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Full text of "Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuelles"





i 



PHYSIOLOGIE 



DU 



SYSTEME NERVEUX. 



TOME I. 



••w*i. -J^C^t^**» 



I.IBHAIRIE DE J.-Bi BAII.I.IERE. 

TRAITÉ DE PHYSIOLOGIE considérée comme science d'observtion, par 
par G. -F. Bordach , professeur à l'uiiiversilé de Kœnisberg, avec des 
additions par MM. les professeurs Baer , Meyer , J. Mdller , Rathke, 
SiKBOLD, Vaientin, AVAC^En. Traduit de l'allemand sur la deuxième 
édition, par A.-J.-L. Jourdan. Paris, 1837-1839, 8 forts vol. in-8, 
figures. Prix de chaque. 7 fr. 

ANATOMIE COMPARÉE DU SYSTEME NERVEUX considéré dans ses 
rapports avec l'intelligence , comprenant la description de l'encéphale 
et de la moelle rachidienne , des recherches sur le développement, le 
volume , le poids , la structure de ces organes chez Phomme et les ani- 
maux vertébrés ; l'histoire du système ganglionnaire des animaux arti- 
culés et des mollusques , et l'exposé de la relation graduelle qui existe 
entre la perfection progressive de ces centres nerveux et À -i»"! des fa- 
cultés instinctives, Intellectuelles et morales, par F. Leveet, médecin 
de l'hospice de Bicêtre. Paris, 1839-1840, 2 vol. in-8, et atlas de 33 
planches in-folio , dessinées d'après nature et gravées avec le plus 
grand soin, 

Ce bel ouvrage est publié en 4 livraisons composées chacane d'un demi- 
volume et d'un cahier de 8 planches in-folio. Prix de chaqae]livraisoD, 
figures noires. 12 fr. 

— Le même , avec figures coloriées. 34 fr, 

ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU dans les quatre classes de» ani- 
maux vertébrés , appliquée à la physiologie et à la pathologie du sys- 
tème nerveux , par E. Serbes , membre de Plnstitut de France , méde- 
cin de l'hôpital de la Pitié i ouvrage couronné par l'Institut. 2 forts 
volumes in-8 et atlas in-4, 24 fr. 

RECHERCHES D'ANATOMIE TRANSCENDANTE ET PATHOLOGIQUE; 
théorie des formations et des déformations organiques , appliquée à l'a- 
natomie de la duplicité monstrueuse , par E. Serres. Paris , 1832, in-4, 
acompagné d'un atlas de 20 planches in-fol. 21 fr. 

TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE D'ANATOMIE COMPARÉE , suivi de Recher- 
ches d'anatomie philosophique ou transcendantes sur les parties pri- 
maires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur, par 
C.-C. Carcs , D. M. , professeur d'anatomie comparée , médocin du roi 
de Saxe ; traduit de l'allemand sur la deuxième édition , et précédé 
d'une esquisse historique et biographique de l'Anatome comparée^ par 
A.-J.-L. Jourdan. Paris, 1835. 3 forts vol. in-8, accompagnés d'un bel 
atlas de 31 planches gr. in-4 gravées. 34 fr. 

DE GLANDULARUM secernentium structura penitiori earumqne prima 
formatione in homine atque animalibus, commentatio anatomica, auc- 
tore J. MuuER. Lipsiae , 1830 , in-folio , avec 17 planches. 72 fr. 



Paris. — COSSON , Imprimeur de l'Académie royale de médecine , 
rue Saint-Germain-des-Prés , 9. 



<,w.A^-^i*-=^ 



PHYSIOLOGIE 



DU 



SYSTÈME NERVEUX, 

ou 
RECHERCHES ET EXPÉRIENCES 

SIR LES DIVERSES CLASSES D'APPAREILS NERVEUX, LES MOUVEMENS , 
LA VOIX, LA PAROLE, LES SENS ET LES FACULTÉS INTELLECTUELLES, 

PAR J. MULLER, 

PROFESSEUR d'aNATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE A l'uKIVERSITÉ DE BERLIW , 

Traduite de l'allemand, sur la troisième édition , 

PAR A.-J.,L. JOURDAN, 

MEMBRE DE l'aCADÉmIE ROYALE DE MEDECINE; 

Accompagnée de 80 Ggures intercalées dans le texte, 
et de quatre planches gravées. 



TOME PREMIER. 



A PARIS, 

CHEZ J.-B. BAILLIÈRE, 

LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE, 

RUE DE l'École de médecine , 17; 

A LONDRES, CHEZ H. BAILLIÈRE, 219, REGENT-STREET. 

1840. 



AVIS DE L'ÉDITEUR. 



Le livre que nous présentons au public forme la 
partie la plus considérable du Traité de physiologie 
de M. MuUer. D'après Tintérét général qu'inspirent 
en ce moment les recherches ayant pour but le sys- 
tème nerveux , il nous a semblé qu'on ne pouvait 
manquer d'accueillir une œuvre dans laquelle , indé- 
pendamment du tableau le plus complet des travaux 
entrepris sur ce sujet par les Allemands, les Anglais 
et les Français , se trouvent consignées une foule d''i- 
dées et d''expériences neuves et ingénieuses , surtout 
en ce qui concerne la théorie de Faction nerveuse , 
de la voix, de la vision, de l'audition, et en général des 
sens et des mouvemens. Les autres parties du Traité de 
M. MuUer n'ont pas la même importance sous le rap- 
port de Tactualité , et d*'ailleurs ce qu'elles offrent de 
plus curieux et de neuf , les recherches sur la consti- 
tution physique du sang , se trouvent déjà consigné 
tout au long dans la grande Physiologie de Burdach(l), 
dont le célèbre professeur de Berlin a été le collabo- 
rateur pour ce qui concerne ce point de doctrine. Or, 

(1) Traité de physiologie ronsidéràe comme scie7ice d' oh s «r nation , par 
C.-F. Burdach, avec des additions de MM. les professeurs B-er, Moser, 
Mever, J. Muller, Ralhke, Siebold, Valentin, Wagner, trart deralleroand 
par A.-J.-L Joiirdan. Paris. 1837-1839, 8 vo! in-8. Sj 



Tj ATis DE l'Éditeur. 

comme la Physiologie du système nerveux^ que nous 
publions, forme le complément naturel de ce dernier 
ouvrajjc , c'était éviter im double emploi que de rester 
dans les limites où nous avons cru devoir nous tenir. 
Mais, par contre, et toujours dans la vue d'offrn- à 
nos compatriotes ce qui nous semble surtout digne de 
fixer leur attention, nous avons ajouté au chapitre de 
la voix humaine la version d''un opuscule que M. Mul- 
ler vient de publier séparément , sur la compensation 
des forces physiques dans Torgane vocal de Thomme ( 1 ) . 
De cette manière , nous avons présenté l'ensemble 
des recherches de cet habile et laborieux physiologiste 
sur un des sujets les plus épineux et les plus contro- 
versés de la physique animale. Dès que la partie 
consacrée aux fonctions intellectuelles aura paru , 
nous nous empresserons d'en donner aussi la tra- 
duction. 



(d) Veher die Compensation der physischen Krcefte am menschlichen 
Stimmorgen. Berlin , 1839 , avec 4 planches. 



PHYSIOLOGIE 



DU 



SYSTÈME NERVEUX 



PREMIERE PARTIE. /u / 

PHYSIQUE DES NERFS. 



Section première. 

Des propriétés des nerfs en général. 




CHAPITRE PREMIER. 

Des formes principales du système nerveux (•). 

Le système nerveux se présente sous deux formes princi- 
pales, dans le règne animal ; celle qui appartient aux animaux 
vertébrés , et celle qui est propre aux animaux sans vertè- 
bres. Chez les premiers de ces êtres , le cerveau est imper- 
foré, et se termine par un prolongement, auquel on donne le 
nom de moelle épinière ; chez les autres , il représente tou- 
jours un anneau , à travers lequel passe l'œsophage , et qui 
offre deux renflemens , l'un à sa partie supérieure , consti- 
tuant le cerveau proprement dit , le second situé au dessous 
de l'œsophage : de ce dernier part le reste du système ner~ 

(1) D'après J. Uvixi.v,, mv. Jct.JScU. Curios,, t. IX, et Meckel's 
yirckiv , 1828. 



a DES FORMES PRINCIPALES 

veux , qui , tantôt consistP en des nerfs dislinciâ les uns des 
autres, tantôt, comme chez les Vnnélidcs, les Insectes , les 
Crustacés et les Arachnides , représente un cordon étendu 
d'avant en arrière, à la face ventrale du corps, sous l'intestin, 
et oll'rant des renllcmens [;anglionnaires de distunce en dis- 
tance. 

La question du parallèle à établir entre le système nerveux 
des animaux sans vertèbres et celui des animaux vertébrés , 
occupe depuis lonj^-temps les anatomistes et les physiolo- 
gistes. 

Ackermann , Reil et Bichat prétendaient que le système 
ganglionnaire des animaux inveriébrés correspondait au nerf 
grand sympathique des vertébrés^ et après de longues discus- 
sions à ce sujet, l'analof^ie a été admise, dans ces derniers 
temps , par Serres et Desmoulins. 

D'un autre côté, Scarpa , Blumenbach, Cuvier, Gall et 
J.-F. Meckel ont rejeté toute idée de rapport entre les deux 
systèmes. Ces anatomistes se fondaient sur des argumens d'un 
plus grand poids que ceux de leurs adversaires , et , pour la 
plupart , ils ont comparé sans hésitation la moelle ventrale des 
animaux articulés à la moelle épinière des vertébrés. Meckel 
et Walther sont même allés plus loin , car ils ont soutenu que 
la continuation du cerveau dans le tronc , chez les invertébrés, 
devait être considérée comme la masse réunie du système de 
la moelle épinière et de celui du grand sympathique , qui se 
séparent plus tard l'un de l'autre , en sorte que le système 
nerveux des invertébrés , concentrant en lui les deux ordres 
de fonctions , se rapprocherait davantage du type du ^rand 
sympathique chez les Mollusques^ et de celui de la moelle 
épinière chez les Articulés. 

Enfin Treviranus et E.-H. Weber se'sont crus fondés à ne 
voir dans les nœuds de la chaîne gan{îlionnaire des'animaux 
articulés, que les représenians des ganglions des nerfs rachi- 
diens. Il suit de là que, d'après leuropinion, les ganglions de la 



DU SYSTÈME NERVEUX. 5 

moelle ventrale des invertébrés résulteraient de la réunion 
ou fusion de ceux des nerfs rachidiens , et que les cordons 
qui les unissent ensemble figureraient les premiers rudi- 
mens de la moelle épinière des vertébrés. 

La question est tranchée aujourd'hui. On saitquela plupart 
des animaux articulés, spécialement fous les Insectes , possè- 
dent, indépendamment de la moelle ventrale ou de la chaîne 
ganglionnaire du côté inférieur, un second système nerveux , 
destiné d'une manière exclusive aux viscères. On sait encore 
que ce système nerveux , éjjalement composé d'une chaîne 
de ganglions très-petits , acquiert son plus grand développe- 
ment sur le canal alimentaire, en particulier sur Testomac , 
par des plexus déliés qu'il y forme, mais qu'il a aussi des 
connexions avec le cerveau , au moyen de racines. 

Meckel etTreviranus avaient déjà signalé incidemment l'a- 
nalogie existante entre le nerf grand sympathique et le nerf 
récurrent impair, décrit par Lyonnet et Swammerdam , qui 
marche le long de l'œsophage. Mais le nerf indiqué par Lyon- 
net n'est que l'expression la plus simple d'un système ner- 
veux spécial, dont les formes complexes ont été étudiées par 
moi chez des Insectes de presque tous les ordres. Dans son 
état d'entier développement , il naît du cerveau par des ra- 
cines déliées, et , marchant le long de la face dorsale de l'œ- 
sophage, entre ce conduit et le cœur, il va gagner l'estomac, 
où il produit un plexus particulier, qui lire son origine d'un 
ganghon assez volumineux. Sous cette forme , sa partie sto- 
macale ou centrale est toujours plus forte que sa partie supé- 
rieure, qui tient au cerveau par des filets émanés de renfle- 
mens plus petits. Du reste , le tronc qui court à la surface du 
canal intestinal offre certaines diversités ; tantôt il est simple 
et impair en se rendant à l'estomac, où il forme son ganglion 
et son plexus , comme chez les Dytiques et autres ; tantôt il 
est double , comme par exemple chez les Taupe-grillons. Un 
seul individu , celui que j'ai décrit dans les Actes des curieux 




l'ii A k? 



4 DES FORMES PRINCIPALES 

(le la nature , m'a montré les deux nerfs se renflant en un 
peiil ganglion commun , sur i'eslomac musculeux ; cheic tous 
les autres individus que j'ai examinés, chacun des deux nerfs 
formait un ganglion à part. Les recherches de Brandt ont 
donné une grande extension à nos connaissances relativement 
aux nerfs viscéraux des Insectes , des Crustacés , des Mollus- 
ques et des Annélides. Cet anatomiste a fait voir qu'il y en a, 
chez les Insectes, deux systèmes, l'un pair et l'autre impair. 
Les deux systèmes communiquent avec le cerveau. Le pair 
forme de petits ganglions sur l'œsophage , et parfois aussi, de 
chaque côté, sur l'estomac. L'impair est souvent peu prononcé, 
quand l'autre a beaucoup de développement , et vice versa. 
Lorsqu'il est très-marqué , il produit un ganglion impair sur 
l'estomac (1). 

Ehrenberg a découvert des traces de système nerveux chez 
les Infusoires , ou du moins chez les Rotateurs. 

Les formes les plus connues du système nerveux des ani- 
maux inférieurs peuvent être rapportées aux types suivans : 

1° Type des Radiaires; division en rayons périphériques; 
parties similaires à la périphérie d'un centre. 

La forme primordiale du système nerveux est celle d'un 
anneau , de ce qu'on nomme coUier œsophagien chez les ani- 
maux sans vertèbres. Cet anneau apparaît sous sa forme la plus 
simple chez les Radiaires. Là il est encore dépourvu de gan- 
glions , et ne se prolonge pas non plus en un cordon médul- 
laire. La répartition de ses embranchemens est conforme à la 
configuration et à la division rayonnée de l'animal. Celui-ci ne 
s'alongeant pas en un corps articulé , il était impossible que le 
collier œsaphagien se continuât en un cordon médullaire. Ré- 
pétition des mêmes parties à la périphérie du cercle , telle est 
ici la forme primordiale de l'animal. Ces conditions font que 
tous les nerfs du collier œsophagien sont égaux entre eux , 

(1) Mém, de VAcad. de Pétcrslouru^ 3, — Aifhal. des se. naitir. '6, 81. 



DU SYSTÈME NERVEUX. 5 

qu'aucun n'est cordon niédullaite de préférence aux autres 
et que nulle partie du collier ne joue le rôle spécial de cer- 
veau. L'ensemble des branches rayonnantes d'un cercle ner- 
veux, dont aucune n'a la prééminence sur les autres , re- 
présente ce qui , chez les animaux supérieurs, est le prolon- 
gement du collier œsophajjien en un cordon médullaire, 

2"* Tj'pe des Mollusques ; aboutissement des branches à un 
sac viscéral musculaire. 

Dans la classe des Mollusques, cette conformation primor- 
diale subit des changemens qui correspondent à ceux de l'or- 
ganisation entière. La symétrie du type rayonné a cessé, et 
l'absence de la segmentation propre aux autres animaux sans 
vertèbres est un des caractères les plus essentiels. Le Mollus- 
que n'est qu'un enroulement d'autant de viscères qu'il en faut 
pour constituer une individualité animale, dont les fonctions 
sensitives se bornent presque à un toucher purement passif et 
à une lente locomotion. 

Nous retrouvons bien ici l'anneau nerveux comme type ; 
mais les nerfs égaux et rayonnans pour des parties périphéri- 
ques égales ont disparu, puisque celles-ci n'existentpoint. Il y 
a des nerfs sensoriels, des nerfs viscéraux , des nerfs muscu- 
laires ; mais un système nerveux segmenté n'était point néces- 
saire, puisque les viscères n'offrent aucune symétrie dans leur 
situation ni dans leur succession , et qu'il n'y a point non plus 
de séries successives de segmens locomoteurs. 

Ainsi le développement du système nerveux se réduit iri 
à ce que le collier œsophagien et ses nerfs produisent des gan- 
glions, qui deviennent autant de centres pour le rayonnement 
de la moelle nerveuse. Les degrés qu'il présente dans celle 
sphère sont au nombre de deux. 

a. Renflement supérieur et renflement inférieur du collier 
œsophagien (Gastéropodes) ; ganglions latéraux au collier, 
avec des renflemcns "épars le long des nerfs qui émanent de 
ces ganglions (Acéphales). 



C DES FORMES PRINCIPAIES 

h. Collier œsophagien renflé en une masse cérébrale (Cé- 
phalopodes). 

o" Type do$ animaux articulés. Succession de segmens ana- 
logues ou semblables, et dont le contenu est analogue ou iden- 
tique ; segmentation dans le sens de la longueur. 

Les animaux articulés ont pour caractère fondamental la 
répétition de parties analogues ou similaires dans le sens de 
la longueur. L'animal se compose d'une succession d'anneaux, 
analogues ou pareils, qui renferment également des partii'S 
analogues ou semblables du système vasculaire, des viscères. 
Les viscères ne sont plus enroulés et unis par un sac musculeux; 
ils s'étendent plus particulièrement suivant l'une des trois 
dimensions, celle en longueur, elle sac musculeux s'est divisé 
en une grande quantité de muscles distincts pour les parties 
articulées. Dans de telles conditions, le collier œsophagien et 
ses ganglions doivent se répéter, ce qui produit le cordon 
\entral et les ganglions médullaires du corps articulé. Ici se 
rangent les Annélides, les Insectes, les Crustacés et les 
Arachrfides. 

Du reste, le cerveau paraît être placé au dessus de l'œso- 
phage chez tous les Insectes, Arachnides, Crustacés et Anné- 
lides, sans exception (û). En ouiie, chez les Insectes, on voit 
déjà le système nerveux particulier des viscères commencer à 
se montrer d'une manière plus prononcée , à la région dor- 
sale ùu canal intestinal ; c'est sur l'eslomac qu'il acquiert son 
plus grand développement, et il tient par des racines tant au 
cerveau qu'à la moelle ventrale. 

(1) Dans le Scorpion , l'œsophage traverse aussi le collier nerveux ; 
mais la paitie postéiioure ou inl'éiieme du cerveau est plus grosse que 
rantérieutc; ce (|ui m'avait conduit autrefois à dire, saus fondement, que 
le cerveau se trouvait placé au dessous de l'œsophage. Celte dernière dis- 
position n'a pas lieu non plus cliez les Phasmes , où j'avais cru la voir en 
d826 , et qui , d'après d'ultérieures recherches , sont conformés comme 
tous les autres Insectes, 



I 



DU SYSTÈME NERVECX. ^ 

Pendant la méfamorphose de la larve en clirysolide otde 
celle-ci en insecte parfait, certains ganglions se confondent 
avec d'autres, et quelques uns disparaissent , le tout suivant 
les besoins des parties qui sont parvenues à un plus haut 
degré de développement. 

Chez quelques Insectes, tous les ganglions et toutes les an- 
ses de la moelle ventrale sont réunis en un cordon médullaire 
solide, duquel tous les nerfs du corps articulé partent en 
rayonnant , et qui se trouve uni au ganglion cérébral par le 
collier œsophagien encore ouvert. Tel est le cas du Scarabée 
nasicorne , même à l'état de larve. 

On voit ici le type d'un cordon à ganglions passer à celui 
d'un cordon simple ; de sorte que, suus le rapport morpholo- 
gique, le cerveau et la moelle épinière, pris ensemble, sem- 
blent ne pas différer, autant qu'on pourrait le croire , du sys- 
tème nerveux des animaux sans verlèbres. Il ne reste qu'mie 
disposition particulière à ces derniers^ c'est que le "collier 
œsophagien sert au passage de l'œsophage. D'un autre côté, 
nous remarquons, ciiez les animaux vertébrés inférieurs^ que 
la formation ganglionnaire reparaît dans les points où des 
masses nerveuses considérables naissent de la moelle épinière; 
ce dont on peut citer pour exemples les ganglions multiples 
qui existent à la portion cervicale de la moelle rachidienne 
des Trigles, comme aussi les renflemens visibles à l'origine 
des nerls braclUaux et cruraux chez les Chéloniens, les Oi- 
seaux et les Mammifères. 

On ne saurait non plus attacher la moindre valeur au 
parallèle que divers auteurs ont voulu établir entre le système 
nerveux des Mollusques et le nerf grand sympathique des 
animaux vertébrés. L'absence de la chaîne ganglionnaire chez 
ces animaux est une conséquence de celle du tronc articulé. 
La réunion des ganglions en une chaîne est une chose pure- 
ment accidentelle , c'est-à-dire qui n'entre pas dans l'essenc^ 
du système nerveux lui-même , et qui ne dépend que de U 



8 HE LA STRUCTUnE DES NEAFS, 

sefjmenlalion. Aussi, dans la classe mrnie des animaux arlicu- 
lés, lorsque la forme se{jmenl«''e disparaît, ou du moins s'el- 
face en partie, les chaînes de ganglions sont-elles remplacées 
par des ganglions épars des nerCs cérébraux , de la même 
manière que chez les 31olliisques, cedont les espèces du genre 
Phçdanginm fournissent un exemple. Ainsi, d'un côté, les 
ganglions des Mollusques sont des ganglions de nerfs viscé- 
raux, destinés aux actes de la nutrition ; d'un autre côté, les 
nerfs cérébraux et leurs ganglions, qui se répandent dans les 
organes locomoteurs , par exemple dans le manteau (Cépha- 
lopodes), et sont aptes à transmettre les ordres de la volonté, 
correspondent exactement aux nerfs musculaires de la chaîne 
ganglionnaire chez les animaux articulés , et ne sauraient en 
aucune manière être mis en parallèle avec des nerfs viscé- 
raux. 

CHAPITRE II. 

De la structure des nerfs. 

I. Fibres primitives des aerfs. 

Les nerfs sont composés de faisceaux, les uns plus petits, 
les autres plus gros, disposés parallèlement les uns aux autres, 
qui possèdent un névrilème membraneux , et qui s'unissent 
quelquefois de distance en distance, sur la longueur d'un cor- 
don, tandis que les fibres nerveuses primitives contenues dans 
leur intérieur ne sont qu'appliquées les unes contre les autres, 
et ne contractent jamais d'union ensemble , puisque , même 
dans les points où les faisceaux semblent s'anastomoser, elles 
ne font que passer de l'un dans un autre, pour s'accoUer à 
d'autres fibres. 

Les fibres primitives des nerfs se ressemblent beaucoup , 
quant à la forme et à la grosseur, chez des animaux diflérens. 
Il n'est aucun animal chez lequel elles résultent d'une agré- 
gation de globules. Toujours et partout elles représentent des 



nE Ik STRUCTURE DES NEHES. C) 

filamens simples. Celles des nerfs de l'homme ont , d'après 
Krause , depuis un quatre-centième jusqu'à un deux-centième 
de ligne. R. Wagner leur assigne un trois-comième de li^ne 
et il en donne un deux-centième à celles des nerfs de la Gre- 
nouille. Cependant leur diamètre varie à un point extraordi- 
naire, et souvent elles sont beaucoup plus déliées, ce qui ar- 
rive surtout aux fibres organiques grises. Les vaisseaux ca- 
pillaires ne se répandent plus à leur surface, car ils sont plus 
gros qu'elles; ils ne font qu'étaler leurs réseaux entre ces fila- 
mens élémenfaires. 

Fontana paraît être le premier qui se soit fait une juste idée 
de la structure délicate des fibres nerveuses primitives. Il dis- 
tinguait dans ces fibres un tube extérieur et un contenu ; le 
tube paraît ridé quand on le contemple à un fort grossisse- 
ment; le filament logé dans son intérieur est lisse et homo- 
gène. Fontana est parvenu, sur quelques cylindres, à isoler le 
tube de son contenu solide. Voici comment il s'exprime à cet 
égard : « Les nerfs ou leurs extrémités étant dans l'eau , je 
glissai dessus la pointe d'une épingle, dans le sens de la lon- 
gueur, afin de déchirer les cylindres, ou d'effacer jusqu'à un 
certain point les inégalités de leur surface. Je parvins enfin , 
de celte manière, à m'en procurer un dont la moitié environ 
consistait en un fil transparent et uniforme, tandis que l'autre 
moitié, d'une épaisseur presque double , était moins transpa- 
rente, inégale, tuberculeuse. Je présumai alors que le cy- 
lindre nerveux primitif se composait d'un cylindre transpa- 
rent, plus petit, plus uniforme, et couvert d'une substance 
de nature peut-êlre celluleuse. Les observations que je fis 
ensuite me confirmèrent de plus en plus dans cette hypothèse, 
qui finit par devenir une vérité démontrée. J'ai vu, dans beau- 
coup de cas, les deux parties qui constituent le cylindre ner- 
veux primitif. L'une a tout l'extérieur inégal et tuberculeux; 
l'autre est un tube qui semble être formé d'une membrane 
particulière, transparente , homogène, et que remplit un II- 



10 DE LA STRUCTURE DES NERF8. 

quide gélatineux, doué d'une certaine consistance, n Foniana 
donne ensuite la ligure des cylindres primitifs ; il les repré- 
sente encore couverts du tube en certains points, et à nu en 
d'autres. Ses observations sont parfaitement d'accord avec 
celles que Remak a faites dans ces derniers temps (1). Re- 
mak a vu le contenu des tubes nerveux sous la forme de filets 
un peu plus grêles et pleins, ou de rubans pâles, dont, à l'aide 
de la pression, on parvient à isoler une certaine longueur et à 
la séparer du tube, qui se fronce facilement. 11 n'a pu con- 
stater de structure fibreuse dans ce ligament , qui néanmoins 
se divise quelquefois (2). En comparant le volume de ce qu'on 
nomme les fibres primitives des nerfs à celui des parties élé- 
mentaires des muscles, du tissu cellulaire, etc., qui sont beau- 
coup plus grêles , on reste indécis de savoir si les filamens 
contenus dans ces tubes primitifs doivent être considérés 
comme l'élément le plus ténu des nerfs. Sclmann a remarqué, 
dans le mésentère de la Grenouille, des fibres nerveuses, du 
volume de celles qu'on nomme primitives, qui en contenaient 
d'autres beaucoup plus déliées, et il a vu celles-ci sortir de 
celles-là. Trevn*anus a remarqué, dans certains cylindres ner- 
veux, des stries dirigées suivant le sens de la longueur ; et 
des fibres primitives d'un nerf spinal de Corassin, qui avaient 
0,W053 millimètres de diamètre , lui ont oûèrt des cylindres 
élémentaires plus grêles , dont le diamètre ne s'élevait qu'à 
0,0013 millimètres. Dans le Lapin, les cylindres élémentaires 
avaient un diamètre de 0,0016, tandis que les cylindres plus 
gros, ou fibres primitives, qui les contenaient, en présentaient 
un de 0,0099. 

H. Pibres cérébrales. 

Fontana avait reconnu, dans le cerveau, des tubes remplis 

(1) Ohscrvatinnes analomicœ et microscnpicœ de systcmatis norvosi 
natura , Berlin , 183S. 

(2) MoLiBR , ^rc/jiv, 1837, p. IV. 



DE LA STRUCTURE DES NERFS. 1 i 

d'un liquide {jélalineux ; mais l'idée qu'il se faisait des cir- 
convolutions analogues à celles de l'inieslin décrites par ces 
canaux , était complètement inexacte. 11 avait attaché beau- 
coup trop d'importance à ces flexuosités; car les fibres primi- 
tives du cerveau et de la moelle épinière sont pour la plupart 
assez droites, et leurs inflexions dépendent des procédés qu'on 
emploie pour disposer les parties dont on se propose de faire 
l'examen. C'est à Ehrenberg qu'appartient le mérite d'avoir 
décrit avec précision la structure tubuleuse des libres céré- 
brales et leur disposition tant dans le cerveau que dans la 
moelle épinière. Les fibres tubuleuses marchent, pour le plus 
grand nombre, en ligne droite, et ne s'anastomosent pas en- 
semble, llarement les voit-on se diviser, ce qui arrive quel- 
quelois dans la moelle épinière. Cependant il est probable 
que le même phénomène a lieu souvent aussi dans le cerveau, 
puisque la masse des fibres va manifestement en augmentant 
de la moelle alongée à la couronne radiante. Jusqu'à présent 
on n'a pas encore pu se faire une idée bien nette du contenu 
des tubes , dont les parois membraneuses sont fort minces. A 
en juger d'après les apparences, il serait plutôt gélatineux que 
solide; quelques observateurs ont même cru devoir lui attri- 
buer une consistance huileuse. Suivant Remak, il consisterait, 
de même que dans les nerfs, en un filament, mais qui, comme le 
tube lui-même, serait bien plus délié que ceux qu'on observe 
dans les nerfs. Les fibres primitives du cerveau et de la moelle 
épinière , offrent, ainsi que celles du nerf optique, du nerf ol- 
factif et du nerf auditif, une particularité qui les distingue de 
celles de tous les autres nerfs, et dont on doit la découverte à 
Ehrenberg (1) ; c'est que la moindre compression les fait pa- 
raître renflées sur certains pointset amincies sur d' autres, d'où 
résulte qu'elles ressemblent alors à un collier de perles. Les 

(1) PoGGENDOBFF, Annalen , XXVIII, cah. 3. — Âhliandlungen der 
Akademio dcr IFisscinchafton zu jSerii» , Berlin , 4836, p. 605. 



12 DE LA. STRUCTURE MS NERFS, 

fibres de celte nature portent l'épithète de variqtioiiiîcs. 
Elirenberf} n'en a rencontré de semblables que dans le cer- 
veau, la moelle épinière, les nerfs des sens supérieurs, et un 
peu aussi dans le {jrand synipatliique. Les autres nerfs lui ont 
offert des libres cylindriques plus fortes, dans lesquelles la 
paroi du tube est aussi plus prononcée. Il a vu des fibres vari- 
queuses et des fibres cylindriques, à la fois , dans le grand 
sympathique. On crut d'abord qu'il serait possible de par- 
tager les nerfs en plusieurs classes, d'après cette dilVérence. 
Assurément la tendance des tubes à produire des varicosités 
indique quelque chose de particulier; mais elle paraît tenir 
uniquement à la délicatesse plus (grande des parois. Examinées 
sans pression, les fibres primitives du cerveau, de la moelle 
épinière et des nerfs sensoriels supérieurs, sont, comme les 
autres, uniformes partout et sans varicosités, tandis que 
celles-ci s'observent sur les fibres des autres nerfs quand on 
les soumet à la compression. Treviranus a trouvé, dans le cer- 
veau à l'état frais , la plupart des fibres droites et non ren- 
flées, de même que celles des nerfs (1). Volkmann a reconnu 
que les fibres variqueuses ne sont point constantes dans les 
nerfs sensoriels (2). Les observations de Laulh et de Remak(3) 
démontrent aussi qu'il n'y a pas possibilité de classer les nerfs 
d'après la forme variqueuse ou cylindrique de leurs fibres , 
attendu que les fibres variqueuses se rencontrent en plus ou 
moins grand nombre dans les nerfs les plus différens. Il arrive 
quelquefois à une seule et même fibre de présenter des vari- 
cosités sur quelques points de son étendue, et les fibres ner- 
veuses des jeunes animaux sont, généralement parlant, plus 
enclines que d'autres à ollrir ce phénomène. D'après les ob- 



(1) Bdtraegc zur Aufklacrung des organischeti Lehens^ Brème , II. 

(2) Neue Beitrœcje zur Physiologie des Gesichtssinnes , Léipzick , 
4836. 

(3) McLLE», Archiv , (J836, 445. 



DE LA STRUCTURE DES NERFS. l5 

servations de Treviranus, de Valeniin, de Weber, les fibres 
du cerveau, de la moelle épinière, des nerfs sensoriels et de 
tous les nerfs, sont, à l'ctat frais, parfaitement uniformes et 
sans renflemens; mais on y fait naître des nodosités par la 
pression. Avec quelque facilité qu'on aperçoive des libres va- 
riqueuses au cerveau et à la moelle épinière , je suis néanmoins 
parvenu souvent à couper des lamelles en produisant si peu de 
contusion, que les fibres étaient encore d'une uniformité par- 
faite et sans varicosités ; j'ai obtenu aussi les mêmes résultats 
sur le nerf optique et la rétine. Il m'a semblé que le froisse- 
ment était surtout considérable et nuisible lorsqu'on cher- 
chait à détacher des tranches trop minces de la substance 
molle du cerveau. La valvule du cervelet fournit un excellent 
moyen d'examiner les fibres sans incision sur une plaque 
mince naturelle de substance cérébrale. Aussi Weber l'a-t-il 
soumise à ses observations. Cependant c'est un caractère des 
fibres du cerveau et des nerfs sensoriels de prendre très-faci- 
lement cette forme : car elles ne le partagent avec aucun autre 
tissu, de sorte qu'on ne saurait le négliger dans la définition 
qu'on donne d'elles. On ne sait pas encore bien d'où dépend 
cette propriété, reconnue parEhrenberg. J'ai trouvé la moelle 
épinière élastique et très-extensible des Lamproies fort diffé- 
rente eu égard à la structure ; il est facile de la déchirer en 
filamens; elle se compose en grande partie de filets minces, 
plats comme des rubans, dont la largeur égale celle des fibres 
primitives des nerfs du bœuf. Indépendamment de ces filets, 
il en existe d'autres plus déliés, et d'autres encore beaucoup 
plus grêles. 

III. Faisceaux blancs et gris dans !es nerfs. 

On sait que les faisceaux des fibres nerveuses ont pour la 
plupart une teinte grise dansîe nerf grand sympathique, tandis 
que ceux des nerfs cérébro-spinaux sont blancs. Mais les nerfs 
cérébro-spiaaux eux-mêmes contiennent aussi quelques petits 



l4 DE L.i STRUCTDRE DES NEUFS. 

faisceaux (}ris parmi les autres de couleur blanche. On peut 
très-bien s'en convaincre sur le npif trijumeau des {jrands 
animaux , par exemple , du Bœuf et du Cheval. Ces petits fais- 
ceaux gris proviennent du nerf grand sympathique , et mar- 
chent sur les nerfs cérébro-spinaux du centre vers la péri- 
phérie ; tels sont ceux qui , sur la seconde branche , partent du 
nerf vidien , ou qui , sur la troisième , procèdent du ganglion 
otique. On peut également s'assurer sans peine du phénomène 
sur les nerfs sacrés , qui reçoivent un faisceau délié du grand 
sympathique. Ainsi les nerfs cérébro-spinaux contiennent des 
fibres blanches, qui leur sont propres, qui viennent des racines 
antérieures et postérieures des nerfs cérébraux et spinaux , 
et qui président au mouvement et au sentiment ; mais ils ren- 
ferment , en outre , un nombre moins considérable de fibres 
grises , qui tirent leur oiigine du grand sympathique ou sys- 
tème des nerfs organiques , et qui probablement règlent les 
ell'eis organiques des nerfs. Cette composition qui, à l'époque 
où j'ai publié ma seconde édition , était déjà prouvée pour moi 
d'après les observations de Relzius et les miennes propres , 
m'avait alors semblé appartenir probablement aussi au grand 
sympathique, qui a des connexions avec les deux racines des 
nerfs rachidiens, dont il reçoit des fibres motrices et senso- 
rielles , tandis que la formation de ganglions et la teinte grise 
prédominante me paraissaient ê tre des caractères à lui propres. 
Mais le grand sympathique diffère beaucoup sur plusieurs 
points quant à sa composition. Le cordon qui le limite et plu- 
sieurs des nerfs qu'il fournil sont encore blanchâtres , com- 
parativement aux filamens émanés des gros ganglions. Par 
contre, la portion carotidienne de ce nerf est plus particulière- 
ment grise ; ainsi, par exemple, la portion du grand sympa- 
thique qui s'iiccolle au nerf abducteur n'est formée que de fi- 
bres grises. De même, les filamens qui , chez le Veau, vont du 
ganglion otique au nerf buccinateur, sont entièrement gris ; 
le nerf du muscle tenseur du tympaa est blanchâtre. Remak 



DE LA STRrcrURE DES NERFS. l5 

a observé, sur un grand nombre de points du grand sympathi- 
que, des faisceaux blancs et des faisceaux fjris à côté les rins des 
autres ; vraisemblablement les premiers étaient des filets sen- 
silifs et moteurs provenant des nerfs cérébro-spinaux , et les 
seconds avaient pour destination de présider aux fonctions 
organiques. La couleur grise des nerfs organiques dépend de 
leurs fibres elles-mêmes , qui , d'après les remarques de Re- 
mak, didërent des blanches par leur structure. Les fibres 
blanches ne sont pas seulement plus fortes; on y distin- 
gue de plus très-bien l'opposition de tube et de contenu. 
Les fibres grises sont beaucoup plusdéliées et transparentes, et 
loin qu'on puisse y distinguer un tube et un contenu, elles ont 
une apparence homogène. Leur surface est semée çà et là de 
très-petites granulations. Ces granulations ont de l'analogie 
avec celles qu'on aperçoit sur les ramuscules des plus petits 
vaisseaux , par exemple , dans le cerveau. Les racines posté- 
rieures sensitives et les racines antérieures molricesdes nerfs 
rachidiens ne présentent aucune différence de structure, d'a- 
près des observations qui ont été faites en commun par Ehren- 
berg et par moi. 

IV. Marche et mélange des fibres dans les nerfs. 

Il est d'une extrême importance de connaître la marche 
des fibres primitives dans les nerfs ; car , quelque indispensable 
qu'il soit de savon' avec précision comment ces derniers eux- 
mêmes se distribuent, la physique du système nerveux se ré- 
duit, en dernière analyse , à un seul problème ; où naissent 
les fibres primitives qui sont contenues dans un faisceau , et 
où s'èfrlrouvent les extrémités. Peu importe, du moins quant 
à beaucoup de questions, que ces fibres pénètrent dans tel ou 
tel faisceau et en sortent là plutôt qu'ailleurs ; car , ainsi qu'on 
ne tardera pas à le voir , elles y sont indépendantes et isolées 
les unes des autres, depuis leur origine jusqu'à leur ter- 
minaison. 



ïG DE LA. STiaCTUUE DES NEUFS. 

La première question , et la plus essentielle , est celle de 
savoir si les fibres nerveuses primitives se comportent de 
même que les nerfs, dont les cordons s'anastomosent fréquem- 
ment les uns sur les autres , dont les faisceaux même s'unissent 
de distance en distance. Si les fibres primitives ne se réunissent 
jamais ensemble , rexiiémité cérébrale de chacune ne peut 
non plus jamais aboutir qu'à une seule extrémité périphérique ; 
à chaque extrémité périphérique il ne correspond qu'un seul 
point dans le cerveau ou la moelle épinière , et autant il y a de 
millions de fibres primitives qui se rendent à la périphérie du 
corps , autant il y a de points de cette périphérie qui sont re- 
présentés dans le centre nerveux. Mais si les fibres primitives 
s'unissent ensemble , soit dans l'intérieur même des faisceaux 
des nerfs , soit dans les anastomoses et les plexus , et qu'elles 
ne soient pas simplement juxtaposées, l'extrémité céré- 
brale de l'une d'elles représente beaucoup de points de la pé- 
riphérie , ou , pour préciser davanta{je , tous les points dont 
les fibres s'unissent ensemble durant leur trajet. Or, comme 
les nerfs s'anastomosent partout, du moins en apparence, si 
la même chose arrivait aux fibres primitives, il n'y aurait pour 
ainsi dire pas un seul point du corps qui fût représenté isolé- 
ment dans le cerveau , et l'irritation d'une fibre primitive sur 
un point de la peau devrait se propager à toutes les anasto- 
moses, c'est-à-dire qu'il serait impossible que la sensation 
d'un point se produisît au cerveau. En effet , la sensation d'un 
point dans le cerveau dépend évidemment de ce que, là où la 
conscience a lieu , il n'arrive non plus qu'une impression 
amenée par une seule fibre et provenant d'un seul lieu. On 
voit donc sans peine que si les anastomoses des nerfs avaient 
le même usage , par rapport à la transmission du principe 
nerveux , (jue celles des vaisseaux , eu égard aux liquides 
circulatoires, aucune action nerveuse locale ne pourrait s'ac- 
complir, ni du cerveau aux parties périphériques, ni des par- 
lies périphériques au cerveau. La possibilité d'une physique 



DÉ LA SinUCTURE DES NEfiFS. 1-; 

exacte du système nerveux dépend donc tout entière de la 
solution du problème : les fibres primitives des nerfs s'anas- 
tomosent-elles réellement ou non dans les anastomoses des 
faisceaux ou plutôt de leurs gaines? Déjà Fontana, puis plus 
tard Prévost etDumas, avaient remarqué que les fibres primiti- 
ves des nerfs ne s'unissent point ensemble dans le faisceau, et 
qu'elles ne font qu'y marcher côte à côte. A peine se doutait on 
alors de l'importance dont cette observation pouvait être 
pour la physique des nerfs. Il y a quelques années, au temps 
même où je publiais mes expériences sur les racines motrices 
et sensitives , je me livrai à Texamen de la question. On 
conçoit qu'il n'est possible de voir au microscope qu'un 
champ limité ; mais , en faisant glisser peu à peu la pièce , 
on arrive à des données plus certaines pour décider si de telles 
anastomoses ont lieu ou non. Or , jamais je n'ai aperçu rien de 
semblable , en examinant au microscope , et sur un fond 
noir , les fibres primitives d'un petit faisceau nerveux préa- 
lablement écartées : constamment ces fibres marchent les 
unes à côté des autres , ou les unes au dessus des autres , et 
là même où deux petits faisceaux s'anastomosaient ensemble , 
je ne les ai jamais vues se réunir, je n'ai jamais remarqué 
qu'une simple juxtaposition entre elles. On peut déjà s'en con- 
vaincre par la seule inspection des nerfs eux-mêmes avant et 
après leurs anastomoses. Si les fibres primitives s'unissaient 
ensemble , qu'elles se confondissent , et que par conséquent 
leur nombre devînt moins considérable, le faisceau produit 
par la réunion de deux fibres devrait être plus grêle de moitié 
que les deux filets pris ensemble ; mais , à Texcepliou du seul 
nerf grand sympathique , ce faisceau secondaire est toujours 
exactement aussi gros que les deux qui lui ont donne naissance. 
Lorsque de. nerfs viennent à former un plexus, malgré l'entre- 
croisement qui a lieu dans ce dernier, il en sort tout autant de 
masse nerveuse qu'il y en est entré. La même chose a lieu pour la 
division des nerfs en branches. Un nerf qui fournit une branche 



iS DE LA. STRUCTUIΠDES NERFS, 

diminue ensuite en raison directe du nombre de fibres nerveuses 
qui pussent du tronc dans coUe brandie. Et , avec le secours 
de latine anaiomie , on peut vou- uiséiueni qu'au départ d'une 
branclie , cliaque fibre eile-raêuie ne se divise pas en deux 
portions, dont l'une reste dans le nerf, et l'autre passe dans 
la branche, mais que la séparation s'est bornée a changer le 
mode de répartition des fibres nerveuses déjà existantes dans 
le tronc. Voilà ce qui fait qu'un même tronc peut contenir des 
fibres diflërenies, c'est-à-dire des fibres motrices et des fibres 
sensitives a la fois, et que souvent un tronc renferme, dt-jà 
préformées , des branches nerveuses qui ne contractent aucune 
anastomose avec les autres parues de ce tronc , qui ne leur res- 
semblent même pas sous le poiutde vue des propriétés. Ainsi , 
par exemple , lorsqu'on n'examine qu'en bloc le mylo- 
hyoïdien , nerf exclusivement musculaire , on le considère 
comme une branche du dentaire inférieur , nerf exclusivement 
sensilif ; mais ces deux neii^ n'ont de commun ensemble que 
de se trouver accollés l'un à l'autre. La même chose arrive 
fort souvent. On voit , d'après cela , que l'identité des propriétés 
des faisceaux ne fait nullement partie de lebsence d'un tronc 
nerveux, et que , loin de là, ce tronc peut être , à quelque 
distance du point oii il tire son origine du cerveau, un assem- 
blage de faisceaux totalement dillerens les uns des autres, et 
simplement juxtaposés , lorsque des faisceaux divers , qui sont 
destinés à une même partie que lui , viennent s'accoller à lui 

par occasion. 

A cette hypothèse de l'indépendance des fibres primitives 
depuis le cerveau jusqu'aux parties périphériques, on pour- 
rait objecter que les nerfs augmentent de masse pendant leur 
cours. Mais c'est là une erreur, qui provient de Sœmmerring. 
Un nerf est plus grêle tant qu'il se uouve logé dans la dure- 
mère, et qu'il ne possède point encore de névrilème ; ensuite 
il conserve le même cahbre aussi long-u mps qu'il ne donne 
pas de branches, et les branches, prises ensemble, sont con- 



DÉ LA STRUCTURE DES NERFS. I9 

Slainraent égales au tronc ; si Ton remarque une légère diffé- 
rence , c'est que ces mêmes branches , collectivement , ont 
plus de névrilème que n'en avait le tronc. 

Ce que je viens de dire des nerfs , quand ils se ramifient, 
est vrai aussi du plexus de deux nerfs différens. J'ai dissé- 
qué avec tout le soin possible , il y a quelques années , les 
anastomoses du nerf facial et du nerf sous-orbitaire à la face 
du Lapin et de la Brebis , et je me suis convaincu , par un 
examen attentif de la marche des fibres primitives des deux 
nerfs, que les fibres ne font que se juxtaposer, quand elles 
se distribuent en de nouveaux faisceaux. 

En partant de ces principes, il faut donc, pour ce qui con- 
cerne les fibres primitives de tous les nerfs cérébro-spinaux, 
les concevoir isolées depuis leur origine jusqu'à leur termi- 
naison, et les regarder comme des rayons de l'axe du sys- 
tème nerveux. Rigoureusement parlant , ces rayons ne for- 
ment presque qu'une seule ligne, en quelque sorte un plan, 
sur chacun des côtés de la moelle épinière d'où ils émanent ; 
seulement, de distance en distance, il y en a plus ou moins 
qui se réunissent en faisceaux, suivant qu'il est plus commode 
qu'ils le fassent pour se portera leur destination périphérique. 

Il y a déjà plusieurs années que j'ai fait connaître les ré- 
sultats de mes recherches dans les cours publics dont je suis 
chargé. En 1830 , j'eus occasion de les communiquer verba» 
lemeutau professeur Schrœder van der Kolk, à Utrecht, avec 
prière de les vérifier. Les opinions qui en découlent, et aux- 
quelles se rattachent parfaitement celles de Fontana, de Pré- 
vost et de Dumas , ont acquis plus de poids encore dans mon 
esprit, depuis que les observations de mon célèbre collègue 
Ehrenberg sont venues confirmer les miennes. Cette question 
a été examinée fort au long par Kroneaberg (1). 

(1) Plexwum nervorum structura et virtutes. Berlin , 1836, — L'indéfi 



20 DE LA STRUcTDRE DES NEAFS. 

Au reste, tout ce qui vient d'être dit ne s'applique qu'aux 
fibres blanches des nerfs cérébro-spinaux et du grand sym- 
pathique ; car , pour ce qui regarde les fibres grises, il est 
assez probable qu'elles s'unissent ensemble, du moins par le 
moyen des ganglions. 

V. Terminaison des nerfs. 

Treviranus, Gottsche , Valentin, Emmert, Burdach fils, et 
Schwann se sont occupés du mode de terminaison des nerfs. 
Le point principal ici est de déterminer si les fibres nerveuses 
s'unissent ensemble, ou si elles se terminent isolément. Ou 
une fibre nerveuse , rebroussant chemin , et ce réfléchissant 
sur elle-même, devient une seconde fibre récurrente, de ma- 
nière que deux fibres s'unissent toujours en manière d'anse; 
ou les fibres finissent par s'unir en une sorte de réseau, à la 
manière des vaisseaux sanguins; ou enfin, elles se terminent 
toutes isolément et sans s'unir ensemble. La première de ces 
dispositions a été observée par Prévost , Dumas, Valentin et 
Emmert, dans les nerfs musculaires; par Breschet, Valentin et 
Burdach , dans les nerfs sensoriels ; la seconde l'a été par 

pendance des fibres nerveuses, dans toute l'étendue de leur trajet , était 
déjà admise par Kaau Boerhaave : Omnes fibrillœ nerveœ post ortum ma- 
nent in ipso fasciculo , intra proprias membranas distinctœ , ab ortu, in 
decursu , ad insertionem , junctœ modo intra memhranam communem ad 
se inviccm. Ergo 7>ullus nervus proprie dat nec accipit rames, ut aiiato- 
mici doctrinœ causa loquuntur. Sed distinctœ fibrillœ nerveœ coUigatœ in 
fasciculum secedunt ab aliis liberœ in fasciculus minores et minimos at- 
que accedunt ad alios nervos compositœ in fasciculum proprium ^ jun- 
guntur cum illis, ad quos accedunt, manentes tamen distinctœ. Hos ple.rus 
vocant nervorum. Hœc est vera subdivi.sio, ramificatio et perperafii dicta 
anastomosis in nervis. Hinc inoinni anutomicisdicto nervo tmaquaquc fi- 
hrilla sibi decurrit solitaria, aliis modo in decursu juncta cornes : cœte- 
rumjiullum intercedit commercium. (Impetum faciens, p. d62-167.)WillJs 
partageait aussi celle manière de voir -.Supponimus, nervos ovines ad par- 
tes aut 7ncmbra qvœris particuluria destinâtes distincte et seorsim oriri 
atqueitain toto illorum ductu pernianerc {Cerebrianatome, p. 127). 



DE lA STRUCTURE DES NERFS. 21 

Schwano, dans le mésentère de la Grenouille etdu Bufo igneua^ 
ainsi que dans la queue des têtards de Crapauds; la troisième, 
découverte par Treviranus, dans l'œil et l'oreille, a été con- 
firmée par les recherches de Gottsche. 

Il paraît que Prévost et Dumas n'ont point examiné les fibres 
primitives elles-mêmes dans les muscles. Quant à Valentin et 
à Eminert, ils ont reconnu dans ces organes, que chaque fibre 
décrit une anse à son extrémité et revient ensuite sur ses 
pas (1). Valeniin a observé aussi la même disposition dans l'i- 
ris et le ligament ciliaire, dans la lagena du limaçon des Oi- 
seaux , dans les lamelles auditives ou rides de ce limaçon , 
dans les follicules dentaires, et dans la peau de la Grenouille. 
Breschet l'a également remarquée dans le limaçon , dans les 
ampoules, et antérieurement dans les papilles cutanées (2). 
Burdach fils a vu aussi deux fibres passer de l'une^à l'autre 
par une inflexion en forme d'anse , dans la peau de la Gre- 
nouille ; il a même aperçu entre les [fibres différentes bran- 
ches qui naissaient des anses (3). 

Il n'est pas très-probable que les gros filets auxquels on 
donne le nom de fibres primitives , forment, soit en se réflé- 
chissant sur eux-mêmes, soit en demeurant isolés, les der- 
nières terminaisons des nerfs dans des parties dont les fibres 
primitives sont beaucoup plus déliées que celles auxquelles 
s'applique cette dénomination. Schwann a vu paraître des élé- 
mens d'une bien plus grande ténuité à l'extrémité périphé- 
rique des nerfs. Déjà il s'était aperçu, dans le mésentère des 
Grenouilles, que, des fibres nerveuses auxquelles on donne 
l'épithète de primitives, en sortent d'autres bien plus fines , 
formant, de distance en distance, de petits ganglions d'où par- 
tent plusieurs ramuscules. D'ultérieures recherches sur le 

(1) Valentin, Nov. ^ct. Nat. Cur., XVIII, P. 1, 51.— Emmert, Ueber die 
Endinguni^sweise der Nervenin den Muskeln, Berne, dS3G, in-4. 

(2) Nouvelles recherches S7ir la structure de la peau, Paris, J835, in 8, fig. 

(3) Beitray vwj- mikroskopischeii Anat, der Nvrvqn,^ Jtœnigsberg, 1337| 



fia DE liA struatchb des neufs. 

mode de terminaison des nerfs dans la queue des têtards de 
Grenouille, l'ont pleiiument convaincu de l'exactitude de ses 
premièrt's remarques. J.es fibres nerveuses qui là sont pro- 
duites par la scission de fibres ayant le calibre dfe celles qu'on 
a coutume d'appeler primitives, soht d'une excessive ténuité, 
et ne possèdent plus l'enveloppe tubuleuse, de couleur fon- 
cée, qui entoure les fibres primitives ordinaires. La présence 
des petits {jani^lions est un phénomène assez constant. Ces 
fibrilles, nées des fibres primitives, en donnent aussi çà et là 
d'autres plus déliée;v encore, qui préexistaient déjà toutes for- 
mées en elles , et 11 semble que les fibrilles les plus ténues, 
tant celles qui proviennent d'autres fibres que celles qui éma- 
nent en |>lusieurs sens des {janglions microscopiques, finissent 
par former un réseau. 

Dans la réiine et dans l'oreille les fibres nerveuses se ter- 
minent isolément et sans s'unir ensemble. Foniana connaissait 
déjà la couche des fibres nerveuses de la rétine, et la couche 
îjranuleuse interne qui repose sur elle. Cette membrane pos- 
sède aussi une couche granuleuse externe, composée de gra- 
nulations accollées les unes aux autres en manière de pavé. 
Les fibres nerveuses occupent donc la couche médiane. 
Treviraniis a découvert que les fibres de cette couche quittent 
la direction horizontale à un certain point de leur trajet , et 
se tournent vers le côté interne de la rétine. Aussitôt après 
l'inflexion , le cylindre passe par les ouvertures d'un réseau 
vasculaire qui naît des veines centrales. Avant de parvenir au 
côté interne de la rétine, il traverse un second réseau vascu- 
laire, formé par les branches de l'artère centrale. Dès qu'il a 
traversé ce dernier, il est reçu par un prolongement vagini- 
formn du feuillet vasculaire de la rétine , qui le couvre , et se 
termine derrière le corps vitré, sous la forme d'une papille. 
Le diamètre transversal des cylindres de la rétine était de 0,001 
millimètres dans le Hérisson; les papilles avaient 0,003 dans 
le Lapin , et 0,002 à 0,004 dans les Oiseaux ; chez les Gre- 



DE LA STRUCTURE DES NEUFS. â5 

nouilles, les cylindres avaient 0,0041, elles papilles 0,0066; 
celles-ci' étaient de 0,0039 à 0,004 dans le Corassin. Les cor- 
puscules que Treviranus rej^arde comme des anses de fibres 
nerveuses, sont de courts cylindres faciles à détacher de la 
couche sous-jacente. On les observe avec une grande facilité 
sur les yeux bien frais des animaux ; ils ont été vus par 
Goltsche , Ehrenberg, Volkmann, Weberetmoi, Mais ce qui 
n'est pas encore parfaitement clair, c'est de savoir si chacun 
d'eux est la terminaison d'une fibre seulement , ou s'il en re- 
pose plusieurs sur une fibre. Quelques heures après la mort, 
il n'est déjà plus possible de les apercevoir -, à leur place, on 
ne découvre que des granulations, auxquelles doit être attri- 
buée l'opinion fausse qu'on se formait autrefois de l'existence 
d'une couche granuleuse interne à la rétine. Les papilles des 
corps cyUndracés paraissent n'être bien prononcées que chez 
Ips Poissons , où Gottsche les a décrites (1). 

Treviranus a reconnu la terminaison des filets nerveux par 
des papilles non seulement dans la rétine , mais encore dans 
les nerfs auditif et olfactif. Ici, les papilles sont plus filifor- 
mes. Celles du nerf auditif ont été vues par lui sur la lame spi- 
rale du limaçon chez de jeunes Souris. La portion osseuse est 
entièrement couverte de papilles filiformes appliquées les unes 
contre les autres. Les cylindres nerveux se rendent, moins 
fortement serrés, à la bordure membraneuse de la lame , au 
dessous de la membrane , et après avoir décrit des spirales 
dans les petits canaux qui les reçoivent , ils apparaissent au 
dehors par de petites ouvertures, sous la forme de globules 
ayant 0,0016 à 0,0033 millim. Les cyhudies du nerf auditif 
lui-même avaient le môme volume. Treviranus a trouvé, chez 
le Renard, qu'à leur entrée dans les ampoules des canaux semi- 
circulaires, les nerfs de ces canaux s'étalent, des deux côtés de 
l'ampoule, en une plaque, dans laquelle leurs cylindres se 
(1) Dans rPArï, MiUheilvhajen aus dem Geliete derMadicin, 1S36, 
cah. 3, 4, 5, 6. 



â4 DE LA 8TRUCTDRE DES NERFS. 

résolvent en d'autres plus {frêles, qui ensuite se réunissent 
en de nouveaux cylindres plus forts. Gottsche a aussi remarqué 
que les dernières extrémités des nerfs du limaçon des Liè- 
vres et des Lapins, et celles du nerf optique des Poissons, 
étaient papilleuses. J'aperçois éf^alement des fibres isolées et 
sans anastomoses sur la lame spirale du limaçon des Oiseaux, 
que Windischmann a décrite : ici la masse principale du nerf 
cochléen correspond à un des bords du carlilag^e limacien , et 
de là elle se répand très-régulièrement sur la substance de ce 
cartila(]^e , d'où partent de nombreuses fibres très-gréles, qui, 
serrées et parallèles, couvrent la plus {jrande partie de la 
largeur de la lamelle spirale. 

Le mode de terminaison des fibres cérébrales a été étudié 
par Valentin. Les fibres primitives des nerfs, qui pénètrent 
dans la moelle cpinière, ne s'y terminent pas, mais se pro- 
longent jusqu'au cerveau. Celles qui parviennent à l'extrémité 
de cette moelle se portent en avant ; mais celles qui viennent 
latéralement des nerfs supérieurs vont d'abord transversale- 
ment jusqu'à la substance grise ou à son voisinage , après quoi 
elles continuent également leur marche vers le cerveau sui- 
vant une direction longitudinale. Dans la substance blanche , 
ces fibres sont placées les unes à côté des autres ; mais là où la 
substance blanche et la substance grise se touchent, elles ad- 
mettent entre elles les globules de substance grise dont il 
sera parlé plus loin , et finissent par s'étaler en rayonnant 
dans la substance corticale. Là elles forment des anses, au 
moyen desquelles elles passent de l'une à l'autre. Cette dispo- 
sition s'observe surtout très-bien dans les points où la sub- 
stance blanche et la substance d'un gris rougeâtre s'unissent 
ensemble , ou dans la substance jaune placée à la périphérie 
des hémisphères du cerveau et du cervelet. 

VI. Substance grise du cerveau^ de la moelle épinière et des 
ganglions^] 

Ehrenbcrg a observé des corps coniques dans rintérieux 



DE LA STRUCTURE DES NERFS. a5 

des ganglions des animaux sans vertèbres (Sangsues , Lima- 
ces)» Ces corps forment, chez les Sangsues, huit faisceaux, 
qui pénètrent deux à deux, par de longs tubes cylindriques, 
dans les quatre bras des ganglions. Leur portion renflée con- 
tient un noyau , et de plus quelques petits globules. Valentin 
a décrit des corps analogues dans les ganglions du cordon 
ventral de la Sangsue. Il a vu des globules possédant un noyau, 
comme les globules gan;;lionnaires des animaux supérieurs. 
Dans ce noyau , tout près de la surface , on remarque un pe- 
tit corpuscule rougeâtre, accompagné parfois de plusieurs au- 
tres d'un moindre volume. Purkinje a remarqué des corps 
analogues, munis d'une queue, dans la masse jaune située 
entre les substances corticale et médullaire du cervelet. Ces 
corps ont un noyau clair , et présentent sur leur surface 
un petit nucleus^ qui correspond à ce noyau. Ils sont ran- 
gés les uns à côté des autres , leurs extrémités arrondies 
tournées en dedans, vers la substance blanche, tandis que leurs 
prolongemens caudiformes regardent en dehors, vers la sub- 
stance grise. Je les compare à certains corps coniques, con- 
tenant un noyau, que j'ai trouvés dans la moelle allongée des 
Cyclostomes (Lamproie dans l'alcool). Mais ici ils affectaient 
une forme particulière ; car leur extrémité la plus épaisse, 
rarement arrondie , était généralement déchiquetée ; la plu- 
part du temps elle se partageait en plusieurs dentelures, tantôt 
deux , tantôt trois ou quatre , dont la configuration et la situa- 
tion respective variaient beaucoup. 

D'après les observations de Valentin, les élémens des gan- 
glions, dans les.nerfs des animaux supérieurs et de l'homme, 
consistent en d'assez gros globules, qui ne diffèrent des cônes 
dont je viens de parler que par leur forme plus arrondie; car, 
du reste, ils renferment aussi un noyau, et à la circonférence 
un second noyau plus petit, outre qu'on aperçoit souvent des 
taches pigmentaires à leur surface. Un ou plusieurs faisceaux 
libreux, qui péncireat dans le ganglion, y forment un plexus 



ft6 DE LA STRUCTURE DUS NERFS. 

parla distribution de leurs libres suivant uo autre ordre, et en 
sortent ensuite; de plus il y a dos libres primitives ou des 
lîiisceanx de Hbres qui enveloppent de toutes parts les {^lobu- 
les fjan(jlionnaires, en dérrivant des circonvolutions semblables 
à celles de l'intesiin. Ces dernières fibres partent du tronc, et 
y retournent. M est facile de consiater que les globules des 
ganfjlions se comportent réellement ainsi, en général. 

Au cerveau et à la moelle épinière, la substance grise est 
formée, selon Valentin, des mêmes globules absolument que 
les ganglions des animaux vertébrés. La structure finement 
grenue ne devient apparente que par la destruction des glo- 
bules mous. La seule diflérence entre les globules de la 
substance grise du cerveau et ceux des ganglions, tient à ce 
que le tissu cellulaire enveloppant est beaucoup plus délicat, 

La substance blanche du cerveau ne contient pas de globu- 
les, d'après Valentin. Ceux qu'on observe quelquefois ne 
doivent naissance qu'à la destruction des fibres. De l'accession 
d'une plus ou moins grande quantité de masse globuleuse 
grise , dépend la teinte plus ou moins éloignée de celle de 
la substance blanche ou fibreuse que présentent certaines 
parties du cerveau. Lorsque, le nombre des fibres primitives 
I)rédomine, la masse est d'un gris blanchâtre ; dans le cas 
contraire, elle paraît d'un gris rougeâtre. Les coulenrs céré- 
brales foncées tiennent à de pigmens déposés sur les globules. 

A la moelle épinière, il y a deux sortes de substance grise, 
comme l'a découvert Rolando. Celle à laquelle on donne com- 
munément ce nom, est appelée par lui substnntia cinereaspon- 
giosa vascularis. Sur le côté postérieur des cornes postérieures 
de celte substance se trouve une bandelette de substance tout- 
à-fait grise, qu'il nomme substantia cinerea gelatinosa (1). La 
première contient, d'après Remak, les gros globules ganglion- 
naires qui ont été décrits plus haut, avec beaucoup de fibres; 

(1) Sayc/io sopralavera strutt, deîcervello, Xuiui,1828,pi. 3,flg. 2> 3. 



DE LA 8TRUCTCRE DES NERFS. 2^ 

Tautre, au contraire, se compose de petits corpuscules qui 
ressemMentaux globules du sarg de la Grenouille. La même 
structure appartient aussi au prolongement de la substance 
grise gélatineuse dans la moelle allongée. Remak l'a égale- 
ment observée dans quelques points du cerveau. 

C'est une question importante que celle de savoir si les gros 
globules de la substance grise, dans le cerveau et dans les 
ganglions, sont privés d'union les uns avec les autres. Certains 
appendices qu'on en voit quelquefois partir rendent probable 
qu'ils s'unissent entre eux ou avec des fibres. J'ai aperçu ces 
dentelures pour la première fois sur les corps coniques de 
la moelle allongée des Lamproies. Remak les vit bientôt après 
sur les globules de la substance grise du cerveau et sur les 
globules des ganglions. Non seulement il découvrit des fila- 
tnens qui partaient de la surface d'un globule de ganglion, 
mais encore il parvint quelquefois à les isoler dans une 
étendue qui égalait plusieurs fois la longueur du globule. 
Ces lîlamens ont quelque analogie avec ceux de couleur grise 
que le même observateur a remarqués dans le nerf ganglion- 
naire, et si ces derniers, qui forment les faisceaux gris du 
grand sympathique, sont des fibres organiques, il devient 
jusqu'à un certain point vraisemblable, ou du moins présu- 
mable, que les fibres grises des nerfs organiques en naissent. 

VH. Distribution des systèmes fibreux blanc et gris dans les nerfs 
cérébro-rachidiens et dans le grand sympathique. 

J'ai déjà mentionné les faits qui établissent que les nerfs 
cérébro-spinaux renferment quelques faisceaux organiques 
gris, indépendamment de la masse principale des fibres blan- 
ches, sensitives ou motrices, provenant des racines posté- 
rieures et antérieures du nerf mixte. J'ai dit aussi que le nerf 
grand sympathique ne se compose pas seulement de fais- 
ceaux organiques gris , mais qu ou y trouve encore quelques 
faisceaux blancs. Enfin j'ai présenté comme une hypothèse 



a8 DE LA STRUCTURE DES NERFS. 

vraisemblable, que leslibres grises, de structure particulière, 
naissent des globules si abondans dans les ganglions du grand 
sympathique, mais plus rares dans les nerfs cérébro-spinaux, 
qui n'en olftent que sur les points où le grand sympa- 
thique entre pour une plus forte part dans la composition de 
ces nerfs, comme à l'inflexion géniculaire du facial, à la se- 
conde et à la troisième branches du trijumeau. On voit donc 
qu'il n'y a qu'une simple différence relative entre le grand 
sympathique et les autres nerfs. Les nerfs cérébraux et cé- 
rébro-spinaux mixtes contiennent beaucoup de faisceaux de 
fibres sensitives et motrices, avec peu de faisceaux gris, qui 
ont de la tendance à produire des ganglions ; le grand sympa- 
thique renferme peu d'élémens sensiiifs et moteurs, mais 
beaucoup do libres organiques grises, et cela en vertu de sa 
distribution dans des parties qui servent principalement à 
l'élaboration chimique des liquides. Aussi les ganglions sont-ils 
très-communs dans ce nerf, tandis que, si Ton excepte les 
ganglions réguliers de leurs racines postérieures, les nerfs 
cérébro-spinaux en présentent rarement, et là seulement où 
ils reçoivent une grande quantité de faisceaux organiques gris. 

VIII. Classincation des ganglioos. 

Les ganglions des nerfs peuvent être rapportés à trois classes. 

L Ganglions des racines postérieures des nerfs rachidiens et 
cérébraux ^ ganglion de la grande portion du nerf trijumeau ^ 
ganglion de la paire vague , ganglion jugulaire supérieur du 
nerf glosso-pharj-ngien . 

Tous ces ganglions ont cela de commun, que chacun d'eux 
appartient à un nerf sensitif. 

On verra plus loin que les racines postérieures des nerfs 
rachidiens sont destinées au sentiment seul , et non au mou- 
vement. Parmi les ganglions de ces nerfs , celui de la pre- 
mière paire offre quelquefois et ceux des deux dernières 
présealem toujours des anomalies sous le rapport de leur si- 



DE LA stuucture des nerfs. :3g 

tuatioû. Il arrive quelquefois au premier d'être placé en de- 
dans de la dure-mère (1); quant aux deux derniers, Schlemm 
a découvert qu'ils s'y trouvent toujours (2). 

Le même rapport qui , dans les nerf rachidiens , existe 
entre la racine postérieure et l'antérieure, se retrouve, dans 
le trijumeau, entre la grande portion, qui aboutit au ganglion 
de Gasser, et la petite , qui passe au devant de ce ganglion. 

Gœrres est le premier qui ait comparé le nerf vague et l'ac- 
cessoire aux racines postérieure et antérieure d'un nerf ra- 
chidien(3). En tous cas, le ganglion que le nerf vague pro- 
duit dans le trou déchiré postérieur doit être considéré 
comme celui d'un nerf de sentiment, quoique, chez quelques 
animaux, plusieurs fibres du nerf passent au devant de lui , 
sans y entrer. 

Santorini a quelquefois observé une racine postérieure du 
nerf hypoglosse (sans ganglion), et Mayer a découvert que , 
chez plusieurs Mammifères (Bœuf , Chien , Cochon) , le nerf 
grand hypoglosse a une racine postérieure extrêmement dé- 
liée , qui naît de la face postérieure de la moelle alongée , 
passe sur le nerf accessoire , sans avoir de connexions avec 
lui , et forme en cet endroit un ganglion bien prononcé. De 
ce ganglion part un gros filet nerveux , qui traverse une ou- 
verture de la première dent du ligament dentelé (ou , comme 
je l'ai vu depuis , passe au dessus de cette première dent), et 
va se rendre à la racine connue du grand hypoglosse. Jus- 
qu'à présent Mayer n'a observé qu'une seule fois celle racine 
postérieure et ce ganglion chez l'homme. 

A cette observation , s'en rattache une faite par moi sur 
l'homme (4). Indépendamment du ganglion pétreux, situé à 
la partie inférieure du trou déchiré postérieur, j'en ai 

(1) Mayer , dans Act. TSat. Cur., t. XVI, P. II. 

(2) Muller's Archiv fuer Anatomic^ t. J, p. Dl. (1S34). 

(3) Exposition derPhijsioloijie, Coblentz, dSOo, p. 328. 

(4) Mediztnische{P^erein5-) Zeitung, Berlin, 4833, n" 52. 



5o DE LA STRUCTURE DES NERFS. 

trouvé un antre irès-peiit, placé au côié externe et postérieur 
de lu racine du nerf , à la partie supérieure du trou déchiré , 
celle qui regarde le crâne. Ce petit {janfrlion a un millimètre 
de long. On l'aperçoit après avoir détaché la dure-mère de 
l'ouverture qui sei t de passage , et enlevé le Lord postérieur 
du rocher. Il n'appartient pas à la racine entière, mais seu- 
lement à un peiii faisceau de quelques unes de ses fibres , 
faisceau qui, après l'avoir traversé , semble être devenu plus 
gros , mais qui d'ailleurs ne paraît pas avoir une origine 
diOérente de celle des autres filets radiculaires du nerf glosso- 
pharyngien. Ehrenritter découvrit le premier ce ganglion (1); 
mais il n'en a pas conuu les rapports intimes avec les filets 
raçliculaires du glosso-pharyngieu. J'ai lait voir que ces filets, 
les uns avec ganglion, les autres sans ganglion, se comportent 
comme les racines du nerf trijumeau, et que le nerf lui-même 
est, ainsi que ce dernier, mixte à l'instar des nerfs rachidiens. 

Le ganglion pélreux du nerf glosso-pharyngien , que l'on 
connaît depuis long temps déjà , paraît ne point appartenir à 
la classe des ganglions des nerfs sensitifs , et se rapprocher 
davantage des renflemeus qui ont lieu quelquefois lorsque 
des branches du grand sympathique se joignent à d'autres 
nerfs , comme est , par exemple , le petit renflement que le 
nerf facial offre au niveau du hiatus de Fallope, la où il reçoit le 
nerfpétreux superficiel venant du vidien. En effet, le ganglion 
pélreux s'unit avec une branche ascendante du ganglion cer- 
vical supérieur, et, parle moyen de son rameau auriculaire, 
avec le rameau caroiido-tympanique du grand sympathique. 

La structure de ces ganglions ne diffère pas essentielleu.eut 
de celle des ganglions du grand sympathique. Mais on y dis- 
lingue mieux les fibres, qui , disposées en pinceau , passent , 
sans subir de changement, entre les globules de la masse 
ganglionnaire. On ne sait point encore quel est l'usage des 

(1) Salsb, med. Zoitnmj, 1790, t. IV, p. 319. 



DE LA STRUCTURE DES NERFS. 3l 

gangl'fins qui existent aux racines sensilives. Peut-être doit on 
en i^iiire provenir les fibres organiques du grand sympathique, 
qu'ils serviraient alors à mettre en relation avec les cordons 
postérieurs de la moelle épinière. Les fibres blanches , sensi- 
lives et motrices, du grand sympathique communiquent avec 
les racines antérieures et postérieures des nerfs rachidiens. 
On se demande , en conséquence , si les racines postérieures 
de ces derniers unissent à la moelle épinière et les fibres sen- 
silives et les fibres organiques. Du reste , les ganglions du 
grand sympathique lui-même paraissent être une source 
principale des fibres organiques. Le cordon limitrophe du 
grand sympathique est proportionnellement bien plus blanc 
que les faisceaux qui partent des gros ganglions abdominaux. 
La question de savoir si le nombre des fibres augmente dans 
les ganglions des racines postérieures et dans le ganglion de 
Gasser, nest pas susceptible de solution aujourd'hui. Evidem- 
ment les fibres blanches ne font que changer d'ordre en les 
traversaut. Mais des fibres grises peuvent naître des globules 
ganglionnaires , et l'on sait , en effet , qu'à partir du ganglion 
de Gasser, il y a des faisceaux gris qui marchent sur les bran- 
ches du trijumeau (1). 

IL Ganglions du grand stjmpathiqne. 
La manière dont les fibres nerveuses se comportent dans 
pes ganglions est si difficile à débrouiller, que nous ne savons 
encore rien de positif à cet égard. Ici, comme partout, la 
question principale se réduit, en dernière analyse, à ces ter- 
mes ; les fibres primitives se confondent-elles réellement, ou 
ne font-elles que se juxtaposer, en s'entrecroisant parlielle- 
ment? Se divisent-elles, et par cela même semuhiphent-elles 
dans la direction du centre à la circonférence ? Si Ton est en 
droit d'admettre quelque pnrt une muliiplicatii)n des fibres 
dî'.n.- les ganglions, c'est sssurômcnul.-ir.scenx du gi and sym- 
pathique ; du moins les fibi es primitives qui se développent 
(1) Foy. WvTZBR, de ganglionm fabrica, Berlin, 1817, 



D2 DE LA STUUCTURE DES NEUFS. 

dans les plexus abdominaux, et qui vont ensuite se répandre 
à la périphérie, paraissent être difficiles à réduire aux raci- 
nes que ce nerf reçoit des nerfs rachidiens; car on sait que 
les fibres primitives ordinaires se comportent dans les gan- 
glions du grand sympathique comme dans ceux des racines 
postérieures. Les ganglions du grand sympathique forment 
deux séries. Les uns , situés à l'endroit où les racines du nerf 
viennent des nerfs cérébraux et spinaux , s'unissent pour pro- 
duire le cordon limitrophe ; à cette série appartiennent tous 
les ganglions cervicaux , intercostaux , lombaires et sacrés. 
La seconde série comprend les ganglions centraux ou plexi- 
formes, qu'on rencontre dans les plexus de l'abdomen. 

IlL Ganglions des nerfs cérébro-spinaux dans les points où 
ceux-ci s'unissent avec des branches du grand sympathique. 

Ici se rangent le ganglion pétreux du glosso-pharyngien, 
l'intumescence gangliiforme du facial , le ganglion sphéno- 
palalinà la seconde branche du trijumeau, le ganglion ciliaire, 
peut-êire aussi le ganglion otique, et quelques autres encore. 

Les nerfs cérébraux ne présentent pas des ganglions par- 
tout où leurs filets viennentà rencontrer ceux du grand sympa- 
thique. C'est, au contraire, un cas assez rare, puisqu'on général 
on n'aperçoit pas de ganglions au point de départ des filets 
constituant les nombreuses origines de ce nerf. Comment se 
fait-il qu'il s'en produise à la rencontre de filets du grand 
sympathique avec d'autres filets de nerfs cérébraux ? Cette 
particularité me semble tenir à ce que, dans le point où existe 
le renflement gangliiforme, ce ne sont pas des branches des 
nerfs cérébraux qui se rendent du cerveau au grand sympa- 
thique, mais des filets de ce dernier qui vont gagner les nerfs 
lérébraux, et qui, pour s'y rendre, suivent, non la direction 
du centre à la périphérie, mais celle de la périphérie au cen- 
tre. Si cette opinion était fondée, toutes les fois qu'un nerf 
cérébral offrirait un renllemenl, non point à sa racine, mais 
sur son trajet et lorsqu'il s'unit avec le grand sympathique, on 



DE LA STUUCTrP.E DE NEr.FS. 33 

aurait là un moyen de reconnaitre que les (iloLs de ce dernier 
qui aboutissent au nerf cérébral ne jouent point le rôle de 
racine à son égard, et qu'ils sont des mélanges de fibres du 
grand sympathique avec des fibres de nerfs cérébraux. Ainsi 
le ganglion opbthalmique est un mélange de fiiamens du nerf 
trijumeau (racine longue), du nerf moteur oculaire commun 
(racine courte), et du grand sympathique, mélange qui a pour 
but, non de donner des racines nouvelles à ce dernier, mais 
de faire pénétrer dans les nerfs ciliaires des filets du grand 
sympathique avec les filets sensitifs de la première branche 
du trijumeau et les filets moteurs de Toculo-rausculaire com- 
mun. Le ganglion sphéno-palatin se comporte de même; car, 
le grand sympathique communiquant, dans son intérieur, d'a- 
près Bendz, avec le tronc du trijumeau, par des filets du gan- 
glion olique, le ganglion ne paraît pas tant fournir des racines 
au grand sympathique, qu'en recevoir de lui qui vont se ré- 
pandre à la périphérie avec la seconde branche du trijumeau. 
En efl"et,Retzius a très-bien vu, dans le Cheval et le Bœuf, et 
il a décrit ces filets du grand sympathique qui, en partant du 
ganglion sphéno-palatin, gagnent la périphérie avec la se- 
conde branche du trijumeau. J'ai aussi cherché précédemment 
à établir que le ganglion pétreux n'est pas le ganglion ordi- 
naire d'un nerf sensitif, rôle dévolu au ganglion jugulaire que 
j'ai découvert au dessus de lui , sur le trajet du nerf glosso- 
pharyngien, mais qu'il doit naissance à l'union de plusieurs 
branches du grand sympathique avec ce dernier. L'hypothèse 
que j'émets ici n'est point encore susceptible d'une applica- 
tion générale : on ne doit la considérer que comme une sorte 
de jalon qui, plus tard, pourra servir à la solution du problème 
tendant à déierminer lesquelles , parmi les nombreuses unions 
du grand sympathique avec des nerfs cérébraux, sont des 
vraies racines de ce nerf, et lesquelles aussi ue sont que des 
branches périphériques envoyées par lui aux nerfs de l'axe 
cérébro-spinal. 

'• 3 



54 r,ii L'innrTABiim's nEs nerfs, 

Quanil I>ioii même il viondiaiL à se confirmer qua les 
ganglions {^'(in lyncoiilre quelquefois à riinion de bruQ- 
çhes du grand synipalirujiic avec des branches de neifï céré- 
braux sont tout simplement des poials de jonction , et non 
des points d'ori(}ine du premier de ces nerfs, ces {;an{jlions 
ne constitueraient pas pour cela une classe à part ; ils rentre- 
raient seulement dans la seconde, comme appartenant au do- 
maine du {jrand sympathique, qui alors aurait trois sortes de 
gan;}li(ins : 1" i; s jj'.nglions centraux ou plexiformes, dans les 
plexus do rabdonicn; V ies{îan{jlions des cordons limitrophes, 
tous placés aux points de jonction des diflérentes racines ; 
3° eniiu les (>ar){>tions situés à l'union des branches du grand 
sympathique avec des nerfs cérébraux, et qui modilient 
ceu\.-ci, sans imprimer aucune moùilication au premier. 

CHAPITRE III. 

De l'irrilabililé des nerfs. 

IVirritabililé , celle propriété des corps organisés , appar - 
tient aussi aux nerfs, dont les facultés se déploient partout à 
la suite d'cxcilaiious. Mais la physiologie ne se propose pas uni- 
quement de rocljercher les Uiis île celte propriété générale , 
^eul proI>lôme dont Brown et ses successeurs se soient occu- 
pés; elle examine encore les fui'ces particulières qui peuvent 
êlpe Cîicitées. En cela elle a ouvert un champ neuf et fort 
étendu ù l'observation. Pour connaître les forces dont les nerfs 
sont animés, il faut étudier les ell'ets que produisent sur eux 
tous les genres possibles d'excitation. De colle manière , la 
physiologie acquiert autant de certitude empirique qu'en ont 
la phy; ique et la chimie dos corps inorganiques. Les réactifs 
ne donnent lieu, dans les opérations chimiques, qu'à des pro- 
duits, à des combinaisons, à des séparations ; appliqués aux 
corps organisés , et spécialement aux nerfs, ils ne détermi- 
nent, quelque variés qu'ils puissent être , que des manifesta- 



DE l'irritabilité DES NERFS. 35 

tioDS et des modificatious de forces déjà existantes. On verra 
que (oulcs les influences qui a^jissent sur les nerfs mettent 
^ jeu leur irritabilité, ou modifient cette irritabilité elle-même. 
Dans le premier cas , elles agissent toutes de la même ma- 
nière, quelque variées qu'elles soient, et les causes les plus 
diversifiées amènent le même eflet, parce que ce sur quoi elles 
s'exercent ne possède qu'une seule et même faculté irritable, 
et parce que les choses les plus différentes les unes des au- 
tres ne remplissent d'autre rôle que celui d'irritant, par rap- 
port à cette faculté. 

!• Action des irritans sur les nerfs. 

Les irritations , tant intérieures et organiques qu'inor^^'ani- 
ques, c'est-à-dire chimiques, mécaniques, caustiques, élec- 
triques, galvaniques, quand elles agissent sur des parties et 
des nerfs sensibles, donnent lieu à des sensations, aussi long- 
temps que la communication entre les nerfs et l'axe cérébro- 
spinal demeure intacte. Toutes se comportent en cela de la 
même manière. Modérées, elles ne produisent que des phé- 
nomènes de sensation ; plus intenses , elles opèrent dos chan- 
gemens dans la faculté scusitive. Quelle que soi: celle qui 
agit sur des nerfs de muscles ou sur des muscles eux-niômes, 
elle détermine une contraction des organes musculaires dans 
lesquels le nerf irrité se répand ; et cet effet a lieu tout aussi 
bien lorsque le nerf auquel on applique l'excitant tient au 
cerveau ou à la moelle épinière , que quand il eu a été sé- 
paré. Les nerfs ont donc, en vertu de leur irritabilité, le pou- 
voir d'exciter des contractions dans les muscles auxquels ils 
se rendent; ils le conservent tant que ceux-ci vivent, ou, après 
leur mort , tant que dure leur irritabilité propre. Pour que 
les muscles se contractent sous l'influence d'une irritation ap- 
pliquée aux nerfs , il est nécessaire que la portion de ceux-ci 
qu'on irrite soit intacle jusqu'aux or^janes musculaires, quand 



oH i)H l'u'.iutaiulitk des nerfs. 

bien môme sa coniniunicaiion avec le cerveau ou la moelle 
épinière aurait été détruite. D'un autre côté , toute irritation 
qui s'exerce sur un nerf entier ou mutilé produit une sen- 
sation , tant que la portion de nerf sur laquelle elle agit 
demeure en relation avec la moelle épinière ou le cerveau. 

A. Irritations mécaniques. 

Toiile irritation mécanique, tiraillement, pression, piqûre, 
lorsqu'elle survient au milieu des conditions dont il vient d'être 
parlé, produit des sensations dans les nerfs sensitifs, pourvu 
que la force nerveuse ne soit point anéantie par l'intensité 
de l'influence elle-même, comme par une pression trop con- 
sidérable. Lorsqu'on irrite mécaniquement, soit les extrémi- 
tés ou les branches d'un nerf , soit son tronc raccourci , la 
sensation a lieu aussi long-temps que ce nerf demeure en com- 
munication avec la moelle épinière et le cerveau. Dans les 
nerfs tactiles du tronc , ces irritations ne donnent lieu qu'à 
des sensations tactiles , à de la douleur , à la sensation d'un 
choc; tandis que, dans les nerfs optiques et la rétine , elles 
n'occasionent point de douleur, suivant les observations de 
Magendie, mais seulement l'ne sensation de lumière, efl'et que 
eh;icnn sait avoir lieu toutes les fois que l'œil vient à être com- 
prime ou à recevoir un coup. Les irritations mécaniques qui 
agissent sur les nerfs auditifs, comme les oscillations des mi- 
lieux conducteurs du son, et les ébranlemens de la tête ou de 
l'oreille, lorsqu'on voyage pendant long-temps en voiture, pro- 
duisent la sensation du son ; mais ces nerfs ne paraissent pas 
avoir celle de la douleur. 

De même , toutes les fois qu'on tiraille un muscle , qu'on le 
pique, qu'on le frappe violemment, ou qu'on le distend, il se 
contracte , et avec tout autant de force qu'il pourrait le faire 
sous l'empire d'une irritation galvanique ou électrique. La 
portion de nerf qui tient aux muscles conserve cette faculté, 



DE LIRRlTAniLITÉ DES NlîRFS. 3^ 

quelque peu de lonjjueur qu'on lui laisse. Mais il n'y a jamais 
de contractions lorsque l'irrilation mécanique porte sur l'autre 
bout du nerf coupé en travers, sur celui qui tient à la moelle 
épinière et au cerveau. 

Les mouvemens de muscles recevant des nerfs cérébraux et 
spinaux , qui succèdent à une irritation mécanique de ces 
muscles ou de leurs nerfs, consistent uniquement en des con- 
vulsions, qui durent aussi long-temps que l'irritation continue 
d'agir. Au contraire , dans les muscles dépendant du grand 
sympathique, comme à l'estomac, au canal intestinal, à la ma- 
trice, au canal cholédoque, à l'uretère, à la vessie, les mouve- 
mens qui succèdent à une irritation mécanique de leurs fibres 
ne sont pas convulsils , mais soutenus , et durent beaucoup 
plus long-temps que cette irritation. Le cœur réagit aussi pen- 
dant un temps bien plus long que la durée de l'irritation , et 
le rhythme de ses battemens demeure longtemps éloigné du 
type normal, alors même que lorgane n'a été irrité que d'une 
manière passagère. C'est donc une propriété empiriquement 
démontrée des muscles soumis au nerf grand sympathique , 
que la durée de la réaction l'emporte de beaucoup sur celle 
de l'irritation; tandis que, dans les muscles de la vie animale, 
la réaction ne dure pas plus que cette dernière, et cesse même 
fort souvent avant qu'elle soit éteinte. 

Lorsque les irritations mécaniques agissent avec une grande 
intensité, de manière à léser la substance délicate des fibres 
primitives, la faculté d'exciter des sensations se trouve abolie 
par là dans les nerfs , pourvu, toutefois , que le point offensé 
soit intermédiaire entre celui sur lequel porte l'irritalion et le 
cerveau. Un nerf musculaire perd également l'aptitude à pro- 
voquer des mouvemens sous l'influence d'une irritation quel- 
conque, quand il vient à subir une compression ou une con- 
tusion entre le muscle et le point irrité , absolument comme 
s'il avait été coupé en travers. La faculté sensitive des nerfs 
est donc interrompue par toute destruction mécanique du cor 



58 DE l'iRRITABIIITÉ des NERPf, 

don nerveux entre le cerveau el l'irritation, de môme que leur 
faculté motrice Test par toute desiruciion mécanique entre 
l'iriiiaiion cl le muscle. La desiruciion mécanique ne para- 
lyse que localement le pouvoir des nerfs ; de sorte qu'un nerf 
conserve le sentiment sur tous les autres points ôilués entre 
le cerveau et le siège do la contusion, ou «ju'il exerce desmou- 
vemens quand on l'irrilo en tout point intermédiaire entre ce 
siège et le muscle. Mais, quand on tiraille en long un nerf mus- 
culaire, il lui arrive fréquemment de perdre son irritation 
dans toute sa longueur, et le muscle lui-même est fort sou- 
vent aussi di'pouillé de sa faculté contractile, quelle que soit 
l'espèce d'irritation qui désormais agisse sur lui. 

B. Température. 

Le froid et le chaud excitent aussi des sensations et des 
contractions musculaires. 

Lorsqu'on brûle un nerf musculaire et le muscle lui-même, 
celui-ci se contracte. Ses contractions sont extrêmement vi^ 
ves quand on expose le nerf à la flamme d'une bougie ; je 
m'en suis convaincu tant sur des Grenouilles ((ue sur des La- 
pins. Une chaleur peu élevée, telle que celle d'un morceau 
de fer échauffé , n'agit pas avec assez de force sur les nerfâ 
dos muscles pour que ces derniers enlrcni en conln;ctioii. 

Le froid se comporte de la même manière. Le fait ancien- 
nement connu qu'un muscle dans l'artère duquel on injecté 
de l'eau froide , est pris sur-le-champ de contractions violen- 
tes, en fournil lapreuve. Descoiitraciions ont lieu aussi quand 
on verse de r<au froide sur la surface dun muscle. La mé- 
decine pratique a tiré parti de ce phénomène ; car on pousse 
de l'eau froide dans les vaisseaux du placenta encore adhé- 
rent, afin de remédier à l'atonie de la matrice et aux pertes 
utérines, après l'accouchement. L'iris se resserre également, 
parsympaihie , quand ou aspire de l'eau froide par le nez. 

Du reste, les hauts degrés de froid et de chaud, qu'ils agis* 



DE l'irritabilité DES NERFS. Sg 

sent avec rapidité ou seulement peu à peu , détruisent la force 
nerveuse, et amènent lu mon ou l'asphyxie. Lorsque l'abais- 
sement et lëlévalion de la lempéraiyre ont lieu avec Ijeaucoup 
de lenteur, ils peuvent faire passer rirrilabitité à l'étal latent 
ce qui donne lieu au sommeil d'hiver et au sommeil d'élé 
qu'on observe chez certains animaux- 
La destruction purement locale de la puissance nerveuse 
par le froid et la chaleur détermine les mêmes phénomènes 
que celle qui dépend de causes mécaniques. Un froid anifi*. 
ciel très-intense anéantit , aussi bien que la chaleur , la fà- 
culte de sentir et celle de se mouvoir dans les parties qui crt 
reçoivent l'impression. Mais tous les autres points des nerfs 
conservent leur irritabilité, et le nerf musculaire dont on a 
brillé le bout éprouve des convulsions lorsqu'on i'irriîe entre 
le point brûlé et le muscle ; j';ii été témoin de cet «ffet sur des 
Grenouilles et sur des Lapins. 

C» Irritations ■chimiques. 

Toutes les irritations chimiques aji;issent sur le pouvoir sen- 
sitif des nerfs, tant que ceux-ci demeurent en rapport avec 
le cerveau et la moelle épinière. Les alcalis provoquent des 
convulsions quand on les applique sur les nerfs. Beaucoup 
d'autres réactifs, au contraire, tels surtout que les acides et 
les sels métaUiques, n'en font pas naître quand on les moi en 
contact avec les nerfs, et n'en produisent qu'autant qu'ils 
agissent sur les muscles eux-mêmes. Les acides minéraux , 
l'acide suluirique ^ l'acide azotique, l'acide chlorhydriiine, 
le deulo-chlorure de mercure , le chlorure d'antimoine , l'al- 
cool , sont dans ce cas. Tous ces réactifs , à l'état de con- 
centration , détruisent sur-le-champ les facultés des nerfs , 
qu'ils rendent incapables d'être inités par d'autres irriians, 
derrière le point avec lequel on les a mis en rapport , tan- 
dis que les nerfs conservent leur pouvoir moteur entre le mus- 



4o DE L'inRlTABlLlTÏÎ DES NEBFS. 

de et le point dc'liuit par l'a/fent chimique. Tous ces moyens 
détruisent aussi la chair musculaire; mais, au moment du 
contact , ils excitent des convulsions ; l'alcool est celui qui 
détermine les plus faibles de toutes, quoique je l'aie vu quel- 
quefois en provoquer chez des Lapins. Quant aux alcalis, ils 
donnent lieu souvent aux convulsions les plus violentes dès 
qu'on les appli(]ue sur les nerfs, et dans beaucoup de cas 
même ils agissent avec plus d'intensité que le galvanisme d'une 
simple paire de plaques. J'ai vu , comme l'avait déjà observé 
Humboldt, l'application de la potasse caustique sur un nerf 
faire naître des convulsions soutenues dans tous les muscles 
qui recevaient de lui des branches. Le tremblement a duré 
quarante à cinquante secondes sous les yeux de Humboldt, 
qui a reconnu également que des convulsions surviennent 
alors même qu'on a préalablement entouré les nerfs d'une 
ou de plusieurs ligatures (^l); dans ce cas, les ligatures ser- 
vent de «onducteur à l'alcali. Humboldt n'a jamais vu les 
acides provoquer de convulsions. Les seules substances qui , 
suivant lui, produisent cet effet , quand on les applique sur les 
nerfs , sont la potasse, la soude, l'ammoniaque (l'opium?), le 
chlorure de barium , l'acide arsénieux, le tartrate d'antimoine 
et de potasse (l'alcool , le chlore?). Je n'ai point vu de con- 
vulsions naître sous l'influence de ces deux derniers corps , 
quand on les appliquait sur les nerfs seuls , non plus que sous 
celle de l'opium employé pur et à l'état de dissolution dans 
l'eau. Humboldt s'est servi de la teinture spiritueuse , dont il 
est possible que l'alcool ail agi , quoiqu'elle se soit montrée 
inerte dans mes expériences. Les irritans déterminent aussi l'ir- 
ritation des nerfs par l'intermède du sang. On sait que l'émé- 
lique exerce la même action , quand on l'injecte dans les vei- 
nes, que si on l'avait introduit par le canal aUmcntaire : il 

{i) F ersuclin vêler die ijercizto Mttskel-nnd iV<?rpe«/asc>', Posen,1787, 
t. H, p. 363. 



DE l'irritabilité DES NERFS. t^l 

suffit de frotter une plaie avec ce sel ou avec du chlorure de 
barium , pour déterminer le vomissement (1). 

D. Irritations électriques. 

L'électricité détermine dans les nerfs les mêmes réactions 
que les irritations mécaniques et chimiques. La compressioa 
d'un nerf, par exemple du radial, fait naître une sensa- 
tion semblable à celle qu'on éprouverait si l'on avait reçu no 
coup : la même chose arrive quand une décharge électrique 
s'opère à travers un de ces organes. On ne peut considérer 
celte sensation que comme un phénomène tactile , et il ne f lut 
pas confondre la cause, c'est-à-dire l'électricité, avec la 
réaction du nerf. La sensation de choc n'est point l'action de 
l'électricité, mais celle du nerf, quil'éprouve à chaque chiin- 
gement violent survenu dans l'état de ses molécules, que la 
cause en soit d'ailleurs une irritation animale, ouuneinflu^'nce 
mécanique, ou l'électricité. La découverte du galvanisme, 
en 1790 , a fourni l'occasion, en appliquant le stimulant élec- 
trique à certains nerfs, de mieux apprécier l'irritabilité de 
ceux-ci , bien qu'on n'ait point appris à connaître , dans cet 
important agent, un fluide agissant de la même manière 
qu'eux, mais seulement un nouveau moyen de stimulation 
devant accroître le nombre de ceux qu'on savait déjà possé- 
der le pouvoir de les irriter (2). Les métaux hétérogènes et 
beaucoup d'autres substances également hétérogènes, même 
animales, tombent, par l'effet de leur contact mutuel, dans un 
état de tension électrique qui , lorsqu'un corps conducteur se 
trouve entre les deux électromoteurs , c'est-à-dire quand la 
chaîne est fermée , repasse à l'équilibre , et donne lieu aux 

(1) ScHEEL, Nordischcs Archiv, t. II, cah. J, p. d37. — Mage>die, Sur 
le vomissement, Paris, 4813, p. 16, 30. — Brodie, Philos. Trans., lSli2. 

(2) C. Duméril , dans Bulletin de VAcad. royale de médecine , Paris, 
ISlO.t. IV, p. 545 etsiiiv. 



4a DB l'iruitabilité des nerfs. 

phénomènes ordinaires que rélectriciié produit toutes les fois 
que la chaîne comprend un corps suscepiiLle de réj{ïir à son 
occasion. Si l'on détache la cuisse , ou uno partie muscu- 
leuse quelconque, soii d'une Grenouille, eoit de tout ;iulre 
animal récemment mis à mort , qu'on dépouille les muscles 
de leur» enveloppes cutanées , qu'on dissèque le nerf , de 
manière cependant à ménager ses liaisons organiques avec 
les muscles , qu'on étale la pièce ainsi préparée sur un 
disque de verre isolant , enfin qu'on mette deux plaques de 
métaux hétérogènes , par exemple, de zinc et de cuivre, 
en contact tant Tune avec l'autre qu'avec le muscle et le 
nerf simultanément, au moment où l'on ferme la chaîne, et 
souvent aussi à l'instant où on l'ouvre , on voit le muscle 
entrer en convulsion. Cet eti'ct a lieu également lorsque 
les métaux mis en contact l'un avec l'autre touchent tous 
deux eu même temps soit le nerf, soit le muscle. Exécutée de 
cette manière, l'expérience réussit toujours. Elle est suscepti- 
ble d'une foule de modifications et de simplifications , dont 
nous devons la reconnaisance aux recherches d'Aldini , de 
Pfaff , de Riiter et de Humboldt, mais qui ne réussissent qu'à 
l'époque où les Grenouilles jouissent de toute leur irritabilité, 
c'est-à-dire avant l'acouplement, dans la saison froide de 
l'année , au sortir de l'engourdissement hivernal; ces expé- 
riences échouent par conséquent en été; j'ai constaté qu'elles 
sont également couronnées de succès en automne , lorsque le 
temps commence à redevenir phis froid. Leur simplicité est 
précisément ce qui leur donne beaucoup d'importance pour la 
théorie des phénomènes. Voici en quoi elles consistent : 

1" Expériences sans formation d'une chauie. liumbcldt a 
découvert que, quand les Grenouilles sont très- irritables , il 
suffit du contact mutuel de deux métaux hétérogènes , ou 
même homogènes, dont l'un seulement touche le nerf , cas 
dans lequel il ne se forme pas de chaîne. Il y a même des cir- 
constances , lorsqu'on opère sur des aDitï\aux exlrémement 



DE l'irritabilité des nerfs. 43 

irritables , où le simple contact d'un seul métal homofjène avec 
le nerf déiermine des convulsions dans la cuisse de Greiioui Ile, 
circonstance fort rare sans doute , mais que j'ai cependaiu 
observée moi-même. Pfaff a vu (1) des convulsions survenir 
chez des individus très-irritables , quand il se bornait à lou- 
cher la surface d'un bain de mercure avec l'extrémité coupée 
du nerf. Le phénomène s'est offert à moi plusieurs fois 
lorsque je touchais les nerfs avec la pointe de ciseaux 
que je tenais à la main , ou avec une lame de zinc , dont 
par conséquent les deux bouts étaient échauffés d'une ma^ 
nière différente. En admettant une légère différence soit 
dans la nature chimique de la masse métallique d'apparence 
homogène , soit dans la température des divers points de son 
étendue , on peut réduire ce cas à celui de métaux hétérogè- 
nes , puisque les découvertes de la physique moderne nous 
ont appris qu'il suffit d'une de ces deux causes pour mettre 
les deux extrémités d'une lame métallique homogène à l'état 
de tension électrique. Si on laisse tomber le nerf d'une cer- 
taine hauteur sur un métal , on favorise l'excitation de l'élec- 
tricité , peut-être plus par la rapidité de la communication que 
par l'effet de la commotion. D'ailleurs , cette deruière n'est 
point la cause du phénomène, puisque la chute du nerf sur 
du verre ou sur de la pierre demeure sans résultat, comme 
nous l'apprennent les expériences de Humboldt , de Riiter et 
de Pfaff. 

2° Expériences avec formation d'une chaîne. Les expérien- 
ces avec la chaîne sont susceptibles aussi d'une grande sim- 
plification quand l'irritiibilité est très-considérable ; mais on 
ne doit pas perdre de vue qu'ainsi faites, elles ne réussissent 
que pendant la saison froide , en hiver, au printemps et en 
automne. Humboldt a découvert que des convulsions survien- 
nent , dans des cas rares, lorsque la chaîne se compose soit 

(1) GEÎU.EB, Physikalisches JFcerterbuch, t. IV, P. U, p. 7Û9. 



44 ÏÎE L'inniTABItlTi' DES NE1\FS. 

d'un seul métal et de parties animales, soit môme iiniqnomcnt 
de parties animales, qui remplacent alors les métaux hété- 
rofïènes. 

Premier cas. La chaîne n'est formée que par un seul métal 
et par le nerf et les muscles de la cuisse de Grenouille. L'ex- 
périence m'a très-souvent et lacilement réussi au printemps, 
avant l'époque de l'accouplement , et vers la fin de l'automne. 
Lorsque je posais les nerfs de la cuisse sur une plaque de 
zinc , et que je npprochais celle-ci des muscles du membre , 
il survenait fréquemment une convulsion. Le succès était plus 
assuré encore quand le muscle et la plaque de zinc supportant 
le nerf se joignaient ensemble par le moyen d'un lambeau de 
Grenouille. On peut aussi prendre une plaque de zinc dans la 
main , en toucher le nerf, et fermer la chaîne avec son propre 
corps , en appliquant l'autre main sur la cuisse de l'animal. 

Second cas. Le nerf crural et les muscles qui en reçoivent 
des filets sont unis au moyen de parties animales humides- 
Lorsque les cuisses de Grenouille ont beaucoup d'irritabilité , 
on peut y exciter des convulsions en plaçant, entre le nerf 
disséqué et son muscle, un morceau de chair musculaire fixé 
au bout d'un bâton de cire à cacheter, et mis en contact avec 
tous deux. J'ai été , plusieurs fois, témoin de cet effet , dont 
on doit la découverte à Ilumboldt. L'expérience que j'ai faite 
est plus compliquée : elle consiste à fermer la chaîne entre le 
nerf et le muscle, soit avec ses deux mains et son propre corps, 
soit avec une ou deux Grenouilles vivantes ou mortes, soit 
enfin avec des lambeaux de Grenouille ; peu importH môme , 
s'il y a assez d'irritabilité , que les lambeaux soient déjà tom- 
bés en putréfaction. On obtient également ce résultat en plon- 
geant le nerf dans une petite soucoupe pleine de sang ou 
d'eau, et mettant le liquide en rapport avec le muscle, par le 
moyen d'un morceau de chair musculaire, fraîche ou corrom- 
pue. 

Troisième cas. Ilumboldt a montré qu'il n'est pas nécessaire 



D£ l'iURITABILITÉ DES NEKFS. 4,5 

que le muscle fasse partie de la chaîne, et qu'il suffit que son 
nerf y soit compris, pour qu'un arc purement animal déter- 
mine des convulsions. Il a vu ces dernières survenir quand 
il touchait seulement le nerf scialique d'une main , et qu'il 
appliquait en même temps dessus un lambeau de chair muscu- 
laire , tenu de l'autre main. Elles cessaient dès qu'on rempla- 
çait la chair par un morceau d'ivoire. 

Qiiairième cas. Dans les cas les plus rares, il s'accomplit 
même de petites convulsions lorsque l'on recourbe le nerf 
vers le muscle auquel il est uni par des liens organiques, 
et qu'on les met tous deux en contact. 

Les premiers phénomènes de ce genre ont été observés par 
Humboldt. Il écorcha une Grenouille, et la prépara de manière 
que les cuisses ne tinssent plus au tronc qu'à l'aide des nerfs 
sciatiques mis à nu : de violentes convulsions eurent lieu 
toutes les fois qu'il renversa doucement la chair musculaire 
des lombes sur le nerf (1). Pour bien comprendre celte ex- 
périence , il faut savoir que Humboldt entend toujours par 
lombes de laGrenouille, les chairs de la cuisse ; par nerf scia- 
tique, la partie des troncs nerveux destinés aux membres pos- 
térieurs, qui se trouve au dessus du bassin; et par nerfs cru- 
raux, les nerfs principaux de ces membres dans la cuisse elle- 
même (2). Son expérience consistait donc à enlever toutes les 
parties comprises entre le bassia et l'extrémité de la moelle 
épinière, excepté les nerfs, de sorte que le tronc et les mem- 
bres postérieurs ne fussent plus en communication qu'à l'aide 
des cordons nerveux destinés à ceux-ci ; alors il renversait 
vers ces cordons la chair musculaire de la cuisse. Déjà Volta, 
en faisant allusion à une expérience analogue de Galvani, avait 
objecté que les convulsions qui surviennent dépendent uni- 
quement du tiraillement des nerfs , et ne font point partie, 



(i) Loc. cit., 1. 1, p. 32. 
(2) Ihid., p. 35. ISote. 



46 DE L'iRRITABItlTÉ DES NERFS. 

en conséquence , des phénomènes (galvaniques. Il résulte de 
mes observations qu'on peut en dire autant de l'expérience 
de Humboldt; car les convulsions ont souvent lieu long-lenops 
avant que la cuisse dépouillée touche les troncs des nerfs spi- 
naux. Il est fort diflicile d'éviter les liraillemensdu nerf; car, 
pour arriver à la cuisse, il contourne la partie postérieure de 
l'extrémité inférieure du bassin, de sorte que, quand os ren- 
verse la cuisse en avant vers le tronc, il éprouve toujours en 
ce point une traction ou une distension. Or, toutes les fois que 
l'on tiraille ou que l'on distend un nerf, on provoque des 
convulsions. La même objection s'applique à l'expérience de 
Gsivani, qui, après avoir écorché et vidé une Grenouille, en- 
levait presque entièrement la partie inférieure du rachis, de 
manière que les cuisses ne fussent plus jointes au tronc que par 
les cordons nerveux ; de violentes convulsions se déclaraient 
aussitôt qu'on rab;itlaif les muscles du mollet vers les épaules. 
Dans ce cas, en eliet, la moelle épinière entière éprouvait un 
tiraillement. Cependant on peut faire l'expérience de telle 
sorte que l'objection tombe. A la vérité, Humboldt n'a jamais 
obienu de convulsions quand, après avoir séparé les nerfs du 
troac, il renversait les cuisses vers celui-ci ; et il n'en a point 
vu non plus lorsque, sans toucher les muscles, et formant un 
arc avec un lambeau détaché de nerf, il touchait le nerf du 
muscle sur deux jwints. Mais l'avant-dernière expérience , 
qui est de Pfaff, réussit très-souvent, surtout quand le muscle 
crural est mis en contact , dans une étendue un peu considé- 
rable, avec la peau de la cuisse , et non avec les muscles im- 
médialement. C'est de cette manière , en effet , qu'elle m'a 
réussi. Au printemps, avant l'époque de l'accouplement des 
Gi-enouilles , je dépoui!l;\is les cuisses , je laissais pendre le 
n<Mfy et j'ohtonais dos convulsions en le rapprochant de la 
cuisse , par le moyen d'une baguette isolante , et le mettant 
en contact avec l'épidcrme humide. Il eu survenait aussi quand 
j'éloignais le nerf de la cuisse. Ici la chaîne se composait de 



DE L'iRRITAnir-lTÉ DES NERFS. ^^ 

substances hétérogènes, savoir de nerf, de muscle et de peau. 
Deux de ces élémens peuvent être considérés comme électro- 
moteurs, et le troisième comme conducteur. Il s'établit un cou- 
rant éleclrique, et la force nerveuse du nerf est Téleclromètre, 
puisqu'elle détermine des convulsions, quand elle vient à être 
excitée par suite du courant électrique. Toutes les fois , au 
contraire, qu'on se contente de renverser le nerf sur le muscle 
dépouillé de la peau, il n'y a que deux substances, dont l'une 
touche l'autre en deux points, mais entre lesquelles manque 
un troisième corps qui les réunisse à la façon d'une chaîne. 
On peut considérer la circonstance suivante comme condition 
générale de la production de convulsions par des causes gal- 
vaniques» Il faut trois choses pour que ces convulsions se ma- 
nifestent dans la chaîne : deux électromoteurs et un conduc- 
teur qui les unisse. Ces électromoteurs peuvent être des par- 
ties animales hétérogènes , vivantes ou non vivantes , telles 
que nerf et muscle, muscle et peau, etc. Une troisième partie 
animale peut aussi servir de conducteur, et il importe peu 
qu'elle soit homogène avec l'un des électromoteurs animaux. 
Un lambeau de nerf, plus un muscle et un nerf unis organi- 
quement ensemble, forment déjà une chaîne ; mais le muscle 
et le nerf, en connexion organique l'un avec l'autre, n'en for- 
ment point une sans leconcourà d'un troisième corps, qui soit 
homogène ou hétérogène avec eux. Un nerf qu'on renverse 
vers un muscle ne détermine pas de convulsions , tandis qu'il 
en provoque si on le renverse sur la peau encore existante. 
Mais si le troisième corps, quoique homogène avec l'un des 
deux, le nerf ou le muscle, n'a pas de liaisons organiques 
avec lui , il peut dès-lors se comporter comme élément de la 
chaîne, et, pur exemple, faire naître des convulsions ; ce qui 
arrive quand on loache à la fois ce nerf et le muscle avec un 
lambeau, soit de nerf, soit de chair musculaire. 

Quand les électromoteurs soiit des métaux , le nerf et le 
muscle organiquement liés ea&emble jouent le rôle de cooduc- 



l^S DE L'iRRlTADILl'lK DKS NKP.FS. 

teur et d'électromètre en même temps de ccHiducleur, parce 
qu'ils sont humides ; d'électromètre, parce que la force ner- 
veuse détermine des contractions sous riufluence de l'irrilalion 
duc au fluide électrique. Ils sont ici éleclromètre de lu môme 
manière que l'est, dans des circonstances analogues, un éleclro- 
mètre non animal, par exemple un multiplicateur magnétique. 
Mais les électromoteurs peuvent aussi être des parties ani- 
males; le nerf et le muscle organiquement unis ensemble 
peuvent, en leur qualité de substances hétérogènes, le devenir 
tout aussi bien que deux parties animales hétérogènes privées 
de vie ; seulement, comme ils jouissent de la vie, ils sont en 
même temps électromètre par l'irritation que la force ner- 
veuse éprouve à la suite de l'excitation électromolrice. 

Dans les convulsions qui ont lieu sans chaîne, par l'applica- 
tion au nerf de l'un des deux métaux hétérogènes qui se tou- 
chent, ou par celle d'un seul métal, il faut considérer le nerf 
comme simple électromèire indiquant la tension électrique 
survenue dans les métaux hétérogènes ou même dans le métal 
homogène (par thermo-élecliicité). 

Après avoir exposé les conditions les plus générales et les 
plus simples dans lesquelles le galvanisme détermine des con- 
tractions musculaires, il reste à parler de la manière dont les 
parties animales se comportent à la fermeture de la chaîne, 
à son ouverture, et pendant qu'elle est fermée. Si l'on emploie 
le métal positif pour l'armature du nerf, et le métal négatif 
pour celle du muscle, les convulsions ont lieu, la plupart du 
temps, à l'instant où l'on ferme lu chaîne, et il n'y en a pas, 
ou du moins elles sont beaucoup plus faibles, quand on l'ou- 
vre. La même chose arrive lorsque Ton met le métal positif 
en rapport avec l'extrémité centrale du nerl, et le métal né- 
gatif avec une partie de ce même nerf plus rapprochée des 
muscles. Cependant il y a différens étals de l'excitement dans 
lesquels ces phénomènes subissent des moditicalions ; ainsi, 
quand les parties aniniules jouissent encore de leur maximum 



DE l'irritabilité DES NERFS. 49 

d'irritabilité, les convulsions accompagnent la fermeture de 
la chaîne, si le nerf est armé négativement, et son ouverture, 
si le nerf est armé positivement; quand Tirritabilité diminue 
peu à peu, au point de finir par s'éteindre, l'armature néga- 
tive du nerf ou de son extrémité centrale détermine les 
convulsions au moment de la séparation, et l'armature posi- 
tive les fait naître au moment de la fermeture ; l'état inter- 
médiaire est celui dans lequel les convulsions d'ouverture et 
de fermeture sont semblables, quelle que soit l'armature. 
Cependant, d'après PfafF, l'événement dépend beaucoup des 
expériences qui ont déjà été faites auparavant: si, par exemple, 
la chaîne demeure quelque temps ouverte pendant que le 
nerf est armé négativement, le rapport ne se renverse point(l). 
Marianini et Nobili ont, dans ces derniers temps, fait de nou- 
velles recherches sur cet objet. L'antagonisme que Ritter 
avait admis entre les fléchisseurs et les extenseurs, sous le 
rapport de la réceptivité pour l'irritation galvanique, ne s'est 
point confirmé. 

Les muscles demeurent en repos dans la chaîne fermée, 
et leur excitabilité seule subit un changement. Pfaff a reconnu 
que les chaînes fermées exerçaient une action déprimante ou 
exaltante, suivant le mode de répartition des métaux aux 
muscles et aux nerfs. Lorsqu'une Grenouille préparée se 
trouve dans une chaîne où le métal positif (zinc) forme l'ar- 
mature du nerf, l'irritabilité diminue plus rapidement qu'elle 
ne le fait dans une autre cuisse de Grenouille situéehors de 
la chaîne, et, suivant Pfaff, un quart d'heure de séjour dans une 
pareille chaîne suffit pour diminuer l'irritabilité, même la plus 
énergique, à tel point que les excitans les plus forts ne puis- 
sent plus la faire réagir. La chaîne agit tout autrement, à ce 
qu'il assure, lorsque le métal négatif (cuivre) est appliqué au 
nerf; au bout de quelque temps, rirritabilitc se trouve portée 

(1) Gebler, Physikalischcs ÏFœrterhiich, t. IV, P. II, p. 721.' /*>?^.<^^* ' 

I. 4 /^ A ^"^ 

\5\ ^^ 



5o DE L'iRniTÀBILITl'ï DES NEUFS. 

à son maximum d'intensité, de manière qu'à l'ouverture de 
la chaîne les muscles sont quelquefois frappés d'un violent 
lélanos. 

Ce qui prouve que, dans l'excitement produit par le galva- 
nisme, les muscles ne se comportent pas seulement comme 
conducteurs d'électricité, c'est que, quand on applique les 
deux armatures au nerf, de manière à occasioner un courant 
qui le traverse dans le sens de son épaisseur, ce nerf déter- 
mine bien des convulsions, mais qu'un nerf contus ou lijjaiuré, 
qu'on arme au dessus du point lésé, n'agit plus à travers ce 
même point. On voit donc qu'une contusion ou une ligature 
humide l'empêche d'être conducteur du principe actif. Cepen- 
dant il n'en est pas moins bon conducteur de l'électricité 
qu'auparavant; car, si on l'arme au dessus et au dessous de 
la ligature, le courant électrique passe à travers le point en- 
touré par le lien, et le principe nerveux détermine alors la 
convulsion dans la portion du nerf comprise entre la ligature 
et le muscle, parce que celte portion est excitée par le cou- 
rant électrique^ ou se trouve comprise dans la chaîne. Hum- 
boldt a observé une circonstance remarquable, c'est que, pour 
que l'armature d'un muscle et de son nerf préalablement lié 
excite des convulsions au dessus du point de la ligature, il 
faut de toute nécessité que le nerf soit encore libre depuis ce 
point jusqu'à son entrée dans le muscle; car, si on le lie au 
moment même où il pénètre dans le muscle, puis qu'on arme 
ce dernier et le nerf au dessus de la ligature, il n'y a point de 
convulsions; mais celles-ci ont lieu dès qu'on dissèque une cer- 
taine étendue du cordon nerveux, et elles cessent également, 
bien qu'on ait laissé un bout du nerf libre entre la ligature et 
le muscle, si l'on^ntoure ce bout de chair musculaire, d'é- 
pon{i;e mouillée ou de métal. Il semble donc que, dans ce cas, 
le nerf doive être isolé entre la ligature et le muscle. 

Les convulsions sont d'autant plus fortes , dans toutes les 
expériences tentées sur des Grenouilles , que le bout du nerf 



DE l/iRRITABlLITÉ DES NERF9. 5l 

qui se rend à un muscle a plus de longueur. Celte remarque 
a été faite par Pfaff. En outre, les eflets ont toujours lieu dans 
la direction des ramilications du neri" ; il y a impossibilité , 
avec la simple chaîne , de déterminer , par le moyen d'un 
nerf armé seul , des convulsions dans des muscles qui re- 
çoivent à une plus grande hauteur des branches de son 
tronc, tandis que, dans le cas d'armature d'un tronc nerveux, 
on voit constamment entrer en convulsion tous les muscles 
qui reçoivent des filets de lui au dessous du point armé. En 
armant un tronc , on arme nécessairement toutes les fibres 
déjà préformées en lui et qui passent dans les branches. Et 
comme les fibres primitives des branches ne s'anastomosent 
point ensemble dans le tronc qui les renferme , l'irritation 
d'une branche ne peut pas non plus réagir sur les filets mus- 
culaires situés plus haut. Cependant l'action des nerfs dans la 
direction de leurs ramifications tient peut-être aussi à ce 
que les nerfs des muscles ne propagent le principe nerveux 
ou son mouvement que dans le sens du centre à la circonfé- 
rence. Du reste , l'intensité de la convulsion d'un muscle dé- 
pend toujours du nombre de ses fibres qui sont comprises 
dans la chaîne; aussi n'a-t-elle jamais moins de force que 
quand le muscle seul se trouve renfermé dans la chaîne, et ne 
l'observe-t-on même alors que dans la partie de ce muscle 
dont les branches nerveuses sont exposées au courant. 

D'ailleurs , tout changement dans la statique du fluide élec- 
trique paraît devenir une cause d'excitation du principe des 
nerfs ; car, d'après Marianini , on parvient à faire naître des 
convulsions non seulement en ouvrant et fermant la chaîne, 
mais encore en dérivant une partie du courant de la cuisse de 
Grenouille , et suivant Erman , de nouvelles convulsions sur- 
viennent, la chaîne étant fermée, lorsqu'on replie le nerf 
sur lui-même de telle façon qu'il se touche en des points nou- 
veaux de son étendue. 
Ritter et autres ont remarqué que, pendant l'extinction de 



Si DE l'iIUUTABILITÉ DES NERFS. 

l'irritabililé dans les parties séparées du loin , celle exlinctioa 
n'a pas lieu dans tous les points des nerfs simultanément, mais 
procède peu à peu de l'extrémité cérébrale à l'extrémité pé- 
riphérique. 

Quelques observation faites par moi , en 1831, ont ouvert 
un nouveau champ aux expériences galvaniques sur les Gre- 
nouilles. Ces observations ont appris qu'il y a certains nerfs 
allant à des muscles par lesquels on ne peut , en les ar- 
mant , déterminer aucune convulsion dans ces derniers. Tel- 
les sont les racines postérieures des nerfs rachidiens, qui se 
montrent absolument insensibles à une irritation galvanique 
modérée , tandis que les racines antérieures de ces mêmes 
nerfs y sont extrêmement sensibles , et que , quand on les 
arme d'une manière immédiate , elles provoquent les plus 
violentes convulsions dans les muscles auxquels les nerfs 
aboutissent. Pour exécuter ces expériences, on ouvre le ra- 
chis des Grenouilles dans sa moitié inférieure , on met la 
moelle épinière à découvert , on soulève doucement , avec 
une aiguille, l'une des racines postérieures des nerfs destinés 
aux membres postérieurs, et on la coupe, à l'aide de ciseaux 
très-fins, immédiatement au niveau de la moelle : on pose 
alors la racine détachée sur une très-petite plaque de verre, 
afin de l'isoler, et l'on en arme l'extrémité avec une plaque 
de zinc et une plaque de cuivre , qu'on joint ensemble de 
manière à établir un circuit. Jamais il ne survient de convul- 
sions , tandis qu'on en observe en opérant ainsi sur les ra- 
cines antérieures. On peut même faire agir une petite pile gal- 
vanique sur l'extrémité des racines postérieures , sans qu'il 
survienne de convulsions. On conçoit qu'il ne faut pas que la 
pile soit trop forte , ainsi qu'elle l'a été dans les expériences 
de Seubert, sans quoi le fluide électrique saute sur les raci- 
nes antérieures , comme sur un conducteur humide avec le- 
quel les postérieures seraient unies , et il peut survenir des 
convulsions. J'ai montré aussi que l'armature simple du nerf 



I 



DE L'iRr.ITARILlTK DES NEUFS. 53 

Iin{îual ne détermine point de convulsions, tandis que celle du 
^rand hypoglosse en provoque toujours. (]es dernières expé- 
riences ont été faites sur des Mammifères. D'autres ont ap- 
pris que les nerfs qui n'occasionenl pas de convulsions dans 
les muscles par le fait de leur simple armature, sont des nerfs 
de sentiment. On conçoit d'ailleurs qu'il peuvent , à titre de 
parties animales humides, agir comme conducteurs de l'élec- 
tricité. Ainsi, par exemple, des convulsions surviennent quand 
on arme d'un côté le nerf lingual et d'un autre côté la lan- 
gue , ou lorsqu'on applique l'armature sur la racine posté- 
rieure d'un nerf rachidien et sur les muscles, cas dans lequel 
le nerf se comporte comme conducteur, et non comme partie 
vivante. De ces expériences découle un résultat remarquable, 
c'est que certains nerfs qui ont des liens organiques avec des 
nerfs démuselés, n'agissent cependant point sur les muscles 
par le moyen du principe nerveux, quand ils viennent à su- 
bir l'excitation galvanique, ce qu'on peut expliquer de deux 
manières, ou parce qu'il n'y a que les nerfs moteurs qui pos- 
sèdent la faculté vivante d'exciter les muscles, ou parce que 
ces nerfs n'amènent aux muscles que les effets centrifruges du 
principe nerveux, tandis que ceux du mouvement ne font que 
conduire des effets centripètes au cerveau et à la moelle 
épinière. 

Quant à l'action du galvanisme sur les organes des sens, il 
a été reconnu que le fluide électrique produit des sensations 
différentes en eux, et dans chacun le genre de sensation qui 
lui appartient en propre. 

Personne n'ignore qu'on éprouve une saveur particulière 
quand on vient à armer la langue. Cette saveur est aigrelette 
lorsqu'on pose une plaque de zinc sur le bout de l'organe, et 
une pièce d'argent sur sa partie postérieure ; elle est acre ou 
alcaline quand on renverse les métaux. Ce phénomène peut 
même être produit à l'aide d'un seul métal et d'un excitateur 
humide, comme dans l'expérience suivante de Volta, Qu'on 



54 DE l'irritabilité des nerfs; 

emplisse im {jobelet d'étain d'eau de savon , d'eau de chaux , 
ou même d'une lessive médiocrement chargée ; qu'on prenne 
ce gobelet d'une seule main, ou avec les deux mains, et qu'on 
nielle le bout de la langue en contact avec le liquide; à l'in- 
stant même on éprouve la sensation d'une saveur aigrelette (1). 
Plair fait remarquer qu'il semble résulter de celte expérience 
que la saveur occasionée par le galvanisme ne dépend pas 
de l'acide et de ralcali réunis, l'un au pôle positif, l'autre au 
pôle négatif , par suite de la décomposition du chlorure de 
sodium contenu dans la salive. En effet , il serait impossible 
ici que le contact de la langue avec une liqueur alcaline don- 
nât lieu à une saveur acide. La saveur provoquée par le gal- 
vanisme lient, comme toute autre, à la réaction spécifique des 
nerfs gustatifs , de sorte qu'elle n'est qu'un état subjectif de 
ces nei fs , hors desquels elle n'a point de cause matérielle. 

On a peu remarqué , jusqu'à présent , les odeurs parlicu- 
hères provenant de l'application du galvanisme à l'organe ol- 
factif. Cependant Ritter (2) en a observé, et l'on sait aussi que 
réleclricité excitée par le frottement porte l'odeur du phos- 
phore. 

Dans l'œil , le galvanisme provoque la sensation particu- 
lière du nerf optique, celle de la lumière. Il faut, à cet ellet, 
faire passer un léger courant galvanique à travers l'œil , en 
appliquant les deux métaux sur des parties humides qui avoi- 
sinenl l'organe. Rilter et Purkinje ont expUqué la manière 
dont les sensations des couleurs sont produites dans l'œil. Nous 
n'en sommes plus au temps où l'on considérait ces appari- 
tions de lumière comme le résultat d'un dégagement de ma- 
tière lumineuse j car , s'il en était ainsi , la lumière dégagée 
aurait la propriété d'éclairer , et l'on devrait pouvoir , avec 
son secours, distinguer les objets dans l'obscurité; mais c'est 

(1) Gehleb, loc. cit., t. IV, p. U, p. 736. 

(2) Beitrae(je zut' nacliAiVii Konntmissdcs Galvanismus^Tp, 160. 



PB l'iRRITADIUTÉ DES NERF8, 55 

ce qui n'a point lieu. La sensation de lumière n'est ici que la 
réaction ordinaire du nerf optique, qui, sous l'influence d'une 
irritation quelconque, mécanique aussi bien qu'électrique, sent 
la lumière comme un état de lui-même , c'est-à-dire comme 
un état purement subjectif, comme une qualité inhérente à la 
sensation. Le plaisir et la douleur sont également des qualités 
ou des états d'autres nerfs, savoir de ceux du toucher. Quant 
au nerf optique, il n'est apte qu'à sentir la lumière et les cou- 
leurs, et il n'est point susceptible, d'après Magendie, d'avoir la 
sensation de la douleur. Cette manière d'envisager la nature 
des apparitions lumineusesprovoquéespar le galvanisme, théo- 
rie qu'établissent sur des bases inébranlables les belles recher- 
ches de Purkinje relativement à la vision subjective, et les ex- 
périences que j'ai faites moi-même en très-grand nombre, est 
professée aussi par des physiciens du premier rang. Pfalf, par 
exemple, s'exprime de la manière suivante à l'égard du phé-^ 
nomène : « Des irritations de la nature lu plus diversifiée, no- 
») tamment certaines irritations mécaniques qui agissent sur 
» l'œil, produisent, dans le nerf optique , la sensation spcci- 
» fique par laquelle il réagit , des phénomènes de lumière 
)) sous diverses formes, tels que éclairs, etc. » 

Si l'électricité fait naître dans l'œil l'état du nerf optique 
qui constitue la sensation de lumière, elle produit aussi dans 
l'oreille celui du nerf auditif qui constitue la sensation du son. 
Volta , un jour que ses oreilles se trouvaient comprises dans 
la chaîne d'une pile' de quarante paires de plaques, éprouva 
un ébranlement daas la tête au moment où le circuit fut 
fermé, et quelques instans après, il entendit un sifilement et 
un bruit saccadé , semblable à celui que produirait une ma- 
tière visqueuse en ébullition ; le phénomène dura tant que le 
circuit demeura fermé (1). Rilter entendait, au moment de la 
fermeture de la chaîne , quand ses oreilles se trouvaient de- 

(1) nUos. J/-a«j.,1800,p. 427. 



56 DE l/lRRlTABÏLlTÉ DES NERFS. 

dans , un son correspondant à soî - ; s'il n'avait qu'une seule 

oreille dans la chaîne , le pôle positif lui faisait entendre un 

son plus grave que ce sols , et le pôle négatif un son plus 
aifîu. 



II, Changement que les irritations impriment à l'irritabilité. 

Jusqu'ici nous n'avons examiné que les phénomènes qui 
surviennent sous l'empire desirritans. Il faut maintenant por- 
ter nos regards sur les changemens que subissent les forces 
elles-mêmes. Toutes les influences irritantes qui, en modifiant 
la matière des nerfs , déterminent des manifestations de leurs 
forces, peuvent changer aussi l'irritabilité. Une réaction quel- 
conque entraîne une consommation des forces existantes, puis- 
qu elle ne saurait avoir lieu sans un changement dans la ma- 
tière; et plus l'irritation dure long-temps, plus aussi ce change- 
menl est considérable.Dansl'élat de santé, l'excitementn'esi ja- 
mais assez fort pour amener un violent changement de matière, 
qui lèse d'une manière sensible l'aptitude à produire des phé- 
nomènes de vie. La reproduction incessante, la réparation des 
déperditions matérielles par le travail de la nutrition, effacent 
les changemens journaliers. Mais, quand l'excitement devient 
plus fort , la reproduction ne suffit bientôt plus pour couvrir 
les pertes, et l'excitement peut aller jusqu'au point d'épuiser 
la somme des forces existantes. Ces particularités, dont l'exer- 
cice du mouvement musculaire , des facultés génératrices et 
des fonctions intellectuelles nous fournit chaque jour des 
exemples, ont lieu aussi dans le cas d'application immédiate 
des stimulans aux nerfs. Lorsqu'on galvanise un nerf pendant 
long-temps , les réactions faiblissent de plus en plus ; elles 
finissent par se réduire à rien , et il faut un certain laps de 
temps pour qu'elles puissent se reproduire , il faut que la 
force nerveuse se répare par le contact avec le sang. Il 
en est de même des sensations. Plus on fixe long-temps «ne 



DE l'irritabilité DES NERFS. 5^ 

ima'^'e colorée, plus elle devient sale; un moment arrive même 
où elle disparaît dans le gris ; c'est que la force de rén^rjr va 
toujours en diminuant dans le point sur lequel frappe la lu- 
mière, et que ce point finit par ne plus voir du tout. Dans tous 
ces cas , l'irritabilité est épuisée par l'excitement , et non par 
Vaction spéciale des excitans. Elle peut aussi, ce que Brownne 
croyait pas, mais ce qui a été reconnu surtout par la théorie 
du contro-stimulus, elle peut être épuisée par des influences, 
sans excitement préalable , lorsqu'une puissance étrangère 
s'établit immédiatement aux dépens des combinaisons orga- 
niques, et qu'elle anéantit les nerfs, avec la force nerveuse. 
C'est ainsi qu'agissent l'électricité dans la foudre, la compres- 
sion et la contusion des nerfs et de leurs fibres primitives, 
l'action, sur ces organes, de substances chimiques, qui détrui- 
sent leur état organique et les décomposent, comme les acides 
minéraux, les sel smélalliques, l'acool à l'état de concentration. 
Si cette action porte sur tous les nerfs à la fois , comme 
celle de la foudre ou d'une très-forte batterie électrique, ou 
si un nerf vient à être tiraillé dans toute sa longueur, l'irri- 
tabilité est détruite , ou dans l'organisme entier, ou dans le 
nerf entier; si elle ne s'exerce que sur un point du nerf, 
comme celle des caustiques , des corps comprîmans ou con- 
tondans , il n'y a non plus que ce point qui soit frappé de pa- 
ralysie ; les portions du nerf comprises entre la contusion et 
le muscle conservent leurs forces motrices. 

La chaleur et le froid qui, à un certain degré et pendant 
un certain laps de temps, sont stimulans, deviennent dépri- 
mans dès qu'ils agissent très-long-temps et avec un haut degré 
d'intensité. 

Le froid , qui peut , tout aussi bien que la chaleur, déter- 
miner l'inflammation et la gangrène , engourdit les membres, 
ou les prive de sentiment et de mouvement. Cet effet peut 
être ou local ou général. La chaleur locale, insuffisante 
pour amener l'inflammation et la gangrène , ne parait pas 



58 DE l'irritabilité des nerfs, 

engourdir les membres -, mais une chaleur qui ajjit d'une 
manière générale et soutenue a aussi pour effet d'affaiblir les 
l'onciions nerveuses. 

Certaines influences n'occasionent la destruction qu'après 
avoir préalablement provoqué une irritation de faible durée. 
C'est ce qui arrive quand les nerfs éprouvent une contusion, 
ou sont traités par des alcalis. Les mêmes phénomènes d'irri- 
laiion s'observent , d'une manière plus prononcée encore , à 
la suite de la plupart des narcotiques, dont l'effet principal 
semble être de modifier la composition matérielle des nerfs , 
et , quand ils agissent avec beuacoup d'intensité, d'anéantir la 
force nerveuse. 

Une série entière de substances possèdent, quand elles 
sont à ré(at de dissolution, le pouvoir d'exercer une certaine 
ihlluence sur les forces des nerfs, et de les détruire, sans 
qu'elles-mêmes se comportent d'une manière particulière à 
l'égard d'autres réactifs chimiques , ou sans qu'elles soient 
douées de causticité et capables de détruire les combinaisons 
organiques en général. Ce sont celles auxquelles on donne le 
nom de narcotiques. Toutes ces substances altèrent la compo- 
siiion matérielle des nerfs. Les unes sont plutôt irritantes que 
déprimantes à faible dose , telles que l'opium et la noix vo- 
mique ; mais toutes, à haute dose, sont déprimantes sur-le- 
champ , par altération. Tout porte à croire , et il y a même 
nécessité d'admettre , que l'effet résulte d'une modiilcalion 
impiimée à la matière nerveuse , qui échappe à nos sens et 
aux moyens d'appréciation de la chimie; celte modification ne 
se manifeste que par la perte des forces nerveuses, et le nerf 
que des narcotiques ont tué présente encore toutes les qua- 
lités antérieures du nerf sain, du moins lorsqu'on opère avec 
des narcotiques purs à l'état de dissolution aqueuse, par exem- 
ple avec de l'opium. 

Mais, avant d'entrer dans l'examen spécial des effets que 
les substances narcouques déterminent , il faut rechercher 



DB t'iRRlTABItlTÉ DES NERFS. Hg 

s'il n'existe pas aussi des substances qui exuUenl l'irrilabililé 
des nerfs. 

