Google
This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project
to make the world's bocks discoverablc online.
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
publisher to a library and finally to you.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automatcd qucrying.
We also ask that you:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for
Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain fivm automated querying Do nol send aulomated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project andhelping them find
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep il légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search mcans it can bc used in any manner
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite seveie.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders
discover the world's books while hclping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web
at |http : //books . google . com/|
Google
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public cl de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
A propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //books .google. com|
*'j r
\
%' *
•* •<
1 >
m
*
''^ Vi
/r
r«
'Ic'^^l^ VfxJTAi
^
C^. UL^^y^
PUBLICATIONS
DB
L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT
VOLUME III
PHONÉTIQUE ANNAMITE
(DIALECTE DU HAUT-ANNAM)
PHONETIQUE ANNAMITE
(DIALECTE DU HAUT-ANNAM)
L. CADIERE
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR, RCE BONAPARTE, 38
501
V.3
1 ^lA"^
AVERTISSEMENT.
NOTIONS ÉLÉMENTAIRES
POUR LA PRONONCIATION DE L'ANNAMITE.
Le système de transcription de la langue annamite actuellement en usage
comprend des voyelles, des consonnes et des accents.
L — VOYELLES.
Les voyelles sont : a, df, 4, Sy i, t, y, o, 6, o>, te, w.
a long ou ouvert se prononce comme â dans crame?» : dm crobscur?». —
Mais cette voyelle, devant cA, nA, est brève, bien que ne portant pas le signe
bref, et doit se prononcer comme d((^). — Elle est accentuée dans les groupes
de voyelles : ai, ont, uai; ay, oay, uay; ao; au; oa, ua (excepté les mots qui se
composent uniquement de la diphtongue tia, ou qui commencent par un r).
— Elle est non accentuée dans les groupes : ia, uya; ua (dans les mots qui
se composent uniquement de cette diphtongue, ou qui commencent par une);
wa. — Bien que cette voyelle soit accentuée dans ai et ay, dans ao et au,
elle est longue dans oî et oo, brève (équivalant k à) dans ay et au.
à bref se prononce comme a dans fr pattes : hât tr saisir tï.
â sourd ou fermé se rapproche de la prononciation de eu dans cr meuniers :
màng erse réjouira, in4t crmiel?) (à peu près comme tr meute ")). Cette voyeUe
se change parfois dans les patois en o> ou en tr. — Elle est toujours brève et
accentuée. — Dans les groupes du, uâ, Ay, elle a différents sons dont on
parlera au paragraphe traitant de cette voyelle.
e se prononce comme h dans (rmère?) : mç crmèrof». Elle est toujours ac-
centuée dans les groupes de voyelles où elle entre i eo, um, w^ue, — Elle
est plus brève devant p,U
('> Ces notions sur la quantité et Tacceo- de ce groupe, et Bur laqudie on doit ap-
iiiallon des voyelles sont presque entièrement puyer; la voix, au contraire, glisse légère-
tirées de M^Taberd,Dte(tofianttma»iiamtCieo- ment sur les voyelles non accentuées du
latinum, Préface, p. ni. Parvoye22e aeeeniuée, même groupe. Par exemple, dans le groupe
dans un groupe de voydles, on entend la uyè de ngwfét, c^est tf qui est accentué; c^est
voyelle qui prédomine dans la prononciation u* dans cu*a.
V PHONÉTIQUE ANNAMITE.
ê se prononce comme é dans raimé^ : me (f adonné àr. — Cette voyelle»
est brève devant rA, nh, p, t. — Elle est toujours accentuée dans les groupes
où elle entre : ie, uyê, Su, tieu , ué,
t, comme i français, mais avec une tendance à se rapprocher du son é fran-
çais : in crimprimerTï (comme fr inhabile?}); ^t traller?) (comme (rdivers?),
mais avec une légère tendance vers le son dé de tr débit n). — Est bref devant
chy nh, p, t, — Accentué dans les groupes : ia, tu, ut (si le mot commence
par q), — Non accentué dans ai, ont, uai, oi, ot, on, ut (excepté les mots
commençant par q),
y sonne comme t : y tr volonté t», thuj treauTï. — Est accentué dans le
groupe uy. — Non accentué dans le groupe initial yê (où il est très adouci),
dans uyé, dans ay (où a est bref), dans ây.
se prononce comme o français, mais plus ouvert, plus sonore : bo tr bœuf yi ,
mon ffusén (comme r monades). — Les formes ong et oc se prononcent en
général aong et aoc : long == *laong (rcœur7>, toc = *ta6c crcheveun. — Cette
voyelle est accentuée dans le groupe ot. — Ne Test pas dans : oo, on, oot
oay, eoy oe, ue.
6 , comme en français, mais plus sourd : hin cr principe d (comme tr Beaune ?))
$6 ff nombre 79 (comme cr sceaux). — Est accentué dans u6, oi.
a> (o barbu) sonne comme œu dans (rcœurT) : c^ crdrapeau?). — Est toujours
accentué : wo>y ont, uhpu, tio>, on,
u a le son de ou dans crfou?) : phi cr préfecture n. — Est accentué dans ua
(lorsque le mot se compose uniquement de la diplitongue, ou commence par
e); dans ut (excepté les mots commençant par q), — Pour la prononciation
de u non accentué, dans les nombreux groupes où il entre, voir la note du
n* 75.
w (u barbu) : son sourd, guttural, intermédiaire entre eu de rpeux^ et u
de rpusT» : bw tr idiote. — Accentué dans les groupes : wa^ u>u. — Non accen-
tuée dans : tPO>, wo>u,
IL — CONSONNES.
Les consonnes sont : i, c, eh, d, â, g{gh), gi, k, kh, I, m, n, ng{ngh),
nh^p, ph, q, r, «, t, lh, tr^ v, x,
p est toujours final. Les autres lettres finales sont : c, ch, m, n, ng, nh, U
Elles se font légèrement sentir, et quelques-unes sont même prononcées plus
ou moins distinctement dans certaines régions.
ch. Le mot cha rpère^, par exemple, a un son intermédiaire entre tia de
ff tiares et kia.
AVERTISSEMENT. vu
d (d non barré), dans le Thù>a Thién et le Quàng Tri sud, se prononce
comme y dans tr yatagan i»; — dans le Qu&ng Trj nord et le Qu&ng Binh, se
prononce suivant les lieux comme dz, dj ou di (dans «rdiable?) ou cr Djibouti?));
les patois le transforment en i. Donc da, tfpeau^, se prononcera suivant les
lieux ya, dza, dja^ dia, ia.
â (d barré) se prononce comme le d français : dd (r pierre?).
g. Ce signe sert à rendre deux consonnes distinctes: i® la gutturale sonore.
Cette gutturale se rend simplement par g devant a, â^ â, o, 6, a», u, tê*;
exemple: gà tr poule » (comme tr gabarits); devant e, é,i, elle se rend par^A:
ghe (rjonque?) (comme (fguerre?)); — a** une palatale sonore. Cette palatale
est rendue simplement par g devant la voyelles t, et par gi devant les autres
voyelles. Elle se prononce régulièrement dj (pas toutefois comme d non barré),
mais en général elle se prononce comme y dans «r yatagan ?? : già crprix^ se
prononce presque partout yà, en quelques lieux dgia,
h est une forte aspiration : ho» r sécher au feu??.
khy comme £, plus une forte aspiration : A'Ao,.rsec??.
ng initial est la gutturale précédée de la nasale n que Ion fait sentir légère-
ment; ng s'écrit ngh devant e, e, i.
ng final : résonnance nasale sourde : rang r dent y> ( comme le français (f rang ?? ).
Par contre, n final se prononce comme s'il y avait un e muet à la fin du mot :
bin <r principe?) (comme trBeaune?)).
nh initial. Son vrai son est gn français, comme dans wignare?? ; nhà «r mai-
son??. Mais on prononce presque partout, dans les trois provinces, ya.
nh final rend la résonnance nasale mouillée: iiinA «r pain?? (comme (r bagne??).
ph équivaut à p suivi d'une forte aspiration, mais en pratique se prononce
comme/ français : phà «f détruire?? (comme w fabrique?)).
q suivi de u et d'une voyelle se prononce kou, mais en glissant sur ou pour
appuyer sur la voyelle qui suit, laquelle est toujours accentuée: quét (r ba-
layer??. — Dans les mots en eu, c'est u (= ou) qui est accentué : cua tr crabe?).
r est l'r linguale, frôlée, jamais grasseyée, mais se prononce d'une ma-
nière très douce: ra «r sortir?? (comme «frat??).
s, à peu prèsjcomme ch français, mais plus sifflant: sa er tomber?? (comme
«chat?)).
th équivaut à t suivi d'une forte aspiration : iha « pardonner??.
/r, consonne unique, bien qu'écrite avec deux lettres. On doit prononcer en
fondant ensemble les deux sons < et r: ira «vieux?).
X, à peu près comme s français, mais moins sifflant: xa «loin?? (comme
«sa')).
VIII . PHONÉTIQUE ANNAMITE.
m. - ACCENTS.
Les mots annamites se prononcent sur six tons différents que Ton rend dans
récriture de la manière suivante :
Le ton plain ou égal {recto lono) se rend par Tabsence de tout signe : ba eây
(T trois arbres w.
Le ton descendant (huyèn) se rend par Taccent grave placé sur la voyelle ac-
centuée : hà crgrand-mëre^, hoà rrpaix^.
Le ton aigu (sâc) se marque par un accent aigu placé sur la voyeUe ac-
centuée : hà ffcent?', hoà ffdeveniri).
Le ton interrogatjf (hSi) se rend par un crochet double vertical placé sur la
voyelle accentuée: bà <r cuisses; hoà (rfeu^).
Le ton retombant (ngà) se rend par le même signe mais placé horizontale-
ment : bâ cr résidu 79.
Le ton grave (nfng) se rend par un point placé sous la voyelle accentuée :
bç f faire halte t»; ngwo>c r contraire^.
Pour la manière dont on prononce les divers tons dans le dialecte du Haut-
Annam, ainsi que pour beaucoup d'autres points de détail concernant la pro-
nonciation des voyelles et des consonnes, voir la Phonétique,
INTRODUCTION.
1. Ce travail a pour objet et le dialecte et les patois du Haut-
Annam. Il y a des formes dialectales; il y a des formes qui
relèvent des patois :
mi ai ma réa? où vas-tu ainsi ?
tui va kinky je vais à la capitale.
tui ai trong ru làm cuiy je vais dans la forêt faire du bois.
Personne ne dira que ces expressions sont patoises. Elles
sont employées par les ignorants et les gens du peuple aussi
bien que par les lettres et les mandarins. Celui qui dirait :
mdy ai ddu vAy?
tâi vad kinh . . . di trong rùtig . . .
serait certainement remarque, et passerait pour se donner un
genre, à moins que son accent n'indiquât un étranger.
Au contraire, certaines formes sont franchement patoises :
uâng riêu (pour ru'p'u) , boire du vin.
nàc lût thfc cui (pour nu*&c lût ddu gSi), Teau atteint le genou.
so dicât 16 (pour tho di cât ou g^t /tîa), Fouvrier est allé mois-
sonner.
Voilà autant d'expressions qu'un homme de la bonne société
ne se permettra pas, si ce n est dans l'intimité et très rarement.
Où sont les limites précises entre ces deux sortes d'ex-
pressions? Quelles sont au juste les expressions dialectales et
les formes purement patoises? Ce sont deç questions difficiles à
résoudre. Un tel classement est peut-être même impossible;
car, sous l'influence de causes diverses, tel mot, telle exprès-
X PHONÉTIQUE ANNAMITE.
sion qui paraîtront patois dans tel endroit seront employés
couramment par tout le monde dans tel autre; et, en cette
matière, les Annamites sont exposés à faire bien des confusions.
Que de fois, par exemple, nai-je pas entendu dire que thdc
employé au lieu de hia (riz, céréales) était un mot patois.
J'ai noté les expressions dialectales toutes les fois qu'il m'a
été possible de le faire Mais il ne faudrait pas en conclure que
toutes les formes qui n'ont pas cette mention soient patoises.
Lorsqu'une expression est par trop particulière à une région, à
un village, je l'ai noté également.
2. J'étudie le dialecte du Haut-Annam, et je donne à cette
expression le sens qu'avait celle de Haute -Cochinchine'*^ au
siècle dernier, alors que l'Annam (Gochinchine) et le Tonkin
formaient deux royaumes séparés, dont les limites étaient le
Sông Gianh, ou mieux la chaîne de collines dite de Bâ Nhây,
dans le Quâng Binh. On entendait alors par là les trois pro-
vinces septentrionales de l'Annam, à savoir : le Thù'a Thiên, le
Quâng Tri et le Quâng Binh, non tout entier, mais jusqu'au
Sông Gianh seulement. Au delà de ce fleuve, en effet, c'est-à-
dire dans la préfecture actuelle de Quâng Trach (ancien Bô
(^) Je n'ai pas employé ce nom dans
le titre, parce quil n'est plus guère
connu. J'ai pris le titre de Di4ikcte du
//aut-i4nnam, et j'entends cette expres-
sion dans sa signification générale,
comme désignant le dialecte parlé de-
puis Tourane jusqu'à Vinh environ.
De même , par dialecte du Bas-Annam ,
j'entends, en général, celui qui est
parlé au sud de Tourane, jusqu'au
Cambodge, et par dialecte du Ton-
kin , celui qui est parlé dans tout le
delta tonkinois. Quant à la pronon-
ciation de la ville de Hué et de la cour,
je l'ai laissée au second plan à cause
du peu d'étendue du pays où elle est
eu usage, de son caractère qui me
parait relativement récent, et aussi
parce qu'elle mériterait d'être traitée
à part.
INTRODUCTION. u
Chmh), on trouve le peuple tonkinois avec sa physionomie dis-
tincte et dëjà quelques particularités dialectales.
Cependant mes recherches ont porté principalement sur les
formes usitées dans le Quàng Binh central et le Quàng Binh
nord^^^ Je me suis appliqué néanmoins à réunir et à comparer
toutes les formes usitées dans les autres provinces. D ailleurs,
la divergence n'est pas aussi grande qu'on pourrait le croire :
telle forme employée au Quàng Binh se rencontrera sûrement
au Quàng Tri ou au Thù>a Thién, soit dans un village, soit
dans l'autre.
Il ne faudrait pas conclure de ce que je cite dans mes tableaux
telle ou telle forme, qu'elle est employée dans toute l'étendue
des trois provinces. Cette conclusion serait juste pour les formes
dialectales comme mt, m, vrf, etc. [^ourmây, nây, vào)^ mais
elle ne le serait pas pour les formes patoises. Ces dernières, en
effet, varient de village à village, et même de hameau h ha-
meau, d'individu à individu, dans le même village. On com-
prend, d'après cela, qu'il soit très difficile de déterminer avec
précision l'extension géographique de chaque expression, de
chaque forme : une monographie du langage de chaque com-
mune en particulier pourrait seule donner des matériaux pour
ce travail. Cependant certaines modifications de voyelles ou de
consonnes sont trop circonscrites pour que je n'aie pas indiqué
l'endroit précis où on les emploie.
Cette étude n'a pas d'ailleurs la prétention d'être définitive,
ni de signaler absolument toutes les particularités phonétiques
du dialecte et des patois des trois provinces.
^^^ Celte région, couime en générai tout le Quâug Binh, l'emporte sur les
deux autres provinces pour k variété des formes patoises.
XII
PHONÉTIQUE ANNAMITE.
3. L'étude qui suit est purement phonétique : je ne m'occupe
pas pour le moment des expressions, des mots particuliers au
dialecte, ni k plus forte raison, des formes syntaxiques. La syn-
taxe et le vocabulaire seront traités à part. Je n'envisage ici que
les éléments phonétiques du langage, c'est-à-dire les variations
dialectales qu'éprouvent les parties constitutives des mots
annamites.
Alors que les mots, dans les langues occidentales, ne sont
composés que de deux éléments, les consonnes et les voyelles,
plusieurs langues de l'Extrême-Orient ajoutent, on le sait, à ces
deux parties que l'on pourrait appeler matérielles, un troisième
élément, l'élément formel, l'accent, qui détermine quelle signi-
fication auront ces consonnnes et ces voyelles que l'on vient
d'articuler. L'accent est tout aussi important que les deux pre-
mières parties, sinon davantage.
Cette étude se divisera donc en trois parties. Dans la première
on traitera des modtjicatians^^^ des voyelles; dans la seconde, des
modifications des consonnes; dans la troisième enfin, des modifia
(^) On rencontrera souvent dans ie
cours de ce travail les expressions
de VMdifcaJ&oiM ou transforniationa de
voyelles ou de consonnes; on verra
que : gi devient ch, que s ie change en
th, etc. Ces expressions et d'autres
analogues pourraient faire supposer
qu'il y a une langue mère parfai-
tement connue , et des dialectes déri-
vés dont on connaîtrait le degrë de
filiation. Mais on est loin d'avoir là-
dessus des données certaines. Il est
au contraire plus probable d'admettre
pour le moment que l'état de mor-
cellement où la langue annamite
se trouve aujourd'hui est le résultat
du développement simultané de di-
vers dialectes dont les origines
nous sont inconnues, et dont on
ne connaît pas non plus le degré
d'éloignement de la langue mère
primitive. Ces expressions n'ont donc
pas le sens précis et absolu qu'elles
peuvent avoir dans les langues d'Oc-
cident donC on connaît partaitement
la filiation. Si on les a employées
ici, c'est pour la commodité du lan-
gage.
INTRODUCTION.
Xill
calions des accents. Dans un appendice on mentionnera quelques
particularités d'ordre secondaire qui intéressent la phonétique
de la langue.
Je ferai voir parfois, en comparant la prononciation sino-
annamite des caractères chinois avec les prononciations usitées
actuellement en Chine, comment les différences dialectales de
la langue annamite se rattachent aux phénomènes que Ton re-
marque dans la langue chinoise elle-même ^^K
(^) Cette étude de grammaire com-
parée sera très incomplète et ne per-
mettra pas de tirer des conclusions
définitives. Mais si un jour elle était
conduite méthodiquement et poussée
à fond, elle donnerait des résultats
très importants pour la connaissance
de Torigine de la langue annamite et
pour celle des éléments phonétiques.
Les dictionnaires dont je me suis
servi et auxquels je renvoie sont :
Dictitmarium annamitico - latinum ,
editum a J.-L. Taberd. Serampore,
ex typis Marshman, i838, in-8°. —
Dieiiùnnaire annamite -fraw^. TAn
&inh (Saigon), imprimerie de la
Mission, l878,in-8^ — Dictionnaire
annamite-français, par J.-F.-M. Geni-
brel, missionnaire apostolique. 7iû{.,
1898, in-&^ — Dtctionarium sinicum
et latinum, auctore P.-S. Couvreur,
S. J. Ho Kien Fou, ex missione catho-
lica, 1893, in-4". — A Chmese Die-
tionary in the Cantonese Dialect, by
Ernest John Eitel. Hong Kong, 1877,
in-4*.
PHONÉTIQUE ANNAMITE
(DIALECTE DU HAUT-ANNAM.)
.^^Ki-
PREMIÈRE PARTIE.
MODIFICATIONS DES VOYELLES.
4. Dans toutes les langues, les voyelles constituent Télément
mobile, Télément fluide, qui varie au caprice des organes ou du
goût du moment W. Cette remarque est vraie surtout pour les
langues de rExtrème-Orient. Dans les langues occidentales, on
remarque des changements, des transformations de voyelles qui
ne laissent pas que de surprendre. Mais l'écriture alphabétique,
fixant en tout temps les sons par un signe précis, mettait dans
une certaine mesure une barrière à la trop grande liberté de la
prononciation populaire.
Il n'en est pas de même pour certaines langues de l'Extrême-
Orient, pour l'annamite en particulier. Dans cette langue, pas
d'écriture alphabétique : le caractère représente l'idée et n'indique
rien du son , ou , s'il l'indique , c'est d'une manière très imparfaite.
Je sais par exemple que le caractère ^ signifie «naître, engen-
drent, mais rien ne m'indique si je dois prononcer sinh^ ou sanhj
comme en annamite et en sino-annamite; ou chêngy comme dans
le Nord de la Chine; ou bien encore sh^ang; comme à Canton (^).
(^) Les changements de voyelles tème de romanisation actuellement
n'en sont pas moins tout aussi rëgu- en usage. La prononciation chinoise
liers que les modifications de con- du Nord — province de Pëkin — est
sonnes. rendue d'après le Dictionarium sini-
(^) Les mots annamites ou sino- cum et latmutn du P. Couvreur. C'est
annamites sont écrits d'après le sys- le système fiançais. La prononciation
pHoniriQiiB AimiMiTE. i
IMPHIlIKItlK RATIOXALI.
2 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
De même, je sais que le caractère Pt signifiant et père ti se pro-
nonce à peu près comme le caractère chinois ayant la même forme,
mais qui signifie (t vociférer t). Je lis donc : cha; mais rien dans le
caractère ne m'indique ce son; à plus forte raison, rien ne me
dit que ce son n'ait pas été changé et qu'il n'ait pas été à l'origine
gia^ ou ira y ou tout autre son approchant.
Le caractère tS est rendu aujourd'hui par l'orthographe ^feo,
tandis que le P. de Rhodes le rendait vers le milieu du xvu*^ siècle
par dau. Le caractère flj se rend aujourd'hui par huéy lorsqu'il sert
à désigner la ville de ce nom ; mais dans les relations des mission-
naires du xvn*^ siècle , nous le trouvons rendu par hoé. Nous ignorons
si ces orthographes anciennes étaient le fait d'une erreur, l'indice
d'un tâtonnement dans la fixation par les caractères européens
des mots annamites, ou bien si elles rendaient réellement le son
qu'avaient alors ces caractères.
On comprend par là combien les voyelles, si instables de leur
nature , ont dû changer de siècle en siècle , de province à province ,
de village à village ^^K
Ces changements sont de deux sortes : les uns sont le produit
inconscient des lois nalurelles qui ont présidé à la formation et à
l'évolution de la langue annamite; ce sont les cas les plus impor-
tants, ceux que l'on doit étudier tout d'abord, et sur lesquels on
doit se baser pour connaître la vraie nature des voyelles annamites
et leurs transformations. Mais il est d'autres mots où la transfor-
mation des voyelles a été voulue: certains mots, pour une raison ou
pour une autre, la plupart du temps par respect, pour éviter de
prononcer le nom d'un grand personnage ou d'un ancêtre défunt,
ont été modifiés à dessein. Ces transformations, quoique moins
du dialecte cantonais est rendue et chinois proprement dits fournirait
d'après le Chinese Dictionary d'Ëitel : des données pour une histoire de la
c'est le système anglais. phonétique purement annamite. In-
(^) Une étude comparée de la pho- utile de dire que ce point de vue a
nétique des dialectes sino-annamite été écarté de ce travail.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 3
importantes, ne doivent cependant pas être négligées, car elles
indiquent quelles voyelles sont, d'après l'opinion populaire, parentes
ou similaires. Si, en effet, la voyelle i a partout été changée en ot,
la voyelle a en o, etc., ce n'est pas sans raison, mais ces change-
ments indiquent que le peuple croyait saisir entre ces divers sons
une certaine analogie. En comparant les règles que l'on peut dé-
duire de ces transformations volontaires avec celles qui découlent
des transformations naturelles, on peut faire des rapprochements
curieux, et l'on remarque que ces règles se corroborent parfois
mutuellement.
La partie qui traite de la phonétique des voyelles, se divisera
donc en deux sections, dont la première sera consacrée à l'étude
des IransfomuUions naturelles y et la seconde à l'étude des transforma-
tions volontaires ou conventionnelles ^^K
SECTION I.
MODIFICATIONS NATURELLES.
S I. — VOYELLE A ^*K
5. il n'existe pas de mots, ce semble, où la voyelle à soit mo-
difiée naturellement. Les quelques mots où cette voyelle subit un
<^J Les transformations conven-
tionnelles n'existent que pour les
voyelles; les consonnes et les accents
ne sont pas modifiés dans ce sens.
Pour certaines formes corrompues, il
est difficile de déterminer au juste à
laquelle des deux classes ci-dessus dé-
signées elles apparliennent.Quelques-
unes, bien qu'appartenant à une classe,
ont été exceptionnellement citées dans
l'autre pour plus de commodité.
t*-i Dans Tordre des voyelles, je
suis le classement adopté habituelle-
ment. (Cf. Notions pour V étude de la
langue annamite, Saigon, 1878.)
Quant aux groupes de voyelles, ils
sont rangés au paragi*aphe traitant
de la voyelle qui est accentuée dans
ce groupe. Ainsi nu^*c est rangé dans
le pani graphe traitant de o», parce que
c'est cette voyelle qui est accentuée
dans le groupe.
1.
4 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
changement, sont rangés dans l'article traitant des modifications
conventionnelles.
On doit cependant se rappeler que la voyelle a placée devant
cÀ, nÀ, n, y, est brève bien qu'elle ne porte pas le signe de Tabrè-
gement ^^\
s U. — VOYELLE A.
TABLEAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE A.
a : e
6. ank : eng frëre aine.
bdnh : béng pain.
cdnh : kéng aile.
. canh : keng soupe, potage.
hanh : heng éclat de bambou.
lànk : Ung bon, guéri.
qudnk : quéng minerai de fer.
sành : trèng porcelaine, poterie.
irçnh : irçng chitra indica, tortue.
xanh : xeng vert, bleu.
etc.
Içch : lec chenal.
thâch : téc défier.
vçch : vçc tracer une ligne, recevoir une éra-
flure.
màch : méc redire.
xdch : xéc porter à la main.
etc.
a : 6
hqtQih^t grain.
bàn et Un principe.
Comparez : nap et n^, livrer.
(^) Cf. Taberd, DieL annam.-latin,, préface, p. m.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 5
a : 6
ban : bên pendant.
ièm bà : din bà.. . . femme (voir n"" 1 6).
dUti âng : âèn âng . homme (idem).
al : ây
eai : cây gouverner. — cây xà^ chef de vil-
lage; eây ting, chef de canton.
eài : cdy^ké. particule déterminative des choses
inanimées.
dài : ddy uriner.
gai : cây épine.
gâi : gdy, cdy fille.
trdi : trdy, My. . . . fruit.
nai : niy cerf,
etc.
ao : 6
vào : v6 entrer.
ao : au
gço : edu riz décortiqué.
