par l'altération de ses i)arois; 
elle est déterminée par sa réplétion extrême, par un 
effort, par une violence extérieure. Cet accident est fré- 
quent [Adam, Overed]. Il s'accuse par un bien-être immé- 
diat, mais de courte durée, par la suppression des efforts 
de miction et par une déformation de l'alidomen. L'explo- 
ration rectale lève tous les doutes. Bientôt de nouvelles 
coliques se montrent ; elles indiquent le déhiit dune périto- 
nite, constamment mortelle. 

La GANGRÈNE est uue terminaison rare. KUe est annon- 
cée par des coliques violentes. L'urine se fonce en couleur, 
dégage une odeur fétide et renferme souvent des frag- 
ments de membranes. Cette terminaison aboutit presque 
toujours à la nipliu'e de la vessie. 

Anatomie pathologique. — La vessie enflammée est 
généralement distendue, remplie d'urine épaisse tenant 
en suspension des exsudais pathologiques. Sa muqueuse 
est injectée, congestionnée, desquauu'x^ stu" toute la surface 
ou seulement par îlots au niveau desquels se sont incrustés 
les sédiments urinaires. Quand l'inflammation est récente, 
on constate des exsudais jaune verdàtre, mélangés à des 



CYSTITES. 215 

quantités variables de sang qui lui donnent un aspect rouge, 
couleur chocolat ou café au lait. 

On peut constater aussi des pseudo-membranes, recou- 
vrant des érosions, des escarres (Lafosse. Johne, etc.). La 
couche musculaire elle-nième est infiltrée, et l'on peut 
même constater quelquefois des plaques de péricystite. 

Quand il j a eu perforation ou rupture de la vessie, on 
trouve, dans la cavité péritonéale, une quantité considérable 
de liquide, et l'on constate les lésions d'une péritonite 
plus ou moins intense. La plaie qui a livré passage à l'urine 
est souvent de faibles dimensions ; elle occupe ordinaire- 
ment le fond d'une ulcération et présente des bords 
tuméfiés et hémorragiques; la rupture vésicale pouvant se 
produire rapidement ou succéder à l'ulcération. Parfois, 
l'urine, s'insinue entre la musculeuse et la séreuse en for- 
mant deux vessies concentriques (Adam % 

La gangrène se reconnaît à la mortification de la 
muqueuse vésicale, qui prend une teinte rouge brunâtre et 
perd toute cohésion (Oreste). 

Diagnostic. — La fréquence des mictions, les caractères 
des coliques, l'exploration rectale et la purulence de l'urine 
permettent, dans la majorité des cas, de porter un dia- 
gnostic certain. 

Pronostic. — Toujours grave, par suite de complications 
possibles et de la terminaison fatale, assez fréquente, de 
la cystite. Lorsque la réplétion de la vessie est complète, 
le pronostic doit être considéré comme très grave en 
raison de l'imminence delà rupture. 

Traitement. — Il est toujours indiqué d'atténuer les 
propriétés irritantes de l'urine et de calmer l'inflamma- 
tion vésicale. La première indication est remplie par 
Tadministration de breuvages mucilagineux et l'emploi 
des diurétiques alcalins, du bicarbonate de soude (20 à 
40 grammes) ; s'il y a rétention d'urine, on doit chercher 
à vider la vessie. Chez les grands animaux, ce résultat peut 
être obtenu en introiluisant la main dans le rectum et en 



216 VESSIE. 

comprimant modérément l'organe avec la main posée à 
plat. Lorsqu'on y parvient, on conseille de ne pas faire 
sortir la totalité du liquide. Quand la miction est entravée, 
il convient de recomuninder les préparations au goudron ; 
le bromure de potassium (10 à 15 grammes), le bromure 
de camphre (Trasbot) ont un eilet l'apide et très sûr. Chez 
les femelles, il convient de pratiquer îles lavages de la 
vessie au moyen des antiseptiques; mais ce lavaje n'est 
cfïicace (ju'en utilisant dessubslancesabsolumentanodines. 
L'oxycyanure de mercure en solution de I p. 3 000 à 
1 p. 10000 dans l'eau légèrement salée est un moyen 
désinfectant indispensable pour les lavages de la vessie et 
des voies urinaircs. 

D'autre part, l'adininistraliou d'iirolropine à la ilose de 
Oe^S à 1 gramme pour les petits animaux, 5ù 10 grammes 
pour les grands, désinfecte les voies urinaires en donnant 
probablement dans les reins de l'aldéhyde formlipie. La 
combinaison des deux méthodes de traitement donne 
d'excellents résultats dans la cystite des animaux domes- 
tiques (1). 

Chez les mâles, on peut recourir à l'urétrotomie dans 
les cas très graves ; on pratique ensuite le lavage de la vessie 
avec des solutions antiseptiques faibles : eau boriipiée 
saturée, permanganate de potasse à I p. iOOO. 

il. — CYSTITE CHRONIQUE. 

La cystite chroniipie est (pielquel'ois le reliipiatdo It-lat 
aigu; elle est rarement d'origine toxique, secondaire m une 
néphi'ite; le (dus souvent, elle apparaît .'i la suite d'une 
infeclion de l'urètre, du vagin (Saint-Cyr) (2) ou de la 
lithiase. La maladie est aussi désignée sous le nom de 
catarrhe rcsical. Klle a él('' très bien décrite au point de 
vuesymplomatique par Sainl-Cyr; nous ne saurions mieux 

(1) Gemi'incr, A/oiia/ssrhr. fiir prakt. Tierhril.. 1901. 
(-2) Sainl-Cyr, Joiirn. tic Lyon, 1867, p. 57. 



CYSTITES. 217 

faire que de reproduire en grande partie sa description. 

Symptômes. — La maladie ne s'accuse par aucun 

trouble manifeste des grandes fonctions ; la démarche seule 

a quelque chose d'insolite ; les membres sont raides, l'ar- 



Fig. 43. — Cystite sédimenteuse, nécrose de la vessie, péritonite 
(d'après Pécus) . 

rière-train vacillant; au trot, la raideur des membres et la 
faiblesse sont encore plus apparentes. La miction est assez 
difficile et quelquefois précédée de l'expulsion, paria vulve, 
d'une matière semi-fluide, ressemblant à du pus. L'explo- 
ration des organes génitaux permet de constater l'infection 
delamuqueuse vaginale, l'existence d'excoriations de plaies 
C.^DÉAc. — Pathologie interne. VII. 13 



218 VESSIE. 

d'aspecl ulcéreux. Vurinc est foncée, filante, collante aux. 
doigts, jaunâtre, tenant en suspension des mucosités abon- 
dantes; dans certains cas, elle est blanchâtre, opaque ci 
très fétide (Vitet). Ces manifestations durent un temps 
variable et s'accompagnent d'un état général mauvais, 
d'amaigrissement; le poil est piqué, terne, l'appétit capri- 
cieux; des troubles digestifs divers viennent se greffer 
sur la maladie primitive. 

Anatomie pathologique. — La maladie est caractérisée 
[lar l'épaississement de la nniqueuse, la distension variqueuse 
des vaisseaux, par des ulcérations d'étendue et de profon- 
deur variables, à fond grenu, rougeàtre, quelquefois enduites 
d'un produit muqueux, jaunâtre, ou recouvertes de fausses 
membranes gris verdàtre. Des abcès existent quelquefois 
dans la sous-muqueuse, dont les plans sont dissociés par le 
pus. 

Parfois la muqueuse a subi l'inliltration calcaire ou offre 
un dépôt sédimentaire jaunâtre constiiué par de petits 
graviers [Pécus (l)j. Les parois vésicales sont hypertro- 
phiées, pigmentées, parsemées de brides scléreuses. 

Les uretères sont dilatés, les reins atteints de pyoné- 
phrose. 

Diagnostic. — Il est basé sur la difticulté de lurination. 
le caujper, le fouettement de la queue, l'examen du vagin 
et les caractères purulents de l'urine. 

Pronostic. — Toujours grave en raison de la curabilité 
relative de la maladie et de la possibilité de complications 
rénales. 

Traitement. — Dans la cystite chronique, il faut re- 
courir aux réiineux, à la térébenthine, à l'aloès. Trasbot 
recommande le bromure de camphre et le bromure de 
potassium. Sainl-Cyr s'est bien trouvé de l'administration 
à l'intérieur de goudron de liois à la dose de 45 grammes 
par jour en trois bols. Lorsqu'il y a, en même temps, des 

(1) l'écus, Journ . de Lyon, IS98. 



CYSTITES. 219 

lésions vaginales, les lavages du vagin avec une solution 
antiseptique sont naturellement indiqués. A la suite de 
Tamélioration du sujet, on peut conseiller Teau goudron- 
neuse en boissons (1 kilo de goudron dans 20 litres d'eau); 
on donne chaque jour, à Tanimal. 1 ou 2 litres d'eau 
goudronnée. 

Quand ce traitement est insuffisant, il faut recourir à 
une action directe sur la muqueuse parles lavages vésicaux 
à Taide d'une petite quantité de collargol à 1 p. 100. de 
nitrate d'argent à 1 p. 1 000. On peut faire précéder ce trai- 
tement d'injections d'eau bouillie destinées à nettoyer la. 
muqueuse et à enlever ses produits de sécrétion. 

II. — BOVIDÉS. 

I. — CYSTITE AIGUË. 

La CA^stite aiguë des bovidés est une inflammation secon- 
daire de la muqueuse, parfois de la musculeuse et des tissus 
périvésicaux caractérisée cliniquement par des mictions- 
fréquentes, douloureuses et la purulence des m-ines. 

Étiologie. — L'élimination par le rein de produits irri- 
tants, toxiques, végétaux ou minéraux alimentaires ou mé- 
dicamenteux (essence de térébenthine, cantharides) est 
tantôt suivie dune néphrite ou dune néphrocvstite ou seu- 
lement de l'inflammationcatarrhale de la vessie. L'infection 
se greffe sur la congestion. 

L'infection ascendante est plus fréquente que l'infection 
hématogène; la cystite est, pour ce motif, plus commune 
chez les femelles que chez les mâles. 

La maladie apparaît souvent après la non-délivrance, à 
la suite des divers accidents de la parturition, plaies vagi- 
nales, vaginite, métrite. Elle est, dans ces cas, la première 
étape de la pyélonéphrite. Le sondage intempestif, pratiqué 
avec des instruments malpropres, peut provoquer l'appa- 
rition de la maladie. 



220 VESSIE. 

Chez les vcnux, il n'est pas rare de trouver des lésions 
d'inflammation catarrhale ou purulente à la suite de l'in- 
lection du canal do l'urètre (Ulz). 

La cystite est quelqueroisla première étape de l'infection 
ascendante qui se termine par une pyélonéphrite. 

Les calculs et les tumeurs de la vessie ou de l'urètre 
sont une cause fréquente de cystite par la rétention uri- 
naire qu'ils [)rovoquent. Le séjour prolongé de l'urine dans 
la vessie est suivi de son altération : l'urine décomposée 
irrite les [)arois vésicales. La nature des agents microbiens 
qui cultivent dans lurinc ou à la surface de la muqueuse 
fait varier le type inflammatoire ; la maladie revêt la 
forme hémorrar/ique, catarrhale. jmrulente. pseudo-mem- 
braneuse ou nccrosique. 

Symptômes. — Les symptômes essentiels sont à peu 
près les iiièmes dans les diflerenles formes de la maladie; 
ils varient seulement d'intonsilé. 

a. La douleur vésicale s'annonce par une attitude géné- 
rale équivoque; les animaux cessent démanger, regardent 
leur flanc, se déplacent latéralement du train postérieur, 
[•iétinent du derrière. Ces signes, qui sont des indices cer- 
tains de coliques, se localisent, et les manifestations uri- 
naires apparaissent. Les vaches se campent fréquemment 
pour uriner, mais ne rejettent, chaque fois, qu'une petite 
(juantité d'iu'ine; le besoin d'uriner se répète parfois tous 
les quarts d'heure ou toutes les demi-heure et, chaque fois, 
le dos se voûte, le ventre se tend, l'arrière-train est agité 
par un tremblement qui décèle des crampes douloureuses; 
la région lombaire est très sensible à la pression. 

b. Les urines émises sont troubles parce qu'elles con- 
tiennent du pus. et leur coloration varie beaucoup suivant 
l'intensité de l'inflammation. Tantôt roussiUre et légèrement 
foncée par une petite quantité de globules rouges, tantôt 
brunâtre, sanguinolente, l'urine offre souvent l'aspect d'une 
bière brune et devient sanguinolente vers la fin de chaque 
miction. En subissant la fermentation ammoniacale dans 



CYSTITES. 221 

la vessie, elle devient extrêmement fétide. L'hématurie 
terminale cesse habituellement au bout de quelques jours; 
l'urine devient alors plus épaisse, nettement blanchâtre, 
visqueuse, c'est-à-dire franchement purulente. Examinée 
au microscope, on y découvre de nombreux globules de 
pus, des globules rouges, des cellules épithéliales plates, 
polygonales à gros noyaux et une grande quantité de 
microbes. 

c. L'exploration rectale dénonce une constipation opi- 
niâtre ; le rectum est rempli d"excréments tassés et durs, 
de mucosités pelotonnées et striées de sang. On peut cons- 
tater, en même temps, la distension et la sensibilité de la 
vessie et particulièrement du col de cet organe, qui forme, 
dès le début, une tumeur tendue, brûlante très doulou- 
reuse à la pression après trois ou quatre jours de maladie 
(Roche-Lubin, Ringuet, Tannenhauer). La muqueuse du 
vagin est également plus rouge, parfois l'ecouverte de 
mucus épaissi. Tous ces symptômes augmentent rapide- 
ment d'intensité et arrivent, après quelques jours, à leur 
maximum. 

Cette forme inflammatoire simple ne s'accompagne pas 
de fièvre, ou ne détermine qu'une fièvre modérée. 

Variétés. — La cystite catarrhale simple évolue géné- 
ralement en deux à trois semaines, puis guérit complè- 
tement ou persiste en présentant, de temps à autre, des 
poussées aiguës. 

Laoystite cantharidienne anne marche aigué, rapide ; elle 
est souvent accompagnée d'émission d'urine sanguinolente. 

La cystite pseudo-membraneuse est caractérisée par l'ex- 
pulsion de petits lambeaux grisâtres, débris de fausses 
membranes qui peuvent obstruer l'uretère chez les vaches 
comme chez les mâles et déterminer la rétention totale de 
l'urine et la rupture de la vessie. 

La cystite nécrosante, souvent compliquée d'inflammation 
périvésicale,de péritonite localisée ou généralisée, s'accom- 
pagne de troubles généraux très marqués. 



222 VESSIE. 

La température peut atteindre 40" ; le regard est anxieux, 
les yeux sont injectés, les battements cardiaques violents, 
le pouls petit, vite et dur, la bouche chaude, l'appétit nul, 
laruminationinlerronipue ;lesco]iquesredoublentd'iicuilé; 
les efforts de miction sont continus; infructueux; l'animal 
se tient le dos voussé ; il tremble fortement, grince des 
dents et ne rejette que, goutte à goutte, un peu d'urine 
sanguinolente (Tannenhauer. Hinguet, Roche-Lubin, Guit- 
tard), des fausses membranes ou dos membranes d'appa- 
rence nécrosée Rose ot Perrins, Khnudsen). L'animal s'af- 
faiblit rapidement, le train [lostérieur ne peut plus le 
supporter. 

La paraplégie apparaît vers le quatrième jour et se 
complote (Tannenhauer); la constipation augmente, se 
complique souvent de renversement du rectum ; l'œil 
devient cave, les extrémités froides ; tout annonce une fin 
prochaine. 

Souvent l'affection se termine par la rupture de la vessie 
ou par la (janurène de l'organe. La rupture de la vessie 
est accusée par la disparition momentanée des coliques ; 
un soulagement immédiat, lalfaisemcnt de l'organe suivi 
bientôt dune réaction et de l'évolution de symptômes géné- 
raux graves, dénonçant la péritonite. La gangrène est 
marquée par l'expulsion d'une urine très odorante, infecte, 
et le rejet de portions do muqueuse nécrosée mélangées à 
du sang. 

Ânatomie pathologique. — A l'ouverture de la cavité 
abdominale, on trouve, dans le cas de rupture, une quan- 
tité plus ou moins considérable d'urine, et tous les 
viscères exhalent une odeur urineuse ; le péritoine est 
enflammé, les muscles décolorés. La vessie est rouge 
brunâtre, ot. dans sa partie la plus évasée, on aperçoit une 
déchirure à bords ourlés, par laquelle l'iu-ino s'est 
répandue dans l'abdomen. 

Quand il n'y a pas eu rupture, on constate souvent que 
les reins sont i)lus ou moins altérés, rarement indenmcs ; 



CYSTITES. 223 

ils sont rouges, congestionnés, et présentent des foyers 
hémorragiques (Derain\ La vessie forme, en arrière, 
une énorme tumeur, à surface violacée ou noirâtre ; 
ouverte, elle donne écoulement à un produit qui est du 
sang presque pur, liquide, et à des caillots, ou bien encore 
à un produit séro-purulent. noirâtre et fétide (Roche- 
Lubin, Ringuet). 

A la muqueuse, adhère un produit muco-purulent, 
glaireux, riche en globules rouges, en cristaux divers; 
quelquefois, elle est recouverte de fausses membranes 
jaunâtres, cachant un fond hémorragique, saigneux. 
L'inflammation de la muqueuse peut revêtir le caractère 
hémorragique et diffus; toute la surface interne de la 
vessie est d'une coloration rouge foncé, noire par places 
(Derain). Dans d'autres cas, la muqueuse est épaissie 
et parsemée de lai'ges ecchymoses sur certains points, 
désorganisée, sphacélée, verdàtre dans d'autres. Des 
érosions et des plaies bourgeonnantes s'observent dans les 
formes moins graves. Des infiltrations sanguines ou puru- 
lentes existent quelquefois entre la muqueuse et la mus- 
culeuse. Le tissu conjonctivo-adipeux qui tapisse la péri- 
phérie de la vessie au niveau des fossettes péritonéales 
intrapelviennes est fortement enflammé dans les formes 
grangreneuses; il y a de la pelvi-péritonite ou de la péri- 
tonite généralisée, h'urètre est souvent le siège d'une 
inflammation aussi intense que la vessie. 

Diagnostic. — Le diagnostic est facile ; il y a cystite 
chaque fois qu'on observe des mictions fréquentes, dou- 
loureuses, accompagnées de pyurie ou d'hématurie. 
L'exploration de la vessie, en révélant sa sensibilité et 
sa distension, confirme l'existence de cette inflamma- 
tion. 

Un seul état pathologique pourrait être confondu avec 
le précédent : Vobstruction de l'urètre par un calcul. Dans 
ce cas, en effet, on observe, comme dans la cystite, des 
coliques et la réplétion de la vessie ; le diagnostic diffé- 



224 VESSIE. 

rentiel est basé sur l'exploration négative du trajet de 
l'urètre et sur l'absence du bond urétral. 

Dans la cystite, il n'y a pas de bond urétral (Cruzel, 
Ringuef. Dorain). et cela tient à la paralysie complète 
de l'organe qui maintient hermétiquement clos le col de 
la vessie; il j a toujours un bond urétral dans le cas 
d'obstruction du canal de l'urètre. 

Pronostic. — Le pronostic est variable suivant la nature 
et le degré de l'infection vésicale et l'intensité des lésions 
qui se sont développées. Il ne faut pas oublier que cette 
maladie peut avoir une terminaison mortelle une fois sur 
quatre, en moyenne (Rocbe-Lubin, Ringuet), bien moins 
souvent si l'on fait entrer en ligne de compte les nombreux 
cas de cyslile bénigne qui guérissent rapidement. 

Traitement. — Tant que les douleurs sont très vives, 
le besoin d'uriner très fréquent, les calmants (sachets 
chauds sur les lombes et les flancs, lavements mucihigi- 
neux, laudanisés, administration de boissons émollienles . 
sont tout indiqués. 

A ces moyens palliatifs, il faut joindre les désinfectants 
de la vessie. Les diurétiques comme les boissons mucilagi- 
neuses, les tisanes d'orge, de pariétaire, additionnées de 
bicarbonate de soude, 40 à 50 grammes en plusieurs fois 
diminuent l'action irritante de l'ui'ine et facilitent l'éva- 
cuation du contenu de la vessie. Les antiseptiques qui 
s'éliminent par le rein tendent à rendre l'urine aseptique : 
le benzoate de soude, l'urotropine (i à li grammes), le 
camphre, l'acide salicylique 15 à 20 grammes) sont des 
agents très recommandables. Le lavage de la vessie, 
impraticable chez les mâles, est difficile et très douloureux 
chez les vnclies, sinon dangereux. L'extrémité de la sonde 
rigide (métal, gutta ou caoutchouc durci) risque de blesser 
la mmpieuse vésicale, enflammée, d'y déterminer des 
auto-inoculations très graves, de hâter la nécrose ou la 
perforation de la paroi. 



CYSTITES. 225 

II. - CYSTITE CHRONIQUE. 

Les bovidés présentent deux formes de cystite chro- 
nique nettement séparées : la cystite clironique simple et 
la cystite chronique hémorragique. 

A. — Cystite chronique simple. 

L'infection vésicule tend à persister et disparaît diffici- 
lement : l'urine demeure généralement un excellent 
bouillon de culture des microbes qui entretiennent lirri- 
tation de la muqueuse. Caractérisée par le rejet d'urine 
purulente et l'épaississement plus ou moins considérable 
de la paroi vésicale, cette maladie, fréquente chez la vache, 
est rare chez le taureau. 

Symptômes. — Le début est insidieux, peu net, caché ; 
quand elle est bien développée, les malades urinent ra- 
rement, et, lorsqu'ils le font, c'est avec précaution; ils 
se campent, agitent la queue et expulsent un jet aminci 
ou une faible quantité d'une urine blanchâtre, purulente, 
trouble, louche, contenant des grumeaux. Si on examine 
au microscope, le dépôt formé par l'urine, on y trouve 
de nombreux globules purulents, des sels, des cristaux de 
phosphate ammoniaco-magnésienengrande quantité, quel- 
ques amas bacillaires sous forme de petits grains même 
visibles à l'œil nu. L'urine a une odeur fade, légèrement 
ammoniacale. 

Ces manifestations s'accusent de plus en plus ; la mic- 
tion devient tous les jours plus pénible ; il y a des épreintes ; 
les animaux tiennent le dos voussé quelque temps encore 
après avoir uriné. L'examen du vagin, au spéculum, 
démontre une inflammation plus ou moins marquée de 
cet organe; la main, introduite, constate l'épaississement 
des parois de l'urètre, qui sont rigides. La vessie, quoique 
vide, ne s'affaisse pas à l'exploration rectale ; elle donne 

13. 



226 VESSIE. 

même quelquefois la sensation dune tumeur dure; le col 
est liyperlropliié (Lewis). Quand la maladie persiste, les 
parois vésiralcs acquièrent un tel degré d'épaisseur que la 
cavité disparail ; l'urine venant du rein ne séjourne plus 
dans l'organe destiné à la recevoir; elle s'écoule constam- 
ment au dehors; il v a incontinence d'urine. 

Marche. — La marche de la maladie est essentielle- 
ment chronique; au début, aucun signe spécial ne 
l'annonce, puis, ])eu à peu, l'élat génc'ral devient mauvais; 
les animaux maigrissent, la rumination n'est plus régu- 
lière ; si l'on n'intervient pas, la mort survient dans la 
cachexie. 

Anatomie pathologique. — A première vue, la vessie 
paraît énorme, ses parois sont épaissies, rigides, ne 
s'affaissent pas; elles atteignent quelquefois 4 à 5 cen- 
timètres d'épaisseur et ne se laissent que diflicilement 
inciser par l'instrument tranchant. Leur coloration est 
jaunâtre ou blanc grisâtre, plombée. La face interne de 
la vessie présente des plis épaissis, volumineux, entre 
lesquels on trouve du pus et des sédiments urinaircs; elle 
est hémorragique, piquetée, gris plombé ou ardoisée, sup- 
purante ou bourgeonnante, sans jamais présenter les végé- 
tations en choux-fleurs do la cystite hémorragique. 

La musculeuie est épaissie, sclérosée ou infiltrée par 
places, résistante ou élastique. Le tissu conjonctif péri- 
vésical est infiltré et épaissi. '\jQS uretères sont générale- 
ment dilatés. Dans quelques rares cas, la muqueuse vési- 
cale est parsemée de vésicules transparentes ou rouges 
qui contiennent des gaz et crépitent sous la pression. Des 
dilatations gazeuses, abondantes dans la couche muqueuse 
et surtout volumineuses dans la sous-mu(pieuse. sont rares 
dans la couche musculaire. La ]>lupart paraissent consti- 
tuées par des lymphatiques dilatés; on peut constater, çà 
et là, des hémorragies interstitielles (Hunge, 4898; Troll- 
denier, 1903). 

Diagnosrtic. — La purulence des urines, l'exploration 



CYSTITES. 227 

du méat urinaire, chez la vache, à l'aide du spéculum et 
l'exploration rectale permettent de reconnaître l'inflam- 
mation de la vessie. 

Pronostic. — Le pronostic est toujours grave en raison 
de l'incurabilité du mal et de sa tendance à déterminer 
l'infection des uretères et la pyélonéphrite. 

Traitement. — Ce sont les mêmes agents infectieux 
qui sont implantés sur la muqueuse : il faut en poursuivre 
l'asepsie à laide des mêmes moyens : l'acide benzoïque. le 
benzoatede soude, le camphre, l'urotropine. le bicarbonate 
de soude doivent être longtemps employés. Les balsa- 
miques et les l'ésineux sont ici particulièrement indiqués ; 
l'essence de térébenthine à la dose de 40 à 50 grammes 
par jour, en capsules ou en bols, donne de bons résultats 
(Caffaretti). L'acide salicylique et le salicylate de soude, 
les injections intravésicales de solutions astringentes 
d'eau blanche, de nitrate d'argent (1 à 2 p. 100 , d'eau 
boriquée à 3 p. 100. d'eau fluorée (0g''.50 à 1 gramme de 
fluorure de sodium par litre . d'oxycyanure de mercure en 
solution salée de 1 p. 3000 à 1 p. 10000 sont conseillées: 
mais ce traitement prolongé devient onéreux, de sorte 
qu'il est préférable d'envoyer les animaux à la boucherie 
avant que l'amaigrissement soit devenu trop prononcé. 

B. — Cystite chronique hémorragique. • 

La cystite chronique hémorragique est une affection 
spéciale aux animaux de l'espèce bovine. Elle est caracté- 
risée par une hématurie intermittente, un amai'jrissement 
progressif et généralement par des ulcérations et des néo- 
formations hémorragiques de la vessie et quelquefois des 
uretères. Sa marche lente et fatale, son caractère enzootique, 
l'obscurité qui entoure encore sa nature en font une 
maladie très importante à connaître au point de vue 
économique. 

Synonymie. — La maladie est connue sous des noms 



228 VESSIE. 

très divers. En France, c'est la cystirrar/ie, \o pisscmcnt de 
sai}g, l'hématurie enzootique, Yhcmatiirie eaucntiellc , l'hciua- 
tiirie chronique. Les Allemands la désignent sous le nom 
d'hématurie vésicale, et de Stallroth ou rouge des établcs, 
par opposition au rouge des prairies, Wcidcroth, qui est 
l'hémoglobinémie ou la piroplasmose. Le nom de cystite 
chronique hcmorrarjique est celui qui exprime le mieux la 
nature et le caractère dominant de cette maladie. 

Historique. — Fréquente dans la Creuse, la Corrèze, la 
Haute-Vienne, le Cantal, le Puy-de-l)ùnw, la Ilaute-Loireet 
dans les départements de rOiiest de la France, elle est 
signalée par Vigney (18-4.^. Gillet (18Gâj l'observe dans les 
départements de la Mayenne, de la Sarthe et de Maine-et- 
Loire. L'année suivante, Pichon la retrouve dans les 
départements de l'Ouest. En 1864, Sinoir lui consacre un 
mémoin; de la plus haute importance. Après ces auteurs, 
il faut rappeler lesobservations deConslanlin. deMathivet, 
de Robcis, deButel,de MoUereau, deBoudeaud, de Morand, 
d'Éloire et les recherches de Detroye (1891), de Galticr 
(1892). 

En Allemagne et dans les pays du nord de l'Europe, la 
maladie a été très souvent observée et très bien décrite 
par BoU, Stiévenart, Arnold, Sakowitch et Sobornow. 
Ligo-Dolpopulow, Reichenbach, Ilink, Anacker. 

En Italie, la cystite chronique hémorragique a été 
bien étudiée par Cavalazzi, Rivolta. 

En /it'/,7((/»/(?, cette maladie a étéégalement l'objet de très 
nombreuses observations dont les plus intéressantes 
sont celles de Polet, Dessart, Van Vellendael, Durieux, 
Liénaux. 

Répartition géographique. — En France, la maladie 
semble localisée dans fOuost et le Centre. Observée dans 
les <lépartements de la Sarthe, de la Mayenne et de 
Maine-et-Loire (Cillet, Pichon, Sinoir), elle existe actuel- 
lement dans les départements de la Creuse, de la Corrèze, 
de la Haute-Vienne, de l'Indre, de la Vendée, de l'Allier. 



CYSTITES. 229 

du Cantal depuis 1886. de l'Indre-et-Loire, de l'Eure. 

A l'étranger, la maladie est très fréquente en Belgique, 
dans divers districts, notamment dans celui de Liège. En 
Allemagne, on l'a rencontrée à l'état enzootique dans la 
Hesse, le duché de Nassau, le grand-duché de Bade, le 
Wurtemberg et la Souabe. On l'observe aussi en Hongrie. 
En Italie, elle paraît siu'tout répandue dans les provinces 
du Centre. 

Dans ces diverses régions, elle cause des pertes consi- 
dérables. 

Étiologie et pathogénie. — L'étiologie et la pathogénie 
de cette maladie meurtrièi'e sont inconnues. Elle ne frappe 
généralement pas les animaux avant l'âge de deux ans 
(Gillet, Pichon, Sinoir, etc.). A partir de cette époque, elle 
se développe indistinctement chez les animaux des deux 
sexes, chez les vaches en état de gestation comme chez 
celles qui ont vêlé, chez les animaux nourris à l'étable 
comme chez ceux qui vivent dans les pâturages. Elle 
apparaît pendant toutes les saisons de l'année, mais plus 
particulièrement vers la fin de l'hiver, dans les mois de 
mars et d'avril, à l'époque de la mise au vert (Pichon). 
Elle est souvent désignée en Allemagne sous le nom de 
ronge des établcs, par opposition au ronge des prairies, qui 
désigne la piroplasmose. En dehors de ces simples consta- 
tations facilement vérifiables, on a émis diverses hypo- 
thèses. Cette maladie a été attribuée : 1° à une alimen- 
tation insuffisante ; 2° à une infection microbienne ; 3° à 
une infestât ion parasitaire simple ou compliquée à la fois 
d'une action toxique et d'une infection microbienne ; 4" à 
des lésions vasculaires; 5° à une inflammation spécifique. 
Chacune de ces manières de voir a eu ses défenseurs. 

a. L'alimentation insuffisante tient à l'accumulation d'un 
trop grand nombre d'animaux dans les fermes qui ne 
disposent pas d'une quantité suffisante d'aliments pour 
les nourrir convenablement pendant l'hiver (Anacker, 
Cruzel). Les animaux épuisés par un régime débilitant 



230 VESSIE. 

deviennent anémiques et sont prédisposés à contracter 
toutes les maladies. D'autre part. rapi)auvrissement du 
sol principalement en pliosphates (Boudeaud), les défri- 
chements, les amendements calcaires (Gillet, Pichon). les 
fourrages mal récoltés, recouverts de champignons ou de 
moississures sont l'origine de cette maladie. Cette hypo- 
thèse trouve un appui dans la fréquence de l'hématurie 
dans les régions basses au-dessous de 800 mètres d'altitude 
fit dans certains départements relativement peu fertiles 
comme certaines parties de la ('reuse, de la Haute-Vienne, 
de la Haute-Loire, etc. ; mais il est avéré que la nour- 
riture insuffisante aboutit à l'amaigrissement et à l'étisie 
sans jamais déterminer la cystite hémorragique, qu'on 
peut d'ailleurs voir apparaître chez des animaux bien 
nourris. 

b. ]j'infection microbienne (I)etroye, 1891) est une 
opinion qui semble justifiée par l'existence des microbes 
dans l'urine, le sang, les lésions rénales, les ganglions des 
malades et par la persistance de la maladie dans les exploi- 
tations ou les contrées à hématurie: mais les microbes 
incriminés sont de vulgaires saprophytes inoffensifs, qui 
trouvent, chez ces anémiés, un bouillon de culture propice 
à leur invasion et à leur développement. Les microbes 
pyogènes n'interviennent même pas; il y a hématurie, 
bactériurie. mais non pyurie. 

c. L'infestation parasitaire n'est pas entièrement hypo- 
thétique. Arnold (1890), Roger (1) (1910) ont signalé des 
coccidies dans les végétations; mais ces parasites acci- 
dentels n'y sont découverts que très rarement ; d'autres 
parasites, comme la liilharziaon ses œufs, peuvent produire 
des altérations vésicales et donner naissance à des hémor- 
ragies (Voy. liilharziosc). Jusqu'à présent, on n'a pas 
découvert de parasite spécial, constanl. dont la JciMclion 
fist de produire la cystite hémorragique (lig. 44). 

(1) Roger, Essai de pathologie comparée au sujet de l'hématurie vésicale 
des bovidés. Thèse de doctoral, 1910. 



CYSTITES. 



231 



d. L'absence de ce critérium étiologique a fait attribuer 
un rôle prépondérant aux parasites vulgaires comme les 
filaires et les douves (Lvdtin). 11 n"a pas été difficile de 







^^r^^' •»'. 






Fig. 44. — Infection coccidienne (d'après Rjger). 

constater l'hématurie chez des animaux indemnes de 
filariose etdedistoinose ; ce sont là des maladies absolument 
différentes qui peuvent évokier côte à côte, se compliquer 
mutuellement sans jamais se confondre. L'insuffisance de 
cette pathogénie parasitaire n'a pas échappé à Galtier, qui 
a envisagé ces infections parasitaires comme des prédis- 
positions générales aux infections microbiennes. L'inges- 
tion de renoncules, de carex, de joncs, c'est-à-dire de sub- 



232 VESSIE. 

stances toxiques. Acres, irritantes, change la prédisposition 
générale en préilisposition locale : les principes (oxiques 
irritent les organes sécréteurs et éliminateurs, principale- 
ment la vessie, où ils déterminentune infection microbienne 
qui entretient l'irritation : la cystite hémorragique est 
la conséquence de celte triple collaboration : le parasite, 
le poison et le microbe. Or le parasite fausse souvent 
compagnie à l'hématurie ; le poison végétal n'est pas 
ingéré volontiers par les animaux qui vivent dans les 
pâturages où l'on voit demeurer intactes les plantes qui 
les récèlent ; il ne peut être absorbé par les bovins en- 
tretenus à retable ; le microbe n'a aucune spécificité ; il 
ne peut simplanter dans la vessie (pio lorsque celle-ci est 
lésée, de sorte que toute cette pathogénie, péniblement 
édifiée, s'écroule d'elle-même. 

e. Les lésions vasculaircs sont incontestablement domi- 
nantes dans cette singulière maladie, caractérisée exclusive- 
ment par des hémorragies vésicales répétées. L'ectasie des 
vaisseaux capillaires et veineux sous-inuqueux et muqueux 
constitue le premier degré de l'affection ; elle est le prélude 
indispensable des hémorragies futures (1). Ces vaisseaux 
continuent à se dilater, à former des réseaux dont on peut 
suivre lesarborisations, à grossir par stase veineuse comme 
gi'ossissent, pendant la marche, les veines des membres 
variqueux ou pourvus au niveau du genou d'une bande 
Velpeau trop serrée. Sous l'inlluence de causes produisant 
des effets analogues, les vaisseaux turgescents déterminent 
des varicosilés, des végétations rouges ou brunes, parfois 
jaunes ou grises, de lagrossein- d'une petite tète d'épingle, 
d'un grain de chanvre ou même d'une lentille, angiomes 
en miniature qui soulèvent l'épilhélium vésical et font 
saillie à la surface de la muqueuse jusqu'à la ]»reinière 
hémorragie capillaire. Dès lors, l'épithéliuni qui coiffe ces 
bouquelsvasculaireshémorragiipicsse décolle, est entraîné 

(i) Liùnaiix, De la jiathogcnie et de l'cliologie de riiémaluric chronique 
des bovidés {Ann. de méd. vét., 1905, p. 183). 



CYSTITES. 



233 



ou se détruit, toute hémorragie sous-jacente compro- 
mettant sa nutrition : une exulcération vésicale est créée. 
Son existence et son développement sont assurés par 
les contractions vésicales exagérées par ce foyer de con- 
gestion et d'irritation. A chaque miction, la vessie se 
rétracte, et sa tunique musculeuse spasmodiquement con- 
tractée, en exprime tout le contenu, comme une main crispée 
presse une éponge. Ces contractions, qui ont présidé aux 




Fie-. 45. — Néoforraation angiomateuse (d'après Roger). 



premières hémorragies, désagrègent les thrombus obtura- 
teurs qui les avaient arrêtées et en produisent indéfiniment 
de nouvelles. Leur répétition, comme leur apparition, est 
étroitementsubordonnée à la disposition des vaisseaux dans 
cet organe. En raison de sa forme en poire, dit Liénaux, la 
circulation vésicale se trouve dépourvue d'anastomoses 
dans sa partie antérieure : les veines se collectent toutes 
vers la partie postérieure seulement. De plus, la musculeuse 
de la vessie est formée de faisceaux orientés d'une façon 
compliquée, en long, circulairement, obliquement, en 
spires, disposition inconciliable avec Texistence d'inter- 
stices réguliers pour le passage des vaisseaux, dételle sorte 
que les efforts de miction, les contractions effacent la 



234 VESSIE. 

lumière des veines vésicales, exagèrent la tension du sang 
dans les vaisseaux capillaires et les veinules de la muqueuse, 
dont la rupture s'effectue au moment où l'organe présente 
«on minimum de volume qui correspond au maximum de 
consistance de la musculeuse (fig. 4o). 

A mesure que les hémorragies se multiplient et de- 
viennent plus abondantes, les efforts expulsifs deviennent 
plus fréquents : c'est le cercle vicieux par excellence ; les 
contractions du muscle vt'sical déterminent des hémor- 
ragies : les hémorragies, à leur tour, suscitent de nouveaux 
réflexes expulsils. A la place du repos de l'organe favo- 
rable à la cicatrisation des vaisseaux, c'est un mouvement 
constricteurqui chasse ou désagrège les caillots obturateurs, 
rouvre sans cesse les vaisseaux déchirés et rend les 
hémorragies capillaires permanentes. Cette plaie minus- 
cule, qui ne peut se cicati"iser, végète et se sclérose. Le tissu 
bourgeonnant, pressé et meurtri à sa base à chaque 
resserrement de la vessie, devient exubérant, s'allonge du 
côté de la cavité vésicale, constitue des végétations papil- 
lomateusos pédiculées ou sessiles de grosseur variable. 
Toute la pathogénie de la cystite hémorragique paraît 
graviter autour de cette angiomatose capillaire^ de cette 
télangiectasie maculeuse de la vessie (Liénaux). La 
stase sanguine qui préside à ces altérations conjonclivo- 
vasculaires a été attribuée à une thrombose de la veine 
cave postt'rieure (llink), à la compression des vaisseaux 
veineux par les organes digestifs et principalement par 
les réservoirs gastriques anormalement distendus. Sous 
l'influence de cette distension, la respiration est gênée et 
la circulation intrahépatique entravée : la télangiectasie 
7naculeusc(\\ifoie et celle de la vesnie apparaissent ensemble 
ou isolément suivant que la compression veineuse apporte 
un obstacle pré[)ondérant dans la circulation hépatique ou 
dans la circulation vésicale (Liénaux). 

f. Théorie inflammatoire. — La perpétuation de la maladie 
dans les contrées, les localités ou les étables où elle s'est 



CYSTITES. 235 

manifestée semble infirmer la théorie vasculaire pure et 
tend à accréditer la doctrine de la spécificité. La cystite 
hémorragique est bien une inflammation chronique 
épithéliale suivie d'infiltration cellulaire sous-jacente, de 
néoformation d'un tissu embryonnaire riche en vaisseaux 
capillaires, d"hypertrophie en massue, c'est-à-dire d'aspect 
papillomateux sous l'influence d'une irritation prolongée 
(Gôtz) (1). Ces productions inflammatoires, comparables à 
de petits angiomes, se développent dans la cystite grave 
de l'homme comme dans celle des bovidés (Clado, Roger). 
Leur origine est difficile à déterminer. Si elles répondent 
à un agent spécial (microbe ou parasite, toxine ou poi- 
son végétal), cet agent est jusqu'à présent demeuré 
introuvable. On constate l'hématurie, on ne peut la 
reproduire. Sa persistance dans certaines contrées té- 
moigne d'une cause inflammatoire spéciale, qu'on ne 
connaît pas. 

Symptômes. — La cystite hémorragique débute d'une 
manière insidieuse sans troubles généraux ; elle est exclu- 
sivement dénoncée par l'apparition du trouble urinaire 
caractéristique : le rejet d'urine plus ou moins trouble à 
la fin de la miction. Elle se fonce progressivement en cou- 
leur et devient, plus tard, rose pâle, rose ou rougeàtre, à 
la fin de chaque miction ou d'une manière intermittente. 
L'intermittence peut durer des semaines et des mois sans 
que l'évolution de la maladie soit interrompue : l'hémor- 
ragie est temporairement arrêtée par thrombose des 
vaisseaux rompus ; mais la cause qui a amené leur rupture 
persiste ; les capillaires ectasiés ou variqueux du tissu sous- 
muqueux complètent leur dilatation et préparent de nou- 
velles hémorragies. L'hématurie reparaît, tôt ou tard, à 
son premier foyer d'élection par désorganisation des 
thromboses ou dans son voisinage ; l'hémorragie est plus 
abondante. C'est presque du sang rutilant qui s'écoule 

(1) Gi)tz, Contribution à la pathologie de la cystite verruqueuse des bovidés 
{Schweizer Archiv fur Tier/filk. , l'iOQ). 



236 VESSIE. 

avec les dernières poultes d'urine. C'est qu'en ce moment 
la contraction vésiiale atteint son maximum de puissance. 

Le sang fait alors irruption dans l'épaisseur de la 
muqueuse ou dans la cavité vésicale. Le symptôme inquiétant 
augmente d'intensité à mesure que les thromboses se 
multiplient, entretiennent la stase, suppriment des anas- 
tomoses et achèvent de compromettre la circulation vési- 
cale. Les animaux semblent uriner du sang en nature ; il 
offre tous ses caractères normaux ; les globules dilués 
dans lurinc ne sont nullement altérés, déformés ; enfin il 
séchaïqie en caillots filamenteux plus ou moins volumineux, 
souvent énormes, dépassant la grosseur du iloigt chez les 
ruches âgées. Ces caillots sont des causes fi'équentes dob- 
struction urétrale, de rétention urinaire, de distension 
de la vessie et de rupture, comme dans les cas de cystite 
calculcuse. Un pareil accident est rare chez la vache en 
raison de la dilatabilité de l'urètre ; il peut cependant se 
produire cpiand la vessie est le siège d'un vérital)le flux 
hémorragique s'élevant à 2 ou 3 litres de sang. L'explo- 
ration rectale fait reconnaître la distension de la vessie 
et permet de préciser la cause de la cessation brusque 
de toute miction. 

Évolution. — L évolution de la cystite hémorragique 
est très lonle ; elle peut guérir par cicatrisation successive 
des loyers hémorragipares ; mais cette terminaison est 
extrêmement rare ; les vaisseaux sous-muqueux cctasiés 
et variqueux sont toujours prêts à se déchirer pendant les 
efforts de miction. Ils résistent, cependant, dans quelques 
cas ; il y a des animaux alïectés de ces varicosités (pii ne 
présentent jamais dhématurie. Parfois aussi, les premiers 
vaisseaux qui se rupturent sont tellement volumineux que 
les animaux succombent en un mois (Pichon). Le sort 
des malades et la durée de la maladie sont donc étroite- 
ment liés il la fréquence et à l'importance des hémorragies. 
Quand ces hémorragies sont peu intenses, les malades 
les supportent dune manière parfaite ; ils conservent tout 



CYSTITES. 237 

leur embonpoint. La plupart présentent au bout d'un temps 
variable une anémie symptomatique de leur pissement de 
sang. Le chiffre des globules rouges descend graduellement 
de six à sept millions jusqu'au-dessous d'un million : 
l'animal saigne jusqu'à épuisement. Son état général 
trahit son alTaiblissemcnt. Chez les animaux de travail, 
les propriétaires constatent, d'abord, une diminution, de 
l'énergie ou une mollesse plus ou moins accusée ; la 
respiration et la circulation s'accélèrent sous l'influence 
de la marche, hors de pi'oportion avec les efforts accom- 
plis ; les muqueuses externes sont pâles ; le poil est 
terne et piqué. 

Si l'on s'obstine à faire travailler l'animal, tous les sym- 
ptômes s'aggravent, la peau se colle aux os, l'appétit 
diminue, les yeux ternes s'enfoncent dans les orbites ; les 
muqueuses deviennent exsangues et les battements car- 
diaques extrêmement violents. 

Le malade reste indifférent à tout ce qui l'entoure, sa 
sensibilité s'émousse, il ne semble sortir de sa torpeur qu'à 
la suite de coliques plus ou moins violentes, qui sont le 
fait de l'obstruction de l'urètre par des caillots sanguins. 
Il offre, à l'écurie, une attitude abattue ; il lient la tête 
basse, jusque sur la crèche ; un oedème apparaît sous la 
gorge dans l'espace intramaxillaire ; une salive filante, 
odorante, s'écoule de la bouche, dont les lèvres sont pen- 
dantes, « une diarrhée infecte vient achever l'œuvre de 
destruction de la machine animale ». Exceptionnellement, 
le mal tue l'animal qui en est atteint en moins d'un mois 
(Pichon) ; quelques-uns restent dans un embonpoint qui 
surprend, Pichon en a même vu qui engraissaient. Mais 
ceci est l'exception ; malgré foutes les médications, la ma- 
ladie poursuit sa marche fatale et amène la mort en quatre, 
cinq, six mois, un an et même plusieurs années (Sinoir). 
Dans les cas où la maladie a une telle durée, elle est tou- 
jours intermittente; l'hémori'agie vésicaie cesse pendant 
plusieurs mois pour réapparaître ensuite. 



238 VESSIE. 

Diagnostic. — Laffection est si difficile à reconnaître 
au début que, dans beaucoup de pays, sur le champ de 
foire, les acheteurs stipulent souvent que cette maladie 
leur sera frarantie (Pichonl. 

A la période d'état, la maladie est nettement caractérisée 
par de l'hématurie et la persistance de petits caillots sur le 
bouquet de poils de la commissure inférieure de la vulve. 
Sa (iu'onicité et son évolution ainréticjue la distinguent de 
la ph'oplasmose coiiune de la népliritc aiguë. ■ 

Anatomie pathologique. — La vessie est généralement 
le seul organe lésé. Elle est le siège d'un piqueté hémcrx'a- 
gique sous-épilhélial et d'une vascularisation anormale 
caractérisée par des varicosités des vaisseaux capillaires 
muqueux et sous-muqueux. A une période plus avancée, 
la vessie olï're l'aspect, la consistance d'une tumeur. La 
surface est parcourue par des vaisseaux abondants et 
veineux; sa muqueuse olfre des lésions caractéristiques, 
des ulcéfations et des végétations. 

Les ulcérations ou l'ulcération, — car on peut n'en trouver 
qu'une, — peut être très petite, large comme une tête 
d'épingle ordinaire, circulaire, faite comme à lemporte- 
pièce dans la muqueuse et dont le fond et les bords sont 
cruentés ; la muqueuse seule est touchée ; on peut la faire 
mouvoir sur le tissu sous-jacent, entièrement sain. Cletto 
petite ulcération, constituée aux déftens d'un petit bouton 
vésiculaire rouge ou jaune de très faible dimension, est la 
source des hémorragies répétées. Au niveau de ces ulcéra- 
tions, il se développe, avec le temps, une inflammation 
proliférative qui peut envahir le tissu sous-mu(]ueux et 
même la couche musculaire dans toute son épaisseur. 
Exceptionnellement les ulcères sont perforés. 

Les végétations qui en résultent ont un volume très 
variable ; elles sont sessiles ou pédiculées, généralement 
peu consistantes, de coloration rouge, grise, jaune rouge, 
i\ surface irx-égulière. niauielonnéc, rappelant, par leur 
aspect, un chou-lleur. une mûre ou une framboise. Elles 



CYSTITES. 239 

acquièrent, avec le temps, un développement considérable 
et peuvent atteindi-e le poids de 2 kilos (Raconnat) ; 
elles siègent sur le plancher de la vessie. Quand elles 
siègent au niveau du col de la vessie, elles peuvent 
déterminer de la dysurie (Mollereau). Au niveau de l'orifice 
(les uretères, elles provoquent, par obstacle à l'écoulement 
de l'urine, la dilatation des conduits et l'apparition de 
riivdronéphrose (fig. 46). 




46. — Lésions de la vessie (d'après Gotz). 



Ces tumeurs sont succulentes, friables; elles subissent 
souvent la dégénérescence kystique quand leur développe- 
ment est très avancé (fig. 47). 

Histologiquement, les végétations sont constituées par 
des néoformations vasculo-conjonctives muqueuses et sous- 
muqueuses, qui revêtent l'aspect papillomateux. Cet 
accroissement s'effectue d'une manière irrégulière ; très 
actif par places, il est réduit dans d'autres; il se forme des 
saillies acuminées séparées par des sillons et des anfrac- 
tuosités recouvertes de l'épithélium vésical, qui semble 
ainsi s'enfoncer dans les couches profondes de la tumeur 
et donne, à celle-ci. une apparence épithéliomateuse. En 



240 



VESSIE. 



effet, la prolifération ('pithéliale est si abondante an 
niveau des sillons qu'il se forme des blocs épitbéliaux 



lif^^i 



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mJ 






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Fig. 17. — Vessie de bœuf atteint de cystite chronique hémorragique. 
T, tumeurs vésicules : -M, muqueuse intacte. 



complètement séparés et inclus dans le conjonclif (fitj. 48). 
Ces globes subissent rapidement la dégénérescence kys- 



CYSTITES. 



241 



tique. Le kjslc est tapissé d'une couclie épithélialc qui 
tend à revenir vers le type vésical, et l'on distingue dans 
son contenu des éléments cellulaires en voie de dégéné- 
rescence. 

La végétation est donc essentiellement constituée par 
du tissu conjonctif semé de globes épitliéliaux ou de 




Fig. 48. — Coupe d'une tumeur vésicale vue à un fort grossissement. 

A, épithélium cylindrique simple tapissant des cavilés qui ne sont que des 
enfoncements de la muqueuse vésicale; B, une cavité semblant contenir un 
bourgeon épilhélial (Leblanc). 



kystes et par des vaisseaux très abondants dans les divers 
points : les uns en couche profonde, d'autres immédia- 
tement logés sous l'épithélium, formant là de véritables 
lacs sanguins seulement recouverts par une faible couche 
de cellules cylindriques. 

h'régulièreraent, la sous-muqueuse et le conjonctif se 

montrent infiltrés de cellules embryonnaires ; on en trouve 

même jusque dans la musculeuse. Ces amas répondent à 

des nids de microbes qui sont venus se greffer sur les lésions 

Cai>k.vg. — PallioluLMC interne. VIL 14 



VESSIE. 



priinilives; on peut s'en assurer par la coloration de ces 
agents dans les coupes. 

A côté de ces lésions essentielles, on trouve souvent des 
lésions secondaires de pyélonéplirite ascendante (fig. 49). 




Fig. W. — Cystite clii-oiii(iiie liùmorragi(iiie liu ba-uf. 

I.a vessie ouverte forme une tumeur presque pliint (V) ; un des deux reins 
est atteint de pyélonéphrile consécutive (R). 

Quand la maladie est très ancienne, tous les tissus sont 
décolorés, pûtes, mous, peu résistants et infiltrés ; lesgrandes 
cavités, péricarde, plèvre, péritoine, renferment un liquide 
séro-Sanguinolent (Sinoir) ; on observe en même temps 
imc inliltration u'démateuse au niveau de la gorge, du poi- 
trail et du sternum. 

Traitement. — 11 n'existe pas de traitement curatif 



CYSTITES. . ;2*3 

susceptible d'amener même une amélioration passagère. 
Les décoctions de plantes (fumeterre, plantain), les ferru- 
gineux, les toniques, les arsenicaux sont conseillés; mais 
ils peuvent être regardés comme inefficaces. 

Prophylaxie. — Le traitement prophylactique ne peut 
être institué d'une manière rationnelle en raison de l'incer- 
titude qui plane sur l'étiologie de la maladie. On ne peut 
formuler que des indications empiriques. Le drainage des 
pâturages humides, leur amélioration par des engrais divers 
tels que les superphosphates et la chaux modifient la flore 
de ces herbages et augmentent leurs propriétés nutritives. 

Vémigration du bétail malade vers des régions indemmes 
semble favoriser la guérison, mais on ne saurait affirmer 
l'efficacité de cette mesure. 

III. — CHIEN. 

1. — CYSTITE AIGUË. 

Étiologie. — La cystite aiguë est une maladie toxi-infec- 
tieuse produite par toutes les causes qui engendrent les 
néphrites. Les agents infectieux ou irritants déversés dans 
la vessie irritent d'autant plus facilement la muqueuse de 
cet organe que l'urine y stagne davantage. Les prostatiques 
et les calculeux sont particulièrement exposés aux cystites 
aiguës. Les animaux âgés atteints de maladies cutanées 
sont traités par des solutions, des pommades irritantes ou 
toxiques qui engendrent l'inflammation de la vessie. Excep- 
tionnellement, celle-ci résulte de l'extension d'une urétrite 
ou d'une vaginite. 

Symptômes. — Le malade a des mictions fréquentes, 
douloureuses; les mâles sont en demi-érection continuelle. 
Des coliques légères apparaissent, dans l'intervalle des- 
quelles l'animal se campe et s'efforce d'expulser l'urine 
accumulée dans sa vessie ; celle-ci ne s'écoule que goutte 
à goutte, sanguinolente. La palpation de la vessie par les 
parois abdominales, par le toucher rectal ou vaginal est 



244 VESSIE. 

douloureuse. La fièvre est élevée, l'appétit diminué ou 
supprimé. L'urine est devenue ammoniacale; elle renferme 
des débris épithéliaux, des globules blancs, du mucus, de 
l'albumine, des cristaux de pliosphate ammoniaco-magné- 
sien, des bactéries. 

Lanimal offre de la fièvre, de la constipation et un pro- 
fond abattement. 

Quand la miction est complètement supprimée, l'animal 
meurt rapidement d'urémie ou de rupture de la vessie 
accompagnée de péritonite. 

Diagnostic. — La cystite est souvent confondue avec la 
népluile ; mais la distension et la sensibilité de la vessie, à 
toute exploration, sont des signes différentiels caracté- 
ristiques. 

Traitement. — 11 faut s'efforcer de diminuer les pro- 
priétés irritantes de l'urine à l'aide d'un régime rafraî- 
chissant composé de lait coupé avec de l'eau de Vichy, de 
la tisane de chiendent ou d'orge. On augmente les propriétés 
diurétiques de ces liquides en ajoutant, aux aliments, d à 
4 grammes de bicarbonate de soude. 

Ces agents sont des moyens mécaniques de désinfection 
de la vessie ; on peut en ajouter d'autres pliisactifs, pourvu 
qu'ils ne soient pas irritants; il faut s'adresser aux produits 
qui s'éliminent par le rein; le salol, le benzo-naphtol à la 
dose de 2 grammes par jour sont indiqués. La consti- 
pation est combattue à l'aide d'une cuillerée à bouche 
d'huile de ricin et par des lavements d'eau chaude addi- 
tionnée d'un peu d'huile ou de glycérine. 

II. — CYSTITE CHRONIQUE. 

Étiologie. — La cystite chronicpie est l'apanage des c/H'e«s 
calcuieux. prostatiques ou atteints d'un cancer delà vessie. 

Symptômes. — Cette maladie s'accuse par l'émission 
«i'iu-ine purulente et quelquefois par de l'hématurie; les 
mictions sont fréquentes; mais la pollakiurie par excitation 



CYSTITES. 



245 



vésicale s'accompagne de signes de douleur à chaque mic- 
tion. L'exploration delà vessie dénonce la dilatation de cet 




Fig. 50. — Distension énorme de la vessie dont les parois sont infiltrées 
et œdémateuses. 

organe qui a une consistance plus ou moins dure (fig. 50). 
Diagnostic. — La lithiase est caractérisée par des signes 
de rétention et danurie et quelquefois de rupture quand 
les calculs, situés au-dessus de l'os pénien, obstruent le 
conduit; urétral ; d'incontinence, quand les calculs sont 

14. 



246 VESSIE. 

situés dans la portion juxtavésicale de l'urètre (1). 

Les tumeurs malignes de la vessie se différencient géné- 
ralement des cystites par l'hématurie, témoignant d'une 
ulcération de la tumeur, par la gêne des miclions et la 
réplélion extrême de la vessie en raison de l'obstruction 
partielle de l'orifice de l'urètre et enfin par l'état apy- 
rétique et la maigreur du sujet, qui sont des caractères 
propres aux néoplasies [Daille et SulTran (2]]. 

Lésions. — La vessie est ferme et résistante au toucher; 
sa face externe est couverte d'arborisations vasculaires 
rougeâtres. Elle offre quelquefois de telles dimensions 
qu'elle remplit la cavité abdominale. L'incision de cet 
organe permet de constater une hypertrophie remarquable 
de la paroi vésicale. La muqueuse est recouverte de caillots 
sanguins conglomérés, quelquefois en une seule masse 
de la grosseur de la tète d'un enfant (Marck). A|)rès leur 
enlèvement, on peut constater la présence de petites saillies 
arrondies ou coniques, quelquefois cylindroïdes. Ces saillies 
molles, lisses, brillantes, de coloration rosée ou rougeâtre? 
ont le volume d'un grain de chénevis ou même d'un pois 
(fig. 51). Entre elles, on peut constater de nombreux plis et 
quelquefois même des ulcérations. Exceptionnellement, le 
tissu sous-muqueux est le siège d'une infiltration gélatineuse 
qui décuple l'épaisseur des parois vésicales. Cet œdème chro- 
nirjue peut se compliquer de sclérose. L'épithélium vésical 
est vascularisé ; il est traversé par les leucocytes, ou soulevé 
par lambeaux sous rinfiuence du processus hémorragique. 

Les faisceaux musculaires lisses sont hypertrophiés. La 
muqueuse de l'urètre est congestionnée ; la prostate est 
hypertrophiée dans beaucoup de cas ; les reins présentent 
ordinairement de la pyélonéphrite. 

Traitement. — En dehors des moyens préconisés contre 

(1) Taylor, Cystite ulcéreuse, rupture de la vessie et pyélonéphrite chez 
un chien (T/ie Veterinary Record, 1904). — Schmidt, Télangiectasie de la 
vessie (Berlinfir, I90ô). — Marek, Revue géti., 1908. — Bail, La lithiase 
vésicale dans l'espèce canine (./o»r;i. de Lyon, 1906, p. 19i'). 

(2) Daille et Suffran, Revue vdt., 1903, p. 612. 



CYSTITE^ 



247 




la cystite aigui-, il faut utiliseï" tous les agents capables de 
tarir la suppuration de la muqueuse vésieale, tels que le 
copahu. Textrait alcoolique de cubèbe. le sirop de téré- 
benthine, 
le benzoate 
de soude, 
le salol, Tu- 
rotropine. 
le biborate 
de soude. 

Le catbé- 
térisme et 
le lavage de 
la vessie 
sont égale- 
ment indi- 
qués quand 
l'urine de- 
meure pu- 
rulente ; la 
l'irrigue avec 
^3 p. 100). de 



0<ry 



""^■f^ 



Fig. 51. — Cystite granuleuse. Chien. La muqueuse 
vèsicale est soulevée par une multitude de granulations 
visibles à l'œil nu, formées par des amas de leucocytes. 

(Gross. : 40) (Roquet). 



vessie étant préalablement vidée, on 
une solution tiède d'acide borique 
résorcine (1 à 2 p. 100), de crésyl 
(1 p. lOOj ou d'acide salicylique additionné de borate de 
soude. 

Il faut extraire les calculs vésicaux en pratiquant 
la c^-stotomie; si les chiens sont affectés d'hypertro- 
phie de la prostate, il faudrait recourir à la prostatec- 
tomie. 

I Y. — CHAT. 

La cystite calculeuse du chat est une maladie rare carac- 
térisée par la distension de la vessie à la suite de l'obstruc- 
tion de l'urètre et susceptible de se compliquer d'uré- 
mie [Gadéac (1), Suffran (2)]. 

(1) Cadéac, Journ. de Lyon, 1900, p. 140. 
(i) Suffran, Revue vét., 1909, p. 405. 



248 



VESSIE. 



Symptômes. — 

elTorts do niiftion, 




KiK 



— Points hé- 
morragiques de la 
muqueuse vt'sicale et 
et de l'urètre {Cadéac). 



L'animal n'iirino pas, fait des 
salive, so Uoni immobile, recro- 
quevillé, prostré, et mani- 
feste quelquefois une sali- 
vation intense. La palpa- 
lion du ventre révèle l'exis- 
tence, dans celte cavité, 
d'une grosseur indolore ou 
insensible, dépressible, lé- 
gèrement oTalaire, des 
dimensions d'un œuf de 
[louie, située sur le plan 
iu('(lian, immédiatement en 
avant de la symphyse pubienne. C'est 
la vessie distendue. 

La sonde, introduite dans l'urètre, 
rencontre un obstacle insurmontable 
constitué par le calcul. 

L'état (jcnéral s'aggrave rapidement ; 
la respiration et la circulation se ralen- 
tissent, la température descend à 36°, 
et l'animal meurt d'urémie comateuse 
si l'on n'intervient pas rapidement (1). 
Lésions. — La vessie congestionnée, 
hémorragique, présente un nombre 
variable de calculs ; il y en a parfois une 
dizaine. Ses parois sont épaissies ; sa 
muqueuse est quebpiefois bourgeon- 
nante (tlg. r)2). 

Les reins sont volinnineux, hypertro- 
phiés. 

Traitement. — L'arétrotomie, la 
ponction de la vessie permettent de 
conjurer les eifets de la rétention. 



(1) Sellier, Lithiase véiicale et cystite liomorrairi([uo chez un cliat (Journ. 
de Lyon, 1909). 



CHAPITRE III 
CAPSULES SURRÉNALES 

I. — SOLIPÈDES. 

Les capsules surrénales des so/ipèc/es peuvent présenter : 
1° des hématomes de dimensions variables (Forgeot, 
Detroye) ; 2° des kystes colloïdes du volume d'une noix et 
contenant un liquide visqueux, brunâtre, analogue à de la 
colle de menuisier [Bi-uckmûller, Detroye, Forgeot (1)] ; 
3' des cancers primitifs ou secondaires de nature carcino- 
mateuse et atteignant quelquefois le poids de S'^s^soO 
(Johne, Prévost, Petit) oudepetites nodosités œdémateuses, 
grises, ordinairement en saillie, du volume d'une tête 
d'épingle à celui d'un pois [Césari et Panisset (2)] ; 

4» Une surrénalite caractérisée par l'hypertrophie de ces 
organes, qui sont bosselés et paraissent constitués de plu- 
sieurs lobes bien distincts, de grosseur variable à contours 
arrondis [Detroye (3)] et remplis de sang coagulé. Ces 
hématomes anciens sont limités par du tissu surrénal 
congestionné. 

II. — RUMIi\A]\TS. 

Les tumeurs des capsules surrénales ne sont pas très 
rares chez les nnninauts. 

(1) Forgeot, Journ. de Lyon, 1906, p. 101. 

(2) Césari et Panisset, Soc. centrale, 5 avril 1906. 

(3) Detroye, Surrénalite hémorragique et kystique avec thrombose de 
l'aorte postérieure chez le cheval (Soc. centrale, 1906, p. 445). 



250 CAPSULES SUURÉNALES. 

Le cancer existe chez le mouton (Pellotier) el surtout, 
chez les bovidés (Horne, Gôrig, Sticker, Delroye). Dans 
ces dix dernières années, Horne (1) en a recueilli une 
douzaine d'observations. 

Ces tumeurs volumineuses peuvent peser plus de ""^SjOÛO 
et atteindre même le poids de TiO kilogrammes ; elles 
ont une forme à peu près sphérique, une surface lisse, 
recouverte d'une membrane libreuse ; leur consistance est 
molle, pulpeuse, quelquefois un peu fluctuante. On y ren- 
contre de nombreux foyers hémorragiques irrégulièrement 
distribués, des cavités kystiques renfermant un liquide 
séro-sanguinolent. Les cloisons présentent souvent des 
lésions de dégénérescence caséeuse et d'infiltration calcaire. 
Leur structure rappelle celle des carcinomes encéphaloïdes 
ou celle des épithéliomes à cellules cylindriques. 

(1) Ilorne, Revue gén., 190S, t. II, p. 62. 



LIVRE X 

PEAU 



CHAPITRE PREMIER 
TRICHOSES 

On désigne sous le nom de trichoses les maladies des 
poils. Ces maladies comprennent : 4° les hypertrichoses; 
2° les hypotrichoses ou alopécies; 3" les trichoses dystro- 
phiques; 4» les trichoses parasitaires. 

I. — SOLIPÈDES. 

I. — HYPERTRICHOSES. 

Par hypertrichose ou hypertrophie des poils, on désigne 
une anomalie caractérisée par une hypei'prodiiction de 
poils plus volumineux et plus abondants qu'à l'état 
physiologique. 

Cette hypertrichose est quelquefois congénitale ; on 
connaît les hommes-chiens, les chcxaux russes et polonais 
à crinière et à queue abondamment fournies de crins ; 
cette hypertrichose congénitale semble témoigner d'un 
retour vers la forme ancestrale; en effet, à l'état fossile, le 



252 TRICHOSES. 

cheval est toujours pourvu d'une barbe touffue et de poils 
très longs sur toute la surface du corps. 

Il est commun de rencontrer des poils anormalement 
développés à rintérieur des kystes dcrmoïdes. 

U hypertrichose acquise résulte d'irritations locales déter- 
minées artificiellement par un topique, par une affection 
eczémateuse entretenant la congestion du derme. 

Traitement. — Cette affection est sans importance; on 
n'a qu'à n^aintenir les poils ras. 

II. — ALOPÉCIES. 

Définition. — Le terme alopécie s'applique aux dépila- 
tions partielles ou générales et même à l'absence congé- 
nitale de poils. 

Ordinairement sjmptomalique de diverses maladies 
cutanées, la chute des poils peut revêtir la physionomie 
d'une affection spéciale de nature inconnue. 

Les alopécies congénitales sont caractérisées par l'absence 
de poils dans toute l'étendue du corps, sauf sous l'abdomen 
et au niveau des extrémités. 

Les poils présentent une fragilité exti'ême; le tégument 
est souple, lisse, mais il offre une coloi'ation plus foncée. 
Cette forme d'alopécie, très rare, est simple ouaccompagnée 
d'hyperkératose ; elle est héréditaire (1) (KôUcr, André), 
liée à la race (Fitzinger) ou accidentelle (Gherardi, 
Hering). Souvent, on constate en même temps, un dévelop- 
pement défectueux des sabots, de la corne et des dents 
(Bonnet). Les animaux nés sans poils ne tardent généra- 
lement pas à succomber (2). 

(1) André a observé l'alopécie généralisée chez onze poulains provenant 
d'une jument et sur huit poulains provenant d'une autre jument. Ces dépila- 
tions se manifestent aux nieml)res et sous le ventre. 

(2) Les injections d'éther sont suivies, deux h trois semaines après, d'une 
sudation, nu |)oint d'injection, qui persiste quelque temps, et les poils prennent 
une teinte plus foncée, (Korget). — l-"ltr!ol, Hypersécrélion sudornic localisée 
constante conséculive à une injection d'éther (Soc. cenir., I91i>, p. 011). 



ALOPÉCIES. 253 

Les alopécies acquises sont diffuses et régionales ou au 
contraire circonscrites. Celles-ci comprennent les alopécies 
cicatricielles consécutives à une plaie, à une brûlure, 
à l'action d"un caustique, et les alopécies parasitaires 
résultant des gales et des épidermomycoses {herpès 
tonsurans . (".es deux ordres de dépilation sont faciles à dis- 
tinguer par l'atrophie des follicules pileux et l'état de la peau 
qui a changé de couleur, de consistance dans les alopécies 
cicatricielles, tandis que le tégument subit une infiltration 
pigmentaire et se recouvre de débris sébo-épidermiques 
dans les alopécies parasitaires. En outre, dans ces dernières, 
les surfaces dépitées ont une forme arrondie, ovale, irré- 
gulière ou zébrée. 

Les alopécies régionales et diffuses résultent d'un affai- 
blissement général déterminé par une maladie infectieuse, 
dyscrasique, cachectisante, comme l'hydronéphrose double 
Barrier, lanasarque, la lièvre typhoïde, le tétanos, la 
fièvre puerpérale, les maladies très longues, les sueurs 
prolongées, la gestation, les gastro-entérites (Adam, 
Siedamgrotzky\ ou d'une intoxication comme l'hydrargy- 
risme. qui en est la cause la plus commune [Crevelle. 
Voinier, Puthoste, Krait. Joly . i)]. 

Les poils deviennent, ternes et cèdent à la moindre 
traction; la dépilation, dénoncée par des plaques lenticu- 
laires à la face intex-ne des cuisses, se dessine et progresse- 
d'une manière insensible: elle s'étend au tronc, au cou,, 
sur la moitié des membres. Cette chute complète des poils; 
peut survenir en quelques semaines sans prurit. En même 
temps, on voit apparaître des tuméfactions œdémateuses 
des membres, du ventre et des pai'ties inférieures de la 
poitrine, comme dans l'anasarque : le plus souvent, ces 
signes secondaires font défaut (2). 

(1) Joly, .\u sujet des alopécies hydrargyriques du cheval {Bull, de la Soc. 
reiitr., 1912, p. 61). 

[2) Cievelle, .\lopécie déterminée par le biiodure de mercure [./o'.trn. dex 
vét. milit., 1900^ 

C.AD.ô.\c. — Pathologie interne. VII. 15 



254 TRICHOSES. 

L'alopécie essentielle ou hérose constitue une dystrophie 
cutanée, caractérisée par du pityriasis, de laséborrhéesèclio. 
des troubles de la nutrition du système pileux, de l'hjper- 
trichosect do l'alopécie. Elle aélé parliculiorenienl étudiée 
par Trolimow, Hoj, Hrisavoine, Dejsine. 

Son éliologio réelle est inconnue. Les animaux à robe 
claire j sont plus sujets que ceux à robe foncée. On la 
voit apparaître sur les animaux qui font un long séjour à 
Técurie ou soumis à un travail mal réglé et qui sont mal 
pansés : c''est une maladie d'hiver qui semble élre quelque- 
fois sous la dépendance d'un froid persistant (Hering. 
Kolhepp ; les dépilations se produisent principalement 
dans les régions exposées au froid. Les modilications 
réflexes de la circulation cutanée engendrées par un froid 
intense compromettent la nutrition du système pileux et 
entraînent l'alopécie. Son caractère enzootique a fait 
admettre son origine pai-asitaire ; on a invoqué l'action 
d'un microbacille développé dans les follicules pileux 
(Sabouraud); d'un champignon voisin du Trichoplnjton 
tonsurans (Ilollebornn), de bactéries diverses Dobesi.sans 
réussir à établir leur spécificité. Pourtant Roy a conslati' 
des cas de contagion de cIiovhI à cheval par l'intermé- 
diaire des instruments de pansage ou de la couverture; il 
est même parvenu à la communiquer expérimentalement 
en faisant frictionner un cheval sain avec des pellicules 
recueillies sur im malade. iNéanmoins, on incline ;\ penser que 
cette alopécie progi'cssive n'est pas contagieuse ; rien ne 
permet j)Ourtanl d'exclure absolument l'action des para- 
sites. 

L'apparition iires(pii' loiijonrs syiinUriquo des di-pilalions 
a fait rapp()rt(>r cette alojiécie à une cause nerveuse ou à 
des troubles Irophiqiies. D'ailleurs Max .lose|di a produit 
expérimentalement, chez le chat, des alopécies en aires 
par section des nerfs occipitaux, et Trendelenburg a 
observé, chez le pigeon, la chute des plumes après la sec- 
tion des racines sensitivesde la moelle: on a enfin cous- 



ALOPÉCIES. 255 

taté que la déséquilibration nerveuse exerce une véritable 
iniluence sui" l'apparition de la pelade humaine. 

Dans la théorie dijstrophiqite, une violation organique 
complexe préside à l'apparition de cette alopécie. Elle est 
caractérisée par l'apparition de bandes symétriques sur le 
dos, le rein et la croupe, s'étendant à tout le corps en respec- 
tant les membres. Les poils, ternes, hérissés et cassants, sont 
comme coupés à 1 millimètre de leur racine et. à l'examen 
microscopique, ils montrent une division en un grand nombre 
de flbrilles,une véritable schizotrichie. Dansles points où ils 
né sont pas encore tombés, ils sont gonflés, noueux, comme 
remplis d'air, et se brisent très aisément au niveau des 
nodosités. 11 n'y a pas le moindre prurit. L'animal n'accuse 
jamais rien d'irrégulier dans ses fonctions générales: 
son appétit et sa vigueur se conservent intacts, et on peut 
l'utiliser comme d'habitude. Les poils s'arrachent facile- 
ment, les dépilations progressent et donnent à l'animal 
l'aspect le plus misérable, quoiqu'il conserve un embon- 
point satisfaisant. 

Diagnostic. — L'alopécie idiopathique est caracté- 
risée par l'absence de prurit,, la facilité avec laquelle 
les poils s'arrachent et la séborrhée qui l'accompagne. 

Pronostic. — Il est plus grave pour l'alopécie généra- 
lisée et épizootique que pour l'alopécie circonscrite. Tou- 
tefois, la repousse des poils est ordinairement la règle. 

