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Full text of "Polybiblion; revue bibliographique universelle"

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TORONTO Public Library 

Référence Department. 



THIS BOOK MUST NOT BE TAKEN OUT OF THE ROOM. 



MAY -i -l 1922 



POLYBIBLION 



REVUE 

BIBLIOGRAPHIQUE UiNIVERSELLE 



Janvier 1878. T. XXII, 1 

^'^x Z'S 



SAINT-QUENTIN 

I M P H 1 M K H I K .It L E S M T R E A l' 




POLYBIBLION 



REVUE 



BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



PARTIE LITTÉRAIRE 



DEUiiLiÈMii: se:rie:. — tome SKPra^MK 

(vingt-deuxième de la collection) 




r... i '^"' 



PARIS 
AUX BUREAUX DU POLYBIBLION 

35, RUE DE GRENELLE, 35 
1878 



9^73 



-A^teA'=^4- 




MAY "'^ W) 



POLYBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

ROMANS, CONTES ET NOUVELLES 

Œuvres de I'aui, Fkval, soigneusement revues et corrigées; Les Etapes cl une cotiversion. 
Paris, Palmé, l8'/7. In-12 de 270p. Prix : 3 fr. Les Contes de B retagne .Puris.VAlmé, 1877. 
In-12de 284 p. Prix : 3 fr. (édition illustrée, ia-8 de 300 p. Prix : 'J fr.) La Fée des grèves. 
Paris, Palmé, 1877.1n-12 de 3G2p. Prix : 3fr. L'Homme de fer. Paris, Palmé, tS77. In-12 
de 353 p.Pri.K : 3 fr, Chdteaupuuvre. Paris. Palmé, 1877. In-12 de 314 p. Prix : 3 IV. 
Frère TrarKiuille. Paris, Palmé, 1877. In- 12 de 412 p. Prix: 3 fr. Le dernier cheva- 
lier. Pana, Palmé, 1877. In-12 de 33G ç. Prix : 3 fr. La Belle-Étoile. Paris, Lecoffre. 
1877. In-t8 j. de 325 p. Prix : 2 tr. La Reine des épées. Paris, Dentu, 1877. 
In-18 j. de 305 p. Prix : 3 fr. — La première tache de sang, par A. Labutte. 
Paris, Dillet, 1877. In-18 de 280 p. Prix : 2 fr. — Les Causes sacrées, le Roi. par 
Raocl de Nwery. Paris, Téqui, 1877. 2 vol. in-18 de 300-310 p. Prix : 4 fr. — 
L'Affiquet de la marr/uise. par .\. de Barthélémy. Paris, J. Féchoz, 1877. In-12 de 
230 p. Prix : 2 Ir. i>0. — Marcie, par Charles du Boisha.mON. Paris, Téqui, 1877. 
In-12 de 274 p. Prix : 2 fr. — Le Secret du château de Rocnoir, par J. Gondry do Jar- 
dinet. Paris, aux bureaux de VEcoriomiste. 1877. In-12 de 28i p. Prix : 2 fr. — 
Pour la p(t/ri>,par Etienne MarceiT. Taris, LetlneHéux, I877.1n-12 de 286 p, Prix : 
2 fr. — La Foi jurve. par Raoul de Nave^y. Paris, C\\. Blériot. 1877. In-12 de 295 p. 
Prix : 2 fr. — Lei Héritiers de Judas, par Raoul Dr NaVERY. Paris, Gb. Blériot^ 1877. 
In-12 de 430 p. Prix : 3 fr. 50. — L'Honneur du nom, par Gharles Buet. Paris. 
Th. Olmer, 1877. In-12 de 390 p. Prix ; 3 fr. — Corbin et d'Aubecourt. par Louis 
Veuillot. Paris, Palmé, 1877. In-12 de 230 p. Prix : 3 fr. — Les Ronces du chemin 
par Claire or Chandeneix. Paris, Cb. Blériot, 1877. In-18j. de 233 p. Prix : 2 fr. 
— Sabine de Rivas, par M"* Maiue Maréchal. Paris, Ch. Blériot, 1877. In-i8 j., 
de 27G p. Prix : 2 fr. — Jacques Bernard, par M"' Guerrier de Haupt. Poitiers, 
Oudin, 1877. In-12 de 325 p. Prix : 2 fr. — Première et dernière dette, par M™" Ga- 
rrielle d'Arvor. Paris, Tolra, 1877. In-12 de 250 p. Prix : 1 fr. 50. — Le Supplice 
d'une mère, par J. Gondry du Jardinet. Paris, Palmé, 1877. In-12de270p. Prix : 

2 fr. — Nouvelles et récils villar/eois, par Jean Lander, avec une préface de M. Ernest 
Hello. Paris, Palmé, 1877. In-12 de 300 p. Prix : 2 fr. —Marguerites en fleur, avec 
une préface de M. Krnest Hello. Paris, Palmé, 1877. In- 12 de 280 p. Pri^. : 2 fr. — 
Les Soirées du rhdteau de Kerilis. par J. DE Launav-Overney. Paris, Bray et Iletaux, 
1877. In-12 de 400 p. Prix : 3 fr. 50. — Les Neiges d'antnn ; Légendes et Cbroniques, 
par M" Julie Lavergne. Paris, Palmé, 1877. In-12 de 398 p. Prix : 3 fr. — Les 
Amours de l'hilippe, par Octave Feuillet, de l'Académie française. Paris, Calmaun 
Lévy, 1877. In-18 j. de 340 p. Prix : 3 fr. 50. — Samuel Brohl et C», par Victor 
Cherruliez. Paris, Ilacbette, 1877. In-18 j. de 330 p. Prix : 3 fr. 50. — Z)ameZ 
de Kerfoni, par Ernest Daudet. Paris, E. Pion, 1877. 2 vol. in-12 de 308 et 379 p. 
Prix : 6 fr. — Le.\abab, par Alphonse" Da-ddet. Paris, Cbarpentier, 1877. 13* édition. 
In-12 de 508 p. Prix : 3 fr. 50. — Oblomoff, par Ivan Gontcharoff; Scènes de la 
vie russe, traduction de Piotre Artamoff, édition revue, corrigée et .augmentée d'une 
notice sur l'auteur, par Charles Deulin. Paris, Didier, 1877. In-12 de 298 p. Prix : 

3 fr. — Œuvres de M- Henri Gréville : Dosia. Paris, E. Pion, 1876. In- 12 de 
320 p. Prix : 3 fr. L'Expiation de Savoli. Paris. E. Pion, 1870. în-18 de 273 p. 
Prix : 3 fr. La Princesse Ogheroff. Paris. E. Pion, 1876. In-12 de 372 p. Prix : 3 fr. 50. 
A travers champs. Paris, E. Pion, 1870. In-12 de 300 p. Prix : 3 fr. Les Kou- 
miassine. Paris, E. Pion, 1877. 2 vol. in-r2 de 318 et 340 p. Prix : 7 fr. Sonia. 
Paris, E. Pion, 1877. In-12 de 310 p. Pris : 3 fr. La Maison deMaurèze. Paris, E. Pion, 
1877. In-12 de 306 p. Prix : 3 fr. 50. Suzanne Normis {le Roman d'un père). Pans, 
E. Plun, 1877. In-12 de 320 p. Prix : 3 fr. 50. — Flora Bellus>js, parG.-A. Laurence; 
traduit de l'anglais par Ch. Bernard-Derosne. Paris, Hachette, 1877. 2 vol. iu-18j. 
de 275 et 259 p. Prix : 2 fr. 50. — Sans issue, par Elisabeth Stuart Phelps. 
Paris, Grassart, 1877. ln-12 de 290 p. Prix : 3 fr. (roman traduit de l'anglais).— - 
Le Baiser de la comtesse Savina. par A. CacciaNIGa ; traduit de l'italien par Léon 
Dieu. Paris, Hachette, 1877. In-18 j. de 252p. Prix : 1 fr. 25. — Sous le grand 
hélre, iisir A. Snieders. Paris, Palmé, 1877. In-18 j. de 210 p. Prix : 2 fr. — 
Jean Dagounj. par Gii. Canivet. Paris, E. Pion, 1877. In-12 de 279 p. Prix : 3 fr. — 
La Veuve, par Louis Enault. Paris, IlachettP. 1877.1n-18 j, de 340 p. Prix ; 3 fr. jO. 



— 6 — 

— Un Amour de grande dame, par Alfred de Besanceniît. Paris, Librairie générale. 
1877. Ia-12 de 238 p. Prix : 1 fr. — Le Mari de la vieille, par Gaiiriel PeévOT. Paris, 
Librairie générale, 1877. In-12 de 250 p. Prix : 1 fr. — Une femme à bord, par 
René de Maricourt. Paris, Librairie générale, 1877. In-12 de 202 p. Prix : 1 fr. — 
La grande falaise, nouvelle édition, par Albert Sorel. Paris, même librairie, 1877. 
In-12 de 320 p. Prix : 1 fr. — Près du gouffre, par Saint-Patrice, Paris, Dentu, 
1877. In-18 j. de 206 p. Prix : 3 fr. — La Bâtarde, par Xavier de Montépin. 
Paris, Dentn, 1877. 2 vol in-18 j. de 314 et 320 p. Prix : fi fr. — Le Numéro 11 de 
la rue Mariât, par René de Pont-JeST. Paris, Dentu, 1877. In-12 de 360 p. Prix : 3 fr. 

— Kousouma, roman javanais, par Marie Bogor. Paris, Sandoz, 1877. In-12 de 266 p. 

— Dona Maria; Chronique du temps de Philippe II, par L. Cambier. Paris, Dentu, 
1877. In-18 j. de 306 p. Prix : 3 fr. — Les Diables de Loudun, par Jean de Poi- 
tiers. Paris, A. Ghio, 1877. In-18 de 271 p. Prix : 2 fr. — Elisée ; Voyage d'un homme 
à la recherche de lui-même, par Eugène Pelletan. Paris, Germer Baillière, 1877. 
In-12 de 345 p. Prix : 3 fr. .50. — Le Dégrossi, roinan rural, par Victor Le Febvre, 
laboureur. Paris, Sandoz, 1877. In-12 de 350 p. Prix : 3 fr. 50. — Maître Guillaume, 
par Charles Desl^s. Paris, Ch. Blériot, 1877. In-12 de 280 p. Prix : 2 fr. — Potière* 
et mendiants, roman de questions sociales, par G. de la Landelle. Paris, Didier, 
1877. In-12 de 452 p. Prix : 3 fr. 50. — Deux croisières, histoire d'une légende 
navale, par le même. Paris, E. Dentu, 1877. In-18 j. de 332 p. Prix : 3 fr. — 
Hector Servadac, par Jules Verne. Paris. Hetzel, 1877. 2 vol. in-18 j. de 314 et 
320 p. Prix : 7 fr. — L'Ame de Beethoven, par Pierre Coeur. Paris, E. Pion, 1876. 
In-12de222p. Prix : 3 fr. — Une rirale de Marguerite, -par le baron de FaucONNET. 
Pau, Léon Ribaut, 1877. In-12 de 292 p. Prix : 3 fr. — Un mélange diabolique, 
par le même. Paris, Schulz, 1877. In- 12 de 257 p. Prix : 3 fr. — Contes tristes, par 
Louis Haumont. Paris, Dentu, 1877. In-18 j. de 273 p. Prix : 3 fr. — Trois contes, 
par Gustave Flaubert. Paris, Charpentier, 1877. 1 vol. in-12 de 300 p. Prix : 3 fr. 50. 

(( M. Paul Féval s'est converti, avons-nous lu dans quelques jour- 
naux parisiens, adieu son esprit, sa bonne humeur, sa verve et sa 
gaieté! Il va devenir ennuyeux comme la pluie. » Eh bien, les Cas- 
sandres de mauvais augure en seront pour leurs pronostics malveil- 
lants et ridicules, lesquels, soit dit en passant, contiennent une injure 
toute gratuite à l'adresse de la littérature catholique. M. Paul Féval 
s'est converti, mais, pour nous servir d'un mot très-pittoresque attri- 
bué à une femme du monde, il s'est converti de tout, excepté de son 
talent. Il avait l'invention, la vigueur, le mouvement, le feu sacré ou 
le feu profane, le diable au corps, l'originalité, la passion, la science 
dramatique et un excellent style. Tout cela lui est resté avec cette 
heureuse modification que ses qualités exubérantes dégénéraient faci- 
lement en défauts, tandis qu'aujourd'hui sa bonne humeur s'est nuan- 
cée d'émotion, sa verve s'est augmentée d'un sincère sentiment d'in- 
dignation contre les hypocrisies et les turpitudes sociales, son 
imagination a gagné en profondeur et en élévation, sa forme, sans 
cesser d'être pittoresque et primesautière, s'est débarrassée des sco- 
ries de mauvais goût et des broussailles encombrantes. Bref, c'est 
toujours Paul Féval, mais un Paul Féval retrempé, renouvelé. Il fai- 
sait rire ou pleurer, il fait encore pleurer ou rire, mais il fait penser 
aussi. La sève en lui coule plus riche, plus féconde, plus généreuse. 
On l'attendait à son premier roman, — seconde manière. Ce roman a 
paru, et c'est un chef-d'œuvre. Les Étapes d'une conversion, tel est le 
titre, un titre franc qui n'y va pas par quatre chemins. On devine que 
cette « conversion » est celle de l'auteur. Ce mot pourtant me semble 



un peu fort. Même au temps de ses plus bruyantes incartades^ Paul 
Féval n'a jamais cessé d'être chrétien; il est vrai qu'il l'était plato- 
niquement. A l'heure actuelle, il est non moins fervent et non moins 
pratiquant que son saint patron après la vision de Damas. Paul Féval, 
qui écrit un peu son autobiographie, nous introduit, sans crier gare, 
dans la maison paternelle. Ils sont là huit : le père, la mère, la domes- 
tique et les cinq enfants. C'est lourd pour un seul, car le chef, un 
magistrat de province, n'a que de faibles émoluments. La considéra- 
tion dont il jouit ne donne pas de pain à la famille. Et ce père fait des 
prodiges de fatigue, des débauches de travail pour procurer ce pain à 
ses enfants. Un jour vient cependant où le cerveau surmené refuse 
d'obéir à la volonté. Le dévoué sublime tombe comme foudroyé ; il se 
couche pour ne plus se relever, lui qui ne se couchait jamais. Le 
médecin et le prêtre accourent : ils viennent aider un juste à mourir. 
Ce chapitre : la Mort du. père, est saisissant. Paul Féval n'a rien écrit 
de plus beau, et cela sans phrases, sans eifets cherchés, tout simple- 
ment, tout véridiquement, avec l'esprit de son cœur. Tout y est : la 
prière qui est un espoir, le viatique qui est une fin, l'épouse dont le 
cœur se déchire, les petits enfants qui ne comprennent pas et qui sen- 
tent passer dans leurs fibres l'effroi de l'inconnu, du mystérieux et du 
terrible. Les personnages secondaires sont admirablement esquissés : 
la vieille bonne est vraiment touchante dans ses bougonnements où 
perce raffection la plus intense ; la pauvre femme du mourant nous 
apparaît comme une Niobé chrétienne ; le docteur Ollivier n'a de 
matérialiste quel'écorce ; il n'est pas jusqu'à ce « jésuite » de Charles, 
le fils aîné, devant lequel il ne faille s'incliner comme devant un 
modèle d'abnégation et de dévouement. Mais la figure principale des 
Étapes d'une conversion, celle qui domine tout le volume, c'est la 
figure de Jean. Qui ça, Jean ? Jean est celui dont Dieu s'est servi pour 
« convertir » Paul Féval. Dans les épisodes de la mort du père, Jean 
n'est autre chose que Paul Féval lui-même ; mais, dans l'ensemble de 
l'œuvre, Jean est un homme dont le monde catholique n'a pas oublié 
et n'oubliera pas de longtemps le souvenir. « Il y avait dans cet 
homme, a dit M. Barbey d'Aurevilly, du Thomas d'Aquin et du Sha- 
kespeare, du Diderot et de l'O'Connel.» C'était un semeur d'idées, un 
accoucheur d'âmes, quelque chose comme un Diogène catholique et 
romantique. 11 avait passé par tous les systèmes ; il avait scalpé Saint- 
Simon^ Fourier, Cabet, Proudhon, et, voyant, qu'ils n'étaient que 
sépulcres blanchis, il les avait « plantés là, » épouvanté, et en était 
revenu tout d'une traite à la foi de son enfance, gai'dant de ses 
pérégrinations libre-penseuses un certain amour du paradoxe qu il se 
faisait un devoir do mettre quotidiennement au service de la vérité. A 
ces indices, qui n'a reconnu Raymond Brucker? Paul Féval, dans ses 



— 8 — 

Étapes, nous le montre avec ses impétuosités d'homme de génie 
mâtiné d'un brin de folie, avec ses mépris du qu^en dira-t-on, avec ses 
brusqueries tendres d'ancien gamin de Paris, avec ses trivialités ado- 
rables, avec sa bonhomie malicieuse, son ironie mordante, son élo- 
quence indéfinissable, — dans sa vie privée enfin, mélange d'austé- 
rité, de sauvagerie et de mysticisme. C'est peint sur le vif. Et, comme 
cadre au portrait, s'accumulent tout autour des esquisses ravissantes 
sur la littérature contemporaine. 

— Les Étapes sont le premier ouvrage publié par Paul Féval depuis 
sa conversion. Cet ouvrage n'est pas termimé : ce n'est qu'un épi- 
sode. M. de Pontmartin a reproché à l'auteur d'avoir, dans les der- 
nières pages du livre, un peu trop prodigué les élans mystiques, les 
aspirations religieuses : « Est-ce bien, dit-il, servir l'idée qu'on aime 
de lui donner une place telle qu'elle absorbe tout ? » Cette critique 
nous paraît exagérée. Nous venons de lire les Etapes d'un bout à 
l'autre, et l'idée chrétienne est loin d'y « tout absorber. » Elle ne 
devient réellement « absorbante » que dans la scène de la mort du 
père, et c'est de circonstance. Néanmoins, il y a ici un écueilà éviter. 
Un roman n'est pas un livre do messe, et, en cherchant le mieux, on 
pourrait risquer de gâter le bien, En outre, dans une œuvre d'imagi- 
nation, parler comme sainte Thérèse ou saint Bonaventnre, ce serait 
s'exposer à rebuter certains lecteurs. Nous faisons ces réflexions, 
afin que les œuvres nouvelles de Paul Féval se popularisent le plus 
possible et balancent ainsi, dans l'esprit des masses, l'influence des 
romans ignobles et délétères. M. Paul Féval Ta, du reste, si bien 
compris que, dans l'édition expurgée de ses publications, il n'a 
éloigné que des détail? répréhensibles, sans les surcharger de pé- 
riodes sermonneuses. Il a voulu que, désormais, ses romans, tout en 
ofî'rant le même intérêt, pussent devenir lectures de famille. Et il a 
réussi. Ont paru déjà, dans la nouvelle édition, 1rs Contes de Bretagne, 
la Belle-Étoile^ la Fée des grèves, l'Homme de fer, Frère Tranquille, le 
Dernier ehevalieret Chdleaupauv)r, — sept volumes que tout le monde 
peut lire sans remords. 

— Breton bretonnant, Paul Féval aime le pays des dolmens et des 
chênes tordus, et se plaît à y placer l'action de ses drames. Dans les 
Contes de Bretagne, il nous raconte les légendes de la vieille Armorique; 
il évoque le prêtre des îles, Joël Bras, qui conjurait la tempête à 
l'aide de la neuvième corde de sa harpe, et chevauchait sur un bois de 
lance pour aller rendre visite aux esprits de l'air; il nous dit comment 
la fille du druide d'Ouessant se convertit au christianisme et civilisa 
le Finistère; il reconstruit, détail par détail, la sanglante histoire 
d'Ermengarde de Malestroit, la Femme blanche des lacs armoricains; 
il énumère les malices des laveuses de nuit, démons-femelles qui 



blanchissent au clair de lune le suaire des morts ; il réédite les chan- 
sons du peuple, tout en ridiculisant ses travers, stigmatisant ses vices 
et rendant hommage à ses vertus. — Dans la Belle-Étoile, c'est la 
Bretagne du moyen âge que ressuscite M. Paul Féval. Il paraît, à 
ce propos, que notre siècle n'a inventé personne, pas plus les coquins 
que les jocrisses. Le jocrisse breton du temps de saint Louis avait nom 
Goïon de Ploéméné, écujer de noblesse, jureur, vantard, gourmand, 
peureux, et... d'une bêtise incomparable. Les coquins, c'étaient les 
frères Mahaut, qui assassinaient les voyageurs dans leur auberge ; c'é- 
tait leur mère, la vieille Gote, qui s'adonnait à la magie noire et avait 
à son service le diable Yoramus ; c'étaient encore les faux ermites, les 
pastoureaux, les malandrins et les truands de toute catégorie. Mais il 
y avait aussi de bien braves gens, témoin le jeune étudiant en droit 
Yvon Hélory, qui sera un jour le grand saint Yves : 

Sanctus Yviis erat Brito, 
Advocatus et non latro, 
Res miranda populo, 

— Le surnaturel domine dans la Belle-Étoile. Cela se conçoit : nous 
sommes au beau milieu de la forêt de Brocéliande, la grande, la noble 
Brocéliande, sous les futaies de laquelle les légendes courent en foule, 
drapées comme de blancs fantômes et abritant sous leurs voiles en- 
chantésle roi Arthur et Angélique, Médor et Fleur d'Epine, les Douze 
Pairs, le traître Ganelon, les Sept-Géants, la fée Viviane préposée à 
cette fontaine de Barenton dont la margelle devient, la veille de Noël, 
une émeraude énorme, le Grand-Huant, le Grand-Yeneur. condamné à 
toujours courir, sans jamais le forcer, un cerf diabolique, enfin le pro- 
phète séculaire Merlin, lequel dort sous l'herbe jusqu'à ce qu'il soit 
réveillé par la parole divine de l'Enfant vêtu de blanc et couronné 
d'aubépine. C'est merveilleux : on croirait lire les Mille et une Nuits 
du moyen âge féodal et catholique. Est-ce tout? Non. Yoici la fée des 
grèves, l'être bizarre dont le nom revient sans cesse dans les épopées 
bretonnes, le lutin caché dans les grands brouillards, le feu follet 
des nuits d'automne, l'esprit qui danse dans la poudre éblouis- 
sante des rayons du soleil, la Mélusine, qui glisse sur les sables 
de la mer aux heures nocturnes, la fée des grèves enfin avec 
son manteau d'azur et sa couronne d'étoiles ! Cette fois, nous sommes 
dans la Bretagne du quinzième siècle_, et la fée des grèves n'est 
autre que la belle Renée. Elle profite, la noble demoiselle, d'une su- 
perstition populaire, pour sauver son fiancé Aubry de Kergariouetson 
vieux père Hue de Maurever, lesquels ont tous les deux encouru la 
colère du duc de Bretagne. Il est vrai qu'elle est vigoureusement se- 
condée dans sa tâche par une foule de braves gens, les Lepriol, les 
Mathurin, les Joson, les Gothon, les Catiche^ les Scholastique et 



— 10 — 

Jeannin le pasteur, et frère Bruno, religieux converti de l'abbaje du 
Mont-Saint-Michel. Intarissable conteur d'histoires qu'il recommence 
toujours et ne finit jamais, bon vivant, bon enfant, fort comme Hercule, 
frère Bruno soutient, sur le mont Tombelaine, un siège en règle contre 
les bandes du chevalier Meloir, le traître du drame. Les quartiers de 
roche sont lancés sur les assaillants avec une vigueur homérique ; 
l'assiégé se multiplie, se dédouble, réconforte les amis dont il a pris 
la défense, rit aux éclats, chante un refrainj^riposte au reîtres qui ont 
fait de sa cagoule une cible, et trouve encore le temps de sortir une 
anecdote du grenier d'abondance de sa mémoire. Ce frère Bruno est 
une création des plus originales et des plus réjouissantes. 

— Nousle retrouvons dans rZ/owwerfe/'é';', qui forme le complément de 
\Si Fée des grèves ;mais, si frère Bruno esttoujours Bruno-la-Bavette.iln'a 
plus son esprit d'autrefois et se laisse bel et bien berner dans sa cellule 
par un visiteur supérieurement intéressé à faire parler à tort à travers le 
pauvre moine. La scène est d'un comique achevé et elle a ceci de piquant 
que l'interlocuteur de frère Bruno, maître Gillot de Tours, est tout 
uniment le roi Louis XI en personne. Nous retrouvons aussi la fée des 
grèves, mais cette fée a pris de l'âge, a perdu un peu de sa poésie et 
est devenue une veuve excessivement raisonnable. La vraie fée des 
grèves maintenant, c'est Jeannine, la fille du pâtre Jeannin, éprise du 
fils de Reine do Maure vert et d'Aubrj de Kergariou. A coté de l'idjlle, 
l'historique et le fantastique : l'historique, c'est Louis XI cherchant à 
s'emparer du duché de Bretagne ; le fantastique, c'est Otto de Berin- 
ghem, un autre Barbe-Bleue, un second Gilles de Retz, terreur de la 
contrée, habitant la nuit la ville mystérieuse d'Hélion, bâtie en plein 
Océan, et venant le jour éblouir ou terrifier les Bretons par son faste, 
sa prodigalité, sa beauté satanique, ce qui, à une heure donnée, ne 
l'empêche pas de subir le sort de son modèle Gilles de Retz. Dans la 
Fée des grèves et l'Homme de fer, Paul Féval est monté sur l'hippogriffe 
de l'imagination et s'est donné libre carrière. Mais tout est si bien 
amené, si bien agencé, qu'on arrive à la fin des deux volumes sans 
fatigue aucune, intéressé, saisi, totalement sous le charme. 

— Chdteaupauvre est encore une histoire bretonne, de la Bretagne 
contemporaine. Cela commence par un éclat de rire et cela se termine 
par des larmes. Un Parisien, Edmond Durand, achète à maître Le Her- 
vageur, notaire royal, une gentilhommière rurale, dernier débris de 
l'immense fortune des Bryan et desCoatmeur. Le Parisien va prendre 
possession de son domaine et se met en relations avec ses tenanciers. 
Quel n'est pas son étonnement de voir que la race des Bryan et des 
Coatmeur n'est pas éteinte ! Il reste de ces deux antiques et puissantes 
familles le jeune Guy et la petite Rosane, sans parler du fermier per- 
pétuel Yaume Bodin et de la vieille Metô, autrefois dame de compagnie 



de la marquise douairière de Coatmeur, maintenant vieux meuble de 
Châteaupauvre. Au fond,Metô est la vraie maîtresse de la gentilhom- 
mière et Monsieur le Parisien ne peut s'y installer qu'avec sa permis- 
sion. Type étrange que cette Metô, visionnaire, fière comme une reine, 
ratatinée comme un palimpseste, un peu sorcière, bonne chrétienne, 
plus que centenaire^ bref une apparition de l'autre monde, Rosane se 
fait sœur de charité, Guy passe en Angleterre appelé par un de ses 
oncles et se fait protestant. Deux destinées aux antipodes Tune de 
l'autre ! Pourtant, cette fois, les extrêmes se rencontrent : la guerre de 
Crimée éclate. Guy et Rosane se retrouvent dans une ambulance ; ils 
sont victimes de la guerre, mais Gujde Brjan meurt catholique. L'ac- 
tion est intéressante sans doute : néanmoins l'intérêt du roman n'est 
pas là ; il est dans la peinture des mœurs bretonnes au dix-neuvième 
siècle, peinture vraie comme une photographie et attrayante comme une 
fiction. Les paysans mis en scène par Paul Féval ne sont point inven- 
tés : rien qu'à la façon dont ils disent: Va7'gien {Vavgeni), on voit qu'ils 
ont posé devant le peintre. Ge ne sont pas des gredins comme les 
paysans de Balzac ; ce ne sont pas non plus des héros et des saints. 
Rien de plus curieux que le mauvais accueil fait à « Monsieur l'ache- 
toux » de Châteaupauvre par les gars et les donzelles de Saint-Juhel ! 
Mais quand on apprend que « Monsieur l'achetoux » possède une malle 
pleine d'écus, la froideur se change en enthousiasme et les rebuffades 
en triomphes. Tout le monde veut voir la fameuse malle, on la con- 
temple, on la soupèse, on la porte comme un cercueil. Et les à-parté 
et les réflexions et les exclamations que l'événement provoque ! Il faut 
entendre ! Jamais on n'avait tiré meilleur parti de la note comique. 
Ce n'est pas tout: Paul Féval, da,ns C Imteaupauvrc , a ressuscitéle vieux 
parler gallo, qui n'est pas le breton (le Vrezo)i>icc), mais une sorte de 
patois très-pittoresque composé de français, d'anglais, de latin et d'une 
foule d'expressions venues l'on ne sait d'où. Sous ce rapport, C/ia^mu- 
pauvre est une curiosité philologique. 

— Nous aimons beaucoup moins Frère Tranquille et le Dernier che" 
valier. Le premier de ces romans est un roman de cape et d'épée 
dont l'action se pusse sous la régence d'Anne de Beaujeu et le règne 
de Charles VIIL II y a trop de duels, de guet-apens, de substitutions 
d'enfant, de complots, de péripéties et de combinaisons. On s'em- 
brouille à lire les aventures mirifiques de Jean le Blond et de Jean le 
Brun ; on se perd dans le chassé-croisé de leurs bonnes actions et de 
leurs fredaines. Çà et là, cependant, des tableaux ravissants, des éclair- 
cies lumineuses qui nous font comprendre que Jean le Blond n'est autre 
que le fils d'Isabelle de Nemours et de Jacques d'Armagnac, dépossédé 
de ses titres et de sa fortune par le sire de Graville. Du milieu de ces 
batailleurs et de ces ferrailleurs, émerge la figure indéfinissable de 



— a - 

Frère Tranquille qu'on croit l'ennemi des d'Armagnac et qui leur est 
dévoué jusqu'à la mort: vieille carcasse de savant qui, plus profondé- 
ment que Nicolas Flamel, Raymond Lulle et Albert le Grand, a pé- 
nétré dans les secrets de l'œuvre hermétique ! On dirait que la re- 
cherclie de la pierre pbilosophale a desséché le cœur du bonhomme. 
Détrompez-vous! Frère Tranquille, malgré salaideur et ses allures gro- 
tesques, a un cœur des plus aimants. Sur son front pâli par les veilles 
et par la souffrance, rayonne l'auréole des sublimités chrétiennes. 
Mais, sans diminuer en rien cette originale physionomie, le roman 
gagnerait encore à être émondé. Frère Tranquille est trop touffu, et 
le dernier Chevalier ne l'est peut-être pas assez. Ce livre-ci est moins 
un roman qu'un panorama historique. Paul Féval nous montre suc- 
cessivement lespetites intrigues deM. de Choiseul, leseiforts héroïques 
du Dauphin pour conserver la conquête des Indes, l'indomptable per- 
sévérance de Dupleix, l'embuscade allemande de Klostercamp et la 
mort glorieuse du « dernier chevalier», le chevalier d'Assas. C'est 
intéressant et instructif ; mais il n'y a pas d'action romanesque, à 
moins qu'on ne la place dans les chastes amours (indiqués à peine) du 
(( dernier chevalier » et de Jeanneton de Vandes, la nièce de Dupleix, 
la belle des belles. Il faut se résigner, d'autant que Paul Féval nous 
promène très-pittoresquement dans les coins et recoins du dix-huitième 
siècle ! Voici le maréchal de Richelieu dont M. de Voltaire disait : 
« C'est de la quintessence de Français, » et que Beaumarchais appe- 
lait : «une fleur de décrépitude. » Le vieux galantin mourut la veille 
de laRévolution qui l'aurait gêné dans ses habitudes. Voilà M. de 
Choiseul, déjà nommé, insatiable vampire, suçant le meilleur sang de 
la France, se servant de nos écus pour solder les appointements de sa 
famille, faire de petits cadeaux aux philosophes, payer les frais de 
la guerre contre les jésuites et entretenir le bain d'or où pataugeait 
la Pompadour. Ici, des savants de ruelles donnant à Dieu de méchants 
coups d'épingle; là des rimeurs de boudoir faisant des vers honteux 
ou de lamentables tragédies; plus loin, Paris s'amusant de la désas- 
treuse défaite de Rosbach; ailleurs, Dupleix, Labourdonnaye, Mont- 
calm, ces « anachronismes, » gênant tout le monde ou mourant de 
misère. Sur les trônes, pas un homme ; Louis XV n'était plus qu'un 
roi de cire, les rois d'Angleterre équivalaient à des employés bien 
rétribués, les rois d'Espagne ressemblaient à d'ambulantes momies. 
Marie-Thérèse était le seul, le vrai roi de l'époque, et ce roi portait 
des jupes. Quel siècle ! il fut si sensuel, si voluptueux, que l'héroïsme 
et la vertu y faisait tache. Remercions M. Paul Féval d'avoir 
énergiquement flétri certains parasites qui, dans ces derniers temps, 
n'ont eu que trop de panégyristes. 

— Avant de quitter, pour cette fois, l'auteur des Etapes d'une con- 



version, il nous reste à saluer, en passant, la Reine des rpces. Ce roman 
(propriété de l'éditeur) ne fait point partie de l'édition expurgée. Mais, 
quand viendra le jour du conseil de révision, Paul Féval n'aura qu'à 
remédier à quelques légères difformités et à estomper quelques touches 
trop criardes pour rendre la Reine des èpêes digne de la Fçe des 
grèves. L'histoire de la Reine des épécs ressemble un peu à celle de la 
« Fille du Régiment. » Chérie Steibel, unique enfant d'un étudiant de 
la noble Université de Tubingue tué en duel par le major Hausen, a 
été adoptée par les camarades de son père. On la dorlotte, on la sur- 
veille, on la nourrit, on la fait élever. Les étudiants qui s'en vont trans- 
mettent à ceux qui arrivent le gracieux héritage, si bien que Chérie 
Steibel, d'abord fille de l'Université, en devient ensuite la reine. Ce 
roman oflre un tableau coloré, animé, quoique fort idéalisé, des mœurs 
allemandes et des universités d'outre-Rhin à l'époque de la Restau- 
ration. Il contient de curieux détails sur la vie des étudiants, sur leurs 
associations, leurs statuts, leurs privilèges qui datent du moyen âge, 
leurs jeux, leurs fêtes particulières, leurs chants variés depuis le lieb 
du Papillon, de Lapsand, jusqu'au classique Gaudeamus juvenes dum 
siimus. Mais nous devons à la vérité de déclarer que le type de la 
vierge-étudiante, si original soit-il, est passablement invraisemblable. 
— Le roman historique est un genre très-délicat. Il s'agit de résoudre 
ce double problème : intéresser vivement sans mentir à l'histoire. Bien 
des romanciers se brisent contre l'écueil. principalement des roman- 
ciers catholiques. L'histoire, certes, est par eux scrupuleusement res- 
pectée, mais l'intérêt languit alors dans leurs oeuvres. Nous avons là 
sous les yeux les Causes sacrées de M'"^ Raoul de Navery ; la Première 
tache de sang, de M. Labutte ; VA/fiquet de la marquise, de M. A, de 
Barthélémy; .l/a/r«>, de M. du Boishamon ; le Secret, du château de 
Rocnoir. de M. Gondry du Jardinet; Pour la patrie, de M""^ Etienne 
Marcel : tous romans historiques, excellents comme enseignement, 
pleins de bonnes intentions, mais qui laissent un peu à désirer comme 
œuvres d'art et de littérature. Un mot toutefois sur chacun d'eux par 
acquit de conscience. Procédons chronologiquement. — Le sujet de la 
Première tache de sang est tiré des annales du Portugal. Il s'agit de la 
condamnation à mort et de l'exécution de l'infant don Fernand, accusé 
d'avoir voulu assassiner son frère le roi Jean, fils et successeur du 
vieux don Pedro IL Ce Fernand ne vaut pas cher et il a pour compa- 
gnons des bandits et des coupe-jarrets de la pire espèce ; mais ce n'en 
est pas moins une tête royale qui tombe, et cette exécution épouvante 
Jean de Bragance. A côté du drame une idylle chaste dont la vertueuse 
Maria Stella de Mendoça est l'héroïne. Voilà le livre. —Du Portugal 
transportons-nous en Angleterre avec M""= Raoul de Navery pour cice- 



— li — 

rone. La « cause sacrée » qu'elle met en scène est la cause même de 
Charles I", abandonné par le Parlement, trahi par ses soldats et exé- 
cuté par Cromwel. Près du Roi, les sympathiques épées de douze 
Irlandais fidèles, fils du vieux chef de tribu Fin-Barr, vaillants comme 
les douze pairs de Charlemagne et poétiques comme les héros d'Ossian. 
Il y a aussi Jennj O'Connor, la fille des grandes races, la dernière 
descendante des rois de la verte Erjn, qui fait dans le roman bonne 
figure. N'importe! l'action est trop décousue, trop éparpillée. Nous 
ne pouvons louer que les caractères : ils se soutiennent parfaitement. 
La mort du vaincu de Nottingham est bien présentée, grâce, il faut 
l'avouer, à VHisloirc d'Angleterre racontée à mes petits-enfants, par 
M. Guizot. Le portrait de Cromvv^el mérite aussi nos éloges : c'est bien 
lace presbytérien fataliste et sanguinaire qui écrivait un jour à sa 
femme : « Il fait sombre dans mon âme et je sens que je suis damné. » 
Mais la figure la mieux réussie du roman est celle de cette sympathique 
Henriette-Marie de France, énergique, passionnée, persévérante, dé- 
vouée, qui fut si grande dans le malheur et qui mérita d'avoir Bossuet 
pour panégyriste. — C'est le propre des révolutions d'enfanter les 
crimes inexpiables et de susciter les vertus surhumaines. Toyez la 
Révolution française : quel inépuisable sujet de contrastes ! Ici, dans 
VAffiquet de la marquise, Henri de Vareilhes, Madame de Kergoson et" 
sa fille, le fermier Nicolas, le droguiste Tourneux et l'excellent Sau- 
bert, ancien agent de police de M. Lenoir, la crème des honnêtes 
gens, sont constamment aux prises avec tout ce qu'il y a de plus crapu- 
leux dans la capitale, notamment avec un faux monnayeur, terroriste 
et ami de Fouquier-Tinville, qui a jeté son dévolu sur Jeanne de Ker- 
goson. — Là, dans Mariée, deux femmes vertueuses sont vilipendées, 
calomniées, persécutées par un tartufe du nom de Léonnais qui, sous 
ses dehors hypocrites, cache l'âme d'un Robespierre «t ne vise à rien 
moins qu'à épouser M"" de Bini et à s'emparer du château de la 
Bouyère. Ailleurs, dans Je Secret du château de Rocnoir, c'est un misé- 
rable intendant qui trahit ses maîtres, ameute contre eux toute la 
canaille jacobine, s'empare de leurs biens et jouit du fruit de ses 
rapines jusqu'au jour où les victimes, miraculeusement sauvées, re- 
viennent lui faire rendre ses comptes. A coup sûr, VAffiquet de la mar- 
quise^ Marcie et la Secret du château de Rocnoir inspirent pour la Révo- 
lution une horreur salutaire et, sous ce rapport, on ne saurait trop les 
propager; mais les sujets qu'ils traitent sont ressassés, rabâchés, 
rebattus, répétés sur tous les tons et dans toutes les gammes. Combien 
de choses neuves il y aurait pourtant à dire sur cette formidable 
époque ! Que si l'invention vous fait défaut, sachez au moins donner 
à vos pastiches tout l'intérêt que la situation comporte. —Il y a des 
drames historiques qui ne souffrent pas la médiocrité, par ce qu'ils ont 



— lo — 

pour eux la grandeur, la passion, l'idée, le mouvement, l'enthousiasme. 
Par exemple est-il rien de plus vivant et de plus mouvementé que la 
dernière insurrection polonaise? Un Kamienski ou un Mickiewitz en 
eussent tiré des chefs-d'œuvre. L'auteur de Pour la patrie n'A sa y voir 
que l'indécision rêveuse de Thaddée Osiersko, l'agitation inconsidérée 
de Witold Turno, la trahison de quelques gitanes, l'amour indéfini 
d'une vierge veuve qui se consacre au culte d'une tombe. Ce n'est point 
assez. Disons pourtant, à la décharge de M"^" Etienne Marcel qu'elle 
a décrit avec un relief saisissant les moeurs polonaises et qu'il s'en 
faudrait de peu pour que son Alexandra Netuboff, dont les passions 
ont parfois des éclats d'aurore boréale, ne devînt une véritable créa- 
tion. 

— Il ne se peut rien lire de plus émouvant, de plus empoignant, de 
plus exquis, que la Foi jurée de M™* Raoul de Navery. Il s'agit d'un 
Régulus chrétien. Nicalas Compian, de Marseille, capitaine du vais- 
seau le Centaure, est attaqué par des corsaires, capturé avec ses 
hommes et vendu comme esclave sur le marché de Tripoli. Son maître, 
rara avi^, est un musulman éclairé, tolérant, bienfaisant, point du tout 
fanatique. Compian s'attache à Osmanli, lui sauve la vie et celle de sa 
fille. Dès lors, il est considéré comme l'enfant de la maison ; la servi- 
tude lui est douce; l'existence n'a pour l'esclave que des charmes. 
Mais le pain de Tétranger a toujours des amertumes. Compian se res- 
souvient qu'il a laissé dans sa patrie une femme bien-aimée, des en- 
fants chéris. La nostalgie (ripx ulterioris amore, comme dit Virgile) 
le reprend. Il prie Osmanli de le laisser retourner à Marseille, non 
pour se soustraire à ses nouveaux devoirs, mais pour rétablir sa for- 
tune et gagner de quoi payer sa rançon. Compian demande six mois 
seulement. Si, au bout de ces six mois, le sort ne lui a pas été favo- 
rable, il reviendra, parole d'honnête homme et, ce qui vaut mieux, 
parole de chrétien. Osmanli consent au départ. Compian s'embarque 
pour Marseille. Il revoit sa femme, il revoit ses enfants et se remet 
ardemment au travail. Les six mois expirent : hélas ! le pauvre capi- 
taine n'a pas de chance; rien ne lui a réussi, il est plus pauvre que 
jamais. Le voilà donc reprenant la mer sur un vaisseau marchand. Le 
soir du dernier jour des six mois accordés par Osmanli, Compian 
reparaît devant son maître. Étonnement de celui-ci ; il ne peut croire 
à tant d'héroïsme, à tant de courage. Ses sympathies ne tardent 
guère, du reste, à se changer en admiration et en reconnaissance. Com- 
pian guérit d'une maladie mortelle la femme d'Osmanli, la belle et 
bonne Ayesha. Le musulman n'y tient plus ; il donne à Compian non- 
seulement la liberté, mais un superbe vaisseau, parfaitement équipé, 
qui dédommage amplement l'ancien navigateur de toutes ses pertes. 
Pendant son esclavage, Compian a fait connaître la loi chrétienne à 



Fatmé, la tille d'Osmanli. Un beau jour, il voit arriver à Marseille la 
houri d'Orient qui demande à recevoir le baptême et entre comme 
novice chez les Filles du Saint-Sauveur. Fatmé n'a pas voulu d'autre 
époux que le Sultan des Fleurs : c'est ainsi que Jésus-Christ est dé- 
signé dans une légende arabe, en mémoire des roses rouges teintes 
du sang de l'Agneau sur la montagne du Calvaire et qu'il a offertes (tou- 
jours d'après la légende) à Marie-Madeleine, le matin même de sa 
résurrection. De cette poétique donnée M"* Raoul de Navery a tiré 
le meilleur parti possible. — Ce qu'elle a fait pareillement de la 
légende des trente deniers de judas. On sait que Judas, après son 
crime, jeta dans le temple le prix de sa trahison. Avec les trente de- 
niers, les princes des prêtres achetèrent à un potier un champ qui 
servit de cimetière et qui fut appelé u Haceldama. » Le potier légua 
les trente deniers à sa famille ; puis, ces deniers maudits se dis- 
persèrent et devinrent la propriété de plusieurs maisons juives. La 
tradition veut que les deniers de Judas aient porté malheur à leurs 
possesseurs; tous seraient morts de mort violente ou auraient 
commis quelque action criminelle assez grave pour attirer sur leurs 
têtes un châtiment terrible. L'un des héritiers de Judas, au dix- 
neuvième siècle, est un Israélite nommé Ephraïm qui a l'idée fixe 
de faire rebâtir le temple de Jérusalem. Qu'arrive-t-il à Ephraïm? 
Nous le saurons probablement dans un autre volume, car l'histoire des 
Héritiers de Judas n'est pas terminée. A côté de la légende, M""' Raoul 
de Navery a placé tout un drame très-réaliste et très- moderne où se 
voient les choses les plus noires du monde : fourberies, captations de 
fortune, emprisonnements, meurtres, trames infernales pratiquées par 
un certain Jude Malœuvre qui triompherait, le coquin! sans son fils 
Cœlio, un ange cul-de-jatte, le brave chien Morse et le bon nègre 
Pampy. Par-ci par-là, quelques longueurs ; mais, en somme, roman 
d'un intérêt très-soutenu, bien écrit et d'une richesse d'imagination 
étonnante. 

— Cette richesse d'imagination sans laquelle le conteur ne peut 
distiller que l'ennui, nous la retrouvons dans la dernière production 
de M. Charles Buet, VHonneur du no)/!. La noble et puissante famille 
des Vigord de Hauteluce {vigor alque lux ab alto) n'a plus que deux 
représentants mâles. L'un, perdu de débauches et de dettes, aigri 
contre Dieu, contre les hommes, contre la société, se cache sous le 
pseudonyme d'Anthelme Rochey dans les ruines du château de Miolans; 
il a fait de ses ruines redoutées son antre et son repaire. Anthelme 
Rochey, ou plutôt l'aîné des Hauteluce, est affilié aux illuminés 
d'Allemagne, aux carbonaris d'Italie, aux communeros d'Espagne, aux 
withe-boys d'Irlande, aux néo-templiers, aux francs-maçons de tous 
les pays et de tous les rites. L'autre, le cadet des Hauteluce, resté 



digne de sa race, s'est fait prêtre et habite avec sa mère. Le mauvais 
frère, le mauvais fils cherche à enrôler dans ses complots révolu- 
tionnaires le jeune chevalier de Blanchelaine. C'est un jeune homme 
à l'esprit faible, au cœur généreux. Il va se laisser entraîner hors de 
la voie droite, quand l'intervention de l'abbé de Hauteluce l'arrête à 
temps sur la pente fatale. Furieux de voir sa proie lui échapper, 
Anthelme Rochey commet sur Blanchelaine une tentative d'assassinat. 
L'honneur des Hauteluce est compromis. Comment cet honneur 
sera-t-il sauvé? C'est ce que nous verrons, quand aura paru la 
seconde partie du roman, laquelle aura pour titre : Hauteluce et Blan- 
chelaine. M. Charles Buet aime à placer l'action de ses récits dans les 
régions alpestres : cela lui fournit la matière des plus superbes pay- 
sages. U Honneur du nom a pour cadre les cimes des Alpes, les ruines 
sombres de Miolans,le donjon démantelé de Chàtillon, à l'ombre duquel 
Lamartine écrivit le Lac, les monts dorés de Chantagne, la riante 
vallée de l'Isère et les buttes de Maltaverne. Les personnages qui 
participent à l'action àain^V Honneur du nom n'ont rien de banal, ni de 
vulgaire. Flore de Blanchelaine, avec son perroquet, sa levrette et ses 
deux matous, représente le passé immobile ; le docteur Munaton, le 
chevalier Emmanuel et la naïve Mélanie Guizard sont, avec leurs 
qualités et leurs défauts, des types tout à fait modernes. L'abbé de 
Hauteluce est une belle figure de prêtre fermement tracée où la 
fierté d'une grande race s'allie aux vertus d'un apôtre. Le maître 
d'école Périphrase, le baron Cjriaque, le sire de la Galue, le major 
Long, la vieille Domitille forment un groupe très-comique de désœu- 
vrés, de cancaniers, d'importants, de faiseurs d'embarras, comme 
il en pullulle dans les petites villes de province. Quant à l'aîné des 
Hauteluce, savant matérialiste, poëte panthéiste, philosophe libre- 
penseur, conspirateur ténébreux, sectaire utopiste, il est fâcheux 
qu'il ne se soutienne pas dans tous les détails sans quoi, esthéti- 
quement parlant, il forcerait l'admiration. On admire bien le Satan de 
Milton. 

— Le roman absolument chrétien est-il possible? Bien des esprits, 
par amour du paradoxe, ont soutenu que non, Louis Veuillot, inter- 
rogé un jour à cette occasion, répondit qu'il était parfaitement pos- 
sible de produire un chef-d'œuvre d'imagination qui, tout en off'rant 
un intérêt réel, serait irréprochable au point de vue de la morale et 
de la religion: « Le roman, dit-il, n'est nullement antipathique aux 
règles strictes de la morale et du bon sens, et l'on peut intéresser 
et émouvoir même un lecteur français, sans aborder l'étrange, sans 
outrer les sentiments, en un mot sans sortir de la vie commune ni 
de ses devoirs, et rien qu'en faisant tout marcher par les seuls 
battements du cœur le plus ingénu, » Pour prouver sa théorie, 
Janvieu 1878. T- >^XII, -'. 



- 18 — 

Louis Veuillot se mit à l'œuvre et, dans une semaine, composa ce 
délicieux livre qui a nom Corbin et d'Aubecourt. Cela est d'une simpli- 
cité élémentaire. La fière marquise d'Aubecourt veut faire épouser à 
sa nièce Stéphanie Corbin le frivole, le fat, le volage marquis de 
Sauveterre. Stéphanie n'entend pas de cette oreille ; elle préfère à 
tous les marquis du monde le bon, l'honnête, le savant Germain 
Darcet. Et elle manœuvre si bien (avec son ingénuité, sa naïveté, sa 
droiture) que l'intraitable tante est la première à mettre la main de sa 
nièce dans la main timide du modeste égjptologue qui a écrit la 
Vérité sur les Pharaons. Mais le roman de M. Louis Veuillot est trop 
connu pour nous attarder à en faire ici l'analyse. Disons seulement 
que la nouvelle édition est enrichie d'une très-intéressante préface 
consacrée à la mémoire du vicomte Théodore de Bussière, l'auteur 
des Fleurs dominicaines, de la Guerre des paysans, de l'Histoire de sainte 
Rose de Lima, de l'Empire mexicain et de plusieurs autres ouvrages 
d'érudition, de polémique et de littérature. 