$00 : tâu étoile.
REMARQUES.
7. La voyelle a suivie de la nasale mouillée nh, se transforme,
suivant les endroits, en é ou t\ sans que la nasale finale éprouve
de changement. C'est ainsi que l'on a les formes : Iqnh^ lenhj Imh
(T décrets; bçnhy bênhy binh cr maladie tî.
Les dictionnaires signalent ces diverses formes, mais une parti-
cularité dont ils ne parlent pas, c est le changement de a en ^ dans
un grand nombre de mots terminés par la nasale mouillée nh ou
par l'explosive palatale ch; dans ce cas, ces consonnes fiuales se
changent l'une en la nasale ng^ l'autre en l'explosive gutturale
c [=k) : héfig pour hành] Içc pour Içch.
On remarque les premiers indices de ce changement dans la
6 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
prononciation de Hué. Les mots terminés par la syllabe anh sont
prononcés d une façon qui tient le milieu entre énhy éng et même
en. Dans les régions du Thù'a Thiên éloignées de Hué, ainsi que dans
le Quâng Tri et le Quâng Binh, le peuple change franchement anh
en engy et ach en ec. Si l'on passe dans la vallée du Sông Gianh,
nous entendons la voyelle a se changer aussi en ^, mais les con-
sonnes finales nh et ch ne sont pas modifiées, et l'on a les formes :
bénh pour bdnh; lech pour loch, etc.
Quelques dictionnaires donnent les deux formes mdch et mec,
comme équivalentes. •
Pour les transformations de sành en trèng a porcelaines, et de
thdch en séc, voir les n^ 90 et 85. Le mot sec est surtout employé
dans les expressions : gà séc «rcoq apprivoisé dont on se sert pour
provoquer les coqs sauvages i^; ban séc «surfaire le prix d'une
chose T^.
8. Cette transformation de a en e se rencontre dans quelques
mots ayant des formes autres que anh ou ach. On verra plus loin ,
n® 2/1 , la forme ma pour me cr mèrei); on peut comparer la forme
daîu (T portent, très usitée dans le Bas-Annam, tandis que dans
le Haut-Annam on emploie la forme dem. De même chè et trà cr thé n ,
n** 9 1 ; khoc oa oa ou khdc oe oe cr vagir t? ; 09 ou oe cr nausées n , etc.
9- A Ké Hac, village de la sous-préfecture du Bô Trach, dans le
Quâng Bîuh central, la voyelle a subit une curieuse transformation :
elle devient presque semblable à un â. C'est un défaut analogue à
celui des habitants de certaines régions de la France (Lyon, etc.),
qui allongent les a dans tr admirable, aimable t); mais à Ké Hac le
défaut est plus exagéré. Les premières fois que l'on entend cette
prononciation on croit entendre un â (d'aucuns disent que c'est le
son 0, ou bien encore le son dont il sera parlé au n"" 34). On
entend : nhô ou nhd pour nhà «r maison ^ ; hài ou hoi pour hàt cr mer -n ;
ky dô ou dd pour ky dà cr iguane ii.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 7
Mais, avec un peu d'attention et d'habitude, on remarque que ce
n'est pas tout à fait le son d ou o, mais une corruption de l'a, un
a très fermé , très sourd.
Celte corruption affecte seulement l'a long, qu'il soit final ou non.
Ex. : bàm Içy cho ou cho (pour cha), «rje salue le përe^.
bât ou hàt (pour bât) ttholn.
buAn bin ou bàn (pour bàn) «r commercer^.
ngày mai ou mot (pour mai) (rdemain?).
Mais elle n'affecte pas l'a bref, par exemple dans ngày, bât, etc.
Les gens du village de Phû Kinh, dans la même sous-préfecture,
ont le même défaut, mais moins prononcé. Leurs voisins disent
des uns et des autres qu'ils ont une prononciation rude, net nqng.
On rencontre aussi cette prononciation à l'état sporadique, et avec
plus ou moins d'intensité, dans quelques villages du QuângTri et
du Thù'a Thièn, principalement sur la lisière des montagnes.
10. On peut voir, dans la corruption de cet a qui devient d, les
premières traces d'une particularité qui distingue les deux dialectes
du Tonkin et de la Gochinchine, à savoir de la substitution de a
à 6 dans certains mots où cette voyelle n'est pas finale. Par ex. : h(il
ff grain D, hin cr principe ?) , deviennent au Tonkin hqi, hàn^^\
A rapprocher les deux formes n^ et n^, la première sino-
annamite, la seconde usitée dan% l'annamite vulgaire, du mot|ji^
<r livrer 7) (2).
11. Dans quelques cas la voyelle a suivie de i, se change en d;
(^) Ce dernier mot est sino-anna-
mite, mais couramment employé
dans la langue ordinaire.
Chinois ^C, dialecte du Nord : phnn ;
cantonais : pun. La forme pènn cor-
respond à la forme tonkinoise bàn,
tandis que le cantonais pun corres-
pond k la forme cochinchinoise bon,
(^) Chinois , dialecte du Nord : nà,
cantonais : nâp. Dans les ancienne»
relations de missionnaires, plusieurs
mots écrits aujourd'hui avec un a
prennent un o: TVmron pour Tourane,
durUm pour dawrianj etc.
8
PHONÉTIQUE ANNAMITE.
et alors la voyelle finale i se change aussi en y par appropriation :
le son dy plus sourd et plus bref quea^ requiert le son y également
plus sourd et plus bref que % final.
A propos de la corruption de ddi en ddy, M^ Taberd fait re-
marquer {DicLy p. xvui et las) que les gens bien élevés ne se
permettent pas l'emploi de la particule idy^ (rlàT», ^té disent à sa
place ââ.
m
Ex. : anhj ai mo doî (pour ii dau âdy) (roù vas-tu donc??) ai dé traller làv».
et cela pour éviter un quiproquo malsonnant. Mais au Tonkin,
ou le changement de dâi en ddy n'est pas connu, on ne se fait
aucun scrupule d'employer ddy.
12. Pour la particule déterminative cdi, le changement va plus
loin encore. La diphtongue dy a beaucoup d'analogie avec le son éy
et sonne à peu près comme la syllabe eil dans vermeil. C'est sans
doute pour cela que le peuple , supprimant le son final y et sup-
primant le ton élevé, change cdi en ké, au moyen de la forme
intermédiaire cdy (') :
Ex. : kê nhà pour câi nhà wla maison t).
ké g4y pour edi g4y crie bâton?).
L'emploi de hê pour cdi est très fréquent, sinon général, dans
les trois provinces, lorsque cette particule joue le rôle d'article.
(^) Étant donnée la parenté entre t
et é on peut rapprocher de ce chan-
gement les formes suivantes :
"gf ff occident 7) : chinois nord «f,
cantonais saiy sino-annamite té ou
%.
1^ tr orner 7) : chinois nord : f<'t,
cantonais te'at, sino-annamite Û ou
tày.
^ «r rhinocéros 7): chinois nord ^,
cantonais «at, sino-annamite té ou
tày.
fft (T celui- là 1) : chinois nord f,
cantonais t, sino-annamite y, anna-
mite dy.
2 «r entourer 7) : chinois nord trei,
cantonais wai, sino-annamite vi, an-
namite vây, etc.
De même vaitt épaule d ; vây cr épaule
du tigre 7).
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 9
Lorsqu'elle remplit l'office de pronom, elle conserve la forme
ordinaire cdiy ou prend la forme cdy^ lorsqu'elle est placée à la fin
de la phrase, ou si, bien que placée dans le corps d'une proposi-
tion, il n'y a aucun adjectif qui la détermine.
Ex. : mi c6 mdy ké bànhf er combien as-tu de pains? 19
c6 m^t câiy ou m^tedy, ou m(lt càimà thoi trj*en ai un, je n'en ai qu'un?».
Mais on ne dira jamais : cd m4t ké.
On peut dire aussi : di Idy m^t càiy ou tn^t cdy cho mau crva vile
en prendre nnn.
Si le pronom est déterminé par un adjectif, il garde sa forme
primitive edi, ou prend les formes cdy ou ké.
Ex. : mi ai Idy ké non. Khong phài câi ni mô, Idy cài té; Uy ké khdc^ ou cdy
khâc, ou cài khdc, Idy ké to, ké nhô (f va chercher le chapeau, pas celui-
là, Tautre; prends l'autre; prends le grand, le petit?). (On ne dira pas
lé ni, ké te, par raison d'euphonie.)
13. La forme va est généralement employée dans le Haut-
Ânnam. La forme vào l'est très peu.
Ex. : ^t v6 Hui w aller à Hué en venant du Nord?).
v6 phong «rentrer dans la chambre 79.
Il faut peut-être voir dans ces deux formes deux mots distincts,
et non une corruption de voyelle.
14. Dans deux cas, la diphtongue ao s'assourdit en du. Sao
(f étoile T) fait sdu dans le Quâng Binh central : c'est ainsi que le vil-
lage de Sao Sa a l'étoile qui tombe t) ainsi appelé, disent les habi-
tants, en souvenir d'un bolide qui y tomba jadis, est appelé com-
munément iStlu iSa. La forme cdu pour gao crriz d cortiqué?), est
très employée dans toutes les provinces. On a les expressions:
com cdu (rriz cuit et riz non cuit?); dé cdu {^pour dé gço), cr espèce de
chêne dont on mange les glands en guise de riz t*. (Pour le chan-
10 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
gement de g en c, voir n** 98; — de l'accent grave en accent élevé,
voir n** 11 4.)
15. A propos des modifications de la voyelle a, on doit encore
signaler Temploi que Ton fait, suivant les régions, des formes en ofi^
ou en u'ùHhg.
Ex. : ihng ou dwàmg w route ».
Il est difficile de dire avec précision quelle est la forme qui
domine dans les trois provinces. Il y a une très grande variété sui-
vant les villages. Ainsi le mot dàng (f route v , qui a cette forme
dans la plupart des endroits, prendra la forme âir^^ dans d'autres
où, par contre, le mot dwàmg tr sucrer, sera changé en dàng. (Cf.
n* ûa, ûa bis, 6/4, 67.)
16. On a vu (n® 7) que certains mots admettaient les formes anh
ou érûi. Ce changement de a en ^ apparaît dans quelques mots où
la voyelle est suivie de la nasale n, comme ban cr pendant t^ qui fait
bén.
Ëx. : bénngài/f hSn dêm tr pendant le jour, pendant la nuit?».
On dit de même dén bà^ dèn âng cr femme, hommes, pour dà^i
bày âdm ângy formes usitées plus communément. On verra plus
loin que o» se change aussi en é dans quelques cas [n!^ 43). Ailleurs
au Tonkin nous trouvons la forme âàn bà^ dàn âng; nous avons
aussi dans le même dialecte dan pour dà*n cr instrument de musiques.
11 serait difficile de dire si dàn a fait dSn par l'intermédiaire de la
forme dàn^ ou si au contraire ban est devenu bén par Tintermé-
diaire de la forme inusitée b(yn.
Une seule chose est à remarquer, c'est que les deux voyelles a
et (y se transforment parfois en é. On verra plus loin de nouvelles
preuves de la parenté de ces deux voyelles a et (y.
H faut rattacher à ces exemples une forme moins employée. On
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 11
(lit dans certains endroits bér^ nheng pour vdng nhèn, «r toile d'arai-
gnée t^. (Pour la forme nhêngy voir n° 87.)
s III. — VOYELLE A.
TABLEAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE A,
â : o
#
17. bdc {bû>c) : bù»c^ gio bœc vent du Nord.
bâc : boc rive, degré.
nàc : noc pleurnicher.
irdng : tr6>ng œuf.
âu : u
bàu : bu piquer, sucer.
bdu :bà calebasse.
câu : eu pigeon , tourterelle.
câu : eu oncle maternel.
dâu : du bru.
nâu: nu plante h racine tinctoriale.
iâu : 9U profond.
irdu : irù bétel.
trdu :trù balle de riz.
etc.
âu : ô
d4u : dô haricot.
âdu : â^ restiir, demeurer.
uâ : u
hudn : hûn instruire.
khudt : khût abrite^.
luàt : lut règle.
quàn : rim pantnlon.
thunn : ihun paisible.
thudi : thy^t redire.
12 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
xuân : ocun printemps.
xuit : xit sortir.
etc.
ây :ay
âày : iay ici.
REMARQUES.
18. La voyelle d employée sans aucune autre voyelle se trans-
forme rarement. Dans quelques mots seulement elle se change en
0. n faut voir la raison de ce changement dans ce fait , que le dia-
lecte tonkinois, à partir du Sông Gianh , emploie volontiers la forme
en w dans certains mots où les dialectes du Haut et du Bas-Ânnam
emploient la forme plus ouverte en o». Par exemple, on écrit et
on prononce dans le dialecte tonkinois thu* pour thff cr lettre d;
gà'i iponrgài crenvoyen^. De même les formes en 4, similaires des
formes en u% sont employées dans le même dialecte préférable-
ment aux formes en & qu'emploient les autres dialectes. C'est ainsi
qu'on a :
chân pour cham crpied, vrai)>.
fiA^ dti^ pour nkœn dû^ rryeitu?).
Dans tous ces mots l'orthographe employée au Tonkin se con-
forme à la prononciation. Mais quelques autres mots, que l'on
écrit de la même façon dans les trois dialectes, sont cependant
prononcés d'une manière plus voilée, plus sourde, dans le dialecte
tonkinois ; par exemple s&m cr matinal d , thùm cr odorant d , prononcés
presque sûinj thmn^^\
Il résulte de tous ces faits que les deux dialectes du Haut et du
Bas-Ânnam ont une tendance à prononcer plus ouverts certains
mots qui reçoivent dans le dialecte tonkinois les voyelles w ou à.
Le changement de hdc en hâc, de trdng en trd*ngy etc., est une
t') Cf. P.-G. V., Grammaire annamite, p. i5, n° 38.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 13
manifestation de cette tendance. Toutes ces formes corrompues
sont cependant considérées comme pa toises. (Cf. n'' 61.)
19. La voyelle âj employée seule est aussi changée en u\ surtout
dans les mots terminés par la nasale ng :
bâng ou hwng cr porter des deux mains ?).
dâng ou dumg crofirim.
etc.
Cette différence est signalée par tous les dictionnaires. Dans les
trois provinces, c'est la forme w qui semble dominer. (Cf. n** 5 7.)
20. La voyelle d employée avec d'autres voyelles se modifie
plus souvent. Associée à la voyelle u non accentuée elle forme les
diphtongues du et fidy qui se changent toutes deux eu u (du est
toujours final, ud ne Test jamais).
Pour les mots en du, il est à remarquer que plusieurs ne su-
bissent pas cette transformation. D'autres la subissent dans telle
signification, et non dans telle autre. Ainsi rdu cr barbe t), ne change
pas; ddu crbruT), fait du, tandis que ddu cr mûrier?) ne change pas.
D autres enfin se transforment lorsqu'ils sont affectés de tel accent,
qui restent invariables avec tel autre : c'est ainsi que trdu
(T balle de riz-n, et tràu cr bétels, deviennent en beaucoup d'endroits
tru et trùj tandis que trdu cr buffles ne devient tlu que dans l'ex-
trême nord du Quâng Binh et dans peu d'endroits. De même on a
ddu crbruT) qui àeyient du, tandis que ddu a signe?), et ddu cr huile i?
ne changent pas.
Le dictionnaire du P. Genibrel indique cette . transformation
pour quelques mots :
cdu et eu (T pigeon 9).
châu et chu tr rouge intense t).
etc.
La diphtongue ud se change aussi en u, mais le son est moins
14 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
franc que pour la diphtongue précédente. La voyelle d, qui est
dans ce cas la voyelle accentuée, est très distincte dans le dialecte
tonkinois: elle s'assourdit à mesure que Ion descend vers le Sud,
mais on la distingue encore nettement dans la vallée du Sông Gianh;
elle se change même parfois en i (voir n** 28). Plus on approche
de Hué, et plus le son devient sourd, tendant à se confondre avec
la première voyelle du groupe, u. Mais, même à la capitale, ce
groupe ud ne sonne pas exactement comme u. H y a une nuance
spéciale qui rappelle la voyelle d : c'est un u plus bref que Yu ordi-
naire.
21. Cette transformation de du en u en explique une autre
beaucoup moins fréquente, celle de du en d. (Cf. n° 35.)
B^ pour d4u (T haricot, arachides, est employé dans beaucoup
d'endroits du Quâng Tri et du Quâng Binh.
De même pourvu cr habitent.
Ex. : S d^ tçi nhà mtf 7u>o>n/ar tr recevoir rhospitalité, habiter temporairement
chez Madame Tu>5>ng79. Ghe â^ noi cû>a Nû Hoà cria jonque est à
Tancre dans le port de Nil Hoà^ïi^).
22. Dans certains villages et pour quelques cas seulement, la
diphtongue 4y se change en la diphtongue plus ouverte ay. C'est une
particularité dialectale. Les livres imprimés au Tonkin portent thày
pour thdy a maître tî; này pour nây cr celui-ci t?. Le dialecte du Haut-
Annam, comme on l'a vu (n™ 1 1, 13), a une tendance à assourdir
la diphtongue ai. Le dialecte tonkinois, au contraire, donne un
timbre plus ouvert à la diphtongue dy employée par les dialectes
du Haut et du &as-Annam
(^) ^4u (rvarioleT), ne change pas. On a la marche : hûm^ hiuy hS (&^).
Rapprochez la corruption de hûm, Les formes âu^ um, sont employées
ffdroite«, devenant A^, que Ton ren- Tune pour l'autre, n** 67, et Taccent
contre dans le nom d'un certain nga se change en n^ng dans le Quâng
nombre de villages du Quâng Binh. Binh (n** 116).
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 15
23. Le dictionnaire du P. Génibrei donne pour certains mots
la forme en d et en i ;
^ c4p et hip trà temps?).
^ cdp et kip tr prompt 79.
elc.
Ces deux formes constituent une différence importante entre le
dialecte sino-annaniite et le dialecte chinois du Nord. A la voyelle i
du second, correspond dans certains mots la voyelle à dans le sino-
annamite. Quant au cantonais, il se rapproche du sino-annamite.
>Qk ffcœur?), chinois du Nord : Hn; cantonais : sam; si no-annamite : tim et
tim.
f^ cr principe femelles, chin. du Nord : in; cantonais : yam; sino-annamite :
âm.
TS^ chinois du Nord : ki; cantonais : Vàp ; sino-annamite: (4p; annamite :
kip.
^ chinois du Nord : hi; cantonais: kap ; sino-annamite : cdp; annamite :
kip.
etc.
Les patois ne donnent aucun exemple de celte transformation
avec la voyelle d employée seule; mais dans ia diphtongue ud, d
se change parfois en i ou plutôt en y (avec u très bref) :
tuytfonr tuât rr année du cycles.
quifn pour quàn tr pantalons.
quyt ou quit pour quâi w plier t^ (en parlant d'une poutre),
etc.
Les mots ainsi modifiés sont très rares et on les rencontre en peu
d'endroits. Dans certaines régions du Hà Tinh les exemples sont
plus nombreux, parait-il.
Si Ton remarque que les formes Ar/p, kip y sont annamites, par
opposition à cdp, cip, qui sont sino-annamites, il est permis de
conclure que les formes inyi, quit, sont plus conformes aux lois de
la langue annamite, et que cette dernière se rencontre avec le
dialecte chinois du Nord, tandis que le sino-annamite, caractérisé
16 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
par les formes cdp^dify et par conséquent tudtj qu^t, se rapproche
du cantonais.
s IV. — VOYELLE E.
m
TABLEAU DBS PRINCIPALES MODIFICATIONS DB LA VOYBLLB K.
e : a
24. m(^;m^....;.... mère.
e : ô
mç : m( mère.
e : en
ghi : kin gaie,
mè : mhi lattes de bambou.
nhç : nhén . léger.
eo : e, ô
kio : ki ou k(. . , . de peur que, car.
REMARQUES.
25. Mç devient mq. et mé. Ce dernier mot n est pas donné par
les dictionnaires. Il correspond à mç dans le sens de crmère?).
Ex. : cha mf «rpère et mëre?) (dans la vallée du Sông Gianh).
11 correspond aussi au sens qu'a le mot mç dans l'expression
donnée par M^ Taberd : Con me ày ailla mulien».
Dans les trois provinces on dit : con me n6\ pour désigner une
femme du commun qui ne mérite pas de grands égards. Enfin elle
désigne la grand mère maternelle ou paternelle.
26. La voyelle finale e est parfois renforcée par l'adjonction
d'un n final. Le même phénomène se reproduira pour i final (n^ 3 1).
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 17
Mèn désigne les petites lattes en bambou qui retiennent les pail-
lettes sur les poutrelles.
Pour les changements de ghè en keUy nhe en nhén, comparer
n** 99 et ak.
27. La conjonction kèo se transforme en un mot très difficile à
transcrire, parce qu'il est ordinairement prononcé très vite et in-
distinctement. La voyelle o finale est presque toujours supprimée.
L'accent interrogatif est ordinairement très adouci et presque trans-
formé en accent grave. Enfin la voyelle e tantôt garde sa valeur,
tantôt s assourdit en é.
s V. — VOYELLE Ê.
TABLEAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE Ê.
ê : en
28. ri : ren racine.
ngh( : nghçti safran.
iô: e
mi^ : meng bouche.
niiêng : fnétig morceau , bouchée.
REMARQUES.
29. Dans deux cas la voyelle é finale se change en e, et est ren-
forcée par l'adjonction d'un n final, par analogie sans doute avec
les cas que nous avons vus plus haut (n° 36).
Cf. ce qui a été dit de la parenté de a et a'(n^ 7).
30. La diphtongue te se transforme en e dans deux cas. Ces deux
mots ne sont peut-être que le même mot pris dans deux acceptions
différentes , et affecté de deux accents pour marquer ces diverses
acceptions; la parenté de sens entre miéng (t bouchée t), et miçng
t
PHONKTIQUK IIHVAVITE. 3
18 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
(T bouche 7), tendrait à le faire supposer. Quoi qu'il en soit, on peut
se demander si la forme mçng ou méng vient réellement de mifn^,
ou ne serait pas plutôt une forme différente. En effet, nous avons
dans la vallée du Sông Gianh une troisième forme mfnh qui tendrait
à faire admettre une nouvelle forme mçnh ou minh (voir n'' y)^^).
s VI. — VOYELLE /.
TABLEAU DBS PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE /.
i:ô
31. bbik: bèng vase.
mifih:mèng corps, soi.
TrMi : trêng entrait.
hubih : hufng espèce d'arbre.
i : in
M: bln courge.
cU : chin fil.
i : uy
tlU : thuy aller aux examens.
ik} : (A{iy plaqueminier.
thl : thûy donner.
REMARQUES.
32. La voyelle i suivie de la nasale mouillée nh se change en é
dans plusieurs mots, et la nasale mouillée se change en la nasale
gutturale ng. C'est une curieuse variante de ce que Ton a vu au
(^' On citera, 11^7 3, les formes sui- (cA^Ttg"; cantonais, cUng; sino-anna-
vantes qui permettent de saisir la mite: cAtnA; annamite : cAteng".
parenté entre les formes mA(anA,enA), f| tr spirituels; chinois du Nord:
ingf iéng: Ung; cantonais: Ii»^; sino-annamite :
SE c'gong^; chinois du Nord : ItnA; annamite : (ten^, etc.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 19
n? 7. Nous avions là anh changé en eng; ici nous avons inh (appa-
renté à anhy comme on l'a vu dans le même n** 7) changé en êng.
Cette transformation de i en é se remarque plus souvent dans le
dialecte tonkinois : on a vét cr cicatrice -n , au lieu de vit; con rét (r cent-
piedsi>, au lieu de ni y etc. W.
32 bis. I final est quelquefois suivi d'un n, comme e.
Quant à la forme thuy pour thi^ etc. , elle est d'un usage restreint
et semble être cérémonielle. C'est un allongement de la voyelle
simple.
s vu. — VOYELLE 0.
TABLEAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE 0.
33. hçng gosier.
cong sorte de crabe.
notig chaud.
nong gorge.
rong (corruption de ru^ng) rizières.
coc le tigre.
toc varioloïde.
REMARQUES.
34. La règle générale veut que les mots ayant les formes otig
OU oc y se prononcent a comme s'il y avait un petit a devant Totî.
Trong (t dedans -n , doit donc se prononcer traong; téc (t cheveu v , torfc,
et cette orthographe traong y taôcy rend très bien la prononciation
actuelle : le son vocal contenu dans ces mots n'est pas un son simple,
mais bien un son diphtongal, ao.
^^) En général Xi annamite, dans ou les paysans dans les rizières crient
la prononciation du Haut-Annam, à leurs buiOes: âecrfile?) pour^t. Ce
n'est pas éloigné du son ê. Ainsi chinh n'est pas une assimilation complète
minh sonne un peu comme chinh mènh, de son , mais un rapprochement très
Les bûcherons revenant de la forêt, sensible.
20 PHONETIQUE ANNAMITE.
Cependant les patois du Haut-Ânnam prononcent quelques-uns
de ces mots à forme ong ou oc, tels qu on les écrit, c'estrà-dire avec
Yo ouvert suivi de la nasale ng ou de la gutturale c [ong^ oc y et non
pas aongj aoc); de même que les mots con crfilsT), trdn a rond?), sont
prononcés avec o ouvert suivi de la nasale n, ou que les mots hçp
(r s'assembler Ti,o\ibdp a presser t? , sont prononcés avec o ouvert suivi
de la labiale jp (et non caoUj traàn; hoop, badp).
Les mots où se rencontre cette prononciation patoise sont rela-
tivement rares, surtout pour la forme oc. Mais il est probable que
jadis elle était d'un usage plus fréquent, peut-être même qu elle
dominait. On ne s'expliquerait pas, en effet, comment les créateurs
du système de romanisation actuellement en usage, les premiers
missionnaires, qui ont fait preuve partout ailleurs d'une justesse
d'oreille et d'un sens pratique qui étonnent, auraient négligé les
formes oon^, aocy et adopté les formes ong, oc, qui ne rendent pas
du tout la prononciation actuelle.