Traitement. — Les indications prophylactiques consis- 
tant dans une bonne alimentation, des soins hygiéniques 
convenables et la précaution d'éviter l'action prolongée 
d'un froid intense. 

Les agents thérapeutiques varient avec la cause de 
l 'affection. V alopécie parasitaire est combattue par tous 
les parasiticides. 

L'alopécie essentielle guérit sans intervention, à l'ap- 
proche de la belle saison: il y a cependant lieu de sur- 
veiller l'application des harnais sur les parties dénudées, 
d'activer la pousse du poil par des frictions irritantes 



256 TruciiosEs. 

avec : l'alcool camphi'c, la teinture de cantliarides diluée 
au cinquième, les pommades sulfureuses, les lotions 
de sulfure de potassium, le savon de potasse, la solution 
de chlorure de sodium à 5 p. 100, Tiode et l'alcool à parties 
égales, la pommade à hase de nitrate d'arj^'ont et de 
teinture de cantliarides (l^ov). (^n a conseillé des pulvé- 
risations ou des frictions de : 

Eau-de-vie camphrée fo i,'rainiiies. 

Teinture d'aloès 10 — 

— ûv myrrhe S — 

— de caulharides 2 — 

Chez les chevaux à nutrition languissante, le traitement 
curatif est complété par l'administration d'acide arsé- 
nieux et de toniques. 

III. — TRICHOSES DYSTROPHIQUES. 

I. — La leneotrioliio est une décoloration congé- 
nitale des poils qui na pas été étudiée ; la canitie est 
une décoloration acquise qui résulte de la sénilité ou d'ime 
compression locale par les harnais ou des bandages. Le 
pigment est détruit, soit par phagoc^'tose, soit par usure 
sur place. 

II. — La TrichorrexLs nodosa Ij est une alTection 
caractérisée par des renflements avec éclatements des 
poils dont les fibres se séparent comme deux balais 
enfoncés l'un dans l'autre. Elle se développe principalement 
au niveau des poils de la base de la queue et de la crinière, 
parfois même sur le tronc. Considérée comme parasitaire 
et contagieuse, elle résulte généralement de grattages et 
d'un dégraissement exagéré des poils par suite de savon- 
nages trop fréquents. L'abus des mêmes soins hygiéniques 
crée de véritables enzooties de celte maladie de cause 
mécanique. Les poils ébouriffés prennent un aspect 

{i) Willierl, De la« Trichorrexis nodosn »{/{ecueil de iném. et observât, sur 
l'Iiygièiie et la inéit. vét. mi/it., 1908). 



TRICHOSES PARASITAIRES. 



25' 



terne, mat ; ils présentent des nodosités de couleui- jaune 
sale ou blanchâtre distribuées irrégulièrement sur la tige : 
ils deviennent cassants ; les extrémités libres sont brisées 
à chaque nettoyage: la queue et la crinière se dénudent; 
la peau devient rinle ; le prurit est absent (fig. 53). 





Fi 



53. 



1" Stade : Accumulation pigmentaire avec 2« Stade : Ècarlemenl des 

écrasement (sous l'action de la potasse) (d'après libres corticales. 
Wilbert). 

L'évolution de cette dépilation est très lente : elle peut 
durer un an. 

Traitement. — Les lotions sulfureuses accompagnées 
d'applications de corps gras après la tonte et la désinfection 
de la peau permettent d'obtenir rapidement la guérison. 

IV. — TRICHOSES PARASITAIRES. 

Les trichoses parasitaires comprennent les diverses 
variétés de teignes (Voy. plus loin : Épidermomycoses.) 



II. — BOVIDES. 

L'alopécie est la seule trichose intéressante de l'espèce 
bovine. 



258 TRICHOSES. 

L'alopécie congénitale est presque loujoiirs généralisre, 
et les jeunes veaux qui. en sont affectés meurent peu de 
teni[)s après leur naissance (Laurent, Cézard. Mardii ot 
Lucel); quand ils survivent, leurs cornes se développent 
anormalement (Hering). Ordinairement la peau nue. saut" 
aux paupières, aux joues et aux lèvres, est tachetée de 
rouge. 

L'alopécie acquise succède généralement à l'eczéma 
séborrhéique, localisé à la tête, aux extrémités, aux 
membres, au llioi-ax sous forme do larges plaques circu- 
laires ou c]lipti<iues. Lafi'ection peut se généraliser; 
elle présente partout les mêmes symptômes : les poils 
s'arrachent, au moindre effort, sans se briser. La peau 
conserve sa souplesse: aucun prurit ne pousse l'animal à 
se gratter. L'ex;imen microscopique montre que les 
poils sont entiers, intacts dans leur constitution, non 
envahis par des spores de parasites. Muclipios-uns ont 
l'extrémité radiculaire disposée en chapelet, avec des 
rentlements et des rétrécissements {Tricliorrcxis). La peau 
de la tête est complètement glahro, la (pieue, noire, 
ressemble à celle d'un rat ; l'extri-milc' est blanche et 
terminée par un petit bou(|nct de poils blancs très soveux; 
les oreilles sont complètement nues, les cornes minces et 
noires; le fanon est noir sans aurnii vestige de poils; les 
côtés de la poitrine et du ventre, les épaules et les cuisses 
offrent les mêmes caractères; il existe quelques bouquets 
de poils lins et soyeux sous l'abdomen et au niveau des 
extrémités des membres postérieurs. Des troubles sécré- 
toires s'ajoutent à ces dépilations, comme en témoigne un 
revêtement ci-oùteux, desséché el l'urfiu-acé de certaines 
régions du corps et des membres. 

Traitement. — 11 consiste en applications de pommades 
boriquée. ph(''ni(iuée, qu'on l'ait alterner avec des sa- 
vonnages, (lu peut rameucr les fonctions cutanées à leur 
état normal, en employant des lotions de chloral î\ 4 ou 
5 p. -100 et des lotions salicylées au même titre. 



TRICHOSES. CHIEN. 2l9 

III.— Monox. 

Dans cette espèce, il n"est pas rare d'observer des irré- 
gularités dans la longueur et le diamètre des brins de 
laine. En général, les plus petits diamètres occupent la 
partie moyenne : les plus grands, les e.\ti'émités. C'est la 
foi'me qui est désignée sous le nom de laine à deux bouts. 
Elle se montre dans les troupeaux dont Valimentation est 
irrégulière. Les extrémités correspondent aux poussées 
estivales, la portion intermédiaire à la poussée hivernale (1). 

IV. — CIIIEX. 

L'alopécie congénitale généralisée et permanente s'ob- 
serve à l'état physiologique sur les chieus cJjiiiois: l'alo- 
pécie ACQUISE est très fréquente en raison même de la 
multiplicité des affections parasitaires et eczémateuses 
qui peuvent la provoquer. Elle est presque toujours 
accompagnée d'une pigmentation foncée des parties dénu- 
dées, qui demeurent souples et lisses. 

L'examen microscopique de ces pai'ties pigmentées met 
en évidence.une atrophie des poils, des follicules pileux et de 
cellules du corps muqueux de Malpighi. qui sont infiltrées de 
granulations noires et brimes ainsi que les cellules de la 
racine du poil et celles des glandes sébacées (Siedam- 
grotzky). 

Traitement. — Le traitement est subordonné à la cause 
de l'alopécie. Quand la peau a été débarrassée des parasites 
et des microbes, on utilise, quotidiennement ou tous les 
deux jours, les solutions de sulfure de potassium à 1 ou 
2 p. 100. ou de permanganate de potasse à 1 oui p. 1000. 
Les préparations à base d'irritants, comme la teinture de con- 
tharides dissoute dans l'alcool au centième, sont efficaces; 
il est avantageux d'alterner ces lotions avec des bains sul- 
fureux et des pommades adoucissantes il). 

{l) Exceptionnellement, on peut observerchez leporcle Tric/torrcxis no- 
dosa Schindelka) ; l'alopécie succède à la peste porcine. 



261) TRICHOSES. 

V. —OISEAUX. 

Les poussins nés (J.ans des couveuses artificielles sont 
souvent complètement nus; les oies et les oiseaux de 
volière présentent quelquefois une alopécie presque com- 
plète sous l'influence des infestations parasitaires. 



CHAPITRE 11 
DERMITES ECZÉMATEUSES 



Définition. — On désigne sous le nom d'eczéma une épi- 
dermo-dermite caractérisée initialement par de la rougeur, 
du prurit et une série de lésions élémentaires auxquelles 
succèdent un suintement séreux ou ' séro-purulent, des 
squames, des croûtes, avec ou sansépaississemen de la peau 
et chute des poils aux parties atteintes. 

L'éruption érythémateiise ou vésiculeuse disposée en 
plaques, en taches ou en nappes, à contours irréguliers com- 
parables à des archipels, évolue par poussées avec exten- 
sion périphérique. L"eczéma est marqué par sa tendance 
récidivante ou chronique et par son caractère prurigineux. 
C'est la plus fréquente des affections cutanées. 

Étiologie générale. — Les causes qui président à son 
évolution sont externes et internes. 

Les CAUSES INTERNES sout dcs causcs prédisposantes qui 
confèrent à la peau une vulnérabilité anormale. Diverses 
dispositions morbides préparent l'éclosion de cette der- 
matose. 

a. \:hérédité assure fréquemment la transmission 
directe des parents à leurs descendants : les chiens fils 
d'eczémateux deviennent souvent eczémateux peu de temps 
après leur naissance (Delabère-Blaine, Lafosse). La trans- 
mission est généralement indirecte : les descendants 
héritent d'un mode de nutrition connu sous le nom d'ar- 
thritisme, qui tend constamment à faire éclore l'eczéma. 

15. 



262 DERMITES ECZEMATEUSES. 

b. Lesaî<^o-i/i<o.rîca/tonslesplus diverses (gaslro-entérilcs. 
alTections du foie, des reins, de riitérus. des bronches, 
aliments (roj) excitants, de mauvaise (|uaiité, trop riciies 
en matières azotées) sont fréquemment suivies deczcma. 
On constate souvent une alternance ou un balancement 
entre les [)oussées d'eczéma et les affections des bronches, 



■t^ 



C--f 








Fig. 54. — Eczéma. Cheval (peau de la joue). 

L"épiderme apparaît séparé du derme, d, par raccumulalion de sérosilé, s. 
Commencement d'œdème épidermique aboutissant à la vésiculutioD, e. 
Hyperkératose, h; poils, pp' (Roquet). 



de l'oreille ou du tube digestif, nolainmcnt chez le c/iicii. 

c. Les tioubles nerveux, moins a[)prrciablcs et moins 
variés chez les animaux que chez V homme, contribuent au 
développement de l'eczéma en produisant des troubles 
circulatoires régionaux et un excès d'irritabilité de certaines 
parties de la peau. Les animaux, éprouvent du prurit; ils 
se grattent : l'eczéma se développe. 

Les CAUSES EXTERNES deviennent ainsi des causes occa- 
sionnelles ou déterminantes de ICczé/na. 



ÉTIOLOGIE GtNÉRALE. 263 

a. Les irritants fJtysiques. comme le grattage, le frotte- 
ment des harnais, la chaleur, la luuiiore solaire déter- 
minent de la dermite et. chez les animaux prédisposés, des 
eczémas plus ou moins durables. 

b. Les irritants chimiques comme l'huile de cade, le 
pétrole, la moutarde, l'essence de térébenthine, les mer- 
curiaux sont susceptibles de faire développer l'eczéma chez 
les animaux dont le terrain organique général ou local est 
plus ou moins prédisposé à ce mode de réaction. C'est ce 
qui explique lapparition d'éruptions foncièrement dis- 
tinctes sous l'influence d'un même agent. 

c. Les irritants parasitaires peuvent donner lieu à de 
l'eczématisation véritable par l'intermédiaire du prurit, du 
grattage ou simplement des toxines microbiennes ou du 
venin des parasites, comme dans les gales. Les staphvlo- 
eoques, les streptocoques peuvent susciter la réaction 
eczémateuse quand ils s'implantent dans l'épidémie à la 
faveur de traumalismes physiques, mécaniques ou chi- 
miques. Les microbes jouent un rôle important dans 
l'auto-inoculation de l'eczéma par grattage et sont une 
cause de récidive dans les fovers mal éteints ; ils contribuent 
enfin à l'extension périphérique des placards eczémateux. 
En résumé, tout eczéma résulte de la combinaison, à dose 
variable, de facteurs internes et de facteurs externes. 

Les chevaux de luxe, fortement avoines, sont le plus 
souvent frappés d'eczéma à l'âge adulte: ceux de fialaije 
ont les eaux-aux-jambes : les lymphatiques qui séjournent 
dans les endroits boueux et humides sont prédisposés au 
crapaud; les chiens d'appartement, nourris de friandises, 
présentent l'eczéma de tout le corps quand ils sont jeunes, 
l'eczéma de la ligne du dos quapd ils sont vieux et gras : 
c'est la chaleur solaire qui contribue à localiser l'eczéma 
dans les parties de la peau qui sont dépourvues de pigment; 
ce sont aussi toutes les excitations extérieures qui localisent 
l'inflammation diathésique au point où l'irritation a fait 
sentir sou influence. 



26^ 



DKUMITES ECZÉMATEUSES. 



Anatomie pathologique. — La lésion principale de 
l'eczéma consiste dans un œdème du corps muqueux de 
Malpighiqiii infiltre les cellules épidermiques, distend leurs 
filanienls d'union et provoque la parakératose, c'est-à-dire 
la disparition des stratiim <jra)tulosiwi (lig. 54). 

Quand cet état spongoïde est très prononcé, le liquide 
rompt lesfilamentsd'union, secoUecteen i'»/sicu/es remplies 
de plasma fihrineux, translucides et limitées par des cel- 



« ^ -^> 



1 ....i5t.. 

l. l .-^ 




4 y^'i 








A 



B 



Fis. 5"). — Vésiculatioii. 



A, par mode inlercellulaire : 1, filaments d'union distendus jiar l'œdème 
iiitercellulaire ; 2, cellules du corps muqueux. — B, par mode intracellulaire: 
1, cellules du cori>s muqueux en altération cavilaire (Pader). 



Iules épidorniiques refoulées et tassées. Ces vésicules 
grandissent, soulèvent la couche cornée pendant qu'il s'en 
forme d'autres à diverses hauteurs du corps muqueux de 
Malpighi (lig. 55). 

Leur évolution est très variable; elles peuvent se ter- 
•minor par desssiccation, se rupturer ou s'inlecter. 

a. La dessiccation sanssuintemenlest suivie de cvoûtcUes 
ou de croules composées de sérum desséché, de lits de 
cellules parakératosiques et d'amas microbiens; la dessic- 
cation inimédiato est la caractéristique des eczémas secs. 



AXATOMIE PATHOLOGIQUE. 



•265 



b. La rupture des vésicules est suivie d'un suintement qui 
peut se prolonger longtemps sans production de nouvelles 
vésicules : le liquide de la spongiose continue de s'écouler 
par l'effraction d«s vésicules ouvertes ; ces pores ou puits 
eczématiqiies sont la marque des eczémas suintants (fig. 36). 




m^S^:--: 












t.~: ■-■ 



W^ Ê^ l^ï^i 






Fig. 56. — Formatiou d une vésicule au somniel d'une papille chez le cheval 
affecté de crapaud. 

p, papille œdémaliée ; c, corps miiqueux de Malpighi; s. cellules du corps 
rauqueux en spongiose; v. vésicule résultant de la rupture de plusieurs 
cellules (Pader). 



C. Les infections secondaires des eczémas sont d'autant 
plus faciles que les microbes pvogènes trouvent là un 
excellent milieu de culture et y attirent les leucocytes poly- 
nucléaires: on a ainsi les eczémas impétiginés à sécrétion 
purulente et à croûtes mélicériques. 



260 DEUMITES ECZEMATEUSES. 

(/. Lii spon<jios:c cl la lésiculation ont pour corollaire la 
multiplication (ioscelliiles nialpigliiennosoirépaississemenl 
(lu corps niuqueux ou ïacanlhoae. Les papilles s'allongent ; 
les bourgeons inlerpapillaires sont agrandis; l'épiderme 
est épaissi ; on dit que l'crzéina est lichéiwide (fig. 57). 

c. Le derme est lui-même hjpcrémié, œdématié; il pré- 
sente des inlillrats [x'rivasculaires qui se traduisent parla 
rougeur, le gontlement caractéristiques, deïeczéma rubrum. 
(les diverses lésions se combinent dans les eczémas. 

Symptômes. — L'éruption est essentiellement poly- 
moriihc : l'érythème, les vésicules, le suintement cl la 
desquamation résument ses primipales manilcstalions. 

L'érythème consiste dans une rougeur iranclie en nappes 
jilus ou moins étendues, accompagnée d'une légère tumé- 
faction, d'un prurit intense et de la chute des poils. Cet 
(pdème congeslif s'elTace au bout d'un à deu\ jours et est 
remplacé par une desipiamation lamelleuso. furl'uracée, 
ou par le stade vésiculeux. 

Les vésicules de l'eczéma sont petites, acuminées, super- 
ficielles, du volume d'un grain de miel ou d'une tête 
d'é|)ingle. Elles déterminent le hérissement des poils; elles 
sont faciles à découvrir en passant hl main à la surface du 
corps; elles renferment un licpiide clair, trans[iarent, ou 
un peu louche. Elles peuvent confluer, demeurer dissé- 
minées, dures, ou présenter l'aspect de petites papules. 
Les vésicules s'ouvi'ent spontanément ou sous l'influence 
lie grattages. Le suintement est caractérisé par un exsudât 
clair ini peu lilant.à peine jaunAlre ou louche, qui s'échappe 
d'une multitude d'érosions superlicielles, arrondies, de 
petit pertuis ou pores eczématiques. Parfois le liquide 
sécrété acciuiert une consistance gommeuse et se concrète 
en croûtes ressemblant à du miel desséché {eczéma impé- 
tigineux). 

Le suintement se tarit, les croûtes tombent, la surface 
l'épidermise; mais la couche cornée reste mince, craque- 
séc; l'exfolialion commence. 



SYMPTÔMES. 267 

Le stade de desquamation est caractérisé par des exfo- 
liations, larnelleiises ou furfuracées, qui se reproduisent 
incessamment sous l'influence du prurit persistant et de 
nouvelles poussées, qui déierminent Tépaississement des 
placards eczémateux et l'exagération des plis, ou des 
sillons cutanés. 

Les FORMES de l'eczéma sont en voie de transformation 










}1 t^' 



£ n3 



^- 







Kig. 57. — Hyperacanthose ou hyperplasie du corps muqueux. 

1, 2, derme; 3, amas leucocytaires; 4, papilles dermiques irrégulières 
et hypertrophiées. 



constante ; il se forme ici des vésicules, là des croûtes, 
là des pointssuintants et des gerçures; mais tous les eczé- 
mas ne parcourent pas toutes les phases ; fréquemment, 
chez le cheval, on n'observe que la première et la der- 
nière phase : les phases éruptives caractérisées par des 
papules, des vésicules, quelquefois des pustules, passent 
inaperçues, de sorte que l'on n'observe que les consé- 
quences de l'évolution eczémateuse, c'est-à-dire les croûtes 
et les squames. 



268 DERMIÏKS ECZEMATEISES. 

Variétés. — On constate des eczémas des parties pour- 
vues de longs poils (crinière, queue), des eczémas orbicu- 
laires des orifices naturels (paupières, oreilles, narines), 
qui tendent à envahir la conjonclive, la pituitaire, la 
muqueuse auditive, il y a des eczémas des exli-émités qui 
sont sans cesse aggravés par des traumatismes. le con- 
tact de boues irritantes, de poussières, de l'urine ou des 
matières fécales. 

Les eczémas des plis articulaires se compliquent de 
gerçiu-es et de crevasses; ceux de la couronne des soli- 
pèdes, de décollement de la paroi; ceux du pied, comme 
le crapaud, de la chute du sabot. Les lymphangites et 
les adénites s'ajoutent fréquemment aux eczémas humides 
et croùteux de ceux des extrémités. L"eczéma peut avoir 
vme allure aiguë ou subaiguë ; mais il a toujours de la 
tendance à renaître ; il procède par poussées et finit par 
constituer une véritable infirmité. On le rencontre chez 
tous les animaux et sous les aspects les plus divers. 

I. — SOLIPÈDES. 

Les alVections eczématiformes des soliprdes sont très 
nombreuses, très variées ; elles peuvent se généraliser ou 
se localiser à la tête, au tronc et aux extrémités. 

1. — ECZÉMA AIGU GÉNÉRALISE. 

Cet eczéma débute pur les parties du corps qui suppor- 
tent la pression des harnais et qui suent facilement; 
mais il peut envahir les diverses parties du corps et 
gagner les extrémités; parfois même, la maladie, occasion- 
née par les boues, demeure confinée aux oxirémilés {der- 
mite papulcuse des viembiTs). En quelques jours, la peau 
se couvi'e de vésicules conllucntes dans certaines régions ; 
les poils deviennent hérissés, ternes ; ils ne tardent pas à 
tomber; la peau, grenue et comme sablée au loucher, ne 



ECZEMA CHRONIQUE SEC. 269 

larde pas à se dénuder. En même temps, elle apparaît 
chaude, douloureuse, adhérente, difficile à soulever et à 
plisser. Le prurit est très intense, et on éprouve beaucoup 
de difficulté à empêcher les animaux de se gratter (fig. 38.) 
Sous l'influence de ces 
grattages, les excoriations ^_-J 

sont fréquentes. Sinon, 
l'éruption est bient(:)t sui- 
vie d'une desquamation 
abondante; l'évolution est 
rapide: la peau reprend 
ses caractères noi'maux 
au bout de trois semaines 
à un mois de traitement. 




II. — ECZÉMA CHRO- 
NIQUE SEC. 

L'eczéma chronique sec 
est caractérisé par des 
démangeaisons intenses 
accompagnées d'une sorte 
de pityriasis localisé ou 
presque généralisé , de 

CrOÙteletleS et de quelques Kig. 58. - Eczéma aigu généralisé suivi 

vésicules éphémères dis- d'alopécie, 

persées sur les faces laté- 
rales de l'encolure, du garrot et du tronc. Cette maladie 
s'observe pendant l'été chez les ('//e?r,/wA'àpeaufine, àtempé- 
rament nerveux et revêt une allure enzootique .\lix. Wœhr- 
ling . Le prurit rappelle par son intensité celui de la gale 
sarcoptique, mais il ne s'exagère pas sous l'influence de la 
chaleur solaire. Les vésicules, de la dimension d'une tête 
d'épingle ou d'une lentille, se rupturent et sont rempla- 
cées par de petites croùtelettes qui tombent et laissent 
apercevoir de petites tonsures. Sousl'influence de nouvelles 



270 DEUMITES ECZÉMATEUSES. 

éruptions, les tonsures se rejoignenf.se conlondenl ; la 
peau présente de larges surl'acos dénudées, irréguliéres ou 
<lisposées en bandes séparées par des espaces sains don- 
n;uit A la peau un aspect zébré (Mégnin). 

A mesure que la peau se dénude, elle s'épaissit, se pig- 
mente et se recouvre de pellicules épidermiques. La 
maladie peut s'atténuer, disparaître, présenter des pous- 
sées successives, s'éterniser; on la voit généralement s'at- 
ténuer pendant l'hiver et s'aggraver pendant l'été. Elle se 
localise souvent aux joues, au chanfrein, aux paupières, 
qui s'épaississent et se dénudent. La peau de ces régions 
ilemeure sèfthe, rude, pityriasique ; ces altérations en- 
lèvent aux rlicvtnix de luxe une grande partie de leur 
valeur. 

III. — ECZÉMA DES RÉGIONS POURVUES DE CRINS. 

Cet eczéma est fréquent chez lesgros rlicvniix à crinière 
épaisse et queue très toulTue. La maljiroprelé due au 
défaut de pansage favorise son apparition chez les ani- 
maux prédisposés. 

La maladie passe longtemps inaperçue ; elle devient 
apparente par la chute et la raréfaction des poils et l'ac- 
cumulation des produits de séci'étion à la hase de ceux 
qui restent. La peau est fortement épaissie, enllammée ; 
le bord supérieur de l'encolure est plissé transversalement; 
sa surface est recouverte d'un dépôt grisâtre ou de croûtes 
formées de sérosité, de pus et de sang desséchés. 
Au-dessous, on trouve une matière sale, graisseuse, 
fétide et gluante. Si la maladie n'est pas traitée, les fol- 
licules pileux s'atrophient par places, deviennent lins et 
tombent; ailleurs, ils paraissent mieux nourris; les folli- 
cules congestionnés sont plus gros et raides. Plus tard, la 
sclérose cutanée est très marquée ■: les plis persistent 
ou s'accentuent, la peau présente des s(iuames abondantes. 

La durée du processus est illimitée; le plus souvent 



ECZÉMA DES EXTRÉMITÉS. 271 

même tout traitement est inutile, la réparation intégrale 
de la peau étant impossible. 



IV. - ECZÉMA DES PLIS ARTICULAIRES DU GENOU 
ET DU JARRET. 

Ces régions sont le siège de prédilection de l'eczéma de 
Vàne, plus rarement du cheval. On observe des squames 
abondantes pendant lété, accompagnées de gerçures, et 
quelquefois de crevasses, de poussées vésiculeuses et de 
suintement. Chez le cheval, il existe quelquefois une exco- 
riation ovalaire dans le creux du jarret, qu'on regarde 
souvent comme de nature eczémateuse et qui résulte de 
la compression de la peau pendant le décubitus entre la 
tubérosité inférieui-e du tibia et le sol Joly). 

V. — ECZÉMA DES EXTRÉMITÉS. 

Le pli du paturon, la couronne, le boulet et parfois 
la région du canon des membres postérieurs sont le siège 
d'eczémas zébrés secs et d'eczémas suintants, ordinairement 
suivis de productions verruqueuses dues à l'hypertrophie 
des papilles. Ces eczémas atteigent principalement les 
chevaux communs, lymphatiques, des régions humides ; 
ils se développent et sont entretenus par le contact des 
boues irritantes, du fumier, du purin, de la malpropreté 
des extrémités, dont la situation déclive est favorable à la 
stase sanguine, aux œdèmes, à l'induration des tissus et 
aux infections secondaires (1). 

Veczéma. fréquent chez les chevaux nerveux, s'observe 
le printemps, l'été, l'automne, plus rarement l'hiver, et 
occupe le pli du paturon. Cette région est sèche, chaude, 
squameuse, brillante, sans suintement ni croûtes et com- 
plètement glabre. Celte variété d'eczéma estbénigne, faci- 

(1) Rieux, Dermite des extrémilés (Joiirn. des vél. milit., 190f, p. 414). 



272 DERMITES ECZEMATEUSES. 

leinont ciumIjIo ; mais ello se complique soiivenl de cre- 
vasses. 

L'eczéma suintant de celle région se traduil généralo- 
menl au début par uneéruplion vésiculeuse, des crevasses 
et de la lymphangite. 

a. Les vésicules petites, acuminées, arrondies, transpa- 
rentes, ont une évolution rapide, une durée éphémère; 
elles se rupturent si vite qu'elles passent souvent inaper- 
çues, ou ne sont mises en évidence que par un examen 
des plus minutieux. Leur déchirure est précipitée par le 
grattage, par les mouvements d'extension et de flexion 
des membres, par le contact du fumier, etc. Le liquide 
qui s'en écoule, immédiatement, est clair et transparent, 
séreux, non odorant ; il humecte les poils et est parfois 
si abondant qu'il lombe en gouttelettes sur le sabot et 
sur le sol. 

Les poussées de vésicules se succèdent : lépiderme est 
l)ientôt criblé de petites ouvertures qui d'ab.ord ne sont 
^uère visibles, mais elles se rejoignent, se confondent; la 
peau se dépouille de son épiderme sur de vastes surfaces; 
les poils sont hérissés, piqués ; ils macèrent dans l'enduit 
qui recouvre la surface malade et tombent progressive- 
ment. 

h. Le prurit est souvent peu appréciable ; d'autres fois, il 
est très prononcé; certains animaux cherchent à se frotter 
contre tous les objets environnants; ils réussissent quel- 
quefois à se mordre et ont alors les membres ensanglan- 
tés. Parfois la maladie est exclusivement limitée à un 
seul membre; elle envahit plus Iréquemment. d'ime ma- 
nière symétrique, soit les deux membres antérieurs, soit 
les deux membres postérieurs. Dans ce cas, elle est tou- 
jours plus grave chez les juments en raison de l'urine qui 
rejaillit, à chaque miction, sur les parties irritées et dé- 
pourvues d'épiderme. 

r. \j(i marche de ces eczémas aigus n'a rien de fixe; tantôt 
l'éruption s'arrête, et toutes les com[)lications sont con- 



ECZÉMA DES EXTRÉMITÉS. 273 

jurées : l'animal peut guérir en quinze jours: tantôt les 
poussées éruptives se succèdent, et le corps niuqueux de 
Malpighi se dénude sur une vaste surface qui devient 
rouge, enflammée, suppurante. 

L'infection vyogène complique la plupart des cas d'eczéma 




Fig. 59. — Eaux-aux-jambes accompagnées de crevasses. 

aigu du pli du paturon qui ne sont pas promptement 
désinfectés et protégés par un pansement occlusif contre 
le contact de la boue, des poussières, du fumier, du 
purin. Cette infection est facilitée par la persistance des 
éruptions qui amènent des effractions et des destructions 
épidermiques. Elle a pour résultat de modifier les carac- 
tères du liquide sécrété. Il devient plus épais, visqueux et 
présente une coloration grisâtre ou légèrement verdàtre : il 
s'attache aux poils, qu'il recouvre d'un enduit blanchâtre, 
et répand très vite une insupportable fétidité. La peau se 
couvre d'excoriations superficielles; elle est rouge, chagri- 



274 DEHM1TES ECZÉMATEUSES. 

née, saiifnanlc. hiiinidc; elle se fendille et se crevasse 
transversalement au i)li du paturon ou à deux travers de 
doigt au-dessus de lergot des membres postérieurs 
[Roger (])]. 

d. Les crevasses sont des lentes profondes intéressant le 
derme ou le tissu eonjonctir sons-culané et accompagnées 
d'une exsudation abondante qui se convertit en croûtes 
grisâtres ou noirâtres. Très fréquemment, leurs bords 
contusionnés, blessés par les mouvements de flexion, se 
renversent, deviennent exubérants ou prennent un carac- 
tère ulcéreux (lig. 59). 

e. La lynipham/ite complique fréquemment l'infection 
pyogène locale. Elle se manifeste chaque fois que l'animal 
n'est pas mis au repos dès l'apparition des premiers signes 
d'inflammation du paturon et qu'on ne désinfecte ou 
qu'on ne protège pas, par un pansement occlusif, la ré- 
gion eczémateuse. Les boues, les poussières v déposent 
des germes pyogènes et septiques qui communiquent aux 
produits dexsudation un semblant de spécilicité. La 
lymphangite commence à se manifester dès l'éclosion des 
premières vésicules abandonnées au contact de l'air; elle 
est alimentée par la marche, la production de crevasses, 
les chocs et toutes les causes qui facilitent la pénétration 
des germes pyogènes. 

Son apparition se traduit ici par un engorgement (jni 
commence d'habitude dans le pli du paturon ou à la 
face postérieure du boulet et qui remonte quelquefois 
jusqu'au milieu du canon, 11 est intermittent ; il s'exa- 
gère i\ la suite d'une longue marche qui provoque de 
nouvelles inoculations; il disparaît au début de l'exer- 
cice et revient au repos; il est chaud et douloureux. A 
mesure que l'infection locale s'aggrave, la dose de mi- 
crobes et de toxines qui gagnent les lymphatiques est plus 
con.sidérable ; la tuméfaction atteint les jarrets, les ge- 

(1) Roger, Dermatoses des extromilés chez le cheval {iievite t'p7., 1908, 

!■• 87). 



ECZÉMA DES EXTRÉMITÉS. 275 

noiix; l'animal tient, quelquefois, le membre souffrant 
levé : il présente des élancements ; la marche est hési- 
tante, la boiterie prononcée; l'animal refuse quelquefois 
de marcher ou n'etïectue les premiers pa-s qu'en manifes- 
tant les signes d'une vive douleur (Voy. Lymphangite). 
Sous l'influence de ces complications, la durée de la mala- 
die peut être décuplée; elle est du reste sujette à de fré- 
quentes récidives et tend à prendre la forme chronique ou 
la forme verruqueuse. 

L'eczéma verruqueux résulte de l'hypertrophie des pa- 
pilles soumises à une irrigation sanguine normale ; elles 
prennent l'aspect de tics, de verrues, de grappes. L'évolu- 
tion de ces végétations, situées généralement au-dessous 
du boulet, est très lente. Au début, la peau paraît légère- 
ment sablée ; les végétations ont les dimensions d'une graine 
de chènevis; elles sont isolées, clairsemées; elles s'allon- 
gent progi'essivement et se subdivisent pendant (pie d'au- 
tres se développent dans le voisinage. Leur grosseur se 
rapproche de celle d'une noisette, d'une noix et excep- 
tionnellement du poing. Sessiles ou pédiculées, elles 
s'élèvent d'autant plus au-dessus de la surface du tégument 
qu'elles sont plus étroitement pressées les unes contre les 
autres. Le pédoncule acquiert une longueur moyenne de 
2 à 5 centimètres : il est cylindrique, mince ou épais, tou- 
jours fibreux, résistant; il se termine par une extrémité 
libre, renflée, généralement arrondie ou légèrement co- 
noïde (tîg. 60). 

Ces excroissances sont rouges et injectées quand elles 
résultent d'une poussée récente : incolores ou marbrées 
de noir quand elles sont anciennes et qu'elles ont subi de 
traumatismes qui les ont blessées ou qui ont provoqué des 
hémorragies à leur intérieur. Tant qu'elles sont jeunes, 
elles sécrètent une matière grisâtre, épaisse, caséeuse et 
très fétide. En vieillissant, elles deviennent cornées à la 
surface; mais cette corne s'arrache facilement et met à 
nu une surface irrégulièrement boui'geonnante, très vascu- 



•276 



DERMITES ECZEMATEUSES. 



laire. constituée par des villo-pnpilles liyiiprtrophii'cs, 
comme on l'observe au niveau du tissu volout(''. ciicz les 
animaux affectés de crapaud. Du reste, les végétations des 
eaux-aux-jambes ont la môme origine et la même struc- 
ture que les fies du crapaud. Dans les intervalles qui sé- 
parent ces productions, on rencontre quelques pinceaux 

de [loils volumineux et bé- 
rissés qui retiennent une 
matière épaisse, puru- 
lente, coagulée, toujours 
fétide. 

Ces signes persistent in- 
définiment avec des alter- 
natives d'aggravation et 
d'amélioration, sans qu'on 
observe jamais la dispari- 
tion des altérations cuta- 
nées, notamment des vé- 
gétations papillomaleuses 
qui rendent sa surface si 
irrégulière. 

Les THOl'Itl.ES FO.NCTION- 

Fig. co. — Eau.\-au.\-janiiies ciiioiiiqiies. .\ELs subisscnt de nom- 
breuses oscillations, à 
commencer par Vœdème des extrémités malades. Sous l'in- 
fluence de l'irritation locale, il se pi'oduit d'abord des stases 
sanguines et des infections locales qui engendrent des 
lymphangites seco7t(laii'rs. 

Les membres s'engorgent, les lyin[dialiques, constam- 
ment surchargés de lymphe, se dilatent, les ganglions de 
l'aine et de l'entrée de la poitrine shypertrophient. Pen- 
dant longtemps, l'œdème des membres augmente pro- 
gressivement au repos; il disparait par l'exercice. Toutefois, 
ce travail intempestif peut amener des désordres graves : 
c'est (lu'en effet les membres, très engorgés, s'entre- 
choquent, et il en résulte des blessures parfois très pro- 




ECZEMA SEBORRHEIQUE. 277 

fondes, portes ouvertes à l'infection. De plus, les boues et 
les poussières sont autant d'agents irritants qui augmen- 
tent encore l'inflammalion de la peau. 

Diagnostic. — C'est une des maladies les plus faciles à 
dépister ; on en retrouve les traces quand les manifesta- 
tions ont cessé, et on peut en soupçonner le retour. La 
peau du pli du paturon demeure légèrement épaissie, 
squameuse, farineuse ; elle présente quelquefois des cica- 
trices transversales, derniers vestiges des crevasses gué- 
ries. Ces cicatrices sont plus nombreuses et plus superfi- 
cielles; elles se prolongent moins sur les faces latérales du 
paturon que celles qui résultent de prises de longe. Pen- 
dant l'évolution de l'eczéma, le diagnostic différentiel est 
également facile à faire. 

Toute dékératinisation anormale de Tépiderme du pli 
du paturon, indépendante d'une application vésicante, est 
produite par Veczcma ou la gale. Que l'eczéma soit sec ou 
humide, on peut facilement le distinguer des effets pro- 
duits par les applications vésicantes. L'eczéma occupe 
symétriquement les membres antérieurs ou postérieurs, 
quelquefois les quatre membres ; on n'applique générale- 
ment des vésicants qu'à un seul membre. 

La gale n'est pas aussi localisée que l'eczéma : elle re- 
monte le long des canons et s'accuse par un prurit spé- 
cial (1). 

VI. — ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. 

Cette forme particulière d'eczéma s'observe quelquefois 
chez le cheval (Mégnin, Schindelka, Gautier, Marek) et 
chez Vàne (Rossi) (2). 

On a attribué son développement à des microbes ronds 
ou moroques disposés en amas mûriformes dans les croii- 

(1) Voy. Gale symbiotique. 

(2) Brisavoine, De la séborrhée sèche et de l'alopécie a frigore (Journ. des 
vi't. milil., 1902, p. 324). — Gautier, Séborrhée chez le cheval (Journ. 
de Lyon, 1906, p. 565). 

Cadéac. — Patholoofie interne. Yll. 16 



278 DERMITES ECZÉMATEUSES. 

telles (Unna\ D'autres accusent la séborrhée de provo- 
quer l'eczéma (Dubrenilh); d'autres pensent que la kérose 
ou hypertrophie de la couche cornée avec kyperkéralose 
des orifices pilo-si'bacés crée la prédisposition à l'eczéma, 
dont léclosion résulte dune infection microbienne locale. 

ileUe affection, localisée ou généralisée, sèche ou grasse, 
est caractérisée par sa disposition en plaques arrondies ou 
ellipsoïdes, de dimensions variables, recouvertes de squames 
gris jaimAtre ou grises, luisantes et graisseuses, d'aspect 
circiné. qui agglutinent les poils et se détachent facilement. 
On aperçoit alors la peau rouge et parfois un peu humide 
vers le bord des plaques. Cet eczéma se développe géné- 
ralement sur les faces latérales de l'encolure, ou à la tête, 
auxjoues. aux épaules, etc.; il peut rétrograderet guérir: 
mais il récidive généralement et peut déterminer l'épui- 
semcnl des malades. 

Traitement. — L'eczéma réclame des soins locaux et 
<los soins généraux. 

Soins locaux. — Ce sont les plus eHicaoes quand ils sont 
utilisés d'une manière rationnelle. 

Chaque éruption doit être traitée suivant sa modalité-: 
il n'y a pas de spéciiique anti-eczémateux. Il faut com- 
mencer par réaliser l'asepsie des régions malades; on 
coupe les poils, on fait tomber les croûtes et l'on pra- 
tique des lotions ou des pulvérisations de solutions anti- 
septiques peu irritantes : les agents antiseptiques pré*- 
viennent l'invasion des germes pyogènes ou atténuent 
leurs effets. L'eau boriciuée, l'eau oxygénée étendue de 
vaseline, les goudrons étendus, la solution de sublimé à 
I p. 2 000, sont habituellement bien supportés. Les eczé- 
mas secs sont arrêtés par ce traitement. On fait tomber 
ensuite les squames à l'aide d'applications de vaseline ou 
de pommade à l'oxyde de zinc additionnée d'aride salicy- 
lique. 

Oxyde de zinc 8 grammes. 

Acide salicyiique - — 

Vaseline i'> — 



ECZKMA SEBORRHEIQUE. 279 

L'acide salicjlique agit comme antiseptique, l'oxyde de 
zinc comme un léger astringent, la vaseline comme un 
enduit protecteur qui préserve la peau excoriée du contact 
de l'air : tous ces agents excitent, en même temps, la crois- 
sance des poils. On calme le prurit violent de certains 
eczémas à laide de pommade cocaïnée (1 partie de 
coca'ine pour 2,5 de parafïine ou de Uniment oléo-calcaire). 

Les eczémas suintants ou impétigineux sont rapidement 
améliorés par les lotions astringentes, les pansements 
humides et antiseptiques : la pommade au calomel, au pré- 
cipité jaune, la pommade ichtyolée ou boriquée, la solu- 
tion aqueuse de formol à 1 p. 2, de nitrate d'argent 
à 1 p. 30, ou d'acide picrique (1 p. 86 d'eau), coagulent les 
exsudais ; les préparations goudi'onnées connues sous le 
nom d'huile décade, ou le goudron végétal pur produisent 
une modification salutaire du tégument et rendent la sur- 
face aseptique. 

Les poudi'es de tan, d'acide borique pulvérisé, de sous- 
nitrate de bismuth, d'iodoforme, de tannoforme, de der- 
matol. de sucre suffisent à tarir le suintement, à provo- 
quer la guérison des excoriations et une dessiccation rapide. 
Les boues radio-actives agissent à la fois comme antisep- 
tique puissant, comme astringent et desséchant (Petit). 

On peut employer aussi la solution à 10 p. 100 de 
collodion crésylé ou ichtyolé, la gutta-percha dissoute 
dans 6 parties de chloroforme. 

Les eczémas suintants des extrémités sont combattus 
avec succès par les poudres antiseptiques et astringentes, 
acide borique, tan, iodoforme, et les pansements occlusifs. 

Les eczémas végétants et verriiqueux sont combattus par 
la teinture diode, qui réprime le bourgeonnement et 
désinfecte la région, par le sulfate de cuivre, l'orpiment, 
l'acide arsénieux ou les caustiques plus énergique?, comme 
les acides; il est préférable de i"aser les fies et de cauté- 
riser la base de leur pédicule. 

Les crevasses sont justiciables des antiseptiques, des pan- 



280 DERMITES ECZKMATErSES. 

sements protecteurs; on recommande même de recourir 
au sérum antistreptococcique (Gaston). 

Soins généraux. — Ils secondent tout au plus les soins 
locaux : la suppression de l'irritation culani'e. facile à 
obtenir quand elle est d'origine externe, est ordinairement 
irréalisable chez les solipbdes quand elle est d'origine 
interne". L'arsenic est considéré aujourd'hui comme étant 
plus souvent nuisible qu'utile; l'hygiène est difficile à mo- 
difier; on ne peut supprimer entièrement l'avoine et rem- 
placer ce régime fortifiant et excitant par un régime 
éniollient. de sorte que les moyens locaux sont, dans la 
majorité des cas, la seule ressource dans le traitement des 
eczémas des solipèdes. 

II. — BOVIDÉS. 

Les lésions élémentaires prurigineuses, suintantes et 
squameuses se c imbinent, se succèdent ou coexistent dans 
l'eczéma des hoviaés comme dans celui des autres espèces 
animales. Son développement est relativement rare chez 
les ruminants. 

Étiologie. — Un état diatbésique préexistant, un vice 
de la nutrition héréditaire ou acquis allié' à une mauvaise 
hygiène ou des irritants physiques, mécaniques, chimiques, 
parasitaires ou microbiens, peuvent susciter la réaction 
iun;uiiiiiat()ire eczémateuse. 

Symptômes. — (Juand l'eczéma débute brusquement 
sur une surface étendue, on peut observer quelques sym- 
ptômes généraux fébriles accompagnés d'inappétence, de 
constipation et de courbature. 

L'éruption qui se manifeste bientôt est polymorphe; 
elle se compose de rougeur, de vésiculation, de suinte- 
ment, de croûtes, de squames qui deviennent prépondé- 
rantes. Les poils sont piqués, ternes, et l'épiderme est 
fendillé, craquelé dans les premiers foyers eczémateux 
pendant qu'une éruption plus récente dans le voisinage ou 



BOVIDÉS. ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. 281 

dans une autre région exsude et suinte. Le stade de suin- 
tement est souvent prolongé pendant des jours ou même 
des semaines par des frottements et des léchages. 

Sinon, le suintement se dessèche en croûtes ambrées ou 
brunes si un peu de sang a été mêlé à la sérosité; c'est le 
stide croùteux, qui peut devenir impétiginé par infection 
secondaire ; la peau se crevasse sous l'influence des 
mouvements de flexion, d'extension ou des grattages, et 
l'eczéma se complique d'excoriations, de plaies, de 
décollements cutanés, de lymphangites, d'adénites. 

Quand l'eczéma persiste longtemps, la peau devient 
sèche, rugueuse, squameuse ; les plis et les sillons normaux 
sont plus accentués, et elle tend à s'épaissir et às'indurer. 

Variétés. — On peut distinguer des variétés de siège 
et des variétés de forme éruptive. 

Les régions de prédilection de l'eczéma sont le front, la 
nuque, la base de la queue et surtout les membres. 

a. L'eczéma des membres affecte les membres postérieurs 
de préférence (Huzard, Festal, Armandier, etc.). Son in- 
v.ision est rapide: la peau du paturon devient rouge, 
chaude, tuméfiée, douloureuse ; l'animal boite; ces sym- 
ptômes durent trois ou quatre jours, puis la souffrance 
devient tellement intense que les animaux ne peuvent 
plus être utilisés. 

A ce moment, on voit apparaître de petites vésicules 
sous-épidermiques, du volume d'une tête d'épingle; elles 
sont confluentes ou disséminées, rosées; elles renferment 
un liquide citrin et s'accumulent de préférence dans 
l'espace situé entre les talons et dans le fond du pli du 
paturon. Ces vésicules s'ouvrent rapidement et laissent 
écouler leur contenu, qui se dessèche au contact de l'air et 
se convertit en croûtes, qui, une fois formées, s'épaississent 
et se détachent pour se renouveler rapidement et pour 
ainsi dire indéfiniment si l'on n'intervient pas. 

Cette éruption, qui s'opère ainsi au pli du paturon, a 
souvent pour conséquence un engorgement intense du 

16. 



282 DERMITES ECZÉMATEUSES. 

membre dont l'appui devient incertain, difficile, quelque- 
fois impossible. La peau s'épaissit, se plisse, se ride, se 
crevasse, et des lymphangites se développent. 

L'afTeclion peut devenir rhroni(|ue. se compliquer d"élé- 
phantiasis, de sclérose du derme et d'hypertrophie de la 
couche épidermique (Voy. Pathologie chirurgicale), in Ma- 
ladies de la peau et du tissu conjonctif sous-cutané]. 

b. L'eczéma interdigitéouintertrigo succède au séjour dans 
des étables où stagne le purin ou à la marche des animaux 
sur des roules boueuses ou pierreuses Honvicini, Mioardio, 
Gualducci) (Voy. Pathologie chirurgicale, ïa Maladies de la 
peau, p. 204). 

La peau fine de celte région se couvre de vésicules; 
puis des crevasses s'étendent en rayonnant du point de 
réunion des deux onglons vers les fiarties latérales pour se 
propager quelquefois vers les parties antérieures; elles 
sont profondes, irrégulières, à bords renversés et ulcérés ; 
le pus sécrète, irrite le bourrelet, produit des décollements 
et quelquefois même la chute du sabot. 

c. h' eczéma de l'extrémité de la queue envahit le toupil- 
lon ; il se développe chez les animaux qui vivent en stabu- 
lation permanente, sans pansage ni lavage. 

d. L'eczéma aigu des parties supérieures du corps aiîecte 
spécialement les animaux adultes de six à douze ans ; il se 
développe, principalement, pendant lété et envahit les 
régions dépourvues de pigment, comme les reins, le dos, le 
garrot, les faces latérales de l'encolure et plus rarement les 
mamelles des animaux à robe pie [Mouroux (1)]. 

11 s'accompagne quelquefois d'une luméfaction énorme 
de la peau de l'encolure, du pourtour des yeux, des oreilles 
et d'un suintement fétide (Brégeard). 

e. L'eczéma chronique généralise h poussées ré'cidivantes 
est surtout caractérisé par la production de grandes squames 
lamelleuses, diaphanes, adhérentes ; l'éruption est trèsatté- 

(1) Mouroux, Soc. cenlr., 1904. 



BOVIDÉS. — ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. 283 

nuée, le suintement inappréciable; la peau rougit sous 
l'inlluence des grattages; elle se pigmente à mesure que les 
poils tombent; l'alopécie et les squames épidermiques 
accusent seules la persistance de la maladie, qui peut durer 
des années Méguin, Noack, Prietsch . 

f. Ueczéma séborrhéique, décrit sous le nom de sébori'hée. 
a été étudié par Moussu. Leblanc. Mathis, Vaché, etc. 
(Voy. Pathologie chirurgicale, in Maladies de la peau). 

Diagnostic. — Les eczémas des bovidés se difl'érencient 
des acariases, de la phtiriase et des teignes par l'examen 
microscopique, qui permet de constater l'absence de tout 
parasite. 

Pronostic. — La gravité de ces affections dépend plus 
de leurs récidives et de leur complication croùteuse et 
suppurative que de leur résistance aux agents thérapeu- 
tiques. 

Traitement. — Les soins locaux doivent varier suivant 
la modalité de ratfection. son siège et son étendue. Les 
lavages antiseptiques et les applications dessiccatives pul- 
vérulentes sont préférables, au début, aux pommades et 
aux pâtes comme aux émoUients, car toutes ces médica- 
tions tendent à échauffer la peau et à faire macérer l'épi- 
derme. Les lotions boriquées. crésvlées. ou au permanga- 
nate de potasse, les applications d'huile de cade ou de 
goudron légèrement dilués avec de la vaseline conviennent 
pour les eczémas légèrement suintants; les poudres d'ami- 
don, d'écorce de chêne, de talc, le tannoforme, l'acide 
borique, finement pulvéïùsé, hâtent la dessiccation. Les 
eczémas croùteux sont efficacement combattus avec les 
émollients, le glycérolé d'amidon, les lotions soufrées, les 
pommades émollientes et astringentes, qui toutes favo- 
risent le détachement des croûtes et permettent d'utiliser 
ensuite les antiseptiques et les astringents en lotions ou en 
poudres. 

Les badigeons à l'acide azotique à 1 p. 10 ou au nitrate 
d'argent à 1 p. iO suppriment généralement le suintement 



284 DERMITES ECZÉMATEUSES. 

et lo priiri(. mais ils peuvent devenir dangereux en raison 
de leur énergie même. 

Quand la guérison est obtenue, il faut veiller à la pro- 
preté de la peau, entretenir ses fonctions par des savon- 
nages, des frictions sèches et favoriser la repousse du poil 
h l'aide de solutions alcoolisées ou salicylées. 

Le traitement général doit surtout chercher à faciliter 
les fonctions digeslives; les nurgiitils salins, les fourrages 
verts sont indiqués; le chlorure de calcium, à la dose de 
15 à 20 grammes, tend à remplacer les arsenicaux, qu'on 
emploie de moins en moins. 

On peut préserver les animaux de cette maladie en les 
maintenant dans des étables ])ropres. i\ litière abondante, 
en empêchant le séjour du purin, en tirant le fumier de 
la place qu'il occupe. Quand les animaux y sont prédis- 
posés, il convient de redoubler de soins, de nettoyer les 
extrémités, quand les hoviiis ont dû marcher sur un sol 
couvert de boues acres, irritantes. 

III. — MOIJTOi\. 

Les eczémas du ninutou sont généralenienl bi-nins. Les 
principales variétés sont : 

Ucczéma squameux, qu'on observe chez les animaux 
affectés de distomose ou de strongylose et qu'il estsouvent 
impossible de différencier du pityriasis. 

L'eczéma des extrémités est Vintertrigo. qu'on voit appa- 
raître dans les bergeries humides. Les autres affections 
cutanées décrites comme des eczémas sont des dermites 
produites par des agents irritants physiquesou parasitaires. 

La séborrhée sèche atteint cependant le cou, le dos, les 
épaules, les côtes, la poitrine, et se traduit par des squames 
blanchâtres ou brun jaunâtre et par la chute de la laine 
sans prurit (Haubner). 

Traitement. — Les médications des bovins sont égale- 
mont efticaces chez le mouton. 



CHIEN. — ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. 285 

IV. — CHIEX. 

Définition. — L'eczéma du chien consiste dans une 
série de lésions élémentaires variables, isolées ou diver- 
sement combinées, qui se traduisent cliniquement par de 
l'éry thème, de la vésiculation, du suintement, de la liché- 
nisation et de la desquamation. Cette maladie offre, chez 
le chion, son expression la plus complète; elle peut déter- 
miner l'atrophie des follicules pileux, des glandes et 
l'hypertrophie de l'épiderme et des papilles. On l'observe 
à tout âge : les jeunes sont atteints principalement 
d'eczéma aigu des parties fines de la peau ; les vieux, 
d'eczéma chronique du dos. 

Étiologie. — L'hérédité, Varthritisme, les gastro-entérites 
chroniques, les néphrites, les affections du foie favorisent 
le développement des eczémas par insuffisance intestinale, 
rénale ou hépatique. Les animaux nourris d'aliments 
épicés, de débris de restaurants ou de pain de suif v sont 
particulièrement prédisposés. 

Les facteurs externes de l'eczéma sont presque innom- 
brables; ils comprennent tous les irritants locaux, qui, 
suivant leur activité, sont capables de réaliser toutes les 
formes de l'eczéma. 

Les excitations extérieures produites par les poussières, 
les saletés, les bains et les savonnages fréquents, les irri- 
tations déterminées par des parasites, puces, poux; les 
frottements répétés et les pressions soutenues sur une 
partie de la peau, comme celles qui résultent de l'appui du 
collier, agissent dans la production de l'eczéma et expli- 
quent la fréquence de cette maladie aux parties supé- 
rieures du corps et aux extrémités, c'est-à-dire dans les 
régions les plus exposées à ces causes d'irritation. 

Le grattage est eczématogène chez les animaux prédis- 
posés; il aggrave l'eczéma préexistant et peut le dissé- 
miner: les animaux galeux sont généralement eczémateux 
secondairement. 



286 DERMITES ECZEMATEUSES. 

Les frictions cutani'es à l'aide île solutions alcalines ou 
acides et tous les irritants chimiques sont des causes 
d'eczéma. La température élevée, la lumière vive, les 
rayons solaires ardents congestionnent la peau, irritent 
l'ëpiderme, font éclore des eczémas ou déterminent de 
nouvelles poussées. 

Les microbes qui pullulent à la surface de la peau (sta- 
phylocoques, streptocoques, etc.) peuvent produire des 
eczémas primitifs ou secondaires; ils expliquent l'aulo- 
inoculation de l'eczéma par grattage, l'extension péri- 
phérique des placards d'eczéma, ses récidives au 
niveau des foyers mal éteints et l'efficacité des agents 
microbiens, quelle que soit la forme d'eczéma (1). 

Symptômes. — L'eczéma débute généralement par une 
rougeur vive, œdémateuse, irrégulière, chagrinée ou dis- 
posée par plaques ; c'est le stade crythémateux. 

Le stade vésiculeux, qui survient peu d'heures après, est 
caractérisé par un semis abondant de vésicules de la 
dimension d'une tête d'épingle, qui peuvent confluer en 
phlyctènes. Ces vésicules, très superficielles, à contenu 
clair, s'ouvrent spontanément ou sous l'inlluence de grat- 
tages (fig. 61). 

Le .stade de suintement est dénoncé par un liquide clair, 
jaunâtre ou louche, un peu filant, qui macère l'épiderme, 
agglutine les poils, se décompose et laisse dégager une 
odeur fétide. Quand les grattages ne sont pas trop intenses, 
le liquide exsudé se dessèche et se convertit en croûtes 
ambrées, ou de teinte foncée quand dos poussières ou du 
sang y sont mélangés : c'est Veczàma croûteux. 

Le prurit intense qui se manifeste souvent au niveau des 
plaques eczémateuses provoque la chute des croûtes, de 
l'épiderme et l'infection pyogène des surfaces dénudées; 
le [»roduit de sécrétion devient séro-purulent ou purulent 
et la couche papillaire apparaît l'ouge, finement granu- 

(1) Baer, Das Eczéma lubruni. Thèse de doctorat, Zurich, 19ul. 



CHIEN'. ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. 287 

leuse, tuméfiée et douloureuse ; l'infection à pyocoques, 
grelfée sur ces plaques suintantes, confère à celles-ci le 
caractère impétiginé . 

Ordinafrement le suintement diminue et se tarit, après 
un temps variable; les croûtes tombent, la surface s'épi- 
dermise ; mais l'épiderme se fend par dessiccation {eczéma 



■ .^FV 



c 









♦-^. --^ - ^ 



Fig. 61. — Spongiose liéminr-agiquo. 

a, derme œdématié et hémorragique; altération vasculaire du corps mu- 
queux de Malpighi ; des globules rouges g sont situés dans les vésicules ; 
c, épiderme dont les cellules sont en voie de spongiose. Peau de l'oreille. 
Chien (Roquet). 

craquelé), s'exfolie en lamelles furfuracées qui se repro- 
duisent pendant un temps prolongé [eczéma squameux). 
De nouvelles poussées surviennent et ramènent de nou- 
veauxsuintements, des croùtelles ou des croûtes. Si l'eczéma 
persiste longtemps, les régions atteintes se plissent, s'in- 
durent. se dénudent : elles deviennent sèches, rugueuses, 
fortement pigmentées, couvertes de ci'oûtesetde squames 
{eczéma lichénifié). 
Variétés. — 1° L'eczéma généralisé s'accompagne ordi- 



288 DERMITES ECZÉMATEUSES. 

naireiiient de phénomènes fébriles et d'une telle fétidit('' que 
le voisinage de ces animaux est insupportable: il se traduit 
par des poussées prinlanièrcs et estivales -qui se succèdent 
d'une manière irrégulière. La peau de la tête, du cou, du 
dos, des fesses, des épaules et des parties couvertes de poils 
présente des parties irritées, rouges, de petites dimensions, 
qui s'étendent progressivement et acquièrent la largeur de 
la main ou même davantage. Leur surface se couvre de 
papules et de vésicules continentes, pendant que la peau 
s'œdématie légèrement, s'épaissit, devient plus sensible et 
plus chaude et que les poils se ht'rissent et se rassemblent 
en petites touffes. 

En même temps, on constate un prurit très intense; les 
grattages provoquent la chute prématurée ries poils et la 
formation de surfaces humides qui deviennent croi'iteuses. 
La maladie poursuit régulièrement sa marche. De petites 
vésicules, le plus souvent disséminées sur tout le corps, 
plus nombreuses au niveau du dos, de la tête et de la 
base de la queue, se forment; elles atteignent la dimen- 
sion d'un grain d'avoine; on les sent en passant la main 
sur le dos du chien, mais elles restent cachées par les 
poils; elles surmontent les papules; elles renferment un 
liquide clair qui se dessèche îi leur intérieur et forme de 
petites croûtes; ou bien elles sont déchirées prématuré- 
ment et constituent de petits foyers inllammatoires qui 
se dépilent rapidement. 

.\ ce moment, la marche de la maladie varie : tantôt 
l'exsudat se convertit en petites croûtes, l'épidernic se 
régénère et la maladie guérit; tantôt les vésicules se 
multiplient dans un territoire restreint, la surface devient 
franchement /tMTJude; un exsudât séreux ou séro-purulent 
s'accumule sur une surface dépouillée de poils et d'épi- 
derme, le derme s'enllamme; l'eczéma otTre son summum 
de gravité. Dès que le pruritse calme, l'exsudat se concrète 
en croiîtes qui se dessèchent, et la maladie guérit seule, 
ou sous l'inllut-nce (l'un Irailement rationnel. 



CHIEN. — ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. 289 

L'eczéma peut devenir chi'oniqite à toutes ses phases; 
les formes les plus bénignes, comme les plus graves, sont 
susceptibles de récidiver; mais c'est l'eczéma franchement 
vésiculeux qui a le plus de tendance à la chronicité. 

Les éruptions vésiculeuses se succèdent à divers inter- 
valles; la peau est hvpcrémiée; elle offre une température 
élevée et un épaississement considérable, surtout au niveau 
du dos. où elle est quelquefois trois à quatre fois plus épaisse 
qu'a l'état normal. A mesure qu'elle se densifie. elle devient 
plus sèche, plus rigide et conserve les plis qu'on lui 
donne; elle paraît plus brillante et se couvre de croûtes et 
de lamelles épidermiques blanches ou grisâtres. 

Les poils sont hérissés; ils tombent par places, d'une 
manière presque complète; souvent, ils ne repoussent 
plus, parce que lem* chute est suivie de l'atrophie des 
follicules et des vaisseaux qui entretiennent leur vitalité; 
cette atrophie vasculaire est la conséquence de la sclé- 
rose et de la rétraction du tissu conjonctif périvasculaire. 

On observe anss'i. pavfois.Y hypertrophie des papilles par 
le fait d'une irrigation permanente excessive; elles 
deviennent proéminentes et constituent, à la surface du 
tégument, des véfjétations papillaires, épaisses, qui ren- 
dent la peau rude, irrégulière et granuleuse au toucher. 
.\ ces signes locaux se joint un autre symptôme qui 
décèle l'existence de l'eczéma chronique sans qu'il soit 
nécessaire de faire un examen approfondi du sujet. 
C'est une odeur fétide et insupportable que répandent 
les chioijs malades; elle trahit l'existence de quelques 
vésicules disséminées sur le tégument et atteste que la 
guérison est incomplète. 

L'état général des malades est peu modilié au début; 
ils offrent uniquement une excitation et une inquiétude 
continuelles, et parfois aussi une soif très vive. 

La marche de l'eczéma chronique est sujette à des 
rémissions, à des poussées successives, à des atténuations 
rapides, à des retours soudains, de sorte que la durée 
Cadéac. — Patliolosie interm-. VII. 17 



290 DERMITES ECZÉMATEUSES. 

est longue ; l'aniinul sV'puise peu à peu, raniaignssement 
est progrcssiC, l'anémie se déclare, et beaucoup de sujets 
jeunes ou débiles deviennent cachectiques et succombent. 

2° L'eczi''ma cutcoxscuir d'une région déterminée est la 
manifcslalion habituelle de la maladie. Il comprend lui- 
même un gran<l nombre de variélés. 

a. Ucczcmarxbnimùsl caraolérisé parla rougeur intense 
et souvent œdémateuse de la peau de la face interne des 
membres, du ventre et de toutes les parties Unes à peu près 
dépoui'vues de poils. On l'observe généralement chez les 
animaux d'im à deux ans. 

Cette l'orme débute, ordinairement, pai- les aines et la 
face interne dos membres postérieurs; la peau devient 
rouge, érytbémaleuse. chaude et un peu douloureuse: 
l'irrilalion s'étend ensuite à tout le ventre, envahit le 
poitrail, les ars, la lace interne des quatre membres; 
elle stationne quelque temps dans ces régions, puis 
déborde les membres postérieurs et arrive juscpi'aux 
flancs, atteint les coudes, le cou, les narines, engendre 
partout une rougeur dilTuse, teint les poils eux-mêmes; 
c'est donc exclusivement une maladie des parties Unes 
et délicates de la peau, dont la rongeur est surtout 
appréciable chez tous ]cs chiens à poils blanc. 

Lo 2'>rurit est intense, continu; une exsudation se pro- 
duit ; de i-ares vésicules, appréciables seulement à la 
loupe, s'élèvent; elles sont vite dt''ehirées par le grattage 
et l'emplacées par des idcéralious toutes superficielles. 
Finalement, la peau devient légèrement humide aux 
aines et aux ars; elle est aussi plus ou moins rugueuse, 
chagrinée, mais il ne se l'orme jamais de croûtes (lig. G;2). 

C'est là toule l'aU'ection; elle peut rester longtemps 
stationnaire ou même guérir, se modifier heureusement 
sous l'influence d'un changement de régime, de tempé- 
rature et de sîiison, îiugmentant pendant l'hiver, cessant 
pendant l'été et restant toujours une all'ection bénigne. 

6. L'eczéma séborrhéique ou séborrhée sèche aflccte la 



CHIEN. 



ECZEMA SEBORRHEIQUE. 



291 



ppau sitiK'e derrière les oreilles, le cou, les épaules, la queue 
d'où il s'étend peu à peu aux régions voisines, notamment 
vers le pli et la face interne des cuisses. Ces régions sont 
le siège d'une sécrétion graisseuse ou huileuse qui réunit 
les poils en pinceaux ou en bouquets (Schindelka). 




Fig. Giî. — Éruption pustuleuse de la maladie du jeune âge 
bien dill'érente de l'eczéma rubrum. 

On observe en même temps un léger prurit et la chute des 
poils. 

c. L'eczéma sec de la tête, du cou et des membres offre 
souvent l'image clinique de la (/rt/e sarcoptique. La maladie 
est exclusivement localisée à la tète, aux oreilles; elle 
envahit quelquefois les membres, mais elle progresse très 
lentement. Cette forme d'eczéma est dénoncée par de 
petites dépilations discrètes restant indépendantes, toujours 
sèches, accompagnées d'un prurit modéré; cet eczéma se 



292 DERMITES ECZICMATKUSES. 

rapproclic ilii pHyriasis. Il en diffère {)!ir le plissement de 
la [)e;ui surtout sur la lèle, où elle prend un aspect froncé. 
Elle peut d>irer ainsi des mois: aucun suintement ne se 
manifeste, mais, à la longue, les poils tombent, la surface 
se dénude, cl la ressemblance avec la (/aie sarcoptiqiie est 
encore plus i)ai'l'aile. 

Cependant réruption acaricnue atrccle <lc iirclérence la 
tête, les oreilles et les parties postérieures; elleesl toujours 
caractérisée par un prurit très intense; elle est contagieuse 
et curable. Avec ces seuls signes, il est souvent impos- 
sible de la reconnaître; il faut recourir à l'exanu'n micro- 
scopique, (pii permet de constater la présence des acares, 
seul signe certain de l'existence de cette mala<lie. 

(/. L'eczéma circonscrit du dos [psoriasis, rogne , roux-vieux) 
est caractérisé par de la rougeur, de la dépilation, des 
excoriations superficielles ou profondes, par un prurit très 
intense du dos, des reins et de la base de la ([ueue. On 
l'appelle <^ale des vieux cliinis, parce qu'il est fréquent 
chez les animaux à partir de l'Age de cinq ans; rjatc des 
(■/liens ç/ras, parce que ce sont les animaux obèses qui en 
sont particidièremcnt atîectés. Mégnin a d'abord rappro- 
ché cette maladie du psormsis et plus tard du lirkcn : 
c'est qu'ellVctivenient elle a de l'un et de l'autre, comme 
en témoignent les modifications cutanées qui lui sont 
propres. 

Quand le roux-vieux s'est dévelo|)pé. la peau, au niveau 
des reins, de la base de la queue et du dos, csl ('-paissie ; 
les poils sont droits et volumineux, d'une couleur rouge- 
brique; ilsdécèleut ainsi l'état irritatif des follicules pileux. 

Ces régions sont le siège d'im prurit intense ; les ani- 
maux se grattent, constamment, avec les ])attes ou se 
mordent. Consécutivement, la peau s'irrite davantage, 
rougit; le derme s'infiltre, la peau se crevasse, devient 
rugueuse, et les poils tombent. En même temps, une 
exsudation se produit à la surface : le liquide qui suinte est 
séro-albumineux tout d'abord; il s'épaissit, se convertit 



CHIEN. — ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. 293 

en croûtes gi'isàtres, raboteuses, qui donnent à la partie 
malade un aspect repoussant. Quelquefois, les croûtes 
deviennent noirâtres, par le mélange du produit exsudé 
avec des poussières ou avec le sang épanché au moment 
du grattage. 

Si l'on ne remédie pas à ces premièi'es altérations 
cutanées, la maladie progresse lentement, s'étend en 
avant au niveau des épaules, mais gagne très peu latéra- 
lement; le prurit se modère, et. par intervalles, la peau 
récupère un peu d'élasticité : elle se dépouille des croûtes 
anciennes, mais, bientôt, sous l'inlluence d'une nouvelle 
poussée, elle se gerce, se fendille; une infiltration abon- 
dante du derme et du tissu conjonctif sous-cutan('' se 
révèle, puis cette infiltration se résorbe, et la peau paraît 
alors trop étendue pour couvrir les régions afTeclées. 
Elle forme des plis irréguliers, dépourvus de poils, très 
rugueux, secs à la surface : la peau ressemble à celle de 
l'éléphant. 

e. Les coudes, les jarrets sont assez fréquemment le 
siège d'une affection cutanée très limitée, qui offre beau- 
coup d'analogie avec la précédente. Elle se localise à la 
pointe du jarret et au sommet du coude ; la peau de ces 
régions rougit et s'épaissit, puis elle se recouvre d'une 
croiite blanche très adhérente, ressemblant quelquefois à 
du plâtre et dont l'épaisseur augmente graduellement. Ces 
croûtes, formées de stratifications épidermiques nom- 
breuses, se l'enouvellent peu. le prurit étant très peu 
marqué; cette forme d'eczéma est le plus souvent incu- 
rable. 

f. L'eczéma interdigité et périoiu/ulc s'observe principale- 
ment chez les chiens de chasse, quand les extrémités sont 
meurtries par un sol très caillouteux ou blessées par des 
épines: il débute par une hypersensibilité et une éruption 
vésiculeuse; il se continue par de la rougeur, de la tu- 
méfaction, du suintement et une boiterie d'intensité 
variable. 



294 DKUMITES ECZÉMATEUSES. 

Quand le mal est localisé à la racine des ongles, la [teau 
qui les entoure est roiigo, luméfiée; les ongles saignent 
facilement; l'eczéma est désigné sous le nom d'ondille. 

La congestion inflammaloire des tubercules plantaires, 
que Ion désigne sous le nom (ïaggravée, de pieds cr/uniffcs 
ou (le l'oiirbnre, est aussi de nature eczémateuse. 

7. \,'fczcma de la queue oti chancre caudal siège soit à 
l'extrémité de la (jueue du cJiicii et du cJiat, soit à vme 
hauteur variable de cet organe. Quel que soit le siège 
(ju'il occupe, la peau est dénudée de poils ; le derme est 
rosé et légèrement tuméfié; le prurit est intense; lanimal 
agite fréquemment la queue, la mord, se couvre les lianes 
de sang. Sous ces diverses influences, la surface devient 
rouge, saignante, ulcéreuse. Les os sont quelquefois jiiis à 
nu: la maladie devient chronique et incurable. L'amputa- 
tion de la queue ne réussit |)as toujours à la limiter et à la 
guérir. 

h. Les bourses sont fréipiemment un foyer de localisa- 
tion de l'eczéma. Subitement, elles deviennent rouges et 
chaudes; elles se tuuu'fient, se couvrent de vésicides; le 
suintement commence, le grattage est toujours intense. 

La partie inférieure des bourses, la plus exposée à tous 
les frottements, est bientôt fortement excoriée; elle se 
convertit en plaie ulcéreuse; consécutivement, on observe 
une inflammation des Icsiicules cl une grande tuméfaction 
des bourses. 

i. L'eczéma du pourtour des orifices naturels est fréquent, 
surtout chez les jeunes chirns alfeclés de la maladie ilii 
jcimc Age. 

Le pourtour de l'anus et de la vulve, sur une largeur 
de 2 à 3 centimètres, jusqu'au bord de la nniqueuse. est 
alfecté d'un suintement eczémateux, qui devient fétide, 
très [)rurigineux. et se complique (pieltpiefois de tissures 
de l'anus: les animaux jioussent des cris au moment de 
la défécation, raclent le sol avec leur derrière (|uand ils 
sortent de leur niche. 



CHIEN. ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. 295 

L'eczéma des paupières est caractéi'isé par leur bour- 
souflement, leur dépilation ; il se complique (\'e7}tro- 
pion et s'observe principalement chez les animaux 
affectés de conjonctivite et d'inflammation du canal 
lacrymal. 

L'eczéma des commissures des lèvres ne peut guère se 
différencier de la gale démodécique que par l'examen 
microscopique. 

Parfois, le bord du nez et les commissures nasales sont 
affectées d'un eczéma qui devient ulcéreu:; sous l'influence 
des léchages continuels. 

h'eczéma dti la conque auriculaire et du conduit auditif 
(otite externe) est l'un des plus fréquents et des plus 
tenaces (Imhofer, Becker]. 

Les races de chions à poils longs et épais et à oreilles 
longues comme les chiens de chasse, les barbets, les 
éffjgneuls, les caniches et les cliieus de montagne, y sont 
particulièrement prédisposés, parce que, chez ces animaux, 
le cérumen se dessèche diflicilement et se putréfie vite 
pendant les fortes chaleurs. Cette décomposition est favo- 
risée par l'application de béguins. 

Des influences mécaniques ou traumatiques comme les 
corps étrangei's. des parasites (chorioptes) les blessures de 
la conque déterminées par des morsures ou des coups de 
griffe, des irritants chimiques comme les bains utilisés 
pour combattre la gale sarcoptique de la tête ou. pour 
nettoyer le conduit auditif peuvent ramollir l'épiderme, 
faire développer un eczéma de cette région. Parfois cette 
inflammation diathésique se développe en même temps 
que celle du reste du corps. 11 s'établit même souvent un 
balancement entre l'eczéma cutané et l'eczéma auriculaire, 
et le catarrhe trachéobronchique : l'animal se met à 
tousser quand les éruptions cutanées s'effacent. Parfois la 
maladie du jeune âge détermine une éruption cutanée et 
auriculaire accompagnée de suintement et de suppuration ; 
les microbes pyogènes peuvent susciter une réaction eczé- 



296 DERMITES ECZIÎMATEUSKS. 

matogène, qui survient dans environ 50 p. 100 dos cas tie 
maladie du jeune âge iLanger . 

Lossvmptùuies do l'oczoma auriculaire se Irailuisent par 
une rougeur érylhomaleuse de la conque, qui est chaude 
ol endolorie. Le prurit est violent et se traduit par l'agita- 
tion continue de la tôto. par un grattage intense des 
parties postérieures dos oreilles et par une attitude pen- 
chée <lo la tête vers le sol ou déviée, inclinée du côté de 
ioreille malade, comme si Tanimal était alTecté de tortico- 
lis. (Jiiandon presse les oreilles à leur base, on peut consla- 
ler une hypersensibilité plus ou moins vive, suivant l'in- 
tensité du mal ; les animaux gémissent souvent ou «rient 
à la moindre pression; ils i-edoutent tellement le moindre 
attouchement (pie beaucoup d'entre eux sont prêts à 
mordre. Leur caractère est presque toujours modilié : des 
(■liions affectés d'eczéma grave des oreilles sont grognons 
ol tristes. 