— Le titre n'est pas tout dans un roman, certes non. Mais cependant 
un titre est quelque chose, et ne réussit pas qui veut à en trouver 
un bon. En voici un, les Ronces du chemin, qui, le sujet étant donné, 
a tout ce qu'il faut pour plaire aux âmes désillusionnées. Et ces âmes, 
par ces temps hybrides, sont nombreuses. Qui de nous, en effet, peu 
ou prou, n'a laissé de sa toison aux ronces de la vie moderne, si fié- 
vreuse, si agitée, si orageuse, si précaire, si nerveuse? L'héroïne de 
M"'= Claire de Chandeneux s'appelle Thérésine Saint-Brisson, mais 
elle s'appelle aussi Légion. Fille d'un artiste, elle a été adoptée par 
la baronne d'Aubray. Vous la croyez désormais à l'abri du malheur. 
Détrompez-vous, sa protectrice meurt, son père perd la voix, sa belle- 
mère veut battre monnaie avec elle par des moyens déshonnêtes; la 
haine, les perfides conseils, la misère, rien de douloureux n'est 
épargné à la pauvre Thérésine. Heureusement son éducation chrétienne 
l'aide à triompher de toutes les épreuves. Le thème ici n"a rien de 
neuf; mais M"^ Claire de Chandeneux a su le rajeunir par les détails, 
les caractères, les traits de mœurs. La mort chrétienne de Paola, la 
mère de Thérésine, est une belle page, et c'est un type très-réussi que 
celui d'Evariste Normand, le vieux maître de chapelle, dont la per- 
ruque d'un noir de corbeau contraste étrangement avec sa barbe 
blanche et longue comme celle d'un patriarche. M"* Claire de Chan- 
deneux réussit moins bien les tableaux de famille, les scènes de 
ménage, la description des mœurs bourgeoises. Est-ce parce qu'elle 
ne s'est appliquée jusqu'ici qu'à peindre les « ménages militaires? » 
— Semblable reproche, par exemple, ne saurait s'adresser à M"* Ma- 
rie Maréchal. Elle excelle à faire ressortir les ridicules d'une certaine 
bourgeoisie provinciale. Nous ne disons pas qu'il n'y ait dans ses 



— 19 — 

satires un peu de malice et d'exagération; mais enfin, comme disent 
les peintres, ça y est. Je défie l'iiomme ]e plus hypocondriaque de ne 
pas rire devant le couple Laperche, si prétentieux, si grotesque, si 
ignare, si prudhommesque avec cela posant pour la dignité, la 
gravité, l'intelligence. M. et M™^ Laperche ont d'ailleurs bien fait de 
naître, car, s'ils n'avaient pas existé, Is^y'iQ àe Sabine de /^iyas racontée 
par M"* Marie Maréchal n'aurait eu rien de bien captivant. C'est 
l'éternelle histoire de l'orpheline recueillie dans une opulente maison 
et qui, après diverses péripéties plus ou moins ordinaires, finit par 
épouser un fils de famille ! Il serait temps que les romanciers et prin- 
cipalement les romancières sortissent de ces ornières et de ces rabâ- 
chages sans toutefois tomber dans les défauts contraires des Zaccone, 
des Gaboriau, des Ponson du Terrail. Et c'est précisément ce que 
fait M""* Guerrier de Haupt, dans Jacques Bernard. Voleurs d'enfants, 
voleurs de grandes routes, assassins, captateurs d'héritages, il y a 
un peu trop de tout cela dans son dernier ouvrage, qui ne sera pas, 
comme un de ses devanciers, couronné par l'Académie française. 
Hâtons-nous d'ajouter que le dénoùment de Jacques Bernard est très- 
originalement amené, que les coupables sont punis, que Blanche 
Muller, l'enfant volé, redevient ce qu'elle est par droit de naissance, 
M"° Blanche d'Ortigny, et que, malgré ses invraisemblances, l'œuvre 
de M™* Guerrier de Haupt peut être lue par tout le monde. Il en est 
de même, du reste, de tous les romans que nous venons d'analyser. 
Dans le nombre, certains ont une valeur littéraire insignifiante ; 
mais, tous sont religieusement et moralement irréprochables; tous, 
sauf la Reine des épées, qui n'appartient pas à l'édition expurgée des 
romans de Paul Féval et qui est une œuvre de jeunesse; tous, sinon 
par leur intérêt, du moins par leur bon esprit, méritent de prendre 
place dans les bibliothèques paroissiales. 

— Les romans dont l'analyse va suivre, tels que les. 4 »ïOi<r5c?eP/i////J2je, 
le Nabab, Samuel Brolil, eic , appartiennent à une tout autre catégorie. 
lien est [bsluî Sous le grand hêtre, d'Auguste Snieders, Mailix Guillaume, 
de Charles Deslys, et Pauvres et mendiants, de la Landelle),il en est de 
dangereux et de malsains ; il en est d'autres qui, sans être mauvais, ne con- 
viennent, comme lecture, qu'aux âmes expérimentées, instruites des 
choses de la vie, aptes au discernement, capables de réflexion et de con- 
trôle. Mais, avant d'aborder la seconde partie de cette étude, mention- 
nons encore, pour mémoire, quelques productions qui rentrent, fond et 
forme, dans la catégorie des œuvres moralement irrépréhensibles, ce 
sont : Première et dernière dette, par M""" Gabrielle d'Arvor ; le Supplice 
d'une mère, par G. Gondry du Jardinet ; Non vclles et récits villageois, Mar- 
guerites en fleur, par Jean Lander; les Soirées du château de Kérilis,pa.r 
J. de Launay-Overney, et leaNeiges d'antan, par M'"" Julie Lavergne. 



Premicrc el dernière délie nous montre : d'un côté, un espiègle, Roger 
Dublanc, que son bon cœur ef. de bons exemples ramènent au devoir ; 
d'un autre côté, un garçon sournois, méchant, têtu, Jules Dervieux, 
qui finit par la honte et le suicide. Le Supplice d'une mère est un pas- 
tiche chrétien d'une comédie plus que mondaine d'Emile de Girardin, 
le Supplice d'une femme; la première entrevue de la mère repentante 
et de la fille innocente est fort bien racontée ; il y a aussi des descrip - 
tions qui ne sont pas sans charme; par contre, que de détails inutiles! 
On ne voit pas non plus la raison pourquoi l'auteur, sous le voile 
transparent de rédacteur en chef du Pèlerin, se met si souvent en 
scène. Est ce pour faire savoir urhi el orbi qu'il est allé àNaples étudier 
le miracle de saint Janvier. Très-respectable voyage, assurément! 
mais qui n'avait ici que faire. Revenons à nos moutons. Eloges très- 
sincères à Jean Lander ! Xouvelles el récils villaycois, Margueriles en 
fleur dégagent, comme le dit M. Ernest Hello dans la préface qu'il a 
écrite pour un de ces volumes, la poésie latente qui se trouve au fond 
des actes les plus humbles. C'est salubre, c'est fortifiant : les idées 
sont vraies, le style aussi. Rien de fade, rien de faux, rien de mièvre. 
Les vertus et les vices vivent et agissent dans un milieu réel. Comme 
Brydaine, Jean Lander aime à parler aux paysans, àparler d'eux et à 
décrire les choses qui leur tiennent à cœur. Ses « moissons » et ses 
« vendanges » sont des paysages ensoleillés que domine la croix 
rustique. Marinetle. le Mariage de ma lanle Nicole et les Amours de 
Fanchon nellc déhordeni de grâce naïve, de christianisme vrai, d'obser- 
vation réelle, d'idéal fécond. Il y a moins d'art, moins de profondeur 
et moins d'élévation dans les Soirées du chdleau de Kérilis, de 
M. de Launay-Overney.Mais les comédies, les proverbes et les contes, 
écrits à la bonne franquette, qui forment le fond de ces soirées ont bien 
leur mérite : tel le Coffret d'ébène, un coffret rempli de perles, soit 
dit sans calembour. A parler juste, cependant, les Neiges d'antan, de 
M"" Julie Lavergne, ont beaucoup plus d'intérêt et de variété que les 
Soirées du chdleau de Kérilis. Voici l'hiver, chers lecteurs, aimables 
lectrices, le noir hiver à barbe de neige, embusqué à tous les carre- 
fours, cinglant de son fouet de glace les passants qui grelottent ! 
Qu'il est doux, par ces jours brumeux, de se réfugier en rêve dans les 
temps qui ne sont plus. Le poëte l'a dit : 

iju'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires 

Des histoires du temps passé. 

Quand les branches d'arbre sont noires, 
•Juand la neige est épaisse et charge un sol glacé ; 
Ouand, seul, dans un ciel ptile, un peuplier s'élance : 
Quand sous le manteau blanc, qui vient de le cacher, 
I, 'immobile corbeau sur l'arbre se balance. 
Comme la girouette au bout d'un long clocher. 



— 21 - 

Eh bien ! allumez un bon feu, prenez les Ne lyrs d'autan, et lisez, 
page à page, Vllnpilal de Bruges, le Clocher d'Harfleiir, Une nuit pen- 
dant la Fronde, le Mendiant de la Reine, le Clair de la lune, le Masque 
d'or, je vous donne ma parole d'honneur que vous ne languirez pas 
une seconde. La féerie, la fantaisie, l'histoire, sous la baguette 
d'ivoire de l'imagination de M""^ Julie Lavergne, se marient ici très- 
agréablement. Echos des chants de Mozart et de Lullj; reflets des 
peintures d'Hemlinget de Lesueur; hommages rendus à Jeanne d'Arc 
dans la personne de Catherine d'Estouteville; tableaux des malheurs 
de Louise d'Orléans, reine d'Espagne et de Marie-Antoinette, reine 
de France; aventures de Fleur-de-Lin, la gentille fileuse; rêves 
innocents du savant Hormisdas, l'amoureux dont l'esprit plane au-delà 
des étoiles et jouit de cette mystérieuse harmonie des sphères dont 
un écho parvint à l'oreille de Pythagore, vous trouverez tout cela 
dans ces Neiges d'anlan, dont le titre seul est emprunté à Villon, mais 
dont les histoires, « compagnons de voyage au pays de l'idéal, » ne 
laissent dans l'esprit que des impressions riantes et salutaires, 

— Quittons la légende : le réalisme nous réclame. Piron, en son 

temps, s'est beaucoup moqué des Quarante de l'Académie française. 

Ils les appelait les « Invalides du bel esprit; » il disait d'eux : « Ils 

sont là quarante qui ont de l'esprit comme quatre; » la mort même 

ne désarma pas le satirique, et il voulut, dit-on, que l'on gravât sur sa 

tombe ce distique : 

Ci gît Piron qui ne fut rien, 
Pas même académicien. 

Je soupçonne um brin de dépit dans l'hostilité de Piron. Car, enfin, 
si l'Académie française ne donne ni le génie ni le talent, elle n'en a 
pas moins réuni sur ses fauteuils trois fois séculaires les gloires les 
plus incontestées de notre littérature. Aujourd'hui, par exemple, le 
titre d'académicien, quoi qu'en ait pensé Piron, est très-certaine- 
ment quelque chose : c'est, en tous cas, le véhicule du succès. Voyez 
M, Octave Feuillet. Les Amours de Philippe ne valent certes ni VIliade, 
ni la Divine Comédie, ni la Chanson de Roland, ni Manon Lescaut, ni 
Eugénie Grandet, ni VEnsorcelée,n\\e Marquis de Yillemer, et pourtant 
les voilà (ils ne sont que d'hier) à leur septième édition. Je ne crois 
pas que les Amours de Philippe, oeuvre d'un débutant, obtinssent un 
tel engouement. Car, enfin, il n'y a rien d'absolument extraordinaire 
dans le dernier livre d'Octave Feuillet. L'aftabulation est celle-ci : 
Philippe de Boisvilliers et sa cousine Jeanne de la Roche-Ermel sont 
destinés l'un à l'autre par leurs parents; mais cela ne fait pas l'affaire 
de Philippe à qui la vie de province ne plaît guère et qui trouve 
la petite Jeanne gauche, désagréable, anguleuse, sans goût, sans grâce, 
ayant de? cheveux en broussailles, des ongles eu demi-deuil, des 



— 22 — 

iamLes Irop longues, des bottines trop larges et de rencre aux doigts. 
Philippe va à Paris. Sous prétexte de faire son droit^ il fait son travers^ 
s'amourache d'une actrice en vogue, qui le quitte sans le moindre 
remords, écrit une tragédie : Frédégonde^ qui est sifflée scandaleuse- 
ment, s'engage en 1870 dans un régiment de zouaves, sauve un 
commandant de mobiles, le marquis de Talyas, s'éprend de la femme 
de celui-ci, revoit sa cousine Jeanne, laquelle n'est plus, tant s'en 
faut, la déplaisante et mal fagotée pensionnaire d'autrefois, se dégoiite 
de sa honteuse liaison avec la marquise de Talj^as, sauve de la mort 
Jeanne de la Roche-Ermel, noyée par la marquise, rompt enfin défini- 
tivement avec la syrène parisienne et épouse sa chère fiancée. C'est 
par là qu'il aurait dû commencer : il est vrai qu'alors adieu le roman ! 
Prenons-le tel qu'il est, et constatons un progrès moral dans la ma- 
nière de M. Octave Feuillet. Bien des pages sont encore sujettes à 
caution, mais nous sommes loin des théories de Monsieur de Camors 
et de Julia de Trécœur. L'action dans les Amours de Philippe est peu; 
l'exécution est presque tout; le fond est insignifiant, les broderies sont 
ravissantes. Les personnages ont grand air et, même dans leurs folies, 
gardent la distinction aristocratique. Le portrait de la marquise de 
Talyas est une eau-forte burinée à la moderne. Il y a, dans cette 
femme sans religion et sans principes, du chat et du tigre. Une fois 
possédée par les furies de la passion effrénée, elle ne recule devant 
rien, et cette courtisane titrée, cette Circé blasonnée fait involontaire- 
ment songer à la Marguerite de la Tour de Nesle. On a beaucoup 
reproché à M. Octave Feuillet cette seconde édition des « amours » 
de Philippe. Ses fugues avec l'actrice Mary Gérald se comprennent 
sans s'excuser. Mais sa liaison adultère avec la femme de l'homme 
dont il a sauvé la vie off"re quelque chose d'odieux et de répugnant. 
Ajoutons que la situation qui sert de cadre à ces relations coupables 
est des plus scabreuses, et les restrictions de style qui l'atténuent ne 
sont propres qu'à éveiller les pensées boiteuses et qu'à faire travailler 
les imaginations sans lest. Certes les tableaux ne sont point obscènes, 
mais la gaze dont, à dessein, l'auteur enveloppe certaines scènes, 
offre une amorce de plus. Sachons gré pourtant à M. Octave Feuillet 
d'avoir su éviter le goujatisme de la littérature démagogique et le 
fleuve de fange du réalisme bestial. Jeanne de la Roche-Ermel, 
quoiqu'un peu cousine à la mode de Bretagne de la Geneviève des 
Inutiles, de M. Edouard Cadol, est une charmante et poétique figure. 
Son Philippe lui-même, comme le Jean de Thommeray de Jules San- 
deau,a d'énergiques et fiers retours sur lui-même. Le père de Philippe 
et le père de Jeanne sont des gentilshommes de vieille roche, dignes, 
bienfaisants, bienveillants, aimés de tous, de vénérables autorités 
sociales (pour parler comme M. Le Play, l'éminent économiste). Le 



— 23 — 

comte de Boisvilliers dit à son fils : « Il est bon, en ce temps-ci plus 
que jamais, que des gens comme nous demeurent dans leur pays natal, 
ville ou campagne, et s'y fassent respecter. A part les services pra- 
tiques qu'ils peuvent rendre autour d'eux, il y a, dans leur présence 
seule, dans la supériorité de leurs connaissances, dans la dignité de 
de leur vie, dans les grands souvenirs que leur nom réveille, il y a 
un enseignement, il y a un exemple, il y a une autorité. Ils sont 
comme ces vieux clochers qu'on aperçoit çà et là dans les campagnes, 
qui font rêver le passant dans le chemin, le paysan sur sa charrue, et 
qui rappellent les foules, malgré elles, à de hauts sentiments, à de 
respectueuses pensées. » Et ailleurs : « Il y a du bien et du mal à dire 
de la vie de province. Nous n'en dirons que le bien. Le bien, c'est 
avant tout la maison de famille qui n'existe guère à Paris; c'est le 
vieux nid héréditaire que les générations successives réparent_, mais 
ne changent pas, où le parent principal, à défaut du père, se fait un 
devoir pieux de résider et où les envolés reviennent se retremper de 
temps à autre dans les sensations salubres de leur enfance. Quand on 
rentre fatigué de la vie et désenchanté des passions, dans ces chers 
asiles, avec quel sentiment de paix et de bien-être on y respire les 
odeurs d'autrefois, avec quelle douce mélancolie on écoute les bruits 
familiers de la maison, ces voix mystérieuses, ces murmures, ces 
plaintes, qu'ont entendus nos ancêtres et que nos fils entendront 
après nous 1 II vous semble, au milieu de ces traditions continuées, que 
votre propre existence se prolonge dans le passé et dans l'avenir avec 
une sorte d'éternité. » Aussi bien pensé que bien dit. Restons sur ces 
bonnes paroles. 

— Samuel Brohl, fils d'un misérable gargotier allemand, est un 
intrigant très-habile qui vise à épouser une riche héritière. L'existence 
de ce Brohl offre une chaîne ininterrompue de vilenies, d'escroqueries, 
de ruses et de stratagèmes. Alors qu'il était encore laveur de casse- 
roles dans la taverne de son père, il est acheté par la cynique prin- 
cesse Guloff, une de ces femmes russes comme les fait l'horrible 
nihilisme. Un bracelet de grand prix sert à payer le jeune Samuel 
qui, dégrossi, instruit, éduqué tant bien que mal, devient (pour ne 
pas dire autre chose) le secrétaire de ladite Guloff, Cependant ce joug 
lui pèse : il s'échappe, recueille en passant l'héritage de son père 
défunt et va se fixer à Bucharest. Là, il devient l'ami intime d'un 
proscrit polonais, grand patriote et savant des plus distingués, le 
comte Abel Larinski. Le comte ayant péri dans une insurrection polo- 
naise, Samuel Brohl lui vole son nom, ses titres, ses papiers, ses 
inventions, notamment la découverte d'un fusil à jet explosible. A 
dater de ce jour, Samuel Brohl n'existe plus : il s'est incarné dans 
la peau de Larinski, et l'incarnation est si bien réussie que le gredin 



_ 24 — 

fait illusion à tout le monde. II gagne l'affection de M"" Antoinette 
Moriaz qui déclare ne vouloir d'autre époux que le comte Abel La- 
rinski. Il dissipe même les préventions du vieux Moriaz, le père 
d'Antoinette, un chimiste de premier ordre; il se met dans les petits 
papiers de la gouvernante Moisseney; il est à tu et à toi avec le 
bon abbé Miollens. Deux personnes cependant ont des méfiances : 
la tante d'Antoinette, madame de Lorcy, et Camille Largis qui, lui 
aussi, aimait l'héritière et avait demandé sa main. Méfiances fon- 
dées et justifiées ! car l'arrivée à Paris de la Guloff fait évanouir 
comme un château de cartes le château en Espagne édifié dans l'ima- 
gination perverse du faux Larinski. Ce nouveau roman de M. Victor 
Cherbuliez fait honneur au talent et à l'imagination du conteur gene- 
vois. Cette fois, du reste, l'auteur a évité toute raillerie malséante 
contre le catholicisme. Il ne s'est pas attardé dans des scènes trop 
risquées. Il n'a pas aff'ecté de prêcher ni de professer. Son œuvre est 
pure de toute thèse. Les caractères qui se meuvent dans l'action ont 
du relief. Le vieux Moriaz, entiché de ses cornues et de ses alambics; 
la gouvernante Moissenay, qui se perd en bêtise et en points d'admira- 
tion ; le naïf abbé MioUens, qui vit comme Louis XVIII dans la perpé- 
tuelle fréquentation du poëte Horace; M'"*^ de Lorcy, un Desgenais 
femelle qui en sait peut-être un peu trop long pour son sexe; le 
timide, mais honnête et intelligent Camille sont des types inoubliables. 
Nous ne parlons pas de la princesse Guloff, qui ne croit à rien, qui 
étudie la physiologie, qui jacasse comme une pie borgne, qui glapit 
des crudités à faire rougir un dragon; elle est tellement effrontée 
qu'elle en devient invraisemblable. Le style de Samuel Brohl a mille 
facettes agréables. Nous lui reprocherons seulement d'être trop cher- 
ché, trop léché, avec une tendance au pédantisme. Lorsque le gram- 
mairien Saumaize sortait du salon des Précieuses, il éprouvait, dit-on, 
le besoin de parler patois avec sa cuisinière. C'est un peu cela. 
On a surnommé M. Victor Cherbuliez le « romancier des érudits et 
des gourmets. » Il est clair qu'il court après la petite bête. Voici 
quelques-uns de ses aphorismes : « Le riche qui travaille, c'est la 
pauvreté volontaire. ^) « L'arithmétique est la plus belle des sciences 
et la mère de la sûreté, rr « Les partis-pris sont les cachots de la 
volonté; elle n'en peut plus sortir. » « Dans les affaires de ce monde, 
il faut avoir pour soi sa conscience et son concierge. » En somme, 
quoiqu'il ne vaille pas le Comte Kostia, Samuel Brohl est une des meil- 
leures productions de M, Victor Cherbuliez. Décidémemt cet auteur a 
plus de succès comme romancier que comme écrivain politique. 
Rappelons que son dernier ouvrage, écrit pour démontrer la solidité 
de la République espagnole parut (ô ironie du sort !) le jour même de 
l'avènement d'Alphonse XII. C'est évidemment ne pas avoir de chance ! 



— Le Nabab! Qu'est-ce que le nabab? est-ce un prince indien qui 
arrive des bords du Gange avec une cargaison de diamants et de 
pierres précieuses? Non : celui-ci est le fils d'un pauvre cloutier du 
Bourg-Saint- Andéol. Il a été porte-balles à Marseille dans sa jeunesse; 
puis, un jour, il s'est embarqué pour Tunis et a gagné une fortune 
colossale au service du bej. Des millions à Tunis, à quoi cela peut-il 
servir? Bernard Jansoulet se le demande. Le voilà sur la route de 
Paris. Apeine installée, place Vendôme, Dieu sait combien de chacals 
s'abattent sur la riche proie qui leur arrive. Comprenant que l'argent 
n'est rien sans la notoriété, sans la considération, le nabab est mordu 
de la tarentule politique ; il veut être député. C'est ici que commen- 
cent SOS épreuves, ses revers, ses infortunes. Exploité par tous les 
vautours qui picorent son or de leur bec vorace, Jansoulet ne ren- 
contre partout que haines, trahisons, déceptions et déboires. Élu 
député de la Corse, son élection est cassée par la Chambre, à la suite 
d'ignobles calomnies dont le rapporteur de cette élection se fait l'écho. 
Le bejse saisit des comptoirs tunisiens du nabab, les œuvres fondées 
par celui-ci dégringolent, les huissiers se présentent à chaque heure 
du jour aux portes de son hôtel, ses amis l'abandonnent. Finalement, 
le pauvre Jansoulet meurt dans le foyer d'un petit théâtre qu'il avait 
subventionné de ses malheureux écus. Telle est la destinée du nabab. 
Autour de cette originale personnalité, M. Alphonse Daudet a groupé 
avec un art admirable, mais avec une exactitude de fantaisie et une 
invraisemblance parfois choquante^ tous les types, toutes les physio- 
nomies, toutes les notoriétés de bon et de mauvais aloi qui composaient 
le centre social parisien des dernières ann ées du second Empire. Voici 
le duc de Mora, le vrai héros du livre ; Monpavon, Bois-Landry, 
gentilshommes ruinés, corrompus, sceptiques, mais toujours irrépro- 
chables sur le point d'honneur; le petit Paganetti directeur de nous 
ne savons quelle Caisse territoriale ;\ehdiron Hémerlingue, le financier- 
pieuvre; Cardaillac, l'imprésario cynique ; Schwalbach, le brocanteur ; 
Jenkins, le médecin-inventeur des perles arsenicales; le Merquier, 
l'avocat tartufe ; Moessard, le scribe des journaux à scandales. Toutes 
ces sangsues parisiennes (sauf le duc de Mora) évoluent autour du 
nabab pour pomper ses trésors. Il n'y a pa?, dans cette œuvre, d'ac- 
tion proprement dite. C'est une série de tableaux qui sont, comme 
description, d'un incontestable attrait : visite à l'hôpital des enfants 
en nourrice, visite à l'Exposition, fêtes à Saint-Romain de Bellaigue 
en l'honneur du bey de Tunis ; tournées électorales en Corse ; bal chez 
le docteur Jenkins; mort du duc de Mora, ses funérailles; séance de 
l'invalidation de Jansoulet à la Chambre des députés ; pique -nique des 
domestiques du grand monde dans les combles de l'hôtel de la place 
Vendôme : première représentation de lin^nlte. tout autant de scènes 



— 26 — 

animées, vivantes, intéressantes. Lara^rt du dnc de Mora est une page 
de toute beauté : elle renferme des détails d'un sinistre, et pourquoi ne 
pas le dire ? d'un comique qui fait froid dans le dos . La consultation 
suprême vient d'avoir lieurcfEli bien, Messieurs, que dit la faculté? de- 
mande le malade. >■> Et naturellement, on lui ment, on veut le tromper, 
car il est condamné à jamais, ce viveur infatigable. Mais quand Mon- 
pavon, son ami — quelque chose comme le Montrond de Tallejrand — 
entre dans la chambre, il l'appelle : « — Oh! tu sais, lui dit-il, pas de 
(( grimaces, de toi à moi, la vérité... Qu'est-ce qu'on a conclu? Je suis 
(( bien bas, n'est-ce pas? » Devant cette interrogation à brûle-pour- 
point, Monpavon espace sa réponse d'un silence significatif; puis, 
brutalement, cyniquement, de peur de s'attendrir aux paroles, il lance 
ce mot digne d'un Assommoir d'un certain grand monde : c F... ! mon 
pauvre Auguste ! » Le duc reçut cela en plein visage sans sourciller : 
« Ah ! » dit-il simplement. Il effila sa moustache d'un mouvement ma- 
chinal ; mais ses traits demeurèrent immobiles. Et immédiatement, 
son parti fut pris, il se prépara à mourir convenablement, décemment, 
en homme comme il faut. Tout cela est peint de main d'ouvrier, et 
c'est un morceau de maître. Un morceau de maître aussi, c'est la 
séance de l'invalidation. Le nabab est accusé de mille infamies qu'il 
n'a pas commises, car les méfaits que ses adversaires lui attribuent 
sont imputables à son frère aîné. D'un mot, il pourrait écraser la 
calomnie. Mais en se retournant du côté des tribunes, il aperçoit sa 
vieille mère, sa brave «marna, » comme il l'appelle dans son patois 
méridional. Elle ignore le déshonneur de la famille. Si Jansoulet 
parle, cette femme toute de vertu et de probité peut en mourir. Alors, 
ce nabab, ce « monstre » à qui tout le monde jette la pierre, pour 
ne pas briser le cœur de sa mère, sacrifie tout son avenir d'homme 
politique.il se tait sachant que le silence c'est l'invalidation, et se 
contente de terminer son discours par cette éloquente péroraison 
contre les inconvénients de la richesse : « Oui, Messieurs, dit Jan- 
soulet, j'ai connu la misère, je me suis pris corps à corps avec elle, 
et c'est une atroce lutte, je vous prie. Mais lutter contre la richesse, 
défendre son bonheur, son honneur, son repos mal abrités derrière 
des piles d'écus qui s'écroulent, c'est quelque chose de plus hideux, 
de plus écœurant encore. Jamais, aux plus sombres jours de ma dé- 
tresse, je n'ai eu les peines, les angoisses, les insomnies dont la 
fortune m'accable, cette horrible fortune que je hais et quim'étouflTe.» 
Paroles vraies, d'une vérité cruelle ! Il est très-sympathique au fond, 
ce nabab. Il a pu gagner de l'or à la manière orientale ; mais c'est un 
homme primitif, bon, pleurant comme un enfant en recevant des nou- 
velles de sa mère. Supplicié de son opulence même, il est livré sans 
défense avec la bonté de son cœur expansif à toutes les sangsues pari- 



siennes Le livre renferme aussi d'autres tjpes véritablement purs : le 
père Joyeuse, l'honnête comptable, avec ses quatre filles dont l'aînée, 
celle qu'on appelle « Bonne Maman, » remplace si bien la vraie maman 
défunte ; André Maranne, le photographe-poëte ; la douce fée Crem- 
nitz, une ancienne danseuse, qui se dépouille pour sa fantasque 
pupille, Félicia Ru^-s; Paul de Gérj, le secrétaire de Jansoulet, si 
dévoué, si raisonnable; la mère du nabab enfin, cette vieille paysanne 
du Bas-Vivarais, qui aime tant son Bernard, qui ne s'est pas laissée 
éblouir par ses millions, qui a conservé son bonnet de tulle et son 
fichu d'indienne et qui n'a pas voulu habiter le château de Saint- 
Romain de Bellaigue, trouvant cela trop beau pour elle et se conten- 
tant d'habiter la ferme avec les domestiques. Que voilà de loyales, 
franches et aimables natures ! Et comme leur vue vous repose de toute 
cette meute de parasites, d'aigrefins, de filous acharnés contre Jan- 
soulet, qui ne sait plus à quel saint se vouer sur le radeau flottant de 
cette Méduse inassouvie et toujours famélique ! Évidemment. M. Al- 
phonse Daudet, marchant sur les traces de M. Emile Zola, a voulu, 
lui aussi, essayer du roman politique et peindre les mœurs de la société 
française sous le second Empire. Cela n'est pas défendu ; mais, à la 
condition de ne point forcer la note et de rester dans l'appréciation 
exacte. Certes, il y avait alors, en trop grand nombre, des agioteurs, 
des spéculateurs, des charlatans, des empiriques de la haute bohème, 
des « manieurs d'argent, » pour parler comme M. Oscar de Vallée; il 
y avait des docteurs Jenkins et des barons Hémerlingue; il y avait 
des valets dépravés qui calomniaient leurs maîtres en sifflant leur 
Champagne. Et aujourd'hui donc? Mais il n'y avait pas que cela. 
L'époque ne fut pas précisément vide de personnalités inattaquables, 
éclatantes et sympathiques. Alors, sans doute, les mœurs électorales 
laissaient beaucoup à désirer. Mais qu'étaient-elles, comparées aux 
mœurs électorales que viennent de nous montrer les dernières satur- 
nales du suffrage universel? Un reproche plus grave que nous avons à 
adresser à M. Alphonse Daudet, c'est d'avoir présenté sous un jour 
odieux certains hommes et certaines choses du catholicisme. En fai- 
sant de le Merquier, député de Lyon (de Lyon qui en est à Bonnet- 
Duverdier), un clérical hypocrite comme le Tartuffe de Molière, véné- 
neux et mieilleux comme le Rodin d'Eugène Sue; en méconnaissant 
les grands services rendus par la Société de Saint-Vincent de Paul ; 
en présentant sous les traits de petits monstres gourmés et ridicules 
les élèves des pensionnats ecclésiastiques; en donnant un caractère 
religieux à un établissement aussi barbare que celui de l'Œuvre de 
Bethléem qui, s'il existait, relèverait de la police correctionnelle, 
M. Alphonse Daudet a jeté au Minotaure de la libre-pensée les 
croyances de son enfance, lui, fils de Nîmes, appartenant à une fa- 



— 28 - 

mille de croyants ot de catholiques. Ah ! que nous préférons le Daudet 
sceptique, mais respectueux du Petit chose, des Lettres de mon moulin 
et de l'incomparable Tartarin de Tarascon. Pourtant n'exagérons rien. 
M. Alphonse Daudet n'a pas de fiel: ce n'est pas un sectaire, systéma- 
tiquement hostile à la foi de ses ancêtres. La preuve, c'est qu'il a fait 
de la bonne Cremnitz une petite vieille très-gaie et très-pieuse; c'est 
qu'il a buriné la mère du nabab dans tout le zèle et toute la naïve sin- 
cérité de son catholicisme primitif et rustique. Mais M. Alphonse 
Daudet a sacrifié aux dieux du jour; il a voulu plaire aux lecteurs du 
Temps où son Nabab a paru en feuilleton. Un mot encore. Le Nabab 
est un livre à clef. Ouvrons-en quelques portes. Le duc de Mora, 
inutile de le dire, est M. de Morny, que l'auteur ne rabaisse pas trop ; 
Monpavon représente deux types en un seul, dont M. de Montguyon 
avec ses façons de zézayer et de porter beau; le nabab, c'est Fran- 
çois Bravay, qui fut député du Gard et non de la Corse. Félicia Ruys, 
la belle statuaire, serait un composé de la duchesse Colonna (en 
sculpture Marcello) et de M""^ Sarah Bernhardt ; enfin, pour ne pas 
allonger ces révélations, M. la Perrière est tout simplement le comte 
de Laferrière, ancien chambellan de Napoléon III, parfait gentilhomme 
de nom et de manières, dont tout le monde n'eut qu'à se louer 
pendant qu'il était en fonctions, et que M. Alphonse Daudet, lui, 
un décoré de l'Empire, a eu le tort de caricaturiser au point d'en 
faire un vieillard gâteux et stupide. Le romancier n'est pas his- 
torien, sans doute; mais la fantaisie doit tout de même avoir des 
bornes. 

— On a dit : « Les deux Corneille. » On dira, probablement un jour, 
toute comparaison écartée : « Les deux Daudet. » En effet, nous avons 
Alphonse et Ernest. Incontestablement, Alphonse a plus de talent 
qu'Ernest; mais Ernest a plus de savoir, plus d'acquis, plus d'érudition 
qu'Alphonse. Ernest n'est pas seulement romancier ; il est aussi histo- 
rien et écrivain politique. Comme romancier, Ernest manque d'origi- 
nalité ; il s'efforce, à l'instar d'Alphonse, de peindre les mœurs mon- 
daines; mais il y réussit moins bien. Il faut cependant lui rendre cette 
justice qu'il ne recherche pas les applaudissements de la presse révolu- 
tionnaire et ne fait rien pour les mériter. Ce qui ne veut pas dire que 
ses romans doivent être donnés en étrennes aux élèves du Sacré- 
Cœur. Oh! Dieu, non ! les mœurs mondaines qu'il décrit ne sont rien 
moins qu'édifiantes. Son Daniel de Kerfons, qui raconte lui-même 
sa confession, la confession d'un enfant du siècle, n'a ni tué, ni volé, 
ni forfait à l'honneur. Mais quelles misères dans sa vie, quelles défail- 
lances, pour ne pas dire quelles hontes! D'une très-ancienne famille 
normande, ses ancêtres ont assisté aux croisades : un d'eux fut le 



compagnon de Bertrand du Guesclin ; un autre est mort à Austerlitz ; 
lui, passe sa vie ennuyée à courir de la blonde à la brune, épouse une 
brune qui est le contraire d'une femme de foyer, devient veuf et re- 
tourne à la blonde qui valait beaucoup mieux — quoiqu'ancienne dan- 
seuse. Le seul épisode louable de l'existence de Daniel de Kerfons, 
c'est son engagement comme volontaire en 1870. Seulement, nous 
trouvons que les romanciers commencent à abuser un peu de la guerre 
contre les Prussiens : Jean de Thommeray, Philippe de Boisvilliers, 
Daniel de Kerfons. Quand nous serons à dix, nous ferons une croix. 
— Donc, rien d'original dans les aventures de Daniel de Kerfons, Le 
roman de M. Ernest Daudet n'a de la valeur que par les portraits 
des a grandes dames ))dont il raconte les défauts mignons : la duchesse 
de Châteaufort, la baronne Amalti, la marquise de Chanzay, lady 
Hackwoods, la vicomtesse d'Athol^ Suzanne de Quesnay, une virago 
indéchiffrable qui nage, monte à cheval, parle cinq langues, dessine, fait 
des vers et joue de la harpe. Inutile de dire que toutes ces « grandes 
dames » ont un pied dans le demi-monde. Signalons aussi le portrait 
du duc de Gramont-Caderousse, qui fît tant parler de lui, il y a quel- 
ques années. Il est peint sous le nom de Jacques de Chanzay. On dirait 
un seigneur du temps des Valois, maigre, élancé, distingué, capable 
de toutes les folies et de tousleshéroïsmes,une volonté de fer dans un 
corps anémique, des yeux de fauve, inquiétants comme un problème 
insoluble, renfermant des passions ardentes et peu scrupuleuses sous 
les formes aristocratiques et froides d'une irréprochable mondanité. 
L'esquisse est tellement ressemblante qu'il n'y a pas moyen de s'y 
méprendre. 

— La Russie continue d'être à la mode. C'est grâce à cet engoue- 
ment qu'Obloino/]] une œuvre beaucoup trop vantée d'Ivan Gontcha- 
roff, a pu trouver chez nous un éditeur. Oblomofj' est fait pour ren- 
verser toutes nos idées sur le roman. On donne Oblo^iioff comme une 
des plus remarquables productions de la nouvelle école naturaliste. 
Tant pis pour la nouvelle école! Mais^si elle ne cherche pas àintéresser 
davantage elle n'aura pas longue vie. Quand Balzac et Henri Monnier 
(deux réalistes déterminés) écrivaient leurs études sociales, ils fai- 
saient une large part à l'imagination et à l'idéal. Ici, rien de pareil; 
lespersonnages sont calqués sur nature; ils viennent à la queue leu- 
leu visiter l'indolent, le nonchalant, le paresseux Oblomoff, qui ne 
peut jamais se déterminer à sauter du lit ou à quitter sa robe de 
chambre; ils débitent chacun leur petit boniment et ne reparaissent 
plus. Que le bon Dieu les accompagne ! car ils sont tristes comme la 
porte d'une prison. Il paraît cependant qu'en Russie, Oblomo/f est uni- 
ve réellement considéré comme un chef-d'œuvre. Le fait est que ce 
roman a vingt pages : Le songe d'Oblomo/f, qui sont de toute beauté et 



— :{0 — 

qui méritent de figurer dans tous les Morceaux choisis à l'usage de la 
jeunesse- Mais le reste! Le reste, à notre avis, ne vaut pas le diable. 
Ce far-niente continuel, ce nivarna boudhique, cet omphalo -psychisme 
qui revient à toutes les lignes, est d'une monotonie désespérante. Le 
domestique d'Oblomoff, Zakhare, malgré ses bizarreries, sa mauvaise 
humeur, ses grognements, ses cancans, ses larcins et son dévouement 
bourru de scapin sauvage, ne parvient pas à la détruire, cette mono- 
tonie, — pas plus que les entrées en tempête du tumultueux pique- 
nique TarantaïefF. La vraie cause du succès d'Oblomoff en Russie 
serait dans le symbolisme de l'œuvre. Une idée politique et sociale 
aurait été intercalée entre les lignes. GontcharofF, dit-on, a voulu 
symboliser l'état passif de la noblesse russe sous le règne du tsar 
Nicolas. Voblomovisme est devenu proverbe; il désigne là-bas l'indé- 
cision invincible et la paresse rêveuse. Au surplus, le nom du roman- 
cier n'est pas non plus étranger au succès moscovite de son oeuvre. 
Gontcharoff est très-peu connu en France ; mais son bagage littéraire 
est fort considérable. On en trouvera les détails dans Y Histoire de la 
littérature russe contemporaine, de Courrière. Oblomojf a été traduit 
en français par Piotre Artamoff et le regretté Charles Deulin. 

— Nous sommes encore en Russie, avec Henry G-réville (lisez : 
M""" Durand). Henry Gréville, retour de Russie, s'est mis à écrire en 
français des romans russes. Immédiatement des portes qui s'entr'ou- 
vrent à peine pour nos plus remarquables talents indigènes se sont 
devant elle ouvertes toutes grandes. La Revue de Deux Mondes, le 
XIX° Siècle, le Journal des Débats ont accueilli avec enthousiasme la 
nouvelle venue. On a vanté partout, trop vanté son originalité. 
La Revue de France (quel blasphème!) ne comparait-elle pas, tout 
récemment, M"^** Henry Gréville à Georges Sand? H en est résulté 
que cette plume taillée dans le pays des neiges a percé tout de suite 
« la neige épaisse et glacée de l'indifférence publique. » Et elle en a 
profité pour pondre, pondre sans cesse, pondre encore. Nous avons 
en ce moment une véritable avalanche de romans signés : Henry 
Gréville. Ecoutez-en la nomenclature : Dosia, VExpiation de Saveli, 
La princesse Oghero/f, A travers champs, les Koumiassine, So?iia, la. 
Maiso7i de Maurèze, Suzanne Normis. A\a,ntio\xi, il faut être juste. 
Deux de ces romans, Dosia et VExpiation de Savely, sont vraiment 
supérieurs. Dosia ressemble beaucoup au 3Iajor Franz, de M""' Boos- 
boom-Toussaint, et à la Renée Maupcrin, d'Edmond et Jules de 
Goncourt. C'est une jeune fille indisciplinée, indomptable, aux 
allures émancipées, volontaire, capricieuse, pareille à un diamant 
brut, dont l'amour se fait le lapidaire, dans la personne du sage 
officier Platon. UExpiation de Saveli est beaucoup plus dramatique. 
Saveli, un serf, a tué le barine Bagrianofl", une espèce de Barbe-Bleue 



— :m — 

qui lui avait ravi et déshonoré sa fiancée. Bien des années après, le 
fils du serf, aflranchi, s'éprend de la fille du boyard assassiné, et 
Saveli, auquel cette union inspire une horreur bien légitime, se trouve 
entraîné à faire le malheur de son fils en lui révélant pourquoi ce 
mariage est impossible. "L'Expiation de Saveli, sous une couleur à la 
fois sobre et originale, offre de saisissants tableaux des mœurs, des 
superstitions et des passions de la classe rurale en Russie, — de même 
que, dans Dosia, les Koumiassines et la Princesse Ogheroff', sont photo- 
graphiées les mœurs bizarres delà noblesse et de la riche bourgeoisie. 
Ce qui fait le charme de Dosia et de VExpiation de Saveli, c'est la 
constante limpidité du stjle, une pointe de gaîté qui amène le sourire 
et un parfum littérairement exotique, auxquels les gourmets intellec- 
tuels sont toujours sensibles. Mais le succès très-légitime de Dosia et 
de Saveli a grisé M™* Henry Gréville. Elle a, comme on dit vulgaire- 
ment, pressé jusqu'à l'écorce l'orange russe. 

Aimez-vous la muscade? On en a mis partout. 

Ah ! c'est ainsi ; eh bien, sortons du portefeuille la Princesse Ogherojf; 
racontons, chose déjà connue, les intrigues de l'institutrice envieuse 
et cupide ; mettons en scène des veuves inconsolées qui rendraient des 
points à Artémise ; décrivons de pied en cap des Minerves impeccables 
qui, par amour du martyre, épousent des infirmes et des poitrinaires; 
faisons, dans A travers champs, verser un pleur, sur le sort de deux 
jeunes gens dont un seul est libre et qui, sentant que la grande route 
de l'amitié où ils marchent ensemble va dévier du côté de l'amour, 
se séparent douloureusement sans retourner la tête; apitoyons, dans 
nos Koumiassine, les bonnes âmes sensibles sur les malheurs de la 
jeune Vasilissa, pauvre jeune fille noble, en butte à toutes les avanies 
et à toutes les rebuffades de l'orgueil aristocratique ; enfin, essayons, 
dans Sonia, d'intéresser les lecteurs bénévoles aux aventures d'une 
fille sauvage, mais pudibonde, qui s'éprend d'amour pour un archéo- 
logue de Moscou, dont elle cire les bottes et raccommode le linge. Et 
si tôt dit, si tôt fait. Par malheur, la fécondité a nui à la qualité. Dans 
les lettres, comme dans les arts, comme en toutes choses, c'est un tort 
très-grave de surmener son talent, de le prodiguer. Ceux-là seuls 
peuvent renouveler intellectuellement les douze travaux d'Hercule 
qui ont reçu du Ciel l'étincelle divine, le génie. La production trop 
rapide, à force de devenir banale, enraye le succès. Plt, c'est proba- 
blement ici le cas. Je doute fort, par exemple, que les deux dernières 
œuvres de M™* Henry Gréville, la .Maison de Maurèze et Suzanne 
Norinis (dont l'action, entre parenthèses, se passe en France) obtien- 
nent de la critique le même accueil que Dosia et l'Expiation de Saveli. 
Il faut dire aussi que M'"* Henry Gréville s'est faite, en ces derniers 



— -.y-i — 

temps, de singulières idées sur la morale. Qu'on en juge par cet échan- 
tillon : « La marquise de Maurèze, ayant failli, s'arrête à un moyen 
terme. Elle consacre sa vie, sauf les heures qui appartiennent à son 
amant, à préserver ses enfants des pièges où elle est tombée. Si sa 
conduite est coupable, au moins son enseignement sera irrépro- 
chable. » C'est déjà quelque chose. Mais, quelle drôle de casuis- 
tique ! Le même manque de sens moral apparaît, çà et là, dans 
5»5a;iJie iVorm(5, où nous voyons un père d'une faiblesse déplorable, 
élever sa fille en dépit du bon sens, la marier aveuglément à un butor 
et s'arracher ensuite les cheveux de désespoir. Il y a, du moins, dans 
Suzatme Nonnis, quelques caractères fort avenants, notamment, la 
cousine Lisbeth, vieille fille sexagénaire qu'on a surnommée la « bête 
à bon Dieu, » parce que, dans sa naïveté sublime, elle est la providence 
de tout un village. Mais, dans la Maison de Maurèze, nous ne trouvons 
rien d'attrayant. Cette histoire d'adultère, traitée par l'auteur avec 
une certaine délicatesse, offre ce côté pénible que « les deux 
enfants de l'épouse coupable se trouvent mêlés à sa faute et réduits 
à mentir, à s'accuser eux-mêmes pour sauver leur mère. » En outre, 
l'intendant Robert est un type faux pour l'époque. Il se pend de 
désespoir en apprenant que l'honneur de la maison de Maurèze a été 
souillé. Si le type était réel, les cordiers du xviii^ siècle, comme on 
l'a dit plaisamment, auraient fait des fortunes invraisemblables. Dans 
ses romans russes, M""* Henry Gréville vivait à peu près en-dehors 
des idées religieuses. C'était une source de moins d'inspiration. Mais, 
esthétiquement, elle ne donnait prise à aucun reproche d'hostilité ou 
de haine. Dans ses romans français, elle montre un bout d'oreille qui 
sent le roussi. Ainsi, nous la voyons, dans Suzanne Nonnis y Sittrihuev 
à l'éducation des religieuses du Sacré-Cœur des conséquences qu'un 
cas exceptionnel ne saurait logiquement justifier. Elle plaisante sur 
l'acte de la première communion, et trouve le catéchisme « une chose 
par trop absurde. » Ce sont là des notes absolument discordantes et,., 
complètement inutiles. 