Les formes patoises dont je parle ici comblent une lacune dans
la langue annamite, en ce sens qu'elles associent la voyelle ouverte
à la nasalisation notée par ng^ accouplement qui n'existe pas dans
la langue littéraire.
Dans la prononciation ordinaire trong = traong y la diphtongue ao
constitue un allongement de la voyelle o semblable à celui que l'on
rencontre dans les mots tels que cao crhauti^, bço «rfortu, etc.; avec
cette différence que, dans ces derniers cas, l'allongement étant final ,
c'est la voyelle pénultième a qui est accentuée; tandis que dans
les mots tels que cong^ tf'o^y qui devraient régulièrement s'écrire
caongy traongy l'allongement n'étant pas final, l'accent se déplace,
et c'est la voyelle o qui est accentuée et domine dans la pronon-
ciation.
On serait tenté d'assimiler à ce son (o ouvert + nasale iig) la
prononciation dont les gens de la ville même de Hué, affectent les
mots écrits dans les dictionnaires et prononcés ordinairement dans
les trois provinces, par un o ouvert + nasale m, tels que con a fils t),
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 21
trdn (T rond 7), etc. Mais des personnes qui, dans un long séjour à
Hué, ont tâché de se rendre compte de cette particularité, sont
d'avis que celte prononciation de Hué n'équivaut pas simplement
à o+ngy c'est-à-dire à o ouvert nasalisé [con (rfils7)>c(wig^), mais
à o-\-ng"{-n, c'est-à-dire à o ouvert nasalisé suivi d'une résonance
nasale très peu sensible. Il est assez diflicile d'expliquer clairement
la nature de ce son : la manière dont les méridionaux prononcent
les syllabes nasales an, in, on peut en donner une idée.
s VIII. — VOYELLE Ô.
TABLEAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE ô.
ô : u
35. c6 : cû bisaïeul.
hon : hun baiser.
khon : khun esprit, prudent.
méi : mût extrémité d'une corde.
bit rii : bût rui, . . . inquiet.
tâi : tut je, moi.
toi : tûi sombre.
thâi : thûi puer.
âàt : dût brûler.
eic.
ô : uô
conff : cuông paon.
UÔ : o
nuit : nàt. avaler,
tntiâi : mai sel.
muSi : moi moustique.
ruii : rot mouche.
rtiông : rotig rizière.
ruôt : rot entrailles.
etc.
22 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
REMARQUES.
I
36. On a déjà vu (n° 9) le rapport entre a et â. Dans beau-
coup de mots la voyelle d se transforme en u^ en passant par les
divers sons intermédiaires : hôn fait franchement hun. De même
cd est en quelques endroits pronocé eu, mais beaucoup d'individus
prononcent ce mot d'une manière qui tient le milieu entre les
deux formes. De même pour bdi rdi. Cela tient à la manière plus ou
moins sourde dont on prononce cette voyelle d.
Le mot mSi devient mût dans le sens dV extrémité d'une
corde 7), mais il ne change pas dans le sens de a fourmi blanche t^ :
can mdi.
37. La forme cuông usitée dans quelques villages du Quâug
Tri et surtout dans le Quâng Binh , où la forme công cr paon t^ n'est
pas comprise, semble un allongement de cette dernière forme công.
On retrouve cet allongement dans deux autres expressions usitées
au Quâng Binh. Il existe dans la sous-préfecture du Bô Tr^ch un
ancien mur militaire connu sous le nom de âàvg h) huông cr route
des héros de droite t». H^ est mis pour hû'u (voir n** 91, note);
quant à htiàng^ c'est un allongement de hûng : la voyelle u reçoit
le même allongement que la voyelle ô qui lui tient de si près. Il y
a aussi dans la même sous-préfecture un village appelé Cao Lao
timng, (T Cao Lao du milieux, par opposition à Cao Lao thw&ng (du
haut) et Cao Lao h^ (du bas); or de même que les habitants de ces
deux derniers villages sont vulgairement désignés par les expres-
sions Kè thang (pour thwo'ng^ v. n° i5) crceux du hautii, et Kè hq,
ffceux du basiî, de même le premier est appelé Kè chuàng (pour
trung) crceux du milieu 7?. La consonne tr est changée en ch (voir
n** 91) et ti est encore allongé en uâ.
Il serait difficile de dire si công est devenu cuông au moyen d'une
forme intermédiaire cung, ou si au contraire ttmng est devenu
chnâng par une forme intermédiaire trông ou chông.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 23
38. La diphtongue ud se contracte en o, et non en d, comme
on serait tenté de ie croire d'après les exemples précédents (n° 87).
On verra plus loin (n^ 46) que la diphtongue finale ua se con-
tracte aussi en 0.
Le mot patois rçng est un des rares mots où la voyelle ouvert
soit suivi de la nasale sourde ng (voir n** 34).
39. La voyelle ô suivie de la nasale ng est prononcée de deux
manières différentes. Â Hué et dans les environs, dans une partie
du Quâng Tri et du Quâng Binh, elle est prononcée en renflant
les joues, comme si Ton sonnait du clairon, toutes proportions
gardées: par un hrusque mouvement de la mâchoire inférieure,
on emmagasine Tair dans la bouche, les joues se gonflent en pro-
nonçant le mot, puis s'aflaissent lentement. La prononciation a un
caractère guttural fortement prononcé. C'est ce qu'on pourrait
appeler la prononciation châtiée. Quant au peuple, en général, il
prononce la voyelle comme notre â ou au français : khdng, trâng,
r^mg.
S IX. — VOYELLE 0\
TABLBAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE 0.
o' :i
40. chom : chin pied.
mm :mL alors seulement.
vàn : vé avec.
u'o' : a
nwàn: : nàc eau, royaume.
hM : lài filet.
Iwm : lai langue.
ngwcn : ngai rougir.
ngvm : ngài homme.
IrwoK : trdc avant.
etc.
i^ PHONÉTIQUE ANNAMITE.
u'o' : iô
dwom : difc médecine, nom propre,
hw<pu : hiêu chevreuil.
ru*o*u : ri^ vin.
REMARQUES.
41. Dans quelques rares exemples la voyelle o se change en t.
Le changement ch(yn > cAtn, s'explique par une forme inter-
médiaire chdn ou chu*ny signalée par M^** Taberd, et employée
couramment au nord du Sông Gianh, soit dans les livres, soit dans
la conversation. On verra plus loin l'affinité de w et de i(n** /i8).
Quant au changement de o* en 4 ou u\ c'est un tonkinisme (voir
n^ 18).
La forme m/ est très employée pour iwrft*, mais seulement lorsque
ce mot est adverbe (ou conjonction temporelle), avec le sens de
(T alors seulement -n.
Ex. : 6ng cà ai, thi tui nUdi trsi vous y niiez, alors seulement j'irai r^.
Elle n'est jamais employée lorsque m&% est employé comme ad-
jectif ou adverbe, avec le sens de a récent, récemment t?.
Ex. : nhà mén crune maison nouvelle.
mon dén »je viens d'arriver??.
La forme vé, pour véi (ravecTJJ trouve sa place ici, à cause de
la parenté entre les deux voyelles é et i. Cette forme est très em-
ployée par le peuple :
Ex. : di vé cha; ihwa vé cha cr aller avec le père; parler au père?)('l
t^i Le plus souvent ce mot est prononcé indistinctement, et Ton en-
tend : di t?' cha; ihwa «' cha, tout comme en français on dit tn'sieu pour mon-
sieur.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 25
41 bis. Nous avons vu, n° 28, l'emploi des formes en t et en â.
Nous rencontrons ici des formes en i et en o' :
ffjeu d'échecs 77 ; chinois nord : fc't; cantonais : k*i; sino-annamite : kl;
annamile : co\
Ht (f faim 77; chinois nord : ki; cantonais : ^t; sino-annamite : ki ou co\
^ (rcauseT); chinois nord : kl; cantonais : ki; sino-annamite : ki ou co% etc.
Le passage de o' à t, ou réciproquement, s'est produit au moyen
de la forme intermédiaire u* ou â. Mais alors que dans les exemples
cités au n° 28, la forme en i caractérisait les mots purement anna-
mites, tandis que la forme en â caractérisait les mots sino-anna-
mites, ici nous avons la forme en t réservée aux dialectes chinois,
le sino-annamite compris, tandis que l'annamite vulgaire semble
préférer la forme plus sonore en o'. Cela tient sans doute à ce que
dans JSt kipy — c^p? la voyelle étant suivie et renforcée d'une
consonne, est plus faible, plus brève; tandis que dans ^ fcl, — cd\
la voyelle étant finale , supporte tout l'effort de la voix : l'annamite
prend donc la forme en 0% plus longue et plus sonore.
Quant au changement de mât en m/, on peut comparer :
^ (T gain 77; chinois nord : U; cantonais : li ; sino-annamite : hn; anna-
mite : Ion.
^ ir habile?); chinois nord: U; cantonais: // ; sino-annamile : Ion.
42. On a vu, n° 1 5, que dans certains mots on admettait indif-
féremment les formes u^otig ou ang. Ce changement de wo* en a,
se remarque également, dans les patois du Haut-Annam, dans
certains mots qui ne sont pas terminés par la nasale ng. Ainsi nw&c
fait ndc dans ses deux acceptions. On dit :
uàng ndc «f boire de reau77.
theo làng theo ndc trse conformer aux lois de la commune el du royaume 77.
Lum fait lai au Quâng Binh par un changement d'accent ordi-
naire dans cette province (voir n° 1 16).
Trwàc fait trac (r avant t^, je ne sais si c'est par suite d'un chan-
26 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
gement naturel, ou par raison cérémonielle. La forme trac est très
peu usitée.
On verra, n° 67, que dans certains mots la diphtongue finale
se transforme aussi en a. Cette identité de transformation confirme
une idée émise par M, Aymonier^^^. cr La diphtongue u*a figure l'allon-
gement de la voyelle u% lorsque cet allongement n'est pas final. ^
Et il ajoute : «rUn autre allongement identique au précédent, mais
d'une prononciation différente, par suite de son caractère final,
est celui de Yw suivi de l'a, u'a.rt
Ainsi donc, d'après M. Aymonier, les deux diphtongues wo" et wa
sont identiques en tant qu'elles constituent l'allongement de la
même voyelle u\ On verra plus loin, n** 66, qu'il faut plutôt voir
dans ces deux groupes un allongement de la voyelle (y; mais ce
fait que, dans les patois, vo* et va, se contractent également en a,
confirme pleinement cette identification des deux diphtongues.
(Voir pour plus de détails, n*" 64.)
Il existe une anomalie dans la manière dont certains mots sont
orthographiés dans quelques dictionnaires. Dans la diphtongue tm,
c'est la voyelle w qui est accentuée, c'est sur elle que porte presque
tout l'effort de la voix. La voyelle finale a, au contraire, est très
réduite. Par conséquent, l'orthographe qui doit se modeler sur la
prononciation — au moins dans la transcription de l'annamite , —
doit tenir compte de la valeur respective de chaque lettre. Lorsque
le mot qui contient la diphtongue finale wa sera affecté d'un
accent, c'est sur la voyelle w et non sur a, que devra être placé
cet accent.
Ex. : IwUy ewa, bipa^ chwa, etc., et non IwAy ctrâ, etc.
Dans les mots qui renferment la diphtongue u'o\ la voyelle œ
est renforcée par une voyelle ou une consonne finale qui a
besoin de s'appuyer sur elle pour être prononcée. De ce fait ré--
(^) Nos transcriptions, p. 36.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 27
suite un déplacement d'accent. L'efFort de la voix ne porte plus sur
u% mais sur o*. L'orthographe doit encore tenir compte de ce phé-
nomène, et dans tous les mots de ce genre qui sont affectés d'un
accent, cet accent devra être placé sur & et non sur u\ Le diction-
naire de M^ Taberd ponctue justement tru'&c et lum, mais pour-
quoi écrit-il nû'ù'c? Autre anomalie : il écrit mu'(yn (avec tr
accentué) trcommodato accipere aliquid ab aliquo??; et mw&n
(avec 0» accentué) «rconducereT). La seconde ponctuation esl exacte.
On a ici deux mots tout à fait similaires, ayant même prononciation,
même phonétique et même clef idéographique P5 » presque même
sens, qui doivent donc porter le même accent. Le dictionnaire du
P. Génibrel et celui de M^"" Theurel (Tonkin) se conforment à la
ponctuation rationnelle f^'.
43. On a vu, n^ i6, le mot cfcm devenir dén. La voyelle (y se
change aussi en ê dans la diphtongue u'o\ et alors la première
voyelle de ce groupe se change en i par appropriation.
Dans les formes patoises telles que hiéu^ rieuy on appuie sur Yi
et Yé disparaît presque. C'est le contraire de ce qui a lieu dans les
^^J Pour comprendre la transfor-
mation de wù* en Uy il serait bon
de comparer la prononciation sino-
annamite des caraclëres renfermant
cette diphtongue, avecla prononcia-
tion de ces mêmes caractères dans les
dialectes chinois. On verrai tqu à celte
diphtongue sino-annamite corres-
pondent en chinois tantôt les formes
simples en a ou o, dans les deux dia-
lectes du Nord et de Canton, tantôt
les formes mouillées ea, ia, to, dans
ie dialecte du Nord, eu dans le dia-
lecte cantonais. Ces dernières formes
ea, ia, io, eu, correspondent exacte-
ment à UHP sino-annamite, tandis que
les formes en a et o correspondent
aux cas où Tannamite change uhp
en a. Mais, dans les dialectes chinois,
il y a ceci de particulier, que ces
différentes formes semblent être in-
fluencées par la consonne qui les
précède, ce qui n'a pas lieu en an-
namite.
Cette étude sur uhp et ses corres-
pondants en chinois, se lie intime-
ment à Tétude de u6 et de ua. Ces
groupes ont été pris Tun pour Tautre
bien souvent dans lannamite ou le
sino-annamite.
28 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
formes régulières en téUy telles que hteUy miêu, etc., dans lesquelles
on appuie sur la voyelle é en faisant sentir à peine Vi prépositif.
Réciproquement, on change parfois la diphtongue ié en wa. On
dira par exemple lu^çw pour Kern a mettre le cadavre dans le cer-
cueil?); g(Pm gw&c pour g&m ghiéc cr horrible ?>, etc.; mais ces cor-
ruptions sont volontaires et d'ailleurs très peu usitées (^l
s X. — VOYELLE U.
TABLEAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE U.
u : ô
44. cA : ci tubercule.
eu : c5, c^ ancien.
mû: ml pus.
ua : o
lûa : 16 riz, paddy.
riia : ro tortue.
REMARQUES.
45. La voyelle u a beaucoup d'affinité avec d, et de même que
cette dernière se change assez souvent en «, de môme u se change
quelquefois en d; mais ces changements sont très rares.
46. La diphtongue finale im se transforme en o dans deux mots.
La forme lé est usitée partout; rd est plus rare.
M. Aymonier identifie les deux diphtongues ua et wd, de même
qu'il avait identifié wo* et wa (voir n° /ta). Ces deux diphtongues se
transforment toutes deux en o dans le patois du Haut-Annam; ce
fait confirme la théorie de l'auteur.
t^) Comparez ^ tfjardin'); chinois nord : inêit; cantonais: un; sino-anna-
mite : vién; annamite : mwi.
PREMIERE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 29
8 XL — VOYELLE U'.
TABLEAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE U\
u' : i
47. bwt : bit tf couper (de rherbe)^?.
thw nhwt : ihi nkii ou y/t le premier.
mM : mit couGture.
nwl : nit se feudre.
dû't : dit se rompre.
ip : i approuver.
etc.
%
u' : a
Iwa : là feu.
7iffû>a : nga démangeaison.
ngûHk : ngà renverser.
nû>a : nd bambou femelle.
r\ji>a : ra grande serpe.
swa : sây trà lait.
nAei'a : nhg^ glu.
etc.
REMARQUES.
48. La voyelle w se change souvent en i. On a déjà vu des
exemples de cette transformation au n** 33 [u'(y devient té.). De
même au n^ â 3, on a vu une relation entre à (équivalant à w)
et »•
Le son occidental qui se rapproche le plus de IV annamite, c'est
Yu français qui a un son intermédiaire en i et ou. Mais IV annamite
est plus rapproché du son i, plus éloigné du pon ou que Yu fran-
çais; et ce rapprochement avec i varie dans la prononciation suivant
les pays et les individus. C'est ainsi que buH fait franchement bitj
mûu devient mtty etc.; mais on peut entendre entre thw nhél et thi
30 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
^/((^) une série de sons intermédiaires qui ne sont ni w ni i, mais qui
se rapprochent plus ou moins de l'une ou de l'autre de ces voyelles.
Bien que Yi annamite ordinaire, placé devant un t, soit breft^^,
cependant Vi des formes corrompues citées plus haut, parait plus
rapide, plus bref encore.
49. Pour ce qui est de la transformation de u*a en a voir ce qui
a été dit n° & â à propos de la diphtongue Wù*.
SECTION IL
MODIFICATJiONS VOLONTAIRES.
50. La politesse annamite veut que l'on s'abstienne de prononcer
le nom d'un grand personnage, de quelqu'un que l'on veut honorer.
Mais il arrive souvent que cette personne a un nom très employé
dans la conversation, par exemple y «r volonté?), cà crtous?), etc.
Dans ce cas, pour sauvegarder les convenances, on modifie ce nom
en changeant la voyelle ou le groupe de voyelles qu'il renferme.
On prononcera par exemple di pour y, cô pour cà, etc.
Il en est de même parfois pour le nom de l'esprit tutélaire du
village. Ainsi on dira dot pour dçt dans les villages où l'on vénère
le génie Bçi Càn; on dira kiéu pour cao, Ik oh on vénère le Sei-
gneur des monts , âng cao cdc.
Cette coutume est également observée par rapport aux morts,
avec cette particularité qu'à l'idée de respect vient se joindre une
certaine crainte superstitieuse : tout Annamite se garde scrupuleu-
sement de prononcer le nom de ses ancêtres; on l'altère, ou
même on s'en abstient complètement.
(1) Par cette orthographe yit, je veux rendre la manière dont on prononce
wA dans les trois provinces (voir n** 88).
î^î Tabbbd, Dktionn., Préface, p. ni.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 31
Ce sont ces transformations que jBfi^eWe volontaires, parce qu elles
ont un caractère conventionnel très évident.
Gomme je Tai dit, ces transformations méritent d'être étudiées
avec soin, car elles ne sont pas sans importance pour faire connaître
la relation des voyelles entre elles. Elles doivent aussi être étu-
diées à part : en effet, bien quelles offrent des phénomènes
semblables à ceux que nous venons de voir, elles donnent lieu de
faire des remarques particulières assez importantes.
w
s L — VOYELLE A.
TABLEAU DES PRINCIPALES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE A.
à: u'o'
51. m^ : mw^ revêtir, selon.
tnâc : mwà>c être pris, occupé.
à:i6
nàtn : niém cinq, année.
REMARQUES.
52. Je ne sais s'il faut rattacher le changement de mQc et mac
en mwç'c et mw&c aux modifications naturelles ou aux modifications
volontaires. On dit :
mwùHsy «à votre grén;
mwçH: ào cr revêtir un habita;
mw6*c tfi ttèire coupable?), etc.
Les deux formes â^ng et duyc «r pouvoir tî, sont sans doute deux
mots distincts. La première est employée dans le Bas-Annam
(du moins dans les livres), la seconde au Tonkin; à Hué et aux
environs, la forme âçng domine; mais à mesure que l'on s'avance
vers le Nord, la forme duyc est de plus en plus employée; au
Quâng Binh elle a presque supplanté l'autre.
On a vu plus haut la voyelle a se changer en u'o*. Ici c'est la
32 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
voyelle à qui subit la même transformation : le peuple n'a pas vu,
semble-t-il, une différence essentielle entre ces deux voyelles.
Le changement de mm en niéni, dans le sens de trcinqu et
d'(T année 17, fait voir encore que le peuple, dans les modifications
volontaires , n'a pas maintenu strictement la disti n cli o des voyelles
longues et brèves. Nous avons en effet à changé en ié; nous verrons
plus loin, n^ 56, a changé également en tV, dans cao ou sdu qui
font kiéu et siéu. Les Annamites ont fait attention au son qui était
vaguement le même, et ont rendu les deux voyelles par le même
équivalent.
C'est au reste ce qu'ont fait les créateurs des chu* nâm^ lors de
la fixation de la langue annamite au moyen des caractères chinois.
Ils ont rendu par le même caractère ou la même phonétique des
mots où entraient des voyelles toutes différentes, bien que rendant
approximativement le même son. Pour ne citer qu'un exemple, le
caractère A, sino-annamitè nh4p, chinois nord jôu, cantonaisyop,
a été pris comme phonétique pour rendre les sons :
nhdp B;\ crnictare?}.
nhâp lî/\ erdormireTï.
nhçp /V ffdedecusîï.
gi^p /V ï^aeternusTï.
C'est-à-dire que ce même caractère représente trois voyelles, a,
ô, dy et deux consonnes nhy gi. L'œuvre des créateurs des chu' nom,
et l'œuvre qu'accomplit le peuple en modifiant intentionnellement
certains mots, est identique; ils ont suivi les mêmes règles arbi-
traires, en quoi les deux phénomènes diffèrent de celui que nous
avons étudié dans la première section oil nous avons vu des lois fixes
et invariables.
s 11. — VOYELLES A, A, Ê.
TABLEAU INDIQUANT LES MODIFICATIONS DES VOYELLES A, À, É.
a : o'
54. ba : bo' trois.
cà : ci* tous.
PREMIERE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 33
dd : d(P pierre.
tâm : tœm huit.
etc.
a : u'o', o
bày : hwôn (ou bàn). sept.
hai : hai deux.
thaï : thm grand.
etc.
ao : ièu
1 ° cao : Lieu grand.
dao : dieu religion.
etc.
3'' sàu : siéu six.
sau : siéu après.
âu : u'u
hçu : h^m après.
Uu : lum . longtemps.
iô : o
tien : toti sapèque, sou.
tki^i : thani bon.
etc.
REMARQUES.
55. Employée seule, la voyelle a se change en o par affaiblis-
sement. Il en est de même dans la diphtongue ai qui devient ox
II est à remarquer que la de bày « sept^ est un à bref. On l'a assi-
milé à Ya long, d'où la transformation en bô'i ou en &u'ô*t, suivant
les contrées. Cette dernière forme est la réciproque du change-
ment de uw en ai que nous avons vu n° ûa. Cette assimilation de
à k a long est un autre exemple de ce que l'on a vu au paragraphe
précédent, n° 53.
56. Une nouvelle preuve de ce fait que les Annamites ne suivent
pas, dans les transformations volontaires, les lois naturelles de la
PHONKTIQUE AX»AM1TE. H
lui' m M ERIK \»riU!kALt.
34
PHONÉTIQUE ANNAMITE.
langue, mais procèdent par à peu près, c'est le changement des
deux diphtongues ao et au en iéu.
La transformation ao : iéu trouve son explication dans ce fait que
presque tous les mots sino-annamites ayant îa forme iéu ont comme
correspondants, dans le dialecte chinois du Nord, des mots à forme
wo. Par exemple :
>J\ trpetitT); sino-annamite : ^iu; chinois nord: nào.
^ croiseau)); sino-annamite: âHu; chinois nord: gn\ab^^\
Les Annamites, soit parce qu'ils connaissaient cette correspon-
dance du son sino-annamite iêu avec le son tao du dialecte chinois,
soit parce qu'ils obéissaient à une loi de leur langue , ont changé
aussi le son ao (non mouillé) qu'ils trouvaient dans leur langue en
iêu. Dans le cas précédent, il y a une correspondance parfaite
entre iéu de lieu et iao de siào : les deux groupes vocaliques sont
mouillés tous les deux par la semi-voyelle palatale initiale; les
voyelles du premier correspondent exactement aux voyelles du
second groupe. Mais la correspondance n'est plus parfaite entre
les sons ao etiéu^ l'un étant mouillé, l'autre ne l'étant pas. Le pas-
sage de l'un à l'autre ne s'est opéré qu'à cause de la ressemblance
du groupe annamite ao avec le groupe chinois iao ^^^l
Enfin la différence est plus grande encore entre au et iéuj et
cependant les Annamites, confondant les deux diphtongues finales
ao et au, ont changé cette dernière en iéu, tout comme ao W.
(^) Le dialecte cantonais emploie
une forme contractée se rapprochant
de la forme sino -annamite : siû,
tiiû, etc.
l^) Le caractère ^} réunit, dans
le dialecle sino-annamite, les deux
formes ao et iéu : hào tchom); hiêu
(T aimer)). La forme iéu n'a pas son
correspondant dans le dialecte chinois
du Nord, ni dans le cantonais; le
changement de sens est simplement
indiqué par un changement de ton :
Nord: hào «rboni); hâo (raimerr); —
cantonais: ho tthonn^ho craimerr).
t^) Dans quelques rares exemples ,
ao et au sont employés Tun pour
l'autre : tao ou tau erje, moi)?.
Dans certaines contrées la pronon-
ciation de la syllabe ao se rapproche
beaucoup de au. On pourrait peut-
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 35
Il est curieux de comparer avec le changement cao > ktéu , celui
que nous trouvons dans les deux formes nguyet et ngoçt , que prend
le caractère ^ «rlunei?. Ces deux changements sont analogues,
mais l'un est l'inverse de l'autre en ce sens que la voyelle non ac-
centuée, c est-à-dire o dans cao y et dans ngoi^ty u dans ktéu et dans
nguyet, est placé tantôt avant, tantôt après la voyelle accentuée.
Mais quelle que soit sa place, elle se conforme toujours à la voyelle
accentuée pour le degré de sonorité : a, dans cao, se change en iV,
groupe plus sourd, dans ktéu, et aussitôt la voyelle non accentuée o
se change en la voyelle plus sourde u; de même le groupe accen-
tué tê dans nguyet, se change en la voyelle plus sonore a dans ngoal,
aussitôt la voyelle prépositive non accentuée u se change en la
voyelle plus sonore o^^\
Pour compléter l'étude de la voyelle a, il faut signaler la parenté
que montre cette voyelle , lorsqu'elle est finale, avec é. On a les
formes hoà et hué «paix 71; hoa et hué cr fleurie; de même, l'an-
cienne province de Thuin Hod a pour capitale Hué.