A. Irritations intégrantes. 

Des expériences déjà anciennes avaient rendu irès-vrai- 
semblable qu'il y a beaucoup de substances qui exultent l'ir- 
ritabilitc des nerfs , et la médecine attendait un précieux ré- 
sultat de ces recherches. Mais l'énergie plus grande que l'ac- 
lion galvanique déploie quand les nerfs ont été arrosés avec 
une dissolution de chlore ou d'alcali, ne prouve pas que l'ir- 
ritabilité de ceux-ci soit accrue par ces liquides; tout ce qu'on 
peut conclure de là , c'est que l'action galvanique est plus 
forte. Pfaff(l) a prouvé aussi, par des expériences, que la 
plupart des substances dont il s'agit ici n'agissent point en 
déterminant une exaltation de l'irritabilité, et qu'elle ne font 
qu'accroître l'irritant galvanique lui-même dans la chaîne où 
on les fait entrer , l'irritabilité restant d'ailleurs au même 
degré. Les liquides dont il vient d'être parlé se bornent donc 
à agir avec plus de force que ieau, qui, du reste, est né- 
cessaire, à titre de conducteur, pour que l'action galvanique 
s'accomplisse. Aussi, la médecine a-t-elle cessé d'espérer la 
découverte de moyens propres à accroître la force des nerl's ; 
il n'en existe de tels que dans les manuels de matière médicale. 
Quant aux stimulans proprement dits, on en connaît un as- 
sez grand nombre , comme le camphre, les préparations am- 
moniacales , rélectricité , et ces moyens sont excellens lors- 
que les forces nerveuses, simplement aifaiblies , sans être 
épuisées , ont besoin qu'on les ranime. Ils excitent, ils déter- 
minent une stimulation nerveuse ; mais ils n'accroissent pas la 
force de l'irritabilité. La force nerveuse n'augmente que par 
les mêmes procédés qui la reproduisent sans cesse , c'est- 
à-dire par l'assimilation, qui est une reproduction incessante 

(1) Nordisches ArcUv, t,I, p. 17.; 



Co HK l'irritabilité DES NERFS. 

de toutes les parties et de l'otvjanisme entier. Des siimulans 
sont donc utiles dans le cas d'aiïaiblissement d'une partie du 
système nerveux , non pas parce qu'ils rendent l'irritabilité 
plus forte , car ils n'ont point ce pouvoir, mais parce qu'une 
partie stimulée fait plus vivement appel aux moyens repro- 
ducteurs, et parce qu'ainsi elle répare plus facilement ce qui 
lui manque. Telle est l'idée que je me forme de l'efficacité 
des stimulans dans les maladies nerveuses, et, sous ce rapport, 
c'est à la chaleur qu'il faut surtout s'en tenir , car la chaleur 
est la cause qui imprime le premier élan à la production des 
parties par la force préexistante du tout. Voilà pourquoi l'ap- 
plication du feu, ou celle d'un moxa qui brûle avec lenteur , 
ou mieux encore l'exposition prolongée au voisinage d'une 
bougie allumée, est ce qu'il y a de plus réellement efficace 
dans les paralysies commençantes, les névralgies , laphthisie 
dorsale, etc. (1). 

B. Irritations altérantes. 

Ici se rangent les narcotiques, qui , en même temps qu'ils 
irritent, semblent décomposer la matière nerveuse. L'a'téra- 
lion qu'ils impriment à la composition matérielle des nerfs 
fait que la médecine les emploie quelquefois avec avantage , 
à petites doses , dans les paralysies , soit pour faire disparaî- 
tre des changemens matériels subtils que ces organes ont su- 
bis , soit pour fournir à la nature l'occasion d'y porter elle- 
même remède. A dose plus forte, ils exercent une action 
immédiatement destructive. 

Le changement que les nerfs éprouvent quand on applique 
le poison directement sur eux , a lieu sans le moindre signe 
d'irritation ; il est porté peu à peu , et sans nulle convulsion, 
jusqu'à la paralysie. Humboldt a cependant observé que la 
teinture d'opium provoquait des convulsions ; mais je n'ai 

(1) Consultez J. GuYOT, Traité de Vincuhation et de son influence 
thérapeutique , Paris , 4840, in-8. 



DE l'irritabilité DES NERFS. 6l 

jamais vu rien de semblable succéder à l'application de la 
dissolution aqueuse d'opium , de la strychnine , de l'extrait 
alcoolique de noix vomique sur les nerfs mis à nu d'un Lapin, 
d'une Grenouille , d'un Crapaud , et je ne crois pas qu'un 
narcotique employé de cette manière détermine jamais de 
convulsions , quand il n'agit pas sur les nerfs par la moelle épi- 
nière et le cerveau. La stryclinine n'en fait même pas naître 
lorsqu'on la répand , sous foi me pulvérulente , à la surface de 
la moelle épinière d'une Grenouille; elle n'en provoque 
qu'autant qu'elle pénètre dans la masse du sang, altère ce li- 
quide, et agit ainsi par lui sur le prolongement rachidien , 
puis sur l'encéphale. Aussi ^ toutes les fois qu'un animal a été 
empoisonné avec de l'opium ou avec de la strychnine, les 
convulsions de ses membres cessent aussitôt qu'on coupe les 
nerfs. De même si, avant d'empoisonner un animal avec de 
l'ipo, ou avec de l'angusture, on détruit une portion de sa 
moelle épinière , toutes les parties qui reçoivent leurs nerfs 
de cette région désorganisée, demeurent exemptes de con- 
vulsions. Il résulte incontestablement de là que les narcoti- 
ques ne provoquent pas les convulsions par eux-mêmes , en 
agissant immédiatement sur les nerfs , et qu'ils ne donnent 
lieu à ce phénomène que par l'intermédiaire de la moelle 
épinière et du cerveau. 

C'est une tout autre question que celle de savoir si les poi- 
sons narcotiques ne peuvent pas par eux-mêmes épuiser l'ir- 
ritabilité des nerfs , en exerçant , sur ces organes , une action 
analogue à celle des irritans chimiques. Ce problème n'a point 
été séparé du précédent par les auteurs; mais on a eu tort de 
vouloir les résoudre en même temps l'un que l'autre. La ma- 
nière d'agir la plus ordinaire des poisons narcotiques , quand 
ils paralysent la faculté sensitive et la faculté motrice des 
nerfs, consiste à passer dans le sang , puis de là au cerveau, 
à la mooUe épinière, et enfin aux nerfs. Un autre mode d'ac- 
tion, de leur part, plus lent que le précédent, et qui en est peut- 



6l DE l'irritabilité DB3 NERP3. 

être isolé , consiste à détruire localement la force nerveuse. 

4. Modo d'action des j^oisotis narcotiques par le sany. 

Jadis on admettait fréquemment (jue les phénomènes {géné- 
raux qui surviennent clans le cas d'empoisonnement par l'ap- 
plication locale de substances narcotiques, tiennent à la pro- 
paf][ation de l'état morbide par les nerfs. C'est en ce sens que 
Dupuy et ISrachet ont dit récemment encore, depuis même 
la substitution d'idées plus justes à l'opinion erronée de nos 
devanciers , qu'on ne peut point empoisonner des animaux 
avec des substances vénéneuses introduites dans leur estomac, 
lorsqu'on a préalablement coupé la paire vague des deux cô- 
tés. C'est là une assertion dénuée de fondement ; car, dans 
les nombreuses expériences que j'ai faites de concert avec 
Wernscheidt, je n'ai pas observé la moindre différence, quant 
à lépoque delà manifestation des phénomènes d'empoisonne- 
ment, soit que les nerfs fussent demeurés intacts , soit qu'ils 
eussent été coupés auparavant. Il est bien démontré aujour- 
d'hui que lesaccidens de l'intoxication tiennent à Tintrodue- 
liondupoison dansle sang par voie d'imbibition(l). Nous de- 
vons à Fontana les premières preuves à l'appui de celte théorie 
des empoisonnemens. Il a fait des expériences avec le venin 
de la Vipère , le licunas, l'eau distillée de laurier-cerise et 
l'oqium. Toutes ont eu pour résultat que ces poisons et autres 
semblables ne produisent leurs effets généraux qu'autant 
qu'ils pénètrent dans la masse de sang, et n'exercent sur 
les nerfs qu'une iniluence purement locale. Brodie coupa tous 
les nerfs des pattes de devant d'un Lapin, dans l'aisselle, et 
répandit du woorara dans une plaie faite à la patte; l'action 
du poison n'en eut pas moins lieu. Il établit une forte ligature 
sur l'un des membres postérieurs d'un autre Lapin , sans y 

(1) Voyez le Mémoire de M. Orfila sur l'empoisonnement par l'arsenic, 
le tartrale de potasse antimonié , etc. {Mémoires de V Acadùmie royale 
de médecine, Paris, 1840, t. VIII, in-4.). 



DE L'ianïTAnillTÉ DES NERF8. 63 

comprendre les principaux nerfs , et introduisit du woorara 
dans une plaie pratiquée à la patte ; l'ellet demeura nul jus- 
qu'au moment où il dénoua la ligature , mais alors l'empoison- 
uement se manifesta sur-le-champ (]). Wedemeyer a fait des 
expériences avec de l'acide cyanhydrique tellement concentré, 
que, mis en contact avec l'œilouautrespartiesdu corps, il ame- 
nait la mort dans l'espace d'une seule seconde : cependant cet 
acide si fort ne donnait pas lieu à des effets soudains, quand on 
l'appliquait immédiatement sur les nerfs (2). Emmeri amputa 
les membres de plusieurs animaux, de telle sorte qu'ils ne com- 
muniquassent plus avec le reste du corps qu'à l'aide des nerfs ; 
un poison porté dans la patte, resta sans elfet; il en fut de même 
quand on le mit en contact immédiat avec les troncs nerveux. 
C. Yibor{j a versé près de quatre grammes d'acide cyanhydri- 
que concentré sur le cerveau d'un Cheval mis à nu par la 
trépanation , sans apercevoir la moindre trace d'eflet de sa 
pari (3). Hubbard a bien observé une acîion très -rapide après 
le contact immédiat de cet acide avec les nerfs ; mais il avoue 
lui-même qu'aucun phénomène ne survenait quand il avait 
soin d'isoler ces cordons en passant une carte au dessous (4). 
Les expériences de Magendie , de Delille et d'Ëmmert prou- 
vent aussi que l'admission du poison dans la masse du sang , 
par résorption et imbibition , s'accomplit avec une rapidité 
extraordinaire , et Emmerta fait voir que la ligature de laorle 
s'oppose à l'action des substances vénéneuses qu'on injecte 
dans les veines. 
J'ai fait aussi depuis peu quelques expériences au sujet de 

(1) J'Ulos. Trans., 1811, p. 178. 1812, p. 107. 

(2) Physiologische Unteisuchuntjcn ueher dus Nervensijstem, Hanovre, 
4817, p. 234. — Comp. Emmert, dans Txiling. Blaetler. 1811^ t. U, p. S.S. 
-^ Salzb. mcdic. Zeituiuj^ 1813, t, III. — Meckel's Jrchiv , t. I, p. 176. 
— ScHNELL, Diss. sistens historiam venenivpas anliai\, ïubingue , 1815. 

(3) ^ct. re<j. soc.med. Hafn., 1821, p. 240. 

(4) Philudel]ph Journal^ 1822. yh/ij. 



64 DE l'irritabilité des nerfs, 

l'aciion des poisons sur les nerfs. Je mis ù nu les nerfs de 
la cuisse d'un Crapaud, en ayant soin d'enlever toutes les 
chairs, afin que les cordons nerveux fussent le seul moyen 
d'union entre la jambe et la cuisse, et que celle-ci elle-même 
ne tînt non plus au tronc que par les os. Je plongeai le mem- 
bre ainsi préparé dans une dissolution d'acétate de morphine 
et dans une dissolution concentrée d'opium, et je l'y laissai sé- 
journer pendant lonfj-temps. Le tronc ne fut nullement nar- 
cotisé ; plusieurs heures même après, il jouissait encore du 
sentiment et du mouvement dans toute leur intég^rité. 

De toutes ces expériences, il résulte que la promptitude 
avec laquelle l'action {générale se prononce, dans le cas d'un 
empoisonnement local, dépend non des nerfs, mais du sang, 
et que le poison n'agit sur les autres parties qu'après avoir 
pénétré la masse de ce liquide. 

Mais on peut prouver aussi que l'action générale des poisons 
tient principalement aux organes centraux du système ner- 
veux que le sang empoisonné narcotise. En effet : 

ï" Les nerfs et les muscles conservent leur irritabilité long- 
temps encore après la mort causée par empoisonnement. 

2» Si, après avoir lié l'artère d'un membre, on fait prendre 
à l'animal un poison qui détermine des convulsions, on re- 
marque que l'opération n'a pas garanti le membre de par- 
ticiper à l'action générale de la substance vénéneuse. Ce qui 
prouve que la paralysie du cœur, observée par Wilson chez 
des Grenouilles qu'il traitait avec l'infusion de tabac ou la tein- 
ture d'opium, n'est point la cause de l'action générale du poi- 
son, c'est que, comme le dit fort bien Lund, les Grenouilles 
survivent pendant plusieurs heures à la résection du cœur. 
Les poumons n'en sont pas non plus la cause; car on ne par- 
vient point à sauver l'animal en entretenant sa respiration par 
des moyens artificiels. Il faut donc admettre que le cerveau 
et la moelle cpinière ressentent, par la voie de la circulation, 
les premières alteintes du venin des serpens et de tous les 



DE l'irritabilité DES NERFS. 65 

narcotiques puissans, et qu'en conséquence ces poisons atta- 
quent les sources mêmes de la vie nerveuse. Que Ton coupe 
les nerfs d'un membre chez un animal qui a été empoisonné 
par l'opium, la strychnine, Tipo, l'angusiure , les convul- 
sions cessent de suite ^ de même, après la destruction d'une 
certaine étendue de la moelle épinière , elles n'ont plus lieu 
dans toutes les parties dont les nerfs aboutissent au dessous 
du point lésé. L'opium et le venin des serpens paraissent af- 
fecter le cerveau et la moelle épinière à un égal degré ; la 
strychnine, l'angusture et les poisons analogues agissent da- 
vantage sur la moelle épinière ; car le tétanos et la 
paralysie en sont les principaux symptômes , et ces 
phénomènes persistent , long-temps encore après la sec- 
tion de la moelle épinière , dans les parties situées au 
dessous de la plaie, comme l'a fait voir Backer, tandis qu'en 
général la section des nerfs met un terme aux mouvemens 
convulsifs. J'ai fait, sur des Grenouilles, une expérience qui 
m'a procuré les mêmes résultats, et qui est fort instructive. 
Je coupai transversalement tous les vaisseaux et muscles d'une 
des cuisses, et les enlevai, en ayant soin de ménager les nerfs; 
j'empoisonnai alors l'animal avec de la noix vomique ; l'irri- 
tabilité fut promptement éteinte dans la patte demeurée in- 
tacte, et bientôt on vit survenir les suites ordinaires de l'em- 
poisonnement des Grenouilles par les narcotiques, c'est-à-dire 
qu'il sufiQsait du moindre attouchement pour que l'animal fût 
pris tout entier de convulsions : après la cessation de ces der- 
nières dans le restant du corps, les muscles du mollet de la 
patte préparée continuèrent encore d'en éprouver dès qu'on 
touchait un point quelconque du corps. Ainsi, la patte qui ne re- 
cevait plus de sang conservait son irritabilité pour les excitations 
partant de la moelle épinière, beaucoup plus long-temps que 
l'autre patte, dont les nerfs et les muscles étaient exposés à 
l'action du poison lui-même par le sang. On va donc trop loin 
quand on dit que les poisons agissent seulement sur les parties 
1. 5 



66 DE t'iRRlTikBIllTÉ DES NERFS. 

centrales ; leur action porte aussi sur les nerfs eux-mêmes, 
par rinlennédiaire de la circulalion. Les symptômes d'empoi- 
sonnement qui ont la moelle épinièrc pour point de dépari, 
sont des convulsions d'abord, puis la paralysie; ceux qui par- 
tent des nerfs sont, noa pas des coavulsioos, mais l'abolilion 
de rimiabililé(l). 

2. Action locale des poisons narcotiques sur les nerfs. 

Autant il est certain que les effets généraux de l'empoison- 
nement local dépendent du sang, autant il est impossible de 
révoquer en doute l'empoisonnement local des nerfs eux- 
mêmes, et c'est là le point sur lequel presque tous les expéri- 
mentateurs modernes ont glissé. 

liumboldt, Wilson, Brodie ont montré que la teinture d'o- 
piiim et l'infusion de tabac paralysent le cœur. liumboldt a vu 
(jue les battemens de cet organe deviennent d'abord très- 
rapides, et qu'ensuite ils cessent tout-à-fait ; l'augmentation 
cjuils éprouvent doit être mise peut-être sur le compte de la 
teinture. 

La plus évidente de toutes les paralysies nerveuses locales 
par un poison narcotique est l'agrandissement de la pupille et 
la paralysie de l'iris qui succèdent à l'instillation d'une goutte 
de dissolution d'extrait de belladone. Ici le poison pénètre, 
par imbibition, jusqu'aux nerfs clliaires, qui se distribuent 
dans l'iris, et jusqu'à l'iris même. Ce qui atteste que Teflel est 
purement local, et que l'admission de la substance dans le 
sang n'y prend pas la moindre part, c'est que l'iris de l'autre 
œil ne se dilate pas en même temps. On connaît aussi les effets 
narcotiques locaux de l'opium et de la morphine employés en 
frictions dans les cas où l'oi^ veut déterminer un effet local, 
sçitïs en produire un général qui soit bien prononcé. On n'i- 

(1) B&CKEK , Comment, ad quœst. ■fhysiolo<j.^ Ulrechl , d830.— Coilip. 
SiANNiDs, dans^McUER's-^rcAtv, 1837, p. 223. 



DE l'irritabilité DES NERFS. 67 

gnore pas non plus que les mains sont frappées de paralysie 
dans les empoisonnemens dus au plomb. Pour meltre cet eflet 
local hors de doute, je détachai dans une {grande étendue le 
Berf crural d'une Grenouille, et je le plongeai dans une disso- 
lution dacétate de morphine ; au bout de queUiue temps, l'ex- 
trémité du nerf avait totalement perdu son aptitude à être 
irritée. La même chose arrivait quand je plongeais des mus- 
cles dans une dissolution d'opium, ce qui avait déjà été vu par 
Humboldt. Je préparais des Crapauds de telle manière que 
leurs jambes ne tinssent plus au tronc que par les nerfs de la 
cuisse , et je plongeais ces membres, avec les nerfs cruraux , 
dans une forte dissolution aqueuse d'opium ; au bout de très- 
peu de temps les nerfs et les muscles étaient devenus absolu- 
ment insensibles aux irritations galvaniques et mécaniques. 

D'après toutes ces observations, on ne peut douter que les 
poisons narcotiques n'exercent une action locale sur les nerfs. 
Il nous reste maintenant à rechercher si les empoisonnemens 
de cette espèce se propagent au-delà des nerfs et des mus- 
cles immédiatement affectés. J'ai fait des expériences qui 
prouvent que la narcotisation locale des nerfs totalement mis 
à nu ne ss répand pas avec rapidité , et qu'elle demeure 
bornée à l'endroit où elle a eu lieu. 

1° D'abord, les muscles de la jambe et leurs nerfs ne par- 
ticipent point à la narcotisation , quand le nerf principal de 
la cuisse vient à être narcotisé par l'immersion dans l'acétate 
de morphine ou la dissolution d'opium. Les irritations mé- 
caniques et galvaniques ne provoquent plus de convulsions 
lorsqu'on les fait agir sur le bout supérieur du nerf , mais 
elles en déterminent quand on les applique au bout inférieur 
et aux muscles de la jambe. Donc , l'action narcotisante ne 
s'étend pas du tronc d'un nerf à ses branches. 

2° L'action narcotique exercée sur un point du nerf ne ré- 
trograde point vers le cerveau. J'ai parlé de Crapauds aux 
nerfs desquels j'avais enlevé toute irritabilité par la narcoti- 



GS DE l.'llUUTAl'.ILni'; l>liS neims. 

salion , sans (jue les autres parties du corps s'en ressentissent 
aucunement, f.epcndant d'autres observations rendent vrai- 
semblable qu'une action rétro{;rade a réellement lieu peu à 
peu; car, toutes les fois que l'inllammation et la ganjjrène 
éteij'inent la force nerveuse sur un point quelconque, les forces 
nerveuses {jénérales se trouvent frappées peu à peu d'épui- 
sement. Ceci nous apprend à connaître une diversité fort 
importante dans la manière dont les influences agissent sur 
les nerfs. 

a. Les slimulans qui déterminent des phénomènes nerveux 
en excitant la force nerveuse , agissent instantanément sur 
toute la longueur des nerfs , et à travers toutes les fibres qui 
viennent à être irritées dans un point quelconque. La con- 
vulsion survieut sur-le-champ dans le muscle, quel que soit le 
point du nerf qu'on ait irrité entre le tronc nerveux et ce mus- 
cle, et la sensation a lieu avec tout autant de rapidité. 

b. Les influences qui changent la somme de la force exis- 
tante , qui l'épuisent , agissent à partir du point sur lequel 
elles s'exercent, et dans la direction des fibres nerveuses, non 
pas d'une manière prompte et immédiate , mais peu à peu , 
attendu que les forces de la portion malade et de la portion 
saine des nerfs se mettent en équilibre ensemble, et que l'état 
local provoque des symptômes généraux. Ainsi la perte de 
transparence d'un œil amène peu à peu l'atrophie du nerf 
optique , qui succède également à l'atrophie d'une des cou- 
ches optiques. Ainsi la phthisie dorsale fait des progrès de bas 
en haut. Ainsi, enfin, une lésion violente d'un nerf apporte des 
changemens dans la moelle épinière entière , et amène le 
tétanos. 

III. Dépendance dans laquelle les nerfs sont du cerveau et de la 
moelle épinière. 

Jusqu'à quel point la libre communication des nerfs avec le 
cerveau et la moelle épinière est-elle nécessaire au maintien 



DE l' IRRITABILITÉ DES NERFS. Gq 

de leur irritabilité? Les muscles peuvent-ils conserver lirri- 
tabilité sans qu'il y ait communication entre leurs nerfs et 
Jes parties centrales du système nerveux ? On n'a point en- 
core donné une solution complète de ces problèmes , et 
c'est à peine même si l'on s'en est occupé quelquelois. On sait 
bien qu'après avoir été coupés , les nerfs conservent encore 
pendant quelque temps leur irritabilité dans le bout sous- 
trait à l'influence cérébrale , c'est-à-dire qu'ils y demeu- 
rent aptes à 'déterminer des convulsions dans les muscles, 
quand on fait agir sur eux des excitans. Mais c'est une 
tout autre question que celle de savoir s'ils peuvent con- 
server à toujours leur irritabilité indépendamment du cer- 
veau. Nysten a prétendu que les muscles des personnes 
mortes depuis peu d'une attaque d'apoplexie se contrac- 
taient, malgré la paralysie de l'encéphale, lorsqu'on les 
soumettait à l'excitation galvanique. Cependant, j'avais de 
bonnes raisons pour penser que , si les nerfs restent pendant 
un certain laps de temps encore en jouissance de leur faculté, 
ils la perdent entièrement après un délai plus long, de sorte 
qu'ils sembleraient ne posséder les forces qui leur sont par- 
ticulières qu'autant qu'ils reçoivent l'influence du cerveau 
d'une manière continue et parfaitement libre. En effet, dans 
le cours d'expériences faites sur des Lapins , pour étudier la 
régénération du tissu nerveux , j'avais observé que le nerf 
sciatique , coupé en travers quelques mois auparavant, avait 
perdu presque toute aptitude à réagir sur les excitations. De- 
puis j'ai entrepris à ce sujet, de concert avec Sticker, de 
nouvelles expériences , qui ont élevé mes conjectures au rang 
de vérité démontrée (1). Afin de prévenir la régénération 
du tissu , et pour soustraire plus sûrement le bout inférieur 
du nerf à l'influence des parties centrales du système ner- 
veux , nous excisâmes un lambeau tout entier du nerf sciati- 

(4) MoLLEU , Archiv , t. I. 



7Ô DE l'irritabilité des nerfs. 

que. Quoique l'expérience n'ait été faite que sur un petit 
nombre d'animaux , savoir sur deux Lapins et un Chien , elle 
a fourni des résultais si concordans qu'on peut la regarder 
comme décisive. 

Le premier Lapin fut mis en expérience deux mois et trois 
semaines après la section du nerf sciaiique. Dès que celui-ci fut 
découvert dans son trajet entre les muscles biceps et demi-ten- 
dineux, nous vîmes que, contre noire attente, et à notre grand 
déplaisir, la coniinuité du ironc s'était rétablie. Le nerf fut 
coupé de nouveau au dessous de la cicatrice, opération pen- 
dant laquelle, chose remarquable ! l'animal jeta les hauts cris, 
sans éprouver lu moindre convulsion, et le bout inférieur fut 
irrité de manières Irès-diversifiées, tant à l'aide d'une simple 
paire de plaques galvaniques , que par des incisions et par le 
pincement; il n'y eut aucune trace de convulsions. 

Nous répétâmes l'expérience do l'autre côté, afin d'établir 
une comparaison. L'animal témo-gna une douleur très-vive 
pendant la section du nerf, qui amena aussi de violentes con- 
vulsions; des convulsions non moins énergiques se manifestè- 
rent ensuite , môme sous l'inlUience de très-faibles irritations, 
soit que celles-ci agissent sur le nerf lui-même, et c'est du 
bout inférieur dont je veux parler, soit qu'elles poriassent 
seulement sur les muscles; des phénomènes semblables eurent 
lieu même après la mort. 

Chez le Chien , deux mois et demi s'étaient écoulés depuis 
la section du nerf, dont les bouts se trouvaient également 
réunis. L'expérience fut faite de la même manière absolument 
que sur le L;ipin, et elle donna aussi le même résultat, c'est- 
à-dire que tout pouvoir réactionnaire était éteintdans le nerf. 
Cependant les muscles continuaient encore de montrer une 
légère trace de contraction , lorsqu'on y appliquait directe- 
ment les excitans; mais cotte faculté s'éteignit aussitôt après 
la mort, tandis qu'on pouvait provoquer les convulsions les 
plus énergiques dans le membre du côté opposé. 



DE L'irxRITABILITÉ DES NEUFS, 7I 

L'expérience fiU tentée sur le second Lapin cinq semaines 
après la section du nerf ; un laps de temps si court devait 
nous rendre plus curieux encore de connaître le résultat. Ici 
point de substance intermédiaire entre les bouts da nerf 
coupé ; tous deux étaient légèrement tuméfiés , et ils ad- 
héraient au tissu cellulaire environnant. Cependant la portion 
enlevée avait environ huit lignes de long, tandis que sa lon- 
gueur ne s'élevait qu'à près de quatre lignes chez les deux 
précédens animaux. Ni les irritations mécaniques, ni les agens 
chimiques (la potasse caustique), ni le galvanisme, ne purent, 
appliqués aux nerfs, provoquer de contractions dans les mus- 
cles; il ne fut même pas possible d'y parvenir en irritant di- 
rectement les muscles , quoique le Lapin eût d'ailleurs beali- 
coup de vivacité. Le phénomène, comme on doit bien le penser, 
se manifesta du côté gauche, tant avant la mort qu'après. 

Ces expériences prouvent que la faculté qu'ont les nerfs 
de déterminer des mouvemens dans les nerfs , et l'irritabilité 
de ces derniers eux-mêmes , se perdent peu à peu après la 
cessation de toute communication entre les nerfs et les parties 
centrales. Cependant elles auraient donné un résultat plus dé- 
cisif encore , si, au lieu d'une simple paire de plaques, on eut 
employé une petite pile galvanique pour éprouver l'irritabi- 
lité des nerfs et des muscles ; car il n'y avait que cette ma- 
nière de s'assurer positivement si la faculté était totalement 
éteinte dans deux des cas. Quoi qu'il en soit, les expériences 
établissent déjà parfaitement que l'irritabilité ne se maintient 
pas lorsque la communication entre les nerfs et les parties 
centrales a été interrompue. On peut aussi en conclure que , 
quand , après la section d'un nerf , l'irritabilité s'est rétablie 
dans le bout inférieur de celui-ci et dans les muscles, la ci- 
catrisation avait été assez complète, pour que la faculté con- 
dilctrice reprît sa voie à travers la cicatrice , et que , dans le 
cas contraire , il n'y avait eu ni guérison parfaite, ni repro- 
duction du nerf. 



^2 DU TRINCirE ACTIF DES NERFS. 

CIlAriTRE IV. 

Du j)iii)(ij»o nrlif dos nerfs. 

Les anciens n'avaient d'idées arrêtées ni sur la nature du 
principe nerveux, ni sur les lois do son action. Ils donnaient 
à ce principe le nom iVrsprits nrrvpii.r, et pensaient que, par- 
tant du cerveau, il anime les parties or{|anisées en suivant le 
trajet des nerfs. Après qu'on eut étudié les eflels de l'électri- 
cité par froltement et les lois de sa propa{»ation, beaucoup 
de médecins trouvèrent qu'en comparant les nerfs à des ap- 
pareils électriques , ils donnaient plus de précision à leur 
manière de concevoir l'action de ces organes. Mais ce ne fut 
qu'après la découverte du f][alvanisme qu'on en vint à une ap- 
plication exacte de cette hypothèse et autres analogues. 
Après la découverte du galvanisme , beaucoup de physiciens, 
tels que Aldini , Galvani, llumboldt , Fowler et autres, furent 
tentés de chercher la cause des phénomènes galvaniques dans 
une force animale inconnue jusqu'alors. Pfaff, Voila et Monro, 
au contraire, les attribuèrent à une électricité tout-à-fait in- 
dépendante du concours des organes animaux , et seulement 
excitée par la réaction des métaux el de l'humidité. Mais VoUa 
démontra, jusqu'à l'évidence, la nature électrique de l'agent 
qui se déployait en pareil cas. Et lorsqu'enfin on eut décou- 
vert des phénomènes galvaniques ayant lieu dans d'autres 
corps, sans la coopération de parties animales , il n'y eut plus 
de doutes sur l'exaciilude de l'opiniondeVolta. Monro s'était 
déjà trouvé conduit auparavant, par ses propres expériences, 
à soutenir que le lliiide galvanique qui excite les nerfs, est 
électrique, qu'il diffère totalement de la force nerveuse, et 
qu'il n'agit que comme excitateur de celte force , en sorte 
que c'est celle-ci seule qui détermine les convulsions. Hum- 
boldt a conclu de plusieurs expériences, que les nerfs sont en- 
tourés d'une atmosphère de sensibilité, parce que, dans le cas 
de deux bouts nerveux qui ne se touchent pas, l'agent galva- 



nn PRINCIPE ACTIF DES NERFS. ^3 

nique saute de l'un à l'aiitre, à travers la distance qui les sé- 
pare. Aujourd'hui l'on sait que cet espace est rempli seulement 
d'une vapeur aqueuse conductrice, et que ce qu'on avait cru 
pouvoir regarder comme une atmosphère de sensibilité n'est 
qu'un amas devapeurs, à travers lesquelles l'électricité se pro- 
page. C'est en cela précisément que l'électricité et la force 
nerveuse diffèrent l'une de l'autre; car la force nerveuse n'a- 
git plus à travers un nerf qu'on a lié ou coupé en travers* 
tandis que ".e nerf n'est pas moins bon conducteur du fluide 
électrique qu'auparavant, lorsque le point de la section ou de 
la ligature se trouve compris entre deux armatures. 

Quoiqu'il soit bien certain maintenant que le galvanisme 
n'est point une électricité animale , quelques médecins et 
même de grands physiciens n'ont pas cessé d'admettre , entre 
l'électriciié et la force nerveuse , une certaine analogie qui , 
cependant, lorsqu'on y regarde de près , se résout en une 
différence des plus prononcées. Les expériences d'Ure et de 
"Wilson ont surtout donné lieu à de fausses interprétations. 
Ure galvanisa le corps d'un pendu , une heure après la mort. 
La moelle allongée fut découverte et mise en contact avec nn 
conducteur métallique, tandis qu'un autre conducteur com- 
muniquait avec le nerf sciatique. Les deux conducteurs fu- 
rent unis ensemble par une pile de deux cent soixante-et-dix 
paires de plaques. Tous les muscles du tronc entrèrent en 
mouvement , comme chez une personne saisie d'un violent 
frisson. La chaîne ayant été formée entre le nerf phrénique 
et le diaphragme, ce dernier muscle exécuta des contractions 
chaque fois qu'on la fermait , et en promenant le conducteur 
de çà et de là sur le pôle , on vit survenir une succession de 
secousses , comme dans le cas de respiration difficile : ia 
contraction du diaphragme et la rémission de ce mouvement 
amenaient un soulèvement et un abaissement alternatifs du 
ventre, comme si la vie se ranimait dans le cadavre. Les mus- 
cles de la face ayant été compris dans le cercle de la chaîne, 



74 DU PRINCIPE ACTIF DES NERFS. 

ils furent pris d'eflVoyables mouvemens , qui ressemblaient à 
ceux qu'excitent les passions. Ces expériences n'ont rien qui 
les distinfjue des expériences (galvaniques les plus ordin:iires, 
si ce n'est qu'elles ont été faites sur un corps humain. Comme 
la cause de l'agitation des traits est la contraction des mus- 
cles de la face , on doit nécessairement déterminer des espè- 
ces de grimaces toutes les fois qu'on excite artificiellement 
ces muscles , qui d'ailleurs peuvent également être mis en 
mouvement par une irritation mécanique agissant sur leurs 
nerfs. L'apparence de respiration quand on ferme périodique- 
ment la chaîne après y avoir compris le diaphragme, n'a rien 
de surprenant non plus. 

On a également attaché trop d'importance aux expériences 
de Wilson Philip. Ce physiologiste a prétendu qu'en coupant 
le nerf de la paire vague, sur un Mammifère vivant, et fai- 
sant passer un courant galvanique par le bout qui va gagner 
l'estomac , ce courant contribue à l'accomplissement de la di- 
gestion, comme pourrait le faire le nerf lui-même dans son in- 
tégrité. En supposant que le fait fût vrai , il ne prouverait point 
l'analogie du principe nerveux et de l'électricité ; car, après 
qu'on a pratiqué la section transversale d'un nerf, le bout op- 
posé au cerveau conserve encore pendant quelque temps la 
faculté de remplir jusqu'à un certain point ses fonctions ordi- 
naires lorsqu'on vient à l'irriter. Mais ceux qui ont répété les 
expériences de Wilson Philip , n'ont pu arriver au même 
résultat que lui. Suivant Breschet et Milne Edwards , après la 
section de la paire vague , la digestion se trouve bien favori- 
sée un peu par un courant galvanique dirigé à travers le bout 
inférieur , mais en tant seulement que le mouvement de l'es- 
tomac est provoqué par-là : aussi ces deux expérimentateurs 
ont-ils reconnu qu'une irritation mécanique produisait exacte- 
ment le même on'ei. Cependant celte dernière explication me 
paraît non moins erronée que l'autre ; car , ni en irritant mé- 
caniquement la paire vague , ni en se contentant de l'armer 



DU PRINCIPE ACTIF DES NEUFS, ^5 

sans faire entrer restomac dans la chaîne , on ne parvient à 
déterminer le mouvement de la poche stomacale, sans compter 
d'ailleurs que ce mouvement ne saurait accomplir la dif^es- 
tion. Les expériences de Wilson sont inexactes ; je les ai ré- 
pétées avec Dieckhoû", sur toute une série d'animaux, sans 
remarquer nulle différence, après la section de la paire va- 
gue, soit qu'on employât ou non l'électricité. 

Si c'était de l'électricité qui agît dans les nerfs , elle ne 
pourrait demeurer bornée à ceux-ci, puisque le névrilème est 
humide, et que les parties environnantes le sont également. On 
a admis aussi par hypothèse que les nerfs joussaient d'an pou- 
voir isolant. Fechner les compare à* des fils métalliques con- 
ducteurs entourés de soie. Mais le névrilème précisément est 
un excellent conducteur du galvanisme, et les nerfs, ainsi que 
je le ferai voir plus tard, ne sont même pas meilleurs conduc- 
teurs de l'électricité que d'autres parties animales humides ; 
car le courant galvunique ne suit pas nécessairement leurs 
ramifications, ainsi qu'il arrive au principe nerveux , car ce 
courant saule avec une égale facilité sur des parties animales 
voisines, lorsque celles-ci lui offrent une voie plus courte 
pour se rendre du nerf à l'autre pôle. Enfin une ligature ap- 
pliquée sur un tronc nerveux arrête le passage du principe 
Berveux , effet qu'elle ne produit point sur le courant gal^ 
vanique. 

On reconnaît l'électricité aux corps qui l'isolent et à ceux 
qui la propagent ; tels en sont les seuls caractères. Or , le 
principe nerveux diffère précisément sous ce rapport. Il ne 
peut donc point être de l'électricité. Mais d'autres preuves 
encore sont fournies par les qualités que nous savons déjà ap- 
partenir à la force nerveuse. 

1° Lorsqu'on arme un nerf avec les deux pôles , ou qu'on 
fait passer un courant galvanique à travers son épaissein' , le- 
muscle auquel il aboutit entre en convulsion, non pas parce que 
le galvanisme agit jusque sur lui, mais parce que le courant 



•76 DU PRlNCiri: ACTIF DKS NERFS. 

transversal de ce fluide excite la puissance motrice du nerf, 
qui n'agit que suivant la direction de ses branches , absolu- 
ment de même qu'on détermine dos convulsions en brûlant le 
nerf, le cautérisant , ou le pinçant. 

2° Si ce n'est pas le ncrl lui-même qui communique avec 
les deux pôles , mais que l'un de ceux-ci seulement soit mis 
en rapport avec lui , et l'autre avec le muscle , il se produit 
un courant galvanique, non seulement à travers l'épaisseur du 
nerf, mais encore du nerf au muscle , entre les deux pôles , et 
reflet est alors exactement semblable à celui qui arrive quand 
on galvanise le muscle lui-même. En pareil cas , on excite la 
force nerveuse dans tous les points de la longueur du nerf 
jusqu'au muscle. 

3° De là vient aussi qu'il ne s'établit pas de convulsions 
lorsqu'après avoir exercé une contusion ou appliqué une liga- 
ture sur le nerf, on le met en rapport avec les deux pôles, au 
dessus du point contus ou lié. Ici, le galvanisme passe bien à 
travers l'épaisseur du nerf, comme dans le premier cas, mais 
la force nerveuse n'agit plus à travers le point qui a reçu la 
contusion ou qui supporte la ligature. 

4° Cependant le nerf contus ou lié est parfaitement apte à 
conduire le galvanisme ; pourvu seulement que les armatures 
soient appliquées au dessus et au dessous du point lésé , le 
courant galvanique traverse ce point , et provoque des con- 
vulsions, parce que la portion encore saine de nerf comprise 
entre la plaie et le muscle se trouve stimulée. 

5° Les nerfs, même alors qu'ils sont tout-à-fait frappés de 
mort, demeurent conducteurs du galvanisme , à l'instar de 
toutes les parties animales humides , tandis qu'ils ont perdu 
l'aptitude à provoquer des contractions dans les muscles. 

6° Enfin mes expériences et celles de Slicker démontrent 
que, quand l'influence vivante des nerfs sur les muscles est 
abolie depuis long-temps, l'irritation galvanique de la simple 
chaîne elle-même n'agit plus sur les muscles , et ne donne 



DU PIUNCIPE ACTIF DLS NERFS. 7"^ 

plus lieu en eux à des convulsions. C'est ce que nous avons 
vu sur des Mammifères dont , plusieurs mois auparavant, les 
nerfs avaient été coupés en travers, de telle manière que leurs 
bouts ne pussent pas se réunir complètement. 

La découverte de Télectro-mapuétisme a fait connuître les 
ÎDSlrumens galvanométriques les plus sensibles. Vavasseur et 
Beraudi (1) disent avoir observé que des aiguilles implantées 
dans les nerfs d'un animal vivant, deviennent magnétiques, et 
attirent la limaille de fer. On prétend que ce phénomène n'a 
point lieu après la section de la moelle épinière en travers , 
mais qu'il se remarque après l'inspiration du gaz oxigène. On 
dit que les nerfs optiques ne magnétisent point les aiguilles 
qu'on y implante, même après que l'animal a respiré du gaz 
oxigène. Il en est de même, assure-t-on, après la section et 
la ligature des nerfs , quoiqu'on prétende avoir observé un 
faible effet sur les aiguilles, dans des cas où il y avait une dis- 
tance de quatre lignes entre les deux bouts du cordon coupé. 
Je n'ai point hésité à répéter ces expériences, et je n'ai pas 
non plus aperçu la moindre trace de magnétisme dans les 
aiguilles que j'avais implantées. 

David a publié, en 1830, des expériences dont le résultat 
serait que des fils conducteurs, implantés dans un muscle mis 
à découvert, agissent sur le galvanomètre au moment où l'a- 
nimal se meut. Suivant lui , lorsqu'on plonge l'aiguille dans un 
nerf séparé de la moelle épinière , le galvanomètre demeure 
en repos si l'on met les conducteurs en communication avec 
cette aiguille, tandis qu'il donne des indices d'électricité toutes 
les fois qu'on agit sur des nerfs qui sont demeurés en rapport 
avec le centre nerveux. Ces expériences ne m'ont point réussi, 
et je les regarde comme de pures illusions. Person n'a pu non 
plus découvrir d'électricité dans les nerfs à l'aide d'un galva- 
nomètre très-sensible. 

(1) AnnalL universali di mcdicina. Mai , 1829. 



^8 DU PniNCIPE ACTIF DES NERFS. 

Prévost et Dumas (1) ont imaginé une tlK-orie électrique du 
mouvement musculaire. L'explication qu'ils donnent de ^ 
contraction des muscles se fonde sur la supposition que les 
fibres nerveuses qui niarchent transversalement sur les fais- 
ceaux musculaires, s'attirent, et par làraccourcissentces fais- 
ceaux, hypothèse fort peu vraisemblable, puisqu'elle forcerait 
déconsidérer les innombrables fibres musculaires comme étant 
réduites à un rôle purement passif. Que lélectricité soit la 
cause de l'attraction mutuelle des nerfs dans les muscles, c'est 
encore là une hypothèse. Pour démontrer des courans élec- 
triques dans les nerfs à l'aide du (galvanomètre, il ne convient 
pas d'appliquer les fils de cet instrument au nerf et au muscle 
en même temps ; car une chaîne de substances animales hété- 
rogènes, telles que nerf, muscle et métal , suffisant déjà pour 
exciter de l'électricité, le galvanomètre décèlerait, dans l'ex- 
périence dont il s'agit , non point l'électricité agissant dans 
les nerfs, mais celle qui a été produite par la chaîne. En con- 
séquence , pour qu'il ne se produise pas d'électricité par l'u- 
nion du galvanomètre avec le nerf et le muscle, il faut appli- 
quer les fils conducteurs à un nerf seul, et voir si ce nerf, dont 
la communication avec le cerveau a été respectée , détermine 
des oscillations de l'aiguille magnétique pendant les mouve- 
mens volontaires; si la chose arrivait, on pourrait être convaincu 
que l'innervation partie du cerveau est un courant électrique. 
Mais Prévost et Dumas avouent , que , quand on opère ainsi , 
on n'observe jamais la moindre déviation de l'aiguille. Us 
ont examiné galvanométriquemsnt la paire vague chez des 
animaux bien portans , et le plexus sciatique chez un animal 
atteint de tétanos ; jamais la moindre trace d'clcctriciié ne s'est 
trahie par l'inclinaison de Faiguille, soii quand on unissait les 
fils conducteurs avec des parties différentes du nerf nou lésé, 
soit quand on les fixait aux deux bouts d'un nerf coupé en 

(i) Journal de physiologie , Palis, 1823, t. Itl, p. 301. 



DU PRINCIPE ACTIF DES NERFS. 79 

travers. Une aiguille suspendue à un fil de cocon de ver à soie 
ne présentait non plus aucun veslijîe de déclinaison , quand 
00 la portait au voisinage du muscle et du nerf en action , 
fait dont j'ai constaté moi-même l'exaciiiude. Pour expli- 
quer cette insensibilité du galvanomètre à l'égard des nerfs, 
et écarter ainsi l'une des principales objections qui s'élèvent 
contre leur théorie , Prévost et Dumas ont recours à une 
nouvelle hypothèse, celle que les nerfs renferment deux cou- 
raus galvaniques, qui , en se neutralisant , empêchent toute 
action sur l'aiguille aimantée, Ils comparent ces deux courans 
hypoihétiquovS aux courans électriques qui parcourent en sens 
inverses les bras du galvanomètre , et se rencontrent dans le 
multiplicateur de Tinstrument ou dans les tours des fils con- 
ducteurs. Suivant eux, l'aiguille aimantée ressemble au mus- 
cle, qui, comme elle, éprouve l'influence des courans oppo- 
sés. Mais, leur répondrait-on, le galvanomètre réagit pendant 
les actions des courans opposés ; pourquoi donc n'y a-t-il 
point de réaction avec les doubles courans hypothéliquement 
admis dans les nerfs ? Ces deux célèbres physiciens ont fait une 
expérience remarquable , en essayant de ramener l'irritalion 
des nerfs par des moyens mécaniques, par des réactifs chimi- 
ques ou par des caustiques, à la condition d'un simple phéno- 
mène électrique. Comme l'un des plus forts argumens contre 
Vî^drïiission d'un agent électrique dans les nerfs , est que tous 
les excitans , et non pas seulement l'électricité , agissenifsur 
ces organes , nous devons consacrer une attention spéciale à 
celte partie de leur travail. Ils veulent prouver que le feu , 
quand il détermine des convulsions en agissant sur les nerfs, 
le fait par l'électricité. Ils fixent deux fils de platine pareils 
aux extrémités des conducteurs du galvanomètre , plongent 
l'un dans le$ muscles d'une Grenouille, et metienl l'autre en 
contact avec les nerfs, après l'avoir fait rougir au feu : il sur- 
vient des convulsions , et l'aiguille du galvanomètre éprouve 
en môme temps une déclinaison. Cette expérience ne prouve 



80 DU PRINCIPE ACTIF DES MERFis. 

nullement ce qu'on prétend lui faire établir: car deux pièces 
de mêlai, doni l'une est échaufléc, produisent de lélectricité, 
tout aussi bien que des métaux iiéiérof;èns ; dès-lors les con- 
vulsions et le mouvement de rai{}uillc aimantée n'ont rien de 
surprenant, 

Prévost et Dumas ont éjjalement voulu montrer que les ir- 
ritans chimiques qui agissent sur les nerfs, le font par un dé- 
veloppement d'électricité. Ilslixent à l'un des conducteurs de 
galvanomètre un morceau de platine trempé dans du chlorure 
d'antimoine ou dans de l'acide azotique, et à l'autre conduc- 
teur un fragment de nerf , ou de muscle , ou de cerveau : 
chaque fois qu'on ferme la chaîne, l'aiguille décline. Cette 
expérience prouve encore moins que l'autre, puisque l'hétéro- 
généité des substances fait qu'on retrouve ici les conditions 
générales de l'excitation de l'électricité. 

L'expérience suivante est du même genre. Prévost et Dumas 
fixent aux deux conducteurs du galvanomètre des plaques 
pareilles en platine, dont l'une supporte un lambeau de chair 
musculaire fraîche, pesant quelques onces, et détaché d'un 
animal vivant; ils plongent les|deux conducteurs dans du sang, 
ou dans une légère dissolution de chlorure de sodium, et Tai- 
guille aimantée éprouve une déclinaison. 

Les expériences les plus récentes sur l'application du gal- 
vanomètre sont celles de Person(l). Toutes les tentatives de ce 
physicien, pour découvrir des courans dans les nerfs à l'aide 
d'un instrument extrêmement sensible , ont été aussi vaines 
que celles de Prévost et Dumas. Il mit les conducteurs du 
galvanomètre en rapport avec la partie antérieure et la partie 
postérieure de la moelle épinièrc , chez des Lapins et de 
jeunes Chats ; il les introduisit dans l'intérieur de plusieurs 
nerfs épais ; il répéta les mêmes expériences après avoir in- 

(1) Sur l'hypothèse des courans électriques dans les nerfs ; Journal de 
physiologie , par Magendie, 1830, t. X , p. 210. 



DV PRINCIPE ACTIF DES NERFS. Si 

jeclc de la teinture de noix vomique dans l'abdomen , afin 
d'étudier galvanométriquement les convulsions qui naîtraient 
de là ; enfin , il essaya aussi sur des Anguilles et des Gre- 
nouilles. Jamais il ne put découvrir aucune trace certaine 
d'électricité. A ce sujet , il rapporte une observation prouvant 
combien on doit se défier des circonstances accidentelles dans 
ces sortes d'expériences. Un jour, il mil une goutte d'eau sur 
du zinc , pour se convaincre que le galvanomètre était sen- 
sible, et, ayant touché cette eau et le zinc avec les bras de 
l'instrument , il remarqua des déviations de l'aiguille aiman- 
tée : ensuite il mit les fils de platine du galvanomètre en con- 
tact avec la moelle épinière d'un jeune Chien , et observa une 
déviation de trente à quarante centimètres , mais celte dévia- 
tion se renversa lorsque le contact eut lieu en sens inverse , ce 
qui fit naître le soupçon d'une action électro-chimique à l'un 
des fils. En effet , il y en avait une ; car, lorsque Person plon- 
geait les fils dans du sang , ou dans de l'eau , en touchant du 
zinc avec l'un d'eux, un courant galvanique s'établissait jus- 
qu'à ce que le petit morceau de zinc fût oxidé. On pourrait re- 
procher aux observations faites avec le galvanomètre que cet 
instrument indique seulement des courans permanens , tandis 
que les contractions muscutirires sont des alternatives de res- 
serrement et d'expansion. En effet , quand Person mettait l'un 
des fils du galvanomètre en communication avec le conduc- 
teur d'une machine électrique , et l'autre avec le sol , il sur- 
venait une déviation régulière à chaque tour du plateau , ce 
qui n'avait pas Heu quand le courant venait à être converti en 
une série d'étincelles. D'après cela , Person répéta plusieurs 
de ses observations avec un instrument qui était sensible à 
des courans successifs , ou à ce qu'il nomme des courans 
instantanés ; mais cet instrument ne put pas non plus lui faire 
apercevoir la moindre déviation pendant les contractions 
musculaires. 
Enfin , Person remarqua qu'il n'est pas nécessaire , pour 
I. G 



82 DU PRINCIPE ACTIF DES NERFS. 

esciter des contractions musculaires , quun courant galvani- 
que traverse toute la longueur des neris. Le même effet a 
lieu , quelque petit que soit le point du nerf à travers lequel 
le courant passe pour se rendre d'un pôle à l'autre. Quand on 
pince , coQtond ou brûle un nerf , son muscle entre en con- 
vulsion ; une ligature , appliquée au dessous du point sur le- 
quel on agit , arrête tout effet. Il en est de même absolument 
lorsqu'on arme un nerf avec les deux pôles , et qu'on fait 
passer le courant à travers son épaisseur. A la vérité, on 
admet ici que le courant galvanique éprouve une déviation 
dans le sens de la longueur du nerf, parce que les nerfs sont 
excellens conducteurs de l'électricité. Cependant , Person 
a très-bien fait voir, ce que j'ai moi-même observé fré- 
quemment, que les nerfs ne sont pas meilleurs conducteurs 
du fluide galvanique que les muscles et autres parties ani- 
males humides , que leur faculté conductrice ne change pas 
lorsqu'on détruit mécaniquement leur texture , et que le né- 
vrilème est incapable d'isoler le courant galvanique. En 
effet , un courant galvanique qu'on dirige dans un nerf, passe 
dans les muscles et les parties fibreuses aussitôt que ceiles- 
ci lui offrent une voie plus courte. Il faut donc conclure avec 
Person , ce qui ressort d'ailleurs de toutes les considérations 
dans lesquelles je viens d'entrer, que, durant la vie, et tant 
qu'il demeure en possession da son irritabilité , un nerf de 
mouvement se trouve dans un état tel que tout ce qui amène 
un changement subit dans la disposition de ses molécules, 
excite la contraction du muscle placée son extrémité périphé- 
rique, et que les excitations, électriques, chimiques ou mécani- 
q|ues, se comportent toutes de la même manière à cet égard. 
Si les expériences faites avec le galvanomètre ne fournis- 
sent aucune preuve en faveur de l'éleciricité des nerfs, elles 
ne sauraient non plus démontrer d'une manière rigoureuse 
qu'il ne se développe point d'électricité dans ces organes; les 
galvanomètres sont des instrumens trop imparfaits pour cela. 



DU PRINCIPE ACTIF DES NZP.FS. 85 

La plupart du temps, lorsqu'une couple de plaques métalli- 
ques développe de réleciricité, ils n'agissenl plus dès qu'un 
des conducteurs ne touche pas le métal lui-même, et ne com- 
miioique avec lui que par riîiterœédiai.e d'une goutte d'eaa 
ou d'un lambeau de chair musculaire. Il est facile de juger, 
d'après cela, que, quand bien même de Télectricité agirait 
dans les nerfs, ces instriimens n'en révéleraient pas aisément la 
présence. Le nerf d'une cuisse de Grenouille est un éîectro- 
mètre bien plus délicat , et cependant il n'indique aucune 
action quand, après avoir détaché la cuisse du corps,on le met 
en contact avec un autre nerf qu'on irrite. 

Quelques partisans de l'hypothèse qui attribue à l'électricité 
nne action dans les nerfs, se sont fondés sur les Poissons élec- 
triques. Mais l'existence de ces organes, construits sur le mo- 
dèle dune pile galvanique, qui, chez les Torpilles, se compo- 
sent de plaques minces empilées les unes sur les autres et 
séparées par une matière différente d'elles, n'est nullement 
favorable a l'hypothèse de l'électricité dans les nerfs. Car on 
n'observe de phénomènes électriques chez les animaux que là 
où il existe des organes spéciaux pour les produire. Or, si 
l'électricité était l'agent des nerfs, les Poissons n'auraient pas 
besoin d'appareils particuliers, et il ne leur faudrait q'je de 
amples conducteurs. A la vérité, on répète souvent que Co- 
tu^iio, en disséquant une Souris vivante, ressentit ime vio- 
lente commotion chaque fois que la queue de l'animal frap- 
pait sa main. Mais ceci n'a aucun rapport avec le sujet dont 
nous traitons. En effet, si ce n'est pas déjà sans éprouver une 
vivp impression qu'on tient entre ses mains des animaux qui 
inspirent si généralement de laversion , comme une Souris, 
une Grenouille , une Araignée, il est facile de comprendre que 
la moindre circonstance.la frayeur.ou toute autre cause, pourra 
susciter des symptômes nerveux. Mais il n'y a rien de com- 
mun entre ces phénomènes et une action électrique des nerfs. 
La sensation d'une secousse semblable à celle que déiermi- 



*^4 DU l'UlINCirE ACTIF DES NERFS. 

ii< rail leleclricilé esi un phéDomène que toute irrilalion vive 
d(''i(>riiiinc (''.<>aleineiU dans les nerfs , et qui a lieu , par 
exemple, lorsqu'on éprouve une frayeur inopinée, ou quand 
on s(î comprime le nerf cubital. Le choc que donne l'élec- 
tricité n'est pas non plus un coup électrique, mais une sensa- 
tion développée par l'électricité, et qui peut tout aussi bien 
ètie provo(iiiée par une impression mécanique. Kastner nous 
apprend qu'il lui arrivait souvent, en écrivant, de ressentir de 
petites secousses dans les doigts. Il y a quelques années, me 
trouvant atteint d'une surexcitation de l'irritabilité nerveuse, 
j'éprouvais très-fréquemment ces symptômes, dès que je fa- 
tiguais trop ou ma main ou mes doigts. 

En résumant tout ce qui a été dit jusqu'ici , on arrive aux 
résultats suivans : 

1° Il n'y a point de courans électriques dans les nerfs pen- 
dant les actions vitales. 

2" La force électrique est totalement différente de l'électri- 
cité. 

3° Admettre un courant électrique dans les nerfs, c'est donc 
se servir d'une expression purement métaphorique, comme 
lorsqu'on compare l'action de la force nerveuse avec la lu- 
mière ou avec le magnétisme. 

Nous n'en savons pas plus sur la nature du principe ner- 
veux que sur celle de la lumière et de l'électricité; mais nous 
connaissons les effets de ce principe presque aussi bien que 
les propriétés de la lumière et des autres agens impondéra- 
bles. Quelque différentes que ces forces soient les unes des 
autres, la question ne s'en présente pas moins ici de savoir si 
leurs effets dépendent du déplacement dune matière impon- 
dérable, ou seulement d'une impulsion mécanique, c'est-à-dire 
des ondulations d'un iïuide . comme on l'admet pour la lu- 
mière, dans l'une des deux théories qui servent à en expli- 
quer les phénomènes. Quelle que soit la plus exacte de ces 
hypothèses, en ce qui concerne le principe nerveux, peu nous 



DES RACINES DES NERFS UACIIIDIENS. 85 

importe pour l'élude de la mécanique du système nerveux ; 
elles n'ont pas plus d'influence à cet éjjard que par rapport 
aux lois de la mécanique de la lumière. 



Section seconde. 

Des nerfs sensitifs , moteurs et organiques. 



CHAPITRE PREMIER. 

Des racines sensitives et motrices des nerfs rachidiens(l). 

Le fait que les mêmes nerfs président , dans le tronc , au 
sentiment et au mouvement à la fois, et que l'une de ces fonc- 
tions se trouve quelquefois anéantie par paralysie dans un 
nerf, pendant que l'autre persiste, est un des problèmes les 
plus importans de la physiologie. Charles Bell eut rin^jé- 
nieuse pensée que les racines postérieures des nerfs spinaux, 
celles qui sont pourvues d'un {janglion, président au sentiment 
seul , que les racines antérieures sont desiinées au mouve- 
ment , et que les filets primitifs de ces racines , après s'êlre 
réunis en un cordon nerveux , se mêlent ensemble pour sub- 
venir aux besoins delà peau et des muscles. Il développa cette 
idée dans un petit ouvrage qui n'était point destiné à sortir du 
cercle de ses amis (2). Onze ans plus tard, Magendie présenta 
la même théorie. Le mérite lui appartient de l'avoir introduits 
dans la physiologie expérimentale , pour ce qui concerne les 
nerfs rachidiens. Il prétendit , d'après ses expériences , que 
la section des racines postérieures fait cesser le sentiment 

(4) Fotjez Mur.LLF.n, dans Froriep's Notizen , n" 646-n4'7, Annales des 
sciences naturelles. dSiU. 

(2) Anidca of anew unatomy of tlic hrnin. Londres, ASW . 



86 DES RACINES SEN9ITIVES ET MOTRICES 

seul dnns les parties correspondantes, et que celle des racines 
antérieures n'y abolit que le mouvement. Les résuliats qu'il 
avait obtenus n'étaient qu'approximatifs. Suivant lui , les cor- 
dons postérieurs de la moelle épiniùre et les racines posté- 
rieures des nerfs racliidiens président spécialement au senti- 
ment, et les antérieures spécialement aussi au mouvement , 
bien que ces derniers ne soient pas non plus toul-à-fait dénués 
de la faculté sensitive. Ainsi, il trouva que l'application du 
galvanisme aux racines postérieures des nerfs rachidieifs , 
après (jnelles avaient été détachées de la moelle épinière , 
excii;iit encore des convulsions, mais liès-faibles , dans les 
muscles , tandis qu'en s'excerçant sur les racines antérieures, 
cette irritation en déterminait de violentes (1 ) . Ces expériences, 
exécutées sur des animaux appartenant aux classes supé- 
rieures, sont les plus cruelles qu'on puisse ima.<|iner. L'énorme 
plaie qu'on est obligé de faire pour ouvrir le rachis dans une 
étendue qui permette de couper les racines de tous les nerfs 
allant aux extrémités postérieures, suffit déjà pour mettre 
promplement la vie en danger ; elle entraîne une perte de 
sang considérable, et l'animal périt infailliblement avant (|u'on 
ait eu le temps d'arriver à des résultats convainquans. Aussi, 
quelque surprise qu'etJt occasionce le théorème de Bell, ap- 
puyé des expériences de Magendie , on ne songea point à 
constater l'exactitude de ces dernières. Béclard seul trancha 
la question, mais d'une manière superliciell.e et peu propre à 
satisfaire, en disant : < Les expériences de Ch. Bell, celles 

(i) Comparez Journal de physîoloijio , Paris , 1822 , t. II , p. 276, — 
Desmoulins et Magendie , Anatnmie et Phi/sioloijie des systèmes nerveux, 
Paris , 4825, t. II , p. 777. — Comparez. Magendie, Leçons sur les fonc- 
tions et les maladies du système nerveux. Paris , 1839; — Discussion dans 
l'Académie royale de médecine sur la distinction des nerfs moteurs et 
sensilifs. {Bulletin de V Académie royale de médecine ^ Paris, 1839, t. III, 
p. 413, C91 et suiv. — Salandière , Traité du système nerveux dans 
l'état aciv^cl de la science , Paris , 1840 , in-S, flg. 



DES NERFS RACIIIDIENS. 87 

» de Ma{ïendie et les miennes propres ont clairement démon- 
» tré que la racine postérieure des nerfs spinaux est senso- 
), rielle et la racine antérieure motrice (1). » Les expériences 
de Foderà furent accompagnées de sympiônies tellement con- 
tradictoires , qu'on ne conçoit pas comment il put les donner 
comme venant à l'appui de celles de Magendie. Bellingeri en 
fit d'autres , qui le conduisirent à des résultats tout diOérens , 
et desquelles il conclut que la substance grise intérieure de 
la moelle épinière préside au sentiment, la substance blanche 
et fibreuse au mouvement, que les cordons antérieurs de cette 
moelle et les racines antérieures sont destinés au mouvement 
des fléchisseurs , enfin, que les cordons postérieurs et les 
racines postérieures le sont au mouveiEent des extenseurs. 
Ces expériences ont été répétées avec soin par Schœpfs (2) , 
sur un grand nombre d'animaux ; mais les résultats sont de- 
meurés équivoques et douteux. J'eus aisssi occasion de les 
reprendre en lb24 , pendant mon séjour à Berlin , et je n'ar- 
rivai non plus à rien de concluant. Tout récemment , m'étant 
livré à des rec'uerches sur le système nerveux , j'éprouvai le 
désir d'arriver enfin à connaître la vérité , et j'entrepris , sur 
des Lapins, une série d'expériences d'après un tout autre plan. 
Car la marche qu'on avait suivie jusqu'alors ne pouvait con- 
duire qu'à des déceptions , et ce qui le prouve , c'est que 
beaucoup d'animaux, les Lapins surtout, effrayés par les préli- 
minaires de l'expérience, dès avant qu'on leur ait fait éprouver 
aucune lésion considérable, ne donnent plus aucun signe de 
douleur , même lorsqu'on leur irrite violemment la peau , par 
des contusions ou des taillades. Dans de telles conditions , 
comment pouvoir, pendant le peu de temps que l'animal survit 
à l'ouverture du rachis , arriver à la ceriilude qu'il conserve 
encore le sentiment ou qu'il l'a perdu? 
Je savais que le moindre tiraillement exercé avec une ai- 

(1) Elémcns d'anutomie générale , Paris , 1823 , p, 668. 

(2) Meckkl , Archiv , 1S27. 



88 DES RACINES SENSITIVES ET MOTRICES 

guillesur un nerf musculaire tendu, déterminait des convul- 
sions dans les muscles correspondans. Or , si les racmes pos- 
térieures des nerfs spinaux n'étaient que sensitives et non 
motrices, l'aiffuille, en les tiraillant, devrait ne point provo- 
quer de contractions, tandis qu'en agissant de même sur les 
racmes antérieures, elle devrait en déterminer de véritables. 
Afin de pouvoir juger des moindres convulsions, je mis à dé- 
couvert les muscles des extrémités postérieures. L'expérience 
répétée plusieurs fois, ne permit pas de déduire conscien- 
cieusement aucun résultat , parce que les ébranlemons qu'on 
ne pouvait éviter en ouvrant lerachis, suffisaient pour exciter 
dans les muscles de petits tremblemens qui répandaient de 
l'incertitude sur tout le reste de l'expérience. Après tant 
d'efforts inutiles pour arriver au résultat absolu dont parle 
Magendie, je commençai à douter, je désespérai d'obtenir 
des conclusions certaines et décisives. Desmoulins et Magendie 
eux-mêmes s'étaient contentés de dire qu'il y a abolition de 
presque tout sentiment dans un r-as, et de presque tout mou- 
vement dans l'autre. Or , je voulais un résultat absolu , et non 
un demi-résultat ; ce presque ne pouvait donc me satisfaire. 
Je me dis en moi-même : le théorème de Bell est fort ingé- 
nieux, mais manque de preuve, Magendie n'a pas donné cette 
preuve , et peut-être ne pourra-t-on jamais l'obtenir chez les 
animaux des classes supérieures. Telle était aussi l'opinion 
manifestée parE. H.Weber(J). Pour qu'une expérience phy- 
siologique soit bonne, il faut qu'à l'instar d'une expérience 
physique quelconque, elle fournisse, en tout lieu, en tout temps 
et sous les mêmes conditions, des phénomènes pareils, sûrs et 
non équivoques. Ce n était point le caractère de celles qu'on 
avait tentéesjus(ju'alors pour démontrer le théorème de Bell ; 
car la lésion éiaii trop grave , répuisement de l'animal trop 
considérable, et la probabilité de Terreur l'emportait sur 

(1) Dans son édition de l'A.iatoujJe de lUIdebraûdt, 1. 1, p. 283. 



DES NERFS RACHIDIENS. 89 

celle du résultat , vice dont sont entachées tant d'expériences 
physiologiques. 

Fallait-il donc renoncer à des expériences, pour ou contre 
ce théorème, qui présentassent le même degré de certitude 
que celles dont nous sommes redevables à Haller, à Fonlana, 
à Galvani , à Humboldt ? 

J'eus enfin l'heureuse idée de recourir aux Grenouilles , 
qui ont une vie très-tenace , qui survivent long-temps à l'ou- 
verture du rachis, dont les nerfs restent plus long-temps 
sensibles que ceux d'aucun autre animal , et chez lesquelles 
les volumineuses racines des nerfs destinés aux membres pos- 
térieurs parcourent une grande étendue dans le canal avant 
de se réunir. Les expériences sur ces animaux furent cou- 
ronnées du plus brillant succès. Elles sont si faciles, si sûres, 
et si décisives, qu'elles permettent à chacun de se convaincre 
en peu d'instans d'une des plus importantes vérités de la 
physiologie. Les phénomènes ont une telle constance, et sont 
si évidens , que, sous le rapport de la simplicité et de la cer- 
titude du résultat , ces expériences peuvent prendre place à 
côté des meilleures dont la physique est en possession. 

Je me sers , pour ouvrir le rachis , d'une pince qui coupe 
bien par le côté et à la pointe. L'opération n'exige que quel- 
ques minutes, et n'expose point à léser la moelle épinière. 
Les Grenouilles qui l'ont subie conservent leur vivacité ^ et 
sautillent comme auparavant. Aussitôt après avoir ouvert le 
rachis et fendu les membranes , on aperçoit les grosses ra- 
cines postérieures des nerfs destinés aux pattes de derrière. 
On les soulève avec précaution, au moyen d'une aiguille à ca- 
taracte , en évitant de prendre aucune des racines antérieu- 
res, et on les coupe dans l'endroit même de leur insertion à la 
moelle épinière. Puis on en saisit le bout avec des pinces , et 
on irrite les racines elles-mêmes avec la pointe de l'aiguille. 
Jamais cette irritation -mécanique ne provoque même te moin- 
dre indice de convulsion dans les pattes de derrière. On peut 



90 DES RACINES 8ENSIT1VES ET MOTRICES 

répéter l'expérience , avec le môme résultat , sur les racines 
postérieures des nerfs destinés aux pâlies de devant, qui sont 
ë^^alenient très volumineuses. 

Qu'on soulèveensuite, avec l'aiguille, les racines antérieures, 
non moins {jrosses, des nerfs qui se rendent aux pattes de 
derrière, on s'aperçoit de suite qu'il suffît du moindre attou- 
cliemenl pour donner lieu sur-le-cliamp aux contractions les 
plus vives dans le membre entier. Si on les coupe au niveau 
de la moelle , qu'on les saisisse avec des pinces , et qu'on les 
irrite avec la poinie de l'aiguille, le même efl'et a lieu. 

En répétant ces expériences sur un grand nombre de Gre- 
nouilles, on acquiert la conviction qu'il est absolument impos- 
sible, cliez ces animaux, de provoquer des convulsions par 
les racines poslérieures des nerfs spinaux, tandis que la plus 
légère irritation exercée sur les racines antérieures en déter- 
mine sur-le-champ de très-violentes. 

Tant que les deux ordres de racines tiennent encore à la 
moelle épinière , on peut faire naître des convulsions dans les 
membres de derrière en soulevant les racines postérieures , 
attendu que, par-là , on exerce des tiraillemens sur la moelle 
elle-même. Mais ces convulsions ne sont pas le fait des raci- 
nes postérieures ; elles dépendent de la moelle épinière , dont 
l'irritation se transmet aux muscles par les racines antérieu- 
res , ou motrices. Aussi , quand on a préalablement coupé les 
racines antérieures , peul-ou in iler la moelle , ou les racines 
poslérieures encore unies avec elle, sans qu'il se manifeste le 
moindre vestige de mouvemens convulsifs. 

Les expériences avec le galvanisme excité par deux simples 
plaques, l'une de zinc, l'autre de cuivre, ne sont pas moins 
décisives. 

V irritation galvanique portée sur les racines antérieures 
coupées donne lieu sitr-le-chninp au.v convulsions les plus vio- 
lentes , tandis que , quand elle agit sur les racines postérieures, 
elle n'en provoque jamais. Ce résultat est fort remarquable , 



DES NERFS RACHIDIENS. g 1 

et je pe m'y attendais nullement; car j'avais pensé que , quoi- 
que les racines postérieures lussent exclusivement sensiiivis , 
elles étaient cependant aptes à conduire le fluide galvanique 
jusqu'aux muscles. En eflet, il est inévitable, quand ou emploie 
une très-forte pile , que le fluide soit conduit par les racines 
postérieures tout aussi bien qu'il le serait par une autre sub- 
stance quelconque, comme il arriva dans les expériences de 
Magendie. Mais il n'en demeure pas moins certain que l'irri- 
tation galvanique d'une simple paire de plaques, mise en ap- 
port avec les racines postérieures , n'agit point sur les mus- 
cles, au lieu que, quand elle porte sur les racines antérieures, 
elle détermine sur-le-champ des convulsions ; de même qu'on 
a beau tirailler et pincer les racines postérieures, jamais il ne 
survient de mouvemens convulsifs , tandis qu'on en observe 
aussitôt qu'on exerce le moindre tiraillement sur les racines 
antérieures. En expeiimentant le galvanisme , il faut prendre 
garde que les plaques métalliques ne touchent d'autres parties 
que les racines postérieures. 

La manière dont Bell et Magendie ont cherché à démontrer 
le théorème du premier de ces deux physiologistes, peut 
aussi être appliquée aux Grenouilles, et conduit alors à un 
résultat certain. Que Ton coupe , sur une même Grenouille , 
du côté gauche les trois racines postérieures, et du côté droit 
les trois racines antérieures des nerfs desiinés aux pattes de 
derrière , on trouve que le sentiment est aboli dans la patte 
gauche, et le mouvement dans la patte droite. Si l'on coups 
le bout de la patte droite , qui conserve le sentiment et a 
perdu le mouvement , l'animal témoigne une vive douleur , 
dans toutes les parties de son corps , par les mouvemens qu'il 
exécute , mais il lui est impossible de remuer la patte droite , 
bien que la douleur s'y fasse sentir également ; si l'on coupe 
le bout de la patte gauche, qui est mobile encore, mais insen- 
sible , l'animal ne ressent rien. Geue expérience est , sans 
coûtredit , h plus frappante de toutes , et elle donne ua ré- 



92 DES RACINES SENSITIVES ET MOTRICES 

suliat complet, décisif, absolu , non un demi-résultat ; car on 
est certain , chez les Grenouilles , de couper toutes les raci- 
nes des nerfs de la patte de derrière , ces racines étant en pe- 
tit nombre , mais fort jjrosses. 

Telles sont les expériences qui ne laissent plus aucun doute 
sur la vérité du théorème de Bell. 

Je ferai remarquer encore que, quand on coupe les racines 
postérieures pour les détacher de la moelle épinière, on aper- 
çoit fréquemment des marques bien prononcées de douleur 
dans la partie antérieure du tronc. 

Dans les expériences dont il a été question jusqu'à présent, 
l'irritation galvanique n'est portée que sur les racines, préala- 
blement coupées au niveau même de la moelle épinière . et 
sur le bout desquelles on fait afjir les deux piVes , de ma- 
nière qu'on excite un courant {galvanique à travers l'épaisseur 
de ces racines. Or on sait que les nerfs du tronc, qui résultent 
de la réunion des deux ordres de racines , provoquent des 
convulsions tant lorsqu'on les {jalvanise eux-mêmes, que quand 
on fait agii' l'un des pôles sur les nerfs et l'autre sur les mus- 
cles ; dans le premier cas , le courant galvanique ne fait que 
traverser l'épaisseur du nerf, et dans le second , il en suit le 
trajet, jusqu'au muscle. 

Je voulais savoir alors , et chacun se fera cette question, 
si les racines postérieures, incapables d'exciter des convul- 
sions quand on lesirrite immédiatement, le sont en même 
temps de conduire le fluide galvanique aux muscles lors- 
qu'on les met en communication avec l'un des pôles, l'autre 
pôle étant joint à ces derniers. De là résulta une série d'ex- 
périences intéressantes , qui ont donné des résultats non 
moins constans que les précédentes , et que j'ai fort souvent 
répétées depuis. Toutes ces expériences ont été faites sur des 
Grenouilles. Les racines ont toujours été soulevées doucement 
avec une aiguille , comme je viens de le dire , puis coupées au 
niveau même de la moelle épinière, de sorte qu'elle ne fussent 



DES KERFS RACIIIDIENS. g5 

plus en communication qu'avec leurs nerfs ; constamment aussi 
une lame de verre a été glissée au dessous d'elles, pour les 
isoler, et la Grenouille entière a été posée sur une plaque de 
même substance. Les résultats suivans se sont reproduits con- 
stamment. 

1° Quand les racines postérieures des nerfs spinaux sont 
seules en rapport avec les deux pôles d'une simple paire de 
plaques , il ne survient jamais la moindre trace de convul- 
sions. 

2" Lorsqu'au contraire les racines postérieures sont armées 
d'un des pôles, et un muscle du membre pelvien de l'autre 
pôle, que par conséquent il y a un courant galvanique établi 
depuis les racines jusqu'aux muscles, on aperçoit des convul- 
sions, mais les seuls muscles qui en présentent sont ceux qui 
se trouvent renfermés dans le cercle d'action du galvanisme. 
3'^ Les racines antérieures , soit que les deux pôles s'y ap- 
pliquent, soit qu'un des deux agisse sur les muscles, font 
entrer tous les muscles du membre en convulsions , non pas 
seulement dans le cercle d'action du galvanisme, mais encore 
jusqu'aux orteils. 

4° La même chose arrive quand on met les racines posté- 
térieures en rapport avec un pôle, et les antérieures avec 
l'autre. 
Ces expériences démontrent : 

1" Que les racines postérieures des nerfs spinaux n'ont pas 
de pouvoir isolant , et qu'à l'instar de toute autre partie ani- 
male, à l'état humide, elles conduisent passivement le courant 
galvanique d'un pôle à l'autre. 

2° Qu'elles n'ont pas non plus de pouvoir moteur, et qu'elles 
ne peuvent , par elles-mêmes , faire entrer aucun muscle en 
action. 

3° Que non seulement les racines antérieures conduisent le 
courant galvanique comme le font toutes les parties animales, 
mais qu'encore , sans le concours d'aucun courant galvanique 



94 DES RACINES SENSITIVES ET MOTRICES. 

qui les traverse pour aller aux muscles , et à la suite de toute 
irritation immédiate par des slimulans mécaniques ou galva- 
niques, elles exercent une puissance motrice^ non galvanique, 
dans la direction des ramifications nervousos. 

Je vais montrer actuellement qu'un nerf peut perdre le 
pouvoir moteur qui lui est propre , quoiqu'il conserve encore 
la faculté de conduire le courant galvanique aux muscles. Que 
Ton écrase un muscle de nerf avec des pinces, les irritations, 
tant mécaniques que galvaniques, qu'on exerce ensuite au des- 
sus du point contus n'agissent plus ; mais elles agissent quand 
on los applique au dessous du point , entre lui et le muscle. 
Cependant un nerf contus est apte à conduire le courant galva- 
nique aux musclas, et il survient des convulsions lorsqu'un 
pôle agit sur l'extrémité de ce nerf ainsi maltraité, et l'autre 
pôle sur le muscle. Le point contus est donc conducteur. 

Enfin, comme la moindre irritation mécanique avec une 
aiguille ou un corps non métallique , tel qu'un cure-dent, 
produit sur les nerfs des muscles et les racines antérieures 
des nerfs spinaux, les mêmes effets que l'irritation galvanique 
immédiate se dirigeant en courant transversal à travers l'épais- 
seur du nerf , c'est-à-dire des convulsions dans le membre 
entier, il suit de là : 

1° Que l'irritation galvanique immédiate des deux pô'essur 
les racines antérieures n'a point une manière d'agir diflcrcnte 
de celle des irritations mécaniques, que ce n'est point alors le 
galvanisme , comme tel , qui constitue la cause prochaine de 
la contraction musculaire, et qu'il ne fait, à l'instar des irrita- 
tions purement mécaniques, que solliciter les forces motrices 
ou toniques des nerfs toniques à se manifester. 

2" Que la force galvanique diffère de la force motrice ou to- 
nique des nerfs, et qu'elle ne se comporte, à l'égard de cette 
dernière, que comme une énergique stimulation. 

3» Qu'il y a des nerfs qui ne possèdent pas de forces mo- 
trices ou toniques , qui ne peuvent jamais, par eux-mêmes, 



DES NERFS TIACHIDIENS. g5 

exciter de convulsions, soit qu'on les irrite mécaniquement 
soit qu'on les irrita {jalvaniquement, et qui ne font que con- 
duire passivement le courant {galvanique. 

4° Qu'il y a, au contraire, des nerfs moteurs on toniques^ 
qui, à la suite de toute irritation immédiate qm^lconque, 
manifestent leur puissance tonique par la contraction des 
muscles, mais que cette force agit toujours dans la direction 
des branches, et jamais en sens inveise ; car il ne s'agit point 
ici du cas où des courans galvaniques passent à d'autres bran- 
ches par l'intermédiaire de parties humides. 

5° Enfin , que les racinr^s antérieures des nerfs spinaux 
sont toniques^ et que les postérieures ne le sont point. 

Pour donner plus d'ifilérêt encore aux nouvelles expériences 
dont je viens de faire ressortir les résultats, je résolus de sub- 
stituer une pile galvanique à la simple paire de plaques. J'en 
pris une de trente-quatre couples, et dont les plaques avaient 
un peu plus de quatre pouces carrés. Ces expériences furent 
faites aussi sur plusieurs Grenouilles. Voici quels en furent 
les résultats constans. 

1° Les racines postérieures des nerfs spinaux destinés aux 
pattes de derrière furent coupées au niveau de la moelle épi- 
nière, et leurs bouts, posés sur une petite lame de verre, fu- 
rent mis en relation avec les deux pôles de la pile. Jamais il 
ne se manifesta même ht moindre trace de convulsion. 11 im- 
porte également ici de ne comprendre aucune fibre des raci- 
nes aciérieures. 

2° Les racines antérieures , traitées de la même manière, 
excitèrent les plus violentes convulsions dans tout le membre. 

o" Lorsqu'on mettait en communication la racine posté- 
rieure avec un pôle et les muscles de la cuisse avec l'autre 
pôle, toute la patte était prise de convulsions, mais surtout 
en dedans du cercle d'action du galvanisme. 

4° Les racines antérieures étant armées avec un pôle , et 



9^ DES KACIINES SENSITIVES ET MOTRICES. 

les muscles avec l'autre , les convulsions se montraient beau- 
coup plus fortes encore. 

J'(''j)rouvai alors le désir de savoir si les racines des derniers 
nerfs spinaux , lorqu'ollcs ont été coupées à (luehjue dislance 
de la moelle épinière , et qu'on arme les bouts encore pen- 
dans à cette dernière , sont on état de provoquer des convul- 
sions dans les parties antérieures du corps, par Tiiitermédiaire 
de la moelle épinière. Les résultats furent constans , mais je 
ne m'attendais pas à ceux-là. 

Ni les racines antérieures, ni les racines postérieures, lors- 
qu'on les garnit seules d'une armature simple, n'excitent, par 
un mouvement rétrograde, de convulsions dans les parties 
amérioures du corps, par exemple, dans la tête. Il paraît donc 
que les fibres des nerfs ne communiquent point ensemble dans 
la mof lie épinière. Mais des convulsions ont lieu quand on 
arme les racines avec un pôle , et les parties antérieures dé- 
nudées du corps avec l'autre pôle , ce qui dépend de la pro- 
pagation du courant galvanique à des nerfs moteurs éloignés. 
Enfin , je détucliai toutes les racines des nerfs d'une Gre- 
nouille , d'arrière en avant , jusqu'à la région des membres 
antérieurs, en les coupant au niveau même de la moelle épi- 
nière , de manière à pouvoir soulever la partie postérieure de 
celte dernière et glisser une petite lame de verre au dessous 
d'elle. L'extrémité de la moelle épinière , mise en rapport 
avec les deux pôles, provoqua des convulsions dans toutes les 
parties qui tenaient encore à cet organe. Il suit de là que la 
moelle épinière n'est pas seulement Vensemble des nerfs du 
tronc , comme on l'avait présumé , mais qu'elle a quelque 
chose de commun avec les nerfs, et qu'elle diflère d'eux sous 
certains points de vue. En effet, les racines des nerfs spinaux 
ne déterminent pas de convulsions dans les parties antérieu- 
res , par un mouvement rétrograde , quand on les irrite im- 
médiatement, tandis que l'extrémité de la moelle épinière en 
provoque, dans les mêmes circonsiaaces.j 



t)ES NEhFS RACBIDIENS. Ç)'] 

Les principales des expériences qui viennent d'être dé- 
crites , savoir celles avec les irritations mécaniques et avec 
une simple paire de plaques, sont répétées par moi ciiaque 
année, et toujours elles ont donné les mêmes résultats non équi- 
voques. Non seulement je les reproduis régulièrement dans 
mes cours de physiologie , mais encore je les ai faites à Paris, 
en présence de Humboldt, Dutrochet, Valenciennes, Lauril- 
lard et Cuvier; à Heidelberg , devant Tiedemann et Gmelin ; 
à Bonn , avec Weber, Wuizer et Retzius. Elles ont été répé- 
tées , avec un résultat identique , par Retzius à Stockholm , 
par Thomson à Edimbourg, par Stannius à Berlin (1). Celles sur 
les irritations mécaniques l'ont été également par Seubert (2) 
et Yan Deen (3). Mais celles avec le galvanisme n'ont point 
parfaitement réussi à Seubert. Au lieu d'expérimenter avec une 
paire de plaques, ce physiologiste crut devoir se servir d'une 
pile de cinquante couples. Mais on sait que, pour produire des 
effets locaux chez les animaux, il faut employer des appareils 
très-faibles , attendu que, pour peu qu'il y ait d'énergie dans 
ceux donton fait usage, on n'est plus assuré de n'avoir galvanisé 
que les parties touchées par les pôles , le fluide galvanique 
ayant pu être transmis à d'autres, en vertu de la faculté con- 
ductrice dont tous les corps humides sont doués. Il n'est donc 
pas surprenant que Seubert ait vu quelquefois survenir des 
convulsions lorsqu'il galvanisait les racines postérieures des 
Grenouilles avec une pile de cinquante couples : s'il avait em- 
ployé une pile plus forte encore , il aurait sans doute observé 
des convulsions de l'animal entier. Ces réflexions se présentent 
naturellement à l'esprit , quand on connaît la manière d'agir 
du fluide galvanique et les phénomènes de sa propagation. En 



(1) HucKms, u4nnalen. Décembre , d832. 

(2) De functionih. rad. ant, et post. nerv. spin., Cailsriihe, 4833. 

[»} De dï/ferentia et nexu Jnter nervos vitœ animalis et organkœ , 
Leyde, 4834, 



98 DES RACINES SENSITIVES ET MOTRICES 

se servant d'une simple paire de plaques, Seuberl aurait inva- 
riablement obtenu le résultat aiupiel je suis lautdelois arrivé, 
et sans qu il m'oili'ît jamais la plus petite modilication. Après 
avoir ainsi observé les ell'ets d'une paire de plaques, il en au- 
rait essayé deux, puis trois, quatre , cinq , dix, vingt , trente, 
et de celte manière il serait arrivé à connaître le point auquel 
il devait s'arrèier dans la construction de sa pile. Les expé- 
riences de Panizza , sur des Grenouilles et des Boucs , au 
moyen de la section des racines (1), conlirment également la 
découverte de Bell Çl). 

Quelque détiiiiiivement démontrée que soit la diflérence 
entre les racines antérieures et les racines postérieures, sous 
le point de vue de leurs propriétés sensitives et motrices , il 
s'en faut de beaucoup qu'elle le soit de même en ce qui con- 
cerne les cordons antérieurs et postérieurs de la moelle épi- 
nière (3). D'après les expériences de Seubert, la région anté- 
rieure de cette dernière paraît présider principalement, 
mais non exclusivement, au mouvement, et la postérieure au 
sentiment. Les faits pathologiques que l'auteur a réunis ne 
fournissent pas une preuve complète de cette assertion. Au 
reste, il est a peine possible de luire des expériences exactes 
sur les animaux pour arriver à la solution du problème, puis- 
qu'en cherchant a n'agir que sur les seuls cordons postérieurs 
par incision, on agit, sans le vouloir, par pression sur les cor- 
dons antérieurs. 

(1) Bicerche sperimentali sopra i nervi. Pavie, in-4°. 

^2) Valeiilin a obtenu le iiiéuie résultat sur des cadavres de Lapins ré- 
cemment mis à mort. L'irritation des racines antérieures des nerfs rachi- 
diens excitait le plus souvent de fortes convulsions dans les muscles aux- 
quels ceux-ci se rendent, tandis que rien de semblable ne succédait à 
celle des racines postérieures par des moyens mécaniques , chimiques et 
galvaniques. (De functionibus nervorum cerebraltum et nervi sympathici, 
Berne, 1839, p. 2.) 

(3) J'en ni déjà fait la remarque dans les Annales des sciences natu- 
relles. dS31. 



DES NERFS CEREBRAUX. 99 

CnAPITRE II. 

Des propriétés sensitives et motrices des Derfe cérébraux. 

Sans entrer déjà ici dans le détail de la physiologie des di- 
vers nerfs cérébraux, je vais les examiner sous le point de vue 
des ressemblances ou des différences qu'ils présentent quand 
on les compare aux nerfs racbidiens. On peut les rapporter 
aux classes suivantes : 

1° N<Tfs purement sensitifs, nerfs des sens supérieurs ; l'ol- 
factif, Toptique et l'acoustique. 

2° Nerfs mixtes à racine double ; le trifacial , le glosso- 
pbaryngien, le pneumogastrique, avec l'accessoire de Willis, 
et, chez plusieurs Mammilères, le grand hypoglosse. 

3° Nerfs principalement moteurs , à racine simple , qui , 
soit que moteurs par eux-mêmes , ils reçoivent des fibres sen- 
sitives par leur union avec des nerfs sensitifs, soit qu'ils con- 
tiennent déjà des fibres sensitives dans leurs racines, ne peu- 
vent être réduits aux nerfs racbidiens à double racine ; l'o- 
culo-musculaire commun , le pathétique , l'abducteur et le 
facial. 

Parmi ces nerfs , ce sont surtout ceux des deux dernières 
classes qui méritent une étude spéciale. 

I. Nerfs cérébraux mixtes à racine double. 

A. Nerf trijumeau. 

On sait que le nerf trijumeau a deux racines; l'une, la grande, 
qui se renfle en un ganglion auquel on donne le nom de Gas- 
ser; l'autre, la petite, qui n'a point de renflement , et qui va 
se jeter dans le tronc du nerf maxillaire inférieur. Les bran- 
ches qui naissent de la première , ou plutôt du ganglion de 
Gasser, c'est-à direTophilialmiqueet la maxillaire supérieure, 
ne sont vraisemblablement cjue sensibles. La troisième , ou le 
nerf maxillaire inférieur, qui provient en partie de la petite 



lOO DES PROPRIKTKS Sl-NSHIVES ET MOTraC S 

racine, ot qui rt\oii des tilets de renforcement ilii {;u:ii,.ioiî de 
Gasseiou de la grande racine, esl à la lois nioliioe ei seusitive. 

Examinons d'abord les propriétés de la première branche, 
de roplitlialmillue. Ses rameaux sont le nerf naso-ciliaire et 
le nerf frontal. 

Le premier, qui se distiibue principalement an nez. :\ l'au- 
{;le ÎDlerue de l'ivil, à la conjonctive et au sac lacrymal, s'an- 
nonce par cela même comme un nerf de sentiment ; l'autre 
pourrait être considéré, au contraire, comme un nerf moteur, 
attendu qu'il ne se répand pas seulement dans la peau du front 
et de la paupière supérieure, mais qu'il envoie aussi, dit-on, 
de petits tilets aux muscles orbiculaire des paupières . frontal 
et sourcilier. Cependant ces muscles reçoivent aussi des rami- 
fications du nerf facial, elCh. Bell a rendu vraisemblable que 
le nerf frontal est exclusivement sensible, les filets moteurs de 
ces parties provenant du facial. Il tii la section du nerf frontal 
cluv un homme qui était affecte do tic douloureux : celte 
opération fut très^douloureuse. In autre sujet, au contraire, 
avait une paralysie du muscle sourcilier, à la suite de la des- 
truction de la branche supérieiu'e du nerf facial par un ulcère 
développé au devant de l'oreille. Bell a fait connaître tout 
récemment deux ou trois cas de mahuiios du nerf oplithalmi- 
que qui s'accompa^;naient d'une insensibilité complète de l'œil 
et des paupières, sans perte de la vue [^V. 

La seconde branche du nerf trijumeau est entièrement seu- 
sitive , comme la précédente , et elle ne contient absolument 
aucune libre motrice, ce qu'on démontre sans peine. Plusieurs 
de ses tilets annoncent leur caractère sensoriel par cela seul 
qu'ils se répandent dans des parties non musculeuses ; tels 
sont les nerfs dentaires, antérieur et posterieiu", lenerf vidien, 
les nerfs nasaux, les nerfs palatins, et le nerf naso-palatin de 
Scarpa. Ce qui établit que le nerf sous- cutané de la pommette 

(1) Magespie, Jcurital, t. X, p. 9. 



DE3 NERFS CEREBRAUX. 101 

et le sous-orLitaire sont sensibles aussi , c'est qu'ils se distri- 
Lueot de préférence à la peau, et l'oa peut prouver de 
la manière la plus certaiDe que le nerf sousorbitaire, qui 
s'anastomose tant de fois avec le facial , et qui lui-même tra- 
verse plutôt les muscles de la face qu'il ne leur donne des ra- 
mifications, ne contient point de fibres motrices 1;. 

liell coupa , sur des animaux , le nerf sous-orbi taire du côté 
gauche de la face , et le nerf facial du côté droit ; il s'ensuivit 
une insensibilité complète du côté gauche, et une paralysie 
du mouvement de l'autre côté. La section du nerf facial dé- 
termina des convulsions dans les muscles de la face , ce que 
lia produisit pas celle du nerf sous-orbilaire. Bell coupa le 
nerf sous-orbitaire à un Ane , et le nerf facial à un autre Ane : 
ce dernier animal conserva la sensibilité , mais perdit la puis- 
sance musculaire ; l'autre perdit la faculté de sentir et con- 
serva la faculté de contracter ses muscles. L'irritation méca- 
nique du nerf sous-orbitaire, chez ces animaux, déterminait de 
violentes douleurs, mais ne donnait pas lieu à des convulsions. 
L'exactitude de ces expériences a été coastatée par Schœpfs(2) 
et par moi (-3;. Bell a vu un homme qui, à la suite d'une lésion 
du nerf sous-orbitaire, perdit le sentiment dans la lèvre supé- 
rieure, sans pour cela être privé du mouvement (4). Cependant 
il s'est trompé en disant que ce nerf servait au mouvement de 
la lèvre supérieure pour la préhension du fourrage. Il pré- 
tendait avoir observé qu'un Ane auquel le nerf sous-orbitaire 

'^i) C. Beil, Exjjosition du syri. nat. des nerfs, 1825. — SIagesdie , 
Journal, t. H, p. 06. — Eschkicht, De Functirj-niJjUi nervorum faciei et 
olfactus organi, Copenhague, 1825. — . G. Bâ.c&ee, Comment, ad quœstîo- 
nem physioïogicam , L'trechl, 4830.— Discussion dans le sein de l'Acadé- 
mie royale de Médecine sur la distinction des nerfs, moteurs et sensilifs. 
(Bulletin de l'Académie, Paris, 1839, t. 3, pag. 691.; 

(2) ilECKKL's , Archiv., 4827, p. 4Û9. 

(3) Peoei£p's, iVotizen, n'» 647. 

(4) Macesdie, Journal, t. X, p. 8. 



loi I)T:s PROPHlÉlés SiENSlTIVES ET MOTRICES 

avail ô\^ coupé des deux côtés, ne pouvait pliis rien saisir 
avec les lèvres , et qu'il ne ftusait que les appuyer contre le 
sol , afin d'embrasser le fonrra{;e av< c la langue. Lui et 
Schœps ont aussi remarqué qu'après la section d'un nerf facial 
les lèvres n'en conservaient pas moins des deux côtés leur 
mobilité pour la préhension de la nourriture. Mayo, le premier, 
a rectifié cette erreur (1). Il coupa le nerf sous-orbitaire : 
ranimai ne put plus saisir le fourrage avec la lèvre , et il ne 
se servait non plus de cette dernière qu'avec peine pendant la 
mastication , mais il pouvait ouvrir les lèvres , ce que Bell 
avait nié. Mayo crut , avec raison , pouvoir expliquer le phé- 
nomène par la perte du sentiment dans les lèvres , car l'ani- 
mal ne sentait plus le fourrage, quoiqu'il pût encore le saisir. 
Mais ce physiologiste a mis hors de doute que le mouvement 
des lèvres dépend du nerf facial , après la section duquel , 
des deux côtés , il y a paralysie de tous les muscles de la face, 
y compris ceux des lèvres. Quant au mouvement des lèvres , 
des deux côtés, après la section d'un seul nerf facial, Backer 
l'attribue, non sans fondement, à ce que le côté paralysé se 
trouve entraîné d'une manière passive dans les mouvemens dé- 
terminés par la contraction du muscle orbiculaire de la bouche. 
Voici quelles sont mes propres expériences sur le nerf sous- 
orbitaire des Lapins. Avec quelque force qu'on irrite, qu'on ti- 
raille ou qu'on pince ce nerf, jamais on observe le moindre ves- 
tige de convulsion dans les muscles du museau. J'en pratiquai 
la section immédiatement à sa sortie ; cette opération fit pous- 
ser un cri plaintif à l'animal, et donna lieu à déuergiques dé- 
monstrations de douleur. Le boutdu nerf fut mis en rapport avec 
deux plaques métalliques, après que le nerf lui-même eut été 
étendu sur une lame de verre : je n'aperçus aucune trace de 
convulsion dans les muscles du museau mis à découvert : mais 
il en survint lorsque j'armai le nerf d'une des plaques , et les 

(1) Anatom. and physioloy. commentaries , Londres, 1822, p. 407. 



DES NERFS CÉRÉBRAUX. lo3 

muscles de l'autre plaque, parce que, dans ce cas, il s'établis- 
sait, jusqu'aux muscles du museau , un courant galvanique , 
qui déierminait, dans ces derniers, des convulsions, auxquelles 
le nerf ne prenait nulle part, du moins sous le point de vue 
de ses facultés intrinsèques. Je fis ensuite agir sur le bout isolé 
du nerf sous-orbitaire les deux pôles d'une pile de soixante-cinq 
paires de plaques; le contact de certains points du nerf, qui est 
très-large, ne détermina pas de convulsions dans les muscles du 
museau , tandis que celui de certains autres points en produi- 
sit de petites. Ce phénomène , auquel je ne m'attendais pas , 
peut être attribué à deux causes, d'abord à ce que des branches 
du nerf facial s'annexent au nerf sous-orbitaire immédiatement 
après sa sortie du trou, ensuite à ce que , quand on emploie 
une forte pile , le fluide galvanique ne prend pas , comme à 
l'ordinaire , le plus court chemin pour se rendre d'un point à 
un autre , mais se répand de tous les côtés et par tous les con- 
ducteurs. Ainsi , un nerf musculaire contus n'excite plus de 
convulsions quand on le galvanise au dessus du siège de la 
contusion, parce que la force motrice est interrompue ; mais 
le galvanisme traverse le point contus , pour aller agir sur les 
parties inférieures demeurées intactes , lorsqu'on emploie une 
pile très-puissante, de quatre-vingt à cent paires de plaques, 
et qu'on applique les deux pôles au dessus de la contusion. 

Il est donc prouvé, par les expériences de Bell , de Schœps 
et de Mayo , comme aussi par les miennes propres, que toutes 
les ratdifications de la première et de la seconde branches du 
nerf trijumeau, qui partent de la racine ganglionnaire , sont 
sensibles et non motrices. 

La troisième branche , qui se compose de la petite racine et 
d'une partie de la grande , est évidemment motrice et sensi- 
ble, comme les nerfs spinaux le sont après avoir été produits 
par la réunion d'une racine ganglionnaire sensible et d'une 
racine non {{unglionnaire motrice. C'est ce qui ressort de la 
manière dont elle se distribue. 



104 DES PROrRiÉTÉS SENSITIVES ET MOTRICES 

Si maintenant l'on compare ensemble le nerf trijumeau et les 
nerfs spinaux, on voit qu'ils se ressemblent d'une manière bien 
manifeste en ce qui concerne les racines, puisque tous deux en 
ont une sensible, qui est pourvue d'un ganglion, et une se- 
conde motrice, qui est simple. Mais la ressemblance n'existe 
plus à partir du point oii les racines sont réunies. En effet , 
dans les nerfs spinaux , les filets primitifs des racines sensi- 
bles et des racines motrices se réunissent pour produire de 
nouveaux ordres de nerfs , qui contiennent à la fois et des 
libres motrices et des fibres sensibles. Dans le nerf trijumeau, 
au contraire , la' plus grande partie de la portion sensible de- 
meure indépendante , et les deux premières branches ne sont 
que sensibles, tandis que la troisième ressemble aux nerfs spi- 
naux , en ce qu'elle provient de l'union de la portion motrice, 
qui est la plus petite , avec une partie de la portion sensible. 

Les nerfs massétérin , temporaux profonds , buccal , pté- 
rygoidiens et mylo-hyoidien, et ceux du muscle péristaphylin 
interne, péristaphylin externe, et interne du marteau, qui 
naissent de la troisième branche , d'une manière directe ou 
indirecte , sont évidemment moteurs. Mais on reconnaît qu'ils 
contiennent aussi des fibres'sensibles en examinant les filets 
que le massétérin envoie à l'articulation temporo-maxillaire. 
La portion inférieure et postérieure de la troisième branche 
du nerf trijumeau ne renferme, au contraire, que des fibres 
sensibles. Le nerf auriculaire, ou temporal superficiel , n'est 
point un nerf musculaire ; il s'unit au nerf facial, tant avec le 
tronc qu'avec ses branches, et communique en partie à ce nerf 
la sensibilité que lui-même possède indépendamment de sa 
force motrice. Il ne se distribue qu'à des parties sensibles, au 
conduit auditif externe , au pavillon de l'oreille et à la peau 
de la tète. 

Le nerf dentaire inférieur ne fournit pas le mylo-hyoidien ; 
car , ainsi que Bell l'a fait remarquer , ces deux nerfs n'ont 
point de connexion ensemble , et ils ne font, dans une cer- 



DES NERFS CÉRÉBRAUX. lo5 

laine étendue de leur trajet, que marcher l'un 5 côté de Tau- 
ire jusqu'au trou alvéolaire. Mais le tronc du nerf n'est évi- 
demment que sensible , comme on peut en juger d'après les 
nerfs dentaires et d'après le rameau mentonnier. Un cas ob- 
servé par Bell prouve que ce dernier appartient à la classe 
des nerfs de sentiment; il vint à être intéressé dans l'avul- 
sion d'une dent , et la lèvre inférieure demeura ensuite insen- 
sible (1). Il est de toute évidence que le nerf lingual ne pos- 
sède pas la faculté motrice , et qu'il n'est que nerf sensiiif de 
la langue , quoiqu'il se répande aussi dans les parties char- 
nues de cet organe. 

Desmoulins avait déjà fait remarquer que, quand on irrite 
le nerf lingual d'un Chien , l'animal pousse des cris , mais ne 
remue pas la langue , et que celle-ci demeure également im- 
mobile lorsqu'on galvanise le nerf après la mort. J'ai répété 
ces expériences sur des Lapins vivans. Le nerf lingual (préa- 
lablement coupé ) ne provoque rien qui ressemble à des con- 
vulsions quand on irrite son bout périphérique avec une ai- 
guille , ni même lorsqu'on fait agir sur lui les deux pôles 
d'une pile de soixante-cinq paires de plaques. Mais, si on 
applique un pôle sur lui et l'autre sur la langue, des con- 
vulsions surviennent , parce qu'alors le nerf remplit le rôle 
de simple conducteur animal humide, qui transmet le fluide 
galvanique jusqu'aux muscles de l'organe (2). Magendie a 
également remarqué , après la section du nerf lingual , l'in- 
sensibilité de la langue , sans perte du mouvement. Tout ré- 
cemment encore je me suis convaincu que ce nerf sent la dou- 
leur : plus tard , je prouverai qu'il est aussi le nerf du goût. 

De tout ce qui précède, il résulte que le nerf trijumeau est, 
par sa grande racine , le nerf sensitif de toute la partie anté- 
rieure et latérale de la tête (à l'exclusion des fonctions spé- 
ciales de l'odorat , de la vue et de l'ouïe), et par sa petite 

(1) Magendie, Journal^ t. X, p. 8. 
^ (2) Froriep, Notizen, n" 647. 



106 DES PROPRTÉTKS SENSTIVES ET MOTRICES 

racine le nerf moteur de tous les muscles qui servent à la 
mastication. Aussi Mafjendie a-t-il vu la section de son tronc 
abolir tous cps mouvemens et toute espèce de sentiment tac- 
tile dans la léte entière , l'œil , 1« nez , la l;m{Tue , ph(^nomè- 
nes que lui, Bel! et Serres , ont éf^alement observés dans les 
maladies de son tronc ou de ses racines. Après la section de 
ce nerf dans l'iniérienr du crâne , que Mafjendie a prati- 
quée sur des Lapins , et qu'Eschricht a répétée , le senti- 
ment était paralysé dans tout le côté de la tête ; la membrane 
pituitaire et la conjonctive avaient perdu leur sensibilité , et 
les piqûres , non plus que les irritans chimiques , comme l'am- 
moniaque , ne causaient pas de douleurs : l'œil était sec et 
l'iris contracté : la paupière du côté malade ne clifjnotait plus. 
Le lendemain, l'œil sur lequel on n'avait pas agi était enflammé 
par l'effet de l'irritation due à l'ammoniaque ; mais l'œil pa- 
ralysé ne l'était point ; l'insensibilité avait donc prévenu le 
développement de l'inflammation. Dans d'autres expériences , 
la section du nerf trijumeau amena, au bout de plusieurs jours, 
l'inflammation de la conjonctive, une sécrétion de matière pu- 
rulente par les paupières , puis une iriiis et des pseudomem- 
branes dans l'œil , qui finit par tomber en suppuration ; les 
gencives s'altérèrent et se ramollirent, la langue blanchit du 
côté de la lésion , et son épithélium s'épaissit. 

Les sensations tactiles que l'œil éprouve, par exemple, dans 
la conjonctive, doivent être bien distinguées des sensations 
visuelles, de même qu'il ne faut pas confondre avec l'odorat 
les sensations qui se manifestent dans le nez par un sentiment 
de chaleur, de froid, de sécheresse, de chatouillement, de 
prurit et de douleur. La sensation visuelle n'a lieu dans l'œil 
que par le moyen du nerf optique, comme les sensations tac- 
tiles ne s'y accomplissent que par les branches du nerf triju- 
meau; de même, dans le nez, les sensations olfactives appar- 
tiennent au nerf olfactif seul, et les sensations tactiles ;vux 
seuls nerfs nasaux du trijumeau. 



DES NERFS CÉRÉBRAUX. IO7 

B. Nerf glosso-pharyngien. 

p'aprèsles observations que j'ai citées précédemment, par 
rapport à un ganglion produit, au dessus du ganglion pétreux, 
par une partie des filets radiculaires du nerf giosso-pharyn- 
gien, ce nerf appartient à la classe des mixtes. J'ai fait voir 
que ses racines se comportent exactement comme celles du 
trijumeau, puisqu'il y en a une partie qui se renfle pour pro- 
duire le ganglion jugulaire supérieur, tandis que le reste passe 
au devant du ganglion. On peut tirer la même conclusion de 
la manière dont il se distribue. En effet, il fournit des rami- 
fications tant à la partie postérieure de la membrane muqueuse 
de la langue qu'aux muscles du pharynx, notamment au stylo- 
pharyngien. Mayo avait déjà remarqué qu'il possède la force 
motrice, et j'ai observé, sur un Lapin, qu'en le galvanisant, 
même après la mort, il survenait des convulsions au pha- 
rynx (1). 

C. Nerfs vague et accessoire de T faillis. 

Le tronc entier du nerf vague se renfle en un ganglion 
dans l'intérieur du trou déchiré postérieur. Il se comporte 
donc là comme une simple racine sensitive. Mais, comme, 
aussitôt après sa sortie du trou déchiré , il reçoit une partie 
du nerf accessoire de Willis, on est fondé, dans l'état actuel 
de la science, à dire qu'il tient de ce dernier ses fibres motrices 
pour le rameau pharyngien et les nerfs laryngés. Dès avant 
la découverte des propriétés dont jouissent les racines des 
nerfs rachidiens, c'est-à-dire en 1605, Gœrres avait comparé 
les racines du nerf vague et de l'accessoire aux deux racines 
d'un nerf spinal (2). Celte idée a été émise aussi, dans des 

<1) Gomp. M*.YO, dans le Journal de Magerdib, t. III, p. 355. 

(2) Exposition der Physioloyie. Cobleiltz, 1805, p. 328. 



108 DES PROPRIÉTÉS SENSITIVES ET MOTRICES 

temps plus rapprochés de nous, par Arnold et Scarpa, qui ont 
comparé le nerf vague à une racine postérieure et l'acces- 
soire à une racine antérieure, liischofl' l'a développée (1), en 
l'appuyant d'argumens nouveaux et importans. 

Voici quelles sont les circonstances qui parlent en faveur 
de cette hypothèse. Le nerf accessoire de "Willis se partage, 
au dessous du ganglion du nerf vague, en une branche ex- 
terne, destinée aux muscles sterno-cléido-mastoidien et tra- 
pèze, et en une branche interne, qui se confond avec le nerf 
vague. De la réunion des nerfs vague et accessoire naît le 
rameau pharyngien du premier ; mais une partie de l'acces- 
soire descend plus bas , mêlée avec le nerf vague , et Bischolf 
présume que c'est à elle qu'il faut rapporter les fibres motrices 
des nerfs laryngés, notamment'de l'inférieur (2). Le nerf ac- 
cessoire existe encore dans la classe des Oiseaux et dans celle 
des Reptiles. Bojanus l'a décrit chez la Tortue, et Serres chez 
les Oiseaux. Bischoff l'a examiné, chez plusieurs de ces ani- 
maux, avec plus de soin que ne l'avaient fait ses prédécesseurs. 
Chez les Oiseaux , il naît , non entre les racines postérieures 
et antérieures des nerfs rachidiens , mais au dessus des posté- 
rieures , où il tire son origine des cordons postérieurs de la 
moelle épinière , et il s'étend jusqu'au troisième nerf cervical. 
En haut il s'unit au nerf vague, conjointement avec les racines 
duquel il se renfle pour produire le ganglion, de manière qu'ici 
il passe tout entier dans ce nerf, lequel envoie ensuite aux 
muscles du cou une branche qui correspond à la branche ex- 
terne du nerf accessoire de l'homme. Chez les Reptiles aussi, 
il passe tout entier dans'le nerf vague. Aux faits anatomiques 
que Bischoff cite, on pourrait encore ajouter que la plus grande 



(1) Nervi accessorii ff^illisii anatomia et physiologia. '.Heidelberg , 
1832. 

(2) Bendz a suivi des fibres de l'accessoire jusque dans les deux nerfs 
laryngés. 



DES NERFS Cl^RÏCRAtX. 10^ 

partie du nerf va{ïue est manifestement sensitive , et que les 
branches qui se répandent sur l'estomac ne peuvent être que 
sensibles, attendu qu'il est inspossible de provoquer desmou- 
vemens de ce viscère en irritant le tronc du nerf au cou des 
animaux. Parmi les expériences directes que Bischoff allègue en 
faveur de sa manière de voir, il ne s'en trouve qu'une seule de 
laquelle on puisse tirer des conclusions jusqu'à un certain point 
certaines. Il enleva, sur une Chèvre, une partie de l'os occipital, 
et coupa toutes les racinesdunerf accessoire, dans l'intérieur du 
crâne, des deux côtés. Tant que l'opération dura, l'animal poussa 
des hurlemens continuels ; mais Bischoff remarqua qu'après la 
section des racines d'un côté, la voix devenait plus rauque, et 
que la raucité prenait un caractère de plus en plus prononcé, 
à mesure que le nombre des racines coupées du côté opposé 
augmentait. La voix cessa complètement après la section de 
toutes les racines : Hircus omnem vocem amisit et summissum 
quemdam ac raucissimum tantummodo emisit sonum^ qui neu- 
tiqiiam vox appellari potuit. Cette dernière remarque n'est 
point une preuve absolue à l'appui de l'hypothèse. Il fau- 
drait que les expériences fussent répétées pour qu'on pût 
avoir une opinion arrêtée sur une si intéressante question. En 
outre, il faudrait également essayer ici 'la. méthode que j'ai 
employée pour les nerfs rachidiens, et qui consiste à faire agir 
des irritations, tant mécaniques que galvaniques, sur les raci- 
nes, afin de voir si ces irritations, appliquées au nerf acces- 
soire, dans l'intérieur même du crâne, chez un animal récem- 
ment mis à mort, occasioneraient des convulsions du pharynx, 
et si le nerf vague, traité de la même manière, n'en détermine- 
rait pas aussi. J'ai tenté moi-même, une fois, l'expérience de 
celte manière. Pour arriver avec autant de célérité cjue pos- 
sible aux racines, je pris un gros Chien vivant, auquel je com- 
mençai par mettre le pharynx à découvert ; puis je sciai le 
crâne, et je brisai l'arc de la première vertèbre cervicale avec 
des pinces ; ensuite j'écartai le cervelet jusqu'à ce que les 



1 10 DES PROPRIETES 8EN»ITIVES ET MOTRICES 

racines du nerf vague ei de raccessoire devinssent apparentes; 
je les coupai, pour les détacher de la moelle allongée, et j'ir- 
ritai celles du nerf vague, tant par des moyens mécaniques 
qu à Taide d'une simple paire de plaques. D'une manière 
comme de l'autre, il survint des contractions bien manifestes 
dans le pharynx. Cette expérience s'élève lout-à-faii contre la 
théorie, mais elle m'a inspiré à moi-même de la défiance. 
Car, avant d'irriter les racines de nerf vague , il importe d'é- 
loigner avec le plus grand soin toutes celles du nerf acces- 
soire. En la répétant d'après la méihode que j'ai indiquée, on 
saura bientôt à quoi s'en tenir sur l'exactitude ou le non fon- 
dement de l'hypothèse. 

Quelque poids que donnent à cette théorie les précieuses 
observations de Bischoft , il ne faut pas dissimuler certaines 
objections anatomiques qui s'élèvent contre elle. La première 
est que le nerf accessoire naît plus de la partie postérieure que 
de la partie antérieure de la moelle épinière, et qu'il envient 
tout entier chez les Oiseaux et les Reptiles. Cependant ce ne 
serait pas là une objeciionde bien grand poids, puisque ce qui 
est vrai des racines des nerls rachidiens n'est rien moins que dé- 
montré pour les cordons de la moelle , et qu'en outre le nerf 
accessoire est de toute évidence un nerf musculaire. Mais une 
autre objection plus puissante est celle qui résulte des rapports 
fréquens du nerf accessoire avec les racines postérieures des 
nerfs cervicaux. Mayer a vu une fois un petit ganglion situé 
sur un filet de la racine postérieure du second et du Uoisième 
nerl^ cervicaux, et qui s unissait avec le nerf accessoire par un 
petit filet. 11 a vu aussi quelquefois la racine postérieure du 
premier nerf cervical en connexion avec le nerf accessoire (1). 
On doit surtout legarder comme ollVaut beaucoup d'mtérét 
un cas observé par moi, dans lequel le nerf accessoire 
tout seul fournissait la racine postérieure du premier nerf 

(1) Act. ^a^ Cur., vol. XVI, P. 2. 



bBS NERFS CÉRÉBRAUX. ' l 1 1 

cervical , et où , à l'endroit d'où partait celte dernière , on re- 
marquait en elle un petit ganglion (1). Hyril a souvent aussi 
observé un petit ganglion au nert accessoire , lorsqu'il ne re- 
cevait pas la racine postérieure du premier cervical ; toujours 
alors ce renflement était situé à l'entrée de l'artère vertébrale 
dans le crâne. Remak a également rencontré une fois un petit 
ganglion au nerf accessoire , là où ce nerf traverse le trou 
déchiré , et il me Ta fait voir. Ce même anatomiste a vu une 
partie des fibres du nerf vague passer le long de son ganglion 
chez le Lapin. Je ne prétends pas que le nerf accessoire con- 
tienne toujours des élémens sensilifs , et je laisse cette ques- 
tion indécise ; mais je dis que , toutes les fois qu'il arrive à 
l'accessoire d'avoir des connexions intimes avec la racine pos- 
térieure du premier ou de tout autre nerf rachidien , on doit pré- 
sumer un semblable mélange, comme je l'ai démontré anato- 
miquement dans le cas ciié plus haut, et alors l'idée de Monro, 
pour qui 1 union du nerf accessoire avec la racine du premier 
et du second nerfs cervicaux est l'équivalent cl une racine 
postérieure , acquiert de la vraisemblance dans la même pro- 
portion. \uici ce que je pense de ces deux nerfs. Le vague 
correspond en grande partie à la racine postérieure d'un nerf 
rachidien ; on ne peut pas ailirmer qu'il y réponde toujours 
eniièrement, puisqu'une expérience dont j'ai parlé annonce 
que sa racine peut contenir des élémens moteurs , puisque 
aussi, chez quelques animaux, d'assez forts l^isceaux de 
libres de sa racine passent sur le ganglion radiculaire. Il peut 
Ires-bien se faire que les choses soient ici inverses de ce 
qu'elles sont dans le grand hypoglosse , qui n'est qu'en ma- 
jeure partie un nerf moteur. L'accessoire est vraisembla- 
blement presque en entier un nerf moteur, et, sous le point 
de vue analomique , il représente fort bien la racine anté- 
rieure sans ganglion d'un nerf spinal j mais évidemment il lui 

(1) MuuEH, Archiv, 1833, p. 12 ; 1837, p, 279. 



112 DES PROPRIÉTÉS SEN8ITIVES ET MOTRICES 

arrive souvent , et peut-être toujours , de contenir des fibres 
sensilives , soit par lui-même , soit par le fait de son union 
avec les racines postérieures du premier et du second nerfs 
cervicaux (1). 

D. Nerf grand hypoglosse. 

Chez le Bœuf , et quelques autres Mammifères , où ce nerf 
possède la petite racine ganglionneuse postérieure que Mayer 
a découverte , il fait partie de la classe des nerfs mixtes à 
double racine. Chez Thomme, il n'est la plupart du temps que 
moteur, sous le point de vue de ses racines, et c'est seulement 
pendant le cours de sa distribution qu'il reçoit des fibres sen- 
sibles, par anastomose. Mais si l'on considère que les racines 
ordinaires de ce nerf forment une série qui se continue avec 
celle des racines antérieures des nerfs rachidiens, qu'il a une 
racine postérieure chez quelques Mammifères, que la racine 
postérieure du premier nerf cervical venant immédiatement 
après lui manque quelquefois , et qu'alors ce dernier lui res- 
semble par exception, tandis que, par exception aussi, le nerf 
grand hypoglosse du Bœuf présente la disposition ordinaire du 
premier nerf cervical , on ne peut douter que , malgré son 
passage à travers une ouverture du crâne même , le nerf hy- 
poglosse ne doive être considéré en quelque sorte comme un 
premier nerf spinal , plus différent encore des autres nerfs 
rachidiens que ne le sont le premier cervical et les derniers 
spinaux. 

Ce nerf est principalement moteur, comme l'établissent mes 
expériences sur des Lapins, ainsi que celles de Magendie et 
de Mayo. Lorsqu'on le tiraille , qu'on le pince, ou qu'on le 
galvanise avec une simple paire de plaques , des convulsions 
violentes ont lieu dans toute la langue , jusqu'à la pointe. Sa 

(1) Comp. Bebdï, De vonncxu intev vayuîn et accessorium , Copenlia- 
gue, 1837. 



DES NERFS CÉRÉBRAUX. I l 3 

section sur un animal vivant paralysa les mouvemens de la 
langue. Il est donc la cause des mouvemens de la lan{jue qui 
servent à la déglutition et à la parole. Mais sa sphère d'ac- 
tivité n'est pas bornée à cet organe ; il ;est [aussi le nerf des 
grands muscles du larynx. 

Desmoulins , Magendie et Mayo prétendent qu'il possède 
également la sensibilité , parce que les Chiens et les Chats té- 
moignent de la douleur quand on l'irrite. Dans les Chiens, 
l'eflet peut tenir à la peiite racine postérieure dont il est 
pourvu chez ces animaux. Dans les Chats , Mayer n'a pas 
trouvé celte racine postérieure ; ici , sa sensibilité peut dé- 
pendre de fibres sensibles que d'autres nerfs lui envoient 
pendant son trajet , et parmi lesquelles il faut compter ses 
anastomoses tant avec le ganglion qui existe dans le tronc du 
nerf vague, qu'avec le premier nerf cervical. 

II. Nerfs principalement moteurs qui , dans leur trajet , reçoivent 
des fibres sensitives par anastomose avec d'autres nerfs- , ou qui 
renferment des fibres de cette nature dans leur racine non gan- 
glionneuse. 

A. Nerfs musculaires de l'œil } oculo-musculaire , pathétique , 
abducteur . 

Les nerfs musculaires de l'œil jouissent en même temps d'un 
ceriuin degré de sensibilité,, telle que la possèdent les muscles 
en général. Dans d'autres muscles, la sensation peut être attri- 
buée à quelques fibres sensitives des racines postérieures qui 
viennent s'y rendre avec les fibres motrices. La même explica- 
tion ne saurait servir ici. Chacun sait que les mouvemens violens 
des muscles oculaires s'accompagnent d'un sentiment désagréa- 
ble de tension dans ces organes. Cette sensation dépend-elle 
de quelques fibres sensitives contenues dans les racines sim- 
ples , motiices et non ganglionneuses , des muscles de l'œil , 
ou bien les fibres qui la rendent possible ne s'adjoignent- 
elles aux nerfs oculaires que pendant leur trajet ? On a sou- 
I. t) 



1 l4 DES PROPRIÉTÉS SENSITIVES ET MOTRICES 

vent observé, elje lai vu moi-môme, une anastomose du nerf 
palliétique avec le première branche du trijumeau. J'ai vu, 
dans le Veau , un peut tilei de celle première braoclie se ren- 
dre au tronc de l'occulo-musculaire. On est incertain si la 
longue racine sensitive du ganglion opbilialmique , venant du 
nert nasal , envoie toutes ses libres aux neris ciliaires , ou si 
elle en fait aussi parvenir quelques unes à la courte racine et 
par là à l'oculo-musculaiie. Quant au nerf abducteur, on ne 
saurait lui supposer de libres sensitives provenant d autres 
nerl^. Uans un tel étal de choses , nous re&tons indécis par 
rapport a la question de savoir d où ces neris tirent celles de 
leurs libres qui les rendent aptes à être sensibles en même 
temps que moteurs. 

B. Nerf faciaU 

Le nert facial est le nerf moteur proprement dit de tous les 
muscles de la face (^a Texcepiiou des masticateurs) , de l'occi- 
pital, des auriculaires, du stylo-hyoïdien, du peaucier, et du 
ventre postérieur dudigasirique,dout le ventre aniérieur reçoit 
des tileis dunerf mylu-hyoidien, ,-rovenant de la troisième bran- 
che du trijumeau. Dans les Uiseaux,il paraît se distribuer uni- 
quement au muscle siylo-glosse et au muscle cutané du cou. La 
section de ce nerf eniraiue la paralysie de tous les muscles de 
la face ; lauimul n'élevé plus les sourcils ; il ne peut plus fer- 
mer ks paupières; ses muscles auriculaires sont paralysés, son 
museau est pendant et immobile, etc. Ces phénomènes ont été 
constates pui Schoeps, Backer et moi. Backer a remarque qu'a- 
pi es l empoisonnement par la noix >omKiue, la seciioa du nerf 
facial ramenait sur-le-champ le calme dans les muscles de la 
face , tandis que ceux des autres parties du corps continuaient 
d'éprouver des spasmes. Lorsque j'irritais ce nerf avec une 
aiguille, ou que je le serrais avec des pinces , il survenait les 
plus vives convulsions dans les muscles de la face, au museau 
ou aux paupières, suivant les branches snr lesquelles j'agis- 



bES NERFS tiiRÉBRACX. 1 l5 

sais(d)- T.a même chose arrive quand on le {galvanise avec une 
simple paire de plaques. Il est donc le nerf moieur de tous 
les muscles de la face. Plusieurs faits pathologiques observés 
par Bell en donnent la confirmation. Un homme reçut un coup 
de pistolet; la balle pénétra dans l'oreille , et lésa le nerf fa- 
cial à son origine ; le mouvement du côté correspondant de lu 
face fut aboli , mais le sentiment persista. Un autre homme 
fut frappé d'un coup de corne de bœuf à la sortie du nerf 
facial; tout le côté de la face perdit sa mobilité, les paupières 
restèrent ouvertes, le coin de la bouche était déformé, et Toile 
du nez ne s'agitait pas dans les fortes inspirations ; les mus- 
cles de la face de ce coté finirent par s'atrophier, quoique la 
la sensibilité fût maintenue dans les parties paralysées. Le 
même résultat eut lieu après la section du nerf facial lors de 
l'extirpation d'une tumeur située au devant de l'oreille (2). 

Bell croyait que différens muscles de la face, par exemple, 
ceux des lèvres et du museau, pouvaient être paralysés sous le 
rapport des mouvemens de la physionomie, tandis que leurs 
mouvemens masticateurs persistaient , et vice versa, ce 
qu'il attribuait à ce que ces muscles recevaient des branches 
du nerf sous-orbitaire et du facial. Il s'était complètement 
trompé en cela. Le nerf sous-orbitraire ne possède aucune 
puissance motrice, et après la paralysie du facial , les muscles 
sont privés de tout mouvement , à l" exception des mastica- 
teurs, qui ne lui sont point soumis, puisqu'ils dépendent de la 
petite portion motrice du trijumeau. 

Jusqu'ici je n'ai considéré le nerf facial que comme nerf 
moteur. Bell ne le connaissait qu'à ce titre, et "il le croyait en- 
tièrement dépourvu de sensibilité. Mais, en même temps que 
le pouvoir moteur, il possède une très-grande sensibilité. 
Schœps a vu la section de ce nerf ne causer aucune douleur 

(1) Frobieps', ISotizen, n" 648. 

^2) Magendie, tourna/, t. X, j). 7, _j 



1 l6 DES PROPRIÉTÉS SENSITIVE8 ET MOTRICrS 

au Lapin , et en déterminer de très-vives au CIilî. il a dû 
nécessairement se tromper, car j'ai toujours trouvé l'opération 
si douloureure; chez les Lapins, qu'elle les faisait crier beau- 
coup. Ma{ïendie a remarqué aussi qu'elle entraînait plus ou 
moins de douleur. Mayo a observé que le nerf était peu sensi- 
ble chez l'Ane, et qu'il l'était à un haut degré chez le Cheval , 
le Chien et le Chat. Les Chats auxquels Backer et Eschricht 
l'ont coupé témoignaient également de la douleur. Mais c'est 
une tout autre question que celle de savoir si les fibres sensi- 
bles du nerf facial lui appartiennent dès son origine , ou s'il 
les doit à ses nombreuses anastomoses avec le trijumeau, c'est- 
à dire avec le temporal superficiel , le sous-cutané de la pom- 
mette , le sous-orbitaire et le mentonnier. Eschricht l'a résolue 
dans le sens de la seconde hypothèse. Il coupa le nerf triju- 
meau dans le crànc , et le nerf facial continua d'être sen- 
sible après cette opération. Dans une seconde expérience , 
la section du nerf trijumeau gauche fut suivie de l'insensibilité 
du nerf facial correspondant, tandis que celui du côté opposé 
conservait la sienne. Dansunetroisième,Eschrichtcoupalenerf 
trijumeau gauche , et reconnut que la partie antérieure du fa- 
cial gauche était devenue insensible , mais que sa partie pos- 
térieure, au dessous du conduit auditif externe , jouissait en- 
core de la sensibilité. D'où il conclut que la section du nerf 
trijumeau rend le facial insensible dans sa partie antérieure, 
sans abolir la sensibilité dans sa partie postérieure. Une expé- 
rience fort simple, faite par Gaedechens sur le Chien, prouve 
que l'anastomose de plusieurs branches du facial avec des 
branches du sous-orbitraire ne communique pas au premier de 
ces nerfs la sensibilité dans une direction rétrograde En effet, ce 
physiologiste l'a trouvé sensible après la section de celles d'en- 
tre ses branches qui s'anastomosent avec le sous-orbitaire. De 
plus, il coupa, sur un Chien , une branche considérable du nerf 
facial qui s'anastomosait avec le sous-orbitaire ; cette bran- 
che était insensible dans la portion séparée du nerf facial; elle 



DES NERFS CÉRÉBRAUX. 1 l 'J 

ne tirait donc pas sa sensibililé du nerf sous-orbitaire, avec 
lequel elle conservait encore des connexions , mais bien du 
nerf facial lui-même , ou d'anastomoses de celui-ci avec des 
branches du trijumeau situées beaucoup plus en arrière, par 
exemple du temporal superficiel, qui s'unit avec le facial au 
devant et au dessous de l'oreille externe. 

Ce qui ressort certainement des expériences d'Eschricht , 
c'est que le nerf facial ne reçoit pas toutes ses fibres sensitives 
du trijumeau. Quelques anatomistes ont cherché à expliquer le 
fait en disant que deux ordres de fibres lui arrivent à lui-même 
par deux racines différentes,et qu'en conséquence il rentre dans 
la classe des nerfs mixtes. On a considéré dans ce sens la por- 
tion intermédiaire de la racine du nerf facial , et regardé le 
renflement qu'il offre au niveau du hiatus de Fallope comme 
le ganglion d'un nerf sensitif (1). Cependant le renflement que 
le nerf facial présente au niveau de l'hiatus de Fallope existe 
au point d'immersion de branches faisant corps avec le grand 
sympathique, de même qu'il arrive au ganglion sphéno-palatin 
de la seconde branche du trijumeau ; car en cet endroit abou- 
tissent le grand nerf pétreux superficiel, le petit, et le troisième 
dont on doit la découverte à Bidder (2). La seule existence de 
la portion intermédiaire ne prouve point qu'il s'agisse là d'une 
racine sensitive spéciale , puisque l'idée d'une racine sensitive 
entraîne nécessairement celle d'un ganglion ; car si l'on vou- 
lait considérer tout faisceau radiculaire d'un nerf comme une 
racine particulière , on serait obligé d'attribuer plusieurs fonc- 
tions, même beaucoup , au nerf accessoire, deux à l'hypo- 
glosse dans un grand nombre de cas, et trois à l'olfactif. 

D'après cela , nous sommes conduits à admettre , ou que le 
nerf facial est encore, à son origine, absolument simple et 

(1) G^DECHENs, Nervi facialis physiologiaetpathologia ^UeideWyers, 
4832. 

(2) MuuBR, Archiv, 4837, p. xxvi. 



\ 18 DES ï'ROI'RlélÉS SENSmVES ET MOTRICES 

exclus.iv«meiil moteur , ou qu'il reçoit déjà des fibres sensi- 
tives du cerveau, sans avoir de racine serisitive spéciale. Rien 
ne nous oblige d'adopterla seconde hypothèse. Nous pouvons 
même indiquer avec piécision la soui ce d où f)rovient le reste 
de sensibilité dont le nerl' facial jouit encore au dessous du 
conduit audilil externe , même après la section du nerf triju- 
meau. C'est une anastomose qui a lieu , dans le hiatus de Fal- 
lope, entre une branche du nerf vafjue et le tronc du facial, 
et qui existe chez l'homme aussi bien que chez les animaux. 
Cette sin{i[ulière composition du nerf facial , qui explique tout 
parfaitement , a été découverte pour la première fois chez 
l'homme par Comparetii (4). Cuvicr l'a décrite aussi dans le 
Veau. En ellet, le nerf vague fournit , sous un angle aigu , 
une bj^anche assez forte , qui traverse un canal osseux parti- 
culier , envoie un rameau au nerf facial , et se répand ensuite 
dans loieille externe. Ce nerf, que j'ai vu tant chez le Veau 
que chez l'homme, est évidemment la principale cause delà 
sensibilité du facial. 

CHAPITRE III. 

Des propriétés sensitives et motrices du nerf ganglionnaire. 

i" Le lier f ganglionnaire possède la sensibilité. 

Quelques observateurs ont refusé à ce nerf la faculté de 
transmettre les impressions sensitives. Bichat a irrité mécani- 
quement et chimiquement le ganglion cœliaque du Chien , sans 
faire naître de douleurs. Dupuy a extirpé le ganglion cervical 
inférieur, sans que les animaux témoignassent de douleur (2). 
Wutzer n'a pu parvenir non plus à exciter des douleurs en 
irritant les jyanglions lombaires d'un Chien. Les obsorvaiions de 
Magendie et de Lobslein uni eu le même résultat. D'un autre 

(1) De aure interna, Padoiie, 1789, p. 109, 133. 

(2) Bulletin de l^ Académie royale de Médecine^ Paris, 1839, t. III, p. 822. 



DU NERF GARGLIONNAIRE. 1 I9 

côté , Flourens a toujours remarqué des si^^nes plus ou moins 
prononcés de douleur dans ces sortes d'expériences (1). Bra- 
chet, dans les siennes , tantôt a vu des manifestations de dou- 
leur,' et tantôt n'en a pas vu ('2). Mayer a constaté aussi que les 
animaux chez lesquels il incisait le ganglion cervical supérieur 
ou irritait le plexus solaire , donnaient indubitablement à con- 
naître qu'ils souffraient (3). Mes propres observations m'obli- 
genîà partager le sentiment decesderniers expérimentateurs. 
Non seulement j'ai vu plusieurs fois l'irritation mécanique ou 
chimique du ganglion cœliaque déterminer de la douleur chez 
les Lapins, mais encore j'ai remarqué, dans les expériences 
auxquelles je me suis livré, conjointement avec Peipers, sur la 
ligature des nerfs rénaux , que cette opération était fort dou- 
loureuse. D'ailleurs, ce qui prouve, plus péremptoirement 
encore que les expériences, la sensibilité du nerf ganglion- 
naire , ce sont les sensations douloureuses que font éprouver, 
dans les maladies, les viscères pourvus de filets par lui. Je 
partage pleinement l'opinion de E.-H. Weber , quand il dit 
qu'on doit attacher moins de valeur aux expériences qu'à 
l'observation journellement répétée de douleurs ressenties 
dans des parties qu'elles tendraient à nous représenter comme 
insensibles (4). Cependant , les sensations qui ont lieu dans 
les parties auxquelles le nerf ganglionnaire se distribue sont 
incomparablement plus faibles et plus obscures que celles qui 
se manifestent dans tous les autres organes ; car il est rare que 
nous sentions dans l'estomac les alimens , ou très-chauds ou 
très-froids, que nous y introduisons ; des substances qui irritent 
violemment la peau , comme la moutarde , le raifort , etc., ne 
font pas non plus naître de sensations dans ce viscère , et il 

(1) Becherchea expérimentales sur le système nerveux,^. 206. 

(2) Recherches sur les fonctions du syst. nerv. ganglionnaire , p. 307. 

(3) Act. Nat. Car., XVI, P. 11. 

