(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Paul Helleu, peintre et graveur. Par Robert de Montesquiou"

imm 




.fit. 




.^y 




HELLEU 




.%^*l 



ï 







■r 



"•-V 







R 



ROBERT 



:>S-.-j:àii„...; ■ -^<-.- -.iiSikt 



MONTESQUIOU 



EXMBPIS 




GERKOr 
VERlWEY 



Paul Helleu 

Peintre et Graveur 



JUSTIFICATION 



IL A ÉTÉ TIRE DE CET OUVRAGE 

100 EXEMPLAIRES SUR PAPIER JAPON 

NUMÉROTÉS DE 1 A 100 




m 



'''^Wi. 



iW 



I 

HELLEV, PAR BOLDINI 



Robert de Montesquiou 



=§.=. <^c. cfc 



Paul Helleu 



Peintre et Graveur 



PARIS 
H. FLOURY, ÉDITEUR 

I, Boulevard des Capucines, i 
I915 




553 



H35HG 



MADAME 

PAUL H ELLE U 



a 



« la multiforme Alice 
dont la rose chevelure 
illumine de son reflet 
tant de miroirs de cuivre ». 



Robert de Montesquiou 



II 

LA CHEVELURE DORÉE 



III 

LES VITRAUX DE REIMS 



Nos amateurs d'art persisteront-ils à de- 
meurer des amoureux de bric-à-brac, 
moins la géniale autorité, sans la supérieure 
indépendance d'un Concourt devançant la 
mode, la créant, avec sa richissime collec- 
tion de dessins, amassée à si peu de frais ! 
rien que racheter ou conserver des papiers 
d'emballeur, des enveloppes de paquets ; 



Veuillot aurait dit : « autour d'un resseme- 
lage » ? 

Certes, d'importantes leçons nous sont 
venues de cette vente, qui n'aura pas mérité 
uniquement l'épithète à' mfenninûbh'. Le billet 
de mille froissé autour de cette épreuve de la 
Bouquetière' de Boucher, en marge de laquelle 
se lisait encore, au crayon, le prix que l'avait 
vendue, aux deux frères, le père même de 
l'expert Danlos : trois livres dix sols, devra, 
s'il est bien entendu, persuader aux ache- 
teurs qui n'ont pas le seul souci de se mon- 
trer riches, que c'en est fait de ces antiques 
achats, enlaidis de gros prix, et qu'il faut 
désormais laisser aux maniaques ou aux 
musées. 

Il est encore de nobles, de plus réceuts 
objets méconnus, qu'il siérait de grouper glo- 
rieusement et modestement, ainsi que l'ont 
fait les Concourt, pour la première et la plus 
importante partie de leur collection. C'est 



lO 



ceux-là qu'il devient spirituel de rechercher ; et 
puisque la mode s'adonne aux reconstitutions, 
c'est le suranné qu'il faudrait reconstituer, pour 
ne pas retarder sur les trouvailles. 

Seulement, une sincérité est nécessaire à la 
mise en pratique de ce conseil, que je donnais 
déjà il y a pas mal d'années , et que je vois suivre 
par des jeunes gens, qui me paraissent lui 
substituer plus d affectation que d'application. 
Que penser, par exemple, dune Exposition du 
Dandysme, dans laquelle ne figure pas un seul 
portrait de d'Orsay? Je n'en croyais ni mes 
yeux, ni la logique, ni la distraction, ni la 
naïveté ; tout comme le jour où le nom de 
Madame Lebrun ne fut pas prononcé, dans une 
sensationnelle manifestation en l'honneur des 
peintres du Dix-Huitième Siècle. 

Le Bertin d'Ingres (pour en revenir à de 
plus hautes statures) était, il y a quelques 
années encore, à la portée d'hésitantes col- 
lections, qui n'en ont pas voulu, et qui se 



seraient pourtant haussées, en se l'appro- 
priant, à une noblesse historique. 

Mais de plus sensibles conseils se de- 
vraient imprimer dans les cerveaux, sous le 
martel de ces enchères ; sans omettre cette ré- 
flexion que Watteau n'a pas toujours été mort, 
et qu'il s'est parfois rencontré des amateurs 
éclairés pour faire exécuter, par des vivants, 
des décorations et des objets d'art d'autant 
plus discutés à leurs débuts, que l'avenir leur 
doit être plus clément ou plus fervent, et 
qui deviendront des chefs-d'œuvre. 

Car c'est une haute dignité, considérer les 
choses actuelles, avec le regard renseigné dont les 
contempleront, dans l'avenir, ceux qui les com- 
prendront enfin l 

Unardent désir de se signaler, dans cegenre, 
me paraît une noble et charmante descente 
du Saint-Esprit sur une tête fortunée ; et l'on 
ne cesse de l'attendre, même après tant d'es- 
poirs avortés, d'exaltations follettes, de con- 



13 



sécrations falotes et de formidables oublis. 

Des erreurs, des écoles comportent, en 
cette voie, plus de dignité, que de timides 
réussites sur des chemins parcourus; et j'aime 
mieux certains essais violents et saugrenus 
du pauvre rêveur de Bavière, qu'une réci- 
dive de Salon-Soleil ou de Boudoir-Rococo, 
dont ce Louis-là sut du moins les manquer 
tous ! 

Oui, je veux rajeunir l'extase des regards, 
renouveler l'appétit des sens, au début d'un 
repas, à l'aurore d'une fête; je demande à m'eni- 
vrer réellement, fictivement, en de modernes 
vases murrhins ; je réclame nnsnrfouf de table 
qui associe des cristaux d'Emile Galle, le ver- 
rier fée, à des émaux du bijoutier magicien, 
René Lalique ; j'exige que le festin qu'il or- 
nemente soit servi sous des coupoles pleines 
de muses dues à Stevens et à Whistler, de 
Femmes-Fleurs par Boldini et par ce mul- 
tiple Besnard, que les circonstances et son 

13 



génie ont mis en état de prouver jusqu'où il 
pouvait élever, dans le divin et dans Thumain, 
l'art de la décoration murale. Et que ces beaux 
spectacles nous soient offerts entre des parois 
qui se creusent sur de profonds et mystérieux 
panneaux de Lobre, et des frises où Maurice 
Denis (dont les inoubliables fresques de la 
chapelle Cochin ne sont pas loin d'évoquer 
Gozzoli) fait sonner du cor dans les bleus 
espaces, et donner de l'hallali au plus haut des 
cieux, par les anges bottés de la Chasse à 
Courre. 

Ces noms seuls, pour grands qu'ils soient 
restés, pour amplifiés même qu'ils m'apparais- 
sent, disent que ces réflexions ne datent pas 
d'hier. Je vois bien ceux que l'actualité enten- 
drait me leur faire substituer. Je n'y souscris 
qu'avec une réserve, dont je voudrais qu'elle 
lut du discernement. Certes je ne tiens, en 
aucune manière, pour une réalisation de 
mon vœu, l'apparition née du sillage de 



Beardsley embourgeoisé et de Bakst bêtifié, 
d'une école à la fois abracadabrante et enfan- 
tine, dont les combinaisons disgracieuses et 
criardes me font penser à un joujou de Nurem- 
berg pour parents terribles. Fâcheux ensemble 
duquel les contours sans courbes nous mena- 
cent de fmir dans le Magenta, comme nous 
avons commencé dans le Solfer/iw, vilaines 
et vineuses couleurs guerrières de notre jeu- 
nesse. 



Que de fois ces pensées me sont venues de- 
vant ces émouvants aspects de Versailles expo- 
sés au Champ-de-Mars, par notre subtil ami 
Helleu, à la gloire de qui l'on pourrait bien — 
mis en goût d'anciennes citations — transposer 
ce vers : 

Peintre, cesse de vaincre ou je cesse d'écrire ! 

Car entre, à vrai dire, de flatteurs succès, 

15 



il faut pourtant la cécité même de ceux qui 
l'admirent et s'adressent à lui, pour n'avoir 
pas encore entendu les mélodiques accords 
qu'un si harmonieux peintre pourrait faire 
rendre aux heureuses murailles qui lui se- 
raient confiées. 

C'est avec plaisir et peine que je l'ai 
appris, des amateurs intelligents se sont par- 
tagé ces ensembles automnaux. Ce ne sera 
qu'un doux et triste tableau, dans chacune de 
leurs collections, sans nul doute délicatement 
élaborées. Mais le bel et mélancolique Bou- 
doir de l'Automne, aux tentures en quin^e- 
sei:^e bleu pâle, dont c'étaient là les dessus-de- 
porte nés, et que l'artiste eût complété des 
fresques exquises et impatientes, desquelles 
ses brosses sont remplies, le voilà veuf d'une 
de ses tapisseries dorées ! 

Tous les brocarts de l'Arrière-Saison, pit- 
toresquement décrits par une Sévigné, Helleu 
les a souvent peints dans ses toiles enchan- 

i6 



tées. Octobre y pleure des larmes d'or sur 
des Olympiens désolés ; et ce sont des au- 
tomnes plus anciens, dont s'attardent les 
reflets, sur les groupes de ce bassin, où des 
feuillages jaunis se sont défilés, comme les 
grains de chapelet d'un abbé musqué, les 
perles mortes dun collier de favorite. 

Mais combien d'autres chambres, en des 
styles divers, et différemment élus, se sont 
offertes aussi vainement, sous le pinceau 
d'Helleu, au millionnaire inéclairé ou inat- 
tentif, à l'affût dun Hubert Robert retouché, 
ou d'un Canaletti apocryphe ! 

J'ai vu de quoi tendre toute une Sa Ile 
des Fratcheiu's, sous des panneaux de mer, 
glauques et azurés, où claquent et se dia- 
prent les drapeaux des yachts, où des jetées 
se fleurissent joyeusement de toilettes et de 
parasols. 

De plus suaves rayons ont couru sur la 
palette de notre peintre. Il les faudrait décrire 

17 



avec détail. Si les navires lui furent chers, 
il aima non moins les nefs de notre salut, 
les frais vaisseaux, pleins de reflets et d'en- 
cens, des cathédrales pensives. Les taches 
arc-en-ciélées, que le soleil fait se mouvoir 
au long des murs et courir sur les tombeaux, 
en jouant à travers les verrières, le peintre 
a su fixer leurs insaisissables tons d'althœas 
satinés et lisses. Mais, agonies d'automne, flots 
soleilleux, mausolées où le jour expire, qui 
saurait vous peindre, que de tons de fleurs, 
que de teints d'enfants et de femmes? 

Femmes-Heurs, fleurs-enfants, ce sont les 
vrais modèles d'Helleu, rare maître des élé- 
gances ; ses pastels de la Comtesse Greffulhe 
seront des émerveillements de l'avenir, et 
ses bleus hortensias sont pleins de rêves. 

Concourt Ta dit dans la délicate préface, 
dont, à ma requête, un peu, ~ j'ose le 
rappeler, — il ornementa, en 189s, un cata- 
logue de ces eaux-fortes d'Helleu, aujourd'hui 



célèbres, et dont une importante collection, 
en très belles épreuves, fut le joyau d'une 
suprême vacation de la vente d'Auteuil ! 
« Je ne sais pas un autre mot pour les 
baptiser, ces pointe-sèche, que de les appeler 
les insfaiitcine's de la grâce de la femme. // 
Qu'ajouter à cela, si ce n'est qu'il y 
faudrait moins — et davantage — à savoir, 
après la décorative consécration de cette Pré- 
face d'un Concourt et l'estime ancienne des 
critiques perspicaces ou des amis compréhen- 
sifs, il y faudrait, dis-je, comme dans les Mille 
et UneNitifs, l'apparition imminente d'un Palais 
d'Aladin, mais aux murs blancs et nus, et qui 
s'en retourneraient délicieusement revêtus par 
Helleu, avec toutes les nuances des cieux et des 
ondes, et de la mort du soleil parmi les vitraux, 
et de l'agonie des étés au seuil des automnes... 



Ces lignes, ou presque toutes, ces lignes 

19 



dont notre défunt ami Rodenbach goûtait le 
finale, je suis heureux d'en reprendre, avec 
moins de sécheresse, la graphique pointe-sèche, 
naguère ébauchée par moi, et publiée, d'après 
Paul-CésarHelleu, dessinateur, peintre, pastel- 
liste, pointe-séchiste. 

Longtemps confiné, par la manie de caté- 
gories où le public se complaît, dans la troisième 
de ces appellations, je soupçonne Helleu de lui 
garder rancune, tout comme Balzac s'irritait de 
s'entendre appeler : L'Auteur d'Eugénie Gran- 
det, au détriment de tant d'autres œuvres. Aussi 
semble-t-il que le pastelliste qui, dans cette 
branche de son travail, avait, à sa façon, comme 
Hugo récrivait de Baudelaire, « inventé un fris- 
son nouveau » — préfère momentanément aux 
délicates irisations de l'art de Vivien, deLatour, 
de Perronneau, de La Rosalba et de Liotard, le 
rouge et le noir des crayons de Watteau; et, 
mieux encore, les savantes égratignures du dia- 
mant sur le cuivre. 