Dans les anciennes relations des missionnaires on lit parfois la
forme Hoé; je ne sais si cette orthographe rend exactement la pro-
élre expliquer le changement de oa
en iêuy en admettant une parenté
entre a et ié. Comparez :
'^ cr heureux?»; chinois nord: kï;
canton. : kat ; sino-^nn. : cdt et kiêU
m
W (T fouler aux pieds ^; chinois
nord: tiV(t'tV); cantonais : a)7(l't]p);
sino-annamite : H^; annamite : iof.
>^ (Tse réunir 7); chinois nord : Ao;
cantouais : Aop; sino-annamite : At^;
annamite : kqf, hop, hœp.
^ er pinces 7); chinois nord: Viêti;
cantonais : Vim; sino-annamite : Idem;
annamite : kèm; (phonétique "^^
cam), etc.
(^) La forme ngogt n a pas son
équivalent dans les dialectes chinois :
nord , iuë; cantonais, ûi . Les diction-
naires ne la donnent pas, cependant
elle est très usitée , au moins dans Tex-
pression : UhAi ngoçt «rriz de la hui-
tième lune?).
Il y a aussi le caractère ^ <rdire9),
que Ton lit d'ordinaire ihuyêt, et que
Ton prononce parfois thoàu Les dia-
lectes chinois ont l'équivalent des
deux formes : nord : chaud et fouô;
cantonais : shiit et tût.
Le cantonais correspond à la forme
thuyét.
3.
36 . PHONÉTIQUE ANNAMITE.
nonciation du temps, ou si c'est une faute. Le changement de a en
e n'aurait rien d'étonnant (voir n** 8).
Dans les mots hoày hody etc., c'est la voyelle finale qui est accen-
tuée, c'est elle par conséquent qui doit porter l'accent dans la
transcription du mot: en général les dictionnaires accentuent la
voyelle o, d'autres accentuent ici d'une façon, là d'une autre. C'est
une erreur. L'écriture doit se conformer à la prononciation, et
dans ce cas c'est vraiment la voyelle finale qui est accentuée.
Pour ce qui est de la nature de Yo et de Yu des mots Hoày Huè,
voir n** 75 bis.
56 bis. La voyelle longue a devient ié dans les transformations
volontaires, mais la réciproque n'est pas vraie: ié se change en o\
affaiblissement de a. Les formes t&n pour ttAi, thç% pour thi^, ne
semblent pas régulières. La comparaison avec ce que nous avons
vu plus haut, n? Ii3 {m'ç*u > rieu, ghiec > gu'&c) , semblerait exiger
les formes tu'&rij thu'ù%, T&n et thù*n sont des formes incofnpiètes,
(Voir n° 67.)
On peut rapprocher cependant de cette transformation l'emploi
desdenu formes quy en et quàfi cr puissances (f|, chinois nord : kiuén;
cantonais : fe^n, deux formes qui correspondent au sino-annamite
quyén). — Comparez aussi les deux formes quyén et quan (t liga-
tures d, données par le P. Génibrel; quyen et cu(fn cr livrer?.
57. Les changements lâu>- Iwu, h^u> hivu sont une nouvelle
preuve de la parenté entre d et u* (n** 18, 19). Dans les change-
ments naturels nous avions vu du>>u, du:>d (n°' 20, ai).
s m. — VOYELLES ly Y.
TABLKAU INDIQUANT LES MODIFICATIONS DES VOYELLES /, Y.
58. chm : chù*n neuf.
y : ipi volonté.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 37
khi : khôi commencer.
ly : Un raison.
m : mon beau.
thl : thon temps, alors.
elc. ,
i : u'o'
binh : bwomg paix.
REMARQUES.
59. Les changements t>o% t>o*i, sont conformes à ce que nous
avons vu n° /ii, c'est-à-dire qu'ils sont la réciproque des chan-
gements 0* > t, o'i > i. Mais dans les changements naturels de
la voyelle i nous n'avons jamais vu i > o' ou o't, nous avions i > é.
60. La transformation lîïnh : bu*&ng paraît d'ahord difficile à
expliquer. Mais il faut se rappeler que le caractère 2p «rpaixi?, qui
se lit ordinairement en sino-annamite b\nh (chinois nord : j^ng ,
cantonais: fvig) se prononce souvent en annamite vulgaire bàng:
bàng yen cr paisible tî ; bàng thâng cruni, égaK, etc. C'est par l'in-
termédiaire de cette forme bàng que blnh a fait bu'èmg.
Cette forme bu'&ng n'est jamais employée au lieu de bàng^ en
annamite vulgaire, au moins dans le dialecte du Haut-Ânnam; elle
ne l'est que pour b\nh^ en sino-annamite, principalement dans les
noms propres. On dit Quàng Bwo'ng, Gia Bu'&ng pour Qmng
Blnh, Gia Blnh^ mais on ne dira jamais bw&ng an pour bàng an, etc.
Ici non plus on n'a pas conservé la différenciation des voyelles.
Les changements naturels nous donnent a > u'<y. Ici nous avons
o^wo». On a assimilé a à a comme plus haut, n*** 52, 53, 55.
Les deux formes blnh et bàr^^ cette dernière annamite vulgaire,
trouvent leur explication dans ce fait relaté par Eitel , Chin. Dic-
tion. , p. xiv : tri, when preceding the final ng (c'est le cas pour ^
p'ing) . . . changes in the districts S. VV. of Macao into a t.
38 PHONÉTIQUE ANNAMITK.
S IV. — VOYELLE 0.
TABLEAU DES CHANGEMENTS DE LA VOYELLE 0.
o : uô
61. long : hàng cœur.
phonff : phudng. . . . conférer une dignité,
etc.
O : u'o'
làng : Iwhmg cœur.
fhong : fhwomg, . . conférer une dignih*.
hùc : hwo>c apprendre.
etc.
Pour les REMARQUES , voif n*^ 65, 66.
S V. — VOYELLE 0\
TABLEAU DES MODIFICATIONS DE LA VOYELLE 0\
u'o' : a
62. mu^n : nuin emprunter.
tm^Jv ; trâc avant.
u'o' : o
mwon : min dix.
REMARQUES.
63. Le changement mu'0*n : mq/ny est analogue à celui que nous
avons vu, n" i5 et ûâ.
64. La diphtongue wv est l'allongement d'une voyelle primitive,
distincte selon les dialectes. D'après les dialectes du Haut et du Bas-
Ânnam, u'cf serait un allongement de o». Nous avons en effet mwoi
changé en m(>i. Par ailleurs ces deux dialectes emploient la forme
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 39
simple ngù'i (t louer d , au lieu de la forme allongée ngu'(yi qu'emploie
le dialecte tonkinois. Nous avons vu, n"^ 1 5 et 62 , un grand nombre
de mots où le groupe u'(y se change en a, renforcement de o» : le chan-
gement nu'6'c : ndc implique une forme intermédiaire n&Cy inusitée.
Nous avons par analogie à assimilé à a, et bày fait bw&i^ ou b&iy
autre preuve de l'assimilation de wo» à cP (n° 55). Autre fait : la
diphtongue ié est changée tantôt en wo* (n** 43), tantôt en o'
(n**56 6i«).
Le dialecte du Tonkin, au contraire, semble voir dans wty un
allongement de u\ Il emploie M'i pour la forme chwâ'i (t injuriera,
employée à Hué. Le fait n'a pas grande valeur en lui-même; mais
il faut se rappeler ce qui a été dit, n"* 18 et 4i, de la préférence
que le dialecte tonkinois donne aux formes en w plutôt qu'aux formes
en cp employées par le dialecte de Hué.
Au fond, ce n'est qu'une différence de nuances, car les deux
voyelles o* et t^'sont très voisines l'une de l'autre. Cette théorie n'est
pas opposée à l'opinion de M. Aymonier qui fait de wv l'allongement
de u\ elle en est le complément. (Voir la note du n° 69.)
65. Le même auteur (^) dit que les diphtongues ué et tia sont
un allongement de u. On doit faire, je crois, la même remarque
que pour les diphtongues wo* et wa. Ces deux diphtongues, uâ et
lia, sont ramenées, suivant les dialectes, à deux voyelles fondamen-
tales bien voisines, mais distinctes cependant: u et d. Je n'ai pas
d'exemples pour le dialecte tonkinois. Mais M. Aymonier dit qu'en
Basse Cochinchine, on prononce mût pour mtuH «rselii; chûi pour
chuâi (T bananier 7) , etc. Ce qui prouve que dans ces pays on rap-
proche tut de u.
Le dialecte du Haut-Annam, au contraire, semble voir dans u
un allongement de é qu'il prononce sous sa forme plus ouverte 0.
On a beaucoup de mots où uô est changé en 0; de même ua se
t*î Nos transcriptions, p. 35.
40 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
change en o; ailleurs la diphtongue ao, allongement de o( dans /ong^:
ladtiff «r cœur 7)) est changée en uâ, et nous avons ludng pour làng
(n° 61). Le mot cdng «rpaom? devient cuông; on trouve les deux
formes mudi et moi tr chaque i?. Ces faits tendent à prouver, ce me
semble, que ce dialecte rapproche ué et un de d, non de u. (Voir
la note du n** ûq.)
66. Le changement Idng > luAngy fait évidemment sur le modèle
mUft>néty semblerait tout d'abord faire croire que Ton a confondu
la diphtongue ao de làng (ladng) avec la voyelle simple 0, et nous
aurions un autre exemple du phénomène que nous avons vu, n"^ 53,
55, etc. Mais il ne serait pas étonnant que la prononciation ladng
fût récente (voir n** 34). Dans ce cas la transformation de Idng en
ludng serait toute naturelle, et nous aurions l'inverse de la trans-
formation nudt .> ndt; r%i4ng > rong, où ud correspond à une
simple voyelle (0 et nonoo). De fait, actuellement encore, certaines
personnes prononcent le mot làng^ comme beaucoup d'autres
mots en ong, non pas ladng , mais bien làng, tel que je l'ai expliqué
n<>3/iW.
67. J'appellerai la transformation de mwô*i en mai une transfor-
mation incomplète ou tronquée.En effet, a s'affaiblit parfois en o'( Ahi
pour dàn; bo' pour 6a, etc.). Par ailleurs on doit considérer u*o'
comme un allongement de 0* (n° 64). Une transformation complète
de la voyelle a devrait passer par l'affaiblissement 0* pour aboutir à
u'o\ Réciproquement, la transformation complète de tw devrait
être a, en passant par (y. Nous avons ces transformations complètes
dans beaucoup de cas : luw : lui; nw&c : nâc^ etc. (voir n^ 60);
âàr^ : âu*&ng; làng : lu'à'ngy etc. (n° i5); et par analogie, mac :
^*J Tai entendu changer /;o?r bœuf ^, tandis que non final est changé
en io». ; trâu bà» ni c6 «r je n'ai ni buffles en w(p ou u6 ? Je ne saurais le
ni bœufs?). Pourrait-on dire que dire, faute d'un nombre suffisant
final est changé en 0» comme a, d'exemples.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 41
wtt'o'c (n° 5i). Mais parfois cette transformation, soit de a, soit de
iro*, s'arrête à moitié chemin, c'est-à-dire à la forme o% intermé-
diaire entre a et wa. C'est ainsi que nous avons vu hai faire haiy et
non pas hum que semblerait exiger la comparaison avec bày : bu'ô*iy
et lum : lai. De même mti'&i fait ind'i et non mai, que l'analogie
avec ngu'o*i : ngal semblerait exiger.
Les transformations complètes se remarquent surtout dans les
cas où la langue a suivi ses lois naturelles, tandis que les transfor-
mations tronquées n'affectent que les mots qui ont été modifiés par
la libre volonté de l'homme, c'est-à-dire sans se conformer exacte-
ment au génie de la langue.
68- Le mot mw&i est le dernier des dix premiers noms de nombre
sur lesquels est basé le système de numération annamite. Ces dix
noms sont défigurés dans l'usage vulgaire. On a :
nhà't : nhât un.
hai : hon deux.
ba : bo> trois.
bon : tu> quatre.
nàm : niêm cinq.
sàu : siéu, swit. . . . six.
bày : btt>on, b&'i . . . sept.
iàm : tà>m huil.
chùi : chom neuf.
mwon : mo*i dix.
La forme tw n'est pas une forme patoise , mais une corruption
par changement d'accent de la forme sino-annamite ftî', ffl cr quatre -n.
Elle doit être considérée comme faisant partie de la langue anna-
mite vulgaire.
Ces formes patoises sont employées surtout dans les villages d'il-
lettrés, sur le bord de la mer ou au pied des montagnes. Les Anna-
mites lettrés donnent à leurs enfants des noms chinois désignant
une qualité, une vertu, une chose poétique, comme Linh cr protégé
par les esprits n , Xudn tr le printemps n , Thé «r la considération n , etc. ;
/|2 PHONETIQUE ANNAMITE.
quelques-uns prennent des noms doubles comme : Ai m^ cr aimer
et affectionnent; Y tu' «cla volonté et l'intention tî ; ou bien encore
des mots formant ensemble une phrase d'un livre classique : té tJiw
tai (T sacrifier comme s'il était présent?). Le premier enfant reçoit
comme nom le premier mot de la phrase ou de l'expression , et ainsi
de suite. Mais dans le peuple des illettrés, beaucoup suivant en cela
une coutume immémoriale, usitée par plusieurs tribus du sud de
la Chine , désignent leurs enfants par le nom de nombre correspon-
dant à l'ordre de leur naissance : hai^ ha y mm trie second, le troi-
sième, le cinquième 7). Il suit de là que beaucoup de familles ont
parmi leurs ancêtres un Hat ou un Nàm, etc., dont ils s'abstiennent
de prononcer le nom par respect. Ils changent donc, dans la con-
versation, le nom de nombre qui désigne cet ancêtre. Les noms
ainsi déformés varient de village à village et de famille à famille.
Ici on ne prononce jamais le mot ba, mais on dira b<y, tandis qu'on
dira sans scrupule tdm et non tchn; ailleurs c'est le contraire qui
arrive. Il faut ajouter que beaucoup observent cette coutume par
l'effet de l'habitude, à force d'entendre prononcer les formes cor-
rompues, et l'usage devient ainsi général dans certains endroits.
Le nom de nombre m(}t (tun?), n'est pas déformé; en effet, c'est
la série des noms de nombre ordinaux que prend l'Annamite pour
désigner ses enfants, or mfUest un nom de nombre cardinal. Il n'ap-
pellera jamais son fils premier né du nom de M(}t, qui signifie run,
un seul^; il veut avoir d'autres enfants, il dira donc Nhû't rie pre-
mier i^, terme de bon augure qui ouvre la série d'une nombreuse
descendance. Les expressions ông m(H^ mu m4t (t Monsieur unique.
Madame uniques, désignent les veufs ou les veuves, ou les per-
sonnes qui ne se sont point mariées.
s VI. — VOYELLE U\
69. Dans un seul cas w se change en a : su' tr choses devient sa.
Cette transformation s'opère peut-être au moyen de la forme inter-
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. /i3
médiaire en o». Certains mots ayant la voyelle â, la changent en o»
par raison cérémonielle : cAdn (t vrai t? , devient cA(m; ord et u» sont
très apparentés. On a vu ailleurs, n° 5û, que a se change en a et
réciproquement (n° 16).
Le nom de nombre sdu «c six t? , devient dans certains endroits sû*u;
on a donc a > u\
69 bis. Dans quelques villages, tw «particulier?), fait ti; ce chan-
gement purement volontaire a son explication dans ce fait que le
caractère It rime en poésie avec les mots terminés en i, de même
que tous les autres mots terminés en u\ (3 cr présider kn se pro-
nonce tw ou ti; ^ a aussi le son tdy d'après le dictionnaire du
P. Génibrel).
s VIL
70- TABLEAU DES VOYELLES ET GROUPES DE VOYELLES
DE LA LANGUE ANNAMITE.
a (à)
ao
au
oa
tta
at, oat, uat
ay, 03Ly, uay
eo, tteo
oe
ue
îê, uyé \ la, uja
éu^uèu
uè
iu
Mi, «y
^
à
u
. — ^_
uà
ua
wo»
ao
om, wo*u
ot
ai
ut
on
a
U'
uni
au,uàu iu>u
fia
ay,ufty
Nota. Dans les groupes de voyelles , la voyelle écrite en caraclères gras est la voyelle accentuée.
a PHONÉTIQUE ANNAMITE.
EXEMPLES POUR LES DIFF]£rE!STES VOYELLES OU GROUPES DE VOYELLES.
70 bis. a (a) — ba tflroisîj; Mrwsaisir^.
ao — bao sac.
au — eau arec.
oa — hoà paix.
fia — quç. corbeau.
at — gai chanvre.
uai — quai anse.
oat — hoài toujours.
ay — may coudre.
uay — quay se rouler.
oay — xoày sommet de la léle.
e -— rê bon marché.
eo — heo porc.
u^o — quéo recourbé.
oe — hhoê . bien portant.
tie — quk boiteux.
é — thé monde.
iô — mièt région.
uyè — quyèn puissance.
eu — dèu chacun.
u&u — quèn nonchalamment.
uè — qui patrie.
i — a aller.
ia — mia canne à sucre.
uya — khuya tard dans la nuit.
lu — diM flexible.
m
i/i — qui. ., diable.
wy — thuj eau.
o — c6 avoir.
flo — long {laong) . cœur.
oi — hoi interroger.
d — rô bisaïeul.
«ô — quàc royaume.
ai — mai fourmi blanche.
u — CM ........ . hi]>ou.
ufl — CM/i les choses, le bien.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 45
ut — cûi bois de chauffage.
ù> — tho> lettre.
tt»o' — ft«»(w. ..... dignité.
o>ii — r(pu bruit de bouteilles écrasées.
tt'oni — hwo*u .... cerf.
uù> — qui* réprimander.
ci — bœi parce que.
à — làn fois.
àtt — ràu triste.
uku — qudu déchirer avec les ongles.
uà — hudn instruire.
ky — mây nuage.
uày — quây tourner.
u* — cw suivre.
nm — hwa promettre.
u*i« — mwu embûches.
REMARQUES.
71. Dans le tableau précédent, les colonnes verticales ren-
ferment tous les groupes où se trouve la même voyelle accentuée.
Les lignes horizontales réunissent les groupes qui ont quelque
similitude, soit par l'identité des voyelles non accentuées, soit
par la facilité avec laquelle, dans le patois, ces groupes sont pris
l'un pour l'autre, soit par les transformations identiques qu'ils
subissent.
Nous avons tout d'abord les voyelles simples et primitives classées
de droite à gauche par ordre de sonorité décroissante : a, e, o, o\
En lisant le tableau verticalement, on a les séries de voyelles :
a,
e,
e,
t.
«,
0,
4
0,
IL
a,
o\
à,
U,
72. Sur la première ligne horizontale des groupes de voyelles,
nous voyons rangées côte à côte les diphtongues iê et ta, ud et ua,
u'(y et wa. Les groupes uô et tia sont identiques en tant que consti-
46 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
tuant deux allongements de la voyelle d (n** 65); de même wo» et
wa constituent un allongement de (y (n** 64),
73. Quant aux diphtongues ié et ûi, je n'hésite pas à les assimiler
également, et à en faire un allongement de la voyelle t. Dans le
premier groupe c est ^ qui est accentué, à cause du caractère non
final du groupe; dans le second c'est i qui est accentué pour la
raison contraire. Les raisons de cette opinion sont nombreuses.
Les plus décisives se tirent de la comparaison avec les dialectes
chinois.
Pour le groupe îa, on peut voir :
ijl ff terre n : chinois nord : tï; cantonais : ti; sino-annamite : dia (il faut
probablement y rattacher l'annamite ddt),
H (rjusticev) : chinois nord : y; cantonais : t; sino-annamite : fighta (cette
phonétique conserve assez souvent dans le sino-annamite le son con-
tracté i), etc.
Pour le groupe ié, M. Aymonier (*) dit que cette diphtongue res-
semble à un t très long, triple pour ainsi dire; et qu'en Basse-Co-
chinchine, khiémy nhiêm sont prononcés khim, nhim^ etc.
A comparer aussi les formes suivantes :
H ffbleuT) : chinois nord : pi; cantonais ipik; sino-annamite : hich; anna-
mite : hiéc.
j^ crétain^ : chinois nord : si; cantonais : tik; sino-annamite : tkh; anna-
mite : iièc,
SjE <^gong^ : chinois nord : tchéng; cantonais : ching; sino-annamite : chvth;
annamite : chiêng.
fl (T hantée : chinois nord : ling; cantonais : Ktig; sino-annamite : Ivih;
annamite : liêng.
^ (T sangsue?) : chinois nord : tchëu ou ttë; cantonais : chat; sino-annamite :
difl; annamite : dta.
^ ; sino-annamite : minh et miêng.
Comparer les formes thành (M) et ihiéng, qui exigent une forme
^^) Nos tratiBcriptions , p. 33.
PREMIÈRE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. Ul
intermédiaire thïnh r ville, muri^; — et les formes : tniéngy menh,
mfng^ peut-être minh (n° 3o).
Il serait aisé de multiplier les preuves. Les exemples donnés ici
suffiront à montrer la parenté qui existe entre les deux diphtongues
ié et ia, et avec la voyelle i.
En parcourant la ligne horizontale qui contient ces deux groupes,
on peut se rendre compte des transformations de u*(y en ié [n^ 43);
de uâ et tm en (n** 38, 46); de W(y et u*a en a (n° ûq).
74. Dans la colonne verticale de a, le groupe ao est placé au-
dessus du groupe au. La voyelle a a le privilège de s'unir tantôt à o,
tantôt à M, qu'elle soit placée avant ou après; ainsi nous avons :
hoà et cao, qua et eau. Au contraire, e ne s'allie qu'à o {hoèy eo)W;
et les voyelles éy o* s'allient à u {quéy âèuj quâ', 7'</u).
Le groupe du, bien que rangé dans la colonne de rf, semble être
un allongement de u. (Voir n° 20, et Aymonier, op. laud.y p. 33.)
75. Pour tous les mots renfermant les groupes oa, oe, oai, oaïf,
ua, uSy uaiy uay, ueo, ué^ uéu^ uy, uyé, uya^ udu, uây, c'est-à-dire
renfermant une voyelle ou un groupe de voyelles précédés d'une
semi-voyelle labiale, il y aurait lieu de faire de nombreuses re-
marques basées sur la comparaison de la langue annamite avec les
dialectes chinois et sino-annamite. Il suffira de dire que ce son
labial, rendu tantôt par «, tantôt par 0, semble être plus voisin de
la consonne lorsqu'il est précédé de la gutturale forte [que y qué)^
et qu'il se rapproche davantage de la nature des voyelles, lorsqu'il
est précédé de l'aspirée (Aoa, hué), ou d'une autre consonne {tuyén,
suyéïiy xuyéuy etc.).
Les formes telles* que cm «c richesse 7? , cûi crboisT?, peut-être cuôc
cf pioche 7), n'entrent pas dans ce groupe.
(^) Nous avons aussi los mois (ois que que, mais cet u est d'une espèce par-
ticulière, voir n"* 76.
48
PHONÉTIQUE ANNAMITE.
La différence entre ui de qui, et uy de thuy, est difficile à pré-
ciser.
76. M. Aymonier (^), assimilant avec raison o de hoa avec u de
que et de Am^, voudrait rendre ces deux semi-voyelles labiales par
le même signe, w, et écrire hwa, hwêj kwe^ etc. Mais il faut observer
que la voyelle fmale, dans hoa et huê^ influe réellement, dans la
prononciation des trois provinces du moins, sur la semi-voyelle
précédente et que l'on dit véritablement Aoa, hué. La semi-voyelle
est prononcée d'une manière plus ou moins sonore suivant le degré
de sonorité de la voyelle finale accentuée. Ce fait ne permet pas
d'écrire ces deux mots de la même façon.
Quant aux mots commençant par la gutturale forte, la voyelle
finale n'influe en rien sur la semi-voyelle précédente, L'w de qua^
sonne comme celui de que ou celui de quô. On pourrait donc les
écrire comme le veut l'auteur, hva^ kwé^ kw&. Les mots tels que
Amc' pourraient même, à la rigueur, être dotés de la même ortho-
graphe, mais non ceux comme hoa^^K
î*) Nos transcriptiùfis, p. 97-28.
(^) La voyelle «, dans les groupes
où elle n'est pas accentuée , représente
])lusieurs sons : tantôt elle a le son
sourd de ou français, tantôt elle a un
son presque identique à notre u fran-
çais, tantôt elle a un son intermé-
diaire entre ces deux voyelles, plus
rapproché de Tune ou de l'autre,
suivant les cas, et surtout suivant la
région, suivant les individus.
Elle a le son ou, sourd et long,
avec son maximum d'intensité de-
vant 0.
Devant o> elle a aussi le son ou,
mais moins long.
Devant i elle a le son ou, à peu près
comme devant o> (cela n'arrive que
dans les mots tels que huinh, khuinh,
quinh ; ailleurs on a les formes chuynh ,
khuynh, etc.).
Devant â elle a le son sourd de ou
mais bref (voir n" 90).
Devant ê elle a un son intermé-
diaire entre otieiu, plus voisin de ou
après h y kh, t, ih; plus voisin de u
après ch, d, nh.
Devant y elle a un son presque
identique à u français après i, nh,
gi,kh,l, 8, x; tendant vers le son ou
après A, ng, t, th (grande variété de
prononciation après ( et ih).
Devant yê {yen ou yét) , elle a le sou
ou après q, ng, le son presque iden-
PREMIERE PARTIE. — MODIFICATIONS DES VOYELLES. 49
77. Les groupes at, oat, uai renferment a long; les groupes ay,
oay, ^lay, renferment à bref. M^^Taberd (préface, p. lu), dit que
a du groupe au est aussi un à bref. Ce sont les rares cas oiïl à entre
en combinaison avec une autre voyelle.
Le groupe ao que l'on voit dans la colonne de o, correspond aux
formes telles que : longj c6c^ pour hwn^j caéc^ etc. (voir n** 34).
78. Gomme lois générales des transformations de voyelles dans
le dialecte du Haut-Annam , on pourrait donner les suivantes :
Les groupes de voyelles tendent à se contracter.
En général, les groupes de voyelles qui subissent une contrac-
tion ont, après cette contraction, un son plus ouvert qu'avant. Quel-
ques groupes cependant suivent une marche contraire.