(4) Dans sou édition de l'Anatoraie de Hildebrandt, t. III, p. 335. 



1 20 DES PROPRIÉTÉS SENSITIYES ET MOTRICES 

n'y a que des impressions très-vives qui puissent amener sa 
faculté sensiiive au degré où nous la voyons ailleurs, ce qu'on 
a cru expliquer en adoptant l'hypothèse de Reil , que les gan- 
{TJions sont de la nature des demi-conducteurs, qu'ils arrêtent 
ordinairement la propa{;ation des impressions faibles, et qu'ils 
ne laissent passer que celles qui ont beaucoup d'intensité. 
Quoique celte hypothèse ne puisse être appuyée d'une dé- 
Tîionstration ri{îoureuse, il y a cependant une observation de 
Brachet qui semble parler en sa faveur. Brachet dit avoir 
irrité les ganglions ihoraciques du nerf ganglionnaire; il coupa 
les cartilages costaux du côté droit , assez près du sternum , 
ramena le poumon vers ce dernier os , et aperçut alors les 
ganglions thoraciques sur les côtés de la colonne vertébrale ; 
nul signe de douleur ne fut donné par l'animal lorsqu'il se 
mît à piquer ces ganglions ou le cordon étendu entre eux ; 
mais l'irritation d'un rameau de communication du grand sym- 
pathique avec un nerf spinal, détermina des manifestations bien 
évidentes de douleurs , qui se reproduisirent dans d'autres 
expériences en tout semblables à celle-là. Brachet a reconnu 
aussi que des ganglions qui paraissaient d'abord insensibles, 
devenaient sensibles lorsqu'on les irritait à plusieurs reprises. 

2<* Le nerf ganglionnaire exerce une influence motrice, mais 
involontaire ^ sur les parties auxquelles il se distribue. 

Les expériences que j'ai faites avec Sticker prouvent que la 
conlractilité des muscles dépend de leur conflit avec les nerfs, 
et qu'après la section de ceux-ci , quand la reproduction ne 
s'en effectue pas, elle s'éteint au bout de quelque temps , 
ainsi que l'irritabilité nerveuse. Il suit de là que la contracti- 
lité des muscles non soumis à la volonté doit aussi se trouver 
subordonnée à la domination des nerfs, et qu'elle n'appartient 
pas en propre aux organes musculaires eux-mêmes , comme 
le croyait Haller. Nous possédons d'ailleurs quelques preuves 
directes de l'influence motrice que le nerf ganglionnaire exerce 
sur les muscles. Humboldt a déterminé des mouvemens du 



DU NERF GANGLIONNAIRE. 12 1 

cœur , chez des Mammifères , en galvanisant les nerfs cardia- 
ques. Comme ces expériences ont été faites avec le simple 
stimulant galvanique , elles ont une grande valeur. Burdach a 
vu aussi les hattemens du cœur devenir plus énergiques, chez 
un Lapin qui venait d'être mis à mort , lorsqu'il armait la por- 
tion cervicale du grand sympathique , ou le ganglion cervical 
inférieur. Il a également rendu plus de vitesse aux contractions 
de cet organe en arrosant le nerf avec de la potasse ou de 
l'ammoniaque caustique (1), ce qui toutefois ne m'a pas réussi. 
Wutzer, ayant isolé le second ganglion lombaire, au moyen 
d'une plaque de verre passée dessous, et l'ayant armé avec 
les pôles d'une pile galvanique , vit toutes les parties du bas- 
ventre et même les muscles de la cuisse du même côté être 
pris de tremblement (2). Moi-même, après avoir coupé le nerf 
splanchnique d'un Lapin , isolé la portion périphérique, encore 
unie au canal intestinal , en la plaçant sur une lame de verre, 
et armé cette môme portion avec une pile de soixante-cinq 
couples, j'ai vulesmouvemenspéristaltiquesde l'intestin entier 
devenir plus vifs, et, quand déjà ils avaient cessé, se ranimer. 
Les expériences de Wutzer et les miennes prouvent, à pro- 
prement parler , peu de chose , et sont vicieuses en ce que 
l'action galvanique avait trop de force. En pareil cas , les 
nerfs peuvent ne jouer que le rôle d'un simple conducteur hu- 
mide amenant le fluide galvanique jusqu'à la partie mobile , 
et les choses se passent alors comme si l'on avait galvanisé 
l'intestin lui-même. En effet, dans les expériences de Wutzer, 
ce fut le fluide galvanique, et non le principe nerveux, qui 
passa dans les nerfs de la cuisse, ou dans les plexus lombaire 
et sacré. Une preuve plus concluante de l'influence motrice du 
nerf ganglionnaire est fournie par l'expérience que j'ai faite 

(1) Traité do physiologie; trad. par A.-J.-L. Jourdan, Paris, 4837, 
t. VII, p. 74. 



(2) Loc. cit., p. 127. /î*o^ --i:r--«-^ 

f '^ I » « p p J^ © 



123 DES PROPRIÉIÉS SEN81TIVES ET MOTRICES 

fort souvent , et toujours avec le même résultat , sur le gan- 
glion cœliaque des Lapins. Qu'on ouvre l'abdomen d'un de ces 
animaux, et qu'on attende jusqu'à ce que le mouvement pé- 
ristalti(iue de rintesiia ait cessé; il suflil , pour voir ce mou- 
vtment reparaître avec une vivacité extraordinaire, de tou- 
cher le ganglion cœliaque avec de la potasse caustique. 

Ici se présente la question de savoir si le nerf ganglion- 
naire ne renferme que des fibres d'une seule et même espèce, 
et si ces fibres sont égalemciit propres à la nutrition , au sen- 
timent et au mouvement , c'est-à-dire si elles provoquent des 
actes de sensation en agissant sur le cerveau, et des actes tant 
de nutrition que de mouvement, en exerçant leur activité dans 
la direction de la périphérie. Considérée en elle-même , la 
chose manque de toute vraisemblance ; car, autrement , toute 
augmentation de la sécrétion dans le canal intestinal serait 
accompagnée decelle du mouvement, et tout accroissement du 
mouvement le serait de celui des sécrétions. Donc tout 
porte à croire par avance que le nerf ganglionnaire renferme, 
comme les autres , des fibres sensitives et des fibres motri- 
ces , qu'il en contient même encore d'autres d'une troisième 
sorte , c'est-à-dire des fibres organiques , pour présider aux 
opérations chimiques. On ne peut arriver à une solution ri- 
goureuse de ce problème, qu'en examinant avec soin les con- 
nexions du nerf ganglionnaire avec les nerfs de mouvement 
et de sentiment. 

Il y a long temps que l'on discute si les connexions connues 
entre le nerf ganglionnaire et les troncs des nerfs cérébraux 
et rachidiens doivent être considérées comme des racines ou 
comme des branches anastomuliques du premier. En les exa- 
minant au microscope , on reconnaît que beaucoup de ces 
filets vont des nerfs cérébro-spinaux au nerf ganglion- 
naire , tandis (|ue d'autres sont des élémens de ce dernier qui 
passent dans les nerts cérébro-spinaux. Ainsi, nous verrons 
plus tard que la portion caioiique du ganglion cervical supé- 



DU NERF GANGLIONNAIRE. laS 

rieur n'est pas seulement racine du nerf ganglionnaire ; que 
loin de là même, elle résulte , en grande partie, d'élémens de 
ce nerf qui vont se mêler à des nerfs cérébraux , pour se dis- 
tribuer avec eux à la péjipliérie. La portion des cordons caro- 
tidiens qui s'adjoint à la premlèie et à la seconde branches du 
trijumeau, ainsi qu'au nerf abducteur, fournit à ces nerfs 
des faisceaux gris, qui gagnent la périphérie, et qui ne sont 
nullement des racines. Au contraire , le nerf ganglionnaire 
reçoit d'une partie des nerfs cérébraux , notamment de ceux 
qui sont mixtes, et de tous les nerfs rachidiens, de vraies ra- 
cines , qui partent des filels radiculaires de ces nerfs , et pas- 
sent dans le ganglionnaire pour aller se répandre avec lui à 
la périphérie. Les rapports entre ce dernier nerf et les nerfs 
cérébraux sont fort compliqués , mais ceux avec les nerfs 
spinaux sont simples et faciles à élahlir. En étudiant ces der- 
niers, on arrive aux principes qui doivent guider dans l'étude 
des autres. Ainsi on voit sans peine , sur un animal quelcon- 
que , qu'une partie des racines de chaque nerf rachidien se 
détache pour entrer dans le nerf ganglionnaire. C'est ce qu'on 
nomme le rameau communiquant. Ses fibres, pour la plupart, 
partent du nerf spinal et vont au nerf ganglionnaire. 

Maintenant le nerf ganglionnaire, par ses racines, reçoit-il 
à la fois des fibres motrices et des fibres sensitives de la moelle 
épinière et du cerveau? D'après les recherches faites p:ir 
Scarpa et Wutzer, il tient à chacune des deux racines des 
nerfs rachidiens, de sorte qu'il recevrait et des fibres motrices 
et des fibres sensibles, ce qui doit être , en efl'et , d'après les 
fonctions des viscères sur lesquels sa domination s'exerce. 
A la vérité , la sensibilité n'est pas très-développée dans les 
organes (jue pourvoit le nerf ganglionnaire; mais elle y existe 
d'une manière bien positive ; elle est seulement obscure, et 
l'emplacement ne permet pas qu'elle soit ni bien manifeste ni 
bien circonscrite; cependant elle devient, dans les maladies, 
aussi vive et aussi prononcée que partout ailleurs. D'ail- 



124 I^^S PROPRIÉTÉS SENSITIVES ET MOTRICES 

leurs les viscères auxquels ce nerf distribue ses lilels n'ont que 
des mouvemens qui n'obéissent point aux ordres de la volonté. 
Celte dernière circonstance avait détenninf" Scarpa (1) à refuser 
toute influence motrice au nerf, et à chercher dans les parties 
mêmes qui se meuvent involontairement la cause de leurs 
mouvemens. Il se fondait principalement sur de nouvelles ob- 
servations qu'il avait faites à l'égard de rorij;ine du nerf gan- 
glionnaire, qui , suivant lui , provenait uniquement des raci- 
nes postérieures des nerfs rachidiens. Ce grand anatomiste 
a donné le rare exemple d'un homme parvenu au terme dune 
lonpue carrière , et qui cependant n'affectait pas de jeter un 
regard de dédain sur les progrès de la science, comme le font 
tant d'autres qui n'ont pas même l'excuse de l'âge. Scarpa 
prit, sur les derniers temps de sa vie, une part fort active à la 
révolution survenue dans la physiologie du système nerveux; 
mais sa sagacité ordinaire l'avait abandonné, lorsqu il émit sa 
nouvelle hypothèse sur l'origine du nerf ganglionnaire. Mes 
recherches (2) , et celles de Retzius (3), de Mayer (û), de 
Wutzer (5) ont effectivement établi que l'opinion autrefois 
émise par ce dernier est la seule exacte , et que le nerf gan- 
glionnaire naît en réalité des deux racines des nerfs rachi- 
diens, à travers lesquelles Mayer a même suivi jusqu'à la 
moelle îépinière les libres qui lui appartiennent. Il contient 
donc des fibres motrices et des fibres sensitives. 

L'examen microscopique des filets radiculaires du nerf gan- 
glionnaire provenant des nerfs rachidiens, fait voir qu'ils 
contiennent des fibres tubuleuses semblables à celles qu'on 
aperçoit dans ceux-ci eux-mêmes. A la vérité, ces fibres sont 

(1) De ganyliisnervorum, deque origine et cssentia nerviintercostalis, 
dans les Opuscoli di c/iirurgta, Pavia, 1832, t. III, p. 47. 

(2) Meckel's , Archiv, 1832, p. 85. 

(3) Ihid , p. 260. 

(4) Nova act., XVI, P. II. 

(5) MuLiER, Archii', 1834, p. "305. 



DU NERF GANGriONNAlRE. 1^5 

plus délif'es dans le nerf gan(Tlionnairc, et elles restent telles 
pendant tout leur trajet; mais il n'y a manifestement pas la moin- 
dre différence ni sous le rapport du tube, ni sous celui du conte- 
nu. Par la raison que ces fibres sont plus grêles, la pression et 
l'extension y font naître des varicosités plus facilement que 
sur celles des nerfs spinaux. Mais, à l'état d'intégrité, elles ne 
sont jamais variqueuses. Le nerf ganglionnaire ne difl'èredonc 
pas essentiellement des autres sous ces rapports. Comme dans 
les autres nerfs aussi, les fibres tubuleuses demeurent sépa- 
rées et distinctes dans toute leur étendue = elles ne s'anasto- 
mosent jamais ensemble. La seule particularité que présente 
le nerf ganglionnaire tient à la manière dont il réunit ses filets 
radiculaires , et les abandonne ensuite pour la distribution 
périphérique. Les filets venant des racines parcourent un 
certain espace dans le cordon limitrophe du nerf, et alors 
seulement se séparent de lui. De là résulte l'apparence d'un 
cordon non interrompu depuis le ganglion cervical supérieur 
jusqu'au ganglion coccygien. Je dis l'apparence d'un cordon 
continu ; car aucun fait ne nous autorise à penser que les fibres 
qui viennent du ganglion cervical supérieur se continuent 
jusqu'à l'extrémité du cordon limitrophe. Les fibres qui sont 
entrées les premières dans ce cordon, sont aussi les premières 
à en sortir, puis les suivantes, et ainsi de suite; d'abord les 
nerfs cardiaques, puis les splanchniques, les rénaux, les aor- 
liques, etc. On peut comparer cet état de choses à la manière 
dont se comporte aux côtes le muscle sacro-lombaire , qui 
reçoit des faisceaux à son côté interne et en fournit de l'autre 
côté. Mais celte particularité du nerf ganglionnaire n'a non 
plus que l'apparence de lui être propre : car beaucoup d'au- 
tres nerfs sont exactement dans le même cas; les rachidiens 
forment d'apparentes anses d'anastomose qui ne tardent pas ^ 
à rendre ce qu'elles ont reçu. Il en est de même du rameau 
descendant de l'hypoglosse, auquel contribuent les nerfs spi- 
naux supérieurs. Si les nerfs rachidiens se rapprochent en cela 



1 aG DU SYSTÈME DES FIBRES GRISES OU ORGANIQUES 
du nerf guii{ïUonnaire , il arrive quelquefois que celui-ci ne 
forme pas de cordoo liu»ilroplie conÙQu , c'est à dire que 
les unions entre les cordons radiculaires manquent sur quel- 
ques points , ou sont exli èmement grêles , comme chez les 

Ophidiens. 

Le nerf ganglionnaire, recevant régulièrement des nerfs ra- 
chidiens des faisceaux de libres motrices et de fibres sensiti- 
ves il est probable que la même chose a lieu pour ceux des 
nerfs cérébraux qui ont de l'analogie avec les racliidiens, 
c'est-à-dire naissent par deux racines. En effet, l'hypoglosse, 
le vague et le {;losso-pharyngien donnent des racines au gan- 
glion cervical supérieur, ce qui ne veut pas dire que toutes 
les fibres de ces cordons soient motrices et sensiliveS, car 
elles ne le sont réellement point. Le nerf ganglionnaire reçoit 
donc aussi de tous les nerfs cérébraux des ratines sensitives 
et des racines motrices. Il en est de même du trijumeau , de 
ce grand nerf céphalique si semblable aux nerfs rachidiens : du 
moins le rameau vidien profond est-il en partie racine du nerf 
ganglionnaire , comme je le ferai voir dans le chapitre suivant. 

CHAPITRE IV. 

Du système des Qbres grises ou organiques, et des propriétés de ces 

flbres. 

Les opinions des anciennes écoles physiologiques sur les 
propriétés du nerf ganglionnaire sont peu compatibles avec 
l'état présem de la science. Dire que ce nerf est destiné au 
système organique des viscères, tandis que les nerfs cérébro- 
spinaux fournissent le système de la vie animale , et ajouter 
qu'il a pour destination dunir les nerfs les uns avec les antres 
en un tout harmonique , qu'il est la cause des sympathies , 
c'est émettre des assertions bien peu satisfaisantes. Les im- 
portans travaux de C. Bell sur les racines sensitives et motri- 
ces , tout en nous laissant dans l'obscurité par rapport au nerf 
ganglionnaire , suffisaient cependant pour faire entrevoir que 



ET DES PROPRJÈTÉS DE CES FIBRES. I27 

les opinions reçues à réf^ardclece nerf devaient subir uneré- 
l'orme complète. Mais c'est dans ces derniers temps seulement 
qu'on a acquis la connaissance des faits. Je considère comme 
un des premiers les observations que Retzius a publiées eo 
1827 , sur la marche , parmi les fibres branches du nerf triju- 
meau , de fibres grises , qui , partant de certains {janglions 
vont les unes vers la périphérie , pour gagner les bran- 
ches , et les autres vers le centre, pour aboutir au ganglion de 
Gasser. Retzius lui-même n'a tiré aucune conclusion physio- 
logique de ces faits importans , que personne non plus n'a 
utilisés jusqu'en 1834. Pendant ce temps, parurent iesrecher- 
ches de Marshall Hall et les miennes sur les phénomènes ré- 
flectifs. Quoique ces phénomènes n'eussent guère été exami- 
nés que dans les nerfs cérébro-spinaux , je n'hésitai cepen- 
dant pas à dire , en 1833 , que les sympathies doivent être 
expliquées , non par le nerf ganglionnaire , mais par la ré- 
flexion, et que les nerfs sympathiques n'agissent pas, sous ce 
rapport, autrement que les nerfs cérébro-spinaux, c'est-à- 
dire qu'ils transmettent des irritations sensorielles à la moelle 
épinière , d'où part la réflexion. En 1834 , parut une exposi- 
tion plus précise des principes d'après lesquels on doit consi- 
dérer le nerf ganglionnaire et ses connexions avec d'autres 
nerfs. Cette exposition fut donnée par Van Deen (1) , et 
par moi , dans l'édition précédente de ma Physiologie. 
Van Deen s'éleva aussi contre la théorie qui explique les 
sympathies par le nerf ganglionnaire ; il chercha à établir que 
les connexions de ce dernier avec les nerfs cérébro-spinaux 
ont pour but de communiquer à ceux-ci une influence orga- 
nique , en outre de leurs propriétés sensitives et motrices , à 
celui-là linfluence motrice et même la faculté de sentir en 
certaines circonstances. Les faits observés par Retzius ne lui 



(4) Diss. de differentia et nexu inter nerves vitœ animalis et organi' 
«ce, Lejde, 1834. 



128 DU SYSTÈME DES FIBRES GRISES OU ORGANIQUES 

étaient pas conous II ne s'explique pas non plus sur la ma- 
nière dont le nerf gan{ïlionnaire se comporte dans ces con- 
nexions, et laisse indécise la question de savoir s'il ne fait qu'en- 
trer, par ses ganglions, en rapport plus intime avec les nerfs 
cérébro-spinaux, ou s'il se continue isolé dans ces derniers. 
M'appuyanl sur les observations de Retzius , et sur celles que 
j'avais faites moi-même , relativement à l'existence , dans les 
nerfs cérébraux , de fibres organisques grises dirigées vers 
la périphérie ; prenant aussi en considération le fait de l'iso- 
lement continuel des fibres primitives dans les nerfs, l'origine 
du nerf ganglionnaire, qui naît des racines motrices et sen- 
sorielles des nerfs spinaux, enfin , les phénomènes de la ré- 
flexion , je déclarai d'une manière formelle , non seulement 
que les idées reçues par rapport au but de ces connexions 
étaient inexactes , mais encore que le nerf ganglionnaire a 
une composition analogue à celle des nerfs cérébro-spinaux. 
J'établis qu'il contient des fibres motrices , sensorielles et or- 
ganiques, parmi lesquelles ces dernières seules sont destinées 
aux actes nutritifs, et se rapportent d'une manière spéciale 
aux ganglions. Je fis voir que les nerfs cérébro-spinaux sont 
également composés de fibres motrices , sensorielles et orga- 
niques, dont chacune marche isolément à sa destination , sans 
se confondre avec les autres. Je montrai que le nerf gan- 
glionnaire se distingue uniquement par le nombre plus consi- 
dérable de ses fibres organiques , auxquelles il est redevable 
de sa couleur grise; tandis que, dans les nerfs cérébro-spi- 
naux, ces mêmes fibres apparaissent assez rarement sous la 
forme de faisceaux gris, plongés au milieu de la masse princi- 
pale des faisceaux blancs. Je fis remarquer néanmoins que le 
nerf ganglionnaire n'est point partout du même gris , qu'il a 
une teinte un peu blanchâtre encore dans le cordon limitro- 
phe , et que les branches des ganglions abdominaux desli^ 
nées aux viscères de la vie végétative sont surtout celles qui 
offrent une couleur grise. 



ET DES PROPRIÉTÉS DE CES FIP.RES. 120 

Mais en voilà bien asse>: sur l'histoire du sujet que je vais 
examiner. Les travaux de Remak permettent aujourd'hui d'é- 
tablir des résultats beaucoup plus certains. 

1. Fibres grises ou organiques dans les nerfs cérébro-rachidîens. 

On est entraîné involontairement à admettre l'hypothèse 
dont je viens de parler, lorsqu'on connaît les observations re- 
marquables de Retzius (1) sur les fibres grises contenues dans le 
nerf trijumeau du cheval , notamment dans la seconde bran- 
che du ganglion sphéno-palatin, fibres qui se laissent aper- 
cevoir très-distinctement , qui forment de petits ganglions 
dans l'intérieur du tronc nerveux , et que l'on parvient à 
suivre tant sur le trajet inférieur de cette seconde bran- 
che, jusque dans les nerfs nasaux et la membrane pitui- 
tane, que sur son trajet supérieur, jusque dans l'orbite et le 
ganglion ophthalmique. J'ai cherché ces nerfs ganglionneux de 
lieizms dans le Bœuf, où ils sont faciles à trouver, formant, 
sur le côté interne de la seconde branche, plusieurs petits 
ganglions qui communiquent avec le ganglion sphéno-palatin 
et le nerf vidien, et appartiennent aux nerfs qui vont gagner 
le nez et le palais. Chez le Bœuf, le rameau profond du nerf 
vidien, outre qu'il donne des filets au ganglion sphéno-palatin, 
en envoie beaucoup aux nerfs nasaux et palatins ; là on peut 
aisément se convaincre qu'il ne naît pas du trijumeau, mais du 
giand sympathique, et que ses fibres périphériques vont se 
joter dans les ramifications de la seconde branche. On voit 
facilement encore, chez le Bœuf, que la première branche du 
trijumeau reçoit également des fibres organiques , et que 
celles-ci proviennent de la portion du nerf sympathique qui 
s'unit avec le nerf oculaire externe. On découvre aussi, au 
commencement de la première branche du trijumeau, de petits 
ganglions appartenant au plexus qui s'est distribué à l'abduc- 

{i) his, 1S27, p. y97. 

I. ^ 



l.)0 DU SYSTÈME DES FIBRES GRISES OU ORGANIQUES 

leur cl à l;i pictJiière Lran<'lifi, Des libres crises vont ga{jner 
d'avant en arrière le (janfjliou lie Gasser. Varrenlrapp (1) a 
vu éj^alement, chez l'homme, de petits filets aller du plexus 
caverneux à la première branche du trijumeau. En ouire, j'ai 
reconnu, chez le Veau, que, môme déjà dans le crâne, le nerf 
ganglionnaire envoie un faisceau assez gros de fibres orga- 
niques à la seconde branche du trijumeau, faisceau qui passe 
au dessous du ganglion de Gasser. Le rameau buccinateur de 
la troisième branche, chez le Bœuf, reçoit, du ganglion oti- 
que, un faisceau entier de ces mêmes fibres grises qui , dans 
sa distribution périphérique , s'étend bien au-delà des nerfs. 
Les nerfs ciliaires du ganglion ophthalmique offrent aussi un 
exemple d'association de fibres sensilives du nerf trijumeau 
(longue racine venant du nerf nasal), de fibres motrices (courte 
racine venant du nerf oculo -musculaire), et de fibres orga- 
niques du nerf ganglionnaire. C'est encore dans un pareil 
but de mélange que le nerf grand sympathique paraît s'unir 
an glosso-pharyngion dans le ganglion pétreux , et au facial 
dans Tinfumescence de ce dernier. A partir de son genou et 
de son renflement, le facial devient plus gros par l'effet de 
petits faisceaux qu'il reçoit des nerfs pétreux superficiels, et 
cet accroissement de volume demeure assez prononcé sur une 
partie du tronc du nerf facial. Gillay (2) a fait connaître plu- 
sieurs cas dans lesquels il avait pu voir les fibres or^janiques 
se rendre aux organes, côte à côte avec les nerfs cérébraux 
et spinaux, mais séparées d'eux. Il a remarqué, chez divers 
Poissons, que de la portion céphaliquc du grand sympathique 
qui naît du trijumeau, hors du crâne, et se porte en arrière, 
au dessous du glosso-pharyngien et du vague, partent des 
filets, faciles à distinguer, qui vont rejoindre le nerf glosso- 
pharyngicu, avec lequel ils se rendent à la première branchie; 

(1) Oiî. anat, de parte cephalica nerv. sympathicî , Francfort, 1831. 

(2) Dencrvo sympathico diss.,LeyAe, 1834, 



ET DES PnOPRlETES DE CES FIBRES. l3l 

il a reconnu égalemenl un filet particulier qui pénètre, avec le 
nerf vague, dans les branchies, où il s'est assuré que ces ra- 
muscules nerveux ne font qu'accompagner ceux des nerfs 
cérébraux, dont ils sont séparés, et à côté seulement des- 
quels ils se trouvent. Tous ces faits lui ont été offerts bien ma- 
nifestement pat des Poissons des genres Acanthums^ Platyce- 
phalus et ffolocentriis, moins distinctement par le Pleuronectes 
Platcssa. On doit bien se garder de confondre les branches 
en question avec celles du nerf ganglionnaire qui s'unissent 
au nerf glosso-pharyngien et au ganglion du nerf vague, en 
quelque sorte comme racines du grand sympathique. 

Giltay a également observé, dans certains cas, une manière 
analogue de se comporter à l'égard des nerfs rachidiens. Il a 
vu, chez le Bufo aspcr ^ les nerfs ganglionnaires envoyer dans 
les muscles (?) , au milieu du corps de la seconde vertèbre et 
au dessous de la plaque appendiculaire de l'épaule, une 
brandie qui se partageait en deux rameaux , dont l'un rétro- 
gradait vers la vertèbre, le long du nerf spinal (premier dor- 
sal ) , et se comportait par conséquent comme une racine , 
tandis que l'autre continuait de marcher avec ce même nerf , 
pour se distribuer dans l'extrémité antérieure. Le Calotes 
gutturosa lui a offert une branche du nerf ganglionnaire qui se 
répandait dans les membres antérieurs avec l'artère sous- 
clavière et les nerfs de ces appendices. Dans Vlguanadelica- 
tissima^ une branche du grand sympathique accompagne les 
premiers nerfs des pattes de devant. 

De tous ces faits je conclus qu'il faut distinguer, dans les 
nerfs cérébro-spinaux , trois ordres de fibres, des motrices 
et des sensorielles , toutes deux blanches , qui viennent des 
racines de ces nerfs, et des grises, organiques, qui tirent 
leur source des ganglions du grand sympathique. 

Les observations microscopiques de Remak nous ont appris 
à connaître la manière particulière dont se comportent les 
fibres nerveuses grises. Elles sont tout-à-fait différentes des 



l'2 DU SYSTÈME DES FIBRES GRISES OU ORGANIQUES 

fibres tubuleuses , c'est-à-dire des fibres sensitives et motri- 
ces. D'ubord, elles sont beaucoup plus déliées; puis, on n'y 
peut établir de dilVérence entre tube et conlenu; ensuite, elles 
sont si pâles et transparentes qu'on n'en aperçoit les limites qu'à 
l'aide d'une forte ombre ; enfin, elles sont latéralement parse- 
mées de petits corpuscules arrondis ou ovales , ce qui constitue 
leur caractère spécial. Remak a trouvé ces fibres en beaucoup 
d'endroits dans les faisceaux gris du grand sympathique. Il 
en a remarqué plus rarement dans un grand nombre de nerfs 
cérébro-spinaux. Pour réussir dans ces sortes d'observations, 
il faut recourir à de forts grossissemeos et à une forte ombre. 
En outre , pour constater l'existence de ce système fibreux 
particulier , il est nécessaire de l'étudier d'abord dans un nerf 
entièrement gris. Là elles sont seules , ou du moins ne sont 
mêlées que d'un très-petit nombre de fibres tubuleuses. Je 
me suis convaincu de l'exactitude de l'observation sur la por- 
tion cardtique du nerf ganglionnaire , qui est totalement 
grise. On cherche, dans le Yeau, le gros nerf gris qui se rend 
au nerf abducteur et à la première branche du trijumeau. 11 
est situé immédiatement au dessous du nerf abducteur , dans 
le réseau admirable, près du côté interne du ganglion de Gas- 
ser. Là il se porte de bas en haut, et s'accolle, par un fort 
faisceau, à la première branche du trijumeau, au moment 
où celle-ci sort du ganglion de Gasser; il envoie un petit fai- 
sceau , qui suit le nerf abducteur ; un autre , plus gros , se 
jette dans la seconde branche du trijumeau. Le tronc gris d'où 
proviennent ces gros faisceaux a près d'une ligne de diamè- 
tre. Comme il est entièrement formé de masse nerveuse grise, 
nul auli e ne convient mieux que lui pour présenter au mi- 
croscope le type des fibres organiques grises. Ce type est 
exactement tel que je l'ai décrit plus haut. Je n'ai trouvé 
presque que des fibres organiques dans le nerf en question.- 
Cependant on y aperçoit aussi quelques fibres tubuleuses, mais 
extrêmement rares. Parfois il arrive qu'une de ces fibres mar- 



ET DES PROPRIETES DE CES NEP.FS. l53 

che à la surface d'un faisceau entier de fibres or^janiques , et 
alors il devient bien plus facile d'apprécier la difl'érence. 

Ces fibres organiques sont celles dont se composent tous les 
faisceaux gris , précédemment décrits , qui se répandent vers 
lapériphérie, en suivantla première brancliedu nerf trijumeau, 
la seconde, et le nerf abducteur. On les trouve éjjalement dans 
les faisceaux gris qui passent du ganglion otique ou plexus 
gangliiforme de Santorini à la troisième branche , en parti- 
culier au nerf buccinateur. Les autres points du système 
cérébro-spinal ne fournissent pas une aussi belle occasion 
de s'exercer à l'observation des fibres organiques , et il faut 
une grande habitude pour les reconnaître là où elles ne se 
présentent qu'en petite quantité, au milieu d'une grande masse 
de fibres tubuleuses. Eemak a découvert des petits faisceaux, 
de ces fibres épars dans la plupart des nerfs cérébro-spinaux 
qu'il a examinés. Il les a retrouvées à l'union du cordon li- 
mitrophe du nerf ganglionnaire avec les nerfs rachidiens , par 
le moyen du rameau communiquant. Elles parlent du ganglion , 
et se portent au nerf intercostal , tandis que la plus grande 
partie du rameau communiquant est composée de fibres tubu- 
leuses allant des racines du nerf spinal au nerf ganglion- 
naire. Il y a par conséquent échange mutuel. 

Tous les nerfs qui unissent le grand sympathique à un nerf 
cérébro-spinal fournissent , pour distinguer au microscope 
les fibres sensitives et motrices des fibres organiques , un 
excellent moyen , également applicable aux deux systèmes. 
On constate là avec certitude que bien des filets qu'on croyait 
être purement sympathiques, sont en partie cérébro-spinaux. 

De même que les fibres qui passent du 'ganglion otique du 
Veau au nerf buccinateur sont grises , de même aussi les nerfs 
qui partent de ce ganglion en arrière, le nerf du muscle interne 
du marteau et le petit pétreux superficiel, sont plus blanchâ- 
tres que gris, et le premier est même tout blanc. Schlemm a 
déjà fait voir que le nerf du muscle interne du marteau naît 



K)'! DU SYSTÈME DES FIBRES GRISES OU ORGANIQUES 

de la troisième branche du trijumeau, c'est-à-dire du rameau 
piérv{;oidien , et j'avais établi , comme chose probable , qu'il 
reçoit des fibres du {jaiigiion. Les observations microscopi- 
ques faites par moi sur le Veau ne laissent pas de doute à cet 
égard. La masse presque entière de ce nerf blanc consiste en 
libres tnbuleuses, parmi lesquelles j'ai eu de la peine à disiin- 
jjuer quelques fibres organiques. Le petit nerf pélreux super- 
liciel était composé d'un gros faisceau blanc et d'un faisceau 
gris, facile à distinguer de l'autre, qui, parvenu dans la caisse 
dutympaii, formait un très-petit ganglion olivaire, du{;enrede 
ceux qu'on rencontre lorsqu'on examine des nerfs organiques 
au microscope. Le filet gris marchait ensuite plus loin , avec 
le blanc. La portion blanche du petit nerf pétreux superficiel 
était conjjjosée en grande partie de fibres tnbuleuses; la por- 
tion grise rétait en totalité de fibres organiques. 

Le grand nerf pétreux superficiel, entre le ganglion sphéno- 
palatin et le facial , contient beaucoup de fibres tubuleuses , 
avec quelques fibres organi(iues grises. Les fibres grises 
allant des nerfs pélreux au facial , forment, au genou de ce 
dernier , un petit ganglion d'où émanent des fibres grises qui 
se portent sur les points périphériques du nerf facial. On sait 
que le nerf acoustique reçoit un filet de cette portion du 
facial. 

L'anastomose de Jacobson , dans la caisse du tympan , 
examinée au microscope chez l'homme , contient des fibres 
tubuleuses et un très-grand nombre de fibres organiques. 

Le rameau pétreux profond est eniièiement gris , et se 
compose en grande partie de fibres grises proprement dites. 
Celles ci prédominent dans toute la partie carotidienne du 
nerf ganglionnaire , où l'on trouve cependant aussi quelques 
fibres tubuleuses. 



ET DES PROPRIÉTÉS DE CES NERFS. l5$ 

II. Fibres grises ou organiques dans le nerf ganglscnnaîre. 

Dans la première édition ; de cet ouvrnf^^e , tout en don- 
nant comme probable que le nerf ganglionnaire renferme 
aussi des fibres appartenant à deux systèmes diiïérens, je n'a- 
vais pu le démontrer. Je m'étais contenté de faire remarquer 
que le cordon limitrophe du grand sympathique est encore un 
peu blanchâtre , et que , dans tous les cas, il n'est point aussi 
gris que les filets gris des ganglions abdominaux. Il m'avait 
paru vraisemblable , en outre , que les ganglions appartien- 
nent plus spécialement à la portion organique du grand sym- 
pathique. En examinant le nerf ganglionnaire sur beaucoup 
de points, Remak est parvenu à distinguer , même à l'exté- 
rieur, des faisceaux gris et des faisceaux blancs ; le micros- 
cope lui fit ensuite constamment apercevoir des fibres tubu- 
leuses dans les uns, et dans les autres les fibres qu'il a 
reconnu être particulièrement organiques. De longues recher- 
ches, poursuivies avec persévérance, l'ont porté également à 
regarder comme très- vraisemblable que les fibres organiques 
naissent des globules ganjjlionnaires et de leurs queues , ce 
qu'il donne pour un fait observé par lui , attendu que fort 
souvent les filets provenant des ganglions lui ont apparu par- 
semés des granulations qui sont propres aux fibres organiques. 
Les fibres tubuleuses du nerf gangUonnaire n'ont pas de con- 
nexions intimes avec les globules des ganglions, entre les- 
quels elles ne font que passer. Ces sortes de fibres ne peuvent 
point éprouver de multiplication dans les ganghons , et elles 
se comportent dans tout le système ganglionnaire de la même 
manière que dans les nerfs cérébro-rachidiens. Au contraire , 
les fibres organiques peuvent se multiplier dans les masses 
centrales des ganglions, lorsqu'elles naissent des queues des 
globules de ces derniers. Kn effet, la masse grise au,:;mente 
vers la périphérie, dans le système ganglionnaire, tand.'S que 
le cordon limitrophe a encore une teinte blanchâtre. Les gatt- 



j5G nu SYSTÈME DES riBRES GRISES OU ORGANIQUES 
(plions doivent; donc être réellement considérés comme des 
offjanes centraux , comme des ccrvenux , par rapport au sys- 
tème des fibres or{janiques , au lieu que la portion sensilivo- 
motrice du nerf ganglionnaire naît du cerveau et de la moelle 
épinière. Il part aussi de ces renflomens les faisceaux organi- 
ques destinés aux nerfs cérébro-racliidiens; ainsi le ganglion 
cervical supérieur est le point d'irradiation de faisceaux orga- 
niques qui vont s'étaler sur les nerfs cérébraux, oii ils for- 
ment même , de distance en distance , des ganglions secon- 
daires. 

Au reste , les observations de Remak rendent probable que 
les fibres organiques, quoique ne naissant pas au cerveau et 
à la moelle épinière , communiquent cependant avec ces or- 
ganes par les racines du cordon limitrophe , afin d'éprouver 
leur influence. Car cet anatomiste est parvenu plusieurs fois à 
voir, tant dans les racines des nerfs spinaux en général , que 
dans le rameau communiquant de ces nerfs avec les ganglions 
du cordon limitrophe , des fibres organiques associées aux 
fibres tubuleuses. On ne connaît pas bien encore la relation qui 
existe entre les ganglions des racines postérieures et le sys- 
tème des fibres organiques. Si l'on en juge d'après l'analogie 
de structure avec les autres ganglions, on peut présumer 
qu'ils servent aussi d'origine à des fibres organiques. Ce- 
pendant celte circonstance n'explique pas pourquoi on les 
trouve si régulièrement aux racines postérieures. Si les gan- 
glions exerçaient une influence isolante sur les fibres qui les 
traversent, comme on l'a souvent présumé, les ganglions des 
racines postérieures pourraient avoir pour objet de diminuer 
la violence de l'impression des sensations sur la moelle épi- 
nière , et d'empêcher ainsi que celle-ci donnât lieu à des 
mouvemens réflectifs, qvii ne surviennent que cjuand la sen- 
sation a un certain degré d'intensité. Ceci d'ailleurs s'accor- 
derait avec l'obscurité des sensations dans le nerf grand sym- 
pathique, où les ganglions sont plus multipliés. Mais toute 



ET DES PROPRIÉTÉS DE CES FIBRES. l'5'J 

cette théorie repose sur une hypothèse dont on ne peut four- 
nir la preuve. i 

III. ECFets du système des fibres organiques. 

Sous le rapport des effets et des forces appartenant aux 
fibres organiques grises , on peut élever deux opinions, que 
nous allons examiner. Ou ces hbres elles globules ganglion- 
naires déterminent les mouvemens involontaires, ou ils prési- 
dent à la nutrition , à la sécrétion , et en général aux opéra- 
tions chimiques de la vie. 

On peut alléguer en faveur de la première opinion, que , 
d'après mes expériences , le ganglion cœliaque exerce évi- 
demment derinlluence sur le mouvement de l'intestin, puis- 
que, quand on le touche avec de la poiasse caustique, le 
mouvement péristaltique acquiert sur-le-champ plus de force 
et de vitesse. Cependant j'ai obtenu les mêmes effets en gal- 
vanisant le nerf splanchnique avant son entrée dans le gan- 
glion. Mais alors il est bien possible que les ganglions aient de 
l'influence sur les fibres motrices qui les traversent , tandis 
que les globules ganglionnaires sont en rapport plus intime 
avec une autre classe de fibres , les organiques. Or , ce qui 
rend déjà probable un rapport intime entre les ganglions et 
les fibres grises, c'est que les faisceaux totalement gris sont 
ceux sur lesquels on observe de préférence de petits gan- 
glions, tels que ceux qu'il est si ordinaire de rencontrer sur 
les faisceaux gris qui se rendent à la première et à la se- 
conde branche du trijumeau chez le Veau. L'action des glo- 
bules ganglionnaires et des fibres organiques est donc très- 
problement homologue. L'existence de fibres particulières 
deslinéesaux actes de la nutrition, et différentes des fibres sen- 
sorielles et motrices des viscères , est déjà rendue vraisem- 
blable à priori par l'existence de ces dernières. Les nerfs ont 
la plus grande influence sur les sécrétions : or, si des nerfs 
de même espèce étaient assignés aux mouvemens et aux 



l38 DU SYSTÈME DES FIBRES GRISES OU ORGANIQUES 

opérations nutritives , une sécrétion au(jnienlée par l'action 
des nerfs devrait toujours s'accompajjner de spasnne , 
comme le spasme devrait toujours coïncider aussi avec une 
abondance plus grande de sécrétion. Mais les deux phéno- 
mènes sont souvent isolés, à tel point qu'il y a des paralysies 
du seniiment sans paralysie du mouvement, et vice versa. Si 
l'on réfléchit, en outre, que les fibres grises se communiquent 
fréquemment aux nerl^ trijumeau, abducteur et facial, qu'au 
premier de ces trois nerfs on peut les suivre très-distinc- 
tement, daiis la direction périphérique, vers la membrane 
muqueuse de la bouche et du nez , que la caisse du tympan 
possède un plexus en grande partie organique pour sa mem- 
brane muqueuse, qu'il n'y a point de mouvemens involontai«î 
resdans les membranes muqueuses, enfin que les faisceaux 
mêlés à la seconde branche du trijumeau et à l'abducteur ne 
servent pointa des mouvemens volontaires, on se voit forcé 
de reconnaître un plus haut degré de vraisemblance à la se- 
conde opinion , celle que les fibres organiques qu'on rencon- 
tre dans les nerfs cérébro-rachidiens et dans le nerf gan- 
glionnaire servent à dominer les actes organiques de la 
nutrition et de la sécrétion. Cette hypothèse peut d'ailleurs 
alléguer en sa faveur que les racines motrices des nerfs ra- 
chidiens eux-mêmes fournissent déjà , au nerf grand sympa- 
tique , des filets moteurs de l'espèce lubuleuse , desquels 
doivent dépendre les mouvemens involontaires. Si ce fait est 
exact , les fibres motrices du cœur doivent être principale- 
ment tubuleuses , et ne pas offrir les caractères qui , suivant 
Remak , appartiennent aux fibres organiques. Or c'est en eflet 
ce qui a lieu. Qu'on examine les nerfs cardiaques du Veau , 
et l'on y apercevra une grande quantité de fibres tubuleuses, 
qui ne diffèrent de celles des muscles soumis à la volonté que 
par un diamètre moindre. Si, de plus, on compare ces nerfs 
aux nerfs splanchniques, d'où dépendent les viscères doués 
d'une action sécréîoire , on est frappé de voir la formation 



ET DES PROPRIÉTÉS DE CES FIBRES. I 3c) 

gaiifïlionnaire prédominer autant dans ces derniers. Les nerfs 
cardiaques ne forment pas de {;an[jlions centraux, tandis que 
les splanchniques produisent, par leur renflement, le grand 
ganglion cœliaque. La différence n'est pas moins saillante 
entre le cœur et les parties génitales, qui dépendent du plexus 
hypogastrique (1). 

Une autre circonstance encore se concilie très-bien avec 
cette hypothèse, c'est que les nerfs néphrétiques, qui accom- 
pagnent les vaisseaux rénaux , se composent presque en to- 
talité de fibres organiques. La teinte grise appartient aussi 
aux nerfs organiques, décrits par moi (2), qui pénètrent dans 
l'intérieur des corps caverneux , à leur racine , et qui sont 
destinés à l'érection. 

Dans certains cas, les fibres organiques paraissent n'être 
qu'entremêlées avec les nerfs cérébro-rachidiens. Celte par- 
ticularité ferait comprendre pourquoi les Cycloslomes , les 
Lamproies aussi biea que les Myxinoïdes, n'ont pas de nerf 
ganglionnaire proprement dit. En revanche, le ne"f intestinal 
desMyxinoides, formé par les deux vajjues, s'étend depuis 
l'insertion du mésentère jusqu'à l'anus. Il faut encore ranger 
ici l'absence de nerfs organiques spéciaux dans la glande 
mammaire de l'homme , où j'en ai vainement cherché ; les 
nerfs de la substance glandulaire de la mamelle ne viennent 
que du troisième et du quatrième intercostaux (3), 



(1) Quelques observations récentes de Remnk tendent à élablir, comme 
une chose probable, que les ganglions prennent part aux mouvemens in- 
volontaires. Enelfet, cet observateur a trouvé, chez le Veau, un grand 
nombre de petits ganglions microscopiques sur les branches des neifs car- 
diaques qui marchent à la surface du cœur. Peut-être serait-il possible de 
réunir les deux hypothèses. 

(2) f^oy. mon Mémoire sur les nerfs organiques des organes génitaux 
èrecteurs du sexe masculin , dans les Ahhandl der Ak, der JVissenschaf- 
ten zu Berlin, 1835. 

(3) MuwBa, 4rchiv„ 1837, p. XXVH. 



l/jO DU SYSTÈME NERVEUX 

CHAPITRE V. 

Du système nerveux des animaux sans vertèbres. 

La découverte des différences qui existent entre les raci- 
nes motrices et les racines sensilives des nerfs rachidiens et 
des nerfs cérébraux a fait naître aussi des idées lumineuses 
sur la composition du système nerveux chez les animaux sans 
vertèbres. Quoique Treviranus et mes recherches sur les 
Scorpions eussent appris que, chez ces Arachnides , le sys- 
tème nerveux présente un troisième cordon, j'étais fort éloi- 
gné cependant d'entrevoir l'importance du fait. Grant et New- 
port ont porté la lumière de leurs idées physiologiques dans 
cette partie de l'anatomie comparée. Gront a considéré comme 
moteur le cordon supérieur du système nerveux des Arach- 
nides, qui ne prend aucune part à la formation ganglionnaire; 
comme sensitifs lescordonsinférieursou chargés de ganglions; 
comme sensoriels les nerfs naissant des cordons inférieurs; 
comme moteurs ceux qui proviennent du cordon supérieur, 
et il a étendu ces vues à tous les animaux articulés (1). 
Newport a également publié un travail d'une haute impor- 
tance sur ce sujet (2). Le cordon ventral des Insectes et des 
Crustacés se compose d'une paire antérieure et d'une paire 
postérieure de cordons. La paire supérieure ne prend aucune 
part aux ganglions du cordon ventral , qui appartiennent à 
la paire inférieure seule. D'après l'analogie , les cordons dé- 
nués de ganglions sont moteurs, et les autres sensitifs : mais 
leur situation respective est inverse de ce qui a lieu chez les 
animaux vertébrés, où les racines ganglionnaires, c'est-à-dire 
sensilives, occupent la région postérieure. Treviranus et E.-H. 
Weber avaient émis la conjecture que les ganglions du cordon 
ventral des Articulés correspondent à ceux des nerfs rachi- 

(4) r/icia/icef, 4834, juillet. 
(2) Philos. 7Va«j.,4834, P. U, 



DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES. l4l 

diens , à ceux des racines sensitives. Les nerfs mixtes de ce 
cordon naissent , d'après les recherches de Newport sur VAs- 
tacus marinus , par des racines qui appartiennent en partie 
aux ganglions, et en partie aux cordons supérieurs dépourvus 
de ganglions. Newport a vu aussi , chez ces animaux, des nerfs 
qui naissent uniquement des cordons supérieurs, et non des 
ganglions, et qui ne se rendent qu'à des muscles qui par con- 
séquent sont moteurs (1). 

D'après une communication que je dois ù la bienveillance 
de Sharpey, et dont je profite ici, à cause de son importance, 
les nerfs des bras des Céphalopodes {Octopus) ont une structure 
tout-à-fait semblable à celle du cordon ventral des articulés. 
Ils consistent en deux paires de cordons, dont l'une forme des 
renflemens ganglionnaires de distance en distance, tandis que 
l'autre ne prend aucune part à la formation des ganglions. La 
situation des renflemens correspond aux ventouses des bras. 

Le système des nerfs viscéraux des Insectes (2) comprend 
trois cordons, qui forment de petits ganglions sur l'œsophage et 
l'estomac, et auxquels il arrive souvent que les latéraux ou le 
médian soient moins développés. Ces cordons distribuent leurs 
branches à la bouche, au pharynx, à l'estomac, et de pré- 
férence à des parties dont les mouvemens n'obéissent point 
aux ordres de la volonté. Aussi, la partie inférieure de l'intes- 
tin ne reçoit-elle pas d'eux ses nerfs. De celte double circon- 
stance, la formation de ganglions à la périphérie et la distri- 
bution à des organes dont les mouvemens sont involontaires, 
il suit que ce système ressemble plus au nerf ganglionnaire 
des animaux vertébrés qu'au nerf vague : cependant il se 
pourrait fort bien que les fibres correspondantes à ce dernier 



(1) rayez Muller's .^rchiv , 1S36 , p. C. 

(2) Consultez sur les neifs sensitifs et moteurs des animaux sans ver- 
tèbres , en particulier ceux de l'Ecrevisse, Valentin , De functionibus 
nen-orum cerchralium et vervi syviputhici , Berne, 1839, p. 7, 8, 9^ 10. 



ll\2 DE LA MÉCANIQUE 

y fussent contenues aussi. Au reste, les principes que j'ai dé- 
veloppés par rapport ù la coniposijion du nerf {;anglionnaire 
chez les animaux vertébrés, placent aujourd'hui sous un tout 
autre jour la manière dont on doit envisa{;er les nerfs qui se 
rendent aux viscères. Des fibres organiques peuvent être mê- 
lées à beaucoup de nerfs, et de nerfs très-différens. Je consi- 
dère comme des nerfs mixtes, contenant vraisemblablement 
aussi des élémens organiques, le système des nerfs transverses 
des Insectes, dont Newport a donné une description fort exacte. 
Le cordon qui leur sert d'origine les réunit en un système 
particulier, et se prolonge sur la ligne médiane, au dessus des 
ganglions et du cordon ventral. Ces nerfs sont principalement 
destinés aux muscles respiratoires et aux trachées. Comme ce 
système tient aux nerfs de la vie animale , on reste incertain 
de savoir d'où viennent les nerfs qui vont aux muscles. Si 
'es principes acquis à l'égard des animaux vertébrés peuvent 
également trouver à s'appliquer ici , il est à présumer que les 
connexions de ce système avec les nerfs de la vie animale ont 
pour but d'y mêler des fibres organiques. 



Section troisième. 

De ta mécanique du principe nerveux. 

Les mots de mécanique du principe nerveux ont ici le même 
sens que ceux de mécanique de la lumière en physique, c'est- 
à-dire que j'entends par là l'ensemble des lois suivant les- 
quelles la propagation de l'effet a lieu dans les nerfs , ou , en 
d'autres termes, la théorie des mouvemens du principe ner- 
veux. On ignore encore si, quand les nerfs agissent, une ma- 
tière impondérable les parcourt avec une incalculable vitesse, 
alors même qu'après leur section elle vient à y être déga- 
gée par un irritant quelconque ; ou si l'action du principe 



DU SYSTK.M(i NERVEUX. l/JS 

nerveux ne consiste qu'en nue oscillation d'un priucipe im- 
pondérable déjà existant dans les nerfs, et que le cerveau ou 
une irritation quelconque fait vibrer. Ce problème n'est pas 
plus susceptible d'une solution déiiuiliveici qu'à l'égard de la 
lumière , par rapporta laquelle les physiciens ne savent point 
non plus la quelle des deux théories , celle de l'émanation ou 
celle de l'émission, est exacte. Mais la solution est aussi peu 
nécessaire pour l'étude des phénomènes du principe nerveux 
que pour celle de la réfraction, de la réflexion, etc., de la lu- 
mière. Nous aurons d'ailleurs occasion de revenir plus loin 
sur le problème lui-même. 

Lorsque l'on compare entre elles les diverses parties du 
système nerveux, on voit que les unes jouent le rôle de con- 
ducteurs et les autres celui de moteurs du principe nerveux. 
Les conducteurs sont les nerfs ; les moteurs sont les organes 
centraux. Cependant les nerfs ne se montrent pas simples 
conducteurs: quand on les a séparés du cerveau, ils sont 
pendant quelque temps moteurs et conducteurs à la fois, puis- 
que les irritations qu'on y applique les excitent à faire mou- 
voir les muscles ; mais, peu à peu, ils perdent cette double fa- 
culté d'être moteurs aussi bien que conducteurs du principe 
nerveux. Si on se les représente comme conducteurs, la pro- 
pagation de l'action du principe nerveux peut , comme 
celle action elle-même, être conçue de deux manières: ou le 
fluide nerveux impondérable est propagé à travers le con- 
ducteur suivant une certaine direction , et sous la forme de 
courant; ou l'oscillation de ce fluide n'est excitée que dans 
les libres nerveuses. La rapidité de l'action nerveuse est la vi- 
tesse avec laquelle le fluide impondérable se trouve conduit 
soit du cerveau à la périphérie , soit des parties périphéri- 
ques au cerveau , ou celle avec laquelle une oscillation partie 
soit du cerveau, soit d'un point quelconque du nerf, se pro- 
page jusqu'à l'extrémité périphérique de celui-ci , et vice 
versa. Peu importe également, pour l'étude de la rapidité de 



J/j4 ^^ Ï-A. MÉCANIQUE 

l'action nerveuse , la quelle de ces deux hypothèses se rap- 
proche le plus de la vérité. 

Aucune des expériences qui ont été faites pour mesurer la 
rapidité de cette action , ne repose sur une base expérinfien- 
lale solide. Haller attribuait au fluide nerveux une vitesse de 
neul" mille pieds par minute ; Sauvages la portait à trente-deux 
mille quatre cents pieds par seconde, et un autre à cinquante- 
sept mille six cents (1). A l'époque où l'on croyait encore à l'i- 
dentitéde l'agent électrique etde Tagentnerveux, oncalculaitla 
vitesse du secondd'apiès celle du premier. Nousn'aurons proba- 
blement jamais les moyens d'évaluer la rapidité de l'action ner- 
veuse, parce qu'il nous manque, pour établir descomparaisons, 
ces distances immenses à l'aide desquelles nous pouvons calcu- 
ler la vitesse de la lumière qui, sous ce rapport, a de l'analogie 
avec elle. Tout récemment l'attention s'est fixée sur la différence 
qui existe entre les observations de très -petites fractions du 
temps ou de l'espace faites simultanément par plusieurs as- 
tronomes , à l'aide des sens de l'ouïe et de la vue, et d'après 
laquelle quelques personnes ont regardé comme une chose 
très-probable que la rapidité de l'action nerveuse varie sui- 
vant les régions du système nerveux , ou même selon les in- 
dividus. Les détails de ces remarques ont été communiqués à 
l'assemblée générale des naturalistes , à Heidelberg , par 
Treviranus , et par Nicolai , directeur de l'Observatoire de 
Mannheim. Ils sont trop importans pour que je ne les consigne 
pas ici en entier. 

« Une très-grande partie des observations astronomiques 
» consiste à observer sur une pendule à secondes le moment 
» auquel un astre , en vertu de l'apparente rotation journa- 
» lière de la sphère céleste autour de son axe , passe devant 
» les fils du micromètre d'un télescope fixé en place. Le 
)• chemin que l'ustre parcourt , en une seconde entière , dans 

«)ÎUuER;.E/m,,t. IV, p. 372. 



DU SYSTÈME iNERVEUX. l45 

» le télescope, est tellement considérable , surtout lorsque ce 
•) dernier grossit beaucoup, que le moment de son passage au 
» devant des fils du micromètre peut être indiqué, non pas seu- 
« lement par demi-seconde ou par tiers de seconde, mais même 
» par dixièmes de seconde , pour peu qu'on ait d'habitude 
» et que l'état de l'atmosphère soit favorable. Deux sens, la 
» vue et l'ouïe, agissent simultanément dans ces sortes d'ob- 
» servations. Pendant qu'on suit de l'œil la marche de l'astre 
» dans le télescope , l'oreille remarque les chocs indiquant 
» chaque seconde à la pendule voisine. Pour arriver à une 
» appréciation aussi exacte que celle qui vient d'être indiquée 
» du passage réel de l'astre devant les fils du micromètre , on 
>' remarque, et la distance qui , à un certain choc de seconde , 
» le sépare encore des fils lorsqu'il est au moment de les tra- 
» verser, et celle qu'au choc suivant il laisse entre eux et lui 
« après les avoir franchis. En comparant l'étendue de ces deux 
1) distances de chaque côté , on peut indiquer avec une grande 
>> précision le vrai moment du passage de l'astre au devant du 
') fil , ou la fraction de seconde durant laquelle ce passage 
»> s'est opéré. Déjà , depuis quelques années , le célèbre di- 
» recteur de l'observatoire de Copenhague , Bessel , remar- 
» quait qu'il indiquait le moment de l'appulsion d'une étoile 
» aux fils du télescope d'une manière sensiblement différente 
» de celle de son co-observateur. Il redoubla donc d'attention 
» à cet égard , et une série d'observations fut entreprise pour 
» approfondir la chose. Le résultat fut que Bessel indiquait 
» toujours d'autres momens que celui qui observait en même 
» temps que lui , et que la différence était tantôt plus , tantôt 
» moins considérable , tandis que les résultats de chaque ob- 
» servaleur se trouvaient en harmonie parfaite. Moi aussi , 
» dit Nicolai , j'ai eu deux fois l'occasion de faire des recher- 
» ches à ce sujet. Au printemps de 1827, j'eus le plaisir de 
» recevoir la visite du directeur de Tobservatoire de Nicolajef, 
>' Knorre. Nous profilâmes de son séjour à Manohein pour faire 

I. 10 



24^> DE LA. MÉCANIQUE 

» eiiseoible des observations. En cuinparani minutieusement 
» nos résullals, il se trouva que Knorre indicjuait les vrais 
■> momensde toute une demi-seconde plus tard que moi. J'ai 
» répété naguère celte intéressante expérience avec Clausen , 
» habile astronome et matliématicien du Danemarck ; il indi- 
» quait les momcns plus tard que moi d'un tiers de seconde. 
» La différence est plus grande encore avec d'autres obser- 
» vateurs. D'ailleurs , elle a été tant de fois constatée , qu'on 
» ne saurait douter du fait (1). » 

Nicolai prétend que ce phénomène singulier ne peut être 
expliqué que par une différence dans la rapidité avec laquelle 
l'action arrive de l'œil et de l'oreille à la conscience. Si l'on 
admet , en effet , qu'une personne qui dirige à la fois l'acti- 
vité de ces deux sens vers un même objet voit plus vile qu'elle 
n'entend, tandis que , chez une autre personne , la différence 
est moins grande , ou nulle , ou même prononcée en sens in- 
verse, c'est-à-dire si celte dernière entend plus vite qu'elle 
ne voit , le phénomène se conçoit d'une manière aussi sim- 
ple que naturelle. Mais il s'ensuivrait l'importante conclusion 
que le conflit entre les oi'ganes des sens et la conscience 
n'est point absolument instantané. Ce phénomène permet 
donc d'espérer qu'un jour nous approcherons davantage de 
la solution du problème qui concerne la vitesse de l'action 
nerveuse , à moins toutefois qu'il ne soit possible d'en donner 
une autre explication , même plus vraisemblable. On sait qu'il 
est dillicile à la conscience de consacrer une égale attention 
à deux sensations dilférentes , et que, quand plusieurs sensa- 
tions ont lieu à la fois , l'attention se porte, ou sur elles alter- 
nativement, ou sur une seule. Ainsi, quand on doit écouter 
et regarder en même temps , il est inévitable qu'on entende 
d'abord et qu'on ne voie qu'ensuite. Mais l'intervalle entre 
4eux sensations arrivées à la conscience varie suivant les in- 

(1) /sw,lSâO,p. 678. 



DES NERFS MOTEURS. \[\'] 

dividus; car il y a des personnes qui peuvent sentir et remar- 
quer beaucoup de choses à la fois , tandis que d'autres ont 
besoin pour cela d'un laps de temps notable. 

Le temps qu'une sensation met pour parvenir des parties 
extérieures au cerveau et à la moelle épinière , et la réac- 
tion pour se manifester dans les parties extérieures sous 
forme de convulsions , est également infiniment petit ei in- 
appréciable. Lorsqu'on empoisonne des Grenouilles avec 
de l'opium ou avec de la noix vomique , elles deviennent 
d'abord sensibles à tel point qu'il suffît de leur toucher la peau 
aussi légèrement que possible pour donner lieu à une con- 
vulsion générale. Ici l'action passe de la peau à la moelle épi- 
nière, et revient de celle-ci à tous les muscles. Cependant il 
m'a été impossible de remarquer le moindre intervalle entre 
l'attouchement et les convulsions. 

CHAPITRE PREMIER. 

De la mécanique des nerfs moteurs^ 
I. Lois de la propagation du principe nerveux dans les nerfs moteurs. 

I. La force motrice n'agit dans les nerfs que suivant la di- 
reclion des fibres primitives qiti se rendent ans muscles , ou 
9uivant celle dans laquelle les nerfs se ramifient , et jamais en 
sens inverse. 

C'est un fait généralement connu , que quand on irrite un 
nerf musculaire , les convulsions ne surviennent dans aucun 
autre muscle que celui auquel ce nerf se distribue. Lorsqu'on 
irrite un tronc nerveux , soit par un agent mécanique , chimi- 
que ou électrique, soit par l'application immédiate des deux 
pôles d'une pile galvanique, tous les muscles qui reçoivent de 
lui des filets, mais ceux-là seulement, éprouvent des convul- 
sions. Aussi, ne parvient-on jamais, par un quelconque de ces 
moyens , à déterminer des mouvemens convulsifë dans les 
muscles dépendans de branches nerveuses qui se détachent 



l^S DE LA MÉCANIQUE 

du irono au dessus du point sur lequel s'exerce l'irritalion. 
Jamais les muscles de la cuisse ne se contractent quand on 
irrite la partie inférieure du nerf sciaiiquo, après qu'il a fourni 
les branches destinées au premier sexjment du membre pelvien. 
C'est donc un fait bien avéré que la force motrice des nerfs 
s'exerce uniquement dans la direction dos branches que ceux-ci 
fournissent , et jamais en scîts inverse ou rétrograde. On peut 
bien faire naître des convulsions dans tous les muscles qui sont 
placés sur le trajet du courant galvanique , ou dont les nerfs 
s'v trouvent compris, lorsqu'on met l'un des pôles en commu- 
nication avec les nerfs des parties inférieures du corps , et 
l'autre avec les muscles des parties supérieures, qui alors en- 
trent en action ; mais , ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, 
ce mode d'application du galvanisme diffère totalement de 
l'irritation immédiate des nerfs par les deux pôles. Dans le 
dernier cas, il n'y a que le nerf et sa force motrice qui soient 
irrités par un courant galvanique traversant l'épaisseur du 
cordon nerveux , et le résultat est absolument le même que 
quand on irrite celui-ci d'une manière mécanique; dans le 
premier, au contraire, où le courant galvanique établi entre les 
deux pôles traverse beaucoup d'autres parties, tant nerveuses 
que niusculeuses , chaque muscle et chaque nerf subit une 
irritation de la part de ce courant à l'endroit même où il se 
trouve situé, de sorte qu'on doit voir entrer en convulsion non 
seulement tous les muscles que le courant traverse , mais 
encore tous ceux qui , bien que n'étant point atteints par ce 
dernier, reçoivent des branches nerveuses exposées à son 
influence. Il n'y a donc ici que répétition du fait expérimental 
constant iju'un nerf musculaire , immédiatement irrité d'une 
manière quelconque , n'exerce sa force motrice que sur les 
muscles soumis à ses branches, et ne réagit jamais sur celles 
de ses branches qui se détachent de son tronc au dessus du 
point sur lequel porte l'irritation. 

II. Virrilalion mécanique ou galvanique d'une partie d'un 



DES NEnFS -MOTEURS. l/Jg 

tronc nerveux vcmelpoiritenjcrtlaforce motrice du, tronc 
entier^ -mais seulement celle de la partie qui reçoit Virrilation. 

De ce second fait important, il découle que les convulsions 
n'ont pas lieu dans tous les muscles auxquels le tronc ner- 
veux envoie des branches , mais seulement dans ceux dont 
les nerfs se détachent de la portion de ce tronc qui reçoit 
l'irritation. Afin d'opérer sur de gros troncs nerveux , on 
exécute ces expériences sur des Lapins. On découvre le nerf 
sciatique immédiatement à sa sortie du bassin, ce qui procure 
la facilité d'irriter isolément, avec une aiguille, diverses por- 
tions du tronc qui ne se détachent que plus bas sous la forme 
de branches. On acquiert ainsi la certitude que les seuls mus- 
cles qui entrent en convulsion sont ceux auxquels se distribue 
la portion irritée du tronc nerveux, et qu'il n'en survient pas 
dans d'aiitres muscles de la cuisse ou de la jambe. Si l'on veut 
apercevoir jusqu'aux plus petits mouvemens musculaires , il 
faut avoir soin d'enlever la peau du membre jusqu'à son ex- 
trémité. Lorsque je séparais le nerf sciaiique en plusieurs 
faisceaux avant sa scission en nerf péronier et nerf libial , et 
que j'irritais chacun de ces faisceaux isolément , je voyais 
varier les muscles qui entraient en convulsions , et tantôt les 
muscles du mollet se contractaient, tantôt les orteils s'éten- 
daient ou se fléchissaient. Je pouvais même distinguer des con- 
vulsions dans les portions diverses des muscles du mollet , 
quand je partageais le nerf péronier en plusieurs faisceaux , 
et que j'irritais chacun de ceux-ci avec l'aiguille. Le même 
phénomène a lieu , chez la Grenouille, lorsqu'on fait agir im- 
médiatement l'irritation galvanique sur des faisceaux du nerf 
sciatique qu'on a eu la précaution d'isoler. 

Qu'on dissèque avec soin , sans exercer de tiraillemens, un 
petit faisceau de fibres du nerf crural entier d'une Grenonilic, 
et qu'on le galvanise par l'emploi des deux pôles et de la 
chaîne. Quoique, du côté de la cuisse , il ne soit pas séparé 
des autres fibres nerveuses du tronc, cependant tous les n]us- 



a50 DE LA MÉCANIQUE 

des du membre ne se contractent pas, et l'on n'observe qu'une 
faible convulsion dans un point isolé des muscles du mollet, 
des tenseurs ou fléchisseurs des orteils, des muscles du pied, 
qui probablement reçoivent leurs filets nerveux de la prolon- 
gation des fibres de ce faisceau dans le tronc. 

Si , au contraire , au lieu de se borner à appliquer l'arma- 
ture an petit faisce;iu nerveux lui-même, on met l'une des 
plaques en rapport avec lui et l'autre avec la partie plus épaisse 
du nirf, le membre entier est pris de convulsions (1). Mais, 
comme ici le fluide galvanique ne demeure pas isolé sur le 
petit laisceau , et qu'il agit aussi sur le tronc du nerl", le cas 
devient absolument le même que si l'on armait immédiatement 
des deux plaques le tronc nerveux tout entier. 

III. Un nerfrachidien qui entre dans un plexus et qui contri- 
bue, avec d'autres nerfs rachidiens , h la formation d'un gros 
tronc nervevx , communique sa force motrice, non pas nu tronc 
entier^ mais seulement aux fibres par lesquelles il se continue 
depuis le tronc jusque dans les branches. 

Ce théorème est démontré par les expériences de Van 
Deen , par les miennes et par celles de Kronenberg. 

Les nerfs spinaux qui, chez les Grenouilles, concourent à la 
formation du nerf sciaiique , peuvent être irrités chacun à 
part avant qu'ils se soient réunis. Le nerf inguinal communi- 
que avec le second par un court iilet anastomolique, qui , la 
plupart du temps, vient du second nerf et va gagner l'ingui- 
nal , mais qui , parfois aussi , provient de l'inguinal ei se 
rend au second nerf. En outre , le second nerf tout entier du 
membre s'unit avec le troisième tout entier : de celte union 
résulte le nerf sciatique , qui se distribue tant à la peau de la 
cuisse, de la jambe et de la patte, qu'aux muscles de ces par- 
ties. On irrite les nerfs isolément soit avec une aiguille , soit 
par le moyeu du jjalvanisne , en faisant agir sur eux les deux 

(1) Huuiboldt, loc. cit., t. 4, p. 212, 



DES NERFS MOTEURS. 25 3 

pôles , et donnant lieu ainsi à un courant {;î\lvanique f|ni les 
traverse dans le sens de leur épaisseur, avec le soin , pour 
isoler des autres celui sur lequfl on veut aj^ir, de le placor 
sur une lame de verre. On reconnaît alors que l'irritaiion des 
divers nerfs qui se réunissent pour produire le nerf scialique, 
ne donne pas lieu aux mêmes convulsions dans les membres 
pelviens, et que, suivant qu'on agit sur tel ou tel nerf, celles- 
ci se manifestent à la cuisse , à la jambe , à la patte. Des trois 
nerfs dont la réunion donne naissance au plexus des extrémi- 
tés postérieures , le premier, quand on l'irrite, fait contracter 
les muscles du côté interne de la cuisse ; le second , qui, avec 
le troisième, forme le nerf sciatique, ceux de la cuisse et de 
la jambe , mais non ceux de la pnite (où Kronenberfj a cepen- 
dant observé de légères contractions); et le troisième ceux de 
la cuisse , de la jambe et de la patte. 

Les expériences de Van Deen ont été faites d'une autre ma- 
nière. Il coupa, chacun isolément , les nerfs qui entrent dans 
le plexus , et reconnut que, malgré leur annexion , cette opé- 
ration paralysait des muscles différens. Après la section du 
nerf inguinal , la Grenouille exécutait encore tous les muuve- 
mens du membre , si ce n'est qu'elle ne pouvait plus ramener 
la cuisse vers l'abdomen. Après la section du second nerf , en 
avant du plexus, tout mouvement cessait dans les muscles 
de la cuisse et de la jambe ; mais les mouvemens de la patte 
conservaient leur intégrité. Si l'on venait à couper l'anasto- 
mose du nerf inguinal avec le second nerf, l'animal ne pou- 
vait plus ramener son membre vers l'abdomen. Le même phé- 
nomène fut observé après la section du nerf inguinal nu 
dessous de cette anastomose. Lorsqu'on fendait le nerf sci;!ii- 
que en long, c'est-à-dire dans le sens de ses deux racines , 
l'effet était le même que quand on avait coupé tout son tronc 
en travers. Van Deen conclut de là qu'il y a entrecroise- 
ment des fibres nerveuses des deux nerfs dans le pltxus ; car 
la paralysie survenait tant dans la cuisse que dans la jambe 



l5a DK LA MÉCANIQUE 

et la paite. Après la section du troisième nerf, qui forme la 
seconde racine du nerf scialiqne, la patte était paralysée (et 
la jambe aussi, en {grande partie). La section du second nerf, 
ou de la première racine du nerf sciaiique , faisait cesser les 
mouvemens de flexion et d'extension de la cuisse, tandis que 
Je mouvement persistait à la patte et à la partie inférieure de 
la jambe. 

Les expériences de Kronenber[j diffèrent un peu dans les 
détails, mais conduisent au même résultat. Il en est de même 
de celles que cet anatomiste a laites sur les nerfs qui consti- 
tuent le plexus brachial (1). Il a prouvé par une très-bonne 
expérience qu'aucune communication des fibres entre elles 
n'a lieu dans le trajet d'un nerf, et que la formation constante 
d'un plexus sur un point quelconque de l'étendue d'un nerf 
ne devient jamais cause d'une semblable communication. Il 
prit une Grenouille, et coupa le nerf d'un côté presque jus- 
qu'au bord; à une certaine distance, il pratiqua une seconde 
section , mais en sens inverse , et allant également presque 
jusqu'au bord. L'irritation de l'espace compris au dessus de 
la première section ne put plus faire entrer en action la por- 
tion des muscles et des nerfs située au dessous de la seconde 
incision. Le but des plexus nerveux semble être, par rap- 
port aux nerfs moteurs , de conduire à chaque nerf des fibres 
provenant de différens points du cerveau et de la moelle épi- 
nière. Ce but est atteint , par exemple , au moyen du plexus 
brachial , comme le prouve une dissection soignée. Il se peut 
aussi que les plexus soient destinés à mêler ensemble des 
fibres sensitives et motrices d'après les besoins des parties. 

Les lois expérimentales précédentes établissent que les 
faisceaux de fibres primitives qui entrent dans un tronc y dé- 
ploient leurs forces isolément , sans exciter les autres fibres 
primitives. Mais même certaines parties d'un muscle peuvent 

(1) Plemuum nervonm struclurn et virlutes , Berlin , dS36. 



DES NERFS MOTEURS. 253 

se contracter seules , comme il arrive aux diverses portions 
desfléchisseurs communs etde l'extenseur commun des doi{;ls. 
Le muscle crural produit des effets dillérens, selon qu'il 
contracte sa partie antérieure ou sa partie postérieure ; la 
première entraîne la cuisse en dedans , et la seconde la porte 
en dehors. Les diverses portions de l'orbiculaire des paupiè- 
res et de lorbiculaire des lèvres peuvent agir séparémenir. Ces 
phénomènes doivent tenir à des fibres nerveuses différentes. 
Les faits journaliers démontrent que , quoique les mômes 
nerfs donnent souvent des branches à beaucoup de muscles , 
l'influence cérébrale peut néanmoins s'isoler sur celles de ces 
branches qui vont à tels ou tels muscles. Il arrive même fré- 
quemment, par exemple dans les maladies du cerveau, que 
l'influence de cet organe s'exerce isolément sur les plus pe- 
tites parties musculaires , qui alors sont pri:^es de tremble- 
ment. Mais comme toutes les fibres primitives sont distinctes 
les unes des autres , l'ensemble de ces faits anatomiques et 
physiologiques prouve que leurs forces motrices le sont éga- 
lement dans les troncset les branches. Au temps où l'on regar- 
dait encore l'électricité animale comme la cause de la force 
nerveuse , on était obligé d'admettre que celle-ci agit à dis- 
tance , idée que Humboldt et Reil ont poussée jusqu'au point 
de supposer une atmosphère de sensibilité autour des nerfs. 
Humboldt a découvert le premier que les métaux hétérogènes 
commencent déjà à déterminer les effets de l'irritation galva- 
nique à une distance de cinq quarts de ligne du muscle ou du 
nerf. Il a trouvé aussi que la propagation du courant galvani- 
que , en de telles circonstances , dépend d'une évaporation 
insensible de liquides, qu'elle cesse aussitôt qu'il ne peut plus 
se faire d'évaporation, que le stimulus agit avec d'autant plus 
d'intensité qu'on emploie un liquide plus facilement et plus 
promptement évaporable , et qu'en passant l'haleine sur des 
plaques métalliques qui ne produisent plus de réaction, on 
fait reparaître sur-le-champ l'irritation galvanique. 



l54 I5E LA MÉCANIQUE 

II. Mouvemens associés. 

Par tnouvemens associés j'entends des mouvemens muscu- 
laires qui ont lieu, contre la volonté , en même temps que 
d'autres provoqués par elle. Jadis plusieurs de ces phéno- 
mène s étaient confondus sous un même nom avec beaucoup 
d'autres qui en diffèrent totalement. Ici Je ne veux parler que 
des mouvemens qui sont déterminés par des mouvemens. 

On observe déjà beaucoup de ces mouvemens associés 
dans l'étal de santé. Nous voulons mouvoir les muscles de 
l'oreàlle externe ; mais , à cette intention , nous faisons agir 
aussi le muscle épicrânien et beaucoup de muscles de la 
face. Nous voulons élever ou abaisser l'aile du nez ; mais nous 
fronçons en même temps les sourcils , sans le vouloir. En 
général , il n'y a qu'un très-petit nombre d'hommes qui aient 
la faculté d'isoler les mouvemens des divers muscles de la 
face; la plupart n'en peuvent mouvoir un sans que dautres 
se contractent simultanément. Les muscles du périnée , le 
sphincter et le releveur de l'anus, le transverse, le bulbo-ca- 
verneux , l'ischio-caverneux et le pubo-urétral se meuvent 
presque toujours ensemble , quoique la volonté ait l'intention 
de ne faire agir qu'un seul d'entre eux. Cette association est 
surtout bien prononcée dans les mouvemens de l'iris ; car 
nous ne saurions tourner l'œil en dedans , au moyen du 
muscle droit interne , sans que l'iris se contracte en même 
temps; il nous est impossible aussi de porter l'œil en dedans 
et en haut , par l'action du muscle oblique inférieur , sans 
que l'iris se rétrécisse. Ce mouvement des deux muscles et de 
l'iris dépend de branches du même nerf , savoir de l'oculo- 
musculaire commun , qui fournit la courte racine ou la ra- 
cine motrice du ganglion ophihalmique. Par conséquent, toutes 
les fois que l'intention de la volonté se dirige sur le nerf 
oculo-musculaire commun , et notamment sur celles de ses 
fibres primitives qui vont aux muscles droit , interne et obli- 



DES NERFS MOTEURS. l55 

que inférieur , une partie du principe nerveux influence aussi 
une autre portion des fibres primitives de ce nerf, c'est-à- 
dire celles qui se continuent dans la courte racine du (jan^jlion 
ophthalmique. Quelque chose d'analogue a lieu dans tous les 
autres muscles. Il est difficile à la plupart des hommes de 
faire agir séparément les divers ventres du muscle extenseur 
commun des doigts , et de lever chacun de ceux-ci seul , sur- 
tout le troisième et le quatrième , qui n'ont point d'extenseur 
propre. Dans les efforts , beaucoup de muscles agissent par 
association , sans que leurs mouvemens aient un but ; la per- 
sonne qui s'y livre contracte les muscles de sa face , comme 
si elle pouvait par-là contribuer à soulever le fardeau. Chez 
tous ceux qui ont la respiration gênée , ou qui éprouvent une 
grande faiblesse , les muscles de la face se meuvent involon- 
tairement à chaque inspiration , quoique leurs contractions , 
si l'on excepte cellesderélévateur de l'aile du nez, ne puissent 
contribuer en rien à faire précipiter l'air dans la poitrine. Ces 
phénomènes sont en si grand nombre , et ils se représentent 
si fréquemment , toujours de la même manière , qu'il me su (lit 
d'en avoir donné quelques exemples. Cependant il est un fait 
sur lequel je dois encore appeler l'attention d'une manière 
spéciale , parce qu'il prouve combien la tendance à l'associa- 
tion des mouvemens est prononcée entre les parties similaires 
des deux côtés du corps t c'est le mouvement volontaire de 
l'iris. Le mouvement de l'iris est toujours simultané dans les 
deux yeux , tant lorsqu'il a été provoqué par une cause exté- 
rieure, que quand il résulte d'une détermination de la vo- 
lonté, et il s'accomplit toujours de la même manière absolu- 
ment, soit que la cause externe ou interne agisse sur les deux 
yeux , soit qu'elle porte sur un seul de ces organes. Les di- 
mensions de la pupille sont plus grandes quand la lumière 
agit sur un seul œil que quand elle les frappe tous deux. Si 
la lumière exerce une action inégale sur les deux organes , 
les deux pupilles n'en présentent pas moins les mêmes di- 



'l56 DE LA. MÉCANIQUE 

mensions , qui correspondent alors à la moyenne des deux 
impressions. Il en est de même pour les mouvemens de l'iris 
auxquels la volonté donne lieu. >ous pouvons toujours mouvoir 
cette membrane par association , comme je l'ai déjà dit, par 
exemple en tournant l'œil en dedans, ou en dedans et en haut; 
mais ce qu'il y a là de plus remarquable , c'est que les deux 
iris se resserrent lorsqu'un seul œil regarde en dedans, l'autre 
conservant sa position droite. La faculté de rétrécir l'iris en 
tournant les yeux en dedans , faculté que d'ailleurs tous les 
hommes possèdent , est développée chez moi à un dejjré ex- 
traordinaire. Si je ferme un œil, et que je regarde droit de- 
vant moi avec l'autre , je meus à volonté l'iris de celui-ci , sui- 
vant que je porte le premier, qui est fermé, en dedans ou en 
dehors. Ici la cause est cachée , et le phénomène paraît d'au- 
tant plus surprenant que l'œil sur lequel elle agit est ouvert. 
Mais elle devient manifeste aussitôt que j'ouvre l'œil qui avait 
été fermé jusqu'alors , car on voit que je le tourne en dedans 
chaque fois que je veux rétrécir l'iris de l'autre. De toute évi- 
dence il doit y avoir au cerveau , et par l'effet de la disposi- 
tion des fibres, ime intention présidant à l'association des effets 
dans les fibres primitives du nerf oculo-musculaire commun 
qui se rendent à la courte racine du ganglion ophlhalmique. 
Un fait inléresant , et qui s'explique sans peine d'après nos 
principes , est le rétrécissement des deux iris pendant le som- 
meil. C'est là aussi un mouvement associé , ayant pour cause 
la situation en dedans et en haut que les yeux prennent chez 
les personnes qui dorment, de sorte que le cerveau, en même 
temps qu'il imprime l'activité à la branche correspondante du 
nerf oculo-musculaire commun , stimule aussi celles de ce 
nerf qui vont gagner le ganglion ophthalmique. 

Beaucoup d'autres muscles des deux côtés du corps ont, 
comme l'iris , une tendance à l'association de leurs mouve- 
mens, dont le point de départ est au cerveau. Ainsi celte 
tendance est si prononcée dans les muscles oculaires , qu'il y 



DES NERFS MOTEURS. 1 5^ 

a impossibilité de tourner l'un des yeux en bas et l'autre en 
haut , ou de les tourner tous deux en dehors ; constamment 
l'un de ces organes se porte involontairement en dedans lors- 
qu'on dirijj;e l'autre en dehors. Je reviendrai sur ce phéno- 
mène lorsqu'il sera question des mouvemens. Il faut une cer- 
taifie habitude pour tenir ouvert un œil seul, c'est-à-dire 
pour ne mouvoir qu'un seul des deux muscles élévateurs des 
paupières à l'aide du nerf ociilo -musculaire commun. Peu 
d'hommes ont la faculté de faire a^jir, par le moyen du nerf 
facial , les muscles d'un des côiés de leur face autrement que 
ceux du côté opposé. Je puis mouvoir les muscles du pavillon 
de l'oreille, même les plus petits, ou du moins d'une manière 
très sensible celui de l'antitragus ; mais j'ai beau vouloir ne le 
faire que d'un seul côté, l'efiet a lieu également sur l'autre 
oreille. Je ne sais pas s'il existe des hommes qui aient le pou- 
voir de ne faire agir qu'un seul des deux muscles stylo-hyoï- 
diens. La tendance à l'association des mouvemens de muscles 
homonymes se remarque même au tronc ; mais elle y est 
bien moins prononcée. Les muscles du bas-ventre , ceux du 
périnée et le diaphragme agissent toujours des deux côtés à 
la fois ; même les nerfs et les muscles des membres , quoique 
plus libres sous ce rapport , ne sont pas entièrement soustraits 
à la loi générale. On sait combien il est difficile d'exécuter, 
soit avec les bras , soit avec les jambes , des mouvemens rota- 
toires opposés dans une certaine direction, par exemple au- 
tour d'un axe transversal commun , tandis que les mouvemens 
similaires s'exécutent très- facilement avec deux membres à 
la fois. 

La théorie de ces phénomènes est évidente. Les fibres pri- 
mitives de tous les nerfs soumis à la volonté , aboutissant 
toutes séparément au cerveau pour y subir l'influence des 
déterminations de cette dernière , on peut en quelque sorte 
se représenter leur origine dans l'organe comme les touches 
d'un clavecin , dont lu pensée joue en faisant ou couler, ou 



l3S DE LA MÉCANIQUE 

vibrer le piincipe nerveux dans un cerlaio nombre de fibres 
primitives, ei déterminant par-là les mouvemens. Mais le 
pouvoir conducteur de la substance cérébrale expose les 
fibres primitives , qni sont (on rapprochées les unes des au- 
tres , à être affectées simultanément ; de sorte qu'il devient 
difficile à la volonté do limiter l'action à telles ou telles d'en- 
tre elles. Cependant cette (acuité d'isoler s'acquiert par l'exer- 
cice, c'est-à-dire que plus il arrive fréquemment à un certain 
nombre de fibres primitives de ressentir l'intention de la vo- 
lonté, plus aussi l'aptitude se développe en elles à obéir 
seules , sans entraîner les fibres voisines , et plus se fraient 
certaines voies de facile propagation. Nous voyons cette fa- 
culté d'isoler arriver au plus haut degré de développement 
dans certains cas, par exemple chez les musiciens exécuians, 
surtout chez ceux qui touchent du piano. 

Tous les mouvemens associés ont leur origine dans le cer- 
veau lui-même. On ne peut les expliquer par une communi- 
cation entre les fibres primitives dans l'intérieur des nerfs 
moteurs , puisque ces fibres ne communiquent point ensemble, 
et que l'irritation d'une partie d'un gros tronc nerveux n'agit 
jamais sur les autres parties de ce tronc , mais seulement sur 
le prolongement des fibres de la portion irritée. On ne saurait 
non plus les expliquer par le grand sympathique, attendu 
que ce nerf n'entretient également point de connexions entre 
les diverses parties des nerfs moteurs , ni même entre les 
nerfs symétriques des deux côtés, qui ne sont unis ensemble 
que parle cerveau et la moelle épinière. 

CHàPITRE II. 

De la mécanique des nerfs sensitifs. 
I. Iiois de la transmission dans les nerfs sensitifs. 

Pour avoir une sensation , il faut qu'un nerf tienne encore 
à l'organe de la conscience , au cerveau , soit immédiatement, 



DE3 NEUFS SENSITIFS. 1 5g 

soit médiatenient , par la moelle épinière. Examiiioûs quel 
est , sous ce point de vue aussi , le rapport entre les branches 
et les troncs. 

I. Lorsqri'un tronc nerveux est irrité ^ toutes les parties qui 
en reçoivent des branches ont le sentiment de V irritation , et 
l'effet est alors le même que si les dernières ramifications de ce 
nerf avaient été irritées tontes à la fois. 

Lorsqu'on irriie une branche d'un nerf , la sensation de 
l'irritation demeure bornée à la partie vers laquelle cette bran- 
che se rend ; quand on irrite le tronc commun de toutes les 
branches , la sensation s'étend à toutes les parties qui reçoi- 
vent des branches de ce tronc. On conçoit bien qu'il n'est 
possible de faire des expériences de ce genre que sur soi- 
même; mais les résultats n'en sont pas moins certains que ceux 
des expériences relatives au mouvement , qu'on pratique sur 
des animaux. Lorsqu'on fait avec intention éprouver un tirail- 
lement ou une contusion au nerf cubital, au dessus du côté 
interne du coude ou au dessus du condyle interne , en prome- 
nant et appuyant le doigt sur le cordon nerveux , on éprouve 
la sensation de picotemensou d'un coup dans toutes les parties 
auxquelles le nerf aboutit , notamment sur le dos et à la 
paume de la main, dans le quatrième et dans le cinquième 
doigt i si l'on appuie duvanta^re , on éprouve aussi des sen- 
sations dans l'avant- bras. En frottant avec force le pouce 
contre la face interne du bras, et en l'enfonçant à une certaine 
profondeur dans la région supérieure et interne de ce même 
membre , on rencontre aisément les nerfs radial et médian , 
et il résulte de là des sensations analogues dans les parties 
auxquelles ces nerfs se rendent. Lorsqu'on vient à comprimer 
un gros tronc nerveux destiné à un membre entier , par 
exemple le nerf sciatique , on éprouve dans toute la jambe 
la sensation connue sous le nom d'engourdissement, et il n'est 
pas difficile, en s'asseyant , de donner au fémur une situation 
telle que le nerf^soit comprimé à sa sortie même. De celte 



l6o DE LA MÉGANIQUE 

manière, on parvient à découvrir peu à peu les points où , à 
l'aide d'irritations mécaniques complètement inofi'ensives, on 
peut faire, sur beaucoup de; nerfs , même très-petits, de son 
propre corps, des expériences analofjues à celles qu'on exé- 
cute sur des auimaux par rapport au mouvement. Ces expé- 
liences procurent la conviction que toute irritation d'un tronc 
produit constamment une sensation dans les parties externes 
ou périphériques de toutes ses branches , de même que l'ir- 
riiationdu tronc d'un nerf musculaire détermine des mouve- 
vemens dans les muscles auxquels aboutissent toutes ses ra- 
mifications. Il en est donc de la faculté sensitive comme de la 
force motrice , avec la seule dill'érence que cette dernière 
peut encore agir sur les muscles par l'effet d'une irritation 
imprimée au nerf qui ne tient déjà plus au cerveau, tandis que 
la sensation n'a lieu qu'autant que l'irritation du nerf parvient 
à l'encéphale. 

II. L'irritation d'une branche de nerf est accompagnée d'une 
sensation bornée aux parties qui reçoivent des filets de cette 
branche^ et non d'une sensation dans les branches qui émanent 
plus haut soit du tronc nerveux^ soit du même plexus. 

Les faits qui se rapportent ici sont trop connus pour que 
j'aie besoin de les citer tous. L'irritation de la peau du bras se 
fait en général sentir là seulement où elle a lieu. La compres- 
sion du nerf cubital ne réagit jamais, en sens rétrograde, sur 
le plexus brachial et les autres nerfs qui en émanent. Les 
expériences précédemment citées de Gaedecliens sur les 
nerfs facial et sous-orbitaire, démontrent qu'un nerf sensilif, 
qui s'anastomose avec un autre nerf cérébro-spinal sensitif , 
ne transmet point les sensations au tronc du second nerf, et 
que l'anastomose n'est qu'un appareil ayant pour usage de 
répandre les fibres primitives à la périphérie : car, malgré les 
anastomoses entre les branches de ces deux nerfs , il ne ré- 
trograde jamais rien du nerf sous-orbitaire dans le tronc du 
facial, ni du nerf facial dans le tronc du sous-orbitaire, elles 



DES NEUFS SENSITIFS. \6\ 

fibres qui constituent l'apparente anastomose ne font que se 
porter plus loin vers la périphérie. Lorsque Gaedechens cou- 
pait une branche allant du nerf facial au sous-orbitaire , et 
irritait le bout provenant du nerf facial, il n'y avait pas de 
sensations, et par conséquent cette portion du facial ne ren- 
voyait rien non plus au cerveau à travers le nerf sous-orbi- 
tairo. On ne parvient pas davantage à exciter delà douleur en 
irritant une branche détachée du nerf sous-orbitaire , mais 
tenant encore au nerf facial. Il en est donc ici de même qu'à 
l'égard de la force motrice qui , après l'irritation d'une bran- 
che nerveuse , ne provoque jamais de convulsion en sens ré- 
trograde par les branches naissant du tronc à une plus grande 
hauteur. Cependant il y a des circonstances dans lesquelles 
des phénomènes fort étendus de sensation peuvent naître 
d'un seul nerf; mais ces phénomènes s'expliquent par le 
concours des organes centraux , le cerveau et la moelle épi- 
nière, et l'on ne peut s'en rendre compte par un conflit entre 
les nerfs eux-mêmes, comme je le ferai voir plus tard. 

III. Lorsqu'une partie reçoit , par le moyeii d'une anasto^ 
mose, des nerfs différens, mais de même espèce^ après la para- 
lysie d'un de ces nerfs, l'autre ne peut pas entretenir la sens - 
bilité de la partie entière, et le nombre des points qui demeurent 
sensibles correspond à celui des fibres primitives demeurées in- 
tactes. 

Quand deux nerfs s'anastomosent ensemble , l'une des ra- 
cines de l'anastomose ne saurait suppléer l'autre, comme il 
arrive aux artères-; partout où deux nerfs cérébro-spinaux 
s'annexent pour former un tronc plus gros, la paralysie d'une 
des racines de ce tronc entraîne la perte de la sensibilité dans 
toutes les fibres primitives qui la constituent , et il ne reste 
plus de sensibles que les fibres du tronc provenant de la ra- 
cine non paralysée. Ainsi, après la section du nerf cubital , 
qui fournit au cinquième doigt, au quatrième, et en partie 
aussi au troisième, ce nerf ne peut être suppléé parsacommu- 
I. 11 



iGa DE LA MÉCANIQUE 

nication avec le médian et le radial, et les doio[ts auxquels il 
se distribue demeurent paralysés, comme on le sait. S'il reste 
encore une faible trace de sensibilité au côté externe du qua- 
trième doi(}t , elle doit provenir des fibres primitives qui du 
nerf médian se portent au rameau palmaire du cubital. La 
légère sensibilité qui persiste dans les parties d'un membre 
auxquelles un nerf se distribue, peut donc toujours être ex- 
pliquée par des fibres d'autres nerfs qui ne communiquent 
pas avec celui-là, et qui ne s'anastomosent qu'en apparence avec 
lui. Ces faits sont mis en parfaite évidence par l'histoire des 
paralysies incomplètes. Dans un cas où Earle (1) avait excisé 
une partie du nerfcubital derrière le condyle interne de l'hu- 
mérus, l'individu, cinq ans après l'opération , ne pouvait se 
servirde son petit doigt, et n'y éprouvait que des sensations in- 
complètes. Swan fait remarquer avec raison, à cette occasion, 
que , si la prétendue communication eût existé , seulement 
même à un faible degré, les anastomoses qui ont lieu entre la 
portion du nerf cubital située au dessous de la plaie et les 
nerfs médian et radial , auraient dû suffire pour entretenir 
les relations du doigt avec le cerveau. Il rapporte un autre 
cas dans lequel , à la suite d'une plaie de l'avant-bras, à trois 
pouces du poignet, plaie qui fut accompagnée de la section 
des nerfs radial et médian , le sentiment disparut dans le 
pouce, les deux doigts qui le suivent , et les parties corres- 
pondantes du dos et du plat de la main, tandis qu'il demeura 
intact dans les quatrième et cinquième doigts , comme aussi 
dans les parties de la main auxquelles se rend le nerf cubital. 
Si donc les nerfs semblent former de nombreuses anasto- 
moses , et s'il arrive souvent aux faisceaux d'un même tronc 
d'unir leurs gaines de pouce en pouce, pendant que les fibres 
primitives continuent de marcher parallèlement les unes aux 
autres, la nature n'a produit là rien qui ressemble aux anas- 

(1) M.ei, chirurg. Transactions , t. VU. 



DES NliTlFS SENïilTIFS. l6S 

tomoses des vaisseaux; elle a voulu seulement que les mêmes 
parties reçussent des fibres primitives de nerfs différens. Celte 
disposition était d'autant plus utile , que , sans elle, la lésion 
d'un nerf détruirait enlièremeni la communication d'une partie 
avec le cerveau. 

IV. Des parties différentes de Vépaliseur d'un nerf sensitif 
produisent, quand on les irrite , les mêmes sensations que si des 
ramifications terminales différentes de «es parties du tronc ve- 
naient à être irritées. 

Lorsqu'on irrite mécaniquement sur soi-même le nerf cubi- 
tal , par le moyen que j'ai indiqué, et surtout quand on le fait 
aller de côté et d'autre en le comprimant avec les doigts , on 
ressent des picotemens dans la paume et au dos de la main, dans 
les quatrième et cinquième doigts. Mais si ensuite on com- 
prime directement, le fourmillement se fait sentir tantôt dans 
l'une tantôt dans l'autre de ces quatre parties, et à la paume 
comme sur le dos de la main l'endroit où l'on éprouve les 
picotemens varie suivant la manière dont on presse le nerf , 
c'est-à-dire suivant que telles ou telles de ses fibres, que tels 
ou tels de ses faisceaux de fibres éprouvent plus de pression 
que les autres. On observe le même phénomène en irritant les 
troncs nerveux du bras. Mais c'est au nerf cubital qu'il est le 
plus facile d'agir sur des points différens de l'épaisseur du 
cordon, tantôt en appuyant dessus , tantôt en le faisant rouler 
avec les doigts de l'autre main dans le sillon du condyle in- 
terne de l'humérus au coude. De même , une forte pression 
exercée sur le nerf sous-orbitaire à sa sortie du trou, m'a fait 
éprouver des picotemens dans des points différens de la joue 
et de la lèvre supérieure , suivant les modifications que j'im- 
primais à celle action mécanique. Du reste, l'application de la 
pression au nerf sous-orbitaire présente beaucoup plus de 
difficultés, parce qu'il faut l'employer d'abord pour trouver la 
sortie du nerf, et qu'on est obligé ensuite d'analyser les sen^ 
sations qui surviennent. 



](j/4 DE LA. MÉCANIQUE 

V. l'CS sensations des fibres nerveuses les plus délices sont 

isolées coDune celles des troncs nervei/x , et elles ne se mêlent 
point les unes avec les autres depuis les parties extérieures Jus- 
qiiau cerveau. 

Ce théorème est la conséquence des faits et des lois dont 
l'exposition précède. 

J'ai prouvé qu'il n'arrive jamais aux fibres primitives d'un 
nerf de se ramifier ni de s'unir ensemble, soit dans le tronc, 
soit dans les anastomoses , où elles ne font que passer d'une 
gaîne dans une autre , en formant de nouvelles séries par 
leur juxtaposition à d autres fibres primitives , parallèlement 
auxquelles elles continuent de marcher. J'ai fait voir , que, 
de cette manière , le tronc nerveux est l'ensemble de toutes 
les fibres primitives qui se développent en sortant de ses 
branches , et que par conséquent il existe une harmonie pré- 
établie entre les fibres du tronc et les élémens des plus pe- 
tites ramifications. J'ai démontré enfin que les troncs des 
nerfs ont les mêmes sensations que toutes les branches prises 
collectivement, qu'une branche d'un tronc, quand on l'irrite, 
ne produit pas de sensation dans les autres, et qu'une partie 
de ce tronc éprouve les mêmes sensations que si l'on irritait 
une portion de ses branches ou des parties auxquelles elles se 
rendent. Si l'on a bien suivi toutes ces démonstrations, on sera 
forcé d'admettre le théorème précédent , bien qn'il ne soit 
qu'approximatif, et que la preuve n'en puisse être fournie pour 
ce qui concerne chacune des fibres primitives les plus déliées. 
On ne saurait objecter contre lui les belles expériences de 
Weber , d'après lesquelles la faculté d'apprécier la distance 
entre deux corps qui touchent la peau varie beaucoup suivant 
les parties, de sorte que plusieurs de ces dernières , comme 
le bout de la langue, jugent déjà d'une distance de deux 
cinquièmes de ligne, tandis que d'autres, comme la ligne 
médiane du dos, n'eu sauraient évaluer une au dessous de 
trente lignes : car cette faculté dépend sans doute du plus ou 



DES NERFS SENSITIFS. l65 

moins (yrand nombre de fibres primitives de nerfs sensibles 
qui se rendent à une étendue donnée do l'or.fîane cutané. 

Maintenant on se demande : Quand ! s fibres primitives, 
qui sont réunies les unes à côté des autres dans le tronc et 
étalées dans les branches, viennent à être irritées sur divers 
points de leur lonfjueur , quelle sensation ont-elles? La sen- 
sation est-elle alors constamment une sous le rapport du 
lieu , ou bien les sensations éprouvées sur divers points de la 
longueur des fibres sont-elles perçues comme étant différen- 
tes les unes des autres? Peut-on savoir , d'après la sensation, 
si un même faisceau de fibres primitives a été irrité soit dans 
son tronc, soit dans ses branches, soit à la peau où il se déve- 
loppait? La réponse à toutes ces questions se trouve déjà en 
partie dans les observations précédemment relatées : 

1° Lorsque le tronc d'un nerf vient à être irrité , la sen- 
sation est la même que si l'irritation avait porté sur toutes les 
fibres primitives qui se rendent aux parties extérieures, et elle 
semble avoir lieu dans les parties extérieures , comme si 
celles-ci avaient été le siège de l'irritation ; 

2° Lorsque des fibres primitives diverses d'un tronc ner- 
veux sont irritées, la sensation est la même que si des points 
différens des parties extérieures avaient reçu l'irritation; 

3° L'irritation d'une branche quelconque est accompagnée 
de sensation dans les parties auxquelles cette branche se rend. 

Il semble donc être indifférent que les fibres primitives 
soient irritées, dans les troncs eux-mêmes, où elles se trouvent 
encore annexées les unes aux autres , dans les branches où 
elles se sont partagées en faisceaux, enfin dans les parties ex- 
térieures , où elles sont compléleraenl isolées. Quand la peau 
vient à être irritée par des piqûres d'épingle ou par une mou- 
che qui court à sa surface , les extrémités des fibres primiii- 
ves éprouvent une irritation , et nous avons la sensation de 
coups d'épingles ou d'une mouche qui marche ; si , au con- 
traire , on comprime les masses des fibres primitives dans 



l66 DE LA MÉCANIQUE 

une pptite branche du doigt, une sensation de picotement et 
de rourmillement a lieu dans la peau de doigt ; si Ton com- 
prime un tronc entier, on éprouve cette même sensation dans 
la peau à laquelle aljoulissenl les dernières exlrémilés des 
libres primitives du tronc. Qu'une pression subite et forte 
s'e\erce sur un tronc nerveux , par exemple sur le nerf cu- 
bital, ou sur tout autre à la face interne du bras , la sensation 
ressemble à celle d'une commotion électrique, dans toutes les 
fibres que le tronc embrasse ; mais cette sensation, au lieu de 
se manifester dans l'endroit où l'on agit sur le nerf , semble 
avoir lieu là^où les fibres primitives du tronc nerveux se ter- 
minent dans la peau des doigts et de la main , dans les mus- 
cles de l'avanl-bras. Ici se rangent encore les phénomènes 
qui accompagnent la section des nerfs, chez l'homme, dans les 
amputations. Au moment de cette section, les douleurs les plus 
vives se font sentir en apparence dans les parties dont on pra- 
tique l'ablation et auxquelles se distribuent les nerfs dont 
l'instrument accomplit la division. C'est un fait constant , et 
qui m'a été attesté par Fricke , l'habile directeur du service 
chirurgical de l'hôpital de Hambourg. Comme chaque fibre 
primitive, dans toute son étendue, depuis le cerveau jusqu'à la 
peau, à travers le tronc et les branches, ne tient au premier de 
ces organes que par un seul point, c'est-à-dire par son extré- 
mité , il paraît tout naturel qu'elle éprouve les mômes sensations 
quand elle vient à être affectée , soit à sa partie inférieure, 
dans la peau , soit à son milieu , dans le tronc ; car toutes les 
sensations qui ont lieu sur sa longueur entière ne peuvent se 
communiquer qu'en un seul point au cerveau ou à l'organe 
de la conscience. D'après cela, toutes les fibres primitives d'un 
nerf, qu'elles soient longues ou courtes , paraissent ne repré- 
senter jamais chacune, dans le cerveau, qu'un seul point, qui 
apporte toujours la même sensation à la conscience, soit que 
la fibre ait été affectée à la peau, soit qu'elle Tait été sur le 
trajet du tronc. Si, Igrsque les fibres nerveuses sont irritées eu 



DES NERFS SENSITIFS. 167 

des points divers de leur longueur, il nous semble constam- 
ment que la sensation ait lieu à la peau , c'est parce que d'or- 
dinaire CCS sensations ont lieu quand la peau ou Textrémilé cu- 
tanée des fibres primitives éprouve une afiection quelconque. 
Quelque rigoureuses que soient ces conclusions , déduites 
des faits exposés jusqu'ici, nous allons voir que la théorie des 
sensations est assez loin encore d'une démonstration complète. 
VI. Quoique la sensation semble ai>oir lieu dans les parties 
externes^ lorsqii'on coviprimeun tronc nerveux^ cependant une 
forte compression de ce dernier paraît être sentie en même 
temps dans le lieu où elle s'exerce. 

On fait quelquefois cette remarque sur soi-même, lorsqu'on 
se donne un coup sur le nerf cubital ; mais on peut la répéter 
sans qu'il soit besoin de recourir à la violence. Que l'on com- 
prime le nerf cubital au dessus du condyle interne de Thumé- 
rus, en le pressant de plus en plus contre l'os , sans lui per- 
mettre de s'échapper; tout le bras, au dessus du point com- 
primé, devient douloureux jusqu'à l'extrémité des branches 
du nerf, mais on ressent en même temps sur ce point une 
vive douleur, qui ne provient pas seulement de la sensibilité 
des parties environnantes , et qui a son siège dans le tronc 
nerveux. Si l'on jugeait d'après l'analogie avec les phénomè- 
nes qui précèdent et ceux dont j'aurai plus tard à parler, cet 
effet ne devrait point avoir lieu. Il semble donc y avoir encore 
ici quelque chose d'énigmalique, qui a de Tiraportance pour 
la ihéoi'ie des sensations. Un phénomène à peu près sembla- 
ble s'observe dans les névromes. Les symptômes caractéris- 
tiques de ces tumeurs des nerfs sont bien des douleurs d'une 
vivacité extrême dans toutes les parties auxquelles le nert se 
rend, par exemple à la main et aux deuK derniers doigts dans 
les névromes du nerf cubital au bras, et d'effroyables douleurs 
dans les mêmes parties au moment où l'on pratique la section 
du nerf malade au dessus de la tumeur, comme j'ai pu m'en 
convaincre moi-même dans une opération de ce genre exécu- 



l68 DE LA MÉCANIQUE 

tée par Wulzer, à la clinique chirurgicale de Berlin (1). Mais 
le névron»e a coutume d'être lui-même irès-sensible et très- 
donloureux. 

A ces faits de nerfs qni , par suite d'une affection dévelop- 
pée sur Uni- trajet, donnent lieu à des sensations non seule- 
ment duns les parties aux(|uelles se rendent leurs branches, 
mais encore dans leur propre tronc, il faut joindre un phéno- 
mène analojjue que présente la moelle épinière. Lorsque cet 
organe devient malade, les douleurs se font généralement sen- 
tir dans toutes les parties périphériques situées au dessous du 
point affecté ; mais, parfois aussi , quoique rarement , comme 
dans la névralgie dorsale, le sujet en ressent sur la ligne mé- 
diane du dos. 

Les chirurgiens n'ont malheureusement pas assez profité 
des magnifiques occasions qui se présentent à eux de faire 
des observations sur les phénomènes dont la section des nerfs 
est accompagnée. S'ils avaient attaché à la physiologie un in- 
térêt plus général que celui qui ressort de l'étude du travail 
de l'inflammation , ils auraient pu nous doter de remarques 
d'une grande importance pour la physique du système ner- 
veux. On aurait dû croire que les plus importans problèmes 
de la physiologie se seraient présentés d'eux-mêmes à l'es- 
prit de ceux qui portent à l'organisation de l'homme une at- 
teinte aussi profonde que celle de l'amputation d'un membre 
ou de la section d'un nerf. 

La propagation des douleurs névralgiques suivant le trajet 
des nerfs semble également être en contradiction avec la 
théorie précédente des sensations. Cependant il faut remar- 

(1) Comp. Aronssohn , Oherv. sur les tumeurs dcuclnppécs dans les 
nerfs , Strasbourg, 4S22, p. 9. — V.-ll.Descot, Disscrlation sur les affec- 
tions locales des nerfs, Paris, 1825, in-8. — J. Swan, j4 treatise on di- 
seuses and injuries of the nerves, Loiidoii , 1S34 , in-8. — A. -A. Velpeau, 
Nouveaux élémens do médecino opératoire , 2= édit., Paiis, 1839, l. III , 
pag. 101 et suiv. 



DES NERFS SENSITIFS. \6ç) 

quer que ces sortes de douleurs ne suivent pas toujours le 
cours des nerfs. Dans plusieurs cas de névralgies pures, que 
j'ai observés avec soin à Berlin , les douleurs ne se manisles- 
taient pas conformément à la distribution anatomique du nerf. 
J'ai vu, par exemple, une névralgie de la face, qui commen- 
çait au vertex , traversait Torbite , et venait finir à la joue. 
Dans un autre cas , on pouvait soupçonner le nerf cubital , 
tout aussi bien que le nerf radial , et cependant ni l'un ni 
l'autre ne convenait parfaitement aux phénomènes morbides. 
J'ai également rencontré une névralgie crurale, que le mé- 
decin pouvait regarder comme une sciatique , en se laissant 
aller aux idées ordinaires , mais qui n'en était certainement 
pas une aux yeux de l'anatomiste. D'un autre côté , j'ai vu 
une névralgie des nerfs facial et lingual, dans laquelle It^s 
douleurs semblaient , sinon d'une manière constante, du moins 
fréquemment , prendre naissance au dessous de l'oreille, et se 
répandre en rayonnant dans la face : il leur arrivait souvent 
de marcher en sens inverse de la distribution anatomique, et 
de se jeter de la face sur la langue. En pareil cas, les névral- 
gies élèvent une objection contre la théorie précédente des 
sensations , mais les faits suivans forment uue nouvelle série 
d'argumens en faveur de cette théorie. 

YII. Lorsque le sentimctit est complètement paralysé, dans 
les parties extérieures , par le [ail de la compression ou d'une 
section^ le tronc du nerf peut encore^ dès qu'il vient à elre 
irrite^ éproui'er des sensations^ qui semblent avoir lieu dans les 
parties extérieures auxquelles il aboutissait. 

On sait qu'il y a des paralyses dans lesquelles les membres 
sont absolument insensibles aux irritations extérieures, bien 
que les douleurs les plus aiguës se fassent sentir dans les par- 
ties ainsi privées de toute sensibilité pour les stimulations qui 
viennent du dehors. On peut piquer ces membres, les inciser, 
les frapper, sans que le sujet sente rien , et cependant les 
douleurs qu'y font naître des causes internes sont quehpu'fois 



l^JO DE LAl mécanique 

très-vives. Dans l'état grossier où lu piiysiologie du système 
nerveux a langui jusqu'ici , ce phénomène constituait une 
éni{}me inexplicable. Je l'ai observé à Bonn , chez un homme 
qui avait les extrémités inférieures entièrement paralysées , 
tant sous le rapport du sentiment que sous celui du mouve- 
ment ; de temps en temps les muscles étaient pris de convul- 
sions, qui s'accompagnaient de violentes douleurs, sans que 
la sensibilité pour les stimulations du dehors reparût. Lorsque 
les parties extérieures des nerfs sont paralysées , l'irritation 
des troncs peut encore déterminer les plus violentes douleurs, 
qui semblent alors avoir leur siège dans les parties extérieures, 
ce qu'on a désigné sous le nom d'anœsthésie douloureuse. On 
s'aperçoit sans peine que les paralysies douloureuses du sen- 
timent doivent principalement être celles dans lesquelles les 
parties périphériques des nerfs sont paralysées , tandis que 
leurs troncs et leurs origines n'ont éprouvé aucune lésion , 
c'est à-dire celles qui consistent en une paralysie purement lo- 
cale des nerfs, sans nulle altération du cerveau et de la moelle 
épinière, comme dans les paralysies locales qui doivent nais- 
sance à une aflèction rhumatismale ou arthritique , et celles 
qui proviennent ou d'une compression subie par les nerfs, 
ou de tumeurs développées sur leur trajet. Earle (1) rapporte 
un cas de paralysie du bras causée par une fracture de la 
clavicule ; les doigts et le bras entier étaient insensibles aux 
impressions du dehors , et cependant, lorsque le malade es- 
sayait de remuer son membre , quelquefois même dans l'état 
de repos absolu , il éprouvait de violentes douleurs au bout 
des doigts. 

Ici se range encore un fait constaté par d'innombrables 
observations , savoir que la section des nerfs n'est générale- 
ment d'aucune utilité dans les névralgies, et qu'on voit sou- 
vent revenir les douleurs avec tout autant dlntensité qu'aupa- 

(1) Philos, Truns., t. VU, p. 173. 



DES NEBFS SENSITIFS. I7I 

ravant , malgré l'opération, et quoiqu'on ait même excisé une 
certaine étendue du tronc nerveux. En effet, quand le tronc 
du nerf est la cause de la douleur, la section ne saurait servir 
à rien , puisque les irritations du moignon , qui demeure en 
communication avec le cerveau , et dans l'intérieur duquel se 
trouvent encore toutes les fibres primitives qui allaient se 
déployer à la peau , déterminent en apparence dans les par- 
ties extérieures , les mêmes sensations que si ces dernières 
étaient affectées elles-mêmes. La section et l'excision d'une 
portion du nerf ne sont utiles que rarement, et l'on comprend 
que ce doit être seulement lorsque la cause des douleurs 
névralgiques a son siège dans les branches , et non dans le 
tronc. 

A-insi la section d'un nerf ne supprime que la possibilité 
de sentir les impressions du dehors avec l'extrémité cutanée 
des fibres nerveuses, parce que ces impressions ne peuvent 
plus alors être transmises au cerveau. Mais des sensaiiims 
absolument semblables à celles qui sont déterminées par les 
impressions extérieures , se développent , sous l'influence de 
toute cause intérieure quelconque, pourvu seulement que les 
fibres primitives du tronc communiquent encore avec le cor- 
veau ou la moelle épinière. 

Lorsqu'un nerf vient à être coupé, par exemple au doigt, 
une douleur se manifeste, durant la période de l'inflammation 
traumaiique, dans la portion paralysée du doigt, qui a perdu 
toute faculté de sentir les irritations extérieures. La sensation 
de douleur disparaît avec le travail phlegmasique, et dès ce 
moment la partie est redevenue complètement insensible. 
Sous cerappport, une observation que Gruithuisen a eu l'occa- 
sion défaire sur lui-même présente un intérêt tout particulier; 
à la suite d'une blessure dans laquelle le nerf coUaiéral dorsal 
du pouce avait été coupé, le côté externe de ce doigt l'ut 
frappé d'insensibilité jusqu'au dessous de l'ongle : à l'époque 
de l'inflammation, la peau qui le couvrait devint très-doulou- 



172 DE LA MECANIQUE 

reuse ; mais les douleurs disparurent au bout de huit jours, 
quand la cicatrisation fut achevée , et il ne resta depuis lors 
qu'une impossibilité absolue de percevoir les impressions ex- 
térieures; plus tard, lorsqu'on frappait sur la cicatrice, des 
picotemens se faisaient sentir au dessous de l'ongle. 

Éverard Home rapporte un cas de prosopaljjie dans la- 
quelle, après qu'on eut coupé le nerf, la plaie ne put se réu- 
nir par première intention ; tant qu'elle demeura ouverte, 
l'état inflammatoire de l'extrémité du nerf occasiona au ma- 
lade des accès semblables à ceux qu'il avait éprouvés avant 
l'opération ; mais, après la cicatrisation, il ne reparut plus de 
ces accès. 

Les phénomènes de l'engourdissement des membres par 
une compression exercée sur les nerfs, sont du même genre 
que ceux qui précèdent, et les expliquent. La compression 
empêche la transmission des extrémités périphériques au cer- 
veau ; mais elle affecte aussi la portion centrale du nerf, d'où 
le fourmillement dans le membre , qui perd également la 
faculté de sentir les impressions du dehors. 

Une sensation de fourmillement, qui semble avoir son siège 
dans des parties extérieures, se manifeste fréquemment aussi 
lorsque les origines des nerfs, soit au cerveau, soit à la moelle 
épinière, ou ces organes eux-mêmes, sont aflectés. Quand elle 
a lieu dans un membre, on ne peut pas savoir si la cause en 
est à la peau, sur le trajet du tronc nerveux, ou à l'origine des 
fibres. Souvent celte cause réside à la moelle épinière. Pres- 
que toutes les maladies de la moelle épinière ont pour symp- 
tôme un fourmillement, qui semble avoir lieu à la peau, qui, 
dans le cas de paraplégie, s'étend fréquemment à toutes les 
parties dont les nerfs naissent au dessous du point lésé, et qui, 
dans la phthisie dorsale, a lieu , non pas sur la ligne média- 
live, mais par tout le corps, à la peau (1). 

[i) Je ne connais aucune oI)servation de fourmillement qui se soit fait 
sentir dans des mentbranes muqueuses. 



DES NERFS SENSITIFS. 1^5 

On voit, d'après les détails précédens, que l'espèce de 
fourmillement qui précède les accès d'épilepsie, et qui porte le 
nom d'aura epiieptica (1), a sa cause et son siège dans la moelle 
épinière ou le cerveau, bien que le malade croye ne l'éprouver 
que dans les parties extérieures. C'est la première annonce 
des affections rachidiennes ou cérébrales qui vont bientôt 
éclater. Si l'on parvient quelquefois à prévenir l'accès par 
l'application d'une ligature serrée autour du membre dans 
lequel se fait sentir Vaura, ce n'est pas parce qu'on s'oppose 
ainsi à la propagation d'un état morbide, mais parce que la 
ligature détermine une forte impression dans le sensorium. 
Cependant il faut remarquer que, dans les épilepsies causées 
par des tumeurs sur le trajet des nerfs, la ligature du membre 
empêche réellement l'irritation de se transmettre à la moelle 
épinière. 

En s'appliquant un tourniquet autour du bras, au dessus 
de l'articulation du coude, on peut faire naître le sentiment 
de l'engourdissement dans toutes les parties de la main, et 
même finir par les rendre insensibles.il survient d'abord des 
picotemens , puis de l'engourdissement et un sentiment de 
froid, auquel succède un commencement d'insensibilité pour 
les stimulations extérieures ; qu'on vienne alors à irriter les 
troncs nerveux, en les serrant au bras ou à l'aisselle, on 
éprouve dans la main la sensation d'une commotion éleclriiiue, 
avec tout autant de netteté que si ses nerfs et ceux de l'avant- 
bras n'étaient point engourdis. 

VIII. Lorsque le membre dans lequel se répand un tronc 
nerveux , o été enlevé par une amputation , ce tronc , attendu 
qu'il renferme l'ensemble de toutes les fibres primitives raccour- 
cies, peut avoir les mêmes sensations que si le membre am- 
puté existait encore , et cet état persiste pendant toute la vie. 
Aucun chirurgien n'ignore que les amputés éprouvent les 

(1) Esquirol , Dos vialadies mentales , Paris , 1838, t. I , p. 274. 



in^ DE LA MÉCANIQUE 

mêmes sensations que s'ils avaient encore le membre dont on 
les a privés. Il n'en est jamais autrement. On a coutume de 
dire que lillusion dure quelque temps, jusqu'à ce que, la 
plaie étant cicatrisée, le malade cesse de recevoir les soins 
de l'homme de l'art. Mais la vérité est que ces illusions 
persistent toujours , et] qu'elles conservent la même inten- 
sité pendant toute la vie ; on peut s'en convaincre par des 
questions adressées aux amputés locg-temps après qu'ils ont 
subi l'opération. C'est à l'époque de l'iaflammation du moi- 
gnon et des troncs nerveux qu'elles sont les plus vives; les 
malades accusent alors de très-fortes douleurs dans tout le 
membre qu'ils ont perdu. Après la giiérison , le sujet conserve 
les sensations qu'un membre sain procure aux autres hommes, 
et fréquemment il reste , pendant toute la vie , un sentiment 
de formication, ou même de douleur , ayant en apparence 
son siège dans les parties extérieures, qui n'existent cepen- 
dant plus. Ces sensations ne sont pas vagues; car l'amputé 
sent les douleurs ou le fourmillement dans tel ou tel orteil, 
à la planle ou sur le dos du pied, à la peau, etc. L'explica- 
tion que les idéalistes donnent du phénomène , en ayant re- 
cours à l'imagination , est ridicule. Les physiologistes l'ont 
considéré pendant long-temps comme une curiosité. Mais je 
me suis bien convaincu, par des recherches suivies, que le 
sentiment dont il s'agit ne se perd jamais entièrement. Les 
amputés finissent par s'y habituer à tel point qu'ils ne s'en 
aperçoivent plus; cependant, dès qu'ils y font attention, ils 
le voient aussitôt reparaître , et souvent ils sentent d'une ma- 
nière très-distincte leurs orteils , leurs doigts, la plante du 
pied, la main. Le sentiment devient beaucoup plus vif encore 
lorsqu'on applique une bande ou un tourniquet autour du 
moignon , ou quand on lui fait subir une compression du genre 
de celles qui amènent l'engourdissement d'un membre ; alors 
la formication s'établit sur-le-champ ; l'amputé éprouve des 
fourmillemens dans la main , dans le pied , dans le membre 



DES NERFS SEXSITIFS. 1-5 

entier, avec tout autant de netteté que si ces parties exis- 
taient encore. Aussi les personnes qui ont subi ane amputa- 
tion n'éprouvent-elles jamais plus vivement le sentiment 
du membre perdu que quand une autre cause oblige de re- 
courir plus tard à l'application du tourniquet. 

Si, avant de se soumettre à l'amputation , le sujet était por- 
teur dun mal local douloureux, l'opération n"empéche pas 
qu'ensuite il sente douloureusement sa jambe entière , et 
c'est encore la jambe entière , du moins en apparence , qui 
lui cause de la douleur , après la section du nerf , lorsque le 
moignon s'enflamme. 

Je ne parle point des rêves que font les amputés , ni du vif 
sentiment de tout leur membre qu'ils croient épronver lors- 
que le moignon vient à être comprimé dans telle ou telle atti- 
tude , car ce sentiment ne s'éteint en eux qu'avec la vie. 
^ Voici quelques exemples, que je crois convenable de rap- 
porter : 

1° Une femme, atteinte d'une paralysie du sentiment au bras 
gauche , éprouva une fracture de ce membre , qui tomba en 
gangrène , et dont il fallut pratiquer l'amputation. Celle-ci ne 
fut nullement sentie. Mais il paraît que la section du nerf 
ranima le sentiment dans son tronc -. car , dès la première 
nuit, la malade se plaignit d'éprouver des douleurs dans les 
doigts. 

2' Un homme eut la cuisse amputée au premier tiers , 
pour cause de carie ; aussitôt après l'opération il éprouva 
le même sentiment que' s'il eût eu encore sa jambe , et 
le leudemain il se plaignit vivement de douleurs dans ce 
membre, jusqu'aux orteils. Le même jour, on coupa le bras à 
un autre malade , qui se plaignit également après de douleurs 
dans la main et dans tout le bras. J'ai revu le premier de ces 
deux hommes au bout de douze années; il éprouvait encore 
le même sentiment que s'il eût possédé les orteils et la plante 
du pied, et celle-ci lui causait de temps en temps des doa- 



l'jG DE LA MÉCANIQUE 

Ifiursqui n'existent plus aujourd'hui. Le moignon s'enj^^ourdit 
quelquefois quand le sujet est couché , et alors il survient 
dans les orteils des founnillemens, qui jadis se reproduisaient 
assez fréquemment. J'appliquai un tourniquet sur le moi^rnon, 
de manière à comprimer ce qui restait du nerf sciaiique ; 
l'homme me dit aussitôt que sa jambe s'engourdissait, et qu'il 
distinguait parfaitement bien lesfourmillemens dans les orteils, 

3° Un jeune homme fut amputé au bras, par suite d'une ma- 
ladie de l'articulation du coude. Tant que je pus le suivre, il 
conserva le sentiment du bras qu'il avait perdu. 

4° Un homme a le bras amputé depuis treize ans. Les sen- 
sations dans les doigts n'ont jamais cessé chez lui. Il croit 
toujours sentir sa main dans une situation courbée. Des picote- 
mens apparens dans les doigts ont lieu , surtout lorsque le 
moignon appuie sur un corps , et que les troncs des nerfs du 
bras viennent à être comprimés. J'exerçai une compression 
sur les troncs de ces nerfs ; à l'instant même survint un senti- 
ment d'engourdissement, que le sujet disait éprouver dans tout 
le bras jusqu'aux doigts. 

5° Un homme qui avait eu le bras coupé depuis douze ans, 
éprouvait de temps en temps des fourmillemens qui lui sem- 
blaient avoir lieu dans les doigts , et qui survenaient surtout 
lorsqu'il s'appuyait sur son moignon. 

6° Vir quidam, cui pes sinisier, et ctlter eut brachium sinis- 
trum amputatum erat, dicebant amho, aller pos ebd. 14, alier 
17, se per operalionemnihil comniodi nactos esse; alter quere- 
batur de dolore vehementi pedis et alter brachii , cum tamen 
non tam maie eos habuisset quant inprimis hehdomadibus post 
factam operalionein ^ et utcrque non per hebdomades y scd per 
menses, hosce sensus huj us fallacis diîninutionem habuere fate- 
tebatur (1). 

7° Nunc temporis, ctiam ibiversatur jiiçenis^ cuiante novem 

(1) Lemos, Diss. quœ dolorein viomhri amputati remanentem arplicat, 
Halle, 1798, p. 33. 



DBS NERFS SENSITIFS. l^-J 

mentes hrachium sinistrum demtum\est. In hoc eadem sensatio 
suh quinto et sexto mense post operationem decessit, sed mense 
octavo aliquot dies^ ubi vehementior esse cœpit, hahuit ^ ut in- 
terdiu tantum ope ocuîi , et nocte ope manus alterius jacturœ 
hujusse convincere posset (1), L'auteur explique le fait d'une 
manière qui n'est nullement satisfaisante , par une prétendue 
association des deux membres , qui elle-même aurait besoin 
d'explication. 

8° Un homme , qui avait eu le bras droit écrasé par un 
boulet de canon , et ensuite amputé , éprouvait encore , vingt 
années après, des douleurs rhumatismales bien prononcées 
dans ce membre, toutes les fois que le temps changeait. Pen- 
dant les accès, le bras qu'il avait perdu depuis si long-temps 
lui paraissait sensible à l'impression du moindre courant 
d'air. Il m'assura d'une manière positive que la sensation 
physiologique et purement subjective de ce membre n'avait 
jamais cessé. 

9° Un homme à qui l'on avait amputé la main, y ressentait 
encore , sept ans après , des douleurs , qui ne cessèrent qu'à 
la mort (2). 

IX. De même que la situation reîatit^e des fibres primitives 
dans le lieu de leur origine au cerveau et à la moelle épinière , 
où elles déterminent des sensations^ ne suhit aucun changement 
lorsque leur situation relatiç>e à leurs extrémités périphériques 
change , de même les sensations d'emplacement que procurent 
ces fibres dépendent de l'ordre dans lequel celles-ci naissent et 
non de la situation relative qu'affecte leur extrémité périphérique. 
La preuve de ce théorème est fournie par les phénomènes 
qui ont lieu quand l'art change la situation des extrémités 
périphériques , comme il arrive , par exemple , dans la trans- 

(1) Ihid., p. 33. 

(2) Klein, dans le Journal de Graefe , t. Ill, p. 408. — Comp., sur les 
sensations des amputés, Valentin , dans IIecker's Annalen. dS3G, t, III, 
p. 291. — Repcrtorium fuer Anatomie, 4836, p, 328; 

1. la 



1^8 DE LA. MÉCANIQUE 

plantûtioa de lambeaux cutanés. Lorsque , dans une'opéra- 
tion de rhinoplastie , on retourne un lambeau de la peau du 
front taillé à la racine du nez, et qu'on l'accolle au moignon 
de ce dernier, tant que le pont n'a point été coupé, le nez 
factice conserve les mêmes sensations que celles qu'on éprouve 
quand la peau du front est mise en rapport avec un stimulant 
quelconque, c'est-à-dire que l'individu sent au front lesaitou- 
chemens qu'on exerce sur le nez. C'est là un phénomène bien 
connu des chirurgiens, et dont Lisfranc a fait le premier l'ob- 
servation (1). Mais ce phénomène, comme on le conçoit bien, 
ne dure qu'aussi long-temps que subsiste la communication 
des fibres nerveuses, à la racine du nez, entre le front et le 
nez de fabrique. Après la section du pont , l'illusion cesse , 
et le nouveau nez devient insensible ; il paraît s'y dévelop- 
per plus tard un peu de sensibilité , mais qui demeure toujours 
très-faible. 

Un autre phénomène, en tout semblable, et qui se prête à 
la même explication, est le suivant: Lorsqu'on croise l'un 
sur l'autre le doigt indicateur et le médius d'une main, et 
que l'on fait rouler une petite boule entre les deux côtés de 
ces doigts qui se correspondent maintenant , mais qui, dans 
l'état ordinaire des choses , sont opposés l'un à l'autre , on 
croit sentir deux boules. Quand on touche une petite boule 
avec deux doigts qui conservent leur situation respective or- 
dinaire , ce n'est point, à proprement parler, une boule que 
l'on sent, mais deux convexités, que l'esprit réunit et com- 
bine en une sphère , parce qu'il se représente que deux seg- 
mens de sphère situés l'un à côté de l'autre et tournant 
leurs convexités en sens inverse, appartiennent à une même 
sphère. Si maintenant on croise les doigts , de manière que 
leurs deux faces externes opposées deviennent internes et se 
regardent , les sensations des fibres conservent leur situation 

(i) Mémoires do VAcai. royale de médec^'Saxts, 1S33, t. II, p. 145. 



DES NERFS SEN9ITIF8. }ng 

relative par rapport îiu'cerveau, comme s'il n'y avait pas de croi- 
sement, c'est-à-dire que la sensation delà convexité d'un seg- 
Fig. i. jjjgjjt jjg sphère (fig. 4) en a; est transportée au côté 
^'X\^ opposé enj-, et que celle en ^' l'est égalementen y \ 
A Eu égard à leur contenu, les sensations éprouvées 
en a^ et en y ne subissent aucun Changement, non 



A 



r'\ 



plus que celles en x' et en 1/ ^ mais, après la trans- 
position , les impressions ne sont plus celles de 
^J^ ^\_/ deux convexités tournées en sens inverses l'une de 
l'autre ; ce sont celles de deux convexités tournées l'une vers 
l'autre. Or, en les complétant, l'esprit doit concevoir l'idée de 
deux sphères , parce que deux convexités qui se regardent ne 
sauraientapparlenir à une seule et même sphère, tandis qu'elles 
peuvent très -bien appartenir à deux sphères distinctes. J'aj 
présenté, dès 4826, cette explication du phénomène, dans un 
ouvrage où d'ailleurs on trouve déjà indiqués les premiers 
élémens de la partie mécanique de la physique des nerfs (1). 
Arislole l'avait déjà rencontrée, à peu près (2). 

II. Sensations] associées. 

Il arrive quelquefois qu'une sensation en excite une autre, 
ou que les sensations se propagent , d'une manière morbide , 
au-delà des parties affectées. Ce phénomène, auquel je donne 
le nom d'association de sensations, n'est pas rare dans l'état 
de santé. L'impression d'une vive lumière détermine un pru- 
rit dans le nez , et le chatouillement exercé sur un point très- 
borné donne lieu à des sensations fort étendues. Il faut égale- 
lement rapporter ici les sensations étendues qui résultent de 
la stimulation des parties génitales externes dans l'acte du 
cuit , les secousses que détermine une détonnation qui éclate 
inopinément auprès de nous, les frissonnemens qu'on éprouve 

(1) Physiologie des Gesichtssinnes, Leipzick, 4826 , p. 84. 

(2) Dans son Traité des songes, chap. 2. 



l8o DE LA MÉCANIQUE 

en entendant certains sons , comme par exemple celui du verre 
(jue quelqu'un raie, et les sensalionsqui surviennent lorsqu'on 
rencontre une substance sablonneuse sous la dent. Cette 
même classe renferme encore un bien plus {^rand nombre de 
phénomènes pathologiques , tels que l'extension du mal de 
dent à la face entière , et celle des douleurs d'un doigt ma- 
lade aux autres doigts , à la main , au bras, sans qu'on puisse 
admettre une communication matériellle de la cause morbifi- 
que. Les irradiations acquièrent surtout beaucoup d'étendue 
lorsqu'une tumeur nerveuse occasione des sensations doulou- 
reuses très-vives, qui ne tardent pas à se manifester aussi 
dans les parties environnantes, ou même dans des parties 
éloignées , comme le prouve un cas rapporté par un journal 
anglais (1) , où , à la suite d'une amputation , une tumeur du 
nerf sciatique, adhérente à l'os et à la cicatrice , rendait fort 
douloureuse la peau du moignon entier , et parfois même des 
parties éloignées, telles que les tégumens du bas-ventre, sans 
qu'il y eîit d'ailleurs aucun symptôme inflammatoire ; ces sen- 
sations insolites disparurent après une seconde amputation. Il 
suftit de se faire une brûlure forte et un peu prolongée pour 
acquérir la conviction que des sensations accessoires nais- 
sent alors dans les fibres nerveuses voisines, auxquelles 
la cause provocatrice ne s'étend cependant point elle- 
même. 

Ces sensations concomitantes seraient fort incommodes dans 
l'état de santé. Aussi la nature les a-t-elle prévenues en iso- 
lant les fibres des nerfs; car, si les fibres de dix points diffé- 
rens de la peau se réunissaient en une seule avant d'arriver 
au cerveau , celui-ci ne pourrait non plus avoir qu'une seule 
sensation de dix points dilTérens de la peau, qu'il percevrait 
comme étant tous dans le même lieu, et si les fibres nerveuses 
primitives d'un point se confondaient avec celles de neuf au- 

(1) Condon 7Hedical Gazette, iSii: •. 