Le conduit auditif, exploré, ofl're un exsudât abondant, 
jaunâtre, brun-chocolat, ou brim noirâtre et très fétide, 
qui résulte d'une hvpors(''crétion oérumineuse et d'une 
exsudation si'ro-pui'ulente. Parfois cet exsudât agglutine 
les poils et obstrue le conduit auditif; il détermine la 
surdité et donne à la pression (U' la base de l'oreille la 
sensation d'une bouillie qu'on écrase {otite catarrkale). 

Quand la peau do la conque et du conduit auditif externe 
se convertit en membrane pyogéniqiie, on n'observe plus 
qu'une sécrétion jaunâtre, entièrement purulente, qui 
devient sanieusc, par grattage ou agitation des oreilles ; 
on voit ap[)ara)tre des ulcères sur le bord des oreilles 
(chancre auriculaire) ; la peau de la face externe do la 
conque se plisse, et dos ulcérations se produisent au niveau 
du sommet dos plis ol à l'ontroo du conduit auditif 
iotite ulcéreuse). Un oczi'ina aussi intense s'accompagne 
souvent de nausées, Ac voniisscmcnts, d'inappétence, de 
fièvre, de Iroidilos réiloxos; il a peu de tendance à guérir 
et récidive fré(iuemmonl. Les parties érodées ou ulcérées 



CHIEN. ECZKMA SÉBORRHÉIQUE. 2&7 

vôgèlont, pirscntent des gi'anulalions verruqucusos ou 
papilloiiiateuses, qui ivtivcissent le conduit auditil' pendant 
que les glandes deviennent kystiques; quelquefois, il y a 
un épaississement dittus qui obstrue presque entièrement 
ce conduit (otite chronique vc(jctante). 

L'eczéma de l'oreille peut amener diverses complica- 
tions : l'hémalome, le chancre persistant qui détei*mine 
une incisure profonde de l'oreille, le phlegmon de la 
conque, la perforation de la memJjrane tympanique et 
une otite moyenne. 

Diagnostic. — L'ecz<''ma du chien est essentiellement 
caractt'risé par sa persistance, ses récidives et l'inefïicacité 
fréquente d'un grand nombre d'agents thérapeutiques. 

La giile sarcoptique s'en distingue par l'intensitt' du 
prurit, sa prédominance à la tète, aux oreilles, au train 
postérieur et par la présence des acariens souvent très dif- 
ficile à découvrir. 

La (jale folliculaire affecte les extrémités, le pourtour 
<les lèvres, des paupières et le cou. s'accompagne d'ime 
éruption de pustules discrètes ou conlluentes qui acquiè- 
rent une coloration violacée et renferment du pus san- 
guinolent. 

Traitement. — Le trailemcnt doit être local et 
gé'néral : le premier a pour but de détruire l'altération 
des parties malades; il s'adresse à la lésion; le second, de 
modifier la nutrition de l'organisme, de manière à en 
empêcher le retour; il s'adresse à, la cause elle-même. 

Traitement local. — On commence par tondre 
l'animal entièrement, ou seulement au niveau des régions 
atteintes ; on savonne la peau pour faire tomber les croûtes, 
et on calme les grattages aumoyende bandages, de panse- 
ments et de muselières, surtout à l'aide de topiques qui 
tendent à guérir le mal lui-même. 

L'eczcma aigu suintant est combattu par les agents 
antiseptiques comme l'eau oxygénée à 6 volumes, une 
solution de lysol ou de créolinc à 1 p. 100, de permanganate 

17. 



■29H DERMITES ECZÉMATELSKS. 

(lo potasse à \ on 2 p. 1000 ou (Facide salicvliqiio à 2 on 
o p. 100. On saii[)Oiii]iT cnsiiilo la peau «l'un astrin,:renl 
comme la poudre de tan ou d'un mélange absorbant et 
antiseptique comme l'acide borique pulvérisé, le sous-nitrate 
ili' bismuth, le talc, le soufre, l'oxjde (1(> zinc, la poudre 
d'amidon on proportions que l'on lait varier suivant les 
caractères de chaque eczéma que l'on doit combattre. 

Ij'erzcma ruhrum est justiciable des Iriciions d'huile do 
cade. Il sullit de frictionner une ou deux fois pour faire 
disparaître cnlioreiuenl la rougeur érvlhémateuse delà 
ri'gion. 

Ouaud lirrilaliou dt'doriiiiuée pai' l'iinilo de cado est 
trop vive, les fridions de styrax, de vaseline, de cénit 
saturné. do pommade à l'oxyde de zinc produisent les 
iiioillonrs résultais. 

L'eczéma imprligincux guérit à l'aide d'une ou deux 
applications do pommade au calomel ; on saupoudre 
ensuite de jjoudre de lan. 

Les eczémas de la tête, dos cominissiircs des lèvres et 
des ouvertures naturell^'s sont traités à l'aide d'une solul ion 
de glycérine iodée et do pommades astringentes et anti- 
septicpies : 

Résorciiie 1 gramme. 

Acide salicylique 2 graiDmes. 

Oxyde de zinc ;i — 

Vaseline ."iO — 

Ia^s foinii'.s siiiianifitscs ^oni traitées comme la gale sar- 
coptiqiKV, c'ost-à-dii'c à l'aide de bains arsenicaux et do 
l»ommades. 

Les poudres d'amidon, d'oxyde de zine. de eampbi'o, 
de i-iz. c<)tii|)lèlent hoiu'ousomont colle nu''dicaliou. 

Si l'ocziMMa est croiUeux, l'huile de cade ou frictions 
répi'lées, puis les pommades à l'oxyde de zinc, les appli- 
cations de corps gras, axongo, vaseline glycérine, sui- 
\ies ensuite de lavages avec une soliMion de goudron, 
de borax, de carbonate do potasse ou «lo soude, de sul- 



CHIEN. — FXZKMA SÉBORRHÉIQUE. 299 

lure de potasse suffisent ordinairement pour obtenir la 
guérison de la maladie. 

Les eczémas chroniques réclament des irritants suscep- 
tibles de raviser Tintlammation cutanée et do substituer 
à celle-ci une inflammation passagère. On y parvient à 
l'aide de frictions d'huile de cade, de teinture de cantha- 
ride, et l'on continue l'action de ces médicaments par des 
applications de goudron, employé en nature, en solution 
alcoolique ou sous forme do linimont. Le goudron est, 
avec l'huile de cade. le principal remède contre l'eczéma 
chronique ; il peut être employé, pendant longtemps, sans 
inconvénient ; il isole la peau en déterminant une croûte 
protectrice à sa surface; et, au-dessous d'elle, la maladie 
guérit ou s'atténue considérablement. Au bout d'une se- 
maine, on enlève ces croûtes à l'aide de corps gras ou 
de lavages désinfectants, et l'on renouvelle l'application 
de goudron. Les boues radio-actives, utiles dans le traite- 
ment des dermatoses, en gém-ral, sont particulièrement 
efficaces contre l'eczéma du chien [Petit 1 ]. 

Uulcére de la queue est traité par l'immersion jour- 
nalière dans une solution phéniquée par le saupoudrage 
d'iodoforme, de sous-nitrate de bismuth, de tan, et une 
application adoucissante, dans le voisinage, de pommade 
à l'oxyde de zinc. Il est quelquefois nécessaire d'appliquer 
un fourreau de toile ou de cuir et d'enfermer le chien 
dans une cage étroite afin de l'empêcher d'agiter la queue 
et de se blesser. 

L'ecz&ma de la conque et du conduit auditif nécessite 
un nettoyage préalable des oreilles ; on savonne à l'eau 
chaude ; on coupe les poils qui garnissent l'entrée du con- 
duit auditif; on tamponne avec du coton placé au bout 
d'une pince ou de bâtonnets flexibles et imbibés d'une solu- 
tion antiseptique crésyléè, oxygénée, iodée ou astringente, 
comme la solution de sulfate de zinc à 2 p. 100. On pousse 

(1) Petit, Recueil de méd. vct., l'.Ul, p. 552. 



300 DKUMITKS ECZÉMATEUSES. 

à fond ces Ixilonnels iiiix(|iiL'ls on imprime un mouvomonl 
lent de rolation; on renouvelle les tampons jusqu'au 
moment où la oiiale demeure propre. Onand la douleur esl 
trop intense, on i)ralique des injections analgésiques iglj- 
cérine cocaïnée ù 2 p. 100, acide borique ou décoction 
d'écorce de chêne laudanisés, 3 grammes de l'audanum 
par demi-lilre de solution . Quand l'oreille est jiropre, on y 
insuffle de la poudre d'amidon, de l'oxyde de zinc, de 
l'acide bori(juc |)ulvérisé, du sous-nitrate de bismuth, de la 
poudre de tan. du (Icrniatol, duxéroforme, du thioforme, 
de l'aristol. 11 fautcnipècherranimal de secouer les oreilles 
par l'application d'un béguin. 

Traitkme.xt gknkhal. — On fait maigrir les chiens trop 
gras par im régime rafraîchissant, lacté et végétarien, par 
des purgations douces et un exercice régulier. 11 faut remon- 
ter les animaux déprimés et amaigris par une alimentation 
carnée ; l'administration de 1 à 5 grammes de bicarbonate 
de soudp, de Osr.2."^) à 1 gramme de soufre d'ime à six 
gouttes de liqueur de Fowler ou d'eau de La Bourboule 
additionnée aulaitilans la proportiond'un tiers. L'usage de 
ces médicaments ne peut être prolongé ; il faut alterner et 
changer de médication, toutes les semaines, ou cesser 
momenlanéjnent celle qu'on a employée. On a songi' 
aussi àmodilier l'état général par des injections de sérum 
artilicjcj (l>é(;us) : mais ce li-ailcinent est peu enq)loyé. 



CHAPITRE m 
KÉRATOSES 

Ces affections sont caraclérisées par un épaississement 
de la couche cornée de l'épiderme. Tantôt celte évolution 
épidermique exagérée ne se trahit que par une desquama- 
tion en Une poussière (pityriasis), tantôt elle se révèle par 
des plaques régionales couvertes de squames sèches lamel- 
leuses, friables, abondantes et persistantes (psoriasis), par 
des hypertrophies circonscrites formant tumeurs (cornes 
<nitanées)ou par une kératose ditîuse etgénéralisée(ichtyose). 
L'altération, essentielle et primordiale qu'on observe 
dans ces maladies, c'est la kérose, c'est-à-dire l'hypertro- 
phie delà coufhe cornée avec tendance à la desquamation 
et à l'hyperkératose des orifices pilo-sébacés qui entraîne 
l'alopécie. 

1. — *SOLIPÈDES. 

I. — PITYRIASIS. 

Définition. — Une maladie cutanée caractérisée par de 
petites squames épidermiques comparables à du son ou de la 
farine et par une dépilation plus ou moins prononcée sans 
aucune élevure de la peau. 

Son caractère essentiel consiste dans un trouble delà 
kératinisation marqué parime sorte de catarrhe épidermi- 
que. Les squames furfuracées ou lamelleusesqui se forment 
à la surface du tégument irrité se reproduisent incessam- 
ment. L'hérédité, le tempérament sont des conditions qui 



302 KÉUATOSES. 

intcrvionnent dans rapparilioir de ce trouble. « Jamais 
(jneue de rat ne laisse son maître dans l'embarras. » 
disaient les hippialres pour montrer le rap|)r()(liemont 
entre le pityriasis et le tempérament nerveux. 

L'fhjc avanc('\ une nourriture constamment sèche, dans 
laquelle l'avoine entre pour une ii:rande proportion, con- 
tribuent au dùveloppemenl de cette maladie (Lafosse, 
Dagès). La chaleur de l'été contribue aussi à l'aire naître 
le pityriasis ou à exagérer ses manifestations. 

A ces causes prédisposantes s'ajoutent les causes locales : 
malpropreté de la peau, principalement des régions pour- 
vues de longs poils (crinière, toupet, queue) : accumula- 
tionsde substances irritantes (poussières de foin, parasites 
de toutes sortes) qui jouent un rôle capital dans l'étio- 
logie de cette affection. C'est tlans les ri-Krics mal entrete- 
nues que l'on rencontre, le plus souvent, le pityriasis: ce 
sont les animaux mal pansés, mal lavés, qui sont le plus 
souvent frappés. Il est vrai que l'excès de soins, les la- 
vages fréquents de la crinière et de la base de la queue 
avec le savon noir peuvent irriter l'épiderme, macérer ses 
premières couches, diminuer les sécrétions cutanées nor- 
males, dessécher la peau, favoriser la formation de S(pia- 
mcs et surexciter la sécrétion épidermique. 

Symptômes. — Le pityriasis est ordinairemeul /oca/: 
il alï'ectela tête, le bordsupérieiu- de l'encolure et la queue, 
quelquefois les épis du flanc, les faces latérales de l'enco- 
lureet larégion du dos ; très exceptionnellement, il devient 
général. 

|o piTYRL\sis GÉNÉRAL. — O troiibledela Ivéraliuisatiou 
se traduit p;ir la formation de squames poudreuses ou fari- 
neuses qui recouvrent tout le corps. sauil(>s extrémités. l>a 
régénération épidermique est presque p;ul ont luuiul tueuse, 
excessive. Les couches éi)ideruiiques accumub'es autour 
des orifices pilo-si'bacés déterminent la rujdure des poils. 
Ilsufflt dépasser la main à la surface du corps de l'animal 
pour entraîner ime grande quantité de poils et de pelli- 



SOLIPÈDES. PITYRIASIS. 303 

culos. Bien que les pansages soient fréquents, le tég-unient 
paraît sale ; il semble saupoudré de farine. Si on le net- 
toie à l'aide de la brosse et de l'étrille, la dépilation est 
parfois très prononcée et même complète dans les régions 
où la maladie se localise habituellement; ailleurs, l'alo- 
pécie est incomplète. 

La peau, débarrassée de ces squames, n'est pas épaissie ; 
elle ne présente ni éruption, ni suintement; elle est moins 
douce au toucher, un peu dure et rigide, plus chaude et 
plus sensible, maisces changements sont peu appréciables. 
Du reste, l'animal ne cherche pas à se frotter, et quand il 
y a du prurit, celui-ci est toujours très modéré. Les poils 
deviennent secs, ternes et cassants ; l'alopécie, limitée, se 
généralise. 

2° Pityriasis partiel. — La tète, la crinière, la queue et 
les épis sont les régions affectées. A la tête, le pityriasis 
occupe généralement le front, le chanfrein, les joues, 
c'est-à-dire les parties qui recouvrent les os; celles qui 
sont le plus exposées aux frottements des diverses pièces 
des harnais. Il débute par une sécheresse particulière de 
la peau, qui, au niveau des parties recouvertes parla bride, 
devient moins souple et moins onctueuse ; il est bientôt 
caractérisé par l'apparition de squames fines, grises ou 
blanches, qui se renouvellent incessamment. Bientôt les 
points primitivement envahis s'étendent, se rejoignent et 
se confondent; la dépilation des régions affectées commence 
à se produire, et celle-ci dénonce l'existence de cette affec- 
tion. L'alopécie est lente à se produire. 

Quand l'affection est caractérisée par les squames, la 
dépilation et un prurit modéré, elle est complète ; elle 
persiste sous cet état sans s'accentuer. Certaines parties, 
telles que les oreilles, le bout du nez, sont respectées ; il 
en résulte un contraste frappant entre les parties saines 
et les parties altérées. 

La maladie est très lente dans sa marche, sujette à de 
nombreuses récidives, stable dans ses caractères; \a peau 



304 KKllATdSKS. 

ftiriiH'uaevesie assez souple et naiigmenle pas d'i-paissciir. 

Oiiainl le pityriasis occupe la crittière ei la queue ititi,!- 
riasis rrinalis) ou Tune de ces n'-gions. ledébul île la uiala- 
die passe inaperçu en raison de la longueur, de lépaisseur 
des crins et de la malpropreté de la peau. O n'est que 
lorsque ralTedion. marqure par un prurit assez intense, 
a fait beaucoup de [irogrès, (jue laltenlion du propriiHaire 
est ('veillée. 

La maladie progresse lentement : les crins tombent 
peu à peu ; ils deviennent clairsemés, coupés à des hau- 
teurs diverses par le frotlenient de l'animal contre la 
paroi de la stalle, surtout si la maladie siège au niveau 
de la queue. Dans cette région, la peau devient [dusépaisse. 
plus dense; les l'ollicnles pileux s"atro])liienl, le derme se 
sclérose, la perte des poils est irréparable [queue de rat). 

Quelquefois le pityriasis a son ])iège dans V axe des épia 
soit du flanc, soit de l'encolure. (>l a. par conséquent, tou- 
jours une forme linéaire très limitée : c'est le jiHt/riasis 
spiceus ou (Vcpi de !\I(''gnin. Cette varii'dé disparaît pen- 
dant riiivcr pour se nionirci' di' nouveau le printemps et 
l'été. 

Pronostic. — i/alTeclion esl. pai- elle-même, (b'miée de 
toute gravité. Elle n'empéclie Jamais l'utilisation des ani- 
maux et n'a aucun retentissement sur la sauté. C.epen- 
daid. elle olfre le grave inconvénient de déligurer les che- 
v;iii\, particulièrement les animaux de luxe, qui perdent 
leurs crins. 

Diagnostic. — Le pityriasis est une maladie facile à 
rcionuaili-e : ou ne peut la confondi'e qu'avec la j/rt/c 
psoroplique ou avec Vcrzcma sec île la tète. 

Elle se dislingue de la ju-emière jtar l'absence de suin- 
tement et de parasites acariens, soit à la crinière, soit h 
la queue; par le peu de tendance (juelle a à s'étendre. 

Elle se dislingue de la seconde par le défaut d'éruption 
à toutes les «'"poques de son évolution et le manque 
d'(''paississement du tégument. De plus, W'czéma procède 



SOLIPÈDES. PSOHIASIS. 305 

par plaques peu étendues et indépendantes ; le pityriasis 
se d(''velop[ie en surface. 

Traitement. — Le traitement de cette maladie exige 
surtout des soins locaux. 

On peut modiller le régime des animaux, donner des 
aliments doux, laxatifs, du vert, des prép.^rationsalcalines, 
telles que le bicarbonate de soude ou les diurétiques, 
sel de nitre. afin de rendre Ihyperémie cutanée moins 
intense. 

Les médicaments a{)pliqués localement sont les plus 
efficaces; les soins de propreté entrent en première ligne. 
Il suffit très souvent de frictionner la région malade au 
savon noir ou au savon de potasse pour obtenir une gué- 
rison rapide. Sinon, on peut compléter les bons effets 
de ces frictions par des applications de pommade de 
goudron, pommade à la créosote, à la naphtaline, par 
des frictions à l'huile de cade,au phénol, par des lotions à 
l'eau phéniquée. à l'eau de goudron. O'iand ces niovens 
échouent, on peut recourir aux frictions de pommade 
boriqviée ou à l'oxyde de zinc. 

Enfin, quand, malgré tous* les soins de propreté, on ne 
peut venir à bout d'empêcher les chryniix de se frotter, 
il faut laver fréquemment la région malade avec le to- 
pique suivant : 

Acide salicylique o grammes . 

Glycérine 15 — 

Esprit-de-vin 300 — 

et appliquer journellement de la pommade à l'ox^'de de 
zinc. 

II. - PSORIASIS. 

Définition. — Maladie caractcrisce par l'épaississement 
de la 7)t'(7». la congestion du derme, la rougeur du tégu- 
ment , quand Vépiderme n offre pas de pigmentation, et par 
le développement de squames lamellemes ou de croûtes 
blanches rpaisses et adhérentes. 



30C kKHAloSES. 

La congcslion dv la peau est le i)oinl de départ d'une 
hypertrophie des papilles et d'une multiplication des 
cellules du corps niufjueux, dont la croissance est exa- 
gérée à toi poini que ces jeunes cellules épidermiques se 
kératinisent avec une grande rapidité. Cliniciuement, ce 
lait se traduit. , chez le clievuL par la formation do 
squames disposées en écailles, sèches, blanc grisâtre ou 
noirâtres quand un épanchement sanguin ou purulent ou 
quand des poussières se mélangent à la sécrétion épider- 
mique. 

.Malgré leur ailhéroncc au légumont. ces sijuamos, l'on- 
dillées, crevassées, peuvent être détachées. C'est une ma- 
ladie régionale, symétrique, à caractère rebelle ou incu- 
rable; elle s'aggrave toutes les fois que le sang se porte 
abondamment à la peau, comme pendant la chaleur de 
l'été; elle diminue et passe inaperçuo pendant Thivor, dos 
que le sang se retire. Lorsqu'elle s'est implantée sur un 
organisme, elle j-eviont périodiquement dans les mêmes 
régions. La maladie \w délorniino qu'un |)rMril modéré et 
n'altéro jioint la santé générale. 

Étiologie. — Le psoriasis est une maladie Iréipiente 
pondant les grandes chaleurs. L'.i/k'. le nnilel puis les 
rJievaux communs y sont très sujets. L'induence irritante 
exercée par la boue, le piu-in. les poussières, la lonle des 
extrémités no sullisent pas à expliquer son développement. 
Son origine parasitaire externe n'est pas établie ; la limi- 
tation nette des plaques de psoriasis et leur évolidion 
centrifuge ne sont pas des preuves sulïisantes. La symétrie 
habituelle des foyers de psoriasis n'est pas un élément 
certain <!(> son origine nerveuse. Sa nature est inconnue. 

Symptômes. — Cotte maladie des extrémités et dos plis 
de llcxion des articulations, notamment chez r,/'//t', s'a[i- 
pelle mala)i<lie lorsque lo mal siège au pli du genou ; 
solandre, quand il siège an |)li du jai'ret ; mal d'à ne et 
crapaudinc, quand il se développe au niveau du bourrelet 
et qu'il altère la production cornée; mules, travemincs. 



SOLIPEDES. PSORIASI; 



307 




pciijnes, teignes, quand il se localise au tendon et au ni- 
veau des fanons. Toutes ces dislinctions ne méritent pas 
d'être conservées ; il suffit de savoir que le psoriasis des 
extrémités ne dépasse pas le genou ou le pli du jarret, 
régions ([ui sont très souvent le lieu d'élection de la mnla- 
die. susceptible néanmoins d'envahir aussi le pli du patu- 
ron, de se développer 
plus souvent encoi'e au 
niveau de la couronne 
et du bouri'flet {mal 
d'(inr), appelé ainsi 
parce que ï'nne est 
l'animal le plus sou- 
vent atteint de ce type 
morbide. 

L'évolution de cette 
maladie est surtout 
uniforme. 

Au début, la peau se 
tuméfie, devient 
chaude, douloureuse, 
rouge chez les ani- 
maux privés de pig- 
ment , puis elle se plisse, 
s'indure, se gerce, se 
fendille, par suite des mouvements des articulations et 
des déplacements de la peau. Il se produit ainsi, au niveau 
des surfaces de flexion, des articulations envahies, des 
crevasses ou fissures intéressant plus ou moins le tégu- 
ment; elles sont sans cesse meurtries par les mouvements 
d extension et de flexion des membres malades, par les 
trottements de l'animal qui éprouve de légères démangeai- 
sons, accrues par les piqûres de mouches pendant l'été. 

Sous ces influences divei'ses, les plaies et crevasses se' 
recouvrent d'exsudations séreuses, sanguinolentes, qui 
deviennent parfois purulentes quand le mal est invétéré. 




Hg. 03. — Psoriasis symétrique de la face 
antérieure de la coui'onne chez le cheval. 



308 KKHATOSKS. 

La peau ost, cxroi-ii'-c, saignanlo. irn-giilièreiiicnl hoiir- 
geonnanlo, iilcéroo : les boiirgoons charnus sont do mau- 
vaise natiin;, ils ont peu de tendance à se cicatriser. 

Les animaux sont inutilisables: ils boitent beaucoup en 
soi-tant de l'écurie, lèvent eonvulsiveinent les membres, 
présentent un engorgement considérable des exlrémilés; 
l»uis, par Texercice, la soulTrance diminue, rcngorgemcnt 
se résorbe, mais les crevasses s'agrandissent. A|)rcs quel- 
ques heures de repos, le membre est plus engorgé que la 
veille; les lymphaliques sont enflanimés, l'intervalle des 
crevasses, remj)li de sang, et les boui-geons charnus sont 
en voie de mortification. Quand la maladie présente ces 
caractères, elle doit être considérée comme incurable ; 
elle s'atténue pendant l'hiver; le suintement disparaît, les 
plaies se cicatrisent, mais les elTels de la maladie n'en 
persistent ])iis moins : la peau reste épaissie, indurée, 
dépourvue de poils ou n'en présente que de très rares 
et de très gros; elle est toujours itrédisposée aussi aux 
crevasses, qui se montrent, de nouveau, dès le reloiu- du 
printemps. 

Ordinairement, la peau demeui-e toujours sèche, déuu- 
nudéc : il se forme des croiites épaisses, saillantes, paral- 
lèles, dis[)osées Iransversalement. 

Après plusieurs récidives, les engorgements des meui- 
bres malades amènent peu ;"i peu Vrpniasissemnil du tissu 
conjonclif sous-ciilaué. cpii slivpcrlroijliie parfois d'une 
manière si notable (pi'il détermine cet le altération dési- 
gnée sous le nom d'r/rpluniliasis. 

Les variétés du psoriasis des extrémités comprennent 
certaines crevasses qui se développent au pli du ])aturon, 
certaines inllaiinnations chroniques du bourrelet cl de la 
couronne. 

l^xceptionuellement. le psoriasis se développe aux fesses. 
aux épaules, aux flancs sous forme de traînées croû- 
teuses, blanches et nacrées et d'aspect plâtreux {psoriasis 
ijyrala) ou de plaques nunnnulaires de la dimension d'une 



SOUPÈDES — PSORIASIS. 309 

pièce d'un franc, ressemblant aux plaques trichophvtiques 
(Mégnin. Perrussel). Peu à peu, ces taches s'agrandissent, 
ac(iuièrent les dimensions d'une pièce de 5 francs ou 
même de la paume de la main, et prennent la forme 
annulaire. Elles s'allongent ensuite, deviennent ovalaires, 
en forme de fer à cheval ou de demi-lune et s'étendent 
quelquefois à la plus grande partie de la fesse (Cadéac). 

Les croûtes étant détachées de la peau à laquelle elles 
adhèrent, on voit leur face interne plus unie, plus foncée 
que la face externe; l'épiderme. dénudé, offre une surface 
noire, sèche, glabre, très brillante et parsemée d'infundi- 
bula qui sont les orifices des follicules pileux privés de 
leur contenu. 

L'affection peut mettre près d'un an à se développer 
entièrement; elle peut occuper alors la moitié de la fesse, 
puis elle s'éternise; elle procède par poussées plus ou moins 
brusques d'une durée variable qui résistent quelquefois à 
tous les traitements. 

Anatomie pathologique. — Le psoriasis consiste analo- 
miquement dans une altération de la kératinisalion mar- 
quée par une stratification de la couche cornée disposée 
en lamelles superposées. 

Le corps muqueux est hypertrophié et très épaissi (acan- 
those) entre les papilles allongées (papillomatose). La 
desquamation est déterminée par le clivage et la friabilité 
des lamelles cornées. 

La membrane sous-squameuse est formée de lits de 
cellules malpighiennes aplaties ; elle est mince et molle en 
raison de la disparition du stratum granulosum et de la 
persistance de noyaux aplatis dans les cellules. Le moindre 
frottement de cette surface peut blesser les papilles vas- 
culaires qui y affleurent. 

Diagnostic. — Le psoriasis est reconnaissable à son 
siège, aux caractères des croûtes, à sa marche, à ses réci- 
dives fréquentes, à son incurabilité. Cette afTection se 
développe surtout aux extrémités et se distingue bien net- 



310 KKRATOSKS. 

loinenl des ciiiix-aux-jambcs of du ci-apaud par lahscnce 
<le sécrétion fétide et Ihypcrtropliie dos papilles. Quant 
au psoriasis des parties supi-rieiires du corps. (\o nouvelles 
recherches sont nécessaires pour le dill'érencier macrosco- 
piquement des maladies parasitaires, de Vhcrpcs tonsuidits 
ou des autres afîections eczémateuses. 

Pronostic. — Le psoriasis est la dartre morte par 
excellenee; sa marche est lente et silencieuse; sa durée 
mdélinie ; son début insidieux, son évolution irrégulière. 
Tantôt elle ne s'accuse que par quelques démimgeaisons; 
tantôt elle laisse, après chaque poussée, des traces indélé- 
biles, des déformations de la couronne, du sabot : elle 
nuit à l'utilisation des sujets et résiste à tous les traite- 
ments. 

Traitement. — Il consiste essentiellement dans des 
moyens locaux. Il comprend deux étapes : 

d° DÉCAPAGE. — On débarrasse les pla<pies de leur en- 
duit squameux avant «le faire agir les médicaments. Les 
bains, les a|)plicalions émollientes, les onctions de vase- 
line, de fiommade à l'axonge, les savonnages réalisent celte 
condition. 

2° ïopiQUKs HÉDicTErus. — Lcs agents réducteurs les 
plus eflîeaces sont l'huile île cade, les goudrons sous forme 
de pommade, de glycérolés ou même à l'état pur. Il faut 
empêcher les animaux de se mordre, de se frotter, les 
soumettre au repos dès que les premières crevasses se 
produisent, juv-server les régions malades des mouches, 
désinfecter les plaies, les tenir propres afin d'empêcher les 
germes septiques de se déposer à leur surface et d'être 
absorbés. Quand l'affection a déterminé la protluclion d(> 
plaies, il faut recouvrir celles-ci de {)Oudres astrin- 
gentes ou désinfectantes (tanin, poudre d'écorce de chêne, 
oxyde de zinc, alun, chlorure de chaux, etc.). On doit 
aussi badigeonner le pourtoiu- de la plaie avec de l'huile 
empyreumatique afin d'éloigner les mouches. 

Un moyen, employé avantageusement, consiste dans 



BOVIDÉS. PITYRIASIS. 311 

rapplicalion d"un pansement antiseptique i lavage avec une 
solution fie sublimé corrosif, iodolorme, sous-nitrate de 
bismuth répandu sur la plaie) ; on obtient ainsi rapide- 
ment la cicatrisation des crevasses. 

Si raiTection tend à passer à l'état chronique, il faut la 
réveiller par des frictions d'huile de cade. par des appli- 
cations de goudron, de coaltar, qui sont d'excellents sicca- 
tifs; il est quelquefois nécc'^saire d'employer les caustiques 
(nitrate d'argent, cgvptiac, poudre de Rousselot, ferrouge) 
ou d'exciser même les bourgeons quand ils deviennent 
exubérants. 

Quand la maladie envahit le bourrelet et le sabot, on a 
recours à des applications de goudron et à divers autres 
moyens, 

III. - CORNES CUTANÉES. 

Ces kératomes. caractérisés par des excroissances qui 
ont la forme, la consistance 
de la corne, ont une origine 
embryonnaire (Voy. Mala- 
dies de la peau et des vais- 
seaux, in Pathologie chirur- 
gicale). Ils se développent 
généralement au niveau «lu 
cou du y^fx'u/^Forgeot) et du 
mouton (Even et. Reibel). 

II. — BOVIDÉS. 

I. — PITYRIASIS. 

Le pityriasis du bœut'esi 
une maladie sans gravité, 

qui se développe au fanon et ng. 64. _ Corne cutanée (Forgeot). 

àlanuque sous l'influence de 
la malpropreté, de l'anémie 
par défaut d'aliments, de maladies chroniques et de la dia- 




312 



KKRATOSES. 



thèseda ri rciise. Elle se caracti'rise.comiiio chez les au très ani- 
maux. parla productiond'une poussière itianchàtreel abon- 
daiilr, loiijourssèche, que labrosse détaclie sans difficulté. 
Traitement. — 11 consiste à savonner la peau, à la laver, 
ou il la lotionner avec du carbonate de potasse. 



11. — CORNES CUTANÉES. 

Les cornes cutanées sont fréquentes à rencontrer clioz 
les niiniiiniits; elles renferment quelquefois au centre des 
îlots osseux (fig. 04). Nous avons étudié ces kératoses dans 
patliologic chirurgicale (Maladies de la peau et des vais- 
seaux, p. 236). 

III. — ICHTYOSE. 

("ietleiv('ratose diffuse on presque généralisée n"aété obser- 
vée ipie chez le venu, qui. à la naissance, semble recouvert 

I 







....l 



V 



'.%x\ 



l'ig. 6."). — llyperkëriilose ou iclityose congénitale du veau. 

\, derme; 2, corps muf[ueiix de Malpighi ; 3, couclic cornée considéral>le- 
inent é])aissie. 

d'une carapace épidermiipiequi empêche la sortie des poil s 
(fig. 63.) (V'^oy. Maladies de lapcau^l des vaisseaux, p. 231). 



CHIEN. PITYRIASIS. 313 

III. — CHIEX. 

I. — PITYRIASIS 

Le pityriasis, ou dartre farineuse du chien, est caracté- 
risé par la formation au niveau de la tête, du cou, du dos, 
de squames blanches, sèches, qui ressemblent assez bien 
à de la farine ou à du son. 

Cette maladie s'observe de préférence chez les chiens 
d'appartement qui mangent beaucoup de friandises. Cepen- 
dant on peut rencontrer aussi des cas de pityriasis parmi 
les chiens de garde, et parmi tous les chiens à longs 
poils i terre-neuve, etc.). On ne l'observe guère chez ceux 
qui sont atteints d'eczéma ruhrum: c'est une affection des 
chiens adultes ou âgés. 

Symptômes. — La tête, le cou et le dos présentent une 
grande quantité de pellicules; elles sont toujours pulvé- 
rulentes et se détachent d'un fond toujours sec. Pourtant 
la peau se modifie : elle devient rosée ou noire et se 
dépile par plaques qui sont généralement bien délimitées. 

Quelquefois le derme reste entièrement sain, et la ma- 
ladie est uniquement caractérisée par une sécrétion épi- 
dermique exagérée, sécrétion qui est presque toujours 
restreinte, limitée à une surface plus ou moins étendue. 
C'est l'une dos fesses, un côté du corps qui sont ainsi 
atteints ; l'affection s'accompagne d'un prurit modéré. 

Pronostic. — 11 est peu grave. 

Traitement. — A l'intérieur, administrer des purgatifs, 
de l'eau arsenicale, de la liqueur de Fowler; modifier le 
régime, supprimer la viande, le sucre et les autres frian- 
dises, afin de rendre ralimentation moins excitante. 

Localement, le traitement peut consister dans des lo- 
tions alcalines de bicarbonate de soude, de potasse à 
4 i». 100, dans des lotions de sulfure de potassium ou de 
bisulfite de soude à 3 ou 4 p. 100, dans des bains alcalins, 
Caué.\c. — Patliologie interne. VIL 18 



314 



KKHATOSES. 



OU siiirui'ciix, dans dos bains do son on do saponaire [)Oiir 
assouplir la peau. 

11. — ACANTHOSIS NIGRICANS. 

Colle ini^Iadie osl earaelôriséo par un aceroissenieni 
modéré de la oouche cornée, dos végiHalions pnpilloma- 
teuscs disséminées ou agglomérées, par une auguH'nlalion 
de la pigmentation de la couche cornée, du corps papil- 
laire et du pourtour des glandes et des vaisseaux sanguins. 
Cette maladie, décrite par Schindelka et étudiée par 

Ilabaclicr, a été 
hser vée trois 
l'ois par llutyra 
et Marek. 

Ses causes soni 
inconnues ; on 
l'observe chez les 
jeunes animaux. 
i'.lioz Vhoinine. 
cotle dermatose 
est nroscpie tou- 
joursTexprossion 
d'un cancer la- 
tent. Une irrita- 
lion de l'appareil 
A. nerveux svmpa- 

'"'"' lliiipie péricap- 

sulairo dos glan- 
des surrénales 
n'y est probable- 
ment pas étran- 
gère. 

Symptômes. 
— Los l'overs de 
prédilection de cette maladie régionale et sjmélritiue sont 
le creux axillaire, le pli des genoux, les laces latérales des 




;fiL, 



66. — C/i'ipii iMt'\ni il nra/it/iosis nigrirans 
(CadOac). 



CHIEX. CORNES CUTANEES. 315 

iloigis, la peau des bourses. le voisinage de Tanus, la face 
inférieure de la queue, le voisinage des commissures des 
lèvres et des paupières. La peau de ces régions se déiiile, 
s'épaissit, se plisse, devient rugueuse, se fonce et prend 
l'aspect du cuir. 

La pigmentation varie du gris bleu au brun noir; les 
papilles végètent : la surface devient papillomateuse; les 
plis cutanés s'accentuent et les sillons sont ainsi de 
plus en plus profonds : la peau est râpeuse ; la desqua- 
mation est peu appréciable; mais le prurit est fréquent. 
Parfois le processus s'étend aux doigts jusqu'aux griffes 
et même aux muqueuses, mais celles-ci ne sont jamais 
pigmentées; elles présentent seulement des granulations 
blanchâtres, molles, non sanguinolentes. 

Diagnostic. — Ses manifestations symétriques, la pig- 
mentation de la peau et le peu d'intensité du prurit per- 
mettent de la distinguer des ac.ariases et même des verrues. 

Traitement. — Les soins locaux consistent dans l'em- 
ploi (le bains émollients (bains de son) et dans l'application 
de pommades, d'onguent napbtolé à 10 ou 13 p. 100. 

A l'intérieur, on administre des arsenicaux, de l'acide 
salicylique ou des salicylates. 

La maladie résiste souvent à tout traitement ou a une 
grande tendance à récidiver (1). 

Itl. — CORNES CUTANÉES. 

Ces productions ne sont pas rares chez les chiens et les 
cliats au niveau du front, des oreilles, du cou. du ventre, 
du flanc, de la région ombilicale, du prépuce. On les 
observe également chez les oiseaux (Voy. Maladies de la 
peau et des vaisseaux, in Pathologie chirurgicale, p. 278). 

(1) On observe souvent, dans l'oreille du c/icia/,(les acanthomes papillaires, 
aplatis, blanchâtres, en forme de verrues, qui proviennent d une prolifération 
de l'épithélium, puis du tis^u conjonctif sous-jacent (Proscholdt). Mégnin 
attribue ces productions aux piqûres des simulies (Habacher, Monaishefte, 
1909, p. 97). 



CHAPITRb] IV 
HYPERTROPHIES CUTANÉES 



La fondcnsalion et répaississeincnt du donne cararlé- 
risent les liy|)(>i'lrophios cidanées. 

I. — ÉLÉPHANTIASIS. 

L'éléphanliasis est une maladie chronique des solipèdes 
qui atteint principalement les extrémités: il succède aux 
plaies et à divers accidents traumatiques (Vov. Pat/iolor/ic 
chirurgicale: Maladies de la peau et des vaisseaux, p. 112). 

II. — BOTRYOMYCOSE. 

Celte maladie, consécutive à une jilaic accidentelle ou 
opératoire, est caractérisée par une sclérose régionale et 
diffuse du tissu conjonctif sous-cutané, aboutissant ù la 
production de Imneurs fibreuses le plus souvent creusées 
de listulcs purulentes {\oy. liotryomvcose, in Pathologie 
chiriirgirate. t. I, p. 2()0). 

I. — SCLÉRODERMIE. 

La sclérodcrmie est marquée par l'ati-opliii' du tissu 
adipeux, la rigidité du t(''gument par Inperli'opliie ou 
hvperplasie du derme Basset). On observe celle inodili- 
cation chez les vcrrnls âgés (Voy. Pathologie chirurgi- 
cale : Maladies de la peau et des vaisseaux, j). '2^'.\). 



'■■f 



CHAPITRK V 
NEURO-DERMATOSES 

Oa désigne ainsi les démangeaisons primitives et 
essentielles. 

Les neuro-dermatoses comprennent le prurit cutané, le 
prurigo, le dermograpliisme et le zona. 

I. — SOLIPÈDES. 

1. — PRURIT CUTANÉ. 

Le imu'it cutané ou démangeaison est une sensation 
particulière dépendante des nerfs sensitifs ou du sympa- 
Ihique et qui provoque le grattage. 11 peut s'observer en 
dehors de toute cause provocatrice extérieure, de toute 
maladie parasitaire ou eczémateuse apparente et semble 
constituer toute l'affection. 

Étiologie. — Les auto-intoxications déterminées par la 
néphrite chronique (Schindelka), l'urémie, les dyspepsies, 
les affections digestives chroniques peuvent lui donner 
naissance ; c'est le prurit dyscrasique. On l'a observé dans 
l'ictère, le diabète, dans la pneumonie, les intoxications 
déterminées par l'arsenic, le mais, les vesces, les aliments 
altérés. Les poisons modifient le système nerveux, de sorte 
que les prurits toxiques font intervenir un mécanisme 
nerveux. 

. Les prurits nerveux apparaissent dans le cours de 
diverses maladies nerveuses, comme la rage, la para- 
is. 



318 NKriîd-IiKltMATdSES. 

Ijsie bulbaire infeclicusc ou pseudo-rage, dans la dourine 
dans la paralysie combinée de la queue et des s]diinc(ers 
par altération des voies sensitives ; ils ont souvent une 
origine réllexe comme le prurit de l'anus, déterminé par 
les vers du côlon flottant ou du gros intestin, ou comme le 
prurit du nez dans la pentastniuose du chien et l'œstrose 
du mouton. 

Parl'ois le prurit opiniâtre, qui se manifeste dans certaine 
région comme le ne/, les maxillaires du rlievnl (Frolmer), 
la queue du a/iien ou sur tout le corps des bovidés, est 
d'origine inconnue. 

Symptômes. — i.c prurit se li-aduit |)ar d(;s grattages 
modérés ou violents, répétés, intermittents ou continus. 
L'animal se frotte contre tous les objets, se gratte avec 
les pieds, se lèche, se mord, s'excorie les tissus ou h s 
arrache. 

Le besoin de se gratter dcvicul (juehpiefois si intense 
chez certains animaux (pi'aucun moyen ne parvient à les 
en emi)êcher. Les conséciuenees de ces grattages consistent 
dans de l'éry thème, de l'eczéma traumali(pie, des exco- 
riations linéaires, dans des infections impéligineuses, dans 
des pyodermites, des lymphangites et des hypertrophies 
ganglionnaires. 

II. — PRURIGO. 

Le prurigo conslilue ime dcuiangeaison persistante qui 
s'accompagne de réactions cutanées spéciales k physiono- 
mie eczémateuse. I^e prurigo, qui appnraît quelquefois dans 
une région limitée des exti'émilés après une névrotomic. 
olfre c(< caractère. Il se développe ordinairement un mois 
après l'opération, au niveau de la couronne, sur les parties 
latérales privées de nerfs. .\ la suite du [uurit et des 
grattages, on voit se dessiner une plaipie da[)parence 
eczémateuse, qui se recouvre de piipules, de vésicules et 
qui otVre bientôt im asi»ect suintant ou devient ulcéreuse 
si on ne la protège pas soigneusement contre les trauma- 



<OLIPEDES. 



DERMOGRAPHISME. 



310 



tisiiics consécutifs à ces démangeaisons susceptibles de 
persister pen- 
dant un à deux 
mois [[). 

Traitement. 
— Une bonne 
hygiène, un ré- 
gime rafraî- 
chissant, des 
purgatifs salins 
et des diuré- 
tiques ont sou- 
vent raison du 
prurit essen- 
tiel. 

Le traitement 
local a égale- 
ment une gran- 
de importance: 
le menthol, le 
phénol, le cam- 
phre sont des 
médicaments 

antiprurigineux ; le gljcérolé tartrique. l'huile de foie de 
morue en onctions, la pommade à l'oxyde de zinc, les 
pommades anesthésiques composées de 2 parties de co- 
caïne, 5 parties de borax et 200 de lanoline, les lotions 
chaudes de créoline produisent aussi de bons efli'ets. 




Ki 



Kczénia d'origine Irophique. 



III- — DERMOGRAPHISME. 

On désigne ainsi l'aptitude que possèdent les téguments 
de conserver les traces des figures qui y sont dessinées. 
Ce trouble des vaso-moteurs, bien connu chez ïhomme, 

(1) Lardeyret, Trophonévrose cutanée accompagnée de leucoderniie chez le 
cheval {Jour, f/es véh inilit., 1909, p. 46i). 



320 



NEURO-DERMATOSES. 



a ôtô signalé par l'ôcus (1) chez un cheval tiquonr alli'inl 
d'une ribolition dos réflexes oculaires et d'une anoslliésio 
de loulo la tête, exccplé au niveau de la région inassé- 
térine. 

Le dcrniographismc pont être lapanago du nervosisme. 

Les rayures fai- 
tes avec longlc 
et toutes les inu 
pressions se tra- 
duisaient par un 
lii-risseniont pi- 
leux el un sou- 
I évoluent cutané 
analogu(> <■ à co- 
liii (|iie pourrait 
produire une 
l'orde passée sous 
Il peau. On |teut 
varier les dessins 
ot simuler les 
plaquesd'herpès. 
d'échauboulure 
ou d'anasarquo. 
("otte réaction do 
la peau os! per- 
manente ou in- 
termittente . On 
la reconnaît en passant un stylet mousse ou le manclie 
d'un porte-plume sur la peau, de manière à v graver di- 
vers caractères qui apparaissent nettement au bout do 
quelques minutes et persistent plusieurs heures. 

Traitement. — On ne s'occupe pas de ce troui)lo, géné- 
ralcnicnt déi-ouvert par hasard. 




Kig. 68. — liermographisme du cheval (l'écus). 



(I) l'écus, Klude de pathologie comparée sur le deriiiograpliisiiie du clievjil 
el de l'homme (Société centrale, ;tO sepl. l'.U:!). 



CHIEN. — ZOXA. 321 

II. - CHIEiX. 

I. — PRURIT CUTANÉ. 

Chez le chien, la maladie du jeune âge détermine quel- 
quei'ois une exagération de la sensiiMJité tactile et la dimi- 
nution OH l'abolition de la sensibilité à la douleur, de telle 
sorte que l'animal en proie à une sensation prurigineuse 
spontanée ou provoquée par un irritant (moutarde, etc.), 
peut se dévorer la queue, un membre ou une grande 
étendue du corps (Basset et Pécard, Marchand et Petit, 
Charitat, Blain etc.) ; Voy. Maladies du système nerveux). 

II. — ZONA. 

Le zona ou herpès zosler consiste dans une éruption 
vésiculeuse aiguë sur des plaques érvthémateuses canton- 
nées sur le trajet d'un nerf sensible, et développées sous 
l'influence d'une névralgie^ Cette alTection a été signalée 
chez le fhien par Hébrant (1). 

Symptômes. — Cet animal présente des plaques circu- 
laires d'eczéma au liane gauche se prolongeant jusque 
sous le ventre. Cette région est le siège d'un prurit violent ; 
le chien se mord cette région en aboyant avec fureur. 
Quelque temps après, il se mord le flanc droit avec la 
même fureur que le gauche, et, deux jours plus tard, une 
éruption de vésico-pustules fait son apparition. 

Traitement. — Les frictions légèrement vésicantes le 
long de la colonne vertébrale; les badigeonnages de sali- 
cylate de méthyle, en solution dans l'alcool, les pommades 
à l'extrait de belladone ont calmé l'irritation et assuré la 
guéi'ison. 

(1) Hébrant, Annales de méd. vél., l'JO.3, 



CHAPITRi: M 
DERMITES ARTIFICIELLES 

I. — SOLIPÈDES. 

Définition. — Ôndcsijiiieainsi les iiillainiu.il ions prodiiiles 
par (les causes mécaniques physiques ou cliiniiques. Elles 
se traduisent [)ar des aspects cliniques d'une extrême 
diversité suivant l'intensiti' ou la durée d"iuie même cause 
et le degré de vulnérabilité du terrain. \.o même atrent 
peut [U'ovoquer des ('riiplions entièrement dissemblables 
(érvllième. urticaire, pustules, etc. , et des dermiles sem- 
blables en apparence peuvent provenir d'actions nocives 
entièrement dilVérentes. 

Examinons successivement : 1" les dermites de cause 
mécanique; 2° les dermites de cause physique ; 'M les 
dermites de cause cliiiniipic. 

I. — DERfVlITES DE CAUSE MÉCANIQUE. 

Les traumalismes légers comme les frottements, 
l'irritation déterminée par la tondeuse, sont suivis 
d'cnjthémc, d'intertriijo. d'eczéma Iraiumitiqiic de la queue 
et des régions recouvertes par les harnais. 

Quand les pressions et les frottements deviennent plus 
éuergiques et |)lus prolongés, on voit apparaître des r.rco- 
ridlionx, des plaies, des crevasses, des Inmeurs saïKjiiùies, 
des œdèmes cliauds, des (liirillons ou callosités et des cors 



SOLIPÈDF.S. DERMITES DE CAUSE CHIMIQUE. 323 

(Voy. Pathologie chirurgicale : Maladies de la peau eL du 
tissu conjonclii" soiis-culané. p. 1 à 88). 

II. — DERMITES DE CAUSE PHYSIQUE- 

La chaleur, le froid, les radiations solaires engendrent 
de l'érjthème {érythème solaire), du lichen vésiculeux 
{gale bédouine), parfois de la gangrène cutanée (Voy. Patho- 
logie chirurgicale, p. 88 à 95). 

Les brûlures et les gelures peuvent déterminer l'en- 
semble des éruptions et des altérations cutanées (t. 1, 
Pathologie chirurgicale). 

Les rayons X produisent des radiodermites extrêmement 
graves. 

m. — DERMITES DE CAUSE CHIMIQUE. 

Les toxiilerinies externes embrassent les éruptions pro- 
voquées par l'application directe de médicaments irritants 
(acide phénique, i'ormol, sublimé, mercuriaux, révulsifs 
comme la moutarde, la teinture d'iode, etc., ou même la 
vaseline blonde, qui exerce quelquefois une véritable vési- 
/^ation) [Rebeillard (1)]. 

Les dermites vénéneuses déterminées par l'ortie, etc., 
les dermites venimeuses occasionnées par les chenilles 
processionnaires ( Blaps mortissaga) (érythème vésiculeux 
<les lèvres et du nez) (Voy. Pathologie chirurgicale de la 
peau et des vaisseaux, p. 9i5), les petites taches érythé- 
mateuses produites par les larves du trombidion soyeux 
(Cavalin) et par les nymphes d'ixodes réduves [Joly, 
Joyeux (2)] rentrent dans ce groupe. Les divers érythèmes 
d'origines diverses consistent dans une rougeur congestive 



(1) Rohi-, Nys, Rel)eiliai'd, Joiirn. ifp.i vét. milit., 1SU9, — Hurel, 
Érylhème de l'extrémité inlérieure de la tète {Jouru. de Lyon, lOOo, 
p. "691). — Nys, Revue vét., 1907, p. 412. 

(:;i Joyeux, Joiirii. fies vét. mi/it-, 1900 p. 11-'. 



324 DERMITES ARTIFICIELLES. 

cl passagère de la peau circonscrite ou (lilïuse, disparais- 
sant momentanément sous la pression du doigt. 

Les toxidcrmies de cause interne embrassent des éi\v- 
tlièmes, des éniptions et des troubles divers d'origine 
alimentaire ; les cniptions scriijucs, et l'urticaire, syndi'onic 
éruplif d'origines multiples. 

1° Toxidermies alimentaires. 

Les toxidorniics aliincninires sont iioiiii)reuses et très 
variées. 

La jarosse, le millepertuis produisent de l'érjtbème et 
des éruptions cutanées (Cornevin). 

Les tourteaux de maïs déterminent cbez le clioviil une 
maladie ('ruptive de la région des paturons, analogue aux 
eaux-aux-jambes, qui s'étend peu à peu sur la lace anté- 
rieure des membres et peut remonicr jusipi'aux genoux 
et jusqu'aux jarrets (Mouilleron . 

Plus rarement, la peau de la Uxr.c interne des cuisses, du 
fourreau, du voisinnge de l'anus et du pourtour des yeux 
et de la boucbe sont atteints. L'éruption est préin'-dée d'un 
mouvement lébrile d'intensité variable ; elle est accom- 
pagnée de suintement des extrémités, de squames dans les 
autres régions et guérit dès qu'on supprime les tourteaux. 

Les vesces, la luzerne produisent, quelquel'ois. cbez le 
rAe\///. une éruption des exlréniili's (Burmeister et parfois 
mémo de la muqueuse buccale. Les membres sont envabis 
par une tumélaclion œdémateuse suivie d'une exsudation 
séreuse, qui se convertit en croûtes. 

■ValimentatioH mélassce produit (pielquefois une exsu- 
dation séreuse au niveau des palui-ons Roder . 

Le li-éllc iTrif'olium hijhridum) détermine souvent une 
toxidermie fél)i-ile caractérisée par une inllanmiation plus 
ou inoins vive des parties blanches de la peau de la tête 
et des membres et souvent aussi de la muqueuse buccale 
(Dammann, liaultner, Zipperlein, iMicbael, llcrmann . 



SOLIPÈDES. — DERMITES DE CAUSE CHIMIQUE. 32!) 

La forme légère de celte toxidermie se traduit par une 
rougeur érvthémateuse et une tuméfaction passagère des 
n'-gions précitées. [Jne desquamation abondante termine 
le processus. 

Les formes plus graves s'accompagnent d'une coloration 
vioLacée des téguments, d'une tuméfaction intense et d'une 
vive sensibilité des régions affectées. Sur ce fond érythé- 
mateux, se développent des vésicules qui acquièrent une 
coloration jauniUre et laissent écouler un liquide séreux 
<iui s'épaissit et se concrète en croiltes. L'infection pyogène 
s'ajoute fréquemment à l'intoxication : il se forme du pus 
qui jaillit entre les croûtes desséchées, provoque leur chute 
et prolonge la maladie d'une quinzaine de jours. La durée 
de la maladie dépend aussi de diverses causes qui peuvent 
l'augmenter, telles que le prurit, Tintlammation des 
glandes sébacées, les lymphangites suppurées. 

Certaines formes graves de ces toxidermies se traduisent 
par la nécrose sèche des parties atteintes, par de la stoma- 
tite phlegmoneuse, des ulcérations cutanées, de l'ictère, 
des coliques, des ti'oubles nerveux (Haubner, Kovals, 
Friedi)erger et Frohncr). 

Traitement. — Les toxidermies alimentaires s'arrêtent 
et s'effacent généralement dès qu'on supprime l'aliment 
nocif. Les formes graves nécessitent, en outre, un traitement 
local qui est analogue à celui de l'eczéma (enveloppement 
humide, lavages désinfectants, poudres absorbantes). La 
stomatite est combattue par des gargarismes, les troubles 
nerveux par les calmants, les purgatifs et les diui'étiques. 

2° Toxidermies sériques. 

Les sérums immunisants sont susceptibles de déterminer 
des éruptions témoignant d'une hypersensibilité qui se 
traduit par des réactions intenses sous l'influence de doses 
minimes. Cette sensibilité croissante à l'action des -albu- 
mines proprement dites est connue sous le nom d'anaphy- 
Cadéac. — Pathologie interne. VII. 19 



320 DEUMITES AUTIFICIELLES. 

laxie. Elle permet d'expliquer les poussées d'érjtlième, 
durticaii'C ou d'eczém.i qui succèdent à lingestion ou j\ 
rinjoction de telle on Icllc substance regardée comnio 
inolTcnsive (1). 

L'injection de sérum antipneumonique dans 30 p. 100 
des cas (Bartels),le sérum anticliarbonneux dans 10 p. 100 
des cas (Alexandrescu et Ciuca), provoquent la réaction 
iinaplivlaclique. La malléine, la tuherculine, le sérum 
anlitétaiiique possèdent un pouvoir anapliylactogène 
remarquable, dû à la présence de l'albumine spécilique du 
bacille tuberculeux, du bacille morveux ou du bacille téta- 
nique (2). 

L'injection d'une albumine étrangère à l'économie peut 
se traduire par des signes d'inlolérance (anapliylaxie natu- 
relle) ou créer une sensibilisation telle que les injections 
do cette substance, pratiquées ultérieurement, agissent 
comme de véritables poisons (anapliylaxie arlilicielle). 
La séro-anaphylaxie est la forme la plus commune de 
cette intoxication par des matières albuminoïdes. Les 
troubles consécutifs à la sérothérapie n'évoluent qu'après 
une période d'incubation. C'est que la substance albumi- 
noïde introduite n'est pas la substance toxique qui pro- 
voque la réaction anaphylactique. Le sérum ne fait que 
provoquer, dans l'organisme uneréactionqui engendre des 
anticor[)s. La durée de cette incubation atteint souvent 
huit à quatorze jours. Pendant ce temps, les anticorps se 
forment en quantité sul'lisante pour acquérir le pouvoir de 
détruire les albumines étrangères circulant dans le sang. 
Habituellement l'anaphvlaxie résulte d'injections succes- 
sives de sérum; la première injection ne détermine (pi'une 
sensibilisation de l'organisme; la seconde. i)ratiquée six 
à dix jours après, se traduit par une réaction morbide 
vis-à-vis de cette albumine ou de sérums chez un nombre 
variable d'animaux ; les manifestations qu'on observe sont 

(I) Pécherot. l/anapln laxie (Jour», de Lyon. l'.ilJ, p. 27'.i). 
(J) Von Uoidsenlioven, A un. rti; métl. tél., 19 11'. 



SOLIPÈDES. — DERMITES DE CAUSE CHIMIQUE. 327 

étroitement liées à ce séi'utii ou à cette albumine. 

Symptômes. — Quand l'anaphylaxie est naturelle, la 
première injection du sérum est suivie cinq à six minutes, 
quelquefois même trois heures après, de troubles divei's 
plus ou moins graves. 

Chez le cheval, on voit apparaître une éruption d'urti- 
caire prurigineuse ou simplement un œdème de la tète et 
de l'encolure qui peut s'étendre atout le corps (Bartels). 

Chez les bovidés, on observe de l'ui'ticaire généralisée 
extrêmement prurigineuse, de l'œdème de la tête, des 
mamelles, des muqueuses anale, vulvaii'e avec une vive 
douleur au point d'inoculation. On constate, en même temps, 
une dyspnée intense, de l'œdème pulmonaire, du jetage, 
de la toux, de la salivation, du larmoiement, delà cyanose 
des mamelles, de l'inquiétude, de l'abattement pendant 
trois (juarts d'heure et, exceptionnellement, la chute de 
l'animal avec contractions généralisées et mort au bout de 
cinq à six minutes (Alexandrescu et Ciuca). Chez le povc, 
on peut constater des signes analogues. 

Ordinairement, tous les troubles s'effacent en quelques 
heures ou en moins d'un jour. 

Traitement. — Le traitement ciiratif de la maladie du 
sérum est analogue à celui de l'urticaire. 

Les moyens à employer pour prévenir les accidents 
anaphylactiques sont directs ou indirects. 

Les moyens directs consistent à diminuer la toxicité du 
sérum. Carnot et Slavu ont constaté que, si l'on ajoute au 
sérum de l'acide chlorhydrique dans les proportions de 
3,3 p. 1 000, les cobayes supportent deux doses mortelles 
de ce sérum sans présenter de troubles anaphylactiques. 

Le chauffage à 56° enlève au sérum une grande partie 
de sa toxicité sans le priver de son action thérapeutique. 

Quand il s'agit de sérums très actifs, on doit aussi les 
employer à dose très modérée. 

Habituellement, le sérum de cheval, employé chez une 
autre espèce, n'est toxique qu'à des doses supérieures à 



328 DERMITES ARTIFICIELLES. 

celles qui sont oinployées pour la guorison des l'ornios 
curables de la maladie [Vallée et Finzi il J. 

Les moyens indirects agissent sur l'individu en augmen- 
tant sa résistance. Lïntroduclion dans le rectum d'une 
dose de sérum vingt minutes avant l'injection sous-cutanée 
curative provoijue l'imniunisalion anli-ana])liylacti(pie 
(BesredUa). 

Si l'on entreprend une sérothérapie de longue durée, on 
doit inoculer le sérum régulièrement tous les jours de peur 
de laissera l'anaphylaxie le temps de s'amorcer. Les acci- 
dents anaplivlacliques graves sont partiellement évités par 
la substitution de la voie sous-cutanée à la voie veineuse. 
Le chlorure de calcium à la dose de (i à 10 grammes, par 
jour, pendant lesjoursde l'injection et les ijuinze jours qui 
suivent, contribue aussi à empêcher la production de phé- 
nomènes anaphvlactiques (Netler). 

IV. — URTICAIRE. 

Définition. — L'urticaire ou rchauboulure est carac- 
térisée par une éruption de plaques saillantes arrondies 
ou ovalaires de l'étendue d'une pièce de 2 francs à une 
pièce de 5 francs, dues à une congestion exsudative du corps 
papillaire pouvant s'étendre à l'hvpoderme comme au 
corps muqueux de Malpighi. 

Celte éruption, essentiellement passagère, est déterminée 
par la paralysie des petites artérioles, d'où résulte l'afflux 
d'une très grande quantité de sang dans le territoire 
qu'elles irriguent et l'épanchement d'un exsudai inllamma- 
toire ; elle est localisée, régionale ou généralisée et peut 
même atteindre les muqueuses comme la bouche, le 
pharynx, le larynx, gêner la respiration et produire de la 
fièvre. On la voit apparaître subitement el disparaître 
ordinairement de même. 

^l) Vallée et l'iiizi, Sur les modes irutilisatioii des séruins tlurapcu- 
tiques (5or;. centr. de tnéd. vct., I'.U1, i>. 397). 



SOLIPÈDES. URTICAIRE. 329 

L'urticaire est une simple manifestation symptoma- 
tique des affections les plus diverses; c'est quelquefois 
un syndrome accompagné des troubles généraux ; mais ce 
n'est jamais une maladie. On l'observe communément 
chez \QssoIipcdfs, moins souvent chez les rumincinls ei le 
poi'i-, exceptionnellement chez \e chien. 

Étiologie et pathogénie. — Des causes externes comme 
les piqiires des moiwlies, des Inoiis-, l'application d'agents 
irritants comme l'essence de térébenthine, l'acide plié- 
nique, etc., peuvent produire l'échauboulure. Chez cer- 
tains sujets prédisposés, l'irritant le plus banal et le plus 
minime provoque cette éruption : un frottement, une 
friction, une modiflcation réflexe des vaisseaux cutanés 
engendrée par un refroidissement, une pluie, une sudation, 
une course rapide, l'eau, l'air, la chaleur et le froid, etc., 
sont des causes efficientes chez les animaux prédisposés. 
Elle apparaît fréquemment le printemps et l'automne chez 
les animaux jeunes et vigoureux ou chez les sujets vieux 
à peau sèche et adhérente (1). 

Les causes internes revendiquent les agents excitants, 
irritants et toxiques contenus dans les aliments comme 
les principes toxiques renfermés dans les fourrages 
artificiels : les animaux qui vivent dans les pâturages 
présentent fréquemment cette éruption. 

Les troubles digestifs (catarrhe gastro-intestinal, cons- 
tipation), les changements brusques de régime, sont une 
source de fermentations intestinales anormales, dauto- 
intoxications et d'échauboulure. Les sérums animaux, 
les sérums antitoxiques provoquent souvent de l'urti- 
caire. 

Les toxines des microbes jouent un rôle considérable 
dans l'apparition de l'urticaire qui accompagne la gourme; 
les pneumonies infectieuses, la fièvre tvphoïde. On peut la 
voir succéder à une injection de malléine ; elle constitue une 

(Il Nicolas, Urticaire et symptômes nerveux chez le cheval dus à l'action 
(le l'ortie (^oc. centr., 1907). 



330 DERMITES ARTIFICIELLES. 

inanileslalion iinportanto de la doiirino et de diverses 
trvpanosonioses. 

Symptômes. — Elle (It'hiile bnisqiieinent. sans fièvre ou 
avec iH'ii lie lièvre, par iineèruplion de6o«<o»saplatisnet(e- 
ment circonscrits, du diamètre d'une pièce de 1 franc, 
atteignant quelquelois celui d'une pièce de 5 francs, et 
d'une hauteur de 1 centimètre au maximum. Ces plaques, 
nettement séparées au début, se multiplient en quelques 
heures et se confondent pour constituer des ligures 
irrégulières qui ne répondent à aucune description. Celle 
éruption s'accuse par le hérissement et la sécheresse des 
poils et par des saillies mamelonnées au niveau desquelles 
la peau est rouge ou légèrement violacée quand elle est 
dépourvue de pigment. Discrètes ou confluenles, ces saillies 
sont toujours irrégulièrement disposées, et elles donnent au 
doigt (|ui les comprime la sensation d'un (Pdème récent 
exempt de prurit qniuid léruplion n'est pas déterminée 
par l'aclion directe de substances irritantes (fig. (i9 . 

Leur siège est variable; tantôt l'urticaire est loca- 
lisée à la tète, à l'encolure, sur l'épine dorso-lombaire, sur 
les côtes et sur les fesses ; tantôt elle se développe sinnd- 
tanément sur les deux faces de l'encolure, les épaules, 
la poitrine, l'abdomen, le train postérieur : l'éruplion 
est généralisée. Les extrémités des membres seules sont 
généralement respectées. 

Son évolution est rapide, tpiçlle que soit son (Hendue; 
toutelasurfacedu corps seiouvre de plaques en une demi- 
heure. Chez la plupart des individus, on les voit disparaître 
en quelques heures sans laisser de traces. Chez d'autres, 
on constate un léger hérissement et un reflet terne des 
poils, rpii prennent, plus tard, une coloration foncée en 
raison de b'ur hypernutrition. Parfois, on voit d'autres 
éléments s'ajouter à l'échauboulure : des rcsiculcs. 
des phltjctèiies peuvent se développer sur les boutons. On 
voit se produire alors des exsudations et des croilles 
suivies de la chute des poils et de lamelles épider- 



SOLIPEDES. 



URTICAIRE. 



331 



iniques dont la dos(iuamatioii commence une semaine 
après. L'échauboulure offre alors la physionomie d'une 
dermite séreuse [Dagès (I)]. 

Exceptionnellement, l'échauboulure peut atteindre la 
muqueuse oculaire, nasale, pharyngienne, laryngienne, la 




Vig. 69. — Petites plaques (l'échauboulure. 

muqueuse du gros intestin, gêner la respiration, s'accom- 
pagner de tuméfactions œdémateuses considérables et d'un 
véritable réseau de lymphangites (fig. 70). L'échauboulure 
dorigine orliée s'accompagne d'excitation générale et de 
parésie du train postérieiu* (Nicolas). On peut voir cette ma- 



(1) Dagès, Recueil de méd. vèf.., 1894, p. 441. 



332 



DERMITES AltTIFICIKM-KS. 



ladie récidiver plusieurs lois dans lii même année; ni.ii 
liabitiiollenienl,c"estune manifestation passagère, bénigne 

par excellence, qui 
disparail par résolu- 
lion sans laisser la 
moindre trace. 

Diagnostic. - 
Lurlicaire est une 
des maladies les plus 
faciles à dépister. 
L'apparition brusque 
des i)laques et leur 
répartition irrégu- 
lière à la surface du 
corps de si>li[ii-dcs 
i)ien portants la font 
inimédiatement re- 
connaître. 

Les boutons de 
farcin s'en distin- 
guent par leur dis- 
tribution régulière 
sur le trajet des vais- 
seaux lymplialifpies 
el parleur tendance 
à persister, à su|)pu- 
rer ou à s'indurer. 

ÏJmiasai'qiic seule 
engendre des érup- 
tions analogues à 
celles de l'écliaubou- 
lur(\ \ signaler leiu- tendance à disparaître, à se repro- 
<luire uniformément dans ces deux maladies, ("est même 
ce qui lésa fait souvent confondre; pourtant Vanasanjuc 
s'en distingue ])ar la présence de pétécbies sur la piliii- 
taire, par la conversion plus ou moins riipide des boutons 




<î5^'."- 



70. — lk-li;uil)Ouliiic avec un réseiiu 
(le lymphaiig-ites. 



BOVIDÉS. URTICAIRE. 333 

œdémateux en larges plaques d'œdème et par la persistance 
de la fièvre, signe essentiellement passager de l'échau- 
boulure. 

Traitement. — L'urticaire est une des maladies les plus 
bénignes; elle dispai'ait souvent sans aucun traitement; 
les soins hygiéniques suffisent généralement pour assurer 
la guérison des malades. 11 faut diminuer la ration, 
donner une alimentation raiVaîcliissnnte. légèrement 
laxative. ai ronipagnée de purgatifs : sulfate de soude, 
de magnésie, etc., pour faire disparaître tous les troubles 
cutanés. Les diuréticpies sont également indiqués. 

II. — BOVIDÉS. 

Les dermites mécaniques des liovidés se traduisent par 
des callosités ou durillons: les dermites physiques sont 
peu importantes; mais certaines dermites cliiniitiues ont 
chez les bovidés, une gravité particulière. Les toxidermies 
d'origine alimentaire peuvent même s'accompagner d'énan- 
thèmes des muqueuses buccale, pharyngée, quelquefois 
même d'œdème du larynx, etc.. comme dans l'iodisme, 
fhydrargyrisme. 

Le porc présente des érythèmes symptomatiques du 
rouget, de la peste, les niniinants, au début de la fièvre 
aphteuse, de la vacc-ine. et à la suite de l'ingestion de 
plantes et de tourteaux. 

1. — URTICAIRE. 

Étiologie. — Lespiciùres des tcions. des moarhcs, l'in- 
gestion de fanes de pommes de terre, de seigle vert, d'épis 
de maïs, de vesces. de sainfoin, de trèfle, les brusques 
changements de régime sont les principales causes 
provocatrices. Parfois, on observe l'urticaire chez les 
bovins porteurs de larves d'hypoderme (Strose), chez les 

19. 



331- Dlili.MITES ARTIFICIELLES. 

v-7r/yrs eu 1)011 ('hil [Taplcoii {^)] [Mw l'étcntion prolongée 
<lii Ifiil dans la mamelle [Hoiillier et Delannoy (2)]; il s'agit 
dans ces cas (l'iiiie liypersensibililé de l'organisme à l'égard 
des snbH(an('(>s ,ill)miiinoïdes résorbées. On pent la voir 
siiccimIci- aussi anx. injei'lions de liibercnline. 

Symptômes. — L'éruption caraclérislique est quelque- 
fois précédée d'une salivation abondante, d'inquiétude 
et d'agitation et d'une lièvre intense 40,9 [Eggeling, 
Albreclil 3]. Puis, brusciuement. réru|)tion apparaît dans 
diverses parties du corps comme la tête, l'encolure, l'abdo- 
men, les parois thoraciqiies, les membres, les lèvres, les 
ailes du nez, les [jaiipières. Toutes les muqueuses voi- 
sines des ouvertures naturelles sont également atleinles. 

]^cs paupières et le pourtour des yeux s'infiltrent; les yeux 
deviennent saillants et larmoyants; un oedème volumineux 
envahit le muffle, la tète, la gorge ; le pis enfle énormé- 
ment et devient ex! reniement sensible; le corps se couvre 
de plaques de la largeur d'une pièce de cinquante cen- 
times à celle d'un franc; les lèvres delà vulve présentent 
une inlillralion intense el deviennent iiiamelonnées ; la 
peau de cette région est luisante, rosée ; la muqueuse 
vagin;ile est également infiltrée et tendue. Parfois la 
nuKjueuse pliaryngo-laryngée es! envahie par l'œdème, et 
l'animal fait entendre un bruit de cornage intense accom- 
pagné de signes asphyxiques ; il peiil inêiiie succomber 
[Albrecht, Wysniann (i)|. 

LV-ro/w^ton est exIrèniiMiii'iil rapide : la mort peut sur- 
venir en moins d'une heui'e dans les formes graves: la 
durée de l'échauboulure des Ar/\ //j.s dépasse rarement plus 
de cinq à six heures (Luccl. Tapken, Schleg, Wysniann): 
les boulons disparai.sseni presque aussi vite qu'ils sont 
venus; ils ne laisseiil pas de trace. 



(l)Tn|)kcn, Mniialxliofte f. /iralct. Tipr/ipilh-., 1809. 
(!') iloullier et Delannoy, Jouriinl ilc I.ijon, lOÛit, p. :!5l'. 
(:i) .Mbrecht, Monafx/tefic f. TieiurcC, ['MO, p. iG. 
(4) Wysniann, Sr/ttceiscr Arch. f. Tirrheil/i, IW.i, p. 34. 



HÛVIDKS. TOXIDERMIE ALIMENTAIRE. 385 

Pronostic. — Suivant que rinlorveution est rapide ou 
(ardive, le pronostic est variable ; si l'on intervient hâti- 
vement, il est bénin ; mais, si Ton attend trop longtemps, il 
devient grave et l'on peut voir mourir les vaches en moins 
d'une demi-hein-e ; les bètes pleines avortent quelquefois 
[Bedel (1)]. 

Diagnostic. — Le coryza gangreneux se difïérencie par 
la persistance de la fièvre ; Vandsarquc, par l'extension 
de l'œdème aux parties déclives comme le dessous du 
ventre et de la poitrine. La congestion pulmonaire s'accom- 
pagne d'une dyspnée analogue; mais on ne constate pas 
d'd'dènic exlérieur. 

Traitement. — Les cii'constances étiologiques de cette 
"maladie nous indiquent le traitement. La mulsion immé- 
<liafe et la saignée s'imposent. Souvent, la traite seule 
l'ait disparaître les symptômes. Dans la suite, un purga- 
tif, des diurétiques, une demi-diète, ramènent entièrement 
la santé. 

11. — TOXIDERMIE ALIMENTAIRE. 

Définition. — Sous cette appellation, nous désignons 
l'ensemble des troubles généraux et cutanés déterminés 
par les drêchcs de pommes de terre et quelquefois par 
le marc de raisin. Cette intoxication est communément 
décrite sous le nom û! eczéma des dréches de pommes de 
terre ou de maladie éruptive des bêtesbovines des distilleries. 
Elle est fréquente, chez les animaux de l'espèce bovine, à 
l'engraissement^ ou chez les vaches en stabulation perma- 
nente, en raison de la proportion relativement élevée de 
tubercules qui entrent dans l'alimentation de ces animaux. 
Mais les autres espèces n'en sont pas à l'abri; on l'a ren- 
contrée, en effet, chez le cheval (Ohlman), chez le poulain 
dont la mère est nourrie avec des pommes de terre ger- 
mées ou les pelures de pommes de terre (Gros-Claude et 

(1) Bedel, Urticaire œdénialeuse aiguc des bovidés. (.S'oe. di's sciences vét., 
1909). 