Quant aux voyelles simples qui subissent une modification, les
unes deviennent plus ouvertes; les autres, en plus grand nombre,
s'assourdissent. Les cas d'allongement en diphtongues sont très rares.
(Voir n® t a i , remarques générales.)
tique à u après d, nh, ch, l, Sy t, th, termédiaire entre u et ou , mais plus
tr, X, et lorsqu'elle n'est précédée voisin de ou, après i!?A, plus rapproché
d'aucune autre lettre ; elle a un son in- de u , après A.
1>UU>£I1QUE A.NMMlTli. 'l
DEUXIÈME PARTIE.
MODIFICATIONS DES CONSONNES.
79. Les consonnes annamites se divisent, suivant la région de
la bouche où se produit le bruit caractéristique de chacune d'elles,
en labiales, dentales, palatales, gutturales, linguales. Plusieurs
d'entre elles ont exactement leur équivalent en français; quelques-
unes diffèrent légèrement des consonnes françaises correspon-
dantes; d'autres, en6n, n'ont en français aucun son qui leur cor-
responde. La classification exacte de ces divers éléments ne saurait
être faite que par un linguiste de profession. C'est le motif qui m'a
déterminé à ne pas donner de tableau des consonnes annamites. Je
les range simplement de la manière suivante, la classification
n'ayant rien de définitif :
80. Labiales : p^ b, v, ph, m.
Dentales : t, d, x^ th^ n, n/i.
Palatales : tr, chy g doux, s, d.
Gutturales : Cy k, q, g dur, khy h, ng initial.
Linguales : I, r.
Le système de transcription actuellement en usage se sert de la
même lettre g pour rendre deux consonnes essentiellement dis-
tinctes : une gutturale douce (ex. : gà cr poules), et une palatale
douce (ex. : gï (rquoii)). J'adopte les dénominations g dur pour
désigner la première, g doux pour désigner la seconde plutôt que
de recourir à l'emploi du groupe gi,
La consonne d est une dento-palatale dont la place est assez dif-
ficile à déterminer. Je l'ai rangée parmi les palatales. L'étude com-
parée des diverses modifications qu'elle subit dans les dialectes
annamites d'une part, la comparaison des consonnes qui corres*
k.
52 PHONETIQUE ANNAMITE.
pondent dans les dialectes chinois au dialecte sino-annamite d'autre
part, permettraient de classer exactement cette consonne.
s I. — LABIALES.
TABLEAU INDIQUANT LES TRANSFORMATIONS DES LABIALES.
V : b
81. vdp : bdp se bulter contre.
ve : be flacon.
vêt : hét tiqu» du chien.
vin : hin s'appuyer sur.
v6 : hb rouler dans ses mains.
vàt : hét, éplucher.
vu : hu calomnier.
vui : hui ... joyeux.
vui : bit enfouir.
v\iing : bânff maladroit.
vû'a : bwa se gâter, aigrir.
etc.
V : ph
mp : phô» se briser, défricher.
v5 : phS taper de ia main.
REMARQUES.
82. Les labiales offrent peu d'exemples de transformations :
seule la consonne v se change en l'explosive b. Cette transformation .
assez fréquente dans les patois, se rencontre également dans cer-
taines formes citées par les dictionnaires. Comparez : b4y bq, rr con-
fusément?) et v^y va, même sens; vita tr suffisamment?) et iwvi,
même sens; vu (r nourrice?) et bû cr téter ?). Dans l'expression bna
quan, le mot bna dérive évidemment de vwa, et l'on a le sens de
ff ouvrage du roi et des mandarins, corvée?). Le P. Tissanier, jésuite,
missionnaire au Tonkin vers le milieu du xvu"^ siècle, parle tou-
DEUXIEME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 53
jours du btia crroiii du Tonkin. Le P. de Rhodes, quelque temps
avant lui, employait la même forme.
Pour le changement de vung en b6ng^ voir n° 36 (w > d) et
n® 1 14 (changement d'accent). Les expressions làm bdng^ mdn bâng
tr faire maladroitement t) , ngu'o'i hâng « maladroit ii, sont employées
partout dans le peuple.
83. Les formes phÔ^^owv vÔ, ph& pour v&, employées principale-
ment au Quâng Binh, semblent être un tonkinisme. Comparez les
deux formes vêrô et phérd usitées, la première en Gochinchine, la
seconde au Tonkin, pour rendre le nom propre Pierre.
A rapprocher phdt pho' « agiter tî et vdt vo* «être agité par le
vent n,
La comparaison de l'annamite ou du sino-annamite avec les dia-
lectes de la Chine nous donne de nombreux exemples de change-
ments de h en ph. Comparez les phonétiques : ^ qui se prononce
tantôt ;?Adn, tantôt bdn; "g*, tantôt bâ, tantôt /?Au; g, tantôt ;?Awc ou
phu'&Cy tantôt bée. Le mot buâng tr chambrette ^ , vient évidemment
du sino-annamite M phdng cr chambre n , etc.
84. La labiale aspirée ph équivaut originairement au p suivi
d'une forte aspiration. Cette prononciation originelle se rencontre
dans la bouche de quelques rares individus; mais, en général, ph
se rapproche beaucoup de / français, par affaiblissement de la
labiale initiale.
s II. — DENTALES.
TABLEAU I^DIQl:A^T LES MODIFICATIONS DES DE!STALES.
th : s
85. thap : sap sorte de vase à roiïv(»rclo.
thco : 860 siiixiv.
thhm : sèni a\oir envie do.
bà PHONÉTIQUE ANNAMITE.
ihœ : so» ouvrier.
thu4t : su4t raconter.
etc.
m^t ho : m^t so une famille.
bât hân : bit sin prends-le I
nhwt hçng : nhwt sang. . de premier ordre.
hét hai tràm : hit soi tràm on a dépense deux cents ligatures.
kklt hdfi : khit sm chien qui a du flair.
etc.
n (final) : nh, ng, m
nhfn : nhfnh ou nhêng . . . araignée.
cin:eâm mordre.
nh (initial) : y
nhà : yà maison.
nhoc : yoc fatigué.
etc.
nh (final) : ng
anh : eng frëre aîné.
bành : béng pain.
etc.
REMARQUES.
86. Les dentales pures t, dy n ne se transforment pas, à ma
connaissance du moins ^^\
La dentale forte aspirée a une grande affinité avec la palatale
chuintante s. On peut voir au tableau ci-joint que thù" « ouvrier,
devient sç'; on verra plus loin (n° 96) que so' r craindre t^ , devient
(^) A Hué et dans les environs, la subissent aussi des modifications,
dentale finale t subit une modification Mais, c^mnie je Tai dit, je laisse cette
importante : elle se change en un son question de côté , tant à cause de Tem-
guttural particulier que Ton peut re- ploi localisé de cette prononciation,
présenter par c. Les finales p, c,n, qu'à cause de son importance même.
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 55
thù'; et, chose curieuse, c*est dans le même village, chez le même
individu, que l'on remarquera ces deux transformations. Le même,
homme qui aura dit : sç' imjc pour th^ m{}c cr le charpentier d , dira
quelques instants après : làng th/ quan l&n lâm (^th(^ pour sq") ff le
village craint beaucoup le grand mandarin v. Il dira sien ha pour
thiên hç cries hommes^, et thinh su' pour sinh su' cr susciter des
affaires 7î. On rencontre dans les trois provinces des villages parti-
culièrement renommés pour ces changements.
Pourquoi cette confusion entre deux sons qui semblent pourtant
bien différents? Pourquoi cette transformation réciproque de th
en s , de s en th ? Je crois pouvoir comparer ce changement bizarre
au défaut de prononciation des Alsaciens changeant b en p,
et p en b, ou des Méridionaux qui confondent les sons d et au
avec 0, tout simplement sans s en rendre compte, parce qu'ils
ne voient aucune différence les uns entre b et p^ les autres en au
etoW.
Si Ton veut connaître la raison physique de cette transformation ,
il faut la chercher dans la relation étroite qui existe entre les pala-
tales et les dentdes annamites (n^ 97), et dans la position presque
identique de la langue lorsqu'on prononce th et s.
Cette affinité entre th et s donne lieu à un phénomène curieux
et bien rare en annamite. Certaines personnes prononcent rn^t sç
pour mfit hç cr une famille f) , joignant ainsi la dentale finale de mift
(^) Un faitpersonnel confirme cette
opinion. Un jour, un Annamite de
Dd'c PhS, village du Quàng Blnh où
Ton confond th eis,me parlait d'une
affaire, et un mot que je ne com-
prenais pas m'empêchait de saisir le
sens de la phrase. Le mot ëtait thau.
Je fis répéter. Je ne savais ce que
ce mot thau venait faire là; il ne
cadrait aucunement avec le contexte.
Je tâchais de me remémorer les di-
vers sens de Mau, suivant qu'il est
affecté de tel ou tel accent, pensant
avoir mal entendu, lorsque l'idée me
vint que mon interlocuteur était de
DÛK PhS : cr Ah I tu veux dire êau^ lui
dis-je en répétant sa phrase. — Oui,
Père 79, me dit-ii, et il me répéta de
nouveau la même phrase; mais bien
qu'il vint de m'entendre dire mu, il
répéta quand même la forme thau. Pour
lui thau était sau^ et sau était thau.
56 PHONETIQUE ANNAMITE.
avec Taspiration initiale de ào, et traduisant le tout eu s, tout en
laissant subsister une trace très sensible de la dentale. On dit mOt so
et non m^ so.
C'est un cas curieux à' agglutination ^ ou du moins un commence-
ment d'agglutination, phénomène très rare , pour ne pas dire in-
connu, dans les langues monosyllabiques (voir aussi n® 118).
On pourrait encore expliquer ce cas par la manière dont cer-
tains individus prononcent le t final. Ils disent mOts ou m^ftch pour
mfH, ajoutant un son chuintant à la dentale. Le changement de
imjt hç en mtjt s(r ne serait que le résultat de ce défaut accentua
par la rencontre de l'aspiration initiale du second mot avec la den-
tale finale du premier. Mais cette explication est moins plausible :
la prononciation m(}tch = m^t semble être un vrai défaut de langue
affectant quelques individus seulement (^ndi ngong, nôi ch&i)\ tandis
que le changement mt}t so pour nujt ho est plus général et se ren-
contre chez des individus n'ayant pas le défaut de langue signalé
plus haut. L'expression nhûH sq^ng ((surtout^ est usitée partout, au
point que beaucoup de nouveaux missionnaires cherchent ces mots
dans les dictionnaires, croyant que ce sont de vrais mots anna-
mites.
Les créateurs des chw nom connaissaient cette parenté de sons
entre th et s. Comparez le phonétique H pris tantôt comme tha,
tantôt comme sa; JE ou i% pris pour thff et sff; thày cr maître*^,
rendu par le caractère ^ , sino-annamite : sai, etc.
87. La forme nheng que je signale à côté de nhen est générale.
Elle ne parait pas être une corruption, mais elle doit représenter
une seconde forme nhqnhy ou nhinhy ou nhénh (cette dernière est
usitée dans le Quâng Binh nord). Voir n®» 7 et 82.
Les gens de Hué prononcent n final d'une façon spéciale signalée
n«3/i.
La forme câm pour cân ce mordre t) est générale, au moins au
Qu&ng Tri et au Quâng Binh. Si l'on compare le dialecte sino-
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 57
annamite avec le dialeete chinois du nord, on remarque qu'à n final
de ce dernier correspond un m dans le premier :
>5k (TcœufT), chinois nord : sin; sino-annamite : tâm ou ttm.
H (^ trois ^, chinois nord : son; sino-annamite : tout.
'^ (rdoux 7), chinois nord : kàn; sino-annamite : cam.
^ , chinois nord : chân; sino-annamite : sâm, etc.
Le cantonais a m comme le sino-amiamite : sam, sàmiy hm,
shdm^ etc.
Il est curieux qu'une particularité si fréquente dans les dialectes
chinois soit si rare dans les dialectes annamites.
88. Dans les trois provinces, nh initial est prononcé comme les
palatales g (doux) et rf, c'est-à-dire qu'il équivaut à la semi-voyelle
palatale y^^\ Cette confusion dans la prononciation est la cause
d'un grand nombre de fautes d'orthographe dans l'écriture du
quéc ngû\ Ces fautes, qui échappent même à des Annamites lettrés
et intelligents, prouvent que la prononciation de ces trois lettres
est semblable exactement.
Nh reprend sa valeur naturelle de dentale mouillée {iihà^gnà)
dans la vallée du Sông Gianh (Quâng Binh nord).
89. yVÀ final se change, dans certains mots, en la nasale sourde ng".
C'est dans les mots en anh que ce phénomène se produit le plus
souvent; les formes en inh l'admettent quelquefois. On a vu, n"^ 6
et 3i, une liste plus complète des mots qui admettent cette trans-
formation, ainsi que les modifications éprouvées par les voyelles
dans ce cas.
Il ne faut pas oublier que cette finale wA, comme d'ailleurs toutes
^*î Je dis éjfmVatif , Texpression nVst de la rendre par un z mouillé {zietix.
pas exacte. Les Annamites éprouvent voiziom, voitiou, etc.). Ce fait est une
en eflet, une très grande diflicuité à pro- preuve que notre y nest pas exaclc-
noncer notre semi-voyelle palatale y ment identique au son qu'ils donnent
{yeux, voyons, voyou, etc). Ils tachent à leur> (rois consonnes «A, d, /r doux.
58 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
les consonnes et même certaines voyelles finales, est prononcée lé-
gèrement. C'est à cause de cette atténuation de son que nh se con-
fond avec ng final.
A nh final du sino-annamite correspond toujours dans les dia-
lectes chinois une nasale sourde ng^ par exemple :
^ ff naître 9), chinois du Nord : ehêng; cantonais iskamg; sino-annamite :
ntiA ou $anh.
^ (( claire, chinois du Nord : ming; cantonais : ming; sino-annamite :
mink.
i
S III. — PALATALES. !
TABLEAU INDIQUANT LES MODIFICATIONS DES PALATALES.
tr:U, l,t
90 i"" trâu:tlâu buffle.
tre : Ûe bambou.
trèn : tlon ciel.
trtmg tlong dans.
etc. ]
3^ trS : li, endroit.
tri : U fleurir.
tring : long planter un arbre.
S"" (rp't : M glisser.
tram : tom glissant.
trçn : ton parfait.
etc.
ch (initial) : tr, g (doux)
1® ehài : trài épervier (filet).
ekè :trà thé.
ch! : tr^ lieu {tr^ n6, tr^ âày^ lieux où Ton
emploie certains engins de
pêche).
ehw : Vnp caractères.
etc.
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 59
Q"* chàng : giong époux.
cha : gia père (?)
ch (final) : c
ich : éc quenouille.
loch : ïec chenal.
ihàch : sic provoquer.
vqch : vec égratignure.
xâch : xéc porter à la main.
etc.
g (doux) : ch, tr
1^ gi4n : ch4n se fâcher.
giéng : chiéng puits.
giàng on giwng : chùmff lit (variantes de giwomg),
gièe : chiic petite loche (poisson).
gié : eho vent.
giing : ching semence.
giû : chu faire mûrir les fruits.
g^ : chS . cracher.
giw : ehû* garder.
giwa : chwa pandanus odoratissimus.
etc.
s"* già : ira vieux.
giwa : trû>a au milieu.
giwong : trwong. . . oncie, beau-p^re.
etc.
S : th, tr, t
1 " sai : thai envoyer.
sau : thaii après.
«0» ; tho> craindre.
etc.
3° sào : trào mesure agraire.
sang : irdng malinée.
sang : tràng crible.
seo : ireo balafre.
f
60 PHONETIQUE ANNAMITE.
sào$ào : trâo trâo, . élourneau.
sttmg : trùwg corne.
9wa : ira lait.
Ole.
.3" 8ÔC : tnc écureuil.
d : y, d, r, th
i" dao : yao couleau.
dieu : yèu épervier.
(lac : yàc aubier.
etc.
9" dao : dao couteau.
dâc : dâc conduire.
dàm : dàm tremper dans Peau.
elc.
3° dtèu : rièu épervier.
dàc : rdc aubier.
dny : ray instruire.
dê:rê grillon.
4" dût : ihôt dégoutter.
dS danh : thS dènff . tenter, séduire.
REM\RQUES.
91. 1" Les palatales sont avec les gutturales, les consonnes qui
éprouvent le plus de transformations.
Le groupe ir, bien qu'écrit avec deux signes, ne forme en réalité
qu'une consonne simple : il se prononce d'une seule émission de
voix. On pourra dans les débuts prononcer comme /;• du mot
français travail (avec r lingual, non avec r grasseyé), mais à con-
dition qu'on s'applique de plus en plus à atténuer le son lingual
de r.
A mesure que l'on monte vers le Nord , la consonne /?' tend à
hve remplacée par la forme plus douce el plus coulante //. Ce
DEUXIEME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. Gl
groupe tl rend très bien le son qu'il re])résenle, mais il ne faut pas
oublier que, comme tr, il rend une consonne unique. La forme tl
est considérée dans les trois provinces comme une forme patoise.
Les gens distingués s'en abstiennent. Au Tonkin elle est d'un usage
plus fréquent. Elle se change même en la simple linguale /. On
écrit par exemple et on prononce Id'i pour tld*% et trà'i (rciel^^; Ion
pour dm et trçn ce parfait 75, etc. Il est à remarquer cependant que
les livres de religion imprimés au Tonkin ne donnent cette der-
nière forme que pour un petit nombre de mots; je ne sais si elle
est d'un emploi plus fréquent dans la langue parlée.
Dans ces provinces du Hautr-Annam, je n'ai entendu la forme /
que dans quelques cas. C'est d'abord la forme /Jpour chÔ (rlieur.
Au Quâng Binh on a la forme intermédiaire trÔ prononcée Ir^} :
iro no cr pêcherie avec une nasses; ir^ ddy cr pêcherie dans les
grands fonds avec nasse et filet i?. Quant au second cas, lûa lÔ, 16
lô cfle riz est en fleum; càu 16 là (t sacrifice pour la floraison du
riz 75, ces expressions sont usitées partout. Cette forme ISse rattache
sans nul doute à la forme trÔ cr fleurir t^, que donnent les diction-
naires. La forme I6ng pour ù^ông est usitée dans tout le Quâng
Binh. On dit : long co*n tr planter un arbre 7^; long ire cr planter des
bambous 1^.
Les sons tr et / ont été assimilés par les créateurs des chu' nom.
On a, par exemple, le caractère qui rend les deux mots trèo
et leo. Même signe phonétique, et même clef idéographique, ce
([ui montre que les deux mots sont homophones et synonymes, ou
du moins ont été considérés comme tels par les créateurs des chTv
ném.
Si l'on prend le caractère ^ on voit qu'il a la même phonétique
que plus haut. Il se prononce treo; mais il n'a pas le même signe
idéographique et signifie une action de la main ; il est homophone
avec les mots précédents, mais n'est pas synonyme.
Dans quelques endroits, par exemple dans les environs de Chuôn
62 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
ou de So'u Quâ dans le Thù'a Tbién,on m'a assuré que ^rse changeait
en t simple. C'est exactement le contraire de la transformation tr> l.
Dans celle-K^i nous voyons le son dental qui entre dans l'essence de
cette consonne disparaître complètement pour ne laisser que le
son palato-lingual. Dans tr> f, au contraire, c'est le son dental qui
élimine l'autre. Je ne saurais dire si c'est une élimination pure et
simple ou une simple atténuation ; certains penchent pour ce der-
nier sentiment.
J'ai placé tr dans les palatales à cause de ses relations intimes
avec les palatales chyg doux, 8, et aussi parce que Ir sino-aunamite
correspond en chinois à des palatales telles que tch\ tch^ chy etc.,
(voirn«» 91, 98, 98).
a° Ch, comme tr à laquelle il e^t intimement lié, est un son
unique, une consonne simple. Le changement de ch en tr est beau-
coup plus fréquent dans le nord du Quâng Binh que dans le sud de
cette province et que dans les deux autres provinces.
Les deux formes chè et trà ne sont pas des formes patoises, mais
deux formes dialectales du même caractère ^ . Il a existé une forme
intermédiaire chÀ: on lit, en effet, dans la relation du P. Tissa-
nier (vers 1660) : cr Quelquefois les médecins ont recours à une
herbe estimée dans toute la Chine , qui est connue sous le nom de
cha.v Pour le changement de a en ^, voir n° 7. La forme trà sem-
blerait être la forme sino-annamite , tandis que chè serait l'anna-
mite vulgaire. (Comparez la prononciation, chinois du Nord : tch'd;
cantonais : cA'a). Mais les deux formes sont employées indistinc-
tement dans certains endroits pour désigner soit le thé chinois, soit
le thé annamite. Dans d'autres localités trà désigne le thé chinois,
chè le thé annamite.
Le changement de la forte ch en la douce g doux est très rare.
L'expression âng gia, employée dans quelques endroits pour dési-
gner le père de famille , peut venir de cha tr père n , mais peut être
DEUXIEME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 63
aussi une extension de sens du mot gia qui désigne ordinairement
le beau-père.
La parenté de ch avec tr était connue des créateurs des ehû' ndm.
Us ont très souvent employé la même phonétique pour rendre soit
des mots en ch, soit des mots en./r. Le dictionnaire du P. GéniJbrel
donne un grand nombre de mots qui ont les deux formes.
Ce même dictionnaire donne pour quelques mots une double
forme en ch et en a?, par exemple :
chw (^=xii^) chày crpilon, battoir?).
chuyên {= œuyén) chàm eU tr appliquer son esprit kn^ etc.
Dans quelques villages du Quéng Binh nord (Hoà Ninh, Vînh
Phu'o'c, etc.) on change habituellement ch en x. On dira, par
exemple :
trài xuM dâ xin xuhi f pour trài ehuii ià chin chwaf crLes bananes sont-elles
déjà mûres ?v
On trouve dans les livres du Tonkin la forme chung quanh pour
anmg quanh y <raux environs t^. Ces faits prouvent une parenté encore
inexpliquée entre ch et x. Je dis : encore inexpliquée, bien que
M. Aymonier ait écrit : tr Entre toutes les consonnes sourdes aspi-
rées, seule fait défaut dans notre tableau la palatale qui régulière-
ment devrait être orthographiée ici ch, comme dans les transcrip-
tions sanscrites, et qui est écrite chh dans les transcriptions actuelles
du khmêr. . . Cette consonne doit exister, et, à mon avis, ce ne
peut être que le xh[x); et, en somme, cette lettre doit être mieux
à sa place aux palatales qu'aux sifflantes^^^. d Cette opinion peut être
juste, mais je décline toute compétence pour ce qui a rapport au
khmêr et au sanscrit.
92. Ch final se change souvent en c gutturale forte. On a vu ,
n°* 7, 8 , les modifications de voyelles qui ac(!bmpagnent cette trans-
formation.
(^) Nos transcriplioM , p. Ai.
(Wi
PHONÉTIQUE ANNAMITE.
Dans plusieurs expressions, surtout dans ces mots doubles
(lu'affectionne l'euphonie annamite, le ch final correspond à un c
final, tantôt le précédant, tantôt le suivant:
trdch môc wréprimandei"?.
so le soc Uch (T inégal 7).
fighéch ngâc tr inhabile ^^ . etc.
I
I
93. La palatale douce g subit deux transformations. Elle se
change tantôt en la forte correspondante ch, quelquefois en tr. Ces
deux transformations sont intimement liées Tune à l'autre, car on
a vu le rapport de ch à tr; g doux devient naturellement ch par ren-
forcement, et le passage g^>^' se fait par une forme intermédiaire
ch. La forme chû'a, intermédiaire entre irû*a etgiû'ay existe dans
quelques endroits ^^).
Cette transformation de g doux en ch permet de rattacher le
mot ché cf maintenant, à l'heure mêmei^, si souvent employé par-
tout, au motg{& ff heure 75, de l'expression bdy gid' rc maintenant tî.
Dans la vallée du Sông Gianh, on a la forme sourde giû% même
sens.
Ex. : bièt rjiiff chw (ou giw)'l trque faire maintenant? je ne sais que faire.??
ai mo chwl (ou gitp) «roù vas-tu donc niainlenant??)
(^i Dans gi^f^, ffio, giô, giw, etc.,
la lettre t qui entre dans la transcrip-
lion de ces mots fait partie de la con-
sonne initiale que les créateurs du
quàc ngw ont rendue par gi devant
dj w, a, Oy 6, etc.; au contraire,
dans giâng, gik, la lettre t est une
voyelle vivante faisant partie essen-
tielle de la diphtongue iê qui suit
la consonne palatale initiale du mot,
laquelle consonne, bien qu identique
à celle qui se trouve dans gidn , gx6 ,
a été rendue ici simplement par
g (non par gi). Il en est de même
dans les mots tels que gi «rquoi??»
où i est une voyelle vivante et non
une lettre morte comme dans gui.
Les formes pa toises cho^ chân, chw,
etc., d'un côté, et cki, chiêng, chiéCy
de l'autre, le montrent bien : t reste
dans celles-ci et disparait dans les
autres.
Je transcris cette consonne pala-
tale par la lettre g en ajoutant le
qualificatif doux, pour le distinguer
de la gutturale g fort ou dur.
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 65
Pour les formes gi& = g%ù\ voir n° 1 8.
En général, cette consonne est prononcée comme d et nA, c'est-
à-dire qu'elle a le son de la semi-voyelle y dans a yeux t?. Pour cer-
taines particularités de prononciation du Quàng Bmb, voirn® 97.
G doux sino-annamite correspond assez souvent dans les dialectes
chinois à la palatale tch [ch annamite). Mais dans un grand nombre
de cas, elle correspond à une gutturale palatalisée ki^ dans le dia-
lecte du Nord :
^ <r maison 7), chinois du Nord kià; sino-annamite : gia^ auquel il faut
peut-être rattacher Tannamite nAà, etc.
Le dialecte cantonais emploie dans presque tous ces cas la guttu*
raie pure : hà (voir n° 102).
94. Le d non barré subit dans le Haut-Annam trois modifica-
tions importantes, ou, du moins, est prononcé suivant les lieux
de trois manières bien différentes.
