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Full text of "Philologie et linguistique; mélanges offerts à Louis Havet par ses anciens élèves et ses amis à l'occasion du 60e anniversaire de sa naissance le 6 janvier 1909"

e^ 



PHILOLOGIE 



ET 



LINGUISTIQUE 



PHILOLOGIE 



ET 



LINGUISTIQUE 



MÉLANGES OFFERTS 

A 

LOUIS HAVET 

PAR SES ANCIENS ÉLÈVES ET SES AMIS 

A Voccasion du 60" Anniversaire de sa Naissance 
le 6 Janvier igog. 



yV. 0^ 



.^^HV 



+ 1 



PARIS 
LIBRAIRIE HACHETTE ET C" 

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 

1909 
Droit» de traduction et da reproduction réservés. 



2.4» 

H 38 



LISTE DES SOUSCRIPTEURS 



AuDOLLENT (Aug.), professeuF à l'Université de Ciermont-Ferrand. 

AuDOUiN (E.), professeur à l'Université de Poitiers. 

Barbelenet (D.), professeur au Lycée de Rouen. 

Bédier (J.), professeur au Collège de France. 

Bellanger, professeur au Lycée d'Auch. 

Bonnet (Max), correspondant de l'Institut, professeur à l'Université de 
Montpellier. 

BoRNECQUE (Henri), professeur à l'Université de Lille. 

BoYER (P.), administrateur de l'École des langues orientales vivantes. 

Breton (G.), docteur es lettres. 

Gagnât (R.), de l'Institut, professeur au Gollège de France. 

Gartault (A.), professeur à l'Université de Paris. 

Ghatelain (E.), de l'Institut, conservateur de la Bibliothèque de l'Uni- 
versité. 

Gha vannes (E.), de l'Institut, professeur au Gollège de France. 

Gumont (Franz), professeur à l'Université de Gand. 

GuNY (A.), maître de conférences à l'Université de Bordeaux. 

Delaruelle (L.), maître de conférences à l'Université de Toulouse. 

Derenbourg (Hartwig feu), de l'Institut. 

Durand (René), chargé de cours à l'Université de Paris. 

Dottin (G.), professeur à l'Université de Bennes. 

Emmanuel (Maurice), docteur es lettres. 

Ernout (A.), docteur es lettres, professeur au Lycée de Troyes. 

Fossey (G.), professeur au Gollège de France. 

Gaffiot (F.), docteur es lettres, professeur au Lycée de Glermont-Fcrrand. 

Gasg-Desfossés, professeur au Lycée d'Évreux. 

Gilles (P.), professeur au Lycée de Beauvais. 

Grammont (M.), professeur à l'Université de Montpellier. 

Haussoullier (B.), de l'Institut, directeur d'études à l'École des Hautes 
Études. 



HoLLEAUX (M.), directeur de l'École française d'Athènes. 

Jacob (A.), directeur d'études à l'École des Hautes Études. 

JuLLiAN (C), correspondant de l'Institut, professeur au Collège de France. 

Lacôte (F.), professeur au Lycée de Montluçon. 

Lebègue (H.), chef des travaux paléographiques à l'École des Hautes 

Études. 
Le Breton (Paul), chef de bureau de la Compagnie «Le Secours ». 
Lefranc (Abel), professeur au Collège de France. 
Lejay (P.), professeur à l'Institut catholique de Paris. 
Lévi (S.), professeur au Collège de France. 
LoTH (J.), doyen de la Faculté des lettres de Rennes. 
Loubat (duc de), associé étranger de l'Institut. 
Macé (A.), professeur à l'Université de Rennes. 
Marouzeau (J.), agrégé de l'Université. 
Meillet (A.), professeur au Collège de France. 
Mellon (Paul). 

Meylan-Faure (H.), professeur à l'Université de Lausanne. 
Michel (Ch.), professeur à l'Université de Liège. 
MoNOD (G.), de l'Institut, professeur au Collège de France. 
Morel-Fatio, professeur au Collège de France. 
Monceaux (P.), professeur au Collège de France. 
NoLHAC (P. de), conservateur du Musée de Versailles. 
Nougaret (F.), professeur au Collège de Perpignan. 
Parmentier (L.), professeur à l'Université de Liège. 
Passy (P.), directeur d'études adjoint à l'École des Hautes Études. 
PiCHON (R.), professeur au Lycée Henri IV. 
Plessis (Fr.), professeur à l'Université dd Paris. 
Psighari (J.), professeur à l'École des langues orientales. 
Ramain (G.), maître de conférences à l'Université de Lyon. 
Rebeillé, professeur au Lycée de Douai. 
REiNACH(Th.), docteur es lettres, député de la Savoie. 
Robert (Florian), professeur au gymnase de Morges (Vaud). 
Saussure (Ferdinand de), professeur à l'Université de Genève. 
Serruys (D.), directeur d'études adjoint à l'École des Hautes Études. 
Tailliart, professeur au Lycée d'Alger. 
Thomas (A.), de l'Institut, professeur à l'Université de Paris. 
Thomas (P.), professeur à l'Université de Gand. 
Vandaele (H.), professeur à l'Université de Besançon. 
Vendryes (J.), chargé de cours à l'Université de Paris. 
Ville de Mirmont (H. de la), professeur à l'Université de Bordeaux. 



E. AUDOUIN 



DE LA COMPOSITION MÉTRIQUE 
DES CANTICA DE PLAUTE 



DE LA COMPOSITION METRIQUE 
DES CANTICA DE PLAUTE 

Par E. AuDouiN. 



La composition métrique des cantica de Plaute semble, 
au premier abord, compliquée et confuse. Cependant on 
remarque un certain ordre dans les groupements des mètres 
et ces groupements correspondent aux divisions du sens^ 

Quelques cantica se divisent, à la fois d'après le sens et 
d'après le mètre, en deux parties, d'autres — et c'est le plus 
grand nombre — en trois parties, d'autres en quatre, très 
peu en cinq-. 



A . — Cantica divisés en deux parties. 

1. Amph. 5H-584. — I -574 série de tétr. bacch. termi- 
née par un parœmiaque. — II troch. 

2. Asin. 127-138. — I -133 crét. an. — II crét. troch. 



1. Cf. F. Léo, Die Plautinischen Cantica und die hellenistiche Lyrik, 
p. 83 et suiv. 

2. Nous laissons de côté les cantica qui offrent d'un bout à l'autre le 
même mètre (comme Aul. 415-446, 713-726, Cist. 203-228, Mil 1041- 
1093, Most. 783-803, Pcrsa 168-182, Pseud. 595-603, Trin. 820-842, 
1115-1119) et ceux qui présentent trop de lacunes (comme Cas. 855-874). 



4 AUDOUIN 

3. Bacch. 612-639. — 1-624 monologue subdivisé en trois 
périodes: a) -616 troch. an.; b) -619 an. iamb. bacch.; 
c) troch. crét. — II dialogue subdivisé aussi en trois pério- 
des; a) -627 an. iamb. ; b) -634 troch. ; c)an. 

4. Bacch. 925-978. — 1-952 iamb. — II iamb. alternant 
avec des troch. 

5. Capt. 516-532. — I -524 iamb. — II iamb. alternant 
avec des troch. 

6. Capt. 781-790. — I -787 iamb. entre deux groupes 
symétriques de tétr. bacch. — II tétr. bacch. entre deux 
vers formés d'un dim. bacch. et d'un reizianum. 

7. Epid. 320-336. — I -328 crét. iamb. troch. — II troch. 
crét. iamb. 

8. Most. 690-746. — I -71 7 monologue de Simon avec apar- 
tés de Tranion, subdivisé en trois périodes, toutes les trois 
en crét. troch. — II Dialogue subdivisé aussi en trois pério- 
des : a) -728 crét. troch. iamb. ; b) -737 crét. troch. ; 
c) crét. troch. iamb. 

9. Rud. 664-681. — I -675 crét. troch. bacch. iamb. — 
II iamb. crét. troch. 

10. Truc. 448-464. — I -453 an. — II bacch. 

Dans deux de ces cantica (1 et 10), dont la composition 
est des plus simples, les deux parties que comprend chacun 
d'eux offrent un mètre différent. Dans les huit autres, elles 
ont un ou plusieurs éléments communs: 2 crét., 3 troch. 
an. iamb., 4 et 5 iamb., 6 bacch. iamb., 7 et 9 crét. troch. 
iamb., 8 crét. troch. Cette analogie plus ou moins grande 
entre les deux moitiés contribue à donner de l'unité à 
l'ensemble. 

Mais la ressemblance n'est jamais complète : quand le 
mètre dominant est le même, la clausule diffère (2); quand 
les mêmes éléments sont associés (6, 7), ils sont groupés de 
manières diverses; le plus souvent (3, 4, 5, 8, 9), il se joint 



GANTICA DE PLAUTE 5 

aux éléments semblables quelques éléments différents qui 
introduisent de la variété et marquent l'opposition entre les 
deux parties. 

On remarque ordinairement une certaine symétrie dans 
la manière dont ces éléments divers sont groupés, en parti- 
culier Capt. 781-790 (6): les deux parties ont une forme 
mésodique ; dans la première, c'est l'élément iambique qui 
occupe le milieu (schéma a b à); dans la seconde c'est l'élé- 
ment purement bacchiaque qui est encadré entre deux vers 
bacch. iamb. (schéma b a b). Most. 690-746 (8), si l'on 
désigne par a les périodes en crét. troch. et par 6 celles qui 
comprennent en outre un élément iamb. à la fin, le schéma 
est a a a — bab\ si, d'autre part, pour analyser de plus 
près la composition de la première partie, on désigne par a 
les vers formés d'un dim. crét. et d'une trip. troch. cat., 
par 6 ceux dans lesquels un dim. crét. est suivi du côlon 
-^^^-, par c les tétr. crét., par d les vers troch., on obtient 
le schéma suivant pour les trois périodes del: a b a b a — 
b a d b a — a c a c a. 



B. — Cantica divisés en trois parties. 

1. Amph. 159-179. — I -165 an. alternant avec des troch., 
puis iamb. bacch. an. — 11-175 an. iamb. bacch. — III bacch. 
alternant avec des an. 

2. Amph. 219-247. — 1-222 crét. troch. — II -237 deux 
groupes de tétr. crét. précédés chacun d'un dim. crét. joint 
à un dim. troch. cat. et suivis d'une dip. troch. — III tétr. 
crét. alternant avec un dim. crét. joint à une dip. troch. 
La troisième partie est terminée, comme la seconde, par une 
dip. troch. 

3. Amph. 1053-1075. — 1-1060 iamb. — 11-1071 trois 



6 AUDOUIN 

groupes d'iamb. séparés l'un de l'autre par un an. et des 
troch. — III troch. iamb. 

4. Bacch. 640-670. — I -648 an. troch. crét. — II -661 crét. 
troch. iamb. — III crét. troch. iamb. an. 

5. Bacch. 978-996. —1-986 troch. — II -990 iamb. troc. 

— III troch. iamb. 

6. Bacch. 1076-1116. — I -1086 an. — II -1103 an. — III 
an. crét. 

7. Bacch. 1120-1206. —1-1140 16 tétr. bacch. entre deux 
groupes symétriques de bacch. alternant avec des dim. iamb. 
cat. — II -1148 troch. — III an. 

8. Capt. 195-241.— I a) -200 iamb. ; b)-202 troch. iamb. 

— II a) -209 iamb. alternant avec des crét., puis crét. an. ; 
b) -217 crét. troch. an. iamb. crét. — III a) -230 5 crét. sui- 
vis d'iamb. et de bacch. ; b) -239 5 crét. précédés d'an, alter- 
nant avec des iamb. ; c) 2 octon. troch. servant de transition 
aux sept, troch. qui suivent. 

9. Capt. 498-513. — I -504 an. bacch. troch. — II -508 
bacch. iamb. — III an. bacch. iamb. 

10. Ca^. 144-164.— 1-146 bacch. —II-160a)crét. troch.; 
b) iamb. bacch. ; c) crét. troch. an. — III an. 

11. Cas. 165-216. — I -183 a) an. crét. troch. ; b) an. 
iamb. — 11-202 a) bacch. crét. ; b) troch. crét. — III a) an. ; 
b) crét. 

12. Cas. 217-251. — 1-228 an. — 11-238 iamb. crét. iamb. 
an. — III an. troch. iamb. 

13. Cas. 621-719. — I -629 crét. troch. an. — II a) -640 
troch. an. iamb. ; b) -645 crét. an. — III a) -659 an. bacch.; 
b) -674 an. et série de bacch. entre deux groupes symétri- 
ques de dim. bacch. joints à un reizianum ; c) -703 bacch. 
troch. bacch. reizianus ; d) bacch. troch. iamb. an. 

14. Cas. 815-846. — I -824 chant d'hyménée, an. alter- 
nant avec un ithyphallique. — II a) -828 iamb. bacch. ; b) 



GANTIGA DE PLAUTE 7 

-836 distique semblable à ceux du chant d'hyménée, puis 
bacch. alternant avec desdim. iamb. cat. — Illbacch. iamb., 
bacch. an. iamb. 

15. Cas. 875-893. — 1-878 an. — 11-886 an. crét. — III 
an. crét. an. 

16. Cas. 937-962. — 1-942 an. troch. — 11-950 an. crét. 
- III an. troch. 

17. Cist. 1-37. — I -13 a) bacch. an. troch. ; b) an. alter- 
nant avec des bacch. — II a) -19 troch. ; b) -24 bacch. alter- 
nant avec des troch. — III a) -32 an. iamb. bacch. troch. ; 

b) troch. bacch. an. bacch. 

18. Cist. 671-703. — I -677 bacch. encadrés entre deux 
groupes d'an. — II a) -687 an. bacch. ; b) -694 an. crét. 
troch. bacch. — III iamb. an. 

19. Cure. 96-157. — I Monologue de Leaena, subdivisé 
en trois périodes : a) -98 dactyl. an. ; b)-104 iamb. crét. 
dact. ; c) -109 crét. — II Dialogue entre Leaena, Palinurus, 
Phaedromus, subdivisé en trois périodes : a) -121 iamb. troch. 
crét. bacch. ; b) -133 dact. an. iamb. an. ; c) -139 crét. an. 
crét. an. — ■ III Dialogue entre Palinurus et Phaedromus, 
subdivisé en trois périodes : a) -146 an. ; b) -154 crét. ; 

c) an. 

20. Epid. 1-80. — 1-24 troch. iamb. — II -60 iamb. troch. 
— III iamb. troch. 

21. Epid. 81-103. — I -90 4 septén. troch. et 3 distiques 
formés d'un dim. crét. et d'un septén. troch. — II -95 dim. 
troch. cat., septén. troch. et 2 distiques semblables à ceux 
de I. — III 2 distiques formés le premier d'un dim. crét. et 
de 2 dim. troch. cat., le second d'un dim. crét. et d'un 
septén. troch., enfin 4 septén. troch. correspondant à ceux 
par lesquels commence I. 

22. Epid. 166-189. — 1-172 troch. crét. an. —11-180 crét. 
iamb. — III iamb. 



8 AUDOUIN 

23. Epid. 526-547. — I -532 troch. crét. bacch. iamb. — 1 
II -537 iamb. troch. — III crét. an. troch. 

24. Men. 110-134. — I -118 an. crét. — II -125 troch. 
iamb. — III troch. iamb. 

25. Men. 351-368. — I -355 an. iamb. — II -360 troch. 
crét. an. — III an. 

26. Men. 571-603. — 1-585 a) -579 bacch. ; b)crét. bacch. 
iamb. troch. — II -595 a) -589 an. ; b) troch. — III a) -601 
iamb. ; b) an. 

27. Men. 753-774. — 1-760 bacch. iamb. — II -763 bacch. 
iamb. crét. troch. an. — III bacch. iamb. 

28. Men. 966-985. — I -971 bacch. — II -976 deux grou- 
pes de bacch. encadrant un septén. troch. — III iamb. troch. , 
iamb. an., iamb. an. troch. 

29. Merc. 111-140. — 1-119 iamb. troch. — 11-131 iamb. 
troch. — III iamb. 

30. Merc. 335-363. — I -340 bacch. an. — II -356 bacch. 
encadrés entre 2 troch. — III bacch. alternant avec des 
troch. 

31. Most. 312-347. — I -319 deux groupes symétriques de 
bacch. séparés par 2 trip. troch. cat. et suivis d'un trim. 
bacch. — II -335 a) -323 crét. an. ; b) -330 crét. troch. rei- 
zianus; c) an. — III crét. troch. iamb. 

32. Most. 885-903. — 1-889 troch. an. — II -896 bacch. 
iamb. an. — IIÏ troch. iamb. an. 

33. Persa. 1-52. — I -12 iamb. — II -32 a) -18 troch. crét. ; 
b) -25 iamb. ; c) troch. — III a) -38 iamb. troch. ; b) -42 
troch. ; c) iamb. 

34. Persa. 183 203. — I -191 troch. septén. — II -197 
troch. octon. septén. et dim. cat. — III troch. sept, et 
octon. 

35. Persa. 470-500. — I -479 troch. — II -490 troch. 
iamb. an, — III an. 



C A NTIC A DE PLAUTE 9 

36. Persa. 7o3-777. — I -762 an. crét. an. — II -769 an. 
III an. iamb. an. 

37. Pœn. 210-260. — I -232 série de bacch. terminée par 
un octon. troch. — 11-249 a) -239 bacch. an. iamb. ; b)-247 
an. bacch. iamb. ; c) bacch. — III bacch. an. 

38. Pœn. 1174-1200. — I -1186 an. — II -1191 an. — III 
iamb. an. 

39. Pseud. 90o-9o0. — I -918 a) -912 an. ; b) an. troch. 
iamb. an. — 11-935 a) -922 iamb. crét. iamb. ; b)-931 iamb. 
crét. an. ; c) crét. an. — III an. 

40. P5eurf.ll03-113o.— 1-1123 a)-1110an. bacch. troch. 
crét. an. ; b) -lllS crét. an. troch. ; c) crét. an. crét. 
troch. — II -1130 troch. bacch. — III an. iamb. troch. 

41. Pseud. 1246-1284. — I -1258 bacch. crét. an. iamb. 
— II -1269 troch. an. bacch. — III bacch. ioniques crét. 
troch. 

42. Pseud. 1285-1335. — I -1314 a) -1295 crét. troch. 
iamb. an. ; b) crét. troch. iamb. an. — II -1329 an. — III crét. 
bacch. 

43. Rud. 220-257. — 1-228 an. — II -252 troch. crét. — 
III crét. iamb. troch. 

44. Rud. 258-289. — I -265 bacch. crét. iamb. — II crét. 
bacch. — III bacch. iamb. 

45. Rud. 906-937. — I -918 bacch. alternant avec des an. 
11-924 an. encadrés entre un iamb. et des troch. — III an. 

46. Rud. 938-962. — I -943 iamb. — II -953 crét. iamb. 
troch. an. — III an. 

47. Stich. 1-47. — I -9 an. iamb. — 11-19 an. — III an. 

48. Stich. 274-329. —1-314 troch. iamb. — II -325 an. — 
III an. 

49. Trin. 223-275. — I -236 a) -232 bacch. ; b) iamb. an. 
II -256 a) -241 an. troch. iamb. ; b) an. troch. iamb. — III 
a) -260 an. iamb. ; b) an. 



10 AUDOUIN 

50. Trin. 276-300. — I -286 a) -278 an. ; b) crét. iamb. 
— II -292 an. — III crét. tétr. cat. alternant trois fois avec 
des an. 

51. Truc. 95-129. — I -112 a) -98 an.; b) an. iamb. — 

11 -114 an. — III a) -123 an. troch. crét. ; b) an. iamb. 

52. Truc. 577-630. — I -602 a) -587 troch. iamb. crét. ; 
b) crét. alternant avec des troch. — II -618 an. — III crét. 
entre deux séries de troch. 

53. Truc. 711-728. — 1-718 an. bacch. — II -722 iamb. 
bacch. — III crét. troch. iamb. 

Dans 39 cantica sur 53, les trois parties ont un ou plusieurs 
éléments communs : 1 (an. bacch.), 2 (crét. troch.), 3 (iamb.), 
4 (troch. crét.), 5 (troch.), 6 (an.), 8 (iamb. troch.), 9 
(bacch.), 11 (crét.), 12 (an.), 13 (troch. an.), 15 (an.), 16 
(an.), 17 (bacch. troch.), 18 (an.), 19 (an. crét.), 20 (troch. 
iamb.), 21 (troch. crét.), 23 (troch.), 25 (an.), 27 (bacch. 
iamb.), 29 (iamb.), 30 (bacch.), 31 (troch.), 32 (an.), 33 
(iamb.), 34 (troch.), 36 (an.), 37 (bacch.), 38 (an.), 39 
(an.), 40 (troch.), 41 (bacch.), 44 (bacch.), 45 (an.), 47 (an), 
49 (an., iamb.), 50 (an.), 51 (an.). 

Dans 13 autres cantica, un ou plusieurs éléments sont 
communs à deux parties : 10 (bacch. dans la l*"^ et la 2% an. 
dans la 2** et la 3^), 14 (an. dans la l'^* et la 3% troch. dans 
la {'' et la 2% iamb. bacch. dans la 2' et la 3«), 22 (crét. dans 
la i'^ et la 2% iamb. dans la 2« et la 3«), 24 (troch. iamb. 
dans la 2*" et la 3"), 26 (iamb. dans la 1'* et la 3% troch. dans 
la l--^ et la 2% an. dans la2« et la 3«), 28 (bacch. dans la l-"" 
et la 2% iamb. troch. dans la 2' et la 3"), 35 (troch. dans la 
l'« et la 2% an. dans la 2« et la 3«), 42 (crét. dans la l"-^ et la 
3«), 43 (crét. troch. dans la 2^ et la 3«), 46 (iamb. dans la 
l--^ et la 2% an. dans la 2« et la 3«), 48 (an. dans la 2« et la 
3«), 52 (troch. crét. dans la l'« et la 3^), 53 (bacch. dans la 
1" et la 2% iamb. dansla 2« et la 3«). 



GANTIGA DE PLAUTE H 

Un seul canticum (7) offre des mètres différents dans les 
trois parties. 

Le plus souvent, deux des parties se correspondent, sans 
se ressembler complètement, ou du moins offrent dans leur 
composition métrique une certaine analogie. Tantôt ce sont 
les deux premières (schéma a a 6: 1, 6, 10, 13, 18, 19, 21, 

22, 28, 29, 35, 38, 39, 45, 46, 53); tantôt ce senties deux 
dernières (schéma a 6 6 : 2, 3, 5, 8, 12, 14, 15, 20, 24, 26, 
30, 31, 33, 34, 37, 40, 43, 47, 48, 49) ; tantôt la troisième 
fait pendant à la première (schéma ah a: 4, 9, 11, 16, 17, 

23, 25, 27, 32, 35, 36, 41, 42, 44, 50, 51, 52). 



C — Cantica divisés en quatre parties. 

1. Amph. 633-653. — I -636 bacch. iamb. bacch. —II -641 
bacch. iamb. bacch. iamb. bacch. iamb. bacch. — III -647 
bacch. iamb. bacch. iamb. — IV bacch. iamb. bacch. 
iamb. 

2. Aul. 120-160. — 1-134 série de bacch. dont le dernier 
est précédé d'un an. — II -142 troch. iamb. — III -152 a) 
•145 an. bacch. crét. an. ; b) an. bacch. an. — IV iamb. an. 
reiz. 

3. Cas. 720-758. — I -729 an. — II -739 a) -732 crét. 
troch. an.; b) iamb. an. bacch. — III -749 an. — IV crét. 
an. 

4. Most. 85-156. — Chaque partie se divise en trois pé- 
riodes : I -100 a) -90 bacch. an. bacch. iamb. ; b)-98 bacch. 
an. bacch. iamb. ; c) bacch. — II -117 a) -104 bacch. iamb.; 
b) -113 crét. iamb. crét. troch. ; c) crét. troch. — III -132 
a) -119 iamb. ; b) -128 bacch. an. bacch. iamb. ; c) troch. 
iamb. — IV a) -141 crét. troch. ; b) -148 iamb. crét. troch^ 
iamb. ; c) crét. troch. 



12 AUDOUIN 

5. Most. 858-884. — I -865 iamb. an. — II -871 iamb. 
bacch. — III -878 an. bacch. iamb. — IV crét. troch. 

6. Persa. 251-278. — I -256 troch. bacch. iamb. — II -265 
troch. — III -271 troch. iamb. — IV troch. iamb. 

7. Pseud. 133-264. — I -172 a) 141 an. troch. ; b) -160 
troch. iamb. ; c) troch. an. iamb. — II -230 a) -184 troch. 
an. ; b) -195 iamb. troch. ; c) -208 troch. iamb. ; d) -224 
troch. iamb. ; e) -230 troch. — III -240 an. — IV a) -242 an.; 
b) -258 trois groupes symétriques de troch. bacch. ; c) crét. 
troch. 

8. Pseud. 574-603. — I -575 2 an. — II -583 deux grou- 
pes symétriques d'an, et de troch. et 2 an. encadrant 2 
bacch. — III deux groupes d'an, et de troch. encadrant un 
reizianus. — IV 2 an. M 

9. Rud. 185-219. — I -197 a) -169 octon. an. et parœm. entre 
deux groupes symétriques de reiz. et de parœm. ; b) bacch. 
alternant avec des iamb. — II -203 an. crét. troch. — III 
-215 a) -206 bacch. iamb. ; b) tétr. crét. alternant trois fois 
avec un dim. crét. joint au côlon -^w^-. — IV crét. an. troch. 
an. iamb. 

10. Truc. 210-255. — I. -212 iamb. bacch. — II -226 iamb. 
— III -245 iamb. troch. iamb. — IV troch. iamb. 

Dans sept de ces cantica, les quatre parties ont un ou plu- 
sieurs éléments communs: 1 (bacch. iamb.), 3 (an.), 4 
(iamb.), 6 (troch.), 7 (an.), 8 (an.), 10 (iamb.). Dans les 
trois autres, un élément est commun à trois parties : 2 (an. 
dans la 1"^% la 3*^ et la 4®), 5 (iamb. dans les trois premières), 
9 (an. dans la 1^% la 2' et la 4"). 

La symétrie est particulièrement remarquable. Most. 85- 
156 (4): les quatre parties se correspondent deux à deux ; le 
mètre bacchiaque domine dans I et III, comme les crétiques 
et les trochaïques dans II et IV (schéma a b a b). La 3*' par- 
tie fait aussi pendant à la 1'% ainsi que la 4° à la 2^ dans 2, 



GANTIGA DE PLAUTE 13 

3, 9. Le schéma esta ab b dans 1 , a bb a dans S, a b b c dans 
5, a b c c dans 6 et 10, a a 6 c dans 7. 



D. — Cantica divisés en cinq parties. 

1. Persa. 778-856. — I -787 an. — Il -802 an. —III -818 
crét. bacch. an. — IV -842 troch. — V an. iamb. troch. 
bacch. 

Les anapestes, dont sont composées les deux premières 
parties, se retrouvent à la fin de la 3^ et au commencement 
de la 5^ ; les bacchiaques sont de plus communs à la 3^ et à 
la 5®. Le schéma est donc a ab c b. 

2. Truc. 551-574.-1-552 bacch.— 11-558 an. bacch. an. 
— III -567 troch. an. — IV -571 an. bacch. troch. — V an. 
bacch. 

Les anapestes sont communs à toutes les parties à l'excep- 
tion de la première. Mais ce qui caractérise surtout les deux 
premières et les deux dernières, ce sont les bacchiaques 
qu'elles renferment. Le schéma est donc a ab a a. 

Ainsi, malgré l'absence d'une régularité antistrophique 
rigoureuse, on remarque dans la composition des cantica de 
Plante, une certaine symétrie, un agencement harmonieux 
des mètres. 



Max bonnet 



MIKRINÈS-EUCLION-HARPAGON 



SMIKRINES-EUCLION-HARPAGON 

Par Max Bonnet. 



On a cent fois comparé l'Aululaire et l'Avare sans relever 
entre les deux pièces une différence capitale, c'est que le 
principal personnage de l'une, Harpagon, est un avare, et 
non celui de l'autre, Euclion. « Tout se passe » du moins 
« comme si » rien de tel n'avait été dit. En 1907 comme au 
temps du premier Argument, Euclion est le vieil avare, se- 
7iex auaruSy « der alte Geizhals* ». Comme le rénovateur de 
la critique plautinienne^, un helléniste estimé admirait ré- 
cemment encore la merveilleuse unité de ce caractère ; que 
dis-je? il exaltait l'art avec lequel toute l'action en serait 
déduite 3. Pourtant, on a beaucoup approché de la vérité 
quand on a vu que le sujet de l'Aululaire était bien moins 
celui de l'Avare de Molière que celui du Savetier et du Fi- 
nancier de La Fontaine^. L'Aululaire, en effet, malgré toute 

1. Voy. M. Schanz, Gesch. d. rôm. Litt., l, V (4907), p. 74 ; J. Vah- 
ien , Sitzungsberichte de l'Académie de Berlin, 1907 (25 juillet), p. 715. 
. Ritschl, Opuscula,ll, p. 732. 

. J. Geffcken, Studien zu Menander, Hamburg, 1898, p. 6. 
4. J. F. La Harpe, Lycée, Paris, 1821, II, p. 114; Plautus, Aulula- 
rià, p. p. E. Benoist, p. xi. Rien d'étonnant si ce sujet a tenté un poète 
de l'antiquité. La fable de La Fontaine n'est-elle pas contenue en sub- 
stance dans cette anecdote conservée par Stobée (Floril. 93, 25) : 'Avaxp^tov 
^ Stopsàv rapà noXuxpâxou; Xa6wv tîÉvxc xàXavxa, u)ç eçpovxtaev ÈTc'aùxoîç Suotv 

Iotv, à7:£Ocox5v aùxà, e'!;:wv où xitxaaôat aùxà xtjç è;;'aùxoîç cppovx^Ôo; ? 
■ 



18 MAX BONNET 

la finesse psychologique qui s'y révèle, n'est nullement une 
comédie de caractère. Plaute, ou du moins son devancier 
grec, n'a pas voulu étudier le caractère de l'avare sur un 
personnage qui n'est pas avare, et qui, étant donné le sujet 
de la pièce, ne devait pas l'être. 11 s'est amusé à décrire 
l'effet produit sur l'humeur d'un pauvre par la possession 
soudaine d'un trésor, et les embarras qu'elle lui cause. 
Aussi c'est autour de la marmite, logis de ce trésor, que 
tourne toute l'action : sans elle, la pièce n'existerait pas ; 
tandis que la cassette d'Harpagon ne remplit qu'un office 
très secondaire : sans elle la comédie de Molière subsisterait 
tout entière, sauf un petit nombre de scènes amusantes, 
mais faciles à remplacer par quelque autre fantaisie. Ce 
n'est pas tout. Il y a plus d'un quart de siècle que le mot 
décisif : « Euclion n'est pas avare », a été prononcé nette- 
ment, clairement^ Il a été crié dans le désert. Mais voici 
tout dernièrement que ce cri a été repris par une voix trop 
autorisée pour n'être pas entendue-. Le moment est donc 
propice pour extirper une très ancienne erreur. Non, Eu- 
clion n'est pas avare. Il ne l'est nullement dans 800 vers sur 
830 qui nous restent; il ne paraît atteint de ce vice que 



i. W. Klingelhoeffer, Plante imité par Molière, etc. Darmstadt, 4873. 
Cette brochure ne m'est parvenue qu'à la dernière heure. D'autres décla- 
rations semblables m'ont peut-être échappé ; car il m'a été impossible de 
voir tout ce qui a été écrit sur le sujet, malgré l'extrême obligeance de 
MM. les Bibliothécaires de Montpellier, Paris et Bonn, à laquelle je me 
plais à rendre hommage ici. 

2. H. Weil, Journal des Savants, 1906, p. 546: «Ménandre n'entendait 
donc pas mettre sur la scène un avare... Euclio se comporte comme un 
avare, sans l'être néanmoins. » « Euclio », d'après le contexte, paraît être 
le personnage de Ménandre. Mais M. Weil, ayant à parler de l'Euclion 
de Plaute, n'en aurait-il pas dit autant? Je le pense, et je suis singulière- 
ment flatté de cette rencontre. Car à l'époque oîi parut l'article de 
M. Weil, mon opinion sur l'Aululaire était faite depuis des années ; 
j'avais eu l'occasion de l'exposer à mes élèves et à quelques-uns de mes 
collègues j enfin une partie de ce qu'on va lire était écrite. 



SMIKRINÊS-EUGLION- HARPAGON 49 

dans deux ou trois passages qui ne sont pour rien dans l'ac- 
tion et qui vicient le dénouement. C'est ce qu'on va d'abord 
montrer par la simple analyse de l'Aululaire. Puis l'on exa- 
minera rapidement les conclusions à tirer de ce fait. 



I 



^■Euclion, devant sa maison, invective sa vieille esclave, la 
frappe, et l'oblige à se tenir, le dos tourné, dans la rue, 
pour qu'elle ne puisse l'observer pendant qu'il va voir sous 
son foyer si l'or qu'il y a trouvé dans une marmite est tou- 
jours en place (vers 40 à 66). La première scène nous mon- 
tre un homme troublé et rendu nerveux, irritable, méchant, 
par la possession d'un trésor. Dans la seconde, la vieille se 
creuse la tête pour savoir ce qui a pu arriver à son maître 
pour lui donner cette humeur inquiète, qui est donc de 
fraîche date (67-73). D'avarice, pas question. 

Euclion revient. Il ordonne à sa servante de rentrer et de 
faire bonne garde (79-81). « Que garder? » demande-t-elle ; 
« il n'y a rien à voler chez nous ; on n'y trouve que des 
toiles d'araignée » (81-84). « Ehl bien, je veux qu'on les 
garde », répond-il furieux (83-87). C'est un vrai contresens 
de voir dans cette réplique une preuve d'avarice. Euclion 
ne s'inquiète, en ce moment, ni des toiles d'araignée ni 
d'aucun autre objet que peut renfermer sa maison. Il tremble 
que Staphyla ne vienne à savoir ce qu'il y a maintenant à 
garder, le trésor. Il sait bien qu'il n'y a rien autre qui 
puisse tenter les voleurs, non pas, comme Harpagon, parce 
qu'il « renferme toutes choses » — il ne « renferme » que sa 
marmite — mais parce que vraiment il ne possède rien qui 
vaille d'être volé. Il s'empare donc avec une ironie rageuse 
de ces « toiles d'araignée », pour signifier à sa servante 



20 MAX BONNET 

que, quand il lui enjoint de veiller, elle n'a qu'à obéir, 
sans se mêler de connaître les motifs de ses ordres. 

Euclion avoue qu'il est pauvre (85; 86; 88; 184; 190; 
196; 227; 461; 583), il ne le feint pas, comme font les 
avares ; l'objection même de Staphyla le prouve, et plu- 
sieurs déclarations de son voisin Mégadore le confirment 
(171; 173; 206; 227; 247; 248; 423; 479; 603; voir 
aussi 349 et 357). S'il recommande de ne laisser entrer per- 
sonne sous prétexte d'emprunter de l'eau, du feu (il le fait 
éteindre, pour plus de sûreté, 91), ou quelque ustensile 
(90-97), ce n'est pas pour ménager son bien, c'est pour ne 
pas laisser approcher de son trésor. « Que personne n'entre, 
fût-ce la Fortune », voilà la consigne (98-100). De même, 
s'il va réclamer sa part dans une distribution d'argent pu- 
blique (106-108), ce n'est pas une cupidité sordide qui le 
pousse ; c'est la crainte de laisser soupçonner qu'il a chez 
lui un magot (109-110). Déjà son imagination montée lui 
fait croire qu'on s'en doute, et qu'on est plus aimable envers 
lui pour cette raison (111-119). 

Euclion jouit dans la ville d'une honorable réputation, ce 
qui n'est pas le cas d'Harpagon, à en croire maître Jacques. 
Mégadore, en faisant part à sa sœur Eunomia de son projet 
de mariage avec la fille d'Euclion, ne prévoit qu'une seule 
objection, leur pauvreté (173 ; 174) ; et Eunomia n'en fait 
aucune ; pas question du vice dégradant dont il est parlé dans 
la suite. « Je le connais », dit-elle ; « c'est, ma foi, un brave 
homme » (172). De même quand Mégadore annonce ses 
fiançailles à plusieurs amis, aucun ne s'étonne, au contraire ; 
« sapienter factum », disent-ils, « et consilio bono^ » (477). 

Mais voici Mégadore qui aborde Euclion en le saluant po- 
liment. Aussitôt ses soupçons renaissent (184 ; 185). Il en 
est obsédé tout le temps de leur entretien (188 ; 194-198 ; 
200-202; 216; 240; 265-267). Il n'a pas une pensée de 



SMIKRINÈS-EUGLION- HARPAGON 21 

reste pour cette bonne aubaine d'une alliance à contracter 
avec un gros bourgeois cossu tel que Mégadore (166 ; 184 ; 
214 ; 226; 247), qui ne pourrait manquer de réjouir un 
avare, même possesseur d'une marmite pleine d'or. Quand 
il se plaint de ce que sa fille n'aura pas de dot (191), quand 
il en avertit Mégadore par deux fois (238 ; 257 ; 258), ce 
n'est pas qu'il veuille faire l'économie d'une dot, c'est que 
vraiment il n'est pas à même d'en constituer une. Déjà avant 
la demande en mariage, et, par conséquent, avant qu'il 
puisse être question de dot, il craint de livrer son secret 
(184 ; 185 ; 211). « Eo dico », explique-t-il naïvement, « ne 
me thensauros repperisse censeas » (240). Après coup seule- 
ment l'idée semble lui venir que Mégadore voudrait s'appro- 
prier le trésor sous prétexte de dot (257) ; et c'est alors qu'il 
reproche à Staphyla d'avoir répandu le bruit que sa fille en 
aurait une (269). 

Mais, dira-t-on, pourquoi Euclion ne songe-t-il pas à faire 
usage du trésor pour doter sa fille, pourquoi le tient-il ca- 
ché? N'est-ce pas là une preuve d'avarice? Nullement. Pas 
plus qu'Euclion, le savetier de La Fontaine n'est avare, et 
pourtant, tout comme Euclion, « dans la cave il enserre 
l'argent, et sa joie à la fois ». Chez l'un comme chez l'au- 
tre, cette conduite s'explique par le manque d'habitude de 
posséder, par une sorte d'étourdissement que leur cause 
leur fortune subite. Ils n'ont jamais rien eu à garder, et 
tout à coup ils ont le souci de préserver des accidents et 
des voleurs une somme qui leur paraît énorme. Dès lors ce 
souci seul les obsède, sans que l'idée leur vienne de jouir 
de leur richesse. Une seule fois Euclion y pense, c'est quand 
il est trop tard, quand il vient de perdre son trésor (722 et 
suiv.). A ce moment il voit clair tout à coup. N'est-ce pas ce 
qui arrive à tant d'hommes, quand ils ont perdu leur santé, 
leur fortune, ou même un de leurs proches? 



22 MAX BONNET 

Après les fiançailles, Euclion et Mégadore vont faire leurs 
préparatifs de noce chacun de son côté et chacun selon ses 
moyens. Mégadore fait de belles provisions et loue plusieurs 
cuisiniers, qui se répandent dans les deux maisons (280- 
282). Euclion revient bredouille ; il a vu beaucoup de bon- 
nes choses, mais si chères 1 et il n'avait pas d'argent, ou pas 
assez (371-376). Il s'est donc décidé à faire de nécessité 
vertu et à dépenser le moins possible (379-384) ; il n'a 
acheté que de l'encens et des fleurs pour le dieu Lare. Ce- 
lui-ci, espère- t-il, se laissera fléchir par l'offrande du pauvre 
et donnera du bonheur à la mariée (385-387). Voilà qui est 
touchant ; cela rappelle les offrandes de la rustica Phidyle 
d'Horace. En tout cas, ce n'est pas d'un avare. Un véritable 
avare ou aurait acheté si peu que ce fût de plus substantiel, 
ou n'aurait rien acheté du tout, comme le [jLixpoXÔYoç de Théo- 
phraste : otj^wvwv {jLï]Bàv izpnxihvioq elaeXÔetv*. 

Euclion rentre, et trouve chez lui les cuisiniers. Enten- 
dant l'un d'eux demander une marmite plus grande, il croit 
qu'il s'agit de celle qui renferme son or, et se met à crier au 
voleur (388-397), puis chasse tout le monde à coups de bâ- 
ton (406-414). Dans une explication qu'il a à ce sujet avec 
Congrion (415-448), on voit que sa crainte n'est pas que les 
cuisiniers fassent trop de dépense ; il tremble uniquement 
que l'on découvre et emporte son trésor (432 ; 437-440). 
Une fois sa marmite en sûreté (449 ; 450), on introduira 
chez lui tous les étrangers qu'on voudra (451-453). Puis, 
ruminant l'incident, il se persuade que Mégadore a envoyé 
les cuisiniers pour voler la marmite (460-464) ; et, voyant 
son coq gratter la terre, il égorge le malheureux volatile 
comme étant leur complice (465-471). Dans tout cela encore, 
c'est en vain qu'on cherche Harpagon (celui-ci se fût con- 

1. Characteres, iO (McxpoXoy^aç). 



SMIKRINÈS - EUGLION - HARPAGON 23 

tenté d'éloigner le coq, son coq !) : il n'y a qu'un malheu- 
reux sire Grégoire affolé par un souci obsédant. 

Le monologue suivant de Mégadore sur les avantages des 
mariages entre riches et pauvres (475-535) est particulière- 
ment instructif. Euclion est à ses yeux un pauvre (479), et 
ce sont les oligarches (486), les riches, que seuls il accuse 
d'amour de l'argent, lequel s'allie chez eux au luxe et à la 
prodigalité (486 ; 487). Euclion écoute avec un vif plaisir ce 
discours favorable à l'économie (497) ; ce qui ne suppose 
pas plus d'avarice chez lui que le discours n'en révèle chez 
le désintéressé Mégadore. 

La crainte de voir son trésor découvert (547 ; 548) et le 
trouble qui en résulte font commettre à Euclion de grosses 
incivilités. Il se plaint à Mégadore des cuisiniers que celui-ci 
a envoyés chez lui (551-557). Et une fois lancé, il accuse 
la musicienne de trop boire (557-558 ; mihi, quoique le vin 
vienne de chez Mégadore, 356). Bien mieux, il reproche au 
rôti, donné par Mégadore, d'être trop maigre (560-568) : un 
avare qui se plaint qu'on ne fasse pas assez bonne chère ! 
Enfin quand Mégadore l'invite à boire, il déclare ne vouloir 
prendre que de l'eau (569-574), non pas assurément comme 
Harpagon quand il recommande à Cléante d'aller boire dans 
la cuisine un verre d'eau claire, parce que l'eau ne coûte 
rien : le vin, étant fourni par Mégadore (356), ne serait pas 
plus dispendieux à Euclion ; mais il craint que Mégadore ne 
veuille l'enivrer, afin de lui ravir son trésor (575-579). Pour 
le mettre à l'abri de toute attaque de ses ennemis — ede- 
pol ne tu aida miiltos inimicos habes^ s'écrie-t-il (580), 
tant la marmite est devenue à ses yeux un être vivant, une 
personne, dont la sécurité l'intéresse pour elle-même — il 
va le confier à la déesse Fides (580-586 ; 608-623), puis le 
cacher dans le bois de Silvain (624 et suiv.). Quand il s'aper- 
çoit que Strobile le lui a volé, il se livre à un désespoir 



24 MAX BONNET 

comique (713-726), mais qu'il ne faut pas attribuer à l'ava- 
rice : il est peu d'hommes, même détachés des biens de ce 
monde, qui ne s'affligeraient en pareille occurrence ; et le 
chagrin d'Euclion s'accroît naturellement du fait que son 
attention a été, depuis quelque temps, concentrée sur le pré- 
cieux objet. Il ne sort de là que pour apprendre, par la 
confession amphibologique de Lyconide, le malheur arrivé 
à sa fille — elle vient d'accoucher d'un enfant dont Lyco- 
nide est le père (731-800). Après quoi, Euclion ne reparaît 
pas, la fin de la pièce étant perdue. 

Nous connaissons néanmoins le dénouement. Il est claire- 
ment indiqué par les Arguments, le second surtout. Euclion 
donne à Lyconide sa fille avec l'enfant, et, comme dot, son 
trésor, l'or de la marmite, qui lui a été restituée. C'est le 
dénouement que prévoit le prologue (26 et 37). Enfin deux 
fragments de scènes perdues (3 et 4), appuyés par un vers 
du premier Argument (laetus, 15), montrent que cette solu- 
tion fait éprouver à Euclion une vive satisfaction. Il se rend 
compte que la marmite lui gâtait la vie ; il se réjouit d'être 
débarrassé d'un souci dévorant. 

On critique ce dénouement*, et l'on aurait assurément 
raison, s'il était vrai qu'Euclion fût avare. Il n'est pas con- 
forme à la nature de dépouiller si subitement un vice invé- 
téré ; on ne se figure pas Harpagon livrant sa cassette une 
fois retrouvée. Mais Euclion, dès la première fois qu'il parle 
de son trésor, se plaint des tracas et des soucis qu'il lui 
donne : aurum... quod me sollicitât plurumis miserum nio- 



\. Naudet en parle excellemment, Théâtre de Plante, Paris, 4845, I, 
p. 258. Bien avant lui, La Harpe, Lycée, Paris, 4824, I, p. 448, avait 
protesté. Le Lycée est de 4799. Langen, Plautinische Studien (4886), 
p. 405, trouve la conversion d'Euclion psychologiquement bien possible, 
et se persuade que Plaute avait dû la motiver suffisamment. On voudrait 
savoir comment 1 



SMIKRINÉS-EUGLION- HARPAGON 25 

dis(&&). Conçoit-on Harpagon parlant en ces termes de sa 
cassette ? Quand son or lui est ravi, Euclion est singulière- 
ment prompt à entrer en composition avec le voleur : il en 
offre la moitié, à condition de ravoir le reste (767). Harpa- 
gon n'est pas si généreux. C'est que la possession d'un tré- 

r n'est qu'une phase de la vie d'Euclion ; il l'a trouvé peu 
ivant l'ouverture de la pièce. Il est naturel que l'effet pro- 
iuit sur son caractère soit passager aussi. Tout autre est la 

ssette d'Harpagon. C'est le coffre où il tient son argent en 

ut temps ; elle est aussi ancienne que son vice. Il ne sau- 

it se séparer de l'une, parce qu'il lui est impossible de se 

rriger de l'autre. 

Il reste à voir les quelques passages qui ont suffi à faire 

'Euclion, dans l'opinion générale, le prototype d'Harpagon. 

s sont très rares, et n'auraient pu produire un tel effet, 
i. l'un n'était particulièrement frappant et propre à exciter 

gros rire. 

Le dieu Lare, dans le prologue, n'accuse Euclion d'ava- 
ice nulle part directement. Le fait-il indirectement ? Son 
iscours est assez obscur sur ce point. Le grand-père d'Eu- 

ion a voulu, si grande était son avarice (sic auido ingenio 

it, 9), cacher son trésor, même à son fils. Mais c'est au 
ieu Lare qu'il s'est adressé, obsecrans, lœnerans, pour en 

rder le dépôt. Chez le fils, il n'est plus parlé d'avarice ; 

ais le dieu lui reproche de négliger son culte. Enfin Eu- 
clion est dit pariter moratus : il ressemble — auquel des 
^^■ieux? A son père, dirait-on, car sa fille est aussitôt déclarée 
^^Blus dévote que lui. Pourtant, si elle fait plus de dons au 
{■Hlieu, sa générosité ne peut s'exercer qu'à peu de frais ; le 
dieu regarde donc à l'intention. D'un autre côté, on voit 
plus tard Euclion apporter une modeste offrande au dieu, 

Ilors que l'argent lui manque, dit-il, pour régaler ses hôtes. 



26 MAX BONNET 

s'agit de l'amour de l'argent ; et cela n'est point inadmis- 
sible. Mais ce n'est nullement certain. 

Il n'y a pas lieu de taxer Euclion d'avarice parce qu'il est 
économe (par eus, 314 ; 315 ; 333 ; 385) et fait cas de cette 
vertu (497 et suiv.). Son économie est dès le premier mo- 
ment expliquée par sa pauvreté : neqiie illo quisquam est... 
ex paupertate parcior (206). Cette pauvreté est d'ailleurs 
rappelée, comme on l'a vu, mainte fois et ne peut faire de 
doute. Elle était exigée par le sujet ; la découverte d'une 
marmite pleine d'or n'aurait pas troublé l'esprit d'un homme 
qui en eut possédé déjà autant et plus. L'économie aussi, et 
une habitude ancienne de stricte économie, était évidem- 
ment voulue par le poète soucieux de vraisemblance psycho- 
logique. Elle était aussi conforme à son dessein que l'ava- 
rice y eût été contraire. Elle répondait à cette question de 
tout spectateur attentif qui se posait aussi à nous, tout à 
l'heure : pourquoi Euclion ne dispose-t-il pas de son or ? 
Seul un homme que sa pauvreté a obligé pendant une lon- 
gue vie à retourner deux fois dans sa main chaque sou avant 
de l'en laisser échapper, et qui n'a peut-être jamais dé- 
boursé un louis à la fois, pourra n'avoir pas l'idée d'en dé- 
penser des milliers, tombés subitement en sa possession. 

La pauvreté peut expliquer aussi la mise pitoyable que 
Mégadore reproche à Euclion (540). Mais ici intervient en 
outre un autre motif. Euclion ne veut pas que des habits 
plus élégants fassent soupçonner qu'il possède maintenant de 
quoi s'en procurer (541-544). 

Reste la scène où décidément la parcimonie d'Euclion est 
tournée en ridicule, a Quoi? » dit Anthrax, « le maître de 
céans ne pouvait-il pas fournir lui-même le souper de noce 
de sa fille ?» — « Bah I » répond Strobile ^ : « on tirerait de 

\. Ou Pythodicus ? Il n'y a pas lieu de traiter ici cette question. 



SMIKRINÈS - EUGLIO^ - HARPAGON 27 

l'huile d'un vieux mur plutôt que de l'argent de ce pin- 
gre-là I II invoque dieux et hommes dès qu'il voit un peu 
de fumée s'échapper de chez lui. Quand il va se coucher, il 
s'attache un ballon au nez, pour que son haleine ne se perde 
pas pendant son sommeil. Quand il se baigne, il pleure 

I'eau qu'il répand. Jamais il ne te prêtera rien, fût-ce la 
aminé. Un jour que le coiffeur lui avait coupé les ongles, 
1 en ramassa toutes les rognures et les emporta. Un milan 
||ii avait volé un morceau de viande : il se présenta devant le 
fréteur en pleurant, demandant qu'il lui fût permis d'assi- 
gner le milan. » 

On sera peut-être tenté, après tout ce qui précède, et pour 
mettre le poète d'accord avec lui-même, d'interpréter ce 
passage de façon à en diminuer la portée. Strobile n'est 
qu'un esclave, parlant à d'autres personnes de bas étage. En 
cette qualité, le poète n'aurait-il pas cru pouvoir, sans pren- 
dre ses médisances à son propre compte, le laisser railler 
un voisin pauvre et exagérer démesurément son économie ? 
Une telle interprétation n'est pas soutenable. Il n'y avait au- 
cun sel à railler l'économie d'Euclion, qui inspire plutôt la 
^ p itié, puisqu'elle lui est imposée par la pauvreté. On ne voit 
^^fcas pourquoi Strobile s'y laisserait aller, ni pourquoi l'au- 
^Heur le laisserait faire ; car enfin, l'auteur d'un drame est 
^Responsable de ce qui s'y passe. De plus, la charge serait 
excessive. Ce que Strobile décrit n'est ni l'économie ni la 
caricature de l'économie. C'est l'avarice poussée jusqu'à la 
démence. Comment le spectateur croirait-il que de telles 
H^hoses se disent d'un homme qui ne serait même pas avare ? 
^^^A.ussi jamais spectateurs ni lecteurs ne s'y sont-ils trompés, 
^^Huisque c'est cette scène presque seule qui, dès l'antiquité 
et jusqu'à nos jours, a fait passer Euclion pour avare. 

IUn passage encore peut et sans doute doit s'entendre dans 




28 MAX BONNET 

trésor était en péril. Il souhaite de rencontrer ce corbeau 
pour lui témoigner sa reconnaissance : nimis hercle ego il- 
lum coruum ad me ueniat uelhn qui indicium fecit, ut ego 
un aliquid boni — dicam, nam quod edit tam daim quam 
perduim (670). Cela n'a de sel que si dicam est destiné à 
faire rire par surprise l'auditeur qui s'attend à donem. Il y 
a là un repentir semblable à celui d'Harpagon qui, après 
avoir mis la main à la poche pour récompenser maître Jac- 
ques, se contente d'une bonne promesse : « Va, je m'en sou- 
viendrai, je t'assure. » 

On voit à quoi se réduit, dans l'Aululaire, la peinture de 
l'avare : une trentaine de vers, presque tous contenus dans 
une seule scène, et qu'on retrancherait sans nuire le moins 
du monde à l'action. Bien au contraire. Ce trait nouveau 
imprimé au caractère d'Euclion y fait tache et disqualifie 
doublement le personnage pour le rôle qu'il est appelé à 
jouer. D'une part, en effet, il n'y avait pas grand intérêt à 
faire découvrir un trésor par un homme déjà habitué à vivre 
pour son argent. Le résultat était trop facile à prévoir : re- 
doublement d'avarice, et non brusque changement d'hu- 
meur, comme chez ce pauvre hère d'Euclion, d'ailleurs 
brave homme. Et d'autre part, à qui fera-t-on croire qu'au- 
cun poète, si habile qu'il fût, eût réussi à rendre le dénoue- 
ment de l'Aululaire, je ne dis pas vraisemblable, mais seule- 
ment acceptable, si Euclion était un avare tel que le décrit 
Strobile ? « Ménandre », dit M. WeiP, « dont les comédies 
passaient pour le miroir de la vie humaine, n'aurait jamais 
imaginé une conversion aussi absurde. » 



4. Journal des Savants, 1906, p. olG.Voy. ci-dessus, p. 24. On a objecté 
(W. Wagner, De Plauti Aulularia, p. 6), que la conversion de Déméa dans 
les Adelphes, qui sont aussi de Ménandre, ne paraît pas beaucoup moins 
miraculeuse. Mais aussi, dès l'époque de Donat (au vers 986), on a vu là 
un problème à résoudre. Il n'est peut-être pas plus insoluble que celui-ci. 



SMIKRINES - EUCLION - HARPAGON 29 



II 



Quel est le coupable? Qui, pour le plaisir de placer quel- 
ques drôleries, a détourné l'attention du véritable sujet de 
la pièce et en a rendu le dénouement intolérable? Mais 
d'abord, quel est le poète grec dont Plante a cette fois suivi 
la trace ? 

Parmi tant de titres de comédies grecques, il en est peu 
qui conviennent au sujet de la pièce latine. Celui qui la 
désignerait le mieux serait Bï^aaupcç. Mais le ©Yj-aupsç de 
Philémon a trouvé son emploi dans le Trinummus, et celui 
de Ménandre dans une comédie de Luscius, qui n'a pas de 
rapport avec l'Aululaire^ Le reste ne contient aucun in- 
dice. Il a donc fallu recourir à d'autres hypothèses. Celle 
qui a eu le plus de succès^ fait dériver l'Aululaire du Aijff- 
y.oAc; de Ménandre^. Aux objections qu'elle a soulevées* j'en 
ajouterai deux. 

Le titre, à première vue, semble convenir. Euclion est un 
homme qui a perdu sa bonne humeur, qui est devenu om- 
brageux, querelleur ; et le mot SJjxoXo? serait assez propre à 
ijsigner un tel personnage ^ Mais Euclion, ne l'oublions pas, 
a pris cette humeur que tout récemment, et retrouve le 
mtentement avant la fin de la pièce. Ce n'est donc pas lui 
4. Voy. Térence, Eunuque, 9. 
2. Puisqu'elle a rallié les suffrages de MM. von Wilamowitz, N. Jahr- 
cher f. d. kl. Altert., III (4899), p. 517, et H. Weil, J. des Sav., 4906, 
p. 545. 

3. Geffcken, Studien zu Menander, p. 8 et suiv. 

4. F. Léo, Deutsche Litt. Zeitung, XIX (4898), p. 348; Ph. E. Le- 
grand, Revue des Études grecques, XV (490-2), p. 357. 

5. On traduirait assez bien hùa/.okoç, par querulus ; voy. L. Havet, Le 
Querolus, p. 44 ; 495; 267; etc. ; et l'on sait que des rapports existent 
entre le Querolus et VAululaire. 



30 MAX BONNET 

que devait prendre pour type un moraliste qui voulait pein- 
dre le véritable ouaxoXoç. Le Malade imaginaire ne se croit 
pas malade un jour ; le Misanthrope n'est pas en brouille 
passagère avec le genre humain ; le Pseudolus ne joue de- 
vant nous ni son premier ni son dernier tour à son maître ; le 
Miles gloinosus n'est pas un vantard de circonstance ^ Le lù<s- 
xoXoç de la pièce de même nom devait être un atrabilaire de 
naissance et pour la vie. 

Le fragment du AùaxoXoç de beaucoup le plus étendu et le 
plus clair^ est le discours adressé à un père (ou à quelque 
vieillard, Tcàiep) pour lui conseiller un généreux emploi de 
sa fortune, et qui se termine par ces mots: luoXXw lï xpsîx- 
Tov ècTTiv è|JL<pavY3ç <pi'^^5ç Yj xXouTOç à^avi^ç, 6v (TÙ xaTop'jJaç e'x^iç. 
Cet homme qui a enfoui son argent ne peut être Euclion 
(ou son modèle grec), puisque la marmite d'Euclion a été 
cachée par son grand-père. Elle est ignorée de tous, jusqu'à 
ce que Euclion la découvre ; et après, quand il la replace 
dans sa cachette, quand il la transporte ailleurs, il le fait en 
secret ; son futur gendre n'en a connaissance que quand 
Strobile lui raconte qu'il a volé l'or. Il n'est pas admissible, 
d'autre part, que chez Ménandre le trésor eût été primitive- 
ment enfoui par le héros de la pièce : la donnée essentielle 
de celle ci, c'est justement un trésor trouvé inopinément. 
Enfin, est-il besoin de le dire? il n'y a pas place, à côté 
d'Euclion qui a trouvé un trésor, pour un autre personnage 
qui a enfoui le sien. 

On a tenté de sauver cette première hypothèse en la cor- 
rigeant. Ménandre aurait remanié son AûaxoXoç et en aurait 
fait les 'ETciTpéTTovTeç, lesquels seraient le modèle de l'Aulu- 



1. Si le Truculentus s'amadoue à la fin, il pose, comme les Adelphes, 
un problème qui a occupé les critiques depuis l'antiquité jusqu'à nos 
jours ; voy. Schanz, I, V, p. 93. 

2. Fr. 2 (IV, p. 107), M. ; 128 (III, p. 38), K. 



SMIKRINÈS - EUGLION - HARPAGON 31 

laire*. Cette position n'est plus tenable depuis la récente dé- 
couverte de fragments très étendus des 'ETcixpéTuovTsç^. Un épi- 
sode cependant, qui pourrait bien être commun aux 'ExiTps- 
:ovT£ç et à l'AuluIaire, doit retenir notre attention. On lit 
lans un discours de Ghoricius ^: xwv Tuapà MevavBpw TceitoiY)- 
lévwv TUpoawirwv... SjxapiVYjç... çtXapyupojç -^/ixaç èxoivjasv slvai, 6 
ïe8io)ç [JL*^ Ti Twv IvBcv 6 xaTT/oç oi/oiTo çcpwv. Et dans l'Aulu- 
lire (300) : quin diuom atque hominiim clamât contimio 
Idem, de suo tigillo fumus si qua exit foras. A ceux qui 
roient dans ces vers une traduction libre du mot de Ménan- 
Ire*, on objecte que l'idée n'est pas tout à fait la même, 
[ais la différence n'est pas telle que le poète latin dût se 
lire scrupule de la liberté prise, au contraire : la plaisan- 
îrie est meilleure chez lui que dans le grec. On ne se 
igure pas aisément la fumée emportant un meuble, un us- 
insile ou une pièce de monnaie ; et regretter la perte d'une 
>ouffée de fumée est plus ridicule que de craindre celle 
'un objet qui pourrait avoir du prix. On a dit encore que 
js traits d'esprit de ce genre passaient souvent, chez les Grecs, 
l'un poète à l'autre. C'est possible ; aussi bien ne s'agit-il 
joint de certitude. On sait trop qu'en pareille matière il faut 
contenter de probabilité relative. Mais dans l'espèce, le- 
[uel est plus probable, que le vers latin soit imité d'un vers 
expressément attribué à Ménandre, ou d'un emprunt qu'il 
^st permis de croire qu'un autre Grec aurait pu en faire ? 
En même temps nous apprenons de Ghoricius qu'un avare 
le Ménandre s'appelait S|jiap{vrjç. Ce nom se trouve dans 



1. Ph. E. Legrand, Rev. des Et. gr., XV, p. 368. 

2. Fragments d'un manuscrit de Ménandre, découverts et publiés par 
. Lefèbvre, Le Caire, 1907 ; M. Croiset, J. des Sav., 4907, p. 543 ; 

•h. E. Legrand, Revue des Études Anciennes, IX (4907), page 344, note. 

3. Publié par Graux, Revue de Philologie, I (1877), p. 228. 

4. C'est à Ussing qu'on doit le rapprochement, Plauti Comoediae, II, 
,587. 



32 MAX BONNET 

deux pièces, T'Actci; et les 'EmipéTcovieç*. Mais le trait cité 
par Ghoricius ne convient qu'à la seconde. Tandis que dans 
les fragments de VA^izlç il n'est guère question que de sol- 
dats et de batailles, Athénée- rapporte que parmi les person- 
nages des 'Emipéirovieç il y avait des cuisiniers — ce que 
confirment les nouveaux fragments^ — , et des cuisiniers 
railleurs, tout comme ceux de l'Aululaire, qui ne cessent de 
se lancer des lazzi entre eux et de se moquer d'Euclion. Un 
scoliaste d'Homère* affirme en outre que le Smikrinès des 
'ExixpéTcovTsç était avare (çiXapyupoç), et qu'il manifestait cette 
passion en faisant passer les questions d'argent avant ses 
affections de famille. C'est en effet ce que fait Smikrinès dans 
les fragments nouvellement découverts : il ne songe qu'à 
sauver la dot de sa fille, au détriment même de son bonheur^ 
La concordance de ces divers indices ne doit-elle pas faire 
penser que c'est ce ladre-là qui a posé pour la caricature 
dont Strobile a conservé certains traits dans l'Aululaire ? 

On a pensé encore que des vers comiques grecs, trouvés 
en 1902 à El-Hibeh^ auraient fait partie d'une pièce de Phi- 
lémon d'où Plante aurait tiré son Aululaire. Mais cette con- 
jecture est suspendue à un fil si ténu, qu'elle n'a guère ins- 
piré de confiance". S'il paraît excessif de dire que l'identité 



4. On a cru, d'après Julien, Misopogon, p. 349 c, que le héros du 
AuaxoXo; également s'appelait Smikrinès. Mais le Smikrinès des 'Er.upé- 
TîovTEç étant lui aussi d'humeur très irritable, voy . vers 10 ; 31 ; 448 et suiv. , 
on peut laisser au SuaxoXo; de la pièce ainsi intitulée le nom de Kvrjfxwv, 
que lui assigne Ghoricius, p. 228, appuyé parElien, epist. rwsf.,13 à 16. 

2. Deipnosoph., 14, 77, p. 659 b. 

3. Vers 165 et 530. 

4. Schol. Ambros. ad Hom., ri' 225. Le nom de Smikrinès est même 
employé comme synonyme d'avare par Julien, Caesares, p. 311 a, et par 
Themistius, or. 34, 17. 

5. Vers 450 et suiv. ; 465. 

6. The Hibeh Papyri, p. p. Grenfell et Hunt, I (1906), p. 24 ; comp. 
Blass, Rhein. Mus., LXII (1907), p. 102. 

7. Voy. F. Léo, Hermès, XLI (1906), p. 629; H. Weil, J. des Sav., 



SMIKRINÊS - EUGLION - HARPAGON 33 

du nom de Strobile, dans un de ces fragments et dans l'Au- 
lulaire, s'oppose à l'identification des deux pièces, elle ne 

Kffit pas à la justifier ; et s'il est facile de se figurer, de part 
d'autre, le porteur de ce nom dans une situation sembla- 
e, on en peut imaginer, pour le fragment, cent autres 
aussi bien. Le nom de Crésus (xpoia) ne se trouve, dit-on, 
l^^ue chez Philémon. Mais pour quelques milliers de vers que 
I^Bfous- possédons de la comédie nouvelle, on paraît oublier les 
centaines de mille qui sont perdus. 

Reste une dernière hypothèse qui a été émise sans y at- 
tacher d'importance* et accueillie assez froidement^. C'est 
pourtant celle qui me paraît avoir le plus de chances d'être 
la bonne. C'est que l'Aululaire serait imitée de l'TSpia de 
Ménandre. Le titre convient fort bien ; èv u5p(aiç yàp è'xsivTo 
o! 6r<aaupc{, dit un scoliaste d'Aristophane ^ Aucune comédie 
grecque, à notre connaissance, n'était appelée Xùxpa; et ùSpia, 
l'aiguière, pouvait d'autant mieux devenir sur la scène la- 
tine aida, la marmite, que urna se prêtait moins bien à 
telle plaisanterie de Plante (390). 'TSpia pouvait, comme 
aula, donner lieu aux équivoques de la première rencontre 
entre Euclion et Lyconide (744 ; 7oo et suiv.). Enfin les 

iagments de l'TBpia se laissent assez facilement encadrer 
ms les scènes de l'Aululaire. Rien ne prouve que les vers 
tés par Stobée'^ fussent mis dans la bouche du principal per- 
>nnage ; et quand cela serait, et que, par conséquent, ce 
106, p. ol5 ; K. Fuhr, Berliner phil. Wochenschrift, XXVI (1906), 
1411. 
A. G. Gœtz, Plauti Comoediae, éd. Ritschl, IP, 1 (1881), p. viii. 
2. G. M. Franckcn, \erslagen en Mededeel. d. k. Akad. van We- 
1 temch. (d'Amsterdam), "2« série, t. XI (1882), p. 216 ; Mnemosyne, XIX 

1891), p. 341. 
3. Schol. ad Arist. Aues, 602 (xal xi; uBpt'aç àvopuxxtu). 
4. Florileg., 58, 8 = fg. 1 (IV, p. 207), M. ; 466 (III, p. 133), K. 
jmp. Francken, p. 216. 
I 



34 MAX BONNET 

personnage aurait vécu à la campagne dans la comédie grec 
que, pourquoi Plante, surtout s'il empruntait en même 
temps à quelque autre pièce, n'aurait-il pu lui faire habiter 
la ville ? Pourquoi aussi le prologue n'aurait-il pas été pro- 
noncé par un jeune homme en grec, par le dieu Lare en latin? 
Plante n'était pas si esclave de ses modèles. Les fragments du 
Kapx^86vwç de Ménandre ne ressemblent guère au texte du 
Poeniilu.% qui cependant en est probablement la reproduction. 

Il est temps de revenir à la question : Qui a fait d'Euclion 
un avare ? Est-ce le poète grec qui a altéré sa propre con- 
ception ? Est-ce un acteur ou un éditeur de la pièce latine 
qui s'est permis de substituer ou d'ajouter des vers de sa 
façon à ceux de Plante ? Est-ce Plante lui-même qui, repro- 
duisant une œuvre mieux conçue que l'Aululaire, l'a faus- 
sée, soit par des inventions libres, soit par le procédé connu 
sous le nom de contaminatio ? 

Ne possédant plus aucun original complet de la comédie 
nouvelle, nous ne pouvons affirmer que les nombreux poètes 
qui ont cultivé ce genre aient tous été impeccables, ni même 
que les meilleurs l'aient été toujours. Cependant, in comoe- 
dia maxime claudicamus, dit Quintilien, qui n'est pas sus- 
pect de partialité pour les Grecs. Jusqu'à preuve du con- 
traire, dans un débat tel que celui-ci, on doit soupçonner 
de fautes graves le Romain plutôt que le Grec. Plante en par- 
ticulier n'était loué spécialement ni comme dramaturge ni 
comme peintre de caractères ^ D'ailleurs n'est-il pas pro- 
bable que l'inventeur saura mieux que l'imitateur figurer un 
caractère avec suite, l'adapter au sujet et y conformer l'ac- 
tion ? Un poète même médiocre, s' appliquant à représenter 
un avare, n'aurait-il pas trouvé mieux que les quelques 



4. Voy. Varron dans Nonius, p. 374 ; Cicéron, de off., 1, 29, 404; de 
or., 3, 12, 45 ; etc. 



SMIKRINÈS - EUGLION - HARPAGON 35 

facéties dont Strobile régale les cuisiniers ? Et si fé person- 
nage, dans son idée, n'était pas un avare, pourquoi lui au- 
rait-il fait reprocher à un certain moment ce vice-là plutôt 
que tout autre ? Notez que c'est Strobile, le valet de Méga- 
dore, qui parle : le créateur de la pièce ne se serait-il pas 
rappelé que Mégadore lui-même, ni sa sœur, ne savent rien 
de la prétendue avarice d'Euclion ? 

La question se pose donc entre Plante et des interpola- 
teurs de son œuvre. Ce qui peut faire incliner de ce dernier 
côté, c'est que déjà pour d'autres raisons on a pensé que 
l'Aululaire avait subi un remaniement ou des retouches*. 
Justement, c'est aux environs de l'entretien entre Strobile et 
les cuisiniers que se trouvent les incohérences qui ont prin- 
cipalement donné lieu à ce soupçon. Il serait naturel de 
penser que les passages 29o et suiv., 363 et suiv., et 587 et 
suiv., ont été altérés en même temps et de la même main. Et 
cette solution n'est pas absolument inacceptable. Cependant, 
si la comédie de Plante a subi des altérations après la mort 
du poète, est-ce une raison pour que celui-ci n'ait pas aupa- 
ravant pris des libertés avec son modèle ? Le nom de Stro- 
bile donné à deux esclaves différents, quelques autres diffi- 
dtés semblables, ne décèlent qu'une altération superficielle 
de tout autre nature que celle qui nous occupe. L'une 
l'entraînait nullement l'autre. On est généralement peu dis- 
)sé aujourd'hui à admettre la contamination du moins dans 
laque cas particulier ; car, en principe, s'il est un fait sûre- 
ment attesté dans la plus ancienne histoire des lettres latines, 
'est que Plante a usé de ce procédé^. Dans le cas présent^, 



1. Gœtz, Acta Soc. philoL Lips., VI (4876), p. 310 ; Plauti Com., IP, 
|, p. VIII ; Tartara, Riv. di Filol, XXVII (1899), p. 193 ; etc. 

2. Térence, Andrienne, 18. 

3. M. Gœtz, p. 314 et suiv., n'a réfuté que les arguments de W.Wagner, 
Dziatzko, Rhein. Mus., XXXVII (1882), p. 265, ne vise pas autre 



36 MAX BONNET 

on ne voudra pas objecter que la contamiiiatio serait moins 
étendue qu'on ne se représente en général les opérations de 
cette sorte. Plante ne s'était pas sans doute imposé de règle 
à cet égard. Une scène, une tirade, un vers pouvaient être 
empruntés à un second modèle aussi bien que la moitié de 
l'intrigue, et l'ont été sans doute souvent sans que personne 
s'en aperçût^ Pourtant les traits d'avarice rapportés par 
Strobile sont si maladroitement plaqués sur le caractère 
d'Euclion, qu'on peut hésiter à en rendre responsable un 
vrai poète, si inhabile dramaturge soit-il. Un acteur quel- 
conque a pu les emprunter aux 'ExiTpéicovTeç, soit d'après 
l'original, soit d'après quelque adaptation latine. Mais cet 
acteur aurait-il songé à continuer son interpolation un peu 
plus loin, au vers 672 ? et surtout à accuser Euclion d'ava- 
rice dès le prologue, si c'est ainsi qu'il faut entendre les 
mots panier moratiim ? Ne serait-ce pas plutôt Plante lui- 
même qui se serait mépris, tout comme les plus savants 
commentateurs modernes, sur les intentions de son confrère 
grec dans les passages concernant les toiles d'araignée, les 
vêtements minables d'Euclion, etc., et qui, en conséquence, 
aurait cru bien faire d'appuyer davantage, tout en égayant 
la pièce par quelques plaisanteries conformes à son goût 
et à celui de son public? N'est-ce pas un fait au moins 
significatif que l'un des quolibets de Strobile sur Euclion, 
ou un trait tout semblable, se soit trouvé selon toute 
probabilité dans une pièce grecque qui n'a pu servir de 
modèle pour le reste de l'Aululaire, alors qu'on peut ad- 
mettre avec quelque vraisemblance qu'une autre pièce du 
même auteur a rempli cet emploi? L'Aululaire, ne serait-ce 



t 



chose. Ni l'un ni l'autre ne s'est occupé du problème qui se pose ici. 
Blass, Rh. M., LXII, p. 107, admet qu'il faut compter avec la contamina- 
tio comme étant « fort possible ». 
1. Léo, Gesch. d. r. Litt.'^ (Kultur der Gegenwart, I, 8), p. 334. 



SMIKRINÊS - EUGLION - HARPAGON 37 

point rTSpu, « contaminée » au moyen des 'ETU'.ipéTuovieç ? 
Restons sur cette interrogation. Ce sera plus sage et plus 
honnête que d'affecter une fausse assurance en l'absence de 
tout témoignage positif. Ce qui d'ailleurs importe plus que 
d'identifier deux pièces, c'est de rectifier une erreur d'his- 
toire littéraire ; c'est de remplacer l'étrange illusion expri- 
mée en ces mots : « Grâce à l'Aululaire et à l'Avare, un per- 
sonnage au moins de Ménandre vit encore aujourd'hui, peu 
changé, sur nos scènes^ )>, par l'aveu que voici : « De l'avare 
de Ménandre, Smikrinès, il ne survit en Euclion qu'une 
part infime, et dans Harpagon à peine quelques bribes. » 
Ce qui importe, c'est de reconnaître franchement l'incohé- 
rence du caractère d'Euclion à partir du troisième acte, et 
l'invraisemblance du dénouement ; c'est enfin de juger 
comme il le mérite, et quelque nom qu'il porte, l'auteur 
responsable de si grosses fautes de psychologie dramatique. 
Si l'on persiste à croire que cet auteur est Ménandre, qu'on 
renonce à voir en Ménandre un grand moraliste et le plus 
parfait des comiques. Si c'est Plante, n'essayons plus de jus- 
tifier Plante du reproche de légèreté que lui adresse Ho- 
race. Enfin, quel que soit le coupable, que nul ne songe plus 
à placer Euclion, tel qu'il est, au même rang qu'Harpagon, 
et à plus forte raison au-dessus. Quant au véritable Euclion, 
celui du poète grec et de Plante lui-même dans la plupart 
des scènes, ne le comparons même plus à Harpagon, avec 
qui il n'a, pour ainsi dire, rien de commun. Sachons voir 
en lui, non plus ce que nous y mettons, mais ce qu'y a mis 
rinventeur, et qui est bien assez intéressant. 

I Montpellier, décembre 1907. 

4. Kœrte, Deutsche Rundschau, XXX (1904), p. 383. 
! 



Henri BORNECQUE 

LE POST REDITUM AD QUIRITES 



LE POST REDITUM AD QUIRITES 

TEXTE COMMENTÉ AU POINT DE VUE 
DES CLAUSULES MÉTRIQUES 

Par Henri Bornecque. 



De tous les domaines qui composent l'empire du latin, 
grammaire, prosodie, métrique, sémantique, interprétation, 
littérature, il n'en est aucun où le maître, en l'honneur 
duquel sont écrits ces mémoires, n'ait porté ses pas et fait 
des découvertes. Il en est un qu'il a ouvert aux chercheurs, 
c'est celui de la prose métrique : avant le Symmaque, chez 
les modernes, sur les clausules latines, deux thèses (de 
Millier et de Wuest)% que personne n'avait remarquées; 
depuis, des travaux qui remplissent plusieurs pages serrées 
d'une bibliographie^. Aussi m'a-t-il paru que ce recueil 

1. Voir p. 43, n. 1 et 3. ' 

2. On me permettra de renvoyer à mon ouvrage sur les clausules, pp. 
ix-xvi ; encore y ai-je relevé des omissions. Je saisis l'occasion d'en ré- 
parer quelques-unes. 

Albert G. Clark, C. R. de l'édition des Tusculanes de Dougan, Classi- 
cal Review, 1906, p. 122. 

Alfred Klotz, Philologus, 1906, pp. 113-114, absence de clausules dans 
Vexpositio totius mundi. Cf. Sinko, Archiv, t. 13, p. 536. 

J. May, sur le rythme des discours de Cicéron, Jahresbericht de 
Bursian, t. 134, pp. 123-167 et 186-195. 

R. NovÂK, sur les clausules de Velleius Paterculus, Wiener Studien, 
1906, pp. 283-305, et 1907, pp. 130-149. 

W. Peterson, a propos de transpositions de mots amenées dans les 



42 HENRI BORNEGQUE 

serait incomplet, si l'on n'y rencontrait pas un spécimen du 
genre d'études que M. Louis Havet a ressuscitées et renou- 
velées, et auxquelles il a formé, depuis douze ans, les géné- 
rations qui viennent, au Collège de France, écouter ses 
leçons. 

Mais on ne trouvera pas ici une discussion théorique ou 
l'exposé didactique des règles suivies par Cicéron pour les 
clausules du Post Reditum ad Quirites, objet du présent 
travail : j'ai suivi la même méthode et appliqué les mêmes 
lois que dans mon livre sur les clausules, auquel je m'excuse 
de renvoyer plus d'une fois. Dans cet article, le dernier que 
j'aie l'intention de publier sur cette matière, d'ici à quel- 
que temps, à moins d'y être obligé par les circonstances, je 
me propose, à l'imitation de M. Ceci S de publier le texte 
d'un discours de Cicéron, en indiquant la nature des clausu- 
les, en expliquant ou corrigeant celles qui sont irrégulières, 
en faisant les remarques prosodiques nécessaires, enfin, en 
examinant, à la lumière des lois, métriques suivies par l'ora- 
teur, les variantes ou conjectures relatives aux clausules ; 
toutefois, ici, pour ne pas être trop long, je laisserai de côté, 
sauf exception, les variantes ou conjectures, qui, au point de 
vue de la prosodie et de la répartition des syllabes entre les 
mots, ne diiïèrent pas du texte pris pour base, celui de 
CF. W. Mueller (Bibliotheca Teubneriana), dont j'ai con- 
fronté l'édition avec celle d'Orelli-Halm. On m'objectera 



mss. latins par la préoccupation des clausules, American Journal of Philo- 
logy, 4907, p. 125. 

J. E. Sandys, Rhythm in Greek and Latin Prose, Classical Review, 
1907, pp. 85-88. 

Vinc. UssANi, Studi italiani di filologia classica, 14, pp. 295-300. 

Th. ZiELiNSKi, sur le rythme à l'intérieur des phrases des discours 
de Cicéron, Philologus, 1906, pp. 604-629. 

1. Il ritmo délie orazioni di Cicérone. ILa Prima Catilinaria, testo con 
la scansione délie clausule metriche. La scansion du Pro Archia et du 
Pro Milone est annoncée. 



LE « POST REDITUM » 43 

qu'il aurait mieux valu choisir un discours publié par 
Clark ; mais cette harangue m'oifraitles avantages précieux de 
n'être pas trop longue, et de n'avoir donné lieu, sur le point 
qui nous occupe, à aucun travail approfondi : Wuest* la laisse 
de côté ; Zielinski ^ en dit quelques mots à peine ; seul 
Ernest Millier ^ donne la liste des 68 fins de phrase suivies 
d'un point dans Orelli et tente de les ramener à quelques 
types. 

Mon étude porte, au contraire, sur 270 clausules environ : 
en effet j'ai considéré non seulement les fins de phrase sui- 
vies d'une ponctuation forte, mais encore les fins d'incise, 
lorsque le sens j ordonne un arrêt, et que, de plus, au 
commencement de l'incise suivante, le rythme est rompu 
après un, deux ou trois pieds ; l'examen de l'œuvre m'a 
prouvé, en effet, que Cicéron applique aussi des lois métri- 
ques au début des phrases. J'ai tenu à signaler, avant tout, 
les clausules irrégulières, considérant comme irrégulières 
celles qui ne sont pas admises par l'orateur dans ce que j'ai 
appelé ailleurs la troisième période de ses discours *, à 
laquelle le Post Reditum ad Quirites appartient par la 
date: elles sont imprimées en caractères gras. De plus, j'ai 
essayé de bien marquer aux yeux les règles fondamentales 
des clausules, à savoir : 

a) Lorsque le mot ou groupe final ne comprend pas deux 
ou plusieurs pieds de même genre (égal ou double), le pied 
pénultième est du genre égal, si le dernier est du genre 
double. 

b) Lorsque le mot ou groupe final ne comprend pas deux 

1. G. Wuest, De clausula rhetorica quae praecepit Cicero quatenus in 
orationibus secutus sit. 

2. Das Clauselgesetz in Ciceros Reden, p. 203. 

3. De numéro ciceroniano, pp. 26, 27, 28, et des remarques, pp. 30- 
33, 39. 

4. Celle qui va du retour d'exil au Pro Milone inclusivement. 



44 HENRI BORNEGQUE 

OU plusieurs pieds de même genre (égal ou double), le pied 
pénultième, ou, à la rigueur, le pied antépénultième est du 
genre double, si le dernier est du genre égal. 

c) Lorsque le mot ou groupe final comprend deux ou plu- 
sieurs pieds de même genre (égal ou double), il est précédé 
d'un pied du genre égal, s'il est formé de pieds de genre 
double, ou inversement. 

Pour les règles secondaires (interdiction d'un iambe 
devant un mot final de type videatur ou mendacium, d'un 
trochée devant un mot final de type differantur, etc.) je me 
suis réservé de signaler les infractions dans les notes. 

Afin démettre en lumière ce que j'appelle la rupture de 
rythme, j'ai indiqué entre parenthèses, après chaque clau- 
sule, les noms abrégés des pieds qui la composent : A signi- 
fie anapeste^ D = dactyle, i=iambé, S = spondée, t = tro- 
chée, trib = tribraque. Les lettres désignant les pieds qui 
forment la clausule sont les seuls signes abréviatifs imprimés 
en italique. Donc tribS indique une clausule de type esse 
videatur, tS une clausule esse nobis, etc. Lorsque le mot 
final comprend deux pieds appartenant au même genre, 
l'abréviation qui les concerne est séparée de l'abréviation du 
pied qui les précède par le signe -|-. Esse perdiixerunt sera 
résumé par t-{-2S. Dans les cas de clausules plus rares, je 
renvoie à la note. On a remarqué que tous les pieds de 
genre égal sont représentés par des majuscules, tous ceux 
de genre double par des minuscules ; la rupture de rythme 
apparaîtra donc immédiatement, en comparant les caractères 
représentant soit les deux derniers pieds, soit le groupe des 
deux derniers pieds et le pied qui le précède. 

Abréviations : Caractères gras = Clausules irrégulières. — 
Pour toutes les autres, v. l'alinéa qui précède cette observa- 
tion. 



LE « POST REDITUM » 48 



M. TULLI CICERONIS ORATIO, CUM POPULO GRATIAS EGIT (iS) 

1 , 1 Quod precatus a love Optimo Maximo ceterisque dis im- 
mortalibus sum, Quirites (tS)^ eo tempore, cum me fortu- 
nasque meas pro vestra incolumitate, otio concordiaque de- 
vovi (iS), ut, si meas rationes umquam vestrae saluti 
anteposuissem (tribS), sempiternam poenam sustinerem 
mea voluntate susceptam {iS), sin et ea, quae ante gesse- 
ram, conservandae civitatis causa gessissem et illam miseram 
profectionem vestrae salutis gratia suscepissem (i-\-2S), ut, 
quod odium scelerati homines et audaces in rem publicam 
et in omnes bonos conceptum iam * diu continerent (/S), 
id in me uno potius quam in optimo quoque et universa 
civitate deficeret (lA) — hoc si animo in vos liberosque ves- 
tros fuissem, ut aliquando vos patresque conscriptos Italiam- 
que universam memoria mei, misericordia desideriumque 
teneret (DD-S)^, eius devotionis me esse convictum iudicio 
deorum immortalium, testimonio senatus, consensu Italiae, 
confessione inimicorum, beneficio divino immortahque ves- 
tro (/*S) maxime laetor (iS^. 2 Quare, etsi nihil est homini 
magis optandum quam prospéra, aequabilis perpetuaque for- 
tuna secundo vitae sine uUa offensione cursu {tS\ tamen, si 
mihi tranquilla et placata omnia fuissent (jinbS), incredibili 



i. On voit que ce texte est parfaitement admissible au point de vue 
métrique ; de même pour toutes les variantes ou conjectures proposées : 
deflecterent (Si) Lag. 46 ; déferrent (iS) Lag. 4, 6 et 65 ; defigerent (Si) 
Hotom. et Lambin. Par contre, on ne rencontre jamais, comme licite, 

Ins les discours de C. la clausule publicam deflecterent admise par l'éd. 
nt. et par celle de Lambin de 1566. 
2. La clausule, donnée par G et les cod. dett. est incorrecte. De même 
ns le texte de Halm et de Kayser : misericordiaque [desideriiim] tene- 
t. Il faut, semble-t-il, admettre le texte de PEVW : misericordiaque 



46 HENRI BORNEGQUE 1 

quadam et paene divina, qua nunc vestro beneficio fruor, i 
laetitiae voluptate caruissem QribS). Quid dulcius hominum ■ 
generi ab natura datum est quam sui cuique liberi (Szï)? : 
Mihi vero et propter indulgentiam meam et propter excellens 
eorum ingenium vita sunt mea cariores (tS). Tamen non : 
tantae voluptati erant suscepti, quantae nunc sunt resti- ^ 
tuti QS). 3 Nihil cuiquam fuit umquam iucundius quam \ 
mihi meus frater (25) ; non tam id sentiebam, cum fruebar \ 
QS)\ quam tum, cum carebam (^5)*, et posteaquam vos j 
me illi et mihi eum reddidistis (iS). Res familiaris sua quem- -\ 
que delectat- ; reliquae meae fortunae reciperatae plus mihi i 
nunc voluptatis adferunt, quam tum m incolumitate adfere- j 
bant (^5)^ Amicitiae, consuetudines, vicinitates, clientelae, | 
ludi denique et dies festi quid haberent voluptatis (iS)^ ca- 
rendo magis intellexi quam fruendo (tS). 4 lam vero honos, 
dignitas, locus, ordo, bénéficia vestra (tribS) quamquam 
mihi semper clarissima visa sunt {voir la noté)'', tamen ea 
nunc renovata inlustriora videntur, quam si obscurata non 
essent {iS). Ipsa autem patria, di immortales, dici vix potest 
quid caritatis, quid voluptatis habeat (/yl) ; quae species Ita- 
liae, quae celebritas oppidorum, quae forma regionum, qui 
agri, quae fruges, quae pulchritudo urbis, quae humanitas 



4. C'est à dessein, semble-t-il, que ces deux clausules sont identiques (Sf S). 

2. Courte incise. 

3. Zielinski écrit, à propos de cette clausule {d. Clauselgesetz in Cice- 
ros Reden, p. 205) : « Métriquement elle n'est pas mauvaise ; incôlûmes 
Klotz et Lag. vaudrait mieux ; iucundidatis serait mauvais. » Sur le der- 
nier point, il n'y a pas de doute ; mais, dans tous ses discours, devant un 
mot final de forme adferebant, C. préfère l'iambe, qu'il recherche, à 
l'anapeste, qu'il tolère seulement. 

4. Devant un mot ou groupe final ayant la forme d'un crétique, C. 
évite toujours le dactyle. Il est vraisemblable qu'il y a eu, dans les mss., 
permutation des deux mots commençant par un s, semper et sunt, et qu'il 
faut écrire : sunt clarissima visa semper, clausule parfaite métriquement. 
Dans le membre de phrase suivant, quelques manuscrits (Lag. 4, 65) 
n'écrivent-ils pas revocata nunc ? 



LE « POST REDITUM » 47 

civium, quae rei publicae dignitas, quae vestra maiestas 
(iS) I Quibus ego omnibus antea rébus sic fruebar, ut nemo 
magis (Si)^ ; sed tamquam bona valetudo iucundior est iis, 
qui e gravi morbo recreati sunt, quam qui numquam aegro 
corpore fuerunt (jribS), sic haec omnia desiderata magis 
quam adsidue percepta délectant {iS). 2, 5 Quorsum igitur 
haec disputo ? Quorsum ^ ? Ut intellegere possitis neminem 
umquam tanta eloquentia fuisse neque tam divino atque 
incredibili génère dicendi (J-S)^ qui vestram magnitudinem 
multitudinemque beneficiorum, quam in me fratremque 
meum et liberos nostros contulistis (jS^, non modo augere 
aut ornare oratione, sed enumerare aut consequi possit (iS). 
A parentibus, id quod necesse erat, parvus sum procreatus 
(tS)^^ a vobis natus sum consularis (/^)^. lUi mihi fratrem 
incognitum, qualis futurus esset, dederunt (tS), vos specta- 
tum et incredibili pietate cognitum reddidistis (^'S'). Rem 
publicam illis accepi temporibus eam, quae paene amissa 
est (v. la note)^, a vobis eam reciperavi, quam aliquando 
omnes unius opéra servatam iudicaverunt (iS). Di immor- 
tales mihi liberos dederunt, vos reddidistis (/5). Multa prae- 
terea a dis immortalibus optata consecuti sumus (Si) ; nisi 
vestra voluntas fuisset, omnibus divinis muneribus carere- 
mus (^*S)^ Vestros denique honores, quos eramus gradatim 
singulos adsecuti (tS), nunc a vobis universos habemus {tS), 
ut, quantum antea parentibus, quantum dis immortalibus, 

1. L'o de nemo est ici long. 

2. Courtes incises. 

3. Cf. p. 46, n. 1. 

4. Quae paene amissa est forme un groupe ; or, devant les mots ou 
groupes tinaux de cinq longues, l'iambe est toléré (Bornecque, les clau- 
suies, § 440). La conjecture esset d'Orelli (au lieu de est) donnerait une 
clausule non métrique. 

5. Les mss. donnent les variantes caruerîmus (pour Vi long, cf. Bor- 
necque, ib. § 19), carueramus et caruissemus. Les deux premières four- 
niraient une fin métrique (tribS), non la dernière (A -\- AS). 



48 HENRI BORxNEGQUE 

quantum vobismet ipsis (^tSy, tantum hoc tempore univer- 
sum cuncto populo Romano debeamus (tS)^. 

6 Nam cum in ipso beneficio vestro tanta magnitudo est, 
ut eam complecti oratione non possim (iS), tum in studiis 
vestris tanta animorum declarata est voluntas (î-S), ut non 
solum calamitatem mihi detraxisse, sed etiam dignitatem 
auxisse videamini (^«). 3 Non enim pro meo reditu ut pro 
P. Popili, nobilissimi hominis, adulescentes filii et multi 
praeterea cognati atque adfines deprecati sunt (i5), non ut 
pro Q. Metello, clarissirao viro, iam spectata aetate filius 
(Sii), non L. Diadematus consularis, summa auctoritate vir 
ÇSii)y non G. Metellus censorius, non eorum liberi (^St), non 
Q. Metellus Nepos, qui tum consulatum petebat (tS), non 
sororum filii, Luculli, Servilii, Scipiones QS)\ permulti 
enim tum Metelli [aut Metellarum liberi] pro Q. Metelli re- 
ditu Yobis ac patribus vestris supplicaverunt (iS). Quodsi 
ipsius summa dignitas maximaeque res gestae non satis va- 
lerent {tSy, tamen filii pietas, propinquorum preces, adu- 
lescentium squalor, maiorum natu lacrimae populum Roma- 
num movere potuerunt (tribS). 7 Nam G. Mari, qui post 
illos veteres clarissimos consulares (/5) hac vestra patrumque 
memoria tertius ante me consularis (jS) subiit indignissi- 
mam fortunam praestantissima sua gloria (5z), dissimilis fuit 
ratio {lA). Non enim ille deprecatione rediit (/^), sed in 
discessu civium exercitu se armisque revocavit (jtribS). At 

1. Il semble bien que la forme vobismet ait été amenée en partie par 
des raisons métriques ; la clausule vohis ipsis (SS) est évitée, 

2. La variante debemus de PGVE et de plusieurs Lag. donnerait une 
mauvaise clausule (SS). 

3. Chez aucun des auteurs latins étudiés au point de vue des clausules, 
exception faite pour Salvien, un mot final de type valerent n'est précédé 
d'un iambe : il faut donc renoncer à cette leçon, donnée par S et 3 Lag. 
et adopter la leçon valent des autres manuscrits, qui donne la clausule 
sa. La conjecture valebant de Halm équivaut, métriquement, à la leçon 
valerent. 



LE « POST RÉDITÛM » 49 

me nudum a propinquis (tS), nulla cognatione munitum 
(iS), nullo armorum ac tumultus metu (Si) C. Pisonis, ge- 
neri mei, divina quaedam et inaudita auctoritas atque virtus 
(tS) fratrisque miserrimi atque optimi cotidianae lacrimae 
sordesque lugubres (voir la noteY a vobis deprecatae sunt 
(iS). 8 Frater erat unus, qui suo squalore vestros oculos in- 
flecteret (Si), qui suo fletu desiderium mei memoriamque 
renovaret (tribS) ; qui statuerai, Quirites, si vos me sibi non 
reddidissetis, eandem subire fortunam (iS) ; tanto in me 
amore extitit (Si), ut negaret fas esse non modo domicilio, 
sed ne sepulchro quidem se a me esse seiunctum (iS). Pro 
me praesente senatus hominumque praeterea viginti milia 
vestem mutaverunt (voir la note)-, pro eodem me absente 
unius squalorem sordesque vidistis (iS). Unus hic, qui qui- 
dem in foro posset esse (tSy, mihi pietate filius inventus est, 
beneficio parens, amore idem, qui semper fuit, frater (iS). 
Nam coniugis miserae squalor et luctus (iS) atque optimae 
filiae maeror adsiduus (iA) filiique parvi desiderium mei 
lacrimaeque puériles (tribS) aut itineribus necessariis aut 
magnam partem tectis ac tenebris continebantur (iS). 4 Quare 
hoc maius est vestrum in nos promeritum, quod non mul- 
titudini propinquorum, sed nobismetipsisnosreddidistis (tS). 
9 Sed, quem ad modum propinqui, quos ego parare non 
potui(2^), mihi addeprecandam calamitatem meamnonfue- 
runt (tS), sic illud, quod mea virtus praestare debuit(*S'w), 
adiutores, auctores hortatoresque ad me restituendum ita 
multi fuerunt (tS), ut longe superiores omnes hac dignitate 



4. On peut scander indifféremment lugubres (clausule iS) ou lugubres 
(clausule SU). 

2. Scander mutaverunt (cf. Bornecque, les clausules, § 52) ; la clau- 
sule est de la forme Si. 

3. On ne saurait écrire, avec Halm et Kayser : adesse mihi, pietate 
sqq., un mot final de forme iambique n'étant jamais précédé d'un tro* 
chée. 



50 HENRI BORNEGQUE 

copiaque superarem(;rïô5). Numquam de P. Popilio, claris- 
simo ac fortissimo viro (Sn), numquam de QMetello, nobi- 
lissimo et constantissimo cive (z\S), numquam de C. Mario, 
custode civitatis atque imperii vestri (SAS)^ in senatu 
mentio facta est (iS)-. 10 Tribuniciis superiores illi rogatio- 
nibus nulla auctoritate senatus sunt restituti (IS), Marins 
vero non modo non a senatu, sed etiam oppresso senatu est 
restitutus (/^S), nec rerum gestarum memoria in reditu C. 
Mari, sed exercitus atque arma valuerunt QribS) ; at de me 
ut valeret, semper senatus flagitavit {tS), utaliquando profi- 
ceret, cum primum licuit, frequentia atque auctoritate per- 
fecit (iS). Nullus in eorum reditu motus municipiorum et 
coloniarum factus est (^Si), at me in patriam ter suisdecretis 
Italia cuncta revocavit ÇtribS). Illi inimicis interfectis, magna 
civium caede facta reducti sunt (tS), ego iis, a quibus eiec- 
tus sum, provincias optinentibus (6'u), inimico autem, 
optimo viro etmitissimo,consule(S2), alteroconsulerefe rente 
reductus sum (voir la notey^, cum is inimicus, qui ad meam 
perniciem vocem suam communibus hostibus praebuisset, 
spiritu dumtaxat viveret (Sî),re quidem infra omnes mortuos 
amandatus esset (tS). 5. 11 Numquam de P. Popilio L. Opi- 
mius, fortissimus consul (zS), numquam de Q. Metello non 
modo C. Marins, qui erat inimicus, sed ne is quidem, qui 
secutus est, M. Antonius, homo eloquentissimus (^Si), cum 
A. Albino collega senatum aut populum est cohortatus (iS) ; 
at pro me superiores consules semper, ut referrent, flagitati 
sunt(2iS) ; sed veriti sunt, negratiae causa facere viderentur, 
quod alter mihi adfinis erat, alterius causam capitis recepe- 

1. Ecrire imperi vestri ; on obtient ainsi la elausule correcte iS. 

2. L'o final de mentio est long. 

3. Cicéron se sert, tantôt de la forme reduco (cf. supra), tantôt de la 
forme archaïque redduco (cf. Zielinski, op. cit., p. 179, d'après lequel C. 
emploie toujours la forme archaïque). Nous avons donc ici une elausule 
de forme t-f-2S. 



LE « POST REDITUM » SI 

ram (.4 + 2i) ; qui provinciarum foedere infrenati Q + 2Sy. 
totum illum annum querellas senatus, luctum bonorum, Ita- 
liae gemitum pertulerunt (^tS). Kalendis vero lanuariis pos- 
teaquam orba res publica consulis fidem tamquam legitimi 
tutoris imploravit (t + 26^,P.Lentulusconsul, parens, deus, 
salus nostrae vitae, fortunae, memoriae, nominis(5'2), simulac 
de sollemni deorum religions rettulit (^^^)^ nihil humana- 
rum rerum sibi prius quam de me agendum iudicavit ÇtS). 
12 Atque eo die confecta res esset (iS)^, nisi is tribunus pi., 
quem ego maximis beneficiis quaestorem consul ornaram 
(iS), cum et cunctus ordo et multi eum summi viri orarent 
(iS)^ et Cn. Oppius socer, optimus vir, ad pedes flens iace- 
ret (tS), noctem sibi ad deliberandum postulasset (tS) ; quae 
deliberatio non in reddenda, quem ad modum non nulli ar- 
bitrabantur(z5), sed, utpatefactum est, in augenda mercede 
consumpta est (^S). Postea res acta est in senatu alia nulla, 
cum variis rationibus impediretur (iSy ; sed voluntate tamen 
perspecta senatus (tS) causa ad vos mense lanuario defere- 
batur (iS). 13 Hic tantum interfuit inter me etinimicos meos 
(^Si) : ego, cum homines in tribunali Aurelio palam con- 
scribi centuriarique vidissem (iS), cum intellegerem veteres 



1. Toutes les variantes ou conjectures proposées conviennent pour la 
clausule, sauf inligati de Halm. Jamais, en effet, C. ne fait précéder d'un 
trochée un mot final de forme ditrochaïque. 

2. Adopter, avec Orelli, la graphie retulit, qui donne la clausule cor- 
recte tA. 

3. Le texte de GEV : res confecta esset donnerait la clausule incorrecte 

sss. 

4. Le texte de EV : viri summi orarent donnerait la clausule incor- 
recte SS. 

5. On voit que ce texte est métriquement très correct. Si l'on met une 
ponctuation forte après nulla, en supprimant celle qui suit impediretur, 
on obtient une clausule correcte (alia nulla = trib S), qui, d'ailleurs, 
termine une courte incise ; mais l'on est obligé de supprimer le et que les 
mss donnent après impediretur, et qui cache set, comme Orelli le soup- 
çonnait déjà. 



52 HENRI BORNEGQUE 

ad spem caedis Catilinae copias esse revocatas QribS)^ cum 
viderem ex-ea parte homines, cuius partis nos vel principes 
numerabamur, partim quod mihi inviderent, partim quod 
sibi timerent, aut proditores esse aut desertores salutis meae 
(^Si), cum duo consules empti pactione provinciarum aucto- 
res se inimicis rei publicae tradidissent (tS), cum egestatem, 
avaritiam, libidines suas vidèrent expleri non posse, nisi me 
constrictum domesticis hostibus dedidissent(/5')S cum sena- 
tus equitesque Romani flere pro me ac mutata veste vobis 
supplicare edictis atque imperiis vetarentur (iS)^ cum om- 
nium provinciarum pactiones, cum omnia cum omnibus 
foedera reconciliationesque gratiarum sanguine meo sanci- 
rentur (i-{-2S), cum omnes boni non recusarent, quin vel pro 
me vel mecum périrent (tS), armis decertare pro mea salute 
nolui (iii)-y quodetvincereetvinciluctuosumrei publicae fore 
putavi (^triôSy 14 At inimici'mei, mense lanuario cum de 
me Si^ereiuv (voir la notey^ corporibus civium trucidatis flu- 
mine sanguinis meum reditum intercludendum putaverunt 
{iS). 6 Itaque, dum ego absum, eam rem publicam habuis- 
tis (jribS)^ ut aeque me atque illam restituendam putaretis 
(iS). Ego autem, in qua civitate nihil valeret senatus (tS)^ 
omnis esset impunitas (Sz), nulla iudicia {lA), vis et ferrum 
in foro versaretur (^ -{- 25), cum privati parietum se prae- 
sidio, non legum tuerentur (eS), tribuni pi. vobis inspectan- 
tibus vulnerarentur (iS)^ ad magistratuum domos cum ferro 
et facibus iretur (iS), consulis fasces frangerentur (/5), deo- 
rum immortalium templa incenderentur (^5), rem publicam 



i. Un certain norabre de manuscrits secondaires écrivent dédissent : 
on doit écarter cette leçon pour la raison donnée p. 48 n. 3. 

2. Glausule irrégulière, sans doute pour attirer l'attention sur l'idée, 
La conjecture d'Orelli : nolui, quod potui donne également une clausule 
incorrecte. 

3. De-me-ageretur forme un groupe, correctement précédé d'un iambe 
(Bornecque, les clausules, § 434). 



LE « POST REDITUM » 53 

esse nullam putavi (iS)\ Itaque neque re publica extermi- 
nata mihi locum in hac urbe esse duxi (tS), nec, si illa resti- 
tueretur, dubitavi quin me secum ipsa reduceret (voir la 
note)-, lo An ego, cum mihi esset exploratissimum P. Len- 
tulum proximo anno consulem futurum (/S)^ qui iliis ipsis 
rei publicae periculossissimis temporibus aedilis curulis me 
consule omnium meorum consiliorum particeps periculo- 
rumque socius fuisset (tS), dubitarem, quin isme confectum 
consularibus vulneribus consulari medicina ad salutem redu- 
ceret (voir la note)^"^ Hoc duce,collega autem eius, clemen- 
tissimo atque optimo viro, primo non ad versante, post etiam 
adiuvante (tS), reliqui magistratus paene omnes fuerunt 
defensores salutis meae (Si) ; ex quibus excellenti animo, 
virtute, auctoritate, praesidio, copiis (Si) T. Annius et P. 
Sestius praestanti in me benivolentia et divino studio extite- 
runt(/S); eodemque P. Lentulo auctore et pariter referente 
collega (iS) frequentissimus senatus, uno dissentiente, nullo 
intercedente (voir la note ) ^ dignitatem meam, quibus po- 
tuit, verbis amplissimis ornavit, salutem vobis, municipiis, 
coloniis omnibus commendavit {i -\-2S). 16 Ita me nudum 
a propinquis (tS), nulla cognatione munitum (iS), consules, 
praetores, tribuni pi., senatus, Italia cuncta semper a vobis 
deprecata est {tS), denique omnes, qui vestris maximis bene- 

1. La leçon de EV : nullam esse putavi donnerait une clausule incor- 
recte (tin d'hexamètre). On notera que, dans cette phrase, par les pieds 
employés, ou par la répartition des pieds entre les mots, C. a su éviter 
que deux clausules fussent identiquement semblables. 

2. Scander reduceret (cf. p. 50 n. 3), G. n'admettant que dans ses 
premiers discours le trochée devant un diiambe final. 

3. La clausule est incorrecte, pour la raison donnée dans la n. 3 de 
la p. 48. 

4. On peut scander indifféremment reduceret (cf. n. 2) et reduceret-, 
les mots finaux de type mendacium ou ferentibus pouvant être précédés 
d'un spondée. ' ^ ' 

5. Nullo-intercedente (SSS) forme un groupe, équivalant 'à" Wsétil 
l)icd, et, par suite, correctement précédé d'un trochée. ^''' '' ''"''"' 



54 HENRI BORNEGQUE 

ficiis honoribusque suntornati {t -]- 2S), producti ad vos ab 
eodem non solum ad me conservandum vos-cohortati-sunt 
(/-h 25), sedetiam rerum mearum gestarum auctores, testes, 
laudatores fuerunt(^S). 7 Quorum princeps ad cohortandos 
vos et ad rogandos fuit Cn. Pompeius (voir la notey, vir 
omnium, qui sunt, fuerunt, erunt, virtute, sapientia, gloria 
princeps (iS) ; qui mihi unus uni privato amico eadem omnia 
dédit, quae universae rei publicae (Si), salutem, otium, di- 
gnitatem (tS). Cuius oratio fuit, quem ad modum accepi, 
tripertita (iS) ; primum vos docuit meis consiliis rem publi- 
cam esse servatam causamque meam cum communi sainte 
coniunxit (iS) hortatusque est, ut auctoritatem senatus, sta- 
tum civitatis, fortunas civis bene meriti defenderetis (/S), 
tum [me] in perorando posuit vos rogari a senatu, rogari ab 
equitibus Romanis, rogari ab Italia cuncta(^S)^ deinde ipse 
ad extremum pro mea vos salute non rogavit solum, verum 
etiam obsecravit ((S)'\ Huic ego homini, Quirites, tantum 
debeo, quantum hominem homini debere vix fas est (iS). 
Huius consilia, P. Lentuli sententiam, senatus auctoritem 
vos secuti (tS) in eo me loco, in quo vestris beneficiis fue- 
ram (AA)^, isdem centuriis, quibus conlocaratis, reposuistis 
(tribS). Eodem tempore audistis eodem ex loco summos 
viros (Si), ornatissimos atque amplissimos homines (^A), 
principes civitatis (/S), omnes consulares (tS), omnes prae- 
torios eadem dicere (Si), ut omnium testimonio per me 
unum rem publicam conservatam esse constaret (iS). Ita- 
que, cum P. Servilius, gravissimus vir et ornatissimus civis 

4. Cf. la n. 2 de la p. suiv., mutatis mutandis. 

2. Italia forme un péon IV ; sinon l'on aurait une clausule incorrecte 
AS. 

3. Dans obsecravit, noter l'e bref. 

4. Pour rendre la clausule correcte, écrire beneficis (cf. n. suiv.) ; 
nous avons ainsi une clausule iA. Dans tous les cas, on ne saurait ad- 
mettre le texte proposé par Lambin : beneficiis collocatus fueram {SA). 



LE « POST REDITUM » 5o 

(«S), dixisset opéra mea rem publicam incolumem magistra- 
tibus deinceps traditam (Sz), dixerunt in eandem sententiam 
ceteri (Si). Sedaudistis eo tempore clarissimi viri non solum 
auctoritatem, sed etiam testimonium, L. Gelli (z-(-2S); 
qui quia suam classem adtemptatam magno cum suo peri- 
culo paene sensit (^S), dixit in contionevestrum, si ego con- 
sul, cum fui, non fuissem ÇtS), rem publicam funditus 
interituram fuisse ÇtS). 

8, 18 En ego tôt testimoniis,Quirites (/S)%hac auctoritate 
senatus, tanta consensione Italiae, tanto studio bonorum 
omnium (Si), agente P. Lentulo, consentientibus ceteris 
magistratibus, deprecante Cn. Pompeio (voir la notey, 
omnibus hominibus faventibus, dis denique immortalibus 
frugum ubertate, copia, vilitate reditum meum comproban- 
tibus(?;oiV la notey mihi, meis, rei publicae restitutus (^6) 
tantum vobis, quantum facere possum, Quirites, pollice- 
bor (^S),primum, qua sanctissimi homines pietate erga deos 
immortalis esse soleant, eadem me erga populum Romanum 
semper fore (St) numenque vestrum aeque mihi grave et 
sanctum ac deorum immortalium in omni vita futurum (tS)^ 
deinde, quoniam me in civitatem res publica ipsa reduxit 
(voir lanoté)^^ nullo me loco rei publicae defuturum(^»S). 
19 Quodsi quis existimat me aut voluntate esse mutata aut 
debilitata virtute aut animo fracto, vehementer errât (tS). 
Mihi quod potuit vis et iniuria et sceleratorum hominum 
furor detrahere, eripuit, abstulit, dissipavit (^*S) ; quod viro 



1. La clausule est incorrecte pour la raison donnée p. 48, n. 3. On 
corrigera la faute en écrivant testimonis (cf. p. préc. n. 4). 

2. Cnaeo-Pompeio forme un groupe, correctement précédé d'un tro- 
chée (cf. Bornecque, les clausules, § 440). 

3. Devant un mot final de type comprobantibus, l'iambe est recherché 
(cf. ib. § 43o). 

4. Scander rêduxit, ce qui donne la clausule correcte iS ; cf. p. 53, 



56 HENRI BORNECQUE 

forti adimi non potest, f ideo manet et permanebit (tS). Vidi 
ego fortissimum virum, municipemmeum, G. Marium (fozV 
la noté) * (quoniam nobis quasi aliqua fatali necessitate non 
solum cum iis, qui haec delere voluissent (tribS), sed etiam 
cum fortuna belligerandum fuit) (Si) — eum tamen vidi , 
cum esset summa senectute, non modo non infracto animo 
propter magnitudinem calamitatis (tribS), sed confirmato 
atque renovato (jtrnbS). 20 Quem egomet dicere audivi tum 
se fuisse miserum (M), cum careret patria, quam obsidione 
liberavisset (ï5), cum sua bona possideri ab inimicis ac 
diripi audiret («S), cum adulescentem filium videret eius- 
dem socium calamitatis (tribS), cum in palubibus demersus 
concursu ac misericordia Minturnensium corpus ac vitam 
suam conservaret(z-|-25), cum parva navicula pervectus in 
Africam, quibus régna ipse dederat, ad eos inops supplexque 
venisset(25)-; reciperata vero sua dignitate se non commis- 
surum, ut, cum ea, quae amiserat, sibi restituta essent (iS), 
virtutem animi non haberet, quam numquam perdidisset 
ÇtS). Sed hoc inter me atque illum interest (Si), quod ille, 
qua re plurimum potuit, ea ipsa re inimicos suos ultus est, 
armis (iS), ego, qua consuevi, utar arte (tS)^, quoniam illi 
arti in bello ac seditione locus est, huic in pace atque otio 
(S^). 21 Quamquam ille animo irato nihil nisi de inimicis 
ulciscendis agebat (tS), ego de ipsis inimicis tantum, quan- 
tum mihi res publica permittit, cogitabo (tS). 9 Denique, 
Quirites, quoniam me quattuor omnino hominum gênera 



4. Caium-Mariûm forme un groupe, précédé correctement d'un tro- 
chée (Bornecque, les clausules, § 437). 

2. Cf. p. 53, deuxième partie de la n. i. 

3. Donnent une clausule incorrecte les leçons des mss. : consuevi 
Mfar (SS), à moins d'admettre une diérèse de consilêvi ; pietate utar 
{AS)^ à moins d'admettre un hiatus, et utar pietate (DS) ; la conjecture 
de Mommsen : consueui ui, utar (SS). Au contraire la conjecture de 
Lambin : utar lenitate donne une clausule correcte. 



LE « POST REDITUM « 57 

violarunt (//7*^S)S unum eorum, qui odio rei publicae, 
quod eam ipsis invitis conservaram, inimicissimi mihi 
fuerunt (voir lanoté)^, alterum qui per simulationem ami- 
citiae nefarie me prodiderunt (^^S*), tertium, qui cum 
propter inertiam suam eadem adsequi non possent, invide- 
runt laudi et dignitati meae(5'i), quartum, qui cum custo- 
des rei publicae esse deberent (iS^ % saiutem meam, statum 
civitatis, dignitatem eius imperii, quod erat pênes ipsos, 
vendiderunt (jS), sic ulciscar singulorum facinora, quem 
ad modum a quibusque sum provocatus (jtS), malos civis re 
puBlica bene gerenda (tribS), perfides amicos nihil cre- 
dendo atque omnia cavendo QribS), invidos virtuti et 
gloriae serviendo QS), mercatores provinciarum revocando 
domum atque ab iis provinciarum ratione repetenda (^tribS) *. 
22 Quamquam mihi, Quirites, maiori curae est, quem ad 
modum vobis, qui de me estis optime meriti, gratiam 
referam (lA)^ quam quem ad modum inimicorum iniurias 
crudelitatemque persequar ÇSii). Etenim ulciscendae iniu- 
riae facilior ratio est quam beneficii remunerandi (tS), 
propterea quod superiorem esse contra improbos minus est 
negotii quam bonis exaequari (i-\-2S). Tum etiam ne tam 
necessarium quidem est maie meritis quam optime meritis 



1. On ne peut admettre le texte d'Orelli : gênera hominum violarunt, 
qui donne une clausule incorrecte (DS). 

2. L'iambe n'étant pas admis devant un mot final de type fuêrunt, 
scander mihi, qui donne une clausule de forme trib S. On voit que le 
texte d'Orelli : mihi inimicissimi fuerunt donne une clausule incorrecte. 

3. Deberent est une conjecture d'Ernesti, pour le debuerunt des mss., 
qui donne une clausule incorrecte, un mot final de forme ditrochaïque 
n'étant jamais précédé d'un trochée ; toutefois on peut scander debuerunt 
(cf. p. 49, n. *2), ce qui donne la clausule correcte iA. C'est elle aussi 
qu'amènent les conjectures d'Heumann : debuerint et d'Ernesti : debuerant. 

4. Alors que le texte de EV : ratione eœpetenda donne une clausule 
correcte, on doit rejeter, pour des raisons métriques (clausule DS), la 
leçon de G* : rationem repetenda et celle de P et G corr. SW et 18 Lag. : 
rationem repetendo. 



38 HENRI BORNECQUE 

referre, quod debeas (Si). 23 Odium vel precibus mitigari 
potest ÇSi) vel temporibus rei publicae communique utili- 
tate deponi (iS) vel difficultate ulciscendi leniri vel vetus- 
tate sedari (iS) ; bene meritosne colas, nec exorari fas est, 
neque id rei publicae remittere verum neque necesse est 
(/reô5) ; neque est excusatio difficultatis, neque aequum 
est tempore et die memoriam beneficii definire(^H-25)^ 
Postremo, qui in u'ciscendo remissior fuit, in eo morum 
asperitas certe non reprehenditur (voir lanoté)^\ at gravis- 
sime vituperatur, qui in tantis beneficiis, quanta vos in me 
contulistis, remunerandis est tardior (-S'i), neque solum 
ingratus, quod ipsum grave est, verum etiam impius appel- 
letur necesse est (tS). [Atque in offîcio persolvendo dissimi- 
lis est ratio pecuniae debitae (Si), propterea quod pecu- 
niam, qui retinet, non dissolvit, qui reddidit, non habet 
(Si) ; gratiam et, qui rettulit, habet, et qui habet, dissol- 
vit (85)^] 

10, 24 Quapropter memoriam vestri beneficii colam beni- 
volentia sempiterna (tS), nec ea cum anima expirabit mea 
(Si), sed etiam, cum me vita defecerit (6*2) S multa moni- 
menta vestri in me beneficii permanebunt (tS). In referenda 
autem gratia hoc vobis repromitto semperque praestabo 
(eS), mihi neque in consiliis de re publica capiendis diligen- 



4. Écrire benefici d., ce qui rend la clausule correcte (z-f-^S). 

2. Le premier e de reprehenditur peut être considéré indifféremment 
comme bref ou long ; s'il est bref, la clausule est de forme Ai ; s'il est 
long, de forme SU. — Le lexte des mss. est métriquement correct {aperte 
utitur= Si) ; de même la conjecture de Koch : venia certe utitur, mais 
non celles de Lambin (partim laudatur= SS) ou d'Orelli (aperte lauda- 
tur = SS). 

3. La clausule seule indiquerait que le passage est interpolé. La con- 
jecture de Halm : et retinet et di&solvit donne une clausule correcte (trib. 

4. On pourrait conserver la leçon des mss. : anima defecerit mea 
iSii). 



LE « POST REDITUM » S9 

tiam (voir la noté)\ neque in periculis a re publica propul- 

indis animum {SAy, neque in sententia simpliciter f erenda 

idem (Si), neque in hominum voluntatibus pro re publica 

ledendis libertatem {S-\-2S)^, nec in perferendo labore 

idustriam (Sï)'\ nec in vestris commodis augendis grati 

inimi benivolentiam defuturam (tS). 25 Atque haec cura, 

(uirites, erit infixa animo meo sempiterna (^5), ut cum 

vobis, qui apud me deorum immortalium vim et numen 

tenetis (jS), tum posteris vestris cunctisque gentibus dignissi- 

mus ea civitate videar (M), quae suam dignitatem non posse 

se tenere, nisi me reciperasset (tribS), cunctis suffragiis 

iudicavit {tS). 

Cette scansion va nous permettre de vérifier si les clausu- 
les étudiées ici rentrent dans les différents types qui, d'après 
le système admis en Allemagne, constituent les clausules 
fondamentales, et, suivant M. Dupuis% résument toutes les 
clausules. Naturellement on a dû faire entrer en ligne de 
compte les seules clausules où le mot ou groupe final forme 
moins de deux pieds : des autres, la liste allemande en 
laisserait de côté un bon nombre ; quant à M. Dupuis, 
comme il admet indifféremment, en place antépénultième, 



1. Diligentiam est correctement précédé d'un spondée (Bornecque, les 
clausules, § 435). 

2. La correction qui rendra la clausule correcte est suggérée par le 
texte de Mamertinus (Gratiarum Actio Juliano 32, Baehr., p. 270, 13 
sqq.), qui a imité de très près cette péroraison. Il suffit de faire permuter, 
à son exemple, periculis et propulsandis ; la nouvelle clausule (lA) est 
correcte. 

3. Mamertinus a le même texte que Cicéron. Je propose de faire, ici 
encore, permuter laedendis et voluntatibus ; la clausule prend la forme 
correcte i-\- 2S. 

4. Jamais, chez Cicéron, un mot tinal de ïovme indust riain n'est pré- 
cédé d'un iambe. Écrire, avec Mamertinus : in laboribus perferendis in- 

lustriam. 

5. Id. Dupuis, Le nombre oratoire, pp. 266 et 267. 



60 HENRI «ORNEGQUE 

les huit pieds reçus en place pénultième, il nous conduirait 
à tracer un tableau interminable (2o6 lignes). 

La liste donnée ici est celle que propose M. Dupuis ; les 
clausules imprimées en capitales sont celles qui sont regar- 
dées également comme fondamentales dans le système alle- 
mand. Les astérisques placées après le nom du pied final 
indiquent les clausules qui, d'après mes recherches, sont 
admises par Cicéron dans un quelconque de ses ouvrages. 

Nombre de clausules du Post Reditum ad Quirites 



AVANT 


CORRECTION. 


APRÈS CORRECTION. 


Trochée + Spondée * 


31 


33 


Crétiqle* 


7 


6 


Anapeste * 


4 


5 


Péon IV 






Spondée - -f- Spondée 


1 




Crétique * 


12 


12 


Anapeste 


1 




Péon IV 3 






Dactyle -|- Spondée 


1 




Crétique * 


1 




Anapeste 






Péon IV 






Crétique -\- Spondée * 


30 


31 


Crétique* 


14 


14 


Anapeste* 


6 


7 


Péon IV ^ 







4. Sur les 7 exemples, dans 5 cas le trochée est précédé d'une longue ; 
dans 2 cas seulement, on trouve une brève devant lui ; encore une cor- 
rection élimine-t-elle une des deux exceptions. 

2. Le système allemand parle de molosse -j- crétique. 

3. Admis avec les césures — | ^^^- ; --^ | ^^-, mais non — ^^ | ^-. 

4. Admis avec la césure -^^- | ->^-, mais non -^^ | -^-. 

5. Admis dans les deux premières périodes des discours seulement. 



^RIBRAQUE -}- SpOiSDÉE * 


20 


Crétique ^ 




Anapeste 




Péon IV 




Anapeste -\- Spo^idée * 


1 


Crétique - * 


4 


Anapeste 


1 


Péon .IV 3 




Iambe^ + Spondée 




Crétique 




Anapeste 




Péon IV 




Péon IV + Spondée* 


3 


Crétique * 


1 


Anapeste* 


1 


Péon IV ^ 





LE « POST REDITUM » 61 

20 



Que de cases vides dans la liste de M. Dupuis, même si 
par la pensée, on remplit celles qui pourraient l'être I La 
liste allemande n'aurait-elle pas besoin d'être élaguée à cer- 
tains endroits, à d'autres complétée? Si l'on veut bien se 
rappeler que nous n'avons envisagé qu'un certain nombre 
de clausules, on verra, croyons-nous, dans ce tableau, la 
preuve concrète de la difficulté, pour ne pas dire de l'impossi- 
bilité, à laquelle se heurteront toujours ceux qui voudront 
faire rentrer dans quelques types fondamentaux toutes les 
clausules métriques latines, ou seulement les plus employées. 

1. Dans le système allemand, péon 1 + crétique. 

2. Dans le système allemand, choriambe H- spondée ou -+- crétique. 

3. Cf. n. 5 de la p. préc. 

4. Ce groupe de clausules pourrait être supprimé. Si l'iambe est pré- 
cédé d'une longue, il devient un crétique, qui figure plus haut comme 
pied pénultième ; de même si, précédé d'une brève, il forme un anapeste; 
précédé do deux brèves, il peut être considéré comme un péon IV, qui 
ligure plus loin comme pied pénultième. 



R. GAGNAT 



LA RÉORGANISATION DE L'AFRIQUE 
SOUS DIOCLÉTIEN 



LA RÉORGANISATION DE L'AFRIQUE 
SOUS DIOCLÉTIEN 

Par R. Gagnât 



On sait que parmi les réformes de l'empereur Dioclétien 
figure la réorganisation des provinces de l'Empire. « Les 
empereurs avaient reconnu, écrit Duruy % que des comman- 
dements qui s'étendaient à des régions aussi vastes que des 
royaumes donnaient d'ambitieux désirs et des tentations 
mauvaises. Plus qu'aucun de ses prédécesseurs, Dioclétien 
eut le sentiment de ce péril et, comme il avait divisé l'em- 
pire pour le mieux défendre, il augmenta les divisions pro- 
vinciales pour les mieux gouverner. » On sait aussi que la 
liste des nouvelles provinces dioclétiennes nous a été con- 
servée par plusieurs documents dont le plus important est 
celui qui a reçu le nom de Laterculus Veronensis^ . 

Mommsen qui a fait du texte une étude toute spéciale a 
fixé la date où il fut rédigé. Il fait remarquer qu'on y voit 
figurer l'Egypte, qui ne fut soumise par Dioclétien qu'en 296, 



i. Eist. des Romains, VI, p. 564. 

2. Le texte a été publié plusieurs fois. Les éditions qui font autorité 
sont celles de Mommsen, Verzeichniss der rôm. Provinzen aufgesetz um 
W7 (Phil. Abhandl. der Berlin. Akad., 4862, p. 489 et suiv.) ; Otto 
Seeck, Notitia Dignitatum, p. 247 et suiv. ; Riese, Geogr. lat. min., 
p. 127. 

5 



66 R. GAGNAT 

et la province de Bretagne, qui fut réintégrée la même an- 
née à l'Empire à la suite de la défaite d'Allectus; donc le docu- 
ment n'est pas antérieur à 296. « La liste de Vérone fut dressée 
immédiatement après l'érection des nouveaux diocèses, en 
297 ou peu après ; elle n'est autre que le tableau des diocè- 
ses et des provinces qui fut mis officiellement en circulation 
après cette importante transformation administrative et qui 
présente en beaucoup d'endroits des dénominations alors usi- 
tées et tombées plus tard en désuétude. » 

Mais si le tableau a été établi en une fois, les modifications 
qu'il constate ne furent assurément pas l'œuvre d'un jour ; 
elles ont été introduites successivement, au fur et à mesure 
des circonstances. C'est ce que montrera pour l'Afrique, la 
présente note ; je voudrais y rechercher, autant qu'il peut se 
faire, la date exacte où se sont constituées les nouvelles di- 
visions administratives du pays. 

Je rappellerai d'abord brièvement que le passage de la 
liste de Vérone consacré à l'Afrique est fort corrompu ^ et a 
donné lieu à différentes opinions, qu'il sera facile de résumer 
en deux mots-. Il y a, dans ce passage, opposition entre le 
chiffre des provinces annoncées, VII, et leur énumération qui 
les réduit à six. Les uns admettent donc que le chiffre VII 
est exact et qu'une province a été omise par le copiste, la 
Tripolitaine ; les autres pensent que la Numidia militiana 
ou, en corrigeant cette épithète étrange, limitanea, est la 
même chose que la Tripolitaine, située sur le limes mili- 
taire de la Numidie, à l'est, et qu'en conséquence le chiffre 
VII est erroné et doit être remplacé par VI. 

1. Diocensis Africae habet prouincias numéro vu : proconsularis zeu- 
gitana, bizacina, numidia cirtensis, numidia miliciana, mauritania caesa- 
riensis, mauritania tabia insidiana. 

2. Cf. sur ces discussions Tissot, Géogr.de V Afrique, II, p. 37 ; Goyau, 
Mél. de Rome, XIII, p. 251 et suiv. ; R. Gagnât, Armée d'Afrique, p. 704 
et suiv. 



L'AFRIQUE SOUS DIOGLÉTIEN 67 

Depuis que M. Goyau* et moi^ avons démontré que des 
inscriptions africaines, du début du iv^ siècle, trouvées à 
Timgad, en pleine Numidie, portent bien réellement la men- 
tion d'une N(iimidia) M , ce qui vient d'être confirmé 

par une découverte récente^, la question a fait un pas ; on ne 
peut plus dire qu'il faut changer sur la liste de Vérone Mi- 
litiana en limitanea et il devient difficile de faire de cette 
province énigmatique la Tripolitaine. Il faut donc ou admet- 
tre une omission du copiste, ou chercher le mot Tripolitana 
dans le mot insidiana qui termine le texte. Est-il beau- 
coup plus difficile de l'y trouver que de trouver, comme 
l'a faitMommsen,* dans le groupe tabia insidiana la Siti- 
fensis, épithète qui cependant s'impose? En résumé, il sem- 
ble admis qu'il faut attribuer à Dioclétien la création de sept 
provinces : Proconsularis ou Zeugitana, Byzacena, Tripoli- 
tana, Numidia Cirtensis, t^umidia Militiana 7, Mauretania 
Caesariensis, Mauretania Sitifensis. 

Peut-on savoir en quelle année chacune de ces provinces 
a pris naissance ? 

\° Proconsidaire et Byzacène. La Byzacène est un fragment 
de l'ancienne Afrique proconsulaire. On admet que pour 
opérer ce démembrement on procéda comme suit^ La partie 
septentrionale du pays jusqu'à une certaine ligne que j'ai 



4. Loc. cit., p. 254. 

2. Op. cit., p. 706 et suiv. 

3. Bull. arch. du Comité, 4907, p. 274:... Augg. et Constanti et 
Maximiani nobb. Caess. templum dei Mercuri ... iussione u. p. Valeri 
Florip. p. N. M. at pristinum statum... La lecture p(raesidis) pfrouin- 
ciae) N(umidiae) M. est absolument certaine comme dans les inscrip- 
tions relatives au même personnage déjà connues. 

4. Il fait de tabia une répétition erronée et fautive de la fin du mot 
Mauretania qui précède ; M. Jullian (Mél. de Rome, II, p. 86 et suiv.), y 
voit un adjectif formé de Zabi, ville connue de Sitifienne. Tous deux cor- 
rigent Insidiana en Sitifensis. 

5. C. I. L., VIII, praef. p. xvii et xviii ; cf. p. 4576. 



I 



68 R. GAGNAT 

essayé d'établir ailleurs % constitua, sous la dépendance du | 
proconsul d'Afrique, la Zeugitane ; au-dessous ce fut la Byza- I 
cène. Mais pour compenser ce qu'on lui enlevait au Sud, on i 
attribua à ce gouverneur en partie dépossédé de son an- j 
cienne puissance, aux dépens de la Numidie, une large ^ 
bande de terrain, à l'Ouest, comprenant le territoire de 
Theveste et une partie de la région qui s'étendait au Nord, i 
en particulier les environs de la ville de Madaure ; des trou- j 
vailles épigraphiques récentes viennent à l'appui de cette i 
théorie *. l 

La nouvelle frontière créée entre la Zeugitane et Byzacène, j 
courant entre Zama et Ammaedara, passait au Nord de la \ 
ville de Mididi, qu'un contrat de patronat bien connu ^ nous \ 
montre positivement comme rattachée à la Byzacène au iv^ 
siècle. Or en l'année 294, Mididi faisait encore partie de la 
Proconsulaire puisqu'à cette date, sur l'inscription destinée 
à commémorer la réfection du forum, le proconsul, Aurelius 
Aristobulus, figure comme dédicant*. j 

Felicissimo saeculo dominorum nostrorum C. Aureli \ 
Valeri (Dio)cletiani PU Fel(icis) Imi(icti) Aug(iisti)[et M. | 
Aureli Valeri Maximiani PU Fel(icis) Inu(icti) Aug(usti\et [ 
M. FI. Valeri ConstantietC.Galeri Valeri Maximiani nobi- i 
lissimorum Caes(arum) et consulum porticum cura arcu \ 

suo quae foro ambiendo deerat Aur. Aristobulus u(ir) \ 

c(larissimus) procos Africae dedicauit. \ 

L'année suivante se place un fait important pour la ques- 



1. Beitrâge zur alten Geschichte, II (1902), p. 73 et suiv. 

2. Rec. de Constantine, XL (1906), p. 422 et 424, n^s 408, 411 et 449, 
Tous ces textes trouvés à Madaure font mention du proconsul ou de son 
légat. 

3. C. L L., VI, 1689. 

4. C. L L., VIII, 608. L'inscription est datée par la mention du con- 
sulat des Césars. Cf. Fallu de Lessert, Fastes des provinces africaines, 
II, p. 2. 



L'AFRIQUE SOUS DIOGLÉTIEN 69 

tion qui nous occupe, le martyre de saint Maximilien^ Cet 
homme était appelé sous les drapeaux. Croyant, s'il obéis- 
sait, exposer sa foi de chrétien, il se refusa au recrutement. 
D'où citation devant le magistrat, mise en demeure de se 
soumettre à la loi, nouveau refus solennel du conscrit et 
condamnation à mort. Ceci se passait le IV des Ides de 
Mars, sous le consulat de Tuscus et d'AnuUinus, Theveste, 
in foro ^ Donc au début de 295, le proconsul juge à ïheveste 
un déserteur et un chrétien, mission qui revenait, si la ville 
avait été alors comme précédemment en Numidie, soit au 
commandant de la légion résidant à Lambèse, soit au gouver- 
neur civil de la province, suivant que le refus était consi- 
déré comme un crime militaire ou comme une profession de 
christianisme. L'explication la plus naturelle est évidemment 
d'admettre qu'à ce moment Theveste était réuni à la Pro- 
consulaire et que la séparation en deux parties de l'ancienne 
Africa était un fait accompli. 

La naissance de la Byzacène remonterait donc à l'année 
294/295. 

2"" Numidie. — Pour la séparation de la Numidie en deux 
parties, nous ne pouvons pas arriver à un résultat aussi 
précis. 

En 289/293 S le gouverneur du pays porte le titre àeprae- 



1. Ruinart, Acta sincera, p. 309 et suiv. 

2. ¥. L'indication de Theveste, écrit Dom Leclerq {Les Martyrs, II, 
p. 152) doit être une faute de copiste ; car cette ville était en Numidie où 
le proconsul n'avait pas juridiction. Il résulte d'un autre endroit des actes 
que le lieu de la scène était proche de Carthage, puis que la matrone 
Pompeiana transporta en litière dans cette dernière ville le corps du mar- 
tyr. » Les deux objections sont loin d'être convaincantes. Theveste n'était 
plus en Numidie après les réformes de Dioclétien ; quant à l'acte pieux de 
la matrone qui rapporta le saint à Carthage, pour l'enterrer auprès du 
tombeau de saint Cyprien, il ne prouve rien, cela est évident, sur la dis- 
tance qui séparait de la capitale la ville où le martyre eut lieu. 

3. C. I. L., VIII, 2572, 2660 (Lambèse) ; 7003 (Gonstantine). 



70 R. GAGNAT 



ses provinciae Numidiae sur des inscriptions trouvées au 1 
Nord comme au Sud de ladite province. A cette date, il n'y 
avait encore qu'une Numidie. Le gouverneur de 295, Con- ; 
cordius, est appelé par le Code Justinien, au milieu de ■ 
l'année : praeses Numidiae ^ ; mais au temps où le Code Jus- i 
tinien fut publié on était loin de Dioclétien et de ses réfor- i 
mes, et l'on ne se croyait pas tenu de transcrire avec une j 
exactitude scientifique des indications qui, ne répondant | 
plus à la réalité, n'avaient aucune importance pour les con- \ 
temporains^. D'autre part, la première mention d'une Niimi- \ 

dia M remonte au gouvernement de Valerius Florus, qui j 

est de 303 ^. Entre 295 et 303 les documents nous font dé- i 
faut. Heureusement la liste de Vérone nous fournit une date i 
moins reculée : 297. A ne considérer que les textes, ladivi- ; 
sion de la Numidie se placerait donc entre 295 et 297. Mais | 
il est permis de se demander si cette division ne s'est point \ 
opérée en même temps qu'on détachait la partie orientale de ■ 
la province pour la réunir à la Proconsulaire, c'est-à-dire \ 
en 294/295. ; 

3" Tripolitaine . M. Fallu de Lessert, dans son excellent ' 
livre intitulé Fastes des provinces africaines *, avait cru ! 
pouvoir avancer, avec quelques doutes, qu'en l'année 295, j 
la Tripolitaine existait comme province propre ; il se fon- \ 
dait, pour émettre cette proposition, sur l'inscription sui- I 
vanter 



1. Cod. Just., IX, 9, 28: IdemAA. et CC. Concordio praesîdi Numi- 
diae... P(ro)p(osita) K(alendis) lun(iis) Tusco et Anullino conss. 

2. Cf. sur la liberté prise par les rédacteurs du Code, Kriiger, Hist. des 
sources du droit romain, p. 434 et 460. 

3. Fallu de Lessert, Fastes, II, p. 314 et suiv. ; cf. plus haut, p. 67 
note 3. 

4. Ibid., p. 299. 

5. Comptes rendus de VAcad. des Inscr., 4894, p. 472. 



L'AFRIQUE SOUS DIOGLÉTIEN 71 



I M P ■ C A E S ^ '^""'\ — - —^ PIVS FELIX INVICTVS 

AVG • GERMANÏCVS PERSICVS MAXIMVS PONTIFEX 
MAXIMVS TRIB ■ P • XII • COS • V P ■ P ■ PROCOS • CASTRA ■ COH 
VIII FIDAE OPPORTVNO LOCOASOLOINSTITVIT 
OPERANTIBVS FORTISSIMIS MILITIBVS SVIS EX LIMI 
TE TRIPOLITANO 

Nous avions tous pensé avec lui que dans l'espace martelé 
il convenait, à cause des surnoms qui suivent, de restituer 
le nom de Dioclétien. Dès lors le texte se serait placé en 
l'année 295. Mais, depuis lors, l'inscription a été revue et 
l'on a pu lire avant les mots Pius Félix, les lettres IVS 
GALLIENVS insuffisamment eflPacées par le lapicide *. Le 
texte remonte par suite à l'année 263 ; il ne peut plus être 
utilisé pour étudier les réformes dioclétiennes : le limes 
Tripolitanus qui y est cité est la frontière militaire de Tri- 
politaine, dépendant du commandant en chef de la Numidie, 
telle qu'elle existait avant la tétrarchie. 

Le document le plus voisin de 297 par sa date est une 
inscription provenant d'un fortin de cette frontière, sis au 
lieu appelé jadis Tibubuci^ ; par malheur elle ne porte pas 
de mention chronologique : 

Centenarium Tibiibuci quod Valerius Vibianus u(ir) 
p(erfectissimus) initiari, Aurelius Quintianiis u(ir) p(er- 
fectissimus) praeses prouinciae Tnpolitanae, perfici cu- 
rauit. 

M. Gauckler a supposé que cet Aurelius Quintianus était 
le même que le personnage qui en 303 était à la tête de la 
Numidie^; supposition fort acceptable. Mais cette consta- 



1. Bull. arch. du Comité, 1901, p. 430. 

2. Gauckler, Mél. Perrot, p. 125. 

3. Fallu de Lessert, op. cit., II, p. 313. 



72 R. GAGNAT 

tation ne nous fixe aucunement sur la date où il gouvernait 
la Tripolitaine, non plus que sur celle qu'il faut assigner à son 
prédécesseur Valerius Vibianus. De tout cela il n'y a rien à 
tirer de certain. 

4° Mauretanie. Les documents sont plus nombreux et plus 
précis pour la Mauretanie. La Sitifienne est mentionnée pour 
la première fois sur l'inscription suivante, découverte à Bou- 
gie, qui faisait précisément partie de cette dernière province ^ : 

lunoni ceterisque diis immortalibus gratiam referens 
quod coadiinatis secum militibus dd. nn. inuictissimorum 
Augg. tam ex p(romncia) Maur(etania) Caes(ariensi) quant 
etiam de Sitifensi adgressiis Quinquegentianos rebelles 
[post\ caesos multos etiam et uiiios adprehensos sed et prae- 
das actas repressa desperatione eorum uictoriam reportà- 
uerit Aurel. Litiia ii(ir) p(erfectissimus) p(raeses) 
M(auretaniae) Caes(ariensis) . 

Les deux Césars Galère et Constance Chlore dont l'avène- 
ment remonte au 1" mars 293^, ne figurant pas sur cette 
pierre, il semble qu'elle soit antérieure à 293 et que, à cette 
date, la Sitifienne existait déjà. 

Mais M. Poulie, auquel on doit un article excellent sur la 
question^, a fait observer combien est « étrange de voir un 
gouverneur se faire dresser un monument dans une ville 
qu'il n'administre pas, qui ne relève pas de sa juridiction. 
Les Salditains (habitants de Bougie), pouvaient-ils, bien 
qu'ayant été délivrés pour un instant des incursions des 
Quinquégentiens, leurs voisins, s'associer à la glorification du 
praeses de Mauretanie Césarienne, sans encourir la disgrâce 



1. CI. L., VIII, 8924. 

2. Sur cette date voir Goyau, Chronol. de VEmpire romain, p. 346 et 
les sources qu'il cite note 6. On croyait autrefois que le fait s'était passé 
en 292. 

3. Rec. de Constantine, VI (1862), p. 169 et suiv. 



L'AFRIQUE SOUS DIOGLÉTIEN 73 

de celui de la Sitifienne, quelque peu jaloux, sans doute, 
de voir, sur la place publique de Saldae un monument élevé 
en l'honneur d'un collègue en possession d'une partie des 
attributions qui auraient dû être dans ses mains, sous peine 
de le mettre dans un état d'infériorité aux yeux des admi- 
nistrés?... Supposons, au contraire, qu'Aurélius Litua a fait 
son expédition avant la division de la Maurétanie Césarienne 
en deux provinces, et que cette division était effectuée lors- 
qu'on élevait son monument sur la place de Saldae ; alors 
toute contradiction, toute anomalie disparaît de notre ins- 
cription ». 

Donc au printemps de 293 la campagne d'Aurelius Litua 
aurait été terminée et la séparation de la Maurétanie en 
deux parties effectuée, peut-être déjà depuis quelque temps. 
Mais un document nouveau est venu compliquer la question. 
Au col de Kafrida en Kabylie, c'est-à-dire en Sitifienne, on 
a découvert en 1880 la dédicace d'un fortin* : 

Imp(eratoribuii) Caes(aribiis) C. Aur. Val. Diocletiano 
et M. Aurel. Val. Maximiano Invictis Piis Felicibiis Augg. 
et Constan[tio] et Maximiano nobilissimis Caesaribus T. 
Aurel. Litua u(ir) p(erfectissimus) p(raeses) M(auretaniae) 
Caes(ariensis) centenariiim Aqua Frigida restituit a[tqu]e 
ad meliorem faciem reforma[int salvis dd. nn. multis an- 
nis\feliciter ! 

Cette fois nous sommes à une époque postérieure au 
1" mars 293. Aurelius Litua, gouverneur de Césarienne, 
fait relever un fortin en Sitifienne. Ce n'est possible que si 
la province n'est pas encore divisée ou si, dans cette pro- 
vince divisée, il a gardé le pouvoir militaire. M. Poulie, 
dans un second article ^, a reconnu tout de suite que ce der- 



1. C. LL., VIII, 20-215. 

2. Reç, de Çonstantine, XX (1879-1880), p. 263. 



74 R. GAGNAT 

nier texte a dû être gravé, avant le précédent, alors que la 
guerre n'était pas finie, ou venait de l'être ; et comme il est, lui, 
de la seconde partie de 293 au plus tôt, celui de Bougie doit 
être placé, au plus tôt aussi, à cette époque. Les choses étant 
ainsi réglées, on comprend la rédaction de l'un et de l'autre. 

La campagne avait été entreprise avec les soldats des deux 
empereurs, puisqu'il n'y avait pas encore de Césars à ce mo- 
ment ; le fortin fut bâti ensuite sous le règne des mêmes 
empereurs mais, cette fois, accompagnés de leurs Césars, 
qui avaient été créés au cours de la campagne ; à cette même 
date, la Maure tanie avait été divisée, et les troupes qui au 
début de l'expédition appartenaient toutes à la Césarienne 
se trouvaient, à la fin, faire partie les unes de la Césarienne, 
les autres de la Sitifienne. Cela revient à dire que la sépa- 
ration en deux de la province est contemporaine de la créa- 
tion des Césars et que les deux mesures se produisirent au 
cours de l'expédition d'Aurelius Litua contre les Quinque- 
gentanei. On comprend que celui qui avait organisé et com- 
mencé la campagne comme chef de l'armée de Maurétanie 
ait gardé jusqu'à la fin le titre et les pouvoirs qu'il avait 
reçus précédemment pour combattre le soulèvement des in- 
digènes. Pendant quelques mois après leur séparation théo- 
rique, les deux provinces restèrent encore réunies sous un 
même commandant militaire, l'administration civile de cha- 
cune étant déjà distincte. 