30 



Je regrette, pour ma part, et quel que soit 
mon goût pour ces gravures, leur substitution, 
désormais presque intégrale, dans l'œuvre 
d'Helleu. à ces grands pastels qu'il produi- 
sait en nombre, il y a tantôt dix ans, dans le 
même temps que Forain exposait le beau por- 
trait — qui surprend dans son œuvre, et qu'il 
peignit, de grandeur nature, d'après Made- 
moiselle Bob Walter, en costume du Dix-Hui- 
tième Siècle, d'un pâle bleu Wedgwood, et 
sous un chapeau de bergère. Qu'est devenu 
ce tableau, que j'ai vainement redemandé à 
l'exposition récapitulative du peintre de Doux 
Pays ? 

C'était aussi le temps où le maître Boldini, 
jusque-là lui-même plus exclusivement voué 
à des tableaux de genre, se prit à amplilier leurs 
personnages menus et déguisés à l'Empire, 
jusqu'aux proportions de ces grandes figures 
si verveusement paiisiennes. 

Les Parisiennes d'Helleu se caractéri- 



21 



saient, et le désignèrent, dès le début, par un 
raffinement distingué et inimitable. 

Pourlatoilette, de préférence toujours sobre 
ou sombre, aux tons tendres ou discrets, on eût 
dit des Anglaises habillées Rue de la Paix, ou des 
Françaises vêtues à Londres. Une sorte d'ajuste- 
ment élégant, sans rien de voyant ou de vif, fait 
de toute rare jeune femme qui eut le goût de s'en 
décorer, un motif inné pour Helleu, dans un 
salon ou sur une promenade. 

Je regardais hier son tout dernier modèle : 
une jeune dame, une Américaine, pensivement 
jolie, mince, grande et gracieuse. Certes, des 
affinités électives du goût choisi, de ce que 
j'appellerai du tact dans la mise, avaient fait 
se rencontrer le sujet et le peintre. Jamais le 
second n'aurait pu indiquer au premier une si 
exacte réalisation de Tatour sans clinquant ; 
jamais l'autre n'aurait su revêtir, sans person- 
nelle prédilection, une parure si adéquate. Un 
costume de demi-deuil, mêlé de crêpe de Chine 



noir et de pékin noir et blanc, aux raies inégales, 
où des boutons de cristal taillé faisaient s'égout- 
ter comme des briolettes. Un chapeau d'une 
sparterie d'un noir mat, ni trop volumineux, 
ni trop cabossé, mais d'une courbe agréable. 

Le noir sied aux modèles d'Helleu. Un de ses 
grands, et des plus séduisants pastels, dont je 
me souviens bien, représente une jeune femme 
en noir, décolletée. Elle tient à la main un éven- 
tail argenté, qui se déplisse comme un papillon 
au clair de lune. J'insiste sur cette comparaison 
et sur ce détail, en apparence léger, significatif 
chez ce peintre dc'licat, de quelques-unes de ses 
tendresses artistes. 

Vibrant émule des Outamaro et des Okousaï, 
Helleu ébauchait, un jour, pour moi, un projet 
de kakémono, d'après une vitrine de ces Heurs 
ailées. Maisquen'a-t-il vu la prodigieuse collec- 
tion de ces insectes, récoltée sur d'exotiques 
calices (dont ils avaient hérité les coloris), par 
un chasseurde chimères ! 



De par la munificence d'une femme de goût, 
que j'eus le bonheur de seconder, elle chatoie 
aujourd'hui dans un musée d'art décoratif 
étranger, cette pinacothèque aligère et flori- 
fère. Elle enseigne à de jeunes ornemanistes 
studieux (que Chavannes eût aimé représen- 
ter, en ces audacieuses copies du chef-d'œuvre 
de la Création) à tirer, comme l'a fait Lafarge, 
l'ingénieux rénovateur du vitrail, de la vivante 
et mouvante verrière offerte au regard par le vol 
du Danaïs Tytia, papillon de l'Amérique du 
Nord, la rayonnante mise en plomb de vitraux 
ineffables. Les chinages du Teinopalpus Impé- 
rialis, papillon hindou, les formeront à zébrer 
de frissons soyeux, de féminines écharpes. Et 
n'est-ce pas avec un religieux émerveillement 
qu'ils apprendront à vénérer, en tel autre papil- 
lon indien, le modèle initial du textile type, du 
parangon omnicolore et harmonieux de tous les 
tissus, du châle de cachemire ? 

Jlmagine que le numéro 506 de la collection, 

24 



\e Pyrameïs Afû/aiifa , papillon américain, dans 
lequel je ne sais quelle patiente loupe réussit à 
dénombrer quatre-vingt-sept couleurs, ne fut 
pas non plus étranger à la composition du schall 
de Madame Firmiani et de la Cousine Bette. 
Mais quelle autre plus magicienne lentille 
saurait répartir, dans l'aile du Protée des êtres, 
l'infinie multiplication de ses caprices et de 
ses rôles? 

J'en aimerais catégoriser les inépuisables 
similitudes. Je préfère les présenter, au cours, 
en apparence incohérent, d'une notation à vol 
d'insecte. Elles sont disparates et inouïes. Une 
tête de mort, une carte géographique, et le 
bariolage tape-à-l'œil d'un accoutrement de 
pitre. Des lunules d'or, ici; et là, des lunules 
argentées. Le rouge et le noir d'un Méphisto ; 
le rouge et le noir d'un vase étrusque. La 
tache vermillon d'un bouchon de ligne, ou de 
ce haillon rouge dont Corot aime à piqueter 
le vert gris d'un brumeux paysage. La fervi- 

i 25 



dite du feu, la transparence de l'aquarelle; le 
blanc et le bleu d'un autel virginal ; la pluie 
d'or de la Danaë mythologique. D'élégants 
rappels de toilettes; d'indéplissables plissés, 
une robe d'été en jaconas, des costumes de 
yachting; une fiancée, un jour de contrat ; un 
demi-deuil de veuve consolée. — Le bois : 
les entre-croisements de la marqueterie, les 
perforations du liège. Des métaux : un cuivre 
automnal, des damasquinés, des niellures. 
Les gemmes : des œils-de-chat, des chryso- 
prases, des opales. Le ciel : un couchant 
vénitien, un firmament scintillant d'étoiles. 
Et tous les phénomènes de déguisement, 
dont plusieurs sont des procédés de protec- 
tion, réellement accordés au préciosissisme 
papillon, moins par surcroît, que par garan- 
tie. En voici un, tout vêtu de vert, antenne 
de deux panaches géants, et qui fait s'envoler 
comme une grenouille emplumée. Un autre, 
qu'il faudrait nommer : papillon-edelweiss, 

26 



le missionnaire des névés, maternellement 
armé par la nature, et orné, par elle, pour 
lui dérober de frigides pollens, sous sa robe 
d'un blanc gris, toute fourrée d'un duvet 
candide. — Celui-ci semble découpé dans ce 
tulle végétal en lequel le ver à soie trans- 
forme la feuille du mûrier, et que les Chi- 
nois décorent de peintures ; celui-là, pour 
décevoir son ennemi, devient, rien qu'à se 
refermer, une feuille morte, à s'y méprendre. 
De plus rares, se refermant à leur tour, se 
déguisent figurativement en serpent, ou en 
hibou, pour terrifier l'adversaire. Un petit 
bruit d'ongles est, à tel sujet, le moyen de 
défense singulier dont la Providence lui lit 
un chasse-mouches. Mais les mieux gardés 
ne sont-ils pas ces deux-ci, dont le goût 
est si doux, qu'il leur faut ces deux sosies 
amers pour assurer la conservation de leur 
trop suave espèce ? 

Qu'on s'étonne, après de tels prodiges, 

27 



que Baudry, dont les dernières peintures 
n'en témoignent que trop, n'ait pas voulu 
donner un coup de pinceau, sans l'assortir 
à un papillon piqué au châssis de sa toile ; 
que le papillotant décorateur Chéret use, 
dit-on, du même artifice pour communiquer 
à ses affiches, tant l'irradiation du coloris 
que les attitudes voltigeantes ; qu'Helleu, 
enhn, ait tenté l'impossible kakémono dont 
je parlais au début de cette incidente. 

Cette aile de papillon qu'est l'éventail, 
nous la retrouvons aux mains gantées d'une 
autre jeune femme en noir, décolletée en 
cœur, et qui, la première, au Salon des 
Pastellistes, fixa la faveur du public et l'at- 
tention de la critique. Une tiède atmo- 
sphère du soir, rosie à travers l'abat-jour, 
par une lampe discrètement allumée, quel- 
ques tleurs, et cette autre aile, d'ange 
celle-là, qu'est une harpe debout et silen- 
cieuse, tout, jusqu'au format insolitement 



carré de cette jolie toile, retenait le regard, 
et n'a cessé de le charmer aux expositions 
ultérieures, où son retour lui permet de 
venir, selon l'expression de Vigny, éprouver 
victorieusement la durée de l'opinion et de 
la mode. 

De la même époque, est un portrait pareil- 
lement au pastel, d'après Mademoiselle de 
Béchevel, une main sur la hanche, avec 
un joli rappel de rousseur entre le gant 
de peau, et la chevelure fauve. Je citerai 
encore un pastel de proportions plus res- 
treintes, qui fait partie de la collection de 
Mistress Moore. C'est le portrait d'une jeune 
tille de quinze ans, Lady Mary Montagu, tille 
de la Duchesse de Manchester. Mondaine 
Iphigénie, au seyant chapeau noir, relevé 
d'une plume ; gantée de blanc, en sa tunique 
blanche, retenue par des rubans de satin 
noués ; gracieux et grave visage en proie 
aux atteintes d'un mal qui fauchait ce modèle 

29 



en Heurs, peu de mois après les rapides 
séances qui nous en lèguent le candide sou- 
venir. 

Les adolescentes aux cheveux serpentins, 
Helleu les aime. J'admire Tune d'elles dans 
le salon de la Marquise de Dion, une autre 
chez la Baronne Deslandes, qui lui donne 
pour pendant sa propre silhouette, moulée 
en une robe d'un crêpe de ce rose saumon, 
qui fut cher au Second Empire, les yeux 
alanguis, la bouche tendrement attristée, le 
buste infléchi, les bras au geste évasé comme 
des ailes alourdies de pluie, prêtresse d'un 
culte inconnu, semi-agenouillée au devant 
dune divinité invisible. 

Un mystérieux pastel est encore la pro- 
priété du Docteur Pozzi, véritable leçon de 
choses, chez ce savant thérapeute. Une jeune 
femme, une accouchée, une opérée peut- 
être, béatement convalescente, en une cré- 
pusculaire clarté d'alcôve, s'amuse à efileurer 

30 



d'une lleur, un miroir dont le cadre d'argent, 
miroir lui-même, rellète. non moins que la 
glace, les turquoises de ravons épars, de 
foyers distants, d'horizons lointains. Et cette 
lleur. par une harmonie de coloris, une 
loi de sentiments, se trouve être un soiui, 
qui met comme une blessure dans tout ce 
linge bleuté, et dont l'orangé, entre les cé- 
reuses mains, répète, avec plus de vivacité, 
la nuance des cheveux noués au-dessus du 
visage de cire. 

Un souci promené sur un miroir 
Par des mains hésitantes de malade; 
Pâles doigts d'une cire où Ion croit voir 
S'effeuiller le souci dun jour maussade. 

Un miroir où du bleu s'est reflété, 

Sans qu'on sache encor bien ce qui l'azuré ; 

Et le tout, moins lini que complété 

Par un front où s'endort une blessure. 

Une tête aux cheveux d'ambre roussi. 
Au bleuté du limon mêlé par vagues, 
Comme un autre abandon d'humain souci. 
Sur l'azur du miroir des rêves vagues. 