DES NERFS SENSITIFS. l8l 

très points qui allassent chacun isolément à rencéphale , il 
suffirait , dans l'état de santé , qu'un seul point de la peau fût 
irrité , pour que neuf autres sensations d'autres parties par- 
vinssent en même temps à la conscience. Ceci n'a pas lieu, en 
général , chez l'homme qui se porte bien , et ne peut pas non 
plus arriver, parce que les fibres primitives des nerfs demeu- 
rent isolées dans tout leur trajet jusqu'au cerveau. Quelle 
explication doit-on donc donner du phénomène exceptionnel 
des sensations associées? Comme il n'est aucun point de la 
peau où Ton puisse exciter des sensations concomitantes 
autrement qu'en y provoquant une sensation très-vive, le 
phénomène ne saurait être altribuéà une union qui, par excep- 
tion, aurait lieu , dans quelques nerfs, entre les fibres pri- 
mitives. Il faut que l'explication soit susceptible de s'appli- 
quer à tous les nerfs de sentiment. On ne saurait non plus 
rendre raison de l'irradiation de la sensation par l'admission 
d'anastomoses plexiformes des fibres primitives à leurs extré- 
mités périphériques dans la peau ; car elle a lieu aussi dans 
la rétine, où de telles anastomoses n'existent point. On peut 
expliquer le phénomène de deux manières : 

1° La première explication repose sur les propriétés dont 
jouissent les ganglions des nerfs sensitifs, et qui ont été expo- 
sées précédemment. On sait que tous les nerfs sensitifs pro- 
prement dits ont un ganglion à leur racine, lleil (1) comparait 
les ganglions du grand sympathique à des demi-conducteurs, 
qui n'amènent pas les impressions faibles au cerveau, maisqui, 
à l'iustar des demi-conducteurs de l'électricité, au travers des- 
quels passe le fluide électrique accumulé en grande quantité, 
y font parvenir les irritations très-vives , et qui ne permettent 
non plus qu'avec des restrictions l'influence du cerveau et de 
la moelle épinière sur le grand sympathique. On pourrait ap- 
pliquer aussi cette hypothèse aux ganglions des nerfs de sen- 

(1) Archiv f'uer Physioloyie , t. VII. 



l8a DE LA MéCANIQUE 

limont : on pourrait dire que la masse {prise , à travers la- 
quelle les libres primitives passent sans névrilème, est une 
sorte de demi-conducleur incapable de propager dans sa pro- 
pre substance les irritations faibles agissant sur une de ces 
fibres, et de les communiquer aux autres fibres qui traversent 
le ganglion , de manière qu'alors la sensation ne se répand ni 
à droite ni à gauche, et parcourt seulement la fibre qui en a 
été affectée ; mais , quand les sensations sont très-vives , de 
demi-conducteur qu'elle est ordinairement, cette même 
masse devient tout-à-fait conducteur, et permet à une par- 
tie du fluide nerveux de se communiquer à quelques autres 
des fibres qui traversent le ganglion , de sorte qu'en ce cas il 
y a irradiation delà sensation, sensation associée ou conco- 
mitante. 

2° La seconde explication n'a aucun égard à cette propriété 
des ganglions des nerfs sensilifs qui est en effet purement 
hypothétique et dénuée de preuve. Elle attribue l'irradiation 
de la sensation à celle de l'irritation dans la moelle épinière 
ou le cerveau même. D'après cette manière de voir, il se pas- 
serait ici un phénomène analogue à celui qui a lieu dans les 
mouvemens par réflexion , lorsque de l'impression sensitive 
communiquée à la moelle épininière part une irradiation qui 
s'étend jusqu'aux nerfs moteurs. La seule différence consiste- 
rait en ce que l'irradiation de l'impression sensitive primor- 
diale sur la moelle épinière n'aurait pas lieu dans des nerfs 
moteurs , mais dans d'autres nerfs sensilifs naissant au voisi- 
nage de ceux qui ont été affectés directement , ou que du 
moins elle ne se bornerait pas à des nerfs moteurs et s'éten- 
drait en outre à des nerfs de sentiment. 

Ce qui parle en faveur de la seconde explication, c'est l'a- 
nalogie des irradiations que les impressions sensorielles, re- 
çues par la moelle épinière, envoient jusque dans des nerfs 
de mouvement, et de plus cette circonstance qu'il y a aussi 
des nerfs sensilifs, sans ganglions, comme la rétine, qui sont 



DES NERFS SENSITIF8. l85 

susceptibles d'irradiation, de sorte que la_ première explica- 
tion est évidemment insuffisante. 

Quelle idée maintenant doit-on se faire de rexcitation se- 
condaire que d'autres fibres sensiiives ou d'autres nerfs de sen- 
timent reçoivent du cerveau et de la moelle épinière ? S'accom- 
plit-il une réflexion dont le point de départ soit au cerveau et 
à la moelle épinière ? S'établii-il, dans ces nerfs, un courant qui 
aille de leur extrémité cérébrale ourachidienne à leur extré- 
mité périphérique, et revienne ensuite de celle-ci à celle-là ; 
ou, s'il n'y a point de courans, mais seulement des oscillations 
dans le principe nerveux, un second nerf est-il mis à l'état d'os- 
cillaliun par l'oscillation du premier, que le cerveau réfléchit sur 
lui ? Très-probablement il s'opère toujours une réflexion, dont 
le point du départ est l'encéphale ou la moelle épinière, qui 
rejette en quelque sorte l'impression sur un autre nerf de sen- 
timent. Cependant, il faut remarquer que cette explication im- 
plique tacitement la possibilité, pour les courans ouïes oscilla- 
tions qui ont lieu dans les fibres sensitives, de s'elTectuer 
aussi bien du centre à la circonférence que de la circonfé- 
rence au centre» Or, nous ignorons encore si une telle condi- 
tion est réalisée, ou si les nerfs sensitifs ne sont aptes qu'à 
des mouvemens de la circonférence vers le centre. Aussi, est-il 
intéressant d'avoir un moyen d'expliquer le phénomène dans 
le cas où les nerfs de sentiment seraient privés du mouve- 
ment centrifuge, et où celui-ci n'appartiendrait qu'aux 
seuls nerfs moteurs. Comme il paraît être indifférent, pour 
une sensation, que la fibre nerveuse soit affectée à son extré- 
mité, dans son milieu, ou à son origine cérébrale ou rachi- 
dienne, puisque, dans tous ces cas, la sensation demeure la 
même, et qu'elle est toujours rapportée aux parties exté- 
rieures dans lesquelles le nerf se distribue, la simple irradia- 
tion d'une impression qui, du point où sa fibre conductrice 
aboutit dans la substance de la moelle épinière et du cerveau, 
se répand sur les origines d'autres fibres nerveuses, peut 



l84 DE LA MÉCANIQUE 

donner lieu à une extension de la sensation. Nous savons que, 
chez les personnes atteintes d'affections de la moelle épinière, 
les sensations semblent avoir lieu aussi dans les parties exté- 
rieures, que, par exemple, la myélite s'accompagne des plus 
vives douleurs dans les membres, quoique cependant les nerfs 
de ces parties ne puissent exciter aucune sensation dans le 
sens de la moelle épinière à la périphérie. Le fourmillement 
qu'on éprouve à la peau n'est souvent non plus qiiune sen- 
sation ayant sa cause dans la moelle épinière elle-même. 
Cette sensation, lorsqu'elle ne dépend pas d'une compression 
exercée sur les nerfs, est un s^mplôme presque constant de 
toutes les afl'ections de la moelle spinale, que celles-ci soient 
purement passagères, comme dans Tépilepsie, ou permanen- 
tes, comme dans la névralgie dorsale et la phihisie dorsale. 
Il est impossible même à celui qui possède des connaissances 
anatomiques d'avoir la conscience du véritable siège qu'elle 
affecte, puisque ce n'est pas le long du racbis qu'elle se ma- 
nifeste, mais dans toutes les parties auxquelles la portion ma- 
lade de la moelle envoie des nerfs. Il peut fort bien en être de 
même de l'irradiation des sensations. 

m. Mélange ou coïncidence de plusieurs sensations, 

La précision et la netteté des sensations paraissent dé- 
pendre du nombre des fibres primitives qui se répandent 
dans une partie ; plus ces fibres sont rares dans un or- 
gane, plus les impressions reçues par des parties diverses, 
mais voisines, sont obligées de n'agir que sur une seule fibre 
primitive, et plus il doit être facile de confondre les unes avec 
les autres les impressions faites sur divers points de la peau. 
E.-H. Weber(l)aréunide très-intéressantes observations sur 
le degré de netteté des sensations relativement à la distinction 
des distances dans les diverses régions du corps. Ces expé- 

(1) Annotât, anat. et physiol,, p. 44-81. 



DES NERFS SENSITIFS. l85 

riences ont été faites en touchantla peau, les yeux fermés, avec 
les branchesd'un compas dont les extrémités étaient garnies 
de liège. Weber cherchait à quel degré d'écartement de ces 
branches on pouvait juger de leur dislance. Voici les résultats 
auxquels il est arrivé. Les extrémités des troisièmes phalanges 
des doigts et le bout de la langue sont les parties qui rem- 
portent sur toutes les autres eu égard à la netteté des sensa- 
tions; elles permettent de juger d'une ouverture de compas 
qui ne dépasse point une demi-ligne. Sur le dos de la langue, 
il fallait déjà un écartement de deux lignes pour qu'il se ma- 
nifestât deux sensations distinctes et non confondues en 
une seule. Avec le bout des doigts et de la langue, Weber 
distinguait plus facilement la distance quand les deux bran- 
ches étaient disposées dans le sens longitudinal ; c'était , au 
contraire, quand il plaçait celles-ci en travers, qu'il appré- 
ciait le mieux leur écartement sur le dos de la langue, à la 
face , au cuir chevelu, au cou, au bras et à la jambe. La table 
suivante indique la finesse du toucher dans les diverses par- 
ties, d'après les dislances auxquelles il fallait placer les bran- 
ches pour obtenir deux sensations et non pas une seule. 

Bout de la langue d/2 ligne. 

Face palmaire de la troisième phalange des 

doigts 4 

Surface rouge des lèvres 2 

Face palmaire de la seconde phalange des doigts. 2 
Face dorsale de la troisième phalange des doigts. 3 

Bout du nez ♦ 3 

Face palmaire au dessus des têtes des os méta- 
carpiens : 3 

Dos de la langue à un pouce de la pointe. . . 4 

Partie non rouge des lèvres 4 

Bord de la langue à un pouce de la pointe. . . 4 

Métacarpe du pouce 4 

Bout du gros orteil !• • • ^ 



|8$ DE LA MÉCANIQUE 

Face dorsale de la seconde phalanfje des doigts. 5 

Face palmaire de la main 5 

Peau de la joue 5 

Face externe des paupières 5 

Membrane muqueuse du palais 6 

Peau delà partie antérieure de la pommette. . 7 

Face plantaire du métacarpien du {jros orteil. . 7 

Face dorsale de la première phalange des doigts. 7 

Face dorsale des têtes des os métacarpiens. . . 8 

Membrane muqueuse des gencives 9 

Peau derrière et au dessus de l'os de la pom- 
mette 10 

Partie inférieure du front 10 

Partie inférieure de l'occiput 12 

Dos de la main 14 

Col au dessous de la mâchoire 15 

Vertex 15 

A la rotule 16 

Au sacrum 18 

A l'acromion 18 

A la fesse 18 

A l'avant-bras 18 

Au genou et au pied 18 

Au dos du pied , près des orteils 18 

Au sternum. 20 

Au rachis , le long des cinq vertèbres dorsales 

supérieures 24 

Au rachis, près de l'occiput 24 

Au rachis, à la région lombaire 24 

Au rachis, dans le milieu du cou 30 

Au rachis, dans le milieu du dos 30 

Au milieu du bras 30 

Au milieu de la cuisse 30 

L'écartement des branches du compas était senti plus grand 



DES NEUFS SEN5ITIFS. 187 

en apparence par les parties clouées d'un sentiment délicat, 
que par celles qui n'avaient qu'un toucher vague. Si l'on tra- 
çait une ligne horizontale autour du thorax, et qu'on y appli- 
quât le compas, la distance était sentie plus distinctement sur 
deux points, en avant et en arrière, que dans le milieu. Posait- 
on l'instrument, à la hauteur de cette ligne, dans une direc- 
tion parallèle à l'axe longitudinal du corps , on découvrait 
quatre points où la sensation était plus nette, deux sur la li- 
gne médiane, tant en avant qu'en arrière, et deux sur les cô- 
tés. Si l'on plaçait les branches, soit en travers, soit en long, 
sur une h'gne allant du menton au pubis, la sensation était 
plus nette au menton que partout ailleurs ; elle s'affaiblissait 
au cou, redevenait plus distincte au sternum, s'obscurcissait 
à la partie supérieure du ventre , reprenait de la netteté à 
l'ombilic, et faiblissait de nouveau à la région de la symphyse 
des os pubis. Sur la ligne médiane de la partie postérieure 
du corps, elle était plus prononcée au dessous de l'occiput et 
au coccyx que partout ailleurs. Sur une ligne tirée le long 
de la partie latérale du tronc, elle avait plus de netteté à l'ais- 
selle et à l'aine (1). 

La netteté de la sensation ne dépend pas précisément de 
la présence et du nombre des papilles ; car la sensibilité du 
mamelon est obscure , et celle de la langue plus prononcée 
au bout de l'organe que sur les autres points de sa surface. 
Aussi , Weber admet-il que celte netteté tient au nombre , à 
la marche et à la terminaison des filets nerveux. Je partage 
entièrement sa manière de voir : seulement j'ajouterai que le 
plus ou moins de faciUté avec laquelle les irradiations ont 
lieu dans des points différens du cerveau et de la moelle épi- 



(1) Comparez les résultats un peu différens, auxquels Valenlin est par- 
venu sous ce rapport, un moyen d'observalions faites sur lui-même et 
sur quatre autres personnes. {De functionibus nervonim cercbralium et 
nervi sympathici, pag. 118.) 



l88 DE LA. MÉCANIQCE 

nière , prend peut-être une certaine part à la production du 
phénomène. 

C'est sur la rétine qu'à lieu la sensation la plus nette et la 
plus exquise des distances. Il est intéressant pour la mécani- 
que des sensations que le volume des {jlobules contenus dans 
cette membrane , corresponde à l'étendue du plus petit des 
points sensibles de sa surface. E.-H. Weber (1)) a trouvé que 
ses globules avaient depuis un huit-millième jusqu'à un huit- 
mille-quatre-centième de pouce de diamètre ; le plus petit angle 
sous lequel on puisse distinguer deux points est de quarante 
secondes ; Smith a calculé d'après cela que le plus petit point 
sensible de la rétine a un huit-millième de pouce de diamè- 
tre. Weber fait remarquer que quand deux impressions dif- 
férentes ont lieu à la fois sur un de ces points , elles doiveiît 
être senties comme une seule. Baumga3rtner explique par 
l'irradiation physiologique l'impossibilité de distinguer des 
objets dont l'étendue est inférieure à treize secondes (2). 

Une mixtion ou ideniification fort remarquable des sensa- 
tions a heu dans un seul cas , celui des sensations perçues 
par les deux nei fs optiques. C'est un phénomène qui ne se 
reproduit nulle part ailleurs dans Torganisme, et qui ne peut 
non plus avoir sa cause que dans des conditions spéciales de 
structure. Hors le cas des nerfs optiques, les sensations des 
nerfs sensitifs homonymes du côté droit et du côlé gauche 
ne sont jamais perçues en un même lieu par la conscience. 
Ce que la main droite sent n'est pas senti au même endroit 
que ce que sent la main gauche ; caries impressions des deux 
nerfs se placent , dans la conscience, l'une à côté de l'autre, 
et non pas l'une dans l'autre. Mais l'œil présente cette ano- 
malie, que certaines fibres de l'un des nerfs optiques n'ont 

(1) Dans son édition del'anatomie d'FIildenbrant, t. I , pag. 165. 
(1) Zeitschrift fuer Physik und verwandte fVissenschaften , t. II , 
cah. 3, pag. 236. 



DES NERFS SENSITlFS. 189 

qu'une seule sensation commune avec certaines fibres de l'au- 
tre, ce qui rend possible la vision simple avec deux yeux. A 
la vérité, quelques auteurs ont prétendu que nous ne voyons 
jamais qu'avec un seul œil , et que nous employons ces deux 
organes alternativement. Mais, pour nier l'action simultanée 
des yeux, il faut n'avoir jamais observé les doubles images 
des ol)jets qui se présentent si souvent dans un même champ 
visuel, et qui appartiennent l'une à un œil, l'autre à l'œil du 
côté opposé. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à regarder deux 
corps placés en ligne droite à quelque distance l'un de l'au- 
tre, par exemple , deux épingles ou deux doigts. Si l'on fixe 
le doigt le plus proche , en faisant coïncider sur lui les axes 
des deux yeux, on voit le doigt plus éloigné double; si l'on 
fixe celui-ci , c'est le premier qu'on aperçoit double. Eu 
fermant l'un des yeux , on reconnaît de suite que l'une des 
doubles images appartient à un des yeux , et l'autre à l'autre 
œil. 

On peut démontrer aussi par des expérience subjectives 
qu'il y a, dans les deux yeux, certaines parties des rétines ou 
des nerfs optiques qui ont des sensations identiques, et d'au- 
tres qui ont des sensations non identiques. 11 suffit, pour cela, 
de comprimer dans l'obscurité certains points latéraux de 
Vœil tenu fermé , afin de faire naître des images lumineuses 
dans la rétine. Ces images apparaissent toujours renversées. 
Presse-t-on l'œil en bas, l'image se montre en haut ; exerce- 
t-on la pression en haut, c'est vers le bas que l'image se ma- 
nifeste \ si l'on comprime à droite , elle se dessine à gauche , 
et vice versa. Maintenant , vient- on à exercer la compression 
sur le côté gauche des deux yeux , au lieu de deux images, il 
n'en apparaît qu'une seule , tandis qu'en pressant l'un des 
yeux à gauche et l'autre à droite , on aperçoit deux figures 
opposées l'une à l'autre. La pression des deux yeux en haut 
ne fait paraître qu'une seule image en bus , et celle des deux 



igo DE LÀ MÉCANIQUE 

organes en bas ne donne naissance non plus qu'à une seule 
figure en haut ; mais si l'on comprime l'un des yeux en haut 
et l'autre en bas, on voit se manifester deux images, dont l'une 
se trouve en haut et l'autre en bas. Du reste , il ne faut pas 
appuyer sur le pourtour antérieur de l'organe, parce qu'il 
D'y a point là de rétine , mais sur la partie profonde. Ces 
expériences prouvent déjà que les sensations sont identi- 
ques dans certains points des rétines des deux yeux , et diffé- 
rentes dans d'autres : les deu\ membranes médullaires doi- 
vent être conçues, dans la sensation, comme étant en quelque 
sorte superposées Tune à l'autre, de manière . que tous ceux 
de leurs points qui (l'œil supposé sphérique) correspondent 
aux mêmes degrés de longitude et de latitude, sont identi- 
ques pour la sensation, et que tous les autres se comportent 
réciproquement comme différens , de même que le font entre 
eux les divers points de la rétine d'un seul œil. Mais la dé- 
monstration peut être faite d'une manière bien plus claire en- 
core par des expériences objectives. 

Dans la figure 2 , les yeux ont 
leurs axes fixés sur le point a. 
Supposons les rétines divisées cha- 
cune en dix parties. Alors le pointa 
apparaît en 5 dans l'œil A , et aussi 
dans l'œil B: le point b apparaît , 
dans les deux yeux , à une égale dis- 
j tance de 5 vers la gauche , en 4. 
4 DoncTimage occupe, dans les deux 
yeux , l'espace 4 — 5 ; elle est vue 
simple-, les deux points sont identiques, caril y a identité entre 
1 et 1 , 2 et 2 , 3 et 3 , 4 et 4 , 5 et 5. 

Mais si l'image ne tombe pas sur des points identiques , on 
la voit double. Par exemple , que les yeux soient placés de 




Fig. 3. 




DES NERFS SENSITIFS. I9I 

manière à fixer le point a (fify. 3) ; si 
ce point est un objet , celui-ci sera 
vu simple, tandis que tout ce qui se 
trouve en avant ou en arrière de 
a produira des images doubles. 
Ainsi h , placé derrière le point a, 
projette l'image en 6 dans 1 œil A 
I et en 4 dans l'œil B. Celte image 

paraîtra donc double ; et, en effet, 
lorsque tenant deux doigts l'un 
derrière l'autre , on fixe celui qui 
y, est le plus près de soi , le plus 
\/" éloigné paraît double. L'éloigne- 
'^ ment des images doubles est la 
distance de 6 à 4 proportionnellement au champ visuel entier 
1 — 10, et le lieu est 6 et 4. Le point c, qui est placé en avant 
du point a , projette au contraire son image en 4 dans l'œil A 
et en 6 dans l'œil B. On le voit double , parce qu'il n'y a point 
identité entre 4 et 6, mais entre 4 et 4, et 6 et 6. En effet, 
c'est le doigt de devant qui paraît double quand on fixe celui 
de derrière. 

Il est donc clair que les deux sphères des yeux , divisées en 
degrés, minutes et secondes de latitude et de longitude, sont 
identiques dans tous les points de même nom, et différentes 
dans tous ceux de nom différent, et qu'on peut toujours déter- 
miner la dislance des deux images d'après l'éloignementdes 
parties affectées des deux rétines , celles-ci étant supposés 
placées l'une sur l'autre. 

Comme les nerfs optiques des deux côtés diffèrent de tous 
les autres nerfs par l'unité de la sensation dans le cas d'affec- 
tion de certaines parties, mais qu'ils ressemblent à tous les 
autres sous ce point de vue que leurs fibres primitives sont 
également distinctes et séparées d'un bout à l'autre , on se 
trouve conduit à penser que l'organisation de leurs fibres 



igi DE LA MÉCANIQCE DES NERFS SENSITIFS. 

primitives doit être dilTérente , el que celles des fibres de ces 
deux nerfs qui voyent simple ne communiquent avec le cer- 
veau que par un seul point, au lieu d'y tenir par deux. Celte 
disposition ne saurait encore être démontrée pour les fibres 
en particulier, mais elle peut l'être pour les faisceaux de 
fibres. Eu efl'et, on sait qu'à son départ du chiasmu chaque 
racine va, non pas à un seul œil , mais aux deux yeux , les 
fibres externes de l'une continuant de marcher au bord ex- 
terne du nerf optique de leur côté , tandis que les internes 
vont gagner le bord interne du nerf de l'autre côté ; de sorte 
que la partie externe de la rétine d'un œil et la partie interne 
de la rétine de l'autre sont formées par une seule des deux 
racines , ou , en d'autres termes , que les parties gauches des 
deux membranes doivent naissance aux deux branches de la 
racine gauche, et leurs parties droites aux deux branches de 
la racine droite , ce qui s'accorde parfaitement avec les faits 
connus sur la vision simple (1). 

Cette théorie de la vision simple, déjà proposée par Newton, 
a été soutenue depuis par Woliaston (2) . Mais la simple division 
d'une racine de nerf optique en deux branches destinées aux 
parties identiques des deux rétines , n'explique pas complè- 
tement le phénomène : car la partie gauche de la rétine A , 
depuis 1 jusqu'à 5 , n'est pas absolument identique avec la 
partie gauche de la rétine B, depuis 1 jusqu'à 5 : il n'y a que 
certains points de la partie gauche des deux rétines qui soient 
identiques , savoir ceux qui occupent les mêmes degrés de 
longitude et de latitude dans les deux sphères ; 1 est iden- 
tique avec 1 , 2 avec 2 , 3 avec 3 , 4 avec 4 , elc, ; mais 1 
d'un œil ne l'est point avec 5 de l'autre œil. La théorie exige 
donc , pour l'explication de la vue simple , non seulement 

(4) Consullez, pour la structure du chiasma des nerfs optiques, Moller 
yerijleichcnde Physiologie des Gesichtssinnes , p. 96^ 117-134. 

(2) Annales de chimie, 1824, seplembie. 




MOUVEMENS RI^FLÉCIIIS APRÈS DES SENSATIONS, igj 

que chaque racine se divise en deux branches , mais 
encore que chaque fibre primitive de chaque racine se par- 
tage également , dans le chiasma , en deux branches 
pour les deux nerfs optiques , de manière que les fibres 
identiques des deux nerfs ne communiquent avec le cer- 
veau que par un seul point , par une seule fibre radiculaire , 
et que, malgré la présence de deux récipiens, il puisse n'y 
Fig. 4. avoir qu'une seule impression. C'est ce qu'ex- 
plique la figure 4. Cependant les données de l'a- 
natomie ne vont pas jusque-là, et l'on n'a point 
encore démontré la division des fibres dans le 
chiasma. Quelque satisfaisante qu'on puisse trou- 
ver la solution du problème que j'ai donnée plus 
haut , et que j'ai proposée dès l'année 182G , il y a plusieurs 
circonstances qui ne se concilient pas avec la structure sup- 
posée du chiasma. Il faudrait d'abord que les racines des nerfs 
optiques fussent de moitié moins grosses que ces nerfs, ensuite 
que chaque point de la rétine fût l'extrémité d'une fibre du 
nerf optique. Si cela était , il faudrait que la partie posté- 
rieure de la rétine contînt encore, pressées les unes contrôles 
autres, toutes les fibres qui s'étalent plus en avant, et que par 
conséquent la membrane diminuât d'épaisseur d'arrière en 
avant. Enfin il faudrait qu'une lésion d'un côté du cerveau pa- 
ralysât toujours la moitié des deux yeux , tandis qu'elle en- 
traîne la perte de l'un ou de l'autre , et même constamment , 
chez les animaux , celle de l'œil opposé. 

CHAPITRE^ III. 

De la réflexion dans les mouveraens après des sensations. 

Les mouvemens qui succèdent à des sensations ont été con- 
nus de tous temps, non seulement par les physiologistes, 
mais encore par les médecins en général. La plupart des phy- 
siologistes les faisaient dépendre, avec Willis, des anaiomoses 
I. i3 



194 M0UVEMEN9 RÉFLlÈCBIS 

du nerf (jan^ïlionnaire , qui reçut m^me de là son nom de 
grand sympathique. Comparetti écrivit tojjt un livre pour ex- 
pliquer les phénomènes sympathiques morbides par les anasto- 
moses des nerfs (1). Cette théorie fut presque {jénéralement 
adoptée , et, dansées derniers temps même, on y fit servir les 
observations dont s'était af»randi le champ de Tanalomie des 
nerfs(2). Cependant quelques anciens physiologistes, tels que 
Haller, Cullen , Whytt , Monro et autres (3), s'étaient déjà 
élevés contre elle. Whytt et Cullen disaient l^s phénomènes 
produits par le concours du sensorium et par les sensations. 
Ce n'est que dans ces derniers temps qu'on les a étudiés 
d'une manière plus exacte et empiriquement. Mayo publia 
plusieurs observations importantes, qui étaient défavorables à 
l'explication des mouvemens et des sensations par le grand 
sympathique (4). Comme on sait , la lumière n'agit sur l'iris 
que par l'intermédiaire de la rétine. On avait cherché à s'en 
rendre raison par de prétendues anastomoses entre le nerf 
optique et le nerf ganglionnaire. Mais les expériences de Mayo 
sur les nerfs oculaires , sur les mouvemens de l'iris qui sont 
provoqués par le nerf oculo-musculaire commun , et non par 
le nerf optique (soumis à des tiraillemens), ne laissent d'au- 
tre parti à prendre que de recourir à l'intervention du cer- 
veau. Après avoir coupé le nerf optique dans le crâne d'un 
Pigeon, cet anatomiste parvint à déterminer encore le resser- 
rement de la pupille par des irritations exercées sur le bout 
cérébral du nerf. Mais le principe delà réflexion qui a lieu 
des nerfs sensoriels sur les nerfs mot<'urs par l'intermédiaire 
des parties centrales , n'a été appliqué d'une manière géné- 
rale à la théorie de tous les mouvemens qui succèdent à des 

(1) Occursus mcdici, Venise, 4780. 

(2) f^. TiF.DEMANN, Zcitschrift fuev Physioloçjie, t. I, 1825. 

(3) CciiKN, Institutions of Médecine, P. I. — Whytt, An essaij ontJie 
vital and other involuntary motions of animais, Edimbourg, 1751, p. 248. 

(4) Analomical and physiological commentaries^ Londres, 4823. 



APRÈS DES SENSATIONS. IQ^ 

sensations, qu'il y a un petit nombre d'années par les recher- 
ches de Marshall Hall et par les miennes, publiées en 1833 (1). 
Un nouvel écrit de Marshall Hal! (2) contient la continuation 
de ses travaux. Les faits observés par nous deux, et qui nous 
servent d'appui , ont beaucoup de rapports ensemble; mais 
nous difterons beaucoup l'un de l'autre dans la manière d'ex- 
pliquer les phénomènes. J'apporte de nouvelles preuves en 
faveur de l'ancienne hypothèse qui attribue les sensations et 
mouvemens au concours des organes centraux , et je partage 
cette opinion. Marshall Hall , au contraire , développe dans 
son dernier ouvrage un nouveau principe partiotlier, qui rend 
son explication toute différente de la mienne. Volkmann a pu- 
blié plusieurs observations importantes qui confirment en gé- 
néral les vues du physiologiste anglais et les miennes (3). Voici 
quelle est ma manière de voir, comparée à celle de Marshall 

Hall. 

Lorsque des sensations, qui sont produites par des impres- 
sions extérieures sur des nerfs sensiiifs, déterminent des mou- 
vemens dans d'autres parties , cet effet n'est jamais le résul- 
tat d'un conflit entre les fibres sensitives et les fibres motrices 
d'im nerf lui-même ; mais il dépend de ce que l'excitation sen- 
sorielle reçue par le cerveau et la moelle épiniète réagit sur 
des fibres motrices. Celte proposition , qui est de la plus 
haute importance pour la physiologie et la pathologie , exige 
une démonstration rigoureuse , que l'on peut très-bien doii- 

(1) Le Mémoire de Marshall Hall a paru dans la seconde partie des 
Transactions yhilo.iophiqnes pour l'année i833. J'avais annoncé, en 
passant , mes idées dans la première édition du premier volume de ma Phy- 
siologie, publiée au printemps de 4833 ; je les ai plus amplement dévelop- 
pées dans le second, en 1834. Cei.endant Marshall Hall avait déjà lu un tra- 
vail à ce sujet, en4832,devantla Société zoologique. La priorité lui appar- 
tient donc. Il a fait connaître et mes vues et les rapports sous lesquels 
elles diffèrent des siennes dans Lo7id. andEdimh. phil. 7nayas,,t. X, n" 58- 

(2) Mcmoirs on ihe verrous stjstem,, Londres, 1837. 

(3) Dans Muller, Archiv, d83S, 4, 



Jfili MOI VEilIENS REFLECHIS 

lier par la voie empirique , et elle explique une multitude de 
phénomènes physiologiques et pathologiques. 

Je prouverai d'abord que les fibres motrices et les fibres 
sensitivcs d'un nerf, après la réunion des deux racines, ne 
rontraclent jamais d'union ensemble, qu'elles marchent, sé- 
y arées les unesdes autres, jusqu'à leur destination respective, 
et que par conséquent il ne peut non plus y avoir le moindre 
conflit entre elles dans les cas où la sympathie nerveuse n'est 
point en jeu. 

La preuve est facile à établir. Si , après avoir pratiqué la 
section d'un%erf mixte , on en irrite le bout central, ce qui 
détermine de violentes douleurs , l'animal peut bien exprimer 
ces douleurs par des cris , par des mouvemens annonçant 
qu'il voudrait s'enfuir, etc. ; mais les muscles qui entretiennent 
des relations avec le moignon de nerf irrité ne sont point sol- 
licités par-là à entrer en' action. Il ne survient pas de convul- 
sions dans les muscles auxquels ce moignon de nerf envoie 
des branches. 

Voici comment on parvient à rendre la chose sensible. 
Comme les trois nerfs destinés au membre pelvien, chez la Gre- 
nouille , forment un plexus qui fournit à son tour deux nerfs, 
on n'a qu'à couper l'un de ces derniers, à l'isoler de toutes ses 
connexions avec des muscles, puis à exercer une irritation mé- 
canique sur le bout central. Cette action détermine une excitation 
centripète des fibres sensorielles du nerf, mais elle ne provo- 
que point de contractions dans les muscles auxquels se distri- 
buent les autres nerfs qui émanent du même plexus. On peut 
égalements' assurer, sur des Grenouilles ou autres animaux nar- 
cotisés, que les convulsions générales qui succèdent au moin- 
dre aiioiichement , n'ont lieu que par l'influence du cerveau 
et de la moelle épinière eux-mêmes ; car si l'on ampute un 
membre de la Grenouille , on a beau poser ensuite le doigt 
sur ce membre, il n'éprouve plus de convulsions. 

L'expérience est plus instructive encore quand on la fait 



APRÈS DES SEiNSATlONS. J 9';; 

sur une Salamandre terrestre. Après la section de la moelle 
ëpinière, ce repiile conserve pendant long-temps la f;icuUé de 
sentirdans toutes les parties situées au dessous de la plaie, ou, si 
l'on trouve l'expression de faculté sensitive inconvenante ici , 
la faculté de transmettre des impressions sensorielles à lu 
moelle épinière et de réagir par des convulsions. Le bout de 
la queue même est encore sensible, et la section de la moelle 
épinière porte la sensibilité au même degré d'exaltation que 
celui auquel elle arrive chez les Grenouilles narcotisées. Cha- 
que fois qu'on touche légèrement une partie séparée du corps 
de la Salamandre , elle se contracte ; mais ce phénomène in- 
téressant , qui persiste pendant des heures entières , n'a lieu 
qu'autant que la partie détachée du corps contient encore de 
la moelle épinière . de sorte qu'on ne le remarque pas dans 
les membres qui ont été coupés au devant du rachis. Je lai 
observé en 1830, lorsque je faisais avec Jordan des expérien- 
ces sur le venin des glandes cutanées de la Salamandre ter- 
restre. 

Il suit de là que les convulsions générales qui ont lieu chez 
les animaux , quand on pose le doigt sur une partie de leur 
corps, ne sont pas le résultat d'une communication entre les 
fibres sensorielles et les fibres motrices des nerfs , mais que 
la moelle épinière est l'intermédiaire entre l'excitation sen- 
sorielle ou centripète et l'excitation motrice ou centrifuge. 

Donc aussi, le phénomène de convulsions générales après 
des sensations locales est indépendant du nerf grand sympa- 
thique. Il tient à une irritation de la moelle épinière , loutn 
excitation sensorielle locale se propageant à ce cordon entier 
et au cerveau, d'où elle stimule nécessairement toutes les 
fibres motrices. Mais celle irritation est provoquée par les 
causes suivantes : 

1" Elle résulte de la simple section et d'une contusion de 
h moelle épinière chez certains animaux. Ainsi , les Tortues 
auxquelles on a coupé la tête se remuent encore chaque fois 



1()8 MOUVEMENS llÉFLÉCRIS 

(jiioii les touche ; ainsi les jeunes Oiseaux offrent le même 
phénomène pendant les premiers momens qui suivent la dé- 
capitation ; ainsi la Salamandre terrestre le présente dans 
toutes les parties de sou tronc coupé par mi;rceaux, 

2" Elle se voit pendant la premiùre période de l'empoison- 
nement par des substances narcotiques , chez les Grenouilles 
et même chez les Mammifères , qui , après avoir été empoi- 
sonnés avec de la noix vomique , entrent en convulsions aus- 
sitôt qu'on porte la main sur eux , en quelque endroit et de 
quelque manière que ce soit. Cette période de faiblesse irri- 
table précède presque toujours celle de faiblesse paralytique, 
dans les cas de narcotisaiion. 

3° D'autres causes encore, qui débilitent le cerveau et 
la moelle épinière par irritation , donnent lieu au même phé- 
nomène. Chez les personnes qui ont le système nerveux faible 
et irritable, toute sensation imprévue, bruit, attouchement, 
secousse , détermine un sursaut général. C'est ce qu'on voit 
chez les hommes dont la moelle épinière est devenue à la fois 
faible et irritable par l'abus des facultés génitales ou autre- 
ment. Ici l'on peut jeter un coup d'œil sur l'essence de l'irri- 
tation nerveuse. Toute irritation nerveuse peut amener trois 
états à la suite l'un de l'autre; d'abord une excitation , pen- 
dant laquelle les forces semblent n'avoir encore reçu aucune 
atteinte ; puis une faiblesse irritable , à mesure que l'excita- 
tion se répète ; enfin une faiblesse atonique. 

4° Une vive excitation locale d'un nerf de sentiment peut , 
par la violence de la stimulation qu'éprouvent le cerveau et 
la moelle épinière, déterminer des convulsions et des irera- 
blemens. C'est ce qu'on voit après une forte brûlure , pen- 
dant révulsion d'une dent, etc. 

5° Il arrive fréquemment aux irritations locales des' nerfs 
qui sont l'effet ou d'une; inflammation ou d'une tumeur, de 
déterminer d.îs spasmes {,énéraux , même l'épilepsic. 

6"» L'irritation de la moelle épinière à laquelle donne lieu 



APRES DES SENSATIONS. igg 

l'excitation sensorielle locale peut être tellement forte , dans 
les cas de lésions considérables, que les convulsions soient 
continuelles, et que môme elles persistent sans attouchement. 
Toute irritation violente de la moelle épinière est un tétanos, 
qu'elle ait été provoquée par des poisons narcotiques , ou 
qu'elle dépende d'une impression immédiate et locale. On 
conçoit aisément , d'après cela , la manifestation du tétanoi 
traumalique. 

7" Une violente irritation des nerfs sympathiques du canal 
intestinal fait naître aussi , en réagissant sur les parties cen- 
trales , des spasmes généraux secondaires. C'est ainsi qu'on 
peut expliquer les spasmes dans le choléra sporadique, et les 
convulsions dans les maladies du bas ventre, chez lesenfans(l). 

Cependant les considérations qui ont été exposées jusqu'ici 
nous conduisent seulement à poser en fait que, toutes les fois 
qu'une sensation locale détermine des convulsions générales, 
cet effet ne peut arriver par d'autre connexion entre les 
tibi'efs motrices et les fibres sensorielles que celle qui a lieu 
dans la moelle épinière. Mais il y a beaucoup de cas où l'ir- 
ritation locale des nerfs se borne à provoquer des convulsions 
partielles, qui ne peuvent pas toujours être expliquées par la 
moelle épinière comme moyen d'union entre les fibres senso- 
rielles et les fibres motrices. Ces cas sont les suivans : 

1» Le plus simple est celui d'une excitation sensorielle 
locale , qui , en se propageant à la moelle épinière ou au 
cerveau , ne donne lieu qu'à des convulsions purement lo- 
cales, dans les parties voisines dont les fibres motrices partent 
de la moelle épinière, à peu de distance des fibres sensoriel- 
les. Ici se rangent les spasmes et le tremblement qu'on ob- 
serve dans les membres soumis à une forte brûlure , par 
exemple. Certaines parties très-irritables de l'organisme , 

(1) A. Diigès, dans Mém. de l'Acad. roy. de Méd., Paris, d834, t. III, 
p. 303. — Cil. Billard, Traité des maladies des en fans nouveau-nés, Vatis, 
1837, pag. G88. 



200 MOUVEMliNS REFLECHIS 

comme l'iris, se coniracient avec beaucoup de facilité lorsque 
des excitations , mêm£ irès-faibles , af^^issent sur d'autres nerfs 
sensoriels, dont l'excitation , transmise au cerveau , passe de 
ce viscère dans le nerf oculo-musculaire commun , puis par 
ce dernier dans la courte racine du {ganglion ophthalmique, 
les nerfs ciliaires et l'iris. Il y a déjà lonjj-temps qu'on sait 
que l'iris n'est pas sensible à la lumière , et que celle-ci n'a- 
{Tit sur lui que par l'intermédiaire du nerf optique et du cer- 
veau. C'est ce qui résulte des observations de Lambert, de 
Fontana et de Chladni. Des rayons lumineux qui, après avoir 
traversé un petit cône en papier ou un petit trou percé dans 
une feuille de papier, continuent leur roule à travers la pupille, 
et vont ainsi rencontrer la rétine , déterminent aussitôt l'iris 
à se mouvoir; mais ils n'exercent aucune influejice sur cette 
membrane lorsqu'ils la frappent d'une manière directe. Eq 
outre , l'iris d'un œil atteint d'amaurose demeure immobile 
tant que l'œil sain reste fermé , mais se contracte quand le 
nerf optique de ce dernier reçoit l'impression de la lumière. 
Dans les cas exceptionnels, où l'iris de l'œil amaurotique con- 
serve encore de la motilité (j), celle-ci dépend sans doute de 
ce que la goutte-sereine est incomplète, ou dec^e que le sujet 
lient son œil sain ouvert. En effet , on ne doit faire de recher- 
ches à cet égard qu'autant que le malade ferme l'œil dont il 
conserve la jouissance, et toutes les observations dans lesquelles 
cette précaution a été négligée n'ont^aucune valeur. Aussi 
Van Deen (2) s'est-il trompé, lorsqu'ayant vu l'iris se contrac- 
ter par TcHet de la lumière chez un Lapin auquel il avait en- 
levé l'hémisphère du cerveau et coupé le nerf optique de ce 
côlé , il conclut de là que le nerf optique n'exerce aucune 
influence sur l'iris; comme il présentait la lumière devant les 
deux yeux ( ante oculos ), le résultat devait être le même que 

((,) ïiEDEMAKN, Zeitschrift fuer'^Physiologie, t. I, p. 252. 
(2) Loc. cil., 1». 58. 



APRES DES SENSATIONS. 201 

(fans le cas d'amaurose d'un seul côté , où l'iris de l'œil ma- 
lade se resserre quand la lumière aj^it sur l'œil sain. L'inté- 
ressante découverte faite par Tiedemann d'un petit filet du 
ganglion ophthalmique qui accompagne l'artère centrale de 
la rétine, ne peut rien expliquer ici ; car tous les vaisseaux 
sont accompagnés de nerfs , et le filet en question se distribue 
comme l'artère centrale , sans avoir de connexions démon- 
trées avec la rétine. La réaction du cerveau sur l'iris a lieu au 
moyen du nerf oculo-musculaire commun , qui , d'après les 
expériences de Mayo (1), détermine l'iris à se contracter cha- 
que fois que lui-même vient à être stimulé. Mayo nous a éga- 
lement appris que Tiris se contracte lorsque , avoir coupé le 
nerf optique , on en irrite l'extrémité cérébrale. Ainsi les con- 
tractions de cette membrane indiquent une sorte de statique 
d'excitation entre la force sensorielle ou centripète et la force 
motrice ou centrifuge , par l'intermédiaire du cerveau. D'au- 
tres nerfs aussi peuvent changer celte statique ; telles sont les 
branches sensorielles du trijumeau , car on sait qu'en reniflant 
de l'eau froide , on amène le resserrement de l'iris. 

Parmi les cas simples de réflexion d'une excitation se range 
encore le clignotement des paupières sous l'influence prolongée 
de la lumière , à la vue d'un danger menaçant , ou par les 
éclats d'un son très-intense. 

A la même catégorie appartiennent également les contrac- 
tions de tous les muscles du périnée, du sphincter et de l'élé- 
vateur de l'anus , du bulbo-caverneux et de l'ischio-caver- 
neux , pendant l'émission du sperme, à la suite de l'irritation 
des nerfs sensoriels du pénis. Dans ces cas, la moelle épinière 
est l'intermédiaire entre les sensations et les mouvemens. Il 
est vrai que des muscles mis à découvert , et dont les nerfs 
moteurs partagent l'irritation exercée sur le tissu mus- 
culaire lui-même , n'ont pas besoin de cet etl'et centripète et 

(1) Journal de Magendie, Paris, 4823, t. III, p. 348. 



QlOB MOUVEMRNS PéPLÉCHIS 

cenlrifu{]e pour entrer en convulsion; niiiis les muscles que 
recouvrent des membranes sensibles, et (jui ne peuvent rece- 
voir eux-mêmes l'irrituiion, ne SLiuraienl eue solliciiés à entrer 
en mouvement que par une excitation sensorielle de leur cou- 
verture sensible, suivie d'un elFet centripète des nerfs sen- 
soriels et d'une excitation motrice centrifuge du cerveau. 
Ainsi , la contraction de la glotte et des voies aériennes sous 
l'influence de gaz acides irrespirables n'est pas le résultat 
immédiat de l'irritation de ces voies , mais l'eiïet combiné 
d'une excitation sensorielle centripète et d'une excitation 
motrice centrifuge. Brachet l'a amplement démontré. Car 
après qu'on a coupé les deux nerfs vagues d'un animal , 
une substance chimique irritante qu'on introduit dans la 
trachée-artère , n'excite plus à tousser. La toux par irri- 
tation des voies aériennes ne se manifeste qu'en raison 
d'une excitation sensorielle centripète à laquelle succède une 
irritation motrice centrifuge. Il en est de même pour la con- 
traction du sphincter de l'anus et du sphincter de la vessie î 
ces muscles ne peuvent point être sollicités à agir par la sti- 
mulation directe des matières fécales et de l'urine ; il faut que 
ces substances impressionnent les nerfs sensoriels de la mem- 
brane muqueuse, et qu'ils excitent la moelle épinière, qui , 
toujours chargée de force motrice nerveuse , réagit sur les 
muscles : de là vient que , quand elle est blessée, ceux-ci 
cessent de pouvoir se contracter. 

2° Le second cas est celui dans lequel , l'excitation senso- 
rielle étant purement locale et bornée, l'excitation réaction- 
naire qui part du cerveau a plus d'extension , comme il arrive 
déjà dans les phénomènes concomitans de la toux, auxquels 
prennent part, non seulement les nerfs vagues, mais encore 
les neifs spinaux, en raison des muscles pectoraux et abdomi- 
naux. Il en est de même dune foule de mouvemens respira- 
toires spasmodiques , l'éiernuement, le hoquet, le vomisse- 
ment , etc., qui tous proviennent d'irritations exercées sur le 



APRÈS DES SENSATIONS. 203 

système muqueux des orjjtnes respiratoires et du canal In- 
leslioal , de sliniulalions reçues par les nerfs sensoriels de ces 
parlies, réfléchies ensuite au cerveau , et y faisant entrer en 
action la source des mouvemens respiratoires dans la moelle 
allongée. Il est un fait très-remarquable, c'est que le système 
des nerfs respiratoires peut être mis en jeu par des irritations 
locales dans toutes les membranes muqueuses : depuis la 
bouche jusqu'à l'anus, depuis le nez jusque dans les poumons, 
les membranes muqueuses sont susceptibles de cette réflexion ; 
cartons ces mouvemens, la toux, l'éternument , le vomisse- 
ment, la défécation involontaire et spasmodique, l'émission 
des urines involontaire et avec ténesme, proviennent de vio- 
lentes irritations dans les membranes muqueuses de la gorge, 
de l'œsophiige, de l'estomac, de l'intestin et des organes res- 
piratoires. On regardait autrefois l'éternument comme une 
affection spasmodique du diaphragme ; cependant il n'a , de 
toute évidence, rien de commun avec le diaphragme, puisque 
l'éiernuement est une expiration violente, et que le diaphragme 
n'est point uu muscle expirateur, mais un muscle inspirateur. 
Dans la faussse supposition qu'il dépendait du diaphragme, 
on admettait que l'irritation des nerfs du nez se transmet au 
ganglion sphéno-palatin, au nerf vidien, au grand sympathi- 
que, aux nerfs du cou, au nerf diaphragmatique, à l'acces- 
soire de Willis et au nerf facial. On cher( hait aussi à prouver 
que l'éternuement ne dépend pas d'une irritation réfléchie par 
cerveau, et on se fondait sur ce qu'un homme privé de l'odo- 
rat éternuaît en prenant du tabac. Mais, pourquoi cet homme 
n'aurait'il pas éternué, puisque, malgré le défaut d'olfaction, 
les nerfs sensiiifs ordinaires du nez , les nerfs nasaux, éprou- 
vaient les sensations du chatouillement chez lui tout comme 
chez les sujets bien conformés d'ailleurs? Du reste, qu'on 
essaye de soumettre la théorie d'une sympathie par le moyen 
du nerf grand sympathique Q l'épreuve de la fine anatomie. 
Comment concevoir l'éternuement à l'aide d'une anastomose 



204 MOIJVEMENS RÉFLÉCHIS 

nerveuse ? D'abord on ne comprend pas pourquoi une irrita- 
lion de ce nerf ayant le nez pour point de départ détermine- 
rait précisément l'éternuement , et n'entraînerait pas plutôt 
beaucoup d'antres phénomènes , par exemple, un accroisse- 
ment du mouvement du canal intestinal. Ensuite l'explication 
ne sufïit pas, puisqu'une anastomose du {;rand sympathique 
avec d'autres nerfs n'est pas une véritable fusion de fibres. 
L'éternuement, par exemple, consiste en une contraction vio- 
lente de tous les muscles expirateurs ; il doit donc y avoir là 
irritation de toutes les fibres primitives des nerfs intercostaux 
qui déterminent les muscles de la poitrine et de l'abdomen à 
agir. Mais , comment ces fibres pourraient-elles être irritées 
par le grand sympathique, qui envoie à chacun des nerfs dont 
elles font partie un petit filet, lequel , bien loin de confondre 
ses fibres primitives avec toutes celles d'un nerf spinal , les 
reçoit seulement , avec celles-ci , de la moelle épinière ? Or, 
comme des fibres primitives, surtout dans une racine motrice 
dépourvue de ganglion, ne peuvent rien communiquer -à 
d'autres fibres qui marchent parallèlement à elles, il y a im- 
possibilité absolue ici que l'affection sympathique de toutes 
les fibres primitives d'un nerf intercostal provienne du grand 
sympathique. Toutes ces sympathies de l'éternuement, de la 
toux, du vomissement, disparaissent dès qu'on connaît la 
propriété réflective de la moelle épinière et du cerveau, que 
j'ai précédemment démontrée , et l'on ne rencontre plus de 
difficultés à expliquer le phénomène aussitôt qu'on part du 
fait que tous les nerfs respiratoires , le facial, le vague, l'ac- 
cessoire, le phrénique et les autres nerfs spinaux du tronc 
servant à la respiration , par cela même qu'ils naissent de la 
moelle allongée ou sont sous sa dépendance, peuvent aisément 
déterminer des convulsions dans les muscles auxquels ils 
aboutissent, sous l'influence de toutes les irritations que les 
nerfs sensoriels des membranes muqueuses transmettent à la 
moelle épinière ou à la moelle allongée. 



APRÈS DES SENSATIONS. 2o5 

Toutes les fois qu'une forte irritation agit sur les intestins, 
sur les voies urinaires, sur la matrice, il survient des contrac- 
tions du diaphragme et des muscles abdominaux, qui resser- 
rent la cavité ventrale, et en chassent le contenu, soit vers le 
haut, s'il se trouve dans l'estomac, soit vers le bas, par le 
rectum , les voies urinaires ou les voies génitales. Le besoin 
d'aller à la selle est le même phénomène, pour la partie infé- 
rieure du canal intestinal, que le vomissement pour la partie 
supérieure. L'envie d'uriner appelle sympalhiquement les 
mêmes mouvemens, et l'accouchement met en jeu les mêmes 
muscles que ceux qui déterminent le rejet du contenu de 
l'estomac par la bouche. La parlurition qui s'accomplit après 
la mort de la mère et le resserrement du pharynx sur le doigt 
qu'on y introduit après la décapitation d'un jeune animal, 
nous montrent quel rôle important pour la vie joue cette apti- 
tude de la moelle épinière , qui la détermine à des décharges 
motrices toutes les fois que ses nerfs sensoriels deviennent le 
siège d'une irritation locale. Si le nerf grand sympathique joue 
quelque rôle dans plusieurs des phénomènes dont il s'agit ici, 
dans le vomissement, etc., ce ne peut être que celui de ré- 
fléchir l'irritation sur le sensorium, comme le font tous les au- 
tres nerfs de sentiment. Mais on peut démontrer par expé- 
rience que cette manière d'agir lui appartient réellement ; 
car, en tiraillant le nerf splanchnique dans l'abdomen, au 
côté interne des capsules atrabilaires, j'ai plusieurs fois dé- 
terminé des convulsions dans les muscles abdominaux, et ce 
phénomène s'est offert plusieurs fois à moi chez des Lapins, 
quoique l'expérience n'ait jamais pu me réussir sur des 
des Chiens. 

3' Dans les cas de la catégorie précédente, le mouvement 
réfléchi, le mouvement qui succède à une sensation, s'étend 
à un groupe considérable de nerfs, aux nerfs respiratoires, 
et le moyen le plus facile de le provoquer consiste à irriter 
les membranes muqueuses. Cependant son extension peut 



ao6 M0UVKMEN8 EÉFLÉCHIS 

devenir bien plus grande encore, lorsque l'irritation a plus 
d'intensité; presque tous les nerfs du tronc peuvent être affec- 
tés, quand l'irritation de la moelle épinière s'étend. Ici se pla- 
cent les cas de choléra sporadique assez violent pour qu'il 
survienne aussi des spasmes au tronc : je ne cite pas le cho- 
léra asiatique, à cause de l'obscurité dont celle maladie est 
couverte. 

4° Dans les mouvemens réfléchis qui naissent de vives sen- 
sations éprouvées par les nerfs de la peau, et non d'impres- 
sions sur ceux des membranes muqueuses, le groupe des mou- 
vemens respiratoires n'entre point en jeu, mais il arrive sou- 
vent que les muscles du système entier des nerfs du tronc 
sont pris de spasmes sans qu'on aperçoive de mouvemens 
respiratoires spasmodiques. Le plus haut degré est le spasme 
épilepiique par aflection nerveuse locale et le tétanos trau- 
matique par lésion d'un nerf. 

Marshall Hall dislingue quatre espèces de contraction mus- 
culaire; la volontaire, qui dépend du cerveau; la respiratoire, 
qui paraît tenir à la moelle allongée ; l'involontaire, qui dé- 
pend des nerfs et des muscles, et qui exige l'application im- 
médiate de l'irritation aux muscles pourvus de nerfs ou à leurs 
nerfs ; enfin la réfleciive, qui persiste en partie après que la 
volontaire et la respiratoire ont cessé, et qui se rattache à la 
moelle épinière. Cette dernière cesse après l'enlèvement de 
la moelle épinière , quoique l'irritabilité ne soit pas dimi- 
nuée. Quand elle a lieu, l'irritation motrice naît, non dans 
une partie centrale du système nerveux, mais à quelque 
distance du centre. Elle n'est «i volontaire ni directe 
dans sa marche, et elle est plutôt excitée par dos irri- 
tations particulières qui agissent, non point immédiatement 
sur la fibre musculaire et les nerfs moteurs, mais sur les ex- 
pansions membraneuses d'où ces irritations sont conduites à 
la moelle épinière. Marshall IIull cite quelques exemples pour 
fuire ressortir l'importance de celle fonciion réfleciive de la 



APRES DES SENSATIONS. 207 

moelle épinière. Ainsi la préhension des alimens esl un acte 
volonlaire, qui ne peut plus s'accomplir après l'ablalion du 
cerveau ; mais le passage du bol alimentaire sur la glotte et 
à travers le pharynx dépend de la lonciion réflective, et a lieu 
même après qu'on a enlevé le cerveau. En effet, quoique les 
muscles qui le déterminent puissent aussi agir sous les ordres 
de la volonté, cependant la présence du bol dans le pharynx 
détermine une série de mouvemens violens tenant à ce que 
l'irritation exercée sur la membrane muqueuse se transmet à 
la moelle allongée , qu'elle sollicite à opérer une décharge 
dans les nerfs moteurs. Quant à la déglutition dans l'œso- 
phage, Marshall Hall la considère comme l'effet de l'irritation 
agissant immédiatement sur les fibres musculaires du canal, 
et le résultat de l'irritabilité de ce dernier, hypothèse qui pa- 
raît fort douteuse. Au reste, on peut, ainsi que je l'ai dit, 
observer, même sur de jeunes animaux décapités, l'excitation 
motrice réfléchie qui est due à lirritation mécanique du pha- 
rynx. Marshall Hall fait voir ensuite que l'influence de cette 
fonction se retrouve aussi dans les sphincters; le sphincter de 
l'anus reste fermé, chez une Tortue à laquelle on a coupé la 
tête, tant que la partie inférieure de la moelle épinière de- 
meure intacte ; mais il se détend aussitôt qu'on enlève 
celle-ci. 

Marshall Hall coupa la moelle épinière en travers^ sur une 
Couleuvre à collier très-vive , entre la seconde et la troisième 
vertèbres. Les mouvemens cessèrent aussitôt , et les choses 
restèrent dans cet état tant qu'il laissa l'animal tranquille; 
mais lorsqu'il vint à l'irriter, il le vit se remuer encore pen- 
dant quelque temps, parce qu'à chaque changement de situa- 
tion de nouvelles parties de la surface étaient mises en contact 
avec le sol ; peu à peu la Couleuvre rentrait en repos ; mais , 
au moindre attouchement , elle recommençait à se mouvoir. 
Marshall Hall fait très-bien ressortir le rapport qui existe 
entre les mouvemens volontaiics, respiratoires et réflectifs , 



i208 MOUVEMENS RÉFLÉCHTS 

en wC'me temps qu'il cherche à prouver que les mouvetnens 
réfleclifs qui ont lieu après la perte du cerveau , ne dépen- 
dent pas d'une véritable sensation , mais seulement de l'action 
nerveuse centripète dont les sensations sont accompafjnées. 
SensaTion, volonté, mouvement, tels senties trois anneaux 
de la chaîne qui est parcourue quand la douleur provoque un 
mouvement; que l'anneau intermédiaire vienne à être brisé, le 
premier et le troisième n'ont plus rien qui les lie à la con- 
science. Je crois aussi que les mouvemens réflectifs qui ont 
lieu après la perte du cerveau ne prouvent pas que les irrita- 
lion de la peau puissent exciter de véritable sensation dans la 
moelle épinière ; ils dépendent bien plutôt de la transmission 
centripète ordinaire du principe nerveux, de celle quia lieu 
aussi dans les sensations , mais qui n'est plus ici sensation , 
parce qu'elle n'arrive plus au cerveau , à l'orfrane de la con- 
science. On observe d'ailleurs, même pendant la santé , beau- 
coup de mouvemens rrflectifs, provoqués par des irritations 
cutanées qui ne parviennent point à la conscience comme vé- • 
ritables sensations, bien qu'elles puissent cependant exercer 
une forte impression sur la moelle épinière; telle est par 
exemple la contraction soutenue des sphincters que détermine 
l'iriitation des matières fécales et de l'urine. Mais Marshall 
Hall va trop loin quand il admet qu'en santé tout mouvement 
repose sur une véritable sensation , et que toutes les excita- 
tions de parties sensibles à la suite desquelles surviennent des 
mouvemens réfleclifs ne sont point accompagnées de sensa- 
tion : caries mouvemens réflectifs de léternuement, de la 
toux, et beaucoup d'autres, dérivent de vraies sensations. 

Il ne faut pas confondre ensemble les mouvemens réflectifs 
et les mouvemens involontaires non réflectifs. Lorqu'on tou- 
che la glotte d'un animal , dit Marshall Hall , une contraction 
a lieu : la même chose arrive quand on touche le cœur. L'a- 
bl.ition du cerveau n'apporte en cela aucun changement; mais 
si on enlève la moelle allongée , les contractions du larynx à 



APRÈS DES SENSATIONS. 209 

la suite d'irritations cessent , taudis que celles du cœur per- 
sistent, même après l'enlèvement de la moelle épinière. 
L'effet de l'initalion sur le." cœur est immédiat, au lieu 
qu'une irritation portée sur le larynx doit se propager d'abord 
jusqu'à la moelle alongée , par l'intermédiaire seul de laquelle 
a lieu la contraction. Après avoir tranché la tête à un Serpent, 
Marshall Hall remarqua que , quand il touchait soit les nari- 
nes , soit un point situé en dedans des dents de la mâchoire 
inférieure , le larynx exécutait un mouvement qui le portait 
en bas et le fermait. Cet effet n'arrivait plus après l'ablation 
de la moelle allongée. Marshall Hall cite enfin, comme appar- 
tenant à la fonction réfleclive , le clignotement des paupières 
lorsqu'on vient à y toucher, l'influence particulière qu'é- 
prouve la respiration de la part du chatouillement ou quand 
on jette de l'eau froide à la figure , l'éternuement provoqué 
par les titillations de la membrane pituitaire , le vomissement 
dû aux irritations du larynx et du pharynx , le ténesme occa- 
sioné par les irritations du rectum, et la strangurie par irri- 
tation de la vessie. 

On voit que les spasmes , dans les maladies , peuvent dé- 
pendre de sources très-différentes. En effet, il y a des affec- 
tions spasmodiques qui ont leur siège dans les nerfs moteurs 
eux-mêmes , ou leur cause dans le cerveau et la moelle épi- 
nière ; mais il y a aussi des spasmes réflectifs , dont la cause 
se rattache à des irritations de nerfs sensitifs , comme ceux 
qui surviennent souvent après des irritations intestinales , dans 
la dentition ,'dans l'odontalgie, et en général, après des affec- 
tions nerveuses douloureuses , dépendantes de lésions or- 
ganiques ou de lésions non organiques. 

Les phénomènes que j'ai décrits jusqu'à présent, d'abord 
d'après mes propres observations , puis d'après celles de 
Marshall Hall , ont cela de commun que la moelle épinière est 
Tintermédiairo entre l'action^|sensorielle et l'action motrice 
du principe nerveux. Cependant on peut indiquer avec plus 



no MOU VEMEN9 RÉFLÉCHIS 

de précision encore les voies à iravf rs lesquelles , quand un 
mouvement réflectif a lieu , la transmission s'accomplit , dans 
la moelle épinière , des nerfs sensoriels aux nerfs moteurs. 
La plus ordinaire de toutes les manières dont ces mouvemens 
s'exécutent consiste en ce que les muscles du membre qui 
éprouve une sensation violente entrent en contraction ; ainsi , 
dans le cas de brûlure à la peau , le membre auquel celle-ci 
appartient , éprouve d'abord des convulsions , de même que, 
quand un animal commence à ressentir l'influence de quelque 
poison narcotique, les excitations sensorielles de sa peau dé- 
terminent de préférence des contractions dans les muscles 
(les parties sur lesquelles elles portent ; ainsi le bol alimen- 
taire provoque le mouvement réfleclif des organes de la dé- 
glutition , la poussière qui s'introduit dans l'œil , où elle ne 
fait que produire une sensation, entraîne l'occlusion réflec- 
tive des paupières , et l'irritation entretenue soit par l'urine 
soit par les matières fécales influe médiatement sur le mouve- 
ment des sphincters. Donc, aussitôt que la sensation est par- 
venue à la moelle épinière , le mouvement ne se transmet pas 
à cet organe tout entier , mais il a une grande tendance à se 
communiquer à ceux des nerfs moteurs dont l'origine se rap- 
proche le plus de celle des nerfs sensoriels irrités ; en d'autres 
termes, la voie la plus facile pour le courant ou l'oscillation 
est celle de la racine postérieure d'un nerf, ou de quelques 
unes de ses fibres primitives , à la racine antérieure de ce 
même nerf, ou aux racines antérieures de plusieurs des nerfs 
voisins. Nous voyons , d'après cela , que , dans ces sortes de 
cour ans ou d'oscillations, le piincipe nerveux prend la voie 
la plus courte pour agir des fihrps sensorielles sur les fibres 
motrices par l'iutermédiaire de la moelle épinière, de même 
que lélectricilé prend aussi le plus court chemin pour aller 
d'un pô'e à l'antre, quand les fils ^orlt ternis à une faible dis- 
tance. Si l'on veut exprimer cette idée avec plus de précision, 
et la traduire en langage de la physique des nerfs , on dira 



APRES DES SENSATIONS. 1U 

que toute excitation vive du pouvoir moteur de la moelle 
épinière par un neri' de sentiment ne stimule d'abord , et 
immédiatement , de manière à lui faire détermine!* des con- 
vulsions, que la portion de cette moelle qui donne origine au 
nerf sensoriel , et que Texciiation tant d'autres parties de la 
moeile épinière que des nerfs moteurs qui en proviennent, 
diminue à mesure qu'elle s'éloigne du point sur lequel a porté 
la stimulation occasionée parle nerf de sentiment. On doit en 
dire autant des nerfs cérébraux , dont les phénomènes ré- 
flectifs paraissent être restés entièrement inconnus à Marshall 
Hall. Les gros nerfs d'organes de sens ont surtout une 
forte tendance à occasioner des mouvemens réflectifs en 
réagissant sur les nerfs cérébraux moteurs. Les nerfs optique 
et acoustique se placent au premier rang sous ce rapport ; 
tous deux , quand ils sont frappés par une vive lumière ou par 
un son intense, provoquent un mouvement réflectif du nerf 
facial , qui entrahie l'occlusion ou le clignoiement des pau- 
pières ; le nerf optique a en outre une propension très-mar- 
quée à exciter réflectivement le nerf oculo-musculaire-^om- 
mun par le mouvement de l'iris, et lorsqu'il est frappé [5ar une 
lumière très-vive, il détermine une affection réllective du nerf 
facial et d'autres nerfs qui donne lieu à l'éternueiopnt. Mais le 
gros nerf sensoriel de la partie antérieure de la tête et de la 
face, la grande portion du trijumeau, peut aussi exciter les 
nerfs oculo-musculaire commun et facial par l'intermédiaire 
du cerveau; c'est ainsi que l'eau froide introduite dans le nez 
détermine la contraction de l'iris, et que lechatoidllementde 
la membrane pituiîaire donne lieu àrélernuement, qu'accom- 
pagnent des mouvemens des muscles de la face, dus à l'exci- 
tation du nerf facial. En un mot, nous voyons que les parties 
du nerf oculo-musculaire commun et du facial qui vont au 
ganglion ophthalmique et par conséquent à l'iris, sont ceux 
des nerfs cérébraux moteurs sur lesquels porte le plus faci- 
lement l'excitation par réflexion , et que la cause détermi- 



'j. I 2 MOUVEMENS REFLECHIS 

luinte de celle-ci peut tenir à des impressions faites tant sur 
la vue que sur le loucher et l'ouïe , de sorte qu'il doit y avoir, 
entre les ori^jines des nerfs optique , trijumeau et acoustique 
et les ori{jioes de ces nerfs cérébraux moteurs , une grande 
facilité de transmission , résultat d'une harmonie préétablie 
lors de la formation première. Ceux, des nerfs sensilifs et 
moteurs dont le conflit à travers le cerveau et la moelle épi- 
nière présente le plus de facilité , montrent une sorte de sta- 
tique avec ces parties centrales ; l'un chanjje l'autre , comme 
le haussement d'un des plateaux d'une balance détermine 
l'abaissement de l'autre , comme la chute du liquide dans 
l'une des branches d'un siphon entraîne son ascension dans 
l'autre branche , jusqu'au rétablissement de l'équilibre. Si , 
dans les cas ordinaires , un nerf de sentiment n'est point 
en état de provoquer un mouvement réflectif , le phénomène 
a cependant lieu aussitôt que la sensation acquiert une cer- 
taine intensité ; car alors le courant ou l'oscillation que la 
moelle épinière et le cerveau reçoivent des nerfs sensitifs 
est ré/léchi par eux dans ceux d'entre les nerfs moteurs aux- 
quels /^ transmission peut s'effectuer avec le plus de facilité à 
travers les fibres de Tencéphale et du cordon rachidien. 

Il est une autre voie encore que suit très-souvent la trans- 
mission de nerfs sensoriels à des nerfs moteurs par l'intermé- 
diaire de la moelle épinière et de la moelle allongée ; c'est 
celle qui consiste en une excitation du système des membra- 
nes muqueuses, à laquelle succède une affection secondaire 
des muscles respiratoires. Nous en avons des exemples dans le ' 
vomi-ssement , le besoin d'aller à la selle , la parturiiion , le 
besoin duriner, la toux, l'éternuement, le hoquet, etc. Après 
la loi stntique dont j'ai parlé précédemment, etsuivanilaquelle 
les nerfs qui naisseiit au voisinage ou à peu de distance les 
uns des autres sont les plus aptes aux phénomènes de la ré- 
flexion , celle dont il s'agit ici est celle que l'on observe le 
plus fréqiiçmmonl. Une plus grande facilité de transmission 



APtlèâ DES SENSATIONS. 2l5 

doit donc être préétablie, daos la moelle allonj<];ée el la moelle 
épinière, entre les nerfs sensitifs des membranes muqueu- 
ses (le trijumeau pour le nez, le va^^ue pour la trachée-artère, 
le pharynx , l'œsophaf^e et l'estomac , le grand sympathique 
pour le canal intestinal et la matrice , les branches du plexus 
sacré et le grand sympathique pour la vessie et le rectum), et 
les nerfs moteurs de la respiration (le facial , l'accessoire et 
les spinaux) , tandis que les nerfs spinaux qui se rendent aux 
membres sont exclus de cette harmonie. Mais, quand il sur- 
vient une certaine irritation de la moelle épinière par des sub- 
stances narcotiques ou par d'autres causes , toute sensation 
peut déterminer une décharge de la moelle épinière dans tous 
les nerfs moteurs , même dans ceux qui d'ordinaire subissent 
le moins facilement cette influence, c'est-à-dire dans les 
nerfs moteurs des extrémités. Volkmann a même fait voir(l) 
que la division en long de la moelle épinière , chez les Gre- 
nouilles décapitées , n'empêche pas les mouvemens réflectifs 
de s'étendre à tous les muscles des deux moitiés du corps , 
pourvu qu'il reste encore une partie quelconque du cordon 
rachidien qui soit intacte. 

Il reste enfin à savoir si la sensation prend part, comme sen- 
sation , aux mouvemens réflectifs. Volkmann penche vers l'o- 
pinion de Whytt , qui admettait une sensation perçue par la 
conscience et une réaction spontanée dans les mouvemens 
survenus après des sensations. Il ne me semble pas douteux 
que la chose a lieu dans beaucoup de cas ; il paraît surtout en 
être ainsi dans les mouvemens réflectifs qui surviennent le 
cerveau et la moelle épinière étant intacts. Tels sont l'occlu- 
sion des paupières sous Tinfluence d'une lumière vive , et le 
mouvement des muscles respiratoires à l'occasion des irrita- 
tions de la membrane muqueuse des organes de la respira- 
tion, du canal alimentaire et des voies urinaires. Mais si l'on 

(4) MuiiER, dSSS, d5. 



2l4 M0UVEMEN9 RÉFLÉCHIS 

rénéclilt que toutes les pariies d'une Salamandre terrestre 
qui reiifermeni encore un peu de moelle épinière , montrent 
des mouvoniens réllectifs, il devient dillicile de considérer le 
fait comme étant susceptible d'une application {;énérale. On 
observe aussi des phénomènes de réflexion dans des organes 
qui sont soustraits à l'influence de la volonté , comme le ca- 
nal intestinal et le cœur. Enfin les convulsions réflectives gé- 
nérales qui éclatent après la narcoiisalion, n'ont pas la moin- 
dre analogie avec une réaction spontanée. Dans mon opinion, 
l'irritation d'un nerf racbidien sensilil' déiennine immédiate- 
ment une action centripète du principe nerveux vers la moelle 
épinière. Si celte action peut s'étendre jusqu'au sensorinm 
commune ^ il y a sensation perçue par la conscience. Mais si 
la section de la moelle épinière lempéche d'arriver au semo- 
rium^ elle n'en conserve pas moins toute sa puissance, comme 
action centripète, sur le cordon racbidien. Dans l'un ou l'autre 
cas , une action centripète d'un nerl sensilif peut donner lieu 
à un mouvement réflectif, Dans le premier l'action centripète 
devient en même temps sensation ; dans le second , elle ne 
prend pas ce caractère , mais suffit pour provoquer la ré- 
flexion cenlriluge. L'opinion de Martball Hall s'éloigne de la 
mienne et de celle de Whytt : elle est toute particulière. 
D'abord, ce physiologiste restreint les phénomènes de la ré- 
flexion aux seuls nerfs rachidiens , et exclut les nerfs senso- 
riels du cerveau. Suivant lui, la réflexion n'est jamais déter- 
minée par une sensation , ni même par les nerfs sensiiifs. Il 
admet des fibres neurveuses spéciales , pour lesquelles il a 
créé le nom dexcito-motrices , et il pense que l'action cen- 
trifuge qui caractérise les phénomènes réflectifs n'a pas lieu 
dans les nerfs moteurs soumis à la spontanéité , mais dans 
des fibres particulières , qu'il appelle réflecto - motrices. 
Des fibres seiisitives et excito-motrices viennent des racines 
postérieures ; des libres uiolrices soumises à la volonté et des 
fibres réflecto -motrices tirent leur origine des racines auié- 



DIFFÉRENCE d'aCTION ENTRE LES NERFS. 31 5 

rieures des nerfs rachidiens et desnerfs de la moelle aUon{;ée. 
Le nerf vajjue doit être aussi considéré, non comme spécia- 
lement sensitif, mais comme excito-moteur, parce que , sui- 
vant Marshall Hall et Broughton , sa section ne cause pas de 
douleurs et change les mouvemens respiratoires. Ces vues 
sont développées dans le dernier ouvrage du physiologiste an- 
glais. Volkmannles a combattues , et il a allégué, entre au- 
tres, que le nerf vague est réellement susceptible de sensa- 
tions douloureuses. 

Un fait sur lequel Volkmann appelle l'attention , et que j'ai 
souvent observé, est qu'il y a, entre les troncs nerveux et 
leur expansion périphérique, une grande différence dans 
l'aptitude à faire naître des mouvemens réflectifs. Nulle par- 
tie ne donne plus facilement lieu à ces phénomènes , quand 
elle vient à être irritée , que la peau ; le moindre attouche- 
ment suffit souvent pour les provoquer avec une grande vio- 
lence, chez les animaux narcotisés, tandis que ceux qui suc- 
cèdent à l'irritation des troncs nerveux eux-mêmes, sont 
beaucoup moins prononcés (1). 

CHAPITRE IV. 

De la différence d'action entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs. 

L'expérience nous a appris jusqu'ici que quand un point du 
nerf vient à être irrité , Taclion se manifeste sur toute la lon- 
gueur des fibres ; que , dans les nerfs moteurs , elle provoque 
des mouvemens là où ces fibres s'unissent avec des muscles, 
et que, dans les nerfs sensoriels, elle détermine une sensa- 
tion , quand ces mêmes fibres tiennent encore aux parties 
centrales. Maintenant il pourrait sembler que l'effet de l'irri- 

(1) Comp. sur les mouvemens réflectifs par rapport à la structure de 
la moelle épinière, CaAiKGEa, Observations on the structure and func- 
tions ofthe spinal cor ds, Londres, 4837. 



2 1 6 DE LA nitFKRENCE d'agTION 

talion nerveuse se propage de la même manière du point ir- 
rité à rcxlrémilé périphérique du nerf et à son extrémité cen- 
trale. Mais la question est de savoir si les choses se passent 
réellement de cette manière , ou si la transmission de l'irri- 
tation n'a pas lieu uniquement dans une certaine direction, si 
rciïet ne se propage pas seulement au cerveau dans les fibres 
sensiiives , et seulement en sens inverse , c'est-à-dire aux 
muscles , dans les fibres motrices. C'était là ce qu'on admet- 
tait {jénéralcmcnt tant qu'on ignora que les fibres sensiiives 
et motrices sont dillérenles des unes des autres. Aujourd'hui 
le problème se reproduit, et il est d'une haute importance 
pour la physique des nerfs d'en trouver la solution. Il s'agit 
donc pour nous de savoir si la force en vertu de laquelle les 
fibres motrices déterminent des muscles à se contracter, 
diflère, eu égard à la qualité, de celle qui anime les fibres 
sensiiives, ou si l'on ne doit voir , dans ce que nous appelons 
ici des forces différentes , qu'une simple différence de direc- 
tion de l'action nerveuse , centrifuge dans les fibres motrices, 
et centripète dans les fibres sensiiives. 

On sait que , pour ce qui concerne les nerfs des muscles , 
l'action n'a jamais lieu que dans le sens de leurs ramifications, 
que les muscles dont les branches nerveuses naissent du tronc, 
au dessus du point sur lequel porte l'irritation, ne se contrac- 
tent point , et qu'au contraire l'effet s'étend à tous ceux 
dont les nerfs prennent leur origine au dessous de ce point. 
Ce fait semble prouver que l'action nerveuse suit uniquement 
la direction du centre à la périphérie, ou du tronc vers les 
branches , dans les nerfs moteurs. Mais on peut très-bien le 
démontrer aussi d'une manière directe. L'anatomie microsco- 
pique des nerfs nous apprend que les fibres primitives ne s'u- 
nissent point dans les troncs^ qu'en conséquence un tronc ner- 
veux n'est que l'ensemble de toutes les fibres primitives, en 
nombre infini , qui se déploient dans ses branches. Les fibres 
primitives , qui se détachent du tronc à des hauteurs différen- 



ENTRE LES NERFS SERSITIFS ET LEâ nERFS MOTEURS. 217 

tes n'ont donc aucune connexion les unes avec les autres 
dans son intérieur, elles fibres motrices marchent séparées 
jusqu'à la moelle épinière ou au cerveau , de sorte que l'irri- 
tation exercée sur une branche ne peut , s'il y a un effet re- 
trofïradc, affecter en même temps aucune partie du tronc, 
et que cet effet rétrograde se borne à celles des fibres primi- 
tives de la branche irritée qui parcourent le tronc, sans s'y 
unir avec aucune autre , pour aller gagner le cerveau ou la 
moelle épinière. Donc si , indépendamment de l'action dirigée 
vers les muscles, il y avait une autre action en sens inverse 
des nerfs moteurs irrités en un point vers le cerveau et la 
moelle épinière , nous ne pourrions pas nous en apercevoir 
par des convulsions dans d'autres parties , puisque les fibres 
d'un tronc n'ont de connexion avec aucune fibre des branches 
supérieures. Cet effet rétrograde peut aussi demeurer isolé 
dans la moelle épinière , si les fibres ne s'unissent pas non 
plus dans celte dernière ; il ne peut pas non plus faire naître 
de sensation dans le cerveau et la moelle épinière , si les fi- 
bres des nerfs moteurs sont isolées dans ces organes , et n'y 
ont aucune connexion avec des fibres sensibles. Il en est de 
même des fibres sensibles irritées sur un point de leur lon- 
gueur. Les fibres sensibles ne procurent des sensations que 
quand leur communication avec la moelle épinière et le cer- 
veau est intacte. On pourrait conclure de là qu'elles ne jouis- 
sent que d'une action cenlripète ; mais cette conclusion serait 
tout aussi vicieuse ; car il n'y a que le courant centripète qui 
puisse parvenir à la conscience , lui seul étant senti par l'or- 
gane central, et le courant en sens inverse dans les fibres 
sensibles ne saurait arriver à la conscience, en supposant qu'il 
eût lieu réellement. 
I S'il était certain que les muscles possèdent la contractilité 
" par eux-mêmes , indépendamment des nerfs , qu'une irrita- 
tion nerveuse n'agit sur eux qu'à la manière de toute autre 
irritation, et qu'il n'est pas nécessaire , pour amener lu pro- 



2l8 DE LA. DIFFÉRENCE d'aCTION 

diiciion d'un mouvement, que d aiiircs irritalions a{jissent 
préalablemenl sur des neif;j , on pourraii prouver que les 
fibres sensibles agissent uniquement dans le sens de lu péri- 
phérie au cerveau , et non dans le sens inverse ; car , ainsi 
que je l'ai découvert , les fibres sensibles sont incapables de 
provoquer des convulsions dans les muscles, alors même 
qu'elles se répandent dans ces organes , comme il arrive au 
nerf lingual , qui du moins s'anastomose avec le nerf muscu- 
laire grand hy|)Oglosse. Mais la supposition précédente est 
fausse : les muscles n'ont point de coniractilité sans le con- 
cours des nerfs ; ils perdent leur faculté de se contracter 
sous l'influence d'une irritation quelconque lorsque leurs nerfs 
ont été pendant long temps séparés du cerveau ; ils perdent 
leur irritabilité à mesure que celle des nerfs s'éteint, comme 
le démontrent les expériences que j'ai faites avec Sticker. Les 
muscles auxquels se rendait le nei f dont nous avions pratiqué 
la section, avaient, au bout de deux mois , perdu, dans deux 
cas, toute irritabilité, et, dans un cas,, presque toute apti- 
tude à ressentir les irritations galvaniques et mécaniques , et 
cela dans la même proportion que les nerfs eux-mêmes. Il 
suit donc de là que le conflit entre les nerfs et les muscles est 
absolument nécessaire pour les contractions de ces derniers. 
Or , comme les nerfs sensibles n'ont aucune influence sur les 
muscles, môme lorsqu'ils s'y distribuent (par exemple, le nerf 
lingual dans la langue), il est de toute évidence que les nerfs 
moteurs seuls sont en conflit avec les organes musculaires. 
Mais cela peut dépendre tout aussi bien d'une qualité exclu- 
sivement propre aux nerfs moteurs , que d'une direction cen- 
trifuge de l'action nerveuse qui aurait lieu dans ces nerfs 
seulement. 

En cherchant à cclaircir ce point important par la voie 
expérimentale, j'ai trouvé dans les effets des poisons narco- 
tiques un moyen de ré oudre le problème. La moelle épi- 
nière devient tellement irritable chez les Grenouilles qui ont 



ENTRE LESMERFS SENSITIFS ET LES NERFS MOTEURS. 219 

été empoisonnées avec de l'opium , que tout ébranlement , 
quelque léger qu'il soit, par exemple, un petit coup frappé 
sur la table, ou l'impulsion donnée à une patte qu'on soulève 
et qu'on laisse ensuite retomber, suflit pour déterminer des 
convulsions du corps entier. Ce phénomène est produit non 
seulement par tout ébranlement imprimé à la moelle épi- 
nière elle-même , mais encore par toute sensation purement 
locale qui se propage jusqu'à elle. Quand on pique l'animal 
dans un point quelconque , sans occasioner la plus légère 
secousse, toutes les parties de son corps entrent en convul- 
sion. Dans cette circonstance, l'irritation périphérique d'un 
nerf de sentiment agit sur la moelle épinière entière, et celle- 
ci réagit sur toutes les parties. La moelle épinière est ici l'in- 
termédiaire, caries parties qui ont été séparées du corps, ou 
dont on a coupé les nerfs, ne sont plus prises de convulsions 
à la suite de l'ébranlement, Ce fait posé, je voulus couper les 
racines postérieures ou sensitives des nerfs d'une des pattes 
de derrière d'une Grenouille , empoisonner ensuite l'animal , 
et voir si les nerfs de cette patte , qui tenaient encore à la 
moelle épinière par les racines antérieures on motrices, se- 
raient capables, lorsque je les irriterais, de transmettre, aussi 
bien que les nerfs sensitifs, cette irritation à la moelle épi- 
nière, irritée elle-même au plus haut degré , et si , par con- 
séquent l'irritation d'un nerf de mouvement pouvait , en re- 
tournant sur elle-même dans une partie privée de sentiment, 
déterminer des convulsions générales chez une Grenouille 
empoisonnée. Le résultat de l'expérience répétée à plusieurs 
reprises fut négatif. Les convulsions n'ont point lieu quand 
on irrite les nerfs moteurs sans imprimer la moindre secousse 
au corps de l'animal, comme, par exemple, quand ou coupe 
un nerf avec des ciseaux; il en est de même, toutes précau- 
tions égales d'ailleurs, si l'on se sert d'une aiguille ou de pin- 
ces pour irriter mécaniquement le nerf. Lorsqu'on veut bien 
faire cette expérience , il faut commencer par introduire le 



2 20 DE LA DIFFÉRENCE b'ACTlôN 

poison, et dès que ses premiers efléls viennent à se ma- 
nifester, c'est-à-dire dès que l'animal commence à éprouver 
des convulsions quand on frappe sur la table, on ouvre 
rapidement le rachis , puis on coupe les troncs des racines 
postérieures des nerfs d'une des pattes de derrière , en 
laissant intactes celles du côté opposé ; après quoi on dissèque 
aussi promptcment que possible le nerf crural des deux cô- 
tés, et on le coupe au dessus du genou, de manière qu'il pende 
hors de la cuisse. De cette manière, la Grenouille est préparée 
convenablement ; tandis que, si l'on ouvre le rachis avant de 
lui faire prendre du poison, la perte du san^jet si considé- 
rable, que la substance vénéneuse ne peut plus ensuite être 
résorbée en quantité suffisante. Du reste, l'expérience pré- 
sente des difficultés, et il faut lu répéter jusqu'à ce qu'elle 
donne un'résultatbien net. On ne doit pas non plus employer 
une dose trop forte de poison . dans la crainte que la para- 
lysie ne survienne trop promptement. Le meilleur est l'opium, 
car la noix vomique amène trop tôt l'état paralytique. Une 
fois l'animal empoisonné, le rachis ouvert, les racines posté- 
rieures des nerfs de la patte de derrière coupées d'un seul 
côté, et les deux nerfs cruraux disséqués, on prend des ci- 
seaux, avec lesquels on enlève, en évitant toute secousse, 
un petit lambeau du nerf crural, qui ne peut plus rien conduire 
à la moelle épinière par ses racines postérieures. On n'observe 
pas de convulsions de l'animal entier. Mais si l'on pratique la 
même opération sur le nerf crural du côté opposé , dont les 
racines sensilives tiennent encore à la moelle épinière, l'animal 
entier entre aussitôt en convulsion ; cette expérience impor- 
tante prouve donc que les nerfs moteurs ou les racines anté- 
rieures ne peuvent point, à eux seuls, transmettre à la moelle 
épinière, en sens rétrograde, une irritation capable de déter- 
miner des convulsions générales , et qu'il n'y a que les nerfs 
de sentiment qui soient aptes à cette propagation de la péri- 
phérie vers le centre. Il importe d'éviter jusqu'au plus petit 



ENTRE LES NERFS SENSITIFS ET LES NERFS MOTEURS. 221 

ébranlement lorsqu'on coupe les nerfs ; car si l'on néglige 
celle précaulioa en opéranl sur celui dont les racines posté- 
rieures ont été coupées, et qu'une secousse se transmette mé- 
caniquement au tronc de l'animal, la moelle épinière provo- 
que sur-le-champ des convulsions. Et ce qui prouve qu'alors 
le phénomène tient à l'ébranlement de la moelle épinière, 
c'est que , même après la section du nerf, il suflît d'ébranler 
la patte de manière que la secousse se communique au tronc, 
pour voir aussitôt survenir des convulsions générales. 

J'ai encore imaginé l'expérience suivante, pour résoudre le 
problème; mais je ne l'ai point exécutée. 

On sait que les iris des deux yeux se meuvent toujours si- 
multanément , pour produire un égal changement dans les 
deux pupilles. On sait aussi que la lumière n'agit point immé- 
diatement sur l'iris, mais que la rétine irritée agit sur le cer- 
veau , et que la contraction de l'iris d'un œil atteint d'amau- 
rose , quoiqu'étant d'ailleurs immobile pour la lumière , se 
meut encore lorsque celle-ci frappe l'œil du côté sain. Ont 
sait également que le nerf oculo-musculaire commun est le 
nerf moteur de l'iris, comme Mayo Ta démontré. La question 
maintenant est de savoir si , quand on irrite le nerf oculo- 
musculaire commun d'un nerf, cette irritation réagit de la 
périphérie au centre , comme dans le nerf optique , c'est-à- 
dire réagit sur le cerveau , et s'il survient un rétrécissement 
de l'iris de l'autre œil. Mais pour que cette expérience fût 
concluante, il faudrait être certain que le nerf oculo-muscu- 
laire ne contient pas de fibres sensitives. 

La seconde partie du problème, celle qui consiste à savoir 
si l'action nerveuse n'est que centripète dans les neris de sen- 
timent, et si elle ne suit pas aussi une direction inverse , à 
partir du cerveau et de la moelle épinière, pourrait être réf 
solue en faveur de l'effet purement centripète , sous ce point 
de vue q-ie toutes les sensations sont accompagnées de phé- 
nomènes centripètes. Mais il y a des sensations qui, dans les 



aaa de la, différence d'action 

passions, semblent se propafjer de la moelle épinièreà toute 
la longueur des nerfs , jusqu'aux orteils. Cependant celles-là 
pourraient aussi être expliquées d'une antre manière. J'ai fait 
voir que les fibres sensiiives de toutes les parties d'un nerf 
sont contenues dans le tronc et dans les racines , et que ce 
tronc, quand on le comprime , a les mêmes sensations que 
toutes les branches ensemble. Donc, lorsque les racines des 
troncs nerveux d'un membre font impression sur la moelle épi- 
nière par une action nerveuse centripète, les sensations doivent 
sembler être dans le membre. Et si, par une cause quelcon- 
que, la peur, ou autrement, la faculté sensiiive vient à être 
changée tout à coup dans la moelle épinière, les fibres des 
racines sensiiives font une autre impression qu'auparavant , 
ce qui doit être ressenti comme sensation dans les membres. 

Il est une excitation centrifuge qui se passe dans un nerf 
bien positivement sensitif ; c'est celle du nerf lacrymal dans 
certaines passions et sous l'influence de certaines pensées; 
S il éLait certain que le nerf gan(;lionnaire ne lui envoie pas 
de filets, comme il en donne à d'autres branches du trijumeau, 
ce serait là une preuve que, même dans les nerfs sensiiifs, il 
y a des excitations qui se propagent en tous sens. Mais tout 
porte à croire, comme je l'ai dit plus haut, que le nerf lacry- 
mal reçoit des fibres grises, puisqu'il en arrive à la première 
branche du trijumeau. 

On pourrait expliquer de la même manière le fait que 
d'autres nerfs encore, qui servent principalement à la sen- 
sation, exercent une influence organique manifeste sur la nu- 
trition, sur les sécrétions, et même sur le mouvement. C'est 
ce qui arrive au nerf vague. E.-H. Weber a fait voir qu'il 
tient mêni.; en {rrande partie lieu du grand sympathique chez 
certains animaux, les Serpens, par exemple, où il se distribue 
à une grande partie du canal intestinal. .J'ai reconnu aussi qu'il 
s'étenrl jusqu'à l'anus chez les Myxinoïdes, qui n'ont pas de nerf 
ganglionnaire. Or, le grand sympathique et le vague pouvant 



ENTRE LES NERFS SENSlTIPâ ET LES NERFS MOTEURS. 223 

en quelque sorte se suppléer l'un l'autre et empiéter cha- 
cun sur leur domaine respectif, il semblerait que des couraos 
rétrogrades ne soient pas les seuls qui puissent avoir lieu 
dans un nerf sensilif. Cependant celte objection n'a point 
beaucoup de valeur; car les effets organiques du nerf vague 
dépendent très-probablement de fibres organiques provenant 
du grand sympathique, avec lequel il s'unit si souvent. En 
général, un nerf q\\\ a parcouru un certain trajet renferme 
de tout autres élémens qu'à son origine ; la nature peut, che- 
min faisant, lui adjoindre beaucou[) de fibres d'un ordre dif- 
férent. Le nerf buccinateur du Bœuf nous fournit un bon 
exemple d'un nerf moteur accompagné de fibres organiques, 
et de la différence qui doit exister entre l'effet organique et 
l'effoi moteur ; car il reçoit du ganglion otique un faisceau de 
fibres grises , qui marchent avec lui, et qui se répandent vrai- 
semblablement dans la membrane muqueusf^ buccale et les 
glandes de la joue. Ici, nous voyons qu'il faut des conducteurs 
différens pour le courant moteur et pour le courant organi- 
que. Mais nous pouvons aussi prouver qu'il en est de même à 
l'égard des nerfs sensitifs. 

Le fait que les différens nerfs sensoriels éprouvent des sen- 
sations diverses par l'effet d'une même irritation, puisqu'une 
cause mécanique ou galvanique provoque celle de la lumière 
dans le nerf optique, celle du son dans le nerf auditif, et celle 
de la douleur dans les nerfs tactiles, ne saurait être cité à l'ap- 
pui ni de l'une ni de l'autre hypothèse. Car on peut l'expliquer 
de deux manières, ou en admettant des forces différentes 
dans les nerfs sensoiiels, ou en supposant qu'ils sont animés 
dps mêmes forces, mais que les effets qu'ils produisent diffè- 
rent selon les poinis du cerveau auxquels ils aboutissent. Ce- 
pendant il est évident que certains stinnilans ne peuvent agir 
que sur certains nerfs déterminés. Ainsi l'agent lumineux 
n'agit que sur le r.erf optique cl les nerfs tactiles, dans le pre- 
mier cas comme lumière, dans le second comme calorique, et 



aa4 DE LA DIFFÉRENCE d'aCTION 

nul aulre ne se montre sensible à son action ; de même, le 
nei 1 ollaclif ne paraît être déterminé à faire naître la sensa- 
tion des odeurs que par l'influence des substances odorantes 
et de l'électricité. 

<:)iioi qu'il en soit, il ncst pas prouvé <jue l'action des fibres 
sensiiives soit purement centripète, et celle des fibres motrices 
exclusivement centrifuge. Il |y a une dernière circonstance 
qui soulève de plus grands doutes encore : c'est que, comme 
je l'ai démontré précédemment, les nerfs moteurs ne con- 
servent leur irritabilité qu'à la condition d'être unis avec les 
parties centrales ; car il paraît s'ensuivre de là que tous les 
nerfs, sans excepter ceux du sentiment, sont également placés 
sous la dépendance du cerveau et de la moelle épinière. Mais 
alors le cerveau et la moelle épinière auraient des irradiations 
centrifuges dans les nerfs sensiiifs. Des expériences, suggérées 
par d'heureuses idées ou de nouvelles découvertes, pourront 
seules décider plus tard cette question importante, dont la 
sohuion définitive doit en amener tant d'autres à sa suite ; 
félicitons-nous seulement aujourd'hui de ce que les observa- 
lions dont on vient de lire le précis l'aient du moins fait entrer 
déjà dans le domaine de la physiologie empirique. 

S'il ne nous est pas donné de résoudre le premier problème 
d'une manière certaine, nous pouvons bien moins encore prou- 
ver que les conducteurs centripètes et centrifuges forment un 
cercle dans lequel le fluide nerveux circulerait continuelle- 
ment, allant des parties centrales à la périphérie par les nerfs 
moteurs, et revenant des extrémités périphériques de ces der- 
niers aux parties centrales par les nerfs sensitifs. On pourrait 
Lien se figurer la vie comme attachée à cette circulation conii- 
nuelle du fluide nerveux, qui seulement serait assez insensible 
pour ne se manifester que par le jeu imperceptible , mais con- 
tinuel, des fibres musculaires dans l'état apparent de repos, 
par l'équilibre que maintiennent entre eux les différens mus- 
cles, et par le sentiment vague dont toutes les parties soiit 



ACTION ET PROPAGATION DANS lE NERF GRAND SYMP. 2 2^ 

animées chez l'homme biea portant. Mais cette hypothèse 
d'une circulation du fluide nerveux, ou de ses oscillations, 
dans les deux classes de conducteurs, est fort peu probable 
par plusieurs motifs. Comme beaucoup de nerfs ne sont que 
sensibles, ceux-là devraient se passer de la circulation, ou 
bien il faudrait admettre qu'indépendamment des libres seii- 
sitives ils en renferment encore beaucoup d'autres à action 
centrifuge , qui ne déterminent point de mouvement , par la 
seule raison qu'elles ne se terminent pas dans des muscles. 
Et si l'on n'a égard qu'aux muscles moteurs et sensitifs qui 
sont mis en connexion ensemble par des anastomoses entre les 
faisceaux, comme par exemple le nerf facial et le nerf sous- 
orbitaire, ces anastomoses peuvent encore moins fournir la 
voie pour une circulation du fluide nerveux. En effet, d'abord, 
elles ne consistent point en une véritable réunion des fibres 
primitives ; puis, d'après les expériences de Gaedechens, une 
irritation exercée sur le nerf facial ne se transmet pas, par 
leur intermédiaire, au tronc du nerf sous-orbitaire, puisque 
la portion périphérique du nerf facial dont on a pratiqué la 
section, c'est-à-dire celle qui fait partie d'une de ces anasto- 
moses, n'occasione aucune douleur quand on l'irrite. De tout 
cela, il résulte qu'une circulation régulière du fluide nerveux, 
parlant du cerveau et de la moelle épinière pour se rendre 
dans les nerfs et revenir par eux au point de départ , ne 
saurait être démontrée, et qu'elle est même fort invraisem- 
blable jusqu'à présent. 

CHAPITRE V. 

Des lois (le l'action et de la propagation dans le nerf grand 
sympathique. 

Nos connaissances à l'égard de la mécanique du nerf grand 
sympathique sont encore extrêmement incomplètes. C'est à 
poino si la physiologie s'est élevée , sous ce rapport , jusqu'à 
1. i6 



226 DES LOIS DE l'aCTION ET DE LA PROPAGATION 

imaginer quelques hypothèses , dont aucune ne saurait être ni 
démontrée ni définitivement renversée. 

Le seul moyen d'arriver à quelque chose de clair, est de 
comparer avec les phénomènes du nerf grand sympathique 
les faits qui nous sont connus relativement à la mécanique des 
nerfs cérébro-spinaux , et de rechercher, par de nouvelles 
observations , jusqu'à quel point la mécanique de ce nerf dif- 
fère de celle des autres. 

Ainsi nous aurions à examiner les questions suivantes : les 
effets des fibres du nerf grand sympathique sont-ils séparés 
comme dans les nerfs cérébro-spinaux , ou les fibres de ce 
nerf peuvent-elles se communiquer leurs effets à la faveur de 
connexions qui existent entre elles? L'irradiation de l'in- 
fluence motrice et la coïncidence des sensations constituent- 
ils l'cUat de choses normal dans ce nerf? Les ganglions sont- 
ils des multiplicateurs de l'influence nerveuse, et en quelque 
sorte de petits centres nervcjx indépendans des points d'ir- 
radiation? S'y opère-t-il une réfli^xionde l'influence nerveuse 
dans certaines directions ? Est-ce à eux qu'il faut s'en prendre 
si les sensations sont confuses et vagues? Sont-ils des orga- 
nes d irradiation ou de mélange des sensations , ou seulement 
des demi-conducteurs qui empêchent les impressions senso^ 
rielles d'aj>ir sur le cerveau et la moelle épinière , et la vo- 
lonté d'exercer son empire sur les parties soumises au nerf 
grand sympathique? Ou bien leur destination se rapporterait- 
élle plutôt à l'influence organique du grand sympathique , ou 
eux-mêmes seraient-ils de petits centres nerveux d'où part 
en rayonnant l'influence nerveuse qui préside aux opérations 
de la chimie organique? L'effet est-il centripète ou centri- 
fuge dans les nerfs organiques , ou bien se répand-il dans 
tous les sens à partir du point irrité ? 

Malheureusement il nous est absolument impossible pour 
le moment de répondre à aucune de ces questions. Les seules 
données ceriuiaes que nous ayons sur le compte des effets du 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 227 

nerf grand sympatliiqne , sont placées jusqu'à un certiin 
point en dehors des nolious requises pour en obtenir la solu- 
tion , el nous n'en possédons surtoiit pas une seule qui nous 
permette , soit d'appuyer, soit de réfuter aucune des hypo- 
thèses relatives aux ganglions. 

Le cordon qui marque la limite du grand sympathique est 
sans contredit d'une haute importance pour le système entier 
de ce nerf, puisque c'est là que les filets radiculaires des nerfs 
cérébraux et spinaux se réunissent pour s'étaler ensuite en 
rayonnant. Cependant les filets de jonction entre les gan- 
glions ne paraissent pas être absolument nécessaires à Tacti- 
vité du grand sympathique ; du moins les expérii noes de 
Pommer sur les animaux ont-elles fait voir que le nerf pou- 
vait être coupé des deux côtés, entre le premier elle second 
ganglions du cou , sans qu'il s'ensuivit aucune conséquence 
remarquable pendant les sept ou huit semaines que les ani- 
maux demeuraient en observation (1). On doit également tirer 
de là cette conséquence que la portion céphalique du grand 
sympathique peut être isolée de la portion thoracique sans 
qu'il en résulte rien de nuisible pour la vie, car le ganglion cer- 
vical inférieur et la portion thoracique du nerf reçoivent moins 
des nerfs cérébraux que des nerfs spinaux avec lesquels ils 
communiquent , le principe nerveux qui y afflue des parties 
centrales du système nerveux. 

!• Xffets du nerx grand sympathique dans les mouvemens 
involontaires., 

I. ^îictine des parties soumises au nerf grand sympathique 
n'est sicscepiihle de movveviens volontaires. 

Le cœur, le canal intestinal, les conduits excréteurs des 
glandes, la matrice , les vésicules séminales, ea fournissent 
des exemples. Il parait même qu'un nerf cérébro-spinal qui 

(1) Pommer, Beitradje sur Natursund Ueilkunde,Uei\hvoan, 1831» 



2i8 DES LOIS DE l'aCIION ET DE LA PROPAGATION 

s'unit souvent avec le {jrand sympathique perd son influence 
volontaire , comme il arrive , par exempl*; , à la partie infé- 
rieure du nerf vague. L'œsophage n'a que des mouvemens 
involontaires, quoique ceux du pharynx puissent obéir aux 
impulsions de la volonté. Cependant il est douteux que les 
nei l's moteurs du canal œsophagien viennent du nerf vague 
lui-même. La vessie reçoit deux sortes de nerfs, provenant les 
uns des sacrés et les autres du plexus hypogastrique. Cette 
disposition s'accorde avec les phénomènes vitaux qu'elle pré- 
sente. L'influence de la volonté sur cet organe est très- 
faible. 

D'un autre côté , tous les muscles qui ne reçoivent que des 
nerfs cérébro-spinaux , sont susceptibles de mouvemens 
volontaires. 11 est des hommes, et je suis du nombre, qui 
meuvent à volonté les petits muscles de l'oreille , et il en est 
aussi qtii possèdent le même empire sur le muscle crémaster, 
continuation de l'oblique interne et du transverse, quoiqu'un 
irès-grand nombre de personnes ne puissent exercer aucune 
influence sur les mouvemens de ces organes. 

IL Les parties atiwquelles le nerf gj-and sympathique distribue 
ses filets continuent encore de se mouvoir, mais à n plus faible 
degré , lors 'on a détruit leurs connexions naturelles avec le 
reste dti sympathique^ et qu'elles ont été séparées de ^organisme. 

Le cœur, séparé du corps, bat encore pendant long-temps ; 
ses baltemens durent même plusieurs heures chez les Reptiles. 
Le canal intestinal, traité de la même manière , continue ses 
mouvemens péristaltiques. On a vu l'oviducte excisé d'une 
Tortue se débarrasser encore de son contenu. 

IIL De là vient que toutes les parties mobiles auxquelles se 
rend le nerf grand sfmpatliique sont indépendantes jusqu'à un 
certain point du cerveau et de la moelle èpinière. 

Non seulement le cceur bat pendant long-temps, bien 
que d'une manière faible , après la destruction du cer- 
veau et de la moelle èpinière, mais encore il y a des exemples 



DANS LE NERF GRAND SYMÏ'ATUIQUE. 229 

constatés d'embryons chez lesquels ces deux derniers orga- 
nes ont subi une lente destruction dans l'œuf, sans que la 
vie s'éteignît. 

IV. Cependant les organes centraux du sj sterne nervei w 
exercent une influence active sur le nerf grand sympathique 
et sa puissance motrice. 

Il résulte des expériences d'un grand nombre de physio- 
logistes, que si les mouvemens des parties auxquelles le 
grand sympathique se distribue ne cessent pas sur-le-champ 
après la destruction subite du cerveau et de la moelle épinière, 
on peut cependant changer le mode et la vélocité des batte- 
mens du cœur en blessant et irritant ces organes. Ainsi , par 
exemple, Wilson Phihp dit avoir vu les mouvemens du cœur 
devenir plus rapides chez des animaux sur le cerveau des- 
quels il faisait tomber goutte à goûte de l'alcool et de l'infu- 
sion de tabac. L'effet des passions est beaucoup plus frappant. 

V. D'après les expériences de pp^ilson Philip ^ ce ne sont pas 
seulement telles ou telles parties du cerveau et de la moelle épi- 
nière qui influent sur telles ou telles parties du stjsteme sympa- 
thique et des organes placés sous sa dépendance , comme le cœur 
entre autres , mais encore le cerveau, en totalité et la moelle épi- 
nière entière , ou toute étendue quelconque de celle-ci^ peuvent 
modifier les mouvemens du cœur. 

L'irritation d'une partie donnée de la moelle épinière ne 
détermine jamais immédiatement que les mouvemens de cer- 
tains muscles , de ceux dont les nerfs proviennent de cette 
partie , tandis que, pour ce qui concerne les mouvemens 
soustraits à la volonté, toute partie de la moelle épinière 
semble pouvoir agir sur le nerf ganglionnaire. Cette diffé- 
rence , qui d'ailleurs n'est point encore suffisamment établie, 
se prêterait à deux explications. En effet , on peut regarder 
ou la moelle épinière ou le nerf ganglionnaire lui-môme 
comme cause de l'irradiation. Dans le premier cas, les fibres 
du nerf ganglionnaire qui parviennent au cœur demeurent 



a3o DES LOIS DE L ACTION ET DE LA mOPARATION 

sans conflit avec les fibres nerveuses d'autres parties , et la 
propagation de Tirradialion a lieu dans la moelle épinière 
elle-même , do sorie qu'à partir de celle-ci les fibres nerveu- 
ses de ditléreules parties entrent simultanément en action. 
Dans le second cas, les ganglions sont considérés comme la 
cause du conflit. Nous sommes forcés d'avouer que jusqu'ici 
nous ne possédons pas encore d'expériences directes certai- 
nes pour résoudre ces importantes questions. 

Ayant coupé le nerf splanchnique d'un Lapin, j'en galvani- 
sai , avec une pile de soixante-cinq paires de pi iques , l'ex- 
trémité périphérique , que j'avais isolée sur une plaque de 
verre. Il s'ensuivit un accroissement des mouvemens péris- 
taltiques de l'intestin. On peut donc conclure de là que ce 
nerf influe sur le canal inieslinal entier , et non pas seulement 
sur une de ses parties; qu'en conséquence il a la puissance 
de communiquer ses états à tous les nerfs des plexus gastrique 
et mésentériquH. Le même effet avait lieu lorsque je versais 
de la potasse causiitiue sur le ganglion cœliaque d'un Lapin, 
auquel j'avais rais à découvert le canal intestinal , dont les 
mouvemens , d'abord accélérés par l'influence de l'air, étaient 
déjà redevenus irès-faibles; ces mouvemens reprenaient sur- 
le-champ une grande vivacité. 

VL Les contractions que déterminent^ dans les organes qui 
dépendent du grand sympathique , les irritations de ces organes 
eux-mêmes on de leurs nerfs , ne soîit pas passagères et mo- 
mentanées • ce sont 011 des contractions qui persistent pendant un 
certain laps de temps, ou des modifications prolongées des mou~ 
vemens rhythmiques ordinaires , de sorte quici la réaction 
remporte de beaucoup eu durée sur l'irritation. 

Le mouvement du principe nerveux est donc plus lent dans 
le nerf grand sympathique, et on peut l'y mesurer. Lorsqu'a- 
pvès avoir ouvert le ventre d'un animal , on fait agir nne irri- 
tation chin.'iqne , mécanique ou galvanique , sur un point 
quelconque de l'inlcsiin, la contraction sopère avec lenteur, 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 23 1 

Cl souvent elle n'arrive à son maximum d'intensité que quund 
la cause a depuis long-temps cessé d'ajîir. Le cœur oiïre le 
même phénomène que l'inteslin , mais d'une autre manière ; 
à des contractions continues , non périodiques , une irriiatioo 
passagère substitue une série continue de battemens périodi- 
ques. Le cœur est accessible aux irritations tant mécaniques que 
galvaniques. Humboldt a vu le galvanisme faire entrer le cœur 
des Grenouilles en convulsion , observation que j'ai répétée 
depuis. Mais l'irritation galvanique n'agit pas toujours instanta- 
nément sur la contraciihté du cœur, et, dans beaucoup de cas, 
il lui arrive seulement de changer le nombre des battemens 
subséquens. Les irritations mécaniques ne provoquent pas 
non plus sur-le-champ les contractions d'un cœur qui bat 
avec lenteur ; fréquemment, elles ne produisent cet effet qu'au 
bout de quelques heures ; mais elles agissent évidemment 
sur le cœur d'une Grenouille qui ne tient plus au corps de 
l'animal, et qui depuis long-temps déjà n'a plus battu. Il se 
passe donc ici la même chose qu'au canal intestinal ; la con- 
traction ne commence parfois que quelque temps après l'irri- 
tation , et dure plus qu'elle. Mais ce qui distingue le cœur , 
c'est qu'une irritation passagère , au lieu de le solliciter à une 
cooiraction soutenue , comme elle fait pour l'intestin, change 
seulement la série entière des pulsations suivantes. Quand le 
cœur d'un animal a battu pendant long-temps toutes les quatre 
à cinq secondes , l'aciion d'une irritation passagère le fait 
battre, également pendant long- temps, d'après une autre pé- 
riode , par exemple, toutes les secondes ou toutes les denx 
secondes , et lorsqu'il a cessé entièrement de battrai; une irri- 
tation passagère fait qu'il se contracte , non pas une fois , 
mais quatre fois, durant une certaine période. Il en est donc 
pour lui absolument de même que pour d'autres parties mus- 
culensps dépendantes du nerf grand sympathique , l'inteslin 
par exemple , avec cette différence que la réaction soutenue 
qui succède à des irritations passagères de l'intestin , du canal 



2l)2 DES LOIS DK LACTION ET DE LA PROPAGATION 

cholédoque , du sphincter de la vessie , ne se partage point 
en convulsions périodiques , mais aiïecte un type continu , au 
lieu que , pour le cœur , elle se divise en convulsions périodi- 
ques , dont les périodes varient. Le même phénomène s'ob- 
serve quand on applique les irritans non sur les muscles , 
mais sur le grand sympathique. Si, après avoir ouvert un ani- 
mal et attendu que les battemens du cœur se fussent ralentis , 
on venait à {;alvaniser le grand nerf cardiaque, les battemens 
redevenaient plus rapides , mais le nouveau type qu'elles 
avaient acquis ainsi survivait à l'irritation ; la remarque en a 
été faite par Humboldt et par Biirdach (1). Quand j'irritais' le 
nerf splanchnique du Lapin , dans l'expérience précitée , le 
mouvement plus rapide et plus fort de tous les intestins per- 
sistait pendant fort long-temps, quoique l'irritation n'eût été 
que passagère. 

VIL La cause première des ^louvemens involontaires et de 
leur tj-pe n'est ni dans le cerveau , ni dans la moelle cpinière , 
m,ais dans le nerf grand sj'-nipathiquc ; mais ces mouvemens 
conservent leur caractère, même sans Vinfluence des ganglions^ 
et même lorsque le nerf sympathique appartenant à un organe 
a été détruit jusqu aux branches qui se distribuent à ce dernier, 
et dont le conflit avec les fibres musculaires parait suffire à Ini 
seul pour les entretenir . 

On sait que le cœur d'un animal n'en continue pas moins de 
se contracter d'une manière rhythmique, quoiqu'il ait été dé- 
taché du corps et qu'il soit vide de sang , et que ses mouve- 
mensdurent ainsi pendant plusieurs heures, chez la Grenouille. 
Il suit de là que la cause du rhyihme ne saurait être dans les 
alternatives d'aflluence et de départ du sang , et qu'elle réside 
dans l'organe lui-même. Or comme , dans toutes les autres 
parties mobiles , le mouvement du muscle dépend constam- 
ment de l'innervation, et comme aussi , d'après les expérien- 

(d) Traité Ae Physiologie, trad. par Jourdan, Paris, 1837-1838,8 vol. in-8. 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 2ÔÙ 

ces que j'ai faites avec Sticker , la force motrice des muscles 
s'éteint avec Tirritabilité des nerfs , la cause des mouveraens 
rhythmiques des ventricules et des oreillettes du cœur, ainsi 
que celle des mouvemens péristaltiques du canal intestinal, 
dépend , en dernière analyse , du conflit entre les nerfs sym- 
pathiques et les parties musculeuses, et d'un courant du prin- 
cipe nerveux agissant périodiquement dans le grand sympa- 
thique. On pourrait ici se figurer l'action des nerfs continue 
et celle des muscles périodique , en tant que l'irritabiliié de 
ces derniers pour le courant du principe nerveux serait modi- 
fiée par leur contraction ; mais cette hypothèse serait certaine- 
ment inexacte ; car on n'entrevoit pas pourquoi le cœur perdrait 
et recouvrerait à chaque instant sa faculté d'être impressionné 
par un courant non interrompu du principe nerveux, puisque 
les muscles soumis à la volonté la conservent pendant long- 
temps lorsqu'ils exécutent un mouvement de très-longue durée. 
De ce que des parties douées de mouvement involontaire, 
comme le cœur et le canal intestinal , conservent, après avoir 
été détachées du corps, le type de leur mouvement rhylhmi- 
que ou péristaltique, il suit bien évidemment que ce type est 
indépendant du cerveau et de la moelle épinière, et nous ve- 
nons de prouver qu'il a sa source dans le nerf grand sympa- 
thique lui-même. Mais il nous reste à démontrer la seconde 
partie de la proposition que nous avons mise en avant , celle 
que les troncs et les ganglions ne sont pas non plus néces- 
saires au maintien du type des mouvemens involontaires, et 
que les dernières ramifications du grand sympathique sont 
aptes aussi à le régler. La présence des troncs des nerfs car- 
diaques n'est nullement nécessaire à l'entretien des mouve- 
mens du cœur, puisque le cœur de la Grenouille continue 
encore de battre périodiquement après qu'on en a retranché 
toute la base, c'est-à-dire coupé les oreillettes jusqu'aux 
ventricules. De même, les mouvemens péristaltiques du canal 
intestinal persistent non seulement lorsqu'on sépare du tronc 



234 ^^^ ^^^^ ^^ l'action et HE LA PROPAGATION 
l'intesiin avec le mésentère et le plexus nerveux }];anglioQ^ 
naire, mais encore quand on isole l'intestin lui-même de ce» 
plexus, en le coupant au niveau de Tinserlion du mésentère. 
Dans ces deux cas, il ne reste plus que les ramifications pé- 
riphériques intérieures envoyées par le nerf grand sympathi- 
que au cœur et à l'intestin, et cependant ces organes n'en 
continuent pas moins pendant long-temps de se mouvoir avea 
leur typeordinaire, 

VIII. Quelque certain qu'il soii , d'après ces ohservalionfy 
que les ramifications extrêmes et les plus petites dunerf grand 
sjmpathiquo peuvent encore régler les mouvemens des parties 
non soumises à Vempire de la volonté^ cependant^ non seule-' 
ment le cerveau et la moelle épinière, mais encore les ganglions, 
eux-mêmes , quand ils sont irrités, exercent la plus piiissani& 
influence sur le mode de ces mouvemens^ tant que les organes 
sont liés avec eux par des nerfs. Le cerveau et la moelle épinièr^ 
doivent aussi être considérés comm.o la source de V activité du 
nerf grand sympathique ^ celle sans laquelle cette activité a'é- 
puiseraii bientôt. 

On n'ignore pas que toutes les passions modifient les bat- 
temens du cœur, et que les irritations de la moeUe épinière 
changent également les mouvemens du canal intestinal. Les 
parties centrales du système nerveux doivent aussi être con- 
sidérées comme la source de l'influence durable du principe 
nerveux sur les parties dont le mouvement n'obéit pas aux 
déterminations de la volonté , puisque la mobilité du canal 
intestinal diminue, puisque cet organe est frappé de paresse 
dans les paralysies de la moelle épinière. L'irritation des gan- 
glions eux-mêmes agit aussi sur tous les nerfs qui en émanent 
pour aller se rendre à des parties douées de mouvement in- 
volontaire, tomme le démontrent les expériences suivantes. 
J'ai déjà dit plus haut qiio jéiais parvenu à accélérer le mou- 
vement péiisiyltique de tout le canal intestinal en coupant 
le nerf splanchni(]ue d'un Lapin, et gulvaiiisant le bout qui $e 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 255 

rendait au (janglion cœlisque , après l'avoir posé snr une 
plaque de verre. On pourrèîil objecter contre celte cxpcrionce 
que le fluide galv;iniqiie de soixante-cinq paires de pliiquos 
était beaucoup trop fort, et que , par cette seule raison , il 
avait pu, traversant les parties animales comme de simples 
conducteurs humides, sauter sur l'intestin, et ne pas produire 
en conséquence d'autre effet que celui qui eût été obtenu en 
galvanisant l'intestin lui-même. Cependant j'ai fiiit depuis 
quelques autres expériences qui m'ont donné des résultats 
décisifs. J'ai mis à découvert tout le canal intestinal d'un 
Lapin , et en même temps le {ganglion cœliaque. On sait 
qu'aussitôt que l'air atmosphérique frappe l'intestin d'un ani- 
mal, les mouvemens de cet organe deviennent très-vifs, 
qu'ils conservent ce caractère pendant quelque temps , et 
qu'ensuite ils diminuent peu à peu, jusqu'à ce qu'ils soient 
devenus très-faibles. J'attendis ce moment , puis je touchai 
le ganglion cœliaque avec un petit morcpau de potasse cai;s- 
tique; sur-le-champ les mouvemens péristaltiques du ca' al 
intestinal reprirent de la vivacité. Celte expérience a été ré- 
pétée avec un résultat tout aussi peu équivoque. Ainsi les 
ganglions sont capables, quand ils se trouvent irrités, d3 
mettre le principe nerveux en activité jusques dans les plus 
petites branches du nerf sympathique qui se distribuent à dos 
parties mobiles, quoique d'ailleurs leur ablation n'empêche 
pas l'action de ces parties en général de persister. 

XI. Det faits qui ont été eicposés jusqu'ici, il suif que le nerf 
grand sympathique peut en quelque sorte être chargé par / ■? 
parties centrales du système nerveux.^ h cerveau et la vioelle 
épinièi'C, comme sources du principe nerveux , mais qu'une fois 
qiiil a reçu cette charge^ il la conservs, et continue de V écouler 
à sa manière accoutumée^ alors mémo que Vafflux vers lui dit, 
principe nerveux diminue et ne se renouvelle at^ec force qit, au 
bout d'un certain laps de temps. Ceci eaplique une parlii des 
phénomènes du sommeil. 



256 DES LOIS DE l'aCTION ET DE LA. PROPAGATION 

i"" Tandis que le scnsorium commune est en grande partie 
inactif dans le sommeil, le mouvement du cœur et du canal 
inioslinal continue sans subir de changement, ou du moins 
sans en éprouver un Lion grand. Car les organes dépendans 
du nerf grand sympathique sont indépendans du repos par- 
tiel et passager du scnsorium , tant qu'ils sont encore char- 
gés en quelijue sorte de principe nerveux. Au contraire, le 
principe nerveux qui émane des parties centrales paraît allluer 
d'autant plus à la partie sympathique du système nerveux, 
que les facultés sensorielles et intellectuelles n'en consomment 
plus, à cause des changemens matériels qui s'opèrent dans les 
organes des sens et dans certaines parties du cerveau durant 
le sommeil. De même, pendant la syncope, Taction du cœur 
est affaiblie, mais elle se maintient néanmoins à un bien plus 
haut degré que celle de toutes les parties qui reçoivent des 
nerfs cérébro-spinaux. 11 y a donc quelque chose qui, même 
après l'excision du cœur et de l'intestin, se manifeste en eux, 
moins sensiblement à la vérité, mais pendant un certain laps 
de temps encore. Mais si le cerveau et la moelle épinière per- 
dent trop la faculté d'être la source du principe nerveux, il 
n'y a plus de restauration possible à de grands intervalles, et 
le système sympathique tombe dans le cas qui est une fois 
par jour le partage du système des nerfs cérébro-spinaux, 
c'est-à-dire dans le sommeil ; alors survient un épuisement 
qui ne peut plus être réparé par d'ultérieures décharges ; 
alors on voit paraître ce pouls fréquent, faible et à peine per- 
ceptible, qui annonce la mort à la fin des maladies aiguës (1). 
X. L' application locale des narcotiques sur le nerf grand 
sympaihique ne détermine pas le ■narcotisme au loin dans les 
organes dont le mouvement n'obéit point à la volonté ; mais ces 
organes peuvent être paralysés par la narcotisation des derniers 

(1) Compar. Wilsom Phiup, Philos. Trans., 1833.— Mdllee, Avchiv^ 
1834, 137. 



DANS LTÎ NERF GRAND SYMPATHIQUE. 27)'J 

filets (tu nerf grand sympathique qui se distribuent dans leurt 
intérieur. 

Les choses se passent ici de la même manière absolument 
que dans les autres nerfs, ceux de l'appareil cérébro-spinal j 
où l'application d'un narcotique ne va pas non plus au-delà 
du nerf touché, dont elle éteint l'irritabililé. Cependant il y 
a ici, en ce qui concerne le cœur, une différence fort remar- 
quable, et jusqu'à présent inexplicable, entre la surface exté- 
rieure et la surface interne de l'organe. Si l'on applique un 
narcotique , tel que l'opium pur ou l'extrait de noix vomi- 
que, à la surface externe du cœur, il paraît agir fort peu ou 
pas du tout, ou du moins n'agir qu'avec beaucoup de len- 
teur; les mouvemens rhythmiques du cœur excisé de la Gre- 
nouille persévèrent pendant très-long-temps. Mais si l'on met 
un peu d'opium ou d'extrait de noix vomique en contact avec 
la paroi interne des ventricules du cœur, l'organe s'arrête 
pour toujours sur-le-champ, parfois au bout de quelques se- 
condes. C'est là une découverte importante de Henry (1), que 
j'ai fréquemment vérifiée. Ce fait donne en même temps une 
nouvelle preuve que la force motrice des muscles dépend de 
leur conflit avec les nerfs, et que sans ces derniers elle ne 
leur appartient point. Ici, nous avons de la peine à paralyser 
la force musculaire des couches superficielles du cœur par le 
moyen des narcotiques, tandis que l'application de ces sub- 
stances à l'intérieur frappe de mort à la fois et les couches 
internes et les couches extérieures, phénomène qu'on ne sau- 
rait attribuer aux fibres musculaires elles-mêmes, et qui ne 
peut l'être qu'aux fibres nerveuses. On n'expliquerait pas non 
plus cette action rapide du poison narcotique, en disant que 
celui-ci pénètre promptement de dedans en dehors à travers 
les parois du cœur; car, lorsqu'on enlève les oreillettes du 
cœur de Grenouille en totalité, comme je l'ai fait, et îqu'on 



(4) Edinh. med. and sunj.Jou^ndy 1832. 







a3ii DKS LOIS Dli l'action et de la IROPAGATiON 

iolroduit un peu de poison dans le veuli icule ouvert, la con- 
traciion qui survient après doit plutôt tendre ù chasser la sub- 
stance au dehors qu'à la l\iire pénétrer plus profondément, 
ce qui d'ailleurs ne peut avoir lieu par dos vaisseaux. Au 
reste, cette observation remarijuable explicjue aussi la rapi- 
dité de rerapoisonnoment par les narcotiques, une fois que le 
sanfj a amené la substance vénéneuse jusqu'au cceur. 

XI. Les lois (le la rrjloxion rjue j'ai établies à l'occasion des 
nerfs cérébro-spinaux , s'appliquent aussi aux nerfs sympathi- 
ques , c'est-à-dire que des impressions sensorielles vitres dans 
tes parties auxquelles se rendent des fibres du nerf grand sym- 
pathique ^ peuvent , en se propageant à la moelle épiuicre , pro' 
roqupr des moui^emens dans les parties qui reçoivent leurs nerfs 
du système cérébro-spinal. 

C'est ainsi que les irritations du canal intestinal , chez les 
enCans, déterminent des convulsions, parce qu'elles se trans- 
nieticni du nerf grand sympathique à la moelle épinière , qui 
les réfléchit sur les nerfs cérébro-spinaux. Ici se rapportent 
également les spasmes des muscles respirateurs qui accompa- 
gnent le vomissement , en tant que celui-ci est provoqué par 
des irritations dans le canal intestinal. Tous les spasmes qui 
ont pour cause des affections locales des organes du basven- 
tre , reconnaissent la même origine. Mais on peut aussi dé- 
montrer cette réflexion par une expérience directe : car j'ai 
plusieurs fois observé, sur des Lapins, que quand on piquait 
le nerf splanchnique soulevé avec des pinces, les muscles ab- 
dominaux du même côté éprouvaient des convulsions ; j'ai dit 
que celte expérience n'avait pas réussi sur les Chiens. 

XII. Les impressions sensorielles reçues ynr les parties dans 
lesquelles se distribue le nerf grand sympathique^ se réfléchis- 
sent aussi sur la moelle épinière et le cerveau^ puis de là sur 
l artivUé motrice du nerf sj-mpathiquc lui-même, tout comme 
il arrive pour les nerfs cérébro-spinaux , mais à un moindre 
degré. 



DANS LE NERF GRAND SYMPATUIQBE. 2JQ 

Nous en avons un exemple dans les fréquens besoins d'u- 
riner, ou les conti actions souvent renouvelées de la vessie, 
que détermine une urine douée de propriétés irritantes ; car 
ici râcreté n'agit pas sur les fibres musculeuses de la poche 
urinaire , et son action immédiate ne porte que sur les nerfs 
sensitifs de la membrane muqueuse. A la même catégorie 
appartiennent les changeraens que le diamètre de la pupille 
éprouve dans divers états morbides du canal intestinal , les 
modifications que les battemens du cœur subissent dans les 
maladies des organes abdominaux , le vomissement qui ac- 
compagne celles du foie , des reins , de la matrice , etc. Ces 
phénomènes ont été attribués à une action du nerf sympathique 
lui-même, sans concours du cerveau et de la moelle épinière ; 
mais comme tous ceux du même genre qui ont lieu dans le 
système des nerfs cérébro-spinaux ont besoin des organes 
centraux , du cerveau et de la moelle épinière , pour que 
l'effet sensoiiel et l'effet moteur réfléchi se manifestent , il est 
plus vraisemblable , du moins pour le moment , qu'en ce qui 
concerne les phénomènes de réflexion dans les parties aux- 
quelles aboutit le nerf grand sympathique, le cerveau et la 
moelle épinière sont également l'intermédiaire entre l'effet 
sensoriel ou centripète et l'effet moteur ou centrifuge. Si l'on 
compare les phénomènes de réflexion qui ont lieu dans les 
nerfs cérébro-spinaux, avec ceux dans lesquels les parties 
qui reçoivent les ramifications du grand sympathique sont le 
siège de l'excitation primordiale et de l'excitation réfléchie , 
on voit que les premiers surpassent beaucoup les seconds en 
vivacité, et qu'ils ont aussi plus de facilité à se développer. 
Combien» en effet, ne sont-ils pas fréquens , rapides et faciles 
à surgir dans la toux, l'éternuement, le vomissement, etc.! 
Combien ne sont-ils pas nombreux , comparativement à ceux 
qui s'observent dans le nerf grand sympathique ! Celte cir- 
constance que les phlegmusies du canal intestinal n'altèrent 
pas le pouls , c'est-à-dire les battemens du cœur , avec au- 



2 '|0 DES LOIS DE i/aCTION ET DE LA PROPAGATION 

tant de faciliié et de force que celles d'autres or{ïanes pour- 
vus de nerfs cérébro-spinaux, semble aussi annoncer qu'il 
est plus difficile à la réflexion de s'opérer du grand sympathi- 
que à la moelle épinière , puis de celle-ci à celui-là , que des 
nerfs cérébro-spinaux au centre nerveux et de celui-ci à ceux- 
là. Les expériences qu'on serait tenté de faire à ce sujet 
présentent de grandes difficultés ; celles que j'ai tentées 
prouvent au moins que les parlies auxquelles le nerf grand 
sympathique se distribue n'ont point une tendance bien 
prononcée à la réflexion sensorielle et motrice sur ce nerf. Je 
mis à nu le canal intestinal d'un Lapin vivant , et je détermi- 
nai une violente excitation sensorielle en serrant une liga- 
ture autour de l'intestin grêle ; puis je replaçai le tout dans 
la cavité abdominale ; je voulais voir si , par l'efl'et d'une ré- 
flexion allant de la moelle épinière aux alentours du point que 
j'avais lié, l'intestin se resserrerait sur lui-même, des deux 
côtés de la ligature , et jusqu'à une certaine dislance. Le phé- 
nomène n'eut point lieu. En répétant l'expérience, je n'obtins 
pas davantage de résultat. Mais celles qu'a faites Yolkmann 
prouvent que, quand une Grenouille décapitée se trouve dans 
une disposition générale à la réflexion, une réaction a lieu de 
la manière qui vient d'être indiquée. Le pincement du canal 
intestinal déterminait alors des contractions de l'intestin , qui 
ne demeuraient pas bornées au point irrité, mais qui se propa- 
geaient, tantôt vers le haut , tantôt vers le bas, et à une dis- 
tance plus ou moins grande. Une fois la moelle épinière dé- 
truite, le pincement des intestins n'occasione plus que des 
contractions locales. 

XIII. // arrive assez fréquemment aussi que des effets qui 
partent des nerfs cérébro-spinaux et se propagent jusqu'à la 
iuocllc épinière sont réfléchis de celle-ci sur le sj-stème du grand 
sympathique. 

On peut citer , pour exemples, les modifications des balte- 
mens du cœur qui accompagnent les sensations vives, volup- 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 2^1 

tueuses ou douloureuses , à la peau , les mouvemens détermi- 
nés dans riiis par les impressions sensorielles que trans- 
mettent le nerf optique, l'acoustique, le trijumeau, et la 
contraction des vésicules séminales qui succède à l'irritation 
des nerfs tactiles du pénis. 

XIV. Une question se présente maintenant : Des phénomè- 
nes de rèjlexion peuvent-ils ai^oir lieu dans le nerf sympathi- 
que lui-même f au moyen des ganglions , et indépendamment 
du cerveau et de la moelle épinièreP 

Il ne nous est point encore permis de donner une réponse 
précise à cette intéressante question. Si le mode de réflexion 
dont il s'agit était possible, les nerfs sympathiques constitue- 
raient une exception remarquable , et leur nature ganglion- 
naire permetrait peut être , entre les fibres sensitives et les 
fibres motrices , un conflit qui, dans les nerfs cérébro-spi- 
naux , n'a jamais lieu sans l'intermédiaire du cerveau et de la 
moelle épinière. Lorsqu'on irrite les muscles pourvus de 
nerfs cérébro-spinaux d'un membre qui a été détaché du 
tronc , les contractions n'ont lieu que dans la portion même 
sur laquelle agit l'irritation , et jamais ni dans le muscle en- 
tier, ni même dans toute la longueur d'une fibre musculaire. 
La question est donc de savoir si , par exemple, après avoir, 
sur un animal vivant , détaché le canal intestinal, avec le mé- 
sentère et le plexus ganglionnaire , on peut , par des irrita- 
tions agissant sur un seul point, déterminer des contractions 
d'une certaine étendue, des contractions de toute une por- 
tion d'intestin. Or jamais on n'y parvient: la portion irritée 
de l'intestin est toujours la seule qui se contracte. Il y a plus: 
une irritation déterminée sur un point de cet organe en le 
froissant entre les mors d'une paire de pinces, ne se répand 
même point en cercle , ne se propage point en anneau autour 
du tube entier, et elle ne détermine qu'une dépression bor- 
née au point même sur le([uel elle agit, la paroi opposée de- 
meurant plane et tranquille. J'ai observé cet effet non seule- 
ï- 16 



a4a DES toi8 DE l'action et de la propagation 
ment sur le canal intestinal , à plusieurs reprises , mais en- 
core sur la matrice d'une Lapine pleine ; chaque fois que j'ir- 
ritais un point de la matrice, les libres musculaires du voisi- 
nage immédiat se contractaient , mais le reste de ror{;ane ne! 
sortait pa^ du repos. Volkmann a répété ces expériences sur 
des Grenouilles, et il en a obtenu les mêmes résultats : aussi 
refuse-t-il également aux ganglions le pouvoir de déterminer 
des phénomènes de réflexion. 11 se fonde principalement sur 
les expériences qu'il a faites avec des Grenouilles décapitées 
qui étaient dans la disposition aux mouvemens réflectifs. Lors- 
que la moelle épinière existait encore , le pincement des in- 
testins provoquait des contractions étendues, tandis que, quand 
le cordon rachidien était détruit , la réaction demeurait limi- 
tée au lieu de l'irritation. 

La chose est moins claire dans le cœur, et il semble que , 
quand cet organe a été détaché du corps, l'irritation d'un seul 
point puisse se propager an muscle tout entier. On enlève le 
cœur d'une Grenouille, et on le laisse sur la table jusqu'à ce 
que la fréquence des battemens ait beaucoup diminué , jus- 
qu'à ce qu'il ne s'opère plus qu'une contraction de temps en 
temps ; le moment est venu alors de faire les expériences 
sur r irritabilité de l'organe ; si on irrite celui-ci avec une 
aiguille , on provoque une contraction, qui ne peut point être 
confondue avec les conlnictions dépendantes du rhyihme or- 
dinaire. Et ce qu'il y a de remarquable , c'est que , sur quel- 
que point qu'on fasse agir l'irritation , la réaction est toujours 
la même que si l'on avait iriilé le cœur entier; en efil'et, on 
observe une contraction non pas du seul point qu'on iîriie , 
mais de tout l'organe D'après cela, on peut regarder comme 
certain que le changement local détei-miné par lirriialion se 
met en équihbre avec létat de iiiritabiliié du cœur entier, 
de mauière qu'on peut , par une action exercée sur un point 
quelconque , cliani;er en quelque sorte la statique dans la 
répariition des forces du cœur. On ne sait pas encore bien 



©ANS r-E NEnP GKASD syMPATKIQUB, «45 

comment il faut envisager ce phénomène. Dana tous le» cas, 
les ganglions ne sauraient y avoir part , puisqu'il se manifeste 
même sur un cœnr tout-à fait isolé. Peut-être l'ébranlement 
oontribue-t-il à la communication du mouvement. 