Ceci est d'ailleurs entièrement d'accord avec les textes d'Eu- 
trope et d'Orose, son compilateur, qui font allusion à ces 
événements : 

Eutrope, IX, 22 : Ita cum per omnem orbem terrarum 
res turbatae essent, Carausius in Britanniis rebellaret, Achil- 
leus in Aegypto, Africam Quinquegentiani infestarent... 
Diocletianiis Maximianus Herculium ex Caesare fecit Au^ 
gustum, Constantium et Maximianum Caesares. 



L'AFRIQUE SOUS DIOGLÉTIEN 75 

Orose, VII, 25, 4 : Igitur per omnes romani imperii fines 
subitariim turbationum fragores concrepuerunt, Carausio 
in Britanniis rebellante^ Achilleo in Aegypto, cum et Afri- 
cam Qidnquegentiani infestarent... Hoc periculo Diocle- 
tianus permotiis Maximianum Rerculium ex Caesare fecit 
Aiigustum, Constantium uero et Maximianum Galerium 
Caesare s legit. 

Il semble donc bien que la province de Sitifienne fut 
constituée en 293. C'est par l'Ouest que Dioclétien com- 
mença le démembrement des provinces Africaines. La réor- 
ganisation était achevée en 295 ou 296. 



Franz CUMONT 

ADAMAS 
GÉNIE MANICHÉEN 



I 



ADAMAS 
GÉNIE MANICHÉEN 

Par Franz Gumont 



Les philologues ont souvent pris le Pirée pour un homme 
en prétendant expliquer comme un mot du vocabulaire 
commun quelque nom propre inconnu. C'est ainsi qu'on a 
mal compris et corrigé à tort un passage de saint Augustin 
sur les héros fabuleux que Mâni faisait intervenir dans sa cos- 
mogonie fantastique. Au cours de sa polémique véhémente 
contre la secte, dont il avait lui-même été un adepte, l'évêque 
pour prouver l'extravagance de la mythologie manichéenne, 
résume le contenu d'un cantique* traduit en latin. Je repro- 
duis le texte du Contra Faustum d'après l'édition critique 
qu'en a donnée récemment M. Zycha^ : 

« Itane tu facie ad faciem vidisti regnantem regem 
sceptrigerum floreis coronis cinctum et deorum agmina 
et Splenditenentem magnum, sex vultus et ora ferentem, 
micantem lumine, et alterum regem honoris angelorum 
exercitibus circumdatum et alterum adamantem heroam 
belligerum dextra hastam tenentem et sinistra clipeum 



4. Contra Faustum, XV, 5 « canticum amatorium » (p. 425, 1. 4 ss. 
Zycha); cf. 423, 15 : « per ora deceptorum cantat ». 
' 2. Contra Faustum, XV, 6 j p. 428, 9 ss. 



80 FRANZ GUMONT 

et alterum gloriosum regem très rotas inpellentem ignis 
aquae et venti, et maximum Atlantem mundum ferentem 
humeris et eum genu flexo brachiis utrimque secus fulcien- 
tem ? » 

Beausobre, à qui il faut toujours remonter quand on parle 
du manichéisme, commente en ces termes la phrase relative 
au « héros belliqueux^»: Le troisième Éon dont il est parlé 
dans ce cantique est un vaillant guerrier, qui tient une lance 
dans la main droite et un bouclier dans la main gauche et 
qui a pour titre le « héros de diamant », c'est-à-dire sans 
doute l'invulnérable et l'invincible-. Le vieil historien sem- 
ble donc avoir regardé adamantem, comme une apposition 
à heroam. La construction serait insolite, et l'on s'atten- 
drait à trouver un adjectif. Aussi, celui-ci a-t-il été intro- 
duit dans le texte par Fliigel, qui adoptant l'opinion de 
Beausobre, parle d'un adamanteus héros belliger'^. Je ne 
sache pas que personne s'en soit occupé depuis. 

L'erreur commise par les exégètes de saint Augustin ap- 
paraîtra immédiatement si Ton rapproche du morceau que 
nous citions un passage d'un auteur syriaque récemment 
publié*. Théodore bar Khôni, évêque de Kashkar, qui écri- 
vait au vii^ siècle, a inséré dans son livre des Scholies, un 
chapitre sur 1' « enseignement impur de Manès » qui est 
l'exposé le plus précieux que nous possédions de la cos- 
mogonie manichéenne. Racontant la lutte des puissances 
célestes contre les Ténèbres, le compilateur syrien dit que 
l'Esprit Vivant créa cinq fils pour le soutenir dans le 



1. Histoire du Manichéisme, t. II, p. 647. 

2. La suite de l'explication de Beausobre est inexacte. Le héros de 
diamant, n'est pas ainsi qu'il le croît, 1' « Esprit vivant », comme on le 
verra par le passage de Théodore bar Khôni cité plus bas. 

3. Flugel, Mâni, 4862, p. 244. 

4. Pognon, Inscriptions mandaïtes des coupes de Khouabir, Paris, 
4898, p. 484 sqq. 



ADAMAS GÉNIE MANICHÉEN 81 

combat * : « Il fit sortir l'Ornement de Lumière de son intelli- 
gence, le grand Roi d'Honneur de sa science, Adamos- 
Lumière de son raisonnement, le Roi de Gloire de sa pensée 
et le Porteur de sa réflexion. » 

Qui ne voit immédiatement que ces cinq personnages my- 
thiques sont précisément ceux dont saint Augustin énumère 
les noms latins à la suite du premier roi, couronné de fleurs, 
— le Stéphanophore des sources grecques? L'Ornement de 
Lumière est le Splenditenens^ qui sera chargé de tenir sus- 
pendus les cieux, le Roi d'honneur d'une part (malkâ cTiqârâ) 
et le Rex honoris de l'autre sont des équivalents exacts, de 
même que le Roi de Gloire (melek subha) et le gloriosus 
Rex, qui fait mouvoir les trois roues du feu, de l'eau et du 
vent, et le Porteur qui, Théodore nous l'apprend plus loin (p. 
188-189), « agenouillé sur un de ses genoux soutiendra les 
terres », est celui que saint Augustin appelle Atlas, grécisant 
ainsi son nom^ 

Enfin le troisième fils de l'Esprit Vivant n'est plus, com- 
me dans les éditions du Contra Faustum, un vague « héros 
diamant », mais, ainsi que ses frères, un personnage qui a un 
état civil et porte un nom : « Adamos-Lumière » . Nous voyons 
ce héros, intervenir dans la lutte primitive pour détruire 
une « bête horrible », née du péché, à peu près comme 
saint Georges tue le dragon : « Adamos-Lumière fut envoyé 
contre elle... il la renversa sur le dos, la frappa au cœur de sa 
lance, poussa son bouclier sur sa bouche, plaça un de ses 
pieds sur ses cuisses et l'autre sur sa poitrine^ » . C'est bien, on 



i. Texte p. 428 ; trad. Pognon, p. 487. Cf. mes Recherches sur le mani- 
chéisme, I (Bruxelles, 4908), p. 22, où j'ai modifié quelque peu cette tra- 
duction. 

2. J'ai parlé de cet Atlas Manichéen, Revue d'hist. et litt. rclig., XII, 
4907, p. 443 ss.= Recherches, p. 69 ss. 

3. Sur cette traduction, cf. Recherches, p. 39 n. 3. 

6 



82 FRANZ GUMONT 

le voit, le héros helliger dextra hastam tenentem et sinis- 
tra clipeum, que dépeint saint Augustin. 

La concordance parfaite qui rapproche les récits de l'évê- 
que oriental et de l'évêque africain, si éloignés l'un de l'au- 
tre, garantit leur fidélité à l'égard de la source commune où 
ils ont puisé. Ils diffèrent cependant par un détail. Le syria- 
que donne la forme « Adamos », où le latin porte « Ada- 
mas ». Il est possible que Théodore, se servant de l'idiome 
où Mâni lui-même avait écrit \ ait conservé l'orthographe 
de celui-ci. Les Grecs, comme ils l'ont fait souvent, 
auraient alors altéré légèrement le nom du génie barbare 
pour lui donner un sens dans leur langue. Mais, d'autre part, 
Adamos n'est pas un nom d'apparence syriaque et il semble 
que Mâni l'ait emprunté, comme d'autres, aux gnostiques, 
mais en le déformant. Les Barbélo-gnostiques appelaient 
r « homme parfait et véritable » Adamas {Adamantem , 
'ASa(jLavTa) parce qu'il n'a pas été dompté, ni lui ni aucun 
de ceux dont il est issu^ Nous trouvons ici le nom sémitique 
de l'homme interprété par le àBaixacioç^ Les Naasséniens 
aussi, tout comme le faisaient les Manichéens, chantaient 
dans leurs hymnes Adamas, qui était pour eux l'Homme cé- 
leste, être androgyne, premier principe de toutes choses*. 

Quelle que soit son origine, le guerrier que décrit saint 
Augustin d'après les livres de Mâni, n'est certainement pas, 
nous pouvons maintenant l'affirmer, un « héros de diamant », 
et il faudra imprimer désormais dans les éditions du Con- 
tra Faustum « Adamantem » avec une majuscule 



1. Titus Bostr., Contra Manich., l, il : Tf) Supwv cpwv^ x^poj[i.£vo;. 

2. Iren., Adv. Haeres., I, 29. 

3. Hilgenfeld, Ketzergesch. des Vrchristentums, p. 232, 238. 

4. Hippolyte, Philosoph., V, 1. — La forme du nom est 'ASaaaç, 
[JLavTo;. 



A. CUNY 



LATIN « EXPLORARE » 



LATIN « EXPLORARE » 

Par A. GuNY. 



On a souvent signalé l'intérêt que présente dans chaque 
langue l'étude des termes techniques empruntés aux diffé- 
rents métiers et des évolutions que subissent ces termes en 
passant du cercle étroit où ils sont nés aux autres profes- 
sions ou dans le vocabulaire général de la langue. (A ce sujet 
voir en dernier lieu, A. Meillet, Comment les mots chan- 
gent de sens, Année sociologique, 1906, p. 1 et suiv., et 
M. Grammont, dans le programme qu'il a tracé pour la 
section de linguistique au Congrès des Sociétés Savantes à 
Montpellier. 1907)^ 

C'est une étude de ce genre que l'on voudrait tenter ici 
pour le latin « explôrâre » et les mots qui en sont dérivés. 



I 



La seule étymologie qui ait été proposée pour expliquer 
explôrâre » est celle de M. Bréal dans son « Essai de se- 



1. Quatrième sujet proposé : Étude sur les changements sémantiques 
des mots empruntés par un métier à un autre, par un milieu social à 
un autre, par un village à un autre, par une langue aune autre. 



86 A. CUNY 

mantique ». L'auteur y voit un composé de plôrâre « être 
dans les larmes », et pour lui, « explôrâre » aurait eu 
d'abord le sens de l'allemand erweinen « obtenir par ses 
larmes », puis celui « d'obtenir des renseignements de cette 
manière ou d'une autre », enfin celui « de se renseigner» 
d'une façon générale. On voit que cette explication ^ suppose 
une très longue évolution sémantique que n'a du reste pas 
accomplie le vrai composé de plôrâre, explôrâre, car 
dans le seul texte où il soit attesté, il a nettement 
le sens de « éclater en sanglots, en larmes, en gémisse- 
ments ». 

gémit, explorât, turbam omnem concitat. 

Ce passage, où le contexte établit le sens de façon indubi- 
table, est rapporté par Festus, et les lexicographes l'attribuent 
généralement à Yarron. Du reste ce mot de la langue archaï- 
que n'a pas vécu, et les anciens le confondaient avec l'au- 
tre « explôrâre » comme le prouve la glose de Festus 
(Festus, éd. ïhewrewk de Ponor, Budapest 1889, s. v. ex- 
plôrâre, p. 56): (c Explôrâre antiquos pro exclamare usos, 
sed postea prospicere et certum cognoscere coepit signifî- 
care. Itaque speculatur ab exploratore hoc differt, quod 
speculator hostilia silentio perspicit, explorator pacata cla- 
more cognoscit. » La distinction est puérile et inventée pour 
les besoins de la cause ainsi qu'on le verra par les citations 
qui suivent, car explôrâtor, bien plus souvent encore que 

i. On la trouve déjà presque sous la même forme dans la 3^ édition du 
Dictionnaire étymologique latin (1891) de MM. Bréal et Bailly (v. p. 
272). Là il est cité un texte où plôrâre a un sens judiciaire, et il est af- 
firmé que explôrâre est un mot de la langue judiciaire où il aurait le sens de 
faire une enquête. Mais c'est une affirmation purement gratuite, car on 
ne trouve pas un seul texte où explôrâre ait ce sens, ni chez Forcellini, 
ni chez Freund, ni dans le Wôrterbuch de Georges (le Thésaurus n'existe 
pas encore pour ce mot). Aucun de ces dictionnaires ne signale même 
la possibilité d'un tel sens pour le mot explôrâre. 



LATIN « EXPLORARE » 87 

speculâtor (qui signifie plutôt « espion,, mouchard »), désigne 
le soldat que l'on envoie en éclaireiir pour reconnaître la 
position, les forces et les plans de l'ennemi. C'est qu'en effet 
explôrâre, explôrâtor, etc., sont avant tout des termes 
techniques eva^T\xï\ié?>k la langue militaire. Pour le prouver, 
il suffira de montrer le sens qu'ont ces mots dans les auteurs 
du genre, ou dans les ouvrages plus spécialement militaires 
des auteurs qui ont écrit dans des genres différents. 

Explôrâre, explôrâtor, etc.. se rencontrent malheureu- 
sement très peu chez les plus vieux auteurs. Pourtant ils 
y existent, et leur emploi est encore très significatif. Ennius 
qui, dans les Annales, peut à bon droit être regardé comme un 
auteur militaire, le présente une fois (A. 224, éd. Vahlen) : 

Explorant Numidae totum : qicatit iingula terram. 

Il n'y a pas de doute ici: il s'agit bien d'une reconnaissance 
de cavalerie. Cf. l'imitation de Virgile (^jEn. VIII, 596) : 

Qiiadrupedante putrem sonitu quatit ungulâ campum. 

Au contraire. Plante ne présente le mot qu'au figuré, ce 
qui n'a pas lieu d'étonner étant donné le genre qu'il cultive : 

Pseiidolus V. 1167 : 

Exploratorem hune faciamus ludo suppositiciiim. 

On traduit: « Amusons-nous aux dépens de cet émis- 
saire (?) de contrebande ». — Le verbe explôrâre se rencon- 
tre dans un autre passage de Plante : 

Captiui V. 643 : 

Quin exploratum dico et promissum hoc tibi, 

passage dans lequel le participe explôrâtus a déjà le 
sens abstrait de « certain, assuré » qu'il affecte le plus 
souvent chez Cicéron. 



88 A. CUNY 

Dans Lucilius {ap. Non. 366, 31), « explorât o?' » a encore 
un sens très voisin du sens technique : 

Reriim explôrâtoremmittam... 

Du reste, voici quel est l'emploi de ces mots chez César 
et chez Gicéron. 

Dans l'œuvre de César, on trouve 25 exemples deexplo- 
ratores au sens de « soldats envoyés en reconnaissance », 
(v. le Lexicon Caesarianum de Menge-Preuss, Leipzig 
1890). Ce sont: de B. C. III, 79, 6 ; conspicati in itinere 
exploratores (ace.) Domitii ; B. G. VII, 35, 1 : dispositis 

exploratoribus ; VIT, 61, 1 : exploratores hostium oppri- 

muntiir ; VI, 10, 3 : lit crebros exploratores in Suebos mit- 
tant ; II, 17, 1 : exploratores centitrionesqiie prae3Iittit qui 
locuni idoneum castris deligant (passage caractéristique) ; 
I, 12, 2 : ubi per exploratores Caesar certior factus est ; 
III, 2, 1 : subito per exploratores certior factus est \ IV, 4, 
* ^'. de Germanorum discessu per exploratores certiores facti 
{Menapiî) ; B. C. III, 41, 4 : postea per exploratores certior 
factus ; B. G. VII, 44, 3 : per exploratores cognouerat ; 
. IV, 19, 2 : posteaquam per exploratores.., comperissent; 
VI, 7, 9, haec quoque per exploratores... ad hostes deferun- 
tur ; VII, 11,8: qua re per exploratores nuntiata ; I, 21, 
\\ ab exploratoribus certior factus \ I, 41, 5: ab explorato- 
ribus certior factus es^ ; II, 5, 4 : aô exploratoribus quos 
miserai .... ., cognouit ; II, 11, 3: confirmatà re ab explorato- 
ribus \ I, 21, 4: P. CoTisidius..., cum exploratoinbus prae- 
MiTTiTUR (à la tête d'une reconnaissance) ; VI, 29, 1 : per 
Vbios exploratores ; B. C. III, 66, 1 : animaduersum est a 
speculatoribus^ Caesaris cohortes quasdam... esse post sil- 
uam ; B. G. II, 17, 1 exploratores Çdeligere), etc.. 

i. On verra plus loin que César se sert très rarement de spccuLîtor. 



LATIN « EXPLORARE » 89 

Chez Cicéron au contraire, le mot explôràtor ne se ren- 
contre pas, même au sens figuré (d'après les lexiques de Mer- 
guet). 

Quant au verbe explôrâre chez César, la moitié au moins 
des exemples le présente au sens de l'allemand rekognoszie- 
ren « faire une reconnaissance militaire » . 

Voici ces exemples : 5. C II, 24, 2 : ipse cvm eqvitatv 
ANTECEDiT ad ccistra exploranda (très voisin du sens originel) ; 
B. G. V, 50, 3: exploratis itineribus (sens propre) ; B. C. 
III, 38, 2; EQViTYM magîiam partem ad explorandum iter 
Domitii et cognoscendum praemisit (sens propre) ; I, 66, 3 : 
postera die Petreius cvm pavcis eqvitibvs occulte ad explo- 
randa loca proficiscitur (sens propre) ; I, 81, 1 : neque ad 
explorandum locum idoneum castris... data facultate (très 
voisin) ; II, 2o, 1 : hoc explorato loco (sens technique) ; B. 
G. VI, 33, 5 : exploratisque hostium rationihus (ayant pé- 
nétré, grâce à ses éclaireurs, les plans de l'ennemi) ; B. C. 

I, 68, 1 : exploratis regionihus (sens originel) ; B. G. IV, 
21, 2 : exploratis omnibus rébus (ici le sens figuré est pos- 
sible). — En effet, exploratus au sens figuré de « certain, 
assuré » se rencontre quelquefois : z6. VI, 5, 3 : quod pro 
explorato habebat \ III, 18, 8 : ut explorata uictoria ; V, 
43, 3 : sicuti parta iam atque explorata uictoria ; VII, 15, 
2 : prope explorata uictoria ; VII, 20, 7 : quae (uictoria^ iam 
esset sibi atque omnibus Gallis explorata ; VII, 52, 2 : cum 
sine duce et sine equitatu exploratam uictoriam dimisisset. 
De même B. C. II, 31, 5 : quod si iam... haec explorata 
habeamus quae de exercitus alienatione dicuntur ; B. G. 

II, 4, 4 : de numéro eorum omnia se habere explorata 
Bemi dicebant (pourtant ici on est encore tout près du sens 
technique, car c'est évidemment par des éclaireurs que 
les Bemi avaient leurs renseignements). Cf. encore VI, 32, 
2 : explorata re. Enfin, le sens figuré est complètement dé- 



90 A. CUNY 

veloppé dans le fr. 143, 7 : de explorato et uitae meae 
testimonio et amicitiae iiidicio. — Au contraire, c'est encore 
nettement le sens technique que l'on lit sous V, 49, 8 : inté- 
rim speculatoribiis in omnes partes dimissis explorât quo 
commodissime itinere ualles transireposset, tandis que le sens 
figuré perce seulement dans les passages : 

V, 53, 4 : omnes fer e Galliae ciuitates.... quid reliqui 
consilii caperent atqiie unde initiion belli foret explora- 
bant\ YII, 45, 4: neque, tanto spatio, certi quid esset 
explorari poterat ; en effet, l'idée de « reconnaissances mi- 
litaires » n'est pas étrangère à l'esprit de ces passages. 

Chez César donc, le verbe explôrâre et son dérivé ex- 
plôrâtor présentent la plupart du temps le sens technique 
de « faire une reconnaissance militaire » ou de « soldat en- 
voyé en éclaireur » (Les lexiques ne signalent pas d'autres 
dérivés chez César. Le participe en -tus seul manifeste une 
assez forte tendance vers un sens général et abstrait). 

Opposons encore une fois Cicéron à César. 

Chez le premier, explôrâre et les mots de la famille ne sont 
usités qu'au figuré. Tel est l'adverbe explôrâtè «pertinem- 
ment, sûrement » , qui ne se rencontre guère que chez Cicéron , 
p. ex. ad G. fr. 2, 15, b : Haec ita sentio, iudico, ad te 
explorate scribo ;de N. D. i, i : res satis explorate percepta 
et cognita ; ad Fam. i 6, 8 : Neue nauiges nisi explorate (ici 
pourtant on est encore tout près du sens primitif : explorate 
supplée à "^percontatef^m semble ne pas avoir existé) ; Plane, 
ad Coss. {ad Fam. 10, 8) : non solum bene sperare... sed 
explorate (en toute connaissance de cause) iudicare uolumus ; 
ad Fam. 6, 1 : cum... exploratius possem promittere, etc. . . 
(en tout 10 exemples dans les discours). 

De même le participe explôrâtus. Ainsi Tusc, V, 9 : sum- 
mum bonum firma corporis affectione explorataque spe 
contineri ; de N. D. I, 19 : Deus habet exploratum (est tout 



LATIN « EXPLORARE » 9! 

à fait certain) fore se semper in aeternis uoluptatibus ; 
ad Fam. 2, 16: de quo ?nihi exploratum est ita esse ut scri- 
bis ; ad Quirit. 6 ; cum mihi esset exploratissimum (absolu- 
ment certain) ; Acad. 2, 17: cui possit exploratum esse de 
sua sanitute? ; ad Att. 3, 15 : fac ut omnia ad me perspecta 
et explorata perscribas {perspecta assure pour explorata un 
sens encore peu éloigné de la signification primitive); pro 
Murena 24 : ut ei iam exploratus et domi conditus consu- 
latus uideretur (ici au contraire le sens est purement abs- 
trait) ; ad Brut. 1, 17 : quid mihi exploratius esse potest 
quam illius animus in rempublicam? ; ad Att. 3, 17 : lite- 
ras... exploratas a timoré c'est-à-dire « lettres qui donnent 
la sécurité ». 

Pour le verbe proprement dit voici quelques exemples : 
ad Att. 6, 8 : Explora rem. totam ut... consiliiim capere 
possimus ; in Verrem II, 5, 17: prospectare exsilium atqiie 
explorare fugam domini uidebatur (sens encore voisin de 
l'origine : « préparer sa fuite de manière à écarter tout dan- 
ger » . pro Manilio 1 2 : Nondum tempestiuo ad nauigan- 
dum mari Sicilium adiit, Africam explorauit (sans doute 
= per exploratores tentauit). On voit que même chez Cicé- 
ron (comme c'est le cas chez César), c'est le verbe fini qui 
conserve le mieux le sens technique et concret. Ceci tient 
probablement à ce que la dérivation en général est un che- 
min qui mène insensiblement à l'abstraction. Cf. acceptus 
(( agréable » et autres exemples connus ^ 

L'opposition qui se manifeste ainsi, pour les sens de explo- 
rare et de ses dérivés, entre César et Cicéron, est tout aussi 
apparente entre les deux ouvrages de Salluste dont l'un, le 
Jugurtha, traite essentiellement de sujets militaires, tandis 



4. Cette idée a déjà été exprimée, en particulier par A. Darmesteter 
dans la Yie des mots. 



I 



92 A. CUNY 

que l'autre roule avant tout sur des questions de poli- 
tique intérieure. Voici en effet les résultats qu'a donnés un 
dépouillement complet du Jiigiirtha et du Catilina à ce point 
de vue. Dans le Jugiirtha il y a 11 exemples de explôràre, 
etc., et 2 seulement dans le Catilina. Ces exemples sont : 
De B. Iiig. XXXV, 5 : Bomilcar mature régis mandata 
exsequitur et per uomines talts negoti artifices itinera 
egressusqiie eiiis, postremo loca atqiie tempora cuncta ex- 
plorât (on ne saurait donner une meilleure définition du 
sens de exploràré) ; XLVI, 6 : Neque Metellus idcirco minus, 
sed PARiTER AC SI HOSTES ADESSENT, muuito agmine incedere, 
late explôrâre omnia ; aussi, résultat constaté par les Nu- 
mides eux-mêmes (XLVIII, 1 : ager hostibus cognitus); ib. 2 : 
igitur explorato hostium itinere ; LUI, 7: (les deux frac- 
tions des Romains en seraient venues aux mains) ni utrim- 
que PRAEMissi EQviTEs rem explorauissent (ici on peut dire 
que le sens est à mi-chemin entre le propre et le figuré) ; 
LIV, 2: Tamen eVi^mm transfvgas et alios opportvnos... 
lugurtha uhi gentium aut quid agitaret, cum paucisne 
esset an exercitum haberet, ut sese uictus gérer et... explo- 
RATVM misit (les détails énumérés montrent nettement le 
sens technique du verbe : tout cela ne pouvait se savoir que 
par des espions, des éclaireurs. Remarquer l'emploi absolu 
du mot) ; LXXXVIII, 2 : Marins impigre prudent er que suo- 
rum et hostium res pariter attendere, cognoscere quid boni 
utrisque aut contra esset, explorare itinera regum ...(il 
faisait épier leurs allées et venues par ses éclaireurs) ; ib. 6 : 
Id simulaueritne {Bocchus), quo improuisus grauior acci- 
deret, an mobilitate ingeni pacem atque bellum mutare 
solitus, parum exploratum est (emploi absolu, mais en un 
sens déjà figuré grâce au participe en -tus = parum comperi- 
mus de XGIII, 1) ; XG, 1 : Igitur consul omnibus explora- 
tis... satis prouid enter exornat {^paraf)., sens technique; 



LATIN « EXPLORA RE » 93 

GXIII, 5 ; exploratis omnibus quae mox usuifore ducebat... 
(il s'agit ici du Ligure grâce auquel Marius prit la forteresse 
de la Moulouïa); G, 3: Perfugae miniime cari et REGio^yyi 
sciENTissvMi hostium iter explorabant (passage significatif) ; 
GV, 5 : Intérim eqvites exploratum praemissi rem uti erat 
qiiietam nuntiant (excellent exemple à cause de l'emploi 
absolu de exploratunî). 

Quatre fois seulement dans le Jugurtha, Salluste s'est servi 
de speculâtor ou speculâri: cf. GI, 1 et GVI, 2 où on lit: ex 
speculatoribus ; G VII, 3 : lugurthae, cui videlicet speculanti, 
iter siiom (celui de Volux) cognitum esset (on voit par là que 
specidârl est péjoratif par rapport à explôrâre ; il veut dire : 
espionner, moucharder). De même dans le passage G VIII, 
i : Ibi cum BoccJio Nmnida quidam, Aspar no?nine, mul- 
tum et familiariter agebat, praemissvs ab lugurtha, post- 
quam Sullam accitum audierat, oratoret subdole specvlatvm 
Bocchi consilia (l'adverbe subdole souligne l'indignité du 
rôle que joue le speculâtor de Jugurtha). Une fois égale- 
ment chez Gésar, on rencontre speculârl et il a le même sens 
de « moucharder ». G'est: de B. G. I, 47, 6 : an speculandi 
causa {iienirent). Quant à speculâtor, Gésar l'emploie lui 
aussi très peu, mais le mot n'a pas chez cet auteur de nuance 
de sens appréciable. Les 3 exemples sont : de B. C. III, 67, 
1 : speculatores Caesari renuntiarwit ; B. G. V, 49, 8 : specu- 
latoribus in omnes partes dimissis (^déjk cité); et II, 11, 2 : 
hac re statim Caesar per speculatores cognita. De plus 
Gésar présente une fois l'adjectif speculatorius {explorato- 
rius ne pouvait sans doute encore, pas s'écrire). G'est : de 
B. G. IV, 26, 4 : speculatoria nauigia militibus compleri 
îiissit. Gf. Végèce Mil. IV, 3, 7 : scaphae.... exploratoriae. 

En regard des 11 exemples du Jugurtha on ne trouve, on 
l'a dit, que 2 fois explôrâre dans le Catilina, une fois dans 
un sens qui est encore pour ainsi dire le sens- technique. 



94 A. CUNY 

Les passages sont : Cat. XVII, 2 : Vbi salis explorata sunt 
quae iioluit, in iiniim omnes conuocat (sens déjà abstrait, 
mais remarquer le participe), et LX, 1 : sed ithi, omnibus 
rébus exploratis, Petreius tuba signiim dat (il s'agit ici d'o- 
pérations militaires). — La plupart du temps Salluste se 
sert, dans le Catilina, d'expressions plus abstraites encore : 
II, 2 compertum est; XIV, 7: compertum foret ; XXII, 1... 
ea res... parum comperta est ; XXIX, 1 : (Cicero) quod 
neque... neqiie exercitus Manli quantus esset aut quo con- 
silio foret satis compertum habebat\\Wy \, 2: haec ubi 
Romae comperta ; LVIII, 1 : compertum ego habeo, mili- 
tes... Il en ressort que pour Salluste, à la différence de Gicé- 
ron, expioratus n'est pas encore assez dépouillé de son sens 
technique pour être un simple synonyme de compertus, 
certe cognitus, etc.. Une fois seulement dans le Ca- 
tilina (jamais dans le Jugiirthci) l'auteur a employé y:)^rco7Z- 
târl. C'est dans le passage XL, 2 : percontatus paiica de 
statu ciuitatis... Il est à remarquer dans le même ordre d'i- 
dées que percontâri n'existe pas du tout chez César. En 
revanche ce dernier a 2 exemples de percontâtio. Ce sont : 
de B. G. V, 13, 4 : nihil de eo percontationibus reperie- 
bamus, eti, 39, 1 : ex percontatione nostrorum uocibusque 

Gallorum tantus timor... exercitum occupauit... 

C'est que percontàrl était un terme certainement moins 
ancien et sans doute moins populaire que explôràre et que 
speculâri. Il était au contraire plus goûté peut-être des 
lettrés à cause de son origine grecque * : percontàrl = son- 
der à la gaffe le fond d'une rivière, etc.. de contus 
emprunté au grec v.o^-ziq. D'autre part, les termes de la 
profession des bateliers étaient moins en vogue que ceux du 

1. Cf. ce que dit Horace dans l'Épître aux Pisons, vv. 52-53 : 
Et noua fictaque nuper hahehunt uerha, fîdem si \ Graeco fonte cadant, 
parce detorta. 



LATIN « EXPLORARE » 95 

métier militaire chez un peuple de soldats tel que les Ro- 
mains. En revanche, Gicéron, auteur du « cédant arma 
togae, » pensait sans doute qu'un terme tel que explôrâre 
était vulgaire et sentait « son collet monté » . On sait qu'il 
était l'ennemi de l'archaïsme (v. le Brut us) aussi bien que 
du militarisme. — Il est donc bien établi par tout cela que 
le sens propre de explôrâre et des mots de sa famille est 
un sens technique emprunté à la vie des camps. 

Voici à l'appui quelques exemples tirés d'autres auteurs : 
Corn. Nep. Annib., 2: ad guem cum legati uenissent Ro- 
mani qui de eius uoluntate explorarent (comme l'auteur 

est romain et qu'il parle de compatriotes, il emploie en leur 
faveur un terme noble et se garde d'écrire specularentur), 
Yerg. JEn. IX, 169-170 : 

Alta tenent, nec non trepidi formidine portas \ Explo- 
rant (sens déjà évolué), mais dans ^En. XI, 512 : 

... ut fama fidem missique reportant \ Exploratores...,\\ 
est clair qu'il s'agit à^éclairew^s envoyés en reconnaissance. 
Cf. encore Georg. III, 537 : Nec lupus insidias explorât oui- 
lia circum, où le sens est encore très voisin de l'origine : 
« le loup pousse autour du bercail une reconnaissance dan- 
gereuse pour les moutons qui y sont enfermés ». Au con- 
traire, dans Georg. I, 175 : Et suspensa focis explorât 
robora fumus, le sens abstrait (= tentât, probat) est com- 

plètement développé. 

I^k De même chez Ovide : Met. X, 455 : 

^^H Nutricisque mauum laeuâ tenet : altéra motu 

'^" Caecum iter explorât (sens propre), mais ^r^ Am. I, 456 : 

IExploretque animos (sens, figuré), cf. en français a sonder 
5s reins et les cœurs, sonder quelqu'un. » 
Silius Italicus présente un exemple tout à fait net du sens 
ncien : 



96 A. CUNY 

Explorator eqiies (la cavalerie envoyée en reconnaissance). 
D'autres exemples de cet auteur présentent plutôt un sens 
figuré: XI, 216. pateatne... urbs... explôrâre (ici le sens 
propre peut très bien se défendre, mais sous V, 60. ...men- 
tesque deorum \ Explorant super eiientu (ils scrutent la 
pensée des dieux), et sous XI, 356 : hoc iugulo dextram 
explora, le sens général et abstrait est indéniable. 

Le continuateur de César, Hirtius écrit explôrâre en lui 
donnant un sens très voisin du sens premier : de B. G. VIII, 
18 : explorato hostium consilio (ayant sondé les intentions 
de l'ennemi). 

Quant à Tite-Live, et bien qu'il ait très souvent à relater 
des événements militaires, on sait qu'en fait de style il 
avait les mêmes idées que Gicéron. Aussi emploie-t-il peu 
explôrâre et les mots de la famille ou les emploie-t-il sur- 
tout au sens abstrait. Ainsi 42, 13 : non... incertis iactata 
rumoribus... sed comperta et explorata (le contexte montre 
à l'évidence le sens abstrait) ; 22, 8, 4 et 38, 18, 7 : inexplo- 
rato, explorato (les deux sens peuvent ici se défendre). 
Mais sous 23, 42, 9 : ante explorato et siibsidiis positis et 
sub signis ad populandum ducebant, le mot explorato est 
bien un terme technique qui signifie « après s'être éclairé 
par des reconnaissances ». Sous 37, 7 : animiim explorari est 
figuré, mais les passages 37, 28 : inde ex propinquo explorans 
quid hostes agerent et 22, 55 : haec exploranda noscenda- 
que per impigros iuuenes esse (= équités expeditos, ib.), 
rappellent assez vivement l'emploi du même mot chez 
César. 

Au rebours de Tite-Live, Tacite, on le sait, se rapproche 
de Salluste pour le style et, par conséquent, au point de vue 
qui nous occupe, de César. 

D'après le Lexicon Taciteum de Gerber (Leipzig, 1903), 
explôrâtor entendu au sens militaire se rencontre une dou- 



LATIN «EXPLORARE» 97 

zaine de fois chez Tacite, p. ex. Agricola 26 : Agricola iter 

stium ah exploratoribus edoctus. 

Quant au verbe explôrâi^e, le même auteur en présente 7 
exemples dont 2 où le mot est employé absolument. De ces 
7 exemples, 5 ont le sens technique de « sonder le terrain, 
battre la contrée, faire une reconnaissance », 2 seulement 
celui de tentâre^. Le participe exploratiis au sens abs- 
trait de /)ro6«/w5 se rencontre naturellement ; p. ex. Agr. 29 : 
fortissimos et longa pace exploratos addiderat (exercitui). 

Le dérivé exploratio accompagné de l'épithète occulta et 
équivalant ainsi à speculatio (espionnage) se lit Hist. 3, 54 : 
nec exploralione occulta fallere Antonium tentaint, sed 
mandata imper atoris... professas, lUcuncta uiseret, postu- 
lat. « Il n'essaya pas de prendre Antoine en défaut par un 
espionnage clandestin, mais il exposa ouvertement ses ordres 
et demanda à tout inspecter. » L'image est naturellement ef- 
facée ici. Le passage: Hist. 2, 49 : et explorato (= certe co- 
gnito^iam profectos amicos noctem qiiietam... agit atteste 
encore inieux le sens purement abstrait. 

Une fois Tacite emploie speculalor dans le sens de explo- 
rator : A. 2, 12 : suggressi propiiis speculatores aiidiui fre- 
mitum equorum... altulere. De même il a une fois specu- 
lâri au sens de explôrâre : Hist. III, 46, 6 : prima rerum 
quieti speculahantur (Daci) et dans la suite : ubi flagrare 
Italiam bello... accepere. Une îois Siussi spe eu labundus: ib. 
4, 50, 13: Festus Adrumeto, ubi specidabundus substiterat, 
ad legionem contendit. En somme, l'usage de Tacite est bien 
celui de Salluste et de César, et le sens technique de explo- 
rare prédomine chez lui. 

Quinte-Curce emploie naturellement le mot explorator 



i. Ex. Hist., I, i^ : scùundae rês acrîoribus sitmuUs animos êxplO' 
Tant (i. e. tentant, probant). 



98 A. CUNY 

dans le même sens que les autres auteurs militaires, p. ex. 
3, 13 : forte in exploratores ah eo praemissos incidit. 

De même chez Suétone, Tib. 60 : in quodam itinere lec- 
tica... vepribus impedita exploratorem uiae... paene ad 
necem uerberauit (son guide, son « Pfadfinder », son 
« scout » traduirait-on volontiers — sens tout à fait primitif) ; 
Calig. 45 : (coronas) distinctas solis ac lunae siderumque 
specie exploratorias appellavit (i. e. ad explorandum per- 
tinentes), couronnes décernées par Caligula à ceux qui 
l'avaient accompagné dans la battue {Erforschung rendrait 
bien l'idée) d'une forêt ; Tib, 18 : explorasset uehiculorum 
onera offre déjà un sens moins précis. Cf. encore Pline 6, 
29, 35 : exploratores Neronis renuntiauere his modis... 
et 5, 1, 1 : explorare ambitum Africae iussi (ayant 
reçu l'ordre de reconnaître le pourtour de l'Afrique). 
On a déjà mentionné les scaphae exploratoriae de Végèce 
{Mil. 4, 3, 7). Il faut enfin signaler exploratio au sens tech- 
nique de (c reconnaissance militaire » chez Modestinus in 
Dig. 49, 16, 3, 4 : is qui exploratione (lors d'une reconnais- 
sance) emanet, hostibus insistentibus, capite puniendus 

est. Les autres auteurs ne présentent guère ces mots qu'au 
figuré. Ainsi Columelle, 3, 9: quidquid morae est, in explo- 
ratione surculi absumitur\ \, 8: panis potionisque boni- 
tatem gustu sito exploret. De même Gaïus in Dig. 17, 1, 
2, 6 : quia liherum est cuique apud se explorare an expé- 
diât sibi consilium\ Martial 8, 51, 3-4. 

nec odit \ 

Exploratores nubila massa focos ; 

et, probablement à son imitation, Glaudien {praef. ad IJI 
cous. Honorii) (il s'agit des petits d'un aigle) : 

1 1 Exploratores oculis qui pertulit ignés , .... 

13 Nutritur uolucrumque potens et fulminis hères. 



LATIN « EXPLORARE » 99 

Cf. encore pour le sens abstrait, Yelleius Paterculus 2, 
84 : Longe antequam dimicaretur, exploratissima. . . fuit 
uictoria ; StaceSz^. 3, 5, 44... fides tôt explorata per iisiis ; 
Pétrone Sat. 116: Cum diligentius.... exploraremus qui 
homines inhabitarent ; Lucain 8, 582 : Exploratefidem. Pal- 
ladius VIII, 3, 1 : Pirus... locis umidisnunc insitame explo- 
rante (= experienté) procesdt \ Pall. I, 9: (solum) régula 
exploraveris aequale etc.. Mais les exemples cités plus haut 
de Végèce et de Modestinus suffisent à montrer que jusqu'à la 
fin de la latinité proprement dite, on n'a jamais perdu le sou- 
venir du sens technique et militaire des mots dont il s'agit ici. 



II 



Ce sens étant : pour explôràre celui de « faire une re- 
connaissance, aller à la découverte, battre la contrée, fouil- 
ler, sonder le terrain », et pour explôrâtor, celui de « Kund- 
schafter » , « éclaireur » et aussi de v guide » , a Pfadfinder » , 
« scout », comme on l'a vu par le passage cité de Suétone, 
toute étymologie, pour être agréée, devra tenir compte de 
ce sens premier. Si l'explication proposée par M. Bréal n'a 
pas été en général acceptée, c'est évidemment pour des rai- 
sons de sens; M. Walde, dans son récent Lateinisches ety- 
mologisches Worterbuch (Heidelberg, 1906), ne la signale 
même pas. Du reste, M. Walde considère sans doute explô- 
ràre comme un cas désespéré, car il n'y a pas chez lui d'ar- 
ticle pour ce mot. Voici pourtant une étymologie qui, après 
les explications données, paraîtra, on l'espère, assez vrai- 
semblable. 

Pour le sens, lat. explôràre correspond à ail. er-fahren 
(cf. explorante =-. experiente), à er-forschen (cf. explôràre 
ambitum Africae, explôràre siluam impliqué par les coro- 
nae exploraioriae de Caligula, etc.), à er-'àrtern (dont le 



100 A. CUNY 

sens premier est « examiner à fond ») ; ou mieux encore à 
er-grûnden « sonder, approfondir » (au propre et au figuré). 
La seule différence qu'il y ait ici entre l'allemand et le la- 
tin, c'est que les mots allemands ont passé bien plus vite au 
figuré que explôrâre. Mais de même que er-ôrtern a été 
formé en allemand du préverbe perfectif er- et du substan- 
tif Ort et que er-grilnden l'a été du même préverbe et du 
substantif Grund « fundus {terraé)^ solum », de même en 
latin explôrâre a été fait avec le préverbe ex- (qui corres- 
pond très bien j:>our le sens à germ. *W2- > ail. er-), et avec 
un ancien substantif ^plôro- qui devait avoir à peu près la 
même valeur que l'allemand Grund. Dans cette explication 
la question de sens est tout à fait simplifiée. Explôrâre si- 
gnifie bien de par les éléments qui le composent : « sonder, 
fouiller, battre le terrain », et comme on le trouve encore 
employé absolument chez les auteurs latins, il suffit d'ac- 
corder que par un pléonasme très fréquent (cf. p. ex. ex- 
torrem palriâ Sali, de B, lug, XIV, 11), après avoir dit ex- 
plôrâre tout court, on s'est mis à dire explôrâre regione7n, 
uiam, itinera etc.. Les sens proprement abstraits de explo- 
ratus, exploratio et du verbe lui-même dérivent naturelle- 
ment de ce sens originel. Il n'y a qu'à rappeler encore une 
fois ici l'histoire sémantique de^erôrtern et de ergrûnden^. 
Mais ce qui importe davantage,- c'est de justifier l'hypothèse 
d'un substantif *plôro- « sol, terrain » pour le latin préhis- 
torique. 

Ici on a comme garantie, non seulement comme dans le 
cas de aprïlis {cî. aprllis dans les MSL., t. XIV, pp. 286- 



d. Et à signaler que les mots techniques d'une profession, quand ils 
passent dans la langue de tout le monde, acquièrent de nouveaux sens, 
mais manifestent aussi une tendance vers un sens général et abstrait qui, 
comme dans le cas des verbes allemands cités, peut faire oublier presque 
complètement le sens premier. 



LATIN « EXPLORARE » iOl 

7-8), le témoignage du germanique : vieil-islandais flôf 
(c.-à-d. *flôruR), vieil anglais flôr, m. h. a. vluor « Saatfeld, 
Weideflàche^ » (le gotique et le vieux-haut-allemand font 
défaut par hasard) d'un germanique commun *fldrn-z cf. 
lat. *plôro-\ mais encore, ce qui est bien plus précieux, le 
secours du celtique : le vieil irlandais avait en effet un mot 
lâr = gall. llawr « solum, pauimentum », soit un celtique 
commun ^làro-, lequel par suite de la chute régulière de 
p-, cf. (^Medi6)-lânum et pldnus, Litana (sihid) et gr. lùS- 
Tavoç, et du changement tout aussi régulier de ô tonique en 
â celtique (cf. vieil irl. ddn gall. daivn^=:dônum), se trouve 
être lui aussi le correspondant exact du ^plôro- supposé par 
le latin explôrâre. Et comme de plus en plus on est disposé 
à admettre une unité italo-celtique de langue, cet accord est 
probant. Du reste ^plôro- n'est pas isolé en latin même. Il y 
a avant tout l'adjectif plânus"- (v. le Wb. de Walde s. v.) 
et tous les mots qu'à tort ou à raison on rattache à celui-ci : 
palam ? palma, planais, planca, planta ? plôdo ? plaudo ? 
plangol (v. Walde ibid.). En somme l'italo-celtique possé- 
dait le couple : ^plô-ro- subst. | ^plci-no- adj. 

Seul le celtique ancien a conservé les deux : gaul. Medio- 
lânum, irl. Idr etc., tandis que le latin n'a gardé que plâ- 
nus comme mot vivant et indépendant. Au contraire, le cor- 
respondant du grec Tu^axavo-, gaul. Litano-, irl. lethan a vécu 
en celtique où *lâno- devenait un luxe, tandis qu'en latin, 
c'est le correspondant de ^litano- qui a disparu au profit de 
plânus. En germanique ^plôru- seul est attesté (sous la forme 



1. C'est l'allemand moderne F^wr (plaine, campagne, champs), aujour- 
d'hui fortement concurrencé par Boden. En latin aussi c'est sans doute 
funclus qui a fait oublier *plôro- de même que le correspondant du v. si. 
duno, gaul. dubno- substantif, dans Dubno-rïx, etc. V. Meillet MSL, 
t. XII, p. 430 (sur l'arménien andundkh). 

2. Il résulte de là que ce n'est pas un simple hasard si certains sens ab- 
straits de explôrâre sont presque contigus à des sens de explanâre. 



102 A. CUNY 

*flôru-) ; mais ce qui montre que ce n'est pas dans cette lan- 
gue un simple emprunt au celtique, c'est qu'il existe un au- 
tre substantif: m. h. a. vlarre, ail. mod. Flarre « breites 
Stiick, breite Wunde », ce qui suppose un germ. */?<^r- 
(Walde renvoie à Fick Wb. P, 477), soit une forme très ré- 
duite de la racine dissyllabique dont la forme simplement 
réduite était en italo-celtique *plà-. Pour les langues autres 
que les plus occidentales, M. Walde cite encore gr. xéXa- 
voç « gâteau de sacrifice » (cf. aussi ail. Fladen^), et, ce qui 
concorde admirablement pour le sens avec plànus, — là- 
num: v. pr. plonis, lett. plans « Tenne », c.-à-d. « aire, 
ârea ». Mais les deux derniers sont sans doute des emprunts 
au celtique ou même à l'italo-celtique^, car ils ne pourraient 
avoir, on le verra, que la forme v. pr. *pylnis, lett. *pilns, 
lit. *pilnisy s'ils étaient venus directement du fonds letto-slave. 
En effet, passons sur les autres rapprochements que fait 
M. Walde et dont plusieurs sont douteux (on ne discutera 
que planas lit.), et occupons-nous de la forme qu'a dû avoir 
la racine de *plô-ro- c^*plâ-no- etc.; c'est une racine dis- 
syllabique. Comme il n'y a pas en indo-européen d'alter- 
nance à : 6 y et que personne ne se résoudra à séparer 
*plô-ro- « plaine » de ^plâ-no- « plan, plat », la forme nor- 
male monosyllabique de la racine de ces mots est non pas ^plâ- 



1. mha. vlade, vha. vlado, cf. aussi Flôtz (Erzlager), mha. vlette, aha. 
flezzi (ebener Boden, Hausflur) ; cf. vha. flaz, anglais flat (plat) (Detter, 
Deutsches Wôrterbuch, 4897. Sammlung Gôschen, n» 64). 

2. Du moins au celtique d'avant la chute des p- initiaux. En tout cas 
le germanique lui-même est ici exclu, non seulement à cause de l'absence 
d'un terme équivalant formellement à plânus, mais à cause du traitement 
-ul- en germanique de la liquide sonante longue -J- qui ne diffère pas de 
celui de -/-, cf. got. kaûrn, ail. korn, angl. corn en face d'italo-celtique 
*grâno- de i.-e. *gfno-, tout comme v. h. a. vurt, m. h. a. vurt, mod. 
Furt, lat. portus, gaul. Ritu-, zd pdsus de i.-e. *prtus. Pour la proba- 
bilité d'emprunts très anciens d'une langue indo-européenne à l'autre, 
cf. Brugmann, Abrégé de grammaire comparée, p. 3 et p. 24, 



1 



LATIN « EXPLORARE » 103 

mais ^plé-. Ainsi nous avons affaire à une racine dissylla- 
bique (« être large, étendu ») de la forme *peld-c>^*plë-o^ 
*poh- (cf. slave poljé) c^ *plô- (formes à degrés e ou o) 
c^^pb- c^^pl- c^*pl- (formes à degré zéro). Peu importe 
qu'elle soit homophone de la racine qui signifie « emplir » . 
Il y avait certainement en indo-européen un grand nombre 
d'homophones parfaits, et il y en a dans toutes les langues. 
La forme *peb- est sans doute représentée en germanique 
par l'allemand Feld, anglais field (avec chute régulière du 
-d- intérieur). Si l'on rapporte encore à la même racine avec 
MM. Walde {loc. cit.) et Fick (Wb. IP, 236) les mots cel- 
tiques : irl. Idthar « expositio », « dispositio », Idthrach 
« large », lâthair « Ausdehnung », il faut y voir un celtique 
commun *làtro- < ^plôtro- ou > *pltro-y mais non de l'im- 
possible i.-e. ^plâtro-. Il y a en efiPet pour le traitement 
italo-celtique de i.-e. -f-, -[-, etc., un excellent exemple 
qui prouve qu'ils ont donné sans doute dès cette époque 
-rà-y -là- etc.. C'est le latin grànum, irl. gràriy gall. grawn 
(( grain », cf. lit. {ïrnis, lett. Jîrns « pois », v. pr. S7/rne 
« grain », v. si. zrûno, serbe zrno^ d'un thème indo-euro- 
péen *g^fno-K Quant au lituanien plônas, si l'on tient abso- 
lument à le ranger ici, on pourrait à la rigueur y voir la 
continuation d'un i.-e. *plôno-. Mais dans ce cas on attendrait 
régulièrement ^ plunas et il est peu vraisemblable que 
*plôno- ait existé à côté de *pTno-, forme qui seule explique 
le latin pldnus, et le celtique -làno- {Medio-lànum). Du 
reste, le sens n'oblige en aucune façon à identifier plônas à 
plâmis. Bien au contraire : d'après le Dictionnaire de Kur- 
schat (W'ôrtcrbuch der litauischen Sprache), plônas ne 



1. Cf. encore pour -n-, lat. gnâtus, nâtus, ce\i. Sinc. gnâto- dams Cintu- 
gnâtus, etc., pour T, skr. pûrnâh, irl. lân «plein». V. Me'ûlet, Introduc- 
tion^ pp. 96-97. 



104 A. CUNY 

signifie pas « plat », mais « dûnn (mince) (von der Lein- 
wandj Faden, S trie k, Brett, NadeP) nicht von den Fins- 
sigkeiten ». Ce n'est qu'à dater du livre de M. Berneker 
Die pr. Sprache (voc. Elbing. 233) que l'on voit attri- 
buer au lit. planas le sens de « flach » sans plus. Mais 
ceci ne constitue pas une preuve, et malgré la facilité du 
glissement du sens de « mince » à celui de « plat », on sé- 
parera sans doute le mot lituanien du mot latin, à moins 
que l'on n'y voie comme dans le v. pr. plonis (qui serait 
"^ plans dans l'autre dialecte du vieux prussien, lette plans) 
un très ancien emprunt celtique ou même italo-celtique. 
Kurschat fournit bien encore le substantif f. plônè, -es, mais 
ce n'est que par conjecture qu'il lui attribue le sens de 
« gâteau plat » en interprétant le nom de fête plôniû Dienà 
par les mots : der Fladentag. Enfin chez Donalitius il y a le 
masculin ^/oVi25_, -io qui signifie: « Erntekranz », mais ce 
mot s'accommode bien plutôt du sens de « mince » que de 
celui de « plat » et, moins encore que plbnè, il est en rap- 
port avec le latin plânus^ etc. 

Outre les remarques citées de M. Brugmann, pour ce qui 
est de la vraisemblance d'anciens emprunts entre les langues 
indo-européennes de l'Europe appartenant à des groupe- 
ments dialectaux différents (au groupe oriental, le slave et le 
lituanien, au groupe occidental, l'italo-celtique et le germa- 
nique), il faut rappeler qu'on a remarqué, grâce à de nom- 
breuses et spéciales concordances dans le vocabulaire, qu'il 
a dû y avoir dans l'Europe septentrionale, à date très an- 
cienne, un état commun de civilisation qu'on est convenu 
d'appeler civilisation du Nord par opposition à la culture 
méditerranéenne. Le v. pr. plonis, lett. plans serait une 
illustration de ces anciens contacts. Cf. en dernier lieu à ce 
sujet A. Meillet. Les dialectes indo-européens (1908) 
chap. 1 {Le vocabulaire du Nord- Ouest) p. 17 suiv. 



{ 



LATIN « EXPLORARE » 105 

A Tépoque où les Indo-Européens ont occupé par des mi- 
grations successives les parties de l'Europe qui n'étaient pas 
leur domaine originel, la situation pour eux n'a pas du être 
très différente de celle des Européens dans la conquête 
lente et pénible des deux Amériques. De même que les 
armées et les colons ont toujours, dans cette conquête, été pré- 
cédés et accompagnés de « chercheurs de pistes », {Pfadfin- 
der)^ scouts dans l'Amérique du Nord, sendadores (^sëmita- 
tores) dans le continent du Sud, éclaireurs chargés à la fois 
de sonder et de préparer le terrain occupé par des popula- 
tions défiantes et hostiles, de même les Indo-Européens ont 
été secondés par des hommes aussi courageux, aussi endu- 
rants, aussi habiles, par leurs explôrâtores. 

Devenus plus tard une institution régulière de l'armée ro- 
maine, (( ces guides et éclaireurs » sont, comme tant d'au- 
tres institutions de l'époque historique, comme les uestales 
(Ihering Les Indo-Européens avant r histoire, trad. fr. par 
0. de Meulenaere, Paris, 1895, v. p. 325 et suiv., § 38), 
comme les fètiales^ {ih., p. 397, § 47), comme les ponti fi- 
ées (Jb., p. 368 et suiv., § 49), comme les auspices et les au- 
gures (ib.y p. 409 et suiv., § 49), un héritage de l'époque 
de la migration ou plutôt des nombreuses migrations qui ont 
amené les « Italiotes » à passer en Italie et à occuper enfin 
presque toute la péninsule. Il n'est pas douteux que, si 
Ihering avait songé au sens technique du mot, il eût mis 
les « explôrâtores » dans la catégorie de ce qu'il nomme les 
« personnes expertes- » au même titre que les autres corps 



4. « Les féciaux font tout naturellement songer aux interprètes de 
l'époque primitive qui étaient également des experts, et dont le peuple, 
pendant sa migration, ne pouvait se passer». Note de l'éditeur de l'ouvrage 
posthume de Ihering, v. Ehrenberg, p. 397. 

2. On n'a pas non plus retrouvé la classe des « guides et éclaireurs » 
dans l'énumération des experts que fait M. d'Arbois de Jubainville (La 
civilisation des Celtes, Paris, 1899), chap. II. 



106 A. CUNY 

par lui énumérés. Il est peut-être permis d'espérer que l'éty- 
mologie proposée pour explôrâre, explôrâtor sera une nou- 
velle pierre ajoutée à l'édifice de la préhistoire européenne 
parfois génialement reconstruit par un homme qui, pour 
n'être pas personnellement linguiste, partait toujours des 
grands faits révélés par la linguistique moderne et qui du 
moins a eu le mérite d'appliquer rigoureusement à l'étude 
du passé la méthode « réaliste » qu'il avait lui-même imagi- 
née et fait connaître au public savante 



1. L'existence de speculdrî à côté de explôrâre ne doit pas étonner. 
Explôrâre verbe essentiellement perfectif avait à l'origine speculârT comme 
imperfectif, de même que inuentre et comperïre servaient de perfectifs à 
reperîve (chercher à trouver). Cf. experiri', got. faran, gr. rrstpa, etc. — 
Il faut encore citer comme décisif pour le sens militaire de explôrâre le 
passage suivant de Virgile (^En. XI, 511 suiv.). A la suite d^exploratores 
nom. rapporté plus haut, on lit aux vers 512-513 : 

equitum levia improhus arma 

praemisit, quaterent campos (Enée envoie de la 

cavalerie légère pour qu'elle batte la contrée.) 



L. DELARUELLE 

NOTES CRITIQUES 

SUR QUELQUES PASSAGES DAUTEURS LATINS 



NOTES CRITIQUES 

SUR QUELQUES PASSAGES d'aUTEURS LATINS 
Par L. Delaruelle. 

Plaute, Most., 543. 
Accedam atque adpellabo. Ei, quam limeo miser. 

L'ensemble dont ce vers fait partie est considéré, par cer- 
tains éditeurs, comme le siège d'une interpolation. Nous 
nous contenterons, ici, d'examiner le vers en lui-même, 
sans discuter la question de l'interpolation. Dans le texte 
qu'on a lu plus haut, Ei est déjà le résultat d'une correction ; 
les manuscrits donnent : Et. Cette correction, dont les édi- 
teurs se sont contentés, ne suffit pas, semble-t-il, à nous 
rendre le texte authentique. Il me paraît évident qu'il faut 
lire qiiom au lieu de quam. La locution employée ici se 
rencontre souvent dans la langue des comiques : plus sou- 
vent, il est vrai, sous la forme ei mihi quom (Cf. Men., 304, 
And., 622), mais cependant, dans les Capliiii (993), on 
rencontre Elieu, quom. C'est, autant dire, la même tour- 
nure : Ei quom, que nous proposons de reconnaître ici. 



Ibid., 675. 

... Pultadum foris, 
Atque euoca aliquem intus ad te, Tranio. 

Tel est le texte des manuscrits. Pour être complet, il man- 



110 L. DELARUELLE 

que au vers un demi-pied ; Ritschl l'a suppléé en ajoutant 
hue devant intus. Cette addition est tout à fait conforme à 
l'usage de Plante qui, dans de semblables phrases, précise 
toujours, par des pléonasmes, l'action qui est ordonnée. 
Mais cette addition n'explique pas encore la faute commise 
par les copistes. Pour en rendre compte, il suffit d'admettre 
que le manuscrit archétype présentait, au lieu de hue, la 
forme archaïque de l'adverbe, c'est-à-dire : hoe. On sait que 
cette forme se lit encore dans les manuscrits en certains 
endroits de Plante (p. e. Mère., 321) et qu'on la trouve 
encore dans Virgile {Aen., 8, 423). Dans le vers de la 
Mostellaria, c'est hoc qu'il faut, selon nous, restituer. 

Ibid., 1093. 
Quid si igitur ego accersam homines ? TR. Factum esse iam oportuit. 

Ce vers, dans les manuscrits, n'est précédé d'aucun sigle 
de personnage. Si l'on examine la suite du dialogue, il 
apparaît tout de suite que toute la phrase Quid... homines? 
est dite par Theopropides. Une première correction consiste 
à rétablir ce nom en tête de notre vers ; les éditeurs n'y ont 
pas manqué. En revanche il est moins aisé de trouver les 
conjectures qui i^endraient le vers correct. Depuis Camera- 
rius, on s'accorde à transposer esse et iam : cela suffit 
à remettre le second hémistiche sur ses pieds. Mais le pre- 
mier reste toujours boiteux, trop court d'un demi-pied, et 
dès lors on doit se demander s'il n'y a pas une connexité 
entre les fautes que les copistes ont pu laisser dans le pre- 
mier et le second hémistiche. Pour moi, je croirais volontiers 
que, dans le texte original, iam se trouvait placé après 
igitur. D'autre part, il serait assez naturel que le verbe 
aecersam fût précisé par un adverbe de lieu ; ici c'est hue, 
que l'on attend, comme dans Cap t., 950 : « Tyndarum hue 



QUELQUES PASSAGES D'AUTEURS t^ATINS 111 

arcessite ». En faisant cette double correction, on remette 
vers sur ses pieds, la coupe étant maintenant après 4 pieds 
et demi. On peut même, au lieu de hue, rétablir la forme 
hoc, archaïque, dont la chute s'explique mieux, devant 
homines. Le vrai texte serait celui-ci : 

< TH. > Quid si igitur iam ego accersam hoc homines ? tr. Factum esse 

oportuit. 

J'ai déjà expliqué pourquoi hoc, devant homines, pouvait 
facilement tomber. Quant à iam, ce mot, d'abord omis, 
aurait été récrit dans la marge, puis replacé dans le texte, 
mais hors de son rang. 

Térence, Hec., 845-847. 

Par. Maneo. Pam. Sic te dixe opinor, inuenisse Myrrinam 
Bacchidem anulum suom habere. Par. Factum. Pam. Eum quem olim ei 

dedi : 
Eaque hoc te mihi nuntiare iussit: itane est factum ? Par. Ita, inquam. 

Tel est, pour ces quatre vers, le texte d'Umpfenbach et de 
l'édition de Tauchnitz (donnée par Dziatsko) ; dixe est le 
résultat d'une correction due à Bentley : les manuscrits ont 
dixisse, qui donne un vers impossible à scander. Cette 
mauvaise leçon est la seule chose qui, dans ce passage, ait 
attiré l'attention des critiques. 

Et cependant on ne voit pas que les premiers vers pré- 
sentent un sens satisfaisant. « Myrrina, dirait Pamphile, a 
découvert que Bacchis avait sa bague. » Or c'est de la 
bague de Philumena qu'il est ici question : Pamphile, on 
s'en souvient, la lui avait arrachée en lui faisant violence et 
il l'avait ensuite donnée à sa maîtresse Bacchis. D'ailleurs, 
reportons-nous aux autres vers où il est question de cette 
reconnaissance par le moyen de la bague. Aux vers 811-812, 
quand Bacchis fait prévenir Pamphile par Parménon, 



112 L. DELARUELLE 

l'esclave demande : « N'aurai-je rien d'autre à dire? )), et 
Bacchis de répondre : 

Etiam : cognosse anulum illum Myrrinam 
Gnatae suae fuisse, quem ipsus olim mi dederat. 

De même, au vers 830, dans le monologue où elle 
raconte la scène de la reconnaissance {Eum représente 
anulum, exprimé dans le vers précédent) : 

Eum haec cognouit Myrrina in digito modo me habente. 

C'est Myrrina qui reconnaît la bague ; mais elle ne peut 
en parler comme d'une chose sienne; il s'agit de la bague 
de sa fille et il semble indispensable que l'idée de Philu- 
mena soit exprimée dans le vers 846. Je proposerais de 
lire : 

Bacchidem anulum suae habere gnatae, eum quem olim ei dedi :... 

On voit en quoi consiste l'essentiel de la correction : à 
remplacer Factum par gnatae, qui préciserait anulum. Il 
faut, du même coup, barrer dans ce vers les deux sigles de 
personnages et changer suom en suae : on a une phrase 
continue qui présente un sens satisfaisant. 

Mais comment s'explique cette faute, qui devait passer 
dans tous les manuscrits? Je suppose que, dans le vers 846, 
Factum (au lieu de gnatae) vient du vers 847 {itane est fac- 
tum?) : en copiant le 846, le scribe, distrait, aura pendant 
un instant laissé errer son regard sur le vers suivant. Une 
fois commise cette première faute, il fallait bien donner un 
sens à ce Factum. On le considéra comme une réplique de 
Parménon : d'où introduction de deux sigles de personnages, 
devant Factum et devant Eum. De plus suae n'avait 
plus de sens : on fit rapporter ce possessif à anulum^ en 
changeant la terminaison. 

Dira-t-on que nous n'avons pas le droit d'expulser Fac- 



QUELQUES PASSAGES D'AUTEURS LATINS H3 

tum de ce vers ? Cependant le mot, à cette place, ne laisse 
pas d'être suspect. Pamphile a commencé par poser à Par- 
ménon une série de questions très brèves et, chaque fois, 
Parménon y a répondu. Mais, à présent, le ton du dialogue 
a changé. Dans une longue phrase, Pamphile reprend, en 
précisant bien chaque circonstance, le récit que lui a fait 
Parménon, et celui-ci n'a aucune raison de couper la phrase 
de son maître avant le moment où une question nouvelle 
(itane est factumT) lui est expressément adressée. S'il 
interrompt avant Eum quem olim... (846) il doit interrom- 
pre aussi avant Eaqiie hoc te mihi... (847). Il semble donc 
qu'en lui-même Factiim soit suspect. Si on le supprime du 
vers 846, le comique vient du contraste entre la volubilité 
joyeuse de Pamphile et l'ébahissement de Parménon, qui 
n'a plus un mot à placer. 

Cicéron, Att., I, 14, 3. 

Proximus Pompeium sedebam. Intellexi hominem moueri, utrum Gras- 
sum inire eam gratiam, qiiam ipse praetermisisset, an esse tantas res nos- 
tras, quae tam libenti senatu laudarentur, ab eo praesertim, qui mihi 
laudem illam eo minus deberet, quod meis omnibus literis in Pompeiana 
laude perstrictus esset. 

Tel est le texte de C. F. W. Mueller (édit. Teubner, 1905). 
Je laisserai de côté, dans cette phrase, la difficulté que sou- 
lèvent ces deux infinitifs : utrum Crassum inire... an esse 
tantas res nostras ; renonçant à la résoudre, j'examinerai 
seulement le dernier membre de la phrase : « quod meis 
omnibus literis in Pompeiana laude perstrictus esset». Il ren- 
ferme deux difficultés, l'une sur meis omnibus literis, l'au- 
tre sur perstrictus esset, et dont chacune veut être considé- 
rée isolément. 

Il semble bien difficile, pour rneis omnibus litteris, de 
garder tel quel le texte des manuscrits. Watson, il est vrai, 

8 



114 L. DELARUELLE 

explique ainsi l'expression : « dans tous mes efforts littérai- 
res ». En admettant qu'il soit latin, ce serait là un tour bien 
inattendu et bien contourné : il ne s'agit pas ici de l'acti- 
vité littéraire de Gicéron, mais bien de son activité politi- 
que. Ce qu'on attendrait, c'est une mention de ses discours; 
au lieu de litteris, c'est orationibus qu'on voudrait lire. 

Ce mot orationibus, Tyrrell le rétablit dans son texte, 
d'après l'édition princeps de Rome, et il lit : quod meis 
orationibus, omnibus litteris... Avec cette leçon, litteris ne 
fait plus que renforcer orationibus et il faudrait traduire : 
« dans mes discours, à chaque lettre (!) de ces discours ». 
L'hyperbole est bien singulière ; si Gicéron en avait eu 
l'idée, il aurait, semble-t-il, entre oratiojiibus et litteris, 
glissé un second terme qui aurait ménagé la transition ; il 
aurait écrit, par exemple, quod meis orationibus, omnibus 
uerbis, omnibus litteris. Mais, au fait, est-il vraisemblable 
qu'il y ait eu ici un redoublement d'expression ? Nous ne 
le pensons pas : litteris, tout seul, ne se comprend pas ; ora- 
tionibus va très bien pour le sens ; mais, si on l'introduit 
dans le texte, il faut en expulser litteris. 

Pour moi, je croirais volontiers qu'il y avait, dans le texte 
primitif : quod in meis orationibus. Ges mots, écrits avec 
des abréviations, ne furent pas lus correctement : in fut 
sauté devant meis et le substantif orationibus fut pris pour 
l'adjectif omnibus. La phrase n'avait plus de sens et c'est 
pour lui en donner un qu'un copiste maladroit aurait ajouté 
litteris (au sens de epistulis). Ges hypothèses ne sembleront 
pas trop arbitraires si l'on étudie le caractère des fautes que 
présente le Mediceus : le manuscrit d'où dérive celui-ci 
contenait évidemment de nombreuses abréviations et il est 
souvent arrivé que le copiste n'ait pas su les résoudre. 

J'avoue qu'à la fin du membre de phrase le texte ne me 
semble pas mieux établi. On explique (voir le Choix de let- 



QUELQUES PASSAGES D'AUTEURS LATINS il5 

très, publié par Hild chez A. Colin, pp. 64-6o) : « parce que 
Grassus se sentait atteint par les éloges que Cicéron ne ces- 
sait de décerner à Pompée » . Mais ce n'est pas là ce que 
signifie la littéralité du texte latin ; ici le passif perstrictiis 
esset ne peut, selon moi, signifier qu'une chose : que Grassus 
avait été « attaqué », directement, par des mots blessants 
de Gicéron. Ge n'est pas attaquer une personne que faire 
l'éloge de son rival, et je ne pense pas qu'on puisse, mettre 
au compte de Cicéron pareille manière de s'exprimer. En 
somme, que veut-il dire? que ses continuels éloges de Pom- 
pée avaient porté ombrage à Grassus. C'est une idée sembla- 
ble à celle qu'il exprime dans le Brutus (323), quand il 
parle de sa rivalité avec Hortensius : consulatiisque meus . . . 
illum primo leuiter perstrinxerat. Ici, voici comment je 
lirais tout le membre de phrase : « quod in meis oratiomhxx^ 
eum pompeiana lau5 perstrmxisset » . 

Certaines de ces corrections ont déjà été expliquées ; pour 
les autres, voici ce qu'on peut dire. L'origine des corruptions 
qu'elles supposent aurait été une faute commise sur eum, 
écrit eu et lu in. Cette première faute aurait amené à corri- 
ger laus en laude. Dès lors, le sens de ce qui précédait 
devait suggérer au copiste la forme perstrictus esset au lieu 
de perstrinxisset. Peut-être les chances d'erreur se trou- 
vaient-elles encore augmentées par ce fait que dans les mots 
comme perstrictus, le manuscrit archétype figurait la finale 
-us au moyen d'une abréviation. 



G. DOTTIN 



ARGUTE LOQUI? ou AGRICULTURAM ? 

LES GAULOIS ORATEURS? OU AGRICULTEURS? 



ARGUTE LOQUl? ou AGRICULTURAM? 
LES GAULOIS ORATEURS? ou AGRICULTEURS? 

Par G. DoTTiN. 



Le grammairien latin Flavius Sosipater Charisius, qui 
composa vers le quatrième siècle une Ars grammatica en 
cinq livres, nous a conservé, à propos du superlatif 
industriosissime , un curieux fragment de Caton sur les 
occupations des Gaulois. 

]ndustriosissime M. Cato Originum II : pleraque Gallia 
duas res industriosissime persequitur : rem militarem et 
argute loqui ^ 

Cette phrase de Caton, appliquée par les historiens de nos 
origines nationales à l'ensemble de la race celtique, a eu un 
succès singulier. Il est depuis longtemps convenu que les 
Gaulois — nos ancêtres — avaient pour caractéristiques à la 
fois la valeur guerrière et l'habileté oratoire. En réalité, si 
l'on examine de près le texte transmis par Charisius, on se 
convainc bientôt qu'il n'a pas la portée qu'on lui a attribuée, 
et qu'il s'écarte sans doute, sur un point, du texte primitif 
des Origines. 

Caton voulait-il parler des Gaulois transalpins? C'est très 



1. Grammatici latini ex recensione H. Keilii, vol. I, p. 202, 1. 20-22. 
H. Peter, Veterum Historicorum romanorum reUiquiae, p. 61, 11° 34. 



i20 G. DOTTIN 

peu probable ; car la province de Gaule transalpine ne fut 
créée qu'en 121 avant J.-G. ; et le second livre des Origines 
aurait été publié, avec le premier et le troisième, vers l'an 
166 avant J.-G. ^ La seule Gaule que connaît Gaton est la 
Gaule cisalpine. Pline ^ nous a d'ailleurs conservé quelques 
fragments des Origines relatifs à divers peuples celtiques de 
la Gisalpine, les Cenomani, les Boii. On ne peut donc guère 
douter que la phrase de Gaton s'applique aux Gaulois d'Italie. 

Essayons maintenant d'en préciser le sens en la compa- 
rant aux textes analogues. 

La réputation de valeur guerrière que les Gaulois avaient 
dans l'Antiquité est incontestable^. Les peuplades gauloises 
rivalisaient de bravoure entre elles. Gésar nous apprend que 
les Belges étaient les plus braves des peuples de la Gaule, 
que les Helvètes l'emportaient en courage sur les autres 
Gaulois*. Les Bellovaques surpassaient en gloire militaire 
tous les Gaulois et les Belges^ L'assertion de Gaton est donc 
sur ce point confirmée par les historiens grecs et latins. 

Il n'en est pas tout à fait de même de l'habileté oratoire, 
sur laquelle les témoignages des anciens sont assez confus. 

Diodore de Sicile, qui, vraisemblablement, nous conserve 
l'opinion de Poseidônios, lequel avait voyagé dans la Gaule 
transalpine, nous dit que les Gaulois, dans les conversations, 
sont laconiques et s'expriment le plus souvent par allusions 
et sous-entendus ; ils emploient beaucoup l'hyperbole pour 
se vanter eux-mêmes et pour abaisser les autres ; ils sont 



i. Teuffel, Geschichte der rômischen Literatur, 3® éd., § 120, 2, 
p. 196. Cf. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. XII, 
p. 190-191. 

2. Histoire naturelle, III, 20, 116; 23, 130. 

3. Polybe, II, 14; 30; Tite Live, V, 44 ; Florus, II, 4 ; Elien, Histoire 
variée, XII, 23 ; Ammien Marcellin, XV, 12, 3. 

4. Guerre de Gaule, I, 1. 

5. Guerre de Gaule, VIII, 6, 2, 



LES GAULOIS ORATEURS ? OU AGRICULTEURS ? 12! 

menaçants, hautains, portés au tragique ; ils ont l'esprit 
pénétrant et ne manquent pas de disposition naturelle à 
s'instruire ^ 

Strabon leur attribue un esprit simple, pas méchant, que 
l'on peut persuader de s'adonner aux études pratiques 
comme la science et l'éloquence ; à la simplicité et à l'em- 
portement il faut ajouter souvent la sottise et la jac- 
tance^ 

Mêla leur accorde un talent de parole qui leur est pro- 
pret 

Tacite rapporte que les Romains d'Agricola disaient préfé- 
rer les dispositions naturelles des Bretons à l'instruction des 
Gaulois et avaient ainsi amené les habitants de la Grande- 
Bretagne, qui peu avant refusaient d'apprendre le latin, à 
désirer se former à l'éloquence *^. 

Enfin, outre ces érudits, deux poètes latins font allusion à 
la facilité de parole des Gaulois. Silius Italiens, à propos 
des Gaulois d'Annibal, mentionne la faiblesse de caractère 
et la vantardise de la race celtique % et Ju vénal dit que l'élo- 
quente Gaule a formé les avocats bretons*. 

Quelles que soient les contradictions et les obscurités de 



i. Karà Ssxà; ô[i.'.Xt'aç (Spa/uXo'YOïxai aîv.yjjLaTtai [xal xà ;ioXXà atvtxidfxevoi] 
auvexSo/^awç, TïoXXà 5a Xe'yovxs; ev 'JTcsp^oXaîç Itz' aùÇrjasi [i.£v aùxwv, [xetojos'. 
àz xwv àXXtov, ar£iXr]xac x£ xal âvaxaxixôi xal xsxpaycoSrjfxevot uTcàpyouat, zoùç, 
0£ oiavo^'at; 6Ç£Î; xai Tipoç (jLàOTja'.v oùx â-fusî;, Diodore, V, 31, 4. 

2. xô oà a'j(jL7cav où'Xov... âp£'.p.av[OV ia-!:>. xai 6u{xixov X£ xat "Ztxyy T:p6ç 
{xay r]v,àXXoj; X£ à;:Xouv xx\ où xaxor]9£i;... 7iapa:i£'.a6£yx£ç 81 £Ù{xapwç Ivôtôdaat 
r.poç xô y pT[(jt[xov, wtc£ xal TcatBsi'aç a;:xs(jGat xaî Xdywv. Géographie, IV, 4, 2. 
TwS' aTîXàJ xal Ôujjlixw :z6X'j x6 àvoqxo^ xal âXa^ovtxov Tipdae^jxt. Ibid., IV, 
4/5. 

3. Chorographie, III, 2. 

4. Jam vero principum fîlios liberalibus artibus erudire et ingénia Bri- 
tannorum studiis Gallorum anteferre, ut, qui modo linguam romanam 
abnuobant, eloquentiam concupiscerent. Agricola, 21. 

o. Ingenio fluxi... vaniloquum Celtae genus. Puniques, VIII, 16-17. 
6. Gallia causidicos docuit facunda Britannos. Satires, XV, 111. 



122 G. DOTTIN 

ces textes, il serait néanmoins possible à un historien ingé- 
nieux d'en tirer une confirmation du texte de Gaton, quoi- 
que les écrivains que nous venons de citer aient eu en vue, 
non pas les Gaulois de la Cisalpine, mais les Transalpins, 
et quoique les temps où ils ont écrit soient singulièrement 
divers et éloignés de Gaton. Malheureusement, nous avons, 
précisément sur la question qui nous intéresse, un témoi- 
gnage de premier ordre d'un contemporain de Gaton, 
Polybe, et ce témoignage est loin de concorder avec celui 
de Gaton. 

« Parce qu'ils [les Gisalpins] couchaient sur la paille et 
mangeaient de la viande et que de plus ils ne pratiquaient 
que Vart de la guerre et l'agriculture {Ixi oï [jir^Bàv o^kXo 
t:Xy;v xi xoXsjJiixà xal xi xarà -^etùp^ioci àaxetv), ils avaient un 
genre de vie simple sans qu'une autre science ou un autre 
art existât du tout chez eux (ojx * ïizr.Qxr^^.r^q xk^Ti^ ouïe Tr/vY;ç 

Polybe ayant composé les trente premiers livres de ses 
Histoires pendant son exil à Rome, de 166 à loO, la phrase 
de Polybe est à peine postérieure de quelques années à la 
phrase de Gaton dont les Origines (livres I-III) parurent en 
166. On ne peut donc admettre qu'entre la date des Origines 
et celle des Histoires, les occupations et le caractère des 
Gisalpins eussent changé au point que, de beaux parleurs, 
ils fussent devenus agriculteurs. 11 serait excessif, d'autre 
part, d'exiger que Polybe ait vu les Gisalpins du même 
point de vue que Gaton, et il est possible, quoique peu vrai- 
semblable, que l'historien Polybe ait remarqué leurs talents 
d'agriculteurs et que Gaton, qui a composé un traité d'ex- 
ploitation agricole, ait été surtout frappé par leur habileté 
d'orateurs. Il reste toutefois que deux écrivains contempo- 

1. Polybe, Histoires, II, 17. 



LES GAULOIS ORATEURS ? OU AGRICULTEURS ? 123 

rains, voulant désigner les Cisalpins par deux caractéristi- 
ques importantes, se sont trouvés d'accord lorsqu'il s'est agi 
de la première et sont en contradiction sur la seconde. Cela 
peut suffire pour que nous mettions en doute la seconde par- 
tie de l'un ou de l'autre des deux textes. 

Tandis qu'il n'est question de l'éloquence des Cisalpins 
que dans le fragment de Caton, Polybe s'étend longuement 
sur la fertilité de la vallée du Pô et le développement de 
l'agriculture en Cisalpine : « Les expressions manquent, » 
écrit-il, « pour dire la fertilité de ce pays. L'abondance du blé 
y est telle que l'on a vu plus d'une fois le médimne sicilien 
de froment ne valoir que quatre oboles, celui d'orge, deux, 
et le métrète de vin ne pas coûter plus qu'une mesure 
d'orge. Le millet et le panic y poussent à foison ; les chênes 
fournissent tant de glands que la plupart des porcs consom- 
més en Italie ont été nourris en Cisalpine. Les voyageurs 
qui s'arrêtent dans les auberges ne conviennent pas du prix 
de chaque objet séparément, mais ils demandent combien 
on prend par tête et le plus souvent l'hôte s'engage à fournir 
tout ce qui est nécessaire pour un quart d'obole et le prix 
est rarement dépassé » ^ De plus, il est probable que Caton, 
dans le livre II des Origines, parlait en quelque endroit des 
productions de la Cisalpine ; nous avons, en tout cas, grâce 
à Varron, un fragment des Origines sur les quartiers de porc 
salé provenant de Gaule ^. On ne pourrait opposer à ces 
témoignages précis que la vague assertion de Cicéron 
d'après laquelle les Gaulois trouveraient honteux de pro- 
duire du blé par le travail de leurs mains et c'est pourquoi 



i. Histoires, II, 14. Cf. Strabon, V, 4, 42. 

2. De magnitudine Gallicarum succidiarum Cato scribit his verbis : In 
Italia in scrobes terna atque quaterna milia aulia succidiavere. Sus usque 
adeo pinguitudine crescere solet ut se ipsa stans sustinere non possit ne- 
que progredi usquam. Varron, De Vagriculture, II, 4, il. 



124 G. DOTTIN 

ils vont en armes moissonner les champs des autres*. Stra- 
bon s'en est visiblement inspiré lorsqu'il nous représente 
les Celtes comme étant plutôt des guerriers que des agricul- 
teurs ; « ils sont », dit-il, « forcés de cultiver la terre main- 
tenant qu'ils ont déposé les armes » ^. Gicéron qui écrivait 
cette phrase en 54-53, à l'époque de la campagne de César 
contre les Éburons, entend désigner sans doute plutôt les 
Transalpins que les Cisalpins par le nom général de Galli. 
En tout cas, le texte de Cicéron ne peut infirmer celui de 
Polybe. 

Comme on ne peut mettre en doute les textes de Polybe 
sur la fertilité de la Cisalpine, d'où il résulte que l'agricul- 
ture était une des deux occupations principales des Cisal- 
pins, la seconde étant la guerre, s'il faut corriger soit le là 
xaii YswpYtav de Polybe, soit le argute loqui de Caton, le 
bon sens nous conduit à suspecter plutôt le texte de Caton 
que celui de Polybe. Il nous faut donc décider si le texte de 
Caton a pu être altéré. 

Ce texte ne nous est parvenu que dans un manuscrit du 
commencement du vm* siècle ou de la fin du vii% conservé à 
la Biblioteca Borbonica de Naples (IV A. 8) et provenant de 
Bobbio. Ce manuscrit est en mauvais état et plein d'abrévia- 
tions. Les trois autres manuscrits de Charisius (Yindobonen- 
sis 16, Parisinus 7560, Parisinus 7 530), incomplets, ne ren- 
ferment pas le passage qui nous intéresse^. Le manuscrit de 
Naples, ainsi que les deux copies qui en ont été faites au 
xvi^ siècle et qui sont conservées à la même bibliothèque, ne 
contient, si l'on s'en rapporte à l'apparat critique de Keil, 



i. Galli turpe esse ducunt frumentum manu quaerere, itaque armati 
aliènes agros demetunt. République, III, 9, 15. 

2. ol ô'àvBpsç [xayrjTat {xàXXov^ yzwpyoi- vuv Ô' âvayxài^ovTai YcCopyeTv, xax«- 
Ge'fxEvoi Ta oTîXa. Géographie, IV, i, 2. 

3. Cf. Keil, Grammatici latini, t. I, préface. 



LES GAULOIS ORATEURS ? OU AGRICULTEURS ? 12S 

aucune particularité pour les mots argute loqui\ Cette 
leçon n'est donc garantie que par un seul manuscrit posté- 
rieur à Gaton de plus de huit siècles. 

On peut se demander si la leçon argute loqui est correcte 
et conforme aux habitudes des anciens Latins. La phrase de 
Caton, telle qu'elle nous est donnée par Charisius, présente 
la construction singulière d'un infinitif complément direct 
coordonné à un nom et traité comme un substantif. Une 
telle construction est très rare, sinon unique, en latin. La 
lecture attentive que j'ai faite tant du De re rustica que des 
fragments de Caton ne m'a point fourni d'exemple analo- 
gue. Parmi les exemples que les grammairiens^ rapprochent 
de ce texte de Caton, il n'y en a point qui lui soient exacte- 
ment comparables. L'exemple de Plante, Poeniihis, I, 2, 
100 (103) répartit un substantif représenté par un pronom 
et un infinitif entre deux personnages 
— Ego amo hanc 

— At ego esse et bibere. 
C'est chez Virgile, Enéide^ VI, 620, que l'on trouve la 
construction le mieux comparable à celle de Caton ^ : 

Discite justitiam moniti et non temnere divos. 

Mais ce qui différencie essentiellement encore le texte de 
Caton, c'est que le substantif et l'infinitif y sont introduits 



i. C'est ce qu'a confirmé par une lettre M. E. Martini, préfet de la 
Bibliothèque de Naples, à qui M. H. Teulié, bibliothécaire de l'Université 
de Rennes, avait bien voulu demander si argute loqui présentait sur le 
manuscrit quelque particularité. 

2. Holtze, Syntaxis priscorum scriptorum latinorum usque ad Teren- 
tium, t. II, p. 25 ; Kûhner, Ausfûhrliche Grammatik cler lateinischen 
Sprachc, t. II, p. 490 ; Dràger, Historische Syntax der lateinischen 
Sprache, t. I, p. 334. 

3. Cf. Horace, Odes, I, 1, 20 : nec.pocula... nec.demere... spernit; 
II, 16, 37: spiritum... dédit... et spernere j III, 14, 45: nec tumultum, 
nec mori... metuam. 



126 G. DOTTIN 

par duas res ; or duas res ne peut guère annoncer que deux 
substantifs ; et on ne trouve point ailleurs di/as res ainsi 
construit. 

D'autre part, les philologues anciens et modernes s'accor- 
dent à regarder l'emploi de l'infinitif latin pris substantive- 
ment, comme un emprunt à la syntaxe grecque K Or Gaton 
n'est pas précisément un des auteurs latins dont le style 
serait le plus pénétré d'hellénisme. On sait que Caton fut un 
adversaire résolu de la culture grecque et on ne peut guère 
révoquer en doute les nombreux témoignages d'après les- 
quels il était déjà vieux quand il apprit le grec pour la pre- 
mière fois-. 

Pour la même raison, il est difficile d'admettre, avec 
M. d'Arbois de Jubainville^, que la phrase de Caton n'est 
qu'une adaptation latine du vers bien connu de V Odys- 
sée, K, 272 : 

Oioç èxEivoç Iy;v xsXÉaat spycv te è'xs; ts. 

On peut donc conclure que, du point de vue grammatical, 
argute loqui est une leçon très contestable. 

Il resterait à démontrer que argute loqui, mauvaise leçon 
contredite parPolybe, conservée par un seul manuscrit, peu 
conforme à la syntaxe latine, peut être la corruption 
paléographique d'une bonne leçon perdue. Cette bonne 
leçon doit être constituée par un substantif accompagné ou 
non d'une détermination. 



4. Servius, chez Keil, Grammatici latini, t. IV, p. 441 ; Sergius, ibid., 
p. 502. Wœlfflin, Archiv fur lateinische Lexikographie uncl Grammatik, 
t. III (4886), p. 74. Brenous, Étude sur les héllénismes dans la syntaxe 
latine, p. 341-345. 

*2. Gicéron, De senectute, I, 8 ; Académiques, II, 2 ; Cornélius Nepos, 
Caton, 3 ; Quintilien, XII, 44 ; cf. Plutarque, Caton, 42. C'est pourtant 
ce qu'essaie de faire Berger, dans son Histoire de Véloquence latine, t. II, 
p. 45-46. 

3. Cours de littérature celtique, t. VI, p. 393-394. 



LES GAULOIS ORATEURS ? OU AGRICULTEURS ? 127 

Le texte de Polybe suggère tout d'abord agricxdturam. 
On peut remarquer que, si Ton suppose que m était repré- 
senté par l'abréviation ordinaire, les deux leçons argute 
loqin et agriculturà contiennent le même nombre de lettres : 

agriculturâ 
argute loqui* 

De plus, les lettres qui entrent dans la composition des 
deux mots sont les mêmes, à l'exception de trois : e, o, q 
dans argute loqui, a, c, r dans agriculturà. Puis, le groupe 
de lettres initial arg est, avec interversion, identique à agr. 
Enfin la place de / est la même dans les deux mots. 

Quelle était l'écriture du manuscrit dans lequel un scribe 
mal avisé aurait lu argute loqui au lieu de agriculturâ ? Ce 
n'est certainement pas un manuscrit en capitales : 

AGRIGVLTVRÂ 
ARGVTELOQVI 

Le manuscrit de Charisius est en écriture anglo-saxonne. 
Dans cette écriture VI est la lettre la plus caractéristique, 
parce que seule elle dépasse le niveau supérieur des autres 
lettres. La correspondance singulière de / dans les deux 
mots argute loqui et agriculturam pourrait amener à penser 
que la faute aurait été commise sur un manuscrit anglo- 
saxon ou irlandais. La provenance de Bobbio, où il y avait 
des scribes irlandais % n'est pas pour contredire cette hypo- 
thèse. Mais l'écriture irlandaise, si, à la rigueur, elle peut 
rendre compte d'une confusion de ra avec qui (la barre ver- 
ticale de Vr aurait été prise pour celle du q et la seconde 
partie de Vr aurait été confondue avec Va suivant) ne saurait 
expliquer d'une façon satisfaisante, il faut en convenir, la 

4. Cf. Zimmer, Ueber die Bedeutung des irischen Eléments fur die 
mittèlàlterliche Cultur {Preussische Jahrbucher, t. LIX, p. 27-39). 



128 G. DOTTIN 

substitution de argute loqui à agriciilturam. Est-ce une 
aberration de copiste ou une correction fautive due à quel- 
que demi-savant qui se rappelait et les textes de Gicéron sur 
l'inaptitude des Gaulois à l'agriculture et le texte de Juvénal 
sur l'éloquence gauloise, mais qui ignorait le texte de 
Polybe? 

En résumé, quelques difficultés de détail que présente la 
discussion paléographique, nous n'en avons pas moins, sem- 
ble-t-il, un certain nombre de raisons, et de divers ordres, 
pour tenir comme suspecte la leçon argute loqui. Et si 
notre conjecture n'était pas trop hardie, Gaton et Polybe 
seraient d'accord pour reconnaître aux Gaulois de la Gisal- 
pine deux sortes d'occupations, la guerre et l'agriculture, et 
les Geltes de la vallée du Pô n'auraient aucun droit à l'ha- 
bile faconde que, sur la foi d'une leçon douteuse de Ghari- 
sius, nous leur attribuons depuis plusieurs siècles. 



A. ERNOUT 



DE L'EMPLOI DU PASSIF 
DANS LA MULOMEDICINA CHIRONIS 



DE L'EMPLOI DU PASSIF 
DANS LA MULOMEDIGINA CHIRONIS 

Par A. Ernout. 



C'est un grand service que M. Oder a rendu aux latinis- 
tes qu'intéresse l'histoire du développement des langues 
romanes, en éditant le recueil de prescriptions vétérinaires 
intitulé Mulomedicina ChironisK Outre qu'il peut être daté 
avec assez de précision et situé aux environs de l'an 400 
après J.-G. (voir Oder, préf. XIII), il est écrit par un 
homme peu lettré, mal informé des règles de la grammaire 
classique, dont le style offre une image assez exacte de la 
langue vulgaire de son époque : 

« Chiron vero et Aspyrtus diligentius cuncta rimati elo- 
quentiae inopia ac sermonis ipsius vilitate sordescunt » , dit 
Végèce (praef. § 1) qui d'ailleurs l'a pillé impudemment. Mais 
en dépit du grand intérêt linguistique du livre, il n'a sus- 
cité que peu de travaux : on ne peut guère citer que les 
index excellents que M. Oder a joints à son édition, et deux 
articles peu importants de MM. Lommatzch et Heraeus dans 
VArchiv de Wôlfflin XII, 401 et suiv. ; XIV, 119 et suiv. 

On s'est proposé ici d'étudier dans ce texte l'usage syn- 



1. Claudii Hermeri Mulomedicina Chironis edidit Eugenius Oder, Leip- 
zig, Teubner, XXXVII, 467 pp. 



132 A. ERNOUT 

taxique du passif. Le style et la langue de la Mulomedicina 
étant remarquablement monotones, comme on peut s'y atten- 
dre dans un livre composé uniquement de diagnostics et de 
formules, il n'a pas été nécessaire de porter l'enquête sur 
tout l'ouvrage ; seules les formes du livre III (p. 36-89) ont 
été examinées. Mais une lecture attentive des autres chapi- 
tres n'a apporté aucun résultat nouveau ou discordant : 
si l'on poussait plus loin l'étude, le nombre des exem- 
ples serait modifié : les conclusions générales subsisteraient 
toutes. 

Formes passives de l'infectum. 

Indicatif présent. — Seules sont attestées les 3*^ per- 
sonnes du singulier et du pluriel. Dans la plupart des cas, 
l'indicatif présent passif s'emploie pour exprimer un fait 
d'une manière générale et indéterminée, sans qu'il s'y joigne 
aucune idée temporelle d'actualité opposée au futur ou au 
passé. Le sens est, exactement semblable à celui du françaii 
on : 

cura autem paene omnium similis adhibetur 262 ; quod* 
emorigia appellatur 142 ; huiusmorbi, qui appellatur maleos 
162 : cf. 142, 164, 165, 179, 204, 211, 247, 209 (2 fois); 
catulum lactantem vivum... conditur eodem modo 199 ; om- 
nis esca... difficiliter coquitur 116;quod vitium difficiliter 
curatur 228 ; curatur autem hoc modo : solve illius iugulares 
venas291 (noter la valeur égale de curatur et de sohe que 
pourraient très bien remplacer solvuntur « on lui ouvre » 
ou solvantur « qu'on lui ouvre ») ; curantur autem sic, san- 
guinis detractione 293; titymallum radicem... datur mor- 
bidis 201 ; deinde datur ei fenum et tertia die infunditur 
anacallidis tritae 293 ; cura et potiones singulis capitulis suis 
inf erius demonstrantur 262; sic tamen detrahitur et abstineto, 



LE PASSIF DANS LA MULOMEDICINA 133 

proiit corpus habuerit 144; hoc est maleos, quod dicitur, 
subcutem 125 (2 exemples semblables); quae passio coactio 
dicitur 149; quae passio doloris enfragma dicitur, quae la- 
tine obturationem vocatur 210 ; qui morbus graece cephalo- 
ponia dicitur 266 ; donec hic humor coagulatus, colare 
dissolvitur stercoris redundationem, intestina maiora laxa- 
verit 212 ; quod si educitur in ambulandum 115 ; quotiens 
ei sanguis emittitur 247 ; fumigatur farina infusa in vinum 
aut galbanum, et infunditur intra cucumeris agrestis reliqua 
pars tusarum ; miscentur galbani, nitri obolum, deinde sol- 
vituraqua, exsextario infunditur per quatriduum tantumdem 
cottidie, aut stercore sicco humano, quod commiscetur post 
sanguinis detractionem 282-283 ; intelligitur ergo et curabi- 
tur sic 133; intelligitur hoc modo 134; unde intelligitur 
sanguinis corruptio esse 180 (la construction de la phrase 
prouve que l'emploi de l'impersonnel passif a cessé d'être 
vivant, et qu'il n'est plus maintenu que par la tradition sco- 
laire) ; si quod iumentum sincopaverit, sic intelligitur 239 ; 
intelligitur autem passio ex eo, quod 290 ; cuius et tergus du- 
rum etcontractum invenitur 170, cf. 171, 183, 184 (2 fois) 
192 ; diflficilis ratio intelligendi aput prudentes veterinarios 
invenitur 182 ; vel nunc tardius aliqua liberatur 207 ; in 
quibus praecipitur suifumigari ea iumenta 167 ; maisideoque 
praecipitur fumigare 193, cf. 181 ; quae et ipsa plures coin- 
quinat et tardius sanatur 172 ; morbus verissime vocatur 
maleos 164; unde haec valitudo ilion vocatur 215 (mais 
unde et contagium ab eo dictum est 165). 

Ailleurs le présent passif a la valeur médio-passive du 
moyen grec, et se traduit en français par le verbe accompa- 
gné du réfléchi. Dans la plupart des cas, il est assez délicat 
de saisir la nuance de sens qui distingue ce présent de la 
forme périphrastique composée du participe en -to- joint à 
siim, et de fait l'auteur de la Mulomedicina emploie indiffé- 



13i A. ERNOUT 

remment les deux types, usant même du présent là où le 
perfectum est attendu. 

propter quod comprehenditur caput similiter et pulmo, 
ubi primum morbus se abscondit 174 ; hic autem strophus 
concipitur... quibus ex coactione sudor totius corporis, sicut 
fieri solet, humorem excludatur (?) foris extra eûtes 220 ; 
(excludatur est incompréhensible) ;... auriculas demissas 
habuerit, et in ambulationem conquassatur, toto corpore 
feritur 273 ; spasmus nervorum in corde constringitur 260 ; 
ab hoc quia totum caput febri continetur 120 ; cum enim 
sanguis evagatur... et corrumpitur 180 ; et cum procubuit... 
dilatatur 1 18 ; qui febricitant, sic cognosces: quorum caputdu- 
citur usque ad terram 247, cf. 162 (on attendrait iciductum 

est « dont la tête est penchée vers la terre ») ; contigit ut 

iumentum evirietur 163 (sens moyen « perdre ses forces »); 
ex qua ratione omnis spurcitia humoris relaxata excluditur 
217 ; quod cum magis in eis ventus maior nutritur 215, cf. 
222; ex qua similitudine... praecluditur stercoris vadum 
211 ; tabescit a renibus, id est ab articulis lumborum, unde 
regitur 176 ; ex qua praeclusione tenditur ipse colus 212. 

Troisième personne du pluriel. — Mêmes emplois qu'au 
singulier : 

I. — hi autem, qui hoc vitium doloris patiuntur, strophus 
(= strophosi) appellantur 219 ; si quando appellantur 225 ; 
non enim similiter iumentaatque homines... curantur 153; 
curationes inferius demonstrantur 151 (cf. sunt autem haec 
potiones infra scriptae 190, l'infectum et le perfectum sont 
employés indistinctement avec des valeurs égales) ; vix qui- 
dem evelluntur, et ipsa hora tibi in manu similiter (= si- 
mul) cohaerentur 236 (evelluntur a entraîné la formation 
barbare cohaerentur) ; prima enim doloris vitia ex praesenti 
nata inveniuntur 206, cf. multae valitudines nasci manifeste 



LE PASSIF DANS LA MULOMEDICINA 135 

inveniuntur 191 ; humores in ano inveniuntur 225 ; raren- 
ter ex his duabus passionibus iumenta liberantur 211, cf. 
172, 216, 259 ; si per plures dies potionentur 227 ; accepta 
sanantur 278 ; ures ei temporales venas... sicut sidoratici 
uruntur 296. 

II. — tempora eius colligantur (= collecta sunt) et maie 
escatur 270 ; nervi totius corporis constringuntur 148 ; quo- 
tiens enim venae caldae locis suis continentur 161 ; et in 
impetu eius convertentur 139 ; separata per totum organum 
interius distribuuntur 208 ; de his venis, quae in extremo 
aurium finiuntur 141 ; in his stercora conspissata formantur 
in rotunditatem 213 ; quod ad medullas eorum, qui maleos 
prenduntur, nihil ex cibo pervenit (prenduntur = prensi 
sunt) 174; huic membrana tenduntur 275 (ici tenduntur 
équivaut à tensa sunt) ; haec enim valitudines accepte vino 
in peiora vertuntur 278. 

Futur. — Les formes de futur sont les suivantes et n'ap- 
pellent pas de remarques. 

curabitur sic 271 ; necesse erit sanguis detrahetur de his 
venis 120 (futur employé pour le subjonctif); liberabitur 
periculo, de quo difficiliter liberari soient 235 ; si contige- 
rit ei post curationem ut aliqua pars cerebri minuabitur (au 
lieu de minuta sit ou fuerit) vel plus intumuerit 260 ; san- 
guis mittetur eis de temporibus 271 . 

Emploi médio-passif : torquebitur, gemet et tendit se 
228. 

3^ p. pi : qui cognoscentur sic 226. 

Impersonnel : observabitur, non prius in agro prodeant 
194. 

Subjonctifs. — Ficus duplices IX decoquantur, 157; 
valde facit, si ex eadem radice minutim concisa in cibaria 



136 A. ERNOUT 

eis admiscatur, et si nitrum contusum... in cibaria miscea- 
tur 202 ; et hic si non velocius separetur longinqua regione 
165; quamvis difficiliter puUamina ex ea causa liberentur 
196 ; quousque morbi vincantur 199. 

Oleo calido totum perfrigare, ita ut in corpore digeratur 
241 ; et ne intercludatur (= intercluso spiritu pereat) eicies 
eum 251 ; et infundes per os, ut venter ei solvatur 285. 

On trouve l'impersonnel employé trois fois dans une mê- 
me formule « cui tamen si celerius succurratur, 216, 232; 
et 222 cui sic celeriter succurratur. Mais l'auteur se sert d'ail- 
leurs de formes d'actif, cui si tardius aliqui succurrat, dif- 
ficiliter liberantur 216; et sic eis succurres et percuras 226. 
Dans une même phrase on trouve deux formes d'impératif 
actif en -/o, puis une 3® pers. d'indicatif présent passif qui 
tient lieu soit d'un subjonctif, soit d'un impératif passif: 
cooperito caput illius de vestimentis, vel quadrupedem deli- 
gato, et opertoriis operitur bene ut sudet 288 ; (operitur =i 
openatm\ operitor avec la même valeur que cooperito et 
deligato^. 

Il n'y a pas d'exemple d'indicatif imparfait ; on en trouve 
un seul d'imparfait du subjonctif « nomen huic morbo impo- 
suerunt, ut quo facilius et ab aliis hic morbusintelligeretur, 
et aggregare (?) secerneretur 166. 



Formes >omi>ales du passif. 

Infinitif. — L'infinitif passif sert uniquement de complé- 
ment aux verbes auxiliaires marquant la possibilité (possé), 
la nécessité {oportere ,necesse e55e!,^eô^r^),l 'habitude (50/^r^), 
employés avec une valeur personnelle ou impersonnelle. 
L'infinitif avec contingit qui est une rareté dans la prose 
classique est devenu tout à fait courant, tandis que la 



LE PASSIF DANS LA MVLOMEDICINA 137 

construction avec ut suivi d'un verbe au subjonctif 
n'est plus connue. 

quo modo etquibuseis subveniri possit 187 (impersonnel), 
-}- subveniri possit 153 (id.); ut possit a corporibus eorum 
illa coinquinatio morbi...in sanguine abstrahi 168; sanguine 
emittere etiam de capite debes, quibus facile potest auferri 
iusta emissionne 133 ; ut caligo eius auferri possit 281 ; qui 
non solum curari non potuit 166; plerique... sani fîeri 
possunt 281, cf. 20o, 206; ut... ceterorum corpora ab hoc 
morbo liberari possint 198 ; qui putant... remediis dolorem 
ventris posse sanari 205. 

claudicanti etiam de pede sanguinem auferri oportet et 
venas adaperire 142 (auferri mais adaperire) ; huic sanguis 
non oportebit detrahi 161 (contamination de deux construc- 
tions : huic sanguis non detrahendus est ou huic sanguis non 
débet detrahi 247 et huic sanguinem non oportebit 
detrahi) ; quibus tamen subveniri oportet... sanguinis 
detractione 178; quos sic curari oportet 180 (mais, dans le 
même paragraphe, huic sanguinem detrahere oportet); san- 
guinis detractionem fieri oportet 187 ;... fomentis quoque 
calidis renibus pro multidine adhiberi oportet, deinde exter- 
gere eum diligenter 216 ; quascunque valitudines atera- 
peutae sunt et croniae cura sua curari oportet. eas ciclo 
curari oportet 249. Quibus necesse erit de coronis sangui- 
nem detrahi 248 (8 exemples) ; quod vitium hac ratione 
débet curari H7; unde fieri debeat sanguinis detractio. 
...morbidis detractio débet fieri 245; eorum autem débet 
superior vena aut duo... sanguinis laxari 246; his ergo... 
débet sanguis detrahi 247 (5 exemples) ; quod si coeperint 
ipsa membrana cerebri gravari ex eadem corruptione san- 
guinis 257. et hoc circa boves fieri solet 278 ; soient alii 
... in farcimen converti 145 ; morbidi liberari soient 200 ; 
saepissime refrigerari soient 219, 221 ; eius labra soient 



t 



138 A. ERNOUT 

acrovaricia fieri 294 ; soient religari et stercore obrui, ut 
insudent et obdormiant296. 

ex qua re contigit eviriari 180 ; contingit enim eos evi- 
riari 181 ; quibus contingit et in ventre tumorem fieri 184; 
sic contingit vitae periclum eis fieri 119 ; saepissime contingit 
eos liberari 180 

En dehors de ces cas, il n'y a qu'une proposition infini- 
tive au passif : quare iubemus eos in agrum proici 188. 
Reverti qu'on lit 282 « fervor facit membrana capitis alienata 
ad sanam mentem... reverti » n'est pas autre chose qu'un 
moyen. 

Le participe en -nous, -nda, -ndum marquant l'obligation 
est employé concurremment avec oportere, dehere, necesse 
esse, et avec le futur ou l'infinitif actif tenant lieu d'impéra- 
tif, l'emploi des auxiliaires ou du futur étant d'ailleurs 
beaucoup plus fréquent que celui du participe : 

ad unamquamque rem simul quaestione vel lectione 
veniendum est 153; neque hoc utique credendum est posse 
fieri 205 ; eas (valitudines) ciclo curari oportet. cui autem 
ciclus curae adhibendus erit, sic curabis 249 « Il faut les soi- 
gner par le changement périodique de remèdes (cyclus gr. 
xijxXoç). L'animal à qui il faudra appliquer ce traitement, 
tu le soigneras ainsi » . oportet — adhibendus erit — cura- 
bis ont des valeurs égales, huic sanguinem detrahere non 
oportet in novissimo, sed in initio deplendus erit 180. « Il 
ne faut pas faire de saignée à la fin du traitement, mais 
c'est au début qu'il faudra le saigner » (oportet — deplen- 
dus erit) ; emissiones sanguinis non sunt faciendae 130 cf. 
huic sanguinem detrahere non oportet 180 ; et 245unde fieri 
debeat sanguinis detractio. morbidis sive valitudinariis san- 
guinis detractio débet fieri, ex quibus morborum vitia evin- 
çenda sunt ; coactionis enim ratio et cura demonstranda est 



LE PASSIF DANS LA MULOMEDICINA 139 

ISl ; humorem ergo per naribus profluentem intelligere 
oportet cuique iumento propter imminentes coactionem 
(coactionum) valitudines intelligendas et curandas profluere 
loi. « Il faut donc étudier l'humeur qui s'écoule par les 
narines de chaque animal, pour comprendre les maladies 
résultant de la coactio et pour soigner cet écoulement » ; 
ex qua re sollicite intelligendus est (se. morbus) 165 « C'est 
pourquoi il est nécessaire de bien se rendre compte de la 
maladie » ; et eorum tamen cadavera obruenda sunt 194; 
haec potio praeparanda erit 196; vitii ratio... cum signis 
intelligendi reddenda est 219 ; ex quibus morborum vitia 
evincenda sunt 245. 

calidis quoque locis ad continendam curationem gurabis 
eum 117 ; propter ceterorum magis corpora salvanda 167 ; 
propter effugandum taetrum odorem 167; ita ut vires 
ampliandi huius morbi minuuntur 194; pro motum ali- 
cuius humoris interius excludendum 214 ; deinde et calda 
ad curandum eum fomentabis 268. 

Au lieu du pcp. en -ndus on a le gérondif 230 ad sanandum 
omnem passionem doloris a ventre quae nascitur ; 290 .., 
exilit ad mordendum homines 290. 

Mais la plupart du temps l'idée de nécessité s'exprime par 
oporterey debere suivi de l'infmitif actif ou passif. Les 
formes d'infinitif passif ayant été étudiées, il suffit de citer 
ici : 

abstinere oportet ab omni esca 117 ; claudicanti... sangui- 
nem auferri oportet et venas adaperire 142 ; alias quoque 
passiones... ex quibus causis eveniant scire oportet 150 ; 
signa et curationes scire oportet 152 ; urere oportebit eum 
153; banc doctrinam intelligere oportet 154 ; hanc doctrinam 
s. s. diligenter tenere oportet 156 ; et hoc quidem docere 
oportet de iumento lasso 171 ; oportebit... genua... oleo ad- 
fricare et manibus percatapsare totum iumentum et non 



140 A. ERNOUT 

duro loco statuere 161 ; huic sanguinem non oportet detra- 
here 180 ; quas collectiones... erumpere oportet 181 ; quos 
oportet sub divo in agro mittere 181 ; eosque oportet et 
fumigare rébus austeris 190; alii dixerunt... ex eos potio- 
nare morbidos oportere 200; potionare oportet 201 ; potio- 
nem dare oportet 201 ; hoc potionare oportet 205; oporte- 
deinde extergere eum... et perungere... in auriculas ex hoc 
oleo calido suflFundere oportet 216; saciliones... imponere 
oportet 218; sic istis vitiis in ventre s. s. subvenire oportet 
238 ; tergus perfricare oportet 238 ; sic eum curare oportet 
241 ; valitudines quas cicio curare oportet 255 ; scire opor- 
tet... ut 256 ; sed oportet flebotomare eumdesuboculis 269. 
(24 exemples) 

item inambulationibus levibus uti debebit 117 ; hoc quo- 
que non debes : eorum qui a labore signa adferunt, eis san- 
guinem mittere 120; sanguine emittere etiam de capite 
debes 133 ; curare autem debemus emissione sanguinis 137 ; 
debes autem os aperire cotidie 140; rationem huius morbi, 
unde nascitur, inquirere debemus 191 ; quas expurgare de 
longaone eas debebis 237 ; praeterea quam solam observare 
debemus 245 ; dare debebis furfurem et paleam 250 ; fenum 
adponere et furfure et paleas debes 269. (10 exemples) 

adaperire etiam... venas necesse est 142 ; quibus necesse 
erit de coronis sanguinem detrahere 163; quare necesse 
habebimus nihil intermittere 182; vel itinere laborantem 
calore totius corporis necesse est velocius refrigescat 220 
(au lieu de refrigescere). (4 exemples) 

Si l'on compte en outre les futurs et les infinitifs exprimant 
un ordre ou une obligation, on voit mieux encore à quelle 
existence précaire est réduit le participe futur d'obligation. 
Remplacé par des formes périphrastiques qui se dévelop- 
pent de plus en plus, ou suppléé par des temps de l'actif, il 
ne se maintient que par l'enseignement des grammairiens, 



LE PASSIF DANS LA MULOMEDICINA 441 

et a cessé de faire partie de la langue vivante. Ici encore 
apparaissent les tendances nouvelles qui transforment 
insensiblement le latin, et font prévoir les langues romanes. 

Participe en -to-. — Une étude de l'emploi du participe 
en -to- devrait figurer ici. Mais les emplois les plus intéres- 
sants du participe seront signalés à propos des temps du per- 
fectum, ou de l'emploi des auxiliaires. Il suffit d'indiquer 
que le participe a conservé la plupart des fonctions qu'il 
remplit à l'époque classique, mais qu'il tend à n'être plus 
qu'un simple adjectif. Un seul exemple illustrera cette thèse : 
fixus immobilis tristis stat deiecto capite labiis demissis, 
oculis adopertis vel tensis auribus immobilibus 146. 



Emploi des formes du perfectum. 

Dans la langue archaïque, les formes de perfectum dépo- 
nent ou médio-passif avec fuero, fuerim sont employées 
pour projeter dans le passé le résultat d'une action accom- 
plie. M. Blase Histor. Gramm., III, p. 208 cite l'exemple 
suivant pris dans le Phormion v. 970 sqq. Ain tu? ubi 
quae lubitum fuerit, peregre feceris Neque huius sis ueritus 
feminae primariae Quin nouo modo ei faceres contumeliam 
Venias nunc precibus lautum peccatum tuom? « Tu dis ? Tu 
serais allé autrefois faire des tiennes en pays étranger, 
témoigner si peu d'égards pour une femme distinguée comme 
celle-ci, l'outrager d'une manière inouïe, et tu en serais 
quitte maintenant pour venir laver ta faute par des 
prières? )> 

On peut rapprocher v. 560. Idem hic tibi, quod boni 
promeritus fueris, conduplicauerit. « Il aura bientôt fait 
de te rendre au double le bien que tu lui auras fait. » Ici 



142 A. ERNOUT 

promeritus fueris est une sorte de futur antérieur « se- 
cond » correspondant au futur antérieur « premier » 
conduplicauerit, cf. Cicéron Tusc. 4, 35 « si quando adepta 
erit id quod ei fuerit concupitum ». Mais très rapidement 
la subtile distinction de sens qui séparait les formes avec 
sim, ero, de celles avec fuerim, fiiero, cessa d'être per- 
çue, et on en vint à employer l'une pour l'autre. Enfin 
l'adjectif verbal en -to- s'étant confondu avec les autres caté- 
gories d'adjectifs, et l'idée du futur antérieur semblant 
résider uniquement dans l'auxiliaire fuero, c'est le type 
amatus fuero qui prévalut. On le trouve déjà chez les écri- 
vains peu châtiés comme Scribonius Largus ou Vitruve ; et 
a partir du m*' siècle après J. G., il a complètement supplanté 
le type amatus ero. 

C'est lui qu'on trouve naturellement dans notre auteur : 
qui non réfrigérât, nisi multum stercoris adsellatus 
fuerit 234 ; quod magis plus agitatus fuerit spiritus 215 ; si 
coactus fuerit 115; quidquid... intra corpus conceptum fuerit 
181 ; si in rabiem con versus fuerit 280 ; evenit autem haec 
valitudo, quando in venis cibus corruptus fuerit 270 ; si hoc enim 
in initio curatum non fuerit 276 ; si quod iumentum a bile 
sicca insanius fuerit factum 284 ; si insanus factus fuerit 126 ; 
si nec sanus factus fuerit 159. L'emploi de factus fuerit est 
remarquable, puisque l'auteur sait que le verbe servant de 
passif à facio est fio dont le futur simple est fiam, et le per- 
fectum factus sum. Et si inflatus non fuerit 231 ; qui... las- 
satus nimis labori fuerit 161 ; cum prensus fuerit, cona- 
tus... expellet 288; si tardius rectus fuerit 159; si quod 
iumentum insania temptatum fuerit 288 ; cum tibis satis 
visum fuerit exisse sanguinis 143; id. 267. 

Il n'y a qu'un exemple discordant : cum iam tibi visus 
erit posse cibaria accipere, ordeo infuso paulatim per cre- 
mentum adduces 277. • 



LE PASSIF DANS LA MULOMEDICINA 143 

Les autres formations avec €7'0 expriment un état et cor- 
respondent pour le sens aux futurs des intransitifs latins 
en -ère : os totum asperum vel coctum erit 195; tempora- 
que gravitate coUigata erunt, nec cibum appétit 286; tergus 
similiter durum et contractum erit 173 ; reliquum corpus ex- 
tensum erit 157; os fervebit et lingua naribus sublata erit 
122. Cet exemple est intéressant puisqu'il montre l'identité 
de valeur sémantique d'un intransitif fervere et de la forme 
« passive » sublatus esse . 

oculi sublacrimantes erunt et tanquam suffusi sanguinem 
121 « les yeux seront larmoyants et comme injectés de 
sang » ; tensus erit 295, en face de la phrase citée plus 
haut: huic membrana tenduntur 275. 

Expriment également l'état les formes suivantes : 

nonnunquam enim soient ab interiorem partem commoti 
esse et inde febricitare 158 ; oportebit... non duro loco sta- 
tuere, sed ubi stercora sicca et molliora sunt posita 161 ; in 
parte intestinorum, quae sunt medio positae 209 ; sinus per 
intervalla dispositi sunt 213; inde manifeste intelleguntur a 
maleos prensi esse 178; in corporibus eorum, qui iam pos- 
sessi sunt 192 ; si... invenies nec valde patere longaonem... 
nec tamen inflatum esse 232 ; tardius ambulabit, tanquam si 
putas eum suflfusione constrictum esse 239 ; supra modum 
peractum esse iumentum scias 243 ; cum ventrem senseris 
solutum esse 250, cf. si videris eum nimis soluto ventre 
esse 251. 

Mais le participe en -to- joint à sum, esse a également la 
valeur de passé : saepe experimentata est haec potio 198 
« cette potion a été souvent expérimentée » ; unde et conta- 
gium ab eo dictum est 165 ; unde et elephantiotes dictus est 
195 ; sicut supra dictum est 120, 142, 152 ; ut supra scrip- 
tum est 128, 130, 153, 172,223, 274, etc. 

Par contre on trouve : sunt autem haec potiones infra scrip- 



144 A. ERNOUT 

tae 190; hac ratione... quod infra scriptum est 117 « ces 
potions sont indiquées plus bas ; suivant la méthode qui est 
décrite plus bas ». Mieux que tout commentaire, la traduc- 
tion indique quelle identité d'emploi il y a entre les formes 
latines et les formes correspondantes du français moderne. 

Il n'y a pas, dans le livre étudié, de formes de perfectum 
avec fui, fueram, et ce type est très rare dans le reste de l'ou- 
vrage. Son absence s'explique aisément par le fait que l'auteur, 
décrivant des états et donnant des remèdes, n'a pour ainsi 
dire jamais l'occasion de projeter les faits dans le passé. On 
ne peut guère citer que § 743 : « propter ^uod multis 
auctoribus inspectis... ex his epitoma feci, et omnia, quae 
dispersa fuerant in eis, naturali ingenio plenius per hune 
librum docui ». Il y a donc une différence dans l'emploi 
des formes avec sum, eram, et de celles avec fueram. « saepe 
experi mentata est haec potio » veut dire « Cette potion a 
été souvent expérimentée, [et l'est encore] » ; mais « omnia 
quae dispersa fuerant » tout ce qui avait été dispersé dans 
leurs ouvrages [et qui se trouve réuni maintenant dans le 
mien] ». Une distinction analogue existe en français entre 
« je fus étonné » et « j'ai été étonné ». 



Les compléments du passif. 

Instrume:!*tal. — Le passif est accompagné souvent d'un 
complément instrumental, exprimé à l'aide de r« ablatif » ou 
de l'adverbe unde, inde : curationibus adgravabitur et 
gracilis fiet 122 ; ampliatur enim putor calore 1 93 ; qui istis 
signis s. s. cognoscuntur 169 ; omnia, quae ex duplici 
ratione calore vel rigore concipiuntur 188 ; curatur autem 
haec passio emissione sanguinis 135 ; quae vulnera pice 
liquida... curantur 181 ; unde iumenta aut boves deprehen- 



I 



i 



LE PASSIF DANS LA MULOMEDICINA 145 

duntur et moriuntur 12o ; hic morbus... ustione extinguitur 
vel sanguis detractione siccatur 188; nervi enim sudore 
infestantur 240 ; omnia autem vitia... intelliguntur humore 
per naribus profluente lo3 ; inde manifeste intelliguntur a 
maleos prensi esse 178 ; qui istis signis intelliguntur 179 ; 
aliis adiutoriis adiunctis medentur 276 ; quidquid enim ex 
umore concipitur, solis beneficio minuitur, vel quidquid 
caloris beneficio intra corpus conceptum fuerit, rigore 
remediantur 181 ; ne aliqua re vires animalis minuantur 139 ; 
posterioribus pedibus facilius portatur 134; potionibus... 
potionabuntur 190 ; ad medullas eorum, qui maleos* pren- 
duntur (= prensi sunt), nihil ex cibo pervenit 174; ideo 
quia omnia membra magnis caloribus solvuntur, frigore 
constringuntur 143 ; feni odium faciet, qui hoc morbo tene- 
tur 121 ; qui hoc morbo tenebitur... signum erit hoc 243 ; 
auriculas dimicat, quasi quo spiritu terreatur 286 ; ciclo 
curati renibus uruntur 235 ; qui autem hoc modo vexatur 
140 ; qui capitis dolore vexabitur 268 ; quibuscunque tumor 
ex morbo increscens ustione vincitur 187. 

Mais le plus souvent l'instrumental est exprimé par une 
préposition a ou ab, de, ex, et surtout /^e/" : 

Intelliguntur a maleos prensi esse 178 ; sic saepe sani 
fieri soient a pascua 189 ; spiritus concipitur a pulmone 191 ; 
ampliatur enim putor calore vel a cadaverum... 193;... 
iumenta... non ab ea odore coinquinentur 194 ; qui a disten- 
sione pressum fuerit 276 ; si quod iumentum a bile sicca 
insanius fuerit factum 284. 

Qui ex lassitudine vexantur 161 ; quorum corrumpitur 
totum corpus ex sanguine 174 ; intervalla... ex eodem 
humore coagulato impediuntur 214; quaedam loca... prae- 
clauduntur ex illo humore 214 ; ex qua (detractione sangui- 

i. Maleos est considéré comme indéclinable par l'auteur. 

10 



146 A. ERNOUT 

nis) conservatur omnis status corporis 245 ; pastilles faciès, 
qui s. s. ex aqua frigida diluitur 265 ; perunges eum aceto... 
et perungetur sequenti die ex ordeo 271 ; cognoscetur autem 
ex eo quod 292. 

Per quam ustionem vitia insanabilia evinci possunt 153 ; 
illa iumenta curare magis sollicite oportet per omnem dili- 
gentiam et potionibus infra scriptis 167 ; quibus subvenitur 
per ustionem 177 (cf. 178 subveniri ustione) ; (scutulae) 
interdum digeruntur per itineris exercitationem 185; his 
evenit per longum tempus exercitationis beneficio et per 
diastima vel per sanguinis detractionem morbum digerere et 
firmiores fieri 186; sunt ali qui ex ipsis signis per longum 
tempus per maciem pereunt 186, cf. 229 ut ex ipsa retor- 
tione moriantur per ruptionem vesicae ; potionibus quoque 
amaris et catarticis potionabuntur, per quam amaritudinem 
amaritudo morbi expellitur 1 90 ; in quo loco per digestionem 
separata per totum organum interius distribuuntur 208 ; 
separata simili modo per quadrum 213; impediuntur, quo- 
minus velocem cursum interaneorum per ventum excludi 
possunt 214; spiritus, qui per duplicationem crementi... 
maior fit 215 ; per hoc ciclum valitudinis incurabiles sani 
fieri promittuntur 255 ; scire oportet.... ut plenitudo 
sanguinis a cruditate per indigestionem in eos corrum- 
patur 256. 

Après un verbe à l'actif, l'instrumental est exprimé au 
moyen de per aux §§ 132, 134, 137, 138, 145, 148, 149, 
167, 173, 177, 180, 181, 186, 189, 197, 205, 206, 208, 
216,223, 226, 227,261. 

L'usage du passif avec un complément de personne est 
extrêmement rare. On trouve : 

tiniolae... quae pediculi ab alis appellantur 224 ; est autem 
genus herbae flore russeum... dicitur a quibusdam miosota 
293. 



1 



LE PASSIF DANS LA MULOMEDICINA 147 

ergo per quemquem intelligitur hac ratione 134, où per a 
supplanté la préposition classique a, ab. 

Formations nouvelles. — Le médio-passif est souvent 
remplacé par des formations nouvelles, qui sont largement 
représentées dans les langues néo-latines. Une des plus 
importantes est l'emploi de l'actif accompagné du réfléchi, 
qui a fourni le passif roumain à toutes les personnes, et 
celui de l'italien à la 3^ personne du singulier : 

ubi primum morbus se abscondit 174; incipiet humor se 
foris abstrahere 223 ; ut haec coagulatio humoris frigidi in 
ventrem se conférât 211 ; horum statim nervi se contrahent; 
omnis esca... in partem cruditatis se convertit et difficiliter 
coquitur 116 (noter le voisinage de se convertit et de 
coquitur) ; quae corruptio sanguinis. . . in capite se derivaverit 
256 ; ex pluribus signis quibus se demonstrat praemixtis 
demonstrationibus 164 ; ab similibus signis se demonstrat 
166; ubi hic morbus se demonstravit 167; ubi se humor 
morbi demonstraverit 187 ; ubi iam morbus se ostendit 192 ; 
ceterae prout se ostenderint causae 276 ; stercora si se post 
ex aggravatione stercoris provocaverint 230 ; qui operanti 
iumento et suci se segregant... nec nisi requeto spurcities 
separaverit se a sanguine 162 ; similem dolorem ingentem 
sine inflatione et in cursu se toUentem 238 ; statim se mor- 
bus in contrarium vertit 119. 

On trouve même le réfléchi avec des verbes neutres : hic 
humor sudoris in ventrem se desidet 220 ; morbus se ad 
corpora increscens ustione extinguitur 188; prout se corpus 
habuerit 294 (cf. prout corpus habuerit 144). 

Dans les phrases suivantes, dont le sujet est un être 
animé, le latin classique emploierait quelquefois le réfléchi, 
plus souvent le déponent, ou le médio-passif. L'innovation 
est dans le développement de l'emploi du réfléchi ; mais il 



148 A. ERNOUT 

n'y a pas, comme pour les exemples précédents, substitu- 
tion du réfléchi au passif : 

humor qui... scalpere et parietibus se adfricare facit 
(equum) 171 ; et agitât se toto corpore 270 ; exsurgens 
citius ambulare se ipsum cogit 221 ; statim prae dolore 
volutat et collidat se 206 ; volutando et coUidendo se 220 ; ex 
qua constrictione et rosione ipsius loci mordendo se comedet 
260 ; sub iugo rétro se magis conferet 115 ; pes eius 
contrahet, iterum se transferet, et quod in altum saliat et se 
convertat etiam, ut mordeat 292 ; convertere se non potest ; 
aliquando et excutiet se 284 ; diftîciliter se iactabit 244 ; 
non se movet nisi diflSciliter 261 ; difficiliter se praegirat et 
in eam partem ambulans illo latere parieti se iungit 261 ; 
proicit se subinde 115 ; subinde ad terram se proicit, ex qua 
se levare vix possit 119 ; nec se facile proiciet ad terram 170 ; 
quis se difficiliter proiciunt ad terram 178 ; in spinas se 
proiciunt 226; si... inveneris... non fréquenter volutantem 
sed proicientem se subinde in dextram partem, extendit se 
233 ; nec vehementer volutant et quasi in cursu se provo- 
cantes proiciunt se 236 ; interdum se proicere volet non sine 
gemitu et submittit et toto corpore se iactat 239 ; ut se 
proicere possit 276 ; in praesepium se proicit 290 ; si resur- 
git, fortiter se relevât et si se excutire volet, tardius vix se 
excutit 240; omnem iumentum... se incipit scalpere aut 
etiam parietibus se adfrigare 246 ; tendit se ad conatu 
mictionis 228. 

Une construction curieuse est : caput sibi inter pedes 
mittunt. . . et ilia sibi quasi scalpunt 226 ; ilia sibi morsicis 
comedet 280 ; et ilia sibi assidue corrodent 236. Cet emploi 
du dativus commodi du réfléchi a subsisté en français. 

FiERi -{- LE PARTICIPE EN -to-. — Ex eadcm parte doloris 
gravatus amens fit apiosus 257 ; amentatus a corde fit his 



LE PASSIF DANS LA MULOMEDfCINA 149 

valitudinibus 260 ; fit enim spiritui ductus gravissimus, 
nares aperti divisi 137 ; unde et nervi totius corporis constrin- 
guntiir ex ipso labore, ex quo et tempora cavata fîunt et 
oculi depressi 148. 

interiorum singularum partium dolor plures valitudines et 
dolores fieri nata in ventrem demonstrat 206. 

ex qua re contingit cutem in corpore strictiorem fieri 148. 

C'est ainsi que se rend le passif dans l'italien du Nord. 
A ce passif correspond l'actif : haec ipsa signa similiter aliis 
signa divisa plures faciunt 168; omnes acres umores... 
excludit et curatos facit 224. 

Venire -\- LE PARTICIPE EN -to-. — Si equus de via coactus 
venerit 157 ; si iumentum de via coactum veniet 158 ; cibum 
quem conceptum venire oportet in duas partes 266. 

C'est avec venire que le rhétique forme encore son passif. 

Enfin l'état s'exprime non seulement par esse -{-le parti- 
cipe en -to-f mais par hahere suivi d'un accusatif accompa- 
gné du participe ou d'un adjectif qui s'y rapporte. A côté 
du type iam mens alienata est se rencontre le nouveau 
mode d'expression : 

iam habet enim et alienatam mentem 147 ; testes collectos 
habet 134 (cf. testibus demissis erit 132, testibus deiectis 
erit 146); oculos habebit demersos 132; caput demissum 
habebit 115; 118; caput et auriculas demissas habuerit 
273 ; qui hoc vitium patiuntur, intestina habent ex suis locis 
exclusa 215 ; oculi ei intro erunt et versabuntur. . . et oculos 
tensos habebit... et reliquum corpus extensum erit 158; 
279 (mais 288 oculis ardentibus erit cf. 284, 294) ; 
habebit... cervicem extensam, oculos pituitantes concavos et 
subductos 140 ; nares extensos habebit 170 ; gravabitur toto 
corpore, et posteriora crura inligata habebit 160. 

Cet emploi de l'auxiliaire hahere est très fréquent 



ISO A. ERNOUT 

(cf. rigidam caudam habebit 122; corpus totum fervidum 
habet 123 ; si nares mundos habuerit 123 ; pilos horridiores 
habebit 274 ; sanguineos habet oculos 292 ; oculos pinguiores 
habere videbitur 134 ; fervidum corpus habebit 133. 

On le retrouve encore vivant dans le français moderne. 

Les remarques précédentes attestent le caractère moderne 
de la langue parlée au début du v* siècle : appauvrissement 
du système médio-passif, emploi limité des formes simples, 
prédominance des formes avec auxiliaires, empiétement des 
unes sur les autres, substitution de formes d'actif aux for- 
mes de passif, développement du jeu des prépositions. Le 
« mulio semirasus » qui composa la Mulomedicina ne se 
doutait pas que son ignorance de la grammaire beaucoup 
plus que sa connaissance des chevaux lui donnerait droit un 
jour de figurer dans un livre dédié au meilleur de nos lati- 
nistes. 



Félix GAFFIOT 

COMMENT ONT ÉTÉ FAITES 

CERTAINES LOIS DE LA LANGUE LATINE 



COMMENT ONT ÉTÉ FAITES 
CERTAINES LOIS DE LA LANGUE LATINE 

Par Félix Gaffiot. 



11 n'y a pas la moindre exagération, j'imagine, à dire qu'un 
dogme fondamental des grammaires actuelles du latin, c'est 
qu'il existe une syntaxe particulière de Plante et de Térence, 
bref, une syntaxe archaïque, comme un dogme fondamental 
des stylistiques, c'est que, au temps de ces mêmes écrivains, 
la langue, à considérer l'art de bâtir la phrase, n'est pas 
constituée, mais se trouve encore dans la phase rudimen- 
taire de la para taxe. Il m'est arrivé déjà de dénoncer le 
néant de ces dogmes ^ Aussi bien rien n'est-ii curieux com- 
me de constater sur quelles bases fragiles ils sont établis. 



Celui de la stylistique est dû à des confusions, qui pèsent 
en définitive sur toute la conception du latin. On brouille 
des notions qui devraient être distinguées soigneusement, la 
langue et le shjle. On ne discerne pas ce qui est la langue 
dans sa teneur générale de ce qui est la langue de récri- 
vai?i, ou, pour parler plus exactement, de ce qui est le choix 
propre que l'écrivain opère dans cette langue générale ; on 

1. Le subjonctif de subordination en latin, Paris, Klincksieck, 1906. 



loi F. GAFFIOT 

ne fait leur part ni aux tempéraments, ni aux genres ; on 
oublie que la première obligation du philologue consiste à 
démêler, au mieux, dans une œuvre l'élément personnel, 
c'est-à-dire, ce qui résulte à la fois de la nature et des goûts 
de l'auteur, de sa volonté esthétique, de ses connaissances 
ou de sa culture, du sujet traité. Pour Plante, par exemple, 
il semble que les théoriciens n'aient pas pris vraiment la 
peine de le lire, ou, du moins, de réfléchir quelque peu en 
le lisant. Que trouve-t-on, en effet, chez lui, à n'envisager 
bien entendu que la structure des phrases, puisque c'est 
l'objet de la question ? Si on ne se laisse point abuser par l'as- 
pect archaïque qui frappe d'abord, si les formes vieillies ne 
font pas illusion, on trouvera ce qu'on doit s'attendre à 
trouver — ce qu'on trouverait. Plante eût-il écrit un siècle 
plus tard — je veux dire, ce qui caractérise le style de la 
comédie, les tours vifs et alertes, les juxtapositions rapides, 
les manières coupées et brusques du dialogue, ou parfois, 
au contraire, les constructions redondantes, à insistance fa- 
milière. On y trouve cela, parce que, je le répète, on est chez 
un poète comique; mais on trouve cela, aussi et surtout, parce 
qu'on est chez Plante. Térence a traité la comédie autrement, 
et, par suite, a écrit autrement. C'est une étrange chose que 
de voir quel abîme sépare la littérature et la philologie ; on 
s'imaginerait qu'il y a là deux domaines absolument distincts, 
qui ne souffrent pas la moindre pénétration réciproque. En 
littérature, on répète, et à bon droit, que Plante s'est tenu 
très près du gros public, qu'il cherchait à plaire plus parti- 
culièrement aux petites gens, — tunicato popello, comme 
aurait dit Horace — et qu'il s'adressait de préférence aux 
gradins les plus élevés de l'amphithéâtre. En philologie, nos 
faiseurs de règles oublient toutes ces vues, et étudient la 
langue du même poète, comme s'ils ignoraient le caractère 
de son œuvre. Pourtant ce sont bien deux choses liées de 



CERTAINES LOIS DE LA LANGUE LATINE 155 

façon indissoluble. Que peut-on attendre d'un écrivain sou- 
cieux de son art ? sinon la forme qui convient au genre qu'il 
aborde, la forme qui réalise l'idéal qu'il conçoit. Attendra- 
t-on de Plaute un langage Cicéronien ? Ou même ira-t-on lui 
demander l'élégance mesurée de Térence? Plaute a écrit 
pour le peuple, parce qu'il l'a voulu, et, écrivant pour le 
peuple, il a adopté une manière qui n'eût pas été séante, 
s'il se fût adressé aux Laelius et aux Scipions. Mais prenons- 
y garde : Plaute n'est pas, ce que d'aucuns croient à la 
légère, un pauvre diable qui compose des pièces au petit 
bonheur, avec l'unique et bien peu artistique souci de ga- 
gner de quoi vivre ; le mot d'Horace est plus que suspect 
« gestit nummum in loculos demittere, etc. ». En tout cas, 
qu'il ait eu, ce qui est probable et, du reste, fort légitime, le 
désir du succès et du gain, on ne saurait prétendre sans in- 
justice qu'il n'ait pas visé au delà. Gomme notre Molière, il 
a songé en même temps à faire œuvre à^ouvrier : et, quoi 
qu'on pense, il se révèle un écrivain^ dans toute la force du 
terme ; il domine sa manière et n'est pas dominé par elle. Sa 
phrase, loin d'être la phrase informe qu'on se plaît à imagi- 
ner, phrase encore enfantine d'un peuple qui bégaie, est 
la phrase savante d'un artiste qui sait tirer parti d'une lan- 
gue faite. Il juxtapose, certes, mais, quand il veut, il subor- 
donne et construit. Une lecture de quelques instants mon- 
trerait vite avec quelle aisance il développe au besoin, et 
groupe et ordonne logiquement les propositions. S'étonnera- 
t-on que ce ne soit pas sa façon habituelle ? 

Ceci posé, a-t-il connu la période, au sens plein du mot ? 
Non, évidemment. Mais là-dessus il importe de bien s'enten- 
dre. La période, comme on la rencontre chez Cicéron, est, 
parmi les formes de l'expression, celle qui exige le plus de 
science et d'art. Aussi est-elle plutôt la création d'un seul, 
ou de quelques-uns, que l'œuvre collective et anonyme du 



lo6 F. GAFFIOT 

peuple, un fait de stijle en somme plutôt qu'un état de la 
langue. Et je ne parle pas du rythme ou nombre oratoire, 
dont on sait assez qu'il relève uniquement de Cicéron : j'en- 
visage le simple groupement des propositions en période ; eh 
bien I je ne crois pas qu'on puisse voir là une étape dans la 
marche évolutive de la prose latine. En d'autres termes, ce 
genre d'écrire n'appartient pas à une époque plutôt qu'à une 
autre ; c'est affaire de goût et cela dépend de chacun — si, 
ne l'oublions pas, nous sommes dans une langue constituée. 
Ainsi, même en temps de vogue, ce genre reste quelque 
chose de personnel, adopté par les uns, rejeté par les autres, 
et surtout manié de façons diverses, suivant les personnes. 
Varron en use presque toujours gauchement, Salluste affecte 
de le dédaigner, César y met une négligence attentive, et 
Tite Live paraît n'avoir souci que de le traiter autrement 
que Cicéron. Pour conclure, chacun y laisse sa marque. Ce 
qui revient à dire, en somme, que chacun utilise, selon ses 
goûts et son talent, les ressources que lui offre la langue de 
tout le monde. Quand, plus tard, Sénèque prendra plaisir 
à désagréger la période, il ne représentera pas plus un mo- 
ment dans le développement historique de la phrase latine 
que Plante, quand il faisait de la parataxe : ni celui-ci ne 
révèle un état embryonnaire, ni celui-là une décadence. 
Parmi les différentes manières d'écrire — il s'agit toujours 
du groupement des mots — la manière de Sénèque est aussi 
légitime que les autres. Ce décousu, ce sautillant, ce sable 
sans chaux, comme disait Caligula, on peut ne l'aimer 
point, voilà tout. Le procédé n'engage que l'écrivain lui- 
même, et, si d'autres l'adoptent, c'est qu'ils s'en accommo- 
dent, l'engouement supposant d'ordinaire choix et préférence 
chez l'artiste. Du reste, après Sénèque, viendront et Quin- 
tilien et Pline le Jeune, qui s'attacheront à restaurer le goût 
de la période. Ce qui n'empêchera pas Tacite, à son tour, 



CERTAINES LOIS DE LA LANGUE LATINE m 

de la désarticuler, de la mettre en morceaux, et, tandis que 
ces Gicéroniens s'obstinent à retrouver le secret des belles 
ordonnances symétriques et de la concinnitas, cela ne l'em- 
pêchera pas, lui, de chercher au contraire les heurts, si j'ose 
dire, et les cahots de l'asymétrie. Comme le français n'est 
exclusivement ni Bossuet, ni Montesquieu, ni Voltaire, ni 
Hugo, mais tout cela à la fois, embrassant dans son unité la 
variété infinie des manières individuelles, de même le latin 
n'est pas plus Gicéron et Gésar que Plante ou Tite Live ou 
Tacite. Parataxe ou période, le génie latin admet également, 
en tous temps, ces deux formes de langage : aucune n'est le 
latin, toutes deux sont du latin. 



A consulter les grammaires, rien ne semble plus solide 
que le dogme de la syntaxe archaïque, tant apparaissent 
nombreuses et essentielles les difïérences qu'on se plaît à 
relever entre la syntaxe des comiques et celle de Gicéron. 
En réalité, à consulter les faits, c'est-à-dire les textes, rien 
ne se révèle plus ruineux. Je voudrais le montrer rapide- 
ment, sur quelques points, les plus importants, en priant 
qu'on me fasse crédit pour deux questions, l'emploi de l'in- 
finitif et les conditionnelles. 

On nous dit (voir, par exemple, Lebreton: Études sur la 
langue... de Cicéron. Paris, 1901 . Introduction p. 15) : l'emploi 
des modes est ce qui caractérise le plus l'ancienne langue. Ainsi , 
l'indicatif est inconnu des classiques dans les cas suivants : 



I. — Relatives causales. 
Je demande la permission de renvoyer à ma thèse sur le 



138 F. GAFFIOT 

subjonctif de subordinatio7i en latin, p. 67 à 89. On y trou- 
vera un nombre assez considérable d'exemples de Gicéron 
pour constater la légèreté de l'assertion. 

Sur la question spéciale de quippe qui, je prie le lecteur 
de remarquer comment on a raison des difticultés, soit par 
la correction opportune d'un passage de Gicéron, soit par 
la mise, en quelque sorte, à l'index de tous les exemples de 
Salluste et de Tite Live. 



II. — Relatives adversatives. 

Ma thèse encore (p. 93 et suiv.) démontrera sur cette par- 
tie l'identité de la syntaxe dans Plante et dans Gicéron. Qu'on 
lise en particulier (p. 95 et 96) le paragraphe où je produis 
un bon nombre d'exemples de la construction indicative 
chez Gicéron, alors que la valeur concessive du relatif est 
soulignée dans la régissante i^diTtamen. 



III. GUM CAUSAL. 

Voir thèse p. 114 et suiv., p. 140 et suiv. 

Noter la désinvolture avec laquelle on supprime ce qui 
gêne (p. 109): un subjonctif causal dans Plante est changé 
en indicatif pour assurer la règle. 



IV. GuM ADVERSATIF. 

Voir thèse p. 12o et suiv. Remarquer surtout que la liste 
des cas de construction indicative comprend seulement les 
passages où l'idée concessive est soulignée dans la principale 
par tamen. 



CERTAINES LOIS DE LA LANGUE LATINE lf;0 



V. CUM MARQUANT l'eNCHAINEMENT DE DEUX FAITS. 

Voir (p. loi etsuiv.)tout ce qui concerne l'emploi de cum 
participial. Noter la correction d'un passage de Plaute p. 153, 
toujours pour assurer la règle. 



VI. — Interrogation indirecte. 

Je voudrais ici, sans prétendre épuiser la question, qui 
sera traitée ailleurs avec plus de développement, montrer au 
moins, par quelques traits significatifs, la manière dont on a 
fondé les lois courantes de nos grammaires. 

1". On a d'abord méconnu deux grands faits du style la- 
tin, ce qui a conduit à ranger dans l'interrogation indirecte 
une foule de cas qui n'y ont que faire, a) On n'a pas vu que 
toutes les propositions ?>\xhovàoï\ïiéQ?>introduitespar un rela- 
tif peuvent être, au gré de l'écrivain, sans que pèse la 
moindre contrainte grammaticale, ou des relatives ou des 
interrogations indirectes : si elles restent relatives, le mode 
reste naturellement l'indicatif, si elles sont conçues comme 
interrogations, le mode est le subjonctif. A) Quand elles sont 
relatives, le substantif antécédent peut être, au gré de l'é- 

Icrivain, enclavé dans la relative et mis au même cas que le 
i'elatif par attraction. Ainsi un Latin peut dire, à son gré, 
puivant la manière dont il envisage la subordination : Elo- 
quere quam rem agis [= rem quam agis^, ou eloquere 
qitam rem agas. — Eloquere quamobrem venisti [= rem 
ob quam venisti], ou eloquere quamob?'emveneris.L2L seule 

temarque à faire, c'est que la forme interrogative est plus 
avante, l'autre plus familière. 