31 



Le cher modèle aux cheveux couleur de 
souci, nous le reconnaissons, en cette autre 
grande toile, assorti, cette fois, non à une 
fleur, mais à la fourrure dorée d'un somp- 
tueux épagneul étendu à son côté : la dame, 
allongée, à la fois, et accoudée, au milieu 
d'un gazon, ou d'un tapis, éploie autour 
de soi, ainsi que le plumage d'un paon, 
les plis de sa robe, d'un écossais vert et 
bleu. Et l'acajou massif du cadre, choisi par 
Helleu pour ce tableau, complète la sym- 
phonie. Je distingue une variante d'un simi- 
laire motif, dans un pastel de moindre dimen- 
sion, appartenant à Monsieur Hœntschell. 
Ce ne sont plus ici, les boucles anhitrn de 
la jeune femme, qui se concertent avec les 
tons dorés du collic; mais sa robe, qui imite, 
en un arrondissement fastueux, la roue de 
l'oiseau de Junon, lequel parade au-devant 
d'elle. Nous retrouverons un sujet appro- 
chant dans la série des gravures. C'est 

32 



aux Bouleaux, dans le Trianon de la Com- 
tesse Henry Greffulhe, qui en mit. un temps, 
la simple et royale hospitalité à la disposi- 
tion du ménage artiste, qu'Helleu traça ces 
études de paons. Moi-même, hôte à mon tour 
du Pavillon des arbres d'argent, je rimai, à 
la louange des oiseaux ocellés, une poésie en 
laquelle des adverbes orgueilleux, sesquipe- 
dalia verba , s'essayaient à représenter, dans 
mes vers et par le gazon, traînes et roues 
emplumées : 

Ces deux adverbes joints font admirablement. 



Transition qui m'amène à parler du plus 
prestigieux, du plus mystérieux aussi, des 
modèles d'Helleu, et à conclure ces quelques 
notes, à propos de ses grands pastels, par 
les plus intéressants de cette œuvre. 

La Comtesse Henry Greffulhe, la belle 

33 



Elisabeth de Caraman-Chimay, dont le nom 
demeurera comme d'une Récamier de ce 
temps, cycniforme et ingénieuse, a posé sans 
les exposer, pour de radieuses images. Je 
tiens pour un devoir de la Beauté, exemple 
vivant, de réagir contre la destruction, de 
perpétuer ses pouvoirs, non par des fards 
impuissants, mais par des portraits fidèles 
et divers, qui font des contemporains per- 
pétuellement épris, des générations à venir, 
dans les Musées. C'est une noble survie de 
cette sorte, que préparent, consciemment ou 
candidement, les effigies de l'exceptionnelle 
jeune femme. 

Mes arrière-neveux me devront cet ombrage. 

Carolus-Duran s'y est, des premiers, appli- 
qué, et ny a pas perdu sa maîtrise. Il a peint 
la Comtesse, telle qu'une jeune Victoire, un 
brin de laurier dans les cheveux, et glacée 
d'un fourreau luisant, ainsi qu'une Naïade. 

34 



Ses yeux ardents et. foncés ont envahi son 
visage menu, pareils à deux lacs de sombre 
clarté qui rayonnent de l'ombre. Celle-ci, 
c'est Diane (une puissante aquarelle de Jac- 
quet), en costume d'un bal-déguisé Sagan ; 
elle promène ses regards dorés, sur les yeux 
bruns épandus au long de sa peau de pan- 
thère. Une autre aquarelle, celle-là de Lami, 
transforme en une Fée nocturne, aux ailes de 
chauves-souris, la beauty professionnelle. A 
son tour, Gandara, en des fusains aux allon- 
gements de cygne noir, apporte sa contri- 
bution à cette iconographie. Et j'aime à me 
représenter une salle, notable entre toutes, 
en un Louvre futur, où le visiteur captivé, 
sentira converger sur soi l'émouvante fas- 
cination des yeux impérissables. 

Ce sera sous l'aspect de blancs cygnes 
qu'y apparaîtront et joueront, alors, leur 
rôle prédominant, les trois pastels, dès long- 
temps accomplis par Helleu, d'après l'incom- 

35 



parable modèle. Je revois encore le premier, 
ébauché, dans une furia de bon augure. 
C'est le soir, à la lumière des bougies, 
dont les llammes inégales palpitent, comme 
ces papillons que chérit Helleu, au-dessus 
des appliques de Gouthières. Une pierre de 
lune, au buste de la Dame de beauté, semble 
un de ces insectes de feu, attiré par les roses 
du corsage. D'autres papillons, obscurs et 
rayonnants, sont ces vastes prunelles que nul 
point lumineux ne paillette, mais qui sem- 
blent des étoiles ténébreuses. 

Or, ceci n'est qu'une vaste ébauche. Plus 
important, plus capital, plus scénique, le 
deuxième pastel, exécuté dans le même 
décor; mais avec plus de sûreté et plus d'allure. 
Dans l'ambiance dorée et grise du salon 
Louis XVI, tout papillotant de lustres, la 
blanche personne, debout, s'évente d'un blanc 
éventail géant, que Ion prendrait pour son 
aile. Sous la fumée des cheveux frisés haut, 

36 



les yeux presque durs dans leur regard, en- 
semble pénétrant et profond, seule note 
foncée en ce tableau, dilatent leurs pupilles 
nocturnes. Et l'on pourrait inscrire, au- 
dessous de ce portrait, le derniers vers de 
ce sonnet inspiré par le modèle : 

Beau Lis qui regardez avec vos pistils noirs ! 

Le troisième pastel est né d'une esquisse 
que j'ai sous les yeux, et qu'il a dévelop- 
pée. Appuyée, incurvée, au bord d'un gué- 
ridon Empire, dont certains cygnes de bronze 
sont le mythologique ornement, n'est-ce pas 
un cygne féminin que cette silhouette de 
jeune Muse, inspectant au pourtour du 
meuble précieux, la silhouette ciselée de 
l'oiseau de Léda, en une attitude de grâce 
toute fraternelle ? 

Concourt a parlé de ces dessins : '< Helleu 
m'entretient d'une centaine de croquis faits 

37 



dans un séjour à Bois-Boudran, de la Com- 
tesse Greffulhe... » 

Ensevelis dans le mystère des cartons, 
comme les pastels en des chambres closes, 
dessins et pastels, quelque jour lointain, Hen- 
ri ront de regards et de sourires étoiles, les 
radieuses parois d'une salle enchantée. 

Ces dessins, si je me souviens bien, sont 
tous à la mine de plomb ou au crayon 
noir. C'est seulement depuis, qu'Helleu s'est 
assimilé la sanguine de Watteau, propice 
au rendu des cheveux roux, au-dessous des- 
quels le trait sombre accentue étrangement 
l'intense caresse des prunelles. D'année en 
année, les sanguines d'Helleu ont pris plus 
de souple liberté, revêtu de plus person- 
nelles allures. Elles fixent, de préférence, 
des jeunes femmes ; l'une d'elles, appuyée, 
on dirait incorporée à une harpe ancienne, 
aile sinueuse dont les cordes dessinent, avec 
régularité, comme un plumage angélique. 

38 



Ayant énuméré quelques-uns des pastels 
d'Helleu, et de ses dessins, en leur si fémi- 
nine interprétation de la femme, je veux, 
maintenant, parler de ses peintures. Les gra- 
vures viendront ensuite. 

Ces essais de classification, je les aime 
assez. Je m'y suis naguère appliqué pour la 
poésie de Madame Valmore. J'en veux esquisser 
un pour l'œuvre d'Helleu. 

La femme, certes, y domine, la domine, 
au point de l'envahir et de se l'approprier, 
d'y régner en souveraine, et d'y amener à 
sa ressemblance, tout ce qui, de prime abord, 
lui semblait étranger. 

C'est que nous avons affaire à un féministe 
convaincu et, disons-le, bienveillant. S'il 
rend pleine justice aux trente beautés d'Hé- 
lène, ou de Bellotte, en séance, ses clémences 
n'en savent pas moins indulgencier jusqu'à 

39 



Laideronnette, dont je vois, sous un béné- 
vole crayon, se déplisser la frimousse in- 
grate. 

Tout de même, ce Celte plaisante quel- 
quefois. Un jour, il ouvrit à une dame, 
qui voulait son image à l'eau-forte. C'était 
la Dame dont d'Aurevilly aurait écrit : 
« Elle est peinte à sept couches, comme 
une voiture ». — Rendez-vous fut pris, pour 
la séance. « Quand vous reviendrez, ne vous 
fardez pas ! » fit seulement l'artiste sur le 
seuil. Autant dire : ne revenez point. Le mo- 
dèle ne reparut plus. Ce fut peut-être un 
tort. S'il avait suivi le conseil négatif, qui 
sait si la beauté ne se fût pas retrouvée 
sous les sept voiles de la poudre et de 
l'onguent, de la crème et de l'opiat, du 
carmin, de l'antimoine et de la céruse ? 

L'enfant dont Marcelline a écrit ce vers 
ravissant : 

C'est notre âme en dehors en robe d'innocence. 
40 



reniant qui n'est que le fruit humain de 
la femme devenue mère, le peintre de la 
femme devait en fixer, avec non moins 
de bonheur, les plus fugitives puérilités, les 
insaisissables enfantillages. 

On pourrait sans doute, de même, rat- 
tacher au Oitœrc iiiiilierem les autres thèmes 
incessamment variés par les panneaux du 
subtil artiste. 

Les voiles blanches des Navires légers, 
faisant glisser comme de blanches jupes sur 
les tlots bleus qui les ourlent de leur écume. 

Les vieux Parcs où les reines ont sou- 
piré et paradé les favorites. 

Les Cathédrales, que la Vierge étoile de son 
nom, que des saintes ont fleuries de leurs 
vocables, dentelles de pierre, pareilles à des 
guipures de lin. et entre lesquelles, azurés, 
empourprés au travers des vitraux, le salut 
du levant ou les adieux du couchant font 
glisser des pétales de feu, sur les pieds 



marmoréens des impératrices chrétiennes. 
Les Fleurs enfin, féminines parures, entre 
lesquelles, éminemment, l'hortensia bleu, que 
Vigny semble avoir vu s'azurer aux mains 
de la Poésie elle-même, quand il a écrit : 

Troublé par sa lueur mystérieuse et pâle, 
Le vulgaire effrayé commence à blasphémer. 

Et je m'en voudrais de ne pas noter 
ici un hortensia bleu qui m'est plus cher, 
celui qu'Helleu a gravé sur la couverture 
de mon poème. 

Rapprochements poétiques, sinon absolus. 
« Les fils mystérieux où nos cœurs sont liés » 
nous persuadent ces concordances. Qu'il nous 
suffise de leur faire formuler, pour l'œuvre 
de l'artiste qui nous occupe, les leitmotiv 
qui circulent en elle. 

Les Marines d'Helleu sont pimpantes 
comme des salons de couturiers ; des yachts, 
palpitants de leurs flammes, pareilles à des 

42 



rubans de chapeaux, y glissent comme des 
ladies. 

Des vieux parcs. Versailles est le pré- 
féré. J'ai dit plus haut les aspects que l'ar- 
tiste en a fixés, et dont l'un décore le 
Luxembourg. Certain bassin de Latone, ex- 
posé l'an d'avant, est peut-être le chef-d'œuvre 
du peintre. Au centre des plumes liquides, 
projetées par les grenouilles dorées, en les- 
quelles Jupiter vient de transformer les 
pavsans Cariens, la mère d'Apollon se modèle 
tinement sur le bleu ciel, où rayonnent, en 
rougeoyant, les baisers enflammés de son tils. 
Les habitués des jardins de Versailles n'ou- 
blieront pas de sitôt le jeune homme vêtu de 
noir, peignant frénétiquement, durant l'heure 
attribuée aux Grandes Eaux, les iris épars 
dans les panaches écumeux et dans les pul- 
vérisations aquatiques. Une série d'eaux-fortes 
nous est promise, dont Versailles est le royal 
objet; j'en connais des fragments alléchants. 

43 



Le juvénile buste de Louis XIV, autour 
duquel le Bernin a fait tournoyer un ouragan 
de plis et de boucles, en ouvrira le fron- 
tispice fulgurant, au-devant des dieux morts, 
qui pleurent dans les vases de marbre, 
ciselés de symboliques tournesols, les larmes 
d'or de l'Automne. 

Ecoutez Mirbeau sur ce sujet : 

« Le bassin aux eaux profondes et bronzées, habitées par 
tant de sourds reflets... la ronce et le cuivre vif des feuillages 
qui l'entourent... analyse de quoi est faite cette eau, de quoi 
sont faits ces glorieux feuillages... et tu admireras la cons- 
cience et aussi la vision de cet artiste passionné... Et ce petit 
satyre de marbre qui joue de la flûte, tandis que les rafales de 
vent couchent les arbres et font autour de lui tourbillonner les 
feuilles mortes. Quelle idée charmante, quelle grâce simple ! 
Oui, il faut aimer cet homme-là... il est bien de chez nous. >> 

Sur la série des intérieurs de cathédrales, 
par Helleu, j'aime à citer ces deux autres 
passages d'Octave Mirbeau, qui fut l"un des 
premiers zélateurs de leur peintre : 

« De Monsieur Helleu. deux intérieurs de cathédrales. La 
Cathédrale de Reims, sereine, pacifique ; les piliers montent 

44 



comme des prières ; les architraves dessinent des courbes, des 
arcs solennels; un grand silence religieux emplit la haie dé- 
serte, et la rosace, au fond du chœur, s'épanouit doucement, 
enlueurstranquilles. L'effet est grandiose; le recueillement de 
la pierre impressionne. — Le soleil trappe les vitraux de la 
cathédrale de Saint-Denis; et dans la chapelle, sur les piliers, 
les murs, c'est un ruissellement de clartés jaunes, rouges, 
vertes, un frisson de lumières changeantes et tremblantes, qui 
colorent les architectures et qui tombent en pluie sur les 
tombeaux où sont allongés des personnages de marbre». 