— Puisque nous voilà jusqu'au cou dans la littérature étrangère, 
n'en sortons pas sans dire un mot de quelques romans anglais, italiens 
et flamands, que les traducteurs viennent de livrer à la publicité. 
Nous avons Flora Bellasys, par G. A. Laurence ; Sans issue, par 
Elisabeth Stuart Phelps; le Baiser de la comtesse Savina, par A. Cac- 
cianiga; Sous le grand hêtre, par Auguste Snieders. Flora Bellasys est 
le complément de Guy Livingstone. Après la mort de Guy, Flora, 
épouse, sans l'aimer, sir Marmaduke Dorillon. Le vieux lord n'est 
qu'une sorte de chaperon pour la coquette et provocante Flora. La 
coquetterie de lady Dorillon occasionne le suicide du peintre Fleming 
et la paralysie de sir Marmaduke. Ce nouveau roman de Tauteur de 



— 3G — 

Gtdj LiviiKjslonc se perd dans les détails et les épisodes. On finit par 
ne plus s'y reconnaître. Il faut louer pourtant l'introduction, tableau 
très-fouillé, très-naturel, très-pittoresque du marché de Torrecaster 
dans le comté de Marshire. On dirait une de ces ducasses wallonnes 
ou de ces kermesses llamandes dont Téniers et Breughel le Drôle, 
nous ont si bien décritles cotés réjouissants, tumultueux et grotesques. 
Sans issue, de M'"'^ Elisabeth Stuart Phelps, rentre dans un tout 
autre ordre d'idées. C'est un terrible réquisitoire contre la philan- 
thropie anglaise et le caiH britannique. 11 s'agit d'une fille-mère qui, 
tant qu'elle a son enfant sur les bras, voit tous les yeux se baisser 
devant elle, toutes les mains se retirer, toutes les bourses se cacher, 
toutes les maisons se fermer. Nixy Trent, ainsi se nomme cette in- 
fortunée qui a failli sans presque en avoir conscience, serait devenue 
une fille perdue, n'était une bonne samaritaine, une vraie chrétienne, 
Marguerite Purcell, qui la recueille chez elle, l'instruit, la moralise et 
finalement en fait une honnête femme. Alexandre Dumas fils a traité 
une pareille thèse dans les Madeleines repenties et dans les Idées de 
Madame Aiibray, avec cette diff'érence, que l'écrivain français disserte 
moins que l'auteur anglais. M"^ Elisabeth Stuart Phelps abuse des 
citations de l'Ecriture. Un roman n'est pas un sermon, ni un prêche, 
puisque nous avons aftaire cette fois à une œuvre protestante, œuvre, 
du reste, bien conduite, profondément fouillée, quoique un peu 
nerveuse. Il est instructif de passer sans transition aucune de la litté- 
rature anglaise à la littérature italienne. On voit de suite les dissimi- 
litudes du Nord et du Midi. Ici, l'analyse des sentiments intimes, 
l'observation psychologique, les minuties du al home, les mélancolies 
du brouillard; là, les joies bruyantes des jours ensoleillés, les descrip- 
tions anthropomorphes, l'emphase des clioses extérieures, Sont-cedes 
défauts? Non : ce sont des expressions et des impressions inhérentes 
à la race et au tempérament. Onles retrouve, franches et peu déguisées, 
dans le Baiser de la comlcssc Savina. Ne vous creusez pas cependant 
l'imagination. Malgré ce titre guilleret, sauf une escapade indiquée à 
peine, le Baiser de la cumlesse Sacina n'a rien d'immoral. L'histoire de 
ce « baiser » est celle-ci : un pauvre orphelin, Daniel Carletti, habite 
à Milan, avec son oncle le chanoine, une maison qui fait face au 
somptueux hôtel des comtes de Brisnago. De sa petite fenêtre, Daniel 
aperçoit presque tous les jours, se promenant dans les jardins de 
l'hôtel, une fée si ravissante, que le pauvre garçon en perd le boire et 
le manger. Amour tout platonique d'ailleurs! La seule licence qu'il 
s'accorde, c'est d'envoyer à la fée unbaiser avecla main. Puis, il part 
pour la Valteline, où il exerce les fonctions de maître d'école, — tout 
en travaillant à une tragédie légendaire, dont il avait conçu le plan sur 
les bancs du collège. Peu à peu, la poésie et le rêve font place à la 
Janvier 1878. T. XXII, 3, 



— 34 — 

raison et au bon sens. Daniel Carletti épouse la iille d'un riche fermier, 
Agathe Bruni. Le bon chanoine meurt sur les entrefaites. Ils héritent 
et reviennent habiter Milan. Agathe et Daniel ont une fille char- 
mante. De son côté, la fée d'autrefois, la comtesse Savina s'est mariée 
avec le marquis de Montegaldo. Un fils est issu de cette union. Or 
qu'urrive-t-il? C'est qu'un beau matin, Daniel Carletti aperçoit le 
jaune Saverio Montegaldo envoyer de la main un baiser à sa chère 
Giuseppina, — Vous vojez d'ici la coïncidence! Mais, comme dit 
Shakespeare, tout est bien qui fiait bien, et l'amourette, cette fois, 
finit par un bon et honnête mariage. Le Baiser delà comtesse Savina a 
un autre mérite à nos yeux : il fait aimer la vie rurale, la vie agricole. 
Et, par ces temps d'absentéisme à outrance, il faut encourager toutes 
les tentatives de nature à inspirer aux masses rurales l'amour du sol 
natal et le respect du fojer paternel. C'est pour cela que nous recom- 
mandons, comme un excellent livre de propagande, Sous le grand 
hêtre, de M. Auguste Snieders. Il fut une époque, pas bien éloignée, 
où la découverte des placers aurifères de la Californie fit perdre la 
tête à bon nombre de paysans. Ils vendirent leurs champs et émigrèrent 
en Amérique, crojant y ramasser l'or à pleines mains. Ils n'y ramas- 
sèrent que la misère. Tel fut du moins le sort d'Hubert Bronke, dit 
Bert le Roux. Il quitta s(>n village où il avait tout à souhait, aban- 
donna son vieux père aveugle et s'embarqua pour la Californie avec sa 
femme Monique et sa fille Héva. Les déceptions, les maladies, les 
soufîrances, eurent bientôt raison de Bert le Roux et de Monique. 
Héva revint seule au village et y retrouva son fiancé Daniel, sonaïeul, 
ses amis du Grand-Hêtre et le bonhomme Evrard Krans, enragé mar- 
motteur de proverbes. Parmi les adages de Krans, prenons-en seu- 
lement deux qui sont toute la morale de cette histoire : Pierre qui 
roule n'amasse pas mousse ; — Qui a un chez soi est plus riche qu'un 
roi. 

— Si nous rentrions en France ! Il nous semble que nous avons un 
peu longuement voyagé hors de la « doulce » terre des Gaules, 
d'autant que M. Charles Canivet nous attire en pleine Normandie, 
dans le Cotentin. C'est là, entre Criquebec et Valognes, dans la ferme 
de la Boulottière, près du pont de Négreville, que son Jean Dagoury 
fait ses tristes fredaines. Ce Dagoury est une bête brute qui met à 
mal une jeune orpheline qu'on appelait indistinctement Jeanne, Jean- 
nette, Jeanneton, Jeannetonnette, et par abréviation Tonnette. Bour- 
relé de remords, le cœur ulcéré d'envie, l'âme desséchée par l'avarice, 
Dagoury se noie dans la Douve, et Tonnette épouse en secondes noces 
le brave et honnête meunier Mesnilgrand.Les paysans de M. Charles 
Canivet ne sont pas poétisés et floriannisés comme ceux de George 
Sand ; ils ne sont pas non plus caricaturisés et enlaidis comme ceux de 



— 3o — 

M.LéonCla.del.L'a.uteavdesScenesdupaysbas-nonnand a su éviter ces 
deux extrêmes. Il a été vigoureux sans violence, exact sans exagéra- 
tion, quoique certains de ses portraits soient un peu poussés au 
noir. En somme, au point de vue purement littéraire, oeuvre cons- 
ciencieuse et méritante. Nous en dirons autant, au même point de 
vue, de la Veuve, de M. Louis Ènault. Le sujet des deux romans n'a 
toutefois aucun rapport. Dans Jean Dngoiiry, M. Canivet ne met en 
scène, sauf un jeune étudiant, que des gens de la campagne : Dagoury, 
Mesnilgrand, le mendiant Tintin, l'abbé Dumatel. M. Louis Énault ne 
sort pas des salons aristocratiques. Mais, des deux côtés, il y a le 
même soin de la forme. Aa Veuve vaut surtout par la peinture élégante 
et distinguée de la vie de château et des moeurs du vrai grand monde. 
jyj^me d'Avray, la veuve, — une veuve charmante, — est une seconde 
Artémse. Sa douleur est profonde, éternelle, sans ostentation. Cela 
ne l'empêche pas de mener une existence conforme à son rang : il le 
faut bien, à cause de sa jeune belle-sœur Yalentine qui, elle, ne 
demande pas mieux que d'allumer les flambeaux de l'hymen. M. de 
Kermoine serait bien l'homme de la circonstance ; mais ne voilà-t-il 
pas que ce gentilhomme n'a des yeux que pour M""" d'Avray. Arté- 
mise se montre inflexible. Alors M. de Kermoine se ravise, et, ne 
voulant pas revenir bredouille de ses galanteries, il épouse Valentine. 
M""* d'Avray prend le voile chez les Dames Bénédictines. Tout cela 
est très-finement analysé, en-dehors de quelques longueurs et de 
quelques haltes trop longues dans les situations secondaires. On lira 
avec plaisir dans ce livre un portrait bien réussi de l'auteur de la 
Marche funèbre, Frédéric Chopin, la physionomie la plus originale 
peut-être de l'art musical contemporain, talent recherché et mys- 
tique, âme profonde, abîme couvert de fleurs^ rêveur sérieux voilant 
sa pensée grave sous une forme exquise. 

— Les Bibliothèques spéciales sont à l'ordre du jour. Il y a les 
Bibliothèques militaires, les Bibliothèques de la jeunesse, les Biblio- 
thèques de l'enfance, les Bibliothèques des chemins de fer. Yoici 
qu'un éditeur de Paris vient de fonder la Bibliothèque des bains de 
mer. Nous avons là sous les yeux quatre romans faisant partie de 
cette nouvelle Bibliothèque. Ce sont : Une femme à bord, Un amour 
de grande dame, le Mari de la vieille, et la Grande Falaise. Le pre- 
mier est insignifiant. La « femme à bord » est une nouvelle 
mariée, capricieuse, coquette, folâtre, que son mari, par condescen- 
dance, emmène avec lui sur le Triton, vaisseau dont il est le comman- 
dant, ce qui ne lui porte pas bonheur; car, par ses agaceries, ses 
minauderies, ses imprudences, madame trouble la tête à tout le 
monde, provoque un suicide et fait mourir l'homme dont elle porte le 
nom de douleur et de désespoir. Dans un « Amour de grande dame, » 



— :j(i — 

œuvre mieux réussie, il y a quelque chose d'identique. La comtesse 
Isabelle inspire de l'amour à un honnête homme. Elle est veuve, elle est 
libre, elle aime au fond celui qui lui a sauvé la vie aux eaux de Plom- 
bières ; mais elle n'en brise pas moins la vie et le cœur de Derfaut, 
— tout simplement parce qu'il est roturier et que l'orgueilleuse Isa- 
belle tient moins à son bonheur qu'à sa couronne do comtesse. Quant 
au Mari de la vieille, c'est une production plus que légère. Elle roule 
sur un quiproquo dont le chaste dénoùment pallie un pou les passages 
scabreux. Néanmoins, nous ne conseillons pas à la mère d'en permettre 
la lecture à sa fille, si excellentes soient les intentions d'une 
aimable vieille du faubourg Saint-Germain, et si légitimes soient les 
droits que sa gentille nièce peut avoir sur le libertin Gaston de 
Presmes. Eu résumé, des quatre romans parus dans la Bibliothèque 
des bains de mer, le seul qui ait vraiment de la valeur, nous l'avons 
réservé pour la bonne bouche. Il a pour titre : la Grande Falaise. 
Drame émouvant dont l'action absolument historique se passe pendant 
la Révolution, de 1785 à 1799. Robert Marnier, fils d'un homme taré, 
perdu de dettes, sauve un jour de la mort la fille du marquis de Tray- 
nières, Charlotte, qui s'était imprudemment aventurée sur la grande 
falaise de la Hague. Un ruban est tout ce qui reste à Robert de ce 
sauvetage. La Révolution éclate. Robert s'engage et, après divers 
actes de bravoure, devient général. Le marquis de Traynières est 
proscrit. Charlotte, se ressouvenant de Robert, va lui demander de 
sauver son père. Le général Robert acquiesce à la demande de la 
jeune fille ; mais à quel prix ? Au prix de l'honneur de M^'^ Tray- 
nières. Il a voulu se venger d'une insulte jadis faite à sa pauvreté. Dés 
ce moment, le remords s'empare du général. Charlotte se présente à 
lui avec un vieux prêtre et dit à Robert Marnier : « Mon devoir est 
d'être votre femme. » Le mariage s'accomplit et Robert part pour l'E- 
gypte. Le souvenir de Charlotte et de son indigne attitude envers 
elle le poursuit partout. Il cherche la mort, la mort ne veut pas de 
lui. De retour en France, il ne cherche pas à voir sa femme, mais il 
s'applique, par une conduite exemplaire, à mériter son pardon. Il pro- 
fite de son influence pour rendre aux amis de Charlotte et à M. de 
Trayniéres lui-même des services qui ne s'oublient pas, si bien 
qu'un jour Charlotte ouvre ses bras à son mari, et, pardonnant le crime 
expié, s'écrie les yeux pleins de douces larmes : « Maintenant, je suis 
vraiment votre femme ! « Dans la Grande FalaiseM. Albert Sorelmet 
en présence des républicains et des royalistes. On voit de suite qu'il 
est girondin; mais nous devons lui rendre cette justice, qu'il ne 
représente pas ses adversaires politiques sous des couleurs ridicules 
et odieuses. Au contraire ! En outre, il ne se fait pas faute, à l'oc- 
casion, de flétrir comme ils le méritent les Carrier, les Fouquier-Tin- 



— 37 — 

ville et les Robespierre. Le fond du roman, avons-nous dit, est his- 
torique. Voici, en effet, ce qu'on lit dans la Bior/raphie générale : « A 
la Restauration, le général Robert se retira dans sa famille. Il est 
mort au château de Malesville (Manche). Il avait épousé M"^ Char- 
lotte de Trayniùres, fille du marquis de Traynières, député de Nor- 
mandie aux États généraux de 1789. » 

— Près du gouffre, de M. Saint-Patrice, ne fait pas partie de la 
Bibliothèque des bains de mer ; mais ce roman a toutes les « quali- 
tés » requises pour figurer dans la collection. L'intrigue serait bien 
déduite si l'auteur ne courait pas si visiblement après l'esprit. Il a 
aussi des théories passalilement risquées sur les moyens de vengeance 
que doivent employer les femmes jalouses. Pour avoir employé un de 
ces moyen?, l'héroïne du livro, M°"^ de la Rôle, s'approche tellement 
du gouffre que, si elle n'y tombe pas, c'est par des prodiges d'équi- 
libre à empêcher Blondin de dormir. Passons outre et arrivons à la 
Biitarde, de M. Xavier de Montépin. Ce roman débute par un viol, un 
duel suivi de mort et un adultère. Puis vient une substitution d'en- 
fants, des combinaisons à n'en plus finir et des péripéties à vous rendre 
fou. Au dénoiiment, il y a encore un crime, un assassinat; la fille légi- 
time meurt en pardonnant à ses ennemis, l'expiation, une expiation 
terrible, atteint les coupables; la morale est sauve. Mais si la 
morale est sauve au dénoûment, elle ne l'est pas toujours dans les 
situations. La Bâtarde appartient à ce genre de romans dont Ro- 
cambole off're le plus parfait spécimen. Au même genre et au 
genre Gaboriau simultanément, appartient le Numéro 13, de la rue 
Mariât, par René de Pont-Jest. Habituellement, dans de semblables 
œuvres, il s'agit d'un crime dont on soupçonne d'abord tout autre que 
le vrai coupable. Cette fois, les apparences existent, les recherches 
se poursuivent, les imbroglios naissent à chaque pas; et il se ren- 
contre finalement qu'il n'y a eu ni meurtre, ni suicide, bien que, dans 
un escalier, un cadavre ait été trouvé, atteint de deux graves 
blessures. Le prétendu assassin s'est enfui ; mais sa prétendue com- 
plice est devant les assises et va être condamnée à mort, quand arrive 
juste à point d'Amérique un détective ramenant l'inculpé. Celui-ci, 
péremptoirement, démontre que le cadavre trouvé dans l'escalier du 
numéro 13 de la rue Marlot est celui de M. de Rumigny, lequel s'é- 
tait tué lui-même par accident en tombant sur un couteau ouvert 
qu'il tenait à la main. tiuGoç or,Xo[, cette fable montre que la 
justice ne saurait s'entourer do trop de précautions en traduisant 
quelqu'un à sa barre. 

— Nous connaissions le roman judiciaire; mais le roman javanais 
avait complètement échappé à nos investigations. Aujourd'hui nous 
découvrons ce phénix; il a nom Kousouma et pour auteur M™" Maria 



— 38 — 

Bogor. ^oxsnnma, en javanai?, veut dire « fleur.» Cette Kousouraa est, 
en effet, bien nommée. C'est une fleur des tropiques, d'une beauté 
étrange, mais fort dangereuse. Séduite par un certain Hugo de Voss, 
la Javanaise se venge en faisant assassiner la fiancée de ce capitaine 
de vaisseau. Il y a, dans Kousouma des pages chaudes et passionnées, 
trop passionnées même. Néanmoins M"^ Bogor n'a pas su tirer de son 
sujet tout le parti qu'il comporte. Sous la plume de Méry, par 
exemple, Kousouma fût devenu un chef-d'œuvre. L'auteur de la 
Guerre du Nizam nous aurait donné de ces paysages splendides dont 
sa plume enchanteresse avait le secret; il eût passé en revue les 
mœurs pittoresques, les coutumes étranges, les féeriques panoramas 
dont Java offre le spectacle ; il nous eût décrit cette riche flore java- 
naise qui n'a pas d'analogue : les cocotiers aux panaches multiples; 
les flamboyants dont les fleurs écarlates éblouissent la vue ; les bana- 
niers aux feuilles vertes, de grandeur extraordinaire ; les arbres à 
coton, chargés de flocons blancs comme la neige ; les palmiers du 
voyageur, éventails gigantesques d'une forme et d'une élégance admi- 
rables ; les banyans immenses, dont un seul forme un bois tout entier 
où ne pénètrent jamais les rayons du soleil ; les vaniliers s'enlaçant 
autour des fontaines, tapissant les murs des vérandahs et mêlant 
leurs parfums pénétrants à la brise caressante dos montagnes. 
M""^ Bogor s'est contentée de nous parler, à la hâte, du nénuphar, de 
l'ylang-ylang, du pukul-ampat et d'une fleur des tombeaux que les 
esprits des morts protègent ; elle a préféré s'égarer dans les plates- 
bandes d'une fausse sentimentalité. Chacun son goût. 

— Le drame de Patrie, de Victorien Sardou, a très-certainement 
inspiré l'auteur de Dona Maria. Celle-ci comme Dolorès, hait d'une 
haine indomptable Guillaume le Taciturne. Elle se croit une nouvelle 
Judith destinée par Dieu même à tuer « le nouvel Holopherne. » La 
chose étant un peu difficile, Dona Maria d'Alastro arme le bras de 
divers personnages qui, tous, sauf le dernier, Baltliazar Gérard, 
échouent dans leur criminelle entreprise et périssent sur l'échafaud. 
Inutile de dire que les moyens employés par Dona Maria pour mettre 
le poignard aux mains de Juan de Terrannva, d'Alphonse de Guevara, 
de Hans Hamburger, de Nicolas de Salcède et de Gérard le Lorrain, 
sont les mômes que ceux dont se seraient servis les chefs de la Ligue 
pour déterminer Jacques Clément à tuer Henri III. M. Cambier, 
l'auteur de ce roman qui a des prétentions historiques, traite l'histoire 
par dessous jambe. Il prétend que la Judith belge — une Judith peu 
scrupuleuse, en tout cas — aurait été fanatisée par une amie de sainte 
Thérèse, supérieure du couvent de San-Miguel, par le dominicain 
Timraermann et par le prince-évêque de Cologne. Tout cela est de 
pure fantaisie, et l'on ne voit que trop à quoi tendent, malgré cer- 



— 30 — 

taines déclarations respectueuses, de semblables imputations. C'est de 
la chronique inexacte mise en mauvais roman. Nous pouvons en dire 
de même, et avec beaucoup plus de raisons encore, des Diables de 
Loudiin, par Jean de Poitiers. Les faits inexplicables observés à 
Loudun, le procès d'Urbain Grandier et son exécution capitale veulent 
être traités avec toute la gravité de l'histoire. Ces faits ont passionné 
toute une génération. Les possessions étaient-elles réelles? Le pour 
et le contre ont eu leurs partisans. Grandier était-il sorcier? La 
question est toujours controversée. Ce qui est admis par tout le monde, 
c'est que sa vie était scandaleuse. Assurément il n'y avait pas là motif 
suffisant pour fiiire brûler ce malheureux prêtre. Mais, en bonne 
justice, on ne peut admettre, comme s'évertue à le prouver l'auteur 
des Diahlrs de Loiidiin. que cette mort fut une vengeance de Richelieu. 
Richelieu, tout-puissant ministre, ne prenait pas des chemins si 
détournés. D'ailleurs, Richelieu n'avait point pour habitude de venger 
ses injures personnelles. Son bras ne s'appasantissait que sur les enne- 
mis de l'Etat. Ceux qui ont condamné Grandier croyaient réel'ement 
à la réalité des possessions, et, en toute bonne foi, lui ont fait appli- 
quer par Laubardemont les peines édictées contre les sorciers par un 
Code qui^ évidemment, n'est plus dans nos mœurs, mais dont la légi- 
timité était alors reconnue de tout le monde. Jean Bodin, lui-même, 
l'auteur éclairé et libéral, d'un traité sur la République, n'a-t-il pas, 
sous ce rapport, approuvé et partagé, dans sa Démonomanie, toutesles 
idées de son temps? Il est donc souverainement injuste de rendre le 
catholicisme responsable de la mort d'Urbain Grandier. C'est pourtant 
ce que fait Jean de Poitiers (un pseudonyme évidemment) dans ses 
Diables de Loudun. Comme roman, d'ailleurs, c'est piètre. L'auteur n'a 
d'original que la couverture fantastique et lugubre de ses Diables. Les 
caractères d'impressic-n (têtes de clou sur du papier à chandelle) et la 
justification typographique du volume indiquent suffisamment que les 
THables de Loudun ont paru en feuilleton dans quelque succursale 
poitevine du Réveil et de la Lanterne : cela dit tout. Quant aux détails 
historiques, ils ont été copiés dans VHistoire des diables de Loudun, du 
calviniste Aubin. Le récit de lamortde Grandier est paiement et mala- 
droitement imité des premières pages du Cinq-Mars, d'Alfred deVigny. 
— Elisée, par Eugène Pelletan, quoique de forme romanesque, n'est 
pas précisément un roman. C'est un prétexte à pompeuses et poétiques 
déclamations contre l'ancien régime, la papauté, la noblesse et les 
jésuites. Elisée pourrait bien être M. Pelletan lui-même. Fils d'un 
paysan de la Saintonge, il est élevé dans un collège de Poitiers, en 
sort ni catholique ni protestant, arrive à Paris, fait son droit, voyage 
en Italie revient en France et se marie avec la fille d'un charpentier. 
Cela tiendrait bien en vingt lignes — et le livre a pourtant 450 pages. 



— 40 — 

Voici pourquoi : Elisée se demande : « Qu'est-ce que l'homme en 
général, et que suis-je en particulier? » Et il va chercher la réponse 
dans Hegel, Darwin et Buchner. Il n'avait, comme JoufTroy, qu'à 
ouvrir le catéchisme. Plus loin, il se pose cette question : c Que faut-il 
penser de la papauté? » Et, au lieu de consulter Thistoire derp]glise 
catholique qui est l'histoire même des papes, il s'en remet à la Question 
romaine d'Edmond About. Ailleurs, il dit de la théologie : « C'est une 
couturière qui habille Dieu à sa convenance. » Plus loin, il s'épuise 
en quolibets sur Marie Alacoque, fait assassiner le maréchal Brune 
par Tresta liions, et appelle Chateaubriand le « hâbleur de la mélan- 
colie. » Pour Elisée, la noblesse est une « élite de coquins, » et, 
voulant naturellement prouver son dire, il énumère les tristes exploits 
de ces louveteaux d'Auvergne que Louis XIV fut obligé de réduire — 
comme si tous les gentilshommes français avaient eu maille à partir 
avec les Grands -Jour s. De Louis XIV, Elisée ne voit que le mal. Il dit 
à ce roi dont les fautes sont réelles, mais dont les grands actes, chantés 
ou décrits par Voltaire, sont indéniables : « Sire_, ôtez votre manteau 
fleurdelysé, il pue l'abattoir. » Puis, triomphalement, Elisée s'écrie : 
« Je crache sur l'histoire. » Crachat ridicule qui retombe sur le nez 
du pamphlétaire ! Çàet là pourtant, le prophète blasphémateur émet 
quelques vérités. Celle-ci entre autres : « Un jour, la main tragique de 
93 passe sur la France, et, depuis ce moment, on la cherche et elle se 
cherche elle-même; elle tourne de la monarchie absolue à la monar- 
chie constitutionnelle; de la monarchie constitutionnelle, elle bondit 
dans la République; de la République elle plonge dans le despo- 
tisme; elle avance, elle recule, elle vacille sans cesse d'un règne à 
l'autre. » Elisée, parlant du pape Grégoire XVI, en fait un portrait 
qu'il a eu l'intention de rendre burlesque, mais qui n'amène qu'un 
aimable sourire. On lira avec intérêt quelques pages bien écrites sur 
le mouvement intellectuel de 1830, et le récit fort bien fait d'un tou- 
chant épisode de la vie du peintre Léopold Robert. C'est tout ce que 
nous pouvons louer de ce livre. Par exemple, dans le Dégrossi de 
M. Victor Le Febvre, qui s'intitule Laboureur, un laboureur en cham- 
bre, probablement, nous ne pouvons rien louer du tout. Sous des airs 
de fausse bonhommie, M, Le Febvre souffle la haine contre le clergé, 
contre les nobles, contre toutes les supériorités sociales, une haine 
aveugle, systéma-tique, acharnée, frénétique, inspirée d'Eugène Sue 
dont il se réclame et s'alimentant dans le Diclionnaire de Maurice 
Lachâtre, Sauf une dizaine de pages ayant trait à des notions agricoles 
et un chapitre où l'auteur démontre l'ignorance des rhabilleurs, le 
Dégrossi n'est qu'une invective, assaisonnée de calomnies grossières 
et de plaisanteries ordurières contre les choses les plus respectables, 
amalgamées à dessein avec les superstitions les plus ridicules. M. Le 






Febvre veut que les ouvriers s'instruisent, et il propose comme modèle 
son « dégrossi. » enfant trouvé qui finit par épouser une riche pay- 
sanne de la Touraine. Nous voulons, nous aussi, que les ouvriers 
s'instruisent ; mais c'est par des moyens différents de ceux que 
préconise M. Le Febvre. On a vu ce que les ouvriers beaux parleurs 
quilif ent Proudhon sans le comprendre ont été capables de faire pendant 
la Commune. Enfin, M. Le Febvre intitule son Dégrossi « roman rural. » 
Non! Le vrai roman rural, c'est celui que vient de publier M. Charles 
Deslys, c'est .Uallre Guillaume. M. Roselly de Lorgnes, après le 
succès de son Christ devant le siècle, fit paraître un autre ouvrage 
intitulé : le Livre des communes ou la Régénération de la France jmr 
le presbytère, la mairie et l'école. Il est à supposer que M. Charles 
Deslys s'est inspiré de ce livre dans son Philtre Guillaume. En 
effet, le prêtre, le maire et Tinstituteur qu'il met en scène semblent 
s'être donné le mot pour transformer et améliorer leur commune, et 
ils y parviennent, malgré les obstacles que suscitent à leur œuvre 
évangélique quelques méchants piliers de cabaret. Oui, le bon curé 
Denizet, le brave maire Martin FayoUe et le sympathifiue instituteur 
Guillaume sont vraiment les « trois amis du village. » C'est aussi un 
ami du village que Gordien du Hêtre, un des principaux personnages 
àe Pauvres et Mendiants. Il pense, avec raison, que l'ouvrier a du bon 
et qu'il faut savoir dégager la perle de sa gangue. L'essentiel est de 
bien s'y prendre pour que l'opération n'amène pas un résultat contraire. 
Gordien du Hêtre estime que l'homme de condition^ tout en conser- 
vant sa dignité, mais se départant de cette politesse glaciale qui 
repousse le pauvre monde, doit montrer à l'ouvrier une affection 
sincère, lui venir généreusement en aide et, sans discuter aucun de 
ses droits légitimes, l'éclairer sur ses devoirs. Tout autour de Gordien 
évoluent l'excellent docteur Delcambre, ?>Ianuel de Sardagne dont la 
frivolité n'est qu'apparente^ M'"' Flavienne, une sainte vieille fille, 
M""" Vaurant, Laure, Noélie, qui sais-je encore ? Le pauvre Colas, 
retour de Paris, où il a suffisamment mastiqué de la vache enragée — 
tous, braves gens, prêchant d'exemple et faisant du vrai socialisme. 
Pauvres et Mendiants a pour auteur M. G. de laLandelle, dontla thèse 
se réduit à cette formule : « Soulageons la pauvreté, extirpons le 
paupérisme. » M. de la Landelle s'était jusqu'ici distingué dans le 
roman maritime. 11 vient de prouver qu'il a plusieurs cordes à son arc. 
Cependant, on en revient toujours à ses premières amours. En même 
temps que Pauvres et Mendiants, paraissaient, en eftet, du même 
auteur, les Deux croisières. C'est la légende historique de la Cléopdtre 
et de Vl'ranie qui, en 1793, se mesurèrent avec tant de courage et de 
succès contre deux frégates de l'escadre anglaise. A cette chronique, 
célèbre dans les fastes maritimes de la France, M. G. de la Landelle 



_ 42 -^ 

a brodé une intéressante fable se rattachant aux plus dramatiques 
événements de la période terroriste de la Révolution, Pour égajer le 
récit, des types très-amusants, tels que la femme de l'héroïque Tartu, 
Boulinette Langue-d'Or, sardinière à Lorient, taillée en lougre avec 
des biceps d'hercule et une vertu de vestale ; le bonhomme Anastase, 
le patron de la Marsoiiine; Muscadot-que-rien-n'étonne, beau diseur, 
beau chanteur, insouciant enfant de la Saintonge. Tout à côté, comme 
contraste, les silhouettes sanglantes de Laignelot, de Lequinio et de 
rinfâme Ance, le Fouquier-Tinville des Charentes. Drame enfin où le 
plaisant se mêle au sévère, le comique au tragique ! 

— M. Jules Verne, l'inventeur du roman scientifique, est infati- 
gable. Après les Indes noires, voici Hector Servadac. Ce roman com- 
mence à ia fin du monde ou plutôt de notre monde. L'auteur suppose 
que la rencontre d'une comète fait éclater le globe terrestre comme 
une noisette. Un des fragments de la machine ronde s'en va à la 
dérive à travers les espaces, emportant avec elle quelques rares 
humains échappés par miracle au cataclysme. Parmi eux se trouvent 
des Français, des Anglais et des Russes. Le récit de leurs mésaven- 
tures est des plus gais, lorsque le chef avéré, le capitaine reconnu 
de la tribu voyageuse rencontre son vieux professeur de physique à 
Charlemagne. Dès lors, les conversations, sans cesser d'être atti^ayantes, 
deviennent sérieuses. On s'entretient des phénomènes atmosphériques, 
de l'astronomie, de la cosmographie, des monstres célestes, desmé- 
téores, de Jupiter et de Vénus, de Mercure et de la Lune — le tout 
de temps à autre interrompu par les réflexions cocasses de l'ordon- 
nance Beni-Zouf. Et le fragment file toujours ! Où iront-ils donc 
échouer, bon Dieu ? C'est ce que nous ignorons encore. 

— A quel genre pourrions-nous bien rattacher ÏAinc de Beelhoven, 
de Pierre Cœur? Au genre psychologique, s'il existait. Un jeune 
paysan des Vosges ressemble trait pour trait au grand Beethoven, et 
a, comme Beethoven, un vrai génie musical. Après quelques études 
chez le curé de son village, le paysan débarque à Paris, étonne tout 
le monde, devient la coqueluche des artistes, se voit trahi par ceux 
qui lui manifestaient le plus d'enthousiasme, assiste à une séance de 
spiritisme où un Mozart de contrebande achève de troubler sa pauvre 
cervelle, se croit très-sérieusement Beethoven et achève ses jours 
dans une maison d'aliénés aux environs de Dôle. Ce roman, d'un tour 
un peu hoff'mannesque, sert de cadre à une thèse fort bien déduite sur 
le traitement des maladies mentales par la musique. A VAme de 
Beelhoven se rattache une petite nouvelle, dont la pensée ne se dégage 
pas très-nettement. Un gamin de seize ans s'enferme dans la Biblio- 
thèque de son oncle et s'empiffre de Rousseau, de Diderot et de 
Voltaire, au point de s'en donner une indigestion. La morale de cette 



— 43 — 

bliiette est probablement contenue dans ces paroles de l'oncle du 
gamin : « A tous les fatras philosophiques, sociaux et humanitaires, 
je préfère la Fée aux miettes du bon Nodier. » Et nous aussi. — Pierre 
Cœur est un pseudonyme : l'auteur de T.-lme de Beethoven se nomme 
de son vrai nom Anne-Caroline-Joséphine de Voisins d'Ambre, née 
Husson. Les femmes de lettres ont un faible pour les pseudonymes. 
Puisque nous y sommes, dévoilons-en quelques-uns. La comtesse 
d'Agout, née de Flavigny, signait : Daniel Stern; Aurore Dudevant, 
née Dupin, signait: George Sand; l'auteur des Enchantements de 
'prudence^ M"' de Saman, s'appelle Hortense Allart ; Andrée Léo est 
M™" Champceix; Jean Lander est M""^ Hello; Claire de Chandeneux a 
nom EmmaBailly; Henry Gréville, comme nous l'avons dit, cache le 
nom peu poétique de M™^ Durand. L'auteur de Vcrlu et du Blcuclr\''est 
autre que M"" Gustave FouM. On pourrait aisément augmenter cette 
nomenclature. 

— Nous voici revenus aux Contes et Nouvelles. Le premier conteur 
qui nous tombe sous la main est M. le baron de Fauconnet. Conteur 
médiocre. Il nous est avis que M. de Fauconnet doit savoir mieux se 
servir d'un fusil de chasse que de sa plume, si nous en jugeons du 
moins par les deux recueils qu'il se donne l'aristocratique plaisir de 
livrer à la publicité. Dans Une rivale de Marguerite et Vn mélange 
diabolique (c'est le titre des deux recueils en question), nous ne voyons 
qui vaille la peine d'être cité que le Sabre enchanté (histoire fort drôle 
et assez drôlement racontée) et Une cause célèbre^ dans laquelle un méde- 
cin de Paris se fait assassin pour étudier in anima vili la circulation 
du sang. Les autres nouvelles de M. de Fauconnet, sauf le récit des 
amours d'Henri IV, sont de simples faits divers. Il est même tels de 
ces contes qui n'ont pas dft coviter à M. de Fauconnet un bien grand 
travail. Ainsi, la Duchesse d'Auribeau n'est autre chose que l'histoire 
bien connue de la belle marquise de Ganges, assassinée par ses deux 
beaux-frères, l'abbé et le chevalier de Ganges. On n'a, pour se con- 
vaincre de la chose, qu'à lire les Histoires tragiques de notre temps, de 
François de Rosset (Lyon, Benoist Vignieu, 1721, in-8). Il est vrai que 
ce bouquin, fort rare, n'est guère feuilleté que par les bibliophiles. 

— Les Contes tristes de M. Louis Haumont se bornent à deux récits 
d'une esrtaine longueur. Le premier est l'histoire sempiternelle de 
l'orpheline séduite sous promesse de mariage par un libertin et qui se 
noie quand son infidèle lui préfère une sous-préfecture. Il n'y a d'ori- 
ginal, dans ce conte : Le dernier rendez-vous, qu'un type d'ouvrière 
parisienne fort réussi. Nous voulons parler d'une certaine Léontine, 
habile à l'ouvrage, dure à la fatigue, riant à propos de tout, pleurant 
à propos de rien, croyant à l'existence de Rocambole, prenant la mule 
du pape pour une ânesse et se vantant d'avoir été une '< salubrité » 



de rÉlj^éc-Monlmartre. Le second des Contes tristes, de M. Louis 
Haumont, est, de tous les points, supérieur au dernier Rendez-vous. 
Ce conte a pour titre : la Mort de M. de Pralong, et l'action se passe 
par là-bas du côté d'Embrun ou de Briançon. Histoire étrange, 
d'ailleurs, pleine de piquant et de saveur, racontant dans ses dé- 
tails la terrible légende des seigneurs de Pralong, qui, tous, 
meurent de mort violente en expiation d'un crime épouvantable 
commis par le chef de cette antique et puissante famille. Jacques de 
Pralong s'est battu comme un lion en 1870. Il a la foi d'un enfant, le 
courage d'un héros; c'est un individualiste très-accentué, un politique 
à la façon de Joseph de Maistre — avec cela, il est visionnaire, 
halluciné à ses heures, croyant à la fatalité, aux influences astrales, 
aux pressentiments, Jacques de Pralong n'échappe pas à sa destinée. 
Par malheur, M. Louis Haumont gâte tout le plaisir que son récit 
peut causer à un gourmet littéraire en voulant expliquer naturelle- 
ment une mort dont il s'est absolument efforcé de décrire les prélimi- 
naires comme surnaturels et mystérieux. A quoi bon l'intervention 
saugrenue des agents de la bande noire ? Cette intervention est une 
faute contre l'art que se seraient bien gardé de commettre Charles 
Nodier, Hoffmann et Edgard Foë_, de vrais maîtres dans le genre fan- 
tastique. Pour ne pas rester sur une critique, louons sans réserves les 
premières pages de la Mort de Jacques de Pralong. Cela forme un 
tableau des déboires et des tribulations d'un journaliste de province 
qu'Edouard Ourliac eût signé avec bonheur. 

— Encore Quatrelles ! Quatrelles est le pseudonyme de M. Ernest 
Lépine. ancien secrétaire de M. de Morny, aujourd'hui un des collabo- 
rateurs assidus de la Vie parisienne. Quatrelles vient de donner un 
pendant à r.4/r-f;i-c/i"/. Ce sont les Mille et une nuits matrimoniales. 
Ces Mille et une nuits n'ont rien de commun avec les fameux et mer- 
veilleux contes arabes. Elles se composent de cinq récits on ne peut 
plus modernes et réalistes, faits en chemin de fer par cinq voyageurs, 
une Dame à la robe gris-de-poussicre, une Dame au voile épais, une 
Dame au bas de soie bleu-de-chine, un vieux Monsieur et un jeune 
homme de Washington. Quatrelles, dans la préface du livre, dit : 
« Malgré ses dehors cavaliers, ce livre est un livre moral. H va droit 
au but. n traite certaines questions brûlantes qui ne regardent ni les 
demoiselles ni les petits jeunes gens. » L'auteur a voulu, ce sont du 
moins ses prétentions, réagir contre cette école abjecte et malsaine, 
qui, sous prétexte de combattre l'adultère, le discipline. « La femme 
mariée, dit-il, a deux missions; elle est épouse et elle est mère. On ne 
peut pas la détourner de l'une sans compromettre l'autre. » Enfin, 
Quatrelles déclare avoir écrit ces Mille et une nuits pour « opposer 
aux folies criminelles des époux malfaisants la tendresse sacrée des 



époux respectueux. » C'est parler d'or, mais dans une préface. 

Nous doutons fort que le but louable de l'auteur soit atteint par le 
livre lui-même, recueil d'anecdotes pimentées et visant à un réalisme 
de situation qui constraste avec les précautions de langage. 

— Pour la première fois, nous pouvons louer à peu près sans restric- 
tions M. Gustave Flaubert. Ses Trots contes (sauf, dans un Cœur simple, 
un couple d'énormités qui ne tirent pas cependant trop à conséquence) 
n'attaquent et n'offensent rien de ce que nous aimons et respectons. 
Voici les titres des Trois contes : Un cœur simple, Hérodias, l'Histoire de 
saint Julien l'Hospitalier: les temps modernes, l'antiquité hébraïque, 
le moyen âge catholique. Le « cœur simple, » c'est une pauvre ser- 
vante de Pont-Levèque qui est née pour se dévouer à quelqu'un, qui 
se dévoue à ses maîtres jusqu'à l'anéantissement, puis à des animaux 
domestiques, puis à un perroquet et qui meurt de ces dévouements. 
Hcrodias est une évocation grandiose de la Judée à l'époque la plus 
solennelle de l'humanité. Le monde ancien agonise; c'est l'heure du 
noDus ordo rerum prédit par le poète. La scène se passe dans la. cita- 
delle de Macheron, construite sur une montagne rocailleuse. Les 
acteurs sont le tétrarque Hérode Antipas; Jean-Baptiste le Précurseur 
ique Gustave Flaubert, nous ne savons trop pourquoi, appelle 
(( Joakanan »); l'altière et violente Hérodias ; Salomé, l'aimée impie 
des saints livres; des esséniens, des pharisiens, des sadducéens, des 
légionnaires de Rome, des esclaves nègres, des Arabes nomades, la 
population hybride de la Galilée. Le tout dominé par la divine figure 
de Celui qui va renouveler la face du monde. C'était le sujet d'un 
poème. M. Gustave Flaubert n'en a fait qu'un tableau, mais il est 
splendide avec des couleurs trop crues cependant. Delacroix, c'est 
très-beau; mais ce qui serait encore plus beau, ce serait Ingres et 
Delacroix équilibrés dans une juste mesure. En tous cas, Hêrodias, 
malgré ses qualités descriptives, ne vaut pas Y Histoire de saint Julien 
l'Hospitalier. A notre avis, c'est la perle du volume. Julien est le fils 
de nobles et puissants seigneurs. Enfant, un bon ermite lui prédit qu'il 
deviendra un grand saint, mais seulement après avoir versé beau- 
coup de sang. Le père de Julien veut faire de son iils un guerrier, et 
il lui apprend à manier les armes, à forcer le sanglier, à lancer la 
flèche meurtrière. Sa mère veut en faire un homme d'Eglise, et elle 
lui apprend à prier Dieu, à chanter des hymnes, à secourir les pauvres. 
De là, deux tendances dans l'âme de Julien. D'abord, l'éducation 
paternelle prévaut. Julien devient un chasseur féroce ; il massacre 
tout. Un cerf qui portait une croix sur le front, comme le cerf de 
saint Hubert, annonce à Julien qu'il tuerait un jour son père et sa 
mère. Julien s'enfuit pour échapper à la prédiction. Il devient roi d'un 
grand peuple et conquérant fameux. La prédiction s'accomplit quand 



— 4G — 

même. Julien tue, sans les roconnaitre, les auteurs de ses jours. Dès 
lors, il quitte tout, ses palais, ses richesses, son empire, et, s'en allant 
mendiant par les chemins, il arrive près d'un fleuve sans pont dont la 
traversée était fort dangereuse. Une idée subite inspire Julien. 11 
répare une vieille barque, se construit sur la rive une cahute, et, pen- 
dant des années et des années, s'impose l'obligation de passer les 
voyageurs. Une nuit, nuit d'horrible tempête, Julien s'entend appeler. 
Il démarre sa barque et aborde la rive opposée. Un lépreux est là, 
hideux, plein d'ulcères, la face rongée, un trou au milieu du nez. 
Julien ramène le lépreux dans sa cabane. Celui-ci dit : « J'ai faim, » 
et Julien lui donne son écuelle. Il dit : « J'ai soif, » et Julien lui 
donne sa cruche. Il dit encore : « Je suis las, » et Julien lui donne son 
lit. Le lépreux dit enfin : « J'ai froid, » et Julien se couche près de lui 
pour le réchauffer. Alors, le lépreux se transfigure, ses yeux prennent 
des clartés d'étoiles, le soufile de ses narines a la douceur des roses, 
le toit de la cabane s'envole et Julien monte vers les espaces bleus, 
face à face avec Notre-Seigneur Jésus- Christ qui l'emportait dans le 
ciel. — (( Et voilà, dit M. Gustave Flaubert, l'histoire de saint Julien 
l'Hospitalier, telle à peu près qu'on la trouve sur un vitrail d'église, 
dans mon pays. » N'est-ce pas que c'est ravissant? N'était la forme 
volontairement savante, on dirait une page détachée de le Légende 
dorée de Jacques de Voragiue. Souhaitons que M. Gustave Flaubert 
nous donne dorénavant beaucoup de récits de ce genre. Ce sera le 
moyen de se faire pardonner le réalisme peu moral de Madame Bovary 
et de V Éducation sentimentale. Firmin Boissin. 



THÉOLOGIE 

s. Clément of Itome. Ati appendix containing Ihe ne loly recovered por- 
tions. Wiilt introduction, notes, and translations, by J.-B. Lightfoot, D. D. 
Lady Margaret's, profcssor of Divinity, Cambridge, Canon of S. Paul's. 
London, Macmillan, 1877, in-8 de 250 p. 

M. Lightfoott un des savants qui connaissent le mieux les Pères 
apostoliques, a publié, en 1869, une excellente édition des lettres 
grecques de saint Clément de Rome. Cette édition est incomplète, 
puisqu'elle a paru sept ans avant que les lacunes du manuscrit de 
Cyrille Lucaris, d'où dépendaient jusqu'alors toutes les éditions, 
eussent été comblées par la découverte du manuscrit de Constan- 
tinople, publié en 1875, par le métropolite Bryennios. M. Lightfoot 
a voulu donner à ses lecteurs l'œuvre entière de saint Clément, et il 
l'a fait dans un appendice dont la pagination continue celle de sa pre- 
mière publicatien. Cet appendice renferme le texte grec des fragments 
nouvellement découverts, une traduction anglaise complète des deux 



lettres ou plutôt de la lettre de saint Clément aux Corinthiens et de- 
rhomélie qui porte son nom, des notes et enfin la collection des va- 
riantes qui existent entre le manuscrit de Cyrille Lucaris et celui de 
Bryennios et une traduction syriaque récemment découverte. C'est 
M. Lightfoot qui fait connaître le premier des variantes de la version 
syriaque. Les derniers éditeurs allemands de saint Clément, Hilgen- 
feld, Oscar do GebhardtetHarnack, neles ont pas connues. Le syriaque 
offre, dès le premier chapitre, une variante importante pour déter- 
miner la date de la composition de TEpître : il représente les souffrances 
dont parle saint Clément, non comme passées, mais comme présentes, 
et suppose en grec la leçon Yivo[x£va? au lieu de yîvojxÉva? qu'on lit dans les 
deux manuscrits d'Alexandrie et de Constantinople. Il s'ensuivrait donc 
que la lettre fut écrite pendant la durée de la persécution de Domitien, 
non après (voir p. 267). Le syriaque confirme aussi une variante 
importante du manuscrit de Constantinople au chapitre ii. On lit, dans 
le manuscrit d'Alexandrie : Kx^[Lxxlx. auTuj, c'est à-dire 0£ou. Le pre- 
mier éditeur de l'Épître, Junius, trouva cette expression si forte qu'il 
proposa de lire [AaOf,;jLaTa au lieu de 7caOr;[i.aTa. Le codex de Constan- 
tinople prouve bien que c'est le mot « souffrances « et non « ensei- 
gnements » qu'il faut lire, mais au lieu de 0£oij, il porte Xpicrtou. Hil- 
genfeld s'est prononcé pour cette dernière leçon, mais M. Lightfoot, 
comme M. Harnak, gardent la première, qui est importante pour l'his- 
toire du dogme de la divinité de Jésus- Christ. (Voir p. 400-403, la 
savante et intéressante discussion de M. Lightfoot.) — Tout, dans son 
édition, est étudié avec le même soin et la même science. Il est seu- 
lement à regretter qu'il n'ait pas reconnu le véritable sens des cha 
pitres Lviii-LTX. Nous admettons avec lui la supériorité du manuscrit 
d'Alexandrie sur celui de Constantinople, mais nous ne sommes pas 
de son avis quand il fait l'auteur de l'Epître d'origine juive. Quelques- 
unes de ses assertions sur ce qu'on appelle la seconde Epître, qui 
est une homélie, sont douteuses. M. Harnack la fait émaner de Rome, 
et M. Lightfoot, de Corinthe. Il en rapporte la composition entre 
120-140. G. L. 



s. Isansici Antiochenî, doctorîs Syroruïn, opéra omiiîa, 

ex omnibus, quotquot cxslant, codicilnis manuscriptis cum. varia Icctionc 
syriace arabiceque primus edidit, latine vertit, prolegomenis et glossario 
auxit D' GusTAVUs Bickell, in uuiversitate Œnipontana, S. Theol. Prof. 
Giessen, Ricker, 1873 et 1877, 2 vol, in-8 de ix-307 et 3o3 p. 

Les deux volumes j usqu'ici parus de saint Isaac d'Antioche contiennent 
le texte syriaque de trente-sept poëmes avec les variantes et la tra- 
duction latine. Ce n'est qu'après avoir terminé la publication du texte, 
qui doit renfermer cent soixante dix-huit poëmes, avec vingt-deux 



- 48 — 

fragments, que le D' Bickell nous donnei'a Thistoire de saint Isaac. Il 
Ta cependant déjà fait connaître à grands traits dans le volume do 
morceaux choisis des Pères syriens qu'il a publié, en traduction alle- 
mande, dans la Bibliolhcque des Pères de l'Église, de Kempten. Isaac 
était né à Amida, en Mésopotamie, il fut élevé à Edesse et devint 
abbé d'un monastère d'Antioche, où il mourut dans un âge très-avancé, 
vers l'an 460. Assemani a parlé d'Isaac d'Antioclie dans sa Bibliothèque 
orientale, mais son éditeur actuel a connu plusieurs écrits importants 
ignorés du docte maronite et qui établissent l'orthodoxie de saint Isaac. 

La plus grande partie des œuvres de l'abbé syrien étaient encore 
inédites. M. Bickell, pour les publier, a visité toutes les bibliothèques 
de l'Europe qui les possèdent en manuscrit et les a soigneusement 
compulsées. On voit qu'il est loin d'avoir achevé son entreprise, 
puisqu'il a encore à éditer plus de cent trente poèmes, et, pour la 
mener à bonne fin, il a besoin d'être soutenu et encouragé par l'appui 
de tous ceux qui s'intéressent aux études patrologiques et à l'histoire 
du dogme. 

Nous n'avons pas à insister sur le mérite du savant éditeur et tra- 
ducteur de saint Isaac d'Antioclie. Tous les orientalistes savent que le 
D' Bickell est un des meilleurs s^^riacisants contemporains. Aussi 
a-t-il publié le texte SA'riaque avec beaucoup de correction et l'a-t-il 
traduit avec exactitude. Saint Isaac n'était pas précisément un grand 
poète, quoiqu'il ait écrit en vers, ordinairement de sept syllabes. On 
trouve quelques beaux passages dans ses oeuvres; on y rencontre 
aussi des endroits faibles, des longueurs, des répétitions, des hors- 
d'o3uvre; ce n'est pas, en un mot, un saint Ephrera. Mais on le lit néan- 
moins avec beaucoup d'intérêt et de fruit. Il est souvent mordant, et 
critique quelquefois les défauts des prêtres et des moines avec de^ 
traits qui font penser à un autre temps. Les neuf premiers poèmes 
(le V*^ excepté, qui est un fragment sur le char d'Ezéchiel) ont pour 
objet la foi et rincarnation ; le dixième, la puissance du démon pour 
tenter l'homme; le onzième et le douzième, le siège de Bcthcar; le 
treizième, le jeûne quadragésimal ; le quatorzième, le jeûne en général ; 
le (quinzième, les vigiles d'Antioclie ; les seize premiers poèmes du 
tome second sont dirigés contre ceux qui négligent le banquet eucha- 
ristique; le trente-deuxième loue la virginité; les trente-troisième et 
trente-quatrième contiennent des exhortations ; les trente-cinquième 
et trente-sixième s'élèvent contre ceux qui vont consulter les devins ; 
le trente-septième et dernier fait, en 1924 vers, l'éloge de la pénitence. 