160 F. GAFFIOT 

L'espace m'étant mesuré, je ne puis citer en regard de la 
construction relative (indicatif) les cas de construction in- 
terrogative (subjonctif) ; je me borne à produire des exem- 
ples de la première. 

Mil. 1222 : Audin quae loquitur? — Audio. 
As. 447 : Audin quae loquitur ? — Audio et quiesco. 
Amp. 417 : Hic quidem carte quae illic sunt res gestae meraorat mo- 

[moriter. 
Bacch. 698 : Imnio si audias quae dicta dixit me advorsum tibi. 
Capt. 207*^ : Sentio quam rem agitis. 
Eun. 783 : Viden tu, Thaïs, quam hic rem agit ? 
Pers. 109 : Ecquid meministi, ero, 

qua de re ego tecum mcntionem feceram ? 
Rud. 330: Nunc, quamobrem hue sum missa, amabo vel tu mi aias vol 

[neges. 
Cist. 82 : ... qua accersitae causa ad me estis, eloquar. 
Phorm. 798: Quid tu ? Ecquid locutu's cum istac, quamobrem hanc du- 

[cimus ? 
Eun. 99: Age, sed hue qua patria 

te accersi jussi, ausculta. 
Aul. 63 : neu persentiscat, aurum ubist absconditum. 
Ep. 438 : Gave praeterbitas ullas aedis, quin roges 

senex hic ubi habitat Periphanes... 
Trin. 938 : nisi quia lubet cxperiri quo evasurust denique. 
Stich. 541 : Miror quo evasurust apologus. 

Amp. 1129 : Simul hanc rem ut factast eloquar. 
Bacch. 474 : Ego omnem rem scio 

quemadmodumst. 
Bacch. 202 : Scis tu ut confringi vas cito Samium solet. 
St. 112 : Scio ut oportet esse... 
St. 113 : Volo scire ergo ut aequom censés. 
Mil. 1074 : Non edepol tu scis, mulier, 

quantum ego honorem nuncillihabeo. 

2". Par une singulière inconséquence, une forme que l'on 
reconnaît dans Gaton, on ne la reconnaît pas dans Plante I 



CERTAINES LOIS DE LA LANGUE LATINE 161 

je veux dire la forme relative quis et surtout quid. Faute 
d'avoir enregistré ce fait de langue, on classe dans l'interro- 
gation indirecte un très grand nombre de subordonnées, qui 
sont purement et simplement, comme les précédentes, des 
relatives. Je ne veux pas apporter ici une démonstration 
proprement dite ; ce sera l'objet d'une étude spéciale, où 
j'espère montrer que ce relatif s'est maintenu dans toute la 
latinité, sinon dans le haut style, du moins dans le style 
courant. Je me contente de citer sans commentaires quel- 
ques exemples typiques. 

Merc. 783 : dicam id quid est (texte de A). 

Pseud. 696 : commemini omnia : id tu modo, me quid vis facere, fac 

[sciam. 
Asin. 884 : audin quid ait ? — Audio. 
Comparer As. 447 cité plus haut. 

Pseud. 330 : Propera : quid stas ? ei, accerse agnos : audin quid ait 

[Juppiter ? 
Eun. 1037 : Audin tu hic quid ait ? 
Cap. 592 : Hem audin quid ait ? 
Pseud. 18 : Face me certum quid tibist. 
Men. 472 : Observa quid dabo. 
Pers. 291 : Itane ? specta 

quid dedero. (leçon de A). — Nil : nam nil habes. 
St. 410 : Videte, quaeso, quid potest pecunia. 
Phorm. 358 : Vide, avaritia quid facit. 
Merc. 431 : Ah I nescis quid dicturus sum, tace. 

Aul. 174 : Scio quid dictura's : hanc esse pauperem... 
Mil. 36 : Ehem scio jam quid vis dicere. 
Merc. 503 : Exquire quid vis. 

Men. 207 : Sein quid volo ego te accurare ? — Scio : curabo quae voles. 
Pœn. 1167 : Sein quid est? 

Men. 1154 : Scitin quid ego vos rogo ? 

Bacch. 78 : Scio quid ago. — Et pol ego scio quid metuo. 
Bacch. 866 : Pacisce ergo, opsecro, quid tibi lubet... 

Voici enfin quelques passages, où l'incertitude même des 

11 



162 F. GAFFIOT 

manuscrits révèle la nature relative de quid\ les uns don- 
nent quid^ les autres quod\ ou encore, les uns le subjonc- 
tif, les autres l'indicatif, suivant que quid est envisagé comme 
interrogatif ou comme relatif. 

Pœn. 881 : Quid ergo dubitas quin lubenter tuo ero meus quid possiet 
facere faciat... ? 

Ce texte, adopte par Léo et Goetz-Schoell, donne la leçon de A ; B a 
qaod. Léo explique quid comme un synonyme de quidquid : c'est tout 
simplement le relatif. 

Ep. 651 : quid bonist, id tacitus taceas tute tecum et gaudeas. 
Les éditeurs adoptent quod de CD, mais B a quid. Pour ma part, je 
crois quid préférable, précisément parce qu'il surprend. 

Heaut. 210 : Scitumst periclum ex aliis facere, tibi quid ex usu siet. 
Tandis que CEF donnent quid, les autres man. donnent quod. 

MU. 925 : numquam vidit : 

qui noverit me quis ego sim ? 

BD donnent sum ; mais les éditeurs préfèrent sim des autres manus- 
crits, parce qu'ils ne reconnaissent pas la valeur relative de quis (différent 
du relatif qui, comme Tinterrogatif quis diffère de l'interrogatif qm). 

Eun. 265 : viden otium et cibus quid facit alienus. 

Le Bembinus a faciat. Tous les Callopiens ont facit adopté par Ben- 
tley, Fleckeis., Wag., Umpf., Dz., Fabia. Il y a grande vraisemblance en 
effet que faciat soit une correction. 

3". Les grammairiens, à la suite de Becker, voyant que 
les faits s'accommodent mal à leurs règles, multiplient les 
divisions et subdivisions, distinguant avec des expressions, 
comme viden, audin, etc., les cas où l'interrogation est vé- 
vitable de ceux où elle est de pure forme, distinguant après 
die, eloquere, cedo, narra, etc., les cas où on attend une 
réponse immédiate, etc., etc. Toutes ces distinctions sont 
vaines et artificielles, et les faits à chaque instant leur don- 
nent un démenti. 



CERTAINES LOIS DE LA LANGUE LATINE 163 

L'écrivain en réalité, après ces expressions comme après 
celles du même genre, subordonne ou juxtapose, à sa guise, 
suivant le mouvement général des idées. C'est encore une 
question de style et non l'application mécanique d'une règle 
grammaticale. Pour ne pas l'avoir vu, on a déclaré illégi- 
times une quantité d'emplois de l'indicatif, qui sont des plus 
naturels, parce qu'ils représentent des interrogations ou 
exclamations directes. 

Most. 254 : Suo quique loco ? viden ? capillus satis compositust com- 

[mode ? 

Cette manière de couper le texte en trois interrogations, comme fait 
Goetz-Schoell, rend admirablement la pensée et dispense de toute correc- 
tion. 

Cure. 126 : Hoc vide : ut ingurgitât inpura in se merum avariter fauci- 

[bus plenis 1 

Cure. 188 : Viden : ut misère moliuntur ! nequeunt complecti satis. 

Bacch. 492 : Viden : ut aegre patitur gnatum esse corruptum tuom. 

As. 149 : At scelesta ! viden : ut ne id quidem me dignum esse existu- 

[mat 
quem' adeat... 

Rud. 171 : Viden alteram illam ? ut fluctus ejecit foras 1 

surrexit... 

Capt. 557 : Viden tu hune ? quam inimico voltu intuitur! 

Pseud. 935 : Sed vide : ornatus hic me satis condecet ? 

Amp. 377 : Loquere ; quid venisti ? — Ut esset, quem tu pugnis cae- 

[deres. 

Aul. 212 : Die mihi : quali me arbitrare génère prognatum? — Bono. 

Cas. 978 : Quin responde : tuo quid factumst pallio ? 

Truc. 354 : Ver vide : 

ut tota floret, ut olet, ut nitide nitet 1 

Mil. 64 : Vide : caesaries quam decet ! 

Mil. 201 : Illuc sis vide: 

quemadmodum adstitit severo fronte... 1 

Aul. 47 : Illuc sis vide : 

ut incedit I 

Men. 830 : Ut oculi scintillant I vide. 



1G4 F. GAFFIOT 

Cure. 153 : Hoc vide : ut dormiunt pessuli pessumi... ! 

Cure. 543 : Scire volo : quoi reddidisti? — Lusco liberto tuo 

Mère. 169 : Hoc sis vide : ut palpatur I 

Cist. 55 : Hoc sis vide : ut petivit 

suspiritum alte ! 

Pers. 788 : Hoc vide : quae haec fabulast ? 

Hec. 223 : At vide : quam inmerito aegritudo liaec oritur mi abs te, 

[Sostrata. 
Eun. 670 : Illud vide : os ut sibi distorsit carnufex 1 

Ad. 229 : scelera, illud vide : 

ut in ipso articulo oppressit ! 

4** Quand les textes ne se prêtent pas à la règle, on les 
contraint, ou, en tout cas, on les suspecte et on n'en tient 
pas compte. Et, si par hasard le vers est faux et réclame une 
correction métrique, invariablement on le rectifie de ma- 
nière à l'accommoder à la règle grammaticale, comme si 
l'amendement devait fatalement porter sur ce point, non 
ailleurs. Voici quelques exemples : 

D'ordinaire, dans le dialogue, quand un interlocuteur re- 
prend une question qui lui est posée, la reprise se fait au 
moyen des mêmes termes, mais avec le verbe au subjonctif, 
parce qu'il y a dans la pensée un rogas ou rogitas non ex- 
primé. Partant de là, Becker n'admet pas que la reprise 
puisse avoir le verbe à l'indicatif : c'est toujours ce déter- 
minisme qui pèse sur les textes et dont j'ai déjà signalé à 
maintes reprises les funestes effets. Becker donc voudrait 
corriger les deux vers suivants : 

Poen. 353 : Cur mihi haec iratast ? — Cur haec iratast tibi ? 
Baech. 561 : Quid istuc est ? — Quid est ? misine ego ad te... 

Ailleurs, comme le vers est faux, les éditeurs adoptent la recti- 
fication qui le conforme à cette prétendue règle grammaticale : 

Most. 907 : Ecquid placent ? — 

Ecquid placent ? me rogas ? immo hercle vero perplacent. 



CERTAINES LOIS DE LA LANGUE LATINE 16o 

Pas un instant on n'hésite à corriger en placeant, correc- 
tion, il est vrai, très simple de Camerarius, mais qui ne 
s'impose pas. Le vers ne peut-il être remis sur pied autre- 
ment? Ne peut-on par exemple écrire « ecquid hae placent »? 
Le perplacent de la fin produit alors tout son effet d'homo- 
phonie ; et hae souligne fort à propos la question ; du reste 
les Palatins, qui oni haec qiiid, semblent bien révéler la chute 
de hae. 

Pseud. 1184 : Chlamydem hanc commémora quanti conductast. 

Becker voudrait conducta sit. 

Merc. 721 : Qu<o>>ia illa mulier intust ? — Viditisne eam ? 

— Vidi. — Quoia ea sit, rogitas ? — Resciscam tamen. 

— Vin dicam ? Quoiast ? illa... illa edepol... vae mihi... 
Au dernier vers quoiast choque Becker, qui, sans plus, l'attribue à l'au- 
tre interlocuteur. 

Merc. 504 : Amabo ecastor, mei senex, eloquere... — Exquire, quid 

[vis. 

— Cur emeris me. 

Le subjonctif emeris allant contre ses théories, Becker voudrait à toute 
force un indicatif. Et de même dans les 4 vers suivants : 

Most. 166 : Contempla, amabo, mea Scapha, satin haec me vestis de- 

[ceat. 
AuL 431 : Volo scire, sinas an non sinas nos coquere hic cenam ? 
Merc. 199 : Loquere porro quid sit actum. 
Ad. 325 : Actumst. — Eloquere, obsecro te, quid sit. 

A.U résumé, quelle confiance peut-on avoir dans une théo- 
rie, qui, parmi les faits, néglige ou rejette ceux qui lui font 
obstacle, pour s'attacher à ceux qui la vérifient? dans une 
théorie, qui doit à des confusions la plupart même de ces 
faits, dont elle se réclame? En réalité, la syntaxe de l'inter- 
rogation indirecte est la même chez Plaute que chez Gicé- 
ron ; j'en ferai la preuve, je l'espère. 



166 F. GAFFIOT 

Et pareillement toute la syntaxe. Car, pour conclure, je 
répète ce que j'ai déjà dit et commencé à démontrer*: la lan- 
gue est fixée à partir de Plaute ; ses grandes lois, ses /ois 
générales, sont établies pour ne plus changer durant toute la 
latinité : invariables et permanentes, elles dominent dès lors 
et commandent toutes les transformations particulières, 
toute l'évolution, en un mot, toute la vie du parler latin. 



i. Subjonctif de subordination: Introduction, p. 14; Appendice, 
p. 180 sq., p. 183 sq. 



Paul GILLES 



SUR LA PLACE 
DES NOMS DE NOMBRE DANS CÉSAR 



SUR LA PLACE DES NOMS DE NOMBRE 
DANS CÉSAR 

Par Paul Gilles. 



D'une façon générale, l'ordre des mots n'est point soumis 
en latin à des règles fixes. Pour un groupe de deux mots 
triginta dies, deux combinaisons sont possibles, l'une avec 
l'adjectif préposé, triginta dies, l'autre avec l'adjectif 
postposé, dies triginta. Les éléments de ce groupe peuvent 
se disjoindre, ce qui donne deux combinaisons nouvelles : 
triginta... dies et dies... triginta. Ce n'est pas à dire que 
ces combinaisons soient équivalentes. En ce qui concerne 
l'adjectif numéral, on constate que triginta dies étant l'or- 
dre ordinaire, le nom des nombres est mis en relief dans 
l'ordre dies triginta et plus fortement encore dans l'ordre 
dies... triginta. D'autre part, il est aussi mis en relief dans 
l'ordre triginta... dies (cf. l'article de M. Havet, Mélanges 
Nicole, p. 22o). On a examiné ici dans quelles conditions 
les exemples d'adjectifs cardinaux {unus excepté) se répar- 
tissent chez César entre ces quatre combinaisons. 

Les exemples de disjonction de l'adjectif postposé s'unis- 
sant naturellement aux exemples de postposition simple, on 
les a rangés parmi les exemples de postposition, et l'on en- 
tend par disjonction la disjonction de l'adjectif préposé. 



i70 p. GILLES 



Préposition et postposition. 



Déduction faite de tous les cas où la place du nom de 
nombre est déterminée ou influencée par des raisons extrin- 
sèques, on trouve dans le de Bello Gallico un exemple de 
postposition contre un peu moins de deux exemples de 
préposition. Il faut mettre à part les cas où le nom de nom- 
bre accompagne milia passtmm. La préposition y est rare, 
tant dans le de Bello Gallico que dans le de Bello ciuili 
(1 ex. contre 3). Sauf en ce point, César use de l'un ou 
l'autre ordre avec la plus entière liberté. 

Cette liberté n'existe plus dans les nombreux cas où un 
adverbe s'adjoint au nom de nombre. Celui-ci est alors ré- 
gulièrement postposé. Il est quelquefois préposé à milia. Il 
est toujours postposé au génitif complément de milia. 

Voici le détail des exceptions : 

Circite7\ — Sur 70 ex. environ, 5 ex. de préposition -f- 1 
de prép. du génitif au groupe milia quattuor. Ils sont à éli- 
miner. 

III 14, 2 (B. G.) cir citer CCXX naues eorum paratissimae 
atque omni génère armorum ornatissimae (cas complexe). 

V 2, 2 cir citer dg eius generis ciiiiis supra demonstraiii- 
mus naues et longas XXVIII (cas complexe). 

1, 15, 5 (B. C.)(Vibullius) XIII (cohortes) efficit. Cum his 
ad Domitium... periienit... Domitius per se circiter XX 
cohortes... coegerat. 

1, 24, 2 seruos, pastores armât atque iis equos attribuit ; 
ex his circiter CGC équités conficit. 



PLAGE DES NOMS DE NOMBRE 171 

Y i\, 2 sic Ut amissis cir citer (om. g) XLnaiiibus reli- 
quae tamen... 

V 19, 1 dimissis amplioribus copiis, milibus circiter IV 
essedariorum relictis. 

L'ex. I 25, 5 qiiod mons suberat circiter mille passuum 
n'est pas à examiner si on lit avec les mss. mille (subst.) 
passuum. Cf. pourtant plus loin les ex. de mille passus avec 
longius. 

Amplius (lion amplius), longius (non longius). — 26 (27 : 
u. 3, 33, 2) ex. ; 5 ex. de préposition. 3 sont à éliminer : 

IV 12, 1 ubi primum nostros équités conspexerunt, quo- 
rum erat V milium numerus, cum ipsi non amplius DGCG 
équités haberent. 

VII 15, 1 uno die amplius XX urbes Biturigum incendun- 
tur {XX opposé à uno ; on a affaire en outre au groupe urbes 
Biturigum). 

3, 99, 1 non amplius G G milites desiderauit, sed centu- 
riones, fortes uiros, circiter XXX amisit. 

Restent : 

I 22, 1 cum... non longius mille et quingentis passibus 
abesset (mille est accompagné d'un autre nom de nombre ; 
cas assez particulier). 

VII, 79, 1 non longius (longe x) mille passibus ab nostris 
munitionibus (a nostris munitionibus quam mille passibus g) 
C07isidunt. (Gf. cependant var. longe?) 

Ges 2 ex. avec mille et passus. On lit mille passus VI 7, 
4 ; mille (om. g) CC passus VII 46, 1 ; circiter passus mille 
III 19, 1 ; paulo amplius passus mille 2, 24, 4 (la phrase 
manque dans S) ; ces deux derniers ex. en fin de phrase. 
Gf. ordre milia passuum, invariable à deux exceptions près, 
et sigle MP sur les milliaires. 

Divers. — Les ex. où l'adjectif est accompagné d'un autre 
adverbe (ad, admodum, minus, omnino, uix) sont en très 



172 P. GILLES 

petit nombre. Le contexte motive la préposition 3, 7, 2 : 
omnino XII naues longas. Avec uix (2 ex. en tout), il ne la 
motive pas 3, 79, 7 : uix IV horarum spatio. — Sur IV 38, 
4 et 1,23,5, u.§ II in fine. 

En somme, les cas où un adverbe s'adjoint au nom de 
nombre préposé sont très rares. Ils se présentent tous ou 
presque tous comme des cas particuliers, où la préposition 
se justifie par un motif indépendant du nom de nombre 
même. La règle de postposition est d'une rigueur à peu 
près absolue. 

VII 68, 2 secutus hostes (Ap ; om. MB'),... cïrciter III 
milibiis (milibus hostium a) ex nouissimo agmine interfec- 
tis, on lira secutus hostes, comme le sens d'ailleurs le 
demande. La leçon milibus hostium reste ensuite possible. 

On lira de préférence, avec M. Meusel : 

II 29, 3 non amplius pediim CC (ducentorum pedum a). 

III 5, 1 amplius horis sex (sex horis (3). 

La préposition est rare avec les locutions in longitudi- 
nem, in latitudinem, in altitudinem, in circuitu. 



II 

DlSJ0>'CTI0>'. 

On a vu que la postposition et la disjonction sont deux 
modes possibles de mise en relief du nom de nombre. L'exa- 
men des exemples de disjonction montrera que César n'em- 
ploie pas indifféremment l'un ou l'autre procédé. 

En voici la liste : 

I 12, 2 très iam partes copiarum..., quartam fere par- 
tem.. 



PLAGE DES NOMS DE NOMBRE 173 

VII 67, 1 duae se acies ah duobus lateribus ostendunt. 
Dans ces 2 exemples il y a à peine disjonction. 

2, 10, 2 duae primum trabes in solo... conlocantur . . . 
Bas inter se capreols coniungunt... Eo svper tigna... ini- 
ciunt. ..Ad extremum musculi tectum t^abes9'^^e extremas. . . 
(aux duae trabes s'ajoutent les autres tigna ou trabes'). 

3, 52, 1 eodeni tempore duobus praeterea locis pngna- 
tuni est (les deux champs de bataille s'ajoutent à un pre- 
mier). 

I 10, 3 àxxdi^qiie ibi legiones conscribit et très... ex hiber- 
nis ediicit. 

2, 22, 6 duas ibi legiones praesidio relinquit, ceteras... 
YII 36, 7 duas ibi legiones conlocauit (devant Gergovie ; 

les deux légions du petit camp s'opposent aux légions du 
grand camp). 

3, 97, 3 partem^i^e legionum in castris Pompei remanere 
iussit, partem in sua castra remisity IV secum legiones 
duxit. 

VI 0, 6 duasç'we ad eum legiones proficisci iubet ; ipse 
cum legionibus... V... 

VII 10, 4 duabus Agedinci legionibus... relictis ad Boios 
proficiscitur (les deux légions d'Agedincum s'opposent aux 
légions que César conduit chez les Boiens). 

3, 7o, 2 duas in castris legiones retinuit, reliquas... 

VII 69, 2 duo duabus ex partibus flumina... 

I 33, 4 duae fuerunt Ariouisti uxores... ; duae filiae... 

3, 101, 6 quinqueremes duas... cep erunt...\ praeterea 
duae sunt depressae trirèmes. 

3, 30, 6 ad eum{= Antonium) peruenit Caesar... ; Pom- 
peius, ne duobus circumcluderetur exercitibus... (jonction 
de César et d'Antoine : duobus est un total). 

VI 7, 1 Labienum cum una legione... adoriri parabant ; . . . 
du3t.s uenisse legiones... cognoscwit. 



174 P. GILLES 

IV 22, 3 nauibus... LXXX coactis, quod satis esse ad 
duas transportandas legiones existimabat... 

3, 38, 4 ?ze frustra reliquos exspectarent, duas nacti tur- 
mas exceperunt. 

2, 32, ^ an uero in Hispania res gestas Caesaris non au- 
distis ? duos puisas exercitus ? duos superatos duces ? duas 
receptas prouincias ? 

VII 41, 4 duabus relictis portis obstruere ceteras... 
VI 36, 2 IX oppositis legionibus maximoç'i^e equitatu. 

3, 54, 1 Pompeius reliquis diebus turres exstruxit..., et 
quinque intermissis diebus... 

V lo, 4 à\x2h\x?>que missis subsidio cohortibus a Caesare, 
atque his primis legionum duarum,... ///«, pluribus siibmis- 
sis cohortibus... 

VI 1 , 4 tribus ante exactam hiemem et constitutis et ad- 
ductis legionibus duplicatoç-z/e earum cohortium numéro 
quas... (duplicato conséquence de ce qui précède). 

La leçon des mss. 1, 17, 4 XL (quaterna Glarean.) in 
singulos ingéra est généralement rejetée. 

2, 19, 3 Cordubae conuentus... cohortes duas... retinuit. 
Isdem diebus Carmonenses,... deductis tribus in arcem op-^ 
pidi cohortibus a Varrone praesidio, per se cohortes eiecit, 
la place de cohortibus peut être influencée par la présence 
de cohortes duas. Au reste, on n'a affaire ici qu'à une dis- 
jonction auxiliaire, le premier mot disjoint étant deductis, 
séparé par tribus de son complément. 

Sont à écarter : 

VI 3, 1 proximis IV coactis legionibus... 

VII 47, 7 très suos nactus manipulares... 

1, 40, 3 duabusque Fabianis occurrit legionibus, où le 
nom de nombre fait partie d'un groupe mis en relief. 

Dans le cas où le nom de nombre précède milia, il est 



PLAGE DES NOMS DE NOMBRE 17o 

toujours contigu à inilia. Le 2* élément est toujours contigu 
au génitif 3^ 

Ces exemples de disjonction ne fournissent pas seulement 
une donnée numérique, mais présentent tous un rapport 
entre deux ou plusieurs quantités, qui souvent nécessite et 
tout au moins peut motiver la préposition du nom de nom- 
bre. L'absence totale (sauf 2, 10, 4; cf. ci-dessous) d'exem- 
ples de disjonction où ce rapport n'existerait pas montre que 
la disjonction ne fait dans les exemples relevés que souligner 
un mot par ailleurs préposé. Il apparaît ainsi que César ne 
disjoint pas l'adjectif postposable, et que, lorsque les deux 
modes de mise en relief sont également possibles, c'est la 
postposition qu'il choisit, exclusivement. 

Cette règle laisserait possible la leçon des mss. 1, 17, 4 ; 
elle laisse possible la disjonction de duaii I 49, 5, de duae 
VII 24, o, de duas par répétition de cohortes IV 32, 2; elle 
fait écarter la leçon octo denique menues 1, 5, 2. 

2, 10, 4 régulas IV patentes digitos, on lira quaternos, 
que conjecture Kûbler, 

On a laissé de côté deux exemples où le mot intercalé est 
omnino. 

IV 35, 4 eo duae omnino ciuitates... obsidesmiserunt, re- 
liquae... 

1, 23, 5 eo (eodem Meusel) die castra mouet... VII om- 
nino dies ad Corfinium comnioratus ( VU dies addition de 
données antérieures dont eo die clôt la série). 

Dans ces deux cas, la préposition s'explique par la même 
raison que dans les autres; c'est-à-dire que l'adverbe même 
que le sens unit étroitement au nom de nombre n'est pas ad- 
mis entre lui et le substantif dans d'autres conditions qu'un 
mot proprement étranger. On a vu d'autre part que le nom 
de nombre accompagné d'un de ces adverbes est régulière- 
ment postposé. 



176 P. GILLES 

Se justifie comme les cas précédents : 

3, 53, 3 : qusdiuoTque ex una cohorte centuriones... 

Quant aux locutions in longitudinein^ in latitudinem, in 
altitudinem, in circuitu, elles sont placées de façon à for- 
mer, avec le nom de nombre et son substantif, cinq des six 
combinaisons possibles. La 6% celle où la locution s'in- 
tercalerait entre le nom de nombre préposé et son substan- 
tif, se lit trois fois dans la 1" classe des mss. du B. G. : 

VII 8, 2 sex in altitudinem pedum. 

VII 69, 5 sex in altitudinem pedum. 

VII 73, 5 très in altitudinem pedes. 

Il est remarquable que le B. G. n'offre aucun ex. sem- 
blable, et que les mss. de la 2® classe du B.G. ne confirment 
pas ceux qui précèdent : 

VII 8, 2 m altitudinem pedum VI ^. 

VII 69, 5 in altitudinem VI pedum p. 

VII 73,5 in altitudinem trium pedum U [pedum triumV). 

Dans ces conditions, il ne paraît pas illicite de rejeter avec 
M. Meusel la leçon de a. 

En dehors des cas mentionnés, on ne trouve chez Gésar, en- 
tre le nom de nombre préposé et son substantif, que des 
adjectifs ou des génitifs se rattachant au substantif. • 



M. GRAMMONT 



UNE LOI FONÉTIQUE GÉNÉRALE 



12 



I 



UNE LOI FONÉTIQUE GÉNÉRALE 

Par M. Grammqnt. 



Quand nous avons publié notre étude sur la Métathèse 
dans le parler de Bagnères-de-Liichon (MSL, XIII, p. 73 sqq.), 
nous avons fait voir que lorsqu'un r tend à devenir implo- 
sif, il peut arriver que son contact soit repoussé par une 
continue, ce qui l'oblige à aller se combiner avec une 
consonne initiale de sillabe ; en même temps nous avons 
indiqué que la nature de la continue n'était sans doute pas 
indifférente au fénomène et qu'un n par exemple devait 
accueillir sans diftîculté le contact de r implosif . Le vocabu- 
laire de cette localité ne permettait pas de préciser davan- 
tage. Dans nos recherches sur la Métatèse à Pléchâtel (Mélan- 
ges Chabaneaity p. 517 sqq.) nous avons reconnu que dans 
certains parlers de la Aute-Bretagne le repoussement de Vr 
n'avait lieu que devant m. Le fénomène se limitait, mais la 
loi n'apparaissait pas encore. Les patois de la banlieue du 
Havre présentent le fait dans des conditions un peu diffé- 
rentes et qui ont chance d'être plus claires. 

Dans la banlieue du Havre * la métatèse de r se produit 



1. Notre documentation repose sur le vocabulaire de C. Maze: 
Etude sur le langage de la Banlieue du Havre, Paris, Rouen, Le Havre, 
1903. 



180 M. GRAMMONT 

d'une manière générale d'après le même procès qu'à Plé- 
châtel et pour les mêmes causes : 

bèrto^ « breton » gèrduyé « gargouiller » 

kérti « frémir » bérdi-bérda « à la âte » 

fértiyé « frétiller » bèrdèl « bretelle » 

tcrtus « tous » bérgyé « blesser » 

évértinô « amoureux » bérbi « brebis » 

pérpô « (à) propos » ékérbuyé « écrabouiller » 

kérso^ « cresson » térsiné « vibrer » 

ébérziyé « écraser » gérzi « grésil » 

férso^né « frissonner » gërzi « froncer » 

bërlok « breloque » gêrnyé « grenier » 

férlûk (( freluche » gërnuy « grenouille » 

gërloté « grelotter » kérnas « crevasse » 

bérlèk « fillette » férnêkyé « fureter » 

Il n'i a pas de différence, pour la question qui nous 
occupe, entre les mots dans lesquels ïr est devenu implosif 
et ceux dans lesquels il l'était déjà originairement, comme 
bérbi. 

On ne trouve guère dans le vocabulaire de C. Maze que 
le mot préno « preneur », qui déroge à la règle. Mais il ne 
constitue pas une difficulté. Ou bien c'est un mot venu du 
français postérieurement à l'accomplissement de notre méta- 
tèse et que l'existence de prendre, pri^z a empêché d'entrer 
dans l'ornière commune, ou bien c'est le remplaçant récent, 
dû à l'influence du français, d'un ancien ^përnô, comme 
prëpô « (à) propos », à côté de pèrpôy que l'auteur lui- 
même donne comme « vieux ». *Pëimô ne figure pas dans 
le vocabulaire, mais on n'en saurait conclure sa non exis- 
tence, car il i manque pas mal de mots aussi usuels que 
pra^dre, que nous lisons à la p. 91 de l'étude grammaticale. 



UNE LOI FONÉTIQUE GÉNÉRALE 



181 



La particularité intéressante que présente à Pléchâtel le 
traitement de rè, èr devant consonne, c'est que si cette 
consonne est m on n'a pas e>, mais ré ou son représentant ; 
m d'autres termes le contact de Vr est repoussé par la 
lirante labio-nasale. Dans la banlieue du Havre ce n'est pas 
ïulement la spirante labio-nasale m, mais aussi la spirante 
(abio-dentale v qui repousse le contact de Vn ; et il faudrait 
îertainement i ajouter / s'il i avait des exemples de èr, rè 
levant ce fonème. 
Exemples devant m: 



frèmé « fermé » 
frémiyé « fourmiller » 



frémi « fourmi » 
frëmiyo^ « picotement » 



Frémiyma'' « fourmillement », que donne le vocabulaire, 
est ou une simple faute ou un mot emprunté récemment au 
français et entré à tort dans la large voie de la métatèse de 
r, comme nous en avons vu des cas à Pléchâtel. Car fonéti- 
quement il n'i a rien dans ce mot qui puisse lui valoir un 
autre traitement qu'à frémiyé ; comparez par exemple 
hérduyé « bredouiller » et bérduyma^ « bredouillement ». 

Exemples devant v : 



eprevie « epervier » 
écrévis ce écrevisse m 
crévézo'^ « mort » 
crevé « puer » 



pruvie « epervier » 
crevas « crevasse » 
crèvar « vaniteux » 
crévo"" « chevron » 



crévo"naz « chevronnage » crévo^né « chevronner » 

On ne peut pas faire état de a^trèmêsyé « entremetteur », 
ni de soJ'trévalé « s'entrevaloir », car à côté de a^térteni 
« entretenir » on trouve a^trétuyé « se faire mutuellement la 
moue », oJ'tréprî^z « entreprise » ; les deux éléments de 
ces composés sont trop clairs, surtout quand le simple 



182 M. GRAMMONT 

existe, comme prî^z, tuyé, et l'évolution fonétique normale 
est entravée par recomposition continue. 

Il i a un mot qui fait difficulté, c'est térvé « triangle de 
fer qui porte les plats » ; non pas qu'il puisse en quelque 
manière porter atteinte à la loi que nous venons d'établir, 
mais, faute de renseignements le concernant, il n'est 'pas 
possible de l'expliquer lui-même avec certitude. Le plus 
vraisemblable est qu'il n'est pas ancien dans la région, car il 
ne figure pas dans les dictionnaires normands de Duméril, 
Yasnier, Robin, Moisy, Métivier, etc., et qu'il i est revenu 
de l'anglais {trevet ou trivet « trépied ») postérieurement à 
la période d'action de notre loi et s'est conformé à tort à la 
règle générale : rè-\-cons. devient e>-|-co?i5. 

Cet examen de la métatèse de r dans la banlieue du 
Havre complète et précise ce que nous avait appris la méta- 
tèse de r à Bagnères-de-Luchon et à Pléchâtel. Pourquoi 
certains fonèmes repoussent-ils le contact de Vr, et à quoi 
est due cette répulsion ? Le fait de posséder un élément 
labial n'i est pour rien ; on le voit nettement à Pléchâtel et 
ici, puisque les occlusives labiales p qï b i acceptent sans 
difficulté le contact de r. Toutes les occlusives, quelles 
qu'elles soient, l'acceptent aussi. Il faut tout d'abord que le 
fonème soit une continue ; mais cette qualité ne suffit pas, 
car l'/i par exemple ne repousse pas Vr. Il est nécessaire en 
même temps que le fonème en question demande, pour 
être articulé immédiatement après Vr, un déplacement très 
considérable des organes buccaux. L'r, tant qu'il n'est pas 
grasseyé, exige un relèvement de la pointe de la langue et 
souvent aussi des côtés. Le v s'articule avec abaissement 
complet de la langue sur toute son étendue. Ce fénomène 
suffit dans la banlieue du Havre pour déterminer le repous- 
sement ; à Pléchâtel il faut le même abaissement et en 
outre celui du voile du palais. En résumé nous avons affaire 



UNE LOI FONÉTIQUE GÉNÉRALE 183 

ici à un fénomène de moindre-action qui peut s'énoncer de 
manière suivante : Lorsque les conditions déterminées 
^plus aut appelleraient l'r au contact d'une consonne sui- 
vante, il est repoussé quand cette consonne est un fonème 
qui demanderait, pour être articulé immédiatement après 
Ut, que les organes buccaux fussent brusquement déplacés 
d'une manière très considérable sans quHntervienne un 
arrêt dans le passage du souffle. 



Maurice HOLLEAUX 

DÉCRET DES AMPHICTIONS 
DE DELPHES 

RELATIF A LA FETE DES NIKÉPHORIA 



DÉCRET DES AMPHIGTIONS DE DELPHES 
RELATIF A LA FÊTE DES NIKÉPHORIA 

Par Maurice Holleaux. 



L'inscription étudiée dans ce mémoire a été découverte à 
Delphes, au cours des fouilles exécutées par l'École fran- 
çaise d'Athènes. Dans le futur Corpus des inscriptions del- 
phiques, elle occupera une place d'honneur. M. HomoUe a 
bien voulu m'autoriser à la porter dès maintenant à la con- 
naissance du public. 

Elle était gravée sur un grand piédestal en calcaire de 
Saint-Élie, que surmontait sans doute une statue du roi 
Eumènes II. Ce piédestal est aujourd'hui rompu en de nom- 
breux morceaux. J'en ai reconnu sept, dont voici la descrip- 
tion : 



I. Inv. 1754. — Champ de fouilles; posé debout sur le soubassement d'un 
monument votif, presque en face de l'autel de Ghios. — Orthostate de 
forme carrée, formant le milieu de la face antérieure du piédestal ; 
complet à droite et à gauche, sauf quelques épaufrures, et préparé à 
joints des deux côtés; brisé en bas. Haut., m. 85. Larg., m. 80. 
Ep., m. 32. Ce morceau se rajuste, à gauche, aux n^^ 857 et 25 ; à 
droite, au n» 1682. Restes de 27 lignes (1. 1-27), dont la première du 
lexte, appartenant au milieu de l'inscription. — il juillet 1894; devant 
le pronaos du temple d'Apollon. 



188 M. HOLLEAUX 

II. Inv, i682. — Champ de fouilles; près du n» 1754. — Bloc qui for- 
mait l'extrémité droite de la face antérieure du piédestal ; complet 
et préparé à joint, sur une hauteur de m. 30, du côté gauche. H., 
m. 67. L., m. 47. Ép., m. 32. Fin de 22 lignes (1. 5-26) ; à partir 
de la 1.46 et jusqu'à la 1. 24, le morceau se rajuste, à gauche, au n» 1754. 
— 22 juin 1894; à l'est du temple, près du monument de Gélon. 

III. Inv. 857. — Musée. — Bloc qui formait l'extrémité gauche de la face 
antérieure du piédestal; à peu près complet à gauche. H., m. 51. 
L., m. 25. Ép., m. 14. Commencement de 13 lignes (1. 3-15). Le 
morceau, sauf une lacune de quelques lettres à chaque ligne, se ra- 
juste, à gauche, à partir de la 1. 4, au w° 1754. — 25 août 1893 ; entre 
la voie sacrée et le côté oriental du temple. 

IV. Inv. 25. — Musée. — Morceau qui se plaçait à la partie gauche de 
la face antérieure du piédestal; préparé à joint et complet du côté droit. 
H., m. 21. L., m. 13. Ép., m. 10. Restes de 6 lignes (1. 21-26); 
à partir de la 1. 21 et jusqu'à la 1. 25, ce morceau se rajuste, à droite, 
au no 1754 et, à gauche, au n» 3746. — Date et provenance inconnues. 

Y. Inv. 3746. — Musée. — Morceau qui appartenait à l'extrémité gauche de 
la face antérieure du piédestal ; complet à gauche sur une hauteur de 
m. 13. H., m. 23. L., m. 24. Ép., m. 15. Restes de 7 lignes (1. 
20-26), dont quatre complètes à gauche ; ce morceau se rajuste, à droite, 
au no 25, de la 1. 21 à la 1. 25. — 16 mai 1896; près de la maison de 
Franco. 

VI. Sans n° d'inv. — Champ de fouilles ; près des n°s 1754 et 1682. — 
Morceau brisé de tous côtés, qui se plaçait vraisemblablement au milieu 
de la face antérieure du piédestal. H., m. 30. L., m. 16. Restes de 
6 lignes (1. 27-32), dont la dernière de l'inscription. — Date et prove- 
nance inconnues. 

VII. Inv. 3157. — Musée. — Petit fragment qui devait se placer vers 
l'angle inférieur droit de la face antérieure du piédestal. H., m. 14. 
L., m. 17. É., m. 29. Restes de 2 lignes (1. 30-31), dont la dernière 
complète à droite. 

La pierre a été réglée avec soin. Les caractères sont hauts 
en moyenne de 0™,02, assez espacés et profondément gra- 
vés, renflés, et munis d^apices à leurs extrémités. On notera 
que les branches obliques en sont toujours plus ou moins 
incurvées. Les o, les w et les 6 sont d'ordinaire beaucoup plus 



DÉCRET DES AMPHfCTIONS 189 

petits, les i, les p, les t et les t], souvent plus grands que les 
autres lettres. Le t: a des jambages presque égaux, que ne 
dépasse pas la barre transversale ; le second jambage du v 
descend moins bas que le premier; la barre de l'a est brisée. 
— Le texte qui suit est établi d'après les copies que j'ai 
faites et les estampages que j'ai pris à Delphes en mai 1907. 

["Ap/ovTo; Iv iisXiïJOî]; ATjuoaOc'vou • Boy^xa 'A[j.9ix[TidvaJv • szeiSr] paailsù;] 
[Eùfxsvriç 7:ap£tX7)ç](oi; :rapà tou TzoLzpoq PaaiXew; 'ATTaXo[u tt^v ts 7:pô; toù; GsoÙ;] 
K £'ja[£iΣ'.av xa\ xr]]v izpoç, Toù; 'A[JL»'.-/.T''ova; euvoiav xal Oltxl:r^[pG)v T7]v Jrpo; 'Pto|a.atou$] 
siXîav <xv. [TIV05 aYJaOou 7:apaiTto; y^'^oV^vo; otaTsXet xoîç ''EXXT]a[iv xal {x£T£a)(^r)xw;] 
Twv aÙTÛv x[iv8û]vcov u;:£p xf}; xotvf);; â<jcpaX£Îa; roXXaîç xoi[v 'EXXrjvtôwv] 7:d[X£(ov] 
ocupcà; 8£S[tox]£v £v£X£v xou Ôiaxr^pcîaQai x/jv u7:apyo'ja[av aùxaiç £'jv]o{x^av • 8t' t^v 
aîxi'av xa\ 'P(o[{xaî]oi ôccapoCfvxE; aûxou xrjv Tzpoai'pfdtv è;i£uÇ[rjxaçïtv x]r](x ^adiXeiav, 
vO[j.(Covx£; [o£T]v xat xwtx PaaiX£wv oaoi pièv £;:c|3ouX£uouaiv [xoT; "EXXJTjatv xuY/àv[£iv] 
x^; xa67]xoj[<jrj;] £7:i;:XT]Ç£co;, odoi Se [jl7]9£v6ç Y-vovxat xaxou [alxiojt xouxou; x[7jç] 

10 ti£Y[:]ax7]; [àÇioJuaOat Tzap 'lauxoT^ 7Ctax£a>ç • â;î£CTxaXx£v 8c x[ai ÔEjcopojç xoùç 

-apaxaX£a[ovx]a; xojç 'A[x^txxiovaç 071101; xô x^; *A8T]vaç xt]; N[aTj(pd]pov x£[X£vo; 
Tjvavaô£[t^wa'.]v êauxcoi ajuXov xa\ xoj; aYwvaç ouç 8t£Y[v(o] auvx£X£îv 
axe3)avtxa[ç xd]v x£ [xoucîixôv îao;cu0tov xat xov ■^u^lvvkov y.a.\\ irtTCiJxôv îaoXufjLJCtov 
à::o8£Çtov[xat • à]7:£XoYtaavxo 8e xal 01 OEwpol xt)v tou ^a.<sikéiùi [£j]votav 7]v r/^wv 

45 8['.a]x£X£r x[o'.V7jt xjs 7:p6; aTcavxa; xoù; "EXXrjvaç xal xa6'î8iav 7t[pôç] xà; 7:dX£t;. • 
[orw; o-Jv xal o\ 'A[x]9'.xxiov£; cpa-'vtovxat £7:axoXou6ouvx£ç To[t;] àÇtoujxô'voi; 
[îîpovoo'jtjLEvot' x£ x]w{j. ^aaiX^cov oaot 3taxr]poyvx£; xtjv Tûpô; 'PwfjL[at]ou; xoù; xotvoù; 
[awxrjpa; oiXi'aJv àei xivo; àYaOou ;:apatxioi Y-vovxai x[oTç] "EXXtjjiv • xu/^tji 
[ocYaO^t • 8£8d-/ôat] xoTç 'A[i.9ixxioatv £7:a'V£aai (3aatX£a [Eù][ji£vr) PaaiXEoj; 

20 ['AxxJaXou [xal oxEj^avtoaat 8apvri; (JXEspavwt xioi lEptoi x[ou 'AJîcdXXwvoç xoj 
[Oujôiou dit 7:à-^p[[dv] E^xtv axc^avoijv xo-j; lauxwv £Ù£pYe[^*S àp£X^ç £v£X£v 
xai £'Jvo''a5 x^[;] £15 xoùç "EXXrjvaç, axTjaat 8à aùxou xa\ £ix[d]va yaXx^v I^'î'tttcou 
£v [A]£Xo[o]t;, àva8£8£r/ôat 8È xal xo t£p6v xr]; 'AÔTjvaç x^5 N[tx]Tj'^dpou xo Tcpôç 
n£pYa[JL[w]'. a<juX[o]v £•.; a;:avxa x6v yjpôvov xaOà av à'J0pia[r]t] paatXEJç Eù[JL£vr)? 

25 xal ari6[^]va àY[£'.]v £[x] xou 7:£pia)pia{j.£V0'j xo'tûou (jltJxe ;:oX£[i.[ou] [xrJxE £Îp7jv7)ç 

îîpo^ — . â;:o8£8£[)(^6]at 8a [x]a[\] xoj; âYw[va]ç [8uo] axEsavtxa;, 



190 M. HOLLEAUX 

[xaGtoç ô paatXeùç âÇioî, xal eiva]i xal i:a[îç Ttfjiatç xal xoîç Xoixoîç 7:a<Ji toÎç êv toT;] 
[vdjjLOtç YeypafXfxsvotç TOfx. [xsv (jL]ouaix6v ia[o7ni0tov, xov Ss y^tJ^vi/ôv xal Î7:7:ix6v] 
[îaoX6{jL;icov • âvaypàtj^at Se to (|/TJcp]iatxa Iv [axrJXatç xat àyaôeiva: Iv AsXooTç Iv xwi] 
30 [teptoi xou 'AtoXXcovoç xou IIuO^oJu xal Ija Il[epYa{jLioi Iv xwt lepwt x^ç 'AÔtjvôc; x^ç 
[Nixrj^dpou • xrjpùÇai 8è xov ax^çavov x6[v ôeSofx^vov xwt (EaatXsî x]a\ xr)v 
[slxdva Ev xwt àYwvi xwv nu6(](ov. 



Observations critiques. 

Pour la justification des suppléments, on devra tenir compte des deux 
faits suivants : les lignes sont de longueur très inégale ; chaque ligne se 
termine par un mot complet. 

L. 1-3: [PaotXeùç Eù{x£vriç TtapeiXTj^Jwç Tcapà xou Tcaxpôç paoïX^wç 'AxxàXo[u 
xrfv xs Tcpôç xoù; ôeoùç (ou izpoç xô ôeîov)] etJo[epeiav xa\ xr)]v T:poi; xoùç 
'Afxcptxxiovaç S'jvoiav. Cf. IG, II, 1, 314, 1. 10: II::apxoxo; 7:a[paXaPtov xrjv 
sîç xov o^[j.ov ol]x£tdx7)xa ; CIG, 2335 = Michel, 394 (Ténos), 1. 4-5: 
7îaxpo7:apa8oxov ;capgtX7)cpto; xtjv T^poi xov 8^{x[ov] f^[AWv suvoiav. — L. 3-4: 
xal 8taxrj[poiv xr]v 7îp6; 'Pwjxaiou;] cptX-'av. La restitution, qui paraît certaine, 
est faite d'après les 1. 17-18. — L. 4-5: [xa\ [xex£avr,xtb$ (ou [x£X£a)(^r]xw,; 
8è)] xwv aùxôSv x[tv8u]vu)v xxX. Cf. Polyb., III, 16, 3: 8tà xô — (jLexsa/^rjxévat 
xwv Tîpô; KXsofxEVT] xtvSuvtov 'AvxiyÔvw ; XXI, 23, 11 : xa\ xtov [xsyi'axtov 
âyojvwv xaî xivôuviov àXTiOivwv u{xîv fjLexea/rjxdxs; ; XXVIII, 13, 2: xtov xaxà 
XT)v erao8ov xr]v zlç MaxeSovtav xtvoivwv [i.£X£t-/^ov ; et les exemples de la même 
locution, tirés des auteurs classiques, que cite le Thésaurus, s. v. xtv5uvo;, 
p. 1566. — L. 5: xw[v 'EXXrjvLÔcov] to[Xewv]. Cf. Or. înscr., 763 (Lettre 
d'Eumènes aux Milésiens), 1. 11 : o'. xà? 'EXXrjvtoaç xaxotxouvxsç 7îo'X[ei;]. — 
L. 7 : £îr£uÇ[7jxaa£v x]r][jL fSaatXEi'av. Cf. Sylloge, 295, 1. 5 : lîrauÇrjxto; 
(Eumènes) xàp. paatXEtav. — L. 11-12 : ojitoç (oi 'AfxcpixxidvE;) xô x^; 'AOtjvôc; 
x^; N[ixr]!pd]pou xe'jjle.vo; auvava8£[iÇa)at]v lauxcot àauXov ; cf. 1. 23 : âva^ÎEOEîyGai 
8e xal xô hpôv xfîç 'Aôr^va; xtj"; N[a]T](pdpou xô Tipô; Il£pYàfjL[to]i àcjuX[o]v. On 
rapprochera de ces deux passages celui-ci du décret des Aitoliens {Syl- 
loge, 295), 1. 17-19: xaôàîîEp ô [3aaiX£Ù; Eùii-Evr^; âva[8£ixvuEt] xô x^[[xevo; xa; 
'A6à]va; xa; Nixaodpou xô ttoxI IlE'pYafxov àauXov (Haussoullier et Ditten- 
berger écrivaient (xva[xaX£î]) j la correction àva[8Eixvu£t] a été proposée par 
moi, Rev. Et. Ane, 1903, p. 210, n» 8, et par Ad. Wilhelm, Gôtt. gel. 
Anz., 1903, p. 795). — Même ligne: 8'iY[vw] guvxeXeTv. Pour cet emploi 
deStayiYvtoaxco, cf., par exemple, Joseph., Ant. Jud., XVI, 62. — L. 12-14: 



DÉCRET DES AMPHIGTIONS 19i 

xai Toù; à-y^va; — âTCo8^Çtov[Tat]. Cf. Sylloge, 295, 1. 8-9: âîToB^ÇaaÔat T0Ù5 
àywva; (jTsoavtxa;. — L. 17 : \Tz^oyQO'j^.zW\. Ts], restitution douteuse, qui 
semble un peu longue pour l'étendue de la lacune ; peut-être [xal Tipo- 
voouvxe;]. — L. 47-18: on a le choix entre toùç xotvoùç [atoTTJpaç] et toùç 
xotvoj; [sùepy^-ca!;]. — L. 24: xo kpov — a<juX[o]v eîç aTcavxa xôv ypovov xaOà 
av â9opto[r|t] paaiXcùç Eùpisvr);. Cf. Sylloge, 557 = V. Prott et Ziehen, Leg, 
Graecor. sacrae, 70 (décret amphictionique relatif au Ptoïon), 1. 5-7 : 
slvat 8s xal àouXov xo lepov xou 'A7:dXXtovo; xou Ilxtotou x6 Iv 'Axpaicpt'otç, fuç 
av al ax^Xat ôpiCwai. — L. 25 : xal [j.r,0[£]va àY[£i]v l[x] xou 7cep£topta[jLevou 
xdîîou. Cf. Sylloge, 295, 1. 19-20: xal [xrjOeva àysiv (xr^Ôè puo[iaÇ£'.v xtvà IJvxôç 
xûv ôpi'wv. — L. 26: sur la pierre et sur l'estampage, il m'a été impossible 
de rien distinguer après Tcpoa — ; je ne sais comment compléter ce passage. 
— Même ligne: àr.ooeU[y^Q]<xt. oï [x]a[l] xoù; àYw[va]$ [8Jo] axscpavt'xaç. Cf. 
Sylloge, 295, 1. 44-15 : à7:o8c8^y0at hï xal xoù; àvàivaç xco[v Ntxaçpopiwv xxX. 
a]x2çavtxa;. Le supplément 8uo, après àywva:, est rendu nécessaire par la 
présence, sur la pierre, d'un espace vide correspondant à trois lettres. — 
L. 27-28 : les suppléments, très incertains et médiocrement satisfaisants, 
ne sont proposés qu'à titre d'essai. L. 27 : [xaGw; ô ^aaiXeùç àÇioî]. Cf. Or. 
inscr., 228 (décret des Delphiens relatif à l'àauXi'a de Smyrne), 1. 10-11 et 
13-14. La restitution [xal sîvajt xal xa[îi; xipLaTç xal xoî; Xo'.tioi; Tràat xxX.] 
est empruntée, partie au décret des Aitoliens (Sylloge, 295), 1. 16, partie 
à celui des Pariens en faveur de Magnésie du Méandre (Jnschr. Magn., 
50), 1. 37-38. Peut-être eût-il été préférable d'écrire, en s'inspirant du 
décret de Chios relatif aux Sotéria {Sylloge, 206), 1. 10, 25 : [xal elva]t xal 
xa[T; f)X'.X''aiç xal xal; xt[jLatç xaîç xoT; varfaoraiv uKapy^ouaatç xxX.]. — L. 31 : 
[xripuÇat 8e xôv axe'Jf avov — [x]al xr]y [slxdva] xxX. Cf. Or. inscr., 234 (décret 
des Amphictions pour Antioche de Chrysaoride), 1. 27-28 : axaaat 8a xàç 
cixdva; — xal xapuÇat Iv xoi; FluOtoi;. 

Ce décret des Amphictions doit être immédiatement rap- 
proché du décret des Aitoliens, découverten 1880, à Delphes, 
par M. B. HaussouUier, et publié par lui en 1881 , dans le Bul- 
letin de Correspondance Hellénique^. Les deux documents 
sont inséparables. Ils sont évidemment contemporains et visent 
le même objet. Faisant droit à la requête du roi Eumènes II, 

1. BCH, V (1881), p. 372 et suiv. (= Fick-Collitz, 1413 =:Dittenber- 
ger, Sylloge, 295 = Michel, Recueil, 291). 



192 M. HOLLEAUX 

présentée par les théores Persas, Théolytos et Ktésippos\ 
les Amphictions. d'une part, les Aitoliens, de l'autre, pro- 
clament l'àcuXia du téménos d'Athéna Niképhoros, situé près 
de Pergame^; ils acceptent, de plus, la transformation, déci- 
dée par le roi, des concours célébrés lors de la fête des 
Ni/.Y3ç6pta en àyoîveç aieoavTTai, avec cette particularité que 
râywv jjLOuaixoç deviendra laoTruôtoç et que l'iywv Y'jjmy.o; xal 
izmY.iç sera laoXùjjLxioç^. 

Ce qui donne un grand prix à la nouvelle inscription, c'est 
qu'elle permet de fixer avec exactitude l'époque où fut ainsi 
réorganisée par Eumènes la fête des ]>liy.T,o6p{2. M. Haus- 
soullier plaçait cette réorganisation entre 179 et 172*. 
Frànkel, se fondant sur l'inscription de Pergame en l'hon- 
neur de la prêtresse Mêtris, qui mentionne les èvaia N'.y.r^îpip'.a 
Toj ffi£oavi-oj àywvsc, et rapportant cette inscription à l'an 
167 % admit que c'est en 183 qu'Eumènes donna un nou- 
vel éclat aux solennités instituées par son père. Cette con- 
clusion a été généralement adoptée ^ ; elle méritait de l'être : 



1. Les théores de Pergame ne sont nommés que dans le décret des Aito- 
liens, 1. 8. 

2. Décret amphictionique, 1. il-12, 23 et suiv. ; décret des Aitoliens, 
1. 10, 17 et suiv. — Il existe, comme on sait, d'autres décrets des Am- 
phictions, appartenant à la même période, qui décernent pareillement 
Vi<sukia. à des sanctuaires ou à des cités: 1° décret relatif à l'àauXi'a de la 
ville et du territoire d'Antioche en Chrysaoride [Alabanda] (Or. inscr., 
234); 2° décret relatif à FaTjXia de la ville et du territoire de Téos (BCH, 
XXVI (1902), p. 282, 284, n» 471); 3° décret relatif à l'àauXia du sanc- 
tuaire d'Apollon Ptoïos, près d'Akraephiae (Sylloge, 557 = v. Prott et 
Ziehen, Leg. Graecor. sacrae, 70). 

3. Décret amphictionique, 1. 12-14, 26 et suiv. ; décret des Aitoliens, 
1. 8-9, 14 et suiv. 

4. BCH, V (1881), p. 378. 

5. Inschr. von Pergam., 167 (= Or. inscr., 299), p. 104 et suiv. 

6. Dittenberger, Or. inscr., 299, note 2; Niese, Gesch. der griech. und 
maked. Staaten, III, p. 66-67 ; Gardinali, // regno di Pergamo, p. 111-112. 
— Les objections de Stahelin (Gesch. der Kleinasiat. Galater, p. 89, 
note 4) n'ont plus besoin d'être réfutées. — Hiller von Gârtringen (Pauly- 
Wissowa, au mot Delphoi, IV, col. 2574) reste sur la réserve. 



DÉCRET DES AMPHIGTIONS 193 

Frânkel, nous le voyons aujourd'hui, ne s'est trompé que 
d'une année. 

Le décret amphictionique est, en effet, daté par le nom 
de l'archonte delphien Damosthénès (1. 1). Cet archonte — 
Az{jLO(76Évy;ç ('ApycXacj) — est connu : cinq actes d'affranchis- 
sement le mentionnent *. Aug. Mommsen a pu fixer sa magis- 
trature à l'année 182-1 81 ^ C'est donc en cette année-là 
qu'eut lieu la rénovation de la fête des Niképhoria^. Ainsi, 
le roi Eumènes y procéda peu après l'achèvement de sa 
guerre heureuse contre Prousias^, au lendemain de la répres- 
sion de la première révolte galate% et dans le temps même 
où il commençait de se trouver aux prises avec Pharnakès, 
roi de la Cappadoce pontique^ 

Le texte du décret amphictionique, très analogue dans 
l'ensemble à celui des autres documents de même sorte, 
n'offrirait qu'un intérêt médiocre, s'il ne s'y rencontrait une 
particularité assez digne de remarque. On n'eût pas prévu 
qu'à propos de la transformation des jeux Niképhoria, il dût 
être beaucoup parlé des Romains. C'est pourtant ce qui 
arrive. Sur dix-huit lignes que compte le préambule du 



1. Wescher et Foucart, Inscr. recueillies à Delphes, n°^ 392, 18, 207, 
38-2, 327. 

2. Philologus, XXIV (1866), p. 42. Cf. Pomtow, ap. Pauly-Wissowa, au 
mot Delphoi, IV, col. 2559, 2635; Dittenberger, Sylloge, 268, 1. 202. 

3. La 9« célébration de ces fêtes (triétériques) se place, par suite, en 
165, et, partant, les [isiXo^jx sjTjacpYfaaxa mentionnés dans l'inscription 
relative à Mêtris (Or. inscr., 299, 1. 7) sont bien, comme l'avait pensé 
Frânkel, les victoires remportées par Eumènes sur les Galates, entre 168 et 
166. 

4. Le traité qui termine la guerre paraît être de 184. Niese, III, p. 72; 
Ed. Meyer, ap. Pauly-Wissowa, au mot Bithynia, III, col. 519 ; Cardi- 
nali, Il regno di Pergamo, p. 106. 

5. Année 184 ou 183? Cf. Niese, III, p. 72; Stâhelin, p. 78 ; Cardinali, 
p. 106. 

6. Les hostilités, dont Pharnakès prit l'initiative, débutèrent probable- 
ment en 183. Niese, III, p. 74 et suiv. Cf. Ed. Meyer, Gesch. des Kônigr. 
Pontos, p. 72 et suiv. 

43 



194 M. HOLLEAUX 

décret, plus de six leur sont consacrées. — Eumènes est 
demeuré fidèle à l'amitié que son père avait vouée aux 
Romains, « communs sauveurs » des Hellènes ; et c'est l'un 
des principaux mérites dont lui savent gré les Amphictions 
(1. 3-4 ; 16-18; et, notamment, 1. 17). — Les Romains, recon- 
naissant les bons procédés d'Eumènes envers les Grecs, ont 
agrandi son royaume (1. 6-7). — Puis vient (1. 8-10) une 
théorie des relations qu'entretiennent les Romains avec les 
rois. Elle est d'une belle simplicité : les rois se partagent en 
deux catégories, les méchants, et les bons, ou mieux les 
inoffensifs. Les méchants sont ceux qui attentent aux intérêts 
des Hellènes (entendez Philippe, Antiochos, Nabis, Prou- 
sias) : ceux-là, les Romains les accablent de châtiments mérités. 
Les bons sont ceux qui, d'abord, ne font pas de mal aux 
Grecs, et qui, à l'occasion, leur sont bienfaisants (entendez 
Attale et Eumènes) : ceux-là, les Romains les « honorent de 
leur confiance ». — Ainsi, contre notre attente, il est ques- 
tion de Rome d'un bout à l'autre des considérants. 

Gela ne laisse pas d'être instructif. C'est d'abord la preuve 
que, vers l'année 180, le parti ennemi de Rome — celui des 
Aitoliens et du roi Philippe V alors réconciliés — n'était pas, 
dans les conseils de l'Amphictionie, aussi puissant qu'on l'a 
parfois supposée Ce parti y pouvait réunir près de la moitié 
des suffrages^ ; il n'y tenait pas encore la majorité. La phrase 

4. On a fait cette supposition à propos du décret amphictionique voté, en 
478-177, sous l'archontat de Praxias (Sylloge, 293) : Dittenberger, 
Hermès, XXXII (4897), p. 489-490 (cf. p. 464): « die von Kônig Perseus 
geleitete Mehreit des Rathes » ; cf. P. Foucart. BCH, VII (4883), p. 436. 
Voir, au contraire, les judicieuses remarques de Niese, III, p. 43, note 5. 

2. L'intitulé du décret de 478 montre que les hiéromnémons étaient au 
nombre de 23. Cinq d'entre eux peuvent être considérés comme les porte- 
parole du roi de Macédoine : les 2 hiéromnémons délégués par le roi ; les 
2 hier, des Magnètes ; le hier, des Dolopes. D'autre part, les Aitoliens 
avaient cinq (ou six) représentants dans le synédrion : les 2 hiéromnémons 
des Locriens ; les 2 hier, des Ainianes; les 2 hier, de la Doride ; et peut- 
être le hier, des Hérakléotes (sur cette question, si controversée, voir, en 



DÉCRET DES AMPHIGTIONS 19S 

du décret (1. 8-9) : twjx gaaiXéwv cjoi '^h emPouXsuouaiv xoiç 
''EXXy;jiv vj^/x'fei'f tyjç xaÔYjxouar^ç èiriiuXY^^swç, bien qu'elle ne 
visât point uniquement Philippe, le visait pourtant de la façon 
la plus directe : jamais, si l'influence du roi avait été prépon- 
dérante dans le synédrion, elle n'eût été écrite. Et, de même, 
les Aitoliens n'eussent point facilement consenti qu'on décer- 
nât tant de louanges aux Romains. Il est intéressant de com- 
parer, à cet égard, la 1. 5 de leur décret à la 1. 7 de celui 
des Amphictions; il s'agit, ici et là, d'une même chose, de 
l'agrandissement des États d'Eumènes. Mais, tandis que les 
Amphictions en rapportent tout l'honneur aux Romains — 
'Pwjjiato'. ÔEwpojvTS^ auTOu Tr;v Tupcaipsaiv éTre'j^K^xaciv rrjjj. [Saa'.Xefav 
— , ce qui en somme est conforme à la vérité historique, les 
Aitoliens se contentent de dire : lirauc^xo); (E'jiJi.évY]ç) -ràix 
pajiXsiav ; dans tout leur décret, le nom de Rome n'est pas 
une seule fois prononcé. 

Pourquoi, au contraire, les Amphictions ont-ils mis tant 
d'insistance à répéter ce nom? Pourquoi l'ont-ils joint sans 
cesse à celui d'Eumènes, comme s'il n'en pouvait être sé- 
paré? Dans cet empressement à parler des Romains, à les 
louer, hors de propos et sans que l'occasion s'en offrît, on 
peut sans doute ne voir qu'un trait de servilité ; mais si l'on 
a égard aux circonstances historiques, si l'on se rappelle les 
négociations laborieuses qu'en 182 Eumènes poursuivait à 
Rome, il sera permis de s'aviser d'une autre explication. 

Attaqué, je l'ai dit plus haut, dèsl83par Pharnakès, roi du 
Pont, Eumènes, très naturellement, s'était tourné vers Rome, 
afin d'en obtenir assistance ; et tout de suite , il avait éprouvé que 
le temps était passé où Rome lui venait volontiers en aide^ 

dernier lieu, Dittenberger, Sylloge, 293, note 12). Gela fait un total de dix 
(ou onze) voix sûrement acquises au parti anti-romain. La majorité était 
de douze. 

1. Cf. l'exact résumé de Niese, Gesch. der griech. und maked. Staa- 
ten, m, p. 74 et suiv. 



190 M. HOLLEAUX 

Sollicité à la fois par les ambassades pergaméniennes et 
politiques*, le Sénat n'avait point pris parti; il laissait traî- 
ner les événements, durer la guerre, et s'obstinait à te- 
nir la balance égale entre les adversaires, encore que la 
seconde des deux commissions qu'il avait envoyées en Asie 
se fût, au retour, prononcée sans ambage en faveur d'Eu- 
mènes^. Visiblement, cet ancien protégé avait eu le tort de 
devenir un personnage trop important ; il commençait de 
déplaire, en attendant qu'il parût suspect ; on avait peine de 
lui pardonner sa puissance, née de la veille sous les auspices 
de Rome, si vite accrue et qui déjà offusquait. Qu'Eumènes 
ait appliqué tous ses soins à dissiper cette malveillance inquié- 
tante du Sénat, il n'y a point à en douter: on le vit, dans 
l'hiver de 181, dépêcher à Rome ses trois frères chargés d'y 
plaider sa cause ^. Mais il ne suffisait pas qu'il protestât lui- 
même de son dévouement et de sa fidélité. Il était bon aussi qu'il 
opposât aux défiances romaines, pour en montrer l'inanité, 
l'opinion que professaient sur lui les Grecs amis de Rome, 
et fît voir, par des témoignages éclatants, qu'à leurs yeux il 
demeurait toujours le roi oiXopw[j.aisç par excellence, juste- 
ment gratifié des bienfaits de la république, invariablement 
attaché à son alliance et perpétuellement digne de sa con- 
fiance. A cet égard, de belles déclarations, un peu ampoulées, 
comme celles des Amphictions, avaient leur utilité : elles 
pouvaient produire à Rome une favorable impression. C'est 
pourquoi je serais bien tenté de croire que l'auteur du 
décret, lorsqu'il rédigea sa motion, suivit docilement les 
indications que lui avaient transmises, de la part de leur 
maître, les ambassadeurs venus de Pergame. 

d. Polyb., XXIII, 9, 4; 9, 3. 

2. Polyb., XXIV, 4, 2-3. 

3. Polyb., XXIV, 5, 2 et suiv. 



Paul LEJAY 



LE PROGRES DE L'ANALYSE 
DANS LA SYNTAXE LATINE 



LE PROGRES DE L'ANALYSE 
DANS LA SYNTAXE LATINE 

Par Paul Lejay. 



Jusqu'à la fin du P*" siècle de notre ère, la langue litté- 
raire présente chez les Romains une extension graduelle de 
certains procédés d'expression, subjonctif, accusatif, génitif, 
datif. Si nous rapprochons ces phénomènes, nous voyons 
qu'ils semblent révéler une tendance générale. Les auteurs 
s'efforcent de distinguer le fait pur et simple du fait entouré 
d'une réflexion quelconque. L'analyse est poussée très loin. 
Non seulement on sépare tout ce qui révèle une intention 
ou un calcul, tout ce qui procède de la pensée d'autrui. Le 
sujet parlant en arrive à déterminer ce qui s'attache de sa 
propre pensée à un énoncé d'apparence objective, à démê- 
ler dans la perception du réel le produit de son raisonne- 
ment ou l'objet de sa réflexion consciente ^ Les écrivains 
classiques témoignent d'un souci toujours croissant de dis- 
cernement intérieur. 



\ . Nous n'avons pas de mot français assez compréhensif pour représen- 
ter cet ensemble de notions. Réflexe a pris le sens presque contraire; sub- 
jectif est trop restreint. On pourrait emprunter à la langue mystique de 
Fénelon réflexif : « Tel est mon plaisir. Cette expression marque un plai- 
sir; mais ce plaisir n'est que le seul vouloir, qui est pour ainsi dire 
rétlexif sur soi-même ». Œuvres, t. 111, p. 300, 



200 P. LEJAY 

Les moyens étaient variés suivant le contexte. Tantôt le 
verbe, tantôt un substantif, parfois un adjectif se trouve 
modifié par la nécessité d'exprimer le réflexif. Ces moyens 
étaient aussi préexistants à ce travail. Quelques-uns, comme 
le subjonctif et le datif, avaient, dès l'origine, des fonctions 
analogues ou semblables à celles qu'on allait leur imposer. 
Nous n'avons pas l'intention d'expliquer comment l'usage 
de Cicéron ou de Tacite plonge par ses racines dans le passé. 
C'est affaire aux linguistes, dont nous n'avons qu'à recevoir 
les conclusions. Notre dessein est de chercher quelles pré- 
occupations, de Plaute à Tacite, ont généralisé des accep- 
tions d'abord rares ou créé des emplois nouveaux. 

Les faits rapprochés ici sont connus. Nous ne nous propo- 
sons pas de les démontrer. Nous voulons seulement en 
extraire la signification. Le lecteur sera donc renvoyé, pour 
plus de brièveté, aux ouvrages d'ensemble de Delbrùck, 
Draeger, Riemann, Schmalz. Le grec est apparenté au latin, 
il présenteun développement littéraire comparable: il pourra 
servir à marquer l'originalité du latin. Enfin nous nous en 
tiendrons à la langue littéraire, la seule dont nous puissions 
suivre l'évolution. 



Le Verbe. 

Il est d'abord nécessaire de bien voir comment se pose le 
problème. Si on laisse l'impératif, qui est à part, la langue 
latine n'a plus que deux modes personnels, l'indicatif 
et le subjonctif. Le subjonctif, remplaçant l'ancien 
subjonctif et l'ancien optatif, s'est trouvé exprimer toutes les 
nuances qui n'étaient pas de simples assertions de la réalité. 



LE PROGRES DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 201 

Par suite, l'indicatif latin est devenu une sorte de négation 
de la modalité, le subjonctif le mode par excellence. De la 
même manière, la 3^ personne est tout ce qui n'est pas les 
deux autres, le neutre le genre de tout ce qui n'a pas de 
sexe, du moins à prendre les choses à vol d'oiseau. Yoilà le 
point de départ. En y remontant, il est clair qu'on n'expli- 
que pas pourquoi Plante dit cuni iiis, et Gicéron ou Horace 
cum ueiis, pour exprimer la même idée : « puisque tu le 
veux ». On pourra, à propos de cum iielis, montrer com- 
ment le subjonctif est employé en vertu des possibilités in- 
hérentes à son origine. Là n'est pas la difficulté. Ce qu'il 
faut expliquer, c'est comment la nuance qu'il traduit, s'est 
introduite vers le temps de Lucilius dans la pensée des Ro- 
mains et, par suite, dans l'expression. Entre Plante et Luci- 
lius, les modes n'ont pas changé de sens ; mais la formule 
a pris dans la pensée une nuance qui a forcé de substituer 
un mode à l'autre, ou plutôt l'attention du sujet parlant 
s'est fixée sur cette nuance. Comment, par suite de quelles 
distinctions inconscientes, là est le problème. Pour nous, les 
Romains ont cherché à distinguer la vue directe et la vue à 
travers un intermédiaire. 

1 . Cette distinction est le principe des règles suivies dans 
le discours indirect. Ces règles forment un ensemble de 
moyens d'expression, où le subjonctif joue son rôle, et qui 
sert à rapporter un discours en tant qu'il est prononcé par 
un tiers. On sait qu'aucune langue indo-européenne n'a usé 
du discours indirect avec la rigueur, l'étendue et la fré- 
quence du latin. Ce qui est caractéristique, c'est aussi le rôle 
du subjonctif. Le latin avait trouvé la proposition infinitive 
dans son héritage. L'emploi du subjonctif dans les proposi- 
tions subordonnées qui gardaient la forme personnelle, est 
une innovation du latin. L'optatif grec n'est usité, en pareil 
cas, qu'après un verbe au passé, et, sous cette condition, il 



202 P. LEJAY 

est usité aussi dans toute une série de propositions qui n'ont 
rien de commun avec le discours indirect ou même avec 
l'expression de la pensée d'un tiers. Un autre principe a 
déterminé son intervention. La comparaison montre la diffé- 
rence des deux langues et rend plus claire la valeur du sub- 
jonctif latin*. 

2. Ce subjonctif est aussi celui de la question indirecte ou 
subordonnée. A l'origine, la question indirecte gardait la 
forme de la question directe-. L'ancienne langue a encore de 
nombreux exemples de la syntaxe primitive et, autant qu'on 
le peut savoir, commune aux langues indo-européennes. On 
explique scio quid ago par la parataxe ou autrement : c'est 
une question de mots, dont nous n'avons pas à nous occu- 
per. Mais déjà le subjonctif domine chez les écrivains archaï- 
ques. Il a été étendu graduellement, si bien qu'à l'époque 
classique l'indicatif n'est plus qu'un ornement de vieux style 
réservé aux poètes et aux prosateurs qui les imitent. 

3. La question indirecte est une variété de la phrase 
relative. A l'époque classique, la proposition relative 

i. S'il s'était simplement agi en latin de marquer une subordination 
plus étroite, il eût été possible d'étendre la proposition infinitive aux 
subordonnées, comme de fait cela est arrivé, dans des cas d'ailleurs très 
rares. — Nous rencontrerons plus loin encore l'opposition de l'optatif 
grec au subjonctif latin. On doit faire ici une observation générale. L'his- 
toire des deux modes présente le phénomène inverse. L'optatif tend à dis- 
paraître de plus en plus de la langue écrite et il paraît à peine dans le 
Nouveau-Testament, par exemple (Blass, Grammatik des neiitesta- 
mentlichen Griechisch, § 66). Le subjonctif latin va toujours en étendant 
ses emplois; voy. Goelzer, Latinité de saint Jérôme (Paris, 1884), 
p. 357, suiv. Dans Jérôme, l'on trouve non seulement les innovations de 
la période du Haut-Empire (Tite-Live, Tacite), mais quantité d'autres 
emplois du subjonctif. — Voy. plus loin, p. 214 et n. 2. 

2. Voir, pour les faits, l'exposé détaillé de M. Delbrûgk d'après les tra- 
vaux antérieurs, Syntax, t. III, p. 271, suiv. La théorie ne m'inspire pas 
une égale confiance. Le rapprochement entre sciebam quid egisset et les 
formules grecques comportant l'optatif repose sur une ressemblance super - 
ficielle. L'effort pour replacer dans un passé commun l'état disparate du 
grec, du latin et du gotique me paraît manquer son but. 



LE PROGRES DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 203 

qui comporte une nuance réfïexive a son verbe au sub- 
jonctif. Cette nuance peut être causale, concessive, adver- 
sative. Elle peut consister en un simple rapport qu'établit 
l'esprit entre les données de la proposition principale et 
l'énoncé de la proposition relative ; en d'autres termes, elle 
peut être consécutive : « Nullus dolor est quem non longin- 
guitas temporis minuat » (Ser. Sulpicius, dansCic, Epist., 
IV, 5, 6). On a l'indicatif quand il y a une simple assertion : 
« Neque enim est uUa fortitudo quae rationis est expers » 
(Cic, Tusc, IV, 50) : « le courage exempt de raison n'existe 
pas », ou « n'est pas un courage ». A l'époque archaïque, le 
subjonctif est encore rare. M. Haie a fait l'histoire de ses 
progrès. Il a remarqué qu'il a dû s'introduire d'abord dans 
la phrase négative*. Gela est naturel. On écarte une idée 
comme fausse ; c'est être bien près de l'écarter comme ve- 
nant d'autrui. Dans le perpétuel dialogue qu'est le discours 
antique, la phrase négative est une espèce de réfutation im- 
plicite. Le sujet parlant a du moins conscience obscurément 
d'un retour que fait sa pensée sur elle-même. 

4. Un cas particulier du subjonctif après le relatif est celui 
de sunt quiagant. A l'époque classique, siint qui est suivi 
du subjonctif. C'est que l'auteur établit un groupe, une ca- 
tégorie de personnes, dont le caractère est, à son avis, de 
faire telle ou telle chose. « Sunt qui agunt » représente, en 
dehors de toute considération subjective, des gens qui agis- 
sent d'une façon déterminée. « Sunt qui agant » représente 
les mêmes hommes considérés par moi comme formant un 
groupe que j'isole au lieu de les laisser dans la foule et 
auxquels j'imprime une sorte de marque distinctive. 
Dans ce second cas, ma réflexion intervient. Si le subjonctif 

1. The CumKonstruktionen (Le\\^zig, 1891), p. 10-2. Noter qu'il n'y a 
rien d'équivalent en grec, sauf dans les cas où le subjonctif exprime 
l'éventualité, non un retour de la pensée sur elle-même. 



20i P. LEJAY 

a fini par être employé habituellement, c'est que ce second 
cas est le plus ordinaire ; c'est aussi un de ces progrès de 
l'expression nuancée aux dépens de l'expression nue, pro- 
grès que nous constaterons souvent et qui finit par supprimer 
la nuance. Cependant on continuera de dire : « multi sunt 
qui agunt », parce que la détermination du groupe est suf- 
fisante grâce à multi. Le subjonctif a pénétré encore ici par 
la phrase négative : « Non sunt qui agant ». L'esprit inter- 
vient pour écarter cette hypothèse comme insoutenable. 
Nous allons retrouver la même évolution à propos de non 
quod. 

On s'est demandé quelle est la nature du subjonctif dans 
ces propositions. La réponse peut varier suivant le contexte. 
Le subjonctif sera souvent un subjonctif de supposition, ce- 
lui que nous avons dans le cas de conscience proposé par 
Cicéron : « Vendat aedes uir bonus propter aliqua uitia 
quae... ceteri ignorent ; quaero... num id iniuste... fecerit?» 
(Z>e off., III, 34*). On peut ramener certaines phrases à ce 
type: « Sed uatem egregium, cui non sit publica uena,... 
hune... facit »(Juv., 7, 53) = « Sit uates egregius, ei sii 
non publica uena : hune facit » ; a Stulti sumus qui nosmet 
ipsos cum P. Clodio conferre audeamus » (Cic, Mil., 20) 
= « Nosmet ipsos... conferre audeamus: stulti sumus » . 
Mais le subjonctif empiète manifestement sur l'indicatif. Son 
rôle n'est pas précisément d'exprimer tel ou tel aspect de la 
pensée, mais de marquer une différence avec les phrases in- 
dicatives. Le latin distingue ce qui est pensé ou voulu de ce 
qui est ; il varie aussi l'énoncé d'un même fait suivant que ce 
fait est exprimé en lui-même ou mis en rapport par la pen- 



4. RiEMANN, Syntaxe, § 169. II ne faut pas exagérer la portée des 
équations qui vont suivre. Je ne veux pas dire que tel soit exactement le 
sens du subjonctif aprè s qui, mais que ce subjonctif peut avoir cette 
origine. 



se 



LE PROGRÉS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 205 

sée avec d'autres données. Ainsi les idées de cause, de con- 
cution, d'opposition entraînent l'emploi du subjonctif. La 
part de lui-même que le sujet incorpore à son langage n'est 
pas indiquée au moyen du subjonctif d'une façon absolue, 
mais seulement par rapport à d'autres façons de s'exprimer 
où cet élément réflexif est moindre. Le subjonctif est un 
procédé de différenciation. 

5. C'est précisément le rôle qu'il a joué dans l'évolution 
des conjonctions. Peu à peu, les Romains ont distingué, en- 
tre les différents emplois d'une même conjonction, ceux qui 
exprimaient une relation de fait et ceux qui exprimaient 
une relation établie par l'esprit. L'histoire de quom le mon- 
tre clairement. Il était naturel que cette conjonction, suivît 
le sort du relatif. Après quom, l'indicatif n'a plus été pos- 
sible à l'époque classique que pour désigner un pur rapport 
de temps. Même quand la phrase comportait une simple 
insistance de l'esprit, la constatation d'une situation caracté- 
ristique, le subjonctif, au moins au passé, devint la règle, 
quom Athenae florercnt^. k. plus forte raison, quand la 
conjonction, à la notion temporelle fondamentale, ajoute une 
idée de cause, de condition ou d'opposition. 

La différence entre la syntaxe ancienne et la nouvelle 
n'est nulle part mieux attestée que par l'imitation d'une 
scène de V Eunuque. Dans Térence, le jeune premier dit : 
« Quand bien même elle me rappellerait, faut-il que je n'aille 
pas la retrouver : Non eam ? ne nunc quidem | quom arces- 
5orultro? )) {Eun.^ 46). Horace, qui reproduit une partie du 
morceau, fait dire à son débauché : « Nec nunc, cum me uo- 
cet ultro, accedam? » {Sat., II, 3, 262-3). Entre les deux 



1. Des deux explications mentionnées encore dans Riemann, Syntaxe, 
oe édit., p. 382, n. 1, aucune n'est satisfaisante. Le subjonctif paraît simul- 
tanément après cum « caractéristique » et après cum consécutif ou adver- 
satif. 



206 P. LEJAY 

poètes, la syntaxe a changé K Perse, qui reprend à son tour 
l'imitation du morceau, dit en serrant Térence de plus près : 
« Nec nunc, cum accersat et ultro | supplicet, accedam?» 
(5, 172). 

6. La même évolution se retrouve dans l'histoire de quod 
et de quia, deux autres formes du pronom relatif. Dans l'an- 
cienne langue, après est quod, nihil est quod, quid est 
quod, etc., où quod e?X encore très voisin de la fonction re- 
lative, le subjonctif n'est guère employé que dans les phra- 
ses négatives. A l'époque classique, le subjonctif est la 
réglée On connaît l'usage: quod (quia) n'est suivi de l'in- 
dicatif que dans le sens de « ce fait que » ou dans celui de 
« parce que » établissant un lien objectif de causalité. Si 
le sujet parlant reproduit l'opinion d'un tiers comme telle, 
ou sa propre opinion, comme une opinion, non comme un 
fait, le subjonctif est la règle. Il en est de même après quia. 
Il suit de là que le subjonctif est nécessaire après non quod 
(rion quid) exprimant une raison que l'on écarte comme 
fausse ou que l'on ne prend pas à son compte. Dans certai- 
nes couches de la population, quand on substitue quod 
(quia) à la proposition infinitive ( « renuntiarunt quod ha- 
berent y), Bel. hisp., 36^), on se conforme à la distinction qui 
a prévalu en employant après la conjonction le subjonctif et 
non pas l'indicatif. L'indicatif pénétrera seulement plus tard, 
quand l'affectation d'en haut et la négligence d'en bas auront 
perverti le sentiment des nuances, surtout sous l'influence 
de la littérature de traduction. Avant l'époque classique, au 



1, M. VoUmer écrit uocat dans Horace, contre la leçon des mss, et en 
se référant à Térence : singulier exemple d'altération savante d'un texte 
transmis intact. 

'1. RiEMANN, § 224, lo. 

3. Premier exemple connu ; voy. Schmalz, dans la Berliner philolo- 
gische Wochenschrift, 4905, 556. Scio quia est encore plus récent, 
voyez ib. 



I 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 207 

contraire, l'indicatif est normal en toute situation; Lucrèce 
observe encore une vieille syntaxe en écrivant : « Non quia 
uexari quemquams^ iucunda uoluptas * » . 

Le subjonctif ne donne pas au verbe le même sens après 
différentes conjonctions. Cum, « puisque », est suivi du 
subjonctif ; quia, « puisque », est suivi de l'indicatif. Mais le 
subjonctif joue toujours le même rôle. Il oppose à cum tem- 
porel cum causal, à quia simplement causal quia accompa- 
gné d'une nuance accessoire. L'esprit latin a fini par distin- 
guer dans les emplois de cum et dans ceux de quia le plus 
objectif. A celui-là est réservé l'indicatif et la conjonction y 
garde le sens le plus éloigné de toute complication psycholo- 
gique. Tous les autres emplois, chargés, à divers degrés, de 
réflexion ou de calcul, sont opposés au premier et forment 
un groupe que le subjonctif caractérise. 

7. Les conjonctions qui signifient « avant que, jusqu'à ce 
que » sont suivies du subjonctif quand il y a une idée d'in- 
tention. Elles ont la même construction, quand elles signi- 
fient « sans attendre que », « avant qu'on ait eu le temps 
(ou le besoin) de », c'est-à-dire quand elles énoncent un 
rapport établi par l'esprit entre les deux événements. L'in- 
dicatif reste le mode usité seulement quand ces conjonctions 
représentent une pure succession temporelle. Et même 
encore ici, au moins dans la langue soutenue, le subjonctif a 
supplanté l'indicatif quand le verbe au présent se rapporte à 
l'avenir : « antequam dicamus de..., uidetur dicendum 
de... ». Il peut toujours se glisser une idée d'intention dans 
l'annonce de ce qu'on fera. Ce subjonctif présent est, au 

4. RiEMANN, § 193. — On pourrait ajouter que quia étant devenu causal 
à une date très ancienne, on a pris l'habitude de l'opposer aux nouvelles 
conjonctions causales construites avec le subjonctif, quod et cum. Dès 
lors; à l'époque classique, on dira plus volontiers non quod scripserit que 
non quia scripserit. Sur le sens de non quia scripsit, voy. Riemann, 
Synt., i 194, r. 3. 



208 P. LEJAY 

surplus, une extension propre à la langue la plus raffinée ; 
l'indicatif n'est pas complètement éliminé de la langue 
familière et des discours publics ^ 

8. La distinction du fait et de la pensée explique le sub- 
jonctif après tamquam, quasi : « Parui primo ortu sic 
lacent, tamquam omnino sine animo sint » {De fin., V, 42). 
Ce n'est pas qu'en fait ces petits soient privés de vie, mais 
on dirait qu'ils le sont. Le sujet pensant interpose devant le 
fait une image. « Aristoteles ait omnes ingeniosos melancho- 
licos esse... idque, quasi constet, rationem cur ita fiat ratio- 
nem adfert » (Tusc, I, 80). Quasi constet est une réflexion 
de Gicéron qui interprète la pensée d'Aristote ; constat affir- 
merait un fait. On comprend comment, chez les écrivains du 
i" et du n* siècle de l'ère chrétienne, tamquam a pu, dans 
une certaine mesure, devenir un des moyens d'expression 
du discours indirect : « Arguebat. . . conscientiam ducis, tam- 
quam falso crimine opprimer etur'^ » (Tac, Eist.^ IV, 25). 

9. Depuis les recherches de Riemann^ il est acquis que 
le subjonctif employé après potius qiiam exprime une idée 
d'intention dès le temps de Plante. Cependant, jusqu'à 
l'époque classique, et particulièrement dans Plante, l'autre 
construction est quelquefois employée, « d'une manière illo- 
gique », dit Riemann; plutôt, par survivance. Mais le sub- 
jonctif ne suffit bientôt plus. A l'époque classique, on com- 
mence à ajouter ut {potius quam ut) pour rendre sensible 
l'idée d'intention : le premier procédé de différenciation 
étant usé, on y en joint un second. 



1. Voy. Riemann, ^ynt. lat., § 214 (5^ éd., p. 37i, note 1). Priusquam 
est déjà suivi du subjonctif dans l'ancienne langue quand il y a idée d'in- 
tention ; LiNDSAY, Syntax of Plautus, p. 133. 

2. Voy. Gh.-E. Bennett, dans VArchiv de Wôlfflin, XI, p. 405, suiv. 
Une partie des exemples cités par M. Bennett doivent aussi s'expliquer 
par la substitution de tamquam, etc., à quod devant le subjonctif. 

3. Revue de Philologie, t. XII (4888), p. 43 ; cf. Syntaxe, § 226. 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 209 

10. Si nous sortons du groupe des conjonctions issues du 
pronom relatif S dum et c/on^c présentent les mêmes parti- 
cularités que antequam et priusquam. Mais à l'époque 
impériale, ces conjonctions sont suivies du subjonctif sans 
aucune des raisons que nous avons vues : « Danuuius... 
pluris populos adit, donec in Ponticum mare erumpat » 
(Tac, Germ.^ 1). Dans ce chapitre de données géographi- 
ques, le Danube n'est pas personnifié. Cependant donec 
erumpat est la construction que l'on emploierait s'il était 
personnifié. Elle est donc plus vivante que l'indicatif. Par 
une recherche littéraire, Tacite arrive à fausser la valeur 
des moyens d'expression. Encore un exemple de l'usage 
abusif de l'expression nuancée à l'époque impériale. 

11. Il faut expliquer d'une manière peu différente l'em- 
ploi du subjonctif après dum, « pendant que, en », 
postquam, ubi, exprimant de simples rapports temporels. 
M. Haie y a vu avec raison une influence de la construction 
de cum « caractéristique » (cum Athenae florerent)^. Le 
subjonctif sortait la proposition de la banalité. Il était tentant 
pour un poète comme Virgile ou un prosateur comme 
Tacite d'étendre cette « élégance » : « Illa quidem, dum te 
fugeret,... hydrum... non uidit in herba » (Virg., Géorg., 
IV, 457-9). On en vient de très bonne heure à employer 
cum lui-même avec le subjonctif pour exprimer un pur rap- 
port temporel. Il faut reconnaître aussi que souvent le sens 
permettait l'une ou l'autre construction. 

12. De même quanquam, est suivi du subjonctif dans Vir- 
gile, Tite-Live, Tacite. Le mot suffisait à exprimer la res- 

i. Le subjonctif après quamuis me paraît être un véritable subjonctif 
de supposition ; voy. Riemann, Synt., § 201, r. 1. 

2. Die Cum-Konstruktionen, p. 303. Les exemples cités, p. 304, de 
posteaquam avec le subjonctif ont été contestés : voy. Riemann, Syn- 
taxe, 5e éd., p. 375, n. 2. Il est sans importance pour notre thèse que le 
phénomène remonte à l'époque classique. 

U 



210 P. LEJAY 

triction. Il faisait partie de la catégorie des relatifs indéter- 
minés qui n'ont jamais été suivis du subjonctif avant l'Em- 
pire. Mais les poètes ont cru rajeunir le mot et rendre plus 
évidente sa fonction psychologique en le faisant accompagner 
du subjonctif. 

13. Un dernier emploi du subjonctif dans les propositions 
subordonnées reste à citer. C'est le subjonctif dit de répéti- 
tion, l'emploi de l'imparfait et du plus-que-parfait du sub- 
jonctif dans les propositions relatives, conditionnelles et 
temporelles*. On a beaucoup disputé sur la date de cette 
innovation ^. Quoi que l'on pense des deux douzaines 



4, Il y a aussi en grec un subjonctif de répétition, mais qui est 
employé à des temps où, en latin, le subjonctif n'était pas d'abord usité et 
où il a toujours été rare (si sit, si fuerit). 

1. Dernièrement la question a été reprise par le P. Lebreton, Caesa- 
riana syntaxis quatenus a Ciceroniana différât, p. 37, qui allègue 
l'i exemples de César et 19 de Cicéron, Quand on épluche cette liste, 
il n'en reste pas beaucoup. I. Cicéron, Pro Rab. Post., 10 : Quod cum 
fecissent, permulti saepe uicerunt. Le rapport exprimé ici par le mode 
est celui de cause à effet : « Parce qu'ils agirent ainsi... ». Je trouve le 
sens explicatif ou causal dans : De or., I, 112 (cum peterem : peut se 
discuter; cf. cependant le récit de Val. Max., IV, 5, 4 : faire acte de 
candidat embarrasse Crassus et l'induit à éloigner Scévola) ; Brut., 143 
(cum de aequo et bono disputaretur, « étant donné que... »; cela 
caractérise Crassus en regard d'Antoine) ; Ver., IV, 48 (cum caractéris- 
tique); P. Balbo, 45 (ad Furium et Cascellium praediatores : ce dernier 
mot, omis parle P. L., est essentiel, pour se rendre compte du rapport 
des propositions); Phil., XIV, 22 (la proposition de Cicéron n'a pas 
été mise aux voix, à cause des noms de guerre et d'ennemi) ; Fin., II, 
62 (cum caractéristique) ; Rep., II, 59 (même observation). D'autre 
part, cum marque une opposition dans Pro Quinctio, 39 ; P. Cael., 
11 (le sens des verbes est exclusif de l'idée de répétition) ; Dei., 28. 
Dans le De N. D., III, 8, diceres est un subjonctif oblique. Je ne 
retiens donc que 4 exemples, de la liste de 19 dressée par le P. L. : De 
or., I, 232; Brut., 190; Or., 9 ; De diu., I, d02. Ce n'est pas un hasard 
s'il n'y a aucun exemple dans les discours. — II. César. Déjà M. Meusel, 
p. 371 de ses Beitràge, que ne cite pas le P. Lebreton, avait restreint 
singulièrement l'usage du subjonctif de répétition dans César. De la liste 
donnée par le P. Lebreton, j'éliminerais : B. G., l, 25, 3 (sens causal) ; 
VII, 16, 3 (sens causal) ; 17, 4 (opposition et liaison logique) ; 80, 4 (cau- 
sal : le texte de Thuc. ne prouve rien, puisque le grec n'a pas de construc- 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 211 

d'exemples que l'on a cru trouver dans Gicéron et dans 
César, certainement le phénomène est postérieur à la mort 
de Lucilius et son extension est propre à la langue de 
l'Empire. 

L'innovation est encore, en ce cas, probablement due à 
l'influence de la syntaxe de cum. Mais son principe est tou- 
jours le même. Le subjonctif en soi n'exprime pas la répé- 
tition. Il témoigne seulement d'une certaine insistance; il 
caractérise, dans quelque mesure, la façon d'être du sujet ; 
il dit plus ou autre chose que l'indicatif. Procédé de diffé- 
renciation, il révèle que la pensée s'attache de manière par- 
ticulière à une action. 

14. L'emploi du subjonctif latin dans les propositions 
principales ne présente pas, en général, de particularités 
qui ne s'expliquent par les fonctions de l'un des modes pri- 
mitifs, optatif et subjonctif. Une seule innovation doit être 
mentionnée, qui s'étend aussi bien à certaines subordon- 
nées, l'irréel, c'est-à-dire l'emploi de l'imparfait et du plus- 
que-parfait du subjonctif dans des circonstances où la lan- 
gue française se sert, soit de l'imparfait de l'indicatif, soit 
du conditionnel. Le grec se contente des temps secondaires 



tion comparable à celle de cum causal : pour exprimer une même idée, 
chaque écrivain a suivi le génie de sa langue) ; B. C, III, 24, 2 (l'idée 
de répétition n'est pas probable et la proposition décrit la situation comme 
intéressante : voir la suite du récit) ; 50, 1 (cum animaduertissent ne 
peut signifier « toutes les fois qu'ils avaient remarqué », mais « parce 
que, comme ils avaient remarqué). Dès lors, il reste : B. G., II, 20, 1 
(que M. Meusel considère comme une glose); V, 19, 2 (texte incertain j 
M. Meusel, ih., p. 372, conjecture : effuderaf) ; VII, 35, i (texte dou- 
teux) ; B. C, II, 41, 6 ; m, 47, 1 • 48, 2. Comme l'a vu M. Meusel, ce 
subjonctif n'existe sûrement que dans le De bello ciuili, et il est signifi- 
catif que les trois exemples du De bello gallico sont suspects pour d'au- 
tres motifs. — Tous ces exemples sont après cum ; aucun ne se présente 
après le relatif ou une autre conjonction qui ne puisse être contesté. 
Cette différence doit aussi inspirer des doutes sur la nature véritable de 
ces subjonctifs. 



212 P. LEJAY 

de l'indicatif, auxquels il ajoute av (xsv) dans la proposition 
principale. L'ancienne langue employait aussi l'optatif avec av 
(xEv), c'est-à-dire la forme verbale qui exprimait générale- 
ment l'idée de possibilité, du moins dans la proposition 
principale. Dans des phrases comme si amicum habererriy 
felix essem, il s'agit toujours d'un état dont l'origine 
remonte au passé : « Je n'ai pas su me faire d'amis )>. Cela 
est si vrai que, en français et en anglais, le passé est 
employé dans ces expressions. Elles comportent donc deux 
notions : celle du passé et celle de l'hypothèse. Le latin a 
marqué fortement le caractère hypothétique par l'emploi du 
subjonctif. Ce subjonctif passé a une telle force qu'on le 
retrouve même en dehors de la phrase conditionnelle, même 
quand l'idée d'une condition non réalisée est tout à fait 
obscure, dans l'expression d'un regret : utinam muer et ^ 
dans la protestation : non redderem, dans l'hypothèse irréa- 
lisable non soumise à une condition : uellem. Dans toutes 
ces expressions, il y a l'idée d'un passé, mais d'un passé 
irréparable. Un sentiment se mêle au souvenir. 

Cet emploi de l'imparfait et du plus-que-parfait du sub- 
jonctif remonte à une époque préhistorique. M. Delbrûck 
l'explique par l'origine optative des formes. Cela est possi- 
ble \ Mais il n'est pas douteux qu'en latin cette série de 
temps a pris une physionomie particulière. On ne peut non 
plus séparer leur fonction dans l'expression de l'irréel et 
dans la proposition temporelle. Si après cum temporel le 
subjonctif s'est introduit d'abord à l'imparfait et au plus- 
que-parfait pour caractériser une situation, c'est que déjà 
ces formes jouaient un rôle psychologique dans d'autres cir- 
constances. La rencontre n'est pas un hasard. 

15. Au subjonctif, mode de la proposition subordonnée 

1. S>yntax, II, p. 398. 



LE PROGRES DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 213 

qui passe au discours indirect, il faut rattacher un des 
emplois du réfléchi. Le réfléchi peut renvoyer au sujet dont 
on rapporte la pensée : « Faustulo spes fuerat regiam stir- 
pem apud se educari » . Le réfléchi se trouve même dans des 
phrases où l'idée de la pensée d'un tiers résulte du contexte, 
sans être exprimée directement : « Romanis multitudo sua 
auxit animum » , « le sentiment de leur force numérique » ; 
« Admonere alium egestatis, alium cupiditatis suae », les 
amis de Catilina se disent : « ma pauvreté, mon avidité » 
(Sall., Cat.y 21, 4; cf. 14, 3 : « Omnes quos flagitium, 
egestas, conscius animus exagitabat )))\ Le grec n'offre rien 
de comparable à ces deux derniers exemples. Dans des 
phrases de ce genre, il se contenterait de l'article. Ainsi le 
latin et le grec ont en commun le réfléchi « indirect ». 
Mais ce pronom paraît être d'abord une variété ou une 
extension du réfléchi grammatical qui renvoie au sujet de la 
proposition ; car il renvoie au sujet de la proposition princi- 
pale (c'est le cas le plus ordinaire), ou à son sujet logique. 
Les Latins ont été plus loin. Ils ont donné à ce mot une 
valeur qui leur permettait de distinguer une fois de plus le 
fait et la réfraction du fait dans un esprit. 

Le procédé n'a pas été tout de suite appliqué avec rigueur. 
Ce qui le prouve, c'est une difficulté d'usage que les gram- 
mairiens expliquent de différentes manières. Dans une 
phrase comme celle-ci : « Misit qui uocarent ad se », on 
devrait toujours trouver réunis le réfléchi et le subjonctif, 
expressions de la pensée d'un tiers. Il s'en faut que les 
choses se passent avec cette régularité. Cicéron, surtout 
dans ses premiers écrits, emploie le réfléchi à côté d'un 
verbe à l'indicatif. La langue ancienne en présente aussi des 
exemples, qui seraient plus nombreux, sans doute, si l'on 

1. Voy. RiEMANN, Syntaxe, § 9 a, ^o. 



214 P. LEJAY 

avait étudié de plus près la syntaxe de la proposition expri- 
mant la pensée ou l'intention d'autrui. L'incohérence est évi- 
dente quand une phrase relative est un membre nécessaire 
d'un discours indirect : « Dicit capram, quam dederam 
seruandam sibi, etc. » (Plaute, Merc, 238)*. Nous avons 
affaire à une particularité de la langue familière. Kiihner 
a essayé de l'expliquer par la contamination des deux types 
quam dederam ex et quam dedissem sibi. On pourrait dis- 
cuter cette hypothèse si le type quain dedissem sibi était 
aussi fréquent dans le discours indirect que le type quam 
dederam ei dans la narration. Mais cela n'est pas. Les 
anciens écrivains latins emploient très souvent l'indicatif 
dans la proposition subordonnée du discours indirect sans 
qu'on puisse alléguer une raison ou un prétexte, parenthèse, 
anacoluthe, longueur de la période^. D'autre part, Caton dit 
sans sourciller : « Vitis si macra erit, sarmenta sua conci- 
dito » {Agr.j 37). Le possessif est injustifiable. L'ancienne 
langue comportait donc une grande liberté. Peu à peu, les 
tournures concurrentes ont été classées et affectées chacune 
à un service particulier. Ce triage ne s'est pas fait tout d'un 
coup, et les écrivains classiques ont encore des traces de la 
liberté première. Mais ce travail a été accompli dans la 
même direction que d'autres restrictions analogues. Tandis 
qu'il embarrasse les grammairiens qui jugent d'après un 
code, il révèle à l'historien l'instinct confus qui dirigeait 
l'élaboration de la langue classique ^ 

16. Une catégorie particulière d'exceptions paraît confir- 



1. Voy. HoLTZE, Syntaxis prise, scr. lat., ï, p. 364. La question n'est 
pas traitée par M. Lindsay. 

2. HoLTZE, ib., II, p. 133, suiv. 

3. A cette revue, il faudrait peut-être ajouter un fait de morphologie. 
A l'époque classique, le nombre des verbes qui prennent la forme dépo- 
nente devient considérable ; voy. Neue, Formenlehre, III, p. 17, suiv. 
Pour des verbes comme frustror, mereor, « mériter » (opposé à mereo, 



LE PROGRES DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 21.j 

mer notre interprétation du subjonctif. Un verbe est à une 
forme de l'indicatif, alors que, pour une des raisons généra- 
les que nous venons de voir, on attend le subjonctif. Mais 
précisément ce verbe signifie « penser », « croire », « dire ». 
Il a le sens que donnerait à la phrase le subjonctif. Il reste 
naturellement à l'indicatif. Madvig remarque que l'on trouve 
très souvent des phrases à l'indicatif au lieu du subjonctif déli- 
bératif ; « fere autem constanter id faciunt cum... ex aliis 
quam sententiam se suscipere uelint quaerant » ' . Cette expli- 
cation est obscure ; elle pourrait convenir à toute question 
délibérative prononcée devant témoin. Les exemples cités 
sont très clairs. Tous contiennent un verbe signifiant « pen- 
ser », arbitramur, existijnamiis, putamus : « Stantes plau- 
debant in re ficta : quid arbitramvr in uera facturos 
fuisse? » (Gic, Lael.j 24). Le subjonctif est habituel dans 
César après sunt qui. La seule exception du de Bello Gal- 
lico (IV, 10, 5) porte justement sur existimo : « Ex quibus 
sunt qui piscibus atque ouis uiuere existimantur » ^. 

En pareille occurrence des confusions sont possibles : 



« acquérir »), la forme déponente peut avoir été préférée pour marquer 
une opération de l'esprit, un calcul ou une réflexion. Mais d'autres sens 
du déponent interviennent. La question est complexe. Enfin il ne faut pas 
confondre le sens réfléchi avec ce que nous appelons ici le sens réflexif. 

i. Madvig, Opiiscula academica, p. 437-438 ; l''e éd., II, p. 40. 

2. Inversement, dans une question oratoire, un verbe signifiant 
« croire » ou « penser » à la 2^ personne, est mis au subjonctif au dis- 
cours indirect. On dira : « Quonam modo se obliuisci P. Decii posse ? », 
parce que c'est l'équivalent d'une proposition non interrogative nullo 
modo obliuisci se posse (possum au discours direct). Au contraire, dans : 
« Ignominianc sua quemquam doliturum censeret », quemquam dolitu- 
rum serait possible isolément : « Nemo ignominia tua dolebit », C'est le 
cas précédent. On ajoute censés : la phrase devient une question directe 
et retombe dans un autre cas : toute question réelle et toute question 
oratoire exprimant un sentiment (blâme, douleur, etc.) a son verbe au 
subjonctif dans le discours indirect, quand ce verbe est à la seconde per- 
sonne. Vov. RiEMANxX, Syntaxe, § 228, et Rev. de phil, VII (1883), 112 
et 164. 



216 P. LEJAY 

« Legatos... multi missos fecerunt... quod illorum culpa se 
minus commode audire arbitrarentur » {Ver.^ III, 134) ; on 
attend : quod... audirent ow quod... audire arhitrahantur \ 
« Litteras quas me sibi misisse diceret recitauit » (JPhil., 
II, 7); on attend misisse dicebat ou misisset\ Des mépri- 
ses analogues s'observent dans toutes les langues, notam- 
ment dans l'emploi des négations -. 



II 



Les formes nominales. 

1. L'accusatif est le cas de la subordination. 11 sert à 
reproduire au discours indirect le nominatif ou le vocatif du 
discours direct : Cic. , P/iil., II, 30 : « Ciceronem exclamauit » ; 
Ovide, Met., III, 244 : « Actaeona clamant » ; « il s'écria : 
« Cicéron ! » ; « ils crient : « Actéon ! ». Cette fonction 
existe depuis les plus anciens temps jusqu'au seuil du 
v« siècle de l'ère chrétienne, au moins dans les œuvres lit- 
téraires ; Plaute, Am., 1120: « Exclamât uxorem tuam », 
« il s'écrie : « Alcmène ! » ; épitaphe du pape Sirice 
(f 398), dans Ihm, Damasi epigr., 93, 4 : « Cunctus ut 
populus pacem tune soli clamaret ». Dans ce dernier texte, 
l'expression signifie : « Le peuple répond : Pax ! à l'évêque », 
c'est-à-dire, avec un sens ecclésiastique particulier, le peu- 
ple accepte d'être en communion avec lui ; voyez la note de 



i. RiEMANN, Synt., § 193, r. 2; § 224, 2^ note (5e éd., p. 388, n. 2). 

2. W. Heraeus, Jahrbûcher, 1886, p. 713, et 1891, p. 501 ; Polle, 
Phil., 4892, p. 759 ; P. Thomas, Journal de Vinstr. publ. en Belgi- 
que, 1885, p. i, et 1907, p. 228. 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 217 

Ihm. Ce rôle grammatical de l'accusatif le préparait à un 
rôle psychologique. 

Il entre en effet en concurrence avec l'ablatif dans la 
construction des verbes de sentiment. L'ablatif latin pré- 
sente la cause comme agissant en quelque sorte du dehors 
sur l'âme, à la manière d'un instrument ; l'accusatif fait 
intervenir la conscience du sujet. Maei^eo, qui exprime la 
douleur silencieuse et contenue, se construit surtout avec 
l'accusatif. Il se construira avec l'ablatif quand on voudra 
indiquer la cause comme extérieure. S'il s'agit du chagrin 
que les amis de Gicéron éprouvent à le voir s'abandonner 
au désespoir après la mort de Tullia, Ser. Sulpicius écrira : 
« Da hoc... amicis ac familiaribus qui tuo dolore maerent » 
(Epist., IV, o, 6). Sulpicius ne veut pas dire qu'il fait sien 
le deuil de Gicéron {tiium dolorem maerent). De même 
l'envie causée par le bien d'autrui ne peut comporter d'au- 
tre expression, 2c^qc maerere, que celle de Gic, P. Balbo, 
56 : « Sermones hominum alienis bonis maerentium ». 

Ges faits sont connus. Ils comportent seulement quelques 
remarques. 

Il ne faut pas faire rentrer ces accusatifs dans la catégorie 
de (( l'objet intérieur » (ici et ailleurs, j'emploie la termino- 
logie connue sans prétendre l'approuver ou la discuter). 
L'accusatif « intérieur » répète sous forme nominale l'idée 
contenue déjà dans le verbe : dolorem maerere, et les deux 
mots ont le même sujet. Dans Gic, P. Sestio, 32 : « Ne 
maererent... rei publicae calamitatem », maererent et 
calamitatem expriment deux notions distinctes appartenant 
à des sujets différents. Quand Caelius écrit: « Gauisos homi- 
nes suum dolorem » (Gic, Epist., VIII, 14, 1), ce n'est pas 
une « extension hardie de la figura etymologica » ; car 
suum dolorem n'est pas le substitut de quanta gaudia dans 
Gatulle, 61, 117: « Quanta gaudia gaudeat ». G'est la cause 



2i8 P. LEJAY 

du sentiment et probablement pour gaudere le premier 
exemple de l'accusatif ^ 

Cet emploi de l'accusatif est, en effet, assez récent. Chez 
les comiques, il n'existe pas : aliquam amore deperire s'ex- 
plique autrement -, et ne suppose un sentiment que par voie 
de conséquence ; la réalité physiologique est au premier 
pian. César est encore très réservé. Les poètes étendent ce 
procédé qui donne aux mots plus de profondeur : on trouve 
chez eux laetari, inirari^ stupere, tremescere, etc. La prose 
de l'époque impériale s'empare de la construction et la rend 
banale. Cicéron avait dit : « Quis non doluit rei publicae 
casum » (In Vat., 31) ; mais on disait à son époque et 
jusqu'au ii*" siècle de l'ère chrétienne : pes dolet ^ : la dou- 
leur n'a pas une cause morale. Plus tard, Fronton pourra 
écrire (^Ad am., 16) : « Grauiter oculos dolui ». Alors on 
tentera de rétablir la nuance effacée en prenant un autre 
cas de sens psychologique : « Noli dolere, mater, factiii 
meo » (BuECHELER, Carm. epigr., 148, 1). 

Un moyen d'expression qui existe antérieurement est pris 
pour établir une différence entre l'énoncé d'un fait et la tra- 
duction d'un événement intime de la conscience. Ce rôle est 
préparé par d'autres fonctions, et, dans le cas de l'accusatif, 
la figure étymologique, très fréquente dès le temps de 
Plante, a pu aider l'innovation. La distinction est étendue 
progressivement. Les poètes en usent pour relever leur 
style. Les prosateurs suivent et bientôt la fréquence du tour 



4. Contre Antoine, dans son édit., p. 163. Madvig (cité par Antoine) 
avait bien vu, mais sa correction est inutile. Seyffert, éd. de Laelius, 
2e éd., p. 83, parle aussi de « contenu «, « Inhalt ». — Bien entendu, id 
gaudeo (Ter., Andr., 361), illud g audeo (Cic, Brwi., 456), n'ont rien 
à faire ici ; voy. Riemann, Synt., § 3o d. 

2. Seul cas cité par Draeger, § 46i, outre des ex. de pronoms neutres 
Voy. LiNDSAY, Syntax of Plautus, § 40, p. 26. 

3. ScHMALZ, Antibarbarus, 5^ éd., t. I, 470. 



LE PR0GRP:S de L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 219 

en supprime la valeur particulière. Telle est la courbe 
de l'évolution. Plus d'une fois, nous la retrouvons iden- 
tique. 

2. En dehors de l'emploi partitif, le génitif latin a deux 
fonctions générales. On les reconnaît facilement quand elles 
sont réunies dans une même phrase : « In illum (Clodium) 
odia ciuium ardebant desiderio mei » (Gic, Mil., 39). Au 
premier génitif, ciuium, on pourra substituer un possessif, 
odia uestra. Cette substitution est impossible dans desiderio 
mei ; on ne peut dire desiderio meo, sauf confusions, rares 
ou discutables chez les bons écrivains. 

Le grec a, comme le latin, une grande variété de génitifs 
du type desiderio Ciceronis ; mais on sait que le génitif des 
pronoms personnels n'est guère usité en ce cas. Au con- 
traire, on trouve d'ordinaire le possessif : çoêoç ô 6|jL£T£poç 
désigne aussi bien la crainte que vous inspirez que celle que 
vous éprouvez. Le latin, ayant ici deux moyens d'expres- 
sion, en a profité pour établir une différence et cette diffé- 
rence revient à la distinction du fait et de l'opinion. 

La nature de cette distinction a été établie autrefois par 
M. Louis Havet dans un cours du Collège de France. Le 
rapport possessif est un rapport de fait. L'autre rapport, 
celui de desiderio mei, est de nature psychologique ; c'est 
« le regret que vous éprouviez pour moi » : le regret et son 
objet sont vus, pour ainsi dire, à travers l'âme d'autrui. Un 
des exemples cités par M. Havet est très clair : « Is enim 
splendor est uestrum ut eadem postulentur a uobis quae ab 
amplissimis ciuibus » (Cic, Att., VII, 13, 3). Gicéron parle 
des exigences de l'opinion publique vis-à-vis d'Atticus et de 
Peducaeus. Splendor uestrum, ce n'est pas « l'éclat que 
vous possédez », splendor uester, mais « l'éclat que l'on voit 
en vous, dont vous jouissez aux yeux du monde ». II y 
a donc intervention d'un tiers. Ce tiers pourrait être identi- 



2iO P. LEJAY 

que au sujet parlant. Alors il présenterait l'énoncé comme 
une opinion ou un sentiment personnel*. 

Cette distinction ne paraît pas fort ancienne. Le premier 
exemple que je vois du génitif du pronom est dans Ter., 
Hec, 219, odiiim tui^. Mais il faudrait savoir plutôt dans 
quelle mesure le possessif se rencontre chez les écrivains 
anciens au lieu du génitif. On cite Plaute, Am., 1066, 
terrore meo\ Ter., Ph., 1016, neglegentia tua, odio tuo , 
Caton, Or., V, 2 Jordan (dans A. G., VI, 3, 16), seruitute 
nostra^. On ne pourra être fixé que lorsque le lexique de 
M. Lodge sera assez avancé. Dans César, il n'y a aucun exemple 
du possessif au sens du génitif. On en trouve plusieurs dans 
Cicéron. Une tournure analogue favorisait l'emploi du 
possessif en accord : on disait haec pulchritudo pour harwn 
rerum pulchritudo (Berger, Stylist., § 400, 1^); on devait 
être tenté de dire desiderium meum pour desiderium mei. 

Mais la confusion s'est surtout produite dans l'autre sens, 
par la substitution de liber mei à liber meus. Il me paraît 
douteux que Cicéron l'ait commise*. Elle est certaine chez 

i. M. Louis Havet comparait, d'une part, la phrase de Gic, AU., 
XI, 8, 2: « Misit filium, non soium sut deprecatorem, sed etiam accusa- 
torem mei « avec la proposition finale : « qui pro se deprecaretur », et, 
d'autre part, Verr., IV, 445 : « qui cum accusatore tuo putant » à : « qui 
putant cum eo qui te accusât ». 

2. ScHAAFF, De genetiui usu Plautino (Halle, 1881), p. 20, cite à tort 
Most., 37 : « Mei tergi facio haec, non tui fiducia », où tui se rapporte à 
tergi. La question n'est pas traitée dans Lindsay, Syntax of Plautus 
(Oxford, 1907). 

3. HoLTZE, Synt. priscorum script, lat. (Lipsiae, 1861), I, p. 359. A 
ces trois exemples Haase, dans les Vorlesungen (Syntax, éd. Schmalz et 
Landgraf, note 540) ajoutait Ter., Ht., 307 : « Vt facile scires desiderio 
id fieri tuo » ; mais, depuis Bothe, on supprime tuo donné par tous les 
Mss. Dans Ph., 849 : « JVumquam tu odio tuo me uinces », tui serait 
parfaitement admissible : « la haine que tu fais concevoir pour toi » ; 
mais on peut simplement entendre « ton mauvais caractère », ou « dein 
lâstiges Benehmen » (Dziatzko). 

4. Les textes cités par Lebretonj Et. sur la langue de Cic, p. 96, 
suiv,, sont susceptibles d'une autre interprétation. Les mots frequentia et 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 221 

les écrivains, du i^"" siècle de l'ère chrétienne et elle devient 
de plus en plus fréquente : Tacite en a de nombreux exem- 
ples. Elle donnait au style, comme le remarque Reisig, une 
apparence de profondeur philosophique. C'est toujours le 
même phénomène : l'expression nuancée devient l'expres- 
sion recherchée, puis le cliché banal. La littérature de tra- 
duction, à partir du ii^ siècle, par le décalque servile des 
pronoms grecs [;.o'j, (toj, y;!j.(7)v, up-wv, ajoute une nouvelle 
cause de confusion. 

3. On doit probablement rattacher au génitif dont nous 
venons d'étudier une variété, le génitif construit avec certains 
verbes, les verbes de pensée et de souvenir, les verbes d'ac- 
tion juridique. 

Les verbes de pensée et de souvenir ont en latin, dès l'ori- 
gine, deux constructions casuelles, l'accusatif et le génitif. 
Elles sont héritées du passé indo-européen et nous n'en 
avons pas ici à rechercher le sens primitifs Nous n'avons 
qu'à en considérer l'évolution à l'intérieur du latin. Or il est 
établi que l'emploi du génitif s'étend constamment aux dé- 
pens de l'accusatif jusqu'à la fin de la période classique ^. 



contio pourraient comporter un génitif partitif. En tout cas, frequentia 
uestrum n'équivaut pas à frequentia uestra. La nuance me paraît très 
claire au début de la quatrième Philippique : « Frequentia uestrum incre- 
dibilis, Quirites, contioque tanta quantam meminisse non uideor et 
alacritatem mihi summam defendendae rei publicae adfert, etc. » C'est 
un raisonnement : « Cum uos, Quirites, incredibiliter fréquentes sitis ». 
Dans les autres passages, Cicéron veut probablement aussi faire prendre à 
l'auditoire conscience de soi-même. La différence entre uestrum et uestri 
ne tient pas à la différence des génitifs, mais à la façon dont l'objet est 
considéré, comme pluralité (uestrum) ou comme bloc (uestri). 

1. Voy. Delbrugk, Syntax, I, p. 310, suiv., et cf. Meillet, Recher- 
ches sur l'emploi du génitif-accusatif en vieux-slave (Paris, 1897), 
j). 156, suiv. 

2. Babcogk, a study in case rivalry bcing an investigation regar- 
ding the use of the genitive and the accusative in Latin with verbs of 
rcmembering and forgetting, Ithaca (Gornell university), 1901. Voir Iç 
résumé, p. 68. 



222 P. LEJAY 

Après ce que nous venons de voir, il n'est pas trop hardi de 
rattacher ce progrès à la tendance que nous étudions. Avec 
des verbes qui par nature expriment une opération intellec- 
tuelle, il était naturel de préférer le génitif à l'accusatif, 
expression commune du complément direct. Le choix du 
génitif établissait alors une distinction, non plus entre deux 
nuances d'un même mot, mais entre une catégorie particu- 
lière et la masse quelconque des verbes transitifs. 

4. Le génitif du complément des verbes signifiant « accu- 
ser, absoudre » paraît également ancien. Tout au moins, il 
s'est développé parallèlement en grec et en latine Mais les 
opérations judiciaires sont de nature psychologique ; il y a 
imputation et jugement, et ce sont des rôles assumés par des 
tiers. En fait, le sens du génitif se trouvait conforme à un 
emploi connu de ce cas. C'est ce qui explique deux parti- 
cularités. Quand l'idée d'imputation est représentée par un 
mot, ce mot se met à l'ablatif (instrumental, indiquant le 
point de vue ou la raison) : quo scelere damnatiis, condem- 
natua aliis criminibus, en regard de pecuniae publicae est 
condemnatus (Cic.)-. Nous avons les deux constructions 
réunies dans Horace, Sat., II, 3, 278-279 : « Commotae cri- 
mine mentis | absolues hominem et sceleris damnabis eun- 
dem » ; cf.Cic, Verr.^ IP act., I, 72: « absolutum improbi- 
tatis ». C'est la même distinction que plus haut entre: quid 
faciant,ei: quid arbitramur facturas fuisse (p. 213). L'autre 
particularité est que l'on dit : « damnare dupli » , mais : 
(( quinquagenis milibus damnari » ^. L'indication précise est 
à l'ablatif comme l'instrument de la condamnation : c'est 
l'énoncé d'un fait. L'expression générale dupli, minoris, 



1. Delbrûgk, /. c, I, p. 328, qui suppose que l'instrumental était le 
cas primitif du nom de la peine, Gavàxw, Ça^j-îa»., dans des inscriptions. 

2. RiEMANN, Syntaxe, 5« éd., §56, p. 113. 

3. RiEMANN, /. c, § 57, rem. 2, p. 118. 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 223 

suppose d'ordinaire un lien établi par l'esprit entre deux 
termes : c'est l'énoncé d'un calcul. 

5. De tous les cas que possède la langue latine, le datif 
paraissait le mieux préparé à remplir la fonction psycholo- 
gique que nous étudions. Quelle que soit sa signification ori- 
ginelle*, il désigne très souvent la part prise à l'action par 
un tiers, objet ou personne. Il joue ce rôle dans la plupart 
des langues indo-européennes^. 

Le latin n'offre donc en cela rien de spécial. Mais de cette 
fraction de l'héritage commun, il a tiré un profit nou- 
veau. 

Le datif se trouvait en concurrence avec le génitif pour 
l'expression de l'idée possessive. Tandis que le génitif la 
formule comme un fait, le datif la formule comme une rela- 
tion avec le possesseur. Le génitif répond à la question : « A 
qui est cet objet », le datif à la question : « Quel objet pos- 
sède un tel ? » . Cette distinction est connue et se rencontre 
au moins dans quatre groupes de langues indo-européennes ^. 
Cependant si l'on compare le latin avec le grec, on constate 
une différence. En grec, l'usage du datif possessif est limité ; 
car les substantifs dérivés de verbes doivent leur datif com- 
plément à l'idée verbale. Avec d'autres substantifs, le datif 
est ordinairement un pronom personnel : oZxoq (xot [jlu6oç (Pla- 
ton, Lég., 812 A); il est surtout fréquent dans Homère et 
Hérodote, et, chez Platon, il peut passer pour un ionisme. 
Enfin, il ne semble impliquer aucune différence de sens avec le 
génitif. Dans les inscriptions attiques, yp2\L[mxz\jq xfi ^ouXfi 
vautYpa;j.[j.aTeù; T7;ç ^suX^;^ L'emploi du datif latin devient 
un procédé de style. M. Landgraf l'a très bien montré en 

1. Voy. Revue critique, 1907, t. I, p. 205. 
'2. DelbrOck, Syntax, l, p. 297, suiv. 

3. Delbrûck, Syntax, I, p. 303. 

4. Krûger, § 48, 42 j Kûhner-Gerth, § 424, 4 (I, p. 429). 



224 P. LEJAY 

comparant les tournures parallèles ^ Cicéron dit bonnement : 
« Inimicitiarum modum siSituere )) (Su/., 48). Horace per- 
sonnifie les passions en poète : « Cupidinibus statuât natura 
modum quem » {Sat., I, 2, 111). C'est affecter les passions 
que de leur poser une limite. L'action n'est plus énoncée en 
soi, comme elle le serait au moyen du génitif ; elle est énon- 
cée par rapport au sentiment, dans le sentiment qu'éprou- 
vent les Passions, êtres doués de vie par l'imagination. Et 
alors le datif apparaît un moyen de colorer le style. Mais, 
par là, les écrivains romains ne faisaient que suivre une 
inclination générale de leur temps et de leur milieu. 

Ce développement peut faire comprendre une des restric- 
tions de l'usage chez Cicéron. Avec le verbe esse, on ne 
trouve le datif d'usage fréquent que dans quelques formules : 
« est mihi causa, locus, aditus, reditus », et dans ces for- 
mules peu de notions intellectuelles ou morales, potestas, 
facultaSy ius. Au contraire, l'emploi du datif est un peu plus 
libre et plus varié quand le sujet de esse est accompagné 
d'une qualification ^ : « Res familiaris alteri eorum ualde 
exigua est, alteri uix equestris » (JEpist., IX, 13, 4). Ce qui 
peut affecter l'ami que recommande Cicéron, c'est que sa 
fortune soit à peine de cens équestre. La situation n'est pas 
abstraite et générale ; elle est caractérisée par l'épithète. Il 
y a un raisonnement latent. De même : « Hebes acies est 
cuipiam oculorum » (Fin., IV, 65): c'est cet affaiblissement 
de la vue qui amènera le patient devant le médecin (« hi 
curatione adhibita leuantur in dies »). L'emploi de l'épithète 
et le choix du datif sont deux faits connexes. 

4. Dans VArchiv de Wôlfflin, t. VIII (1892), p. 40. Un des premiers 
exemples cités, T. L., XLIV, 28, 14, ne porte pas succidere neruos 
equorum, mais : « Parti (equorum) neruos succiderunt «. Il est à 
effacer. 

2. ScHENK, De datiui possessiui usu Ciceroniano, Pars I, Bergedorf 
bei Hamburg, 1892, progr., p. 24. 



LE PROGRES DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 225 

6. Une variété du datif possessif est le datif de l'agent du 
passif. En grec, le datif intervient comme le cas de l'objet 
intéressé. En effet, il semble qu'à l'origine, ce datif, joint à 
une forme quelconque du passif, n'était pas différent du da- 
tif dit d'intérêt. Dans Homère, on le trouve avec un temps 
passé, imparfait, aoriste ou parfait, et même aussi, quoique 
plus rarement, avec le présent et le futur \ On sait que, 
dans la prose attique, après Thucydide, l'usage a été limité 
aux formes du radical du parfait. Cette restriction était na- 
turelle. Puisque le parfait grec exprime le résultat acquis 
d'une action passée, le datif dit pour qui ce résultat est ac- 
quis et prend, par suite, un sens possessif. 

Au contraire, en latin, les formes du passé au passif n'ont 
pas le sens d'un parfait grec. Il est des phrases où on peut 
leur attribuer ce sens, mais ce n'est pas leur fonction de l'a- 
voir. Comme l'a très bien dit M. Meillet*, « de ce qu'une 
forme grammaticale A d'une langue est employée là où une 
autre langue emploie une forme B, il ne résulte pas que la 
forme A ait le sens de la forme B ■^)). On sait que la phrase : 
« Mihi consilium captum iam diu est », signifie : « Ma réso- 
lution est prise, c'est un fait acquis ». Ce sens est très voisin 
de celui du parfait grec. Il est dû cependant non à l'emploi 
du passé captum est, mais à celui du datif mihi. Ou part de 
l'idée de la personne pour lui attribuer la résolution ou plus 



1. Voy. Ch.-F. Smith, Some poetical constructions in Thucydides, 
dans les Transactions of the American philological association, XXV 
(1894), p. 71, suiv. M. Delbrûck, Syntax, I, p. 300, relève la construc- 
tion du datif avec le participe passé dans quelques langues et M. Brugmann 
attribue l'extension de l'emploi en grec à la confusion de l'instrumental 
et du datif. 

2. Revue de philologie, XXI (1897)^ p. 82. 

3. .le n'accepte donc pas l'explication de Riemann, Syntaxe, § 46 c, 
qui suppose que les Latins distinguaient le prétérit au sens du parfait 
grec et le prétérit au sens de l'aoriste et réglaient leur langue d'après cette 
distinction, 

43 



226 P. LEJAY 

exactement le fait d'avoir pris la résolution. Car, pour un 
Latin, mihi n'est pas construit avec captum est. Consiliiim 
captwn font un tout, comme bien souvent le substantif accom- 
pagné d'un participe (« Ab oppugnanda Neapoli Hanniba- 
lem deterruere conspecta moenia »), et ce tout est attribué 
en propriété à mihi. Nous retombons, par suite, dans l'es- 
pèce déjà étudiée : « hebes acies est cuipiam oculorum » ; 
dans hebes acies oculorum, le mot qui prime tout, pour la 
logique d'un Français, c'est hebes : « l'affaiblissement de la 
vue ». De même ici, c'est captum, littéralement: « la prise 
d'une résolution ». Dans les deux phrases le fait est énoncé 
par rapport à la conscience d'un tiers, du malade qui ira 
chez l'oculiste, de moi qui sais maintenant que faire. La 
seule différence est entre les moyens que l'on prendrait pour 
exprimer le fait purement et simplement, ici le génitif, là 
l'ablatif précédé de ab. 

Des actions secondaires ont pu favoriser l'emploi du datif, 
le désir d'éviter un double génitif (acies oculorum cuius- 
piam^, ou la brièveté et la facilité métrique des datifs mihi, 
tibi. Mais le progrès de ces constructions est dû surtout à 
leur énergie. Elles deviennent fréquentes chez les poètes; 
ils joignent au datif d'autres formes que le passé ; enfin des 
poètes, le type populis urbes habitantur passe dans la prose 
colorée d'un Sénèque et d'un Tacite ^ 

Nous sommes donc en droit de conclure que les diffé- 
rentes variétés du datif possessif s'opposent aux tournures 
concurrentes comme la réflexion, l'attention consciente, la 
pensée d'un tiers à la perception nue d'un fait. 



1. HoLTZE, I, 312, cite deux exemples de Plaute où le datif serait 
construit avec une forme simple du passif : le premier, Aul., 4-5, où on 
lit maintenant colo (non color), est à écarter ; le deuxième, Epid., 228, 
est assez obscur et appartient à un morceau très discuté : « lUis (mulie- 
ribus) quibus tributus maior penditur pendi potest ». 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 227 

7. Cette valeur psychologique du datif a permis le déve- 
loppement de constructions diverses. 

On trouve en zend, en grec et en latin, le datif d'un par- 
ticipe pour marquer une relation, souvent une relation d'or- 
dre géographique ou topographique ^ : « Gomphos peruenit, 
quod est oppidum primum Thessaliae uenientibus ab Epiro » 
(Ces., B. C, III, 80, 1). En grec et en latin, cet emploi 
peut être un développement séparé et parallèle. Il n'y en 
a pas encore d'exemple dans Homère -, ni, en latin, dans la 
littérature archaïque et dans Cicéron^. On peut supposer, 
sans grande hardiesse, que le sens réflexif pris par le cas a 
déterminé le choix. Calculer une distance ou la position 
d'un lieu par rapport à une personne qui va dans telle direc- 
tion, c'est essentiellement exprimer le calcul que ferait cette 
personne ; c'est donc rapporter la pensée d'un tiers. 

8. Le datif du point de vue est une acquisition de même 
nature, iiere aestimanti. Ici encore, c'estune extension assez 
récente qui apparaît d'abord dans Tite-Live^. 

9. Enfin certaines constructions doubles, soit successives, 
soit simultanées, d'un même verbe peuvent s'expliquer de 
la même manière. Il faut se rappeler que nous étudions des 
procédés de différenciation. L'accusatif peut jouer un rôle 
psychologique par opposition à l'instrumental. Mais à leur 
tour, par opposition à l'accusatif, le génitif, comme nous 
l'avons vu, le datif, nous allons le voir, prendront le même 
rôle. Inuidere, « regarder d'un mauvais œil », a d'abord 
une construction transitive ; puis, quand l'idée du sentiment 
l'emporte, « être jaloux », le complément se met au datifs 



1. Delbrûck, Syntax, I, p. 299. 

2. Krûger, § 48, 5, 2 ; Kuhner-Gerth, § 423, 18, e (t. I, p. 423). 

3. Landgraf, dans VArchiv de Wôlfflin, t. VIII, p. 52. 

4. 16., p. 54. 

5. Cic, Tusc, III, 20; cf. Revue de philologie, t. XIX (1895), p. 150. 



228 P. LEJAY 

AdulariesX encore transitif dans Cicéron, mais se construit 
avec le datif dans Cornélius Népos et dans Tite-Live. Ignos- 
co a la même histoire que iniiideo : on a dit d'abord ignosco 
inscientiae et ignosco tibi inscientiam ; à l'époque classique, 
on n'emploie plus que le datif*. Quand tempero exprime un 
sentiment, « épargner », Cicéron met plusieurs fois le com- 
plément au datif. Aemulor est, chez lui, suivi du datif, quand 
il ne désigne pas la simple émulation, mais la jalousie. Ani- 
maduerto désigne par lui-même une opération de l'esprit ; 
mais, au sens de « sévir », il se construit avec le datif. On 
arrive à employer le datif avec des expressions nouvelles. A 
l'époque ancienne, on disait qu'un fds était le semblable de 
son père, filius similis patris '. C'est encore la syntaxe la 
plus ordinaire dans les discours de Cicéron ; mais le datif y 
paraît, il est exclusif dans Salluste, et prédomine dans Tite- 
Live. Il n'y a pas un changement de signification, mais la 
ressemblance est affirmée en se plaçant du point de vue du 
père ^. 

Ces menus faits n'auraient pas grande importance si on 
ne pouvait les rattacher à un ensemble. Il ne serait pas in- 
terdit d'en trouver d'analogues en grec. Ils marquent, en 
tout cas, un progrès croissant du datif, trahissant un raffine- 
ment d'analyse. Mais la construction des verbes composés 
avec le datif présente, je crois, une différence notable des 
deux langues. En grec, le choix entre le datif seul et la pré- 
position est déterminé par des raisons propres à chaque ex- 



1. Le verbe comporte une idée de pitié, si l'on admet les explications 
de M. PoKROWSKij, Rh. Mus., t. LXI (1906), p. 188, suiv. 

2. Voy. LiNDSAY, Syntax of Plautus, p. 22, et la note du même, 
Capt., 582. Gic, Nat.cL, I, 97, cite-t-il exactement Ennius, Sat.,11 M. : 
« Simia quam similis turpissima bestia nobis », après avoir dit pour son 
compte : « Ganis nonne similis lupo » ? 

3. Pour ces détails, voy. Riemann, Synt. lat., 5^ édition, § 43 a, 
p. 84, suiv. 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 229 

pression et à l'intention de l'auteur '. A l'époque classique et 
particulièrement chez Cicéron, la préposition est répétée 
lorsqu'il y a l'idée d'un mouvement ou d'un rapport de lieu 
réel, c'est-à-dire que le datif est réservé à l'expression des 
sentiments et des relations morales, « inicere terrorem ali- 
cui », mais : « inicere se m medios hostes » ^. Mais les poè- 
tes, ici comme en d'autres circonstances, n'ont pas fait la 
distinction, et déjà Lucrèce joint un datif aux verbes com- 
posés, quel que soit le sens, surtout aux composés de in^. 
La distinction cicéronienne est conforme, si l'on peut dire, 
à tous les précédents. 

10. Tous les emplois du datif latin ne doivent pas recevoir 
la même explication. Une série complètement différente des 
précédentes est celle des datifs de destination. Elle est si 
nettement constituée que l'on a voulu y trouver le sens ori- 
ginel ou principal du cas '\ Elle a ses analogues dans d'autres 
langues indo-européennes ^ Chez les Latins, elle est ancienne, 
et particulièrement riche dans la langue des soldats et des 
ruraux ^ Un signe de cette antiquité, que l'on n'a peut-être 
pas signalé, est le style des titres de magistrats. Certains de 
ces titres comportent une périphrase avec l'adjectif verbal. 
La périphrase est au datif pour les plus anciennes magistra- 
tures : X iiiri legibus scribundu creati, Illuiriagris dandis 
adsignandis, III iiiri a(uro) a(rgento) a(ere) f(lando) f(e- 
riundo), X uiri stlitibus iudicandis. Plus tard, le génitif se 
substitue au datif : // uiri iiiarum curandarum (créés en 

1. Kruger, §48, 11, 2 et 15; le cas de eîatc'vat, sîac'pyeaOa'. est isole, 
ib., 4 ; Kûhner-Gerth, § 423, 3 (I, p. 407). 

2. RiEMANN, Synt. lat., § 43 6. 

3. G. L HiDÉN, De casuum syntaxi lucretiana (Helsingfors, 1896), 
p. 105, suiv. 

4. Meillet, Introduction à l'étude des langues indo-européennes, 
3« éd., p. 313. Cet emploi est, on le sait, une des origines de l'intinitif. 

5. Delbrùck, Syntax, I, p. 303. 

6. L\NDGRAF, dans VArchiv, t. VIII, p. 56. 



230 P. LEJAY 

734/20), curatores aedmm sacrarum monument oimmq ne 
tuendorum {C. 1. L., IX, 3306 ; sous Auguste), curatores 
locoriim puhlicorum iudicandorum (C. I. £., VI, 1267, 
31 573 ; sous Tibère). Des fonctionnaires de l'annone sont 
appelés praefecti frumento dando dans un sénatus-consulte 
de 743/11 (Fronto, De aqu., 100), et après Auguste prae- 
fecti frumenti dandi. Nous avons donc affaire à un emploi 
ancien qui ne relève pas de notre sujet. 

Cette digression est utile pour montrer que je ne propose 
pas une clé pour toutes les serrures. Si large que soit le 
phénomène dont je réunis les symptômes, il y a encore au- 
tre chose dans l'évolution du latin littéraire. Mais, sous le 
bénéfice de cette réserve, on peut se demander si la phrase 
célèbre : « It clamor caelo » (Virg., Aen., V, 431), n'est 
pas de notre ressort. 

Les grammairiens distinguent le datif de destination 
{opercula doliis^ cf. « la cuiller à pot ») du datif de 
direction {it clamor caelo), Le premier peut être adno- 
minal et se passer de verbe ; le second est joint ordi- 
nairement à un verbe. Mais cette distinction n'a rien d'ab- 
solu. Il suffirait qu'un substantif impliquât l'idée de mouve- 
ment pour que l'on pût dire: domu(i) itio, comme on a 
dit : domwn itio. Rien ne prouve, à première vue, que do- 
muitio repose sur l'une de ces expressions plutôt que sur 
l'autre. La distinction est donc très faible. M. Delbriick 
traite du datif de but à propos de la construction verbale du 
cas et réunit arbitrairement le datif de destination et les 
phrases du type quoi est seruos Sosia\ M. Landgraf distin- 
gue un datif final et un datif « final-local » ^ Quoi qu'il en 
soit, le datif, pour indiquer le terme d'un mouvement, paraît 

1. Syntax, I, 288 et 304. 

2. Article cité dans VArchiv, t. VIII, p. 55 et 69. M. Delbriick a rai- 
son de protester contre l'hypothèse d'une confusion entre le datif et le 



LE PROGRES DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE i>31 

ne s'être développé que dans un petit nombre de langues 
d'après l'exposé de M. Delbrûck. En grec, « il ne s'agit pas 
d'un cas du but au sens propre, comme il résulte du fait 
que partout le datif désigne des personnes )>. C'est en effet 
la pratique de la langue aussi bien dans Homère qu'à l'épo- 
que classique ^ 

L'emploi 'du datif suppose une personnification. Nous la 
trouvons dans la vieille formule : « Ollus Quiris leto datus » 
(Festus, p. 2o4, 34 M. ; cf. Varron, L. L., VII, 3, 42). On 
pourrait comparer l'expression homérique: ^jy^xq "Aici r.poUài^f 
(A 3), si TTpo'aJ^EV n'était pas un verbe composé. Le da- 
tif du but du mouvement prend donc un des sens ordinaires 
du datif. Dans it clamor caelo, caelo n'était peut être pas 
logiquement et à l'origine un datif d'intérêt. Mais il l'est de- 
venu historiquement, sous l'influence d'autres emplois ana- 
logues du datif. C'est une figure qui marque que le ciel est 
frappé par les cris, qu'il s'y trouve intéressé ; nous retom- 
bons dans le cas de cupidinibus modumstatuere. Aussi n'est- 
il pas étonnanique le datif de but soit un emploi exclusive- 
ment poétique. On ne le trouve dans Gicéron que dans les 
traductions de poètes grecs ^. Il s'insinue timidement et tar- 
divement en prose. 

Dès lors, il rentre dans la catégorie de faits que nous étu- 
dions. La langue latine pouvait avoir hérité le germe: la 
semence n'a levé que pour les poètes. Grâce à la distinction 
entre le fait nu, ad caeliim, et le fait vu dans la conscience 
d'un tiers, caelo, ils ont créé un procédé qui donnait à un 
énoncé banal le mouvement et la vie. 

locatif en latin. Mais je ne crois pas que ce soit la pensée de M. Landgraf, 
voy. p. 70. Le terme datif final-local n'en est pas plus heureusement choisi. 

i. Voy. par exemple Krûger, § 48, 9, 1. 

2. Même quand l'original présente une préposition : Soph., Track., 
liOO : £;:' èa/axoi; To'ro-.;, Gic, Tiisc, II, 20 : « Non saeua terris gens 
relegata ultimis » ; voy. Landgraf, art. cité, p. 70. 



232 P. LEJAY 

H. On peut enfin, à cet emploi des cas, joindre celui 
d'un suffixe nominal. Rien n'est plus connu que le sens 
attaché aux substantifs en -tor à l'époque classique ; ils dési- 
gnent une occupation habituelle ou une action caractéris- 
tique. Ils distinguent le fait d'agir, qui agunt, de la profes- 
sion ou du caractère d'après lequel on agit, fabidarum 
adores *. Il y a donc entre les substantifs en -tor et la péri- 
phrase verbale le même rapport qu'entre le subjonctif et 
l'indicatif dans la proposition relative. Telle phrase de Cicé- 
ron pourra comporter indifféremment le substantif ou la 
proposition relative au subjonctif : « Est (pecunia) effectrix 
multarum uoluptatum » {Fin., Il, 55), pourrait être rem- 
placé par : « Ea est pecunia qiiae multas uoluptates efficiat )). 
Le substantif sert donc à caractériser ; il oppose le fait mis 
par le sujet dans un certain jour au fait pur et simple. Cette 
distinction ne paraît pas encore bien établie à l'époque 
ancienne-: Plaute, Truc, 571 : « Des quantumuis, nus- 
quam apparet neque datori neque acceptrici » ; Yarro^j, 
L. L., YI, 1 : « Si qua erunt ex diuerso génère adiuncta, 
potius cognationi uerborum quam auditori cdXnmmdiXiii gere- 
mus morem ». A l'époque impériale, les substantifs de cette 
classe sont souvent préférés par une recherche emphatique 
de style. Tacite dit à propos de l'hospitalité chez les Ger- 
mains : «Gum defecere (epulae), qui modo hospes fuerat, 
monstrator hospitii et comes » {Germ.^ 21) : la même per- 
sonne change de qualité, mais monstrator est employé avec 
le sens qu'il avait à l'époque classique, quoique l'expres- 
sion soit un peu cherchée. Au contraire, une véritable 
impropriété est la substitution du substantif au tour verbal : 
T. Live dit déjà : corruptores exercitus, au lieu de : ii qui 



i. Naegelsbach, Lat. Stilisiik, §54; 7e éd., p. 461. 
2. La question n'a pas encore été étudiée. 



LE PROGRÈS DE L'ANALYSE DANS LA SYNTAXE 233 

exercitum corruperantK L'impropriété apparaît d'abord 
chez les poètes, ainsi dans Horace ; le tour nominal était 
plus court et plus vif. Elle se multiplie, d'une manière pres- 
que illimitée, au iv* et au v" siècle, avec les substantifs de 
ce type que l'on crée sans règle ^. La distinction, établie à l'é- 
poque classique, est encore effacée par la recherche de l'ex- 
pression énergique. 

Au terme de cette étude, il est inutile d'en reprendre les 
divers points : ce serait en dresser la table des matières. Il 
suffit de constater les époques de l'évolution. Dans la litté- 
rature archaïque, la distinction du réflexif existe à peine 
(indicatif fréquent dans la question et le dise^urs indirects, 
après simt qui, qiiid est quod, cum ; constructions à l'accu- 
satif et à l'ablatif). La période classique est le moment des 
principales innovations ou de la précision dans le choix des 
tournures (subjonctif du discours indirect, subjonctif après 
sunt qui, cum, etc.). Le mouvement se poursuit au commen- 
cement de l'Empire (subjonctif après donec, subjonctif passé 
après les conjonctions temporelles, subjonctif de répétition, 
génitif du pronom personnel au lieu dupossessif, datif avec des 
formes passives quelconques, datif après des verbes com- 
posés pris au sens propre, énoncé de l'action par un subs- 
tantif en -tor^. Les poètes sont alors de puissants agents pour 
la propagation de ces nouveautés et de quelques autres 
(accusatif après les verbes de sentiment, datif du but). Il y a 
un continuel échange de raffinements entre la poésie et la 
prose. L'excès même de la» recherche rend banale l'expres- 
sion profonde ou colorée, et, au ii*" siècle de notre ère, 
confond les tons et les nuances. 



i. ScHMALz, Lat. Gram., ^« éd., p. 433. 
:2. H. GoELZER, Lat. de saint Jérôme, p. 54. 