XV. On ignore encore complètement si le nerf grand sym- 
pathiqtte peut ^ à l'occasion de l'irritation d'un organe^ déter- 
miner des mouvemens sympathiques dans un antre organe. 

En eflet, tous les phénomènes qui se rattacheraient à une 
telle cause se laissent expliquer également , soit par Tinter- 
vention du cerveau et de h moelle épinière , soit par les lois 
de la réflexion. 

XVI. Il n'est pas prouvé, et plusieurs ohsert^ations empê- 
chent de l'admettre, que les ganglions agissent comme isolateurs 
et arrêtent l'influence motrice qui part du cerveau et de la moelle 
épinière. 

Je dois faire observer qu'il s'agit ici non de l'infliience de 
la volonté , mais de l'influence motrice en général. Chacun 
sait avec quelle facilité et quelle promptitude tout changement 
survenu clans les organes centraux du système nerveux ajjit sur 
lesystème sympathique entier, avec quelle rapidité l'orage des 
passions modifie les battemens du cœur et provoque des 
mouvemens du canal intestinal , avec quelle facilité enfin tout 
accès nerveux dans lequel les organes centraux du système 
nerveux sont affectés, se termine par des borborygines. Nous 
verrons plus tard que les ganglions ne jouent pas non plus le rôle 
d'isolateurs par rapport aux effets rétrogrades ou centripètes 
dans le nerf grand sympathique, puisqu'au moment où j'irri- 
tais le nerf splanchniqrie d'un Lapin , je voyais éclater des 
convulsions réflectives dans les muscles abdominaux du même 
côté, ce (jui prouve que l'irritation de ce nerf ne trouvait pas, 
dans les ganglions du nerf intercostal, un obstacle qui l'em- 
pêchât de parvenir à la moelle épinière. La seule chose qui se 
montre partout, c'est qu'en agissant sur les nerfs sympathi- 
ques, l'influence motrice des organes centraux du système 



2/| ] DES I.OIS DE l'action Eï DE LA PROPAGATION 

neivdiK ne peut produire ces convulsions rapides et corres- 
pondantes à la durée de l'irritation qui ont lieu quand on agit 
sur les nerfs cérébro-spinaux , et ([u'elle ne fait guère que 
changer l'état ou le mode d'une série continue de mouvemens. 
Toutefois, ce ne sont pas seulement les ganglions, mais encore 
le nerf grand sympathique tout entier, et jusqu'à ses moin- 
dres ramifications, (jui possèdent l'aptitude à modifier les im- 
pressions rapides sur les parties soumises à ce nerf, de telle 
manière qu'au lieu de convulsions, il se manifeste des change- 
mens prolongés dans le modo du mouvement , ainsi que je 
l'ai prouvé précédemment ; car une irritation momentanée 
du cœur arraché de la poitrine et déjà presque réduit au 
repos, peut apporter aux baitcmens de cet organe des modifi- 
cations qui persistent pendant un certain laps de temps , et 
l'intestin détaché dn corps se conti-ncte bien plus long-temps 
que ne dure l'irritation exercée sur lui , n'atteint même son 
plus haut degré de contraction que long-temps après la 
cessation de la stimulation iiiomentanée qu'on lui avait fait 
subir. 

XV II. // n'est pas encore constats que le défaut d^infltience 
de la volonté sur les parties auxquelles se rend le nerf grand 
sj-mpatliiipie , dépende de la nature des ganglions. 

Cette proposition n'a pas besoin de preuve, puisque nous 
n'avons pas de motifs suffîsans pour adopter la première hypo- 
thèse. Je dois cependant faire remarquer qu'en général il est 
beaucoup plus vraisemblable que les ganglions ne sont point 
la cause do l'isolement de l'influence de la volonté. Rn effet, 
puisque, toiiune je l'ai démontré , ils n'isolent pas l'inlluence 
motrice sur le syslènie sympathique , et que ce système tout 
entier, tant les filets que les ganglions, rend seulement cette 
iolluence plus lente et plus durable , une influence motrice 
involontaire des organes centraux sur le grand sympathique 
ne saurait non plus trouver un obstacle absolu dans les gan- 
glions de ce dernier. Il semble donc que l'inaptitude aux 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 245 

mouvemens volontaires doni sont frappées toutes les parties 
auxquelles le grand sympathique aboutit, ne dépend ni de ce- 
lui-ci, ni de ses {janfjlions, mais de ce que ses fibres, en pé- 
nétrant dans la moelle épinière et le cerveau , n'y parviennent 
pas, comme celles des autres nerfs, jusqu'à la source de l'in- 
fluence de la volonté. Les parties soumises au jjrand sym- 
pathique ressemblent donc jusqu'à un certain point, dans 
leurs rapports avec la volonté, aux parties douées naturelle- 
ment de mouvemens volontaires, mais qui entêté frappées de 
paralysie. Il peut arriver, dans ce dernier cas , que la trans- 
mission au nerf du courant moteur excité par la volonté, soit 
arrêtée en un point quelconque de l'étendue de la moelle épi- 
nière, quoique ce même nerf demeure accessible aux influen- 
ces motrices non volontaires de la portion du prolongement 
rachidien située au dessus de la lésion. 

XVIII. Il paraît que, dans certaines parties dépendantes à 
/a fois du nerf grand sympathique et des nerfs spinaux ^ l'in- 
fluence de la volonté ne se fait sentir qu'à la suite d'une im- 
pression sensorielle ou centripète prolongée. 

Tel est le cas de la vessie, organe très problématique encore 
sous le point de vue de ses rapports avec le cerveau et la 
moelle épinière. La vessie reçoit des filets purement sympa- 
thiques du plexus hypogastrique et des nerfs non sympathi- 
ques, qui proviennent des sacrés. Elle paraît être, en général, 
totalement soustraite à l'influence de la volonté , et cependant 
il semble que nous ayons quelquefois le pouvoir de la déter- 
miner à se contracter, sans être obligé de faire agir le dia- 
phragme et lesmuscles du bas-ventre. Il semble, dis je; car la 
chose n'est point certaine. E.-H. Weber(l) admet aussi que la 
volonté exerce quelque influence sur la vessie. En supposant 
que le fait soit réel , cette aptitude ne se manifeste néanmoins 
qu'à la suite d'une accumulation prolongée de l'urine dans 



(4) Anatoviic de Hildclrand, t. lll, p. 354, 



246 DES LOIS DE l'aCTION ET DE Ik PROPAGATION 

son réservoir, par conséquent après qu'elle u causé pendant 
long-temps une in;pressiun sensorielle sur les nerfs sensitifs 
de cet or.;;ane, et conséculivenient sur la moelle épinière. 

XlX. Certaines parties soumises au ncrj grand sympathi- 
(jue ne sont susceptibles^ il est vrai^ que de mouveniens involon- 
taires^ mais elles se meuve ntncan moins par association lorsque 
d autres parties placées sous l'empire de la volonlc viennent à 
se mouvoir, de sorte qu'une partie de Ciniluence motrice volon~ 
taire se transmet à elles contre le vœu de la volonté, ahsolumeut 
comme il y a des parties soumises à la volonté qui, malgré nous^ 
se meuvent en inémc temps que d^autrcs. 

L'iris peut être cité en exemple. Il serait difficile de dire si 
cette membrane rentre dans la classe de celles qui appar- 
tiennent au grand sympathique ou à la catégorie de celles qui 
dépendent des nerl's cérébraux. Son mouvement est involon- 
taire, mais il ressemble cependant aux mouvemens de plusieurs 
faibles muscles qui , en général , n'obéissent point aux ordres 
de la volonté , bien que , par association de mouvement , ils 
puissent se contracter avec d'autres muscles volontaires , 
comme sont , cliez la plupart des hommes , les muscles auri- 
culaires et le cremasler , que certains individus parviennent 
à faire agir, les premiers avec le muscle épicranien , et Iç 
dernier avec ceux du bas-ventre. Cependant, comme la ra- 
cine courte ou motrice du ganglion ophthalmique , celle qui 
vient du nerf oculo-musculaire commuu, laisse passer ses filets 
à travers ce ganglion , qui communique avec le grand syn»- 
pathique , il est plus vraisemblable que l'iris doit être COHIt 
pris parmi les parties à proprement parler involontaires et 
dépendantes du système sympathique. ]\Iais il estfort remar- 
quable qu'on puisse le mouvoir volontairement quand la vo- 
lonté agit sur certaines branches du nerf oculo-musculaire 
commun , comme , par exemple, toutes les fois qu'on tourne 
l'œil soit en dedans soit en haut et en dedans , puisque , dans 
ces deux circonstances! , la pupille se rétrécit chez tous les 



i 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE.' 2 '17 

hommes. Nous avons donc ici un exemple frappant d'influence 
de lu volonîc qsi , en ^'exerçant : ur un nert^^ cérébro-spinal , 
se fait simuUanéinent sentir un peu à une partie qui rentre 
dans le domaine du nerf grand sympailiique el sur laquelle 
la volonté n'exerce d'ailleurs aucun empire. Peut-être faut-il 
rapporter à la même cause le pouvoir que nous avons , dans 
un pressant besoin d'uriner , de prolonger la rétention du li- 
quide , et par conséquent de fortifier l'action du sphincter de 
la vessie , en faisant agir nos membres pelviens, en marchant 
ou en courant. Enfin ce transport de l'influence nerveuse pa- 
raît avoir lieu sur le cœur lui-même dans les grands efforts 
musculaires. 

Le phénomène remarquable de l'accélération du mouve- 
ment du cœur pendant les efforts volontaires n'a point encore 
reçu d'explication satisfaisante. On a dit que, la consommation 
du sang artériel étant alors plus considérable , le cœur doit 
pousser le sang avec plus de rapidité à travers les pou- 
mons. Mais de ce que le besoin de respirer devient plus ini- 
périeux , il ne s'ensuit pas que le cœur doive se mouvoir con- 
formément à ce but. On a prétendu aussi que, la circulation 
rencontrant beaucoup d'obstacles , la marche du sang se 
trouve dérangée dans les poumons et dans le cœur. Mais l'ac- 
célération des mouvemens de ce dernier organe a également 
lieu dans les efforts qui ne portent que sur les seules extré- 
mités inférieures , quand on gravit une montagne , pendant la 
course, etc.; et l'on ne voit pas comment la circulation du 
sang à travers les poumons et le cœur pourrait alors être 
gênée. En effet , quoique les contractions permanentes des 
muscles des extrémités inférieures troublent la circulation 
dans ces parties , elle n'est pas pour cela plus difficile dans les 
poumons et le cœur; car le sang, qui ne peut pas traverser les 
petits vaisseaux des membres pelviens, ne revient pas non plus 
au cœur , et par conséquent ne s'accumule ni dans le cœur ni 
dans les poumons j le résultat doit être le même qu'après 



a/jS DES LOIS DE l'action et Ï)E I..\ PROrAGATION 

l'îipplicaiion du tourniquet aux deux cuisses d'un homme en 
plein repos , application qui n'amène pas des batlemens car- 
diaques plus précipités. Il serait donc possible que cette ac- 
célération des mouvemens du cœur pendant les efforts , phé- 
nomène qui devient si prononcé chez les sujets d'une com- 
plexion nerveuse, dépendît d'une association de mouvemens , 
d'abord presque insensible , mais devenant à chaque instant 
de plus en plus forte , et qu'elle tînt à ce que le principe ner- 
veux saule de la moflle épinière , livrée à un si (jrand dé- 
ploiement de force, sur les nerfs sympathiques, tout comme 
l'iris se meut involontairement lorsqu'on fait volontairement 
hpW le nerf oculo-muscnliiire commun. Cependant, il n'y a 
aucim moyen de prouver directement l'exactitude de cette 
explication, et l'on ne peut alléguer en sa faveur que l'a- 
nalogie avec un fait réel bien constaté ; on ne doit donc la 
considérer , pour le moment , que comme un jalon indiquant 
les recherches qui restent à faire pour jeter quelque lumière 
sur un point si obscur. 

La simultanéité d'action d'un organe soustrait à la volonté 
avec des mouvemens volontaires est beaucoup plus prononcée 
dans les vésicules séminales. On a déjà plus d'une fois remar- 
qué que, quand les jeunes gens se livrent à degrands efforts mus- 
culaires pour grimper aux arbres ou pour sauter à la corde, ils 
éprouvent quelquefois, dans les parties génitales, une irrita- 
tion spontanée qui va jusqu'à la contraction des réservoirs du 
sperme. 

XX. Le mouvement des organes motiles auxquels se distri- 
bue le nerf grand sympathique a un type péristaltique. Il suit 
une certaine direction , et les causes de cette marche résident 
non seulement dans le cerveau et la Tnoelle épinière^ mais en- 
core dans les nerfs des organes eux-mêmes. 

Les causes de la succession régulière qu'on observe dans les 
effets des nerfs sympatiques sont totalement inconnues. On 
sait que les mouvemens péristalliques de l'intestin s'exécutent 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 2/|9 

d'avant en arrière. Ils se succèdent en ce sens comme des 
ondes, et avant qu'une onde ait parcouru l'intestin entier, il 
s'en est déjà produit une autre, qui la suit à quelque distance. 
Ce phénomène n'est pas borné au tube intestinal ; le canal 
cholédoque a aussi des contractions vermiculaires , et la suc- 
cession des mouvemens est évidente également dans le cœur. 
En effet, sur le cœur du poulet non éclos, le mouvement pro- 
cède d'avant en arrière, c'est-à-dire qu'il affecte la forme pé- 
ristallique , dont la succession des contractions du cœur de 
l'adulte offre encore un indice. Chez la Grenouille, les parties 
de cet organe se contractent dans l'ordre suivant; la portion 
contractile des troncs veineux, les oreillettes, les ventricules 
et le bulbe aortique. 

La succession du mouvement dans toutes ces parties est un 
des problèmes les plus difficiles, auquel on n'a même pas 
songé jusqu'à présent en physiologie. 

La première idée qui se présente à l'esprit , c'est que la 
cause réside dans la moelle épinière. Que des ondulations ou 
des vibrations se succèdent de haut en bas dans ce cordon , 
les fibres auxquelles il donne naissance peuvent les recevoir 
l'une après l'autre, et de là résulterait un mouvement périslal- 
lique de l'intestin d'avant en arrière. Mais cette explication 
n'est pas suffisante, à coup sûr ; car la succession du nvouve- 
ment persiste dans le cœur et l'intestin qui ont été détachés 
du corps. Elle doit donc avoir sa cause dans les nerfs des or- 
ganes eux-mêmes. Les fibres de ces nerfs étant situées les unes 
à côté des autres, comment se fait-il qu'elles observent une 
certaine succession dans leur action. Ici on pourrait bien in- 
voquer un effet spontané inconnu de la part des ganglions , 
mais le phénomène a lieu alors même que les organes sont 
isolés de ces derniers. Il nous est absolument impossible au- 
jourd'hui d'en donner une explication mécanique qui ait la 
moindre vraisemblance. Tout ce qu'il est permis de faire, 
c'est d'indiquer en général ce que serait une théorie satisfai- 



25o DES LOIS DE l'àCTION ET DE LA. PROPACATION 

sani aux exigences de lu mécanique. Une succession du mou- 
vemi'iii ayant les tibres nerveuses pour poiiU de départ serait 
concevable si ces fibies marchaient loiij;-l(;nips d'avant en 
arrièie le lon(j de l'intestin, en produisant successivement 
leurs eileis, ou si elles envoyaient successivement de petites 
branches à la périphérie. Dans ce cas , une lente successioa 
d'onduhilions dont elles seraient le [)ointdc départ, produi- 
rait un niouvenuint successif de l'iniestin. Une succession 
d'ondulations a lieu aussi quand une carrière, qui est d'abord 
simple, donne successivement des branches dont la longueur 
s'accroît dans une direction déterminée, de manière que, par 
exemple, les antérieures soient courtes , et les postérieures 
de plus en plus longues. Rien de semblable n'est connu par 
rapport à la distribution des nerfs dans les organes en ques- 
tion. Ce qui augmente encore la difficulté, c'est que la suc- 
cession alterne dans certains cas, comme dans les phénomè- 
nes que j'ai observés chez les Sangsues (1) et dans ceux que 
Lister (2) a décrits chez les Ascidies. Déjà quelque chose 
d'analogue se passe à l'estomac, dont la direction des mouve- 
mens alierne dans l'état de santé, et l'on sait que, dans les 
maladies, le mouvement péristaltique se renverse, tant à l'in- 
testin qu'au cœur. 

II. XfiFets sensoriels du nerf grand sympathique. 

I. Les sensations sont faibles^ obscures et non circonscritea 
dans les parties auxquelles le nerf grand sjrmpathique se dis- 
tribue ; elles ne deviennent plus nettes et pltis précises que quand 
les irritations ont de l'intensité. 

J'ai déjà cité précédemment les faits qui se rapportent ici. 
Brachet a reconnu , dans ses expériences, qu'en répétant l'ir- 
ritation, et la rendant plus forte, la sensation finissait par se 
prononcer dans les ganglions oîi elle n'existait pas d'abord. 

(1) MuLLKa, yJrchir., iS28. 

(2) Philos, Trans., 1834, P. II. 



DANS LE NERF GRAND SYMPATIIIQl'E. 2^1 

Peut-êlre la faiblesse et le vague des sensations tiennent-ils 
au petit nombre de libres pi imiiives sensorielles que reçoi- 
vent les parties auxquelles le nerl" grand sympathique se dis- 
tribue. 

II. Les impressions sensitivcs qui ont lieu- dans le ne.rj u^rand 
sympathique ne parviennent frûjuemmenl point à la conscience, 
quoiqu elles arrivent à la moelle cpinière. 

La conscience peut être ou non informée de l'action centri- 
pète d'un nerf de sentiment. Dans le premier cas, celte ac- 
tion doit se transmettre vivement jusqu'à Tor^jane de lame. 
Dans le second , elle reste isolée dans la moelle épiuière; elle 
n'est point sentie ; mais elle peut annoncer par d'autres si- 
gnes , notamment par des mouvemens réfléchis , qu'elle est 
parvenue jusqu'à ce cordon. Un fragment du tronc d'une Sa- 
lamandre terrestre qu'on a décapitée, nous montre un exem- 
ple d'excitation sensorielle centripète sans sensation réelle ; 
car, lorsque nous posons le doigt sur la peau de ce fragment , 
celui-ci se courbe par l'effet de la contraction des muscles, 
qui résulte d'une action en retour exercée par la moelle épi- 
nière , puisqu'elle ne peut avoir lieu quand le fragment ne. 
contient aucun vestige de cette dernière. Ces phénomènes 
d'etïets centripètes dans des fibres sensorielles, s'étendant jus- 
qu'à la moelle épinière sans produire une véritable sensation, 
mais déterminant une réflexion de l'effet sur les muscles , 
sont très-communs dans la vie ordinaire , et précisément ceux 
qui ont lieu d'ordinaire dans le nerf grand sympathique. Ou 
peut prouver que ces effets sensoriels dans le nerf sympathi- 
que, dont la conscience n'est point informée , arrivent cepen- 
dant à la moelle épinière. Toute irritation du rectum fait ac- 
quérir plus de force au mouvement du sphincter de l'anus, et 
toute irritation de l'estomac , quoique non sentie, détermine 
l'affection concomitante des muscles respirateurs qui a lieu 
pendant le vomissement. Celte action des muscles respira- 
teurs dont les nerfs proviennent de nerfs cérébro-spinaux 



2 Sa DES LOIS DE l/ACTfON ET DE LA PROI'Af.ATlON 

peut être provoquée , dans le vomissement, par une irritation 
sensorielle non parvenue à la conscience de tout organe quel- 
conque du bas-ventre, du canal intestinal, du loie, des reins , 
de la matrice. Ici le point de départ de l'effet est dans le nerf 
(jrand sympathique : la réflexion a lieu notoirement par des 
nerfs cérébro-spinaux, et non par le nerf sympathique. Main- 
tenant on peut démontrer aussi que l'intermédiaire enlre l'ef- 
fet centripète du j^rand sympathique et l'eflet centrifuge ou 
moteur qui a lieu dans les nerfs cérébro-spinaux , est réelle- 
ment la moelle épiiiière, et que ce n'est pas le (jrand sympa- 
thique par ses anastomoses. Car ce nerf s'unit bien avec tous 
les nerfs spinaux qui peuvent entrer en action pendant le vo- 
missement ; mais cette union est une simple accession des fi- 
bres du rameau communiquant aux deux racines du nerf 
spinal ; or comme la racine motrice du nerf spinal n'a pas 
même de {jangiion , on voit tomber d'elle-même l'hypothèse 
d'après laquelle l'effet du nerf sympathique irait se répandre, 
par le rameau communicant , dans une masse ganglionnaire , 
et affecterait toutes les fibres de la racine motrice qui traver- 
seraient celle masse. L'effet centripète dans le nerf grand 
sympathique qui , sans conscience ni sensation , produit un 
effet moteur de réflexion dans un nerf cérébro-spinal , agit 
donc évidemment sur ce dernier, non par des anastomoses 
sympathiques, mais par l'intermédiaire de la moelle épinière. 

III. Dans les mouvenicns réflectifs que suscitent les imprcs^ 
sions sensitives du nerf grand sympathique ^ V impression sensi- 
tive n arrive généralement point à la conscience^ tandis que 
cette dernière est toujours informée des itnpressions sensitives 
éprouvées par des nerfs cérébro-spinaux , qui donnent lieu à 
des mouç>emcns réflectifs. 

C'est là du moins ce qui a lieu dans la majorité des cas. 
Quand les muscles respirateurs du tronc sont sollicités à des 
efforts de vomissement par l'estomac , le canal intestinal , les 
reins , le foie ou la matrice, il arrive souvent , il est même de 



DANS LE NERF GRAND SYMI'ATHIQLTi. 2'.)^ 

règle, que la cause qui réside dans ces organes ne soit pas sen- 
tie c'est-à-dire que la conscience ne soit point iulormée de 
l'excitement centripète qui parvient à la moelle épinière et 
au cerveau. Au contraire, toutes les fois que des mouvemens 
réflectifs ont lieu par des nerfs cérébro-spinaux , l'irritation 
excitatrice est bien distinctement sentie. Une irritation de la 
membrane muqueuse du larynx , de la trachée-artère , des 
poumons, détermine , par réflexion , une action dans beau- 
coup de nerfs spinaux, qui s'annonce par les mouvemens des 
muscles du tronc dont la toux est accompagnée ; mais celte 
irritation produit aussi une sensation distincte. Dans le vo- 
missement causé par la titillation du pharynx , on sent égale- 
ment le chatouillement. De même, dans les mouvemens respi- 
ratoires convulsifs avec action des nerfs spinaux , qui carac- 
térisent l'éternuement , on sent la cause première de la ré- 
flexion dans le nez. On sent aussi la lumière, comme lumière 
dans le rétrécissement de la pupille amené par l'irritation que 
détermine la clarté du jour, et comme ^cause irritante dans 
l'éternuement que provoque l'action d'une lueur vive sur l'œil. 

IV. Les ganglions du nerf grand sympathique n empêchent 
pas les effets centripètes de ce nerf de se transmettre à la moelle 
épinière; ils ne jouent point le rôle d'isolateurs h leur égard. 

C'est une conséquence des faits qui ont été exposés dans les 
paragraphes précédens; car si, comme je l'ai fait voir, il y a, 
dans les mouvemens réflectifs , par exemple dans le vomisse- 
ment provoqué par des irritations agissant sur le nerf grand 
sympathique , propagation ou transmission , quoique sans 
conscience , jusqu'à la moelle épinière , les ganglions ne sau- 
raient jouer le rôle de corps isulans par rapport à celte propa- 
gation. Mais la proposition peut être prouvée d'une manière 
directe , à l'aide de l'expérience dont j'ai déjà souvent parlé » 
et qui m'a plusieurs fois réussi chez les Lapins ; je veux dire 
les convulsions des muscles abdominaux qui avaient lieu au 
moment même où j'irrilais le nerl' spianchnique avec une ai- 



a 54 DES LOI8 DE i/AGTION ET DB LA PROPAGATION 
guille. Il suit de là que les ganglions situés le long du grand 
nerf intercostal, et d*où natt le nerf splanchnique , ne se 
comportent pas comme des corps isolans, eu égard à la trans- 
mission àl a moelle épinif^re des ell'ets centripètes qui ont 
lieu dans le nerf grand sympathique. Les expériences de 
Volkmann sur les Grenonilles décapitées prouvent la même 
chose par rapport aux ganglions abdominaux ; car l'irritation 
de l'intestin et d'autres parties pourvues par le grand sym- 
pathique détermine des mouvemens fort étendus au tronc. 

V. Les ganglions ne peuvent point être la cause qui empê- 
che les irritations du nerf grand sjmpalhique d'arriver à la 
conscience. 

Ce théorème découle également des faits que j'ai rappor- 
tés. A la vérité , Brachet prétend que la sensation, faible ou 
nulle dans les ganglions thoraciques et leurs filets de jonc- 
lion , est prononcée dans leurs rameaux de communication 
avec les nerfs spinaux , dont les lésions occasionent évidem- 
ment de la douleur. Mais ces assertions ne se concilient point 
avec les faits dont j'ai donné les détails. Car j'ai prouvé , dans 
le second paragraphe , que les irritations du nerf grand sym- 
pathique se propagent à la moelle épinière , tout aussi bien 
que celles des nerfs cérébro-spinaux, mais qu'elles n'arrivent 
point à la conscience. Les ganglions ne feraient-ils donc que 
changer le mode , la qualité , le contenu de l'impression, dans 
une propagation centripète , et permettraient-ils à l'effet de se 
transmettre, mais après avoir détruit en lui ce qui fait le 
caractère de la douleur ? Ces questions deviennent si abstraites 
qu'on n'y saurait donner de réponse. Les ganglions ne peuvent 
point iiiduersur la transmission à la conscience. La cause qui 
fait que nous ne sommes point informés des effets centripètes 
avivnt lieu dans le nerf sympathique, ne saurait être en eux, 
|vuisque la seule condition pour que nous ayons ia conscience 
(l'une sensation, est que celle-ci parvienne à l'organe de l'ànie. 
Si donc les impression sensorielles reçues par le grand sym- 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 255 

palhique n'arrivent point à la conscience , bien qu'elles se 
propagent jusqu'à la moelle épinière , il faut l'attribuer non 
pas aux ganglions , mais à ce que ces impressions s'évanouis- 
sent dans la moelle épinière elle-même , et ne sont pas trans- 
mises jusqu'à la source de la conscience. Toutes les fois qu'il 
s'agit de nerfs cérébro-spinaux , elles parviennent à cette 
source , dans le cerveau , et si parfois alors elles ne sont pas 
senties, c'est que l'âme dirige ailleurs son attention. 

VI. Il est des cas oà de violentes irritations dans les parties 
auxquelles aboutit le nerf grand sj-mpathique déterminent des 
sensations dans ces parties elles-mêmes : il en est cV autres otï, 
l'irritation étant plus faible^ les sensations sont vagues dans les 
parties affectées , mais accompagnées de sensations bien dis- 
tinctes dans d'autres parties pourvues de nerfs cérébro-spinaux . 

Des exemples du premier de ces phénomènes nous sont 
fournis par les inflammations du canal intestinal et du foie ; 
d'autres du second par les vives démangeaisons qu'on observe 
dans les maladies du canal alimentaire, telles que le prurit 
au nez et à l'anus dans les affections vermineuses, ou le 
prurit au gland dans les maladies chroniques des reins et de 
la vessie, tandis que le siège du véritable mal ne s'annonce 
souvent par aucune sensation distincte(l). Ici viennent encore 
se ranger les douleurs qu'on a quelquefois observées aux ex- 
trémités supérieures dans les maladies du cœur, à l'épaule 
dans celles du foie. Ce sont là des irradiations, parfaitement 
semblables à celles dont j'ai parlé précédemment lorsqu'il a 
été question du même phénomène considéré dans les nerfs 
céiébro-rachidieris. 

\1I. Ces sensations secondaires dans des nerfs cérébro- 
rachidiens, après des irritations du grand sympathique, se ma- 
nifestent surtout aux parties terminales des appareils affectés. 
Ainsi, les vers dpVinl'stin grêle causent des dcmanf^eaisons au, 

(1) P. Rayer, Traité des maladies des reins et des altérations de la 
sécrétion urinuire, Paris, 1839 ^ in-8. 



î5() i)i:s LOIS nE l'action et de la propagation 

nez ; ceux du gros intestin^ du prurit à Vaims ; les maladies des 
reins et des voies ttrinaii'es, des démangeaisons et des dou- 
leurs au gland. 

VllI. // n^est pas prout'c que les gang/ions jouissent du pou- 
voir réflecteur dans les sensations sympathiques^ et plusieurs 
faits annoncent quils ne le possèdent jjoint. 

C'est ce que démontrent les expériences citées relativement 
au rôle de la moelle épinière dans les phénomènes réflectifs, et 
surtout plusieurs de celles qu'a tentées Volkmann. Chez des 
Grenouilles décapitées qui avaient de la disposition aux mouve- 
mensde réflexion, on pouvait en faire naître dans les muscles 
du tronc par une irritation portée sur le canal intestinal, et 
l'intesiin lui-même devenait le siège d'eflels fort étendus ; mais, 
quand la moelle épinière était détruite, tous les phénomènes 
cessaient, et la réaction n'était non plus que purement locale 
à l'intestin. Les ganglions n'étaient donc point aptes à pro- 
pugei- l'irritation. Ils ne le sont vraisemblablement pas davan- 
tage à propager les irradiations des sensations. 

Ordinairement, pour expliquer ces sensations secondaires 
dans des nerfs cérébro-spinaux, on a recours aux anastomoses 
du grand sympathique avec ceux-ci, et l'on compte surtout 
sur les ganglions des racines sensorielles des nerfs rachidiens, 
à travers lesquels passent les fibres primitives des racines du 
grand sympathique tout aussi bien que celles des nerfs 
cérébro-spinaux. Cette explication perd beaucoup de sa 
vraisemblance lorsqu'on réfléchit que ces ganglions des 
nerfs sensitifs ne peuvent déjà point rendre raison des sen- 
sations concomitantes des nerfs cérébro-spinaux, puisqu'il 
arrive souvent que des sensations simultanées $e prononcent 
dans des nerfs qui ne communiquent point ensemble, et qui 
n'ont môme pas de ganjîlions ; ainsi, le chatouillement qu'on 
éprouve dans le nez en fixant le soleil ne saurait être expliqué 
par aucune anastomose nerveuse; car, bien que l'on ait observé 
des branches du grand sympathique allant du ganglion sphéno- 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 1^'J 

palatin au ganglion ophllialmique, et de petits filets du même 
nerf accompagnant les vaisseaux de la rétine, de même qu'il 
s'en trouve d'ailleurs dans tous les vaisseaux, on ne connaît ce- 
pendant point d'anastomose constatée entre le neri optique et 
le nerf nasal. Les changemens que la vue et l'ouïe subissent 
dans les maladies des organes du bas-ventre ne peuvent pas 
non plus s'expliquer par des anastomoses, puisque là aussi il 
n'y en a point. Admît-on que le grand sympathique envoie 
réellement quelques petits filets à la rétine elle-même, on ne 
parviendrait pourtant point à concevoir qu'une affection du 
canal intestinal se propageât à la membrane nerveuse de l'œil 
et déterminât un changement de la vue, car il faudrait pour 
cela que toutes les fibres du nerf optique traversassent une 
masse ganglionnaire. Mais nous savons que l'irritation d'un 
point unique de la rétine demeure limitée ; l'union du grand 
sympathique avec un point de la rétine ne rendrait donc la 
simultanéité de sensation possible qu'en ce seul point, et ne 
saurait amener une modification générale de la faculté vi- 
suelle. Donc l'explication des sensations secondaires, ayant le 
grand sympathique pour point de départ, nous reporte aux 
mêmes difficultés que nous a déjà présentées le phénomène 
de l'irradiation dans les nerfs cérébro-spinaux , et il serait 
bien possible que toutes les sensations secondaires'qui sont 
excitées, dans des nerfs cérébro-spinaux, par le nerf grand 
sympathique , eussent la moelle épinière et le cerveau pour 
intermédiaires. A la vérité, une difficulté semble, au premier 
aperçu, s'élever contre cette hypothèse, c'est que souvent 
rien n'est senti dans les parties recevant des filets du grand 
sympathique sur lesquelles porte l'irritation , tandis qu'une 
sensation a lieu dans un nerf rachidien. Mais il peut très- 
bien se faire que l'excitement centripète du nerf grand sym- 
pathique arrive à la moelle épinière sans parvenir jusqu'à la 
conscience, et que néanmoins, réfléchi par ce cordon, il pro- 
duise d'ultérieurs eflels , que par exemple il détermine dans 

17 



a58 DES LOIS DE l'action et de la propagation 
d'antres nerfs des sensations dont la conscience soit informée. 
J'ai prouvé dans le second paragraphe que cela est possible. 
D'après tout ce qui précède , on voit que la théorie des 
sensations réfléchies qui ont le nerf grand sympathique pour 
point de départ , est encore fort obscure ou du moins très- 
douteuse. 

m. Effets organiques du nerf grand sympathique»' 

Les lois de ces effets sont celles que nous connaissons le 
moins. Effectivement, à peine en sommes-nous venus au point 
de reconnaître que des fibres grises ou organiques sont par- 
tout, même dans les nerfs cérébro-spinaux, la cause de l'in- 
fluence organique que les nerfs exercent sur la nutrition et la 
sécrétion. La progression ou l'oscillation du fluide nerveux n'a- 
t-elle lieu, dans ces nerfs , que suivant la direction des troncs 
et des ganglions vers les branches? ou bien est- elle possible 
aussi en sens inverse; ou enfin le principe nerveux agit-il en 
tous sens dans ces nerfs , de manière qu'une fibre nerveuse 
puisse tout aussi bien faire écouler l'influence vivifiante vers 
une glande, qu'exercer, quand celte glande vient à être irritée, 
une action réfleciive sur d'autres nerfs organiques? Les nerfs 
organiques sont-ils tellement en conflit les uns avec les autres, 
par leurs communications, qu'en agissant sur un seul point 
on puisse accroître la sécrétion d'une surface entière ; ou 
bien , dans toutes ces réflexions , la moelle épinière est-elle 
l'intermédiaire qui reçoit l'impression et qui la renvoie ? Les 
faits s'expliquent également des deux manières, et nous ne 
sommes point en mesure , pour le moment , de juger laquelle 
des deux explications mérite la préférence ; cependant il y a 
certains cas dans lesquels l'une ou l'autre manière d'agir est 
plus vraisemblable. 

I. Lorsqu,' après des sensations il survient , par réflexion , 
des sécrédnns dans des parties éloignées, le cerveau et la moelle 
épinière servent probablement d'i/uermédiaire. , 



DANS LE NERF GRAND SYMPATHIQUE. 2^g 

L'excitation sensiiive pourrait, ou parvenir aux fibres 
or{janiques par les j^anglions dos racines des nerfs sensilifs, à 
travers lesquels passent aussi des fihros du grand sympathi- 
que , sans aller jusqu'à la moelle épiuière , ou aboutir d'abord 
à celle dernière , qui la réfléchirait ensuite sur les fibres or- 
ganiques. Le dernier cas olfie évidemment le plus de vrai- 
semblance , attendu que la réflexion par la moelle épinière , 
lorsqu'il s'opère des mouvemens rétteclils , est un fait avéré , 
tandis que la conrmunication des effets des fibres dans les gan- 
glions des nerfs sensilifs , n'est qu'une hypothèse non dé- 
montrée. Les faits qui se rapportent ici sont en très-grand 
nombre. Il arrive souvent qu'une sueur générale éclate à la 
suite d'impressions sur lesmembranes muqueuses internes, par 
exemple après qu'on a bu. Des sensations violentes amènent 
quelquefois des symptômes de défaillance , accompagnés de 
sueurs froides. Dans ce dernier cas, la réflexion par la moelle 
épinière est indubitable ; car les phénomènes de la syncope 
ont une extension qu'on ne peut expliquer qu'à l'aide de cet 
organe. L'explication présente plus de doute dans quelques 
autres phénomènes de même nature. Après une irritation de 
la conjonctive oculaire et palpébrale, accompagnée de sensa- 
tions, il survient un écoulement de larmes; le larmoiement 
succède aussi à des violentes sensations, causées dans le nez 
soit par des irrilans fixes mis en contact avec la membrane 
piluitaire , soit par des irrilans volatils introduits dans la 
bouche , tels que de la moutarde ou du raifort. On a cou- 
tume d'expliquer ce dernier phénomène en disant que l'irri- 
tation sensorielle se réfléchit du nerf ethmoïdal sur le tronc de 
la première branche du trijumeau^ et de là sur le nerf lacry- 
mal. On attribue aussi le larmoiement par irritation de la 
conjonctive à ce que celle irritation se transmet d'abord au 
tronc de la première branche , et ensuite au rameau lacry- 
mal. Mais l'explication ne vaut rien, dans un cas comme dans 
l'autre ; car , puisqu'il n'y a point de communication entre les 



l()() DES LOIS DE L ACTION ET DE LA PROPAGATION 

fil)i('s primitives d'un nerf cérébral , celui-ci ne saurait non 
plus réllécliir l'irritalion sensorielle d'une partie de ses fibres 
sur d'autres. Quelques personnes , pour se rendre raison des 
sympathies entre la membrane pituitaire et la glande lacry- 
nuJe , ont recours au ganj^lion spliéiio-palalin , que certains 
auatomistes disent cire uni avec le {janjjlion ophthalmiquepar 
des fibres sympathiques ; le (jan{;lion ophthalmique étant lié, 
par su longue racine, avec le nerf nasal, et par conséquent 
avec le tronc de la promière branche du trijumeau , qui four- 
nit le nerl lacrymal, il suit de là, selon elles, que le nerf 
lacrymal communique immédiatement avec le {janglion sphéno- 
palatin. Mais cette hypothèse prête le flanc aux mêmes ob- 
jections que la précédente , puisqu'une irritation qui arrive 
jusqu'au tronc de la première branche du trijumeau, par 
le ganglion ophthalmique et le nerf lacrymal, ne peut, sans 
communication entre les fibres , être réfléchie sur le rameau 
lacrymal. D'autres enfin prétendent que l'irritation senso- 
rielle passe du nez au ganglion de Gasser sur le tronc du nerf 
trijumeau, d'où elle est réfléchie vers la première branche de 
ce dernier et le rameau lacrymal. Il n'y aurait rien à objecter 
contre celte explication si Ton savait que le ganglion de 
Gaaser, comme ganglion d'un nerf de sentiment, pût être 
cause d'une sympathie et d'une réflexion, s'il était démontré 
que des courans centrifuges pussent avoir lieu dans un nerf 
sensitif , tel que le lacrymal , et s'il était prouvé que le nerf 
lacrymal fournît réellement à la glande lacrymale des filets 
qui présidassent à la sécrétion. Cependant, la sécrétion des 
larmes dépendant vraisemblablement, comme toutes les au- 
tres, fies seules fibres organiques du grand sympathique , la 
plussin)ple de toutes les explications consisterait à dire que 
l'irrilation sensorielle du nez se transmet au ganglion sphéno- 
palalin, et qu'en vertu de la communication établie entre tous 
les nerlsorganiques , des fibres de ceux-ci la réfléchissent 
par une voie quelconque vers la glande lacrymale. Mais sa- 



BANS It NEt\F cnAND SYMPATHIQUE. 2G1 

voirsi ce mode de rétlexion d'un nerf de sentimenl sur un 
nerf or^janique peut avoir lieu immédiatement , sans concours 
du cerveau et de la moelle «'pinière , c'est là précisément le 
point en question ;or je ne saurais alléguer d'autre argument 
en faveur de l'hypothèse, que la possibilité qu'elle soit fondée 
et l'impossibilité de la réfuter d'une manière positive. Un au- 
tre phénomène , très-fréquent , de réflexion d'une irritation 
sensorielle sur un organe de sécrétion , est l'accroissement 
souvent si rapide de la salive quand on introduit des alimens 
dans la bouche. Ici également on est incertain de la manière 
dont on doit concevoir le phénomène. L'explication de ces 
réflexions par le concours du cerveau et de la moelle épinière, 
comme intermédiaires de l'action sensitive et de l'action orga- 
nique , a du moins en sa faveur l'analogie des cas où l'on ob- 
serve également la réflexion d'effets sensitifs dans des organes 
moteurs par l'entremise de ces deux centres nerveux. 

II. Les différentes parties clime rhemhrane secrétaire sont en 
consensus les unes avec les autres, de manière que l'état d'un 
point de cette membrane exerce de Cinfluence sur celui de toute 
son étendue. Dans ces cas, il est plus simple d'expliquer les phé- 
nomènes par une communication entre les fibres organiques. 

Déjà le fait d'observation journalière , qu'il y a des affec- 
tions générales d'une membrane muqueuse , d'une membrane 
séreuse, nous montre, entre les diverses parties de l'étendue 
de la membrane, une sympathie qui ne peut être expliquée 
que par une communication établie entre les fibres organi- 
ques. Celte hypothèse est ici celle qui présente le plus de vrai- 
semblance ; mais on ne peut pas non plus la démontrer d^une 
manière directe. 

m. Quelquefois l' état végétatif d'un organe, son inflamma- 
tion, sa sécrétion, agit de manière à appeler l'inflammation , la 
sécrétion dans d'autres parties. Ce cas nous offre un exemple de 
réflexion des fibres organiques d'une partie sur les fibres organi- 
ques d'une autre partie sans concours des nerfs cércbro-rachidiens. 



iGa nES LOIS de l'action et de la proparatio:^ 

Une ioflaraniaiion du lesiiciile peut se jeler sur la paroiide , 
et une inllaminalion érysipélateuse de la peau sur les ménio- 
(;cs : la suppression d'une ; écrélion peut accroître une autre 
sécrétion dans une autre pariie. \ raisfïniblablcintiil tous ces 
phénomènes sont accQmpa{;nés de clianfïeniens dans les fibres 
orjraniques , appartenant au nerl grand syinpalliique, qui ac- 
compajjnent les vaisseaux sanguins. Ici encore >e r présente 
la question de savoir si ces réflexions dépendeqt uniquement 
d'un changement dans la statique (\n nerf grand sympathi- 
que , ou si le cerveau et la mofille épisiière servent d'intermé- 
diaires entre refTel centripète et l'cflct centrifuge. Nous man- 
quons de données pour résoudre le problème : cependant la 
première des deux hypothèses est souvent plus vraisemblable 
que l'autre. Dans les expériences de Mayer, la ligature du 
grand sympathique au cou, celle du cordon de jonction entre le 
premier ganglion cervical et le second , était quelquefois sui- 
vie d'une alTeclion de parties qui paraissent être influencées 
par le premier de ces deux ganglions , c'est-à-dire d'op}ubai- 
mie. La condition toute spéciale des nerfs organiques, dans 
lesquels on ne peut aisément distinguer ni commencement ni 
fin, qui ne se comportent pas cdmme troncs et branches les uns 
à l'égard des autres , et qui peuvent se multiplier dans leur 
trajet , parle évidemment en faveur de la possibilité d'une 
action en tous sens dans ces nerfs, de sorte qu'ils ne seraient 
pas seulement susceptibles d'un courant centripète et d'un 
courant centrifuge , mais que leurs eflets seraient capables 
de se répandre suivant toutes les directjpps à partir des 
points centraux , des ganglions. Ce qui vient encore à l'appui 
de cette hypothèse, c'est qu'une partie pourvue de nerfs 
organiques peut être remplacée par une autre. La ligature 
d'un tronc artériel entraîne certainement ja lésion des nerf^ 
du vaisseau ; cependant il ne survient ni mortification , ni atro- 
phie, ni cessation de la sécrétion, de manière qu'il semble 
que les xieih vasculi^ire^ de$i vaisseaux collatéraux ou les 



DANS LE NERF GUÂND SYMPATHIQUE. 203 

libres organiques des nerfs spinaux peuvent remplacer celle 
influence. D'un aulre coié, l iniluence des nerfs spinaux peut 
cesser sans que l'alropliie s'ensuive. Do plus, la section dos 
deux nerfs grands sympathiques, comme dans les expériences 
de Pommer, n'a aucun résultat nuisible appréciable , de sorie 
qu'il y a peut-être d'autres voies que celles des filets accom- 
pagnant les artères verlébrales, pour réparer ici le désastre. 
Dans tous les cas , une métastase d'action pathologique a 
constamment lieu là où il existe une prédisposition à ce que 
celle action y établisse son siège ; dans les maladies de poi- 
trine , de la peau vers les poumons ; dans celles du foie , de 
la peau vers le foie ; chez les personnes qui ont le canal in- 
testinal irritable, vers cet organe , etc. Au reste , dans la sta- 
tique des sécrétions , il ne faut pas avoir égard seulement au 
système nerveux ; on doit prendre aussi en considération la 
nature des diverses matières sécrétées, et leurs rapports tant 
avec les parties constituantes du sang qu'entre elles. 

IV. Les ganglions paraissent eire les parties centrales d'où 
l'injluence végétative s'écoule vers les diverses parties. 

Après la lé-iioa du ganglion cervical supérieur, on a observé 
une ophthalmie, et même des phénomènes généraux annon- 
çant que la nutrition était modifiée. 

Y. Celte influence irradiante des ganglions parait être jusqu'à 
un certain point indépendante du cerveau et de la moelle épiniére. 

Ainsi, par exemple, le développement de l'embryon est 
possible, malgré la destruction du cerveau et de la moelle 

épiniére. 

YI. Cependant le cerveau et la moelle épiniére semblent élre la 
source principale à laquelle le système nerveux organique puise aussi 
ses moyens de réparation , puisque certaines paralysies cérébrales 
et rachidiennes sont accompagnées d'atrophie. 

En terminant ici ce que j'avais à dire sur le nerf grand 
sympathique , je dois exprimer mes regrets de ce que tant de 
points restent encore couverts d'obscurité. Cependant je crois 



^G/i niîS SYMPATHIES. 

avoir montré comment on doit s'y prendre pour faire des re- 
clicrches sur ce nerf; et, en lui appliquant la mécanique des 
nerfs cérébro-spinaux , on verra séclaircir plus d'un point 
de rhisloire de cet appareil nerveux, dont les propriétés 
semblent à Magendie être si peu connues , qu'il hésite à le 
rej/arder comme un nerf. 

CHAPITRE IV. 

Des sympathies. 

Tant de formes de phénomènes sympathiques ont été expli- 
quées, dans les précédens chapitres, pour la mécanique et la 
statique des nerfs, sans influence exercée par le grand sym- 
pathique, que ce nerf ne joue i)lus qu'un bien faible rôle dans 
la théorie des sympathies. Les phénomèmes de l'irradiation 
et de la coïncidence des sensations, ceux de l'association de 
mouvemens et ceux de la réflexion nont point lieu par lui, 
et ils embrassent la plus gra.^de partie des phénomènes de 
sympathie qu'autrefois on plaçait sous son influence. Beaucoup 
d'observateurs distingués avaient déjà émis des doutes sur la 
vérité des explications de nos prédécesseurs ; car les phéno- 
mènes sympathiques qui ont lieu à chaque instant entre toutes 
les parties, notamment ceux qu'on remarque , dans l'état de 
santé, entre la matrice et les mamelles, non plus que les plus 
remarquables des sympathies pathologiques, n'avaient jamais 
été explicables par le nerf grand sympathique. Quelques 
sympathies pathologiques entre ce nerf et les organes des sens 
sont les seuls phénomènes pour l'explication desquels on ait 
eu , dans ces derniers temps, recours à son intervention avec 
quelque apparence de succès, ce à quoi ont beaucoup contri- 
bué les excellentes recherches de Tiedemann , de Hirrel et 
d'Arnold. Cependant la fine anatomie a répandu aussi des 
doutes sur les résultats de ces recherches ; car elle nous ap- 
prend que , quoique le grand sympathique s'unisse avec les 



DES SYMPATUIES. 265 

nerfs cérébraux et rachidions, ce n'est point là une preuve 
absolue qu'il y ait une liaison physiologique entre les parties 
périphériques de ces deux classes de nerfs. Partout, en effet\ 
où le grand sympathique ne présente pas, sur les points où il 
s'unit avec les nerfs cérébraux et rachidiens, de ganglions à 
travers lesquels passent toutes les fibres des nerfs cérébro- 
spinaux , il n'y a aucun moyen d'admettre une connexion 
physiologique , sans compter que celle-ci n'est qu'une pure 
hypothèse ; et même , si l'on rencontre des ganglions, ceux-ci 
peuvent être tout aussi bien des appareils destinés à mêler des 
fibres organiques avec les nerfs du cerveau et de la moelle 
épinière. En outre, comme on n'observe pas de ganglions sur 
les points où le grand sympathique a des connexions avec les 
racines motrices des nerfs rachidiens, et que ces connexions 
ne consistent qu'en une simple annexion de fibres primitives, 
l'influence du grand sympathique dans toutes lessympatiiies 
nerveuses avec mouvemens paraît encore plus douteuse, sous 
le point de vue anatomique. La connaissance positive des phé- 
nomènes de l'irradiation, de la coïncidence, de rassociation 
des mouvemens, et de la réflexion, et la grande probabilité 
que ces phénomènes sont , en totalité dans les nerfs cérébro- 
rachidiens , en partie au moins dans le grand sympathique, 
le résultat du concours de l'encéphale et de la moelle épi- 
nière, restreignent encore bien davantage le champ d'action 
de ce nerf dans les sympathies, dont elles placent le plus 
grand nombre en dehors de son domaine, en posant les bases 
d'une statique des nerfs qui , dès ce moment , présente déjà 
un assez haut degré de certitude. Il y a quelque analogie, sous 
ce rapport, entre la doctrine des sympathies et celle des fièvres, 
car le nombre de celles-ci était d'autant plus considérable 
qu'on connaissait moins les aiïeciions qui donnent lieu aux 
phénomènes fébriles , de sorte que , dans la pathologie mo- 
derne, elles ne jouent plus, comme maladies, qu'un rôle borné 
et très-douteux. 



a66 MS SYMPATHIES. 

Ayant déjà fait connaître, dans les ciiapilres précéJens, les 
lois d'après lesquelles s'expliquent une {{rande partie des 
sympathies, nous pourrons abrtvjer beaucoup celui-ci, ef 
nous contenter dy considérer les sympulliies sous des points 
de vue physiologiques {jénéraux. 

I. Sympathies des diverses parties d'un tissu entre elles. 

C'est là une des espèces de sympathies qu'on rencontre le 
plus souvent. Les diverses expansions des membranes mu- 
queuses se communiquent réciproquement leurs états ; les 
membranes séreuses, les membranes fibreuses, etc., sont 
dans le même cas. Quand il y a excitation consensuelle de 
diverses parties d'un tissu, rallection sympathique est {généra- 
lement de même nature que l'aflection primitive. L'inflamma- 
tion et les douleurs se propaj^ent aux différentes expansions 
du tissu , et le même changement survient dans les sécrétions 
des parties avoisinantes que dans celles du tissu qui a été 
primordialement atteint. 

A. Tissu cellulaire. 

On remarque déjà dans le tissu cellulaire une grande pro- 
pension à transmettre ses étals à tous ses prolongemens. Ses 
maladies, l'emphysème, l'œdème, l'endurcissement, l'obésité, 
l'inflammation, la suppuration, en fournissent des exemples. 
Il leur arrive souvent de se propager à des régions entières 
du tissu cellulaire interposé entre les muscles , les vaisseaux 
et les expansions aponévrotiques, en ne suivant que la distri- 
bution de celui auquel on donne le nom d'interstitiel. De là 
vient que la connaissance des limites naturelles des expan- 
sions du tissu cellulaire, c'est-à-dire des aponévroses, est 
d'une si haute imporlauce pour l'appréciation des suppura- 
tions de ce lissu. 



DES SYMPATHIES. 267 

B. Peau. 

Quelque vif que soit le conflit entre la peau et les parues 
internes , celle membrane ne montre cependant pas une bien 
grande disposition à transnieilre aux aulres points de son 
étendue les états divers d'une quelconque de ses parties. 
Une inflammation purement cutanée peut demeurer limitée. 
Cependant, en sa qualité d'émoncioire de substances spé- 
ciales, la peau témoij;ne une certaine affinité pour les matières 
de mauvaise nature qui circulent dans la masse des humeurs ; 
c'est ce qui fait que des maladies propres à elle seule, les in- 
flammations exanthématiques aiguës et chroniques, s'y déve- 
loppent dans le sens de son expansion en superficie. Cepen- 
dant elle est bien plus fréquemment en sympathie avec les 
parties internes , dont elle forme la limite extérieure com- 
mune; j'en citerai plus tard des exemples. 

C. Memhranes muqueuses. 

Les membranes muqueuses ont une grande propension à 
se communiquer mutuellement leurs états dans le sens de leur 
expansion. Le catarrhe pulmonaire entraîne fréquemment le 
coryza à sa suite. Le catarrhe nasal affecte la membrane mu- 
queuse des voies lacrymales et de la conjonctive. Pendant la 
période d'irritation du coryza , Tœil est plus rouge et plus 
sec, comme la membrane pituitaire; l'une et l'autre partie 
redeviennent humides durant la seconde période. La mem- 
brane muqueuse de la trompe d'Eustache et de la caisse du 
tympan peut également être affectée dans le catarrhe, ce qui 
s'annonce par la dureté de l'ouïe et des bourdonnemens 
d'oreille, symptômes dont les maladies calarrhales tont assez 
fréquemment accompagnées. La membrane muqueuse des 
sinus frontaux et probablement aussi des autres cavités ac- 
cessoires du nez , est affectée dans le coryz i : on éprouve 
une douleur sourde et gravaiive au front. Les différentes par- 



Îi68 DES SYMPATHIES. 

lies du système muqueux du canal alimentaire tiennent les 
unes aux autres par des liens non moins étroits. L'élat de 
restoraac réagit sur le canal intestinal entier, et en cliange 
les sécrétions. La membrane muqueuse de la bouche devient 
l'expression de l'état dans lequel se trouve celle de l'estomac 
et de l'intestin. Quand nous voyons la lan^jue sèche, ou rouge, 
ou chargée, nous concluons avec raison qu'il en est de même 
dans l'œsophage et l'estomac. Il y a également une con- 
nexion sympathique entre les membranes des organes géni- 
taux et des voies urinaires. L'irritation fréquente des par- 
ties génitales est fort sujette à provoquer un état d'inflam- 
mation chronique de la vessie et des reins, la phthisie vési- 
cale , la phihisie rénale , de même qu'à la phthisie laryngée 
et trachéale, se joint plus tard la phthisie pulmonaire. Mais ce 
ne sont pas seulement les membranes muqueuses anatomique- 
ment unies ensemble qui manifestent cette propension à se 
communiquer leurs états ; on la remarque également, quoi- 
qu'à un degré moins prononcé, dans celles qui sont tout-à-fait 
séparées. Voilà pourquoi on ne peut point faire cesser l'excès 
de sécréiion d'une membrane muqueuse par antagonisme , 
c'est-à-dire en activant la sécrétion d'une autre membrane 
muqueuse ; ou ne guérit pas une blennorrhée des parties gé- 
nitales en provoquant la diarrhée. Quelquefois nous voyons 
la membrane muqueuse des organes respiratoires sympathiser 
avec celle de l'estomac ; on sait que certains états de ce der- 
nier viscère entretiennent une irritation des voies aériennes, 
et donnent lieu à ce qu'on appelle la toux gastrique. Sur la fin 
de la phihisie pulmonaire , il s'établit aussi un travail inflam- 
matoire dans la membrane muqueuse du canal intestinal , 
comme le prouvent les ulcères intestinaux des phthisiques. 
Enfin les blennorrhées colliquatives des membranes mu- 
queuses nous fournissent l'exemple d'un état uniformément 
répandu dans le système muqueux entier , et qui peut 
avoir pour point de départ l'une des parties de ce système. 



DES SYMPATHIES. 269 

par exemple les poumons, le canal inieslinal, ou les organes 
génitaux. 

D. Membranes séreuses. 

Il arrive souvent qu'à la suite d'une affection d'une des 
membranes séreuses , toutes les autres sont entraînées dans 
le même état maladif. Ainsi à l'ascite vient se joindre plus 
tard r hydrothorax. Cependant tous les cas d'hydropisie dans 
des parties diflérentesne se rapportent point ici. L'hydropisie 
n'est fréquemment que le résultat d'une décomposition du 
sang dans plusieurs parties à la fois ; souvent aussi elle tient 
à ce que la circulation se trouve interrompue dans un organe 
important. Ici donc la sympathie ne dépend pas tant des mem- 
branes séreuses elles-mêmes, que de l'extension de la cause. 
Mais c'est une sympathie pure de ces membranes lorsqu'à la 
suite de l'inflammation d'une d'entre elles , les autres s'en- 
flamment également. Ainsi l'on voit^'quelquefois, après la pé- 
ritonite , survenir la pleurésie , l'arachnoidite , et c'est peut- 
être à celle-ci qu'on doit rapporter la cause de la mort , parce 
qu'elle a son siège dans le plus important des organes. 

E. Sjstème fibreux. 

Les membranes fibreuses sont si étroitement liées ensemble 
qu'une lésion locale dont elles viennent à être atteintes en- 
traîne souvent des accidens fort étendus. 

A celte classe de membranes appartiennent le périoste , la 
dure-mère, la sclérotique, l'albuginée du testicule, la capsule 
de la rate , les tendons , les ligamens et les gaînes tendineuses 
des muscles. Une affection rhumatismale locale montre une 
grande propension à s'étendre à tous les organes fibreux , et 
à changer de siège, mais en suivant de préférence les rapports 
naturels des membranes fibreuses. La lésion des ligamens , 
des aponévroses , du tissu fibreux de la main et du pied , est 
souvent suivie d'accidens qui s'étendent fort au loin : l'inflam- 



\ 

270 DBS SYMPATHIES. 

mation , le jjontlement , les douleurs se propagent quelquefois 
du puinl qui a élé primilivemeni inité aux g;iînes musculai- 
res et même au périoste des os. L'opliilialmie anhritique 
qui, de même que la goutte en général , aiTectionne le lissu 
fibreux , de manière qu'elle établit son siège dans la sclé- 
rotique , ne borne pas les douleurs qu'elle détermine à l'œil 
sur lequel elle s'est fixée, et se distingue des autres ophthal- 
mies en ce qu'elle donne lieu aux plus vives douleurs dans 
tout le côté correspondant de la face , le périoste , l'aponé- 
vrose du muscle temporal et la calotte aponévroiique. 

Les membranes fibreuses interne et externe du crâne , sa- 
voir la dure-mère cérébrale , le périoste du crâne et^ la ca- 
lotte aponévrotique, sympathisent ensemble et avec la scléro- 
tique. Les affections de la dure-mère provoquent des aflections 
dé la sclérotique : celles de la calotte aponévrotique el du 
périoste peuvent se communiquer à la dure-mère , et quand 
celte dernière est enflammée localement , le périoste l'est 
parfois aussi à l'extérieur. 

Les nerfs jouent un rôle dans les sympathies du système 
fibreux ; on peut déjà le conclure et de ce que des nerfs or- 
ganiques accompagnent les vaisseaux dans toutes les parties 
auxquelles ceux-ci aboutissent , et de ce que la dure-mère 
possède réellement des nerfs. Ces derniers ont été observés 
par Comparetli , Arnold , Schlemm , Bidder et moi ; ils appar- 
tiennent en partie au système nerveux organique. 

F. l'issu osseux et tissu cartilagineux. 

Les sympathies entre les diverses parties du système osseux 
sont rares. A la vérité , il y a des maladies, telles que le ra- 
chitisme et la syphilis parvenue à la seconde période , où ce 
système est affecté partout ; mais ces maladies de nutrition ne 
peuvent guère être mises au nombre des sympathies ; l'irri- 
tation y est généralement accompagnée d'un vice dans la for- 
mation de la matière osseuse. Cependant on connaît aussi des 



DES SYMPATHIES. 27I 

exemples bien constatés de sympathie pure entre les divers 
départemens du système osseux. Lorsqu'une cause morbifi- 
que agit sur la surface d'un os long, l'inflammation qui s'ensuit 
ne demeure pas toujours bornée à celte surface, mais envahit 
fréquemment aussi toute Tépaisseur de l'os , jusqu'à la cavité 
médullaire, et y amèue un changement de tissu. De même, la 
destruction de la moelle amène l'inflammation et la tuméfac- 
tion tanl à l'intérieur qu'à l'extérieur, jusqu'aux parties les plus 
externes. En général, lesexostosessont,danslagrande majorité 
des cas , une maladie non pas de la surface de l'os , mais de 
toute son épaisseur ; j'ai pu m'en convaincre en sciant un grand 
nombre de ces excroissances. De là vient que , presque tou- 
jours , à une exostose extérieure développée sur un os long 
en correspond une intérieure qui se diri;;e vers la cavité mé- 
dullaire ; ce qui prouve , pour le dire en passant , combien 
on se trompe en attribuant au périoste une part essentielle à 
la formation des exosioses. 

Nous ne connaissons point jusqu'ici de nerfs qui appartien- 
nent aux OS; mais nous pouvons cependant supposer en eux 
l'existence de nerfs accompagnant les vaisseaux, avec autant de 
droit que nous en admettons dans toutes les parties vasculaires. 

G. Tissu musculaire, \ 

On a attribué au tissu musculaire une aptitude très-pronon- 
cée à recevoir des excitations sympathiques. On a dit que 
l'irritation qui amène à sa suite la contraction d'un muscle est 
fréquemment accompagnée de convulsions sympathiques dans 
d'autres muscles. Mais ces symptômes ne tiennent pas au tissu 
lui-même ; ils dépendent de la sympathie qui existe entre 
les nerfs moteurs ; 'le muscle dont le nerf moteur se trouve 
séparé du reste du système nerveux , est bien accessi- 
ble encore aux irritations du dehors , mais il ne les transmet 
jamais à d'autres parties du même tissu, il ne provoque point 
de convulsions sympathiques. 



272 DES SYMPATHIES. 

Los spasmes sympalliiques du syslùmc musculaire ne sont 
donc point, à proprement parler, des sympathies du tissu avec 
lui-même; ce sont des sympathies de nerfs. Les autres ma- 
ladies, peu nombreuses, qui surviennent encore dans les 
muscles, comme l'inflammation et la suppuration, demeurent 
é{ïalement toujours bornées. Elles ne dépassent point le lieu 
même de l'irritation , et ne se propagent pas , comme il arrive 
dans les autres tissus. Mais, si l'on excepte les inflammations , 
qui sont fort rares , les dégénérescences et les spasmes, on ne 
connaît presque pas de maladies qui atteignent les muscles. 
Toutes ces circonstances attestent que le tissu musculaire 
n'entretient de vives sympathies ni avec lui-même ni avec 
aucune autre partie. 

H. Système lymphatique. 

Les maladies du système lymphatique sont fort rarement 
locales. Lorsqu'elles sont primordiales, et non sympathiques 
de celles d'autres organes, elles affectent en général le système 
entier, sous la forme de dyscrasies (1) : il y a même certains 
cas, les scrofules par exemple, où elles demeurent bornées 
presque exclusivement au système lymphatique. Mais quand 
l'irritation part d'un point de ce système, elle en envahit rapi- 
dement, et par sympathie, une étendue plus ou moins consi- 
dérable. Qu'une glande lymphatique vienne à senilammer 
par l'effet d'une irritation extérieure, les glandes du voisinage 
ne tardent pas à se tuméfier, quoiqu'elles ne soient cependant 
pas prises elles mêmes d'inflammation. Certaines irritations pri- 
mitives du système lymphatique reconnaissent pour cause des 
poisons qui se sont introduits dans les vaisseaux de cet ordre. 
Lorstpron pratique une friction locale avec du mercure, il 
survient fréquemment une irritation fort étendue du système 

(4) G Brescliet, Le système hjmphatiijue considéré snus les rapports 
anutoiuique^ phi/sioloijique ctjxitholotjiquf. Paris, d83G, iii-8. 



DES SYMPATHIES. a^S 

lymphatique, et les glandes lympLaiiques des diverses ré- 
gions du corps peuvent être entraînées simultanément dans la 
même affection. L'inflammation des vaisseaux lymphatiques 
qui procède d'une impression vénéneuse locale , s'étend 
promptemeut à toutes leurs ramifications dans un membre, 
et en pareil cas la peau se montre semée de stries rouges, qui 
en suivent exactement le trajet. 

Les sympathies des vaisseaux lymphatiques avec les glandes 
du même système ne sont pas moins l'réqucntes. Un des phé- 
nomènes les plus ordinaires desflésions de nutrition des grands 
viscères est le gonflement des glandes lymphatiques qui avoi- 
sinent ceux-ci. Ainsi, les glandes cervicales se tuméfient dans 
les maladies organiques du cou, de la glande thyroïde; celles 
de l'aisselle , dans les lésions organiques des mamelles, le 
cancer en particulier; celles du bas- ventre, dans les maladies 
organiques de l'estomac et du canal intestinal ; celles qui ac- 
compagnent les conduits biliaires dans les maladies organi- 
ques du foie ; celle de l'aîne, dans les lésions organiques des 
testicules, de l'urètre, de la prostate. 

Les engorgemens des glandes lymphatiques ne sont pas 
rares non plus dans les affections inflammatoires, par exem- 
ple après les piqûres, les déchirures, les contusions. L'appli- 
cation d'un vésicatoire, qui enflamme la peau, est souvent 
suivie du gonflement des glandes lymphatiques, qui s'observe 
également dans le furoncle, dans le panaris. Dans ce dernier 
cas même, rien n'est plus commun que de voir les vaisseaux 
lymphatiques du bras entier irrités jusqu'aux glandes axillai- 
res. L'inflammation de l'urètre appelée gonorrhée et les mala- 
dies inflammatoires des testicules se compliquent' fréquem- 
ment de tuméfaction des glandes inguinales , ou de ce qu'on 
appelle des bubons-, il en est de même pour les glandes de 
l'aisselle dans les affections inflammatoires de la mamelle, et 
pour les glandes du cou dans celles de la parotide. 

Ce qui distingue ces gonflemens sympathiques de l'affection 



274 WE9 SYMPATHIES, 

primaire, c'est que, la plupart du temps, ils di^araissent 
aussitôt que cesse la maladie de l'orjjane qui avait été primir 
tivement atteint; c'est qu'ils ont le caractère chronique dans 
les maladies chroniques et le caractère aifju dans les maladies 
aiguës; c'est enfin que, dans le cas d'affection sympathique, 
le tissu situé au dessous de la tuméfaction, ne s'éloigne gé- 
néralement pas de l'état naturel. 

En général, on peut dire qu'une irritation lymphatique fort 
étendue est susceptible de partir d'un point quelconque de la 
surface du corps où il se trouve beaucoup de vaisseaux lym- 
phatiques. Cette irritation peut survenir tant par l'effet de 
rinoculation matérielle d'un principe morbifique, qu'à la suite 
d'une lésion dans laquelle il n'a été introduit aucune matière 
étrangère, telle qu'une plaie ou une blessure. On voit d'après 
cela que la propagation matérielle d'une substance quelconque 
dans les vaisseaux lymphatiques n'est au moins pas indispen- 
sable pour la déterminer. Elle peut naître tout aussi faci- 
lement d'une irritation de la surface interne du corps que 
d'une lésion de la surface externe, et dans les deux cas elle 
donne lieu à des séries parallèles de phénomènes. De même 
que l'inflammation de la peau par une brûlure occasione une 
irritation lymphatique des parties environnantes jusqu'aux 
glandes lympathiques les plus prochaines, ainsi^l'inflammation 
de la membrane muqueuse du canal intestinal, quand elle 
dure un certain laps de temps, détermine une irritation des 
vaisseaux et des glandes lymphatiques du mésentère, parmi 
lesquels ceux qui correspondent aux points enflammés sont 
ceux qui s'enflamment et se tuméfient, ce dont nous avons 
un exemple si frappant dans les ulcères intestinaux de la fièvre 
typhoïde. 

Il arrive quelquefois, comme l'a vu Cruveilhier (1), que les 
vaisseaux lymphatiques provenant d'une partie en suppura- 

(1) Anatomie pathologique du corps humain^ Paris, 1834, XDI' lirrai- 
son, in- Toi., Tig. coloriées, 



DES SYMPATHIES. ^76 

tion renferment du pus, aussi bien que les veines : les glan- 
des lymphatiques correspondantes peuvent aussi suppurer. On 
se tromperait en disant que ce pus a été absorbé par les lym- 
phatiques. De même qu'après l'amputation il se produit du 
pfQS dans les veines du moignon, par l'effet de la phlébite, de 
mènie il s'en forme , dans les lymphatiques provenant d'une 
partie enflammée, par suite de la propagation de l'inflamma- 
tion. L'inflammation et la suppuration des glandes mésentéri- 
ques, dans les ulcérations de l'intestin qui accompagnent la 
fièvre typhoïde, prouvent clairement qu'en ce cas au moins le 
pas qu'on rencontre dans les vaisseaux et les glandes lympha- 
tiques a pris naissance sur le lieu même où on l'observe. 

I. Vaisseaux sanguins. 

Quand on réfléchit que les sympathies du pouls avec les 
maladies n'appartiennent pas tant aux artères qu'au cœur, et 
qu'on prend en considération que les maladies locales des ar- 
tères, comme leur inflammation et leur ramollissement, de- 
meurent généralement bornées au point irrité, parce qu'elles 
n'ont pas de tendance à se propager au loin, nous sommes 
autorisés à conclure que les sympathies de ces vaisseaux sont 
faibles, ou du moins nous sommes en droit de le penser des 
tuniques des grosses artères. 

Mais nous sommes forcés d'attribuer au système nerveux, 
sur l'état des artères , une influence qui est indépendante du 
cœur ; elle nous est attestée effectivement par les changemens 
de la turgescence de la peau dans les passions, par les con- 
gestions locales et le collapsus consécutif qu'on observe à la 
suite de toute excitation des parties extérieures par le seul 
effet d'un mouvement passionné. 

Il est difficile de décider si , lorsqu'il y a affection générale 
des veines, celle-ci est partie originairement d'un point du 
système veineux et a gagné peu à peu du terrain par sympa- 
thie , ou si la cause prochaine de la maladie a porté son action 



2'^G DES SYMPATHIES. 

sur une fjrande partie du système à la fois. Cependant le 
système veineux présente cela de paiiiculier qu'en /{énèral 
ses maladies ne sont point dos ad'eciions totalement locales, 
comme le prouvent l'atonie des veines et les varices. 

La phlébite nous donne une preuve directe de l'étendue 
des sympathies du système veineux. Elle se manifeste locale- 
ment , sur le trajet d'une veine , par l'une des causes capables 
de la déterminer , telle qu'une saignée mal faite , ou la lésion 
d'une varice , de même qu'elle survient dans les plaies produi- 
tes par les amputations , ou dans la matrice des femmes en 
couches ; mais elle s'étend avec tant de rapidité au-delà de 
son point de départ , qu'en peu de temps elle envahit tous les 
troncs veineux du membre. Aussi entraîne-t-elle ordinaire- 
ment la mort , quand on ne sait pas la reconnaître et la com- 
battre sur-le-champ ; elle passe à la suppuration des veines. 

Une sympathie remarquable des veines consiste dans leur 
relâchement et leur ampliation au pourtour d'une tumeur 
avec dégénérescence du système vasculaire. Cette disposition 
des petites veines à perdre leur ton et à se dilater s'étend 
quelquefois au corps entier , dans les cas de cachexies et de 
dyscrasies, et donne lieu à des changemens particuliers de 
la coloration , par exemple à des cercles bleus autour des 
yeux. 

K. Tissu glandulaire. 

Quoique certaines maladies , telles que les scrofules , le 
cancer et les tubercules, qui sont des lésions de la nutrition 
attaquent spécialement le tissu glandulaire , l'afTeciion géné- 
rale de ce tissu qu'on observe alors ne saurait être expliquée 
par la sympathie ; car il est dans la nature de ces maladies 
de se jeter surtout sur les glandes , et leurs envahissemens ne 
tiennent pus tant à la propagation d'une irritation locale qu'à 
une prédisposition en vertu de laquelle le tissu glandulaire 
tombe malade partout dès qu'il vient à être irrité sur un point. 



DES SYiMPATHIES. 277 

Cependant il n'est pas permis de douter que quand une mala- 
die commence dans une glande déterminée , elle ait plus de 
tendance à envahir celle-ci toute entière , par sympathie entre 
ses diverses parties, que les organes environnans. 

Parmi les phénomènes de l'irritation sympathique du tissu 
glandulaire , on peut citer un fait bien connu. Tous les orga- 
nes de sécrétion , de même qu'ils transmettent à leur conduit 
excréteur les irritations dont ils viennent à être atteints , de- 
viennent aussi le siège d'une irritation sympathique quand c'est 
leur conduit qui est irrité le premier. Ainsi la présence des 
alimens dans la bouche détermine une sécrétion plus abon- 
dante de la part des glandes salivaires , celle d'une sonde 
dans la vessie active l'action sécrétoire du rein (?) , celle du 
gland de la verge rend la sécrétion du sperme plus abondante, 
celle de la membrane muqueuse de l'œil donne lieu à la for- 
mation d'une plus grande quantité de larmes. C'est un fait 
connu également qu'aussi long-temps que les alimens se trou- 
vent encore dans l'estomac, la bile ne coule qu'en petite 
quantité dans le duodénum, mais que la quantité de ce liquide 
augmente beaucoup durant la seconde période de la diges- 
tion, quand le chyme entre en contact avec la membrane in- 
terne de l'intestin grêle, et qu'elle diminue au contraire pen- 
dant la fin. 

Les matériaux qui font le sujet de cet article ont été ren- 
dus, par Bichat, accessibles à la lumière de l'analomie 
pathologique, dans son Anatomio générale^ ouvrage dans 
lequel on trouve plus de vrais principes d'une pathologie gé- 
nérale que dans la plupart des livres qui traitent spécialement 
de cette dernière. Il est difficile de dire comment ont lieu les 
sympathies entre les diverses parties d'un tissu. Quelques 
personnes, qui les croient indépendantes des nerfs, les ex- 
pliquent par l'analogie et par la continuité des parties d'un 
tissu. La propagation d'une inflammation, par exemple, peut- 
elle avoir lien de cette manière;' La substance d'un tissu est-^ 



57Ô Ï>ES SYMPATHIES. 

elle susceptible, indépendamment de toute influence nerveHse, 
et par le seul fait d'une sorte d'affinité entre ses molécules, de 
transmettre au loin une irritation ? Nous ne saurions résoudre 
ces questions. D'autres font dépendre des nerfs les sympa- 
thies qui ont lieu dans la continuité d'un tissu. Beaucoup de 
phénomènes appartenant à la catégorie de ceux qui nous oc- 
cupent actuellement doivent être expliqués de cette manière ; 
ce qui semble le démontrer , c'est que des phénomènes sym- 
pathiques ont lieu entre des membranes, tan! muqueuses que 
séreuses, qui ne communiquent point ensemble d'une manière 
directe. Cependant , même pour ceux-là , il est possible de 
les concevoir en admettant qu'une matière morbifique intro- 
duite ou développée dans le sang a de l'afiSnité pour tout le 
système muqueux , séreux , etc. Mais pour ce qui concerne 
l'extension des sensations aux diverses parties d'un tissu , les 
nerfs jouent certainement là un rôle , et la question se réduit 
à savoir si l'irradiation , par exemple dans les membranes 
muqueuses , a lieu par le concours des parties centrales du 
système nerveux , ou par une communication entre les bran- 
ches périphériques de ces nerfs. 

n. Sympathies de tissus différens les uns avec les autres. 

Cette seconde forme de sympathie est beaucoup plus rare 
que la première. Généralement parlant, une maladie se pro- 
page plus facilement d'un tissu à un autre analogue dans un 
autre organe , que d'un tissu quelconque à un autre différent 
de lui dans un même organe. La tunique muqueuse du canal 
intestinal entier peut devenir le siège d'une sécrétion mor- 
bide , sans que la musculaire soit simultanément affectée ; là 
substance musculeuse du cœur peut demeurer saine au des-* 
sous de l'enveloppe séreuse malade ; la tunique musculeuse 
du canal intestinal peut être atteinte de spasmes sans que la 
muqueuse et la séreuse soient affectées : la tunique séreuse 
peut sécréter du liquide sans que les autres membranes d'un 



DES SYMPATHIES. a-^^ 

orpane s'en ressentent. Cependant il existe des sympathies 
de ce genre. Ici l'on doit remarquer que si les sympathies 
des diverses parties d'un même tissu supposent en général 
des états semblables , dans celles de tissus difi'érens les affec- 
tions de ceux ei varient en raison de leur mode de vitalité. 
L'inflammation est ici le seul changement qui se communique 
sans changer de nature. Les principaux phénomènes sympa- 
thiques appartenant à cette classe sont les suivans : 

A. Sympathies entre la peau et tes membranes muqueuses. 

Celles-là sont très-fréquentes. Beaucoup de maladies des 
membranes muqueuses, notamment les inflammations et les 
blennorrhées, ne doivent souvent naissance qu'à l'action d'une 
cause morbifîque sur la peau , et vice versa. A la suite d'un 
refroidissement de la peau , on voit survenir la pneumonie , 
l'angine, l'entérite, etc., ou une aflection catarrhale de ces 
parties, et toujours dans la membrane muqueuse de l'organe 
qui, en raison des circonstances individuelles, a plus de pré- 
disposition aux maladies que la peau . L'inflammation de la 
membrane muqueuse du poumon ou de l'estomac succède 
quelquefois aux brûlures fort étendues des tégumens exté- 
rieurs. Les membranes muqueuses sont parfois affectées en 
même temps que la peau , dans les exanthèmes. D'un autre 
côté, une maladie des membranes muqueuses , par exemple , 
un état gastrique, change la sécrétion, la turgescence, la cou- 
leur de la peau extérieure. On peut aussi agir sympathique- 
ment par la peau sur les membranes muqueuses, comme lors- 
qu'on applique le froid à l'extérieur pour arrêter les hémor- 
rhagies de ces membranes. 

B. Sympathies entre la peau et les membranes séreuses. 

Les épanchemens du liquide fourni par les membranes sé- 
reuses diminuent , en général , la sécrétion cutanée , et la 
suppression de cette dernière donne quelquefois lieu à 



aijO DES SYMPATHIES. 

des collections de liquide dans les sacs séreux , soit que la 
peau fût saine auparavant, soit qu'elle fût atteinte d'exan- 
thèmes, dont une cause quelconque vient troubler la marche. 
Enfin il n'est pas rare que des inlluences morbifi(jucs qui 
afîissent sur les léfïumens extérieurs , déterminent Tinllam- 
mation des membranes séreuses. 

C. Sympathies cnlrc le tissu glandulaire et les membranes 
muqueuses. 

J'ai déjà dit précédemment que la glande qui décharf^e son 
produit à la surface d'une membrane muqueuse est unie avec 
celle-ci parles liens d'une vive sympathie, qui tient, non 
seulement à ce que le tissu glanduleux peut être considéré 
comme une prolongation du conduit excréteur, et ce dernier 
comme une continuation de la membrane muqueuse , mais 
encore à ce que les glandes annexées au canal intestinal lui 
sont redevables de leur origine première et proviennent , 
dans le principe, de son propre tissu. Nous ne devons donc 
point être surpris de voir l'irritation de la membrane mu- 
queuse buccale provoquer la salivation, celle de la conjonc- 
tive amener le larmoiement, et une indigestion faire couler 
la salive en plus grande abondance. 

D. Sympathies entre les membranes muqueuses et les membranes 

séreuses. 

Il est plus rare d'observer celles-là que les précédentes. 

E. Sympathies entre les membranes fibreuses , la membrane 

médullaire des os et les tissus osseux et cartilagineux. 

Une relation très- intime existe entre toutes ces parties. 
L'état du périoste influe sur celui de l'os, et vice versa. A l'in- 
flammation du périoste succède fort souvent une tuméfaction 
de l'os sous-jacent, et dans les gonflemens des os le périoste 
se tuméfie aussi. Après l'inflammation de la membrane mé- 



DES SYMPATHIES. 28 1 

duUaire , il survient une tuméfaction de toute l'épaisseur de 
l'os. La destruction du périoste entraîne la nécrose externe 
des os longs, et celle de la membrane médullaire leur nécrose 
interne. Ce conflit tient principalement à ce que du périoste 
et de la membrane médullaire partent une intinité de vais- 
seaux qui pénètrent de dehors en dedans et de dedans en 
dehors dans l'intérieur de l'os. 

Un médecin attentif n'aura pas de peine à étendre celte 
liste d'exemples de sympathies entre des tissus de nature dif- 
férente. Mais l'explication qu'on doit en donner ne saurait 
être la même pour tous les cas. Les membranes sécrétantes 
sont, par elles-mêmes, et indépendamment des nerfs, en 
rapport d'antagonisme les unes avec les autres , à cause de 
l'influence que l'état des sécrétions exerce sur la masse des 
liquides. D'autres phénomènes , dans lesquels le changement 
porte moins sur la sécrétion que sur l'état tout entier de vi- 
talité des membranes, comme ceux qui ont trait au vif conflit 
entre la peau et les membranes muqueuses, appartiennent 
davantage à la classe de ceux qui sont dus à une réflexion 
qu'on doit expliquer par le concours des nerfs. Quant au 
conflit entre les glandes et les membranes muqueuses, on 
ignore s'il a lieu par réflexion ou par le concours des nerfs 
eux-mêmes , sous l'influence du grand sympathique. Enfin le 
conflit entre le périoste , tant externe qu'interne , et les os , 
s'explique au moyen des rapports entre les vaisseaux de ces 
parties, et des connexions de leur tissu vasculaire. 

m. Sympathies des tissus avec des organes entiers. 

La maladie d'un organe entier à laquelle participe un tissu 
qui a beaucoup d'extension se propage aux prolongemens de 
ce tissu par delà l'organe primitivement afl'ecté, et réciproque- 
ment l'état d'un tissu peut réagir sur celui d'un organe 
complexe. 



j8a DES SYMPATHIES. 

Des exemples de ce genre de sympathies sont fournis par 
les rapports des viscères avec la peau , les membranes mu- 
queuses et les membranes séreuses. 

Une cause morbifique peut trouver accès par la peau à tout 
organe disposé à tomber malade; d'un autre côté, des irrita- 
tions exercées sur les tégumens extérieurs peuvent exercer 
une influence dérivalive sur les états morbides d'un organe 
placé au voisinage. Les hémorrhagies internes sont arrêtées 
aussi par l'action du froid sur la peau. Enfin une maladie 
exanthématique peut se jeter sur toutes les parties internes. 

Les membranes séreuses participent toujours aux états des 
organes auxquels elles fournissent une enveloppe. Dans les 
lésions organiques des viscères , elles souffrent , non pas seu- 
lement là où elles revêtent ceux-ci , mais encore dans toute 
leur étendue. C'est ainsi qu'on voit survenir l'hydropisie de 
poitrine à la suite des maladies organiques du poumon , l'hy- 
dropéricarde après celles du cœur (1), l'ascite après celles du 
foie , de la matrice et des ovaires, l'hydrocèle après celles des 
testicules. Ici l'expérience nous a révélé une loi : c'est qu'or- 
dinairement ce sont les membranes séreuses les plus rappro- 
chées de l'organe malade qui reçoivent l'influence sympa- 
thique . 

Les membranes muqueuses sont également affectées toujours 
dans une grande étendue lorsque les viscères viennent à être 
atteints de maladies auxquelles elles participent. Ainsi , l'on 
observe la leucorrhée dans les affections organiques de la ma- 
trice. Les membranes muqueuses des bronches sont affectées 
dans les maladies des poumons. Les lésions organiques de 
l'estomac et du canal intestinal s'accompagnent fréquemment 
d'une constipation opiniâtre, due au défaut de sécrétion dans 
la membrane muqueuse du conduit alimentaire. 

(1) Voyez J. Boiiillaud , Traité clinique des maladies du cœur, Vnris\ 
dS35, 2 vol. in-8, fig.— JVat^d clinique du rhumatisme articulairefFàtis, 
1840, in-S. 



BES SYMPATHIES. 283 

Toutes les fois qu'une membrane muqueuse est frappée 
d'inflammation, le système entier ressent l'atteinte, et les 
muscles placés au voisinage sont ou (jênés dans leurs mouve- 
inens , comme ceux du pharynx dans l'angine pharyngée , ou 
agités de spasmes, comme le diaphragme et les muscles inter- 
costaux dans la toux irritative qui procède de la membrane mu- 
queuse des poumons. Une irritation mécanique de la membrane 
muqueuse produit le même effet. On connaît les spasmes qui 
proviennent d'une irritation mécanique de la glotte, et les sou- 
lèvemens auxquels donne lieu la titillation du pharynx; l'irri- 
tation de la membrane muqueuse de la vessie et des uretères 
par des calculs et par inflammation détermine le spasme du 
sphincter de l'anus et du sphincter de la vessie , ainsi que îu 
rétraction du testicule par le muscle crémaster. Nous avons 
déjà vu précédemment que l'irritation des membranes mu- 
queuses peut occasioner des mouvemens respiratoires spas- 
modiques , comme on en observe dans le vomissement , l'é- 
ternuement , le hoquet, la toux, etc. 

De toutes les membranes , les fibreuses sont celles qui ont 
le moins de conflit avec d'autres organes , même avec les or- 
ganes qu'elles enveloppent. Sous ce rapport elles agissent 
presque comme isolateurs des parties qu'elles sont destinées 
à protéger et à maintenir en place. Leur inflammation seule 
peut, en raison de la perversion du sang et du conflit des vais- 
seaux, donnerlieuà des symptômes violens, même dans les or- 
ganes qu'elles circonscrivent ; c'est ainsi que l'inflammation de 
la dure-mère s'accompagne de symptômes cérébraux intenses. 
Du reste, les sympathies des tissus avec des organes entiers 
trouvent leur explication soit dans les lois de la réflexion , lors- 
que les parties n'ont aucune connexion les unes avec les autres, 
comme la peau et les organes internes, soit dans le conflit des 
vaisseaux et des nerfs vasculaires , quand ces parties sont 
unies ensemble , comme la matrice et la membrane muqueuse 
des organes génitaux. 



284 DE8 SYMPATHIES. 

IV. Sympathies d'organes entiers entre eux. 

Quoique l'idée fondamentale de l'orî^anisme implique né- 
cessairement qu'un or{};me peut agir sur tous les autres, ce- 
pendant la transmission des états a lieu plus facilement entré 
les organes de certains systèmes qu'entre ceux de certains au- 
tres. Voici quelles sont les sympathies qui se rangent ici : 

1. Sympathies entre des organes qui se ressemblent, eu 
égard à leur structure et à leur fonction , entre les diverses 
glandes salivaires , entre le cœur et les vaisseaux sanguins , 
entre l'estomac et le canal intestinal, entre les organes cen- 
traux du système nerveux. 

2. Sympathies entre des organes qui , bien qu'ayant une 
structure différente, appartiennent à un même système, comme 
les diverses parties de l'appareil chylopoiétique (canal ali- 
mentaire, glandes, rate) , de l'appareil uropoiélique , de l'ap- 
pareil génital, de ces deux derniers entre eux , et de l'appa- 
reil respiratoire (larynx, trachée-artère, poumons.) 

3. Sympathies entre des organes qui sont mis en commu- 
nication analomique par des vaisseaux et par leurs 'nerfs", 
comme les pou mons et le cœur. 

4. Sympathies entre tous les viscères importans et les or- 
ganes centraux du système nerveux. Ici se rapportent l'affec- 
tion concomitante du cerveau dans l'inflammation des vis- 
cères, du foie , des poumons, du conduit alimentaire ; les 
affections de l'estomac et du foie, la polycholie , l'hépatite , 
après les lésions et les irritations du cerveau, etc. 

Les phénomènes sympathiques de cette espèce s'expliquent 
tantôt par la dépendance dans laquelle les organes d'un 
même système ou des parties ayant entre elles des con- 
nexions anatomiques , sont de mêmes points d'irradiation de 
l'influence nerveuse -, tantôt par l'influence des parties 
centrales du système nerveux sur tous les organes. Ce 
qui semble annoncer que rinfluenco des organes cen- 



DES SYMPATHIES. ^85 

traux joue ici un rôle supérieur à celui de la communi- 
cation du nerf grand sympathique , c'est qu'il y a certaines 
sympathies totalement inexplicables par la liaison des nerfs 
ou par la connexion anatomique , comme celles qui ont lieu 
entre les mamelles et les parties génitales , entre le larynx, 
les organes respiratoires et l'appareil reproducteur, à l'épo- 
que du développement de la puberté, chez les personnes li- 
vrées à la débauche et chez les hommes mutilés par la cas- 
tration. D'autres sympathies encore ne se prêtent jusqu'à 
présent qu'à la seule explication par la réflexion; telles sont 
celles de la parotide et du testicule, organes dont les affec- 
tions inflammatoires se jettent quelquefois de l'un sur 
l'autre. 

V, Sympathies des nerfs eux-mêmes. 

Quoique les nerfs soient les causes de la plup-^^rt des phéno- 
mènes sympathiques, sinon de tous, cependant nous mettons 
à part les sympathies dans lesquelles le conflit n'a lieu qu'en- 
tre des nerfs, ou du moins dans lesquelles c'est un nerf qui, 
exposé à Tinfluence d'une autre partie, montre des phéno- 
mènes consensuels. On peut classer de la manière suivante 
les faits qui se rapportent ici. 

A. Sympathies des nerfs avec les parties centrales du système 
nerveux. 

Pour agir d'une manière conforme à la nature , les nerfs 
exi;;ent l'influence continuelle des organes centraux, comme 
le prouvent les expériences dans lesquels Sticker et moi nous 
avons vu un nerf séparé depuis quelque temps du cerveau et 
de la moelle épinière perdre entièrement son irritabilité. 
Mais les organes centraux peuvent subir aussi des change- 
mens de la part des nerfs. Les phénomènes qui viennent à 
l'appui de celte assertion ont déjà été relatés en partie dans 



286 MS SYMPATHIES. 

le chapitre de la réflexion. Il est une foule de circonstances 
où nous nous servons de ce conflit pour obtenir la guérison 
de maladies des or{}ancs centraux. Ainsi , nous excitons la 
moelle épiniôre en irritant les nerfs auxquels elle donne nais- 
sance par des frictions avec la brosse ou autrement, par des 
sinapismes, des vésîcaioires, le moxa, le séton, etc. Nous agis- 
sons sur le cerveau et le cordon rachidien, par l'intermédiaire 
des nerfs, au moyen des bains froids et chauds, des bains de 
surprise , de l'eau froide versée goutte à goutte sur divers 
points de la peau. Tous ces faits étaient connus jusqu'ici; mais 
on connaissait moins les faits physiologiques d'où l'on peut les 
dériver. Aujourd'hui, nous sommes en mesure, à l'aide des 
phénomènes qui ont été exposés en traitant de la réflexion, 
de concevoir nettement la manière dont s'accomplit ce genre 
de conflit. Sur quelque partie du corps, de la peau surtout, 
qu'on fasse agir une irritation mécanique, galvanique ou chi- 
mique, on peut déterminer, dans les nerfs qui en proviennent, 
un eilet centripète violent qui, lorsqu'il se répète souvent, est 
en état de ranimer le travail languissant de la vie dans les 
parties du cerveau et de la moelle épinière d'où ces nerfs 
naissent, et d'agir ainsi indirectement sur d'autres parties des 
organes centraux. De ces considérations, il résulte, pour la 
thérapeutique, que nous avons deux manières d'influencer les 
organes centraux : 

1° En agissant directement sur eux par des substances in- 
gérées dans le canal intestinal ou appliquées à la peau, et qui 
passent dans le sang, méthode qui se montre ineflicace dans 
une multitude de circonstances; 

2° En agissant sur les nerfs qui naissent des organes cen- 
traux, autre méthode dont la thérapeutique obtient les meil-. 
leurs effets. 



DES SYMPATHIES. 287 

B. Sympathies entre les nerfs de motn'ement et les nerfs de 
sentiment. 

Dans le cas précédent, nous n'avons considéré le change- 
ment opéré dans les organes centraux eux-mêmes qu'autant 
qu'il avait lieu par des impressions sur les nerfs de sentiment. 
Ici nous allons parler des réactions qu'à cette occasion les or- 
ganes centraux exercent sur d'autres nerfs de sentiment ou 
de mouvement. L'excitation centripète des nerfs sensitifs ne 
se borne point à agir sur les organes centraux : elle est ré- 
fléchie aussi par ces organes. Cette réflexion a également lieu 
entre des nerfs sensitifs différens. Voilà pourquoi nous parve- 
nons à exciter certains nerfs de sentiment, qui sont innacces- 
sibles à nos moyens directs, comme ceux de l'ouïe et de la 
vue, en stimulant d'autres nerfs sensitifs qui ont de l'affinité 
avec eux et sous le point de vue physiologique et sous celui de 
leur origine. C'est là-dessus que se fonde le traitement de la 
dureté d'ouïe et de l'amblyopie par les irritans de la peau, etc. 
Des impressions réfléchies de nerfs sensitifs sur des nerfs 
moteurs, par l'intermédiaire de la moelle épinière et du cer- 
veau , nous servent à guérir quelquefois des paralysies loca- 
les de certains nerfs , par exemple du facial , comme dans 
le cas de blépharoptose , etc. Dans tous ces procédés 
thérapeutiques éprouvés depuis long-temps, comme aussi dans 
ceux qui sont consignés au paragraphe précédent, nous voyons 
dès à présent nos connaissances physiologiques et nos con- 
naissances pratiques se lier ensemble de la manière la plus 
intime. Quel progrès que celui de savoir qu'on peut et com- 
ment on peut influer d'une manière salutaire sur des mouve- 
mens en excitant des sensations par des moyens artificiels ! 

C. Sympathies des nerfs pairs. 
Ici se placent surtout les nerfs de sens pairs , comme les 



588 DES SYMPATHIES. 

deux optiques , les acoustiques, les olfactifs et les nerfs du 
système ciliaire. 

Dans les cas d'affection primitive d'un seul œil , où l'irri- 
laliun n'a primordialement a^'i que sur ce dernier, il arrive 
quelquefois à l'autre œil d'être atteint de la même maladie. 
Lorsqu'un œil a été détruit par l'inflammation , l'autre éprouve 
parfois aussi le même sort. Les affections de l'oreille interne 
ne demeurent pas toujours isolées. Celui qui a perdu l'ouïe 
d'un côté , ne la conserve pas constamment du côté opposé. 
Les sympathies des nerfs moteurs de l'œil , et en particulier 
des nerfs ciliaires , sont assez connues. C'est aussi à ces sym- 
pathies qu'il faut rapporter l'égalité d'ouverture des deux pu- 
pilles , malgré la différence des impressions extérieures qui 
agissent sur l'un et sur l'autre œil. Les sympathies des nerfs 
pairs se manifestent très-fréquemment dans les névralgies : 
on voit très-souvent le tic douloureux d'un côté de la face 
être suivi de l'apparition du même accident de l'autre côté. 
L'odontalgie qui dépend de la carie d'une dent ne reste pas 
limitée au lieu où se fait sentir l'irritation ; parfois aussi elle 
se fait sentir dans les nerfs pairs du côté opposé. 

D. Sympathies des nerfs moteurs entre eux. 

Les nombreux phénomènes d'association de mouvemens 
qui se rapportent ici, et qui consistent en ce qu'à l'occasion 
d'un mouvement d'autres mouvemens sont involontairement 
excités , ont été énumérés et expliqués précédemment. 

E. Sympathies des nerfs sensitifs. 

Les sympathies des nerfs de sentiment nous apparaissent 
sous trois formes principales , qui ne diffèrent que par l'éten- 
due et l'éloignement des parties mises en consensus. 

1" Une sensation vive, excitée sur un seul point, se pro- 
page dans des nerfs de même espèce ou dans d'autres fibres 



DES SYMPATHIES. 289 

nerveuses du même nerf. Telles sont les irradiations des sen- 
sations dans les parties voisines de la peau , à la suite d'une 
forte brûlure purement locale. L'explication de ces phéno- 
mènes a été donnée en traitant de l'irradiation. 

2° Un nerf de sentiment communique l'improssion qu'il a 
reçue à un nerf sensitif d'une autre espèce , mais dans le 
même organe. Celte espèce de sympathie s'observe principa- 
lement entre les nerfs sensoriels proprement dits elles nerfs 
accessoires des organes de sens. En effet , outre les sensations 
proprement dites que procure chaque organe de sens , il fait 
encore éprouver, mais par d'autres nerfs, les sensations géné- 
rales de la résistance , de la chaleur, du froid , du plaisir, de 
la douleur. Le nerf optique n'est apte qu'à sentir la lumière, 
et, suivant Magendie , il ne jouit pas du toucher ordinaire; 
cependant l'œil éprouve des sensations de toucher au moyen et 
des rameaux de la première branche du nerf trijumeau qui se 
distribuent à la conjonctive , et des nerfs ciliaires. Ce sont 
donc là des nerfs accessoires ou auxiliaires de l'œil. L'organe 
auditif possède , outre le nerf acoustique, des nerfs accessoi- 
res , provenant du facial , du glosso-pharyngien , du grand 
sympathique , de la seconde et de la troisième branche du 
trijumeau , enfin du ganglion otique , qui se répandent dans 
la caisse du tympan, et sur lesquels nous reviendrons dans la 
physiologie spéciale de chaque nerf. C'est à ces nerfs, répan- 
dus dans la membrane muqueuse de la cavité tympanique, et 
à ceux fort nombreux du pavillon de l'oreille et du conduit 
auditif externe , que sont dues les sensations tactiles de l'or- 
gane de l'ouïe. Le nez n'est pas seulement le siège de l'odo- 
rat au moyen des nerfs olfactifs , qui , suivant Magendie , ne 
peuvent sentir autre chose que des odeurs ; il reçoit aussi , 
par les nerfs nasaux de la seconde branche du trijumeau , de 
vives impressions tactiles , telles que les sensations de résis- 
tance , de chaleur, de froid , de chatouillement , de dou- 
leur, eic. La langue, comme chacun sait , est susceptible de 
I. i() 



ago DES SYMPATHIES. 

recevoir ei les impressions des saveurs et les impressions du 
louclier. 

L'un (Je ces modes de sentir peut êlre aboli dans chaque 
organe sensoriel, quoique l'autre persiste. Mais , les nerfs 
sensoriels et les nerfs tactiles des or{j:mes de sens sont sus- 
ceptibles de réunir vivement les uns sur les antres par sym- 
pathie. La cécité qui survient' quehpiefois après les lésions 
du nerf frontal , a été placée parmi les phénomènes de ce 
genre , quoiqu'il soit encore douteux qu'elle y doive être 
rangée. On croit que la lésion du nerf frontal réagit sur le 
tronc de l'ophthalmique, d'où émane le nerf naso-ciliaire qui 
fournit la longue racine du ganglion ophthalmique. Mais, les 
nerfs ciliaires ne peuvent paralyser que l'iris , et ils n'ont 
pas ce pouvoir à l'égard de la rétine , qui n'a aucune con- 
nexion avec eux. Je trouve beaucoup plus naturel d'attribuer 
la cécité qui s'observe après les contusions de la région fron- 
tale à la commotion de l'cil et du nerf optique. Waliher me 
paraît avoir attaché trop d'importance au système des nerfs 
ciliaires dans l'amaurose et l'amblyopie. Mais beaucoup d'au- 
tres phénomènes nous fournissent dps exemples irrécusables 
de réaction des nerfs sensoriels ; tels sont les démangeai- 
sons qu'on ressent dans le nez après avoir regardé le 
soleil, les frissonnemens que font éprouver certains sons , etc. 
L'explication qu'on doit donner de ces phénomènes n'est 
point douteuse d'après les principes que j'ai posés en 
traitant de la mécanique des nerfs. Comme l'anatomie n'a 
point appris d'une manière positive que les nerfs optique et 
auditif communiquassent avec les nerfs accessoires des sens de 
la vue et de l'ouïe par le moyen du grand sympathique, on 
ne peut avoir recours ici qu'à la loi de la réflexion, c'est-à- 
dire à l'intervention du cerveau entre l'excitation centripète, 
par exemple du nerf optique, et la réaction sur les nerfs na- 
saux dans le cas d'éteriiuement et de démangeaisons à la 
membrane pituitaire survenus après avoir fixé le soleil. Dans 



DBS SYMPATHIES. agi 

Texposifion complète qu'il a donnt^e des sympathies des or- 
ganes sensoriels, Tiedemann (1) a fait ressortir ce fait , que 
tous les appareils de sens reçoivent des filets du nerf grand 
sjmpalliique. La chose ne saurait être révoquée en doute ; 
mais, pour expliquer les sympathies des nerfs sensoriels avec 
d'autres nerfs de sentiment , il ne suflii pas que l'appareil de 
sens, qui est un assemblage très-complexe de tissus juxtapo- 
sés, ait de telles communications ; il faut encore que les nerfs 
sensoriels eux-mêmes n'y soient point étrangers. A lu vérité , 
OD a décrit quelques unes de ces communications. Tiedemann 
lui-même a suivi des filets des nerfs ciliaires qui accom- 
pagnent l'artère centrale jusqu'à la rétine. Mais ce n'est point 
là une anastomose du nerf optique, ou de la rétine , avec le 
grand sympathique. Hirzel (2) a observé plusieurs fois une com- 
munication entre le ganglion sphéno-palatin et le nerf optique ; 
mais Arnold, qui n'a pu suivre un de ces filets que jusque 
dans la gaîne du nerf, nie qu'il communique avec celui-ci 
même, et Varrenlrapp n'en a même pu voir aucun. D'ailleurs, 
quand bien même le grand sympathique enverrait réellement 
au nerf optique un filet qui se confondrait avec lui , on n'en 
serait pas beaucoup plus avancé quant à l'explication ; car un 
conflit complet, comme celui qui devrait avoir lieu dans les 
sympathies, exigerait que le filet du grand sympathique s'u- 
nît avec toutes les fibres contenues dans le nerf optique , at- 
tendu que son union avec l'une ou quelques unes d'entre elles 
ne suffirait point. Les mêmes remarques s'appliquent à l'or- 
gane de l'ouïe. Koellner, Swan , Arnold , Yarrentrapp , ont 
observé une anastomose du nerf facial et de l'acoustique 
dans l'intérieur du méat auditif interne. Suivant Arnold (3) , 

{û) Zeitschrift fuer Physiologie, t. I, p 237. — Etudes anatoviimiques^ 
ou. Recherches an atomiques sur Vonjanisalion de Vœil, considérées chez 
Vhommè et dans\<juelques anivviux ,^&t 3 .- k. Giraldés, Palis, 1836,in-4, fig. 

(2) Tiedemann, Zei^^c/iri/ï, t. I, p. 229. 

(Z) Der Kopftheil dea veijetativen Nervensyatems, Heidelbei'g , 1S31 , 
p.S3. 



i>92 DES SYMPATHIES. 

celte anastomose est double. L'une appartient au nerf grand 
sympathique. En effet, du f;enou du nerf facial part un 
filet , provenant du (jrand sympathique , qui va gagner le 
nerf acoustique. Chez le Veau , ce filet forme un petit gan- 
glion au fond du conduit auditif. Il me semble que cette dis- 
position , qui est très-prononcée chez le Veau , a pour but 
d'envoyer des fibres organiques dans l'intérieur du labyrin- 
the. Il est probable aussi que les filets de l'anastomose de 
Jacobson, qui vont à la caisse du tympan, servent également à 
des fonctions organiques , par exemple à la sécrétion du mu- 
cus. La seconde anastomose des nerfs facial et acoustique 
conduit un filet de la petite portion du premier au second. 
Comme les deux nerfs sont déjà unis dès leur origine par 
plusieurs filamens nerveux , le filet anastomotique dont il 
s'agit ici peut être considéré comme appartenant à l'acousti- 
que , mais marchant avec le facial. Le rameau acoustique 
accessoire du facial chez les Oiseaux et chez les Cyclostomes 
a une signification analogue. 

3" Ce qui vient d'être dit du rapport entre les nerfs sensoriels 
et leurs nerfs accessoires est vrai aussi des sympathies plus 
éloignées qui ont lieu entre les organes des sens et les viscè- 
res du bas-ventre. On a quelquefois observé , dans les trou- 
bles des fonctions des organes abdominaux , l'amblyopie , des 
bourdonnemens d'oreilles, etc. Beaucoup d'auteurs expliquent 
également ces phénomènes en admettant que le nerf grand 
sympalhi!]ue prend part aux fonctions des organes des sens. 
Mais on les conçoit bien plus aisémentà l'aide et de l'impres- 
sion que les changemens des nerfs abdominaux produisent 
sur les organes centraux , et de la réflexion de cette impres- 
sion sur les organes sensoriels. On ne peut pas considérer les 
changemens que les organes des sens subissent dans les mala- 
dies du bas-ventre comme des phénomènes isolés ; le système 
nerveux tout entier a souvent subi aussi une altération; des 
céphalalgies opiniâtres ont précédé l'affection des organes 



DES SYMPATHIES. 29^ 

sensoriels , ou les accompagnent , et la sensibilité {générale de 
tous les nerfs sensitifs , des nerfs racliidiens , est altérée. 

Après avoir passé en revue les différentes formes des sym- 
pathies, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur l'emploi 
que la thérapeutique fait de ces dernières. La théorie de la 
statique du consensus nous apprend que nous devons bien 
nous garder d'accroître l'état maladif de l'organe A par des 
actions dirigées sur l'organe B ; mais elle nous indique aussi 
les moyens de modiHer l'état de l'organe A , qui est inaccessi- 
ble pour nous, à l'aide de changemens convenables déterminés 
dans l'organe B. Les méthodes curatives fondées sur ce prin- 
cipe portent les noms de dérivation et d'antagonisme , attendu 
qu'elles tendent à provoquer un certain changement dans un 
organe pour faire cesser un état quelconque dans un autre 
organe. Voici quels sont les cas qui peuvent se présenter : 

1° Accroître l'activité de la partie malade A , en exaltant 
celle de la partie B , qui sympathise avec elle. 

2° Diminuer l'irritation de la partie A, en relâchant la par- 
tie B, avec laquelle elle est unie par les liens de la sympathie. 
C'est principalement des sympathies nerveuses qu'on doit at- 
tendre cet effet , surtout dans les points où les lois de la 
réflexion des nerfs sensitifs sur les organes centraux et de 
ceux-ci sur les nerfs moteurs trouvent à s'appliquer. L'ex- 
pansion périphérique des nerfs cutanés fournit au médecin 
un vaste champ pour agir d'une manière indirecte sur le cer- 
veau et la moelle épinière. Ainsi, on accroît l'activité des orga- 
nes centraux , ou bien on calme leur irritation, suivant qu'on 
stimule celle des extrémités périphériques des nerfs dansia 
peau par des frictions, l'électricité, le moxa , les bains froids, 
les sinapismes, etc., ou qu'on la diminue par des bains 
tièdes. 

3° Diminuer la^sécrélion morbide de la partie A, en aug- 
mentant celle de la partie B , ou en provoquant une sécrétion 
analogue dans cette dernière. L'effet produit ainsi est absolu- 



394 ^2* SYMPATHIES. 

rrifMit inverse de celui qui a lipu dans le cas précédent. Là 
l'impression Taiie sur A en déltrmine une semblable en B, 
Ici l'impression reçue par A amène un résulial contraire enB. 
Cette contradiction s'explique par l'antagonisme des diverses 
sécrétions. Tout accroissement d'une sécrétion doit être con- 
sidéré comme une soustraction faite à la masse des humeurs , 
de sorte qu'il modifie l'équilibre de la répartition des liquides 
dans le corps. C'est ainsi qu'il faut envisafjer l'effet des vésica- 
toires et des cautères, quand une partie interne est disposée 
à des sécrétions morbides, celui des diurétiques dans les hy- 
dropisies, etc. Seulement, il esta remarquer qu'on diminue 
rarement la sécrétion morbide d'une membrane muqueuse en 
activant celle d'une autre membrane muqueuse, c'est-à-dire 
d'un tissu identique , parce que les états analogues tendent à 
s'exaspérer mutuellement, plutôt qu'à se contrebalancer, dans 
les tissus de même espèce. 

4° Diminuer la congestion du sang dans l'organe A, en dé- 
terminant une congestion sanguine dans l'organe B. Tel est 
l'effet des pédiluves chauds. Ce cas ressemble au précédent , 
il est l'inverse des deux premiers, et il s'explique de la 
même manière. 

5° Diminuer l'état x dans la partie A, en provoquant un état 
différent de celui-là, j-, dans la partie B. On se sert fréquem- 
ment de cette méthode avec les plus grands avantages. La sé- 
crétion et l'inflammation doivent être considérées , surtout 
dans les parties chargées de sécréter, comme deux états pres- 
que opposés. L'inflammation supprime toujours les sécrétions 
naturelles. Aussi traiie-t-on l'angine avec succès par des 
moyens propres à exciter la diarrhée. Cette méthode est sus- 
ceptible également de s'appliquer à des tissus de nature diffé-^ 
renie. La diarrhée diminue les contestions vers la tête ; mais il 
s'agit là d'un cas qui rentre déjà dans la catégorie de ceux du 
paragraphe précédent. 

ti" Diminuer l'état s dans l'organe A par la provocation du 



DES PROPRIÉTÉS DES NERFS SENSORIELS. SgB 

même état x dans l'organe B. Ce cas paraît être contradictoire 
à la pli'part de ceux qui précèdent, et l'explication en est 
l^brt difficile. Si l'on voulait susciter une inflammation artifi- 
cielle tout au voisinage d'une partie enflammée, loin de dimi- 
nuer la maladie primitive, on ne ferait que l'exaspérer, surtout 
dans des parties formées d'un même tissu et qui ont de la ten- 
dance à se communiquer leurs états. Cependant il arrive 
quelquefois qu'une inflammation provoquée dans l'organe B, 
à quelque dislance de l'organe A enflammé , fait cesser celte 
dernière phlegmasie. On traite certaines ophthalmies par des 
inflammations de la peau qu'on fait naître à quelque distance 
de l'œil. On détermine des plilegmasies cutanées dans les 
maladies des articulations, etc. Le résultat de cette méthode 
semble prouvei- qu'entre les états irritatifs des vaisseaux capil- 
laires de deux organes, surtout quand ceux-ci sont diflerens 
de tissu , ne rè^jne pas ce rapport de réflexion que nous avons 
vu , dans les paragraphes premier et second , être si prononcé 
entre les parties périphériques et les parties centrales , et qui 
fait que l irritation des branches nerveuses de la périphérie , 
au lieu de diminuer celle des organes centraux, ne fait que 
l'exaspérer. 



Section quatrième. 

Des propriétés de chaque nerf en particulier. 



CHAPITRE PREMIER. 

Des propriétés des nerfs sensoriels. 

Les nerfs ayant toujours été considérés comme des conduc- 
teurs du conflit entre nos organes et le monde extérieur, les 
médecins n'ont vu, dans ceux des appareils sensoriels, que de 



596 t)ES PROflilLlis DES NERFS SENSORIELS. 

simples conducteurs pour les qualités des objets du dehors, hy- 
potiièse d'après laquelle les cordons nerveux ne feraient en 
quelque sorte que transmettre passivement les propriétés des 
corps à la conscience, sans rien changer à l'impression qu'elles 
font. Dans ces derniers temps , .pielques physiologistes ont 
commencé à analyser ces idées de transmission passive des 
impressions par les nerfs. Si les nerfs ne sont que des conduc- 
teurs passifs pour les impressions de la lumière , du son , des 
odeurs, comment se fait-il (]ue celui qui est chargé de l'ol- 
faction soit accessible aux impressions des substances odo- 
rantes seulement, qu'il ne le soit pointa celles des autres, et 
que nul autre nerf (jue lui ne le soit non plus à celles-là ; que 
le nerf qui sent la matière ou les oscillations de la lumière , 
ne sente point les vibrations des corps conducteurs du son; 
que le nerf auditif soit insensible à la lumière, que le nerf 
guslatif ne puisse point apprécier les odeurs, que les nerfs 
tactiles ne sentent point les fibrations <Jes corps coiDme son, 
mais comme tremblement? Ces considérations ont mis les 
physiologistes dans la nécessité d'attribuer à chaque nerf sen- 
soriel une réceptivité spécififjue par certaines impressions , 
réceptivité en vertu de laquelle il n'est conducteur que de 
certaines quaUtés , et ne joue ce rôle à l'égard d'aucune 
autre. 

Telle était la théorie contre laquelle ne s'élevait pas le 
moindre doute , il y a dix ou vingt ans. Mais, en la comparant 
avec les faits, on la trouva bientôt insuffisante. Effectivement, 
une môme cause, telle que l'électricité, peut agir sur tous les 
organes des sens à la fois ; tous ont de la réceptivité pour 
elle, et cependant chaque nerf sensoriel la sent d'une autre 
manière ; elle fait que l'un voit de la lumière , qu'un autre 
entend un son , qu'un troisième sent une odeur, qu'un qua- 
trième éprouve une saveur, qu'un cinquième ressent de la dou- 
leur et une secousse. Tlne même irritation mécanique fait aper- 
cevoir à un nerf ime image lumineuse , entendre à un autre des 



DES PROPRIÉTIÎS DES NEP.FS SENSORIELS. 2Ç)J 

bourdonnemens , sentir de la douleur ù un troisième. L'ac- 
croissement de l'excitation du san[f produit , dans un orfiane , 
une sensation spontanée de lumière, dans une autre du bruis- 
sement , dans un autre du prurit , de la douleur, etc. Celui 
qui sentait la nécessité de tirer les conséquences de ces 
faits, devait entrevoir que la réceptivité spécifique des nerfs 
pour certaines impressions ne suffit point , puisque, tous les 
nerfs sensoriels étant accessibles à une même cause , chacun 
d'eux la sent autrement que les autres. Aussi quelques physio- 
logistes reconnurent-ils qu'un nerf sensoriel n'est point un 
conducteur passif, et que chaque nerf d'un organe de seus 
spécial possède certaines forces ou qualités inaliénables, que 
les causes de sensation ne font qu'exciter et rendre apparentes 
ou nhénoménaliser. La sensation est donc la transmission à la 
conscience non d'une qualité ou d'un état des corps extérieurs , 
mais d'une qualité ou d'un état de nos nerfs , état auquel 
donne lieu une cause extérieure. Nous ne senlons pas le 
couteau qui nous cause de la douleur, mais l'état douloureux 
de nos nerfs. L'oscillation, peut être mécanique, de la lu- 
mière , n'est point en elle-même une sensation de lumière : 
quand bien même elle pourrait arriver à la conscience , elle 
n'y produirait que la sensation d'une oscillation ; ce n'est qu'en 
agissant sur le nerf optique , intermédiaire entre la cause et 
la conscience , qu'elle est sentie comme lumière. Les vibra- 
tions des corps ne sont point , par elles-mêmes , des sons ; le 
son ne résulte que de la sensation par la qualité du nerf acous- 
tique ; car les mêmesvibraiions du corps en apparence sonore 
ne font naître que la sensation d'un tremblement dans le nerf 
tactile. Ainsi, c'est uniquement par les états que des causes 
extérieures suscitent dans nos nerfs, que nous entrons en rap- 
port avec le monde du dehors, quant aux sensations. 

C(nte vérité, qui ressort d'une analyse simple et impartiale 
des faits , non seulement nous mène à reconnaître que les 
diiîérens nerfs de sentiment sont animés de forces spéciales , 



298 DES PnOPRIÊTÉS DES NERFS SENSORIELS, 
indépendamment de la diflérence générale qui existe entre 
eux ei les nerfs moteurs , mais encore nous in-lique le moyen 
(le débarrasser à jamais la pliysiuio{jie d'une foule d'erreurs 
qui concernent l'ajjtilude prétendue des nerfs à se remplacer 
les uns les autres. On sait depuis long-temps que les aveugles 
ne peuvent point distinguer les couleurs, comme telles, avec les 
doigts ; mais nous en concevons limpossibihté d'après des 
faits qui sont explicatifs pour un grand nombre d'autres faits. 
A quelque degré de perfection que l'exercice puisse amener 
le toucher des doigts chez un aveugle, il ne cesse jamais d'être 
une qualité des nerfs tactiles, c'esi-à-dire toucher. 

Ceci donne aussi la réfutation des hypothèses relatives à 
une prétendue compensation du nerf optique ou du nerf ol- 
factif par le nerf trijumeau. 

On a refusé le nerf optique à quelques animaux privés 
d'yeux , tels que la Taupe et le Prolée, et l'on a prétendu que, 
chez eux , la sensation de la vue avait lieu par la branche 
opiithalmique du nerf trijumeau. Cependant, pour ce qui 
concerne la ïaupe, il ne s'agit ici que d'un fait mal observé, 
et le Protée est probablement dans le même cas. La Taupe a 
un nerf optique fort grêle et un chiasma très-délié aussi , ainsi 
que Henle me l'a fait voir. On a dit que, chez les Cétacés, où 
le nerf olfactif est extrêmement petit et rudimentaire , d'a- 
près Blainville, Mayer et Trevirauus, ce nerf est remplacé par 
les branches nasales du trijumeau (1). Mais, ce qui prouve 
combien cette assertion manque de fondement, c'est qu'il n'y 
a pas une seule circonstance qui atteste , même de la manière 
la plus éloignée , que les Cétacés jouissent de l'odorat. Ma- 
gendie a cru pouvoir démontrer que le nerf olfactif n'est point 
le nerf de l'olfaction , et que la faculté de sentir les odeurs 
doit être dévolue aux nerfs nasaux du trijumeau (2). Ses 



(1) Treviranus, Biologis, t. V, p. 342. 

(2) Journal de physiol., t. IV, p. 169. 



DES PROPRIÉTÉS DES NERFS SENSORIELS, 299 

argumenssont lires de ce que la destruction des nerfs olfac- 
tifs n'abolit pas la faculté de. sentir le vinaigre, Tamoniaque, 
l'huile de lavande et l'huile animale de Dippel ; car, lorsque 
l'on introduisait ces substances dans les cavités nasales, rani- 
mai se frottait le nez avec ses pattes etétcrnuait. Mais, comme 
l'a fait voir Eschricht (1), et comme chacun l'aperçoit aisément, 
tout ce qui découle de là , c'est que les nerfs olfactifs sont uni- 
quement nerfs d'olfaction , et qu'ils ne sont pas nerfs tactiles 
du nez , puisque toutes les substances qui viennent d'être 
énumérées excitent aussi la sensibilité générale de la mem- 
brane piluitaire, qui dépend des branches nasales du triju- 
meau. La viande ne provoque que la sensation de l'odeur, et, 
en ce qui la concerne, Magendie lui-même avoue qu'après 
été avoir enveloppée dans du papier, elle n'était plus sentie par 
un Chien sur lequel on avait pratiqué la destruction des nerfs 
olfactifs. Des faits , rapportés par Rudius, Rolfink , Magnenus 
et Oppert , Bâillon, Loder et Serres, prouvent que l'homme ne 
jouit puint du sens de l'odorat quand les nerfs oifuciifs man- 
quent, ou qu'ils ont été détruits (2). Cependant Méry et Bé- 
rard prétendent avoir observé l'odurat chez des sujets qui 
avaient une induration des nerfs olfactifs ou des lobes anté- 
rieurs du cerveau (3). Mais qui nous dit qu'ils ne sont pas trom- 
pés, comme Magendie,en confondant les sensations tactiles du 
nez a\ec les sensations olfactives? 

On admettait autrefois que, chez les Poissons, le nerf auditif 
est remplacé par le trijumeau. Scaipa et Cuvier croyaient 
encore à cette substitution, Weber (4) nous apprend que, chez 

(i) Disa. de funclion. primi et quinti paris in olfactorio organo. — 
MAGE^D1E, Journal, t. VI, p. 339. 

(2) Comp. Eschricht, loc. ci7.— Backer , Comment, ad. quœst physiol., 
Utretlit, d830. 

(3) Mery, Hist. deVanat. parPoRTAL,t, III. p. 603,— Magendie, Jour- 
nal, t. V, p. 47. 

(4j De avre et auditu. Leipzick, 4820. 



ÛOO DES PROPRIETES DES NERFS SENSORIELS. 

quelques Poissons , comme le Silarus glanis et la Murœna 
anguilla , le nerf trijumeau envoie un filet à l'acoustique. 
Mais , suivant ce même anatomistc, il y a un nerf accessoire 
(Je l'orfjane auditif, qui naît tantôt du cerveau même, tantôt 
du nerf trijumeau ou du va{jue, et qui va se rendre à l'am- 
poule du canal postérieur et au sac. Les Raies ont un nerf 
accessoire de l'acoustique , qui lire son ori{jine du cerveau 
même. D'après Buechner (1) , le nerf acoustique accessoire 
qui se rend au sac et à l'ampoule postérieure n'est pas non 
plus, chez quelques Poissons osseux , une branche fournie 
par d'autres nerfs, mais un faisceau spécial, qui émane de 
la moelle allongée. Schlemm et d'Alton ont observé , dans 
lu Lamproie , un nerf acoustisque accessoire, allant au laby- 
rinthe , qui provient du facial. J'ai fait la même remarque 
chez les Myxinoides. Il ne faut pas non plus attacher trop 
d'importance à l'observation que le nerf acoustique acces- 
soire naît quelquefois d'autres nerfs : ce n'est là sans 
doute qu'une simple juxtaposition de libres ditlérentes, de 
même que, dans le nerf lingual de l'homme, qui est réellement 
à la fois nerf gustatif et nerf tactile de la langue , nous som- 
mes obligés d'admettre la coadnation de fibres totalement 
différentes, les unes pour le goût, et les autres pour le tou- 
cher. Voilà pourquoi la physiologie ne peut tirer aucun parti 
de l'observation faite par Treviranus, qui assure que le nerf 
du vestibule est une branche du facial chez quelques Oiseaux. 
Dans l'Oie, ce nerf est une branche de l'acoustique, et le nerf 
facial ne fait que passer immédiatement auprès de lui. D'ail- 
leurs, que prouverait pour la physiologie la juxtaposition 
dans une même gaîne de fibres exerçant des fonctions diffé- 
rentes ? 

Le nerf gustatif paraît ne jamais constituer un nerf à part, 
et il semble que ses fibres soient toujours renfermées d.ins 

(1) Mcm. de la Société d'hisl. nat. de iHrasboury, t. II, liv. 2. 



DES PnOPRiÉTÉS DES NERFS SENSORIELS. .)0l 

d'autres nerfs , parmi lesquels doivent être comptées vrai- 
semblablement la branche linguale et les branches palatines 
du trijumeau ; car le palais et la langue possèdent le sens du 
goût. On sent disiictement la saveur du fromage mis en con- 
tact avec le palais seul. Les sensations du dégoût, entre les- 
quelles et celles du goût règne une grande affinité , ont même 
lieu dans le pharynx. 

On a observé la perle du goût après la lésion du nerf triju- 
meau dans des maladies (1). Magendie a fait la même remar- 
que après la section du nerf lingual. Tel est aussi le résultat 
des expériences de Mayo , et de celles que j'ai faites avec 
Gurlt et Kornfeld. 

Suivant Panizza , au contraire , le goût persiste , chez les 
animaux , après la section du nerf lingual ; car on les voit 
bien essayer de manger le pain, le lait, la viande, qu'on a 
mêlés avec de la coloquinte ou de la quassie amère ; mais ils 
laissent sur-le-champ ces substances de côté , tandis qu'après 
la section du nerf glosso-pharyngien , ils les avalent sans dif- 
ficulté. En conséquence , Panizza (2) regarde le lingual comme 
un simple nerf tactile , et le glosso-pharyngien comme prési- 
dant à la fonction du goût. 

Dans tous les cas , le nerf glosso-pharyngien ne saurait 
être simplement sensilif ; car sa racine est mixte , en partie 
ganglionneuse , en partie dépourvue de ganglion , et une por- 
tion de ses filets se distribue à un muscle seulement , au stylo- 
pharyngien. 

D'ailleurs, des expériences récentes élèvent des doutes 
contre la théorie de Panizza. 

Si le goût existait encore après la section du nerf lingual , 
sa persistance pouvait tenir aux branches palatines du triju- 

(1) Parry, Elem. ofpathol. and therap., t. I.— McLLER^y-irc/af, 4834, 
p. 432. 

(2) Ricerche sperinicntali soprai werct, Pavie,lS34.' 



302 DES PROPRIÉTÉS DBS NERFS SENSORIELS. 

meau. Dans les expériences que j'ai faites avec Gurlt et Korn- 
feld , il y avait encore manifestement du {»oût après la section 
du (jlosso-pharynf;ien. Ces sortes d'expériences sont fort dif- 
ficiles et sujettes à Lien des causes d'illusion. Les Chevaux et 
les Chiens , dès qu'ils sont tourmentés par la faim , mangent 
des substances impré{jnées des dro{i[ues les plus amères , 
même lorsque tous leurs nerfs sont intacts. Ce n'est pas parce 
qu'ils mangent des choses amères , mais d'après la manière 
dont ils les mangent, qu'on peut reconnaître s'ils ont ou non 
le sens du goût {i). Les expériences d'Alcock (2) ne sont pas 
favorables non plus à la doctrine de Panizza (3). 

Au reste, le nerf lingual est susceptible aussi de sensations 
gustatives , et c'est à la fois de lui et du glosso-pharyngien 
que dépendent les facultés tactiles et sensorielles de la lan- 
gue. La section de ce nerf est fort douloureuse, observation 
qui a été faite par Magendie, par Desmoulins et par moi. 
Peut-être renferme-t-il des fibres spéciales juxtaposées pour 
les sensations du goût et du toucher. La corde du tympan 
peut être comprise dans la portion tactile. 

Les fibres gustatives peuvent s'annexer à des nerfs très- 
dilférens. Chez les Oiseaux , le nerf gustaiif est une branche 
du glosso-pharyngien , et chez les Grenouilles, il vient du 
nerf vague. 

Magendie dit avoir observé la cessation de presque toutes 
les fonctions sensorielles après la section du tronc du nerf 
trijumeau dans le crâne (4). Il conclut l'abolition de la 
vue de ce que l'animal ne remarquait pas la lumière d'une 

(1) f^. KoRKFELD , De functionibus nervorum lin</uœ expérimenta , 
Berlin, 4836. 

(2i Lond. med. Gaz., 1836. 

(3) Comp., pour et contre la théorie de Panizza sur le glosso-pha- 
ryngien : R. Wagner, dans FnoniEp, Notizen, 1837, n" 75; Valestist , 
Rcpertoriuvi , 1837, 2, 219 \ Roniherg, dans Mclleu, Archiv, 3, 

(4) Journal de physiol,, t, IV, p. 302. 



DES PROPRIÉTÉS DES NERFS SENSORIELS. 3o3 

lampe. Mais il arrive souvent aux Lapins de ne pas se mon- 
trer sensibles à ct'ltc lumière, sans qu'on ait besoin pour cela 
de leur couper le nerf trijumeau. M;tgendie lui-même avoue 
qu'en faisant tomber la lumière solaire sur l'œil , dans un 
endroit obscur, l'animal fermait ses paupières , et que cet 
effet devenait encore plus prononcé lorsqu'on réunissait les 
rayons de la lumière au moyen d'une lentille. Il prouve 
ensuite , par des expériences sur les animaux , ce que 
nous savons malheureusement d'après un {-rand nombre de 
faits observés sur riiomme , que le nerf trijumeau ne peut 
point sentir la lumière quand le nerf optique est frappé de 
paralysie; mais il pense que sa sensibilité est au moins né- 
cessaire pour que le nerf optique déploie complètement la fa- 
culté de voir. Il croit aussi à la nécessité du nerf triju- 
meau pour l'audition. Si, après la section d'un nerf aussi volu- 
mineux que le trijumeau, l'animal n'est pas sur-le-champ 
apte à devenir le sujet d'autres expériences d'irritation , tout 
ce qu'il est permis de conclure de là, c'est que la lésion a été 
considérable. Nous savons que la section de gros troncs ner- 
veux, celle du nerf optique lui-même, a entraîné de fâcheux 
accidens nerveux. Suivant moi , le nerf trijumeau n'exerce 
absolument aucune inttuejce ni sur la vue, ni sur l'audition 
et l'olfaciion. Chez un épileplique, qui était atteint d'ophthal- 
mie et d'opacité de la cornée du côté droit, qui par consé- 
quent était privé de la faculté visuelle de cet œil, et chez le- 
quel il survint ensuite insensibilité de la paupière, du nez et 
de la langue à droite, surdité de l'oreille droite, et état scor- 
butique des gencives, Serres observa une dégénérescence de 
la grande portion du nerf trijumeau, jusqu'au pont de Va- 
role (1). Mais b cécité était la conséquence de l'opacité de la 
cornée, et quant à toutes les autres altérations de sens, elles 
s'expliquent sans peine par les convulsions que la dégénéres- 

(4) Macesdie, Journal, t. V, p. 232, 



5o4 r)Es ri',opp.iKri':.s 

cence du cerveau avait suscitées au côté droit. Du reste , les 
conséquences tirées de ce lait sont complètement réfutées par 
un aulre cas de dé{»énérescence du tionc entier du nerf triju- 
meau , dans lequel l'individu était frappé d'insensibilité de 
tout le côté gauche de la tête , du nez , de la langue , de l'œil, 
bien qu'il conservât pleinement la faculté de voir (1). 

CHAPITRE II. 

Des propriétés dos nerfs non sensoriels. 

I. Nerfs oculaires. 

On ignore si, indépendamment de leur pouvoir moteur, les 
nerfs oculo-musculaire commun , abducteur et pathétique 
possèdent aussi la faculté de sentir. Desmoulins dit qu'on peut 
les tirailler et les contondre sans occasioner de douleurs. Mais 
la question est difficile à résoudre pour de si petits nerfs, 
qu'on ne peut d'ailleurs mettre à découvert qu'après 
avoir pratiqué des lésions considérables. Le nerf ocuio-mus- 
culaire commun fournit des fdeis au muscle élévateur de la 
paupière supérieure , aux droits supérieur et inférieur de 
l'œil , au droit interne et à l'oblique inférieur, et au moyen 
de la branche qui se rend au muscle oblique inférieur, il 
donne la courte racine du ganglion ophihalmique, dent la 
longue provient du nerf nasal et reçoit aussi un filet du plexus 
caverneux du nerf grand sympathique. 

L'influence du nerf oculo-musculaire commun et du nerf 
naso-ciliaire sur l'iris mérite une étude particulière. [Des- 
moulins rapporie que, d'après les expériences de Fowler, de 
Reinhold et de Nysien , le courant galvanique dirigé sur la 
troisième paire provoque l'iris à se contracter. Celles de 
Mayo ont établi que le nerf oculo-musculaire commun déter 
mine les mouvemens de l'iris par la courte racine du ganglion 

(1) MOLIER , Arrhiv, 'ISS'i, p. 432. 



DES NERF» NON SENSORIELS, .1o5 

opbihaliîiique, et que la longue racine de celui-ci, provenant 
du nerf naso-ciliaire , ne prend aucune part à ces mouve- 
mens (1). 

Voici quels sont les résultats des expériences faites sur 
treize Pi{îeons vivans , animaux qui , d'après les recherches de 
Muck (2), ont deux racines à leur ganglion ophihalmique , 
l'une venant du nerf oculo-musculaire , l'autre fournie par le 
nerf trijumeau. 

1" La section du nerf optique dans le crâne détermine la 
dilatation de la pupille, qui ne se contracte plus ensuite, (juel- 
que vive que puisse être la lumière. Magendie aussi a observé 
l'ampliation de la pupille et l'imnîobilité de l'iris après la 
section du nerf optique sur des Chiens et des Chats : mais, 
chez les Lapins et les Cochons-d'Inde, celte opération était 
suivie de rétrécissement et d'immobilité de l'iris. 

2° La section du nerf oculo-musculaire commun dans le 
le crâne d'un Pigeon vivant produit le même résultat ; dans 
les deux cas, c'est-à-dire tant après lu section du nerf opti- 
que qu'après celle de l'oculo-musculaire, l'œil conserve sa 
sensibilité à la surface. 

3° La section du nerf trijumeau dans le crâne n'apporte 
aucun changement dans les mouvemens de l'iris ; mais la sur- 
face de Tœil perd sa sensibilité, dont elle est redevable aux 
branches du nerf ophihalmique qui se répandent dans la con- 
jonctive. 

4° Lorsqu'on fait agir une irritation mécanique sur le nerf 
optique dans le crâne d'un Lapin vivant, ou immédiatement 
après la décapitation, l'iris se contracte constamment, et la 
pupille se rétrécit, phénomènes qui ont été vus aussi par 
Flourens. 



(1) Anatomical and physiological comvientaries , Londres, d823.— Ma- 
GENDiE, Journal , t. III, p. 348. 

(2) De ijanijlio opltthalmico, Landshut, 4815. 

I. 20 



3o6 DEi PROl'RlÉTÉi 

5» La même chose a lieu quand on tiraille le nerf oculo- 
musculaire commun. 

0" Les irrilaiions mc'caniqups de la cinquième paire n'exer- 
cent aucune influence sur l;i pupille. 

7» Quand on coupe le nerf optique dans le crâne d'un La- 
pin, immédiaiemeiiL après la décnpiiaiion, et qu'on irrite la 
portion unie à l'œil, la pupille ne sul.it aucun chanjjement; 
mais si l'action mécanique porte sur la partie du nerf qui 
tient au cerveau, la pupille se rétrécit, tout comme si le nerf 
optique n'avait point été coupé. 