336 DERMITES AlniFI(:iEM.ES. 

Frank), chez le chien, le povc rerevaiiL une iniiiriiliiic 
riche en pommes de terre. 

Son apparition remonte au commencemenl de ic sinle ; 
elle atout d'abord été observée en Allemagne; Spinola la 
signalée en 1827 et décrite plus complètement en 18:U). 
Depuis elle a été étudiée par Zurn, Obieli. .lolme. Ual)e. 
Ileiss, Brantigam et les vétérinaires belges. 

Elle est assez rare en France, où les animaux ne sont 
qu'exceptionnellement nourris avec les pommes de terre. 
Cependant Lignières a vu 39 bêles sur b2 mourir de 
cette alinicntation. 

Étiologie et pathogénie. — Celle inloxifalion est géné- 
ralement iir()|»oi-li()nnclle à la <iuanlité des dréclies absor- 
bées : 80 litres de pulpes par jour et par béte avec peu de 
fourrage sec provoquent chez des animaux de 500 kilos une 
afl'ection générale très intense; léruplion cutanée produite 
par iO litres est restreinte et bénigne; les rations inférieures 
sont inolfensives, hormis certains cas d'intolérance ou 
d'hvpersensibililé telles que certains sujets réagissent à des 
doses minimes. Les j)ommes de terre crues à la dose de 
16 kilos peuvent déterminer une violente éruption. Les 
feuilles et les fanes de pommes de terre provoquent aussi 
la maladie (Marlcer). Mais il y a des diiVérences sensil)les 
suivant les saisons et les années. On observe principale- 
ment cette toxidermie au printemps. Les sources de cette 
intoxication paraissent multiples : 

1° La solanine n'y a (pi'une faible part: les pommes 
de terre qui en sont dépourvues provoquent la maladie. De 
plus, celle-ci ne s'accompagne pas des phénomènes narco- 
tiques, et l'on est inq)uissant à la déterminer à l'aide de la 
solanine ; 

"1° La potasse renfermée dans les pommes de terre 
(Qe^S par litre de drèches de pommes de terre) agit princi- 
palement comme iri-itant du tube digestif, puis comme 
poison nmsculaire, !?ans qu'on puisse lui attribuer celle 
ériq)lion eczénialil'orme : 



BOVIUKS. — TOXIDEIIMIE ALIMENTAIDE. 337 

3° Les alcools supéricurft contenus dans les drèches se 
retrouvent dans les résidus de distillation des grains, dont 
l'ingestion est inotïensive ; 

-4° Les acides acétique, lactique, butyrique et les pro- 
duits de la fermentation des pommes de terre ne peuvent 
être incriminés pour un motif analogue ; 

5° Les toxines microbiennes et les microbes ont leurs par- 
tisans sans plus de fondement. Toutes ces causes peuvent 
s'allier: la potasse irrite le tube digestif, trouble l'assimila- 
tion, engendre des fermentations secondaires etdes toxines, 
(pii. résorbées et véhiculées par le sang, vont s'éliminer en 
masse chez les vaclies laitières dont le lait détermine la 
diarrhée chez les veaux et une éruption cutanée chez les 
enfants. Chez les animaux a l'engraissement, l'élimination 
par les émonctoires est moins aisée ; l'accumulation de tous 
ces produits uniformes devance l'accoutumance ou la 
mithridatisation. Or tout produit, tout sel accumulé a 
haute dose dans Torganisme devient toxique ; toute intoxi- 
cation peut s'accompagner de manifestations cutanées ; la 
toxidermie peut être envisagée comme un effort élimina- 
toire du toxique par les téguments. On peut la regarder 
ainsi comme un phénomène d'ordre anaphylactique. L'ani- 
mal qu'on engraisse de drèches de pommes de terre peut 
acquérir une sensibilité croissante à l'égard de cet aliment, 
ce qui permet d'expliquer la ditférence de sensibilité que 
présentent à cet égard les divers sujets d'une même étable, 
qui supportenthabituellement pendantdeux àtroissemaines 
le régime sans présenter de troubles ap])réciables. Les 
vaches laitières sont exceptionnellement malades ; elles 
éliminent rapidement, par le lait, les principes toxiques 
qu'elles ont absorbés ; les bœufs en liberté sont moins 
malades que ceux qui ne sortent pas de l'étable. Les drèches 
de maïs sont susceptibles de produire une maladie analogue, 
mais plus grave (Schruder. Paris). 

Le (rèfle, la moutarde blanche, les pulpes de betteraves, 
le houblon, les tourteaux de maïs, la luzerne peuvent 



338 PERMITES ARTIFICIELLES. 

(IfHcrininer ilcs cniplions analotfuos ^{oinliai't. Drulorlcin. 
Si|)p, Zanil)a, Hodor. Kiilin, Higoloaii. Marol;;. 

Symptômes. — Avec un niouvemonl lélirilc plus on 
moins afciisi'" accompagné d'inappélonco, do constipation, 
do diarrhée, d'alTaiblisscment progressif, on constate des 
symplùnies locaux caractéristiques, qui ap|taraissent ordi- 
nairement vers le troisième jour. Les extrémités présen- 
tent de la rougeur, de la chaleur, de la douleur et de la 
tuméfaction au niveau des paturons. 

l'nis l'engorgement envahit le boulot, gagne le jarret, 
la lace interne d(>s membres, quelquefois les testicules et 
les mamelles; il peut même s'étendre sur tout le li'onc, 
se localiser au bord supérieur du cou et recouvrir la poi- 
trine, le venti-e, le dos, la queue, l'anus. Dans toutes ces 
régions, le poil se hérisse, la peau se plisse, se ride, se 
fendille et ressemble à l'écorce rugueuse du platane: la 
démarche devient raide, le lever difficile. 

Dans les points où le tégument est congestionné, prin- 
cipalement vers les ])lis articulaires, il se form(> bientcM 
des ccsiciilcs petites, aplaties, conlluciilcs. (|ui ne lardent 
pas il se réunir: elles crèvent rapidemcul cl ((invertissent 
la surface de la peau en vastes plaques humides. La 
sérosité se concrète et se convertit encroides très épaisses 
et très étendues. 

En même temps, les gerçures des plis ai'ticulaires se 
transforment en crevasses qui s'infectent et sont suivies 
de lymphangites. ])arfois d'abcès cutanés, de mortification 
de placards cutanés et. exceptionnellement, d'infection 
septique et purulente, ou d'une diarrhée épuisante. Les 
vnclics pleines avortent fréquemment. 

Parfois aussi la bouche se couvre d'iilaralions de la 
grosseur d'une pièce de 50 centimes, situées vers le bord 
édenté dé la niAchoire supériem-e ; elles sont congestion- 
nées à la périphérie, piu"ulentes au centre, tuméfiées sur 
les bords. Elles ressend)lent aux apitles en voie de cica- 
trisation. Les stomatites pseudo-aphteuses sont l'exprès- 



BOVIDÉS. TOXIDERMIE ALIMENTAIRE. 339 

sion d'un grand nombre d'intoxications alimentaires et 
microbiennes (Vov. Stomatites, t. I. Habituellement, les 
troubles généraux disparaissent avec la cessation du régime 
reculent; les crovites et les poils tombent; on observe une 
desquamation cutanée intense, et la guérison se complète 
en quelques semaines: mais tous les troubles qui pré- 
cèdent se reproduisent si l'on reprend ce régimenocif ;il y a 
aussi dos animaux prédisposés qui tombent plusieurs fois 
malades dans le cours d'une année pendant que d'autres, 
placés dans les mêmes conditions, résistent. Cbez les mou- 
tons, on peut observer un prurit intense sans éruption 
visible (Schindelka). 

Marche. — La marche de la maladie est lente ; elle 
ne dépasse pas le stade érythémateux dans les foi'mes très 
bénignes et guérit en deux à quatre semaines; elle se 
trahit par une éruption intense dans les formes graves, 
principalement quand l'alimentation toxique est continuée 
ou que les animaux sont maintenus dans de mauvaises 
conditions hygiéniques; elle peut durer plusieurs mois. 

Lésions. — Les lésions que l'on observe consistent en 
des altérations inflammatoires de l'intestin et de la peau. 

Le TUBE DIGESTIF irrité offre les caractères de Y entérite 
aigm ou de Ventérite chronique, suivant la rapidité de 
l'empoisonnement. L'intestin grêle est toujours la partie 
malade; les autres organes sont sains, sauf le cerveau et 
les méninges, qui accusent toujours un certain degré de 
congestion. La viande ne parait nullement imprégnée du 
poison; elle ne diffère de la viande des animaux sains ni 
par l'odeur, ni par la saveur ; elle est inôtîensive, mais 
quand l'intoxication remonte à une date ancienne, les 
chairs sont rouges, saignantes, fiévreuses, et doivent être 
rejetées de la consommation. 

Pronostic. — On a vu le nombre des victimes de cette 
intoxication atteindre 20 p. 100 ; mais, aujourdlnu. on 
évite les accidents graves par ime alimentation moins 
uniforme. 



340 DKRMITES ARTinCIELLES. 

Diagnostic. — La maladie détcrminc'C par Tingostion 
(lo |ioiiiin<'s (le Icrre peut ("'Ire confondue : l^* avec les 
caux-aiix-jauibes ordinaires ; 2° avec la gale symbiotiiiiie 
des exliv'mités; 3° avec la fièvre ai)hleiise. 

1° Eaux-aux-jambes ordinaires. — Dans les cas peu graves 
d'intoxication, l'image clinique est souvent la même dans 
les deux maladies ; mais les eaux-aux-jambes ne dépas- 
sent pas les genoux et les jarrets; elles se caractérisent 
par de la rougeur, des vésicules et une desquamation 
épidermique très intense. 

2° Gale des extrémités, ou CjAle symbiotique. — (".cite 
maladie est superficielle, bénigne, ne se généralise pas, 
présente toujours le caractère de la (îferonicité et n'abou- 
tit qu'à la formation de s(|uaines. tandis que l'eczéma des 
pulpes de pommes de terre est plus aigu, plus profond, 
souvent bumide. accompagné toujours de la production 
de vésicules et souvent d'une désorganisation du tégu- 
ment. 

;{" FiKVKE aphteuse. — Ottc maladie ('ruptive, conta- 
gieuse, se localise dans la bouclie. sur les mamelles et 
aux extrémités, principalement à la naissance des onglons, 
sur tout le pourtour de la couronne, sur le canal biflexe : 
elle est très contagieuse et n"a rien d(> commun avec la 
maladie des pommes de terre. 

Traitement. — Le moyen le plus simple et le plus ralion- 
nel pour guérir cette maladie, c'est de supprimer entière- 
ment cette alimentation, ou tout au moins de la réduire 
à des ]U"oporlions telles qu'elle devienne compatible avec 
la santé <les animaux. Ainsi, (]uand on n'administre que 
10 à 20 litres de pulpe aux auinuuix, il n'y a pas d'intoxi- 
cation ; il suflit de substituer à l'excès de pulpes de pommes 
de terre soit des pulpes de maïs ou de grains, soit des 
fourrages secs, ipiand il n'y a pas pénurie de ces aliments. 
L'addition de cbaux i50 à 100 grammes par 50 litres de 
drêcbes ou d'eau de cbaux. 2 à ;} litres par jour', est très 
avantageuse (llaubner, .Siedamgrolzky). Les drécbes per- 



MOUTON. DEUMITE ÉKYSIPÉLATEUSE. 341 

dent leurs propriétés nocives quand elles sont soumises à 
l'action do la vapeur à 60o(Eggeling). Les animaux malades 
mis en liberté ou promenés guérissent aussi très rapide- 
ment ; on doit tenir Télable très propre. 

A ce traitement hygiénique, on peut adjoindre un trai- 
tement thérapeutique, qui n'a de chance détre efficace 
qu'autant qu'on a supprimé la cause du mal. Quand la 
maladie est superUcielle, on peut se contenter de lotionner 
les membres malades avec de l'eau chaude ; on maintient 
ainsi la région très propre, et l'on pratique ensuite des 
onctions avec de l'axonge, avec du cérat camphré ou sa- 
turné, avec de la glycérine saturnée. Rabe préconise un 
mélange de goudron et de savon (1 partie de goudron. 
2 parties de fleur de soufre, 2 parties d'alcool, ou de 
l'huile phéniquéo à 5 p. 100. Tous les astringents en solu- 
tion ou en poudre peuvent suffire : écorce de chêne, poudre 
de tan, décoction de ces produits, eau blanche, sulfate de 
cuivre, lait de chaux chloruré. 

II! — MOUTON. 

Le mouton est exposé à des dermites mécaniques sim- 
ples engendrées par le tondage et à des dermites physico- 
chimiques communément désignées sous le nom de fago- 
pyrisme ou iïérysipèle facial : il peut être affecté aussi 
d'urticaire analogue à celle des bovidés. 

DERMITE ÉRYSIPÉLATEUSE. — FAGOPYRISME. 

Définition. — Cette affection, connue sous le nom de 
fayopyrisme, d'crysipéle facial, est déterminéeparlalumière 
solaire et des aliments spéciaux; elle est caractérisée par 
une rougeur subite et diffuse de la tête, par une éruption 
polymorphe et quelquefois m'éme par la nécrose de la 
peau du chanfrein avec inflammation secondaire des 
muqueuses oculaire et nasale. On l'observe principalement 



:U2 DERMITES AIITIFICIELLKS. 

clu'zlcs ni(nil(jijsc[ lesporrs, rureinent chez les Jjovi(l('\< i), 
les c/ii'vvos, et exceptionnellomenl chez les rln'vntix 
|);iiiiinann). 

Étiologie. — L'ingestion de sarrasin {Pulyijonum fnijo- 
pyriim) et de quelques autres plantes de la même famille 
a été regardée jusqu'à nos jours comme la cause de cette 
maladie. C'est qu'on avait remarqué que les bêtes à laine 
que l'on fait pdturer dans les champs de sarrasin, quand 
ces plantes commencent à diMleurir et à porter des graines, 
sont les [tius exposées à cette alTection i Dupuy). 

Moisanl rapporte que, dans un troupeau composé de 
(jiiîilre cents bêtes et de cent cinquante agneaux, tous les 
animaux soumis à cette alimentation, à la bergerie, furent 
atteints de celte maladie. La ronsommalion de la paille, 
des balles ou du son paraît même susceptible d'engendrer 
la même intoxication que la plante verte. L'érnpiion peul 
se manifester quinze jours après l'ingestion de la piaule si 
les animaux sont exposés au soleil. 

La lumière paraît indispensable à la niauii'estalion île 
ces efTets : Widing a constaté (jue les accidents locaux 
sont d'autant plus intenses que les sujets sont plus blancs 
et qu'ils demeurent plus longtemps exposés à la lumière 
diffuse ou à la lumière solaire directe. Des animaux sou- 
mis à la même alimentation et maintenus à. l'obscurité ne 
présentent aucune éruption. Les vaches à robe pie ne pré- 
sentent de signe d'érythème qu'au niveau des parties 
claires de leur tégument; les parties de peau enduites de 
goudron n'olfrenl pas d'exanthème (Finsen). On a d'ail- 
leurs reconnu que cette dermite frappe plus fréquemment 

(I) (iiiiltard n signale'; clicz le bœuf une afl'ectioii analogue caractérist-e par 
(k'S croûtes grisâtres plus ou moins foncées, disposées en plaques irrégulières 
sur la nnu|ueuse du muffle, et de la face interne des lèvres jusque sur les 
gencives. Elle déhule par do petits points rouges ressemblant à une piqûre 
d'épingle, ou par de petits foyers hémorragiques, qui augmentent d'étendue 
et acquièrent les diiuensions d'une lentille et engendrent des croûtes (pii 
justifient la dénomination de noir-niuseau. Celte maladie a sévi dans une 
étable où se trouvaient des i-a'-Zcs atteintes de vaginite granuleuse (Guittard. 
Progrès viil., 1900). 



MOUTON. DERMITE ÉRYSIPÉLATEUSE. 3*3 

les moutons blancs et les agneaux que les animaux noirs. 

L'action du sarrasin et de la lumière solaii'e a été éta- 
blie expérimentalement, chez la souris blanche et le 
cobaye, par Ohmke, qui a constaté que le sarrasin, traité 
par l'alcool . perd son pouvoir nocif, tandis que l'extrait 
agit efficacement sur les animaux blancs. 

On ne peut accorder un grand crédit à ces observations 
depuis qu'on a vu cette maladie — ou une maladie ana- 
logue — sévir sur les moutons noirs comme sur les blancs, 
chez les animaux n'ayant jamais mangé de sarrasin 
comme chez ceux qui en sont nourris (Moussu). Cette der- 
mite n'est pourtant ni inoculable, ni contagieuse ; on peut 
faire cohabiter impunément les animaux sains avec un 
grand nombre de malades (Dupuy). 

Symptômes. — La maladie apparaît brusquement chez 
les anhnaux qu'on conduit au pâturage. 

Bien portants à la bergerie, ils manifestent, dès qu'ils 
sont à l'air libre, une congestion soudaine de la face, des 
oreilles, des paupières, des narines, des lèvres, du cou, 
parfois même du pourtour de la vulve et de tout le corps 
(Moisant). 

Ces parties deviennent chaudes, rouges, un peu doulou- 
reuses, prurigineuses. A ces manifestations locales du 
début se joignent quelquefois des symptômes généraux qui 
semblent accuser une mtoxication des animaux malades; 
le pouls est accéléré, l'artère est tendue: on remarque de 
la raideur dos membres et une sorte d'ivresse avec agita- 
tion de la tète ; les bêtes malades bêlent fréquemment, 
courent çà et là. tournoient rageusement ou se livrent à 
des mouvements involontaires et pi'ésentent de l'hébé- 
tude, du vertige, des convulsions épileptiformes (Dupuy). 
En même temps, une crnptiou de pustules et de vésicules 
se produit au niveau des surfaces congestionnées et 
œdématiées; ces pustules sont arrondies, de la grosseur 
d'un petit pois à la face, lenticulaires et plus rares aux 
commissures dos lèvres; leur contenu est aqueux et jau- 



344 DEHMITES ARTIFICIELLES, 

nAlre ; leur évolution est rupide ; elles s'oiivrenl sponla- 
némenl ou plutôt sont déchirées par des frottements; le 
prurit est très intense: les animaux se Trottent même la 
tête contre les murs. 

La face se couvre ainsi de croiUeft fom-ées qui se des- 
sèchent vite et deviennent adhérentes; on ne peut les 
détacher qu'avec de grands efforts et en faisant saigner la 
peau, qui olfre un aspect ulcéreux. Parfois quelques heures 
d'exposition à lair suffisent pour déterminer la mortilica- 
tion des oreilles, des paupières ou de la peau du chanfrein. 

Ordinairement aussi, les muqiiciifics participent à cette 
intlammation cutanée : la muqueuse vulvaire. tuméfiée, 
gène la miction : les yeux deviennent chassieux : la cornée 
s'enllamme, l'éruption et les ulcères qui succèdent à la 
destruction des pustules gagnent la muqueuse nasale, qui 
laisse écouler un peudejetage, envahissent la face interne 
des lèvres et gênent ainsi la respiration, la préhension 
et la mastication des aliments. 

L'évoUtlion de la maladie est hénigne ou inappréciahle 
j\ la hergerie ; elle n'offre toute sa gravité (pie chez les 
animaux qu'on conduit au pâturage. 

j/air. la lumière, le changement de température pré- 
sident à l'apparition de tous les troubles cutanés. Il suffit 
de soustraire les animaux à leurinlluence.au début du mal. 
pour en arrêter le développement et obtenir une guérison 
prompte. Les malades, rentrés rapidement à la bergerie, 
récupèrent bientôt la santé. Ceux qu'on fait rentrer tar- 
divement présentent les complications les plus graves et 
peuvent même succomber à des accidents cérébraux au 
b(tul de liuil à douze heures. 

Traitement! — On conseille de tenir les animaux à 
l'abri (les r.iyons solaires, de ne les mener au pâturage 
(pie vers la fin du jour ou pur un temps couvert, de les 
renti'er (]uand ils présentent les premiers signes de conges- 
tion faciale cl lie les nourrir ou de les engraisser à la 
bergerie. 



PORC. URTICAIRE. ;U5 

Quand on n'a pu prévenir l'apparition de cette maladie, 
il faut combattre l'amaigrissement pai* une alimenta- 
tion abondante avec les l'arineux, les soupes, les herbes 
tendres, etc., de manière à soutenir les forces et admi- 
nistrer du sulfate et du bicarbonate de soude pour hâter 
lélimination des principes toxiques. Contre les croûtes, 
on peut employer les astringents : eau blanche, acétate 
de plomb, tanin, sulfate de fer à dose faible, eau de 
chaux; hâter la réparation des tissus et prévenir l'ex- 
tension des ulcérations ; favoriser la dessiccation des 
produits exsudés en calmant le prurit, en protégeant les 
parties irritées et dénudées, soit avec de la vaseline addi- 
tionnée d'acide borique ou d'oxyde de zinc, d'une solution 
faible de sublimé corrossif ou de liniment oléo-calcaire ; 
soit avec des astringents : goudron, pommade à l'oxyde de 
zinc; soit à l'aide de poudres absorbantes : poudre de tan 
et amidon. Les douches, les compresses d'eau froide 
conviennent pour assurer la propreté des l'égions malades. 

IV. — PORC. 

URTICAIRE. 

Étiologie. — Le i^ouget sous sa forme bénigne se traduil 
par le syndrome urticaire caractérisé par des élevures et 
des boutons atteignant quelquefois la grosseur d'une noix 
et par des symptômes fébriles. 

Les aliments avariés plus ou moins riches en ptomaïnes 
peuvent cependant troubler les vaso-motem's et produire 
l'urticaire. Les tuméfactions de couleur rougeâtre s'éten- 
dent; elles pâlissent au centre pendant que leur périphérie 
est entourée d'une couronne rougeâtre (1). 

Les piqùi'es produites par les orties déterminent une 
éruption érythémateuse accompagnée d'un prurit intense, 

(1) Faure, Une afl'ection rubéoliquc du porc (Journal de Lyon, 1S99, 
p. 550). 



346 DERMITES AHTIFICIELLES. 

avec rrotteinents énerf^iqucs des parties alteinles contre 
les corps avoisinanls. Indépondaininont du rouget et des 
orties, lo syndrome urticaire olïre peu d'importanre «liez 
le porc: l'éruption apparaît en quatre à six jours. 

Pronostic. — Il csl ui'mi riilcuient bénin. 

Traitement. — La diète et les purgatifs (15 à 50 gram- 
mes do sulfate de soude ; calomel. Of^'',iO à 0".00) sont 
efficaces contre riu-ticairc d'origine digestive. 

V. — CIIIEIV. 

I. — ÉRYTHÈME. 

Des causes e.rtcrnes, comme les froltements (h'-terminés 
par le collier, un bandage de fracture, les liarnais. les 
piqûres de puces et de parasites divers, ou des causes 
internes comme les aliments, les médicaments, les toxines, 
les agents infectieux, ou même des influences nerveuses, 
peuv(Mit engendrer des érythèmes en provoijuant des vaso- 
dilatations générales ou locales. La principale forme 
d'érjtlième du chien est leczéma rubrum (Voy. Eczémas). 
Chez les chiens et les chats nouveau-nés, on peut observer 
pendant plusieurs jours un éry thème de la région ombili- 
cale et de la face interne des cuisses. 

Traitement. — Une friction d'huile de cade suivie d'ap- 
plicalidii de poudre d'amidon, de lan. etc., estgénéralement 
un traitement eflicace. 



II. — URTICAIRE. 

Étiologie. — On peut voir l'urticaire se produire pen- 
dant la période des chaleurs ou succéder au catarrhe de la 
vulve (Schindelka) et h l'ingestion de chocolat et de cer- 
tains gâteaux. 

\j urticaire expérimentale est réalisée chez le cln'en en 
insérant dans le derme des tubes capillaires remplis de 



CHIEN. — URTICAIRE. 347 

diverses substanres ipeptone, pepsine, trypsine, antitoxine 
diphtérique, toxine staphvlocoociqiie. etc.) (Tôrôki etPhi- 
lippson). 

Il est probable que ces substances, circulant dans le sang, 
même infiniment diluées, jouent un rùle analogue à la 
faveur de troubles nerveux. 

L'urticaire résulte aussi de l'irritation et de l'intoxica- 
tion déterminée par les piqûres des orties. Les poils urti- 
cants qui se détachent très facilement des feuilles d'ortie 
irritent les parties dénudées, s'insinuent jusqu'à la base 
des poils de Tanimal, et le produit toxique, analogue au 
venin des chenilles processionnaires, peut pénétrer dans 
l'économie par la peau, les voies digestives et les voies res- 
piratoires. 

Symptômes. — On voit survenir alors des symptômes 
nerveux qui s'ajoutent à la rubéfaction extrêmement 
prurigineuse des parties touchées : les animaux se lèchent 
ces l'égions avec ardeur, ingèrent le poison, se mettent 
à tousser, à saliver, entrent en érection, présentent de 
la dyspnée, de l'inflammalion gastro-intestinale, de la 
diarrhée, du coma, après cette excitation hyperesthé- 
sique accompagnée quelqufois de cris plaintifs et de crises 
convulsives [Rohr (1)]. 

Traitement. — Le camphre, administré à l'intt'rieur, les 
lavages de la peau au permanganate de potasse ou à l'al- 
cool dilué peuvent produire de bons effets. Il faut éviter de 
faire passer les chiens ou les furets dans les lieux où les 
orties ont subi des mutilations antérieures (Rohr), car les 
nouvelles pousses sont extrêmement riches en toxique. 

(1) Rohr, Soc. cenlr., 1900. 



CHAPITRK VII 
DERMATOSES MICROBIENNES 



Les dermatoses microbiennes comprennent : 

1" Des infections cutanées d'origine intei'ne comme le 
horse-pox, le farcin du cJicval, la clavelée du mouton, la 
maladie du jeune âge el certaines tuberculoses cutanées 
du cliicn et du chat (Voy. t. VI de la Pathologie interne et 
maladies contagienses) ; 

2° Des pyodermites ou inflammations aiguës de la peau 
déterminées par les microbes habituels de la suppuration 
(staphylocoques et streptocoques), comme l'impétigo, le 
pempliigiis. l'acné, le furoncle el l'anthrax (Voy. Patho- 
logie chirurgicale : Maladies de la peau et des vaisseaux, 
p. 100); 

3° Des dermatoses spéciales, comme la pyohémie ca- 
séuse déterminée par le microbe de Preisz-Guinard et la 
nécrobacillose engendrée par le bacille de la nécrose, la 
bolryomycose et enfin les papillomcs. 

I. — SOLIPÈDES. 

I. — IMPÉTIGO. 

Définition. — Maladie cutanée, inoculable et auto-ino- 
culable, due à des infections locales, superficielles, par des 
germes pyogcnes, et caractérisée par de petites pustules 
acuminées suiries, rapidement, de la formation de croûtes 
jaunâtres ressemblant généralement it du miel, sous lesquelles 



SOLIPKDES. — IMPÉTIGO. 349 

Vépiderme se reforme et qui guérit sans laisser de cicatrice. 

On peut dire que c'est une suppuration implantée sur 
une peau saine ou malade. L'impétigo complique toutes 
les maladies à prurit qui facilitent Tinserlion épidermique 
des germes pj'Ogènos. On le voit s'ajouter à la p/diriasc, 
;ï Veczéma. Ses agents provocateurs sont des microorga- 
nismes vulgaires {Slaphylococcus pyogenes aureus, Stap/iy- 
lococcus pyogenes albiis) et des streptocoques. 

Il y a des impétigos ou des lésions secondaires impéti- 
ginées streptococciques, un impétigo staphylococcique et 
une forme vulgaire dans laquelle les deux germes sont 
associés. Ces agents déterminent habituellement une sup- 
puration intra-épidermique ; la pustule n'atteint pas la 
bas aie. 

Parfois la suppuration devient plus profonde, et il se 
produit de véritables furoncles, comme on l'observe au 
niveau du bord supérieur de l'encolure des solipùdcs. 
Quand l'infection s'est établie dans un point, elle s'étend 
de proche en proche, ou s'inocule à distance par Irotte- 
ment, chez les solipèdes, par l'intermédiaire de la langue 
chez les carnivores et les grands ruminants. 

Cette inoculation est favorisée par toutes les affections 
prurigineuses et toutes les lésions cutanées antérieures. 

Étiologie et pathogénie. — L'impétigo est une affection 
relativement rare chez les solipi'des; on la voit, quelque- 
fois, se greffer sur le pityriasis et Veczéma de la base de 
la queue ou de la crinière, de l'encolure ou de la tête, 
c'est-à-dire des régions qui sont \e plus souvent le siège 
de vives démangeaisons. 

Les mercuriaux, les vésicants, les rubéfiants comme la 
moutarde, etc., favorisent la pénétration des pyocoques; les 
animaux grattent les parties irritées et provoquent des 
impétigos (Salenave) (1). 

Les frottements déterminés par les harnais, le licol et 

(1) Joyeux, Impétigo contagieux chez quinze chevaux {.loiirii. des vél. 
iiiilit., 1906, p. iiij). 

G.\DÉAc. — Patliologie interne. VIL 20 



3o0 DERMATOSES MICROBIENNES. 

siiiiolit le collier, peuvent être le point de départ de pla- 
ques impétigineuscs, surtout chez les sujets dont la peau 
est irrégulière, croùteuse ou squameuse par suite d'eczc- 
ma chronique ou de la malpropreté. On voit, dans ces cas. 
les objets qui frottent les prcniièros plaques impétigi- 
neuscs s'imprégner de produits purulents et inoculer la 
maladie en d'autres points du corps. Le surl'aix, le collier 
peuvcnl servir ainsi d'instruments inoculaleurs. 

La contai/ion, par inoculation, n'est pas indispensable 
pour engendrer la maladie. Les écorcliures peuvent assu- 
rer l'infection i)ar les microbes qui existent toujours à la 
surface de la peau: ralfcclion [»eul se développer sponta- 
nément. Les animaux jeunes airectés Aq ijourme ou d'ecze- 
ma gourmeu.v et qui olVrent le maximum de ré'ceplivit('- 
pour les pyogènes sont les plus exposés à contrailcr l'im- 
pétigo. Les streptocoques {/oi<r»ie«j;, apportés par le sang, 
[)euvent d'ailleurs déterminer une éruption à caractère 
impétigineux. Les animaux très gras y son! très prédis- 

p0S(''S. 

Symptômes. — On voil ap|»ai-;iitrc des pustules acumi- 
n(''cs, groupées sur une surface restreinte: elles sont gri- 
sâtres ou jaunâtres, et elles ont les dimensions d'une graine 
de chènevis ou d'une [tetite lentille. Elles sont ordinaire- 
ment centrées par im poil et entourées d'une aréole con- 
gestive. Kecouvertes d'une mince couclie épidermique, 
elles se décliirent avec facilité, sponlan(''mcnt ou sous 
l'inlluence d'un léger grattage, de sorte que l'éruption est 
essentiellement épliémère. L'épiderme, macéré jiar la 
sérosité, se plisse, s'aifaisse ; le contenu de cliaque pus- 
tule se concrète en une croûte jaunâtre qui devient gri- 
sâtre ou brunâtre, par l'adjonetion île poussières des 
fourrages. 

Les croûtes s'élargissent à mesure que les pustules se 
imdiiplient à la périidiérie : elles deviennent épaisses, 
inégales, fragiles, se détacbant au moindre frottement 
et entraînant des pinceaux de poils. Au-dessous d'elles, on 



SOLIPÈDES. IMPÉTIGO. 3 "il 

apeiroit une surface humiile. recouverte d'une sécrétion 
visqueuse rappelant la coloration du miel, qui se conver- 
tit en croiites se desséchant plus ou moins rapidement. 
Au bout d'une semaine environ, la sécrétion s'aiTéte, les 
croûtes cessent de se reproduii-e, et la surface impétigi- 
neuse se recouvre d'un épidémie mince qui se développe 
par places pendant que d'autres sont encore légèrement 
bourgeonnantes. 

La plaque impctiûi rieuse, unique au début, en engendre 
quelquefois de nouvelles par le fait du raclage qui facilite 
l'infection de la peau dans une "région saine ou préalable- 
ment altérée par une affection eczémateuse. On peut i-en- 
contrer ainsi, chez le même animal, des foyers d'impétigo 
situés au voisinage des premiers ou dans une région plus 
ou moins éloignée et parvenus à des périodes diverses de 
leur évolution. 

Pronostic. — Affection bénigne à évolution rapide et 
qui guérit sans difficulté. 

Diagnostic. — • On a quelquefois de la peine à distin- 
guer Veczéma de Yimpétigo. Les lésions eczémateuses 
deviennent facilement impétigineuses à la suite de grat- 
tages et d'inoculations. L'eczéma est plus disséminé, plus 
lent dans sa marche, plus mobile dans ses manifestations, 
et ne s'accompagne pas de celte suppuration jaunùtre 
caractéristii|ue. 

Traitement. — On oljtient la guérison de l'impétigo 
par l'emploi successif des pansements émollients ^cata- 
plasmes divers), des calmants et des antiseptiques (pom- 
made boriquée, pommade au calomel, pommade au pré- 
cipité jaune ., pommade à la résorcine. (Juand les régions 
malades s'y prêtent, les pansements antiseptiques sont 
d'une grande efficacité pour empêcher la repullulation 
des pustules d'impétigo. Les poudi*es d'amidon, de tan, 
du sous-nitrate de bismuth achèvent la guérison. 



3ri2 DEMMATOSES MICKUltlENNES. 



11. — PEMPHIGUS- 



Définition. — C'est une iiillainmalion cutanée aigiie. 
réeiilivanle. dont limage cliniiiiie est analogue aux niani- 
l'estations huileuses déterniiuées \>;iv Veau himillanle et 
les vésicants. 

Le pemphigus n'est iiroiiahlciueut ([u'uu simiile impér 
tigo huileux: il représente eu etVel une sorte d'éruption et 
non une maladie spéciale. 

Signalé par Demoussy. Laiosse. H. Boulej, Barnilc et 
Gutzcil chez le chcvuL par Dagès chez le mulet, par 
Cadéac chez Vûue, le pemphigns résulte d'une infection 
microhicune de la peau. 

Symptômes. — Le premier symiitùme consiste dans 
l'apparition de grosses phlvctènes vers les lomhcs. la 
croupe, les i'esses et rarement à la face interne on post(''- 
rieure des cuisses et quelquefois sur tout le corps (Graf- 
funder). L'éi)iderme. soulevé par une sérosité limpide, 
incolore ou oj)aline. fait hérisser le poil sur la tuméfaction 
huileuse. Le li(pude ne tarde pas à s'écouler, l'ampoule 
s'affaisse. réi)iderme se détache avec les poils. On aperçoit 
une surface excoriée, unie, sccrétaul uu liipiide peu abon- 
dant, qui s'épaissit rapidement et forme ime croûte qui 
ne larde jias à tomher. laissant, pendant une longue durée, 
la peau polie, luisante connue celle d'un cràuc humain 
atteint de calvitie. 

L'éruption huileuse est réduite à un ou plusieurs foyers 
de forme ronde ou ovoïde ; chaque exanthème mesure de 
5 à 12 centimètres de circonférence. Exceptionnellement, 
la maladie est réduite à une seule huile; le plus souvent, 
on en constate dç W à ."^i, rarement davantage, sur le même 
animal. 

Presque tcjujours. les bulles apparaissent suciessiveiueut 
de telle sorte ipie, chez le mênu' sujet, on eu rencontre à 
diverses périodes de leur évolution. 

Deux ou trois joui's suflisent pour voir rani[)0ule naître 



SOLIPÈDES. PYOHKMIE CASÉEUSE. 3d3 

et s'étemlro: la desquamation qui lui succède est un peu 
plus lente, et lespèce dalopécie dont elle est suivie ne 
dure pas moins de trois à cinq semaines: l'irritation 
locale est souvent entretenue par des grattages. 

Traitement. — Les injections de sérum artificiel, les 
purgatifs permettent de lutter contre l'infection générale; 
les lavages à Taide de solutions de créoline. d"eau oxygé- 
née, d'eau iodée combattent les infections externes. Les 
pansements humides ou gras (pommade à l'oxyde de 
zinc, etc.) calment l'irritation locale et le prurit. 

III. — PYOHÉMIE CASÉEUSE. 

Définition. — Nous désignons ainsi une affection micro- 
bienne, inoculable, essentiellement suppurative. caractéri- 
sée par la production d'abcès multiples de la peau etdutissu 



■'ils 





r%. 



l'ig. 71. — Bncille de la lymphadénie ou pyohémie caséeuse. 

conjonctif sous-cutané, de lymphangites {hjmphanfiUe ulcé- 
reuse] et suivie ou non de métastases suppura tives internes. 

20. 



334 DERMATOSES MICHOHIENNES. 

Microbe pathogène. — L"oxamen microscopir|no de ce 
pus et les ciill lires meltent en évidence un bacille extrê- 
mement polymorphe, parfois mince et assez long, en 
articles séparés ou épais, courts, trapus, coccil'ornies, 
ovoïdesou pirilormes, plus ou moinsgranuleux, disposés en 
petits amas enchevêtrés, (lilTiciles ;"\ dissocier. Toutes ses 
variétés iixentleGramou le(iram-Nicolle. lathionine phéni- 
quée, le violet degentianc(l), d'une manière intense, toutes 
cultivent, à la température de la chambre, à la surface des 
milieux liquides, en voile épais et en grains isolés dans la 
profondeur, et elles forment des colonies plus ou moins 
arrondies, parfois dentelées, difficiles à dissocier sur les 
milieux solides. Os microbes sont uniquement des pvogènes. 
très répandus, au dehors, dans les poussières, les boues, les 
fumiers, les cours des fermes, où ils vivent à l'état sapro- 
phytique ; on les trouve normalement dans le tube digestif 
du mouton et dans le produit caséoux (2) des écliiuocoques 
dégénérés, où ils ont été transportés par les embryons de 
ces parasites (Noack) ; iisne déterminent que des maladies 
locales à accidents multiples et variés, quand ils réussissent 
à s'implanter siu- une espèce aniuuile. 

l/intoxication est presque nulle : l'animal porteur de 
nombreux abcès paraît peu malade : il est miné par la 
snppuration; il n'est pas intoxi(iué. Dans les milieux 
liquides, comme le bouillon de peptone à "2 p. 100. ce 
microbe sécrète, en cinq à six joiu's, une toxine extrê- 
mement active. Ses effets sur les animaux ne rappellent 
en rien les accidents que détermine le microbe dans les 
infections spontanées. La toxine provoque des lésions 
congestives intenses et tue en quelques heures le mouton. 
la clii'vrc: elle détermini^ un (rdème local étendu, chaud 

(1) Jeiiscn, /riisr/tr. fi'ir /•'/oisr/i uni/ Milfltliijdivno, Bel. VU, IS96, p. 0. 
— Liimlgren, /pllsrlirifl fi'tr T/ticriiirtliriii, Bd. Il, ISÏIS, p. 401. — Herg- 
iiiann, Jbiil., iUl. V, l'jul. p. l'Sl, :!:!(). — Les liacillcs colorés avec le 
bleu de Loeffler i)arnisseiU plus fins et resseiiililent au liacillt' iliphli''iii(ue 
(Liveri). 

(L') Carré, La siippiiralion casécuso [lli'vuo (/i'nér.. 1910'. 



SOLIPÈDES. — PYOHÉMIE CASEEUSE. 355 

et sensible chez le clievul et les hoviclés, et ne détermine 
aucun trouble chez le chirii et le chat (Cari'é et Bigoteau . 
Son action peut èlre rapprochée de celle de la diphtérie 
humaine Dassonville). 100 centimètres cubes de cette 
toxine peuvent tuer un poulnin de deux ans (Basset). 

Mais ce nest pas à elle qu'on peut imputer les cai'actères 
essentiels, ni même accessoires, de cette pyohémie micro- 
bienne. Les animaux infectés ne présentent pas les 
troubles déterminés par la toxine des bouillons de culture. 
De plus, les moutons, solidement immunisés contre la 
toxine, sont sans défense contre le microbe. Ce saprophyte 
ne devient donc pas pathogène en sécrétant dans l'orga- 
nisme la toxine qu'il élabore dans les bouillons de cultui'es(l . 
Dans aucun cas. ni chez aucune espèce animale, nous ne 
constatons la preuve de cette élaboration et les elfets de 
cette intoxication spontanée. 

Le microbe est, à notre avis, le principal élément pntho- 
gène de la maladie. Il jouit de propriétés plus ou moins 
infectieuses suivant l'espèce animale. Unie voit s'acclimater 
chez le clieval et produire des affections connues sous le 
nom d'acHé contagieuse ou de lymphangite ulcéreuse à 
forme plus ou moins envahissante, s'implanter sur la peau 
des jeunes bovidés et du porc et y déterminer des abcès 
multiples, des bronchopneumonies chroniques et acquérir, 
chez le mouton, toute sa virulence et toute son activité 
infectieuse et toxique pour y réaliser la. pyohémie canéeuse 
complète à localisations ganglionnaire et viscérale. Difïicile 
à identifier sous ces diverses livrées, on lui a donné des 

(1) Le sérum antidiphtérique modifie les propriétés île la toxine du bacille 
de Preisz-Guinard; il paralyse son action et en retarde les effets, parfois dune 
faoon indéfinie. 

La toxine du bacille de Preisz-Guinard jouit de propriétés qui la font classer 
à coté de la toxine diphtérique. Elle ne s'identifie pas avec cette dernière. .Mais 
on ne sait pas, jusqu'à présent, s"il s'agit de deux espèces toxiques distinctes 
ou de deux variétés d'une même espèce. 

C'est de là qu'est née l'idée de combattre par le sérum antidiphtérique les 
affections caséeuses du mouton, l'acné contagieuse ou la lymphangite ulcé- 
reuse (Vallée), la lung-disease (iSocard). 



350 DKRMATOSES MICROBIENNES. 

noms variés: c'est Vacnc bacillns de flrawilz el Diecker- 
lioff (1885). le microbe de la pseudo-tuberculose de Preisz el 
Guinanl (1891), le microbe de la h/mphawjite ulcéreuse de 
iNocard (189G), puis le microbe do i'reisz et Nocard, le 
microbe des abcès iiiiilliples dos grands ruininants. de la 
bronchopneumonie des bovins do Kilt, de h\ lung-disease du 
venu de Nocard, de la bronchopneumonie du mouton 
(Sivori). de l'adônie caséoiisc de Cherry et lîulj. do l'acné 
conlagieusc des soli/ii'dr^. 

C'est lo mémo agent cpii réalise ces infections qui, sous 
leurs multiples aspects, consorvout un caractère permanent 
de parenté; c'est la suppuration et la tendance à la caséi- 
fication du pus formé. 

Acné contagieuse des solipèdes. 

\j'aenf conldgieuse des soJipi-dcs, connue sous les noms 
de deniialllr jnistuleusc ronlafjieusc canadienne, do variole 
anglaise, do ruriole cantulienne ou de li/rnpliangite ulcé- 
reuse, est caractérisée par des adénites, des cordes lympha- 
tiques, des engorgements, dos boutons, des ulcères, une 
suppuration chronique. Cotte maladie évolue, générale- 
ment, sans retentissement siu" l'état général de l'organisme, 
mais elle peut se compliquer d'abcès viscéraiix internes 
dos divers oigaues, comuK» chez les autres animaux. 

Historique. — Signalée on 18i::2 par (!oux, elle est 
retrouvée en ■187(1 par Hassi chez dos (■/ic\;in\ provonaul 
du Canada. .\xe (1879) lui donne lo nom de deimatite 
pustuleuse contagieuse canadienne; Schindelka (1883) dé- 
couvre sa nature miorobionno; Siedamgrotzky (1884 . son 
inoculabilité ; (irawitzot DiockerholV (I88.j) font connaître 
son étiologio et sa patliogénie. Les observations de Trasbot 
et Nocard 189(1-1897 ont démontré sa fréquence; elles 
ont fait connaître quelques-unes do ses localisations, 
notamment celle dosoxtrémités; maisNocard ainutilemont 
complirpié l'étude do cetlo maladie en l'appelant h/mplian- 



SOLIPÈDËS. — l'YOlIEMIE CASEEUSE. 357 

ijile ulcéreuse et en laissant croire, bien à tort, qifil s'agit 
là d'une forme distincte, sinon par sa cause, du moins 
par son évolution. Or Vaciié contagieuse et la lymphangite 
ulcéreuse ne sont qu'une seule et même maladie, car elles 
sont dutorminées par le même microbe et ont une pbvsio- 
noniie clinique identique. 

Étiologie et pathogénie. — Les inoculations sous la peau 
du pus dos abcès ou des ulcères sont pathogènes pour le 
rhfvnl, le mulet, le lapin, le cohayc. Elles détei'minent 
fhez les t^olipcdes un abcès qui s'ouvre en six à dix jours, 
donne du pus épais, grumeleux, et se cicatrise; chez le 
cohavf, un abcès à évolution rapide et une orchite avec 
vaginalite intense et parfois des abcès caséeux enkj-stés 
dans la rate, quand le microbe est introduit dans le péritoine. 
Chez le lapin, l'inoculation sous-cutanée provoque de la 
rougeur, de l'œdème: l'injection veineuse, un amaigrisse- 
ment progi'essif; l'injection péritonéale, un abcès enkysté. 

Les frictions douces exercées sur la peau desquamée et 
même intacte avec une culture incorporée dans un peu de 
lanoline sont suivies de l'apparition de pustules au bout de 
quatre jours ;Xocard;. 

La poule et le pigeon sont réfractaires. 

L'infection spontanée résulte d'une inoculation acciden- 
telle. Le saprophyte peut s'introduire, accidentellement, au 
niveau d'une plaie des extrémités, d'une crevasse, du pli 
du paturon ou du jarret, de la plaie d'un séton, d'une chute 
de peau déterminée [tar la cautérisation ignée (Dassonville). 

La maladie se transmet par tous les contacts directs ou 
indirects que les animaux ont entre eux : harnais, selles, 
colliers, sangles, couvertures, etc., qui passent des sujets 
malades aux sujets sains. Les instruments de pansage, et 
particulièrement la brosse et l'étrille, dont l'emploi exige 
un contact plus intime avec la peau, sont fréquemment 
des agents de la contagion. Les conditions favorables à la 
contagion se résument dans toutes les circonstances qui 
facilitent le transport des croûtes ou du pus des sujets 



358 DERMATOSKS MICIi0131KN.\ES. 

malades sur la pcaulrrilco, exrol'icc, déchii-éoouenllaniiiit'e 
des sujets sains. On s'explique ainsi la localisation Iréqucnte 
de cette maladie aux parties du téijumentqui sont directe- 
ment en contact avec les harnais, telles que le garrot, le 
dos, les eûtes, quelquclois les épaules, le poitrail ou les 
extrémités, si souvent blessées. La maladie se propage 
rapidement et l'acilement des (.■/je\'ini.\ malades iiuxrJievuux 
sains: quelques jours suffisent pour<|ije les animaux soient 
infectés: mais il n'est pas rare de voir des uialailes vivi'c 
longtemps dans des éenries nombreuses sans infecter leurs 
voisins. 

Symptômes. — Les extrémités ou les surfaces recou- 
vertes par la selle, les harnais et la bride sont le siège 
de lymphangites caractérisées par un]engorgement, des 
boutons, des ulcères, des adénites simides ou suppurées. 

L'engorgemcnl est chaud, sensible, douloureux, accom- 
pagné du hérissement des poils et de boileric quand il 
siège au niveau d'une extrémité. L'œdème se résorbe 
bientôt; mais les poils demeurent réunis en jtinceaux. A la 
base de chaque paquet de poils, on sent, dès le lendemain, 
de petits ljout<))is bien circonscrits, ronds ou ovales, de la 
grosseur d'une leulille, d'un pois ou d'une petite noix, 
analogues à des furoncles : ils ont quelquefois le volume 
du poing el sont isolés ou réunis. Ces boutons sont des 
foyers inflammatoires peu sensibles et peu douloureux, 
durs, semés à la surface du tégument en nombre variable: 
les foyers les plus petits présenteni d'un à trois boutons; 
on en constate une vingtaine dans les plus étendus. Ils 
évoluent lentement, deviennent saillants, se ramollissent 
et s'ouvrent. 

Les ulcères ijui succèdent à leiu" ouverture sont lantùl 
superliciels, tantôt profonds ; les [iremiers conslittu'nt une 
sorte d'excavation circulaire creusée dans réi)aisseur du 
dernne, comblée tout d'abord par une croûte très épaisse 
au centre, remplacée à son toiu" par une cicatrice ronde, 
dépourvue de jioils et de pigment. Les seconds atteignent 



SOLIPÈDES. PYOHÉMIE CASÉEUSE. 359 

le tissu conjonctif sous-cutané; ils sont arrondis et iri'é- 
guliers, du diamètre d'une pièce d'un franc ou davantage ; 
leur centre est purulent ; leurs bords indurés, couverts de 
bourgeons charnus, saignants ; ils ressemblent à des fu- 
roncles et sécrètent un pus filant, jaunâtre, strié de 
semg; mais ils se cicatrisent facilement. 

Les lymphatiques, infectés d'emblée ou par résorption 
du pus des ulcères, s'enflamment dans toutes les régions 
contaminées, et l'on voit apparaître des cordes lymphatiques 
sinueuses et saillantes, qui se ramollissent sur leur trajet et 
transportent quelquefois, jusqu'aux ganglions, les germes 
de la suppuration ; le ramollissement ganglionnaire est or- 
dinairement bénin et peu appréciable. 

Marche. — L'évolution de la maladie est lente, chro- 
nique, limitée à un membre ou à une région et s"étendant 
progressivement par la voie lymphatique et par auto- 
inoculation. Les boutons et les ulcères deviennent con- 
fluents quand on ne s'oppose pas à leur extension. Cette 
maladie a souvent une allure bénigne etguérit en quelques 
semaines si la région malade est protégée contre toute 
irritation; elle persiste des mois ou même des années 
quand le pus stagne à la surface de la peau excoriée et 
engendre de nouvelles colonies de foyers purulents. La 
région enflammée est alors le siège permanent de boutons 
et d'idcères qui naissent pendant que d'autres sont en voie 
de cicatrisation. 

Des infections secondaii'es déterminées par tous les 
microbes de la suppuration ou les microbes septiques 
peuvent se produire; le microbe de la pyohémie caséeuse 
peut se généraliser et entraîner la mort par épuisement 
en cinq ou six semaines ; il peut déterminer des abcès se- 
condaires dans le rein et le tissu conjonctif périrénal ou 
dans d'autres organes. 

Cette terminaison est exceptionnelle ; les foyers de 
suppuration demeurent généralement superficiels, inter- 
mittents, plus fréquents pendant l'hiver, sans retentis- 



3Ô0 DERMATOSES MICROHIENNES. 

soiiient sin- l'ôlal général ; ils n'empéclienl inêmo |ias 
i'utilisalion des animaux. La guérison est presque toujours 
l'acile à obtenir. 

Lésions. — Les loyers purulents, les ulcères et les 
lymphangites ne sont pasles seules lésions de cette maladie. 
L'agent pathogène peut envahir les vaisseaux lympha- 
ti(pies intermusculaires, les ganglions des diverses régions 
et dcterniiner des abcès de la mamelle, du tlanc, de la 
région pelvienne, lombaire, périrénale; quelquefois même, 
les reins sont farcis d'abcès, et le poumon présente des 
fo3'ers de bronchopneumonie de même origine. 

Diagnostic. — Le horsepox s'en distingue par la dissé- 
mination et la rapidité d'évolution des pustules, qui 
n'engendrent jamais des ulcères persistants. L'acné conta- 
gieuse a des analogies avec le farcln, quand elle siège au 
niveau des extrémités et est caractérisée par des ulcères 
et des cordes lymphatiques; mais elle demeure toujours 
facilement curable; le pus sécrété par les ulcères est 
jaunâtre; il est huileux dans le farci n ; les ulcères sont 
rebelles à la cicatrisation, el linjeclion de malléine ne 
provoque] aucune réaction, ni dans l'acné contagieuse, ni 
même dans la lymphangite ulcéreuse épizootiquc. 

Ladormite pustuleuse et la pycmie produites par les.V/- 
crococcus tetrar/cnes ont beaucoup d'analogie avec l'acné 
contagieuse et avec le farcin [.Mongrell (1)]. 

V cchauboulure s'en dill'érencie par la disparition rajiide 
de ses boutons sans suppuration. 

Traitement. — La désinfection complète des ulcères, 
des plaies, l'ouverture des abcès assurent la guérison rapide 
des malades. La solution de sublimé corrosif, l'-eau 
oxygénée, l'eau iodée sont les agents antiseptiques qui 
conviennent le mieux pour détruire les microbes infectieux. 
Il faut éviter de les ensemencer dans le voisinage ; les 
régions malades ne doivent être ni pansées, ni j)rolégées 

(') .M:rgrcll, Annales de inéd. vit. 1913, 



SOLIPÈDES. NÉCROBACILLOSE. 361 

par des couvertures; mais on peut y appliquer un panse- 
ment occlusif pour hâter la guérison en prévenant les 
infections secondaires. Les malades doivent être isolés, 
pourvus de harnais et d'instruments de pansage spéciaux, 
afin de ne pas contaminer les animaux sains. Il faut dcsin- 
fecter aussi les écuries, les râteliers, les mangeoires, les 
seaux, les objets de pansage, sangles, couvertures, selle, et 
tout ce qui a servi aux animaux malades. Il faut tout laver, 
tout nettoyer à l'eau bouillante, puis à l'eau phéniquée, et 
de préférence avec une solution de sublimé corrosif; pour 
compléter cette désinfection, on peut blanchir les murs à 
la chaux. 

IV. — NÉCROBACILLOSE. 

Définition. — On désigne ainsi l'ensemble des altéra- 
ration cutanées et muqueuses déterminées par le bacille 
de la nécrose. Son action est caractérisée, chez tous les 
animaux, par la production de lésions diphtéroïdes ou de 
fausses membranes sur toutes les muqueuses, par des 
abcès à tendance persistante et par la nécrose des tissus 
envahis (peau, cartilages, tendons, ligaments, pou- 
mons, etc.). 

Ce microbe, connu sous le nom de bacille de Bang, de 
Bacillus necrophorus, est essentiellement un agent d'in- 
fection secondaire (Voy. Stomatite ulcéreuse, t. I, p. 36); 
mais il est susceptible de déterminer chez le bœuf, le 
mouton, le chien et le lapin des infections spéciales 
à caractère épidémique. Il n'est d'ailleurs pas inutile 
d'indiquer, dans chaque espèce, les divers processus qui 
sont compliqués d'infections par le bacille de la 
nécrose (1). 

Étiologie. — La nécrobacillose ne constitue pas une 
entité morbide chez les solipèdes; mais elle complique les 
gangrènes cutanées de l'extrémité des membres, le javart 

(1) Cuillé, Revue gén. de méd. vct., 1905, f. 1, p. 457. 

Cadéac. — Pathologie interne. VII. 21 



362 



DERMATOSES MICUOIUENXES 



cartilagineux, le rrupaurl, les fojers de suppuration ou 
de gangrène chronique, comme le mal de garrot, 
d'encolure ou de nuque. 

1^0 bacille de la nécrose peut s'implanter sur la muciueuso 
digestive; il se développe dans les exsudais muco-meni- 
brancux du caecum, du gros intestin (Jensen, Ernsl) et 
dans les foyers de suppuration et de gangrène du poumon 
(Nielsen, Mac Fadvean). 

Traitement. — Les agents désinfectants qui préviennent 
l'invasion des microbes de la suppiu-alion et les pansements 

protecteurs empêchent facilc- 
ment son implantation au 
niveau des plaies. 




V. 



BOTRYOMYCOSE d). 



I.a holrvomycose est une 
lésion intlammatoire parasi- 
taire du derme cutané et de 
ses couches hypodermiques, 
qu'on a allribuée sucfcessive- 
nicnt aux spores d'un cham- 
pignon réuni en amas mûri- 
formes {Botryomyces equi). au 
Slaphylococcas aiirens, puis à 
une amibe (Lctulle). Ce parasite, Amœba Letullci, a de 30 à 
60 [j.; il présenté diverses formes (fig. 72); mais son existence 
chez Vlioinmr et chez les animaux n'est pas définitivement 
établie (Voy. Patholoijie chirurgicale : Maladies de la 
peau). 



Fig. 'i. — .{iiuebn LetiiUei. 
.1. amibe ; I., leucocytes, d'aprè: 
Letulle. 



M) Poncet et Dor, La bolryomycose (Arch. yen. de inêd.. 1900, p. U'9 e 
271). — Bail, .\rcli. gén. de rtiéd., 1904, p. lOiM. — Chaussé, Bull, elmém. 
de la Soc. annf., 190.5. — l.elulle, Jourii. df jilnjx. et de patli. gén.. 
15 mars 1908, p. i'.">(i. 



BOVIDÉS. IMPÉTIGO. 363 



VI- — PAPILLOMES. 



Les papillomes ou verrues ont une origine infectieuse et 
constituent une maladie inoculable susceptible de se gé- 
néraliser (Voy. Pathologie chirurgicale, : Maladies de l;i 
peau et des vaisseaux) . Ces excroissances papillaires et hy per- 
kératosiques ont été attribuées au Bacillus Porri; mais 
l'action pathogène de ce microbe n"a pas été démontrée. 

II.— BOVIDÉS. 

I. — IMPÉTIGO- 

Définition. — L'impétigo du bœut^ ou j^orrigo (Lafosse) 
est une maladie contagieuse, caractérisée par la formation 
de petites pustules qui se déchirent rapidement sous Vin- 
fluence des frottements ou sous l'action de la langue très 
rugueuse des bovins. 

Ces pustules, plus ou moins volumineuses, laissent 
alors écouler un liquide jaunâtre purulent. 

Étiologie. — L'impétigo se développe, chez les ani- 
maux (le travail, pendant l'hiver; la malpropreté des 
étables et des animaux, pendant cette saison, favorise 
son apparition. Mais la cause primordiale réside dans 
l'implantation de microorganismes pyogènes à la surface 
de la peau. La maladie se transmet facilement entre ani- 
maux de même espèce. 

Symptômes. — Cette affection, localisée à la base do 
la queue, à la nuque, au fanon, est caractérisée au début 
par une inflammation très intense: la peau est tuméfiée, 
chaude, douloureuse au toucher, principalement à la base 
de la queue, à la nuque, au front, au garrot, où l'affection 
se développe presque exclusivement. 

Bientôt, un suintement jaunâtre, séreux, se produit; les 
poils se réunissent en pinceaux et laissent apercevoir, 
dans les intervalles, la surface de la peau dépouillée de 



364 DERMATOSES MICROBIENNES. 

ropiilorine et devenue rouge et humide. On aperçoit 
aussi de petites vésicules à la périphérie de la surface 
enflammée; mais elles sont déchirées par le frottement 
(\m résulte du prurit déterminé par l'inflammation. Les 
animaux se frottent avec les pieds, avec la langue et 
contre tous les corjts durs. Consécutivement, les poils 
tombent, la surface se dénude, le suintement revêt un 
caractère sanguinolent ou purulent ; il s'étend sur le 
tégument, s'écoule sur les parties saines, où il sème la 
contagion et fait développer une affection identique. 

Au centre, le suintement se dessèche et se convertit en 
croûtes, brunâtres ou grisâtres, toujours fendillées de 
manière à livrer passage au pus formé au-dessous. Du 
reste, les croûtes sont rapidement enlevées par les 
grattages, et la surface malade est transformée, à 
chaque instant, en plaie saignante, qui bourgeonne irré- 
gulièi'ement en certains points et s'ulcère dans d'autres. 
Uuelquefois, l'infection microbienne devient plus pro- 
fonde et plus compliquée; il se produit des abcès sous- 
cutanés aboutissant à la nécrose de quelques points de la 
peau par implantation du bacille de Bang. Quand le mal 
siège à la (]uoue, la suppuration est favorisée par les 
frottements, et il se produit des complications : la queue 
devient insensible, se mortilie, se détache; on observe 
quelquefois la perte des oreilles, des paupières et des 
yeux, (fuand la maladie envahit la tête. 

Traitement. — Il faut entretenir la propreté de la ré- 
gion malade, opérer la désinfection par des lavages à 
l'eau pliéniquéo, au sublimé, à la liqueur de Van 
Swieten. On doit toujours couper les poils, bien ras, afin 
de prévenir l'accumulation des produits du suintement à 
la surface du tégument. On a ensuite recours, avec le plus 
gi'and succès, à la pommade au caloinel, dont les appli- 
cations ne doivent pas être trop souvent renouvelées, 
afin d'éviter l'intoxication mercurielle. On peut remplacer 
ces médicaments par des pommades antiseptiques, astrin- 



BOVIDÉS. — PEMPHIGUS. 365 

gentes, au sulfate de zinc, etc. On peut utiliser avec profit 
les médicaments pyrogénés, tels que le goudron ; on peut 
employer aussi l'huile de cade ; mais les meilleurs anti- 
septiques sont les plus recommandables. 

Quand l'infection est déjà ancienne et que le tégu- 
ment s'est ulcéré, on conseille la cautérisation des ulcères 
avec l'eau mercurielle, l'acide arsénieux, le nitrate d'ar- 
gent, mais, ordinairement, on obtient la guérison par le 
secours exclusif des pommades et des lotions antisep- 
tiques. 

Quand le suintement est si intense qu'il irrite les sur- 
faces du tégument avec lesquelles il est mis en contact, 
on saupoudre la surface enflammée avec la poudre de 
tan, de chlorure de chaux ou d'amidon. Il faut ouvrir 
les abcès qui se sont produits, désinfecter la région suin- 
tante et empêcher, autant que possible, les animaux de se 
frotter. 

II. — PEMPHIGUS. - 

Le pemphigus des bovidés peut revêtir la forme enzoo- 
tique (Loiset); les vaches parturientes qui en sont efîectées 
peuvent le transmettre au porc (Winkler) ou même à 
Vliomme (Ballart); mais, habituellement, on ne constate 
que des cas isolés (Lucet). 

La maladie est caractérisée par une éruption huileuse 
des régions des lombes, de la croupe, des fesses, du 
périnée, de la face interne des cuisses ou des mamelles et 
des trayons. Ces nodosités saillantes, à bords nets, dépilés, 
bleuàti'es, douloureuses, peuvent atteindre les dimensions 
d'une pièce de 5 francs; elles renferment une sérosité 
citrine et guérissent plus ou moins rapidement. 

Traitement. — Les antiseptiques et les poudres sicca- 
tives sont rapidement efficaces. 



366 ItKHMATOSES MlcnOBIENNES. 



III. - PYOHÉMIE CASÉEUSE. 

Définition. — La pjoliéniie cusoousedesu'iullcs est une 
affection caracléi'isée par l'apparilion successive de foyers 
(le suppuralion variant du volume d'un pois à celui d'un 
(i'urdc/>o///rilans lesdiverscs régions du corps et analogues 
il la dermite [lusluleuse eonlagieuse du cheval [Barbe (1), 
Bitard (2), Besnoit (3), Liénaux (4), Leblanc (3)]. 

Elle peut affecter aussi le ioie, le poumon sous formé de 
broncbopneumonie casceusc des adultes (Kitt), mais princi- 
palement des jeunes atteints, à leur naissance, d'infection 
ombilicale seplico-pyobémique, connue sous le nom de 
diarrliée des veaux d'Irlande. 

L'agent pathogène du poumon comme de la peau est le 
microbe de la suppuralion caséeuse. L'inoculation au bœuf 
de l'acné contagieuse du cheval reproduit cette maladie 
(Grawitz et Dieckerboff). Quand le microbe s'est implanté 
dans un point du tégument, il se produit, sous rintluence 
des frottements et des effractions cutanées, des séries d'auto- 
inoculations successives; mais le microbe est moins en- 
vahissant que chez le cheval et le mouton; la maladie 
respeclelesganglionset nese propage au foie et au [)Oumon 
que chez les jeunes, (piand Finfection s'est effectuée par la 
plaie ombilicale. 

L'évolution cutanée et l'évolution pulmonaire consti- 
tuent pour ainsi dire deux maladies distinctes, quoiqu'elles 
soient produites par la même cause. 

La FORME cur.wKE, analogue à la furonculose i)ar ses 
poussées siiccessives, à Vacné contagieuse par sa nature, 
affecte tantôt un type discret, tantôt un type coniluent et 

(1) Barbe, Itcrueil de jiu'd. vét., 30 mars d896. 

(2) Bitard, Progrès vét., 1902, p. 1; Affection pyohémiqiie de la région 
parotidienne et cervicale chez le bmif. 

(3) Besnoit, /ievue vrt., I00.\ 

(4) Liénaux, Annales de méd. vét., 1002. 
(t)) Leblanc, Comnmnicalion int'dite. 



BOVIDÉS. — NKCRÛBACILLOSE. 367 

généralisé (Voj. Maladies de la [teaii et des vaisseaux, 
in Pathologie chirurgicale). 

Traitement. — Les moyens prophylactiques qui réalisent 
l'antisepsie de l'extn'mité du cordon ombilical et pré- 
viennent son inlection empêchent l'animal de contracter 
la bronchopneumonie caséeuse et la septicémie des nou- 
veau-nés. La propreté de la litière et son renouvellement 
fréquent, les pansages des animaux préviennent les infec- 
tions cutanées. 

Les moyens curatifs s'adressent exclusivement aux acci- 
dents cutanés: favoriser la maturation des abcès àl'aidedes 
frictions vésicantes, és'acuer le pus par des ponctions et des 
débridements, désinfecter les cavités purulentes pour tarir 
la sourcede la suppuration, opérer la désinfection de toutes 
les parties (piiont été en contact avec le pus à l'aide de la 
solution phéniquée, crésvlée, iodée, etc., atln de prévenir 
les aulo-inoculations. 

IV. — NÉCROBACILLOSE- 

Chez les bovidés, le bacille delà nécrose devient l'agent 
essentiel de la nécrose de la bouche, du pharynx, de la 
panse et des exsudais diphtériques de l'intestin: il peut 
compliquer la plupart des maladies du tube digestif 
(Voy. Pathologie interne, t. Ij. 

Les stomatites pseudo-aphteuses sont aggravées ou 
déterminées par cet agent (Vigadi). 

L'appareil de la reproduction des femelles (vagin, utérus) 
présente, quebpiefois, des pseudo-membranes et des 
ulcères dus à ce bacille ; il n'est pas rare de voir ces mani- 
festations s'associer à des altérations analogues de la 
muqueuse buccale (EUinger). On le voit compliquer la 
pyosepticémie des nouveau-nés et revendiquer les foyers 
de nécrose du poumon, du foie, du cœur; il semble même 
capable de déterminer des infections digeslives, mammaires, 
pulmonaires et hépatiques, primitives à formes endémique 



368 DKllMATOSES MICItniilKNNKS. 

clanslesgrandescx|tloitations[Miossnor (1). Micssnercl liar 
tels (2)]. Il (It'lerinino oncore plus commiint-mont la gan- 
grène des trajons, la nécrose enzootique de la queue 
(Voy. Maladie de la poau et du tissuconjonctif, in Pathologie 
chirurgicale), de la région périnéale et oxceptionm-lleinonl 
de l'anus, do la quouo et des oreilles (Elmassian et 
Ulizar). 

III. — MOITO.X. 

I. — ACNÉ. 

Étiologie. — Linllammation dos glandes el dos rolliculos 
pilo-sébaoés n'-sulle de toutes les causes susceptibles do 
troubler l'ôvolulion ôpidcrmique. d'irrilor le tégument el 
de déterminci' on do ]ii'éparor une inlootion secondaire. 

C'est ainsi que les pluies continuelles amènent l'acné en 
ramollissant l'épidorme, qui ne s'oppose plus à l'entrée des 
microbes dans les follicules pilo-sébaoés ; les moutons 
beaucerons (mérinos-beaucerons à toison légèrement 
ouverte) qui passent la nuit au parc à l'arrière-saison sont 
frappés chaque année en nombre variable. 

Les éraillures provoquées par la tondeuse, liriilalion 
occasionnée par les maladies parasitaires (gale psoroptique 
et gale sarcopliquo) roprésonlent los principales causes de 
cette inflammation, qui est généi-alomont de nature staphy- 
lococcifpie. 

Symptômes. — Dos boulons pou douloureux constitués 
par dos [)ustulos suporHoiollos ou profondes, des pa|)ulo- 
pustules folliculaires do volume variable, atteignant sou- 
vent les dimensions d'une noisette, caractc-risenl ces infoi- 
tions locales. 

L'évolution de cette éruption s'elTectue presque sans 
rougeur péri|diéri(pie. sans jinn-it ni douloui' aitpréciablo. 

(1) Miessner, Nécrobacillose épidémique des l>ovidés (HrviiP géit-, 1901, 
t. Il, p. 699). 

(2) .Miessner et Bartels, idem, 19 H, p. 70. 



MOLTON. ECTHYMA CONTAGIEUX DES LÈVRES. 369 

Les boutons dacné situés principalement sur les parties 
latérales de la poitrine, aux flancs, à l'aine, sont géné- 
ralement peu nombreux: ils sont remplis de produits 
graisseux, sébacés, mais ils peuvent s'abcéder, présentai 
un aspect furonculeux [Tetz (1905)], engendrer des croûtes 
et des cicatrices; ils guérissent toujours sans difficulté. 

Traitement. — Le savonnage de la peau, les lotions 
soufrées et la ponction au bistouri des abcès folliculaires, 
ou des furoncles, et les lavages avec une solution crésylée 
assurent une prompte guérison. 

II. — ECTHYMA CONTAGIEUX DES LÈVRES- 

Sous le nom d'affection ulcéro-végétante, de papillomcs 
infectieux des lèvres des agneaux [Mégnin (1) et Boulier]. 
d'impétigo labialis [Peter (2)j ou (ïecthyma contagieux, de 
chancre, de becqueriau, on décrit une affection ulcéreuse 
des lèvres qui devient plus ou moins rapidement végétante 
et papillomateuse. mais qui demblée ressemble beaucoup, 
à la stomatite pseudo-aphteuse. 

Étiologie. — Cette affection ne s'attaque pas exclusive- 
ment aux agneatix; les adultes peuvent être également 
frappés ; mais elle commence toujours par les agneaux : 
elle sévit exclusivement pendant la saison d'été, de juin à 
octobre. On l'attribye à l'action traumatique des chaumes 
de blé ou d'avoine; mais elle frappe également les ani- 
maux qui demeurent à la bergerie. 

La transmission ne fait aucun doute; elle se propage 
par contact direct et par inoculation non seulement au 
mouton, mais encore à la chèvre (Moussu). 

On ignore la nature de l'agent causal; Mégnin l'attribue 
à des sarcosporidies; le parasite qu'il y a découvert res- 
semble beaucoup aux coccidies trouvées dans les diverses 
néoplasies. 

(I) Mégnin et Boulier, Soc. de Mol., 1895. 
{i) Berliner thierdrsl. Wockenschr., 1399. 

21. 



370 DERMATOSES MICROBIENNES. 

Symptômes. — Cette maladie débute par lappaiition 
sur le bord des lèvres de pustules ou de petites vésicules 
remplies de li(iuide clair, auxquelles succède bienlùl une 
érosion d'un rouge vif, de la dimension d'une leidilîe et 
saignant facilemenl. 

Celte érosion augmente progressivement et représente 
absolument une sorte de brûlure; elle est recouverte d'une 
séci'élion jaune clair qui forme une croûte brun jaunâtre 
ou jaune grisâtre, épaisse, dure, non suintante. Sous Tin- 







Vi^. 7-î. — Ecthyiiia des lèvres et de la paupière du iiioiitoii. 

fluence de l'irritation déterminée par les aliments, l'ulcère 
saigne, suppure et végète (fig. 73). 

On voit apparaître vers ses bords de nouvelles vésicules 
étendant l'ulcération qui envaliit les commissures et les 
parties glabres de la peau; il se forme en même temps des 
végétations subdivisées acquérant le volume de jtctites 
fèves. 

L'éruption se multiplie sur les lèvres et le ]iourloui- du 
nez; elle forme de véritables bourrelets qui peuvent par- 
venir à bouclier les narines. 



MOUTON — PVOHÉMIE CASÉEUSE. 371 

En général, la muqueuse buccale et les gencives demeu- 
rent intactes; mais on observe quelquefois des éi'osions 
sur le palais. Sous l'influence de cette éruption, les lèvres 
inûltrées et épaissies ne peuvent prendre les aliments; les 
animaux se nourrissent mal et maigrissent. 

L'évolution de la maladie est bénigne; elle se commu- 
nique à presque tous les animaux du troupeau et guérit en 
trois semaines au plus. Elle devient plus grave (juand elle 
se complique de stomatite ulcéreuse. 

Traitement. — La désinfection réalisée par des lavages 
avec une solution créolinée suffit pour obtenir la guérison; 
on fait tomber les croûtes, on enlève les produits de sécré- 
tion ; on peut cautériser les ulcères et végétations au ni- 
trate d'argent, à la teinture d'iode, ou au sulfate de cuivre. 
Ces moyens suffisent pour guérir tous les malades. 

m. — PYOHÉMIE CASÉEUSE. 

Définition. — La pyohémie caséeuse du mouton est une 
maladie enzootique de tous les pays, caractérisée par des 
lymphangites, des adénites et des abcès sous-cutanés, 
ganglionnaires, intramusculaires, viscéraux, ai'ticulaires, 
renfermant un pus épais, verdàtre, dont la consistance 
rappelle celle de la pâte de guimauve. 

S3rnonymie. Historique. — Suivant le siège des foyers 
de suppuration, on a donné à cette maladie des noms 
différents, qui peuvent tout au plus servir à désigner ses 
localisations. Tels sont : adénite caséeuse, lymphadénic 
Caséeuse, bronchopneumonic caséeuse du mouton, pseudo-tu- 
berculose du mouton. 

Découverte en 1891 par Preisz et Guinard, dans le rein, 
les travaux de Turski. de Cherry et Bull, de Norgaard et 
Mohler, etc., font ressortir la fréquence des adénites 
externes et internes; et ceux de Sivori celle de la bron- 
chopneumonie caséeuse (1). 

(1) Carré, La suppuration caséeuse chez le mou Ion {Revue gén., 1910). 