L. M. 



— 40 — 

Prières des Fnlaslias ou juifs «l'Abyssinie, texte clkiopicn, 

public pour la première fois et traduit en liébrcu pai' J. Halévy. Paris, 

J. Caer, 1877, in- 12 de o8 et 28 p. 

Les Falaslias sont des nègres d'Ab^'ssinie, sur la religion desquels 
les voyageurs n'étaient point d'accord. Les uns affirmaient, les 
autres niaient qu'ils étaient juifs. Le Comité de rAlliance Israélite 
universelle chargea, en 1867, un intrépide voyageur, M. Joseph Halévy, 
juif originaire d'Andrinople, d'aller résoudre la question sur place. Il 
en a rapporté la conviction que les Falashas pratiquent réellement la 
religion mosaïque, et les prières qu'il vient de publier en fournissent 
la preuve. Il en donne le texte éthiopien, accompagné d'une bonne 
traduction en hébreu. Ces prières, malgré quelques particularités qui 
leur sont propres, sont tout à fait Israélites. Le monothéisme y est 
exprimé d'une manière très-énergique, spécialement sous forme de 
litanie : « Son nom est Un. — Adonaï est un. — Adonaï, notre Dieu, 
est un Adonaï unique. — Adonaï, notre roi, est un Adonaï unique. — 
Adonaï, notre créateur, est un Adonaï unique. — Adonaï, notre gar- 
dien, est un Adonaï unique. - — Adonaï, notre pasteur, est un pasteur 
unique, etc. » Ce monothéisme n'offre d'ailleurs aucune trace de chris- 
tianisme. 

Les Falashas sont les seuls hommes pratiquant la religion juive qui 
ne se servent point de la Bible hébraïque, mais d'une traduction des 
livres saints, la traduction éthiopienne. On ne peut guère l'expliquer 
que par des conjectures plus ou moins plausibles. Nous savons, par le 
huitième chapitre du livre des Actes des Apôtres, qu'il y avait des juifs 
en Assyrie. Saint Luc nous raconte, en cet endroit, qu'un Ethiopien, 
eunuque de la reine Candace et son trésorier, était allé adorer le vrai 
Dieu à Jérusalem, et i:iu'il fut converti au christianisme par le diacre 
saint Philippe, qui lui expliqua le prophète Isaïe. Les Falashas se rat- 
tachent-ils à la communauté juive dont l'eunuque de la reine Candace 
faisait partie? Nous ne saurions le dire, mais il y a là un fait qui peut 
servir à éclaircir le mvstère de leur origine. N. 0. 



SCIENCES ET ARTS. 

I>e réducatîon intellectueile, fi«or«Ie et Eiliysîque, pai 

Herbert SPKxciiR. Traduit de l'anglais. Paris, Germcr-Daillièrc, 1878, ia-8 

de 303 p . — Prix : '6 fr. 

Il faut un certain courage pour achever la lecture d'un ouvrage qui 
débute par des raisonnements aussi étranges que celui-ci : les sau- 
vages préfèrent la parure au vêtement; donc l'homme a naturellement 
plus de goût pour l'agréable que pour l'utile. Et cependant, on lit 
ailleurs que la voix de la nature est le meilleur guide à suivre : les 
sauvages ont donc raison. Quelques pages plus loin, il est dit que 
Janvier 1878. ''• XXH. 4. 



— bO — 

l'étude des langues anciennes est une affaire de mode parce qu'elle 
ne conduit personne à les lire étales écrire couramment; ce qui 
n'empêche pas de dire fort bien dans un autre endroit que le but de 
l'instruction est d'apprendre à apprendre, c'est-à-dire qu'elle se pro- 
pose moins d'inculquer la science que de donner les moyens de l'ac- 
quérir. Que de points soulèveraient les plus vives contradictions! Nous 
ne pouvons les signaler tous : il suffit que nous ayons prémuni les lec- 
teurs. Ils trouveront quelque dédommagement dans les observations 
de l'auteur, dont ils tireront souvent d'autres enseignements que lui. 
Dans le premier chapitre intitulé : « Quel est le savoir le plus utile, » 
il recherche quel est l'utilité de chaque genre de connaissance, pour 
nous guider dans la vie. La conclusion est bien vague : le savoir 
le plus utile, c'est la science ! Autant vaudrait dire c'est la vérité, 
et il n'était pas l3"esoin d'un gros livre pour faire cette découverte. 
Dans les trois chapitres consacrés à l'éducation intellectuelle, morale 
et physique, il y a des remarques de détail très-judicieuses et très- 
pratiques, dont on peut faire l'application dans certains cas donnés, 
mais qui, servant de règle générale, produiraient des effets déplo- 
rables. M. Herbert Spencer est pour la science facile, pour la morale 
agréable, pour la vie sans effort. Il faut beaucoup s'abandonner à la 
nature : « Depuis le berceau jusqu'à l'âge adulte, le procédé d'ins- 
truction doit être spontané, comme il devra l'être plus tard, dans 
l'âge mûr. L'activité mentale produite doit toujours être accompa- 
gnée de plaisir. » Ceci, pour l'instruction. Pour l'éducation, il faut 
guérir les enfants de leurs défauts en leur en faisant sentir les incon- 
vénients : un enfant perd son couteau, il faut lui en laisser longtemps 
désirer un autre. Nous ne sommes point partisan du système de con- 
trainte, d'études hérissées à plaisir de difficultés, d'un régime inva- 
riable, sans considération des aptitudes physiques ; mais il est bien 
certain aussi que, si l'on cédait trop à la nature, on agirait souvent 
contre ses propres intérêts : le gourmand, le voluptueux obéissent à 
la nature. L'inconvénient d'un défaut n'est pas uniquement ce qui 
doit nous le faire éviter. M. Herbert Spencer ne donne pas au devoir 
la place importante, prépondérante même, qu'il doit avoir dans l'édu- 
cation. René de Saint-Mauris. 



Xhéorîe générale de l'État, par M. Blcntschli, professeur ordinaire 
à l'Université d'Heidelberg, correspondant de l'Académie des sciences 
morales et politiques, etc., etc., traduit de l'allemand et précédé d'une 
préface par M. Armand df. Riedmatten, docteur en droit, avocat à la Cour 
de Paris. Paris, Guillaumin,* 1877, in-8 de xxxvii-478 p. (Collection des 
économistes etpublicistes contemporains.) — Prix : 8 fr. 

M. Bluntschli, professeur à l'université d'Heidelberg, est un des 
hommes qui occupent dans le nouvel empire allemand une place con- 



— 51 — 

sidérable par rinfluence de leur enseignement sur le monde lettré et 
par les services qu'ils rendent à la politique habile, qui a su se les 
attacher. 

Le volume dont la traduction vient de paraître n'est pas purement 
une oeuvre de science, malgré la méthode soutenue, Vapparatus con- 
sidérable de faits et de citations, et le calme dont l'auteur ne se 
départ jamais. 

Sa théorie de l'État moderne, tel que le comprend et l'exalte 
M, Bluntschli, n'est pas autre chose que la théorie de l'empire prus- 
sien, que M. de Bismarck a réalisé et qui a été préparé depuis long- 
temps par un mouvement moitié occulte, moitié public, s'étendant 
depuis les intrigues de cour jusqu'à l'enseignement donné systéma- 
tiquement dans les universités. 

Nous ne croyons pas que M. Bluntschli se défende d'avoir été 
depuis de longues années un des promoteurs de ce mouvement. 

Quoi qu'il en soit de ces circonstances extérieures, importantes à 
connaître cependant pour apprécier la portée de cet ouvrage, voici 
les titres des sept livres entre lesquels le volume se divise. Ils don- 
neront une idée des grandes questions qui y sont abordées. 

Livre L Notion de l'État. — Livre II. Conditions fondamentales dans 
la nature de l'homme et de la nation. — Livre III. Les Bases de l'État 
dans la nature externe ; le pays. — Livre IV. Naissance et mort de 
l'État. — Livre V. But de l'État. — Livre VI. Les Formes de l'État. — 
Livre VII. Souveraineté de l'État, ses pouvoirs ; service public et fonc- 
tions publiques. 

Ce vaste cadre est rempli par un singulier mélange d'erreurs et de 
vérités. On peut cependant remarquer que les erreurs abondent, sur- 
tout dans les parties où l'auteur traite les questions fondamentales; 
au contraire, quand il arrive aux applications, des considérations 
pratiques viennent singulièrement modifier les conséquences qui 
découleraient logiquement des principes posés, et l'on sent l'influence 
du milieu dans lequel il écrit. 

Pour M. Bluntschli, la vie nationale et l'Etat ne sont pas des insti- 
tutions ordonnées par la Providence pour faciliter aux hommes l'ob- 
tention de la fin pour laquelle ils ont été créés, en garantissant cer- 
tains droits et en satisfaisant certains besoins communs. Cette notion, 
qui donne à l'État sa place naturelle dans l'ensemble de l'ordre des 
choses et du même coup délimite sa sphère d'action, et pose le fonde- 
ment du principe d'autorité qui est essentiellement en lui, cette 
notion, disons-nous, est dédaigneusement rejetée parmi les conceptions 
théocratiques et idéologiques. 

L'Etat, selon l'auteur, est un organisme vivant, ayant une dme et un 



— 52 — 

corps dont les organes sont les pouvoirs publics ; c'est le peuple non- 
seulement vivant, maisencore arrivé à ce degré parfait d'organisation 
qui a nom la )ialion et qui comporte à la fois des hommes unis par des 
relations sociales et un territoire. 

La pensée de l'auteur se précise un peu mieux, quand il dit que 
l'État est du sexe masculin, tandis que l'Église est du sexe féminin. Ce 
point posé et admis (?), il va de soi que ce sera à l'État à contenir 
l'Église dans le domaine qu'on veut bien lui laisser. 

M. Bluntsclili a, du reste, le mérite de préciser nettement ce qu'il 
entend par Etal moderne dans une série de propositions dogmatiques 
(page 50 à 51). Elles peuvent toutes se résumer dans cette idée que 
l'État est une conception purement humaine qui rejette l'influence 
de toute considération et qui, notamment, hait la théocratie {sic). 

Le véritable État moderne doit embrasser l'humanité entière. Ce but se 
réalise peu à peu par la disparition des petits États et par la constitu- 
tion des Jouissances du monde, portées généralement à adopter la. forme 
impériale qui comporte quelque chose de plus que la forme royale. 

Quand môme on ne saurait pas d'où vient M. Bluntschli, cela suffi- 
rait à indiquer le but pour lequel il a écrit. 

Après cette élaboration des principes essentiellement contraires à 
la loi divine, sur lesquels repose tout l'édifice de l'empire de M. de 
Bismarck, l'auteur réfute avec une grande abondance de preuves his- 
toriques la plupart des erreurs de la démocratie moderne, notamment 
la souveraineté du peuple. On j trouve une critique très-judicieuse du 
régime parlementaire, tel qu'une certaine école veut l'introduire dans 
les États de l'Europe continentale et de fort judicieuses réflexions sur 
la convenance qu'il y a pour les peuples modernes à conserver des 
éléments aristocratiques dans leurs institutions. 

En résumé, ce livre est surtout intéressant comme une des manifes- 
tations de la direction qui est donnée à l'esprit public depuis de lon- 
gues années dans les principales universités allemandes, et comme un 
curieux reflet de l'état social du monde germanique, encore si difte- 
rent du nôtre; mais l'originiilité des pensées et la sincérité des concep- 
tions lui font défaut. 

Quant à la traduction, elle est parfaite dans son genre et mérite 
d'être proposée comme modèle. M. de Riedmatten n'a rien épargné 
pour éclaircir autant que possible la forme parfois nuageuse de son 
auteur, et il a su rendre élégant le style d'un livre allemand traduit en 
une langue étrangère. Enfin, nous devons constater que, dans Vintro- 
duclion, qui est son œuvre propre, il a tenu à se dégager, au moins 
sur quelques points, de ce que les théories de M. Bluntschli ont de 
plus hostile au dogme chrétien. C. J. 



Etude »ur le. travail, pai' S. Mon'y. Paris, Hachette. 1877, in-8 de 
5o2 p. — Prix : fr. 

Laposition importante qu'occupe, dans la grande industrie , M. Mony, 
président du comité de direction de la Société houillère et mé- 
tallurgique de Commentry-Fourchambault, suffirait, indépendamment 
de tout autre mérite, adonner de Timportance à cet ouvrage. 

M. Mony a voulu résumer les vérités fondamentales que démontre 
l'économie politique sous une forme accessible à tous les esprits, en 
employant, non pas seulement les raisonnements scientifiques, mais 
encore ces hautes considérations qui s'adressent au cœur et sont d'au- 
tant plus puissantes qu'elles font sentir les harmonies de l'ordre social 
avec la nature humaine dans ce qu'elle a de plus intime. 

Envisageant les choses à ce large et fécond point de vue, M. Mony 
commence son livre par un chapitre sur Y esprit chrétien, et montre 
comment, seul, il peut donner la solution des problèmes que soulève la 
question ouvrière, d'un côté en rendant au travail sa dignité, ""de 
l'autre en inspirant la charité sociale et la charité privée, l'une et 
l'autre également indispensables dans une société conforme au véri- 
table ordre naturel. 

De tous les chapitres qui suivent, les plus remarquables assurément 
sont ceux consacrés au sa/aire, au budget des ouvrici's, aux perturba- 
tions des salaires. Il y rectifie plus d'une idée fausse sur la détermina- 
tion des salaires: accréditée par les économistes qui font de la 
science une série de déductions systématiques, sans tenir compte des 
faits. Le grand mérite de M. Mony, dans ces chapitres, est de s'ap- 
puyer toujours sur des faits qu'il connaît fort bien. L'un des mor- 
ceaux les plus intéressants du livre est une monographie de l'ouvrier 
mineur de Coramentry, établie d'après la méthode si précise de M. Le 
Play. 

M. Mony se rend très-bien compte que les problèmes économiques 
sont dominés par les conditions de stabilité et d'ordre dans l'État. 
Dans cette pensée fort juste, il a voulu conclure par un chapitre de 
Considérations politiques. Est-il toujours allé au fond des questions 
ainsi soulevées? S'il n'y a pas été, est-ce par défaut de précision dans 
la pensée, ou plutôt par un sentiment de réserve inspiré par les 
profondes divisions du public auquel il a voulu être utile ? Nous n'es- 
sayerons pas de le dire ici, quoique nous soyons sûrs que ce senti- 
ment de réserve est la vraie cause de ce qui peut paraître insuffisant 
dans ce chapitre. Nous préférons rendre un plein hommage à la pen- 
sée généreuse d'union et de rapprochement des classes qui a inspiré 
ce livre et l'anime d'un bout à l'autre. C. J. 



— b4 — 

La Cour et l'Opéra sous Saouls XVI ; I%Iarie-A.ntoEnett.e et 
Saccbîni, Salîérî, Favart etCîlucU, d'après des documents iné- 
dits conservés aux Archives de l'État et à l'Opéra, par Adolphe Jullien . 
Paris, Didier, 1878, in-12 de ix-370 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Tout le monde connaît la 'grande lutte entre Gluck et Piccini, et la 
part qu'y prit Marie-Antoinette. Ce qu'on connaît moins, ce sont les 
efforts de la reine pour donner des successeurs à son maître favori. 
Nature essentiellement délicate et distinguée, facilement impression- 
nable et enthousiaste de tous les genres de beauté, Marie-Antoinette, 
artiste et musicienne elle-même, aimait passionnément la musique. 
Elle l'avait cultivée à Vienne, elle la cultivait et la protégeait en 
France. Lorsqu'après l'échec d'Echo et Narcisse, Gllick fut retourné 
en Autriche, ses partisans cherchèrent quelqu'un à opposer à Piccini 
qui restait seul; ils jetèrent les yeux sur Sacchini, qui avait à ce 
moment d'éclatants succès à Londres et dont deux pièces avaient 
réussi à Paris. La reine approuva ce projet et donna l'ordre à Amelot, 
ministre de la maison du roi, d'attacher Sacchini à l'Opéra; des pro- 
positions furent faites et, après quelques hésitations, acceptées. Mais 
ce n'était pas tout d'avoir la protection de la reine, l'appui du ministre 
de la maison du roi; restait encore à conquérir les bonnes grâces du 
comité de l'Opéra. La tâche était difficile. Il faut lire dans l'ouvrage 
de M. Jullien le récit des intrigues qui s'agitaient dans ce comité ; il 
faut voir quelle malveillance y rencontra le malheureux compositeur, 
quelle basse envie le poursuivit, quels pièges insidieux furent tendus 
sous ses pas, quelle peine enfin, malgré la haute faveur dont il jouis- 
sait à la cour, quelle peine il eut à faire jouer son opéra de Renaud, 
etplusencore celui deDardanus. Il finit par y succomber. Lorsqu'il eût 
composé son OEdipe, la reine, qu'on ne cessait d'accuser de favoriser 
les étrangers au détriment des Français, se vit obligée de lui demander 
d'en ajourner la représentation. Le coup était trop fort; Sacchini se 
crut disgracié et mourut de chagrin. 

Saliéri fut plus habile ; il sut mieux se diriger sur ce terrain glissant 
de l'Opéra; aussi bien, était-il quelque peu intrigant lui-même et eut- 
il pour collaborateur, dans la seconde de ses pièces, un des plus habiles 
intrigants de l'époque, Caron de Beaumarchais. Les Danaïdes éta- 
blissent du premier coup sa réputation; Tarare la consolide, en dépit 
ou peut-être à cause même des défauts du livret et de la musique. 
Mais Saliéri n'attendit pas que la faveur du public fût lassée ; il 
retourna à Vienne et ne revint pas. 

C'est aux Archives nationales et aux archives de l'Opéra que M. Jul- 
lien arencontréles éléments de ces deux études. Publiées d'abord dans 
le Correspondant et dans la Gazette musicale, il les réunit aujourd'hui 
en volume; elles n'auront pas moins de succès sous cette forme que 



— ëo — 

lors de leur première apparition. Les amateurs de musique y retrou- 
veront le critique compétent et ingénieux ; les historiens y salueront 
l'écrivain distingué dont les érudites recherches ont jeté un jour si 
curieux et si complet sur l'histoire du théâtre au dix-huitième siècle. 

M. DE LA ROCHETERIE. 



BELLES-LETTRES 

Recueil général des fabliaux des treizièuie et quator- 
zième siècles, imprimés ou inédits, publiés d'après les manuscrits 
par Anatole de Montaiglox. Paris, librairie des Bibliophiles, 1877, 2 vol. 
in-J2 de xx-329 et vii-360 p. — Prix : 10 fr. 

Nous ne croyons pas devoir envisager ici, au point de vue litté- 
raire, les fabliaux qui, selon la remarque de leur nouvel éditeur, ont 
été, après les grandes chansons de gestes, pendant deux siècles au 
moins, une des formes les plus importantes et les plus personnelles de 
l'ancienne littérature française. Ce qu'on pourrait énoncer de plus 
complet, de plus judicieux à leur égard, a déjà été dit dans les meil- 
leurs termes par un maître éminent, par M. Victor Le Clerc (voir la 
notice insérée dans VHistoire littéraire de la France, tome XXIII, p. 
69-215) ; nous tenons seulement à indiquer ce qui forme la publication 
nouvelle que nous avons sous les yeux, ce qui la distingue de celles 
qui l'ont précédée. 

Le premier recueil de fabliaux fut publié par Barbazan, en 1756, à 
une époque où les productions littéraires du moyen âge étaient encore 
bien imparfaitement connues. En 1779-1789, Legrand d'Aussy en mit 
au jour un recueil, en 4 volumes in-8, réimprimé en 1781 (5 vol. pet. 
in-12), où les analyses figurent en plus grande abondance que les 
textes, et sont loin d'être exemptes d'erreurs (voir les Notices et ex- 
traits des manuscrits, t. IX, part, ii, p. 6). Le travail de Legrand 
a été réimprimé en 1829 (5 vol. in-8). En 1808, un philologue labo- 
rieux, mais médiocrement instruit, Méon, avait réimprimé le recueil 
de Barbazan, avec des augmentations considérables (4 vol. in-8), qui 
eurent plus tard un supplément en deux volumes, mis au jour en 
1828, et une autre collection également en deux volumes, dont 
M. Achille Jubinal fut l'éditeur, en 1839 et 1842. Il fayt y joindre 
quelques pièces publiées séparément. 

Dans ces diverses collections, figurent bien des compositions qui ne 
rentrent point dans la classe des fabliaux : miracles, petites chro- 
niques rimées, lais, petits romans d'aventures, débats, dits, pièces 
morales, etc. M. A. de Montaiglon a voulu se montrer plus sévère au 
point de vue du genre. « Un fabliau, dit-il, est le récit d'une aven- 
ture toute particulière et ordinaire; c'est une situation, et une seule à 



— \;c, — 

la fois, mise en œuvre dans une narration plutôt terre à terre et rail- 
leuse qu'élégante et sentimentale. Tout ce qui est invraisemblable, 
tout ce qui est historique, tout ce qui est pieux, tout ce qui est d'en- 
seignement, tout ce qui est de fantaisie romanesque, tout ce qui est 
Ij'rique ou même poétique, n'est à aucun titre un fabliau. ■» 

L'édition nouvelle retranche donc une forte quantité de ce que con- 
tenaient ses devancières; en revanche, elle ajoute notablement. Elle 
reconnaît d'ailleurs que les fabliaux inédits sont loin d'être meilleurs; 
mais elle se propose d'être complète, de donner tout ce qui existe en 
ce genre, bon ou mauvais, spirituel ou maladroit, bien ou mal écrit, 
amusant ou ennuyeux, court ou long. 

Les textes déjà imprimés ont été revus sur les manuscrits : tâche 
périlleuse, mais d'ailleurs assez facile, car les manuscrits de ce genre 
sont fort rares, et, à l'exception de celui de Berne, ils se trouvent tous 
à notre Bibliothèque nationale. 

L'intelligent et actif éditeur delaBibliothèque elzévirienne, P. Jannet, 
avait, il y aplus de dix ans, conçu avec M. de Montaiglon le projet de 
publier le recueil des fabliaux. Sa mort, survenue pendant le siège 
de Paris, en novembre 1870, arrêta l'entreprise; les matériaux déjà 
réunis furent dispersés et détruits. Après un long intervalle, M. de 
Montaiglon s'est courageusement remis à l'œuvre, avec le concours de 
M. Léopold Pannier, et, après la mort de ce jeune érudit dont le zèle 
permettait de beaucoup espérer, avec l'aide de M. Gaston Reynaud. 

Il expose, dans un avant-propos succinct et judicieux, quelle est la 
marche qu'il a cru devoir suivre ; il n'y a pas de variantes dans le 
premier volume, parce que les pièces qui y sont contenues ne se trou- 
vent que dans un seul manuscrit; dans le suivant, selon que les 
fabliaux se trouvent dans deux ou trois manuscrits (circonstance peu 
commune), les variantes sont recueillie. Il a paru inutile de joindre 
aux textes un commentaire d'histoire littéraire. « Être complet est 
impossible, être incomplet serait inutile. » 

Le premier volume du recueil en cours de publication contient 
vingt-neuf fabliaux ; on connaît les noms des auteurs de sept d'entre 
eux ; dans le second volume, nous rencontrons vingt-cinq fabliaux, 
tous anonymes, à l'exception de six. Sur ces cinquante-quatre fabliaux 
il y en a six qui étaient restés inédits. 

A partir de la page 257 du second volume, on trouve, avec les va- 
riantes, l'indication des divers ouvrages dans lesquels chaque fabliau a 
déjà paru; quelques-uns ne figurent que, dans les publications 
récentes , telles que la Romania , les Trouverez belges, du dou- 
zième au quatorzième siècle, par M. Aug. Scheler (1873), la Revue 
historiijue de l'ancienne langue française^ etc. 

Quant à l'impression, il suffit de dire que cette publication sort 



des presses de M. Jouaust; c'est une garantie complote de correction 
et d'cléffance. B. 



Storiu della poesîa popolare ilalêana, da Ermolao Rubif.ri. 
Florence, Barbera, 1877, in-] 2 de vni-C8(l p. — Prix : 6 fr. 

Depuis quelque temps, il a été publié en Italie tant de recueils 
fournis par la poésie populaire, que le moment d'écrire l'histoire de 
cette poésie dans cette féconde contrée peut sembler être arrivé. C'est 
ce qu'a pensé M. Ermolao Rubieri. L'auteur commence le gros 
volume qu'il a consacré à cette histoire par des considérations géné- 
rales quelquefois peu nécessaires. Il était inutile, peut-être, de remon- 
ter jusqu'aux époques bibliques; mais son introduction renferme de 
précieux renseignements sur les très -nombreuses collections récem- 
ment éditées en Italie. Parmi elles, toutefois, nous n'avons trouvé indi- 
qués ni les Canll popolari di Noto, publiés par Avolio, ni ceux du comté 
de Modica, de Guastella. Il est vrai que, dans le courant de l'œuvre, 
ce dernier ou])li a été réparé. En revanche, M. Rubieri nous a appris les 
titres de plusieurs livres qui nous étaient restés inconnus, il donne 
notamment une ample bibliographie de Proverbi. 

L'histoire de la poésie populaire est divisée en trois parties : dans 
la première, M. Rubieri traite de cette poésie considérée intrinsècjue- 
ment dans ses types, ses formes, ses origines, ses phases ; dans 
la seconde, il l'examine dans ses caractères psychologiques; dans la 
troisième, il en étudie ce qu'il appelle lescaractùres moraux. Peut-être 
aurions-nous préféré une classification moins savante, moins métho- 
dique, d'autant plus que, dans un sujet pareil, il est difficile qu'il n'y 
ait pas quelquefois un enchevêtrement d'une partie dans une autre et 
que cette ordonnance rigoureuse n'amène forcément certaines répéti- 
tions. Quoiqu'il en soit, M. Rubieri a mis tous ses soins à bien appro- 
fondir la matière dont il s'est occupé ; il n'a, on le voit, négligé ni 
recherches, ni lectures. Ce qui étonne, c'est qu'avec l'érudition dont 
il fait preuve, il n'ait pas aperçu, ou plutôt pas voulu apercevoir que 
beaucoup des chants dont il s'occupe ne procèdent pas d'une inspira- 
tion réellement nationale. Si Donna Lombarda, souvenir de la tra- 
gique et lointaine histoire do Rosemonde, peut appartenir au nord de 
ritalie, quantité d'autres chants sont d'origine française, ou, du 
moins, se retrouvent dans trop d'autres contrées pour que l'on puisse 
leur assigner une source piémontaise. Pour ne parler que de quel- 
ques-uns : /(' Comte Anzolin, qui est l'imitation do notre belle ballade 
do Renaud, si rjpand le dans toutes les provinces de France, existe 
aussi dans les Asturies et en Catalogne; la Sposa del crociato, c'est 
l'Épouse du croise du Barzas Briez, le don Guillcrmo, de la Catalogne 
la Gormnine de la Normandie, la Gn-minr de la Lorraine. Il n'est 



presque pas de chants auxquels M. Rubieri paraisse vouloir assigner 
une origine italienne que l'on ne découvre dans bien d'autres contrées. 
Et il ne s'agit pas seulement de chants épiques, mais même de petites 
pièces Ij-riques. C'est ainsi qu'en Toscane, comme en Sicile, on chante 
une stance qui se termine ainsi : « L'amour commence avec de la mu- 
sique et des chansons, et finit avec des douleurs et des larmes. » Un poëte 
populaire andalous a dit la même chose. On pourrait à l'infini rappeler 
des analogies de ce genre dont M. Rabieri a eu tort, selon moi, de ne 
pas tenir compte. Il est impossible pourtant que M. Rubieri n'ait pas 
lu l'article que M. Nigra adonné à la iîoma;u'rt, article si plein de 
curieux renseignements, mais dont on peut contester les conclusions. 
En tous cas, l'auteur connaissait les parallèles que M. Nigra a joints 
aux chants populaires du Piémont, insérés dans la Rivista contempo- 
ranea et ils suffisaient pour le mettre sur la voie de ces rencontres 
qui montrent si bien les liens des langues néo-latines. 

M. Rubieri termine son volume par une conclusion où l'on pouvait 
s'attendre à voir nettement résumée la marche entière du livre. Mais 
il n'en est pas ainsi. Cette conclusion n'est guère qu'une sorte d'ap- 
pendice servant à émettre des idées oubliées dans le cours de l'ou- 
vrage. Parmi ces idées, il en est qu'on s'étonne de rencontrer là. 
M. Rubieri en veut aux superstitions, qui ont une si grande part dans les 
traditions et les poésies du peuple. Ces superstitions, il les attaque 
avec indignation. Il loue Vigo, Pitre, Guastella de les avoir combat- 
tues; — ils les ont plutôt racontées qu'attaquées, ce nous semble. — 
Il s'écrie : « Où est la populace {la plèbe), là est l'erreur ; mais où est 
la civilisation, là est l'école. Que les amis de la civilisation soient les 
premiers à combattre l'erreur de toutes les manières, » etc., etc. 
Mais, du même coup, ils porteront une rude atteinte à la poésie popu- 
laire. Ce n'est pas de cette manière que Fernan Caballero, qui la com- 
prenait si bien, dans son charmant volume Cuentos y poesias populares 
ajidaluces, traitait les vieilles légendes. Si M. Rubieri les envisage en 
penseur, en philosophe, en philanthrope, c'est très-bien, il peut avoir 
raison; mais c'est là un tout autre ordre d'idées avec lesquelles la poésie 
populaire n'a^ ce nous semble, rien à démêler. Th. P. 



Vie, écrits et correspondance littéraire de t.aureut-jrosse 

Le Clerc, par L. Bertrand, prêtre de Saint-Sulpice. Paris, Techener, 

1878, in-8 xii-3o2 p. (Tiré à 250 ex.) — Prix : 10 fr. 

Le savant prêtre auquel M. l'abbé Bertrand vient de consacrer un 

volume n'est pas aussi connu qu'il mériterait de l'être et qu'il le 

sera désormais, grâce à son patient biographe. Laurent Josse Le Clerc 

fut le troisième enfant du célèbre graveur messin, Sébastien Le Clerc. 

Entre l'année 1679, qui fut celle de sa naissance, et l'année 1722, qui 



— 59 — 

fut celle de sa mort, il n'y a pas eu pour lui de ces grands événements 
faits pour donner quelque chose d'un intérêt romanesque à la vie d'un 
homme. Prêtre attaché à la compagnie de Saint-Sulpice, envoyé au 
séminaire de Tulle, à celui d'Orléans, directeur de celui de Saint- 
Irénée, à Lyon, Le Clerc eut une de ces pieuses existences dont le récit 
tiendrait en quelques pages, si la vie d'un érudit n'était pas surtout 
dans ses œuvres. Ces œuvres, M. Bertrand les a étudiées avec un grand 
soin et d'une manière attachante. Les Remarques sur le dictionnaire 
de Moréri^ la Lettre critique sur le dictionnaire de Bayle,]si Bibliothèque 
de Richelet ont fourni à M. Bertrand le sujet d'intéressants chapitres. 
Malheureusement tous les écrits de Le Clerc ne nous sont point par- 
venus. Vainement M. Bertrand s'est adressé n,nPolybiblionet kVInter- 
médiaire des chercheurs et des curieux pour savoir ce qu'était devenu 
le Traité du plagiat littéraire qui contient sans doute des détails fort 
piquants. Les relations de Le Clerc avec divers hommes célèbres, avec 
La Monnoye, D. Piron, le poëte Senécé, le président Bouhier, Fabbé 
Papillon, le P. Oudin, Marais, le fanatique admirateur de Bayle, 
donnent, par la manière dont elles ont été racontées et par de nom- 
breux fragments de correspondances, beaucoup d'attrait et de variété 
au livre de M. Bertrand. Offrant de menus détails, de petites anecdotes 
littéraires, ce livre eût été accueilli avec empressement par Sainte- 
Beuve, auquel il eût apporté de nouveaux renseignements sur l'avocat 
Marais, sur le président Bouhier et bien d'autres de leurs contempo- 
rains. Sans avoir voulu écrire une apologie, M. Bertrand fait aimer 
et estimer Le Clerc. Il n'est peut-être pas hors de propos de dire 
comment le savant sulpicien comprenait la critique : « J'aime à voir 
faire la guerre de bon jeu, il faut laisser les injures aux harengères et 
aux crocheteurs. Vive un fait bien établi, appuyé sur des preuves 
bonnes et bien mises en œuvre ; de solides réponses, sans mélange 
de paroles hautes, méprisantes, dures, insultantes. Tout cela est pour- 
tant un mal commun dans la république littéraire et apparemment je 
n'en arrêterai pas le cours. » Cet esprit de charité que Le Clerc, — 
chose assez méritante, — montrait à ses émules, le poussait non- 
seulement à faire d'abondantes aumônes où disparaissaient les béné- 
fices, d'ailleurs modestes, produits par ces ouvrages, mais le faisait 
écouter et conseiller avec une patiente bienveillance toutes les per- 
sonnes qui s'adressaient à lui, fùt-il dans la retraite sacrée de sa 
chère bibliothèque. A propos de cette bibliothèque, M. Bertrand a, 
sur les livres, une jolie page où se révèle l'homme qui les aime. On 
reconnaît, du reste, le bibliophile aux soins donnés à l'exécution 
typographique de ce beau volume, comme on reconnaît le littérateur 
érudit et délicat à la manière dont tout ce livre a été écrit. 

Th. de Puymaigre. 



— (iO — 

HISTOIRE. 

^^Eicîent Ilîstory froni tlie Monuments. Xlie Hii^tor}' ol* 
Bal>yIonîa. Hy the late George Smith, Esq., of tlie Department ol' 
oriental antiquilies, British Musenm. Edited by Rev. A. Sayce, assistant 
professor of Comparative Philology, Oxford. Published under tlie direction 
of theComitteeof gênerai Literature and éducation appointedbythe Society 
lorpromoting cliristian Knowledge. London, Society for promoting Chris- 
tian Knowledge (1877), in-lG de {92 p. 

Le célèbre assyriologue anglais, M. George Smith, avant de partir 
pour son dernier voyage d'exploration en Asie, d'où il ne devait point 
revenir, avait écrit une histoire de la Babjlonie qu'il laissait à peu 
près achevée. M. Sayce a publié ce précieux travail où, dit-il, il n'a 
eu à peu près rien à changer. Il a rédigé seulement la plus grande 
partie du chapitre qui sert d'introduction et qui n'avait été qu'ébau- 
ché par M. Smith. Il y a ajouté une table des rois babyloniens et 
un appendice où il explique la signification des noms propres acca- 
dins, élamites, cassites et sémitique?!. Dans le cours de l'histoire, il a 
inséré quelques notes, toutes signées de son nom. Enfin M. Greenwood 
Hird a rédigé une table par ordre alphabétique des matières conte- 
nues dans le volume : elle est complète et très-commode. 

L'Histoire de la Babylonir n'est pas aussi riche en renseignements et 
en documents que VHlstoire d'Assyrie, composée également par 
M, Smith, pour la même Society for promoting Christian Knowledge, 
Babylone, excepté du temps de Nabuchodonosor, n'a pas joué un rôle 
aussi important et aussi prépondérant que pourrait le faire supposer 
la célébrité de son nom. Son rôle politique, dans ce qui nous est connu 
d'elle, a généralement été secondaire. De plus, l'histoire des basses 
régions de l'Euphrate n'a pas fourni aux chercheurs les mêmes res- 
sources que celles de l'Assyrie. On n'a pas découvert à Babylone et 
en Chaldée de grandes inscriptions historiques, dans le genre de celles 
des monarques ninivites. Nabuchodonosor lui-même ne nous a pas 
laissé le récit de ses campagnes. La plupart des documents décou- 
verts ne contiennent guère que des noms propres et des détails peu 
importants. Presque tout ce que nous savons d'un peu plus précis sur 
cette région de l'Asie ne nous est connu qu'indirectement par les ins- 
criptions assyriennes. Le travail qu'a exécuté M. Smith était donc 
aride et plein de difficultés. Il les a heureusement surmontées. Il a 
réuni et groupé tous les renseignements connus. De nouvelles décou- 
vertes compléteront peu à peu son œuvre. Un nouveau nom de roi 
d'Agadé, Ansegdniésarlu, a été retrouvé déjà depuis la publication de 
cette histoire. Mais elle n'en est pas moins, à l'heure présente, ce que 
nous possédons de plus complet, et ce livre est indispensable à tous 
ceux qui veulent étudier la Babylonie et la Chaldée. Quelques gra- 



— (Il — 



vures sur bois augmentent l'intérêt de cette publication. Signalons 
entre autres une statuette très-antique, en bronze, du roi Gudea et 
un torse en marbre noir du même roi; une tablette de contrat de Maru- 
dik-Nadin-Ahi et des sceaux cylindriques. L. M. 



t.es Églises du moncle romain, notaminent celles des Gaules pen- 
dant les trois derniers siècles, parle R. P. Dûm François Chamard, bénùdictin 
de l'abbaye de Ligugé, de la Congrégation de France. Paris, Palmé, 
1877, in-8 de 439 p. — Prix : o fr. 

L'opinion qui place au premier siècle de l'ère chrétienne l'évangé- 
lisation de la Gaule a repris faveur de nos jours; je ne sais si elle a 
jamais été soutenue avec plus de science et d'habileté que dans l'ou- 
vrage du R. P. Doni Chamard. Le docte bénédictin a voulu ne faire 
dans sa démonstration aucune place à l'élément légendaire ; il a pré- 
tendu bâtir son édifice sur des bases qui ne pussent être aisément 
ébranlées. Ces bases, il les emprunte à des témoignages qui, tout 
généraux qu'ils sont, n'en ont pas moins une haute valeur. Lors- 
qu'Eusèbe, Lactance et, avant eux, saint Irénée, affirment que, dès la 
période apostolique, le christianisme se répandit dans tout l'empire 
romain et en franchit même les limites_, peut-on supposer que, seule, 
la Gaule ait échappé à la bienfaisante invasion de la doctrine nou- 
velle et des conquérants qui l'apportaient? Ou bien, est-il vraisem- 
blable que les missionnaires qui l'ont visitée au premier siècle n'aient 
pas songé à y asseoir le christianisme sur le fondement de la hiérar- 
chie; qu'ils n'aient point assuré la perpétuité de leur œuvre en y éta- 
blissant des évêques, comme on l'a fait ailleurs avec une surabon- 
dance dont les preuves sont partout? Enfin, s'il a fallu que, vers l'an 
250, le pape saint Fabien envoyât des apôtres à la Ga,ule, et si les 
plus anciens sièges épiscopaux de notre patrie datent seulement de 
cette époque, ne s'étonnera-t-on pas de voir, au siècle suivant, nos 
Eglises nombreuses et florissantes ? 

A ces arguments, on oppose des arguments de plus d'une sorte. On 
invoque un texte de Sulpice-Sévère qui paraît contredire l'antiquité 
presque apostolique de nos Eglises, et un passage célèbre de saint 
Grégoire de Tours qui la nie formellement. On allègue encore le 
petit nombre de noms que présentent, avant Dioclétien,les catalogues 
épiscopaux de la Gaule, le silence des martyrologes, et l'absence 
d'inscriptions chrétiennes remontant à l'âge primitif. Dom Chamard 
discute le texte de Sulpice-Sévère et l'interprète dans un sens favo- 
rable à sa thèse ; sans méconnaître l'autorité de Grégoire de Tours, 
il montre que le père de notre histoire s'est mépris plus d'une fois, et 
que, sur le, point qui nous occupe, outre qu'il s'est inspiré d'un 
apocryphe, il semble ne s'être pas toujours accorde avec lui- 



— 62 — 

même. La Gaule n'est pas la seule contrée dont les catalogues 
épiscopaux contiennent peu de noms antérieurs à Constantin ; le 
même phénomène se rencontre dans Thistoire des Eglises d'Orient, 
d'Italie, d'Afrique, dont l'origine n'est pas douteuse, et s'ex- 
plique par les ravages que les persécutions de Dèce et de Dioclé- 
tien, et plus tard les invasions barbares, portèrent dans les archives 
ecclésiastiques. La vraie notion des anciens martyrologes dissipe l'ob- 
jection qu'ils semblent fournir, et les principes formulés par M, de Rossi 
aident à éclaircir les difficultés qui naissent de l'épigraphie. Comme 
l'indique le titre de son livre_, Dom Chamard ne s'est pas enfermé 
dans l'histoire ecclésiastique des Gaules; il a élevé et élargi le débat, 
et nous lui devons, entre autres, une très-remarquable étude sur les 
chorévêques dans le monde romain et dans les Gaules en particulier. 
Je doute fort que les contradictions tombent devant son livre et que 
l'école grégorienne désarme; je ne doute pas que tous ne reconnaissent 
au bénédictin qui l'a écrit, avec une rare compétence historique, 
l'art de mener une controverse et d'édifier une démonstration. 

H. A. 



Lia Oîplomatie française au dix-septième siècle. Hugues 
de lL,ionne, ses ambassades en //a;te(! 642-1 656), d'après sa correspondance 
conservée au ministère des affaires étrangères, par J. Valfrey. Pari=, 
Didier, 1877, in-8 de xcvi-360 p. — Prix : 7 fr. 50. 

Hugues de Lionne, l'un des plus actifs coopérateurs delà politique de 
Mazarin et des plus habiles diplomates du dix-septième siècle, était le 
disciple et le neveu d'Abel Servien, marquis de Châteauneuf et de Sa- 
blé, qui fut, sous Richelieu, ambassadeur extraordinaire en Italie, se- 
crétaire d'État de la guerre et membre de l'Académie française, et, sous 
Mazarin, négociateur des traités de Westphalie, ministre d'État et 
surintendant des finances. Nous avons accueilli avec d'autant plus 
d'empressement cette étude sur le neveu, que nous parcourons depuis 
quelques mois dans la Revue historique du Maine, la carrière littéraire 
et politique de l'oncle : préparé par les missions diplomatiques de 
Servien, nous pouvons d'autant mieux apprécier celles de son élève. 

Le volume qui nous occupe ne comprend que la première partie de 
l'histoire d'Hugues de Lionne, celle de ses deux séjours en Italie pour 
la mission de Parme, de 1641 à 1644, et pour l'ambassade de Rome, de 
1645 à 1656. M. Valfrej nous en promet un second qui résumera l'his- 
toire du ministère qu'exerça Lionne pendant neuf ans, de 1663 à 1671, 
lorsqu'il fut nommé secrétaire d'État des afl'aires étrangères, après 
l'avoir été déjà de la marine et du commerce. Mais il indiqué, dès à 
présent, les traits principaux de cette laborieuse carrière, dans une 



— 63 — 

substantielle notice qui nous donne pour la première fois une biographie 
complète de l'illustre De]phinois,même après les travaux de MM. Mi- 
gnet, Real, Rochas et Chevalier. Nous y suivons, sans interruption et 
presque d'année en année, le fils du conseiller Artus, depuis le jour où 
son père l'envoya comme secrétaire à Servien, en 1631, pour entrer 
lui-même dans les ordres ecclésiastiques et devenir bientôt évêque de 
Gap, jusqu'à cette date fatale du 1" septembre 1671 où Lionne mourut 
à soixante ans accomplis, dans la plénitude d'une situation éminente, 
qu'il avait illustrée pas les plus brillants services. Cette vie est incon- 
testablement une des mieux remplies que nous offre l'histoire politique 
du dix-septième siècle; et dans le même ordre, les quarante années de 
travaux d'Abel Servien peuvent seules lui être comparées. Elle ne pré- 
sente pas d'autres lacunes que sa brièveté même, remarque pittores- 
ment M. Valfrey; et elle semble être, dans ses développements, le 
résultat exclusif du travail, de l'intolligence et du patriotisme le plus 
épuré. Sa naissance et sa fortune n'ouvraient à Lionne que des hori- 
zons très-étroits, et s'il parvint aux charges les plus élevées ce fut 
uniquement par la supériorité de ses aptitudes.il est vrai que la voie 
lui fut ouverte par des protecteurs puissants et qu'il s'attacha dès les 
premiers jours à la fortune de Mazarin : mais il ne put acquérir et 
conserver ces appuis que par un discernement et une dextérité remar- 
quables dans le maniement des choses et des hommes. Malheureuse- 
ment, ce ne fut pas toujours avec une impartialité parfaite, et nous 
regrettons que M. Yalfrey n'ait pas insisté davantage sur le rôle que 
joua Lionne dans la triste affaire des démêlés de Servien et du comte 
d'Avaux pendant les négociations des traités de "Westphalie. Nous 
accordons qu'il ne faut pas ajouter trop de créance au manifeste 
accusateur et passionné, rédigé par Chavigny pendant les troubles de 
la Fronde ; mais la correspondance officielle de Lionne avec son oncle 
suffit pour attester qu'il ne se conduisit pas dans cette affaire avec une 
très-grande délicatesse : les extraits qu'en a donnés le P. Bougeant, 
dans son Histoire des traités de Westphalie, sont fort caractéristiques et 
l'on doit reconnaître qu'il y a là une véritable tache dans l'histoire 
de Hugues de Lionne. Elle n'a pas été suffisamment remarquée. 

Les documents sur lesquels INI. Yalfrey a pu reconstituer toutes les 
phases délicates des missions de Hugues de Lionne en Italie n'ont pas 
encore été utilisés par les historiens qui se sont occupés du dix-septième 
siècle; ils sont tous manuscrits et appartiennent au riche dépôt des 
archives du ministère des affaires étrangères; aussi lui ont-ils permis 
d'exposer sous un jour nouveau ces inextricables difficultés diploma- 
tiques qui signalèrent d'un côté la ligue des princes d'Italie contrôles 
papes à propos de l'occupation d'une partie du duché de Parme , de l'autre 
la session du conclave qui suivit la mort d'Innocent X, et qui dura 



— Oi — 

quatre-vingts jours, agité par d'ardentes factions contraires. Le récit 
de M. Valfrey, appuyé sur des pièces et correspondances absolument 
authentiques, est d'autant plus intéressant que de fréquentes allusions 
à notre état politique actuel y sont habilement ménagées. Si la France 
doit avoir quelque influence dans le prochain conclave qu'on doit 
malheureusement prévoir, nous souhaitons qu'elle puisse y envoyer 
pour soutenir ses intérêts un ministre aussi habile et aussi adroit que 
celui qui sut si bien se détacher à point nommé du cardinal Sachetti, 
pour faire élire à l'unanimité le médiateur des traités de Munster, 
Fabio Chigi. Mais, hélas! quelles traditions possède maintenant notre 
diplomatie sans cesse agitée par des courants rapides et contraires ! 

René Kerviler. 



Mémoires <iu duc de Saînt-Sintion, publiés par MM. Chiîruel et 
Ad. Régnier fils. Tome vingtième. Table analj'tique rédigée par l'auteur 
]ui-même et imprimée pour la première fois d'après sou manuscrit auto- 
graphe. Paris, libraide Ilaohettc, 1877, in-lS j. de iv-G37 p. — Prix : 
3 fr. oO. 

J'ai dit ici (n° d'août 1873, p. 99 du tomeX) que la nouvelle édition 
des Mémoires du duc de Saint-Simon, comme reproduction du texte 
original, ne laisse absolument rien à désirer. Au moment où s'achève 
cette importante publication, j'aime à répéter que le plus éloquent 
de nos chroniqueurs a été traité avec tous les égards et, pour ainsi 
dire, avec tout le culte que l'on doit à un auteur classique. Malheu- 
reusement M. Ad. Régnier fils n'est plus là pour recevoir de nouveau 
les éloges si bien mérités par son incomparable zèle, et l'on ne lira 
pas sans émotion le passage de ['Avertissement dans lequel son mal- 
heureux père nous dit (p. iv) : a Mon fils n'a pu achever sa tâche par 
la publication de ce vingtième volume. Il terminait la correction du 
dix-riCuviômo, quand Dieu l'a enlevé, par une mort prématurée, à un 
père, à une mère^ à qui il eût dû survivre, à sa femme, à ses enfants. 
Sa veuve, qui l'avait assisté dans le minutieux travail de révision du 
texte des Mémoires, a, sous ma direction, et aidée, à l'occasion, par 
M. Chéruel pour la recherche des références, collationné le manuscrit 
inédit, corrigé les épreuves, avec cette attention scrupuleuse dont son 
mari lui avait donné l'exemple, et ce qu'il y avait à dire au sujet de 
cette table, je me suis fait un triste et pieux devoir de le dire ici pour 
lui. » 

Des éditeurs tels que MM. Chéruel et Ad. Régnier fils ne pouvaient 
se dispenser de reproduire la table analytique rédigée par le duc de 
Saint-Simon. En exauçant le vœu du grand historien, ils ont aussi 
exaucé les vœux de tous les sérieux lecteurs des Mémoires. Cuite table 
complète admirablement l'œuvre immense de Saint-Simon, et elle 



— fi.'J — 

oft're divûrses sortes d'intérêt. Cest avec raison quo M. Ad, llégiiier 
père y signale ([). 22), à côté do quelques additions au contenu de l'ou- 
vrage, de quelques nuances de jugement, de quelques petits faits, 
«des traces do cette hardiesse et de cette vigueur de mots, de traits, 
d'expressive appréciation qui distinguent Saint-Simon entre tous nos 
écrivains. » M. Ad. Régnier insiste sur certaines curiosités et singu- 
larités del&ngdige,teUQS(nie infainemeiHftrcbiicheinent, deux mots dont 
M. Littré ne donne que des exemples antérieurs au dix-septième siècle, 
iiif/ratemoit, dont il ne donne qu'un exemple de Malherbe, abyssal qu'il 
ne mentionne même pas (remarquons, en passant, que le mot abiissalis, 
d'où vient«&i/6'.s"rt/,se trouve dans le chapitre xxii du livre IV de l'Imita' 
lion de N.-S. J.-C. avec le sens de profond comme l'abime). 