Entendons maintenant Concourt, à ce 
double propos : 

« A la tin de la soirée, arrive Helleu, qui a passé toute la 
journée à peindre, par ce froid, les statues de Versailles, à 
demi ensevelies sous la neige, parlant de la beauté du spec- 
tacle, et du caractère de ce monde polaire. Et, sur la passion 
delà peinture d'après des vitraux, il me confesse avoir ce goût, 
et avoir travaillé à Chartres, à Reims et à Notre-Dame, qu'il 
a habitée la matinée, presque deux années, visitant tous les 
coins et recoins des tours, au milieu de ces anges suspendus 
dans le ciel, ayant comme des mouvements de corps, pour se 
retenir et ne pas tomber en bas. Et il nous parle d'une fête, 
où, peignant au milieu des chants, des roulements de 
l'orgue, du son des cloches en branle, il donnait des coups de 
pinceausur la toile, à la façon d'un chef d'orchestre, complè- 
tement affolé. // 

Quant aux bleus hortensias, je les ai 

45 



sous les yeux ; ils sont avec notre com- 
mun amour pour « la Palmyre où dort la 
Royauté >/, une des prédilections de Nature 
et d'Art qui m'unissent au peintre. « J'ai 
souhaité que ce fût vous qui tissiez ce portrait 
de moi, me redisait-il hier, nous aimons 
les mêmes fleurs et les mêmes pierres ! » 
Peintures et pastels, je possède sept pan- 
neaux d'hortensias jardines par Helleu, et 
dont les corymbes, glauques ou blondis- 
sants, mirent, en des plateaux d'argent, comme 
des bouquets de turquoises mortes. 



« Mon cher Helleu, 

Vous me faites l'honneur de me demander de présenter, 
en quelques lignes, au public, votre œuvre. Je le lais avec 
grand plaisir, ne me cachant pas cependant la difficulté 
grande à bien parler de vos pointe-sèche, à la fois si légères 
et si colorées, vos pointe-sèche d'une égratignure, sur le 
cuivre, si artiste. 

Votre œuvre, c'est d'après le cher modèle, qui prête la 
vie élégante de son corps à toutes vos compositions, une 



46 



sorte de monographie de la femme, dans toutes les attitudes 
intimes de son chez soi — dans le renversement de sa tête 
sur un fauteuil, dans son agenouillement devant le feu 
d'une cheminée, avec le retournement de son visage contre 
le chambranle, et la fuite contournée du bas de son corps; 
dans une rêverie qui lui fait prendre dans la main la che- 
ville d'une jambe croisée sur l'autre ; dans une lecture, avec 
le défrisement d'une boucle de cheveux, le long de sa joue, 
quelque chose d'interrogateur au bout du nez, une bouche 
un rien entr'ouverte où il y a l'épellement heureux de ce 
qu'elle lit ; dans le sommeil où, de l'enfoncement dans 
l'oreiller, émerge la vague ligne des épaules, et un profil 
perdu, au petit nez retroussé, à l'œil fermé par de noirs cils 
courbes. Et si la femme, ainsi représentée dans son intérieur, 
sort de chez elle, regardez-la sur cette merveilleuse planche : 
« La femme devant les trois crayons de Watteau, du 
Louvre i,, regardez-la, une main sur son ombrelle, avec 
toute l'attention de sa séduisante et ondulante personne, 
penchée sur les immortels dessins de la Vente d'imécourt. 
Non, je ne sais vraiment pas un autre mot pour les baptiser, 
ces pointe-sèche que de les appeler les instantanés de la 
grâce de la femme //. 

Elles sont aujourd'hui au nombre de deux 
mille, ces planches ; beaucoup moins nom- 
breuses, quand Concourt écrivait pour elles, 
cette Préface, en 1893. J'en ai des centaines 
sous la main. J'y vois bien encore de nos 



47 



fleurs de prédilection ; puis, des statues et 
des vases, en des quinconces ; mais ces lleurs 
ne sont quun détail, ces sites, qu'un décor, 
autour de cette double figuration : l'En- 
fant et la Femme. 

A peine trois ou quatre essais de portraits 
d'hommes, en cette innombrable collection : 
Concourt, avec cet air de « perle grise dans 
du coton >/ que lui trouvait Madame Forain ; 
Whistler, tel un chat tigre spirituel, un œil 
clair sous son monocle, l'autre pétillant de 
malice. 

'< Il (Helleu) — écrit, en 1894, l'auteur de la Faustin — 
vient faire une eau-forte d'après moi, disant qu'il est très 
intimidé, qu'il a rêvé toute la nuit qu'il manquait mon 
portrait, et que, pour se mettre en train — lui qui ne fait 
que des femmes — il a essayé de se portraiturer lui-même. » 

Je ne pense pas que le magnanime artiste 
ait eu de funestes songes à propos de mon 
profil, la nuit qui précéda le jour fortuné où 
son diamant fameux lui assura la durée, 

48 



puisque rien de tout cela n'était combiné, 
mais au contraire, fut impromptu, soudain, 
irrésistible. 

C'était peu de temps après la lecture que je 
fis, 2iVi Pavillon des Muses , pour une quarantaine 
d'amis éminents, d'un chapitre du livre par moi 
consacré à la mémoire de mon compagnon de 
vingt années. De ces amis-là, Helleu apparais- 
sait des premiers. Il m'en donna, ce jour mé- 
morable, au cours d'une visite que je lui fai- 
sais, une nouvelle et insigne preuve, dont 
j'aime à écrire, ici, à quel point elle me 
toucha et combien j'en reste reconnaissant. 

Je me tenais dans le salon depuis une 
minute, que le maître du lieu n'avait pas 
encore paru. Tout à coup, il fit irruption de 
l'extérieur, venant du balcon, où je ne pou- 
vais l'apercevoir, et sans môme me dire 
bonjour, il me cria, comme en proie à une 
inspiration violente : « Asseyez-vous là, 
Montesquiou, je veux faire votre portrait ; 

g 49 



Yturri l'avait longtemps souhaité ; je veux 
donner satisfaction à ce désir de celui dont 
vous avez si noblement parlé dans votre ou- 
vrage, et pour lequel j'avais une amitié véri- 
table. » 

Je me sentais si surpris, en même temps 
que si ému; je ne savais que répondre. Quel- 
ques heures après, l'eau-forte. que je tiens 
pour un des chefs-d'œuvre d'Helleu, était 
accomplie. Il est rare que les orgueilleux 
soient satisfaits de leurs images. Moi je le 
suis de la mienne. A la fois juvénile et âgée, 
comme le modèle peut-être, elle note ainsi 
deux traits du caractère de ce dernier, en qui 
certaine gaieté s'allie à la méditation, et qui 
semble voir venir, dans cette interprétation 
élégante et pensive, le correctif dont on sou- 
rit, en même temps que le motif dont on 
pleure. 

Les jeunes femmes, ce sont, un peu au 
hasard, la joueuse de tennis, le nez au 

50 



vent, la bouche entr'ouverte, les yeux eni- 
vrés de grand air et comme grisés d'une 
anodine liqueur, un verre d'anisette, quel- 
ques gouttes de '< parfait amour » ; une 
grasse rieuse s'amusant à donner un shake- 
hand à un chat, qui fait poliment patte 
de velours, au beau milieu de la menotte 
gentiment tendue ; la Cigarette, une autre 
gracieuse griserie, l'épreuve déjà payée cher 
à la vente Concourt ; une des plus sédui- 
santes feuilles du présent recueil, le spirituel 
prolil d'une belle jeune fille, d'une habile 
artiste, Mademoiselle Suzanne Lemaire; Made- 
moiselle Cécile Sorel, sous un chapeau 
ombreux ; Mademoiselle Lucy Cérard, coiffée, 
elle, d'un chapeau nuageux, et à qui le bois 
sculpté du canapé Louis XV, où son repos 
s'adosse, a l'air de présenter une rose gé- 
minée : Mademoiselle Liane de Pougy pelo- 
tonnée en une chaise longue rocaille, une 
bague au doigt de son pied nu ; tous les 

-51 



allongements, les étirements, les acoquine- 
ments de V E terne/ Féminin dans la conque 
gracile ou tarabiscotée des méridiennes. Au 
bord des estacades, sur la passerelle des 
paquebots, au-devant des âtres. aux vitres 
des vitrines, aux cimaises des muséums, 
la voyageuse, la visiteuse, la promeneuse, 
en canotier, en chapeau jamais tapageur, 
cambre son torse, renverse son buste, ar- 
rondit sa taille. Au-dessus, la nuque sup- 
porte le remous des cheveux, et la pointe 
de diamant se donne carrière : cette pointe 
ayant, (au dire de Concourt) " un tournant 
sur le métal que n'a pas la pointe d'acier, 
et avec lequel, il (Helleu) se vante de 
pouvoir faire un 8 ». Huit de cheveux, tour- 
nant de cheveux. « On n'aime une femme 
que pour un détail » disait Rodenbach, subtil 
adorateur des chevelures. Pc^ssé maître au 
rendu des coitïages roux, que la sanguine 
peint au naturel, rien qu'à les dessiner, 

52 



il n'est tresses et chignons, boucles, fri- 
sures, ondulations, éparpillements qui ré- 
sistent à la pointe de diamant décrite par 
le Maître d'Auteuil. 

Si l'intitulé cher à Balzac : Étude de 
Femme, Autre étude de femm^e, peut dénommer 
une grande part de l'œuvre d'Helleu, Étude 
de Mains, titre d'un des Emaux et Camées, de 
Gautier, se pourrait, non moins, appliquer à 
nombre de ses planches; mains longues, aux 
doigts effilés, divisés ou rassemblés, contour- 
nées autour d'un bibelot, jointes au-dessous 
d'un menton, ou caressant, d'un médius et 
d'un index réunis, l'intérieur d'une paume 
satinée. Doigts mollement rentlés, aux pha- 
langes amincies, et pareils à des fuseaux de 
chair, autour desquels s'enroulent les volutes 
des frisons roux, les anneaux parfumés des 
toisons; mains appliquées, au-dessous d'un 
visage baissé, dans le si attentif mouvement 
d'enfiler une aiguille. 

53 



Il n'est jusqu'aux doigts enfantins qui ne 
deviennent parlants, en ces maternelles 
séries. Geste indicateur et potelé, d'un marmot 
désignant avidement quelque objet de son 
désir. Je ne sais qu'aux Enfants et Mères de la 
Muse de Douai, des caresses si tendrement 
échangées, de si véridiques et souriantes 
notations du groupe à deux personnages 
« fondus en un » du bambin et de l'accou- 
chée. C'est tantôt le lin protil de la maman, 
et les rondeurs de la frimousse du bébé, dont 
s'épousent, presque se concertent les sinuo- 
sités, comme en une coquille, les deux 
amandes d'une philippine. Ce sont des cache- 
cache, entre les pieds tors des tables de style, 
et les cotwotis, derrière un fauteuil de ravau- 
deuse. Toutes les sérieuses gentillesses du 
premier âge, épiées, surprises et rendues par 
un peintre, qui est un père; le petit dessina- 
teur s'essayant à copier cette pelote de chez 
Kirby : un cochonnet en velours rose; la fil- 

54 



lette qui parle bas à l'oreille de son cheval 
de bois, ou qui promène un démêloir-joujou 
dans la tignasse de sa poupée; et cette bam- 
bine plus exquise, embrassant câlinement le 
bras nu d'une jeune tille. Essaim fixé des 
puériles caresses, dérobées à XhabiUis corporis 
enfantin, au-dessus duquel plane, coiffée d'un 
chapeau de plissés, en forme d'ombelle ren- 
versée, la tête sérieuse d'Ellen Helleu, les 
yeux clairs dans le brun visage. 

Je dirai encore l'importance dont Helleu 
sait revêtir, au cours de ses dry-pohifs, tel ou 
tel accessoire distinct ; un groupe de Nym- 
phenbourg, une gravure de Watteau occu- 
pant avec autorité le fond de la scène, ainsi 
que le peut faire, en une toile de Vermeer, 
une carte de géographie. 