8e La section de la cinquième paire n'apporte aucune mo- 
dification à Télat de la pupille. 

9° Après la s*^clion de la troisième paire, l'irritation du nerf 
optique, que celui-ci d'ailleurs soit entier ou coupé, n'exerce 
aucune influence sur la pupille. 

De ces expériences on peut conclure en toute certitude que 
le nerf oculo musculaire commun communique la force mo- 
trice au ffanglion ophilialmique et aux nerfs ci'iaires, que la 
lumière n'agit pas immédiatement sur les nerfs ciliaires, mais 
que l'irritation de la rétine ei du nerf optique agit sur le cer- 
veau, qui, à son tour, réagit sur le nerf oculo-niusculaire com- 
mun et la courte racine motrice du ganglion opiilhalmique. Cette 
conclusion découle aussi du fait bien connu que, dans le cas 
d'amaurose ou de paralysie de la rétine, l'iris de l'œil atteint 
n'est plus susceptible de se mouvoir lorsque la lumière tombe 
sur ce dernier, tandis qu'elle se meut quand la lumière frappe 
l'autre œil. Il suit, en outre, des expériences de Muyo, que la 
sensibilité générale de l'œil dépend du nerf trijimieau, qui 
procure la sensibilité à la conjonctive par des branches du 
nerf ophthalmique, eiàrinlérieur de l'œil par la longue racine 
du ganglion opiilhalmique. Les ramifications du nerf grand sym- 
pathique dominent la nuirilion de lœil -, nous avons déjà vu 
comment ce nerf influe sur la nutrition de l'œil par son union 
avec le ganglion ophthalmique, et que la destruction du gan- 



DEI NERFS NON gENiORIELSf So^ 

gUoD cervical supérieur est suivie d\»plilhalmie avec exsuda- 
tion. La section du nerf trijumeau entraîne l'immobilité de 
l'iris, chez les L:ipins, les Cabiais, les Chiens et les Chats, 
d'après les expéiiences de Magendie ; la pupille est alors di- 
latée chez les Chiens et les Chats, rélrécie chez les Cochons- 
d'Inde et les Lapins (1). Il doit y avoir ici une réaction sur le 
cerveau. 

Je vais maintenant m'occuperdu mode d'influence du nerf 
ocnlo-muscu'aire commun sur le mouvement de l'iris, sujet à 
l'égard duquel j'ai fait plusieurs observations particulières. 
Le nerf oculo-musculaire commun détermine fréquemment 
la contraction de liris, dès qu'il entre en action par le fait de 
la volonté, ou qu'il éprouve une irritation involontaire. Comme 
Texterne est le seul des quatre muscles droits de l'œil auquel 
ce nerf n'envoie pas de filfts, nous pouvons être certains qu'il 
n'n'yh pas quand on tourne volontairement l'œil en dehors, et 
qu'il agit, au contraire, quand la volonté fait porter Tœil en 
dedans. Mais on acquiert la conviction qu'à intensité égale de 
la lumière, la pupille se rétrécit dès qu'on ferme l'un des deux 
yeux, et qu'on tourne l'autre en dedans, tandis qu'elle s'a- 
grandit, lorsque, dans les mêmes conditions, c'est en dehors 
qu'on tourne le globe 5cu!aire. De là il résulte incontestable- 
ment que l'iris agit dans tout mouvement volontaire de l'œil 
qui accompagne l'action de la branche du nerf oculo-muscu- 
laire commun allant au muscle droit interne, et que cette 
membrane demeure inactive quand c'est le nerf abducteur 
qui agit. 

Si l'on tourne l'un des yeux en dehors, et l'autre en dedans, 
on ne remarque pas de changement appréciable dans la pu- 
pille, à cause des conditions opposées. Lorsque les deux yeux 
convergent l'un vers l'autre, le rétrécissement de la pupille 
est porté aussi loin que possible , soit qu'on regarde un objet 

(1) De^mouuns, /éjiat. des systèmes nerveur, t. II, p. 712. 



3o8 DES pROPRiÉTi!:g 

voisin situé sur le côté, soit qu'on fixe un.'objet voisin placé en 
face ; au contraire, plus les yeux sont parallèles l'un à l'autre 
plus par conséquent les muscles droits internes, qui dépendent 
du nerf oculo-musculaire commun, tombent dans l'ioaciioD 
plus aussi la pupille s'afjrandit. 

^ La connexion qui existe entre la racine motrice du ganglion 
ophthalmique et le nerf oculo-musculaire commun nous per- 
met donc de mouvoir volontairement l'iris par sympathie , 
c'est-à-dire que cette membrane se contracte d'elle-même 
aussitôt que la volonté agit sur le nerf oculo-musculaire com- 
mun. Comme les axes visuels sont convergens et les yeux plus 
tournés en dedans qu'à l'ordinaire lorsqu'on regarde un objet 
rapproché , qu'au contraire les deux yeux sont plus écartés 
l'un de l'autre quand on fixe un corps éloigné , il résulte de là 
que la pupille devient beaucoup plus étroite dans le premier 
cas, et beaucoup plus large dans le second. Les mouvemens 
de riris ne sont pas précisément plus volontaires chez les Oi- 
seaux que chez nous : la pupille de ces animaux devient fort 
étroite lorsqu'on s'approche d'eux et qu'on éveille leurs 
passions. 

Je vais faire voir actuellement que la branche envoyée au 
muscle droit interne par le nerf oculo-musculaire commun 
n'est pas la seule qui exerce cette influence sympathique sur 
le mouvement de l'iris, et que le même effet est également 
produit par d'autres, en particulier par celle qui se rend au 
muscle oblique inférieur. Le muscle oblique inférieur fait 
tourner l'œil sur lui-même , de manière à placer la pupille 
en haut et en dedans. Si l'on exécute ce mouvement par un 
acte de la volonté , la pupille devient très-étroite. Ce même 
mouvement a lieu de lui-même , et involontairement, lors- 
qu'on s'endort, pendant le sommeil, dans l'ivresse et dans 
les accideus nerveux ; c'est ce qui fait qu'on trouve les pu- 
pilles resserrées chez ceux qui dorment. 

Au reste, la pupille rétrécie pendant le sommeil peut se res- 



DES NERFS NON SENSORIEF-S.' 5o9 

serrer encore davantaj^e par l'irritaiion de la lumière, comme 
nous l'apprennent des observations de llawkins rapportées 
par Mayo. Au moment du réveil, elle s'élarfjit par quelques 
contractions irré{ïulières. 

L'anatomie comparée conlirme en général les résultats de 
la physiologie. Les nerfs ciliaires consistent partout en des 
filets du nerf oculo -musculaire commun et du nerf nasal. On 
remarque à cet égard les différences suivantes : 

1° Des branches du nerf oculo-musculaire commua et du 
nerf nasal s'unissent ensemble comme racines du ganglion 
ophlhalmique. Les nerfs ciliaires sont des branches tantôt du 
ganglion, et tantôt du nerf nasal lui-même. Cet état de choses 
a lieu , d'après les recherches de Muck et de ïiedemann , 
dans le Chien, le Lièvre , le Bœuf, la Brebis , la Chèvre , le 
Cerf , le Chevreuil , le Cochon , le Hibou , le Pigeon , le Per- 
roquet, l'Oie, le Dindon, le Vanneau, et aussi, selon Bojanus, 
dans la Tortue. 

2° Le ganglion appartient immédiatement à la racine du 
nerf oculo-musculaire commun, et une partie des nerfs ciliai- 
res qui en proviennent se rend à l'œil , tandis que les autres 
s'unissent en arcade avec les nerfs ciliaires du nerf nasal , 
qui , en partie aussi , se rendent seuls à l'œil. Tel est le cas 
du Chat , du Faucon , du Héron , du Corbeau , de la Poule , 
du Canard , du Merle et de l'Étourneau. Je le regarde comme 
une simple \ariété du précédent. 

3" Muck a trouvé , chez le Lapin , qu'il n'y avait aucune 
connexion entre la racine du nerf oculo-musculaire commun 
et celle du nerf nasal , et que les deux nerfs fournissaient 
chacun à parties nerfs ciliaires. D'après Retzius, ce ganglion 
est situé presque dans la gaîne du nerf oculo-musculaire. 

4° Desmoulins prétend qu'il n'y a point de nerfs ciliaires du 
nerf nasal chez le Lapin , le Cabiai et le Rat d'eau, de sorte 
que là ce serait l'oculo-musculaire commun seul qui fournirait 
les nerfs ciliaires. 11 assure également que ces animaux , 



5 10 DES PROPRIÉTÉS 

comme les Rongeurs en général , n'ont point de ganglion 
opiitha!mique (?). 

ii" Il n'existe pas d'animal à iris mobile qui ne reçoive dei 
nerfs ciliaires de 1 oculo-miisculaire commun, et chez lequel 
ces nerfs proviennent uniquement du nasal. Le nerfoculo- 
musculaire commun demeure toujours la source principale des 
nerfs ciliaires, tant que liris est mobile. A la vérité, Muck et 
Tiedemann avaient prétendu qu'il n'y a point de ganglion 
opiilhalmique chez le Cheval, et que le nerf oculo musculaire 
de cet animal ne fournit pas non plus de nerfs ciliaires; mais 
Rptzius a trouvé le ganglion, qui est d'une petitesse extraor- 
dinaire, et il a vu les deux racines qui le produisent par sa 
réunion (1). C'est probablement aussi par erreur que Muck a 
prétendu que, chez l'Écureuil, le nerf oculo- musiulaire 
commun ne contribue en rien à la production des nerfs ci- 
liaires. 

6» L'iris est immobile chez presque tous les Poissons. Muck 
et Tiedemann ont trouvé, dans le Salmo Hucho, des nerfs ciliai- 
res provenant de l'oculo-musculaire et du nasal , qui s'unig- 
saienten partie ensemble; dans la Carpe, ces nerfs émanaient 
de l'oculo-musculaire. D'après les recherches de Schlemm et 
de D'Alton, les Poissons ne diflérenlpas des autres animaux 
sous le rapport des nerfs ciliaires ; ils ont trouvé partout les 
deux racines ordinaires (2). 

7° Chez les Mammifères , le nerf abducteur se distribue 
aussi au muscle suspenseur , et chez les Oiseaux il donne des 
filets aux muscles de la membrane niciiiante. 

8o Chez les Cétacés, le nerf iiijumeau fournit aussi des 
branches oculo-musculaires, selon Rapp et Bruns. La même 
chose a lieu chez la Lamproie , suivant Schlemm et D'Alton. 

9» D'après Schlemm , la Lamproie n'a que deux nerfs oculo- 

(1) Isis, 1827, p. 097. 

(2) MuLLBR , Archivl 1837, LXXVIIL 



DES NEWS NON BENSOniEM. 5U 

ïMUSCublrca , l'oculo-nioteur et le palhéiique , qui s'unissent 
dans l'orbite. 

dO" Les Myxinoïdes , qui n'ont pas de muscles oculairei , 
manquent des troisième , quatrième et sixième paires céré- 
brales. 

Quant à l'influence du cerveau sur les nerfs oculaires , Des- 
moulins et Magendie disent qu'après lu section des pédoncules 
du cervelet allant au pont de Varole, chez les Mammifères, 
l'œil du côté de la blessure se diri^je en avant et en bas , celui 
du côté opposé en haut et en arrière. Le même phénomène 
eut lieu après la section du pont de Varole. 

II. Nerf trijumeau. 

J'ai déjà parlé fort au long de la portion sensitive et de la 
portion motrice de ce nerf, en traitant des nerfs du sentiment 
et du mouvement : j'ai fait voir que sa première et sa seconde 
branches donnent des filets exclusivement sensilifs, tandis que 
la troisièine , produite par le mélange des deux portions du 
nerf, fournil et des rameaux sensitifs et des rameaux moteurs, 
savoir, parmi les premiers, le dentaire inférieur, le temporal 
superficielle lingual, et parmi les seconds, le masséiérin, le 
buccinaieur , les temporaux profonds , le ptérygoidien , le 
mylo-hyoïdien. 

Ch nerf, important, qui entretient le sentiment dans la partie 
antérieure et latérale de la tête , ainsi que dans la portion 
céphalique des membranes muqueuses (conjonctive , mem- 
brane piiuiiaire , membrane muqueuse de la bouche), et qui, 
par sa petite portion , est en même temps nerf moteur des 
muscles servant à la mastication , communique par chacune 
de ses trois principales branches avec le grand sympathique; 
ce qui fait que très-probablement il entre aussi des fibres or- 
ganiques dans la composition de ses rameaux. 

i° La première de ces anastomoses est celle du nerf naso- 
ciliaire avec le ganglion ophlhalmique , qui reçoit un filet du 



5l2 DES PllOPRIl^TÉS 

îjiaiid sympaihique. On reconnaît aisément , 'chez le Bœuf, 
que la première branche du trijumeau reçoit aussi des libres 
organiques de la partie du grand sympathique qui s'unit avec 
le nerf abducteur. 

2" La seconde est celle de la seconde branche avec le grand 
sympalhi.iue, au moyen du ganglion sphéno-palatin, là préci- 
sément où le filet pétreux profond du nerf vidien , qui vient 
de la partie caroiidiennedu grand sympathique, s'unit avec 
la seconde branche du trijumeau. Dans leliœuf, le rameau 
profond du nerf vidien, qui provient manifestement du grand 
sympathique, fournit non seulement des filets au ganglion 
sphéno-palatin, mais encore beaucoup d'autres filets qui vont 
gagner la seconde branche du irijumeau. Le rameau super- 
ficiel du nerf vidien , qui se rend de la seconde branche du 
irijumeau au nerf facial , paraît avoir une tout autre significa- 
tion que le rameau profond, allant du grand sympathique à la 
seconde branche du irijumeau. Arnold le regarde comme éma- 
nant réellement de celte seconde branche , et allant se mêler 
avec le nerf facial. Bidder dit qu'il sert à faire passer des 
fibres motrices du facial dans les fileis de la seconde branche 
du nerf trijumeau destinés aux muscles du palais. Le nerf 
vidien des Serpens, entre la seconde branche du trijumeau et 
le facial , donne une branche musculaire au rétracteur de la 
mâchoire supérieure. Cependant la portion motrice du triju- 
meau fournit en devant une branche allant au nerf vidien , de 
laquelle peut provenir ce filet musculaire. Chez les Oiseaux , 
d'après les observations de Schlemm , le grand sympathique 
communique , par le moyen d'un nerf analogue au vidien , 
non avec la seconde branche du trijumeau , mais avec la pre- 
mière , dans l'orbite. 

3° La troisième anastomose entre le grand sympathique et 
le trijumeau est celle qui a lieu avec la troisième branche, par 
le moyen du ganglion olique (1). Ce ganglion communique 

(i) Arnold, Uebcr dcn 0/o7i«oa'w,Hei(Ielberg, 1828.--Co/«/'. Sclileimu, 



DES NERFS NON SENSORIELS. 5l5 

avec le tronc de la troisième branche , aux ramifications de 
laquelle il envoie des fibres organiques. D'après Bendz, il fait 
partie des nerfs végétatifs qui, partis du ganglion cervical su- 
périeur, accompagnent l'artère carotide externe, puis la 
maxillaire interne , et ensuite la méningée moyenne. 

Du ganglion partent deux nerfs qui vont à la caisse du 
tympan ; l'un de ces nerfs appartient au ganglion lui-même ; 
l'autre semble seulement en venir , et il est une branche du 
ptcrygoidien interne, ainsi que Schlemm l'a prouvé. Celte 
seconde branche est le nerf moteur du muscle interne du mar- 
teau, que Comparetti a découvert. Chez le Veau, il traverse le 
ganglion otique. L'autre nerf, appelé petit pélreux superficiel, 
et qui naît du ganglion lui-même, pénètre dans un canal parti- 
culier du rocher, qui est situé en avant et au côté externe de 
l'entrée de l'aquéduc de Fallope, passe de ce canal dans la 
caisse du tympan , et s'unit avec l'anastomose de Jacobson. Il 
donne aussi une petite branche au genou du nerf facial. Celte 
anastomose , dont l'arc principal repose sur le promontoire de 
la cavité tympanique, unit le nerf tympanique du ganglion oti- 
que avec le rameau carolico-tympanique du grand sympa- 
thique et le rameau tympanique du ganglion pétreux du nerf 
glosso-pharyngien , en une anse de nerfs organiques. La 
branche du nerf glosso-pharyngien paraît ne pas venir de ce 
nerf, mais s'y rendre au contraire , et mêler des fibres organi- 
ques avec lui à l'endroit du ganglion pétreux. 

Tout cet appareil de fibres nerveuses organiques, qui part 
du ganglion clique , semble destiné à mêler des fibres orga- 
niques avec la troisième branche du nerf trijumeau , la sep- 
tième paire de nerfs et la neuvième, et à pourvoir de ces ti- 

dans Froriep , Nolizen, n» 660 ; Muller , dans Meckel's Archiv , 1832, 
p. 67;Hagf.nbach, Disq. circa musc, auris internœ , adjectis anima - 
-versionihus de yanylio otico, Baie, 1833 ; Bendz , De anastomosi Jacohsonii 
et ganylio Arnoldi , Copenhague , 4833. - f^oyez, sur l'histoire de ce 
ganglion et de ses nerfs, Muller, Arckiv , 1837, p. 284. 



3i4 »« pRopRiiTés 

br«s la caisse dii tympan, notamment sa membrane muqueuse; 
Au coniraire, le {jan^jlion oiique ne paraît avoir aucune rela- 
tion avec l'ouïe. On conçoit moinienant , an milieu d'une telle 
quantité de fibres organiques qui sont entrelacées avec le 
nerf trijumeau , pourquoi, dans les expériences de Magendie, 
la section de ce dernier nerf altérait les fonctions nutritives 
de l'œil , de la {gencive et de la lun{;ne ; on entrevoit aussi 
pourquoi les membranes muqueuses de l'œil , du nez et de la 
caisse du tympan ont de la tendance a être prises simultané- 
ment d'affections catai rhales. 

Le ganglion maxillaire, situé au rameau lingual de la troi- 
sième branche du nerf trijumeau , ressemble au ganglion 
ophtlialmique , en ce qu'il est composé de fibres organiques et 
de filets du système nerveux de la vie animale. D'après les 
observations de Haller, de Bock el d'Arnold, il reçoit du gan- 
glion cervical supérieur un filet qui lui arrive avec l'artère 
faciale. De ce filet et de la masse ganglionnaire peuvent fort 
bien dépendre les ellcts organiques que le ganjjlion exerce 
sur la sécrétion de la salive dans la glande sous-maxillaire. 
En outre , le ganglion reçoit, selon Arnold, une branche delà 
corde du tympan annexée au nerf lingual , tandis que le 
tronc de cette corde continue de rester dans ce dernier. 
Comme la corde du tympan vient du nerf facial , qui est un 
nerf moteur, ce filet peut rendre raison de l'action motrice 
exercée par les filets que le ganjjlion maxillaire envoie au 
canal de Wharton. Ensuite Arnold indique encore quelques 
filets qui se détachent du nerf Hngual lui-même pour aller 
gagner le ganglion maxillaire , et qui peuvent servir à entre- 
tenir la sensation dans la glande et son conduit excréteur. 
Ainsi ce ganglion ressemble à l'ophihalmique, eu égard à ses 
racines provenant de tiois sources différentes. D'après Ar- 
nold, il donne des filets gris tant à la glande qu'à son conduit 
el au nerf lingual. 

L'anatomie comparée du nerf trijumeau est encore enve- 



DES NERFS NON SEN80RIEIS,' 5î5 

loppée d'une certaine obscurité. Cependant ce nerf se com^ 
porte , chez les aninnaux supérieurs, à peu près connme chez 
l'homme , tant sous le rapport de sa distribution que sous 
celui de ses propriétés physiolofjiques. Il est le principal nerf 
sensiiif de la face ; ainsi, d'après Rapp (1), les fibres sensiti- 
ves des follicules d'où sortent les poils des moustaches, chez 
les animaux , proviennent du nerf sous-oibiiaire, tandis que 
c'est le nerf facial qui préside atix mouvemens des follicules. 
Chez les animaux dont le museau est doué d'un toucher 
très-développé , le nerf sous-orbiiaire a toujours plus de vo- 
lume qu'ailleurs. La même chose a lieu chez ceux qui sont 
pourvus d'une trompe. 

Je remarque , dans les Serpens et les Lézards, que la pre- 
mière branche du nerf trijumeau forme son gan{»lion indé- 
pendamment de la seconde et de la troisième. Chez plusieurs 
animaux , la première branche renferme des filets destinés 
aux muscles oculaires. C'est ce [qu'on observe dans les Céta- 
cés, d'après Rapp et Bruns , dans la Lamproie, selon Schlemm 
et D'Alton, dans la Grenouille, suivant Yolkmann (2). 

Chez la Grenouille , au dire de Yolkmann , la cinquième 
paire donne une branche qui traverse la caisse du tympan et 
va gagner la branche glosso-pharyngienne du nerf vague, ou 
le glosso-pharyngien. 

Dans les Torpilles , la région antérieure de l'organe électri- 
que reçoit aussi une branche du trijumeau , tandis que les 
principaux nerfs de cet appareil sont des ramifications de 
la paire vague. Dans les Raies , une branche du trijumeau 
se rend aux irradiations d«?s tubes mucipares sous la peau. 
Dans les Carpes, le nerf vague etledernicr nerf cérébral, qui 
va aux muscles de la nageo re pectorale , reçoivent aussi une 
portion du trijumeau , d'après les recherches de Weber (3), 

(1) Die f^errichtungen des fuenften Nervenpaares , Leipzick, 1832. 

(2) McLLER, Mchiv, 1837, LVII, LXXIXi 1838, 76. 

(3) Meceel's Archiv, 1827, p. 313. 



"^^^ DES PROPRIÉTÉS 

qui a rrouvé également, chez la Lotc , une branche du trjja- 
iiieau allant a la najjeoire ju^julaire. 

inJr"/"^''" découvert que, chez plusieurs Poissons 
ndependamment de la branche du nerf vague qui suit la h>n; 
latérale, dans les muscles du tronc , jusqu'à la queue , il y a 
encore un autre nerf longitudinal provenant du trijumeau, 
leis sont le Szlums glanis et la Lote (1). Ce nerf latéral du 
trijumeau s'unit de la manière la plus intime avec les nerfs 
spinaux, ce que ne fait pas celui qui provient de la paire 
vague. Chez les Poissons, les nerfs vague et trijumeau sont 
communément les plus gros nerfs du cerveau, et leur déve- 
oppement est proportionnel au volume des renflemens de 
ia moelle allongée , qui souvent se renfle en un lobe cérébral 
particulier à l'origine de la paire vague. Weber a reconnu 
que lenerf trijumeau naît, chez la Carpe, d'un renflement im- 
pair antérieur, et chez le Silure d'un renflement latéral du cer- 
velet. Dans lesMyxinoïdes, le lobe de la moelle allongée se 
lermme en devant dans le nerf trijumeau. 



m. Nerf facial. 



Quoique le nerf facial reçoive une certaine quantiK. de fi- 
bres sens, uves, il est néanmoins le principal nerf moteur de 
la face. Son domaine comprend tous les muscles de la face et 
de l'oreille jusqu'à l'occipital ; de plus, il domine encore quel- 
ques autres muscles, comme le ventre postérieur du digastri- 
que (dont l'antérieur est pourvu par le mylo-hyoidien) le 
stylo-byoïdien et la peaucier. De là vient qu'il est à la fois et 
le nerf de la physionomie et le nerf respirateur de la face 
en tant qu'il se trouve affecté toutes les fois que les raouve- 
mens de la respiration s'exécutent avec plus d'énergie qu'à 
1 ordinaire, ou avec eflort, surtout chez les hommes d'une con- 

(1) i^. aura et audiiu, Leipzick , 4820. - Meckkl's Arckiv, 4S27. 
p. 304 -Brochet, Recherche, anat. et phyHolo.jiques sur l'organe de 
loiue des poissons, Paris, 1838, in-4o. 



t)ES NERFS NON SENSORIELS. 3\n 

stilulion affaiblie. A mesure les muscles de la face et l'expres- 
sion physionomique des passions diminuent chez les animaux, 
le volume de ce nerf devient aussi moins considérable. Chez les 
animaux pourvus d'une trompe mobile , il est très-gros , et 
dans l'Eléphant , celle de ses branches qui se rend à la trompe 
éfjale lenerf sciatique de l'homme, tandis que les branches de 
la cinquième paire se rendent à Textrémité tactile du prolonge- 
ment du nez. Les moustaches mobiles des animaux reçoivent 
les filets nerveux de leurs muscles du nerf facial, pendant que 
la sensibilité des follicules dépend du nerf sous-orbitaire (1). 
Chez les Oiseaux , le nerf facial cesse d'être nerf de la phy- 
sionomie ; il ne conserve ce caractère , et ne sert ainsi à l'ex- 
pression des passions , que chez certains Oiseaux qui ont la fa- 
culté de redresser les plumes mobiles de leurs oreilles et celles 
de leur cou : du reste, il ne se répand plus que dans les mus- 
cles correspondans à ceux qui, chez l'homme, reçoivent de lui 
des filets conjointement avec ceux de la face, savoir les mus- 
cles abaisseurs de la mâchoire, les élévateurs de l'hyoïde et 
le peaucier. Il continue d'être nerf moteur partout où il 
existe , et c'est par malentendu que Treviranus a cru trouver 
en lui un exemple de la possibilité qu'un nerf change de fonc- 
tion , parce que sa fonction motrice cesse presque entièrement 
chez les Oiseaux. Loin qu'il en soit ainsi , le nerf facial ne 
cesse pas d'être , chez les animaux comme chez l'homme , un 
nerf musculaire proprement dit. Dans les Tortues, sa distri- 
bution est la même que chez les Oiseaux. Chez les Serpens et 
les Lézards , on voit passer immédiatement derrière la troi- 
sième branche du trijumeau, un nerf particulier, comparable 
au facial, qui se porte en dehors : il donne une branche au 
nerf vague en arrière, et reçoit, par un canal osseux de la 
base du crâne, un filet comparable au nerf vidien , qui com- 
munique avec la seconde branche du trijumeau. Le tronc du 

(1) Bet-t,, Eûrp. du syst. nat. des nerfs, Paris, 1825, in-S, p. 55. 



SjS DBft PROFRléTÉl 

facial se répand dans le muscle placé entre l'os carré et la 
mîuhdire inférieure, qui sert à abaisser celle dernière; il se 
distribue aussi , chez les Lézards, dans le muscle cutané. 

Chez les Grenouilles , un nf rf comparable au facial se rend , 
d'après Volkmann, au {ïan{;lion du nerf trijumeau , mais se 
proIon{3;e plus loin, comme branche sympathique de la cin- 
quième paire , et va se jeter dans la branche laryngée du nerf 
vague. La branche laryngée est un rameau du glosso-pha- 
ryngien. On peut comparer celle anastomose à celle que I'cq 
rencontre quelquefois , chez l'homme , entre le facial et le 
glosso-pharyngien. 

Dans les Poissons osseux , le nerf facial ne forme pas un 
cordon distinct; il est probablement renfermé dans la cin- 
quième paire, dont il constitue le rameau operculaire. 

Chez les Piagiosiomes , un nerf analogue au facial s'isole , 
et chez les Cyclostomes le nerf facial naît à part du cerveau. 
Born, Schlemm et D'Alton l'ont vu dans la Lamproie, et je l'ai 
remarqué aussi chez les Myxinoïdes. 

L'anastomose qui , chez Ihomme et les Mammifères, existe 
entre le nerf facial et le lingual, par le moyen de la corde du 
tympan , est comphHement énigmatique. Cloqucl et Hir zel 
prétendent que le nerf pétreux superficiel , qui provient du 
nerf vidien , et qui va de la seconde branche du trijumeau au 
genou du facial, ne fait que s'annexer à ce dernier, qu'il s'in- 
sinue dans sa gaîae , et que c'est lui qui s'en sépare de nou- 
veau , sous la forme de corde du tympan , pour aller gagner 
le nerf linp.ual. Cependant , d'après les recherches d'Arnold , 
cette assertion est erronée , parce qu'à moins d'user de vio- 
lence, on ne peut parvenir à démontrer une telle disposition. 
Suivant Varrentrapp (1), le nerf pétreux superficiel , après 
avoir atteint le facial , ne se borne point à s'y accoler, mais 
se confond en partie avec lui , de manière qu'il n'y en a 

(i) Obs. anat. de parte cephalica nervi sympathici, Francfort, 1831. 



DSB NERFS HûV SEN80R1EIB. 510 

qu'une parlie qui passe au-delà du genou de ce nerf, sans s'u- 
nir intimement avec lui. Il pense que ce prolong^ement doit 
déjà éire considéré comme corde du lympan , et, si on l'en 
croit, le tronc de la corde du tympan peut être poursuivi, 
dans le nerf lingual , jusqu'au voisinage du g:in;;lion maxil- 
laire, où il se partage en deux branches, dont lune se 
jette dans ce ganglion, et l'autre continue de aiarcher dans 
le nerf lingual. Selon Arnold (1) , la corde du tympan mar- 
che dans la gaine du nerf lin;;iial , contracte très-souvent 
des connexions avec lui , et finit par se diviser en deux 
filets, l'un plus petit, qui se plonge dans le ganglion maxil- 
laire, l'auire p!us gros , qui se perd dans le nerf lingual. 
Comme les branches du ganglion maxillaire se répandent 
non pas seulement dans la glande sous-maxillaire, mais en- 
core sur son conduit excréteur, ainsi que l'a vu Arnold, ce 
qu'il y a de plus admissible jusqu'à présent, au dire de cet 
anaiomisie , c'est que les mouvemens du conduit excréteur 
tiennent à ces filets nerveux de la corde du tympan provenant 
du nerf facial moteur. Arnold a donné une explication de cette 
anastomose qui ne me paraît pas vraisemblable (2). En géné- 
ral, cependant, il a lui-même déjà porté son attention sur le 
rôle du ganglion maxillaire par rapport aux mouvemens du 
conduit de Wharion. 

IV. IfcrFs glosso-pharyngîen. 

J'ai déjà parlé de la position que le nerf glosso -pharyn- 
gien occupe dans le sysième des nerfs. Il appartient à la 
classe des nerfs mixtes , qui renferment des fibres sensitives 
et des fibres motrices. C'est ce qui ressort, tant du ganglion 
découvert par moi sur une partie de sa racine , que de sa 
distribution dans des parties sensibles , à la région postérieure 

(1) Kopftheildes veijetativen Nervensy stems ^ Heidelberg, 1831, p. 419. 

(2) Loc. cit., p. 183. 



520 Ï^T^>S PROPRIKTKS 

(lu dos de la lanjjue , dans les papilles calicinaies , les amyg- 
dales et les parties mobiles du pharynx. On est encore dans le 
doute de savoir si ce nerf renferme aussi des fibres destinées . 
à la gustation. Ce qui autoriserait à le penser, c'est que, chez 
les Oiseaux et quelques Reptiles , le nerf gustatif semble 
être une branche du glosso-pharyngien ; il provient môme de 
la paire vague chez les Grenouilles. Au reste , nous ignorons 
quelle étendue a le sens du goût. Les sensations de dégoût , 
dont le siège réside principalement dans le pharynx , ont 
beaucoup d'analogie avec les sensations gustaiives, et pour 
ce qui les concerne aussi , nous ne savons pas non plus si elles 
Baissent dans le rameau pharyngien de la paire vague ou 
dans celui du glosso-pharyngien. 

Le rameau tympanique du glosso-pharyngien doit vraisem- 
blablement être considéré comme une branche du grand 
sympathique allant à ce nerf , ainsi que je l'ai fait voir ail- 
leurs. J'ai traité plus haut de cette connexion dans la caisse 
du tympan , ou de l'anastomose de Jacobson , et de l'anasto- 
mose avec le ganglion otique. On peut consulter, à l'égard des 
nerfs analogues chez les Oiseaux, ce qu'en ont dit Weber (1) 
etBreschet (2). Le nerf glosso-pharyngien des Oiseaux s'unit 
par une branche avec le nerf vague ; il finit par se répandre 
dans la langue , dont il est le nerf gustatif selon Weber, et , 
au moyen d'une seconde branche , tant à la partie supérieure 
du larynx qu'à l'œsophage. Bischoff a décrit aussi , dans l'I- 
guane , un nerf glosso-pharyngien allant à la langue. Chez 
les Serpens à sonnettes , j'ai vu le glosso-pharyngien passer 
tout entier dans le nerf vague , qui donne aussi un rameau 
lingual. Suivant Volkmann, il n'y a, chez les Grenouilles , 
que la branche glosso-pharyngienne de la paire vague qu'on 

(d) Anat. comp. nerv, stjmp., p. 26, 38. 

(2) Jieehcrches anat. et phi/s. sur Vonjane de Vou'ie et Vavdition des 
oiseaux f Paris, 1830, in-8, fig. 



DES NERFS NON SENSORIELS. 5a 1 

puisse comparer au fjlosso-pharyngien. Chez les Poissons , on 
a donné ce nom à une branche aniérieiire du nerf va{îue , qui, 
dans la Carpe . est munie d'un {;an{jlion , comme les autres 
rameaux branchiaux de ce dernier nerf, mais qui sort par 
un trou particulier du crâne , et se répand dans le premier 
arc branchial , ainsi que dans la langue , jusqu'à la peau voi- 
sine de l'ouverlure de la bouche. Il estfacile de jujjer d'après 
ces variétés, comme aus^i d'apiès l'absence du nerf acces- 
soire chez les Poissons , que les nerfs vague , glosso-pharyn- 
gien et accessoire ne forment qu'un seul et même système , 
dont la division peut varier beaucoup dans les diverses classes 
du règne animal. 

V. KTerf vague. 

Ce nerf mixte , qui peut-être , et assez probablement , doit 
l'influence motrice qu'il exerce à son union avec la branche 
interne du nerf accessoire , se répand constamment dans les 
organes de la voix , ceux de la respiration , le pharynx et 
l'estiimac. Son influence sensorielle s'exerce sur toutes ces 
parties; elle s'étend même jusqu'à l'oreille externe, par un 
rameau auriculaire qui traverse le rocher, et tout porte à 
croire que c'est lui qui communi(]ue au nerf facial la sensibi- 
lité dont jouit ce dernier, par l'anastomose existant entre lui 
et son rameau auriculaire , dans l'intérieur du rocher. Du nerf 
vague dépendent le sentiment de la faim , celui de la satiété , 
et tous ceux, si divers, qui accompagnent l'état normal et 
anormal de la respiration. Brachet assure que le sentiment de 
la fjiin cesse après qu'il a été coupé (1). Chez un enfant né 
avec deux têtes , deux poitrines et un abdomen simple , l'une 
des moitiés n'était pas satisfaite quand l'autre avait bu , pro- 
bablement parce que l'es'omac était double. Les branches en 
même tf-mps motrices du nerf vague sont le nerf pharyngien 
et les nerfs laryngés. 

(i) Hecheiches svi- les fond, du syU, ijavgHimn., p. 179. 
1. 21 



32 2 DES PROPRIÉTÉS 

La section du nerf laryngé inféripur, ou celle du nerf vafiue 
au cou, des deux côiés, paralyse incomplètement le mouve- 
ment des petits muscles du larynx : la voix s'éteint , mais 
elle reparaît au bout de quelques jours , piirce que le nerf 
larynfjé supérieur exerce encore son influence. Maf^endie 
avait prétendu que le nerf laryn^jé supérieur se distribuait 
seulement aux muscles qui resserrent la {;lolte, et l'inférieur 
à ceux qui l'agrandissent : celle assertion n'a point été con- 
firmée parles recherches de Schlemm. Le nerf vague n'exerce 
aucune influence motrice sur l'estomac; on a Lean l'irriier 
mécaniquement ou galvaniquement au cou, il ne détermine 
aucun mouvement dans ce viscère , comme l'ont établi les 
expériences faites par Magendie , par Mayo et par moi. Ce 
nerf renferme un grand nombre de fibres organiques du 
grand sympathique, qui arrivent tant à son tronc qu'à ses 
branches. C'est de ce mélange que provient sans doute l'in- 
fluence chimico-organique qu'il exerce. 

L'acte chimique de la respiration et de la sécrétion du 
mucus dans les poumons dépend en partie de ce nerf; du 
moins, quand il a été coupé au cou, voit-on survenir des 
épanchemens de sang dans les poumons, et quoique le travail 
chimique de la respiration ne paraisse pas d'abord éprouver 
de trouble sensible, les animaux n'en périssent pas moins dan.s 
l'espace de quelques jours; les Oiseaux vivent tout au plus 
jusqu'au cinquièmeou huitième jour. La sécrétion du suc gas- 
trique est également régie par l'action organique du nerf 
vague. Après la section de ce nerf au cou , la sécrétion du 
suc gastrique ne cesse pas con)plétement, mais elle diminue, 
et il en est de même de la digestion , qui , chez les Oiseaux 
dont la vie se prolonge davantage, continue bien d'une ma- 
nière évidente, mais s'accojnpl.t avec beaucoup plus de len- 
teur. Si les opérations chimiques du poumon et de l'estomac 
qui dépendent du nerf vygue, ne cessent pas sur-le champ et 
totalement après la section de ce nerf au cou , des deux côtés, 



DES NEUFS NON SENSOTlTEtS. 5a5 

le ph^iioinènc s'explique sans peine , puisque le nerf vajjuc 
reçdil des fibres organiques, non pas seulement à la partie 
supérieure de son tronc , mais encore à l'inférieure, avec la- 
quelle le grand sympathique contracte un {];rand nombre d'a- 
nastomoses, qui ne peuvent point être paralysées par la section 
faite à la région du cou. 

La sécrétion muqueuse qui s'accomplit dans les organes 
respiratoires semble avoir lieu partoutsous l'empire des fibres 
organiques mêlées avec le nerf vague, et c'est probablement 
aussi pour cela que le nerf laryngé inférieur reçoit, à son 
anse de réflexion , des filets si considérables du grand sympa- 
thique. 

Après la section des deux nerfs vagues , l'absorption des 
liquides, ou des substances étrangères mêlées avec eux, telles 
que poisons ou autres , ne cesse point dans l'estomac. Les 
expériences d'après lesquelles Dupuy et Brachet ont conclu 
le contraire , étaient certainement inexactes ; elles ont été 
complètement réfutées par celles d'autres physiologistes et 
par les miennes, qui prouvent que l'opération n'apporte pas le 
plus petit changement à l'absorption stomacale. Il est vrai que 
\a section des deux nerfs amène la mort en peu de jours ; 
mais l'opération n'est point mortelle quand on ne l'exécute 
que d'un seul côté , ou lorsqu'on laisse s'écouler entre la sec- 
tion d'un des nerfs et celle de l'autre un laps de temps assez 
considérable pour que la plaie du premier puisse se cicatriser 
complètement (.1). 

Sous le point de vue de l'anatomie et de la physiologie com- 
parée , le nerf vague offre un grand nombre de particularités 
remarquables. 

(1) Compares A. Solinviile , Anatomia et descriptio nervi pneumn- 
gastrici in corpore humano. Zurich, 483S, iii-4. — Comp. aussi les recher- 
ches et expériences d'Arnold sur les elfels de la Fcclion du nerf pneumo- 
gastrique, dans F. Arnold, Bemerkungen ueher den Bau des Hirns uni 
JRueckenmarks. Zurich, 1838, in-8. p. 1U6. 



3 y. 4 DES PROPRiilis 

1" chez les Oiseaux et les Reptiles écailieux, où le nerf 
accessoire se confond avec le tronc du nerf va{jue , celui-ci 
donne aussi une ou plusieurs branches aux muscles du 
ttou (1). 

2° Chez les Grenouilles, il part du {janf^lion du nerf vague 
une branche qui va se rendre aux muscles des mâchoires (2). 
C'est la branche laryngée de Volkmann, qui se répand en 
partie dans les muscles hyoïdiens , en partie dans ceux de la 
mâchoire. Volkmann a fait voir que son influence motrice 
dépend de la branche du facial qui s'unit avec elle. 

3° Chez les Grenouilles, le nerf vague fournit aussi un 
rameau lingual , qui vraisemblablement remplace le rameau 
lingual sensitif du trijumeau , et la branche motrice ordinaire 
du nerf grand hypoglosse existe. Ce rameau ne détermine 
pas de convulsions dans la langue , comme l'a prouvé Volk- 
mann. Le rameau lingual du nerf v;igue existe également 
chez les Serpens et les Crocodiles. Bischoff décrit aussi, dans 
le Crocodile, une branche du nerf vague allant aux muscles 
de I hyoïde. On la rencontre également chez lesSerpens elles 
Lézards. 

4» Le nerf récurrent existe encore chez les Mammifères, 
les Oiseaux 'et les Reptiles. Weber a fait voir (3) que , chez 
les Grenouilles aussi, une branche du nerf vague envoie 
un nerf récurrent au larynx. Le larynx des Oiseaux reçoit 
une branche de la neuvième paire; leur trachée-artère et 
leur larynx inférieur en reçoivent du nerf vague , mais les 
nerfs des longs muscles qui raccourcissent la trachée-artère 
chez beaucoup de ces animaux viennent d'un rameau descen- 
dant particulier du grand hypoglosse. 

(1) Bischoff, Nervi acccssorii anatomia et physioîoi/ia , Heidelberg , 
4832, pag. 41, 45. 

{2) Weber, Anat. comp, nerv. symp., p. 44. 
(3) Loc. cit. , p. 46. 



DES NEUFS NON SENSORIELS. 323 

5» Dans la Grenouille, au dire de Voikmann, le nerf vap,ue 
fournit aussi une branche cutanée pour lu région située der- 
rière l'oreille. 

6» Chez les Poissons, il donne les nerfs branchiaux , ainsi 
qu'un rameau intestinal pour le pharynx et l'esiomac. Il four- 
nit, en outre, chez les Torpilles et le Silure électrique, les 
nerfs de l'appareil électrique , chez les Carpes les nerfs des 
dents palatines, et chez tous les Poissons, le nerf de la ligne 
latérale. 

Il est de toute évidence que la substance du nerf vague des 
Poissons augmente dans son ganglion ; car les branches, prises 
ensemble, dépassent le volume des racines, et il y en a même 
quelques unes qui sont plus grosses que ces dernières. Cet 
accroissement paraît être dû à une division et à une multipli- 
cation que les fibres primitives éprouveraient dans l'mtérieur 
du ganglion, et qui ferait que plusieurs fibres des branches 
n'en représenteraient qu'une seule des racines. Chez la Sandre 
et le Bars, toutes les branches ensemble forment un ganglion : 
chez la Carpe, il n ya que les nerfs branchiaux qui en produi- 
sent , et alors on compte plusieurs de ces ganglions , dans 
lesquels la substance se multiplie (1). 

7*" L'une des plus remarquables branches du nerf vague, 
chez les Poissons, est le nerf de la ligne latérale, qui marche 
entre les muscles, non loin de la peau , jusqu'à la queue, et 
qui donne des filets aux muscles (?) , ainsi qu'aux tégumens. 
DesmouHns prétend que ce nerf n'est point sensible. Mais il 
n'est certainement pas moteur, quoiqu'il se répande aussi 
dans des muscles-, car, -en le galvanisant, sur laCarpe , avec 
une pile de quarante paires de plaques, je n'ai pu faire en- 
trer ceux-ci en convulsion. Van Deen l'a découvert aussi 

(1) Weber, Anat. comp. nerv. symp.. p. 62. 66. — Mbckel. Archiv , 
Pl.IV,fig. 25, 26. ''• 



3a6 DES PROPRIÉTÉS 

dans Ips Têtards des Grenouilles, et comme nerf persistant 
chez le Proiée (1). Mayer Ta rencontré dans le Ménopome, 
et Krohn chez les Tritons. La courte branche cutanée du 
nerf va^fue des Grenouilles paraît enj être l'analogue ou le 
débris. On a comparé ce nerf à l'accessoire; mais je crois 
qu'il n'y a que le rameau auriculaire du nerf vajjue de l'homme 
et des Mammifères qui lui soit comparable v2;."Le nerf latéral 
de la Lamproie est exactement conformé comme le rameau 
auriculaire provenant du nerf va{;ue et du facial. Comme le 
nerf facial des Poissons osseux est renfermé dans le trijumeau, 
on conçoit le concours de ce dernitr à la production du nerf 
latéral chez beaucoup d'animaux de cette classe. Les Cyprins 
ont une branche du trijumeau qui, même déjà dans l'intérieur 
du crâne, se joint au nerf va{;ue pour constituer le nerf latéral. 
Dans le Gymnote électrique, la concurrence a lieu hors de la 
cavité crânienne. Weber a trouvé , dans le Bars et la Lote, 
un double nerf latéral venant du trijumeau et du vague. 
Swan a fait une observation intéressante sur la Morue , où 
une branche de la cinquième paire, unie avec un rameau du 
nerf vague , donne deux nerfs du tronc , dont l'un passe sur 
le d>)S, au dessus de la colonne vertébrale , et ga;fne la base 
des nageoires, tandis que l'autre marche au côté ventral de 
la queue, jusqu'à l'extrémité de la nageoire anale. Tous deux 
s'unissent avec les nerl^ spinaux , l'un avec les branches as- 
cendantes, et l'autre avec les branches descendantes. II y a 
donc , (Jans la ooiifiguration du système nerveux , comme 
dans le système oiseux et la disposition d^^s ..nuscles , une 
symétrie entre la moitié su^>érietire et la moitié inférieure de 
la queue. Outre ces deux nerfs latéraux du trijumeau, on 
trouve encore deux branches de la paire ya^ae qui gagnent 

(1) MuuBR, Archiv^ 1834, p. 477. 

(2) Mdm.br , Archiv ,1837, LXXVl. 



DES NERFS NON SENSORIELS. '^2') 

l'extrémité postérieure du corps, en passant sur les mus- 
cles (1). 

Le Hérisson possède, d'après Barkow, un nerf latéral des- 
tiné à la peau et aux muscles , mais qui ne provient que des 
nerfs rachidiens , savoir du dernier cervical et du premier 
dorsal. 

S" Les branches que le nerf vague envoie à l'organe pala- 
tin des Cyprins sont remai quables (2). Weber a découvert le 
premier que cet organe possède une conlractilité très-singu- 
lière : car lorsqu'on le pique ou comprime avec un corps 
pointu, le point irrité seleve aussitôt sous la forme d'un 
monticule conique, qui demeure soulevé pendant quelques 
secondes, après quoi il s'alLisse , le tout sans changement de 
couleur qui puisse annoncer une ailluence de sang. Je le 
regarde non pas comme un organe de goût, mais comme 
un appareil spécial de déglutition. J'ai remarqué qu'il peut 
se contracter dans toutes les directions , et que partout il 
produit des élévations coniques , linéaires ou larges, suivant 
qu'on le comprime avec l'exliémité d'un corps pointu, qu'on 
promène celte extrémité sur sa surface , ou qu'on agit sur 
louie son étendue à lu fois. Lorsque j'y appliquais les pôles 
d'une batterie de quarante paires de plaques , il survenait les 
plus violentes convulsions, et la direction du mouvement 
était toujours déterminée par le courant. L'organe peut se 
rentier en une masse dans son milieu, et c'est probablement 
ainsi qu il agit pendant la déglutition , ou opérer des conlrac- 
uons en tous sens, qui ont lieu aussi dès qu'on le distend. 
Dans ce dernier cas, la convulsion suit la direction de la dis- 
tension. jNous ne pouvons savoir si sa mobilité obéit aux 
ordres de la volouié. Ce qu'il y a de contractile en lui n'est 

(1) Illustrations of the cnmp. anat. of'the nervoiis syst.,Lonàres; 

lS35,in-4,Qg. 

12) Mecml, Archiv,i%n, p. 309. 



3i8 DES l'KOFKiÉTES 

qu'une surface d'une li{;ne et domie d'épaisseur ; pins pro- 
londément, se trouve une couche adipeuse , qui n'est point 
contractile. 

9° Le nerf va{;ue donne aussi des branches à la nageoire 
chez le Bars et les Carpes. 

10» E.-H. Weber a fait remarquer que le nerf vague se 
trouve en réciprocité d'action avec le grand sympathitiue. Ce 
dernier est fort peu développé chez les Serpens , tandis que 
le rameau intestinal du nerf vague est irés-gros); le contraire 
a lieu chez les Grenouilles. Les branches intestinales du nerf 
vague ont aussi beaucoup de volume chez les Poissons, et, 
chez les Myxinoïdes, le rameau intestinal, né de l'union des 
deux nerfs vagues, va jusqu'à l'anus, tandis que le grand 
sympathique manque. 

VI. Weif accessoire de 'Willis. 

J'ai déjà parlé des rapports entre le nerf accessoire de 
Willis et la paire vague, eu égard à la propriété motrice de 
cette dernière. On ne rencontre ce nerf que chez les Mammifè- 
res, les Oiseaux et les Reptiles : il n'existe point chez les Pois- 
sons. Dans la classe des Oiseaux et dans celle des Reptiles, il se 
comporte presque comme une racine du nerf vague, puisqu'il 
passe tout entier dans celui-ci, qui envoie aux muscles du 
cou une branche paraissant correspondre au nerf accessoire 
des Mammifères (1). Les muscles sterno-cléido-mastoïdien et 
trapèze sont le domaine du nerf accessoire des Mammifères, 
en tant qu'il ne s'unit point avec le vague. On ignore quelle 
est la causedes singularités que ce nerf présente danssonorigine 
et sa marche. Probablement elles tiennent à ce que la branche 
pharyngienne qui se sépare du nerf vague aussitôt après sa 
sortie, reçoit des fibres de presque toute la portion cersicale 

(1) BiscHOFF, Nervi accessoriiJViUisii anatomia et physioloyia, Hei- 
delbeig;, 1832. 



DES NERFS ^OiN SENSORIELS. 029 

de la moelle épinière. D'autres nerfs ont également des ori- 
gines fort étendues : ainsi le rameau descendant do l'hypo- 
glosse naît de ce dernier et des cervicaux supérieurs. La diffé- 
rence consiste donc uniquement en ce que , pour l'accessoire, 
les filets destinés à le former se réunissent déjà dans l'intérieur 
du rachis, tandis que, pour d'autres nerfs, leur réunion n'a 
lieu que hors de lu cavité rachidienne. 

VII. STerf grand hypoglosse. 

Le nerf grand hypoglosse est essentiellement moteur, quoi- 
qu'il renferme aussi des fibres sensitives. Mayer a découvert 
qu'il présente, chez quelques Mammifères, une petite racine 
postérieure munie d un ganglion. La place qu'il occupe dans 
le système a déjà été assignée précédemment. Il est le nerf 
moteur de la langue, dans tous les mouvemens de cet organe 
pour la parole, la mastication, la déglutition, etc. Lorsqu'on 
le tiraille, chez les animaux, il détermine des convulsions vio- 
lentes de la langue. Mais il est en même temps le nerf moieur 
des grands muscles du larynx et de l'hyoïde, du génio-glosse, 
de l'hyo-ihyroïdien, de l'omoplat- hyoïdien, du sierno-thyroï- 
dien et du sterno-hyoïdien. 

L'observation suivante, recueillie par Montault, a de l'im- 
portance pour la physiologie du nerf grand hypoglosse. Après 
une chute sur la nuque, il survint de lu tension et des tremble- 
mens dans les muscles du cou, et de la difficulté pour parler; 
la langue s'atrophia peu à peu, surtout du côté gauche, et 
quand le sujet la sortait de la bouche, elle s'inclinait à droite. 
Le goût existait sur les deux côtés de la langue. Plus tard il 
se manifesta une petite tumeur derrière l'apophyse masloïde, 
la déglutition devint difficile, les hoquets, l'aphonie, le vomis- 
sement s'y joignirent, et finalement des accès d'épilepsie. 
A l'ouverture du corps en trouva, entre lu fosse occipitale 
gauche, l'hémisphère gauche du cervelet, et la moelle aiîon- 



35o DES PROPRIÉTÉS 

gée, une tumeur qui contenait beaucoup d'hydatides.Ce kyste 
soulevait riiémispliùre gauche du cervelet, et repoussait la 
moelle allon{;ée un peu vers la droite; situé en dedans de 
raraclinoïde , il pénétrait de quelques lignes dans le canal 
racliidien, et était en même temps engagé daus le trou condy- 
loïdien antérieur. De sa base p.trtail un prolongemt^nt qui, 
traversant la partie antérieure du trou déchiré gauche, se 
portait au dehors sous l'extrémité supérieure des muscles 
complexus et sterno-clcido-masioidien. Au dedans du crâne, 
les nerfs étaient sains; mais, depuis sa sortie de la cavité crâ- 
nienne, le grand hypoglosse était atrojjhé jusqu'à la langue; 
le glosso-pharyngien pariicijiait aussi à cet état, mais ni le 
vague ni l'accessoire n'en étaient atteints. Les muscles de 
la langue et du voile du palais du côié gauche et la corde 
vocale gauche lurent trouvés atrophiés. Ce cas prouve 
que lenerl lingual est le nerf guslatif de la langue, et que la 
paralysie et 1 atrophie de colle-ci dépendaient de l'atrophie 
du glosso pharyngien et du grand hypoglosse. L'état des 
choses fut parlaitemeut reconnu par Uijpuytren, qui prédit 
qu'on découvrirait une altération du grand hypoglosse à sa 
sortie du crâne, parce que, si lajésiou avait intéressé l'origine 
du nerf, il aurait dû y avoir paralysie des membres. 

Chez les Oiseaux, le neif grand hypoglosse, après s'être 
uni avec le vague par un rameau, se divise en deux branches 
principales , qui vont gagner, l'une les muscles de l'hyoïde, 
l'autre la partie latérale de l'œsophage (1). J'ai aussi observé, 
dans le Dindon, une longue branche descendante, destinée au 
Ion;; muscle qui raccourcit la trachée- artère. Bojanus et 
Bischoll ont vu le nerf hypoglusse be rendre aux mus- 
cles de la langue , ie premitr chez lu Tortue , el Iïj se- 
cond chezllguane. Le Serpent a t;onneties m'a offert nn 
nerf hypoglosse grêle, qui sort derrière ia paire vague, par 

(1) Wbber, loc. cit., p. 40. 



DES NERrs NON SENSOTIIELS. 35 1 

une ouverture particulière, et qui, après s'être uni avec le 
premier cervical, se jeiie en entier dans le nerf va{iue. Chez 
les Grenouilles, le nerf correspondant à l'hypoglosse, qui se 
rend à la lungue, est fourni par le premier cervical. On con- 
çoit cette disposition, puisque, chez l'homme aussi, l'hypo- 
glosse s'unit avec le premier nerf cervical. E.-H. 'Weber a 
trouvé, dans les Poissons, un dernier nerf cérébral, qui naît 
par trois racines, dont une, postérieure ganglionneuse, passe à 
travers un trou particulier du crâne, et va aux muscles de la 
nageoire pectorale. Dans la Carpe, la racine ganglionnaire 
s'unit avec une racirse du trijumeau (1). Ce nerf donne aussi, 
d'après Buechner, des branches au muscle sterno-hyoidieo, 
et il est l'hypoglosse : il paraît exister généralement chez les 
Poissons; mais il ne passe pas toujours à travers 1 os occipital 
même; car, chez le Brochet et la Perche, c'est derrière cet os 
qu'il sort. 

Quand on pense que le premier nerf rachidiende l'homme 
n'a quelquefois qu'une racine antérieure, que le grand hypo- 
glosse n'en a qu'une antérieure chez l'homme, mais qu'il en 
présente aussi une postérieure chez certains Mammifères, on 
voit que l'hypoglosse rentre tout-à-fait dans la catégorie des 
nerfs spiniiux, et qu'on doit le regarder en quelque sorte 
comme un premier nerf raciiidien, qui seulement sort encore 
la plupart du temps à travers le cr^ne. Par là l'analogie de- 
vient plus grande encore entre lui et le dernier nerf cérébral 
des Poissons. 

Après avoir ainsi passé en revue les diliérences qu'on 
rencontre, chez les animaux , eu égard à la disposition des 
nerfs cérébraux , jetons un coup d'œil sur le système de ces 
nerfs, en tant qu'il peut être rappmlc à un certain type fonda- 
mental. L'idée qui sert de guide ici est celle de nerfs céré- 
braux primitifs et de nerfs cérébraux secondaires , telle que 

(1) BiscHorF, loc, cit., p. 49« 



.33« DES PROPRiÉTïïS 

Meckel l'a exprimée. La première cinsse comprend , d'un 
tôlé, les trois nerfs purement sensoriels, i'oltaciif , l'op- 
tique et l'acoustique ; d'une autre part, les nerfs cérébraux 
mixtes ou à deux racines, qui sont construits d'après le type 
des rachidiens, et qu'on peut appeler nerfs vertébraux de la 
tête. A la seconde classe se rapportent ceux qui peuvent de- 
voir naissance à un certain nombre do fibres détachées de la 
racine d'un nerf cérébral , ou être confondus avec d'autres 
nerfs vertébraux de la tète. Cette idée , exacte au fond , n'a 
pas été bien développée par Meckel. Arnold l'a mieux appli- 
quée, en admettant deux nerfs vertébraux de la tête ; le pre- 
mier est le trijumeau , avec les oculo-musculaires et le facial , 
qu'on peutconsidérer comme appartenant à sa portion motrice; 
le second comprend le vague, l'accessoire, le glosso-pliaryn- 
gien et l'hypoglosse (1). Dans mon opinion il y a trois nerfs 
vertébraux crâniens, qui correspondent aux trois vertèbres 
céphaliques. Le premier est le trijumeau ; le second, le vague, 
avec le glosso-pharyngicn et l'accessoire; le troisième, l'hypo- 
glosse. Les nerfs oculo-musculaires sont des nerfs secon- 
daires , qu'on doit regarder comme la portion motrice de la 
première branche du trijumeau. Chez les Cétacés, la première 
branche du trijumeau donne déjà des rameaux aux muscles 
de l'œil , quoique les nerfs oculo-musculaires ordinaires 
existent aussi. Chez les Grenouilles, le nerf abducteur passe 
dans le ganglion de Gasser, ainsi que l'a fait voir Wolkmann, 
et le trijumeau donne par conséquent des filets aux muscles 
oculaires. Chez les Lamproies , il manque l'un des trois nerfs 
oculo-musculaires , vraisemblablement l'abducteur, et le tri- 
jumeau fournit aussi des nerfs aux muscles de l'œil, comme 
l'ont montré Schlemm et D'Alton. 
Le nerf facial est , dans tous les cas, un nerf secondaire, 

(1) Comp. BuECH^ER, Mém. delà Soc. d'hist, nat, de Strasbourg, l. II , 
liv. 2— Mpller, Archiv, 1837, LXXIV. 



DES NERFS NON SENSORIELS, 533 

et il a beaucoup d'adinifé avec la porlion molrice du Iriju- 
neau ; car, chez les Poissons osseux , il se confood avec ce 
dernier, dont il constitue le rameau operculaire, ce que Serres 
a rendu probable. Vo!kmann a fait voir qu'il s'adjoint aussi 
au trijumeau chez les Grenouilles. ]\Jais ses rapports avec le 
vague ne sont pas moins grands. En eflet, déjà chez l'homme 
et les Mammifères , il s'unit avec des branches de ces deux 
jierfs. Chez les Serpens et les Lézards, il donne une branche à 
la paire vague. Chez lu Grenouille , le facial du trijumeau 
se prolonge en une branche du vague , savoir la laryngée , 
ainsi que Volkmann l'a observé. Le facial de la Lamproie 
forme, conjointement avec le vague, le nerf latéral, qui, 
chez les Poissons osseux , est souvent constitué par la cin- 
quième paire et le vague. 

Au second nerf vertébral de la tête appartiennent le nerf 
vague , le glosso-pharyngien et l'accessoire. Le vague n'est 
qu'en très-grande partie sensiiif ; l'accessoire n'est non plus 
moteur qu'en très-grande partie ; le glosso-pharyngien est 
sensitif et moteur à degré égal. 

Le troisième nerf vertébral du crâne est formé uniquement 
par l'hypoglosse. 

Les Myxinoides sont les animaux qui se rapprochent le plus 
du type simple des nerfs vertébraux du crâne, sans nerfs se- 
condaires ; car, parmi ces derniers , ils ne possèdent que le 
nerf facial. 

VlII. Nerf grand sympathique.' 

Il a déjà été question plusieurs fois de la physiologie de ce 
nerf. Ainsi, ses propriétés sensilives, motrices et organiques 
ont été examinées d'une manière générale , et la mécanique 
de ses effets a été exposée. Ici c'est le lieu de dire ce qu'il 
présente de particulier dans les différentes classes du règne 
animal et chez les divers animaux , tout en se restreignant 



334 HES PiiOPRlÉTÉS DES NF.r.FS NON SENSORIELS. 

aux circonstances qui peuvent oflrir de l'intérêt sous le point 
de vue pliysiolo{jiqiie (1). 

Chez les Oiseaux , la portion cervicale du grand sympathi- 
que est contenue dans le canal des apophyses transverses des 
vertèbres , où , chez les Mammifères et l'homme , on ne dé- 
couvre qu'un cordon proporlionnellemeut très-grêle de ce 
nerf. 

Les plus constantes parmi les jonctions des nerfs cérébraux 
avec le grand sympaiiiique, sont celles des nerfs vertébraux 
du crâne. Elles ont lieu, chez les Poissons, 5 la base du crâne, 
absolument de la môme manière que les anastomoses du cor- 
don limitrophe du nerf grand sympathique avec les nerfs ra- 
chidicns. 

Chez plusieurs animaux, on trouve des équivalens, ou de 
certaines parties du grand sympathique, ou du nerf entier, 
qui s'éloignent totalement de son type. Je citerai les exem- 
ples suivans : 

1° Le grand sympathique manque chez les Cyclostomes , et 
le nerf vague , qui le remplace , va jusqu'à l'anus. 

2° Chez les Serpens , la portion céphalique est séparée du 
cordon limitrophe du tronc, et passe tout entière dans le 
nerf vague. Le cordon limitrophe manque aussi à la partie 
antérieure du tronc. Au lieu de la formation ordinaire , on 
voit des branches de nerfs spinaux se rendre aux poumons , 
à l'intestin , aux parties génitales et aux organes uritiaires , 
comme l'avait déjà remarqué Weber. Ces branches s'unissent 

(i) Je renvoie pour les détails analoiniqiies aux ouvrages de Weber 
{Annt. comp. nerv. sympath., Leipzick, dS17)j de Lobsleiii (i'e nerv. symp. 
hum. fubrica , usu et morbis, Paris , dS23); de Wutzer ( De (ja/njliorum 
falrica, Berlin, 1817); de Hirzel ( dans 'Iiedemahn's , Zeitschrift fuer 
Physioloyie, I); d'Arnold {Der Kopflheil des vegetativen Nervensystem», 
Heidelberg, 4831); de Vairentrapp (Ohs. anat. de parte cephalica nerv. 
symp., Francfort, 1831); et de Giltay (.De nerve symputhico , diiis.,Leyde, 
1834.) 



DES PARTIES CENTRALES DD SYSTÈME NERVEUX. 335 

ensemble par des anses , qui sont tout ce qui reste du cordon 
limitrophe. Mais de pareilles anastomoses en arcades sont 
très communes entre les nerfs céréhro-rachidiens. Les grands 
Serpens sont les seuls chez lesquels j'aie rencontré une trace 
de ganglions dans le cordon i;mitroi)he. Chez ces animaux le 
nerf vague s'étend sur l'inteslin jusqu'au-delà des deux tiers 
delà cavité abdominale. 

3° Des équivaiens de quelques parties du grand sympathi- 
que se voient parfois aussi ch(^z les animaux supérieurs. Ainsi 
des organes glanduleux , au Vu^u de recevoir , comme de cou- 
tume, des filets de ce nerf, tiennent les leurs des nerfs céré- 
bro-spinaux ; tel est le cas de la glande lacrymale , pourvue 
par le nerf du même nom, et de la glande mammaire, chez 
l'homme , dont les filets nerveux viennent du troisième et du 
quatrième ihoraciques. 



Section cinquième. 

Des parties centrales du système nerveux. 



CnAPITRE PREMIER. 

Des parties centrales du système nerveux en général* 

C'est dans les organss centraux du système nerveux que 
s'exerce l'activité réunie de toutes les fonctions nerveuses, 
soit en dehors de la domination de Tûme , soit sous l'empire 
de cette dernière. Ce sont ces organes qui réunissent tous les 
nerfs ou conducteurs en un seul tout. En leur qualité d exci- 
tateurs , ils sollicitent, tantôt d'une manière automatique, 
continue ou intermittente, tantôt d'après des déternimaiions 
volontaires émanées du sensorium commune, les nerfs mo- 
teurs à agir pour provoquer le mouvemeat des muscles. Dans 



356 DES PARTIES CENTRALES 

cerluins cas, ils réfléchissent les elTeis des nerfs sensiiifs sur 
les nerfs moteurs, sans que la conscience en soit informée, et 
dans d'autres, ils en avertissent la conscience du sensorium 
commune. Ils maintiennent riiitégriiédes effeis nerveux orga- 
niques , produisent et reproduisent continuellement le prin- 
cipe nerveux , enfin ont seuls le pouvoir de rendre durables 
Tnctiviié et l'irritabilité des nerfs. Telle est la définition géné- 
rale du cerveau et de la moelle épinière considérés comme 
excitateur indépendant, par opposition avec les nerfs considé- 
rés comme conducteurs du principe nerveux. Il n'est pas diffi- 
cile de prouver, d'après les faits qui ont été allégués dans la 
physique des nerfs , que les organes centraux diffèrent de 
ceux-ci par les propriétés dont l'énumération vient d'être 
faite. 

1" Les organes centraux réunissent tous les nerfs. Cet 
axiome est vrai , même pour les nerfs sympathiques , qui , 
ainsi qu'on l'a vu dans le chapitre précédent, communiquent 
avec eux par des fibres sur un très-grand nombre de points. 
La seule différence qui existe entre les nerfs cérébro-spinaux 
elles nerfs organiques, par rapport aux organes centraux, 
c'est que les premiers émanent beaucoup plus immédiate- 
ment des centres, tandis que les autres sont bien en conflit 
avec le cerveau et la moelle épinière par celles de leurs fi- 
bres qui accompagnent les nerfs cérébro-spinaux, mais qu'ils 
ont outre des centres subordonnés, leurs ganglions et leurs 
plexus, d'où l'influence organique émane immédiatement, 
quoique l'aciivité de ce système ne puisse être durable sans 
le concours du cerveau et de la moelle épinière. 

2» Les organes centraux jouent le rôle d'excitateurs à l'é- 
gard des nerfs moteurs qui remplissent l'office de conduire 
aux muscles la décharge motrice du principe nerveux. Getîe 
activité motrice se manifeste de trois man ères différentes : 

a. Par une irradiation continue , ce dont nous avons un i 
exemple dans la domination non interrompue des «phincfers, f- 



DU SYSTÈME NERVfiCX EN C.éKl^.RAt. OO^ 

dont les contractions cessent après les lésions des organes 
centraux ; 

b. Par des mouvemens rhythmiques , comme le prouve la 
dépendance dans laquelle les mouvemens de la respiration 
sont de la moelle allongée ; 

c. Par des décharges qui partent du sensorium commune 
soumis aux actions spontanées de l'ûme. 

Les nerfs moteurs se comportent de deux manières à l'égard 
de celte influence motrice : 

a.' Les uns ne jouent que le rôle de simples conducteurs. A 
la vérité, ilssontconlinuellementchargés d'influence motrice, 
et l'art peut les déterminer, par des moyens mécaniques, à 
opérer des décharges , ainsi qu'il arrive au nerf d'une cuisse 
de Grenouille ; mais , dans l'état de santé, ils ne se déchargent 
jamais spontanément , et ne le font que sous l'influence des 
organes centraux. Ce sont les nerfs cérébro-spinaux moteurs. 

b. D'autres , entièrement soustraits à l'influence du senso- 
rium commune^ pour ce qui regarde les actions volontaires , 
peuvent bien être sollicités à des actions continues ou 
rhythmiques parles organes centraux, mais ils ont cela de par- 
ticulier , qu'ils opèrent aussi des décharges spontanées , quoi- 
que cependant ils aient besoin des organes centraux pour 
reproduire leur influence nerveuse. Ici se rangent les effets 
moteurs du grand sympathique. Les parties régies par ce nerf 
se contractent spontanément, même lorsqu'elles sont séparées 
du corps et soustraites à l'influence des organes centraux , 
comme le cœur , le canal intestinal , etc.; mais l'énergie et la 
la durée de leurs contractions dépendent du conflit de leurs 
nerfs avec les organes centraux. Lorsqu'on éprouve une las- 
situde passagère , et aussi pendant le sommeil , après l'action 
diurne du système nerveux , l'influence des organes centraux 
sur les parties périphériques se relâche ; mais ce changement 
momentané dans les organes centraux n'est point en état 
de modifier d'une manière essentielle les mouvemens sponia- 

I. 22 



558 I>ES PARTIES CENTRALES 

nés soumis au système sympalliique. C'est seulement quand 
la lassitude dui'e lon,;-iemps dans les parties centrales , 
quaud ces organes éprouvent une lésion grave , que les mou- 
vemens soumis au système sympathique se paralysent aussi , 
parce qu'ils se ressentent du désordre survenu dans la source 
de leur énergie et de leur durée. 

Mais il ne faut pas s'imaginer que les organes centraux soient 
complètement inactifs durant létat de lassitude et de sommeil 
dans lequel ils tombent une fois par jour. La fatigue est bien 
générale , mais il n'y a que le sensorium commune , c'est-à- 
dire la partie du cerveau soumise aux actions de l'âme , qui 
devienne inactif; il n'y a que les seuls mouvemens volontaires 
qui soient complètement soustraits aux actions motrices des 
organes centraux pendant le sommeil. Toutes les autres par- 
ties de ces organes continuent d'agir comme pendant la veille. 
Ce qui le prouve , c'est la persistance des contractions conti- 
nues des sphincters et des mouvemens rhylhmiques de la 
respiration , phénomènes qui sont accomplis tous deux par de 
véritables nerfs cérébro-spinaux. Donc certains muscles , 
quoique pourvus de nerfs cérébro-spinaux , ne cessent pas 
d'agir pendant le sommeil ; les sphincters sont toujours fer- 
més , le sommeil amène toujours une situation fixe de 1 œii 
telle qu'il regarde en haut et en dedans ; toujours il déter- 
mine la contraction de l'iris et la diminution de la pupille y 
compagnes inséparables de cette situation, elle plus ordinai- 
rement aussi il entraîne l'occlusion de la bouche. En un mot , 
nous voyons que, même durant le sommeil, l'appareil moteur 
tout entier des organes centraux , tant du cerveau que de la 
moelle épiuière, continue d'agir, et qu'il n'yaque l'excilation 
volontaiie de cet appareil qui cesse pendant l'inaction du 
sensorium commune. Inous devons donc nécessairement ad- 
mettre que le conflit entre les organes centraux et l'activité 
motrice du système sympathique persiste pendant le sommeil, 
puisque , sans celte influence , les mouvemens qui ont lieu 



DU SYSTÈME NERVEUX EN GiNÉRA-t. ^Sg 

dans le système sympalhiqiie diminueraieot sur-le-champ 
d'énergie , comme nous le voyons dans l'apoplexie , dans les 
syncopes dont le point de départ est au cerveau , et dans les 
cas où l'on a pratiqué par des moyens artificiels la destruction 
de la moelle épinière. 

3» Les organes centraux ressentent les effets des nerfs sen- 
sitifs , et tantôt les reversent , sans que la conscience en soit 
instruite, sur les origines des nerfs moteurs, ce qui donne 
lieu à des mouvemens réflectifs , tantôt les transmettent au 
sensorium commune , de manière que la conscience en soit 
informée. Dans le premier cas , les effets centripètes des nerfs 
sensiiifs n'arrivent jamais qu'à exciter l'appareil moteur des 
organes centraux , qui a principalement son siège dans la 
moelle épinière, mais qui se ramifie aussi dans le cerveau. 
Dans le second cas , ces effets parviennent , sans provoquer 
de mouvemens réflectifs, jusqu'à une région particulière des 
organes centraux oij réside le sensorium commune , qui les 
porte a la connaissance de l'âme. Il n'est pas rare que les deux 
phénomènes aient lieu simultanément ; les sensations sont 
portées à la conscience , et elles déterminent en même temps 
des mouvemens réflectifs , parce que la propagation se fait à 
kfois et vers l'appareil moteur des organes centraux et vers 
le misorlum commune , comme dans la toux provoquée par 
uneir ritation sentie de la trachée-artère , dans l'occlusion des 
paupières sous l'influence d'un bruit violent , ou dans la con- 
traction de l'iris quand la rétine est frappée par une lumière 
trop vive. Je dois renvoyer aux chapitres précédens pour ce 
qui concerne la théorie et les lois de ces effets. Comme les 
phénomènes de réflexion ne dépendent point du sensorium 
commune , mais de l'appareil moteur des organes centraux, et 
que cet appareil continue d'agir pendant le sommeil , ils ont 
lieu tout aussi bien chez l'homme qui dort que chez celui qui 
veille , comme le prouvent la toux due à des irritations de la 



34o DES PARTIES CENTRALES 

trachée-artère , et beaucoup d'autres pbénomènes qui se pas- 
sent durant le sommeil, 

4" Les organes centraux maintiennent dans son intégrité 
l'énergie des effets nerveux organiques. Ici le nerf grand 
sympathique se comporte , à l'égard des organes centraux, 
comme il le fait sous le point de vue des mouvemens des par- 
ties soumises à son empire. La nutrition et la sécrétion s'ac- 
complissent à la faveur d'une certaine action indépendante 
des nerfs organiques. On voit des embryons parvenir jusqu'au 
terme de la maturité , en se nourrissant bien , quoique leur 
moelle épinière et leur cerveau aient été détruits(l) .Lanutrition 
se fait même quelquefois dans des parties d'embryon, la tête 
ou une extrémité, qui ne possèdent point de cœur, et auxquelles 
le sang arrive par le cœur d'un autre embryon , du cordon 
ombiUcal duquel partent leurs vaisseaux (2). Mais , chez l'a- 
dulte , la nutrition souffre souvent dans les paralysies du 
cerveau et de la moelle épinière , bien que ce cas n'arrive pas 
toujours ; les parties paralysées sont plus sujettes à tomber en 
gangrène quand elles viennent à être lésées , et les vives 
affections aiguës des organes centraux , qui en font cesser les ' 
actions , déterminent fréquemment l'apparition spontanée de 
la gangrène dans des points plus ou moins circonscrits. Les 
hommes atteints de phthisie dorsale finissent par ne plus pou- 
voir entrer en érection , phénomène qui est dû , comme l'on 
sait, à l'accumulation du sang dans le tissu érectile de la 
verge : ils deviennent impuissans. 

5° Le principe nerveux est produit et reproduit dans les 
organes centraux. Nous en avons la démonstration dans les 
expériences que j'ai faites avec Slicker, et desquelles il ré- 



(1) yoy. EscHRicHT , dans Mulleh, Archiv , 1834 , 268. 

(2) yoij. Rldolpiii , dans les Ahhandl. der Akad. zu Berlin , 1816. — 
MoLiER, Archiv, 1834, p. 178.^ 



DU SYSTÈME NERVELX EN GÉNÉPAL. 54 1 

suite que les nerfs d'uc membre , lorsqu'ils ont été séparés 
des or{janes centraux, conservent bien encore jDendant quel- 
que temps leur pouvoir moteur , c'est-à-dire la faculté de 
provoquer , dès qu'ils viennent à être irrités , des mouvemens 
dans les muscles auxquels ils se distribuent , mais perdent au 
bout de quelques mois , à moins que la plaie ne se cicatrise 
parfaitement, toute irritabilité pour les stimulus mécaniques 
et galvaniques. Un conflit continuel entre les organes centraux 
et les nerfs est donc nécessaire au maintien des facultés de 
ceux-ci , tandis que les organes centraux conservent encore 
les leurs après avoir perdu leurs conducteurs. Cependant le 
maintien de l'irritabilité des nerfs ne dépend point unique- 
ment de l'influence non interrompue des organes centraux ; 
elle tient aussi à l'activité des cordons eux-mêmes. Lorsqu'un 
nerf demeure pendant long-temps sans agir , il perd de plus 
en plus son aptitude à entrer en action. La plupart des 
hommes n'ont aucune influence sur certains petits muscles , 
uniquement par défaut d'exercice , et après la perte de I5» 
transparence de l'œil , le nerf optique finit par s'airophier 
jusqu'au cerveau ; Magendie a même déterminé cette atro- 
phie en quelques mois chez des Oiseaux qu'il avait réduits à 
l'état de cécité. 

Une concentration de la matière animale vivante dans des 
organes centraux et l'existence de parties dépendantes de ces 
organes ne sont pas seulement un attribut de tous les êtres 
animaux. La tendance à cette concentration se rencontre 
même dès le principe dans la matière susceptible de germer, 
et il paraît que c'est par la manifestation de ce penchant que 
commence l'organisation entière. Les observations qu'on a 
recueillies dans ces derniers temps sur la structure com- 
plexe des animaux les plus simples , rendent probable que , 
chez tous les êtres qui font partie du règne animal, sans excep- 
ter même ceux qui semblent être d'une simplicité extrême , 
il y a de§ qerfs et des parties placées souf; la dépendance clés 






34^ Ï>ES PARTIES CENTRALES 

nerfs , et partout où l'analomie du système nerveux devient 
possible, nous le voyons seséparer en deux portions, savoir en 
certains or{janes centraux, qui ont plus d'importance , et en 
conducteurs de ces organes. Chez l'embryon des animaux 
supérieurs , cette séparation commence déjà dans la mem- 
brane prolifjère , sur l'axe de laquelle s'accumule la portion 
de matière animale imbue des forces propres aux organes 
centraux , pendant qu'autour d'elle se forment les parties 
qui dépendent de ceux-ci. Mais une séparation analogue 
continue de s'effectuer aussi dans la partie périphérique du 
nouvel être qui est dépendante des masses centrales , puis- 
qu'elle se partage à son tour en conducteurs du principe ner- 
veux , les nerfs, et en tissus recevant par ces derniers l'in- 
fluence des organes centraux. La formation des organes cen- 
traux amène nécessairement celle des parties périphériques, 
et la formation des nerfs dans la partie périphérique de l'a- 
nimal entraîne non moins nécessairement celle de tissus ani- 
més par eux. Du moment qu'a lieu cette séparation entre des 
organes centraux et des organes périphériques , le cerveau 
et la moelle épinière existent virtuellement ; car ni l'un ni 
l'autre ne se produisent d'abord et seuls , et , pour ce qui 
concerne la manifestation des régions diverses des organes 
centraux , elle est la conséquence des progrès du développe- 
ment. La même chose a lieu pour la séparation histologique 
des parties occupant la périphérie ; dès qu'elle commence , 
le nerf entier existe certainement; il ne pousse pas de son 
extrémité externe pour aller à la rencontre de l'organe cen- 
tral. Du moins, cette opin-ion, qui a été émise par Serres, ne 
repose-t-elle sur aucun fait, et les observations citées en sa 
faveur n'ont point été confirmées par les recherches classi- 
ques de Baer sur It-mbryogénie (1), 

Si l'on compare les animaux inférieurs avec ceux des clas- 
ses supérieures , sous le point de vue de l'opposition entre les 

(1) C.-F. Burdach, Traité de plujsiolo<jio, Paris , 1S38, t. 1, II, lU. 



DD SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL. 345 

parties centrales et les parties périphériques, comme aussi 
de celle entre les parties centrales et le système nerveux de 
la périphérie , on voit que cette opposition , bien qu'exis- 
tante aussi chez les animaux des classes inférieures, y est 
cependant moins prononcée. Les découvertes d'Ehrenberg , 
relativement à la structure complexe d'êtres qu'on avait crus 
très-simples jusqu'à lui, les Infusoires et les Méduses , nous 
obligent d'admettre l'existence des nerfs chez ces ani- 
maux (1). Mais le principe animateur des parties centrales 
doit être plus accumulé ici dans le système nerveux qu'il ne 
l'est chez les animaux supérieurs , puisque la division du 
corps de ces animaux , loin de détruire l'organisme , donne 
lieu , au contraire , à la formation de plusieurs organismes. 
Ce phénomène est d'une évidence parfaite chez quelques 
Annélides , qui ont un système nerveux bien prononcé , mais 
qui , lorsqu'on les coupe en deux , continuent de vivre dans 
les deux segmens , comme les Néréides et les Naides. Les 
parties centrales, constituées par un cordon noueux, doi- 
vent donc ici contenir le principe animateur dans une grande 
extension : la répartition de la matière douée des forces dé- 
volues aux parties centrales doit être plus grande encore 
chez les Polypes et les Planaires , dont les fragmens sont 
susceptibles de survivre , après qu'on les a divisés en quel- 
que sens que ce soit. La tendance de la matière animale vi- 
vante à se partager en parties centrales et en parties dépen- 
dantes, reparaît sur-le-champ dans le morceiiu détaché du 
corps d'une Planaire , comme elle se montre dins le germe 
des animaux supérieurs. Si ce morceau devieni un nouvel 
animal doué de tous les organes propres à son espèce , c'est 
par la manifestation de cette tendance inhérente à toute ma- 
tière animale vivante. 

(4) Comparez, sur les Méduses, Ehreneerg, dans MrLLEB,'/^rc?n'r, 1834. 

—Dio hifuslonstliicrcheii . Leipsi;., ISS*^, iii-fol.. fig. — Recherchas suf 
l'onjanisatioii des animaux infusoires, Pavis, 1839, iu-8, lig. 



344 t^ES PARTIES CENTRALES 

L'exemple cité plus haut des Annéiides nous fait voir que le 
cordon noueux de ces animaux contient le principe vital le 
pins important des organes centraux , non seulement dans le 
premier de ses ganglions , celui qu'on appelle le cerveau , 
mais encore dans toute son étendue; car, ici, le principe vital 
lui-même est divisible avec la matière animée individuelle. 

Il nous reste à examiner jusqu'à quel point celte extension 
du principe central de la vie dans le système nerveux a lieu chez 
les animaux qui viennent immmédiatement après lesprécédens. 

Les Articulés, quoique pourvus encore d'un cordon noueux, 
comme les Annéiides , ne survivent pas quand on les divise. 
Cependant les Insectes laissent fréquemment apercevoir des 
traces de mouvemens volontaires après qu'on leur a enlevé la 
lèie.UnCarabus gratmlatus couraLitaprès la décapitation comme 
auparavant : un Bourdon, mis sur le dos, faisait des efforts pour 
se remettre sur ses pattes. Treviranus rapporte aussi une ob- 
servation intéressante de Walckenaer sur la Cerceris ornata , 
insecte qui poursuit les Abeilles vivant dans des trous ; Walc- 
kenaer coupa latête àun de ces Hyménoptères, au moment où 
il voulait pénétrer dans le trou de l'Abeille ; il n'en continua 
pas moins ses mouvemens : seulement il se retourna pour 
chercher à pénétrer à reculons (1). 

Ces faits prouvent que le ganglion cérébral des animaux 
articulés n'est pas le seul qui influe sur la spontanéité et 
l'harmonie des mouvemens. Cependant les autres ganglions 
lui sont subordonnés , quant à l'action. 

Chez les animaux vertébrés, la moelle épinière ne possède 
plus , sur les mouvemens spontanés et volontaires , une in- 
fluence égale à celle que les ganglions subordonnés des parties 
centrales exercent chez les animaux sans vertèbres. Toutefois 
on remarque encore une certaine harmonie dans les mouve- 

(1) Treviranus, Eischeiiiuiiijcn und Gcsct^e des orijanischcn Lcliens , 
t. II, p. 194. 



DU SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL. 345 

mens après la décapitation. Une; Grenouille à laquelle on a 
coupé la tête , se redresse , suivant ce qu'a vu Yolkmann. 
Quanrà moi, je n'ai jamais, après la décapitation de ces Rep- 
tiles, observé de pareils mouvemens , qui ne sont point ré- 
flectifs, que quand la têle avait été tranchée immédiatement 
au cou. Si la section tombait plus bas, à travers la moelle épi- 
nière, l'animal ne montrait plus aucune trace de volonté dans 
ses mouvemens. Quoique les Oiseaux battent encore des ailes 
après que leur moelle épinière a été coupée au milieu du cou, 
ce sont là sans doute des mouvemens groupés ou associés , 
qui ont leur cause dans le cordon rachidien , mais qui dif- 
fèrent beaucoup des mouvemens volontaires. 

Nous ne connaissons aucun fait certain d'où il ressorte que 
la moelle épinière sente, indépendamment du cerveau et de la 
moelle allongée. On ne peut citer comme tels les mouvemens 
réflectifs qui succèdent à des irritations cutanées chez des ani- 
maux auxquels on a coupé la tête, et si les Grenouilles déca- 
pitées montrent encore une certaine harmonie dans la réaction, 
lorsqu'on fait agir des irritans sur leur peau , ce phénomène 
n'a lieu certainement que quand la section a été pratiquée au 
commencement du cordon rachidien. 

Chez tous les animaux vertébrés, tant inférieurs que supé- 
rieurs, la masse de la moelle spinale correspond, en général, 
au volume des parties du corps que celle-ci domine. La moelle 
épinière d'un Poisson n'est pas, proportion gardée, beaucoup 
moins grosse que celle d'un homme. Mais , chez les animaux 
supérieurs , le cerveau croît en proportion du développement 
de leurs facultés intellectuelles. Chez les Poissons , il ne con- 
siste qu'en plusieurs renflemens situés au devant de la moelle 
allongée. Le cerveau des Reptiles est plus volumineux que 
celui des Poissons, et celui des Oiseaux l'est plus que celui des 
Reptiles; le cerveau des Mammifères surpasse celui des Oi- 
seaux , et celui de l'homme l'emporte sur tous les autres. 
Plus lard nous établirons ces rapports d'uae manière précise 



346 nES PARTIES CENTRAIES DU SYSTÈME NERVEUX. 

par des proportions numériques. Cependant, quoique tous les 
animaux, jusqu'à l'Infusoire, soient organisés d'une manière 
également parfaite sous le rapport de ce qui est nécessaire à 
la vie animale , on doit accorder qu'il y a une différence de 
perfection entre eux eu égard au développement intellectue! 
et à ses organes, et cette différence se révèle dans la structuré 
du cerveau. 

On voit , d'après ce qui précède , qu'une comparaison éta- 
blie entre la force des nerfs et celle des parties centrales du 
système nerveux, prises ensemble , est peu propre à fournir 
des conclusions physiologiques. Il est bien vrai que, chez les 
animaux vertébrés inférieurs, la force des nerfs croît généra- 
lement en proportion des parties centrales; mais, pour s'ex- 
primer d'une manière exacte , on doit dire qu'elle augmente 
seulement en proportion du cerveau. Un autre appareil des 
parties centrales, le cordon rachidien, qui non seulement sert 
de conducteur entre le cerveau et les nerfs auxquels lui-même 
donne naissance, mais encore représente une colonne chargée 
de force motrice, dont l'énergie correspond aux forces mo- 
trices du corps, semble être partout en rapport avec ces forces 
motrices sous le point de vue de sa masse (mais non de sa lon- 
gueur, qui varie beaucoup) et des nerfs auxquels il donne 
origine. Suivant Carus, la masse de la moelle épinière est à 
celle du corps :: 1 : 4SI dans la Lote , :: 1 : 190 dans la Sa- 
lamandre terrestre, -.: 1 : 305 chez le Pigeon, •: 1 : 180 chez 
le Rat, :: 1 : 161 chez le Chat. Il y a, chez les Poissons, des 
troncs nerveux , tels que le nerf trijumeau et le nerf vague, 
dont le diamètre excède celui du cordon rachidien. Cepen- 
dant lorsque l'on veut comparer les nerfs et la moelle épinière 
ensemble, chez des animaux différons, il faut bien avoir égard 
au volume des premiers ; mais, pour ce qui concerne la se- 
conde, ce n'est pas sa grosseur seulement , c'est encore sa 
longueur qu'on doit prendre en considération, ou, pour mieux 
dire, il faut comparer su niasse eiuière à la soBime de tous les 



DB LA MOELLE lÉPINIÈRE. 547 

nerfs qui naissent d'elle. Mais alors la force des nerfs céré- 
braux qui proviennent des prolongemens de la moelle épi- 
nière dans le cerveau ne saurait être comparée d'une manière 
fructueuse à celle du cordoD rachidien proprement dit, der- 
rière l'encéphale (1). 

CHAPITRE n. 

De la moelle épinière. 

La moelle épinière diffère déjà des nerfs sous le point de 
vue anatomique. Comme le cerveau , elle renferme des fibres 
tubuleuses. On trouve , dans son intérieur, de la substance 
grise , qui, sur la coupe transversale, représente une espèce 
de croix , de sorte que la figure se prolonge de chaque côté , 
en manière de cornes , dans les cordons antérieurs et posté- 
rieurs. J'ai parlé plus haut, en traitant de la structure intime 
des nerfs , des deux sortes de substance grise qu'elle ren- 
ferme , et de la substance cendrée gélatineuse que Rolando 
admet dans ses cornes postérieures. La disposition de la 
substance blanche est toute spéciale aussi. Rachetti et 
Rolando ont reconnu ^ue cette substance est partagée en 

U) Les considérations dans lesquelles je viens d'entrer, suffisent pour 
oimir la voie à une étude plus approfondie des forces dont sont doués la 
moelle épinière et le cerveau eux-mêmes. Les ouvrages les plus impor- 
tans sur la physiologie de ces deux appareils sont ceux de Gall et Spurz- 
heim (Anat. et physiolog. du système nerveus, Paris, 4810. —Sur les 
fonction, du cerveau , Paris, 1824, 6 vol. in-8.) ; de Tiedemann ( Anat. 
de cerveau, trad. par A.-J.-L. Jourdan, Paris , 1823); de Burdach {^ow 
Bau und Leben des Gehirns , Leipzick, 1819-1826) ; de Carus ( Fersvxh 
einer Daratelluny des JServensystems ,U\çi\c\i , 1811); de Desmoulins 
et Magendie ( Anatomie des systèmes nerveux, Paris, 1825) ; de Serres 
(Anat. comparée du cerveau, Paris, 1824); de Rolando (Sa>jgio sopra la 
vera struttura del cervelU, Turin, 1828) \ de Flourens {Recherches expé- 
rimentales sur le système nerveux, Paris, 1824) ; de Treviranus ( dans 
Tiedemann.s' Zcitschrift fner Physiologis , t. IV) ; de F. Leuret {Ana- 
ternie comparée du systcine nerveux, considérée dans ses rapports aveo 
lintelli-jence , Palis, 1839, in-8 et atlas in-fol.). 



348 DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. 

lamelles allant du dehors en dedans, qu'on peut rendre 
visibles en conservant pondant long- temps des segmens 
transversaux de moelle épiniôre dans du sel marin , et 
Rolando prétend (ju'elle ne consiste qu'en plis superposés 
d'une membrane disposée à peu près comme la feuille d'un 
éventail , plis entre lesquels s'insinuent du dehors des pro- 
longemens de la pie-mère , tandis qu'à l'intérieur ils sont sé- 
parés par des couches minces de substance grise. On dit que 
la membrane médullaire passe d'un côté à l'autre dans la 
commissure blanche antérieure , et que la même chose n'a 
point lieu en arrière. 

Sous le rapport physiologique , la moelle épinière ressem- 
ble aux nerfs en ce qu'elle propage les eflets de ses nerfs au 
cerveau , comme les nerfs cérébraux transmettent directe- 
ment les leurs au sensorium commun, et qu'elle conduit 
aussi les actions cérébrales à ses nerfs , comme si ces derniers 
les recevaient immédiatement du cerveau. Mais, sous d'au- 
tres points de vue , elle diffère essentiellement des nerfs par 
les forces qui lui sont dévolues en sa quaUté de partie cen- 
trale , et que ceux-ci ne possèdent point. Examinons de plus 
près ces deux propriétés. 

I. La moelle épinière est conducteur du principe nerveux ou 
de ses oscillations. 

Tous les nerfs cérébraux et spinaux sont mis , par elle, sous 
l'influence du cerveau , les premiers immédiatement et les 
autres médiatement. Dès que cette influence vient à être in- 
terrompue , les excitations des nerfs sensitifs ne parviennent 
plus à la conscience, et le cerveau ne peut plus exciter vo- 
lontairement la force motrice des nerfs , qui sont soustraits à 
son empire. 

Les causes qui interrompent la communication entre le cer- 
veau et la moelle épinière , d'une part , et les nerfs, de l'au- 
tre , sont la compression exercée sur ces derniers , leur des- 
truction, leur section, et la paralysie de leur force motrice 



DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. ^4^ 

par des substances solubles , par exemple dans l'empoison- 
nement par des préparations saturnines. 

Aussi souvent que de telles causes agissent sur un nerf, 
toutes les branches qui se détachent au dessous du point lésé 
sont soustraites à l'excitation volontaire de la force motrice ; 
les muscles auxquels elles se rendent sont paralysés sous le 
point de vue du mouvement volontaire , et la partie cesse en 
même temps d'être sensible aux stimulations du dehors. 

Au contraire , les branches du nerf qui naissent au dessus 
du point lésé ne sont point soustraites à l'influence du cerveau 
et des déterminations de la volonté sur leurs muscles , parce 
que leurs fibres primitives communiquent encore sans inter- 
ruption avec l'encéphale. Par la même raison, tous les nerfs 
sensitifs qui naissent au dessus du point de la lésion conser- 
vent le sentiment. 

La lésion d'un nerf sur un point ne détruit que la liaision 
avec le cerveau ou l'organe de la conscience et des excita- 
tions volontaires -, les portions de ce nerf situées plus bas de- 
meurent en jouissance de leur force motrice pendant un cer- 
tain laps de temps ; elles ont seulement cessé de pouvoir 
ressentir l'influence du cerveau. Aussi, quand on pique, 
écrase , brûle , cautérise , électrise ou galvanisme un nerf qui 
a été frappé de paralysie, soit parce que l'influence cérébrale 
n'arrive plus jusqu'à lui, soit parce qu'il cesse de commu- 
niquer avec le cerveau , l'animal n'a aucune sensation , parce 
que l'irritation ne peut plus parvenir jusqu'au cerveau ; mais les 
muscles auxquels il envoie des ramifications se contractent , 
parce, que si l'influence cérébrale sur la force motrice est 
paralysée , la force motrice des nerfs ne l'est point au dessous 
du lieu de la lésion. Ce n'est qu'après avoir été soustrait pen- 
dant plusieurs mois à l'influence des parties centrales, qu'un 
nerf perd totalement son irritabilité , comme le démomrent 
les expériences faites par moi et Siicker. 
Ainsi , chez l'homme et les animaux supérieurs , la moelle 



JDO DE LA MOELLB EPINIÈRE. 

épioière se comporte envers le cerveau de la même maDÎère 
ex;ictement que tous les nerfs cérébraux, et elle doit être 
considérée comme le tronc commun de tous les nerfs du 
tronc, quoiqu'elle possède encore des forces particulière», 
dont ceux-ci sont dépourvus. Les fibres primitives de tou» 
les nerfs du tronc tiennent par elle au cerveau, tandis que 
les nerfs cérébraux se rendent immédiatement à cet organe. 

Les conséquences des lésions de la moelle épioière doi- 
vent être jugées d'après cela. La lésion de l'extrémité infé- 
rieure du cordon entraîne la paralysie des membres pel- 
viens , du rectum , de la vessie ; celle de l'organe à une hau- 
teur plus considérable détermine la paralysie de ces mêmes 
parties et des muscles abdominaux; plus haut encore , oa 
observe en outre celle des muscles pectoraux; au cou enfin, 
plus bas que la quatrième vertèbre , on voit survenir aussi 
celle des bras, mais non celle du diaphragme , parce que le 
nerf phrénique naît du quatrième cervical. La lésion de U 
moelle allongée paralyse le tronc entier. L'>rsqu"une lésioa 
procède de bas en haut , la paralysie suit la même marche, 
comme dans la phthisie dorsale. En cela donc, la moelle épi- 
nière se comporte absolument comme tronc commun des nerfe 
du tronc. Si l'on exerce une irritation mécanique ou galvani' 
que sur son extrémité supérieure , on voit entrer en convul- 
sion les muscles du tronc entier , de même quen irritant un 
cordon nerveux , on fait contracter tous les muscles qui reçoi- 
vent des branches de lui. Si l'on coupe un nerf en travers, la 
portion soustraite à l'influence cérébrale est susceptible, 
quand on l'irrite , de déterminer des contractions dans les 
muscles auxquels elle se distribue; de même , après la sec- 
tion transversale de la moelle épinière , le bout inférieur 
peut encore , lorsqu'on l'irrite , exciter tous les nerfs qui en 
naissent et agir par-là sur leurs muscles. 

La moelle épinière ne remplace pas seulement tous les nerfs 
du tronc en masse dans le cerveau ; elle y remplace aussi 



DE LA ?.rOELLE EPINIÉRE. 5,^1 

toutes leurs fibres primitives , car l'afleciion de certaines par- 
ties de ce cordon n'interrompt que l'influence cérébrale sur 
certains muscles du tronc , et la lésion de certaines parties du 
cerveau n'entraîne non plus que la paralysie de certaines 
parties du tronc. Une cause qui n'agit que sur une moitié du 
cerveau et de la moelle épinière n'amène qu'une paralysie 
d'uae des deux moitiés latérales du tronc , et plus la lésion 
est faible , moins elle attaque de cordons de la moelle épi- 
nière , moins aussi il y a de parties soustraites par elle à l'in- 
fluence cérébrale. Si l'on réfléchit en outre que du cerveau 
dépend le nombre des muscles du tronc qui sont mis chaque 
fois en mouvement , il paraît découler nécessairement de là 
que les fibres primitives des troncs nerveux qui pénètrent 
dans la moelle épinière ne s'unissent pas non plus dans cette 
dernière , mais qu'elles continuent d'y marcher parallèlement 
les unes aux autres, comme dans le tronc d'un nerf, et qu'el- 
les arrivent ainsi au cerveau , afin de pouvoir, chacune isolé- 
ment , lui communiquer les impressions locales et recevoir de 
lui les excitations nécessaires pour donner lieu à des mouve- 
mens. En effet , si elles s'unissaient ensemble dans la moelle 
épinière , toute sensation locale au tronc serait aussi impossi- 
ble que toute contraction isolée d'un seul muscle du tronc. 
D'ailleurs, la cause des convulsions qui réside dans le cerveau 
et la moelle épinière agit aussi sur des parties isolées du 
tronc , et les lésions dont certaines régions de ces centres 
viennent à être affectées, donnent lieu à des sensations locales 
dans !e tronc. 

Au reste, l'ordre des fibres primitives que produisent les 
nerfs, n'est point encore préformé à leur sortie de la moelle 
épinière, et il ne se manifeste que par la réunion des filets ra- 
diculaires en faisceaux. On sait que les racines antérieures et 
postérieures s'insèrent aux cordons antérieurs et postérieurs 
sur une ligne latérale qui , de chaque côté , s'écarte un peu de 
la ligne médiane. Les faisceaux radiciiluires de la queue de 



352 HE tk MOELLE ÉPINIÈRE. 

cheval s'insèrent immédiatement les uns à côté des autres sans 
interruption, tandis ([ue les racines des autres nerfs semblent 
laisser une intervalle entre elles , attendu que les fibres s'é- 
cartent bien les unes des autres , mais que les faisceaux des 
racines nerveuses ne se louchent point. Il en est ainsi, en appa- 
rence , dans les lignes latérales d'insertion , où les faisceaux 
des fibres percent la pie-mère. Mais, à partir de la ligne 
d'insertion , ils s'écartent encore davantage les uns des autres , 
et lorsqu'on les poursuit à une plus grande profondeur, on 
voit que les commencemens des racines de tous les nerfs for- 
ment presque une ligne longitudinale non interrompue, de sorte 
que la racine d'un nerf spinal résulte seulement de la réu- 
nion d'un certain nombre de faisceaux primitifs. Si l'on fait 
abstraction de la réunion de ces fibres en faisceaux pour pro- 
duire des troncs nerveux , et si l'on prend en considération la 
manière dont elles naissent, dans la moelle épinière, les unes 
à la suite des autres , celle dont elles demeurent isolées dans 
les troncs nerveux, celle enfin dont elles s'étalent dans les der- 
nières ramifications de ceux-ci , on arrive à se représenter la 
moelle épinière comme un tronc formé de fibres nerveuses , 
de la partie antérieure et de la partie postérieure duquel 
sortent avec régularité , et sans nulle interruption , des mil- 
lions de fibres primitives, douées les unes de force motrice, et 
les autres de force sensitive , qui se rendent, comme autant 
de rayons , à toutes les parties du corps, qui enfin , dans Tin- 
tervalle compris entre leurs origines rachidiennes et leurs ex- 
trémités périphériques, sont réunies, par des gaines, en au- 
tant de faisceaux , gros et petits , qu'il y a de nerfs rachidiens 
et de ramifications à ces nerfs. Mais nous avons déjà vu que 
cette réunion a lieu sans que les fibres primitives s'unissent 
ensemble et sans qu'elles puissent se communiquer leurs 
forces primitives. 

L'anatomie comparée ne nous fournit aucune lumière en ce 
qui concerne les relations des nerfs avec la moelle épinière. 



De la moelle ÉPimÈRn. 555 

Nous trouvons de grandes différences dans la longueur de ce 
dernier organe. Chez le Hérison , dont le muscle cutané a 
besoin d'une influence nerveuse considérable, tandis que la 
peau , armée de piquans, est peu propre à recevoir des im- 
pressions tactiles , la moelle épinière cesse de si bonne heure, 
que toute sa moitié postérieure manque. Chez la plupart des 
autres Mammifères, elle occupe presque toute la longueur du 
canal vertébral, et, chez le Lapin, le Cochon-d'Inde, elle s'é- 
tend jusqu'au-delà des vertèbres sacrées, nonobstant la briè- 
veté de la queue (1), ce qui prouve que sa longueur ne dé- 
pend pas uniquement de la longueur et de la force de cet ap- 
pendice. Dans le Kanguroo, dont la queue très-grosse sert 
plus à la progression qu'au toucher, elle n'est pas plus pro- 
longée que dans le Chien , au dire de Desmoulins. Chez les 
Quadrumanes à queue préhensile , elle s'étend jusqu'aux 
vertèbres sacrées, en conservant encore un volume assez con- 
sidérable. Le Poisson-Lune , qui a presque autant de hauteur 
que de longueur, semble , au premier aperçu , n'avoir pas du 
tout demoelle épinière; son cerveau se termine en un moignon 
conique extrêmement court , d'où les racines des nerfs par- 
tent, les unes à côlé des autres, comme autant de cordes , en 
formant deux séries, l'une antérieure, l'autre postérieure. 
Chez la plupart des animaux , la moelle épinière est un cor- 
don qui ne diminue pas à mesure que des racines de nerfs s'en 
échappent , comme on le voit surtout chez les Poissons et les 
Chéloniens, et qui conserve encore à sa partie inférieure un 
volume presque égal à celui qu'il présente à sa partie supé- 
rieure. Il est donc vraisemblable que les fibres primitives de 
ce cordon , venant du cerveau , fournissent bien les fibres ra- 
diculaires des nerfs dans les points correspondans à ceux-ci, 
mais qu'elles continuent de se porter plus loin dans le cor- 

(1) Loc. cit., p. 5i9. 

I. 25 



354 ^"^ ^^ MOELLB ÉPINIÈRE. 

don , OU que celui-ci en renferme beaucoup d'autres encore. 
La découverte des propriétés diverses dévolues aux racines 
antérieures et postérieures des nerfs racliidiens , dont les 
premières sont motrices, et les autres sensitives, a répandu 
beaucoup de lumière sur l'histoire des paralysies. On sait 
qu'il arrive quelquefois au sentiment de s'éteindre dans un 
membre, dans tout un côlé du corps, ou dans sa moitié infé- 
rieure, tandis que la faculté de se mouvoir conserve son inté- 
grité . dans d'autres cas, c'est la mobilité qni disparaît, et le 
sentiment persiste ; dans d'autres encore, les deux facultés 
sont simultanément abolies. La différence entre les nerfs mo- 
teurs et les nerfs sensilifs se répèle-t-elle aussi à la moelle 
épinière, et celle-ci envoie-t-elle au cerveau des fibres sen- 
sorielles différentes des fibres motrices? La diversité des pa- 
ralysies semblerait l'annoncer ; car autrement il serait impos- 
sible d'expliquer ces remarquables phénomènes pathologiques. 
Mais c'e$t une tout autre oiu-slion que d'indiquer d'une ma- 
pipre précise quelles parties de la moelle épinière sont mo- 
trices. On peut admettre, ou que les cordons antérieurs et 
postérieurs d'où naissent les racines motrices et sensibles, 
sont uniquement, les premiers moteurs et les seconds sensibles 
jusqu'au cerveau, ou qu'une des deux fonctions appartient à 
la substance corticale blanche et l'autre à la subsiance grise. 
La première hypothèse est celle de Bell et de Magendie^ elle 
n'a pour elle aucune preuve satisfaisante, ni expérimentale, 
ni paihulogic|ue. Il y a impossibilité de tenter des expéT^iences 
sur lesquelles on puisse compter; car, en faisapt agir l'instru- 
meul tranchant sur les cordons posiéiieurs de la uioelie épi- 
nière, on comprime nécessairement les antérieurs. Autant le§ 
résultats sont positifs par rapport aux racines antérieures et 
ppsléneures des nerfs radiid-eos, autant ils le sont peu en ce 
qui concerne les cordons antérieurs et po.>,térieurs de la moelle, 
dont l'anatomie ne parvient même pas à démontrer la sépara- 



DE IK MOELLE ÉPINIÈRE. 355 

lion (i).Magendie (2) a trouvé que les cordons postérieurs 
étaient très-sensibles, et que les antérieurs ne rétaienl point , 
mais qu'ils excitaient de violentes convulsions lorsqu'on les irri- 
tait. Plus tard (3), il convint que ce résultat n'était point absolu. 
Backer (4) a vu la section des cordons antérieurs paralyser 
le mouvement seul, et celle des cordons postérieurs nabolir 
que le sentiment ; les animaux sur lesquels il coupait les cor- 
dons antérieurs de la moelle, à la région dorsale, n'éprou- 
vaient de spasmes que dans leurs membres thoraciques après 
avoir été empoisonnés avec de la noix voraique. Les expé- 
riences de Seubert ont eu un résultat positif quant aux racines 
des nerfs, mais elles n'en ont donné qu'un incertain en égard à 
la moelle épinière ; elles semblent établir que la partie anté- 
rieure du prolongement rachidien préside principalement, 
mais non exclusivement, au mouvement, et que la même chose 
a lieu pour la partie postérieure, sous le point de \ne du seu- 
timent. Les expériences plus anciennes de Schœps (5) avaient 
déjîj conduit aux mêmes conclusions, en apprenant que lu 
section des cordons antérieurs diminue la sensibilité, que celte 
faculté demeure plus prononcée après celle des cordons an- 
térieurs qu'après celle des postérieurs, que la section de ces 
derniers entraîne la perte du mouvement des extrémités, 
mais que celles-ci recouvrent plus tard leur mobilité, et enfin 
que le mouvement cesse tout-à-fait après la section des cor- 
dons antérieurs. Les faits pathologiques qu'on trouve réunis 
dans l'ouvrage de Seubert (6), ne sont favorables qu'en partie 
à l'hypothèse ; plusieurs parlent ouvei tement contre elle , 

(1) C'est ce que j'ai déjà reraarrjuer, on 1S31 , dans les Annales des 
sciences naturelles. 

(2) Journal de pitys., l. Ill , p. 'jo3. 
(S) Uid., t. III, p. 36S. 

(4) Comment, ad quœst physif)!.. VUecht, 4^30, 

(5) Meckukl, Archic, 1S27. 

(6) De fantt. rad. uni. et -post. nerv. j^i'/t., Garlsi'iilie, 1833. 



r)56 DE LA. MOELLE ÉPINIÉRE. 

comme aussi la circonstance que le nerf accessoire, qui est 
moteur, naît en toialilé des cordons postérieurs cIipz les Oi- 
seaux et les Reptiles. Belliri{;eri (1) prétend que les racines 
postérieures tirent leur origine de trois points, des cornes 
postérieures de la substance grise, des faisceaux postérieurs 
blancs de la moelle épinière, et des faisceaux latéraux, et 
que les racines antérieures naissent également de trois points 
distincts, des faisceaux antérieurs, des sillons antéro-latéraux 
et des faisceaux latéraux. Si ces assertions étaient exactes, ce 
qui est fort douteux, les racines postérieures seraient les 
seules qui eussent des connexions avec la substance grise. 
Bellingeri admet sans preuve que la substance grise intérieure 
préside au sentiment, et la blanche au mouvement, que les 
cordons antérieurs de la moelle et les racines antérieures 
sont destinés au mouvement des muscles fléchisseurs, les pos- 
térieurs à celui des extenseurs, ce qui est inexact, du moins 
par rapport aux racines. D'après E.-H. Weber, on parvient 
quelquefois à suivre les traces des racines nerveuses jusqu'à 
la substance grise, ce que Rolando révoque en doute. Mal- 
heureusement nous ne pouvons pas faire d'expériences sur la 
part que la substance grise et la substance blanche prennent 
aux deux fonctions, et ce qui frappe d'incertitude toutes 
celles qu'on exécute sur les cordons antérieurs et postérieurs, 
c'est l'aptitude de la moelle épinière qui lui permet de trans- 
mettre par réflexion une affection sensorielle à l'appareil mo- 
teur. En supposant, par exemple, que réellement les cordons 
antérieurs soient moteurs seulement, et les postérieurs consa- 
crés exclusivement à la sensibilité, une lésion de ces derniers 
ne manquerait guère d'exciter, par association d'affection, des 
convulsions dans les cordons antérieurs^ parce que, toutes les 
fois que la moelle épinière éprouve une lésion considérable, 
elle tombe dans l'état réflectif, qui fait que toute irritation des 

(4) De medulla spinali , Turin , -1823. 



DE LA. MOELLE ÉPINIÈRE. ôS'J 

nerfs sensiiifs parvenue jusqu'à elle se réfléchit sur les nerfs 
moteurs. 

Les fibres de la moelle épinière arrivent au sensorium com- 
mune à travers la moelle allonjjée. Sans anticiper ici sur ce 
que j'aurai à dire des propriétés dévolues aux diverses par- 
lies du cerveau, et des autres particularités de la moelle épi- 
nière, je ferai seulement remarquer que cette dernière rem- 
place par ses fibres, dans le cerveau, les fibres primitives de 
tous les nerfs spinaux, de même que les nerfs cérébraux sont 
remplacés dans l'encéphale par leurs fibres primitives. Le 
cerveau reçoit les impressions de toutes les fibres sensibles 
de l'organisme entier; il en acquiert la conscience, et connaît 
l'endroit où elles ont lieu, d'après celles des fibres primitives 
qui sont affectées ; à son tour, il excite la force motrice de 
toutes les fibres primitives motrices et de la moelle épinière, 
dans le mouvement volontaire. Nous admirons, dans cette ac- 
tivité, un mécanisme infiniment compliqué et délicat, quant 
à la disposition des élémens, tandis que les forces elles-mêmes 
sont de nature purement idéale. Quelque diverse que soit la 
manière d'agir, cependant l'action du cerveau, quand il excite 
telle ou telle partie parmi le nombre immense des fibres pri- 
mitives, ressemble au jeu d'un instrument garni d'une multi- 
tude de cordes qui résonnent lorsqu'on remue les touches. 
L'esprit est le joueur ou l'excitateur; les fibres primitives de 
tous les nerfs, qui se répandent dans le cerveau, sont les cor- 
des, et les commencemens de ces fibres sont les louches. Nie- 
meyer (1) explique les mouvemens volontaires par la cessa- 
tion de la tension des antagonistes ; mais il y a des muscles 
qui continuent d'obéir aux ordres de la volonté après quVm 
a pratiqué la section de leurs antagonistes. 

Les troncs nerveux et la moelle épinière , tronc dco nerfs 
du corps, se ressemblent encore en ce que les affections de 

(1) Materialien sur Erreyuntjstheorie , Gœtèingue, 1800. 



358 HE LA. MOELLÏ éPINIÈTlE. 

celle-ci déterminent des sensations dans les parties exté- 
rieures, comme si ces dernières en étaient elles-inc^mes le 
sièf'B. Une compression sur les troncs nerveux fait naître un 
sentiment de fourmillement à la peau ; celle de la moelle épî- 
nière donne lieu au même phénomène dans toutes les parties 
dont les nerfs prennent leur origine au dessous du point lésé. 
Quand les nerfs sont affectés de tumeurs, les parties auxquelles 
se rendent lems extrémités ressèment les plus vives douleurs, 
et loi'squ'on coupe les troncs nerveux, les parties extérieures 
souffrent : il en est de même pour la moelle épinière, dont les 
affections inflammatoires et autres déterminent souvent de 
violentes douleurs, qui ont en apparence leur siège dans les 
parties extérieures. Dans le cas même de complète insensibilité 
pour les irritations du dehors , les lésions de la moelle épi- 
nière peuvent cependant encore provoquer des sensations 
subjectives que l'individu rapporte aux parties extérieures de 
son corps. Tels sont surtout les fourmillemens qui se font sen- 
tir dans les membres inférieurs , malgré la perte totale du 
mouvement et de la sensibilité par rapport aux excitations du 
dehors. Mais les sensations subjectives dans les membres, 
malgré l'insensibilité absolue et la paralysie du mouvement, 
peuvent aussi être des douleurs extrêmement vives, comme 
chez un sujet observé par Heydenreich , qui avait les extré- 
mités inférieures paralysées et complètement insensibles , ce 
qui ne l'empêchait pas d'y ressentir de temps en temps les 
douleurs les plus violentes. Le plus fréquent de tous les symp- 
tômes de ce genre est le fourmillement dans les parties exté- 
rieures, qui ne manque presque jamais dans les affections de la 
moelle épinière. Le fourmillement est ici la même chose que 
le tintement d'oreilles pour les nerfs auditifs, que les mou- 
ches volantes ou autres sensations subjectives morbides 
pour l'organe de la vue ; et comme les sensations subjectives 
qui naissent du nMuvrn.oiit du sang dans la rétine, chez 
l'homme bien portant, coasi^tent en des points sautillans qui 



DE LA MOELLE ÉPINIÈRÉ. SSg 

semblent être partout où Ton porte ses regards , de même 
le foiirmillemenl ou la sensation de points mobiles est pro- 
bablement aussi due au mouvement du sang dans les vais- 
seaux capillaires de la partie malade de la moelle épinière , 
quoiqu'on le sente en apparence dans les parties extérieures. 
Il y a d'autres cas où, au lieu du fourmillement, on a remar- 
qué un prurit continuel aux jambes , que l'action de se grat- 
ter ne faisait pas disparaître. 

Parmi les sensations subjectives qui accompagnent les af-. 
fections de la moelle épinière se range encore Vaura épilep- 
tique, sensation analogue à un fourmillement, qui commence 
aux extrémités , souvent aux doigts et aux orteils , remonté 
peu à peu , et annonce l'accès. Comme il arrive souvent 
qu'une ligature établie sur la partie atteinte de cette aura 
empêche la manifestation de l'accès, celte circonstance semble 
venir à l'appui de l'hypothèse que la cause de Vaura épilep- 
tique réside aux extrémités des nerfs , et non dans la moelle 
épinière. Il se pourrait que la ligature agît seulement comme 
une forte irritation de la peau. Vaura n'a son siège dans les 
nerfs eux-mêmes que chez les sujets atteints de tuméfactions 
nerveuses, et alors la ligature empêche réellement qu'elle ne 
se porte plus loin. 

Comme le siège des sensations n'est ni dans les nerfs, qui 
portent au cerveau les courans ou les oscillations du principe 
nerveux nécessaires pour les produire, ni dans la moelle 
épinière, qui n'a non plus d'autre rôle que celui de conduire 
ces effets au sensorium commune , et comme la sensation ne 
naît que dans le sensorium commune^ par suite des impressions 
que les nerfs etla moelle épinière lui transmettent, on comprend 
sans peine pourquoi le sensorium commune sent de la même 
manière les excitations, tant des fibres de la moelle épinière 
que de celles des nerfs, en quelque point de leur étendue que 
ces fibres aient été affectées ; car, quelle que soit leur lon- 
gueur, elle n'agissent jamais sur le sensorium que pat* leur 



56o DE LA MOELLE ÉPiNlÈRE. 

extrémité cérébrale , et les irritations déterminées sur ua 
point quelconque de leur lon{jijeur ne peuvent point agir au- 
ircmont les unes que les autres. Cependant la moelle épi- 
nière nous offre, sous ce rapport, la même contradiction que 
les nerfs. De même qu'une compression exercée sur un tronc 
nerveux donne lieu à des sensations non seulement dans le 
tronc même, mais encore, du moins en apparence , à son ex- 
trémité périphérique, de même aussi une lésion de la moelle 
épinière peut être sentie douloureusement, et dans le point où 
elle a lieu, et dans les parties auxquelles aboutissent les nerfs 
qui naissent au dessous de ce point. A la vérité, beaucoup de 
cas de ce genre ne doivent pas trouver place ici, puisque les 
maladies de l'épine dorsale et des membranes qui enveloppent 
la moelle épinière, sont nécessairement accompagnées de sen- 
sations dans les parties malades , en outre de celles qui tien- 
nent à la compression du prolongement rachidien ; mais il y a 
aussi des douleurs qui n'appartiennent qu'à la moelle épinière 
seule, et qu'on désigne sous le nom de rachialgie. Nous igno- 
rons encore pourquoi les sensations sont rapportées tantôt 
aux parties extérieures et tantôt à la moelle épinière elle- 
même. 

Jusqu'ici nous avons parlé des analogies de la moelle épi- 
nière avec les nerfs , c'est-à-dire que nous l'avons considérée 
comme conducteur des nerfs qui émanent d'elle jusqu'au cer- 
veau, et de celui-ci jusqu'aux nerfs. Il nous reste à examiner 
les propriétés qui la distinguent des nerfs, et qui lui sont dé- 
volues comme faisant partie de l'appareil central. 

II. La moelle épinière est partie constituante des organes cen- 
traux. 

Sa structure démontre déjà qu'elle est plus qu'un con- 
ducteur des fibres nerveuses au cerveau. Si son rôle se bor- 
nait là, elle devait ne contenir, à sa partie supérieure , que la 
somme des fibres qui s'en détachent depuis le haut jusqu'en 
bas, de mênoe qu'un tronc nerveux ne renferme que l'ensem- 



DE LA MOELLE ÉPlNiÈRE. 56l 

ble des' fibres qui sortent de lui pendant tout le cours de 
sa distribution. La moelle épinière devrait donc s'amincir 
à mesure qu'elle fournit des nerfs , et représenter un cône 
dont le sommet serait tourné vers le bas. Mais elle n'affecte 
pas celte forme, quoiqu'en général son diamètre aille en di- 
minuant de haut en bas. Même à son extrémité, où elle four- 
nil les derniers nerfs, elle présente encore plus de masse que 
n'en eurent les filets radiculaires des nerfs qui naissent sur ce 
point. D'ailleurs, elle se renfle à la sortie des nerfs destinés aux 
membres, et chez plusieurs Poissons elle se termine même 
inférieurement par une espèce de petit bouion allongé en 
pointe (1). En outre , elle se compose de deux substances, 
comme le cerveau. Mais on parvient à démontrer clairement 
les propriétés et les forces par lequelles elle se distingue des 
nerfs. 

1° La moelle épinière possède la faculté de réfléchir sur 
les nerfs moteurs les irritations sensorielles de ses nerfs sen- 
silifs. Cette propriété, en vertu de laquelle des mouvemens 
succèdent à une sensation, sans que les deux genres de nerfs 
communiquent ensemble par leurs fibres primitives, a déjà été 
examinée lorsque nous avons parlé des phénomènes de la 
réflexion. Aucun nerf ne possède par lui-même , et dans le cas 
oii il serait séparé des parties centrales, le pouvoir de don- 
ner lieu à des phénomènes de cette espèce. La puissance ré- 
flectivede la moelle épinière et de la moelle allongée est déjà 
un des attributs de la santé , toutefois avec certaines restric- 
tions. Mais on parvient à porter au maximum la disposi- 
tion de la moelle épinière à la réflexion , en narcoiisant 
les animaux, ou , surtout chez les Reptiles , en les décapitant. 
Lorsque l'on coupe la tête d'une Salamandre terrestre , 
le tronc reste debout sur les pattes, et il se tourne dès 
qu'on irrite la peau , ou seulement qu'on y touche. Ce pou- 

(1) E.-H. Weber, dans Meckel, Archiv, 1827, p. 316. 



362 DE LA MOELLE éPTNièRE. 

voir de réflexion persiste pendant plusienrs henres dans tou* 
les fra(>mens da tronc qui contiennent encore un peu dé 
moelle épinière. Si l'on coupe l'animal par le moitié, le tron- 
çon inférieur conserve la même force que le tronçon supé- 
rieur ; on peut diviser la queue en plusieurs morceaux , et 
chacun de ceux-ci, pourvu qa'il s'y trouve encore une petite 
quantité de moelle épinière , se contracte au plus léger at- 
touchement ; on voit même le bout de la queue s'infléchir quand 
on y touche. Toutes ces parties contiennent encore de la 
moelle épinière, comme je m'ensuis assuré; car la Salaman- 
dre terrestre n'a point de queue de cheval proprement dite. 
Il est facile de prouver par des faits que la moelle épinière est 
la cause des mouvemens qui ont lieu à la suite des attouche- 
mens ; car on n'observe rien de semblable dans les segmeos 
du corps qui n'en renferment pas , quelque volumineux d'ail- 
leurs qu'ils soient. Une patte détachée du corps demeure im- 
mobile lorsqu'on irrite mécaniquement la peau , tandis que 
le contact du doigt suffit pour faire mouvoir le bout de la 
queue. 

La sensation qui parvient à la moelle épinière, ne se borne 
pas, chez la Salamandre, à provoquer le mouvement de 
toutes les parties situées au dessous du point de la peau sur le- 
quel porte l'irritation ; le tronc entier se meut, quand bien 
même on n'irriterait que le bout de la queue. Par conséquent, 
la moelle épinière de cet animal se comporte tout autrement 
qu'un tronc nerveux ; car un tronc nerveux séparé de la 
moelle épinière et du cerveau, ne sent point , et il ne déter- 
mine pas non plus de mouvemens à l'occasion des irritations- 
exercées sur les nerfs sensitifs de la peau. 

2» La moelle épinière est susceptible de réfléchir une ac- 
tion des nerfs sensilifs sur les nerfs moteurs , sans sentir elle^ 
même. En prétendant qu'elle faisait partie du sensorium com- 
mune , on s'était fondé sur ce que les irritations de la peau du 
tronc, chez les animaux décapités, produisent des mouvemens 



DE II MOELLE ÉPINIÈRE. 365 

dans des parties voisines et é!oi;;nées. Il est bien vrai que le 
tronc d'une Grenouille dont le cerveau a été sépnré de la 
moelle épinière, remue souvent un membre à la suite d'une 
irriiation faite à la peau, La même chose arrive aussi chez les 
Tortues. Mais ce phénomène s'explique parfaitement par la 
fonction réflective de la moelle épinière , par le pouvoir 
qu'elle a de réfléchir 1 effet centripète d'un nerf sensitif sut* 
des nerfs moteurs , ce dont j'ai amplement parlé dans^ l6 
chapitre de la réflexion. Là j'ai montré que la réflexion d'une 
irritation sensorielle sur un nerf de mouvement, à travers là 
moelle épinière , s'accomplissait surtout facilement dans les 
nerfs dont l'origine est très- rapprochée, et nous ne devons 
pas être surpris de ce que l'irritation de la peau de la jambe 
fasse retirer la jambe , ou que celle de la peau du bras fasse 
mouvoir le bras. Cet effet a lieu involontairement , chez tous 
les hommes, à la suite d'une forte brûlure, comme aussi dans 
les cas d'irritation de la rriembrane muqueuse du pharynx, du 
larynx et de la irachée-artère. Constamment en pareil cas , 
les mouvemens réflectifs surviennent de préférence, et invo- 
lontairement, dans les parties mêmes qui sont irritées, c'est-à- 
dire qu'il y a déglutition involontaire après l'irritation du pha- 
rynx, occlusion de la glotte après celle du larynx, etc. La 
rétraction des membres chez une Grenouille décapitée dont 
on stimule la peau, n'est donc pas plus intentionnelle que le 
spasme tétanique général qui a lieu quand on louche la peau 
d'une Salamandre terrestre à laquelle oft a coupé là tête, ou 
d'une Grenouille qu'on a naf cotisée. La seule chose qu'il me 
reste ici à pronver, c'est que, même pendant la santé, l'homme 
exécute, sans en avoir la conscience, des mouvemens réflec- 
tifs déterminés par l'excitation de nerfs sensitifs. Il arrive 
très-souvent, presque toujours même, dans les mouvemens 
de vomissemont des muscles du tronc provoqués par un 
état maladif de l'estomac , de l'intestin , des reins , de la ma- 
trice , du foie , qu'on ne sent pas la cause , dont ces viscères 



364 ^^ '"^ MOELLE ÉPIMÈRE. 

sont le siéfje, c'est-à-dire que l'excitalion centripète des nerfs 
sensilils , bien qu'elle arrive à la moelle épinière et à la 
molle allon(;ée,ne parvient point à la conscience. Ainsi la 
moelle épinière ne sent pas de toute nécessité dans les mou- 
vemens» de réflexion , et c'est sans fondtmenl qu'on s'éiait 
élayé des exemples précités pour lui attribuer une faculté 
sensitive accompagnée de conscience. La tête même, séparée 
du tronc , peut ollïir des phénomènes de réflexion , sans qu'il 
soit le moins du monde vraisemblable que la conscience y 
persiste encore. Eneflet, la décapitation entraîne une perte de 
sang bien autrement considérable que celles qui suQisent 
déjà pour faire perdre connaissance à l'homme , sans compter 
les autres suites que doit entraîner une lésion telle que la 
section de la moelle épinière à sa partie supérieure. Si , en 
irritant le moignon de la moelle épinière, on voit les muscles 
de la face entrer en convulsion , c'est qu'il n'en peut point 
être autrement ; on ne devrait même pas êlro surpris de voir 
des mouvemens de réflexion succéder à l'irritation de la peau 
de la tête chez un animal oix un homme décapité , car ce se- 
rait là un phénomène en tout semblable à celui qui sur- 
vient dans les tronçons d'une Salamandre coupée par mor- 
ceaux ; et il faut expliquer de la même manière celui que 
présente la tête d'un jeune Chat séparée du ironc , dont le 
pharynx, quand on y introduit le doigt , se resserre autour de 
lui , comme pour avaler. 

3' La moelle épinière est un appareil chargé de force mo- 
trice, qui , même après avoir été séparé du cerveau , peut , 
sans excitation du dehors, déterminer des mouvemens auto- 
matiques, par le seul fait de sa décharge. Les nerfs, du moins 
ceux du système cérébro-spinal, ne sont point dans le même 
cas ; mais l'activité motrice du système sympathique ressem- 
ble, sous ce rapport, à celle de la moelle épinière. L'n nerf 
cérébral ou un nerf spinal, séparé des parties centrales, ne 
provoque plus de mouvemens dans les muscles, à moins qu'il 



DE LA MOELLE É PIN 1ÈRE. 565 

ne vienne à être irrité; la moelle épinière, au contraire, peut 
encore, après avoir été séparée du cerveau, opérer des dé- 
charges dans les muscles. La Salamandre terrestre à laquelle 
on coupe la têlc, continue de se tenir sur ses pattes. Le tronc 
d'une Grenouille décapitée se remue quelquefois encore, re- 
tire une patte, ou l'allonf^e. L'Anguille se tortille encore pen- 
dant long-temps après avoir subi la décapitation. Il faut ap- 
porter beaucoup de circonspection dans les expériences que 
l'on tente sur des Reptiles. Si la tête a été coupée trop loin 
du tronc , celui-ci renferme encore une partie de la moelle 
allongée, et alors il peut certainement exécuter, non pas seule- 
ment des mouvemens automatiques, mais encore des mouve- 
mens volontaires du tronc, de même que la partie supérieure 
du tronc d'une Grenouille coupée en deux , derrière la lête , 
conserve encore le sentiment avec conscience et la volonté, 
ce qu'on voit assez clairement dans les expériences. Une autre 
circonstance , sur laquelle Marshall Hall a appelé Tattention, 
mérite d'être prise fortement en considération = un Serpent 
décapité se trouve dans l'état où il a le plus de tendance à 
des phénomènes de réflexion ; le moindre allouchemenî de la 
peau détermine des mouvemens réflectifs , qui amènent de 
nouveaux contacts sur différens points du corps, et ceux-ci, 
à leur tour, provoquent de nouveaux mouvemens ; l'animal 
est-il enfin arrivé au repos, il suffit de la moindre secousse, 
ou du plus léger attouchement , pour que le même jeu se 
reproduise. 

4" La moelle épinière , apte à produire des effets automa- 
tiques sur les nerfs du mouvement, laisse en repos, dans l'état 
de santé, la plupart de ces nerfs, notamment ceux de la loco- 
motion ; mais elle exerce une influence motrice continuelle 
sur beaucoup d'autres, et tient les muscles auxquels ils se 
distribuent dans un état non interrompu de contraction invo- 
lontaire, qui ne cesse que quand elle-même tombe en para- 
lysie. Ici se rangent, et des muscles qui sotit en même temps 



3G6 DE LA MOELLE ÉPINIERE. 

soumis à la volonté , comme le sphincter de l'anus , et des 
muscles qui ne reconnaissent point l'empire de cette dernière, 
comme le sphincter de la vessie , la tunique musculeuse du 
canal intestinal , le cœur, etc. Ces effets de la moelle épi- 
nière exigent qu'il existe en elle un appareil particulier, 
moins en conflit avec le sensorium commune, et sur le compte 
duquel l'analomie ne nous donne néanujoius aucun renseigne- 
ment. Il peut môme arriver, chez les animaux vertébrés infé- 
rieurs, que la communication entre le cerveau et la moelle épi- 
nière soit interrompue, sans que l'irradiation motrice de cette 
dernière sur les sphincters cesse d'avoir lieu, comme Mar- 
shall Hall l'a vu chez la Tortue, dont le sphincter anal demeu- 
rait fermé après la décapitation, et ne se relâchait qu'après la 
destruction du prolongement rachidien. 

6° Les parties de la moelle épinièreont une grande aptitude 
à se communiquer réciproquement leurs états; cette particu- 
larité établit une différence bien prononcée entre elle et les 
nerfs. Un nerf de Grenouille que l'on galvanise , sans irriter 
la moelle épinière, ne transmet pas son état à celle-ci tout en- 
tière. Lorsqu'après avoir coupé une racine antérieure ou une 
racine postérieure d'un des derniers nerfs spinaux de la Gre- 
nouille, on irrite, au moyen d'une simple paire de plaques, le 
bout qui lient à la moelle épinière, l'effet ne se transmet point, 
par celle-ci, jusqu'aux parties antérieures du corps , et il ne 
survient pas de convulsions dans la tête : mais si l'on opère 
de même sur l'extrémité de la moelle épinière , les muscles 
des parties antéiieures du corps sont pris de mouvemens con- 
vulsifs. On conçoit, d'après cela, comment une rpaladie de la 
moelle épinière , même lorsqu'elle n'a d'abord son siège qu'à 
la partie inférieure de lorgaue, affecte peu à peu les régions 
supérieures du corps, comment, par exemple, la faiblesse de 
l'exirémiié inférieure du cordon rachidien qu'entraîne l'abus 
des plaisirs d>; l'amour, détermine l'amblyopie , des bour- 
donnemens d'oreille, etc. 



DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. 367 

6° Quaod la moelle épinière est atteinte d'une grande irri- 
tatioQ par exemple dans la myélite, après une violente af- 
fection des nerfs (tétanos traumaiique), ou sous l'influence des 
narcotiques , elle participe tout entière à cet éiat , et opère 
des décharges continuelles vers tous les muscles soumis à la 
volonté. La tension qu'elle exerce sur les sphincters, durant 
l'état de santé , devient alors générale; il éclate des convul- 
sions générales, ou des spasmes tétaniques , qui se repèlent 
de temps en temps, et qui sont même permanens dans certains 
muscles, tels que ceux de la mastication. Ces états ont tantôt 
un caractère aigu, comme dans les cas précités de lésions 
considérables , tantôt un caractère chronique , comme dans 
l'épilepsie, soit que l'irritation dépende de maladies des or- 
ganes centraux eux-mêmes (épilepsie cérébrale ou spinale), 
soit qu'elle ait pour point de départ quelque nerf, par exem- 
ple, une tumeur développée sur le trajet de l'un d'entre eux. 
Une irritabilité analogue , mais plus faible , de la moelle épi- 
nière, avec des mouvemens très-sujets à changer de lieu, se 
manifeste aussi dans les spasmes clouiques , la danse de 
Saint-Guy, etc. 