J. LOTH 



LES MOTS GALLOIS NYF, DEIFIO 



ET 



L EVOLUTION DE L ASPIREE SONORE LABIO-VELAIRE 
DANS LES LANGUES CELTIQUES 



LES MOTS GALLOIS NYF, DEIFIO 

ET L'ÉVOLUTION DE L'ASPIRÉE SONORE LABIO-YÉLAIRE 
DANS LES LANGUES CELTIQUES 

Par J. LoTH. 



Avant le travail de H. Osthoff* l'opinion courante était que 
l'aspirée sonore indo-européenne labio-vélaire guh- évoluait 
en b, dans tout le domaine celtique, comme l'occlusive la- 
bio-vélaire gu-. C'est la doctrine qui a cours dans VUrkel- 
tischer Sprachschatz de M. Whitley Stokes, et la première 
édition du Grundriss de Brugmann (I, § 438, p. 328). De- 
puis, la théorie d'Osthoff : que gu- évolue bien en ô^mais que 
guh- évolue en g, comme la palatale et la vélaire pure aspi- 
rées sonores, est généralement admise. L'auteur a cité des 
exemples certains à l'appui de sa théorie et a montré qu'au- 
cun des exemples qu'on lui a opposés n'était probant. Parmi 
ces exemples figure le gallois nyf, neige. Si le mot est sin- 
cère, il semble qu'il soit impossible d'échapper à la conclu- 
sion que dans certains cas, pour des raisons jusqu'ici incon- 
nues, guh- devient b : nyf remonterait à un vieux-celtique 
*snïb-: en indo-européen snîguh-. Osthoff, se fondant sur 
une communication épistolaire de R. Thurneysen, se débar- 



\. Labiovelare média und média aspirata im Keltisclien, Indogerma- 
nische Forschungen, IV (1894), pp. 264 et suiv. 



238 J. LOTH 

rasse de ce mot gênant, en disant que nyf est une tran- 
scription savante du latin nwem : d'après Thurneysen, nyf 
n'apparaîtrait qu'ww^ seule fois chez un poète assez mo- 
derne : il a en vue l'exemple donné parOwen Pughe, Welsh- 
Engl-Dict., tiré d'un poète dont le lexicographe donne les 
initiales J. gyr.'i A priori, l'emprunt n'est pas impossible ; 
le V latin a pu être transcrit, au moyen âge, par v (/ mo- 
derne); on peut citer, à l'appui, la forme 0/yâ?r/^ transcription 
savante chez Dafyddab Gw^ilym (xiv« siècle) du nom d'Ovide. 

Il me paraît cependant probable que le transcripteur eût 
écrit, en cas d'emprunt, plutôt niv que nyv : il s'agit d'un 
monosyllabe ; une voyelle suivie d'une seule consonne est, 
dans ce cas, toujours longue en gallois. Il est vrai, si on le 
suppose lettré, qu'il a pu se rendre compte de la quantité 
de i de nivem. Ce qui est beaucoup plus grave, c'est qu'il 
y a non pas un seul exemple de nyf, mais, avec celui 
d'Owen Pughe, quatre, chez des poètes fort connus du xiv^ 
siècle : il peut y en avoir d'autres ; ce sont, jusqu'ici, les 
seuls que j'aie trouvés. 

Dafydd ab Gwilym (édit. Cynddelw^, Liverpool, 1873). 

P. 10 (en parlant d'une femme) : 

Deuliw nyff nis dylai neb 
Duaw hon. 

« Deux fois plus blanche que la neige (une femme), per- 
sonne ne devrait la noircir. » 

P. 372 : I brydydd mae'n baradwys * 

Morganwg, wyn olwg nyf. 

« Pour le poète, Morganw^g (le pays de Glamorgan) est 
un paradis, Morganwg à l'aspect blanc déneige*. » 

4. A cause de ses maisons blanchies à la chaux, comme il ressort du 
contexte. 



LES MOTS GALLOIS NYF, DEIFIO 239 

L'exemple de Jolo Goch est le plus probant contre l'hypo- 
thèse d'un emprunt (édition Ashton, p. 466) : 

Eiry nowmjp oerhin Jonawr. 

Ici, nyf n'a pas le sens de neige, mais bien d^ ondée ; il 
faut traduire : * 

« Neige de neui ondées de janvier à la froide température ». 
Un pareil sens suffit, à mon avis, pour écarter toute idée 
d'emprunt, tandis que je suis persuadé, au contraire, que 
dans les autres exemples, le sens de neige a été amené par 
un rapprochement fautif avec nivem. Or, ce sens de ngf 
(=*smb-) se retrouve exactement dans le vieil-irlandais 
snigid, il pleut, il mouille. D'après la loi d'Osthoiï, nyf 
=z*snib- supposerait un indo-européen sriigu-, et snigid 
= *snige-ti remonterait à sniguh-. On aurait donc un doublet 
celtique analogue à celui que présente le grec : vioayiGva xal 
y.p-^,vr<v (Hesychius : cf. Osthoflf, ibid., p. 291) = snig^ et vtç-a 
=^sniguh-. Ce serait un cas de l'échange entre moyennes 
aspirées et moyennes à la fin de la racine (Brugmann, Griin- 
driss, I, § 469, p. 348 et suiv.). C'est l'explication adoptée 
par Osthoff (pp. 289-291) pour l'irlandais nigim, je lave, et 
snigid, en face de yip-^nS-oL^ de v{6a et viç-a. L'explication 
est plausible également pour nyf qu'Osthoif a écarté, à tort. 

Il y a un autre exemple qui me paraît sûr en brittonique, 
de guh- devenant b, c'est le gallois deifio, breton-moyen 
deviff, aujourd'hui devi, brûler. M. Whitley Stokes^ a iden- 
tifié ce verbe avec l'irlandais daim, je brûle, et donne 
comme forme pan-celtique un verbe vieux-celtique, l*"" pers. 
du sg. *daviô. Cette identification se heurte à une impossi- 
bilité : le gallois deif-io supposera un verbe vieux-brittonique 

1. Var. nawnyf. Le nombre de neuf est amené par la croyance à la 
vertu de ce nombre (Cf. Loth, Vannée celtique). 

2. Urkelt. Sprachschatz, p. 4i2. 



240 J. LOTH 

*dabiô : de *daino, on eût eu sûrement deiw-. En breton, 
tous les dialectes (le vannetais, à ma connaissance, ne pos- 
sède pas ce mot) ont v^=h, et ce qui est remarquable, le 
trégorrois lui-même qui garde w primitif même flanqué de 
voyelles palatales, ce que ne fait pas le léonard. En revanche, 
le cùrnique montre w : dewe, brûler, et dywy. Le comique 
est seul d'accord avec l'irlandais. Une forme galloise *daib- 
ou *deb-, bretonne *deh- remonte sûrement à une toute 
autre racine que daii-. Je ne vois guère à pouvoir y être 
comparé que dàgh- dans le sanscrit ni-dâghd-s, temps chaud, 
v. slavon zega, je brûle (Brugmann, Gnindriss, I, p. 329). 

Si on adopte comme racine pour le gallois et le breton 
*dh€g\}h-, on remarquera que dans les deux cas contraires à 
la loi d'Osthoff, la voyelle est palatale. 

La valeur de la voyelle aurait-elle une influence sur l'évo- 
lution de l'aspirée labio-vélaire ? ou faut-il recourir à une 
explication semblable à celle qui a été indiquée plus haut 
pour v(6a ? 

Deux remarques de détail : l'irl. nàr, timide, craintif, 
remonterait d'après Osthofi" à *nagk?'o-s ; or, ce mot, malgré 
la différence de quantité, ne paraît guère pouvoir se séparer 
du gallois nar, avorton, nain, qui ne peut se prêter à une 
pareille dérivation. 

Le comique gioyr, foin (p. 204) est un barbarisme : la 
forme du Vocab. comique est guyraf qui donne régulière- 
ment en moyen-cornique gorra. Nul doute que le gallois 
gwah' ne soit identique au comique gorrà (pour gord)^ en 
ce qui concerne le thème. Mais l'évolution de la diphtongue 
suppose non ^wèq-ro- mais ^weiq-ro-, et, d'une façon plus 
sûre *weig-ro~s. 



J. MAROUZEAU 



SUR LA FORME 
DU PARFAIT PASSIF LATIN 



16 



SUR LA FORME DU PARFAIT PASSIF 
LATIN 

Par J. Marouzeau. 



Les études qu'on a faites sur la construction latine depuis 
l'ouvrage de M. H. WeiP tendent à vérifier ce principe que 
l'ordre des mots en latin est libre, et non pas indifférent. 
Mais on n'a abouti qu'à des conclusions vagues ou contra- 
dictoires quand on a étudié les variations d'ordre dans des 
groupes complexes (une proposition, une phrase entière^) 
ou arbitrairement définis (mots apparentés par le sens : 
deux pronoms personnels, deux démonstratifs^, etc.). C'est 
en considérant des groupes ^syntaxiques élémentaires (p. ex. 
le groupe substantif-épithète *) qu'on a pu déterminer des 
usages ou des règles précises. 

L'étude présente portera sur le groupe verbal du type fac- 
tus est. L'appartenance des deux termes qui le constituent est 
si intime que factus est paraît exprimer une notion unique 
tout comme fecit ou fieri (libuit = libitum est) ; et pourtant 
chacun des deux termes a gardé quelquefois sa valeur pro- 

4. H. Weil, L'ordre des mots dans les lang. anc. comp. aux l. mod., 
Paris, Th., 1844. 

2. Ainsi dans l'ouvrage de M. Weil. 

3. W. Kâmpf, De pron. pers. usu etcolloc, Berl. Stud. III. 

4. A. Bergaigne, La place de l'adj. épith., Mél. Graux, p. 533-543 



2i4 J. MAROUZEAU 

pre : dans cap tus est, captus put prendre en latin la valeur d'un 
participe-adjectif, tandis que est prenait celle d'un présent, 
de sorte qu'il fallut un jour, pour reconstituer une forme à 
sens de passé, recourir à captus fuit. Cette autonomie rela- 
tive fit que, au lieu de se fixer comme cantare habeo qui 
donne chanterai^ le groupe factus est resta susceptible de 
l'interversion significative est factus. 

Or l'hésitation du latin entre factus est et est factus 
intéresse non seulement le développement de la langue et 
par là l'histoire littéraire, mais aussi la stylistique et la cri- 
tique des textes elle-même. 

Le latin présente les traces d'une évolution qui tend à 
faire aboutir factus est, seul employé dans les plus anciens 
textes, à est factus, qui domine déjà dans certains textes de 
l'époque républicaine. 

La loi des XII Tables et le texte dit S. G. des Bacchanales 
n'offrent des exemples que de l'ordre direct factus est. 3 ou 
4 exemples seulement de l'ordre inverse est factus se ren- 
contrent dans les premières inscriptions de Rome ou d'Italie 
(tombeaux des Scipions, inscr. de Paestum, Stabiae). Les 
textes osques et ombriens n'en présentent qu'un seul exemple 
(v. Pl.,Ig. VII b 2 erom ehiato). Mais des origines au i" siè- 
cle, on peut suivre les progrès de l'ordre inverse, malgré la 
rareté ou l'état fragmentaire des textes. Caton dans son traité 
sur l'agriculture n'emploie l'ordre inverse que 1 fois sur 15 
environ, tandis que Varron écrivant sur le même sujet l'em- 
ploiera jusqu'à 1 fois sur 3. Entre les deux les fragments des 
historiens et des orateurs du n* siècle donnent une moyenne 
intermédiaire de 1 sur 10. 

Plaute et Térence nous permettent même de mesurer la 
rapidité de cette évolution. L'ensemble de leurs œuvres 
donne pour l'ordre inverse une moyenne commune de 1 ex. 
sur o; or les deux premières pièces de Plaute dont la date 



LE PARFAIT PASSIF LATIN 2i5 

soit approximativement fixée (Stichits et Cistellarid) don- 
nent séparément une même moyenne de 1 sur 7, tandis que 
les deux dernières {Poenulus et Truculentus) donnent 1 sur 
4 ; de même les trois premières comédies de Térence don- 
nent 1 sur 5-6, et les trois dernières 1 sur 3-4 ^ 

Ainsi jusqu'à la fin de l'époque républicaine l'ordre 
inverse apparaît comme une innovation qui tend à triompher 
de l'ordre ancien. 

A. ce moment l'évolution est brusquement interrompue 
par la constitution de la langue classique. Mais les divergen- 
ces mêmes qu'on remarque alors dans l'usage courant confir- 
ment en quelque manière l'évolution antérieure. L'ordre 
ancien devient l'ordre archaïque, l'ordre nouveau paraît 
être l'ordre vulgaire. 

Ainsi, l'on s'accorde à reconnaître l'influence du parler 
vulgaire chez les continuateurs de César ; or ils donnent la 
préférence à l'ordre nouveau : « die Stellung des Hilfsver- 
bums vor das Participium ist charakteristisch fur aile Caesa- 
rianer » (G. Landgraf, Untersuch. zu Caes. und seinen 
Fortsetz., Progr. Mûnchen 1888). 

On trouve 1 ex. de l'ordre inverse pour 3 de l'ordre direct 
dans les premiers livres du de Bello Gallico, et presque 3 
pour 1 dans le livre VIII, qui est d'un continuateur de 
César ; la proportion d'un ordre à l'autre est donc exacte- 
ment renversée. 

Contrairement aux vulgarisants, les archaïsants évitent 
l'ordre inverse : Salluste dans toute l'étendue de son oeuvre 
ne présente pas un seul ex. de cet ordre ; Asinius PoUio, 
dont Tacite dit qu'il paraissait avoir écrit cent ans avant son 
temps (Tac, DiaL Or., 21; cf. Quint., i. 0. X, 1, 113) 



1. En admettant la chronologie de M. Ph. Fabia (Les prol. de Ter. 
p. 33 ss.), qui trouve dans ce fait même une confirmation. 



246 J. MAROUZEAU 

n'en offre pas un non plus dans le texte assez long des 
trois lettres qui restent de lui (ap. Cic. Fam. X, 31, 32 et 
33). Même observation pour Caelius, un autre archaïsant 
(Fam. VIII, 1 et 2). Les deux premiers discours de Cicéron 
{pro Qitintio et pro Roscio Amerind) présentent aussi des 
traces d'archaïsme ; or on y trouve en infime minorité les ex. 
de l'ordre inverse : resp. 1 pour 4, 1 pour 11, tandis que la 
proportion est sensiblement de 1 pour 1 dans le reste de 
l'œuvre de Cicéron. 

Jusque-là il y a donc concurrence entre deux ordres, dont 
l'un apparaît déjà comme une survivance. 

Le développement naturel de la langue conduisait-il à la 
fixation de l'ordre inverse qui sera celui du roman : fr. 
fut fait?^. Ce serait là une confirmation du principe de M. 
A. Bergaigne (M. S. L. III, Essai sur la construction gram- 
maticale, Introd. p. 1-51) qu'il faut souvent chercher dans 
une période fort ancienne du latin l'origine des innovations 
de la construction romane. 

Malheureusement, après Cicéron il est impossible de sui- 
vre l'évolution commencée; elle ne se poursuit pas dans le 
latin littéraire, qui seul nous est accessible, et l'usage de 
Minucius Félix sera le même que celui de Cicéron. 

En tout cas jusqu'à Cicéron au moins l'évolution que nous 
avons suivie est assez nette pour fournir le cas échéant des 
éléments de contrôle dans l'examen de certaines questions 
d'histoire littéraire. Par ex. on parle d'une part des vulga- 



1. C'est ainsi qu'on voit une autre forme verbale, haheo cognitum, ap- 
paraître dans Caton, se développer dans Varron, pour disparaître avec 
Cicéron et reparaître victorieusement à la naissance du roman (Ph. Thiel- 
mann, Archiv lat. Lexic, II, 1883, p. 334). — Il est vrai que le roman 
emploie encore jusqu'au xvi^ siècle la forme pris est, mais exceptionnel- 
lement, et pour éviter que l'auxitiaire est ne se trouve en tête de la 
phrase, quand le sujet suit ou n'est pas exprimé (cf. G. Grôber, Grundriss 
der rom. PhiloL, II, p. 822). 



LE PARFAIT PASSIF LATIN 247 

rismes (?) d'autre part des archaïsmes de Salluste. Or nous 
avons vu que cet auteur s'interdit rigoureusement la con- 
struction suspecte de vulgarisme pour n'employer que l'or- 
dre ancien. Deux exceptions qui paraissent d'abord contredire 
cet usage en démontrent au contraire la rigueur. L'une 
{Catil. 3o,4 sum secutiis) se trouve dans une lettre de 
Gatilina reproduite textuellement : eorum exemplum infra 
scriptum est (Catil. 34,3); l'autre (Ca/îV. 38,6 esset menti- 
tiis) est dans le texte d'un décret du Sénat : consulente 
Cicérone frequens senatus decernit (Catil. 48,6). Ce n'est 
pas là du Salluste, et l'auteur a soin de nous en averlir. 
Ailleurs, lorsqu'il fait parler César, Caton, etc., et qu'il ne 
prétend pas reproduire des discours réels, il ne renonce pas 
plus à ses habitudes de construction qu'à ses procédés de style. 
On a donc là une preuve de la sincérité de l'historien et 
de son respect des documents, en même temps qu'un signe 
de l'importance que les moindres détails de construction 
pouvaient avoir aux yeux d'un latin. Au reste la théorie de 
l'archaïsme de Salluste se trouve confirmée par cette affec- 
tation manifeste d'un procédé qui n'avait été exclusif que 
dans les plus anciens textes. 

L'usage des Césariens n'est pas moins instructif. D'abord 
la comparaison du livre VIII du Bell. Gall. avec le reste de 
l'ouvrage ajoute un argument à ceux qu'on donne d'ailleurs 
pour prouver l'inauthenticité de ce dernier livre. 

C'est là un genre d'argument qui ne suffit pas à établir, 
mais qui peut infirmer des démonstrations. 

Lorsque M. Landgraf (Untersuch. zu Caesar... Progr. 
Mûnchen 1888), voulant établir qu'Asinius Pollion est VdiM- 
ieur du Bellum A f?ncanmn, rapproche, p. 3o, pour le démon- 
trer, le tour uisiim est (Asinius PoUio apud Cicer. Ep. 
Fam. X, 32) de est uisum (Bell. Afr. 25,1) et de est uisa 
(ibid, 5,1 ; 42,1), il nous fournit un argument contre sa 



248 J. MAROUZEAU 

thèse. Bien loin que uisum est soit l'équivalent de est 
uisum, au contraire l'ordre inverse est usuel dans le Bell. 
Afr., et l'on a vu qu'il est évité par As. Pollion, tout aussi 
scrupuleusement que par Salluste. 

De même p. 88, n'observant dans les ex. qu'il cite que la 
disjonction et négligeant l'inversion, M. Landgraf reconnaît 
dans l'ex. B. Alex. 5,1 est fere tota suffossa « eine bei Pol- 
lio beliebte Stellung » et renvoie à Ep. 32 conservatum rei 
publicae esse, qui est précisément l'inverse. Enfin il n'y a 
pas lieu de suivre l'auteur quand p. 62 il se fonde sur B. 
Afr. 26, 3 foret subuentum et 52, 4 esset coniectum, pour 
reconnaître dans B. Alex. 63,6 esset diremptum « eine 
hàufig wiederkehrende Formelhaftigkeit des Ausdruckes 
bei Pollio ». Après avoir conclu témérairement du Pollion 
authentique au B. Afr., de celui-ci au B. Alex., il est dou- 
blement illogique de conclure du premier au troisième. Au 
reste les statistiques minutieuses qui ont servi de base à cette 
étude sont loin de confirmer la conclusion de M. Landgraf 
touchant l'emploi de l'ordre inverse : p. 48 « Dièse Stel- 
lung... findet sich zw^ar schon in der àlteren und gleichzeiti- 
gen Latinitàt,... auch bei Gicero vereinzelt, besonders in den 
Briefen an Caesarianer, aber zur Regel wird sie erst seit 
Caesar. » Ce que l'étude comparative des textes antérieurs à 
l'époque cicéronienne nous montre, c'est que l'inversion, 
qui apparaît comme une exception dans les plus anciens 
textes, tend à se généraliser de plus en plus, peut-être sous 
l'influence de la langue vulgaire, pour atteindre son maxi- 
mum de fréquence au temps de Varron et de César; puis le 
progrès, régulier jusque-là, est interrompu brusquement à 
partir de Cicéron, et l'emploi de la construction nouvelle, 
réglementé par l'usage classique, ne paraît plus subir de vi- 
cissitudes jusqu'à l'époque romane, sauf l'affectation d'ar- 
chaïsme qui le fait parfois proscrire. 



LE PARFAIT PASSIF LATIN 249 

La fixation de la langue classique, qui enraye le dévelop- 
pement morphologique et syntaxique de la langue, change 
aussi les habitudes de construction. L'ordre ancien continuera 
de vivre à côté de l'ordre nouveau, et comme il arrive lors- 
que de deux formes de langage l'une ne disparaît pas au 
profit de l'autre, chacun des deux ordres prendra une valeur 
distinctive. Tous deux restant possibles, ils ne pourront être 
indifférents. Mais le choix de l'un ou de l'autre cessera 
d'avoir une signification historique pour ne garder que la 
valeur d'un procédé de style. 

La grammaire latine de Haie and Buck (Boston, 1903) 
p. 338 observe que « in the compound tenses, the auxiliary 
sum may, according to the needsof the sentence, be placed 
anywhere without emphasis upon itself ». Encore faut-il 
définir ces « besoins de la phrase ». Or, d'une façon géné- 
rale, l'emploi de l'ordre factus est paraît répondre au 
besoin de définir et de localiser dans le temps l'action expri- 
mée par l'élément verbal; l'emploi de l'ordre est factus con- 
vient aux cas où, cette action supposée définie, on l'énonce 
non pas pour elle-même, mais soit pour en afïirmer la 
réalité, soit pour la faire accompagner d'une détermination 
essentielle. 

En d'autres termes, factus est est réellement une forme 
verbale, avec sa valeur temporelle ; est factus n'est pas le 
parfait de fio ; il n'est que le rappel de l'idée de fleri. 
Quand nous disons: il est mort, mais il est ?7îorten héros — 
il s'agit d'abord d'appliquer l'idée de mourir dans le passé à 
un sujet donné : c'est le rôle du parfait , mais la seconde 
fois il ne faut que rappeler l'idée de la mort dont il a été 
question , ce qu'on pourrait faire aussi bien par un substan- 
tif : il est mort, mais d'une mort héroïque : c'est le cas 
d'employer la forme non verbale est factus. 

Quand Cicéron dans le pro Quintio examine deux hypo- 



250 J. MAROUZEAU 

thèses: ya-t-il eu engagement à comparaître ? si oui, y a-t-ileu 
défaut? il s'agit de définir une action passée : ordre direct. 

Pro Quint. 28, 86 Docui, cum desertum esse dicat uadimo- 
nium, omnino uadimonium rmWnm. fuisse . 

et avec une disjonction qui insiste peut-être encore davan- 
tage sur l'idée ne l'action exprimée par le verbe : 

ibid. 18,56 Quid si... uadimonium omnino... nullum 
fuit?... at etiamsi desertum uadimonium esset, tamen... 
improbissimus reperiebare. 

Dans ces deux ex. il s'agit d'opposer l'idée de fuisse à 
celle de deseri. L'orateur veut-il au contraire insister sur les 
prétentions de l'adversaire à propos d'un fait connu qu'il 
n'est plus essentiel de définir ? Il emploiera l'ordre inverse : 

ibid. 14, 48 Quid igitur demonstrat? uadimonium sibi ait 
esse desertum. 

et avec disjonction : 

ibid. 18, 57 Ais esse uadimonium desertum? L'emploi des 
verbes affirmatifs ait, demonstrat, montre bien que la 
question posée est entre l'affirmative et la négative : esse ou 
NON ESSE (desertuni). 

Si l'emploi de l'ordre inverse suppose que l'action n'est 
plus à définir, c'est que d'ordinaire le verbe qui l'exprime 
se trouve déjà dans le contexte antérieur : c'est un type de 
phrase fréquent : 

Ter. Ht. 627-8... Scio quid feceris : Sustulisti. — Sic est 
factum. 

Cic. Ep. Fam. XIV, 5, 1 Accepi tuas lifteras, quibus intel- 
lexi te uereri ne superiores mihi redditae non essent. 
Omnes sunt redditae, diligentissimeque a te perscripta sunt 
omnia. (Rem. la différence d'ordre sunt redditae, pres- 
cripta sunt.^ 

Eun. 707-8 Phaedria presse de questions Dorus l'eunu- 
que, dont Chaerea a pris le costume. « Meam (uestem) ipse 



LE PARFAIT PASSIF LATIN 2ol 

induit », explique Dorus (v. 702). Phaedria s'emporte et 
insiste : 

...Ghaerea tuam uestem detraxit tibi ? 
Factum. — Et eas< indutus ? — ^^Factum. — Et pro te Iiqc deductust ? — lia. 

En disant « Et east indutus? » Phaedria reprend 
« Meam induit » ; en disant « pro te... deductust » il pose 
une question nouvelle, sur un point que Dorus n'a pas 
encore touché. La différence d'ordre marque rigoureusement 
la différence d'emploi. 

Il arrive fréquemment que dans ces sortes de phrase le 
verbe n'est repris que pour être accompagné d'une déter- 
mination importante, qui est le but de la nouvelle phrase : 

Eun. 679 ss 

...Quis hic est homo ? 

— Qui ad nos deductus hodies^. — Hune oculis suis 
Nostrarumnum quamquisquam uidit, Phaedria. 

— Non uidit ? — An tu hung credidisti esse, obsecro, 
Ad nos deductum ? 

Dans le premier cas : deductus est, il s'agit de définir le 
personnage par le rôle qu'il a joué ; dans le second cas : esse 
deductum, on veut affirmer que ce n'est pas lui qui a joué 
ce rôle. La traduction « as-tu donc cru que c'était celui-ci 
qui?... » montre bien que le but de la phrase est hune et 
non deductum. 

Enfin par une extension naturelle, c'est encore l'ordre 
inverse qui convient, même quand le verbe n'a pas été pré- 
cédemment exprimé, si l'énoncé du fait est subordonné à 
celui de la circonstance ou de l'attribution : c'est le cas pour 
les phrases où le français se sert de la traduction « c'est alors 
que..., c'est lui qui... » etc. 

Cic, Diu. in Caec. 4, 15 Gur a me potissimum hoc praesi- 
dium petiuerunt?... nescio cur hoc mihi detrimento esse 



252 J. MAROUZEAU 

debeat, si id mihi obiciatur, me potissimum esse delectum. 

= que c'est moi de préférence qui.,. 

ibid. 5,18 Nam civibvs cwm sunt ereptae pecuniae, civili 
fere actione et priuato iure repetuntur. 

= quand c'est à des citoyens que... 
Comp. l'ordre normal dans renonciation simple: 

Ter. Hec. 639 Natiis est nobis nepos 
avec l'ordre inverse qui accuse un relief : 

Hec. 279... ac si ex me esset nata, 

= si c'était de moi que... 

De même 

Ad. 593 Quod peccatum a nobis ortumst corrigo 
avec 

And. 689 Quis non credat,qui te norit, absTE esseortum? 

= que c'est de toi que cela vient, 
et encore : 

PI. Poeîi. 888-9 

... ut ne enuntiet 
Id esse facinus ex te ortum... 

En résumé on peut reconnaître pratiquement à l'emploi 
de l'ordre inverse trois raisons principales, fondées sur ce 
principe unique : que l'ordre direct est réservé aux cas où 
le groupe participe-auxiliaire a réellement une valeur ver- 
bale. 

1" Il s'agit non pas de définir l'action, mais d'en affirmer 
ou d'en nier la réalité. 

2" C'est une des circonstances de l'action, et non l'action 
elle-même, qui constitue l'idée essentielle, le but de la 
phrase. 

3** L'action a déjà été énoncée dans le contexte antérieur. 

Il est superflu de dire que ces règles ne sont pas absolues, 
et que les écrivains en font une application de plus en plus 



LE PARFAIT PASSIF LATIN 



253 



libre à mesure que nous voyons croître la fréquence de 
l'ordre inverse. Mais dans les textes les plus anciens leur 
rigueur est incontestable, et par la suite elles sont d'autant 
plus scrupuleusement observées qu'un auteur écrit avec plus 
d'art et de conscience. 

Sur les 7 exemples de l'ordre inverse que l'on peut relever 
dans tout l'ouvrage de Gaton, 5 s'expliquent rigoureusement 
par la seule règle 3 : 



A. C. 2, 1, opéra qiiae facta... 
sient. 

25 et 26 Vinum... facito... stu- 
deas... légère. 

31, l quae opus erunt parentur. 

161, 1 locum subigere oportet. 



quid operis siet factum... sa- 
tisne tempori opéra sient confecta. 
ubi erit lectum. 

facito iiti sient parati. 
ubi erit suhactus. 



La rigueur dans l'application des règles se retrouve natu- 
rellement chez les puristes soucieux d'archaïsme : dans la 
seconde Saturnale, Macrobe n'a qu'un seul exemple de l'or- 
dre inverse : quae per tôt dies sunt dicta qui fait suite à 
quae tune dicta sunt. Dans le pro Roscio Amerïno, les rares 
ex. de l'ordre inverse s'expliquent nettement par l'une des 
trois règles énoncées ici^ : 



7, 20 cum... nullo negotio sitoc- 
cisus. 

22, 62 quo tempore maleficium 
sit admissum. 

26, 72 cui maleficio tam insigne 
supplicium est constitutum. 

28, 78 a quo sit Sex. Roscius 
occisus. 



reprend 7, 19 cum... occisus es- 
set. 

22, 62 multa antea commissa 
maleficia. 

25, 70 supplicium constituisset 
(et) supplicium in parricidas singu- 
lare excogitaverunt. 

28, 76 Romae Sex. Roscius occi- 
ditur. 



1. L'ex. 32, 90 Quis tibi non est uulneratus ne comporte pas d'expli- 
cation, puisqu'il appartient à une citation et que le contexte antérieur 
manque. 



254 J. MAROUZEAU 



34, 97 cuius manu sit percussiis. 

38, llOhosqui simul erantmissi. 
48, 139 sua cuique procuratio 
auctoritasque est restituta. 



reprend 34, 97 non quaero quis 
perçussent. 

38, 110 ceterorum legatorum. 

48, 139 posteaquam... leges... 
constituit. 



L'une des phrases les plus instructives est la suivante : 

33, 92 Vbi occisus est Sex, Roscius? (introduction d'une 
idée : ordre direct). ... Quasi nunc id agatur quis... occide- 
rit, ac non hoc quaeratur eum qui Romae sit occisus (reprise 
de l'idée et du mot : règle 3) utrum uerisimilius sit ab eo 
^55^ occismn (relief du complément ab eo : règle 2) qui assi- 
duus eo tempore Romae fuerit. 

Enfin un examen approfondi de tous les exemples relevés 
dans Térence a montré que un cinquième à peine des exem- 
ples se refusent à une explication immédiate; encore aper- 
çoit-on d'ordinaire aisément l'influence analogique qui justifie 
ces exceptions. 

S'il est vrai que les raisons de sens invoquées ici aient été 
déterminantes dans le choix de l'ordre, on comprend que le 
progrès de la construction nouvelle ait dû être interrompu, 
au moment même où cette construction allait devenir domi- 
nante : c'était un moyen d'expression qu'il fallait ménager 
pour éviter qu'il ne devînt banal. 

On comprend aussi de quel intérêt peut être l'étude de ce 
procédé de style pour l'exacte intelligence des textes. L'or- 
dre inverse doit être un avertissement au lecteur, qui lui 
signale une nuance, un relief souvent inaperçu, comme peut 
le faire dans nos langues modernes soit une périphrase, soit 
une répétition, soit même un signe matériel, mot souligné, 
imprimé en. italique, etc. 

Dans le Phormi07i, parlant d'une promesse d'argent faite à 
un tiers, un personnage indifférent dira : 

Ph. 703 Interea amici quod polliciti sunt dabunt. 



I 



LE PARFAIT PASSIF LATIN 2S3 

C'est le simple énoncé d'un fait. Mais si le personnage in- 
téressé à cette promesse, Phormion lui-même, veut tirer ar- 
gument de ce fait pour apaiser son créancier, il insistera sur 
la réalité de la promesse : 



Ph. 513 Triduom hoc, dum id quod est promissum ab amicis ar- 
gentum aufero. 



L'acteur doit élever et faire traîner la voix sur est, 
comme pour dire : « de l'argent qui m'a bel et bien, qui m'a, 
je vous assure, été promis. 

Dans l'Eunuque, Thaïs dit à Chrêmes tout ce qu'elle sup- 
porte pour lui, et comme il s'étonne, elle lui révèle son secret : 

Eun. 745-6 

...Quia, dum tibi sororem studeo 
Reddere ac restituere, haec atque huius modi sum multa passa. 

La phrase n'aura aucun sens convenable si l'on traduit en 
faisant de sum passa la phrase principale : parce que, en 
travaillant à te rendre... une sœur, j'ai souffert... 

L'ordre inverse sum passa nous avertit que le but de la 
phrase n'est pas l'idée de patior, mais l'explication conte- 
nue dans la subordonnée : « Car c'est en travaillant à te 
rendre... une sœur que j'ai souffert ces ennuis... » Aussi 
bien n'est-ce pas à un mot de la principale, mais à un mot 
de la subordonnée que Chrêmes répond : Vbi east? (soror). 

Ailleurs la considération de l'ordre sufïît à nous indiquer 
le rôle grammatical d'un mot : 

— Si Salluste proscrit absolument l'ordre inverse, nous 
saurons d'abord que Cat. 31, 7 ut erat paratus n'est pas le 
passif de parare, mais bien le groupe copule -f- adjectif. 

— Si l'ordre inverse est très rare chez Lucain, surtout 
avec inversion, nous hésiterons à voir dans l'ex. suivant le 
passif de possideo : 

Ph. II 610 Vrbs est Dictaeis olim possessa colonis, 



2S6 J. MAROUZEAU 

et nous ne suivrons pas la traduction Nisard : « Cette ville 
fut jadis possédée par ... ». L'auteur aurait ainsi l'air d'insister 
sur un détail qui est accessoire dans son récit ; le sens doit 
être : Il est une ville (jadis occupée par...) qui... 

On retrouve la môme construction avec la même indica- 
tion fournie par l'ordre dans Gicéron : 

De Sign. 46,103 Insula est Melita, indices, satis lato a Sici- 
lia mari periculosoque diiuncta. 

Pour cette tournure, tout à fait usuelle en latin au début 
d'une description, cf. encore Cic, «fe Sz^n. 33, 72 ; Virg. 
Aen. I, 441, YII, 170, etc. 

Nombre d'exceptions aux règles d'emploi de l'ordre 
inverse ne sont qu'apparentes parce qu'on a affaire ainsi à 
un attribut accompagné de la copule : 

Eun, 24 : 

Si id estpeccatum, peccatum imprudentiast 

Eloî. 41 : 

Nullum est iam dictum, quod non sit dictum prius. 

Dans chacun des deux ex., on a d'abord le substantif, et 
ensuite la forme verbale. Si est peccatum, est dictum étaient 
des passifs, l'ordre inverse ne s'expliquerait pas ; sit dictum 
s'explique au contraire normalement par la règle 3), cf. 
encore dicta substantif Heaut. 877 comme dictum Eun. 
428, relictus adjectif = relucius And. 601, Heaut. 1021 ; 
Lucain, Ph. III, 39; habitus Heaut. 402 comme habitior 
Eun. 31o, expolitam Heaut. 289, defunctum. Ad. 508, 
obiectus Hec. 286, etc. tous exemples où l'ordre inverse ne 
s'expliquerait pas s'il s'agissait d'un verbe au passif. 

Enfin, une règle qui est utile pour l'intelligence des textes 
ne peut pas être indifférente à la critique des textes. Dans 
l'ex. de Lucain, Ph. III 39 : 

Aut nihil est sensus animis a morte relictum, 



LE PARFAIT PASSIF LATIN 257 

si l'on considère est relictum comme le passif du verbe 
relinquo, on comprend à la rigueur la construction a morte, 
la mort étant personnifiée. Mais il n'est pas latin de dire : 
mors relinquit animis sensum, relinquere signifie «abandon- 
ner » « quitter », comme dans Ph. YIII 59-60 membra 
relicta neruis, mais non pas « laisser la jouissance de » 
(cf. l'index de l'éd. Francken). Or l'éd. Hosius signale une 
glose « a morte et imorte {sic) » . Le barbarisme imorte pour- 
rait bien être la trace de la bonne leçon, lectio difficilior, in 
morte, qu'un correcteur aurait altérée par un changement 
de préposition en pensant donner un complément au passif 
apparent est relictum ^ 

Parfois l'ordre inverse donné par les éditions ne repose que 
sur des variantes contestables : 

Ter. Ph. 881 : 

Denique ego sum missus, te ut requirerem... (Umpf.) 

Le sens ne permet pas de rendre compte de l'inversion, qui 
est donnée par le seul ms D. C'est une faute qu'on s'expli- 
quera aisément en supposant que sum, omis après mzssus (cf. 
Eiin. 306 SUM omis dans A après /??'orsus onprorsmi), aura été 
rétabli ensuite, selon une tendance ordinaire aux copistes, 
immédiatement après son sujet ego. 

En revanche, c'est l'ordre inverse qu'il faut, malgré les 
éditions, rétablir dans l'ex. suivant : 

Eiin. 305-6 : 

Vnde is ? — Egone ? nescio hercle, neque unde eam neque quorsum eam : 
Ita prorsum oblitus summei. 

(éd. Umpf., Dz., Fleck., Fabia). M. L. Havet (Rev. Phil. 

1 . On a donc affaire ici à relictus adjectif comme dans Virgile, Georg., 
IV. 127-8, 

... cui pauca relicti 
lugera ruris erant... 

17 



258 J. MAROUZEAD 

XXX, p. 207) « ne voit aucun motif de ne pas garder 
l'ordre » donné par les mss siim ohlùus^ (cf. sum oblitus 
And. 841 et esse oblitum And.supp. 2). La considération de 
la règle 2 nous conduit en effet à adopter cet ordre : l'idée 
exprimée par sum oblitus l'a déjà été par nescio etc. ; elle 
n'est reprise que pour être accompagnée de la détermination 
significative : ita prorsum = c'est à ce point que... 

D'une façon générale, quand les deux ordres sont donnés 
par les mss, c'est l'inversion qui se trouve préférable. 

Ad. 797 : 

Ex te adeo est ortum. 

= c'est bien de toi que... 
(cf. le même sens et le même ordre, justifié par la règle 3, 
dans les ex. cités p. 250). Ici A seul a gardé la bonne 
leçon ; tous les mss Calliopiens ont l'ordre direct, avec cette 
complication que la famille alphabétique DG remplace or/wm 
par exortum, sans doute fausse lecture de est ortum (cf. Ad. 
449 ortum devenu dans A exortum après esse^. Le processus 
de la faute serait : l'* leçon de l'archétype : est ortum ; — 
2** fausse lecture exortum conduisant 3° au rétablissement 
de l'auxiliaire : exortum est (leçon de DG) et 4" après cor- 
rection ortum est (leçon de PCFEy 

Même genre de faute, avec processus moins compliqué, 
dans : 

Hec. 681 : 

Puer quia clam te est natus 

OÙ D présente l'ordre direct natus est et : 
And. 486 : 

Per ecastor scitus puer est natus Pamphilo 



1. L'omission de sum dans A s'explique aisément par haplograpliie 
dans l'hypothèse d'un ordre prorsum sum oblitus. 



LE PARFAIT PASSIF LATIN 259 

OÙ deux mss de deux familles différentes G et E ont indivi- 
duellement préféré l'ordre direct. Or dans ces deux exem- 
ples, il ne s'agit pas d'annoncer une naissance, ce qui suppo- 
serait la forme verbale ordinaire natiis est (cf. Hec. 639 : 
Natus est nobis nepos) ; on veut insister dans un cas sur une 
circonstance de cette naissance (clam te), dans l'autre sur la 
qualité du nouveau-né (perscitus puer = c'est un enfant 
bien joli qui...); l'ordre inverse est naturel, conformé- 
ment à la règle 2. 

Quant à l'explication de telles fautes, elle réside dans ce 
fait que : 1** les formes monosyllabiques de l'auxiliaire se 
présentent parfois dans les manuscrits sous une forme abré- 
gée qui se prête aisément à l'omission ; 2° quand un copiste 
ou un correcteur rétablit l'auxiliaire, il a une tendance soit 
à faciliter la construction en le rapprochant de son sujet (cf. 
ci-dessus ego sum missus i>) soit à reconstituer la forme 
verbale sous son aspect le plus banal, c'est-à-dire en adoptant 
l'ordre direct (cf. ci-dessus les fautes dictum sit, natus est 
[bis] ). Dans le même ordre d'idées, les copistes ont encore 
une tendance à remplacer les formes disjointes, qui sont 
rares, par des formes juxtaposées : 

Heaut. 857 : 

... frustra sum igitur gauisus... 

tous les mss Galliopiens ont : igitur sum gauisus. 
Ph. 32 : 

... grex motus locost, 

la famille alphabétique DG donne : motus est loco. 

Enfin l'exemple suivant nous fait prendre sur le fait l'ori- 
gine de l'interversion : 

Ph. 567 : 

Quid ? qua profectus causa hinc es Lemnum, Chrêmes ? 



260 J. MAROUZEAU 

la seconde main de C ajoute un es à la suite de profectus 
pour rétablir l'aspect banal du parfait profectus es. 

Ainsi pour reconstituer le processus de l'interversion qui 
comme on sait est rarement une faute directe, il faut connaî- 
tre la valeur précise des différents ordres. A plus forte rai- 
son doit-on en tirer argument pour l'intelligence des textes 
qui conduit aux choix des variantes. 

Ce n'est pas, bien entendu, qu'on doive chercher dans les 
règles énoncées ici un critérium infaillible. En matière de 
construction, plus encore qu'en matière de syntaxe, il y a des 
cas indifférents, où le sens s'accommodant également bien de 
deux emplois différents, c'est une raison d'un autre ordre qui 
détermine le choix de l'écrivain : raison de symétrie (paral- 
lélismes, chiasme...), recherche de l'harmonie, contrainte du 
rythme, etc. ^ Mais ce sont là des explications accessoires, 
qu'on ne peut ériger en principes de construction 2. 

L'indifférence au point de vue du sens n'est souvent telle 
qu'aux yeux des modernes ; à défaut de l'instinct des anciens 
nous devons fonder notre jugement sur l'interprétation méthodi- 
que des faits, et, ce que l'étude présente doit faire apparaître, 
c'est que même dans les cas en apparence les plus simples la sty- 
listique aussi bien que la critique des textes doit se garder « du 
préjugé encore si vivace de la liberté de l'ordre des mots^ ». 

1. Ainsi la facilité qu'offrait au versificateur le choix entre deux ordres 
paraît avoir influencé le développement de l'ordre inverse est factus. On 
en trouve plus d'exemples dans Plante que dans Gaton, dans les fragments 
des tragiques et des comiques que dans ceux des orateurs et des histo- 
riens, plus aussi dans les lettres métriques de Cicéron que dans ses lettres 
non métriques (suivant la classification de M. H. Bornecque, La prose 
métr. dans la corresp. de CfcéroM, Paris, Th., 1898). 

2. P. ex. on ne peut pas se déterminer en faveur d'un ordre uniquement 
parce qu'il réalise dans la phrase « un parallélisme plus expressif » (Eunuque, 
éd., Ph. Fabia, note au vers 41, à propos de dictum sit — sit dictum;cf. 
sur ce même passage L. Havet, Rev. PhiloL, XXX, Et. sur Ter., p. 179). 

3. L. Havet, Rev. Phil., XXX, Et. sur Ter., p. 185. 



A. MEILLET 



DEUX NOTES 



SUR 



DES FORMES A REDOUBLEMENT 



DEUX NOTES 
SUR DES FORMES A REDOURLEMENT 

Par A. Meillet. 

I. — Sistô et stetï. 

La racine sthâ- fournit au latin deux présents : stô et sistôy 
et un perfectum, stetï, 

Le présent stô, qui indique l'état, est clair ; il est formé 
comme l'imperfectif du vieux slave stajq « je me tiens 
debout ». Une forme de ce genre se prêtait bien à indiquer 
l'état, car elle rappelait les formations telles que ac-cubâre 
en face de ac-cumhere, lauâre « se laver » en face de laiiere 
« laver » (v. Jacobsohn, K. Z, XL, p. 113 et suiv. ; L. 
Havet, Arch. f. lat. Lex., XV, p. 153 et suiv.). — La for- 
mation de stô est tout à fait différente de celle de dô, comme 
le montre le contraste entre stàmus et dâmus, stâre et dàre, 
etc. ; la longue de dâs et de dà résulte d'une règle générale, 
justement enseignée par M. L. Havet, règle d'après laquelle 
un mot latin monosyllabique, qui est autonome et non en- 
clitique ou proclitique, a nécessairement sa voyelle longue, 
à moins que les règles générales de la langue n'y contredi- 
sent comme dans dât (cf. stàt). Le présent dô repose donc sur 
*dd-, degré vocalique qui se retrouve exactement en armé- 



264 A. MEILLET 

nien dans tant a je donne », tandis que stô est un ancien 
thème en *-ye- ; le thème du présent à redoublement 
attesté par l'indo-iranien, le slave (v. si. dastû « il don- 
nera ))), le baltique (v. lit. dûstî) et le grec ne se retrouve 
pas en latin, pas plus qu'en germanique (où il y a un autre 
verbe : got. gibarî) et en celtique. Le second terme des for- 
mes à préverbes condô, èdô, etc. et de crèdô repose de 
même sur "^dhe-, comme il résulte de condïmus, êdimiis, 
crèdimus, etc., avec passage secondaire au type thématique ; 
il ne faut pas partir du thème à redoublement attesté par 
skr. dàdhâti, gr. tiOy^œi, v. lit. desti ; car, là où il y avait 
en latin un redoublement, à savoir au perfectum, il s'est 
maintenu dans ces conditions : êdidl, condidï, crédidîy etc. 
Les deux présents athématiques à redoublement qui sont 
communs à l'indo-iranien, au grec et au balto-slave ne se 
retrouvent donc pas en latin, non plus que dans les deux 
autres dialectes occidentaux qui se groupent avec lui : le ger- 
manique et le celtique ; tout au plus certains dialectes 
germaniques peuvent-ils avoir trace du présent redoublé de 
*dhé- dans certaines formes du prétérit. 

Le lat. sistô, qui est le présent indiquant l'action, est un 
présent à redoublement, mais thématique. Et son caractère 
de forme thématique n'est pas nouveau, car il concorde avec 
le skr. tUthati et le zd histaiti, qui sont également thémati- 
ques. Il est vrai que le grec a une forme athématique: 
dor. l'axâpi,'., ion. att. îffTYjpi.'. ; mais il est isolé; carie v. 
h. a. sestôm est un verbe faible qui peut reposer sur un élar- 
gissement avec le suffixe *-ye-. Si la forme thématique de 
skr. tUthati et de zd histaiti n'est pas de date indo-euro- 
péenne, on ne voit pas comment elle pourrait s'expliquer ; 
car les autres présents comparables n'ont pas passé du type 
athématique au type thématique en indo-iranien. D'ail- 
leurs, là où il s'agit de formes athématiques anciennes, le 



DEUX FORMES A REDOUBLEMENT 265 

latin n'a pas conservé le type à redoublement ; il a d'une part 
dat^ en face de gr. SiBwœi, de l'autre facit et iacit, en face 
de gr. tiÔYîŒi et Itîœ'.. Mais en revanche il a bibit en regard de 
V. irl. ibid et de skr. pibati, aussi thématiques. Et l'on n'a 
aucune raison de croire que serit « il sème » (qui n'a rien 
à faire avec gr. ryjai, v. Osthoff, Et. Parerga, 197) repose sur 
une ancienne forme athématique plutôt que sur *si-S'^/o-. Si 
la forme *sisthâ~ de laTYjfjLi n'est pas secondaire et refaite d'après 
le type zi^r,\x{, etc., ce n'est donc en tout cas qu'une forme 
concurrente du thématique *sisth^lo-, et limitée à une petite 
partie de l'indo-européen. 

Du coup on s'explique la forme de l'initiale du redou- 
blement qui caractérise lat. sistô, ombr. seste, zd histaiti, 
et aussi gr. h':r^^v. et v. h. a. sestôm. Seule, la sifflante ini- 
tiale de la racine y est répétée ; mais il n'y a pas de conclu- 
sion générale à tirer de là ; car la forme est trop évidem- 
ment suspecte d'être analogique des présents thématiques 
à redoublement tels que : lat. gignô, grec Yiyvojjiai ; lat. sldô, 
grec. rÇco, skr. ^Wa^z (altéré de *sïdatï)\ skr. jighnate; gr. 
'((sy^iù ; ixi\K^iù ; TixTO) ; etc. Dans les présents de ce type, la 
voyelle du redoublement est précédée de la consonne de la 
racine, qui est simple, et suivie d'un groupe de consonnes: 
*si-sth-e- (racine *st/iâ-^ a une structure phonétique toute 
pareille à celle de *si-zd-e- (racine *sed-). On n'oubliera pas 
que les notions de « se mettre debout » et « s'asseoir » se 
groupent naturellement; le slave suffirait à l'indiquer (v. M. 
S. L., XIV, p. 388). Le skr. tisthati est isolé, et s'explique 
sans doute par l'influence du parfait tasthaû. Aucun autre 
exemple ancien ne permet de déterminer quelle était la 
règle indo-européenne pour le redoublement d'un groupe 
du type s plus occlusive au présent. L'exemple sistô n'en- 
seigne rien puisqu'il a toutes chances de reposer sur une 
action analogique provenant du type sidô. 



266 A. MEILLET 

Au perfectum latin, le groupe s plus consonne est entière- 
ment repris dans le redoublement: scicidï, stetl, spopondl. 
Le contraste avec le présent sistô est absolu ; et l'on ne voit 
pas ce qui justifierait une différence générale de structure 
dans l'initiale consonantique du redoublement entre le pré- 
sent et le parfait. — A en juger par les manuscrits d'Aulu- 
gelle, Accius aurait employé une forme sesrAderat, du type 
de sistô ; mais les manuscrits de Priscien citent le même 
passage avec la forme sciciderat, et c'est sans doute simple- 
ment sceciderat qu'Aulu-Gelle avait en vue (v. Neue-Wa- 
gener, Formenlehre ^,111, 345). Il n'est pas licite de supposer 
la persistance en latin d'un ancien aoriste à redouble- 
ment, qui serait sesciderat, et d'un ancien parfait, qui serait 
scïciderat, sur la foi de cette unique variante. — Mais la 
forme du perfectum stetï semble ancienne, et toutes ses par- 
ties s'expliquent immédiatement. 

On en retrouve l'équivalent exact dans une autre langue 
du groupe occidental de l'indo-européen, le germanique : 
got. staistald, skaiskai^. L'osco-ombrien et le celtique ne 
fournissent pas d'exemples, de sorte que le latin et le gotique 
sont les seules langues qui offrent ici un témoignage sur 
l'état indo-européen occidental. 

On enseigne assez généralement que, si une racine com- 
mence par un groupe de consonnes, le redoublement est 
réalisé au moyen d'une seule des consonnes du groupe. Cette 
doctrine n'est démontrée que pour un cas particulier, celui 
de occlusive (ou sifflante) plus sonante consonne : gr. xéxpcça, 
skr. dudrôha, got. faiflok, v. irl. ro cw«/« (l'irlandais échappe 
en partie à cette règle si l'on admet la doctrine de M. J. 
Vendryes sur dî^ebraing^Rev. celt., XXVIII, p. 345 et suiv. ; 
mais la forme est obscure, et tous les autres prétérits irlan- 
dais à redoublement confirment la règle indo-européenne). 
Il n'y a pas ici un principe qu'on ait le droit de généraliser ; 



DEUX FORMES A REDOUBLEMENT 267 

on est simplement en face d'une conséquence d'un type de dis- 
similation normal : *tre-trâ- aboutit à *te-trâ-, *ple-plâ-, h^pe- 
plâ- et ainsi de tous les cas comparables; la dissimilation a beau- 
coup troublé les formes du redoublement en indo-européen, 
ainsi que l'a montré M. Grammont, Dissimilation consonan- 
tiqiie, p. 162 et suiv. (cf. M. S. L., XIII, 33). — Le type 
tout semblable de occlusive plus s n'est clairement attesté 
qu'en indo-iranien, notamment skr. caksadé ; il s'explique 
de même par des dissimilations ; car s est parfaitement 
sujette à disparaître par dissimilation, et M. Pernot en a 
donné quelques bons exemples pour les parlers grecs mo- 
dernes, Rev. d. et. gr.^ XVIII, p. 236 et suiv., et ensuite 
Phonétique des parlers de Chio, p. 4o4 et suiv. — Dès lors, 
il ne faut pas dire, avec M. Hirt {Hdb. d. gr. L. u. F. lehre^ 
§ 465, 4, p. 408), que les groupes sk, st, sp sont traités 
comme des consonnes simples ; on constate seulement que, 
dans le domaine proprement occidental de l'indo-européen, 
ces groupes ne présentent pas de dissimilation comparable à 
celle qu'on observe dans les groupes initiaux du type occlu- 
sive plus sonante consonne ou occlusive plus sifflante. 

Le type sanskrit bien connu de caskdnda, tasthaù, pa- 
sprdhé, etc. suppose une forme ancienne du type latin et 
gotique. L'absence de sifflante initiale comporte deux expli- 
cations, dont l'une n'exclut pas l'autre. D'une part, il existe 
en indo-européen une alternance de s plus occlusive : occlu- 
sive simple, ainsi dans spaç-, spastàh : pdçyati. De l'autre, la 
sifflante initiale a pu être éliminée par dissimilation ; si la 
dissimilation n'a pas suffi à entraîner l'élimination de 5, la 
répugnance, qui existe presque toujours à quelque degré, 
contre la répétition dans un mot d'un même mouvement 
articulatoire a pu être la circonstance favorable qui a déter- 
miné le triomphe de tasthaû sur un doublet ancien *stasthaû :^ 
de deux formes possibles, la langue tend à préférer, tputes 



268 A. MEILLET 

choses égales d'ailleurs, celle qui est la plus satisfaisante au 
point de vue phonétique. On en a des exemples innombra- 
bles ; par exemple, le grec préfère, comme l'a vu M. F. de 
Saussure, les formes qui ne comportent pas succession de 
trois brèves. — L'Avesta ne fournit guère d'exemples sûrs 
qui permettent d'accorder ou de refuser une antiquité indo- 
iranienne au type sanskrit ; dans la racine *sthâ-, le pré- 
sent histaiti a pu déterminer la forme du redoublement du 
parfait; l'influence du présent se traduit dans la voyelle 
même du redoublement pour avahista et frahista ; elle est 
moins évidente dans zd vi-sastara ; on a de plus un exemple 
de hisidyât (cf. skr. chid-). 

Le grec n'est pas plus décisif que lezend. Il présente, il est 
vrai, soTYjxa. Mais la forme du redoublement de £jTr,xa 
peut être imitée de celle de I'œtyîixi. Et il n'est même pas cer- 
tain que l'esprit rude n'y soit pas dû au a suivant ; en effet, 
M. Sommer, Griech. Lautstud., p. 119 et suiv., a reconnu 
que l'esprit rude de Taxcop et de èaxépâ tient au a suivant ; cet 
effet de s concorde avec ce que l'on observe dans le dévelop- 
pement de l'iranien (v. Hûbschmann, Pers. Stud., p. 264 et 
suiv. ; Horn, dans Grundr. d. iran. PhiL, I, 2, § 28, 4, p. 
67, et§ 42, 8, p. 97) ; l'addition de l'esprit rude a lieu de- 
vant t et £, mais non devant a, comme le montre àjTu (que 
M. Sommer explique arbitrairement par l'influence de 
(ZYpoç) ; dès lors âcjxoç ne prouve pas que la présence d'un 
ancien F soit nécessaire à l'introduction de l'esprit rude ; 
oŒiéov prouve que le fait n'a pas lieu non plus devant o, etècxt 
qu'il n'a pas lieu dans les enclitiques (lait peut être d'après 
âaTi enclitique). — Les autres exemples prouvent peu; en 
général, le grec a è- en guise de redoublement quand l'ini- 
tiale est un groupe de consonnes. Les exemples tels que 
àç£aTaX{i.ai sont en général récents (v. G. Meyer, Griech. 
Gramm. % p. 326), et peuvent s'expliquer par le a suivant. 



DEUX FORMES A REDOUBLEMENT 269 

Il demeure donc malaisé de déterminer d'une manière 
tout à fait certaine l'état indo-européen commun ; mais la con- 
cordance du latin et du gotique indique du moins quelle 
était la situation pour le groupe de dialectes d'où sont issus 
l'italique et le germanique : le st- du latin stetl est sûre- 
ment une forme dialectale indo-européenne, s'il n'est pas 
une forme indo-européenne commune. 

Si le st- initial du lat. stetï et du got. staistald s'est si 
longtemps maintenu, c'est que l'élément initial de la racine 
avait subi une altération par dissimilation . Aussi longtemps 
que le sentiment de la racine demeurait vif et que l'initiale 
du mot n'avait pas une valeur spéciale, c'est l'initiale de la 
racine qui était l'élément important du mot, et le redouble- 
ment pouvait subir toutes les réductions ; c'est ainsi que le 
sanskrit a tasthaû et que le grec a tendu à substituer un 
simple è- à toutes les formes de redoublement devant les ra- 
cines à initiale complexe. Mais, dès que le sentiment de la 
racine s'atténue et que d'autre part l'initiale prend une valeur 
particulière, la débilité spéciale à la position intervocalique 
se fait sentir, et l'élément initial de la racine, qui est néces- 
sairement intervocalique, tend à s'affaiblir et subit des 
réductions. C'est ce que l'on observe, sous des formes 
très diverses, en latin et en germanique ; et ceci semble 
indiquer que la valeur spéciale des initiales qui caractérise 
ces langues serait de date assez ancienne. 

En latin, Vs intérieure a été éliminée par l'effet combiné 
de la débilité des intervocaliques et de la dissimilation ; la 
chose est universelle, et l'on a stetï, scicidl, spopondï, sans 
aucun exemple contraire. Des changements semblables ont 
eu lieu en grec et en irlandais. En grec, ils n'atteignent à 
date ancienne que le groupe --p/-, dont l'articulation guttu- 
rale est supprimée en position intervocalique par l'action 



270 A. MEILLET 

dissimilatrice d'un y- initial ; en regard de att. yiyvopiai, 
Yiyvwoxo) , on a ainsi en ionien et ailleurs yivojAai, Y^^^^^axw; 
ces formes sont très anciennes et figurent déjà dans le texte 
homérique à en juger par les manuscrits ; ce sont celles que 
la xoivr^ a généralisées (v. G. Meyer, Griech. Gramm.^, § 279, 
p. 364; Brugmann, Griech. Gramm.^, §84, 6, p. 107; Hoff- 
mann, Griech. DiaL, II, 391 ; III, 373); les vibrations 
vocaliquesde la nasale gutturale du groupe nn (noté par yv) 
se sont ajoutées au i précédent et l'ont allongé. Un exemple 
postérieur, de type un peu différent, est celui de *àY^Y®x^ 
qui a donné oL^-t^oyji dans la xoivyj (v. Mayser, Gramm. d. 
gr. Papyri, L. u. F. lehre, p.| 338); à l'action de la dis- 
similation et de la position intervocalique s'ajoutait ici la 
débilité qui caractérise les spirantes ; car le y était devenu 
spirant; le y qui a disparu était la seule des trois gutturales 
du mot qui pouvait être atteinte ; car la forme devait néces- 
sairement commencer par hy- et présenter l'aspirée y qui ca- 
ractérise le parfait. — L'irlandais a des faits pareils, mais 
d'une manière beaucoup plus étendue ; car tous les groupes 
du type occlusive plus liquide ou nasale sont atteints, et 
l'occlusive intérieure s'y amuit : ro ciiala « j'ai entendu », 
ro gîuil « il s'est attaché », ro gènar « je suis né », où l'on 
voit cl passera /, glk l, gn k n (v. Vendryes, Gramm. d. 
V. 2V/.,§341, p. 178 et suiv.). Le futur à redoublement 
présente naturellement les mêmes altérations, d'où : bèra, 
cela, dèma, gêna, géra, mèra, sema, scëra, etc. (v. Ven- 
dryes, /. c, § 334, p. 175); on voit que la sifflante s s'a- 
muit comme une occlusive, et produit les mêmes effets 
d'allongement ; toutefois, on a aussi au futur à redoublement 
des formes telles ç\\xQ-cechlathar, -cechra, -didmat, -gi- 
gned ; les raisons de cette différence de traitement ne sont 
pas connues. — Les faits grecs et irlandais sont du même 
type que l'élimination latine de s dans lat. stetl, etc. 



DEUX FORMES A REDOUBLEMENT 271 

Les dialectes germaniques présentent aussi une altération 
de l'élément intervocalique du parfait à redoublement, mais 
sous une forme différente. Au premier abord, l'altération 
ne se traduit par rien dans la graphie de got. staistald, 
skaiskai^, où redoublement et racine ont les mêmes groupes 
graphiques st, sk. Mais la forme ai de la voyelle du redou- 
blement dénonce une altération de la consonne suivante ; en 
effet ce ai repose sur un *e germanique commun, indiqué à 
la fois par e des autres langues indo-européennes (type skr. 
cakdra, gr. XiXc'.-x, lat. cecinî, v. irl. cechan) et par c des 
autres dialectes germaniques (v. isl. sera, v. angle reord, 
etc.). Or, un i germanique ne passe à ai en gotique que 
dans des conditions phonétiques déterminées, à savoir de- 
vant A et r ; on a aussi ai en hiatus dans saian , etc ; mais 
nulle part ai notant e ouvert n'est dû à une action analo- 
gique ; il n'y a aucune raison qui expliquerait pourquoi le 
ai de haihait, -rairO'^, -aiaik, aiaiik se serait étendu par 
analogie dans maimait, skaiskai^, faifrais, lailaik, saizlep, 
gaigrot, taitok, saiso, etc. ; le ai de toutes ces formes ne 
peut être que phonétique; il dénonce donc une altération, 
non définie, de l'élément consonantique médian. Malheu- 
reusement les autres dialectes germaniques n'enseignent rien 
d'une manière immédiate sur la valeur de ces consonnes 
gotiques ; en effet le type n'y est maintenu que dans des con- 
ditions différentes de celles du gotique: l'islandais a sera, 
snera et rera ; le vieil angle a heht, leolc, reord, leort, où 
la consonne initiale de la racine se trouve devant consonne. 
C'est seulement d'une manière indirecte que les autres dia- 
lectes pourraient éclairer les faits gotiques. 

On sait que, en Scandinave, en dehors du type v. isl. sera, 
et en germanique occidental, à part les formes citées du 
vieil angle, des prétérits caractérisés par des alternances 
vocaliques spéciales, mais sans redoublement visible, répon- 



272 A. MEILLET 

dent aux prétérits à redoublement du gotique. Ces formes 
ont été souvent discutées, en dernier lieu par MM. Hoffmann 
(Pépaç, en l'honneur de Fick, p. 33 etsuiv.), Loewe (K. Z., 
XL, 316 et suiv.), Janko (I. F., XX, 261 et suiv.) ; mais le 
point de départ indo-européen est trop incertain, les possi- 
bilités d'explications trop multiples et les formes attestées 
trop tardives et déjà trop altérées pour que le problème ad- 
mette une solution déterminée. Deux types d'explications 
sont en présence. D'après l'un, les formes sans redouble- 
ment auraient perdu le redoublement par suite de dissimi- 
lation (à quoi il faut ajouter l'effet de la position intervoca- 
lique : la cause est complexe) ; d'après l'autre, il ne s'agirait 
que de faits d'alternance vocalique. Il est malaisé de choisir 
entre les deux théories. Il est certain que le type gotique 
dénué de toute alternance n'est pas ancien et résulte d'une de 
ces normalisations qui caractérisent éminemment le gotique ; 
une forme comme v. isl. hlupom montre qu'il y a eu des 
alternances vocaliques entre le singulier et le pluriel dans 
le type du prétérit à redoublement ; et v. angle leorton par 
exemple s'explique bien en partant de ^le-lt-iin, ancien 
^le-hd-nt, avec la chute du *^ intérieur qui est de règle en 
germanique (type got. dauhtar^ en regard de skr. duhitdr-) ; 
de même r^or</o/i, kcoièàe râedan, (pn)dreordon à côté de 
{on)drâedan ; les formes telles que v. angle heht, en face 
de got. haihait, seraient analogiques de ce type. Ceci une 
fois reconnu, on est obligé de choisir entre deux partis ar- 
bitraires : poser, avec M. Janko, pour expliquer le type 
* hë^t^ un type à voyelle longue radicale intonée d'une ma- 
nière spéciale, type dont aucune langue ne fournit le corres- 
pondant ; ou admettre, avec M. Loewe, une loi de 
dissimilation des intervocaliques qui explique le passage de 
*hehait à *hé^t par contraction successive à la chute de h, 
loi de dissimilation qu'aucun exemple n'appuie en dehors 



DEUX FORMES A REDOUBLEMENT 273 

du cas du redoublement. Plusieurs considérations militent 
cependant pour la seconde hypothèse : elle permet de main- 
tenir l'unité de type qui caractérise fortement le germanique, 
et de ne pas poser des formes dialectales trop divergentes, 
et elle rend compte du ai du redoublement (Jans got. taitok, 
etc., puisque la consonne intervocalique aurait été à la veille 
de disparaître dans ces formes. Le redoublement s'est en 
somme maintenu partout où les conditions spéciales de la 
chute de la consonne intervocalique par dissimilation n'é- 
taient pas remplies ; et il s'est conservé dans les autres cas, 
c'est-à-dire là où la consonne était devant consonne (type v. 
angle reord^ et par analogie, leolc), ou bien là où elle n'é- 
tait pas anciennement en syllabe intérieure, mais introduisait 
la syllabe finale (ce qui constitue une situation tout autre), 
comme dans v. isl. i^era et dans v. sax. deda. 

Si l'on admet que */e/é/ a passé phonétiquement à v. isl. 
lét, V. angl. lét. V. sax. lèt, v. h. a. leaz, l'affaiblissement 
de la consonne intérieure, déjà indiqué parle «i de got. lai- 
lot est plus grand en germanique que partout ailleurs, et 
l'altération du st intérieur du lat. stetï trouve dans la plu- 
part des dialectes germaniques un parallèle particulièrement 
net. 

II. — Sur reppen, rettulî, etc. 

Tous les manuels s'accordent à reproduire, sur la consonne 
géminée de ces formes, l'opinion déjà indiquée par Priscien : 
il s'agirait de formes syncopées dans lesquelles transparaî- 
traient encore les deux consonnes des simples : tetull, pe- 
perly etc. (v. Stolz, Lat. Gramm.^, p. 172 ; Lindsay-Nohl, 
Die lat. Spr., p. 578 ; Sommer, Handbuch, p. 592; Brug- 
mann, Grundr., IP, p. 1239 ; P, p. 215 ; Niedermann, Pho- 
nét. historique, p. 34). MaisM. G.Giardi-Dupré (BB. XXYI, 

-18 



274 A. MEILLET 

2H, n. 4) et M. Vendryes {Intensité initiale, p. 230) ont 
indiqué ce que la syncope avait ici de douteux. M. Ciardi- 
Dupré part avec raison de la forme red- du préverbe, sûre- 
ment attestée devant voyelle (reâfeô^ redigô, redimô, rediindô, 
etc.) et même devant consonne (reddô), mais sans tirer les 
conséquences de son hypothèse. M. Osthoff, Et. Parer ga, 
I, 42 et suiv., a montré en même temps que red- pouvait 
être admis comme l'unique forme ancienne de re- ; l'étymo- 
logie de ?'ed est malheureusement inconnue. 

On conçoit bien que la consonne géminée d'anciens *rep~ 
pellô, *rettimdô se simplifie et qu'on ait repellô, retundô : 
c'est le cas connu de omittô ; on conçoit aisément que rep- 
puli, rettudl, rettull aient subsisté : le maintien de la 
géminée est conforme à la règle. On conçoit aussi que l'on 
ait également recidô eirecîdîen partantde *reccïdô, *reccïdi. 
En revanche, on doit avoir et l'on a en efifet reccidô comme 
reccidl ; les conditions étant les mêmes au perfectum et à 
l'infectum, le traitement doit être le même (sur les faits ve- 
hûhk reccidô, reccidï, v. Neue-Wagener, Formenlehre^ , III, 
p. 367; M. L. Havet, Phaedri fahulae, p. 213, signale 
chez Phèdre un cas certain de reccidat, par exemple). Mais 
d'où vient le contraste entre reperiô et repperi ? Il y a une 
syllabe brève après le p dans les deux cas : il faut que la 
différence de longueur du mot joue un rôle, et que -periô, 
avec ses trois syllabes dont les deux premières sont brèves, 
se comporte comme -pellô, -tundô, -cldô. Dès lors des formes 
telles que repperit, repperimus ; reppulit, etc. pourraient 
bien être analogiques de repperï, reppuli : la consonne gémi- 
née caractérisant le perfectum par opposition au présent a été 
généralisée. Dans reccidô, reccidl, il n'y avait pas d'opposi- 
tion entre le perfectum et l'infectum, et c'est ce qui fait 
qu'on trouve à la fois recidô (d'après recidimus par exemple) 
et recidï (d'après recidimus, recidërunt). 



DEUX FORMES A REDOUBLEMENT 275 

Si l'on examine les formes, on voit que la consonne gémi- 
née devait être éliminée soit par la règle de repellô (type 
ofella en face de offct)^ soit par celle de reperiô. Ce qui 
ne s'explique pas directement s'explique par l'analogie, ainsi 
reducem d'après redux et redûcô, redûxï ; refera d'après 
refers, referimus\ refugus d'après réfugia, refûgl ; recipis 
d'après recipiô, recèpi, receptus ; etc. L'analogie peut très 
bien généraliser une forme à géminée simplifiée ; c'est ce qui 
est arrivé pour le verbe cacâre: beaucoup de formes, et 
notamment l'infinitif cacâre^ sont phonétiques ; mais au lieu 
de caco, cacâs, on attendrait *caccô, "^caccàSy d'après irl. 
caccaid,§T. xay.x5v ; la forme Câ^cô est donc analogique d'après 
cacâre, etc. Certains mots de ce genre n'ont sans doute été 
formés qu'en un temps où l'on avait le sentiment que le 
préverbe était re- devant consonne, recoquô par exemple. 
Mais le souvenir de l'ancienne gémination s'est longtemps 
maintenu dans des licences poétiques : Lucilius écrit rellic- 
tus, et Cicéron relliqul ; et le // a permis a la poésie dacty- 
lique d'introduire dans les vers : relligiô, rellicuos, relli- 
quiae, au lieu des formes usuelles inutilisables pour elle : 
religiô, relicuos, reliquiae ; ce sont des formes artificielles, 
exactement comme indiiperâtor . Si red- avait existé isolé- 
ment comme par exemple ad-, les géminées auraient été 
maintenues et même généralisées par le sentiment étymolo- 
gique, et l'on aurait *refferô comme afferô, ^reccipiô comme 
accipiô, par exemple ; mais red- n'avait pas d'existence au- 
tonome ; et, au lieu de tendre à la restauration des conson- 
nes géminées que la phonétique simplifiait, l'analogie a, 
pour red-, détruit la plupart des géminées qui avaient 
subsisté phonétiquement. 

On pourrait être tenté d'opposer à la règle de reperiô le ce 
de accipiter; mais, quelle que soit l'étymologie de ce nom, il 
y a eu un rapprochement avec accipiô, (v.Walde, Et. 



276 A. MEILLET 

Wôrt., SOUS, accipi ter ; pour une influence de accipiens sur 
accupensevy cf. Schuchardt, Z. /. ro7n. Phil., XXXI, 652), 
et ceci suffit à justifier le ce. 

Seul, le y géminé a échappé à la simplification ; et l'on a 
à l'époque classique réiciô, rëiécï, c'est-à-dire reiiiciô reiièci 
(comme maiior, meiiô, etc.). 

L'abrègement de la consonne dans ^reppariô donnant ?t- 
^môetles cas analogues n'est qu'un cas particulier de l'abrè- 
gement du commencement des mots longs qui a déjà été 
signalé dans les Mémoires de la Société de linguistique , 
XIII, 26 et suiv. (avec renvoi bibliographique à MM. Gré- 
goire et Rousselot). 

Il résulte de ces observations que la chute du redouble- 
ment dans les formes à préverbe doit s'expliquer par une 
haplologie; le seul argument en faveur de la syncope était 
la consonne géminée de reppuli, etc. ; cet argument écarté, 
l'haplologie apparaît comme la meilleure explication. Il ne 
pouvait y avoir haplologie à l'initiale du mot dans pepulï, pe- 
perl, etc._, à cause de la valeur spéciale de la syllabe initiale 
latine, valeur que M. L. Havet a mise en pleine évidence 
dans son article capital du volume VI des Mémoires de la 
Société de Linguistique. L'haplologie ne se produisait que 
dans le cas où les deux syllabes en cause, celle du redouble- 
ment et celle de la racine, étaient dans des conditions com- 
parables, toutes deux à l'intérieur du mot. En passant de la 
syllabe initiale, où il était en pleine évidence, à la position 
intérieure, si débile en latin, le redoublement subissait une 
telle déchéance que sa disparition par l'effet de l'haplologie 
en résultait immédiatement. Ici, comme en tant d'autres cas, 
le- changement linguistique ne résulte pas d'une cause 
unique, mais d'un ensemble complexe de causes. Il n'y 
a pas eu non plus haplologie là où l'une des deux syl- 
labes était intérieure, et l'autre finale, c'est-à-dire dans 



DEUX FORMES A REDOUBLEMENT 277 

le cas de condidï, reddidl, crèdidl, etc.; seulement le 
sens du redoublement s'est alors perdu d'assez bonne heure, 
si bien qu'on a fini par former le type ascendidï, etc., qui 
est attesté déjà en latin et qui a eu une assez grande fortune 
dans les langues romanes. 

Il n'y a donc aucune trace de redoublement dans rettuli, 
repperl, etc. Tout redoublement a été éliminé dans les for- 
mes suivies d'un préverbe, à la seule exception du type con- 
didl et combibl^ et de quelques cas où il a été rétabli parce 
que le préverbe avait le caractère d'un adverbe (type^r«e- 
cucurrî) ou que le redoublement était indispensable pour 
caractériser le perfectum (type èdidici, expoposct). Et c'est 
pour cela que, de très bonne heure, les formes trop peu 
claires ont été remplacées par des formes nouvelles : oc-ci~ 
nul (d'après sonui) en face de cecinl (l'ombrien a de même, 
sans redoublement, procaniireni)^ compègi (d'après -fringô, 
-frégî) en face de pepigï^ compunxi en face de piipugl, 
praemorsisset (chez Plante) en face de momordl, etc. 

Les formes repperi, rettull, etc. n'enseignent rien sur le 
perfectum latin à redoublement, dont on a vainement cher- 
ché à y retrouver la trace ; et, si l'on n'a pas *repperw comme 
repperi, c'est par suite d'une simplification phonétique de 
la géminée. 



Notes de correction. 

l. P. 27"2, 1. 2 etsuiv. A la bibliographie relative aux verbes germaniques 
;i redoublement, il faut ajouter maintenant: Feist, dans PBB., XXXII, 
117 et suiv. et W. van Helten, I. F., XXIII, 103 et suiv. A l'hypothèse 
d'une chute de la consonne initiale de la racine par l'influence combinée 
de la position intervocalique et de la dissimilation dans le type *hehait 
donnant *he't-, on ne saurait opposer le maintien de la consonne inté- 
rieure dans V. isl. sera, v. angl. dide, etc., comme le fait M. Feist, l. c, 
1 . 46'2 et 498; car le cas d'un ancien trisyllabe comme got. haihait et 



278 A. MEILLET 

celui d'un ancien dissyllabe comme got. saiso, v, isl. sera ne sont pas 
exactement comparables (cf. le maintien latin du type condidl ). 

2. P. 275. — M. Bornecque est amené à reconnaître des scansions telles 
que reqquirit, rettinuit, etc., dans quelques passages de Gicéron; v. 
Clausulcs métriques latines, p. 244, 244, 264. Ces scansions doivent être 
tenues pour analogiques d'exemples comme reccïdô. 



Charles MICHEL 



NOTE SUR UN PASSAGE 
DE JAMBLIQUE 



NOTE SUR UN PASSAGE DE JAMBLIQUE 

Par Charles Michel, 



On a signalé souvent les aftinités de la philosophie pytha- 
goricienne avec l'orphisnae. La ressemblance avait déjà 
frappé les anciens^ et récemment M. S. Reinach, en indi- 
quant le premier quelques similitudes nouvelles entre les 
deux doctrines, disait avec raison : « On peut prouver que 
les Pythagoriciens n'ont fait dans ce cas [il s'agissait de l'in- 
terdiction du suicide] comme dans d'autres que donner une 
forme littéraire aux enseignements de l'orphisme ^ » . 

Par de là l'orphisme, c'était aux plus vieilles croyances 
animistes des religions orientales et du folk-lore que remon- 
tait ainsi Pythagore et, souvent, sans doute. Orphiques et 
Pythagoriciens ont puisé indépendamment à cette source 
commune. 

Les rapprochements nombreux que suggère une comparai- 
son entre les deux systèmes n'ont pas encore été groupés. Il 
serait intéressant de tenter l'entreprise, mais ce n'en est pas 
ici le lieu. Nous voudrions simplement détacher d'une étude 



l. C'était déjà l'opinion d'Hérodote, dans un passage souvent cité : 
11, 81. Les Tp'.aY[i.oi' (écrit consacré aux propriétés du nombre trois), attri- 
bués à Ion de Chios, disaient expressément que Pythagore avait fait plus 
d'un emprunt à Orphée. Cf. Lobeck, Aglaophamus, p. 384 et sq. 

"2. Archiv fur Religionsw., IX (1906), p. 318, sq. 



282 C. MIGUEL 

d'ensemble sur ce sujet, le commentaire de quelques lignes 
de la Vie de Pythagore, par Jamblique. On y peut retrouver 
une fois de plus, à notre avis, comme un écho de l'Orphisme 
et un souvenir des antiques conceptions de l'animisme dont 
nous venons de parler. 

Racontant la catastrophe qui a détruit les communautés 
fondées par le philosophe dans l'Italie méridionale, Jambli- 
que rappelle quelques-uns des points où les pratiques de ces 
communautés différaient des habitudes de la foule, et il 
cite, entre autres, le détail suivant : « Jamais les pythago- 
riciens ne prononçaient le nom de Pythagore ; de son vivant, 
quand ils voulaient le désigner, ils l'appelaient le Divin ; 
après sa mort, on disait : Cet homme * » . 

Il est bien certain qu'au moment où nous reporte ce 
texte, l'emploi d'une circonlocution pour désigner Pytha- 
gore ne pouvait passer que pour une marque de respect. La 
suite du passage le prouve bien : « C'est ainsi, continue 
Jamblique en effet, qu'Homère nous montre Eumée dési- 
gnant Ulysse » . 

Il s'agit du passage bien connu où « le divin porcher » se 
trouve, sans le reconnaître encore, en présence d'Ulysse qui 
l'interroge au sujet de son maître. Après avoir usé de péri- 
phrases pour le désigner, Eumée, à une question de son 



i. Jamblique, Vie de Pythagore, 2o5(édit. A. Nauck, p. 179) : \t.T^hiya. 
xàiv IIuOaYopettoy ôvofxa^eiv HuGayopav, àXXà Çwvia Uc'v, Ôttote PojXoîvto 
8r,Xwarai, xaXeîv auTOv Osïov, Ijisl Se èTeXsjT7)a£v, èxeîyov xôv avôpa, xaOaTisp 
"0[JLT)po; ccTTO^aivct xôv E'jfxaiov uTrsp 'OSyaaî'co; [jL£[jLvr](x£vov, 

xôv {jlÈv èytov, to Çstvs, xai oj :iap£dvx' 6vO[i.as£'.v 

a'.SEOtiai • TîEpt yàp {x* IïïjiXei xaî IxrjBEXo X-'rjv (Od., XIV, 145-6). 

Voir aussi Ibid., 88 (édit. Nauck, p. 66). E. Rohde a montré (Rhein. 
Mus., XXVII [1872], p. 57 et sq.) que les deux passages de Jamblique pro- 
viennent d'Apollonius de Tyane. Il est permis de supposer que celui-ci les 
a empruntés à Timée. On trouve le même renseignement dans Villoison, 
Anecdota, II, p. 216. 



UN PASSAGE DE JAMBLIQUE 283 

interlocuteur, prononce le nom d'Ulysse et puis tout de 
suite se reprend : « Mais, même en son absence, j'ai honte 
de le désigner par son nom, car il m'aimait beaucoup et pre- 
nait grand soin de moi ». 

Faut-il s'en tenir à cette interprétation qui se présente la 
première et qui est celle de l'auteur lui-même? Ce serait 
peut-être se contenter trop facilement. Si l'on a quelque 
connaissance des études ethnographiques et anthropologi- 
ques qui, depuis un quart de siècle, ont renouvelé des cha- 
pitres entiers de la philologie classique % on songera tout de 
suite aux recherches des folkloristes sur la vertu du nom 
chez les peuples primitifs et sur son rôle dans la magie ^. 
Même à présent, ne l'oublions pas, le peuple ne distingue 
pas toujours nettement entre le nom et la personne ^ ; dans 
les croyances populaires, le nom, comme l'image, est une 
partie essentielle de l'individu. « Le nom, dans toutes les 
magies, c'est la personne même*. » Connaître le nom de 
quelqu'un, c'est avoir sur lui un véritable pouvoir. Aussi les 
dieux ont-ils grand soin de cacher ceux de leurs noms qui 
sont particulièrement puissants, et souvent les particuliers 
prennent pour le leur une précaution analogue. 

1. S. Reinach, Cultes, Mythes et Religions, I (Paris, 1903), p. 173. 

2. Voir surtout : E.-B. Tylor, Researches into the early history of 
mankind (Londres, 1863), pp. 107-149 ; R. Andrée, Ethnographische 
Parallèle (Stuttgart, 1878), pp. 163-184; Nyrop, Navnets Magt (Copen- 
hague, 1878); F. von Andrian, Ueber Wortaberglauben (dans le Corres- 
pondenz-Blatt der deutschen Gesellschaft fur Anthropologie, t. XXVI 
[1896], pp. 109-127) ; J.-G. Frazer, Golden Bough, 2« édit., t. I (Londres, 
1900), pp. 404-447; trad. franc., I (Paris, 1903), pp. 330-378. Ces tra- 
vaux ont été résumés avec méthode et prudence par M. Fr. Giesebrecht, 
Die alttestamentliche Schàtzung des Gottesnamens und ihre religions- 
geschichtliche Grundlage, Kœnigsberg, 1901, in-8o. Auparavant, M. Fr. 
Polie avait donné presque tout l'essentiel dans son ingénieux petit 
volume : Wie denkt das Volk ïiber die Sprache^ Leipzig, 1889, in-12. 

3. Fr. Polie, op. cit., p. 27 ; A. Wuttke, Der cleutsche Volksaber- 
glaube, 2^ édit. (Berlin, 1869), p. 303. 

4. V. Henry, La Magie dans l'Inde antique (Paris, 1904), p. 31. 



384 G. MICHEL 

Ces vieilles idées avaient laissé des traces chez les peuples 
classiques, mais comme les anthropologistes ont porté sur- 
tout leur attention sur les croyances des non-civilisés, qui 
leur offraient une moisson extrêmement abondante, il se 
trouvera sans doute que quelques-uns des faits suivants 
aient pu échapper à leurs enquêtes. 

Pas plus à Andanie qu'à Samothrace, on ne nommait les 
divinités honorées dans les mystères, on les appelait simple- 
ment « les grands dieux » cl [As^aXci Ôssi * ; et de même à 
Eleusis, à côté de Déméter et Coré, souvent appelées simple- 
ment les deux déesses, tw 6£(6, on trouve 6 Osé; et 
it ôeà, dont les noms ne sont pas connus 2. Les Arcadiens 
n'appelaient leur déesse de la terre que « la Maîtresse » 
Despoina et son vrai nom n'était révélé qu'aux initiés % 

i. E. Maass, Orphens (Munich, i895), p. 69, sq. ; Roscher, Lexicon 
der MythoL, II, col. 2522, sq. 

2. P. Foucart, Recherches sur les Mystères d'Eleusis (Paris, 1895), 
p. 24, sq. — Mon ami M. P. Lejay veut bien me signaler à ce sujet un 
curieux passage de Tertullien (De Testim. animœ, II, éd. Oehler, t. I, 
p. 404) et me communiquer la note suivante que je suis heureux de pou- 
voir reproduire : « Il résulte de ce passage que, dans les cérémonies du 
culte païen, mais spécialement dans les mystères, le dieu n'est pas 
nommé. On disait simplement : Beus, b ôso'ç. En effet, le raisonnement de 
Tertullien se fonde sur une double série de témoignages, rendus involon- 
tairement par l'âme au dieu unique, à celui qui ne s'appelle ni Saturne, 
ni Jupiter, ni Mars, ni Minerve, mais Dieu simplement (voy. le texte plus 
haut, p. 402). D'une part, dans la vie courante, ou comme dit Tertullien, 
au forum de l'âme, c'est à Dieu qu'elle en appelle par les formules fami- 
lières. D'autre part, dans le temple, elle supporte l'affirmation d'un autre 
dieu que le dieu particulier du temple. » 

3. Pausanias, VIII, 37, 9. — Dans l'Inde aussi, les dieux avaient des 
noms secrets : Devo devâncJm guhyâni nâmâvish krnoti barhishi pra- 
vâce « dans le sacrifice, le dieu (Soma) fait connaître au chantre les noms 
secrets des dieux », Rig-Veda, IX, 95, 2; cf. Ibid., V, 5, 10. Il en était 
de même en Egypte. E. Lefébure, Mélusine, VIII [1897], col. 227 : « le 
nom d'un dieu livrait au magicien le pouvoir du dieu ». Une croyance 
analogue subsiste chez les Musulmans d'Egypte (Lane, Modem Egyptians, 
1860, p. 264), et Chardin l'a retrouvée en Perse : Les Musulmans ont des 
talismans qui contiennent « les grands noms de Dieu ou les noms ineffa- 
bles : car ils tiennent que, qui sait ces noms sait tout, et peut faire tout, 



UN PASSAGE DE JAMBLIQUE 28o 

ainsi qu'à Rome il était interdit de divulguer le nom de 
la Bona Dea^. En Phocide, à Bulis, le dieu principal n'avait 
pas d'autre nom que « le Très-Grand » o MÉyiaTc; ^, ce qui 
fait songer naturellement au 0£o; lifl^cj-c; adoré en Asie- 
Mineure^. Des prohibitions de ce genre n'étaient pas, d'ail- 
leurs, réservées aux seules divinités ^. Hérodote nous 
a conservé le souvenir d'une vieille coutume qui défen- 
dait aux femmes de Milet de prononcer le nom de leur 
maris et, à l'époque romaine du moins, le hiérophante 
d'Eleusis ne pouvait être désigné par son nom, mais seule- 
ment par le titre de sa charge ^ Un usage semblable 



et que les miracles sont opérés seulement par la connoissance de ces 
noms ; de manière que quand Dieu vouloit revêtir quelque prophète du 
don des miracles, il ne faisoit que lui révéler la connoissance de quel- 
qu'un de ces grands noms « {Voyages en Perse, édit. Langlès, t. IV 
[Paris, 1811], p. 442). 

1. Servius, arf Aen., VIII, 314; Macrobe, Saturn., I, 12, 27; Lac- 
tance, I, 22, 10. Plutarque voyait des rapports entre ce culte et les mystè- 
res orphiques (Caes., 9). 

2. Pausanias, X, 37, 3. A Tarente, Hécate s'appelait « l'Innommable», 
"Aapa-To; ; Hésych. s. v. 

3. F. Cumonl, Les religions orientales dans le paganisme romain 
(Paris, 1907), p. 77 ; P. Wendland, Hellenistisch-rômische Kultur (Tu- 
bingue, 1907), p. 107. 

4. Chez les anciens Egyptiens, on donnait deux noms aux enfants, le 
vrai ou le grand nom et celui par lequel on les désignait communément. 
Lefébure, Mélusine, VIII, col. 226. Dans l'Inde aussi, on donnait à l'en- 
fant deux noms, l'un devait rester secret et n'être connu que de ses 
parents : V. Henry, La Magie, p. 82. Cf. Crooke, Popular religion and 
folklore of Northern India (Allahabad, 1894), p. 188. 

5. Hérodote, I, 146. La même défense se retrouve dans l'Inde moderne 
(Crooke, op. cit., p. 188) et chez beaucoup de non-civilisés : A. Lang, La 
Mythologie, trad. L. Parmentier (Paris, 1886), p. 233 ; le même, Custom 
and Myth, 2« éd. (Londres, 188o), p. 72 et sq. 

6. Lucien, Lexiphan., 10. P. Foucart, Les grands Mystères d'Eleu- 
sis (Paris, 1900), p. 28 et sq. Cette interdiction n'était pas ancienne à 
Eleusis. Il en est de même de celle qui s'applique chez les Juifs au nom 
de Jéhovah (S. Reinach, Cultes, Mythes et Religions, t. I, p. 1); elle 
n'existait pas encore au v« s. av. J.-C., au moment où l'on a rédigé les 
papyrus araméens d'Éléphantine (Clermont-Ganneau, Revue archéoL, 
1907, II, p. 435), mais, des deux côtés, elle se rattachait à d'antiques 



286 C. MICHEL 

paraît avoir existé aussi dans les thiases orphiques *. 

C'est sans doute à cause de l'interdiction très répandue de 
prononcer le nom des morts ^ que beaucoup de héros étaient 
anonymes. Comme celui qui était enterré à Graea, près 
d'Oropos ; il fallait passer en silence auprès de son tombeau 
et, pour cette raison, on l'appelait « Silencieux » Hi-^r^koq^. 

La ville de Rome, on le sait, avait un nom secret, tenu 
soigneusement caché, et les anciens nous expliquent eux- 
mêmes que c'était par crainte de livrer le vrai nom de 
la Ville aux entreprises magiques des ennemis*. C'est ainsi 
que les imprécations, appelées devotiones, n'exerçaient leur 
influence malfaisante que si le nom de l'adversaire était écrit 
sur la tablette de plomb ^ Pareillement, pour guérir une 
maladie par des incantations, il fallait que le magicien pût la 
désigner par son nom dans le charme ^ 



croyances : Exode, XX, 7 ; Genèse, XXXII, 30 ; Giesebrecht, op. cit.., 
pp. 7-45. 
4. E. Maass, Orpheus, p. 70. 

2. F. von Andrian, op. cit., p. 122. — Pour permettre aux âmes, 
en les rendant méconnaissables, d'échapper aux esprits mauvais qui peu- 
plent l'atmosphère, il arrivait qu'on changeait le nom des morts, cf. Her- 
mippus, éd. Kroll et Viereck (Leipzig, 1895), 121 ; W. Kroll, Rhein. 
Mus., LU (4897), p. 345, sq. ; A. Dieterich, Eine Mithrasliturgie (Leip- 
zig, 4903), p. 110. 

3. Strabon, IX, 2, 10; Alciphron, III, 58 ; L.-R. F arneW, Anthropo- 
logical Essays presented to E. B. Tylor (Oxford, 4907), p. 92. 

4. Servius, ad JEn., I, 277 : urbis... uerum nomen nemo uel in sacris 
enuntiat; Macrobe, Saturn., III, 9, 3; Pline, Hist. Nat., III, 9, 44 ; cl. 
Guno, Jahrb. fur Philol., t. 425 (4882), p. 573. 

5. Audollent, Defixionum tabellae (Paris, 4904), p. xlix. 

6. La maladie est un démon qui s'est emparé du patient, elle ne peut 
être chassée que si l'on connaît son vrai nom : ut morbus rectus e corpore 
eiciatur, recto suo nomine euocandus est : Heim, Incantamenta magica 
graeca latina, Leipzig, 4892 (Jahrb. fur Philol., Supplem.-B. XIX, 
p. 476). Chez les Hindous, pour lutter contre les maléfices d'un sorcier, 
il fallait savoir son nom, comme il fallait pouvoir nommer la lièvre pour 
s'en guérir : V. Henry, La Magie, p. 468 et p. 484. — C'est pour trom- 
per le démon de la maladie que beaucoup de non-civilisés changent le 
nom des malades; Giesebrecht, op. cit., p. 40. 



UN PASSAGE DE JAMBLIQUE 287 

D'autre part, ces superstitions expliquent que seule la 
connaissance du nom de la divinité peut assurer l'efficacité 
de la prière. Comme les dieux ont souvent beaucoup d'épi- 
thètes différentes, il faut employer celle qui leur plaît 
davantage et qui attirera leur faveur ^ « Quand nous prions, 
nous donnons aux dieux les noms qui leur sont agréables », 
dit Platon-, et sur ce point les exemples abondent. Il est 
inutile de les accumuler. 

On le voit, la croyance à la vertu du nom, que le folk-lore 
a conservée de tous côtés, se retrouvait dans l'antiquité et 
doit naturellement s'expliquer ici comme ailleurs. Peut-être 
n'était-il pas tout à fait sans intérêt de rattacher ainsi aux 
vieilles traditions de l'humanité, pour la placer dans son 
vrai jour, la pratique dont Jamblique nous a gardé la 
mémoire. Rien n'est indifférent, semble-t-il, de ce qui tou- 
che à l'école, ou plutôt, comme l'a appelée justement 
E. Havet, à l'église pythagoricienne. 

1. Horace, Carm. Saec, 44, sq. ; Usener, Gôtternamcn (Bonn, i896), 
p. 334-336 ; Wendland, Hellen.-rôm. Kultur, p. 78. 

2. Platon, Cratyle, 400^ ; Timée, 28^ ; Banquet, "li^" ; Schomann- 
Lipsius, Griechische Altertumer, II (Berlin, 1902), p. 264. 



Paul MONCEAUX 



L'ISAGOGE LATINE 
DE MARIUS VICTORINUS 



19 



L'ISAGOGE LATINE DE MARIUS VICTORINUS 

Par Paul Monceaux. 



Parmi les ouvrages philosophiques de l'Africain Marius 
Yictorinus, l'un des plus célèbres était son Isagoge latine, 
traduction, ou plutôt, libre adaptation de celle de Porphyre. 
Victorin lui-même, dans son traité des Définitions^, fait allu- 
sion à cet ouvrage, qui est mentionné en outre par Gassio- 
dore% puis par Isidore de Séville\ et que Boèce a pris pour 
base de son commentaire dans ses deux dialogues ordinaire- 
ment appelés Jn Porphyrium a Victor ino translatum^. 

1. Ce travail était terminé depuis longtemps, et nous venions de le 
communiquer à l'Académie des Inscriptions (séance du i2 avril 4907), 
quand nous est parvenue l'excellente édition critique du Commentaire de 
Boèce par MM. Brandt et Schepss (Boethii^ In Isagogen Porphyrii Com- 
menta, Vienne, 1906. — Vol. 48 du Corpus scriptor. ecclesiast. lat., 
publié par l'Académie de Vienne). Nous avions pris pour base de notre 
restitution de la plus ancienne Isagoge latine la dernière édition originale 
du Commentaire (Bâle, 1570). Depuis, nous avons remanié notre travail 
pour substituer, au texte de cette vieille édition, le texte de la nouvelle 
édition critique. Sur la version de Victorin et sur la possibilité de la res- 
tituer en partie, M. Brandt est arrivé à des conclusions très voisines des 
nôtres (cf. ses Prolegomena, p. xiv sqq.). 

2. Victorin, Lf6er<:/e definitionibus, p. 25, Stangl : « Nos, quiajamuno 
libro et de his quinque rébus plenissime disputavimus..., lectorem ad 
librum qui jam scriptus est, si adest ei indigentia, ire volumus. » 

3. Cassiodore, Instit. divin, litter., II (addition du Codex Bamberg en- 
sis) : « Isagogen transtulit Victorinus orator. » 

4. Isidore de Séville, Origin., II, 25, 9. 

5. Boèce, In Porphyrium a Vietorino translatum, I, 1 j 10 ; 12-13 ; 



292 P. MONCEAUX 

Jusqu'à ces dernières années, on a répété que l'adaptation 
de Victorin était à peu près complètement perdue*. Un 
examen minutieux de la question nous a amené à une conclu- 
sion assez différente : comme on le verra, VIsagoge latine 
de Victorin peut être reconstituée partiellement à l'aide du 
Commentaire de Boèce. 

Tout d'abord, Boèce nous a conservé beaucoup de cita- 
tions textuelles de Victorin, et qu'il donne expressément 
comme telles. De plus, il a inséré dans son Commentaire, 
par fragments, mais toujours suivant l'ordre du développe- 
ment, une bonne partie du texte de Victorin. Il avait sous 
les yeux et il expliquait, non pas l'original grec, mais la ver- 
sion de son prédécesseur ; il nous en prévient lui-même au 
début de l'ouvrage-. Il ne s'est reporté au grec que très 
rarement, pour contrôler et corriger certaines interpréta- 
tions de Victorin ^ Là même où il nomme Porphyre, sauf 
dans les rares occasions où il oppose l'original à l'interprète, 
c'est encore le texte de Victorin qu'il vise. Et ce texte, il le 
transcrit souvent phrase par phrase, en l'expliquant ou en le 
discutant. Nous avons d'ailleurs deux preuves indirectes 



etc. Cf. In Porphyrium a se translatum, V, 24. — Nous ne connaissons 
pas les titres exacts de ces deux Commentaires de Boèce. M. Brandt, se 
fondant sur l'autorité des manuscrits, appelle les deux ouvrages : In Isa- 
gogen Porphyrii Commentorum Editio prima et Editio secunda. Mais il 
montre lui-même (Proleg., p. xxix sqq.) que ce sont là des titres de con- 
vention, imaginés après coup, et non par l'auteur. Dans ces conditions, 
nous avons cru pouvoir conserver les titres traditionnels, qui ne sont pas 
plus inexacts, et qui ont du moins l'avantage d'indiquer nettement le con- 
tenu. 

1. Schianz, Gesch. der. rœm. Litter., IV (1904), p. 143 j Porphyrii Isa- 
goge, éd. Busse, Berlin, 1887, p. xxxi (dans les Commentaria in Aristo- 
telem graeca de l'Académie de Berlin, IV, 1). 

2. Il se fait dire par son interlocuteur: « Rogo ut mihi explices id quod 
Victorinus, orator sui temporis ferme doctissimus, Porphyrii per Isago- 
gen, id est per introductionem in Aristotelis Categorias, dicitur transtu- 
lisse » Qn Porphyrium a Victorino translatum, I, 1). 

3. Ibid.,l, 12-13; II, 6. 



L'ISAGOGE DE MARIUS VIGTORINUS 293 

qu'ici tous les passages traduits textuellement du grec de 
Porphyre appartiennent à la version de Victorin. En premier 
lieu, Boèce critique volontiers le texte latin qu'il a sous les 
yeux, c'est-à-dire l'adaptation de son devancier*. En second 
lieu, il a entrepris lui-même plus tard, pour son compte, 
une autre version de VIsagoge ; et cette version nouvelle, 
qu'il jugeait naturellement plus exacte, il l'a prise pour 
base d'un second Commentaire, le gros traité en cinq livres 
qui est ordinairement intitulé In Porphyrium a se transla- 
tum^. De tout cela, l'on doit conclure que dans le premier 
Commentaire, sauf pour les deux ou trois passages où il 
oppose Porphyre à Victorin, Boèce cite toujours Porphyre 
d'après la version de Victorin. 

Nous arrivons donc aux constatations suivantes : 1^ Les 
deux dialogues In Porphyrium a Victorino translatum 
reproduisent par fragments une bonne partie du texte d'une 
Isagoge latine ; — 2** Cette Isagoge latine est celle de Victo- 
rin, que Boèce suivait dans son Commentaire, et qu'il 
copiait alors sans toujours l'approuver, en attendant qu'il 
essayât de traduire à son tour le traité de Porphyre ; — 
3*^ On retrouvera donc, éparse dans le Commentaire de 
Boèce, VIsagoge latine de Victorin ; — 4° Il suffira pour cela 
de comparer méthodiquement les dialogues à l'original 
grec, en écartant tout ce qui est commentaire, en recueillant 
tout ce qui est traduction directe du grec de Porphyre. 

1. « Victorini culpam, vel, si itacontingit, emendationemaequibonique 
faciamus » (ibid., I, 12) ; — « Hic tamen a Victorino videtur erratum » 
(ibid., I, 21) ; — « Sequitur locus perdifficilis, sed transferentis obscuri- 
tate Victorini magis quam Porphyrii proponentis » (ibid., II, 6) ; — « Ge- 
neris enim hic nomine pro animalis abusus est (Victorinus)... » (ï6z6?., 
II, 7). 

2. Cette version de Boèce nous est parvenue sous deux formes : par 
fragments, dans le Commentaire In Porphyrium a se translatum ; entière 
et à part, dans un grand nombre de manuscrits. Une bonne édition cri- 
tique en a été publiée par Busse (Po/'p/it/ru' Isag^oge, Berlin, 1887, p. 25-51). 



L 



204 P. MONCEAUX 

C'est ce que nous avons fait. Si l'on rapproche ces frag- 
ments, sans qu'il soit jamais besoin d'en modifier l'ordre, on 
les voit se souder l'un à l'autre, ou, tout au moins, se grou- 
per d'eux-mêmes en chapitres, et reconstituer partiellement 
VIsagoge latine de Victorin. Boèce en avait transcrit tout 
l'essentiel. Il s'accordait bien quelques libertés dans le choix 
des exemples ; mais, pour tout ce qui était définition ou 
doctrine, il reproduisait fidèlement le texte de son prédé- 
cesseur. Nombreuses sont les longues citations textuelles. 
Ailleurs, sans doute, ce sont de courts fragments, des 
expressions isolées ou des membres de phrase, si bien 
découpés et fondus dans le commentaire qu'on ne saurait 
rétablir la phrase même de Victorin. Malgré ces lacunes, on 
se représente nettement l'ensemble. 

Cependant, même avec ces réserves, nous ne croyons pas 
que l'on puisse tenter une restitution relativement complète 
de VIsagoge latine de Victorin. Sans doute, Boèce suit et 
paraphrase, d'un bout à l'autre de son Commentaire, la ver- 
sion de Victorin ; mais il n'est guère possible de distinguer 
partout la part respective de chacun des deux auteurs. Dans 
la crainte d'attribuer à Victorin ce qui appartient réellement 
à Boèce, nous avons souvent laissé de côté les passages où 
la version est noyée dans le Commentaire. Nous avons 
recueilli surtout deux catégories de fragments : 1** les cita- 
tions textuelles de Victorin, données comme telles par 
Boèce ; 2® les phrases qui sont une traduction directe de 
Porphyre, et où par suite, comme nous l'avons dit, on est 
fondé à reconnaître des fragments authentiques de la version 
de Victorin ^ 



i. Nous plaçons entre parenthèses les quelques mots du Commentaire 
de Boèce qu'il était nécessaire de reproduire pour éclairer le texte de 
Victorin. — Les points de suspension indiquent les lacunes de la version 
de Victorin (et non les passages, supprimés par nous, du commentaire de 



L'ISAGOGE DE MARIUS VIGTOHINUS 395 

Ainsi reconstituée en partie, cette vieille Jsagoge latine 
offre un réel intérêt. C'est moins une traduction qu'une 
adaptation. Victorin en use très librement avec le texte de 
Porphyre. Il a changé jusqu'à la dédicace, où il a remplacé 
le nom du Chrysaorios de l'original par le nom d'un certain 
MenantiuSy sans doute un de ses amis*. Dans le cours 
même de l'ouvrage, il s'était évidemment proposé d'expli- 
quer ou d'interpréter Porphyre, plutôt que de le traduire. 
Sur quelques points, il avait modifié les définitions ou les 
classifications ; etBoèce n'a pas manqué de le lui reprocher^, 
comme il lui reproche de n'avoir pas toujours compris le 
texte grec^ C'est affaire aux logiciens d'apprécier ces criti- 
ques et la valeur intrinsèque de l'adaptation. Remarquons 
seulement que Victorin était un vrai philosophe, un méta- 
physicien qui tient une grande place dans l'histoire du Néo- 
Platonisme en Occident : on ne doit pas trop se hâter de le 
condamner sur la foi de Boèce. D'autant mieux que Boèce 
lui-même l'a pillé, tout en le critiquant, suivant l'usage des 
plagiaires : pour sa propre traduction, il s'est beaucoup 
servi du travail de son devancier. 

En tout cas, cet ouvrage de Victorin marque une date 
importante dans l'histoire de la logique. Ulsagoge de Por- 
phyre a été l'un des manuels les plus répandus dans les 
écoles du Moyen Age. De toutes les traductions ou adapta- 
tions latines, la plus populaire a été celle de Boèce. Mais la 

Boèce). Là où nous avons pu dégager le texte de Victorin, nous en avons 
rapproché franchement les diverses parties, de façon à reconstituer la 
suite du développement. Dans la crainte de rendra illisible le texte de 
Victorin, nous avons renoncé à noter tout ce que nous supprimions du 
Commentaire de Boèce. L'inconvénient est minime, et le contrôle n'en est 
pas moins facile, puisque Boèce, dans son commentaire, a suivi phrase 
par phrase la version de Victorin. 

1. Boèce, In Porphyrium a Victorino translatum, I, T. 

2. Ibid.,\, 1-2-13; 21 ; II, 7. 

3. Ibid., II, 6. 



296 P. MONCEAUX 

plus ancienne est celle de Victorin, qui a été, ici comme 
ailleurs, le maître de Boèce, et, pour tous en Occident, l'ini- 
tiateur. 

Voici les fragments, que nous avons pu recueillir, de 
Ylsagoge latine de Victorin. 

Marii Victorini Isagoge latina. 

1. — Cum sit necessarium, Menanti, sive ad Aristotelis 
Categorias, sive ad definitionis disc'plinam, nosse quid 
genus sit, quidve species, quid differentia, quid proprium, 
quid accidens, omnino enim ad ea quae sunt divisionis vel 
quae probationis, quorum utilitatis est magnae cognitio, 
breviter tibi explicare temptabo. Quae apud antiquos qui- 
dem alte et magnifiée quaestionum gênera proposita sunt, 
ego simplici sermone, cum quadam conjectura in res alias, 
ista explicabo mediocrite^^ (Ait) se omnino praetermittere 
gênera ipsa et species, utrum vere subsistant an intellectu 
solo et mente teneantur, an corporalia ista sint an incorpo- 
ralia, et utrum separata an ipsis sensibilibus juncta. De his 
sese, quoniam alta esset disputatio, tacere (promisit) ^ Sunt 
enim illa (ut ipse ait) gravions tractatus ; quam doctrinam a 
Peripateticis acceptam, id est ab Aristotelicis, se sequi (con- 
fessusest)^. 

2. De génère. — Videtur enim neque genus neque spe- 
cies simpliciter appellari, id est uno modo. Genus namque 
dicitur quorumdam ad aliquid quodammodo habentium 
coUectio ; per quam Dardanidum dicitur genus... Dicitur 
rursus genus uniuscujusque nativitatis principium, aut a 
générante, aut ab eo in quo quis genitus est... (Addit autem 



4. Boèce, In Porphyrium a Victorino translatum, I, 7. Cf. I, 6 ; 8-10 
(édit. Brandt et Schepss, Vienne, 1906). 
-2. Ibid., I, 40. 
3. Ibid.,l, 14. 



L'ISAGOGE DE MARIUS VICTORINUS 297 

ipse, quod soli latinae linguae congruere possit : dicit enim) 
secundo modo genus dici, ut est genus causae honestum*... 
Aliter dicitur genus, cui supponuntur species, juxta similitu- 
dinem forte superiorum appellatum. Etenim principium 
quoddam est genus his quae sub ipso sunt, et videtur multi- 
tudinem continere omnium quae sub se sunt -. Totiens igitur 
de génère dicto, de postrema significatione inter philoso- 
phes disputatio est, quod definientes ita déclarant : genus 
esse quod ad plures differentias specie distantes, in eo quod 
quid sit, praedicatur, velut animale Eorum quae dicuntur, 
alia ad unitatem dicuntur, sicut sunt omnia individua, ut 
est Socrates, et hic et illud ; alia quae ad multitudinem, ut 
sunt gênera et species et differentiae et propria et accidentia. 
Haec enim communiter, non unius proprie appellationis 
sunt. Est enim genus ut animal, species ut homo, differentia 
ut rationale, proprium ut risibile, accidens ut album, 
nigrum et sedere*. Ab his igitur, quae ad unitatem dicuntur, 
differt genus, quod genus est hoc quod de plurimis praedi- 
catur. Ab his vero reliquis, quae de pluribus appellantur. 



1. IbicL, I, 12. Cf. I, 43. — Boèce note avec insistance que, dans ce 
chapitre, Victorin a modifié la classification des genres : « Clarescet, ut 
opinor, participatione generis quam Porphyrius fecit, non Victorinus, 
visa... Victorinus vero duo superiora gênera in unum redigit. Nam et 
multitudinis congruentiam inter se per eamdem generis nuncupationem, 
et quorumcumque a génère lineam, et locum in quo quis natus est, uno 
generis vocabulo et designatione esse déclarât... Victorini culpam, vel, 
si ita contingit, emendationem aequi bonique faciamus. Nunc ergo ad 
priorem apud Victorinum generis significationem revertamur, et ejus, ut 
sunt, verba enodanda atque expedienda sumamus... Propriae tamen et 
simplicissimae expositionis est, quattuor signiticationes generis consti- 
tuisse Victorinum, ut ad très Porphyrii unam ipse addiderit, generis cau- 
sae, ut sint hae quattuor significationes, multitudinis cognatio, lineae 
(luctus, genus causae, genus specierum. Sequitur secunda generis divisio 
apud Victorinum, ut est genus causae... » (ibid., I, 12-13). 

2. îhid., I, 13. Cf. I, 12. 

3. Ibid., 1, 14. 
i. Ibid., I, 16. 



208 P. MONCEAUX 

genus differt. Primo ab specie, quoniam species, etsi de plu- 
ribus praedicatur, non tamen specie differentibus, sed 
numéro. Homo enim, species cum sit, de Socrate, Platone, 
Cicérone praedicatur, qui non specie, sed numéro differunt; 
animal vero, quod genus est, et bovis et equi praedicatio 
est, quae etiam differunt specie a se invicem, non numéro 
solo \ A proprio autem genus differt, quod proprium juxta 
unam quamque speciem proprium appellatur, cujus est pro- 
prium, et juxta ea quae sub specie sunt, scilicet individua ; 
namque risibile hominis solum est et singulorum utique 
hominum. Genus autem non ad unam speciem, sed ad plu- 
res différentes semper aptatur 2. A differentia vero et ab acci- 
dentibus differt genus, quoniam, etsi etiam ista de pluribus 
specie differentibus praedicantur, differentiae scilicet et 
accidentia quae communiter accidunt, non tamen in eo 
quod quid sit praedicantur, cum interrogantibus nobis fit 
secundum ea responsio ; magis enim, quale quid sit, 
ostendunt. Si enim quis interroget : quid est homo ? animal 
dicitur. Si autem quis dicat : qualis est homo ? rationalis res- 
pondetur. Si quis interroget qualis corvi species sit, nigra 
continuo respondetur. . . Unde hoc, quod de pluribus praedi- 
catur, genus distat ab his quae de singulis praedicantur, hoc 
est ab individuis. lUo, quod de specie differentibus praedi- 
catur, distat ab speciebus et a propriis. Illo etiam, in quo 
quid sit appellatur, secernitur a differentiis et a communiter 
accidentibus, quod haec duo, quale quid sit, déclarant^. 
Hoc si ita est, nullo minus aut plus effecta est generis defi- 
nitio *. 

3. De specie. — Species quoque multis dicitur modis. 



i. 


Ibid., I, 17. 


2. 


Ibid., I, 18. 


3. 


Ibid., I, 19. 


4. 


Ibid., I, 20. 



L'ISAGOGE DE MARIUS VICTORINUS 299 

Nam et uniuscujusque hominis forma species appellatur. 
Rursus dicitur et pulchritudo vultus, unde pulcherrimos 
quosque speciosos dicimus. Dicitur species et ea, quae sup- 
posita est generi : unde animalis speciem appellamus, cum 
animal ipsum genus sit, et album coloris speciem. Hoc enim 
dictum est tune esse genus, quod ad distantes species dicere- 
tur ; nunc vero dicendum est id esse speciem, quae sub 
génère ponitur^.. Species est quod ponitur sub génère, et ad 
quam genus in eo quod quid sit praedicatur. (Dicit enim) 
speciem esse, quae ad plurima numéro difiPerentia, in eo 
quod quid sit, praedicatur. Sed haec definitio ejus speciei 
est, quae magis species dicitur. Aliae vero definitiones 
erunt etiam illarum, quae non sunt magis species ^ Mani- 
festius autem fiet hoc, quod dicimus, hoc modo. In omnibus 
praedicamentis sunt quaedam magis generum, et magis 
specierum ; sunt alia mixta. Magis gênera sunt, supra quae 
nullum aliud genus poterit inveniri. Magis species rursus, 
sub qua nulla species reperitur. Horum intervalla quae 
possident, et gênera et species sunt, singula superioribus 
inferioribusque coUata, ut alteri genus, alteri species appel- 
lentur^.. Ergo decem gênera constituit Aristoteles in Praedi- 
camentis, quae magis gênera sunt. At vero illae, quae 
magis species sunt, semper in plurimo quidem numéro 

4. Ibid., I, 21. — Boèce critique cette classification de Victorin, diffé- 
rente de celle de Porphyre : a Hic tamenaVictorino videtur erratum, quod, 
cum idem sit cujuscumque hominis species et vultus, quasi in alia appel- 
latione speciei, vultus iterum pulchritudinem dixit : quasi vero non pe- 
rinde pulchritudo vultus sit, ac tota species fuerit » (ibid., I, 21). 

2. Ibid., I, 21-22. 

3. Ibid., I, 23. — Dans le reste de ce chapitre 23 et dans tout le cha- 
pitre 24, la version de Victorin sert encore de base au Commentaire ; mais 
on ne peut la dégager sûrement des paraphrases de Boèce. La même ob- 
servation s'applique, d'ailleurs, à tout ce qui suit : les lacunes de notre 
restitution viennent simplement de ce que le texte authentique de Victo- 
rin est fondu dans le commentaire de Boèce, au point que l'on doit souvent 
renoncer à séparer les deux éléments. 



300 P. MONCEAUX 

sunt, non tamen in infinito. At individua, quae sub magis 
speciebus sunt, infinita sunt semper^... Porro autem, vel 
artium vel disciplinarum cum individua per homines singu- 
los esse coeperint, rationem ad percipiendum capere vel 
habere omnino non possunt... (Quod autem ait :) Multitude 
capienda (perinde est ac si diceret : Multitudo facienda 
est)^.. 

4. De differentia. — Omnis differentia et communiter et 
proprie et magis proprie dicitur^.. Repetenti nunc a supe- 
rioribus dicendum est, differentiarum alias esse separabiles, 
alias inseparabiles... * Sic igitur composita sit super omnia 
substantia, et sint ejus differentiae divisibiles animatum et 
inanimatum... Ilaec differentia animata atque sensibilis, 
sociata substantiae, perficiet animal ^.. Differentia est quod 
ad plurimas res specie distantes, in eo quod quale sit, 
praedicatur*... Omnes namque res ex forma et materia 
consistunt ; ipsa autem forma irrationabilis est... Jam omne 
genus simile materiae est, et consistit irrationale''... Esse 
differentiam, quod possit separare quicquid sub eodem 



\. îhid.y I, 25. 

2. îhid., I, 26. 

3. îhid., 11,1. 

4. Ihid.y II, 2. 

5. îhid., II, 3. 

6. îhid., II, 5. 

7. îhid., II, 6. — Boèce reproche à Victorin de n'avoir pas ici compris 
Porphyre, et d'avoir faussé le sens de tout le passage : « Sequitur locus 
perdifficilis, sed transferentis obscuritate Victorini magis quam Porphyrii 
proponentis... Quod Victorinus scilicet intellexisse minus videtur. Nam 
quod Porphyrius aXoyov dixit, id est irrationale, ille (Victorinus) sic acce- 
pit quasi àvaXoyov diceret, id est proportionale. Atque ideo in loco ubi 
habet hoc modo scriptum : « Omnes namque res ex forma et materia con- 
sistunt; ipsa autem forma trm^/oMa/ts est )), tollendum est irrationalis . 
Et subterius paululum, ubi habetur : « Jam omne genus simile materiae 
est, et consistit irrationale », tollendum est irrationale, et ponendum est 
proportionale, ut sit : « et conûsiïi proportionaliter m. Telle est la leron 
traditionnelle, notamment celle de l'édition de 1570 (p. 33) Avec, cette 



i 



L'ISAGOGE DE MARIUS VIGTORINUS 301 

génère est... Differentia est qua differunt singula, quia per 

e ipsum genus est ; et illa quae rationabilia sunt, nos scilicet, 

t illa quae irrationabilia sunt. Namque et homo et equus et 

avis, haec omnia genus unum sunt, id est animal ; namque 

^^inimal horum omnium genus est^.. 

^H 5. De proprio. — Proprium quattuor dicitur modis. Dici- 

^^kur namque proprium quod uni speciei accidit, etiamsi non 

^Bomnibus... (Est item alia proprietas) quae est omnibus, 

^^etiamsi non soli ; nam bipes omni homini accidit. (Est item 

tertium proprium) Quod omni et soli et aliquo tempore 

accidit, ut in senecta canescere. Quartum proprium est, quod 

uni speciei accidit et omnibus sub eadem specie individuis et 

omni tempore ; nam risibilem esse hominem-.,. 

6. De accidenti. — Accidens est quod infertur et aufertur 
sine ejus, in quo est, interitu. Dividit ergo accidens in sepa- 
rabile et in inseparabile. Namque separabile accidens est, 
utputa, si quis sedeat vel ambulet ; inseparabile est, ut si 
dicas corvum nigrum. Sunt quaedam (ut ipse ait) accidentia 
inseparabilia. Potest autem subintellegi et corvus albus et 

leçon, la phrase qui commence par « Nam quod Porphyrius... » est inin- 
telligible, sans doute par suite d'une erreur de transcription chez un co- 
piste. D'après le contexte, Boèce a voulu dire exactement le contraire. En 
effet, dans le texte grec de Porphyre, on trouve la leçon àvàXoyov, et, deux 
lignes plus bas, àvaloYou (éd. Busse, Berlin, 1887, p. II). Boèce lui- 
même, dans sa traduction personnelle de VIsagoge, a rendu ces mots de 
Porphyre par ac/ similitudinem et similiter (ibid., p. 37). La reproduc- 
tion de Migne présente une demi-correction, très maladroite (Patrol. lat., 
t. 64, p. 33). Il est évident que l'on doit transposer les deux mots grecs 
avec les deux mots latins, et restituer ainsi la phrase : « Nam quod Por- 
phyrius àvàXoyov dixit, id est proportionale, ille sic accepit quasi ako-^o^ 
diceret, id est irrationale ». — Telle est la correction que nous avions 
proposée dans notre lecture à l'Institut ; elle a été confirmée par l'étude 
des manuscrits, et c'est la leçon qu'ont adoptée MM. Brandt et Schepss 
dans leur récente édition critique (II, 6). 

1. Ihid., II, 7, — Boèce critique encore ici l'interprétation de Victo- 
rin : « Generis enim hic nomine pro animalis abusus est » (ibid., 
II, 7). 

2. Ibid., Il, 8. 



302 P. MONCEAUX 

^thiops colorem suum perditurus sine interitu suo in quo 
color fuit. Est autem alia definitio, quae est hujusmodi : 
Accidens estquod contingit alicui et esse et non esse. (Ex hoc 
ergo venit etiam alia definitio :) Accidens esse illud, quod 
neque genus sit neque species neque differentia neque pro- 
prium^ 

Explicitis igitur atque expeditis his quae proposuit, id est 
génère, specie, propriis, differentiisaccidentibusque, tractare 
nunc exsequitur illa quae inter haec communia omnia, vel 
quae differentiae sint *. 

7. De communibus generis, speciei, differentiae, proprii 
et accidentis. — (Et primo omnium simul inter se commu- 
niones explicat, post etiam singulorum, et dicit) omnium 
esse commune de pluribus praedicari. Namque genus praedi- 
catur de speciebus et de individuis ; eodem modo praedica- 
tur et differentia de speciebus et de individuis ; etiam pro- 
prium et de speciebus et de individuis praedicatur; at vero 
species de solis tantum individuis appellatur. Genus enim 
praedicatur de equis, hominibus, bobus et canibus, id est 
speciebus ; praedicatur item et de his quae sub ipsis specie- 
bus individua continentur. . . Accidens vero ante praedicatur 
de individuis, et postea de speciebus^. 

8. De communibus generis et differentiae. — (Et primum 
dicit) generi cum differentia esse commune, quod ab 
utrisque species continentur... Rationale, quod est differen- 
tia, continet et hominem et Deum... Sed ita continet, ut 
genus semper plures species contineat quam continet 
differentia... (Est ista generis differentiaeque communitas, 
quod) ea quae de génère speciei praedicantur ut genus, et 
de sub eodem génère specie praedicantur et de individuis ; 

1. Ibid., II, 9. 
-2. îhid., Il, 40. 
3. Ibicl, II, 10. 



L'ISAGOGE DE MARIUS VIGTORINUS 303 

et illa quae de diiferentia praedicatur ut diiïerentia, et de 
sub eadem differentia specie praedicatur et de individuis... 
Est autem alia communio, quod, quemadmodum interempto 
génère species interimuntur, sic interempta differentia species 
sub eadem differentia interimuntur. Nam, si interierit ani- 
mal, homo atque equus continue periturus est ; sin vero 
differentia, id est rationale, dii atque homines interibunt, et 
nihil eorum erit quod uti ratione possit*. 

9. De propriis generis et differentiae . — (Dicit) genus 
multo de pluribus praedicari, quam praedicetur differentia 
vel species vel accidens vel proprium. Namque genus dici- 
tur, id est animal, de quadrupède, de bipède, de reptili, id 
est de serpentibus ; quadrupes autem, quod est a bipède 
differentia, de solis illis dicitur quae quattuor pedes habent; 
cum hominis species sit et de solis individuis praedicetur... 
Sed nunc illas differentias accipiamus, quibus genus dividi- 
tur, non quibus species formantur... (Est etiam generis 
differentia :) namque genus a propriis differentiis prius est. 
Namque, si abstuleris genus, omnes simul differentias 
abstulisti. Nam, si abstuleris animal, rationale atque irratio- 
nale non rémanent. Sed, si utrasque interemeris differentias, 
id est rationale vel irrationale, potesttamen quiddam intelligi, 
quod sit substantia animata sensibilis, id est animal. (Est 
utiam alia differentia, quod) genus semper in eo quod quid 
sit praedicatur, ut dictum est ; differentia vero in eo quod 
quale sit. (Est etiam alia differentia, quod) ad omnem spe- 
ciem unum semper genus aptatur ; homo enim unum tantum 
genus habet, ut animal appelletur. In unam autem speciem 
plurimae differentiae poterunt commodari ; namque homo 
et rationale est, quae differentia est, et mortale, quae 
eadem differentia est, et sensibile, quibus scilicet omnibus ab 

1. Ihid., II, il. 



304 P. MONCEAUX 

aliis differt. (Est etiam alia differentia, quae superius dicta 
est :) nam genus speciei ita est ut materies, differentia vero 
ut figura. Quae autem communitates vel proprietates generis 
et differentiae fuerunt, (hactenus dixit) ^ 

iO. De communibus generis et speciei. — (Dicit) genus 
et speciem commune habere de pluribus praedicari, sicut 
dictum est... Est etiam alia eorum communie, quod, sicut 
genus ab specie primum est, sic species ab individuis 
primae sunt. (Est etiam his alia communie, quod), 
quemadmodum genus quid sit totum déclarât, sic etiam 
species^. 

11. De propriis generis et speciei. — (Dissertis igitur 
generis specieique communibus, ad proprietates eorum vel 
differentias transitum fecit, dicens) differre inter se genus 
et species, quod gênera species continent, numquam rursus 
gênera a speciebus propriis continentur... Insuper omnia 
gênera praejacent. . . ; et antiquiora sunt gênera speciebus 
suis. Atque ideo, si gênera interimantur, species quoque 
peribunt. Si vero species interimantur, non continue genus 
interibit... (Et quod) omnia gênera univoce de speciebus 
praedicentur, species ipsae de generibus numquam. Amplius 
omnia gênera abundant complexione sub se positarum spe- 
cierum ; ipsae species abundant generum suorum propriis 
differentiis. (Illud etiam quod) species nunquam magis genus 
fiet, rursus et genus nunquam magis species fit^ 

12. De communibus generis et proprii. — Generis et 
proprii commune hoc est, adhaerere speciebus et amplecti. 
Nam si dixeris homo, cum ipso homine continue animal 
nominasti ; si hominem dixeris, risibilis est. Similiter et 
genus praedicatur de speciebus, et proprium de his quae 

4. Ibid., II, 12. 

2. IhicL, II, 13. 

3. Ihid., II, 14. 



L'ISAGOGE DE MARIUS VIGTORINUS 305 

sui participantia sunt... Adhuc commune est ipsis univoce 
praedicari ; aequaliter igitur et genus de speciebus suis, et 
propria de ea specie cujus sunt propria, univoce praedi- 
cantur*. 

13. De propriis generis et proprii. — Differt autem 
utrumque, quod genus primum, et secundum est pro- 
prium... (Accedit etiam quod) genus de plurimis speciebus 
praedicatur ; at vero proprium de sola specie praedicatur. 
(Unde fit ut semper) propria de speciebus suis conversim 
praedicari possint, species autem de generibus numquam. 
Neque enim omne, quod animal est, homo est; neque 
omne, quod animal est, risibile est. Porro autem omne, 
quod est homo, id risibile est ; et omne, quod risibile est, 
id homo est. Praeterea omni speciei quicquid fuerit pro- 
prium, omni et soli est; genus, etsi uni speciei inest, non 
tamen soli. (Unde fit ut) sublata propria non auferant 
genus ; sublatis vero generibus, ipsa quoque propria aufe- 
rantur. Si species sustuleris, propria etiam, quae sunt spe- 
ciebus, simul interibunt'. 

14. De communibus generis et accidentis. — (Ad gene- 
rum accidentiumque communitates vel proprietates transi- 
tum fecit, et unam eorum praedicat) communitatem, quae 
est quod de pluribus praedicantur. Namque, sicut genus de 
plurimis speciebus praedicatur, ita etiam separabile accidens 
vel inseparabile de plurimis speciebus appellatur. Dicitur 
enim et de corvo et de homine yEthiope nigrum, et de 
equo et de homine moveri^. 

15. De propriis generis et accidentis. — Differt autem 
genus ab accidenti, quod genus ante species est, accidentia 
vero speciebus posteriora sunt. Accidens postea necesse est 

1. Ihid., II, 45. 

2. Ihid., II, 16. 

3. Ibid., II, 47. 

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I 



306 P. MONCEAUX 

ut sit, quam sunt ipsae species. Erit enim prius aliquid, cui 
possit accidere. (Hue accedit quod) generis participantia 
aequaliter participant ; at vero accidentia non aequaliter 
participant. Et intentionem et remissionem recipit accidens. 
(Hue accedit quod) gênera non modo ante individua, sed 
ante species sunt; accidentia vero non modo post species, 
sed etiam post individua sunt. (Est etiam differentia, quae 
jam superius dicta est. Nam) genus in eo quod quid sit 
praedicatur ; accidens vero in eo quod quale sit, aut quo- 
modo se habeat^.. Sunt autem omnes differentiae viginti ; 
nam, cum quinque res sint et unaquaeque ipsarum, ad alias 
quattuor, quattuor item differentias habeat, quinquies qua- 
ternis viginti differentiae efficiuntur^.. 

16. De communibus differentiae et speciei. — Est com- 
munie differentiae et speciei, quod aequaliter species sub 
se individuis se permittit, et aequaliter individua specie ipsa 
participant. Namque omnes homines aequaliter homines 
sunt, et hominis participatione aeque participant; et ratio- 
nabilitate, quae est differentia, omnes, qui ratione partici- 
pant, aeque participant. Est etiâm alia communitas, quod, 
quemadmodum species nunquam deserit ea quorum species 
est et quibus super est, sic et differentia numquam ea 
deserit quae distare ab aliis facit. Semper enim Socrates 
homo est ; semper Socrates rationale animal est \ 

17. De propriis differentiae et speciei. — Differentia 
semper, in eo quod quale sit, praedicatur ; species vero, in 
eo quod quid sit, praedicatur. Namque hominis qualitas 
rationale est, sed non simpliciter ; illa enim qualitas pro 
differentia accipitur, quae veniens in génère speciem consti- 
tuit. Differentia fréquenter in pluribus speciebus considera- 

1. Ihid., II, 18. 

2. îhid., II, 19. 

3. IbicL, II, 20. 



I 



L'ISAGOGE DE MARIU5 VIGTORINUS 307 

tur... ; species vero nunquam aliis, nisi solis sub se indivi- 
duis, praeest... (Unde fit ut) sublata differentia, species 
quoque tollatur ; nam, si sustuleris rationale, hominem 
sustuleris. Si vero sustuleris speciem, differentia manet ; 
nam, si sustuleris hominem, rationalis Dei differentia rema- 
nebit. (Est vero etiam haec differentia, quod) differentia cum 
alia differentia jungi potest ; namque rationalis differentia et 
mortalis differentia junctae hominis unius speciem reddi- 
derunt. Junctae vero species nunquam aliquam ex se spe- 
ciem constituent. (Sed fortasse dicat quis :) Asini atque equi 
conjunctione mulus nascitur. Si autem sic simpliciter 
speciem ipsam asini atque equi conjungas, nulla ex his 
unquam species constituitur ^ 

iS. De communibus differentiae et proprii. — Differen- 
tia et proprium commune habent quod, quibus differentia 
est et a quibus ipsa differentia participatur, aequaliter parti- 
cipatur. (Non est dubium quia) omnes homines aequaliter 
sint rationales, aequaliter risibiles. (Est etiam haec eorum com- 
munitas, quod) sicut potestate risibile dicitur, etiam si non 
rideat, ita etiam potestate bipes dicitur, etiam si quis uno pede 
minuatur : non enim quod est dicitur, sed quod esse possit^. 

19. De propriis differentiae et proprii. — Differunt 
autem inter se, quod differentia de pluribus speciebus prae- 
dicatur, proprium vero de una... (Unde evenit ut omnis) 
differentia, quoniam plurimarum continens est specierum, a 
suis speciebus major sit ; atque ideo ipsa de speciebus praedi- 
cari potest. Porro autem de ipsa species praedicari non 
possunt ; neque conversim dici potest. At vero proprium, 
quoniam aequaliter et ad unam speciem semper aptatur, 
aequa vice atque appellatione convertitur =^. 

4. IbicL, II, 21. 

2. Ihid., II. 22. 

3. îhicL, II, 23. 



308 P. MONCEAUX 

20. De communibus differentiae et accidentis. — Diffe- 
rentia et accidens commune habent de pluribus praedicari. 
Est etiam ista communio, quod inseparabile accidens, cui- 
cumque speciei fuerit, inseparabiliter et omnibus inest^.. 

21. De propriis differentiae et accidentis. — Differunt 
autem inter se, quod omnis differentia species continet, non 
contra ipsa ab speciebus continetur. Namque quod est ratio- 
nale continet hominem. Accidentia vero aliquoties continent, 
aliquoties continentur. Namque continent, quoniam fré- 
quenter unum accidens duas sub se species habet ; conti- 
nentur vero, quoniam species una habet duo vel tria vel 
quamlibet plurima accidentia. Dehinc differentia nunquam 
intenditur neque relaxatur ; at vero accidens et intenditur 
et relaxatur. Praeterea inmixtae semper sunt contrariae 
differentiae ; at vero contraria accidentia (manifestum est) 
in una specie posse congruere. 

Ergo, quemadmodum species différât a génère vel differen- 
tia, dictum est, cum de generis ad speciem et differentiae ad 
speciem distantia diceremus \ 

22. De communibus speciei et proprii. — Est una 
eorum communio, quod de se ipsa invicem praedicantur. 
Quid homo? quod risibile. Quid risibile? quod homo... 
(Commune est etiam illud, quod) omne proprium aequaliter 
ad sub se posita praedicatur, et species aequaliter ad sub se 
posita praedicatur ^ 

23. De propriis speciei et proprii. — Differunt autem a 
se, quoniam species potest etiam genus alteri esse, proprium 
esse non potest. Deinde species praecedit, et sic proprium 
sequitur. Oportet enim prius esse hominem, ut sit risibilis. 
Semper species in actu est et in opère ; proprium vero ali- 

d. Ihid., II, 24. 

2. Ibid., II, 2S. 

3. Ihicl, II, 26. 



L'ISAGOGE DE MARIUS VIGTORINUS 309 

quoties potestate... Deinde, quorum definitiones diversae 
sunt, necessario etiam ipsa quoque diversa sunt. Est autem 
speciei definitio sub génère esse, et ad plurima numéro 
differentia in eo quod quid sit praedicari ; at vero proprii, 
uni tantum inesse speciei, et sub ipsa de omnibus individuis 
praedicari \ 

24. De communibiis speciei et accidentis. — (Dicit) eorum 
raras esse alias communitates, nisi bas solas quod de pluri- 
bus praedicantur. Longe enim a se distare videntur id quod 
alicui accidit et id cui accidit^ 

25. De propriis speciei et accidentis. — Propria vero sin- 
gulorum sunt haec, quod species in eo quod quid sit praedi- 
catur, accidens vero in eo quod quale sit et quodammodo 
se habens. (Item, quod) unaquaeque substantia unam spe- 
ciem habet ; at vero una substantia plura fréquenter acci- 
dentia continebit. Habet etiam non solum inseparabile acci- 
dens eadem substantia, sed etiam separabile. (Hue accedit 
quod) species praenoscuntur quam accidentia ; et prius erit 
aliqua res ubi accidat, quam illa quae accidat. Accidentia 
vero postnativa sunt, id est a foris venientia, etiamsi insepa- 
rabilia sunt. (Haec quoque est eorum separatio, quod sem- 
per) omnia, quae participant specie, aequaliter participant ; 
at vero illa, quae participant accidenti, etiam si inseparabile 
accidens sit, tamen non aequaliter participant. Namque, 
quamvis inseparabile sit accidens ^Ethiopibus nigros esse, 
tamen est aliquis inter ipsos nigrior, nec omnes illa nigre- 
dine aequaliter participant. 

Relinquitur igitur de communibus proprii accidentisque 
tractare. Nam, proprium quid distaret vel ab specie vel a 
génère vel a differentia, superius demonstratum est^ 

1. Ihid., II, 27. 

2. Ihid., II, 28. 

3. Ihid., II, 29. 



3i0 P. MONCEAUX 

26. De communibus proprii et accidends. — Proprium 
autem et inseparabile accidens commune habent, quod sine 
his nunquam consistant ea in quibus ipsa considerantur. 
Nam neque homo amittit risibile esse, nec yEthiops aut cor- 
vus nigrum. (Est etiam inseparabilis accidentis et proprii 
alia communio, quod) sicut et omni et semper inest pro- 
prium, sic etiam quodlibet accidens inseparabile et semper 
et omni est accidens inseparabile ' . 

27. De propriis proprii et accidentis. — Differunt autem 
ista, quod proprium semper uni speciei inest, accidens vero 
et pluribus. Namque accidens pluribus speciebus et anima- 
tis et inanimatis evenit, ut est ebeno nigrum, corvo nigrum, 
homini ^Ethiopi nigrum ; risibile vero nulli, nisi soli homini. 
Atque ideo conversim proprium praedicatur, quia unius spe- 
ciei continens est, et illi speciei soli aequalis est. At vero 
accidens conversim praedicari non potest. Deinde omne pro- 
prium aequaliter se his rébus quae sub se fuerint dat, et ab 
his aequaliter participatur ; at vero accidens non semper 
aequaliter. 

Et fortasse aliae eorum quaedam proprietates vel commu- 
niones esse videantur. Sed nunc ista sufficiant'. [Explicit 
Marii Victorini Isagoge latina]. 



1. Ibid., II, 30. 

2. Ibid., II, 31. 



F. NOUGARET 



VATICANVS MS SjSo 
PERSE-JUVÉNAL 



I 



VATICANVS MS 5750, PERSE-JUVENAL 

Par F. NouGARET 



L'édition que Goetz a donnée, d'après une copie de Loewe, 
des fragments de Juvénal-Perse en capitale du Vaticanus 
5750 provenance Bobbio {Index aestiv. Univ. len. 1884^, 
léna Neuenhahn) manque de rigueur, et l'étude dont il a 
accompagné cette édition peut être poussée plus avant. J'ai 
eu la bonne fortune de manier ces fragments moi-même pen- 
dant une réparation du volume, il y a une dizaine d'années. 
J'ai pu les redéchiffrer à loisir, grâce à la complaisance du 
préfet de la Yaticane, le R. P. Ehrle^; j'en ai fait faire des 
photographies, sur la foi desquelles je m'enhardis à offrir 
une copie déjà bien vieille. La voici au complet, précédée 
de quelques éclaircissements indispensables, et suivie des 
conclusions que j'ai cru pouvoir en tirer. 

Les fragments composaient une feuille double qui était pa- 
ginée 63-64 (feuillet trente-deuxième) 77-78 (feuillet trente- 
neuvième). Elle formait la feuille extérieure d'un quater- 
nion. Le volume allait être, à ce moment-là, relié in-plano 
feuille par feuille. La nôtre n'y forme donc plus désor- 
mais qu'un unique feuillet aux deux pages doubles. J'i- 
gnore ce qu'elles contiennent respectivement. Auparavant, 

l. A qui je suis heureux, après si longtemps, de rendre cet hommage. 



314 F.-N. NOUGARET 

Perse (I 53-104) venait au premier feuillet, Juvénal (XIV 
324* — XV 43) au second. Comme l'a remarqué Goetz, 
tel n'avait pas dû être l'ordre primitif. La feuille, repliée 
postérieurement sur l'ancien pli, présentait à l'origine Juvé- 
nal d'abord. Perse ensuite. Impossible, en effet, de caser 
entre les deux feuillets un restant de cahier aussi considé- 
rable que le serait Perse I 104-fin | Juvénal commence- 
ment — XIV 323, au lieu que l'opération inverse, Juvénal XV 
44 — fin I Perse commencement — I 52, va toute seule. On 
verra d'ailleurs que les premières leçons^ du titre courant de 
Perse dénoncent la priorité de Juvénal, et qu'il existe^ 
au bas du verso de Perse une signature de cahier. La feuille 
enveloppait déjà un cahier dans l'original. 

Deux anciennes mains en tout : 1° celle du texte, titre cou- 
rant, signature, plus les quelques corrections en cours de 
copie; 2** celle des scholies et de la révision. On trouvera 
tout ce qui est de la première main aux deux premières et 
aux deux dernières pages, tout ce qui est de la seconde aux 
deux pages (doubles) intermédiaires. Un cas douteux est répété 
aux deux mains. Goetz a remarqué que l'annotateur n'avait 
eu souci du titre courant. Plus tard le volume fut dérelié, et 
notre feuille entra revêtue d'un nouveau texte, en compagnie 
de beaucoup d'autres de provenance étrangère, au volume 
actuel. Une seule de nos pages n'est point récrite : c'est celle 
que reproduisent Zangemeister-Wattenbach Exempla codi- 
cum et Châtelain Paléographie des classiques (la ligne de 
tachygraphie et le signe en marge sont de second âge) ; les 
autres pages, palimpsestes, ne vont pas sans difficultés. 

Un mot sur la transcription que j'ai employée. J'ai facsi- 
milé le plus possible. Au texte, les italiques renvoient à 

i. Non 323 Goetz. 

2. Non une seule Goetz. 

3. Omis Goetz. 



VATICANVS MS 5750 31o 

l'apparat; hors du texte, ce qu'elles transcrivent n'est mis 
que pour la clarté. Les chiffres 1, 2, 3, 4, 5 signifient respec- 
tivement certitude, probabilité, vraisemblance, possibilité, 
conjecture pour toute la partie de texte qu'ils précèdent 
jusqu'à nouveau chiffre ; mais comme on en vient malgré soi 
à subtiliser en pareille matière, ces chiffres mis en exposant 
devront s'entendre de l'existence, et mis en indice, de la 
forme de la leçon. \ par exemple, en tête de la transcription, 
se lira : absence d'écriture certaine, semblable espace certain ; 
L sans nouvel exposant ni indice, écriture certaine, L cer- 
taine; 2I écriture certaine, i probable; 4B écriture certaine, 
B possible ; ^ \\\ grattage certain , aire du grattage certaine ; 
u sans exposant ni indice nouveaux, certain d'existence et de 
forme; 5 -écriture certaine et point conjectural; j en indice 
exposant ^ toujours inchangé sans écriture qui suive, espace 
certain d'existence et d'aspect jusqu'à prochain caractère ligne 
suivante B, lequel, solitaire en apparence, dépend indice et 
exposant de chaque première détermination qui précède ; 
ainsi de suite et applicable universellement. Trois grandes 
catégories de dommages : :•: = grattage, effacement ; B = ta- 
che, partie de texte recouverte; □= lacune, parchemin 
disparu (ou impropre à l'écriture, comme ici Juvénal XV 26). 
Je n'ai pas eu lieu d'indiquer de traces rebelles à la lec- 
ture III ; ^, que l'on rencontrera çà et là, exprime une 
hésitation du copiste, reconnaissable au tremblé du trait, 
à l'indécision de l'espacement, etc'. 



i. Je dois tout ce qu'il peut y avoir de bon dans ce mode de trans- 
cription aux leçons et aux conseils de mon cher vénéré maître Louis 
Havet. 



316 F.-N. NOUGARET 



luuen. XIV (p. yy fol. r.) 