C'est encore à Octave Mirbeau que je 
laisse le soin de résumer éloquemment notre 
impression sur ce blanc et noir : 

/< Helleu... un en qui toute la grâce... tout le goût si 

55 



surprenant qui immortaliseront l'art du Dix-Huitième Siècle, 
se sont comme par miracle, réfugiés.... Ce qui est extraordi- 
naire, c'est qu'on n'a pas l'air de se douter qu'Helleu, avec 
la fine pointe de son diamant mordant sur le cuivre, est en 
train de créer une des plus précieuses, une des plus 
vibrantes, une des plus amoureuses œuvres de ce temps » 

Cependant Londres s'en tient fort au cou- 
rant; et c'est une royale coquetterie de notre 
ami, d'inscrire au premier rang des collec- 
tionneuses de ces etchings, celle qui fut la 
Princesse de Galles, celle qui fut la Reine 
d'Angleterre, celle qui reste la noble veuve 
d'Edouard VII. 



Helleu est né à Vannes en i8sq, d'un père 
Breton et d'une mère Parisienne. Tous deux 
avaient, je crois, du goût pour l'art, et quel- 
que talent de dessin. Du côté paternel, l'as- 
cendance héroïque du jeune homme, horresco 
referens, est celle-ci, — honni soit qui mal y 

56 



pense — Le Quinio, l'une des plus cruelles 
figures de la Révolution, celui dont Chénier 
a écrit, en ces propres termes, dans une 
pièce à l'Etre Suprême, poème inachevé de 
ses ïambes : 

Quoi, ton (fil qui voit tout, sans les réduire en cendre, 

« pénètre dans les cachots ou les Couthon, 
les Le Quinio, couchés sur des cadavres, ron- 
gent des ossements humains » ? 

Et n'est-il pas curieux de revoir, épris des 
ombrages de Versailles, le petit-tils du ter- 
rible Le Quinio, graver ses pointe-sèche, au 
lieu même où le pur André traça ses der- 
niers vers? 

Helleu (bien que trop de célébrités se soient 
vantées d'un tel précédent) fut, en pension, un 
mauvais élève, remplaçant les devoirs par des 
croquis; Galland, qui connut Helleu au sortir 
même de ces années, admira, dit-on, de ses 
premiers dessins, dont plusieurs restèrent en 

57 



sa possession, qui reparaîtront, quelque jour, 
peut-être. 

C'est, je crois bien, seulement en 1893 
(est-ce un anniversaire de Le Quinio?) que le 
jeune peintre fait son apparition dans le 
Journal de Gou court, qui, jusque-là, semble 
l'ignorer. Il entre de but en blanc : « Tissot 
m'a amené Helleu, qui veut décidément faire 
une eau-forte d'après moi ». 

Plus loin : 

« Le peintre Helluu, des yeux fiévreux, 
une physionomie tourmentée, et, avec cela, 
la peau et les cheveux du noir d'un cor- 
beau. » 

En quelques lignes, portrait saisissant et 
assez exact. Il y manque pourtant la noire 
barbe de François d'Assise. Comparez encore 
ce portrait écrit, au plat de faïence, entre 
tous unique et précieux, où Boldini, céra- 
miste pour une fois, a reproduit la ligure de 
son ami (en ce temps-là décorateur chez 

58 



Deck), appliqué lui-même à contourner 
savamment. au centre d'un plat, le prolil 
aigu d'une beauté célèbre. Et le plat qu'Hel- 
leu est censé peindre, en ce plat peint par 
Boldini, encore aujourd'hui, dans la salle à 
manger de la Rue des Belles-Feuilles, se sus- 
pend à côté de l'autre. 

Rue des Belles-Feuilles! Désignation poé- 
tique et prophétique dont j'aurais voulu la 
donner pour intitulé à cette Etude, qui fait se 
dérouler tant de beaux feuillets graves, où 
des visages sont inscrits, comme des oracles, 
autrefois, sur les feuilUiges de l'antique forêt, 
laquelle les mêlait à ses murmures. 

On sait tout ce que l'examen discret, mais 
perspicace, d'un intérieur, sait nous révéler 
sur son maître. Ici, à peine quelques-unes des 
œuvres du peintre, qui n'y trônent pas, plutôt 
y traînent, et comme à regret; mais des har- 
monies en des tons clairs, presque blancs, 
inondés de lumière vive. Helleu ne fut-il pas, 

5-9 



il y a tantôt quinze ans, un des premiers res- 
tituteurs du blanc, aux appartements rafraî- 
chis, jusque-là, depuis longtemps voués à ce 
qu'il appelait : le mobilier Chat Noir, le 
Henri II d'occasion, le faux Gothique? Helleu 
aime les tapis d'un gris léger. Il y fait courir 
de blancs lits de repos, semblables aux 
bateaux de la chansonnette des enfants; des 
bateaux qui ont des jambes. Aux murs, des 
cadres, vides souvent, des cadres ancienne- 
ment dorés, aimés pour eux-mêmes. 
Ecoutons Concourt : 

« Pendant qu'il travaille, penché sur la planche de 
cuivre, qui lui met un reflet rouge sur la ligure, il me con- 
fesse ses goûts de bibeloterie, son amour des bois sculptés 
du Dix-Huitième Siècle, et il m'avoue que, pour le tableau 
qu'il finit dans le moment, tableau vendu seulement deux 
mille francs, il vient d'acheter un cadre aux armes de France, 
de quinze cents francs. » 

Parfois l'un de ces cadres enferme une 
esquisse dun ami, une Léda de Boldini, 
pochade libre et libertine qui tient de Frago- 

60 



nard et de Jules Romain; ou quelqu'une de 
ces gravures de Watteau, publiées chez la 
veuve de Chereau, Aux deux Piliers d'or, et 
sur lesquelles leur intitulé et leurs dimen- 
sions se répètent en un latin ampoulé et 
amphigourique; pour l'Embarquement : Ad 
Cythera Conscensio; pour les Plaisirs de l'Eté : 
^stivœ ohlectationes; pour la Perspective : 
Prospectus; et, au-dessous : sculpUis juxtà 
exeniplar a WaUeavo depictuni, etc.. 

Çà et là, des meubles Empire, l'acajou et 
les bronzes (de préférence des flèches et des 
papillons) qu'Helleu s'est mis à juxtaposer à 
l'argent, au plaqué, à l'étain qui naguère le 
charmaient à peu près exclusivement, asso- 
ciés aux candides satins, aux étoffes nei- 
geuses. 

Et sur les dessus de marbre, blancs aussi, 
de 'telle cheminée ou de telle console, des 
vases en blanc de Chine, des statuettes en 
blanc de Saxe. C'est entre ces objets pim- 

61 



pants, qu'il se vante de devoir à son travail, 
que vit et produit ce '< jeune homme vêtu de 
noir >/ que je n'ai jamais vu, depuis plus 
de vingt ans que j'ai la joie d'être son ami, 
porter sur soi une teinte, une couleur; en 
éternel deuil, peintre des nuances suaves. 
Quand Verlaine a écrit ce vers : 

Aw pâle clair de lune tristr et beau, 

il a rendu toute leur primitive valeur à trois 
simples et nobles mots, tombés en déshé- 
rence. Rendez, de même, son lustre à cette 
locution devenue banale : //// i(ofit t'xcjitis; vous 
en pourrez faire don à Helleu qui, entre tous, 
en est digne. Cette qualité émane de ce qu'il 
a choisi, de ce qu'il a groupé ou créé, vous 
frappe aux yeux et au cœur — quelque sou- 
venir que vous ayez gardé de ses précédentes 
réussites — en toute exhibition où vous abor- 
diez sa travée, — et vous apprête un sûr repos 
des regards, chaque fois que cet aristocrate, 

62 



de plus en plus dégoûté des accointances 
tapageuses, daigne prouver que les plus 
harmonieux moyens de séduction et d'emprise 
ne sont ni dans le blaireau éhonté, ni dans la 
brosse captieuse. 

Une mémorable preuve en fut faite pour 
nous et pour tous, parmi certaine exposition 
de la Rue de Sèze, où, lleuri à droite et à 
gauche de deux panneaux d'hortensias bleus, 
souriait le plus gracieux pastel qu'il ait sans 
doute peint, une rose ligure entre les bruns 
miroitants des martres. 

« Cheveux gris, perles grises, robe 
grise... » m'écrit le peintre, parlant d'un de 
ses modèles, cette fois de New-York, en 1912. 
Mais sa prédilection du délicat n'empêche pas 
les concepts grandioses. En collaboration avec 
Monsieur Warren, il imagine un plafond de 
cent mètres, à la fois cosmographique, esthé- 
tique et américain : une voûte bleu-nuit, 
traversée d'un Zodiaque aux signes d'or, d'une 

63 



voie lactée et argentée, autour de laquelle 
des constellations, des planètes et des étoiles 
répondent électriquement aux appels des 
commutateurs. 



'< Que voulez-vous que je dise de vous, 
Helleu? >/ lui demandai-je, ayant à écrire, sur 
son propos, un ai'licle, un jour. 

« Dites qu'à l'Ecole des Beaux-Arts, quand 
j'avais quinze ans, j'étais le seul à aimer 
Manet et Monet, et que j'avais, pour cela, 
soixante camarades clabaudant à mes trous- 
ses. — Maintenant, ils peignent tous violet... 
— et, moi, pas! » 

Certes, Helleu préfère, et il a raison, 
demeurer, ainsi que l'a nommé Concourt, 
l'auteur « des pastels où l'on sent un œil de 
peintre, amoureux de douces étoffes, de ten- 

64 



dres nuances passées, de soieries harmonieu- 
sement déteintes ». 

Et ne sera-ce pas un bel éloge si l'on dit 
de lui, si l'on grave sur son marbre : homme 
d'un seul dieu : l'Art ; d'un seul maître : le 
Goût; d'une seule femme : « le charmant mo- 
dèle qui prête la vie élégante de son corps à 
toutes ces compositions, ne pouvant faire un 
mouvement qui ne soit de grâce et d'élé- 
gance, et que, dix fois par jour, le peintre 
s'essaie à surprendre »... la multiforme Alice, 
dont la rose chevelure illumine de son retlet 
tant de miroirs de cuivre? 



6s 



IV 

EDMOND DE GONCOURT 




"\ 



II 



FEUILLETANT, ces dernières années, une 
importante Revue Allemande, je fus ar- 
rêté par ce titre d'une Nouvelle qui occupait 
deux Numéros de ce Périodique. Elle portait 
cet intitulé alléchant : Une Tête d'Helleit'. Allé- 
chant pour beaucoup, sinon pour tous, depuis 
que d'heureuses vitrines d'antiquaires" et de 

I. Ein Kopf von Helleu, Deutsche Rundschau, 1900. 

67 



modernistes se sont fleuries de la rose rouge 
des têtes rousses, qui s'épanouissent au centre 
des feuillets où le féministe Helleu promène 
sa sanguine. 

Ce serait une faiblesse de nous déprendre 
des œuvres qui nous charment, lorsqu'elles 
semblent se départir de Xodi profanum qui 
les distinguait et, les isolant, nous en faisait 
plus proches. C'est donc tout amateur d'Art 
Moderne, dans la bonne acception d'un mot 
qui prête au malentendu, à savoir, d'un art 
qui sait allier au respect du passé, à la con- 
naissance, comme au culte de ses Maîtres, 
une originalité, une individualité servies par 
des moyens personnels — c'est, dis-je, tout 
lecteur ainsi préparé, que devait séduire le 
titre précité de la Nouvelle Allemande. Et, 
plus expressément, l'ami averti, témoin sen- 
sible et renseigné des premiers essais, des 
luttes continues, des victoires remportées, 
honneur de l'artiste indépendant et sensitif, 

68 



entre tous ceux dont l'œuvre vibrante doit 
transmettre à l'avenir un peu de la vie ner- 
veuse d'une époque exacerbée. 

Je déchiffrai les feuillets, et m'applique à 
en recueillir le sens, pour le rapporter au 
toujours jeune Maître qui nous occupe, à son 
œuvre que nous aimons, et, sinon en extraire 
\ incomuie (à jamais, et c'est son charme, 
fuyante et indevinée), tout au moins en tirer 
des variations d'élégante féminité et de psy- 
chologie enrubannée. 

Un fils de famille, allemand, esthéticien 
de mérite, s'est épris d'une jeune tille, Lis- 
beth, que le hazard d'une rencontre lui tit 
protéger, dans la rue, contre je ne sais quelle 
injure d'un passant; or, la belle se trouve 
être modeste employée chez un docteur, mais 
d'une distinction de visage et d'allures, qui 
séduit le protecteur, bientôt le fiancé. 