7° Les mouvemens spasmodiques provoqués par des poi- 
sons narcotiques, ont leur cause dans la moelle épinière, et 
non dans les nerfs. Lorsqu'on empoisonne un animal avec de 
la noi:; vomique , ou avec de la strychnine, après avoir CQiipé 
les nerfs des extrémités , le tétanos qui survient ensuite ne 
détermine pc '.nt de spasmes dans les parties dont les nerfs 
ont été séparés des parties centrales. Cette expérience prouve 
que les poisons narcotiques agissent sur les organes centraux, 
et par eux sur les nerfs. Oa a beau couper la moelle épinière 
elle-u ême avant d'empoisonner l'animal , ou après, les spas- 
mes n'en ont pas moins lieu dans les parties situées derrière 
la sectioiî , ce qui démontre que les narcotiques agissent 
jusqu'à la mon sur toute partie de la moelle épinière qui est 
chargée de puissance motrice. 



368 r>K LA MOELLE ÉPINIÈRE. 

S» La moelle épinière est, par sa tension molrice \ la cause 
do réiierfjie do nos mouvemons. I/in(ensilé de nos eflbrls dé- 
pond en {grande partie de cet or{}ane. Qi'oique, en général , elle 
laisse la plupart des nerfs moteurs dans l'inaction, quand la 
volonté ne fait point intervenir ses déterminations, cependant 
c'est à elle que tiennent la force et la durée des décharges 
motrices que le scnsorium commune opère volontairement. La 
moelle épinière entretient sans cesse une sorte de magasin 
de force motrice, et lorsqu'elle agit comme conducteur de 
l'oscillation partie du scnsorium commune , au moyen de la 
prolongation des fibres nerveuses jusque dans le cerveau , 
l'intensité de l'effet qui survient dépend , non pas uniquement 
de la force de la volonté , mais encore de la quantité de prin- 
cipe nerveux moteur accumulée dans cette colonne. De là 
vient qu'elle peut conserver son aptitude comme conducteur, 
bien qu'elle ait perdu sa seconde propriété, celle de régler 
la force du mouvement volontaire , comme il arrive dans la 
phthisie dorsale. Dans celte maladie, qui doit naissance à l'abus 
des jouissances, et qui s'accompagne d'une atrophie de la 
moelle épinière , il n'y a d'abord aucun muscle des membres 
inférieurs qui soit frappé de paralysie ; tous obéissent en- 
core à la volonté , même à une époque assez avancée de la 
maladie , le sujet peut exécuter toutes sortes de mouvemens, 
et la moelle épinière n'a évidemment rien perdu de son apti- 
tude à conduire les oscillations ou les courans qui émanent 
du scnsorium commune; mais les mouvemens ont perdu leur 
énergie, le malade ne peut plus rester long-temps ni assis ni 
debout , et les forces vont toujours en diminuant, jusqu'à ce 
qu'elles s'éteignent tout-à-fait , et qu'il y ait paralysie com- 
plète. Il faut bien distinguer cette espèce de paralysie d'autres 
dans lesquelles la propagation se trouve interrompue en un 
point quelconque de la colonne motrice, et où les muscles 
corrcspondans n'obéissent plus à la volonté, tous les autres con- 
servant la plénitude entière de l'énergie de leurs mouvemens. 



DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. 5^9 

9» La moelle épinière est la cause de la puissance et de la 
tension sexuelle : l'exercice du penchant à la reproduction est 
régi par elle. On ne saurait contester que cet organe est un 
des plus affectés dans le coït ; nous en avons pour preuve les 
violeos mouvemensréflectifs qui succèdent aux irritations sen- 
sorielles des nerfs de la verge-, dans les vésicules séminales et 
les muscles du périnée. L'accablement qui suit l'acte vénérien 
ne peut avoir sa cause que dans la moelle «épinière. Les forces 
de celle colonne ne reviennent que peu à peu au degré de 
tension nécessaire pour la répétition de l'acte; il faut du temps 
pour ramener en elle celte exubérance de principe actif qui 
fait que toute atteniion du sensorium portée sur les rapports 
des sexes détermine l'érection , et que l'idée peut en quelque 
sorte décharger la moelle épinière pour déterminer, au moyen 
de l'influence nerveuse organique émanée d'elle , l'accumu- 
lation du sang dans la verge. Mais cette puissance de la moelle 
épinière, ses maladies la lui font perdre aussi. 

dO» L'influence qu'elle exerce, par les nerfs organiques , 
sur les opérations chimico-organiques du système capillaire , 
se manifeste non seulement par les chungemens que la sécré- 
tion cutanée subit dans la syncope , mais encore, et d'une 
manière bien plus prononcée même , par l'état de la peau 
chez les hommes dont la moelle épinière souffre à la suite 
d'excès : lorsque le coït est trop souvent répété , outre que 
les forces diminuent , la peau devient plus turgescente , elle 
exhale moins , elle est plus sèche , la chaleur baisse , et du 
froid se fait sentir aux pieds , aux mains , aux parties géni- 
tales. 

11° La moelle épinière est aussi le siège d'une impression 
morbide dans toutes les affections fébriles, et les changemens 
que la fièvre apporte aux sensations , aux mouvemens , aux 
phénomènes organiques , aux sécrétions , à la production de 
la chaleur, ne peuvent être conçus que par l'extension de la 
maladie à l'organe dont ce chapitre est consacré à faire con- 

24 



370 DD CERTEAU. 

naîire les propriétés. Comme les affections des nerfs cérébro- 
spinaux délermineni rarement la fièvre , et qu'elles occasio- 
nent plus facilement d'autres affections nerveuses ; comme 
aussi rien n'est plus propre à produire la fièvre qu'un cLan- ' 
gemenl de l'action des vaisseaux capillaires dans une partie 
quelconque , soit une modificaiion de l'état des membranes 
muqueuses, soit une inflammation d'un organe, quel qu'il 
soit : nous sommes très-disposés à admettre qu'il y a, dans 
la fièvre , une impression transmise à la moelle épinière , puis 
réfléchie par elle sur tous les nerfs, dont le point de départ 
est une affection violente des nerfs organiques d'une partie 
quelconque , soit inflammation , soit toute autre irritation. 
Quant à ce qui concerne les effets organiques de la moelle 
épinière comparés à ceux du cerveau , nous savons , d'après 
les expériences de Flourens , confirmées par celles de 
Hertwig (1) , qu'un Oiseau auquel on a enlevé les hémi- 
sphères du cerveau , et auquel on a soin d'entonner des ali- 
mens , peut vivre encore pendant un certain laps de temps 
sans maigrir. 

CHAPITRE III. 

Du cerveau. 
I. Comparaison du cerveau des animaux vertébrés. 

Il n'est aucune partie de la biologie qui puisse faire 
plus d'emprunts à l'anatomie comp irée que 1j physiologie du 
cerveau. Les diverses classes du règne animal offrent, en rai- 
son du plus ou moins de développement des facultés intellec- 
tuelles , une série d^ différences qui sont de la plus haute 
importance pour l'interprétation des parties de la masse en- 
céphalque. D'ailleurs, l'inilispeusable nécessité de recourir 
aux expériences sur les animaux pour arriver à cette déter- 

(1) Expérimenta quadam de aff'eetibuslœsionum in partibus encephuU, 
Berlin, 1826. 



DU CERVEAU. 3n l 

mination , fait encore que nous ne pouvons nous passer d'un 
puralléle établi entre les cerveaux de ces êires. J'ai donc cru 
devoir faire précéder l'examen des propriétés et des forces 
dévolues à l'encépliale , d'i.n aperçu comparatif de l'organe 
lui-même chez les animaux vertébrés. Ces considérations 
doivent partir de l'éiat du cerveau chez les fœtus de 
l'homme et des animaux supérieurs, parce que c'est lui qui, 
ici comme dans toutes les recherches du même genre , four- 
nit les points de comparaison les plus sûrs. 

Il suffit d'un coup d'œil superficiel jeté sur le cerveau de 
l'homme et des vertébrés supérieurs pour s'apercevoir que 
les hémisphères, dont la partie postérieure couvre, dans 
l'espèce humaine , non seulement les tubercules quadriju- 
meaux, mais encore le cervelet , sans se confondre avec les 
parties sur lesquelles ils font saillie , se retirent de plus en 
plus en avant chez les animaux , et laissent à découvert , su- 
périeurement , les pariies qu'ils recouvrent chez l'homme. 
Le cervelet est déjà libre dans les Ronjjeurs, les tubercules 
quadrijumeaux le sont aussi dans les Oiseaux, et plus encore 
dans les Reptiles. A mesure que les hémisphères diminueiit, 
les tubercules quadrijumeaux grandissent , et si ces derniers 
sont encofe beaucoup plus petits que les hémisphères dans 
les Reptiles, le rapport a tellement changé , dans les Pois- 
sons, qu'on est dans le doute de savoir quelles sont les par- 
ties qu'on doit considérer comme hémisphères, et quelles 
comme tubercules quadrijumeaux. En effet , le cerveau de 
ces animaux n'offre qu'une série de renflemen*; , les uns pairs 
elles autres impairs : le plus postérieur , qui est impair , re- 
po>^e sur la m )elle allongée, et couvre le quatrième ventricule, 
est le cervelet; au devant dp lui se trouve une paire de ren- 
flemens , soMVcnt !■ s plus fjros de lou:, , et creux dans leur 
intérieur, d'où naissent en grande partie les cerfs optiques; 
plus en avunt,on aperçoit une autre paire de reaflemens, 
pleins et adhérens ensemble dans le mibeu ; lotit-à-fait à 



572 DU CERVEID. 

la p:irtie antérieure , on en découvre encore deux , qui 
sont séparés l'un de l'autre , et desquels les nerfs olfactifs 
tirent leur origine. Il n'y a que le cerveau du fœtus des ani- 
maux supérieurs qui ressemble, jusqu'à un certain point, au 
cerveau des animaux infér leurs ; car les hémisphères y sont 
petits, ils ne dépassent dabord ni le cervelet, ni les tubercu- 
les quadrijumeaux, et il y a une époque à laquelle le volume 
de ces derniers n'est point inférieur au leur. Dans ce cas , on 
trouve une série de renflemens analogues à ceux que pré- 
sente l'encéphale des Poissons ; d'abord, en arrière, un petit 
cervelet impair, puis les deux gros tubercules (juadrijumeaux, 
non encore séparés en paire antérieure et paire postérieure , 
et creux dans l'intérieur (veuiricule qui devient plus tard 
l'aquéduc de Sylvius), ensuite les hémisphères, ayant, chez les 
Mammifères , les lobes olfactifs à leur partie antérieure. Ce- 
pendant l'état du cerveau des Mammifères durant la première 
période de la vie fœtale, n'est point assez bien connu pour 
permettre de la comparer avec fruit avec celui de cet organe 
chez les Poissons. Nous ne pouvons employer dans cette vue 
que les observations recueillies sur l'embryon de Poulet. Or, 
d'après les recherches de Baer (1) , le cerveau de l'embryon 
d'Oiseau offre les renflemens suivans , en procédant d'arrière 
en avant : 

1* Un cervelet impair , couvrant le quatrième ventricule au 
dessus de la moelle allongée. 

2° La vésicule des tubercules quadrijumeaux , de laquelle 
principalement naît le nerf optique ; elle est creuse dans l'in- 
térieur, et renferme le ventricule de Sylvius , qui se trouve 
aussi contenu , chez l'adulte , entre les lobes optiques écartés 
l'un de l'autre par le bas. 

3° La vésicule du troisième ventricule. Le troisième ventri- 
cule , borné latéralement par les couches optiques et infé- 

(d) Voyez Bu&DACH, Traité de physiologie ^ trad. par A.-J. -L. Jourdan, 
Paris, 4838, t. 111 , p.,202. 



DU CERVEAU. SyS 

rieurcment par l'entonnoir, n'est pas couvert, chez l'em- 
bryon, par les hémisphères, qui sont encore très-petits ; ce- 
pendant il n'est point , dans le principe , ouvert à la partie 
supérieure, où l'on remarque un couvercle qui, plus tard , 
se déchire d'avant en arrière , sur la ligne médiane, et dont 
la partie postérieure produit le glande pinéale , en reve- 
nant sur elle-même , de manière que les pédoncules de cette 
glande indiquent l'étendue qu'avait primitivement le couver- 
cle médian. Les couches optiques sont contenues dans la vési- 
cule du troisième ventricule. 

Up La double vésicule des hémisphères, contenant dans son 
fond les corps striés. Celte vésicule, d'abord plus petite que 
celle des tubercules quadrijumeauxou lobes optiques, grossit 
peu à peu, et s'étend en arrière sur la vésicule du troisième 
ventricule et sa fente. Dans l'origine, elle n'est point déchirée 
à sa partie postérieure, c'est-à-dire qu'il n'y a encore aucune 
trace de la grande fissure du cerveau , par laquelle on pé- 
nètre , chez l'adulte , dans la cavité des hémisphères , en pas ■ 
sant sous le bord inférieur et postérieur de ceux-ci. Il y a 
donc un moment où l'on ne peut arriver que par la fente 
de la vésicule du troisième vésicule dans les vésicules des 
hémisphères, qui font corps avec elle. Mais , après qu'une 
fente transversale s'est établie à l'endroit où le bord infé- 
rieur et postérieur des vésicules des hémisphères , qui fait 
saillie en manière de bourse au dessus de la vésicule du troi- 
sième ventricule , se confond avec le bord antérieur de cette 
dernière , la grande fente cérébrale existe , fente à travers 
laquelle chacun sait qu'on peut , chez l'adulte , après avoir 
enlevé la pie-mère, pénétrer dans le ventricule latéral, au des- 
sous des piliers postérieurs de la voûte. 

Donnons maintenant une description rapide de l'encéphale 
des Poissons, en commençant, comme l'a fait Cuvier , par 
le cervelet , sur le compte duquel il ne peut y avoir aucun 
doute : 



3y4 DU CERVEAU. 

1° Le cervelet. Il est impair , et situé en travers sur la 
iTioelie allongée ; il couvre le quatrième veniricule, qui s'ou- 
vre au dessous de lui , en arrière , comme chez tous les ani- 
maux. 

2** Les lobes optiques. Au devant du cervelet on découvre 
en haut une paire de lobules creux , unis le lonjj d'un sillon 
médian de leur paroi supérieure. Ils donnent origine aux 
nerfs opiicpios , et l'on ne doit pas les conf^)ndre avec les cou- 
ches optiques des animaux supérieurs. Leurs parois contien- 
nent deux couches de fibres i la couche extérieure marche 
d'anière on avant et de dehors en dedans; rinierne rayonne 
de bas en haut et de dedans en dehors dans les parois des lo- 
bes optiques. Sur le fond (chez les Poissons osseux seulement), 
on aperçoit deux paires de petits corpi, qui sont entourés ex-^ 
térieuremeni d'un renflement gris d'où part le rayonnement 
intérieur; au devant de ces corps se trouve un enfoncement , 
le troisième ventricule , qui conduit à la glande piluitaire. Au 
devant du troisième ventricule est placée la commissure anté- 
rieure. Les nerfs optiques sortent de la couche fibreuse exté- 
rieure de ces lobes. Au devant des petits corps gris s'ouvre , 
dans le troisième veniricule, l'aquéduc, qui vient, au dessous 
d'eux , du quatrième ventricule. A l'extrémité antérieure des 
lobes optiques, entre eux et les lobes antérieurs, on aperçoit, 
sur la ligne médiane, une ouverture peu favorable à l'opinion 
des anatomistes qui regardent ces lobes comme les analogues 
des hémisphères des animaux supérieurs. Le nerf pathétique 
naît derrière les lobes optiques , et derrière les petits corps 
gris, au devant du cervelet. 

3" Au dessous des lobes optiques sont placés, à la base du 
cerveau, et au devant de la moelle allongée, deux petits 
renflemens, appelés lobes inférieurs, d"où parient aussi, selon 
Cuvier, des libres allaut se rendre aux nerl's optiques, mais 
dont Gottsche nie l'exisience. Ils contiennent rarement une 
caviié , qui communique avec le troisième ventricule. 



DC CERVEAU. 3^5 

4- Les lobes antérieurs sont «ris, placés an devant des lobes 
optiques, et en général plus petiis que ces derniers. Us ont un 
volume extraordinaire dans les Raies et les Squales. Ils sont 
unis, sur la lifine médiane, par une ou deux commissures. 
Leur surface montre parfois des circonvoluiions. Us ne sont 
pas creux , si ce n'est chez les Raies et les Squ:des , où leur 
volume dépasse celui des lobes optiques. De ces lobes naissent 
les nerfs olfactifs , soit immédiaument, soit par un renfle- 
ment; ces renllemens des nerfs olfactifs, appelés eux-mêmes 
lobes'olfaclifs , sont ensuite séparés l'un de l'autre, et sans 

commissure. 

50 Chez quelques Poissons {Murœna) il y a une sorte de 
glande pinéale. Elle est siluée au devant des lobes optiques, 
et 6xée par deux pédoncules à la base postérieure deslobeà 

antérieurs. 

6' La plupart des Poissons ont des renflemens de la moelle 
allongée qui correspondent à l'origine du nerf vague, et 
qu'on nomme lobes postérieurs. 

Si l'on prend en considération qu'U'eudroit où les nerfs 
olfactifs naissent des lobes antérieurs, il se trouve souvent 
un tubercule olfactif , que les nerfs optiques proviennent des 
lobes optiaues. er ««^ «-f. .u^ues des lobes postérieurs , ou 
demeure coavaincu que les lobes du cerveau des Poissons 
sont en grande partie des masses centrales pour les nerfs prin- 
cipaux , de même que la moelle épinière des Trigles offre 
une série de cinq renflemens à l'endroit où naissent les gros 
nerfs destinés aux appendices libres qui sont placés aii des- 
sous des nageoires pectorales, de même aussi que celle de 
tous les animaux vertébrés présente des renflemens à 1 origine 
des nerfs brachiaux et cruraux. 

Pour ce qui concerne l'interprétation du cerveau des Pois- 
sons , comparé à celui des animaux supérieurs , les opmions 

sont partagées. . 

r Les uns , comme [Cuvier, comparent les lobes optiques 



076 nu CERVEAU, 

des Poissons aux. hémisphères cérébraux des animaux supé- 
rieurs. Il se londent sur l'existence du troisième ventricule au 
fond de la partie médiane des lobes optiques, ei sur la com- 
missure qui existe au devant de ce ventricule. Ils comparent 
aux tubercules quadrijumraux les renflemens situés au fond 
de la cavité des lobes optiques , derrière le troisième ventri- 
cule. Enfin les lobes olfactifs, placés au devant des optiques, 
sont pour eux les analou[ues des lobes olfactifs qui se voient 
au commencement des hémisphères cérébraux, chez les Rep- 
tiles, les Oiseaux et les Mammifères. Gottsche, dans son beau 
travail sur le cerveau des Poissons (1), semble pencher en fa- 
veur de cette opinion. Cependant elle a contre elle la situa- 
tion de la glande pinéale au devant des lobes optiques, qui, 
s'ils représentaient les hémisphères , comme on le prétend , 
seraient placés en avant des tubercules quadrijuraeaux; elle a 
contre elle encore la petitesse des renflemens situés au fond 
de la cavité des lobes optiques, tandis que les tubercules qua- 
drijiimeaux des Oiseaux et des Reptiles sont fort gros et 
creux. Les commissures des lobes antérieurs ne s'oppose- 
raient pas à ce qu'on l'admît , car les lobes des nerfs olfactifs 
des animaux .supérieurs sont également réunis par une com- 
missure. 

2° La plupart des auteurs , tels que Arsaky, Carus , qui 
donne le nom de couches optiques aux lobes optiques, Tiede- 
mann , Serres , Desmoulins, regardent ces lobes comme les 
analogues des tubercules quadrijumeaux des animaux supé- 
rieurs, et rapportent aux hémisphères les lobes solides placés 
au devant d eux. Ils se fondent sur le volume des tubercules 
quadrijumeaux , sur la cavité que ces corps renferment chez 
les Oiseaux et les Reptiles, sur la part qu'ils prennent à l'o- 
rigine des nerfs optiques chez les animaux supérieurs, sur le 
volume très-considérable et l'excavation de ces mêmes corps 

(1) Meckel, Archiv , 1825. 



DC CERVEAU. 3^7 

chez les fœlusdes animaux supérieurs, à une cerlaiue époque 
de la vie desquels ils surpassent même toutes les parties du 
cerveau en {grosseur. On peut alléguer aussi en faveur de celle 
opinion la situation de la glande pinéale au devant des lobes 
optiques des Poissons. Mais d'aulres circonstances s'élèvent 
contre elle, savoir : la solidité des lobules situés au devant des 
lobes optiques, et que l'on compare aux hémisphères (ils ne 
sont creux que chez les Poissons cartilagineux); les renfle- 
mens placés au fond des lobes optiques , et qu'on ne trouve 
point dans les tubercules quadrijumeaux des animaux su- 
périeurs ; la situation du troisième ventricule sur la base des 
lobes optiques; enfin la commissure qui se remarque au 
devant de ce ventricule. 

3° Treviranus compare les lobes optiques des Oiseaux à la 
partie postérieure des hémisphères et aux tubercules quadri- 
jumeaux des Mammifères, notamment à la réunion des corps 
genouillés avec les tubercules quadrijumeaux. Le principal 
argumenta l'appui de cette hypothèse est que la partie posté- 
rieure des couches optiques fait saillie dans la cavité dos lobes 
optiques des Oiseaux et des Reptiles. D'après cela , les lobes 
optiques devraient être considérés comme une réunion de la 
partie postérieure des hémisphères avec les parois des tuber- 
cules quadrijumeaux, qui sont entièrement creux chez le fœtus, 

4° Dans mon opinion, les lobes optiques des Poissons cor- 
respondent aux lobes optiques ou à la vésicule des tubercules 
quadrijumeaux, et en même temps à la vésicule du troisième 
ventricule du fœlus des Oiseaux. L'exactitude de ce rapproche- 
ment est prouvée d'une manière définitive par la structure du 
cerveau des Lamproies, chez lesquelles les lobes optiques se di- 
visent en un lobe du troisième ventricule, d'où naissent les nerfs 
optiques, et en une vésicule des tubercules quadrijumeaux, 
tandis que , chez les autres Poissons , tous deux représentent 
ensemble une vésicule commune , au fond de laquelle se 
trouve le plancher du troisième ventricule. Le lobe du troi- 



î-jS DU CERVEAU. 

sième ventricule des Lamproies piésente, en haut et en devant, 
la fente qui se forme dans la vésicule du troisième ventricule 
de l'embryon dOiseau, et cette fente des Lamproies reparaît 
à la partie antérieure des lobes optiques des autres Poissons. 
Il suit de là en même temps que les lobes optiques des Pois- 
sons différent encore beaucoup de ceux des autres animaux. 
Car, cliex les Reptiles et les Oiseaux , ces lubes sont les vési- 
cules des tubercules (luadrijumcaux du fœtus dOiseau et du 
fœtus de JNJammifcre (1). Les lobes iuférieurs des Poissons 
sont comparés par Desmoulins aux éminences mamillairesdes 
Mammifères , et par Cuvier aux lobes optiques des Oiseaux , 
qui seraient descendus plus bas encore. Cependant les lobes 
optiques des Oiseaux, quoiqu'ils soient écartés l'un de l'autre, 
rejetés tant en bas qu'en dehors, et unis seulement par une 
bande transversale , correspondent évidemment à la ({rosse 
masse des tubercules quadnjumeaux du fœtus des Mammi- 
fères. Gottsehe nie l'existence de fibres du nerf optique pro- 
venant des lobes inférieurs. 

Si l'on compare les Reptiles et les Oiseaux avec les Mammi- 
fères, on voit que les premiers possèdent la voûte, mais qu'ils 
n'ont pas la grande commissure des hémisphères, ou le corps 
calleux, qui n'apparaît d'une manière complète que chez les 
Mammifères; que leurs lobes optiques sont encore creux, 
tandis que les tubercules quadrijumeaux des Mammifères 
renferment seulement l'aquéduc de Sylvius, et ne sont creux 
(|ue pendant la vje embryonnaire ; enfin que les lobes opti- 
ques se divisent encore, comme les tubercules quadrijumeaux 
des Mammifères, en deux paires d'éminences, l'une anté- 
rieure , l'autre, posiérieuie. On n'obseï ve point encore les 
éminences mamillaires. Les Oiseaux et les Reptiles sont dé- 
pourvus aussi de la partie visible à l'extérieur du pont de 
Varole, quoiqu'on leur refuse à tort ce dernier, puisqu'il faut 

(i) Mvt-L»R, 4rçhiv , 1834, p. 62. 



DU CERVEAU. 37^ 

y rapporter, même chez les Mammifères et l'homme, les 
fibres transversales profondes qui se remarquent entre les 
faisceaux de la moelle a!on{j;ée. Les parties latérales du cer- 
velet sont moins développées que chez les Mammifères. 

Les Mammifères, comparés à l'homme, ont les hémisphères 
moins développés d'une manière relative, d'où il suit que, 
chez beaucoup d'enire eux, le cerveau n'est pas partagé en 
plusieurs lobes; c'est seulement chez lesRuminans, les Car- 
Dossiers, les Pachydernes et les Solipèdes qu'on commence à 
apercevoir une division en deux lubis, qui correspondent plus 
aux lobes antérieur et moyen qu'aux lobes postérieurs du cer- 
veau de l'homme, ce qui s'accorde avec l'absence de la corne 
postérieure des ventricules latéraux chez ces animaux, à l'ex- 
ception des Singes, des Phoques et des Dauphins. Les circon- 
volutions sont à peine marquées aussi chez beaucoup de Mam- 
mifères , tels que les Rongeurs , les Chéiroptères , la Taupe , 
le Hérisson, les Tatous et les Fourmiliers ; on ne les dislingue 
bien que chez les Carnassiers, les Ruminans, les Solipèdes, 
les Pachydernes et les Singes; mais elles sont plus simples que 
chez l'homme (1). La commissure inférieure du cervelet, ou 
le pont de Varole , est déjà visible à l'extérieur, chez les 
Mammifères; mais elle est étroite encore, ce qui fait qu'on 
peut suivre plus loin les pyramides de la moelle alongée , 
qui, chez l'homme, sont plus cachées par la couche profonde 
des fibres transversales du pont. Chez beaucoup de Mammi- 
fères aussi, les faisceaux de fibres transversales, embrassant 
la moelle épinière, qui se trouvent placés derrière le pont 
proprement dit, sont séparés de ce dernier (2). 

Sur la moelle allongée, on ne distingue bien ni les corps oli- 
vaires à l'extérieur, ni le corps frangé à 1 intérieur ; les stries 



(1) Carus, Traité élémentaire d'anat. comp. , Uad. par A.-J.-L. Jour- 
dan , Paris, 1835, t. 1, p. 97. 

(2) Taeviranvs , y ermischte Schiften^ 3, 12. 



38o DU CERVEAU. 

médullaires transversales du quatrième ventricule manquent 
{généralement, et le cervelet, qui possède moins de feuillets 
que celui de l'homme , a;uissi, la plupart du temps, moins de 
volume ; mais les toiifl'es sont plus dévoloppées , comme chez 
les Oiseaux, et, de même que chez ces animaux, elles occupent 
souvent une fosse particulière creusée dans le rocher. Les 
lobes olfactifs que l'on remarque à l'exirémiié antérieure des 
hémisplièrcs du cerveau des Oiseaux, existent encore chez les 
Mammifères, dont les tubercules olfactifs diflèrent des nerfs 
olfactifs de l'homme en ce qu'ils sont creux et que leurs ca- 
vités communiquent immédiatement avec les ventricules laté- 
raux du cerveau. 

II. Forces du cerveau et facultés de l'âme en général. 

Le cerveau des Poissons grossit de plus en plus , depuis les 
Poissons jusqu'à l'homme, en raison du développement des 
facultés intellectuelles. D'après les évaluations données par Ca- 
rus, sa masse est à celle du corps : : 1 : 720, dans la Lote, 1 
: 1305 dans le Brochet, ;; 1 : 1837 dans le Bars, :: 1 : 380 
dans la Salamandre, :: 1 -. 2240 dans la Tortue terreste, :: 1 : 
91 dans le Pigeon, :: 1 -. 160 dans l'Aigle, :: 1 ; 231 dans le 
Serin, ; ; 1 : 82 dans le Rat, - 1: 351 dans la Brebis, : : 1 : 500 
dans l'Éléphant, • • 1 : 48 dans le Gibbon, ; ; 1 : 25 dans le Simia 
Capucina. D'après Sœmmorring, le plus gros cerveau d'un Che- 
val pèse une livre et sept onces, et le plus petit d'un homme 
adulte deux livres cinq onces et demie; cependant les nerfs qui 
sortent de sa base sont près de dix fois plus gros dans le Che- 
val que dans l'homme. Le cerveau d'une Baleine longue de 
soixante-et-quinze pieds , pèse cinq livres cinq onces et un 
gros, tandis (jue , suivant Sœmmerring, celui de l'homme pèse 
depuis deux livres cinq onces et demie , jusqu'à trois livres 
une once sept gros (1). Si l'on pense que la moelle épinière 

(1) Comp<\rez y4natomie comparée du système ?ierveux, pur F. Leuiet, 
Paris, 1839, in-8. 



DU CERVEAU. 38 1 

dimiûue beaucoup moins chez les animaux inférieurs, puisque 
sa masse est à celle des corps, par exemple :: 1 : 181 dans 
la Lote, ; ; 1 : 190 dans la Salamandre terrestre , ; • 1 : 305 
dans le Pigeon , et : : 1 : 180 dans le Rat , il devient manilesle 
que le développement des facultés intellectuelles dans le règne 
animal dépend de la force du cerveau , et non de celle de la 
moelle épinière. Les variations considérables que la propor- 
tion subit dans une seule et même classe , nous prouventque 
le volume du cerveau , en général , n'y est pas non plus ri- 
gonrpusement calculé dans la vue de dominer la masse du 
corps , et qu'il faut chercher, non pas en lui , mais dans la 
moelle épinière, la force des appareils moteurs nécessaires 
pour exercer la domination sur les masses musculaires. 

Cependant toutes les parties du cerveau ne marchent pas, 
dans le règne animal, d'un pas égal avec le développement 
des facultés intellectuelles. La prépondérance de cet organe 
chez les animaux supérieurs se rattache surtout à l'accroisse- 
ment des hémisphères. Le cervelet a bien , chez ces animaux, 
un volume proportionnel plus considérable que chez les ani- 
maux inférieurs; mais la proportion est beaucoup plus faible. 
Les tubercules quadrijumeaux sont proportionnellement plus 
petits, chez l'homme, et la moelle allongée , avec ses ramifi- 
cations dans le cerveau, n'est pas , proportion gardée, plus 
grosse chez lui que chez aucun animal. Cette partie amène 
également , chez tous les animaux , toutes les fibres nerveuses 
du tronc entier au cerveau. Cette circonstance seule nous 
prouve que le cerveau contient des parties qui ont la même 
signification chez tous les animaux , et qui ont partout la même 
importance pour la vie ; en effet, la lésion de la moelle allongée 
est également mortelle chez tous les animaux, parce qu'elle af- 
fecte en quelque sorte, le centre de la vie et de tous les mouve- 
mens volontaires, tandis que la lésion des hémisphères apporte 
bien moins de trouble dans les fonctions chez les Reptiles que 
chez les êtres doués de facultés intellectuelles supérieur 



38a DU CERVEAU. 

Snns entrer, dès à présent, dans l'examen des forces que les 
diverses |)arties du cerveau possèdent, iiidëpendamineiit des 
aptitudes intellectuelles, nous allons commencer par recher- 
cher le rapport qui existe entre les facultés de l'âme et len- 
céphale en {^énéral. L'analomie comparée nous montre déjà 
que nous devons chercher dans le cerveau la source des fa- 
cultés iniellectiielles ; les expériences sur les animaux et 
l'histoire des lésions de ce viscère comparées à celles d'autres 
orijanes, le confirment. Il nous faut donc démontrer que les 
fonctions de Tame ne s'accomplissent dans aucune partie du 
système nerveux, ni du corps en général, autre que le cerveau. 
Quant à ce qui concerne d'abord les nerfs , les conséquen- 
ces de leurs lésions prouvent cpiune fois séparés du cerveau, 
ils sont également soustraits à l'influence de la volonté, et que 
l'animal n'a plus h conscience de leurs étals. Sous ce point 
de vue, la moelle épinière se comporte comme eux : toute lé- 
sion de cette colonne soustrait à l'influence du cerveau , et par 
suite à l'empire de la volonté , tous les nerfs qui naissent au 
dessous du point où elle a lieu , tandis que ceux qui prennent 
leur origine au dessus de ce point et le tronçon supérieur de 
ceux sur le trajet desquels on a pratiqué une section, peuvent 
encore apporter des sensations à la conscience et recevoir 
du cerveau les ordres de la volonté. La portion antérieure du 
tronc de la Grenouille , derrière la tête séparée du corps, 
continue de sentir et de se mouvoir voloniniiement. Ainsi, la 
section n'a rien fait perdre de ses forces à l'organe du pouvoir 
intellectuel ; elle a seulement diminué l'étendue des parties 
sur lesquelles il règne, absolument de même qu'en perdant ses 
membres, l'amputé conserve ses facultés intellectuelles, et 
perd seulement les moyens de les manifester par des actions. 
Toute autre partie quelconque du tronc peut encore moins 
que la moelle é|)inière être le siège des fonctions de l'âme. 
Les membres peuvent être amputés et les viscères frappés 
de gangrène, c'est-à-dire de mort, sans que l'âme perde rien 



DU CERVEAU. 383 

de sa lucidité , aussi long-temps que la vie persiste en pareil 
cas; il arrive même quel(|uefois qu'après l'apparition de la 
gang^rène, dans une maladie inflammatoire, la conscience re- 
prend sa netteté, qu'elle avait perdue. Nous ne devons pas 
être surpris de ce que le délire survient souvent dans les affec- 
lions phlegmasiques , puisqu'en quelque partie du corps que 
celles-ci s'établissent, même dans colles dont l'amputation ne 
porte aucune atteinte aux facultés intellectuelles , elles peu- 
vent , lorsqu'elles sont violentes , exercer une Irès-vive im- 
pression sur le sensnrium commune. Une forte infliimmatioti 
à la peau provoque le délire : p turquoi la même chose n'au- 
rait-elle pas lieu dans l'inflammaiion d'un viscère? et cepen- 
dant toute partie de la peau peut être enlevée, avec le mem- 
bre entier, sans que l'âme s'en ressente. Mais , que cette 
violente impression d'une partie malade sur les organes cen- 
traux vienne à cesser par l'effet de la gangrène ou de la mort 
de l'organe, aussitôt tombe le voile qui couvrait en quelque 
sorte le sensorium commune^ et la conscience peut redevenir 
claire et nette pendant le court espace de temps qui s'écoule 
jusqu'à la mort définitive. On parvient de cette manière à dé- 
montrer qu'aucun des viscères logés dans le bas-ventre ne 
saurait être le siège des fonctions de l'âme. Les maladies in- 
flammatoires des organes imporlans contenus dans la cavité 
thoracique, les poumons et le cœur, peuvent causer la mort 
avant même d'avoir porté le trouble dans le sensorium. Ce- 
pendant les affections chronique^ de ces viscères et leurs dé- 
générescences démontrent jusqu'à l'évidence qu'ils ne sont 
pas non plus le siège des facultés de l'âme. Le phtliisiqne ne 
perd rien de ces facilités, malgré la destruction totale de ses 
poumons. L'homme atteint d'une maladie du cœur peut éprou- 
ver une anxi^ lé extrême, comme il arrive toujours quand la 
circulation est troublée; mais ses fonctions intellectuelles 
conservent leur iniégrilé. Ainsi tous les organes, à l'exception 
du cerveau , peuvent, ou sortir ieniemeat du cercle de Téco- 



38:'| liU CERVEAU. 

nomie animale , ou périr en peu de temps, sans que les facultés 

de rame subissent aucun déran{][ement. 

Il en est autrement du cerveau. Tout trouble lent ou 
soudain de ses fonctions change aussi les aptitudes intellec- 
tuelles. L'inflammation de cet organe n'est jamais sans délire, 
et plus tard sans stupeur. Une pression exercée sur le cerveau 
proprement dit, amène toujours le délire ou la stupeur, sui- 
vant qu'elle a lieu avec ou sans irritation , et le résultat est 
le même, qu'elle soit déterminée par une pièce d'os enfoncée, 
ou par un corps étranger, de la sérosité, du sang, du pus. 
Les mêmes causes, suivant le lieu sur lequel porte leur action, 
entraînent souvent la perte du mouvement volontaire ou de la 
mémoire. Dès que la pression cesse, dès que la pièce d'os est 
relevée, la connaissance et la mémoire reviennent fréquem- 
ment; on a même vu des malades reprendre la série de leurs 
idées au point juste où la lésion l'avait interrompue. Les lésions 
du cerveau , chez les animaux, déterminent la stupeur et la 
perte de connaissance ; de même, la plupart des aliénés ont 
cet organe atteint de désordres matériels considérables, quoi- 
qu'il y ail néanmoins des cas, surtout dans la folie hériditaire, 
où les changemens matériels subis par des fibres d'une té- 
nuité microscopique, échappent à tous nos moyens d'investi- 
galion (1). On a objecté , il est vrai, que certains sujets ont 
présenté des destructions considérables, par exemple de tout 
un hémisphère, sans que leurs facultés intellectuelles fussent 
altérées-, mais les expériences sur les animaux prouvent que les 
lésions, même subites , qui portent sur un seul hémisphère, 
n'entraînent pas sur-le-champ une stupeur complète, elque 
celle-ci ne se manifeste qu'après l'ablation des deux hé- 
misphères; ce qui semble annoncer que ces deux portions 
du cerveau s'entr' aident réciproquement et peuvent même 

(1) Esquirol, Des maladies mentales, Paris, d838, 2 vol. in-8.— F. Leu- 
ret, Du traitement moral de la folie Paris, 1S40, iu-8, 



DU CERVEAU. 585 

se suppléer l'une l'autre dans l'exercice des fonctions de 
Tâme. 

Plusieurssavans distingués, Bichat et Nasse entr'-autres, sont 
d'une opinion directement contraire à la mienne. Quoiqu'ils re- 
connaissent que le cerveau est le siège des hautes fonctions de 
l'ûme, ils prétendent cependant que d'autres organes encore, 
par exemple, ceux du bas-ventre et de la poitrine, prennent 
part jusqu'à un certain point à ces fonctions. Ils ont même de 
la propension à croire que le siège des passions pourrait 
bien résider dans les viscères, et ils se fondent tant sur les 
affections que ceux-ci éprouvent dans les passions, que sur 
les altérations morbides qu'on découvre en eux dans certains 
cas d'aliénation mentale. Assurément, le canal intestal, le foie, 
la rate, les poumons, le cœur, sont fréquemment malades 
chez les aliénés, et ils le sont même quelquefois dans des cir- 
constances où le cerveau ne présente aucun changement ma- 
tériel appréciable. J'accorde aussi que la maladie d'un viscère 
peut, comme toute autre cause occasionelle , donner lieu à la 
manifestation d'un dérangement de l'esprit. Mais je ne con- 
clus pas de là que tel ou tel viscère soit la source de certaines 
lacultés intellectuelles ou de certaines passions. Pour amener 
une maladie mentale quelconque, il faut une prédisposition 
dans le cerveau; quand cette prédisposition, acquise ou sur- 
tout héréditaire, existe, tout désordre prolongé qu'une ma- 
ladie d'un viscère quelconque provoque dans les fonctions des 
organes centraux, en vertu de l'impression que ces derniers 
ressentent, et des lois de la propagation des états nerveux 
dans la moelle épiniète et le cerveau, suffit pour faire éclater 
l'aliénation mentale, absolument de même que toute partie du 
corps dont la perle ne porte aucun préjudice à l'àme , peut 
cependant, aussi long-temps qu'elle jouit de la vie, donner 
lieu à un délire sympathique par la transmission vive de sa 
disposition maladive au cerveau. De là vient aussi que, dans 
les délires de ce genre, l'état normal se rétablit à la cessation 

i. 25 



386 ^^ CERVEAU. 

des troubles matériels dans les viscères qui influent de loin 
ou de près sur l'eDcépliale. 

Quant aux rapports entre les viscères et les passions, on ne 
peut pas les nier sans doute, mais tout ce qui les concerne est 
encore enveloppé d'une grande obscurité. Il rèffne, dims cette 
partie de la physiologie, des opinions assez généralement ré- 
pandues, qui s'éloignent fort peu des simples traditions popu- 
laires. On sait qu'en vertu d'un changement d'éiat qui a lieu 
dans le cerveau, les passions exercent une action tantôt exci- 
tante et tantôt déprimante sur tout le système nerveux. Les 
passions excitantes sont accompagnées de tension et niême de 
niouvemens convuisils dans certains muscles, principalement 
dans tous ceux qui dépendent du système respiratoire des 
nerfs, le nerf facial y compris ; les mouvemensde la respira- 
tion changent au point de produire les pleurs, les soupirs, le 
hoquet, et les traits du visag* se déforment. D.ms les passions 
déprimantes, telles que lanxiété, la crainte, la fr;iyeur, to .s 
les muscles sont relâchés, p..; ce que l'influence motrice de la 
moelle épinière et du cerveau sur eux diminue : les jambes ne 
soutiennent [)lus le corps, les traits de la face sont pendans, 
l'œil est fixe, et reflet peut aller jusqu'à la paralysie momen- 
tanée de tout le corps, principalement des sphincters. Les 
mouvemens du cœur s'accélèrent dans les deux genres de 
passions; mais les pi emières leur impriment en inêiTie temps 
plus de force, tandis que la plupart des antres les l'cndent 
plus faibles. Les sensations sont changées dans certaines par- 
ties, nol.inmient dans l'organe de I » vue, d;ins l'appariil de la 
respiration, et dans c< lui de la dig<*stion, souvent même dans 
le système nerveux entier. Les <1V. ts organi(|ues des passions 
mouitient lu sécrétion de la glande lacrynule; celle de la peau, 
qui se couvre d'une sueur froide dans les passions dépriman- 
tes ; celle de la bile, qui iranssude fréquemment à travers les 
parois des vaisseaux, et produit ainsi l'ictère; celle enfin de 
l'urine, qui devient aqueuse, comme dans toutes les aifeclions 



DU CERVEAU. 387 

nerveuses. Ils modifient également les actions des petits vais- 
seaux, et par-là changent l'état de turgescence de la peau, 
qui tantôt rougit et tantôt pûlit. En un mot, l'influence des 
passions porte d'abord sur les nerfs de la respiration, le facial, 
le vague, les spinaux respiratoires et le phrénique, puis, par 
la moelle épinière, sur le système entier des nerfs spinaux, 
tant ceux de la vie animale, que ceux de h vie organique. 
Mais, en laissant de côté les traditions, je ne connais rien qui 
établisse que, chez l'homme en santé, une passion agisse plus 
sur un organe que sur un autre. On dit que le cœur a des rela- 
tions avec la joie, avec le chagrin, avec l'anxiété; mais quelle 
est la passion tant soit peu vive , excitante ou déprimante , 
dans laquelle son mode d'action ne change pas ? Il en est de 
lui comme des organes lacrymaux, qui peuvent é(re aflectés 
dans toute passion violente, puisqu'on voit souvent le chagrin, 
lacolère,la joie, l'admiration, l'émotion, la tristesse, lacrainie, 
l'anxiété, la frayeur s'accompagner de pleurs. On a prétendu 
que le foie était lié par une étroite connexion à la colère et 
au chagrin. C'est une asseition fort ancienne, qui a passé dans 
un grand nombre d'ouvrages, même physiologiques, mais qui 
est absolument fausse. Il y a sans doute des personnes dont 
le foie se trouve affecté quand elles ont éprouvé l'une ou 
l'autre de ces deux passions, dont le teint devient jaune, qui 
ressentent des douleurs dans l'hypochondre droit, ou qui 
même sont atteintes d'hépatite ; mais ce phénomène n'a lieu 
que quand leur foie est déjà malade, ou lorsqu'elles ont une 
prédisposition innée aux afl'eclions hépatiques. La pliip.u t du 
temps, rien de semblable ne s'observe après la colère ou le 
chagrin, et j'en appelle là-de>sus à l'expérience des lecteurs. 
Combien d'hummes (;ui, après s'être mis en roière ou avoir 
éprouvé des coiilrariétés, ne ressentent rien du côté du foie, 
mais souffrent les uns de l'estomac , les autres on cœur, c'e<!t- 
à-dire de l'organe le plus impressionnable chez chacun d'en- 
tre eux? 11 en est de même des autres passions. Aucune n'agit 



388 Dr cEnvEAU. 

réfîulièremenl sur le foie, sur l'eslomac, sur le cœur, de pré- 
férence aux autres viscères; chez lliomme bien poriani, leurs 
effets se propagent en rayonnant du cerveau à la moelle épi- 
nière, et de celle-ci au système nerveux, tant de la vie ani- 
male que de la vie or{ïanique. Tout ce qui arrive de spécial 
est purement individuel. On serait tentr de "croire qu'il appar- 
tient en propre à la pudeur de rou{jir la peau du visage, en 
déterminant une accumulation du sang dans les petits vais- 
seaux; mais beaucoup de personnes rougissent de dépit, d'im- 
patience, tandis que d'autres pâlissent par l'elVet de la honte, 
du dépit, de la colère, tout aussi bien que par celui de la 
crainte et de la frayeur. Les personnes douées d'une com- 
plexion hépatique sont les seules chez lesquelles une passion 
violente entraîne l'ictère ou Ihépaliie. En un mot, les etfets des 
passions sur les diverses régions des parties dépendantes du 
cerveau ne fournissent aucune preuve à l'appui deriiypoihèse 
dont les partisans prétendent que les passions elles-mêmes, 
ou en général certaines opérations de l'âme , ont leur siège 
hors de l'encéphale. 

Si l'anatomie comparée , la physiologie et la pathologie se 
réunissent poumons obliger à reconnaître que lo cerveau est 
l'unique siège des effets de l'àme , que les nerfs sont les exci- 
tateurs de ces effets , et que toutes les autres parties éprouvent 
les '.effets des nerfs, elles ne démontrent cependant qu'une 
seule chose , c'est que l'âme agit au moyen de l'organisation 
cérébrale ; mais il ne résulte pas de là que le siège de son 
essence soit uniquement le cerveau. L'âme pourrait fort bien 
ne pouvoir accomplir des actes et recevoir des influences que 
dans un organe de structure déterminée , et cependant être 
répandue d'une manière générale dans l'organisme. 

Je vais signaler des faits qui prouvent d'une manière pé- 
remploire que l'âme , bien qu'elle n'agisse que dans le cer- 
veau , n'est toutefois pas bornée entièrement à cet organe. 
Deux suffisent pour en donner la démonstration. ; . 



DU CERVEAU. ^Sg 

1» Les animaux inlerieurs, tels que les Planaires , les^Po- 
lypes , les Annélides , sont divisibles i il y a plus même , cer- 
tains Polypes et certains Annélides , comme les Naides et 
les Néréides, se reproduisent par division de leur corps. Ce 
fait nous montre que le principe vital est divisible avec la 
matière , puisque de tronçons séparés naissent de nouveaux 
individus. A la vérité , on ne peut pas dire de ces êtres qu'ils 
sont animés dans le même sens que les animaux supérieurs ; 
cependant chacun des tronçons a sa volonté propre et ses ap- 
pétits particuliers :^or comme , pour sentir , il faut de la 
conscience et de l'attention , nous avons la preuve que l'âme 
de ces êtres inférieurs , qu'il y ait ou non identité entre elle 
et le principe vital , est susceptible , comme celui-ci, de se 
diviser avec la matière. 

2° L'àme est divisible , ainsi que le principe de la vie , même 
chez les animaux supérieurs et les plus haut placés dans l'é- 
chelle , sans excepter l'homme. Les animaux supérieurs et 
l'homme ne produisent pas de nouveaux individus animés par 
division d'eux-mêmes en plusieurs tronçons , mais ils en en- 
gendrent par production de la semence chez le mâle et du 
germe chez la femelle. De quelque manière que puisse s'ac- 
complir la génération du nouvel individu parla rencontre du 
germe de la femelle et de la semence du mâle , nous savons 
que cette seule rencontre suffit , chez les Poissons , les Gre- 
nouilles, les Salamandres , pour donner lieu à la production 
d'un nouvel individu , sans nulle participation ni du mâle 
ni de la femelle, puisqu'il suffit même que l'art opère le 
rapprochement , comme l'apprennent les expériences de Spal- 
lanzani. Ainsi , le germe de la femelle et la semence du màle 
renferment tout ce qui est nécessaire pour la manifestation du 
principe vital individuel et des fonctions de l'âme des ani- 
maux. Le germe et le sperme, ou l'un des deux, doivent donc 
contenir le principe de la vie et celui de l'âme à l'état pour 
ainsi dire latent ; car autrement ces principes ne pourraient 



SgO DtJ CERTEAB. 

point ?e niarifcstor à la naissance du nouvel individu. Or nous 
sommes ol)li{;<^s d'admellre (iiie les choses se passent de la 
même manière chez li sanim lUX placés au sommtl de léchelle 
ei chez ihomme , c'est-à-dire que lo sperme ei le {jerme ren- 
ferment toutes les conditions nécessaires à la (;(''nération d'un 
nouvel être vivant et animé , et que tous deux , ou l'un des 
deux, contiennent à l'étal laleni le principe de la vie ei celui de 
l'âme. Peu importe, qi.antau fond de la question , que le nou- 
vel individu se développe hors du corps de la mère , comme 
chez les Ovipares , ou dans son intérieur, comme chez les 
Vivipares. 

^'ous voyons, par celte série de faits et de raisonnemens , 
que quoique les animaux supérieurs et l'homme ne procréent 
plus de nouveaux individus vivans et animés par division de 
leur propre corps en plusieurs tronçons , ils sont cependant 
encore divisibles sous le point de vue du principe de la vie 
et du principe de lame , en ce sens qu'une partie de leur ma- 
tière, représentée par les liquides générateurs, est animée 
de ces principes, soit que ceux-ci diffèrent l'un de l'autre, 
soit qu'ils ne fassent qu'un. Mais , les choses se passant ainsi , 
le principe de l'âme n'est évidemment point borné au cerveau ; 
il existe , quoiiju'à l'état latent , dans des parties qui soni fort 
éloignées de l'encéphale et séparablesdutout. C'est là ce que 
je voulais établir. 

Le principe de la vie et le principe de l'âme arrivent-ils à 
l'état latent du cerveau à la semence ou au (jerme par la voie 
des nerfs, ou bien sont-ils répandus à l'état latent dans le 
sang , ou bien enfin sont-ils dispersés , toujours à l'élat latent, 
dans le corps entier, tandis cju'ils n'agissent et ne reçoivent 
les effets d'autres parties que dans le cerveau , sewl appareil 
organisé de manière à leur permettre de déployer librement 
leur aclivit '' î' Toutes ces questions ne peuvent recevoir de 
réponse. La solulioii ménii? serait indifférente pour les recher- 
ches qui nous occupent actuellement. Il nous suûii de savoir 



DU CERVEAU, 5g\ 

que le sperme et le {^rerme doivent contenir, non seulement 
la force nécessaire pour produire un individu vivant , mais 
encore le principe de lân*^ du nouvel èire à létal lalcni. Il 
nous suffit de savoir que des parties du corps autres que le 
cerveau participent au principe de 1 àme , iit;iis que ce prin- 
cipe ne déploie sa liberté et son aciiviié que dans le cerveau, 
parce que la il trouve ror{janisalion nécessaire tant pour re- 
cevoir les impres ions des conducteurs sensibles que pour agir 
sur les forces d'autres partit s, sur les appareils moteurs. La 
conscieuce , la pensée , la volonté , la passion ne sont possi- 
bles que dans le cerveau , et quoique le principe duquel 
émanent les idées, les pensées, etc., existe à l'état latent 
dans le germe lécondé , il faut que ce germe animé crée l'or- 
ganisaiion entière de lencéphale pour que le principe de 
l'âme entre en liberté, pour que la pensée, la volonté, etc., 
puisse apparaître ou a{;ir. Dans l'acéphale , qui s'est nourri 
et qui a vécu duraut tout le cours de la vie intra-utérine jus- 
qu'au moment de sa naissance , l'organe que le germe animé 
avait produit pour la manifestation de l'àmc à une époi]ue plus 
éloignée , a été détruit , par hydropisie , dès avant qu'il eût 
les conditions requises pour que le principe de l'âme pût sor- 
tir de son état latent, pour que les facultés de l'âme pussent 
se manifester. 

Les considérations et les faits qui ont été exposés jusqu'ici 
nouspermeiteat de discuter maintenant si le principe de l'âme 
est modifié d'une manière essentielle par une lésion de l'or- 
ganisation cérébrale elle-même , ou s'il survient seulement 
alors un changement dans Taciivité de l'âme, et si cette der- 
nière , en elle-ménje, peut devenir malade. Comme, ainsi que 
nous l'avons vu, l'existence de l'amené dépend pas de l'inté- 
grité de l'organisation du cerveau, puisqu'on démontre qu'elle 
doit exister , bien qu'à l'état latent , jusque dans le germe 
rejeté par le corps maternel , il suit de là qu'un changement 
dans la texture du cerveau ne saurait modifier l'essence de 



392 ni: CERVEAU. 

l'âme, et qu'il ne peut que contraindre son activité à des ac- 
tions maladives. L'activité seule de l'àme dépend de l'inté- 
grité de la structure anatomiqiie et de la composition 
chimique du cerveau. Le mode d'action et l'état de l'encé- 
phale marchant toujours parallèlement l'un à l'autre, le 
second détermine toujours le premier ; mais l'essence de 
l'âme , sa force lalenlo , en tant qu'elle n'a point à se mani- 
fester, ne paraît dépendre d'aucun changement du cerveau. 
Si l'on s'en tient à ces idées , on coupe court à toutes les dis- 
cussions sur la cause finale des maladies mentales , sur la part 
qu'y prennent le cerveau et l'âme , et le médecin n'a plus à 
s'occuper , dans toutes les aberrations des facultés inlellec- 
luelles , que du changement matériel qui oblige l'âme à des 
actions morbides, ou qui l'empêche d'agir. Nous connaissons 
deux cas d'idiotisme congénital , avec surbaissenient tel du 
crâne , qui est d'ailleurs complet , que les figures rappellent 
la disposition de cette boîte osseuse dans l'hémicéphalie. Ce 
sont deux jeunes garçons , âgés l'un de dix et l'autre de dix- 
sept ans, qui vivent à Kivvitsbloil , près de Bromberg. Tous 
deux jouissent d'une parfaite santé , mais sont tellement stu- 
pides qu'ils ne peuvent retrouver le chemin deleurliabiiation 
pour peu qu'ils s'en éloignent, et qu'ils ne sont point en état 
de déboutonner leurs pantalons, bien qu'ils jouissent de toute 
l'énergie motrice d'un homme bien portant, et qu'ils puissent 
faire sentir à toutes les parties de leurs corps l'influence de 
leur volonté, dont ils ne se servent que pour boire, manger et 
détruire tout ce qui leur tombe sous la main, quoique d'ail- 
leurs ils ne soient point méchans. Dans ces deux cas bien re- 
marquables nous ne pouvons point supposer une maladie innée 
de l'âme, un défaut primordial du principe moral ; à coup siu- 
le germe contenait la disposition aux plus hautes perfections 
de ce principe ; mais le développement incomplet du cerveau 
a rendu impossible celui des aptitudes supérieures de l'intel- 
ligence , de môme que , chez l'homme le mieux conformé , un 



DU ClillVE.VU. ÔÇ)5 

chaDgement soudain de l'état du cerveau frappe instantanément 
de maladie les manifestations de l'àme , on la force même de 
faire repasser son énergie à l'état latent , d'où elle ressort 
souvent aussi nette que parle passé , après l'éloignement de 
la cause morbifique. Comme la matière change toujours en 
même temps que l'activité , il va sans dire qu'une activité 
anormale de l'àme , soit une certaine direction imprimée à 
l'esprit par le genre de vie habituel , soit un état violent dé- 
terminé par des circonstances particulières , doit réagir aussi 
sur l'organisation de l'organe de l'âme. De quelque impor- 
tance qu'il soit alors , pour le médecin, d'éloigner ces causes, 
l'état des organes n'en demeure pas moins, là comme partout, 
l'unique objet de ses soins , et les bourrèlemens de la con- 
science dont s'occupent certains praticiens fanatiques, ne 
constituent pas l'essence de la maladie mentale ; ils ne peu- 
vent être considères que comme une des nombreuses causes 
qui la déterminent. 

Le principe vital , d'où l'organisation entière part dans le 
germe , et qui produit aussi l'organe pour l'action du principe 
de l'àme , diffère-t-il essentiellement de celui-ci , ou bien 
l'activité de l'àme n'est-elle qu'un mode particulier d'action du 
principe vital ? La physiologie empirique ne saurait arriver à 
la solution de ce problème. Nous savons que le principe vital 
peut continuer d'agir sans manifestations de l'àme , car il en- 
tretient jusqu'à la naissance la vie même des monstres privés 
de cerveau et de moelle épinière. On ne peut pas conclure de 
là que le principe de l'âme diffère de lui , quant à l'essence ; 
car nous avons déjà vu qu'il y a , même hors du cerveau , un 
état latent de ce principe dans tout corps animé. Mais on n'en 
doit pas conclure non plus que le principe de l'àme n'est 
qu'un mode des effets du principe vital ; nous voyons seule- 
ment , ce qui nous est prouvé aussi par la création de l'em- 
bryon entier avant le développement des facultés de lame , 
que l'activité de celte dernière n'est point nécessaire à la ma- 



594 O^ CERVEAU. 

nilestuiion dn principe viial ; d'un .luiie côté, nous savons 
tout aussi pp&ilivemenl que rucliviié de l'ûme n'esi point pos- 
sible , dans un corps animal , sans le concours du principe 
vital , car c'est ce dernier qui crée et (jui entretient l'organi- 
sation cérébrale, sans laquelle elle ne pourrait s'exercer. 

Lhypoihèse que la vie morale n'est qu'une manifestation 
du principe vital des corps animas en général peut alléguer 
en sa faveur que le priucipe de l'àine ne se manileste pas 
dans une seule classe du règne animal, chez l'homme, et 
qu'on le retrouve jusijue chez les anunaux les plus inférieurs. 
Car J'àme a|)parlient a tout ce qui jouit de la vie animale , à 
tout ce qui éprouve des sensations et en a la conscience , à 
tout ce qui se fait des représentations ou des idées, à tout ce 
qui conçoit des désirs et se fait une idée , tant de leur objet 
que de leur satisfaction, enfin à tout ce qui est déterminé à des 
actes de volonté, soit par des idées soit, par des désirs. En 
élargissant ain:^i le cercle des phénomènes de l'âme, on les 
découvre efl'ectivement juscjue chez les animaux placés au 
plus bas degré de léchelle : on voit même paraître aussi les 
passions chez les animaux supérieurs. D'un autre côté, 1 hy- 
pothèse d'après laquelle le principe de lame est indépendant 
du principe vital invoque à son appui que toute une classe 
d être organises vivans, celle des plantes, n'offre aucune trace 
de phénomènes moraux. Cependant l'objection disparaîtrait 
en admettant que là le côté moral du principe vital se trouve 
à l'clat latent, et si une hypothèse n'a pour elle que de pou- 
voir expliquer un grand nombre de faits , elle est neutrali- 
sée par une autre , qui explique tout aussi bien ces faits. 

Les deux principes s'accoideiit , quanta leurs effets, en ce 
que leurs phénon:)èiies peuvent être ce qu'on appelle le raison- 
nable; mais le raisonn tb'.e de la vie morale n'est que la simple 
conscience du raisonnable, sans nulle action créatrice sur l'or- 
ganisation, sur la matière, et !c ri:isonna!)Ie de l'activité du prin- 
cipe vital est la production de l'organisatioû convenable dans la 



nature animer». La rnison qui s'expiime dans ro'ganisation de 
relie le pli;s simple lemi-oi le peui-èire en sublimité sur ce que 
la conscience d'un être animal ou d'un homme peut se représen- 
ter de plus élevé. Cette activité créatrice a trouvé la solution 
de tous les probièmes de la physique. Nul problème de la 
physique de louie , de lu vue , ne demeure caché à la nature 
qui crée l'organe de l'audition on l'œil. Elle est aussi la cause 
de l'instinct , c'est-à-dire la cause qui fait que , dans le sen- 
soriuni d'un animal, naissent des songes qui lui imposent des 
actions raisonnables , nécessaires à son existence , sans que 
l'àme de celle créature entrevoie rien de cet acte de raison et 
de sa liaison avec les effets qui en sont la conséquence. 

S'il y a un vrai moiif d'admettre que la vie morale des créa- 
tures animales n'est qu'un mode de manifestation de leur 
principe vilal , c'est que les deux genres d'effets peuvent être 
l'expression de la raison , que la production de l'organisation 
du plus bas animal par le dT-voloppement dn germe est l'ex- 
pression de la plus haute raison^ et que ce qu'il y a en cela 
de raisonnable surpasse de beaucoup tous les effets moraux 
dont cette créature à la conscience. Stahl faisait émaner 
toutes les actions animales de l'âme , parce qu'elles sont 
conformes à un but. Celle âme de Siahl, si la vie morale, 
telle qu'on la conçoit généralement, en est une dépendance 
et une émanation , est , à la vérité, une chose toute différente 
de ce qu'on a coutume d'appeler la vie morale , et bien supé- 
rieure. On voit sans peine que la théorie de Stahl repose sur 
l'inluiiion de la ff^rce qui agit d'après les inspirations de la 
raison dans tous les êtres vivans, et qu'il considérait comme 
une émanation de cette première cause d'une créature ce que 
nous sommes dans l'usage d'appe'er vie morale. Mais, pour 
que celte opinion soit exjcle, ce dont on ne saurait do'.uier la 
démonstration empirique , il faut ne pas perdre de vue que 
l'âme qui a la conscience et qui pense , n'< mbrasse qu'une 
petite partie des effets de cette âme supérieure, agissant 



3c)6 DU CtRVEAU. 

conformémeni à la raison, qui est, en défiiiiiivo, la cause d'une 
créature , et qui prévoit , dans son orfïanisation, dans ses pea- 
clians instinctifs, tout ce qui pourra lui arriver pendant son 
conflit avec le monde extérieur. 

On demande si le principe de l'âme est une activité de la 
matière ou une force indépendante, s'il est seulement lié au 
corps, ou s'il est l'expression d'un coriain état, d'une compo- 
sition de la matière. L'aciiviié ou le mouvement est peut-être 
l'état primordial de la matière , puisque le repos même des 
masses dépend de l'atlraciion de leurs molécules. Mais s'il 
n'y a point de corps sans énergie , sans force , sans activité , 
l'âme n'est-elle pas aussi l'expression de létat et de la com- 
position de la matière dans l'être vivant ? Si l'âme ne se ma- 
nifeste plus dans le corps après la mort, est-ce parce que la 
matière a changé délat et de composition , parce quelle a 
perdu l'action et l'aitraclion concurrrente de ses atomes ani- 
més , qui , après avoir passé à un autre état , se représen- 
tent sous un autre mode d'apparition, ou bien est-ce seulement 
parce qu'il n'y a plus de liens qui la retiennent attachée au 
corps ? 

Assurément, que l'âme soit une émanation du principe vilal, 
ou qu'elle tienne à un principe indépendant lié à la vie , 
les phénomènes de la vie morale sont attachés d'une manière 
absolue à l'organisation du cerveau ; sans l'intégrité de cette 
structure fibreuse si complexe, il n'y a point d'action de l'âme 
sur les organes vivans du corps. En d'autres termes , l'âme 
n'apparaît point dans ces derniers organes , mais elle peut v 
être latente , de même que sa source existe, mais à l'état la- 
tent, dans les liquides procréateurs des animaux. Cependant 
la même question se réproduit ici : l'état latent de râmc nest- 
il que le repos d'une force innée à une certaine composition de 
la matière , ou le principe peut-il , indépendamment de toute 
matière, sunir avec elle et la quitter? Les atomes , (jui seuls 
sont actifs suivant les matérialistes, rentrent-ils dans Tunivers, 



nu CERVEAU. 597 

après la résoliilioQ de la matière animée de l'étal latent de la 
vie , pour se rapprocher de nouveau sous un autre mode , ou 
bien le principe latent de la vie etderàme est-il indépendant; 
de la disgréfjalion des atomes? La substance de ce principe 
est-elle immatérielle , et ne consiste-t-il ni en l'activité des 
atomes de la matière , ni en l'activité d'nn certain mode de 
de réunion de ces atomes ? Quoiqu'on ne doive pas at- 
tendre de la physiologie empirique la solution de ces problè- 
mes physiologiques , cependant il y a des faits dont on peut 
se servir pour essayer de les résoudre. 11 existe certainement 
des forces de la nature , ou des substances impondérables , 
qui, bien que n'éta:it point indépendantes de la matière, peu- 
vent néanmoins l'abandonner sans changement dans l'état ma' 
lériel du corps , et passer à nn autre corps, comme la lumière, 
l'électricité , le magnétisme. L'existence de ces principes , 
leur apparition dans les corps , et leur passage d'un corps à 
d'autres, nous prouvent clairement que tout matérialisme qui 
ne reconnaît rien en dehors des forces des atomes , manque 
de base ; et sans vouloir le moins du monde comparer le 
l»rincipe de la vie et de l'âme avec les substances ou forces 
impondérables, nous voyons au moins qu'il n'y a rien, dans les 
faits de la physique , qui exclue la possibilité d'un principe 
immatériel, indépendant de la matière, quoiqu'il agisse en elle 
dans les corps organisés. 

Je ne dois pas omettre de parler d'une autre énigme encore, 
la cause qui fait que les individus vivans et animés périssent 
et se reproduisent continuellement. Non seulement le prin- 
cipe de la vie augmente d'intensité pendant l'accroissement 
d('s corps organisés, mais encore il se multiplie par scission 
et par génération. D'un être vivant naissent les corps d'autres 
êtres vivans , tout aussi productifs que lui , et qui jouent le 
même rôle par rapport à d'autres encore , tandis que la force 
organique de ceux qui meurent se dissipe ou devient latente. 
Cette multiplication des êtres animés ne tient pas uniquement 



398 DU CERVEAU. 

à ce que le principe actif passe du corps producteur au pro- 
duit; car U corps productpur, après s'être multiplié, demeure 
apte à de nouvelles productions, jusqu'à ce qu'il finisse par 
périr. La même chose a lieu pour le principe de l'être. L'être 
qui procrée ne perd pas ce principe p:ir la production de nou- 
veaux êtres animés; mais , après que les parens ont ainsi en- 
{ïendré plusieurs fois, ils meurent, et leur âme devient latente 
pour nous. Or, comment est-il possible que le principe vital 
et l'àme se multiplient à l'infini dans des individus toujours 
nouveaux , tandis que les iudividus producteurs demeurent 
animés après la production et meurent plus tard? Comment 
concevoir celte multiplication infinie du principe de l'âme 
avec le principe de la vie? A cela il y a deux réponses, dont 
aucune ne repose sur des preuves. La première, c'est que le 
principe de la vie et celui de l'àme sont répartis à l'état latent 
dans toutes les matières par l'assimilation dosquelles les ani- 
maux croissent et deviennent aptes à se multiplier, et que 
c'est l'orjjanisation qui les foit apparaître dans les corps vi- 
vanset animés. Toile est la solution que le panthéisme donne 
du problème ; elle met en doute l'immortalité de l'àme indi- 
viduelle, et n'admet que celle de l'âme du monde. L'autre ré- 
ponse consista à dire que le principe de la vie et celui de 
l'âme ne sont point répandus à l'état latent dans toutes les 
maiières servant à l'assimilation , que le premier n'existe que 
chez les êtres viv ms , et qu'aussi long-temps que ces der- 
niers vivent, l'âiie demeure attachée à leur matière. Dans 
cette hypothèse, on n'exp ique la multiplication des individus 
animés qu'en admott.int que le principe de l'àme, puisqu'il 
se mnliiplie à l'infini par la génération , est une substance qui 
ne peut ni périr ni diininuer d'inl.'ns.iié par le fait de la divi- 
sion. Ce piincipo différerait de toutes les forces en ce qu'il 
setait une force que la division , poussée même jusqu'à l'in- 
fini, ne saurait ni ;'.néanlir ni tuème affaiblir. Une telle suppo- 
sition dépasse les bornes de notre inielligence, et cependant 



DU CERVEAU. SqQ 

on s'y trouve ramené de force quand on rejette le panthéisme, 
et qu'à l'aide de noire croyance innée à rimmortalité, non pas 
du principe de l'âme en général, mais des âmes individuelles, 
on franchit l'abîme qu'il n'est point donné à la science de 
combler. 

m. Moelle allongée* 

La moelle allongée met le cerveau en rappnorl avec la 
moelle épinière. Il importe donc beaucoup au physiologiste 
de bien connaître la marche des cordons dont elle se compose. 
Burduch a répandu plus de lumière que personne sur cet ob- 
jet intéressant , dans son benu Traité de la structure et des 
fonctions du cerveau. On distingue aujourd'hui les cordons 
suivans dans la moelle allongée. 

1° Les pyramides. Des fibres fondamentales et des fibres de 
décussation les produisent d'après Burdach. Les premières sont 
situées à la face antérieure du cordon central gris ; elles for- 
ment la paroi postérieure de la scissure anlérieure de la moelle 
épinière, mais se portent obliquement d'arrière en avant, à 
la région du cou , depuis trois pouces et demi jusqu'à dix- 
huit lignes du pont de Varole; de manière que , consliiuant 
d'abord les parois latérales de la scissure de la face anté- 
rieure de la moelle épinière , elles finissent par se placer, des 
deux côiés de celte scissure, sur la face antérieure delà 
moelle , et qu'elles se prononcent à la partie interne de son 
cordon interne et antéiieur. Les fibres de décussation sont 
un bras du cordon latéra de la moelle épinière, qui passe der- 
rière l'olive, monte obliquemeni de dehors en dedans et d'ar- 
rière en avant, et se montre à la surface, avec les fibres fon- 
dameniales, sur le côié de la scissure antérieure de la moelle, 
à un pouce au dessous du pont. Il n'y a que les fibres de dé- 
cussation qui se croisent, cest-à-dire qui passent d'un côté de 
la scissure à l'auire , et s'appliquent aux fibres fondamentales 
du côié opposé. Les fibres des pyramides se couiinueuiavuc 



40O Dr CEr.VEA.U. 

les pédoncules du cerveau , à travers les faisceaux des fibres 
transversales du pont de Varole. 

2° Les cordons siliquaires {funicuH siliquœ) sont , d'après 
Burdach , les faisceaux fibreux marchant au côté interne et au 
côté externe de l'olive , qui ne se montrent point à nu sur la 
surface de la moelle épinière. L'interne naît des fibres mé- 
dullaires de la scissure antérieure de colle dernière , qui sont 
rejetées en dehors par la pyramide , dans l'endroit où sort 
celle-ci. L'externe est la portion extérieure des cordons anté- 
rieurs de la moelle au côté interne de la série des racines an- 
térieures. Les deux cordons demeurent appliqués l'un contre 
l'autrejusquau point où l'olive sort entre eux. Les cordons 
internes traversent le pont avec les pyramides, pour se con- 
tinuer avec les pédoncules cérébraux. Les externes, marchant 
de bas en haut et de dehors en dedans , ga^jnent la partie su- 
périeure des prolongemens supérieurs ascendans du cervelet 
{processus cerebelli ad corpora quadragemina) , et ainsi la base 
des tubercules quadrijumeaux. 

3° L'olive naît de l'expansion du cordon gris antérieur dans 
la moelle allongée. En cet endroit , il se détache du cordon 
gris une vésicule grise et plissée, pleine de substance blanche, 
et qui est aussi revêtue de substance blanche à l'extérieur. 
Celte vésicule et son noyau médullaire présentent , quand on 
les coupe en travers , la figure connue sous le nom de corps 
dentelé de l'olive. 

4* Le cordon latéral (funiculus lateralis) de la moelle épi- 
nière fournit les fibres de décussaiion des pyramides , en de- 
dans et au commencement de la moelle allongée ; le reste se 
porte , au dessus de l'olive , dans les prolongemens inférieurs 
descendans du cervelet {crus cerebelli ad medullam ohlonga- 
tam)^ et en partie aussi à la région externe du sinus rhoni- 
boïdal. 

5° Le cordon cunéiforme {fanicultts cuneatus) naît des fi- 
bres médullaires couvrant les cordons gris postérieurs de la 



DU CERVEAU. 4^1 

moelle épinière, fibres qui, placées :ni côté supérieur du 
cordon Uuéral, forment , conjointement avec les siennes , les 
prolongeraens supérieurs ascendans du cervelet (processus ce- 
rebelli ad corpora quadragemma). Ses fil)res internes consti- 
tuent les parties extérieures des parois du sinus rhomboïdul , 
et vont gagner le cerveau. 

6° A la face interne ou postérieure du cordon cunéiforme 
se trouve le cordon grêle { funiculus gracilis) ^ dont la face 
latérale interne forme la paroi latérale de la scissure posté- 
rieure, et dont une partie s'applique immédiatement à la face 
correspondante du cordon de l'autre côté. Ce cordon se renfle 
à la pointe du sinus rhomboïdal , et produit un tubercule 
claviforme. 

7° Les cordons ronds ( funiculi teretes) se montrent dans 
l'écartement des cordons grêles, comme parois latérales du 
canal de la moelle épinière, pénètrent , entre ces mêmes cor- 
dons, dans le sinus rhomboïdal, se portent en avant, séparés 
l'un de l'autre par la scissure de ce sinus, dont ils forment le 
fond, et se continuent jusqu'au pourtour antérieur et inférieur 
de l'aquéduc. 

Quant à ce qui concerne les forces de la moelle allongée, 
je dois d'abord faire remarquer que cet organe participe en 
général aux propriétés de la moelle épinière. Il jouit, comme 
elle, du pouvoir réflectif; nulle partie même du système 
nerveux entier n'est plus disposée que lui à produire des mou- 
vemens de réflexion ; car les nerfs qui en naissent , sont de 
tous, ceux qui en déterminent avec le plus de facilité. La 
moelle allongée fait partie de l'appareil moteur , et aucune 
portion du système nerveux n'exerce autant d'influence qu'elle 
sur la production des mouvemens ; toutes les fois qu'on l'irrite, 
il survient des convulsions dans le tronc entier, que ses lésions 
frappent également de paralysie; mais les propriétés suivantes 
sont ce qui la dislingue de toutes les antres panios des orga- 
nes centraux. 

I. 2() 



402 DU CEHVEAU. 

do Elle est la source de tous les mouvemens respiratoires, 
comme le prouvent les expériences de Lcffallois. Quand on 
détruit le cerveau d'avant en arrière, clioz un animal , la res- 
piration ae cesse qu'au moment où l'on atteint la moelle allon- 
gée. C'est donc dans cet or{}ane que réside la source des in- 
spiralions périodiques , et de tous les cliangemens que la 
respiration éprouve par suite des irritations qui agissent sur 
les nerfs sensitifs des membranes nmqueuses. Les passions 
influent sur elle en excitant tous les nerfs respiratoires , le 
facial excepté ; en elle se trouve \p principe provocateur des 
mouvemens qui accompagnent ou déterminent l'action de 
pleurer ou de rire , le hoquet, les soupirs, le bâillement, la 
toux, le vomissement, mouvemens dans lesquels le système 
entier des nerfs respiratoires et le nerf faci;il sont toujours 
alfectés. De même que leur point de départ est à la moelle 
allongée dans les passions , de même aussi ils peuvent être 
provoqués par une action du snnsorium sur cet organe, et ils 
le sont même souvent partis simples idées, comme les pleurs, 
le rire, le bâillement. La disposition à bâiller paraît exister 
toujours lorsque les parties centrales du système nerveux se 
trouvent dans un état de lassitude ; si alors l'idée du bâillement 
se présente à l'esprit, parce que nous voyons d'autres per- 
sonnes bâiller, cette propension se réalise , et nous bâi'Ions. 
Dans ce mouvement, il y a affection du système des nerfs res- 
piratoires et du nerf facial, tant des branches de ce dernier 
qui se portent à la face , que de celle qui se répand dans le 
muscle digastrique. 

2° Le moelle allongée est le siège de l'influence de la vo- 
lonté. Car, ainsi que l'ont fait voir les expériences de Flou- 
rens, les animaux qui ont perdu les hémisphères du cerveau 
sont bien frappés de stupeur, mais ils conservent encore la 
faculté d'exercer des mouvemens volontaires. D'un autre côté, 
la jouissance de cette faculté leur reste également après l'a- 
blation du cervelet , qui n'enlève que l'énergie des mouve- 



DD CERVEAU. 4o3 

meus et l'apiilude à des mouvemens coordonnés de locomotion. 
3° Cet organe est aussi le sié^je de la faculté de sentir. Celte 
proposiiion est démontrée non seulement par rori{T[ine des 
nerfs cérébraux , qui tous , à l'exception du premier et du 
second , ont des connexions soit avec les prolon(>emens que 
la mo"lle allongée envoie dans le cerveau , soit avec ce cordon 
lui-même, mais encore par l'histoire des lésions des parties 
cérébrales. Il résulte des expériences de Magendie et Des- 
moulins , qu'uQ animal auquel on a enlevé les hémisphères du 
cerveau et du cervelet n'a pas perdu pour cela le sentiment. 
L'ablation des hémisphères le prive des organes centraux 
de la vue et de l'odorat , et il devient aveugle ; mais la 
conscience des sensations ne paraît point être liée aux hé- 
misphères cérébraux. Flourens a bien conclu de ses expé- 
riences sur l'enlèvement des hémisphères du cerveau que 
ces parties sont les organes centraux des sensations , et que 
l'animal ne sent plus rien quand on l'en a privé; mais, loin 
que cette conclusion découle de ses expériences, d'ailleurs si 
intéressantes , c'est le contraire précisément qui en ressort , 
comme Cuvier l'a démontré dans son Rapport. Un animal au- 
quel on enlève les hémisphères du cerveau tombe dans la 
stupeur, mais il n'en donne pas moins des signes non équivo- 
ques de sentiment, et non pas seulement de mouvemens ré- 
flectifs : il ne se détermine plus de lui mé îie à se mouvoir; 
mais, quund on 1p pousse, il montre les allures d'un animal qui 
se réveille; si on lui donne une autre position, il cherche l'é- 
quilibre; mis sur le dos , il se redresse; poussé en avant, il 
saule; l'Oiseau qu'on jette en l'air essaie de voler; la Gre- 
nouille exécute des sauts. L'animal n'a plus de mémoire, il 
ne réfléchit pas, mais il sent, et il réagit sur les sensations par 
des mouvemens qui ne sont pas de simples phénomènes ré- 
flectifs. Cuvier le compare avec raison à un homme endormi, 
qui, malgré l'état de sommeil, sent, puisqu'il cherche encore 
à prendre une position commode. 



/jo/, DU CERVEAU. 

Chez un être animé qui jouit de la santé , il faut bien tlis- 
tinjjîier les sensations de l'allention qui leur est accordée, de 
l'aptitude à en former des idées. L'attention paraît être une 
faculté des hémisphères du cerveau, dont la perte entraîne la 
stupeur, sans abolir le sentiment. Un homme qui se porte bien 
peut, parmi un certain nombre de sensations qui ont lieu à 
la fois , ne consacrer son attention qu'à une seule; il peut la 
rendre dominante, faire que ce soit elle qui arrive à la con- 
science dans toute la plénitude de son intensité , et qui excite 
en lui des idées, tandis que les autres, bien qu'il en soit informé 
aussi, demeurent vagues, parce que raiteniion n'est point 
dirigée sur elles. Nous sommes même en état de consacrer plus 
spécialement notre attention à telle ou telle partie d'une fi- 
gure qui fait impression sur notre sens de la vue, ce qui nous 
permet d'analyser les figures compliquées. Nous avons égale- 
ment l'aptitude de suivre avec attention un seul des instru- 
mens de musique d'un orchestre , même le plus faible ; les 
sons rendus par les autres ne produisent alors en nous que 
des sensations vagues. Ainsi la netteté des sensations dépend 
du concours d'organes dont la destruction des liémisphères 
cérébraux entraîne la perte , tandis que la moelle allongée 
est susceptible de sensations vagues et confuses. 

Quelques physiologistes ont cru que la moelle allongée était 
l'organe central de toutes les sensations , comme elle est le 
siège de la volonté. Je crois qu'il y a là un malentendu lors- 
qu'on n'appelle moelle allongée que la partie supérieure 
et renflée de la moelle épinière, sans y comprendre ses pro- 
longemens dans le cerveau. Assurément , prise ainsi dans le 
sens le plus restreint, elle est l'organe central de toutes les 
sensations tactiles, et celles-ci ont lieu même après la perte du 
cerveau , mais elles sont alors sans attention. D'un autre côté, 
il y a aussi , pour le sens de la vue et pour celui de l'odorat, 
des appareils centraux , qui résident dans les hémisphères du 
cerveau. Après que ces derniers ont été blessés, la vue et 



J)U CERVEAU. 4o5 

l'odorat sont abolis, tle même c|iK.'lacôcilé succède aux lésions 
de la paire antérieure des tubercules qnadrijtîineatix , des 
couches optiques, et en général des parties profondes des hé- 
misphères. Il semble donc que les organes centraux des di- 
vers sens ont une existence indépendante ; quoiqu'ils appar- 
tiennent en partie aux prolongemeiis du système des cordons 
de la moelle allongée, leur action paraît néanmoins pouvoir 
s'exercer isolément, et ce n'est que par le concours des hé- 
misphères avec eux qu'a lieu l'attention, c'est-à-dire l'intui- 
tion claire et nette des sensations éprouvées par chacun d'eux. 
Voilà ce qui est vraisemblable pour le mouvement , bien que 
nous manquions encore de faits suffisans pour en administrer 
la preuve. A la vérité, il paraît certain, d'un côté, qu'après 
l'ablation de l'appareil central pour la vue , les sensations 
tactiles peuvent encore avoir lieu avec conscience au moyen 
de la moelle allongée; mais, d'un autre côté , nous ne savons 
pas si, après la perte de la moelle allongée, il peut encore y 
avoir des sensations dans les organes centraux des autres sens. 
Après la lésion de la moelle allongée, la respiration cesse, et 
la vie se trouve par-là réduite à un minimum qui rend impos- 
sible de faire des observations sur la persistance des sensations 
du sens de la vue, du sens de l'odorat, etc. Mais , ce qu'il y a 
de plus probable jusqu'à ce jour, c'est ce que les hémisphères 
du ctrveau, et non la moelle allongée, sont les organes auxquels 
aboutissent les effets des différens appareils centraux des 
sensations , et où les sensations indépendantes les unes des 
autres sont transformées en intuitions sensorielles. 

Quanta ce qui concerne l'organe de l'ouïe, on admet ordinai- 
rement qu'il a pour organe le plancher du quatrième ventri- 
cule , parce que c'est de là que naissent les fibres du nerf 
auditif. Flourens prétend, au contraire, que la faculté d'en- 
tendre cesse après l'ablalion des hémisphères du cerveau , 
quoique les Oiseaux puissent survivre plusieurs mois à cette 
perte, comme le prouvent ses expériences et celles de 



4o6 DU CERVEAU. 

Heriwig. Quoiqu'il puisse bien se l'aire que les sensalions au- 
ditives soient liées à rinlé{îiilé du plancher du quatrième 
ventricule, cf^pendant les libres transversales blanches du 
sinus rliomboidal , qui n'ont pas toujours, à beaucoup près, 
de connexions avec le nerf acousticjue, et qui parlois passent 
manifestement au dessus de la racine supérieure de ce nerf, 
pour aller se jeter dans le piolonj;empnt que le cervelet en- 
voie au pont de Varole, ne paraissent pas jouer, dans les sen- 
salions auditives, le rôle ijuporiant (|u'on leur aliiibue si sou- 
vent. Il existe dans le caijiuet de Berlin le cerveau d'une 
jeune fille qui fut peu à peu parjlysée de tout le corps, à la 
suite d'une chute sur la nuque et iocciput; les stries médul- 
laires transversales du plancher du tissu rhombuïJal éiaient 
couvertes d'une exsudation de fibrine, et cependant l'audiiion 
n'avait nullement souffert chez ce sujet (1). 

IV, Tubercules quadrijumeaux. 

Les tubercules quadrijumeaux des Mammifères , et les lo- 
bes optiques des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons appar- 
tiennent à l'appareil central du sens de la vue , ainsi que les 
couches optiques des animaux supérieurs. Si l'on enlève l'uo 
des lobes optiques chez un Pi{;eon , ou une moitié des corps 
quadrijumeaux chez un Mammifère, la cécité a lieu du côté 
opposé, mais l'iris de cet œil conserve encore pendant long- 
temps sa mobilité. C'est du moins ce qu'assure Flourens , car 
Magendie dit que l'effet n'a point lieu chez les Mammifères, 
Les animaux tournent à plusieurs reprises sur eux-mêmes, 
et toujours du même côté où l'ablation a été pratiquée , ce 
que Ma{;endie et Desmoulins ont aussi reconnu. Ce tournoie- 
ment, qu'on remarque é{;ulemenl chez les Grenouilles, paraît 
être la suite d'un vertije. Quand on bandait un œil à des Pi- 

(1) f^vy, FiscQERi D» rariore encephaliiis casu, Berlin, 1834, 



DU CERVEAU, 4^7 

peons non mutilés, ils tournaient aussi sur le côlé de l'œil 
non bandé, mais bien moins brusquement et beaucoup moins 
long temps que les Pijjeons mutilés. La lésion des tubercules 
quadrijumeaux entrainnit toujours des trémoussemens convul- 
sifa {;eneraux , et une faiblesse marquée daas les muscles du 
côlé opposé à la partie enlevée. 

Un />l)énomcne digne de remarque, c'est que la contracli- 
lilé de Ijris ne se perd point après la lésion super fuielle d'un 
lobe optique, tandis que rablaiioa complète de ce lobe l'abo- 
lit, et que toute lésion qu il éprouve éteint la faculté de voir 
du côlé opposé. Floureus 1 ex[)!ique en disant qu'une extir- 
pation incomplète du lube optique ne détruit pas l excitabilité 
des neris ojUiques, parce qu'elle n'entraîne pas la destruction 
de toutes les racines de ces nerfs. Or, les mouvemens de l'iris 
dépentieni de 1 exciialioa du nerf optique ; car dès que Flou- 
rens irritait ceux-ci eux-mêmes, l'iris se contractait, et après 
la section coujplèie des neifs mis à nu , la membrane ne se 
meui plus sous 1 influence de la lumière. Celte explication 
est exacte; mais on peul aussi concevoir d'une manière plus 
simple la persistance des mouvemens de l'iris par l'irritation 
de la lumière après la lésion superticielle du lobe optique 
d'un côieicar li suliii dejà^ pour que cette membrane se 
meuve , que le nei f optique du côlé opposé soit irrité par la 
lumière, puisque, même dans l'état de santé , l'iris d'un œil 
se conuacie quanti la réline de l'autre œil vient à élre irritée. 
Les expériences de Flourens ont été presque entièrement 
contirmées pur ceiles de Eeriwi{j(l). Elles font voir, en effet, 
que la lésion partielle d'un des tubercules quadrijuraeaux,cliez 
les Mammifères ei les Oiseaux, produit la faiblesse musculaire 
et la perle; de la vue du cô é opp.st; <iu corps; quelle tieint 
bien la vue pendant queitjue ttuips, mais que cette faculté re- 
vient ensuiie ; qu elle n'abolil pas le mouvement de l'iris, qui 

(1) Exp, de affisclibus lœsionumin parlibus o/jcepAaW, BevUa , 1825. 



4oB DU CERVEAU. 

im-^hie fjuelquelois ; (|u'iine lésion plus profonde ou une ex- 
tirpation totale entraîne la perte complète de la vue et des 
...onveraens de l'iris; que la lésion des tubercules quadriju- 
nieaux produit sur l'œil presque les mêmes effets que celle 
des nerfs optiques; que leur lésion d'un seul côté détermine 
dans le côté opposé du corps, une faiblesse musculaire qui se 
dissipe au bout d'un certain laps de temps; qu'elle est ac- 
compagnée dun tournoiement vertigineux de l'animal; enfin, 
que ces phénomènes sont les seuls auxquels elle donne lieu,' 
et qu'elle n'amène aucun autre trouble quelconque, par 
exemple dans la mémoire ou dans la conscience. Les obser- 
vations de IlerlMig ne diffèrent de celles de Flourens qu'en 
un seul point; le physiologiste allemand n'a pas vu de convul- 
sions succéder à la lésion des couches optiques, d'où il sem- 
ble probable que celles qui ont été observées par Flourens 
dépendaient de ce qu'il avait pénétré à une trop grande pro- 
fondeur. 

V. Cervelet. 

Rolando, Flourens, Magendie, Schœpset Hertwig ont fait 
d'intéressantes recherches sur les propriétés du cervelet. 

Il résulte de celles de Rolando (j) que la diminution des 
jnouvemens est en raison directe de la lésion de l'organe, que 
cette lésion ne plonge pas les animaux dans la torpeur, que 
toutes les parties de leur corps conservent la faculté de sen- 
tir, mais qu'ils perdent l'énergie de leurs mouvemens mus- 
culaires. Ils ont les yeux ouverts, et voient les objets, 
mais tous leurs efforts sont vains pour exécuter les mouve- 
mens nécessaires à la locomotion. Un animal auquel on a en- 
levé un côté du cervelet , tombe sur le même côté du corps, 
et ne peut plus se soutenir sur la patte correspondante (?). 



(1) Journal de physiologie, 4S?3. _ Saygio sopra la vera sirnttura dol 
ivrvello. Turin, 182S, 3 vol. in-S, lig. 



DU CERVEAU. 409 

Ces observations déterminèreut Rolaodo à admettre , ce 
dont il est impossible d'apporter la preuve , que le cervelet 
est ror{];ane producteur du principe nerveux , comparé 
par lui ail fluide galvanique, et que les couches alternatives 
de substance blanche et de substance {;rise qui le constituent, 
a{jissent, comme le croyait déjà Reil, à la manière d'une pile 
galvanique. 

Les expériences de Flourens sont plus claires et plus déci • 
sives dans leurs résultats. En supprimant le cervelet par cou- 
ches successives, l'ablation des premières couches était suivie 
d'un peu de faiblesse et de désharmonie dans les mouvemens ; 
aux moyennes couches , il se manifestait une agitation pres- 
que générale , mais sans convulsions ; l'animal opérait des 
mouvemens brusques et déréglés ; il voyait et entendait : au 
retranchement des dernières couches , l'animal perdait la fa- 
culté de sentir, de voler, de marcher, de rester debout , de 
se tenir en équilibre. Placé alors sur le dos , il ne savait plus 
se relever, il s'agitait follement et presque continuellement , 
sans donner une marque de stupeur ; il voyait le coup qui le 
menaçait , et voulait l'éviter, sans le pouvoir. Donc la volonté, 
le sentiment et la conscience persistaient : il n'y avait d'aboli 
que la possibilité de coordonner l'action des muscles en mou- 
vemens réglés et déterminés , et les etïorts de l'animal pour 
se maintenir en équilibre lui donnaient l'air d'être ivre. De 
ces expériences , dont Flourens a obtenu les mêmes résultats 
dans toutes les classes d'animaux , il conclut que le cervelet 
n'appartient ni aux appareils sensoriels , ni aux appareils in- 
tellectuels , que la source des mouvemens volontaires ne se 
trouve point en lui, qu'il fait bien partie des appareils mo- 
teurs, mais que ses lésions n'entraînent pas de convulsions, 
comme celles d'autres appareils moteurs , la moelle épinière 
et la moelle allongée , et quelles ne font qu'abolir l'énergie 
des mouvemens et la faculté de les coordonner d'une manière 
convenable pour opérer la locomotion. Si celle opinion est 



/jlO DU CliUVEAU. 

juste, le mécanismo de IVxcilalion des muscles par {^roupes 
cloii avoir son prototype dans cet oigane , de sorte que loule 
aJiéraiion de sa slruciure délruiten queliiue ^OIle l'hurmouie 
préalable entre lui el les groupes de mu&cles , ainsi que leurs 
coiiducieurs nerveux. Il est à renuiqner encore (jue les lé- 
sions du cervelet mauilesleui toujours leurs tlleis d'uue ma- 
nière croisée , sur le côié opposé du tronc. 

Ces observiiiions ont été coulirmccs par celles de Hert- 
wig , de>quell<s il résulte que le cervelet n'est point sen- 
sible , que SCS irritations ne délirniitieni pas de convulsions 
dans les muscles , que l'iutcgi iié de son action est indispen- 
sable au concours des muuvt mens pour un certain but , pour 
le vol , la marciie , la station, et pour la conservation de Té- 
quilibre , euHn que ses lésions n'exercent aucune inHuence ni 
sur les sens , ni sur aucune lunciion du corj)S. Cependant 
llerlwig a vu que la puissance du cervelet se rétablissait jjeu 
a peu a})res une destruction partielle. 11 a constaté aussi l'ellel 
croisé de cette portion de l'eucéphale. 

Ma{jendie a vu que des Hérissons et des Cabiais auxquels 
il avait enievé le cerveau ei le cervelet , se Irollaieut encore 
le museau avec les pattes de devant, quand on leur mettait 
du vinaigre sous le nez. il dit avoir observé , après la lésion 
du cervelet , que les animaux s't IForçaient d'aller en avant , 
mais qu'une puissance intérieure les obligeait o'e reculer, La 
lésion des prolongemeus moyens ( crus cerebelli ad pontem ) et 
du pont de Varole lui-même, d'un côte seulement, faisait 
constamment tourner Tanimal du même côté. Cet etiel a lieu 
même après toute section verticale qui intéresse la masse mé- 
dullaire située au dessus du quatrième ventricule \ mais il se 
monlie surioui iiès-prouoiicé jpi es la lésion du proioin;einent 
moyen. AJagendie prciciKl que les au.mau.vlaisaieut q;u-l<]uc- 
t'tus juiqu'à soixante tours par minute , et il a vu le pheuo- 
mène conlinucraiusi peiidaul liuil jours sans interruption. Ces 
mouvemeus ne sont pa* des convulsions ; Tuniiual les exécute 



T)U TTînVEAU. \\ I 

volontairement, comme si rm pouvoir intérieur l'y con- 
traignait, ou comme s'il était pris de veiii^je. Ma{;pndie assure 
que la section du pédoncule de l'autre côté rétablit l'équi- 
libre. Ilerlwig a vu aussi des (ournoiemens du côié de la lé- 
sion du pont de Varole , chez les Chiens; en même temps, 
l'un des yeux était tourné vers le h;mt , et l'autre vers le bas. 
Il a remarqué également que les lésions superficielles du pont 
de Varole causaient une douleur médiocre. Il atiiibue une 
action cioisée à cette partie, et il n'a jamais vu les lésions dont 
elle devenait le siège entraîner de convulsions. 

Le pédoncule inférieur du cervelet, ou corps restiforme , 
appartient au système de la moelle allongée ; ses lésions sont 
suivies, d après les expériences de Rolando sur une Chèvre, 
de convulsions dans lesquelles le corps de l'animal s'infléchit 
du côté delà blessure. Les pédoncules quadiijunieaux,oupro- 
longemens qui se portent aux tubercules antérieurs, produi- 
sent aussi des convulsions , d'après le même auteur , quand 
on les blesse ; les mouvemens étaient plus prononcés dans 
les exlrémitées opposées , et l'animal , qui était une Lapine , 
retombait toujours sur le côté blessé , après avoir sauté. 

Gall regarde le cervelet comme l'organe central de l'ins- 
tinct de la propagation. Cette hypothèse ne repose point stir 
des faits certains. Suivant liurdach , l'afl'ection des parties 
génitales tenait dans dix-sept cas à des vices du cervelet , et 
dans trois cent trente-deux cas à des vices du cerveau. On a 
observé des épanclismens de sangau cervelet dans des cas 
d'apoplexie avec érection (1). Dunglison a vu le priapisme 
accompagner une cérébelliie compliquée d'épanchemeat sé- 
reux. On détermine aussi quelquefois l'érection en détruisant 
la moelle épinière chez les animaux. Les observations de 
Heusiuger (2), qui , chez deux Oiseaux morts subilimenl , a 

(d) Serres, dans le Journal de Physiologie, t. III, p. 114. 
(2) Meckel, Archiv, VI, 551. ^ 



4 '2 DU CERVEAU. 

trouvé les «cMic.les gor^jés de sang et un épanchement sanf.«ia 
dans le cervelet, ne sauraient être considérées comniedesar- 
ijumens a l'appui de Ihypothese de Gall , et tous les autres 
faits rapportés par Burdacli d'altérations simultanées dans le 
cervelet et dans les fonctions géni.ales, ne prouvent guère 
davantagre. La coïncidence des maladies de la moelle épinière 
avec les désordres de l'appareil générateur est plus fréquente 
encore. D'ailleurs le développement du cervelet n'est point 
proportionné , dans la série animale , a l'énergie de l'instinct 
propagateur. Chez les Reptiles nus, où cet organe ne re- 
présente qu'une simple langi.ette tendue sur le quatrième 
ventricule , il est d'une petitesse extrême, et cependant la 
salacité de ces animaux est devenue proverbiale, bien que 
l'érection n'ait pas lieu chez eux. Contre 1 hypothèse de Gall 
s élève encore une pièce conservée dans le cabinet d'anaiomie 
de Bonn ; c'est un cervelet dont la moitié fut trouvée atro- 
phiée (1) ; le sujet avait succombé à une maladie inflamma- 
loire ; il était marié et père de plusieurs enfans ; sous le rap- 
portude l'instinct génital , ses facultés étaient plutôt très pro- 
noncées que faibles. Mais les faits les plus remarquables sont 
ceux dont nous devons la connaissance à Cruveilhier (2;. Dans 
unde ces cas, chez un homme de vingt-et-un ans, l'hémi- 
sphère du cervelet contenait deux grosses masses tubercu- 
leuses ; il n'y avait eu chez lui ni symptômes de paralysie, ni 
maux de tète , ni aucune affection morbide positive du côté 
des parties génitales. Ce sujet n'éprouvant aucun pen- 
chant pour les plaisirs de l'amour, on pourrait être tenté de 
considérer le fait comme favorable à l'hypothèse de Gall. 
Mais un second cas nous montre la coïncidence de l'absence 
complète du cervelet avec le goût delà masturbation 5 c'était 
chez une petite fille de onze années ; à sept ans , cette enfant 

Cl) Webeb, dans iVov. ad. nat. vvr., d-'i, dll. 

(2) Anutomie palholoyique du corps humain,, Paris, 1824,1. I, livi;,ison8 
3CV et xviii, in-fol., iig coloriées. 



l)V CERVEAU. 4l^ 

avait les exirémit(^s très-faibles , elle manquait d'intelligence, 
et narticulait pas distinctement les sons ; à onze ans , époque 
à laquelle elle fut examinée avec plus de soin, la faiblesse des 
exirémités était si considérable, qu'à peine pouvait-elle mou- 
voir les jambes, qui , dû reste , n'avaient rien perdu de leur 
sensibilité : le mouvement des bras avait lieu ; l'intelligence 
était fort obtuse. L'enfant mourut d'une maladie inflammatoire. 
Les fosses occipitales inférieures étaient pleines de sérosité. 
Au lieu du cervelet, on trouva une petite bandelette mem- 
braneuse tendue en travers sur la moelle allongée , et présen- 
tant de chaque côlé nn renflement de la grosseur d'une noi- 
sette. Le pont de Varole manquait en totalité ; les olives 
étaient peu perceptibles. 

"VZ, Hémisphères du cerveau. 

La gradation dans le développement des hémisphères céré- 
braux jusqu'à l'homme et la coïncidence de son atrophie et 
de l'absence de ses circonvolutions avec l'idiotisme, démon- 
trent déjà que c'est dans celte portion de l'encéphale qu'il 
faut chercher le siège des facultés supérieures de l'âme. Mais 
on peut aussi prouver par des expériences directes que ce 
siège réside effectivement là. Les expériences de Flourens 
sont fort instructives sous ce rapport, et celles de Heriwig • 
n'ont fait que les confirmer, quant aux points essentiels. Les 
hémisphères cérébraux ne montrent pas de sensibilité quand ou 
fait agir sur eux des instrumens piquans on tranchans. L'en- 
droit du cerveau où les sensations se transforment en idées 
et où les idées sont conservées, pour réapparaître en quelque 
sorte comme les ombres de la sensation, n'est point lui-même 
sensible. Cette remarque, qu'a faite aussi Hertwig, s'accorde 
avec les observations qu'on a recueillies sur des hommes at- 
teints de plaies de tête -, fort souvent, en efl'et, on a été obligé 
de retrancher des portions de cerveau devenues exubérantes, 
sans que les malades, quand ils jouissaient pleinement de leur 



4l6 DU CERVEA.U. 

connaissance, en éprouvassent nulle sensation. Les lésions des 
hémisphères ne déterminent pas non plus de convulsions; la 
seule conséquence qu'elles entraînent constamment , lors- 
qu'elles sont profondes, est la perle de la vue du côté blessé, 
et la stupeur. Ilailer et Zinn avaient déjà reconnu que les 
parties supérieures des hémi'jphères ne peuvent donner lieu 
à aucune contraction musculaire. Il en est de même des corps 
striés et des couches optiques, d'après Flourens, et Lorry 
avait fait la même observation par rapport au corps calleux. 
Les expériences que Vlourens et H» rtwig ont faites sur des 
animaux divers, pour constater les fonctions des hémisphères, 
sont en général très-concordantfs. Flourens enleva le lobe 
cérébral droit à un pi{|eon : l'animal perdit aussitôt la vue du 
côté opposé. Cependant la contractilité de l'iris de cet œil 
persista, par les motifs qui ont été développés précédemment. 
Un peu de faiblesse parut dans toutes les parties du côté op- 
posé du corps; mais, d'après Flourens, celte faiblesse 
est un phénomène variable sous le point de vue du degré 
et sous celui de la durée : chez tous les animaux, les forces 
ne tardent pas à revenir, et l'équilibre à se rétablir entre 
les deux côtés. Le Piiçeon voyait très -bien du côté de 
la blessure : il entendait, marchait, sautait et se mou- 
vait comme a' paravant. Après l'ablation des deux lobes, il y 
eut perte de la vue des dtux yeux, et faiblesse musculaire; 
celle-ci ne fut toutefois ni considérable ni continue. L'anima] 
volait quand on le jetait en l'air, et marchait lorsqu'on le 
poussait. L'iris était mobile dans ses deux yeux. Il n'enten- 
dait plus, et ne se mouvait plus volontairement; lorsqu'on 
l'irritait, il se comportait comme un animal qui s'éveille. Dans 
quelque position qu'on le plaçât, il se mettait en équiU!)re; 
couché sur le dos, il se relevait : il buvait l'eau qu'on lui ver- 
sait dans !e bec ; il résistait aux efforts faits pour lui ouvrir le 
bec. Flourens compare un tel animal à un être qui est forcé 
de dormir toujours, mais qui a perdu même la faculté de rê- 



DU CEllVEAU. 4>5 

ver. Sesexpériences sur les Mammifères ont eu presque les 
mêmes résultats. Celles de Hertwig sont d'accord avec les 
siennes. Herlwiff a trouvé que les hémisplières cérébraux ne 
sont point sensibles, et un Ciiien seulement donna des si^jnes 
de douleur quand on blessa la base du cerveau. Un auire, 
auquel on avait enlevé les deux bémisphères, ne quittait plus 
volontairement le lieu où il se trouvait, et il était plongé dans 
une stupeur absolue ; quand on Texcilait, il' faisait quelques 
pas, mais retombait aussitôt sur le sol et dans le coma. Il 
n'entendait pas le bruit d'une arme à feu. Un Pigeon, auquel 
on avait enlevé la partie supérieure des hémisphères, perdit 
la vue et l'ouie ; il restait comme endormi. On lui fit prendre 
des alimens ; il n'avalait pas les grains qu'on se contentait de 
lui mettre dans le bec, mais bien ceux qu'on lui plaçait sur la 
langue (mouvement de réflexion); les muscles étaient peu af- 
faib'is; l'animal se tenait ferme sur ses pattes, et il V(»lait 
quand on le Jetait en l'air : cet état dura jusqu'au quinzième 
jour, époque à laquelle l'ouïe et la sensibilité revinrent en 
grande pa- tie ; l'anim il vécut trois mois. Une Poule, dont on 
avait coupé les deux hémisphères presque à la base, perdit 
la vue, l'ouïe, le goût et l'odorat; elle demeurait toujours au 
même endroit, et ne donnait aucun signe de vie, jusqu a ce 
qu'ayant élé vivement irritée, elle fit quelques pas ; l'animal 
vécut trois mois dans cet état d'engourdissement, sans que les 
facultés sensorielles se rétablissent. 

Schoeps a fait des expériences analogues (1). 

De ces expériences et des eflets de la compression sur les 
hémisphères de l'homme , il ressort évidemment que ces par- 
ties du cerveau sont le siège des fonctions de lame, le lieu ou 
les sensations non seulement arrivent à la conscience, mais 
encore sont transformées en idées , celui d'où l'activité de 
l'âme s'applique spécialement, comme attention, tantôt a 

(1) Meckel, Archiv, 1827. 



4^6 nu CI'HVEAU. 

telle et tantôt à telle autre partie des impressions sensoriel- 
les. Là capacité du pouvoir de lame saccroît manifestement, 
dans le règne animal , avec l'étendue de la suilace des circon- 
volutions cérébrales; mais nous ne connaissons pas, même 
d'une manière éloignée, l'influence de l'écorce grise dans la- 
quelle finissent par s'épanouir les innombrables fibres de la 
couronne radiante. Nous ne savons pas non plus quel change- 
ment a lieu dans les fibres médullaires, ou dans la masse grise, 
ou dans le principe qui les anime , lorsqu'une idée fait' im- 
pression sur la matière de cet admirable appareil. Nous savons 
seulement que cette idée est une impression qui persiste dans 
le cerveau , et qui peut surgir de nouveau à chaque instant , 
lorsque l'activité de l'ame se tourne vers elle , lorsque l'atten- 
tion se trouve tendue sur elle; nous savons aussi que l'impossi- 
bilité de faire attention à un grand nombre d'objets à la fois 
est la seule cause de l'oubli. Il faut nous représenter toutes les 
images à l'état latent comme autant d'impressions indélébiles 
du cerveau. Une lésion de l'organe peut en effacer quelques 
unes, ou même les effacer toutes. On a vu, après des lésions 
cérébrales , la méqioire des noms , des verbes et des divisions 
du temps disparaître, puisse reproduire. Quand latteniion se 
dirige sur une image seule, la co -existence et l'équilibre de 
toutes les autres sont troublés , de sorte que si l'on connais- 
sait la force des idées latentes co-existantes, il y aurait possi- 
bilité de savoir quelles sont les idées affines que telle ou telle 
autre peut rappeler , pourvu que l'on connût ceEte dernière. 
11 est probable que le cerveau renferme un élément affectif 
dont l'excitation peut accroître la force de chaque idée, qui, 
lorsqu'il entre plus particulièrement en action, exalte toute 
idée quelconque , même la plus simple, jusqu'au de^ré de la 
passion , et qui , même dans les rêves , donne des couleurs et 
des nuances affectives aux images; mais nous n'avons aucun 
moyen de le prouver d'une manière rigoureuse , ni en géné- 
neral , ni en particulier, ^ous pouvons bien moins encore dé- 



DU CERVEAU. [\\n 

montrer qu'itirJépendamment de l'élément offeclif de l'âme, il 
va aussi, dans les provinces des hémisphères, des sié(>;es 
spéciaux pour les diverses diiections des facultés de l'esprit 
et pour les différentes passions. Cette hypothèse de Gall, sur 
laquelle repose ce qu'on appelle la phrénologie, ne présente 
point d'impossibilité en elle-même, mais il n'y a pas un seul 
fait qui prouve, même de la manière la p'us éloi^wnée, ni 
qu'elle soit vraie , en la considérant sous un point de vue pu- 
rement général , ni que les applications spéciales qu'on cher- 
che à en faire soient exactes. On ne peut point assigner de 
provinces du cerveau dans lesquelles la mémoire , l'imagina- 
tion , etc., aient leur siège. La mémoire peut être abolie par 
la lésion des hémisphères en un point quelconque de leur 
pourtour, et il en est de même de toutes les facultés fonda- 
mentales ou directions de l'esprit. D'un autre côté , en réflé- 
chissant aux facultés primitives que Gall a établies, et qui 
sont en partie si contraires à tout ce que la psychologie nous 
enseigne , on ne peut s'empêcher de repousser du sanctuaire 
de la science ce tissu d'assertions arbitraires qui ne reposent 
sur aucun fondement réel. Il est curieux de connaître ce que 
Napoléon pensait de la craniologie : « Gall , disait-il , attribue 
à certaines saillies des penchans et des crimes qui ne sont 
point dans la nature , qui n'existent que dans la société , par 
l'etTct de la convention. Que deviendrait l'organe du vol s'il 
n'y avait pas de propriété , l'organe de l'ivrognerie , s'il 
n'y avait pas de boissons spiritueuses, l'organe de l'ambi- 
tion, s'il n'y avait pas de société (1). » Quoique Gall n'admît 
pas d'organe de l'ivrognerie , la remarque du grand homme 
n'en est pas moins juste en ce qui concerne la mauvaise base 
psychologique de ce système. Cependant elle ne porte que la 
mise en pratique, et non sur le principe même. Quant au 

(1) F.- J. Gall , sur les fonctions du cerveau , Paris, 1825, t. VI, p. 385. 
r. ' 27 



4ïS DU CERVEAU. 

principe , on ne peut rien ohjVcter en (jënéral contre sa pos- 
sibiliié ; mais l'orfîanolo-ie de Gall n'a point de base expéri- 
mentales, et riiistoire des plaies d« icte parle même contre 
l'existence de provinces distinctes dans le cerveau pour les 
différentes facultés intolleciuelles. Non seulement ces plaies, 
en quelque lieu de la superficie du cerveau qu'elles survien- 
nent , ne portent pas atteinte aux (aculiés supérieures et infé- 
rieures de rintellijjence, la pensée, l'imagination, la mé- 
moire; mais on a souvent remarqué que les différentes parties 
des hémisphères peuvent aider à l'aciion des autres dans les 
fonctions intellectuelles, et plus d'une fois on n'a vu survenir 
aucun changremeni dans les capacités morales eirintellijjence 
de sujets chez lesquels on s'éiait vu forcé d'enlever des portions 
de la surface des hémisphères. Ma(;endie a complètement rai- 
son quand il ranjje la craniologie dans la même catégorie que 
rastrolo{jie et l'alchimie. 

Eu égard aux relations mutuelles des deux hémisphères , il 
paraît que l'un peut suppléer l'autre dans les fondions intel- 
lectuelles. Du moins a-i-on trouvé quelquefois des lésions 
profondes d'un hémisphère sans que liniolligence fût trou- 
blée, et Cruveiihier cite le cas d'un homme de quarante-deux 
ans, en pleine jouissance de son esprit , dont le lobe gauche 
du cerveau fut iroiivé atrophiée en entier; ce lobe n'avait 
qu'environ le volume xle la moitié de l'autre, et toutes les par- 
ties en éiaient uniformément atrophiées, de sorte que le pé- 
doncule du cerveau, le corps mamillaire , la couche optique, 
le corps strié et le ventricule de ce côté étaient plus petits. 
Le cervelet avait acquis à peu près le même développement 
des deux côtés : seulement , 1 hémisphère droit était un peu 
plus petit. Le côté opposé du tronc était frappé de paralysie 
incomplète depuis la jeunesse ; le sujet pouvait cependant 
encore marcher avec une canne ; les membres de ce côté 
étaient amaigris. 



DU CERVEAT3. 4^9 

Les commissures paraissent être la cause de l'unité d'action 
des deux hémisphères. On n'est pas encore bien certain de 
la part qu'y prend le corps calleux. Cependant il semble- 
rait , d'après une observation de Rcil (1), que ni lui ni la 
voûte ne sont nécessaires à l'exercice des fonctions inférieu- 
res de 1 ame. Reil a trouvé ces deux parties divisées, les 
commissures existant d'ailleurs , clicz une femme idiote , qui 
n'en était pas moins propre à des occupations vulgaires , par 
exemple à servir de j^uicle. Si l'on a observé l'idiotisme dans 
une hydrocéphalie chronique avec destruction du 'corps cal- 
leux, ce cas ne prouve rien , à cause de la complication. Ce- 
pendant on a rencontré , chez plusieurs idiots , des tumeurs 
et des hydatides sur le corps calleux, et Lapeyronie a observé 
la perte de la mémoire après la lésion de cette partie du cer- 
veau. Nous ne possédons encore qu'un petit nombre d'expé' 
riences entreprises dans la vue de déterminer les fonction? 
qu elle remplit. Saucerotte coupa le corps calleux sur un 
Chien ; il survint de la stupeur , avec de violentes secousses 
et des hoquets ; l'animal voyait et entendait, mais il n'avait 
plus de flair, et il ne sentait plus rien non plus quand on lui 
piquait les oreillrs , le nez et les muscles. Rolando a pratiqué 
cette opération sur une Chèvre : l'animal demeura quelque 
temps immobile , puis il fut pris d'afjitation, et se mit à cou- 
rir en avant-, on le conserva pendant deux jours; peu à peu il 
devint faible au point de pouvoir à peine se relever , et il 
tremblait de tout son corps , qui était froid. 

Les usages de la grande pituiiaire et de la glande pinéale 
sont encore , on peut dire, totalement inconnus. Il est vrai que 
Greding a trouvé fréquemment la glande pituiiaire malade 
chez les aliénés ; mais ces malades ont aussi offert des dégéné- 
rescences dans toutes les parties du cerveau. Wenzel a fré- 
quemment vu la glande pituitaire affectée dans l'épilepsie. 

(1) Archiv , f. physiologie , t. II, p. 341. 



/|20 DU CERA.EAU. 

Quant à l'IiypoUièse de Doscaries, qui rc^^ardait la {jlande pi- 
néale comme le sié{je de l'àmo , el c est oubliée depuis \onrr- 
lemps. Il est rare, d'après les observations de Georget, qu'on 
la trouve malade chez les aliénés. 

Au reste , les résultats de l'anatomie p ilhologique ne peu- 
vent jamais avoir qu'une application tiès-limiiée à la physio- 
lo{',ie du cerveau. Nous ne connaissons pas les lois delà com- 
munication entre les diverses parties de cet or}*ane, et il ne 
nous est permis qu'on jénéral d'admettre pour certain qu'une 
lésion organique d'une de ses parties entraîne des change- 
mens dans les fonctions de plusieurs autres , sans qu'il nous 
soit toujours donné de tirer de là des conclusions positives. 
On rencontre souvent, dans les régions les plus diverses du 
cerveau qui, d'après les expériences, n'ont aucune connexion 
immédiate avec les organes centraux du sens de la vue , des 
dé{;énérescencesqui entraînent cependant la cécité; nous de- 
vons d'au'anl moins nous en étonner que nous voyons souvent 
l'amblyopie survenir même dans des maladies de la moelle 
épinière, par exemple dans la phthisiedorsale. Les mêmes re- 
marques s'appliquent aux lésions organiques des diverses par- 
ties du cerveau considérées sous le point de vue des aliéna 
lions mentales, dans lesquelles il arrive fréquemment que des 
parties de cet organe qui ne sont pas le siège essentiel des 
fonctions intellectuelles, présentent des dégénérescences. Les 
précieux calculs de Bnrdach sur la coïncidence de ces altéra- 
tions avec certains ch mgemens des fonctions, nous en four- 
nissent des preuves surabondantes. Il faut noter, en outre , 
qu'une lésion chronique du cerveau, quand elle n'agit que par 
pression, et qu'elle n'entraîne pas l'atrophie totale des parties 
comprimées , peut préparer en quelque sorte et habituer 
celles-ci à sa présence par la lenteur de son développement. 
De là l'énorme différence qui existe entre les lésions soudai- 
nes et les lésions chroniques de l'encéphale , par rapport aux 
conséquences. Ainsi , par exemple , des parties aussi impor- 



DE tA MÉCANIQUE DU CERVEAU, ETC. 4^1 

tantes que le pont de Varole et le pédoncule cérébral ont pu 
ne subir aucune altération notable dans leurs fonctions par le 
fait d'une lumeur siéatomateuse qui s'était produite avec len- 
teur comme le démontre un cas rapporté par CruveiUner (1), 
dans' lequel ni le mouvement ni le sentiment n'avaient soullerl . 

CHAPITRE IV. 

De la mécanique du cerveau et de la moelle épinière. 
Par mécanique du cerveau et de la moelle épinière, on en- 
tend les lois suivant lesquelles la propagation des effets a l.eu 
dans les libres de ces deux organes :1e mot de mécanique a 
donc ici pour nous le même sens qu'en physique, lorsqu'on y 
parle de la mécanique de la lumière. Autant la mécanique des 
nerfs est avancée déjà , autant celle des parties centrales est 
couverte d'obscurité. Les fibres primitives des nerfs , placées 
côte à côte dans une même gaine , ne se communiquent point 
leurs états; elles agissent isolément les unes des autres, de la 
périphérie au centre et du centre à la périphérie. Si , comme 
tout porte à le croire, ces fibres sont des tubes contenant la 
moelle nerveuse , les parois des tubes paraissent agir de 
manière à isoler le contenu. Mais le cerveau et la moelle 
épinière se comportent autrement; la substance médul- 
laire n'v est pas renfermée dans des gaines aussi distinctes, 
et l'on ^a observé entre ses fibres, surtout dans la substance 
grise, une masse grenue, non fibreuse, qui semble faci- 
liter en quelque sorte la transmission de l'une a l autre , 
là même où il n'v a point de communication entre les 
fibres. C'est peut-être là ce qui explique la transmissibilite 
des états du cerveau et de la moelle épinière, les phénomènes 
par lesquels s'annonce la réflexion qui a lieu des racines sensili- 
ves sur les racines motrices, voisines des précédentes eu égard 
à leur origine. Quoi qu'il en soit, la propagation , dans les fi- 
bres de la moelle épinière, n'en a pas moins lieu toujours avec 

fi) Jnat. fatholnçi^, II' livraison, in-fol.. fig. coloriées, liv. 2. 



42a DE LA MÉCAMQUÈ DU CERVEAD 

plus de facilité suivaul la direclion de ces fibres qu'en tout 
autre sens : autrement , l'excilaiion motrice des organes de 
certains nerfs du tronc et laction croisée du cerveau sur les 
nerfs spinaux ne seraient point possibles. Les lois de la propa- 
gateur de la substance grise, dans l'intérieur du cerveau et de 
la moelle épinière, ainsi qu'à la surface du premier de ces or- 
ganes, nous sont totalement inconnues. Il faut aussi nous ré- 
soudre, dans tout ce qui concerne les fonctions intellecluei- 
les, à exclure de nos recherches les effets qui peuvent ap- 
partenir aux fibres. 

Indépendamment des phénomènes qui ont lieu quand un 
eflFet se trouve réfléchi des fibres sensitives sur les libres mo- 
trices, par la moelle épinière, et que nous ne pouvons expli- 
quer jusqu'à présent par la slrucln. c dss organes dans lesquels 
ils s'accomplissent, la mécanijue du cerveau et de ia corde 
rachidienne offre encore à étudier les appareils moteurs qui 
agissent dans les parties centrales, mais surtout les voies que la 
transmission suit dans les sensations et les mouvemens , et le 
croisement qui a lieu sous ce rapport. 

Parmi les appareils moteurs, ceux dont la lésion détermine 
des convulsions doivejit être distingués de ceux dont la lé- 
sion diminue l'intensité du mouvement, sans provoquer de 
convulsions. C'est là une distinction importante, dont nous 
sommes redevables à Flourens, et qui ne pourra pas manquer 
d'acquérir un jour de l'importance pour la paihologie des 
maladies cérébrales. La première classe ne comprend , d'a- 
près les expériences de Flourens et de Hertwig, que les tu- 
bercules quadrijumeaux, la moelle allongée et la moelle épi- 
nière ; à la seconde se rapportent tous les autres appareils 
moteurs contenus dans l'encéphale, notamment les couches 
optiques, les corps striés , le cerveau proprement dit, en tant 
qu'il influe sur les mouvemens , le pont de Varole et le cerve- 
let. Après la lésion de ces parues, les mouvemens perdent de 
leur énergie, mais ou n'observe pas de convulsions , tandis 



ET DE tA MOELLE ÉPINIÈRE. l^'i.'^ 

qu'après les lésions de la moelle allongée et de la corde rachi- 
dienoe il survient inf lilliblemcni des mouvemeos convulsifs. 
Quoique le conflit qui existe entre les diverses parties de l'en- 
céphale fasse qui! y a probablement d'autres parties que la 
moelle allonsée et les tubercules quadi ijumeaux qui puissent 
déterminer sympathiqnement des convulsions dans les mala- 
dies, comme l'annonce d'ailleurs la pathologie, cependant il 
suit des faits relatés plus haut que quand l'énergie des parties 
mobiles a diminué, par cause de maladie, dans les organes 
centraux , ces causes peuvent tout aussi bien résider dans les 
corps striés, les couches optiques , ou les hémisphères que 
dans le pont de Varole , le cervelet , la moelle allongée et la 
moelle épinière, mais que, quand le spasme ou les convulsions 
et la paralysie ont leur cause dans les parties centrales , il 
faut plutôt chercher celle-ci dans les tubercules quadriju- 
meaux , la mof lie épinière et la moelle allongée , qu'ailleurs. 
Une autre circonstance importante pour la mécanique des 
parties centrales, c'est le croisement des ell'ets. Les observa- 
lions pjihologiques et les expériences faites sur les plaies de 
la moelle épinière et de la moelle allongée , chez les animaux, 
démontrent que les effets de ces punies sur les nerfs ne se 
croisent pas. Une lésion de la moel'e épinière ou de la moelle 
allongée entraîne toujours des convulsions ou la paralysie du 
même côté. Le fait s'explique aisément pour la moelle épi- 
nière , dans lariuelle il n'y a aucun croisement de fibres de 
droite à gauche et réciproquement. Quant à la moelle allon- 
gée , les résultats des expériences de Flourens et de Hertwig 
ne s'accordent pas parfaitement avec sa structure ; car, 
comme , parmi ses cordons , il y a les pyramides qui se croi- 
sent, les autres continuant de suivre la direction qu'ils affec- 
taient dans la moelle épinière , on devrait s'attendre à ce que 
l'effet eût lieu tantôt du côté opposé , tantôt du même côté , 
suivant la région de l'organe sur laquelle porterait la lésion. 
A la vérité , Lorry a dit qu'en cas de blessu^-e à la moelle al- 



4^1 Di; LA. MÉCAMOLË DU CERVEAU 

longée, les convulsions ont toujours li.^u du côié blessé et 
les paralysies du cô;é opposé; mais les expériences de Flôu- 
nns ei de Hcrlwi(ï sont ubsolument contraires à cette asser 
non. Cependant il faut prendre en considération que la plu- 
part de ces expériences n'ont été faites que sur les cordons 
latéraux de la mo.lle allong.^e, q,.i ne se croisent pas et il 
est tres-vraisembiable que quand une blessure aliein't les 
pyranf).des au dessus do l'enlrecroiserPent, il y a aussi croi 
sèment des effets. A réeard des effets du cervelet, des tuber- 
cules quudnjumeaux, des hômispi.ères et des parties que 
ceux-ci contiennent, ils sont presque toujours croisés • la lé- 
sion du cervelet , des tubercules quadrijumeaux et des hé- 
m.spbères cérébraux entraîne toujours la faiblesse du côté 
oppose , et celle des hémisphères et des tubercules quadri- 
jumeaux détermine la cécité du côté opposé. C'est lu le résul- 
tat {ïenéral des expériences de Fluurens et de Heriwjg. Les 
expériences et les observations pathologiques de Caldani 
d'Arnemann, de Valsalva, de Wenzel, etc. (i), l'avaient 
déjà prouvé pour le cerveau. Magendie Taffirme aussi pour 
les hémisphères ; en extirpant un œil à des Oiseaux , il a dé- 
terminé en très-peu de temps l'atrophie du lobe optique op- 
posé. D'après les expériences de Flonrens , les lésions des 
tubercules quadrijumeaux exercent une aciion croisée , en 
en avant sur les yeux , en arrière sur les autres parties du 
corps. La plupart des observations pathologiques confirment 
cette règle , à laquelle on n'a trouvé que de rares exceptions. 
II résulte des recherches de Burdach que sur 2G8 cas d'alté- 
ration d'un seul côté du cerveau , il en eut JO de paralysie 
des deux côtés , et 25S d'hémiplégie, dans 15 seulement des- 
quels la paralysie se trouvait du même côté que la lésion; les 
convulsions eurent lieu du même côté dans 25 cas , et du côté 
opposé dans 3 cas. 

(4) Tkeviramjs, Biologie, VI, 117.-Bcudach, /oc. cit., III, 365. 



EN DE L\ MOELLE Él'IMÈRE. /jaS 

D'après cela , on s'explique l'ancien axiome , admis déjà du 
temps d'Hippocrate, que, dans les plaies du cerveau, les 
convulsions surviennent du côté de la blessure, et les paraly- 
sies du côté opposé. En effet, on peut, par un certain mode 
de lésion, produire les deux effets à la fois; il suffit pour cela 
de blesser des parties qui déterminent la paralysie et d'autres 
qui provoquent des convulsions , des parties qui se croisent 
et d'autres qui ne se croisent pas. Personne n'a plus répandu 
de lumière sur ce sujet que Fiourcns. Quand on blesse la 
moelle épinière et la moelle allou<jéft , on donne lieu à la pa- 
ralysie et à des convulsions du même côté ; quand on a(;it sur 
les tubercules quadrijnmeaux , on détermine la paralysie et 
des convulsions du côté opposé. Aux lésions des couches op- 
tiques , des corps striés et des hémisphères tant du cerveau 
que du cervelet succède la paralysie du côté opposé , sans 
convulsions. Mais si l'on blesse en mt^me temps le cervelet et 
la moelle allongée d'un côté , il en résulte une faiblesse ou 
paralysie incomplète du côté opposé , et des convulsions avec 
paralysie du côté correspondant. Cependant, quelque jour 
que les expériences de Flourens aient répandu sur le croise- 
ment des paralysies et des convulsions , il paraît en avoir tiré 
des conclusions trop absolues contre la possibilité de convul- 
sions du côté correspondant dans les cas d'affections unilaté- 
térales du cerveau. Il est très-remarquable , en effet , que 
parmi les cas de ce genre réunis par Burdach , il y en ait eu 
25 de convulsions du même côté , et 3 seulement de con- 
vulsions du côté opposé ; et dans le nombre de ces cas, les 
plus importans pour nous sont ceux où à la paralysie du même 
côté se joignaient des convulsions du côté opposé. Sur 42 cas 
de lésion d'un seul des corps striés . il s'en trouve 36 de pa- 
ralysie du côté oppose , 6 de convulsions du même côté, et 
aucun de convulsions du côté opposé. Ce résultat semble par- 
ler assez hautement en faveur de l'ancien axiome , que quand 
il survient des convulsions dans les paralysies du côlé opposé 



4a6 DE LA. MÉCANIQUE DU CERVEAU 

à celui de la lésion cérébrale, elles ont lieu plus souvent du 
côté de celle-ci que du côié opposé. 

L'explication de Teflei croisé par le croisement des cor- 
dons pyramidaux de la moelle allongée se présente trop na- 
turellement à l'esprit pour qu'on n'y ait pas eu recours de- 
puis la découverte de ce croisement. ISous trouvons là aussi 
une preuve que ce sont principalement les pyramides qui trans- 
mettent au tronc l'influence raoïrice du cerveau. Cependant, 
comme les autres faisceaux de la moelle allongée ne se croi- 
sent pas, nous ne manquons pas non plus de moyens pour 
expliquer les cas exceptionnels dans lesquels l'action du cer- 
veau s'exerce sur le côié correspondant du tronc. 

Une difficulté toute spéciale lient à la manière dont les 
nerfs cérébraux se comporient par rapport au croisement et 
au non-croisement des effets. Car, comme ils prennent pour la 
plupart leur ongine au dessus de la décussaiion des cordons 
pyramidaux, celle-ci ne peut rendre raison de l'aciion croisée 
que les lésions du cerveau exercent sur les nerfs cérébraux , et 
ce qi)i rend la chose plus embrouillée encore , c'est que , chez 
l'homme au moins, les nerfs cérébraux reçoivent tout aussi 
souvent uue influence directe qu'une influence croisée de la 
part de l'encéphale. Je renvoie , sous ce rapport , aux faits 
que Burdach a colligés avec une patience admirable. Les lé- 
sions d'un seul côté du cerveau entraînèrent la paralysie des 
muscles de la face dans vingt-huit cas du côté opposé, et dans 
dix du même côté : la paralysie de la paupière eut lieu du 
même côié dans dix , et du côté opposé dans cinq ; celle des 
muscles oculaires du même côté dans huit, et du côté op- 
posé dans quatre; celle de l'iris, du même côté, dans cinq, et 
du côté opposé dans cinq. La langue est généralement tirée 
du côté paralysé de la face. 

Chez l'homme, la paralysie de l'œil s'observe aussi souvent 
du côté de la lésion cérébrale que du côlé opposé. Comme les 
deux hémisphères contribuent à la formation du nerf optique 



ET DE lA MOELLE ÉPINTÈRE. 4^7 

de chaque œil, puisque chaque racine fournit des fibres pour 
les deux yeux dans le chiasma, légalité numérique des cas 
d'effet croisé et d'effet non croisé s'explique sans peine. 
Mais, d'après la théorie, une lésion d'un seul côté du cerveau 
ne devrait produire la cécité ni d'un côié ni du côté opposé ; 
elle devrait entraîner la paralysie d'une moitié des deux ré- 
tines, par conséquent l'hémiopie ; car la racine gauche passe 
dans la partie gauche des deux nerfs optiques , et la racine 
droite dans leur partie droite , en traversant le chiasma. A la 
vérité on a fréquemment observé l'hémiopie , comme symp- 
tôme transitoire (1) ; mais, dans les lésions d'un seul côté du 
cerveau , ce n'est pas Ihémiopie , c'est généralement la perte 
de la vue d'un œil , ou de l'autre , ou des deux à la fois, qu'on 
rencontre. Il y a, sous ce rapport, une différence très-remar- 
quable entre Thomme et les animaux, puisque, chez l'homme, 
les lésions du cerveau produisent tout aussi bien la cécité du 
côté opposé, tandis que, chez les animaux, elles entraînent 
toujours la perte de l'œil du côté opposé. Cependant cette 
différence s'explique par celle que présente, chez les ani- 
maux , le mélange des fibres dans le chiasma des nerfs opti- 
ques i la plus grande partie des fibres semble, en effet, pas- 
ser du côté opposé, et celte disposition était rendue nécessaire 
par la condition même des animaux qui, par la plus grande 
partie des champs visuels de leurs yeux divergens , aperçoi- 
vent des objets tout différens ; il n'y a que les objets compris 
entre les deux yeux , qui projettent leur image sur ces 
deux organes à la fois; par conséquent aussi il n'y a qu'une 
petite partie du champ visuel des deux yeux qui soit iden- 
tique. Chez l'homme, au contraire , les parties géométrique- 
ment correspondantes des deux rétines voient toujours le 
même objet, dans la situation ordinaire des deux yeux. La 
structure du chiasma est conforme à cette disposition, puisque 

(1) MoLLER, Phisioloyie des Gesichtsinnes ^ p. 93. 



428 DE LA MÉC.AMQIE Dt (.ERVEAF 

chaque racine fournil les tibres externes du nerf correspon- 
dant et les fibres iniernes de celui du cùié opposé. 

D'après les faits relatifs à la mécanique du cerveau dont je 
\iens de tracer l'aperçu, ei d'après les principes de celle de 
la moelle ëpinière que j'ai précédtmment exposés, on peut 
établir une classification des paralysies et des spasmes, eu 
égard à leur origine. 

I. Parali/sics. Les paralysies ont leur siège tantôt dans un 
Derf seulement, tantôt dans le cerveau et la moelle épinière. 
Les premières naissent par toutes les causes qui suspendent 
localement la transmission dans les nerfs , comme raffeciion 
rhumati?male,?a section en travers, les tumeurs des nerfs, etc. 
La seconde de ces causes n'existe pas dans les nerfs, mais bien 
dans les parties centrales. La plupart des paralysies sont des 
paralysies du cerveau et de la moelle ëpinière. Elles sont taniôt 
unilaiérales , et on !es nomme h'^miplégies , tantôt transver- 
sales, et on les appelle paraplégies. Dans le premier cas, la 
cause existe d'un côté seulement du cerveau ou de la moelle 
ëpinière ; dans le second , elle se trouve ou des deux cô:és, ou 
d'un seul côté, car il arrive assez fréquemment à la paralysie 
d'être transversale , quoique la cause n'occupe qu'un seul 
côté du cerveau. 