LoUBi-xUs'i 

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haecqvoa-sirugamtrahitextenditq.labellum s2s 
sumeduoseauitesfactertiaavadringenta 
sinondumimpLebigremiumsipandit*-»VLtra 
necchroeslfortvnaumqyamnecpersicaregna 

SVFFICIENTANIMONECDIUITIAENARCISSI 

induLsitcaesarcuicLaVdiusomniacVius sjo 

paruitimperiIsuxoremoccidereiussus 

luuen. XV 

qvlsnescituolusibityniceavallademens 
aegYptusportentacoLatcorcodiLLonadorat 
parshaeciLLapaVetsaturamserpentib.ibin 
eFFigiessacrinitetaureacercopitheci 
dimidiomagicaeresonantVbimemnonacordae ; 

ATa^.i F£rVSTHEBECENTUMIACET05RUTAP0RTIS 

iLLiccaeruLeoshicpiscemFLuminisiLLic 

oppidatotacanemVeneranturnemodianam 

porrVmetcaepaeneFasuioLareetFrangeremorsV 

OSANCTASGENTESaViB.HAECNASCUNTVRINHORTIS lo 

numinaLanatisanimaLib-abstinetomnis 

mensaneFasiLLicFetumiuguLarecapeLLae 

carnib.hVmanisuesciLicetattonitocum 

taLesupercenamFacinusnarraretVLixes 

alcinoobllemautrisvmfortasseauibusdam is 

moVeratetmendaxaretoLogusinmarenemo 

huncabicitsaeuadiGnumueraQ-charYbdi 



abat u. J2J CHROESI punctum utra manu? non BITHYNICE 

non CIRCOPITHECI ex ATQ.5.iTVS ex 0^?*RUTA 



VATICANVS MS 5750 317 



luuen. XV (p. 'jS foî. v.) 



3.1 



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namcitiVsscYLLamueLconcurrentiasaXa 

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crediderimauttenuipercussumuerberecirces 
etcVmremigib-grVnnisseeLpenoraporcis 
tamuacuicapitispopuLumphaeacaputaVit 
sicaLiq.uismemoritonondVmebriusetminimumQ.Vi 

DECORCYREATEMECUMDEDUXERATURNA 2S 

dsolusenimhaecithacusnullosubtestecanebat 
nosmirandaavldemsetnuperconsvleiunco 
gestasupercaLidaereFeremVsmoeniacopae 
nosVuLgisceLusetcunctisgrauior.\cotVrnis 

NAMSCELUSAPHYRRAaUAMaUAMOMNIASYRMATAUOLUSio 

nuLLusaputtragicospopuLusFacitaccipenostro 
diraoyodexemplumferitasprodvcseritaeuo 
interflnitimosvetusada-antiq.uasimultas 
immortaLeodiumetnumquamsanabiLeVuLnus 

ARDETADH VC^ MBOSETTENTURASUMMUSUTRIMQ- j; 

indeFuroruuLgoq.uodnuminaVicinorum 
oditvteralocuscumsoloscredathabendos 
essedeosauosipsecolirsettemporefesto 
aLteriuspopuLirapiendaoccasiocVnctis 

ViSAINIMICORUMPRIMORIB-ACDUCIB-NE 4û 

laetumhllarema-diemnemagnaegavdiacaenae 

sentirentpositisadtempLaetcompitamensis 

peruiglllq-toroquemnocteacluceiacente 

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21 



322 F.-N. NOUGARET 



Pers. I(p. 6^ fol r.) 



ScribitVrincitreiscaLidVmscisponeresVmen 
sciscomitemhorridVLumtritadonareLacerna 
etVeruminquisamouerummihidicitedeme ss 

QUIPOTEUISDICAMNUGAR2£iSCUMTIBICALVE 

pinguisaauallculuspropensosexauipedeexitet 

oianeatergoavemnullaciconiapinsit 

necmanusauricuLasimitarimobiLisalbas 

NECLlNaVAariClUANTUMSITlATCANISAPULATANTE 60 

VoSOPATRiaUSSANGUISaVOSBIUEREFASEST 

occipiticaecoposticeoccurritesanne 

auispopullssermoestquisenimnisicarminamolll 

nuncdemumnumeroFLuereutperLebeseuero 

ETFUNDATIUNCTURAUNGUaiiiSSCITTENDEREUAESIS 6s 

nonsecvsacsioculorubricamdirigatuno 
siueopVsinmoresinLuxuminprandiaregum 
dicereresgrandesnostrodatmVsapoetae 
eccemodoheroassensusadFerredocemVs 

NVGARIS0LIT0SGRAEC£NECP0NERELUCUM 70 

artiFicesnecrVssaturumLaudareubicorbes 
etFocusetporcietFumusapaLiLiaFaeno 

vnderemussulcosq.-terensdentallaavlnti 
quemtrepidaanteboVesdictatoreminduituxor 

ETTUAARATRADOMUMLICTORTULITEVGEPOETA 7S 

estnuncbriseioyemuenosusllberacci 

suntavospacuiusaetuerrucosamoretvr 

antiopeaerumnisicorLuctiFicabiLeFuLta 

ex sLjsB/r-iff^U^i:: an NUGARgl^S? non PROTENSO ex LINQVa^EÎ 

an UNGU3I1S ? an GRAECJ^ ? 



VATICANVS MS 5750 



Fers. I (p. 64J0L u.) 



PLRSI 



HospuerismonitVspatrisinFundereLippos 
cvmuideasauaerisneundehaecsartagolooyendi 80 

UE]<lERirmLlNGUASUNDEISTFCDEDECUSINQ\JO 

trossuLusexVLtatibipersubseLLiaLeVis 

nihiLnepudetcapitinonpossepericuLacano 

peLLereoVintepidumoshocoptesaVdiredecenter 

FURESATISPEDIOPEDlVSQyiCRIMINAR/\SIS 8s 

LibratinantithetisdoctaspotuisseFigVras 
LaudatusbeLLumhochocbeLLumanromuLecebes 
menmobeatoyippeetcantetsinavfragusassem 
protVLerimcantascumFractateintrabepictVm 
exumeroportesuerumnecnocteparivtum 90 

PLORAL7/raUIME(70L£nNCVRUASSEaUERELLAS 

sednumerisdecorestetiuncturaadditacrVris 

cLaVderesicuersumdidicitberecYnthiusattis 

etquicaeruLeVmdirimebatnereadeLphin 

siccostamLongosubduximVsappennino PS 

armauirumnonnehocspumosumetcorticepingVi 

VtramaLeuetuspraegrandisuberecoctVm 

quidnamigitVrtenerumetlaxaceruiceLegendVm 

torbammaLLon/simpLerVntcornuabombis 

ETRATUMUITULOCAPU.TAPLATURASUPERBO 100 

BASSARISETLYCEMMAENASFLEXURACORYMB/55. 

eVhioningeminatreparabiLisadsonatecho 
haecFierentsitesticVLiuenuLLapaterni 

ViueretinnobisummadeLumbesaLiVa 

ex ;;;IV,V3E,N:;; ex UENERITINGY\S\J-iiDElSTVCDET>EC\JSIiiQ.\JO ex pLORABsiTi 
«B*0LET« nou ETQUE non APPENINO ex TORBAMMaLLONs s * 

non INPLERVNT ex Xjfi^LATURA ex LYsNi ex CORYmBOS flS ex O, S expu,utu) 



324 



F.-N. NOUGARET 



Si j'ai bien lu la signature au bas du dernier verso, notre 
feuille enveloppait donc un x** cahier. Comptons, à 26 lignes 
par page et 52 par feuillet, combien de feuillets a pu occuper 
la vulgate de Juvénal avant ce x^ cahier. Notre feuille nous 
avertit de réserver une ligne d'intervalle de pièce à pièce, et 
nous admettons, à l'ordinaire des manuscrits en capitale, 
après tout explicit-incipit un laissé blanc du restant du feuil- 
let, fût-ce le feuillet entier moins cet explicit-incipit lui- 
même ; le cas, d'ailleurs, ne se présentera pas. Tout livre 
commencera donc sur un recto. Ceci posé, nous relevons au 



livre I 



I, 



III, 



IV, 



livre II 



livre III 



livre IV 



474 vers = 474 lignes 

4 ligne blanche = 4 



470 V. 
4 1. bl. 
322 V. 
1 1. bl. 
454 V. 
4 1. bl. 
473 V. 



= 470 
= 4 
= 322 
= 4 
= 454 
= 4 
= 473 





Total = 994 


= 49x52 + 6 
= 49 H- 4 feuillets 


VI, 


664 vers = 664 lignes 


= 42x52 + 37 

= 42 + 4 feuillets 


VII, 
VIII 


243 vers = 243 lignes 
4 ligne blanche =: 4 
275 V. =275 
4 1. bl. = 4 




IX, 


450 V. =450 






Total = 670 


= 42x52 + 46 
= 42 + 4 feuillets 


X, 


366 vers = 366 lignes 
4 ligne blanche = 4 




XI, 


208 V. = 208 
4 1. bl. = 4 




XII, 


430 V. = 430 





Total = 706 



= 20 feuill 



= 43feuill 



= 43 feuill 



= 43x52 + 30 
= 43 + 4 feuillets 

A reporter. 



= 44 feuill 
60 feuill 



VATICANVS MS 5750 32o 

Report : 60 feuillets 



ivre V 



xm, 

XIV, 

exclu 


249 ve 
4 ligne 
323 V. 
depuis 


rs 
blanche 

324 


= 249 
= 4 
= 323 


lignes 




Total 


= 573 





= 14x52 + 4{àflégliger, 

= 44 X 52 H- Toir plus loio) = 41 feuillets 

Total général = 74 feuillets 



soit donc en tout 71 feuillets qui font précisément 9 quater- 
nions, si l'on ajoute 1 feuillet blanc en tête. L'hypothèse est 
trop séduisante et trop conforme à ce que nous savons des 
manuscrits en capitale pour que nous nous en privions. 
N'est-elle pas corroborée d'ailleurs par la restitution de notre 
cahier x, un quaternion lui aussi ? Je la figure d'après Goetz, 
en élaguant ou rectifiant : 



[—(p. 77) Juvénal XIV 324 — XV 47 | (p. 78) XV^48 - 43 

XV 44 — 69 1 70 — 95 

96 — 424 1 422 — 447 

: - 448 - 473 I 474 _ XVI 4 - 24 

^ " XVI 25 - 50 I 54 - 60, ? 

■ ? I ? 

-..- Perse I 4 — 26 | 27 — 52 

(p. 63) 53 - 78 I (p. 64) 79 -.404 



J'hésite, en effet, sur le contenu des feuillets 5 fin et 6, aux- 
quels on peut aussi bien attribuer la fin manquante de la 
xvi'' satire et refuser le prologue de Perse, à moins qu'on ne 
leur donne les deux. Mais j'incline à penser: 

1" que les choliambes nécessitant entre eux et les satires 
un explicit-incipit et par conséquent une fin de page ou de 
feuillet blanche, à titre de rythme distinct, n'ont pu trouver 
place au recto obligatoire (si, par exception, ils n'occupaient 
pas le verso) ; ou bien il faudrait réduire la lacune à 16 lignes 
maximum (ou 15, ou 14, car où mettre V explicit-incipit T)^ 



326 F.-N. NOUGARET 

chiffre peu vraisemblable ; à moins qu'elle n'ait tout en- 
tière daté de plus haut, et par exemple de Juvénal lui- 
même; 

2^* que là xvi^ satire remonte au moins à notre manuscrit ; 

3** que si elle s'y trouvait complète, la perte n'a pu exé- 
der i 6 H- 52 = 68 vers ; 

4** que les interpolations, s'il en fut, faisaient partie du 
texte à l'époque du manuscrit en capitale. 

Voyons maintenant si la pagination de notre manuscrit 
(ou d'un manuscrit congénère à 26 lignes par page, que 
rien n'empêche de supposer mieux copié ou mieux révisé, 
puisque le nôtre a été l'un et l'autre assez mal) n'aurait pas 
laissé sa trace dans notre tradition du texte. On peut 
répartir cette pagination, pages, feuillets, cahiers comme 
suit. Nous notons à mesure les rencontres les plus frap- 



•Juvénal I 1 — 26 I 27 — 52 

—53 — 78 I 79 — 104 

-105 — 430 I 131-156 

157 - II 10 I 11 — 36 

37 - 62 I 63 - 88 

-" 89 — 114 I 115 — 140 89-90 scholie anticipé 

-141 _ 166 I 167 - III 21 ^^ ^^ ^ Sangallensis. 



- 22 — 47 I 48 — 73 

-^ 74 — 99 1 100 - 125 

-- 126 — 151 1 152 — 177 

- 178 — 203 I 204 — 229 203 mutilé P Parisinus 

" L 230 - 255 I 256 - 281 mZlpel 

- 282 — 307 I 308 - IV 10 

- 11 — 36 I 37 — 62 

- 63 _ 88 I 89 - 114 

1. Texte congénère de P et pour partie plus ancien, comme j'ai dessein 
de le démontrer prochainement. M. C E. Stuart, de Cambridge, à qui je 
dois d'obligeants renseignements pour le présent ajrticle, a, de son côté, 
la même opinion sur la valeur de ce Parisinus. 



VATICANVS MS 5750 



327 



Tir 



Juvénal IV 445 - 440 | 444 - V 44 

42-37 1 38-63 

64 - 89 1 90 - 445 

116 — 444 1 442 — 467 

168 — -473 I blanc (livres I — II) 

VI 4 -26 1 27-52 

53-78 1 79 — 404 

405 - 430 I 434 - 456 

457 - 482 1 483 - 208 

,.; 209 - 234 I 235 - 260 

264 - 286 1 287 - 342 



IV 



VI 



ci: 



VII 



l: 



•343-338 i 339-364 
.-365 - 390 1 394 - 446 
447 — 442 I 443 — 468 
.469 — 494 1 495 — 520 
-524 — 546 
■573 — 598 



547 - 572 

599 _ 624 
•625 — 650 1 654 — 664 (livres II — III) 
VII 4 — 26 I 27 - 52 

53-78 I 79-404 

...405 - 430 1 434 - 456 
....457 — 482 1 483 — 208 



.209 — 234 

47 — 42 

69 — 94 

• 424 — 446 

•473-498 

225 — 250 

.1X4-26 

53 - 78 

...405 — 430 
X4 — 26 1 27 



235 - VIII 46 

43 — 68 

95 — 420 
447 — 472 
499 — 224 
254 

27 — 52 
79 — 404 

434 — 450 (livres m 
52 



275 ligne blanche 



ou si III 281 omis, au 
lieu de 141 lire 142, 
devant lequel P Pa- 
risinus anticipent le 
titre V, avec grande 
initiale suivante. — 
Alors V 12 où initiale 
suspecte P. — (38 
A pour H P Parisi- 
7iws.-)V 63 -64 in- 
tervertis P Parisi- 
nus s'accorde à 281 
omis,64 venant alors 
en fin de page, et no- 
ter V 91 omis PPaWsi- 
niis Vindobonensisi . 
126, 307 errants ; ôtons 
un des deux: dès 
lors fin de page à 
365, où commence la 
découverte* Bo- 
dléienne, non logea- 
ble d'ailleurs, trop 
peu de lignes blan- 
ches à la fin. 



129 — 158 scholies 
manquent P Sari- 
gallensis. 



198 cessaient scho- 
lies Valla. 

— coupure milieu des 
quaternions et des 
satires de Juvénal. 



IV) 



157 grande initiale (0 
exclam., le seul ainsi 
noté) P. 



53 _ 78 I 79 - 404 

405 - 430 I 434 — 456 

457 - 482 I 483 - 208 

209 - 234 1 235 - 260 

264 — 286 I 287 — 342 

343-338 I 339-364 

„.365 — XI 23 I 24 — 49 

50-75 I 76-404 

4. Voir Juvénal-Housman, Londres Grant Richards 4905. Je croirais 



ce ms très apparenté à P. 



F.-N. NOUGARET 



VIII 



"JuvénalXH02-127 

•- 454-179 

206 — XII 22 

49 — 74 

~ 101 — 126 

XIII 1-26 

53 — 78 

105^130 



IX 



r 



•157 — 182 
•209 — 234 
••--11 — 36 

63-88 



115 — 140 

167-192 

219 - 244 

271 — 296 



•Perse I 



-324 -XV 17 

44 - 69 

-••96-121 

148 — 173 

25 — 50 

-? 

1-26 
-53 — 78 



XI 



- 105 — 130 

- 22 — 47 

- --74 -III 23 

r- 50-75 

L 102 -IV 8 

-. .: 35 — V 7 

- ».34-59 

- 86 - 111 



XII 

binion 



138 — 163 

190 — VI 23 

50 - 75 

? 



128 

180 

23- 

75- 

127 

27- 

79 - 104 

131 — 156 



-153 

-205 

48 

100 

- 130 (livres IV — V) 

52 



183 - 208 

235 - XIV 10 

37-62 

89-114 

141 — 166 

193 - 218 

245 - 270 

297 — 322 (323 surabondant) 



18J- 43 
70 — 95 
122 - 147 
174 - XVI 24 
51 — 60? 

? 
27-52 
79 — 104 



a 139 — 140 interverti 
P corrigés p peut 
être l'explication di 
vers surabondan 
323. 

pas de vers XIV entre 
et2dans ce texte-ci 

114 mutilé P. 



229 caduc: explique 
rait-il 323? 



174 mutilé P. 



131 - II 21 

48 — 73 

24-49 

76-101 

9 — 34 

8-33 

60 — 85 

112—137 



164 — 189 
24 — 49 
76 - 80 ? 
? 



75 omis «. 



VATICANVS MS 5750 329 

Nous n'osons présenter de conclusion formelle. Le manus- 
crit se réduit à trop peu de chose, et ce peu, on le voit, n'est 
pas excellent. C'est l'œuvre d'un copiste ignare, qui n'a 
pas su déchiffrer son modèle, ou qui ne s'en est pas piqué. 
Mais rien ne prouve que ce modèle ne fût pas bon. Presque 
tout ce qui dépare notre texte me semble imputable à la 
copie. Peut-être aussi le modèle avait-il souffert; ou bien 
n'était-il qu'un grimoire ? en cursive ? quelque autographe ? 
Si aventurées que soient de telles suppositions, il est néan- 
moins concevable qu'un copiste confrère du nôtre (ou non) 
ait pu tenir un archétype de semblable édition (seul point qui 
importe) meilleur ou moins délabré, qu'il l'ait mieux lu, 
mieux transcrit. De cette transcription plus exacte découle- 
rait le Pithoeanus, et toute la tradition w jusqu'à plus amples 
découvertes, les suppléments Bodléiens ou autres actuelle- 
ment connus pouvant relever d'additions marginales long- 
temps perpétuées telles quelles. Dans ce cas, les coïnci- 
dences que nous a fournies cette rapide revue n'auraient 
plus de quoi surprendre. 



L. PARMENTIER 



SUR LE CRITON DE PLATON 



SUR LE CRITON DE PLATON 

Par L. Parmentier. 



Il ne semble guère possible d'accorder quelque certitude 
aux indications chronologiques que l'on a jusqu'ici essayé 
de tirer des idées développées dans le Criton. Lutoslawski 
a cru y découvrir que la logique de Platon n'y est point en- 
core parvenue au degré d'achèvement qu'elle présente dans le 
Gorgiaseiàd^n?» les dialogues postérieurs. Platon n'y parle que 
des opinions bonnes et mauvaises (47 A), sans remonter jus- 
qu'à la vérité et à la science en soi. — Il faut tenir compte de 
la situation et du but spécial du dialogue. Ici Socrate s'en- 
tretient avec son vieil et fidèle ami Criton qui représente par- 
tout chez Platon le jugement sain, le bon sens naturel et la 
droiture du citoyen athénien de bonne volonté. Criton n'est 
donc point l'homme qu'aurait choisi Platon pour faire discu- 
ter devant lui par Socrate des problèmes du genre de ceux 
du Gorgias ou du Théétète. La tâche que s'impose ici Pla- 
ton est beaucoup plus simple et plus limitée. Suivant la mé- 
thode qu'il définit dans le Phèdre (237 C-D), il commence 
par se mettre d'accord avec Criton sur un principe général 
d'où partira la discussion, à savoir qu'il n'est jamais bien ni 
de faire le mal, ni de rendre le mal pour le mal (49 D). Ce 
principe admis, Socrate en déduit qu'il n'a pas le droit de se 



334 L. PARMENTIER 

soustraire aux conséquences d'un jugement rendu suivant 
les lois d'Athènes, et cette démonstration, pour avoir toute 
sa force, devait précisément se faire accepter par un citoyen 
à la fois honnête et dévoué à Socrate, tel que l'est Griton. 

La date fictive du Criton, le lieu de la scène, suggèrent 
naturellement un rapprochement avec le Phédon, 98 E : 
« ...puisque les Athéniens ont jugé que le mieux était de me 
condamner, je juge, moi aussi, que le mieux est de rester 
ici, et que le plus juste est de subir la peine qu'ils ont or- 
donnée ; car, par le chien, j'imagine, il y a longtemps que 
mes muscles et mes os seraient à Mégare ou en Béotie, con- 
formément à ce qui paraîtrait le meilleur, si je ne pensais pas 
que le plus juste et le plus beau est, au lieu de fuir et de 
m'évader, de subir !a peine que la cité a fixée ». C'est l'in- 
dication du sujet du Criton ; à mon sentiment, c'est même 
le rappel de la thèse déjà développée dans ce dialogue, mais 
ce n'est là qu'un sentiment. Rigoureusement, le passage du 
Phédon pourrait aussi s'interpréter dans le sens opposé, ou 
même simplement faire allusion au fait considéré comme 
historique. 

Certains ont pensé — entr'autres M. Gomperz (Griechi- 
sche Denker, II, 3o9) — que l'introduction du Phédon ne 
supposait pas encore l'existence du Criton. En effet Éché- 
kratès, qui dans le Phédon s'informe des derniers moments 
de Socrate, ne connaît pas les circonstances mentionnées 
dans le Criton, par exemple les visites faites à Socrate par ses 
amis dans la prison ; d'autre part, l'histoire du vaisseau sacré 
de Délos, racontée en détail dans le Phédon, est supposée 
connue dans le Criton. Ces arguments ne peuvent convaincre, 
si l'on tient compte de la différence de milieu entre les deux 
dialogues. Il est évident que les détails historiques racontés 
abondamment à Echékratès de Phlionte, qui est censé igno- 
rer tout des choses athéniennes, n'auraient pas été à leur 



LE CRITON DE PLATON 335 

place dans une conversation tenue à Athènes entre Socrate 
et Criton. Pour le surplus, les faits rapportés par les deux 
dialogues coïncident parfaitement. Dans le Phédon, les amis 
de Socrate apprennent la veille de sa mort que le vaisseau 
de Délos est rentré à Athènes (59 E). La prochaine arrivée 
du même bateau est annoncée à Criton (43 D) deux jours 
plus tôt par des gens débarqués à Sunium. L'une des don- 
nées n'exclut pas l'autre ; tout au plus, peut-on voir là un 
faible indice que le Criton a été composé avant le Phédon. 
La donnée du Criton, très vraisemblablement historique en 
raison de l'anxiété où devaient se trouver les amis du con- 
damné, ne pouvait plus être utilisée dans le Phédon qui de- 
vait nécessairement se terminer par la mort de Socrate. Ce- 
lui-ci, qui doit mourir le lendemain du retour de la théorie 
— et ce détail spécial est rappelé identiquement dans les 
deux dialogues — déclare à Criton que le bateau n'arrivera 
pas au port le jour même, mais seulement le lendemain, en 
sorte qu'il ne mourra que dans trois jours, car « une femme 
belle et gracieuse, parée de vêtements blancs, lui a dit en 
songe : « Socrate, dans trois jours tu arriveras dans la fer- 
tile Phthie » (44 B). De même que les circonstances de fait 
s'accordent entr'elles, l'état d'esprit de Socrate est le même 
dans les deux dialogues. Le Socrate du Criton qui considère 
la mort comme une délivrance et comme un retour dans sa 
patrie, est bien le même sage qui expose dans le Phédon 
les preuves de l'immortalité de l'âme. Une autre analogie 
est que les deux dialogues mentionnent d'une façon spéciale 
le dévouement de Simmias et de Cébès à Socrate dans ses 
derniers moments (45 B). Tous ces rapprochements n'indi- 
quent pas d'ailleurs que les deux œuvres se sont nécessaire- 
ment suivies de très près. Il faut tenir compte de la réalité 
historique de certains faits ; il faut songer aussi que, d'une 
œuvre à l'autre, même après un assez long intervalle, Platon 



336 L. PARMENTIER 

a dû conserver au Socrate des dernières heures la même sé- 
rénité et la même idéalisation. 

Au sentiment de M. Gomperz, la pureté morale du Cri- 
ton dépasse de beaucoup celle du Gorgias. Le C rit on dé- 
fend de faire du mal aux ennemis, même de rendre le mal 
pour le mal, ce qui est contraire au vœu exprimé dans le 
Gorgias (481 A) qu'il faut souhaiter à son ennemi de n'être 
pas puni de ses crimes, et si possible d'être immortel dans sa 
perversité. Pour l'interprétation de ce passage, M. Gomperz 
me paraît avoir cédé à l'opinion trop généralement admise 
que le Gorgias est un des premiers écrits de Platon. En réa- 
lité, si l'on tient compte de la situation, le Socrate du Gor- 
gias est bien loin de contredire celui du Criton. Dans ce 
dernier dialogue, Socrate, sans ironie et s'entendant avec 
son vieil ami, pose en principe qu'il n'est jamais bon, comme 
le croit le vulgaire, de rendre le mal pour le mal. Dans le 
Gorgias, avec l'air de défi et de paradoxe moral qu'il lui 
plaît de prendre en discutant avec des Polus et des Galliclès, 
Socrate va plus loin ; non seulement il réprouve l'opinion 
vulgaire, mais pour la braver, se plaçant uniquement au 
point de vue de ceux qui veulent nuire à leurs ennemis, il 
déclare : « Pour vous venger, le meilleur moyen est, non 
pas de punir votre ennemi, mais de l'encourager au crime et 
de le laisser vivre dans sa perversité. » Qui ne voit qu'ici 
l'attitude morale de Socrate, loin d'être moins pure que dans 
le Criton, est en réalité beaucoup plus batailleuse et plus 
intransigeante? Quant à la démonstration dialectique qu'il 
ne faut jamais faire le mal, même à ses ennemis, elle n'est 
donnée que dans la République, I, 335 D. Mais Platon a pu 
faire auparavant usage de ce principe, et sa simple affirma- 
tion comme axiome, dans la bouche du Socrate des derniers 
jours, le présente avec plus de force et de relief. Gomment 
d'ailleurs peut-on douter que telle ait été déjà réellement la 



LE CRITON DE PLATON 337 

conviction morale de Socrate, puisqu'il l'a démontré en ac- 
ceptant la mort et en refusant de fuir ? 

Je citerai un dernier rapprochement qui, lui du moins, 
me paraît autoriser une conclusion indéniable. C'est celui 
de Criton 43 B : « Ne refuse pas de te sauver par crainte 
de ne savoir que devenir à l'étranger, comme tu le disais au 
tribunal », avec Apologie 37 G ss., où Socrate explique aux 
juges pourquoi il ne peut proposer contre lui la peine de 
l'exil. Ici le Criton doit citer V Apologie. On ne peut guère 
objecter qu'il citerait simplement la défense historique de 
Socrate, puisque celle-ci n'était pas connue de la majorité 
des lecteurs du Platon. 

Un intérêt d'un ordre différent s'attache à un autre rap- 
prochement qui, à ma connaissance, n'a pas encore été si- 
gnalé. 

Dans le Criton^ 53 B ss., les Lois exposent à Socrate, en 
résumé, ceci: « Examine bien (lly^ir^v, yàp 8r^)... si tu t'éva- 
des, iras-tu à Thèbes ou à Mégare, cités bien policées? Mais 
ton attentat contre les lois t'y rendra suspect... Et comment 
auras-tu encore le front d'y parler de la vertu, de la justice 
et des lois ? Si tu fuis les cités bien gouvernées, à quoi bon 
vivre alors? (Kal tguto tco'.ouvti apa aÇisv aot C^v la-uai ;). Iras-tu 
en Thessalie, là où règne le désordre et la licence?... 
Crois-tu que personne ne t'y reprochera ta lâche transgres- 
sion des lois?... Tu y seras la risée et l'esclave de tous... » 

Dans sa défense contre l'accusation de trahison, le Pala- 
mède de Gorgias dit (Blass, 20-21) : « Examinez encore ceci 
(Sy.É'^acÔE cl y.al tcs=). Si j'avais commis ce crime, comment 
la vie me serait-elle possible? (Ilwç cjx av àgiwioç v' c gbç 
\).o\ KpaçavTi -zTj'OL ;). Où pourrais-je aller? Est-ce en Grèce? 
J'y serais partout châtié et honni pour mon crime. Réside- 
rais-je chez les barbares? J'y vivrais sans honneur, dans l'in- 
famie, reniant tous les efforts de ma vie passée en vue de la 

22 



338 L. PARMENTIER 

vertu... Même les barbares se défieraient de moi à cause de 
ma trahison. La vie ne serait pas possible. » 

Il est inutile de commenter ce rapprochement. Il est évi- 
dent que le lieu commun et le mouvement sont les mêmes. 
Je considère comme parfaitement authentique le Palamède 
de Gorgias qui d'ailleurs est, dans son genre, un petit chef- 
d'œuvre, et je le crois aussi de beaucoup antérieur au Cri- 
ton. Comme tous les grands artistes, Platon s'arroge le droit, 
à l'occasion, de prendre son bien où il le trouve. Au surplus, 
il pouvait ne pas lui déplaire que la ressemblance des deux 
passages frappât ses lecteurs. Palamède, depuis les tragiques 
du V* siècle et depuis V Apologie de Gorgias, était devenu un 
type littéraire, le type de la victime judiciaire et du sage 
persécuté. On dut tout de suite songer à rapprocher de ce 
martyr mythique le martyr de la philosophie athénienne. 
Dans V Apologie de Xénophon (26), Socrate se compare lui- 
même à Palamède, et à la fin de V Apologie de Platon, il cite 
Palamède et Ajax, une autre victime de l'injustice, parmi 
ceux qu'il aura plaisir à rencontrer aux enfers. L'imitation 
du Criton a pour effet de suggérer aux lecteurs le même 
rapprochement. 

L'examen de ces nombreux passages du Criton ne nous 
a appris que peu de chose sur la date, même relative, de sa 
composition. Cherchant à résoudre la question par une autre 
voie, on a cru découvrir, dans l'ensemble du dialogue, une 
tendance d'actualité. M. Gomperz voit ainsi dans le Criton 
une correction non seulement de V Apologie et du Gorgias, 
mais encore du Ménexène, ce paignion ou jeu d'esprit aussi 
innocent au point de vue politique qu'il est malicieux au 
point de vue littéraire, mais où M. Gomperz découvre néan- 
moins une tendance révolutionnaire. Platon aurait voulu y 
défendre son enseignement contre le reproche d'avoir des 
idées antisociales et subversives. Il semble bien cependant 



LE CRITON DE PLATON 339 

que Platon ne se soucie guère de ménager les meneurs de 
cette opinion qu'il veut ramener à lui, puisqu'il fait dire à 
Criton 45 A : « Tu ne vois pas combien sont à bon marché 
les sycophantes, et comme on peut les avoir pour peu d'ar- 
gent I » L'hypothèse ne nous fournit en outre rien de précis, 
car Platon pourrait avoir eu à se défendre à toutes les épo- 
ques de sa carrière contre les suspicions des démocrates 
constitutionnels, si tant est qu'il ait jamais cru devoir le faire. 
Car la chose me paraît fort peu probable. Platon, à Athè- 
nes, s'est toujours renfermé dans son enseignement, et ses 
spéculations théoriques ne doivent guère avoir plus inquiété 
les politiciens que ne le font ordinairement de nos jours les 
cours de philosophie et de morale dans les chaires acadé- 
miques. 

Ce qui est certain, c'est que le Criton n'a pu être écrit 
qu'assez longtemps après la mort de Socrate. En effet, Pla- 
ton n'aurait pu raconter immédiatement les projets d'éva- 
sion formés par ses amis sans les compromettre et les expo- 
ser à des représailles. Le Criton suppose un complet retour 
de l'opinion en faveur de Socrate, et s'il fallait y voir une 
tendance secondaire et occasionnelle, je croirais plutôt 
qu'elle est de justifier les amis de Socrate auprès d'un public 
mal informé, et qui s'étonnait et s'irritait peut-être de ce 
qu'on n'eut rien fait pour l'arracher à la mort. 

Une anecdote, qui remonte à Idoménée de Lampsaque, 
disciple d'Épicure, racontait que c'était Eschine qui avait 
engagé Socrate à s'enfuir de sa prison ; Platon, mal disposé 
pour Eschine parce qu'il voyait en lui un ami d'Aristippe, 
lui aurait substitué Criton dans ce rôle (Diog. Laert. II, 60). 
Nous savons qu'Eschine était pauvre, et qu'il se rendit à Sy- 
racuse pour obtenir les faveurs de Denys. Il essaya de s'y 
faire valoir en produisant des discours socratiques qui lui 
furent payés. Il y aurait été traité avec dédain par Platon et 



340 L. PARM ENTIER 

avec bienveillance par Aristippe (Diog. Laert. II, 61, III, 
36). Une autre version représente Aristippe lui-même comme 
ayant suspecté la sincérité des dialogues que lisait Eschine 
Çlbid., II, 62). Tout au moins peut-on admettre que ces 
anecdotes nous transmettent un écho des discussions qui eu- 
rent lieu, particulièrement à Syracuse, au sujet de la véra- 
cité et du rôle des différents Socratiques. Beaucoup de ver- 
sions circulaient, et on cherchait quelle était la plus sûre. Par 
exemple, sur la question même de l'évasion, V Apologie de 
Xénophon (23) en mentionne également le projet, mais elle 
attribue au refus de Socrate une raison différente de celle 
donnée par Platon. Peut-être Eschine — dont Platon signale 
d'ailleurs dans le Phédon très fidèlement la présence aux 
derniers moments de Socrate — avait-il essayé de se donner 
un rôle particulièrement important dans la même affaire. 

On pourrait démontrer que l'introduction du Phédon a en 
grande partie pour objet de donner à des lecteurs étrangers 
un fidèle exposé historique des derniers jours de Socrate. 
De même, dans le Critoriy Platon me paraît viser, au moins 
secondairement, à établir la vérité sur la question de l'éva- 
sion. La circonstance qu'il la fait proposer par Griton n'est 
qu'assez accessoire, et n'est sans doute qu'un hommage par- 
ticulier rendu au plus vieil ami de Socrate. En effet, il a 
soin de dire, conformément à la réalité historique, que Sim- 
mias et Cébès et d'autres amis sont prêts à intervenir autant 
que Griton dans les risques et les frais de la tentative. La 
vérité sur ce point risquait surtout d'être défigurée à l'étran- 
ger. De même que dans le Phédon, Platon penserait spé- 
cialement à ses amis de Sicile, et il y aurait là en tout cas 
un indice pour ne dater le Criton qu'après le premier voyage 
à Syracuse. 



p. PASSY 



L'ÉVOLUCION DE QUELQUES 
DIFTONGUES EN VIEUS FRANÇAIS 

ei (oi), ie, ou (eu), uo (ue). 




LÉVOLUCION DE QUELQUES 
DIFTONGUES EN VIEUS FRANÇAIS 

ei (oi), ie, ou (eu), uo (ue). 
Par P. Passt. 

VUE D'ENSEMBLE 

1 . — Je me propoze d'étudier le dévelopement Français 
des quatre diftongues issues de ë, ë, ô, et ô Latins ; ou plutôt, 
puisqu'en Latin populaire les diférences de durée avaint fait 
place à des diférences de timbre, des quatre diftongues 
issues des voyèles latines e, s, o, o. 

2. — La diftongaizon de ces voyèles supoze, sinon touta- 
fait nécessairement, du moins très vraisemblablement, la 
durée longue préalable. Et en éfet, tout porte à croire que 
les voyèles, en Gallo-roman come déjà en Latin populaire, 
étaint longues en silabe tonique ouverte, brèves ou apeuprès 
brèves partout ailleurs ^ C'est en gros l'état de chozes actuel 
en Italien et en Béarnais. Je statue donc come point de dé- 
part de nos diftongues, e:, s:, o:, o:; — e: et o: ayant dailleurs 
sans doute un timbre très fermé, ei:, oi:, apeuprès come en 
Danois moderne^. 



4. Grandgent, Introduction to Vulgar Latin, § 176. 
2. Id., §§ 198 et 203. 



344 P. PASSY 

3. — On remarque tout de suite une analojie frappante 
dans le dévelopement des deus voyèles fermées e, o, d'une 
part ; des deus voyèles ouvertes e, o, d'autre part. 

Les premières se diftonguent en se fermant vers la fin ; 
c'est un fénomène très fréquent : l'exemple le plus familier 
s'en trouve en Anglais moderne, où les mots made, nose, 
encor prononcés me:d, no:z en Ecosse, sont devenus meid, 
nouz, ou quelquechoze de semblable. 

Les autres se sont diftonguées en fermant davantage le 
comencement. C'est un fénomène beaucoup moins comun ; 
cependant, outre les autres langues romanes où il s'est pro- 
duit apeuprès come en Français, on le trouve pour e en Is- 
landais, ou le mêr Norrois est devenu injer ; — pour o en 
Viens Haut Allemand, on gôd 2i àoné guot pour aboutira 
gutf et en Tchèke ou Bog est devenu Biiog pour aboutir à 
Bûh, 

(Je ne vois pas, dureste, la nécessité d'admettre F « into- 
nacion circonflexe » pour expliquer le comencement de la 
diftongaizon. En tout état de cauze, une voyèle longue tent 
facilement à ne pas rester homojène pendant toute sa durée ; 
de là à la diftongaizon proprement dite, il n'y a qu'un 
pas.) 

4. — L'analojie, toutefois, n'est pas complète entre nos 
deus paires de voyèles. L'évolucion parait avoir été plus ra- 
pide et plus complète pour les voyèles d'avant e, e, que pour 
les voyèles d'arrière o, o*. Puis, divers facteurs l'ont modi- 
fiée dans un sens ou dans un autre, de sorte que les rézultas 
ne sont nulement simétriques. Il convient donc d'examiner 
chaque cas séparément. 



i. Comparez l'évolucion de ai et cèle de au: ai réduit à e: dès le Latin, 
au ne se réduizant à o: que très tard et pas partout. Ici aussi il y a para- 
lélisme parsiel, mais la voyèle d'arrière se moditie plus lentement que la 
voyèle d'avant. 



QUELQUES DIFTONGUES EN VIEUS FRANÇAIS 345 



et 



5. — Ladiftongaizonde e: remonte certainement à l'époque 
prélitéraire. A la vérité, nous ne pouvons pas la constater di- 
rectement dans le texte des Serments de Strasbourg, où se 
trouve régulièrement i: savir, podir, dift, mi, sit (\q ^2 de 
dreit est diférent). Mais tout indique que cet i, qui signifie 
un e (= ei) bref dans in, int, prindrai, reprézente ici une 
diftongue plus ou moins acuzée, et qu'il faut lire saveir, 
poceir, deift, mei, seit^ Dans l'Eulalie et dans les textes 
plus récents la diftongue ei aparait régulièrement, jusq'au 
moment où elle est remplacée par oi en Francien et dans 
pluzieurs autres dialectes. 

6. — Dès le début èle se confont grafîquement avec une 
diftongue d'orijine diférente, provenant de e ou e suivis de 
palatale en silabe protonique : licere^ leisir, tëcturay tei- 
ture, uëctura^veiture , mëssionem'^meisson. 

Il n'est pas admissible que ce douzième ei ait valu exac- 
tement ej. Danscète pozicion, en éfet, e ou e, non influen- 
cés par une palatale, aboutissent à e féminin, c'est-à-dire, 
pour la première époque litéraire du Français, une voyèle 
indistincte assez semblable à la voyèle faible de l'Alemand 



1. Meyer-Lûbke, Gramm. des l. rom.,l, § 72. — Les objecsions de 
P. Marchot (Petite phonétique du Français prélitéraire, l, § 9) ne me 
paraissent pas probantes ; dailleurs je ne comprens pas .très bien ce qu'il 
entend par des voyèles dédoublées ee, oo, aa. Mais il va sans dire que je 
ne supoze pas pour les voyèles des Serments une diftongaizon bien déve- 
loppée, que le scribe aurait certainement notée corne il l'a fait pour ai. 
Il s'ajit de voyèles longues non homojènes ; dans l'espèce peutêtre eei, 
ou encore eii, ou quelqucchoze de semblable. Dans l'impossibilité depré- 
cizer, le mieus est d'écrire ei. 

Quant au dreit des Serments, venant de dirêctum, il reprézente natu- 
rèlement autrechoze; peutêtre dreçt ou dreiçt come pense Meyer-Lûbke, 
en tout cas une forme à diftongue beaucoup plus acuzée que dans les 
mots où le point de départ est e:. 



346 P. PASSY 

gabe, que je représente par ë'. Avec la palatale, on devait 
avoir la même voyèle suivie de i, c'est-à-dire la diftongue 
êi. 

7. — Cependant, come le dévelopement ultérieur des 
deus ei a été le même, il est vraisemblable qu'ils se sont con- 
fondus de bone heure ; dailleurs on ne peut guère conce- 
voir deus groupes aussi semblables que ei et ëi subsistant 
l'un à côté de l'autre et dans des pozicions identiques sans 
se confondre. J'admets que tous les ei sont arrivés très ra- 
pidement à valoir ëi en Francien, dabord en silabe faible, 
puis partout ; tandis qu'en Normand ils se confondaint en 
ei. 

8. — Dès le 12* siècle, le ëi du Francien a comencé à évo- 
luer de nouveau. En éfet, le son ë, qui était jusque-là celui 
de la voyèle neutre du Français, a peu à peu pris un léjer 
arrondissement, devenant notre e féminin actuel, que je re- 
prézente par a. Gète évolucion, ayant lieu régulièrement 
partout, n'a entrainé aucun chanjement de grafie. La voyèle 
a évolué dans la diftongue ei come ailleurs, et ce groupe 
est arrivé à se prononcer ai, toujours sans chanjement de 
grafie. 

(On sait qu'en poézie, ei n'assone régulièrement qu'avec 
lui-même. Ce fait ne serait-il pas du à ce que, dans les 
textes d'orijine franciène, ci se prononçait ëi, puis ai, ayant 
ainsi come principale voyèle un son qui ne se rencontre ac- 
sentué nulepart ailleurs?) 

9. — Cète étape ai ne pouvait guère durer, vu la répu- 
gnance du Français pour les articulacions intermédiaires, du 
moins en silabe forte. Aussi ai a été modifié par dissimila- 



4. Voir Bcus problèmes de fonétique historique française, dans la Re- 
vue de filologie française, 4906, p. 4 et suivantes. Pluzieurs points trai- 
tés dans cet article sont ici reproduits en abréjé : je done les rézultas 
en laissant de côté la démonstracion, ou en ne fezant que l'indiquer. 



QUELQUES DIFTONGUES EN VIEUS FRANÇAIS 347 

cion du premier élément, qui est devenu o. A la diférence 
des chanjements précédents, celui-ci devait être indiqué 
dans l'écriture, puisque d'une part il n'ateignait pas tous les 
8, et que d'autre part il aboutissait à un rézulta pour lequel 
on avait sous la main un signe tout indiqué. De fait, la nou- 
vêle diftongue s'écrit oi; cète grafie faitdabord son aparicion 
en silabe faible (noieds déjà dans le Jonas), bientôt èle est 
jénérale et diférencie nètement au 13* siècle les textes 
Franciens d'avec les textes Normands. Ele n'a pas chanjé 
dans l'uzaje litéraire jusqu'à ce jour. 

10. — Cependant, l'évolucion fonétique ne s'est pas ar- 
rêtée là. La diftongue oi s'est trouvée soumize aune double 
influence, dissimulative pour le premier élément, assimila- 
tive pour le deuziême ^ oi est devenu oe, os. On trouve une 
trace de ces chanjements dans la grafie oe, qui fait son apa- 
ricion dans le Roman de la Roze, au 13^ siècle. 

Ensuite ou en même tems, le deuzième élément de la 
diftongue devenant le plus sonore, l'acsent silabique se dé- 
place, et on a Ô£, puis bientôt Ù£, we. Ce déplacement doit 
avoir comencé au 13^ siècle; à la vérité, les rimes d^aper- 
çoeve, reçoeve, avec moeve, yio^y^, dans le Roman de la 
Rose, ne sont pas toutafait concluantes, puisque l'acsent 
silabique a dabord été sur le premier élément dans oe ve- 
nant de uo come dans oe venant de ei (§ 16), et quand 
même la qualité des deus o était diférente ; mais il en est au- 
trement de la rime cloistre-estre, qui ne s'explique que par 
la prononciacion kloestra. Dans la suite, des rimes de cète 
espèce sont très nombreuzes : on les trouve tout le long de 
la litérature, chez les auteurs classiques {toiles-telles, Vil- 
lon, senestre-cognoistre, Marot, poëte-adroite , Régnier, 
nette-droite, Molière, étroites-retraites, Lafontaine, croistre- 

1. V. P. Passy, Changements fonétiquesy §§ 459-467. 



318 P. PASSY 

maistre, Racine, être-croitre^ Voltaire). Ainsi la prononcia- 
cion we a du se maintenir apeuprès intacte jusqu'à la fin du 
18* siècle. Individuèlement ou localement, èle a persisté 
beaucoup plus tard encor. On sait qu'en 1830 Lafayette 
prononçait le roué pour le roi, et qu'en 1836 Mme Du- 
puis recomandait de prononcer oè en silabe faible, come 
dans roitelet. Dans les parlers populaires à l'Ouest de Paris, 
c'est encor aujourdui la prononciacion courante. 

Mais ailleurs et notament à Paris, ws a bientôt tendu à 
se chanjer en wa. La première 'trace de cète prononciacion 
se trouve dans un sermon du 13* siècle (voar, voars) ; c'est 
sans doute un fait dialectal et toutafait izolé à cète époque. 
Plus tard, des formes de ce jenre se multiplient, et prènent 
surtout de l'importance au 16* siècle*. La nouvèie pronon- 
ciacion est condanée come un vulgarisme ou une afectacion 
par Henri Estienne et Th. de Bèze, mais èle gagne du ter- 
rain aus 17* et 18^ siècles, et finalement èle est déclarée 
seule correcte par Domergue en 180o. Ele a définitive- 
ment trionfé aujourdui; mais dans quelques pozicions et 
notament après r, wa s'est changé en wa {roi, froid'). 

D'autre part, il y a eu aussi à Paris et dès le 13* siècle, 
une tendance populaire à remplacer us ou we par e dans 
certains mots, sporadiquement semble-t-il, ecsepté pour les 
imparfaits et condicionels ou la substitucion est jénérale. 
Est-ce une survivance dialectale de formes en ei, une in- 
fluence normande, ou une simplificacion de us, c'est ce que 
je n'oze pas décidera Cète prononciacion, èle aussi, se ré- 



1. On connait la curieuze ortografc de la reine Elizabeth, sœur de 
Charles-Quint et famé de Christian 2 de Danemark, écrivant le Danois 
avec les valeurs françaises des lètres. Elle écrit soyr pour le mot Danois 
svar (réponse). V. K. Nvrop, Grain. Hist. du français, I, § 160). 

2. Daprès une communicacion particulière, M. F. Neumann donc de ce 
fénomène une explicacion qui pourrait bien être la vraie. La réducsion 
aurait eu lieu dabord à l'imparfait des verbes à radical terminé par une 



QUELQUES DIFTONGUES EN VIEUS FRANÇAIS 349 

pant à la cour au 16^ siècle, malgré les éforts des gramai- 
riens, qui l'atribuent, certainement à tort, à l'influence ita- 
liène ; èle finit par s'impozer pour un certain nombre de 
mots, pour lesquels l'Académie s'est décidée en 1835 à ac- 
septer l'ortografe ai (était, avait, Français, Anglais..., 
etc., etc.). 

Come on le voit, le dévelopement de la diftongue ei a 
été singulièrement riche et varié. 

ie. 

11. — On sait que le chanjement de e: en ie se trouve 
sur une très grande partie du territoire roman, apeuprès par- 
tout ecsepté en Sarde, en Sicilien, en Catalan et en Portu- 
gais ; en Espagnol et en Wallon il s'est produit même en si- 
labe fermée. Il faut donc admètre qu'il existait au moins en 
jerme en Gallo-roman. Dureste on trouve l'ortografe dieci 
dans un manuscrit Latin de 670, si ce n'est pas une faute*. 
Cependant la grafie ie ne se trouve pas dans les Serments, 
dont le scribe paraît décidément avoir eu l'oreille peu sen- 
sible à la diftongaizon naissante ; nous n'hézitons pas à in- 
terpréter come des diftongues les e de meos, etc. Dans l'Eu- 
lalie, on trouve ciel, menestier, — mais, choze curieuze, 
non seulement sempre, bien qu'on soit en pays Wallon où 
on atendrait *siempre^, mais encor seule, eret, et non *sieule, 



voyèle, pour éviter racumulacion des voyèles : tuois tyues aurait été sim- 
plitîé en tyss. Puis par analojie, la simplitîcacion se serait étendue à l'im- 
parfait de tous les verbes. Quant aus autres mots, ils auraint été influen- 
cés par une sorte d'analojie fonétique. 

i. Tardif, Monuments historiques, 19 : 38. 

2. Daprès une communicacion particulière, M. F. Neumann supoze 
que la diftongaizon wallone de s entravé ne s'est produite que relative- 
ment tard, come fénomène indépendant de la diftongaizon romane de s 
libre. Les graties des manuscrits semblent certainement lui doner raizon ; 
et il faut ajouter que la diftongaizon dans un mot d'emprunt come bcs- 
tia'>bieste doit être relativement récente. Mais coment expliquer d'autre 



360 P. PASSY 

*ier€t. Ceci est d'autant plus étranje que la diftongue de ciel, 
menestier, parait déjà confondue avec cèle de pagiens, 
chielt, chief\ provenant de a après palatale. Or cèle-ci avait 
certainement l'acsent sur la dernière voyèle ; nous devons 
donc conclure que dès cète époque, ie se prononçait ïe ou 
je, corne en Français moderne, en Italien et en Espagnol. 
Cependant il n'est guère douteus que la première forme de 
la diftongue ait été dessendante, es ou quelquechoze de ce 
jenre : ceci ressort, entre autres, de la fréquente réduction 
de ie à i en Picard. Le déplacement de l'acsent silabique est 
dailleurs toutafait naturel, il s'est simplement porté sur la 
voyèle la plus sonore. Mais pour que cète évolucion ait déjà 
été acomplie au 10^ siècle, il faut que la diftongaizon èle- 
même ait déjà été anciène à cète époque. 

L'ancièneté du fénomène est encor prouvée, come l'ont 
fait remarquer M. Meyer-Lûbke et d'autres, par des formes 
tèles que giens de genus, où la diftongaizon a du être tout 
au moins amorcée avant la chute de la voyèle atone, puis- 
qu'autrement le e aurait été entravé ; — et aussi par le 
changement de ë en i devant palatale, come lectum^lit, 
qui supoze l'étape *lieit et postule par conséquent une lon- 
gue évolucion. Mais, d'autre part, la diftongaizon dans des 
mots d'emprunt come liepre et siècle n'a pu se produire que 
tardivement. On peut donc afirmer que la tendance à dif- 
tonguer s a duré assez lontems. Néanmoins, bien entendu, 
il est toutafait inadmissible qu'èle ait persisté jusqu'au 13® 
siècle, et soit cauze des nombreus chanjements de eu en 
ieii, dans les cas où eu provient de «/-|-consone {talis 

part, que, sauf erreur, èle ne se rencontre que là ou le Latin avait ë ? N'y 
aurait il pas eu, à l'époque de la diftongaizon, des s identiques à ceus-là, 
quoique provenant d'autres sources ? — Il paraît plus probable, que la 
tendance à diftonguer l'e entravé a existé en pays wallon dès l'époque 
prélitéraire, mais qu'èle était trop faible à l'époque des premiers docu- 
ments pour avoir été notée par l'écriture. 



QUELQUES DIFTONGUES EN VIEUS FRANÇAIS 331 

> lels > tem ou tiens ; qualis > quels > queus ou quieus ; 
ostieus, pieus, etc.). Force nous est de voir ici un chanje- 
ment de nature diférente, ateignant non plus tous les s, mais 
seulement ceus qui se trouvent dans cète pozicion particu- 
lière, quelqu'étranje que la choze puisse paraitre dailleurs. 

On sait que dans la plupart des textes, ie n'assone qu'avec 
lui-même ; pourquoi, c'est ce qu'il n'est pas facile de déter- 
miner. 

L'histoire plus moderne de cète diftongue ne prézente rien 
de bien remarquable. Ele aboutit en Français moderne à je 
ou je, l'alternance entre £ et e s'établissant come dans tant 
d'autres cas. 

on. 

12. — La diftongue oii est sortie de o:, c'est-à-dire pro- 
bablement oi: en Gallo-roman, de la même manière que ei 
est sorti de e: ; mais la diftongaizon paraît avoir été moins 
anciène, moins complète et moins universèle. Dans les Ser- 
ments, on peut naturèlement lire amour pour amur come 
sait pour sit, et je pense qu'on doit le faire * ; et dans l'Eu- 
lalie, la diftongaizon est clairement indiquée par les épels 
hellezour, soure. Mais dans la suite, ou ne se trouve pas 
dans les manuscrits d'orijine normande, qui portent jénéra- 
lement u come les Serments, quelquefois o. Come ces mê- 
mes manuscrits écrivent bien ou pour la diftongue provenant 
de o-\-u, que le Francien confont avec la précédente, il 
faut évidament statuer une voyèle simple, ou en tout cas 
une très faible diftongaizon, dans les mots come seignur, etc. 

D'autre part, il ne faut pas oublier que ou assone régu- 
lièrement avec 0. Tout ceci permet d'afirmer que la difton- 
gaizon de en ou n'était pas aussi marquée que cèle de e 
en ei. 

1. En (lonant à OU la valeur ooi ou oiu, bien entendu. 



352 P. PASSY 

13. — Quel est le dévelopement de on qui aboutit ensuite 
à eu, devenu œ ou ^ en Français moderne? — Daprès 
l'écriture, on serait tenté de le croire exactement paralèle 
au chanjement de ei en oi : ce qui s'aplique à l'un s'aplique- 
rait à l'autre par renversement, d'une part e ^ ei^ oi, 
d'autre part o^ ou^ eu. Mais un peu d'atension montre 
bientôt que ce paralélisme — qui en tout cas ne se serait pas 
continué jusqu'à l'époque moderne, oi devenant wa tandis 
que eu devient œl — est plus aparent que réel, et en grande 
partie purement grafique. 

On remarque tout dabord, en éfet, que le eu provenant de 
ou assone ou rime avec eu provenant de é/-hconsone (illos 
> eis > eus), et non pas avec eu provenant de al~\- consone 
{talis ^ tels '^ teusy ni avec eu provenant de è-{-u {deiis 
y> deuSy grœcos^ gi^eus). Ceci indique, en tout cas, une 
prononciacion plutôt fermée de la première voyèle dans eu 
venant de ou. Au contraire, la première voyèle de oi venant 
de ei, est ouverte, come l'indiquent les rimes et assonances 
(^joie-voie). 

D'autre part, il ne faut pas oublier que la lètre u, qui si- 
gnifiait d'abord u, a fini par aboutir au son y. Il est dificile 
de fixer exactement sa valeur pour le 12^ siècle; sans doute 
èle n'était pas encor arrivée au son actuel, et je pense qu'on 
ne se tromperait pas beaucoup en lui atribuant la valeur de 
la voyèle norvéjiène dans hus, que je reprézente par û ; 
mais en tout cas, èle ne valait plus u. La lètre i, au con- 
traire, a conservé sa valeur intacte. Sur ce point encor, eu 
n'est donc pas paralèle à oi. 

14. — Le plus simple, c'est d'admètre que ou s'est modifié 
suivant la tendance jénérale des voyèles d'arrière en Fran- 



4. V. H. Suchier, Les voyelles toniques du vieux français, §§ 19»^ et 



QUELQUES DIFTONGUES EN VIEUS FRANÇAIS 3o3 

çais, qui est de déplacer leur point d'articulation d'arrière 
en avant ; tendance à laquèle nous devons le chanjement de 
u en y et celui de a en g. Cète tendance, pour le cas qui 
nous ocupe, a du ajir également sur les deus éléments de la 
diftongue, chanjant u en û et o en ô (intermédiaire entre o 
et e). Mais le chanjement de u en ù n'impliquait aucun 
chanjement dans l'écriture, puisque u, dans toutes les pozi- 
cions, passait à ù, pour devenir y plus tard. Au contraire, 
le chanjement de o en ô s'exprimait tout naturèlement en 
écrivant e, puisque e avait pris la valeur a — parmi d'au- 
tres, maleureuzement pour nous I — et devait servir de si- 
gne comun pour toutes les voyèles des pozicions moyènes. 
Un peu plus tard, la même évolucion se continuant, où de- 
venait 0Y, sans chanjement de graphie. Il se confondait dès 
lors avec le eu provenant de eZ + consone (c€us<^ ecce illos), 
lequel avait du doner dabord eu, puis très rapidement ey 
par assimilacion réciproque. 

On voit que eu se trouvait ainsi compozé de deus éléments 
très voizins, et non de deus éléments éloignés come oi. Ceci 
explique pourquoi ces deus groupes ont eu des destinées difé- 
rentes, quand le Français a comencé à éliminer ses anciènes 
diftongues. Tandis que oz = oi continuait à se déveloper jus- 
qu'à former un groupe de consone et voyèle wa, eu=-0Y 
au contraire se contractait en 0. Absolument come le ei Nor- 
mand s'est jénéralement contracté en e dans les patois moder- 
nes. — La contracsion de eu en est atestée dès le 13® siècle 
par des rimes et des confuzions de eu et de we ; v. § 19. 

Il s'est établi ensuite une alternance de et de œ, réglée 
par l'influence des sons voizins, et très semblable à cèle qui 
existe entre a et 0, entre et 0, même entre e et e. 

uo 

lo. — Le chanjement de ô en uo se trouve, lui aussi, 

23 



3S4 P. PASSY 

dans la plupart des langues romanes et doit remonter en 
Français à l'époque prélitéraire. On n'en trouve pas de tra- 
ces dans les Serments, ce qui ne nous empêche pas de sta- 
tuer une diftongue au moins naissante dans poblo, om, 
pois. On a buona, ruovet, dans l'Eulalie, et des formes 
semblables dans St. Léger. Ensuite, on a ordinairement oe 
ou ue ; cète dernière grafie finit par prévaloir. Izolément ou 
dialectalement, on trouve aussi o, e, eo, ii, e, œu, ou, et 
enfin eu, qui est resté en uzaje jusquà nos jours, sauf dans 
un petit nombre de mots pour lesquels ue a été conservé 
{orgueil, cercueil, accueil^ cueillir, recueil). 

16. — Coment faut-il interpréter ces diverses grafies, sur 
lesquèles les assonances ne jètent guère de lumière, puis- 
que la diftongue en question n'assone régulièrement 
qu'avec èle-même ? 

Il n'est pas douteus, come nous alons le prouver, qu'à 
l'époque des plus anciens monuments littéraires et même 
plus tard, la diftongue uo était encore dessendante ; l'évo- 
lucion avait donc marché moins vite que pour ie. Mais je ne 
pense pas qu'il faille doner à la première voyèle le son d'un 
véritable u; c'était plutôt un o fermé, facilement perçu come u 
devant un o ouvert, et pour lequel dailleurs il n'existait pas 
d'autre signe que u permettant de l'opozer à o. La difton- 
gue pouvait donc valoir oo. — On sait que le uo germanique 
de fuodr, faldastuol, s'est confondu avec ce uo roman, 
dont l'ancièneté est établie solidement par ce fait à lui tout 
seul *. 



1. On ne peut pas admètre que ces mots aient été adoptés sous la forme 
fôdr, faldastôl, avant la diftongaizon, et entraînés dans la diftongaizon 
romane ; car, leur o étant fermé, on aurait eu come forme françaize forrc, 
*faldastouL — Il en est autrement du o bref de hosa, qui a du être fran- 
cizé sous la forme ho:zà, et doner par diftongaizon romane huosa, huesc, 
lieuse ; ce qui prouve que le fénomène était encor vivant quand ce mot 
a été adopté. 



QUELQUES DIFTONGUES EN VIEUS FRANÇAIS 3^i5 

En Italien cète diftongue oo s'est dévelopée paralèlement 
à es, devenant un véritable ùo ou wo par le transfert de 
l'acsent silabique sur la deuzième voyèle. Mais en Français 
le déplacement d'acsent ne s'est pas produit à cète étape. Le 
premier élément est resté intact ou apeuprès, et le deuzième 
s'est affaibli en a ou quelquechoze de semblable — come 
dans divers patois de l'Alzace et de la Suisse alemande, où 
le Vieux Haut Allemand guot est devenu guat. Cète pronon- 
ciacion est extrêmement bien reprézentée par la grafie oe, 
étant admis que e est la manière régulière de reprézenter 
les voyèles du tipe a. Il faut donc lire oa. La persistance 
de l'acsent silabique sur le premier élément est atestée 
par l'emploi sporadique de o simple dans des mots come 
ovre pour oevre, avoc^ Hoc, volent (une fois on trouve 
bois pour boes de boveSy si ce n'est pas une faute) ; — c'est 
ce qui nous permet d'afirmer que la première forme de 
la diftongue, cèle qui est écrite uo, était aussi dessen- 
dante. 

17. — ue, parfois réduit à u dans les textes anglo-nor- 
mands, est peut être une simple variante grafique de oe : on 
sait que les scribes anglo-normands écrivent souvent u pour 
0. Cependant il peut aussi indiquer une prononciacion plus 
fermée du premier élément, qui se serait alors raproché de 
u, ou plutôt, puisque u était engajé dans l'évolucion qui 
devait aboutir à y, de ù. 

Bientôt, vers la deuzième moitié du 12^ siècle, l'acsent 
silabique tent à se déplacer, à se porter sur le deuzième 
élément, come étant le plus sonore. Ce fénomène a son pen- 
dant exact dans quelques patois alzaciens, ou le Viens Haut 
Alemand guot, devenu ailleurs guat ou guat, aboutit à 
gùœt ; seulement ici, vu l'évolucion de u, c'est ùœ, plus tard 
yœ ou qœ, qu'il faut lire. Peut être faut-il voir une trace de 
cète prononciacion dans les grafies oen, ueu qu'on rencontre 



356 P. PASSY 

parfois (oewiT^, viœulent), eu ayant déjà pris la valeur e^ 

18. — A ce point de l'évolucion, il semble y avoir eu deus 
tendances contradictoires, apartenant peutêtre, à l'orijine, 
à deus dialectes diférents, mais qu'il est dificile de démêler. 

Dans certains cas, par dissimilacion, le a pert son arrondis- 
sement faible encor sans doute, et se renforce, non pas en o 
ou œ, mais en e : c'est ce qu'atestent des assonances ou 
rimes come irueve-Minerve, quiert-mitert, quièrent-miie- 
rent, fuerre-guerre, soleil-iieil. Ici il faut supozer une pro- 
nonciation U£ ou plutôt Ù£ ; c'est donc presqu'exactement 
le dévelopement Espagnol des mots come bueno, hiievoy etc. 
— Gète prononciacion a prévalu dans un petit nombre de 
mots, mais avec perte du premier élément : avuec est 
devenu avec, illuec est devenu illec -. 

19. — Plus souvent, il y a eu au contraire assimilacion et 
absorbsion du premier élément, et on aboutit à 0. Ce chan- 
gement est atesté par de nombreuzes confuzions grafiques de 
ue et de eu : suer, pruedons, suel, pour seur^ preiidons, 
seul — treuve, feurre, pour trueve, fuerre\ — et par 
des rimes come eskeuent-pueent . Naturèlement cet se 
confont aussi avec celui de el -\- consone Çceiis^, qui 
s'était confondu avec le premier come nous l'avons vu 
(§14). Naturèlement aussi l'alternance ^-œ, motivée par 
l'influence des sons voizins, s'établit ici come ailleurs. 

20. — Remarque. — Dans le groupe provenant de d-|- palatale 
(hodie, noctem, octo, coxà), il y a eu un dévelopement un 
peu particulier. Ce groupe a du doner d'abord oi, et c'est 
sans doute ainsi qu'il faut lire le moi venant de modium 
dans le glossaire de Cassel ; ensuite ooi {pois = poois dans 



i. H. Suchier, Voyelles toniques du Vieux français, § 28«. 

2. Comparez ce qui a été dit de la réducsion de W£ à s, § 10. — Nous ne 
parlons pas, bien entendu, des mots pour lesquels une prononciacion avec us 
a été ressussitée par influence ortografique, come la Muette pour /a Meute. 



QUELQUES DIFTONGUES EN VIE US FRANÇAIS 357 

les Serments), et enfin oai. Puis, dans l'Ile-de-France, la 
Picardie et la Normandie du Nord-Est, le 09 de ce groupe 
paraît avoir rapidement abouti à ô, û ; d'où la diftongue 
écrite habituèlement ni, quelquefois oi par les Anglo-Nor- 
mands (là ou oi de hodie, nuit ou noit de noctem). Dans le 
voyaje de Charlemagne et la Chanson de Roland, cète dif- 
tongue za' assone déjà 3i\ec II (^fuit-ve?îc ut); nous lui supo- 
zons donc la valeur ûi. Au cour du 12*^ siècle, l'acsentsilabi- 
que se porte sur i ; de là la forme moderne qi. 

Il y aurait lieu de rechercher si les formes Ouest-nor- 
mandes eïiei(ei, neit, peis), sont à lire avec ei dérivé de iiei 
pour uoi, come on le supoze habituèlement, ou bien si e ne 
reprézente pas ici ô Ou 0^ de sorte qu'il faudrait lire ôiou e'i. 

Quant aus formes Lorraines (modernes) avec ^ ou œ (nœ 
« nuit »_, kœ:r « cuire y^, œj' ou œx « huis y>, etc.), il sem- 
ble bien qu'èles remontent à ôi venant de oai. 



Rézumé. 

21. — Voici donc comment on peut rézumer sous forme 
de tableau le dévelopement de nos quatre séries de difton- 
gues : 



, e: ei ; ) i ) \va 

l» [ ei 81 01 33 oe U£ [ 

ei ei ) ) wc wa ) \va 



<i)o 



e: es es u ]z 



, w ..O .. yœ > ^ 

40 d: 00 oa uo uœ \ l, ' 

1 ys £ 

Ce qu'il y a d'intéressant dans ce tableau, c'est le rôle que 
paraissent avoir joué, dans l'histoire de notre langue, les 



358 P. PASSY 

voyèles des pozicions moyènes ou mal définies, tèles que à, 
ô, ë, et surtout a, ainsi que les patalales arrondies œ et 0. 
Ce rôle est dificile à précizer, à cause de l'insutizance de 
notre alfabet, qui a oblijé surtout à doner à la lètre e des 
valeurs par trop nombreuzes. Il n'est pourtant pas possible 
de l'ignorer sistématiquement, si on veut avoir une idée 
d'ensemble du dévelopement fonétique du Français. La 
prézente étude pourra peutêtre contribuer à le mètre en 
lumière. 



René PICHON 



OBSERVATIONS 

SUR LA TRADUCTION MANUSCRITE 

DU DE ORATORE 



I 



OBSERVATIONS 

SUR LA TRADUCTION MANUSCRITE 

DU DE ORATORE 

Par René Pichon. 



On sait que, parmi les trois classes de manuscrits qui nous 
ont transmis le texte du De oratore, les mutili uetustiores, 
les mutili recentiores et les integri, la première est en 
général, depuis une soixantaine d'années, de beaucoup pré- 
férée aux deux autres. La question ne se pose même pas 
pour les recentiores, qui ne sont pour la plupart que de 
médiocres copies des uetustiores. Entre ceux-ci, au con- 
traire, et les integri, entre l'archétype M. de VAbrincensiSj 
de VHarleianus et de VErlangensis prior, et le Ms. de 
Lodi L., source de VOttobonianus et du Palatinus, la 
question peut être débattue. La valeur de M. a été, notam- 
ment, exaltée d'une façon systématique par Friedrich, qui y 
a vu la source exclusive du vrai texte. M. Courbaud a 
essayé de réhabiliter le Laudensis (comme M. Martha l'avait 
fait en ce qui concerne le Brutus), mais un peu timide- 
ment. Je crois qu'on peut aller plus loin que lui, et montrer 
que dans bien des cas L. contient la véritable leçon. Je ne 
le ferai ici que pour le i''" livre, faute de place. Pour la 
même raison, je ne parlerai pas des variantes orthographi- 



3G2 A. PIGIION 

ques et des différences légères, comme entre ii et hi par 
exemple, et je ne m'arrêterai que là où les divergences sont 
plus importantes. Enfin, comme il est inutile d'enfoncer des 
portes ouvertes, je ne signalerai que les endroits où la 
supériorité de L. n'a pas encore été reconnue, je ne dis pas 
par Friedrich, mais même par des éditeurs plus modérés. 



* 
* * 



Voici d'abord un certain nombre de passages où les deux 
leçons dissemblables de L. et de M. peuvent paraître aussi 
bonnes l'une que l'autre, toutes choses considérées : 

IV, 5 : sed enim mains est hoc quiddam... M. — sed 
nimirum mains est hoc quiddam.., L. — Les deux adver- 
bes expriment également le sens de la liaison explicative : 
« Mais après tout, cela se comprend, car... » 

XIII, 58 : Lycurgnm et Solonem... scisse melius quam 
Hyperidem aut Demosthenem... M. — Lycurgum aut Solo- 
nem... scisse melius quam Hyperidem aut Demosthenem... 

— Les deux conjonctions aut et et peuvent toutes deux ser- 
vir à relier deux exemples entre lesquels le choix reste libre. 

XXI, 96 : insperanti, inquit, mihi et Cottae... M — 
insperanti mihi, inquit, et Cottae... L. — Aucune diffé- 
rence appréciable. 

XXI, 96 : nobis... satis iucundum fore iiidebatur . . . 
M. — nobis... iucundum satis fore uidebatur... L. — 
L'adverbe salis est assez souvent postposé pour que la leçon 
de L. soit aussi admissible que celle de M. 

XXIII, 106 : duo excellentes ingeniis adulescentes... M. 

— duo excellentis ingenii adulescentes... L. — Les deux 
tournures sont aussi usitées l'une que l'autre. 

XXVI, 119 : in ordienda oratione... M. — in exordienda 
oratione... L. — Le rapprochement signalé avec XXI, 98, 



TRADITION DU VE ORAWRE 363 

prouve que ordienda peut aller, mais non pas que exordienda 
doit être rejeté. 

XXVI, 121 : artuhus omnibus contremiscam... M. — 
omnibus artubus contremiscam... L. — Aucune différence 
appréciable. 

XXVI, 122 : significare inter sese... M. — significare 
intersé... L. — Aucune différence appréciable. 

XL, 181 : nobilissimum atque optimum uirum atque 
consularem... M. — nobilissimum atque optimum uirum 
consularem... L. — L'expression uir C07i52^/«m ne formant 
pour ainsi dire qu'un seul mot, comme consul ou censor, le 
texte de L. est défendable. 

XL, 181 : quia memoria sic esset proditum... M. — Quia 
memoriae sic esset proditum.,. L. — Les deux tournures 
sont également usitées. 

XLII, 189 : generibus lis ex quibus manant... M. — 
generibus iis ex quibus émanant... L. — Le composé est 
ici aussi bon au moins que le simple. 

Dans tous ces passages, il n'y a aucune raison, ni paléogra- 
phique ni grammaticale, de préférer L. à M. ou inverse- 
ment, aucun moyen de savoir lequel des deux représente la 
plus saine tradition. On a l'habitude, en ces endroits, 
d'adopter la leçon de M., parce que l'on croit savoir, par 
ailleurs, que M. mérite en général plus de confiance. Mais 
si la supériorité de M. était infirmée, l'argument se retourne- 
rait aussitôt. Jusqu'ici, la question reste donc entière. 



* * 



Il n'y a pas lieu d'insister sur les phrases où certains mots 
ou groupes de mots sont omis par M, et donnés par L., sans 
être d'ailleurs ni nécessaires au sens ni complètement super- 
flus. Les partisans de M., naturellement, déclarent que ce 



364 A. PIGIION 

sont des gloses, surajoutées par le copiste de L. : on peut 
soutenir, avec tout autant de vraisemblance, que ces addi- 
tions émanent bien de Cicéron lui-même, et ont été oubliées 
par le transcripteur de M. Etant donnée l'abondance ordi- 
naire de Cicéron, cette dernière hypothèse n'a rien d'absurde. 
C'est pourquoi, tandis que Friedrich expulse sans pitié les 
passages en question, d'autres éditeurs sont plus accueillants. 
Mais, sans parler des membres de phrase que M. Stangl ou 
M. Courbaud ont ainsi réintégrés, voici un exemple assez 
typique, que j'emprunte au début de l'ouvrage (I, 1). 
M. donne : ac fuit cummihi quoque initium requiescendi,.. 
fore iustum et prope ab omnibus concessum arbitrarer. 
Dans L., ac fuit est remplacé par ac fuit tempus illucl... 
Évidemment ces deux derniers mots ne sont pas nécessaires : 
mais peut-on dire que cette manière d'arrondir la phrase ne 
soit pas conforme au style de l'orateur? non certes; et tem- 
pus illud a, je crois, plus de chances d'être un pléonasme 
cicéronien qu'une interpolation de copiste. 

En revanche, il arrive quelquefois que L. donne un texte 
plus simple, plus pur de gloses, que celui de M. Par exem- 
ple, XLII, 190, la plupart des Mss. ont : ut primum omne 
lus civile in gênera digérât, quae perpauca sunt, deinde 
eorum generum quasi quaedam membra dispertiat. Mais 
dans VHarleianus (seul représentant ici de M.), generum est 
remplacé par gênera, et dans L. il est omis. Je crois que L. 
doit avoir raison ; Cicéron a dû écrire eorum quasi quaedam 
membra^ et eorum n'aura pas semblé assez clair. — Peut- 
être faut-il raisonner de la même manière dans une phrase 
fort difficile (XL, 183). h'Harleianus donne : cum quaeri- 
tur, is qui domini uoluntate census sit, continuone an, ubi 
luslrum sit conditum, liber. Les Mss. inférieurs ajoutent sit 
à liber, et remplacent ubi lustrum sit conditum par des 
leçons diverses, assez incohérentes : ubi lustrix conditum, 



TRADITION DU DE OBATORE 365 

tribus lustris conditum, ubi iam ter lustrum condititm... 
Les dérivés du Laudensis écrivent simplement : is, qui 
domini uoluntate census sit, si non sit conditum lustrum, sit- 
ne liber, et cette leçon, plus brève et plus nette, pourrait 
bien être la véritable. 



* 
* * 



Au point de vue de la syntaxe, le texte de L. est souvent 
préférable, et voici quelques endroits où j'estime qu'il serait 
bon d'y revenir : 

XII, 50, le texte de M. est : iinum erit profecto quod li 
qui bene dicunt, adferunt proprium. L. écrit adferant, 
qui, après unum erit quod..., est très conforme à la manière 
d'écrire de Cicéron. 

De même, XVII, 77, M. porte : si tibi ipsi nihil deest quod 
in forensibus rébus ciuilibusque uersatur. La syntaxe cicé- 
ron ienne appelle plutôt uersetur, quod équivalant à taie ut 
(« rien de ce qui peut se trouver... ») ; uersetur est en effet 
la leçon de L., conservée encore par Kayser. 

Inversement, XXII, 103, M. écrit : de qua se non omnia 
quae dici possint profiteantur esse dicturos ; et L. a pos- 
sunt au lieu de possint. Mais ici, l'indicatif paraît plus logi- 
que que le subjonctif, quae dici possunt n'étant pas entraîné 
par le mouvement du style indirect, mais formant une sorte 
d'expression toute faite, de définition, comme le participe 
grec, xi XÉvesôa'. Buvâ|jL£va. 

XXXIX, 180, M. a : nisi postumus et natus et, antequam 
in suam tutelam ueniret, mortuus esset. — Dans L., au 
lieu de ueniret, il y a uenisset. Or on sait combien est fré- 
quent, avec antequam, priusquam, etc., l'emploi du futur 
antérieur, auquel correspond ici, en style indirect, le plus- 
que-parfait du subjonctif. 



366 A. PIGHON 

XXII, 99, M. a : quod ego non superbia neque inhuma- 
nitate faciebam neque quod tiio studio rectissimo atque 
optimo non obsequi uellem. — L. écrit neque quo, qui est 
peut-être préférable, non quo étant très usité pour intro- 
duire une explication qui doit être écartée ensuite. 



* 



Si, de la syntaxe, nous passons au style, nous relèverons 
encore plusieurs passages où l'idée apparaît plus claire et 
plus précise avec le texte de L. 

IV, 15, M. a : excitabat eos magnitudo, uarietas multi- 
tudoqiie in omni génère causarum. — Dans L. : magniiudo 
ac uarietas multitudoque , . . Il me semble que l'emploi des 
deux conjonctions différentes, ac et que, introduit ici, assez 
finement, une classification plus précise : d'une part l'impor- 
tance de chaque cause en elle-même ; d'autre part, le grand 
nombre des causes et leur diversité. 

XV, 68, à propos des trois parties de la philosophie, on 
lit dans M. : duo illa (= la physique et la logique) relin- 
quamus atque largiamur inertiae nostrae. — DansL. : idque 
largianiur. Le sens est plus satisfaisant : le cadeau que l'on 
doit donner à sa paresse, ce n'est pas les deux parties de la 
philosophie, c'est l'abandon de ces parties. 

XVII, 77, le texte de M. est : uideamus ne plus ei 
(= oratori^ tribuamus quam res et ueritas ipsa concedet. — 
DansL., au lieu de tribuamus, il y a tribuas. C'est beau- 
coup plus juste, puisque c'est Crassus seul, et non Scaevola 
et les autres interlocuteurs, qui accorde tant à l'orateur. 

XXV, 115, M. porte : neque haec ita dico ut ars aliquos 
limare non possit; et L., au lieu de aliquoSy a aliquid. On 
a fait remarquer que aliquos s'opposait mieux à siint qui- 
dam^ qui est quelques lignes plus bas. Mais, avant sunt 



TRADITION DU DE OBATORE 367 

quidam, il y a ?îeqiie enim ignoro et qiiae bona sint fieri 
meliora posse doctrina... : l'argument du contexte serait 
donc plutôt en faveur du neutre. 

On sait quelle délicatesse Cicéron apporte dans l'emploi 
des simples et des composés. Deux passages sont intéressants 
à ce point de vue. V, 18, M. écrit : in qua (= in scaend) 
cum omnes in oris et iiocis et motus moderatione laborent ; 
L. a élaborent. On a dit, pour justifier laborent, que le pré- 
fixe ex marque le succès de l'action, et que tous les comé- 
diens ne réussissent pas. Mais ex marque souvent l'effort 
intense, l'épuisement, et si l'on traduit elaborare par « se 
tuer de fatigue », on sera amené à préférer le texte 
de L. — De même, XXI, 96, le texte de M. est : ut uero 
penitus in eam ipsam... disputationem paene intimam 
ueniretis. Dans L. il y a perueniretis, qui s'accorde 
mieux avec l'idée d'aller jusqu'au bout, jusqu'au fond de 
la discussion : le préfixe forme avec penitus et intimam 
un de ces renforcements d'expression chers à l'art cicéro- 
nien. 

Un autre trait du style de Cicéron est le soin donné à la 
place des mots. Comparons à cet égard quelques leçons de 
M. et de L. : XIX, 86 : de conformandis hominum moribus 
littera nulla in eorum libris inueniretur, texte de M. — 
L. fait bien mieux ressortir l'idée négative en écrivant : 
littera in eorum libris nulla, 

XXII, 102 : quid? mihi uos nunc, inquit Crassus,... 
texte de M. — L. écrit mihi mine uos, et le second pronom 
personnel, venant juste avant l'incise, se détache mieux et 
s'oppose mieux au premier. 

XXIV, 111 : uidear non ipse a me aliquid promisisse, 
texte de M. — Dans L., ipse aliquid a me, avec l'enclave 
de aliquid, qui met mieux en valeur le rapport de ipse et 
de a me. 



368 A. PIGHON 



* 



Dans quelques-uns des endroits que j'ai cités, outre les 
raisons grammaticales ou littéraires qu'on peut avoir de pré- 
férer le texte de L., on voit bien comment a pu en naître la 
leçon fautive de M., et non inversement. Ainsi, XXII, 103, 
possunt a pu devenir possint par le voisinage de profitean- 
tur ; — XVII, 77, tribuas a pu se transformer en tribuamus 
par analogie avec iddeamus ; — dans les trois passages que 
j'ai étudiés au point de vue de l'ordre des mots, on s'expli- 
que qu'un copiste, peu au courant des effets littéraires de 
l'hyperbate, ait rapproché l'un de l'autre les mots qui vont 
ensemble, littera nulla, mihi uos, ipse a me. Il y a d'autres 
endroits où l'on peut donner la préférence à L. sur M., jus- 
tement parce que l'altération du texte de L. en celui de M. 
se comprend mieux que le changement inverse. 

XV, 65 : quae suntin disceptationibus atqueusu forensi... 
M. — quae sunt in disceptationibus aut in usu forensi... L. 
— En soi, les deux textes se valent ; mais, un peu plus haut, 
il y a, formant antithèse avec ces mots, quae ceteris in arti- 
bus atque studiis sita sunt. Si le véritable texte est celui de L. , 
on se rend compte que aut in nsu a pu être remplacé par 
atque usu, par symétrie avec atque studiis ; au contraire on ne 
voit pas pourquoi atque usu aurait été corrigé en aut in usa. 

XXXVI, 16o: quae neque ego ita teneo ut ii qui docent, 
neque sunt eius generis... M. — L. omet ita, et écrit ego 
neque au lieu de neque ego. Or : 1° l'addition de ita est 
plus compréhensible que son omission ; 2" ego neque teneo 
a pu facilement être corrigé en neque ego teneo, pour obte- 
nir une symétrie plus rigoureuse avec neque sunt... 

Ailleurs ce sont d'autres raisons que celle de la symétrie 
qui entrent en jeu. 



TRADITION DU DE ORATORE 369 

XXXV, 163, V Harleianus a : sed tu hanc nobis ueniam 
Scaeuola et perfice ut..., d'où il est facile de tirer : sed tu 
hanc nobis ueniam, Scaeuola, da^ et perfice... Le texte de 
L., sed tu hoc nobis da, Scaeuola, et perfice..., est plus 
simple, plus rapide, et plus conforme à la langue de la con- 
versation. Il est assez naturel qu'un copiste, comprenant mal 
hoc da, ait remplacé hoc par son équivalent hanc ueniam ; 
la réciproque serait moins admissible. 

Quelquefois des mots précis, qui figurent dans L., sont 
remplacés dans M. par des termes plus vagues et plus 
approximatifs, ce qui est une présomption en faveur de L. 

II, 6 : cur plures in omnibus rébus quam in dicendo 
admirabiles exstitissent... M. — L. a : m omnibus artibus. 
Il me semble que i^ebus est un équivalent affaibli de arti- 
bus, et en dérive plutôt que artibus ne dérive de lui. 

YII, 27 : eaque esset in homine iucunditas et tdntus in 
loquendo lepos... M. — L., d'accord avec la plupart des 
Lacjomarsiniani, a in iocando. In iocando convient très 
bien ici, où il est question de l'urbanité et de l'esprit de 
Crassus; mais un copiste a pu se dire que, chez un orateur, 
on doit vanter surtout le charme de la parole, et corriger, 
par suite de cette méprise, iocando en loquendo. 

XXXVI, 167 : iuris ciuills scientia... M. — iuris ciuilis 
prudentia... L. — Des deux termes, scientia est le plus 
courant, le plus banal ; le copiste de M. a pu facilement le 
substituer à prudentia si celui-ci est le mot authentique. 
Dans l'hypothèse contraire, pourquoi le copiste de L. aurait- 
il remplacé l'authentique scientia ^^^v prudentia? 

Enfin il y a lieu de signaler le passage XXXII, 147, où 
M. a : exercitatione quasi ludicra praediscere ac meditari^ 
et L. : prodiscere ac meditari. — Le moi pro dise ère ne se 
rencontrant pas ailleurs, les éditeurs ont naturellement pré- 
féré praediscere. Mais on ne sait jamais si l'on n'a pas 

24 



370 A. PICHON 

affaire à un aTua; A£y6|j.svcv, et puis il nous reste si peu de 
textes latins, qu'il est difficile d'affirmer qu'un mot est inusité. 
Si prodiscere est un mot correct, quoique rare, il a pu aisé- 
ment céder la place k praediscere, plus usuel. Si l'auteur a 
écrit praediscere, où le copiste de L. est-il allé chercher 
prodiscere'^. 

De toutes ces observations, je ne prétends pas conclure 
que L. ait une autorité infaillible, mais seulement une valeur 
égale, sinon supérieure, à celle de M. La thèse intransi- 
geante de Friedrich n'est plus soutenue, et les récents édi- 
teurs inclinent bien plutôt vers une méthode éclectique. 
Mais, dans cet éclectisme même, il me semble qu'on doit 
attribuer à L. une part plus grande encore qu'on ne l'a fait 
jusqu'ici. Cette opinion devrait d'ailleurs être appuyée sur 
une étude détaillée du texte des deux autres livres du 
De oratorey et même des autres traités de rhétorique ; je n'ai 
voulu, par ces brèves remarques, qu'amorcer la question. 



Frédéric PLESSIS 

QUELQUES MOTS 
SUR LES HÉROÏDES 



QUELQUES MOTS SUR LES HÉROIDES 

Par Frédéric Plessis. 



On sait que, dans le recueil des Héroïdes, les quinze pre- 
mières pièces sont toutes des lettres écrites par des femmes 
à leurs amants, mais que, parmi les six dernières (dites dou- 
bles), la lettre de la femme est précédée d'une lettre de 
l'homme. Faut-il en conclure que le titre de Epistulae, qui 
se lit dans les manuscrits, remplaça celui des Eeroides 
quand la seconde série, 16 à 21, fut ajoutée à la première, 
là 15 ? Il se peut bien, au contraire, que Epistulae ou Be- 
roidum epistulae ait été le titre primitif abrégé en Heroides 
pour la commodité des références (voy. Prise. G. L. Keil II, 
544, 4) et afin d'éviter toute confusion avec les epistulae 
écrites de Tomes, Tristes et Pontiques. Lorsque, dans une 
seconde édition, les lettres doubles vinrent se joindre aux 
autres, le titre Heroides, déjà répandu, aurait été conservé 
bien que ne convenant plus exactement, mais parce qu'il 
était suffisamment clair et que les Anciens ne demandaient 
guère autre chose à un titre. Enfin, y a-t-il eu deux éditions, 
je veux dire deux éditions différentes faites par Ovide, ou 
les lettres doubles ne seraient-elles pas l'œuvre d'une autre 
poète ? 



374 F. PLESSIS 

Des vingt et une pièces, Lachmann (Kleine Schrift. , 56-61) 
n'en reconnaissait à Ovide que huit: 1, 2, 4 à 7, 6 et il, à 
savoir celles qui sont mentionnées par le poète lui-même 
dans la 18* élégie du livre II des Amours, vers 21 et suiv. 
Lehrs (Q. Horat. Flacc, Leipz., 1869, 222-254) opérait 
dans toutes les lettres de larges coupures. L. Mûller (/)e re 
metr., 2* éd., p. 31) rejetait la seconde série, 16 à 21, et 
avec elle la 15* Héroïde. Et, d'autres philologues encore ont 
plus ou moins touché à ces questions et les ont tranchées 
dans un sens ou dans un autre au nom des arguments les 
plus divers. Déjà, après que Lachmann avait déclaré telles 
pièces indignes non seulement d'Ovide, mais de son temps, 
L. Mûller (/. c. p. 32) jugeait qu'aucun de ces poèmes n'est 
d'une autre époque que les Héroïdes authentiques. A. Pal- 
mer, dans sa première édition (Ovid. Her. XIV, Londres, 
1874), condamnait l'attribution à Ovide de la pièce 15 au 
nom du « sens commun » ; et, dans sa seconde édition (P. 
Ovidi Nos. Her. Oxford, 1898), achevée après sa mort par 
L.-G. Purser, on trouve, p. 419-424, sur cette même 15* Hé- 
roïde une étude favorable à l'authenticité* I 

On voit que le doute a son point de départ dans la pièce II, 
18 des Amours : à vrai dire, la seule conclusion précise que 
l'on est en droit d'en tirer, c'est que les huit lettres mention- 
nées sont antérieures à cette pièce. Ainsi que l'a très bien ob- 
servé E.-K. Rand {Americ. Journ. ofphilology, vol. XXVIII, 
3, a. 1907, p. 288), on ne peut en conclure qu'Ovide n'eût pas 
composé d'autres Héroïdes, même à ce moment : il parle en 
poète et ne dresse pas un catalogue. Puis, il ne faut pas ou- 
blier qu'il y a eu deux éditions des Amours, la première en 
cinq, la seconde en trois livres, et qu'Ovide aimait et prati- 
quait les corrections et les remaniements : d'où l'on peut 

1. Voy. aussi Postgate, Corp. poct. latin., 1. 1, fasc. 2, p. xvi. 



SUR LES HEROÏDES 37o 

se demander si le texte de l'élégie II, 18 des Amours est ce- 
lui de la première édition antérieure à l'an 20 av. J.-C, ou 
celui de la seconde, des environs de l'an 15 ? Un passage des 
Tristes (V, 10, 57 et suiv.) nous apprend que le poète se 
décida à lire en public des essais de jeunesse (juvenaiid) 
parce que ses vers des Amours, sur Corinne, lui avaient 
déjà fait un nom. Qu'il ait dû sa réputation aux Amours, 
cela ne prouve pas du tout qu'il n'ait composé les Héroïdes 
qu'ensuite ; et, si ce sont bien elles, comme il semble, qu'il 
désigne sous le nom de juvenalia, il ne serait pas étonnant 
que la plupart fussent de l'an 23 av. J.-C, c'est-à-dire de la 
vingtième année du poète. Mais la familiarité avec l'Enéide 
porte à rapprocher la date de certaines d'entre elles ; nous 
ne savons pas d'ailleurs, comme je le disais plus haut, si, 
dans la première édition des Amours, l'énumération de II, 
18 n'était pas plus restreinte. Puis, l'on ne voit pas pourquoi 
Ovide n'aurait tout d'abord composé que des Héroïdes pour 
n'écrire ensuite que des élégies destinées au recueil des 
Amours : il est possible qu'il ait entremêlé les deux occupa- 
tions et que, si plusieurs des Héroïdes sont antérieures aux 
Amours, d'autres aient été écrites plus tard et même bien plus 
tard que l'an 22 av. J.-C. Dans l'article cité plus haut, Rand 
note que le présent scrihimus, employé Am. II, 18, 22, en 
parlant des Héroïdes, peut n'avoir pas une valeur de temps 
précise, et convient très bien pour marquer de quels sujets 
le poète s'occupe à une époque de sa vie. Enfin, si des vers 
des Tristes V, 10, 57, il ressort que la première édition des 
Amours a précédé celle des Héroïdes, ce n'est pas précisé- 
ment parce qu'Ovide dit que les élégies sur Corinne ont 
fondé sa réputation ; un premier livre peut passer inaperçu, 
un second assurer la gloire ; mais les lectures dont il est 
question au v. 47 supposent que les Héroïdes, même les 
premières, juvenalia, à ce moment étaient inédites. 



376 F. PLESSIS 



2. 



La 15* lettre, Sappho à Phaon, ne figure pas dans les vieux 
manuscrits : ni dans le Parisinus 8242 (xi" siècle), ni dans le 
Guelferbytanus 260 (xii° s.) ; le plus ancien qui en donne le 
texte est le manuscrit de Francfort (xiii® s.). On ne la re- 
trouve pas dans la traduction en prose grecque de Maximus 
Planudes. D'autre part, les manuscrits qui nous l'ont trans- 
mise nous l'offrent soit avant, soit après toutes les autres 
pièces ; ce fut Daniel Heinsius qui, en 1629, la mit la quin- 
zième, place qu'elle a gardée dans la vulgate jusqu'à Mer- 
kel. Et ce n'était pas sans raison, bien qu'on l'ait cru long- 
temps : dans des Excerpta (Paris. 17903 et 7647, xni*' s.), 
des vers de cette pièce prennent place entre des extraits des 
pièces 14 et 16; or S. -G. de Vries, dans l'édition qu'il a 
donnée de cette 15® Héroïde (Leyde, 1885), a montré que 
ces deux manuscrits dérivent d'un même archétype remon- 
tant au IX* ou au moins au x* siècle. Il est donc hors de 
doute qu'il existait dès le x* siècle une tradition d'après la- 
quelle la lettre de Sappho à Phaon occupait parmi les Hé- 
roïdes le quinzième rang ; en même temps, tombe l'hypo- 
thèse qu'elle serait une composition d'un humaniste. 

Mais on a invoqué d'autres raisons d'enlever cette pièce à 
Ovide. L'argument qu'elle serait postérieure à Lucain parce 
que le vers 139 se termine ^^lt fiirialis Erichto, comme VI, 508 
dans la Pharsale, n'est pas bien sérieux ; d'ailleurs, le ma- 
nuscrit de Francfort donne furialis Enyo, et il n'y a guère 
de doute que ce ne soit la vraie leçon. Les difficultés de langue 
et de métrique méritent plus d'attention. On s'étonne de 
lire maerore ou v. 117, le mot maeror ne se trouvant nulle 
part ailleurs chez Ovide et ne se rencontrant pas chez Vir- 



SUR LES HÉROÏDES 077 

gile, Properce ni Tibulle ; d'un usage courant chez Cicéron, 
il appartiendrait à la langue de la prose. Pourtant, il se lit, 
non seulement chez Horace (^Art poét., HO), mais dans le 
Ciilex au V. 267, maerore recessit 1 Et, si le substantif erro, 
qui apparaît ici au v. 53 {erroneiii) ne se lit, non plus, nulle 
part ailleurs dans Ovide, ni chez Virgile, ni chez Properce, 
par un heureux hasard Tibulle l'a employé une fois, II, 6, 
6, erronem ; sans cela, quelle conclusion ne tirerait-on pas 
de la présence de ce mot, autrement rare et suspect que 
maeror 1 

La construction nescireswide movetur, auv. 4, serait plus 
surprenante : mais le manuscrit de Francfort donne veniret, 
non movetiir. Quant à repeiido, avec la finale brève au 
V. 32, la correction de Bentley, repende, tout à fait vrai- 
semblable pour le sens (voy. Palmer, Édit. d'Oxf., p. 428), 
fait disparaître la difïiculté de métrique, la plus grave à 
mon sens ; car l'élision vermn ut, au v. 96, si elle n'est pas 
ovidienne, s'explique cependant quand on examine de près 
ce vers concis et antithétique, et que l'on se demande com- 
ment le poète eût pu y faire entrer la même idée et l'expri- 
mer clairement en y changeant quoi que ce soit {Non ut 
âmes oro, ver uni ut amere sinas ; cf. Catulle, 76, 14, ve- 
riun, et 23, Non jam. illud quaero, etc.). Passons au vers 117 
qui a paru particulièrement suspect : 

Postquam se dolor invenit, nec pectora plangi. 

On a trouvé qu'il manquait de césure : en fait, il a la cé- 
sure régulière après deux pieds et demi par tmèse de in- 
dans invenit, absolument comme le vers 144 du XIP livre 
de l'Enéide (in-gratunî) : 

Magnanimi Jovis ingratum ascendere cubile. 

Il ne faut pas perdre de vue le caractère avant tout théo- 
rique de la césure, comme de toute règle dans un art ; d'ail- 



378 F. PLESSIS 

leurs, les intercalations, exceptionnelles je veux bien, mais 
non très rares ^ entre le préfixe et le reste du mot, montrent 
que, dans la récitation, quelqu'un qui savait dire les vers 
pouvait très bien, par une nuance de séparation et d'intona- 
tion, faire sentir la césure dans in-venit. Et justement, chez 
Ovide lui-même, dans les Métamorphoses, XII, 497, nous 
trouvons inque criientatus pour incruentalusque : ce qu'il 
a fait dans les Métamorphoses, avec intercalation, il peut 
bien l'avoir fait dans les Iléroïdes sans intercalation 1 Cette 
observation rend inutile la conjecture de Jeziersky et de 
De Vries, Postquam se torpor minuit, ou celle de Purser, Se 
dolor invertit postquam, qui est ingénieuse (voy. Édit. 
d'Oxf., p. 96, app. crit.). 

Je n'examine pas les autres détails à propos desquels on 
a attaqué l'authenticité de la lettre à Phaon, et parce qu'ils 
me paraissent beaucoup moins importants et pour ne pas 
faire double emploi avec ce qui est dit p. 423-424 de l'édi- 
tion Palmer-Purser, et je conclus. Nous savons par Amor., 

II, 18, 26, qu'Ovide avait consacré une Héroïde à Sappho 
(Aoniae Lesbis arnica lyrae). Si celle qui nous est parvenue 
n'est pas de lui, ce serait donc que, le texte de la sienne 
s'étant perdu, un poète ovidien l'aurait remplacé par 
celle-ci ; L. Mûller adopte cette manière de voir {De re 
metr.y 1^ éd., p. 32). Mais ce n'est là qu'une supposition, et 
en somme aucun argument décisif ne prouve que le texte ac- 
tuel ne soit pas d'Ovide. 

La question est plus obscure pour les v. 39 à 142 de la 
16« Héroïde (Paris à Hélène) et 13 à 248 de la 21*^ (Gydippé 
à Acontius). Le premier morceau fit son apparition dans les 
éditions de Parme (1477) et de Yicence (1480); le second, 

1. Voy., pour laisser de côté Ennius et Lucilius : Lucrèce, I, 651 ; 

III, 858 ; IV, 711, 8-29 ; VI, 233, 962 (dans ce dernier vers, interversion : 
et facit are) ; Virgile, Bue., 8, 47 ; Aen., IX, 288 ; X, 794. 



SUR LES HÉROÏDES 379 

dans des manuscrits du xv® siècle ; sans doute, l'un d'eux, 
un Laurentianus {pluL XXV, cod. 27) est du xiv*" ; mais, à 
partir du v. 8 de la pièce 21, il n'a été continué qu'au xv^ 
Il contient la pièce tout entière, ainsi que l'édition de Ve- 
nise (1486) ; le Parisinus 7997 (xv^ ou xvi^)et l'édition prin- 
ceps (Rome, 1471-1472) s'arrêtent au v. 144. 

Ni l'un ni l'autre de ces morceaux ne se lit dans les vieux 
et bons manuscrits, ni ne figure dans la traduction de Pla- 
nude ; je viens d'admettre que ces omissions ne suffisent pas 
à faire condamner l'épître de Sappho ; la même conclusion 
s'imposerait donc ici, s'il n'y avait une complication. Les 
deux fragments, 39-142 de la W et 13-248 de la 21% ap- 
partiendraient, selon l'opinion générale, à un seul et même 
poète, et cela est bien vraisemblable ; et non seulement ce 
poète ne serait pas Ovide, mais Ovide ne serait en rien l'auteur 
des six héroïdes, 16 à 21, c'est-à-dire des Héroïdes doubles. 

Laissons de côté l'argument tiré du silence de Am.^ II, 
18, où Ovide ne fait nulle allusion à des lettres d'hommes 
analogues aux Héroïdes et composées par lui ; j'ai dit que je 
partageais là-dessus l'opinion de Rand, un poète ne dresse 
pas un catalogue ; et d'ailleurs les lettres doubles peuvent 
être postérieures à II, 18 des Amours. Mais voici d'autres 
raisons : on relève les fins polysyllabiques de pentamètres 
(16, 288 pudicitiae, 17, 16 superciliis, 19, 202 désertât), 
ce qu'Ovide ne s'est permis que dans les œuvres tardives de 
l'exil, et l'opinion que quelques Héroïdes ont pu être écrites 
à Tomes est aujourd'hui, avec raison, abandonnée. On si- 
gnale les élisions certe ego, dans le second hémistiche', 20, 
178, et meo exemplo (él. d'un mot ïambique), 17, 97 ; et, 
chose plus étrange, les finales brèves de Aethra, 17 (16), 

1. La correction de Palmer, appuyée sur le texte de Planudes (certa 
salutis eris au lieu de certc ego salvus cvo) ferait disparaître l'élision dé- 
plaisante. 



380 F. PLESSIS 

loO, Cassandra, 16 (la), 121, Leda, 17 (16), 5o^ La lan- 
gue et le style offrent çà et là des lourdeurs ou des prosaïs- 
mes, des usages non classiques {ut nunc est plusieurs fois, 
sic... ut, ou ut... sic de même, quod aiiias^ sens des mots 
iners ou dare, de la locution si nescis, voy. Palmer, édit. 
d'Oxford, p. 436-437). Chacune de ces particularités, prise 
isolément, ne prouve guère, mais on ne peut nier que, 
groupées en nombre, elles ne justifient le soupçon. Si l'au- 
teur de ces six dernières Héroïdesest un autre qu'Ovide, il 
est probable qu'il a vécu à l'époque de Néron, certains mots 
et certaines constructions rappelant Sénèque ou Pétrone. En 
tout cas, il n'y aurait pas lieu de voir en lui le Sabinus, 
ami d'Ovide, qui avait d'après i4m., II, 18, 27 et suiv. (cf. 
Pout.j IV, 16, 13-16) écrit des réponses aux premières Hé- 
roïdes et sous le nom de qui ont été publiées trois pièces 
(éd. de Vicence, 1480, et de Venise, 1486) qui sont d'ail- 
leurs l'œuvre d'un humaniste du xv* siècle, Angélus Quiri- 
nus Sabinus-. J'incline donc à croire que les lettres doubles 
ne sont pas authentiques ; mais je n'oserais l'affirmer ; un 
auteur peut, à certain moment de sa carrière ou dans cer- 
tains ouvrages, s'être essayé à des procédés dont il n'avait 
pas voulu d'abord et qu'il a répudiés ensuite. Il y a bien 
des questions en philologie où il faut s'en tenir à ce que dit 
quelque part L. Mûller (à propos de Névius, je crois), et à ce 
qu'il n'a pas mis toujours en pratique : Est quaedam virtus 
nesciendi. 

3. 

Dans VArt d'aimer (III, 346), Ovide revendique l'hon- 

4. Palmer (ou Purser) note aussi Ida ; mais je ne sais où il le trouve ; 
dans son propre texte il y a, à 17, 115, îdae, d'ailleurs à la fin du vers. 

2. Nicolas Heinsius, croyant ces trois héroïdes du Sabinus de l'Anti- 
quité, les édita et les commenta avec soin. 



SUR LES HÉROÏDES 381 

neur d'avoir par ses Héroïdes fait œuvre nouvelle : novavlt 
opus. Il semble qu'en parlant ainsi il était dans son droit. 
L'objection que, dans l'œuvre de Lucilius, il y avait quel- 
ques pièces sous la forme de lettres, n'en est pas une. Luci- 
lius était un satirique ; Ovide donne à ses lettres d'héroïnes 
la forme et l'allure élégiaques ; il en compose le fond d'élé- 
ments tout à fait étrangers au genre de Lucilius. D'autre 
part, la troisième élégie du livre IV de Properce n'est pas, 
tant qu'on l'a cru, un précédent : c'est une véritable lettre ; 
les noms d'Aréthuse et de Lycotas dissimulent, selon toute 
vraisemblance, yElia Galla et Postumus (cf. Prop., III, 12) ; 
Properce s'y inspire, comme souvent, de la réalité et des 
mœurs romaines ; et si le petit poème n'en est par là même 
que plus intéressant, il n'en demeure pas moins quelque 
chose de très différent. Tout au plus supposera-t-on que les 
pseudonymes, empruntés à la fable par Properce, aient pu 
inspirer à Ovide l'idée d'où sont venues les Héroïdes. Cel- 
les-ci ne sont pas précisément des lettres ^; ce sont des mo- 
nologues ; elles tiennent beaucoup de l'élégie, mais elles se 
rattachent aussi au genre dramatique. L'observation juste 
qu'elles dérivent des Suasoriae^ n'y contredit pas, puisque 
le théâtre est plein de ces sortes de discours. Il y avait donc 
là, au point de vue formel, quelque chose de nouveau qui 
justifie la prétention d'Ovide : des épîtres dans le mètre élé- 
giaque ressemblant comme fond aux monologues de la scène, 
et se développant d'après les besoins et les règles des Siia- 
soriae. 

Gela ne veut pas dire, bien entendu, qu'Ovide n'ait em- 

4. Déjanire continue d'écrire à Hercule après avoir appris sa mort; 
Pénélope, quand elle écrit à Ulysse, ne sait même pas où il est, etc.. 
Mais ces questions de vraisemblance, pour ainsi dire matérielle, ne 
sont d'aucune importance dans une œuvre de littérature et de fantai- 
sie. 

:2. Voy. Palmer, édit. d'Oxf., introd., p. xiii. 



382 F. PLESSIS 

prunté qu'aux souvenirs du théâtre : il prend beaucoup à 
Homère, à Virgile, à Apollonius et à Gallimaque ; mais c'est 
à Eschyle qu'il doit la 14^ ; à Sophocle, la 8*^ et la Q*" ; à Eu- 
ripide, les 4% 11% 12«et 13^ 

Il n'y a pas lieu d'insister sur les inconvénients du genre 
en lui-même, sur ce qu'il offre d'artificiel et de faux ; cepen- 
dant, sans jamais valoir les œuvres simples et fortes, un 
poème où il y a de la fiction et de l'apprêt peut encore plaire, 
et mériter de plaire, par une substance poétique ou par l'en- 
jolivement de l'expression. Certainement Ovide, dans ses 
Héroïdes, se montre ingénieux, sentimental et courtois ; il 
connaît le cœur de la femme ; il le connaît, et il l'aime. Et 
n'est-ce rien, non plus, que d'écrire admirablement sa lan- 
gue, de faire de bons vers et de savoir composer et dévelop- 
per? Le véritable, le grand défaut des Héroïdes, c'est la mo- 
notonie. Chacune des pièces — bien que la plupart soient 
trop longues — se laisse lire avec assez d'agrément... mais 
chacune à part ; l'ensemble est fastidieux. Que toutes ces 
héroïnes aient, à peu de chose près, le même caractère et 
qu'elles tiennent le même langage, que ce caractère soit ce- 
lui d'une jeune Romaine à la mode du temps d'Auguste, je 
n'y vois pas un grand mal ; il faut se mettre au point de vue 
de l'auteur, au point de vue de ses lecteurs qui ne lui de- 
mandaient pas de couleur locale, ni d'archaïsme ; et nous- 
mêmes, pourquoi les noms de Pénélope ou de Phèdre ou 
de Laodamie nous empêcheraient-ils de goûter ces plaintes 
élègiaques, la finesse de l'observation, les éclats de la pas- 
sion, tout au moins de la passion sensuelle, et, par-dessus 
tout, les vers charmants? Si les pièces des Héroïdes étaient 
mêlées, dans un livre, à des élégies d'un genre différent, si 
elles étaient intermittentes et... moins nombreuses, elles 
conserveraient tout leur charme littéraire. Horace, dans ses 
livres d'Odes, a eu le souci de la variété et de la mesure ; il a 



SUR LES HÉROÏDES 383 

entremêlé des sujets divers, il a fait alterner les odes civi- 
ques et les odes amoureuses, varié aussi les mètres^ ; mais 
Horace avait un goût parfait, et l'on sait de reste que l'on 
ne pourrait en dire autant d'Ovide. Puis, Ovide avait inventé 
un genre, et il y tenait; et, sans doute encore, il y avait à 
Rome un public, qui se retrouve ailleurs et dans d'autres 
temps, à qui ces volumes de vers composés de pièces toutes 
analogues donnaient l'impression que l'auteur était un esprit 
synthétique, qu'il avait de la puissance et de la suite et qu'il 
était capable d'embrasser un sujet dans son ensemble, de le 
traiter jusqu'à la fin... et jusqu'à satiété, comme cela est 
arrivé à Ovide. 



1. Sur ce dernier point, Ovide n'avait pas à sa disposition les mêmes 
ressources ; qu'est-ce qui l'empêchait, pourtant, d'écrire quelques-unes 
de ses héroïdes en hexamètres suivis, au lieu d'employer constamment le 
distique ? 



Jean PSIGHARI 



EFENDI 



25 



EFENDI 

Par Jean Psichari. 



On sait de science courante que éfendi, en français, dé- 
signe un titre honorifique turc et que, en turc, éfendi vient 
du grec. Gela se lit dans le Dictionnaire de la langue fran- 
çaise de Littré, s. v. effendi. Pour le dire en passant, cette 
orthographe avec deux ff, également donnée par le Dictioîi- 
naire de r Académie française, dans sa septième édition, 
1878, et signalée par le Dictionnaire général de la langue 
française de Darmesteter-Hatzfeld-Thomas (s. v. éfendi)^ est 
curieuse à plus d'un titre ; le turc ne présente qu'un seul fé 
et même les consonnes ne se redoublent guère, que je sache, 
dans cette langue ^ Effendi, toujours avec ses deux ff, ap- 



1. Je n'envisage ici ni les mots de provenance arabe tels que allah, 
ni les cas d'assimilation tels que qitti pour Qitdi, annar pour an- 
lar (Mûller-Gies, Tûrk. Gramm., Berl., 1889, dans la P. L. 0., 
p, 27-28). Il est à remarquer que, même dans ces cas, le turc écrit 
Qitdi, c'est-à-dire par un tê et par un dâl, anlar par un nûn et par un 
Idm. Je ne trouve qu'un exemple de gémination proprement dite et 
encore est-il purement dialectal ; cf. le traitement du q, qq dans W. 
Radloff, Phon. d. nôrdl. Tûrkspr., II, Gons., 1883, Lpzg, 201. — Il 
semble qu'en kurde la situation soit identique, puisque même l'assimila- 
tion des consonnes y est « hôchst selten », v. F. Justi, Kurdische Gramm., 
Petersburg, 1880, p. 87, B. — Qu'on veuille bien m'excuser au sujet des 
mots turcs cités dans cette note, ainsi que des mots orientaux, slaves, etc., 
de tout ce mémoire; en l'absence de caractères spéciaux, je me vois, à mon 
grand regret, obligé de transcrire perpétuellement. 



388 JEAN PSIGHARl 

paraît pour la première fois, autant que je puis voir, dans la 
quatrième édition (1762) du Dictionnai?'e de F Académie 
françoise : « Effendi, s. m. Homme de Loi chez les Turcs. 
Achmet Effendi, veut dire, Achmet homme de Loi, etc/. » 
Les éditions antérieures n'ont ce mot sous aucune forme. La 
définition de la quatrième édition est reproduite dans la cin- 
quième (an VII, 1798). La sixième (1835), s. v. éfendi ren- 
voie à effendi: « (Quelques uns écrivent, Efendi.) Moi turc 
emprunté du grec. » Ceci est une addition de l'édition de 
1835. A l'époque du philhellénisme, on a dû s'informer 
tant bien que mal de la provenance. Je ne vois pas pour le 
moment la source précise du renseignement. Quant aux 
deux ff, je suppose qu'il y a là simplement un essai pour 
rendre la prononciation du turc ou plutôt son accentuation 
Le turc a conservé l'accent du grec àovnr^q (v. plus loin) sur 
la seconde syllabe. Or, il est très difficile, en français, d'ac- 
centuer sur la pénultième : Beethoven devient volontiers 
Beethôve chez ceux-là même qui veulent prononcer à l'al- 
lemande et Weber rime avec funèbre : 

Il est un air pour qui je donnerais 

Tout Rossini, tout Mozart et tout Weher, 

Un air très vieux, languissant et funèbre'^, etc. 

4. C'est la première fois que le mot apparaît dans un dictionnaire. 
Mais il est certain que, officiellement, — donc, sans parler du Petit 
Traicté de Spandouin Cantacassin (v. ci-dessous, p. 408), — le mot a dû 
faire son apparition en français bien avant 1762, à cause des rapports di- 
plomatiques entre la France et la Turquie. M. Emile Bourgeois me signale 
un ambassadeur turc, sous la Régence, portant ce même titre d'éfendi, 
dans Saint-Simon [Mém., t. XVII. Paris, 4874, p. 215. « Méhémet 
Effendi (sic) Tefderdar »], en 4724. La publication du Ministère des Af- 
faires Étrangères, Instructions données aux ambassadeurs de France, 
que me rappelle F. Lot, n'en est pas encore à la Turquie. Mais on trou- 
vera certainement ce titre, en parcourant les différentes relations de 
voyages en Turquie ou mémoires du xvir s. (Bibliographie dans Lavisse et 
Rambaud, Hist. générale, t. VII (4896), p. 448, 5«), ou du xviii« (Bi- 
bliogr., ib., t. VI (4895), p. 856 s.). Le mot n'est pas dans Molière. 

2. Gérard de Nerval, La Bohème galante. Paris, 4882, p. 47. On lit 



EFËNDI 389 

Ou bien on imite gauchement. Une famille grecque, éta- 
blie depuis des années, à Marseille, répond au nom de 
Baltadzi, oxyton. Nous sommes dans le Midi, où l'accent 
final n'est pas de règle. Il suffit pourtant que l'on connaisse 
d'une façon vague les habitudes toniques du grec, pour 
qu'aussitôt on s'efforce d'accentuer et l'on aboutit à Baltadzi. 
De même, il est possible qu'on ait voulu, dans le Nord, pro- 
noncer éfendi, sur la troisième avant-dernière. Dès lors, le 
redoublement de Vf nous représenterait l'effort tenté pour 
y parvenir (rappr. L. Havet, Mém. Soc. Ling., YI, fasc. 1, 
1883, Sur lapron. des syll. init. lat., v. p. 12). 

M. Littré, en adoptant la graphie par deux ff, a dû se 
décider par d'autres raisons. Voici l'article consacré à notre 
mot : « Effekdi (è-fan-di), 5. m. Titre d'honneur et de di- 
gnité en Turquie. Seigneur, maître. || Le reis-effendi, le 
ministre des Affaires étrangères. 

Etym. Turc, efandi, maître, seigneur, corrompu du grec 
aj6£VTY;ç (il se prononce afthendis, th anglais), qui agit de 
sa propre autorité, seigneur (voy. authentique). » 

Les deux ff, par suite de l'origine grecque inexactement 
supposée sous cette forme — ont dû paraître à M. Littré plus 
conformes à l'étymologie, à cause du /i?^ de afthendis^. Lui- 
même, dès qu'il s'agit de prononciation, ne marque qu'une 
/; efandi, où Va ne saurait figurer qu'une prononciation 
purement française d'après la lettre ; le turc n'offre rien de 
semblable. Bien mieux : le turc ne peut pas ici présenter 
un a, par suite d'habitudes phonétiques qui lui sont propres 



on note, ib: « On prononce Wehre. » Th. Gautier, Prem. poés., Alber- 
tus, GXV (4873, p. 50), rime à plein, pour rire : 

Ni le chevalier Karl Maria de Weber. 

1. Le Dlct. fr.-turc illustré, de Gh. Samy-Bey Fraschery, G. P., 1901,' 
s. V., porte également effendi, avec deux f : il n'y faut voir qu'un em- 
prunt orthographique aux dictionnaires français. 



390 JEAN PSIGHARI 

et sur lesquelles ce n'est point ici le lieu d'insister (cf. Miil- 
ler-Gies, op. cit., p. 22, § 19). Ce que nous voulions uni- 
quement montrer, en commençant, c'est que, depuis long- 
temps, le mot turc est rattaché au grec. Nous examinerons 
cette question tout à l'heure. 

M. Lucien Bouvat, élève diplômé de l'École des Langues 
Orientales vivantes et turcisant de grand mérite, qui avait 
suivi, pendant trois ans, une de mes conférences de l'École 
des Hautes Études (v. Éc. pr. d. H. É., Annuaire 1900 
(Paris, 1899), p. h.\ ; Ann. 1901 (P., 1900), p. 68; Ann. 
1902 (P., 1901), p. 56-7), avait fait, sur ma demande, au 
sujet de ce mot et de quelques autres, certaines recherches 
personnelles dans le domaine strictement oriental, je veux 
dire dans les dialectes turcs, aussi bien, d'ailleurs, qu'en per- 
san, etc. J'en communiquerai plus loin, en y ajoutant quel- 
ques détails, les résultats essentiels, ceux qui nous importent 
ici, pour bien nous rendre compte du rayonnement qu'a eu 
à travers différentes langues orientales un mot grec moderne, 
à©£VTY;ç, et même une f latine, car, ainsi que nous l'expli- 
querons, le (p de àçÉvTY;; est dû au latin. Je veux, pour le 
moment, dans l'ordre d'idées que nous sommes en train 
d'examiner, retenir une fiche de M. Lucien Bouvat. La 
sixième édition du dictionnaire de l'Académie française 
n'est point la première à nous marquer l'origine grecque 
à'éfendi. Voici la fiche de Bouvat: « Men. [Thesawnis Lin- 
guarum Orientalium Tiircicae, Arabicas, Persicae, op., 
typ. et sumpt. Fr. à Mesgnien Meninski, Vienne], 1''* éd., 
1680, col. 324-323 [s. v.], ex Graeco vul. Afendi. Dominus, 
Magister, Herus. » etc. Meninski était dans le vrai. Chose 
curieuse 1 Dans la seconde édition (Fr. a M. Meninski, Lexi- 
con ar.-pera.-t., Vienne, 1780, due à B. de Jenisch, cf. 
p. 4 de la dédicace à Marie-Thérèse), on supprime cette 
indication excellente et on ne met plus que « ex Graeco » 



EFENDI 394 

(p. 239 a, s. V.). Nous verrons, en revanche, que cette édi- 
tion nous donne un renseignement précieux qui avait échappé 
à Meninski, le fait, mentionné dans la seconde, ne pouvant 
être qu'antérieur à la première. Toujours est-il que, depuis 
Meninski, l'étymologie directe àçévir;; disparaît de tous les 
dictionnaires. Je tire cette conclusion des fiches de L. Bou- 
vat, que je retrouve dans mes notes et que j'utilise, en les 
complétant, quand il y a lieu : « Bianchi et Kieffer \pict. t. 
jr.f par Kieflfer et Bianchi, Paris, 1835, I, 71 b, s. v.], (du 
grec AjOévty;;) », « Zenker \pict. t.-ar.-pers., Lpzg, 2 vol., 
1866-1876], 75 \a\ (gr. aùeéviv;;) », « RadlofP {Vers. ein. 
W'ôrt. b. d. tûrk-dial., Pétersbourg, 1888..., livr. 3, 1889], 
I, 937... donne également l'étymologie aj6ÉvtY;ç [« (aus dem 
griech. ajôÉviv;?) », sic ]. De même. Barbier de Meynard 
{Dict. t.-fr., 2 vol., 1881-1890, livr. I, p. 826, s. v.) : 
« (du grec ajôévr/;;), maître, seigneur. » Redhouse (Turk. 
Dict., in two Parts, etc., Lond., 1880, p. 416 a, s. v.) 
simplement: « (Greek) », etc., etc. Je pourrais grossir ma 
liste. 

Ce n'est point ici le philhellénisme qui est en cause, ainsi 
que nous le supposions pour la sixième édition du Diction- 
naire de l'Académie française. La coïncidence des dates 
entre cette sixième édition et le Bianchi-Kiefïer, paraissant 
l'une et l'autre en 1835, ne doit pas davantage nous faire 
croire que l'Académie française ait puisé quelque inspira- 
tion de ce côté. Il est fort probable qu'elle a peu pensé à 
Bianchi. On sait que la Préface, non signée, est de M. Yil- 
lemain et que M. Villemain est l'auteur d'un Lascaris qui 
eut grand succès ^ L'étymologie par ajGévTYjç a une autre 
source. Il faut y reconnaître, et la chose a de l'impor- 

\. Lascaris ou les Grecs duquinz. s., suivi cV un essai histor. sur l'État 
des Grecs, Paris, 18-25; éd. III, en 4826, 2 vol. 12° (il y a, t. I, p. 183, 
un Essai sur les rom. gr.). Je n'ai pu voir la 2^ édition. 



a92 JEAN PSICHARl 

tance au point de vue de la méthode, quelque œuvre obscure 
du purisme néo-hellénique. Le purisme ne veut pas que le 
grec moderne soit le grec moderne. Il l'appelle vulgaire , le 
dédaigne, et, quand il le peut, le cache sous le boisseau. 
Les philologues européens, sans se douter souvent, surtout 
au temps jadis, de cette situation exceptionnelle, se rensei- 
gnent auprès des Grecs instruits. Ces derniers croient quel- 
quefois naïvement que à^lvxY); n'existe pas, simplement parce 
que, suivant eux, il ne doit pas exister. C'est une forme cor- 
rompue; on ne saurait donc en tenir compte. Ils rétablissent 
ajôévTY); et le savant d'Europe emporte soigneusement aj6Év- 
ty;ç dans ses notes, pour le reverser dans son dictionnaire. C'est 
ainsi que, dans la grande majorité des cas, les dictionnaires 
turcs indiquent pour les mots de provenance grecque, des 
étymologies impossibles. Le purisme en est le premier res- 
ponsable. Il n'est pas de plus sûr moyen de brouiller les 
idées, de fausser la science et, du même coup, l'histoire. Le 
purisme, d'ailleurs, va contre ses propres fins. Nous allons le 
montrer à l'instant, car, pour bien connaître le rôle que les 
Grecs ont joué en Orient, principalement en Turquie, il est 
de toute importance de savoir quels sont les mots, par con- 
séquent, la culture qu'on leur doit*. (V. ci-dessous, p. 405). 
Le mot èfèndi a pénétré en turc profondément. Le turc 
en a tiré des dérivés. M. L. Bouvat ayant fait, sur ma de- 
mande, quelques recherches personnelles de ce côté, je lui en 
abandonne ici le mérite, me contentant d'interpréter ses 
fiches dans le sens qui nous occupe et de les commenter. « Le 
dérivé efèndilik, au sens propre « titre, qualité à' èfèndi », 
signifie aussi « générosité, bonté, bienfaisance. B. de M., I, 
83 » [ce suffixe -lik, nécessairement décliné à la moderne, 

i. Je dois noter ici que effendi — avec deux /f — est néanmoins déjà 
directement rattaché à à-j^vtr)- par M. Boissonade, 'Not. et cxtr., 1827, 
XI, % 258, note a. 



EFENDI 393 

donne aujourd'hui ^cA^vr^dyj., l'état, le métier de député, 
lr,[j.xpyrtli7.i, de Syjsjiapxcç, maire,T.ç>o=lpr^d7,i, de r^pôt^çtoq, pré- 
sident, cf. 'Pc5a y.al My;Aa, III, 272 ; il est même, comme on 
voit, devenu -r^tJ.vj, (le t. est simplement lik, Miiller-Gies, 
op. cit., o7, 2), soit sous l'influence de mots tels que èfèn- 
dilik, soit à cause de formations telles que gouXsç-Yj-Xtxt ; ce 
suffixe afïecte des mots de provenance savante, comme les 
mots ci-dessus] ; « èfèndisiz signifie « sans maître, sans ap- 
pui, abandonné ». Ahmet Djevdet, Kâmoûs-i-turkP [Cons- 
tantinople, 1317 = 1899-1900], I [138, col. a; il l'y iden- 
tifie avec TJ^bnr^z\ » ; « Istambol èfèndisi était le titre du 
premier magistrat de Gonstantinople. B. de M., I, 48 » [cf. 
aussi le dimin. (èfendidjig'ûwi) dans Meninski\ 325] ; enfin 
« il existe de ce mot une forme abrégée èfè propre à l'os- 
manli. Radloff [op. cit.^, I, 937 ; Ahmed Djevdet [op. cit.]^ 
I, 139... M. Barbier de Meynard, I, 83, donne: èfè, « lo- 
cut. vulgaire, synonyme de èfèndi, dont elle paraît être 
l'abréviation [v. ci-dessous]. On dit, mais seulement dans le 
langage familier, èfèm \in est le suffixe indiquant la l""^ pers. 
du s., pr. possessif], au lieu de èfèndim, Monsieur... Dans 
tous les cas cette forme abrégée paraît très moderne. Le 
Dict. de Bianchi et Kiefïer ne la donne pas » [Cette forme 
èfè, à son tour, aboutit, à l'aide du sufï. -lik, au subst. abs- 
trait è/èM,, Radl., op. cit., 938, dont le sens « sich stark 
und stolz zeigen » Radl., ib. (littéralement: montrer en 
s'enorgueillissant — taslamak — du èfèlik, comme qui di- 
rait de Vèfèndismé)^ ne doit peut-être pas nous dérouter au- 
tant qu'il semble au premier abord ; j'ai recueilli de mes 
propres oreilles à Pyrghi (Chio) la forme â<pÉ^, père, aux cas 
régimes (y compris le voc.) àç/É ; or, àçévTY;; {j= yJM^nr^z), 

1. Au sujet de ce fameux kâmoiîs = océan = dictionnaire, etc., je ne 
puis m'empêcher d'observer que son identification avec wxsavôç ne paraît 
guère démontrée j m pour v n'est pas clair, sans parler du reste, 



394 JEAN PSIGHARI 

maître, a désigné le père, parce que celui-ci est le maître 
de ses enfants ; de là, à l'idée d'orgueil il n'y a pas loin et le 
t. èfè qui est donc aussi dialectal et pas seulement osmanli, 
puisqu'il est donné dans Radloflf, pourrait, lui aussi, pro- 
venir du gr. mod. A. G. Paspatis, Tô yiay.bv yXwacrap'.ov, Ath., 
1888, s. V. 'Aç£ç, dit que èçÉvxYj; est synonyme de père « èv 

Les sens multiples qui se sont développés de èfèndi prou- 
vent à quel point ce terme a eu du succès chez l'emprun- 
teur : « tchèlèbi èfèndi. Ce composé de deux mots autrefois 
synonymes, tchèlèbi, qui désigne aujourd'hui un petit maî- 
tre, ayant autrefois le sens de « Monsieur, gentilhomme, 
maître de maison » et, comme adjectif « instruit et bien 
élevé, ayant de bonnes manières, gracieux », est le titre du 
supérieur des derviches mevlevi. (« Le tchèlèbi-èfèndi est le 
chef des derviches mullaviyés ; il jouit du privilège de cein- 
dre le sultan de son épée, le jour de sa proclamation. On le 
dit descendre de la famille des Abbasides, dont les derniers 
membres furent relégués à Konieh, où ils résident encore. » 
(Washington-Serruys, L! Arabe moderne [étudié dans les 
journaux et les pièces officielles, Beyrouth, 1897], p. 91, 
n. 1)... Je crois me souvenir que dans des traités religieux 
publiés par les missions protestantes, èfèndimiz [imiz — ou 
miz, comme ici est le pr. suffixe de la l""^ pers. du pi.] tra- 
duit Notre Seigneur ». « Avant la réforme du sultan Mah- 
moud, on appelait ordinairement Réis-Efendi [de son vrai 
titre Réis-ul-Kuttab , ou Chef des gens de plume] le ministre 
des Affaires Étrangères, secrétaire d'État et chancelier (sur 
ces fonctions, cf. d'Ohsson [Tableau général de l*emp. ott., 
1 vol., Paris, 1788-1824], YII, 159, 166, 176, 183, 189)»; 
« dans le protocole ottoman actuel, le mot èfèndi... est 
donné à tous les dignitaires civils, militaires et religieux de 
la Turquie. On le fait précéder de diverses épithètes : dèv- 



EFENDI 39S 

tètlu « puissant », sè'âdèthi « heureux », etc., et on ajoute 
hazrètlèri « son Excellence », en s'adressant aux titulaires 
des neuf premières dignités civiles ou militaires et des six 
premières dignités religieuses. Cf. Washington-Serruys [op. 
cit.], VAr. mod.y p. 90-91 [il se retrouve dans les autres 
grades civ. et milit., n**^ lO-lo, et titres religieux, n''* 7-9] » ; 
« ce titre se donne au civil par opposition à âgha et à bèy, 
qui s'appliquent de préférence à la carrière des armes, B. 
de M., I, 82-83 » ; « il désigne spécialement les gens de let- 
tres, les magistrats, s'emploie aussi comme adj. bir èfèndi 
âdam « un homme instruit, bien élevé, généreux », ib. » ; 
« dans l'osmanli actuel, èfèndi signifie « homme... de bonnes 
manières » [ce sens, avec le mot qui fait retour, a passé en 
grec : elvat kovnr^z ; nuance de distinction et parfois d'or- 
gueil\ et surtout homme instruit. On ne se servira jamais de 
ce terme en parlant d'un ignorant ou d'un homme sans édu- 
cation. Ce terme correspond assez exactement à l'expression 
« honnête homme [cf. tuo parlare onesto, Dante, Inf. II, 38, 
3] » dans le sens qu'elle avait au xvii^ siècle chez nous ». Il 
n'est pas indifférent de savoir que « chèvkètlu èfèndimiz, 
ou simplement \èfèndimiz\ « notre glorieux maître, notre 
maître », se dit spécialement du sultan B. de M., /. /. [j'ai pu 
m'assurer, par des amis constantinopolitains, qu'en parlant 
au Sultan, on lui disait très bien èfèndiin\ ». Notons en 
dernier lieu que « ce titre se donne également aux dames : 
èfèndim ou klanum èfèndum, « Madame », ib. » [v. R. 
Youssouf, Dict. t.-fr., I, CP., 1888, s. v. Hanem]. 

Ainsi, la vie civile, religieuse, militaire, administrative, 
jusqu'à la vie sociale, intellectuelle, morale même, par les 
diverses acceptions de générosité ou instruction ou bonnes 
manières, ce mot, d'origine vulgaire, a tout envahi. Les 
Turcs ne se souciaient guère de Xénophon. Aussi ont-ils, par 
leurs propres forces, fait quelque chose de ce vocable. Son 



396 JEAN PSIGHARI 

rayonnement toutefois, en dehors du turc, est moins intéres- 
sant, bien qu'assez considérable encore. Voici d'abord les 
constatations, tant négatives que positives, de L. Bouvat : 
« Ce mot ne paraît pas avoir pénétré en persan [j'ai fait 
la contre-épreuve dans J. B. Nicolas, Dict. fr, pers., 
2 vol., Paris, 1 885-1887, aux différents sens de èfèndi et 
n'ai rien trouvé]. 11 est inusité en turc oriental [ce qui si- 
gnifie que Pavet de Courteille, Dict. tiirk-or., Paris, 1870, 
ne le donne pas, v. p. 27]. En revanche, il est connu en 
arabe. Kazimirski [Dict. ar.-fr., 2 vol. Paris, 1860], I, 41 
\b\ : « titre donné à ceux qui ne sont ni béis ni pachas » ; 
maître, seigneur, personne; hadhrat èfèndîma, le khédive 
[etc., également chez E. Bocthor, Dict. fr.-ar.'^, Paris, 1848, 
s. V. EFFENDi ; Marcel, Dict. fr.-ar. des dial. vidg. d'Alg., 
de Tun.y du Mar. et d'Ég.^. Paris, 1885, s. v. effendy]. 
Gasselin [Dict. fr.-ar., 2 vol. Paris, 1886-1891] dit que 
dans le Levant ce mot n'est employé par les Musulmans que 
pour les Chrétiens. Il manque dans Freytag [Lex. ar.-lat , 
2 vol., 1 830-1 83o, I, 42-44, et dans Dozy, Suppl. aux dict. 
ar., 2 vol., 1881, I, p. 29 b : c.-à-d. que l'ar. litt. naturelle- 
ment, ne le connaît pas]. En Egypte, en s'adressant à quel- 
qu'un, on dit èfèndim, avec le pr.-suff. t. de la 3^ pers. 
-im. Les Arabes semblent avoir conscience de la valeur de ce 
pr. suff. usité seulement au vocatif. — Les dialectes orien- 
taux, à l'exception toutefois du dialecte de Kazan {Bèrèzine, 
\Rech. s. l. dial. musulm., Casan, 1848], p. 45), ne connais- 
sent pas ce mot. également inusité dans le dialecte azéri, qui 
ressemble beaucoup moins à l'osmanli qu'on ne l'a prétendu 
et le remplace par âgha, vulgairement a'a [sur ce phéno- 
mène, commun presque à toutes les langues (cf. gr. XéViù., 
}v£Ya), \i(ù, etc., etc.), v. Radloiï, Phon., op. cit., p. 221, 
§ 364 ; c'est à peu près ainsi que bèg est devenu béï ; voilà 
pourquoi le grec mod. dit {^.Tuir^;;] ». D'après Radloff [Vers., 



ËFENDi ^9l 

I, 937-938] ce mot se trouve : 1° en osmanli ; 2^ en turc de 
Crimée ; 3" en arménien turc [je transcris d'après Lauer- 
Carrière, Gr. arm., Paris, 1883, 1-2 : êfênti ; le tiun, t, 
ne doit pas nous faire penser à une influence quelconque, 
graphique ou autre, du grec (içÉvTYjt;, avec t^) ; l'arm. mod. 
prononce ici d, cf. Lauer-Carrière, op. cit., p. 5 ; de même, 
Radl., op. cit., 1,938, êfêntiliq ; également, dans G. de 
Lusignan, Nouv. dict. ill. fr.-arm., 2 vol. Paris, 1900-1903, 
s. V. effendi; mais le même auteur = Nar Bey, Dict. arm.-fr. , 
Paris, 1893, p. 290 (et p. 264), supprime le mot en armé- 
nien] ». 

Dans son livre sur les Mots turcs empruntés par l'armé- 
nien, Moscou, 1902 [en arm.], M. H. Adjarian signale, p. 108, 
efendi « titre donné aux gens de lettres et de la haute classe » 
et efendim « mon cher ! mon ami 1 terme usité en conversa- 
tion M, comme étant en usage dans l'arménien de Constanti- 
nople ; les formes correspondantes existent aussi dans l'ar- 
ménien de Yan (tout ce renseignement m'est fourni par 
M.Meillet). 

L'arménien ne semble avoir pris au byzantin ni ajÔÉv- 
ty;:, ni àçévxYjç (cf. Brockelmann, Die gr. Fremdw. i. Arm. 
Z. D. M. G., XLVII, 1893, 1-42, où le mot n'est signalé nulle 
part). J'ai, d'ailleurs, peu à ajouter à ce qui précède : èfèndi 
existe en kurde (Jaba-Jurti, Dict. k.-fr., Pétersbourg, 1879, 
p. 13<2, avec cette mention rat. èfèndi du gr. aùôévxyjc, mod. 
àsivTr^; »). Miklosich l'a noté en serbe : « efendija Titel 

1. On sait que vx aujourd'hui se prononce vrf ; sur ce phénomène et 
ses origines, v. J. P., Mém. Soc. Ling., VI (1885), 41, n. 1 (ignoré dans 
K. Dieterich, Vnters. z. Gesch, d. gr. Spr., Lpzg, 1898, 104 s.). A mes 
exemples et à ceux de Dieterich, ajouter Ivxjp'.ov [^sv^j^iv] transcrit par 
un daleth en hébreu, dans S, Krauss, Gr. u. lat. Lchnw. im Talmud, 
Midr. u. Targ., 2 vol. Berlin, 1898-1899, II, 230 b ; la transcription par 
un teth de ce même mot, ib., 66 b, est ou bien une transcription d'après 
la lettre, dont il y a bien d'autres cas, ou bien d'une date antérieure. 
Pour vi = yd, V. S Krauss, ih., 107, § 186 h, ^. 



â9à JEAN PSIGHARt 

eines tiirk. Gelehrten » (Die tûrk. Elem. in d. Sûd-ost-u. 
Osteurop. Spr., 1-2, 1884, 1, p. 56), « efendum, fen- 
dum » (Nachtr'àge au précédent, 1-2, 1888-1890, p. 34); 
Vuk Steph. Karadschitsch (Lex. serb,-germ.-lat., 1898, 
p. 159 b) signale même, entre autres, un fem. « efèndiyip- 
tza uxor domini » et « efèndi-kàdiya, judex » (je transcris 
le y serbe par y en fr., puisqu'il y a valeur de yod) ; L. K. 
Marinkovitch {Voc. des m. pers., ar. et t. introduits dans 
la L serbe, Verhandl. d. V intern. Or. Congr., II, Abth. u. 
Vortr., 2, Berlin, 1882, 304-305) ne le mentionne pas; ce 
petit lexique est, au surplus, insuffisant et mal conçu. Mi- 
klosich (Nachtr., op. cit.) mentionne aussi en roumain 
efendi; Gihac {Dict. d'étym. daco-rom., Francfort, 1859, 
p. 575, élém. t.) ne l'a pas, pas plus que àçsvTr^ç, aux élém. 
gr. mod. (ib.) ; les deux formes doivent y exister cepen- 
dant ; toujours est-il qu'on trouve « efendi (mot turc), ef- 
fendi, monsieur » dans le Nouv. dict. roum.-fr. de Fr. 
Damé (Bucarest, 1894) ; je dois dire que G. Murnu, dans ses 
Eléments grecs anté-phanariotes en roumain (titre roumain, 
Bucarest, 1894), ne connaît rien qui se rapproche de àçiv- 
TYjç. Miklosich ainsi que Korsch (Arch. f. si. Ph. IX (1886), 
499) ont oublié le bulgare ; A. Duvernoy, dans son Dict. de 
la langue bulgare (titre en russe, Pétersbourg, 1886-1889, 
I, p. 615), qualifie efèndiya de titre de maître turc; mais 
on voit, par les exemples et la forme même du mot, qu'il 
est bien entré dans la langue, ainsi qu'en serbe ; il est toute- 
fois absent dans MarcofP {Dict. bulg.-fr., 1898, p. 199 ô), 
tandis qu'il avait paru dans le Dict. bulg.-fr de ce même 
Marcoff, en 1894, s. v. efendi. 

Dans le domaine des langues orientales asiatiques, je dois 
relever ajGévTYjç chez R. Duval, Lex. syr. de Bar Bahlule 
(Paris, 6 vol., 1888-1901, t. I, p. 7, App. ad litteram (âlaf, 
avec le renvoi : « 98, 2 ») ; je ne me rends pas compte du 



EPENDI 399 

contexte, ne lisant pas le syriaque. Le mot s'y retrouve, 
cela est hors de doute, puisque V Appendix le marque et que 
S. Krauss lui consacre une fiche dans ses Griech. u . lat. 
Lehnwàrter im Talm., etc. {op. cit., II, p. 16 b). Dans cet 
ouvrage, aujourd'hui classique, on rencontre également a^- 
thantin, p. 16ô_, et aothantin^, p. 117 «, tous deux avec le 
sens de « màchtig, urspriinglich ». C'est la forme de l'ac- 
cusatif (cf. M. Schw^ab, Des mMs gr. et lat. en h. aux i^'^ s. 
de J.-C, Journ. As., 1898, p. 28 de V Extrait ; cf. Schlat- 
ter, Verk. Gr., dans Beitr. z. Ford, christl. TheoL, IV 
(1900) ; chez J. Fiirst (Gloss. gr. h. od. d. gr. Wôrtersch. 
d. jûd. MidraschmerkCy Strasbourg, 1890, p. 42 d), on lit 
la traduction : « Urheber, Stammvater, màchtig ». Mais on 
sait que les mots grecs rabbiniques datent de la Kcivy) (cf. 
S. Krauss, op. cit., II, 222, cf. 227) et, malgré leurs trans- 
criptions toujours phonétiques (ib., p. 1), ils n'ont point 
pour nous ici un intérêt direct. Je lirais, d'ailleurs, non pas 
a'^thantin, avec Krauss, mais awutenthin, à cause des deux 
ivaw contigus après Valeph~; c'est aussi le second t qui est 
un teth =: ô ; le second aa^thantin (= a^tanthin ou -enth ?), 
où il y a bien un phé après Valeph, indiquerait déjà que la 
diphtongue se résout en voyelle + consonne. 

Ce qui déconcerte, c'est que èfèndi ne s'emploie pas en 
géorgien : on ne voit, dans le célèbre Dict. géorg. -russe- fr. 



i. Il ne faudrait pas se laisser égarer à Vîndex du t. II, et p. 110 a 
par âos; (sic), dans lequel on croirait voir â'jsi;, dial. pour â'js'vTr);. Il faut 
lire à'^s;, car, malheureusement, trop de fautes d'accent se sont glissées 
dans ces deux volumes. V. aussi sur cet ouvrage A. Schlatter, Verkann- 
tes Grieqhisch, Giitersloh, 1900 = Beitr. z. Ford, christl. Theol., IV, 4, 
49 s. 

2. Cf. Blass, Ueh. d. Ausspr. d. Gr.^, 1888, p. 72 : âcpxo; = aùxo;, ne 
peut guère se développer, selon lui, que sur une prononciation u du se- 
cond élément : awutenthin, précieux pour l'histoire du grec, nous mar- 
que cet état distinctement. Le t] rendu par un jod, qui suppose un i, sur 
prend, il est vrai, à côté de a-u. Cf. J. P., Essai s. l. Sept., 182, 1, 



4Ô0 JEAN PSiCHARî 

de Tchoubinof (Pétersbourg, 1840), ni àçeviy;? (p. 44 ô), ni 
éfendi (p. 198 a) ^ Il est vrai que le géorgien étant mêlé de 
turc et de persan, Tchoubinof n'a pas cru devoir accueillir 
tous les mots turcs. Pour le laze, la situation est moins trou- 
blante. Si éfendi fait défaut dans l'excellente Etude sur la 
langue laze à' kà]2iT\2iwQ^ém. Soc. Ling., X, fasc. 6, 1898, 
145 s.), c'est que l'auteur a eu soin de nous prévenir (p. 147, 
l'') qu'il n'a pas admis les emprunts turcs, « dont le nom- 
bre dépend de la fantaisie individuelle de chacun : tout mot 
turc peut, à vrai dire, figurer dans une phrase laze » (les 
mots recueillis viennent de Batoum et d'Erzeroum, ib., 147, 
S**). C'est à des raisons de même ordre qu'il faut sans doute 
attribuer l'absence de éfendi, non seulement chez G. Meyer, 
Et. Wort.b. d. albanesischen Spr., Strasbourg, 1891, mais 
encore dans Hahn, Alb. St., léna, 1854, H. III (Lex. alb.- 
all.), et D. Gamarda, App. al Sagg. di gr. comp., etc., Li- 
vorno, 1866, Ind. gén., p. 215 s ^. 

Pour terminer l'histoire de ces multiples migrations, j'ai à 
peine besoin d'ajouter ({vl éfendi a fait le tour de l'Europe et 
du Nouveau-Monde. 

Pendant que ce mot, d'origine essentiellement vulgaire, 
suivait, grâce au turc osmanli qui s'en était emparé, des des- 
tinées brillantes, les puristes, selon leur système, continuaient 
à le tenir en mépris % sans que nous ayons toutefois vu l'éclat 

1. Je note, par curiosité pure, que la lettre qui est ici en cause, la 39« 
de l'alphabet géorgien, <î>, f, dans Tchoubinof, Abr. de gramm., in f., 
p. II, ne se trouve pas encore dans les Syntagmata ling. orient, quae in 
Ge. reg. audiuntur, de Maggio, Rome, 1670, p. 2 ou p. 4. L'alph. n'y 
compte que 37 lettres au lieu de 40. 