Ce dernier, au cours d'un voyage, a pro- 
mis d'envoyer, de Paris, un cadeau typique, 

59 



résumé des séductions de la Ville-Lumière; 
et ce présent est attendu avec la curiosité de 
l'espérance, la palpitation de l'amour. Voici 
la caisse, que la destinataire hésite à ouvrir 
sous les regards malicieux de ses compagnes. 
Déception! Ce n'est ni le colifichet rêvé, ni 
le brimborion qui doit faire pâlir l'étalage des 
gai anfer l'en locales. Dans un beau cadre clair, 
une grande feuille de papier dont un des 
témoins donne une description fantaisiste. 
Puis, viennent des appréciations, des discus- 
sions à propos du sujet. Et ce public, de 
disserter plus ou moins gauchement sur les 
mérites du précieux envoi. Et la jolie tille, 
inconsciemment portraiturée à distance, par 
l'aquafortiste raftiné, s'éloigne, incompréhen- 
sive et attristée, avec la perle dont elle ignore 
l'orient, qui cependant la retlète. 

Car c'est ainsi ; et toute la grâce ingé- 
nieuse et sentimentale du tiancé tient dans 
ce détail : il a retrouvé et reconnu, sous 

70 



quelque vitrine de la Rue Laftitte, en une 
esquisse du graveur français, une similitude 
de la chère absente. 

La lumière intervient, sous l'aspect de la 
femme du docteur. Elle voit la gravure et 
s'écrie : « Ce ne peut être que d'Helleu, cette 
image ravissante! Comme cet homme des- 
sine! Avec si peu de moyens! Quelques traits 
pour l'ombre; quelques traits dans un autre 
sens, pour indiquer les cheveux doux comme 
de la soie. Rien de plus. A peine les contours 
de la tête... » Et comme la ressemblance de 
l'œuvre, au modèle distant et inconnu, se 
révèle à cette femme avisée : « C'est incroya- 
ble, poursuit-elle, comme cet artiste, qui n'a 
jamais vu Lisbeth, en donnant ses traits, dans 
un croquis génial, légèrement jeté sur le 
papier, rend en même temps ce qui est la 
quintessence de son être : le calme d'une 
pensée intacte et sans fausse culture d'esprit; 
l'impression qui dit comme cette enfant, tout 

71 



enfant qu'elle est, suivra son chemin tout 
droit, hors des influences mondaines, et con- 
servera entiers son moi et son caractère. » Et 
la maîtresse ajoute : « Votre fiancé a une 
haute opinion de vous en pensant que vous 
comprendrez l'art exprimé par cette image ». 
— « Trop haute opinion, répond la jeune 
fille, car, en effet, je ne le comprends pas ». 
Et l'aventure se déroule, banale ensemble 
et dramatique. Présentée à la mère, puis 
aux relations de son promis, la demoiselle 
éprouve la froideur de l'une, le mépris des 
autres. Elle écrit à son amoureux une simple 
lettre de rupture, en lui retournant la jolie 
image. « Et moi, formule l'entêtée, la naïve, 
la féroce qui est dans toute aimée — et moi 
je ne trouve pas que cette gravure soit si 
belle que toi et Madame vous le dites; c'est 
pour cela que je te la renvoie! » Et comme 
elle signifie, en même temps, son congé au 
pauvre soupirant... il en meurt. 

72 



« Nous n'aurions pas pu nous comprendre, 
puisque nous ne comprenions pas les mêmes 
choses», répond Lisbeth émue, mais fataliste, 
à sa maîtresse qui lui reproche une appa- 
rente indifférence. 

« Cependant, la mère du jeune mort, en 
comparant l'écriture incertaine et enfantine 
du billet d'adieu, avec les contours de l'image 
qui la regardait sérieusement, comprit l'amour 
de son fils et ce que sa douleur lui faisait 
entrevoir de commun entre elle et cette 
pauvre fille. » 

J'ai cité cette nouvelle, j'en donne le 
compte rendu succinct, tout d'abord parce 
qu'elle témoigne, une fois de plus, une flat- 
teuse préoccupation des littératures étran- 
gères, autour de Toeuvre du prestigieux ar- 
tiste. En outre, cet épisode nous sauve de 
ressasser des vérités acquises, de repasser, que 
pour en résumer, en redire le charme, par les 
chemins qu'il nous a faits familiers, du Parc 

y 73 



de Versailles dont il a traduit, à l'automne, 
et mieux que nul autre, les pénétrantes dou- 
ceurs, les rousseurs mélancoliques : 

La Diane de marbre, au bois automnal, chasse, 
Tout Octobre se rouille aux feuilles d'acajou; 
De courir, sans mourir, cette statue est lasse, 
Et le vieux parc a l'air d'un immense bijou. 

La sertissure d'or des feuillages rougeâtres 
Monte, d'un ciel pâli, le saphir qui se meurt; 
Les dieux marmoréens, mélangés à des pâtres. 
Attendent d'expirer, de vieillesse, sans heurt. 

Et, dans le soir bleui, qui se vêt de son voile, 
LIne blancheur se lève, et s'ouvre, un astre pur. 
Comme si la Diane eût blessé d'une étoile 
Le cœur mystérieux et profond de l'azur. 

Les froides allées de pierre, entre les om- 
breux piliers des basiliques, alternent, nous 
l'avons vu, dans cette œuvre complexe, avec 
les arbres des royaux bocages, avec les esta- 
cades soleilleuses, où palpitent les flammes 
des yachts et les ceintures des baigneuses, 
avec les cimaises des musées où se penchent, 

74 



dans des attitudes d'attention, plutôt appli- 
quées à se faire admirer, les Parisiennes cos- 
mopolites. 

C'est, notamment, et, surtout, par ces ins- 
tantanés de la grâce de la femme, selon la pit- 
toresque formule de Concourt, que le nom, 
que le renom d'Helleu sont devenus célèbres. 
Mais c'est, je le dirai, beaucoup aussi, — et 
la nouvelle allemande nous le révèle joliment 
— par ce qui reste et rayonne d'universelle- 
ment féminin, dans les effigies qu'il retrace 
des duchesses et des ladies, et en dehors 
d'elles, que le graveur nous émeut. 

Rares faveurs, certes, que d'avoir peint la 
Comtesse Greffulhe, et de l'avoir assimilée 
aux cygnes sinueux et dorés des bronzes de 
l'Empire; d'avoir dessiné Madame Georges 
Menier, à la coiffure Grecque, au visage par- 
fait, au regard limpide et lucide, qui semble 
projeter devant soi, comme fait le modèle, 
un peu de la pensée aimable et assurée ; 

75 



d'avoir fait s'épanouir, au-dessus d'un col 
pareil à une tige de tleur, la tête sérieuse et 
rose de la Duchesse de Marlborough, et 
fait sourire le protil printanier de Miss Dea- 
con, sous le tricorne menu des amazones du 
siècle poudré, des chasseresses de chasse à 
courre. Mais n'est-ce pas oeuvre, plus inci- 
sive, de traducteur du mystère féminin, que 
de faire reconnaître, à la fois personnelle- 
ment et anonymement par chacun de nous, 
dans Une Tête cf Hel/eu, le visage d une belle 
chérie ? 

L'auteur de notre petite nouvelle a erré, 
en rangeant Helleu parmi les impression- 
nistes. Nous l'avons entendu s'écrier : « Ils 
peignent tous violet, et moi, pas! » en par- 
lant de ses compagnons d'école. Une telle 
personnalité suscite des imitateurs, elle ne se 
subordonne point à des groupes. 

Son œuvre, comme Ta bien fait ressortir 
le nouvelliste allemand, ne cesse doffrir à 



ceux qui savent l'interroger, ce qui réelle- 
ment s'y trouve : Timage ravissante et saisis- 
sante des femmes et de la femme; le dessin 
rusé et câlin qui tixe un contour, d'une 
caresse ou d'une égratignure ; et, '< de peu de 
moyens, quelques traits pour l'ombre, quel- 
ques traits, dans un autre sens, pour indi- 
quer les cheveux doux comme de la soie />, 
exprime l'amie de chacun et Tamie de tous; 
en un mot, « parles quelques lignes d'un génial 
croquis, légèrement jeté sur le papier », a su 
rendre, pour chacun de nous, et sans l'avoir 
jamais vue, ce qui, dans le présent ou dans le 
passé, l'attache à la femme aimée. 

Je lisais, l'autre jour, d'un nouveau venu, 
qu'il devait être considéré comme '< le créa- 
teur de la silhouette des Parisiennes actuelles ». 
Y a-t-il lieu de s'en féliciter, de le compli- 
menter ? Ce fourreau de parapluie, indécent 
et laid, qui semble se rétrécir, à mesure 
que le pardessus des hommes prend plus 

77 



d'ampleur, et comme des tournures de jupe ; 
cette maigre traîne de soutane, ces effets 
de jambes, ces pieds disproportionnés, ces 
allures étriquées, ces coiffures saugrenues aux 
bords démesurés, aux panaches ridicules, tout 
cela représente autant de défis au bon sens, 
d'offenses au bon goût. 

Ce sera l'honneur d'Helleu de n'avoir 
jamais sacrifié à ces travestissements déplo- 
rables, d'avoir donné, à ses jeunes tilles, des 
grâces de jeunes filles, à ses femmes, des airs 
de dames, qui seront sans doute les derniers, 
s'il faut se résigner à voir la Parisienne, docile 
jusqu'à l'imbécillité, sous l'aspect d'un éphèbe 
dégingandé et dévergondé, qu'elle se laisse 
misérablement infliger par les soi-disant créa- 
teurs de ses silhouettes. Je décrirai celle-ci : 
une demoiselle, contorsionnée dans on ne 
sait quel agenouillement pseudo-gracieux, 
crispe sur le manche de son ombrelle, une 
main, que dis-je? une patte, dont se conten- 

78 



terait une araignée, une pince qui ne dépare- 
rait point un crabe. 

Et forcément, à côté des créateurs, il y a 
les reproducteurs, qui renchérissent et rem- 
plissent les magazines, de dessins odieux, 
comme tout ce qui associe la médiocrité à 
l'extravagance, et dont l'indigente originalité 
apparaît au fond entièrement nulle, puisqu'elle 
est tout entière prise à l'auteur du Râpe of 
the Look, et aux ballets russes, amalgamés 
pauvrement. 



79 



V 

HORTENSIAS D'A UTOMNE 



III 



CE qu'on appelle Variations, en musique, 
offre à l'oreille un divertissement agréa- 
ble. Les anciens maîtres du clavier en ont 
présenté des exemples fameux. Le thème du 
début s'y retrouve, enguirlandé d'arpèges, 
fleuri de toutes sortes d'ornements qui, tantôt 
le voilent ou le dénudent, et sous une allure 
tour à tour ralentie ou précipitée, en chan- 



gent la physionomie sonore, pas assez pour 
la faire méconnaître, assez pour en multiplier 
l'attrait. 

De telles variations existent en peinture. 
Monet notamment y excelle. Chacune de ses 
expositions annuelles s'exerce sur un sujet 
unique; les champs de tulipes de Haarlem; 
les meules, au lever, puis au coucher du 
jour; un groupe de peupliers, pareillement 
exposés à de mouvantes lumières; puis de 
successifs aspects d'un bassin de nénuphars. 
Quant aux Danseuses de Monsieur Degas, 
combien de fois n'a-t-il pas varié l'effet, avec une 
puissance toujours accrue, de leurs jupons 
de tulle et de leurs ronds de jambes? 

Pourquoi l'écriture se refuserait-elle à ce 
jeu de répétitions diversifiées? Face, profil, 
trois-quails, il y a toujours à revenir sur un 
portrait; ou plutôt, une expression à la fois 
mobile et immuable, stable et changeante, 
nous offre d'incessants prétextes à noter 

82 



d'elle, de nouvelles acceptions qui, par la 
réunion de leurs aveux distincts et gradués, 
nous rapprochent davantage, chaque fois, de 
la ressemblance totale. Tantôt cette ressem- 
blance se synthétise en un sommaire contour; 
tantôt elle confie à un détail le soin de nous 
révéler un trait de caractère. 

J'ai bien souvent essayé de telles varia- 
tions sur l'œuvre d'Helleu, et j'en voudrais à 
l'année qui ne me permettrait pas d'embellir 
ma Muse, en lui donnant à se mirer, elle 
aussi, dans la prestigieuse plaque de cuivre. 

Ce sont encore, jel'aidit, des variations sur le 
type féminin, et séduisantes entre toutes, que 
renouvellent incessamment les pinceaux, les 
crayons, et, plus particulièrement, la pointe 
de diamant dont l'incomparable graveur trace, 
sur le rectangle métallique, le reflet de celles 
qui viennent s'y mirer de tous les points 
du monde. 

De ces interprétations multipliées par l'Ar- 

83 



liste, d'après \ Eternel Féminin, les caractéris- 
ques demeurent, encore une fois, l'élégance et 
la distinction, la race et la grâce; non point 
la maladroite caricature ou la prétentieuse 
contrefaçon de ces exceptionnelles manières 
d'être; mais leur exquise approche, leur indu- 
bitable présence réelle. 