Dans l'article que je citais tout à l'heure, j'avais exprimé le regret 
de ne pas voir, au bas de pages dont la réimpression est parfaite, les 
notes critiques qui me paraissaient indispensables pour éclaircir, com- 
pléter, rectifier les récits de Saint-Simon. Ces notes, je suis tout 
joyeux de l'annoncer, nous les aurons prochainement, abondantes, 
excellentes, dans une édition qui fera partie de la Collcclion des grands 
écrivains de la France et qui sera l'édition savante, l'édition des tra- 
vailleurs, tandis que l'édition en vingt volumes in-18 sera celle de tout 
le monde. Il ne faut pas moins que l'association de deux érudits tels 
que M. Chéruel et que M. A. de Boislisle pour nous donner, sous 
l'inappréciable direction de M. Ad. Régnier, un Saint-Simon défi- 
nitif. 

Veut-on une autre bonne nouvelle ? On sait que, parmi les manuscrits 
autographes de Saint-Simon non encore publiés, qui sont conservés 
aux Archives du ministère des aff'aires étrangères, il en est de bien 
autrement importants que la table des Méaioires qui vient d'en être 
tirée. M. P. Faugère ne tardera pas à mettre entre nos impatientes 
mains quatre volumes qui renfermeront tout ce qui reste de pages 
inédites de Saint-Simon. Heureuses les bibliothèques où ces quatre 
volumes seront rapprochés des trente ou trente -cinq volumes que 
préparent avec tant de conscience et tant d'activité MM. Chéruel 
et de Boislisle ! T. de L. 



Le I»oi*tereuîlle d'un jçénéral de I« République, par Alfrkij 
DE Besa.nce.net. Paris, Pion, 1877, iu-8 de 290 p. — Prix : 5 fr. 

Voilà plusieurs années déjà que M. Camille Rousset a détruit la 
légende des volontaires de 92. M. A. de Besancenet vient en faire 
justice à son tour, et montre que la première République a désorganisé 
l'armée comme elle a désorganisé tous les services. — Ces malheureux 
soldats que la Convention enrôlait souvent de force dans ses levées en 
JA^vIEu 1878. ô 



— ou — 

masse, elle les envoyait se battre sans vêtements, sans nourriture, 
sans munitions. Et cette opinion de M. de Besancenet n'est point 
une opinion de fantaisie, appuyée sur des souvenirs plus ou moins 
exacts. Elle repose sur les documents les plus authentiques, les ordres 
donnés ou reçus par un général de la République, une belle etsympathi- 
que figure, le général de Dommartin, ordres inscrits jour par jour par 
le général sur un registre qui a été conservé. « Ce registre, dit juste- 
ment l'auteur, est une chronique dont la vérité ne peut être récusée. » 
On y verra à quel degré de misère l'armée d'Italie était réduite avant 
que Bonaparte en vint prendre le commandement. Le désordre, le vol, 
l'indiscipline étaient partout. On trouvera là aussi de curieux détails 
sur le 18 fructidor, la campagne d'Allemagne en 1796 et 1797, et l'expé- 
dition projetée en Angleterre. Quant à l'expédition d'Egypte, il n'en 
est que sommairement question, M. de Besancenet l'ayant racontée 
dans un précédent travail, sous ce titre : Un officier royaliste au service 
de la Bépubli(/ue. C'est là, à Rosette, en 1799, que le général de 
Dommartin mourut, à trente ans, non pas, comme le dit très-bien son 
biographe, pour la République, mais pour la France. 

M. DE LA R. 



Le Pi'ocè» des ministres [1830], par Er.nest D.vldet. Paris, Quaalin, 

1877, in-8 de .\iv-317 p. — Prix : (i l'r. 

Cet ouvrage est divisé en deux parties. Dans la première, l'auteur 
raconte comment les ordonnances de juillet 1830 ont été décidées, 
préparées et reçues; il dit le départ du roi, la fuite des ministres, leur 
arrestation. Dans la seconde partie, l'auteur raconte la mise en 
accusation et les diverses phases du procès des ministres. Le rapport 
de M. de Chantelauze qui précéda les ordonnances, un récit de ce qui 
se passa à Bàville iors de la fuite de MM. de Montbel et Capelle, des 
lettres de M. Mole et de Louis-Philippe à Casimir Périer forment un 
appendice. On lira avec intérêt les détails sur l'arrestation des mi- 
nistres ; car, tandis que MM. d'Haussez, de Montbel et Capelle pouvaient 
gagner la frontière, MM. de Chantelauze et Guernon-Ranville étaient 
arrêtés à la MembroUe, près de Tours, et M. de Peyronnet dans cette 
ville même. Le récit de la fuite de M. de Polignac est donné ici avec 
des détails nouveaux et précis, grâces aux renseignements fournis 
à l'auteur par M. de Semallé, fils du comte de Sémallé, auquel 
Charles X avait confié le soin de faire évader son ancien ministre. 
M. Daudet, après avoir rappelé les scènes émouvantes de l'audience 
où MM. de Martignac, Sauzet, Hennequin obtinrent plus d'un triomphe, 
montre très-bien — et c'est là la morale du livre — que l'attitude 
énergique du ministre de l'Intérieur devant les passions soulevées lors 



07 — 



du procès des ministres fut une victoire remportée par le nouveau 
gouvernement sur l'esprit révolutionnaire, qui lui avait donné nais- 
sance et le menait à sa perte. H. de l'É. 



L.a France archéologique, la Gdline historique et monumentale^ par 
M. Bélisaire Ledain. Paris, Claye, 1876, gr. in-4 de 410 p., 2(1 pi. et 
nombr. grav. intercalées. 

Au concours de 1876 des antiquités de la France, l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres décernait la troisième médaille à l'ou- 
vrage dont nous venons de transcrire le titre. Cette récompense mé- 
ritée nous dispense, jusqu'à un certain point, de faire l'éloge de ce 
livre; cependant, nous ne pouvons nous empêcher de rendre hommage 
au zèle intelligent avec lequel l'auteur a su recourir à toutes les 
sources qui pouvaient lui fournir quelques renseignements. Après avoir 
feuilleté la Gcitlne, on est étourdi de la quantité de documents consultés 
et mis à contribution par M. Ledain, au profit de l'histoire, comme au 
profit de l'archéologie. 

Il faut avouer aussi que Parthenaj, à lui seul, est un des échan- 
tillons les plus intéressants de l'art du moyen âge; que les familles qui 
ont tenu ce fief ont rempli, dans l'histoire, les rôles les plus imj'or- 
tants. Donnez ces deux sujets à traiter à un enfant du pays d'un goût 
sûr et bon critique, et vous ne pouvez manquer d'avoir un ouvrage 
qui peut hardiment servir de modèle. 

La Gâtine est une circonscription dont Parthenay est le centre, et 
qui se trouve entre le Haut et le Bas-Poitou ; elle s'étend sur 15 lieues 
de longueur et 10 de largeur, comprenant soixante paroisses. L'his- 
toire de Parthenay commence véritablement vers l'an 1000, avec Josse- 
lin P% le plus ancien seigneur connu ; on a des traces éparses de l'exis- 
tence de ce pays auparavant, mais c'est seulement avec le onzième siècle, 
que débutent ses annales suivies. Les successeurs de Josselin, qui 
prirent le surnom de l'Archevêque à cause de Josselin II, archevêque de 
Bordeaux, conservèrent Parthenay pendant 500 ans; M. Ledain re- 
trace la vie de chacun, les événements contemporains accomplis dans 
la Gâtine, les faits archéologiques appartenant à chaque seigneur. Le 
dernier des l'Archevêque, Jean II, mourut en 1427, après avoir aliéné 
la nue-propriété de son fief au régent qui le donna à Arthur de Riche- 
mond à la condition d'acquitter les frais d'acquisition. A la mort de 
Richemond, qui ne laissa pas d'héritier, Parthenay fut attribué à 
Dunois par Charles VII, et resta aux Longueville jusqu'en 1641, date 
de la vente au maréchal de la Meilleraye, qui transmit cette baronnie 
à ses descendants. 

Sans nous arrêter, ce qui serait trop long, à toutes les pages qui, 
sans sortir du sujet principal, retracent l'histoire du Poitou et de la 



— w — 

France dans laquelle les barons de Parthenaj jouèrent un rôle con- 
sidérable, nous appellerons l'attention sur l'histoire des La Porte, très- 
probablement bourgeois de Parthenay à la fin du quatorzième siècle, 
dont les descendants furent ducs de la Meilleraye et de Mazarin. Les 
mérites des La Porle, alliés des Richelieu, firent qu'à la troisième 
génération, après un clerc apothicaire, nous voyons paraître un duc et 
pair et un grand prieur de Malte ; encore une preuve, entre cent, que 
jadis le vrai mérite pouvait se faire une place et franchir lestement 
les échelons qui existaient et existeront toujours dans la société. C'est 
à Charles P'" de La Porte, gentilhomme ordinaire de la chambre de 
Henri IV, oncle par alliance du cardinal de Richelieu, et à Charles II, 
maréchal de France, que l'on doit la construction du château de la 
Meilleraye, d'abord simple fief relevant de la baronnie de Parthenay; 
c'était une somptueuse résidence, que JNI. Ledain nous fait connaître 
dans tous ses détails. Délaissée dès le commencement du dix-huitième 
siècle, la Meilleraye n'est plus aujourd'hui qu'une ruine. 

Nous ne touchons ici qu'à un point, mais nous recommandons tout 
l'ouvrage, écrit dans un esprit excellent qui ne nuit pas à l'impartia- 
lité, complet dans son ensemble comme dans ses détails, et qui est 
de nature à intéresser tout les lecteurs. — Nous ne regrettons 
qu'une chose, c'est l'absence de tables des noms d'hommes et de lieux 
qui auraient permis de recourir plus facilement aux nombreux ren- 
seignements contenus dans ce beau volume. A. de B. 

Muuograpliie de la cathédrale de Quimper (treizième et 

quinzième siècle), avec un plan, par R.-K. Le Men. Quimper, Jacob et 

M"" Lemercier, 1877, in-8 de 364 p. 

M. Le Men, archiviste du Finistère, vient de publier une excellente 
étude sur la cathédrale de Quimper. La description architectonique 
du monument, des vitraux, des peintures héraldiques tient naturelle- 
ment la place la plus large dans le volume; mais il y en a un bon 
tiers consacré aux détails de la construction, aux architectes, aux 
artistes et aux ouvriers qui ont concouru aux travaux et à l'orne- 
mentation de l'édifice; ici, ce sont les documents d'archives qui ont 
fourni une ample moisson de renseignements à l'auteur. On y trouve 
les éléments d'une étude des plus intéressantes sur l'histoire de l'art 
dans cette partie de la Bretagne. 

La cathédrale de Quimper fut commencée en 1239 et terminée en 
1515; le chevet, le chœur et les bas-côtés sont de 1234 à 1245. Un 
détail nous a quelque peu surpris, c'est que l'infatigable archiviste du 
Finistère, à qui on devra bientôt la publication du cartulaire de Lan- 
devennec, n'ait pu retrouver trace des cathédrales qui précédèrent celle 
qui fut commencée sous l'épiscopat et les auspices de Rainaud. 

A. DE B. 



0!) — 



BULLETIN 

L<a I^eeture ou le clioîx. des livres, conseils à un jeune ho7nme qui 

termine ses études, par M. l'abbé J. Verniolles, chanoine honoraire de Tulle, 
supérieur du petit séminaire de Servières. Paris, Bray et Retaux, 1877, 
in- 12 de x-410 p. — Prix : 2 fr. 50. 

Ce nouvel ouvrage de M. l'abbé Verniolles sera, en quelque sorte, le complé- 
ment, comme le dernier chapitre, des ditférents traités élémentaires qui ont 
créé à leur auteur une juste réputation dans les collèges. Né d'une corres- 
pondance, il en a conservé, avec la forme, la libre allure et la simplicité. Ces 
lettres, au nombre de quarante, traitent successivement du charme que pro- 
curent les livres, de l'abus trop fréquent qu'on en fait, des notions que 
chacun doit posséder en religion, en philosophie, en histoire, dans les belles- 
lettres. Les dernières pages sont consacrées à des conseils extrêmement 
judicieux sur l'exercice de la plume, le calme, l'ordre, la sobriété dans les 
lectures, comme moyens nécessaires pour donner une direction et une utilité 
au travail. De plus, l'auteur ne se désintéresse nullement des questions du 
jour. Le libéralisme religieux, en particulier, cette hydre sournoise frappée 
d'nn grand coup, mais encore vivante et agissante à l'ombre, trouve en 
M. Verniolles un implacable adversaire. Toutes sommaires qu'elles sont, ces 
indications suffisent. Elles éveillent l'esprit du jeune lecteur, lui impriment 
une direction et, au besoin, lui font éviter l'écueil où sa vertu irait sombrer. 
Inspirer à la jeunesse de nos écoles le goût des études sérieuses, lui mon- 
trer que ce qu'il y a de plus reposant dans la vie, de plus puissant, après la 
prière, contre les tristesses de l'âme, les découragements etles aftaissements 
de toutes sortes, c'est encore le travail, l'amour de l'étude : tel est le but 
élevé que s'est proposé le digne supérieur de Servières. Augustin Thierry, 
brisé de fatigues, accablé d'infirmités toutes contractées au rude service de 
la science, disait : «Aveugle et souffrant, sans espoir et sans relâche, je puis 
rendre ce témoignage qui, de ma part, ne sera pas suspect : il y a au monde 
quelque chose qui vaut mieux que les jouissances matérielles, mieux que la 
santé elle-même, c'est le dévouement à la science. » Cette parole est allée 
réveiller et échaiift'er bien des courages. Le livre qui nous occupe aura le 
même honneur. Écrit avec cette simplicité et celte lucidité qui est, d'après 
Joubert, l'apanage de l'éméritat, il réunira les sufl'rages de tous ceux qui ont 
souci de donner une direction à l'esprit du jeune homme, lorsqu'il quitte le 
collège. C. Artiges. 



t,a Franc-Maçonnerie, révélations d'un rose-croix à propos des élec- 
tions générales de 1877, nouvelle édition. Bar-le-Duc, typographie Bertrand. 
Paris, Blond et Baral, 1877, in-8 de 107 p. — Prix : 1 fr. 

L'auteur anonyme de cette brochure démontre, par des citations extraites 
des principaux écrivains maçonniques, que la franc-maçonnerie s'attaque à 
tout principe religieux, qu'elle mine toutes les bases sur lesquelles repose la 
société et que, notamment, elle fait fi du patriotisme et n'hésile jamaisà sa- 
crifier 5on pays à ses passions. C'est là, dit-il, l'esprit et le but de lamaçon- 
nerie, telle qu'elle est dirigée par les arrière-loges. « Quant à la tourbe ?»aco/i- 
Ji/çuéî, croire sans preuves, obéir aveuglément, se comprometire au besoin, 
en se faisant 1 instrument passif de la puissance supérieure qui la dirige, 
tel est le rôle humiliant qu'elle est condamnée à jouer. » 



— 70 — 

Les citations contenues dans cette brochure sont fort ])i> n choisies et très- 
concluantes. L'auteur y ajoute quelques informations nouvelles sur certains 
points. Il nous dit notamment qu'en décembre 1851, Louis-Napoléon avait 
donné à un de ses partisans, comme lui carbonaro, la mission d'acheter le chef 
des organisations mililantes et qu'en conséquence, au coup d'État, des ordres 
contradictoires furent donnés aux diverses sections de façon à faire avorter 
l'insurrection. « Je puis, dit-il, en garantir l'authenticité, avant eu à jouer un 
rôle actif dans ce drame déplorable. Je dois ajouter que, quinze ans plus tard, 
je me liai avecradministrateur qui paya 300,000 francs la conscience de notre 
chef. » 

Écrivant après le 16 mai, à la veille des élections, l'auteur se demandait 
comment le gouvernement se refusait à loute répression, et s'il n'y avait pas 
dans les régions du pouvoir une mystérieuse influence capable d'arrêter le 
bras de la justice. Il a cru devoir maintenir dans la nouvelle édition ce 
point d'interrogation. C.T. 



Xraité de l'administration temporelle des associations 
religieuses et des fabriques paroissiales, par G. Calmette. 
2* édition. Paris, Gaume, 1877, in-12 de xvi-4r2 p. — Prix : 4 fr. 

Ce petit livre, écrit par un homme mûri dans Tadministration, comprend 
deux parties. La première, sur les associations religieuses, se divise en six 
sections : organisation (p. 1 à 4'j), administration des biens (41 à Ml), asso- 
ciations hospitalières de femmes (p. 111 à 130), associations religieuses de 
femmes enseignantes (p. 139 à 173), associations religieuses d'homme (p. 173 
à 19o), associations religieuses non autorisées et confréries (p. 195 à 212); la 
seconde, sur les fabriques paroissiales, comprend également six sections : 
Organisation et attributions (p. 213 à 234), revenus ordinaires (p. 235 à 275), 
revenus extraordinaires (p. 275 à 319), dépenses ordinaires (p. 319 à 840), 
dépenses extraordinaires (p. 341 à 3G0), comptabilité (p. 361 à 368). Suivent 
en appendice : 1° la liste complète, par ordre alphabétique, des congréga- 
tions religieuses autorisées; 2° un formulaire administratif. On voit par ce 
coup d'œil l'utilité de l'ouvrage; c'est un manuel où puiseront des renseigne- 
ments surs et précis les curés, les fabricieas, les supérieurs de communautés 
religieuses. — Entre les associations autorisées et non autorisées, l'auteur 
parait préférer la situation des premières (p. 193). Sans doute, elles sont 
capables de recevoir, mais c'est au prix de l'indépendance. Sans doute aussi, on 
peut dire, ce qui en droit est fort contestable, que le décret du 3 messidor 
ail XII, menace l'existence des secondes; mais c'est une exception, et le gou- 
vernement qui leur appliquera ce décret, trouvera vile un prétexte pour 
rappeler l'autorisation des premières. Dd cette double obseryaiion, il faut 
conclure, se semble, que les deux conditions ont chacune des avantages et 
des inconvénients : ce sont les circonstances, plutôt qu'un principe général, 
qui doivent déterminer les communautés, tantôt à rechercher, tantôt, au 
contraire, à éviter l'autorisation. J,-A. de Bebnon. 



t,e Monde où nous vivons. Ltçuns de géographie, par M. F. Maury. 

Traduction de l'anglais par Zcrcher et Margollé. Paris, Hetzel, 1877, in-12 
de 302 p. — Prix : 3 fr. 

Excellent résumé, destiné à présenter aux élèves, sous une forme intéres- 
sante et simple, les premières notions de géographie. Pour atteindre ce but. 



railleur les conduit au(our du moniip, pir un double voyage, une fois par 
mer, une fois par terre. La l'elation de ces voyages imaginaires forme un 
lécit familier, dans lequel l'élève saisira facilement et progressivement les 
traits caractéristiques de la surface terrestre et des ditférentj peu(iles qui 
l'habitent. Cette in^lriiction élémentaire préparera sans fatigue à une étude 
plus détaillée. A cliaque leçon est jointe une étule delà carte, ayant pour 
but de familiariser l'élève avec l'usage des carte-, en lui apprenant à les lire 
et l'accoutumant aies employer avec intelligence. L'ouvrage est orné d'un 
porlraitde l'auteur, etles traducteurs y ont ajouté une notice biographique qui 
fait bien connaître la vie et les travaux du célèbre commandant iMaury. 

F. DE KOQUEFECIL. 



t.'Op et l'argent, par L. Simonix (Bibl. des merveilles). Paris, Hachette, 
1877, gr. in-18 de 294p., orné de 67 grav. intercalées. — Prix : 2 fr. 25. 

Le livre de M. Simonin apprend beaucoup de choses à ses lecteurs; la dé- 
couverte de l'or et de l'argent de la Californie; les procédés employés pour 
recueillir les métaux précieux; l'histoire générale des mines d'or et d'argent 
de toutes les parties du monde, depuis les temps anti|ues; l'histoire de la 
monnaie; ajoutons qu'il consacre un certain nombre de pages à exposer ses 
idées personnelles sur cette grave et peut être insoluble question de l'usage 
simultané de l'étalon d'or et de l'étalon d'argent. Tout ce vaste programme 
est traité dans un style attachant par un auteur qui a consulté tous les ou- 
vrages publiés sur la matière et qui e t allé voir de ses yeux, ce'qu'il 
décrit. Dans l'histoire de la monnaie, on devine que M. Simonin n'est pas numis- 
matiste : il laisse échapper parfois de petites hérésies ; mais ce sont là des 
détails peu importants auxquels il lui sera facile de remédier dans une autre 
édition. Au poinkde vue des opinions économistes, l'autour soutient une 
thèse qui nous semb'e fondée ; les faits eux-mêmes viennent la jus'ifier; 
comme l'affirme M. Simonin, les pays qui ont adopté un étalon unique en 
sont aujourd'hui tous à le regretter. A. de R. 

I^etit Rumaiieero, choix de vieux chants espagnols, traduits et annotés 
par le comte de Puymaiore, membre correspondant de l'Académie royale 
d'histoire de Madrid et de l'Académie royale des belles-lettres de B,ircelune. 
Paris, librairie de la Société Bibliographique, 1878, in-t8 de 179 p. (Clas- 
siques pour tous.) — Prix : îiO cent. 

Ce volume sera certainement l'un des plus goûtés et des plus recherchés 
de la collection des Classiques pour tous. Notre éminent c jllaborateur, M. le 
comte de Puymaigre, dont l'autorité est si bien établie en matière de litté- 
rature espagnole, otfre ici au public français un choix de ces vieux chants 
appelés Romances qui forment l'un des genres les plus curieux de cet'e litté- 
rature dont ils ne sont pas, sans doute, exclusivement l'apanage, mais où 
ils ont pris une importance toute particulière. Après en avoir déterminé la 
nature et les diverses origines, dans un court avaut-propos, suivi d'une trè?- 
utile bibliographie des recueils cités dans l'ouvrage, M. de Puymaigre donne 
la traduction de cinquante-huit chants, partagés en trois groupes : Romances 
sur l'histoire d'Espagne, Romances carlovingiennes, Romances chevaleresques 
détachées. Parmi les romances sur l'histoire d'Espagne, un certain nombre 
forment des cycles. Le savant auteur a choisi les cycles relatifs au roi don 
Rodrigo, à Bernardo del Cirpio, aux sept infants de Lara, et enfin au Cid, et, 
sur chacun de ces sujets, représentés dans son recueil par quelques-uns de 



leurs meilleurs chants, M. de Puymaigre a écrit une brè/e et substantielle no- 
lice. Il a traduit, en outre, quelques romances liistoriques isolées, sur divers 
sujets. La trailuction, simple et accessible à tous, a conservé pourtant le 
caractère de l'original, et réussit à donner nu'me,çà et là, une légère i'iée du 
rhythme. iM. de Puymaigre a imliqué dans quelques notes les rapprocheinen'.s 
qui s'offraient à sa mémoire, si riche eu pareille matière, avec les chants po- 
pul lires d'autres pays, et renvityé aux recueils où ces chants sont contenus, 
de telle sorte que son Pctil Romancero, tout en demeurant parfaitement propre 
au public étendu auquel s'adresse la colleclion des Classiques pour loris sera 
en même temps d'une utilité très-grande pour initier un certain nombre d'es- 
prits, en qui i)eul-Alre u!:e vocUion sommeille, aux études d'histoire litté- 
raire et de poésie comparée . M. S. 



■Lie Oonîieur a« foyer. I^ettres «l^une m«re à sa lille, par 

par M"" Jl'Lie Fertiault. Paris Didier, 1877, in-12 de xi-34ii p. — Prix : 3 fr. 
C'est le secret du Bonheur au foyer que M°* Kertiault veut donner aux 
jeunes femmes. Elle fait parler une mère qui répond aux consultations de sa 
lille, jeune mariée, pardi;s lettres où elle lui expose dans un style un peu 
délayé et quel juefois prétentieux, la contuite que doit tenir une bonne 
maîtresse dij maison, pour rendre sou intérieur agréable à son mari, d'abord, 
et ensuite cï toutes les personnes avec lesquelles elle est en r..lutions. l'ne 
union bien assortie est la base du bonheur du foyer; mais ce n'est qu'une 
base sur laquelle il fiut cimsti'uire.Elle aborde un peu Ions les suje'.s : le choix 
et l'auieubleraent d'un appartement, les domesti jues, les réceptions, les 
fêtes, les ('evoirs maternels, la toilette, les sciences utiles, les arts qui répan- 
dent un si, grand charme dans la vie. Sur de tels sujets, il serait difficle de 
ne pas trouver quelques opinions contestibles, d'autant que, dans beaucoup 
d'occasions, il n'y a pas de règle; lixes. Mais, en général, les avis sont très- 
sages. L'auteur ne parait point éloigné des idées religieuse?, mais on est 
en droit de s'étonner qu'elle ne senble point comiit-ir la relig'on et ses pra- 
tiques parmi les éléments du bonheur du f >yt'r. Dans un petit récit qui 
termine ce volume, l'auteur a voulu mettre la pratique à côté de la théorie, en 
montrant, sous le titre de FamiUn et patrie, l'heureuse inlluence morale que 
peutexi^rcer une femme exacte fi ses devoirs dans la plus large acception du 
mot. a. S. 



iVotes f*ur l*Kspagne artistique, par Fernanu Petit, doctt ur en 
droit. Lyon, N. Scheuring, 1878, in 8 de 138 p., tiré à petit nombre. 

Peu de personnes entreprennent le voyage de l'Espagne sans faire par.àtre, 
à leur retour, leurs impressions de voyage. M. Petit a cédé au même senti- 
ment; mais Son excursion, entreprise dans un but exclusivement artislique, 
donne à son livre un caractèi'e particulier ; ses Noies sur VEqmgne artistique 
sont surtout un livret des œuvres d'art qui lui ont paru remarquables dans 
les diverses ville-, musées, collections particulières et églises qu'il a visitées. 
Ses appréciations nous ont, eu général, semblé justes et élablies sur des 
comparaiiOMS intéressantes avec les chefs-d'œuvre des maîtres qu'il a eu 
occasion d'admirer et d'étudier dans les diverses galeries d'Europe. Les 
amateurs trouveront dm; ce livre la trace de mainte œuvre peu connue 
etcepeniaut digne d'attirer l'attention ; nous avons également remarqué des 
rapprochements curieux entre diverses toiles analogues (copies ou répliques) 



et quelques atlrib^Jtions qui nous semblent certaines. Il serait superflu de 
louer l'exécution matérielle du volume, on sait assez que tout ce qui sort des 
presses de Seheuring peut figurer avec honneur dans toutes les bibliothèques. 
Les Notes sur VEspagnc artistique seront un complément indispensable aux 
guides qu'emporte tout voyageur « entreprenant le pèlerinage artistique du 
voyage d'Espagne ; )j elles seront également consultées avec fruit par qui- 
conque aime les arts et s'occupe de les étudier. J. D. L. R. 



Un été en ;^mérique, pariVl. Jllks Lrc;[.ebc.o; ouvrrge enrichi de seize 
gravures. Pari-, Pion, 1877, in-12 de 416 p. — Prix : 4 fr. 

Qui n'a f.iit aujourd'hui une excursion en Amérique. C'est une promenade 
plus facile et moins longue que ne l'était pour nos pères le voyage de Paris. 
M. J. Leclercq a voulu faire, lui auss', comme jadis Maurice Sand, ses six 
mille lieues à toute vapeur, et il a profité de l'exposition de Philadelphie 
pour aller passer deux mois aux États-Unis. Il a visité tout l'Est, puis, s'a- 
vançant vers l'ouest jusqu'à Chicago, il est remonté sur le nord et a regagné 
l'Océan par le Canada. Il a admiré ces puissantes métropoles de New York, 
Philadelphi'% Baltimore, Saint-Louis, et cette étonnante reine des lacs qui, 
brûlée en 1871, s'est relevée de ses ruines plus grande et plus riche. La force 
d'extension des Américains est véritablemetit surprenante. Leur hardiesse et 
leur esprit d'initiative ne le sont pas moins, sans oublier leur talent à orga- 
niser le confort dans les chemins de fer. Mais, à côté de ces qualités réelles, 
que de misères. Et qu'on est loin aujourd'hui de l'enthousiasme de Toque- 
ville pour la démocratie américaine. M. Claudio Jannet, dans son beau livre 
sur les États-Unis contemporains, a porté un rude coup à la légende. M. G. Le- 
clerq, sans faire un livre didactique, mais en racontant simplement ses sou 
venirs de voyage, partage l'opinion de M. Cl. Jannet. Il signale les mêmes 
travers elles mêmes vices; il prévoit les mêmes dangers. L'Américain, taci- 
turne et mal élevé, ne lui est pas sympathique, et, il ne se sent en pays de 
connaissince qu'au Canada, où il retrouve les traditions et le langage de la 
mère-patrie. Ses lecteurs, il peut en être sûr, auront li même impression 
que lui . 

Seize jolies gravures ajoutent encore à l'intérêt très-réel de ce livre. Nous 
nous permettrons seulement de signaler à l'habile et consciencieux éditeur 
quelques fautes d'impression qui, nous n'en doutons pas, disparaîtront à la 
prochaine édition. M. de la R. 

Li*i%.friqne centrale, expédition an lac Victoria Nyanza et ait Makraka 
Niam-Niam, à l'ouest du Nil blanc, par le colonel Chaillé-Long, de l'état- 
major égyptien; traduit de l'anglais par M°' Foussé de Saye; ouvrage en- 
richi d'une carte spéciale et de gravures sur bois, d'après les croquis de 
l'aut'rur. Paris, Pion, 1877, in-12 de viii-352 p. — Prix : 4 fr. 

Ce volume contient le récit d'une double expédition au lac Victoria d'abord, 
chez les N'iam-Niam ensuite. Le colonel Chaillé-Long, au service de l'Egypte, 
avait résolu de savoir si le lac Victoria Nyanza était en communication avec 
l'Albert Nyanza. II partit avec quelques hommes seulement, arriva à la cour 
du roi d'Uganda, le roi M. Tsé, gagna les bonnes grâces du monarque 
africain, et, avec une escorte fournie par lui, voulut poursuivre sa route. 
Mais la mauvaise volonté de cette escorle, les difficultés qi'il rencontra, le 
mauvais t- mps, les maladies, les embûches qui lui furent dressées par un 
autre potentat noir, Keba Hega, ne lui permirent pas de pousser son entre- 
prise jusqu'au bout : il découvrit un nouveau lac, le lac Ibrahim; puis, ar- 



— 74 — 

rivé à Fouiérd, il ne put aller plus loin, et revint à Gradakora. Bientôt après, 
il repartit pour le pays des Niain-Niani, explora ces tribus encore peu con- 
nues, étudia la race des Akkas, et, à la tète d'une colonne égyptienne, à 
laquelle s'étaient joints les Niani-Niam,inlligea une punition exemplaire aux 
Yanbani, qui avaient cherché à l'arrêter. 

Un fait capital ressort des récits du colonel Long : les efforts considérables 
du Khédive pour assurer son autorité sur les peupla'les noires qui habitent 
le voisinage des lacs; déjà des ports militaires ont été établis sur plusieurs 
points, et plusieurs tribus sont soumises. Mais quand seront-elles civilisées? 
Le colonel Long ne semble pas concevoir de grandes espérances à ce sujel ; 
il est peu enthousiaste de la race noire et du climat équatorial, et lis détdils 
qu'il donne détruisent bien dei légendes répandues par ses prédécesseurs. 
Est-ce une raison de se décourager? Non ; mais de procéder avec une extrême 
prudence dans ce climat malsain et avec ces peuples sans loyauté. 

M. DE iaR. 



L<a Domination bourguignonne à Xours et le siège de 
cette ville (1417-1418), par M. Delaville Le Uoulx, élève de l'École 
des chartes. Pans, Menu, in-8 de 71 p. (Extrait du Cabinet historique, 
t. XIII.) 

Ce mémoire, d'une érudition profonde, est le résultat de longue^; recherches 
aux archives de la Touraine et dans les colleclious de la Bibliothèque na- 
tionale. M. Delaville Le Roulx relève les erreurs accréditées jusqu'à ce jour 
relativement k la domination bourguigno-nne à Tour^, sous Charles VI. Il 
raconte l'entrée dans cette ville des alliés de la reine Isab^au de Bavière; il 
fixe h date du siège d'Azay-sur- Indre, et il parvient à faire le dénombrement 
des forces qui vinrent assiéger Tours et rendre celte ville au dauphin 
Charles. Ce chapitre entièrement inédit de l'histoire de la capitale de la 
Touraine fait honneur à son auteir, un des plus brillants élèves de l'Ecole 
des chartes. Er. B. 



IL,a Chartreuse de Valbonne (chronique), par M. L. Bruguier-Roure, 
membre de la Société française d'archéologie, etc. Tour?, P. Bouserez, 
1877, in-8 de 102 p. 

Après avo'r donné un aperçu rapide de l'histoire des chartreux depuis la 
création de l'ordre par saint Bruno, M. Bruguier-Roure raconte la création 
de la chartreuse de Valbonne par l'évêque d'Uzès, au commencement du 
treizième siècle. Pauvre et de peu d'importance à son origine, le nouveau 
monastère ne tarda pas à prendre une extension rapide, grâce à la libéralité 
des vicomte s d'Uzès et d'autres bienfaiteurs. L'auteur fait le récit des procès des 
moinesftvecleurs voisins, les droits féodaux qui leur étaient dus, l'extension 
de leur juridiction. La guerre deCmtans arrêta la prospérité de la paisible 
colonie; sous la Réforme, le couvent fat dévasté et incendié. 11 ne fut res- 
tauré que pour subir bientôt le contre-coup de la Révolution. Tel est le cadre 
que développe M. Bruguier-Roure. Cette notice trop courte est ornée de 
notes nombreuses puisées aux meilleures sources. La chartreuse de Val- 
bonne a été restaurée de nos jours; dépendant autrefois de l'évêché d'Uzès, 
elle est aujourd'hui comprise dans le diocèse de .Nîmes tt le département du 
Gard. Er. B. 



VARIÉTÉS. 

LES PUBLICATIONS DE LA. CAMDEN SOCIE/"' 

Quatrième article ^. • 

LXXII. — The Romance of Blonde of Oxford and Jehan of D 
Philippe de Heimes, a Trouvère of the thirteenth century. EdiV .ne 

unique ms, in the impérial library at Paris, by M. Leroux be Lincy. 1858, 
xxvii-2i4 pages. 

Ce roman d'aventures est tiré d'un volume qui contient également le 
Roman de la Manekifie, édité en iSiO par }A. Francisque Michel pour le Ban- 
natyne Club. M. Leroux de Lincy a donné, dans sa préface, une analyse du 
poëme,où l'on trouve une intéressante peinture de la société au moyen âge. 

LXXIIL — TheCamden Miscellany, volume the fourlh, 1859. — Contient sept 
articles, dont voici la description sommaire : 

1. A London chronicle during the reigns of Henry Ihe sevenlh and Henry the 
eighth. Edited from the original ms. in the Cottonian library of the British 
muséum, by Clarence Hopper. 21 pages. 

Cette chronique n'a guère d'autre mérite que celui de l'inédit. Elle com- 
mence en 1500 et se termine en 15i5. 

2. The expenses of the judges of assize riding the Western and Oxford cir- 
cuits, temp. Elizaheth, 15(16-1601. £rf(7erf from thems. account-book of Thomas 
Walmysley, one of the justices of the common pleas. by \V. Durrant Cooper. 
60 pages. — Ce petit travail est curieux, parce qu'il nous donne une idée 
des épices que recevaient autrefois les juges des assises en Angleterre. 
On y voit aussi leur itinéraire et les noms des personnes qui les héber- 
geaient. 

3. The Skryveners play, the incredulity of saint Thomas, from a ms. in Ihe 
possession of John Sykes, M. D, of Doncaster. Edited byJ. Payne Collier. 
18 pages. 

On connaît plusieurs suites de mystères et moralités en langue anglaise. 
Un des plus importants de ces recueils est une série de cinquante-sept pièces 
représentées jadis à York le jour de la fête de Corpus-Christi. Malheureu- 
sement, ce recueil fait partie aujourd'hui de la bibliothèque de lord Ash- 
burnham, c'est-à-dire qu'il t-st inaccessible ; il a appartenu successivement à 
Thoresby, Horace Walpole et M. Heywood Bright. La moralité publiée par 
la Cauiden Society esi une des pièces jouées sous le patronage de la corpora- 
tion des écrivains (Skryveners); le manuscrit qui a servi à la présente édition 
est, selon toute probabilité, l'exemplaire du souffleur; il a fait partie des 
archives de la ville d'York, et fut publié pour la première fois, avec beau- 
coup de négligence, en 1797, par M. Croft, dans ses Excerpta antiqua. 

4. The Childe of Bristowe, a poem, by John Lydgatc. Edited from the origi- 
nal ms. in the British Muséum, by Clarence Hopper. 28 pages. — Ce poëme 
contient l'histoire supposée d'un jeune homme restituant à diverses per- 
sonnes de l'argent que son père, usurier infâme, leur avait arraché. 
M. Orchard Halliwell a déjà publié, d'après un manuscrit de la bibliothèque 
de l'Université de Cambridge, une autre version de la même légende. On 
sait que Lydgate, né en 1380, mort vers 1460, et moine de l'abbaye de 
Bury, était un des poètes les plus distingués de l'école de Chaucer. 

5. Sir Edward Lake's account of his interviews with Charles I. On being 

1. Voir tome X, p. 234 ; tome XII, p. 244; et tome XIV, p. 448. 



— 7r, — 

creatcd a boronet, and receiving an augmentation to hh arms. Edited bj* 
J. P. Lax(;mkad, esq. 20 pages. — M. Lake, avocat général en Irlande, ayant 
été chassé par les rebelles, revint en Angleterre, joignit l'armée royale, et 
reçut, au service de Charles 1" seize blessures à la bataille d'Edgehill. Le 
jour du premier anniversaire de cet événement, il eut une entrevue avec le 
l'oi à Oxford, et, l'été suivant, il en eut une autre à Worcester. La plaquette 
où il décrit ces deux conférences est intéressante pour l'histoire de la guerre 
civile de lCiO-41. 

6. The lettcrs of Pope to Alterbury, whcn in the Tower ofLondon. Edited by 
John Gough Nichols. 22 pages. — Les lettres de Pope ne sont pas inédites, 
mais la copie sur laquelle M. Nichols a publié le texte do)it je parle ici con- 
tient de cuiùeuses variantes qui leur donnent une certaine importance. On 
sait qu'Atterbury, chapelain du roi Guillaume, puis de la reine Anne, et 
évoque de Rochester en 1713, se déclara pour le Prétendant et fut enfermé 
dans la Tour de Londres en 1722. Condamné à l'exil par la Chambre des 
Lords, il se réfugia en France et mourut à Paris en 1732. 

7. Stipplcmentary note to Ihe discovenj of llie Jcsuit's collège. Voyez le 
n° LV, tome XIV, p. 449. 

LXXIV, — Diary of the marches of the Royal anny during the great civil 
war; kept by Richard Symonds. iNow first published from the original ms. 
in the British Muséum. Edited by Charles Edward Long. 1859, xiv- 
296 pages- 
Richard Symonds était un des officiers de la cour de la chancellerie lors- 
que la guerre civile éclata. Prenant le contre-pied du fameux adage cédant 
arma tog.r, il s'enrôla dans la cavalerie royaliste, et servit sous lord Bernard 
Stuart, créé plus tard comte de Lichfield. Le journal publié par M. Long 
forme quatre petits volumes, et, outre des particularités historiques sur la 
marche des troupes de Charles I'^'', on y trouve quantité de notes sur les 
églises du Leicestershire et du Dorsetshire. Plusieurs de ces memoranda 
avaient déjà vu le jour. Richard Symonds a laissé beaucoup de manuscrits 
qui mériteraient d'être édités, surtout les recueils faits par lui pendant ses 
nombreux voyages en France, en Italie et en Angleterre. Ces ouvrages, con- 
servés au British Muséum, sont analysés par M, Long dans sa préface. 

LXXV. — Original papers illustrative ofthelife andwritings of John Milton, 
including sixteen letters of State, written by him, noiv first published from mss. 
in the State paper office, with an appendix of documents relating to his connec- 
tion with the Poivell family . Collected and edited, with the permission of the 
master of the rolls, by W. Douglas Hamilton. 18o9, viii-i39 pages. — 
M. David Masson, le docte biographe de Milton, a fait bon usage de ce 
volume, qui est édité avec le plus grand soin, et qui contient, sur le poëte, 
de précieux détails. Le nom de sa femme était, on se le rappelle, Mary 
Powell. 

LXXVI. — Letters of George Lord Carew to sir Thomas Roe, ambassador to 
the court of the Great Mogul. 161o-1617. Edited by John Maclean. 1860, 
xiv-t60 pages. — George Lord Carew, nommé, par la suite, comte de 
Totnes, était grand maitre de l'artillerie et chambellan du roi Jacques pr à 
l'époque où il écrivit ces lettres. Son ami, sir Thomas Roe, occupait le poste 
d'ambassadeur près la cour de l'empereur de Mongolie, aux frais de la com- 
pagnie des Indes-Orientales ; mais il faut voir là plutôt une simple mission 
qu'une ambassade proprement dite. De 1()21 à 1628, Roe fit un nouveau 
voyage diplomatique au même pays, et le récit des négociations qui résul- 
tèrent de cette seconde mission fut publié, en 1740, par l'historien Carte, 



on un volume in-folio. Les lettres dont il est question ici se trouvaient, à 
l'origine, dans la bibliothèque de Carte, avec le reste des papiers de sir 
Thomas Roe, et on ne sait comment elles ont enfin été remises aux archives 
de l'État. Voici la description qu'en donne l'historien : « Journal d'événe- 
ments qui se sont passés de 1613 à 1617, tant en Angleterre que dans 
d'autres pays de l'Europe. » Les extraits sont concis, comme le sommaire que 
Camden nous a laissé du règne de Jacques !•=■■. En réalité, les lettres de lord 
Carew peuvent passer pour de véritables gazettes, et c'est là le nom que 
leur donne, en plusieurs endroits, Cai'ew lui-même (voir pages o4, 80, 139) ; 
les incidents y sont relatés au fur et à mesure que le chambellan les obser- 
vait ou qu'ils les apprenait de ses correspondants à l'étranger ; il les laissa 
ensuite s'amasser et les expédia à son ami l'ambassadeur en quatre livrai- 
sons successives, savoir : avril 1615, janvier 1616, janvier 1617 et jan- 
vier 1618. Sir Thomas Roe envoya à Carew un journal du même genre et 
qui, en raison du pays d'où il était daté, devait offrir le plus piquant 
intérêt. 

LXXVII. — Narratives of Ihe daijs of Ihe re formation, chiefly from the ma- 
niiscripts ofJohn Foxe the martyrolorjist, with ttco eontemporary biorjraphies of 
arckhisliop Cranmer.Y.à\iQà. by John Gough Nichols. 18o9, xxvii-366 pages. 
— Les deux principaux historiens qui ont traité de la réfoi'me en Angle- 
terre sont Foxe et Strype. Le premier, né en lol7 et mort en \'6%~, embrassa 
les opinions puritaines, écrivit, sous le nom dC Actes et monuments, \xnvecue.\\ 
qui devint bientôt très-populaire, précisément à cause de la violence avec 
laquelle le catholicisme y était attaqué, et laissa derrière lui une quantité 
de manuscrits maintenant conservés au Dritish Muséum et qu'il ne mil pas 
tous en œuvre. Le second, né en 1643 et mort en 1737, consacra, à écrire 
l'histoire de la Réforme, tout le temps que lui laissaient ses devoirs de 
dergijman, et profita, pour ses nombreuses et indigestes compilations, des 
documents x'éunis par Foxe. Cependant, il restait encore passablement de 
textes à publier, soit qu'ils eussent été entièrement négligés, ou imprimés 
d'une manière défectueuse ; ce sont ces pièces que M. Nichols a annotées 
pour la Camden Society; en voici le relevé : a. Souvenirs de John Louth, 
archidiacre de Nottingham. — b. Autobiographie de Thomas Hancock, 
ministre de l'église de Poole. — c. Défense de Thomas Thackham, ministre 
de l'église de Reading, contre Julius Palmer. — d. Anecdotes d'Edouard 
Underhill. — e. Les Épreuves de Thomas Mowntayne, recteur de la paroisse 
de Saint-Michel, racontées par lui-même. — /'. L'ne chronique s'étendant 
de 1332 à i;i38, écrite par un moine de l'abbaye de Saint-Thomas, à Cantor- 
béry. — g. Sommaire dos événements relatifs à l'Église anglicane pendant 
l'année looi. Citons aussi un recueil d'anecdotes sur l'archevêque Cranmer, 
par son secrétaire, Ralph Morice ; elles sont tirées de la bibliothèque du 
collège de Corpus-Christi, à Cambridge. 

LXXVllL — Correspondencc of Kincj James VlofScotland with sir Robert Cecil 
and others in Enyland, during the reign of Queca Elizabeth ; with an appendix 
containing papers illustrativc of transactions bctwcen King James and Robert 
earl ofEssex. Principally published for the first time frommss. of the most the 
marquis of Salisburj^ preserved at Hatfield. Edited by John Bruce, esq. 
1861. 

En 1766, lord Hailes publia, sous le titre de Secret correspondence of sir 
Robert Cecil with James VI, King of Scotland, un petit volume de lettres 
écrites par lord Henry Howard ou adressées à lui par ses amis. Ces pièces 
faisaient partie d'une correspondance beaucoup plus étendue dont M.Bruce 



— 78 — 

a publié le reste dans le volume édité ici; l'impression a été faite d'après une 
copie collationnée sur les originaux à Hatfield. 

LXXIX. — Letters lurillen by John Chamberlain durlng the reign of Queen 
Elizabeth. Edited from the original by Sarah Williams. 1861, de xii-i88 
pages. 

On trouvera, dans la prélace de ce volume, des détails biographiques 
relatifs à Chamberlain, fils d'un aldennan de la ville de Londres. C'était un 
homme d'un esprit cultivé, écrivant à merveille, curieux de nouvelles, et 
qui aurait mérité de remplir la place de rédacteur en chef d'une gazette. 
Comme le journalisme n'existait pas du temps de « Queen Bess, » Chamber- 
lain s'en dédommageait, de même que lord Carew (voyez plus haut, n° LXXVll), 
en remplissant ses lettres de bavardages sur les événements dont il était le 
témoin, et, dans ce genre de littérature, il s'est fait, en Angleterre, une 
réputation justement méritée. Nombre d'extraits de la correspondance de 
Chamberlain ont été déjà imprimés par des éditeurs de recueils archéolo- 
giques; les lettres publiées par miss Williams sont écrites à M. Carleton, 
plus tard vicomte de Dorchester. 

LXXX. — Proceedings principally in the county of Kent, in connection luith 
Ihe Parliaments called in 1640, and especially ïvith the committee of Religion 
appointed in that year. Edited by the Rev. Lambert B. Larking from the 
collections of sir Edward Dering, Bart. 1626-1644. With a préface by John 
Brcce, 1861; Li-248 pages. — Ce volume est plein de particularités 
curieuses sur l'histoire de l'Église anglicane et sur l'administration du 
célèbre Laud, archevêque de Cantorbéry. Voici une liste des principaux 
documents : 1. Trente-cinq pièces relatives au Parlement de 1648. 2. Recueil 
de notes prises par sir Edouard Dering pendant qu'il exerçait les fonctions 
de président du comité d'enquête sur la religion. 3. Pétitions adressées 
contre le clergé par diverses paroisses du comté de Kent ; réponses à ces 
pétitions et pièces y relatives. La préface de M. Bruce est un tableau inté- 
ressant de la vie publique et privée de sir Edouard Dering, bien connu à la 
fois comme orateur politique et comme antiquaire. 

LXXXL — Parliatnentary debates in 1610. Edited from the 7iotes ofa mein- 
ber of the hoiise of coiniiions, by S. R. Gardiner. 1861, xx-184 pages. — On 
sait l'importance des débats qui eurent lieu au parlement de KilO. C'est là 
que commença, à propos des impôts, la lutte entre le roi et la Chambre 
des communes. Les registres de la session d'hiver de cette année nexistent 
plus, de sorte que les comptes rendus imprimés des séances fourmillent 
d'inexactitudes. M. (îardiner a réussi à corriger ces erreurs et à combler les 
lacunes, en grande partie du moins, par des notes prises de divers 
côtés. 

LXXXn. — Li-sls of Foreign Prolestants andaliens, résident in England, 1618. 
1688. From returns in the State paper office. Edited by William DurrantCooper . 
1862, xxxii-11!) pages. — Ces listes se rapportent en partie au règne de 
Jacques I""", et en partie à celui de Charles IL L'éditeur les a commentées 
par des documents précieux sur l'histoire des réfugiés huguenots, leur ins- 
tallation en Angleterre et les manufactures qu'ils établirent ou développè- 
rent. M. King, héraut d'armes, ajoute plusieurs listes de familles émigrées, 
extraites des recensements de 1634, 1664 et 1687; enfin des notices biogra- 
phiques et des pièces justificatives complètent le tout. (Pour la suite du tra- 
vail publié par la Carnden Society sur les réfugiés huguenots, voir un 
article dans le Herald and genealogist, vol. I, pp. 159-174.) 

{La fin prochainement.) Gustave Masson. 