1* ParalrJtds de la moelle épinière. Elles Ont cela de parti- 
culier qu'on en peut généralement apprécier le siège d'après 
l'étendue des parties paralysées. Car les lésions de la moelle 
épinière frappent en général de paralysie toutes les parties 
dont les nerfs tirent leur origine du prolongement de la corde 
au dessous du point affecté. Dans les paralysies des membres 
pelviens et des sphincters, il n'y a d'ordinaire que la région 
inférieure de la moelle épinière qui souffre; si la cause se 
trouve plus haut, l'étendue des parties paralysées est plus 
considérable. Une cause qui a établi son siège au dessous du 
quatî ième nerf cervical, paralyse les membres pectoraux seuls, 
ou avec eux toutes les parties inférieures, mais non les nerf« 



ET DE LA MOtLLE EPIMÈRE. 4^9 

phréniques. Ces derniers sont frjppés aussi de paralysie, si 
la cause rtside plus haut. Quand la cause est à la moelle al- 
longée, elle frappe de paralysie et le tronc entier et les nerfs 
céphali jues qui naissent de celle moelle. Je connais un cas 
de maladie de la moelle allongée, produite par la pression 
d'une petite tumeur, dans lequel une paralysie incomplète 
s'empara peu à peu de tous les muscles du corps à la fois ; 
les bras, les jambes, la langue, les yeux et les muscles de la 
face étaient affectés. En général, la hauteur des parties para- 
lysées indique, d'après l'origine de leurs.nerfs, le siège de la 
lésion à la moelle épinière. Quand la portion lombaire de 
celle-ci souffre, les extrémités inférieures sont nécessaire- 
ment paralysées, et les membres ihoraciques ne le sont ja- 
mais. Dans la paralysie d^s bras par lésion de la moelle épi- 
nière, la cause réside sûrement au dessus de l'origine des 
nerfs brachiaux, mais les membres pelviens ce sont pas tou- 
jours et nécessairement frappés aussi de paralysie. Constam- 
ment l'effet a lieu du côté même où agit la cause. S'il y a pa- 
ralysie du sentiment, il est vraisemblable, mais non certain, 
que la cause a son siège dans les cordons postérieurs de la 
moelle ; si le mouvement est paralysé, celle même cause ré- 
side le plus souvent , mais non pas d'une manière con-tanie , 
dans les cordons antérieurs. Les paralysies de la moelle épi- 
nière sont tantôt complètes et tantôt incomplètes. Dans le 
premier cas, la propagation de l'influence cérébrale se trouve 
interrompue sur un point quelconque de la longueur du cor- 
don. Dans le second, la transmission a lieu, la vo.onté agit sur 
tous les muscles, mais la force manque, comme dans l'atrophie 
de la moelle épinière, la phihisie dorsale. 

2^ Paralysies cérébrales. Elles peuvent se manifester dans 
toutes les parties du tronc , à la face comme aux membres , 
tant supérieurs qu'inférieurs. Une paralysie des muscles du 
mollet ou des sphincters peut donc tout aussi bien dépendre du 
cerveau que de la moelle épinière. Il est permis de conclure 



43o DE LA MIÊGANIQUE DU CERVEAU 

que la paralysie est cérébrale lorsque les parties et fonctions 
qu'elle frappe appartiennent à la cl.isse de celles qui dépen- 
dent des nerfs cérébraux, comme les muscles oculaires, la 
faculté visuelle, l'ouïe, la parole ou le mouvement de la lan- 
gue , les muscles de la face , etc. Ces paralysies portent , en 
outre, ou sur le mouvement, ou sur le sentiment, ou sur l'un 
et l'autre à la fois. Dans les paralysies du mouvement, 
les corps cannelés, les couches optiques, les couvertures 
des hémisphères , les tubercules quadrijiimeaux , le pont 
de Varole, la moelle allongée et le cervelet peuvent être 
le siège de la cause. Serres , Bouillaud et Pinel-Grand- 
champ prétendent, d'après leurs ob^ervations, que la para- 
lysie des membres antérieurs dépend le plus fréquem- 
ment d'une lésion des couches optiques, et celle des membres 
postérieurs d'une lésion des corps striés. Celte distinction n'est 
rien moins que solidement ét;ib'ie. Dans les paralysies du 
sentiment, lu cause peut avoir des sièges très-variés. La cé- 
cité succède le plus souvent aux dégénérescences des hémis- 
phères, en particulier, des couches optiques, puis à celles des 
tubercules quadrijumeaux; le défaut desensaiions tactiles dans 
les maladies tient à la moelle allongée. La paralysie est tantôt 
complète et tantôt incomplète. Les parties dont la lésion en- 
traîne le plus souvent h perte de l'énergie du mouvement, 
sont les corps striés, les couches optiques, les pédoncules cé- 
rébraux et le pont de Varole. La paralysie incomplète se dé- 
clare surtout dans les maladies des hémisphères cérébraux et 
du cerveau. Les parties du cerveau qui ont de la tendance à 
produire des convulsions, indépendamment de la paralysie, 
sont les tubercules quadrijumeaux, la moelle épinière et les 
parties basilaires du cerveau proprement dit. Les effets de la 
cause paralysante sont généralement croisés au tronc ; à la tète, 
ils sont tout aussi souvent du côté de la lésion que croisés. 

II. Contii Lions. Elles ont leur cause ou dans les nerfs, ou 
dans la moelle épinière , ou dans le cerveau. 



ET DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. ^5l 

1<» Dans les nerfs. Ici se rangpnt les convulsions provo- 
quées par des maladies nerveuses locales, des tumeurs sur 
le trajet des nerfs, des névniljfies, ou, en général, par des 
sensations violentes, et, chez les enl'ans, par toutes les mala- 
dies locales. Elles dépendent de ce que l'excitation centripète, 
communiquée à la moelle épinière et au cerveau, est réflé- 
chie par ces orjranes sur les nerfs moteurs. 

2» Bans la moelle épinière. Les lois d'après lesquelles ont 
lieu les paralysies, s'appliquent également aux convulsions. 

3° Dans le cerveau. Il en est de même pour le cerveau ; 
seulement on doit remarquer que les hémisphères du cerveau, 
ceux du cervelet et le pont de Varole provoquent plus parti- 
culièrement des paralysies, tandis que les tubercules quadri- 
jumeaux et la moelle allongée donnent lieu en même temps à 
la paralysie et à des convulsions. 

Après avoir passé en revue les lois de la mécanique du cer- 
veau et de la moelle épinière dans la propagation des effets, 
examinons les phénomènes qui ont lieu quand l'équilibre des 
effets du cerveau vient à être dérangé. Lorsque certaines par- 
lies du viscère ont été lésées, il se manifeste des symptômes 
analogues à ceux qui auraient lieu si l'équilibre des forces 
était détruit, et que celles-ci se manifestassent isolément. Ces 
phénomènes forment une classe à part. On détruit uue 
partie, et la partie homonyme du côié opposé semble alors 
déployer une action plus intense. Les animaux tournent sur 
eux-mêmes, d'un seul côté, selon Magendie, après les lésions 
d'un -des côtés du pont de Vantle : la section du pont à gau- 
che les fait tourner à gauche, et celle du côté droit les oblige 
de tourner à droite. Quand on les a forcés ainsi à tourner sur 
eux-mêmes, on peut faire cesser le mouvement, en coupant 
le poni du côlé opposé. Hertwig a vu la section du pont d'un 
seul côté, non seulement entraîner le tournoiement, mais en- 
core faire que l'un des deux yeux fût tourné vers le haut , 
et l'autre vers le bas. Un Chien, auquel le pont de Varole 



/\,02 DE LA. MÉGAMQUE DU CERVEAU 

avait été coupé en travers, se tenait bien sur ses pattes, mais 
il ne pouvait faire un pas sans tomber; les mouvemens volon- 
taires n'étaient point supprimés, et les sensations n'avaient 
subi aucun changement. 

La section des prolongeraens que le cervelet envoie au 
pont, oblige également, selon Magendie, les animaux à 
tourner sur eux-mêmes d'un seul côté. Le mouvement est 
parfois si rapide, que l'animal fait, dit-on, plus de soixante 
révolutions par minute. Mngendie as'îure l'avoir vu persister 
pendant huit jours, sans la moindre interruption. 

D'après le même physiologiste , l'ablation des deux corps 
striés donne aux animaux un irrésistible penchant à se porter 
en avant, qui subsiste même après la perte de la vue. 

Magendie a également observé une propension aux mou- 
vemens rétrogrades chez les Mammifères et les Oiseaux dont 
le cervelet avait été blessé. Ce phénomène a lieu quelquefois 
après les lésions de la moelle allongée. Ainsi Magendie a vu 
des Pigeons, dans la moelle allongée desquels il avait plongé 
une aijiuille . marcher toujocrs à reculons. Enfin il prétend 
que certaines lésions de la moelle allongée déterminent une 
tendance à se mouvoir en cei cle , soit à droite , soit à gauche, 
comme dans un manège ; il a observé ce phénomène chez un 
Lapin âgé de trois ou quatre mois, sur lequel il avait mis le 
quatrième ventricule à découvert, soulevé le cervelet , et pra- 
tiqué une incision perpendiculaire dans le sinus rhomboïdal , 
à trois ou quatre millimètres de la ligne médiane ; lorsque 
l'incision éiait faite à droite , l'animal tournait du côté droit. 
De ces faits importaus , Magendie conc lut qu'il existe dans 
le cerveau certaines impulsions qui déterminent l'animal à des 
mouvemens les uns en avant , les autres en arrière , celle-ci à 
droite , celle-là à gauche , et qui , dans l'état de santé, se font 
équilibre. Il nest point encore permis de se prononcer sur 
l'exactitude de celte explication. On entrevoit sans peine 
qu'un animal pourrait être aussi déterminé à des mouvemens 



ET DE LA MOELLE ÉPJNlÈRli:. 4^^ 

tels que ceux dont il s'agit, si, par l'effet du mode de lésion , 
l'impulsion du principe nerveux dans le cerveau subissait une 
modification telle que l'animal crût voir les objets extérieurs 
ou son propre corps livrés à un tournoiement auquel il clierche- 
raità résister, ou auquel il se laisserait lui même entraîner. 

Tous les phénomènes dont nous venons de parler sont de 
nature motrice ; mais il y en a aussi d'analogues , qui sont de 
nature sensilive. Certaines impressions sur le cerveau déter- 
minent non des mouvemens de rotation , mais des sensations 
rotatoires. Telles sont celles de vertige , qui ont lieu surtout 
dans le sens de la vue. C'est un fait connu que, quand on tourne 
long-temps sur soi-même avec rapidité , non seulement on 
est sur le point de perdre connaissance , mais encore on croit 
voir, quand on s'arrête , les objets eux-mêmes tournoyer 
dans le même sens. Purkinje a fait de très-remarquables ob- 
servations sur ce phénomène. Il en résulte qu'on peut, par 
la position du corps et particulièrement du cerveau, modifier 
la direction de la rotation des images et la situation qu'ells 
auront plus tard quand on s'arrêtera. 11 est au pouvoir de 
l'expérimentateur de déterminer, par la torsion de son corps, 
soit un mouvement circulaire horisontal , vertical ou oblique , 
soit un mouvement tangentiel des objets. Ce n'est que quand 
on tient la tête droite en tournant que les objets tournent lio- 
risontalement en cercle lorsqu'on s'arrête et que l'on con- 
tinue de tenir la tête droite ; mais si l'on penche la tête en ar- 
rière pendant qu'on tourne, et qu'on la redresse en s'arrêtant, 
le mouvement apparent ressemble à celui d'une roue décri- 
vant un cercle vertical autour de son axe. En variant ainsi la 
situation de la tête tandis qu'on tourne et au moment où l'on 
s'arrête , on peut faire varier la direction du mouvement ap- 
parent. Lorsque le corps est placé sur un plateau , avec lequel 
il tourne, on aperçoit un mouvement apparent tangentiel. Ainsi 
c'est le diamètre de la tête , comme sphère autour de l'axe de 
laquelle s'exécute le véritable mouvement , qui détermine le 
I. aS 



434 DE LA MÉCANIQUE DU CERVEAU , ETC. 

mouvement dont les objets paraissent animés lorsqu'en s'arrê- 
tani on donne telle ou telle position à sa tête. De ces expériences 
remarquables Purkinje conclut que le tournoiement de la tête 
et du corps entier imprime aux particules du cerveau les 
mêmes tendances motrices qu'ont celles d'un disque tournant 
sur lui-même , et que ce trouble de leur repos se manifeste 
par les mouvemens apparens du vertij^e. On parviendrait peut- 
être mieux à concevoir le phénomène en l'attribuant à l'im- 
pression que le sang fait sur la masse cérébrale dans une cer- 
taine direction. Cependant il serait possible aussi que le tour- 
noiement, en détruisant l'équililire des forces, donnât lieu 
à une aberration du principe nerveux lui-même, qui produirait 
sur les sens l'effet d'un mouvement apparent des objets (1). Du 
moins les narcotiques déterminent-ils aussi des vertiges sans 
le concours d'aucun trouble mécanique. Au reste , les phéno- 
mènes sensoriels dont il s'agit ici présentent encore de l'inté- 
rêt en ce qu'ils font pendant aux mouvemens circulaires que 
provoque la destruction de l'équilibre des forces dans les par- 
ties motrices. 

{i) y oyez Bulletin de f Académie royale de médecine, Paris, 4839, 
t. m , p. 393 et suiv. 



SECONDE PARTIE. 

DES MOUVEMENS, DE LA VOIX ET DE LA PAROLE, 



Section première. 

Des organes, des p/ienomènes et des causes du 
mouvemement animal. 



CHAPITRE PREMIER. 

Des différentes formes de mouvement et d'organes moteurs. 

Lorsque l'on considère les animaux d'une manière géné- 
rale, on peut partager les mouvemens que la vie imprime aux 
parties solides en deux classes entièrement différentes l'une de 
l'autre parla nature de leurs organes, de leurs phénomènes et 
de leurs causes. Ces classes comprennent, l'une le mouvement 
dû à la contraction de fibres , et l'autre, celui qui doit nais- 
sance aux oscillations de cils libres à leurs extrémités. 

Dans le premier cas , des fibres fixées à leurs deux bouts, 
des anses de fibres revenant circulairement sur elles-mêmes, 
se raccourcissent, et cette diminution de longueur a pour 
effet de rapprocher les parties auxquelles elles sont fixées. 
La plupart des mouvemens de ce génie sont opérés par des 
fibres musculaires; quelques uns , en petit nombre, le sont 
par des fibres dont la structure et les propriétés chimiques 
diffèrent de celles des fibres musculaires. 

Dans le second cas, des cils déliés, dont la surface de cer- 
taines membranes est garnie, oscillent au microscope suivant 
une direction déterminée, de sorte que leurs extrémités libres 



456 DES DIFFÉRENTES FORMES DE MOUVEMENT 

déciiveiu des se{{mpns de cercle autour de leurs bases. Ici , 
il n'y a que l'exlrémilé basilaire de l'orjjaue muleur qui soit 
fixée. 

Le mouvement des fibres et spériilement le mouvement 
musculaire ont pour elIVis de rapprocher des parties solides ou 
de faire marcher des liquides dans des tubes revêtus de tuni- 
ques musculeuses. Le mouvement vibratile se borne à pousser 
des liquides et des particules solides d'une ténuité microscopi- 
que le long des parois de membranes , sans que les liquides 
ainsi mis en mouvement remplissent toute la hauteur des utri- 
culos, comme ils le font dans le cas précédent , et sans que les 
parois à la surface desquelles ces phénomènes ont lieu se cou- 
trac lent. 

Le mouvement par fibres est beaucoup plus répandu que le 
mouvement vibratile. Tous les mouvemens des parties solides 
comprises entre la peau et le squelette, tous ceux d'utricules 
entiers, ou de parties d'utricules, en tant qu'ils dépendent 
d'actions vitales, et ne résultent pas delà seule élasiicilé 
physique , sont produits par des contractions de couches de 
fibres. Le mouvement vibratile est un phénomène bien pins 
limité sous le rapport de son extension. Non seulement on ne 
l'observe qu'à la surface des membranes, mais encore il n'y 
a qu'un petit nombre de membranes qui l'ollrent : ainsi on le 
voit fréquemment, chez les animaux inférieurs , sur la peau 
extérieure qui sécrète du mucus ; chez les aniiiiiux supé- 
rieurs , les membranes muqueuses de l'intérieur du corps le 
présentent. 

L'expansion du tissu fibreux contractile, notamment du 
tissu musculaire , forme trois couches, dont la di>position se 
lie à la formation première de l'organisme. En elTet, tous les 
systèmes proviennent des feuillets de la membrane proligère, 
qui , dans le principe, couvre le jaune en manière de disque, tan- 
dis que le feuillet extéiienr et le feuillet intérieur, ou le feuillot 
séreux de la membrane proligère, son feuillet muqueux et le 



ET D'oh(:A.\j:s moieurs. 4^7 

feuillet vasculaire compris entre les deux autres, se replient 
de manière à produire une excavation, et qu'en formant celte 
cavité, la portiou embryonnaire de la membrane proii{îère se 
sépare du reste de celle-ci par un étran/jlement dans la région 
de l'ombilic l'ulur. Il naît du feuillet extérieur la partie du 
corps qui est susceptible de mouvemens soumis à la volonté ; 
du feuillet intérieur, celle qui n'est apte qu'à des mouvemens 
involontaires; et du feuillet vasculaire, le cœur avec toutes les 
parties appartenant au système vasculaire sanguin , qui , plus 
tard , se ramifient dans les formations des feuillets externe et 
interne. La partie animale du corps, originairement émanée 
du feuillet externe de la membrane proligère, se sépare à son 
tour en diverses formations, qui sont celles du système ner- 
veux de la vie animale, du système osseux, du système mus- 
culaire obéissant à la volonté , et de la peau extérieure. La 
partie organique du corps, provenant du feuillet interne delà 
membrane proligère, se divise également en différentes for- 
mations, telles que les membranes fibreuses, formant la base 
de cette partie organique rtunique fibreuse du canal intestinal, 
tunique nerveuse des anciens) les membranes séreuses, les 
membranes muqueuses, formant la limite extrême des cavités 
qui communiquent avec le monde extérieur, la couche mus- 
culaire étendue entre la tunique fibreuse et la membrane sé- 
reuse, enfin le système nerveux de la vie organique. A cette 
partie organique du corps appartiennent le conduit intestinal, 
les organes urinaires et les organes génitaux, dont les cavités 
sont presque généralement revêtues d'une couche musculaire. 
Partout où les utricules sont susceptibles de mouvemens , 
ceux-ci dépendent de la seule couche musculaire du système 
organique, à l'exclusion toutefois des sphincters et des mus- 
cles du périnée, qui sont susceptibles de mouvemens volon- 
taires, et qui appartiennent à la partie organique du corps. 
Une couche musculaire, qui est le prolongement de lu couche 
musculaire de ces utricules , s'étend aussi sur les conduits 



/|j8 des différentes formes de mouvement 
excréteurs des glandes, annexées au système organique ; et 
(]uoi(iue la délicatesse des parties n'ait point encore permis 
de démontrer anatomiquemenl la présence du tissu muscu- 
laire dans ces conduits avec autant de certitude qu'elle l'a été 
dans d'autres prolongemens membraneux, elle n'en est pas 
moins hors de doute, puisque le canal cholédoque, les uretères, 
les conduits dt^férens, se conlracienl soit sponlanément , soit 
à la suite d'irritations portées sur eux (1). En effet, les con- 



(1) Rudolplii avait déJH observé la contiactililé du canal cholédoque 
des Oiseaux. J'ai souvent vu ce phénomène lorsque j'irritais mécanique- 
ment ou galvaniquement le conduit chez des Oiseaux qui venaient d'être 
mis à mort ; la contraction qui s'ensuit est extrêmement forte , et dure 
plusieurs minutes, après (juoi le canal revient au diamètre qu'il avaitau- 
paravant. J'.ii égalemi iit vu de fortes contractions locales succéder à une 
vive irritation galvanique dans les uretères de Lapins et d'Oiseaux. Tie- 
demann a remarqué aussi que le canal déférent du Cheval se contractait 
après avoir été irrité. Les conduits excréteurs paraissent même être le 
siège de mouvemens vermiformes périodiques dans les Oiseaux ; car, chez 
un de ces animaux que je venais de tuer, il m'offrit des contractions ré- 
gulières , séparées par plusieurs minutes d'intervalle , durant lesquelles il 
reprenait chaque fois son calibre ordinaire. Dans ce cas même, chose re- 
manjuable , les contractions s'opéraient en remontant , c'est-à dire du 
canal intestinal Ters le foie, ce ijui jette quelque jour sur la manière dont 
la bile, en certains temps, au lieu de s'écouler par le canal cholédoque, 
est retenue et poussée dans le diverticule du canal hépatique , c'est-à- 
dire dans la Tésicule biliaire , phénomène auquel doit encore contribuer 
l'occlusion complète de l'orifice du canal cholédoque. A l'époque delà 
digestion, quand la bile sort de la vésicule, son écoulement n'a lieu proba- 
blement que parce que le canal cholédoque s'ouvre sous la pression des 
parties environnantes et des muscles abdominaux ; car tout porte à croire 
que la vésicule biliaiie n'a point la faculté de se contrarier, du moins 
n'ai je pu y di;ierininer de coulraclions, tliez les Mammifères et les Oi- 
seaux , même par les plus fortes irritations au moyen d'une [tile galvani- 
que , et, S0U3 ce rapport, elle diffère des diverticnics, d'aillaurs en tout 
analogues , crnulros conduits excréteurs, savoir la vessie et les vésicules 
séminales. La nature du la membrane interne des conduits excréteurs et la 
contiactililé de leur tunique moyenne mettent hors ds doute que ces 



ET d'o rganes moteurs. 4^9 

duits excréteurs et leurs glandes procèdent aussi, quant à leur 
formation première , des parois des utricules dans lesquels 
ils s'abouchent, ce qui du moins a é(é démontré d'une manière 
positive pour les appareils glanduleux du conduit inleslinal. 
Les muscles de la partie animale du corps ne se distinguent 
pas seulement par leur mouvement soumis à l'empire de la 
volonté, par leur couleur rouj^e et par leur fermeté, des cou- 
ches musculeuses pâles et non volontairement mobiles de la 
partie organique du corps ; leur structure microscopique est 
aussi totalement diflérenie. Nous verrons plus tard qu'il n'y 
a que les faisceaux musculaires du système animal qui mon- 
trent des rides transversales, quand on les examine au micro- 
scope, que les fibres primitives de ces muscles ont des renfle- 
mens variqueux réguliers et très-rapprochés les uns des au- 
tres, tandis que les faisceaux musculaires du tube intestinal, 
de la vessie , de la matrice, sont dénués de ces rides trans- 
versales, et que leurs fibres primitives représentent des cylin- 
dres tout-à-fait uniformes. A l'œsophage, les deux systèmes 
s'adossent absolument l'un contre l'autre; les muscles du 
pharynx appartiennent au système animal , et ceux de l'œso- 
phage font déjà partie du système organique; aussi les pre- 
miers présentent ils au microscope des rides transversales et 
leurs fibres primitives sont-elles variqueuses, tandis que les 
autres n'ont peint de rides transversales et que leurs fibres 
sont lisses. Mais le premier quart de l'œsophage, jusqu'à une 

conduits sont de simples exsertions des utricules auxquels ils aboutissent, 
comme les conduits cholédoque et pancréatique, formés des mêmes cou- 
ches, sont des prolongemens des membranes du duodénum. Je ne décide- 
rai point ici la question de savoir jusqu'à quel point la contraclililé des 
conduits excréteurs prend part à l'excrétion, souvent soudaine , de la sa- 
live et des larmes. Je ferai remarquer aussi que, la conlractilité de ceux 
des glandes étant un fait bien établi . le spasme de ces parties n'est pas 
un pur effet de l'imagination des médecins. — Consultez G.-II. Me^ek , 
De musculis in ductibus efferentihus ylandvAanm , Berlin, 1837, iu-8* 



VfO HES DIIFÉRENIES I ORMES DE MOCVEMEM 

limile nettement tranchée, présente encore des faisceaux des- 
cendans et ascendans, en forme d'arcades, de fibres variqueu- 
ses , que Schwann a découvert , et qui , appartenant à l'ap- 
pareil des muscles pharyn{ïiens proprement dit, ne s'ob- 
servent pas sur le reste de l'œsophage. A l'anus, le système 
animal desmuscles dn périnée se lie par le moyen du sphincter 
au système organique du conduit intestinal. La même chose 
se voit à la vessie; car, d'après mes observations , les fais- 
ceaux musculaires rouges qui entourent la portion membra- 
neuse de l'urètre ont des rides transversales , et leurs libres 
primitives sont variqueuses, au lieu que les fibres musculaires 
de la vessie sont pâles, sans rides transversales, et que leurs 
libres primitives ressemblent à celles du canal intestinal. 

Du feuillet médian delà membrane vasculaire se développe 
l'appareil du système vasculaire, avec le cœur. Celte couche, 
qui plus lard se ramifie dans les autres, n'est pourvue de 
fibres contractiles que sur certains points , comme au cœur , 
au commencement de la veine cave et de la veine pulmo- 
naire (4), et aux cœurs lymphatiques des Reptiles. Toutes les 

(1) 11 est impossible de méconnaître , chez les Grenouilles , que les 
troncs des veines caves se contractent régulièrement, comme le cœur lui- 
même; Hailer, Spallanzani et Wedemejer l'avaient déjà constaté. La con- 
traction s'étend jusqu'au foie , à la veine cave inférieure, et conserve 
même son rhylhme après l'ablation du cœur. J'ai observé également le 
pliénomène de la contraction des troncs veineux chez des Mammifères 
par exemple chez de jeunes Martes et déjeunes Chats; mais ici les vei- 
nes caves et pulmonaires se contractent en -mêine tempsj que les oreillet- 
tes, au lieu que, chez la Grenouille, la contraction des veines caves pré- 
cède celle des oreillettes. Aussi loin qu'on peut suivre les troncs veineux 
dans la substance du poumon de jeunes Mammifères , on les voit dé- 
ployer une action contractile qui ne cesse qu'après qu'on lésa écrasés. 
La contraction de la partie supérieure des veines caves n'est pas moins 
évidente, et , pendant qu'elle a lieu, on reconnaît sans peine combien 
loin s'étend la substance contractile du vaisseau j au-delà de cette limite 
la veine cave ne montre aucune trace de coniraclioii , et elle regorge de 



ET d'organes MOTEURS. 44* 

autres parties du sysième vasculaire sont sans fibres muscu- 
laires; mais le sysième artériel entier contient, dans sa tunique 
moyenne , un appareil dont l'élasticité extraordinaire ne doit 
point être confondue avec l'élasticité vivante des muscles , 
puisque ce tissu , comme tous ceux qui jouissent de la même 
propriété , ne la perd pas alors même qu'il est demeuré 
pendant un grand nombre d'années immergé dans l'esprit de 
vin. Le tissu musculaire qui se développe dans le feuillet vas- 
culaire de la membrane proligère , bien qu'il ne se meuve 
qu'involontairement , autant qu'on en peut juger d'après le 
cœur , n'appartient pas à la même catégorie que les autres 
muscles de la partie organique du corps qui ne reconnaissent 
pas l'empire de la volonté ; il n'est pas seulement rouge, mais 
encore il est construit absolument comme le sont tous les 
muscles volontaires de la partie animale du corps, c'est-à- 
dire que ses faisceaux musculaires laissent apercevoir des 
rides transversales au microscope , et que ses fibres primitives 
sont variqueuses. 

Les fibres musculaires ne sont point les seules fibres qui 
jouissent de la contractilité vitale. Il est encore une tout autre 
espèce de fibres qui , sous le rapport de leur forme mi- 
croscopique , comme aussi sous celui de leur composition 
chimique , ressemblent à celles du tissu cellulaire , et 
qui , chimiquement parlant, s'éloignent tout-à-fait du tissu 
nmsculaire. Les parties dans lesquelles ce tissu existe mon- 
trent un faible et insensible degré de contractilité , et l'on ne 
peut point y exciter des convulsions, comme dans les muscles; 
l'électricité ne les détermine pas non plus à se contracter , 
tandis que le froid et même des excitations mécaniques pro- 



sang , tandis que la portion voisine de l'oreillette droite est resserrée sur 
elle-même. Relzius a décrit une coiiclie de fibres particulières au com- 
mencement des veines caves des Serpens , et E.-H. Weber à la veine cave 
inférieure des Manunifères. 



4^2 DES DIFFÉRENTES FOU.MES DE MOUVEMENT 

vo(iiienl, souvent avec nssez do rypiclilé, la faible conlrac- 
lilité dont elles jouissent. On peut ciier pour exemple le 
dartos ; mais celte classe renferme encore diverses autres 
pallies dont il sera question plus lard. La seule chose que 
je doive faire remarquer ici, c'est que cette espèce de 
tissu contractile , qui est peu répandu , puisqu'on n'en trouve 
qu'à la peau et aux plus petites artères, se rapproche , sous 
le point de vue chimique , autant qu'on on peut juger d'après 
le darlos , des corps qui donnent de la colle par la coction , 
et non des corps albumineux , auxquels se rapportent les 
deux classes de muscles. On n'a point suffisamment examiné 
jusqu'à quel point la conlraciiliié organique appartient à 
d'autres tissus encore , attendu que la petitesse des résultats 
pro.luits par celte contractilité insensible , par cette toni- 
cité , partout où les phénomènes sont peu prononcés , oppose 
d'insurmontables difficultés aux recherches. Il paraît cepen- 
dant que, bien quon ne puisse refuser qu'à très peu de tissus 
contenant du tissu cellulaire l'aptitude à changer de cohé- 
rence sous l'empire des agens médico-chimiques , quelque 
contractiliié , à un très-faible degré , n'en appartient pas 
moins aussi à ces tissus. Pendant la vie , les membranes pé- 
nétrables par des liquides ne laissent point passer ceux-ci; 
mais cette résistance de leur part semble être souvent sus- 
pendue dans les maladies , et jamais elle ne s'observe après 
la mort. Nos idées de relâchement et d'astriction des tissus 
supposent aussi, en tant qu'elles reposent sur des faits , une 
variabilité de la faculté de faire équilibre à la pénétration 
passive des liquides d'après les lois physiques. 

La seconde espèce fondamentale de mouvement animal, celui 
qui a lieu par des cils libres (1) , a été observée sur certaines 



(i) Les principaux écrits sur le mouvement vibratoire sont : Purkinje 
el Valentiu , -Oc phacnomeno geiierali et fuiidamcntali motus vibratorii 
continui in membranis, etc., £reslau, 1835, in 4,— Sharpey, âswi Edimb, 



ET d'organes moteurs. 445 

membranes dans la partie aniniale et dans la p.irlie or^^anique 
du corps, et il est , jusqu'à un certain point , vraisemblable que, 
du moins chez quelques animaux inférieurs , ce mouvement se 
rencontre aussi dans la couche vasculaire, savoir dans l'inlé- 
rieur des vaisseaux, sur leurs parois. Chez beaucoup d'animaux 
inférieurs, on l'observe dans la partie animale du corps, c'est- 
à-dire sur toute sa surface extérieure. Chez les animaux supé- 
rieurs , il n'a été remarqué à la surface de la peau que dans 
l'état embryonnaire de ces êtres , comme chez les embryons 
de Grenouilles; quelques uns l'ont offert aussi dans leur état 
de larve, tels que les têtards des Batraciens. Dans la partie 
organique ducorps, quelques membranes muqueuses l'offrent , 
et on peut l'y observer sans peine jusque chez l'homme , de- 
puis que Purkinje et Valenlin l'ont découvert chez les Ver- 
tébrés supérieurs. Généralement ce phénomène n'a lieu que 
sur les membranes muqueuses, à la catégorie desquelles ap- 
partient aussi la peau des ièiards de Grenouilles et des ani- 
maux inférieurs. Cependant Sharpey l'a remarqué sur les pa- 
rois internes de la cavité des Etoiles de mer , qui contient les 
Tiscères de ces animaux , et dans laquelle l'eau trouve accès : 
il l'a vue également, dans l'Aphrodite, à la surface extérieure 
de l'intestin et de ses caecums, ainsi qu'aux parois des cellules 
dorsales dans lesquelles les caecums sont placés. Il pourrait 
donc bien se faire que tous les mouvemens de sucs nourriciers 
qu'on a observés , chez des animaux inférieurs , sans cœur et 
sans coniiaciion apparente de vaisseaux , n'eussent lieu que 
par l'effet du mouvement vibratoire , comme il serait possible 
aussi que le mouvement circulaire des sucs dans les cellules 
de plusieurs plantes s'effectuât de la même manière. 

med. Journtii, 34, elànmEdimb. newphys. Journ.^ d9, no 37 jiil. 1835.— 
Grant, Edivih, new phil. Jourri., 4826. Edirnb. Journ. of scienc., nP 13, 
juillet 1827. — Outlines of comparative anatomj , London, 4836, in-8 » 
pag. 248 et suiv. 



444 Dt MOL'V£.MEM VlBRATILE. 

CHAPITRE II. 

Du mouvement vibralilc. 

De Heide, Leeuwenhoek, Baker .Swammerdam et Baster, 
connaissaient déjà , dans les Mollusques, ce phénomène , dont 
les causes n'ont été découvertes que beaucoup plus tard. De 
Heide et Leeuwenhoek avaient vu les couraus qui ont lieu 
aux branchies des Bivalves ; Swammerdam , Leewenhoek et 
Bàster avaient observé la rotation de l'embryon des Mollus- 
ques dans l'œuf , qui dépend de la même cause. Les courans 
réguliers aux branchies des Bivalves ont été examinés , dans 
ces derniers temps, par Erman (l)]et Sharpey, les rotations de 
l'embryon des Mollusques décrits en détail par Carus (2). 
Steinbuch et Meyen ont fait connaître les cils qui existent aux 
bras des Polypes pénicillés. Gruiihuisan les a découverts dans 
les Planaires et chez un Gastéropode d'eau douce (3). Grant, 
le premier, les a si{jnalés comme étant la cause de la rotation 
des embryons de Mollusques dans l'œuf et de celle des œufs 
(sans doute embryons) de Polypes. Quant aux autres Inver- 
tébrés, le mouvement vibratile a été observé par Ehrenberg 
dans le groupe entier des animaux qu'il nomme Turbellaires 
{Gordius, Nemertes, Planaria, etc.), ainsi qu'à la surface du 
corps et même dans l'intestin des Phytozoaires rotateurs et 
des Naides. On doit aussi à ce célèbre naturaliste une excel- 
lente description de la disposition variée des cils chez les In- 
fusoires. Les premières observations relatives à ce phénomène 
chez les animaux vertébrés ont été faites par Steinbuch, qii 
a reconnu le mouvement de l'eau autour des branchies des 
Batraciens, mais sans en apercevoir la cause, et qui a cherché 
inutilement les cils. Gruithuisen Ta découvert à la queue des 

(1) Ahhandl.der Akad. zu lierlin, dSK), d817. 

(2) iVo». act. nat. cur., vol. X\l. 

(3) Suhb. med. Zeituinj, 181^, 4, 286. — Aor. act. nat. cur. t. X. 



DU MOUVEMENT VIBKATILE. 44^ 

têtards de Grenouille. Sharpey l'a décrit , non seulement aux 
branchies de ces animaux, mais encore à la surface de leur 
corps. Des observations analogues ont été faites sur les bran- 
chies par Huschke, par Raspail (1) et par moi. Cependant il 
était réservé à Purkinje et Valentin de faire la grande décou- 
verte que ce phénomène ne dépend pas des cils vibratiles 
chez les Batraciens et les Invertébrés seulement, mais qu'il a 
lieu aussi, avec la même vivacité et par les mêmes causes, sur 
les membranes muqueuses des Reptiles , des Oiseaux et des 
Mammifères. Ces deux observateurs en ont donné une 
description complète dans presque toutes les classes d'a- 
nimaux. 

I« Parties dans lesquelles on observe le mouvement vibratile. 

Le mouvement vibratile a été observé, chez divers animaux, 
à la peau, au canal intestinal, au système respiratoire et à 
l'appareil génital. 

A. Système cutané. 

Le mouvement vibratile de la peau s'aperçoit chez les Infu- 
soires, les Coraux et les Acalèphes, au manteau des Bi- 
valves , et sur toute la surface du corps des Gastéropodes , 
tant terrestres qu'aquatiques, etdesTurbellaires d'Ehrenberg. 
Chez les animaux supérieurs, on ne le rencontre que dans les 
embryons et dans les larves très-jeunes de Batraciens. Tout 
au commencement , la surface entière de leur corps vibre , 
comme l'ont vu Sharpey, Purkinje et Yalentin ; mais, avec le 
temps, ce phénomène se réduit à une étendue toujours dé- 
croissante de la peau , en sorte qu'il finit par ne plus avoir lieu 
qu'à la base de la queue et sur les côtés de la tête. Après le 

(1) Nouveau système de chimie organique ,\TatiSf 1838, t. II, p. 472. 



44<) r>î^ MOUVEMENT VIBRATILE. 

développement des membres , la surface du corps n'en offre 
plus aucune trace. 

B. Canal intestinal. 

Chez les Reptiles , le mouvement vibratile n'a lieu qu'à la 
partie supérieure du canal alimentaire , comme l'ont décou- 
vert Purkinje et Yalenlin. On l'observe sur la membrane in- 
terne de toute la bouche, de la trompe d'Eustache et du pha- 
rynx. Chez les Chéloniens et lesSerpens, il s'opore dans l'œso- 
phage, jusqu'à une certaine distance, c'est-à-dire chez les 
premiers jusqu'à l'estomac , et chez les seconds jusqu'à l'en- 
droit marqué par la saillie des plis longitudinaux de la 
membrane interne de l'estomac. On n'en découvre aucune 
trace dans la cavité buccale, le pharynx et rœsophafje des 
Mammifères et des Oiseaux. Chez les Mollusques, au con- 
traire , il a lieu , suivant Purkinje et Valentin, sur la surface 
interne du canal intestinal tout entier, et même sur celle des 
condiiiis biliaires. Ehrenberg l'a observé dans l'intérieur de 
Tinieslin des Phytozoaires rotateurs et des Naïdes ; Sharpey 
dans l'estomac et les cœcums des Astéries, l'intestin des An- 
nélides et l'estomac des Actinies. Il faut également rapporter 
ici les mouvemens de globules que Lister et Meyen ont vus 
dans le sac digestif des Polypes. 

C. Organes respiratoires. 

Purkinje et Valentin ont aperçu le mouvement vibratile sur 
la membrane muqueuse du larynx , de la trachée-artère et 
des bronches de tous les animaux vertébrés qui respirent 
l'air. Chez les Mammifères et les Oiseaux, il commence à la 
glotte , car la cavité buccale et le pharynx n'en offrent au- 
cune trace. Chez les Oiseaux, il a lien non seulement à la face 
interne de la trachée-artère et de ses branches , mais encore, 
d'après Pnrkinje et Valentin , à celle des sacs aiîriens qui par- 
tent des poumons. Il s'accomplit aussi aux branchies des tê- 



DU MOUVEMENT VIBRATILE. /447 

tards des Reptiles nus, mais seulement aux branchies exter- 
nes; car les branchies internes des têtards de Grenouille , 
qui n'apparaissent qu'à la seconde période du développement, 
ne le présentent pas , remarque qu'avait déjà faite Sharpey. 
Il n'a pas lieu non plus sur les branches des Poissons , comme 
l'avait également reconnu cet observateur. On peut présumer 
qu'il existe aux branches externes des embryons de Raies et 
de Squales. Il est général sur les branchies des Mollusques et 
sur les branchies accessoires des Bivalves ; mais Purkinje et 
Valentin ne l'ont point observé à la face interne du poumon 
des Gastéropodes pulmonés , non plus que sur les branchies 
des Crustacés proprement dits. Il a été vu aux bras des Poly- 
pes pénicillés par Sleinbuch , aux branchies des Sabelles par 
Huschke et par moi. 

D. Cavité nasale. 

Le phénomène est général dans la cavité nasale , où Pur- 
kinje et Valentin l'ont découvert. Il n'a pas lieu seulement 
dans la cavité nasale proprement dite des Reptiles , des Oi- 
seaux et des Mammifères , tant sur la paroi externe que sur 
la paroi interne ; ces observateurs l'ont remarqué aussi à la 
membrane muqueuse des cavités accessoires du nez des 
Mammifères , telles que les sinus frontaux , les sinus maxil- 
laires et les trompes d'Eustache. Il ne paraît pas s'opérer 
dans le canal lacrymal et le sac lacrymal des Lapins ; mais 
la membrane muqueuse du nez de ces animaux l'offre , 
ainsi que leur conjonctive. Cette particularilé est contre toute 
attente ; car l'existence du mouvement vibratile à la conjonc- 
tive , ou seulement dans les voies lacrymales , aurait expliqué 
sans peine l'admission des larmes dans les conduits lacrymaux. 
On le remarque aussi d'une manière bien distincte dans la ca- 
vité nasale des Poissons. 



44S DU MOUVEMENT VIRRATILE. 

E. Organes génitaux. 

Chez les animaux vertébrés, le mouvement vibratile ne se 
voit qu'aux parties génitales des femelles , comme l'ont dé- 
couvert Purkinje et Valenlin. Il paraît à la face interne des 
oviductes, de la matrice et du vagin des Mammifères , à moins 
qu'ils ne soient très-jeunes ; pendant la grossesse même, les 
portions de la matrice non couvertes par le cborion n'en sont 
point exemptes. On l'observe aussi jusqu'à l'extrémité des 
trompes , chez les Oiseaux et les Reptiles. Je l'ai vu tant chez 
les Mammifères que chez des Oiseaux et des Reptiles. Peut- 
être celui qui s'accomplit à rorifice abdominal des trompes 
prend-il part à l'admission des œufs dans ces conduits, 
chez les Reptiles ; personne n'ignore que la manière dont les 
œufs de la Grenouille et de la Salamandre passent de l'ovaire 
dans l'ouverture abdominale des trompes , qui se trouve pla- 
cée beaucoup plus haut, est demeurée une énigme jusquà ce 
jour. Il serait possible cependant que la membrane muqueuse 
de l'oviducte fit procidence à cet eflel, et qu'elle tournât ainsi 
sa face vibratile vers l'ovaire ou vers les œufs tombant dans 
lacavité abdominale. Chez les Poissons, le mouvement vibratile 
a lieu aussi dans les organes génitaux femelles , savoir à la 
face interne de l'oviducte , chez les Carpes , et très-distinc- 
tement jusqu'à l'ouverture extérieure de la génération. Henle 
Ta trouvé très-prononcé dans les parties génitales femelles 
des Mollusques, dans l'ovaire des Gastéropodes, et à la face 
interne des cavités de cet organe chez les Bivalves. Les par- 
ties génitales mâles n'en offrent pas de traces chez les ani- 
maux vertébrés , et on ne l'a point non plus remarqué d'une 
manière certaine dans celles des animaux sans vertèbres. 

F. Organes urinaires. 

Le mouvement vibratile n'existe dans cet appareil chez 
aucun animal vertébré ; mais Purkinje et Valenlin l'ont ren- 



DU MOUVEMENT VIBRATILE. 449 

contré dans le sac crayeux des Limaçons , orjjane dont le 
conduit excréleur s'ouvre auprès de l'anus , ei qu'on peut 
considérer comme le rein de ces êtres, à cause de l'acide uri- 
que qu'il contient. Il y a été vu aussi par Henle. Suivant Pur- 
kiiije elValentin, il s'opère, chez les Bivalves, à la surface 
interne de l'orfîane en forme de sac qui s'abouche auprès de 
l'orifice des ovaires , organe que quelques personnes com- 
parent au rein, mais qu'on pourrait aussi regarder comme 
un testicule, du moins jusqu'à ce que l'analogue de cette 
dernière glande ait été définitivement découvert chez les 
Bivalves. 

D'après cet aperçu , on voit que le mouvement vibratile est 
un phénomène général du règne animal , mais quil n'a pas 
la même extension dans les diflerentes classes. Ce qui est le 
plus rare , c'est de le voir répandu sur la surface entière du 
corps, comme chez les Mollusques , les Turbellaires .l'em- 
bryon et les très-jeunes têtards de Batraciens. Il est constant 
dans les organes olfactifs des animaux qui respirent l'air et 
l'eau , et dans les organes génitaux femelles : on le ren- 
contre assez généralement dans les organes respiratoires , à 
l'exception des branchies des Poissons et des branchies inter- 
nes des têtards de Grenouilles ; on le voit rarement dans le 
canal intestinal , par exemple chez les Mollusques , ainsi que 
dans l'œsophage et la bouche des Reptiles ; il manque dans 
les organes urinaires et dans les organes génitaux mâles des 
animaux vertébrés. Nulle classe du règne animal n'en est to- 
talement privée. Purkinje et Valentin croyaient à son absence 
chez les Poissons ; mais il existe chez ces êtres , et très-pro- 
noncé , tant aux parties génitales femelles qu'à la membrane 
muqueuse de la cavité nasale. 

C'est à lui que se rapporte la cause des mouvemens de l'em- 
bryon dans l'œuf, chez plusieurs animaux , et même de ceux 
des œufs libres , ou , pour parler avec plus de précision , des 
embryons non développés de certains animaux inférieurs, Ra; 
I. 29 



45o DU MOUVEMENT VIBRATILE. 

diaires et Coraux. Cavo'ini a observé le mouvement des œufs 
des Goliîoiie.s ; Ti'.csiiis celui des œufs d^s Milleporcs; Grant, 
celui des œufs dc^ Campanuhiires , des Gorfrones, des Caryo- 
pliyllies , des Épongées et des Plumulaires. Les œufs, dégaf^és 
de leurs capsules , se meuvent , Tune de leurs exircmilés di- 
ri{;ée en avant. Rapp a également trouvé les cils sur les œufs 
desCorynes, et Grant sur les embryons des Gastéropodes, 
où il est la cause de la rotation dans l'œuf. 

II. Fhénomèmes du mouvement vîbratîle. 

Le mouvement vibratile ne s'aperçoit, chez la plupart des 
animaux, qu'à Taide d'un fort grossissement. On détache un 
très-peiit morceau d'une membrane muqueuse où il a lieu ; on 
l'humecte avec un peu d'eau , et on le couvre d'une petite 
plaque de verre, ce qui étale la membrane, et permet d'en 
bien distinguer le bord. Avec les lentilles 1, 2 et 3 du micros- 
cope de Schiek , on reconnaît de suite le mouvement vibratile 
sur ce bord. D'abord on aperçoit l'impression générale d'un 
mouvement ondulatoire, et comme de petits corpuscules na- 
geant dans l'eau, des globules de mucus , qui passent devant 
le bord, en suivant une direction déterminée. A un plus fort 
grossissement, on reconnaît quelquefois les cils eux-mêmes; 
cependant il est rare qu'on les distingue d'une manière bien 
nette, à cause de la grande rapidité de leur mouvement. Sou- 
frent l'effet du mouvement d'innombrables organes motiles est 
si grand , qu'il faut se hâter de faire l'observation , si l'on ne 
veut pas voir passer le petit morceau de membrane muqueuse 
tout entier 'sous le champ visuel. L'influence du mouvement 
\ibratile sur la propulsion des liquides et des corpuscules qui 
touchent aux parois , peut très bien être appréciée au moyen 
d'une poudre que l'on répand. Le mouvement est si fort sur 
les branchies des larves des Salamandres et des Moules, qu'on 
voit même des petites parties détachées de ces organes circu- 
ler régulièrement dans l'eau. 



DU MOUVEMENT VIBRATILE. 4^1 

La direction uniforme du mouvement des cils fait naître 
sur les membranes muqueuses des courans réguliers, que 
l'on connaît déjà dans la plupart des parties du corps, par les 
recherches de Sharpey, de Purkinje et de Valentin. Les cou- 
rans d'eau qui se produisent de celte manière sur les branchies 
des Moules et des larves de Salamandres, ainsi que sur le 
corps des jeunes têtards de Grenouilles , ont déjà été décrits. 
Leur direction , dans les observations de Valentin et de Pur- 
kinje sur une Poule , était de dehors en dedans à la trachée- 
arière , de dedans en dehors à l'oviducte ; il est donc plus 
facile de présumer que de démontrer que c'est le mouvement 
vibraiile qui fait parvenir la semence à l'œuf. Sharpey a dé- 
terminé la direction du courant sur le cornet inférieur du 
Lapin ; elle était d'arrière en avant vers l'ouverture du nez ; 
dans l'antre d'Highmore , le courant semblait se diriger vers 
l'orifice. Dans la bouche des Batraciens, il marche d'avant 
en arrière , tant à la face supérieure qu'à la face inférieure. 
Sur la face palatine de l'ouverture naso-palatine d'un Lézard, 
les particules étaient entraînées , du côté interne dans l'ou- 
verture, et du côté externe hors de l'ouverture. D'après la 
figure que Sharpey a donnée de la direction chez le Crapaud, 
il semble que les courans aient lieu seulement du nez dans la 
bouche, tant au côté interne qu'au côte externe de l'ouver- 
ture naso-palatine. 

m. Organes du mouvement vibratile. 

Quant aux organes du mouvement vibratile , ce sont, d'a-r 
près les recherches de Purkinje et Valentin, des filamens dé- 
liés et transparens , q^i ont 0,000075 à 0,000908 ligne de 
longueur. Leur base est presque toujours plus forte que leur 
extrémité -. ils m'ont paru tels aussi, la plupart du temps , sur 
les membranes muqueuses. Je les ai vus plus renflés sur les 
branchies d'un nouveau genre d'Annélides, voisin des Sabelles, 
qui vit dans la mer Baltique. Leur forme est diflicil* à détef- 



452 DU MOUVEMENT VIBRATILE. 

miner, mais leur exisienco assez facile ù constater. Je les ai 
aperçus très-distiiiclemeut chez les Anodontes sur les 
brjnchies de rAniiélide précité , dans la bouche des Gre- 
nouilles, dans les oviductes des Lapins, des Grenouilles et des 
Poissons , dans la irachée-arlère des Oiseaux et des Mammi- 
fères, et je ne m'expliciue point comment L.-C. Treviranus a 
pu ne pas les trouver. D'après Ptn kinje et Valentin, la sur- 
face des membranes dans iesque'les s'opèrent des mouve- 
mens vibraiiles , paraît être composée de libres microscopi- 
ques, droites et parallèles, réunies par une sorte de gluten. 
Cependant une pareille couche de fibres se rencontre aussi 
dans la membrane muqueuse non vibratile du jéjunum de la 
Tortue. Si je comprends bien les auteurs, ces fibres sont per- 
pendiculaires au plan de la membrane muqueuse, ou repré- 
sentent de petits cylindres redressés. Henle a reconnu que des 
cylindres microscopiques semblables même se trouvent très- 
fréquemment, presque généralement , dans la bile de l'homme, 
et qu'ils ne sont pas rares non plus dans celle des animaux. 
La plupart du temps , ils sont réunis en petites couches, de 
manière que, sur l'un des côtés du petit groupe, on aperçoit 
leurs extrémités disposées suivant le même plan. Ces petits 
cylindres de la bile ont , suivant Henle, 0,017] lign. angl. de 
long , sur 0,0031 de large ; iis sont beaucoup plus gros que 
les cils des membranes muqueuses, et si les cils étaient por- 
tés par de tels cylindres, dans les membranes muqueuses vi- 
bratiles, il faudrait que chaque cilyndre en supportât un 
grand nombre. Henle a aussi rencontré une fois des corpus- 
cules analogues dans la vessie urinaire, et il est plus que vrai- 
semblable que ce sont là les parties dont parlent Purkinje et 
Valenlin. Henle a observé, sur l'Huître, des cils détachés, et il 
les a vus conformés de telle sorte, qu'un ou plusieurs se trou- 
vaient implantés à l'extrémité d'un petit cyhndre. Quelque- 
fois il a aperçu un petit globule ù la base , vers le point où 
le cil tenait au cylindre. Gruiihuisen a également examiné les 



DU MOUVEMENT VIBRATILE. 4^^ 

cils des Planaires après leur rliule, et reconnu qu'ils se mou- 
vaient encore dans les endroits où l'animal tombait en disso- 
lution. Les mieux connus de tous les cils sont ceux deslnfu- 
soires, grâce aux recherches d'Ehrenberg. Ce naturaliste a vu, 
dans les grands genres Stylomjchin et Kcrona (1), la base de 
chaque cil tournoyant renflée eu forme de bulbe , et il s'est 
convaincu qu'une faible torsion du bulbe sur son point d'ap- 
pui suffît pour déterminer de grandes vibrations circulai- 
res à la pointe des cils , ce qui fait que chacun de ceux- 
ci décrit, en se mouvant, une surface conique, ayant le bulbe 
pour sommet. Ehrenberg a souvent vu, dans les Polygasiri- 
ques, les cils répandus sur la surface entière du corps; par- 
fois ils manquent, et quelquefois aussi ils entourent seulement 
la bouche. Lorsqu'ils faisaient paraître le corps comme velu , 
Ehrenberg a reconnu qu'ils étaient distribués avec beaucoup 
de régularité , formant des séries , qui sont ordinairement 
longitudinales, mais qui parfois ont une direction transver- 
sale. Purkinje et Valentin ont quelquefois aussi observé cette 
répartition en séries, qui d'ailleurs devient vraisemblable 
d'après le mouvement ondulatoire qu'ils ont remarqué dans 
les cils. Ehrenberg ne présume pas qu'il existe de muscles, ni 
longitudinaux ni transversaux. Les organes en roue des Rota- 
toires ne diffèrent pas essentiellement, selon lui, des organes 
ciliaires. VHrdatiîiasenta eu a dix-sept, disposés en cercles, 
et dont chacun se compose de six cils, implantés sur un petit 
muscle arrondi. Les muscles sont entourés de gaines, et fixés 
à deux points de l'enveloppe du corps, par deux faisceaux li- 
gamenteux. L'organe rotateur de ces animaux se divise donc 
en plusieurs roues séparées les unes des autres , et il ne pro- 
duit pas non plus l'illusion du mouvement rotatoire qui a lieu 
chez les lofusoires dont les organes de rotation tiennent en- 
semble. 

(1) Ehrenberg et L. Mandl, Traité pratique du microscope , Paris, 
4839, pag. 361. 



454 DU MOUVEMENT VIBRATILE. 

^V. Nature du mouvement vibratïle,' 

Eq recherchant la nature du mouvement \'ibratile , la pre- 
mière chose à examiner est sa durée et le rapport existant 
entre lui et les autres phénomènes de la vie. 

Il dure, après la mort, autanlau moins que l'irritabilité per- 
siste dans les parties animales , et souvent bien plus long- 
temps. Purkinje et Valentin l'ont vu cesser au bout d'une 
heure ou deux chez les Grenouilles et les Lézards, et persis- 
ter neuf à quinze jours chez une Tortue à laquelle ils avaient 
coupé la têle. A la vérité les muscles de ce dernier animal 
conservèrent leur irritabilité jusqu'au septième jour, mais les 
mouvemens vibratiles durèrent le double dans des parties sé- 
parées du corps, que l'on tenait sous l'eau. Chez les Oiseaux 
et les Mammifères, ils durent depuis trois quarts d'heure jus- 
qu'à quatre heures. La lumière n'a pas d'influence sur eux , 
mais la chaleur en exerce une sensible : l'immersion des par- 
ties d'un Mammifère ou d'un Oiseau dans de l'eau à 65 de- 
grés R., ne les arrête pas, si elle ne dure qu'un instant , mais 
les abolit quand elle se prolonge davantage. Ils persistent à 
dix degrés du thermomètre de Réaumur, chez les Oiseaux et 
les Mammifères, mais s'arrêtent à cinq degrés. La commotion 
d'une bouteille de Leyde ne les suspend pas dans l'Unio, non 
plus que l'action d'une pile de trente paires de plaques, si ce 
n'est aux points d'application des fils polaires, où leurcessa- 
tion est déterminée par la décomposition chimique. L'acide 
cyanhydrique, les extraits d'aloèseide belladone, le cachou, 
le musc, l'acétate de morphine, l'opium, la salicine, la strych- 
nine, la décoction de piment, ne les abolissent pas, même lors- 
que les liqueurs sont aussi concentrées que possible. Les sels 
alcalins, terreux et métalliques, les alcalis , les acides, les 
troublent plus ou moins rapidement, suivant la force de la so- 
lution. Le sang est de tous les liquides celui qui les entretient 
le plus long-temps; mais le sérum de celui des Mammifères 
arrête sur-le-champ le^mouvement vibratïle des Moules, etU 



DU MOUVEMEM VIBRATIIE. 4^5 

bile détruit ce mouvement. Ce qu'il y a de plus remarquable, 
c'est que les substances qui ngisseni sur le système nerveux , 
comme les narcotiques, ne iioubleni en rien le mouvement 
"vibratile, d'où l'on peut conclure que celui-ci est un phéno- 
mène fondamental et indépendant du système nerveux. Pur- 
kinje et Valentin ont tué des Pigeons et des Lapins avec de 
l'acide cyanhydrique et de la strychnine , (aniôt introduits 
dans le pharynx, tantôt appliqués sur des plaies récemment 
faites à la peau ; ils eurent l'attention de n'ouvrir ces animaux 
que quand on n'apercevait plus de convulsions dans aucune 
partie du corps, quand le pincement des membres n'excitait 
plus de réaction manifestée par des mouvemens automati- 
ques. Pour rendre l'expérience plus certaine, ils mirent simul- 
tanément à mort un animal de la même espèce et du même 
âge, en lui laissant perdre tout son sang. Les dillérences qu'ils 
remarquèrent dans toutes ces expériences , dépendaient uni- 
quement de l'âge et des pariiculaiilés individuelles des ani- 
maux. Partout l'intoxication ne produisit aucun eifet (1). Ces 
dernières expériences sont évidemment moins concluantes 
que celles dans lesquelles les poisons avaient été appliqués 
immédiatement sur les parties vibrantes ; car les Grenouilles 
mises à mort par des narcotiques conservent encore pendant 
long-temps leur irritabilité musculaire et nerveuse pour les 
stimulus employés localement, tandis que les nerfs et les mus- 
cles la perdent toujours avec rapidité après l'application lo- 
cale d'un poison naicoti ]ue sur eux. Le cœur seul fait excep- 
tion à cet égard ; car il continue de battre encore pendant 
long-temps après qu'on a mis une dissolution d'opium ou 
d'extrait de noix vomique en contact avec sa surlace exté- 
rieure , tandis que la même substance , appliquée à sa face 
interne, épuise sur-le-champ son irrilabiUlé (2). La petitesse 

(1) Mdller, Archiv , 4835 p. 459. 

(2) Voyez J. Buuilland, Traité clinique des maladies du cœur, Paris , 
1835, t. I, pag. 86 et suiv. 



456 DU MOUVEMENT VIBRATILE. 

des orjjanes vibraliles, comparativement aux fibres primitives 
des nerfs, ne me paraît pas être un motif pour ne point admettre 
que CCS phénomènes sont drpendans du système nerveux -, 
caries fibres musculaires sont beaucoup plus déliées que celles 
des nerfs, et celles-ci sont tellement rares dans les muscles, 
que le pliénomène de leur influence sur eux ne saurait être 
conçu sans une action à distance. ': 

La durée du mouvement vibralile,oprès l'application locale 
de poisons narcotiques, prouve d'une manière suffisante que 
ce phénomène est de nature particulière , et qu'il ne se trouve 
pas placé sous la dépendance immédiate du système nerveux. 
Sous ce rapport , on doit considérer aussi comme un fait im- 
portant l'existence de ce mouvement à la surface des œufs des 
Coraux , corps ovales qui sont des embryons animés , non 
encore développés. Mais le mouvement vibralile des embryons 
de Coraux et celui des or{;anes rolatoires des Infusoires rota- 
teurs représentent en quelque sorte deux extrêmes. Le 
premier a lieu sur des membranes qui n'ont pas encore de 
structure déterminée , et Ton peut en rapprocher celui qui 
s'observe sur les membranes muqueuses des animaux supé- 
rieurs, lequel n'est point arrêté par la strychnine et autres 
poisons narcotiques; le second, au contraire, s'opère par une 
véritable action musculaire , et il est soumis à la volonté , par 
conséquent dépendant du système nerveux ; aussi la strych- 
nine le fait-elle cesser , comme le prouvent les expériences 
d'Ehrenberg. 

Le mouvement vibratile est-il, dans tout le monde animal, 
comme dans les organes rotatoires des Phytozoaires rotateurs, 
l'effet des contractions d'un tissu musculiforme situé à la base 
des cils? Ce tissu contractile des organes rotatoires, qu'Ehren- 
berg a découvert, constitue-t il un système particulier, dont 
la structure microscopique s'étend jusques dans les membra- 
nes muqueuses vibrantes des animaux supérieurs , de sorte 
que , si les autres tissus de ces derniers êtres ont une texture 



DU MOUVEMENT VIBKATILE. /|57 

grossière , celle bien plus délicate des Inlusoires s'est du 
moins conservée chez eux dans la structure des organes ciliai- 
res ? Ou bien n'y a-t-il que le mouvement des organes rota- 
toires des Pliylozoaircs rotateurs qui appartienne à la même 
catégorie que lesmouvemens musculaires de tous les animaux 
supérieurs, et le mouvement vibralile des autres animaux diffè- 
re-t-il totalement du mouvement musculaire, par son essence? 
Je ne puis me dispenser de citer ici les propres expressions 
d'Ebrenberg , en ce qui concerne le mécanisme du mouve- 
ment vibratile des organes rotatoires : « Si on contemple les 
animalcules lorsqu'ils commencent à se mouvoir, on aper- 
çoit toujours bien distinctement une extension et une rétrac- 
tion , un véritable engrenage des cils courbes , mais auquel 
succède bientôt le tournoiement, qui est un mouvement d'une 
autre espèce. On voit aussi l'engrenage lorsqu'on fait périr 
les animalcules du tétanos en jetant un peu de strychnine dans 
l'eau , ce qui éteint peu à peu l'activité des organes rotateurs. 
Dans ce cas , le tournoiement cesse auparavant. » Ehrenberg 
a tenté d'expliquer le phénomène de la manière suivante : 
« Chaque cil est mu à part par le muscle situé au dessous 
de lui ; il se peut que des faisceaux musculaires passent 
sous plusieurs cils , même sous tous ceux d'une série entière, 
et leur impriment un mouvement unilatéral; or, si un autre 
faisceau musculaire agit de même , mais en sens inverse , sur 
l'autre côté de la base épaissie des cils , si ces divers muscles 
sont fixés aux cils à des hauteurs différentes, et s'ils agissent 
alternativement, il doit résulter de là un mouvement oscillatoire 
en quatre directions , qui imprime un mouvement de rotation 
à la pointe de chaque cil, et le cil entier doit décrire un cône, 
dont le sommet répond au point d'attache. Pendant ce mouve- 
ment, si l'on considère les cils un peu ou tout-à-fait de côté, ils 
sont tantôt plus rapprochés et tantôt plus éloignés de l'œil , 
de manière qu'on les distingue tantôt avec plus et tantôt avec 
moins de netteté. Cette alternative de netteté de la perception 



458 DD MOUVEMENT VIBRATIEE. 

des cils durant leur mouvement en cône, me paraît être la cause 
qui fait que Ion croit voir une roue tourner, car il doit résulter 
de là une illusion qui s'étend au cercle entier. » Que l'action 
musculaire supposée par El)renber{j doive faire décrire un 
cône à chaque cil , c'est ce que l'on conçoit très-bien d'après 
les muscles oculaires des animaux supérieurs, dont les droits 
peuvent mouvoir ainsi le bulbe, en quelque sorte comme sur 
un pédicule. En effet, l'influence que la volonté des Phyto- 
zoaires rotateurs exerce sur leurs organes rotatoires, et l'appa- 
reil musculaire découvert par Elirenberfj ne permettent (juè- 
resde douter que cette espèce de mouvement appartient à la 
catégorie des véritables mouvemens musculaires. Mais que 
doit-on penser des mouvemens vibraiiles dos membranes mu- 
queuses, qui ne dépendent pas de la volonté, et auxquels 
l'empoisonnenienl des animaux parles narcotiques n'imprime 
aucune modification? Il résulte des observations d'Ehrenberg 
que la strychnine met les organes rotatoires au repos ; elle 
n'influe pas plus que les autres narcotiques sur les mouvemens 
vibratiles des membranes muqueuses. Comment, en outre, 
expliquer que le mouvement vibratile existe sur les œufs des 
Coraux ? Ceux-ci conservent-ils encore un reste de l'énergie 
vitale dont ils jouissaient au moment où ils étaient soumis à 
l'influence vitale de l'ovaire , et le manifestent-ils pendant 
quelque temps encore , comme le font les lambeaux détachés 
des membranes muqueuses des animaux supérieurs ? Leurs 
phénomènes vitaux appartiennent-ils à la même classe que 
ceux des réservoirs d'œufs de Gercaires, que Bojanus et Baer 
ont observés? Il est bien plus probable que ces prétendus 
œufs sont des embryons vivans , mais non encore dévelop- 
pés. Dans tous les cas, il me semble nécessaire d'établir, 
jusqu'à nouvel ordre , une distinction entre les mouvemens 
vibratiles des organes rotatoires des Phyiozoaires rotateurs et 
ceux des membranes muqueuses. Les premiers sont modifia- 
bles par la volonté, dont les seconds ne reconnaissent pas l'io- 



DU MOUVEMENT VIBRATILÈ. 459 

fluence, non plus même que l'action directe du système ner- 
veux. Dans les organes rolatoires, les cils paraissent être 
l'organe passif du mouvement, dont l'organe actif est l'appa- 
reil musculaire. Dans les mouvemens vibratiles des membra- 
nes muqueuses et même de la surface du corps des Infusoi- 
res , les muscles sont encore inconnus ; on ignore si le cil se 
meut lui-même , et se courbe, ou s'il n'agit que comme une 
rame mise enjeu par le tissu contractile situé à sa base. Meyen 
a vu les cils détachés du Leucophrjs sol se mouvoir encore. 
D'un autre côté, il y a, chez les animaux, d'autres organes 
agissant comme des roues, qui ont beaucoup d'analogie avec 
les cils'sous le rapport de leurs mouvemens involontaires et 
continuels , mais qui diffèrent d'eux par leur forme, et dont 
le mouvement ne saurait être expliqué qu'à l'aide d'un tissu 
contractile placé à leur base. D'après les observations de 
Grant, les Béroës sont garnis, depuis la bouche jusqu'à l'anus , 
de ligamens disposés comme des lignes méridiennes • cha- 
que ligament porte quarante petites plaques , qui sont les cils 
destinés au mouvement ; les petites plaques se composent de 
fibres parallèles, réunies par une membrane. Il y a plus 
même , les grandes plaques, constamment en action, et certai- 
nement mues par des muscles, qu'on aperçoit à l'œil nu sur 
l'abdomen du Gammarus pulea; et d'autres Crustacés infé- 
rieurs , doivent être rapportées ici, quoique leurs mouvemens 
soient dus à un tissu contractile autre que celui qui détermine 
les mouvemens vibratiles des membranes muqueuses. Jus- 
qu'à présent , il n'est permis d'établir que les propositions 
suivantes : 

4» Les mouvemens vibratiles des membranes muqueuses 
dépendent d'un tissu contractile encore inconnu. 

2° Ce tissu est situé dans la substance des cils, ou à leur 
base. 

3° Par sa contraclilité, en général, il se rapproche du tissu 
musculaire et d'autres tissus contractiles des animaux. 



460 Dlî MOUVEMENT ViBRATILE. 

4" Ses propriétés ressemblent à celles du tissu musculaire, 
ou du moins à celui des muscles involontaires du cœur, et des 
muscles des lamelles vibrantes des Crustacés, en ce que les 
mouvemens qu'il exécute se répètent continuellement avec le 
même rhyihme. 

5' Il ressemble au tissu musculaire du cœur sous ce point 
de vue qu'il continue d'a^jir long-temps encore après avoir été 
séparé du corps. 

6° Mais il diflere essentiellement du tissu musculaire en ce 
que ses mouvemens ne sont point arrêtés par Tapplicatioa 
locale des narcotiques. 

7° Le mouvement vibratoire s'éloigne encore du mouve- 
ment musculaire en ce qu'il persiste long-temps après que la 
partie a été séparée du tout. 

Le mouvement vibralile se rapproche des oscillations de 
certaines plantes, notamment les Oscillatoires, en ce que les 
neris n'y concourent pas d'une manière iuunédiate. Mais il 
faudra de plus amples recherches pour déterminer jusqu'à 
quel point on serait fondé à comparer ces deux sortes de 
mouvemens l'un avec l'autre. Au reste, quoi qu'il en soit sous 
ce rapport, les membranes muqueuses vibratiles renferment 
un agent qui domine aussi le jeu de ces organes microscopi- 
ques , puisqu'on voit si fréquemment les cils agir en séries. 
Il règne ici une force supérieure à l'individualité de chaque 
cil, et quand bien même on parviendrait à expliquer celle 
action en série, ou cette ondulation, par l'insertion d'un grand 
nombre de cils sur une bandelette contractile, il n'en est pas 
moins vrai qu'on aperçoit souvent, dans la force vitale d'éten- 
dues considérables d'une membrane vibratile, une certaine 
diminution et un certain accroissement, qui doivent avoir une 
cause plus générale. Les branchies d'une nouvelle espèce 
d'Annélide, voisine des Sabelles, que j'ai rapportée des mers 
de Copenhague, m'ont fréquemment ofl'ert, au microscope, des 
champs considérables de cils qui gardaient le repos pendant 



DU MOUVEMENT MUSCULAIRE, ETC. /^€)l 

long-temps, puis recommençaient tout d'un coup à aj^ir. Des 
phénomènes analogues ne sont point rares dans le monde vé- 
gétal, de manière qu'on n'est pijs nécessairement obli;;é de 
recourir , pour les concevoir, à une variabilité de l'influence 
nerveuse. 

L'explication des courans qui sont produits par le mouve- 
ment vibralile , présente aussi de grandes diflicullés. Une 
simple oscillalion des cils d'un côié à l'autre ne saurait impri- 
mer aucune direction à un liquide. Le mouvement d'un cil 
dans un espace conique, lel que Puikinje et Valeniin l'ont 
vu la plupart du temps, ne peut non plus que déterminer un 
cercle de liquide autour de cet appendice. Pour que des mou- 
vemeos vibratiles produisent un courant dans une direction 
déterminée, il est nécessaire que les cils frappent et se cour- 
bent dans un sens donné, caractère que Purkinje et Valentin 
ont reconnu quelquefois au mouvement, et que je lui ai pres- 
que toujours trouvé. Mais, même dans celte hypothèse, il ne 
s'établirait un courant qu'autant que le cil présenterait moins 
de surface à l'eau en se redressant qu'en s'abaissant. 

CHAPITRE II. 

Du mouvement musculaire et des tnouvemens qui s'en rapprochent. 

En laissant de côté le tissu contractile qui est la cause du 
mouvement vibratile, et à l'égard duquel on ne saurait rien 
dire de précis jusqu'à présent , nous pouvons admettre chez 
les animaux trois formes de tissus aptes à se contracter, le 
tissu contractile Jqui se résout en colle, le tissu artériel et le 
tissu musculaire. 

I. Tissu contractile des végétaux* 

Dulrochet a publié des recherches sur le tissu contractile 
des végétaux (1). Les feuilles de la sensilive sont portées 

(1) Recherches anatom, etphysiol, sur la slructure intime des animaux 



46a DU MOUVEMENT MU8CULAIRE 

par un lonfj pétiole, à la base duquel on remarque un bour- 
relet oblonjî , qui l'entoure. Lorsqu'on pratique une section 
lon{îitudinaleàce bourrelet, et qu'on en examine la tranche au 
microscope, on s'aperçoit que l'axe est occupé parles tubes qui 
opèrent la communication vasculaire entre la feuille et la tige. 
Son tissu se compose d'une grande quantité de cellules arron- 
dies et transparentes, dont les parois sont couvertes de petits 
globules. Cette structure diffère, à certains égards, de celle que 
la plante offie dans ses autres parties. La moelle de la sensitive 
est formée de cellules contenant quelques petits globules. Pen- 
dant la jeunesse de la plante, les cellules médullaires renfer- 
ment un liquide transparent, que l'acide nitrique froid coagule, 
mais dont ce même acide redissout le caillot à l'aide de la 
chaleur. La gaine de la moelle est composée de trachées. La 
couche qui la couvre est constituée par les fibres ligneuses 
ordinaires. Le système cortical est également un assem- 
blage des fibre ligneuses. Outre le bourrelet dont il y a été 
parlé plus haut , il s'en trouve d'analogues, mais plus petits, à 
l'insertion des folioles sur le pétiole commun. Ces divers bour- 
relets sont la cause qui lait que les folioles se meuvent sur la 
lige. Les cellules du bourrelet placé à la base du pétiole diffè- 
rent de celles de la moelle par leur forme arrondie et non 
hexagone ; mais elles ont de commun avec elles que l'acide 
nitrique les rend opaques. Quoique séparées les unes des au- 
tres par des intervalles assez considérables, et ne se touchant 
pas par conséquent, elles sont disposées en séries longitudi- 
nales. Entre elles se trouve un tissu cellulaire beaucoup plus 
délicat , qui renferme une multitude de petits corps d'une cou- 



etldes vè(jétaux, Paris , d824. — Dutroohel a modifié ses premières idées 
dans la publication qu'il a faite de l'ensemble de ses travaux sous le titre 
de Mémoires pour servir d l'histoire anatomique et physiologique des 
vi'jétaux et des aaimauT, Paris, 1837, 2 vol. iu-S, et atlas de 30 plan- 
ches. 



ET DES MOCVEMENS QUI s'eN RAPPROCHENT. 4^3 
leur plus foncée. L'acide nitrique chaud a^^it sur leur contenu 
comme sur celui des cellules du tissu médullaire de la tige, 
c'est-à-dire qu'il le dissout. Lorsqu'on touche la sensitive, ou 
qu'on l'ébranlé, les folioles s'appliquent l'une sur l'autre par 
paires, ce qui fait qu'elles se rapprochent de leur axe com- 
mun , celui du pétiole. Le pétiole, au contraire, se meut 
dans une direction inverse, et s'abaisse vers la tige. Pendant 
le repos, les folioles et le pétiole reprennent leur situation 
ualurelle. Quand le pétiole s'abaisse , le bourrelet de sa base 
prend une courbure dont la convexité regarde en haut et la 
concavité en bas. 

Lorsque Dutrochet enlevait le parenchyme cortical ou cel- 
lulaire d'un bourrelet, sans blesser le faisceau vasculaire 
central , la feuille ne périssait pas , mais ses folioles restaient 
plusieurs jours sans se déployer. Le pétiole avait perdu sa 
moiilité. Celle-ci n'a donc pas son siège dans le faisceau cen- 
tral , mais dans le parenchyme cellulaire du bourrelet. Après 
l'ablation de la partie inférieure du bourrelet , le pétiole 
conservait à demeure sa position inclinée vers la terre , et 
cette opération , pratiquée avant son abaissement, lui enle- 
vait la faculté de se rapprocher de la tige. D'après cette 
expérience , répétée plusieurs fois , et toujours avec le 
même résultat , il parut que c'est la couche supérieure 
du bourrelet qui refoule le pédoncule vers le bas , et l'infé- 
rieure qui l'oblige à se redresser. C'est ce qui fut confirmé 
par l'observation de parties séparées du bourrelet même. 
Les couches enlevées restaient droites tant qu'elles n'étaient 
point humectées; mais, dès qu'on les plongeait dans l'eau, 
elles se courbaient , et constamment de telle sorte que le 
côté interne fût concave. Les couches latérales possédaient 
également cette faculté. Il demeura donc prouvé que le bour- 
relet se compose de couches dont la courbure du côté in- 
terne exerce une pression sur le pétiole. Dès que l'équilibre 
\ient à être rompu dans cette pression , le pétiole et les fo- 



464 DU MOUVEMENT MUSCULAIRE 

lioles se meuvent suivant l'une ou l'autre direction. Dutrochet 
conclut en outre, de ses expériences, que Tincurvaiion des 
couches du bourrelet lient au rapprochement des cellules 
rondes , séparées par un tissu celliilaire délicat. Il y a donc 
beaucoup d'analogie entre la contraciilité des végétaux et 
celle des animaux, avec celte dillérence toutefois que, chez 
les animaux , les élémens qui s'attirent forment des fdamens 
continus, tandis que, dans lu sensitive, ils sont bien rangés 
en lignes, mais séparés les uns des autres par des interstices. 
L.-C. Treviranus (1) et Mohs (2) admettent les faits anato- 
miques découverts par Dutrochet , mais paraissent en déduire 
une autre interprétation du phénomène. En effet, tous deux 
disent qu'il est prouvé par les expériences du physiologiste 
français , que l'irritabilité végétale dépend de l'expansion du 
tissu cellulaire parenchymaieux. Or cette explication :ne res- 
sort pas directement des expériences de Dutrochet, qui , loin 
de là, en admet une inverse, le rapprochement des cellules 
rondes placées à distance les unes des autres. La question 
principale est celle-ci : L'abaissement du pétiole tient-il à une 
expansion du côté supérieur du bourrelet, exerçant une 
pression de haut en bas , ou faut-il l'attrfbuer à ce que la 
partie supérieure du bourrelet se courbe vers le bas, ce 
qui devrait également donner lieu à une pression de haut en 
bas? Comme la rapide expansion du tissu cellulaire n'est ni 
prouvée ni même probable, comme les cellules ne peuvent 
point attirer avec assez de promptitude, par leurs parois, les 
liquides nécessaires à leur expansion, et comme les portions 
enlevées au bourrelet n'éprouvent pas d'expansion , mais se 
courbent dans l'eau , l'explication de Dutrochet, qui attribue 
le phénomène à l'attraction, à la contraction, est plus vrai- 
semblable. Nous ne connaissons d'autre mouvement rapide 



(1) Zeitschriftfuer Physiologie, l.I, p. 176. 

(2) Flora, 15e année, p. 499. 



ET DKS MOtVEMENS QUI s'eN RAPPROCHENT. /f65 
par «xpunsii n qiio réreciiori ; or celle-ci u lu u par l'épanche- 
niejU dun liquide dans des cavilés qui jusqu'alors étaientaffais- 
sées sur elles mêmes; mais un épanchement aussi prompt n'est 
^uère concevable dans les cellules closes du bourrelet de la 
sensitive , et l'on ne peut pas non plus songer à une expansion 
rapide et active en Jous sens des seules parois cellulaires. Je 
dois doue me ranger à l'opinion de Dutrochet , d'autant mieux 
qu'elle maintient l'analogie entre la coalractiliié animale et 
la coniractililé végétale. 

En admettant que les phénomènes ont lieu par la contrac- 
tion , il y a deux manières de les expliquer. 

Suivant Dutrochet, l'élévation du pétiole est la suite de 
l'action de la moitié inférieure du bourrelet , et son abais- 
sement celle de l'action de la moitié supérieure. D'après cela 
dans l'état ordinaire, et tant que la sensitive demeure en re- 
pos , il n'y a que la moitié inférieure du bourrelet qui agisse ; 
la supérieure ne manifeste son irritabilité qu'à la suite d'uo 
ébranlement, c'est-à-dire, en d'autres termes, que la moitié 
inférieure du bourrelet, qui presse sans cesse le pétiole de 
bas en haut , n'est point accessible aux stimulus du dehors et 
n'agit que sous la seule influence des excitateurs généraux de 
la vie , et que , quand des excitans soudains viennent à agir 
elle ne manifeste plus sa contraciiliié. Celle explication ne 
ressort pas nécessairement des faits découverts par Dutrochet, 
et quelques observations semblent s'élever contre elle. Les 
portions coupées du bourrelet se contractent dans l'eau , 
qu'elles aient été taillées en haut, en bas ou sur les côtés : 
leur contractilité devrait donc être la même de tous les côtés 
du pétiole. 

L'explication suivante , qui suppose un antagonisme d'élas- 
ticité et de contractilité , a beaucoup plus de vraisemblance. 
Si l'on admet que tout le bourrelet oblong qui entoure la 
base du pétiole se contracte incessamment de dehors en de- 
dans (comme font celles de ses parties qu'on plon.^e dans 
I. 



JO 



/jÔÔ DU M0CVE5IENT MUSCULAIRE 

l'eau ), il se trouve , clans l'élal de repos , attiré vers l'inser- 
tion du pétiole et redressé. Mais toute secousse doit troubler 
la vjp de la plante entière , et par conséquent la contraciiiité 
du bourrelet; dès-lors, tant que l'ébranlement dure, le pé- 
tiole ne peut plus être maintenu droit, et il s'abaisse (en obéis- 
sant à son élasticité?). Les suites de la secousse ayant cessé, 
la contractiliié du bourrelet entier a{;it de nouveau , et le 
pétiole se redresse dans la direction de son insertion. Le rap- 
prochement des folioles devrait alors être considéré aussi 
comme l'état de repos de la contracii'iié vivante; en effet, il 
a lieu également pendant le sommeil de la plante. Le déploie- 
ment des folioles coïnciderait avec la rentrée en action de leur 
bourrelet. On voit que le phénomène s'explique aussi de 
celte manière. 

Les mouvemens alternatifs des folioles du sainfoin oscillant 
De seraient pas un obstacle invincible à l'adoption de l'hypo- 
thèse. Dans ce cas, au lieu de l'antagonisme de deux forces 
vivantes . on admet une force vivante soumise à un rhylhme , 
une contraciiiité alternant avec les effets de la seule élas- 
ticité. 

Si la dernière explicalion était juste , la contraciiiité des 
végétaux dilïererait de celle des animaux , ou des êtres pour- 
vus de nerfs , en un point essentiel , savoir que les influences 
qui la troublent la supprimeraient pour un instant; tandis 
que , chez les animaux, ces influences , en agissant sur les 
nerfs, les déterminent à opérer une décharge de leur puis- 
sance , et produisent un accroissement de la contraction , une 
convulsion. Cependant je regarde l'explication de Dutrochet 
comme plus vraisemblable , parce que, d'après plusieurs ob- 
servateurs, le pétiole abaissé par le fait d'une secousse résiste 
aux efforts qu'on tente pour le redresser, de sorte que son 
abaissement s'annonce comme résultat d'un état actif. 

Les parties ii-ritces immédiateiDenl ne sont pas les seules 
qui montrent de la contractiliié. L'irritation se propage d'une 



ET DES MOUVEMENS QUI s'eN RAPPROCHENT. 4^7 

manière qui nous est encore inconnue, et, suivant toutes les 
probabilités , par un chan^^ement que des liquides des fais- 
ceaux vasculaires éprouvent dans leurs cours vers d'autres 
ou vers toutes les parties irritables de la plunte. En effet, 
cette irritation, alors même qu'elle ne résulte pas d'une se- 
cousse , et qu'elle a lieu par le moyen du l'eu ou d'un acide , 
s'étend peu à peu du point de départ aux parties voisines, et 
successivement aux plus éloi{ïnées. Dulrochet a tenté d'éta- 
blir que sa propagation s'effectue non par la moelle et les 
fibres ligneuses, mais par les vaisseaux. L'obscurité prolon- 
gée et l'abaissement de la température rendent la sensitive 
incapable de manifester sa contractilité après des irritations 
brusques, quoiqu'elle continue d'abord d'exécuter les mou- 
vemens qui coïncident avec son sommeil et sa veille. 

II, Tissu animal contractile susceptible de se résoudre en colle. 

Les premiers vestiges de contractilité vivante se manifestent, 
chez les animaux, dans un tissu tellement analogue au cellulaire, 
qu'on pourrait être tenté de croire qu'il y a identité complète 
entre eux , et d'attribuer à ce dernier non seulement l'élasti- 
cité , qu'il conserve même après la mort , mais encore la con- 
tractilité organique. Nous donnerons au tissu dont il s'agit ici 
l'épithète de tissu contractile susceptible de se résoudre en 
colle , dénomination qui exprime sulDsamment en quoi il dif- 
fère des muscles, lesquels sont formés de fibrine. Comme 
c'est avec le tissu cellulaire qu'il a le plus d'analogie , nous 
allons d'abord jeter un coup d'œil sur la structure elles pro- 
priétés chimiques de celui-ci. 

Le tissu cellulaire consiste en faisceaux diversement entre- 
lacés , qui sont eux-mêmes composés de fibre primitives 
parallèles, transparentes et tout-à-fait lisses. Ces fibres sont 
très-déliées. Krause leur assi^jne pour diamètre 1/1200 à 



^QS DU MOINEMEM MUSCULAIRE 

l/3jn0(li' liijne.el Jordan (1 ,0,0007 ligne anglaise. Leurcon- 
formaiioD est tellement particulière, qu'il est très-facile de les 
distinguer, au microscope , de toutes les autres espèces de 
Hbres Ind/pendammcnt de leurs bords lisses et de leur 
transparence , elles ont quelque ch ise de carastërislique dans 
leur disposition sinueuse. Quand elles ne sont pas tendues , 
jamais elles ne représentent des filamens droits : toujours elles 
afVecient une forme arquée ou onduleuse. Cependant toutes 
civiles d'un faisceau primitif demeurent parallèles les unes 
aux autres dans leurs flexions. Cette particularité tient à la 
grande élasticité du tissu cellulaire. Vient-on à tendre les 
faisceaux . ils reprennent la forme sinueuse dès que la tension 
cesse. 

Sous le rapport chimique , le tis<;u cellulaire , dépouillé du 
sang et de la lymphe par le lavage , appartient à la classe de 
ceux qui se résolvent en colle par rébuUition. Ce caractère 
distingue ses fibres de celles des muscles , qui rentrent dans 
la ca!é,T<>rie des corps albumineux. Le tissu cellulaire a aussi 
de commun avec le tissu fibreux , le tissu cartilagineux et le 
tissu élastique , la i;>auière dont il a^it sur If cyanure rouge 
(le fer etiie potassium. En eflet, ce sel ne trouble pas sa disso- 
lution acétique, comme il le fait pour celle des tissus albu- 
mineux , et par conséquent du tissu musculaire. Les réactions 
chimiques du tissu cellulaire sont importantes à connaître , 
surtout pour le faire distinguer de celles d'entre les fibres 
musculaii es qui forment des filamens non variqueux , telles 
que celles de la matrice, de Tiris et du canal intestinal. Ce- 
pendant ces dernières n'offrent jamais non plus les arqùresou 
ondulations des fibres du tissu cellulaire. 

La cuniraciiiité du tissu comparable au cellulaire est connue 
déjà depuis fort long-temps ; mais on l'a souvent confondue 
avv'.'. ta contraction musculaire , et comme il est très-facile de 

;l^ MrLLER, Archiv , 1834. 



ET DES MOCVEMENS QUI s'en E APPROCHENT. 469 
ne'pas s'apercevoir d'un chanj^ement de diamètre aussi peu 
prononcé que celui qui résulte de celte sorte de contrac- 
tion , quelques physiologistes ont totalement négligé le phé- 
nomène, ou même l'ont révoqué en doute. Le meilleur moyen, 
pour le constater, est de le chercher dans les parties qui le 
montrent de la manière la plus sensible, et où il est le plus pra- 
ticable d'isoler les tissus avec le secours du miscroscopeetdes 
réactifs chimiques. Celle qui convient le mieux sous ce rap- 
port est le dartos, si connu par la vive contractililé qu'il 
manifeste quand le froid vient à le frapper, et dont la struc- 
ture a été récemment étudiée par Jordan. 

Dans l'endroit où les plis du scrotum commencent à la 
face externe de ce sac, le tissu cellulaire sous-cutané change 
aussi d'aspect et de structure. Les cellules adipeuses, qui 
existent encore en grand nombre au mont de Vénus , ces^sent 
tout à coup , et à leur place on voit apparaître un tissu fi- 
breux rougeâtre chez les hommes robustes , qui ont le scro- 
tum fortement plissé. Ces fibres sont extensibles et éhis- 
tiques. Elles se réunissent en petits faisceaux , et ceux-ci en 
d'autres plus gros, qui tous sont dirigés de haut en bas , de 
manière à décrire des angles droits avec les plis de la peau , 
auxquels il tiennent si intimement qu'il faut beaucoup de 
peine et de précautions pour les en séparer. Mais les faisceaux 
ne sont pas parfaitement parallèles les uns aux autres ; ils s'a- 
nastomosent fréquemment ensemble au moyen de languettes 
qu'ils s'envoient réciproquement , de sorte qu'ils forment de 
nombreuses mailles , ayant toutes leur plus grand diamètre 
tourné de haut en bas, et constituant un tissu très dense, ferme, 
réticulé. De même que les plis de la peau , ce tissu est aussi 
plus prononcé à la face antérieure du scrotum; sur la face 
postérieure, on n'en aperçoit la plupart du temps aucune 
trace. On le rencontre déjà chez des petits enfans et les 
nouveau-nés. Il y a des fibres rougeûtres analogues sous la 
peau du pénis; mais elles ne forment là qu'un tissu irrégu- 



47^ ^^ MOUVEMENT MUSCULAIRE 

lier et beaucoup plus mince. Indépendamment des fibres qui 
viennent d'être décrites, on découvre encore , dans ce tissu , 
beaucoup de cylindres longs , (jrêles, jaunâlres , très-élas- 
siques , et peu ramifiés , qui marchent de haut en bas. Jordan 
s'est convaincu , par des injections , que ce sont des artères 
provenant de l'artère honteuse externe ù la partie antérieure 
du scrotum, et des scrotales postérieures à la partie posté- 
rieure. Entre la peau et le dartos, cet anatomiste n'a point 
rencontré de tissu cellulaire unissant = les faisceaux fibreux 
du dartos tiennent immédiatement et très intimement à la 
peau , qui , en conséquence, doit toujours obéir au mouve- 
ment de la membrane interne. Mais, entre la face interne du 
dartos et les parties sous-jacentes, le crémaster et la tunique 
vaginale, se trouve un tissu cellulaire si lâche que le testi- 
ticule peut être soulevé avec sa gaîne à travers le crémaster, 
laissant ainsi la partie inférieure du scrotum tout-à-fait vide. 
Les faisceaux qui constituent le dartos peuvent être réduits 
en fibres élastiques extrêmement déliées. Examinées au mi- 
croscope composé, ces fibres représentent des cylindres on- 
duleux, de même volume dans toute leur longueur, dont le 
diamètre , suivant Jordan , varie entre 0,0005 et 0,0009 ligne 
anglaise , et peut être évalué, terme moyen, à 0,0007. Le 
même observateur a trouvé que le diamètre des fibres primi- 
tives onduleuses du tissu cellulaire était, dans d'autres par- 
lies du corps, de 0,0005 à 0,0009, et la phipart du temps de 
0,0007 ligne anglaise. Les fibres musculaires variqueuses}, 
telles qu'on les voit dans les muscles soumis à la volonté et 
dans le cœur, ont, d'après les mesures de Schwann , un dia- 
mètre moins considérable, qui n'est , terme moyen, que de 
0,0004 ligne anglaise. Le diamètre des fibres musculaires 
cylmdriques non variqueuses du canal intestinal, de la ma- 
trice et de l'iris . diffère aussi de celui du tissu cellulaire. Il 
est de 0.0007 à 0,0011 et 0,0013, selon Schwann, pour les 
fibres musculaires primitives du gros imestiu, par conséquent 



ET DES MOUVEMENS QUI SEN RAPPROCHENT. 4?» 

supérieur à celui des fibres du lissu cellulaire et du darlos. 
Schwann a trouvé le diamètre des fibres primitives de l'iris 
de 0002 à 0,0003 ; elles sont donc plus fines que celles du 
darto's. Mais, à part celte différence de diamètre , les fibres 
du dartos ressemblent parfaitement à celles du tissu cellulaire, 
par leur aspect onduleux et leur élasticité , et elles n'ont pas 
la moindre analogie avec les fibres musculaires cylindriques. 
Comme les faisceaux fibreux du dartos ont une teinte de 
gris rougeâtre lorsqu'on les considère en masse, tandis que 
ceux du tissu cellulaire sont d'un gris blanchâtre ; comme 
aussi les premiers , bien que formant des mailles, suivent 
néanmoins la même direction longitudinale, au lieu que ceux 
du lissu cellulaire se croisent en tous sens, on se demande si 
la ressemblance microscopique des fibres du dartos avec 
celles du tissu cellulaire sullii pour autoriser à comprendre 
les unes et les autres dans une seule et même classe. La solu- 
tion de ce problème est rendue surtout très-diflicile par l a- 
ualogie frappante que le microscope fait apercevoir entre 
les fibres primitives du lissu tendineux et celles du lissu cel- 
lulaire, malgré la différence considérable qui existe , sous le 
point de vue des propriétés, entre les premières de ces fibres 
et celles du dartos. Ce qui ajoute encore à la difficulté , c'est 
l'existence d'une classe entière de muscles dont les fibres 
primitives, au lieu dêtre variqueuses comme à l'ordinaire, 
représenleni des cylindres d'un diamètre égal parlout,,confor- 
matioQ eu égard a laquelle ces muscles semblent se rappro- 
cher beaucoup du dartos. Ajoutons que les mouvemens du 
dartos, quoiqu'ils soient le plus ordinairement provoqués par 
le froid, dépendent cependant aussi quelquefois d'étals inté- 
rieurs du système nerveux , dont le résultat est de déterminer 
la contraction du crémaster , en même temps que le fronce- 
ment de la peau du scrotum, qui ne saurait être allrioue a 
l'action de ce muscle, comme on parvient sans peine à le dé- 
montrer. 



'^1^- '>'■ MOrVKMEIVT MUSCriAIRE 

J) .... aune (ûtê.nous voyons réellement des traces de con- 
U'MUhté du véritable tiss.. colh.laire dans d'aulres parties par 
oxempie dansie (issu cellulaire sous-cutaué compris entre 
es deux lames du prépure , qui se réduit souvent à des plis 
^res-serrés chez les hommes irritables lorsqu'ils se bai.r Ir.t 
dans 1 eau froide. Le phénomène de la chair de poule semble 
devoT êtreé^a-ement rapporté ici : on sait qu'il consiste en de 
pentes élévaiions arrondies , qui provienuent vraisemblable- 
ment des folbcules de l'organe cutané . il se manifeste tontes 
les fois que la peau vient à être f, apnée dun courant d'air 
froid, ou qu'une influence capable d exciter le frissonnen.ent 
agit sur le système nerveux. Dans tous les cas , la cause de 
1 élévation doit tenir à un élément de la peau diffèrent du 
lissu musculaire, et tout porte à croire que cet élément est le 
le tissu cellulaire qui entoure les follicules cuta,,és. E.rfin le 
phénomène du redressement des mamelo.is appartient aussi 
a la même catégorie, car il ny a pas uioyen de le ranger 
parmi ceux d'érection, comme on a coutume de le faire sans 
examen -. plusieurs motifs pér omptoi.es s'y opposent. En 
effet, l°onne trouve point dans le mamelon le tissu spon- 
gieux des corps caverneux de la verge, ces veines anastomo- 
tiques qui peuvent se remplir de sang, ni ces artères hélicines 
qui ca. actérisent le véritable tissu érectile , et qui font saillie 
dans les sinus veineux des corps caverneux ; 2° le redresse- 
ment du mamelon n'a pas lieu seulement chez la femme, à la 
suite d'attouchemens voluptueux : on l'observe aussi chez 
l'homme, sans qu'il y ait la moindre connexion entre lui et 
l'appet.t vénérien ; 3° chez l'homme, le mamelon s'érige pres- 
que mstantané.nent, lorsqu'on le touche soi-même brusque- 
ment et avec force, moins quand on l'arrose avec de l'eau 
froide, plus quand on se jei te tout à coup dans un bain froid- 
4"' ce redressement n'est point accompagné d'une plus grande 
plénitude du mamelon , car il a lieu dans l'espace de quelques 
secondes, l'orga e devient plus mince, ei perd eu largeur ce 



ET DES MOIIVEMKN'S QL'I s'éN RAPPROCHENT. 4?^ 
qu'il acquiert en lon^rueur. Tontes ces parlicularités nppro- 
chent ce phénomène du soulèvement des follicules cutanés 
dans la chair de poule, et du froncement du prépuce dans l'eau 
froide. C'est donc par une contraction du tissu cellulaire sous- 
cutané entourant le mamelon qu'il s'explique le mieux. Ce 
qu'il y a de remarquable , c'est que le tissu cellulaire con- 
tractile se rencontre de préférence dans les régions où la peau 
aune couleur foncée, comme au pénis, au scrotum, au ma- 
melon. Si l'on ajoute que la penu entière de l'homme possède 
un faible degré de contractilité , indépendante de tout muscle 
cutané, et que l'effet ne saurait être raisonnablement attribué 
à des fibres musculaires éparses, il devient !rès-vraisemblable 
que tous les phénomènes eu question ont pour cause com- 
mune un tissu contractile qui ne diffère pas du tissu cellulaire 
ordinaire par la structure de ses fibres primitives. L'analogie 
de ce tissu contractile avec le tissu musculaire proprement dit, 
et son éloignement du tissu musculaire à fibres cylindriques 
non variqueuses , deviennent plus sensibles encore quand on 
prend en considération l'analogie de composition chimique 
entre le tissu du dartos et le tissu cellulaire, et la différence 
qui existe sous ce rapport entre le premier de ces tissus et ce- 
lui des muscles. 

Jordan a fait des expériences sur la contractilité du dartos. 
Le froid est celui des stimulus qui le détermine ordinairement 
à se contracter; la chaleur le relâche; le galvanisme n'agit 
pas sur lui , et celte circonstance a d'autant plus d'intérêt 
qu'elle fournit un caractère propre à la distinguer du tissu 
cellulaire et des muscles. Le dartos ne prend aucune part à 
la rétraction des testicules vers les anneaux inguinaux , qui 
est le fiiit du crémaster. Chez les animaux qui n'ont point le 
scrotum plissé , comme le Chien et le Lapin , il n'y a pas non 
plus de dartos, mais seulement du tissu cellulaire ordinaire; 
celte membrane est , au contraire , très-développée chez le 
Bélier , dont la peau se fronce avec beaucoup de force , quoi- 



474 ^^ MOUVEMENT MUSCCLAIRE 

que d'une manière irré{îulière; le froncement a lieu aussi par 
l'aspersion de l'eau froide , et au mémo instant les teslicnles 
sont attirés vers le haut par la contraction du crémaster ; dès 
qu'on cesse l'aspersion , le scrotum se déplisse par l'effet de 
la chaleur, mais le testicule redescend bien plus tôt et presque 
aussi rapidement qu'il était monté. Une pile {galvanique de 
soixante-cinq paires de plaques n'agit pas sur la face interne 
du scrotum , tandis qu'elle fait instanianémeni soulever les 
testicules par l'action du crémaster. 

m. Tissu élaitique et contractile dei artères. 

Les expériences galvaniques et les propriétés de la tunique 
élastique des artères , prouvent queceiie tunique ne jouit pas 
de la conlraclilité musculaire. Ses libres jaunes appariienneni 
à la même caîégorie que les autres ligamens et membranes 
élastiquesjaunes, comme le ligament cervical des Mammifères, 
les ligamens intervertébraux , les ligamens jaunes du larynx, 
les fibres jaunes de la partie membraneuse de la trachée-ar- 
tère et des bronches , le ligament élastique de l'aile des Oi- 
seaux, les ligamens élastiques des phalanges onguéales du 
Chat , le ligament élastique que j'ai découvert à la portion 
rélractile et protraclile du pénis de l'Autruche d'Amérique, et 
le ligament qui sert à fermer la coquille des Mollusques bi- 
valves. L'élasticité de la tunique moyenne des artères , qui 
fait qu'après avoir été distendue par l'impulsion du sang, elle 
revient sur elle-même jusqu'au prochain battement du cœur, 
se conserve long-temps dans l'alcool : je m'en suis convaincu 
sur une portion d'aorte d'une jeune Baleine qui était demeu- 
rée durant des années entières dans ce liquide , et qui , après 
avoir été coupée en rubans minces, manifestait, par l'effet 
de la traction , une élasticité égale à celle du caoutchouc. 
Mais tout tissu élastique quelconque se comporte de la même 
manière, et j'en ai acquis la preuve sur tous les ligamens 



ET DES MOUVEMENS OUI s'eN RAPPROCHENT. 475 

précités , après les avoir laissé tremper pendant long-temps 
dans ralcool. En un mot, la Innique fibreuse des artères est 
contractile par ses qualités physiques, et non par ses pro- 
priétés vitales ; elle revient sur elle-même , après avoir été 
allongée, lorsque lu cause de la distension cesse d'agir. Parry 
et Tiedemann admettent dans les artères , outre leur élasti- 
cité , une tonicité vivante , qui , à la vérité , ne contribue pas 
essentiellement aux phénomènes du mouvement rhythmique 
du sang, mais qui devient sensible, sur les artères mises à 
nu, par un resserrement lent et progressif, et qui fait qu'au 
moment de la mort , avant la cessation complète du mouve- 
ment circulatoire, ces vaisseaux se rétrécissent un peu 
plus qu'ils ne peuvent le faire par leur seule élasticité 
après l'extinction totale de la vie. On sait depuis long- 
temps que l'eau froide convient pour arrêter les hémorrhagies 
causées par la section des artères. Schwann est parvenu à 
expliquer cet important phénomène par une belle expérience. 
Lorsqu'on verse de l'eau froide sur les petites artères d'une 
partie transparente où ces vaisseaux sont dépourvus de tout 
soutien parce qu'aucun tissu dense ne les entoure, on voit se 
déployer la contractilité organique lente mise enjeu par l'in- 
fluence du froid. Le mésentère du Bomhinator igneus con- 
vient mieux, pour cette expérience, que celui de la Gre- 
oouille, parce qu'il s'étale avec plus de facilité. Après l'avoir 
étendu sous le microscope, Schwann y jeta quelques gouttes 
d'eau dont la température était inférieure de quelques degrés 
à celle de l'air ambiant (en été) ; peu de temps après , les 
vaisseaux commencèrent à se resserrer sur eux-mêmes, et en 
dix à quinzf^ minutes ils se rétrécirent à tel point que la lu- 
mière d'un artériole , qui avait d'abord 0,0724 ligne anglaise, 
fut réduite à 0,027G , c'est-à-dire devint deux à trois fois 
moins considérable , et que l'artère elle-même parut quatre 
à neuf fois plus petite. Le vaisseau se dilata ensuite , et au 
bout d'une demi-heure, il avait repris à peu près ses dimen- 



476 DU MOUVEMENT MUSCULAIRE 

sions normales. Si alors on l'arrosait de nouveau avec de l'eau, 
il se resserrait encore. L'expérience pouvait être ainsi répé- 
tée plusieurs fois de suite. Quant aux veines , elles ne chan- 
geaient pas de calibre. Les observations de Scliwann ont été 
répétées si souvent, qu'il ne reste pas le moindre doute à l'é- 
gard du fait. J'en ai moi même constaté l'exactitude. Comme 
les grosses artères conviennent moins bien que les autres pour 
ces sortes d'expériences, il importe de mesurer le diamètre du 
vaisseau sur lequel on opère. Dans l'expérience de Schwann 
il avait 0,0724 ligne de diamètre. Les artères d'un dixième de 
ligne de diamètre possèdent donc ce degré extraordinaire de 
contraclilité lente sous l'influence du froid. Schwann Ta ob- 
servée aussi , mais à un faible degré , sur celles d'un calibre 
un peu plus fort. Avec un fort grossissement on découvre en- 
core des fibres transversales très-déliées sur les plus petites 
artères du mésentère de la Grenouille, même sur les vaisseaux 
capillaires , ce qui ('tablil que ces vaisse:uix ont réellement 
des parois. Comme les fibres dont il s'agit ont la même dispo- 
sition que les fibres transversales de toutes les artères , on 
est dans le doute de savoir si ce sont elles qui produisent la 
contraction des artérioles sous l'action de l'eau froide , si le 
tissu élastique des artères possède , outre l'élasticité dont 
une longue immersion dans l'eau ne parvient pas à le dépouil- 
ler , une tonicité particulière dont il ne jouit que pendant la 
vie , et qui se dissipe à la mort , ou si la contraction insensible 
des artérioles frappées par le froid dépend d'élémens encore 
inconnus qui entrent dans leur composition. Il me répugne 
d'attribuer cette tonicité à la tunique celluleuse , parce que les 
veines n'en offrent aucune trace. Du reste, elle diffère de la 
contractilité musculaire en ce que , non seulement elle ne dé- 
terminejamais de contractions subites, mais encore n'est point 
mise sensiblement enjeu pu' réleciricilé , et se manifeste 
surtout par l'influence du froid , comme la contraction du 
tissu contractile susceptible de se résoudre en colle. 



ÏT DES MOUVEMENS QVl s'fiN RAPPROCHENT. 4/7 
IV, Tissu musculaire. 
A. Propriétés chimiques des muscles. 

Sous le point de vue chimique , les muscles appartiennent 
à la classe des substances animales qui ne fournissent point 
de colle par l'ébullition , abstraction faite toutefois de celle 
à laquelle peut donner naissance le tissu cellulaire interposé 
entre les faisceaux fibreux , et dont la dissolution acétique 
est précipitée par le cyanure rouge de fer et de potassium. 
C'est la manière de se comporter de tous les corps albumi- 
neux , comme le blanc d'œuf, la matière caséeuse, la fi- 
brine, le tissu fibreux des corps caverneux du Cheval, et le 
tissu fibrineux des muscles. A ces caractères on les distingue 
sans peine de ceux dont il a été question dans l'arlicle précé- 
dent. Mais il est difficile et souvent même impossible de 
reconnaître , d'après les réactions chimiques , si un corps al- 
bumineux est de la substance musculaire, de Talbumine pro- 
prement dite, etc. A la vérité, l'albumine liquide est caracté- 
risée par sa solubilité dans l'eau froide et chaude, parsacoa- 
gulabiliié sous l'influence d'une chaleur de 70 à 75 degrés C, 
de l alcool, des acides minéraux , des sels métalliques, la 
fibrine liquide par la coagulation spontanée qu'elle éprouve 
hors du corps vivant, et la matière caséeuse liquide par sa 
solubilité , même à la chaleur de l'ébullition ; mais l'albumine 
coagulée et la fibrine coagulée du sang et des muscles ne 
diffèrent l'une de l'autre , sous le point de vue chimique , 
qu'en ce que la seconde décompose l'eau oxygénée , ce qui 
n'arrive point à la première. La chimie ne nous offre d'ailleurs 
aucun moyen de distinguer la fibrine du sang et celle des 
muscles contractiles. 

Le seul moyen que nous ayons pour distinguer les uns 
des autres les tissus fibreux de nature albumineuse , consiste 
à observer les propriétés dont ils jouissent pendant la vie. 



4;^ DU MOUVEMENT MUSCULAIRE 

Ainsi, par exemple, le tissu fibreux des corps caverneux du 
pénis du Cheval diffèrent des muscles, parce qu'il n'a pas 
comni. ceux-ci, l'apiiiude à se contracter sous l'empire des 
stimulans. Si toutes les libres musculaires étaient monilifor- 
mes ou variqueuses, s'il n'y en avait pas de parfaitement 
cyhndriques, la distinciion serait facile à établir au micro- 
scope, tandis que cette circonstance la rend absolument im- 
possible. 

Mais la contractilité elle-même ne sufTit pas toujours pour 
distinguer des fibres musculaires, puisqu'elle s'observe dans 
e tissu contractile susceptible de se résoudre en colle et dans 
le tissu artériel. Il y a donc nécessité de faire concourir en- 
semble ce caractère et les réactions chimiques. 

La couleur roujje des muscles a été attribuée à la matière 
colorante du sang? ; en effet , elle s'avive à l'air, comme celle 
de cette dernière. Cependant Sclnvann a vu les muscles de la 
Carpe , qui sont naturellement pâles, rougir fortement après 
quelque temps de macération à froid pendant l'hiver, ce qui 
ne permet pas de faire dériver la couleur rouge d'une sub- 
stance identique avec la matière colorante du sang. 

B. Structure des muscles. 

Les élémens des muscles sont des fibres , ou moniliformes, 
ou cylindriques, non rameuses, parallèles les unes aux autres' 
et reunie en faisceaux, d'après Krause, par un liquide vis- 
queux et transparent. Les faisceaux primitifs comprennent 
cmq à huit cents fibres ; Krause leur assigne un diamètre 
de d/32 à V260 de ligne. Suivant Schwann , ils ont 0,0210 
à 0,0250 ligne anglaise, au pharynx de l'homme. Ces faisceaux 
sont enveloppés et unis ensemble par des gaines de tissu cel- 
lulaire. Par leur réunion , ils en forment de secondaires etc 
Il est rare qu'on les trouve déjà compris dans des g'aînes 
fibreuses solides; c'est cependant ce qui arrive dans la Lam- 
proie. Non seulement les muscles latéraux de cet animal sont 



ET DES MOUVE.MENS QUI s'eN RAPPROCHENT. 479 

divisés en segmens, comme chez les Poissons en général, par 
un très-jrrand nombre de lin;amens intermusculaires obliques, 
mais encore on observe entre ces sefjmens de petites cloisons 
très solides, et serrées les unes contre les autres, dans l'in- 
tervalle desquelles se trouvent placés les faisceaux aplatis de 
la chair musculaire , qui est très-molle. 

Les opinions des physiolo{jistes sont parta{ïées en ce 
qui concerne la forme des fibres élémentaires. Les uns, 
comme Scliullze, les croient simples et homofjènes. D'autres, 
comme Bauer , Home, Milne-Edwards , Prévost et Dumas, 
Krause , les supposent composées des globules. Il y en a aussi 
qui les disent noueuses. Quelque contradictoires que soient 
la première et la troisième opinion , elles n'en sont pas moins 
exactes toutes deux, suivant les muscles qu'on examine , puis- 
que ces organes se rapportent effeciivement à deux formes 
principales. 

4. Muscles à fibres primitives variqueuses et à faisceaux primitifs 
marqués de stries transversales. 

Ces muscles sont ceux dont on s'est le plus occupé. Ils com- 
prennent tous ceux qui obéissent à la volonté , à l'excep- 
tion de la vessie, et parmi ceux sur lesquels la volonté 
n'exerce pas d'empire, le cœur. Cependant tous les muscles 
rouges ne se rangent point ici : car , par exemple , la chair 
musculaire rouge du gésier des Oiseaux appartient à la se- 
conde classe, ainsi que la couche musculaire du canal intes- 
tinal tout entier. Les muscles de cette première classe ne sont 
pas non plus rouges dans tous les cas. En général, ceux des 
Poissons ont une teinte pâle ; il n'y a que ceux de l'opercule 
qui soient quelquefois rouges, comme aussi, chez les Carpes, 
une couche mince située au dessous de la ligne latérale. 
D'ailleurs, les muscles rouges et les muscles des Poissons ne 
diffèrent en rien les uns des autres par leur texture intime : 



4So DU MOUVEMENT MD8CULAIRE 

ilssecomporif ni exaciemeni do la n)ême manière au micro- 
scope , et font partie de la première classe. 

Tous les muscles de celle classe se disiinfjuent par des mou- 
vemens qui non srulement ont plus d'énerj;ie, mais encore sont 
plus rapides, et succèdent inslanianémeni à riiritation. Les 
faisceaux primitifs offrent toujours, au microscope, des fibres 
transversales , serrées les unes contre les autres , parallèles, 
presque toujours droites et rarement un peu courbées. Les 
stries sont beaucoup plus difficiles à apercevoir au cœur ; 
cependant elles y existent aussi , suivant la juste remarque de 
Wagner. Il est rare que les faisceaux primitifs soient onduleux 
au bord. 

Les fibres primitives de ces muscles présentent des renfle- 
mens réguliers, d'une teinte un peu plus foncée que celle 
des étranglemens qui les séparent. Cependant on ne peut 
pas dire qu'elles consistent en une simple agrégation de 
globules sans substance intermédiaire , el l'hypothèse qui les 
représente comme formées par les noyaux des globules du 
sang est insoutenable , puisque , d'après les observations de 
Wagner et les miennes , elles diffèrent de ces noyaux par le 
volume, chez un grand nombre d'animaux. Prévost et Dumas 
évaluent leur diamètre à lA'ilOO zz 0,00012 pouce ; je l'ai 
trouvé de i/600 à 1/^00 ligne chez lu Grenouille, et de 
0,00012 pouce chez le Perroquet. Suivant Wagner, elles ont 
une largeur à peu près la même, c'est-à-dire de 1/800 à 
1/2000 ligne, chez tous les animaux vertébrés et Insectes, 
chezl'ÉcrevisseetdanslecœurduLimaçondes vignes. Krause 
les a trouvées de V800 à 1/^060 ligne. Les globules du sang 
du Lapin sont cinq à six fois plus gros que les fibres primiti- 
ves des muscles de cet animal. 

Schwann , qui s'est occupé pendant un hiver entier de re- 
cherches anatomiques sur les muscles, m'en a communiqué 
les résultats, pour les consigner ici. La largeur des fais- 
ceaux de premier ordre est de 0,0216 à 0,0250 ligue an- 



ET DES MOL'VEMENS QUI s'eN H APPROCHENT. 4^1 

p.luise. Pour isoler les tii)re.s primiiives, il l;iut faire macérer 
les muscîes, pendant huit jours à trois semaines, dans de l'eau 
dont la leinpéralure ne dépasse point liuii de/jrés Réaumur. k 
une chaleur plus élevée, tout se transforme en une bouillie 
d.ins laquelle on ne reconnaît plus rien. Mais , même à celle 
d'un à huit defjrés , les muscles de tous les animaux ne se 
comportent pas de la même manière. Taniôt les stries trans- 
versales disparaissent avant que les fibres primitives s'isolent : 
tantôt un muscle se divise dans le sens de sa longueur plutôt 
que de se séparer ea fibres primitives, quoique les rides 
transversales demeurent perceptibles. Les muscles du Lapin 
sont ceux qui conviennnent le mieux. Les fibres primitives 
sont des filamens moniliformes. En examinant ces filamens 
au microscope, on y aperçoit des points obscurs , larges de 
0,0006 à 0,0008 ligne anglaise , placés régulièrement à la 
suite les uns des autres, et unis ensemble par des portions de 
couleur claire et un peu plus minces. La dislance entre ces 
points n'est pas la même partout. On peut la mesurer avec 
beaucoup de précision, en prenant la longueur d'un lambeau 
qui contient un certain nombre de points. Ainsi, cinq points 
pris ensemble au pharynx de l'homme, avaient une étendue 
de 0,01)60 ligne, ce qui, par conséquent, donne 0,00J2 li- 
gne pour chacun d'eux , avec la petite portion claire qui lui 
appartient. De cette quantité, il en revient à peu près 0,0008 
à la portion claire, et 0,0004 à l'obscure. Les observations 
suivantes démontrent que les stries transversales des faisceaux 
musculaires proviennent de l'application les uns contre les 
autres des points obscurs des fibres primitives. 1** Leur dis- 
tance s'accorde parfaitement avec celle de ces points. 
Schwann a trouvé, chez le Lapin, que cinq stries transversa'es 
d'un faisceau musculaire embrassaient une étendue de 0,0045 : 
or, celle de cinq points obscurs, mesurés sur une fibre pri- 
mitive provenant du même faisceau , était de 0,0046. 1" Il 
arrive quelquefois qu'à l'extrémiié d'un faisceau musculaire 
I. il 



IfS-I DU MOUVEMENT MUSCULAIRE 

qu'on a fait macérer, les fibres primitives se séparent dans 
le sens de leur largeur, sans se détacher les unes des autres 
dans celui de la lon{][ueur : on aperçoit alors, sur ces portions 
étalées , des stries transversales, qui sont aussi distantes que 
celles du reste du faisceau , mais qui sont formé: s par des 
points obscurs faciles à distin{][uer les uns des autres et dé- 
pourvus de toute cohérence ensemble. 3° Enfin, on remarque 
parfois aussi une séparation des fibres primitives dans le sens 
de la lonfjueur : alors le muscle semble , au premier aspect , 
non pas strié en travers, mais ponctué ; toutefois, en y regar- 
dant de plus près, et suivant les points obscurs dans la direc- 
tion des fibres, on s'aperçoit qu'ils se suivent d'une manière 
réguhère ; mais la série est irrégulièrement interrompue dans 
le sens de la largeur. Ainsi, comme les stries transversales des 
muscles sont produites par les points obscurs des fibres primiti- 
ves, il suffit de mesurer la distance de ces stries pour connaître 
celle des points. Dans un faisceau musculaire de premier ordre, 
les stries transversales sont loujours parallèles, et par consé- 
quent aussi les points obscurs des fibres primitives se trouvent 
placés à des distances égales. Au contraire, les stries transver- 
sales de deux faisceaux du premier ordre placés l'un à côté de 
l'autre peuvent être rapprochées dans l'un et éloignées dans 
l'autre. Cette disposition n'est nulle part plus frappante qu'au 
pharynx de l'homme. La distance de cinq stries était de 0,0065 
à 0,0068 sur un point , et de 0,0053 à 0,0056 sur un autre : sur 
un troisième, les stries étaient encore plus rapprochées, de ma- 
nère qu'on ne pouvait plus les compter. Dans un autre cadavre, 
Schwann a trouvé, au pharynx, la distance de cinq stries iz: 
0,0034 dans un faisceau, et zz 0,0080 dans un autre faisceau 
situé tout à côté. Chez le Lapin, la distance ordinaire, dans 
les muscles soumis à la volonté, est de 0,0043 à 0,0046. 

La répartition des fibrt-s musculaires dont les faisceaux 
ont des strirs transversales, est très déterminée chez l'hoaime, 
et nulle part il n'y a de transitions. On les trouve dans tous 



ET DES MOUVEMENS QUI s'eN RAPPROCHENT. 4^3 

les muscles dépendans du système cérébro-spinal ; parmi les 
muscles non soumis à la volonté, il n'y a que le cœur qui en 
présento, encore les sîries transversales y sont-elles irès-peu 
prononcées. On ne voit pas de ces fibres au canal intestinal , 
non plus qu'à la matrice et à la vessie urinaire. Les muscles 
du pharynx appartiennent à la première classe. Leurs fais- 
ceaux ont des stries transversales bien distinctes, et leurs fi- 
bres primitives présentent des varicosités. Au contraire , les 
fibres musculaires de l'œsophage sont dépourvues de renfle- 
ment variqueux et de stries transversales. La limite est nette- 
ment tranchée ; mais elle ne se trouve pas , comme on pour- 
rait le croire, au commencement de l'œsophafre ; Schwann a 
reconnu qu'elle correspond à l'extrémité du premier quart. 
La partie supérieure du canal est encore pourvue d'une couche 
de fibres musculaires de la première classe , avec des stries 
transversales et des varicosités parfaitement apparentes. Ces 
fibres doivent être considérées comme la continuation de celles 
du pharynx, qui ont la même structure. Sur la face postérieure 
de l'œsopha/re, elles forment des faisceux grêles, qui descen- 
dent d'un côté et remontent en arcade de l'autre côté. De 
même, au rectum , le système de la première classe et celui 
de la seconde sont séparés l'un de l'autre par une limite nette, 
au sphincter de l'anus. La partie membraneuse de l'urètre est 
revêtue de faisceaux musculaires rougeâtres et délicats, qui , 
d'après mes remarques, présentent des stries transversales, et 
appartiennent à la première classe, tandis que les fibres mus- 
culaires pâles de la vessie et de son col n'offrent aucune trace 
de ces stries. 

Un des organes contractiles les plus remarquables, dans 
tout le règne animal , est l'o! gn.ne palatin des Carpes et au- 
tresCyprins , qui cependant n'est point général dans la fa- 
mille desCypriniiides, car je no l'ai pas trouvé chez le CypH- 
nns Aspins. La portion contractilf» de cet organe est ceî'.s qui 
en garnit la surface : au dessous , il y a du tissu cellulaire. 



^^^ DV MOLVLMliNT MUSCULAIRE 

L'orf;ano reçoit un grand nombre de lilcis qui lui sont tour- 
nis par des branches de la paire va^jne. E.-H. Weber a dé- 
couvert son mode spécial de coniraciion. Lorsqu'on pose le 
doifjj dessus , on sent se développer à l'endroit même une 
élévation conique, qui persiste au-delà d'une minute. Si on 
le froite en long avec un corps pointu , c'est une crête qui se 
produit. Si l'on l'ail déciire des lignes parallèles à ce corps 
pointu, des élévations parallèles se dessinent. Appuie-t-on 
largement le doigt, l'élévation qui se manifeste est large 
aussi. En distendant l'organe , j'ai lait naître une élévation et 
une convulsion dans le sens de la distension. L'acide nitrique, 
jl'acide suUurique et l'alcool ne m'ont donné aucun résultat ; 
mais l'acide sulfurique a produit de l'effet dans les expérien- 
ces de Weber. La décliar ge d'une pile de quarante paires de 
plaques a occasioué les plus fortes convulsions de l'organe, 
toujours suivant la direction du courant. Cet organe contractile 
appartient aussi à la première classe d'organes musculaires. 
Lorsqu'on l'examine à la surface, on n'y aperçoit ni fibres ni 
faisceau.\ ; mais si on enlève la membrane muqueuse buccale , 
et qu'on arrache l'organe, on voit qu'il se déchire av( c plus de 
facilité en certains sens qu'en d'autres, et l'on découvre des 
faisceaux charnus rouges entrelacés , où ie miscroscope fait 
apercevoir des stries transversales et des fibres primitives va- 
riqueuses. Les faisceaux ont tous la même épaisseur à peu 
près que les faisceaux primitifs des muscles de l'homme. La 
plupart d'entre eux marchent d'avant en arrière; mais ils 
sont coupés en divers sens par des faisceaux obliques. Entre 
les faisceaux, on trouve un Irès-giand nombre de gouttes 
dhude. Cette disposition anaiomique explique parfaitement 
le mode spécial d'action de l'organe. 

Les fibres musculaires variqueuses à stries transversales 
des f.iisceaux priuiiiifs ne sont pas bornées aux seuls animaux 
vertébrés. Il s'en trouve, par exemple chez les Insectes, dans 
l-i^'iles muscles souu»is à la volonté. Chaque faisceau primitif 



ET DES MOrVEMENS OUI s'eN RAPPROCHENT. 485 

a une {jaine très-mince , qu'on parvient souvent à distinguer 
sous la l'orme d'un bord transparent. 

R. Wajjner a recherché les faisceaux musculaires striés 
chez un grand nombre d'animaux des classes inférieures. Il 
en a trouvé chez les Insectes , les Crustacés , les Cirripèdes 
et les Arachnides. 

2. Muscles à fibres primitives non variqueuses et à faisceaux primitifs 
dépourvus de stries transversales. 

Ces fibres musculaires se rencontrent dans tout le canal io- 
lestinal des animaux supérieurs , depuis l'œsophage propre- 
ment dit jusquà l'anus. Cette particularité est d'autant plus 
frappante , que les muscles volontaires du pharynx appartien- 
nent à la première cinsse. D'après les observations de 
Schwann , la largeur des fibres primitives était de 0,0007 , 
0,0011, 0,0013 ligne anglaise, dans le gros intestin de 
l'homme. R. Wagner n'a point trouvé de stries transversales 
aux faisceaux du gésier des Oiseaux, quoique celte chair 
musculaire soit rouge. Il n'y en a pas non plus aux fibres de 
la matrice humaine , de la matrice remplie du produit de lu 
gestation chez la Lapine , ni de la vessie uriuaire. Schwann 
n';. pu isoler aucune fibre de l'iris de l'homme ni du Lapin ; 
cependant cette membrane lui a montré, comme aussi à 
Lauth (I), une structure manifestement fibreuse; les fibres 
étaient concentriques au voisin:ig<i du rebord pupillaire, et 
rayoîinjjntes à la périphérie. Les fibres circulaires de l'irisdu 
Bœuf se composent, d'après Lauih, de fibres musculaires 
primitives réunies en faisceaux entrelacés les uns avec les 
autres. Laulh n'a distingué que des fibres longitudinales^ et il 
n'en a poiit aperçu de transversales. Schwann est parvenu à 
isoler les fibres de l'iris du Cochon , sans recourir à la macé- 
ration , en les écartant les unes des autres;» elles sont irès~ 

(1) Vlnstiluf, iv .S?, 70, 73. 



4S6 DU MOUVEMENT MUSCUIAIKE 

finos, larfîesde0,00U2ù 0,0003 Ii{;ne ap[flaise, parfaitement 
cylindriques, et non monililormes. Parmi les animaux sans 
vertèbres, tous Jes Mollusques que R. Wagner a exami- 
nés ( Céphalopodes, GasK'ropodes, Acéphales , Ascidies) et 
Jes Echinodermes, lui ont ollertdes fibres sans stries transver- 
sales. 

C. Propriétés vitales des muscles. 

Les propriétés vitales qu'on découvre dans les muscles , 
sont, indépendamment de celles qui appartiennent à toutes 
les parties animales, la sensibilité et la coniractilité. La pre- 
mière n'appartient pas aux muscles eux-mêmes , mais seule- 
ment aux fibres nerveuses sensitives qui s'y répandent ; la 
seconde est leneigie essentielle du muscle, celle qu'il mani- 
feste après tout mode quelconque d irritation , tandis que 
d'autres org^anes, lorsqu'ils viennent à recevoir la même irri- 
tation , déploient d'autres énergies, par exemple , des sensa- 
tions, des sécrétions, etc. 

La sensibilité des muscles pour les impressions du dehors 
est assez faible , comme on le voit, quand ils viennent à être 
atteints de plaies faites par des instrumens piquans ou tran- 
chans. Une épingle qui a traversé la peau peut être enfoncée 
profondément dans un muscle sans causer de douleur ; le cœur 
lui-même, mis à découvert, ne témoigne qu'un faible degré 
de sensibilité. Cependant les muscles ont un sentiment très- 
délicat pour leurs états, ou plutôt leurs nerfs conduisent par- 
faitement les étals dans lesquels ils sont niis par la contrac- 
tion ; car, par-là , non seulement nous sentons la fatigue et le 
spasme de nos muscles , mais encore la contraction de ces 
organes, dans nos mouvemens tactiles , nous procure un sen- 
iment très-net de la disposition des corps dans le^pace, dont 
nous calculons et comparons aussi la pesanteur et la résistance 
d'après la force de la cunlraction que nous sommes obligés 
d'exécuter. Le sentiment des muscles ne saurait dépendre 



ET DES MOUVEMENS QUI SEN RAPPROCHENT. 4^7 

des mêmes fibres nerveuses que celles qui déterminent leur 
mouvement. Lorsque l'on coupe les racines postérieures des 
nerfs dune des pjiles postérieures d'une Grenouille , sans 
toucher aux antérieures , l'animal perd toute sensibilité , noa 
seulement à la peau, mais encore dans les muscles de la patte, 
tandis qu'il conserve intégralement le pouvoir de faire exé- 
cuter des mouvemens volontaires à ces muscles. On peut lui 
enlever des portions entières de la patte, sans que cette lésion 
le sollicite à se mouvoir. Si l'on coupe à une Grenouille les 
racines postérieures du côté droit, et les antérieures du côté 
gauche , la jambe droite perd le sentiment et conserve le 
mouvement , tandis que la gauche conserve le sentiment et 
perd le mouvement : l'animal ressent dans la patte gauche 
des douleurs qui le déterminent à sauter , ce qu'il ne peut 
faire qu'avec lu patte droite et en traîn^git l'autre. 

Les muscles se meuvent dès qu'eux-mêmes ou leurs nerfs 
moteurs viennent à être irrités d'une manière quelconque. 
Tous les irriians produisent le même effet , qu'ils soient 
mécaniques ou chimiques, froid , chaleur ou électricité. Mais 
tous aussi déterminent les muscles à se mouvoir lorsqu'ils 
agissent sur leurs nerfs. Les acides donnent plus facilement 
lieu à ce résultat quand on les met en contact avec le muscle, 
que quand on les fait agir sur les nerfs : cependant on l'observe 
même assez souvent dans ce dernier cas, comme l'ont éprouvé 
Bischoff et Windischmann. La propriété qu'ont les muscles 
de se contracter sous l'influence de tous les irritans a été étu- 
diée d'une manière spéciale par Haller, qui lui a imposé le 
nom d'irritabilité, par opposition à l'excitabiliié spécificiue 
des nerfs, à laquelle on donne celui de sensibilité. Toutefois, 
tant d'hypothèses et d'erreurs se sont rattachées an mot irrita- 
bililé, pris en ce sens, qu'il vaut mieux le laisser fi-^urer dans 
l'histoire de la médecine que dans la physiologie elle- 
même. 
La contractilité que les muscles déploient, quand eux ou 



4^8 DU -MOIVI-MLNT .MUSCULAIRE 

leui^> noifs sont irrités .s.' mjnifeste encore (inclque temps 
après la mort. Elle persiste d'autnni plus dans les parties 
inu.H-nbircs, que la strnclure de ranimai est moins complexe. 
A mesure que l'organisation se complique. les parties devien- 
nent plus dépendantes les unes des autres, et nécessairement 
la durée des phénomènes vitaux diminue suivant la même 
proportion dans les pariies. après la mon du tout. Parmi les 
animaux vertébrés, ceux à sang blanc se distin{;uenl de ceux 
à san{î roufie à cet é^jard. Le cœur conserve son irritabilité 
pendant plusieurs heures chez les P.issons et les Reptiles; 
celle des autres muscles persiste de mêmf che.- \e$. Grenouil' 
les, surtout quand la saison est froide, et les muscles d'une 
Tortue décapitée n'ont point encore perdu toute la leur au 
bout d'une semaine. Chez les animaux supérieurs, l'irriiabi- 
lilé des muscles ne se maintient, en général, qu'une heure ou 
deux ; cependant il y a certains cas où elle n'est point encore 
éteinte au bout de plusieurs heures, par exemple dans le 
muscle cutané du Hérisson. >ysien(l) , dans ses expériences 
sur les cadavres d'hommes qui jouissaient dune pleine santé 
avant de subir la décapitation, a trouvé que les muscles per- 
daient leur aptitude à se contracter selon l'ordre suivant. 
Le ventricule aortique du cœur devenait le premier inirri- 
table; le canal intestinal, au bout de quarante-cinq à cin- 
quante-cinq minutes, la vessie après le même laps de temps 
environ, le ventricule droit au bout d'une heure, l'œsophage 
d'une heure et demie, l'iris de deux heures moins un quart, 
les muscles de la vie animale plus tard encore, puis les oreil- 
lettes du cœur, et en dernier lieu celle du côié droit, qui se 
montre encore sensible au galvanisme au bout de seize heures 
et demie. Chez les Oiseaux , la contractilité des muscles s'é- 
teint plus rapidement que chez les Mammifères; elle n'y 
dure que depuis trente à quarante minutes jusqu'à une heure. 

(1) Jiecherches dephysiol. et de chim. patholog., Paris . 4S11 , p. 321. 



ET DES MOCVEMENS QUI &'£N l'.APrUOCHENT. 289 

Chez les Grenouilles, elle persi>^ie, après la mort, plusieurs 
heures dans le cœur, dix-sept à dix -huit heures dans les mus- 
cles de la vie animale : quatorze à vingt heures après la 
mort, on en remarque encore des traces dans les oreillettes 
et les veines caves. En ^jénéral, elle persiste plus long- temps 
chez les jeunes animaux. Nyslen a vu, chez des Chats nou- 
veau nés, les muscles se contracter encore au bout de trois 
heures qiiaranle-cinq minutes, lorsqu'on les irritait, et l'aciioa 
des irritans déterminer le même phénomène dans roreilleite 
droite après six heures et demie. On peut conclure, en géné- 
ral, de ces observations, que plus la respiration exerce d'in- 
fluence chez un animal, plus le besoin de respirer est impé- 
rieux pour lui, moins aussi l'irritabilité persiste dans ses mus- 
cles après la mort. 

Certaines substances diminuent l'irritabilité des muscles par 
l'action qu'elles exercent sur eux. Les muscles des animaux 
qui ont péri dans le gaz acide carbonique, le gaz hydrogène, 
le gaz oxide de carbone, la vapeur du soufre, ne se contrac- 
tent que peu ou point sous Jintlnence des irritans; ceux des 
animaux qui sont morts dans l'air atmosphérique et dans le gaz 
oxygène demeurent plus long-temps contractiles (1). L'eau 
pure diminue notablement rirritabilit»^ des muscles, lorsqu'elle 
demeure long -temps en contact avec eux. Cette observation, 
faite d'abord par Nasse, a été constatée tout récemment par 
Stannius. Les cuisses de Grenouille préparées, qu'on a laissées 
séjourner pendant quelque temps dans l'eau, ne conviennent 
point pour faire des expériences délicates sur l'irritabilité 
des nerfs et des muscles ('2) . Les substances narcotiques, appli- 
quées seulement sur les muscles, abolissent leur irritabilité ; 
si on les met en rapport avec les nerfs des muscles, elles les 

(1) NïSTEK , loc. cit., p. 32S. — TiEUEMAKN , Traité de pliynoloijie de 
rhomvie, tiad. par A.-J.-L. Jourdan , Taris, 1831 , t. II, P- 5^7. 

(2) Hecker's ^rtwatoi , 1832, déceuil)re. 



49*^ Ï>U MOUVEMENT MUSCULAIRE 

rendent inaptes à provoquer la contrnciion musculaire à partir 
du point de leur application , tandis que le nerf conserve soa 
pouvoir dans toute l'étendue comprise entre le point narcotisé 
et le muscle. Lorsque les narcoiiques tuent en s'inlroduisant 
dans le torrent de la circulation, ils ne diminuent pas autant 
l'irritabilité que le fait leur application locale sous forme con- 
centrée. Après avoir fait périr des Grenouilles en les narco- 
tisant, on peut encore, pendant des heures entières, déter- 
miner leurs muscles à se contracter en irritant ces organes 
eux-mêmes ou les nerfs