Oh! comme je plaindrais la jolie femme 
qui, moins heureuse que les Reines, que tant 
d'Altesses Impériales, Royales ou Mondaines, 
que la Grande-Duchesse Cyrille et la Princesse 
Patricia de Connaught, que la Princesse de 
Pless, la Princesse de Broglie, Lady Dudley, 
Lady Vincent. Madame Lydig. Madame Van- 
derbilt, et que tant d'autres, pourrait se dire 
qu'elle n'offrira, ni à l'actualité contemplative, 
ni à l'avenir émerveillé, ses traits à jamais 
fixés par la pointe de diamant inspirée ! Mais, 
comme cette jolie femme-là serait sans goût, 
il ne faudrait pas la plaindre; il suffirait de 
l'abandonner au 'sort malheureux, la livrant, 



toute vive, à tout ce qui reste de Gainsbo- 
rough dans Pierre Grassou, lequel, pour avoir 
changé de nom, n'en reste pas moins toujours 
le même. 

Je rappellerai seulement que ce fut, pour 
ce grand et charmant artiste qu'est Helleu, se 
pencher, une fois de plus, sur le mystère 
féminin, que de redemander aux miroirs d'eau 
de Versailles, qu'il a peints avec tant de mé- 
lancolie, le reflet des souveraines et des favo- 
rites . 

Et ces cathédrales qu'il a reproduites avec 
amour, ne peuvent-elles pas être tenues elles- 
mêmes pour des Majestés de pierre, abritant 
dans les plis de leurs robes sculptées, avec 
l'inquiétante « Madame Mondanité » et la 
rieuse Reine Baba, des saintes portant des 
reliques et des vierges portant des songes? 

Enfin, les fleurs n'ont-elles pas, elles aussi, 
des grâces de femmes? — Elles furent, elles 
restent de ses modèles; bien notamment ces 

«s 



mystérieuses boules d'hortensias bleuis, sur 
lesquelles semblent s'être posés la caresse de 
Séléné, le baiser de Diane. 

Continuez, Helleu, de nous traduire, 
mieux que pas un de ceux qui manient le 
diamant, le mystère féminin sous toutes ses 
formes, charnelles, changeantes, fleuries ou 
pétrifiées : saintes des basiliques, reines des 
parterres et des palais, ou Parisiennes aux 
chapeaux ailés, sous lesquels s'abritent des 
yeux aussi pleins de mystère que les fleurs 
d'Hortense, que les vitraux des rosaces de 
Chartres, ou que les eaux du bassin de Nep- 
tune ! 



Mais je craindrais de méconnaître une 
grande part, peut-être la plus tendre part de 
l'œuvre d'Helleu, si je n'insistais pas sur son 
talent à étudier, à exprimer, les grâces enfan- 



86 



tines. Il vient, une fois de plus, de nous en 
donner une preuve, d'une abondance, d'une 
éloquence, d'une diversité, je crois bien sans 
équivalent dans l'histoire de l'art. 

Certes, les Maîtres anciens ont rendu 
avec plus de puissance, et de majesté, dans la 
représentation de leurs Madones, les effleure- 
ments du filial front, par l'amour maternel. 
Les vierges de Botticelli sont prêtes à s'éva- 
nouir d'émotion sur leur divin fruit, qui lui, 
va saigner. Le seul Musée de Berlin, contient, 
(pour ne parler que de celles-là) deux saisis- 
santes expressions de cette sensibilité, je 
dirais presque de cette visibilité du cœur des 
mères. La première, qui n'est que délicieuse, 
est de Quentin Metsys. Celle-là, c'est l'his- 
toire et le dessin d'un baiser. On dirait deux 
coquillages vivants, deux innocentes fleurs 
qui se mêlent. L'autre est de Mantegna. La 
grâce des précédentes ligures s'y développe 
en grandeur. La jeune mère, déjà doulou- 

87 



reuse dans le pressentiment de l'avenir, ap- 
puie son visage charmant et grave contre la 
tête du nouveau-né, en laquelle il lui semble 
entendre se dérouler la Passion et préluder le 
Calvaire. 

Certes encore, et par bonheur, rien de cela 
dans la jolie suite que nous présentait hier 
Helleu, sous le titre de Nos Bébés. Cependant, 
n'y a-t-il pas toujours un peu de calvaire, dans 
le cœur d'une mère songeant à l'avenir de 
son fils? — Seulement, ces humbles calvaires 
humains ne font que rider d'un pli transpa- 
rent les fronts gracieux de nos mamans pari- 
siennes. 

Suivons-les, au cours de ce joli livre; elles 
s'assoupissent sur l'allaitement, en une co- 
quette paresse; elles dorlotent les petits 
maux, endorment les cris, bercent les som- 
meils et les songes; et, dans l'entre-bâillement 
des portes, dans la conque des canapés, 
assises ou debout, rampantes ou agenouillées, 

88 



avec cette souplesse qui fait, de la mère 
aimante, l'infatigable enveloppement de son 
marmot, par la tendresse et par la caresse, 
elles donnent et reçoivent des baisers, tou- 
jours heureuses (même dans l'inquiétude) 
lorsqu'elles se sentent assez près pour écouter 
le naissant cœur battre. 

Or, si nombreuses que puissent être les 
variations du thème maternel, le thème en- 
fantin les surpasse en multiplicité, sinon en 
grâce. Le bambin, lui. tette, se traîne à quatre 
pattes, mange sa bouillie, dévore son joujou, 
peigne sa poupée, aligne ses soldats de 
ph)mb. parle à son cheval de bois, conduit 
son agneau, ou sur la selle d'osier de son élé- 
phant de carton, prend un air de maharajah 
en tournée. Il taquine la corde de la harpe, 
ou la lyre du clavecin, pianote, range ou 
dérange les gravures, dessine, épelle, écrit sa 
lettre de fête, en un mot, en mille mots, fait 
tout ce qui concerne son état de bambin, à 

89 



travers toutes les phases du bobo, du dodo, 
du nanan, de la baballe et du drinn-drinn, de 
tous ces gentils monosyllabes redoublés, dont 
s'écrit l'histoire de l'enfance. 

Mais les redites sont inévitables, avec cet 
artiste auquel j'appliquais, naguère, une cita- 
tion, sur la nécessité de cesser de vaincre, 
pour ne pas essouffler le narrateur. — Et lui- 
même, parlant de ses bienfaits à l'égard des 
amateurs de son œuvre, ne pourrait-il pas 
dire qu'en ayant « comblé », il en veut « acca- 
bler » ? 

Ce nouveau bienfait prend encore aujour- 
d'hui la forme d'un album enfantin. Sept 
sanguines illustrant les Chansons Simplettes, 
œuvre charmante de Madame Georges Goyau, 
de qui j'aime à saluer mélancoliquement le 
distingué souvenir. 

Qu'elles sont jolies, ces chansons qu'au- 
rait aimées la grande Marcelline ! 



90 



Les Cygnes : 

... glissant sur l'eau sombre 

Où nous apercevons le beau ciel renversé. 

Sur la Grand' Route : 

N'importe quelle route on suive, 
C'est l'avenir et le passé. 

Paroles à la Lune : 

Lorsque vous brillez, c'est du soleil bleu. 

Le Goûter, la Poupée, et surtout, ce /^^;'- 
m^:^' les Rideaux, qui est le petit chef-d'œuvre. 
L'enfant, à sa fenêtre, le soir, tourne invinci- 
blement ses yeux vers l'obscurité qui l'attire 
et le terrifie, car 

... la grande, on veut la connaître; 

En haut les rideaux dessinent un cœur. 

Ce vilain cœur noir, dans les rideaux roses. 
Il semble effrayant. Moi, je parle bas. 
Elle assombrit tout pour cacher les choses, 
La méchante nuit que l'on n'aime pas. 

La lampe nous tient sous sa bonne garde, 
Repoussant la nuit. Le feu donne chaud, 
Entre les rideaux, vois, la nuit regarde. 
Comme un prisonnier du fond d'un cachot. 

01 



Et. sur toutes ces choses, la sanguine et le 
cravon d'Helleu promènent leurs traits entre- 
mélangés, elle, de la couleur des rideaux gais, 
lui. du ton des mornes ténèbres, en cet 
album qui pourrait tirer un titre du combat 
de ces deux colorations, et s'appeler : le Rose 
et Je Noir. 



Celle de mes Paroles Diaprées, que j'ai 
consacrée à Helleu. s'exprime ainsi : 

Votre nom souffrirait en n"étant pas tracé 
Dans ce recueil élu, dit de la dédicace ; 
Ce recueil pleurerait en écoutant c|u"il passe 
Sans que votre beau nom } soit dédicacé. 

Je prends votre burin, qui lit tant de merveilles, 
Et la plaque de cuivre où triomphent vos mains. 
Et j'écris : « Je suis las, j'ai vu beaucoup de veilles 
Car je ne verrai plus autant de lendemains. 

« Mais je sais, aussi loin que mes regards d'artiste 
Se projettent, depuis que j'apprends à savoir, 
Que j'admire, de vous, ce qui, joyeux ou triste, 
Enchante notre vue, et que vous faites voir. 
Au long des feuillets blancs, égratignés de noir 



» 



92 



Il me plaît de m'exprimer en vers, quand 
je parle de ce poète de la ligne ; je le sais 
capable de ressentir le rythme intérieur des 
strophes, non moins que d'en apprécier la 
forme un peu ingénieuse. 

J'ai souvent pensé que les artistes dignes 
de ce nom, pourraient aussi bien exceller dans 
d'autres carrières que celles qu'ils ont choisies 
et qui les ont désignés. En voici une preuve. 
Un soir que j'étais allé, avec Helleu, admirer 
Madame Ida Rubinstein. au cours d'une de 
ses belles reconstitutions antiques, mon com- 
pagnon me cria, dans un élan de plaisir : 

Elle est, d'Ingres, Thétis, elle est la Stratonice! .. 

Je sais peu de poètes de la pensée, capa- 
bles d'improviser un si noble alexandrin. 



En réponse à ma demande de quelques 

93 



renseignements supplémentaires, j'ai reçu la 
belle lettre qui suit : 

« Mon Cher Ami, 

« J'ai fait plus de deux mille planches. (Je 
vous envoie une liste un peu longue). Il y en 
a beaucoup de mauvaises; mais je crois 
qu'après ma mort, les artistes verront aussi 
qu'il y en a de bonnes. » 

Elégante et charmante modestie, lors- 
qu'elle émane d'un artiste de mérite si rare ! 
Le contraire apparaît fort comique. Je lisais, 
l'autre jour, les propos avantageux d'un 
peintre, ou d'un qui se donne pour tel, faible- 
ment désigné par une longue production 
amorphe et incolore : « J'ai — disait-il, 
croyant ajouter à l'admiration, par cette 
concession feinte — j'ai fait beaucoup de por- 
traits, qui ne sont pas tous bons... » 

94 



Il y en avait donc de bons. Quel dommage 
que ce soient ceux-là qui m'aient échappé! 

Écoutons l'autre, celui dont nous parlions, 
celui qui a le droit de parler : 

« J'ai eu tant de beaux, tant de jolis mo- 
dèles, j'ai travaillé avec tant d'enthousiasme 
et d'admiration que je suis persuadé d'avoir 
gravé cette émotion et cette admiration, dans 
le cuivre. 

« J'ai d'abord fait des centaines de phni- 
ches, d"après Madame Helleu et mes enfants. 

« Je n'ai fait que trois ou quatre portraits 
d'hommes : Concourt, Whistler, Montes- 
quiou, Rouart. >/ 

Suit une liste des plus considérables, des 
plus brillants, parmi ses modèles féminins. 
L'un d'eux obtient même de lui ce croquis 
imprévu, daté de Blenheim, esquisse à la 
plume, mais toujours d'un trait sûr ; '< Elle 
posait, au printemps, dans une vaste pièce, 

95 



dont une grande tapisserie de Boucher 
occupait le fond : V Entrée de Psyché dans le 
Temple. Quelquefois, appuyée à cette tenture, 
elle paraissait se confondre avec les person- 
nages, auxquels elle ressemblait. Ses yeux 
seuls brillaient. // Et il ajoute : 

« Des centaines d'Anglaises, d'Améri- 
caines, d'Allemandes, dont je ne sais plus les 
noms... » 

Ce n'est pas non plus sans émotion, ni 
admiration, que je trace (je voudrais dire : 
que je grave) à mon tour, sur ce dernier 
feuillet, cette phrase si simple, si sincère, si 
saissisante! 

Le voilà bien, F Homme des Belles-Feuilles, 
« au milieu du chemin de sa vie », pareil à 
un arbre touffu et prodigue, ayant secoué, 
ayant dispersé, à travers le monde, autour de 
soi, dans le souffle, à la fois éperdu et rétlé- 
chi, de l'ardeur et de l'enthousiasme, tant de 
feuillages inspirés, dont (n'en déplaise à sa 

96 



scrupuleuse sévérité) pas un ne deviendra 
feuille morte. 