372 DERMATOSKS MICHOHIKNNES. 

Étiologie et pathogénie. — l/inoculation sous-cutanée 
reproduit la lualadie natuicllo L'injection, sous la peau de 
la face interne de la cuisse d'un mouton, de 5 centimètres 
cubes d'une émulsion obtonuo on mélangeant le contenu 
caséeux d'un ganij:lion sous-lombaire de lupin avec une 
solution isotoni(pio d'eau salée, est suivie de la production 
d'un abcès qui s'ouvre un mois après (Noi'gaard et Mobler). 
mais qui laisse persister une masse indurée creusée de 
petits foyers [lurulents. 

L'infection obtenue avec Oc'^.S à 1 centimètre cube de 
culture est suivie du dévelopi»ement d'un abcès caséeux et 
de la caséiticalion des ganglions environnants. 

« Sous la peau du nioulon, l'inoculation d'une trace de 
culture est suivie de l'apparition d'une petite nodosité 
dure, arronilie, sans tcndimcc à s'uuvrir à l'extérieur. 
Bientôt, autour de cette première nodosité et à une distance 
variable d'elle, on constate d'autres petits foyers indurés, 
identiques: puis, dans les semaines qui suivent, des abcès 
apparaissent aux endroits déjà signalés. Ces abcès s'ou- 
vrent spontanément, se vident et se cicatrisent. D'autres 
apparaissent dans la suite, qui évoluent suivant le même 
mo<le » (Carré et iJigoteau). 

La puissance infectieuse du microbe Preisz-Cuinard 
acquiert, cbez les moulons, un maximum d'intensité en 
raison de l'clroile promiscuité dans Impiclle vivent les 
animaux. 

a. Les aiiiuiaiix jjortenrs d'abcès superliciels. s'ouvrant 
siiontanément. souillent, pendant plusieurs jours, de pro- 
duits purulents la litière que les animaux ingèrent ou sur 
laquelle ils se coiicbent : c'est là luic première cause d'in- 
fection. 

b. Les animaux alTectés de lésions pulmonaires et bron- 
cbiques expectorent un jetage iuferlani qui dissi'mine les 
germes infectieux. 

c. Les animaux sains on ai)i)aren(e. qui vivent dans le 
milieu infecti'-. rcnfermeni et i iiltivcnt les microbes infec- 



MOUTON. — PYOHÉMIE CASÉEUSE. 373 

tienx dans leur tube digestif. Il suffii qu'un animal ait fait 
un repas infectant pour que son tube digestif soit désor- 
mais un milieu de culture de ce microbe, qu'il dissémine 
ensuite partout avec les matières fécales. Le fumier et le 
sol des bergeries fourmillent ainsi d'agents infectieux 
(Noack. Carré). 

La contamination de la plupart des animaux est inévi- 
table et s'eiïectue rapidement chez les agneaux qui, dans 
la proportion de 60 p. 100, présentent des abcès dans les 
premières semaines qui suivent leur naissance. 

Les voies de pénétration des germes infectieux sont mul- 
tiples. Les solutions de continuité, comme la plaie ombili- 
cale ou les blessures de l'extrémité de la queue, sont les 
voies ouvertes à l'infection chez les agneaux qui viennent 
de naître. Les lèvres sont des voies d'infection dès que les 
animaux sont exposés à se blesser, c'est-à-dire dès qu'ils 
commencent à manger. J^es aliments durs, acérés ou cou- 
pants, comme les chaumes, blessent les lèvres, la mu- 
queuse buccale et sont des agents d'inoculation. Les 
moutons affectés de ces blessures récentes peuvent s'in- 
fecter en rentrant dans la bergerie, où ils retrouvent des 
aliments souillés de produits infectieux. 

Les voies digestives se laissent traverser par les ger- 
mes infectieux; les abcès des antenais et des adultes ré- 
sultent généralement de ce mode d'infection. Cependant 
la contagion par l'appareil digestif est beaucoup moins 
fréquente que l'inoculation cutanée, et, ce qui le prouve 
bien, c'est qu'il suffit de prévenir l'infection par la plaie 
ombilicale et la queue pour faire tomber le taux des abcès 
de 50 p. 100 à 0,3 p. 100. D'autre part, l'ingestion d'une 
émulsion de ganglions caséeux du lapin ne produit pas 
d'accidents (Nôrgaard et Mohler). Mais le cobaye et le 
bipin contractent la maladie par ingestion. 

Les microbes peuvent déterminer des accidents locaux 
au niveau de leur introduction dans l'organisme (cordon 
ombilical, queue, etc.) ou envahir immédiatement les 



374 DERMATOSES MICHOBIENNES. 

vaisseaux sanguins ot lympliatiques cl engendrer secondai- 
rement, quelle ((ue soit leur voie de péiiétralion, de nou- 
veaux abcès internes ou sous-cutanés, des adi'uiles suppu- 
rées, de la pseudo-tuberculose, des arthrites suppurées, des 
foyers de bronchopneumonic. l/int'eclidii dciueure locale 
quand les germes sont peu virulents ; il ne se produit 
qu'un gros abcès ou une adénite volumineuse ; elle s'étend 
et se généralise (piand les germes sont plus actifs. L'infec- 
tion est généralement très ra[)ide. et les lésions externes 
peuvent se reproduire dans le poumon, moins de trois 
semaines a|)i'ès l'inoculation extérieure. D'autres mi- 
crobes peuvent s'associer à celui de Preisz-Guinard et con- 
Irihuer à donner, au pus sécrété, une odeur repoussante. 

Symptômes. — Les symptômes de la pyobémie caséeuse 
consislenl dans des abcès externes et internes et dans des 
adénites ou une broncliopneumonie caséeuse. 

i" Adénite caséeuse. — Les abcès commencent à évo- 
luer dès les premières semaines qui suivent la naissance 
des .aj/Hf*auA- juscpTà l'Age adulte et l'envoi des animaux à 
la boucherie, ils se propagent à tel point que 00 p. 100 de 
l'effectif du troupeau en sont alfectés. « Les abcès évoluent 
rapidement et dans des points d'élection : au niveau de 
la parotide, sous la gorge, au flanc, à la mamelle, aux 
bourses, etc. Leur grosseur atteint souvent le volume du 
poing quand le tissu conjonctif de la région est suflisam- 
ment lâche; leur contenu est constitué par un pus épais, 
crémeux, jaune verdAIre. ils apparaissent d'une manière 
intermittente, de telle sorte ipi'un animal guéri d'im 
abcès sous-glossien en présente un aul re (pielques semaines, 
(pielques mois plus lard au nivciiu du liane ou de la pointe 
de l'épaule. 

« Très répandus chez les antenais, leur nombre diminue 
h mesure que les animaux deviennent plus Agés, mais îi 
aucune période de leur existence les sujets du troupeau, 
mi\les ou femelles, ne sont à l'abri de cetle singulière 
affection » (Carré). 



MOL'TOX. — PYOHÉMIE CASÉELSE. 375 

Ces abcès intéressent principalement les ganglions super- 
ficiels situés dans le voisinage des premières voies diges- 
tives (ganglions parolidiens, rétro-pharyngiens), puis les 
ganglions préscapulaires et inguinaux. La palpation des 
principales régions ganglionnaires peut faire découvrir les 
premiers malades d'un troupeau. Il n'est pas rare de cons- 
tater, chez les animaux adultes, des ganglions de lagros- 




Fig. 74. — ?s'odules caséeux du fuie ^Mohlel■). 

seur d'un œuf de poule; la maladie est beaucoup plus 
difficile à reconnaître chez les agneaux en raison du peu 
de volume des ganglions. 

L'existence de la pyohémie caséeuse n'est le plus sou- 
vent établie qu'à l'abattoir ; elle évolue sans produire des 
troubles généraux ou locaux appréciables. 

2° Forme viscérale. — Les infections viscérales demeu- 
rent latentes, sauf celles du poumon, <jui se traduit parles 
symptômes d'une bronchopneumonie chronique. Cette loca- 
lisation pulmonaire, observée par Liénaux (1"1, Besnoit et 

(1) Liénaux, Eludt d'une pneumonie enzootique du mouton (Ann. de méd. 
vêt., 1896, p. 625). 



376 DERMATOSES MICROBIENNES. 

Cuillé(l), a ('II' idcnlilii'O par Sivori (2). Elle est caracté- 
risée par une diininiilion plus ou moins ra|)ifJe des forces 
et un amiu;j:rissemont progressif faisant soupçonner une 
alTection caclicctisantc. La respiration est arccléréc dès le 
début de l'invasion morbide; elle devient saccadée, accom- 
pagnée d'un souhresaul si marqué qu'il constitue, pour le 
berger, un signe palliognomoiiique de l'altération pulmo- 
naire. 

]^a percmsio)) de la poitrine ne fournit aucun renseigne- 
ment caractéristique tant que les lésions sont confinées 
aux lol)cs antérieurs et au bord inférieur de l'organe; 
mais, quand la pni'umonie s"étend en arrière, il existe une 
zone de matiti' sur ime étendue correspondante à celle des 
parties hépatisées. 

\jauscullation donne peu d'indications : les masses 
scapulaii-es mas(|uent les bruits sous-jaccnts; on note 
pres(pie cxnlMsivcmenl. une exagération du murmure res- 
piratoire vers les parties élevées de la poitrine. 

Le jctagc n'apparaît qu'îi une épofjue éloignée du début 
de la maladie ; il est bilatéral, blanc laiteux, visqueux, 
muco-purulenl. toujours peu abondant; son expulsion est 
sin-tout ajipréciable après une quinte de toux. 

La gène respiratoire fait des progrès; l'animal est hale- 
tant; il maigrit, perd rapp(''lit et oITre. peu île jours avant 
la moi't. une diarrln'c intense. 

Marche. — La maladie a une évolution lente, chro- 
nique: sa diH'ée est difiiciie à apprécier; on sacrifie géné- 
ralement les malades; on constate d'ailleurs de grandes 
difi"(''rences subordonnées à la gravité et à l'étendue des 
lésions pulmonaires; sa duri-e esl souvent de deux mois, 
mais elle semble pouvoir atteindre six mois comme limite 
extrême. La terminaison est généralL-ment mortelle. 

Anatomie pathologique. — Les lésions intéressent les 

(I) Hesnoit et (aiillc, /{'-viif rrl., IS",)S, p. iliS. 

(!') Sivori, Sur une hronchopncunionie caséeuse du mouton (Recueil de 
méd. vit., l.S9!)l. 



MOUTOX. PYOHÉMIE CASÉEUSE. 377 

ganglions, le foie, les reins et principalement le poumon. 

Les GANGLIONS bronchiques, médiastinaux, rétro-hcpa- 
liques et quelquefois lombaires et mésentériques, sont 
criblés de fojers casceux. isolés ou réunis en un vaste abcès 
dont le contenu est constitué par du pus épais, gommeux, 
verdàtre, renfermant des grains calcaires. 

Le FOIE présente des nodules miliaires, du volume 
d'un pois, ou d'une noix limités par une épaisse coque 
fibreuse (fig. 74 et 75). 

Les REixs et la rate sont le siège de nodules petits, durs. 




Fig. 7.^. —Abcès caséeux successifs d'un membre. 

en relief, essentiellement fibreux, calcifiés ou en voie de 
calcification, qu'on a confondus avec des tubercules. 

Le POUMON offre, dans beaucoup de cas, des lésions 
caséeuses, scléreuses et pneumoniques. 

Les foyers casceux ont le volume d'une lentille à celui 
d'une noix ; ils renferment du pus verdàtre, épais, concrète 
ou calcifié, et disposé en couches concentriques; ils sont 
entourés d'une paroi sclérosée et accompagnés d'une réac- 
tion inflammatoire périphérique, propagée quelquefois 
jusqu'à la plèvre et suivie dé plaques de pleurésie et 
d'adhérences superficielles. Les lésions pneumoniques sont 
bilatérales et intéressent principalement les lobes antérieurs. 



378 DERMATOSES MICROBIENNES. 

Les parties malades consei'venl le volume du poumon 
insui'flé ; elles ont une teinte grise ou blanche qui rappelle 
la couleur de la substance cérébrale; leur surface est lisse, 
régulièrement arrondie ; on y aperçoit un aspect linemenl 
lobule, comme si la substance se décomposait en de nom- 
breux grains d'un gris mal, séparés par des zones plus 
claires ou rosées. F^a densité est augmentée: les fragments 
lésés tombent au fond de leau ; la consistance est ferme 
tant que la plèvre viscérale est conservée; la substance 
devient, au contraire, très friable si l'on 'entame son enve- 
loppe : elle s'etTrite entre les doigts et se réduit en une 
bouillie blanche, épaisse et visqueuse. La surface de sec- 
tion répète l'aspect lobule de la surface; elle donne au 
doigt une impression de viscosité et laisse écouler, parime 
faible pression, un suc laiteux, épais. Le raclage détache 
de la coupe une multitude de grains gris, submiliaires, de 
dimensions égales, à contours irréguliers, d'une consis- 
tance plus ferme, <pii lui donne l'aspect lobule visible à la 
surface (Liénaux). 

Diagnostic. — L'échinococcose pulmonaire dégénérée 
s'en distingue par l'absence de lésions ganglionnaires; la 
brochopneiimonie parasitaire, par la sclérose du tissu pul- 
monaire sans suppuration caséeuse ; la tuberculose n'est 
jamais caractérisée par des adénites suppurées aussi nom- 
breuses et aussi dispersées que celles qu'on observe dans 
la pjohémie caséeuse et ne sévit jamais à la fois sur un 
nombre aussi considérable d'animaux. En outre, les lésions 
tuberculeuses n'offrent jamais cette disposition en couches 
concentriques comjiarables à un oignon, et elles sont 
dépourvues de capsule [INoack (i)]. 

Pronostic. — C'est une maladie grave qui fait périr un 
grand nombre d'agneaux dans les semaines qui suivent la 
naissance. Elle complique et aggrave les infections para- 
sitaires en épuisant les malades. Bien connue aujourd'hui 

(I) .Noack, Recherches sur la pseudo-tuberculose du mouton et ses rapports 
«lenkystement avec l'échinococcose (Revue gén., 1907, t. I, p. 200). 



MOUTON. — NÉGROBACILLOSE. 379 

des inspecteurs d'abattoirs, elle l'est irès peu des prati- 
ciens. Elle atteint pourtant les animaux d'un troupeau 
dans la proportion de 15 à 70 p. 100 (Cherry et Bull). 

Traitement. — Le traitement prophylactique est le seul 
pratique chez le mouton. Il faut isoler les malades ou 
mieux les abattre si leur état actuel permet d'en tirer 
parti pour la boucherie, désinfecter les locaux, réservoirs, 
ustensiles, qui peuvent avoir été souillés par les produits 
virulents, protéger les plaies contre le contact direct des 
litières. Il faut lier le cordon ombilical aussitôt après la 
naissance avec une ligature conservée dans un antiseptique 
et badigeonner le cordon et l'ombilic avec une solution 
iodée au tiers. On a recours au même pansement pour 
l'extrémité de la queue amputée, qu'on complète dans les 
deux cas par une application de collodion iodoformé. 
C'est le meilleur moyen de prévenir l'extension du mal 
dans les troupeaux infectés[Bridré, Carré et Bigoteau(l)]. 

La vaccination à l'aide d'un microbe atténué capable 
de déterminer de l'œdème inflammatoire sans suppuration 
paraît efficace ^(CaiTé) ; mais elle n'a pas encore fait ses 
preuves. 

IV. — NÉCROBACILLOSE. 

La nécrobacillose du mouton est une maladie enzootique 
dans tous les pays. On l'a signalée en Hongrie (Vigadi), en 
Allemagne (Peter), en Nouvelle-Zélande (Gilruth). On l'a 
particulièrement étudiée en Amérique et en Angleterre 
(Mac Fadyean, Williams Knowles, Flock), en France 
(Moussu, Besnoît, Vallée). 

Étiologie. — L'agent infectieux, le bacille de la nécrose, 
trouve chez les moutons un terrain très favorable à son 

(1) Carré et Bigoteau, Le bacille de Preisz-Nocard en pathologie ovine. La 
toxine et les affections qui lui sont dues {Revue gënër., l" avril 1908). — 
Carré et Bigoteau, Les affections dues à l'action toxique du bacille de 
Preisz-Nocard {Revue génér , 15 avril 1908). — Carré, La suppuration ca- 
séeuse chez le mouton. Prophylaxie. Essais de vaccination (Revue génér., 
15 janvier 1910). 



3S0 DICHMATdSKS MlCnOUlKNNKS. 

<léveloi)penienl. L'aggloméralion de ces animaux on trou- 
peau, le contact permanent des malades et des animaux 
sains dans les bergeries, la conservation des microbes dans 
le pus répandu sur la litière par les extrémités infectées 
ou pendant le décubitus, sont des conditions émineiument 
favorables à la propagation de l'infection. D'autres in tlucnces 
prédisposantes facilitent l'inoculation des animaux. Parmi 
elles, citons: l'ingestion de fourrages durs et grossiers, les 
pAtiu'ages couverts d'iierbos épineuseset piquantes comme 
les chaumes de blé, qui, pendant les années de sécheresse 
notauiment, déterminent des érosions et des blessures des 
muqueuses et de la peau au moment de la préhension des 
aliments ou pendant la marche. Ces causes expliquent la 
fréquence de la maladie, régions exposées aux trauma- 
tismes, au niveau des lèvres, des ailes du nez. des extrémi- 
tés et sa rareté' dans les régions couvertes de laine. Les 
bergeries humides, sales, mal entretenues, conservent les 
microbes, dont l'inoculation est préparée par les causes 
vtdnéranles précitées auxquelles il convient d'ajouter : la 
marche dans des roules ou des chemins boueux, défoncés 
ou caillouteux. Quand la peau des lèvres de la vulve et du 
conduit vaginal a été érodée ou blessée pendant la saillie, 
le bacille de la nécrose s'y implante, sans diflicullé, 
pendant la décubitus sur une litière souillée de produits 
infectieux. 

Chez les ni/iimux, p.irticulièrpmoiit frappés, l'infection 
est favorisée parla tiuesse delapeau. son peu de résistance 
aux iniluences traumatiquesel probablement aussi par une 
réceptivité spéciale. 

La transmission artificielle est obtenue en frottant la 
[)eau scarifiée ou les mu(picuses(Vigadi). avec les croûtes, le 
pus des malades. Elle est déterminée aussi par le simple 
dépôt à l'entrée du v;igin, des ouvertures natiu-elles, d'un 
tampon d'ouate imbibée du liquidequi s'écoule des organes 
génitaux des animaux infectés (Mac Kadjean), ainsi que 
|iar l'inocidation de cultures du bacille de la nécrose. 



MOUTOX. — NÉCROBACILLOSE. 381 

La maladie se propage quelquefois des brebis malades 
aux bergers qui les soignent et se traduit par la formation 
déboutons de la grosseur d'une lentille, qui se convertissent 
en petits abcès en trois ou quatre jours et guérissent en 
une dizaine de jours. 

Symptômes. — La nécrobacillose du mouton se traduit 
fréquemment par des localisations cutanées à forme enzoo- 
tique, qui tantôt évoluent isolément, tantôt s'associent 
très diversement : les lèvres, les organes génitaux, les 
extrémités sont les principaux foyers d'infection par le 
bacille delà nécrose. La stomatite ulcéreuse et \es cruptions 
labiales des agneaux et quelquefois des moutons sont ses 
manifestations les plus communes. 

a.La.nécro!ie des lèvres débute parune éruption de vésicules 
remplies d'un liquide clair etcitrin, sur lesboi'ds des lèvres, 
qui apparaissent larges et tumétiées. Puis le contenu des 
vésicules exsude, et la peau, irritée par des frottements et la 
préhension des aliments, s'érode, devient sanguinolente ou 
se recouvre decroiîtes jaunâtres. Le processus s'étend jus- 
qu'aux commissures des lèvres et à la région nasale ; les 
éruptions vésiculeuses se multiplient; la peau s'ulcère et la 
périphérie des parties malades est progressivement envahie 
par des taches purpurines et se recouvre d'une sécrétion 
boueuse ou de croûtes jaunâtres, fissurées. La pression du 
tissu en voie d'invasion en fait sourdre une masse purulente 
ou caséeuse qui répand une odeur fétide. Le mal peut se 
propager à la face interne des lèvres, aux gencives et au 
palais, comme la stomatite ulcéreuse peut déborder au 
dehors. Ces diverses altérations peuvent déterminer de 
l'inappétence, empêcher les animaux de se nourrir et entraî- 
ner la mort de quelques agneaux. 

On peut voir aussi le mal gagner les orifices des naseaux, 
les paupières, se reproduire au niveau des extrémités par 
auto-inoculation ou évoluer, simultanément, dans ces 
diverses régions : ulcérations réunies des lèvres et des 
extrémités (iMohler). 



382 DERMATOSES MICROBIENNES. 

I). La nccrobadllose primitive de la couronne, connue 
sous le nom de Fussraiidc der Schaf'e en Allemagne, foot- 
rot of sfieep en Amovlqne, conlarjious foot rot an Angle- 
terre, et de pictin contai/ieux en France, est caractérisée 
par l'inflammation delà couronne et par de petits abcès à 
sécrélion caséeuse d'une lëlidilé spéciale qui se rapproche 
de celle de certains fromages. 11 se produit des décollements 
de la corne, des lislules, des nécroses des ligaments, des 
tendons et quelquefois même des os (Mohler et Washburn) 
{Voy. Piétin, in Maladies du pied). 

c. La nécrobaciltose des organes (jénitau.v externes se Ira- 
duitchez les femelles par une tuméfaction douloureuse îles 
lèvres de la vulve, par des abcès à contenu fétide de cette 
muqueuse et de la peau avoisinante et par un écoidemenl 
vulvaire muqueux et pui'ulent. Chez les mAles {luoiitoiis et 
houes), on peut constater aussi de petites taches blanc 
jaunâtre sur la peau des bourses et sur la muqueuse du 
pénis. Ces taches isolées peuvent se réunir et se convei'tir 
en foyers de nécrose et engendrer des abcès accom[);ignés 
(fune tuiniM'aclioii çl d'une congestion |)rononiées du lour- 
reau. 

La uiarcli(^ delà maladie, (picllc que .soit sa loi-aiisalion, 
est généralement bénigne; nuiis, exceptionnellement, sous 
l'inlluence de conditions adjuvantes, elle peut déterminer 
une mortalité de 10 p. 100 ou même davantage. 

Traitement. — L'enlèvement des premières croûtes et 
des premiers exsudais formés, le raclage des plaies et leur 
lavage avec des solutions désinfectantes comme la teinture 
d'iode sont généralement cflicaces. La nécrobacillose de 
lapeau desiévres est combattue par la solution deehiorurc 
de zinc à 10 p. 100, ou la pommade crésyU'C, à laquelle on 
ajoute, en moyenne, iO p. 100 de fleur de soufre (1). 

La forme vaginale est jugulée par les lavages journaliers 
d'une solution de permanganate de potasse à 2 p. 100 ou 

(l)RoosaiKl, La iiial.idie ulcéreuse des lèvres et des paUes ilu niouttn 
(Itevue vêt., 1911). 



PORC. IMPÉTIGO. 383 

<rune solution étendue deau oxygénée. Quand la peau ou 
les muqueuses sont envahies sur une grande surface, le 
mal est incurable ou très dlfticile à guérir. 

Les MOTEXs PRÉVENTIFS consistcut dans l'isolement des 
malades, la désinfection des bergeries, dans l'isolement 
pendant quinze jours, des animaux nouvellement achetés 
et dans tous les soins de propreté de nature à empêcher 
la conservation des bacilles dans la bergerie 1). 

IV. — PORC. 

I. — IMPÉTIGO. 

Cette affection est caractérisée par l'apparition de pus- 
tules qui sont des folliculites ou des périfolliculites, dont le 
produit de sécrétion jaunâtre se dessèche et se convertit 
en croûtes grisâtres ou brunâtres. C'est l'aiTection pois- 
seuse des jeunes. 

Étiologie. — Les porcelets mal entretenus et exceptionnel- 
lement les animaux âgés contractent cette infection cuta- 
née. La malpropreté des porcheries expose les animaux 
à l'inoculation des pyogènes. La rachitisme, la peste por- 
cine, le rouget, la pyobacillose, la gale. V helminthiase, 
c'est-à-dire toutes les maladies débilitantes et toutes les 
maladies chroniques, qui empêchent les animaux de se 
déplacer ou de se lever, facilitent cette inoculation. La 
maladie se communique facilement en une semaine à 
tous les nouveau-nés d'une portée ; la maladie peut se 
propager aux porcelets qui n'ont pas dépassé trois à cinq 
jours des autres portées et envahir même les mamelles 
appartenant à des mères nourricières (Waltherj. 

Symptômes. — Les porcelets de deux à trois mois pré- 
sentent à la face interne des cuisses, sous le ventre, autour 
desyeux, sur les faces latérales de la poitrine et en divers 

(1) Chez le porc, la nécrobacillose complique le choléra et la plupart des 
infections suppuratives. 



384 DERMATOSES MICHOlUENNES. 

endroits (lu corps, des tachesrouges chaudes et peu saillantes, 
. légèrement prurigineuses, accompagnées d"uneérupUoni)US- 
tuleuse. Cespustules, accumulées par places, de la grosseur 
d'un grain de millet, s'ouvrent deux ou trois jours après 
leur apparition et exsudent un liquide jaunâtre, mielleux, 
qui agglutine les soies, se dessèche et forme des croûtes 
peu adhérentes à la surface. Ces croûtes se fendillent, se 
crevassent et augmentent d'épaisseur par la dessiccation 
des produits de suppuration. Elles Unissent par adhérer 
intimement et par recouvrir le pourtour des yeux et une 
grande partie du corps : l'animal semble recouvert d'un 
mascpie. On ne peut les arraclier, à ce moment, sans déter- 
miner une vive douleur et des hémorragies; le chorion 
apparaît sanieux, purulent. 

Quelquefois, on observe de ]aconjonct'vitc, de la rhinite, 
ou un peu de stomatite, par la propagation de l'inflamma- 
tion aux muqueuses de l'œil, du nez, des lèvres et de la 
bouche. 

L'évolution de l'éruption est assez rapide, et Vàdurre de 
la maladie n'excède jamais plus de vingt jours. Sa marche 
est retardée par une température trop basse ou trop • 
élevée. Pendant les chaleurs de l'été, le prurit est très 
intense, les animaux se frottent, et il survient des abcès 
sous-cutanés, des œdèmes ou même des escarres limitées. 

Chez les porcelets de deux à cinq jours des races amé- 
liorées, l'impétigo revêt une forme plus grave et une 
allure enzootique (Walther). La peau, couverte de vésicules, 
est suintante, himiide, sensible, pnu-igineuse. Les produits 
exsudés se dessèclient, se convertissent en croûtes d un brun 
noirâtre qui ressemblent à de la suie. Ces croiiles se fen- 
dillent, offrent un aspect parcheminé et i-ecouvrent la plus 
grande partie du corps. Les jeunes porcelets sont fiévreux, 
tètent peu, présentent une diarrhée intense et succombent 
bientôt. 

Traitement. — .Maintenir la peau dans un état complet 
de propreté par des lavages avec des solutions alcalines 



POnC. PYOHÉMIE CASÉEUSE. 385 

de lessives de cendres, d'eau de savon, et la désinrecter 
par des lavages de solutions phéniquée, crésylée, bori- 
quée ou de sublimé, de sulfate de zinc, telles sont les 
premières indications à remplir. Il faut éviter d'arracher 
les croûtes adhérentes etde faire saigner la peau, afin de ne 
pas transfoi'mer les surfaces malades en plaies suppu- 
rantes. Les onctions de vaseline, de corps gras et d'huile 
d'olive battue, avec de l'eau tiède, pratiquées sur les régions 
malades ramollissent les croûtes et permettent de nettoyer 
complètement la surface du corps. Une bonne alimen- 
tation, le séjour au grand air, des purgatifs salins amènent 
une guérison prompte. 

11. — PYOHÉMIE CASÉEUSE. 

Le microbe de la suppui"ation caséeuse provoque égale- 
ment des abcès chez le porc. Ces abcès sont superficiels 
ou profonds: ils se développent fréquemment dans le péri- 
toine et les organes internes. L'infection s'etïectue au 
moins aussi souvent par le tube digestif que par le tégu- 
ment. 

La peau de la face inférieure de l'abdomen, du flanc, de 
la cuisse, du grasset, de l'avant-bras, de l'épaule, du cou, 
du chanfrein, est soulevée par des tuméfactions demi-sphé- 
riques, légèrement fluctuantes, de la grosseur d'un œuf 
de pigeon à celle d'un œuf de poule. Ces abcès, limités 
par une coque fibreuse, blanchâtre, résistante, renfer- 
ment un pu épais, granuleux, compact, netteftient ver- 
dâtre. 

Les masses musculaires de la cuisse, de l'épaule, pré- 
sentent de semblables lésions ; l'articulation de la hanche 
peut se luxer à la suite de la destruction des ligaments par 
de volumineux abcès. On observe des nouures des articu- 
lations des membres et une incurvation de la colonne 
vertébrale. 

Le péritoine (mésentère et épiploon), le médiastin, le 
Galéac. — Pathologie interne. VIL 22 



386 



DERMATOSES MICROBIENNES. 



foie, les parois de l'int(>s(in grêle sont parsemés d'abcès de 
la grosseur d'un pois ou d'une noix[Sérès et Guillaume (1)]. 

V. — CHIEX. 

Les dermatoses microbiennes du chien comprennent : 
l'impétigo, le pemphigus, l'acné, la nécrobacillose, le pur- 
pura. 

I. — IMPÉTIGO. 

Étiologie. — 1/impétigo est une maladie des plus 
commtuies des jeunes c/iioiis : les excitations extérieures 




Fig. 76. — Bi-rilure simulant 1 iiiipéligo. 

produilqupar la poussière, la saielé, les irritations déter- 
minées par des parasites, puces, poux, etc., les frottements 
répétés du collier el les pressions soutenues sur une 
partie de la peau, comme celles qui résultent d'un ban- 
dage de fracture, favorisent son apparition (lig. 7(5). 

Celte maladie complique toutes les variétés d'ercrwa. 
de ijale on do p/itiiiiise: le pi-urit occasionné par ces mala- 



(1) Sérès el Guilhiiiiiic, Jicriir f/ciifr.. l. I, p. 127 



CHIEN. 



IMPETIGO. 



387 



dies entraîne des desquamations épidermiques profondes 
et linoculation de tous les germes pyogènes déposés sur 
la peau. On voit ainsi l'impétigo s'ajouter à la plupart 
des abcès cutanés. 

Symptômes. — L'impétigo apparaît par plaques peu 




Fig. 77. — Impétigo du chien en pleine période de sécrétion. 



nombreuses, une, deux ou trois ordinairement ; elles se 
montrent sur les joues, à la base des oreilles, au point 
otj frotte le collier, au bord supérieur des bandages de 
fractures, à la base de la queue, sur les cuisses (fig. 77). 

Les vésicules s'accumulent sur une étroite surface ; la 
peau devient très rouge, humide, recouverte d'un 
exsudât jaunâtre, mielleux, qui réunit les poils en pin- 
ceaux; quelquefois tous les poils s'arrachent brusque- 
ment, et la peau semble avoir été brûlée par l'eau 



388 DERMATOSES MICROBIENNES. 

houillanlo. Qiielqnofois le prurit est si violent que l'in- 
tlamm.'ition devient phlegmoneuse en certains points ; on 
voit même quelquefois Vulcération se produire au centre 
des parties malades; une escarre molle et sèche s'éli- 
mine au centre pendant que l'infection continue do 
grandir par la périphérie. 

Au bout d'un temps variable, dépassant rarement deux 
semaines, l'afleclion rétrograde au niveau de la première 
surface envahie ; mais de nouvelles plaques commencent 
à se développer dans les points récemment inoculés. On 
peut rencontrer ainsi, chez le même sujet, des foyers 
impétigineux à diverses périodes de leur évolution, de 
telle sorte que l'affection se perpétue en changeant 
seulement de région. 

Cette extension est favorisée par la malpropreté et par 
la présence de lésions cutanées ou de maladies para- 
sitaires comme la gale sarcoptique. 

Traitement. — On obtient la guérison par une désin- 
fection complète de la partie malade ; il suffit de bien 
couper les poils, de ramollir et de détacher les croûtes à 
l'aide d'une ou deux applications de pommade boriquée 
à laquelle on fait succéder la pommade au calomel au 
douzième, la pommade à l'oxj'de de zinc : les lavages au 
crésjl à laide d'une solution chaude de permanganate de 
potasse à j ou 2 p. 1000, de lysol à 1 ou 2 p. 100, com- 
plètent le traitement antiseptique. On recouvre ensuite la 
surface malade d'un topique pulvérulent adhésif et des- 
séchant comme la poudre de tan, d'amidon, de sous-nitrate 
de bismuth. 

II. — ACNÉ. 

L'acné est une folliculite ou une périfolliculite furoncu- 
leuse qui a déj;i été décrite (Voj. Pathologie chirurgicale 
de la peau et des vaisseaux, p. 2()7). 

L'acné comédon ou acné ponctuée se traduit par de petites 



CHIEN. ACNE. 



389 



élevures arrondies, plus ou moins saillantes, mesurant 1 à 
2 millimètx'es de diamètre en moyenne, souvent de la taille 
d'une tête d'épingle, parfois punctiformes, dans l'inter- 
valle desquelles la peau est normale, mais grasse, et par- 
fois légèrement pityriasique. 

Certaines élevures acnéiques dessinent de petits monti- 




jiiiL-Joa cl kvïtcs scbdcii:, inaltiiilc 



Clill: 



A gauche, kyste folliculaire sébacé renfermant des éléments épidermiques, 
clairs et graisseii'c. An milieu, deux jeunes comédons situés dans leur follicule 
atteint d'hyperk.ératose Oitéo-foUiculaire ; l'un d'eux contient un poil enroulé. 
A droite, vieux comédon (tanne) dont la tète fait saillie par l'orifice de l'ulri- 
cule acnéique. Entre ces productions, hyperkératose de la peau (Bail et Roquet). 



cules centrés par un point noir qui correspond à un comé- 
don. Quelques élevures sont volumineuses, très saillantes, 
ombiliquées, centrées par un gros point noir obturant un 
large orifice. Des élevures à gros comédon correspondent 
aux tannes de Y homme et se rapporteraient à de volumi- 
neuses glandes sébacées (fig. 78). 

La pression exercée autour du point noir t'ait saillir le 
comédon ou la tanne sous la forme d'un vermisseau de 
matière grasse, blanc jaunâtre, qui se contourne sur lui- 
même, coiffé d'un point noir qui semble lui figurer une 

00 



300 DERMATOSES MICROBIENNES. 

lèle. Celle partie noire est due au mélange des poussières 
;\ la matière sébacée. 

Les microbes et quelquefois les vaisseaux sont la cause 
des comédons qui se logent dans une petite poche résultant 
de la dilatation de rinlundibulum folliculaire (1). 

Traitement. — 11 n'olTre rien de spécial. (Voj. Palholo- 
ijic chiriiri/icale de la peau et des vaisseaux, p. 272) (Bail 
cl Roquet). 

III. — PEMPHIGUS. 

Le pempbigus du chien, regardé comme susceptible 
de se transmettre à Vhoinmo (Dasch), peut revêtir une 
l'orme chronique. 

Diagnostic. — Le pemphigus est une forme d'éruption 
à tvpe biilleux. d'origine imj)étigineuse ou provoquée par 
des iiiloxicalions variées ou par diverses maladies. 

Traitement. — Le traitement antiseptique est le seul 
elïicace. 

IV.— NÉCROBACILLOSE. 

Le bacille de la nécrose détermine, chez le chien, une 
<lermatile phlegmoneuse et fistuleuse caractérisée par des 
abcès plus ou moins volumineux du tissu conjonctif sous- 
cutané suivis de trajets listuleux persistants. Il est aidé 
dans son action nécrosante par les microbes banaux de la 
suppuration staphylocoques et streptocoques). 

Cette maladie a été étudiée par Cuillé (2). Cadiol et 
lire! on, Cray (3 . 

Ètiologie. — On l'observe principalement chez les 
chiens de gi-ande taille {danois, dogues, chiens de chasse); 
elle est rare chez les jeunes chiens; c'est une maladie des 
chiens adultes ou vieux. Les animaux se contaminent en 
se léchant, en se grattant. 

(1) Bail el Roquet, Journal de Lyon, mars 1913. 

(2) Cuillé, /{evuc vét., 1905, j). 751. 

(3) Gray, T/ir Velerinanj record, 1911, p. 32i. 



CHIEN. — NÉCROBACILLOSE. 391 

Les excoriations, les blessures, les piqûres par des épines, 
des brins de paille, des épillets de brosses, sont des causes 
de contamination: des frictions faites sur la peau desqua- 
niêe de la fai-e et des membres avec des cultures pures dt'- 
terminent la formation d'abcès et les lésions babituellos 
de la maladie (Cuillél. On la voit compliquer fréquemment 
la gale des demodex et lui conférer une gravité spéciale. 

Symptômes. — La dermatitc phlegmoneuse se déve- 
loppe au niveau des parties saillantes du corps : face 
externe des coudes, des jarrets, des grassets, région digi- 
tée, pourtour des lèvres, du nez, queue, pourtour de l'anus, 
fourreau, ou dans diverses régions où elle demeure géné- 
ralement localisée. Cbez le clmt. la maladie se développe 
dans la queue et les pattes. 

La peau se tuméfie, se dépile, devient rouge violacé et 
présente bientôt de petits foyers purulents qui s'ouvrent et 
laissent écouler du pus sanguinolent et liquide. La suppu-- 
ration envahit le tissu conjonctif sous-dermique et y 
creuse desgalei'ies sinueuses, ramifiées. analoguesàcellesde 
la gale folliculaire et qui tendent à persister indéfiniment. 
Les ouvertures des fistules paraissent taillées à l'emporte- 
pièce et sont quelquefois si nombreuses que la peau ma- 
lade x-essemble à une écumoire: elle demeure toujours 
dépitée et très épaisse. La lésion n'a pas de tendance à 
s'étendre : elle demeure stationnaire pendant des mois, 
sans amélioration appréciable. 

Le pus sécrété est toujours sanguinolent; il contient des 
staphylocoques, des streptocoques et le bacille de Bang, 
qui se trouve souvent à l'état pur dans les abcès non ouverts. 

La dermatite phlegmoneuse des extrémités digitées 
débute par les espaces interdigités; elle gagne quelquefois 
le carpe ou le tarse et peut se compliquer de lymphangites, 
de nécroses aponévrotiques, tendineuses ou osseuses. 

Cette maladie a une marche très lente et n'a pas de 
retentissement sur l'état général du sujet. Les chats suc- 
combent généralement. 



392 DERMATOSES MICROBIENNES. 

Diagnostic. — On la différencie de la gale des dcmode.v 
|iai' r(^xiimen microscopique du pus et surtout par Fàge 
des malades : la gale des démodex est exclusivement une 
maladie des jeunes chiens. 

Traitement. — Quand les plaques sont rares et peu 
étendues, l'excision des lambeaux cutanés malades et la 
suture aseptique des bords de la plaie est le moyen le 
plus pratique d'obtenir la guérison. Sinon, il faut curctter 
les trajets fistuleux, scarifier les surfaces malades, enlever 
toutes les parties nécrosées, les désinfecter à la teinture 
d'iode, à l'eau oxygénée ou à l'aide d'une solution de chlo- 
rure de zinc à 1 p. 100, de nitrate d'argent, de sulfate de 
cuivre. Quand ces moyens sont insuffisants, on a recours 
aux scarifications journalières suivies de cautérisations à 
la teinture d'iode (1). 

V. — PURPURA- 

Le purpura a fait l'objet d'une description spéciale, 
(p. 272, in Pathologie chirurgicale de la peau et des 

vaisseau^T). 

(1) Lapin. — La gangrène cutanée du lapin, les lésions ulcéreuses de la 
face, diverses collections purulentes de cet animal résultent aussi du bacille 
de la nécrose (Voy. Maladies de la peau et du tissu conjonctif, p. 265, 
in Pathologie chirurgicale). 



CHAPITRE VIÏI 
DERMATOSES PARASITAIRES 



On peut distinguer à cet égard : 

1° Des dermatoses causées par des acariens habitant 
l'épiderme (sarcoptes), les follicules pilo-sébacés (démo-- 
dex) ou la surface du tégument (dermanjsses, ixodes, 
rougets) ; 

2° Des dermatoses causées par des insectes vivant à la 
surface du tégument (poux et puces) ; 

3° Des épidermomycoses (teigne tonsurante, microspo- 
rie, teigne faveuse); 

4" Des dermatomycoses (actinomycose. sporoti'ichose, 
lymphangite épizooliquo) ; 

5" Des dermatoses causées par des vers. 

I. — DERMATOSES AC ARIENNES. 

Les acariens possèdent quatre paires de pattes, une 
bouche armée d'un rostre, un abdomen ramassé ou 
fusionné avec le céphalothorax. 

Les sexes sont séparés ; ils subissent des métamor- 
phoses ; les larves issues des œufs ne possèdent que trois 
paires de pattes {larves hexapodes) ; elles se transforment 
en nymphes octopodes sans organes génitaux, puis en 
adultes. Les espèces parasitaires qui nous intéressent 
comprennent : 1° les dermatozoaires vrais habitant l'épi- 
derme corné (sarcoptes, psoroptes, symbiotes); les folli- 
cules pilo-sébacés (démodex) ; 2" les épizoaires répandus à 



394 DEOMATOSES PARASITAIHES. 

la surface du légumenl (rougets, ixodes,. etc.). La phiparL 
des dermatoses acariennes portent le nom du parasite qui 

les détermine : gale sarcoptiqiie. psoroptlipie, symbio- 
tique, démodécique. 

Le cheval est sujet à trois espèces de gales (gale sar- 
coptique, gale psoroptique et gale symbiotique); le b(iHil\ 
à gale psoroptique, gale symbiotique et gale des démodex; 
le mouton, à gale sarcoptique, gale psoroptique, gale 
svmbiolique: la chèvre ne contracte que la gale sar- 
coptique et la gale des déniodex; le chien [)résente la gale 
sarcoplicpie. la gale symbiotique des oreilles et la gale des 
démodex; le chat, la gale sarcoptique et la gale symbio- 
tique; le porc, la gale sarcoptique et la gale des démodex; 
le lapin, la gale psoroptique et la gale symbiotique; les 
oiseaux, la gale sarcoptiiiue des pattes et la gale sar- 
coptique du tronc. 

I. — SOLIPÈDES. 

I. — GALE SARCOPTIQUE. 

Définition. — La gale sarcopli(|ue. délerminée par le 
Sarcoptes cqui, est une alïection contagieuse, prurigineuse, 
caractérisée, chez les animaux, par des lésions éruptives, 
polymorphes, à distribution symétrique. 

Les sarcoptes sont généralement des parasites errants 
(jui recherchent les parties fines de la peau et y creusent 
des galeries sous-épidermiques ou sillons, signe diagnos- 
tique de la gale humaine. 

Ces parasites ovipares présentent des ventouses ambu- 
lacraires aux deux premières pattes dans les deux sexes 
et à la quatrième paire chez le nulle. Ce dernier est dé- 
pourvu de ventouses nulles. Les femelles adultes sont plus 
volumineuses que les mâles : leurs deux j)aires de pattes 
postérieures sont terminées par des soies; elles creusent 
dans l'épiderme des galeries où elles déposent leurs œufs. 



SOLIPÈDES. GALE SARCOPTIQUE. 395 

La gale sarcoptique est la gale contagieuse et épizootique 
des solipèdes. 

Étiologie. — Le Sarcopte sequk a les écailles dorsales 
assez aiguës, bien chitinisées; la femelle a un corps ova- 
laire, grisâtre ; elle présente des ventouses aux deux paires 
de pattes antérieures et des soies aux deux paires posté- 
rieures ; la femelle ovigère est longue de 400 à 420 a et 
large de 280 à 320 jj. : le mâle est arrondi, parfois rous- 
sàtre ; il possède une longue soie à l'avant-dernière paire 
de pattes; il mesure 220 à 235 [x de long sur 160 à 175 ;a 
de large. Le nombre des mâles par rapport aux femelles 
est de 5 à 6 p. 100. 

Mâles et femelles adultes errent à la surface du tégu- 
ment, où ils se rencontrent au milieu des croûtes; les 
femelles fécondées s'attaquent immédiatement à lépi- 
derme, inoculent leur venin, qui fait développer une 
papule ; là, elles creusent des galeries intra-épidermiques. 
connues sous le nom de sillons, où elles vont déposer leurs 
œufs. Quinze à trente minitos sufiiscat [)Oar l'accomplis- 
sement de ce travail. 

On peut mettre des sillons en évidence en dépouillant un 
fragment de peau de cheval galeux d'une partie de son 
épidémie, à l'aide d'un fin scalpel, après l'avoir laissée à 
l'humidité et à la chaleur, pendant vingt-quatre à qua- 
rante-huit heures 'Delafond et Bourguignon;. 

On observe alors, à un faible grossissement, des rai- 
nures droites ou sinueuses, étroites, peu profondes, de 
2 millimètres à 4 centimètres de longueur et plus ou moins 
rapprochées les unes des autres. Ces sillons présentent des 
élargissements subits qui logent deux ou trois^œufs mélan- 
gés à des excréments i-eprésentés par des points noirs. 

L'une des extrémités des galeries est occupée par la 
vésicule noire, lautre par la femelle ovigère. où on la dis- 
tingue sous la forme d'un petit point blanc, brillant; elle 
chemine toujours en avant, y égrène ses œufs, d'autant 
plus avancés dans leur développement qu'ils sont plus 



396 



DERMATOSES PARASITAIKES. 



rapprochés de l'orifice d'entrée : elle ne peut l'étrograder 
en raison de la disposition de ses écailles et de ses épines. 
Les larves octopodcs (|ui éclosent dans ces galeries s'y 
nourrissent de parcelles épidermiques, y abandonnent les 
enveloppes qui résultent de (juelques mues, perforent les 




l'ig. 79. — Sarcople du cheval (Srahiesequi) : femelle ovigère 
vue par la face dorsale. 



galeries pour se répandre à la surface. Nymphes octopodes 
et femelles p»6é/Ts peuvent, cependant, continuer à vivre 
dans les sillons jusqu'à Iheure de la reproduction. Pen- 
dant que la lëconiiation s'opère à la surface do Fépiderme, 
ponte et éclosion s'elToflucnl dans la profondeur, où les 
femelles qui doivent assurer la conservation de lespèce 
sont venues chercher un abri (dg. 79). 



SOLIPÈDES. GALE SARCOPTIQUE. 397 

Le cycle évolutif de chaque génération s'accomplit en 
quatre semaines environ : les mâles meurent peu de 
temps après la fécondation, pendant que la femelle gran- 
dit, mue et prépare son refuge pour la ponte. 

La contagion est l'œuvre des larves, des nymphes, des 
jeunes femelles fécondées et des mâles qui se répandent à 
la surface de l'épiderme. 

La contagion immédiate s'effectue facilement quand les 
animaux sont entassés dans les écuries d'auberge ou dans 
les entreponts pendant les traversées. Le moindre contact 
direct suffit pour amener la transmission quand la gale est 
ancienne ; un contact prolongé peut demeurer inoffensif 
quand la gale est au début ; les sarcoptes émigrent peu 
pendant la période de leur installation. 

La contagion médiate est la plus commune ; les sai'coptes 
sont transportés de l'animal malade sur l'animal sain par 
lintermédiaire de l'étrille, de la brosse, de tous les instru- 
ments de pansage, des couvertures: ils sont déposés sur la 
litière, les parois de l'écurie, des stalles, où ils peuvent 
continuer à vivre plus ou moins longtemps. Conservés dans 
un verre de montre à la température de 10'' à 15", les sar- 
coptes du cheval périssent du quatrième au sixième jour; 
les femelles, du sixième au neuvième. Enlevés avec les 
croûtes, ces parasites peuvent vivre huit à douze jours 
dans une écurie habitée ; les femelles, quatorze à seize 
jours (Bourguignon et Delafond). Dans un lambeau de 
peau qui se dessèche, la mort des parasites survient le 
neuvième jour, quand la dessiccation est complète : 
dans un lambeau de peau humide, conservant son 
humidité, les mouvements de ces acariens peuvent per- 
sister jusqu'au vingt-huitième jour (Gerlach). Les 
animaux peuvent contracter ainsi la gale dans des 
écuries occupées, quelques jours auparavant, par des 
animaux galeux. 

La gale sarcoptique se transmet non seulement de che- 
val à cheval, mais encore à Vâiie et au mulet; elle se 
Cadéac. — Pathologie interne. VIL 23 



398 



DERMATOSES PARASITAIRES. 



(•ommnui(|iio encore à V homme sotis une fonnc bénigne et 
facilenienl ciiialile. 

Sa transmission aux bovidés, admise par quelcpies 
auteurs, n'est nullement démontrée. 

Les solipèdvs peuvent-ils contracter la 'gale sarcoptiqiic 




Fig. 80. — Gale sarcoptique de la lèle. 



des autres espèces? Rofractaires à la gale de Miommn 
(Delafond et Bourguignon), ils peuvent présenter une 
éruption passagère ipiand on met sur leiu- dos des renards 
galeux qu'on vient de tuer ou cpiand les sarcoptes du cliieii 
sont déposés en grand nombre sur leur peau (Bourguignon 
et Delafond). 



SOLIPÉDES. 



GALE SARCOPTIyUE. 



399 



Us contractent aussi la gale sarcoptique du lion et peut- 
être celle du chat, mais les parasites et leurs descen- 
ilants n'ont qu'une existence limitée; l'affection disparait 
d'elle-même. 

Symptômes. — Cette gale sèche est caractérisée parle 




Fig. S!. — Encolure du cheval atleint de gale sarcoptique. 



prurit, des vésicules, des croùtelettes de nature éruptive 
et la présence de sarcoptes (fig. 80). 

Le prurit est le premier symptôme qui attire l'atten- 
tion ; l'animal cherche à se frotter contre tous les corps 
environnants ou à se mordre dans les parties malades qu'il 
peut atteindre; on le voit se pencher du côté des parois 
des stalles, des portes, et prendi'e diverses attitudes inso- 
lites pour se frotter avec une ardeur croissante. Il recher- 
che le contact de la brosse, de l'étrille et s'appuie sur 
Vhoinme qui le panse pour en augmenter l'impression. Il 



400 DERMATOSKS PAUASlïAIItES. 

siillit (le gratter avec l'ongle. j)Oiii' le voir ili-iliir la colonne 
verlébrale, reirousser la lèvre supérieure et nianilesler 
ainsi le bien-être qu'il éprouve. 

Le prurit est plus intense par la chaleur que par le froid 
la nuit que le jour, à l'écurie quaii dehors, sous les cou- 
vertures que si le corps est nu. Les parasites voyagent et 
travaillent principalement quand la peau est chaude; on 
croyait qu'ils étaient noctambules parce qu'ils tour- 
mentent davantage les animaux la nuit à l'écurie que le 
jour au dehors. 

La vésicule qui succède à la piqiire du sarcopte se rup- 
ture, et son contenu, en se desséchant, se convertit en 
croûte qui est suivie de la chute des poils de la partie 
superficielle de lépiderme (fig. 81). 

La croiUclcttc qui constitue le bouton de gale occupe les 
surfaces prurigineuses. Lorsqu'on j passe la main, on 
constate de légères saillies, des granulations semées au 
jond des poils et adhérentes à la peau. Ce sont les petites 
croùtelettcs qui étreignent par leur base deux ou trois 
poils; elles sont fai'iles à détacher avec l'ongle et laissent 
à leur place de petites exulcérations humides, rougeàlres. 
de 2 à 5 millimètres de diamètre. Ces petites tonsures, 
dabord disséminées, nettement circulaires, se multi- 
plient, deviennent contluentes et se convertissent en pla- 
ques larges, irrégulières, sèches, couvertes de squames 
épidermiques et de débris de croiites. Croùteletles et ton- 
sures procèdent d'une éruption vésiculeuse qui passe géné- 
l'ali'mçnt inaperçue. 

La peau dénudée est irritée par les frottements : elle se 
recouvre de produits d'exsudation et de croûtes: elle 
s'épaissit, se plisse, devient rugueuse, chagrinée; les plis 
sont toujoiM's sinueux, irréguliers; il se produit des infil- 
trations sou -cutanées, des exsudais hémorragi(]ues. et 
Ion voit apparaître des pustules, des crevasses et des 
ulcères; les surfaces dénudées sont interrompues par des 
|inrlics recouvertes de poils, ce (jui tient aux habitudes 



SOLIPÈDES. GALE SARCOPTIQUE. 401 

cosmopolites des sarcoptes qui abandonnent rapidement 
les sia-races humides pour aller élire domicile dans les 
parties saines. 

Marche. — Durée. — Terminaison. — La gale sarcop- 
tique débute ordinairement sur les côtés du garrot ; puis 
la colonie parasitaire s'étend sur toutes les parties du 
tronc; les membres sont les derniers envahis, à leur 
partie supérieure seulement. Les extrémités inférieures 
garnies de crin-, sont respectées. Plusieurs semaines se 
passent avant que la maladie arrive à ce degré de généra- 
lisation. 

On n'observe rien d'anormal pendant la première quin- 
zaine ; les parasites sont encore trop peu nombreux, et 
leur installation est trop récente; mais ils se multiplient 
rapidement. 

Uextension de la maladie est en rapport avec cetle 
multiplication ; elle fait surtout de rapides progrès du 
quarantième au soixantième jour. La généralisation est 
beaucoup plus rapide quand la gale règne dans une écu- 
l'ie. De nouvelles colonies se fondent tous les jours par 
contagion. Les jeunes sarcoptes et les mâles essentielle- 
ment cosmopolites se promènent partout ; les parties 
plantées de ci'ins longs et gros, comme la queue, le bord 
supérieur de l'encolure, les fanons, résistent seuls à leur 
invasion. 

Ils trouvent dans la fourrure d'hiver, abri protecteur 
plus impénétrable et plus chaud que la fourrure d'été, 
un milieu très favorable à leur développement (Mégnin). 
L'épizootie de gale sarcoptique de i871-1872 fut beau- 
coup plus grave dans toutes les garnisons pendant l'hiver 
que pendant l'été. Abandonnée à elle-même, elle peut 
faire mourir les animaux d'épuisement et d'insuffisance 
des fonctions cutanées. Elle ne disparaît jamais d'elle- 
même. Quand un traitement antiparasitaire a amené la 
destruction de tous les parasites, la peau congestionnée 
imprime aux poils une poussée rapide; ils sont plus longs, 



402 



DEUMAÏOSES PARASITAIRES. 



plus ronci's et plus :.'n)s que coiix des parties saines. 
Anatomie pathologique. — Les lésions cutanées con- 
sistent dans des traînées ou galeries intra-épidermiques 
présentant, à l'entrée, une vésiculette profonde ouejnmence 
acarienne. Les cellules épidermiques limitant les galeries 



•«y y 







'y^'^^.^S^ 



Kig. %-. — Peau lie rheva/ atteint de gaie. 

A gauche de la figure, près du corps muqueux de Malpighi, dans la couche 
cornée, on aperçoit une longue ga'erie occupée par deux acares. A droite de 
cette galerie, on en voit une autre coupée transversalement et également 
habitée (Bail). 



sont des élé'nients kéralinisés (1), iiuperméal)les. en raison 
de la graisse épiderniique, qui protègent les parasites 
contre une inondation séreuse (fig. 82). 

Les papilles qui bordent les sillons sont rouges, hyper- 
Iropliiées; elles ont fourni un produit d'exsudation jau- 
nâtre qui imprègne, ramollit la couche superficielle du 

(I) Bail, Les galeries inlraéi)idermiques acariennes. (Journal de Lyon, 

191:!). 



SOLIPÈDES. GALE SARCOPTIQUE. 403 

derme et détermine des soulèvements épidermiques'carao- 
térisés par des vésicules dans les points où Tirritation 
venimeuse s'est fait le plus vivement sentir. 

Quand la gale est ancienne, la plupart des altérations 
sont défigurées par le prurit qui provoque des excoria- 
tions, des érosions et des gerçures, par la multiplicité des 
piqûres et des sillons qui sentre-croisent et s'interrom- 
pent, par l'épaississement et l'infiltration du derme, l'in- 
duration de la peau, la chute des poils et la formation de 
croûtes irrégulières. 

A ces altérations psoriques primitives ou secondaires, il 
faut joindre les altérations qui résultent de l'anémie, de 
la cachexie et de l'insuffisance des fonctions cutanées : 
pâleur des muqueuses, engorgement des extrémités, 
troubles digestifs. 

Diagnostic. — La découverte du sarcopte est le signe 
pathognomonique par excellence. 

Il faut le chercher chez les animaux qui n'ont été l'objet 
d'aucun traitement, car les sujets soignés présentent 
souvent un eczéma intense complètement dépourvu de 
parasites. 

D'autre part, il ne faut pas oublier que des c/ieraH.v, aussi 
galeux en apparence les uns que les autres, ne nourrissent 
pas la même quantité de sarcoptes ; c'est même l'inverse 
qui a lieu, c'est-à-dire que les chevaux lymphatiques qui 
ont les croûtes les plus épaisses, les plus abondantes, ont 
le moins de parasites, et que les chevaux à tempérament 
sec et nerveux qui ont la gale la plus furfuracée. la plus 
sèche, en ont le plus ^Mégnin 1)'. 

Pour les trouver, il faut suivre les règles suivantes : 

1° Placer l'animal au soleil pendant un temps calme, 
afin de réchauffer la peau et d attirer les parasites à la 
surface; un temps froid ou venteux rend cette recherche 
inutile; 

(I) Mégoin, Parasites et maladies parasitaires, p. i!34. 



404 DKHMATOSES PARASITAIRES. 

2" A défaut do soleil, réchauffer la surface du corps par 
l'application d'une couverture; 

3° Commencer la récolte au bout d'une heure en raclant, 
jusqu'au sang, la surface du légumont à laide dun scalpel 
ou d'un bistouri un peu mousse; c'est le seul moyen 
d'atteindre les mâles et les femelles pubères; sinon, on ne 
trouve, tout au plus, que des larves hexapodes; 

•4° Tremper les croûtes recueillies dans une solution de 
potasse à 10 p. 100: les parasites deviennent alors beaucoup 
plus facilement perceptibles; on peut aussi placer les 
croûtes fraîches en plein soleil, les étaler sur une lame 
de verre et les examiner au microscope. On voit les para- 
sites se détacher des croûtes, envahir la lame de verre 
sur laquelle on peut les eu)prisonner en y déposant une 
goutte de glycérine. 

Gerlach a conseillé dr fixer les croûtes, prises chez un 
animal suspect, sur le bras dim liomnie à l'aide d'un peu 
de papier de soie maintenu en i)lace par deux bandelettes 
de sparadrap : au bout de douze heures, on les aperçoit 
dans la peau sous la forme de points blancs, et on peut 
les saisir à l'aide d'une line aiguille. Ce moyen peu usité 
n'offre aucun inconvénient. 

La contagion de cette dermatose prurigineuse aux autres 
animaux de la même écurie est encore un excellent signe 
diagnostique. 

La (jale psoroptique peut se généraliser; mais elle a 
toujours pour foyer principal les régions pourvues de crins 
(crinière, toupet, queue), d'où elle irradie de proche en 
proche sur les faces latérales de l'encolure, le front, les 
fesses, le pourtour de l'anus et de la vulv». 

Lagalesy/m6/o;/(/»eest localiséeaux extrémités, d'où elle 
gagne lentement et rarement le dessous du ventre, mais 
jamais les parties supérieures du corps. 

L'acariase dermanyssique s'en distingue par la physio- 
nomie circulaire des petites tonsures, isolées et dissémi- 
nées, déterminées par ce parasite suceur, dont les effets 



SOLIPÈDES. GALE SARCOPTIQUE. 405 

disparaissent dès qu'on éloigne les chevaux des pou- 
laillers et des pigeonniers. 

h'eczéma chronique et la gale sarcoptique ont de nom- 
breux points de contact. Ces deux maladies sont quel- 
quefois également prurigineuses ; la récolte de sarcoptes 
et la giiérison obtenue par un traitement antiparasitaire 
peuvent seuls tirer d'embarras. 

La phtiiiase déterminée par ÏHernatopinus teninwstiis 
est facilement reconnue ; elle n'engendre que de légères 
dépilations, et les parasites qui les pi'oduisent sont visibles 
à l'œil nu. 

Pronostic. — La gale sarcoptique est la forme la plus 
redoutable des trois espèces de gale; elle est épizootique ; 
elle se généralise ; elle est rebelle à toutes les médications 
quand elle est invétérée, elle anémie, épuise les sujets et 
empêche leur utilisation. 

Traitement. — Le traitement préventif consiste à isoler 
les malades, à désinfecter les écuries occupées, les harnais 
et les objets de passage qui leur ont servi. L'eau bouillante, 
la solution de crésyl ou de sulfure de potassium sont 
elficaces. 

Le TRAiTE.MENT cuRATiF cousiste daus la deslruclion des 
parasites et des œufs répandus à la surface et dans 
l'épaisseur de l'épiderme. Pour obtenir ce résultat, on 
procède de la manière suivante : 

[" 11 faut pratiquer la tonte complète de l'animal, alin 
d'enlever un refuge aux parasites, de préciser l'étendue 
de la maladie et de faciliter Tapplication du traitement. 
Cette opération doit être pratiquée dans un endroit isolé, 
afin de mettre àl'abri de toute contagion les animaux sains. 

2° On étend sur toute la surface de la peau 1 ou 
2 kilogrammes de savon vert; on frotte énergiquement 
pour ramollir les croûtes et pour dépouiller la peau des 
squames épidermiques qui pourraient protéger les para- 
sites de l'action antiparasitaire ; on sèche le tégument 
et on applique la médication antipsorique. 

23. 



406 DERMATOSES PARASITAIRES. 

3" Les agents préconisés sont très nombreux. Le pétrole 
et Vhuiledelin, niélangéspar parties égales, constituentun 
remède aearicide excellent et peu coûteux, que nous em- 
[ilojons généralement quand la gale n'est pas généralisée. 

Les dcchets liquides de nianuractures de tabac, dans la 
proportion de iOO grammes de ces déchets jjour i kilo- 
gramme d'huile, ont une aciion ellicace et sont peu coû- 
teux mais assez toxiques. 

La pomfïiade d'Ilelmerich, la pommade préconisée par 
'l'rasbot (trisullurede polassium, 10; carbonate de potasse 
pur, 2 grammes; axonge, 300) ne peuvent être employées 
<]ue sur des parties restreintes du corps; il faut savonner la 
moitié du corps recouverte de pommade avant d'en appli- 
(]iier sur l'autre moitié ; ce traitement est long et souvent 
infructueux. 

L'huile de cévadille préparée suivant la formule sui- 
vante : 

Poudre de cévadille 100 grammes. 

Alun calciné 40 — 

Fleur de soufre 00 — 

Huile d'olive 1 litre. 

<[u"oii fait digérer, pendant deux heures, au bain-marie 
donne généralement de bons résultats. 

La créolino. le crésyl, sont eflicaces. et leur emploi 
n'est pas dangereux. 

L'huile de cade est souveul em])loyée ; elle irrile le tégu- 
iiieiil (|uand ce traitement est longtemps pi-olongé : on 
peut utiliser la créosote, qui est un des meilleurs acari- 
cides; on peut associer plusieurs antipsoriques, comme 
dans la formule suivante : goudron et soufre sublimé, 
aâ 500 grammes: savon vert et alcool. Sa dOOO grammes; 
ou comme d;ms la formule donnée par le Codex : 

Benzine 300 grammes. 

Huile de cade 100 — 

Coal lar 1 00 — 

Savon noir li)i) — 

Essence de lérébcnlliine loo — 



SOLIPÈDES. GALE PSOROPTIQUE. 407 

Parfois, l'application réitérée et excessive de ces divers 
remèdes ne suffît pas à guérir complètement la gale ; le 
mal reparaît quelques semaines après : oi* n'obtient que 
des améliorations passagères (1). 

La gale sarcoptique est quelquefois rebelle à tous les 
traitements (Cadéac;. 



II. - GALE PSOROPTIQUE. 

Cette dermatose parasitaire est régionale, circonscrite 
généralement aux parties pourvues de crins et déterminée 
par le Psoroptes equi. Désignée autrefois sous le nom de 
roiivieux, de gale humide, de gale par acare, de gale derma- 
todectique, elle est très répandue. 

Étiologie. — Le Psoroptes equi. visible à l'œil nu, est 
ovalaire : le rostre est conique et allongé. Le mâle, plus 
petit que la femelle ovigère, mesure de 500 à 580 [a de 
long sur 300 à 3.'50 a de large, présente deux lobes abdo- 
minaux terminés par des ventouses supportées par un 
long pédicule triarticulé ; la quatrième paire ne présente 
ni ventouses, ni soies à son extrémité (fig. 83> 

La femelle ovigère, longue de 600 à 700 a sur 400 à 
440 \L de large, présente des soies à la troisième paire de 
pattes. On peut observer des larves hexapodes et des 
nymphes octopodes (fig. 84). 

Ce parasite ovipare ne creuse pas de galeries épi- 
dermiques. Grâce à son venin irritant, il provoque une 
éruption et des croûtes au milieu desquelles il vit. Il ne 
s'isole point comme le sarcopte, mais il vit en colonies à 
la surface de l'épiderme. 

Le psoropte se fixe à la base d'un poil et sécrète un 
venin plus actif que celui du sarcopte ou du symbiote. Les 
vésicules qui se développent correspondent toujours à la 

(1) Cabret, Une épizootie da gale sarcoptique {Jou/wi. des vit. milit., 1911, 
p. 645). 



108 



DERMATOSES PARASITAIRES. 



partie de répidernie piquée par le parasite. (Juddcn imite 
cette action mécanique à l'aide d'une fine aiguille, imbibée 
de teinture dacantliaride; ricrlacli iulrodiiil <lnns 1-ti poiiu 




Fig. Ki. — Psorojilcs commuiiis (variété pqui) (mile). 



du suc de psoropte ; tous deux reproduisent ainsi les 
démangeaisons et les altérations dc-torniinéos ])ar ce 
parasite. 

Lorsque des croûtes se sont l'ormécs, le psoropte ne 
l'abandonne plus, car il y trouve un abri contre les 



<OLIPEDES. 



GALE PSOROPTIOUE. 



409 



agents extérieurs. Si la population devient trop nombreuse 
pour vivre dans l'espace circonscrit tracé primitivement 
par la colonie, elle agrandit son domaine en s'étendant de 




¥\s. 84. 



Psorojitef commiinis (variété equi) (femelle). 



proche en proche. Ce mode d'envahissement est particulier 
à la gale psoroptique. 

La gale psoroptique se propage de cheval à cheval: la 
transmission est facilitée par le défaut de pansage des 
animaux galeux. La contagion médiate est accrue elle-même 
par la résistance vitale des psoroptes. 

Ce parasite vit dix à quatorze jours dans une atmosphère 



410 DEUMATOSES PAHASITAIRES. 

sèche, vingt à Ironie dans une écurie; les femelles 
fécondées sont plus résistantes que les mâles, et ceux-ci 
l'emportent sur les femelles non fécondées. Ces parasites 
peuvent tomber en un état do mort apparente dans les 
écuries et revivre au bout de six à huit semaines dans 
un milieu chaud et humide, sans récupérer assez d'énergie 
pour piquer la peau. 

Le clieval est susceptible de contracter la gale psoro- 
l>tique du lapin (Mathieu, Cagnj, Cadéac). 

Cette gale ne se transmet ni au bœuf, ni au mouton, ni 
au porc, ni au chien, ni au chat (Delafond). 

Symptômes. — Mâles et femelles, larves et nymphéa, ont 
des habitudes sédontiiiros ol vivent en colonies agglomé- 
rées. Ils piquent i)rorondémont l'épiderme et déterminent 
la production de petites papulo-vésicules do 7 millimètres 
à 8 millimètres de diamètre, sur 2 millimètres à 3 milli- 
mètres de hauteur. Chaque piqûre provoquant une papulo- 
vésiculc, la surface envahie est bientôt recouverte d'une 
éruption confluente. 

Les papulo-vésicules saillautos, hémisphériques, évoluent 
rapidement, deviennent des vésicules ou dos pustules qui 
s'ouvrent, et laissent suinter un produit poisseux, jau- 
nâtre, qui réunit les crins on pinceaux, im peu comme 
dans l'impétigo. Ce produit so dessèche ensuite et donne 
naissance à dos croûtes d'un blanc jaunAtro. dont laspect 
change dim moment à l'autre, sous linlliience des frot- 
tements et dos poussières qui s'y associent. 

Le prurit est intense ; le venin des psoroptes est très 
irritant, l'animal se frotte l'encolure et le garrot contre 
les corps diu's à sa portée, ou contre ses voisins. 11 fait 
peu de tentatives pour se mordre; il sait qu'elles seraient 
infructueuses et qu'il ne pourrait atteindre la queue et 
la crinière avec les dents. Los crins sont d'abord entre- 
mêlés, ébouriffés, réunis par mèches, brisés ensuite à 
diverses hauteurs. La surface cutanée, qui n'ost plus pro- 
tégée par les crins, est excoriée ; les croules sont vio- 



SOLIPÈDES. GALE PSOROPTIQUE. 41 i 

lemmeat arrachées, les poils déracinés; la surface 
apparaît lisse, avec un reflet brillant, graisseux ; elle est 
le siège d'un suintement intense, rougeâtre, qui donne 
aux croûtes, de nouvelle formation, une teinte rougeâtre 
ou noirâtre. La peau, sans cesse irritée, s'infiltre, s'épais- 
sit, se ride ; le bord supérieur de l'encolure est ondulé ; 
il présente de nombreux plis transversaux, au fond des- 
quels s'abritent quelques poils qui ont échappé aux 
frottements. Les produits d'exsudation s'y accumulent, 
s'y putréfient, et servent de nourriture et d'abri à des 
larves de mouches. 

Malgré ces désordres, les psoroptes désertent, lente- 
ment et tardivement, la place qu'ils occupent. Ils renou- 
vellent leurs piqûres tant que persistent des débris 
d'éjtiderme; puis, pressés par la faim, ils font un pas 
vers les parties saines ; les colons se sont reproduits, et 
la colonie primitive ne peut plus suffire aux besoins de 
tant de nouvelles générations. Ils s'étendent de proche 
en proche, sans laisser d'intervalles de peau saine, et 
multiplient leurs déprédations. Pressés sur une surface 
restreinte, les parasites sont toujours faciles à dénicher 
et à reconnaître. On les rencontre sous les croûtes, prin- 
cipalement à la périphérie des plaques humides qu'ils 
habitent. Les produits du raclage, examinés sur du pa- 
pier noir, à lœil nu ou à la loupe, à une douce tempéra- 
ture, laissent apercevoir de nombreux psoroptes à toutes 
les phases de leur développement ou accouplés, qui s'en 
détachent et se disséminent. 

Marche. — Durée. — Terminaisons. — Les psoroptes 
ont toujours un habitat de prédilection : le toupet, la 
crinière, la base de la queue. L'affection débute au niveau 
de ces régions; elle s'y maintient pendant longtemps, 
puis les parasites se répandent dans les régions avoisi- 
nantes; ils envahissent l'auge, le poitrail, les faces laté- 
rales de l'encolure, la face interne des cuisses et le voisi- 
nage du fourreau. Cette extension est très lente et très 



412 DERMATOSES PARASITAIRES. 

rare. Il laul aux parasites cinq à six mois pour se 
répandre sur tout le cor[)S. On trouve rarement des pro- 
priétaires assez peu soigneux pour laisser la maladie se 
généraliser. Parfois, les i)arasiles sont transplantés par 
le pansage dans des parties limitées du corps ; mais ces 
colonies secondaires sont toujours marquées par une 
ligne parfaitement délimitée entre les parties malades 
et les parties saines. 

Diagnostic. — On dilTérencie la gale psoroptiquc de 
Veczcma de la crinière et de la base de la queue par 
l'examen microscopique des croûtes, qui permet d'aper- 
cevoir les psoroptes. 

(liiez un animal galeux, écliaull'é ou reposé aux rayons 
solaires, les psoroptes abandonnent leur abri croùteux et 
se promènent à la superficie des poils et des croûtes, où 
on peut les apercevoir à l'œil nu. 

La gale psoroptique se distingue aussi de la gale sar- 
coplunie par son peu de tendance à se généraliser. 

Pronostic. — Elle est beaucoup moins grave que la 
gale sarcoplique, en raison de sa localisation, et ne revêt 
jamais nu caractère épizooti<iue. 

Traitement. — Le traitement préventif ne ditïère en 
rien de celui de la gale sarcoptique ; le succès est plus 
certain, les psoroptes étant plus faciles à atteindre que 
les sarcoptes. 

Le <r(a'^ew<'»ii Cl/m///' est essentiellement /c»c«/ ; les pso- 
roptes vivant en société, il suflit de désinfecter les par- 
ties malades, en empiétant légèrement sur les parties 
saines. On peut tresser la crinière et la queue, couper les 
crins au niveau des plis, de manière à faciliter le contact 
des remèdes aniipsoriques, savonner les parties ma- 
lades pour ramollir et enlever les croûtes; puis recou- 
vrir les régions alTectées de pommade d'Helmerich, de 
goudron végétal, de goudron mélangé à du savon vert, 
d'huile de cade, d'im nu-lange à parties égales de pétrole 
et dhuile de lin. 



SOLIPEDES. 



GALE SYMBIOTIQUE. 



413 



III. — GALE SYMBIOTIQUE. 




^ëm^ 











La gale symbiotique du cheval est une affection peu 
pi'urigineuse, localisée généralement à rextrémité infé- 
rieure des membres et 
déterminée par le s:ym- 
biotes communis (variété 
eqiii). 

Désignée par Gerlacli 
sous le nom de gale 
du pied (18b7), elle a 
été ensuite étudiée par 
Delafond et Bourgui- 
gnon, par Mégnin( 1869). 

Étiologie. — Cet aca- 
rien a le corpsovalaire. 

Le mâle a 2S0 à 330 a 
de long sur 201 à 230 'j. 
de large. Il présente 
un rostre conique aussi 
large que long, légère- 
ment incurvé d'un côté 
à lautre et sans joues. 
Les pattes longues et 
épaisses sont armées 
d'un puissant crochet 
à côté duquel s'insère, 
par un pédicule simple 

et court, une large ventouse. A l'origine des lobes 
abdominaux, terminés par quatre longues soies, on 
trouve, chez le mâle, deux ventouses copulatrices fig. 8o^. 