A Hué et dans les environs, ainsi que dans la plus grande partie
du Quâng Tri, cette consonne équivaut à la semi-voyelle palatale y
dans «ryeux^: dao <t couteaux, est prononcé yao. Nous avons vu que
les consonnes g doux et nh sont prononcées de la même façon.
Cette prononciation est presque générale, c'est-à-dire qu'elle em-
brasse tous les mots renfermant d, à l'exception de quelques mots
changeant d en d.
Cette seconde transformation rf>rf^est considérée comme patoise.
Elle n'affecte qu'un petit nombre de mots et est employée dans le
Quâng Tri et le Quâng Binh, moins dans le Thù'a Thiên. Elle règne
simultanément avec la transformation d> y que nous avons vue,
et la transformation d>r.
Cette dernière transformation est moins étendue géographique-
ment que les deux précédentes. Elle forme comme des îlots, à Di
Loan dans le Quâng Tn nord, îlot de deux ou trois kilomètres de
diamètre, perdu au milieu de la prononciation rf > y , et à Ba Dây,
PHONKTIQUE AVrNAHlTE. 5
llll>llllil.HIK NATlUtkLR.
\
66 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
Dû'c Phô, dans le Quâng Binh central. Dans ce dernier endroit la
prononciation d>r^ est englobée dans la prononciation d > dz.
Cette prononciation d> dzj qui n'est pas à proprement parler
une transformation , mais une manière particulière de prononcer
la consonne , me paraît rendre le son original de d non barré. Elle
est usitée dans tout le Quâng Binh et dans quelques localités du
QuéngTri. Quelques auteurs, se basant uniquement sur cette manière
de prononcer, ont proposé de rendre la consonne d par le groupe
âz. Mais il faut remarquer que suivant les villages cette pronon-
ciation prend certaines nuances peu importantes qui font passer le
son de âz à âj et ai. Ainsi ^ cela peauD se prononcera iza ou dja
ou dia.
Cette manière de prononcer me paraît être le point de départ
de toutes les modifications de la consonne d.
Dans ce son dz, en effet, on remarque deux sons qui, bien qu'in-
timement liés et prononcés d une seule émission de voix , c'est-à-
dire ne formant qu'une consonne simple, peuvent cependant être
distingués. Tout d'abord un son dental , rendu par d; puis un son pa-
latal, mi-chuintant, mi-sifflant, plutôt sifflant, rendu par z. Parfois
ce son sifflant diminue d'intensité au point de devenir à peine sen-
sible; on dirait un d légèrement mouillé; je rends ces nuances par
dj ou dx; on peut les entendre dans tout le Quâng Binh, particu-
lièrement dans la vallée du Sông Gianh.
Le changement d>d est le résultat de la disparition complète de
ce son palatal. On a la progression suivante :
dao : dzao : âjao : diao : dao.
L'élément palatal diminue de plus en plus, tandis que l'élément
dental est de plus en plus accentué.
Dans quelques rares exemples, la progression va même plue loin
et le terme final est la dentale forte f , mais affectée d'une aspira-
tion : th. Dans le Quâng Binh nord, nous trouvons la forme thôt
pour dift : nhà thét, tria maison dégoutte, il pleut dans la maison t).
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 67
Dans la même région et au QuângTri nous avons la forme thdâéng
pour dâ dành cr séduirez, (Pour les changements d'accent, voir
n° 1 1 û ; pour anh > eng, voir n° 7.)
Ces exemples nous donnent la gradation suivante :
d : dz : dj : di : d : îk ^^K
Ainsi donc le changement d:>d ou d7>th est le produit de la pré-
dominance du son dental sur le son palatal. Si le contraire arrive,
si le son dental s'atténue et que le son de la consonne se forme dans
une région de plus en plus éloignée des dents, nous avons deux
autres transformations, à savoir :
d > y (semi-voyelle palatale).
Pour prononcer la consonne d, il faut cr coller la langue contre
le palais et la séparer brusquement^?. Ainsi s'exprime M. Aymonnier
[Nos transcriptions^ p. 17), traduisant Mf^ Taberd (Dirt., préface,
p. vni.) Ils ajoutent tous deux «que la langue ne doit pas toucher les
dents T?. Cette particularité me paraît discutable en ce qui regarde
la prononciation dz^ dj^ dij dont j'ai parlé. Mais il ressort du témoi-
gnage de ces deux auteurs qu'il existe un rf non barré purement
palatal, prononcé en dehors des dénis, dans la région où se produit
le r annamite, qui est toujours lingual, jamais guttural. Le passage
Atdkr est dû sans doute à une légère modification de l'action de
la langue vibrant plus ou moins. Il est à remarquer que dans la
bouche de certains Annamites — je signale le village de Ba Ngoat,
dans le Quâng Tri Nord — le rf non barré sonne comme le groupe
^') En comparaot le sino-anna- dans !p^ tr station postale?); chinois
mite avec les dialectes chinois, on duNord:if;cantonai8 : yi'fc; — eiihkh
voit la même progression : dans ^ cr expliquer?) ; chinoisduNord :
Jl (T couteau)); chinois du Nord : chëu; cantonais : shik ou yik,
tao; cantonais : to; sino-annamite : Voir pour plus de détails, n'^109,
dao; annamite : dao. 110, changement de r en t.
La phonétique ^ se prononce djch
5.
68
PHONÉTIQUE ANNAMITE.
zr ou Szr^ et j'ai entendu le même son dans certains mots d'une
tribu sauvage des montagnes du Quâng Binh.
Ce changement de d en resl très fréquent au Tonkin, et le dic-
tionnaire de M^ Theurel donne tous les mots en d qui prennent la
forme en r, ainsi que ceux qui prennent la forme g^ doux (== yY^K
Nous venons de voir la palatale changée en r. D'un autre côté,
la loi du moindre effort tendant à adoucir le son âz que nous avons
déjà vu plus coulant dans la prononciation décrite par M^Taberd,
supprime complètement le son dental et, diminuant le son chuin-
tant ou sifflant représenté par z^ transforme la consonne en la
semi-voyelle y. Ce n'est qu'un degré de force plus ou moins grand
dans l'émission du son, car (2 prononcée; peut être assimilé à notre
z français; or, 2; et y sont toutes deux classées parmi les spirantes
ou sifflantes faibles, la première linguale (ou dentale), la seconde
gutturale (ou palatale) ^^J,
Pour résumer, on pourrait disposer graphiquement les divers
changements de d de la manière suivante :
dz
n
(^^ A ce propos, il est bon de
remarquer que Tétude des patois
pourrait servir à déterminer le lieu
d'origine des habitants de certains
villages. Les gens de Di Loan et des
environs, je l'ai déjà dit, forment
comme un liot où la prononciation
d>r est englobée dans la prononcia-
tion d>y. Ils sont donc d'origine
élrangère : ils sont tonkinois, si on
considère la prononciation. Leurs
traditions conQrment cette conclusion.
Il en est de même pour Ttlot de Ba
dj
di
d{th)
Dây et Dû>c PhS englobé dans la pro-
nonciation d :> dz. On doit conclure à
une origine tonkinoise , et un fait con-
firme cette supposition : ces villages
sont d'anciennes colonies militaires,
placées là aux avant-postes sur la
frontière cochinchinoise, peut-être de
ces troupes tonkinoises venues avec
Bo^n Công, le fondateur de la dynas-
tie des Nguyên (i558).
^^) Aybr, Grammaire comparée de
la langue française ^ 4* ëd., p. 28,
3o.
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 69
Nous avons le son originel âz passant successivement par ij ou
â» pour aboutir à â^ et dans quelques cas à ih^ par la prédomi-
nance du son dental; d'un autre côté, la même consonne Û>z abou-
tit à r et à y, en passant par le son i décrit par M^ Taberd, et cela
par la prédominance du son palatal (voir encore n® 97).
95. La consonne s a, on la vu n® 86, une grande affinité avec
la dentale aspirée ih.
Un autre changen^nt, moins fréquent, c'est celui de % en tr.
Dans certains mots, il est d'un usage presque universel, dans
%ào : trào par exemple. Pour d'autres mots , il est localisé à certains
villages, ou bien employé par quelques individus, et non par
d'autres. Le mot treo (r balafre?), est usité à Trung Quàn et dans les
environs (Quâng Binh central). Ailleurs on dira seo, forme plus
employée que signale le dictionnaire du P. Génibrel comme un
tonkinisme. Quant à laJorme theo, que donnent les dictionnaires,
je doute qu'on la rencontre.
Cette transformation 8:>tr, de même que celle que nous avons
vuen° 91, (?A>ir, doit être rapprochée de ce fait que les trois con-
sonnes sino-annamites s, ch, tr, ont pour correspondantes dans les
dialectes chinois la même consonne; autrement dit, la même
consonne chinoise correspond en sino-annamite , suivant les carac-
tères, tantôt à «, tantôt à ch ou tr. On a par exemple tch [ = ch an-
namite comme prononciation), qui correspond ks dans :
Bjl vr sécher «; chiDois du Nord : tchâi; cantonais : shM; sino-annamite :
sài.
à ch dans :
^ (T faire des présages?); cliinois du Nord : tchèn; cantonais : chim; sino-
annamite : chièm.
à tr dans :
j^ tr soleil couchanl??; chinois du Nord : tchè; cantonais : chac; sino-
annamite : trâc; etc.
70 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
Ordinairement, il faut le dire, s sino-annamite correspond à ch
(cantonais sh); ch sino-annamite à tch (cantonais ch); tr à tch' (can-
tonais ch'); mais cela ne fait rien à la thèse : nous voyons, dans
les dialectes chinois, la même confusion des consonnes chy tch,
tch\ que nous trouvons en sino-annamite et en annamite dans leurs
équivalents s, ch, tr.
96. On ne peut rapprocher du cas unique srfo téc «écureuils,
que quelques particularités d'emploi de phonétiques pour rendre
les sons t et x, et la correspondance du son sino-annamite ( à la
sifflante s dans le chinois.
97. Ch et g doux sont étroitement apparentées. Toutes deux
renferment ce petit coup sonore de la langue initial, à peu près
semblable au son de la muette dentale forte ou faible, t ou d, dont
parle Ayer^. En entendant parier un Annamite du Thù'a Thiên ou
du Quàng Tri sud, on ne distingue pas ce son dental initial dans
g doux, car cette lettre est prononcée dans ces régions comme la
semi-voyelle y. Mais au Quàng Binh on a une autre prononciation,
que je transcrirais d-\'g. Cette prononciation rend parfaitement
compte du changement g doux>cA, que nous avons vu. On a en
effet :
g doux: d-]-g
ch : t-^- ch
Le son palatal g s'est renforcé en ch, et, par appropriation, le
son initial d s'est renforcé en t.
Dans le Thù*a Thiên et le Quâng Tri, bien qu'on ne fasse pas sen-
tir dans la prononciation ce son dental initial d, la langue en
reconnaît implicitement l'existence, car on voit dans ces régions
beaucoup de changements : g doux >ch, tout comme au Quàng Binh,
''^ Grammaire comparée j p. a 8.
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 71
Celte prononciation c? + g* rend compte aussi en partie du change-
ment : g doux > tr.
Il y a un rapport très étroit entre x et s. Les deux consonnes ne
diffèrent pas tellement qu'on pourrait le croire. Dans certaines ré-
gions du Tonkin, elles semblent se confondre (^l Dans certaines
régions du Haut-Annam même, une oreille imparfaitement exercée
les confond souvent. Xne correspond pas exactement à notre s fran-
çaise : il rend un son plus chuintant; s annamite ne correspond
pas non plus à notre ch français : le son en est plus sifflant. 11 en
résulte une parenté plus grande entre s ^ix annamites qu'entre
eh et s français.
s IV. — GUTTURALBS.
TABLEAU INDIQUANT LES PRINCIPALES MODIFICATIONS DES GUTTURALES.
g (dur) : c, kh, gi, ng
99. i"* gà : ca poule.
gai : cây épine, ramie.
gây : cdy chanter.
g4y • c4y canne.
g^p : càp rencontrer.
gôi : c&i envoyer.
gài : cài boutonner.
guc : cyu: dormir.
gwam : cu*ù>m .... glaive,
etc.
9° gài : khài se gratter.
gàu : khau seau.
ghS : khin gale.
got : khot peler.
gét : khot nattes en bambou.
^^^ Voir Méthode de langue annamite, dialecte timknwis, par Edmond Norde-
MANN. Hanoï, 1898.
72 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
gi* : khi> démêler.
pit : hhût lier.
gut : khût enlever les lâches d'un habit.
etc.
3" g^tp : giàp rencontrer.
ghit : giét haïr.
etc.
A^ gàn : ngân (ou ngin^ ou cân, ou kin). rapproché, près.
kh : X
khâc : xàc autre.
khiém : xiêm humble.
h : ph
hon ph6i : phân phM, s'unir.
REMARQUES.
99. Parmi les gutturales, une seule subit des modiGcations no-
tables. G dur se changé ordinairement dans certains villages en sa
forte c. Ce changement est général là où il règne, c'est-à-dire qu'il
affecte tous les mots. Cette manière de parler donne à la conversa-
lion un caractère de dureté tout particulier.
La transformation réciproque k>g existe aussi dans le Haut-
Annam, mais à l'état exceptionnel seulement. C'est ainsi que dans
la vallée du Sông Gianh on emploie la forme ^at pour cdt (t sable i).
La (orme gdl, pour cdl, (relaie de bambou i?, que donnent les dic-
tionnaires, est employée dans les trois provinces.
Au g sino-annamite correspond en chinois la gutturale forte k.
G dur n'existe pas en chinois.
100. Une modification plus singulière, c'est celle de g en kh.
Ce changement n'est pas général; il n'affecle que quelques mots et
est moins répandu que le précédent.
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 78
Il faut rapprocher de ce fait que, en chinois, beaucoup de pho-
nétiques servent à rendre la gutturale k tantôt pure, tantôt aspirée.
Au c sino-annamite correspond parfois dans les dialectes chinois,
soit l'aspiration h y soit la gutturale aspirée k\
101. Cette confusion entre g et c existait déjà du temps des
créateurs des chu' nom. Ils ont rendu par exemple par la même pho-
nétique le mot caï, particule du féminin, ^, et le motg'atcr femme,
jeune fille i), m. La similitude de sens permet de supposer que
les mots cdi et gai dérivent Tun de Tautre; la comparaison des
caractères employés pour les rendre ferait croire que la formerai
n est qu une spécialisation du sens du mot cdiy ou du moins a été
considérée comme telle par les créateurs des chû' ndm : ils ont
ajouté, en effet, à la phonétique ^ le signe idéographique de la
femme , voulant désigner par là que par la forme gai on entend la
femelle dans le genre humain, la femme.
La forme gai est très peu usitée dans le peuple, du moins au
Qudng Binh.
On dit :
con cdy ffune jeune fille?);
cdy toi ffma femme ?);
cdy giong «rmari et femme i) (pour câi chèng).
Pour le changement de ai en 4y, voir n** i o .
102. Dans certains villages de la vallée du Sông Gianh, tant sur
la rive droite que sur la rive gauche, le g dur se change en la pa-
latale g (doux). Dans la bouche de quelques individus, on pourrait
rendre le son de cette nouvelle forme par le groupe ig, c'est-à-dire
que la palatale est prononcée avec une certaine force, sans cepen-
dant arriver au son de la forte ch. On semble aussi en général
mouiller la consonne, et Ton prononce giiçpy pour gap ce ren-
contrer tî, comme s'il y avait deux i avant a. C'est peut-être ce son
74
PHONÉTIQUE ANNAMITE.
que ton veut rendre dans certaines formes bizarres, comme ^ti,
gyUf etc., que le dictionnaire du Père Génibrel signale comme des
tonkinisines^^'.
Nous avons donc ici la palatalisation de la gutturale douce g.
Nous remarquons le même phénomène en chinois pour la forte ky
et, chose curieuse, à cette gutturale forte palatalisée des dialectes
chinois, correspond généralement en sino-annamite g doux, qui
doit donc être considéré dans ces cas comme une gutturale douce
palatalisée, de même que dans les (ormes gg.p>giQ,py que nous
rencontrons dans les patois. Nous avons ici une nouvelle preuve
de ridentité des transformations de consonnes, soit dans les dia-
(^^ Je donne ci -dessous une liste
des mots les plus usuels commençant
par la gutturale g, tels qu*on les pro-
nonce dans les villages dont il s'agit
ici :
gâi : giài cr jeune filles).
ghen ghét : gién giét ft haïni.
gonn ghiic : giirm gièc tr horrible -n.
gàu : giàu tr seau t».
ghi : giin crgaleTï.
ghé : gié <r abordera.
gà : già (rpoulei).
ghcy go : gie, gio tr jonques '».
gài : giài t boutonner?).
gày : giày «r chanter, criera.
gà : già rr donner sa fille en mariage n.
gành : gidnh tr porter à la palanche n.
gang : giâng (t s'efforce ru.
gang : giang cr empan?).
goc : gioc ïfcoin?».
gçtc : giqc tr bois de cerf r».
gqch : ^'^& tr brique?).
gqch : giçch tr rayer?).
gai : giai tr ramée?).
giimg : giwng cr gingembre?).
gçn : gion tr arrangé?).
goi : gioi «rappeler?),
etc.
g^ : c^ tr tronc d'arbre?).
gàt : cet (relaie en bambou?).
gu6c : cuôc tr rabot?).
gwomg : cwamg tr exemple*?.
gdu : c^ rrours??.
gça : c4u trriz décortiqué?).
ghé : hé tr chaise 1».
goà : hoà trveuf??.
etc.
got : hhét tr peler?) .
gài : hhài erse gratter?).
gàn : nghin trprës?).
■
Dans la plupart des cas, ^ se pa-
latalise ang doux. La transformation
g>h est assez fréquente. G>hh se
remarque très peu. Ghé ne fait pas
hhiy ni gàu y hhau, comme en d'autres
endroits, mais la gutturale initiale
se palatalise.
DEUXIEME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES, 75
lectes chinois, soit dans les dialectes annamites. Exemples de gut-
turale forte palatalisée :
^ (rmaisouT»; chinois du Nord : kia; sino-annamite : gia.
^ ((faux 19 ; chinois du Nord : kià; sino-annamite : già.
m ^r choisir 7); chinois du Nord : kih; sino-annamite : giàn.
Peut-être en réalité la différence n'est-elle pas très grande dans
la prononciation entre les formes kia et gia. En tous cas, elles se
rattachent toutes deux à une forme caractérisée par la gutturale
pure forte que l'on remarque dans le dialecte cantonais : kd; kd; kdn.
103. La gutturale g est changée, dans un mot, en ng par l'ad-
jonction d'une résonance nasale initiale : gdn : ngdn. La forme
que je pourrais appeler régulière, cdu, est aussi très employée.
Pour le changement d'accent, voir n** 1 1 5.
Comparer les deux formes gâm et figdm cr méditer t», usitées, la
première en Gochinchine, la seconde au Tonkin. — Les mots :
gam renfoncent, ngâm cr menacer tî, ^iw ^ méditera), ngdm (t tenir
dans sa houcheiî, ont été rendus par le même caractère P^, soit
qu'il y ait, soit qu'il n'y ait pas de résonance nasale initiale.
Comparer certains caractères chinois, comme :
^ «r paix 7); chinois du Nord : ngân; cantonais : m; sino-annamite: an,
etc.
104. J'ai entendu deux fois seulement dans le Quâng Binh nord
kh changé en j?. Je ne sais s'il faut classer ce changement parmi
les transformations naturelles ou les transformations volontaires.
On m'a assuré que certaines personnes affectées d'un défaut de
prononciation changeaient x en kh :x€:>khe (rchari^, etc.
On remarque le même changement entre quelques trihus sau-
vages du Haut-Tonkin et leurs congénères du Laos: Xas^Khas^^K
^'^ Lbfèvrb-Pontalis, Notes sur quelques populations du Nord de V Indo-Chine ,
dans Journal asiatique, juillet-aoAt 1896, p. i33.
76 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
105. L aspirée h se change en ph par 1 adjonction d'une labiale
initiale dans un cas : hôn phéi>phân phéi crs'unin^.
A rapprocher de ce cas les deux formes hai (rdeuxi^ et vài
cr quelques, deux-n. [Vài^ |g, se rattache à va, même sens, même
caractère nâm; or ce caractère pris comme phonétique se prononce :
cantonais, p'd ou pà; chinois du Nord, p a ou pà.)
5 V. — LINGUALES.
TABLEAU INDIQUANT LES PRINCIPALES MODIFICATIONS DES LINGUALES.
r: t
106. ràt :tàt cuisant.
tin : tân serpent.
rang : tâng dent.
rét : tét rouille.
rit : Ut. cent-pieds.
rûn : tun : dûn. . . . nombril,
etc.
REMARQUES.
107. Ce changement de r en ^ n'affecte que quelques mots,
mais on le rencontre partout dans les trois provinces, non pas ce-
pendant d'une manière universelle.
Le mot rét (r rouille v devient tel , tandis que rél (r froid n ne change
pas.
108. Pour nous rendre compte de ce changement, nous devons
nous rappeler le changement d : i : th que nous avons vu plus haut
(n° gû). La palatale (/ devient d et dans quelques mots se change
en th; par ailleurs, la consonne sino-annamite d correspond en
chinois à la dentale forte t. D'un autre côté, on a vu également
que, suivant les régions, d se prononçait r. Il est probable que r
s'est changé en t par l'intermédiaire de la dento-palatale d.
DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. 77
Les noms divers par lesquels on désigne le grand-duc {retupax
ceylonensis) j suivant les villages, nous font voir sur le fait le méca-
nisme de la transformation. Les dictionnaires donnent la forme dû
dî (ou dit (A), mais on change en général l'accent ngâ en n^ng et Ton
a, à So*n Qud, dans le Thù'a Thiên : ru ri; à Cu Lgic et ailleurs on
a la forme tu ti; à Thu^n Ly, etc., dans le Quàng Binh central, on
emploie la forme mixte tu ri. Nous avons donc les formes :
dû dî
i^ ti ryt ri
t¥ rj
Le d se transforme d'un côté en ^ de l'autre en r. La quatrième
forme est hybride. R devient t en passant par la forme intermé-
diaire d. On a la marche :
r : d : t.
Cette série n'est pas complète : il manque la dentale sonore d.
Nous la trouvons dans un autre mot : Dans la vallée du Nguàn Son,
au Quâng Binh , le mot i*un cr nombril -n , que nous entendons pro-
noncer ailleurs tén, se prononce êun.
Nous avons donc la succession régulière et complète :
r : d : d : t.
Comparez la phonétique H qui fait(2ain|g' dans li (rseau^, dAng
dans ^ (T tuyau n , thdng dans Ml ce communiquer y^ ; etc. (Voir n** gû.)
109. D devient r dans certaines régions. La réciproque se vérifie
rarement : on dit cependant dans le Quâng Binh nord, dèm «r fe-
nêtre, store 7), pour rèm, que portent les dictionnaires et qui est em-
ployé dans le Quâng Tri.
1
TROISIÈME PARTIE.
MODIPICATIOINS DES ACCENTS.
110. Les accents sont la partie principale des mots dans Tan-
namite : crNe dites pas le mot, mais faites laccent; cela sufiit, vous
serez compris, -n Telle est la forme originale et un peu outrée dont
se servait un vieux missionnaire pour exprimer l'importance de
l'accent. Si vous ne faites pas l'accent, au lieu de blanc (dên tria
lampe qui éclairer), vous direz noir (^), sans compter une foule
de coq-à-l'âne, de quiproquos plus ou moins embarrassants qui
égaient les auditeurs, mais non celui à qui ils échappent.
A cause de leur importance même, les accents sont moins sujets
à changer que les autres parties constitutives des mots. Ils éprouvent
cependant des changements notables.
Une chose qu'il faut remarquer tout d'abord, c'est que les ac-
cents ne sont pas prononcés de la même façon dans le Haut-
Annam qu'en Cochinchine et au Tonkin; et la différence est beau-
coup plus grande entre Hué et Saigon qu'entre Hué et Hanoï. Je
ne suis pas assez familiarisé avec les deux dialectes du Sud et du
Nord pour pouvoir comparer les trois manières différentes de pro-
noncer les mêmes accents, d'autant plus qu'il s'agit là d'une ma-
tière très délicate oii il faut une grande sensibilité d'oreille et
une grande pratique des trois dialectes.
Je me contenterai donc de signaler ici quelques faits de noto-
riété publique qui caractérisent le dialecte du Haut-Annam.
TABLEAU INDIQUANT LES MODIFICATIONS DES ACCENTS.
111. 1** Accent plain, ou ton ordinaire. (Voir aux Remarques.)
9° Accent sac, ou ton élevé, ton aigu.
bàng : bçng frapper de la corne.
dàm : d^ tacheté.
80 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
gdu : c^. .,.»..,, . ours.
cài : edy : ké particule détenninative, article.
3** Accent n$ng, ou ton grave, ton bas.
gço : cdu riz décortiqué.
got : khot peler un fruit.
g^t : khût laver les taches d'un habit.
nhf : nhén léger.
v^ng : bing maladroit.
xu^tf : xuôc balayer.
4° Accent huyén, ou ton descendant.
gà : ca poule.
gàu : khau seau.
gdn : cân ou ngân. . près.
gi : cM quoi ?
già : tra vieux.
giùi : ehui alêne.
ehàng : giàng époux.
mày : mi toi.
này : ni celui-ci.
ngày : ngay jour.
vào : v6 entrer.
vb : ho rouler entre les mains.
wa : bwa suffisant.
etc.
5** Accent hôi , ou ton interrogatif vertical.
Se confond avec le ngà au Thù'a Thiên et au Quâng Tri.
6° Accent ngâ, ou ton retombant, ton interrogatif horizontal.
Au Thù'a Thiên et au Quâng Tri, se confond avec le hôi; au
Quâng Binh, se confond avec le n^ng. Exemples :
cûi : cui bois à brûler.
doi dûa : doi dtM, . paire de bâtonnets.
gtw : chtp garder.
Imi : Ici langue.
etc.
TROISIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES ACCENTS. 81
RKM/IRQUES.
112. Je ne connais pas d'exemple où Taccent piain soit modifié.
113. Le ton élevé a une grande affinité avec le ton grave, ce-
pendant le passage du premier au second se remarque rarement.