— 79 — 



CHRONIQUE 

Nécrologie. — L'érudition française vient de faire une perte sensible dans 
la personne de M. Edgard-Paul Boutaric, membre de l'Institut, chef de sec- 
tion aux Archives nationales, professeur à l'École des chartes. Né à Châ- 
teaudun (Eure-et-Loir) le 9 septembre 1829, il fut successivement élève de 
l'Écule des chartes et de l'École d'administration et entra aux Archives de 
l'Empire comme archiviste le 6 octobre 18.'J2; nommé sous-chef de section 
en 1866, il devint chef de la section administrative le il février 1873. Membre 
de la Société des antiquaires de France depuis le 4 janvier 1860, élu prési- 
dent de cette société en 1872; membre du Comité des travaux historiques 
et des sociétés savantes en 1865 ; chevalier de la Légion d'honneur le lo août 
de cette même année, il fut nommé professeur d'institutions politiques, 
administratives et judiciaires de la France à l'École des chartes, en rempla- 
cement de M. F. Bourquelot, le l'^'' février 1869. Plusieurs fois lauréat de 
l'Institut (prix à l'Académie des inscriptions en 1858, 1861 et 1863 ; prix à 
l'Académie des sciences morales et politiques en 1860; grand prix Gobert à 
l'Académie des inscriptions en 1871); auteur d'ouvrages très-estimés, archi- 
viste sagace et laborieux, doué d'une mémoire étonnante et d'une merveil- 
leuse aptitude pour la découverte et la mise en lumière des documents, pro- 
fesseur savant et zélé, il était digne de prendre place à l'Institut; mais, au 
moment même où l'Académie des inscriptions l'appelait dans son sein, le 
25 février 1876, à la place de M. Molh, il était frappé de la terrible maladie 
qui l'a emporté le 17 décembre dernier, à l'âge de 48 ans, et quand on espé- 
rait encore delui de nombreux et excellents travaux.» Pour ce chrétien con- 
vaincu, pour Cdtte conscience pure, a dit de lui M.Alfred Maury, directeur des 
Archives, la mort n'a été que le suprême élan de l'âme vers le mystérieux 
auteur de toutes choses. » On jugera de ce qu'il a fait et de ce qu'il lui 
restait encore à faire par la liste sommaire de ses ouvrages : — La Finance 
sons Philippe le Bel, étude sur les institutions politiques et administratives 
du moyen âge, d'après un mémoire couronné par l'Institut (Académie des ins- 
criptions et belles-lettres, Paris, H. Pion, 1861, in-8, viii et 468 p.); — Notices 
et extraits de documents inédits relatifs A l'histoire de France sous Philippe 
le Bel (extrait du t. XX, 2' partie des Xolices et extraits des Mss. publiés 
par l'Académie des inscriptions, Paris, impr. imp. 1861, in-4, 155p.); — Insti- 
tutions militaires de la France avant les années permanentes, suivies d'un 
aperçu des principaux changements survenus jus(|u'à nos jours dans la for- 
mation de l'armée (Paris, Pion, 1863, iu-8, viii et 499 p., ouvrage récom- 
pensé à l'Académie des sciences morales et politiques); — Actes du Parlement 
de Paris, 1" série, t. ^^ 125i-1299, t. II, 1299-1328 (Inventaires et docu- 
ments publiés par les Archives de l'Empire iParis, H. Pion, 1863 et 1867); cet 
inventaire est précédé d'une préface par M. L. de Laborde, accompagné d'une 
notice sur les Archives du Parlement de Paris, par M A. Griin, et suivi de 
le restitution d'un volume des Olim perdu depuis le seizième siècle, par 
M. L. Delisle; — Correspondance secrète inédite da Louis XV sur la politique 
étrangère avec le comte de Broglie, Tiercier, et autres documents relatifs au 
ministère secret publiés d'après les originaux conservés aux Archives de 
l'Empire et précédés d'une étude sur le caractère et la politique personnelle 
de Louis XV (Paris, H. Pion, 1866, in-8, 2 vol. iv-501 et oil p.);— Mémoires 
de Frédéric H, roi de Prusse, écrits en français par lui-même, publiés confor- 
mément aux manuscrits originaux conservés aux Archives du cabinet à 



— 80 — 

Berlin, avec des uotes et dos tables (en collaboration avec M. E.Campardon), 
(Paris, Pion, 1866, in-8, 2 vol. viii-oi-3 et 513 ]).)\~Saint Louis cl Alfonsa de 
Poiliers. étude sur la réunion des provinces du Midi et de l'Ouest à la cou- 
ronne et sur les origines de la centralisation administrative, d'après des 
documents inédits (Paris, Pion, 1870, in-8, ."ijO p.); ouvrage couronné par 
l'Institut (prix de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1801) et qui 
a obtenu le grand prix Gobert à la même Académie en 1871. 

Indépendamment de ces ouvrages importants et qui ont révélé des faits et 
des personnages nouveaux, comme Alfonse de Poitiers, M. Boutaric a fourni 
à diverses revues des articles variés, intéressants et quelques-uns fort éten- 
dus. — A LA BiBLiGTHÈQL'E DE l'Éc.ole DES CHARTES : Coiiiptc (les dépenscs 
de la chevalerie d'Alfonse, comte de Poitiers (juin 12il) XIV« année, 18o2-18;j3, 
p. 22-i2 ; — Organisation judiciaire du Languedoc au moyen âge, ibidem, 
XVI' année, ISoi-oii, p. 201-230 et o32-j.j0; XVIP ann. ISoiJ-iJO, p 97-122 
(c'est la thèse que M. Boutaric avait soutenue à l'École des chattes pour 
obtenir le diplôme d'archiviste-paléographe); — Les premiers Etats généraux 
(fragment d'un mémoire couronné par l'Académie des inscriptions), (ibidem, 
XXI« ann., 18o9-60 p. 1-37, tiix^ à part, Paris, F. Didot frères, 18G0, in-8, 
37 p.); — Organisation militaire de la France, sous la troisième racc^ avant 
l'établissement des armées permanentes (ibidem, XXII" ann. 1860-01, p. 1-30, 
481-o04); — La Saint-Barthélcmy , d'après les Ar.jhives du Vatican (ibidem, 
XXIII*^ ann., 1861-62, p. 1-27);— Les Archives de l'Empire, à propos d'un rap- 
port de M. F. Ravaisson (ibidem., XXIV* ann., 1862-63, p. 2:)2-20it. Enfin de 
nombreux comptes rendus qu'il a fournis au même recueil pendant plus 
de vingt ans, de 18.")3-187."i, sur l'histoire générale, les institutions, etc. — 
AuxAntiquauies de France : nous n'avons relevé qu'un seul mémoire, mais fort 
important : Recherches archéologiques sur le palais de justice de Paris, princi- 
palement sur la partie consacrée au Parlement, depuis l'origine jusqu'à la 
la mort de Charles VI (li-22). Ce mémoire a paru dans le XXVII*^ volume des 
Mémoires de la Société imp. des antiquaires de France, et a été tiré à part 
(Paris, 1862, in-8, 70 p.). On trouve dans le Bulletin de la même Société les 
communications suivantes deM. Boutaric : 1861, p. iil , Inventaire de plusieurs 
reliques de saint Louis; — p. 100, Plaintes de Frémitiet, premier peintre de 
Louis XIII, au sujet de dégâts commis aux peintures de la chapelle de 
Fontainebleau; — 1862, p. 66 et 70, Monograramcs et signatures de rois de 
France; — p, S.'i, Note sur les portefeuilles de la collection Gaiqnicrcs trans- 
portés à Oxford; — 1864, p ."il et92, Note sur le tableau de le Grand' chambre 
du Parlement de Paris. On remarque encore dans le Bulletin de 1873 l'al- 
locution prononcée par M. Boutaric, président sortant, p. 3o. — Aux 

A.VNALES DU lîlBLIOl'HlLE, DT BIBLIOTHÉCAIRE ET DE l'aRCHIVISTE pOUr 1862, 

publiées en 1863, M. Boutaric a fourni une suite d'ai'ticles intitulés : Les 
livres condamnés, relevé général d'après les documents originaux, p. 3, 35, iio, 
82 et 172. — A la Revue coNiEiii'ORAi.NE : Les idées modernes chez un po- 
litique du quatorzième siècle, Pierre Du Bois, '2' série, tome. XXXVIII, n° du 
]o avril 1864, pages 417-447. — A la Revue des questions historiques: 
Marguerite de Provence, femme de saint Louis, son caractère, son rôle poli- 
tique {[" octobre 1867), tiré à part, in-8, 46 p. 1868; — Clément V, Phi- 
lippe le Bel elles Templiers (l" octobre 1871 et 12 janvier 1872); tiré à part 
in-8, 78 p. 1872; — Le Vandalisme révolutionnaire : les archives pendant 
la Révolution française (1" octobre 1872); — Vincent de Beauvais cl la con- 
naismnce de l'antiquité classique au seizième siècle (1" janvier 1875); tiré à 
part, in-8, .J-'i \^.;— Des origines et de l'établissement du régime féodal cl par- 



— 81 — 

ticuliêremcnt de Ivninitnilé (1" octobre 1875); tirage à part, in-8,o6 p. Dans 
\e?> Mélanges diQ la même Revue : Marie-Thérèse Joseph II et Madame d'IIerzelle 
(l" juillet 1868); — Les Étals généraux de France, à propos du livre de 
M. Georges Picot (1" janvier 1873) ; — La Chambre des comptes de Paris (à 
propos du livre de M. A. de Boislisle) (i" avril 1874); — Un mémoire inédit 
dit duc de Saint-Simon (l^"" octobre 1874). 

M. Boutaric avait pris une part importante à la publication de V Inventaire 
sommaire et tableau méthodicjue des fonds conservés aux Archives nationales, 
1" partie, régime antérieur à 1789, Paris, impr. nat.,1871. Il avait colla- 
boré à la publication du Musée des Archives nationales, Documents originaux 
de l'histoire de France... publié par la direction générale des Archives na- 
tionales, Paris, H. Pion, 1872, in-4, ouvrage auquel il a fourni la notice des 
Capétiens (987-1328), p. 49 à 184 de ce volume. 

On trouve dans les Archives des missions, 2* série, deuxrapports de M. Bou- 
taric : Rapport sur une mission en Belgique, à l'effet de rechercher les docu- 
ments inédits relatifs à l'histoire de France, au moyen âge, t. 11, p. 231- 
319; — Rapport sur une mission ayant pour objet de recueillir dans les Ar- 
chives du royaume de Belgique, les papiers d'Etat des seizième, dix-septième, et 
dix-huitième siècles, relatifs à l'histoire de France, t. VII, p. 1-23. 

M. Boutaric avait, en outre, fourni quelques articles au Journal officiel, 
pendant la direction de M. Ernest Daudet. Il avait proposé, vers 1860, au 
Comité des travaux historiques de publier divers documents relatifs aux 
négociations entre la France et la Castille. Depuis qu'il faisait partie du 
Comité, c'est-à-dire depuis l'année 186y, il avait fourni de nombreux rap- 
ports sur les publications projetées et les communications des correspon- 
dants. 

Les nouveaux éditeurs de l'Histoire générale du Languedoc de D. Vaissète 
avaient recherché sa collaboration et le prospectus publié par M. Privât, 
libraire à Toulouse, annonçait que M. Boutaric traiterait l'histoire du Midi 
au treizième siècle, et en particulier sous l'administration d'Alphonse de 
Poitiers, héritier des comtes de Toulouse. M. Boutaric avait encore en prépa- 
ration : Le grand miroir de Viticent de Beauvais, étude sur l'érudition au 
treizième siècle, ouvrage couronné en 1863, par l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres; — La Correspondance administrative d'Alphonse, comte de 
Poitiers (1249-1271) qui devait paraître dans les Documents inédits, et 
quelques travaux de moindre importance. 

Nous ne devons pas oublier la collaboration qu'il a donnée au Polyhiblion 
dans quelques articles sur des ouvrages historiques signés de ses initiales 
E. B. A. B. 

M. Hippolyte-Jules Demolière, romancier et auteur dramatique, plus 
connu sous son pseudonyme anagrammatique de Moléri, vient de mourir; 
il était né à Nantes, le 3 août 1802. Après avoir étudié le droit à Rennes et 
la médecine à Paris,il débuta dans les lettres vers 1837. Lors de la Révolution 
de 1848, il fut attaché, comme secrétaire au Gouvernementprovisoire, et resta 
au secrétariat de la Présidence sous le généra! Cavaignao. 11 avait donné au 
théâtre, en 1843 : La Famille Renneville, et Tôt ou Tard, et, en 18i5 : Le 
Gendre d'un millionnaire, joué au Théâtre-Français ; ces trois pièces avec la 
collaboration de M. Léonce Laureucot. Ea 1849, il donni LaFamille; eal852, 
La Tante Ursule; en 1861, Le Revers de la médaille. Ses débuts dans la litté- 
rature romanesque furent postérieurs à ses premières œuvres dramatiques ; 
lambo parut en 1848, dans VÉcho des feuilletons; le Marcjuis de Monclar esi 
de 1831. Un recueil de ses nouvelles, en deux volumes, Petits drames bour- 
Janvier 1878. T. X.\1I, 6. 



— 82 — 

geois, suivit, en 1856, puis, en 1838, Fièvres du jour, ses deux meilleures 
œuvres dans ce genre; enfin, la Traite des blanches, en 1863, et Or et Misère, 
en 1864; l'Amour et la Musique, en 1866; Terre promise, en 1867. M. Moiéri 
était aussi l'auteur d'un Dictionnaire^ Manuel du Jardinier amateur [iSQH), et 
des a guides-itinéraires » De Paris à Strasbourg , et De Paris à Corbcil et à 
Orléans. 

— M. Emile Bères, né à CasteInau-d'Ânzac (Gers), en 1801, est mort récem- 
ment ; c'est en concurrence avec M. Bères que Blanqui obtint en 1832 sa 
chaire au Conservatoire des arts et métiers. M. Bères, avait déjà publié à 
cette date un Essai sur les moyens de créer la richesse territoriale dans les 
départements méridionaux (1830), dunt les tentatives d'application pratique 
furent ruineuses, mais lui valurent cependant d'ètrt^ nommé, vers 1848, 
rapporteur au bureau de l'industrie parisienne. En 1831, la Société agri- 
cole de Châlons avait couronné ses Élé7ne7its d'une nouvelle législation de 
chemins vicinaux, grandes routes, chemins de fer; et la Société de Muliiouse, 
en 1832, ses Causes du malaise industriel ; en 1836, l'Institut insérait dans le 
Recueil des savants étrangers son Mémoire sur les causes de Vaffaiblisse- 
ment du commerce à Bordeaux ; mais son ouvrage le plus complet, qui fut 
couronné par l'académie de Mâcon, par la Société morale chrétienne et par 
l'Académie française, est celui qu'on connaît sous le titre : Les Classes ou- 
vrières; moyen d'améliorer leur sort (1836, in-8). On doit encore à M. Emile 
Bères : Les Sociétés commerciales; un Manuel de l'actionnaire, un Manuel de 
l'Emprunteur et du Prêteur aux caisses du Crédit foncier, un Compte rendu 
de l Exposition de 1849, etc.; enfin, des notes géographiques et commerciales 
pour une édition en 7 vol. àQ V Histoire ancienne à.Q'^oiXïn. 

— M. Thomas Wright, antiquaire anglais, l'un des fondateurs de la Camden 
Society et de laBritish archœlogical institution, etjdepu's 1842, currespondaut 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, vient de mourir à l'âge d'en- 
viron soixante-sept ans. C'est surtout comme éditeur d'auteurs anglais an- 
ciens que M. Th. Wright était connu ; le Critical dictiomiary de Sir Austin 
AUibone ne cite pas moins de soixante-dix-huit articles de ce genre, sous son 
nom, parmi lesquels on ne trouve qu'un ouvrage original, écrit d'ailleurs en 
français, ayant pour titre : Coup d'œil sur le progrès de la littérature anglo- 
saxone en Atigleterre, par MM. Th. Wright et Francisque Michel (Paris, 1836, 
in-8). Les historiens français trouveront d'amples renseignements dans 
ces précieuses collections de documents. C'est à M. Th. Wright qu'on doit la 
découverte, en 1856, au Hunterian Muséum de Glasgow, d'un manuscrit 
inconnu des Cent nouvelles nouvelles dont il voulut être l'éditeur pour la Bi- 
bliothèque elzévirienne (1858). Sa dernière œuvre est intitulée : Les Femmes en 
Occident in-4). (1869, 

— Le P. Joseph Ddgas, de la Compagnie de Jésus, né à Lyon le 30 septembre 
1843, entré daus la compagnie le 11 novembre 1871, vient de mourir à 
Alger. Docteur en théologie, élève au séminaire français à Rome, il avait été 
un des secrétaires du concile du Vatican. En 1873, il écrivit dans l'Univers 
des lettres sur les pèlerinages de Paray-le-Monial qui ont été réunies sous ce 
titre : le Pèlerinage du Sacré-Cœur en 1873, histoire et documents; il a publié 
dans les Études religieuses : La Moricière (3* série, t. V, p. 838); — Le Chris- 
tianisme et les familles patricietines de Rome aux premiers siècles (t. VI, p. 716); 

— Le Paganisme romain dans ses rapports avec le christianisme aux deux pre- 
miers siècles (t. VU, p. 481); — L'Association des jeunes ouvrières, dite de Notre- 
Dame de Fourvière (t. VIII, p. 561 ; tii-a.'îe à part : Lyon, imp. Pitrat, 1875, in-8), 

— La Kabylie et le peuple kabyle (t. VIII, p. 693; t. IX, p. 302; t. X, p. 29^ 



— 83 — 

426, 850). Le P. Dugas venait d'achever la publicalion de ces derniers 
articles en un volume. 

— On annonce encore la moi t : de M™^ la baronne de Barante, la femme 
de l'historien des ducs de Bourgogne, et auteur elle-même d'un livre 
recommandable ; La Présence de Dieu rappelée par les passages des livres 
saints, à l'usage des écoles et particulièrement des écoles de campagne (Tours, 
Marne, 1868, in-32); — de M. le général d'Aurelle de Paladines, né à Malé- 
zieux (Lozère), en 1804, l'illustre vainqueur de Coulmiers, ancien membre de 
l'Assemblée nationale, sénateur inamovible, et dont l'œuvre : Campagne de 
1870-1871, publiée en janvier 1872 (in-8, avec 3 caries etl fac-similé) arrivait 
trois mois après à sa 3" édition; — de M. le docteur J.-B. Philippe Barth, mé- 
decin honoraire de l'Hôtel-Dieu, ancien président de l'Académie de médecine, 
membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique, né à Sarreguemines, 
en 1812, et auteur d'ouvrages estimés sur le Choléra morbus épidémique ; — 
la Dilatation des bronches; — la Rupture spontanée du cœur; et d'un Traité pra' 
tique d'auscultation, qui en était à sa huitième édition en 1874; — de 
M. Hersox-Macarel, avocat à la Cour d'appel de Paris, qui avait publié, en 
1842 :De l'expropriation jwiir cause d'utilité publique, commentaire sur la loi 
du 3 mai 1841 ; — de M. Ch. Piel de Troismonts, gérant du Constitutionnel 
depuis i861, et auteur de publications bonapartiste, entre autres : deux 
Mémoires sur l'Hérédité napoléonienne (1852) ; — de M. le docteur Jules Roux, 
premier chirurgien en chef de la marine de Toulon, et membre de la plupart 
des sociétés savantes de l'Europe, que son mémoire : De l'ostéomyélite et des 
amputations secondaires, lu à l'Académie de médecine en 1860, mit au 
premier rang des illustrations de l'art médical; — de M. Gustave Cocrbet, le 
peintre trop connu, né à Ornans en 1819, mort à Genève; membre de la 
Commune de Paris en 1871, et auteur de Lettres... à l'armée allemande et aux 
artistes allemands, lues à l'Athénée, dans la séance du 29 octobre 1870; — de 
M. Alfred Deberle, l'un des principaux rédacteurs et plus tard directeur du 
Grand Dictionnaire universel de P. Larousse, conseiller municipal de Paris, 
et auteur d'un Théâtre... recueil spécial de pièces pour théâtres d'enfants (1868), 
mort à quarante-deux ans; — de M. Adolphe Benoist, mort le o décembre à 
Chalon-sur-Saône, à soixante-quatorze ans, auteur de : Lettre d'un contri- 
buable à M. le Préfet de Saône-et-Loire, relative au projet d'établissement de 
deux chemins de fer départementaux (in-8, Châlon-sur-Saône, 1865), et colla- 
borateur de plusieurs journaux de province : la Décentralisation, le Conser- 
valeur, etc.; — du poêle autrichien Ritter-Adolf Von Tschabdchnigg, mort à 
Vienne le 2 novembre, à l'âge de soixante-huit ans : il avait occupé des 
postes émineuts dans son pays, entre autres, le ministère de la Justice en 1870; 
— du romancier hollandais G.-E.-C. Croiset, mort à Amersford le 22 oc- 
tobre, à l'âge de soixante ans; — du général Charles-Guillaume-Marie- 
Apolliuaire-Antoi.'ie Cocsin-Montauban, comte de Palikao, ancien sénateur 
de l'Empire et ancien ministre, mort à Paris le 8 janvier, à l'âge de quatre- 
vingt-quatre ans, auteur d'Unministère delaguerrede vingt-quatre jours{i81i). 

Institut. — Académie française. — L'Académie a renouvelé son bureau 
pour le j'remier trimestre de 1878 ; il se trouve ainsi composé : M. de Lomé- 
nie, directeur; M, Mézière, chancelier. 

Académie des inscriptions et belles-lettres. — L'Académie, dans sa séance du 
28 décembre, a élu correspondants: MM. Aicoli, à Naples, et Witney, à 
New Haven(Connecticut), en remplacement de MM. Conestabile et Ilerculano 
de Carvalho, décédés. 

— Dans la séance du 4 janvier, l'Académie a renouvelé son bureau, qui se 



trouve ainsi cjaipodô ; M. Éduuard Lîboulaye, prôbiJcnl ; M. Je HoziOre, 
vice-inésidi nt. 

Académie des sciences. — Uaus la séance du 13 décembre, l'Académie a 
procédé à l'élection d'un correspondant pour la section de minéralogie, eu 
remplacement de M. d'Omalius d'Halloy; M. Cailletet a été nommé par 
33 suffrage-, contre 19 donnés à M. James Halès. 

— Dans la séance du 3 décembre, l'Acadéraie a procédé à l'élection d'un 
associé étranger, en remplacement de M. de Baer. M. William Tliomîon a 
été élu par 27 voix, contre 25 données à M. Van Beneden. 

— Dans la séance du 7 janvier, l'Académie a renouvelé sou bureau, qui se 
trouve ainsi composé pour 1878 : M. Fizeau, président; M. Daubrée, vice- 
président. 

Académie des beaux-arls. — L'Académie a renouvelé sou bureau, qui se 
trouve ainsi composé pour t878 : M. Louis François, président; M. Muller, 
vice-président. 

Académie des sciences morales et politiques. — Dans la séance du Ib dé- 
cembre, l'Académie a procédé à l'élection de deux membres dans la section de 
philosophie et dans la section de législation, en remplacement de MM. Lélut 
et Cauchy, décédés. Ont été nommés, dans la sectiun de philosophie, M. Louis 
Peisse, par 22 voix, contre 18 données à M. Charles Waddington; dans la 
section de législation, M. Aucoc, par 24 voix, contre 6 données à M. Rodolphe 
Daresle, et i à M. Colmet d'Aage. 

— Dans la séance du 29, l'Académie a élu associés étrangers : MM. le baron de 
Hiibner, à Vienne, et Emerson, à Boston, en remplacement de lord Stanhope 
et de M. Motley, décédés; — correspondants, dans la section de morale, 
M. Olivecrona, de Stockolm, en remplacement de M. Charton, nommé 
académicien libre ; dans la section d'économie politique M. Emile Worms, pro- 
fesseur à la faculté de droit de Rennes, en remplacement deM.Sc'aloja,décédé. 

— Dans la même séance, sur le rapport de M. G. Massé, au nom de la section 
de législaliori, l'Académie a remis au concours jour 1880 le sujet proposé 
pour le prix Bordin en 1877, qui n'a été traité que d'une f^çon tout à fait 
insufflante par les concurrents. Il s'agissait d'exposer les modifications 
introduites depuis le commencement du siècle dans les lois relatives aux 
titres négociables. 

— Dans la séance du o janvier, l'Académie a renouvelé son bureau, qui se 
trouve ainsi composé pour 1878; M. Michel Chevalier, président; M. Vacherot, 
vice-présideut. 

Faculté des lettres. — M. Debibour, ancit^n élève de l'École normale supé- 
rieure, a sout' nu, le 3 novembre, à Paris, ses thèses pour le doctorat es lettres. 
Les sujets étaient : De Theodora Justiniani Augusti uxore; — La Fronde 
angevine. 

— M.Lichtenbarger a soutenu, le 4 janvier, à Paris, ses thèses pour le doc- 
torat es lettres. Les sujets étaient : De carminibus Shaksperi; — Étude sur les 
poésies lyriques de Gœthe. 

Bureau des Longitudes, — L'administration du bureau des Longitudes 
vient d'être ainsi constituée pour l'année i 878, par décret du 10 janvier : pré- 
sident, M. Faye ; vice-président, M. Janssen, secrétaire-trésorier, M. delà 
Roche-Poncié. 

Lectures faites a l'Académie des inscriptions et belles-lettres. — Dans 
la séance du 2 novembre, M. Edmond Le Blant a communiqué une note sur 
une épitaphe du ck.itre de Saint-Sauveur à Aix. Il a été donné lecture d'une 
lettre de M. Ernest David sur un médaillon de bronze conservé au Cabinet 



— 85 — 

des médailles, portant une inscription bilingue et le nom de Grazia Nassi. — 
Dans les séances des 2, 9 et 16, M. Clermont-Ganneau a continué la lecture de 
son mémoire sur le dieu Satrapes et l'influence des Phéniciens dans le 
Péloponèse; M. Ernest Desjardins a achevé la lecture du mémoire de M. Ch, 
Tissot relatif à l'exploration de la voie romaine de Carthage à Thevesti ; M. le 
docteur Lagneau a lu un mémoire sur l'usage des armes empoisonnées chez 
les anciens peuples de l'Europe. — Dans la séance du 9, M. Léopold Delisle a 
communiqué une note sur nn manuscrit français des Grandes chroniques con- 
servé au Brilish Muséum; M. Renan a présenté un mémoire de M. Philippe 
Brrger sur un ex-voto du temple deTauit à Carthage. — Dans les séances du 
16 et du 23, M. Gaston Paris a lu un mémoire sur la date d'une chanson de 
geste relative au pèlerinage de Charlemagne en Orient. Dans la séance du 
30 novembre, M. Maximien Deloche a continué la lecture de son mémoire sur 
les invasions des Gaulois en Italie. — Dans la séance du 14 décembre, 
M. Edmond Le Blant, a fait sur un sarcophage chrétien d'Arles, une 
communication qui a provoqué des observations de MM. Ravaisson et 
le baron de Witte ; M. Michel Bréal a présenté des observations sur deux 
inscriptions en langue osque, —Dans la séance du 21, M. Michel Bréal 
a fait une communication sur une inscription pélignienne trouvée près 
de Sulmone ; M. Gaston Paris a communiqué un renseignement fourni par 
M. Célestin Port au sujet d'un manuscrit de la bibliothèque d'Angers, con- 
tenant un fragment de Saxon le Grammairien; M. le Président a donné 
lecture d'une lettre de M. Ferdinand Delaunay au sujet de la communica- 
tion faite précédemment par M. le Blant sur un sarcophage d'Arles. 

LectL'Rf.s faites a l'Académie des sciexces morales et politiques. — Dans 
les séances des 29 octobre et 17 novembre, M. Bertold Zeller a continué la lec- 
ture de son mémoire sur la dernière année du duc et contiélable de Luynes. 
— Dans lesséances des 29 octobre, 3, 17et 23 novembre, M. Ch. Wa'ldingtou 
a donné lecture d'un mémoire sur la renaissance des lettres et de la philo- 
sophie au quinzième siècle. — Dans les séances des 3 et lOnovembre, M, Félix 
Rocquain a donné lecure d'un fragment de son ouvrage sur l'esprit révolution- 
naire avantlaRévolution.— Dans les séances des l"et22 décembre, M. Berthold 
Zeller a continué la lecture de son mémoire sur la dernière année du duc et 
connétable de Luynes. — Dans la séance du 8, M. Charles Lévéqne a lu une 
notice sur les Essais de critique el de littérature de M. E. Garsounet ; M. le 
Secrétaire perpétuel a lu une notice de .M. Drouyn de Lhuys sur une maison 
de refuge en Pensylvanie. — Dans la séance du lo, M. Gaberel de Rossillon 
a lu un mémoire sur la comdamnatiou de l'Emile du « Contrat social » de 
J.-J. Rousseau, à Paris et à Genève, en 1762. — Dans la séance du 29, 
M. Félix Rocquain a commencé la lectui'e d'un nouveau fragment de son ou- 
vrage sur l'esprit l'évolutionnaire avant la Révolution, consacré au parti des 
philosophes 

Découverte du texte original du Livre de Tobie — On vient de 
faire, en Angleterre, une découverte importante pour la littérature 
biblique. M. Neubauer, snis-bibliolhécaire de la bibliothèque Oodléienne, 
a retrouvé, dans un manuscrit hébreu récemment acquis, le texte chaldéen 
du livre de Tobie. Saint Jérôme, dans la préface de sa traduction de ce livre, 
adressée aux évoques Chromatius et Héliodore, leur dit : Exigitis enim, ut 
lihrum ! chaldxo scrmone conscripiurn, ad lalinum stylum traham, lihrurn 
tilique Tobix. Il t st à croire que le texte découvert par le D' .Neubauer est 
celui-là même qu'a traduit saint Jérôme, à part quelques différences et 
peut-être dos retouches. Le style du Tobie chaldéen indique que c'est 



la l'original du livre. — Le Tobie de la Vulgate difTère de celui des Sep- 
tante en plusieurs points, mais surtout parce que le Tobie grec parle à la 
première personne, tandis que le Tobie latin parle à la troisième. Dans le 
cbaldéen, il parle aussi à la troisième personne. Sur d'autres points, le clial- 
déen se rapproche plus des Septante que de la Vulgale, — Un certain nombre 
de mots douteux, qui ont embarrassé les critiques dans les versions de Tobie, 
sont éclaircis dans le cbaldéen. Le chien n'est pas mentionné dans le texte 
de M. Neubauer. La fin du livre, à partir de xi, 20, manque. La conclusion 
est plus courte et différente. Elle parait avoir été abrégée. Ce n'est, du reste, 
que quand le manuscrit aura été publié qu'on pourra l'étudier sérieuse- 
ment. — {Univers), 

Corpus iNscRiPifONUM gr.ecarum de Boeciîn. — Djpuis longtemps, l'Académie 
de Berlin avait déci lé que le C. L G. ne pouvait être continué d'après le 
plan conçu par Boeckn. Aussi avait-elle oTdonné la publica'ion d'un nou- 
veau Corpu''. Deux volumes de ce'te publication ont déjà paru, sous le titre 
de Corpus inscriptionum atticarum. Le premier contient les inscriptions an- 
térieures à l'arcliontat d'Euclide, et est dû à A. Hii'chholT. Dans le second 
(II). M. Boihler a réuni les inscriptions qui se rapportent à l'époque com- 
prise entre Euclide '"t Auguste. Mais, aussi longtemps que ce nouveau 
Corpus ne sera pas complet, l'œuvre de Boeckn continuera à. être d'un usage 
journalier pour tous les savants qui s'occupent de l'antiquité grect^ue. Malheu- 
reusement, aucune table ne facilitait les recherches dans ces <|uatre im- 
menses in-folios. Depuis 1859, époque delà publication du dernier fascicule du 
tome IV, on réclamait en vain des tables analogues à celles qui se trouvent 
dans chaque volume duC. [. D. M. Herm. Roehl vient enfin de combler cette 
lacune, et l'on ne peut que le remercier du service qu'il a rendu par là à 
la science; car, par suite de cette lacune, l'œuvre de Boeckn était jusqu'à 
ce jour inabordable. (Berlin, Reimer, 1877, in-fol. de 167 p., 15 fr.) 

L'Établissement de l'imprimerie dams le Vivarais. — M. Henry Vaschalde, 
administrateur de rétablissement thermal de Vais, officier d'Académie, 
membre de plusieurs sociétés savantes, s'est fait connaître, en ces dix der- 
nières années, par une vingtaine de publications, presque toutes consacrées 
au Vivarais. Les plus récentes de ces publications sont : Croyances et supers- 
titions populaires du Vivarais (181 Q); Histoire des poètes du Vivarais [1811) ; 
TJnc inscription languedocienne du quinzième siècle à Largentière (1811) ; enfin 
Établissement de Vimprimerie dans le Vivarais, illustré de marques typogra- 
phiques (Vienne, 1811, grand in-folio de 33 p.). Toutes les publications de 
M. Vaschalde sont recommandables à divers titres, mais cette dernière 
mérite, — surtout dans une revue bibliographique, — une recommandation 
particulière. C'est un tirage à part très-soigné (à cent exemplaires) de 
savants articles qui ont paru dans la Revue du Dauphiné et du Vivarais. 
M. Vaschalde s'occupe successivement des premiers livres imprimés à Tour- 
non (seizième siècle), à Bourg-Saint-Andéol (dix-septième siècle), à Privas, 
à Viviers, à Annonay, au Camp de Jalès (dix-huitième siècle), à Lar- 
gentière et à Aubenas (dix-neuvième siècle). L'auteur a réuni avec beaucoup 
de zèle et discuté avec beaucoup de sagacité tous les renseignements qu'il a 
pu se procurer sur les productions des presses du Vivarais. Sa notice, que 
complète à merveille, comme il nous en avertit avec une aimable modestie 
(p. 10, note 1), un travail sur Vimprimerie à Tournon, que M. A. de Gallier 
publie présentement dans le Bulletin de la Société d'archéologie de la Drôme, 
sa notice, dis-je, où les inarques typographiques de Thomas Soubron, de 
Claude Michel, de Guillaume Linocier, de Thomas Bertrand, de Michel 



— 87 — 

(Estienne), etc., sont admirablement reproduites, doit être mise, dans toute 
collection de bibliophile, à côté du Manuel du libraire, avec ces autres excel- 
lents recueils dont on a dit ici tant de bien, les Origines de l'imprimerie en 
Guyenne, par Jules Delpit, et l'Établissement de l'imprimerie dans la province 
de Languedoc, de M. Desbarreaux-Bernard. — T. de L. 

Les Origines linguistiques de l'Aquit.uxe. — M. A. Luchaire, ancien élève 
de l'École normale, professeur d'histoire au lycée de Bordeaux, avait traité, 
dans sa thèse latine pour le doctorat es lettres un sujet aussi difficile qu'in- 
téressant (De lingua Aquilanica, Paris, Hachette. 1877, in-8 de iv-6o p.). Il a 
traduit, en la développant, sa remarquable thèse (Pau, 1877, pr. in-8 île 
72 p.). Le travail de AI. Luchaire avait é/é, sous sa pr^^mière forme, fort 
apprécié par les professeurs de la Sorbonne, comme par un de nos plus 
savants archéologues, M. Desjardins, qui présenta la brochure à ses con- 
frères de l'Aca'lémie des Insciiptions. Maintenant que ce travail, mis en bon 
français, a, de plus, élé revu, amélioré, augmenté, il trouvera auprès de 
tous les lecteurs le plus favorable accueil. L'auteur, après avoir exposé, dans 
son Avant-propos la question ibérienne, s'occupe dans quatre chapitres excel- 
lents : 1° de la langue des Aquitains, d'après le témoignage des auteurs 
anciens et les monuments épigraphiques de la région pyrénéenne; 2o de la 
longue basque et du dialecte gascon; 3° du lexique ba'^que et du lexique gas- 
con ; 4" des noms de lieux du pays banque et de ceux de la région pyrénéenne. 
De la savante et habile discussion de M. Luchairfi, il résulte (j'emprunte ceci 
à sa Condusion, p. 68) que la langue, des Aquitains était, comme l'idiome 
ibérieii de l'Espagne, de la uiême famille que celle des Basques actuels; que 
sou domaine s'étendait à peu près, du temps de César et de Strabon, sur la 
même région que celle où l'on parle aujourd'hui le dialecte gascon ; que cet 
ancien idiome, supplanté par le latin populaire, a laissé des traces de 
lui-même dans les noms propres que les anciens ont cités, dans le voca- 
bulaire et la constitution phonique du gascon, et dans les noms des lieux de 
la région pyrénéenne. J'espère bien que M. Luchaire, continuant des tra- 
vaux si bien commencés et qui font autant d'honneur à sa critique qu'à son 
érudition, éclaircira, autant qu'elle peut être éclaircie, la question des ori- 
gines de la partie sud-ouest du continent européen. 

Trois brochures de M. Tholin. — De tous les anciens élèves de l'École 
des chartes, M. Georges Tholin, archiviste du département de Lot-et-Ga- 
ronne, est un de ceux qui travaillent le plus et le mieux. Aussi c'est avec 
une entière confiance que j'appelle l'attention des lecteurs du Polybiblion 
sur les trois brochures que nous donne à la fois le jeune lauréat de l'Insti- 
tut : Aperçus généraux sur le régime municipal de la ville d'Agen au seizième 
siècle (Agen, 1877, in-8 de 37 p.); Notes sur les stations, lesoppidum, les camps 
et les refuges du département de Lot-et-Garonne (Agen, 1877, in-8 de 38 p.); 
Notes sur la chasse dans l'Agenais (Agen, 1877, grand in-8 de 36 p.). Les 
deux premiers mémoires sont tirés du Recueil des travaux de la Société d'a- 
griculture, sciences et arts d'Agen; le dernier est extrait de la Revue de l'Agenais. 
Tous les trois sont pleins d'intérêt. Dans le premier, apparaît surtout le 
paléographe, qui a patiemment dépouillé et clairement analysé les docu- 
ments de l'hôtel de \'ille d'Agen, documents dont le plus important, un code 
municipal de 1609, en 52 articles, est reproduit in extenso (p. 21-37); dans 
le second, apparaît surtout l'archéologue, qui a exploré avec un zèle infati- 
gable toutes les communes du département de Lot-et-Garonne et qui a très- 
habilement décrit les stations, oppidum, camps, refuges dont jusqu'à ce 
jour aucun antiquaire du pays ne s'était pour ainsi dire occupé ; dans le 



troisième mémoire, nous avons devant nous un homme à l'érudition variée, 
qui met dans sa causerie le même entrain qu'il apporte à la chasse, et qui 
mêle à d'amusants récits d'instructifs renseignements. — T. de L. 

Le Droit du seigneur. — Un beau et bon recueil qui parait en Italie, sous 
ce titre ; Curiositae ricerchedi storia 5u&a/2Jma, contient, dans sa huitième li- 
vraison et sous la rubrique Tesoretto d'un bibliofilo, un article dans lequel 
M. Antonio Manno réfute énergiquement les contes qui ont été débités sur 
de prétendus droits du seigneur. Dans ce même article M. Manno restitue une 
pensée, attribuée parfois à Voltaire, — qui savait bien la mettre en pratique, 
du reste — à son véritable auteur. C'est Bacon qui adit: Audacler calumniare^ 
semper aliquid hœret, et c'est Beaumarchais qui a répété : « Calomnions : il 
en restera toujours quelque chose, r. 

L'Inventaire de la collection Payen . — M. LéopoldDelisle {La Bibliothèque na- 
tionale en 1876, Rapport à M. le Ministre de f Inst7nictio7i publique, Pa.Tis, Cham- 
pion, 1877) annonçait (p. 12) que le classement des livres et documents 
rassemblés sur la vie et les ouvrages de Montaigne ayant été achevé, l'inven- 
taire en avait été dressé par M. Richou, bibliothécaire de la Cour de cassa- 
tion, et que cet inventaire avait été imprimé à Bordeaux par les soins de 
M. Jules Delpit. Voici le titre complet du volume mentionné par l'adminis- 
trateur général de la Bibliothèque nationale : Tablettes des Bibliophiles de 
Guyenne. Tome IL Inventaire de la collection des ouvrages et documents sur Mi- 
chel de Montaigne, réunis par le D^ J.-F. Par/en et conserves à la bibliothèque 
nationale, rédigé et précédé d'une notice par Gabinel Richou, archiviste-paléo- 
graphe, conservateur de la bibliothèque de la Cour de cassation (Bor- 
deaux, 1877, in-8 de xvii-396 p.) L'inventaire occupe 279 pages : le reste 
du volume est rempli par vingt-trois lettres inédites de Françoise de la La- 
chassagne, veuve de Michel Eyquem de Montaigne, découvertes aux archives 
départementales de la Gironde par M. Roborel de Climens et publiées par 
M. Jules Delpit, par une table chronologique des faits contenus dans l'in- 
ventaire et dans les lettres, enfin par une table alphabétique des matières. 
Le D'' Payen n'avait pas seulement rassemblé toutes les éditions des Essais, 
toutes les traductions qui en ont été faites en allemand, en anglais, 
en hollandais, en italien, un assez grand nombre d'ouvrages ayant ap- 
partenu à Montaigne, poi'tant sa signature ou quelques lignes de sa main, 
la plupart des ouvrages des parents, amis et contemporains de Montaigne, 
un nombre encore plus considérable d'ouvrages se rapportant spécialement 
ou incidemment à Montaigne, à ses parents, à ses amis ; il avait aussi ras- 
semblé près de trois cents portraits de son écrivain favori et, ce qui est 
particulièrement précieux, une foule d'autographes de personnages célèbres, 
contemporains de Montaigne, autographes parmi lesquels je me contenterai 
de citer ceux du duc d'Albe, de siint Charles BoiTomée, d'Antoine de Bour- 
bon, de Charles IX, de Henri III, de Henri IV, des ducs de Guise, des car- 
dinaux de Lorraine, des princes de Condé, de Catherine et de Marie de 
Médicis, de Charles-Quint et de Philippe II, des papes Clément VIT, Clé- 
ment VIII, Innocent IX, Grégoire XIII et Grégoire XIV, d'Elisabeth, reine 
d'Angleterre, etc. Tous ceux qui auront à consulter Y Invetitaire de la col- 
lection Payen loueront le soin extrême avec lequel M. Richou l'a rédigé, et 
la patriotique générosité avec laquelle M. Jules Delpit l'a fait imprimer. — 

T. DE L. 

Bibliographie et iconographie des œuvres de J.-F. Regnard. — Sous ce titre 
vient de paraî're (Paris, Rouquelte, 1877. in- 18, de 61 p , prix : j fr.) un 



— 89 — 

ouvrage qui mérite d'élre signalé à nos lecteurs. Les éditions isolées et 
orlgnales des diverses pièces de théâtre sorties de la plume de l'auteur 
du Joueur et du Légataire universel sont décrites minutieusement et de visu; 
les éditions collectives sont ensuite signalées depuis cellede 1698, jusqu'à 
celle publiée en 1876 par la Librairie des Bibliophiles; les compositions 
destinées au théâtre italien, les œuvres diverses et voyages sont, de même, 
l'objet d'indications scrupuleuses. Un travail de ce genre se refuse h l'ana- 
lyse ; nous noterons seulement, en passant, une supercherie ou un trait 
d'ignorance de libraires hollandais (coutumiers de faits semblables) qui 
publiaient hardiment les Folies amoureuses et le Légataire universel sous 
le nom de Dancourt. Dix pages du petit volume que nous signalons sont 
consacrées à l'iconographie de Regnard, à la description de ses portraits, 
au nombre de treize (tous ceux qui sont sérieux paraissent avoir été 
faits d'après un tableau de H, Rigaud), à l'énumération des suites de 
ligures d'après Borel, Moreau, Marillier, Devenue et Dévéria. Les biblio- 
philes ne sauraient manquer de faire le meilleur accueil à l'élude 
dont nous avons transcrit le titre ; elle est annoncée comme devant 
être suivie de recherches analogues relatives aux grands écrivains qui font 
l'orgueil de la France : Fénelon, Bossuet, Pascal, La Rochefoucauld, 
La Bruyère, La Fontaine, Boileau. On ne saurait ti'op encourager ces 
recherches patientes, inspirées par un dévouement sincère et qui rendent 
modestement de très-utiles services. L'auteur de la Bibliographie de Regnard 
a gardé l'anonyme, mais on nous a confié son nom, et nous ne croyons pas 
être indiscret en le trascrivant ici : M. Compaignon de Marcheville, maître des 
requêtes au Conseil d'État. 

Un petit-neveu de Chateaubriand. — Sous ce titre, M. Louis Audiat a consacré 
une spirituelle et attachante notice biographique (Agen, 1877, gr. in-8 de 
3o p.) à M. de Blossac(néle 20 août 1789, dans l'arrondissement de Saint-lMalo, 
mort à Saintes, le 29 mai 1877). Michel- Edouard-Marie Locquet de Blossac 
descendait, du côté maternel, Je la famille de Bédée, et ce fut le comte de 
Bédée, son grand-père, qui bâtit, à peu de dislance de Plancouët, le châ- 
teau de Monchoix,dont il est si agréablement parlé dans les Mémoires d'outre- 
tombe. La mère de Chùbeaubriind était une Bédée, et c'est ainsi que M, de 
Blossac se trouvait le petit-neveu du grand écrivain. M. Audiat, mêlant à ses 
propres souvenirs les souvenirs d'un intime ami de M. de Blossac, M. Hippo- 
lyte Violeau, raconte avec autant de fidélité qui^, de talent la vie de cet homme 
de bien qui, sous la Restauration, fut un administrateur des plus distingué? 
et qui, noblement tombé en 1830, passa le reste de si vie dans une retraite 
que charmèrent l'amitié et la poésie. M. Audiat cite bon nombre de vers de 
M. de Blossac, les uns fort jolis, les autres fort beaux. A côté de ces cita- 
tions heureusement choisies, on trouve de piquantes anecdotes vivement 
racontées. — T. de L. 

Un nouveau catalogue de vente a prix marqués. — Nous avons déjà eu 
l'occasion de dire quelques mots des catalogues de livres rares et précieux, 
à prix marqués, publiés par la librairie Morgand et Fatout, fort connue dans 
le inonde de la bibliophilie, et nous pourrions ajouter dans celui de la biblio- 
manie. Ces messieurs viennent de faire paraître un nouveau catalogue, d'une 
étendue forl respectable, et qui mérite l'attention des amateurs (384 pages, 
270o numéros). Certains articles sont notés à des prix qui attestent la hausse 
extraordinaire qui s'est manifestée depuis quelques années sur le marché 
des livres précieux ; nous citerons, à peu près au hasard, ]e? Uorœ bealx 



— 90 — 

Virginis, petit volume grec imprimé par Aide Manuce, à Venise en 1497, 
3,000 fr. (n* 31) ; les Essais de Montaigne, Paris, 1588, in-4, 4,000 fr. (n» 15o); 
une autre édition des Essais, Paris, 1669, 3 vol. in-12 (exempl. du biblio- 
phile Longepierre, fort admiré aujourd'hui), 0,000 fr. (n° 101) ; Théâtre de P. 
et Th. Corneille (Hollande) 1664-1678, 9 vol. pet. in-12,5,000 fr. (no 1434); 
OEuvres de Molière, Paris, 1666, 2 vol. in-12, 0,000ïr. (n" 1458) (c'est la pre- 
mière édition des Œuvres collectives avec pagination suivie). Quant aux 
éditions originales des comédies, Y Avare est offert à 1,700 fr.; les Fourberies 
de Scapinh 2,200, ainsi que les Femmes savantes. Ce qui, aux yeux du biblio- 
graphe sérieux, donne un prix spécial au catalogue dont nous parlons, c'est 
que certains articles sont accompagnés de notes parfois étendues, et renfer- 
mant des détails intéressants et peu connus. C'est ainsi qu'au sujet de l'édi- 
tion originale de Sganarelle (Paris, -1660, n° 1491), dont on ne connaît que 
huit exemplaires (dont trois à la Bibliothèque nationale), les différences qui, 
circonstance singulière, existent entre ces divers exemplaires, sont minu- 
tieusement relevés. 

Indiquons aussi (no 2446)la note relative à un fort rare et curieux volume : 
La Joyeuse et magnifique Entrée de Monseigneur Francoys fils de France, duc 
de Bradant et d'Anjou, en sa renommée ville d'Anvers (Anvers, 1382, in-folio); 
n'oublions pas ce qui concerne un opuscule satirique de 1617 : les Figures 
delaPaulctte (n» 2470), et un autre plus récent, daté de 1783 : Les petits sou- 
pers de l'hôtel de Bouillon (n° 2187). Il serait facile de multiplier ces citations; 
mais il nous reste à dire un mot de l'avant-propos, lequel renferme des 
considérations intéressantes sur les variations qu'a éprouvées en France le 
goût pour les livres. Au siècle dernier (avant les orages révolutionnaires) 
et jusqu'en 182o environ, les incunables, les belles éditions des classiques 
grecs et latin?, étaient surtout l'echerchés. Le moyen âge vient à la mode; 
on s'attache aux gothiques français, aux éditions de nos vieux rimeurs, aux 
romans de chevalerie ; les éditions originales de nos classiques, longtemps 
délaissés, deviennent ensuite l'objet d'un engouement dont Charles Nodier 
et Armand Berlin donnent le signal, et qui a toujours été en se développant. 
En 18o4, la vente de Bure donne aux amateurs un goût très- vif pour les 
vieilles reliures ; l'auteur du Manuel du Libraire, J.-Cli. Brunet donne en 
ce genre l'exemple d'une passion violente; plus tard commence la vogue des 
ouvrages illustrés du dixième-huitième siècle : Eisen, Marillier, Gravelot, 
ont donné un prix exorbitant aux volumes (souvent dénués de tout autre 
mérite) que recommandent les figures, les vignettes gravées d'après leurs 
dessins. MM. Morgand et Fatout sont donc autorisés à demander 3,000 fr. 
pour une collection des OEuvres de Dorât en 18 volumes, et 1,000 fr. pour le 
volume des Fables de ce fade rimeur. 

Encore un mot : c'est une erreur qu'il faut 'relever; on trouve au 
n* 216 l'ouvrage de Raoul Spifame : Dicœrchix Henrici régis Progymnasta; 
il est en français, quoique le titre soit en latin : c'est un recueil d'édits 
supposés, révélant des idées neuves et hardies pour l'époque, prophétisant 
d'utiles réformes qui se sont parfois accomplies, mais, ajoute le catalogue, 
« il en coûtait cher en ce temps pour avoir trop d'esprit; livres et auteurs 
furent brûlés en place de Grève en 1537. 

Heureusement pour Spifame, il ne fût nullement brûlé; il mourut tran- 
quillement àMelun, en 1363 ; c'était un avocat dont le cerveau ne fut pas 
toujours très-lucide. 