La femelle oviçjère, mesure 360 à 390 a de long sur 225 
à 250 ;a de large ; les pattes sont terminées par des 
ventouses, sauf l'avant-dernière paire, terminée par deux 
soies. 

Comme le psoropte, le symbiote vit en colonies très 




Fig. 85. — Chorioptes symbiotes (variété 
equi) (mâle). 



414 DERMATOSES l'AUASITAIRES. 

unies, ce qui indique do sa part peu de tendam-eaux dT-pla- 
cements; ses UKfurs sédentaires expliquent la laihle eon- 
tagiosité de raffeclion qu'il détermine. Cet acarien, tou- 
jours situé superficiellement, ne creuse pas de galeries 
sous-épidermiques; il s'attaque à peu près exclusivement 
à l'épidernie. dont la destruction provoque une exsudation 
|)lusque siidisante pour subvenir à ses besoins. 

Le [loii d'exigence de ce parasite ressort très bien 
d'ailleurs de la diversité de ses mœurs suivant la saison. 

Son action nocive est à peu près nulle en été, car il se 
contente du produit des sécrétions cutanées : mais les pro- 
duits excrétés parla peau pendant la saison l'roide sont 
en quant iti' trop faible; le svmbiote redevient alors pso- 
rique: il s'attaque à nouveau à l'épiderme et en l'ail sourdre 
les liquides nécessaires à son existence. Un s"exi)lique 
ainsi laction intermittente de cet acarien. 

La gale symbiotique, la moins contagieuse des trois 
gales du chevcil, nécessite, pour s'établir sur un animal, 
une cause prédisposante essentielle, la malpropreté des 
extrémités. Ce sont surtout les jeunes chevaux à tempé- 
rament lymphatique et à poils du fanon très fournis qui 
y sont exposés. La contagion s'effectue par tous les objets 
de pansage et surtout par l'intermédiaire des litières où 
les parasites peuvent vivre au milieu des croûtes pendant 
dix à quinze jours. Les symbiotes ne passent jamais direc- 
tement d'un cheval à un autre; jamais on n'a pu obtenir la 
transmission de celte gale à Y homme, au bœuf ou aux 
autres animaux. 

Symptômes. — \jes dcmangcaisoiis, très vives dans les 
autres affections psoriques, n'ont pas une intensité com- 
parable dans la gale symbiotique. Au repos et pendant la 
nuit, surtout, l'animal frappe de temps en temps le sol 
comme s'il présentait un inllammation au niveau de la 
fourchette ous'il voulaitse débarrassord'un corps étranger: 
il peut encore se frotter avec le pied opjjosé, se mordre 
et même donner des coups de pied. 



SOLIPKUES. — GALE SYMBIOTIQUE. 



415 



L'examen de la région du paturon peut montrer, au mi- 
lieu des touffes de poils, une desquamation épidermique 
assez intense comme dans l'eczématose sèche. On peut même 
trouver des croûtes 
assez nombreuses qui 
entraînent dans leur 
chute les poils qu'elles 
englobent et provo- 
quent ainsi des dépi- 
lations partielles. Le 
faciès du cheval ex- 
prime une satisfac- 
tion évidente si l'on 
vient à gratter cette 
région. Quand l'affec- 
tion est plus avancée, 
on peut noter un 
épaississement assez 
considérable de la 
peau, des crevasses 
plus ou moins pro- 
fondes, et, au milieu 
des croules épaisses, 
on peut distinguer 
des symbiotes vi- 
vants, comme en témoignent les mouvements qu'ils 
exécutent (fig. 86). 

Marche. — Extrêmement lente dans sa marche, la 
gale symbiotique du cheval débute généralement vers le 
fanon ou le pli du paturon des membres postérieurs, où 
elle peut se localiser indéfiniment. Un seul membie 
peut être atteint, et si l'extension au membre opposé est 
de règle, ce n'est que exceptionnellement que les an- 
térieurs sont affectés. Quand elle est très ancienne 
et très négligée, cette gale peut, quelquefois, s'étendre 
jusqu'au-dessus du jarret et envahir même les cuisses 




Fig. 80. — Gale symbiotique du cheval. 



410 DERMATOSES PARASlTAIItES. 

lii (i-oiipc et les parties déolives do rabilonien. 

Diagnostic. — Très facile à établir en raison iiiénie 
de la localisation à peu près constante de l'airoclion et 
de la manière dont l'animal qui en est atteint percute 
le sol. On découvre aisément le parasite en maintenant 
à une douce température un papier noir sur lequei on a 
déposé quelques croûtes. 

Enfin, dans les cas généralisés, sa marche ascendante 
la lait distinguer de la gale psorojitiiiue, qui toujours 
évolue de haut en bas. 

Pronostic. — C'est la plus bénigne des affections pso- 
riques du rlicvnl. Quand elle n'est pas très étendue, elle 
disparaît, pour ainsi dire, delle-méme. par de simples 
soins de [iropreté. 

Traitement. — En raison de sa faible contagion, il est 
à peu près inutile d'isoler les malades. 

Le renouvellement de la litière et les soins de propreté 
ordinaires, associés à une médication anlipsori(]ue. sont 
des moyens sullisants pour guérir tous les malados. 

On coupe les poils des extrémités, et après un brossage 
énergique, qui fait tomber les croûtes etun grand nombre 
de parasites, on frictioiine avec un mélange d'huile de lin 
et de pétrole ou avec de la benzine. La pommade 
d'Holmorich, la décoction concentrée de tabac, et tous les 
autres autipsoriquos sont utilisés avec succès. 

IV. — GALE DÉIVIODÉCIQUE. 

La gale démodécique des so/i/jèrfes signalée ])ar \\'ilson 
(1843), (iros (IKiri), Wallher (d908), Schenzle(190i»), Berger 
(1911), Hidaull (1912), Miesner (1912), est une alToction 
bénigne, non contagieuse du bout du nez, du chanfrein, du 
pourtour des yeux, du front, de la nuque, de la région 
parotidienne ou de la queue caractérisée par une légère 
irritation, sans prurit, et occasionnée i)ar le Demodex 
folliculorum développé dans les glandes sébacées et 



SOLIPEDES. — ACARIASE DERMANYSSIQUE. 4) / 

les follicules pileux. Les tentatives de transmission de 
cheval au cheval et du i-heval au chien sont demeurées 
infructueuses (Bidault]. Pourtant Berger a constaté la 
transmission de la gale démodécique du chien au cheval. 

Symptômes. — Ces régions présentent des taches dépi- 
tées, irrégulières, mal délimitées, peu ou point prurigineuses, 
recouvei'tes de squames minces, blanchâtres ou de petites 
croûtes d'aspect psoriasiforme, sans vésicules, ni pustules, 
qui s'étendent et envahissent quelquefois la moitié de 
l'encolure et les joues. 

La forme pustuleuse observée au niveau des lèvres, de la 
vulve, de la base de la queue et sur les faces de l'enco- 
lure, s'accompagne d'œdème de la peau et delà sécrétion 
d'un liquide visqueux. 

La gale folliculaire du cheval rétrograde et guérit sous 
l'influence d'un traitement antiparasitaire. 

Traitement. — Les applications d'un mélange à parties 
égales de goudron végétal, glycérine et alcool (^Vallher) ( i > 
ou d'un mélange de 150 grammes d'huile de ricin. 
10 grammes d'essence de carvi et 10 grammes d'alcool 
(Schenzle) (2) sont efficaces: on peut compléter ce traite- 
ment par des lavages sulfureux tous les huit jours. 

V. - ACARIASE DERMANYSSIQUE. 

Cette affection est déterminée par les piqûres d'un aca- 
rien temporaire, le Dermanyssms gallinœ. Elle sévit chez 
les solipèdes placés à proximité des poulaillers. 

Le Dermanyssus gallinœ sort de son abri pendant la 
nuit, se répand sur les animaux et les pique jusqu'au 
jour où il regagne les Assures des poulaillers ou la paille 
des pigeonniers. Trasbot a cependant rencontré des der- 
manysses pendant le jour sur un cheval muni d'une cou- 
verture qui les maintenait à l'abri de la lumière ,^fig. 87). 

(I) Wallher, Berliner, 24 sept. 1908. 

(i) Schenzle, Deutsche Tierârzliche, 1909. 



418 



DERMATOSES PARASITAIRES. 



Symptômes. — Cette acariase est caractérisée par un 
liriuil nocliirne suivi de l'éruption de petites vésicules vite 
déchirées par le grattage et suivies de tonsures d'un 
diamètre de 5 à G millimètres, bientôt recouvertes 
d'une croûte. Celle-ci tombe au bout de quelques jours; 




' > 



l'iif. 87. — Dermanysse femelle ovigère vue par la face dorsale 
(d'après Delafond). 

l'épiderme se reforme. Ouand les piqûres se multiplient, 
la robe de l'animal |)r(''senle, en quel<iues jours, un as])ect 
moucheté caractéristique. Les plaques peuvent se confon- 
dre; la dépilation occupe ainsi une surface étendue. 

Le grattage est quelquefois si intense qu'il se i)io(hiit 
des éniplions secondaires cl (pi'on observe des excoriations. 



SOLIPEDES. 



THROMBIDIOSE. 



419 



L'évolution de cette maladie présente des intermittences, 
des récidives ; elle dure tant que les animaux sont 
envahis par les parasites. 

Diagnostic. — La gale sarcoptique s'en difTérencie par 
une invasion moins rapide, mais plus étendue, et par un 
prurit continu: la phtiriase due à VHwmatopimis macroce- 
phatus est dénoncée par la présence continue des parasites. 

Traitement. — On prévient le développement de cette 
maladie en éloignant les poules des écuries et en désin- 
fectant les poulaillei's et les pigeonniers. On la guérit à 
l'aide de lotions sulfureuses. 



VI. 



THROMBIDIOSE. 



Le lepte automnal (Leptits nutumnalis), la-V^ehexa^podedu. 
thromhidium soyeux qui vit sur les végétaux, s'attaque à 
tous les m a mini fer es et même 
à ÏJjoinwe et aux oiseaux. Ces 
acariens envahissent exception- 
nellement les extrémités des 
solipèdes; ils peuvent, dans les 
pays chauds, déterminer une 
éruption croùteuse des quatre 
paturons (Penning), une éruption 
érjthémateuse qui ne dépasse 
pas les genoux et les jarrets 
<Cavalin, Biaise) et quelquefois 
une dermatose du bord supérieur 
de l'encolure et des épaules (Bro- 
cheriou et Grossetti). Dans ces 
diverses régions, on constate de 

petits boutons croùteux. dénoncés -par le hérissement des 
poils agglutinés qui s'arrachent à la moindre traction et 
laissent apercevoir des excavations dermiques, en cupule, 
rosées, suintantes, au niveau desquelles on découvre des 
points jaune orangé, constitués par ces vulgaires bétes 
connues sous le nom de vendangeurs (fig. 88). 




Fig. 8S. — T hromhid'ntm 
holocericeum vu par la 
face ventrale et grossi 
9 fois. 



42(1 



DEKMATOSES l'AItASITAlRES. 



Traitement. — Un simple lavage avec une solution 
crrsyjt'e. un savonnage intense sufïisent à guérir tous les 
iinirnjuix. 

VII. — IXODES. 

L'acariase déterminée par les ixuilidi's. répandue «lans 
le monde entier, a une importance extrême, les ixodes 
étant les récepteurs et les propagateurs des piroplasnioses 
des diverses espèces animales. 

Les solipcdes sont plus rarament attaqués par ces aca- 
riens cosmopolites tjue les autres mumniifcres. Ils peuvent 
cependant présenter VLvoile rcduve, appelé encore ricin ou 
tique des chiens, lixode de Dugès ou Hhipicephabis san- 
guineiis, qu'on rencontre dans le midi de la France et en 
Italie; le Rhipiccphalun F.vertsi. tique commune chez les 
uio m m i fères domosVuines etsauvages de l'Afriqueorientiile : 
le lioophilns dccoloi'atits, répandu dans toute FAfrique équa- 
loriale ; Vllyalomma a.'tj>jptiinii. qu'on trouve en Égvpte, 
dans le nord de rAlrique, à la 
Guadeloupe, etc. ;le Dermacentor 
reticulaiiis, qu'on trouve en 
France et en divers points 
d'Furope et d'Asie (fig. 89 et 90). 
Symptômes. — Ces divers 
acariens se fixent sur tout le 
corps, mais principalement aux 
parties que l'animal ne peut 
atteindre. Parfois ils envahissent 
les memhres el le dessous du ventre, à tel point qu'on peut 
à peine introduire, enti'C eux, la pointe d'un couteau. Ces 
piqûres multiples sont suivies des petits boutons saillants 
entourés ou non d'une zone œdémateuse. Parfois même 
une sérosité assez abondante s'est concrélée sur les parties 
déclives, formant de petites croûtes jaunes d'or analo- 
gues à celles qui résultent d'un feu en pointes (Joveux) {i). 

(I) Joyeux, Au sujet de l'ixode réduve (Journ. des vél. milil., 1900, 
p. il-2). 




Tig. 89 et 90. — Ixode ré- 
duve femelle. 

a, vue de dessus ; b, vue 
de dessous (IJerlôsc). 



BOVIDÉS. — GALE PSORO!>TIQlE. 421 

Parfois les ixodes réduves déterminent de véritables 
furoncles (Mégnin) ; ils inoculent la piroplasmose quand 
les tiques mères ont déjà sucé le sang des c/ie vaux affec- 
tés de cette maladie. D'autre part, les ixodes peuvent ino- 
culer, accidentellement, divers microbes pathogènes ou 
déterminer des plaies ouvertes à des infect ions secondaires. 
Les tiques peuvent provoquer des intlammations quand 
on les arrache; le rostre, demeurant dans la peau, déter- 
mine une suppuration éliminatrice. 

Traitement. — 11 suffit de provoquer la chute du 
parasite en le touchant avec de la benzine, du pétrole ou 
du jus de tabac. 

II — BOVIDÉS. 

Les bovidés otlrent quatre espèces de gales, dont deux 
seulement lui appartiennent en propre : la gale psoro- 
ptique et la gale symbiotique. 

I. —GALE SARCOPTIQUE. 

La gale sarcoptique est une dermatose d'emprunt ; elle 
résulte du passage accidentel sur la peau des bovidés des 
sarcoptes du cheval (Grognier, Robert Fauvet), de la 
cAèvre (WalraCf), du c///e/î (Delafond ou du chat (Rade- 
macher). 

II. — GALE PSOROPTIQUE. 

Cette dermatose parasitaire appelée gale dei'matodéciqut^- 
(Delafond), gale française des bêtes à cornes (Mégnin), est 
très rare et sans importance clinique. 

Étiologie. — Le Psoroptes communis (variété boiis) a 
été vu en 1813 par Dorfeuille, en 1814 par Gohier sur des 
bœufs hongrois importés par les Autrichiens, en 1836 par 
Delafond et Gerlach, en 1860 par Mûller. 

Son implantation est favorisée par la mauvaise nourri- 
ture, la malpropreté, le séjour à l'étable. 

C.VDÉAC. — Pathologie intei-ne. VII. 24 



422 DERMATOSES PARASITAIHES. 

Les saisons infliiont sur révolution des parasites : ralVec- 
tion débute à la lin de l'autoninc, atteint son maximum 
en février et dimiuuc au printemps, époque à laquelle les 
parasites sont exclusivement cantonnés à la base de la 
(jueue et au cou. Les animaux peuvent même paraître 
guéris; mais, si l'on clierche bien, on peut retrouver quel- 
ques parasites dans les régions sus-indiquécs. Ces parasites 
ne se transmettent pas à d'autres animaux. 

Symptômes. — Le Psoroptes bovis pique l'épiderme et 
provoijue une exsudation au point où il a enfoncé ses man- 
flibules. Cet exsudât, riclie en leucocytes, se rassemble 
dans l'épaisseur de ré[)iderme et détermine son soulève- 
ment. On voit ainsi apparaître de petites nodosités dissémi- 
nées ou confluentes dont la déchirure est suivie d'un suin- 
tement séi-eux qui se concrète à l'air et agglutine les poils; 
il en résulte des plaques irrégulières, croùteuses, d'un 
reflet argenté, grisâtre, el d'une épaisseur d'une centi- 
mètre, provo([uant l'épaississement de la peau, plaques 
qui correspondent à des piqûres confluentes. 

Sous les croûtes, et dans leurs intervalles, pullidenl nu 
grand nombre de psoroptes. facilement visibles à l'd'il nu 
el à la loupe, après leur dépôt sur une feuille de papier 
noir. Ces parasites déterminent une excitation inflamma- 
toire très vive; il en résulte une accumulation de sérosité 
intra-épidermique, parfois si abondante que la couche 
cornée se rupture; le corps muqueux de Malpighi est 
détruit, et il se forme un véritable ulcère. Le prurit est 
continuel et violent, surtout pendant la nuit ; l'animal se 
gratte, se frotte contre tout ce qui l'entoure. La peau se 
dépile, s'épaissit, se fendille et forme de gros plis : elle 
est parfois excoriée, enllammée el ulcérée par places. 

Marche. — Durée. — Terminaison. — Les psoroptes 
se localisent d'abord à la base de la queue, rarement à 
l'encolure et au garrot. De là. ils irradient dans toutes 
les directions : ils gagnent la tète, le dos, les épaules et 
les côtés de la poitrine ; les menibros restent indenmes. 



BOVIDES. GALE SYMBIOTIQUK. 423 

La maladie progresse lentement et s'étend graduellement 
en bas. 

Quand cette gale dure longtemps, elle amène un état 
cachectique très prononcé; généralement les animaux sont 
envoyés à la boucherie avant cette terminaison. Quand 
la maladie est ancienne, elle se complique de plaies 
ulcéreufies. 

Diagnostic. — On dilïérencie la gale psoroptique de la 
teigne tonsurante par l'examen microscopique des croûtes ; 
de la phtiriase hématopinique parlaprésence de ces poux; 
de Veczéma dartveux par la formation, à la surface du 
corps, de larges squamesépidermiques rappelant les écailles 
de la carpe. 

Pronostic. — La gale psoroptique du />œo/' n'est pas 
grave si l'animal est l'objet de soins hygiéniques rationnels. 

Traitement. — Cette gale cède facilement à l'emploi 
des antipsoriques. Il faut, autant que possible, recourir 
aux substances peu toxiques ou inoffensives, proscrire les 
mercuriaux, utiliser la pommade d'Helmerich, l'huile de 
cade, le pétrole, l'huile de lin, la benzine, le crésyl, 
l'huile phéniquée. l'huile de cévadille. On prévient les 
récidives par la désinfection de l'étable contaminée. 

m. - GALE SYMBIOTIQUE. 

Définition. — La gale symbiotique du bœuC est une 
maladie prurigineuse, siégeant à la base de la queue 
presque exclusivement, plus rarement dans le chignon 
ou dans le pli des paturons postérieurs, et déterminée 
par le Stjmbiotes communis variété bovis. 

Roll l'a appelée gale dermatophagique ; Mégnin. gale 
chorioptique. Signalée par Kegelaar, en 1835. elle a été 
étudiée par Hering (184.5), Gerlach, Delafond et Mégnin. 

Étiologie. — Ce parasite vit en colonies. Si on disperse 
les individus qui les composent, ils ne tardent pas à 
s'agglomérer de nouveau à l'endroit d'où on les avait 



424 DERMATOSES PARASITAIRES. 

chassés. Le mâle est long de 270 à 300 a, large de 210 à 
220 [i.; la femelle ovigcre, plus volumineuse que le 
niàle, a une longueiu* de 380 à 390 u et une largeur de 
230 à 250 a. 

Celle gale est peu conlagieuse. Elle n'est pas Irans- 
missible à V Itomiue, ni au cheviil. Le parasite, déposé sur 
le paturon du clicvnl, provoque quelques papules qui 
disparaissent au bout de (jnelques jours. 

Symptômes. — Cette maladie cutanée siège presque 
exclusivonienl à la base de la queue, dans les fossettes 
latérales et au pourtour de lanus ; plus lard, les parasites 
remontent le long ihi dos et se réfugient dans le chignon. 
Les régions envahies par cet acarien présentent d'abon- 
dantes pellicules qui donnent à la peau une couleur jau- 
nâtre. Les poils tombent, elles cellules épidermiques déta- 
chées se rassemblent jtour foi'mer des croûtes sèches peu 
adhérentes. 

.\u-dessous des croûtes, la peau rouge, tuméliée, est le 
siège d'un prurit modéré, plus accentué en hiver qu'en 
été. La maladie reste circonscrite le plus ordinairement, 
mais quand les animaux sont malpropres, que les soins 
de la [leau sont négligés, on peut voir l'affection s'éten- 
dre, surtout en bas autour de la vulve, sur les fesses, les 
mamelles chez la vv/r/ye, le scrotum chez le /jci?«/'et remon- 
ter, même parfois, tout le long de la ligne médiane 
du dos. 

Cette maladie est peu grave. 

Marche. — La marche de celte gale est très lente : elle 
s atténue l'élé au moment où les animaux sont envoyés au 
pâturage; les symbiotes restent, à ce moment, blottis au 
fond des poils du toupet; mais, lorsque l'hiver revient 
el qu'ils ne peuvent plus vivre des exsudations naturelles 
de la peau, ils déchirent ré[)iderme el redeviennent de 
nouveau psoriques. Celte gale, non traitée, peut durer toute 
la vie de l'animal. 

Diagnostic. — La gale symbiotique, au début, ne se 



BOVIDÉS. — (.ALE DÉMODÉCIQUE. 425 

distingue, de la gale psoroptiqiie. que par l'examen mi- 
croscopique des croûtes caractéristiques. 

La teigne tonsurante du ycaii s'en distingue par sa 
l'orme circulaire plus ou moins régulière. 

Le Trichodectes scalaris, petit pou qui habite les 
régions postérieures du corps et particulièrement le voisi- 
nage de la queue, peut déterminer une phtiriase accom- 
pagnée d'une éruption furfuracée, de dépilations et d'un 
prurit léger pouvant être confondu avec celui de la gale 
symbiotique; mais les dimensions du trichodecte et les 
caractères spécifiques de ce parasite suffîsent pour diffé- 
rencier les deux affections. 

Traitement. — Le traitement est préventif et curatif. 
Le premier consiste à tenir les animaux proprement, à 
désinfecter les écuries, à changer la litière des animaux, 
à isoler, si on le peut, les bêtes atteintes. 

Le traitement curatif est le même que celui de la gale pso- 
roptique. 

IV. — GALE DÉMODÉCIQUE. 

Cette gale, due au Demodex foU iculorum [wariéiQ bovis), 
signalée par Gros (1845). est fréquente en Amérique 
(Faxon, 1878), Stiles (1892), au Transvaal. à Madagascar 
où elle est épizootique et connue sous le nom de hoka 
(Geoffroy, 1907) (Carougeau , dans lEst-Africain allemand 
(Probst, 1911), dans les Indes anglaises où elle est appelée 
petite vérole sèche {drysmall po.r), par Mitter (1912) et 
danslaUépublique Argentine (WoltThùgel): on larencontre 
quelquefois en Allemagne [Grimm (1884'. Oelh (1892), 
Bugge (1)]. dans les Pays Scandinaves (Buschli, 1908), en 
Italie , Melio, 1910). 

Symptômes. — Cette gale, localisée souvent au mufle, 
au pourtour des yeux, à l'épaule, au bras, au poitrail, au 
fanon, au cou, à la face interne des cuisses, au périnée, à 
la mamelle, peut se généraliser. Elle est partout carac- 

(I) Bugge, Z>e«?«eAe thierdrzl. Wochensclir., 1909. — .Martin, La gale 
déraodècique des herbivores (Revue vétérinaire, 1913, p. 3:!3). 

24. 



426 DERMATOSES l'ARASITAIRES. 

tériséc par le dévoloppoment de nombreuses pustules 
au niveau des glandes sébacées dilatées. Pressées, ces 
pustules de la dimension d'une tête d'épingle, d'un grain 
de cbènevis, d'un pois d'une petite cerise, d'un œuf de 
pigeon, laissent écliaiiper une matière blancluUre. 
épaisse et visqueuse, formée en grande partie de démo- 
dex. La peau se recouvre de croûtes qui soulèvent les 
poils et dissimulent une surface rouge un peu sanguino- 
lente. Un prurit assez intense incommode les animaux, 
qui maigrissent, se drpilent. ou présentent do nombreux 
ulcères; ils offrent un aspect repoussant et dcvicnneni 
parfois cachectifpies. 

Cette affection altère le cuir, le déprécie quelquefois 
de 20 p. 100, car il présente des nodosités signalées prin- 
cipalement de septembre à décembre par les tanneurs 
ami-ricains. Elle est jiarticulièroment redoutable dans 
l'Afrique du Sud et à Madagiiscar, où sa propagation est 
très rapide. Aux Indes anglaises, 75 p. 100 des zèbres en 
sont atteints. 

Traitement. — La compression des nodosités ouvertes, 
le nettoyage de la peau et les frictions de pommade 
crésylée, de pommade soufrée, dojus de tabac, de mélange 
de pétrole et d'huile de coco au tiers, etc.. peuvent guérir 
les foyers limités. 

V. — ACARIASE DERIVIANYSSIQUE. 

Lesdermanysscsnodélcniiinent pas à ])ropronient parler 
de troubles cutanés chez les bovidés; mais ils. peuvent 
provoquer de raffolemonl, de l'agitation violente «le la 
tète en envahissant le conduit auditif, en perforant la 
membrane du tympan et en s'introduisant dans l'oreille 
moyenne, ou mémo dans l'oreille interne [Gassner, 
.Schumacher (1)]. 

(1) Le lapin ((iurlt), la rh/h-rc (llarz), le rhii'it et le chat (Ziirn) peiivenl 
avoir la peau envahie par les dermanysses ; chez les carnassiers, l'éruption 
est vésiculaire (Ziirn). 



BOVIDÉS. THROMBIDIOSE. 427 

Traitement. — L'éloignement des galliuacés, la désin- 
fection des poulaillers assurent la disparition de cette 
acariase. 

VI. - THROMBIDIOSE. 

Le lepte automnal, connu sous le nom de rouget, d'acare 
des regains, bête rouge, bète d'août, aoûtat, vendangeur, 
mite rouge, présente une forme orbiculaire et une couleur 
rouge orangé. Il vit dans les taillis, les gazons, les herbes 
des prairies et détermine 
chez les bêtes bovines une 
maladie connue sous le 
nom de rafle, feu d'herbe 
ou d'érythème automnal. 

Symptômes. — Les 
lèvres, les joues, le chan- 
frein, l'encolure, l'exti'é- 
niité des membres sont le 
siège d'un prurit violent, 
qui les prive de tout repos; 
la peau, grattée et excoriée 
par places, se couvre de 
papules ou de papulo-vési- 

cules à physionomie eczémateuse. On voit ainsi les 
régions atteintes rougir, se tuméfier, devenir érythéma- 
teuses et parfois même violacées. 

Tous les ruminants peuvent présenter ces démangeaisons 
insupportables, mais passagères ; car les parasites ne 
vivent quequelques jours sur la peau des animaux(fig.91 . 

Diagnostic. — La présence des parasites dénonce la 
nature de l'irritation. 

Traitement. — La teinture d'iode, la benzine, le pétrole, 
l'huile en applications, la pommade crésylée à 2 ou 3 p. 100. 
font rapidejnent disparaître cette éruption. 




Fig. 91. — Larve de Tkrombidiurn 
ho/oserireum vue par la face ven- 
trale, grossie près de 100 fois 
(d'après Még^ninl. 



428 DERMATOSES PARASITAIRES. 

VII. — IXODES. 

Le bœuf, le mouton, la chèvre, hébergent : l» VIxodes 
réduve et VLvodcs hexagonus, parasites essentiels des 
mammifèfos de France et d'Europe et agents de transmis- 
sion de la piroplasmose commune ; 

2° Le lihipicephahis bursa. (\n\ colporte lci)iropl;isiiio du 
mouton ; 

3° Les H. Evertsi, simus, appendiculatiia, capcnsis et 
nitens, agents de transmission des diverses piroplasmoses 
du sud de rAfriiiiie : 

i° Les Boop/(//«.s-. demi les variétés propagent les piro- 
plasmoses dans les diverses contrées de l'Amérique; 

5°- h'î.rodes œgyptius ou Hyalommn vcnyptium, connu 
sous le nom de tique sénégalaise, colporte la piroplasmose 
bovine commune (Voy. Plroplai>moses). 

Symptômes. — Ces divers ixodes provoquent chez les 
ruiniiinnts, principalement chez le mouton, une irritation 
plus ou moins vive, due à limplanlalion de loiu" rostre 
dans l'épaisseur ilu tégument. Les parties lines ou 
dépourvues de laine, comme laisselle, laine, la partie 
supérieure du cou ou en arrière des oreilles, sont parti- 
culièrement piquées. On constate, à ce niveau, une vive 
démangeaison avec formai ion d'une auréole rouge autour 
de chaque piqûre: on observe ensuite une petite plaie qui 
est le siège d'une inflammation intense. 

Diagnostic. — Les tiques sont faciles à reconnaître ; elles 
oifrent une (coloration brune ou gris sale; elles sont aplaties 
quand elles soni i\ jeun, bombées et globuleuses quand 
ellessont repues. Les femelles adultes sont toujours grasses, 
les mAles très petits. 

Pronostic. — Os parasites, peu dangereux quand ils 
sont peu uomlu-eux, deviennent redoutables dans les pa\s 
chauds et humides où les hwufs en sont pai'fois couverts; 
ils peuvent enlin ruiner l'élevage du bétail dans les jiays 
<i piroplasmoses. 



MOUTON. — GALE SARCOPTIQUK. 429 

Traitement. — On détermine la chute des ixodes en les 
humectant avec de l'essence de téi'ébenthine, du pétrole, 
de la benzine, d'une solution concentrée de chloral, ou 
d'une pulvérisation d'huile, de vaseline, etc. Quand on les 
arrache brusquement avec des pinces ou avec les doigts; 
le rostre demeure souvent implanté dans la peau et 
engendre bientôt un peu de suppuration. 

III. — MOUTOX. 

Trois espèces de gales sévissent chez le mouton : la gale 
sarcoptique, la gale psoroptique et la gale symbiotique. 

I. — GALE SARCOPTIQUE. 

Définition. — La gale sarcoptique du mouton est 
caractérisée par la production de croûtes épaisses, dures, 
adhérentes, et par un prurit très intense au niveau de la 
tète et dans les parties dépourvues de laine. 

Localisée au niveau de la face, des joues, des paupières, 
elle peut envahir le ventre, la région sternale. le scro- 
tum, l'ouverture du fourreati, les plis des genoux, des 
jarrets et des paturons fig. 9:2). 

On l'a désignée sous le nom de gale de la tête, de dartre 
de la tête, de noir-museau, de miisarail dans le Midi et 
becqueriau dans la Beauce. 

Étiologie. — Le Sarcoptes scabiei (variété ovis) a été 
découvert en 1858 par Delat'ond et décrit en 1877 par 
Gerlach. 

Les écailles dorsales peu nombreuses son raréfiées surtout 
en arrière. Une faible clairière antérieure, une postérieure 
plus étendue. Sternite de l'armure mâle lâchement uni 
aux épidermes des pattes postérieures. Mâle long de 220 a. 
large de 160 u.. Femelle ovigère longue de 320 à 440 ;/., 
large de 240 à 358 a (Railliet). 

Les moutons se contaminent facilement en se grattant 



430 



DERMATOSES PARASITAIRES. 



entre eux; ils contractent aussi la gale sarcoplique de 
la chèvre (RolofT, Wulraff. l{ailliet):il est même pro- 
bable que ces deux espèces de gales sont produites par le 
même parasite. 

Le sarcopte du mouton peut l'aire développer, cbez 
Vliomme. une véritable gale (l)olafond. (ierlacli); il ne pro- 





■< <e »* ^ 







=^^ 




Fig. 92. — Gale sarcopli(iiie du mouton. 



voque quune éruiition passagère chez le clievnl, le bœuf 
et le chirn ; il ne détermine rien chez le lapin. 

Symptômes. — La maladie commence ordinairement 
par la lèvre supérieure, le pourtour des naseaux, les 
paupières ou les oreilles. Ses progrès sont peu rapides. 
Elle envahit la face, le chanlrein, les joues, et exception- 
nellement l'espace intermaxillaire: les parties pourvues 
de laine sont préservées. 

Le parasite ])eut les traverser, mais sans s'y arrêter. Il 
va élire domicile et former de petites colonies entre les 



MOUTON. 



GALE SARCOPTIQUE. 



31 



ars. sous le ventre, au niveau des paturons, des jarrets 
et des genoux, en produisant partout des croûtes épaisses 
gris jaunâtre. Ce n'est que chez certaines races qu'on 
la voit s'étendre à tout le corps, mouton de Zaddel, 
mouton à queue grasse, mouton napolitain (Roloff), 
mouton southdown (Railliet). moutons algériens et 
tunisiens à laine grossière. Elle n'en conserve pas moins 
toujours sa physionomie caractéristique : tète croùteuse, 
ridée, qui semble recouverte d'im masque. Les paupières 
sont tuméfiées ; les yeux chassieux ; les oreilles épaissies : 
les lèvres et les joues à demi immobilisées, de telle sorte 
que les animaux ont de la peine à prendre les aliments. 
Les croûtes sont grisâtres, rugueuses, erenues, sèches. 








Fig. 93 et 94. — Extrémités atteintes de gale (Mathis). 



épaisses et très adhérentes, formant soit des grains isolés 
de 2 à 3 millimètres de diamètre et d'épaisseur ; soit, par 
confluence, des plaques irrégulières, au niveau desquelles 
les poils sont englobés et cachés. — La gale de la tête 
peut se compliquer de conjonctivite traumatique, parfois 
même d'ophtalmie pm-ulente et de perte de l'œil. 

« Aux extrémités, les croûtes offrent les mêmes carac- 
tères : au début, limitées à la couronne, elles s'étendent 
ensuite de préférence sur les faces latérales et anté- 



432 DERMATOSES PAU ASIIAIUES, 

rioures du paliiron, jusqu'au-dessus du boulet, sans 
jamais alleindro ou tout au moins dépasser la mi-hau- 
teur du canon. Klles donnent au paturon un volume plus 
grand qu'à l'état .normal, qui déborde les onglons (fig. 93 
et 94) » (Mathis). 

Le prurit est toujours très intense; les animaux se 
frottent avec les pieds de derrière et contre tous les corps 
environnants. 

Lésions. — Ces acarcs sont faciles à mettre en évidence ; 
ils sont situés sous les croûtes adhérentes au tégument ; ils 
déterminent des papules surmontées bientôt de vésicules 
et des sillons bien appréciables au début de la maladie. 
Les frottements détruisent bientôt l'érujttion, détermi- 
nent du suintement et la production de croûtes blan- 
chAtres qui deviennent rapidement épaisses, grisâtres, 
dures et adhérentes. La peau envahie s'épaissit, se ride, 
se plisse, longitudinaleinent aux lèvres, circulairement 
autour des yeux, transversalement aux oreilles, et l'on 
voit apparaître des gerçures, des crevasses, qui sont le 
siège d'excoriations fréquentes et de légères hémorragies. 

Dos kystes séro-sanguinolonts résultent quelquefois du 
froissement du tissu conjonctif sous-cutané (Delafond). 

Diagnostic. — Cette maladie se distingue de la gale 
psornpli(pie par son siège ; elle ne peut être confondue 
au début qu'avec l'ecthyma des lèvres. 

Traitement. — a. Le traitement prophvlactiuue consiste 
à séparer les malades du reste du troupeau, à empêcher 
l'introduction de moutons galeux dans une bergerie saine 
et à opérer la désinfection des bergeries contaminées. 

La gaie sarcoptique du mouton étant rangée parmi les 
maladies réputées contagieuses qui tombent sous le coup 
de la loi du 21 juillet 1881 nécessite l'application de 
mesures sanitaires. 

b. Le TRAITEMENT ouRATiF anlipsori(pie peut être immé- 
(Jiiitenient appliqué quand cette gale est récente; il est 
indispensable de ramollir les croûtes avec l'huile ou la 



MOUTOX. GALE PSORuPTIQUE. 433 

vaseline et de nettoyer la peau par un savonnage intense 
au savon noir, quand elle est ancienne. Si la peau a été 
soigneusement préparée, les frictions répétées de pom- 
made d'Helmerich, dhuile de cade, de solution de crésyl, 
de jus de tabac dilué, de glycérine créosotée ou phéni- 
quée, de mélange de benzine, de pétrole et d'huile sont 
efficaces. 

II. — GALE PSOROPTIQUE. 

La gale psoroptique est de beaucoup la plus fréquente 
et la plus grave des gales qui atteignent le moutou. Elle 
siège de préférence dans les régions à peau une, couvertes 
de laine, et est caractérisée par des lésions cutanées, 
polymorphes, déterminées par le Psoroples communis (va- 
riété oris). C'est la rogne, la gale épizootique des an- 
ciens, la gale dermatodectique de Gerlach, Bourguignon 
et Delafond. 

Cette maladie est connue depuis la plus haute anti- 
(juité ; Moïse excluait des sacrifices les bétes galeuses, mais 
les premières notions exactes que l'on possède remontent 
à Walz, qui l'étudia en 1809 ; son étude fut complétée par 
Teissier (1810), Bosc (1811), Gohier (1814), de Gasparin 
(1821). Hering et Hertwig (1835), Delafond et Bourguignon 
(1854), Gerlach (1857). 

Étiologie. — Le Psoroptes ovis est l'unique cause de 
la maladie; c'est un gros parasite visible à l'oeil nu; le 
mâle a 500 à GOO ;x de long sui" 340 à 370 ijl de large et 
la femelle ovigère 670 à 740 a de long sur 450 à 460 [x de 
lai-ge (fig. 95). 

Cette gale est très contagieuse : un seul malade conta- 
mine facilement tout un troupeau. 

La contagion s'effectue, par contact direct, quand les 
animaux se pressent pour entrer ou sortir de la bergerie 
ou par contact indirect, c'est-à-dire par rintermédiaire 
des mangeoires, des râteliers, des litières ou des boissons. 
Ce mode de contagion est favorisé par la résistance vitale 
Cadéac. — Pathologie interne. VU. '25 



43 i 



DERMATOSES PARASITAIRES. 



des psoroptes en dehors de leur luMe : ils peuvent vivre 
dix à vingt jours à une température moyenne; ils s'engour- 
dissent seulement sous l'influence du froid ne dépassant 
pas 0° (llertwig et Gcrlach). Les bergeries chaudes 
sont assurément favorables à la conservation des parasites 




Fig. 95. — Psoroptes commiaiis (variété ovis) (mâle vu par la face ventrale). 

qui se répamlent daulant plus facilement sur les animaux 
que ceux-ci y séjoiu'nent davantage; la gale fait ainsi de 
grands progrès l'autonme et l'hiver, recule le printemps 
et l'été sous l'influence de la tonle, qui enlève un abri 
aux parasites, et de la dispersion des animaux dans les 
pâturages. 

Sinon, il est à présumer qu'il n'existe, en dehors de ces 
infliieiices, ni immunité, ni prédispositions individuelles : 
la contagion est pour ainsi'dire fatale parmi les animaux 



MOUTON. — GALE PSOROPTIQtE. 433 

qui vivent ensemble. Les moutons robustes, énergiques, 
demeurent moins immobiles sur la litière et sont, de ce 
fait, moins vite contaminés que les animaux débiles ou 
cachectiques. 

La gale psoroptique du mouton ne peut se communiquer 
aux autres espèces animales. 

Symptômes. — Cette gale débute généralement par 
la ligne du dos, vers le garrot; elle ne tarde pas à 
s'étendre au cou. au dos, aux côtes, aux flancs et à toutes 
les régions pourvues de laine. 

Les démanseaisons sont très vives: l'animal se mordille. 




Fig. 96. — Gale psoroptique du mouton. 

se gratte partout où il peut s'atteindre et salit sa toison. 
Le simple frottement de la main, dans les parties où la 
laine est feutrée, exagère le prurit ; les animaux agitent 
alors la tête, font trembloter les lèvres, cherchent à se 
mordre ou à se frotter contre tous les corps durs qui sont 
à leur portée ou même contre leurs voisins (fig. 96). 
La toison se couvre de poussière, de boue; des mèches 



436 DERMATOSES PARASITAIRES. 

(le laine s'agglutinent, se détachent, pendent; Tanimal a 
un aspect déguenillé. Les brins sont inégaux; ceux qui 
se détachent sont remplacés par des brins nouveaux qui ' 
retiennent les anciens et forment, avec eux, des mèches 
entremêlées et composées de couches d'inégale longueur ; 
c'est la laine <Y deux bouts. Cette altération devient gé- 
nérale sous l'influence du prurit et de l'irrigation san- 
guine anormale entretenue dans la peau parles psoroptes. 

L'examen de la peau met en évidence les lésions de 
l'infestation parasitaire. Les premiers psoroptes pro- 
voquent, par leurs piqûres, des papules blanclultres ou 
blanc jaunâtre, de la grosseur d'une lentille, (jui 
contrastent avec la teinte rosée des parties environ- 
nantes. 

La colonie acarienne augn)ente rapidement; les pso- 
roptes se pressent sur une surface réduite; ils multi- 
plient leurs piqûres; les papules augmentent de nom- 
bre, se rapprochent, deviennent confluantes et se confon- 
dent : la surface galeuse présente l'image d'une plaque 
eczémateuse. L'éruption évolue promptement ; les pa- 
pules sont remplacées par des vésicules et des pustules. 
Une sérosité limpide s'accumule à leur sommet, 
s'échappe, humecte la toison, se dessèche, forme des 
croûtes peu adhérentes, furfuracées, jaunâtres, grasses 
au toucher, par suite de l'hypersécrétion des glandes 
sébacées et facilement réductibles en poussière pulvé- 
rulente. Ces plaques crouteuses, assez bien délimitées, 
offrent des bords irrégulièrement festonnés, qui dénon- 
cent les progrès de l'invasion parasitaire. Les psoroptes 
abandonnent les régions enflammées et crouteuses pour 
avancer, de proche en proche, vers les parties saines. On 
peut suivre pour ainsi dire leur marche envahissante : on 
les voit, aux contins des pla(iues, sous l'aspect de petits 
points blancs, brunâtres à une extrémité. On peut les 
saisir avec la pointe d'une aiguille ou d'un pinceau, les 
placer sur une feuille de pa|)ier noir pour mieux les 



MOUTON. — GALE PSOROPTIQUE. 437 

observer et distinguer les mâles, les femelles, libres ou 
accouplés. 

Cette gale ne comporte pas d'autres altéi^ations primi- 
tives, mais les lésions consécutives aux démangeaisons 
sont très nombreuses. Les frottements déterminent la 
chute de la croiite primitive, exagèrent l'exsudation et la 
production de croûtes qui sont plus épaisses, plus adhé- 
rentes. La laine est arrachée, salie, feutrée, brisée; chaque 
brin de laine apparaît rétréci ou renflé, sans résistance ; 
la peau se dépile; le derme et le tissu conjonctif sous- 
cutané, meurtris, s'infilti'ent; les papilles s'hypertro- 
phient, la peau est doublée et même triplée d'épaisseur; 
elle est dure, ridée, excoriée, crevassée, nécrosée par 
places; il se produit des infections secondaires de nature 
microbienne : de petits foyers purulents, du volume d'un 
pois ou d'une noisette, évoluent dans l'épaisseur du 
tégument ; les lymphatiques s'infectent, les ganglions 
s'hypertrophient. 

Marche. — Durée. — Terminaison. — La gale psoro- 
ptique a une marche lente, maisses progrès sont inévitables ; 
les parasites abandonnent le centre de la plaque primi- 
tive ; ils envahissent tout le corps au bout de deux à 
troismois, excepté les régions abdominale et sternale, qui 
ne leur procurent pas un abri suffisant. 

Cette extension est facilitée par les auto-infections et 
par les contaminations répétées. Le mouton, en se 
grattant, transporte des parasites des régions malades 
dans les parties saines ; les parasites eux-mêmes, déposés 
sur les parois des portes, sur les voisins, peuvent passer 
sur les malades et fonder de nouvelles colonies qui ont 
la même évolution concentrique que les premières. 

Les parasites abandonnent toujours le centre des 
plaques ; la peau, épaissie et plissée à ce niveau, récupère 
lentement son intégrité; les croûtes tombent et laissent 
apercevoir une surface pityriasique. La maladie ne peut 
s'arrêter d'elle-même ; elle subit des rémiltences, sous 



438 DERMATOSES PARASITAIRES. 

linllucnce dos saisons cl des changenionts do niilioiix. 
Ello l'ait de grands progrès pendant l'anlonino ol lliivor 
ot rétrograde pendant le séjour dos animaux, dans les 
pâturages. Les sujets aiïaiblis otTront pou de résistance à 
la maladie; les mouton nicrinos sont plus éprouvés que 
les moutons indigènes. Tous peuvent suooomber k cette 
gale quand ils ne sont pas soign('s. 

La mort survient dans le marasme ot la oachexie au 
bout de deux à trois mois; une nourriture substantielle 
prolonge la vie; un traitement insufïisant, qui diminue 
seulement l'extension des parasites, peut permettre à l'ani- 
mal de résister à la maladie, qui s'éternise ainsi dans les 
bcrgcrios. 

Diagnostic. — La gale psoropticpie est une maladie 
facile à dépister. 

Les psoroptes, qui la déterminent exclusivement, sont 
vite découverts en raison de leur taille. L'examen micro- 
scopique des croûtes empêche de confondre cette maladie 
avec d'autres dermatoses. D'ailleurs, la contagiosité de la 
maladie qui rogne dans un troupeau, l'irrégularité de la 
toison, l'existence de surfaces dépliées notamment au dos, 
aux épaules, à la croupe et à la base de la queue, les 
démangeaisons persistantes que [u-ésontent les malades la 
font imnit'diatoment soupçonner. 

La (/aie sarcoptique s'en distingue par sa localisation aux 
parties dépourvues de laine. 

L'acné, ou foUiculite sébacée, est caractérisée par lab- 
sence de parasites et par une sécrétion abondante d'im 
suint jaunâtre, poisseux, fortement adhérent. 

La pliliriase. déterminée par le Irichodectc sphcroccpluik. 
les mélophaijcs ou les ixodcs, no produit pas un prurit aussi 
intense, ni des dépilalions aussi étendues, ot les parasites 
sont nettement visibles. 

Les eczémas et Valopécie s'en distinguent aussi par l'ab- 
sence de contagion et le peu d'intensité du prurit. 

Pronostic. — La gale psoroptique du mouton occa- 



MOUTON. — GALE PSOROPTIQUE. 439 

sienne, chaque année, de grandes pertes à l'agriculture ; 
elle est plus fréquente en JtUemagne qu'en France et, 
dans notre pays, elle est plus répandue dans le nord et 
louost que dans l'est et le midi. 

Elle nuit à la croissance et à l'engraissement des ani- 
maux qui en sont atteints et fait subir à la laine une dépré- 
ciation notable. 

Les brebis donnent naissance à des afjneaiix chetifs, et 
la mortalité des galeux peut atteindre 40 à 50 p. 100 
quaud la distomatose ou d'autres affections parasitaires 
s'ajoutent à la gale. 

Traitement. — Le traitement préventif consiste à iso- 
ler les malades des animaux sains, à désinfecter soigneuse- 
ment la bergerie et à changer les animaux de local pendant 
quinze à vingt jours. D'autre part, une bonne nourriture 
et des soins constants de propreté diminuent les dangei's 
de contagion. Cette maladie est visée par la loi sanitaire 
(Yoy. Police sanitaire). 

Traitement curatif. — Ce traitement varie avec le 
nombre d'animaux galeux et la généralisation plus ou 
moins complote de la maladie sur chacun d'eux. 

Si quelques animaux seulement sont atteints, l'emploi 
des aatipsoriques (huile de cade, jus de tabac dilué, 
200 grammes dans 1 litre d'eaul, utilisés ordinairement 
chez nos animaux domestiques, est tout indiqué et permet 
d'obtenir la guérison de tous les malades. Les bergers soi- 
gneux préviennent l'extension de la gale dans les trou- 
peaux très nombreux et parviennent à guérir tous les 
malades qui sont traités dès quune toutfe de laine est 
ébouriffée. 

Quand la gale S'est étendue à tout un troupeau et s'est 
généralisée sur de nombreux sujets, un traitement plus 
énergique et plus coBiplet s'impose; il consiste dans l'em- 
ploi d'un bain savonneux tiède (1 kilogramme de savon 
vert pour 100 litres d'eau), auquel on soumet les animaux 
galeux préalablement tondus pour ramollir et faire tom- 



440 DERMATOSES PARASITAIRES. 

ber les croûtes vingt-quatre heures avant <le les plonger 
dans le bain antiseptique. 

[^es bains arsenicaux ou les bains créolinés sont aujour- 
criiui exclusivement employés; ils sont ctllcaces. peu oné- 
reux et sans danger, pourvu qu'on attende pour les donner 
quatre à cinq heures après le repas. Habituellement, on 
baigne les woutons pendant la belle saison, et huit à 
quatorze jours après la lonte. 

Le bain employé est porté à une douce température. 
30° environ. Lorsqu'on emploie le bain arsenical, qui est 
caustique, il faut prendre le soin d'enduire les mamelles 
des brebis laitières avec un corps gras, afin d'éviter l'ac- 
tion astringente du liquide, qui peut faire diminuer la 
sécrétion lactée pendant (piclqncs jours. 

Les animaux doivent être plongct; complètement, à 
l'exception des yeux, de la bouche et du nez; la durée 
de l'immersion varie un peu avec le bain employé; quand 
on emploie le bain arsenical, une durée de deux à trois 
minutes sullit. 

(Juatre personnes sont nécessaires pour oITectuer cette 
opération : l'une amène les moutons, une autre saisit les 
membres antérieurs, une troisième, les membres posté- 
rieurs ; le sujet est renversé sur le dos plongé ainsi dans 
le liquide, en appuyant sur le ventre de l'animal pour la 
maintenir dans le bain; la quatrième tient la tète hors du 
liquide. 

On remet ensuite le sujet sur ses membres en le main- 
tenant dans le bain ; on exprime une partie du liquide qui 
imi)règne la laine. L'animal est retiré du bain, fric- 
tionné, brossé et nettoyé vigoureusement, surtout sur les 
régions supérieures. Les sujets baignés sont ensuite aban- 
donnés dans un local propre, ou dans un parc exposé au 
soleil. Il est nécessaire de préserver les animaux de la 
l»luio, qui enlèverait la préparation acaricide qui imprègne 
encore la peau. 

I^es bains arsenicaux utilisés sont : 



MOUTON. — GALE PSOR OPTIQUE. 441 

Le bain Tessier, composé de : 

Acide arsénieux l'=«,500 

Suifale de fer 10 kilos. 

Eau 100 litres. 

Le sulfate de fer agit comme astringent; il empêche 
l'absorption du liquide et évite lintoxication. 

Clément a substitué le sulfate de zinc au sulfate de fer : 

Pour 100 moulons : 

Acide arsénieux I''8,5û0 

Suifale de zinc 5 kilos. 

Eau 100 litres. 

Mathieu a i"emplacé le sulfate de fer par l'alun; l'alun 
ne colore pas la laine comme le sulfate de fer, et il jouit 
également de propriétés astringentes. 

Trasbot a ajouté de laloès au bain Clément, sans grand 
avantage, en raison de son insolubilité complète. 

Ordinairement, un seul bain ai'senical suffit pourobtenir 
la guérison. La peau est légèrement cautérisée à la sortie 
du bain: elle est difficile à plisser pendant cinq à six jours 
et est recouverte de croûtes au niveau des foyers ancien- 
nement infectés; mais les animaux ne se grattent plus; ils 
manifestent une soif moins vive et un plus vif appétit, 
signes de leur guérison. Vers le huitième jour, les croûtes 
se détachent, et la peau récupère sa souplesse et son 
aspect normal. 

Néanmoins, il faut surveiller attentivement les animaux 
et les baigner de nouveau six semaines après si des réci- 
dives locales se manifestent. On peut d'ailleurs enrayer 
leur extension, prévenir toute contagion par des appli- 
cations locales. 

Les bains crésylés ou créolinés sont particulièrement 
'employés en Allemagne : 

Pour 100 moutons : 

Créoline 4 litres. 

Eau 200 — 

■>n. 



442 DERMATOSES PARASITAIRES. 

Les moutons sont baignés deux fois, à une semaine 
d'intervalle, pendant trois minutes chaque fois et brossés 
énergiquement. 

Les jus de tabac dilués et titrés à 1 p. 2000 de nicotine 
sont exclusivement employés en Argentine, Brésil et 
Uruguay; mais, en France, il est difficile de se procurer 
des jus de tabac, de sorte que le bain arsenical ou le bain 
crésylé sont les plus pratiques dans notre pays. 

m. - GALE SYMBIOTIQUE. 

La gale symbiotique est la moins grave et la plus rare 
des affections psori(iuesdu luonton: elle siège, comme chez 
le clieval, aux membres et dans le pli du paturon, ce (]ui 
lui a valu le nom de (jale des pieds. 

Signalée par Zùrn (1874) et Schleg (1877) sur les mou- 
tons de race fine, comme les Negretti, quand ils sont 
négligés, cette gale est déterminée par le Symbiotes com- 
munis (variété ovis). 

Mâles et femelles, en quantités h peu près égales, four- 
millent sous les croules dont ils provoquent la formation, 
sans chercher à s'en éloigner beaucoup. Les mœurs séden- 
taires de cette espèce de parasite expliquent sa localisation 
constante au niveau des extrémités, son peu de tendance 
à s'(''tendre et sa faillie contagiosité; 2 à 3 p. -iOO des ani- 
maux au plus sont contaminés. 

Symptômes. — Cette gale débute aux membres posté- 
rieurs, où elle se localise souvent, mais son extension aux 
membres antérieurs n'est pas rare. 

Elle jieut atteindre les bourses chez le bélirv ou les 
mamelles chez la hrehis. mais jamais elle ne s'étend aux 
autres régions du corps. 

Elle se traduit d'abord par de la rougeur et de vives 
démangeaisons, qui portent les animaux à remuer sans 
cesse les membres, à se frotter et se mordre. 

A une desquamation épidermique abondante, activée 



CHÈVRE. — GALE SARCOPTIQLE. 443 

par les mouvements incessants des animaux, succède 
l'apparition de croûtes d'épaisseur variée. L'exsudation, 
intense surtout au niveau des jointures, est bientôt suivie 
de tissures et de crevasses plus ou moins profondes, qui 
gênent la marche des animaux ou occasionnent des boi- 
teries. 

Traitement. — Des soins hygiéniques favorisent la gué- 
rison, qu'un traitement antipsorique amène très rapi- 
dement. 

IV. —GALE DÈMODÉCIQUE. 

Signalée par Oschatz, cette affection est déterminée par 
le Demodex folliculorum (variété ovis), qui n'a été trouvé 
que deux fois dans les glandes de Meibomius. 

IV. — CHÈVRE. 

|. — GALE SARCOPTIQUE. 

Étiologie. — Le Sarcoptes Scalnei, variété caprae déter- 
mine une dermatose généralisée ; elle est très contagieuse 
et peut revêtir un caractère épizootique. Elle sévit princi- 
palement sur les chèvres d'Asie et d'Afrique (Henderson, 
MûUer, Roloff) ou de la Suisse (Walraff). Elle se commu- 
nique facilement aux moutons dépourvus de laine ou 
demeure localisée à la tête sous foi-me de noir-mitseau. 

Elle est transmissible à l'homme et détermine une 
éruption fugace chez le porc, le chien, Vàne et le lapin 
(Roloff); elle est susceptible de se généraliser chez la 
clicvve. 

Symptômes. — Linvasion parasitaire, révélée par un 
violent prurit, débute par la tête et les oreilles, gagne le 
tronc et se généralise sans respecter les membres. — Elle 
se traduit par la chute des poils, la sécheresse, l'épaissis- 
sement, le plissement et les gerçures de la peau, la tumé- 
faction du nez et des lèvres et la production de boutons 



444 DERMATOSES PARASITAIRES, 

laissant suintei" un liquide visqueux se transformant en 
croûtes sèches, écailleuses, qui s'éliminent sous forme de 
productions furfuracées ou forment de grandes plaques 
épaisses, brillantes ou gris bleuâtre, au-dessous desipielies 
on trouve de nombreux sarcoptes. 

Quand la gale n'est pas soignée, elle peut déterminer 
l'amaigrissement et la mort des animaux. 

Diagnostic. — Le prurit quelle engendre, la rapiilité de 
sa transmission aux autres animaux sont des signes cli- 
niques diagnostiques. La ijalc sarcoptique se différencie 
de la gale symbiotique par la forme du parasite beaucoup 
plus que par les lésions et les symptômes, qui ont beau- 
coup de parente''. 

Traitement. — Chez les animaux préalablement ton- 
dus, on peut utiliser les frictions de pommade d'Helme- 
rich ou les bains (Tessier, Clément, etc.) employés contre 
la gale psoroptique du mouton. L'essence de lavande et 
l'essence térébenthine déterminent la chute des croiites et 
la guérison rapide du sujet. On applique les mêmes 
mesiuTS (]ue jiour la gale sarcoptique du iiiniitoii. 

II. —GALE PSOROPTIQUE DE L'OREILLE. 

La gale psorojjtique delà rlirvre est caractérisée [lar le 
développement de croiites com[)actes dans le conduit audi- 
tif sous l'inlluence du I*soroplcs communis (variété capvn'}. 

Celte acariase, signalée par Pezas sur une chèvre des 
Pyrénées, a été retrouvée au Congo par Mense ; Gedoelsl a 
démontré l'existence du même acarien chez les chèvres de 
ces deux piiys. 

Symptômes. — La pullulai ion ilcs psoroples. ilans la 
conque auriculaire, se tradiiit ]»arla formation de croûtes 
épaisses, compactes et brunâtres, constituant un véritable 
bouchon qui obture le conduit auditif. O'iand on le dé- 
tache, on peut découvrir les acariens dans son intérieur et 
constater la rougeur et les érosions de la peau de l'oreille. 



CHÈVRE. GALE SYMBIOTIQUE. 445 

Les clié'vrrs atteintes de cette infestation parasitaire 
deviennent sourdes : elles cessent de manger et snccom- 
bent au bout de quelques mois. 

Diagnostic. — La présence d'un amas croùteux dans le 
conduit auditif fait soupçonner cette acariase, confirmée 
par la dt'couverte des psoroptes. 

Traitement. — Commencer par ramollir les croûtes 
avec de l'huile d'olive, puis savonner le conduit auditif 
avec de l'eau tiède et y introduire enfin un mélange à par- 
ties l'gales de benzine et d'huile pour obtenir une guérison 
rapide. 

III. — GALE SYMBIOTIQUE. 

La gale symbiotique de la clièvre est due au Symbiotes 
communis (variété caprcp). 

Découverte par Delafond (1854) sur des chèvres d'An- 
gora, elle a été retrouvée de nouveau en 1889 par MoUe- 
reau sur une chèvre commune. 

Symptômes. — La gale symbiotique de la c//èv;-e s'accuse 
par de nombreuses plaques dénudées. Elles sont produites 
par la chute du duvet seul et la persistance des poils rudes 
(jarre). Les régions atteintes se recouvrent bientôt de 
croûtes jaunâtres, dures, épaisses, sèches et très adhé- 
rentes. Elles peuvent revêtir l'aspect d'un manchon qui 
entoure le paturon à la façon d'un bandage. Sous ces 
croûtes, la peau est épaissie, ridée, sèche, crevassée et adhé- 
rente, luisante, prête à se mortifier. Ces lésions entraînent, à 
leur suite, l'engorgement des ganglions lymphatiques voi- 
sins et une boiterie intense. Les croûtes, examinées au 
microscope, après avoir été traitées par l'eau tiède, se 
montrent composées de cellules purulentes déformées et 
surtout de cellules épidermiques ; elles peuvent être mê- 
lées à des débris de paille lorsqu'elles siègent sur les patu- 
rons: la fourrure des chèvres galeuses perd rapidement 
sa souplesse, son brillant et s'agglutine en mèches qui 
s'arrachent facilement. 



446 DERMATOSES PARASITAIRES. 

Marche. — Celte gale affecte (fahord les parties laté- 
rales du cou, le garrot, le dos, le rein ; elle peut s'étendre 
après deux ou trois mois, derrière les oreilles, à la base 
de la queue, aux parties latérales de la poitrine, aux flancs. 
Mollereau l'a vue localisée aux paturons diin membre 
postérieur. 

Diagnostic. — La gale symbiotique pourrait être con- 
londue avec Vic/ityosc, mais la présence des parasites 
permet de l'en dilTérencier. On la dislingue facilement 
de la gale sarcuptkjue par son siège, le caractère des 
croûtes et surtout par les parasites (|u'on rencontre d'or- 
dinaire sous les croûtes iraiches. 
Traitement. — 11 faut commencer par tondre les chè- 
vros atteintes; on utilise ensuite les divers 
aniipsoriques connus. 

Les bains alcidins (S'^s.riOO à 5 kilos 
(le carbonate de potasse ou de soude dans 
100 litres d'eau), accompagnés de fric- 
lions vigoureuses, pendant un quart 
dlieurc, constituent un bon traitement 
I l)elalon(l) ; (k'ux ou trois bains, à quatre 
ou cinq jours d'intervalle, suffisent pour 
.^a obtenir la «uérison des malades. 




IV. — GALE DÉMODÉCIQUE. 

La gale folliculaire de la rhcvrc, 
observée par Nieder hœusen, Kilt (4890), 
Hach (190.^j), Railliet et Nocard, sur un 
jeune bouc est déterminée par le Dcmodcx 
folliciiloruin (variété caprx). Elle revêt la 
— iJpmo- forme contagieuse chez les chèvres de la 

foUiru/o- ° . I r • 11 

race Saanen, mais, quelqueiois, elle ne 

se transmet pas par cohabitation (Hach). 

Symptômes. — Cette atTection est caractérisée par une 

éruption localisée généralement aux parties moyennes du 

tronc, surtout vers la région costale, les lianes, les épaules, 



DROMADAIRE ET CHAMEAU. GALE SARCOPTIQUE. 447 

le plat des cuisses et quelquefois à la tète, au cou et aux 
extrémités des membres. Les pustules, de consistance assez 
résistante, ont un volume variant de la grosseur d'un pois 
à celle d'une noisette. Ce n'est qu'en les pressant fortement 
qu'on peut en exprimer un produit épais, de coloration 
jaunâtre plus ou moins foncée, renfermant un grand nombre 
de Demodex noyés dans ces matières demi-solides. Les bou- 
tons de gale sont tantôt apparents, superficiels, tantôt 
profonds el dépourvus de signes. On les aperçoit seule- 
ment à la face interne de la peau préparée pour le tan- 
nage. Ils sont aplatis, nettement circonscrits; ils renferment 
de nombreux Demodex et enlèvent à la peau sa résistance 
et une grande partie de sa valeur ;'fig. 97). 

Traitement. — Ouvrir les pustules et les désinfecter à 
laide de lotions antiparasitaires. Les frictions avec du 
baume du Pérou, du styrax, de la glycérine et de la créo- 
line sont inefficaces. 

V. — DKOMADAIRE ET CHAMEAU. 

GALE SARCOPTIQUE. 

Cette gale, signalée par tous les vétérinaires militaires 
qui ont vécu en Afrique, est déterminée par le Sarcoptes 
scahiei (variété camelis) (Paul Gervais). 

Étiologie. — Cet acarien se propage avec une très 
grande rapidité. Un troupeau de chameaux est rapi- 
dement infecté par un animal galeux. Ses pi-ogrès sont 
surtout rapides au printemps; les jeunes et les vieux sont 
plus gravement affectés que les adultes. La maladie se 
transmet à l'hoiume ; presque tous les chameliers sont 
contaminés par leurs animaux (Piot) (1) ; elle se propage 
également à l'^He et au cheval (Filliol) (2). 

(1) Voy. police sanitaire, in Encyclopédie vctprlnnire de Cadéac. 

(2) Filliol, Contagion de la gale du dromadaire à l'.ine et au cheval {Revue 
et., 1901, p. 303). 



448 DERMATOSES PARASlTAlIiKS. 

Symptômes. — La inalailio envahit les aines, les ars, la 
l'ace inlérieure de labdonien, c'est-à-dire les parties Unes 
de la peau ; puis elle gagne le tronc, l'encolure, la 
queue, les membres, la région interdigitée. 

On voit apparaître dos boutons de 1 centimètre de 
diamètre accompagnés d'im violent prurit, de la chute 
des poils et de la production de ermites. La peau, épaissie, 
ridée, se gerce, se crevasse, s'ulcère, prend vm aspect 
repoussant : elle est le siège d'une sécrétion séro-purulente 
très fétide; on voit apparaître des Ijmjtliangites multiples, 
des adénites, des œdèmes, des phléi)ites des membres pos- 
térieurs. Enfin, l'animal, en proie à une agitation conti- 
nuelle, se fi'otte contre les arbres, le sol, s'excorie, se 
contusionne les articulations, s'inocule les divers germes, 
tétanos, septicémie, etc. 

L'affection évolue rapidement ; elle se généralise et 
devient souvent incurable ; son pronostic est des plus 
sombre ; le cluunean devient inutilisable, et très souvent 
on est dans l'impossibilité de se procurer les médicaments 
nécessaires pour le soigner. 

Traitement. — Les soins préventifs consistent à empê- 
cher le cdntact des animaux galeux, à les maintenir dans 
un étal de |)ropreté constante, à les bien nourrir. 

Quand la contagion n'a pu être évitée, il faut commen- 
cer par tondre les malades et utiliser les remèdes anti- 
psoriques préconisés contre la gale du c/icvul. Le goudron, 
très employé par les Arabes, mt'-langé, au savon vert, à 
parties égales, préserve de cette maladie et la guérit 
assez rapidement (1). 



(1) Le /nma est affecté d'une gale sarcoptique dont le parasite a été décou- 
vert en ISoS-lîSûO par Bourguignon et Delafond. 

Les caractères cliniques de celle gale se rapprochent de ceux de la gale du 
dromadaire el du chameau : elle se Iransmet enraiement à Vhomme. 



. PORC. GALE SARCOPTIQUE. 449 

M. — PORC. 

I. —GALE SARCOPTIQUE. 

Lagale sarcoptique du porc, déterminée parle Sarcoptes 
scabiei (variété suis), peut envahir toute la surface du 
corps. 

Décrite par Viborg, Gurlt, Spinola, qui avaient observé 
un sarcopte chez le sanglier : elle a été découverte par 
Delafond 1 1857) sur deux jeunes porcs. 

Étiologie. — La Sarcoptes scabiei (variété suis) esi le plus 
grand des sarcoptes ; il est visible à l'œil nu et facilement 
à la loupe. Le màle est long de 250 à 350 ti., large de 190 
à 300 [j ; la femelle ovigère atteint 0'"'",5 de long ; 
mais on trouve, quelquefois, dans l'intérieur du conduit 
auditif du porc\ un sarcopte plus petit, dont on ignore 
l'origine (Guzzoni, Gurlt, Spinola, Gerlach, Scholl). La con- 
tagion est favorisée par la malpropreté, les mauvaises con- 
ditions hygiéniques ; elle est cependant moins contagieuse 
que celle des autres animaux, en raison de l'habitude 
qu'ont les porcs de se vautrer dans l'eau, de plonger leur 
groin, une partie de leur tête dans les seaux, ce qui n'est 
pas une condition favorable à l'implantation des sarcoptes. 
Les animaux de race commune se défendent ainsi mieux 
que les sujets de race améliorée. Elle est fréquente en 
Hollande ; on l'observe aussi en France. 

Le porc contracte la gale du sanglier ; il communique 
une gale passagère à l'homme (Bourguignon et Delafond, 
Siedamgrotzkj, Scholl), au chien (Delafond, Siedam- 
grotzky). Le sarcopte du. porc ne détermine rien, ni chez 
le chat, ni chez le mouton. 

Symptômes. — On n'aperçoit pas de sillons sur le tégu- 
ment recouvert de papules rougeàtres. Cette éruption ne 
s'observe que dans les parties récemment atteintes ; les 
régions plus anciennement malades sont dépourvues de 
poils et l'ecouvertes de croûtes sèches, argentées ou d'un 



4.n0 DERMATOSES l'AHASlTAIKES. 

blanc yrisàlro. do 5 à 10 milliinèlros d'épaisseur. Au- 
(lossoiis d'elles, la peau est plissée, exeoriéo, gercée, 
vtM'riiqiieuse ; les papilles hypertrophiées ressemblent 
;iiix verrues des lèvres du rhini: elles ont la dimension 
ilune noix ou d'un pois et soidèvenl les croûtes qui les 
l'ecoiivrent (1). 

Marche. — Celte gale débute par les oreilles, le pour- 
tour des yeux; elle envahit le garrot, la croupe, la face 
interne des cuisses et se généralise. Les soies se raréfient, 
se réunissent en pinceaux ; la peau se dénude, se ride 
et se recouvre de papillomes et de croûtes surtout abon- 
dantes au niveau de la tête, qui paraît sau|toudrée de 
guano sec (Mûller). 

L'évolution de la maladie est très lente: elle nuit à 
Icngraissement et (l(''tcriniue la cachexie et la mort des 
/lorcclets. 

Diagnostic. — Cette maladie est cai'actérisée par 
laspoct pulvérulent des croûtes et par la présence, au- 
dessous d'elles, des sarcoptes quon découvre en grattant 
jusqu'au sang. 

Traitement. — Un désinlccte la porcherie ; un savonne 
éncrgiquement les malades pour faire tomber les croules, 
et on applique ensuite, chez tous les malades, une médi- 
cation antipsorique comme la décoction de tabac, la 
pommade dllelicerich, l'huile de cade. le goudron, etc. 

II. — GALE DÉMODÉCIQUE. 

Cette dermatose acarienne, due à l'invasion des glandes 
sébacées par le Démoder foUicidorum var. *«ùv. est suscep- 
tible de se généraliser et de se propager comme celle du 
cliicii. 

Décrite par Korzil, Csokor (1878), elle a été observée 
depuis par Neumann, Wright (1883), Lindcp-ist (1884), 

(I) Scholl, Une épizootic de gale saivoplique du porc {Revue vél., 1904, 
p. 85^. 



CHIEN. — (lALE SARCOPTIQUE. 451 

Gallier; elle a élé signalée en Algérie par Legrain et 
iiegulata (d903), Galtier (1905). Geoffroy (1906). Csokor a 
vu cette maladie se coninumiquer à un troupeau ; 22 ani- 
maux sur 100 en étaient affectés. Cette maladie sévit en 
Allemagne, en Suède, au Canada, en France, en Espagne, 
en Algérie, à Madagascar (1). 

Symptômes. — Cette gale débute par des pustules 
variant de la grosseur d'un grain de sable à celle d'une 
noisette; elles sont entourées ou non d'un cercle inflam- 
matoire et résultent de l'accumulation de matière grasse 
à l'intérieur des glandes sébacées, qui, distendues, aug- 
mentent peu à peu de volume et se transforment finale- 
ment en abcès: elles occupent de préférence les endroits 
où la peau est fine : groin, partie inférieure de la poitrine, 
bypocondres, flancs, face interne des cuisses. Le sommet 
de la tète, le dos, la face externe des membres, où la 
peau est épaisse, restent presque toujours indemnes. 

L'état général de l'animal n'est nullement modifié; 
on a même trouvé jusqu'à 500 parasites dans les pustules 
sans que le povc en soit'incommodé (Csokor). 

Traitement. — On emploie généx'alement les mêmes 
médications que pour la gale folliculaire du chien, que 
nous verrons plus loin. Mais, le plus souvent, le traite- 
ment reste sans résultat. 

VII. — CHIEN. 

I. — GALE SARCOPTIQUE. 

La gale sarcoptique du chien est une affection pruri- 
gineuse dénoncée par des rougeurs punctiformes qui 
commencent ordinairement par la tète et envahissent 
ensuite le reste du corps. 

Signalée par les anciens auteurs (Bosc, Gohier, Hertwig, 

(I) Martin, Revue vétérinaire, 1913, p. 3'JI. 



452 DERMATOSES PARASITAIRES. 

Hering), elle a été ('liKlii'c [lar (ii'i-larli, (liirll. Kiirs- 
teniberg. 

Le sarcopk' qui la ilélonnino a clé vu par Delafond et 
bien (l(Ti'it parMégnin ; c'est le Sarcoptes scahici {\fir. cmiis). 

Étiologie. — Le parasite est bien roconnaissaMe. — Les 
écailles dorsales de la femelle ovigère sont peu chitinisées, 
*mais ne laissent pas entre elles de véritables clairières. 
Sternitc de l'armure du mâle est lâchement uni aux épi- 
mères des pattes postérieures. Mâle long de 190 à 230 a, 
large de UO h 170 [j.. Femelle ovigère longue de 2!)0 à 
380 [JL, large de 235 ;Y 285 [x. 

Ces acares sont la seule cause de la gale ; il n'existe ni 
immunité, ni prédisposition individuelle. Le passage d'une 
seule femelle fécondée, chez un sujet sain, assure la 
transmission. Cette contamination est favorisée par la 
iiialprnpreli', une mauvaise hygiène, la réunion d'im 
grand nombre de diifus dans un même local. 

Cette gale se propage très rapidement et fait de nom- 
breuses victimes dans les meutes où elle est souvent 
méconnue, les premiers cas de gale étant considérés 
comme de nature eczémateuse; elle revêt, alors, un 
caractère épizootique. 

Le chien devient encore galeux en jouant avec les 
chats; les sarcoptes du cJiat déposés chez le chien déter- 
minent une gale généralisée (Oelafond) ; les chftts, allai- 
lés par une chienne, lui coiuMiunifiuent la gale dont ils 
sont affectés. 

La gale sarcoptiqiie du chien est Iransmissible à 
Mionune [Chabert, (irognier, Viborg, Ilertwig, Marrel. 
Delafond, Ilébrant et Antoine (l)]ot peut-être au porc et 
au cliHvitl l'Ziu'n). 

Symptômes. — Ce parasite détermine, au di'hut. des 
rougeurs punctil'ormes semblables aux pi(pires de puces. 
Ces taches, bien délimitées, sont surtout visibles à la 

(I) Ilébrant et Aiitoiiu', .l;i/(. i/c mrd. fc7., janv. 1909. 



CHIEN. — GALE SARCOPTIQUE. 