La forme bçng : con trâu bq^ng tr le buffle frappe de la corne -n , est
employée dans les trois provinces, à l'exclusion de l'autre, bdng.
L'ours est connu dans tout le Quàng Rinh sous le nom de chu eu
«rpère Tours 15. Pour le changement §•>(?, voir n® 99; du>u, voir
n® ao.
Dans le Nord de la même province, le paon est désigné par l'ex-
pression con cuông [=cdng, voir n® 87) â^. Je crois devoir rattacher
le mot^^l^ au mot dâm (r tacheté de blanc tî — con cho d6m cr chien
tacheté ti — que donnent les dictionnaires. On dit aussi : con cuông
xây âf)m (rie paon fait la roue^.
Dans un seul cas le ton montant disparait pour faire place au
tonplain : cdi^ké. (Voir n° 10.)
114. Le ton grave se change souvent en ton élevé.
Pourg^ao: cdu, voir n** 12; làm béng, n^ 82; pour les formes
khéty khuty voir n^ 100; nhény voir n® 26.
On rencontre souvent dans les dictionnaires cette correspon-
dance des deux formes. Ex. : vdp « heurtera), v4p ordonner contre?),
phuc etj)hûc (T de nouveau t) , etc. Comparez m(U «r un tî , et met (r unité
de l'ordre immédiatement inférieur à celui qu'on vient d'exprimer i) :
mOt tram mât crcent dix^.
115. Le ton descendant disparaît souvent dans le dialecte du Haut-
Ânnam, pour faire place à l'accent plain , plus concis, plus rapide.
Les formes mt, m, vrf, cAi, sont dialectales et employées univer-
sellement; les formes figay^ ca, ira, etc., sont patoises. Ex. :
ca cdy [ga gay) trie coq chantei»;
quàng ca (rhémëralopet);
PHOKiriQUB AHNIMITE. 6
mrBIMXIII «ATlOIALt.
82 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
m^t ngài (ngwon) màn (làm) tnfc m^t ngay {ngày)^ duHPC m^t quan «un ouvrier
gagne une ligature par jourr.
A rapprocher ies deux formes mwdi «rdixi), et mum (r dizaines^;
mu'&i làm cr quinze n ; hai mum tr vingt t) ; — ky cang cr avec soin t* , est
écrit dans ies livres du Tonkin ky càng.
116. Les deux tons interrogatifs sont prononcés de la même
façon dans le Quâng Tri et le Thù'a Thiên. M^ Taberd signalait ce
fait dans la préface de son dictionnaire : crNotare juvat signum in-
terrogans {hdi) adhiberi et sœpe confundi cum signo cadente [nga)
praesertim jn provinciis borealibusT). Ces provinces septentrionales
étaient le Thù'a Thiên et le Qudng Tri.
Dans le Quàng Binh, le nga se transforme en n^ng, mais en n$ng
plus adouci, moins énergique, moins saccadé que l'autre. C'est
pour ainsi dire un ngâ affaissé , tronqué , privé du coup de gosier
ascendant qui le constitue.
Quant au hôi , il est prononcé dans cette province comme dans
les autres. Une oreille délicate pourrait peutrêtre y voir une nuance :
de même que le ngâ est déprimé , rabaissé , de même le hôi serait
moins accentué; faire prononcer par exemple hit cô cr couper de
l'herbe 7), par un habitant de Kè Hac (btt = bu*t).
117. Si je devais représenter graphiquement les divers accents
tels qu'on les fait dans le Haut-Annam, je le ferais ainsi qu'il suit,
en prenant pour base le ton plain :
plain; sac; n^ng; huyèn; h&i; nga.
Je représente le ton plain par un trait horizontal et je veux
indiquer par là que la voix ne varie pas sur les mots qui sont affec-
tés de cet accent : elle s'étend longuement, uniformément, sans
effort guttural.
TROISIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES ACCENTS. 83
La voix, dans le système d'intonation ordinairement usité dans
le Haut-Annam, ne monte pas plus haut que le ton plain, ne
descend pas plus bas que le n^ng : cest entre ces deux points
extrêmes que se placent les autres inflexions.
Le n$ng, que j'ai placé en troisième lieu, est constitué par un
coup de gosier brusque, saccadé, qui reporte la voix à son point
extrême de gravité. On peut s'en rendre compte en prononçant les
mots suivants :
Con vit con
irie caneton?).
La voix qui a prononcé le premier mot con, tout naturellement,
sans secousse, est descendue brusquement sur le mot vit, puis elle
a rebondi et est revenue à son point de départ pour prononcer le
troisième mot. Mais elle n'a fait aucune soudure entre le mot vit
et le mot con : c'est en cela que consiste la différence du n^ng avec
le sâc; si vit avait été affecté du sâc, ce mot aurait été soudé pour
ainsi dire avec le mot suivant con.
En effet, le sâc ressemble au n^ng en partie : même effort gut-
tural; mais, alors que dans le n$ng cet effort est brusque, concis,
rapide, dans le sâc il est plus adouci, moins prononcé; la voix ne
s'arrête pas brusquement comme si on coupait le mot et qu'on le
privât de sa partie postérieure, mais elle remonte posément, s'ar-
rètant davantage sur cette période ascendante, surtout si la voyelle
que le mot renferme est longue. L'exemple suivant, prononcé len-
tement et distinctement, permettra de voir la différence entre le
sâc et le n^ng :
con mt ndc con
trie caneton sauvage t).
0.
84 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
La voix, en prononçant le mot ndc, est moins descendue que
sur le mot vit; c'est pourquoi je fais commencer le sâc à un degré
plus élevé que le n^ng.
La voix, ai-je dit, remonte jusqu'à la hauteur de l'accent recto
tano ou plain. On peut s'en rendre compte en prononçant ou fai-
sant prononcer distinctement les mots suivants :
Toi ban ccn trâu
(rje vends ie buffle t».
Je dois avouer que cette opinion n'est pas admise de plusieurs.
Ils estiment que dans la prononciation du sac usitée dans le Haut-
Ânnam, la voix fait un effort qui l'élève plus haut que l'accent
plain. Ce que l'on rendrait graphiquement de la manière suivante:
/
Toi bàn cm trâu.
On fait valoir, à l'appui de cette seconde opinion , plusieurs raisons :
1® En Gochinchine, l'accent sâc est plus élevé que l'accent plain ,
et il en est probablement ainsi au Tonkin ;
2** Dans la récitation ou le chant des prières annamites chré-
tiennes , soit en Gochinchine , soit au Tonkin , soit même dans le Haut-
Ânnam, la voix s'élève davantage sur les mots affectés du sâc que
sur ceux affectés de l'accent plain. On peut se rendre compte du
fait en entendant les chrétiens psalmodier le répons des litanies :
câu cho chûng téi (t priez pour nousT). La vérité de l'observation
apparaît là d'une manière frappante;
3® Dans le système de lecture à haute voix en usage dans le
Haut-Annam — lecture chantée — le sâc et le recto tono sont faits,
il est vrai, sur la même note, mais on remarque dans le sâc un
effort qui semble élever la voix.
TROISIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES ACCENTS. 85
k^ Quand on appelle quelqu'un à haute voix, dans Texpression :
b&l dng (reh! Monsieur?) par exemple, la voix monte sur bà" et
redescend sensiblement pour prononcer dng.
On conclut de toutes ces raisons que, dans le langage habituel
du Haut-Annam , le sâc porte la voix à un degré plus élevé que le
recto Umo.
Ces raisons, bien qu'ayant un certain poids, ne convainquent
cependant pas tout le monde et je crois qu'ordinairement, dans la
majorité des cas, des lieux et des individus, la voix ne dépasse pas
le recto Umo.
Il est fort probable cependant que diverses circonstances, par
exemple la nature des mots qui précèdent ou suivent le mot affecté
d'un sâc, l'intonation qu'on veut donner à la phrase, inQuentplus
ou moins dans certains cas sur la manière dont est prononcé ce mot.
Ainsi, lorsqu'un mot affecté d'un sâc est placé à la fin de la phrase,
la voix semble dépasser, en le prononçant, le niveau de l'accent
plain. Cela est surtout frappant lorsque les Annamites prononcent
quelques mots avec le ton interrogalîf, ou interrogatif négatif, ou
simplement évasîf qui leur est si familier :
s.
C6 mdy quan dé? — Biêif — Biet mo c6?
Combien y a-t-il de ligatures là? — Qu'en sais-je? — Est-ce que je le sais?
La voix prononçant les syllabes finales A/, biéty cô, s'élève plus haut
que sur les mots recto tono, tandis qu'en prononçant le mot cô ou
mdy y suivi d'un recto tonOy elle s'arrête juste au niveau de ce recto tono.
Les autres accents doivent aussi être modifiés par les circonstances
mentionnées plus haut.
Ces différences dans la manière de prononcer le même accent
n'ont rien qui puisse étonner. On voit par la manière si différente
dont sont prononcés les accenf.3 en Cochinchine, dans le Haut-
86 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
Annam et au Tonkin, que si la différenciation des accents entre
eux est une partie essentielle de la langue, par contre il n'y a
aucune manière de prononcer le même accent qui soit essentielle.
Il suffît pour se faire comprendre de prononcer Faccent comme le
prononcent les gens au milieu desquels on vit.
Je représente le ton descendant, ou accent huyén, par un trait
oblique; on pourrait tout aussi bien le figurer par un trait verti-
cal : ce que je veux indiquer, c'est que la voix, en prononçant les
mots affectés de ce signe, descend doucement, lentement, naturel-
lement, sans effort guttural; elle commence sa période descendante
en un point plus bas que l'accent recto Umo et se termine avant d'ar-
river au point occupé par le n^ng. Prononcer les trois mots suivants :
Con bo mft
crie bœuf solitaire 19.
La voix, en prononçant un mot affecté du sâc, commence à peu
près à l'endroit où elle vient de descendre en prononçant un mot
affecté de l'accent descendant, peut-être même un peu plus bas.
Kê bàn toân
ff l'abaque 1).
A comparer encore l'accent sâc suivi de l'accent huyén : la voix
monte sur le premier à un degré plus élevé que celui où elle com-
mence à descendre en prononçant le second.
Con cà rào
rie poisson d'eau douce '^.
TROISIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES ACCENTS. 87
Je représente les deux tons interrogatifs , le hôi et le ngâ, par
le même signe : une ligne ondulée, qui commence à peu près au
même niveau que le ton élevé, et qui monte, mais, tout à coup,
au milieu de son trajet, se brise, pour continuer sa marche ascen-
dante. Je veux rendre ainsi cet effort guttural d'une nature par-
ticulière, qui coupe le mot en deux pour ainsi dire, le dédouble,
de façon que l'on croit entendre prononcer deux fois la même vo-
yelle, alors que ce n'est que le même son, la même émission de
voix interrompue un instant, légèrement infléchie. Que de fois
n'entend-on pas des débutants dans l'étude de la langue annamite
se récrier, disant que la langue n'est pas monosyllabique, et citant
comme exemple des mots affectés du hôi ou du ngâ, oi!i ils croient
reconnaître deux voyelles, et par là même deux syllabes. C'est
l'erreur d'une oreille non exercée; la syllabe est unique, mais elle
parait divisée par l'effet de ce coup de gosier qui constitue les deux
accents interrogatifs.
Ces deux accents se prononcent de la même façon dans le dia-
lecte du Haut-Annam; c'est du moins ce que l'on dit habituelle-
ment. Mais je crois que cette prononciation n'est pas générale
ou que, du moins, elle souffre des exceptions. J'entendais un jour
un vieux missionnaire , qui a la réputation bien méritée de possé-
der parfaitement l'annamite, dire au domestique d'apporter le
réchaud, et il prononçait, d'une façon que je transcrirais ainsi
d'après mon système graphique :
Bem ké hoà U.
de façon que sa voix, achevant le mot hoà, remontait à un de-
gré légèrement supérieur à celui où il commençait le mot sui-
vant là.
Gomme je tâchais de m'instruire sur la bonne prononciation des
88 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
accents, je lui demandai : crMais pourquoi prononcez-vous ainsi?
Pourquoi ne dites-vous pas (je transcris graphiquement) :
i&em fce Aod lo,
c'est-à-dire en faisant remonter la voix, pour prononcer le mot W,
un peu plus haut que le point où elle avait achevé le mot hoàii. Et
le Père me dit : cr S'il y avait un ngâ sur le mot hoà, je dirais comme
vous faites, mais il y a un hôi, et il faut prononcer comme je fais^.
Ce fait me confirma dans mon opinion que le hôi et le ngâ dif-
fèrent au moins dans certains cas. L'Annamite qui m'aidait au com-
mencement de mon étude de la langue annamite mettait certaine-
ment une différence entre les deux accents; il est vrai que sa famille
était originaire du Quàng Nam, où cette différence est très sensible,
et qu'il avait pu garder un reste d'accent provincial.
Quoi qu'il en soit, qu'on mette une différence entre les deux ac-
cents ou qu'on n'en mette pas, on est toujours compris dans le
Thù'a Thièn et dans le Quâng Tri. Il n'en est pas de même au Quâng
Binh, où le ngâ se change en n^ng: si le contexte n'aide pas, bien
souvent un ngâ prononcé comme un hôi n'est pas compris, ou est
compris comme si c'était vraiment un hôi.
En tenant compte de cette remarque, je devrais modifier légè-
rement le tableau graphique que j'ai donné plus haut, et faire
monter la seconde courbe du hôi un peu plus haut que celle du
ngâ, à hauteur du point où commence le huyën, presque à hauteur
du recto tano.
^^zr~Lzziriz:_^±
plain; sac; n$ng; huyèo; h6i; nga.
De même, si je voulais me conformer à la prononciation du
TROISIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES ACCENTS. 89
QuângBinh, qui identifie réellement, ou peu s'en faut, le ngâ avec
le n$ng, je devrais modifier le signe de ce dernier accent, l'écraser,
le priver de son crochet supérieur, et reporter ce qui reste presque
sur le même degré que le n^ng.
sy^^
rrrrjxziii:
plain; sac; n$ng; huyèn; hfti; nga.
La notion des tons est tout à fait en dehors de ce que nos habi-
tudes nous portent à considérer dans l'étude d'une langue , et il est
bien difficile aux débutants de s'en faire une idée exacte. Peut-être
ce système de transcription graphique pourra-t-il aider quelques
esprits à saisir plus rapidement ce qui est comme la clef de la
langue annamite f*l
(^) On n'a pas tenu compte dans se font sur une même note élevée,
cette étude de la manière dont on tandis que le huyèn , le n$Dg et le nga
rend les accents dans la lecture à se font sur une même note, mais
haute voix et dans la récitation des beaucoup plus basse; les uns et les
prières chrétiennes. Quil suffise de autres renferment des inflexions de
dire que Taccent plain , le sac et le h&i voix caractéristiques.
APPENDICES.
I
MODIFICATIONS DANS LES NOMS DE NOMBRE.
118. Je signale ici quelques modifications morphologiques qui
affectent certains mots dans le dialecte du Haut-Annam. Je ne sais
si elles sont particulières à ce dialecte.
Les noms de nombre cardinaux, de vingt à quarante, subissent
une contraction.
90 hai mwùn,
9 1 ham mât pour hai mwon met,
93 ham hai pour hai munn hai.
93 ham ba pour hai munn ba.
9/1 ham bin pour hai muHpi bin,
9 5 ham làm pour hai mtpoi lâm,
96 ham sdu pour hai mw<pi sàu,
97 ham bày pour hai mwùn bày,
98 ham tâm pour hai mwon tàm,
99 ham ehin pour hai mwon chin.
30 ba mtpot'.
3 1 bam mai pour ba muwi mât.
39 bam hai pour ba mwon hai.
33 bam ba pour ba mwon ba.
3U bam bàn pour ba mwon bàn.
35 bam làm pour ba mwon làm.
36 bam sàu pour ba miwon sàu.
37 bam bày pour ba mwon bày.
38 bam tàm pour ba mwon tàm.
39 bam chin pour ba mwon cUn.
&o Mil mwon.
Dans la première série, la voyelle finale de hai se supprime et
il ne reste du mot mum que la labiale initiale m qui vient s'ap-
92 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
puyer sur la voyelle qui reste du mot hai : ham. Le mot mum subit
]a même modification dans la seconde série et la labiale vient s'ap-
puyer sur le mot précédent, ba, qui change pas : bam.
La contraction a lieu aussi pour les deux noms de nombre hai
mum et ba mu*<ri dans quelques cas très rares. On dit :
ham tuSi pour hai mum iuSi crvingt ans 79.
bam tuSi pour ba mum tuSi tr trente ans 79.
C'est un des rares cas d'agglutination qu'offre la langue anna-
mite.
Dans les nombres cardinaux au-dessus de quarante, on sup-
prime parfois le nombre indiquant les dizaines. On dit :
/i5 b6n làm pour bén mu-m làm.
55 nâm làm pour nàm mum lim,
8& tàm tw potir tdm mum tw, etc.
Ce phénomène de l'atténuation ou de la suppression de certaines
lettres ou de certains mots dans la rapidité de la conversation, se
rencontre aussi dans quelques autres cas.
Ainsi le mot khdng finissant une phrase interrogative , est ordi-
nairement prononcé rapidement et indistinctement. La gutturale
initiale semble disparaître, il ne reste que le souffle aspiré qui se
change en une labiale douce v. La voyelle et le son nasal final eux-
mêmes s'adoucissent :
c6 ban hong ou vèng (pour Mwng)1 tde vends-tu l-n
II
DES MOTS DOUBLES.
119. Un autre caractère qui distingue la prononciation popu-
laire et concerne les accents, se remarque dans les mots doubles.
Dans ces expressions, bien souvent le premier mot est placé
pour ainsi dire à l'arrière-plan : la voix glisse sur lui pour appuyer
APPENDICES. 93
sur le second mot et l'accentuer; c'est surtout l'accent qui a à
souffrir de cette espèce d'oubli ; l'accent qui affecte le premier mot
est bien moins fort, bien moins prononcé que celui qui affecte le
second, surtout si les deux mots ont le même accent. Pour s'en
rendre compte, on n'a qu'à remarquer la manière dont on pro-
nonce ordinairement les mots cm cai ce richesses ^ , irai bât bat ce es-
pèce de pomme canelle^; surtout les noms d'oiseaux : se se crie
moineau fi^sdo sdo t( l'étourneau yi , chuQC chu^c cr la poule d'eau n , etc.
Ce fait est aussi très sensible dans les noms de villages ou de
lieux qui sont des mots doubles la plupart du temps. Le premier
mot est souvent tellement altéré que les Annamites, si on leur de-
mande de le prononcer distinctement, ne sont pas à même de le
ramener à sa première forme. Ainsi Eiu ou H^ pour Hû'u; Kèy
particule qui entre dans le nom vulgaire de tant de villages et
qui, prononcée très rapidement, devient quelque chose d'analogue
à Ke; Cu Bi pour CiBi; Cu Giang pour Ce Giangy etc.
III
CAS DE SUBSTITUTION DE LETTRES.
120. Une autre modiGcation morphologique très curieuse con-
siste dans la substitution des lettres de différents mots. Les Anna-
mites ne connaissent pas les lettres de l'alphabet — je parle de
ceux qui n'ont pas étudié les caractères européens , c'est-à-dire de
la grande masse du peuple — et cependant ils transposent tantôt
les consonnes, tantôt le groupe vocalique de deux mots, tout
comme s'ils avaient la notion d'un alphabet. Ils font de cet exercice
une source de jeux de mots dont s'égaye l'esprit populaire. Ex. :
Bi coe dinh pour di âac kinh «f aller prier?).
Les Annamites savent saisir l'occasion au vol : pour arriver à
un sens détourné et plaisant, tantôt ils changent les consonnes ou
94 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
les voyelles, tantôt ils intervertissent l'ordre des mots ou changent
les accents. Il y a de ces jeux de mots qui courent les villages, mais
je ne puis les citer ici.
IV
REMARQUES GÉNÉRALES
121. Un fait général se dégage des observations qui ont été
laites sur les modifications qui affectent les consonnes annamites
dans le dialecte du Haut-Ânnam, cest que ce dialecte tend à
prendre une expression de dureté que n ont pas les autres dia-
lectes, celui du Tonkin et celui du Bas-Annam.
Parfois, il est vrai, on remarque quelques changements de fortes
en douces : th devient «, tr devient tl. Mais dans ce dernier cas,
les mots restent à la forme tly alors qu au Tonkin beaucoup allaient
jadis aux formes bl, m/, et vont encore aujourd'hui à la forme /.
On peut donc dire que dans le dialecte du Haut-Annam, les adou-
cissements de consonnes sont l'exception.
Au contraire, les transformations de douces en fortes, soit de
même organe, soit d'organe différent, abondent. Nous avons vu
successivement v>b; g doux > ch; ch > tr; ch final > c; rf> à ou r;
8 > thon tr. — La finale mouillée nh se change en la sourde ngy
plus brève et plus rude; les formes anhy ach, plus douces, plus
coulantes, deviennent eng, ec. — La gutturale douce g se change
en sa forte k, laquelle est parfois renforcée d'une aspiration, kh.
— r devient f , tr devient t en quelques endroits.
Tous ces changements ne se rencontrent pas à la fois dans le
même village, encore moins dans le même individu; mais on peut
juger, en entendant le langage de certaines régions, de quelle ex-
pression de dureté serait affectée la conversation d'un homme chez
qui se trouveraient réunies toutes les particularités du dialecte.
Quant aux transformations des voyelles, elles donnent lieu aux
mêmes remarques. Le dialecte du Haut-Annam tantôt tend à
APPENDICES. 95
assourdir les voyelles ou les diphtongues, tantôt au contraire il
les rend plus ouvertes; mais, dans l'un et l'autre cas, il tend à la
simpliGcation, rendant une diphtongue par une voyelle simple , une
triphtongue par une diphtongue.
Pour le premier cas, voyelles ouvertes changées en voyelles plus
fermées, on a a> e; ô>u; ai>ây; àuQiuà>u. Pour le changement
inverse : %>ê; ié>e; uô et ua>o; M'o'et wa>a;u>ô.
Ce caractère de dureté avait déjà été signalé principalement
dans la manière dont les accents sont prononcés dans le Haut-
Annam. Dans le Sud, ils sont considérablement adoucis et pro-
duisent dans la conversation comme une musique qu'un ancien
missionnaire comparait au gazouillement des oiseaux (^), gazouille-
ment poétique, musique agréable et douce, mais très difficile à
déchiffrer pour une oreille non exercée. Le même ton chantant se
remarque chez les Tonkinois, mais moins prononcé. Les gens de
Hué ne chantent pas, ils martellent leurs accents, ce qui rend leur
langage plus facile à saisir, mais plus difficile à imiter peut-être.
Gomme exemple de dureté dans l'expression des accents, on
peut citer la manière dont les gens des trois provinces contournent
l'accent interrogatif hôi, lequel prend naissance dans le fond du
gosier et sort en spirale, coupé brusquement au milieu de sa course,
puis éclatant comme poussé par un effort violent. Et le dialecte du
Haut-Annam, non content de prononcer ainsi le signe hôi, pro-
nonce encore de la même manière le signe ngâ, alors que les
autres dialectes font cet accent plus doux.
(^) (rPour moi, je vous avoue que au bout de trois semaines il savait
quand je fus arrive à la Gochinchine, tous les tons, au bout de quatre mois
et que j*entendis parler les naturels il confessait, après six mois il prè-
du pays, particulièrement les femmes, chait. Il a laissé des ouvrages sur la
il me semblait d'entendre gazouiller langue, aujourd'hui encore très es-
des oiseaux, et je perdais Tespérance timés. Une ferme volonté et une ap-
de la pouvoir jamais apprendre. d plication à Tétude ordinaire, sont les
Voyages et missions du P. de Rhodes, deux facteurs importants dans Tétude
Lille, p. 66. Quoi qu'en dise le Père, de la langue annamite.
96 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
De même pour l'accent n^ng. On a comparé le mécanisme de la
voix prononçant cet accent à la balle en caoutchouc que Tenfant
jette par terre et qui rebondit tout à coup, sèchement, brusque-
ment, pour remonter à l'endroit d'où elle est partie. C'est bien au
Quâng Binh que cette comparaison est juste. L'effort guttural que
font les Annamites de cette province pour prononcer les mots af-
fectés de ce signe, ressemble bien à ce coup sec et brusque de la
balle touchant terre et rebondissant; dansleThù'aThièn et le Quâng
Tri celte prononciation est plus douce.
Sur six accents que possède la langue annamite , dans le dialecte
du Haut-Annam quatre sont produits par un effort guttural.
Un autre caractère de dureté et de concision en même temps,
c'est la suppression de l'accent descendant huyén dans beaucoup de
mots, et l'emploi à sa place de l'accent plain. Tout le monde avouera
que les formes mi, m, véyboy etc. pour mdyy này, vàOj bdy etc., sont
plus brèves et plus dures que les formes correspondantes usitées dans
les autres dialectes. L'accent huyén donne au langage un ton lourd,
traînant, que le dialecte du Haui-Annam n'aime pas. On peut
comparer les formes chûtig mô. . . chéng ndy; tàmg ma. . . tùng
ndy^ourlà dw^ngnào... là dw&ng dy crtant... tant ?); 9iKln rang" .. .
mdn réa pour làm sao. . . làm v4y ^ ainsi . . . ainsi n ; etc. Mais ces
exemples relèvent plutôt de la syntaxe du dialecte. Il ressort claire-
ment de l'étude de la phonétique du dialecte du Haut-Annam
qu'il a une tendance bien marquée à la dureté et à la concision.
INDEX ALPHABÉTIQUE
i
!
f
KJ
A
à De la voyelle a, ii"' 0,7, 5i elsuîv.; — devient m^>, n? 62;
— devient te, n° 53.
A
a De la voyelle a, n**' G et suiv., 54 et suiv.; — a mis pour e,
n°* 8, a5; — pour uhp, n*** 42, 62, 67; — pour uni,
ï^° ^9; — û devient o>, n® 55; — devient tt>o», n** i5; —
a final dans oa, parenté avec é^ n? 56; — a devient îe\
n° 56; — a prononce comme ou 0, n** 9, 10.
accents Leurs modifications dans le dialecte, n^ iio et suiv.; —
représentation graphique de la manière dont ils sont pro-
noncés, n* 117; — caractère de dureté, n® 121.
ai devient ây, n® 1 1 .
ay pour ây, n® 22.
anff Mots en ang prennent la forme en wonig, n? i5,
aiih Mots en anh, n® 7.
ao devient teti, n** 54, 56; — devient 0, n® i3; — devient
du, n"* i4.
au devient ieti, n"* 56.