Il n'est pas inutile de relever cette assertion, car elle a déjà figuré sur 
d'autres catalogues, notamment sur celui de M, Ilenri Bordes; elle se re- 



— 91 — 

produit de confiance et elle peut très-bien être encore copiée bien des fois. 
Peut-être Raval a-t-il confondu avec son frère Jacques-Paul Spifame qui, 
devenu évêque de Nevers, abjura le catholicisme, fut condamné par con- 
tumace a être pendu (arrêté du Parlement de Paris, 13 février 1562) et qui, 
condamné à Genève, fut conduit au supplice le 2a mars Io66. (Voir la Nou^ 
velle Biographio générale, Paris, Didot, tome XLVI, col. 329.) 

— Nous sommes heureux d'annoncer la publication d'une 2e édition des 
Études historiques et critiques sur le rationalisme contemporain de notre émi- 
nent et si regretté collaborateur le R. P. Hyacinthe de Vairoger (Paris, 
Lecoffre). La 1" édition était épuisée depuis longtemps. Nous devons cette 
réimpression aux soins pieux du frère du défunt, M. Achille de Vairoger, 
prêtre de Saint Sulpice. Le volume est augmenté de divers opuscules et 
spécialement d'un grand nombre de pensées inédites du savant oratorien. 

— M. Adrien Arcelin a publié récemment dans la Revue des questions scien- 
tifiques une remarquable étude qui se recommande à l'attention de tous les 
hommes sérieux. Elle a pour titre : La famille et l'hérédité naturelle. Il re- 
cherche l'influence de la loi de l'hérédité au point de vue physique, moral 
et social. 11 s'adresse pour cela aux hommes de Siience et aux hommes pra- 
tiques. 11 montre que l'hérédité sagement appliquée est un élément essentiel 
du progrès dans la famille et dans la nation; c'est elle qui a puissamment 
contribué à la prospérité de l'ancienne «ociété française, et c'est à son 
abandon systématique, et dans la théorie et dans les faits, qu'il faut attribuer 
la décadence dont nous sommes les tristes témoins. 

— Une nouvelle revue pédagogique est annoncée comme devant paraître, chez 
l'éditeur Delagrave, sous la direction de M. Cli. Hanriot. Nous lisons dans 
son prospectus, que « c'est de J.-J. Rousseau surtout que dérivent lesthéo- 
rips modernes d'éducation. » Cette phrase permet de préjuger dans quel 
esprit la revue sera rédigée et quelles idées elle tendra à pi'opager. 

— Nous avons déjà parlé d'im gracieux usage, d-'S publications que 
provoque en llalie le mariage d'un ami et qui d^ivienaent des cadeaux de 
noces, fcu attendant qu'elles soient l'objet des convoitises du bibliophile. 
Nous avons dit q le le mariage diî Glus^^p^ie Pitre, le correspondant italien de la 
Revue des questions historiques, et l'auteur de tant de livres justement estimés 
sur la littérature populaire sicilienne, avait été le motif de l'impression de plu- 
sieurs opuscules tant au-delà des Alpes qu'au-delà des Pyrénées. Un des ré- 
dacteurs de la Renaixensa a voulu aussi faire soucaleau au jeune et savant 
écrivain; il lui a adressé de curieuses recherches sur les cérémonies nuptiales 
au quatorzième siècle en Catalogne. L'auteur, M. An Irea Balaguer y Marino, a 
f^iit profiter la revue barcelonaise de cette étude, qui y a paru sous ce titre : 
De las costums nupcials catalanas en lo segle XIV, et qui a été tirée à petit 
nombre, brochure de 20 pages in-8, imprenla de la Renaixensa, 1877. 

— Le roi de Suède a mis la dernière main à un drame lyrique de sa com- 
position. Ce sujet est tiré de 1 histoire de sa nation ; la scène se passe suc- 
cessivement dans la cathédrale d'Upsa', dans le bosquet d'Odin, et dans le 
vieux palais d'Upsal. Ce drame, dont la musique est d'Ivar Hallstrom, est 
actuellement en répétition, et sera prochainement représenté. 

— Le D' de Villiers, qui prépare à Londres la reproduction en fac-similé 
par la gravure et la photographie de l'édition de la Bible de Gutenberg, en 
deux volumes in-folio, vient de découvrir la signature du père de l'imprimerie 
au dos d'une le'tre d'indulgences portant la date de lioi. 

— Les Hymnes de l'Église d^Irlande viennent de paraître en un vol. in-4. 



— 92 — 

Cette publication intéresse à la fois la liturgie catholique et la musique 
du moyen âge. Elle est suivie d'un index bibliographique donnant l'historique 
de chaque pièce et de chaque auteur. 

— La Société méckhitariste de Saint-Lazare, à Venise, vient de publier le 
texte arménien des Assises d'Antioche, avec une traduction française. M. Beu- 
gncA.enpuhliaintle^ Assises de Jérusalem dans les Historiens des croisades, sup- 
posait qu'un recueil identique de lois avait du être fait pour Antiuche ; 
nous en avons la preuve aujourd'hui dans le texte ai'ménien qui vient de 
paraître. Le manuscrit des Assises d'Antioche, est du quatorzième siècle; il a été 
trouvé dans une bibliothèque particulière d'un Arménien demeurant à Cuns- 
tantinople. Cette publication est du plus grand intérêt pour l'histoire des 
croisades. 

— M. Ambroi?e Tardieu vient de publier un ouvrage dt; luxe et d'érudi- 
tion tout ensemble, sous ce titre : Grand Dictionnaire biographique du 
Puy-de-Dôme avec imc galerie da 160 portraits, Moulin?, C. De-rosiers, 
(^r. in-4), avec frontispice gravé, planche de fac-similé, de signature:' des 
hommes célèbres. — Cet ouvrage est du prix de 2o fr, 

— M. Vincenzo di Giovanni, dont le Polyhiblion a tant de fois entretenu ses 
lecteurs, a fiit paraître deux œuvres intéressantes : Prelezioni di Filosof\ia{y-A- 
lerme, 1 vol. in-12 de 333 p., prix 4 fr.), et une élude sur Hartmann etMi- 
celli (Palerme, même adresse, 1877, in-12 de 80 p.). Nous ne faisons qu'annoncer 
ces deux publicalions dont sans doute il seri ici même rendu compte avec le 
soin que méritent tous les travaux du savant professeur. 

— La Revista /li.çiorimdeBircelone fait l'éloge d'une vie de Cervantes écrite 
par Don Ramon Léon Mainer, ouvrage remarquable par sa forme littéraire 
comme parles nombreux documents qu'il renferme. 

— La même revue parle aussi d'un volume intéressant, composé, par Don 
Enrique de Legnina, sur Juan de la Cosa, pilote et compagnon de Christophe 
Colomb. 

Publications nouvelles. — La sainte Bible : Les prophètes. Isaîe, par l'abbé 
nayle(iD-8, Lethielleux). — Les Enchantements du monde animal dans les temps 
géologiques, mammifères, tertiaires, itàr A.. Gaudry(in-8, Savy). — La Monnaie 
dans l'antiquité, pdiY Fr. Lenormant (2 vol. in-8, A. Lévy). — Histoire de 
sainte Geneviève, et de son culte, par un servileur de Marie (in-8, Pion). — Un 
nouveau docteur de VÉglise, saint François de Sa/es.par un ecclésiastique (in-8, 
Lyon, JossHrand). — Le Cardinal de Retz et Vaffaire du chapeau, par R. Chan- 
telauze (2 vol. in-8, Di'iier). — Le Roy des ribauds, par Lud. Pichon (in-8, 
Claudin). — LaCour et l'Opéra sous Louis XVI, par Adolphe Jullien (in-18, 
Didier). — Souvenirs et Mélanges, parle comte d'IIaussonvilie (in-8, C. Lévy). 

— La Question de Galilée, les faits et leurs conséquences, par Henri de l'Épinois 
(,ia-i2, Palmé). — Histoire de la persécution religieuseà Genève (in-12, Lecoffre). 

- Le Bissentimemt moderne entre l'Église et Vltalie, par l'ex-père Curci (in-8, 
Amyot). — La Guerre aux Jésuites, par le R. P. Félix (br. in-1 2, Roger et Cher- 
noviz). — Le R.-P. A. de Ponlevoy, parle R. P. de Gabriac. II, Opuscules et lettres 
(iri-')2 Rogor et Chernoviz). — Une martyre, poëme, par l'abbé Buis (in-8, 
Uhner). — Des bienséances sociales, par le R. P. Champeau (in-18. Palmé). — 
Les Bas-Bleus, par J. Birbey d'Aurevilly (in-18. Palmé). — Le Maréchal de 
Montmayer, par Ch. Bjet (in-18 j., Olmer). — Les Étapes d'une conversion, 
Pierre Blol, par P,.ul Féval (in-12, Palmé). — Correspondance àQ Jules Janin 
(in-18, lib. des Bibliophiles), Visenot. 



— 03 — 

CORRESPONDANCE 

Oibliogi'aphi4r de Oalilée 

(suite et fin). 
Anonyme. Galilée et V Inquisition romaine, dans rÉglise des 12 et 19 février 

1863. — Barthélémy (Charles). Erreurs et Mensonges historiques. Paris, 1863, 
in- 12. — Cantor (Moritz). Galilco Galilei, dans Zeilschrift filr Mathematik und 
Physih\ déc. 1863. — Suell (Cari). Uebcr Galilei ats Begrlinder der Mechanis- 
chen Physih und uber die Method ederselben (Sur Galilée, fondateur de la phy- 
sique mécanique et sur la méthode de cette Physique). léna 1864. — Selmi. 
Nel Irecentesimo natalizio di Galilei. Pisa 1864. — Anonyme. Dans Unita 
cattolica, 10 et 17 mars 1864. Civiltà cattolica^ 5" série, t. IX, p. 722. — 
Cantor (Moritz). Galileo Galilei dans Zeitschrift fur Mathematik und Physih 
(9 Jahrgang, 3 Heft. Leipzig, 1864). — Heiss, dans Literarischer Handweiser 

1864, p. 127. — Caruso (Abbé). La Verità su Galileo. Napoli, 1864, in-8. 
— Arduini (Carlo). La Primogenita di Galileo Galilei rivelata dclle sue lettere 
édite ed inédite. Firenze, 186i. — Cantor. Galileo Galilei dams Die Grenzboten, 
1863, t. II, p. 43S. — Bertrand (Joseph), Galilée et ses travaux, dans \a,Eevue 
des Deux Mondes, l" novembre 1864, p. 41-74, et dans les Fondateurs de 
l'astronomie moderne, in-8, Paris, 1865, p. 177-267. — Vosén (Christ. -Herm). 
Galileo Galilei und die romische Berurlheilung des Copernicanischen Systems, 
(Galilée et le jugement à Rome du système de Copernic), publié par 
Broscidirenverein, n° o. Francfort-sur-le-Mein, 186.i). — Trouessart. Galilée, 
sa mission scientifique, sa vie et son procès. Poitiers, 186o. — Ward. Art. dans 
Dublin Review,^ sept, et oct. 1863. Traduit par M. Belamy dans \q?, Archives 
Ihéologiques, mai-octobre 1866. — Bocix (abbé). La Condamnation de Galilée, 
dans la Revue des sciences ecclésiastiques, féviner et mars 1866. Tirage à part, 
in-8 de 64 pages. Arras 1866. — Wagenmann. Art. dans Jahrbi/ cher fur 
deutsche Théologie, 1866. 11 dec. 2 Ileft, p. 381. (C'est une critique du docteur 
Hermaii Vosen). — Morin (Frédéric). Sur le procès de Galilée, dans VAvenir 
National et l'Observateur (soi disant) catholique, l" déc. 1866. — Parchappe. 
Galilée, sa vie, ses découvertes et ses travaux, in-12 de 404 p. Paris, 1866. — 
Valson (Adolphe), Galilée, dans la Revue d'économie chrétienne, décembre 1863, 
janvier et février 1866. — Ponsard. Galilée, tragédie. Paris, 1866. — Challemel- 
Lacour. Article dans la Revue des Deux Mondes, mars 1867. — Chasles 
(Philarète). Revue des cours littéraires, 23 mars et 13 avril 1867. — 
Braghirolli. Due lettere Galileo Galilei. Mantova, 1867, in-8. — Gabriac 
(R. P. de). Galilée devant la science, la religion et la littérature, dans les Etudes 
religieuses, historiques et littéraires, avril 1867, p. 328-368. — Gaidoz (Henri), 
dans Revue de V instruction publique, 16 et 22 mai 1867. — Blanc (Abbé), dan» 
l'Opinion du Midi, du 29 mai au 7 juin 1867. — L'Épinois (Henride). Galilée 
so)i procès et sa condamnation, d'après les documents inédits conservés dans 
les archives du Vatican, dans la Revue des questions historiques, 1" juillet 1867 
(et tirage à part, Palmé, 1867, in-8). — Allemand. Le Galilée de M. Ponsard. 
Nimes, 1867. — Rallaye (L. de la). Galilée, la science et l'Église, dans la 
Revue du Monde catholique, 10 juillet 1867. — Anon. Signé (Tau.), dans 
The Month, sep. 4867. — Anon. Dans Literaturblatl, 1867, p. 736. — 
Doret (R. P.). Art. sur Galilée dans les Études religieuses, juillet 1868. — 
IIeis. bas unhistorischc des dem Galilei in den Mund gelegten : E pur si 
muove. (Parole non historique mise dans la bouche de Galilée). Munster, 
1868, in-8. — Martin (Th. -IL). Galilée, les droits de la science et la 



— 94 - 

méthode des sciences physiques, Paris, 1868. — L'Épinois (Henri de). 
Encore im mot sur Galilée. Revue des questions historiques, i^' octobre 1868. 

— Figuier ^l.ouis). Galilée, dans les Vies des savants illustres du xvir siècle. 
Paris, 1869. — Gilbert, Le Procès de Galilée, dans la Revue catholique de 
Louvain, et tirage à part, in-8. Louvain, 1869. — Bondurand. Art. dans 
V Aigle des Cévennes, 20 juin 1869. — Gherardi. Il procrsso di Galileoriveduto 
sopi'a documenti di nuova fonte, dissertation lue à l'Acadômie des sciences de 
Cologne, le 20 mai 1869, insérée daas /{if «te Europea, juin 1870, en brochure, 
Firenze, 1870, traduit dans ZeîÏ5c/t?'//if fur Mathematik und Physik, 1871. — 
WoHLWiLL(E. ). Der Inquisitions process des Galileo Galilei. [Du procès de Galilée 
devant l'Inquisition), in-12. Berlin, 1870. — Carbonnelle (R. P.) dans Études 
religieuses, avril 1870; — Govi (Gilberto). Intorno a tre lettere di Galileo Galilei 
puhhlicate ed illustrate da Gilberto Govi. Roma, 1870. Extrait du Bullettino di 
biUiographia e di sloria délie scienze matematiche fisiclie, t. III, juillet 1870. — 
Anonyme. The private life of Galileo, in-12. London, 1870. — Article dans 
VAtheîixum (anglais) du Ib octobre 1870. — Anonyme. The pontifical decrees 
against the motion of ihe earth considered in their bearing on the theory of 
advancedultramontanism. London, 1870. — Castelnao (abbé).GaZj7fe, in-8, de 
136 p. Alais, 1870. — Delvigne (Ad.). Galilée elle Saint-Office, in-i8, Bruxelles, 
1871. — Cantor (Moritz). Recensionea ilber die 1870 erschienenen schriften Wohl- 
ivill' and Gherardi s, dans Zeitschrift filr Mathematik (16 Jahrgang, 1 Heft) 
1 janvier 1871. — Gherardi (Sylv). Sulla dissertazione der Inquisitions-process 
des Galileo Galilei del I)' E. Wohlwill, dans Rivista Europea, 1 mars 1872» 
p. 119. — Olivier! (R. P.). Di Copernicoe di Galileo. Écrit posthume publié 
avec notes, par le P. Bonora. In 8, Bologna 1872. — Wohlwill (E.).Zî<?n Inqui- 
sitions-process des Galileo Galilei (Sur le pro es de l'Inquisition de Galilée), 
dans Zeitschrift fur Mathematik, 1872, 2 Heft. — L'Epinois (H. de). Dernières 
publications sur Galilée, dans laRevue des questions historiques,] juillet 1872. 

— Friedlein. Zum Inquisitions-process des Galileo, dans Zeitschrift fïir Mathe- 
matik und PJiysik, i812, 3 heft, p. 41-4o. — Gilbert. Galilée, dans Revue 
catholique de Louvain, déc. 1872. — Govi. Il Satil-Office. Copernico et Galileo 
In-8, Torino, 1 872. — Riccaedi (R.) Di alcune recenti memorie sul processo e sulla 
condanna di Galileo. In-8. Modena, 1873. — Anon. Dans Lilteralurblatt, 1873- 

— WoLYNSKi (Arthui-). Relazioni di Galileo Galilei colla Polonia, dans YAr- 
chivio storico italiano, 1872, oaet 6* disp. 1873, 1' disp., ou t. XVII p. 131 
et t. XVIII, p. 3. Réimprimé dans la Diplomazia toscana e Galileo Galileio 
In- 8, Firenze, 1874. — Boncompagni (B.). Intorno ad ulcune note di Galilei, 
Galilei ad un opéra diG.B. Morijio dans Bullettino di biUiographia e di storia 
délie scienze matematiche. In-4, 1873, t. VI. — Gcasti (G.). Le Relazioni di 
Galileo con alcuniPratesi, dans Archivio storico italiano, l^^ disp., 1873, p. 32-75. 
L'Épinois (Henri de). Une protestation, dans Revue des questions historiques, 
octobre 1873. — Gerstenberg. Galileo Galilei. ln-4, Rendsburg, 1874. — Buch- 
mann (J.).Dans Vermischte Aufsûtze. Iu-8, Breslavia, 1874. — PoRENA(Filippo). 
BansVArchivio stoiHco italiano, Q^ dis^i.^, 1875, p. 500-518. — Govi (Gilbert). 
Galileo e i matematici del collegio romano nel 1611. Roma, 1873. Extrait de Atti 
délia reale Accademia dei Lincci, série 2, t. II, p. 8. — Reusch. Der Galilei' sche 
Process, dans Ilistorische Zeitschrift, 1875, n" 3, p. 121-143. — J Morël 
(abbé) dans la Somme contre le catholicisme libéral, t. IL — Santé Pieralis 
(Abbé) Urbano VIII e Galileo. In-8, Roma, 1873. — Reitlinger (E). Galileo 
Galilei. Berlin, 1875. — Berti (A). Copernico e le vicende del sistema 
copernicano. iu-8, Roma, 1876. — Gebler (Karl von). Galileo Galilei und die 
Romische Curie. Ia-8, Stuttgart, 1876. — Berti (A.). Il processo di Galileo 



— 9o ~ 

Galilei. In-8, Roma, 1876. — Cantor (Moritz). Dans Allgemeine Zeitung, 1876, 
n* 93, et 94. — Axon. Dans Civiltà cattolica, 20 mai 1876. — Gebler (Karl 
von). // processo di Galilei, dans Nuova Antolocjia, sept. 1876. Tirage à part 
de 17 pages. — Santé Pieralisi (Abbé). Correz-ioni al lihro Urbano VIH, e 
Galileo Galilei, proposet daW autore. Ia-8, 30 septembre 1876. — Mézières(A). 
Le Procès de Galilée, dans la Revue des Deux Mondes, 1" octobre 1876, 
p. 6io-663. — G. 0. Dans Archivio storico italiano, 1876. oadisp. — Combes 
(Louis). Galilée et l'Inquisition romaine. Paris, librairie républicaine, 1876, 
in-32. — Reville (Albert). Dans la Flandre libérale, 16 octobre 1876. — 
IIeis, dans Annales de la Société scientifique de Bruxelles, 2* partie, p. 201. 
Bruxelles, 1877. — Gilbert. La Condamnation de Galilée, dans la Revue des 
questions scientifiques, 1877, avril et juillet. — L'Épinois (Henri de). Les Pièces 
du procès de Galilée. In-8, Rome et Paris, 1877. — Woly.xski (Art.) : Fr. de 
Noailles et Galilée, dans iltr/ito Europea, août 1877. — Gebler (Karl von) Die 
Acten des GatileVschen Processes, [n-8, Stuttgart, 1877. — Desjardins (le 
P. Eugène). Encore Galilée. In-8, Pau, 1877, — Sandret (L.). Le Manuscrit 
original du procès de Galilée dans la Revue des questions historiques, 
octobre, 1877. H. de l'Épinois. 



QUESTIONS ET RÉPONSES 



QUESTIONS 
Murât, roi de IVaples, — 

Où ti'ouver des renseigneineals sur 
l'histoire des Bourbons de Naples en 
Sicile, pendant que Murât occupait 
le trône de Naples? et spécialement 
sur le projet de nouvelks Vêpres si- 
ciliennes, attribué à la reine Caro- 
line et dont les Anglais devaient être 
victimes ? J. G. 

L<es Rossett. — Où peut-on 
trouver des renseignements sur la 
noblesse du Dauphiné et en particulier 
sur les Rossett, qui ont ligure aux 
croisades et ont donné un évoque au 
siège de Grenoble, si je ne me trumpe. 

J. G. 

Vie de Louis X.VII. — La 
Vie de Louis XVII, par M. de Beau- 
chesne,a-t-c:lle été traduite en anglais 
et en allemand ? 

Un livre du I*. Coyssard. — 

Pourrait-on dire s'il existe dans une 
bibliothèque publique ou privée des 
exemplaires de cet ouvrage : Histoire 
abrégée de Notre-Dame de Vassivières, 
près du Grand-Mont-Don en Auvergne, 
par Le R. P. Michel Coyssard, de la 
compagnie de Jésus, volume in-12, 
imprimé à Lyon, en 1613, chez Mu- 
guet? A. T. 

Parisiens célèbres. — Quels 
sont les ouvrages ks plus utiles qu'il 



faut consulter si l'on veut former la 
suite (Jes Parisiens célèbres ou dignes de 
mémoire (à part les Biographies géné- 
rales, spécialement celle publiée par 
Didot eu 43 vulumes in-8)? Existe- 
t-ii, notamment, une Biographie 
théâtrale, depuis les temps le=; plus 
reculés jusqu'à nos jours. Quelle est 
la meilleure et plus complète publi- 
Cntiou sur les acteurs et actrices de 
Paris ? Exisle-t-il, actuellement, à 
Paris , des cuUectionneurs ou des 
érudits qui ont formé une suite de 
portraits gravés ou lithogi aphiés re- 
représentant des Parisiens ? A. T. 

RÉPONSES 

A.nuales I>reves ordinis 
Praemonstratensis (XX, 286, 
383). — L'ouvrage ainsi décrit dans 
le catalogue Secousse, in-8, 1753, 
n" 1104 : Fr. Maubitii du Pre, Anna/es 
brèves ordinis Prœmonstratensis, Am- 
biani, lOio, in-12, est encore indi- 
qué dans la Biographie universelle 
(de Furne, 1833, t. H, art. 3, Dupré, 
Maurice), mais il doit être fort rare, 
car il ne se trouvait pas dans la bi- 
bliothèque deTancien cûef et général 
de l'Ordre de Préaiontré, l'abbé 
Lécuy, mort à Paris, le 22 avril 1834. 
Éd. Sénemaud. 

Xribunaux. de basse I^oi 
(IV, 94). Un de nos confrères, dirtc- 
lement interrogé sur celte question. 



96 — 



nous fait remartiuer qu'on ne con- 
naît qu'un Neuville, sans épithète, 
canton du Quesnoy, arrondissement 
d'Avesnes. 11 veut bien ensuite nous 
donner les renseignements qui sui- 
vent : 

« Je ne possède aucun document sur 
ce tribunal, et je n'ai rien trouvé 
qui confirme son existence. Mais, dans 
beaucoup de villes du nord delà France, 
on trouvait, au moyen âge et même 
jusqu'au xvar siècle, des tribunaux 
remplissant un rôle analogue. Les 
juges étaient des pacificateurs dont 
l'origine remontait à la Paix de Dieu. 
L'abbé Debaisnes, aujourd'hui arcbi- 
visle du département du iNord, s'ex- 
prime ainsi dans son Essai sur le 
Magistrat de Douai (Coll. des mémoires 
lus à laSorbonne en 1869) : « Dan; 
les siècles encore voisins de la bar- 
bari^% lorsque des baines implacables 
divisaient souvent les familles de la 
même cité et de la même contrée, 
la création des Faiseurs ou pacilica- 
teurs, avait élé une institution émi- 
nemment utile et chrétienne. Ces 
sages magistrats ordonnaient à celui 
dont on redoutait la haine et la ven- 
geance de comparailre devant leur 
tribunal établi dans la chapelle même 
de la halle -, et là, au pied de l'autel, 
ils lui demandaient si nul habitant 
de la cité n'avait rien à craindre de 
lui. En cas de division, ils faisaient pro- 
mettre une trêve, qui étiit jurée sur 
l'Évangile ; souvent même ils ména- 
g' aient dans le lieu saint une entre- 
vue entre les deux partis, et l'on vit 
d^s ennemis irréconciliables se par- 
donner mutuellement et se donner le 
baiser de paix en présence de ce tri- 
bunal. Des luis sévères avaient été 
portées contre ceux qui violaient la 
loi jurée devant les Faiseurs. Cette 
institution devint moins utile lorsque 
les moeurs s'adoucirent, et nous 
voyons que, en loo8, trèi-peu d'af- 



faires furent portées à ce tribunal 
pacilicateur. » 

luSk Dépopulation (XX, 5o7). — 
Dans un volume des Francs propos, 
recueil qui parut à Metz, faisant 
suite aux Varia, publiés à Nancy, 
on peut lire un travail sur la Dépopu- 
lation des campagnes ; il n'est pas 
signé, mais nous croyons que sou 
auteur est M. Jules Lejeune. Th. P. 

I.e poëtc IV. Fonteny (XX, 463). 
— A défaut de ses poésies, voici les 
titres de quatre de se 5 opuscules se 
trouvant à li Bibliothèque nationale, 
1" A Mgr le Chancelier, sur la 
continuation de la proposition qui 
lui a été mise en main... par Nicolas 
Fonteny. Paris, v« Jean Regnol. 
1614, in-8, pièce (23 pp.); —2* Re- 
quête présentée à la Cour, sur l'in- 
vacance de tous les offices du 
royaume, proposée au conseil, et ce 
pour faire voir l'équité de celle 
proposition, à comparaison de celle 
qui a été nouvellement mise en évi- 
dence. A Nosseigneurs du Parlement 
(Signé Fonteny). Paris, v» H. Velat et 
P. Minsin (s. d., vers 1620), in-8, 
pièce. — 3° Discours et continuation 
apologétique de la proposition faite 
au x'oi ei à Nosseigneurs de son 
conseil d'Étal, par xM* Nicolas Fonteny, 
sui' l'invacance perpétuelle et suc- 
cessive de tous les ofiices casuels du 
royaume, tant de judicalure et fi- 
nances qu'autres, c'est-à-dire sur le 
fait de l'abolition de la rigueur des 
40 jours auxquels lesdits offices ca- 
suels ont été assujettis, depuis le 
règne de François II jusques à main- 
tenant (1621), in-4, pièce. — Eidin, 
4* Proposition d'un septiesrae admi- 
rable, consacré à Mgr l'éminentis- 
tissime cardinal duc de Richelieu... 
Paris, I. Brunet, 163o, in-4 (der- 
nière pièce citée d'après une carte, 
non de visu) . Sch. 



ERRATA. 

ToDîe XX, p. 524, ligne 20, au lieu de publie, lisez publié; 

— Ligne 34, au lieu deSahagues, lisez Sahagun. 

— Page 554, ligne 24, au lieu de Revue de philosophie, li> 



Le Gérant 



ez Revue dephilologie. 
L. Sandret. 



Saint-Quentin, — Imprimerie Jdles Moureau, 



POLYBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

PUBLICATIONS RÉGENTES SUR L'ÉCRITURE SAINTE 

Bibbia Fecle e Scienza ossia lezioni bibliche sulla cosmogonia mosaica, del canoaico teologo 
FuANGESGO MiGLiOK, protoiiotario iipostolico, socio acadeniico dell' Arcadia di Roma. 
Parme. Fiaccadori, 1875-1877, 3 vol. in-8 (t. 1er, '-'« édit.) de 232, 317 et 189 p. 
Prix : 9 fr. pour les souscripteurs ; 15 fr, pour les non-souscripteurs. — Natur- 
forscliung und Bibel in ihrer Steilung zur Schbpfung. {Les Sciences naturelles el la Bible 
dans leurs rapports avecla création). Eine empirische Krilik der mosaischen Urgeschichte, 
von Cakl GOttler, Doctor der Philosophie. Fribourg en Brisgau, 1877, in-8 de vni- 
343 p. Prix : G fr.50. — Comment s'est formé l'xinivers, exégèse scientifique de ï Hexamé- 
ron, suivie de Sic ilur ad astra. rêverie scientifique, et de deux notices bibliographiques, par 
Jean-d'Estienne. Paris, Gauthier- Villars, 1878, in-8, de 141, 19 et IG p. Prix : 2 fr. 50. 
— Die biblische Sch'opfungsgeschichte und ihr Verhaltniss zu den Ergebnissen der Natur- 
forschung. [L'Histoire biblique de la Création, dans ses rapports avec les sciences natu- 
relles.) Von D' Fr. Hei.nrich Reusgh. Bonn, E. Weber, 1877, in-8 de vi-198 p. — 
Zur Authentie und Integrit'dt des Mosesliedes. (Deut., eh. xxxii.) De l'authenticité el 
de l'intégrité du Cantique de Moïse.) \on dem Religionslehrer D"" Theol. Carl FlôC- 
KNER (Zehnter Jahresbericht des Stiidtischen Katholischen Gymnasiums zu Beuthen 
O.-S. liber das Schuljahr 1875-1876.) Beuthen, Goerlich & Coch, 1876, in-4 de 
48 et 22 p. Prix : 6 fr. 50. — La Sainte Bible, texte delà Vulgate, traduction fran- 
çaise en regard, avec commentaires théologiques, moraux, philologiques, histo- 
riques, etc., rédigés d'après les meilleurs travaux anciens et contemporains. Les 
Juges et Ruth, introduction critique et commentaires, par M. l'abbé Clair, prêtre du 
diocèse d'Autun, traduction fran^-aise, par M. l'abbé Bayle, docteur en théologie et 
professeur d'éloquence sacrée, à la faculté de théologie d'Aix. Paris, Lethielleux, 
1878, in-S de 184 p. Prix: 3 fr. 60. — Die Bûcher Esdras, Nehemias und Eslher, aus 
dem Urtexte ûbersetzt und erkliirt [Les Livres d'Esdras, de Néhémie el d'Esther, tra- 
duits du texte original et expliqués.) Von D' B. NeteleR. Miinster, Theissing, 1877, 
in-8 de viu-256p. — Das Buch Tobias, ûbersetzt und erkl'àrt. (Le Livre de Tobie tra- 
duit et expliqué.) Von D' G. Gutberlet. Mit oberhirtlicher Approbation. Miinster, 
Theissing, 1877, in-8 de viii-3d5 p. — Théologie der Propheten des Allen Testamentes. 
(La Théologie des prophètes de l'Ancien Testament.) Bearbeitet von D' Herma.nn Zschokke, 
K. K. Hofkaplan und o. ô. Professor der Théologie an der K. K. Universitât ia 
Wien. Mit oberhirtlicher Genehmigung. Fribourg en Brisgau, Ilerder, 1877, in-8 de 
XiH-624 p. — Das heiligen Hippolytus von Rom Commentar zum Bûche Daniel. (Com- 
mentaire du liore de Daniel, par S, Eippolyte de Rome.) Ein literarischer Versuch 
von Otto Bardenheweh, Doctor der Philosophie und der Théologie, Priester der 
Erzdiocese Coin. Fribourg en Brisgau, Herder, 1877, in-8 de iv-107 p. — Einleitung 
in das hene Testament. (Introduction au Nouveau Testament.) Von D' M. V, Aberle, 
ord. Professor der katholischen Théologie. Herausgegeben von D' Padl Scha>'Z, ord. 
Professor der kath. Théologie an derUniversitiit Tiibingen, Fribourg en Brisgau, 
Herder, 1877, in-S de xii-311 p. — Les Paraboles évangéliques, instructions et homé- 
lies prèchées à Sens (Yonne), par Mgr Picuenot, archevêque de Ghambéry. Paris, 
Bray & Retaux, 1877, in- 12 de 111-48.1 p. Prix : 3 fr. 50. — Zur johanneischen Frage. 
(La Question de CEvangilt de saint Jean.) Beitr'dge zur Wiirdigung desvierlen Evangeliums 
gegenilber den Angriffen der kritischen Schule, von D' Willibald Beysciilag. Erwei- 
teter Separat-Abdruck aus den « Theologischen Studien und Kritilcen » Gotha, F, 
A. Perthes, 1876, iu-8 de XVI-2G0 p, — Valeur de l'assemblée qui prononça la peine 
de mort contre Jésus- Christ, par MM. les abbés Lêmann. Paris, Poussielgue, 1876, in-8 
de tv-103 p. Prix : 2 fr. 50. — Dictionnaire de la Bible, ou explication de tous les noms 
propres historiques et géographiques de l'Ancien et du Nouveau Testament, par E. SpOL, 
de la Bibliothèque nationale. Paris, Gaume, 1877, in-12 de 228 p. à deux colonnes. 
Prix : 4 fr. — Dictionnaire topographique abrégé de la Terre-Sainte, par F. de Saulgy, 
membre de l'Institut, Académie des inscriptions et belles-lettres. Paris, Vieweg, 
1877, in-8 de iv-324 p. Prix : 2 fr. 

La question de Taccord de la Bible avec les sciences naturelles est 
une de celles qui attirent aujourd'hui le plus l'attention, dans toute 
Février 4878. . T, XXII, 7 



— 98 - 

l'Europe. Un chanoine italien, M?»" Francesco Miglior, vient de Tctu- 
dier en trois volumes, qui ont reçu dans sa patrie l'accueil le plus fa- 
vorable. L'auteur est un orateur connu en Italie. C'est sous forme 
oratoire et dans des discours réellement prononcés qu'il étudie les 
rapports de la Genèse et de la science. Le texte sacré est le fonde- 
ment d'où il part. La foi lui sert de guide et il montre que la science, 
dans celles de ses découvertes qui sont prouvées et certaines, n'est 
nullement en contradiction avec Moïse. Parmi les savants quh, dé 
nos jours, ont étudié le premier chapitre de la Genèse, les uns n'ad- 
mettent pas la concordance des détails contenus dans ce chapitre avec 
les découvertes scientifiques, tout en admettant l'inspiration et la 
véracité de Moïse ; ils croient que le tableau de la création génésiaque 
ne raconte pas l'origine complète des choses, conformément à la 
manière dont elles ont été produites, d'après les savants et les géo- 
logues, mais nous les présentent seulement à un marnent donné 
conformément à la manière dont Dieu a jugé à propos de les révéler 
soit sous forme de vision, soit par tout autre procédé surnaturel, au 
législateur de son peuple. La plupart des théologiens soutiennent 
qu'il y a concordance entre le récit sacré et la géologie et que le pre- 
mier raconte bien la production des êtres dans leur ensemble, telle 
qu'elle s'est accomplie en effet. Mgi" Miglior est de cette dernière 
opinion. Il s'étend beaucoup plus sur Texposition du texte biblique 
que sur l'exposition scientifique ; il imite même volontiers saint Basile 
et saint Ambroise dans leurHexaméron ; il consacre aussi plusieursdis- 
cours à des sujets purement théologiques. La lecture des volumes de 
Mgr Miglior est agréable et facile. Son style est naturel, coulant, orné 
avec sobriété. Voici Tindication sommaire des sujets traités par Mgr 
Miglior. Dissertation sur la divinité des Ecritures. C'est la thèse de 
doctorat de l'auteur, soutenue en 1864 à la faculté de théologie de 
l'Université de Cagliari. Dissertation sur l'ordre surnaturel. C'est le 
travail qui a valu en 1866 à l'auteur la dignité de chanoine théologal 
à la cathédrale de Cagliari. Suivent une exposition du psaume 139 et 
un sermon pour le concours au canonicat théologique. L'auteur entre 
ensuite directement dans son sujet. Après quatre discours prélimi- 
naires, il consacre le cinquième à la Genèse. C'est là le contenu du 
premier volume. Tout le second volume est consacré à Texposition de 
la création. Le troisième volume traite du repos divin, du paradis ter- 
restre, de l'extase d'Adam, du péché originel, de la promesse de la 
rédemption, de l'exil, de la mort d'Abel et enfin de la mort d'Adam. 

— Le D" Giittler expose d'une part les idées de la science et de 
l'autre les données de laBible, pour en montrer l'accord. Il cite volon- 
tiers les savants les plus distingués et les plus compétents ; ses cita- 
tions sont naturellement empruntées à l'Allemagne. Il étudie succès- 



- 9!» - 

sivement, en autant de chapitres, la formation de l'univers, la 
formation de la terre, les astres, les plantes et les animaux, Thomme, 
l'histoire primitive de Fhomme, le déluge de Noé et enfin la chro- 
nologie. Il prouve fort bien la concordance du récit mosaïque avec les 
données scientifiques, mais il admet certaines restrictions. 

L'auteur connaît très-bien toutes les publications qui ont été faites, 
au moins en Allemagne, sur les questions dont il s'occupe. (Il ne con- 
naît point le D'' MoUoj ni M. Pozzj ; il cite Ms"" Meignan). Un des 
points les plus intéressants et les plus instructifs de son ouvrage, 
c'est l'exposé des opinions des divers savants sur chacun des pro- 
blèmes qu'il étudie. Grâce à cette exposition, son livre peut être con- 
sidéré comme une bibliothèque de la matière. 

Voici comment il résume l'accord de la science et de la Bible : Au 
commencement était la matière informe dont se forma le Cosmos. (Au 
commencement Dieu créa le ciel et la terre.) Le globe terrestre 
en liquéfaction était privé de vie organique. (La terre était vide.) 
Elle était enveloppée de vapeurs et tous les éléments de la matière 
étaient réduits à l'état gazeux. (Les ténèbres étaient sur la face de 
l'abîme et l'esprit de Dieu était sur les eaux.) Les vapeurs dimi- 
nuèrent, et la lumière diffuse des sphères non-terrestres éclaira la 
terre. (Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fut.) L'air respirable 
se forma d'une partie des éléments gazeux, pendant que l'autre partie 
se condensait en masses liquides. (Dieu fit le firmament et sépara les 
eaux qui étaient sous le firmament de celles qui étaient au-dessus du 
firmament.) La formation des roches azoïques produisit la distinction 
entre les continents et la mer. (Dieu dit : que les eaux se rassemblent 
et que l'aride apparaisse !) Le règne végétal se développa toutd'abord. 
(Dieu dit : que la terre produise des plantes et des arbres.) Pendant 
ce temps, la lumière trouva dans le soleil et dans les astres les lumi- 
naires qui devaient l'émettre. (Et Dieu fitles deux grands luminaires, 
un grand pour éclairer le jour et un petit pour éclairer la nuit, et les 
étoiles.) La végétation et les astres préparèrent les voies à la vie ani- 
male qui se dévelojipa graduellement, de même que les plantes, ani- 
maux aquatiques, poissons et plantes acotjlédones ; reptiles, oiseaux 
et monocotjlédones ; mammifères et dicotylédones. (Dieu créa les 
animaux qui vivent dans la mer ; les reptiles et les oiseaux, les qua- 
drupèdes.) Enfin apparaît l'homme. 

M. Giïttler a dédié son livre au P. Secchi. Son ouvrage est une 
œuvre remarquable. 

— M. Jean-d'Estienne n'étudie pas toutes les questions qui sont 
traitées dans le livre du D' Giïttler ; il ne s'occupe que de la 
cosmogonie proprement dite, mais ? peu près dans le même sens et 
dans le même esprit, en se prononçant cependant plus fortement pour 



— 100 — 

la concordance complète du récit biblique et de la science. Comment 
s'est formé l'univers est le recueil de trois articles publiés dans l'excel- 
lente Revue des questions scientifiques de Bruxelles. Ils ont été remar- 
qués lors de leur publication, et l'auteur a été bien inspiré en les réunis- 
sant en brochure. Son travail est à la portée de tous les lecteurs et 
l'on ne saurait trop le recommander. Il suit pas à pas et, pour ainsi 
dire, mot pour mot le texte biblique, et il le venge d'une manière 
victorieuse de toutes les attaques des ennemis de la foi. Des tableaux 
synoptiques, placés à la fin du travail, le résument très-bien et per- 
mettent de s'en rendre compte d'un coup d'œil. 

— ISHistoire de la création biblique ànB^Rensch est aussi un résumé, 
comme l'opuscule de M. Jean-d'Estienne, mais ce résumé embrasse un 
plus grand nombre de questions. Il ne se borne pas à traiter la créa- 
tion proprement dite, en l'envisageant dans son sens le plus large et en 
s'occupant de la théorie des générations spontanées et du darwinisme; 

mais il consacre aussi un chapitre à l'unité de l'espèce humaine, 
à l'état primitif de Thomme, à l'antiquité de l'homme et enfin au 
déluge. Tous ces points sont traités avec une précision, une netteté 
remarquables. Il est impossible à un auteur de mieux posséder sa 
matière. La réputation du savant qui a écrit Bible et nature, — le 
présent opuscule n'est guère qu'un extrait de la quatrième édition, — 
est d'ailleurs européenne. Son livre a été traduit dans presque toutes 
les langues de l'Europe et a reçu partout l'accueil le plus favorable. 
Il est difficile de trouver ailleurs des renseignements plus sûrs, des 
notions plus exactes sur l'état de la science. Il n'en est que plus 
regrettable que, surtoutdepuisqu'il a eu le malheur de se révolter contre 
le concile du Vatican^ le D'' Reusch ait atténué outre mesure l'inspi- 
ration des auteurs sacrés et se soit rapproché sur ce point des idées 
de quelques rationalistes. L'auteur n'admet pas non plus maintenant 
une véritable concordance entre la Bible et la science de la nature ; il 
S'dmet la théorie idéale, qui consiste à voir dans le premier chapitre de 
la Genèse une simple manière de se représenter l'acte de la création, 
non tel qu'il a eu lieu, en effet, mais tel qu'on peut l'imaginer pour 
faire une description de notre globe. L'hexaméron n'est pour lui qu'une 
exposition détaillée d'un important article du Credo : Credo in unum 
Deum, factorem coHi et terrx. Le premier chapitre de le Genèse est 
plus que cela, il est aussi l'histoire de l'origine des choses. 
Arrivons maintenant aux commentaires proprement dits. 

— Le D'' Flockner, professeur au gymnase catholique de Beuthen, 
a publié un excellent travail sur l'authenticité et l'intégrité du Can- 
tique de Moïse que nous lisons au chapitre xxxiidu Deutéronome. Un 
professeur de théologie évangélique de Bonn, A. Kamphausen, apublié 
en 1862, une monographie sur ce même cantique, rfas Lied Mosis erklàrt, 



Ni!. 



J 



— un — 

dans laquelle il en attaque l'authenticité. Il prétend qu'il est impossible 
de le faire remonter plus haut que l'an 700 avant Jésus-Christ, et dit qu'il 
est « très- vraisemblable » qu'il a été composé dans le royaume d'Israël. 
C'est principalement Kamphausen que M. Flockner réfute, et il le fait 
avec succès. Il établit solidement l'intégrité aussi bien que l'authenti" 
cité de l'œuvre de Moïse. Il donne du cantique une excellente traduc- 
tion, qui en fait bien comprendre le sens en même temps qu'elle en 
fait bien sentir la valeur poétique. Un seul point de son travail nous 
paraît contestable, c'est l'opinion d'après laquelle le Cantique de Moïse 
aurait été inséré dans le Deutéronome par Samuel. Nous ne voyons 
aucune raison péremptoire qui empêche d'admettre que cette insertion 
soit l'œuvre de Moïse lui-même. Du moins est-il plus vraisemblable 
d'en attribuer l'introduction dans le Deutéronome à celui qui a raconté 
la mort de Moïse à la fin de ce livre, et que tout porte à croire être 
plus ancien que Samuel. 

— Le commentaire de la Bible publié par l'éditeur Lethielleux s'est 
enrichi d'un nouveau volume. Il renferme le livre des Juges et celui de 
Ruth, expliqués par M. l'abbé Clair. L'introduction, qui est appelée 
préface, traite, pour le livre des Juges, du sujet, du but et de la divi- 
sion du livre, de son authenticité, de son intégrité et de sa véracité» 
des principales difficultés concernant la chronologie, l'histoire de 
Gédéon, le vœu de Jephté (l'auteur admet l'immolation sanglante de 
la fille du juge d'Israël) et l'histoire de Samson, enfin des commen- 
taires. Pour le livre de Ruth, M. l'abbé Clair examine le sujet et le 
but du livre, son authenticité, sa véracité et sa canonicité, et il eh 
énumère les commentateurs catholiques, protestants et juifs. Le com- 
mentaire qui accompagne le texte est bon, solide et généralement 
suffisant. Il manque cependant quelquefois d'ampleur, et l'on désire- 
rait en certains endroits plus de développements, par exemple, dans 
l'appréciation de l'acte de Jahel, tuant Sisara, etc. Plusieurs difficultés 
du texte, dans le chapitre ix des Juges, ne sont pas touchées. On serait 
tenté de reprocher au commentateur de supposer trop d'intelligence 
et de connaissance à ses lecteurs. Ainsi, pourquoi ne pas expliquer 
directement. Juges viii, 2 le Nonne mcliorest race mus Ephraini vinde- 
miis Abiezer? 

— Le D^ Neteler est un des exégètes catholiques les plus actifs en 
Allemagne. Il s'est occupé déjà, depuis 1869, des premiers chapitres 
de la Genèse et de l'Apocalypse. Nous avons rendu compte de son 
commentaire sur Isaïe. Il vient de publier maintenant un commentaire 
sur les livres d'Esdras et d'Esther, à la fin duquel il touche, dans un 
appendice, à presque tous les livres de l'Ancien Testament. On sent, 
dans ses écrits, une forte sève de jeunesse. Ses opinions sont parfois 
hardies, peut-être même un peu légèrement aventureuses, mais sans 



— 102 — 

s'écarter néanmoins du droit chemin. Tout cela donne à ses travaux 
exégétiques une saveur et un attrait particuliers. 

Dans le commentaire d'Esdras, de Néhémie et d'Esther, l'auteur 
nous donne une traduction du texte original avec un court commen- 
taire. Quelques notes grammaticales et philologiques sont rejetées à 
la fin du livre, comme dans plusieurs autres volumes appartenant à la 
série de commentaires catholiques publiés par l'éditeur Theissing, de 
Munster, et dont cet ouvrage fait partie (ainsi que le Tohis du D"" Gut- 
berlet et le commentaire d'Isaïe du même D"" Neteler). 

M. Neteler voit dans Assuérus Xercès I'^ Il discute d'une manière 
tout à fait satisfaisante les questions qui se rattachent aux parties 
deutéro-canoniques du livre d'Esther. L'appendice traite aussi plusieurs 
questions très-intéressantes, entre autres celles des soixante-dix 
semaines de Daniel. Le commencement en est placé en l'an 454 avant 
Jésus-Christ, l'année où Esdras est retourné dans sa patrie. L'auteur, 
dans les points qu'il étudie dans son commentaire, ainsi que dans son 
appendice, sans s'étendre longuement et sans épuiser le sujet, émet 
plusieurs idées neuves et ingénieuses. 

— Le livre de Tobie est un des plus attachants et des plus édifiants 
de l'Ancien Testament» mais c'est aussi un de ceux dont l'explication 
ofi're au critique le plus de difficultés. Nous en possédons aujourd'hui 
quatre versions anciennes, indépendantes et toutes considérablement 
différentes les unes des autres : trois grecques, à l'une desquelles se 
rattache l'ancienne italique, et la Vulgate latine de saint Jérôme. Le 
commentaire du livre de Tobie du D' Gutberlet a paru tout récemment. 
On a annoncé cependant, depuis sa publication, qu'on avait découvert 
en Angleterre un texte chaldéen du livre de Tobie que l'on suppose être 
le texte original. M. Gutberlet, qui ignorait son existence, n'a pu s'en 
servir, mais il a pu utiliser du moins, pour son travail, un texte impor- 
tant dont aucun exégète, si l'on excepte quelques observations 
du D"" Reusch, n'avait encore fait usage, celui du Codex Sinai tiens, 
découvert au mont Sinaï par Tischendorf. Ce texte est très-impor- 
tant pour la critique du livre, et il ofi're, de plus, cet intérêt spé- 
cial que c'est de celui-là même qu'a été tirée la traduction de l'an- 
cienne italique, employée dans l'Eglise latine jusqu'à l'époque de la 
publication de la version de saint Jérôme. Lorsque le Df Reusch publia 
en 1857, son commentaire du livre de Tobie, on n'avait trouvé encore 
que quelques fragments très-courts du Codex S'maiticusM. Gutberlet 
donne, sur les versions anciennes de Tobie, des détails intéressants et 
instructifs. Il commente ensuite le livre lui-même, chapitre par cha- 
pitre, en donnant la double traduction de la Vulgate et du Codex Sinai- 
ticits . Le commentaire est tout à la fois critique, littéral, historique 
et théologiqne. Comme les théologiens, à l'exemple de saint Thomas, 



— 103 — 

ont fondé principalement sur le livre de Tobie leur enseignement sur 
la nature et les qualités des aiiges, M. Gutberlet étudie ces questions 
avec un soin spécial. Il n'a pas, bien entendu, négligé le côté apolo- 
gétique, qui est très-important ici. Il a expliqué d'une manière très- 
heureuse plusieurs des difficultés historiques du texte. C'est ainsi 
qu'il montre, par exemple, que lorsqu'on lit i, 24, que Sennachérib 
fut tué par ses propres enfants, « après quarante-cinq jours, » il ne 
faut pas entendre ces quarante-cinq jours depuis le retour de Senna- 
chérib de Palestine, comme l'avaient fait les commentateurs, mais 
depuis la confiscation des biens de Tobie. Les commentateurs avaient 
ignoré jusqu'ici que Sennachérib avait encore vécu dix-huit ans après 
sa défaite miraculeuse en Judée. Le D"" Gutberlet ne répond cependant 
pas à toutes les difficultés. Ainsi il en a oublié une importante. Il 
n'explique pas comment I, 18, Sennachérib est appelé fils de Salma- 
nasar, lorsqu'il est certain qu'il était fils de Sargon. Le Codex Sinalticus 
lit Enemassar au lieu de Salmanasar, mais c'est Sargon qu'il faut lire 
dans les deux, comme nous le remarquerons plus loin à propos du Dic- 
tiomiaire de In Bible de M. Spol. M. Gutberlet dit, dans sa préface, qu'il 
n'a pas voulu s'occuper des rapports de l'histoire de Tobie avec l'his- 
toire assyrienne. C'est une lacune; mais, malgré cette lacune, son 
commentaire est de beaucoup le meilleur que nous ayons actuelle- 
ment sur le livre de Tobie. 