453 



lace interne des membres, à la région abdominale infé- 
rieure, partout où le tégument est fin et dépourvu de 
pigment (fig. 98). 

La rougeur devient diffuse, érjthémaleuse à la suite 
de frottements ; les pétéchies primitives sont remplacées 
par des papules de la 
grosseur d'une lentille 
ou d'un pois, qui se 
convertissent en vési- = \ 

(•nies ou en pustules et 
laissent bientôt écouler 
une sérosité abondante; 
la peau est alors par- 
semée de plaques hu- 
mides, de dimensions 
variables, qui se re- 
couvrent de croûtes 
jaunâtres ou gris jau- 
nâtre qui se dessè- 
chent, se ti'ansforment 
en squames, se déta- 
chant abondamment. 
Le prurit est très 
intense ; il est inces- 
sant quand les animaux 
sont couchés au soleil, 
près du feu, dans des 
locaux chauds, ou quand ils viennent de faire une longue 
course. Ils se grattent continuellement avec les pattes 
postérieures et, si l'on vient à les frotter légèrement avec 
les doigts, on les voit manifester un véritable bien-être 
en agitant l'une des pattes postérieures, dont les mou- 
vements sont synchrones avec ceux de la main. Sous 
l'influence des frottements, la peau se dépile, s'excorie, 
s'infiltre, s'épaissit, se plisse, se ride, s'abcède, se crevasse 
plus ou moins profondément ; elle ressemble quelquefois 




Fig. 98. — Gale sarcoptique du chien. 



454 DERMATOSES l'AltASITAlHKS. 

;Y la poau d'un éiépliunt. Les interstices (]ni existent entre 
les plis sont le siège d'une sécrétion séreuse, d'odeur 
inlecle, qui rend l'animal repoussant. Karenient la gale 
reste sèche et ne détermine que des pellicules et l'alopécie. 
Les animau.x, en proie à un prurit intolérable, sagilent 
continuellement, se nourrissent mal. éprouvent tous les 
phénomènes toxiques dus à la suppression des fonctions 
cutanées et meurent dans le marasme au bout de deux 
ou li'ois mois. 

Diagnostic. — La gale sarcoptique se l'ait remarquer 
par son extension rapide et sa transmission aux autres 
animaux de même espèce. La constatation du sarcopte 
dans les croûtes recueillies conlirme le diagnostic. 

Pour mettre le parasite en évidence, il faut exposer les 
animaux à la chaleur, gratter la peau jusqu'au sang ou y 
pratiquer des divisions superficielles à l'aide des ciseaux. 

On peut confondre cette f/rt/c avec Y eczéma sec chronique. 
la (jale folliculaire , mais elle ne ressemble en rien au rouge 
[eczéma ruhrum du chien), ni à ïimpétigo, ni à l'eczéma 
du dos ou roui'icux, comme certains auteurs tendent à le 
faire croire. 

Elle se ditïérencic de la ya/c folliculaire par l'intensité 
des démangeaisons, la sécheresse des croûtes : la gale 
démodectique est essentiellement ime affection pustuleuse 
et acnéique. Le diagnostic différentiel de ïeczéma sec 
chronique et de la gale sarcoptique découle exclusivement 
de l'absence de parasites dans les aiîections eczémateuses. 

Traitement. — Le th.mtkment phéventif se résume dans 
l'isolement des animaux niala(ies et dans la destruction 
de tous les objets contaminés capables d'assurer la con- 
tagion : brûler la litière, laveries loges à l'eau bouillante, 
puis avec une solution de créoline ou de lysol ; blanchir 
les parois à la chaux, laisser les loges inoccupées pendant 
dix à quinze jours. 

Traite.ment CL'RATiF. — Il néccssile l'emploi de tous les 
soins hygiéniques susceptibles de combattre les effets 



CHIEN. GALE SARCOPTIQUE. 4;»") 

débilitants de la gale. Bien nourrir les animaux et les 
faire vivre au grand air sont des conditions éminemment 
favorables au succès du traitement. 

Après avoir entièrement tondu et convenablement 
savonné les sujets à l'eau tiède pour faire tomber les 
croûtes, il faut appliquer une muselière, recouvrir le 
corps d'une couverture et prendre toutes les précautions 
nécessaires pour empêcher l'animal de se lécher. 

Pour détruire tous les sarcoptes et les œufs, il faut 
traiter toute la peau : le bain arsenical est le mojen le 
plus efficace. On le prépare dans les proportions suivantes 
pour qu'il ne soit pas trop caustique pour les parties fmes 
de la peau, telles que celles des bourses, qu'on fera bien de 
recouvrir d'une pommade protectrice : 

Acide arsénieux 800 grainmes. 

Sulfate de zinc 5 kilos. 

Eau 100 litres. 

On le porte à la température du corps, on y plonge 
l'animal; il est frotté énergiquement à l'aide d'une brosse 
puis séché. Ce traitement est renouvelé trois à quatre fois 
à quelques jours d'intervalle. La pommade d'Helmerich 
est appliquée ensuite journellement pour continuer l'action 
du bain arsenical, principalement au pourtour des yeux et 
de la bouche, qui n'ont pu être convenablement baignés 
en raison de l'absorption du poison. On enduit seulement 
la moitié ou le tiers du corps ; on laisse le médicament 
agir un ou deux jours pour l'enlever ensuite par un lavage 
avant d'en appliquer sur la seconde moitié ou sur une 
autre partie. 

L'eczéma cronteux, qui complique souvent la gale, est 
combattu avec succès par les applications successives 
àliidle de cade et de pommade à Voxyde de zinc. 

L'huile de cade et tous les produits à base de goudron 
méritent la préférence. Appliquée sur des surfaces limitées, 
elle peut être employée pendant longtemps. Sous le vernis 



456 DERMATOSES PAUASITAIHES. 

qu'elle forme, la peau se répare. Son mauvais goût 
empêche les animaux de se lécher. On la laisse agir 
quelques jours, une semaine au plus. On la remplace 
ensuite par une pommade astringente. 

La pommade à Voxi/de de zinc est très efficace et pou 
toxique. On utilise avanlagcusoincnl la suivante : 

laiinoforme 10 grammes. 

Acide salicylique IJ — 

Vaseline 100 — 

Pour les chiens d'appartement, nous recommandons 
beaucoup, surtout quand l'eczéma ou la gale sont peu 
étendus, la résorcine : 

Résorcine 1 partie. 

Vaseline jiarlies. 

La résorcine astringente el parasiticidc convient parfai- 
tement pour le traitejiient des deux maladies [C-unv (1)]. 

On a conseillé bien d'autres médications. Trasbot recom- 
mande la formule suivante : 

Renzine 300 grammes. 

Huile de cade ) _ ..„ 

Coaltar \ "" '«*^ " 

On mélange, au mortier, riiuile de cade et le coaltar, 
et on ajoute la benzine. Cette charge pure ou additionnée 
d'une quantité égale de benzine est appliquée d'abord sur 
une moitié du corps et, sur l'autre moitié, (ptaraiile- 
huit heures après. 

.Vu bout de quelques jours, on fait un savonnage à leau 
tiède, on recommence la même application si l'on constate 
des signes accusateurs de la persistance de la gale. 

Les bains sulfureux ou crésylés : 

Sulfure de potasse ou crésyl 150 grammes. 

Eau 30 litres. 

peuvent remplacer les pommades. 

(I) Cuny, Journal de Lyon, 1906. 



CHIEN. — GALE DÉMODÉCIQUE. 457 

Quand il s'agit de traiter des cljiens de luxe ou d'ap- 
partement atteints de gale localisée, on peut utiliser : 



Baume du Pérou. 
Alcool 



11 est nécessaire d'interrompre le traitement quand les 
animaux sont trop débilités ; une nourriture abondante 
et substantielle est nécessaire pour combattre leur affai- 
blissement. 

II. — GALE PSOROPTIQUE. 

La gale psoroptique du chien est une maladie acci- 
dentelle due probablement au passage, cbez cet animal, du 
psoropte du lapin. 

Signalée pour la première fois en 1909, par Hébrant et 
Antoine (1) chez un chien du voisinage des halles, elle n'a 
pas été vue depuis. 

Symptômes. — L'animal, infecté sur toute l'étendue du 
corps, exhalait une odeur de souris prononcée; il présentait 
des dépilations et des croûtes renfermant des psoroptes 
adultes, des œufs et des larves de ces acariens. 

Traitement. — Un traitement antipsorique amène 
rapidement la guérison. 

III. — GALE DÉMODÉCIQUE. 

La gale démodécique ou gale folliculaire est une 
dermatose parasitaire à forme acnéique caractérisée par 
la présence de Demodex follicuîorum (variété canis] dans les 
glandes sébacées et les follicules pileux. 

Ce parasite, découvert par Topping (18i3). a été étudié 
depuis par Gruby, Haubner, Lafosse, Baillet, Cornevin, 
Zùrn, Saint-Cyr, Mégnin. etc. 

(1) Hebrant et Anloine, Un cas de gale psoroptique chez le chien (Aiin. de 
méd. vét., 1909, p. 696). 

G.ujÉ.'Vc. — Pathologie interne. VIL 26 



458 DERMATOSES l'AHASlTAlHES. 

Étiologie. — Lo Demodex folliculorum ost un petit 
acarien vcrmilormo à thorax nettement dislind de 
l'abdomen. 

Le mâle, long de 220 à 250 \x sur 45 ;j de large, a un 
abdomen plus court et plus étroit que celui de la femelle. 
dont les dimensions sont de 250 à 300 ia de long sur 50 u. 




Kig. 'J9. — Demodex. 
A, l'animal vu de ventre; B, son rostre isolé; C, son œuf. 

de large. Le rostre, plus étroit que le thorax, est saillant 
en avant. Le céphalothorax donne implantation à 
quatre paires de pattes courtes et formées do trois articles 
seulement. 

Ces acariens pondent des œufs d'où sortent des larves 
hexapodes qui se transforment en nymphes non sexuées 
d'abord, et bientôt en Demodex parfaits (fig. 99). 

Mâles et femelles, larves et nymphes pullulent dans 
les follicules pileux et sébacés, où on les trouve avec le 
rostre toujours dirigé vers le fond. Quand ils sont nom- 
breux, ils sont susceptibles de déleruiiner une véritable 
pustule d'acné (lig. 100). 

La présence du Demodex ost la cause délerminanto 
de la gale follicuiaii-o. Klle s'observe i)i'esque exclusi- 



GALE DEMODIiCinUE. 



459 



vemont chez 1rs jeiinos animaux : on la voit rarement 
survenir chez les chiens âgés de plus d'un an. Toutes les 
races y sont sujettes, mais, d'une façon générale, elle est 
plus rare sur les chiens à loni^'s poils qije sur les chiens 
à poils courts (Cornevin). 

La maladie ne se tranV 
met qu'aux animaux jeunes, 
de sorte que les chiens 
adultes ou Agés peuvent 
vivre impunément avec les 
malades sans être conta- 
minés. 

Elle existe souvent avec 
la maladie du jeune âge, 
qui en favorise la diffusion, 
et avec la trichophytie, qui 
est généralement mécon- 
nue. 

Toutes les dermatoses 
cutanées dans . lesquelles 
on découvre des Demodex 
sont regardées comme 
fonction de ce parasite. La 
tricbophitie canine est 
absorbée ainsi par la gale 

démodécique. C-'est qu'il est inlinimcnt plus facile d'aper- 
cevoir le Demodex que le Trichophyton. 

Les formes sèches, squameuses, circinces de la gale du 
Demodex appartiennent à la trichobitie. Ces caractères 
cliniques sont ceux d'une épidermomycose et non ceux 
d'une acariase. Les Demodex nous paraissent étrangers 
à cette affection. Parasites des follicules pileux et des 
glandes sébacées, leur action pathogénique se trahit par 
des pustules d'acné et par une inflammation suppurative 
qui se complique, quand elle n'est pas dominée par la 
pullulation du bacille de la nécrose. Si les formes bénignes 




Fig. mu. — Disposition des Demodex 
dans les glandes sébacées. 



460 



DERMATOSES i'ARASlTAIKES. 



OU squaincusps do lu iîa\o dos Demodex sont gouvernées 
par les trichophjtons, les formes graves sont reven- 
diquées par la nécrobacillose. 

■ Cette démarcalion étant établio, il est difiicile d'établir 

actuellement la part morbide du Demodex f'ollictilorum. 

Aiicioiinemont il était tout: artuellemeni, on a de la 




Fig. lui . — Tète et cou de jeune c/tifrt affecté de gale démodécique. 

tendance à le destituer de toute action patbogénique. 
Présent chez les animaux jeunes, sa multiplication dans 
les lésions parasitaires ou microbiennes semble n'être 
qu'un épipb(''nomùne : il s'établit ainsi une véritable sym- 
biose, d'une part, entre le Demodex et le Tric/topfn/ton. 
et, d'autre part, entre le Demodex et le bacille de la 
nécrose. De nouvelles recherches sont nécessaires pour 
préciser son rôle exact dans les manifestations regardées 



CHIEX. — GALE DÉMODÉCIQUE. 461 

comme démodéciques. Certains praticiens soutiennent 
même l'innocuité du Demodex. 

Symptômes. — Au début, la gale folliculaire est ordi- 
nairement dénoncée par des dépilations localisées à. la 
tète, aux lèvres, aux joues, aux paupières, au cou et aux 
membres antérieurs. Elle revêt la forme squameuse ou la 
forme pustuleuse (fig. 101). 

La forme squameuse est caractérisée par la sécheresse 
des surfaces glabres, qui simulent des plaques d'eczéma 
ou d'herpès tonnurans et dues probablement à l'asso- 
ciation des deux parasites chez le même sujet. 

La peau est mince, souple, simplement pityriasique ou 
légèrement épaissie, hyperémiée, papuleuse sans le moindre 
prurit. Les plaques se multiplient, s'étendent, et l'animal 
paraît affecté de trichophy t ie génévalisée. Il n'est d'ailleurs 
pas rare de constater l'association de ces deux maladies 
chez le même sujet [Leumann (1)]. 

La forme pustuleuse est caractérisée par le développe- 
ment de nombreux boutons purulents, grisâtres, violacés, 
ou brunâtres dus à l'abcédation des glandes sébacées et 
des follicules pileux. Pressées à la base, ces pustules 
donnent issue à un liquide purulent et hémorragique. Les 
parties voisines, moins altérées en apparence, laissent 
également sourdre, par la pression d'un pli cutané, de la 
matière sébacée très riche en Demodex. La dermatite est 
alors intense ; la peau rougit, se dépile, se couvre de 
pustules, d'exsudats et de croûtes ; elle se plisse, se ride, 
s'épaissit et répand une odeur nauséabonde. 

Le prurit, peu marqué au début, devient intense et 
trouble la santé des animaux, dont l'aspect général devient 
misérable et repoussant. 

Le cou, entièrement dépilé, est recouvert de sérosité, ou 
les paupières sont tuméfiées; il y a de l'entropion; les 
lèvres suppurent ; les parois pectorales sont rouges, exco- 

(1) Leumann, Un cas de gale folliculaire chez le chien associée à l'herpès 
to/isurans {Journal de Lijo», 18î)9, p. 216). 

26. 



462 DERMATOSES PARASITAIRES. 

riées ; les pattes, saignantes on ulcérées par plares. pré- 
sentent (le nombreuses pustules violacées. 

Les sécrétions de l'œil, de l'oreille et du prépure chez 
les cliiens affectés de gale folliculaire renferment des 
Demodcx qui s'y reproduisent comme sur la peau 
[Uorneck (1)]. 

L'allection, généralisée, épuise les malades, qui devien- 
nent cachectiques ou succombent à l'infection purulente 
au bout de six mois à trois ans de soulTrances (fig. d02). 

Lésions. — Les Dcmodex sont répandus dans toute la 
peau, mais ils sont particulièrement nombreux dans les 
glandes sébacées et les folliculss pileux, où l'on peut en 
compter, jusqu'à 200, étroitement pressés et le rostre 
toujours dirigé en bas (Gruby, Delafond). Mais ils se 
répandent en dehors de cet habitat quand la maladie 
est invétérée; on les rencontre dans le lissu conjonctif 
intradermique et même sous-cutané. Divers microbes s'y 
trouvent associés, notamment les staphylocoques ; 
quelquefois aussi, on peut y découvrir le bacille de la 
nécrose; mais il y a pourtant des formes suppurées et 
pustuleuses très graves, dans lesquelles ce microbe ne peut 
être révélé par l'examen microscopique. 

Les divers organes présentent les lésions de la cachexie 

Diagnostic. — La forme pustuleuse est si nettement 
caractérisée qu'on ne peut s'y tromper. La forme squa- 
meuse est surtout dénoncée par sa localisation aux parties 
antérieures de la tète, aux pattes et à la gorge, et par le 
jeune âge des malades. Néanmoins l'examen microscopique 
est souvent nécessaire pour la différencier deVeczéma sec et 
de la trichophitie et même de la gale sarcoptique. Au pour- 
tour des yeux, on peut la confondre avec une blépharite 
simi)le et au niveau des extrémités avec l'eczéma interdi- 
gité ou avec la dermalite fistuleuse déterminée par le 
bacille de la nécrose. 
Pronostic. — La fornic pustuleuse généralisée est iocu- 

(1) Ilorneck, Ber/iner lierar:. W'oc/ienschr., 1901, n"» 10. 



GALE DEMODKGIQUE. 



463 



rable ; los médications ne déterminent qu'une amélio- 
ration temporaire. 

Les formes squameuses localisées sont facilement cu- 




Fig. 10:2. — Gale démodécique du chien à une période avancée. 

rables ; on peut même guérir ces formes étendues par une 
métlication énergique et prolongée (1). 
Traitement. — Les formes l^ocalisées du début sont jus- 

(1) Cadéac, Journal de Lyon, 1906. 



464 DERMATOSES PARASITAIKES. 

ticiables des bains sulfureux ou arsenicaux, des lotions de 
solutions de sublimé, de créoline, do Ijsol et surtout de la 
teinture diode pure, du pétrole pur (Allinann) oude la solu- 
tion alcoolique de baume du Pérou. dCssenct' de carvi, 10: 
d'alcool. 10 et 150 grammes dhuile de ricin [(imeiner (1)]. 
Ces agents doivent être employés malin et soir. Parfois 
efficaces contre les formes sèches, ils érliouent générale- 
ment contre les formes pustideuses. Quand lalfection au 
début forme des pbupies limitées au voisinage des paupières 
ou sur le bord des lèvres, il convient d"cxciser le lambeau 
cutané, occupé par les parasites, en empiétant sur la 
peau saine. On [iratique autant d'ablations qu'il y a de 
plaques: la guérison du malade est assurée pourvu que le 
nombre des plaques ne soit [las trop considérable. Quand 
les plaques sont nombreuses, dispersées, on scarifie la 
peau, à leur niveau, de manière à mettre les parasites à 
nu et à les atteindre avec la teinture d'iode. On recom- 
mence ce traitement tous les cinq à six jours, jusqu'à ce 
que la peau soit redevenue normale. 

Les injections intradermiques de phénol à 1 p. 100 
autour des plaques ne donnent pas des résultats aussi 
satisfaisants. 

Les vaccins antistaphjlococciquesilestinés à combattre 
les infections secondaires n'ont aucune action sur les 
Démoder. Pendant toute la durée du traitement, on doune 
au malade une nourriture bonne et abondante, dans 
laquelle on fait entrer une forte proportion de viande crue. 

IV. — ACARIASE AURICULAIRE DU CHIEN. 

Cette maladie, due au Chorioptcs auricularum. appelé 
encore Olodectes cynolis (variété canis). Sijtnhiolrs aiiricii- 
larum, dermatoplnKjus aitricularis, est caractérisée par 

(I) Gmeiiier, Revue vét., 1007, p. S38. — Moussu, Société centrale. i'JOi, 
p. i:t(3. 



CHIEN. — AGARIASE AURICULAIRE. 465 

un violent prurit souvent accompagné de manifestations 
épileptiformes. 

Elle est souvent désignée sous le nom de gale auricu- 
laire, de gale symbiotique, de prurigo chorioptique auri- 
culaire, d'otite parasitaire ou de maladie épileptique des 
c/iiens de meute : mais elle peut sévir chez tous les cliiens. 
Étiologie. — Le Chorioptes auricularum (variété canis) 
a le rostre à moitié caché par l'épistome. Le mâle a toutes 
es pattes terminées par des ventouses : la femelle n'a pas 
de ventouses aux deux dernières paires de pattes, mais 
des soies. La quatrième paire de pattes, au lieu d'être 
bien développée, est rudimentaire [Hébrant et Antoine (1)]. 
Les parasites du conduit auditif externe contaminent 
principalement les cliiens de meute de tout âge. 

Symptômes. — Les chiens, affectés d'acariase auricu- 
laire, portent la tète de côté, la secouent fréquemment, 
se grattent la conque, sont pris d'un violent prurit quinze 
à vingt minutes après le début de la chasse : ils poussent 
alors un cri rauque et aigu, bondissent affolés à travers la 
forêt, l'oeil hagard, la bouche écumeuse : ils se grattent la 
tête avec les pattes, ou la secouent parfois: ils se mettent 
à tourner en cercle à deux ou trois reprises, poussent des 
gémissements, tombent à terre, se débattent plus ou moins 
violemment, présentent des convulsions épileptiformes. 

Si l'on examine le conduit auditif externe, on y décou- 
vre un petit amas de cérumen de couleur chocolat et de 
nombreux symbiotes à tous les états de développement. 
Parfois ces parasites occupent exclusivement le fond du 
conduit et sont difficiles à mettre en évidence. Les chiens 
affectés de cette maladie, principalement les chiens de 
meute, peuvent devenir sourds ou même succomber dans 
le cours d'une attaque épileptiforme. 

Diagnostic. — Le grattage de la tête dénonce une 
affection de l'oreille dont Texistence est confirmée par Tamas 

(1) Hébrant et Antoine, Annales de méd. véf., 1913, j>. 2&\. 



4H6 DERMATOSES PARASITAI H ES. 

<lo cérumen. L'cpilepsie essentielle sacconi|iagne do perte 
(le connaissance et démission involontaire durine et de 
matières fécales. L'épilepsie vermineuse disparaît sous l'in- 
fluence d'un traitement anthclminthique et ne s"observe 
guère que chez les jeunes chiens. Le cdtarvhe aurimlaire 
s'en (lislingue par l'absence de parasites. 

Traitement. — La destruction des symbiolos et de 
eur progéniture doit commencer par le nettoyage des 
oreilles àl'aide d'une solution savonneusetiède ou d'injec- 
tions d'huile d'olive, de glycérine, ou d'une solution de 
sulfure do potassium à 1 p. 20. 

Puis on pratique des injections de baume du Pérou 
dissous dans i parties d'alcool ou de là solution sui- 
vante, conservée dans un flacon bo)icliô à l'émeri : 

Huile d'olive 100 grammes. 

Naphtol 10 — 

Éllier 10 — 

On ferme l'oreille pendant dix à quinze minutes après 1" in- 
jection avec un tampon il'ouate pour éviter l'évaporation. 

La désinfection des chenils, l'isolement et le traite- 
ment des malades préviennent l'extension de la mahulie 
dans une meute. 

V. — THROMBIDIOSE. 

Le rouge ou larve du thromhidion soi/eu.r sévit à la lin 
de l'été chez les chiens de chasse principalement et déter- 
mine une éruption purigineuse. Les parasites s'implantent 
h la tête, autour ilu nez et desyeux, au ventre, au fourreau, 
aux pattes, et provoquent une éruption miliaire disséminée 
en plaques. Le rouget est reconnu à son abdomen volumi- 
neux; on en trouve quelquefois dix à douze h la base d'un 
seul poil. Dans ces ri'gions. les parasites groupés en 
amas de nuance jaune-orange simulent des croûtes. 

Le chat n'est pas à l'abri de celle acariase (Bosc, 
Defrance, Delafond). Elle est caractérisée par de petites 
érosions ;\ la queue et à l'extrémilé des pattes. 



CHIEN. 



IXODES. 



467 



Traitement. — I<es applications de vaseline phéniquée. 
benzinée ou pélrolée. les bains sulfureux suffisent pour 
tuer les parasites. 



VI 



IXODES. 




Les tiques ou ricins des caniivores, notamment du chien, 
comprennent : Vixodes reduvius, Vixodes hexagonus, le 
Rhipicephalus sangiiineus, le Dermacentor reticulatus, 
vecteurs, reproducteurs et inoculateurs de la pii'oplasmose 
connue de nos pays ; Hœmaphysalis Leachi répandu en 
Asie, en Afrique et en .Vustralie. 
où il est le propagateur du 
P. canis (fig. 103). 

De tous les animaux domes- 
tiques, le chien est assurément 
le plus souvent affecté de cette 
acariase. 

Le chien de chasse est pres- 
que toujours porteur d'ixo- 
des. surtout en été et en au- 
tomne, quand il court dans les 
broussailles et les bois; mais 
linfestation s'effectue au che- 
nil, quand les parasites, apportés du dehoi's, trouvent 
dans ce local des conditions favorables à leur conservation. 

L'ixode se fixe sur tout le corps, mais plus spéciale- 
ment aux oreilles, à la tête, aux pattes et au ventre ; il 
implante son rostre dans la peau et se gorge de sang. Le 
chien ne paraît pas s'en apercevoir ; les tiques repues se 
détachent spontanément. Quand elles sonttrèsnombreuses. 
elles déterminentl'affaiblissementet l'anémie de leur hôte ; 
quelquefois, les nymphes de Vixodes reduvius déterminent 
des tumeurs furonculeuses au niveau des oreilles. 

Traitement. — Éviter l'arrachement des tiques par 
traction brusque; si le rostre demeure dans la plaie, il faut 
pratiquer une petite incision pour l'extraire. Il est préfé- 



Ficr. lu:!. — Ixode du chien. 



468 



DERMATOSES PARASITAIRES. 



rable de les tourher avec un pinceau imbibé de pétrole ou 
de benzine. 

VIII. — CHAT. 



I. — GALE SARCOPTIQUE. 

La gale du cliitl, déterminée jiarle Notoedres cati. a son 
-principal i'ojer de dévelop[)emenl aux oreilles, au Iront 
et à la partie antérieure du cou; mais elle peut se pro- 
pager aux membres antérieurs. 

Décrit par Wedelius ( 1 G72) . le parasite areçu le nom de Sar- 




Fig. 104. — .Xoloedres cali (mà\e). Fig. 1U5. — .Votuedres rnti (femelle). 

copies»jinor(Furstenberg, 1861), de Sarcoptes cati (llering, 
1838), de Sarcoptes notoedres (Delat'ond et Bourguignon, 
1802 ; Mégnin, 1876). de Sarcoptes felis (derlacb, 1877). 
Étiologie. — Le Notoedres cati a le corps arrondi dans les^ 
deux sexes. Le 7nâle est long de 145 à 150 ;j., large de 120 à 
125 [JL. La femelle ovigère est longue de 215 à 230 [j., large 
de 165 à 175 a. Ces parasites ont des mœurs presque séden- 
taires ; ils ne creusent pas de galeries sous-épidermiques. 



CHAT. 



GALE SARCOPTIQUE. 



469 



mais un simple niil oviilaire ou irrégulior, arrondi, qui se 
révèle par une éminence miliaire (Mégnin). 

Ce nid est toujours creusé dans la partie profonde de la 
couche cornée de Tépidei^me. Souvent ces courtes galeries 
sont situées extrêmement près des premières assises cellu- 




-'/ 



•\*^ 



" , -'T^- /•;.•?_■: 



At."*! 



Fig. lOG. — Peau de chat atteint de gale sarcoptique. 



Très près du corps muqueux de Malpighi, au sein du tissu coiné, on voit la 
coupe de quatre galeries habitées. Dans des galeries situées au-dessus de ces 
dernières, on aperçoit des œufs, des excréments et la coupe de quelques 
acarts (Bail). 



laires du corps muqueux de Malpighi ; mais elles en sont 
constamment séparées par un étroit liséré de cellules 
Ivératinisées (Bail). Dans ces nids, on trouve des œufs à 
toutes les périodes d'incubation, ainsi que la femelle 
ovigère. Les larves, les nymphes et les mâles ont les 
habitudes des sarcoptes ; ils errent sous les crotites. 
Cadéac. — Pathologie interne. VII. -~ 



470 



DERMATOSES l'AK.VSlTAlKES. 



^: 



Cette galo est éminomment conlagiousc ; elle iiT-pargnc 
guère que les clmts castrôs. qui ont des habitudes très 
sédentaires. Lorsqu'un r/y;/f galeux existe dans une contrée, 
l'affection prend un caractère épizootique; elle fait périr 
tous les cJiats dans des villages entiers (Sajous) ; les pa- 
rasites deviennent si nombreux que les chnls peuvent 
succomber en quatre à cinq semaines (Delwart). 

Ces épizooties de gale sont très communes à Lyon, qui 
est. par excellence, la ville des chats. 

A quelles espèces la gale du cliat peut-elle se commu- 
niquer ? Les rats contractent la gale du c/jat, mais on n"a 
jamais constaté d'épizootie de gale marchant parallè- 

leu)enl chez les 
rats et chez les 
cJiats. La gale 
du chat se trans- 
met au cheval 
Joest) diflicile- 
ment au lapin 
(Railliet), au 
chien (Delalond) 
et à Y homme, où 
les laits de con- 
tagion abondent. 
Les enfants qui 
s'amusent avec 
les chats y sont 
le plus expo- 
sés. 

Le chat peut 
contracter expi'-- 
rimentalement la gale du chien et du lion ; il peut 
être alïeelé spontanément de gale sareopliiiue vraie déter- 
minée par le Sarcoptes scahici (Henry) (1). 

(1) Henry, Le Sarcoptes scnbiei comme agent do la gale du chat. (Société 
centrale, 1913, 30 mars.) 







J.ig. iiiT. — Gale noloédrique du r/iril au début. 



CHAT. — GALE SARCOPTIQUE. 



4T1 



Symptômes. — Los parasites envahissent d'abord \r 
sommet du front, puis les oreilles, le museau, la nuque 
et la partie antéi'ieure du cou; les parties pourvues de 
poils longs résistent à l'invasion parasitaire (fig. 107). On 
voit quelquefois les lésions se développer sur les membres 
antérieurs, au niveau des extrémités ; elles dépassent à 
peine la face antérieure des genoux. Partout la maladie 
s'accuse d'abord par des vésicules de la grosseur d'une 
tête dépingle qui amènent la formation de croûtes gri- 
sâtres, dures, qui agglutinent les poils et déterminent leur 
chute. La peau se densifie, s'épaissit, se plisse, se gerce ; 
les paupières et les oreilles 
sont excoriées par les frotte- 
ments ; les narines sont obs- 
truées par le gonflement des 
tissus et par les croûtes qui 
se développent jusqu'au ni- 
veau de ces ouvertures. La 
respiration est pénible, par- 
fois un peu dvspnéique. 

Les yeux sont enfoncés 
dans les orbites, et les con- 
jonctives sont fréquemment 
le siège d'une sécrétion puru- 
lente (fig. 108). 

Le sujet recroquevillé est triste, immobile, languissant; 
il maigrit beaucoup ; il se gratte dès qu'il se rapproche 
du foyer ou qu'il va au soleil, et il succombe au bout de 
quatre à six mois de souffrances. 

Diagnostic. — Cette gale est caractérisée par son siège 
et sa localisation indéfinie à la tête et au cou. 

L'eczéma qu'on observe chez les chats d'appartement 
affecte toujours une forme disséminée; il est dénoncé 
par des papules sèches, prurigineuses, difficilement cu- 
rables, qui apparaissent sur le dos, le ventre, les membres 
et la queue. 




Fig. 108. — Gale du c/iat à la 
dernière période. 



472 DERMATOSES PARASITAIRES. 

La teigne toitsiiraiitc osl qiielciiiofois associée à la 
gale sarcopliqiio et peut èlrc conrondue avec elle. Des 
croules recueillies sur lii I •■ le d'un r//;/^ que l'on croyait 
galeux et déposées sur le corps d'une grnisse ont l'ait 
dév<>lo[)per la tricoplijtie C'.adéac). 

Traitement. — Les applications de pommade d'ilel- 
mericli, dliuile de cade, réussissent, généralement, à 
guérir cette maladie; le pétrole et la benzine doivent être 
rejetés; le baume du Pérou lui-même détermine souvent 
des troubles cérébraux et la morl. Il faut changer de 
médication tous les deux ou trois jours, alin d'éviter toute 
intoxication. 

II. - GALE DÉMODÉCIQUE. 

Lagale démodécique du chat, signalée parLeydig(i859), 
|iar Mégnin (1876), est déterminée par le Donodex foUicu- 
lornm (var. cati), plus petit que celui du chien. 

11 se localise généralement à la tête, vers le nez. les 
veux, les oreilles, et ne produit jamais de bien vives 
démangeaisons. Son action est passagère et sans gravité. 

III.— ACARIASE AURICULAIRE. 

La gale auricidaire ou otocariase du cJiat, analogue à 
celle du chien, est déterminée par le Chorioptcs auricu- 
/rt/'um (var. cati), appelé encore Otodectes ci/notis {\i\r. cati) 
(Railliet et Cadiot) (1). 

Les animaux se frottent les oreilles contre les murs et 
présentent il la région occipito-teniporale. en dedans de la 
conque, une lésion cutanée pouvant aller depuis la dépi- 
"lation jusqu'à des plaies saignantes et croiileuses. Cette 
lésion externe, avec sa localisation particulière, est presque 
pathognomonique. Le toucher de l'oreille est en général 
moins douloinvux que dans le catarrhe auriculaire non 

(I) Cadiol et Railliet, C. H. de la Soc. do bioL, 6 fcvr. ISlti. 



FURET. — GALE SARCOPTIQUE. 473 

parasitaire ; la manipulation de la conque semble faire 
éprouver à l'animal une sensation de plaisir (Ilébrant et 
Antoine). 

Cette gale peut s'accompagner de manifestations rabi- 
formes, de ti'oubles épileptiformes, de vertiges, de sym- 
ptômes de mcningo-encéphalite. 

Traitement. — Nettoyage à l'eau savonneuse tiède, 
par instillation journalière de glycérine iodée au l/IO ou 
d'huile ph(''nique au 1/100. L'excipient, huile ou glycérine, 
ramollit le cérumen et facilite l'action de l'agent parasi- 
ticide. 

IX. — FURET. 

I. —GALE SARCOPTIQUE. 

La gale sarcoptique du l'uvet siège aux pattes, à la 
tête et peut envahir tout le tronc ; elle est déterminée 
par le Sarcoptes sc.abiei (var. furonis). 

Ëtiologie. — Cette gale provient sans doute des putois 
galeux qui ont pénétré dans les terriers. Les furets ne 
peuvent transmettre leur gale ni au chien ni à Vhomme. 

Symptômes. — Cette gale, très commune, est caracté- 
risée par des vésicules dont la déhiscence est suivie d'un 
suintement gélatineux, un peu poisseux, qui se dessèche 
et se convertit en une substance grossièrement pulvé- 
rulente. Les croûtes prennent à la face plantaire et à la 
base des griffes, une grande épaisseur; les griffes, anor- 
malement développées, se recourbent en haut. Parfois les 
phalanges offrent un épaississement de la peau tel qu'elles 
arrivent à tripler de voliune ; les griffes restent normales 
(Railliet). 

Les poils, arrachés par le prurit violent, se renouvellent 
rapidement et récupèrent leurs dimensions quand les 
parasites ont fui la surface suintante pour se réfugier au 
niveau des extrémités. 

Traitement. — 11 faut commencer par désinfecter ou 



4/4 DERMATOSES PARASITAIRES. 

par chanfïcr le furet du local, caisse, boUe ou fond de 
tonneau, qu'il habitait ; on ramollit les croûtes par des 
onctions de glycérine, puis on frictionne vigoureusement 
avec la pommade soufrée simple ou l'onguent d'Helmerich, 
et l'on savonne après deux ou trois friclions (I). 

II. — ACARIASE AURICULAIRE. 

Le ùiret est sujet à l'otite parasitaire déterminée par 
VOtodectcs cynotis (var. furonis) ou otocariase symbiotique 
(Mégnin), qui est très conlagiouse. 

Les malades éprouvent un vif prurit; ils sont assoupis, 
somnolents ; ils succombent au ImuiI df (pielques semaines 
dans riiébétudc. 

Traitement. — On utilise les mêmes agents anli- 
parasitaircs que cbez le cliieii. 

X. — LAPIX. 

I.— GALE SARCOPTIQUE ET GALE NOTOÉDRIQUE. 

Le lapin présente une unie sarcoptique et une gale 
HOtoi'driquc. 

a. Gale sarcoptique. — Déterminée par le Sarcoptes 
scabiei{\av. cm»i2ci<//), elle diffère de la seconde parl'absence 
de prurit, parles caractères des parasites, notamment par 
la pri'sence fréquente d'un embrvon à l'iiitérieur de l'œuf, 
pendant «pie celui-ci est encore enfermé dans l'abdomen 
de la femelle. 

Cette gale, assez répandue en Allemagne, est très 
contagieuse entre lupins; elle se communique à Yhmnnw 
(Zurn), au cobaye, au furet (Railliel) ; elle ne se commu- 
nique pas au chien, au mouton, h la vache, au porc, au 

(I) Le loup, le renard, le lion sont sujets h une gale sarcoptique qui cause 
souvent de grands préjudices dans les ménageries ; les sarcoptes de ces ani- 
maux déterminent une éruption prurigineuse passagère chez V homme. 



LAPIN. — GALE SARCOPTIQUE. 



475 



cheval (Neumann), au chat (Gerlacb). On a vainement 
cherché à l'introduire en Australie pour détruire les 
lapins. 

Symptômes. — Cette dermatose débute par le bout du 




'^^r^^ 



Fig. 109. — Gale sarcoplique da lapin. 

nez, les lèvres, le menton, la base des griffes et finit par 
envahir diverses parties du corps (fig. 109 . 

Celte gale peut gêner la préhension des aliments, 
empêcher le développement des jeunes animaux, déter- 
miner leur amaigrissement et quelquefois leur mort. 

b. Gale notoédrique. — Elle affecte la tête, le cou 



476 DERMATOSES PARASITAIRES. 

et exceplionncllenienl los pattes; elle est délcrminée par 
le Notocdrcs cati i^var. cunicxdi). 

Étiologie. — Ce parasite, décrit par Gerlacli, est un 
notoèdre comme celui du chut. 

Le mâle est long de 145 à 150 [jl, large de 120 à 125 a. 

La femelle ovigère est longue de 215 à 230 ja, large de 
165 à 175 a. 

Cette gale se transmet facilement de hipin à Inpiii ; on 
peut la communiquer à ïhomnie sous une forme fugace 
(Gerlach); elle peut se propager à Vdno [Joest (1)]. 

Symptômes. — Ce sarcopte détermine un prurit très 
intense rjui incite les animaux à se frotter avec les pattes 
postcrieures et à se gratter contre tous les corps avoisi- 
nanls. Une éruption succède aux attaques de ces parasites. 
Elle est suivie de la chute des poils et de la production 
de croules liianchAIres ou grisAtres. adhérentes, qui finis- 
sent par acipiérir \ centimètre d'épaisseur et quelque- 
fois davantage. Au-dessous d'elles, on aperçoit la peau 
rouge, saignante ; les sarcoptes sont logés à la face 
interne îles croiiles. 

Marche. — l^a maladie dt'bule par le nez, puis elle 
gagne les lèvres, le front, le pourtour des yeux, le chan- 
frein, la mAclioire inférieure, la face externe des oreil- 
les et quelquefois les membres, jusqu'au niveau des 
coudes et des jarrets; elle peut, exceptionnellement, en- 
vahir tout le corps et déterminer une blépharite intense 
[Walther Lohlem (2)]. 

Diagnostic. — Les sarcoptes, faciles à recueillir, sont 
caractcrisliipies. On ne sauniit confondre cette gale, ni 
avec la tciijnc favcusc, ni avcr Vher/jrs tonsuidus, ni avec 
la unie pmroptiquo . 

Traitement. — Les animaux étant tondus, on les sa- 



(1) .loest, 'l'raiismission de l.i gale du lapin à l'àiic (/{eviif vét.. 1901, 
p. 4"). 

(2) Walther I.iJhleni, Blépharite du lapin dolerniiiK'epar le Sorrnpips miiior 
{Revue générale, 1911. t. I, p. 1.^)6). 



LAPIN. — GA.LE PSOROPTIQUE. 477 

vonne et on les frictionne ensuite avec la pommade 
d'Helmerich. Ces frictions doivent dépasser les parties 
malades pour atteindre les larves, les nymphes et les 
mâles ; on termine le traitement par un savonnage. 

11. — GALE PSOROPTIQUE AURICULAIRE. 

L'otocariase psoroptique du lapin est une maladie 
fréquente, déterminée par le Psoroptes communis var. 
cunicuU. 

Étiologie. — Ce psoropte se communique facilement à 
tous les lapins élevés dans des cages: il peut même se 
transmettre aux chevaux du voisinage. 

On peut constater aussi la propagation de la gale psoro- 
ptique du cheval aux lapins sous l'influence de la cohabi- 
tation. 

Symptômes. — Cette gale est caractérisée par l'irrita- 
tion du fond de la conque auriculaire, qui rougit et présente 
un vif prurit ; l'animal secoue la tête et cherche conti- 
nuellement à se gratter avec ses pattes postérieures. Peu 
à peu, le conduit auditif se remplit d'une matière molle, 
jaunâtre, qui durcit graduellement et se transforme en 
croûtes épaisses, habitées par de nombreux sarcoptes. 
L'obstruction de l'oreille s'accompagne généralement 
d'une inclinaison de la tête, de ce côté, ou même d'une 
véi'itable torsion du cou, à tel point que la mâchoire 
inférieure devient supérieure. L'acariase, toujom's con- 
finée à l'intérieur de la conque auriculaire, respecte 
entièrement les parties voisines de l'oreille, mais envahit 
quelquefois l'oreille moyenne et détermine des troubles 
nerveux graves, principalement des symptômes verti- 
gineux qui peuvent entraîner la mort directement ou 
empêcher les animaux de se nourrir (fig. 110). 

Les lapins maigrissent ; ils sont épuisés par une diarrhée 
séreuse et meurent d'inanition. 

Diagnostic. — Cette atfection est caractérisée par la 

•27. 



478 



DERMATOSES PARASITAIRES. 



présence de croules dans le conduit auditif et [tar l'alti- 
tude penchée de la tête; on peut apercevoir les jtsoroples 
à l'œil nu quand on étale les croûtes sur du papier, de 
sorte que le diafi^noslic n'nffi'i' aiicuuc dinicullé. 





Fig. 110. — Gale iisuropliquc ilu l<ijiin. 



Traitement. — On commence par isoler les malades, et 
on (li'siiirccLe ensuite; les cages et les clapiers. 

Le traitement curalif ne doit être eiil repris que iorsipie, 
le nomitre des lupins étant considérahle, on ne peut se 
résoudre .'i les sacrifier. Alors on nettoie l'oreille de 
chaque malade avec de l'eau savonneuse, après avoir 
ramolli les croûtes avec de l'huile d'ulive, de manière A 



OISEAUX. — GALE DES PATTES. 479 

faciliter le curettage du conduit auditif. On badigeonne 
ensuite l'intérieur de ce conduit avec de la pommade 
d'Helmericlî ou avec un mélange, à parties égales, de 
benzine et d'huile. 

III. —GALE DÉMODÉCIQUE. 

La gale démodécique du lapin a été signalée en Chine 
par Pfeiffer (1903). Les parasites sont plus petits que ceux 
du chien, et les œufs ont la forme d'une raquette. D'abord 
caractérisée par une dépilation et une desquamation de la 
peau au voisinage de l'œil et de l'oreille, elle s'étend peu 
à peu et paraît se compliquer de nécrobacUlose, qui entraîne 
la chute de la conque auriculaire et de la paupière. 

Traitement. — On utilise les mêmes agemts que chez les 
herbivores. . 

XI. — OISEAUX. 

Les dermatoses acariennes des oisenux soni déterminées 
par les cnémidocoptes ovoviparcs, agents des gales. 

I. — GALE DES PATTES. 

Cette affection croiiteuse. connue sous le nom de grappe, 
est exclusivement localisée aux pattes et engendrée par le 
Cnémidocoptes mutans, généralement appelé Sarcoptes 
rrnitans (Cli. Robin et Lanquetin, 1859). 

Étiologie. ^ Ce parasite vit sous les écailles épider- 
miques des pattes (fig. IW). 

Le mdle est long de 190 à 200 ;j., large de 120 à 130 [j. ; 
les pattes sont coniques, toutes, pourvues d'ambulacre à 
ventouse ; la femelle ovigère est longue de 408 à 420 ;j., 
large de 330 à 380 a (fig. 112 et 113). 

La contagion s'etfectue lentement; des poules galeuses 
peuvent vivre longtemps au milieu des poules saines sans 
leur communiquer la maladie. Les nymphes, les larves et 



480 



DERMATOSES PARASITAIRES 






les mâles sont les seuls agents de la contagion ; les femelles 
oviyères gardent une immobilité à peu près absolue. La 

transmission 
est facilitée par 
le séjour des 
oi seuil X dans 
les volières, les 
cages; les para- 
sites émigrent, 
se répandent 
dans le fumier, 
les perchoirs, 
et s'attachent 
ensuite aux pat- 
tes des o/'sea» A- . 
Les poules qui 
\ ivent dans des 
1) a s s e s -c o u rs 
humides sont 
beaucoup moins 
exposées à la 
conla:;ion;reau 
empêche le pa- 
rasite de se 
répandre à la 
surface des 
croriles et de 
vivre au dehors. 
Les poules 
de race com- 
mune qui vont 
jticorcr dans les 
j) rai ri es, à une 
grande dis- 
tance, sont, i)eut-étre pour ce motif, moins exposées à la 
contagion tjue les races exotitjues l)eaucoup plus séden- 





rig. 111. — Gale sarcoptique du coq. 



OISEAUX. 



(lALE DES PATTES. 



481 



tairos comme les poules de Bnndtin, les cochinchinoiscs. 
les dovking et les hrahinapootru. 

Symptômes. — Le parasite ne détermine qu'un 
prurit modéré, plus intense pendant la nuit et par les 
temps chauds ; les animaux piétinent et portent souvent 
le bec sur les endroits malades. 

Ces parasites ont les mœurs des sarcoptes : les femelles 





Fig. 112. — Sarcoptes mu/aiis 
(mâle). 



Sarcoptes nmiaiis 
(femelle). 



ovigères s'enfoncent dans la profondeur de l'épiderme ; 
les larves, les nymphes, les femelles pubères et un très 
petit nombre de mâles errent à la surface. Les femelles 
fécondées irritent, soulèvent et font proliférer l'épiderme. 
particulièrement à la face antérieure des tarses et au- 
dessus des doigts, déterminent des croûtes épaisses, 
mamelonnées, irrégulières, et des nodosités prononcées 
au niveau des articulations ; ces nodosités et ces croûtes, 
formées d'écaillés blanchâtres ou grisâtres, cimentées par 
du sérum, renferment une infinité d'alvéoles qui servent 
d'abri à des femelles ovigères. Ces alvéoles donnent aux 
croûtes un aspect spongieux : ils sont très petits dans les 
parties superficielles, rétractés par dessiccation et par 
les pressions extérieures, volumineux dans les parties 



482 DERMATOSES PAHASITAIRES. 

proroniles, notamment à la face interne des croiiles, où 
se trouvent logés les parasites. On trouve les femelles blot- 
ties, immobiles, la face ventrale tournée du coté de la 
face profonde de la croiile: on les reconnaît à leur forme 
régulière et k la teinte rduiiiée de leurs éiiinicrcs. 

Ia's croûtes gênent considérablement les mouvements 
des doigts et déterminent de fausses ankvloses; elles sont 
très adhérentes. Après leur extirpation, on voit le derme 
irrité, suintant et bientôt recouvert de sang; des exsu- 
dations et des crevasses succèdent aux froissements et 
aux chocs qui ébranlent les croules; les oisoniix mar- 
chent difficilement, boitent, se maintiennent péniblement 
sur les perchoirs; des arthrites se manifestent, et Ton 
peut observer la chute d'une phalange ou d'un doigt. 

L'évolution de cette gale est très lente ; elle peut durer 
six mois, un an même ; les poules maigrissent, meurent 
dans l'étisie, ou sont décimées |)ar la tuberculose, la 
dijihtcrie. 

Traitement. — Le traitemout prophyla(ti(iue consiste 
à isoler les oiseaux galeux, à désinfecter les volières et 
les cages à l'eau bouillante, t"! badigeonner ensuite le 
poulailler, les perchoirs et les juchoirs au lait de chaux, 
afin d'empêcher la contamination des poules saines et la 
réapparition de la gale après la guérison des malades. 

Le traitement curatif doit commencer par l'extirpation 
des croûtes, qu'on ramollit d'abord par un bain tiède, 
par des corps gras, ou qu'on enlève directement, (".et 
arracliemeiil est fréquemment suivi d'hémorragies (jui 
alVaiblissent les oiseaux ; il est préférable d'agir plus 
lentement et plus sûrement. On détache les croûtes peu 
adhérentes; on humecte les autres et l'on applique, sur 
la susface nialade, de la pommade d'Ilelmerich, do la 
pommade phéniqiiée au I/IO, de la pommade créosolée 
au \liO, de l'huile benzinée au 1/10 ou du baume du 
Pérou. Quand il s'agit d'animaux jeunes ou de petits 
oiseaux (canaris, etc.), ces applications ne doivent pas 



OISEAUX. — GALE DU CORPS OU GALE DÉPLUMANTE. 483 

être immédiatement renouvelées : tous ces antiparasi- 
taires, même le baume du Pérou, peuvent les intoxiquer. 
Il est bon, après une seule application d'antiparasitaire, 
d'enduire les pattes de glycérine ou de vaseline. 



II. — GALE DU CORPS OU GALE DÉPLUMANTE. 

La gale déplumante est déterminée par la Cnemidocoptes 
lœvis ou Sarcoptes lœvis, qui occupe la limite du tuyau et 
du rachis des plumes. Cette affection parasitaire, décou- 
verte par Railliet (1886), a été retrouvée par Neumann dans 
le Midi et par Pœnaru en Roumanie. 

Étiologie. — Cette gale sévit au printemps, pendant 
l'automne, et disparaît pendant l'hiver ; elle est donc 
intermittente. Elle est très contagieuse : l'introduction de 
quelques oiseaux galeux dans une basse-cour est suivie 
de la propagation rapide de l'afTeclion. Sa transmission 
s'effectue, principalement, pendant Tacte de copulation. 

Le coq, infesté au niveau du croupion, contamine tout" 
le poulailler. 

Symptômes. — Cette afTection des y/y^/eo/i.'?, des poules, 
du t'ciisan et deVoie, débute ordinairement [tarie croupion, 
puis gagne peu à peu les parties environnantes, les cuisses 
le dos, le ventre. Souvent aussi la tète et la partie supé- 
rieure du cou se montrent affectées de bonne heure. Les 
oiseaux s'arrachent les plumes à coups de bec et, finale- 
ment, la peau est mise à nu sur une vaste étendue à la 
suite de ce piquage. Cependant les grandes plumes de la 
peau et des ailes, ainsi que leurs couvertures, sont géné- 
ralement conservées. Cette peau dénudée présente toute- 
fois un aspect normal ; elle reste souple, rosée et non 
sensiblement épaissie. En arrachant les plumes qui ont 
persisté au voisinage des régions envahies, il est facile de 
constater l'existence, comme chez le pigeon, d'un amas 
de lamelles épidermiques blanchâtres, occupant la limite 



484 DEKMATOSES PARASITAIRES. 

du luyau et du racliis, et renfermant des sarcoptes en 
nombre variable Railliet). 

Les volailles déplumées maigrissent, deviennent cachec- 
tiques; la peau du croupion, continuellement piquée, 
prend une couleur rouge vil"; la jjonte diminue et cesse. 

Traitement. — Des poudres an ti parasitaires insufflées 
sous les plumes assurent la guérison de cette gale. On 
peut lubrifier le fond du plum.ige avec de l'eau savon- 
neuse, avant de pratiquer l'insuftl.ition de poudre de 
pyrèthre, de stapliysaigre. 

En même temps, il faut désinfecter les planchers, les 
plafonds, les murs, les perchoirs et les nids, à l'aide des 
moyens préconisés contre ïacariase dcrmanyssiquc et la 
phtiriase. 

III. — ACARIASE DERMANYSSIQUE. 

L'acariase dcrmanyssiquc des rfallinacéseX des coloiiihiiis 
est une alTeclion susceptible d'entraîner Tt-puisement et 
la mort d'un grand nombre d'oiseaux. 

Étiologie. — Le Derinanyssus galliniv, hôte des poulaillers 
et des pigeonniers, se cache pendant le jour et se l'epaît 
chaque nuit du sang des oiseaux domestiques; il change 
ainsi de couleur, et, de blanc, il devient rouge rutilant ou 
rouge noirâtre (fig. 114). 

Les poules et les piijeons sont les oiseaux les plus 
attaqués, surtout dans leur jeune âge ; mais les dindons 
et les faisans sont eux-mêmes assaillis. 

Symptômes. — Les oysr'/v».v, troublés dans leur sommeil, 
en proie à un prurit intense et anémiés pai- la perte d'une 
quantité de sang soustraite à la suite de piqûres répétées 
dépérissent ; il n'est pas rare de voir les poussins et les 
piffeonneaux mourir d'épuisement en huit à quinze jours. 

Les adultes sont également très éprouvés. Les poules 
couveuses, privées de sommeil et amaigries, abandonnent 
leur couvée ou n'y demeurent que d'ime maniéi-e irrégu- 




Fig. 114. — Dei-manysse despoiilaillei-s. 



OISEAUX. — ACARIASE DERMANYSSIQUE. 485 

guliére, de sorte que l'incubation des œufs est compromise 
ou défectueuse. 

Quelquefois les parasites s'introduisent dans le conduit 
auditif et dans les cavités 
nasales, où leur présence 
engendre de ia rhinite. 

Traitement. — Le tvai- 
tcment prophylactique con- 
siste à désinfecter les 
poulaillers, les volières, 
les pigeonniers et tous 
les locaux qui servent de 
refuge aux parasites. On 
les nettoie, on les lave à 
l'eau bouillante, on badi- 
geonne les murs et les per- 
choirs à la chaux vive, à l'eau phéniquée ; on refait les 
nids ou on les désinfecte avec l'essence d'eucalyptus, 
de térébenthine ou avec du pétrole. 

On peut assurer cette désinfection d'une manière perma- 
nente à l'aide d'une éponge imbibée d'essence et intro- 
duite dans un œuf qu'on bouche à la cire; les vapeurs 
d'essence s'échappent par les pores de l'œuf et éloignent 
les acariens. 

La désinfection des oiseaux est moins facile à opérer; 
elle est d'ailleurs moins salutaire. On pulvérise chaque 
oiseau avec de la poudre insecticide de pyrèthre, d"anis,etc. 
On peut recourir aussi aux vapeurs sulfureuses à 
l'aide de l'exterminateur Lagrange, qui consiste dans une 
caisse en bois renfermant le corps de l'animal, pendant 
que la tête fait saillie au dehors par une ouverture. On 
brûle des fils de soufre dans la caisse, et on retire le sujet 
six à sept minutes après; on a soin d'effectuer cette opé- 
ration pendant la nuit avant que les parasites aient déserté 
leurs victimes. 



486 DERMATOSES PARASITAIRES. 



IV. — THROMBIDIOSE. 



Les poules et surtout les poussins éclos à la fin de l'été 
ou en automne sont quelquefois très éprouvés par les 
larves des thrombidions soyeux, qui se fixent à la base des 
plumules, où ils enfoncent leur rostre. L'irritation qu'ils 
provoquent est extrêmemenl vive ; les petits oisenu.x 
poussent des cris, s'agitent en tous sons, battent des ailes, 
tombent sur le sol et demeurent un certain temps 
sans se relever. Ils offrent une sorte d'affection épilepti- 
forme comparable à colle occasionnée chez le rhicn par 
les vers intestinaux ou par l'acariase symbiotique auricu- 
laire (Lucel). Beaucoup s'éi)uisont et succombent aux 
piqûres i^Csokor, Éloire, Lucet). 

Le Sarcopterinus nidulans est encore un acarien throni- 
bididé qui vit en colonies dans les follicules plumeux du 
pigeon et de divers passereaux. Des tumeiu's cutanées du 
volume d'un pois ou même d'un liaricot peuvent on être 
la conséquence. Quand les parasites y sont très nombreux, 
ils provoquent des troubles nutritifs irraves et peuvent 
même déterminer la mort. 

Traitement. — (in débarrasse facilement les animaux 
de CCS parasites en insufflant do la fleur de soufre dans 
leur plumage ou par (les applications do pommade h l'oxyde 
de zinc, de pommades sulfureuses, de frictions à l'eau 
phéniquée, à la vaseline benzinée ou pétrolée. 

Quand on a affaire au Sarcopterinus nidulans, on incise 
les nodules, on on fait sortir le contenu par pression et on 
badigeonne rinti-rieur avec un mélange do baume du Pérou 
cl d'alcool. 

il convient d'éloiguor les couvées d'automne des jardins 
ou des herbages dans lesquels elles vont s'infecter ; mais 
de telles précautions ne peuvent guère être prises que par 
des éleveurs amateurs ; mais dans, les fermes où la ma- 
ladie sévit principalement, il est presque impossible de 
jtrondre de pareilles précautions. 



OISEAUX. 



ARGASINES. 



487 



V. — ARGASINES. 

Les argasincs. sous-famille des ixodidés. sont des para- 
sites des oiseaux domestiques. Cachés pendant lejour dans 
les volières, les poulaillers, les pigeonniers, dans le voisi- 
nage des oiseaux, les Ai'gas. Argas pe)'sicus{Gg. iio), Argas 
reflexusifigAl6,){0rni 
tho(ïo7'us). se compor- 
tent comme les pu- 
naises, dont ils ont la 
couleur rouge brun ; 
ils demeurent dissi- 
mulés tout le jour 
dans les interstices 
des colombiers, les 
fentes, les fissures des 
planchers, les crevas- 
ses des murs. Ces 
parasites passent faci- 
lement d'un local à 
l'autre et se propa- 
gent à tous les oi- 
seaux de la ferme 
{canards, oies, etc.) ; 
d'ailleurs, ils peuvent 

se reproduire en l'absence de tout volatile et possèdent une 
résistance vitale inouïe : ils peuvent jeûner impunément 
pendant vingt-quatre mois (Ghiliani). Ils se répandent pen- 
dant la nuit sur les pigeons, \es poules, les divers o/seauA- 
de basse-cour et parfois même sur Viiomme, et sucent leur 
sang. Ils s'attaquent principalement aux jeunes ; toutes 
les parties du corps peuvent être envahies ; mais le cou, 
la poitrine sont les régions de prédilection. Les larves 
demem'ent fixées plus longtemps que les adultes sur le 
corps des pigeons; elles peuvent même \ être sédentaires; 
elles restent fixées aux orifices vides des follicules des 







:)^ 



Fig. 115. — Argas persiciis, de grandeur 
naturelle et grossi. 



488 



DERMATOSES l'AnASITAIRES. 



plumes ot compromettent rapidement lélevage (les/(//7(,'0»s 
ol dos poussins. Les «/v/a.v sont une eaiise d'anémie et 
d'épuisement pour les jeunes, dont ils sucent le sanj;:, une 
cause d'inquiétude, d'excitation pour les adultes connue 
pour les jeunes, dont ils troublent le repos et le sommeil. 
Les couvées sont abandonnées, ou l'incubation des œufs 
est très irrégulière, il n'est pas rare de voir les jeunes 




Kig. 116. — Argas re/Jexiis femelle. 
A, face dorsale ; B, face ventrale. 

mourir d'épuisement en moins de quinze jours. Les argas 
ne sont pas seulement dangereux par eux-mêmes, ils sont 
Irétiueinment, notamment au lîrésil, au Soudan. (>lc.. les 
agents de transniission de la spirocliétose îles <j;illiii;iros. 
qui peuvent vivre un temps prolonge'' ii)lus de cent jours), 
après la surcinii du sang de jioules infectées. 

Traitement. — (lu débarrasse les /j/^/eo/is des Art/ns en 
les arrachant par une traction graduée, de manière à ne 
pas laisser le roslri» dans la jilaie ; on écrase ensuite 
les parasites. On peut également insul'ller dans les i)lumes, 
préalablement humectées avec une solution de savon vert, 
une poudre insecticide. On a conseillé aussi de laver les 



OISEAUX. ACARIASE ÊPIDERMOPTIQUE DE LA POULE. 48'J 

pattes des pif/eons avec une solution alcoolique de baume 
du Pérou Ziirn). Il faut surtout prévenir de nouvelles 
infestations en récrépissant les murs, en blanchissant à 
la chaux et au chlorure de chaux les parties en bois, en 
les échaudant à l'eau bouillante et en versant du pétrole 
dans les fentes qui peuvent servir d'abri aux parasites. 



VI. — ACARIASE EPIDERMOPTIQUE DE LA POULE- 

Cette acariase, déterminée par Epidcrmoptcs hilobatus 
et Epidcnnoptes bifurcalus, est assez commune et se tra- 
duit par un pityriasis intense (Hivolta, Caparini, Fried- 
berger, Lucet et Railliel). Ces acariens très petits vivent à 
la surface de la peau, dans la profondeur du plumage et 
au milieu «hi duvet. 

Symptômes. — Cette dermatose occupe la tète et le cou, 
la région du jabot, du dos, des aisselles, des ailes et de la poi- 
trine. Elle est généralement localisée à l'une ou l'autre de 
ces régions, et caractérisée par des squames, des croûtes 
ou des plaques croùteuses, de la largeur d"une pièce de 
5 francs, et de 5 à 6 millimètres d'épaisseur. Ces produc- 
tions épiiiermiques blanchâtres, comparables à la mie de 
pain desséchée, sont plus ou moins stratifiées ; elles occu- 
pent la base des plumes hérissées et pénètrent à l'intérieur 
du lube même de chaque plume. Au-dessous, on rencontre 
ÏÉpidermoptes bilobatns et YEpidermoptes bifuvcatus. Ces 
deux acariens sont surtout nombreux chez les poules 
cachectiques ou malades. Il n'est pas certain que ces 
deux parasites soient la cause exclusive de cette affection 
furfuracée. Ils sont ordinairement associés soit au Sarco- 
ptes Isevis (var. gallinœ) (Railliet et Lucet), soit au Sar- 
coptes mutans, soit à ÏAchorion Schœnleini (Caparini). Ce 
sont ces derniers qu'il faut généralement incriminer; les 
autres ne font probablement que s'adapter à ce milieu 
riche en exfoliations épidermiques. 



490 DERMATOSKS l'AnASITAIRES. 

Uiiiind \os Epidermoptes existent seuls à la siirlaco «le la 
peau, celle-ci est comiilèlenient saine (Trouessart). Il est 
donc probable qu'ils sont inotïensil's. 

Traitement. — Les l'rictionsavec un mélange de baume 
du Pérou et d'alcool ou avec une solution de crésjl débar- 
rassent les poules de ces parasites. 



CHAPITRE IX 

DERMATOSES CAUSÉES 
PAR DES INSECTES 



Les insectes parasites des animaux vivent à la surface 
du tégument. 

I. — SOLIPÈDES. 

Les solipèdes présentent des hémiptères ou poux(pliti- 
riase), des diptères ou mouches et exceptionnellement des 
larves d'hypodermes. 

1- — PHTIRIASE. 

La phtiriase, connue sous le nom de maladie pcdica- 
laire ou pouillottement. est une maladie cutanée produite 
par des poux. 

Les poux sont des insectes de petite taille, aptères, à 
appareil buccal dispos*' pour piquer et pour sucer. Les 
mâles sont moins nombreux que les femelles, qui pondent 
un grand nombre d'œiifs appelés lentes ; ils sont pourvus 
d'un opercule à une extrémité et fixés très solidement 
par une substance agglutinante. Les jeunes n'éprouvent 
pas de niiHamorphoses: ils ne subissent que des mues. 

Étiologie. — La phtii"iase des solipèdes est produite par 
V hématopiiim inacr acéphale, le trichodecte poilu et le tri- 
chodecte pubescent. 

L'H.EMATOPixus MACROCEPHALUs a la tête allongée petite, 
avec une espèce de protubérance qui sert de point d'in.- 
plantation aux antennes (fig. llTet 118). Letho'raxest petit, 
l'abdomen ovale, de couleur gris jaunâtre. 



492 



DERMATOSES CAUSEES PAR DES INSECTES, 



Lo TuicHODECTii POILU il iine lOlc aplatie. La têfe, lo tho- 
rax, les pattes et rahiioincii présentent des poils sur 
leurs deux faces. Le riiàlc inirtc deux pelotes pointues 
sur le dernier anneau abdominal. 

i.e TiucHOURCTE l'unK'iCKNT a la tète poilue sur les bords: 
il est plus rare que les iirécédenls. 

La phliriase revêt un caractère épiz'jolique très mani- 
feste. Certaines conditions favorisent la contagion et la 
multiplication des parasites. 

La malpropreté, le défaut de pansaiîc, la longueur des 
poils agissent comme causes pri'-itisposantes. On a remar- 
qué aussi que cette atîection se développe rapidement sur 

les animaux amaigris et 
débilités par des maladies 
générales ou les privations, 
la misère phvsiologique. La 
phtiriase hcmato pin iq ne 
sévit surtout chez les adid- 
tes; la phtiriase trichodec- 
tique chez les jeunes (1). 

Symptômes. — Cette der- 
matose est caractérisée par 
des démangeaisons intenses accompagnées de grattages 
violents : lanimal se mord avec fureur, se fait des exco- 
riations saignantes, frappe le sol avec ses membres posté- 
rieurs, lance des coups de pied comme s'il voulait se 
débarrasser de mouches ; et, si l'on passe la main sur la 
partie supérieure de la croupe, il s'affaisse immédiatement. 
Cette hyperesthésie si vive et cette agitation revenant par 
accès (Peuch) ne s'observent que dans quelques cas de 
phtiriase hémalopinique généralisée. Habituellement, les 
parasites sont localisés au toupet. à la crinière et àla base 
de la queue, dont les crins sont euiMiclés et hérissés. Les 





V\g. 117 et 118. — Pattes antérieures 
du pou de tète. 



(1) Peuch, Phliriase hémaloiiiniciue chez un cheval (Revue vct., HUO, 
p. liO). 



SOLIPÈDES. IIH'POBÛSQUES. 493 

l'égions affectées présentent des papules et se dénudent 
rapidement. Quand on examine la peau, on constate faci- 
lement la présence des parasites et de leurs lentes. 

Cette affection est facile à diagnostiquer, vu les dimen- 
sions des parasites; elle complique très souvent la gale 
sarcoptique. 

La phtiriase hcmatopinique est peu grave ; la phtiriase 
trichodectique est encore plus bénigne ; elle ne détermine 
aucune lésion et ne s'accuse que par une démangeaison 
modérée, qui engendre l'enchevêtrement des poils et 
des crins. Quant ces deux phtiriases coexistent chez le 
même animal, on trouve les hématopinus \ers les régions 
supérieures, les trichodectes vers les régions inférieures. 

Traitement. — Le traitement préventif consiste dans 
des soins île propreté, comme un pansage régulier, dans 
la désinfection des écuries avec l'eau bouillante et l'eau de 
chaux. On tond les animaux pour rendre, plus efficace, le 
traitement curatif. 

Ce traitement consiste en frictions de pommade mercu- 
rielle, de corps gras, d'huile de lin. 

On a utilisé aussi avec succès la lotion avec une décoc- 
tion de feuilles de tabac (30 grammes par litre). Ce pro- 
cédé n'est pas sans danger ; il ne faut pas traiter toute la 
surface du corps, en raison de l'intoxication possible par 
les alcaloïdes du tabac. On a préconisé aussi une décoction 
de graines de staph^'saigre (50 grammes par litre), des 
poudres insecticides, des émulsions de crésvl ou de créoline 
à dû ou 15 p. 100 ; un mélange à parties égales d'huile et 
de benzine., ou d'huile et de pétrole, ou d'huile de chanvre. 

II. — HiPPOBOSQUES (HIPPOBOSCA EQUINA). 

C'est un insecte diptère brachycère , c'est-à-dire à corps ra- 
massé, à antennes courtes et trapues et à ailes larges ; il est 
connu sous le nom de mouche plate ou de mouche-araignée. 

Vhippobosqiœ pond des pupes et non des oeufs. Ceux-ci 
Cadéac. — Pathologie interne. VIL 28 



i94 



DERMATOSES CAUSÉES PAlt DES INSECTES. 



restent un certain temps dans une dilalation du vayin et 
deviennent larves. Ces larves se nourrissent dans le vagin 
avec la sécrétion d'appendices glandulaires de l'utérus. 
Après plusieurs mues, elles passent à l'état de nymphe ou 
pupe et sont expulsées (fig. 119). 

On rencontre surtout l'hippobosque 
en été ; il s'attaque principalement 
aux r/;Gv////A-,quel(]uerois aux hœiil'sow 
aux chiens. Il se pose sur les parties 
dénudées ou à peau fine et glabre 
(voisinage de l'anus, périnée et face 
interne des cuisses) et court avec rapi- 
dité sur le corps de son hôte. Certains 
c Jjev a iL\ sont irès sensil)lesaux déman- 
geaisons (juils procurent et ruent à leur simple contact. 




Fig. 119. _ Hippobos 
que du ckevnl. 




III. — GLOSSINES OU TSETSÉS 

Parmi les mouches piqueuses. les glossines jouent un 
rôle capital dans la transmission des trjpanosomes. 
Elles possèdent des ailes plus longues 
que l'abdomen se recouvrant, comme 
les branches, d'une paire de ciseaux et 
une énorme trompe située dans le 
prolongement de iaxe du corps. Cette 
trompe est constituée de deux pièces 
Fig. 120 — isctsù au ,1,^ l'orme de gouttières, enclavées 

repos, grandeur natu- ,, , i, , i i. ■ n. • 

i-oiie. 1 une (tans I autre : la lèvre intérieure 

formant gaine se termine en avant 
par deux organes tactiles, les labelles : elle renferme ilans 
sa concavité la lèvre supérieure, l'hypopharynx trans- 
formé en un canal à la base duquel s'ouvre la bouche. 
Les palpes, gros et longs, sont creusés de fai'on ;\ foi'mer, 
en se rapprochant, un fourreau à la trompe. Le thorax 
est gris cendré avec des taches brimes: les ailes et les 
pattes sont jaune brunâtre, mais la |»artii' postérieure 




SOLIPÈDES. — SIMULIES. 495 

des anneaux est généralement jaunâtre (Guiart) (fig. 120). 
Très répandues dans l'Afrique tropicale, les tsetsés affec- 
tionnent les endroits ombragés et les bords des rivières et 
des lacs; elles volent avec une vitesse extrême, se gorgent 
du sang des animaux qui passent et regagnent la brousse. 
Elles ne pondent pas d'œufs, mais donnent naissance à des 
larves jaunâtres qui s'enfoncent dans le sable ou la vase, 
se transforment en pupes noirâtres d'où sortent les insectes 
parfaits au bout d'un 
mois ou deux. Les 
principalesespècessont : 
Glossmamorsttans,Glos- 
sina palUdipes, Glossina 
palpalis, Glossina tachi- pj^ j^,, _ g^^, v\^.iiî>.-SimuUum 

noides jGlossinalongipal- moxys calcitmns. columbalczense. 

pis, Glossina fusca, etc., 

qui toutes jouent un rôle important dans la transmission 

des trypanosomoses. 

IV. — STOMOXES. 

Les stomoxes ou mouches piqueuses d'automne repré- 
sentent les glossines dans nos pays ; elles sont communes 
à la fin de l'été dans le voisinage des écuries. La trompe, sem- 
blable à celle des tsetsés, en fait un dangereux agent de trans- 
mission des trypanosomes {siirra, mal de cadcra) et de 
microbes comme la bacléridie charbonneuse. La piqûre 
des stomoxes [Stomoxys calcitrans (fig. 122), Stomoxys 
nigra, etc.] peut être suivie d'une papule. 

V. — SIMULIES- 

Les simulies s'attaquent aux chevaux. La simulie cen- 
drée est très commune dans les forêts de Chantilly, de 
Compiègne, de l'Argonne; elle attaque les chevaux aux 
parties dépourvues de poils et surtout dans l'intérieur de 
la conque auriculaire (fig. 122). Les chevaux conservent 



496 OKRMATOSES CAUSÉES PAR DES INSECTES. 

souvent, pendant plusieurs jours, ù la suite de ces pi- 
qûres, une grande sensibilité des oreilles qui les rend 
difficiles à brider. 

VI. — TABANIDÉS. ' 

Le taon aveuglant ou petit taon dex pluies, taon au- 
tomnal, se fixe principalement aux faces latérales <le 
la tête el détermine, par ses piqûres, une vive déman- 
geaison suivie de dermatite sorpigineuse [Ablaire (I). 
Langinv(2)]. Cette maladieest très commune dans la vallée 
de la Marne ; elle sévit principalement pendant les étés 
cbauds dans les endroits boisés et marécageux. Les taons 
se fixent principalement au niveau des joues, c'est-à-dire 
là où la peau est fine et sensible. Les chevaux se frottent 
contre tousles objetsàleurportée, s'excorient letégument, 
qui laisse suinter un liquide sanguinolent; il se produit 
ainsi des traînées flexueuseslympbatiques d'aspect conver- 
geant plus ou moins prononcé vers les lèvres. Les zébrures 
pi'ésentent toutes un sillon blanchâtre, superficiel, dépas- 
sant à peine la couche de Ahilpighi; elles résultent d'une 
lymphangite superficielle et se dirigent vers les ganglions 
préauriculaires [Nicolas et Cazenave (3)]. Ces lésions gué- 
rissent d'elles-mêmes en septembre. 



VII. — LARVES DE MOUCHES- 

Les larves parasites de la peau du clicvul comprennent 
des muscidés et des œstridés. 

Parmi les larves des TO?/sc/(7ds. citons: 1° \ç sarcophar/c ma- 
gnifique [Sarcopharja ma(jni/ira f Schiner)], Sarcophila W'ohl- 
favti (Portchinskv). L'insecte parfait se tient loin des 
habitations (fig. 1^3'. La femelle dépose ses larves sur 
les plaies du corps de Ions les animaux ou dans les plis 

(1) Ablaire, liuU. de la Soc. centr. de utrd. vét., 30 mai 190s. 