2. La mention aùÔevTri; dans le Lex. de Gavalliotis (G. Meyer, Alb. 
St., IV, D. gr. sûdrum.-alb. Wortverz. d. Kav., Wien, 1895, s. v.) n'a 
pas de valeur pour nous : c'est le mot grec (savant) dont Gavalliotis donne 
l'équivalent roumain N~o{ji.vou et alb. Zwx (v. ib). Rien non plus dans G. 
Meyer, Alb. St. V, Beitr. z. Kenntn. d. i. Griechenl. gespr. alban. 
hundart, Wien, 1896, p. 67 s. 

3. A. G. Paspatis (Xiax. ^1., op. cit.), qui, s. v. 'Aoe'?, donne le sens de 



EFENDI 401 

qu'ils auraient su donner à la forme hybride ajôÉvxYjç, plus no- 
ble à leur goût, quoique, à la vérité, elle ne soit ni ancienne 
— car assurément les Grecs de l'ancien temps ne pronon- 
çaient point à^OivTr;;, mais y sentaient une diphtongue — 
ni moderne, puisque le groupe 9Q aboutit régulièrement à çt ; 
en effet, la langue vivante, à l'heure où nous sommes, nous 
présente ce phénomène charmant d'harmonie, de ne tolérer 
ni deux occlusions, ni deux spirations successives, et voilà 
pourquoi, d'une part, x- et %x deviennent ©t et y-, tandis 
que, de l'autre, aô, c^r, ç9 et yO deviennent ax, ex,, çx et yz ; 
les faits paraissent différents, le principe est le même (v. 
J. P., 'PdBa xa\ M-^Xa, III, 1906, 80 s., où détails). 

Le problème des emprunts ou des migrations de mots 
reste encore un problème délicat, non seulement dans la 
péninsule balkanique, mais aussi des Balkans en Russie et 
jusque dans l'Asie Mineure, sans parler de l'Occident. On 
n'a point, il nous semble, suffisamment fait ressortir jusqu'ici 
l'intérêt que ces études présentent au point de vue de l'his- 
toire culturelle. Il s'agirait de bien déterminer l'origine de 
l'emprunt et de savoir, dans les cas nombreux de coïnci- 
dences, si tel mot passe du turc ou du grec en bulgare, en 
serbe, en roumain, etc., si, d'autres fois, c'est une de ces 
langues qui le communique à l'une des deux premières. Je 
ne veux point insister. Quelques exemples suffiront. Nous 
avons plus haut rencontré en serbe fendum, sans a. Or, 
l'aphérèse, en turc, n'existe pas. Elle existe en grec, quoi 
qu'on ait pu dire (v. Essais de gr. hist. n.-g., Paris, II, 



père, en est à croire que ce mot vient du t. èos'vxT];, lequel viendrait « Ix 
xoj 'EW. AùOc'yxr); ». Il constate que le mot n'a pas pris place dans les 
dict. gr. et que même on ne s'en est jamais occupé A. Vlachos, AsÇ. 
'EXXrivoyaXX., Ath., 1897, admet àfs'vrr);, avec quelques bons exemples, 
lais en renvoyant à ajOivxrj; qu'il fait ligurer à tort dans des locutions 
imilières. C'est toujours dans l'intention d'être plus classique, même en 
plaisantant. 



402 JEAN PSIGHARI 

1889, LXIII-IV, etc., où les faits ne sont point contestables ; 
cf. ty;v cpevTia aou (i= à(p), M. Crusius, Tiircogr., 1584, 220) ; 
j'ai recueilli çsvtyj; à Ghio ; les faits consignés par H. Pernot, 
Et. de ling. néo-hellén., I Phon. des Pari, de Chio, Paris, 
1907, 203-210, confirment pleinement mon explication* ; 
il y aurait donc peut-être dans fendum une contamination 
due à la double influence du turc et du grec. Parfois des 
similitudes nous trompent. Un mot paraît italien à l'étymo- 
logiste, alors qu'au sentiment de l'emprunteur il ne l'est pas. 
G. Meyer attribue le t. sinio?' à l'it. signore et le t. madama 
à rit. madama (Turk. St. I, Die gr. u. rom. Bestandth, im 
Wortsch. d. osm.-tûrk., Wien, 1893 [cf. J. P., Et. de phil. 
byz. et ng., 1892, p. LXXIII], p. 37). Rien n'est moins dé- 
montré. Etviôp, à côté de aicp, s'associe volontiers aux noms 
italiens. Quant à madama, le mot est, assurément, fort em- 
ployé, mais dans certaines acceptions seulement, en italien, 
dans la langue commune aussi bien que dans les dialectes ; 
cf. G. Finamore, Voc. d. iiso ahriizz., 1893 ; G. C. Berti, 
Voc. bologn -it.y 1869-1872 (absent dans Cl. Ferrari, Voc. 
bol. co' sin. it. e fr., 1820 ; G.-E. Ferrari, Voc. boL-it.^ 
18o3; G. Ungarelli, Voc. d. di. Bol. [1901], où le relevé 
du mot ne sortait pourtant pas du cadre de l'auteur, p. VIII) ; 
Casaccia, Diz. genov.-it.^^, 1876; Azzi, Voc. dom. ferrar.- 



1. Je ne comprends pas bien ce que signifie ih., p. 206, 4 : « <î)ivx7)ç me 
paraît plutôt une forme enfantine de ûc-jc'vctj; ». Pourquoi l'aphérèse, car 
c'est d'aphérèse qu'il s'agit, serait-elle plus enfantine ici qu'ailleurs ? — 
En réalité, la rareté de l'aphérèse pour a dans la langue commune tient 
à ce que, aujourcVhui, Va demande une ouverture plus grande de la 
bouche ; or, V expiration de la voyelle initiale atone dépend du plus ou 
moins de temps nécessaire à cette ouverture. Voilà pourquoi cette expi- 
ration s'observe moins communément pour a. Dans les dialectes où elle 
se produit, il faut croire que a a conservé quelque chose de son ancienne 
faiblesse (cf. -ctpîaxr^ii.:, etc., etc., l'a de Ixtir-ioixen regard de celui de yXàia- 
aav, etc., etc. Cours professé à l'Éc. d. H. É., l'hiver de 1903-1906, v. 
Ann. 1907, p. 61). 



EFENDl 403 

z7., 18o7 ; Cherubini, Voc. milan.-it., III, 1841 ; G. Benfi, 
Voc. miL-it.\ 1870; Angiolini, Voc. miL-it., 1897; d'Am- 
bra, Voc. napol.-losc, 1873; Manfredi, Diz. pavese-it., 
1874 ; G. Malaspina, Voc. parmig.-it., III, 1853 ; G. Pas- 
quali, N. Diz. piemont.-it.^, 1870 (absent dans: M. Ponza, 
Voc. piem.-it.^, 1846, et éd. IV, 1847; M. di Pozzo, Gl. it.- 
piem., 1888); G. G. Spano, Voc. sardo-it., 1851 ; M. Pas- 
qualino, Voc. sicil. et., III, 1839, G. Pecorella, Voc. niim. 
sic.-it., 18o6, Mortillaro, A^. Diz. sic.-it., 1876 (absent 
dans G. Biundi, Voc. man. compl. sic.-it., 1851, et, du 
même, Diz. sic.-it., 1857 ; également absent dans G. Nazari, 
Diz. Bellun.-it., 1884; Zappetini, Voc. bergam.-it., 1859; 
Melchiori, Voc. bresc.-it., II, 1817 ; Gotronei, Voc. 
calabr.-it.f 1895; P. Monti, Voc. d. dial. di Como, 1845 ; 
Falzon, Diz. malt.-it.'ingl., 1845 ; Cherubini, Voc. man- 
tov.-it., 1827; E. Meschieri, Voc. inirandol.-it., 1876; L. 
Foresti, Voc. placent. -it., 1855 ; Voc. Regg.-it., 1832 ; 
Vincentiis, Voc. tarant., 1872 ; Kosovitz, Diz. voc. d. dial. 
triest., 1889 ; G. Patriarchi, Voc. venez, e padov., 1821 ; 
Angelo, Picc. voc. veron. e tosc, 1821 ; G. Nazari, 
Diz. vicent.-it., 1876 ; D. Bortolan, Voc. d. dial. ant. 
vicent., 1894)i. 

Or, aucun de ces vocabulaires locaux, pas plus que le Diz. 
délia lingua italiana de Tommaseo-Bellini ([1861...], 4 vol. 
en 8 parties), le meilleur dictionnaire italien complet que 
nous ayons pour le moment, ne nous donnent le sens indi- 
qué par G. Meyer (/. /.), pour le t. : « madama von euro- 
pàischen Frauen », en d'autres termes, une étrangère et, 

\. Devant ce beau labeur consacré en Italie à la connaissance des dia- 
lectes maternels, on n'en déplore que plus amèrement la néfaste influence 
du purisme néo-hellénique, dédaigneux de ce qu'il nomme les patois et 
de la science que leur étude représente. Quelques rares lexiques dissé- 
minés dans des Revues inabordables et un ou deux volumes, c'est tout ce 
qui, dans cet ordre de travaux, existe en Grèce. 



404 JEAN PSIGHARI 

particulièrement, une étrangère élégante, etc. Que ce sens 
peut se trouver en italien, deux dictionnaires spéciaux nous 
le prouvent : cf. Boerio, Diz. d. dial. Venez^, I806 : « Nome 
d'onore che si dà aile Donne forestière. E per antonomasia 
s'intendeUnafrancese(v. ib., « Madamosèla... Francesismo », 
et A. Traina, N. voc. sic.-it.^, 1890 : « Madama, s. f. Si- 
gnora, quando non si tratta di forestieri, ha senso di celia 
[plaisanterie] ». Laissons le sicilien de côté. Le vénitien est 
ici plus intéressant, car on sait combien de mots, prétendus 
italiens, sont passés en grec moderne, qui ne s'expliquent 
que par la phonétique vénitienne (3''oa, P'.BéXao, àpij.a!a, 
YcjŒTo, etc., etc.). Précisément, ce sens de dame étrangère, 
d'européenne, domine dans le grec mod. [xav-aij.a, très ré- 
pandu à Constantinople. Une [xavia;j.a est une femme bien 
mise, un peu fière, qui fait quelque esbrouffe (cf. Casaccia, 
op. cit., « donna di grand'affare »), et qui est souvent de 
mauvaises mœurs (cf. Fanfani-Frizzi, Voc. d. sinon, d. l. 
it. [1884], N. 1908, où madamina est signalé, à Milan et à 
Turin, dans le sens de grise tte). Gela se dit aussi plaisam- 
ment (cf. Gherubini, op. cit., « per ischerzo »). Les Italiens 
et les Grecs ont à Constantinople plus de contact entre eux 
que les Italiens n'en ont avec les Turcs, de sorte que ma- 
dama a plus de chances d'avoir été d'abord emprunté aux 
Italiens par les Grecs. Mais je ne crois encore pas que ce 
soit en grec un emprunt italien. Il existe au sujet de ce mot 
toute une discussion en Italie. Madama y est volontiers con- 
sidéré comme gallicisme (cf. Boerio-, ci-dessus ; Fanfani- 
Frizzi, op. cit., le traité de « francese » ; Pasqualino, op. 
cit., « voce francese », etc., etc.) ; on le combat ; F. Ugolini 
voudrait qu'on dise Signora Se vigne et non pas Madama S. 
(Foc. di par. e 7nodi errati, 1835, s. v.) ; P. Viani, au con- 
traire, maintient les droits de Madama (^Diz. di pretesi 
frances., I, 1838, s. v.). En réalité, voici ce qui se passe: 



I 



EFENDI 405 

Madama est incontestablement ancien en italien ; Tommaseo- 
Bellini en rapportent un exemple chez Boccace (Nov. 97, 
21 [= Op. volg. di G. Bocc, V, 1828, Giorn. X, Nov. YII, 
p. 69], madama lareina*) et je retrouve encore le mot dans 
Fr. Alunno, Le Ricch. d. ling. volg., 1543 (il y figure, s. 
V., comme titre honorifique). Mais le mot semble avoir dis- 
paru de la conscience des sujets parlants et il y renaît — 
ou il y rentre — sous l'influence du français ; en effet, on 
remarquera, dans nos références, que les vieux vocabulaires 
l'ont beaucoup moins que les plus récents. Ces considéra- 
tions, comme le sentiment inné que j'ai du grec et la 
connaissance des lieux mêmes, me feraient croire que [j.av- 
Ta;j(.a vient du français et que c'est, en grec moderne, un 
mot savant ! J'entends livresque. Des personnes cultivées 
savent que Madame en fr., est du féminin; elles en font 
donc iLTr.i[).x — le peuple aurait dit [j.av-:à, sur maddm{e)'., 
il y a là, chez les gens instruits, un simple phénomène de 
création instinctive à la fois et avertie (T. x. M., III, 68^), 
qui est fort naturel'. De la dame, le mot passe à la cham- 
brière, de là au peuple. Et ces deux influences enrichissent 
le turc d'un mot nouveau. Nous avons signalé ailleurs ('P. 
X. M., IV, 224 ; cf. Et. ng., LXXIV, N. 634) (SiC^ia qui, en 
turc, est un emprunt fait au grec. Les visites'*, les mada- 

\. L'éd. utilisée par Tomm.-Bell. est celle de 4587, c'est-à-dire exacte- 
ment la même, sans qu'ils la mentionnent, que celle du Diz. cl. l. it., 
Padova, I, 1827, p. lvii. J'ai préféré citer l'édition courante aujourd'hui. 

2. Ib., 278-279, je crois avoir démontré que psxXàaa, réclame, est éga- 
lement un mot savant dans les mêmes conditions. C'est un procédé na- 
turel, qui n'a rien à voir avec le purisme. Quant à /.ojxao, commode, ib., 
p. 68, j'aime mieux le rattacher aujourd'hui au vén. comô, Boerio, 2, s. v. 

3. V. T. X. M., m, 68. L'expression de création instinctive me paraît 
préférable à celle de création populaire, etc., car, en matière de langage, 
tout le monde est peuple, quand on y regarde de près. 

4. Les sens indiqués dans B. de M., II, 848 b, à vizita, et quelques 
autres qui n'y sont point indiqués, ont leurs équivalents pour ce mot, 
dans toutes les langues et en français même. 



406 JEAN PSIGHARl 

mes sont autant d'éléments de civilisation introduits dans 
des mœurs qui ne les connaissent guère. C'est des Grecs que 
les Turcs les ont pris*. 

Il n'est pas jusqu'aux mots indéclinables, jusqu'aux inter- 
jections comme aférim (= bravo, à la bonne heure'), qui est 
incontestablement turc, dont il ne soit intéressant de suivre 
la filière. Il se retrouve dans presque toutes les langues 
balkaniques (v. les Dict. or. et slaves cités ci-dessus, et cf. 
L. Sainéan, Infl. orient, sur la l. et la civ. roum. Rom., 
XXX-XXXI, 1902, extrait, p. 36). Peut-être vient-il en bul- 
gare (Duvernoy, s. v.) du grec immédiatement. Il est cer- 
tain que ces questions sont délicates à résoudre. Toujours 
est-il qu'il importe de transcrire exactement et de serrer de 
près les particularités phonétiques. Fûrst, dans son Gloss. 
gr. hebr. (pp. cit., p. 35 b) met A^ycuGia (lis. : Aoyouata) en 
regard d'un hébreu qui ne présente point de waw après 
Valeph, mais simplement après le ghimel, où il a valeur de ô 
ou de û; littéralement, nous avons donc agustha (avec le hé 
final, ha, marque du féminin). Cela nous ramène à aycuatoç, 
lequel n'est autre que le lat. agiistus (v. Et. ng., LXXVII, 
N. 59), et il est curieux de constater, dans un titre officiel, 
ce traitement populaire. Brocltelmann (Die gr. Fremdw., 
op. cit., p. 36) voit dans l'arm. katapan, qu'il transcrit lui- 
même ainsi, l'it. capitano. Comment cela serait-il possible? 
Il y a là simplement l'assimilation régressive, si familière 
au grec'^ ; elle s'exerce ici sur le byzantin y.a-u£7:ava), 6 xaxs- 



1. Sur les mœurs et formules plus courtoises introduites par des Grecs 
dans la diplomatie ottomane, v. Lavisse et Rambaud, Eist. générale, VI 
(4895), p. 831. Un travail d'ensemble sur toute cette influence des Grecs 
mériterait d'être entrepris. 

2. A. Meillet, à Bibliographie dans le Banasêr (= Le Philologue; 
titres en arm.), III (4901), 73, dit qu'en grec « l'altération la plus sûrement 
arménienne se trouve dans les mots de trois et de plus de trois syllabes; 
elle consiste dans une assimilation de la voyelle de la seconde syllabe à la 



EFENDI 407 

ravwS le chef, le préfet, le goummeur (cf. tov xaTexavo), 
Const. Adm., 228, 24, etc.; Sophoclis, s. v.), dans lequel 
n a voulu voir justement, crojons-nous, l'origine du mo- 
'derne xairsTavioç (it. capztano, vén. cap2tanio), qui serait 
ainsi une contamination des deux formes, vénitienne et by- 
zantine 2; mais /.a-'.-av'.s;, par un i, se dit aussi en gr. (cf. 
Ylachos, Asz.-sAX.-vaXA., Ath., 1897), et les diverses for- 
mes turques, qaptan (B. de M., II, 493 b ; cf. ar. qabthàn), 
qapoudan (ih., 498 <?) et kapitan, constaté par moi-même (To 
Ta;î5i pi.oj, éd. II, 1903, 90), formes que nous n'avons point 
à approfondir pour le moment, doivent sans doute leur exi- 
stence à des mélanges qui, s'ils pouvaient être démêlés avec 
précision dans les diverses langues orientales ou romanes (v. 
Jal, Gloss. naut.y Paris, 1848, s. v. ; Corazzini, Yoc. naiit. 
it., II, 1901, etc., etc.), nous livreraient bien des secrets 
concernant l'histoire de la marine dans la Méditerranée. 
La phonétique à'èfendi est beaucoup plus claire. L'har- 

voyelle de la première », et il cite bonosos = [3ovaaoç, etc. (v. A. Thumb, 
Byz. Z., IX (1900), 393). Rien ne prouve cependant que l'assimilation ne 
soit pas grecque et je pense, comme Thumb (op. cit., 394), qu'elle n'a 
pas besoin d'être uniquement arménienne. Je pencherais même décidé- 
ment pour le grec où le phénomène est des plus fréquents (bibl. et ren- 
vois, J. P., B. Z., XVI (1907), 465, à P. 413, v. 9) et bien plus prononcé 
qu'en arm., puisqu'il affecte dans les disyllabes la voyelle tonique ou 
atone oÇo) = ï^to, àvrav = ovxav = ôx. (Miller-Sathas, Chr. de Ch., I, 53 
[4]), 6/ = SX dans U x6 = è^ "^^ = ^'/. ^^ô. Entin, âr.àvw est commun au- 
jourd'hui. — V.des exemples d'assimilation dans les noms hébreux hellé- 
nisés, J. P., Essai sur la Sept., 173, 1., Rev. d. ét.j., 1908. — Aujour- 
d'hui, plus rien d'approchant à katapan en arm., v. G. de Lusignan, JV. 
Dict. ill. fr.-arm., Paris, 1900, t. I, s. v. capitaine, si ce n'est, ib., à 
pacha, la transcription de ce titre turc en arm. : gapoutan, etc. Tchoba- 
nian m'apprend que le peuple dit khaptan (/aptan), pour capitaine de 
navire. 

4. Ni Brockelmann, /. /., ni Thumb, B. Z., IX (1900), 394 « *xaTa- 
::âvw = y.aTSTràvw (vgl. neugriech. â7:avco) » n'ont reconnu cette forme. 

2. Cf. Hesseling, Les mots marit. empr. par les Gr. aux l. rom. 
(= Verhandl. de l'Ac. roy. des se. à Amsterdam, sect. des Belles-Let- 
tres, Nouv. sér., part. V, N. 2, Mai, 1903, p. 18), où l'identification de xa- 
î:£t. et vén. capit. ne me paraît pas exacte. 



408 JEAN PSICHARI 

monie vocalique, qui m'avait amené jadis à supposer logi- 
quement son pendant, c'est-à-dire l'harmonie consonan tique 
(Et. ng., LXXIV, LXXVII), veut, comme on sait, pour les 
voyelles des colorations égales dans les syllabes d'un seul 
mot (cf. MûUer-Gies, p. 22). 'Açévtyjç ne pouvait donc pas 
subsister en turc, puisque « et un e suivi de i, ne se combinent 
guère. Il est toutefois un moment où le mot étranger, avant 
de s'assimiler complètement à la langue indigène, reste for- 
cément ce qu'il était dans la langue étrangère, où on l'en- 
tend pour la première fois (v. T. x. M., III, 272 s.). Par 
conséquent, le turc a dû prononcer afendi, pour aboutir 
ensuite à èfèndi. Ce moment, nous le saisissons grâce à une 
remarque consignée dans le Meninski (v. ci-dessus, p. 390), 
p. 239a.* « efendl ex Graeco, t[urcica vox]. ?2[omen]. 
s[ubst.]. vid[go ; cf. p. ***]. afendi. », tandis que la pre- 
mière édition (p. 324) constate simplement àçévxYjç en grec : 
« ex Graeco vul. afendi ». J'ai été mis par M. Bouvat sur 
la piste de cette petite découverte. M. Bouvat avait cru que 
le vul. de ce dernier passage se rapportait au turc osmanli, 
afendi, avec a. Pour moi, il n'y a pas de doute, puisqu'on 
ne voit pas de point entre Graeco et vul. En regardant la 
deuxième édition, je me suis rappelé la réflexion de Bou- 
vat. Cela n'est vrai que du Meninski-Jenisch. En revanche, 
M. Bouvat a eu la chance de découvrir en t. une mention 
relativement ancienne de ce mot, dans le Petit traicté de 
l'or, des Turcqz [par Th. Spandouin Cantacassin], publié 
par Ch. Schefer [Paris, 1896]; p. 113 [n. 1 de la p. 112], il 
est question d'un nommé Abdul-Kerim Efendy, ce qui nous 
reporte à 1472 [v. iô.]. 

Maintenant, comment àîpévTY;? passe-t-il en t., sans le s 
final? G. Mejer (Tûrk. St., I, 37) observe: « vielleicht 
vom Yocativ ». Cette observation est des plus justes. Le turc 
n'a aucune raison pour supprimer Vs du nom. gr. (v. Et. 



¥ 



EFENDI 409 

ng., LXXII), cf. âghoi/stoiis' (B. de M., I, 81 a) =gr. àyou- 
To; = lat. agustus {Et. ng., LXXVII), ayastèfonos^ (Bian- 
chi-Kiefer, I, 1S1<2), etc., etc. Gela est constant. Mais c'est 
sans doute par un reste d'habitude classique que G. Meyer 
a songé au vocatif (cf. '.TCTroia, vstpsXr^Yspsia, etc.) Les trois 
cas-régime, ace, gén. et voc. àçévxT], feront aussi bien notre 
affaire. Les Groisés n'ont pu emprunter certains noms pro- 
pres, comme Kyrsac (dans Villehardouin, v. Essai sur le 
gr. de la Septante, op, cit., 191, 2), que sur les cas-ré- 
gime. Jean Longnon me suggère fort heureusement, dans le 
même Villehardouin, des noms tels que Lascaris, avec le s. 
Ils mériteraient une étude à part. Je ne serais pas loin de 
penser que les noms sigmatiques reposent sur quelque trans- 
cription, indiquent des rapports plus lointains avec les per- 
sonnages eux-mêmes, alors que les noms provenant de cas- 
régime témoigneraient de rapports plus fréquents, plus 
vécus, de rapports oraux. Il faut, pareillement, que les 
Turcs aient bien souvent entendu àçévTY) autour d'eux, pour 
l'avoir ainsi adopté. Les différentes acceptions qu'ils en ont 
tirées se trouvaient en germe déjà dans la langue parlée, pré- 
cisément parce qu'on la parlait tous les jours. 






Je n'ai point été suffisamment maître — oLobnr^q — de 
mon sujet. Les langues orientales, le plaisir et aussi la né- 
cessité des recherches dans cette direction, m'ont entraîné. 
Mon plan primitif était de leur consacrer une place moindre 
ou tout au plus égale à celle qu'aurait occupée dans ce tra- 



1. L'harmonie vocalique amène ou — ou, o — o. Pour le dire en pas- 
sant, dans les cas d'emprunt, ce n'est point la langue empruntrice qui se 
corrompt — comme on le croit dans le clan puriste — c'est la langue 
empruntée qui est corrompue, conformément à des lois propres. 



410 JEAN PSIGHARl 

vail l'histoire du mot grec à^svTr^c, que je comptais suivre, en 
remontant, à travers les siècles, pour aboutir à prouver que 
tel passage d'Euripide, où se lit ajOÉvir;;, ne doit pas être 
corrigé (ci-dessous, 417 s.). Mais j'occupe déjà moi-même dans 
ce volume une place insolente. Il faut donc que j'abrège. 

'AçÉvTYjç, phonétiquement, ne peut venir de a-jÔévTYîç, pro- 
noncé àîiO : çô donne çt (ci-dessus). H. Schuchardt (^Vok. 
d. vulg. L, I, 1866, 297) faisait une remarque lumineuse, à 
propos de o'.^Évjwp [ou c-^^évtwo, cf. Et. ng., 259 ; ce dernier, 
transcrit d'après la lettre sur def.] et de difendere (== defen- 
deré) : « Die Neugriechen haben SaçevisJo) aus difendo ge- 
macht. » G. Meyer, sans connaître Schuchardt, a repris cette 
idée (cf. Rom. W. im m. k., Jahrb. f. rom. u. engl. Lit., 
XV, III, N. F. (1876), p. 51, à propos du StaçavTsuew de 
Léonce Mâcheras (= §taç£VT£[;ivs'., G. Sathas, Mea. Bl6X., II, 
1873, 95, 12 = Miller-Sathas, Ghr. de Ch., I, 1882, 48 
[17]). Hatzidakis a précisé en des temps où il ne se livrait 
pas encore à de trop violentes polémiques ('A6viv. X (1881), 
8-9) : difendere [bas-lat. pour def.^ donne en grec byzan- 
tin 5y;ç£vB£'jo) et Sé^£v5£Jo) [termes de droit, ci-dessous, 414] ; 
dans ce §y;- on croit sentir un Si- dont on fait aisément un 
B'.a-; nous arrivons donc à l\y.ov>z=\nù ; celui-ci se croise avec 
son synonyme ajÔ£VT£!j(i), qui devient oixzvr.zùiù et ce 
Sia©£VT£Ja) à son tour réagit sur ajOivir;;, d'où à^évr^ç. 
L'explication est jolie. Je l'ai accueillie dans les Essais, II, 
p. 116, en la corroborant par des textes précis — Hatzidakis 
n'en donnait pas — et j'y relevais, dans des actes notariés, 
les formes Sscpsvcriwva (en 1178), oe^svBejeiv (en 1185), §£(p£v- 
S£'jTal kizhtù Twv •^;jL£T£p(i)v àyaOwv (en 1238), et, justement, ota- 
©£vBcJ£iv Tajr/îv tyjv oMp^h, qui montre la contamination avec 
évidence (le doc. est de 1102; v. Essais, II, /. L, et Et. 
ng., 259 a, s. v. Seo^evccjo), qui se trouve dans Théophile). 
Ge StaçjîvcEJo) établit précisément la synonymie entre les 



EFENDI 411 

deux termes : ajOsvisua), être le maître, et SyjçsvBsuo), être le 
patron de quelqu'un, sens voisin de celui de maître (v. plus 
loin); cf. S. Cusa, Dipl. yr. éd. ar. di Sic, I, 1868, p. 334 
[13-14], §i£xSixeTv xal SsçsvBeuetv : revendiquer comme son 
bien, comme quelque chose dont on est le maître ; cf. ib., 
333 [10-11], vo[j,ixr<v Bcçsvcrtwva, etc., etc., à rapprocher de a-j- 
Oéviat TÛv v6|ji.(i)v (v. le Thésaurus de H. S.). Aeçévawp est, 
en réalité, le patron. 

M. Hatzidakis, lassé sans doute du succès obtenu par son 
explication, admet, sur la suggestion de Thumb, une expli- 
cation différente (£^m/. in d.ngr.Gr.,iS92, 287) ; celle-ci fait 
aussitôt réfléchir G. Meyer (Turk. St., I, /. /.). Dans l"A6Yi- 
vaiov, Hatzidakis s'élevait à bon droit contre les raisons 
^euphonie, invoquées par Mavrophrydis pour écarter 
âçTevTYjç {pp. cit., p. 9). Aujourd'hui, il reconnaît dans 
àçévxy;? une dissimilation, ce qui n'est, dans l'espèce, qu'un 
autre nom de V euphonie. Cette raison n'est pas valable. La 
langue savante a remis en circulation St£u0jvTr<ç, à savoir 
Bi£99. , directeur. Personne ne se gêne pour prononcer 
StsçTuvTYJç, et je ne connais point de dissimilation qui en ait 
fait jusqu'ici Stsçuvi-^ç. Cette dernière forme paraîtrait bizarre 
au sentiment du sujet parlant. Au surplus, quelle dissimila- 
tion pourrait-il y avoir dans l'un ou l'autre cas ? On s'est 
laissé tromper par l'œil. Les sons -af ^ent/is, etc., ne sont pas 
semblables : nous avons un t, puis un d. 

Voyons maintenant avec quelque rapidité les sens, si ce 
n'est de àçévr^c, du moins de ajÔÉvir;;, à travers la grécité. 
Disons tout de suite que le sens officiel ajôÉvxYj;, équivalent 
de BsjTuoTT^ç, quand on s'adresse à des supérieurs ou à des 
personnes de sang royal (Cod. cur. De off., p. 16, 11-17, 
4) n'a pas pu influencer le turc, puisque celui-ci s'inspire de 
âç£vxY]ç. A'jôévTYjç est une espèce de synonyme de Y.ùçi\oc. C'est 
dans cette même acception, plus ou moins nuancée, que l'on 



412 JEAN PSIGHARI 

dit : 6 ajOsvTY); -^[jj^iv o y.ùp'.zq K6[xqq ou o ajOÉviYjç twv BaXaj- 
ffwv ou a'jÔéviai twv vôpLWV ou oaiiaojv aîiio; xal ^'^•^.'.O'jpyoq six' 
ojv ajTC'jpyo; y.ai èxiTTaTY]; 7îpaYii.aTo; oj-ivo;(v., pour toutes 
ces citations, H. S., s. v. ; la dernière est de [Th.] Gaza, 
dans le De 77iensibus [2o Dec. 1495, Legrand, Bibliogr. hel- 
lén.y I, 1883, p. 41] ; il y a dans toutes ces définitions, 
comme, p. e. , pour a jTOjpyo;, des réminiscences d'époques anté- 
rieures, cf. plus loin, 416; cf. aussi Georg. Cedr.,p. 896 (« \ki- 
ya; ajOÉvTr^c, le grand Seigneur», Ind. de Fabrotti) ; Nie. 
Ghon., p. 903 (ajO. t. ÔaX.), etc.). On peut comparer les lo- 
cutions voisines ajÔEviàî;* (auBevio); xal xjpiwç wç Ssjttotyjç xal 
ajTOxsçaAoç Const. Adm., 192, 17; xupiwç xal ajôsvTO); S. 
Cusa, DipL, op. cit., I, p. 334 [1. 11], de 118o, etc., etc.), 
ajÔ£vi'./.à); « auctorabiliter » (Laon. Ghalcond., Byz. du Lou- 
vre, 1650, Ind. gloss., non reproduit dans l'éd. de Bonn, 
fo â), ajOÉvTp'a = 3ij::û'.va(Leont. Cypr., 1717B, 1721 B)2. 
'A^éviy;? nous apparaît dans des fonctions analogues: xàôta' 
(zsévty;, xâÔt7£, Ypa;x[j(,aT'.xà voiap-/; (Prodr. VI, 350 = 3. N., 
Goisl., 382, xv« s. c\ et Gr. 1310, xv« s. fin, cf. Essais, I, 
19, la note d'Omont), PXstts jj^s [pas jj^à] xcv àçsvTvjv croa ?txà- 
Œ'.iAov i;.Y3 :roi7^JYj; (Solom. 2 i= B. N., Gr. 2027, xv« s. f. 
(Omont), réd. peut-être xiii*" s., cf. Essais, I, 22; l'auteur 
s'adresse à son fils, v. 1). Du Gange (s. v. ajôlvir;?, col. 153) 
cite àçévT?;; « Dominus, Kupioç » dans la Corona pretiosa et 



4. C'est du sens de maître que s'est développé celui de aùOîvTr/.o';, qui 
a de Vautorité, d'où authentique, vrai, etc., etc. 

2. Un aùOsvteîv, de sens encore obscur, est relevé par Th. Nâgeli, Der 
Wortschatz cl. Ap. Paulus, Gôtt., 1905, p. 49, dans un Papyrus du 
vi/viF s. des Berl. Gr. Urk. [I, Berl., 4895, N.] 403, 3-4 : eàv aùOevTi'- 
aziç zdi TTpayfxa xat Xàotç | auTOÙ; èv xfi TrdXet [si tu diriges la chose^ et ib., 
8-9: eî 8È TîàXiv aùôsvTTç x.al | >va[j.6àv'.ç aù-:oùç £v x^ -dXsi. Nageli cite, ibid., 
sch. Esch. Eum., 42 [Aesc/i. «A, Kirchhoff, Berl., 4880, ad. 1., aùOsvTT)- 
xoTa], Peut-être y aurait-il plutôt lieu de rapprocher comme fait l'auteur, 
ib., Thom. Mag., p. 48, 8, Ritschl [4832J : « AùxoBtxeîv [Xsys], oh aùÔevxetv 
•/.oivoTepov -^xp ■ ». V. ci-dessous, p. 445, le passage de Moeris. 



EFENDI 413 

dans « Leunclavius in Onomastico Turc. », où cet auteur 
donne Méyav â^evir^v Sultanum^ On trouvera chez Du 
Gange, pour àç;£VTr(Ç, à^eviia, àçsvSeusiv (graphie savante de 
Malaxos, xvi'' s.), et àçÉv-pa, nombre de citations, dont au- 
cune cependant n'est tirée d'un texte antérieur à celui de 
Prodr. VI, si toutefois celui-ci est lui-même antérieur à son 
manuscrit (v. aussi a:[jT(p5c; xal ocçévrr^ç xou KavTi).6pcu, Mas 
Latrie, Hist. de IHle de Chypre, III, 1855, p. 64, acte du 
7 Septembre 1430, où àç^ivr^^, àcpÉvTY] tou pYiyoç, est aussi 
bien appliqué au roi de Chypre qu'à l'émir ; à^évir^ç dans la 
Chron. of Mor., éd. J. Schmitt, 1904, p. 601, etc., etc.). 
De nos jours, 0Lovnr^q est en pleine prospérité dans la langue 
moderne ; àçsvTixo, àçevT'.xoc, ^apa^lviv]; (patron)^ àçsvTpa, 
àçévT'.jaa, àçîVTciro'jT^s, àcpcviia, àosvTeùo) (cf. a'j6£VT£Ù(i), D. 
G.), 'AçcVtcjXy); 'AçÉi-pia (toponyme, S. MsvapSoç, Toir. Ku- 
7:poj, 'Aôr^va, XVIII, 1907, 381), 'Açay^eia, 'Açsvtixyj (v. ib., 
378), 'AijpevTJiiva (z<6._, 390), tournent toujours autour du sens 
de maître, y compris y.ouTaaçévxr^ç (2. Msv., o/). aV., p. 399), 
aussi bien que âçevTaGpw-oç, maître homme, grand seigneur 



4. La Corona prctiosa est un vocabulaire en quatre langues (« Italico 
uolgare, Greco uolgare, Latino, Ch^eco literale »), cf. Legrand, Bihl. 
helL, I, 199 (l''e éd., Venise, 1527). Ce serait « le premier livre im- 
primé où ligure un vocabulaire gr. vulg., Legrand, op. cit., 200 (cf. H. 
Pernot, Girol. Germano, Paris, 1907, p. 5). Du Gange doit avoir consulté 
la 2c éd. (1543, cf. Legrand, op. cit., III., 417) ou la 3« (1567, Legrand, 
op. cit., IV, 131), car Pretosia ne présente le t que dans ces deux dernières. 
Quant à Leunclavius, M. Krumbacher me dit que VOnomast. Turc, doit 
se trouver dans ses Hist. Miisulm. Turc, Flankf., 1591, ou dans quelque 
autre ouvrage de cet auteur. Je n'ai rien pu découvrir dans les Ann. 
Suit, othm., réimprimés dans le Léon. Chalc, Byz. du Louvre, 1650, 
p. 303 s. (non réédités dans l'éd. de Bonn), ni dans les Neuwc Chron. 
Tiirk. Nation, Franckf., 1595. Je n'ai rien d'autre sous la main. Je vois 
seulement que dans le Panel, hist. turc, (dans le Léon. Ch., 389 s.), il y 
beaucoup de grec encore inexploré : ojpata vulgo Huraea 477 B, £7:xà- 
You).à5wv 479 p (cf. J. P., M. S. L., VI (1888), 316-317), oUiiould- 
pT)ç 465 B (cf. Et. ng., LXXV), r.ôpza. xaT; âpxoûôcç, curieux pour la syn- 
taxe de l'ace, v. T ■/.. M., III, 60, 1. 



414 JEAN PSIGHARl 

(A. Vlachos, As;. kW.-yxXk., corrige et met ajôevTavÔpw- 
xoç, que personne ne dit ; v., s. v. àçévir;?, dans des locutions 
familières; sur le gén. àçsvxoç, v. Hesseling, Les cinq livres 
de la Loi, etc., Leide, 1897, XLIII ; Essais, I, 95, II, 294). 
Ce sens de maître est ancien en grec, puisque Phrynichus, 
vers la fin du n^ s. de notre ère, le condamne : Ajôévtyjç jat^- 
âixoTS XP"0^1f) ^^' "^^^ S£!J7:6tou, wç oi ^epl xi SixaaxYîpia ^i^^xopeç. 
Cet emploi juridique, qui fait déjà penser au defendere, §'.a- 
çsvBsjo), que nous avons vu plus haut, se retrouve dans la 
Bible grecque: cf. 3 Macc, 2, 29 (livre postérieur à 70 
A. D., V. H. Strack, Einl i. d. A. T.\ 1906, 168, 3 ; écrit 
en grec directement) xaxa)ja)p{ja'- el; xy;v TcposjveaxaApievYjv au- 
ôevTiav {jus, v. Schleusner, Lex. in LXX, Lond., 1829, s. 
V., ajO.). Phrynichus (/. /.) ajoute : âXX' iz\ xoj abiôy^eipoç ço- 
véw;. Phrynichus ne voyait que l'attique et ignorait, par 
conséquent, l'histoire de la langue dont il posait les canons. 
Avant d'en arriver, en remontant, comme nous faisons, au 
sens recommandé par ce lexicographe, celui de çcveùç, nous 
devons mentionner celui plus modeste de SiBaaxaXoç dans 
Meth. 360 C. Ce Méthodius vivait au iv^ s. de notre ère. 
Mais cela ne doit pas nous arrêter. Il est évident que le sens 
de Sccttoxy;; est antérieur : le S'SaaxscAoç a été ainsi nommé, as 
one having authority (Sophoclis, Gr. Lex,^, 1887, s. v., 
aj6.), celui qui enseigne, qui exerce une certaine autorite, 
un maître^. Peu importe, dès lors, que le sens de SeaTuo- 

1. Le texte porte : xôv ajôivxrjv StSàaxaXov xov Osôv tou 'A6paa(x • -cov 
ax£7:aaxr]v toj 'laaàx • t6v ây.ov xou 'laparjX, etc., etc. La il. 54, th., com- 
pare Marc, 1 [2i] : tjv ^âp oiSaa/.wv aÙToù; w; IÇouatav è/^wv, xai où/^ wa ol 
YpauLtxaTsîa. De sorte que, dans ajôc'vTrjv oiSxa/.aXov, aùOavTTjv peut être déjà 
un simple titre honorilique, comme plus tard à^avir); ô :xp''y<7); (Miller- 
Sathas, Chr. de Ch., op. cit., I, 77 [7]), ou : seigneur rabbi. Mais, d'au- 
tre part, G. Heine, Synon. d. neuf. Gr., Lpzg, 1898, p. 143, signale dans 
1 Tim. i2, 12, un ayOsvTsîv avec le sens de impero, imperium exerceo. Il 
faut aller plus loin. Voici le contexte : BtSàaxetv Sa -^uvonyC'. oûx iTzixpéTuo, 
oùoè aùÔav-cclv âvôpoa : on y devra précisément remarquer l'association des 



EFENDI 415 

vr,q subsiste après celui de ^tSaay.aXoç. La sémasiologie n'est 
point chose fixe et nous voyons souvent, si ce n'est toujours, 
deux sens différents — ou trois ou quatre — à côté les uns 
des autres. Il n'en résulte point qu'ils aient pris naissance en 
même temps (v. plus loin, p. 418 s.). 

Le sens de âsa-i-Y;;, maître , me paraît provenir, à son 
tour, de celui que consigne Moeris, contemporain de Phry- 
nichus ou en tout cas dans ces environs, en ses Aécs»; : Ajtg- 
c-y/^v, 'ÂTT'y.wç. ajOÉVTr^v, 'EA)//;v'.y.wç (Moer. 54) ; le jcjtcc'///^; 
est celui qui a sa juridiction propre, qui est libre, indépen- 
dant. Mais celui qui se trouve dans ce cas peut très bien être 
le promoteur d'une action, et c'est précisément dans ce sens 
que le connaît Polybe : ajÔÉvxr^v ytyovb'o: t^ç -îupàjswç (PoL, 
XXIV, 14, 2). D'autre part, cette action peut être mauvaise : 
telle est la :rpà;iç de Polybe (cf. PoL Meg. hist., etc., éd. 
Schweighaùser, IV, 1790, p. 275 : a quo scelus esset patra- 
turri). Elle est également mauvaise chez Diodore de Sicile : aù- 
OÉvia? TYjç (epoTJAiaç... èTUYjxoXoJGYjars iiy.wpia (Diod. Sic, XVI, 
61, 1), Ti;A(i)pr^j£Tat tov ajôdvTr^v twv àvop.Yîij-dcTwv {ih., XVII, 5, 
4). Remarquons que Polybe et même encore Diodore ont 
l'air d'innover. Ajôevty;^ ne se trouve en tout qu'une fois dans 
Polybe et deux fois dans Diodore. Ce sont du moins les ré- 
férences uniques que donnent les deux seuls lexiques que 
nous possédions aujourd'hui de ces deux écrivains : Schwei- 
ghaùser, op. cit., t. VIII, 2, Lex. Polybianum, 1795(1) et 
P. Wesseling, Diod. Sic. bibl, etc., t. II, 1746(1)'. 



doux sens à^enseigner et de commander, que fait justement ressortir B. 
Weiss, Die Br. Pauli an Tim.^, Gott., 4902 (dans le JLr.-ej?. Komm. û. cl. 
N. T. de Meyer), conformément à la doctrine de l'apôtre. 

i. jXous ne parlons ici que des Ind. verb. Les Index géogr, et hist. se 
trouvent dans toutes les éditions de Polybe : Dindorf (ïeubner), Didot, 
Hultsch, Bûttner-Wobst (celui-ci en grec — enfin !), ainsi que dans 
Schweigh. (et N. Perotti, 1549 ; I. Gasaubon, 4609 ; Gronovius, III, 
4670, textes latins). 



I 



416 JEAN PSIGHARI 

Maintenant, quelle est cette mauvaise action ? La plus 
mauvaise est, assurément celle qui consiste à supprimer la vie 
de son semblable. Voilà comment nous lisons dans Thucydide : 
ùl}.€tq 8à £'. y,TcV£TT£(^(xa;... il oiXXo y) h TCoXejxia xe xat ^apà xoTç 
ajSsvTat; r.x'épx:; Toù; r,;xsT£pou;... 7.aTaX£i6£T£ (Th., III, 58, 5 ; 
cf. Bétant, Lex. Th., 1843 : « Auctor caedis »). La scholie 
est intéressante : [irapà loTç ajôiv-aïc] xoXq çcveuatv. aù6£VTai 
xupiw? Cl a'jT6/£'.p£ç y.al ol tzg^Aixioi • oi cà vuv aù6évTaç toÙç y,u- 
p(oj; y.al lezT.ézxç. xjôivTaç oà tojç ByjSaiojç wSi çy)7t (sch. dans 
Thuc, Didot, 1869, éd. F. Haase, ad /.). Tout cela est bien 
confus. Essayons de démêler tous les éléments hétérogènes 
de la scholie. Le scholiaste écrit à une époque où le sens de 
^z7TzbTr,q domine (oi oè vuv) ; d'autre part, il connaît par tra- 
dition grammaticale (v. Phrynichus, ci-dessus) le sens de aù- 
Toxeip ; il 6st pourtant obligé de constater chez Thucydide 
celui de (^o^zùc, qui Fétonne, d'où la mention de œj-zôyz^p ; 
TcoXé^Aioi prouve son embarras ; ce sens ne lui vient à l'esprit 
qu'à cause du passage même qu'il commente, parce qu'il y 
est question d'ennemis ; xM^mq lï xou; ©r^Sabu; est un sim- 
ple éclaircissement. 

Le seul point que le scholiaste n'a point saisi, est que Thu- 
cydide, suivant son habitude (cf. A. Croiset, Thiic, 1886, 
p. 111 s.), prenait un vieux mot dans une acception nou- 
velle. Car, le sens de ©ov£J; n'est encore pas le sens premier. 
Classen-Steup (Thuk., IIP, 1892, ad /.) expliquent : « weil 
sie auf Seiten der Persen gestanden hatten », ce qui donne- 
rait à ajôiv-a; la valeur d'un meurtre domestique, d'une *àA- 
XY)Xo<pov{a (cf. Esch. Ag., 1376, éd. Weil). Cela est possible, 
mais point nécessaire, et l'interprétation, vu le passage, nous 
paraît forcée. Pour nous, ajOsvrr^; veut dire meiirlriei\ pure- 
ment et simplement. L'expression s'est élargie. Il faut re- 
monter un peu plus en arrière, jusqu'à Eschyle, pour ren- 
contrer le moment où ajOivir^ç s'en tient encore au sens de 



EFENDI 417 

meurtrier domestique : ainsi GavaTc.ç ajOéviatcrt (Ag., 1573) 
est fort bien rendu chez Verrall (The « Agamn. », Lond., 
1904, V. 1572) par: « Kinmurder », et, chez Keck {Aesch. 
Ag., Lpzg, 1863, v. 1540) par: « mit selbervernichtendem 
Mord » ; ce sont bien ici des meurtres domestiques ; de 
même dans les Eum., 212, o]).y.\^oq Mi^-r^q oovoç, où opi,ai- 
{jLoç est à souligner : consanguineus (Blaydes, Aesch. Eum., 
Halis, 1900, p. 92, ad 212 ; les doutes sur le passage et, 
notamment, sur aùGévTYjç, ib., p. 15, N. G., ne nous parais- 
sent point justifiés). 

Mais comment cette transition de sens, de meurtrier do- 
mestique à meurtrier, s'est-elle opérée ? De la façon la plus 
simple. Elle nous apparaît dans des combinaisons comme 
celle-ci que nous donne fort à propos Hérodote : [xr^-zt Ôjya- 
Tpl r^ Qf^ {j-Y^T£ aJTw (jo\ c'.V^v xjH^tt^ç, (lier., I, 117). C'est Har- 
page qui parle à Astyage et qui se met au point de vue de 
son interlocuteur : le roi aurait été le meurtrier de sa fille 
et, par conséquent, son propre meurtrier. Mais par le fait, 
c'est un étranger, c'est Harpage qui était chargé d'accomplir 
ce meurtre. Ainsi l'idée s'extériorise hors du cercle intime de 
la famille, et c'est comme telle qu'elle se montre à nous, pour 
la première fois, dans Thucydide (ci-dessus). Nous atteignons 
maintenant, en dernière analyse, le point de départ, dans 
ce chemin que nous avons tenu à parcourir à rebours, 
afin de mieux marquer les étapes ; nous aboutissons à la 
forme primitive que Sophocle seul nous a conservée dans sa 
pureté: xszovnxç, 0. R., 107, et a-j-oÉvr/jv, EL, 272: qui 
sua ipsius manu perimit (Dindorf, Lex. Soph., 1870 ; cf. 
Ellendt-Genthe, Lex. Soph., 1872, s. v. ; Léo Meyer, Ha?i- 

Ibd. d. gr. Et., II, 182, qui compare, p. 183, ajx- 
oxty;;, etc. ; sur le sens de -évtyj;, v. ih., et Prellwitz, Et. 
wôrt.b^. , 1905, s. v. aù6. ; il compare le lat. sons, sontis). 
Reste Euripide. Celui-ci connaît xM^nr^q dans le sens de 
27 



418 JEAN PSIGHARI 

meurtrier: ajÔEvxY] çcvo), Herc. f., 839 (Prinz-Wecklein), aù- 
6£VTwv xiptç, Rhes., 873. Mais il présente aussi Syjjjlcç aùOév- 
ty;; yôov6ç, Suppl., 442. Or, voici comment raisonne à ce 
propos Kreling (De usu poet. et dialect. voc. ap. scr. gr. 
serioreSy 1886, 12-13) : aù^évir,;, dans Polybe, serait un mot 
poétique ; d'autre part, ajôÉvir;; x6ovsç n'offre point le sens 
classique, celui de Sect^uotyjç étant postérieur ; une correction 
eùOuvTYjç serait donc la bienvenue. A. Thumb, de son côté 
(Die gr. Spr. im Zeita. d. UelL, 1901, 221) est porté, lui 
aussi, à voir dans le sens différent du mot, chez les Attiques 
et Hérodote en regard d'Euripide et de la Kcivï), l'indice 
d'un Zwiespalt, — d'une bifurcation ou d'une scission, — 
entre la langue attique parlée et la langue écrite. 

Nous traitons dans un autre mémoire, des mots dits poé- 
tiques, de ceux qui se trouvent chez les poètes — Homère 
ou les tragiques — puis disparaissent dans la prose du v* s., 
reviennent dans la Koivy; et sont monnaie courante de nos 
jours. Ici nous ne voyons rien de tel. Nous avons essayé de 
suivre pas à pas le sens de notre vocable, depuis aùioév- 
TY)^ jusqu'à àçév-Yîç. Nous avons constaté un développement 
sémantique régulier. Il n'y a donc aucun lieu de corriger 
Euripide. Il ne convient pas davantage de s'étonner du 
double sens de aiôevir;? chez ce poète. Le seul fait que le 
sens de ScaTro-r^ç, maître, a prévalu plus tard et qu'il domine 
de nos jours, atteste que ce sens était en germe dans le mot . 
Euripide peut déjà l'en avoir dégagé. Ajtosvty;;, absent chez 
Eschyle (o2o-4o6 a. G.), se lit bien chez Sophocle (496- 
406)* ; V Electre et Œdipe Roi, où cette forme se rencontre, 
sont, de toute façon, postérieurs à Eschyle (cf. Christ*, 251 : 



1. C'est le seul exemple de la forme pleine. Le mot est de création ré- 
cente. Il ne se rencontre ni dans Homère, ni dans Hésiode ni dans Pin- 
dare. On a le sentiment que nous sommes encore, à l'époque attique, 
tout près du sens primitif. V. plus loin, 420 s. 



EFENDI 419 

El. entre 412-442; 0. R. en 425); bien plus, Sophocle 
n'emploie pas ajôiviT)?, alors que celui-ci est dans l'Orestie 
(438. a. G.) ; il se sert donc bien d'une forme antérieure et 
peut-être périmée. Inversement, nous avons vu aùôsviia, avec 
le sens jus^ dans les Maccabées ; cela n'empêche point aj- 
6=v-:a; YovcTç, meurtriers, et même meurtriers domestiques, 
sens très ancien, dans Sap. S al., 12, 6, où Biel veut corriger 
à tort (^Lex. in LXX, I, 1779, s. v.). Mais voici un exemple 
topique : chez l'orateur Antiphon (+411), aùôévTYjç a le sens 
à^ homicide à un passage sûrement (5, 11 ; cf. Fr. Ignatius, 
De Ant. M. eloc., Gott., 1882, 3 ; Fr. I. Brueckner, De 
tetral. Ant. Rh. adscr., Budissae, 1887, p. 6) ; mais dans 
trois autres (3, y^^ ? ^^- ^"^^ ^f- o'^X '^"^^ '^^^ [j.£'.paxicu àXX' ûç' 
éajToO S'.a^eapYjva'., v. Fr. Hausen, De Ant. tetral., Berl., 
1892, Progr. N. 113, p. 21-22 ; iô., 5 10 ; sur les trois 
passages, v. Ignatius, /. L, où sens de suicide; de même, 
Fr. I. Brueckner, /. /.), il a, non moins sûrement, celui de 
suicide — ou, comme on dit aujourd'hui, suicidé — ainsi que 
le prouvent deux endroits connexes (3 y ^^^ cf. trad. Didot, 
Or. Att., I, 1877 : homicidii in se ipsum commissi; 3 g 9, 
puerum peremptum homicidam esse, v. F. Hausen, /. /.). 
Le sens n'est pas douteux : ainsi le comprend Fr. Blass 
{Ant. or.^, 1892, Ind., p. 206 b, qui se ipse interficit; v. 
Ignatius, /. /. ; ©cvsu; est très fréquent dans Antiphon, v. Fr. 
Lov. V. Gleef, Ind. Antiph., dans Cornell stud. in class. 
PhiL, Ithaca, 1893, s. v.* ; cf. Christ*, 381 ; Ignatius, op. 



4. Indépendamment d'Antiphon, il est tout aussi certain que le sens de 
suicide a existé en grec ; cf. Sch. gr. in Eur. tr., éd. G. Dindorf, I, Ox., 
i843, 38, 16-17 (ad Tr. 655): aùOe'vTa; yàp Xsyo'J^^ "^ohc, Ixouaûo odvw [xe- 
TEpy 0U.3V0-J;, zal ajxos'vta; xo-; aùxô/sipa; Xsyo'ja-.v (cette distinction doit 
être une subtilité du scholiaste) ; Et. M., 169, 1 : ô oovsy; ô lautôv xtivvucov* 
To yàp Iv T^ cruvrjOîîa, i'xspov (il vise probablement le sens de dominus), ib., 
7 lauTÔv pàÀ"Xcov xoTç svxsatv, o iixi xoTç psT^sai. V. J. Scapula, Lex. gr. 
lat., Oxonii, 1820, s. v. aùÔ£;xr,ç, même ordre d'idées. 



4^0 JEAN PSIGHARI 

cit., 2, cf. 1 ; B. Brinkmann, De Ant. or. de Chor., 1888, 
4 s. 17 ; J. Hauler, Ant. esse orat., etc., dans Jahr. b. û. 
d. d. k. k. Staatsgymn. i. Il Bezirke v. W., 1884, p. 17. 

Voilà donc Antiphon qui emploie deux sens d'époques 
certainement différentes. Nous croyons même que celui de 
suicide est le sens primitif : c'est par là qu'on s'explique 
comment le mot reste tout d'abord confiné au sens de meur- 
trier domestique (v. ci-dessus, nos exemples). On peut éga- 
lement songer à a'jT2xi6vo; d'Esch. Sept., 681 (« se ipsum in- 
terfîciens », Dindorf, Lex. Aesch., 1876, s. v.). Le passage 
d'Hérodote, cité ci-dessus, nous fournirait, envisagé de ce 
biais, un nouveau secours : Harpage se met à la place de 
son interlocuteur et raisonne comme si celui-ci s'était tué de 
sa main; il serait alors, d'après notre hypothèse, un ajOév- 
TY); au sens propre, un suicide ; de là, au sens de tuer au- 
trui, il n'y a plus grande distance, puisqu'Harpage parle, en 
réalité, de ce qu'il a fait ou dû faire lui-même (v. ibid.). 
On sait qu' Antiphon recherchait les archaïsmes (cf. Cucuel, 
Essai sur la l. et le st. d'Ant., Paris, 1886, 29). Il est natu- 
rel qu'il se soit attaché au vieux sens de ce vocable. Pour- 
quoi ce vieux sens a-t-il péri aussi vite ? Pourquoi a-t-il laissé 
si peu de traces? C'est, vraisemblablement, parce que Vati- 
mie chez les Grecs n'était pas éteinte par la mort du crimi- 
nel et que les peines posthumes contre le suicide étaient 
faites pour frapper les imaginations (v. G. Glotz, La solida- 
rité dans le dr. crini. en Gr., Paris, 1904, p. 30 ; cf. p. 66). 
Peut-être voulut-on éviter de se servir du vocable dans ce 
sens. Nous voyons que les Grecs flottent entre diverses ex- 
pressions pour désigner le suicide et qu'ils usent volontiers 
de périphrases: œj-zbyv.Çi ôava-o; ou crçayi^, xj^oy^eipix Spaatç, 
ajToy.Tovia, ajToçovia, èpLa'Jibv /.isivo) (à7:o/,T£'!va), Stay(pao[JLai, §ta- 
^£ipiCo[Ji.ai, ©ovcùo), a^aCw) ; aÙTCxTovo)? ; aÙToaçaYi^ç, aùiotpovoç, 
aÙTO^ovs'jiTQç, aÙToipovsuç, aÙTOX-Toveo), o^bibyv.p (i.oTpa (v. ci-des- 



EFENDI 421 

SUS, p. 418, n. 1, et les dictionnaires, Courtaud-Diverne- 
resse, Dict. fr.-gr., I, 1874, s. v. suicide, etc.). Ces locu- 
tions sont assurément loin d'être toutes contemporaines ni 
toutes classiques ; elles ne nous montrant que mieux les tâ- 
tonnements, à travers les âges, autour de cette idée de suicide 
et comme la crainte de se fixer à un terme en quelque sorte 
technique, alors que çcveuç ne varie pas et se retrouve dans le 
ocviiç actuel. Je note que le grec moderne n'a rien pour quali- 
fier cet acte : on tournera par un verbe et l'on dira : cry.oiwÔYjxs, 
il s'est tué. Il est vrai qu'on peut constater la même lacune en 
français, où suicide est un mot savant. Les Grecs avaient, à un 
certain moment, créé un mot spécial, et Antiphon n'a pas re- 
culé devant le sens primitif, dans un temps où nous pouvons 
supposer que ce sens était hors d'usage. Il est le seul, du 
moins, à nous l'oiïrir. En somme, dans l'espace de 47 ans, 
nous voyons ce même mot pris dans quatre acceptions diffé- 
rentes: meurtrier domestique dans l'Orestie, en 458, et dans 
l'Œdipe Roi, en 425, sous la forme ajToëvTyjç; meurtrier et 
suicide dans Antiphon, avant 411 ; m^aître, dans les Sup- 
pliantes d'Euripide, vers l'an 421. Les cloisons ne sont donc 
pas aussi rigoureuses entre ces acceptions diverses et il ne 
faut pas toujours de longs intervalles chronologiques entre 
elles. Le sens suit plus ou moins vite la filière naturelle. Dans 
une éclosion sémasiologique presque simultanée, un sens 
peut apparaître, qui ne jettera que longtemps après toute sa 
fleur. Comme on peut très bien ranimer, à côté d'un sens 
tout frais encore, un sens déjà fané du même mot, il n'y a 
rien d'extraordinaire à ce que, à l'exemple d'Euripide, on 
inaugure, par néologisme, un sens, ou trop délicat ou trop 
neuf, qui a besoin pour dominer, de plus de temps que les 
autres. En grec, des phénomènes de ce genre se produisent 
constamment : le sens qui ne se manifeste chez les anciens 
qu'à l'état sporadique est celui qui, par la suite, prévaut. 



422 JEAN PSIGHARI 

Mais le grec a toujours besoin d'être suivi depuis la plus 
haute antiquité jusqu'à nos jours, pour nous apparaître dans 
son plein développement et pour s'éclairer à cette lumière. 

Je termine cette étude par trois réflexions qui n'ont sans 
doute pas un caractère strictement philologique, mais qui ne 
me semblent pas de nature à déplaire au destinataire du 
présent volume. 

Nous avons dit que èfèndi s'employait en parlant au Sul- 
tan. Est-ce un titre purement honorifique ? On se rappelle 
que vers 1897, le padichah actuel reçut le surnom de sultan 
rouge. L'auteur de ce qualificatif ne se doutait peut-être pas 
qu'il lui donnait ainsi un titre étymologique. 

Je préfère le moderne àapsvTYjç ; àçsvxaOpwxoç surtout me 
plaît et je l'applique ici volontiers au cher maître, qui est 
aussi un maître homme. 

Mais il n'est pas seul. 'AçsvT-.jja, que je glisse en clausule, 
exprime infiniment de choses. Je retiens surtout ici un des 
sens que le mot implique : celui de doux hommage. 

(Rédaction et documentation closes le 12 mars 1908). 

Quelques post-scriptums. I. Nous avons mentionné ci-des- 
sus, p. 406, le byzantin h xaTsravw, le gr. mod . y.aKSTavicç et le 
vén. capitanio. Nous disions que dans b xaTs^ravo) on a voulu 
voir justement l'origine du mod. xaTreiavicc. Nous ne retrou- 
vions pas à ce moment, l'auteur de cette étymologie, que, 
dans une conversation, M. Krumbacher, nous a rappelé. 
A. N. Jannaris (Byz. Z., X (1901), p. 204-207) a soutenu 
que le lat. — ou, plus exactement le bas-latin — cajntanus, 
capitaneus est une « corrupt form » de y.areTrâvo) : c /.aT£7:àvo) 
devient, par analogie des masculins, 6 v.ti-tr.hoq — d'autant 
plus facilement, ajoutons-nous, que l'on connaît icv xaTc-avo), 
ib. 206; de là, par assimilation, xaTairavcç, attesté par des 
textes. Ces formes, à leur tour, passent en latin, catepanus, 



EFENDI 423 

catapaniis, attestés également par des textes nombreux 
(v. ib., 206-7) ; enfin, une parétymologie populaire aboutit 
de catcpanns, catapanuSy à capitanus, capitanéus, capita- 
nius, d'après <?a/Jz7-,dans capit-alis, capit-ellum, etc. 
CapitanuSj dans les textes latins est postérieur à catapaniis, 
etc. Ainsi, capitanus, avec tous ses dérivés romans, vien- 
drait du grec byzantin, b y.xzzrJ^m. 

A ce raisonnement, il convient d'abord d'opposer le fait 
que le premier exemple de capitaneus, cité par Du Gange 
(jGloss. med. et inf. Lat., s. v.^, est de la même époque 
(Hincmar, x® s. ) que les catapanus de Jannaris (p. 206) : 
ceux-ci se lisent chez Trinchera {Syllabus graec. membr., 
Neap., 186o), c'est-à-dire qu'ils proviennent de Naples 
ou de Sicile, ce qui ne signifie nullement qu'ils se soient 
répandus dans toute l'Italie, malgré les catapani préposés à 
quelques provinces italiennes, depuis Basile le Macédonien 
( V. chez Jannaris, 207, le passage de du Gange, op. cit.). 

En second lieu, le gr. mod. y.a-eTavisç viendrait, de toutes 
façons, du bas-latin ou du roman, car nous ne voyons 
guère, et Jannaris ne l'explique pas, comment, en grec, 
y.x'OLT.hzz ou même xa-sTravcç deviendrait xaTusTav.oç ou 
y.ar'.-av.o;;, autrement que sous une influence romane. 

J'avais admis, ci-dessus, à cause de l'e de xaTTôTav.o;; que 
cette forme serait due à un croisement de y.xzeTZTfoq et de 
capitanio, puisque cet e ne nous apparaît pas en Italie 
et que sa présence en grec constitue un point essentiel du débat. 
Mais d'après Jannaris même (p. 203-206), xaTairavoç est pos- 
térieur à xaTs-avoç, ce qui résulte de la logique même des 
faits. D'autre part, on connaît depuis longtemps Ka-eTwXiov 
=: Gapitolium (v. J. P., Et. 7ig., 319, et ib., Dittenberger, 
Hermès, YI (1871), 138, etc., etc.); ce fait est purement 
latin, comme on peut s'en convaincre dans Schuchardt, 
Vokal.y II, 1-91, entreautres, 36, où capete de l'an 409. Je ne 



424 JEAN PSIGHARI 

connais pas de référence pour capetaneus; mais le gr. mod. 
xxTTcTavioç, avec un s, nous prouve que cette forme a existé 
en bas-latin, bien que les langues romanes ne l'en aient 
point hérité. Donc, xata-avc; doit être décidément écarté ; 
que xaTa7:avo; ait été latinisé en catapanus, cela est, croyons- 
nous, une pure coïncidence, et c'est toujours du latin qu'il 
faut partir pour retrouver l'origine des formes grecques aussi 
bien que des formes romanes. 

II. A propos de aÙToév--»;;, ci-dessus p. 417, A. Meillet me 
signale un article où lui-même a traité de cette étymologie 
{Mém. Soc. Ling., XIII (1905) 354 s. ; v. M. Bréal, ib., 
XII (1901), 7). M. Bréal, /. L, admet le sens de : « celui qui 
de son propre mouvement met fin à ses jours ». Meillet, 
op. cit., p. 355, observe que le vieil islandais sannr signifie 
a la fois vrai Qi coupable, il inclinerait donc à maintenir le 
rapprochement entre sannr, lat. sons, gr. aùôévTr^ç « maître, 
coupable » ; pour lui, le sens de "^sont-, sent-, dont il 
faut partir, est celui de « réel, auteur réel, maître 
réel » ; ce sens se serait développé et fixé d'une manière 
particulière, parce qu'il s'agit d'un mot de la langue du 
droit. 

On a vu que nous nous sommes placé àunpointdevuequel- 
que peu différent. En grec aussi, ajOév-Yjç, comme sannr, en 
vieil islandais, signifie vrai et coupable. Cela ne veut point 
dire que ces sens soient contemporains. Nous n'avons pas de 
textes suffisants 1 en vieil islandais, qui nous permettent de 
suivre le développement sémasiologique de ce vocable. Nous 
les avons en grec où celui de vrai notamment (aiÔeviaoc) 
est considérablement postérieur. Pour ce qui est de la lan- 
gue du droit, le sens de meurtrier n'en relève pas plus que 



1. V. les sources dans B. Kahle, Altisl Elem. h., Heidelberg, i900, 
p. 8-10, surtout 10. 



EFENDI 4lîS 

celui de suicidé (v. ci-dessus, p. 420). Toute idée impli- 
quant meurtre rentre dans cette langue, sans que q^sveuç 
(voir Prellwitz^ s. v. Osivo)) en ait reçu une affectation parti- 
culière, étrangère à la langue courante. Ce que l'on ne saisit 
pas très bien, dans l'espèce, en admettant comme sens pri- 
mitif celui de maître pour ajOéviyjç, c'est que la langue 
du droit se soit emparée de ce mot plutôt que de osctuctyjç, 
xupioç, •^f;'£;j.wv, etc., etc. (v. C. r. de l'Ac. d. Inscr. et B. L., 
Août, 1870, E. Egger, Des mots qui dans la langue grecqtie ex- 
priment le commandement et la supériorité, 209-240). Le sens 
de maître^ au contraire, nous est apparu, très normalement, 
ce me semble, au cours de ce travail, comme un sens dérivé. 

III. Nous avons montré (v. ci-dessus, p. 419), à propos 
du sens de suicide ou suicidé chez Antiphon, que c'était 
l'explication universellement admise pour le ajOÉvir;;, dans 
les cinq passages de la Tétralogie où ce mot se rencontre. 
Ed. Maetzner, auteur de la seule édition avec commentaires 
que je connaisse pour Antiphon S ne le comprend pas autre- 
ment : « x\j6évty;; et is dicitur qui sua manu semet interfîcit 
(cf. § H 0. § 4. 9. 10.) et is qui alium occidit (V. § 11.). )>, 
Antiph. Orat. XV, Berol. 1838, ad 3 y 4, p. 178 ^ C'est aussi 
la traduction donnée par M. Bailly dans son Dict. gr.4r^ 

Toutefois, le présent mémoire ayant fait l'objet d'une coui- 
m\xr\\c2ii\oi[\kV Association pour l'encouragement des Etudes 
grecques en France, le jeudi 2 Avril 1908, c'est-à-dire une 

1. Signalons toutefois J. P. Rossignol, Antiphon. Accus, de meurtre 
involontaire, etc. Paris, 1833, texte grec, p. 8-18, notes p. 19-28. 

2. Je possède de VAnt. de Maetzner l'exemplaire qui a appartenu à 
Fr. Blass, et, au dessus du mot aùOsvTTjv (3 y 4), il y a de la main de Blass 
(dont j'ai quelques lettres personnelles) ce mot au crayon : Selbstmôrder, 
autant du moins que je peux lire ces notes hâtives prises au crayon. 

3. Dans VInd. graecit. Antiph. des Orat. att., de Dobson, t. I, 
Lond., 1828, aùOe'vtr]; est rendu par homicida, avec renvoi à tous les pas- 
sages. L'éd. de Baiter-Sauppc (^Or. att.. 2 vol., 1839-1850) n'a, comme 
on sait, qu'un Ind. nominum, à la fin du t. II. 



426 JEAN PSICHARI 

fois mon manuscrit livré à l'impression, les observations sui- 
vantes m'ont été présentées. 

A'jOfvTY;; dans la Tétralogie, ne veut pas dire suicidé. Il 
s'agit de quelqu'un — un r.xiç, — qui se tue, il est vrai, mais 
sans le vouloir, en s'offrant, par imprudence, au coup d'un 
javelot lancé par un autre xxTç, dans les exercices de 
l'âxovTiov (èv YuijLvaaioi; yjxovtcÇov, 3a uTTÔSeaiç) : donc, aù6fvTY;ç 
implique ici une nuance de pure responsabilité, d'auteur 
responsable. 

Il est exact, en effet, que le suicide est involontaire. La 
plaidoirie nous le dit expressément : 6 l\ zaTç ^o'Skb^vtoq Tupo- 
Spaj/eiv, T2ÎJ y.atpou SiajAapTwv èv (o Siaxpé^wv eux av èxX'^Yr^, XEptSTreaEV 
oTç ojy. r^ôeXev^ àxouafwç Sa à^JLapTwv eîç èauxcv olxeiaiç auix^opaïç 
y.iypT,Txi (3 g 7-8) ; de même : jxo Sa toO Siwy.cvToç cjS' eTTr^aXoij- 
[j(.£Voç (ôç èxo)v àTC=y.Te'.v£v(3g9) et ib. 11 : ots yàp «[xapiwv au[Jt.ço- 
paTç xepixeawv o-jy, àrii^xopyjTog àjTo), etc. 

Cette critique a donc de belles apparences de raison. 
Voyons cependant les choses de plus près. 

AjÔévtyî;, dans Antiphon, est employé absolument, sans 
complément aucun et sans adjectif : ajôévrr^v ^pcaxa- 
xaYvtoaôÉVTa 3 Y 4 ; ajOéviai xaTayvcùcrOiVTc; ib. 11; e\ [j//;t£ ày.ov- 
v.QQLç i;.r<Tc £7:ivo"»^aaç ajO^vTr,;; o)v âxoB£i/CvuTat 3 â 4 ; £Î Sà «jOéviv;? 
èy. Twv X£YcpL£va)v £7:iB£(xvuTai ib. 9 ; xov TuaîSa aùôévTYjv cvxa, 
ib. 10. 

Or dans les cinq passages, sans aucune adjonction de 
çovou ou mot semblable, ajôÉvir;? désigne quelqu'un qui s'est 
tué lui-même : toute la plaidoirie tourne autour de cette 
démonstration. 

Mais que signifie aùOÉvTYîç pour l'auteur même de la Té- 
tralogie ?Aucun doute sur ce point, puisqu'il nous en donne la 
paraphrase : oj^ ^tïo tcu [;.£'. pay.îcj à aa ' 6 tp ' è a u t o D o i a 9 6 a p îj v a i 
3 S 4, ajTo; 69' èauTOj S'£9ÔapTai, ib., et surtout 3y4 où aùeÉvir;; 
se trouve commenté par les mots : 9ov£jç aj-o;; aOicj. Je ne 



m. 



EFENDI 427 



is pas ce qu'est un suicidé s'il ne répond pas à cette der- 
nière définition, si claire. 

Rien d'étonnant, au surplus, à ce que ajOevxr^c ait eu ce sens. 
Dans -èvTYjç (v. ci-dessus, p. 417), il ne peut guère y avoir, 
en somme, que le répondant grec de sons. Nous obtenons 
ainsi, comme idée primitive : coupable lui-même. Cette 
culpabilité peut tout aussi vraisemblablement s'exercer vis- 
à-vis de soi que des autres. Elle peut même commencer par 
soi. (M. André Ghevrillon m'apprend précisément qu'en 
anglais juridique^ felo de se — expression dont je ne suis 
pas à même, au moment où elle m'est communiquée, à la 
campagne, d'établir la tradition — désigne spécialement 
celui qui se suicide^. <Ï>ûv£Ù; existait déjà ^owt àivemeurtrier ; 
ajôsvTY;; aurait été réservé, un certain temps, au meurtrier 
de soi-même. Plus tard, les deux sens, celui de ajOÉvxr^ç et 
de ç)ov£jç, se confondent : o B'.wxwv ty;v Sixr^v xoO cpcvcj iva ]j.r^ 
b'^iùpioicq Y'Yvr^Tat tw ajÔÉvTY], Antiph. 5, 11. Mais à l'origine, 
il semble bien que les deux expressions n'étaient pas con- 
fondues. 

Quoi qu'il en soit, tout ceci ne vise que les acceptions 
premières de notre vocable. Dans la longue histoire que 
nous avons entreprise, nous avons surtout tenu à démontrer, 
d'après les faits, qu'un développement régulier, conforme au 
cours ordinaire de la sémantique, aboutissait au sens de 
maître y en grec moderne. 

30 mai 1908. 



Georges RAMAIN 



SUR LA SCANSION DE FACILWS 
DANS LES VERS DRAMATIQUES 



I 



SUR LA SCANSION DE FACILIUS 
DANS LES VERS DRAMATIQUES 

Par Georges Rama in. 



On sait que dans les vers ïambiques et trochaïques des 
comiques latins, les mots du ijipe facilius, ^^^^, portent 9 
fois sur 10 le temps marqué sur la syllabe initiale, comme 
s'il y avait un obstacle à l'emploi de la scansion facUiiis. On 
a proposé de ce fait deux explications. 

Persuadé que les comiques cherchent à faire coïncider 
l'accent verbal et l'ictus métrique, M. Lindsay n'hésite pas 
à déclarer que facilius n'avait pas encore perdu au vi"^ siècle 
de Rome l'accent antique, qui frappait l'initiale du mot. 
Mais la coïncidence entre l'accent et le temps marqué est 
indifférente aux comiques: ils la négligent à chaque instant, 
et, si le plus souvent ils l'observent, c'est qu'elle leur est 
imposée par le rythme et par des règles spéciales de mé- 
trique. Ainsi, des mots comme duceres, -^-, duceretisy 
-^-^, monebo, ^ — .monebimiis, ^-^^,etc., ne peuvent trou- 
ver place dans un vers ïambique ou trochaïque sans qu'un 
des temps marqués ne frappe la syllabe accentuée, tandis 
qu'il n'en va plus de même dans le rythme anapestique. Un 
mot tel que dixisses, avec coïncidence de l'accent et de l'ic- 
tus, peut s'employer dans le sénaire à quatre endroits diffé- 



432 G. RAMAIN 

rents, et à cinq dans le septénaire trochaïque, mais dixissés, 
sans coïncidence, est exclu des premiers pieds du sénaire, à 
cause de la coupe et parce que le temps marqué troisième 
ne peut porter sur une finale ; il n'est toléré au pied anté- 
pénultième que sous condition, et, par conséquent, il n'est 
régulièrement de mise qu'au cinquième pied ; pour les 
mêmes raisons ce mot ne peut figurer sans difficulté dans le 
septénaire trochaïque qu'à trois places, au premier pied, au 
second et au pénultième. D'autre part, le rythme amène 
souvent la syllabe initiale d'un mot sous le temps marqué, 
par exemple après une coupe trochaïque, auquel cas la 
coïncidence est favorisée pour nombre de mots, surtout les 
dissyllabes, et les trissyllabes formant un anapeste ou un 
tribraque, mots qui peuvent se suivre ou alterner dans un 
hémistiche, et même dans le corps entier d'un septénaire 
trochaïque. Il résulte de ces constatations que fdcilius, loin 
de prouver en faveur de la coïncidence, est au contraire un 
des exemples les plus typiques que l'on puisse invoquer 
contre elle*. 

M. Vendryes {Recherches sur l* histoire et les effets de 
l'intensité initiale en latin, p. 146 sq.) explique la prépon- 
dérance de fdciliiis ipSiV une survivance de l'intensité initiale, 
qui, à une époque antérieure, coupait les mots du type 
v^^w- en 2-f-2, les deux brèves initiales formant couple. 
Selon lui, les comiques avaient encore le sentiment que les 
deux premières brèves étaient naturellement accouplées et 
ne pouvaient par suite former que la monnaie d'une même 
longue. Si parfois ils scandent faci/ius, c'est que de leur 
temps l'intensité initiale était affaiblie. On serait donc en 
présence « d'un procédé dont l'emploi est arbitraire » 
(p. 161). Il est une première objection que l'on ne man- 

i. Cf. L. Havet, Cours élémentaire de métrique, 4^ éd., p. 226-230. 



SCANSION DE FACILIUS 433 

quera pas de faire à cette théorie : si Temploi de fdcilius 
et de facilius est arbitraire, comment se fait-il que les 
exemples de facilius soient neuf fois moins nombreux chez 
Plaute, et chez Térence huit fois? En voici une seconde, 
beaucoup plus grave : si l'emploi de facilius est arbitraire, 
cette scansion doit se rencontrer indifféremment à toutes les 
places du vers, et sans préférence pour telle ou telle place. 
Or, — et c'est ce que n'ont remarqué ni M. Lindsay niM. Ven- 
dryes, — il y a une place où facilius n'est point admis, et 
il en est une autre où il s'installe de préférence. 



Pour le démontrer, je prendrai les listes mêmes de 
M. Lindsay (Philologus, 51 (1892), p. 367-370). Si soigneu- 
sement épurées qu'elles soient, il faut pourtant en défalquer 
les exemples suivants. 

Aul. 159. Sed est grandior natu, média est mulieris aetas. 

M. Lindsay voyait dans ce vers trois bacchées suivis d'un 
membre ïambique. M. L. Havet avait cependant montré 
qu'on avait là un vers de Reiz altéré, et que dans cette es- 
pèce de vers le deuxième membre est une tripodie anapes- 
tique catalectique {Revue de philologie, 1887, p. 142 sq.). 

Men, 978. Nam magis multo patior facilius uerba : uerbera ego odi. 

M. Lindsay croyait à un octonaire trochaïque, malgré la 
fausseté criante de la coupe. M. Léo n'a pu parvenir à scan- 
der ce vers qui fait partie d'un canticum, mais il y a reconnu 
avec raison des anapestes. 

On écartera encore, comme n'appartenant pas au rythme 
ïambique ou trochaïque, Most. 339. 

Stich. 769. Qui îônicus aut cinaedicus<t>, qui hoc taie facere possiet. 



I 



434 G. RAMAIN 

M. Lindsay scande /onzcws sans autre garantie que l'opi- 
nion de M. R. Klotz. lônicus doit garder dans ce vers, d'ail- 
leurs étrangement corrompu \ sa prosodie ordinaire. 

Asin. 534. — Hic dies summust apud me inôpiae excusatio. 

Ce vers est évidemment mutilé. On a proposé d'insérer 
quo est après summust. Même avec ce complément, on ne 
peut scander inôpiae qu'en laissant un hiatus devant excu- 
satio : mais ne peut-on pas tout aussi bien le supposer et 
l'admettre après me ? 

Pseud. 704. Quaero quoi ter trina tripUcia, tribus modis tria gaudia. 

Triplicia coïncide avec un dactyle irrationnel. Il est pro- 
bable que triplicia formait exceptionnellement un procé- 
leusmatique, à cause de la coupe et de la ponctuation (cf. 
Léo, apparat), et peut-être à cause de l'intention comique. 

Enfin, Most. 486, abiimus doit se lire abïmus. 

D'autre part, il y a des vers où tout au moins la place de 
facilius n'est point assurée. 

Truc. 810. Magis pol haec malitia pertinet ad uiros quam ad mulieres. 

Ce septénaire n'est tolérable en aucune façon, parce qu'il 

1. Laissant de côté la difficulté de scansion, pourquoi Ioniens au lieu 
de Ion, et cinaedicus au lieu de cinaedus ? Faut-il suppléer homo ? mais 
ce n'est guère l'usage de Plaute de le supprimer. Au reste, si on dit 
cantio cinaedica, « un air à danser » (Stich. 760), Plaute n'a pu dire et 
n'a jamais dit homo cinaedicus pour cinaedus (cf. Poen. 1318-1319, Stich. 
77-2, et surtout Mil. 668, Tarn ad saltandum non cinaedus malacus 
aeque est atque ego). D'autre part Ioniens = Ioniens homo serait évidem- 
ment donné comme le type du danseur : dans ce cas que signifie la 
correction aut cinaedicus, ou quel intérêt peut-elle avoir ? Notre vers n'a 
qu'un sens, qui éclate pour ainsi dire : « Quel danseur ionien est capable 
d'en faire autant ? », ce que Plaute a dû exprimer ainsi : « Qui Ioniens 
cinaedus est qui hoc taie, etc. » Mais un copiste a lu et écrit cinaedicus, 
sous l'influence de Ioniens. C'est une faute psychologique bien connue. 
Comme les deux adjectifs rapprochés n'offraient aucun sens clair, un révi- 
seur a cru bien faire en insérant entre eux un aut, sans se douter que le 
vers en deviendrait faux. 



SCANSION DE FACILIUS 43S 

n'a de coupe ni après le quatrième pied ni après le cin- 
quième, et que le cinquième temps marqué y tombe sur 
une finale. Sans doute quelque accident y est venu déranger 
l'ordre des mots. Brix lisait : magis pol pertinet haec màli- 
tia, etc., ce qui semble lever toute les difficultés. Cependant 
je ne chercherai pas à expulser nialitia, et je préfère l'ordre 
suivant qui me paraît meilleur, et qui n'est pas plus diffi- 
cultueux : magis pol haec ad uiros malitia pertinet^ etc. 

Gapt. 240. Audio. — Et propterea saepius te uti (ut mss.) memineris 

[moneo. 

Ce vers non plus n'a pas de coupe. Pour lui en trouver 
une, on est obligé de le transformer en septénaire. Les uns 
proposent de rappeler moneo devant saepius : cette correc- 
tion a l'inconvénient de détruire une allitération, mais 
comme elle offre un ordre des mots naturel, qui est ici tout 
à fait de mise, et que de plus elle écarte en même temps 
memineris, elle n'est pas invraisemblable. Les autres veulent 
rejeter saepius à la fin du vers: en ce cas le vers aurait une 
coupe au trochée cinquième, ce qui est parfaitement régu- 
lier, et par ainsi memineris se trouverait à la coupe. 



Most. 43. Si tu oies, neque sripérior quam erus accumbere. 



■ 

^^H Les éditeurs sont à peu près unanimes à condamner 

^Kbuam erus qui n'est donné que par B, et qu'il est bien dif- 

^Bficile de défendre. S'appuyant sur le contexte (v. 42, non 

^ omnes possunt olere unguenta exoticà)^ M. Léo corrige su- 

perior quam erus en superiores. Cette correction est peu 

vraisemblable, puisqu'elle donne un vers sans coupe. Il est 

possible que super ior soit authentique, il est très possible 

iiussi qu'il soit le produit d'une corruption \ 
1. Peut-être superior vient-il de super erum, t( à la place d'honneur ». 
Dans ce cas, il faudrait lire : neque super erum <,uti tu^ accumbere. 



436 



G. RAMAIN 



Il y a lieu de conserver misérias dans Gist. o89-o90, bien 
que le second hémistiche soit inintelligible, et Cure. 461, 
malgré l'incertitude de la fin du vers. 

Les 61 cas de facilius relevés dans Plante par M. Lind- 
say, et reconnus garantis par les manuscrits, se réduisent 
donc à 54, parmi lesquels 3 sont douteux, mais non pas 
éliminables à priori. En y ajoutant deux exemples omis, 
Asin. 724 et Poen. 1203, cela fait 56. 

En ce qui concerne les citations de Térence, au nombre 
de 22, on laissera de côté Eun. 539, où coiimus peut se ré- 
duire à colmus. 

Je vais maintenant transcrire tous ces exemples d'après la 
place que facilius occupe dans le vers, et en groupant les 
vers de même espèce. 

Sênaires : 

Asin. 751. Diàbolus Glauci filius Clearetae 

Cure. 461*. Sequimini. — Leno, caue in te sit mora (morari VE) 

[mihi 
Merc. 700. Misérior mulier me nec fiet nec fuit 

Andr. 71 . Inôpia et cognatorum neglegentia 

Hec. 433. Mycônium, qui mecum una uectust, conueni 



Aul. 344. Ibi si perierit quippiam, quod te scio 

Bacch. 3:28. Facito ut memineris ferre, — Quid opust anulo 

Capt. 190. Multis holéribus. — Curato aegrotos domi 

Cist, 589-90*. Ad meas misérias f alias faciem consciam 

Epid. 490. Nam pro fidicma haec cerua supposita est tibi 

493. Euge, euge, Epidice, frugi es, pugnauisti, liomo es 

Mil. 49. Edepol, memôria es optuma. — Offae monent 

Most. 544. Nihil est misérius quam animus hominis conscius 

Pers. 730. Tune quando abiero. — Quin taces? seio quid uelis 

Poen. 976. Numnam in balîneis circumductust pallio ? 

Pseud. 2. Ere, quae misériae te tara misère macèrent 

21. Quae me miser ia et cura contabefacit 



SCANSION DE FACILIUS 437 

Ilud. 503. Quidue hinc abîtio quidue in nauem inscensio 

544. Totam Siciliam deuoraturum insulam 

ndr. 15. Id isti uitûperant factum atque in eo disputant 

um. 671. Quid hue tibi reditiost ? quid uestis mutatiost? 

Heaut. 22. Tum quod maléuolus uetus poeta dictitat 

391. Patris et facilitas (facultas ACP) praua. — Fratris 

[me quidem 



t 



Ad. 37. Aut uspiam ceciderit aut praefregerit 

Most. 43*. Si tu oies, neque supérior quam erus accumbere 

Heaut. 367. Vt illius animum cupidum inôpia incenderet 

Phorm. 69, Gui tanta erat res et supérerat ^ — Desinas 

605. Si ab eo nil fiet, tum hune adôriar hospitem 

Septénaires troghaïques : 

Epid. 552. Tuae memôriae interpretari me aequom censés. — Com- 

[mode 
Mère. 662. Si ille abierit, mea faetum omnes dieent esse ignauia. 

Poen. 883. Eo facilius faeere poterit. — At ego hoc metuo, Mil- 

[phio 
Truc. 806. Vt facilius alia quam alia eundem puerum unum parit 

Capt. 1022*. Nunc demum in memôriam redeo, cura meeum recogito 

Cas. 965. Redi sis in cubiculum. Periisti hercle. Age, accède hue 

[modo. 
Poen. 1203. Multa sunt mulierum uitia, sed hoc e multis maxumum 

[est 

Asin. 520. Vbi quiesco, omnis familiae causa constitit tibi 

Aul. 596. Qui laborent minus, facilius ut nent et moueant manus 

Capt. 586. Filium tuom quod redimere se ait, id ne utiquam mihi 

[placet 
1002. Nam ubi illo adueni, quasi patriciis pueris aut mone- 

[rulae 

1023. Nunc edepol demum in memôriam regredior audisse me 

Cure. 619. Quam ego pecuniam quadrûplicem abs te<d> et 

[lenone auferam 



438 G. RAMAIN 

Merc. 415. Vt raatrcm addecct familias, aut Syram aut Aegyptiam 

657. Adeo dum illius te cupiditas atque amor missum facit 

Mil. 747. Et tibi sunt gemini et trigémini, si tu bene habes, filii 

Pseud. 281. Nimio id quod pudet facilius fertur quam illud quod 

[piget 
705^. Fraude partas per malitiam et per dolum et fallaciam 

Rud. 1217. Quod promisisti ut memineris, hodie ut liber sim. — 

[Licet 
Andr. 978. Sequere hac me ; intus apud Glycérium nunc est. Tu, 

[Daue, abi domum 
Heaut. 648. Maie docet te mea facilitas multa. Sed istuc quicquid 

[est 
Hec. 361. Nequeo mearum rerum initium ullum inuenire idoneum 

Ad. 867. Duxi uxorem : quam ibi misériam uidi ! nati tilii 

Truc. 810*. Magis pol haec ad uiros malltia pertinet quam ad mulie- 

[res. 

Amph. 269. Atque hune telo suo sibi, malitia a foribus pellere 

Cure. 559. Ne tarpezita exulatum abierit, argentum ut petam 

Rud. 422. Subuolturium, illud quidem subdquilum uolui dicere 

Stich. 570. Graphicum mortalem Antiphonem, ut apôlogum fecit 

[quam fabre 
Capt. 240*. Audio. — Et propterea te ut memineris moneo saepius. 

Cure. 309. Quid tibi est ? — Tenebrae oboriuntur, genua inédia 

[succidunt 
Most. 1170. Aliud quiduis impetrari a me facilius perferam 

Poen. 300. Inuidia in me numquam innata est ncque malitia, mea 

[soror 
Pseud. 1209-10. Harpax ego uocor, ego seruos sum Macédonis militis. 

OCTONAIRES A COUPE TROCHAÏQUE. 

Heaut. 263. Nemo est misérior me. — Hic de nostris uerbis errât 

[uidelicet 
Eun. 315. Si quae est habitior paulo, pugilem esse aiunt, dedu- 

[cunt cibum 

Pers. 259. Nâm erus meus me Erétriam misit, domitos boues ut 

[sibi mercarer 



SCANSION DE FACILIUS 439 

Phorm. 816. Quid istùc negoti est? — lamne opéniit ostium. — lam. 

[ — luppiter 
Hec. 570. Hoc mihi ùnum ex plurumis misériis relicuom fuerat 

[malum 

Capt. 913. Arripuit gladium, praetruncauit tribus tegôribus glandia 

Andr. "210. Si illùm relinquo, ejus uitae timeo ; sin opitulor, huius 

[minas 

Septénaires ïambiques et ogtonaires a coupe ïambtque. 

Cist. 713. Facilius posset noscere qiiae erae [meae] supposita est 

[parua 

Amph. 4060. Nec me misérior femina est nec ulla iiideatur magis 
Andr. 203. Vbiuis facilius passus sim quam in hac re me deludier 

Narrationis incipit mi initium. — Quid me fiet 

Nam si haec non nubat, lugubri famé familia pereat 
Quid tu ais? — Dominus me bouis mercatum Erétriam 

[misit 
Nimia omnia nimium exhibent negoti hominibus ex se 

Quid ego aliud exoptem amplius nisi illud quoius inépia 

[est 

Tétrapodie ïambique. 
Epid. 27». Epidice, abest. — Quidnam ? — Scies 



Ce tableau nous fait voir que facilius ne figure pas sous 
l'avant-dernier temps marqué, sauf dans le septénaire ïam- 
bique, et que sur 68 vers munis d'une coupe trochaïque, il 
y en a 36 au moins, 37 au plus, où il se présente au 
deuxième pied dans les sénaires, au quatrième dans les sep- 



Andr 


. 709. 


Cist. 


43. 


Pers. 


322. 


Poen, 


.239. 


Asin. 


724. 



440 G. RAM AIN 

ténaires et les ocionaires, c'est-à-dire à la coupe usuelle. 
D'autre part un sénaire peut-avoir sa coupe après le septième 
demi-pied, et un septénaire après le cinquième pied : c'est 
le cas pour Ad. 37, Most. 43*, et pour Amph. 269, Cure. 
559 S Rud. 422 et Capt. 240*. Facilim s'offre aussi à cette 
dernière place. Il est donc au total employé à la coupe au 
moins 40 fois, au plus 43. Raisonnablement on ne peut sou- 
tenir que cette fréquence de facilius à la coupe est fortuite, 
mais au contraire il est bien évident que la coupe favorise 
l'emploi de /ad fes. Pourquoi? C'est cette question qu'il 
convient de résoudre en premier lieu dans l'examen du 
problème. 

Je prends le cas d'un polysyllabe de trois demi-pieds, 
dont le premier est appelé à former le demi-pied faible d'un 
pied indifféremment pur ou condensé. Avec des mots du 
type negoti ou consilio, la scansion n'offre aucune difficulté ; 
elle est en effet infaillible, le pied pur ou le pied condensé 
se trouvant imposé à l'acteur. Il en est de même avec un 
moi tel que criiciattis: l'acteur se représentait instantané- 
ment les trois premières syllabes, à cause du contraste et de 
l'équivalence des deux brèves et de la longue, et il voyait 
qu'en prenant les deux brèves pour le demi-pied faible, le 
pied suivant se trouvait assuré. Mais il en va tout autrement 
avec facilius. Ici la série des brèves successives est pour 
l'acteur un ensemble confus et un sujet d'hésitation. Il ne 
peut prendre les deux premières brèves pour faire un pied 
condensé : ce serait manquer le pied suivant, perdre le 
rythme et s'embrouiller. Il est donc tenu de ne prendre que 



1. Il n'y a pas à tenir compte de l'élision, et exulat(iim) équivaut à 
un trissyllabe portant le temps marqué sur la finale. La coupe au trochée 
cinquième est attestée, parce que, dans ces conditions, le troisième pied 
est pur, et que les trois demi-pieds qui suivent le quatrième demi-pied 
fort sont constitués par un seul mot. 



SCANSION DE FACILIUS 441 

la première brève, de manière à former le pied suivant avec 
le reste du mot. Rien de plus simple en théorie, mais en 
pratique rien de plus incommode. Car il n'y a rien dans le 
mot qui isole la première brève et qui contraigne l'acteur à 
la prendre pour demi-pied, comme c'est le cas avec un 
mot tel que negoti, et, d'autre part, il lui est très difficile 
de surmonter la tentation de former le demi-pied avec les 
deux brèves initiales, à cause de la fréquence des types 
crucior, cruciatus, et de la rareté relative du type faci- 
iius; il y a là une habitude à vaincre. Pour se représenter 
nettement la scansion ^i ^^^, il a besoin d'un temps de 
réflexion ; or, dans un membre de vers que ne coupe au- 
cune ponctuation, ce temps lui est refusé : entraîné par le 
débit, il suit la pente familière qui le conduit à prendre les 
deux brèves, ou, si à ce moment il s'aperçoit du danger, il 
hésite devant l'obstacle. C'est pourquoi il est nécessaire 
qu'une circonstance extérieure au mot ou bien engage natu- 
rellement l'acteur dans la scansion facilius, ou bien lui per- 
mette de la prévoir et de s'y préparer. Le premier cas se 
produit quand le demi-pied fort qui précède facilins est 
composé de deux brèves, parce qu'alors l'acteur se trouve 
guidé sur la scansion facilius par la nécessité d'éviter une 
sécution irrationnelle, ^^^^, qui ne s'impose pas. Notre ta- 
bleau nous offre un certain nombre d'exemples où facilius 
ne se justifie que par la présence d'un demi-pied fort de 
cette espèce, par exemple, au deuxième pied du septénaire 
trochaïque,Epid. oo2, Poen. 883, au troisième de l'octonaire 
trochaïque, Pers. 2o9 (nàm erus méûs me Erétriam, etc.). 
Le second cas se présente spécialement lorsque facilius est 
suivi de la coupe, parce qu'à ce moment l'acteur cherche à 
terminer le premier hémistiche avec le mot, et qu'ainsi il 
est obligé de porter son attention sur sa configuration proso- 
dique : il lui est donc relativement aisé de choisir la scansion 



442 G. RAMAIN 

facilius. Il arrive aussi qu'une pause dans le débit ait lieu à 
l'intérieur d'un hémistiche, où elle s'indique par une ponc- 
tuation. On conçoit qu'alors la ponctuation rende à l'acteur 
le même service que la coupe. Et en effet, il y a dans notre 
liste des exemples où l'emploi de facilius ne s'explique que 
par la présence d'une ponctuation, par exemple, au deuxième 
pied du septénaire trochaïque, Merc. 662, au troisième. 
Cas 96o ; au deuxième pied de l'octonaire ïambique à 
coupe trochaïque, Ileaut. 263. 

Enfin c'est pour une raison de même ordre que facïlius a 
sa place au premier pied des vers ïambiques, et au premier 
pied d'un second membre ïambique asynartète (par exemple 
Andr. 709) ; car, au début d'un vers, l'acteur tâte le rythme 
pour ainsi dire avant de s'y engager délibérément, et c'est 
consciemment qu'il fait tomber le temps marqué sur la se- 
conde brève de facilius. 

Il est une autre place du vers qui visiblement convient à 
facilius, puisqu'on l'y trouve neuf fois ; c'est le pied antépé- 
nultième dans le sénaire, le septénaire trochaïque et l'octo- 
naire ïambique. Or ce pied, chez Plante et chez Térence, 
est l'objet d'un traitement spécial. On y rencontre la très 
grande majorité des archaïsmes intérieurs, comme siet, per- 
duis, etc., et presque toutes les syllabes indifférentes, par 
exemple, fingeré,Asm. 250, fiiid, Cist. 606, etc\ J'ai mon- 
tré en outre qu'à cette place la brève abrégeante exerce ra- 
rement son action. Les mots ïambiques, ou susceptibles 
d'être ïambiques en position, laissent retomber leur finale 
sous le temps marqué : c'est là que l'on constate les exemples 

4. Cf. Revue de philologie, 1903, p. 203, et 1906, p. 31. De son côté, 
M. H. Jacobsohn venait de faire la même constatation (Quaestiones Plau- 
tinae metricae et grammaticae, Goettingue, 1904). Je n'ai connaissance 
de ce travail que par la mention qu'en ont faite M. Lindsay dans les 
Jahresberichte de Mueller, 1907, et M. P. Friedlânder dans son article 
zum Plautin. Hiat {Rhein. Muséum, 1907). 



m 



SCANSION DE FACILIUS 443 

les plus nombreux et les plus assurés de mihi, mï(hi), 
intérieurs ; c'est là que M. Léo reconnaîtrait les satis et les 
nim dont il n'a pu se débarrasser sans difficultés, Eun. 
577, Heaut. 197, Capt. 608, Most. o51, Phorm. 5o5 (Plaid. 
Forsch., p. 269 et 304). Les exceptions sont relativement 
peu nombreuses, étant donné la masse considérable des sé- 
naires et septénaires trochaïques chez Plante et Térence, et 
pour une bonne moitié, elles se rencontrent dans des vers 
où le texte n'est pas assuré, où le sens et surtout la métrique 
sont en défaut, si bien qu'on est en droit de les suspecter 
toutes, sous certaines réserves de prosodie, bien entendu. 
Comme d'autre part on ne peut employer à cette place un 
mot du type meminï qu'à la condition que les quatre demi- 
pieds restants soient constitués par un seul mot, toutes ces 
habitudes de scansion propres à notre pied font que l'acteur 
n'a de sécurité, quand il veut former le demi-pied faible 
avec deux brèves, que si ces brèves font partie d'un mot 
pyrrhique, d'un trissyllabe à finale élidée, ou de polysyl- 
labes comme alienus, alienatus. On comprend donc qu'ainsi 
averti, il lui soit possible de préparer la scansion fàcilius. 
Tout au contraire, dans le pied suivant, l'abrègement est 
l'habitude : boni et uolûptas sont obligatoires et memini 
recherché. Il est donc au plus haut point dangereux d'ame- 
ner à cette place faciliiis, malgré l'aide du monosyllabe qui 
terminerait le vers : l'acteur aurait trop de peine à ne pas 
scander fàcilius sit sur le modèle de alienus sit. C'est pour 
cette raison sans doute ({wq fàcilius ne se trouve pas au der- 
nier pied. 

C'est par des considérations analogues qu'il faut, je pense, 
expliquer la présence de fàcilius au deuxième pied de l'oc- 
tonaire ïambique à coupe ïambique (Àmph. 1060, Andr. 
203), et au deuxième pied dans le second membre du sep- 
ténaire ïamLique (Cist. 45, Pers. 322, Poen. 239). En effet 



444 H. RAMAIN 

dans les octonaires de l'espèce susdite, les deux hémistiches 
ont la même structure, et le deuxième pied est traité tout à 
fait comme le pied antépénultième. D'autre part, dans le 
second membre du septénaire ïambique, le second pied est 
toujours pur quand le temps marqué tombe sur une finale^ 
et les abrègements y sont rares et suspects ^ 

Enfin l'emploi de faciliiis comme dernier mot du septé- 
naire ïambique (Asin. 724) n'a pas besoin de commentaire. 

Restent cinq exemples auxquels les raisonnements ci-des- 
sus ne peuvent s'appliquer. Il en est un, Capt. 1022, qu'on 
peut écarter tout de suite. Tout le monde en effet s'accorde 
à regarder ce vers comme un remaniement du vers 1023, et 
il est intéressant de constater que dans ce dernier memôriam 
est à la coupe. L'exemple suivant ne peut être maintenu tel 
quel : 

Stich. 570. Graphicum mortalem Antiphonem 1 ut apôlogum fecit quam 

[fabre I 

La forme des deux demi-pieds constitués par ut apôlogum 
est unique dans le texte de Plaute^ On s'en est bien rendu 
compte, mais, en fait de correction, on n'a encore proposé 
que la suppression de quant, correction qui ne serait pas 
heureuse, parce que le tour est excellent et parfaitement 
employé. Il semble qu'il y a lieu de lire : apôlogum ut fecit 
quam fabre. L'ordre des mots est ainsi plus expressif. Apô- 
logum se trouve alors à la coupe au trochée cinquième. 



i. Il n'y a que trois exceptions : Asin. 416, contempsisti, dernier mot 
d'une réplique ; Rud. 4336, cleiera te mi argentum daturum, et Cas. 
823, uhi tantillum (tantulum P) peccassis, dans un septénaire isolé au 
milieu d'un canticum de mètres très variés. 

2. On y relève même un exemple de magis, Asin. 573. 

3. Il ne faut pas confondre ce cas avec celui de meum ôffîcium, Ad. 
593, tuom ôfficium, id. 980, où l'abrègement, déterminé par la nécessité 
d'éviter une coupe fausse, impose la scansion de ôfficium. 



SCANSION DE FACILIUS 445 

comme clans Cure. 559. Quant à la faute, elle s'expliquerait 
par la chute de ut et par une restitution fondée sur l'ordre 
des mots le plus commun. Si nous passons aux autres cas, 
on voit que dans Truc. 806: ut faciliiis, etc., il suffit de 
lire iiti au lieu de ut^ pour justifier facïlius. En ce qui con- 
cerne Poen. 1203 : multa sunt mulierum, l'allitération 
mûlta mûlienim paraît s'imposer; aussi M. Léo n'a-t-il pas 
crainte de faire passer dans son texte cette ancienne correc- 
tion. Il n'y a que Eun. 315 : si quae est habitior paido, etc., 
qui reste inexpliqué. 

M. Lindsay a réservé les cas où les mots du type facïlius 
sont des composés avec les préfixes re-y pro-, par exemple, 
recipio, propitius, à cause d'une prosodie possible rêcipio, 
prôpituis. Quand on examine ses listes, on voit que tous 
les exemples cités rentrent dans les cadres que nous avons 
indiqués : premier pied du vers, ou du second membre du 
septénaire ïambique et de l'octonaire ïambique asynartète, 
Gist. 451, Rud. 696, Andr. 733, Eun. 898, 996, Phorm. 2, 
Hec. 47, Poen. 454 ; — coupe, Amph. 684, Asin. 897* 
«re>wema5), Aul. 710, Bacch. 843, Gapt. 539, 655*, 
Cure. 321, Merc. 547*, Poen. 1054, Stich. 496, Andr. 730, 
Amph. 1065, Cure. 557, et au trochée cinquième, Asin. 
233; — pied antépénultième, Cist. 506, Men. 142, Stich. 
685*, Heaut. 228 ; — fin du septénaire ïambique, Aul. 804 ; 
— après un demi-pied fort de deux brèves, Capt. 625, 
Bacch. 452 ; — devant une ponctuation. Ad. 985 (cf. Caec. 
fragm. 91), et peut-être Ad. 592. Je n'ai pas relevé Amph. 
645, et pour cause; d'autre part Mil. 229 n'est pas garanti, 
les mss. ayant au premier pied tude et non tu. Les excep- 
tions se réduisent ainsi à une seule, Merc. 956, où propi- 
tiam est au premier pied d'un septénaire trochaïque : tam 
propitiam. reddam, etc. Si l'on se reporte au contexte, on ne 



446 G. RAMAIN 

etc. Il en résulte que chez Plaute et Térence, re- et pro- de- 
vaient être brefs. 

En ce qui concerne les fragments des dramatiques, on 
fera les mêmes constatations. Facilius est au premier pied, 
Caec. 228, 2o6, Pac. 223, Ace. 543 ; à la coupe, Pac. 4 
(hephtém.), 138, Ace. 99, Lab. 30, Publ. Syr. (cité par 
Pétr. 55); au pied antépénultième. Enn. 129 ; devant une 
ponctuation, Caec. 91, Naeu. tr. 16, Pac. 53. Dans Turp. 
110, le premier pied n'est pas assuré ; 68, on peut lire uti: 
ut. Enn. 24, on pouvait peut-être encore scander réfugiât. 

On doit rapprocher de facilius les mots de plus de quatre 
syllabes à trois brèves initiales, par exemple facUitate. Ces 
mots, ainsi scandés, sont naturellement très rares ; mais 
quand on les rencontre, on voit qu'ils sont employés avec 
les mêmes précautions que facilius. Ainsi, au pied antépé- 
nultième. Most. 39, oôôluisti; de manière à se terminer à la 
coupe, Pseud. 93, ahàlienatur, Trin. 513, abdlienare ; au 
pied antépénultième et terminant le vers. Cure. 174, abd" 
lienauerit, Trin. 556, abdlienarier ; au pied antépénultième 
et après un demi-pied fort de deux brèves, très probable- 
ment Andr. 232, facilitatem ; pour terminer le premier 
membre d'un septénaire ïambique, Asin. 693, aniticulam ; 
devant une ponctuation, Gapt. 911, caldmitasque\ 

* 
* * 

Ainsi donc l'emploi de facilius serait uniquement réglé par 
les conditions pratiques de la versification dramatique. Faci- 
lius n'est d'un usage commode que s'il porte sur l'initiale le 
temps marqué. Mais quand sa première syllabe doit former 

1. A cause de l'élision, caMmitasgwe est ici le parfait équivalent de 
facilius. M. Lindsay aurait dû le comprendre dans sa liste : il est vrai que 
sa théorie l'en eût empêché. — Le cas de lusciniolae n'a rien avoir avec 



tf 



SCANSION DE FACILIUS 447 

un demi-pied faible, il devient au contraire d'un emploi très 
gênant, parce que la très grande majorité des polysyllabes 
deux brèves initiales est du type ^^- -, et non du type 
^- • -, et qu'ainsi l'acteur a l'habitude, s'il rencontre un 
ot commençant par deux brèves, de prendre ces deux 
brèves pour en faire un demi-pied faible. D'où la nécessité 
e placer faciliiis dans des conditions telles que l'acteur soit 
amené à réagir contre ses tendances, et à ne prendre qu'une 
brève au lieu de deux. On conçoit dès lors que fdciliiis soit 
deux fois plus fréquent que facilius. Par là se trouve vérifié 
une fois de plus le principe énoncé par M. Louis Havet, à 
savoir que la versification de Plante et de Térence repose 
« sur la nécessité de guider la voix de l'acteur par la dispo- 
sition même des mots » {Revue de philologie, 1901, p. 100, 
note 1). 



celui de facilius, parce que le demi-pied fort qui précède les trois brèves 
fait partie du même mot que les trois demi-pieds qui suivent. Plaute a 
d'autres raisons pour scander lusciniolae de préférence à lusciniolae. 
Il scandera d'ailleurs adsimiliter quand le besoin s'en fera sentir, Bacch. 
951 (cf. pollucibiliter, Most. 24), et Térence terminera très bien un vers 
par aequdnimitas, Phorm. 34. 



Théodore REINAGH 



LA DATE DU MIME II D'HÉRODAS 



29 



LA DATE DU MIME II D'HERODAS 

Par Théodore Reinach. 



Les premiers commentateurs d'Hérodas, sur la foi d'un 
passage ambigu du Mime I" (vers 30), plaçaient la floraison 
de ce poète sous le troisième Ptolémée, Evergète ; et cette 
opinion rencontre encore d'éminents défenseurs, tels que 
M. de Wilamowitz. Plus généralement cependant on incline 
aujourd'hui à reporter rà/.[j.7^ de notre mimographe au règne 
précédent, celui de Ptolémée II Philadelphe (284-246), et 
même à la première partie de ce règne. Cette nouvelle 
thèse s'appuie surtout sur le Mime IV où il est question des 
fils de Praxitèle (dont Pline place l'apogée vers 296-3) 
comme d'artistes vivants, et du peintre Apelles comme d'un 
génie encore discuté, à peine descendu dans la tombe : or, 
Apelles qui peignit plusieurs portraits de Philippe (mort en 
336) ne doit guère avoir vécu au delà de l'an 300 ou 290. 
Ces arguments, auxquels on pourrait ajouter celui qu'on 
tire de la mention répétée du darique (Mime VII) comme 
d'une pièce de monnaie encore courante, me paraissent 
probants ; mais ils sont trop connus pour que j'y insiste. En 
voici un, dans le même sens, qui, si je ne m'abuse, n'a pas 
encore été présenté. 

Dans le début, assez mutilé, du Mime II (Battaros), 



452 T. REINAGH 

on lit ces vers (v. 16 - 17), dont la restitution est aujourd'hui 
certaine : 

epei xà^' ^^"^^ ' ^? AxYjç èXi^XouOa 

« Il (Thaïes) vous dira peut-être : Je suis venu d'Acé avec 
une cargaison de blé, et j'ai fait cesser la funeste disette. » 

Acé, aujourd'hui Saint-Jean-d'Acre (Akka), la cité la plus 
méridionale de la côte phénicienne, a changé plusieurs fois 
de nom dans l'antiquité. Après s'être appelé Accho ou Acé 
sous la domination perse et macédonienne, elle prit le nom 
de Ptolémaïs sous les Ptolémées, d'Antioche èv nxcXeiAaiBt 
sous les Séleucides, de Colonia Claudia Ptolemais à l'époque 
impériale romaine. A quelle date exacte s'est accompli le 
premier de ces changements, celui d'Acé en Ptolémaïs ? Les 
textes ne nous renseignent pas positivement à cet égard, 
mais il est possible de resserrer le problème avec une assez 
grande approximation. 

Tout d'abord il ne saurait s'agir ni de la première occu- 
pation ptolémaïque de la Coelé-Syrie (330 av. J. G.), ni de 
la seconde (312), celle qui suivit la victoire de Gaza. En * 
effet, peu après cette bataille, Ptolémée P"", devant un retour 
offensif d'Antigone, dut évacuer sa conquête et, en se reti- 
rant, il détruisit de fond en comble (xaT£(7xa4'£), dit Diodore 
(XIX, 93), plusieurs villes, entre autres Acé. Le changement 
a donc eu lieu pendant la troisième et principale occupation 
ptolémaïque, celle qui dura jusqu'en 198 av. J. G. L'origine 
dé cette occupation est malheureusement inconnue. Naguère 
avec M. Koepp on la plaçait en 295 ; mais M. Bouché- 
Leclercq, reprenant la thèse de Droysen, a donné de bonnes 
raisons pour la faire descendre jusqu'aux premières années 
du règne de Ptolémée 11 Philadelphe, vers 280, « à la 
faveur des troubles déchaînés par la mort de Séleucus Ni- 



DATE DU MIME II D'HÉRODAS 4o3 

cator. » Telle serait la limite supérieure du changement du 
nom d'Acé en Ptolémaïs. 

La numismatique va-t-elle nous permettre de préciser un 
peu davantage ? 

Il existe une série de statèresd'or, de drachmes et de tétra- 
drachmes d'argent aux types d'Alexandre le Grand qui por- 
tent en lettres phéniciennes la marque de l'atelier d'Acé 
(-|y), déjà reconnue par Pellerin. Les plus anciennes émis- 
sions (L. Mûller, n*** 1426-8) ne sont pas datées; ensuite 
viennent des dates qui vont de l'an 5 à l'an 46, avec une 
lacune assez remarquable entre l'an 11 et l'an 20 ^ D'après 
quelle ère sont calculées ces dates? Pellerin ^, suivi par 
L. Mûller, Waddington, Droysen, etc., les rapportait à une ère 
d'Alexandre. Six^ dont l'opinion a entraîné Head, Babe- 
lon, Niese, y vit au contraire celle des Séleucides (312 av. 
J. C). Je n'ai cessé, pour ma part, de protester contre cette 
dernière thèse, contraire à toutes les données de l'histoire et 
de la numisnatiqne*. Récemment M, Jules Rouvier, dans un 
excellent mémoire, a achevé de la démolir ^ et son opinion 
a été immédiatement approuvée par M. Jules Beloch ^ 
Ecartant non seulement l'ère des Séleucides, mais encore 

Islle de Philippe Arrhidée (323), que j'avais suggérée dubi- 
tivement, M. Rouvier donne d'excellentes raisons pour 
4. Il y a des doutes sur la date 46 (Svoronos, No[x, IItoX. I, 46); M. 
Rouvier (Rev. et. gr., XII, 370 ; Rev. num., 4903, 248) parle d'une mon- 
naie de l'an 44. Il s'agit sûrement de la pièce 4449 de Mûller avec la date 
IIIIA. Mais le signe A représente 510, non 40. 

2. Mélanges de diverses médailles, I, 348. 

3. Num. Chronicle, II«= série, XVII, 484; 3« série, VI, 405. 

4. Nécropole de Sidon, p. 380. L'opinion de Svoronos (No|x. IItoX. I, 
pizX), qui reconnaît une prétendue ère de la mort d'Alexandre IV (341), 
se confond pratiquement avec celle de Six. 

5. Revue des études grecques, XII (1899), 362. Cf. aiissi Revue numis- 
matique, 4903, 239 et Revue biblique, juillet 4899. 

6. Gesçhiçhte, III, 2, 30 et 252. 



4S4 T. REINACH 

croire que l'ère d'Acé, comme celle de Tyr, commémore la 
délivrance de la Phénicie du joug perse par Alexandre, évé- 
nement qui inaugure réellement une nouvelle période de l'his- 
toire de cette région. Mais quel est le point de départ de cette 
ère d'Alexandre? Est-ce le même qu'à Babylone où Oppert* 
a constaté qu'elle part du 1" Nisan 330, époque de l'écrou- 
lement définitif delà monarchieachéménide? ou bien, comme 
le préfère M. Rouvier, doit-on croire que les villes phéni- 
ciennes ont fait courir l'ère nouvelle de l'année même (332) 
où Alexandre conquit la Phénicie ? J'avoue que sur ce point 
je n'ose pas me prononcer. Si plausible que soit l'opinion de 
M. Rouvier, l'ère de 330 semble mieux convenir à l'inter- 
ruption que j'ai signalée dans la série des monnaies d'Acé ; 
cette interruption (ans 11-20) correspond alors à la période 
troublée 014 la Phénicie fut disputée entre Ptolémée et An- 
tigène et qui se termina par la destruction (temporaire) 
d'Acé. 

Quoi qu'il en soit de ce point, une chose est certaine : 
c'est qu'on ne saurait plus arguer de la série des monnaies 
d'Acé pour prétendre, comme on l'a fait^ que la domina- 
tion ptolémaïque s'est établie sur cette ville au plus tôt en 
266 av. J. C. (312 moins 46). En réalité le terminus post 
quem est 286 ou 284 av. J. C. suivant qu'on adopte pour 
origine de l'ère 332 ou 330. 

Quel est maintenant le terminus ante quem ? Il nous est 
fourni parles monnaies phéniciennes en argent des Ptolémées 
frappées dans l'atelier de Ptolémaïs (Acé) avec la marque 
IITO ou IIT^ en monogramme. Quoique ces pièces portent 

4. Alexandre à Babylone, Acad. inscr., 10 juin 1898. 

2. Six et Babelon. Cf. Svoronos, loc. cit. 

3. Ces pièces ne doivent pas être confondues avec celles de Ptolémaïs 
d'Egypte qui portent le même monogramme mais sont d'une fabrique dif- 
férente. Six et M. Rouvier sont tombés dans cette erreur {loc. cit., 
p. 366, 2). 



tf 



DATE DU MIME II D'HÉRODAS 455 

l'effigie de Ptolémée P"" (comme la plupart des statères d'ar- 
gent de la dynastie tout entière) et même à partir de l'an 
25 (261 av. J. G.) la légende Uxolt\Ldou SwiYjpo;, il n'est 
pas douteux que le plus ancien groupe ne' date que de Pto- 
lémée II. La plupart de ces pièces portent des années régnales 
ui, d'après les catalogues du Musée britannique * et de Svoro- 

s, commencent avec l'an de règne 25, c'est-à-dire 261/0 ; il 
faut y ajouter, en tête de la série, quelques tétradrachmes, 
qui n'ont point de dates^, et qui permettent de remonter 
de quelques années plus haut, sans doute à 266/5 (an 20) épo- 
que où commencent les tétradrachmes datés de Tyr^. Il ne 
faudrait pas en conclure que Vacquisition d'Acé-Ptolémaïs 
par les Lagides date précisément de 266, — il est possible qu'il 
faille attribuer au même atelier quelques pièces similaires de 
Ptolémée avec la marque A (pour Acé)^ — mais le chan- 
gement du nom de la ville ne saurait en tout cas être posté- 
rieur à 266. 

En fin de compte, le nom de Ptolémaïs a été substitué à 
celui d'Acé entre 286 (ou 284) et 266, probablement vers 
270, lorsque la domination de Philadelphe, menacée d'abord 
par Antiochus P% eut été consolidée dans ces régions. On peut 
admettre que, malgré ce changement, le nom d'Acé continua 
à être employé vulgairement dans le pays même : nous l'y 
voyons reparaître par intervalles sur les monnaies après la 
chute des Séleucides et il a persisté jusqu'à nos jours. Mais 
un écrivain aussi loyaliste qu'Hérodas et dont on connaît le 
magnifique et plaisant panégyrique de l'Egypte ptolémaïque 
dans le Mime P"", n'aurait guère placé dans la bouche de 



\. R. S. Poole, The Ptolemies, p. 33. 

2. Ibid., p. 28, nos 40-42. 

3. La date xy sur des pièces de Gaza (Svoronos, n» 821) et de Jopé 
(ib., 794) résulte d'une erreur du graveur. 

4. Ibid., p. 27, nos 38.39. 



456 T. REINACH 

son iropvcêoaxcç, plaidant devant un tribunal et non sans 
solennité, une dénomination qui eût constitué à la fois un 
anachronisme et une incorrection politique. On doit en 
conclure que le Mime II est antérieur au changement, peut- 
être même très antérieur; il a été composé probablement 
avant le Mime P'' qui est sûrement plus récent que l'apo- 
théose d'Arsinoé (270) et l'inauguration du temple des dieux 
frères. Déjà d'ailleurs Meister a remarqué * qu'il n'y a 
aucune corrélation entre l'ordre de composition des mimiam- 
bes et celui où ils ont été arrangés dans le recueil. 

Ces discussions de dates peuvent sembler un peu minu- 
tieuses. Je suis sûr que l'éminent érudit auquel je dédie ces 
pages ne sera pas de cet avis. Il sait toute l'importance de 
l'exactitude et en particulier de l'exactitude chronologique 
en matière de philologie et d'histoire littéraire. Dans le cas 
présent la chose est d'autant plus digne d'attention qu'il 
suffit d'une différence de quelques années en plus ou en 
moins pour faire d'Hérodas l'imitateur de Théocrite, ou au 
contraire son inspirateur. Or, selon que l'on adoptera l'une 
ou l'autre solution, l'originalité et le mérite respectif des 
deux poètes apparaîtront sous un jour tout différent. On voit 
assez de quel côté penche mon sentiment. 

1. Die Mimiamben, Tp. 159. 



F. DK SAUSSURE 



SUR LES COMPOSÉS LATINS 
DU TYPE AGRICOLA 



SUR LES COMPOSÉS LATINS 
DU TYPE AGRICOLA 

Par F. DE Saussure, 



Dans leur relation à la P déclinaison et aux mots qu'elle 
renferme, il ne serait pas exagéré de dire que les composés 
comme agrncola forment le fond le plus clair de la classe 
masculine- en a du latin. Si on défalque en effet de cette 
classe les éléments étrangers ou de provenance douteuse 
(noms comme Porsenna ou Agrippa, comme poeta ou afri- 
cain nepd) ; d'autre part les mots qui ne sont du masculin 
que dans le rôle de cognomen ou de sobriquet {Bestia, Fim- 
bria, Scaevola, Planta)^ on arrive vite à un résidu où ne 
figure plus que le type agri-cola, joint à dix ou douze mots 
simples comme verna, lixa, scurra. 

Ces quelques mots simples, à leur tour, sont pour la plu- 
part obscurs, isolés dans la langue, peut-être en partie non 
latins*. Aussi ne serait-ce pas sans raison soutenable qu'on 
pourrait regarder la question générale des masculins latins en 
a comme assez peu différente de celle du seul type agri-cola. 

i. Les deux mots qui, dans cette série peu nombreuse, pourraient rete- 
nir l'attention du grammairien sont scn'ôa et navita. Toutefois le premier 
a des chances de n'être qu'une dérivation du type agri-cola (scriba 
= *charti-scriba ou mots de ce genre). Le second, en apparence impor- 
tant par son singulier suffixe -ita, résulte sans doute d'un compromis 
entre lat. *naves, -itis et le nauta venu des Grecs. 



460 F. DE SAUSSURE 

Ce n'est pas le sens, toutefois, qu'on voudra bien donner 
à la présente étude. Que le type agricola soit ou non l'unique 
modèle primitif de la classe entière, nous abordons ce type 
pour lui-même, et sans préoccupation de ce qui l'entoure. 

M. Brugmann dans son Grundriss, II, 104, et à sa suite 
Lindsay, Lat. Lang., 317, Sommer, Handbuch^ 351, ont 
accrédité une théorie qui fait à peu près de tous les mascu- 
lins en a, verna comme agricola, d'anciens féminins, noms 
abstraits ou noms d'action : agricola n'aurait désigné l'agri- 
culteur qu'après avoir été, au début, le nom de Vagricxd- 
ture, et aurxga ne serait le cocher qu'après avoir été l'art de 
conduire les chevaux. 

Les changements de cette espèce sont courants dans l'his- 
toire sémantique des langues, et je ne méconnais pas les ar 
guments favorables que peuvent livrer spécialement les 
masculins latins en a, du fait qu'ils servent souvent à dési- 
gner un individu par son métier ou son état. Mais un fait 
matériel semble saper par la base toute la supposition. Le 
grec ofîre largement des composés féminins d'action comme 
èx-XoYTQ, èx-^Dy-^ : à peine le type c'.xc-SopL-^^, où la préposition 
est remplacée par un nom. Le latin, quant à lui, ne connaît 
ni un seul exemple du type Ix-Xovy^ ni un seul du type olxo- 
So[jnQ ; il n'arrive pas à cette langue, — et dans les cas même 
où elle possède le simple comme fuga — , d'exprimer par 
transfuga une idée comme celle de « transfuite », toujours 
rendue au moyen d'une formation latérale comme transfu- 
giitm, etc. On peut se demander, dans ces conditions, com- 
ment agricola aurait d'abord si^niiîéV agriculture. La sup- 
position forcerait d'imaginer à la fois que agricola détourné 
de son sens se transmettait sans difficulté, mais que la même 
formation si vivace était frappée de mort dans tous les repré- 
sentants qui auraient gardé quelque chose de son sens direct. 
Hasard assurément invraisemblable, 



COMPOSÉS DU TYPE AGRICOLA 46i 

Essayons par une autre voie de fixer l'origine de ces com- 
posés. 



I 



La catégorie de composés qui est reflétée en latin dans les 
mots comme au-spec-s, prae-se-(d)-Sy prae-coc-s, devait don- 
ner lieu, dans l'indo-européen primitif, à une naturelle 
variante toutes les fois que le second membre, au lieu de 
reposer sur une racine comme spek-, était par hasard em- 
prunté au type si répandu des racines disyllabiques termi- 
nées par un o : ainsi grebho - (saisir), petô - (voler), etc. ^ 
Il n'est peut-être pas absolument juste de parler de variante, 
puisque deux formations comme 

*ekwo-spek'S *ekwo-grebh6-s 

se signalent avant tout par leur identité. Le terme s'applique 
cependant si l'on considère la flexion. Celle-ci ne pouvait 
éviter de prendre un aspect particulier quand, au lieu de la 
base habituelle (consonantique), elle avait à courir sur une 
voyelle o. 

Peut-on marquer de plus près la forme que devait revêtir 
le paradigme en -6 ? Elle a dû être principalement détermi- 
née par la loi connue qui, dès la période primitive, avait 
réglé le sort général de cette voyelle, en la maintenant de- 
vant consonne, et en la supprimant (au lieu de la contracter) 
devant une autre voyelle. « L'élision de l'o » — qu'on peut 



i. Il n'y a guère que des avantages à marquer la voyelle, de timbre 
inconnu, qui se trouvait dans la première syllabe du mot pour père au 
moyen de la lettre pleine Ô, plutôt que par le signe furtif d'un d renversé. 
C'est cette notation par ô que nous adoptons au moins pour le présent 
article. 



462 F. DE SAUSSURE 

se permettre un instant, pour la clarté morphologique, de 
représenter par un signe, alors même qu'il est peu régulier 
de mêler aux signes phoniques ce qui sert à rappeler un 
événement — , devait régulièrement engendrer pour -gre~ 
bho-s, dans son opposition à -spek-s, le tableau de flexion 
suivant : 





N. 


— spek-s 


— grebho-s 




V. 


— spek 


— grebhô 




A. 


— spek-m 


— grebho-m 




L. 


— spek-i 


— grebh'-i 




G. 


— spek-os 


— grebh'-os 


PI. 


N. 


— spek-es 


. — grebh'-es 


PI. 


L. 


— spek-su 


— grebho^su 



Il pouvait y avoir des chances, visiblement, pour que dans 
plus d'une langue, par la suite, on arrivât à débarrasser, par 
analogie, le second type de tout ce qui lui restait de diffé- 
rences avec -spek-s \ mais aussi, comme il faut l'ajouter, 
pour que des formes aussi caractérisées que le nominatif en 
-os fussent capables au contraire d'opposer, ailleurs, une 
grande résistance, et permissent d'avance au paradigme en -6 
de prononcer timidement son : Non omnis moriar. 



II 



La flexion qu'on vient d'admettre ne s'attache pas d'une 
façon très particulière aux composés : un mot nex n'a pas une 
autre déclinaison qu'«?<-5/5ea:, et l'on peut s'attendre, dans les 
mots en -o, à trouver des parallèles à l'un ou à l'autre. C'est 
un mot non composé que le grec a choisi pour nous conser- 
ver l'exemple du paradigme en -6 maintenu dans son inté- 



COMPOSÉS DU TYPE AGRICOLA 463 

grité ; à part le datif plur. qui est une forme trop coutumière 
d'anomalies secondaires pour offrir une importance. On ne 
saurait méconnaître en effet dans la flexion du mot masculin, 
unique de son espèce, }.a(/")a-ç, la pierre, 

N. X«>F«-ç. V. (Xûcfa ?). A. Xa>Fa-v. 

D. XàF-i. G. UF'-oq. PI. N. Xaf'-eç. 

un paradigme identique, avec la modification grecque a pour 
0, à celui qui s'obtenait par hypothèse plus haut; et il faut 
ajouter que ce paradigme serait, au milieu du grec, entière- 
ment inexplicable hors de l'issue qui s'offre ainsi pour lui. 

Voisin, mais notablement différent cependant du cas de 
XaFQ!.-q, est celui de [Asya-ç : nous préférerions le laisser de 
côté pour ne pas mêler à la flexion simple en -6 une 
flexion plus complexe ; mais la rareté de ce qui subsiste en 
général des flexions en -ô commande pour ainsi dire de ne 
pas l'oublier. Il n'est pas douteux que {/.éya (neut.), identique 
à véd. mahi^ ne vaille vraiment ^rnegô ; non moins certain 
toutefois, d'après le védique, qui a conservé le paradigme 
intégral et trif orme (/72«Aâ-5, mahâ-m\ — 2. mahi-bhis et 
neut. mahi\ — 3. mah'-e, mah'-as, etc.) qu'il s'agit, non 
d'un simple mot en -o, mais d'un mot qui ne recevait primi- 
tivement 6 qu'aux formes faibles, et dont le nominatif masc. 
serait finalement en grec fort différent de celui de làFoL-q 
(« [xeyâ-; » ou ion. « [Li^rrç »), s'il n'avait péri, supplanté 
par une forme imitée du neutre. — Norr. mjôk pour *meku 
adv. « beaucoup » semble lui-même reposer plutôt sur la 
forme en à (germ. ô, û), qui aurait passé, juste à l'inverse, 
du masculin au neutre. 

Les composés en-o dont avait pu hériter la langue grecque 
paraissent avoir versé de bonne heure, quant à eux, dans la 
flexion fantaisiste en -avT-, à laquelle nous devons àSaj^àç, 



464 F. DE SAUSSURE 

-avToç, etc. au lieu de *à^à[LOL-qy gén. *à§aj;.'-cç. Une trace de 
ce qui existait est restée dans le vocatif correct IloukM\LOL, 
AaoBafjLa, connu non seulement d'Homère, mais de Xéno- 
phon, Hell. 5, 1, 5 et 6 : rioAu3a[j.a, non « rioXuSajjiav »*, et 
sans que le discours, lequel s'adresse à un contemporain, 
puisse emprunter quelque chose aux souvenirs épiques. 

Du fait que le grec a la particularité d'admettre non seu- 
lement l'a, mais très souvent l's (quelquefois l'o), pour 
représentants de la primitive voyelle indo-eur. o, les débris 
de la formation *ekwo-grebh6-s elle-même sont cachés, 
comme nous sommes loin d'en douter, à beaucoup d'autres 
endroits encore de la langue grecque que le type IIcuXu- 
Sajxâç. Quand c'était un s qui s'offrait pour continuateur 
régulier de l'o dans une racine, il était tout donné que le 
mot tombât par exemple dans la classe de (]/£uây)ç, et il n'y 
aurait rien que de vraisemblable à croire que de nombreux 
mots comme xuxAoxspVjç (cf. Tsps-ipov, etc.) valent en réalité 
*kuklo-tero-s : firent autrefois *xjx>vo-Tép£ dans leur nominatif 
neutre, et xuxXo-xépe-ç (non -yjç) au masculin ; sous la même 
déclinaison générale que Xaa;, piiya. L'investigation qu'exi- 
gerait ce point, et qui pourrait donner plus d'un résultat, est 
momentanément hors de ce que nous permet le cadre de cet 
article. 

Le sanscrit védique, par un groupe de formes qu'il m'est 
arrivé de signaler dans une autre occasion, paraît con- 

1 . On ne saurait accorder qu'une valeur métrique à la quantité longue 
homérique nouXjSà[jtâ et AaoSajiâ, non plus extraordinaire que l'e long de 
TTjXsuLayE ou SavÔExs/.ai BaXie. Quel serait d'ailleurs les ens, même pour 
un thème en — avT —, d'un vocatif par de? — Que ces allongements épiques 
aient, d'autre part, quelque chose à voir avec le vocatif, celui-ci étant pris 
comme tel, et hors des déclinaisons particulières, je serais prêt à le 
croire, et à y voir le môme fait que les grammairiens hindous signalent 
comme la pluti du vocatif (allongement anormal de la finale). Iloastoaov 
|-à[j.'jv£ est un cas métrique très différent des précédents, et où l'on voit 
cependant se produire cet allongement spécial imputable au vocatif. 



COMPOSÉS DU TYPE AGRICOLA 465 

fîrmer de façon significative l'ancien type *ekwo-grebhô'S. 
Sans doute, il n'est pas facile, devant la confusion phonéti- 
que hindoue des ô avec i, de juger absolument de ce qui est 
thème en ô. Néanmoins la corrélation raksi-tum (préser- 
ver) : paçu-raksi-s (qui préserve le bétail); de même, sani- 
tum : vâja-sani-s; svani-tum : tiivi-svani-s ; grabhi-tum : 
dur-grbhi-s est éminemment frappante. Elle prend en- 
core plus de corps si l'on ajoute ces trois circonstances : 

1. Rareté des formes casuelles qui impliquent positivement 
le thème en -i, comme l'exceptionnel voc. ûrja-saîiè. 

2. Fréquence de formes comme -san-as, que rien n'em- 
pêche d'interpréter comme -san-as. C'est ainsi que dans 
le cas de tuvi-svani-s, on peut dire que tout l'ancien para- 
digme *ekwo-grebhô-s est encore devant nos yeux à la con- 
dition de réunir ce que les lexicographes séparent sous 
tiivi-^vani- et sous un soi-disant tuvi-svan-. (Nom. hivi- 
svani-s, Ace. tuvi-^vani-m. Gén. sg. et Nom. pi. tuvi- 
svan'-as; etc.). 3. C'est encore un argument presque direct 
contre la valeur de simples thèmes en i qu'auraient en védi- 
que paçu-?'aksi-s, etc., que la manière dont le sanscrit 
classique ignore plus tard ces thèmes, sans que nous nous 
engagions ici dans le détail de cette démonstration. 



III 



La classe que nous avons tâché d'illustrer hors du latin, 
pour y rattacher dans cette langue agricolà, indigenà, etc., 
comporte avant tout un caractère formatif, une uniformité 

Idans la structure des mots : ses caractères flexifs ne sont 
■l'une conséquence de la formation, 
■ La classe latine indigenà n'aurait d'avance qu'un contact 
Iroblématique avec elle si l'on y trouvait des mots quel- 
le 30 



466 P. DE SAUSSURE 

conques dans leur formation, par exemple as-sec-Iâ comme 
indi-genà. Le mot asseclà, avec interposition de suffixe, est 
EXCEPTION UNIQUE parmi les composés latins en à, précisé- 
ment propre à mieux faire ressortir l'unité formative qui 
réunit, avant tout autre caractère, le reste de ces mots^: en 
-genà, -cola, -vïvà, -cîdà, -cûbà, -àgà, etc. ; type semblable 
à ce qu'on est en droit d'attendre. 

A ce point de vue, qui laisse provisoirement de côté la 
flexion, trois rapports sont à considérer : 

i . Indi-genà et ^genâ-tum. — L'a de la classe indi-genà 
n'a de prétexte d'exister que si cette voyelle a régné simul- 
tanément, et d'une manière tout aussi constante, dans les 
formes (accompagnées ou non d'un composé) comme gent- 
tum, vomt-tum, doml-tum, molî-tum, sonl-tum, ciibi-tum, 
etc. INotre hypothèse implique cette conformité, puisqu'elle 
met à la base de gem-tiim ou à^indi-yenà un seul et même 
'^genô-. 

Constatons qu'une autre restitution quelconque, pour le 
latin, que celle de *genà-tum, *genà-tôr, etc. n'est, en effet, 
plus soutenue de personne, et qu'il n'en saurait être au- 
trement dès qu'on reconnaît généralement que Vô reçoit 
pour continuateur invariable un à dans la branche italique. 
Seul le grec, avec l'inconséquence qu'il montre dans le trai- 
tement de l'ô, pouvait connaître une différence s'attachant 
aux familles étymologiques (yevs-Twp : oapi-a-Twp : gic-Ti^), 
et cette langue se voyait réciproquement forcée par là de 
briser l'unité de la classe flexive qui reste compacte dans 
Vindigenà latin (TuoXu-BajjLa-, /.uxXs-Teps-, etc.). 

1. Conçu comme un diminutif de *adseqva et non comme formation 
primaire, le mot assecla n'offrirait du reste plus rien lui-même qui le 
classe à part. Aussi n'est-ce pas tant assecla que col-léga qui crée un cas 
difficile. Se rapportant, non à la racine lëg-, mais à un noyau de formes 
dérivées (lëgâré), ce mot se trouve sensiblement hors de la donnée pri- 
mitive. 



I 



COMPOSÉS DU TYPE AGRICOLA 467 



2. Indî-genà et genî-tu?7î. — Après avoir connu en com- 
mun la voyelle à, genitum et indigenà ne sont plus actuel- 
lement marqués que par une différence. Est-il régulier que 
la seconde forme ne soit pas atteinte par le genre de modi- 
fication qui atteignait la première ? 

Nous n'aurons, pour répondre à cette question, qu'à faire 
usage d'un des quelques principes, toujours confirmés à 
nouveau, par lesquels Louis Havet a depuis longtemps fait 
régner la lumière sur tous les points de l'altération vocalique 
latine. L'ultième des mots n'est pas concernée par l'altéra- 
tion due à l'intensité de l'initiale. La chose est spécialement 
claire quand il s'agit de Va. Nominà n'a jamais été que 
nominà, et de par sa quantité historique seule, sans argu- 
ment linguistique. Anàtes — à côté d^anîtes — n'aurait su 
où retrouver analogiquement un à si cet a n'eût été con- 
servé dans la finale d'anàsÇs). Sans répéter la série pleine des 
preuves, nous dirons qu^iAdi-genà, de même pari-cldà-s 
(v. plus bas), sont entièrement prévus dans leur opposition 
à genî-tumK 

3. Indî-genà et ad-venâ. — Aucun composé en à ne doit 
correspondre, dans le principe, à une base monosyllabique. 

Sont encore accompagnés, dans le latin même, de congé- 
nères établissant la base disyllabique : les composés en 
-genà {gent-tum) ainsi que Vin-cubà d'Isidore {cuhl-tum)^ 
et les mots en -fugà, si fugi-tum, malgré gr. çux-xoç, peut 
passer pour être ""fugà-tum. Ajoutons foeni-secà (Golu- 
melle) : car secâre, secûi implique *secà-viy et seges repré- 
sente presque sûrement ""secà-ti-s (cf. desecare segetes chez 
le même Columelle). 



i. La doctrine imprécise, ou directement contraire, qu'entretient sur le 
point de Va des finales la linguistique latine dans son ensemble ne peut 
chercher un appui que dans le cas artifex, tibicen pour *artifax, *tibican. 
Ce cas n'est pas plus probant que judex pour *judix. 



468 F. DE SAUSSURE 

Les formes disyllabiques se sont perdues en latin, mais 
sont clairement attestées hors de cette langue, pour les 
familles à^agri-colà (scr. cari-tum) ; con-vwà (scr. jlvi-tum 
etc. ; en latin même on ramène vlta à *mvà-td) ; heredi- 
petâ (gr. TrsTJc-ixai). Il n'y a guère de doutes encore pour celle 
à^auriga, *aurè-àgâ^ quoique les formes hindoues comme 
aji-ta-s reposent surtout sur le témoignage des grammai- 
riens. Un mot *aes-tùmâ « le coupe-bronze » a été supposé 
par Louis Havet, Mém. Soc. Ling., VI, 23, pour expliquer 
aestianare : il s'accorderait au mieux avec les formes disyl- 
labiques grecques de la racine en question, té^as-vcç, ispia- 
yoç, etc.*. 

La place des mots en -cïdà, sous le même rapport, est 
incertaine : cependant il y aurait à faire valoir plus d'une 
raison contre une racine monosyllabique de la forme kaid- 
ou kaidh-. Nous tenons pour le plus probable, non kaidhô-, 
mais, ce qui revient presque au même, kai-\-dhé- (faible 
kai-d/iô-), selon une formation verbale avec rac. dhé- qui 
paraît avoir tenu une certaine place en latin et dans d'autres 
langues, comme le lituanien. 

Il ne reste en somme que les mots en -venà qui aient 
clairement en face d'eux une base monosyllabique (scr. gan- 
tum^ etc.). C'est donc dans une proportion assez faible que 

1. Comme je le remarque en me reportant au volume indiqué des 
Mémoires, l'étyniologie d'aestumare y était doublée d'une analyse d' *aes- 
tumà lui-même, de laquelle il ressort que l'auteur posait -tumà comme 
identique à l'élément disyllabique radical de Tê'fxa-yoç etc., ajoutant, 
quant à la flexion, la restitution *ais-tema-s. C'est en deux lignes, on le 
voit, tout l'essentiel de la théorie que nous présentons nous-même, en 
l'appliquant à l'ensemble des mots comme agricola. Dois-je m'afïliger de 
n'avoir ainsi fait autre chose, dans ces pages, que reprendre sans le savoir 
une idée du maître auquel elles sont dédiées? Si un point de vue qui est 
le sien n'a d'avance pour lui rien de nouveau, du moins pourrai-je me 
dire qu'il n'était pas moins utile à défendre aujourd'hui qu'il y a vingt- 
trois ans, puisque nous voyons se perpétuer les opinions qui n'en tien- 
nent pas compte et veulent faire à^agricola un pendant latin d'oîxoSofjLTJ. 



COMPOSÉS DU TYPE AGRICOLA 469 

s'est exercée l'analogie à laquelle pouvait facilement donner 
lieu indi-genà, à mesure que sa finale prenait davantage le 
caractère d'un simple élément flexif. Le -capâ- à'hosticapas 
est peut-être à joindre aux formes en -venà : il serait diffi- 
cile de l'affirmer ; v. ail. haft ne prouve naturellement pas 
plus que tohter = ^j^xTrfP une base monosyllabique. 
La flexion, à son tour, appelle différentes remarques : 

1. Indigenà et terra. — La présence de Va — bien que 
cet a ne s'étendît lui-même qu'à trois ou quatre formes de 
paradigme, comme dans Xololc, — fut suffisante pour rappro- 
cher peu à peu indigenà de la P déclinaison. L'assimilation 
a pu, d'abord commencer, ensuite se poursuivre, de maniè- 
res très diverses. Nous ne ferons qu'une seule remarque, 
destinée à écarter quelques difficultés qui, assez naturelle- 
ment, pourraient frapper : c'est qu'il n'est pas nécessaire 
qu'une forme casuelle ait complètement coïncidé au début 
entre indigenà et terra, ou indigenà-s : terra (ou i7idi' 
genà-s : * terra ?) ; ni même que la première identité ait été 
fournie par le petit noyau de formes dotées de Va dans le 
paradigme -genà{s). Si par exemple une forme comme le 
locatif, c'est-à-dire *indigen^-i, devenait incommode ou 
obscure, elle n'avait guère d'autre remplaçant naturel 
quUndigenài, et cela sans que l'imitation de terrai fût même 
formellement nécessaire pour créer cet anneau ^ 

2. Indigenà et paricidas. — Il reste encore un souvenir 
assez précis, dans une ou deux formes, des différences qui 
séparaient indigenà de terra. L'abrégé de Festus nous a 
conservé les deux nominatifs connus paricidas, hosticapas. 