Lui, ne sait plus les noms de beaucoup de 
celles qui s'y profilent, ou le regardent en 
face. Mais, elles, ne l'ont pas oublié. Ce serait 
se montrer ingrates. 

Non, jusqu'à l'heure de s'effeuiller elles- 
mêmes, dans le souflle de leur dernier au- 
tomne, elles reverront le visage brûlant et 
sombre de l'homme extasié, qui semblait 
puiser de leur vie éphémère, pour la trans- 
former en ressemblance durable, et la fixer 
sur un feuillet devenu précieux, un feuillage 
fait immortel. 

ROBERT DE M0NTESQ_U10U. 



97 



VI 

LE COMTE ROBERT DE MONTESOUIOU 



. \(>V5< ''i-^i- v'^iaoS'i 




^îî'SS^ 



<f ^/ y 



Peintures 



Dessins et Gravures 



VII 

LA REINE ALEXANDRA 



i.'/\(\'/.ï / \Al. ■àVA:- 



/./^ 



gr- 



VIII 
LA DUCHESSE DE MARLBOROUGH 



mv 
5-10^307103.171 kwi aci il^^aHo• 



IX 
ÉTUDE D'APRÈS LA MÊME 



mâw\ hJ- ^av\^\i 




u 



X 

ÉTUDE D'APRÈS LA MÊME 



XI 
MISS CHANCEY 



■f :\ 3/'l .^\ ) <'.'■ \U- 




/^/e--. 



XII 
MISS TAYLOR 






X 



XIII 

LES FLAMMES DES YACHTS 



! ! Z 



^^\\ )\- 



XIV 
LES RÉGATES DE COWES 




,•» 



^ 



XV 

L'ÉVENTAIL DES BARQUES 



XVI 

ÉTUDE POUR LE PORTRAIT 

DE LA COMTESSE GREFFUHLE 



IVX 






''^\S^\ 







I 



I 



XVII 
LA COMTESSE MATHIEU DE NO AILLES 



\.\ \\'. 




H'fl' 



t-^^ 



XVIII 
L'AUTEUR DU " CŒUR INNOMBRABLE 



•uat//\awjW/A >\').v)o 



XIX 

LA DUCHESSE DE MORNY 



/; aa didaH 



XX 

LA COMTESSE RENÉ DE BÊARN 



XXI 

MADAME GEORGES MENIER 




-^^^. 



XXII 
LA DUCHESSE D'AUDIFFRET PASQUIER 



vv.w 



i 



XXIII 
MADAME LETELLIER 



^^ 




XXIV 

ÉTUDE D'APRÈS LA MÊME 



•11. 'u aau'v'd 



XXV 
ÉTUDE D'APRÈS LA MÊME 



awiâM Ka ^iVA'u.'a :' 



XXVI 
ÉTUDE D'APRÈS LA MÊME 




/' 



/ 



xxvn 

LA COMTESSE DE SAN MARITNO 



n .'. 



XXVIII 
ÉTUDE D'APRÈS LA MÊME 



XXIX 
MADAME CHÉRUIT 



\i4KatA/i 



XXX 
ÉTUDE D'APRÈS LA MÊME 



XXXI 

ÉTUDE D'APRÈS LA MÊME 



'\\! i \ '-"nW^i '<\ Ji<\.V\:\ 



XXXII 

MADEMOISELLE MEDJÉ CONQUY 



x^^ 






< 




i 



XXXIII 
DIANE ET VÉNUS 



XXXIV 

LE JOUEUR DE FLUTE 



XXXV 
LES EAUX MORTES 



XXXV r 

LA DAME A LA TOOUE 




\ :m:^ 



XXXVIII 
EVE 



XXXIX 

LE CHAPEAU A PLUME 



XL 
LE NŒUD BLEU 



XLI 

LE SPHINX 



y'/\\Vl>, ;\,\ 







lîé»^- 



XLII 
LE VISAGE ENCADRÉ 



\^, 




XLIII 

L'ENIGME 



XLIV 
LE COL DE VELOURS 



XLV 

LE TRICORNE FLEURI 



/.l/. 



iv; \ 




-^ 



^ 



'fi 



XLVI 
LE DEMI -SOURIRE 



XLVII 
ÉTUDE DE MAIN 



XLVIII 
LA TOILETTE 



aTTd.i\ 



■m- 




1 /^ 



XLIX 
LE BOL DE LAIT 



m 



^■^1 



\ 









LA FEMME A LA HARPE 



LI 

LES BADINES 



LU 

LE BUSTE 



lia 



"f 



'^ '« ef 












LUI 

LE CHAPEAU DE LANCRET 





:.'' ^ 




uv 

LA JARDINIÈRE EMPIRE 



^.7 



nt- 

t 





A 



m 



LV 

SOMMEIL 



LVI 



LES TROIS CRAYONS DE WATTEAU 



y \ 




^ 



Lvîl 

LA ROBE RELEVÉE 




Xi' s \ 



LVIII 
LA PÈLERINE DE MARTRE 



1II',M 



LIX 

EXPOSITION 



I 



LX 

L'OMBRELLE 



LXI 
LA ROBE A VOLANTS 



LXII 

LA DORMEUSE 



LXIII 

LES PAONS 



A -^ 










■)? 



^'t^V'l 



!"'' at 



LXIV 
DIANE CHASSERESSE 



LXV 
HELEN HELLEU 



LXVI 
HELEN 



/V I 



Lxvir 

LE CHAPEAU DE PLISSÉS 



I! /XJ 






^ '-^ 




LXVIII 
LES CHEVEUX SERPENTINS 




X 



LXIX 

TÊTE D'ÉTUDE 



.><::;=:5^V 




LXX 

LES TROIS REGARDS 



K<!frt%\^N\> 



m 







.>5J^ 




\\ 







■ ^( 



\^Ç^:,.v^-- ^ 



j^f^im 



^mu...m 







l^^'^':^ 



Jk^'^^ 




,;>^ 



^. 






w 






> '*-• 



"^ 



LXXI 

PAULETTE HELLEU 



IZZJ 



LXXII 

LES LIONNES 



LXXIIl 
LIONNE 



LXXIV 
PETITE CLÉOPATRE 



LXXV 
ADOLESCENTE 



LXXVI 
LE PLATEAU D'ARGENT 



LXXVII 
LE GRAND FRÈRE 



LXXVIII 
JEAN HELLELl 



LXXIX 
LE PETIT DESSINATEUR 



LXXX 

LE COPISTE DE CHARDIN 



ZXXJ 



LXXXI 

L'ENFANT ACCOUDÉ 




■n 



r 



%U 









.#■ 




LXXXII 
LE YACHT 



LXXXIII 
LE PETIT MATELOT 



LXXXIV 
L'ALLAITEMENT 



LXXXV 
LE BAISER MATERNEL 




/ 1\ 




H I'' 



LXXXVI 
MATERNITÉ 




". y 



m^' 



él 



LXXXVII 
LA FIÈVRE 



^r-^•| 



A 




a 



:#^ 



^^, 




LXXXVIII 
LE BAISER DISTANT 



LXXXIX 

CARESSES MATERNELLES 



'(.r- 



"^ 



. ç '■. 



-y 



/V 



xv-w- 




w 



y 



hl\ 





'y--' 



xc 

coucou D'ENFANTS 




v^ 



^^\;a^ 









-% 



XCI 

CACHE-CACHE 



XCII 
LE BERCE AV 



XCIll 
LE PIANO EMPIRE 




v,/ 



XCIV 
LA PORTE ENTR' OUVERTE 




^iiS MSSt-^ ' mi m i a»" ■ 



xcv 

LE BÉBÉ SÉRIEUX 



XCVI 
L'ŒUF A LA COQUE 



-'if 



\ 



^î 



<m- -^ 



k\ 



,-^' 



■->-,. 




xcvii 

L'ENFANT ATTABLÉ 



XCVIII 
CROQUIS D'ENFANT 



XCIX 
PAGE DE TÊTES 







II 



'■^/. 



c 

CROQUIS ANGLAIS 



Les 

Cent Gravures 



I 

Helleu, par Boldini. (Frontispice) 

II 

La Chevelure Dorée. [En-Tête). 

III 

Les Vitraux de Reims. 

IV 

Edmond de Concourt. 



lOI 



V 

Hortensias d'Automne. 

VI 

Le Comte Robert de Montesquiou. 

VII 
La Reine Alexandra. 

VIII 



La Duchesse de Marlborough, 



IX 

Etude d'après la même, 

X 

Etude d'après la même, 

XI 

Miss Chancey. 

102 



XII 

Miss Taylor. 

XIII 
Les Flammes des Yachts. 

XIV 
Les Régates de Cowcs. 

XV 

L'Eventail des Barques. 

XVI 
Étude pour un Portrait. 

XVII 

La Comtesse Mathieu de Noailles. 

XVIII 
L'Auteur du « Cœur Innombrable >/. 

103 



XIX 
La Duchesse de Morny. 

XX 

La Comtesse René de Béarn. 

XXI 

Madame Georges Menier. 

XXII 
La Duchesse d'Audiffret Pasquier 

XXIII 
Madame Letellier. 

XXIV 

Etude d'après la même. 

XXV 

Étude d'après la même. 
104 



XXVI 

Etude d'après la même. 

XXVII 

La Comtesse de San Martino. 

XXVIII 

Etude d'après la même. 

XXIX 

Madame Chéruit. 

XXX 

Etude d'après la même. 

XXXI 

Etude d'après la même. 

XXXII 

Mademoiselle Medjé Conquy. 

105 



XXXIII 

Diane et Vénus. 

XXXIV 

Le Joueur de Flûte. 

XXXV 

Les Eaux Mortes. 

XXXVI 

La Dame k la Toque. 

XXXVII 
Le Ruban de Cou. 

XXXVIII 
Eve. 

XXXIX 

Le Chapeau à Plume. 

io6 



XL 

Le Nœud Bleu. 

XLl 
Le Sphinx. 



XLIl 



Le Visage Encadré. 



XLIII 



L Énigme, 



XLIV 
Le Col de Velours. 

XLV 

Le Tricorne Fleuri. 

XLVl 

Le Demi Sourire. 

107 



XLVII 

Etude de Main. 

XLVIII 
La Toilette. 

XLIX 

Le Bol de Lait. 

L 

La Femme à la Harpe. 

LI 

Les Badines. 

LU 

Le Buste. 

LUI 

Le Chapeau de Lancret. 



LIV 

La Jardinière Empire. 

LV 

Sommeil. 

LVI 

Les Trois-Crayons de Watteau. 









LVII 


La 


Robe Re] 


[evée. 








LVIII 


La 


Pèlerine 


de 


Martre . 
LIX 


Exposition. 












LX 


L'Ombrelle. 







109 



LXI 

La Robe à Volants. 

LXII 

La Dormeuse. 

LXIII 

Les Paons. 

LXIV 

Diane Chasseresse. 

LXV 

Helen Helleu. 

LXVI 
Helen. 

LXVII 
Le Chapeau de Plissés. 



LXVIII 

Les Cheveux Serpentins. 

LXIX 

Tête d'Étude. 



LXX 



Les Trois Regards, 



LXXI 
Paulette Helleu. 

LXXII 

Les Lionnes. 

LXXII I 
Lionne. 

LXXIV 

Petite Cléopâtre. 



Il I 



LXXV 

Adolescente. 

LXXVI 

Le Plateau d'Argent. 

LXXVII 

Le Grand Frère. 

LXXVIII 
Jean Helleu. 

LXXIX 

Le Petit Dessinateur. 

LXXX 

Le Copiste de Chardin. 

LXXXI 

L'Enfant Accoudé. 

112 



LXXXII 

Le Yacht. 

LXXXIII 

Le Petit Matelot. 

LXXXIV 

L'Allaitement. 

LXXXV 

Le Baiser Maternel. 

LXXXVI 
Maternité. 

LXXXVII 

La Fièvre. 

LXXXVIII 
Le Baiser Distant. 



113 



LXXXIX 

Caresses Maternelles. 

XC 

Coucou d'Enfants. 

XCI 
Cache-Cache. 

XCII 
Le Berceau. 

XCIII 
Le Piano Empire. 

XCIV 
La Porte Entr'ouverte. 

XCV 
Le Bébé Sérieux. 
114 



XCVI 
L'Œuf à la Coque. 

XCVII 
L'Enfant Attablé. 

XCVIII 

Croquis d'Enfant. 



XCIX 



Page de Têtes. 



C 

Croquis Anglais. 



ACHEVE DIMPRIMER 

LE VINGT NOVEMBRE MIL NEUF CENT TREIZE 

PAR VICTOR JACQUEMIN 

GRAVEUR -IMPRIMEUR 

45, RUE LECOURBE, 45 

PARIS — XV' 



^^„