(2) Langiny, id. 

(3) Nicolas et Cazenave, /iu/l. rie la Soc. centr., juin tOOS. 



SOLIPEDES. 



HYPODEUMOSE. 



491 



de peau souillés de matière sébacée, comme les lacunes 
médiane et latérales de la fourchette, la cavité du four- 
reau, le pli du paturon du cheval, la région inguinale des 
varlies. l'intérieur des oreilles des chiens. Forgeot a signalé 
une tumem- parasitaire de lauge renfermant douze de 
ces larves (1). 

Cette larve est sans doute la 
seule qui infecte les plaies des 
animaux. 



VIII. — OCHROMYIE 

ANTHROPOPHAGE. 

[Ochromyia anthropophaga ou 

mouche de Cayor (Railliel)]. 




\-Xi. — Sarcophaga carna- 
ria. Mouche et sa larve. 



Cette mouche dépose ses 
œufs dans le sable, — et les larves qui en sortent (vers de 
Cayor) s'attaquent à la peau des animaux [cheval, mulet, 
chameau, chëvvp, chat), et surtout àcelle du cA/wj. Sa pré- 
sence se décèle par de petites tumeurs recouvertes d'une 
croûte brunâtre et à développement rapide. Après six ou 
sept jours, la larve sort pour se transformer en pupe, d'où 
résulte l'insecte parfait. Ces tumeurs, peu dangereuses 
en petit nombre, se montrent sur les parties du corps en 
contact avec la peau. Les chiens atteints s'en débarrassent 
rapidement à Saint-Louis même, alors qu'ils en sont 
couverts à M'Pal. qui esta 32 kilomètres (Railliet . 



IX. 



HYPODERMOSE- 



Les larves d'œstres {(Estrus cuticolis), qui vivent chez le 
Loeuf comme parasites de la peau, appartiennent aux 
genres hypoderme. La larve de cet hypoderme vit en pa- 
rasite dans le tissu cellulaire sous-cutané du cheval ou de 



(1) Forgeot, Recueil dliyg. et de méd. vét. milit., 1906. 



28. 



498 DERMATOSES CAUSÉES PAH DES INSECTES. 

Viine, où elle détermine des tumeurs analogues à celles 
qnf provoque l'hvpoderme du bœuf, mais ellos sont un pou 
moins volumineuses. 

Leur présence ne paraît pas troubler la santé des ani- 
maux ; mais la valeur du cuir (]ui est percé est de beau- 
coup diminuée. 

Traitement. — Les moyens préventifs à employer contre 
les difitércs, soit au dehors, soit à l'écurie, sont les uns 
mécaniques, les autres pharmaceutiques. 

Parmi les premiers, les éinouchoirs à main, les mousti- 
quaires, les caparaçons, les oreillères. les filets chasse- 
mouches, sont très employés pendant le travail. .\ l'écurie, 
l'emploi de rideaux, de volets, de filets maintenant une 
obscurité relative, empêche l'entrée des insectes. Le seul 
inconvénient de ces moyens est de diminuer, en même 
temps, l'entrée de l'air. 

Les moyens pharmaceiiti'^ues sont très nombreux. On a 
beaucoup conseillé les corps gras : l'huile de cade. 
l'huile empyreimiatique, l'huile de poisson : mais ils 
salissent les harnais et la robe des animaux. 

A la campagne, on frotte les animaux avec des l'euilles 
de noyer, d'euphorbe ; le suc qui imprègne les poils l'ail 
fuir les insectes. On peut aussi se servir de décoctions 
de feuilles de noyer ou de macérations de ces feuilles 
dans du vinaigre. La décoction étendue de labae 
(100 grammes par litre) ; le mélange : 

Asa foelida GO grammes . 

Vinaigre 150 — 

Eau 200 — 

la solution d'aloès à 3 p. 1000. enfin tous les corps 
amers odorants ou nauséeux repoussent les insectes. 

A l'écurie, on peut étouffer les mouches en brûlant des 
feuilles de courge ou autres plantes pendant l'absence des 
animaux, mais cette fumée ûcre, qui l'este forcément en 
partie dans l'élablc. fatigue les sujets à leur rentrée. 



BOVIDÉS. — PHTIRIASE. 499 

Le mieux, et c'est ce qu'on fait dans presque tous les 
pays à la campagne, c'est de suspendre au plafond de 
petits balais de bruvère, de saule, de genêt ou de fou- 
gère, dans lesquels les mouches viennent se réfugier la 
nuit. On n"a alors qu'à brûler les balais ou simplement 
les secouer au-dessus d'un feu. 

Les piqvires produites sont en général bénignes; les 
douches et les affusions d'eau froide font presque, 
toujours disparaître le prurit et les tuméfactions engen- 
drés par les diptères. 

II. — BOVIDÉS. 

I. — PHTIRIASE. 

Chez lesbétes à cornes, laphtiriase est produite par trois 
parasites spéciaux : Vhématopinus curysterne. Yhcmatopi- 
Hus trniiirostre et le trichodectc scalaire. 

L'hématopimis eurysterne a une tête courte, arrondie en 
avant; l'abdomen est ovale, de couleur jaunâtre, pré- 
sentant une tache génitale noirâtre (tig. 124). 

Vhématopinus tenuirostre a. une tête allongée, enfoncée 
dans le thorax, un abdomen étroit. Sa teinte générale est 
foncée, plus claire aux pattes et à l'abdomen (fig. 125). 

La trichodecte scalaire a une tête aplatie et couverte 
de poils. Il n'a pas de pelotes pointues au dernier 
anneau de l'abdomen, comme le trichodectc poilu. 

La phtiriase est toujours favorisée par un défaut de 
pansage, par l'accumulation de poussières à la surface 
du tégument. On la remarque chez les animaux affaiblis 
par la cachexie aqueuse ou la tuberculose. 

Symptômes. — Comme chez le cheval, on constate un 
prurit violent qui provoque des frottements et incite 
l'animal à se lécher ; les poils tombent par larges plaques ; 
il se produit une sécrétion épidermique abondante et 
quelquefois des épaississements de la peau. 

La phtiriase trichodectique est fréquente chez le bœuf; 



500 



DERMATOSES CAUSEES PAR DES IXSECTES. 



elle peut régner sur tout le corps, tandis que la phti- 
riasc hcmntopinique se montre surtout au rhignon et au 
bord supérieur de l'encolure. 

Diagnostic. — Cotte affection est toujours d'un dia- 





Kig. 1:24. — Hématopinus eursylerne 
(pou du bœuf). 



l'ig. \ih. — Hématopinus tenut- 
roxlre (pou du veart). 



gnostic facile. Confondue quelijuefois avec une gale, à 
cause de la sécrétion épidermique et des épaississements 
de la peau, elle s'en distingue par la découverte des para- 
sites. 

Pronostic. — Kelativement grave, car il se produit des 
dépilations qui peuvent déprécier ranimai pendant un 
certain temps. 

Traitement. — A cause de l'habitude qu'ont ces ani- 
maux de se servir de leur langue pour se gratter, ou 
doit prohiber tous les agents toxiques ou irritants 
des voies digestivos. On doit aussi, pour le mémo motif, 
renoncer aux mercuriaux. Un emploie, de préférence, des 
émulsions de crésjl et les lavages sulfureux. Une simple 
onction de corps gras sulTil quelquefois pour arrêter le 
développement de l'alfeclion et pour guérir l'animal. 



BOVIDES. 



TAONS. 



501 



II. 



HIPPOBOSQUE. 



Une espèce {Hippohosca rufipes), très commune dans 
l'Afrique du Sud, est parasite des bovidés et transmet une 
trvpanosomose (1). 

III. — HÉMATOBIES. 

Les hématobies, hématobie stimulante [Hœmatobia sti- 
mulans), l' hématobie à scie [Hœmatobi serrata), V héma- 
tobie irritante {Hwmatobia irritans), ï hématobie féroce 
{Hœmatobia ferox) vivent dans les prairies et s'attaquent 
principalement aux bovidés; elles se posent par groupes 
à la base des cornes, puis elles s'enfoncent au milieu des 
poils de l'encolure, du poitrail, des aisselles, des aines, insi- 
nuent leur trompe et sucent le sang. 



IV. — TAONS. 



Ce sont de grosses mouches qui s'attaquent principale- 
ment aux clicvaux et mw bœufs. Ils possèdent une trompe 




Kij--. 126. — Taon des bœii/s. 



Fit;-. 127. — Taon aveucrlant. 



puissante qui les rend redoutables pondant l'été aux heures 
les plus chaudes de la journée ou pendant les temps orageux. 

(1) Les glossines, les stomoxes, les ixodes réduves s'attaquent aux bovidés 
comme aux solipédes. 



j02 



DERMATOSES CAUSEES PAR DES INSECTES. 



Les espèces les plus communes sont : le taon noir 
{Tabamts morio), le taon des bœufs {Tabanua bovinus). le 
laon automnal (Tabanus aulumnalis), le taon bruyant 
[Tabamts bromiits), le taon ïanw {Tabanus fulvus). le taon 
rustique Taban^^s 7'ustiais), le petit laon fluvial iH.rniato- 
pota fluvialis), le petit taon aveuglant {('ftrysops csccii- 
liens) (fig. d26et 127). 



V. — SIMULIES. 

Les simulies sont aux animaux ce que les cousins sont 
à Yliomme. Ces insectes s'attaquent aux bovidés, aux 
moutons et aux soUpèdes dans les divers pays. 

Les parties piquées par la simulie tachetée deviennent 
rouges, hémorragiques, tuméfiées et douloureuses (Tis- 
serant). 

VI. — MUSCIDES. 

Lesmuscidcs qui nous intéressent le plus sont ceux qui se 

nourrissent de sang ou des sécrétions cutanées des ani- 
maux. Parmi eux. signalons di- 
verses espèces, ressemblant à la 
mouche commune [Musca domes- 
tka). 

Telles sont : la mouche bovine 
[Musca borina), la mouclie corvine 
{Musca rorvina), la mouche des 
vacitcs {Musca vacchia), la mouche 
vagabonde {Musca vagatoria). la 
mouche-bourreau {Musca cunifer), 
la mouche vitripenne (Musca vitri- 
pennis), la mouche des jardins 

{Musca hortorum), la mouche importune {Mu.'^ca .^ilimulans), 

la mouche dorée {Lucilia Cxsor) (fig. 128). 

Elles tourmentent les animaux par les chatouillements 

et les démangeaisons qu'elles produisent à l'aide de leur 

trompe et de leurs pattes. 




Fig. 128. — Mouche dorée. 
a, la mouche; b, sa larve. 



BOVtDÉS. — HYPODERMOSE. 503 

Traitement. — Il est prophylactique ou curatif. 

La prophylaxie consiste à éloigner les mouches des 
habitations des animaux. A cet effet, les écuries sont 
tenues très propres et maintenues obscures, ou bien 
on s'arrange afm que l'écurie n'ait qu'une seule 
fenêtre pourvue d'un fikt. Si des mouches se sont intro- 
duites, on {)end, au plafond de l'écurie, des brindilles 
de bois ou des balais sur lesquels elles se posent; et, la 
nuit venue, on brûle le tout. On peut encore les chasser 
en brûlant dans les écuries des feuilles sèches de courge. 

Le traitement curatif comprend de nombreux moyens ; 
mais les résultats obtenus ne sont pas toujours excellents : 
on peut enduire les animaux d'une décoction de feuilles 
de noyer, de feuilles de tabac (100 grammes pour i litre), 
d'une infusion de basilic (Amérique), d'une solution 
d'aloès (5 grammes pour 1 litre d'eau), d'un mélange : 

Asa fœtida 60 grammes . 

Vinaigre 150 — 

Eau 200 — 

L'alcool camphré, l'essence de térébenthine, l'huile 
empyreumatique, l'huile de poisson, la poudre de céva- 
dille répandue sur le corps, ont été employés. 

Quand les plaies sont infectées par les larves, on 
s'adresse aux moyens antiseptiques et curatifs. 

Vil. — HYPODERMOSE. 

L'hypodermose bovine est caractérisée par le dévelop- 
pement dans les parties supérieures du corps de nodosités 
renfermant les larves deVHypoderma bovis ou VBijpoderma 
lineata, qu'on trouve en Europe et dans toute l'Amérique 
du Nord. 

Étiologie. — L'insecte parfait est une grosse mouche 
d'aspect noirâtre et très velue. Sa longueur est de 13 à 
15 millimètres. Les ailes non tachetées sont enfumées 
(lig. 129 et 130). 



i04 



DERMATOSES CAUSEES PAR DES INSECTES. 




F.a femelle est pourvue, h son exlrémilé postérieure, 
(Tune tarière formée de segments s'einboflant les uns 
flans les autres et armés de croehofs au milieu desquels 
on distingue une pince qui sert à déposer les œufs. 

Cette mouche ressemble à un bourdon : elle séjourne 
dans les pâturages bordés, loin des étangs, des rivières et 
des habitations, pendant les mois de l'été, ordinairement 
de mi-juin au commencement de septembre. Elle est 

commune dans toute 
l'Europe, mais on la 
trouve aussi en Asie 
et en Afrique. Sa larve 
peut se développer 
chez le clievul, Vùiieei 
même chez Vbominc. 
Évolution. — La 
femelle de l'hvpoder- 
mo dépose ses œufs 
sur les poils des rumi- 
nants. On a surpris 
Vlli/poderma linealum au moment où il déposait ses onifs 
au nombre de quatre à six sur les poils de diverses 
régions. Ces œufs sont blancs, elliptiques, pourvus en 
arrière d'un appareil de fixation brunAtre ; ils mesurent 
environ li^m.iirj de long et contiennent une petite larve 
qui ne tarde pas à éclore. 

Ces (arvulen, couvertes d'une série de couronnes de pi- 
quants, sont enlevées directement ou avec les œufs par la 
langue du /)*»/* et avalées comme les larves degastropbiles 
par les solipèdes; mais elles se fixent aux voies digestives, 
franchissent leurs parois grAce à leurs crochets buccaux 
et il leur revêtement épineux ; elles s'introduisent aussi 
dans le tissu conjonctif sous-muqueuxdela partie inférieiuT 
de l'œsophage et de l'entrée de la panse, comme en témoi- 
gnent les observations de Curtice (1890) sur les larves 
dhvpoderme rayé, de Konrevaar (18%-1.S!)8). Koch (181)3- 



Fig. li'O el 130. — Œstre du bœuf, 
a, larve; b, insecte p.u-fait. 



BOVIDES. — HYPODERMOSE. 



505 



1904), Jost (1) (1907). Strose (2) (1910), Vaney(1911). sur 
les formes de l'hypoderme du hœuf. 

Ces larves cylindriques vitreuses et plus ou moins trans- 
parentes, de 4 à 5 millimètres au début, puis de 12 à 
15 millimètres, sont plongées dans une sorte de gelée jaune 
rouge, rappelant la gelée de coing (fig. 131). Ces massesgrais- 
seuses, qui adhèrent à la partie de l'œsophage infectée de 
larves, offrent une couleur jaune rougeâtre qui fait recon- 



^Sa^^ssa; 




Fig. 131. — Phase œsophagienne de la larve d œstre (d'après Vaney) 



naître leur présence. Avec leurs crochets, les larves perforent 
les tissus; avec leurs piquants, elles écartent les fibres con- 
jonctives et déterminent une vive irritation locale suivie de 
la foi'mation de nodosités gris verdâtre et d'un exsudât 
séro-sanguinolent pendant toute la durée de leur migration 
œsophagienne (3). 

Situées à la partie inférieure de l'œsophage. dès latin du 
mois de juin à la fin de Tété, elles se répandent, jusqu'au 
mois de janvier, dans toute la région œsophagienne, où 
grandes et petites sont mélangées pour se rapprocher de 
nouveau de l'entrée de la panse, au commencement de 
l'hiver (Jost). Celles qui périssent au cours de ces péré- 
grinations sont reconnaissables à leur teinte gris jaunâtre. 

(1) Jost, Association française pour la destruction du varron, dé- 
cembre 1911. 

(-2) Strose, Recherches sur la biologie des hypodermes et sur la lutte contre 
les varrors (Recueil de tnéd. vél., 1911, p. 178). 

(3) Stubbe, Les larves d'hypodermes (Recueilde méd. vét., 1911, p. 179). 

Cadé.\c. — Pathologie interne. VII. 29 



506 DERMATOSES CAUSÉES PAR DES INSECTES. 

Leur phase œsophagienne est essentiellement transitoire 
et (le durée très variable. La plupart ne s'y attardent pas. 
Dès la fin de rautomno, quelquefois même avant, elles 
ont perforé la musculeusc de Td-sopluige et se sont répan- 
dues dans le tissu conjonclif voisin; puis elles envahissent 
le médiastin, le bord gastrique de la rate, les piliers du 
diaphragme, l'épiploon, le rein, les côtes [Hinrichsen. Cur- 
tice. Keiser (189.5), Koch et Jost]. Elles se déplacent i'aei- 
lenienl. de sorte que leur migration est assez rapide : elles 
suivent g néralement le trajet des vaisseaux et des nerfs, 
traversent le tissu conjontif intermusculaire des psoas et 
sintroduisent. en grand nombre, dans le canal i-achidien, 
parles trous de conjugaison des vertèbres. Arrivéeslà, dès le 
mois (le novembre ou plus tard, elles y séjournent, princi- 
palement, pendant les mois de janvier et de février. On 
les trouve dans le tissu adipeux, interposé entre le périoste 
du canal vertébral et la dure-mère rachidienne. Leur pré- 
sence y est dénoncée « par des taches jaune verdâtre œdé- 
mateuses, parfois un peu injectées, qui apparaissent sur 
la graisse. Elles mesurent, en moyenne, de 10 à 12 milli- 
mètres et, au lieu d'être transparentes, comme celles de 
lœsophage, ont un aspect opaque. Leur nombre est tou- 
jours moins élevé que dans l'œsophage, car il y on a, sans 
doute, quelques-unes qui périssent en route, mais il y en 
a sm-toul une grande partie qui évitent de passer par le 
canal rachidien » (Kailliet). 

Certains auteurs, parmi lesquels Jost, considèrent ce 
séjour dans le canal vertébral comme indispensable au 
développement normal de la larve ; mais la plupart 
estiment (pie la migration peut s'effectuer directement 
vers la peau, sans le moindre st'jonr dans le canal 
rachidien. 

Dans tous les cas, elles désertent cet abri au bout de 
deux à trois mois, de sorte qu'on ne les y voit plus guèr > 
ver la fin du nwis de mars. Elles sortent par les mêmes 
Grillées oui ont servi à leur pénétration et se dirigent vers 



BOVIDES. 



HYPODERMOSE. 



507 



leur séjour définitif : le tissu conjonctif sous-cutané, par 
la voie du tissu conjonctif intermusculaire de la partie 
supérieure du corps. On peut commencer à les y décou- 




Fig. 132. — Accumulation des larves dans certaines régions sous-cutanées 
(d'après Boas). 



vrir vers la fin du mois de janvier, la plupart y arrivent 
de février à avril. La région qu'elles occupent, limitée à 
la région dorso-lombaire, est comprise entre l'avant-der- 
nière vertèbi-e dorsale et la dernière vertèbre lombaire. Ce 
lieu de rendez-vous des larves, sillonné de trajets, présente 
des altérationsmécaniques et toxiques très accusées : le tissu 



508 



DERMATOSES CAUSEES PAR DES INSECTES. 



conjonclif lormo une masse variqueuse, gélatineuse, avec 
des sull'usions sanguines, des œdèmes jaune veniàtre. (ies 
excréments de larves et des collections purulentes dont 
l'ensemble présente un aspect repoussant ; ces lésions 
s'étendent même jusque dans le pannicule adipeux et dans 
les faisceaux musculaires sous-jacents [Kailliet (1)]. La 
plupart terminent leur odvssée dans le tissu conjonctii" 
de cette région des reins : beaucoup continuent encore 
leurs pérégrinations, pendant huit à dix jours, pour se 
fixer dans la région qui leur paraît convenable ; elles 
s'installent de préférence sur le dos, les reins, la croupe, 
les épaules, les côtes et les flancs (lig. 132). 

C'est alors que leur extrémité anale, garnie d'épines, 

perfore la peau 
pendant que 
leur extrémité 
antériem-e est 
dirig(''e vers la 
profondeu". En 
même temps, et 
quelquefois 
avant, chaque larve forme, autour d'elle, une capsule de 
nature conjonctive résultant de l'irritation et de l'inflam- 
mation du tissu avoisinant. Cette néoformation conjonc- 
tive, de forme nodulaire, de la grosseur d'un pois, ferme 
et nettement circonscrite, possède, au centre, une cavité 
rem|)lio d'un exsudât visquMix, jaune grisâtre ou séro- 
sanguinolonl. Depuis le moment de l'ingestion de l'œuf 
ou de la larve, jusqu'à l'apparition de la tumeiu* et de la 
perforation de la peau, sept mois se sont écouh-s dans 
l'œsophage, dans le canal vertébral ou dans les divers 
tissus qu'elle a traversés avant d'atteindre le tissu conjonc- 
lif sous-cutané. Certaines larves retardataires ne pour- 
suivent 1 -ur évolution que l'année suivante (fig. 133). 




Fig. KiJi. — Perforalion de la peau de dedans en 
dehors. ,\spect des capsules (daju'ès Boas). 



(1) Railliet, L'évolution des varrons, leurs dégâts, moyens de les combattre 
Association françaisp ponr la ricstrurlion du varro», fiWr. 1911). 



BOVIDÉS. — HYPODERMOSE. 509 

Le deuxième stade qui succède à la'perforation de dedans 
en dehors de la peau est caractérisé par une mue qui 
change la foi-me du corps de la larve et transforma son 
appareil i*(»spiratoire. Pendant un mois ou un mois et 
demi que dure cet état, la larve atteint 15 millimètres : la 
tumeur grossit, la capsule s'épaissit et l'orifice cutané 
s'élargit graduellement. 

Le troisième stade, caractérisé par une seconde mue, 
dure environ deux à trois mois; la tumeur se convertit en 
abcès ; la larve arrive à maturité en mai, juin, quelquefois 
en juillet ou même en août ; elle sort le matin de son habi- 
tat et gagne, en rampant, un abri propice. La durée de la 
nymphose est d'environ vingt-six à trente jours; l'insecte 
parfait sort de sa prison, et l'évolution recommence (1). 

Lhypodermose, rare chez les veaux ei chez les animaux 
âgés, atteint surtout les adultes bien constitués, vivantdans 
les pâturages ; on ne l'observe jamais chez les animaux 
entretenus en stabulation permanente. La contamination 
des animaux est favox'isée par un été sec et chaud 
[Lehmann et Vaney (2)]. 

Symptômes. — Du mois de février au moisde mars, les 
larves d'hypoderme, parvenues dans la région des reins, 
de la croupe, des épaules et des côtes, plus i*arement au 
niveau des cuisses ou de l'abdomen, provoquent l'appari- 
tion d'un nombre variable de nodosités. On peut en comp- 
ter ordinairement quatre à cinq, parfois vingt à cent. 

Les animaux infectés, à un aussi haut degré, présentent 
un état fébrile nuisible à l'engraissement comme à la 
sécrétion lactée. Cette double action malfaisante ne s'exerce 
pas seulement au moment delà période d'invasion, comme 
dans la plupart des infestations parasitaires ; elle se pour- 
suit pendant huit à neuf mois au minimum. Les larves 
exercent une action irritante permanente, source de dou- 

^1) Boas, De l'œstre du bœuf et des moyens de son extermination {Asso- 
ciation française pour la destruction du varron, févr. 1911). 

(-2) Vaney, Développement de l'hypoderme du bœuf {Association française 
pour la destruction du varron, 1911). 



510 DERMATOSES CAUSÉES PAR DES INSECTES. 

leur (lui trouble rappélil : elles sécrètent, sans doute, îles 
substance hérnotoxiqiies comme leurs congénères du tube 
digestif (Weinberg) ; elles soustraient enfin par succion 
des principes utiles et produisent des abcès. Celte triple 
action irritative, spoliatrice et toxique, se traduit par la 
diminution du lait, l'amaigrissement et l'altération delà 
viande, au pourtour de ces tiuiieurs parasitaires. 

Lésions. — Les larves lixéesau niveau des parties supé- 
rieures du corps altèrent les i»rincipales parties de la 
peau et déterminent une dépréciation du cuir d'un tiers 
environ, c'est-à-dire de d6 à 17 francs et quelquefois 
même davantage (Kuhnau, Ormerod, Railliet). La peau, 
perforée, en maints endroits, comme une éciuTioire, peut 
devenir presque inutilisable; il y a, en effet, des peaux qui 
présentent jusqu ;i fwG trous (Boas). C'est qu'aux perfo- 
rations irrégulières, aux déchirures comparables à celles 
qui résulteraient de clous arrachés, dues aux varrons de 
l'année, s'ajoutent les cicatrices qui ont comblé les per- 
forations des années précédentes. Sur les cuirs prépa- 
rés, elles s'accusent par de petits noyaux mal reliés au 
tissu tégumentaire et dépourvus de toute solidité : les 
chaussures présentent, inévitablement, des trous à ce 
niveau. 

Parfois même, les larves, dans leurs migrations, accu- 
sent leur passage par des galeries sinueuses d'im vert sale ' 
qui oliligent à rejeter, de la consommation, la pi-esquc 
totalité de la viande de ces animaux (Morne). 

Pronostic. — La perte moyenne subie par cIiihiih' lnMe. 
pendant la diu-ée de celle maladie parasitaire, varie de 
12 à 2.") francs (Kuhnau). L'ensemble des perles occasion- 
ni'es par les larves d'oestres atteint, dans chaque pays, un 
chiffre élevé : l'Allemagne perd chaque année de 7 à 
10 milions (Ostertag) ; le Danemark, plus de 7 millions 
(Boas); l'Irlande, plus de 12 millions, et l'.Vngleterre bien 
davantage (.Miss Ormerod). Les varrons iniligent encore de 
sérieuses pertes dans iju'drpies contrées de l'Amérique 



BOVIDÉS. HYPODERMOSE. RH 

comme dans les divers États de l'Europe. La France est 
tributaire de ces parasites à un haut degré. 

Traitement. — On peut lutter contre les hypodermes : 
1° en empêchant autant que possible le dépôt des œufs 
sur le corps des animaux; 2° en détruisant les larves par- 
semées sous la peau. 

La ponte peut être contrariée par l'application sur la 
peau de substances gluantes, grasses ou à odeur persis- 
tante renfermant du soufre, du goudron ou de l'acide 
phénique, associés à l'huile de lin ou à l'huile de baleine 
(Miss Ormerod). On ne peut utiliser ces agents pendant 
toute une saison. 

La destruction des larves, à mesure qu'elles apparaissent 
sous la peau, est le seul procédé pratique ; la suppression 
des varrons restreint considérablement le nombre des 
mouches dans une contrée; il y a ainsi une diminution 
notable des pertes que ces parasites infligent à l'agricul- 
ture. 

L'intoxication des varrons, obtenue en introduisant du 
pétrole, de l'onguent mercuriel, etc., dans l'orifice cutané, 
offre l'inconvénient de laisser subsister, sous la peau, un 
corps étranger irritant, cause d'infection, de suppuration 
et d'altération du tégument. 

V élarvement ou évarronnage est le seul procédé inof- 
fensif, efficace et à la portée de tout le monde. La bles- 
sure opératoire se cicatrise beaucoup plus rapidement 
que la perforation déterminée par la larve elle-même. 
L'évarronnage se pratique de la manière suivante : pen- 
dant qu'un aide maintient la bête, l'opérateur pratique 
l'incision du varron à l'aide d'un instrument tranchant à 
lame étroite connue sous le nom de pincette, puis, grâce 
à une légère pression, il fait sortir la larve, qu'on écrase 
immédiatement. Cette opération est répétée chaque fois 
que de nouveaux varrons apparaissent chez les animaux 
de l'exploitation. On doit la généraliser à tous les animaux 
de la région des divers pays où règne l'hypodermose. 



512 DERMATOSES CAUSÉES l'AR DES INSECTES. 

Les résultats déjà obtenus en Danemark, en Prusse, per- 
mettent d'espérer l'extinclion complète de cette maladie, 
si l'on parvient à généraliser la méthode de lélarvement. 
On a même songé, en Allemagne, à rendre celte opération 
obligatoire par une loi : mais on a reconnu qu'il était pré- 
l'érable d'intéresser tous les agriculteurs à cette destruction 
des larves par des conférences, des causeries agricoles. 
L'enseignement primaire et celui des écoles pratiques 
•l'agriculture peuvent pojtulariser cette opération en fai- 
sant ressortir tous les inconvénients de ces parasites. 
D'autre part, la préférence accordée par les marchands 
sur les champs de foire aux animaux dépourvus de varrons 
achèvera de convaincre les esprits les plus routiniers de 
la nécessité de les détruire. Des primes d'encouragement 
distribuées aux bergers et aux éleveurs parles professeurs 
d'agriculture contribueraient, certainement, à diminuer 
rapidement le nombre d'animaux varronnés, ce qui serait 
tout profit pour l'agriculture et pour la tannerie (1). 

VIII. — DERMATOBIOSE. 

Nous désignons ainsi l'affection cutanée déterminée par 
les larves de la dermatobie nuisible. 

Cette dermatobie {Dcrmatobia noxialis) est une sorte 
d'œstre qui séjourne près des taillis et des haies de l'Amé- 
rique intertropicale. L'insecte jjarfait dépose ses œufs sur 
la peau de Vhoiuine, du hœiil\ de la clicvre, du porc et du 
chien; mais le bœnf ei le chien sont les mammifères 
préférés. La larve, connue sous le nom de ver moyoquil 
au Mexique, ura à Co ta-Rica, miche ou garano à la Nou- 
velle-Grenade, ver macaque i\ Cavenne, engendre des 
tumeurs |>urulentes. 

Traitement. — La dermatobiose est traitée comme 
rhjpodormose. 

(1) Renne. — L'hypoderirose du re/i«eest déteimini'e par VHypoderma 
Larandi et caractérisée par des tumeurs analogues à celles des bovidés. Cer- 
tains animaux maigrissent, dépérissent et finissent même par succomber. 



MOUTONS. — MELOPHAGE. 



513 



III. — MOUTOIVS. 



I. — PHTIRIASE- 

Le Trichodectes ovis ou T. sphér acéphale , de teinte fer 
rugineuse, se développe de préférence 
fhez les animaux débiles et mal nourris ; 
il se fixe généralement au bord supérieur 
de l'encoku'e et dans la région du dos 
et des cuisses; mais il peut envahir toute 
la toison et déterminer de véritables 
ravages. Sous l'influence de ses piqilres, 
la peau se couvre de plaques érjthéma- 
teuses et de squames épidermiques ; la 
laine s'altère; la peau se dénude: les 
trichodectes sectionnent les brins de 
laine à l'aide de leurs mandibules, et 
l'alopécie peut se produire indépendamment de toute 
gale (Lucet) (lig. 13i). 




Fig. 134. — Tri- 
chodectes ovis. 



II. — MELOPHAGE. 

Mélopharjus ovimis est un insecte diptère, de teinte fer- 
rugineuse, improprement appelé pou, parasite permanent 
du mouton et quelquefois de la chèvre, du chubin et de 
Valpaca, qui pas^e facilement des/jy-eAis à leurs agneaux. La 
femelle, plus grosse que le mâle, donne annuellement nais- 
sance à quatre ou cinq larves fixées par une de leurs 
extrémités aux brins de laine et qui se transforment 
en pupes rouge cuivré, puis noires, d'où sortent les 
insectes adultes. Ces larves se répandent sur toute la 
peau couverte de sa toison et se réfugient au niveau de la 
tête et du cou, après la tonte, pour être à l'abri des grat- 
tages (fig. 135 à 137). 

La piqûre, très prurigineuse, suscite des grattages et des 
i'rottements intenses qui rendent la laine ébouriflée, emmê- 

29. 



514 



DERMATOSES CAUSEES PAR DES INSECTES. 



lée OU déterminent sa chute par places. Quand elle est 
tombée ou quand on l'écarto, on aperçoit, au niveau de 
chaque piqûre, une tache rouge de \\ dimension d'une 
lentille avec un point central de teinte plus foncée. On 
aperçoit, en même temps, les malophages adultes et les 

pupes fixées aux brins de 
laine. Certains oiseaii.\ 
comme les étoiirueaux 
et les bergeronnettes se 
posent fréquemment sur 





Fig. 13.'). — Mélophage ou hippobosquc Fig. 136 et 137. — Larve d'hippo- 
du mouton. bosque du mouton. 



A, grandeur naturelle; B, grossi. 



A. grandeur naturelle, la larve sus- 
pendue à la laine ; B, grossie. 



le dos des montons infestés de ces parasites et s'en nour- 
rissent. Quand les mélophages sont très nombreux chez 
les uijurnux, ceux-ci maigrissent. 

Traitement. — Les lotions parasiticides (crésyl i'i2 j). 100; 
pétrole, benzine et jus de tabac, 15 i\ 120 grammes par 
litre), décoction de staphvsaigre à 50 p. 100. l'eau de gaz 
ammoniacale en solution titrant 5» B. (Guyot), sont 
efficaces si l'on a préalablement tondu les animaux. Habi- 
tuellement, on ri'-ussit à débarrasser les montons infestés 
de mélophages ou de trichoilectes en tondant le liouj>eau 
et eu pratiquant, ensuite, un lavage au savon noir, suivi 
d'imc légère friction avec l'une des lotions parasiticides. 



MOUTONS. — MOUCHES. 



515 




On prévient de nouvelles infestations par l'enlèvement 
de la litière, le nettoyage et la désinfection complète des 
bergeries. 

III. — MOUCHES. 

Les mouches tourmentent les moutons dans les pâtu- 
rages et les empêchent de s'alimenter convenablement. 
Pour les en préserver, il est 
souvent nécessaire de rentrer 
les troupeaux, pendant les 
heures les plus chaudes de la 
journée, et de les maintenir 
dans une demi-obscurité. Les 
touffes de saule, de fougère 
pendues au plancher de la 
bergerie, servent de refuge aux 
mouches qu'on peut faire brû- 
ler au dehors pendant la nuit. 

Les larves de certaines mou- 
ches {Sarcophage magnifique) 

envahissent facilement les plaies qui ne sont pas pansées; 
des luciles soyeuses déposent leurs œufs au pourtour des 
orifices naturels, et leurs larves peuvent déterminer de 
l'acrobustite, de la vulvite et même delà vaginite. Quand 
elles sont déposées au pourtour de l'anus souillé de matières 
fécales, principalement chez les agneaux atteints de diar- 
rhée, les larves gagnent le tissu conjonctif sous-cutané 
et déterminent une maladie connue en Hollande sous le 
nom de « maladie vermiculaire » (fig. 138). 

Les animaux éprouvent des démangeaisons, trépignent, 
cherchent à se gratter; ils présentent bientôt un suintement 
purulent dans la région envahie et un feutrage de la laine 
dans le voisinage. 

Traitement. — Les lavages et savonnages, les badigeon- 
nages au crésyl à 2 p. 100, à l'huile empyreumatique, pré- 
viennent et guérissent ces infestations parasitaires. 



Fig. 138. — Mouche lucilie. 
a, la mouche ; b, sa larve. 



516 DERMATOSES CAUSÉES PAR DES INSECTES. 

IV. — IXODES- 

Les ixodes connus sous lo nom de li<iues ou ricins (ixode 
réduve, ixode de Dugès) s"allaquent surtout aux nioutoiis, 
aux ehèvres et aux bovidés. 

Ces parasites s'implantent au niveau des parties fines de 
la peau ou dépourvues de laine (aisselle, aine, cou, tête) 
et provoquent, par leurs piqûres, une démangeaison intense 
accompagnée «l'une auréole congestive. Sous l'influence 
des grattages, il peut survenir de petites Iplaies qui sont 
le siège d'une innammalion intense. En même temps, les 
ixodes, presque invisibles au début, se gorgent de sang, 
se gonflent et finissent par dépasser le volume d'un pois 
(Voy. Piiviilasmoses). 

Traitement. — On asphyxie les ixodes et on détermine 
leur chute en les touchant avec un pinceau imbibé de ben- 
zine, de pétrole, d'essence de térébenthine, de solution 
concentrée de chloral. Les pulvérisations à l'huile de 
vaseline en émulsions à 25 p. 100 dans l'eau savonneuse, 
pratiquées une fois par semaine, ont à la fois une action 
préventive et curai ive. 

IV. — CHÈVRE. 

L'ILematopinus stenops et les Thicuouectes [Tricho- 
dectes scalaris) déterminent une phtiriase analogue à celle 
du mouliin ; elle est suivie d'aitéi allons des poils, d'alopécie 
et, pendant l'hiver, de la production de croûtes, d'inflam- 
mation et d'ulcérations cutanées, notamment chez la 
chèvre angora. Le traitement consiste à tondre l'animal et 
à laver la peau avec une solution savonneuse ou crésylée. 

V. — PORC. 

PHTIRIASE. 
Le porc n'héberge qu'un seul pou : VHn'jnatopinus suis, 
«pii détermine une phtiriase intense à forme enzoolique 
dans les porcheries mal tenues (fig. 139). 



CHIEN. — PHTIRIASE, 



517 



Elle est caractérisée par un prurit intense : l'animal 
se gratte avec violence contre tous les corps durs, ou se 
roule dans le fumier. 11 peut s'excorier toute la peau sous 
l'influence de ces frottements qui 
augmentent de violence pendant la 
nuit. Les parasites enfoncent leur 
rostre dans la peau, se nourrissent 
du sang de leur hôte et provoquent 
parfois une éruption papuleuse très 
marquée. 

Cette infestation parasitaire est 
susceptible de déterminer la mort 
d'un grand nombre de porcelets (40 
sur 140) appartenant à la même 
bande (Sequens). Bernasky prétend 
que ces parasites sont des agents de 
transmission des maladies infec- 
tieuses du porc. 

Traitement. — Nettoyer et désin- 
ecter les porcheries et laver soigneusement les malades 
à l'aide d'une solution savonneuse concentiée, puis avec 
une solution crésylée ou avec un mélange à parties égales 
de pétrole et d'huile de lin. 




Fi-. 139. 



— Ifa'nia(o//inus 
suis.' 



VI. 



CHIEN. 



PHTIRIASE- 



Le chien ne nourrit que Y hématopinus pilifére et le 
trichodecte large. Ces parasites se répandent dans un 
chenil et peuvent contaminer tous les chiens. La malpro- 
preté, le jeune âge et la vieillesse, la débilité et surtout 
la longueur et l'abondance des poils sont des conditions 
favoi'ables à l'infestation. 

Les Hsematopiniis se disséminent dans tout le corps; 
mais la région de la gorge est leur siège de prédilection. 



518 DERMATOSES CAUSÉES PAH DES INSECTES. 

Leurs piqûres déterminent un prurit intense accompagné 
de grattages, d'excoriations et d'amaigrissement des ani- 
maux, dont le repos et le sojnmeil sont troubles. L'examen 
du tégument révèle la présence des 
parasites adultes et des œufs acco- 
lés à la base des poils (fig. 140). 
Les trichodectes causent aussi 
a'i^'lifceOl des démangeaisons en cheminani 
sur la peau. 
>^y«--/- Traitement. — On doit, tout 
'.\);.\' '■';!. ^^"i ^l^^^. d'abord, tondre les animaux, les 
/ mi^jvlj^^à^^^^ nettoyer à la brosse et au peigne. 
Comme moyen thérapeutique,' on 
„^ a conseillé des bains fréquents. 
ff n^mi^\ Mégnin a donné la formule d'un 

'^ ^ de ces bains : 

Fig. 140. _ Hématopinus pili- Carbonate de soude 50 grammes. 

fère(pouduc/,!en). ^ dissoudre dans Teau 

tiède 1 litre. 

puis faire infuser dans cette solution alcaline : 

Poudre de stapliysaigre 10 grammes. 

Pour les chiens d'appartement, on doit éviter les prépa- 
rations qui peuvent salir les meubles ou souiller les poils; 
on recommande, pour ces animaux, des lavages à l'eau 
créolinée, au savon phéniqué, etc. 

Il faut toujours proscrire, dans le traitement de la 
pbtiriase du chien, les pommades mercurielles, car i'ani- 
mal peut se lécher et s'intoxiquer. 




II. — PUCES. 

Les puces sont des insectes suceurs qu'on rencontre 
principalement chez les chats et les chiens sédentaires, 
les cliicns enchaînés, les jeunes sujets à la mamelle 
comme chez les mères qui les allaitent. Elles se nourrissent 
de sang et se retrouvent, chez les animaux infestés, à 
l'étal d'œufs. de larves et de nymphes. 



CHIEN. — CHIUUE. 



519 



h' évolution de ces insectes s'achève en quatre à six 
semaines dans la litière comme sur la peau. Ces in- 
sectes {Pulex serraticeps) peuvent s'attaquer accidentelle- 
ment à V homme et au lapin (fig. 141). 

Les piqûres des puces occasionnent des démangeaisons, 
des grattages et une congestion plus ou moins prononcée 
de la peau, qui favorise l'apparition des dermatoses eczéma- 
tiformes. Aux régions dépigmentées, la peau est dépilée. 
excoriée, ponctuée de taches l'ouges. Si le nombre de ces 
parasites est très con- 
sidérable, les animaux 
sont anémiés par pri- 
vation de repos et de 
sommeil. Les puces 
hébergent le cysticer- 
coïde du Txnia cucii- 
merina et concourent 
ainsi à la propagation ^'S- '^'- ■" ^"'^'^• 

de cet helminthe. £^a, mâle; h, femelle; c, œuf. 

Traitement. — 11 

consiste à écarter les parasites, en enduisant les parois 
des habitations et le corps des animaux de médicaments 
appropriés : pyrèthre. staphysaigre, absinthe, huile de lau- 
rier, eau créolinée ; le pétrole est excellent ; son odeur 
éloigne les puces et n'incommode pas les animaux. On 
a conseillé aussi d'entourer le chien d'une couverture de 
cheval ayant déjà servi, dont les émanations chassent 
les parasites, car ils se refusent à vivre chez les soli- 
pèdes et les ruminants. 




m. — CHIQUE DES MAMMIFERES 
(PULEX PENETRANS, SARCOPSYLLA PENETRANS) 

Répandue dans le nord du Mexique jusqu'au sud du 
Brésil, importée en Afrique (1872) et depuis à Madagascar, 
est prospère dans les habitations, les étables et les basses- 



f)20 



DERMATOSES CAUSEES PAR DES INSECTES. 



cours mal tenues ; elle abonde dans les plantations, les 
herbes sèches et le sable (fig. i-42). 

Les mœurs desmAles et des femelles non lécondées sont 
analoguesà celles (les puces vulgaires; ce sont des parasites 
|tass;igers. Les leinelles lécondées s'attaquent à tous les 
animaux à sang chaud {chiens, chats, moutons, chèvres, 
bœufs, chevaux, unes, mulets, porcs surtout, oiseaux et 




Fig. 14:;. — Sarcopsyll/t jiciictrfuia. IVmelle lilirc (grossie 50 fois). 

V homme même), se fixent aux membres, s'insinuent dans 
la peau où elles sucent le sang. Elles grossissent: leur abdo- 
men acquiert la grosseur d'un pois et renferme parfois une 
centaine d'ceufs qui engendrent des larves vermilormes 
évoluant comme celles des puces proprement dites. Elles 
forment ainsi des tumeurs cutanées, arrondies, recouvertes 
[)ar lépiderme. (pii présente seulement un petit orillce 
d'entrée permettant d'apercevoir les «lerniei-s anneaux de 
l'insecte (lig. 143). 

Les membres, les oreilles, le corps des animaux infes- 
tés se couvrent quelqufois de chiques si nombreuses et 
tellement pressées les unes contre les autres qu'après leur 
extirpation la peau apparaît criblée d'alvéoles comme 



CHAT. — PHTIRIASE. 



521 




Fig. 143. — Femelle ovigère de chique, extraite 
d'une tumeur cutanée (Grossie 13 fois,^d'après 
Karsten). 



un gâteau de miel. La partie de peau qui les renferme 
présente une vive irritation, accompagnée quelquefois 
d'ulcérations et de gangrène; il y a des animaux qui perdent 
leurs phalanges ; 
d'autres, un mem- 
bre tout entier; ils 
présentent souvent 
des déformations 
des oreilles et de 
nombreuses taches 
cicatricielles con- 
sécutives aux ulcé- 
rations. 

Traitement. — 
Les chiques en- 
kystées doivent 
être extraites avec 
précaution, de ma- 
nière à ne pas dilacérer l'abdomen et à éviter de répandre 
dans la plaie les œufs très irritants. 

Véchiquage est opéré âyec autant de succès que d'adresse 
par les indigènes. L'application de parasiticides (benzine, 
essence de térébenthine et décoctiom de tabac) au niveau 
des boutons est moins etïicace. Aux Antilles, on recom- 
mande de plonger la patte atteinte dans une décoction 
d'herbe à chique [Tournefortia hirsutissima). 

Les puces ne supportant pas l'humidité : on débarrasse 
les habitations, les écuries, les élables de chiques par des 
lavages répétés à grande eau, en utilisant le papier englué 
qui sert à prendre les mouches, ou un morceau de viande 
crue qui sert d'appât. 

VII. — CHAT. 

PHTIRIASE. 
Le chat n'héberge qu'un trichodecte. Ce parasite ne 
détermine qu'une démangeaison modérée. On fait dispa- 



î')22 DERMATOSES CAUSEES PAR DES INSECTES. 

raître les parasites en insufflant au fond des poils de 
la poudre de staphjsaigre ou de pyrèlhre. 



VIII. — OISEAUX. 

Les oiseaux présentent un j^rand nombre de parasites. 

I- — HIPPOBOSQUES. 

Les liippobosques des oiseaux [Lyncliia maura), répan- 
dus en Algérie, vivent sur les pi(/eoiineiiiix Agés de quinze 
à vingt jours en nombre considérable (50 à 60) ; ils suc- 
combent quarante-huit heures après qu'ils sont séparés de 
cet hôte. Les femelles pondent des pupes ovoïdes dans la 
poussière sèche des colombiers, et leur éclosion s'elTectue 
vingt-trois h vingt-huit jours après ii une température de 
2-40 à 30"; les parasites se cachent sous les plumes qui 
commencent à pousser et s'envolent rapidement des 
qu'on prend les oiseaux à la main et que ceux-ci secouent 
leurs plumes. Ces insectes propagent une hémosporidie 
du pigeon (Hœmoprotcus columbse) (Éd. et Et. Sergent). 

II- — MALLOPHAGES- 

Les gnllinaoés hébergent un grande nombre de mallo- 
phages ou poux. 

La poule hé-berge des f/oniodcs, des (joniocotes. des 
Upcures et des méaopoiis; le dindon nourrit un m('no])on. 
ungoniode et uniipeure; la pintade, des goniodes, ungonio- 
cote et un lipeure; le faisan, \e paon, le pigeon. Voie, le 
canard, le cygne sont eux-mêmes envahis par un grand 
nombre de ces parasites. 

La contagion est facilitée par l'agglomération des 
espèces animales dans les basses-cours et par la multi- 
plicité des espèces parasitaires. D'ailleurs, il y a des 
échanges de ces mallophages entre des animaux d'espèce 
dilTérentc. 

C'est ainsi que l'on peut rencontrer le ménopon bisérié à 



OISEAUX. — MALLOPHAGES. 523 

la fois sur la poule, le dindon et le faisan, le trinoton sale 
sur Voie et le cygne. 

Certaines conditions favorisent l'extension de la phti- 
riase. Une alimentation insuffisante, avariée, un séjour 
dans des locaux humides, sales, étroits, mal aérés, sont 
des causes qui assurent la descendance des parasites. Le 
tempérament et la race ne sont pas non plus indifférents. 
Neumann a vu une poule bantam véritablement phtiria- 
sique. tandis que deux poules gasconnes qui vivaient avec 
elle étaient saines. 

Symptômes. — Les parasites habitent toutes les parties 
du corps, mais plus spécialement le tronc et le dessous 
des ailes, la tète et le cou; ils sont plus rares au niveau 
des cuisses. Ils pullulent avec rapidité hors des atteintes 
du bec et ne cessent d'incommoder les animaux. Ils déter- 
minent un prurit intense, troublent le repos des galli- 
nacés, les font maigrir, compromettent l'élevage des jeunes, 
facilitent le développement de la tuberculose et de la 
diphtérie. 

Diagnostic. — Le diagnostic de la maladie est facile, à 
cause des dimensions des parasites. 

Pronostic. — Le pronostic est plus grave que pour les 
mamniil'eres domestiques. Les jeunes animaux, lespigeon- 
naux, succombent souvent, et lorsque les nids sont infestés 
de parasites, les pigeons peuvent négliger leur couvée. 

Quelquefois, les parasites ne peuvent être détruits ; ils 
se perpétuent malgré tous les efforts faits pour désinfecter 
les poulaillers, les colombiers et les volières. 

Traitement. — La destruction des parasites doit être 
simultanément poursuivie chez les volailles, dans les nids, 
les planchers, les murs, les perchoirs et partout où ils 
s'abritent. 

Le traitement des volailles consiste dans des insufflations 
de poudre de pyrèthre du Caucase, de graines de cévadille 
ou de staphysaigre, après avoir eu soin de lubrifier le fond 
des plumes avec de l'eau savonneuse. Le bain sulfureux 



524 DERMATOSES CAUSÉES PAH DES INSECTES. 

complet (20 grammes de sulfure de potassium par litre 
d'eau chaude) est employé avec succès: onii^cV oiseau par 
les pattes et les ailes, et on l'immerge verticalement, sauf 
le bec et les yeux, et on place ensuite la jioiilc lliiver dans 
une chambre chaude; l'été à l'ombre jusqu'à séchage 
complet (Éloire). 

On peut également faire brûler du tabac dans un endroit 
bien clos et étroit; on y introduit lespoulcts infestés pen- 
dant une demi-minute à une minute, et cette opération 
renouvelée deux fois encore en une semaine détruit les 
parasites (Chobaul. 

L'exterminateur Lagrange remplit aussi celte indication. 
C'est un coffre en bois dans lequel on introduit Voiseau 
immobilisé et dont la tète fait saillie au dehors par une 
ouverture spéciale. On brûle à l'intérieur de cette boîte une 
mèche soufrée, et les vapcui's qui se forment suflisenl pour 
tuer tous les parasites en peu de temps. 

Les pulvérisations de cendres insecticides, additionnées 
de fleur de soufre, sont efficaces : les poules se traitent 
elles-mêmes en prenant leurs ébats, si l'on a soin de creuser 
un petit bassin rempli de ces pi'oduits, situé sous un abri. 
La désinfection des nids est obtenue à l'aide de l'essence 
d'eucalyptus : on imbibe entièrement une éponge de ce 
produit, puis on l'introduit dans un œuf, qu'on a préa- 
lablement vidé en perforiint les deux pôles, qu'on ferme 
ensuite à la cire, et l'on place cet anif avec ceux de la cou- 
vée : les vapeurs d'essence qui traversent les jtores de la 
coquille éloignent tous les poux. 

Les locaux, les perchoirs, les nids sont débarrassés de 
ces parasites à l'aide de fumigations de sulfure de carbone, 
disposé dans de petites fioles réj»arties dans le poulailler 
(Schneider); mais ce procédé passe jtour diminuer la 
fécondité des poules. La poussière de chaux projetée contre 
le plafond et les murs de manière à produire une sorte 
de nuage de poussière est un procédé plus répandu et plus 
efficace. On n'a qu'à balayer un moment après. 



OISEAUX. — PUNAISES. 525 

Le retour des parasites est prévenu en blanchissant à la 
chaux, deux fois par an, les murs et même les perchoirs 
des poulaillers. La laine de bois répand une odeur qui 
éloigne tous les parasites : on peut l'utiliser comme litière. 

III. — PUCES- 
Les puces [Pulex avium), plus abondantes l'été que 
l'hiver, s'attaquent principalement aux poulets, aux 
jeunes pigeons et peuvent piquer Vliomme ; on en 
trouve parfois des quantités dans les nids des poules cou- 
veuses. Leurs piqûres sont caractérisées par des points 
hémorragiques entourés d'une zone lenticulaire d'érythème 
qui disparaît rapidement ; elles sont suivies d'un prurit 
qui agite les jeunes poulets, trouble leur développement, 
empêche les couveuses de se tenir régulièrement dans 
leur nid. hes pigeonneaux dépérissent et meurentquelque- 
fois de consomption (Ercolani). 

IV. — PUNAISES. 

Les punaises des pigeonniers {Cime.r colombarius) sont 
quelquefois très abondantes dans les pigeonniers et parfois 
dans les poulaillers ; elles se tiennent dans les interstices 
des cloisons, dans la paille des niches et se répandent sur 
les poules et les pigeons et parfois sur Y homme lui-même 
(Lucet). Les poules couveuses ne peuvent résister à leurs 
piqûres : elles quittent à tout instant leur nid et témoi- 
gnent, par leur agitation et par l'abandon de leurs œufs 
comme par leur anémie, des souffrances et de l'épuise- 
ment occasionnés par ces parasites. L'examen des œufs 
permet de reconnaître la source de ces troubles ; on 
constate, à leur surface, de petites taches noirâtres for- 
mées par les excréments de ces insectes. 

Traitement. — On débarrasse les poulaillers et les 
pigeonniers des puces et des punaises par un blanchi- 
ment fréquent à la chaux pour détruire les larves: l'épan- 
dage dechaux en poudre sur le sol, les niches, lespondoirs. 



526 DERMATOSES CAUSÉES l'AR UES INSECTES. 

la subslitution do copeaux à la paillede litiùre.la combus- 
tion de soulVe (30 grammes par mètre cube) en fermant 
hermétiquement toutes les issues, sont des moyens de faire 
disparaître les puces et les punaises des locaux. Ces insuf- 
flations de poudre de pyr«Mlire. les pulvérisations de pétrole, 
les bains sulfureux (^20 grammes de sulfure de potassium 
par litre d'eau chaude) débarrassent les jimilcs de ces para- 
sites comme des poux (Kloirc). 

V. — CHIQUE DES POULES 
(SARCOPSYLLA GALLINACEA). 

Celle espèce, très voisine de celle de VJiomnieel des ani- 
maux domestiques, est très cosmopolite. On l'a signalée 
dans le Turkestan, le sud des États-Unis, le Cameroun, 
le Cap, à Madagascar, dans les endroits ombragés, mais 
secs ; elle s'attaque non seulement aux poules, mais 
encore aux canards, aux cljats, chiens, cheva;i.\. veaux, 
rats et même aux entants, et recherche i)rincipalemenl 
les sujets jeunes. Mâles et femelles sont parasites au 
même degré. Contrairement à la chique pénétrante, ces 
insectes ne s'enfoncent pas sous la peau, et leur abdomen 
ne jirend pas un développement excessif ; mais ils y font 
pénétrer leur rostre et se fixent si solidement qu'ils ne peu- 
vent lâcher prise immédiatement comme les autres puces. 

Ces parasites se fixent en grand nombre à la tête, 
autour des yeux et au cou des poulets et des j)Oussins. 
Les oiseaux infestés perdent la voix, se dépouillent de leur 
duvet, se couvrent de boutons et d'ulcères et succombent 
bientôt. Les ravages déterminés par ce parasite dans les 
grands élevages, pendant la saison sèche, sont considé- 
rables ; c'est un fléau à Madagascar, au Cap, etc. 

Traitement. — Ces insectes ne supportent pas Ihumi- 
diti' ; il siillit de laver â grande eau les poulaillers. On 
réussit à en prendre un grand nombre à laide dun papier 
englué, analogue à celui qui est employé pour détruire les 
mouches. 



TABLE DES MATIERES 



LIVRE VII 

MALADIES DE LA' NUTRITION 1 

I. — Diabète sucré 1 

1. — Solipèdes, 2 

2. — Bovidés 4 

3. — Carnivores 4 

II. — Diabète insipide 10 

1 . — Solipèdes 1 ! 

2. —Chien 13 

III. — Obésité 15 

IV. — Goutte 17 

1 . — Oiseaux 18 

2. — MammilÏTes 23 

V. — Achondroplasie 24 

VI. — Rachitisme 24 

VII. — Cachexie osseuse 25 

VIII. -- Maladie du reniflement 25 

IX. — Ostéomalacie des équidés 26 

X. — Ostéo-périostite diffuse 26 

XI. — Pseudo-rhumatismes articulaires 28 

LIVRK VIII 

MALADIES PAR AUTO-INTOXICATION 29 

Hémoglobinurie musculaire paroxystique 30 

Solipèdes 30 



528 TABLE DES MATIÈRES. 

LIVRE IX 

APPAREIL URINAIRE 80 

CHAIMTRK l'HKMIKH. — Hrins 80 

I . — Congestions rénales 80 

1. — Solipèdes 80 

A. — Congestion aiguë. — Hémorragie rénale. 80 

B. — Congestion passive ou chronique 85 

2. — Uutiiinanls 80 

3. — Carnivores 8'J 

II. — Infarctus du rein 93 

III. — Dégénérescence amyloïde du rein 95 

IV. — Dégénérescence graisseuse 96 

Carnivores 97 

V. — Néphrites 100 

Néphrites aiguës 102 

i. — Solipèdes 102 

2. — Rutninanls 115 

Néphrite à macules hlanches 118 

3. — Porc 121 

4. — Carnivoies 122 

Néphrites chroniques 125 

1. — Solipèdes 126 

2. — Ruminants 131 

3. — Porc 137 

4. — Carnivores 137 

5. — Oiseaux 145 

— Hydronéphroses 145 

1. — Solipèdes 146 

2. — Bovidés 147 

3. — Porc 149 

4. — Chien 151 

II. — Rein polykystique 155 

III. — Pyélonéphrites et pyonéphroses 160 

1. — Solipèdes 162 

2. — Bovidés 169 

3. — Petits ruminants 184 

4. — Pore 186 

5. — Chien 187 



TABLE DE? MATIÈRES. 529 

IX. — Lithiase rénale ^^^ 

1 . — Solipèdos 1^- 

2. — Bovidés 1?'' 

3. — Mouton 

4. — Chien 

5. — Oiseaux 



198 
199 
200 



X. — Cancers du relu. 



200 



l._Solipedes |00 

2. — Ruminants -"-' 

3. -Porc fj^ 

4. - Carnivores 20. 

XI. - Rein flottant 205 

XII. — Parasites -"" 

I. — Eustrongylose 206 

II. _ Pseudo-tuberculose verniineuse 208 

CHAPITRE II. — Vessie 210 

I. — Cystites 210 

I. — Solipèdes 211 

1. — Cystite aiguë 211 

2. — Cystite chronique 21fi 

II. _ Bovidés 219 

1. _ Cystite aiguë 219 

â. — Cystite chronique 225 

A. — Cystite chronique simple 22.o 

B. _ Cystite chronique hémorragique. 227 

III. — Chien 243 

1. _ Cystite aiguë 243 

2. — Cystite chronique 244 

247 

249 



IV. — Chat 

CHAPITRE III. — Capsules surrénales. 

I. — Solipèdes 



II. — Ruminants. 



249 
249 



LIVRE X 

PEAU -^* 

CHAPITRE PREMIER. — Trichoses 231 

I. — Solipèdes 251 

C.^DÉAC. — Pathologie interne. VII. 30 



530 lAlU.K DKS MATIÈHES. 

1. — Hyiieiirichoses 2bl 

2. — Alopécies 232 

3. — Triclio.ses dystrophiques 256 

4. — Trichosus parasitaires 257 

II. — Uovidés 2."i7 

III. — Mouton 259 

IV. — Chien 259 

V. — Oiseaux 2(10 

CHAPITRE II. — Dennitcs eczémateuses 201 

I. — Solipèdes 2C8 

1 . — Eczéma aigu généialisé 208 

2. — Eczéma chronique sec 269 

3. — Eczéma des régions pourvues de 
crins 270 

4. — Eczémades plis articulaires du genou 

et du jarret 271 

5. — Eczéma des e.\lrémités 271 

0. — Eczéma séborrhéique 277 

II. — Bovidés 280 

III. — Mouton 284 

IV. — Chien 285 

CHAPITRE III. — Kératoses 301 

I . — Solipèdes 301 

1 . — Pityriasis 301 

2. — Psoriasis 305 

3. — Cornes cutanées 311 

II. — Bovidés 311 

m. — Chien 313 

1 . — Pityriasis 313 

2. — Acanthosis nigrieans 314 

3. — Cornes cutanées 315 

CHAPITRE IV. — Hypertrophies ciitauées 310 

I. — Éléphantiasis 310 

II. — Botryomycose 316 

III. — Sclérodermie 316 

CHAPITRE V. — Xeiiro-deriuatoses 317 

1. — Solipèdes 317 

1. — Prurit cutané 317 



TABLE DES MATIÈRE?. 531 

•2. — Prurigo 318 

3. — Dermograpliisme 319 

IL — Chien 320 

Prurit cutanr 320 

Zona 320 

CHAPITRE VI . — Dermites artificielles 322 

I. — Solipèdes 322 

1. — Dermites de cause mécanique 322 

2. — Dermites de cause physique 323 

3. — Dermites de cause chimique 323 

1° Toxidermies alimentaires 324 

2° Toxidermies sériques 325 

4. — Urticaire 328 

II. —Bovidés 333 

1 . — Urticaire 333 

2. — Toxidermie alimentaire 335 

III. — Mouton 341 

Dermite érysipélateuso; fagopyrismë. . . . . 341 

IV. — Porc 345 

Urticaire 345 

V. — Chien 346 

Érythème ■..:.... 346 

Urticaire 346 

CHAPITRE VII. — Dermatoses microbiennes.. 348 

I. — Solipèdes 348 

1. — Impétigo 348 

2. — Pemphigus 352 

3. — Pyohémie caséeuse 353 

Acné contagieuse des solipèdes 356 

4. — Nécrobacillose 361 

5. — Botryomycose 362 

6. — Papillomes 363 

II. — Bovidés 363 

1. — Impétigo 363 

2. — Pemphigus 365 

3. — Pyohémie caséeuse 366 

4. — Nécrobacillose 367 



532 



TABLE DES MATIERES. 



m. — iMouton 368 

1. — Acné 3(i8 

2. — Eclhyma contagieux des lèvres 309 

3. — Pyohémie easéeus»' 371 

4. — Nécrobacillose 379 

IV. _ i>orc 383 

1 . — Impétigo 383 

2. — Pyohémie caséeuse 385 

V. — Chien 386 

1. — Impétigo 386 

2. — Acné 389 

3. — Pemphigus 390 

4. — Nécrobacillose 390 

5. — Purpura 392 

CHAPITRE Vin. — Dermatoses parasitaires. . . 393 

Dermatoses acariennes 393 

I. — Solipôdes 394 

1. — Gale sarcoptique. 394 

— Gale psoropti()ue 407 

— Gale symbiotique 413 

— Gale démodéci(|ue 4IG 

5. — Acariase derraanyssitjue 417 

6. — Thrombidiose 419 

— Ixodes 420 

II. — Bovidés 421 

1 . — Gale sarcoplitiue 421 

2. — Gale psoroptique 421 

3. — Gale symbiotique 423 

4. — Gale démodécique 423 

0. — Acariase dcrmanyssiipie 426 

6. — Thrombidiose 427 

7. — Ixodes 428 

III. — Moulon 429 

1. — Gale sarcopti(iue 429 

2. — Gale psoroptique 433 

3. — Gale symbioli(iue 442 

4. — Gale démodécique .... 443 

IV. — Chèvre 443 

1. — Gale sarcoptique 443 



TABLE DES MATIÈRES. 533 

2. — Gale psoroptique de l'oreille 444 

3. — Gale symbiotique 445 

4. — Gale démodécique 446 

V. — Dromadaire et chameau 447 

Gale sarcoptique 447 

VI. —Porc 449 

d, — Gale sarcoptique 449 

2. — Gale démodccique 450 

VIL— Chien 451 

1. — Gaie sarcoptique 451 

2. — Gale psoroptique 457 

3. — Gale démodécique 457 

4. — Acariase auriculaire du chien ;. 464 

5. — Thrombidiose 4G6 

6. — Ixodes 467 

VIII. — Chat 468 

1. — Gale sarcoptique 468 

Gale démodécique 472 

Acariase auriculaire 472 

IX. — Furet 473 

1. — Gale sarcoptique 473 

2. — Acariase auriculaire 474 

X. — Lapin 474 

1. — Gale sarcoptique et galenotoédrique. 474 

2. — Gale psoroptique auriculaire 477 

3. — Gale démodécique 479 

XL — Oiseaux 479 

1. — Gale des pattes 479 

2. ^ Gale du corps ou gale déplumante.. . 483 

3. — Acariase dermanyssique 485 

4. — Thrombidiose 486 

5. — • Argasinés 487 

6. — Acariase épidermoptique de la poule. . 489 

CHAPITRE IX. — Dermatoses causées par des 

insectes 491 

I. — Solipédes 491 

1. — Phtiriase 491 

2. — Hippobosques (Hippobosca equina).. 493 

3. — Glossines ou tsetsés 494 



J3't 



TAHLK DES MATlKItKS. 



II. — 



— Stomoxcs 

— Simulies . 

— Tabanidi's 

— Larves de iiiouclics 

— Oclirornyio anthrojjopliago. 

— Ilypodermose 

Bovidiîs 

— Ptitiriaso 

— Flippoljosciuc 

— Hématobics 

— Taons 

— Simulies 

— Muscidés 

— Ilypodofiiiose 

— Derrnatobiose 



m. 



IV. 

V. 



VI. 



.Moutons , 

— l'hliriase.. 

— Mélopha^'e. 

— Mouches . . 

— Ixodes .... 



- Chèvres. . . 

Porc 

l'htiriase , 



- Chien 

1. — l'hliriase 

2. — Puces 

3. — Chique des niaiiimilÏTes (Pulex petie- 

trans, Sat'cops'/l/a p^netrans) 

VII. — Chat 

Phtiriase 

VIII. — Oiseaux 

1. — Hippobosques 

2. — Mallophages 

3. — Puces 

4. — Punaises 

5. — Chique des poules {S(ircopfi///a ijal- 
linacea) 



495 
495 
490 
49G 
497 
497 

499 

499 
50 1 
501 
501 
502 
502 
503 
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513 
513 
513 
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516 

olfi 
316 
516 

517 
517 
518 

519 
521 
521 
522 
522 
522 
525 
525 

526 



248n.t: 



('.oKiiKib. ImpriiiuTie Cukrit. 



LIBRAIRIE J.-B. BAILLIËRE ET FILS 

ENCYCLOPÉDIE VÊTÊRIHAIRE 

Publiée sous la direction de C. CADÉAC 

Professeur à l'Ecole vétérinaire de Lyon. 

Colloction de volumes in-18, 6 fr. le volume cartonné 
Patholog e générale des Animaux domestiques, parC. Cadéac, 

:!« éditiua, 1904. 1 vol. in-18 cIl; 4o2 p., avec 37 fig., cart 6 fr. 

Anatomie pathologique et pratique des Autopsies, par 
C. Cadéac et V. Ball, prolessuurs à l'Ecole vétérinaire de Lyon 1907, 

1 vol. in-18 de 475 pages, avec 100 figures, cart G fr. 

Sémiologie et diagnostic des Maladies des Animaux domes- 
tiques, par C. Cadéac. 2« édition, 1905. 2 vol. in-18 de 982 p , avec 

186 (ii;., cart 12 fr. 

Pathologie interne, par C. Cvdéac. 1899-1914. 8 vol. in-18, eus. 

3806 pages, avec o40 fig., cart 4S fr. 

1. Bouche et estomac. — II. Intestin. — III. Foie, péritoine, fosse.^ n'i.'inles. 
sinus. — i^'. Larynx, trachée, bronches, poumons. — V. Plèvre, péricarde, çtei/r. 
endocarde, nrtéres. — VI. AJaladies du sang. .Maladies générales. — VII. .\/alailte< 
de nutrition et pnr auto-intoxication. Maladies de l'appareil urinaire . .Mal.idits 
de la peau et maladies parasitaires. — VIII. Maladies du système nirveui . 
Chaque volume se vead séparjineiil 6 f •. 

Pathologie chirurgicale générale, par C. Cadéac, P. Leblanc, 
C. Garocgeau. 1902. 1 voL in-18 de 432 p., avec 82 fig., cart. . . 6 fr. 

Chirurgie du pied, par Bournav et Sendrail, professeurs à l'Ecole 
de Toulouse. 1903, 1 vol. in-18 de 492 p., avec 135 figures, cart. 6 fr. 

Pathologie chirurgicale de la peau et des vaisseaux, par 
C. Cadéac. 1905, 1 vol. in-18 de 422 pages, avec 103 fig., cart. . 6 fr. 

Pathologie chirurgicale des tendons, des nerfs et des 
muscles, par Cadéac et Pader. 1905, 1 vol. in-18 de 477 p., avec 
122 fig., cart 6 fr. 

Pathologie chirurgicale des articulations, par G Cadéac. 
1907-1909, 2 vol. in -18 de 450 pages avec fig., cart 12 fr. 

Pathologie chirurgicale de l'appareil digestif, par G. Cadéac. 
1909, 1 vol. in-18 de 500 pages avec fig., cart 6 fr. 

Thérapeutique vétérinaire générale, par Guinard, chef des tra- 
vaux à l'Ecole de Lyon. 1899, 1 vol. in-18 de 504 p., cart 6 fr. 

Thérapeutique vétérinaire appliquée, par H.-J. Gobert, vétéri- 
naire de l'armée. 1995, 1 vol. in-18 de 568 p., cart- 6 fr. 

Obstétrique vétérinaire, par Bournay, professeur à l'Ecole de Tou- 
.louse. 1900, 1 vol. in-18 de 524 pages, avec 72 fig., cart 6 fr. 

Médecine légale vétérinaire, par Gallier, vétérinaire sanitaire 
de la ville de Caen. 1895. 1 vol. in-18 de 502 p., cart 6 fr. 

Police sanitaire, par A. Conte, ancien chef des travaux à l'Ecole de 
Toulouse. 2« édition, 1906, 1 vol. in-18 de 532 pages, cart 6 fr. 

Pharmacie et Toxicologie vétérinaires, par Delaud et Stourbb, 
chefs des travaux aux Ecoles de Toulouse et d'A,lfort. 1900, i vol. 
in-18 de 496 p., cart 6 fr. 

Jurisprudence vétérinaire, par A. Conte. 1898, 1 vol. in-18 de 
553 p., cart 6 fr. 

Extérieur du Cheval et Age des Animaux domestiques, 
par M. MoNTANÉ, professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse. 1903, 
i vol. in-18 de 528 pages, avec 260 figures, cart 6 fr. 

Maréchalerie, par Thary, vétérinaire de l'armée. 1896, 1 vol. in-18 
de 458 p., avec 303 fig., cart 6 fr. 

ENVOI FRANCO CONTRE UN MANDAT POSTAL 



DICTIONNAIRE VÉTÉRINAIRE 



DICTIONNAIRE VÉTÉRINAIRH 

Par P. CACNY 

Membre de la Société centrale de médecine vétérinaire 

Membre correspond.jnt de la Société nationale d'Agriculture 

Membre du Collège royal vétérinaire de Londres 

ET 

H.-J. GOBERT 

viTKHINAIRE DE l'aIIUÉI 

1904, 2 vol. gr. in-<5 de 1622 pages, avec 1821 fig. et 8 planches en couleurs 
Prix 35 fp. 



Cagny et Gobert onl pensé avec raison que, à côté des ouvrages classiques 
d'enseiy'nemenl, dus aux prolusseurs des écoles, il y avait place pour un livre 
de pra'Uque, qui. sans prcleution scientifique, mettrait à la dispoNJlion des 
praticiens et des élèves un résumé aussi exact que possible des connais- 
sances actuelles, en même temps que des imlicalions de Ihérapeuliqu- 
médicale et chirurgicale sanctionnées par l'expéiiencc. 

La forme de dictionnaire r|u'ils ont adoptée était la plus convenable potr 
un ouvrage comprenant : l'analomie, la physiologie, la médecine, la chi- 
rurgie, l'hvgiène. la police sanitaire, la jurisprudence, etc.. elle est d'ailleiir; 
justifiée par le souci de permettre au praticien de trouver inslantanémeiit le 
renseignement cherché. 

Aujourd'hui que les nouvelles méthodes pasloriennes ont pu être appré- 
ciées et qu'elles ont montré leur supériorité, le moment était venu de faire 
une séleclion parmi tous les matériaux disséminés dans les journaux, dan ■ 
les publications, dans les annales des soc étés savantes, pour les mettre ù lu 
disposition de tous ceux qui, par profession ou par goût, ont souci de l'amé 
lioralion et de la santé des animaux. 

MM Cagnv et Gobert ont cherché à faire de ce dictionnaire un répertoire 
véritablement mis au niveau des progrès de la science et de la pratique 
pouvant au besoin tenir lieu d'uni- bibliothèque complète. 

Aussi ont-ils fait appel à l'expérience de tous les auteurs français ei 
élringers les plus connus: M.\l. Chauveau, inspecteur général des écoles 
vétérinaires; iNocard, Trasbot, Cadiol et Almy, Moussu, Harrier, de l'Ecole 
d'Alfort; Arloiiig, Peiich. Caiiéac, de l'Kcole de Lyon; Leclainche, Laulanié, 
Neumann. de l'Ecole de Toulouse. Baillet (de Bordeaux). Gallier (de C.aeni, 
Detrove (de Limoges), G. Leblanc, Mégnin, Signol, A. Sanson, Jacoulet e' 
.lolv, vétérinaires de l'armée, Fleming (de Londres), Give {de Bruxelles), 
Lyiltin (de Bade), Hess et Guilbeau (de Berne), Kitl (de Munich\ Sussdorf 
'de Stuttgart!, Roell et Koch (de Vienne), Schutz ide Berlin), Lanzilolti (de 
Milan), l'errot.cilo (de Turin), Martinez de Anguiano (de Sarragosse;, etc. 
Tous ces noms si haut placés dans la science soûl à eux seuls une garantie. 

Il faut aus>i mentionner l'addition de i 800 figures qui mett nt pour ainsi 
dire sous les yeux du lecteur les détails d'anatomie normale et pathologique 
les procédés opératoires, les instruments et les appareils : les yeux viennent 
apporter à l'intelligence et à la mémoire un secours précieux", en facilitant 
toujours .n l'auteur une explication et en permettant souvent au lecteur de la 
mieux comprendre. 

ENVOI KKANCO CONTRE UN MA,ND.\T POSTAL