\. Pour la même raison, il n'est pas implicitement nécessaire, pour 
que le rapprochement des déclinaisons reste concevable, que terra (nomi- 
natif) ait eu de tout temps la quantité terra. On pourrait se demander si 
cette quantité tant discutée n'est pas une suite, au moins dans quelque 
mesure, des contacts avec indigenà(s). L'influence, ici, serait inverse de 
celle qui s'est exercée en général au cours de cette égalisation. 



470 F. DE SAUSSURE 

Attribuer à ces formes un à long {-c'idâs etc.) reviendrait à 
créer un type fort peu compréhensible en lui-même, mais 
de plus, inexplicable dans son rapport au parricidâ qui lui 
succède. Dans ses emprunts au grec, l'ancien latin n'a point 
adopté Vas de Trcr^Tâç : ce fait serait-il naturel si une finale 
toute semblable existait dans ses propres déclinaisons?* 

Nous poserons donc : paricidà-s, *indi-genà-s (=Aaa-;). 
Au sein de la langue latine, riche en finales comme -ïs, -us, 
-05, la finale de ce nominatif était, par hasard, la seule en 
-as, et ce fait conduit à une réflexion. Nul ne tient pour 
douteux que Vs d'une forme comme filiûs, dès une date très 
ancienne, ait été sur le point de périr entièrement par les 
prononciations comme* filiû, laterali dolor, certissimû 
nuntiù etc. ; on ne discute guère que pour savoir comment 
cet 5 a pu être restauré dans les mêmes formes. Or, pour 
perdre son 5, parricidà{s) (brève -|- 5) se trouvait en aussi 
bonne situation que filiù{s) : pour le reprendre c'était dif- 
férent; il n'avait pas l'appui très varié d'une multitude de 
formes où une finale comme -fis n'arrivait jamais à l'oubli 
total ; bien mieux, entre parricidâ et -cïdàs, l'analogie de 
terra était là pour détourner formellement de revenir à 
-cïdàs. Cette analogie eût peut-être suffi à elle seule, le 
facteur phonétique n'était cependant pas à négliger lui-même. 

1. Hosticapas, à l'égard de son a radical, est sans doute à juger comme 
l'épigraphique Numûsioi= Niimerio. Ce n'est pas une forme refaite à la 
place de *hosticupas, mais une forme plus ancienne que ne serait cette 
dernière. Il est clair que si l'autre exemple, paricidas, approche à aucun 
degré de l'antiquité que lui assigne Festus (lois de Numa), nous avons 
également à lui restituer son a radical (paricaidas). — Au premier mo- 
ment ce n'est pas seulement hosticapas qui pourrait donner à la classe 
des composés en a l'aspect trompeur de formations modernes, mais aussi 
la série des mots en -gêna, -vena, -peta, -seca au lieu de -gina, -vina, etc. 
La réponse, quant à ces derniers, se trouve dans ingenium, advenio, 
appeto, resecare, lesquels — d'où que provienne l'anomalie — ne sont 
ni plus ni moins irréguliers que les composés en a de leurs familles res- 
pectives. 



COMPOSÉS DU TYPE AGRICOLA 471 

3. Indigena : indigenum. Auriga : rémiges. — Les com- 
posés en a se distinguent jusqu'au bout, tant de tei^ra que 
de verna, scurra, par la faculté qu'ils ont de former le gén. 
plur. en -iim (agricoluni). C'est le vieux génitif correspon- 
dant à Aa>F'-cov. Toutefois on touche ici à un point plus 
général. 

Les composés qui sont entrés dans la P déclinaison ont, 
de ce fait, aboli toute la partie du paradigme qui ne com- 
portait pas à'a (*i?idigen'-is, -gen'-es, etc.),. sauf, précisé- 
ment, le gén. plur. Selon les mots, la solution inverse pou- 
vait prévaloir, un prae-pes pour ^prae-petà-s être formé 
d'après praè-pef-es, ou un rem-ex (^rem-ac-s) au lieu de 
*rem-àgà-s d'après *rem-^^'-es (rem-lg-ès). C'est la solution 
dont nous disions au début qu'elle était le plus à craindre 
pour toute la classe : à la fois comme la plus simple et comme 
celle où tout souvenir de Va (ou o) se trouve radicalement 
détruit. Il faut rendre cette justice au latin qu'il n'en a que 
modérément usé. Dans le cas même où il l'adopte, on a 
quelquefois dans un doublet la forme qui tient compte de 
Va : à rem-ex comparer aurïgâ, à prae-pes, heredi-petà 
malgré un éloignement du sens, dans ce dernier exemple, 
qui n'empêche pas l'unité de racine. 

Pline (Hist. XIV, 8,6, 72) a dit : indigena vinitm. Que ce 
neutre ait été dans l'usage courant, ou qu'il suppose une 
intervention plus individuelle de l'instinct linguistique dans 
l'application des formes, dans les deux cas l'écrivain latin 
s'est trouvé dans la vérité grammaticale : comme iiiyxç a 
pour neutre [XEya, c'est, en efïet, indigena qui est le juste 
neutre d'indigenà{s). 



Daniel SERRUYS 
LES 

PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 

ET LES 

ORIGINES DU « CURSUS » BYZANTIN 



I 



LES PROCEDES TONIQUES D'HIMERIUS 
ET LES ORIGINES DU « CURSUS >. BYZANTIN 

Par Daniel Serruys. 



La loi des clausules toniques formulée naguère par 
M. W. Meyer^ se trouve aujourd'hui pleinement confirmée 
et heureusement définie, grâce aux nombreuses recherches 
qui ont précisé tour à tour sa rigueur et son extension, sa 
signification littéraire et son utilisation critique. Sans nous 
attarder à l'inutile scepticisme de M. Kirsten^, rappelons 
seulement les deux études de M. K. Krumbacher% qui, au 
moyen d'observations paléographiques et critiques, s'est 
efforcé de déterminer dans quelle mesure la loi de 
M. W. Meyer peut être appliquée à la restitution des textes; 
la thèse de M. G. Litzica*, qui, par des calculs malheureuse- 



i. W. Meyer, Der accentuirte Satzschluss in der griechischen Prosa 
vom 4 bis 6 Jahrhundert. Gôttingen, 1891. — Je me suis servi delà réim- 
pression de ce travail faite par l'auteur dans ses Gesammelte Abhandhin- 
gen zur mittellateinischen Rhythmik. Berlin, 1905, t. II, pp. 202-205, 
Cf. Ibid., t. I, pp. 17-22. 

2. KiRSTEN, Quaestiones Choricianae. Breslau, 1894. 

3. K. Krumbacher, Ein Dithyrambus aufden Chronisten Theophanes, 
dans les Sitzimgsberichte der K. bayer. Akad. der Wissenschaften, 
1896, pp. 583 et ss. — Cf. Eine ncue vita des Theophanes Conf essor. 
Ibid.,m)l, pp. 371 etss. 

4. G. LiTzicA, Bas Meyersche Satzschlussgesetz in der byzantinischeti 
Prosa. Diss., Munich, 1898. 



476 D. SERRUYS 

ment illusoires, a tenté de fournir le critère mathématique 
qui décèlerait et doserait l'application de la loi chez un 
auteur quelconque ; enfin l'élégant article où M. P. Maas^ 
renonçant à étudier la loi en général, s'est attaché à recon- 
naître les modalités de son application chez un auteur déter- 
miné. On ne peut méconnaître que la voie tracée par 
M. P. Maas est de toutes la plus sûre ; elle nous ramène 
d'ailleurs à la conception première de M. W. Meyer, qui 
considérait la règle dégagée par lui, non comme une pres- 
cription formelle et toujours identique à elle-même, mais 
comme le trait commun aux systèmes individuels — varia- 
bles par ailleurs — des auteurs byzantins. 

Ce qui demeure obscur dans le cursus byzantin défini par 
M. W. iMeyer, c'est moins certes sa nature que son ori- 
gine. On connaît les systèmes en présence. Tandis que 
M. W. Meyer ^ veut reconnaître dans le cursus des écrivains 
byzantins une importation latine, M. de Wilamowitz-Moel- 
lendorff ^ croit discerner chez les auteurs grecs du iv® siècle 
— et en particulier chez Himérius, — des procédés toni- 
ques, annonciateurs duc7irsus;M. Grônert* enfin n'hésite pas 
à faire remonter l'emploi des clausules toniques jusqu'à saint 
Clément ou même jusqu'à Josèphe. 

Pour séduisant qu'il soit, j'avoue que le système de 
M. W. Meyer me semble se heurter à une objection 
sérieuse. Il est peu probable qu'au milieu du iv® siècle, l'ac- 



d. P. Maas, Rhythmische zu der Kunstprosa des Konstantinos Marias- 
ses, Byz. Zeitschr. XI (1902), pp. o05-512. — Cf. Bu même, le compte 
rendu de W. Fritz. Synesius, dans Berl. Philol. Wochenschrift, 1906, 
pp. 775-777. 

2. Gesammelte Abhandlungen, t. I, p. 19-20. 

3. Hermès, t. XXXIV (1899), pp. 214-248. 

4. Verhandlungen der XLV^ Versammlung deutscher Philologen in 
Bremen, 1899, pp. 66-68. 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 477 

cent se soit déjà substitué à la quantité comme élément régu- 
lateur des rythmes latins \ et d'autre part les clausules de 
la prose métrique latine, régies par la quantité, ne réalisent 
point uniformément, au point de vue tonique, les conditions 
de la clausule meyerienne. Quant à la théorie de M. Grônert, 
elle ne résiste pas aux vérifications mathématiques que j'ai 
entreprises pour quelques-uns des textes sur lesquels il se 
fonde. Restent les observations de M. de Wilamowitz, dont 
les inductions — j'allais dire les intuitions — sont bien rare- 
ment illusoires ; il ne peut être inutile de les contrôler en 
étendant la recherche à l'ensemble du texte d'Himérius et 
en la poursuivant au moyen de la méthode statistique inau- 
gurée par M. L. Havet. 

Il ne faut point se dissimuler d'ailleurs que le texte 
d'Himérius et la méthode statistique présenteront à notre 
recherche quelques écueils redoutables. Le texte sur lequel 
nous allons opérer est particulièrement délabré. Tout en 
admettant que les lacunes ne soient point si nombreuses que 
le suppose F. Duebner-, il faut bien se persuader que le 
texte est mauvais ^ ; la plupart des discours ne sont conser- 
vés que par un manuscrit unique et les sources manuscrites 
sont, soit très fautives, soit, comme le prouvent les vérifica- 
tions de M. Schenkl*, reproduites avec une incroyable 
négligence. Ajoutons que les innombrables citations et rémi- 
niscences qui émaillent le texte d'Himérius, pour précieuses 

1. Cf. H. BoRNECQUK. Les Clausules métriques latines (Mémoires de 
la Faculté de Lille, N. S., t. VI). Lille, 1907, p. 176 et pp. 487 etss. 

2. Cf. G. Fr. Teuber. De lacunis Himerii in orationibus integris a 
Duebnero editore notatis (Progr. des Kônigl. Konig. Wilhelms Gymna- 

, sium in Breslau), 1894. 

13. Le travail de Stenzel. Conjectanea in Himerii Sophistae déclamâ- 
mes. Breslau, 1879, ne nous a pas été accessible. 
4. G. Schenkl. Adnotatiunculae ad Himerium dans Eranos Vindo- 



478 D. SERRUYS 

qu'elles soient à d'autres égards, n'en constituent pas moins 
de véritables pièges pour l'étude métrique. Il est vrai toute- 
fois que ces pièges ont été signalés, pour la plupart, par 
M. G. Teuber^, qui a identifié le plus grand nombre des 
citations textuelles ; il est vrai également que les citations 
non textuelles ou simples réminiscences n'entraînent point 
nécessairement une violation des procédés toniques. 

D'autre part le maniement même de la méthode statisti- 
que, que nous allons appliquer à notre recherche, est sin- 
gulièrement délicat. Non point, certes, que les objections 
élevées par M. Previtera^ contre sa légitimité nous émeu- 
vent outre mesure. Le principe de la méthode statistique, 
« qui consiste à prendre pour critère et mesure des faits 
supposés métriques, la proportion naturelle des mêmes faits 
dans le libre jeu de la langue », apparaît inattaquable à 
tous égards. Et les difficultés de l'application, qui fournis- 
sent à M. Previtera un triomphe facile, ne sont certes point 
insurmontables. D'abord un auteur exempt de partis pris 
métriques, qui puisse servir à reconnaître le libre jeu des 
éléments de la langue, n'est point, quoi qu'on dise, introu- 
vable. N'est-il pas évident qu'un auteur n'a pas employé 
de clausules métriques, s'il présente, à n'importe quelle 
place dans la phrase, les mêmes éléments métriques ou 
rythmiques, dans des proportions toujours identiques? D'au- 
tre part la différence inévitable des vocabulaires chez l'au- 
teur pris pour base de la comparaison et chez l'auteur sup- 
posé métrique n'est point non plus un empêchement sérieux 
à l'emploi de la statistique comparative. En fait les différen- 
ces de vocabulaire, de genre littéraire, et même d'époque 
influent très peu sur la proportionnalité des éléments métri- 

4. C. Fr. Teuber. Quaestiones Himerianae. Breslau, 1882. 
2. L. Previtera. // metodo statistico nelle nuove ricerche délia prosa 
metrica latina e greca e le leggi définitive. Giarre, 1903. 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 479 

ques ou rythmiques fournis par la langue. Cette proportion- 
nalité présente au contraire une fixité remarquable, car 
elle dépend, non de l'usage individuel, mais des caractères 
même de la langue, de son phonétisme, de son système de 
flexion, de dérivation, de composition, etc. Pour se convain- 
cre de cette stabilité, il suffira de comparer entre eux des 
vocabulaires en apparence très différents. Aussi longtemps 
que n'intervient pas l'arbitraire métrique, on constatera 
qu'ils présentent, pour les mêmes éléments, des proportions 
constantes. 

Ce n'est point le mécanisme de la méthode statistique 
qui est inexact, c'est son maniement qui est difficultueux. 
La statistique comparative est un instrument de précision 
dont il faut savoir se servir. M. L. Havet* a signalé lui- 
même quelques-unes des erreurs mathématiques commises 
par M. C. Litzica dans la première application de la méthode 
statistique à l'étude du cursus meyerien. Il n'est pas inutile 
que nous achevions cette critique, puisque aussi bien nous 
nous proposons d'appliquer la même méthode à un sujet 
analogue. 

L'erreur essentielle du travail de M. Litzica nous sem- 
ble consister en un calcul des probabilités de tous points 
illusoire. Les opérations de M. Litzica sont fondées sur ce 
postulat que « la fréquence naturelle des rencontres entre 
deux formes rythmiques quelconques fournies par la langue 
est proportionnelle au produit de leurs fréquences respecti- 
ves. » Pour que ce principe fût recevable, il faudrait que 
chacun des éléments d'une série rythmique homogène A ait 
des chances égales de rencontrer chacun des éléments d'une 

I autre série homogène B ; or, qui ne voit que ces chances 
Bont variables d'après la fonction logique, grammaticale, 



1. Byz. Zeitschr., VIII (1899), pp. 535-537. 



480 i). SERRUYS 

syntaxique, etc., des mots? Telle série rythmique, par 
exemple celle des monosyllabes atones, est constituée pour 
la très grande majorité par des articles, qui n'ont aucune 
chance de précéder les formes personnelles des verbes. 
Pour que les calculs de M. Litzica fussent légitimes, il lui 
eût fallu assigner des coefficients différenciels aux diverses 
catégories rythmiques constituées par lui, et même à certains 
éléments, dans chacune de ces catégories. 

Une autre erreur — celle-ci d'ordre logique — dérive de 
la précédente. M. Litzica compare les combinaisons de mots 
qui forment les clausules aux rencontres fortuites des mots 
de mêmes types, dans le libre jeu de la langue, reconnu et 
évalué au moyen du calcul des probabilités tel que nous ve- 
nons de le définir. Or, à supposer que l'on puisse, par ce 
soi-disant calcul, évaluer la fréquence naturelle des rencontres 
fortuites entre deux mots de types déterminés, encore serait-il 
tout à fait arbitraire d'assimiler, à ces rencontres fortuites, 
les combinaisons de mots qui forment les clausules. Ces 
combinaisons ne sont point des faits simples ; elles sont dues 
au contraire à deux opérations distinctes, à deux choix suc- 
cessifs, dont le second dépend du premier. En effet le choix 
du mot final dépend du choix du mot pénultième, ou inver- 
sement. 

Des erreurs de ce genre proviennent d'un certain féti- 
chisme de la mathématique qui se constate parfois chez des 
esprits de formation littéraire ; elles impliquent en fait une 
méconnaissance totale des principes de la statistique. Il est 
d'ailleurs aisé de les éviter ; il suffit pour cela de ne compa- 
rer dans la statistique que des séries homogènes de faits sim- 
ples, et de considérer les chiffres en présence comme des 
moyennes; de modestes calculs de proportionnalité suffisent 
dès lors à la comparaison. 

C'est à cette méthode plus simple et plus sûre que nous 



•A 

I 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 481 

aurons recours dans l'étude des clausules toniques d'Himérius. 

Le texte exempt d'altération métrique, ou rythmique, 
d'après lequel nous allons évaluer la proportion naturelle des 
éléments rythmiques fournis par la langue grecque, est celui 
de Leontios de Neapolis : Vie de S^ Jean le Miséricordieux*, 
déjà dépouillé par M. Litzica. On remarquera que nos comp- 
tages présentent parfois, avec ceux de M. Litzica, de légères 
différences. Nul ne s'en étonnera, qui s'est livré à ce genre 
d'exercice, qui surtout a tenté de vérifier ses totaux. Dans 
un classement de près de 20 000 mots, il est inévitable, soit 
que des exemples se trouvent « sautés », soit qu'au con- 
traire ils soient affectés à deux séries différentes. 

Mais ce qui différencie surtout nos relevés de ceux de 
M. Litzica, c'est, qu'au lieu de présenter des éléments 
abstraits, nous avons voulu présenter des éléments réels. 
M. Litzica a réuni d'une part les oxytons, les paroxytons, 
les proparoxytons, abstraction faite du nombre des syllabes 
prétoniques; d'autre part il a relevé les mots à 1, 2, 3, 
etc., prétoniques, abstraction faite des syllabes posttoni- 
ques. Dans le premier cas, il a confondu xoicuai avec 
TCoXuTCpaYfjLovoudi ; dans le second, il a confondu xoico avec 
e-jictc'jv et sTuo'iQja. Notre relevé ne comporte au contraire que 
des éléments réels, les mots étant classés en tenant compte à 
la fois du nombre des prétoniques et de celui des postto- 
niques, de manière à constituer des séries homogènes à tous 
égards. Dans ce classement, il n'a point été tenu compte de 
l'accent secondaire que les mots peuvent tenir du voisinage 
d'un mot enclitique, ni de la voyelle élidée {Cf, Tableau I, 
Fréquence l'inguistique). 



1 . Leontios von NeapolIs, Lehen des heiligen Johannes des Barmher- 
zigen herausgegeben von H. Gelzer. Fribourg et Leipzig, 1893. 



I 



31 



482 D. SERRUYS 

Pour le relevé des clausules d'Himérius, nous nous sommes 
servis de l'édition de Fr. Duebner^ Le texte examiné est 
celui des discours I-XXIV% à l'exclusion des extraits de 
Photius et des discours XXV et suivants, trop fragmentaires. 

Nous avons considéré comme clausule : la partie de la 
phrase ou de l'incise constituée par le mot final et le mot 
pénultième, y compris les proclitiques, enclitiques ou parti- 
cules atones liées par le sens à l'un ou l'autre de ces mots. 
Les phrases ou incises qui ne comportent pas au moins trois 
polysyllabes ou groupes équivalents à des polysyllabes n'ont 
point été comprises dans la statistique. 

Dans notre dépouillement nous avons distingué les clau- 
sules suivies d'une ponctuation forte (=: point) et les clausu- 
les suivies d'une ponctuation faible (= point en haut, point 
et virgule, point d'exclamation, point d'interrogation^). 
Mais, le système d'Himérius nous étant apparu identique dans 
les deux cas^, nous avons, dans notre exposé, totalisé les 
deux séries. 

Les clausules ont été classées d'après la forme du mot 
final ou du groupe formé par le mot final et par les mots 
atones qui le précèdent. Conformément à l'usage reçu, 
nous avons considéré comme mots atones, non seulement les 



4. HiMERii Declamationes, éd. Fr. Duebner. Paris, Didot, 4878. 

2. P. 38-96. 

3. Nous avons considéré le point d'interrogation comme une ponctuation 
faible, à moins que l'éditeur n'ait marqué son avis contraire en plaçant 
une majuscule au début de la phrase suivante. 

4. Voici quelques exemples de l'identité du traitement. Nous relevons, 
devant un mot tinal du type àvôpojTcoç suivi d'une ponctuation forte, 
8 oxytons, 74 paroxytons, 30 proparoxytons ; devant le même mot suivi 
de ponctuation faible, 41 oxytons, 67 paroxytons, 48 proparoxytons. 
Devant un mot final du type [JouXîJOfxat suivi de ponctuation forte, nous 
relevons 40 oxytons, 255 paroxytous, 6 proparoxytons ; devant le même 
mot suivi de ponctuation faible, 22 oxytons, 441 paroxytons, 3 proparoxy- 
tons. On voit que, devant un même type final, la proportion des formes 
pénultièmes est constante, quelle que soit la nature de la pause oratoire. 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 483 

proclitiques et enclitiques, mais encore les formes accentuées 
de l'article, les prépositions, les conjonctions y) et xai, la 
négation ;jt,Y; (p. 94, 1. 31), le pronom possessif placé entre 
l'article et le substantif auquel il se rapporte (pp. 92, 54 
et 9o, 12) et même, en un cas spécial, le pronom d; 
(p. 38, 53). 

Les séries, établies d'après la forme du mot ou groupe final, 
ont été subdivisées d'après l'accentuation du mot pénul- 
tième. 

Il nous reste à préciser quelques cas douteux. Les encliti- 
ques ont toujours été comptés au nombre des atones finales 
du mot précédent, aussi bien en place finale (p. 50, 1. 18), 
qu'en place pénultième (pp. 52, 21 ; 52, 39 ; 55, 21 ; 57, 
36; 65,8; 70, 27; 72,27; 81, 30; 87, 3; 94, 5 ; 95,4). 

Dans les mots suivis d'une particule enclitique et qui 
reçoivent de ce fait un accent secondaire différent de leur 
accent premier, c'est cet accent adventice qui est considéré, 
en place pénultiène, comme principal au point de vue 
rythmique (pp. 49, 23; 53, 46; 69, 28; 69, 51; 91, 15; 
95,9; 83, 18). 

Les cas où l'un des mots de la clausule est repré- 
senté par un monosyllabe pouvaient prêter à confusion. En 
fait nous ne relevons que deux exemples de monosyllabes 
proprement dits (pp. 55, 42 et 88, 35). Partout ailleurs, 
aussi bien en place finale (pp. 74, 46 : ty)v cViv ; 56, 15 : xà 
aà ; 93, 41 : ^£-i aé), qu'en place pénultième (pp. 39, 45; 
44, 11 ; 48, 2; 49, 36 ; 51, 24 ; 50, 3 ; 70, 20 ; 94, 40 ; 92, 
6), les monosyllabes accentués apparaissent précédés de 
particules atones avec lesquelles ils forment des groupes 
équivalents à des polysyllabes ; c'est pourquoi nous les 
avons confondus avec les oxytons. 

De même les mots pénultièmes suivis des particules hii 
(45, 15 ; 86, 28), yàp (75, 27), j^Év (86, 18), U (40, 5 ; 52, 



I 



484 D. SERRUYS 

47 ; 77, 47 ; 88, 32 ; 92, 3 ; 94, 51) ont été assimilés aux 
oxytons (C/. Tableau II, Glausules d'Himérius). 

Au moyen des relevés statistiques ainsi effectués, nous 
pouvons tout d'abord vérifier les hypothèses déjà émises au 
sujet des procédés toniques d'Himérius. 

Si nous en croyions M. Litzica\ Himérius aurait ignoré le 
cursus de Meyer, au point de présenter, pour les clausules 
contraires à la loi, une proportion de 29 pour 100, supé- 
rieure à la proportion normalement fournie par la langue, 
laquelle, d'après les calculs de M. Litzica, serait de 22,8 pour l 
100. Ce pourcentage est établi d'après 100 clausules d'Himé- 
rius. Si au contraire l'on étudie les 1229 clausules que 
présente l'ensemble du texte d'Himérius, on s'aperçoit que 
285 d'entre elles sont contraires à la loi de Meyer, soit une 
proportion de 23,19 pour 100 sensiblement égale à la pro- 
portion naturelle que fournit, d'après les calculs de M. Litzica, 
le libre jeu de la langue. Mais on se souvient que nous avons 
fait, au sujet du critère mathématique établi par M. Litzica, 
les plus expresses réserves ; d'autre part on remarquera que, 
même en admettant la légitimité de ce critère, les chiffres 
ci-dessus prouveraient tout au plus que les procédés d'Himé- 
rius ne correspondent pas à la formule de M. W. Meyer. 

C'est ainsi évidemment qu'en a jugé M. de Wilamowitz 
lorsque, peu après la publication du travail de M. Litzica, il 
a formulé comme suit le système tonique qu'il prête à Himé- 
rius. « L'accent final proparoxyton prédomine ; il est pré- 
cédé de préférence de 2 atones mais aussi d'une seule ou 
de plusieurs, le voisinage immédiat de l'accent final avec 
l'accent pénultième étant seul proscrit. Si l'accent final est 
paroxyton, il est nécessairement précédé de 2 atones ^. » En 

4. Op. cit., p. 18. 
2. Op. cit., p. 215. 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 483 

d'autres termes, la clausule meyerienne est de règle seule- 
ment lorsque le mot final est paroxyton, ce qui est excep- 
tionnel ; elle est prédominante mais cependant facultative, 
lorsque l'accent final est proparoxyton, ce qui est la norme. 

La différence de traitement que M. de Wilamowitz croit 
reconnaître entre les clausules terminées par un proparoxy- 
ton et celles terminées par un paroxyton, est, disons-le tout 
de suite, purement fictive. Sur les 1 Ooo clausules d'Himé- 
rius terminées par un proparoxyton, 250 sont contraires à la 
loi de Meyer, soit une proportion de 23,7 pour 100 ; 'sur les 
131 clausules d'Himérius terminées par un paroxyton, 
31 sont contraires à la loi de Meyer, soit la même propor- 
tion de 23,7 pour 100. Le traitement, du moins en ce qui 
concerne la loi de Meyer, est donc identique. 

Mais ce qui n'apparaît nullement fictif dans la formule de 
M. de Wilamowitz, c'est d'une part la prépondérance du 
proparoxyton final, et d'autre part un certain rapport — 
qu'il s'agira de préciser — entre le nombre des atones fina- 
les et celui des atones pénultièmes. Rien ne nous empêche 
de prendre ces deux indications comme point de départ 
pour nos recherches. Nous examinerons donc en premier 
lieu le traitement que comporte le type prépondérant des 
clausules terminées par un proparoxyton. 



L — Les clausules terminées par un proparoxyton. 

A. Sur 1 229 clausules que comporte le texte d'Himérius, 
1 Ooo sont terminées par un proparoxyton. Il est à peine 
nécessaire de remarquer que cette proportion est de beau- 
coup supérieure à la proportion normale ou « fréquence 
linguistique » des proparoxytons. La fréquence linguistique 
du proparoxyton comparée à l'ensemble des polysyllabes est 



486 D. SERRUYS 

d'environ 24 pour 100*. En d'autres termes, sur l'ensemble 
des clausules d'Himérius, qui sont au nombre de 1 229, le 
jeu normal de la langue en aurait fourni 295 seulement ter- 
minées par des proparoxytons ^ ; nous en relevons, en fait, 
1 055. La majoration produite du fait des partis pris rythmi- 
ques d'Himérius est donc d'environ 350 pour 100. 

Pour se convaincre que c'est bien au parti pris rythmi- 
que — et non au vocabulaire d'Himérius — que cette majo- 
ration doit être imputée, il suffit de calculer par exemple la 
proportion des proparoxytons en place pénultième. Dans les 
1 229 clausules étudiées, tandis que nous trouvons 1 055 
proparoxytons ultièmes, nous trouvons seulement 92 pro- 
paroxytons pénultièmes, c'est-à-dire que la proportion 
naturelle des proparoxytons est altérée en sens inverse, 
selon que l'on observe le mot final ou le mot pénultième de 
la clausule : dans le premier cas elle est plus que triplée, 
dans le second elle est réduite à moins du tiers. 

Ainsi l'on est amené naturellement à se demander si, entre 
ces deux altérations en sens inverse, il n'existe pas quelque 
corrélation. Le proparoxyton final est-il incompatible avec 
le proparoxyton pénultième ? Pour nous en rendre compte, 
il faut restreindre notre observation aux seules phrases ter- 
minées par un proparoxyton. Or, sur 1 055 phrases de ce 
genre, 72 présentent une proparoxyton pénultième, soit une 
proportion de 6 pour 100, représentant à peine le quart de 
la fréquence linguistique. La disproportion est certes frap- 
pante mais non point décisive ; il serait pour le moins témé- 



i. Cf. tableau I : 2 923 proparoxytons sur 42 148 polysyllabes. 
2. Ce chiffre est obtenu par la formule : 

X 2923 



1 229 12 148 
Tous les chiffres suivants sont obtenus par des calculs analogue 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 487 

raire de conclure dès à présent à l'interdiction totale du 
proparoxyton pénultième devant le proparoxyton final. 

Mais, si aucune formule précise ne se dégage encore de 
notre statistique, la faute en est peut-être à ce que nous 
avons jusqu'ici opéré sur des catégories abstraites. Mieux 
vaut, comme nous le disions tout à l'heure, n'opérer que sur 
des éléments réels, classés en séries parfaitement homogè- 
nes. Au lieu donc d'observer l'ensemble des proparoxytons, 
distinguons soigneusement les proparoxytons à 0, 1, 2, 3, 
etc., prétoniques et voyons s'ils comportent dans les claù- 
sules un traitement identique. 

Sur les 1 Ooo clausules terminées par des proparoxytons, 
206 sont terminées par un mot du type àvôpwTuoç accentué 
sur la syllabe initiale. Nous disions que, sur les 1 Ooo clau- 
sules terminées par un proparoxyton quelconque, 72 pré- 
sentent un proparoxyton pénultième, soit une proportion de 
6 pour 100 : or, sur les 206 clausules terminées par un 
proparoxyton du type av6pa)7:oç, 48 présentent un proparoxy- 
ton pénultième, soit une proportion de 24 pour 100, qua- 
druple de celle que nous avions constatée quand nous envi- 
sagions l'ensemble des proparoxytons et exactement conforme 
à la fréquence linguistique du proparoxyton. Force nous 
est donc d'admettre que si le proparoxyton pénultième est 
exclu devant certaines formes de proparoxytons ultièmes, il 
est au contraire admis devant des proparoxytons du type 
avOpa)-3ç, dans la proportion même où le fournit la langue. 

Au contraire devant les proparoxytons à 1, 2, 3, etc., 
prétoniques, la proportion des proparoxytons pénultièmes 
s'abaisse jusqu'à n'atteindre plus 3 pour 100. Sur 849 clau- 
sules de ce genre 24 seulement présentent des proparoxytons 
pénultièmes ; encore ces exemples sont-ils des plus précaires 
au point de vue critique. Voici comment ils se répar- 
tissent : 



488 B. SERRUYS 

1) Type final : yoL[xr^.'.oq : 468 clausules, 9 proparoxytons 
pénultièmes (au lieu de 112)* : pp. 43, 9 (corr. \lzx(ùtaù 
cf. p. 39, 8) ; 46, 38 (çuaswç est intolérable) ; 56, 39 (corr. 
Sav6i7C7:ov xov jAsyav) ; 60, 19 (répétition improbable de la 
ligne 14); 61, 8 (l'allitération ttôaiç TraAiv est suspecte; l'or- 
dre YévYjxai xàXiv est préférable) ; 63, oO ("O^AYjpo; entre r^Biov 
et (f6éYY£a6ai est certainement fourvoyé, il faut le restituer en 
fin de phrase) ; 87, 3 (ti del.) ; 94, 23 (&you;a£vo; del.). 

Type final : b ôdcXaiio;, équivalent au précédent : 195 clau- 
sules, 5 proparoxytons pénultièmes (au lieu de 47) : pp. 64, 
36 (corr. èy.aT£p(ov) ; 72, 4o (^ del.) ; 78, 26 (t^ del.) ; 82, 
3 (àvaSouai?) ; 96, 17(ajiot; prouve que le verbe était pri- 
mitivement au passif . Corr. xapî^?) 

2) Type final : TCapsXeJasTai : 78 clausules, 5 proparoxy- 
tons pénultièmes (au lieu de 18) : pp. 50, 47 ; 66, 18 
(fjaewç est inintelligible) ; 76, 43 ; 93, 30 ; 95, 4 ([j.cj ne 
peut se rapporter à oa-jj-wv ; cf. 93, 29 ; corr. £jj.:j complément 
de xais^TQ^iaxai). 

Type final : tl xuvOaveTai, équivalent au précédent : 26 
clausules, 1 seul proparoxyton (au lieu de 6) : p. 68, 44 
(tq Bir^yiQiJLa remplace une autre expression et l'article est 
inadmissible). 

3) Type final : kmd^pxyiZB-j', : 48 clausules, 1 seul pro- 
paroxyton pénultième (au lieu de 11) : p. 51, 9 (corr. 

TUpOTÉpWv). 

Type final : xà izxpxTzlrfjix, équivalent au précédent : 
19 clausules, 2 paroxytons pénultièmes (au lieu de 4, 
6) : pp. 67, 2 (xw 5ir;yr^[jLax'. = glose tirée de pLj0o).oY(5v); 
p. 93, 33. 

Type final : \lzzol xyj; tugaew?, équivalent au précédent : 



1. Les chiffres entre parenthèses sont ceux que fournirait le libre jeu 
de la langue. Cf. tableau de fréquence linguistique. 



PROCÈDES TONIQUES D'HIMÉRJUS 489 

6 clausules, 1 proparoxyton pénultième (au lieu de 1, 4) : 
p. 50, 13. 

La proportion infime des proparoxytons pénultièmes, dans 
les séries que nous venons d'examiner, et leur extrême fragi- 
lité au point de vue critique nous autorisent certes à les 
taxer d'irrégularité. Dès lors, nous pouvons résumer les 
observations que nous venons de faire par la règle suivante : 
« Devant un proparoxyton final, le proparoxyton pénul- 
tième est exclu, à moins que le mot final ne porte l'accent 
sur la syllabe initiale. » 

B. La règle que nous venons de formuler a sa répercus- 
sion évidente sur la répartition des atones pénultièmes de la 
phrase — et partant sur leur nombre. 

Le cursus de W. Meyer admet indifféremment des clau- 
sules telles que o6;av krl^T^\)i'C,o\i<ll et a;'.a eTC'.Sei'SaaGs, xpwxov 
oiaAéYsaOai et xàXX'.a-rov M{fri\xoL. En vertu de la règle que 
nous venons de formuler, Himérius n'admet, lui, que la 
1'^ et la 3' de ces formes, tandis qu'il rejette la 2^ et la 4^ 
Il en résulte que si Himérius a eu, par rapport au nombre 
des atones pénultièmes, un parti pris identique à la loi de 
Meyer, il ne disposait pas, pour l'appliquer, des mêmes res- 
sources. 

D'ailleurs Himérius s'est-il préoccupé du nombre des 
atones pénultièmes de la phrase, comme il se préoccupait 
de leur répartition ? C'est ce dont nous pourrons nous ren- 
dre compte, en étudiant le traitement qu'il réserve, devant 
un proparoxyton final, aux paroxytons et oxytons pénul- 
tièmes. 

tPour que l'on puisse du premier coup d'œil apprécier, en 
nction de la fréquence linguistique, les chiffres relevés 
mr chacun des types pénultièmes, dans le texte d'Himé- 



490 



D. SERRUYS 



tés, ceux que ferait attendre la proportionnalité normale de 
la langue. 



FINALES 




PÉNULTIÈMES 


TOTAL 
DES 

clausules. 




PAROXYTONS 


OXYTONS 


avOpcarco;. . . 

Yafx/îXio;. . . 
ô GâXajxoî. . . 

TcapeXeucjcTat. . . 
ei ;ïuvOav6Tai. . 
èv TOÎ; aXdîat. . 

iTçiacppaY^STai. . 
xà 7capa;rXrJaia.. 
TUpô; Tr)v UTToOsaiv. 
[jLSTà xt]; TidXstoç. 


• 

• 

■ 

• 


438(> 99) 

396 (> 226) 
464 (> 95) 

) 48« 38) 
8« 42) 

1 44(> 23) 
46(> 9) 
^O 2) 
) 5(> 2,9) 
1 


20 « 56) 

63 «424) 
29« 53) 

58(> 24) 
47(> 7) 
4 

3« 43) 
i« S) 
0« 4) 
0« 4,6) 


206 

468 
495 

78 

26 

4 

48 

49 

4 

6 



Un rapide coup d'œil jeté sur ce tableau suffit à démontrer 
que les préférences d'Himérius pour le paroxyton ou l'oxy- 
ton pénultième alternent d'après le nombre des prétoniques 
du mot final. Réservons, pour le moment, la catégorie des 
clausules terminées par un mot accentué sur la syllabe ini- 
tiale (type àv8p(i)-o;) qui, comme nous l'avons vu au sujet 
de la règle énoncée au paragraphe précédent, peuvent être 
l'objet d'un traitement particulier. 

Pour les autres finales, à 1 , 2 et 3 prétoniques, les préfé- 
rences d'Himérius se reconnaissent aisément. Il recherche 
les formes pénultièmes qui fournissent les atones pénultiè- 
mes de la phrase en nombre pair. La majoration de ces for- 
mes par rapport à la fréquence linguistique varie entre 150 et 
300 pour 100. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que 
les clausules préférées d'Himérius sont précisément les seules 
^dmises par les stylistes byzantins, 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 491 

Devant les formes finales accentuées sur la syllabe ini- 
tiale, le traitement est, il est vrai, différent. Cette diffé- 
rence n'est pas pour nous surprendre, puisque nous avons 
déjà constaté que ces formes sont les seules qui admettent les 
proparoxytons pénultièmes, dans la mesure même où les 
fournit la langue. De même, au point de vue du nombre des 
atones pénultièmes de la phrase, les clausules terminées par 
un mot accentué sur la syllabe initiale se distinguent encore 
des autres catégories. En effet devant le type avôpwxc;, la 
forme pénultième avantagée est celle qui fournit les atones 
pénultièmes en nombre impair. Et par là le système d'Himé- 
rius s'oppose manifestement au cursus byzantin. 

Des faits que nous venons d'examiner, une conclusion se 
dégage aisément : Himérius a, en ce qui touche le nombre 
des atones pénultièmes de la phrase, des préférences mar- 
quées et ces préférences varient, en fonction des atones pré- 
toniques dumot final. Cette constatation, on le remarquera, 
est exactement inverse de celle formulée par M. de Wila- 
mowitz, qui subordonnait le nombre des atones pénultièmes 
à celui des posttoniques du mot final. 

Si maintenant nous nous efforçons de systématiser les 
diverses catégories de faits acquis par l'examen des clausules 
terminées par un proparoxyton, nous aboutissons à la con- 
clusion suivante : 

Himérius a deux espèces de partis pris : 

1" L'un de nature verbale (répartition des atones pénul- 
tièmes), qui peut se formuler comme suit : Les proparoxy- 
tons pénultièmes sont proscrits, à moins que le mot final ne 
soit accentué sur la syllabe initiale ; 

2" L'autre, de nature rythmique (nombre des atones 
pénultièmes), qui peut se formuler comme suit : Le nombre 
des syllabes atones qui précèdent l'accent final de la phrase 



492 



D. SERRUYS 



ou de l'incise est de préférence pair, lorsque le mot final 
présente une ou plusieurs prétoniques, impair, si le mot final 
est accentué sur la syllabe initiale. 



II. — Clausules terminées par des paroxytons. 

La proportion de ces clausules est très inférieure à la fré- 
quence linguistique des mêmes combinaisons. Alors que la 
langue, sur un total de 1 229 clausules, en fournirait 595 ter- 
minées par des paroxytons, nous en relevons seulement 131. 
La proportion naturelle est donc réduite au quart. 

On conçoit aisément que la statistique qui opère sur des 
chiffres aussi restreints est nécessairement précaire : c'est 
donc surtout par analogie avec les faits observés dans d'au- 
tres catégories, que nous pourrons apprécier les éléments 
réunis dans la catégorie des clausules terminées par un 
paroxyton. 

Nous bornerons du reste notre examen aux séries de 
faits les plus nombreuses, négligeant celles qui ne compor- 
tent qu'un ou deux exemples, lesquels d'ailleurs peuvent 
provenir d'altérations du texte. 



FINALES 


PÉNULTIÈMES 


TOTAL 
DES 

clausules. 


PROPAROXYTONS 


PAROXYTONS 


OXYTONS 


Xe'YO). . . . 

Xa{jL6àvco. . . 

ô Xoyo;. . . 

xf'ç 6aXàxx75ç. . 


7(> 6) 

' 2« 7) 
\ 2«l5) 

2 

1 I 


l/i(>12) 

20(> i4) 
53(>29) 

3 

I 


A« 7) 

8(= 8) 
5«i6) 

I 


25 

3o 
6o 



Pour autant que l'on puisse étayer des conclusions sur des 



f>ilOGÈDÉS TONIQUES D'HIMÉRIÛS 493 

chiffres aussi faibles, il semble bien que les partis pris 
d'Himérius pour les clausules terminées par un paroxyton 
sont les mêmes que pour les clausules terminées par un propa- 
roxyton. 

Au point de vue verbal, les proparoxytons pénultièmes 
sont proscrits, à moins qu'ils ne précèdent un mot portant 
l'accent sur la syllabe initiale. On remarquera que les exem- 
ples de proparoxytons pénultièmes (pp. 82, 13 ; 83, 45 ; 65, 
27; 93, 40 ; 75, 9 ; 68, 1 ; 39, 30) représentent une propor- 
tion de 7 pour 100 légèrement supérieure à la proportion des 
mêmes formes observées dans la catégorie des clausules ter- 
minées par un proparoxyton (3 pour 100). Mais ces exem- 
ples ne sont guère solides au point de vue critique, l'un 
d'eux, p. 93, 40, est même une conjecture d'éditeur. 

Au point de vue rythmique, nous constatons, comme pré- 
cédemment, une préférence marquée par les atones pénul- 
tièmes en nombre pair, à moins toutefois que le mot final 
ne porte l'accent sur la syllabe initiale. Pour le type final 
AapLoavd) et pour le type correspondant c Xoyoç la majoration 
des paroxytons pénultièmes, qui peuvent seuls fournir l'in- 
tervalle tonique pair, est manifeste. Au contraire pour le 
type final à^avi^w et pour le type équivalent zf^q OaXai-nQ; le 
nombre des exemples est si réduit qu'il y a lieu de les éplu- 
cher. Pour cette catégorie de clausules nous relevons un seul 
oxyton pénultième (p. 72, 15) et quatre paroxytons pénul- 
tièmes (pp. 53, 23; 69, 51 ; 87, 43 et 91, 47). L'oxyton 
pénultième, qui seul fournit l'intervalle pair, est inattaqua- 
ble au point de vue critique. Quant aux quatre paroxytons 
qui fourniraient un intervalle de trois atones pénultièmes, 
ils sont, tous quatre, fictifs ; p. 87, 43, il faut lire xà gaXavsTa 
comme le prouve l'expresse parallèle xo Auxeicv, à la ligne 

Irécédente; p. 91, 47, Srj^YjYopoç est une glose tirée de l'in- 
be suivante; p. 53, 23, les mots yj xw UuHcù veaviaxw forment 



494 D. SERRUYS 

une métaphore lyrique empruntée sans doute par Himérius à 
quelque ode perdue dePindare ou de Bacchylide; p. 69, 51. 
les mots Xoyioiç OscTç ï'^.{/d t£ x,ai [xeAiQaci constituent la fin d'un 
tétramètre iambique catalectique, avec césure régulière. On 
voit par là avec quelle prudence il faut opérer, lorsque les 
chiffres de la statistique sont trop réduits. 



III. — Clausules termiiiées par un oxyton. 

A cause de l'écueil que nous venons de signaler, nous 
n'observerons dans la catégorie des clausules terminées par 
un oxyton que le seul type pour lequel nous ayons relevé un 
nombre suffisant d'exemples: le type final y.aipôç, et le groupe 
équivalent -i aa. Devant ce type final, nous trouvons 
20 paroxytons, 4 oxytons et 1 seul proparoxyton pénultième. 

L'exemple du proparoxyton pénultième, p. 75, 6, est cer- 
tainement altéré. La place normale de èyo) est après toutov, et 
l'on ne saurait hésiter à effectuer la transposition. Au lieu 
des 6 exemples que ferait attendre la fréquence du propa- 
roxyton dans la langue, nous ne relevons donc qu'un seul 
exemple, bien précaire au point de vue critique, et nous 
sommes autorisés dès lors à admettre que devant un mot final 
oxyton, comme devant les autres finales, le paroxyton pénul- 
tième est proscrit par Himérius. i 

Au point de vue du nombre des atones pénultièmes, nous* 
constatons une fois de plus une prédilection marquée pour 
l'intervalle pair. 

Le cas particulier des formes finales accentuées sur la 
syllabe initiale ne se pose pas dans cette catégorie. 

En somme, que le mot final soit proparoxyton, paroxyton 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 498 

OU oxyton, les partis pris toniques d'Himérius demeurent 
invariables. Ce n'est donc pas, comme le croyait M. de 
Wilamowitz, du nombre des posttoniques du mot final que 
dépend le traitement des clausules. Bien au contraire, ce 
sont \q^ prétoniques du mot final qui jouent le rôle d'élément 
régulateur. 

En effet, tout le système d'Himérius peut se résumer 
comme suit : 

l*' Le proparoxyton pénultième est proscrit lorsque le mot 
final présente une ou plusieurs prétoniques ; il est admis 
lorsque le mot final est accentué sur la syllabe initiale. 

2** Les atones pénultièmes de la phrase ou de l'incise sont 
de préférence en nombre pair lorsque le mot final présente 
une ou plusieurs prétoniques ; de préférence en nombre 
impair — ou si l'on veut réduites à l'unité — si le mot final 
est accentué sur la syllabe initiale. 

Peut-on prétendre que ces deux formules constituent un 
système ? Elles représentent plutôt des procédés toni- 
ques chers à Himérius et appliqués par lui, l'un avec cons- 
tance et rigueur, l'autre avec prédilection mais sans con- 
trainte. 

Ce qui peut particulièrement nous intéresser dans ces 
deux formules, ce sont les préoccupations qu'elles ré- 
vèlent. 

La préoccupation verbale — ou, si l'on veut, la notion du 
groupement des atones autour de la tonique — apparaît 
clairement : c'est elle qui interdit la répétition en place 
pénultième du proparoxyton, privilégié en place finale ; c'est 
elle surtout qui explique le rôle des prétoniques dans le trai- 
tement des clausules. 

La préoccupation rythmique, d'autre part, se révèle dans 
la recherche d'un intervalle d'atones pénultièmes pair, 



496 i). SÈRÎltJYS 

lorsque le mot final a une ou plusieurs prétoniques et impair 
lorsque le mot final porte l'accent sur la syllabe initiale. 
Cette distinction dérive sans doute du souci d'équilibrer 
l'intervalle pénultième avec l'étendue du mot final. 

De ces deux préoccupations la dernière seule subsiste dans 
le cursus byzantin, encore y est-elle singulièrement sim- 
plifiée. 

Si l'on compare les procédés d'Himérius avec le cursus 
byzantin tel qu'on le trouve appliqué dès la fin du iv^ siè- 
cle chez Thémistius et chez Choricius de Gaza, on s'aperçoit 
que chez ces derniers la préoccupation verbale a totalement 
disparu. La répartition des atones pénultièmes est indiffé- 
rente, leur nombre seul importe. 

D'ailleurs la préoccupation rythmique, qui provoque la 
recherche d'un nombre déterminé d'atones pénultièmes, 
s'est elle-même simplifiée. Des procédés toniques d'Himé- 
rius, un seul survit — qui d'ailleurs devient général et 
rigoureux, — c'est la recherche d'un nombre pair d'atones 
pénultièmes ; encore cette formule unique s'élargit-elle et 
les auteurs peu soigneux se contentent de séparer les deux 
derniers accents de la phrase ou de l'incise, par deux atones 
au moins. 

De la notion ancienne de la répartition des atones, de 
la recherche d'un équilibre entre le nombre des atones 
pénultièmes et l'étendue du mot final, rien ne subsiste. 
\Jintervalle qui sépare les deux derniers accents de la 
phrase concentre seul l'attention, et Psellus le considère 
comme constituant « le chant du langage » : èait StaXéxxou 
[aIXoç XCÏ3V Tt SiaffxyjtJLa èv Siaçopoiç juXXaoaT; [3apuTOVOuiJt.evov \ 

1. Rhetores graeci, éd. Walz, t. V, p. 589, 1. 45-46. 



PROCÉDÉS TONIQUES D'HIMÉRIUS 



497 



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Antoine THOMAS 



NOTES LEXICOGRAFIQES 



SUR 



LA PLUS ANCIÈNE TRADUCCION 

LATINE 

DES EUVRES D'ORIBASE 



NOTES LEXICOGRAFIQES 

SUR 

£LA PLUS ANGIÈNE TRADUCCION LATINE 
DES EUVRES DORIRASE 

Par Antoine Thomas. 



L'édicion des euvres du médecin grec Oribase ('Opetéàaioç), 
antreprise par les docteurs Bussemaker et Daremberg et ter- 
minée par Auguste Molinier, se conpose de sis volumes, 
parus de 1851 à 1876 ^ Les pajes 799-927 du tome cin- 
qième et 2-626 du tome sisième sont ocupées par des textes 
latins apartenant à deus traduccions distinctes. La plus 
anciène de ces deus traduccions et la seule dont il sera ges- 
tion ici. Je ranvoie aus indicacions d'Auguste Molinier sur 
l'époqe et la provenance de cète traduccion et sur les con- 
dicions dans les qèles èle nous et parvenue -. On sait qe le 
manuscrit le plus ancien, conservé à la Bibliotèqe Nacionale 
de Paris sous la cote : latin iOS33 (jadis : suplément latin 
62i) et (pour 18 feuillets sur 40 qi an ont été arachés) à la 



1. (Euvres d' Oribase. Paris, J.-B. Baillère et fils. Les tomes 1 à 4 ont 
paru de 1851 à 1864. Bussemaker étant mort an 1865 et Daremberg an 
1872, les tomes 5 et 6 n'ont paru q'an 1873 et 1876. Le dernier et dû aus 
soins d'Auguste Molinier, dont le nom figure sur le titre. 

2. (Euvres d'Oribase, t. 6, p. 3^vi. 



504 A. THOMAS 

Bibliothèqe de Berne, sous la cote : miscell. F Si 9, remonte 
au sétième siècle ^ La traduccion èle même apartient vrai- 
sanblablemant au comancemant du sisième, et a été exécu- 
tée an Italie, peut-être à Ravenna, ou dans le voisinaje de 
cète vile ^. 

Depuis la publicacion de Molinier, un fait d'une certaine 
inportance s'êt produit. Le manuscrit de la colleccion 
Ashburnham, sur le qel l'éditeur avait doné qelqes indica- 
cions précises, mais q'il n'avait pu utiliser d'une manière 
constante, et venu prandre place sur les rayons de notre 
Bibliotèqe Nacionale, où il porte la cote : nouv. aq. lat. 
i6i9^. Toutes les fois qe cela m'a paru nécessaire, j'ai u 
recours à ce manuscrit. Il a été particulièremant précieus 
pour conbler la grande lacune qi existe dans le ms. lat. 
i023S par suite de l'arachemant de 40 feuillets dont ce der- 
nier a été victime, lacune qi conprand la fin du livre IV, 
tout le livre V et une partie du livre VI de la Synopsis 
d'Oribase. Le ms. lat. 9333, utilisé par Molinier, qi l'atri- 
bue au comancemant du neuvième siècle, n'êt le plus sou- 
vant q'une copie du manuscrit Ashburnham, le qel et anté- 
rieur d'anviron un siècle. 



4. Molinier précise trop an disant (p. xxiv) qu'il êtdificile d'an reculer 
l'exécucion plus loin qe le premier tiers du sétième siècle (630 ou 640). 
A plus forte raison faut il se défier des « juges des plus compétents » dont 
il parle, qi voient dans ce manuscrit un modèle extrèmemant pur de la 
plus bêle onciale du sisième. 

2. Molinier incline à croire qe la traduccion pourait être antérieure à 
480 et qe les allusions à la langue des Gots (à propos de la plante dite an 
français guède ou pastel) seraient des gloses marjinales postérieures intro- 
duites par mégarde dans le texte ; mais à qoi bon cète ipotèse ? L'orijine 
italiène de l'euvre et indiqée par Molinier et sera confirmée plus loin par 
l'étude lexicografiqe. Cet moi qi précise an ajoutant : « peut-être à Ra- 
venna ». Je me fonde sur ce passaje : « Emplastrum immotura, quem accepi 
a Martyrio arciatro Ravenna » (Oribase, t. V, p. 895). 

3. Voir L. Delisle, Catalogue des nus, des fonds Libri et Barrois (Paris, 
Champion, 4888), p. 88-89. 



NOTES LËXICOGRAFIQES SUR ORIBASE SOS 

Il va de soi qe, dans les pajes qi suivent, je n'ai pas la 
prétancion de relever toutes les particularités lexicografiqes 
notables de la traduccion d'Oribase. Come on s'an apercevra 
facilemant, mon atancion s'êt portée de préférance sur les 
mots ou formes qi paraissent être d'orijine populaire et qi, 
à ce titre, intéressent la fase anciène de l'évolucion dont les 
langues romanes ofrent aujourdui le terme aus ieus de 
l'observateur. Toutefois, chemin faisant, j'ai noté aussi qel- 
qes mots curieus à d'autres titres, mots qi sanblent avoir 
échapé jusq'ici à l'atancion et qi devront être désormais 
admis dans les diccionaires latins ^ 



AcMsioLA, s. f., pustule. 

Donec acrisiolas aut pustulas uel exanthemata surgant (Oribase, tome VI, 
p. 362, 1. 5 ; ms. lat. 10233, fol. 252 v», 1. 6 d'an bas). 

Au lieu de: acrisiolas^ les mss. n. a. lat. 1619^ et lat. 9332 
portent : agressiolas. Je n'ai rien de satisfaisant à proposer 
pour l'étimolojie de ce mot, qe son aspect ratache à la 
langue populaire, mais qe les langues romanes ne sanblent 
pas avoir conservé. Il mérite d'autant plus d'être signalé 
qe les auteurs du Thésaurus linguae latinae an cours de 

4. Hermann Hagen a publié an 1875 un mémoire intitulé : De Oribasii 
versione latina Bernensî commentatio, q'il a réinprimé dans son recueil 
paru à Berlin, chés Calvary, an 1879 : Zur Geschichte der Philologie und 
zur Rômischen Litteratur, p. 243-311. On i trouve, p. 299-303 de la rein 
pression, deus listes alfabétiqes intéressantes, mais sans commantaire, la 
première consacrée aus « vocabula Graeca vel a Graecis derivata », la segonde 
aus « voces Latinae notabiles ». Aucun des mots qe j'ai relevés ici ne 
figure dans les listes de Hagen, les qèles ne portent qe sur les 18 feuillets 
de Berne. 

2. Fol. 198*', 1. 4 d'an bas. Voici le texte exact, idantiqe (à une lètre 
près) à celui du ms. lat. 9332, dont Molinier a doné les variantes par raport 
au ms. lat. 10233 : « donec agressiolas aut pustolas uel exantematas pur- 
gant. » 



506 A. THOMAS 

publicacion, bien q'ils fassent état de notre traduccion, l'ont 
laissé échaper. 

Bernicaria, s. f., et Bernigarion, s. n., variété de soude. 

Trociscos ad scabias : litharguira, calce viva, psimithia, bernicaria (Ori- 
base, t. V, p. 9i0, art. 42 ; ms. lat. 40233). 

Afronitrus et bernicarion (Oribase, t. VI, 239, 1. 5 ; ms. lat. i0233. — 
Cf. le texte grec, t. V, p. 431, l. 12: ô xou vtTpoy â^pôc xalxo 6ep£vixetov). 

Le mot n'êt pas relevé dans le Thésaurus linguae latinae ; 
il manqe aussi dans Du Gange, mais il figure à plusieurs re- 
prises dans le Corpus glossariorum latinorum. M. Goetz 
a cru à tort q'il se ratachait au latin vermis : de là un article 
vermicarium introduit dans son Thésaurus glossarum emen- 
datarum, et où sont confondus deus mots diférants. Je me 
permets de ranvoyer à l'article qe je viens de publier dans la 
Romania (juillet 1908, p. 432), pour conpléter un mémoire 
de M. W. Foerster, réçamant paru, et où l'ital. vernice 
et ses conjénères sont ramenés au nom de vile Bérénice, 
Bep£v{x73 (Z. /. rom. PhiloL, XXXIII, 338). 

BuRSELLA, forme dissimilée, pour hulsella, vulsella, vol- 
sella, pince. 

Sanguinem caprunum miscis cura mel, et evellis cum bursella pilos 
adultères (Oribase, t. VI, p. 543, 1. 9 ; ms. 10233). 

Si aliquid intixum est, cum bursella est tollendum. Quod si in palphebra 
fuerit infixus, ubi cum bursella fuerit sublatus, lacté muliebri est oculus 
inrigandus (Oribase, t. VI, p. 549, 1. 7 de l'art, lxxiiii). 

A raprocher de scarpellum, cité plus loin . Bursella figure 
d'ailleurs, avec un ranvoi à volsella^ dans le Thésaurus 
linguae latinae. 

Carpia, s. f., charpie. 

Postea vero nervus nudus se bestierit, mutariis, id est carpias, deforis 
inponi oportet de aliquo medicamen (Oribase, t. VI, p. 158, 1. 14, d'an 



NOTES LEXICOGRAFIQES SUR ORIBASE S07 

bas ; ms. lat. 10233, fol. 154. — Cf. le texte grec, Oribase, t. V, p. 363, 

1. 3: [xexà 8è to axejiaaô^vat xô Ysy'^JJ.vtop.evov veupov toÎç [xdxoiç 7î£pt6aXXe'.v 
ïÇweev Se? tu..). 

Nous avons là le plus ancien exanple du latin médical car- 
pia, qi a fait une bêle fortune. Pour randre la même idée, 
le grec an ploie non seulemant (jlotoç et [xciàpiov, mais tiX(jl6ç, 
TtXiia et T'.X[jLaTtov , dérivés du verbe tiXXw « aracher brin à 
brin » . TO^Xw a come correspondant sémantiqe le lat. carpo : 
il et manifeste qe le subst. carpia a été tiré du verbe carpo, 
mais l'anploi du suffixe -ia pour cète dérivation et étranje. 
Je suis porté à voir dans carpia le plus ancien exanple cons- 
taté par un texte du suffixe populaire -ia, acçantué sur l'i, 
dont l'orijine reste ancore an partie misté rieuse. Et pourtant 
ce suffixe ne s'atache ordinairement q'à des tèmes nominaus, 
et les nouveaus noms q'il sert à former dans les langues ro- 
manes ont toujours un sans abstrait. An tout cas, le franc. 
charpie ne doit plus être considéré come un subst. partici- 
pial issu du verbe charpir, mais come le représantant du 
latin médical carpia^. 

GoTïTRiTURA, S. f . , lésion. 

Cerotum dia tessaron. Facit ad scorticaturas et omnes percussuras vel 
contrituras (Oribase, t. V, p. 861, art. 42 ; ms. lat. 10233). 

Des trois mots en -ura qe ranferme ce passaje, perciissura 
et le seul q'anrejistrent les diccionaires latins. A noter qe 
Gargilius Martialis anploie le simple tritura dans le sans de 
contritura. Je reviendrai plus loin sur scorticatura. 



1. Le caractère de subst. participial ne peut être pourtant dénié à cer- 
taines formes du prov. mod. tèles qe carpit, escarpido, etc. Le marseillais 
charpie représante un ancien *charpia, influencé par le franc, charpie. — 
Notons an passant qe notre traducteur anploie le partie, carpitus au lieu 
du classiqe carptus : « in linteo carpito subtile » (Oribase, t. VI, p. 356, 
1.8). 



508 A. THOMAS 

CoRNULiuM, S. n., cornouille. 

Quae minus nutriunt... noces, cornulia, prumnia, robi (Oribase, t. VI, 
p. 42, 1. 4 d'an bas ; ms. lat. 10233 i. — Cf. le texte grec, t. V, p. 463, 1. 25 : 

xpâva, Tîpoufiva, pàxtva). 

On expliqe couramant le franc, cornouille corne prove- 
nant d'un tipe *cornucula ; il faut an revenir et admètre qe 
le diminutif cornulum a été alonjé an cornulium, d'où cor- 
nulia, pluriel neutre transformé bientôt an féminin singu- 
lier. Cf aculeus et manuleus an latin classique. 

Effersura, s. f., inflammacion (causée par une brûlure), 
échauboulure. 

Emplastrum dia psimithium ad scabiosos et ad conbustos et ad effersu- 
ras ignitas (Oribase, t. V, p. 895, 1. 44 d'an bas ; ms. lat. 40233). 

Effersura supose un participe passé effersus, du verbe 
effervere. Cet un témoignaje intéressant de l'extansion de 
la formacion participiale an -sus, qi n'apartient primitive- 
mant q'aus verbes dont le tème et an -d et an -t : ardere 
arsus, vertere versus, etc., mais qe le latin classiqe utili- 
sait qelqefois ailleurs: spargere sparsus, etc^. Fersus se 
trouve dans un recueil de procédés tecniqes rédijé an Italie 
au comancemant du neuvième siècle, sinon plus tôt^: il 
a survécu dans le réto-roman fers et fiers « bouillant » . An 
some, effersura et moins barbare qe fervura, qe douent les 
diccionaires latins courants. 

ExERCiDiuM, s. n., exercice. 

Ante exercidium (Oribase, t. V, p. 802, 1. 26). — Communis est cor- 



4. Le ms. de Laon écrit cornolias. 

2. De sorbere le latin vulgaire a formé de même sorpsus (au lieu de 
sorptus), de solvere, solsus (au lieu de solutus), de volvere, volsus (au 
lieu de volutus), etc. 

3. Colas post tota fersa (Muratori, Antiq. Italicx, II, col. 374). 



NOTES LEXIGOGRAFJQES SUR ORIBASE S09 

pori in omni re exercidium (ibid., 1. 2 d'an bas). — Vehemens exerci- 
dium(t. y, p. 803, 1. 2). — Horum similes exercidia (ibid., 1. 43). — 
Gonfestim ah exercidio jubet declinare (ibid., 1. 9 d'an bas), etc., etc. 

Tous ces exanples viènent du ms. lat. 10233, leqel anploie 
concurramant la forme classiqe exercitium. On ne peut 
expliqer la forme exercidium ni par une erreur de grafie 
du scribe, ni par une évolucion fonétiqe de la forme clas- 
siqe exercitium. J'i vois une substitucion de désinance dont 
le point de départ remonte probablemant à l'existance d'un 
groupe assés nonbreus de mots an -idium, tels qe excidium, 
exscidium, homicidium, obsidium, parricidium, subsi- 
dium, etc. 

ExPELLiTivus, Repellitivus, adj., détersif. 

Qui ex betis est sucus expellitibus est (Oribase, t. Vl, p. 25, 1. 7 ; ms. 
lat. 10233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 173, 1. 14: ô Iv toT; -ceÛTXotç y^uXoç 
purrtxd; èoii.) 

Panes tridicei... ioriorihus repellitivam birtutem participant (Oribase, 
t. VI, p. 29, 1. 11 d'an bas; ms. lat. 10233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 
176, 1. 23 : puTTCix^S 8uvâ{jL£(oç {xsTs'/^eiv tô TCiTupov). 

Expellitivus et repellitivus, mots nouveaus, sont double- 
mant intéressants : ils atestent une fois de plus l'extansion 
dans la langue vulgaire du suffixe -ivus, et, surtout, ils nous 
montrent (\epellere, à côté du participe classiqe ^w/5i<5, s'êt 
doné un participe an -itus : cf. * fallitus, à côté de falsus ; 
*tollituSy à côté de sublatus. Il et probable, d'après ces 
raprochemants mêmes, q'il s'ajit d'un participe fort an -îtus, 
et non d'un participe faible en -Itus. Gepandant le provan- 
çal possède le verbe espelir « éclore », qi sanble bien ates- 
ter l'existance an latin vulgaire de *expellire, pour expellerCy 
et l'ipotèse d'un participe faible ""pellltus peut être admise 
parallèlemant. 

Fetinus, adj., de brebis. 

Gala Greci lactem dicunt... post haec scrofinus aut caprinus aut aequi- 



810 A. THOMAS 

nus aut baccinus aut asininus aut fetinus (Oribase, t. VI, p. 472 ; ms. 
lat. 10244, fol. 38, 1. 12. - Cf. ms. n. a. lat. 1619, fol. 29, 2^ col., 1. 12 
d'an bas : Galla Greci lactis dicunt... posthaec scrouinos aut caprunus 
aut aequinus aut vaccinus aut aseninus aut fetinus). 

La signification de fetinus, qe le contexte sufirait à faire 
deviner, et précisée par le texte grec d'Oribase, t. V, p. 606, 
1. 27: « £1 Se [JLYj alyoç y; Ixirou y; êooç y; ovoj yj izpoBà'zou. » Cet 
adjectif fetinus supose nécessairemant la spécialisacion du 
substantif participial fêta au sans de « brebis mère » dès le 
sisième siècle. Ce sans et bien conu par le témoignaje des 
parlers romans ; je me borne à ranvoyer à Diez et à l'article 
fêta du Lat.-rom. Wà'rterb. de M. Kôrting. 

FiLicA, s. f., foujère. 

Extrahit os fracta aut corrupta et surculos et spinas infixas et sagittas 
et cannas et filicas (Oribase, t. V, p. 853, 1. 22 ; ms. lat. 10233). 

La substitucion, an latin vulgaire, de la désinance -ica à 
la désinance -ioR.(^-ex) -icis et un fait conu, dont M. Meyer- 
Lùbke a cité plus d'un exanpie*. A côté de *junica, *po- 
mica, *pulica, *saiica, *ulica ei*vitica^, M. Meyer-Lùbke 
mancione précisément (sans référance textuèle) notre forme 
*filica, q'il apuie sur le témoignaje du patois daufinois/wozo. 
Q'il me sufise de dire qe d'une comunicacion écrite de 
M. l'abé Devaux, recteur de l'Université catoliqe de Lyon, 
et de l'étude de la carte 600 {fougère^ de \ Atlas linguis- 
tique de MM. Gilliéron et Edmont, il ressort clairemant qe 
le domaine actuel de p.lica s'étand sur la plus grande partie 
de la réjion franco-provançale et sur les confins français et 
provançaux de cète réjion ^ 



1. Gramm. des lang. rom., t. II, § 17. 

2. Aus qelson peut joindre *p/ca, d'où le prov. pega. 

3. Cf. l'observacion qe j'ai faite à ce sujet an randant conte de la tèse 
française de M. l'abé Devaux dans les Annales du Midi, anée 1892, p. 399. 



NOTES LEXIGOGRAFIQES SUR ORIBASE 511 

FuNGiDus, adj., fongueus. 

Ficus non similiter aliis pomis nutrit, sed fungidas carnes facit (Ori- 
base, t. VI, 13, 1. 8 j ms. lat. 40233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 464, 1. 44 : 

aofxçcoST) TîoiEÎ T7)v (jotpxa). 

Gaia, s. f., pie. 

Cissa ab antiquis nomen accepit... Alii ad similitudinem avis qua Greci 
cissa vocant, Latini gaiam dicunt : ut enim illa pinnarum varietate dis- 
tincta adque voce mitisona esse perhibetur, non aliter haec passio varies 
desideriorum ingerit formas (m s. n. a. lat. 4649, fol. 66, 2» col., 1. 7; cf. 
Oribase, t. VI, p. 48 i.) 

Tout le monde et d'acord pour reconaître la pie dans 
Toiseau apelé an grec xiaaa ; donc le latin vulgaire gaia a le 
même sans pour notre traducteur. L'espagn. gaya et l'ital. 
dialectal gam, gaggia, gaza, représantants fonétiqes régu- 
liers du lat. vulg. gaia, conservent fidèlemant ce sans, qi et 
aussi celui de l'ital. litéraire gazza(sL\ec zz sonore), mot qe 
Nigra considère come anprunté par le toscan aus dialectes 
plus septantrionaus ^. Le témoignaje de Papias (1053), qi 
glose gaia par pica^, remonte donc à une saine tradicion 
dont notre traducteur nous révèle le fondemant pour une 
époque antérieure de plus de cinq çants ans. An some, dans 
l'istoire positive du latin vulgaire, gaia « pie » done la main, 
ou peu s'an faut, à gains « jai », qe nous a transmis Pole- 
mius Silvius*. 

Gambarus, s. m., écrevisse. 

Gambaros fluviatiles ustos (Oribase, t. V, p. 858, 1. 30 ; ras. lat. 40233). 

4. Ce passaje manqe dans le ms. lat. 10233 par suite de la disparicion 
des feuillets dont il a été qestion ; les éditeurs l'ont publié d'après le 
ms. lat. 9332, qi n'êt qe du neuvième siècle ; je le done d'après le ms. 
Ashburnham, qi n'ofre d'ailleurs que des variantes sans inportance. 

2. Zeitschr. f. rom. Philol, XXVII, 444. 

3. Ibid., XXVII, 440. 

4. Romania, XXXV, 474. 



512 A. THOMAS 

Astaci, paburi, gambari et alia queque talia que a Grecis malacia vo- 
cantur (Oribase, t. VI, p. 12, 1. 5 ; ms. lat. 40233). Etc., etc. 

La forme classiqe et cammarus, du grec xà[x{xapoç ; les 
manuscrits donent souvant gammarus. Mais l'ital. gam- 
bero, l'esp. gàmbaro et le prov. gambre postulent un tipe 
latin vulgaire gambarus, dont M. Kôrting, dans son Lat.- 
rom. Worterb., a fait avec raison une tête d'article ; il et 
inutile maintenant de faire précéder cette forme d'un asté- 
risqe. D'ailleurs on avait déjà un témoignaje ancien de la 
substitucion de ryib à mm dans cète remarqe du grammai- 
rien Caper: cammarus, non cambarus^. 

Gargarizius, s. m., gargarisme. 

Si pinguis flegma fuerit, gargarizius est adhibendus (Oribase, t. V, p. 
827, 1. 8 d'an bas; ms. lat. 40233). 

Partout ailleurs le ms. lat. 10233 anploie la forme clas- 
siqe gargarismus. Qèle valeur convient il d'atribuer à cet 
ài:a5?0n peut, je crois, i voir un subst. verbal tiré de gargari- 
zare^ souvant écrit gargaridiare^ conformémant à la pro- 
nonciacion populaire du "C, grec dans les payis de langue 
latine. On sait qel dévelopemant a pris ce procédé de déri- 
vacion dans les langues romanes ^ : les verbes en -izare 
(^-idiare) i ont fourni un notable continjant^ et il et intéres- 
sant de trouver un témoignaje aussi ancien de l'anploi de ce 
procédé avec un verbe de cète série. Bien qe gargarizare 
ne se soit pas anraciné dans la langue populaire, gargari- 
zius peut être considéré come l'ancêtre des mots français 
tels que charoi, octroi^ tournoi, dont le nonbre était beau- 
coup plus considérable au moyen âje qe de nos jours. 



4. Cité dans le Thésaurus ling. lat., art. gammarus. 

2. Un autre exanple sera cité plus bas, celui de sternutus. 

3. Cf. Meyer-Lubke, Gramm. des l. rom., t. II, §400. 



NOTES LEXICOGRAFIQES SUR ORIBASE 513 

Grunium, s. n., groin. 

Meliores sunt pedes porcini de grunia (Oribase, t. VI, p. 45, 1. 49 : ms. 
lat. 10233, fol. 426 v», ; ef. le texte grec, t. V, p. 165, 1. 28 : PeXxc'ou; 
01 TioSs; TÔJV uwv zloi TO'j puyy^ou;). 

Cibos accipiant... de ungulas porcorum et cronm (Oribase, t. V, p. 294, 
1. i2; ms. 247 ; le ms. lat. 9332, porte: gronia). 

Il et clair qe notre traducteur conaît un mot vulgaire 
grimium, idantiqe, come sans et corne forme, à l'ital. 
grugno, au prov. gronh, au franc, groin. On ramène abi- 
tuèlemant les mots romans à un subst. tiré du verbe latin qi 
signifie « grogner » et dont la forme flote antre grundire et 
grunnire, soit *grundium ou *grunnium. Si l'étimolojie et 
exacte, pourqoi ne trouvons nous pas les groupes -nn- ou 
-nd- dans les manuscrits ? Il et dificile de répondre à cète 
objeccion, et non moins dificile d'admètre qe grunium soit 
sans raport avec le verbe an qestion. 

GuRGUs, s. m., fluctuacion, gargouillemant. 

Ventris temperantia hoc modo cognuscitur... Si satis biberint, gravan- 
tur et in ventre gurgus faciunt (Oribase, t. VI, p. 83, 1. 48 ; ms. lat. 9332, 
fol. 55» ; cf. le texte grec, t. V, p. 254, 1. 4 : « sî... papùvotvco xtji TtXei'ovt 
xa\ xXuBcavaç S)(^oiev »). 

Gurgus et une variante de gurges dont on n'avait qe des 
exanples du moyen âje *, mais dont on admétait d'ores et 
déjà l'existance an latin vulgaire pour expliqer l'ital. gorgo^ 
le prov. anc. gorc (mod. goure, gourg, etc.), et l'anc. franc. 
gort (qi a dû être primitivemant *gorc), conservé jusq'à 
nos jours par beaucoup de patois. 



4. Voir l'art. Gurges de Du Gange. On trouve le fém. gurga chés les 
arpanteurs, d'où l'ital., esp. et prov. anc. gorga (avec o fermé), prov. 
mod. gourgo. Le franc, gorge (avec o ouvert) et ses conjénères doivent 
être tenus à part de la famille gurges, gurgus, gurga ; an revanche, il et 
à peu près sûr qe notre mot gargouille an fait partie. 

33 



514 A. THOMAS 

JosANUs, JusANUs, adj., inférieur. 

In bracio sunt très venae quae flevotomantur... tertia inferior, gubito 
proxima, que àicitur jossana. — Ex bracio, vena jossana, que cubito 
proxima est, auferendus est sanguis. — Josana flevotomatur quecumque 
sub cervicibus surgunt passiones. — Matrici venae nervus subjacet junc- 
ius, jossanaevero subacit arteria(tome V, p. 812, 1. 5. 14, 16 et 22 j ms. 
lat. 10233). 

Dans les passajes correspondants, le ms. n. a. lat. 1619 
écrit : iusaria, iusana, iosana^ hisanûe. Le contexte établit 
clairement la sinonimie de jusaniis et de inferior. Cet adjec- 
tif jusanus^ non atesté ailleurs, dérive manifestemant de 
l'adverbe bien conu jusum, forme vulgaire de deorsum, qi 
a survécu dans toutes les langues romanes. On admet depuis 
longtanps l'existance an latin vulgaire des adjectifs ^ deretra 
nus, * for anus, ^ propianus, '*subtanus, ^superanus, déri- 
vés des adverbes correspondants deretro, foris, prope, sub- 
tus, super ; j'ai montré réçamant q'il falait joindre à ce 
groupe l'adjectif *siibteraîius, dérivé de l'adverbe subter^. 
On voit que jusanus a sa place marqée. 

A côté de jusanus, le latin vulgaire a dû créer de bone 
eure son antonime *susanus, à an jujer par le témoignaje de 
l'anc. espagnol, qi possède susano an face àeyusano, et par 
celui de l'anc. béarnais, qi se sert aussi, au moins dans la 
toponimie, des termes oposés de susaa, jusaa^. La toponi- 
mie du nord de la Gaule conaît aussi le même usaje : les 
noms tels qe Ciirtis-jusana, Jusana-ciirtis, Susana-curtis , 
Susana-villa, Vallis-jusana n'i sont pas rares ^ Le premier 
nous aparaît, au milieu du xii^ siècle, sous la forme romane 

1. Romania, XXXV, 193. 

2. Mistral, Trésor, art. Jusan, Susan ; P. Raymond, Dict. topogr. des 
Basses-Pyrénées, art. aramitz. 

3. Mon confrère M. Auguste Longnon a bien voulu, avec son oblijance 
ordinaire, me doner sur ce point qelqes indicacions pour les qèles je lui 
exprime ici toute ma reconaissance. 



NOTES LEXICOGRAFIQES SUR ORIBASE 515 

Curt-jusaine dans le cartulaire du monastère de l'Arivour*, 
où il s'apliqe à un hameau ancore subsistant de la comune de 
Enchères, canton de Bouilly (Aube) : depuis le xii^ siècle, 
Vu s'êt afaibli en e et 1'^ sonore s'êt rotacisée, ce qi a doné 
\naissance à la forme actuèle Cour jer aine, écrite déraisona- 
i)lemant Courgerennes -. Le segond et plus fidèlemant con- 
servé dans Jusainecoiirt, chef-lieu de canton de la Haute- 
^iarne, dont la grafie administrative et Juzennecourt : cf. le 
bas latin Jusanna-curia, an 1436, dans un pouillé '\ Le troi- 
sième me paraît être à la base du nom d'une comune du canton 
de Joinville (Haute-Marne), q'on écrit Suzannecourt, jadis 
Suzennecourt (pour Susaine court) , et le cinqième à la base 
du nom de Suzenneville, comune suprimée du canton de 
Poix (Somme) : mais je ne done ces deus idantificacions qe 
sous réserve, car je ne conais pas les textes anciens qi con- 
cernent ces localités. Enfin Vallis-jiisana figure dans des 
chartes duxii^ siècle come nom de deus localités distinctes* : 
Vaujusaine, ferme détruite de la comune de Connantray 
(Marne), et Vaujuraine, hameau de la comune de Paisy- 
Cosdon (Aube). 

Lacrimus, s. m., et Lacrimum, s. n. 1. larme, sève des 
plantes ; 2. albumen, blanc d'euf. 

1 . Gedria iendines et peduclos occidit et aederae lacrimus similiter (Ori- 
base, t. VI, p. 536, 1. 4 ; ms. lat. 40233). 



1. Aujourdui hameau de la comune de Lusigny (Aube), dont la grafîe 
courante (La Rivour) doit être honie. 

2. Voir le Dict. top. de l'Aube de Boutiot et Socard. Une comune de 
la Marne portait primitivemant le même nom, qe les abitants ranplacèrent 
dès le xii« siècle par le nom actuel : voir le Dict. top. de la Manie de 
M. Longnon, art. Beaumont-sur-Vesle : « villa que olim vocabatur Curtis 
Jusana, modo vero Bellus Mons » (4178). 

3. Pouillés de la province de Lyon, p.p. Aug. Longnon (Paris, impr. 
nac, 4904), p. 452. 

4. Voir les Dict. top. déjà cités de l'Aube et de la Marne. 



S16 A. THOMAS 

Lacrimus eius (scilicet hederae) peduclos occidit (Oribase, t. VI, 
454, 1. 42 ; ms. lat. 10233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 620, 1. 1 : to 8a- 
xpuov aùxo'j oôetpaçxxsi'vsi). 

2. Glauciu cum vino et ovi lacrimo (Oribase, t. VI, p. 474, 1. 47; ras. 
lat. 40233). 

Quam maxime sufficit lacrimum ovi et collurium (Oribase, t. VI, p. 249, 
1. 48 ; ms. lat. 40233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 442, 1. 2 : ôiç xo jioXÙ 
âpxeî x6 Xsu/.ôv xoj woj). 

Fréquenter lacrimum ovi aut lacté muliebri incymatizandus est (Ori- 
base, t. VI, p. 250, 1. 21 ; ms. lat. 40233). 

Au point de vue de la forme, les textes latins étudiés jus- 
q'ici ne conaissent qe le fém. iacrima, et toutes les langues 
romanes sont d'acord sur ce point avec ces textes. Au point 
de vue du sans, le latin a érité du grec Saxpu ou Saxpuov le 
sans figuré de « sève, résine, etc. » et Fa transmis aus lan - 
gués romanes. Au contraire, le sans u albumen, blanc d'eul » 
et particulier au traducteur d'Oribase\ qi anploie d'ailleurs 
concurramant l'expression classiqe albumen ovi. Il i a là, à 
ce q'il sanble, un cas intéressant de sémantiqe populaire : 
on sait qe pour séparer le blanc du jaune d'un euf , on le fait 
couler an goûtes conparables à des larmes. Pourtant je ne 
vois pas q'aucun parler roman ait ataché ce sans spécial à 
qelqe représanlant du latin Iacrima. 

Lampadio, s. m., ognon. 

Lampadiones nutriviles sunt, et magis bis cocti (Oribase, t. VI, p. H , 
1. 19 ; ms. lat. 10233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 163, 1. 2 : 6oX6o\ 
xpoçifx'jjxaxot, Tcal ixaXXav otae-^ôot). 

Bulbos, id est lampadiones ((^ribase, t. VI, p. 444, art. VI ; ms. lat. 
10233. — Le ms. lat. 9332 écrit : lampaionis.) 

Les diccionaires courants n'anrejistrent qe lampado, 

4. Au dernier momant, je relève la même expression dans le recueil 
de procédés tecniqes dont j'ai parlé plus haut à l'article effersura : « Inau- 
ratio pellis... Tollis albumen ovi et spungia munda, et intinguis in ipsum 
lacrimem. » (Muratori, Antiquitates Italicae, t. II, col. 376.) 



NOTES LEXIGOGRAFIQES SUR URIBASE 517 

relevé dans le De diaeta d'un certain Theodorus qi ne paraît 
pas devoir être idantifîé avec le médecin Theodorus Priscia- 
mus'. Le Corpus glossariorum nous ofre deus gloses où 
notre mot et léjèremant altéré : 

Buliuis, id est lappaio (III, 553, 42); 
Vuibos: lapàtiones (V, 519, 55). 

Dans le Thésaurus glossanim emendatarurriy M. Goetz a 
oublié de relever la première de ces gloses ; qant à la segonde , 
au lieu de la classer sous Bulbus, il l'a mise à son ordre alfa- 
bétiqe an raprochant (sans aucune vraisanblance) lapaiio 
de lapathus. 

Le mot et d'aparance populaire, mais je ne conais rien 
d'analogue dans les parlers romans et je ne devine pas qèle 
raison sémantiqe permétrait de le tirer de lampas. 

Mediurnus, adj., moyen. 

Conpositum est igitur ex utrumque, id est ex forti et vehementi veloci- 
tate 2, et dicitur mediurna (Oribase, t. V, p. 803, l* 46 j ms. lat. 10233, 
fol. 3, 1. 48.) 

L'adjectif mediurnus n'a pas été ancore relevé % et il ne 
sanble pas avoir survécu dans les langues romanes. Sa for- 
mation et claire : èle ateste la vitalité du sufixe -urnus, qe 
l'on rancontre à l'état sinple dans les mots latins bien conus 
tels qe alburnus^ diurnus, nocturnus, somnurnus^ et pré- 
cédé d'un t épentétiqe dans diuturnus et longiturnus. A 
la basse époqe aparaît mensurnus'*. Diez a signalé qelqes 

4. Cf. l'édicion de VEuporiston de Theodorus Priscianus par V. Rose, 
qi fait partie de la colleccion Teubner (4894), p. xxi. 

2. Au lieu develocitate, la bone leçon ètvel citato, fournie par le ms. 
n. a. lat. 4649, fol. 3, col. 4, 1. 44 d'an bas. 

3. Le ms. n. a. lat. done medios, corijé par une main postérieure an 
médium. 

4. Cf. Fr. Taber Cooper, Word formation in the Roman sermo ple- 
beius (New-York, 4895), p. 434. Je laisse de côté les noms propres et les 



518 A. THOMAS 

mots romans jetés plus ou moins tard dans ce moule : ital. 
musorno, piorno, sajorna\ esp. piornoK Le poème provan- 
çal de Sancta Fides contient un adjectif cabdorn, de sans 
indéterminé, qi fait sonjer à un tipe latin vulgaire ^capitur- 
nus"-. On peut avec toute vraisanblance reconstituer un tipe 
* subturnus, dérivé de siibtifs, pour le patois savoyard sëtor 
« célier », dans le latin du moyen âge suiur?iits^, tandis qe 
le provançal propre sotol, qi a un sans analogue, postule un 
tipe latin vulgaire *siibtûlus. 

Melata, s. f., confeccion de pomes. 

Melata de non maturis malis facta (Oribase, t. VI, p. 8, 1. 5 d'an bas, 
et p. 9, 1. 4; ms. lat. 10233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 160, 1. 21 et 
161, 1. 4 : [i^Xa xà [JL7) 7:£;:eipa). 

Melata ex nondum maturis malis facta (Oribase, t. VI, p. 17, 1. 15 ; 
ms. lat. 10233. — Cf. [le texte.; grec, t. V, p. 167, 1. 15 : [xfîXa là 

(XTJTCW TTcTTEipa). 

Melata de malis stipticis facta (Oribase, t. VI, p. 33, 1. 3 ; ms. lat. 
10233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 479, 1. 8 : uf^Xa xà [xèv axjçovTa). 

Ce mot melata revient ailleurs dans notre traduccion ; 
mais ces exanples sufîsent. La conparaison avec le texte grec 
prouve qe melata et un mot latin de formacion spontanée : 
il et tiré de melum, forme populaire de malum « pomme », 
avec ce sufixe -ata, apelé à avoir un dévelopemant considé- 
rable dans les langues romanes et dont nous avons ici, si je 
ne me tronpe, le plus ancien exanple. Le latin classiqe 
anploie, qoiqe raremant, le suffixe neutre -atum dans la 
même fonccion : cf. ceratum, pomade de cire, cérat ; pipe- 
ratum, sauce au poivre, poivrade ; rosatum, conpote de 

adjectifs dérivés de noms terminés par la lètre r, tels qe eburnus, ou dans 
les qels -urnus a une autre orijine, corne colurnus, sorti par métatèse 
de*corulnus. 

1. Gramm. des lang. rom., II, 357. 

2. Romania, XXXI, 190, vers 300. 

3. Voir Constantin et Désormaux, Dict. Savoyard, art. cetor. 



NOTES LEXIGOGRAFIQES SUR ORIBASE S19 

roses. Melata a survécu an roman grâce au conposé *meli- 
melata, d'où l'espagnol mermelada^ passé an français sous 
la forme marmelade. 

Nausietas, s. f., nausée. 

Nam sicut dictiim est * mordicatione cum nausietate habuerint, ita ut 
nausietur et vomere non possit (Oribase, t. V, p. 824, 1. 7 ; ms. n. a. 
lat. 1619, fol. 8vo, 2« col., 1. 4 d'an bas. — Le mauvais état du ms. lat. 
-10233 [fol. 14,1. 1], n'a permis aus éditeurs d'Oribase q'une lecture frag- 
mantaire : « na... nausietatem habuer... vomere non possit»). 

Nausietas, sinonime de nausia (pour naused) et fort inté- 
ressant ; il vient prandre rang à côté de odietas, sinonime 
de odifwi, dont nous devons la conaissance aus notes Tiro- 
niènes, et il rand d'autant plus vraisanblable la formacion 
des tipes postulés *otietas et *vitietas dont j'ai naguère 
exposé la raison d'être-. On trouvera plus loin, sous siccie- 
tas, une autre extansion du même suffixe. 

Olivus, s. m., olivier. 

Eleas, id est olibiis arbor (Oribase, t. VI, p. -467, 1. 8; ms. lat. 10233, 
fol. 36. — Cf. ms. n. a. lat. 1619, fol. 27 <i : « Eleas, id est oleus arbor... »j 
puis un peu plus loin : « teneras oliui cimas »). 

Les formes concurrantes olivus et oletis ont ceci de comun 
q'èles afublent d'une désinance non classiqe an -us le nom 
de l'olivier pour le randre pareil aus noms des arbres frui- 
tiers tels qe cerasus, melus, pirus, prunus, etc. Oleus, tiré 
de olea, n'a pas laissé de traces dans les parlers romans: 
mais il an et autremant de olivus, tiré de oliva, qi et repré- 
santé par l'ital. idivo, l'esp. et le port, olivo, le prov. oliu^ 

1. Il faut nianifestemant corijer ainsi : « Nam si, ut dictum est... » 

2. Voir Romania, XXXV, 305. 

3. Sur le vrai sans de ce mot, qe Raynouard traduit à tort par « champ 
d'oliviers », voir l'art, ouu du Prov. Suppl.-Wœrterb., de M. Emil Levy, 
t. V, p. 474. 



820 A. THOMAS 

(auj. ouiieu, en Languedoc) et l'anc. franc, oiif. Même for- 
tune et advenue à castanea, qi n'a subsisté q'au sans de 
« châtaigne », le sans de « châtaignier » ayant été assumé 
par la forme néolojiqe *castaneus, la qèle survit dans l'it. 
castagno, l'esp. castaho, le prov. castanh avec les fonccions 
sématiqes. 

Orbicalus, Urbicalus, s. m., panaris. 

Ad pterigiu digitorum, id est urbicalum, pulver uteris (Oribase, t. V, 
p. 909, 1. 8, d'an bas ; ms. lat. 40233). 

Facit ad urbicalum in digitis (Oribase, t. V, p. 913, 1. i ; ms. lat. 
109.33). 

Ad paronicia, id est orbicalos in unguibus (Oribase, t. VI, p. 150, art. 
XVII, titre ; ms. lat. 10233). 

Quod si in digitis pteri[gi]ia, id est orbicalus, surgit (Oribase, t. VI, 
p. 151,1. 11; ms. lat. 10233). 

Digitis orbicalum factum sanat (Oribase, t. VI, p. 550, l. 22 ; ras. lat. 
10233). 

Mot nouveau, à moins q'on n'i voie une sinple déforma- 
tion du latin orbiculus. Il i aurait lieu de raprocher de cet 
anploi de orbiculus le nom français populaire du panaris, 
tourniole. D'autre part, le bérichon orbillon « orjelet » ateste 
la vitalité de orbiculus an latin populaire; cf. l'art, orbeillon} 
de Godefroy. 

Peccullus, s. m., ou Peccullum, s. n., pétiole. 

Emplastrum dia iteas, que reuma dessicat fortiter.. Salicis folia virides, 
sublata duritia depeccullis lundis in pila, (^Oribase, t. V p. 855, 1. s; 
ms. lat. 10233). 

Depuis long tanps les romanistes ont reconu l'existance an 
latin vulgaire d'une forme *pediciiiliiSy qui et transparante 
dans plusieurs parlers actuels, notamant dans le siciiien pidi- 
cuddu\ Notre traduccion nous montre q'une contraccion an 
peccullus était déjà en usaje au sisième siècle, et c'êt à cète 

1. Voir notamant Meyer-Lûbke, Gramm. des lang. rom., II, 503, et 
Salvioni, dans Z. /. rom. Phil,, XXIII, 523. 



NOTES LEXICOGRAFIQES SUR ORIBASE 521 

forme contractée q'il faudra désormais ratacher l'anc. franc, 
et l'anc. prov. pecol^ ancore vivants dans beaucoup de 
patois, ainsi qe les formes italiènes dialectales du tipe 
pecollo ou picollo^ dont M. Salvioni s'êt ocupé réçamant et 
où il incline à voir une contaminacion due à l'infïuance du 
verbe piccare. Reste à expliqer pourqoi, dans une partie 
du domaine roman, pedicullus et devenu peccullus à une 
époqe si reculée. 

POLLICARIS DIGITUS, le pOUCe. 

Et cum opiis fuerit, emplastrum super dextrum pollicarem digitum pe- 
dis ponis (Oribase, t. VI, p. 615, 1. 42 ; ms. lat. 40233). 

Le ms. lat. 9332 a la forme coniraictée pulcarem digitmn. 
Le lat. classiqe ne conaît l'adj. pollicaris q'au sans de « qi a 
la longueur d'un pouce » (Pline). Mais les langues romanes 
ont des représantants de pollicaris anployé substantivemant 
au sans de « pouce, le plus gros et le plus fort des doits de la 
main ou du pied ' ». Diez a relevé dans la Loi Saliqe le pas- 
saje suivant : « Si quis policare de manum vel pedem excus- 
serit-. » Il et d'autant plus utile de signaler le pollicaris 
dicjitus du traducteur d'Oribase qe le policare de la Loi 
Saliqe a échapé à Du Gange. 

Remagcinare, V. tr., remoudre. 

De forfures cataplasma... Oportet praeparare forfures, et iterum remac- 
cinare, ut tiat subtilissimura (Oribase, t. V, p. 867, art. 79 -, ms. lat. 
40233). 

On sait que le plus ancien exanple de maccinare q'on ait 
jusq'ici signalé provient de notre traduccion : « alfita de hor- 
deo fricta et maccinata^ ». Cet l'italien macinare. le rou- 



4. Cf. Kôrting, Lat.-rom. Wœrterb., 2« éd., n» 7294. 

2. Etym. Wœrterb., I, art. pollegar. 

3. H. Hagen, Zur Gesch. der PhiloL, p. 251 (l. 9) et 302. Le ms. lat. 
9332 écrit macinata (Oribase, t. VI, p. 38, 1. 4 d'an bas). 



S22 A. THOMAS 

main macina, verbe qe les autres langues romanes ignorent 
et dont la présance dans notre traduccion en souligne l'ori- 
jine. 

Retenetorius, adj., qi a la vertu de retenir. 

Papaveris semen retenetoriam est thoraci (Oribase, t. VI, p. 27, 1. 6 ; 
ms. 40233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 175, 1. 4 : [xrjxwvoç o;rép[jLa Itikq/j.- 
Tixdv È(Jit Twv Ix TO'j OoSpaxo;). 

La forme correcte et retentorius^ qui se lit dans Cassio- 
dore, De anima, 6 : « Virtus animae retentoria. » Je rapèle qe 
les langues romanes, dans l'usaje q'èles font des sufixes 
-or, -orius, -ïcius, pour créer des mots, ne soudent pas ces 
sufixes au supin mais à l'infinitif, dont èles conservent la 
voyèle : cf. ital. tenitore, esp. et prov. tenedor, franc, teneur 
(pour teneeur), etc. J'ai présanté, en 1892, des observacions 
à ce sujet aus qèles je me borne à ranvoyer*. 

RuPTUs, s. m., rot. 

Quod si fumosus et insavis, générât ruptus, quod nos carbonculum 
vocamus (Oribase, t. VI, p. 84, 1. 11 ; ms. lat. 9332). 

Quod ex rupto et ventris tumore poteris contemplare (Oribase, t. VI, 
p. 91,1. 20; ras. lat. 9332). 

Uanc. franc, ro^ a un o fermé, come sanglot; si l'on dit 
aujourd'hui rot et roter (come sanglot et sangloter) au lieu 
de rout, router (come l'on devrait dire sanglout, sanglou- 
ter^y c'êt qu'il i a u contaminacion de la part du sufixe -ot, 
^oter. Mais, à s'an tenir à l'anc. franc., il et manifeste qe le 
lat. rûctiis, rûctare n'a pas évolué régulièremant, sans qoi 
le c devrait être représanté par un i. Dans la forme ruptus 
de notre texte, nous prenons sur le fait la contaminacion par 



1. La loi de Darmesteter en provençal, article paru dans la Romania, 
réinprimé dans mes Essais de philologie française, pp. 11-30 ; voir spé- 
cialemant la p. 21. 



NOTES LEXIGOGRAFIQES SUR ORIBASE 523 

le participe rûptus (de rumpere) qi expliqe la forme fran- 
çaise. 

Sablonosus, adj., de la nature du sable, fin come le sable. 

Pingues humores tici expellunt ; praeterea sablonosa multum quae sunt 
in renibus, si comedantur, expurgant (Oribase, t. VI, p. 25, 1. 23 ; ms. 
lat. 10233). 

Manibus fricatur interior panis ante pridie coctus donec sahlonosum 
fiât veluti farina (Oribase, t. V, 867, 1. 11 ; ms. lat. 10233). 

Les diccionaires latins ne douent qe sabulosus. Du Gange 
a un exanple de sabiiionosus, mais cet exanple n'êt que du 
xiv^ siècle. Cf. l'ital. sabbionoso, le prov. mod. sabiounous, 
le franc, sabioneus, etc. 

ScARPELLus, forme dissimilée, ipour se aipeilu s, scalpel. 

Pus facto, scarpello aperies (Oribase, t. VI, p. 560, 1. 10, d'an bas ; 
ms. lat. 10233). 

A raprocher de bursella, cité plus haut. 

ScoRTicATURA, S. f . , écorchure. 

Emplastrum dia pepereos... scorticaturas sanat (Oribase, t. V, p. 849, 
art. 4 ; ms. lat. 10233). 

Cerotum dia tessaron. Facit ad scorticaturas et omnes percussuras vel 
contrituras (Oribase, t. V, p. 861, art. 42). 

Scorticatura, pour excorticatura^ et le tipe postulé par 
les formes romanes qi correspondent au français écorchure 
(plus anciènemant escorehmrè)^ à savoir l'ital. scorticatura^ 
le prov. mod. escourtegaduro, etc. 

SicciETAs, s. f., sécheresse. 

Malbarum bero decoctionem, in quibus siccietas est bel mordicatio, 
utendaest (Oribase, t. V, p. 823, 1. 18 d'an bas: ms. lat. 10233, f. 12, 
1.7). 

Cet exanple de siccietas et toutafait isolé ; partout ailu 



824 A. THOMAS 

leurs le ins. lat. 10233 done la forme classiqe siccitas. Cet 
donc sous toutes réserves qe je propose d'atribuer une valeur 
réèle à cète substitucion accidantèle de la désinance -letas à 
la désinance normale -itas. Ce qi me porte à le faire, c'êt qe 
le prov. cobeitat et Tanc. franc, coveitié « convoitise » pos- 
tulent inpérieusemant un tipe *cupidietas, au lieu du latin 
classiqe cupiditas. Tant qe l'on n'aura pas produit d'exanple 
d'une forme adjective *cupidius, faisant concurrance à ciipi- 
dus, on poura croire q'une analojie irraisonée a pu subs- 
tituer *cupidietas à cupiditas come siccietas à siccitas. 

Sternutus, s. m., éternumant. 

Si necesse fuerit caput purgare per palatum et nares, et hoc facis et sternu- 
tos movebis (Oribase, t. VI, p. 234, 1. 8 d'an basj ms. lat. 40233, 
f. 181). 

Ster?iutus et un subst. verbal tiré de sternutare « éter- 
nuer ' » ; il et venu faire concurrance dans le latin vulgaire 
k sternumentum, sternutamentum ei sternutatio, dont on a 
d'abondants exanples. Sternutus a été relevé par les Béné- 
dictins continuateurs de Du Gange dans un écrit de l'abé 
Pirminius, qi vivait au milieu du uitième siècle. Son anciè- 
neté et sa vitalité sont atestées par l'ital. sternuto, l'esp. 
estornudo^ le prov. esterjiut, l'anc. franc, esternu, etc. 

SuBTiLiATORius, adj . , qui a la vertu de randre subtil. 

Rafanus suptiliaturiam habet virtutem (Oribase, t. VI, p. 2a, 1. 6 d'an 
bas) : ms. lat. 10233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 174, 1. 5 : pasayt; 

X£7tTOjj.epouç laxt Suvafxeto;). 

SuppA, S. f., soupe, tranche de pain inbibée de bouillon. 

1. Cf. la remarqe sur ce procédé de formacion qi a été présantée ci 
dessus, à propos du mot gargarizius. Il ne faut pas sonjer à voir dans 
sternutus un mot de la A" déclinaison tiré de sternuere come mitus de 
nuere. 



NOTES LEXIGOGftAFIQËS SUR ORIBASË 525 

Panem calidum in bullentem mittis, et mox dabis manducarc calidas 
suppas (Oribase, t. VI, p. 303, 1. 6 ; ms. lat. 10-233, fol. 224 vo-22o). 

Le texte grec ne laisse aucun doute sur le sans du mot 
suppa : « ap-r^v c'.ç 6£p[J.ov uSwp è[jt,6aXo)V eùO'j? Ihç, çay^'-v 6£p;j.o'j? 
Tcj; 'h(ù'^.z\)q » (tome V, p. 493, 1. 9). Ce sans et idantiqe au 
sans primitif d'un mot qe conaissent toutes les langues 
romanes, eccepté le roumain : ital. siippa^ esp. port. prov. 
sopa, anc. franc, sope, prov. mod. soiipo, franc, mod. 
soupe. L'orijine jermaniqe de ce mot n'êt pas contestable* : 
risland. soppa nous an ofre la forme la plus anciène^, et cète 
forme et toutafait an armonie avec le suppa du traducteur 
d'Oribase pour leqel w et o fermé sont idantiqes. Cet le 
seul mot jermaniqe qe notre traducteur ait incorporé dans 
son vocabulaire, car s'il mancionele nom gotiqe de la guède, 
uuisdile, il le done pour ce q'il êt^ Il faut donc que suppa 
ait fait brèche de bone eure dans le latin parlé an Italie 
pour s'être ainsi dépouillé à ses ieus de tout caractère exotiqe. 
Avant ceus du grand Téodoric, les conpagnons de Rada- 
gaise, d'Alaric et d'Odoacre avaient sans doute déjà fondé la 
réputacion de la suppa des Barbares, et les populacions ro- 
manes élaboraient le proverbe : la soupe fait le soldat. 

SusiNARius, s. m., prunier. 
Gummen de cerasia et susinarii (Oribase, t. VI, fol. 324, 1. 5 ; ms. lat. 



1. Le doute émis à ce sujet par G. Paris {Romania, X, 60, n. 2) n'êt 
pas fondé ; mais Diez a u tort de dire qe le sans primitif du mot an roman 
était celui de « bouillon ». Cf. Kôrting, Lat.-rom. Wôrterbuch, 2^ éd. 
(1901), no 9272. 

2. Cf. Skeat, Etymol. Dict. of the Engl. Language, art. sop, etc. 

3. Cf. la remarqe qe j'ai faite à ce sujet, Romania, XXXVI, 439, n. 3, 
et cèle d'Auguste Molinier, qi m'avait échapé. Œuvres d'Oribase, t. VI, 
p. XXV. — Une eccepcion doit peut-être être faite pour gantula (qe le 
ms. lat. 10233 écrit gattula) qi et anployé par le traducteur, t. VI, p. 7, 
1. 1 ; mais ganta « oie » et déjà conu de Pline. D'ailleurs il n'êt pas sûr 
q'il s'ajisse d'oies dans ce passajc, où le texte grec porte tout autre chose. 



oâ6 A. THOMAS 

10233. — Cf. le texte grec, t. V, p. 509, 1. 40 : xepaaou te tou S^vopou 
xai xoxxu(jL7)Xeaç t6 x6[ji{jLt). 

Le substantif susinarius et doublemant intéressant, et par 
son tème et par son suffixe. Il et manifeste qe notre tra- 
ducteur conaît corne nom vulgaire de la prune un substantif 
*susina, tipe de i'ital. ancien et moderne susina, à la base 
du qel se trouve probablemant, come on l'a conjecturé, le 
nom de la vile de Suse, an Perse. Cète particularité lexico- 
grafiqe nous permet d'afîrmer qe le traducteur était Italien, 
ce nom de la prune étant absolumant inconu an dehors de 
l'Italie. Mais le fait q'il se sert du suffixe -arius ajouté au 
nom du fruit pour former le nom de l'arbre a une portée 
jénérale et intéresse toutes les langues romanes, puisqe 
toutes, plus ou moins*, ont recours au même procédé. Le 
roumain participant à cète formation, on pouvait assuré- 
mant considérer ce procédé come apartenant au latin vul- 
gaire dès une époqe très reculée ; mais il et toujours bon 
d'avoir des textes formels, et le susinarius de notre traduc- 
teur sera le bien venu à côté du melarius et du pirarius q'on 
a remarqés depuis long tanps dans la Loi Saliqe, mais dont il 
et dificile de dire la date précise. 

Tricoscinare, V. tr., tamiser. 
Tricoscinum, s. n., tamis. 

Epithimus choiera nigra deponit et flegma ; datur enim tritus et tricos- 
cinatus (Oribase, t. V, p. 818, 1. 11 d'an bas ; ms. 10233. — Cf. le texte 
grec, t. V, p. 26, 1. 11 : Bîoou 8à xd^j^aç xal ôtaoT^'aaç). 

Calceteus tundis et cernis tricoscinu..., ita supermittes lithargyru tenuis- 
simum tricoscinatum (Oribase, t. V, p. 850, 1. 7 et 9 ; ms lat. 10233. — 
Cf. le texte grec, t. V, p. 97, 1. 11 : ttjv ^aXxi'tiv xd^j^aç xal arjoa; Xetcto- 
xx-o) xo3/.ivaj... élira ère[ji.6aXX£ xrjv XiGâpYupov XsTîTOTaTto xoaxivw). 

1. L'italien litéraire apèle le prunier susino, mais les dialectes conais- 
sent susinaro, qi et anrejistré par Antoine Oudin, Rech. ital. et franc., 
1640. 



NOTES LEXÏGOGRAPIQES SUR ORIBASE 5â? 

Les exanples de ces deus mots sont fréqants dans notre 
texte; voir t. V, p. 882, 1. 9; 888, 1. 12 d'an bas; 895, 
1. 18; 897, 1. 9, etc., etc. Les diccionaires grecs ne conais- 
sent qe les mots sinples xér^ivov et y.or/-iv£ua) ou xsay.tviuo) . 
Mais l'expansion du verbe tricoscinare dans le latin médical 
a été assés grande. La traduccion d'Alexandre de Tralles, 
un peu plus réçante qe cèle d'Oribase, l'anploie coura- 
mant : c'êt à un petit glossaire fait pour cète traduccion 
qe Du Gange a anprunté son article tricocinare^. D'autre 
part, dans le Corpus glossmnorum latinoriim, on lit, t. III, 
p. 606, 1. 20: « tricocinare, sadaciare- ». 

Tritorium, s. n., pilon. 

Ceteras species mittis supra et lundis diligenter et oleo cyprino unguis 
tritorium, donec diligenter resolvantur (Oribase, t. V, p. 863, 1. 7 ; ms. 
10233). 

Il i a des exanples postérieurs dans Du Gange, sub ver ho ; 
mais Du Gange ne dit pas qe tritorium et anplojé par la 
traduccion d'Alexandre de Tralles dont j'ai parlé ci dessus 
à l'art, tricoscinare. Je note incidamant qe cète traduccion 
a été dépouillée pour le Thésaurus linguae /«^ma^, bien q'èle 
ne figure pas dans VIndex, car èle et citée au mot Acido ; 
mais le dépouillemant a des lacunes, car on ne la cite plus 
au mot AciDONicus, q'èle anploie cepandant, come cèle 
d'Oribase. 

Unifarimus, adj., fait d'une seule farine. 
De pane siliginea nutribilis, post haec panes de sub simula, et tertio 

1. (c Tricocinarë, Scribrare seu cribrare, in Glossario latrico Reg. cod. 
i486 ». Le ms. visé par Du Gange porte aujourdui le n° 6881 du fonds 
latin ; la glose an qestion se trouve au fol. 8, prem. col. 

2. M. Gootz a indiqé le raprochemant avec Du Gange (q'il ne conaît 
pas directemant, mais par De Vit) et la correccion à faire, dans son Thé- 
saurus glossarum emendatariim. 



M À. îhôma^ 

loco unifarinius coctus (Oribase, t. VI, p. 11, 1. 10 ; ms. lat. 10233. — 
Cf. le texte grec, t. V, p. 162, 1. 20 : xa\ TpiTo; ô èYxo[j.[axoç). 

Sur les formacions de ce janre, dont qelqes unes ont sur- 
vécu dans le latin vulgaire, voir mes Essais de philologie 
française, p. 79. 



Paul THOMAS 



LE QVEROLUS 
ET LES JUSTICES DE VILLAGE 



34 



LE QUEROLUS 
ET LES JUSTICES DE VILLAGE 

Par Paul Thomas. 



Le curieux Discours de fabiis des justices de village du 
célèbre jurisconsulte Charles Loyseau (1566-1627) com- 
mence ainsi* : « Il y a environ quarante ans, que dans la 
bibliothèque du monastère S. Benoist sur Loyre, fut trouué 
vne Comédie latine manuscripte, assez belle, intitulée Que- 
rolus ou Aulularia, que Pierre Daniel (qui depuis l'a anno- 
tée) estime auoir esté composée du temps de l'Empereur 
Theodose, comme de faict elle ressent le stil de son siècle. 
En ceste Comédie Querolus principal personnage délibérant 
auec son Lar familiaris, quelle vacation ou condition de vie 
il doibt suyure, et ayant jà résolu de n'estre point Officier, 
prie Lar de le faire deuenir gentil-homme : Fac dit-il vt sim 
priuatus et potens. Lar. Potentiam cuiusmodi requiris^. 
Quer. Vt liceat Vicinos spoliare et caedere. Lar. Latroci- 
nium non Potentiam j'equiris : tamen inueni, vade, ad Li- 
gerim viiiito . Illic iure gentium viuunt homines, illic sen- 
tentiae capitales de robore proferuntur et scribuntur in 
ossibus, illic etiam rustici pérorant et priuati iudicant, ibi 

1. Je cite ce Discours d'après l'édition de 1628. Paris, pet. iii-8. — Je 
respecte l'orthographe et la ponctuation originales. 



«32 P. THOMAS 

totum licet. sylvae, o solitudines, guis vos dixit libéras ! 
Quer. Robore vti non cupio, noio haec iura sylvestria. Ces 
propos nous apprennent, que ce n'est pas d'auiourd'huy 
qu'il y a en France, et principalement en ces quartiers d'au- 
près la riuiere de Loire des luges soubs TOrme et des Jus- 
tices de village. Ce qui se cognoist encor par vn passage de 
lulles César au sixiesme de ses commentaires, où traictant 
des meurs des Gauloys, apud eos, dit-il, in pace nullus est 
Magistratus, sed principes regionum atque pagorum inter 
suos ius dicunt, controuersiasque minuunt. Ce qui signifie 
que ce peuple vsant encor de sa franchise naturelle, et du 
simple droit des gens, estant sans loix et sans magistrats (car 
ce fut soubs Arcadius et Honorius enfans de Theodose, que 
la monarchie Françoise commença) se rapportoit de ses dif- 
férents, et mesmes de la punition des coulpables aux prin- 
cipaux de chacun village \ » 

Loyseau revient encore ailleurs sur ce passage du Quero- 
lus. Je ne résiste pas au plaisir de citer sa prose si savou- 
reuse. 

Parlant du pouvoir souverain et de la juridiction crimi- 
nelle, il dit : « Aussi est-il bien certain, qu'il n'y eut iamais 
Republique bien ordonnée, où les particuliers fussent pro- 
priétaires de la Justice et du droict de glaive, comme ils sont 
en France. Les Athéniens estoient si jaloux du droict de 
glaive et de la Justice criminelle, qu'il n'y auoit que les Areo- 
pagites qui s'en meslassent, gens choisis, gens nourris et 
entretenus du public, gens retirez et segregez du reste du 
peuple, gens qui ne rendoyent la Justice, que de nuit, afin 
que la lumière et le bruit ne les detournast de l'ardue mé- 
ditation, qu'il faut auoir pour dignement iuger les hommes. 

« Quant aux Romains tant s'en faut qu'ils laissassent la 

1. P. 1-3. 



LE QUEROLUS 533 

propriété du glaive, ie ne dis pas aux particuliers, mais en- 
cor aux plus grands magistrats: que mesme ils ne leur en 
laissoyent pas le simple exercice sur le moindre des citoyens 
de Rome : ains par leurs loix d'Estat, qu'ils appelloyent loix 
Sacrées, le peuple s'estoit réservé iusques à la simple admi- 
nistration et exécution de cette puissance, pour ne iuger de 
la vie des citoyens, qu'en assemblée generalle de tout le 
peuple Romain. Encor s'estoit-il despouillé luy mesme de 
cette puissance, en tant que possible estoit, permettant aux 
condamnez de quelque crime que ce fust, de quitter le pays, 
comme il se void dans Ciceron, pro Rabir. per. reo, dans 
Salluste, in Catilina et dans Tite, lia. 5. Comparez à ces 
anciens les luges soubs l'Orme de ce pays, vbi de robore 
sententiae capitales proferuntiir et scribuntur illico in os 
sibus, vbi rustici pérorant, et priuati iudicant, vbi denique 
totum licetK » 

Il énumère les abus criants des justices de village, et 
ajoute : « Il y a encor vn autre grand inconuenient, qui 
provient de ces lustices, c'est que chasque gentilhomme veut 
auoir son notaire à sa poste, qui refera trois fois, s'il est be- 
soin, son contract de mariage, ou lui fera tant d'obligations 
antidatées, qu'il voudra, si ses affaires se portent mal, ou 
s'il a vn coup à faire : notaire qui de longue main se pour- 
uoit de tesmoins aussi bons que luy, ou bien qui en sçait 
choisir, après leur mort, de ceux qui ne sçavoyent point si- 
gner. Et s'il a receu quelques vrays contracts qui soyent 
d'importance, il n'oseroit faillir d'en mettre les minutes es 
mains et à la mercy de son gentil-homme, s'il les demande, 
qui par après les vend, et en compose ainsi qu'il luy plaist. 
Voila comment la foy publique est obseruée aux villages. 
Concluons donc par le dire de ceste ancienne Comédie, 

l.P. 75-77. 



o34 P. THOMAS 

« ! sylvae ô solitudines ! qiiis vos dixit libéras * I » 
Terminons par ces lignes piquantes : « De moy, depuis trois 
ans que ie visparmy ces petites Justices, i'y ayencorplusveu 
de mal que ie ne puis exprimer, non toutes fois, grâces à Dieu, 
en celles qui me concernent. Entre autres iepuis dire quei'ay 
surpris deux ou trois nichées des praticiens, qui commen- 
çoient à installer de nouuelles Justices (chose qui se fait tous 
les iours, et si on n'y met ordre, il y aura en bref autant de 
Justices en France que de hameaux) et les ayant interrogés 
s'ils estoyent pouruus de leurs prétendus offices par mort ou 
résignation, et où ils avoyent fait le serment, ils m'ont tous 
confessé qu'ils ne sçavoyent qui estoit leur prédécesseur, et 
qu'ils n'auoient point fait de serment en Justice : et notam- 
ment i'en ay trouué un que ie declareray par honneur (c'est 
le prétendu Prévost de Licoucy près Orléans) qui après son 
interrogant me déclara ne sçavoir escrire ne signer, comme 
c'estoit la vérité. Voyla pas le dire de la Comédie. Ad Lige- 
rim sententiae capitales de robore proferuntur, et scribun- 
tur in ossibus : ibi rustici pérorant et priuati iudicant, ibi 
totum licef^. » 

Le rapprochement que Loyseau établit entre les juges im- 
provisés mentionnés dans le Querolus et les « juges sous 
l'orme » de l'ancien régime^ n'est certainement pas exact : 
là, il s'agit de quelque chose d'irrégulier et d'exceptionnel, 
ici, d'une institution abusive peut-être, mais consacrée par le 
temps. On admet généralement que l'auteur latin fait allu- 
sion à des brigands ou à des rebelles, aux Bagaudes qui dé- 
solaient les bords de la Loire*, et que les termes iure gen- 

1. P. 113-114. 

2. P. 116-117. 

3. Ce rapprochement, du reste, avait été déjà fait par P. Daniel dans 
les notes de son édition (1564). 

4. V. Louis Havet, Le Querolus, p. 2-7. Paris, 1880. — On a conjec- 
turé aussi que ce passage avait trait à des Germains cantonnés sur la 



LE QUEROLUS 535 

tium, sententiae capitales, etc., doivent s'entendre dans un 
sens ironique*. Pour ma part, je serais tenté de croire qu'au 
milieu de l'anarchie qui régnait en Gaule, les paysans de 
certains cantons étaient retournés instinctivement aux cou- 
tumes primitives et avaient organisé entre eux une sorte de 
justice rudimentaire. N'y aurait-il point là quelque analogie 
avec la loi de Lynch ? Quoi qu'il en soit, il me paraît incon- 
testable que sententiae capitales de robore proferuntur si- 
gnifie : « on rend des sentences capitales sous un chêne ^ » ; 
ainsi saint Louis à Vincennes rendait la justice sous un 
chêne, aiûsi les juges de village siégeaient sous un orme. Les 
mots iura haec silvestria confirment cette interprétation : la 
scène se passait dans une forêt. — Le sens de la phrase (sen- 
tentiae capitales) scribunturin ossibus est obscur. M. Havet 
traduit : « On en écrit le texte sur les os du patient. » Je 
me demande si l'auteur n'a pas voulu dire que ces senten- 
ces étaient écrites ou gravées sur des os d'animaux, à défaut 
de tables de pierre, de bronze, de bois, etc. On sait qu'une 
partie du Coran fut écrite sur des omoplates de mouton. 

Loire (Havet, p. 4, note 1, et p. 218, note) ; mais le mot rustici me sem- 
ble contredire cette hypothèse. Si ces Germains étaient des rustici, ce 
n'étaient pas des soldats, mais des colons (cf. Fustel de Coulanges, His- 
toire des Institutions politiques de l'ancienne France, !'•« partie, livre 
III, chap. v). On ne conçoit pas que des captifs germains, réduits à la 
condition de colons, aient pu conserver leurs institutions particulières et 
tenir un mallus. — Mon ami M. Pirenne me fait observer que le mot 
rustici pourrait à la rigueur s'entendre de leti germains (soldats-labou- 
reurs), mais que ces leti étaient cantonnés au Nord et à l'Est de la Gaule, 
dans le voisinage des frontières, et non au centre, sur les bords de la 
Loire. 

4. Klinkhamer explique ibi sententiae capitales de robore proferuntur 
et scribuntur in ossibus par ibi duri baculi (des bâtons de bois de chêne) 
a fortioribus in imbecillorum caput et ossa impinguntur. 

2. Et non : « sur un tronc de chêne », comme le traduit M. Havet. — 
Pour cet emploi de de, cf. Plante, Mostell., 1104 : Tum consilia firmiora 
sunt de divinis locis. 



H. VANDAELE 



VARIA 



VARIA 

Par H. Vandaele. 



I. — Places respectives des personnages sur la scène antique, 

ÉTABLIES PAR LE MOYEN DES DÉMONSTRATIFS. 

On sait quelle signification précise et bien distincte les 
Grecs et les Latins donnaient à leurs démonstratifs oBs, ouioç, 
ày.eTvoç — hic, iste, ille dans tous leurs emplois : au sens 
personnel, local, temporel, figuré. "Olz eihic, relatifs à la 1"* 
personne qu'ils pouvaient même remplacer comme pronoms 
(oBs = èyo), hic =ir ego^, signifiaient suivant le contexte : ce 
qui est à moi, ce que je tiens, ce qui est près de moi. De 
même ouxoç et iste, équivalents éventuels de au et de tu, im- 
pliquaient proximité dans le temps et dans l'espace avec la 
2^ personne. 'ExeTvoç et 2*//^ s'appliquaient à un objet éloigné 
et le plus souvent absent. Ouxo; par contre se disait, au sens 
local, bien entendu, d'une personne présente mais placée à 
quelque distance de celui qui parlait. Cf. w ouxoç = heus 
tu. 

Ces principes posés, si l'on admet, ce qui paraît incontes- 
table, que les démonstratifs étaient employés en poésie avec 
la même précision qu'en prose, il n'est pas douteux qu'ils ne 
puissent servir à nous fournir des indications sur les places 
respectives des personnages sur la scène, indications d'autant 



540 H. VANDAELE 

plus intéressantes que ces emplois sont très fréquents. La 
place des acteurs une fois établie au commencement d'une 
scène, les démonstratifs nous indiqueront encore leurs dépla- 
cements dans le cours de la pièce, et, pour peu que nous 
en cherchions les causes, pourront nous renseigner sur 
l'attitude, les gestes, partant sur les sentiments des person- 
nages. 

Étudions à cet égard un passage de l' Antigène de Sopho- 
cle, les épisodes II et III pendant lesquels Antigone paraît 
et reste sur la scène. 

Pendant que le Garde, sur l'ordre de Créon, est re- 
tourné auprès du cadavre dePolynice, le Chœur vient d'exé- 
cuter en chantant deux strophes et deux antistrophes. Puis 
il se retire en ordre de marche en un endroit de l'orchestra, 
en même temps qu'il annonce l'entrée d'Antigone amenée 
par le Garde, le tout en un système anapestique, rythme 
naturel à la marche. Mais où se rend-il ? Et quelle est sa 
place relativement à Antigone ? La chose est du plus grand 
intérêt : il ne s'agit de rien moins que de savoir où se tenait 
le Chœur pendant les épisodes. On ne peut répondre à la 
première question que si la seconde est résolue ; or, cette 
dernière solution nous sera fournie par l'emploi des démons- 
tratifs. Le Chœur s'écrie : 

'Eç Sa^xâviov xepaç àjxçtvoG) 

T 6 5 £ • Tziùq £ÎBà)ç àvTtXoyo^ti) 

TTQvB 'cjx slvai TCaTB ' 'Avtiyovyjv ; (vv. 376-8) 

Ici ToSe et t-^vBs ont bien un sens local. Si ces termes sont 
employés avec leur valeur précise (et pourquoi ne le se- 
raient-ils pas?), ils signifient qu'en ce moment Antigone est 
toute proche du Chœur. Le Chœur se dirige vers le fond 
de l'orchestra, côté droit (par rapport aux spectateurs), et 
c'est là qu'il rencontre la jeune fille entrant par la parodos 



VARIA S4i 

droite, poussée par le Garde et sans doute plusieurs escla- 
ves (cf. aYO'Jîi •... /.aÔsXovxeç vv. 382-3). C'est là aussi qu'il 
va se ranger et qu'il restera, entre l'entrée laissée libre de 
la parodos et la porte du palais qui occupe le milieu de la 
axrjVT^ . Pendant qu' Antigone fait quelques pas en avant de ma- 
nière à être bien en vue des spectateurs, le Chœur s'adresse 
directement à la jeune fille sur le ton de la conversation en- 
tre personnes toutes proches : 

il tcot' ; où Zi^ TTou ffé y' aTTiaTOuaav 
ToTç l^aaiXsicta'.v ayouai vojxoiç 
xai £v àçpoffùvY; xaSeXcvceç ; 

On admet généralement que les acteurs jouaient au fond 
de l'orchestra tout près de la oxr^vi^, tandis que le Chœur se 
tenait plus près des spectateurs. Mais cette manière de voir, 
outre qu'elle ne repose sur aucun texte autorisé, est invrai- 
semblable, en contradiction avec tout ce que nous savons 
sur le théâtre du v* siècle et avec le texte de tous les drames 
qui nous sont parvenus. Il est inadmissible, en effet, que le 
Chœur restât interposé entre les acteurs et le public. On dira 
peut-être que le costume d'une part et d'autre part le co- 
thurne des acteurs suffisaient à distinguer ceux-ci des cho- 
ristes. Soit. Il n'en est pas moins certain que sans aucune 
utilité le Chœur pouvait cacher plus ou moins les acteurs. 
N'est-il pas naturel au contraire que, le rôle du Chœur pen- 
dant les épisodes devenant de plus en plus secondaire, celui- 
ci se tînt derrière les acteurs, comme le font les comparses 
et les personnages accessoires sur toutes les scènes dans tous 
les pays? Donc, à moins que le Chœur ne prît une part ac- 
tive à l'action (comme dans les Euménides d'Eschyle et 
dans les comédies d'Aristophane), sa place pendant les épi- 
sodes devait être auprès du mur du fond, entre la porte du 
milieu (palais ou temple) et l'une des parodoi, probable- 



542 H. VANDAELE 

ment du côté où il devait le moins gêner, de l'un et de l'au- 
tre côté sans doute quand il était partagé en deux demi- 
chœurs. Le long de la (jxyjvtj qui mesurait environ 20 mètres 
de longueur, la place était plus que suffisante pour que 
douze ou quinze personnes pussent se ranger en ligne ou se 
grouper sans entraver le moins du monde ni les entrées ni 
les sorties ni les mouvements divers des personnages. Aussi 
bien les textes des œuvres dramatiques ne laissent aucun 
doute à cet égard : chaque fois que le Chœur, reprenant sa 
place après un stasimon ou étant en repos pendant un épi- 
sode, annonce l'arrivée d'un nouveau personnage, il le dési- 
gne par le démonstratif ôSe. Les personnages entrant tous par 
le fond, par la porte ou par les parodoi, il s'ensuit que le 
Chœur était lui-même au fond de l'Orchestra, entre l'une 
des parodoi et la porte centrale. Cf. dans Antigone : vers 
155, entrée de Créon, âXX' ôSsy^P^^ PaaiXeùç x^paç ; vers 
386, entrée deCréon 35e £x§6(jl(i>v.... ; vers 626, entrée d'Hé- 
mon oSe [;.t)v Ai'iJLwv....; vers 1257, entrée de Gréon, y,al {jiyjv 



Inutile de faire intervenir, outre la porte du milieu, une 
porte de droite et une porte de gauche dans le théâtre du v* 
siècle. Tous les personnages sortant du palais (ï% Sojawv ou 
ex SwjjiaTwv) passent par la même grande porte (ttuXôjv, v. 
526), la seule qu'à cette époque les palais et les temples eus- 
sent sur la rue. Il faut songer d'ailleurs que dans ces temps 
anciens les décors étaient réduits au strict nécessaire. 

Pour revenir au passage que nous étudions, voilà donc, 
au commencement du deuxième épisode le Chœur placé à 
droite et un peu en avant de la porte du palais. Antigone 
vient d'entrer par Isl parodos de droite. Les gens qui l'ame- 
naient s'arrêtent. Le Garde la pousse un peu en avant du 
Chœur, croyant trouver Gréon devant la porte du palais. 
« La voici f s'écrie-t-il triomphant, celle qui a fait le coup ; 



VARIA 543 

c'est celle-ci que nous avons prise sur le fait. Mais où est 
Gréon ?» — Le Chœur: « Le voici qui sort de son palais... » 

Ti^vB' 6?Xo{X£V ÔaTCTOUffav. 'AXXà xoO Xpéwv ; 
Xo. "Os' ex SojjLwv a(];oppoç eîç (Jiéaov luepa. 

Le Chœur, qui a aperçu Créon avant le Garde, se trouve 
donc entre celui-ci et le roi : voilà pour la profondeur. Nous 
avons vu tout à l'heure qu'il se trouve aussi entre la porte 
et \ai parodos de droite : voilà pour la longueur. La distance 
mathématique importe peu ici ; quant à la place relative de 
tous ceux qui sont en ce moment dans l'orchestra (nous di- 
rions en scène), elle est dès maintenant nettement établie. 
Le Chœur ne bougera plus jusqu'au prochain stasimon. Oc- 
cupons-nous des acteurs proprement dits, de leurs mouve- 
ments au cours de l'épisode même. 

En apercevant Créon, le Garde lui raconte avec volubilité 
le succès de son entreprise et lui présente Antigone qu'il 
désigne par TYjvâe : xoprjv àywv tt^vS' (v. 395) — xal vuv, 
àva^, TT^jvS' aÙTOç, wç SéXeiç, Xa6à)V | xat xpïv£ xà^eXév^' • âyo) 
§'£>v£Ù6£poç, X. T. X. (v. 398-9). C'est en ces termes qu'il re- 
met la jeune fille entre les mains de Créon. Puis, par réserve 
autant que par soulagement, il s'écarte un peu (vers la droite 
naturellement), comme la suite va le montrer. Créon a Anti- 
gone tout près de lui quand il demande au Garde comment 
il l'a surprise. 

aveiç l\ Tii^vSe tw xpoxG) '!i:66£V XaSciv ; (v. 401) 

Les personnages sont disposés exactement comme suit : 

(Porte du Palais) (Parodos) 

Les Serviteurs 
Le Chgeur. 
Créon, Antigone. Le Garde. 

4. £X£tv7), cela va sans dire, n'a pas ici de signification locale. 



544 H. VANDAELE 

Le Garde, en effet, dès le premier mot désigne Antigone 
par auTYj (auTY) tôv avBp' lôaTcie 402). Il la nomme encore 
deux fois dans son récit et deux fois par xauxYjv et qlu-zt, : 
TaiitiQV y' t5<*>^ ÔàiCTOuaav 404 — oiixo) Sa -/^oiljiri ^^iXôv wç opa 
véxuv 426. 

Attribuera-t-on au hasard, à un caprice du poète d'abord 
ce changement de démonstratif pour désigner dans la bou- 
che du même personnage la même personne à l'arrivée et 
après, puis cette continuité d'emploi dans un même passage* ? 

Son récit terminé, le Garde s'en va par où il est venu. Les 
serviteurs, qui avaient amené Antigone avec lui, restent au 
fond, à l'entrée de la parodos ; leur présence sera nécessaire 
tout à l'heure (v. 491). La scène suivante aura pour acteurs 
Créon, Antigone, et le chœur naturellement. 

Antigone n'a pas encore ouvert la bouche; elle reste la 
tête baissée (441). Créon, près d'elle, l'apostrophe vive- 
ment pour lui demander si elle reconnaît la vérité de ce qui 
vient d'être dit : 

(jà Si^, ffà TT^v veiiouffov eîç iréSov xàpa, 

<pYjç Y) xàxapveï [ayj SeSpaxévai xaSe ; (441-2). 

TaSe^cecz, « ce que je te dis ici », ou « ce que tu me dis 
ici » . Ce mot est employé avec le premier sens par Créon ici 
et V. 447 : i^SYjaÔa xi^px/^ivia [xy; Tcpaaaeiv TaSe; avec le second 
sens par Antigone, v. 430 : où Y"^? "^^ V-^^ 2iùq fy o xYjpy^aç 
TaSe. Le démonstratif laSe implique proximité des deux 
interlocuteurs. Même sens, même attitude, même ton dans 
l'expression TcJçSe... v6{ji.ouç prononcée successivement par 
Créon (449) et par Antigone (452). Encore un exemple de 
cette continuité constatée plus haut. 



1. En désignant encore Antigone par ces mots r) Tcaîç (423) (= la dite 
jeune fille), le Garde fait bien entendre qu'il ne se trouve pas tout à côté 
d'elle. Cf. T^ç TtatSoç dans la bouche du Chœur, au vers 472. 



VARIA 545 

L'emploi par Antigone des termes mêmes de Créon pour 
opposer sa manière de voir à celle du roi constitue en outre 
une sorte d'impertinence. Il est vraisemblable de supposer 
qu'à ce moment Créon, interloqué autant que froissé d'une 
telle audace, s'éloigne de quelques pas pendant le reste du 
discours d'x\ntigone. En effet, le roi lui répond plein de 
colère : 

a'jTYj B' uSpi'Cs'.v ^àv toi' e^YjTuiaxaTo (480) 

« Celle-là savait bien m'outrager tout à l'heure »... Ce mot 
auTYj ne peut se rapporter qu'à une personne placée à quel- 
que distance de celui qui le profère. Quatre vers plus bas, 
Créon, toujours à la même place ou du moins toujours à 
quelque distance d'Antigone, continue : 

•^ vliv àyà) \jh ojy, àvi^p, auTYj S'àv^p (484) 

« Certes il faudrait que moi je ne fusse plus un homme et 
que celle-là fût un homme... » ; et, au comble de la colère, 
il achève sa phrase en s'avançant vers elle, la menaçant, en 
quelque sorte le poing près du visage de la jeune fille : 

û Taux' àvail t^§£ xîiasxai xpatr^ (485). 

« Si une pareille violation restait impunie pour celle-ci. » 
Dans ce passage, le changement de démonstratif fait ressor- 
tir avec évidence le mouvement, je dirai même le geste de 
Créon exaspéré. Furieux enfin, il décrète qu'Antigone 
périra, et sa sœur avec elle :xal yàp ouv xsîvyjv iaov eTuaiTiwixa'. 
(489-90). Keivt^v, parce qu'Ismène est absente. Ordre est 
donné aux serviteurs d'aller la chercher (491). 

Cependant Antigone se glorifie de son acte et se déclare 
prête à mourir, victime du despotisme de Créon, certaine 
d'ailleurs d'être approuvée de tous. Et ce disant elle désigne 
le chœur, éloigné d'elle, par le démonstratif tojtoiç (504), 

35 



846 H. VANDAELE 

tandis que le roi s'est rapproché du chœur comme pour le 
prendre à témoin de la fausseté de ces paroles. 

Créon : au touto [xouvt) iwvSe KaS(jL£io)v opa.q. 

Ant. : èpcoai )jo3toi, œoI S' ùxiXXouaiv (7T6(ji,a. 

Créon : au S' ojx sTuaiBei, xwvBe x^oplq etçpovsTç; (508-10) 

Dans la discussion en monostiques qui suit, notons 
èxeivo) (514) par lequel Créon désigne Étéocle absent et 
mort (cf. 7,civcjç 525 = les morts chez Hadès), mais surtout 
TaSe (521) qui dans la bouche d'Antigone s'applique aux 
maximes que Créon lui débite. Ce xaSe montre, comme plus 
haut, que les deux personnages sont en ce moment l'un près 
l'autre : il n'est pas admissible qu'Antigone ait bougé ; il est 
tout naturel, au contraire, que Créon soit revenu à sa pre- 
mière place près de la jeune fille pour mieux confondre la 
coupable entêtée et rendre plus vive la menace qui termine 
cet entretien (525). 

Sur ces entrefaites, Ismène est amenée hors du palais 
(cf. 491) par les esclaves. C'est naturellement le chœur qui 
l'aperçoit tout d'abord et signale son arrivée quand elle a 
franchi la porte : 

Xat [xf^VlUpO XUXWV Yj5' 'IciJLV^VY). (526). 

Pendant qu'elle s'avance, grave et angoissée, le chœur 
rythme sa marche par des anapestes. Les esclaves reprennent 
leur place au fond, où on les appellera à la fin de la scène. 
Ismène a aperçu Créon et Antigone ; elle se place à droite 
(quant aux spectateurs) de sa sœur, qui se trouve de la sorte 
entre le roi et la nouvelle arrivée. Les trois acteurs sont 
rangés dans l'ordre suivant : 

Créon, Antigone, Ismène. 

Avant d'en montrer la preuve dans l'emploi des démonstra- 
tifs, remarquons que le bon sens et la délicatesse du poète 



VARIA 547 

lui ont inspiré cet ordre. La scène, en eifet, se compose de 
deux parties : un dialogue (d'abord en distiques, puis en 
monostiques) entre les deux sœurs, puis un dialogue entre 
Gréon et Ismène. (Elle commence d'ailleurs et se termine 
par 5 vers de Gréon.) Pour l'une et l'autre de ces parties, 
la vraisemblance voulait qu'Ismène fût toute proche d'Anti- 
gone : on ne comprendrait pas que l'entretien des sœurs, si 
pathétique, alors quismène veut mourir avec Antigone et 
que celle-ci veut l'en détourner, eût lieu à distance, les 
deux interlocutrices étant séparées par le roi ; d'autre part 
il était naturel qu'Ismène allât se placer le plus près possi- 
ble de sa sœur, le plus loin possible du terrible Gréon, et 
que dans son dialogue avec celui-ci elle se serrât contre sa 
sœur aînée, à laquelle un sort commun l'unissait plus que 
jamais. Ainsi l'a compris le poète, comme le témoigne l'em- 
ploi des démonstratifs. « Ah I te voilà, vipère, s'écrie Gréon; 
eh bien, dis- moi si, oui ou non, tu es complice de ta sœur. » 
Et Ismène de répondre : 

Slâpaxa Tcupycv, s-'-ep y; 5' ofJioppoOsT (536). 

Mais Antigone veut sauver malgré elle sa sœur d'ailleurs inno- 
cente du crime qu'elle reconnaît avoir commis; et quand 
celle-ci lui dit : « Quels charmes la vie aura-t-elle pour moi, 
si je te perds ? » (ol8) la noble fille lui répond, affectant un 
ton bourru pour donner le change au roi : 

Kpéovx' àptoxa • ToOBsyàpau xyjSsijlwv (549). 

Donc Gréon est à côté d'Antigone, comme celle-ci est à côté 
d'Ismène. Voyons la suite. 

L'égoïste Gréon ne comprend rien à ce sublime dévoue- 
ment : « Décidément, dit-il enfin, ces deux filles-ci sont 
folles I » Tw 7:aTc£ çr/tXi iwBe... (561). TwSe au duel : groupe 
charmant, inséparable des deux sœurs, se tenant étroitement 



S4Ô n. VANDAELE 

unies et défiant ensemble le tyran ! La place et l'attitude des 
personnages restent les mêmes jusqu'à la fin de cette scène. 
Ismène parlant de sa sœur l'appelle x-^çBe au vers 566, 
TY^Be au vers 570 (où àxsi'vo) s'applique à Hémon absent), 
TYjçBe au vers 574, ty^vBs au vers 576. Créon désigne Anti- 
gone par r^Se au vers 567, le mariage d'Antigone avec 
Hémon par xouçSe toùç yi[LO'jç au vers 575. 

A la fin, le roi appelle les esclaves et leur ordonne de les 
conduire toutes les deux à l'intérieur du palais : 

\LTi Tpi6àç Ix' , (zXXà viv 
xc|ji.{Ç£x' eîffd), S[ji.a)£ç • èx §à xoOSe ypri 
Yuvoïxaç elvai xaçSe [jlyjB' àv£t{ji.évaç. (577-9). 

Les esclaves se saisissent, l'un d'Antigone, l'autre d'Ismène 
(de là xaçBe au pluriel) pour les emmener. En réalité, Anti- 
gone et Ismène ainsi que leurs gardiens restent dans l'orches- 
tra (cf. 654 et 693), à gauche (du côté opposé au chœur) et 
un peu en avant de la porte du palais, dans l'ordre suivant, 
je présume, à partir de la porte (cf. v. 769) : le gardien 
d'Antigone, Antigone, Ismène, le gardien d'Ismène. Créon se 
retire également en arrière, près de la porte, mais à droite, 
plongé dans de sombres pensées. 

Le chœur s'avance au milieu de l'orchestre pour exécuter 
le Stasimon (582-630). 

La danse terminée, le chœur, en allant reprendre sa place, 
aperçoit près de lui Hémon qui sort du palais ; il annonce à 
Créon l'arrivée de son fils. Créon s'est avancé devant la 
porte ; il s'y trouve face à face avec Hémon, dont il a hâte de 
connaître les sentiments après la condamnation de sa fian- 
cée. Rassuré par son calme et ses protestations de respec- 
tueux dévouement, le roi félicite Hémon et s'empresse de 
lui rappeler ses devoirs de fils et de sujet. « D'ailleurs, 
ajoute-t-il, une méchante femme est un fléau pour son 



VARIA 549 

mari; méprise donc cette enfant-ci et laisse-la épouser 
quelqu'un chez Hadès » kXkk xxucrac... piéOsç TYjvraTS' àv ''At^cu 
ty;vc£ vu'j,(p£U£iv Tivi (653-4). Il est évident que, lorsque 
Créon prononce ces mots, il est près d'Antigone. D'au- 
tre part, dans sa réponse à son père, Hémon désigne 
Antigone par ces mots ty;v raT$a xauTYjv (693). La conclusion 
s'impose. Antigone se trouve près de Créon, probablement 
un peu en arrière, n'étant ici qu'un simple comparse, et non 
près d'Hémon. L'ordre des personnages est donc celui-ci : 
Antigone, 

Créon, Hémon. 
Créon ne doute pas que son fils ne sacrifie à l'obéissance 
qu'il doit à son père l'amour qu'il pourrait avoir pour une 
femme. Pour l'affermir dans ce sentiment, il lui rappelle le 
crime d'Antigone coupable envers la cité et révoltée contre 
son roi. Sa mort est décidée. Suit une longue tirade sur le 
respect absolu dû au chef de l'État et la honte qu'il y aurait 
pour un homme de faiblir à son devoir à cause d'une femme. 
On connaît la réponse d'Hémon. J'y remarque seulement, 
outre TaJTY;v -ur^v t.tBol déjà cité et qui montre la place 
d'Hémon relativement à Antigone, deux emplois de lâSs 
(680 et 692) qui indiquent qu'Hémon est près de son père^ 
Le chœur invite les deux interlocuteurs à de mutuelles 
concessions : 

"Ava5 'si '^ e'.xoç, ziv. y.atptov Xéyst, 

|j.x6£Tv, (T£ t' aU Tc Do' • £j Y^p £!.'prjXat S'.iuXy) (724-5) 

TcDo£ désigne Créon, qui doit être à ce moment près du 
Chœur. Ceci ne peut s'expliquer que par un mouvement de 
recul du roi, mouvement fait, selon toute vraisemblance, en 
signe de dénégation et de colère, lorsque, contre son attente, 

4. "HBs, au vers 699, n'a pas de sens local, mais reprend, avec une 
nuance de sympathie, f,iiç qui précède (696). Cf. xouSe (666). 



5S0 H. VANDAELE 

il est prié par son fils d'oublier son ressentiment (718 sq.). 

Les dernières paroles d'Hémon et la réflexion du Chœur 
font bondir le roi ; il revient, outré, auprès de son fils : 
« Comment I s'écrie-t-il, un pareil blanc-bec me fera la leçon, 
à mon âge I » (726-7). 

Dès ce moment la discussion prend un ton aigu, violent 
— changement marqué d'ailleurs par l'emploi des distiques, 
puis aussitôt des monostiques, comme aussi par le ton inter- 
rogatif et les yàp répétés. Hémon lui-même devient plus vif, 
tout en restant respectueux. 

Créon : "Epycv yàp ètjTi toÙç àxojjjLOjvTaç géôsiv ; 
Hémon : Oj§' av v.zXeù<JXi\k sjcsôîTv eîç xoùç y.axoj;. 
Créon : Oj^ r,^s. ycxp TcaB' èicsiXYjTUTa'. vdjw ; 
Hémon : Ou ?Y;jt 6V)6r,ç xy^cB' cijizTcXiç ).£(ô;. (730-4). 

Les deux personnages désignant l'un et l'autre Antigone par 
YjSe, il s'ensuit qu'ils sont tous les deux à côté de la jeune 
fille, Créon pour l'accuser, Hémon pour la défendre. Cette 
partie de la scène se passe donc au fond, vers la gauche. 

Une discussion violente a lieu ensuite entre le père et le 
fils, à une certaine distance d' Antigone, comme il résulte du 
vers 740 prononcé par Créon : 

oS, (ôç £oiy.£, TYj yuvaïxt (j'j\}.\}.xyeX . 

La fermeté d'Hémon met le comble à la fureur de Créon 
qui se traduit par des insultes et des gros mots. Hémon 
reste inébranlable. Créon en vient aux menaces. 