A
A
(l De la \oyelle â,n'** 17 et suiv., 54 et suiv.; — parenté avec
tt», n°' 19, 57; — mis pourt, n° 22.
ây pour flt, n" 1 1; — devient «y, n° 22.
du pour 00, n** i4; — devient ti, n" 20; — devient 0, n" 21.
B
b pour V, n"* 82 et suiv.
bam mô( pour ba mwon m6t, trente et un.
bam hai pour ba mwon hai, trente-deux, n" 118, etc.
141U\KTl<iLB A5NA1I1TI. 7
tHPRIMSMC RATIO XALfc.
98 PHONETIQUE ANNAMITE.
bon pour bin, principe, n"" 6, 9.
bçng pour bànff : ctm trâu^ con bo bçftg, le buiQe, le bœuf frappe
de la corne, n*" 111, 1 13.
bdy pour bay, vous : dâc trâu, bâyl emmenez le buffle, enfants!
n° 29.
bdp pour vdfy heurter du pied , n** 81 .
be pour ve, flacon, n** 8 1 .
bing pour bânh, pain, n° 6.
bét pour vét, tique du chien, n"" 81.
bén pour ban, pendant : bén âém, pendant la nuit; bm tigày ou
bèn ngay, pendant le jour, n"" 6.
bèng pour WnA, vase, n"* 3i.
b{n pour W, courge, n" 3i.
bin pour vin, s'appuyer sur, n** 81.
bit pour bwt : bit cô, couper de l'herbe, n** /17.
bo pour v6, rouler entre ses mains, n" 1 1 1 .
bo pour vè, rouler entre ses mains, n** 81.
bat pour v6t, éplucher, amincir, n° 81.
bén làm pour bén mu>oi Idfm, quarante-cinq, etc., n" 1 18.
béng pour vung, maladroit : màn béng^ faire maladroitement,
n~ 81, 111.
bo» pour ba, trois, u" 56.
bo»c pour bdc : gio bo>c, le vent du nord, n" 1 7.
tçw pour b4c : bon: rao, la rive du fleuve; degré, n" 17.
bu pour bàu : con roi bu, les mouches piquent, n"* 17.
bu pour vu, calomnier, n" 8i.
bù pour bàu, calebasse, n" 17.
bui pour vui, joyeux; bui bé, id., n"* 81.
bùi pour vùi, enfouir, n" 81.
bûirûi pour Wt réi, inquiet, n" 35.
bwa pour vwa, suffisant, n"*' 81, 1 1 1 .
b{i>a pourvd'a, aigrir, n° 81.
btM ou bôi. . . pour bdy, sept, n° 5^i.
bui»ng pour blnh, paix, n** 58.
c
c mis pour g, n" 99; — devient g, n° 99; — c final, pour
ch, n"* 6, 7, 9a. •
INDEX ALPHABÉTIQUE. 99
c4^p pour ^^p 9 rencontrer, n® 98.
ca pour jTÂ, poule, n*^ 98, m.
cài pour gài^ boutonner, n® 98.
cay pour rot, gouverner, n"" as.
cày pour^iy : ea cây, le coq chante, n"* 98.
eây pour gaiy ramie, n*^ 1 1, 98.
cây pour gaif épine, n"** 11, 98.
cây pour cai, gouverner : eây xâ, ou cay xà, le chef du village,
n" il.
céy pour cat, particule déterminative, n"^ 6, 19.
cdy pour gài, jeune fille, femelle : cdy tui, ma femme; cdy
giông, mari et femme; chécdy, chienne, n"" 6, 101.
c4y pour g4y9 canne, n"" 98.
cân pour gàn, près, n** 98, 111.
cdu pour gço^ riz décortiqué : c(pm cdu, riz cuit et riz non cuit;
de cduy chêne, n*" 1/1, j 1 1.
coc pour cop, tigre, n"" 3&.
c{) pour cù, ancien, n® &&.
ci pour cù, tubercule, n*" Uk.
cèi pour eut, épi, pédoncule : bâp cH $çu cài, maïs non encore
égrené.
cô» pour cà, grand : hél eS», tous; khong chi cô», pas du tout,
n» 54.
côn pour gSn, envoyer, n® 98.
eu pour câu^ pigeon, n^ 17.
eu pour cà, bisaïeul, n® 35.
ci^ pourc^Kti, oncle maternel, n"* 17.
ciJi pour gdu : cha c^^ Tours, n"* 1 1 1.
c^ pour g^Cy dormir, incliner la tête, n*" 98.
cii pour gH, genou, n"^ 35, 98; nàc bit ttéc cùi, pour nuw: lût
iàugHy Teau arrive au-dessus du genou.
cm pour quàn^ pantalon, n® 17.
cuong pour càng, paon, n" 37.
CH
cli initial, se change en g doux et en Ur, n'' 91; — devient x,
n** 9t; — est mis pour g doux, n* 98; — ch final se
change en c, n"^ 6, 7, 93.
ch4n pour^n, se fâcher, n^ 90.
7
.
100 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
chàttg font giâng oiigiwi»ng, Ht, n^ 90.
chi pour gl, quoi? n" 1 1 1.
chièc pour^c : eà giéc, petite loche, n*" 90.
chiêng fonr giéng, puits, n® 90.
chin pour chomy pied, n^ &0.
chln pour cU^ fil, n® 3i.
cho. . , pour giéy vent, n^ 90.
chS pour giS, cracher, n"* 90.
chéng pour j*t^, semence : 16 ching, riz de semence, n"* 90.
chœn pour cUn^ neuf, n"" 58.
chu pour giû, conserver des fruits pour les faire mûrir, n"* 90.
ch^' pour giw, garder, n'' 90; ch^^ Mu c&{p M, paître les buffles
et les bœufs; ch^ bo ch^ me^ paître les bœufs.
chwa pour^'uHiy pandanus, n"" 90.
D
d se change eu un son semi-vocalique y; en d; en r, n^ 90 ,
94; — se prononce comme g et iiA, n" 88; — se pro-
nonce dz, n!" ^U; — lettres qui correspondent à cette
consonne en chinois, n'* ^U bis; — sa place parmi les
palatales, n"" 97.
rfiVf pour dwù>c, médecine, n* Ixo.
du pour dâuy bru, n" so.
dentales n"" 85 et suiv., 97.
d mis pour d, n"" gU: pour r, n"* io5.
d Beaucoup de mots patois commençant par d doivent être
cherchés à d dans les dictionnaires.
day pour dây, ici, n^ sâ.
ddy pour dàiy uriner, n*"* 6, 1 1.
dèn bà pour dom bà, dame, femme, n° 6.
dèn ong pour dàm ongy homme, n"* 6.
difu pour dao^ religion, n° 54.
dit pour dwi, se rompre, n° 47.
dû pour d4uy haricot, arachide, u*" s 1 .
do pour dâu : ghe dé dwàn cû>a, la jonque est amarrée au port ;
(>> dô, loger chez quelqu'un, n** 2 1.
INDEX ALPHABÉTIQUE. 101
dàm pour d6m, tacheté, n*" 1 1 1, 1 13 : con cuàng d^m, le paon;
cm cuàng xây âfm, le paon fait la roue.
do» pour dâj pierre, n** 54.
dûn pour rûn, nombril, n" io5.
dwomg pour dang, n*" i B.
E
p mis pour a, n*' 8, aB; — mis pour é, n' 39; — mis pour
ie, n" 3o.
ec pour achf n" 7.
ech pour ach, n'* 7.
enh pour anh, n? 7.
etig pour anh, n"* 7.
eng pour anh, frère atné, n* 6.
Ê
e De la voyelle é, n"' 38 et suiv.; — se met pour t, n** 39 ;
— pour e, n* aB; — pour a, o>, n"* 16, 43; — S final,
n" B6.
éc pour ich, grenouille, n"" go.
éng Formes en éng, pour inh, n" 3*i.
énh Formes en énh, n® 7.
G (dur)
ff devient c et kh, n"* 99, 100; — devient g doux, n" 109;
— est mis pour c, n"* 99. .
gàt pour càt, sable, n*" 99.
gdy pour gàt, jeune fille , n*** 6 , 1 o 1 .
gàt pour càt, claie en bambou, n** 99.
gutturales. . . . N*** 98 et suiv.
G (doux)
g se change en ch, en tr, n"" 93, 97; — se prononce comme
la sonii-voyelle palatale 1/, n" 97; — se prononce dg.
n" 97; — est mis pour ch, n" 91.
gia peut-être pour cha, père, n" 91.
102 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
ffiông pour ching, époux : cdygiong, mari et femmey n"^ 91, 111.
giw pour chw, maintenant, n** 91.
H
h devient jiAy n** io5.
ham mât, ham hai^ pour hai mwan môty hai rnupon Am, n*** 91, 99 et suiv., 118.
hat pour hft, grain, n*"* 6, 9.
heng pour hanh, éclat de bambou, n"" 6.
Ateti pour hwù>u, cerf, n"^ &o.
h&i Accent interrogatif vertical; se confond avec le nga, n"^ 1 1 6 ,
1 1 7 ; — manière de prononcer cet accent, n" 117.
hon pour Aat, deux, n"^ BA.
huêng pour huynh, espèce d'arbre, n"" 3i.
huyén (accent). Ton descendant; manière de faire cet accent, n® 117;
— se change en ton piain, n** 1 15.
hun pour hm, baiser, n** 35.
kûn pour Au<^, instruire, n** 17.
Atfm * pour hâu, après, n"^ 5&.
I, Y
t, y Des voyelles t, y, n*^ 3i et suiv., 58 et suiv.
I mis pour 4, n" 99; — pour a», n" 4i; — devient a», on,
n' 59; — devient tiw, n" 60.
y devient o> ou an^ n* 59; — semi-voyelle initiale rendant le
son de d, g doux, iiA, n"** 88, 9/1, 97.
i pour tp, approuver, oui, n" 67.
l'a diphtongue, allongement de t; parenté avec te, n"^ 73.
tV diphtongue, allongement de t, n"^ 73; — devient o>,
n"* 56 bii; — se met pour a, n'*' i9, 56; — pour à,
n** 53; — pour wo», n'* 43.
iêu triphtongue, mise pourati et ao, n^ 56.
mh Mots en tnA, n*" 7.
K
ke OU kf pour kio, de peur que, n^'^A.
kec pour^ftcA, rayer : Aom kçc, bottes d'allumeltos, n°* 7, 99.
kin pour^y, gftle; kin nàcy éruption vësiculaire, n*" 9&.
INDEX ALPHABÉTIQUE. 103
keng pour canh, 8oupe, n"" 6.
keng pour cànhy aile, ii° 6.
ké pour cdy ou cdi^ particule dëterminative, n"' 6, i s.
kieu pour cao, haut, n® 5&.
kin pour gàn, proche.
KH
kh pourf dur, n** loo; — devient x, n" loA.
khdp pour g^p, rencontrer, n" 98.
khài pour^^iî, se gratter, n** 98.
khau pour gàu, seau, n""* 98, 111.
khàt pour goty peler, n"* 98 , 111.
khét pour got, claie en bambou, n° 98.
khin pour khi, commencer, n"" 58.
khun pour khon, esprit, prudent, n"" 35.
kkuoi pour khoaiy patate.
khût pour khudty abrite, n'' 17.
kkùt pour gytj laver les taches d'un habit, n° 98.
khut pour gut, lier, n° 98.
L
I pour (r, il, n*' 90, 91.
labiales n*^ 81 et suiv.
linguales n"" io5 et suiv.
U pour K»a, feu, n° 47.
Ui pour hpôn, filet, n"" ko.
Ici pour /ti'ô>t, langue, n° Uo,
lec pour laehy chenal , n*" 6 , 90.
lech pour/^A, chenal, n" 6, 7, 92.
Ung pour lành, bon, guéri, n"* 6.
là pour lia, riz, paddy.
K pourcAJ, lieu, n"" 91.
U pour trô, fleurir : càu là U, prières pour la floraison du riz,
n"9i.
long pour tring, planter : long corn, planter un arbre, n** 91.
làn pour ly, raison, n" 58.
luètig pour long, cœur, n** fii .
\Êt
TP - "' . -U. ■!
lO/i PHONÉTIQUE ANNAMITE,
hit pour lu4tf règle, loi, n" 17.
lu»o>nff pour long, cœur, n" 61.
lum pour îàUf longtemps, n" bU.
M
mç pour me, mère, n"" 8, a/i : (^ m^/ ma ôi! cri des enfants ap-
pelant leur mère; côt mç, colonnes principales.
mon pourmipçw, emprunter, n" 69.
méc pour mâch, redire, n"" 6.
mèn pour mè, latte de bambou, n'* uli.
meng pour mifng, bouche, n° 98.
méng pour miéng, morceau, n"" 98.
mê pour mç, mère, femme, n*" 9& : côtmê, colonne principale;
con m$ nà*, cett€ femme-là.
mèng pour minh, soi : gà mhig, poule domestique, n"* 3i.
mi pour mày, tu , toi, n"" 111.
mi pour mon, alors seulement, n'' 60.
mA . . pour mwt, conGture, n"* 67.
moi pour muài^ sel, confire au sel, n" 35.
moi pour muSi, moucheron, n'' 35.
mi pour ma, pus, n"* &6.
mon pour mu^, dix, n** 69.
mon pour m?, beau, n** 58.
mûi pourm^t, extrémité d'une corde, n*" 35.
mwo>c pour mâc : mwo*c âo, revêtir un habit; mwa»c y, à votre gré,
n** 5i.
mii>o»c pour mâc, être pris, n** 5i; mwà^c t^, être coupable d'une
faute.
N
w final, se transforme en m, n** 87; en ng, n" 87; — n para-
gogique, n"' 96, 99, 3i.
nàm làm,nàmsâu pour nâm mwm lâm, nâm mwon sdu, n'*' 55, 56, etc.,
1 18.
nÇng (accent). . ton grave, se change en sac, n*" 1 1 4 ; — manière de le pro-
noncer, n" 117.
nâ pour nwa, bambou femelle, n'' /(7.
INDEX ALPHABÉTIQUE. 1()5
nàc pour nw6>c, eau, n" /lo; ndu nàc, cuire du th(^, n*" do.
nçp et n^, livrer, n° 9.
nây pour nai, cerf, n** 6.
m pour này; nffu*onni, ngwon té, cet homme-ci, cet homme-là,
n° 111.
niêm pour nâm, cinq; annëe, n*" 5i.
nit pour nwt, se fendre, n** Û7.
not pour nuét, avaler, n° 35.
noV pour nàc : màn nà»c màn nûng, faire la moue, pleurnicher,
n** 17.
nu pour nâu, racine tinctoriale; do nu, habit teint avec cette
racine, n" 17.
NG
ng initial, n*" io3; — final, se met pour n, n** 34; — pour
nh, n»' 7,39, 85, 89.
nga (accent). . ton retombant; se confond avec le h&i au Thi!k>a Thién et au
Quàng Tri , »** 1 1 6 ; — avec le n$ng au Quàng Binh ,
ibid.; — manière de le prononcer, n° 117.
ngâ pour ngwa, renversé, penché, n° U'j.
ngà pour ngà^, démangeaison, n" /(7.
ngai pour ngwon, rougir, n** ùo.
ngài pour ngwon, homme, n*" 4o.
ngay pour ngày, jour, n" 111.
ngân ; . . pour gàn, près; ngàingàn, est-ce près ou loin? n"' 98, 1 o3.
ngh^i pour nghê, safran des Indes, n" 28.
nghin pour gàn, près, n*" 98.
NH
nh se prononce comme g doux et d, n"" 88; — mots avec nh
initial, n" 88; — nh final, n"' 7, Sa, 85, 89.
nhât pournAti't, premier, n** 68.
nha pour nhti'a, glu, n"* 47.
nhén pour nhç, léger, n*** 94, 111.
nh^ng pour nh^i, araignée; vàng nh$ng ou bhg nhèiig (pour rang),
toile d'araignée.
nhit pour nhwt, un, premier, n** 47.
iOfi PHONÉTIQUE ANNAMITE.
0. . De la voyelle o, n** 33 et suiv., 6i ; — o non accentaë,
parenté avec u non accentue, n"^ 76, 76; suivi de la na-
sale ng, n° 3/1; suivi dec, n*" 3/i; devient tio, n"** 61, 66;
— est mis pour a, n** 8; — pour tio, n" 38; pour tia,
n" û6; formes en ongy n" 3û.
ô
De la voyelle 0, n~ 35 et suiv. ; — se change en « , n"" 36 ;
en tio, n° 37; — est mis pour a, n" 8; — pour w,
n"45; — pour au, n"* 21.
ong Prononciation des mots en ong^ n"* 39.
0'
0» De la voyelle 0», n" ko et suiv. , 6 2 et suiv. ; — se change en t ,
n" 4i; — se met pour â, n" 18; — pour ié, n° 56 bis.
6»i pour^, volonté, n* 58.
p
Palatales n"* 90 et suiv.
PH
ph sa prononciation, n** 8&.
phô pour v6f caresser; phi tay, applaudir, n"* 81.
phi» pour vi»; khai phi», phi» rmg, défricher des rizières, n** 81.
phuong pour phong, élever à une dignité, n"" 61 .
phu»a>ng f our phong, élever à une dignité, n*" 61.
Q
queng quit, . . . pour quanh quàt, sinueux; ndi queng qtdt, parler par détours.
quing pour quânh, minerai de fer, n"" 6.
quit pour qu^t, plier, fléchir, n"" 93.
qitcm pour quan; bo» quo»n, trois ligatures, n^ 5â,
INDEX ALPHABÉTIQUE. 107
R
r devient t, n** 108; — se met pour rf, n" 96; — devient d,
n~ 106, 108.
ra pour rwa, serpe, n^ Ag.
ren pour ri, racine, n" a8.
rifu pour rwœu, vin, n" &o.
ri pour rùa, tortue, n" 44.
roi pour ruH, mouche, n® 35.
rang pour rtU^ng^ rizières; màn rang, faire des rizières, n"* 35.
rot pour ru^tf entrailles, n® 35.
r^ ri pour dû dî, grandnluc, n*" 109.
s
s se transforme en M, en (r, n" 96; — en t, n* 96; — sa
nature, n" 97.
sac (accent). . . ton élevé, sa prononciation, n** 1 1 7 ; — se change en n$ng,
n" 1 j 3 ; — est mis pour le nÇng, n* 1 1 4.
8ç pour 8\Pf chose , n"* 69.
êà pour sùm, lait, n"" 95.
son pour tràn^ tamis, n'' 95.
êçp pour thçp, vase, n"" 85.
sâu pour êao, étoile, n°* 6, i&.
séc, pour thàch, défier, n"** 6, 90; bàn êéc, surfaire les prix; gà
sécy coq provocateur, appeau.
s^ pour Ûhn, aimer, préférer, n** 85.
seo .^ pour tAeo, suivre, n** 85.
seo pour theo, balafre, n^ 95.
siêu pour êau, après, n"" 5&.
iiéu ou Wu . . . . pour «^u, six, n** 5/i.
«p» pour iko», ouvrier, n** 85.
9u pour «iJfi, profond, n" 17.
syt pour thu4t, raconter, n"" 85.
sum pour gàu, six, n" 69.
T
*. mis pour r, n" 107; — mis pour tr, n"' 90, 91; — pour s.
n» 96.
108 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
tân pour râriy serpent, n" 107.
tâng pour rângj dent, n" 107.
tàm tw pour tdm mu*an tw, n**' 84 , etc. ,118.
tât pour rât, cuisant, n"* 106.
têt pour rét, rouille, n* 106.
fit pour rit, cent-pieds, n" 106.
téc pour soc, écureuil, n" 96.
tœm pour (am, huit, n^ 5&.
tom pour ùèn, sapëque, n"" hU.
tu ri ou tu li. . pour dû di, grand-duc, n" 109.
tui pour toi, je, moi, n" 35.
tûi pour tài^ sombre, soir, n"* 35.
tuit pour ttidt, année du cycle, n" 93.
tiin pour nin, nombril, n^ 106.
TH
th devient », n"* 86; — cas d agglutination qui en résulte,
n*» 86.
thai pour soi, envoyer, n" 90.
thau pour sau, après, n° 90.
Ih5 pour di, séduire; thS dèng pour dS dànhy séduire, n* gi.
ihât pour d^i, dégoutter; nhà th6t, il pleut dans la maison,
n«9/i.
thw pmir »p», craindre, n"* 90.
thon pour thài, grand, n" 54.
thon pour thl, temps; particule conjonctive, alors, n** 58.
thom pour thifn, bon, n" 54.
thûi pour thM, puant, n"* 35.
thuy pour thi, se présenter aux examens, n" 3i.
thuy pour thi, donner, n° 3 1 .
thuy pour thi, plaqueminier, n® 3i.
thun pour tituân, paisible, n" 17.
thNt pour thuât, redire, raconter, n* 1 7.
TL
tl mis pour /r, n* 91 ; — nature de cette consonne, n" 97.
tlai pour irai, garçon, n" 9 1 ,
INDEX ALPHABETIQUE. 109
tlâu pour trâuj buiSe, n"" gi.
tk pour tre, bambou , n** 9 1 .
ilong pour trong, dans , n° 9 1 .
Hm pour tron, ciel, n* 91.
du pour trâu, bufiSe, n"^ 17, 91.
TR
tr Nature de cette consonne, n° 97; — prononciation, n"* 91;
— devient t/, n** 91; — devient I, n"" 91; — est mis
pour cA, n"* 91; — pour g doux, n** 98; — devient t,
n~90, 91.
ira pour già, vieux, n*** 90 , 111.
trà pour chef thé, n*** 90, 91.
trà pour swa, lait, n*** 67, 90.
iràc pour trwo'c, avant, n** ko,
trài pour ckài, épervier, filet, n" 90.
tràng pour sang, matin, n° 90.
tiào pour sào, arpent, n** 90.
trào trào pour êào sào, étourneau, n"* 90.
irdy pour trài, fruit, n"" 6.
trètig pour sànhy porcelaine, poterie, n"* ti.
irçng pour trçnh, grande tortue, n** 6. •
tréng, . pour trành, fuir, s'écarter, n° 6.
trço pour seOf balafre, n'' 90.
frêng pour trbih ou trinh, entrait, moise, n"" 3 1 .
tr^.% pour ch5y lieu, n"* 90; — tr^ no, pêcherie à la nasse dans
les eaux peu profondes; — irô dày, pêcherie dans les eaux
profondes, verveux.
trànig pour tràng, œuf, n" 17.
trà pour tràu, bétel, n° 17; — detn tri ri^u, apporter du bétel
et du vin.
trù . . pour tràu, balle de riz, n** 17.
(r{<> pour chw, caractères, n"* 90 , 9 1 .
trwa pour giH^a, milieu, n** 90.
trwng pour sitmg, corne, n° 90.
truwig pour^ii>pn^, beau-père, père, n" 90.
110 PHONÉTIQUE ANNAMITE.
u
u De la voyelle u, n^ && et suiv. ; — u non accentué, parenté
avec 0, n"* 75, 76; — « se change en 6, n* 45; — est
mis pour 6, n"" 36; — pour au, n"^ 90; — pour uâ^
n* 20.
ua allongement de 6, n" 65 ; — devient 0, n? &6.
uà devient u, n® ao ; — devient tu, n** a3.
uy pour t, n* 3i.
uo allongement de 0, n" 65; — devient 0, n** 38; — est mis
pour 0, n** 37.
w de la voyelle w, n"' ^7 et suiv. , 69 ; — parenté avec i, n*' 48 ;
— devient a, n" 69; — est mis pour ^, n"* 19; — affai-
blissement de o>, n**' 18, &i.
wa devient a, u? b^.
WQ> devient a, n"* &2, 63, 67; — devient te, n* 43; — est un
allongement de o>, n** 6&; — est mis pour df, n"" 59.
UHpng formes en womg et mg, u!* i5.
V
V devient i, n** 89 ; — devient ph, n** 83.
vçc pour vçch, égratignure, n*" 6.
vçch pour vçch, égratignure, n** 6.
vé pour wW, avec, n** 4o, 61.
v6 et vad, entrer, n~ 1 3 , 1 1 1 .
X
X i>our ch, n° 91; — pour kh, n** io4.
xéc pour xdch, porter à la main, n"" 6.
xeng pour xank, vert, bleu, n"" 6.
xun pour xuân, printemps, n"" 17.
xit pour xudt, sortir, n° 17.
TABLE DES MATIÈRES.
Intboddgtion (n"' i-3) iv
PREMIÈRE PARTIE.
MODIFICATIONS DKS VOYELLES.
Section I. Modifications naturelles 3
S 1. Voyelle df (n* 5) 3
S 3. Voydie a 4
Tableaa des modificatioiis de la voyelle a (n" 6) h
Remarques (n" 7-16) i . . . . 5
S 3. Voyelle à 11
Tableaa des modifications de la voyelle d (n° 17) 11
Remarques (n** 1 8-a3 ) 13
S 4. Voyelle e. 16
Tableaa des modifications de la voyelle e (u" 9&) 16
Remarques (n** a5-a7 ) * ^
$ 5. Voyelle é 17
Tableau des modifications de la voyelle ^ (n° 98) 17
Remarques ( n" ag-So) 17
S 6. Voyelle t : 18
Tableau des modifications de la voyelle t (n** 3i ) 18
Remarques (n* Sa) 18
8 7. Voyelle 19
Tableau des modificalions de la voyelle (n* 33 ) 19
Remarques ( n"* 3& ) 19
S 8. Voyelle d ai
Tableaa des modifications de la voyelle d (n° 35) ai
Remarques (n"" 36-39) ^'^
S 9. Voyelle o> 33
Tableau des modifications de la voyelle 0* (n** &o) r;i3
Remarques (n** i i-&3) a/i
810. Voyelle u a8
Tableau des modifications de la voyelle ti (n" 4i ) a 8
Remarques (n" 4546) a8
811. Voyelle w 99
Tableaa des modifications de la voyelle tf (n"" 67) 39
Remarques (n* &8) 39