Créon : *0 yo^j^) Xoyo; aci luaç bizïp y.stviQç o5c. 
Hémon : Kat asu ys xàjJLOu xai Ôswv twv vspxépwv. 
Créon : Tauxr^v tzox* oùx laô' wç èxi ^wjav yx\).eïq. 
Hémon : "Hâ' c3v ^xntzxi y.al Gavcucr' cXsT xtva. (748-51). 

Exemple intéressant de l'emploi des trois démonstratifs s'ap- 



VARIA 851 

pliquant à la même personne dans l'espace de quatre vers, 
et d'autant plus curieux que -Azirq; se dit ici d'une personne 
présente, mais naturellement fort éloignée. Quelle en est la 
signification scénique ? Il est facile de la saisir. Antigone est 
restée immobile, car il n'y a aucune raison pour qu'elle 
quittât sa place. C'est donc Gréon qui s'est éloigné d'elle en 
même temps qu'Hémon, comme l'indique ocs dans le même 
vers : le père pour manifester son aversion pour son fils 
entêté, le fils pour protester de sa loyauté auprès de son 
père, ont fait quelques pas en avant. Puis, Antigone ayant 
été directement désignée par Gréon sur un ton plein de 
haine, Hémon recule auprès d'elle, et la couvrant en quel- 
que sorte de son corps, il prononce le dernier vers en faisant 
fièrement face à son père. C'est l'attitude expliquée par 
Créon dans le vers suivant : 

Jusqu'au dernier moment Hémon restera à côté de la jeune 
fille (zapfvTi TrXrjcia tw vu;j.9uo 761); « si celle-ci meurt, dit-il, 
ce ne sera pas en ma présence « oj B^x' ïiLO'.^e... r^h' cXeTiai 
zAr^TÎa (762-3). Il ne la quitte que lorsque, sur l'ordre du 
roi, les serviteurs saisissent Antigone. Alors il rentre préci- 
pitamment. 

Gréon s'approche des deux jeunes filles (xàS'ojvxcpaTaâ' 
cjx à-a/vAa;£i [XQpou 769) — xàS' au duel parce qu'elles se 
tiennent l'une contre l'autre, entre les deux gardiens — ; 
puis, sur une observation du Chœur il met Ismèneen liberté; 
pendant que les serviteurs se disposent à emmener Antigone, 
il fait part au Chœur du genre de mort qu'il va préparer 
pour la jeune fille et rentre. 

11 est inutile de pousser plus loin cette étude. Elle suffit à 
montrer que l'emploi des démonstratifs, jamais indifférent, 
peut nous fournir des indications précieuses sur la place 



55Î H. VANDAELE 

qu'occupaient les personnages relativement les uns aux 
autres, sur leurs mouvements, leurs jeux de scène, leur atti- 
tude, en un mot que les démonstratifs aident puissamment 
à faire revivre sous les yeux du lecteur l'élément le plus 
intéressant de tout drame, l'action. Qu'on applique ces prin- 
cipes et cette méthode à n'importe quelle pièce ancienne, 
grecque ou latine, tragédie ou comédie ou drame satyrique, 
on constatera la précision de tous ces emplois divers, et 
ainsi le plaisir de lire de beaux vers se doublera de celui de 
l'observation fine des caractères, du mouvement et de la vie. 
Une fois de plus la grammaire aura servi la littérature et 
l'art. 



II. — La désinence latine médio-passive -mmi. 

On explique legimini, clamini, 2'" personnes du pluriel 
de l'indicatif présent médio-passif, comme venant de legi- 
mini estis, damini estis, respectivement \t-ri\).=^tol hxe, 
SôiJievoi àffTe; et cette explication semble confirmée par une 
forme analogue en grec, ou plutôt en attique, où la 3* 
personne du pluriel du Parfait et du P-Q-P Y'Tpa?^'^^^ 
eysYpaçaio a été remplacée par le participe accompagné de 
l'auxiliaire slai : '^(z-^p7.]x^i^o\ eîaiv, -^sav. 

Au premier abord, rien ne paraît plus logique que cette 
explication : legimini {= *leg-o-menoi), damini (= *do- 
menoi) étant des participes pluriels médio-passifs, il était 
tout naturel qu'ils figurassent comme pluriels dans la conju- 
gaison médio-passive. Mais, pour peu qu'on y regarde de 
près et qu'on réfléchisse, plusieurs objections se présentent qui 
rendent l'explication suspecte. Pourquoi ces formes ont-elles 
servi de types de 2'^ personne, alors que les formes grecques 
qu'on leur compare appartiennent à la S*' personne ? Com- 



VARIA 5o3 

ment se fait-il que les 2*' personnes latines se présentent tou- 
jours et partout sans auxiliaire, alors qu'en grec l'auxiliaire 
accompagne constamment le participe auquel il est aussi 
indissolublement lié que l'est au participe l'auxiliaire être 
on avoir dans la conjugaison française? 

Quand bien même ces questions ne se poseraient pas ou 
qu'on pût y répondre avec vraisemblance, une seule consi- 
dération ruine l'explication courante : si damini peut à la 
rigueur passer pour un participe, on n'en peut dire autant de 
legimini. Legimini ne saurait être adéquat à asyÔ'xsvci, ô 
accentué étant forcément représenté en latin par un ô ou un 
û. L'équivalent latin de Xv^y^v^o^ est et ne saurait être que 
*kgumnus(cî. alumnus, vertumniis, etc.) devenu legundiis (cf. 
alunduSy vertundus, etc.). Et qu'on n'objecte pomt que *lego- 
mini (= \t-(b'^.vtoC) aurait fort bien pu devenir legimini, 
comme *legomus (cf. X^yopiev) est devenu legimus ou par 
l'analogie des autres personnes legis, legit, legitis, ou par 
l'affaiblissement de Vô ou w, puis en ^ (cf. optumus > opti- 
nus, aurufex^ aurifex) : nous trouvons des traces de la forme 
ancienne *legomus dans volumiis, giiaesumus, sumus, mais 
on ne rencontre aucun vestige d'une 2^ personne *legomini 
o\\.*legumini; d'autre part ô accentué doit rester o (ou li). 

Donc la phonétique tout au moins s'oppose à ce qu'on 
identifie legimini et \z^(ô\}.f^zi. C'est la phonétique également 
qui nous donnera la clef de la question. La seule forme 
grecque identifiable avec legimini, c'est AsYqxeva'., datif 
singulier faisant fonction d'infinitif actif en éolien. Nous 
posons donc : 

legimini = \z^(i^.v)CLi. 

La phonétique satisfaite, et c'est un point essentiel, le reste 
s'explique aisément : 

1" L'infinitif legimini, exprimant l'idée vague et imper- 



884 H. VANDAELE 

sonnelle de lire a été employé d'abord comme impératif. Le 
grec et le français emploient couramment l'infinitif en fonc- 
tion d'impératif ; le latin, il est vrai, n'en usait plus de 
même au temps de sa littérature ; mais, n'aurions-nous que 
la forme qui nous occupe, elle suffirait à prouver que la syn- 
taxe latine primitive avait hérité d'un emploi abandonné dans 
la suite. 

2°En tant qu'impératif, l'infinitif /^^imzwf s'applique natu- 
rellement à la 2* personne. (Cf. l'infinitif grec Xutjai et le 
participe Xuaov.) 

3^ La terminaison -i le prédisposait à être employé 
comme pluriel, d'autant mieux que le singulier était pourvu. 

4" Cette terminaison n'a peut-être pas non plus été indif- 
férente à l'attribution du sens médio-passif à legimini, le 
jour où l€gi,audiri, blandiri ox\i eu exclusivement la signifi- 
cation médio- passive. Pareillement Auaat, infinitif actif, a 
servi d'impératif moyen à cause de sa finale -a', rappelant -pia'., 
-aai, -Tai, etc. Au surplus, l'infinitif en soi n'est d'aucune 
voix comme il n'est d'aucune personne : le grec nous le prouve 
dans des constructions comme xaÀoç ôpav ; le français, plus 
souvent encore, dans les expressions : agréable à voir, 
facile à dire — bon à servir (où l'infinitif a le sens actif ou 
passif suivant le contexte). 

5" L'origine infinitive de legimini explique l'absence 
constante de l'auxiliaire tant à l'impératif qu'à l'indicatif. 

Car legimini (=: vous êtes lus) n'est autre chose que 
l'impératif legimini (= soyez lus) d'après l'analogie des 
formes correspondantes de l'actif. En d'autres termes legi- 
mini, 2'' pers. du pi. de l'indicatif, est à legimini, 2* pers. 
du pi. de l'impératif, comme *legite, forme de 2*^ pers. du 
pi. de l'indicatif antérieure à legitis (cf. ^éysTs), est à legite, 
%"" personne de l'impératif. 



J. Yendryes 

SUR L'HYPOTHÈSE 

d'un 

FUTUR EN BH ITALO-CELTIQUE 



SUR L'HYPOTHÈSE D'UN FUTUR EN BH 
ITALO-CELTIQUE 

Par J. Vendryes 



En face du futur latin en -b-, qui apparaît notamment 
dans les deux premières conjugaisons (conjugaisons faibles), 
il existe en irlandais un futur à suffixe ô (alternant avec /), 
régulier également dans les deux conjugaisons faibles. Ainsi, 
en face du latin amàbô, amâôis, etc., le vieil-irlandais pos- 
sède, du verbe légaim « je lis » (1'^*' conjug.), un futur ainsi 
fléchi : 



lexi 


on absolue 


flexion conjointe 


H 


. 1 légfa 




-légub 




2 légfe 




-légfe 




3 légfîd (relat. légfas) 




-légfa 


PI. 


1 légfimmi (relat. légflmme) 


-légfam 




2 légfithe 




-légfid 




3 légfit (relat. légfite) 




-légfat 



L'hypothèse d'une formation commune aux deux langues 
a paru depuis longtemps évidente et a été enseignée dans 
tous les manuels. M. Windisch la signale dans sa Kiirzge- 
fasste Irise he Grammatik, p. 69 ; M. d'Arbois de Jubain- 



5B8 J. VENDRYES 

ville l'a reprise dans les Mémoires de la Société de Linguis- 
tique, tome VI, p. 57, et on la trouve encore enregistrée 
dans la 1'^*' édition du Grand riss de M. Brugmann, tome II, 
p. 1266, et dans l'excellent ouvrage de M. W. -M. Lindsay, 
the Latin language, chap. vm, § 36. 

Elle ne va cependant pas sans certaines difficultés, qui 
dans ces dernières années ont frappé les celtisants. Sans 
avoir jamais, dans ses ouvrages, développé sa pensée à ce 
sujet, M. ïhurneysen, dans ses leçons orales, met en doute 
l'identification des deux futurs en question. Cet enseigne- 
ment a passé, avec beaucoup d'autres, dans le remarquable 
Haiidbuch der lateinischen Laut- imd Formenlehre de M. F. 
Sommer (v. p. 573, n. 1) ; il y est fait allusion dans un 
article de M. Fr. Skutsch, Su alcune forme del verbo latino, 
p. 3 (dans les Atti del congresso internazionale di scienze 
storiche, Roma 1903, Sezione I, Vol. II, p. 193). Et 
M. Thurneysen lui-même, parlant du futur latin en -bô dans 
son programme de prorectorat (Die Etgmologie, Freiburg 
i. Br., 1904, p. 11), le présente comme une formation spé- 
cialement latine, n'ayant d'analogue dans aucune autre 
langue. C'est condamner implicitement tout rapprochement 
avec l'irlandais. 

L'objet du présent mémoire est d'examiner les difficultés 
de ce rapprochement, difficultés qui sont de deux ordres, 
en ce sens qu'on en rencontre à la fois sur le terrain latin et 
sur le terrain irlandais. 

Si l'on met à part le falisque et sa fameuse inscription : 
foieduino pipafo kra karefo (JSot. d. Scavi, 1887, pp. 262 
et 307), qui contient apparemment deux futurs en -bh-, t 
le latin est le seul des dialectes italiques à présenter cette 
formation. L'osque et l'ombrien n'ont que des futurs sigma- 
tiques : osque deivast « iùrâbit » , didest « dabit » , ombrien 



SUR L'HYPOTHESE D'UN t'UTUR EN BH ITALO-GELTIQUE 8^9 

fust « erit », -pehast « piàbit », etc. (Cf. von Planta, 
Gramm. der osk.-umbr. Dialekte, II, p. 318 et suiv. ; Buck, 
an Oscan-umbr. firammar, p. 169). 

Et d'autre part l'irlandais paraît être le seul des dialectes 
celtiques à présenter des formes en h (/) au futur. Trois dia- 
lectes bretons modernes sur quatre — le trécorois, le léo- 
nard et le cornouaillais — ont bien à l'imparfait du futur 
(qui ne diiïère de l'imparfait du subjonctif que par l'absence 
du préverbe i^d) une caractéristique /", qui même en tréco- 
rois s'est étendue au présent du futur. Soit, du verbe ka- 
rout « aimer » : Sg. 1. karfenn^ 2. karfez, 3. karfe, PI. 1. 
karfemp, 2. karfech^ 3. karfent. On pourrait voir dans cet 
/ le représentant d'un ancien ô, analogue au b irlandais. 
Mais cette opinion n'est plus soutenable depuis que M. Loth 
a montré dans la Revue Celtique^ tome YII, p. 233 et suiv., 
par suite de quel processus analogique l'ancien /?, caractéris- 
tique de cette forme, avait peu à peu cédé la place à un / 
dans les dialectes en question. Il s'agit d'une évolution que 
l'on peut suivre pas à pas depuis le moyen-breton jusqu'à 
nos jours et qui a son point de départ naturel dans les verbes 
dont le radical se terminait par v^ /, ou dans ceux qui étaient 
composés du verbe substantif: kaffout « trouver », mervel 
« mourir », aznavout « connaître », gouzout « savoir », etc., 
faisaient naturellement à l'imparfait du futur kaffen^ mar- 
vhenn d'où marfenn, aznavhenn d'où aznafenn^ goiizavhenn 
d'où goiizàfenn, gouzfenn, etc. ; de là par analogie, kar- 
fenn au lieu de karkenn, galfenn au lieu de galhenn^ de 
karout « aimer », gervel « appeler », etc. L'ancien h a sub- 
sisté sporadiquement dans quelques formes isolées. En van- 
netais, il s'est régulièrement conservé partout, et c'est là un 
des points sur lesquels le vannetais s'accorde avec le gallois 
qui, lui aussi, dans les textes du moyen âge, présente des 
formes en h à l'imparfait du subjonctif et dans une certaine 



Hm J. VENDRYES 

mesure au présent (v. Vendryes, Mé?n. Soc. Li7igu., t. XI, 
p. 2o8). Seulement, en gallois moderne cet h a complète- 
ment disparu, si bien que l'indicatif et le subjonctif à l'im- 
parfait se confondent ; les dialectes bretons modernes — en 
mettant à part le vannetais qui a conservé ïh — ont évité 
cet inconvénient en substituant à Vh en voie de disparition 
une nouvelle caractéristique /, phonétiquement plus résis- 
tante. 

Il est remarquable qu'une évolution inverse s'est accom- 
plie dans les dialectes irlandais modernes. Les philologues 
qui ont étudié ces dialectes ont constaté que l'ancien / du 
futur y est devenu un simple souffle, exposé lui-même à dis- 
paraître et dont le seul eflPet consiste à assourdir, s'il y a lieu, 
une sonore précédente (v. Dottin, Bev. Celt., XIV, p. 115; 
Pedersen, Aspirationen i Irsk, 19 ; F.-N. Finck, die Ara?ier 
Mundart, I, 141; Bergin, Èriu, II, 41; E.-C. Quiggin, 
a Dialect of Donegal, p. 69) : en face de fdgaidh « il laisse », 
prononcé fôgë^ de lùbaidh « il plie » prononcé lûhé., etc., 
on aura au iwiwv fâgfaïdh « il laissera » prononcé fânè (de 
*fâg-lie), iùhfaidh « il pliera » prononcé lûpè (de ^ lùb- 
he)^ etc. Là où Vf n'était pas précédé de sonore, il dispa- 
raissait sans laisser de traces (voir de nombreux exemples de 
l'un et de l'autre cas dans le conte transcrit par M. Dottin, 
Rev. Celt., XVI, 421 et suiv.). L'irlandais perdait ainsi tout 
moyen d'exprimer le futur. La plupart des dialectes mo- 
dernes ont obvié à cet inconvénient en généralisant l'ancien 
futur redoublé du vieil irlandais, c'est-à-dire le futur à radi- 
cal allongé des verbes forts, du type béra de berim « je 
porte » , sous forme d'un futur en -éo-, -6- qui a été étendu 
à tous les types de verbes (voir Atkinson, Three Shafts of 
Dealh, Appendix, p. xvj ; Dottin, Rev. Celt., XIV, p. 119; 
Strachan, Zeitsch. f. celt. Philoi., III, 486). Le dialecte de 
Berehaven étudié par M. Bergin, Éiiu^ II, 36, s'est tiré 



SUR L'HYPOTHÈSE D'UN FUTUR EN BH ITALO-GELTIQUE 561 

d'embarras autrement ; ce dialecte appartient au Munster 
méridional, où 1'/ du futur s'est maintenu comme représen- 
tant du groupe -bth-, là où la désinence commençait primi- 
tivement par th, c'est-à-dire à la 2^ pers. sg. de l'imparfait et 
au passif ; soit du verbe dochim « je vois » au futur : présent 
Sg. 1 chlhad, 2. chïhir, 3. c/iïhïg, etc., mais passif chîfar ; 
imparfait Sg. 1. chïhinn, 2. chîfâ, 3. chïhach, etc., et passif 
chlfi (Bergin, /. cit., 42). Partant de là, le dialecte de Bere- 
haven a généralisé à toutes les personnes la caractéristique 
/ qui ne subsistait plus qu'à la 2^ pers. sg. de l'imparfait et 
au passif ; si bien qu'il est seul des dialectes modernes à 
conserver — dans la prononciation — un futur en /", dont 
l'origine est récente, et, comme on le voit, analogique. 

Mais, en mettant à part ce dialecte isolé, on ne peut que 
constater la différence absolue des deux évolutions qui ont 
entraîné l'une l'irlandais moderne à transformer l'ancien 
suffixe /en h, puis à l'amener à zéro, l'autre les dialectes 
bretons modernes — sauf le vannetais — à substituer un 
nouveau suffixe / à l'ancien suffixe h panbrittonique. Dès 
lors il apparaît clairement qu'il n'y a historiquement rien 
de commun entre le vieil-irlandais iégfa, -léguh et le tréco- 
rois moderne karfenn. Les hypothèses que M. L.-Ghr. Stem 
{Zeitsch. f. celt. PhiL, III, 405) avait essayé de construire 
sur l'identification des deux formes s'écroulent du même 
coup. L'irlandais et le latin restent par suite tous deux iso- 
lés au sein de leur groupe linguistique ; et si l'on admet l'hypo- 
thèse d'un futur en -bh- italo-celtique, il faudrait d'abord 
donner les raisons de cet isolement. 

La question se complique si l'on examine de près la for- 
mation du futur latin. Gomme l'a indiqué M. Thurneysen 
dans le discours précité, et comme l'a depuis exposé avec 
plus de détails M. Meillet dans les Mém. de la Soc. de 

36 



S62 J. VENDRYES 

Ling. , tome XIII, p. 361, le futur latin en -bô a dû sortir de 
l'imparfait en -bam d'après le rapport erô : eràm dans le 
verbe substantif, rapport qui explique d'ailleurs l'existence 
des futurs antérieurs dixerô amâuerô monuerô à côté des 
plus-que-parfaits dixeram amâueram monueram. L'impar- 
fait latin en -bam rentre en effet dans une série de forma- 
tions périphrastiques dont le principe est commun à l'ita- 
lique, au germanique et au slave, et, chose particulièrement 
importante ici, les dialectes italiques qui ignorent le futur 
en bh connaissent l'imparfait en bh^ comme suffît à le montrer 
la forme osque fufans « erant ». Pour le slave, il faut com- 
parer l'imparfait en -axûÇvidéaxû « je voyais », neséaxû 
« je portais ») et pour le germanique peut-être le prétérit 
des verbes faibles, got. salbô-da^ v. h. a. salbô-ta « j'endui- 
sais )), got. habai-da^ v, h. a. habê-ta, hap-ta « j'avais ». 
(Brugmann, Grdr.^ II, 1275). L'imparfait latin en -bain 
contient un thème d'aoriste -bâ- (de *bhwâ-), delà racine 
*bh€Wd-(^\iT. bhdvatï)^ précédé lui-même d'un thème d'infi- 
nitif, dont M. Meillet, loc. cit., p. 369 et suiv., a montré 
l'extension sur le domaine slave (v. si. déla-ti déla-axû, 
umé-ti umé-axû comme \^i.amâ-re amâ-bam, uidë-re uidë- 
bam). Cet imparfait ainsi constitué est commun à tous les 
verbes latins, et la formation en doit remonter aune date fort 
ancienne. 

Il n'en va pas de même du futur en -bo. On sait que le 
latin avait conservé avec la valeur de subjonctifs les thèmes 
en -à- et en -è- de l'indo-européen et qu'il les a ingénieuse- ^ 
ment répartis dans l'emploi respectif de subjonctif et de futur f 
là où cela était possible, c'est-à-dire dans la" 3® et la 4^ con- 
jugaisons: de là l'opposition proprement latine de leg-â-s I 
« que tu lises » et de leg-ë-s « tu liras », de audi-à-s « que ' 
tu entendes » et de aiidi-ë-s « tu entendras » . Mais dans les 
deux premières conjugaisons la répartition n'était pas pos 



SUR L'HYPOTHÈSE D'UN FUTUR EN BH ITALO-GELTIQUE 563 

sible : les thèmes ^amây-â- et money-è furent éliminés 
parce que la chute du y intervocalique les réduisait à amâ-, 
moné-, avec contraction des deux voyelles, c'est-à-dire leur 
ôtait toute valeur expressive ; et la langue )\e conserva que 
les thèmes *amciy-è- et ^money-â-^ qui, se trouvant seuls 
dans leur conjugaison respective, furent réservés tous deux 
à l'expression du subjonctif. L'emploi de futur dans ces deux 
conjugaisons restait donc vacant. C'est alors qu'intervint 
l'action analogique déjà signalée, suivant laquelle d'après 
eram : erô on créa amâbô sur amâbam et monëbo sur mo- 
nèbam. Sans doute on rencontre aussi à la 4® conjugaison, 
dans des textes archaïques ou chez des auteurs de basse 
époque, des futurs en -Ibô à côté des futurs en -iam (-iês), 
seuls corrects à l'époque classique. Nonius, p. 50o et suiv. 
de l'édition Mercier, attribue aux anciens auteurs : aperlbô, 
audibô, expedlbô, oboedïbô, operlbô, uenlbo ; on lit chez 
Plaute adgredlbor (Persa 15 A), repperlbitur (Epidicus 151 
A), scibô (Asinar. 28), etc., etc. ; lènlbunt figure chez Pro- 
perce IV, 21, 30, et molllbit dans quelques manuscrits 
d'Horace, Odes III, 23, 18 (v. Neue-Wagener, Formenlehre 
der lat. Sprache, III, 3^ édit., 322). Mais c'est que la 
4^ conjugaison latine, comprenant un bon nombre de déno- 
minatifs, se rattachait à certains points de vue aux deux pre- 
mières, avec lesquelles elle constituait le groupe des verbes 
faibles, par opposition aux verbes forts, groupés dans la troi- 
sième. Et la forme même des futurs en -bô de la quatrième 
conjugaison en dénonce l'origine récente et analogique : 
comme M. Meillet l'a reconnu, lac. cit., p. 362, aiidïbô a 
été fabriqué sur audïbam et tous deux sont analogiques des 
couples amâbam : amâbô, monèbam : monébô, tandis 
({xji'audièbam, forme jumelle de audiam, et qui domine 
comme elle à l'époque classique, n'a jamais fait créer de 
futur *audiébô. Il n'y a d'autre part rien à conclure de 



564 J. VENDRYES 

l'existence sporadique de futurs en -bô dans la troisième 
conjugaison {exsûgèbTj Plante Epidic. 188 dans la bouche 
d'un esclave ; dïcêbô et iiluèbo chez Novius, et paribit chez 
Pomponius, tous deux auteurs d'Atellanes ; glûbèbit chez 
Caton, de Agricult. 31, très douteux, et plus encore abniië- 
hunt chez Ennius Trag. 371, puisque ce dernier emploie ail- 
leurs le verbe abnueô Ann. 283 ; à la fin de la latinité, 
dïcêbô, fluêbô, inferèbô, querèbor, surgébô, tremèbô, etc., 
V. Neue-Wagener, op. cit., 279). Le mouvement analogique 
qui a créé le futur en -bô pouvait d'autant mieux s'étendre 
des trois conjugaisons faibles à la conjugaison forte que 
cette dernière comportait des thèmes très variés, dont quel- 
ques-uns à cheval sur deux conjugaisons ; et on voit de 
reste dans quelle mesure restreinte, au moins à l'époque 
ancienne, s'est produite cette extension. Le latin oppose 
ainsi à l'hypothèse d'un futur en bh italo-celtique une diffi- 
culté d'ordre morphologique qui est des plus graves ; bien 
loin d'être panitalique, le futur en-ô-du latin n'est lui-même 
qu'une création récente dont on entrevoit aisément le point 
de départ et la raison. 

L'irlandais ne présente à la vérité aucune difficulté de 
même ordre. Le fait même qu'il reste isolé avec son futur 
en b (/) au milieu du groupe celtique n'excluerait pas l'hy- 
pothèse d'une formation préceltique, si le latin ne venait 
ôter à cette hypothèse son principal soutien. Mais M. Som- 
mer, dans la note citée plus haut, a brièvement indiqué une 
difficulté phonétique. 

Après un certain nombre de consonnes, et notamment 
aprèsr, lebh initial de la racine *bhew9 , au lieu de devenir 
/", aurait dû se maintenir sous la forme b. L'alternance gra- 
phique de ô et de / suppose en efïet que ces deux lettres 
représentent une spirante ; or après r un ancien bh reste 



SUR L'HYPOTHÈSE D'UN FUTUR EN BH ITALO-CELTIQUE 568 

occlusif sous la forme b (souvent écrit jo). De là l'opposition 
de borb « fou » (issu de *borbho-), voc. pi. biirpu Wb. 19 
b 4, dérivé burbe « folie » Wb. 8 a 6, dat. btirpi Wb. 17 
c 23, orbe « héritage » (issu de * orbhio-) écrit orpe Wb. 2 
c 21, 27 c 12, comarbiis « id. » Wb. 4 c 8 et de marb 
« mort » Wb. 13 d 16, 20 c 26, irlandais moderne marbh, 
issu de ^maruo- et où par suite le b représente une spi- 
rante (cf. gall. marvo). 

Il convient de signaler tout de suite que justement deux 
verbes de la première conjugaison dont le radical se termi- 
nait par un i\ à savoir caraim « j'aime » et scaraim « je 
sépare », n'ont ni l'un ni l'autre de futur en b (/); l'excep- 
tion est quasi unique (v. Vendryes, Gramm. du vieil-irlan- 
dais^ § 333 Rem. I, p. 174). Le futur de caraim se forme 
par redoublement : nicon-chechrat Wb. 30 c 4, cechrait 
O'Dav. Gramm. p. 66, nod-cechra Zeitsch. f. Gelt. Philol., 
III, 449, 1. 6 ; et scaraim a un futur à radical allongé : cons- 
céra Wb. 26 a 8, conscera Ml. 56 d 6, eterscértar Wb. 8 
b 3. Si ces deux verbes forment leur futur à la façon des 
verbes forts, ne serait-ce pas que la liquide finale de leur 
radical excluait la prononciation spirante d'un b suivant et 
par suite rendait inintelligible la formation en b (/) habi- 
tuelle aux verbes faibles ?^ 

L'argument aurait toute sa valeur si l'on ne rencontrait 
d'autre part en vieil-irlandais des futurs comme -sôirfea 
Wb. 24 c 18, Ml. 27 a 6, 45 d 10, -soirfa Wb. 11 b 4, soir- 
fitir Ml. 68 d 14, -sôirfetar Ml. 96 b 2, -soirfad Ml. 90 c 



1. Il est en tout cas piquant de constater que la forme carfa -carub, 
partout citée comme le type du futur irlandais en 6 (/") n'existe pas. 
M. Osthoff a récomment rappelé de même (Z. f. Celt. Ph., VI, 417, n.) 
qu'un mot sans cesse utilisé en grammaire comparée, le prétendu adjectif 
irlandais cloth « illustre », équivalent de skr. çrutàh, de /.Xu-cd;, de inclutus, 
n'est nulle part attesté ; il n'existe qu'un substantif neutre cloth « gloire » 
en moyen-irlandais (K. Meyer, Contributions, 193). 



S66 J. VENDRYES 

19, -soirfed Wb. 32 d 13, Ml. 131 c 9, -soirbedm. 53 d 6, 
-soirfitis Ml. 91 a 10 du verbe sôiraim « je délivre », -foir- 
fea Wb. 11 d 3, fomfirfider Ml. 33 b 10 du verbe foferaim 
« je prépare » et si le verbe scaraim lui-même n'avait aussi 
un futur en h dans la prem. pers. sg. scairiub Ml. 43 a 23. 
Il est vrai que la plupart de ces futurs, et scairiub tout le 
premier, portent la marque d'une création récente dans le 
fait que la consonne finale du radical y est de position anté- 
rieure ; ce qui suppose la confusion de la 1*^^ et de la 2^ con- 
jugaison (cf. Vendryes, op. cit., § 333 Rem. II, p. 175). 

Il est d'ailleurs une considération que l'on peut opposer à 
l'objection de M. Sommer. Si le futur en b (/) de l'irlandais 
est un futur périphrastique de formation analogue au futur 
en b du latin, il faut admettre que l'élément commençant 
par bh s'y est ajouté à un thème de conjugaison analogue aux 
thèmes *amâ- ei*mo7iè- du latin : le bh se trouvait donc à 
l'intervocalique, c'est-à-dire dans des conditions où il devait 
devenir spirant. Or, la prononciation irlandaise a confondu 
de bonne heure dans certaines conditions les spirantes sour- 
des (notées ph, th, ch) et sonores (notées é, d, g^.ei l'usage 
graphique a tendu à réserver dans chaque ordre le signe de 
la sourde à l'intérieur et celui de la sonore à la finale, sauf 
dans l'ordre des gutturales, où c'est généralement l'inverse 
(v. Vendryes, op. cit., §41 et 42, p. 28): de là cûrsagad 
« réprobation », gén. cûrsagtha, delà la ^rsiphie timthirec ht 
Wb. 5 d 9, 10 d 17, timthrecht ML 53 b 20, 138 a 5 du 
substantif écrit ailleurs timdirecht « service » Sg. 35 a 2, 
qui commence par les trois préfixes to-, -imm- et -di- 
(Ascoli, Gloss., cciv). Or ph ei f, c'est en vieil-irlandais la 
même chose ; de là l'opposition naturelle de f intérieur et 
de b final. Une fois cette opposition établie dans la forma- 
tion du futur, il est clair qu'elle a été maintenue le plus 
s oigneusement possible parce qu'elle avait une valeur morpho- 



SUR L'HYPOTHÈSE D'UN FUTUR EN BH ITALO-GELTIQUE 567 

logique significative. De même qu'au prétérit des verbes fai- 
bles la caractéristique s a été conservée en toute position à 
l'intérieur au mépris parfois des lois ordinaires de la simpli- 
fication des groupes de consonnes, de même la caractéris- 
tique / du futur se conserve en général après toutes les con- 
sonnes. Après r, des exemples en ont été fournis plus haut ; 
après /, on a ni sechnalfam Ml. 25 a 3, ni sechmalfaider 
Ml. 14 d 3, -toscelfat Ml. 107 c H, etc. ; après m, doemfea 
Ml. 120 c 8, dotemfet Ml. 112 c 1, adrimfem Ml. 14 d 5, 
adrimfiter adrimfetar Sg. 153 b 1, PCr. 63 b 3, dorimfem 
Ml. 44 a 24, etc. ; après /z, nolinfed Ml. 25 a 8, linfiderW^. 
103 a 10, folinfea Wb. 12 d 14, etc. ; après s, norois fed 
Ml. 85 d 10, noroisfitis Ml. 35 c 19 ; après c, iccfidir Wb. 
25 a 30, léicfimmi Wb. 14 d 10, léicfidir Wb. 6 b 30, etc. ; 
après ch ou g, seichfed Ml. 89 c 5, cotobsechfider Wb. 9 a 
23, didiiichfea Ml. 128 c 6 dulugfa Ml. 58 c 18, noloichfed 
Ml. 127 a 6, sindigfîth Ml. 46 c 20, etc. ; après t, slechtfait 
Ml. 89 d 14 ; après d, neidfider Wb. 32 c 13 ; après th, 
roithfiter Ml. 15 c 18, hiaithfider Ml. 57 c 7 ; etc. Mais 
d'autre part, à côté de connoscaigfe Ml. 61 d 1, on lit 
diirôscaifea Ml. 139 b 3 (cf. -scaibea 89 c 12, -scibea Wb. 
1 d 21, -scaifet Ml. 84 b 4, -scibet 84 b 1), du verbe scai- 
gim^ et du verbe sluindim le seul futur attesté est -shiin- 
fem Wb. 15 a 4, -shtinfider Wb. 28 c 14. Enfin, après b, 
si on lit nôibfea Wb. 13 b 19 de nôibaim, on lit d'autre 
part atrefea, adid trefea Ml. 107 a 15 de atrebaim\ c'est 
déjà une prononciation moyen-irlandaise, puisque le futur 
de marbaim est -mairfitis^ -mairfide en moyen-irlandais 
(L.L. 289 b 17, 290 b 30) dans la Rev. Celt., XIII, 446, 
454, et on notera que dans le dialecte de Donegal étudié 
par M. Quiggin (op. cit., ip. 110), le / du futur se maintient 
comme représentant du groupe bf dans les verbes dont le 
radical se termine par un ^. En revanche c'est à tort que 



868 J. VENDRYES 

M. Bergin /fm/ III, 53, voit dans nodneirbea Ml. 51 b 10 
un futur -eirbfea ; il s'agit plutôt d'un subjonctif. 

Il ressort de ce qui précède qu'en dehors de quelques 
exemples isolés la caractéristique f du futur s'est maintenue 
généralement à l'intérieur à cause de sa valeur significative. 
A cette caractéristique / de l'intérieur s'oppose la caracté- 
ristique b de la finale. Il n'y a rien à conclure des relations 
phonétiques de cette caractéristique avec les sons voisins, 
sinon que l'opposition b final : / intérieur ayant été sentie 
comme la marque du futur a été généralisée et maintenue 
partout. Cette opposition ne permet sans doute pas d'établir 
qu'il s'agisse à l'origine d'une sonore plutôt que d'une sourde 
et par suite ne préjuge en rien la qualité exacte de la con- 
sonne primitive. Mais comme il semble à peu près exclu 
qu'on puisse partir de la sourde (car / en cette position ne 
pourrait sortir que de -5î;-), il faut accepter comme point 'de 
départ la sonore et voir dans le futur irlandais un futur en bh. 
Ainsi les difficultés phonétiques opposées plus haut peuvent 
être écartées et on peut reprendre l'ancienne hypothèse sui- 
vant laquelle le futur irlandais des verbes faibles serait une 
combinaison périphrastique comprenant comme second élé- 
ment un thème (de subjonctif?) emprunté à la racine 
"^bhewQ-. 

C'est évidemment la conclusion à laquelle conduit égale- 
ment l'examen du futur latin en -bo. Seulement les deux 
futurs n'ont historiquement rien de commun, et l'hypothèse 
d'un futur en bh italo-celtique doit être abandonnée. On a vu 
comment le futur latin est né ; il faut admettre que de son 
côté l'irlandais s'est créé un futur au moyen de la racine du 
verbe substantif. Si quelqu'un s'étonnait de voir deux lan- 
gues voisines arriver au même résultat par des chemins si 
différents, il faudrait lui rappeler que la tendance à créer 
des flexions périphrastiques est générale dans les langues 



SUR L'HYPOTHÈSE D'UN FUTUR EN BH ITALO-CELTIQUE 569 

indo-européennes et se manifeste indépendamment dans le 
sanskrit dâtâsmi « je donnerai » et dans le français je chan- 
terai, dans le latin factus sum et dans le v. h. a. ginoman 
ward, dans le français J'rtz bâti et dans le polonais dzialalem, 
dans le latin dictum ïrî, dictûrum et dans le lituanien dé- 
tum-bime (opt. pi. 1); en celtique, la conjugaison du brit- 
tonique est aujourd'hui en grande partie périphrastique ; 
il n'est pas étonnant que cette même tendance ait fait créer 
un futur nouveau en latin et en irlandais ; le résultat a été 
identique, mais le processus, étant données les conditions 
des deux langages, a été différent. 



H. DE LA VILLE DE MIRMONT 

Le Ilapax.'XocuaiGupov 
DANS LA LITTÉRATURE LATINE 



Le IlapaxIaufnÔ'Jpov 
DANS LA LITTERATURE LATINE 

Par. H. de LA Ville de Mirmont. 



Plutarque fait définir en ces termes par l'un des interlo- 
cuteurs du dialogue intitulé l'Erotique les devoirs principaux 
d'un galant de profession : « Se rendre avec un cortège vers 
certaines portes ; chanter des lamentations devant la porte 
qui reste fermée et y fixer des offrandes emblématiques, 
combattre au pancrace contre les rivaux : voilà les occupa- 
tions qui conviennent à un amoureux \ » 

Parmi ces occupations, il en est une qui semble tout à fait 
négligée par les amoureux : les œuvres littéraires qui nous 
restent de l'antiquité gréco-romaine ne nous montrent pas 
de rivaux en amour s'escrimant à cette terrible lutte gymni- 
que du pancrace où les adversaires avaient le droit d'em- 
ployer tous les moyens d'attaque, les coups de poingcomme 
les coups de pied, et de continuer le combat jusqu'à ce que 
le vaincu fût tué ou avouât sa défaite. 

Mais, longtemps avant l'époque de Plutarque qui écrivait 
à la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, les galants 



i. Plutarque, L'Erotique, viii, p. 753, B. "ASeivxô rcapaxXaua-'Gopov (rea- 
pa/.Xai'co, se lamenter devant ; 6i5pa, porte). 



574 îî. DE LA VILLE DE MIRMONT 

grecs ou romains avaient coutume de stationner et de se la- 
menter devant la porte fermée où ils fixaient des emblèmes' 
d'amour. Les petites poésies qui forment V Anthologie et ce 
qui nous reste des élégiaques latins fournissent sur cette cou- 
tume des renseignements nombreux. Qu'il suffise de citer 
deux épigrammes erotiques, l'une de Gallimaque, le grand 
homme du Musée, qui vivait entre l'an 310 et l'an 235, l'au- 
tre de Méléagre de Gadara, l'un des meilleurs poètes alex- 
andrins de second ordre, qui vivait entre l'an 130 et l'an 
50: 

Puisses-tu dormir, Conopion, comme tu me fais dormir sous ce portique 
glacé 1 Puisses-tu n'avoir pas d'autre lit, cruelle, que celui où tu laisses 
ton amant ! Quoi 1 Pas le moindre sentiment de pitié I Les voisins sont 
émus de compassion; mais toi, pas même en songe... Ah ! bientôt les che- 
veux blancs te rappelleront toutes ces rigueurs et me vengeront. 

Astres, et toi, Lune, qui brilles si belle aux amants. Nuit, et toi, petit 
instrument compagnon des sérénades^ est-ce que je la trouverai encore 
l'amoureuse, sur sa couche, tout éveillée et se plaignant à sa lampe soli- 
taire ? Ou bien, en a-t-elle un autre à ses côtés? Au-dessus de sa porte, 
alors, je suspendrai ces couronnes suppliantes, non sans les avoir fanées 
auparavant de mes larmes, et j'y inscrirai ces mots : « A toi, Cypris, Mé- 
léagre, l'inimitié de tes jeux, a suspendu ici les dépouilles de sa ten- 
dresse ' . » 

A Rome, dans les dernières années de la République, le 
poète philosophe Lucrèce mentionne, non sans une dédai- 
gneuse ironie, la conduite des amoureux de son temps qui 
viennent, parfumés d'essence de marjolaine, couvrir de 
fleurs et de guirlandes le seuil qui leur est interdit et acca- 
bler de baisers désespérés la porte qui leur est fermée ^ 



4. Anthologie grecque, traduction F. Déhèque, Paris, 4863; tome I, 
p. 22 et 46, Épigrammes erotiques, n^ 23 (de Gallimaque) et n^ 494 (de 

2. Lucrèce, IV, v. 4469-4474. 



Le llapax^ayfftÔypov 8^5 

D'autres amoureux, dont la passion spéciale, souvent 
chantée par les anciens, répugne singulièrement à nos senti- 
ments modernes, se livraient aux mêmes manifestations que 
les galants éconduits dont parle l'auteur du poème De la 
Nature. Dans une pièce de Catulle, le jeune Atys se désole 
au souvenir des nuits où sa porte était assiégée par les admi- 
rateurs de sa beauté, des matins où, à l'heure du réveil, il 
voyait les murs de sa maison parés de couronnes de fleurs, 
offrandes de ses amants ^ 

C'est une coutume de son temps à laquelle il a, sans doute, 
lui-même été fidèle, comme ses compagnons de plaisir, que 
Catulle attribue aux amants du héros légendaire de Phrygie, 
Atys, qui doit à sa beauté d'être distingué par la déesse 
Cybèle. Mais Ovide, qui tient à retrouver dans les temps les 
plus reculés les origines de toutes les traditions mondaines 
du siècle d'Auguste, fait remonter à l'âge héroïque l'habitude 
qu'avaient les amants malheureux de déposer des fleurs et 
des couronnes devant la porte qui restait impitoyablement 
close, malgré leurs prières et leurs larmes. Si les Fastes font 
allusion aux jeunes contemporains du poète qui viennent, la 
chevelure parfumée et couronnée de fleurs, chanter sur le 
seuil rigoureux de leur belle maîtresse^, à en croire les Jf e- 
tamorphoses, jadis, dans l'île de Cypre, l'amoureux Iphis 
attachait à la porte de l'insensible Anaxarète des couronnes 
de fleurs arrosées de ses larmes ; il étendait ses membres 
délicats sur la pierre du seuil qui les meurtrissait ; il passait 
la nuit à se lamenter, accablant de reproches la barre fatale 
qui lui interdisait l'entrée de la maison ; enfin, il fixait une 
corde à cette porte qu'il avait si souvent ornée de guirlan- 
des, passait la tête dans le nœud coulant et se pendait^. 

1. Catulle, LXIII, V. 65-66. 

2. Ovide, Fastes, Y, v. 339-340. 

3. Ovide, Métamorphoses, XIV, v. 708-738, 



576 H. DE LA VILLE DE MIRMONT 

II est certain que, dès l'époque attique, les amants qui ont 
des lettres, ou tout au moins de la mémoire, adressent aux 
beautés cruelles qui les désespèrent, en même temps que 
leurs larmes et leurs couronnes de fleurs, une cantilène dont 
ils composent eux-mêmes les paroles sur un thème banal, ou 
dont ils répètent simplement les vers consacrés par l'usage 
et adaptés tant bien que mal à leur situation particulière. 

L' Assemblée des Femmes d'Aristophane met en scène un 
jeune homme qui chante ses souffrances et sa passion devant 
la maison d'une jeune fille : 

Viens à moi, viens à moi I Descends et ouvre-moi ta porte, cette porte 
devant laquelle je t'attends. Si tu ne viens pas, je tomberai de langueur, 
je resterai étendu sur le seuil... Bien-aimée, je brûle de me livrer dans 
tes bras aux ébats amoureux. Cypris, pourquoi me rendre ainsi fou de 
cette jeune fille ? Eros, je t'en conjure, fais que je partage la couche de 
mon aimée. Mes paroles expriment bien faiblement ma misère. bien- 
aimée, je t'en supplie, ouvre ta porte, accueille-moi par des baisers ; car 
c'est toi qui causes ma peine. bijou plus précieux que les joyaux d'or le 
plus habilement ciselés, ô fille de Cypris, poétesse aimée de la Muse, en- 
fant élevée par les Charités, vivant portrait de la Volupté, ouvre ta porte, 
accueille-moi par des baisers, car c'est toi qui causes ma peine *. 

Tel est le plus ancien napay.Xauciôupov que nous connais- 
sions. Comme il convient dans une comédie, la jeune fille 
est loin de se montrer insensible à cette sommation poétique; 
et, si le jeune homme se voit soumis à des obligations très 
pénibles, indépendantes d'ailleurs de la volonté de celle 
qu'il désire, il n'est pas du moins réduit à se pendre. 

Un poème d'auteur inconnu, 1' 'Epac7-r^ç,qui se trouve dans 
les œuvres de Théocrite, où il porte le n" xxiii, raconte la 
funeste passion d'un homme qui se consume d'amour pour 
un bel et dédaigneux adolescent. L'amant malheureux vient 

1. Aristophane, L'Assemblée des Femmes, v. 960-976, 



LE Ilapax^auffJOvipov 877 

pleurer devant la maison de celui qui le méprise. Il couvre 
le seuil de ses baisers ; puis, il élève la voix et chante une 
longue lamentation ; enfin, il attache une corde au-dessus de 
la porte, se pend et meurt, exactement comme le jeune 
Iphis des Métamorphoses dont Ovide a dû emprunter l'his- 
toire à l'idylle du pseudo-Théocrite. 

Deux siècles avant l'époque d'Ovide, les influences hellé- 
niques ont déjà fait passer, sinon par les mœurs romaines, 
du moins dans la littérature, l'habitude de ces lamentations 
devant la porte que nous entendons chanter par les person- 
nages de Plante comme par ceux d'Aristophane. Dès l'an 
561-193, le Curculio nous donne un canticum qui rappelle 
le napr/.AajjiOjpcv de L'Assemblée des Femmes et qui fait 
penser à la sérénade du Barbier de Séville. Le jeune Phé- 
drome chante devant la porte de son amante Planésion, pen- 
dant que Palinure, l'esclave confident, se tient aux aguets : 

Verrous, holàl verrous, je vous salue avec joie 1 Je vous aime, je désire 
vous parler, je m'adresse à vous et je vous implore. très aimables ver- 
rous, c'est moi l'amant : soyez complaisants pour moi ! En ma faveur, 
aussi lestes que les danseurs des pays barbares, sautez, je vous en con- 
jure, et laissez-la sortir, celle qui épuise jusqu'à la dernière goutte tout 
le sang d'un misérable amoureux 1 Mais, voyez... Ils dorment, ces verrous 
exécrables ; et, pour moi, ils ne s'ébranlent pas plus vite. Je m'aperçois 
que vous ne me portez aucun intérêt, verrous ^.. 

C'est ainsi que, pendant que Figaro reste collé au mur 
sous le balcon de Rosine, le comte Almaviva chante en se 
promenant et s'accompagnant sur sa guitare : « Je suis Lin- 
dor, ma naissance est commune... » 

Depuis Catulle jusqu'à Ovide, tous ceux des lyriques et 
des élégiaques latins dont les œuvres nous sont parvenues 

1. Plaute, Curculio, I, ii, v. 147-155. 

37 



878 H. DE LA VILLE DE MlRiMONT 

ont exécuté, chacun à sa manière, des variations personnel- 
les sur le thème connu de la complainte erotique chantée 
devant la porte close d'une insensible maîtresse. 

Catulle profite des ombres de la nuit pour venir vers la 
maison d'une femme qui a, dit-on, mal tourné ; à en croire 
la chronique scandaleuse, mille bruits courent à la honte de 
cette jeune matrona qu'on accuse de s'être compromise 
avec Postumius, avec Cornélius, avec bien d'autres galants 
adultères. Le poète s'adresse en termes pleins d'une politesse 
ironique à la porte dont il sollicite quelques renseignements 
précis : 

porte, aimable pour le mari complaisant, aimable pour le père, salut! 
Que Jupiter te favorise de son aide propice ! Toi qui jadis servis, dit-on, 
Balbus avec honnêteté, alors que ce vieillard occupait lui-même la mai- 
son ; toi qui, ensuite, — on le rapporte, — servis tout au contraire tes 
maîtres en faisant pour eux des vœux malveillants, depuis que, le vieux 
une fois mort, la femme est devenue la maîtresse du logis... Allons, dis- 
nous d'où vient ce bruit qui t'attribue l'abandon de tout respect envers 
ton ancien maître*. 

La porte ne tient pas à répondre ; elle sait qu'on l'accuse, 
qu'on la fait responsable de tous les désordres qui se com- 
mettent dans la maison dont elle a la charge de défendre 
l'entrée aux gens suspects : 

Personne ne peut dire en quoi j'ai péché. Mais c'est toujours à la porte 
que ce peuple s'en prend. Chaque fois que l'on s'aperçoit de quelque 
mauvaise action, tout le monde me crie : « Porte, c'est ta faute ^. » 

Le poète la rassure : ce n'est pas sur sa conduite qu'il 
prétend l'interroger, mais bien sur la réputation infâme des 



1. Catulle, LXVII, v. 4-8. 

2. Catulle, LXVII, v. 11-44. 



LE IlapaxXauffiôypov 579 

maîtres de la maison. Et la porte, qui ne demande qu'à 
parler, répète les confidences qu'elle a entendu faire par la 
jeune femme à ses servantes, insiste sur tout ce qui a été 
dit par les imprudents qui croyaient qu'une porte n'a pas 
d'oreilles pour écouter, n'a pas de langue pour répondre 
quand on lui adresse des questions. 

En somme, Catulle fait servir le Ilapay.AauaiOupov de cadre 
à une violente satire dans laquelle tous les désordres d'une 
maison où bien des actions mauvaises ont été commises sont 
révélées par un témoin qui ne peut déserter son poste et qui 
est bien placé pour savoir qui pénètre au logis en y intro- 
duisant la honte et l'infamie. 

Horace renouvelle la forme banale de ce chant qui se dit 
devant la porte d'une maîtresse pour avertir méchamment 
Lydia, courtisane sur le retour, que bientôt, abandonnée de 
tous ses amants, dévorée de désirs inassouvis, elle pleurera 
solitaire dans la rue déserte, sous la bise mordante d'une 
nuit sombre et froide ; il lui rappelle que déjà le temps est 
passé où les galants assiégeaient sa demeure ; les jeunes 
libertins ne viennent plus aussi fréquemment frapper à ses 
fenêtres et troubler son sommeil. La porte de Lydia reste 
fidèle au seuil, elle qui roulait jadis si facilement sur ses 
gonds. La courtisane vieillie entend de moins en moins sou- 
vent répéter devant chez elle : « Pendant ces longues nuits 
où je suis dehors, mourant d'amour, Lydia, tu dors ^ 1 » 

Les amoureux de Lydia se souvenaient, dans leur triste re- 
frain, des lamentations d'Asclépiade : 

C'est l'hiver ; les Pléiades sont au milieu de leur course ; la nuit va 
disparaître ; et moi, sous les fenêtres d'Hélène, je me promène tout ruis- 
selant de pluie et blessé de ses charmes 2. 

i. Horace, Odes, I, xxv, v. 6-8. 

2. Anthologie grecque, traduct. F. Dehèque, tome I, p. 46, Épi- 
grammes erotiques, n° 189. 



«30 tî. DE LA VILLE DE MlRMONÎ 

L'auteur des Odes prétend avoir chanté lui-même pour 
son propre compte une lamentation semblable à celle des 
amoureux de Lydia devant la porte inexorable d'une femme 
mariée, Lycé, alors que mugissaient les vents d'hiver, alors 
que la neige se durcissait sous un ciel froid et sans nuages ; 
la plainte se termine en menace : si Lycé persiste dans un 
orgueil insensible qui offense Yénus, son amant ne passera 
plus ses nuits à pleurer par le froid et la pluie, étendu sur 
le seuil de la porte \ Ce napay.Xajs-Ojp^v semble un pur 
exercice littéraire où le poète se plaît à rivaliser avec les 
poètes de V Anthologie : Horace, on lésait, se contentait d'a- 
mours faciles et sans encombres ; il tenait à sa santé qui était 
médiocre et que de longues stations par le froid et la pluie 
auraient gravement compromise. Nous ne nous représentons 
pas ce philosophe épicurien, petit et gros, que l'empereur 
Auguste comparait à un tonneau, s'exposant toute une nuit 
d'hiver aux intempéries qui auraient pu rendre nécessaires 
les soins du médecin Antonius Musa et exiger une cure aux 
eaux de Vélie en Lucanie ou de Salerne dans le Picentin, 
loin de cette chère villa de la Sabine où le poète propriétaire 
aimait à prolonger ses vacances. 

On apprécie, au contraire, une réelle sincérité dans les 
plaintes poétiques de Tibulle versant des larmes vaines et se 
fatiguant en une colère stérile devant la maison de sa maî- 
tresse. L'amant de Délie interpelle la porte fermée pour lui. 
Bien des fois, au milieu des ténèbres de la nuit, il a par- 
couru la ville pour aller au rendez-vous d'amour. Protégé 
par Venus, il n'a eu rien à craindre de l'indiscrétion des 
passants attardés ; aucune bande de joyeux noctambules n'a 
essayé, pour le reconnaître, d'approcher de son visage des 
torches allumées ; ceux qui l'ont reconnu se sont faits ses 

i. Horace, Odes, III, x. 



LE na;.ax).a-.(Ti6u,'ov 581 

complices et n'ont révélé son nom à personne. Vénus a éloi- 
gné de lui toute attaque nocturne. Vénus l'a rendu insensible 
au froid engourdissant des nuits d'hiver, aux averses tor- 
rentielles. Il ne pensait qu'au moment attendu où Délie 
glisserait un pied furtif hors de sa couche moelleuse, des- 
cendrait sans bruit, ouvrirait doucement la porte et d'un 
muet signal de son doigt, appellerait son amant à ses côtés. 
Mais les temps sont changés. Délie est mariée ; un gardien 
jaloux veille sur la jeune femme ; un solide verrou ferme la 
porte qui ne s'ouvre plus. Le poète va passer, couché sur la 
pierre du seuil, une nuit désolée; il s'est fait apporter du 
vin pour trouver dans le sommeil de l'ivresse un soulage- 
ment à ses peines d'amour. Jusqu'au moment où le dieu 
Bacchus apaisera et endormira son chagrin, Tibulle répétera 
son chant de lamentation ; et, avant d'implorer Délie, c'est 
à la porte qu'il s'adresse : 

Porte, toi qui m'interdis tout accès auprès de ma maîtresse, puisses-tu 
être battue de la pluie ! Puisse te frapper la foudre lancée par l'ordre de 
Jupiter!... Ou plutôt, porte, vaincue par mes plaintes, ouvre-toi pour moi 
seul. Tourne furtivement sur tes gonds, ouvre-toi sans bruit. Et, si, dans 
ma folie, j'ai prononcé contre toi quelques mauvaises paroles, pardonne. 
Je demande que ces imprécations retombent sur ma tête. Il convient que 
tu gardes seulement la mémoire des nombreuses prières que je t'ai adres- 
sées d'une voix suppliante, alors que je t'offrais des guirlandes de 
fleurs *. 

Properce ne chante pas ses plaintes à la porte, comme fai- 
sait Tibulle ; il n'engage pas avec elle un dialogue comme 
faisait Catulle ; il la laisse parler toute seule : il l'écoute, et 
c'est le monologue de la porte qu'il reproduit dans une de ses 
Élégies. Gomme la porte avec laquelle Catulle s'entretenait, 
elle a des oreilles pour écouter et une langue pour parler ; et 

1. Tibulle, I, II, V. 7-14. 



882 H. DE LA VILLE DE MIRMONT 

elle parle, elle aussi, pour révéler avec indignation les scan- 
dales de la maison. Elle est la première, quoique innocente, 
à en porter la peine ; elle est maltraitée par les poings fu- 
rieux des ivrognes, déshonorée par les couronnes que sus- 
pendent à son faîte et par les torches que renversent et 
éteignent sur son seuil les amoureux satisfaits ou furieux que 
la maîtresse du logis a accueillis ou éconduits. Cette femme 
perdue de vices, s'abandonne à des désordres que la porte 
ne peut dissimuler, puisque des vers obscènes, inscrits sur 
ses battants, les racontent tout au long ; elle n'ignore pas 
non plus les lamentations des amants désespérés qui, pen- 
dant leurs longues veilles de larmes et de supplications, ne lui 
laissent pas un instant de repos. La porte a entendu, elle a 
retenu bon nombre de complaintes languissantes ; elle peut 
donc, d'après ses souvenirs, donner le texte du Ilapay.Aajai- 
Ôupov le plus développé que l'antiquité latine nous ait laissé : 

Porte, plus cruelle que ta maîtresse elle-même, pourquoi me fermer 
méchamment tes battants, pourquoi rester muette devant moi ? Pourquoi 
ne t'ouvres-tu jamais, ne donnes-tu jamais accès à mes amours ? Tu ne 
peux donc te laisser toucher et accueillir mes furtives prières ! Il n'y aura 
donc aucun terme à mon tourment? Jusques à quand, pris d'un triste som- 
meil, devrai-je réchauffer de mon corps la pierre de ton seuil ? Je suis un 
objet de pitié pour la nuit au milieu de sa course, pour les étoiles à leur 
déclin, pour la froide bise, compagne de l'aurore, qui me voient étendu 
devant toi... porte, seule impitoyable aux plaintes humaines, tu restes 
muette, tu ne me réponds pas, tes gonds demeurent silencieux ! Plaise 
aux dieux que ma voix misérable, se glissant à travers quelqu'une de tes 
fentes, puisse parvenir aux oreilles de ma maîtresse ! Bien qu'elle soit 
plus inébranlable que les rocs battus par la mer de Sicile, bien que son 
cœur soit plus dur que le fer et que l'acier, elle ne pourrait cependant 
empêcher ses yeux de pleurer; et des soupirs sortiraient de son sein, en 
même temps que ses larmes couleraient malgré elle. Hélas ! elle repose 
maintenant dans les bras d'un autre, d'un rival heureux, et le vent de la 
nuit emporte mes lamentations. Mais toi, ô porte, tu es la première et la 
seule cause de mon malheur, toi qui ne t'es jamais laissé apaiser par mes 



LE napax),av)(n'ô-jpov 583 

offrandes. Jamais je ne t'ai blessée par un mot injurieux, jamais je n'ai 
inscrit sur tes battants la lettre de mauvais augure qui condamne un en- 
droit maudit : pourquoi donc souffres-tu que je m'enroue à dire mes 
longues plaintes, que je veille dans la rue, la nuit entière, en proie à la 
désolation ? Et, cependant, combien de fois ne t'ai-je pas adressé des vers 
nouveaux, combien de baisers n'ai-je pas imprimés sur les degrés de ton 
seuil? Perfide, combien de fois, tourné vers toi, les mains levées, ne t'ai-je 
pas porté en secret le culte que je te devais ^ ! 

Les amants malheureux trouvent encore une consolation 
et un espoir dans ces plaintes déclamées devant une porte 
qui peut à la fin se laisser émouvoir et permettre l'entrée de 
la maison. Properce est définitivement privé de cette conso- 
lation et de cet espoir, dont il regrette amèrement la perte, 
quand il se voit congédié à jamais, quand il ne lui est même 
plus permis de rester dans la rue, couché sous les rayons de 
la lune glacée, et de faire passer quelques paroles à travers 
les fentes de la porte devant laquelle il n'a plus aucun droit, 
aucun prétexte même de se présenter-. 

Disciple érudit et imitateur ingénieux des poètes qui l'ont 
précédé dans l'élégie amoureuse, Ovide ne manque pas de 
faire entrer, à son tour, l'épisode obligatoire du ïlxpx/XTjai^ 
O'jpîv dans le roman de ses amours avec Corinne. 

C'est au moment d'une brouille que suivra bientôt la ré- 
conciliation. Le poète vient inutilement au logis de son 
amie. Il est en grande tenue, parfumé et paré, la tête cou- 
ronnée de fleurs. Grâce à ce privilège des amoureux auquel 
Tibulle faisait allusion, Ovide qui n'osait autrefois s'aven- 
turer au milieu des ténèbres et qui redoutait les fantômes 
de la nuit, a pu traverser sans crainte et sans danger la ville 
endormie. Fort de la protection de Vénus et de Cupidon, il 
est parvenu à la maison de Corinne, et cette maison lui est 

4. Properce, I, xvi, v, 17-44. 

2. Properce, III, ix (II, xvii), v. 45-18, 



ÎÎ84 H. DE LA VILLE DE MIRMONT 

fermée. Le poète amoureux va chanter devant la porte close 
la cantilène de rigueur. Mais il introduit un motif nouveau 
dans les variations que ses devanciers ont déjà exécutées 
sur un thème bien rebattu : ce n'est plus la porte, mais bien 
le portier qu'il prend à partie. Ses supplications et ses me- 
naces s'adressent à ce malheureux esclave qui, suivant une 
coutume ancienne et barbare, était attaché dans une loge 
voisine de la porte au moyen d'une longue chaîne terminée 
par deux anneaux de fer rivés à chacune de ses jambes. 

Il rappelle combien de fois les châtiments furent évités au 
portier, grâce à l'intervention de l'amant heureux de Co- 
rinne. Le misérable esclave, les épaules nues pour le fouet, 
fixait ses yeux pleins d'angoisse sur celui dont un seul mot 
désarmait la colère de son amie : et, maintenant, les prières 
d'Ovide, qui furent si puissantes sur la maîtresse, n'auront 
aucune action sur le serviteur ? Aux prières amicales succè- 
dent les menaces impérieuses ; et, après chacun des couplets 
de supplications ou d'injures, revient le plaintif refrain : 
« Les heures de la nuit s'avancent. Repousse la barre de la 
porte, repousse-la* 1 » 

Cependant, les heures de la nuit ont passé avec une len- 
teur désespérante. Aucune distraction n'a pu apaiser l'ennui 
du poète amoureux. Il ne s'est pas présenté devant la porte 
de Corinne à la tête d'un cortège, comme les galants dont 
parle VÉrotique : il n'avait d'autre compagnon que le cruel 
Amour dont aucune force humaine n'était capable de le sé- 
parer. Il n'a pas demandé, comme faisait Tibulle devant la 
porte de Délie, qu'on lui apportât en abondance le vin qui 
donne le sommeil et l'oubli des chagrins amoureux ; il a bu 
modérément ; sa tête est à peine échauiïée ; s'il a, un ins- 
tant, l'idée de se jeter, torche et poignard en mains, contre 

Ovide, Amours, I, vi, v. 24, 32, 40, 48, 56, 



LE napax).au<n'Ôypov 585 

la porte pour l'incendier et Tenfoncer, il renonce bien vite 
à ce projet déraisonnable. S'il s'est imaginé entendre la 
porte rouler sur ses gonds et résonner sourdement, comme 
pour l'avertir d'entrer, il n'a pas eu de peine à se rendre 
compte qu'il est l'objet d'une illusion : c'est le souffle impé- 
tueux du vent qui, seul, fait gronder la porte, et toutes ses 
espérances se dissipent, emportées par le vent. Les peines 
d'amour l'ont consumé ; ses membres amaigris pourraient se 
glisser dans la maison, si peu que la porte s'entr'ouvrît. Mais 
la porte reste obstinément close. « Et, déjà, l'astre glacial du 
matin met son char en mouvement, et le coq réveille les mi- 
séreux pour leur labeur ^ » L'amoureux déçu doit abandon- 
ner son inutile faction ; il n'a plus qu'à se dépouiller de la 
couronne qui parait sa chevelure et à la laisser sur le seuil, 
pour que Corinne, en la voyant, quand elle sortira le matin, 
comprenne que son amant a passé toute la nuit en vain de- 
vant la porte qui n'a point voulu s'ouvrir — ou, plutôt, que 
le portier, insensible aux prières et aux menaces, n'a point 
voulu ouvrir. 

Ovide, en effet, n'a pas chanté le classique napr/.Xajji- 
6jpcv des amoureux d'autrefois ; il n'a pas maudit, injurié, 
supplié ou raillé la porte, comme faisaient Horace et Tibulle; 
il n'a pas, comme Catulle, engagé avec elle un dialogue ; il 
ne l'a pas laissé parler toute seule, comme Properce. Dans 
les Amours, il ne s'agit plus de ces gracieuses lamentations 
que les amants chantaient devant la porte pour se faire en- 
tendre de l'aimée dont la porte clôt le logis. Les appels 
d'Ovide ont un caractère plus pratique : c'est au portier 
qu'ils s'adressent et non à la porte. Or, le portier n'est pas 
de bois, comme la porte ; il écoute celui qui sait se faire 
écouter. L'auteur de \ Art d'aimer donne aux amoureux un 

\. Ovide, Amours, I, vi, v. 60-66. 



886 H. DE LA VILLE DE MIRMONT 

conseil dont il aurait dû, tout le premier, faire son profit, 
quand il voulait s'ouvrir la maison si bien gardée de Co- 
rinne : 

Crois-moi, fais en sorte de mettre dans tes intérêts toute la plèbe des 
serviteurs : n'oublie pas le portier de la maison, ni le gardien qui veille 
au seuil de la chambre à coucher *. 

Le janitor de Corinne est le digne ancêtre de Petit-Jean, 
le portier de M. Perrin Dandin : 

On n'entrait point chez nous sans graisser le marteau. 
Point d'argent, point de Suisse, et ma porte était close. 
Il est vrai qu'à Monsieur j'en rendais quelque chose : 
Nous comptions quelquefois 2. 

Ovide a, sans doute, négligé de graisser la chaîne du jani- 
tor, qui, probablement, comptait quelquefois avec Corinne ; 
car la vénalité jouait un rôle de plus en plus important dans 
les intrigues galantes de la Rome impériale. Le son des écus 
devient plus séduisant que l'harmonie des chansons ; et, 
après les Amours, la littérature latine ne mentionnera plus 
de poétiques cantilènes devant quelque porte rigoureuse- 
ment close. 

Le philosophe Sénèque écrit à Lucilius : « Ne vois-tu pas 
quelles causes frivoles amènent les hommes au mépris de la 
vie? Celui-ci se pend devant la porte de sa maîtresse^. » 
Mais le moraliste, qui prend plaisir à censurer les vices et à 
railler les ridicules de ses contemporains, ne fait aucune al- 
lusion au IlapaxAauciô'jpov qui aurait précédé le suicide de cet 
amant désespéré. 

Les déclamations scolaires, qui développent les scènes les 

1. Ovide, Art d'aimer, II, v. 259-260. 

2. Racine, Les Plaideurs, I, i, v. 14-17. 

3. Sénèque, Lettres à Lucilius, iv, 4, 



LE napax>vau(Tt6v)pov 887 

plus romanesques de la vie privée au i^*" siècle de l'Empire, 
ne nous montrent aucun amoureux chantant au seuil de sa 
belle. Les Controverses recueillies par Sénèque le père font 
le portrait du jeune homme débauché et du vieillard rendu 
fou par une passion sénile : le jeune homme ruisselle de par- 
fums ; corrompu par l'excès des passions, il prend, pour 
plaire aux femmes, une démarche plus langoureuse que 
celle des femmes ; il passe les jours et les nuits dans les fes- 
tins honteux, il vit dans les mauvais lieux^ Le vieillard amou- 
reux s'enivre, se pare de guirlandes de fleurs, s'imprègne de 
parfums ; les courtisanes se suspendent à son cou, la troupe 
des parasites se presse autour de lui ; il a des disputes scan- 
daleuses avec ses rivaux ; son ébriété de la nuit se prolonge 
encore pendant le jour-. Dans les Déclamations attribuées 
à Quintilien, il est question de débauchés qui, toute la jour- 
née, restent collés à la porte du mauvais lieu, d'amants 
malheureux que le désespoir contraint à se pendre^. Mais 
aucun des thèmes d'amplification familiers à l'école de rhé- 
torique ne s'occupe de ce chant de lamentation devant la 
porte fermée, qui est mis par Plutarque au nombre des de- 
voirs principaux d'un amant. 

Les satiriques ne tournent pas cet usage en ridicule, pro- 
bablement parce qu'il est tombé en désuétude. 

On comprend qu'au temps de Juvénal l'amoureux n'a pas 
besoin d'aller entonner le riapaxXrjjiÔjpcv à la porte de sa 
maîtresse. La mère de la jeune mariée, empressée à se faire 
la proxénète de sa fille, sait ménager et même provoquer 
les entrevues, sans que le galant ait à se mettre en frais de 
chants désespérés*. 



1. Sénèque le père, Controverses, II, i, 6, 45. 

2. Sénèque le père, Controverses, II, vi, 4, 9. 

3. M. Fabii Quintiiiani, ut ferunt, Declamationes, xiv, 3; xv, 9, 10. 

4. Juvénal, Satires, VI, v. 234-242. 



888 H. DE LA VILLE DE MIRMONT 

Quand le poète stoïcien Perse, dans sa Satire sur la vraie 
liberté, veut donner l'exemple d'un jeune amoureux, sin- 
cère et faible, impuissant à se dégager d'une passion qu'il 
condamne lui-même, il doit emprunter à la comédie grecque 
ce type de jeune homme qui ne se trouve plus ni dans la 
société, ni dans la littérature de la fin du i" siècle : 

« Oui, Dave, je veux en finir, et sans retard, ne t'avise pas d'en douter! 
Elle m'a fait assez souffrir... » — C'est Chérestrate qui parle ainsi, en 
rongeant ses ongles de fureur. — « Scrai-je toujours le déshonneur d'une 
austère famille ? Faut-il que le seuil d'une maison mal famée me perde de 
réputation, dissipe la fortune paternelle, et que je continue d'aller, la 
voix avinée, tenant à la main une torche éteinte, chanter devant la porte 
de Ghrysis, cette porte humide de mes larmes i. » 

C'est Chérestrate qui parle ainsi dans VEunuque de Mé- 
nandre, où il joue le rôle de jeune premier que Térence 
attribuera à Phédria. Térence a changé le nom des person- 
nages : Chérestrate, Dave (A5oç), Chrysis s'appellent Phé- 
dria, Parménon, Thaïs, dans la comédie latine où il n'est 
plus question de chants de l'amoureux à la porte de sa maî- 
tresse. Phédria, qui se meurt d'amour et qui ne sait que 
faire, avoue simplement à Parménon, l'esclave confident, 
que Thaïs, après l'avoir renvoyé, le rappelle^ Il ne dit rien 
de ses stations nocturnes, de ses lamentations désespérées de- 
vant le logis de sa maîtresse. 

Faut-il admettre qu'en l'année 593-161, où V Eunuque fut 
représenté, la coutume du Ilapay.AauciOjpcv n'était pas assez 
connue à Rome pour que Térence, qui prétend donner dans 
ses comédies le tableau de la société élégante et polie où il 
avait été introduit par ses protecteurs aristocrates, Scipion 
Emilien, Laelius, Furius Philus, ait osé y parler de ce can- 

4. Perse, Satires, V, v. 461-166. 

2. Térence, L'Eunuque, I, i, v. 4, 27-28. 



ticum que Plaute, peu soucieux d'éliminer des pièces grec- 
ques qu'il adaptait à la hâte les traits de mœurs en désaccord 
avec les habitudes romaines, ne craignait pas de faire chan- 
ter, dès l'an 361-193, par un personnage du Curculio ? On 
se représente bien les jeunes contemporains de Plaute allant 
la nuit, après boire, faire tapage devant la maison d'une 
courtisane en réputation et charbonner sur la porte des vers 
aussi peu respectueux de la décence que de la métrique ^ 
Mais l'on ne peut supposer que les rudes soldats des guerres 
puniques aient eu la coutume de chanter de gracieuses com- 
plaintes adressées aux verrous de la porte. 

Sans doute, vers les derniers temps de la République, alors 
que les Cantores Euphorionis faisaient fureur, à la grande 
indignation de Cicéron', le poète philosophe Lucrèce a pu 
flétrir la folie des amoureux qui venaient réellement acca- 
bler de chants désespérés la porte close ; et il est permis de 
supposer que Catulle, le poète passionné, fut pour son pro- 
pre compte un des chanteurs les plus littéraires du Ilapax/aj- 
^{Ojpcv. Quant aux élégiaques contemporains d'Auguste, il 
est assez difficile d'établir si ce n'est pas de sang-froid qu'ils 
ont fait les langoureux pour quelque Iris en l'air dont ils se 
gardaient d'assiéger la porte, et si leurs chants de lamenta- 
tion amoureuse ne sont autre chose que des lieux communs 
poétiques imités des maîtres d'Athènes et d'Alexandrie. Mais 
il paraît certain qu'au temps de Perse, la coutume de ces sé- 
rénades lugubres est absolument inconnue à Rome, puisque, 
lorsque le satirique veut en donner un exemple, il doit l'em- 
prunter au théâtre de Ménandre. 

Martial, cependant, dirige de nombreuses épigrammes 
contre un certain Tucca, imitateur attardé des jeunes gens 



1. Plaute, le Marchand, II, m, v. 73-74. 

2. Cicéron, Tusculanes, III, xix, 45. 



m H. DE LA VILLE DE MIRMONT 

de Ménandre, le ridicule Tucca, qui, sous le principat de 
Domitien, se conduisait à Rome comme jadis Chérestrate à 
Athènes. 

Tucca est gourmand, et il veut que tout le monde sache 
qu'il est gourmand'. Il est sottement prodigue: il achète 
très cher de jeunes et jolis esclaves pour les revendre aussi- 
tôt^ Il est maladroitement avare : il mêle l'excellent Falerne 
à la piquette du "Vatican et réussit à faire du mélange un vin 
détestable^. Il est indélicat : il demande à Martial ses livres; 
celui-ci se garde bien de faire le présent sollicité, car c'est 
pour les vendre et non pour les lire que Tucca demande 
les livres du poète*. Il prétend faire le critique et reproche 
à Martial de composer des épigrammes en vers hexamètres ^ 
Il veut produire des poèmes, lui aussi, et copier Martial 
dans tous les genres, épopée, tragédie, poésie lyrique, élé- 
gie, satire. Le poète se cantonne dans l'épigramme, et l'in- 
fatigable imitateur est aussitôt jaloux d'une nouvelle re- 
nommée qu'il ambitionne lui aussi^ Tucca est, avant tout, 
ridicule ; il fait tout à contresens : alors que le balnetim 
pour l'eau froide doit être en marbre et les thermae pour 
l'eau chaude en bois, il se fait construire des thermae en 
marbre, un balneum en bois\ Alors qu'il pourrait dormir 
couché sur des coussins de plumes, plus moelleux que ceux 
de Vénus elle-même, il va passer les nuits sur le seuil d'une 
orgueilleuse maîtresse dont la porte, sourde à ses prières, à 
ses soupirs qui le consument, est mouillée de ses larmes ^ 



1. Martial, Épigrammes, XII, xli. 

2. Martial, Épigrammes, XI, lxx. 

3. Martial, Épigrammes, I, xix. 

4. Martial, Épigrammes, VII, lxxvii. 

5. Martial, Épigrammes, VI, lxv. 

6. Martial, Épigrammes, ^\\, xcv. 

7. Martial, Épigrammes, IX, lxxv. 

8. Martial, Épigrammes, X, xiii. 



LE IlapaxXauaiÔupov 891 

La dévotion de Tucca à l'archaïque coutume du llapav.Xau- 
aîôjpov n'est qu'un des nombreux ridicules du personnage. 
Au temps de Martial, il faut être un grotesque, victime dési- 
gnée à tous les traits de l'épigramme, pour passer les nuits 
à se lamenter devant une porte close, comme le faisaient, 
ou prétendaient le faire, à l'imitation des Grecs, les poètes 
Catulle, Horace, Properce, Tibulle et Ovide. 

Après les Épigrammes de Martial, la littérature latine ne 
mentionne plus, même pour s'en moquer, les chants noctur- 
nes devant le logis d'une maîtresse cruelle. Le Satyricon de 
Pétrone n'y faisait aucune allusion ; il n'en est pas question 
dans la Métamorphose d'Apulée. Le rhéteur de Madaure 
parle dans son Apologie de chants bruyants qui troublaient, 
pendant la nuit, le calme de la ville d'Œa. Mais ce bruit 
n'était pas le fait d'amoureux élégiaques pleurant leur mi- 
sère ; les habitudes helléniques d'une galanterie raffinée 
n'avaient pas passé dans l'Afrique romaine : Apulée décrit 
tout simplement une vulgaire scène de tapage nocturne. Il 
s'agit de jeunes gens brutaux qui s'assemblent devant une 
maison malfamée, ébranlant la porte à coups de pied, faisant 
retentir les fenêtres de chansons obscènes*. 

Dans les pays de civilisation hellénique, les galants con- 
tinuent, après le temps où Plutarque écrivait V Erotique , 
à se livrer à des lamentations plus ou moins littéraires de- 
vant la porte de leurs belles. Vers la fin du ii^ siècle, une 
des courtisanes dont Lucien rédige les dialogues, Ampélis, 
ne donne le titre d'amants véritables qu'à ceux qui viennent 
soupirer, pleurer, stationner à sa porte, pendant la nuit'. 

Ces amants sont des Grecs ; et les rudes Latins ont oublié 
les coutumes galantes importées jadis d'Athènes ou d'Alexan- 



4. Apulée, De Magia, lxxv. 

2. Lucien, Dialogues des cour tisanes, NIW^ 2. 



M H. t)É LA VILLE DE MIRMONT 

drie. Le dernier imitateur des élégiaques latins contempo- 
rains de César et d'Auguste, Maximianus, ressemble aussi 
peu par sa conduite en amour que par la pureté de ses vers 
et la correction de son style à ses illustres modèles. C'est un 
Étrurien, ami du philosophe Boèce, qui fut au nombre des 
ambassadeurs envoyés dans les premières années du vi* siè- 
cle par Théodoric, roi d'Italie, à l'Empereur de Constanti- 
nople, Anastase, pour travailler à l'alliance de l'Orient et de 
l'Occident. A la fin de sa carrière, il raconte, dans une de 
ses Elégies une aventure qu'il eut au cours de son ambas- 
sade avec une courtisane grecque. Mais ce n'est pas Maxi- 
mianus qui se lamente, comme Catulle, Properce, Tibulle 
ou Ovide, à la porte de la belle. C'est la Graia puella qui 
vient la nuit, sous les fenêtres de l'ambassadeur de Théodo- 
ric, murmurer des chants grecs pleins de douceur, pleurer, 
gémir et soupirer de manière à inspirer par son amour et 
son chagrin une pitié funeste à l'Etrurien qui sera victime 
des artifices de la sirène orientale ^ 

Au temps de l'empereur Anastase, l'élégiaque latin n'avait 
pas à se mettre en frais de llapay.Xajs'Ôjpov, puisqu'il enten- 
dait sous sa fenêtre les pleurs et les chants de la jeune fille 
grecque qui, par une contre-partie grossière des anciennes 
pratiques de la vie galante, venait elle-même, la nuit, provo- 
quer un amant de rencontre. 



1. Maximiani Elegiae, v, v. 9 et suiv. (Baehrens, Poetae Latini Mi- 
nores, vol. V, p. 340). 



AuG. AUDOLLENT 



REFRIGERARE 



REFRIGERARE 

Par Aug. AUDOLLENT. 



M. G. Ghirardini a récemment publié, dans les Notizie 
degli scavi\ une inscription de Feltre qui mérite de retenir 
l'attention des épigraphistes. En voici le texte : 

SEVERO • ET • RVFINO COSS 

V • K • SEPT 

ACCEPERVNT • COLL • FAB • ET • CC^ 
^ • QVI NGENTAM I Ll A • COMPVTATA 
5 VSVRA • ANNI • VNI • CENTENSIMA • VgA 
^ • LX • DE • QVA • VSVRA • PER SINGVLOS AN 
DIE • V • IDV • lAN • NATALE • IPSIVS • EX • VSVRA • S • S 
AT MEMORIAM • HOS-FLAMININI-REFRIGER 
SEHDERVNT • ET • IIIIVIR • ET • SEX • PRINC 
10 ET • OFF PVB • SPOR • NO • AVREOS • DEN • ET • SIL 
SING • NEICNON ET PER ROS • AT • MEMOR • EIVS 
REFRIGERAR • DEVEB- N CCCLXII- 

Tout n'est pas d'une absolue clarté dans ces lignes ; mais 
l'ensemble se comprend sans peine, et l'on peut en proposer 
au moins une transcription provisoire. 

1. 1907, p. 432. 



596 AUG. AUDOLLENT 

Severo et Rufîno co(ji)s(ulibu)s, V kÇalendas) Sept(em- 
bres), accepemint coll{egmm) fabÇruni) et c(oUegiurn) 
c{entonarioruni) denarioriim quingenta milia computata 
usura a?ini iiniÇits) centensima u\n\a denariorum LX ; de 
qiia usura per singidos anÇjios) die V idu(s) jan{uanas) 
natale ipsius ex usura s{iipra) sÇcripta) at memoriarii 
HosQilii)^ Flaminini refriger{are^ se [..]derunt et quat- 
tiiorvir(is ?) et sex {viris?) princ{ipalibus?^ et offÇicio?) 
pub(Jico?') spor{tulani) 7îo(?nmos?) aureos denÇarios) et 
silÇiquas) singÇidis ?), neicnon et per ros{alia ?) at 
memor{iani) eiiis ref7ngerar{f) deveb{imt) 7i(ummos^ 
CCCLXII. 

Il s'agit, on le voit, d'un legs fait, le 28 août 323, par un 
certain Flamininus, à deux collèges locaux, à charge par 
eux d'honorer sa mémoire, en distribuant les revenus, à date 
fixe, à des personnes nettement spécifiées. Un commentaire 
minutieux serait indispensable pour mettre en lumière tou- 
tes les particularités de ce texte. Quant à l'intention géné- 
rale il est analogue à d'autres de la même région^ ; mais il 
s'en distingue, comme l'a bien vu M. Ghirardini, et il les 
passe en intérêt par toute une série d'indications. Je fais 
allusion à l'importance de la somme léguée, aux prescrip- 
tions pour l'emploi des revenus, à l'énumération des magis- 
trats ou fonctionnaires municipaux qui en sont les bénéfi- 
ciaires, enfin aux expressions qui rappellent par certaines 
redites voulues Çde qua usura... ex usura supra scriptd) la 
façon de parler des jurisconsultes. 

Les linguistes et les grammairiens y peuvent glaner plus 
d'une forme ou construction inattendue, telles que centen- 



1. J'adopte le complément proposé par M. Ghirardini. 

% Voir C. 1. L., V., nos 4488, 4489, et p. 1189, 1196 sq., et 1213. 



REFRIGERARE 597 

sima, at^ pour ad, neicnon, devebimt^ pour debebunt, 
iini^ au lieu de unius, l'infinitif refrigerare à la place du 
participe refrigerandam. Sans prétendre tout expliquer, je 
voudrais seulement, dans ce recueil consacré aux études de 
langue et de grammaire latines, signaler brièvement l'usage 
nouveau, si je ne m'abuse, qui est fait ici du verbe refri- 
gerare. 

D'après les exemples littéraires ou épigraphiques, qu'on 
trouve réunis dans les lexiques, les significations de ce mot 
peuvent se ramener à trois principales. 

C'est d'abord le sens propre : rendre froid, refroidir, 
rafraîchir, qui s'entend soit des objets inanimés, comme 
dans ce passage de Cicéron*, «... ignis in aqitam coniectiis 
continuo reslinguitur et refrigeratur... », soit des êtres 
doués de vie, comme dans cet autre du même auteur % 
« IJbi enim potest illa aetas aiit calescere vel apricatione 
melius vel igni aut vicissim umbris aquisve refrigerari 
salubriiis? » 

De là est issu un sens figuré, tout moral, qui ne s'emploie 
guère que d'une manière défavorable, quand on veut indi- 
quer, par exemple, qu'on fait soudain tomber l'ardeur, les 
sentiments exaltés d'une personne: Cicéron^ (s...Àta defessa 
ac refrigerata accusatione rem integram ad M. Metellum 
praetorem esse venturam » ; qu'on l'interloque, qu'on coupe 
brusquement son effet : Quintilien", « Prudens (testis^... 
brevi interlocutione patroni refutandus est aut aliquo si 



1. On me permettra de rappeler que cette forme est fréquente en Afri- 
que, en particulier clans S. Gyprien et dans les inscriptions. 

2. L'échange du 6 et du v est aussi une habitude africaine. 

3. Je ne crois pas à une abréviation. 

4. Pro Rose, com., 6, 17. 

5. De sen., 16, 57. 

6. In Verrem,Act. I, 10, 31. 

7. Inst. orat., 5, 7, 26. 



598 AUG. AUDOLLENT 

continget urhane dicto refrigerandus... » Nous disons 
de même: refroidir l'enthousiasme, le zèle, l' affection... 

Enfin les chrétiens se sont servis de refrigerare comme 
verbe transitif ou intransitif, en le transposant. C'est encore 
ridée de rafraîchir qui subsiste, mais avec une valeur très 
spéciale ; elle vise le rafraîchissement de l'âme, soit dans 
cette vie — et alors il faut expliquer : consoler, soulager, 
« ut paucis horis emissi in meliorem locum carceris refri- 
geraremus * » — , soit après la mort, « Deus Christus omni- 
potens refrigeret spiritum tuum^- ». Qu'il faille introduire 
ici, comme l'a proposé Martigny^ l'idée d'un repas et du 
« soulagement ou rafraîchissement du corps par la nourri- 
ture » ; que parfois peut-être les païens aient aussi, à l'imi- 
tation des chrétiens, pratiqué cet emploi du mot*, il n'im- 
porte guère pour la question qui nous occupe. Je voulais 
seulement constater les trois acceptions formelles de ce 
verbe, auxquelles les autres, avec des nuances, peuvent 
toutes se rattacher. 

Or il semble bien que, dans le texte de Feltre, refrige- 
rare ne rentre exactement dans aucune de ces trois catégo- 
ries. Ce que Flamininus désire, c'est que les deux collèges 
professionnels qu'il a dotés d'une somme importante, perpé- 
tuent son souvenir, ou, plus littéralement, ravivent sa 
mémoire, la conservent toujours fraîche. 11 est de toute évi- 
dence que nous n'avons plus ici le sens propre et direct, 
mais un sens figuré ; seulement celui-ci n'implique aucune 
allusion fâcheuse, tout au contraire il s'entend d'une manière 
très favorable. Enfin il n'est nullement question de ce 



1. Acta SS. Perpetiiae et Felicitatis, 3. 

2. De Rossi, Bull, di arch. crist., 4863, p. 2-4, 

3. Dict. des antiq. chrét., s. v. refrigerium. 

4. Cf. C. I. L., VI, 2160, et de Rossi, Bull, di arch. crist., 1870, 
p. 35. 



REFRIGERARE 599 

rafraîchissement particulier du corps et de l'âme dont par- 
lent les épitaphes chrétiennes. Aussi ne suffit-il pas de dire, 
avec M. Ghirardini, que nous sommes en présence d'une 
acception étrangère à la langue classique; il s'agit bien 
plutôt d'une acception nouvelle, dont j'ai en vain cher- 
ché l'équivalent ailleurs. Il est fort possible que nous ayons 
à faire à une locution courante de la langue populaire ; en 
tout cas elle n'avait pas encore apparu, autant que je suis 
informé, dans un document écrit. 

A y regarder de près cependant, la transformation que ce 
verbe a subie ici n'est pas si éloignée de celle qui l'a conduit 
au sens chrétien : de part et d'autre nous rencontrons une 
signification morale et favorable. Il semble donc qu'il y ait 
eu évolution parallèle dans deux directions. Mais tandis que 
plusieurs textes déjà nous renseignaient sur l'une de ces 
modifications de sens, l'inscription de Feltre nous met pour 
la première fois en face de la seconde. 



Alfred JACOB 

UN FEUILLET PALIMPSESTE 

DU CODEX PARISINUS 

SUPPLÉMENT GREC 1282 



UN FEUILLET PALIMPSESTE 

DU CODEX PARI SINUS 

SUPPLÉMENT GREC 1282 

Par Alfred Jacob. 



Parmi les nombreux feuillets palimpsestes dont se compose 
le codex parisinus supplément grec 1232, quatre sont d'an- 
ciens feuillets, aujourd'hui plies en deux, d'un assez beau 
manuscrit du iii^ au xiii" siècle écrit à pleine page et conte- 
nant à la page trente-huit à trente-neuf lignes d'une écri- 
ture minuscule assez régulière et soignée. Quelques lignes 
entières n'ont pas été recouvertes par le nouveau texte, et de 
nombreux groupes de lettres sont encore assez visibles pour 
permettre de reconstituer des mots et des phrases. Ce 
manuscrit, dont nous n'avons ici que deux feuillets, conte- 
nait la 2uvot]^tç 7cpaY[j.aT'-XY5 de Michel Attaliata, divisée en 
trente-sept titres, comme elle l'est dans la plupart des 
manuscrits ^ 



1. Dans le ms. de Helmstadt, qui est la base du texte de J. Leunklavius 
édité par Marquard Freher, Francfort, 1596, in-fol., t. II (nous n'avons 
pu nous procurer le texte plus correct publié parL. Sgoutas dans 0c'(xt; en 
1861), la Synopsis est divisée en 95 titres et, dans le codex parisinus 
1385A, en 35, et non en 25, comme le dit Mortreuil, Hist. du droit 
byzantin, t. III, p. 219, 



604 ALFRED JAGOB 

Nous avons pu déchiffrer à peu près complètement ce qui 
reste de cet ancien ms. et nous donnons ci-dessous transcrip- 
tion exacte des feuillets 18-19'° et 18'^-19* qui offrent la 
fin du proœmium, les titres I et II et le début du titre III, 
en respectant l'orthographe et l'accentuation, quand il a été 
possible de la distinguer^. Pour que l'on puisse se faire une 
idée de ce que valait le texte détruit, nous l'avons comparé 
avec celui de la Synopsis (S) puis avec celui de sept mss. de 
la Bibliothèque Nationale, le 1263, chartaceus du xiv* au 
iv« siècle (A), le 1358, chartac. du xv« s. (F), le 1359, char- 
tac, du xvi« s. (G), le 2256, chartac. du xy' s. (B), le 2991A, 
chartac. de l'an 1419 (G), le supplément grec 625, chartac. 
du xiv« s. (D) et enfin le 1385A, chartac. de l'an 1431(E)3. 

Fol. 18. 

1 IÇ7Î(xovTa) PtôXcov ôpyavtoaetoç • l7c[£i 8è o]t v[o[jlo'.] {xe'aov rpoawTccov [xai] 

jcpayfxàTwv xà; SiaxaÇsiç ouvT^pfxo) 

2 a[av (sic), SsT] ■^poJTov 7r[epi xojjrwv [r,-:oi ou i^'youv Ttov] te TcpoaojTiwv xal 

TàSv TtpaYfxaxtov îiaXaSsîv [xat] Biaipetixàiv (sic) 

3 Ta; TOUTw[v] çuastç xai O^ae-.ç 8t[£uxpi]vT;[aa'.] £•.[; eù]awo;i[TOv] x[aTaXr)(];tv] 

Tûv [[xJeXXovTOiv IxTsOTJvai vo- 

4 [xtxtov (prius vo[j.ixôv) x£[(p]aXai(ov. et M T[iv]a to6twv [(j]uv[ea<p]tYJX^v(o xat 

CT[uv]Td[tjL]to [Xo'Jyw [pri]9[£Î£]v [ri xa]i xotvoX£Çta xaTa- 

5 Yp[a]ç£î£v [Xo]i8wp[£i] Tto (sic) [j.r,8£t; • To[tauTTi] yàp r) [7;]apo[u]aa [îtpa] 

Y|j.[a]-i'a (sic) î'v* ouTto; [£]x.['i'] ôu]va[fjL]£wç t3aT£ 

6 xat [ô]Xi[yo] Ypa{x[x[aTot;] tt)v twv [7ipo]/.£i[x[£vwv] Yvûatv ;:apaXa[jL[6]âv£a0at 

xat TT)v Twv [àva]Yt[v]a>a[x]o[jL£vtov 8'.a- 

7 Xr)(|;[tv pjaoi'coç [a]ÙT[otç] :ip[o3]X[a{jL]5[ave(y6]a'. Iv TtTX[o]'.[;] [7C£]pi[aT]àv- 

t[w]v XÇ (ut videtur) : apÇofxat 8È [ijr.o twv 

1. Une partie du feuillet IS^'o avait été déchiffrée avec le concours du 
regretté Aloys Blondel, élève de l'École des Hautes-Études. 

2. Les parties entre crochets carrés [ ] sont celles qui sont illisibles 
dans le ms. ; nous avons mis entre parenthèses ( ) les portions suppléées 
des mots abrégés. 

3. Ces mss., sauf le codex suppl* grec 625, ont été connus de Zachariae 
von Lingenthal et de Mortreuil, qui en parle d'après lui, cf. Hist. du 
droit byz., t. III, pp. 218, 221, 227, 229 et 373. 



UN FEUILLET PALIMPSESTE 605 

8 rpofJCiSxojv 7:o'.[o'jaev]o; Tr]v ota[p£(aiv) xaOà Stj xaî toîç vd[xoiç Strjyo^osuTai 

xal ïaza.1 f) IritYpaçr] outo); 

9 (spatium vacuum) [T:z]pl xaTa[aTàa£toç] âv9poS;rcav xai 8'.aip£(aeoj;) Tipocr- 

(u;wwv xal 7:paY[Ji.aTwv xal 7ioi[o] 
40 [TTÎJTtov [ajj-càiv, Ç(rÎTei) [3(i6Xiov) ["]tîi[v] paatXixwv {jl . 
14 Havre; àv6ptoTîoi 7J [ooJjXoi tîaiv [r] èXeuôspjot. xat ol (x(èv) [£]Xeu[0£]po[t 

ojÔJEva e/^ouai t[6]v èÇ[o]uat[â] Ço[v](-:a) aûrwy, 

42 ol 8è SouXoi ToTç 8£CT7:oi:a['.;] xal x^ xo-JTtov l^ouaia. •j;cdxeivT[at, xal oOjxoi 

[i[£v] ol [oJouXot £v eTôo; 

43 e![al]v T)xoi 0£pa7:cuxal xwv û£[a;:o]xà>v. ol §2 èXEuÔspoi ô[aipo'jvx[at] £t[; 

8]'J[o]. eî yàp EÙyEvsî; etcjlv 

44 â;:o y'^'^'C'^'^O '^^'' ^ia^s^^Ç ÈXsaOs'pa; xûyrj; [•j]7i:ap/o[vx]£;, r] à;r£X£u6[ep]ot, 

fjx(oi) à;:ô oojXojv Y£vda£vot 

45 eXs'JÔepot, xal xap.oujvxat [xu]y_ô[v] 8[ua]Y[ev]£T;. [fj Ss [xoi]ajx(r]) [otja-'- 

p(£ai;) o'jx àaxdTTco; y£yov£v, âXXà 8ià xo £7[£iv] 

46 É'xaaxov xo-jxcov [îjotxôv [7rpo]vd[j.iov. xal Y^p é [jl£v IXeuGcpoç [xai] à;:ai[ç] 

(îiv [SJtaxiOexat a)[ç] (BojXexai, jat) 

47 (XvaYxa^d[j.£voç ;:apa xiv[o;] èÇ(oxi[x]ou xaxaXi7:(£Tv) aùxài xt, tcXt^v yov[£']wv 

(L; ôf e'.Xo[xéva)v ?paXxi8(iov) • àXXà 

48 (xr[xe Iv swr) SouXfiuetv ^ çT£6£aGai ovTiep o[ù] |iojX[c-]at, ô o: â;:£X£u6£poç 

y^pe[to]ax£T xt[jL[7)]v xal 7:[p]o[a]x[u] 

49 V7)atv xw 7:axptovt ijxo'. xw êX£u9cpa)X^ xal xû xouxou u'.ô xal x^ y'^ '■"''•''•'• ''•<'''' 

umf]p£X£ÎV 

20 aùxo[î;] elç xàç -po/^ecpou; So'jX£iaç • xal ôiaxtôifjLEvo;, Èàv [jlt] eyrj ;:aî5aç, 
e'X^ei /pstoaxtxôo; xaxaXi[x7îà 

Fol. 19 vo. 

4 y£iv xô xpi'xov x^; oùau'a; aùxou xài Tiàxpwvf ^ èàv jjlt] [xax]aX'';î[r)] xouxo, 
£YxaXeT [ô] ;tâTpco[v] 

2 xal 8ix[a'.ojxai] £'.; aùxd. làv oè àôtà0£xo; xal à~at; x£X£yxr[(ar,) ô à7:£X£uO£poc, 

SiaSe^^exat touxo^^ ô za 

3 xpwv, el [x]aya xal (Juyy£v(t];) [aù]xoij ojx à'axi. xal f) [xàv 7:pwx(7]) S'.atpe- 

(a;;) xûv TzpoatoJîwv a{ixr) xal 8î [aljxiav xo'.autTjv. 

4 8£uxepa 8è a[a]9riv£ta; ■/^a[p]'.v £xx'.0£[jL£vr) vuvu (spatium vac.) xcov xixxo- 

fx£vajv [o'. p.£v] £$ £vvdfjLo[u] Y^^IJ-oy 

5 xixxovxa». [o]'. Ô£ [IJx 7iopv[£taç], xal ol |x£v à7:ô lvvd|jLO'j Yi^îJ-oy x'.xxojxsvot 

[xôi 7:a]x[pi] eTCovxat ^'xot 'j[-Ke]^o6<sioi 

6 [£Î(j]i x[oy] 7r[axpd;]* oc SE £x -opvsiaç xt] fxr^xpl àxoXouOouat [xal] ;:a[p'l]xeiv7j9 

x[p£]'f [ovjxai [xal] âv[àY]ovxai [xal] xw -axpl où 



606 ALFRED JACOB 

7 /^ [u];r()[xs]ivTar xal [à];roôa[voyo]av [xèv xXr,po[vo|i]ouaiv, âîroOavovTs; 8a 

à7cai[8]eç xal â8t[a]0e[To]t, làv [ej/^woi 

8 7i[epiouai] av, xX7jpovo]{xouv]xai [■7z]xp*(xÙTf^ç, [àjreo 8è t[o]u aTCope((u;) oux 

e[/J(oa[i] 7ipovd([xiov) r[r]]t£Îv xX7]po[v]o[xiav ^ Xe 

9 Y*[fOv, oujte ô aTtopçù; [èÇ aù]Tc5v.[oî] 8s èÇ evvo'fiwv yocjxwv Ti[xTd]{jLevoi 

xa\ Tou TiaTpôç [xal ttî;] [x[r]Tpo;] xXr)[p]dvo[[i.]oi [xai] Ix ôtaOri 
10 xr)[;] xal [èÇ] (x8ia0[£T:]ou [Yt]vo[vTa[] • •jx:[oT]aTT(ovTat) 8è xw Tcarpi [xa]l 

[oa]a a[v] èÇ i[8]i(oxixàiv [•jz]o[0£a]e(uv a[u]vay[àY]oj[(Ji], tw îraxpl 
41 7ip[oa]7io[p]!.Xouai, xal ô raxTjp [£]/£[t] £Ç[ou]a{[av] à[va]Xa[[x]6àv£a6at 

[xjauxa (X7i:'[a]jxc5v xal [a](o^pov([Ç]£tv aù[x]où; Suvaxai 

12 xal 8ià Xdyojv xal 8ù tcXtjyôjv. xal [/.wpjlç [Yv]to{x(7)ç) [a]ùxo[ù] -^i^ov 

(juvàXXa^at où Suvaxai où[xc â];:o8[r||i7J'3ai], 

13 eî [[JLT]] èxax[pa]x£t[a] xojxouç x[aX£i]. xdx£ yàp xou [xèv Tiaxpô; à'xi £lalv 

•jTTEÇoûaioi, ©^[a] 8e aTzô tjxpax'.wxixf]; 

14 à^op{jL^5 £;:ixx7|aovxat, à'/ouatv l'ota ;c£/.o[j]Xi[a] xat xû Tcaxpl où 7cp[oa;co 

p]i[Ç[ou[(Ji]v [xal xauxa jxtv] Trspl u 

15 TCiÇouiitov. XÙ£xa[t] 8a r) [u]7:[£Ç]ou[cito]T(r]ç) [£rx£ Yvto(J.7) xoj Tiaxpôç] 7c[ot]- 

ou[vx]o5 [aùxôv aùxeÇo'jat]ov eIç xô çav£pov, 

16 et-re [G]avâ[x]a) xou Tcaxpo'ç, £Î[xe 8]i[à] t^ç 7c[axpt]xtd[xT)xoç] ; el'xE xal [o]tà 

XTJ? à[p])(^[i£p]ai(jùv[7)ç], £rx£ £x XOU xaxaXfitçG^vai 

17 Tiapà xou [::axpôç] £7ît7CoX[ù] xà xûv [aùxsJÇoucicov [jcpaxxjEiv. xoùxtuv 

oùxtoç E/^dvxcov xal x[^i;] xwv dvôpajTCcov 

18 x[axaaxàa£toç 8taxp]avfo6£[^a]rj[ç], 8£r Xoi;:6v [eJiTwSÎv xal [7:]£pl xaxa[axa]- 

a£co;, OTZioi; [si]; xô y^£îpov avOpto;:oi £Ù 

19 Y^veiç xal IX£Ù[G]£poi xaxaç[£po]vxa'.. T[p£]îç eîal x[ax]aaxaa£a)ç èvaXXaYal 

(ieYocXt) fxéa[7)] xal [è]Xay ''axr) • 

Fol. 18 vo. 

1 xpîa Y*P £'^<ï-v [*]~ep £X.0(J-2v • IXsuôspia, TioXixsîa, [aJuYYÉvsia- f] xoivuv 

(jL£YaX[rj], rjxoi ô TCspio 

2 pia(j.d;, xà xpi'a ^OE^ps'. • ô yxp 7:£piop[iÇ]d[j.[£vo;] ojxe ÈXsuOspEtav (£i correc- 

tum in i et hyphen) eT[x]e "cd 7ca[X]aidv, àXX' eî[;] a^xaXov (sic) tqpyûcÇexo 

3 ôpùxxwv ôsïov ^ ai8r]pov, ojxe 7:oX'.[xc{]a[v]. [Ji.£/pi [yI^P xal [vù"]v 8r)[j.£Ù£xai 

[xal] où 7;oXtx£Ù£xai • xû [y^p] 7^£pto 

4 [p]t[<J(J-]co xal 87f{x£ua[tç e];:exai, xal oj[x£ Sca]xt6[£j6ai] Sùvaxai, ouxe -apà 

xwv auYY^vcov ÈÇ â8ia0£xou yJkripovo 

5 [(Jieîxai, 6'j[x£] xX7]povo[J.£T xoùxou;, ouxe xoù; 7caï8(aç) £/_£t u;î£Çou[a]touç* 

rj 8; [[x]^a7] xrjv ;îoXtX£tav [JLdvr,v ç0£i'p£i, 



UN FEUILLET PALIMPSESTE 607 

6 [o] èariv IÇop[[]a' ô yàp èÇopiaxog eÇto Yiv£t[ai] t^; 7îo).iT[er|ai; un; [■zjcvjvriç 

7 fj IXa^tOTr, 8e, ^T[tç] sutIv uloOsaia, [[xojvrjv ttjv auyy^vsiav èv[aX])vâa<j£i* 

ô^àp u'.o6eTo6{Jievo5 ^ auTsÇouatoç èaTt(v) 

8 fj •j;:5Ço'j(Tco;, xai ô (xèv uTceÇouatoç svaXXàaae'. xtjv tou Tîa-cpôç èÇouaiav xal 

{JL£T£p)(^£Xat £[U] ^ TOU [0]£TOJ 

9 7:[a-p6ç âp]"/,ovTi[x]^ Soxi[j.aa(a- [oGJtco yàp [Y]îv£Tai fj [x]ou ■j7i[£]Çouatou 

uloG£ai'[a]. ô [^à a'jT£]Ço!jaio; u7c[o]Ti0r]atv 

10 [£]au[T]ôv IxEpa IÇouaia [xal] Yiv[£xai] à[7i]6 [atî]xsÇo[i>[at[ou u]7ueÇ[ouatoç, 

p]a5i[X£(jj;] xoij[x]o xeXeuovxoç. xal ou 

11 [ji[o'v]ov [a]ppe[v]£ç àXXà 0TfX£iai u'.o9£xouvx[at, 8ox[]{AàCo[vx]o; tou àp)(^ovTOç, 

[j.[r|];:a); 8['[£]pwx[a aax]av'.[x]ôv 

12 T^ [x]axo[x]po[-]iav f] x[^;] ul[o6]£o[ia? £x];'voia Ytv(r])xai. [Yu]v[r] 81 xat] 

£jv[où]/o; où/ U'.o[6£x]ouatv. [àXXà xal] ô u'.oG£[x](J5v ôç£t 

13 X£t [£]iv[ac] [x£[''Ç]tDv xou uI[o]0£[xou]tjL£'[vou] xaxà xfjv 7jX'.xî[av] ypo'(vouç) 

'.r^• fj Y'^p ÔEai; xr]v oJ[aiv] P-[']F''^^'^[°'']* 7.P^ 

14 o[ùv] xai :c(£pi) ::paY{xaxa>v £l7r[£ïv] (spatium vacuum) xt'xXoç p^ (= Beu- 

Xcpo;) :î£(pl) ôt[aip£aeco(; x:paYfxaxa)v] xal ;:oioxr.xtov (spat. vac.) aùxwv. 
lo Twv -paYp.axiov xà[jL£v e'kji 6[ctou] 8t[xaîou], x[à] oà [âvOpwTîQvou* 6£tou [xèv 
wç xà t£pà xal fxvTjfxeïa xal T£r/(T)) xal 

16 aï 7cdpT(a'.), a 0;î' où§£v6c; 8£a7ro'^ovT[ai, Ta] 3È âv6poj;i[va [f]] 8ri[jL[o'oi]â 

ehiy r^ iSiwxixoc. xà BrjjjLo'ata oùSêvo'; 

17 elaiv, oiov 6cax[p]a, ffxàôia svôa [àY]coviÇovT(ai) ÔtiXovo'ti ol Tpé/^ovxeç ^ 

7caYxpaTiàCovT£5 t] 7îUY[J-0[xa 

18 "/^ouvteç, Ta 8e iSicoTixà twv xa6' ExacjTo'v £icjtv ocov ouoç IxaaTOu, BouXdç, 

X.puaôç, apYupoç, 

19 Ia6r]ç xa\ xà ouota. elat 8e xat tc5v xaô'sxaaTOv (spat. vac.) xal at aYWYal, 

TJYOuv at 8txat xat at BouX'at (sic). 

20 8ouXE^at (sic) 8e Etalv OTav e'/^w (jLOvo[7i.a]xtov ^ TcXaxE^av (sic) Ô86v Bi^p/^ea- 

Gat Et; xov âXXo'xptov 

Fol. 19. 

1 [àYpô]v, r^ àvxXEtv [u]8cop ino àXXo(xp''ou) 7criY(a8''ou), ij pa(r:à^£(jGat t(t)v) 

£{xr]v oîx^av utîÔ Ç^vou TOiy^(ou), 

2 fj 8ta6t6a!^Etv to Cocop xa\ Ta pu;:àa[JLaxa (j.ou otà awXrJvtov xat èÇaYEtv 

6t âXXoxpt'aç aùXi); 

1. Dans l'interligne on perçoit un x sans qu'il soit possible de savoir s'il 
y avait xà ou xtjv. 



608 ALFRED JACOB 

3 ^ [àypoj jtaî] -cà [7i]ap[a]7:X[T|]aia. xtvà oï ;:avtwv eîalv' olo^^ ô irip, xô ^£0V 

u[Soj]p, 7] 6aXa(aaa), 

4 [ô aîyiJaXôç t^; 6aX(âa<JTiç) xal ot 7:oTajJLo\, a/eô(ôv) xal ol XijjLe'veç orjfxo- 

at[or| elatv. [êjijei [^à xô T£t]/^[o; ÔJeîou 

5 Sixaîou Èdxtv, wç cpuXaxxaov awjjLaxcDV xs lfjn|»'j)(^(ov xal â-j^u^ç^wv, ànoxp[e;rei 

ô vdtxoç] xô Y-vS'jQai pXa67)v 

6 xt[và èv] aùxû, [xal ô 7îXr]]{x{x[£X](]5v [IJv [aùxjw ri[y]ouv [Ô'.jàxprjdtv tîoiwv, 

^ Pdcpoç C7ct[xi]0[£iç], ^ [a]uv[â7cxajv ■i:i(?)] 

7 £v aùxô), otov oîxoSdfxrjjxa îô[i](o(xix6v) 7:apà x^£U3iv paatX(^a>ç), ^ u;t£p- 

[6a]tva)v 8î a[ù]xou x[at] [ilq 8tà x^ç 

8 ropx[7]];, xEoaXîxôiç xi[{jL](op£rx[ai]. xai 'Pwixo; yàp, àBEX^ôç tiiv paatX^to; 

*Pwp.r,5, xoXjjLrjaa; 

9 'jr.zpr,riù[f^]'z[œ. xô "cetj/jo;], xtjv x[£]9a(X7]v) [à]®r)p[£']0[ri]. (spat. vac.) 

xà Upà âBtax^ji.7)x(a) eiaiv, 
10 [£];:£io(r)) xat à$[£o];:o[x]a. xal [eJM p-iv [xwv] 7:a[X]ai[tS]v vd[[x]co[v] 

xo'.auxTjv eI/^ov XTjv [8'] a'!p£(atv) xà T^pây 
41 (j.axa. eX^yovxo Se îepà xal x[à vatxà] ^xot xà xe|xé[v7]], IÇ où ok ri 6p6o'8oÇoç 

;riaxiç àvix[ei]X[£] xal al 

12 0£îai ^xxXrja-'at xal (xovaaxrjpta xal eùaYeîç oixoi xtjv x[ôi]v t£[p]tav wç 

[à]X7)e[Ôj]a [ÈJxXri 

13 pt6a[a]vxo 7,f«i[p]av. 8i6 xal o[i] vd[xoi, o[l] Iv xot; êÇrJ(xovxa) (3[t]5Xi[oi]ç 

[C]UVX£6(£VX£Ç), [xTfv] àp-/(T)v) (XTîÔ X^Ç r([(3X£]tOÇ 

14 ïXa6ov. £'-x[a] xa[0]c^^ç 7:cpl £x[x]Xrj(a'.wv) [xal] 7î[po]vojj.(wv aùxûv xal 

[xovaaxrjpiwv [xal] £X7ioiT|[a] aEwç £xxX[rJ 

15 [a]ta(jxix[àiv] xal |xova)(^àiv] xal [xo[v]aÇ[o]u<îoiv. (spat. vac.) xix).oç xphoç, 

Î^Tfx(£'.) P(t6X(ov) a xûv [|B]aa[i]Xixà>v (in marg. y) 

16 [^Bpï] xrj; [à]v[a)]x(àxto)xp[[à8o;] (sp. vac). y^p['.]axiav[dç] laxiv ô 7:tax£uiov 

[xi'av elvai 0£dxr]x(a) Èv T 

17 «TT) £Çou[at]a x[oO] 7:[axpô]ç xal xou U'.[ou] xal xoiï ày[''ou] Tcy£U[xaxo;, ô yàp 

Tîapà xà £'pr]fjL(£va) [8]o[Ç]àÇa)v [aip]£Xixd; Èaxiv. 

18 [JLr)8£ £v xoî; al[p]£xixoi; xcov [|J.]u<ïT[T]]p!:a)[v] xd[7:o;] àv£oSy[6]to. [j.r) 

Xa{jL[6]av£Xw iou8aîo$ )(^[pi]jxtavTjv. 

La suite se lit au fol. 83. 

Fol. 18. 
Apparat critique. 
1 BiCXtwv AFG — 6pyavoSa£a>; post hoc verbum legitur in S : xal fx£xà 
xouxov TîoXXol xwv paatXéwv xaOoXixoùç (xèv oùx ÈÇéOsvxo vd{iou;, v£apà5 



UN FEUILLET PALIMPSESTE «M 

8s xal rcpooàÇstç âXXoiaç xal ypuaoSouXXouç Xoyou;, etç S Se'ov TJYTÎoavco, 
rero'.rfyaaiv — [j(.£awv A — auvrjpjxwaav A auvr^pixociav 2BCDEFG. 

2 rjTot 2BCDEG T]YOuv AF — -ce om E — xai 7:paY(JiàTcov BG — 8iaipetix(Sç 

— 2ACEFG 8t' aîpsTtxtov BD. 

3 Staxpivstv BGD — IxxsGeîvai G. 

4 vofx'.xcSv xscp]. xe^aXaitov vôiiiov E — auveaçtyp-^vcoç E — ^ xotvoXsÇta 

(BCDG) xaTaypao^vat B xaxaYpaçoîsv CE. 

5 XoiôopetTo A XoiSwpïfTco B XoiSopsttw SCDE — ;cpaY|jLaTeta SADEFG — 

ï/v. AE ey^T] ex ïyei F e)(^ot G. 

6 6XiY0Ypa[x{jLàTa)v BCD — ywSKSiv, xal tt]v twv àvaYtvwaxofxevtov 8taX7]^ptv 

paBi'ca; 7îapaXa[j.5àv£a9ai Iv TttXoiç oXotç TreptaTavTwv èvvsvrfxovxa xal ;cevTe 
S — aYaYtvoaxofxévcov A àvaYtdxofjievwv E. 

7 ajToT;] aùxà BGD — vlzXoiç oXoiç ABCDEFG — xptàxov-a xal KÉvxt E. 

8 87) om SAEFG — StaYopeusTat E — à'ax'.v SAEF — xal eaxai 

ouTwç om G. 
In A post ouxw; legitur : [3'.6Xcov xwv (SaaiXuwv jxç : xt'xXoç a, et in rubr. 
xixXoç a. 

9 xt'xXoç a SBCDEF qui hic addit (3i6X. xwv (BaatX. |jlç — ;repl xaxaaxàaetov 

B — Trpoaojxwv xal /îoioxtjxoç E xal 7rpaY|xaxtov aùxwv om S. — 

10 aùxwv om E — ^Tjxei [xç om G. 

14 01 [jLàv] f] [jL£v D — £iç où^Éva G — £)(_ou(jt X7)v IÇouai'av eÇw6£v aùxwv BGD 

— xw xov G (xài expunct.) 

13 £Î]r] SABGDEFG 

14 àr,6 Yovf}; AFG à7:à yovÉwv BGD àîro YevvTJaswç E — IXEuOep^a; zi/ji 

BGD — T]] £rx£ BG rjX£ D — Y'votjLsvo'. G. 
lo 8£uYeveî; A* Sucryav^ç D 8uoy£v£î; E — oùxaxoaxo'Tctoç BG oùxaaxoTCtoç (sic) 
E a per correct. 

16 xal an te aTtaiç om BGD. 

17 xaTaXei7:£Îv D. 

18 PotjXXovxat B PouXovxat D. 

19 7ipoaxuvrîar,v E — ÔTcrjpexrjv E. 

20 eU T7]v :cpo')(^e'.pov SouXe^av AFG eU tàç SouXs^aç ;cpO)(^e^p(oç E — xaxa- 

XtJJLTCCCyTJV E. 

FoL 19 v». 

1 xpixov [i.£po; G — aùxou om DE — rj xal Èàv SA — xoîjxo] xouxoj BGD. 
3 xai post xa/^a om E — aùxoj] aùxw AFG — £(îxtv t) 8s ;îpaSx7] BGD 

È'axt : ;rpoaôat xo ojSeÎç (sic) r.&p\ xu/rj; ÇtjxsÎ, xou îcpo ;i£vxe Ixôiv xsXeu- 

XT{(javxos E — xal o\ atxt'av xotauxTjv om AFG. 

39 



6iÔ ALFRED JACOB 

i oa:;r)vta; B — £xTt6eu.^v7) vuv-' om AFG IxTsOîtasvT) vuvi et in rubr. Tiepi 
Tûv TîopvoYSvwv (et atram. nigr.) tûv TixTO[jL£'vtDv E. 

5 evvd(jLwv Yà[jiwv ^ •loép.ou om BD — TixTo;j.£vot om AFG yewcoiJLevoi BG 

Yev'jSjxevoi D — rjTot] eItouv E. 

6 àxoXouOoyo'.v D — xai àvoÎYOVTai om AFG — Toi om SEG. 

7 àTCoOavo-jaT^i; AF — xXr,povo[xo'jci F — <x;:o9avdT£ç (sic) A — È'/ouai SE. 

8 Ttvà Tiep. S — r.oip' lauif;; B — oùx £/ouat HABCEFG — ÇtjteÎv] 

TCO cet V E. 

9 Xtjyoîtov AFG X£Ya;et B Xt-^izx CD — Post £^ ajxwv in E legitur (rubr.) 

Tzepl Tôjv £$ £vvd[i(jiv Y^taojv, 
10 6:iOTaaaov:ai SD — èÇ îouoT'.xfj; OryOc'aso); AFG — ÈziauvaYOuat 2AFG 

£-'.a'jvaY'')<T'. E. 
41 ô om E — olk] IÇ SBCDEG. 

12 8ià Xo'ywv xai om S — y^!^°^ ^"^ D y«[aouç AFG yxixo) BC — Suvavtat 

SABCDEF — oùôi BC. 

13 £xaTpatia E — e'kjIv ëxt BC — aTpaTtwTixwv AEFG. 

14 âçop[xwv AEFG — â::oxTT)aovTai G — Tcpoartoo-'i^ouai SABCDEFG — 

xal Taîj-ra u-cÇou3;'ojv om AFG. 

15 Post JîZEÇouai'wv in E insertum (fol. 7 v» 1. 8) tteoi tcsxouXîwv : (Incip.) 

tÔ TCcxduXiov £v Totç u7î£$ou(j'!otç ôpaxat desinit (fol. 8 1. 8) £Î Se 
âx''vr)Ta ô TcaxTjp èBtopTJaaxo, oùx elaiv iSioxttîtou tîexouXiou : et in rubr. 
Tcepl X'^aeto; (sic) uTîE^oudioTrjTOç. — t; OnEÇouaiOitç ^'■^e D — aùiôv 
IÇouaiov A aùtl^ojaiov (jt per correct.) B. 

16 rJTt Oavaito D toj ^laxpô; aùxou E — tjxe 5tà D 7:axptxtdxr,xo;] TiO'.dxrjXo; 

G — Ei'xa'. 8ià E TJXE xal D xal om E — àp/t£poauv7); B fjXE ex D. 

17 7:apà om F*, man. poster, restit. supra v. — Itzï r.oXXk BC — uT^E^ouaiwv 

BCD — Post TzpâxxEtv in S leguntur aydXta duo quae non occurrunt 
in codicibus nostris. In E vero inest longior locus qui sic incipit: où 
Yy;j.vrj auvaivîU'.; :raxs6; ÈXsuOcpot xfj; uKz^ou'ZiOzrixo; xôv 7;:aî3a et 
explicit his verbis : àXXà Tîapa/wpTJaaaa xaô'âauxou $iaY£iv xav fj 
Yaar/.ri"; ô;j.iXi'a; sçro ô'vat xa\ ajxfja XcXupop.£vov xô aùxEÇotioiov. 

18 xpavcoO£:cîr^; AFG — xaïasxâaôoj; ÈvaXXaYrJ; o'-to; SABCDFG xaxaax. 

xa\ ÈvaXXaY^; ojî. E — ol àvOptoxoi E. 

19 E^Y^votç E — [jLExaçspovxai E et (rubr.) Tzspi 7:epiopi!^0[x£vwv xal IÇopiaxcov. 

— xaxaatàja; (sic) G xaxa^xaaEtov BCDE — xaî post \i.i(jr] om. 
SAFG. 

Fol. 18 v^. 

1 a ;:£p'.é-/^0(i,£v G — oj^'^srla. E. 



UN FEUILLET PALIMPSESTE W4 

2 (p9o^pei ô yàp :rep'.op'.a[j.o; E — àlV stpYaÇsTO (i^pyot^sTO G) jxixeàXov 

(fxsTaXov F) op. AFG eipY^CsTO 2BGDE. 

3 TcoXixe^aD TCoXittav E — xai où TcoXiTsisTat om BG. 

4 xat ouTS 8'jva"cat om G — ;capà] ;cepi D. 

4-5 xX7ipovo[jL£ÏaGai E. 

5 Toùç om G — urcsÇouaîouç sy^^i E — [lô'^o^ E. 

6 ô èa-civ èÇopta om AFG — èÇwp-'a sÇwptaTo; BD — ttjç TcoXcretaç 

Yt'vETai ij — xauTTjç] aùtiç t^ç E — à(p' om AFG âcp' fj;] aûx^ç B t^i 
auTOç G aÙTOç D. 

7 f) 8è èXa/^. SAEFG — laxlv tj Tfîç U'.oGeaia; tjtiç [j.dvriv AFG — IvaXaaaet A. 

8 xai £1 {JLSv S xat ô [jlsv aùrsÇouaioç AFG. 

8-9 [jLStip/^eirai el; ttjv tou Ostoù Tcarpô; IÇouatav. outoj yàp S [xex. etç ttjv 
xou OsT. Tcaxp. àpyovTtxr]v (àp/^t-/.r]v E) Sox'.piafjfav AEFG elç xà xou Gsx. 
Tîax. àp/ovxtxTj Boxifjiaaia BGD. 

9 ouxo) yàp uloôeaia om AFG ô 8è utcsÇouoioç FG, in A aùxsÇouaioç 

factum ex ursÇouaioç. 
40 Ix^pou S et in marg. Ix^pa — ô uris^ojaco; D — xouxo] xou G — xeXeuaav- 

xoç E — xal ante où om AFG. 
il fxdvov 8è AFG — àXXà xai SABGDEFG. 
12 Y^vexat BCDEG. Post yivexat in E leguntur sex versus sic incipientes : 

ôst xôv Xa[x6avovxa eî; uloôsaïav stvat {xstCova xou Xa[jL6avO[j.^vou et 

quorum sunt ultima verba : e/^siv Se xat çpaXxt'Stov rjyouv xô xpt'xov xtjç 

aùxou oùa^'a;. 
12 ô om S. 
12-14 yjvr] 8s eÎTceîv om AF (in F xtxXj3. p in marg.) G. 

14 TCcpl otatpéasox; Trpayfxaxojv xat 7cotdxr)xo; aùxtov S — ;c£to'xrjXo; aùxou E. 

15 ECfxi per corr. E — Ôstou om E restit. supra v. m. post. — Sixata BGD 

— otvôpojTîou E (script, àvôû). 

16 <xl om E. 

17 sv0a ::uY[a.O[j.a/ojvX£ç om AFG — rj ot r.ay^p. B ~ rj Tzay-Ap. t] tcuyH- ] 

ol Tcayxp. ot 7iuy[x. E. 

18 etotv om AFG. — ov/.o; om AFG. 

19 xai xi ofxota om AFG — e'.cyl oâ xwv ACEFG — xa\ ante ai ày- om XE 

— ïJYOuv al 8uai om AFG — xat] rj BG — SouAeîai AGEFG ôouXetai 
BD. 

20 e'iatv oTov oxav AFG — oxe S — s/.'^îJi E — TiXaYtav Ô5. G. 

Fol. 19. 
1 s(xr)v] tô^av G — oîxcîav AD. 



012 ALFRED JACOB 

2 awX^vo; AFG. 

3 Ttvà] xoivà BGEF — ;iâv:co; A. — ô'^om BG. 

4 lytaXô; E — 8r);j.data BGD — al XifjL^vs; E — fer/^o;] leî D. — - tou ôe^ou 

AFG. 

5 àç çuX. (T(0{xaTa>v £{Xï{<u-/tov t£ xa\ â-}. SGF w; awfjLaTwv ê[x^|/u-^tov çuXaxT. 

xa\ at];. A — wç aa>tjLa"rtov èu.t]^u/wv (XTCorp. G — â;îOTp^7rouaiv oî 
vd|xot E. 

6 eîç auTÔ BGD — 7rXrj[jisX65v AG rcXifjjXjxeXXtSv E — 8tà-:pU(jiv G — efXTTOtûv 

E — lr,iMi E — Ti om E. 
6-7 auv. èv aùtàj xi SABGDFG : oTov om BGD. — lôtcoTtxrjv TîapaxAsuu'.v D 
Tzapa. (sic) E — rj Ozcpo.] ô •J7:cp6. BD. 

8 r.rjp-:<x; BG — f>^[i.Oi AFG — rf); poSfxr^; SE twv ptofxa-'tov AFG. 

9 ToTyo; G — ri oÈ Upk SAEFG. 

10 ercetSr] xàv E — xrjv om AFG. 

11 opQo'^jO^ov G — àvsxc'.Xsv SE — àvî'xetXc Tiiaxt; AFG — xat ante ai om 

SAEFG. 

axp, 

12 xa\ xà [xovaaxrjpia xai oî eùayetç oîxoi S — (Jiova B — tùoi^i olxo; 

BG. 

13 Pt6Xoi; E — IxxeOs'vxeç BGD. 

14 Trpovoixtwv BD. 

15 Post [xova^oujcSv in S legitur : x^xXoç F nepl xtjç àvcoxocxca xpiàSoç xal 

7C''(Jxeco; xaOoXtxfjç xal Tieol zoîj [ArjSsva xoXfxav 7cep\ ajxfjç $7)[jLoaia>; 
âfxcptaorjxeîv, xal rspl aipextxwv. Zr[x£i |3i6Xiov xtov [3aaiX'.xwv à. — 
^Tfxet pa(jiXac5v om AFG. 

16 In AF (rubr.) rspi xr;; âv. xp. PiSXi'ov a xôiv paaiXtxwv. 
16-17 I'tt)] a.à BGD. 

17 iaxt AGEFG. 

18 fJirjSs £v] .urj^ci; SABGDEFG — xoTç xûv alptXtxwv (jLuatTjpiO'.ç âvec«5)(^0(o 

xoTio; S — "kaié-oi AG. 

On peut voir par ce qui précède que les mss. AFG forment 
un groupe tout à fait à part ; les lacunes, assez nombreuses 
(une quinzaine pour ce feuillet), qui défigurent leur texte, 
prouvent qu'ils ont la même origine. D'autre part BGD 
constituent un autre groupe dont D se sépare quelquefois 
par des omissions, des variantes orthographiques et une 
faute, T.z.pi pour r.xpi. Ce groupe a quelques leçons qui lui 
sont propres et ne figurent pas dans notre palimpseste. Gelui- 



1 



UN FEUILLET PALIMPSESTE «13 

ci ne s'accorde que rarement (cinq fois) avec le groupe BCD 
seul ; en revanche il offre fréquemment les mêmes leçons 
que les groupes réunis AFG, BCD auxquels se joint quel- 
quefois E. La collation de son texte sur celui de S ne mon- 
tre comme leçons propres à cet ancien ms. que des omis- 
sions, des variantes insignifiantes, comme l'addition du 
V éphelcystique, ou des fautes évidentes. Les restes de ce ms. 
ne méritent vraiment pas de trouver place dans l'établisse- 
ment du texte de la Synopsis. C'est pourquoi, bien que 
nous l'ayons déchiffré, nous n'avons pas jugé utile de trans- 
crire le second feuillet. Si l'élimination d'une non-valeur 
n'est pas chose inutile, on nous excusera d'avoir donné ici 
un travail purement négatif. 



INDEX DES MATIÈRES TRAITÉES 



Critique de textes. 

Pages. 
Caton, Orig. II (ap. Charisium, Gr. lat. Keil, I, p. 202, 1. 

20-22) 119etsuiv. 

Cicéron, A«., 1, 14, 3 113 

— de oratore, I, 1 364 

— — II, 6 369 

— - IV, 5 362 

— — IV, 15 366 

— — V, 18 367 

— — VII, 27 369 

— — XII, 50 365 

— — XIII, 58. . , 362 

— - XV, 65 366 

— — XV, 68 368 

— — XVII, 77 365, 366 et 368 

— — XIX, 86 367 

— — XXI, 96 362 et 367 

— — XXTI, 99 366 

— — XXII, 102 397 

— - XXII, 103 365 

— — XXIII, 106 362 

— — XXIV, 111 367 

— — XXV, 115 366 

— — XXVI, 119 362 

— - XXVI, 121 363 

— -^ XXVI, 122 363 

— — XXXÏI, 147 369 

— — XXXV, 163 368 

-- — XXXVI, 165 368 

— — XXXVI, 167 369 

^ ^ XXXIX, 180 365 



616 INDEX DES MATIÈRES TRAITÉES 

Cicéron, de oratore, XL, 181 363 

— — XL. 183 364 

— — XLÏI, 189 363 

— — XLIl, 190 364 

Juvénal et Perse 313 et suiv. 

Lucain, Ph., III, 39 236 

Plaute, Capt., 1022 444 

— Merc, 956 445 

— Mil., 229 445 

— Most., 543 109 

— — 675 109 

— — 1093 110 

— Poen., 1203 445 

— Stich.,^10 444 

— Truc, 806 444 

Térence,Arf., 797 258 

— And., 476 258 

— Eun., 305-6 257 

— Heaut., 857 259 

— Hec, 681 258 

— Hec, 845-847 , • • • IH 

— Ph., 32 259 

— Ph., 567 259 

— Ph.,SM 257 



Épigraphie. 

Décret des Amphictions de Delphes relatif à la fête des 

Niképhoria 187 et suiv. 

Discussion de diverses inscriptions latines d'Afrique, . . 68 et suiv. 

Inscription latine de Feltre 595 et suiv. 



Histoire. 

Gaulois, orateurs ou agriculteurs ? 119 et suiv. 

Interdiction de prononcer certains noms chez les anciens. . 281 et suiv. 

Réorganisation de l'Afrique sous Dioclétien 65 et suiv. 



Histoire littéraire. 

Aululaire de Plaute ; son original grec 29 et suiv. 

Criton de Platon 333 et suiv. 

Cursus byzantin ; ses origines 475 et suiv. 

Ewc/zon de Plaute ; son caractère 16 et suiv. 

Héroïdes d'Ovide ; authenticité j valeur littéraire. . . . 373 et suiv. 



INDEX DES MATIÈRES TRAITÉES 6i7 

Mime II d'Hérodas ; sa date 451 et suiv. 

IlapaxXau^iOjpov dans la littérature latine 573 et suiv. 

Places respectives des personnages sur la scène antique. . 539 et suiv. 

Querolus 531 et suiv. 



Linguistique. 

-à final en latin 467 

Accusatif (un emploi latin) 216 et suiv. 

ai dans le redoublement des prétérits gotiques 271 

Aspirées sonores labio-vélaires en celtique 237 et suiv. 

Cas (d'un emploi particulier des) 216 et suiv. 

Composés latin (auspex, etc.) 461 et suiv. 

Datif (un emploi latin) 223 et suiv. 

Déclinaison des noms latins en -a 469 

Démonstratifs dans les œuvres dramatiques antiques. . . 539 et suiv. 

Désinence latine -mini 552 et suiv. 

Diphtongues ei, ie, ou, uo du vieux français; leur évolution. 343 et suiv. 

Discours indirect en latin 201 et suiv. 

Dissimilation 506 

Emprunts et migrations de mots 401 

Évolution de la syntaxe latine 233, 244 et suiv. 

Futur des verbes irlandais caraim et scaraim 565 

Futur irlandais en -6/f- et futur latin en-6ô 557 et suiv. 

Géminées latines simplifiées devant deux brèves (type re- 

perio en face de repperi). . 274 et suiv. 

Génitif fun emploi latin) 219 et suiv. 

Imparfait du futur breton en f. 559 

Latin vulgaire au v« siècle 150 

Masculins latins en -a 459 et suiv. 

Métathèse 179 et suiv. 

Mots latins nouveaux ou remarquables dans la traduction 

latine d'Oribase 503 et suiv. 

Nominatifs en -as du type paricidas 469 et suiv. 

Ordre des deux termes dans le type factus est, est factus. 243 et suiv. 

Parfait passif latin 243 et suiv. 

Passif en latin vulgaire 131 et suiv. 

Phonétique générale 179 et suiv. 

Place des noms de nombre en latin 169 et suiv. 

Présent thématique à redoublement de la racine indo-eu- 
ropéenne *sfA<7- 264 

Prétérit à redoublement du germanique 271 et suiv. ; 277 

Racines dissyllabiques au second terme de composés. . . 461 et suiv. 
Redoublement dans les racines commençant par s plus oc- 
clusive 263 et suiv. 

Subjectif (expression en latin de ce qui est) 199 et suiv. 



«18 INDEX DES MATIÈRES TRAITÉES 

Subjonctif latin ; progrès de son emploi au cours de l'his- 
toire de la langue 201 et suiv. 

Sutfixes latins vulgaires : -arius 526 

— -ata 518 

— -l'a 507 

— -ica 510 

— -idium 509 

— 'itas, -etas 549, 524 

— -urnus 517 

Substantifs verbaux en roman 512, 524 

Traitement de l'initiale de la racine devenue intervocalique 

dans les formes à redoublement 269 et suiv. 

Vocabulaire du latin vulgaire 503 et suiv. 



Manuscrits publiés. 

Edition diplomatique du ms Vaticanus 5 750 de Perse et 

Juvénal 316 et suiv. 

Michel Attaliata Sjvo(j;i;, un feuillet palimpseste. . . . 604 et suiv 



Métrique. 

Cantica de Plaute 3 et suiv. 

Clausules métriques chez Cicéron 41 et suiv, 

— Himerius 475 et suiv. 

Nécessité de placer les mots dans les vers de manière à 

guider le lecteur 440 et suiv. ; 447 

Scansion des mots latins du type facilius (^ ^ ^ ').. . . 431 et suiv. 

Statistique (méthode) dans l'étude des clausules. . . . 478 et suiv. 



Textes latins édités. 



Cicéron, Post reditum ad Quintes (étude des clausules). 45 et suiv. 
Victorin (Marius Victorinus) Isagoge (fragments). ... 296 et suiv. 



INDEX DES PRINCIPAUX MOTS ÉTUDIÉS 



Pages. 



406 



56o 
239 
240 
401 
240 
237 
565 



Arménien. 

katapan 

Celtique. 

irl. caraim. 
gall. deifio. 
corn, guyraf. 
irl. làr. . 
irl. nàr. . 
gall. nyf.. 
irl. scaraim. 

Grec. 

a-jOc'vTT,;, a'jTOô'vTTjc.. 415 et suiv. 

vulg. à-fï'vTTj;. . . 388 et suiv. 

Y^'voaat 270 

Yivrô-r/w 270 

ià(/-)a; 463 

[x3Ya? 463 

vî6a 239 

Latin. 

[Les mots nouveaux ou curieux de 
la traduction latine d'Oribase étu- 
diés dans l'ordre alphabétique par 
M. A. Thomas, p. 503 et suiv., 
n'ont pas été relevés ici.] 
Adamas (Aug., C. 



F., XV, 6). 


79 et suiv. 


aeshimare. . 


. . 468 


agncola. . . 


. . 468 


assecla. . . 


. . 466 


auriga. . . 


. . 468 


cacare. . , 


. . 275 



cammarus. . 

-cida. . . . 

collega. . . 

compegi. . . 

compunxi. . 

conuiua. . . 

dare. . . . 
explorare, explo 

tor. . . . 
foeniseca. 

-fuga.. . . 

-gêna. . . . 

heredipeta. . 

hosticapas. . 

incuba. . . 



maccinare. . 

nauita. . . 

occinui. . . 
paricidas. 
reccido, recido. 

red-. . . . 

refrigerare. . 



repeno, repperi 
scriba.. 
serere.. . . 
sis ter e. . . 
stare. . . . 
steti. . . . 
vulg. * susanus. 



Turc 



efendi. . 
madama. . 



512 

468 
466 
277 
277 
468 
263 

79 et suiv. 
467 
467 
467 
468 
469 
467 
521 
459 
277 
469 
274 
274 
595 
276 
274 
439 
265 
264 
263 
266 
514 



387 et suiv. 
402 



ERRATA 



P. 4i, note 2, ajouter: G. Dostler, Das Clauselgesetz bei Curtius, 1907, 

Kempten, Progr. 
P. 43, 1. 16, lire: au début des phrases et incises. 
P. 59, n. 2, . 3, lire: le texte des mss. 
P. 229, 1. 3 du bas, lire : 2« éd., au lieu de : 3» éd. 
P. 274, 1. 7 du bas, supprimer repperimus. 
P. 275, 1. 5, lire : redux, reducem d'après reduco. 
P. 275, 1, 6, supprimer refers. 
P. 359 et 361, lire tradition au lieu de traduction. 
P. 387, n. 1.8, lire: 201. Il 
P. 388, n. 1. 7, lire: 215 : 
P. 389, 1. 20, lire: grecque — 
P. 389, n. 1. 1, lire: ib.: 
P. 393, 1. 4, lire: — lik 
P. 394, 1. 15, lire: (Le 
P. 394, 1. 19-20, lire: encore. ( 
P. 395, 1. 26, lire: khanum 
P. 396, 1. dernière, lire: « D'après 
P. 399, 1.11, lire: 1900), 51) 
P. 402, 1. 2, lire : âç. 
P. 404, 1. 5, lire: Francesismo »)», 
P. 404, 1. 28, lire: traite 
P. 407, n. 1, 1. 2, lire: xatETiàvto 
P. 407, n, 1, 1. 2, lire: reconnu ce mot. 
P. 410, 1. 30, lire: x^ 
P. 411, 1. 24, lire: etc. — 



6M ERRATA 

P. 443, n 1, 1. 7, lire: Pretiosa 

P. 444, 1. 1, lire: Btx.ad-cTÎpia 

P. 444, 1. 24, autorité, 

P. 444, n. 4, 1. 3, lire: (î^; 

P. 435, 1. 5, lire: toutes. 

P. 437, 1. 4, lire: abitio. 

P. 444, faux titre, lire: G. Ramain. 

P. 464, 1. 4, lire : *âoaaa;, au lieu de *àSà(xàç. 

P. 464, 1. 8 du bas, lire : le sens. 

P. 469, 1. 9, lire : formes du, au lieu de : formes de. 

P. 475, n. 4, lire: bis 46 Jahrhundert. 

P. 476, note 4, lire: rhythmisches. 

P. 484, 1. 3 du bas, lire linguistique. 

P. 520, 1. 26, lire: 1. 4, au lieu de: 1. s. 

P. 527, 1. 3 de la note 4, lire: fol. 4, au lieu de: fol. 8. 

P. 550, 1. 9 du bas, lire yy/arx'. 

P. 604, fol. 48, 1. 5, lire: |>o]'.0(op[erira). 

P. 604, fol. 48, 1. 6, lire: [âva]Y[[v](oa[x]oa6vcov. 

P. 605,1. 40, lire: {jlç. 

P. 605, 1. 44, lire: èÇ[o]ucrt[â]:o[v](Tra). 

P. 605, 1. 48, lire: Çw^. 

P. 606, 1. 8, lire : 7:[eptou(ïQav. 

P. 606, 1. 45, lire: çavepdv. 

P. 606, fol. 48^0, 1. 5, lire: o{î[Te]. 

P. 607, 1. 7, lire: ô yàp. 

P. 607, 1. 44, lire: [i.h']7:to;. 

P. 607, 1. 42-13, lire : ôps: || Xei. 

P. 608, 1. 5 lire : tô. 

P. 608, 1. 40-44, lire: rcpày || [xaxa. 

P. 608, 1. 42, lire: IxxXr^aiat. 

P. 608, 1. 42, lire: [i]XT|e[à)]5. 

P. 608, 1. 44, lire: âx7totrf[a]etoç. 

P. 608, 1. 48, lire : ^^ U. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 
Liste des souscripteurs. 

Aug. AUDOLLENT (v. p. o93) , . 

E. AuDOUiN. — De la composition métrique des Cantica de Plaute. 1 

Max Bonnet. — Smikrinès — Euclion — Harpagon 14 

Henri Bornecque. — Le Post reditum ad Quintes, texte commenté 

au point de vue des clausules métriques 39 

R. Gagnât. — La réorganisation de l'Afrique sous Dioclétien. . . 63 

Franz Cumont. — Adamas, génie manichéen 77 

A. CuNY. — Latin explùrâre 83 

L. Delaruelle. — Notes critiques sur quelques passages d'auteurs 

latins 107 

G. DoTTiN. — Argute loqui ? ou agriculturam ? Gaulois orateurs ? 

ou agriculteurs? 117 

A, Ernout. — De l'emploi du passif dans la Mulomedicina chironis 129 
Félix Gaffiot. — Comment ont été faites certaines lois de la langue 

latine , . . . . 151 

Paul Gilles. — Sur la place des noms de nombre dans César. . . 167 

M. Grammont. — Une loi fonétique générale 177 

Maurice Holleaux. — Décret des Amphictions de Delphes relatif 

à la fête des JViképhoria 185 

Alfred Jacob (v. p. 601). 

Paul Lejay. — Le progrès de l'analyse dans la syntaxe latine. . . 197 

L Le verbe 200 

IL Les formes nominales 216 

J. Loth. — Les mots gallois nyf, deifio et l'évolution de l'aspirée 

sonore labio-vélaire dans les langues celtiques 235 

J. Marouzeau. — Sur la forme du parfait passif latin 241 

A. Meillet. — Deux notes sur des formes à redoublement.. . . 261 

I. Sistô et stetî 263 

l\. Sut rejpperï, rettuli, eic 273 



624 TABLE DES MATIERES 

Charles Michel. — Note sur un passage de Jamblique 279 

Paul Monceaux. — Vlsagoge latine de Marius Victorinus. . . . 289 

F. NouGARET. — Vaticanus ms 5750 Perse-Juvénal 311 

L. Parmentier. — Sur le Cntow de Platon 331 

P. Passy. — L'évolucion de quelques diftongues en viens français 

ei (oi), ie, ou (eu), uo (ue) 341 

René Pichon. — Observations sur la tradition manuscrite du de 

oratore 359 

Frédéric Plessis. — Quelques mots sur les iféroitZes 371 

Jean Psichari. — Efendi 385 

Georges Ramain. — Sur la scansion de facilius dans les vers dra- 
matiques 429 

Théodore Reinach. — La date du Mime II d'Hérodas 449 

F. de Saussure. — Sur les composés latins du type agricola. . . 457 
Daniel Serruys, — Les procédés toniques d'Himerius et les ori- 
gines du cursus byzantin 473 

Antoine Thomas. — Notes lexicografiqes sur la plus anciène traduc- 

cion latine des euvres d'Oribase 501 

Paul Thomas. — Le Querolus et les justices de village 529 

H. Vandaele. — Varia 537 

L Places respectives des personnages sur la 
scène antique établies au moyen des dé- 
monstratifs 539 

IL La désinence latine raédio-passive -mini. 552 
J. Vendryes. — Sur l'hypothèse d'un futur en -bh- italo-celtique.. 555 
H. de la Ville de Mirmont. — Le napaxXauai'ÔJoov dans la littéra- 
ture latine 571 

Aug. Audollent. — Refrigerare 593 

Alfred Jacob. — Un feuillet palimpseste du codex parisinus sup- 
plément grec 1232 601 

Index des matières étudiées 615 

Index des mots étudiés 619 

Errata 621 



CHARTRES. — IMPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT. 






Bri\5Dïr;G SECT. JAN 17 1972 



PA Philologie et linguistique 

26 

H38 



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