— Les protestants ont publié, en Allemagne, un grand nombre de 
travaux sur la théologie de l'Ancien Testament et de ses diverses par- 
ties : leurs travaux sont remplis d'erreurs. Les savants catholiques ont 
pensé à bon droit qu'il serait utile d'étudier, avec les lumières de la foi 
orthodoxe, les mêmes questions. De là, le Manuel de théologie de l'An- 
cien Testament (Handbuch der Théologie des alten Bandes im Lichte des 
NeuenJ du P. Scholz, Ratisbonne, 1862, et la Théologie des Psaumes 
(Théologie der PsaimenJ, de Konig, Fribourg, 1857. Nous ne possé- 
dions pas encore d'ouvrage catholique spécial sur la théologie si impor- 
tante à connaître des prophètes. Cette lacune vient d'être heureuse- 
ment comblée par un savant professeur de l'université de Vienne, le 
D"" Hermann Zschokke. Il a étudié sa matière d'une manière appro- 
fondie et il a condensé dans son livre les leçons de plusieurs années. 
La Théologie des Prophl'tes est divisée en sept parties : Dieu, les créa- 
tures, le peuple de Dieu, la religion et la morale, les païens, le 
Messie, les fins dernières. Il nous est impossible de faire connaître les 
subdivisions'de chaque partie, ce qui nous entraînerait trop loin, mais 
nous dirons cependant quelques mots de la première, afin de donner au 
lecteur quelque idée d'un genre de travaux trop peu connu en France. 
M. Zschokke examine d'abord la question de l'existence de Dieu dans 
tous les prophètes, puis les noms de Dieu en général et les noms de 
Dieu en particulier. Il passe de là aux attributs divins, tels qu'ils 



— lOi — 

ressortent des écrits prophétiques : l'aséité, la toute-puissance, Tim- 
mensité, la personnalité de Dieu, sa spiritualité ; il étudie les anthropo- 
morphismes et les antliropopathismes; l'unité divine et la Trinité ; les 
rapports de Dieu avec le monde et enfin l'idolâtrie. Sur chacune de 
ces questions, l'auteur réunit tous les textes épars dans les livres des 
grands et des petits prophètes, les coordonne et les explique. Il renvoie 
soigneusement aux chapitres et aux versets. Ses citations sont faites 
en allemand, ordinairement, d'après le texte hébreu, parce que, dit-il, 
dans sa préface, le texte original aide encore mieux que la version 
latine à exposer le dogme dans toute sa force. 

On voit, par ce que nous venons de dire, 'que la Théologie des Pro- 
phètes n'est ni une théologie proprement dite ni un commentaire 
ordinaire. Elle n'expose pas toute la doctrine chrétienne, mais seu- 
lement les vérités révélées qui sont contenues dans les livres prophé- 
tiques; elle ne commente pas les prophètes chapitre par chapitre, mais 
seulement les idées théologiques qu'ils contiennent en les groupant 
méthodiquement ensemble. C'est donc une exposition en partie histo- 
rique de la révélation. Dieu a révélé un certain nombre de vérités à 
Moïse, il en a révélé d'autres aux prophètes; Notre-Seigneur-Jésus- 
Christ a complété Toeuvre de la révélation. Pour avoir une véritable 
histoire de la révélation, dans ses développements successifs, il faut 
l'étudier, non comme un tout, ainsi que le fait la théologie scolas- 
tique, mais dans ses diverses phases : M. Zschokke l'a étudiée pendant 
la période prophétique avec beaucoup d'érudition, détalent et de succès. 

— Saint Hippolyte, entre autres écrits exégétiques, avait composé 
un commentaire du prophète Daniel, malheureusement perdu. M. Otto 
Bardenhewer vient d'en étudier les rares fragments épars, qui ont 
échappé aux ravages des siècles. Après une introduction dans laquelle 
il esquisse la vie et les œuvres de saint Hippoljte, il recueille les témoi- 
gnages des anciens écrivains sur le commentaire de Daniel ; il examine 
ensuite les débris qui nous en restent, le fragment de De Magistris, 
les deux fragments de Combefis, ceux de Mai, etc. L'œuvre de 
M. Bardenhewer se termine par quelques mots sur le manuscrit 
de Munich des Questions et Réponses d'Anastase le Sinaïte. — 
L'opuscule du D' Bardenhewer est court de pages, mais plus rempli 
que maint gros volume. C'est d'une érudition du meilleur aloi et une 
contribution importante à l'histoire des auteurs ecclésiastiques et 
à l'interprétation de la sainte Écriture. Il nous fait connaître en même 
temps des passages précieux pour le commentaire du quatrième des 
grands prophètes. 

— « L'introduction au Nouveau Testament, dit Aberle, n'appar- 
tient pas aux parties les plus attrayantes de la théologie ; mais, dans 
les temps présents, elle est devenue une des plus importantes, (p. 3.) « 



— lOo - 

La plupart des rationalistes battent, en effet, en brèche le Nouveau 
Testament et en attaquent la crédibilité. De là, la nécessité de défendre 
particulièrement la place assiégée. Le savant professeur de la faculté 
de théologie catholique de Tubingue, le D"" Aberle, a consacré exclusi- 
vement les dix dernières années de sa vie à Texégèse et à la défense 
de ces intérêts sacrés. Pendant un professorat d'un quart de siècle, il a 
publié de nombreux et remarquables travaux sur la sainte Écriture 
dans le Tûbhujcr Quarlalschrift, mais il est mort sans avoir publié de 
travail d'ensemble. Il avait désigné à l'avance pour éditer son Intro- 
duction au Nouveau Testament, celui qui est devenu son successeur à 
l'université de Tubingue, le D' Schanz. Quoique les manuscrits du 
maître fussent très-incomplets, son élève s'est chargé de les publier. Il 
a touché au texte le moins possible, mais il l'a enrichi de nombreuses 
et précieuses notes. 

Le D"" Aberle suit, dans son Introduction, la méthode historique. Con- 
vaincu que le lecteur des livres saints n'en pourra bien pénétrer le 
sens et approfondir la doctrine qu'autant qu'il connaîtra exactement 
l'histoire de leur origine, l'auteur s'efforce d'étudier cette origine d'une 
manière complète. C'est surtout au point de vue polémique et apolo- 
gétique qu'il est utile de suivre cette méthode. Cependant comme la 
méthode ordinaire qui étudie successivement les livres saints selon 
l'ordre qu'ils occupent dans nos éditions du Nouveau Testament 
a aussi son utilité, Aberle a essayé de réunir les avantages des deux 
procédés en les combinant ensemble dans la mesure du possible. C'est 
ainsi qu'il étudie successivement les écrits de saint Mathieu, ceux de 
saint Marc, ceux de saint Luc, en groupant ensemble le troisième Evan- 
gile et les Actes, ceux de saint Jean, en examinant en quatre chapitres 
leur caractère général, le quatrième Évangile^ ses trois Epîtres et l'Apo- 
caljpse; ceux de saint Paul, en mettant, dans le récit delà vie de l'A- 
pôtre, les Epîtres à leur place chronologique ; ceux de saint Jacques, do 
saint Jude et enfin de saint Pierre. La marche suivie par l'auteur est 
excellente. En plaçant les écrits inspirés dans leur véritable cadre, Tin- 
telligence en devient plus aisée ; beaucoup d'obscurités s'évanouissent 
et nombre d'objections tombent d'elles-mêmes. Il n'existe pas d'Intro- 
duction spéciale au Nouveau Testament composée en français par un 
catholique; ce genre de travaux est rare, même en Allemagne, parmi 
les théologiens nos coreligionnaires. C'est là ce qui ajoute un nouveau 
prix, s'il est possible, au travail d'Aberle, publié et complété par le 
D'' Schanz, travail qui résume tout ce qui a paru de meilleur et de 
plus solide depuis longues années sur ces questions vitales pour le 
christianisme. Nous ne pouvons entrer dans l'examen détaillé des opi- 
nions de l'autaur. Signalons seulement son explication du chiffre 666 
dans l'Apocalypse : il l'applique à l'empereur Trajan (p. 137-138). 



— 106 — 

— C'est un livre de piété et d'édification qu'a publié Msr Pichenot, 
archevêque de Chambérj, sur les Paraboles évangéliques. Rien ne 
montre mieux que les homélies du pieux prélat quel fonds inépuisable 
renferme la parole de Dieu. Où peut-on trouver des sujets plus inté- 
ressants, plus féconds et plus utiles ? L'ouvrage de Mg«" Pichenot 
contient cinquante-trois instructions sur les diverses paraboles de l'É- 
vangile, plus douze instructions sur la parabole si touchante et si 
instructive de l'Enfant prodigue que Téminent prédicateur intitule 
ingénieusement : l'Enfant prodigue ou un petit Carême dans une 
parabole. 

Les homélies recueillies dans ce volume ont été prêchées à Sens, soit 
au collège, soit à l'église Saint-Pierre et à la cathédrale dont l'arche- 
vêque de Chambéry a été successivement aumônier et curé. Elles s'a- 
dressent en même temps aux fidèles, qui y trouvent des enseignements 
solides et des exhortations précieuses, et aux prêtres qui pourront y 
apprendre comment il faut présenter la parole de Dieu pour la faire 
pénétrer dans les âmes et lui faire porter des fruits de salut. Chacune 
de ces homélies est courte^ simple, facile à suivre et semée des plus 
salutaires réflexions. Elles peuvent servir de sujet de méditation aussi 
bien que de lecture pieuse, et, tout en faisant admirer nos saints 
Evangiles elles font du bien à l'àme ; elles portent à mieux servir Dieu 
et à aimer davantage Notre-Seigneur Jésus-Christ. 

— L'Evangile de saint Jean, parce qu'il est celui des quatre qui 
embarrasse le plus les ennemis de la religion, est, à l'heure présente, 
le plus attaqué de tous. Le D"" Willibald Beyschlag, l'un des rédacteurs 
du Hamlwbrlerbuch des biblischen Alterthums far gebildete Bibelleser, 
dont nous avons eu déjà occasion de parler, a répondu aux objections 
soulevées contre le quatrième Évangile dans les Theoloçjisclie Studlcn 
und Kriliken. Sa réfutation est solide et décisive. Elle méritait d'être 
publiée en volume. L'auteur Ta donc fait réimprimer avec quelques 
additions. Il ne laisse rien debout de tout ce qu'ont accumulé de 
sophismes et d'arguties tous les rationalistes de son pays. Il les suit 
pas à pas et lutte corps à corps avec eux. Il s'en prend surtout à 
Baur, Strauss, MM. Keim et Scholten. Son travail est divisé en deux 
parties. Dans la première, il s'élève contre le procès de tendance que 
l'école critique de Tubingue fait à saint Jean et montre que les prin- 
cipes de cette école sont faux et inadmissibles. Dans la seconde, il 
répond en détail aux difficultés qu'on rencontre ou qu'on prétend 
rencontrer dans la quatrième Évangile. Nous ne pouvons faire ici un 
résumé, qui serait forcément trop long, des réponses de l'auteur ; il faut 
aller les chercher dans le livre lui même. Nous ne pouvons qu'indiquer 
le fond même de sa réfutation. D'après l'école de Tubingue, l'Évan- 
gile dit de saint Jean n'est en réalité qu'un roman historique ou une 



— 107 — 

fiction poétique, le Logosroman. ou roman du Logos, du Verbe. Son 
but est, non d'exposer des faits, mais de développer des théories spé- 
culatives sur ridée du Verbe : théories dont le germe ou le noyau se 
trouve contenu dans les premières lignes du premier chapitre. S'il 
fallait en croire Baur, l'auteur d i quatrième Evangile n'aurait donc 
pas voulu écrire une histoire, mais habiller ses idées et les revêtir de 
faits fictifs. M. Bejschlag montre parfaitement que cette manière a 
priori d'envisager l'œuvre de saint Jean est tout à fait l'opposé de la 
vérité : l'Évangile tout entier, observe-t-il avec raison, fait reposer le 
christianisme, non sur des idées, mais sur des faits, sur la vie de 
Notre-Seigneur, il se donne comme une histoire, non comme une 
spéculation. Il impose les dogmes à notre foi, non pas parce que notre 
raison doit les accepter, mais parce qu'ils ont été promulgués par la 
bouche de Jésus-Christ. Ses paroles elles-mêmes nous sont données, 
pour ainsi dire, comme des faits. Et, comme le disait saint Paul en 
parlant de la résurrection de Notre-Seigneur, si les faits évangéliques 
ne sont point vrais, notre foi est vaine, il n'y a pas de christianisme. 
— M. Salvador publia, en 1822, un livre intitulé la Laide Mo'isc, dont 
il donna une seconde édition en 1828, sous le titre d'Histoire des Insti- 
tutions de iMolse et du, penple hébreu. La troisième édition, que nous 
avons sc^us les yeux, porte le même titre et est datée de 1862. Le 
chapitre m du IV livre du tome I" est intitulé Junemcnt et Condamna- 
tion de Jésus, et a pour objet d'établir que la condamnation de Jésus 
fut légale. Notons, en passant, que M. Salvador distingue, parmi les 
soldats qui exécutèrent les ordres de Pilate, les Gaulois (p. 392). Ce 
chapitre qui tient dix pages dans la troisième édition, existait comme 
note dans la première édition de 1822. L'opinion de l'auteur excita, 
on le conçoit sans peine, un grand scandale. M. Dupin aîné publia, en 
1828, une série d'articles, dont la réunion forma l'écrit intitulé : Jésus 
devant Caiphe et Pilate ou réfutation d'un chapitre de M. Salvador. La 
réfutation de M. Dupin est lumineuse et forte, mais il ne révise le 
procès de Jésus qu'à grands traits et d'une manière rapide, sans 
entrer dans tous les incidents du procès. Deux Israélites convertis et 
devenus prêtres catholiques, MM. les abbés Lémann, ont voulu re- 
prendre le procès de Jésus et le réviser dans tous ses détails. De plus, 
non contents d'approfondir ainsi la question et d'examiner la valeur 
des actes du Sanhédrin qui condamna Jésus-Christ, ils ont entrepris une 
œuvre qui n'avait jamais encore été tentée par aucun écrivain, juger la 
valeur des personnes qui composaient le tribunal. De là, les deux par- 
ties de l'opuscule Valeur de l'assemblée r/ui prononça la peine de mort 
contre Jésus-Christ. C'est d'abord la valeur des personnes qu'ont exa- 
îninée les savants auteurs. Ils commencent par nous faire j^connaître 
ce qu'était le Sanhédrin et quelle était sa constitution. Ils nousdonnent. 



— 108 — 

sur ce sujet, des notions claires, précises et justes qui ne sont pas 
généralement bien connues. Après avoir déterminé ensuite quels 
étaient les pouvoirs du tribunal suprême des Juifs, à l'époque de 
Notre- Seigneur, ils recherchent quels étaient les membres qui le 
composaient à cette même époque, à l'aide des données éparses dans 
l'Evangile, dans l'historien Joséphe et dans le Talmud, et en indiquant 
exactement leurs sources. Cette partie de leur travail peut, à bon 
droit, être appelée originale, puisqu'elle n'avait jamais été faite 
jusqu'ici, et elle est du plus grand prix. Ils ont retrouvé les noms et 
en partie l'histoire de dix-huit membres de la Chambre des prêtres, 
de quatorze de la Chambre des scribes et de dix de la Chambre des 
anciens, par conséquent de plus de la moitié des soixante et onze 
membres du Sanhédrin. Les renseignements recueillis sur la plupart 
d'entre eux nous donnent une idée fâcheuse de leur moralité. Leur 
caractère nous explique donc en quelque sorte à l'avance l'iniquité 
et l'illégalité de leur jugement. L'étude du procès de Jésus, révisé 
d'après la loi hébraïque, y révèle vingt-sept irrégularités, toutes 
graves. Quelle réfutation de M. Salvador ! Les auteurs annoncent une 
suite à leur travail. Il aura pour titre : le Sanhédrin avec le peuple 
juif devant Pilate. Puissent-ils nous donner beaucoup de productions 
semblables ! 

— Chose rare ! Nous pouvons annoncer aujourd'hui deux publica- 
tions françaises à la fois, en forme de dictionnaire, sur la Bible : le 
Bictionnuire. de la Bible ou explication de tous les noms propres h isloriques 
et géographiques de l'Ancien et du, Nouveau Testament, par M. Spol, et le 
Dictionnaire topographique abrégé de la Terre-Sainte, par M. de Saulcy. 
Le titre de ces deux ouvrages nous indique ce qu'ils ont de commun 
et de différent. Le dictionnaire de M. Spol est tout à la fois historique 
et géographique, celui de M. de Saulcy est exclusivement géogra- 
phique. Le premier est très-substantiel et donne, sous une forme très- 
concise, un grand nombre de renseignements précieux. Il s'étend 
surtout sur les noms peu connus ou omis dans les dictionnaires anté- 
rieurs. Les mots sont classés d'après l'orthographe que la langue fran- 
çaise a tirée de la Vulgate. C'est avec raison, parce que cette ortho- 
graphe est de beaucoup la plus connue. M. de Saulcy a fait de même, 
mais il a fait aussi entrer dans sa nomenclature la forme hébraïque 
des noms de lieux, en renvoyant pour le développement géographique 
à la forme vulgaire. M. de Saulcy fait suivre la forme vulgaire du 
nom hébreu, imprimé en caractères hébreux. M. Spol fait suivre aussi 
le nom ordinaire du nom hébreu, mais transcrit en caractères latins. 
Cette transcription pouvait se faire sans inconvénient. Elle est même 
avantageuse pour la masse des lecteurs, qui ignorent l'hébreu; il eut 
été à désirer néanmoins que la méthode de transcription fût plus 



— 10!) — 

constanie et plus uniforme. Ainsi la lettre hébraïque iod est transcrite 
dans la seule page 120 sous trois formes diiïérentes y, i, j. La trans- 
cription y ou i, est admissible, pourvu qu'elle soit uniforme, mais la 
transcription y, acceptable en allemand, ne l'est pas en français. A la 
forme hébraïque, M. Spol joint la forme grecque des Septante, en carac- 
tères grecs. Il indique de plus^ avec exactitude, les passages de la Bible 
où se lisent les noms propres dont il rend compte. M. de Saulcy 
donne aussi les références, mais d'une façon moins méthodique. En 
général, la manière dont celui-ci a rédigé son dictionnaire est moins 
uniforme et moins méthodique que celle de M. Spol, — comparer par 
exemple, Tarticle Jourdain dans les deux dictionnaires, — mais le savant 
membre de l'Institut, qui a fait plusieurs voyages en Palestine, donne 
souvent, de visu, des détails intéressants qui ne se trouvent pas dans 
M. Spol et ne doivent pas d'ailleurs s'y trouver, étant exclus par son plan. 
M. de Saulcy, dans un court avant-propos, raconte que c'est en explo- 
rant la Palestine que lui est venue la première fois l'idée de rédiger 
un petit répertoire portacif de toutes les localités de la Terre-Sainte, 
mentionnées dans la Bible. L'origine même du livre montre quelle en 
est l'utilité pratique. On ne saurait trop recommander les dictionnaires 
de ce genre à tous ceux qui, sans se rendre en Palestine, y vivent néan- 
moins en esprit, dans la lecture delà Bible. Ceux qui en feront usage ne 
tarderont pas à en reconnaître l'utilité et en retireront de grands avan- 
tages pour l'intelligence de l'histoire sacrée. Terminons en demandant 
à M. Spol, pour une prochaine édition, l'addition des noms propres qui 
ne se trouvent que dans les Septante, comme Dabéron, Josué, xix, 20; 
de ceux qui ont été traduits par des noms communs dans la Vulgate, 
mais qui n'en sont pas moins connus, comme Moreh, bocage, Gen., xir, 
6, et Moreh, colline, Jud. , xii, 7 ; Akrabbim, Num. , xxxiv, 4, omis aussi 
par M. de Saulcy, etc. Le mot Sephela(I Macch., xii, 38) est omis par 
M. Spol. Il est traité incomplètement par M. de Saulcy. Le lecteur, en 
lisant ce dernier, ne se doutera point que Séphéla est le nom de la plaine 
qu'habitaient les Philistins. M. de Saulcy a signalé exactement au mot 
Gezer l'identification de cette ville avec Tell-Djezer, identification 
constatée, il y a six ou sept ans, par M. Clermont-Ganneau. M, Spol 
n'en parle pas. M. Spol, à l'article Sennachérib, dit très-justement 
qu'il était fils de Sargon. Pourquoi, à l'article Sargon, lisons-nous : 
« Certains commentateurs prétendent que Sargon n'est autre que 
Salmanasar; d'autres disent Sennachérib ou Assarhadon; d'après la 
version la plus commune, Sargon serait le père de Sennachérib? » 
Il est tout à fait certain que Sargon fut le successeur de Salmanasar, 
et qu'il fut le père de Sennachérib et le grand-père d'Assarhaddon. 
Pourquoi encore, M. Spol, qui dit à bon droit, à l'article de Senna- 
chérib, que Sennachérib était le fils de Sargon, dit-il, à l'article Sal- 



— 110 — 

manasar, que ce même Sennachérib était fils de Salmanasar? Il est 
vrai qu'il s'appuie sur Tobie, i, 18; mais, dans ce passage, Salmanasar 
est une faute de copiste pour Sargon. Une confusion du même genre 
se remarque encore à Tarticle Thartan, où Sargon est confondu avec 
Sennachérib et où Thartan est donné comme un nom propre, tandis 
que ce n'est qu'un titre signifiant généralissime. A part ces inexacti- 
tudes, qui concernent l'histoire d'un peuple étranger et dont la pre- 
mière responsabilité remonte aux anciens commentateurs ou aux 
sources consultées par l'auteur, le dictionnaire de M. Spol est d'une 
grande sûreté de renseignements. Ceux qui savent combien il est diffi- 
cile, dans un travail aussi long et aussi compliqué que la rédaction 
d'un livre comprenant de trois à quatre mille articles, d'éviter toute 
erreur, excuseront facilement le si petit nombre de celles qui sont 
échappées à l'auteur. Le devoir du critique, c'est de les signaler, mais 
c'est aussi son devoir de répéter que, malgré ces quelques taches, le 
dictionnaire de M. Spol peut rendre les plus grands services pour la 
lecture courante de le Bible et l'intelligence de tous les auteurs chré- 
tiens qui se sont inspirés de la Bible. C. J. 



POÉSIE. 

Le Presbytère de Plouarzel, histoire bretonne, par M"' C.-E. Plussan. Paris, Pion, 1877. 
2 vol. gr. in-8. de 4'i'2 et4G6p. ornés d'eaux-fortes. Prix : 15 fr. — Un Mariage sous 
la Terreur, récit par Gh. Yrtal. Paris, Libr. des bibliophiles, 1877, in-12 de 273 p. 
Prix : 3 fr. — Une martyre, poënie, par l'abbé Buis. Paris, Olmer, 1878, in-8 de 
177 p. Prix : 2 fr. — Le Hiége de Caderousse, poëme languedocien de l'abbé Fabre, 
traduit en vers français, par Placide Gappead ; Le Château de Roquemaure, poëme 
en 20 chants, par le même. Paris, inip. de Jouaust, 1876. 2 vol. in-12 de 400 et 
de 490 p. Prix : 10 fr. — Quatre ballades suivies de notes, par ?. Ristelhulber- 
Genève, Bàle et Lyon, Georg, 1870, in-8 de 44 p — A Tavers bois, prés et 
sillons, scènes et esquisses cyngctiques, par Yger, ayec douze dessins, par Ed. Belle- 
croix. Paris, Didot, 1877, in-12 de 375 p. Prix : 3 fr. 50. — Notre-Dame de 
Lourdes, par M. l'abbé Cha.mbaud. Tours. Catier, 1877, in-32 de 234 p. Prix : 3 fr. 

— Pie IX, ses gloires, ses épreuves, ses trois jubilés, poëmes par l'abbé Hovine. Lille, 
J. Lefort, in-8 de 243 p. orné d'une gravure. 2 fr. — Roma, poésies catholiques, 
par Victor Chrétien. Paris, Palmé, 1877, in-12 de 29p. 2 fr. — Poésies ine'dites du 
comte Lafond. Paris, Bray & Retaux, 1876, in-8 de 278 p Prix : 5 fr. — Les deux 
frères martyrs, ou les Enfan/s nantais, drame-inystère en 5 actes et 7 tableaux, par 
un frère des écoles chrétiennes. Paris, Ûudin, 1877, in-12 de 92 p. Prix : 2 fr. 50. 

— Nouvelles poésies chrétiennes, par Francis Goulin. Paris, Haton, 1877, in-12 dé 
194 p. Prix : 2 fr. Les Fleurs de Bretagne, par Ed. Frain. Rennes, Plichon, 
1877, in-12, de 148 p. Prix : 3 fr. Au fil de l'eau, par Albert Mérat. Paris, 
Lemerre, 1877, in-12 de 108 p. Prix :3 fr. — Les anciens jours, par H. de BLAZAC.PariSj 
Jouaust, 1876, in-8 de 191 p. Prix : 2 fr. 50. — Les Chants de la montagne, par 
Ed. Sghuré. Paris, Sandoz, 1877, in-8, de 277 p. 5 fr. — Poëmes dramatiques, par A. 
Mauroy. Paris, Jouaust, 1877, in-12 de 60 p. Prix : 2 fr. 50. — Premiers vers, par 
Henry de Fleijrigny. Paris. Jouaust, 1876, in-8 de 60 p. Prix : 2 fr. — Les Primevères, 
par P. Marmottan. Paris, Sandoz, in-18 de 150 p. Prix : 2 fr. — La Fanfare du cœur, 
par L. Solvay. Paris, Jouaust, 1877, in-12 de 84 p. Prix : 2 fr. 50. — JUyrtes et 
Cyprès. Paris, Jouaust, 1877, in-12, de 190 p. Prix : 2 fr. 50. — Printemps et Neige, 
par L. Beor. Paris, Chéesé, 1877, in-12 de 118 p. Prix : 2 fr. 50. — Poésies in- 
times, par A. de Larochefoucauld. Paris, Didier, 1877, in-8 de 358 p. Prix : 3 fr. 50 

— Poésies contemporaines, par Desvr Ravon. Paris, Jouaust, 1876, in-12 de 122 p. 
Prix : 3 fr. 50. — Dieu et Patrie; poëmes militaires, par Marc Bonnefoy. Paria, 



— 111 — 

Jouaust, 1876, in-12 de 134 p. Prix : 3 fr. — fiimes de C(tpe et cl'epée, par Ûuier 
d'Ivry. Paris, Jouaust, 1876, in-12 de 228 p. Prix : 3 fr, — Les Vallonnaises, par 
E. ViLLARD, Paris, Douniol, 1876, in-12 de 175 p. Prix : 1 fr, 5'J. — Ai-je des ailes? 
par Anxa Roberjot. Paris. Féchoz, 1876. in-12 de lO'i p. Prix : 2 fr. — Antiques 
et a ode mes. par Germaln Picard. Paris, Jouaust. 1877, in-12 de 72 p. Prix : 1 fr.50 
— Sœur Marthe, par le MÉMt;. Paris, Jouaust, 1876, in-12 de 31 p. Prix : 1 fr. — Cent 
fables noufelles, composées par un grand-père, par A. F. Théry. Amiens, Deiattre- 
Lenoël; Paris, Hachette, 1877, ia-18 de 126 p. Prix : 1 fr. 80.— Le Livre d'un père, 
par V. DE Laprade. Nouvelle édition. Paris, Hetzel, 1877, gr. in-18 de 247 p. 
Prix : 3 fr. 

Il faut l'avouer, il est plus agréable de faire des vers que d'en lire, 
à moins qu'ils ne soient tracés par une de ces plumes comme on n'en 
compte pas beaucoup par siècle. Voilà ce qui explique que de nom- 
breux volumes rimes continuent de paraître et qu'en les parcourant 
le critique puisse se répéter un vieux quatrain de Gombauld : 

Chacun s'en veut mesler, et, pour moy, je m'estonne 
De voir tant d'escrivains et si peu de lecteurs. 
Je ne sçay quel espoir a bercé mille auteurs 
Tel pense escrire à tous, qui n'escrit à personne. 

L'année qui vient de s'écouler et la fin de celle qui Ta précédée 
n'ont pas été moins fécondes en rimes que des temps plus reposés. 
On ne peut donc répéter la phrase tant redite : la poésie est morte. 
Les poètes du moins ne sont pas morts, et peut-être en aura-t-on trop 
de preuves tout à l'heure. Il faut convenir, du reste, que si beaucoup 
de vers fussent, avantageusement pour tout le monde, restés dans les 
portefeuilles d'auteurs au cœur trop paternel, quelques grandes 
œuvres ont paru en 1877. On a déjà parlé, dans cette revue, de la 
Légende des siècles, et de l'Art d'être grand-pere. Armelle de M. du 
Clézieux a aussi été l'objet d'un article spécial et enfin dans l'examen 
que nous allons commencer, nous aurons à signaler quelques volumes 
dignes d'être mis en évidence. 

De ce nombre, nous paraît l'œuvre d'une femme, M"* Puissan. 
Grâce aux traditions classiques, pendant longtemps en France la 
poésie épique — nous prenons cet adjectif dans sa réelle acception 
et non dans le sens trop élevé qu'on lui accorde souvent, — la poésie 
narrative, si on l'aime mieux, ne fut consacrée qu'à de grands hommes 
ou de grands événements. Nous n'avions pas de poëraes dans le genre 
d'Hermann et Dorothée, par exemple, pas de poèmes racontant des épi- 
sodes intimes et mettant en scène des personnages d'une humble condi- 
tion. Jocelijn, autant que je me le rappelle, fut chez nous la première 
grande œuvre de ce genre, et nous avons contracté si bien l'habitude 
des vers pompeux que nous avons de la peine à nous faire aux fami- 
liarités de l'existence réelle. Malgré les difficultés qu'oifre le genre 
épique appliqué aux peintures et aux accidents de la vie de chaque 
jour, malgré la facilité trop grande avec laquelle nos vers tombent 
dans la trivialité en voulant éviter l'enflure et les périphrases^ fré- 



— 112 — 

quemment aujourd'hui on tente d'employer la poésie à des récits 
familiers. Le Presbxjtèrc de Pouarzel est une oeuvre de cette nature. 
Deux dates inscrites à la fin du livre : 1860, 1877, nous appren- 
nent que M"^^ Puissan a mis à la composition de son poëme un 
peu plus du temps que Tacite considérait comme un long espace de 
la vie humaine, et il n'y a pas trop à s'étonner de cette persévérante 
assiduité, quand on songe que le Presbytère de Plouarzel contient 
pour le moins vingt-trois mille vers, vingt-trois mille vers bien faits, 
bien rimes en général, et qui ont dû nécessiter de fréquentes re- 
touches. 

Le défaut de cette œuvre de longue haleine, nous le dirons fran- 
chement, estFabsence d'un plan nettement arrêté. Le poëme débute 
par de touchantes plaintes d'une jeune fille attendant, au bord de la 
mer, le retour de son fiancé, et l'on ne sait quel est ce fiancé, et l'on 
n'assiste à son retour qu'à la fin du second volume, qu'après avoir lu 
environ 800 pages où l'on voit se succéder et se mêler et l'histoire 
de Reine, jeune Russe qui épouse sans amour Pol, le neveu du curé 
de Plouarzel, et celle du curé de Plouarzel, et celle de Kerdic, et 
celle de sa fille Germaine, et celle de Mas et celle de bien d'autres 
personnages encore, et des traditions, et deslégendes, et des tableaux 
de vieux usages, et des chapitres empruntés à Thistoire même, pre- 
nant la Bretagne à l'époque de César, et nous menant par de brillants 
hors-d'œuvre 'jusqu'à l'île Sainte-Hélène et à son grand prisonnier. 
11 semble que M""^ Puissan ait voulu donner un cadre à tous ces 
intéressants et poétiques souvenirs; mais la conception principale 
manque de clarté, de netteté; l'intérêt s'éparpille sur trop de per- 
sonnages; il n'y a pas unité d'action, on ne sait à qui accorder ses 
sympathies parmi toutes ces jeunes filles et tous ces jeunes gens. 
Enfin au début de l'œuvre, il faut avoir une attention soutenue, il 
faut relire les mêmes pages — et l'on ne s'en plaint pas trop parce 
que les vers son beaux — pour tâcher de saisir le fil du récit et le 
renouer quand il se rompt — ce qui arrive souvent. Or, c'est dans 
une narration en vers que la clarté est sourtout chose nécessaire. Vol- 
taire disait dans son épitre à l'empereur de la Chine : 

Ton peuple est-il soumis à cette loi si dure. 
Qui veut que de deux vers cote à côte marchants, 
L'un serve pour la rime et l'autre pour le sens, 
Si bien que l'on pourrait, en bravant cet usage, 
Supprimer sans regrets la moitié d'un ouvrage ? 

Il y a un peu de vérité dans cette plaisanterie, les vers forcément 
délayent l'idée et donnent au récit une certaine obscurité qu'il faut 
tâcher de détruire ou de diminuer par la netteté du plan. 

Si maintenant nous abordons les détails, nous n'avons guère que 



- 113 — 

des éloges à donner au poëte; il manie bien le vers épique, si difficile 
dans notre langue. Si nous descendions à un examen minutieux, nous 
n'aurions à indiquer qu'un bien petit nombre de rimes insuffisantes, 
nous n'aurions à blâmer qu'un rare emploi de mots un peu déplacés 
en poésie, tel que le mot laideron qui dépare un alexandrin de la page 25 
du premier volume ; nous n'aurions enfin à nous choquer que de quel- 
ques périphrases contrastant avec le ton ordinaii-ement simple du 
récit, /e.^ filles d'Arachnée, l'art d'Hippocralc, l'arl dp GalUeii. Il faut 
prendre la loupe du critique pour voir ces petits et inévitables défauts; 
ils n'empêcheront pas de lire avec plaisir les épisodes si nombreux, si 
variés que M™*^ Puissan a enchâssés dans son o:>uvre. Il y a dans ces 
épisodes bien des pages qui suffisent certaineraentpour assigner à leur 
auteur une belle place parmi nos poètes contemporains. Nous vou- 
drions donner un spécimen de ce talent très-réel, mais nous serions 
trop embarrassé dans notre choix. Le ton varie suivant les sujets, le 
style d''une page n'est plus celui de l'autre, et il faudrait pouvoir 
donner des échantillons de tous ces genres diff'érents, de ces belles 
descriptions du printemps, de l'automne, de ces légendes chevale- 
resques, de ces pages inspirées par l'histoire, et aussi de toutes ces 
études de sentiments, dont diverses situations romanesques fournis- 
sent le motif au poëte.. 

Le Presbytère de Plouarzcl a été publié avec un grand luxe ; impres- 
sion, papier, gravures le recommandent aux bibliophiles, autant que 
de beaux vers et de généreux sentiments le recommandent à la classe 
moins nombreuse, hélas! des sincères amis de la poésie. 

— Le livre de M. Yrtal est encore un poëme ou plutôt un roman 
poëme. Dès qu'il s'agit d'un Mariage soas la Terreur, il doit être ques- 
tion de l'union d'une aristocrate et d'un républicain. C'est là une situa- 
tion déjà bien des fois exploitée et assez récemment dans un drame joué 
aux Français, Jean d'Ascier; mais le livre de M. Yrtal a la priorité sur 
cette pièce autour de laquelle on a voulu faire un certain bruit. M"" de 
Saint-Bris épouse Jean Lenoir, fils d'un notaire, son ami d'enfance, 
du reste, pour sauver son père. Le malheureux vieillard meurt peu 
après cette mésalliance, tandis que Jean Lenoir va combattre à la 
frontière. M'^" de Saint Bris, réduite à la misère, est recueillie par 
M"® de Grandchamp, dont le portrait est bien esquissé et qui appar- 
tient encore quelque peu par la facilité de ses principes à la triste 
époque de la régence. Son fils, qui a de grandes qualités, n'est que 
trop digne de sa mère par certains côtés. Il devient amoureux de 
Louise qui, croyant être certaine de la mort de Jean Lenoir, se décide 
à épouser le marquis. Jean Lenoir lui-même arrive au moment où le 
mariage va être célébré. Croyant que sa femme — car il me semble 
que Louise Tétait parfaitement devant Dieu, puisque, page 76, un vieux 
Février 1878. T.- XXII, 8 



— 1 1 i — 

prêtre a béni son union — croyant donc que Louise aime le marquis de 
Grandchamp, le fils du notaire n'hésite pas à se sacrifier et s'éloigne. 
Après ce départ qu'accompagnent divers épisodes, le poëte nous fait 
assister à un duel bien conté : un mari outragé tue dans ce combat 
l'amant de sa femme qui n'est autre qie M. de Grandchamp ; Louise, 
restée veuve, et cette fois tout de bon, finit par épouser ou répouser 
Jean Lenoir, que l'empereur a fait général et marquis de Saint-Bris. 
Il y a de l'intérêt dans ce roman. Il est bien entendu, quoique nous 
ne l'ayons pas dit, que Jean Lenoir a pour sa femme un profond amou p 
et, comme 

Amor a nullo amato amar perdona 

il y a chez Louise quelque réciprocité d'un sentiment qu'elle ne veut 
pas s'avouer d'abord. Nos vers, nous le disions tout à l'heure, sont 
difficilement maniables, dans le genre épique; ils vont aisément d'une 
pompe traditionnelle à une familiarité qui touche à la prose. M. Yrtal 
n'a pas su toujours éviter ce mélange de tons disparates. On pourrait 
aussi lui reprocher des phrases écrites trop vite, quelques rimes mau- 
vaises, telles par exemple qu'oreilles et nouvelles (p. 57). Il ne faut pas 
oublier après tout qu'f/^n mariage sous la Terreur est plutôt un roman 
qu'un poëme. Les caractères y sont du reste bien tracés, mais la Bre- 
tagne et la Vendée offraient d'autres types que des personnages tels 
que la marquise de Grandchamp et son fils. Il serait bientôt temps de 
renoncer à douer le roturier de toutes les vertus et le gentilhomme 
de tous les vices. Cette antithèse devient un peu vieille. Le bon Ber- 
quin la mettait déjà en œuvre dans les petits drames enfantins qu'il 
écrivait avant la Révolution. Qu'on ne croie pas, d'après cette obser- 
vation, que M. Yrtal soit un apologiste d'une sanglante époque; il a, 
pour la maudire, d'énergiques paroles, et son marquis de Saint-Bris, 
le père de l'héroïne, est peint très -favorablement. Si M. de Grand- 
champ ne vaut pas mieux, c'est que, sans doute, c'était nécessaire à 
l'ordonnance du roman, et j'arrive un peu là comme cet ambassadeur 
d'Espagne qui, s'opposant à la représentation d'une tragédie sur Don 
Carlos, s'écriait : mais pourquoi le poëte a-t-il été prendre ce sujet-là? 
— Une martyre, de M. l'abbé Buis, noustransporte encore à l'époque 
révolutionnaire; mais M. Buis n'a pas pris une héroïne imaginaire. 
La martyre, c'est la reine. On sent, à la lecture de ce poëme, qui n'a 
pas moins de quatorze chants, assez courts, du reste, que Marie-Antoi- 
nette a inspiré à l'auteur une vive admiration et une profonde pitié. 
Quand on est ému, on émeut. Si vis me flere... il y a des passages tou- 
chants dans cette œuvre ; mais, si M. Buis avait eu près de lui cet ami 
sincère dont Horace a parlé, cet ami aurait pu lui donner quelques 
bons avis. Peut-être lui eût-il démontré toutes les difficultés qu'il y a 



— llo — 

à traiter un sujet moderne où les souvenirs d'une histoire récente 
viennent à chaque instant empêcher le lecteur d'admettre les fictions 
du poëte. Un Italien d'un beau talent et d'un vilain caractère, Monti, 
a. il est vrai, raconté, dans la Basvilliana, de sanglants épisodes de la 
Révolution; il a eu, notamment pour la mort de Louis XVI, des vers 
et des conceptions dantesques ; mais le monde merveilleux des âmes où le 
poëte se transportait lui donnait des libertés qu'il n'aurait pu avoir en 
restant dans le monde réel, et il n'avait pas à craindre de se voir contre- 
dire par l'histoire. Le censeur recommandé par Horace, une fois le sujet 
admis, aurait sans doute engagé M. Buis a remanier bon nombre de pas- 
sages : il lui aurait indiqué bien des pages d'un stjle traînant, des rimes 
défectueuses, telles qu'épêe et portée, des vers faux comme celui-ci : 
Le dévouement pieux que laissa voir l'ouvrière. 
— Puisque nous avons commencé par parler de la poésie épique, ou 
— si de vieilles habitudes donnent à ce mot une acception trop gran- 
diose — de la poésie narrative, ouvrons les deux gros volumes de 
M. Placide Cappeau, quelle que soit la différence de ton qu'ils offrent avec 
les livres précédents. L'un de ces deux gros volumes contient le texte 
et la traduction d'un poëme languedocien de l'abbé Favre, le Siège de 
Caderousse. Ce poëme, dans lequel est traité d'une façon comique un 
épisode de l'histoire du Comtat, appartient à ce qu'on pourrait appe- 
ler la poésie populaire lettrée. Favre, qui vivait au siècle dernier, se 
place à côté de Ranchcr, l'auteur niçois de la Nemaida^ de Brondex qui 
a écrit, en patois messin, une œuvre charmante, Chan Heuvlin. Tous 
ces poètes, employant des dialectes, à moins de s'appeler Goudoulin, 
Jasmin, Despourrins, Roumanille, Mistral, n'ont pas vu leur réputa- 
tion franchir les limites de leurs provinces. On doit remercier M. Cap- 
peau de nous avoir mis à même de comprendre le poëme assez ori- 
ginal de Favre. 11 l'a bien traduit, dans le même rhythme; mais, il faut 
l'avouer, souvent ce qui est joli dans le dialecte languedocien devient 
vulgaire en passant dans nos petits vers français de huit syllabes, 
qui tombent si aisément dans la prosaïsme et ne conviennent guère qu'à 
des œuvres de dimensions restreintes. Ces vers sont encore ceux que 
nous retrouvons dans le second volume de M. Cappeau, où cette fois le 
poëte a voulu voler de ses propres ailes. Le Château de Rociuemaure, 
qui ne compte pas moins de vingt chants^ a pour sujet un chapitre 
de l'histoire de la Provence. M. Cappeau a lu souvent certain poëme 
fort en vogue au siècle dernier ; cela se reconnaît à sa manière et donne 
à son œuvre quelque chose d'un peu vieillot : on se fatigue de toutes ces 
petites lignes qui n'ont fréquemment de la poésie que la rime et la me- 
sure. M. Cappeau a aussi pris à ses modèles des préjugés, des incrédu- 
lités et des impiétés que, non content d'avoir mis en vers, il s'estcomplu 
à délayer dans de longues notes finales. M. Cappeau nous assure pour- 



— Ilfi — 

tant, dans sa préface, qu'il est profondément religieux ; il est vrai 
qu'il ajoute que c'est à la manière de Lamennais, ce qui explique tout 
de suite que, dans le même paragraphe, il attaque violemment 
l'Église. Dans cette même préface, M. Cappeau nous apprend 
encore qu'il n'est qu'un industriel et que, sans plan, sans étude, 
il a voulu élever un monument à son pays natal. Avec quelques 
études de plus, il est certain que M. Cappeau n'eût pas répété contre 
la religion des attaques surannées et n'eût pas raconté qu'au temps 
de Louis XIV, les plus grands talents n'étaient rien sans une estampille 
de noblesse. Toutes ces ignorances, tous ces préjugés, toutes ces pré- 
ventions ne nous empêcheront pas de convenir que M. Cappeau n'ait 
de la facilité souvent, de la verve quelquefois. C'est dans ses poésies 
provençales qu'il se montre le plus à son avantage. Ce sont de jolies 
pièces, harmonieuses et pleines de sentiment, que VAna et ton Vent 
(le Départ et le Retour). L'épître à Mistral et à Roumanille est spiri- 
tuelle ; dans Ion Rei de la favo (le Roi de la féve'l, où les pauvres rois 
sont d'ailleurs très-maltraités, il y a de l'énergie et du talent. J'aime 
moins Ion Papaioun (le Papillon). Quant à la rose, il ne devrait plus 
être permis d'en parler après les délicieux vers de Ronsard : 

Mignonne, allons voir si la rose 

Qui. ce matin, avait desclose 

Sa robe empourprée au soleil 



— M. Ristelhuber est un érudit; il a donné de bonnes éditions de 
quelques vieux livres ; il a beaucoup lu les anciens poètes et a retenu 
de son commerce avec eux une manière de dire, certaines formes de 
vers qui peuvent quelquefois déconcerter les lecteurs habitués à plus 
de pompe et d'harmonie. En 1875, l'Institut genevois offrit un prix à 
la meilleure traduction en vers français de quatre ballades alleman- 
des : Z)/"e A>rt«ic/(f (^e5 76 (/c;/5, de Schiller; Klein Roland, d'Uhland ; 
Dev Gerenne Eckart. de Goethe, et le Lied der braven Mann, de Burger. 
Ce sont ces quatre belles ballades dont M. Ristelhuber a réuni les 
traductions dans un joli volume. Elles n'ont pas obtenu le prix proposé, 
peut-être à cause de cet aspect archaïque dont nous parlions tout 
à l'heure ; le vers de l'auteur a quelque chose d'un peu rude qui a 
pu effaroucher des oreilles plus ou moins académiques, mais qui ne 
messied pas, ce nous semble, dans des sujets empruntés au moyen 
âge. Dans son Petit Roland, notamment, on remarque de bonnes 
stances, rendant bien l'original et conservant comme l'empreinte 
un peu abrupte de nos vieux poëmes. Des notes intéressantes ter- 
minent ce livre, tiré à petit nombre. 

— Pour parler comme on l'eût fait au siècle passé, Apollon 
et Diane peuvent très-bien marcher de compagnie. De tout temps, 



— 117 ^ . 

on a vu des chasseurs cultiver ia poésie. Le beau Gaston Pliébus a 

laissé de jolis vers en béarnais : 

Aqueres mountines 
Qae ta haiite soun 



Il a laissé, de plus, tout un poëme sur la chasse. De même a fait 
le seigneur de Fontaine-Guérin, Le bon Jacques du Fouilloux, 
dans sa Vénerie, a donné plusieurs échantillons de sa facilité à 
versifier, et n'a pas dédaigné de chanter les pastourelles du pays 
de Gastine en Poitou. Très-longue serait la liste des poètes chas- 
seurs; elle vient de s'augmenter du nom de M. Charles Yger, 
qui, dans des vers faits faciletient — un peu trop quelquefois — 
s'est plu à décrire les diverses sortes de chasses, à dépeindre les 
animaux qui en sontl'objet, et à raconter avec verve divers épisodes 
cynégétiques. En alexandrins, il nous donne la recette d'un pâté 
de lièvre, d'une manière si claire, si nette, que tout cordon bleu 
pourrait sans peine confectionner ce fameux pâté sous sa dictée. 
J'ai cherché vainement, dans le livre de M, Yger, un chapitre sur 
la chasse au miroir — qui n'est certe pas à dédaigner, et aussi — 
allant d'une extrême à l'autre — un chapitre sur le sanglier. Voilà 
deux lacunes à combler. De très-jolis dessins de M. Eugène Belle- 
croix, au nombre de douze, accompagnent le texte imprimé chez 
Didot. Les chasseurs lettrés aimeront à placer cet élégant volume à 
côté des livres d'Eléazar Blaze. 

— Il n'y a pas à chercher une transition entre A travers bois, prés 
et siUo7is et un poëme sur les miracles de Lourdes. M. l'abbé Cham- 
baud a, dans douze chants, raconté la merveilleuse histoire de 
Bernadette, Toute intéressante qu'elle soit, elle n'offrait peut- 
être pas la donnée d'un poëme, et la prose de M. Henri Lasserre 
est si bonne que je ne sais si les plus beaux vers la pourraient faire 
oublier. On reconnaît, du reste, que M. l'abbé Chambaud a écrit son 
livre avec enthousiasme. Cet enthousiasme a même agrandi quelque- 
fois ce qui frappait ses yeux. Je ne reconnais plus le petit fort de 
Lourdes, sur son petit rocher, dans la sombre citadelle comparée à 
un nid de vautour. D'autres descriptions sont mieux réussies, et le 
poëte a bien peint sa pieuse et modeste héroïne. L'œuvre de 
M. l'abbé Chambaud est précédée d'une lettre très -flatteuse de 
Mgi' l'évêque d'Angoulême. 

— M. l'abbé Hovine a tenté de célébrer le long et glorieux ponti- 
ficat de Pie IX. Son livre commence par l'avènement du grand pape 
et suit exactement la marche des événements. Toutefois l'oeuvre de 
M. Hovine n'est pas épique, elle est bien plutôt lyrique. Ces événe- 
ments que le poëte rappelle, il ne les raconte pas comme le ferait un 
historien, mais il trouve dans chacun d'eux le motif d'une inspiration 



— 118 — 

qui tient de l'ode et qui s'exprime dans des rhjthmes différents 
traités d'ailleurs avec habileté. L'auteur, cependant, se permet une 
licence que je signalerai, sans la lui reprocher. Il n'hésite pas à faire 
entrer dans son vers le nom de Pie, sans que, comme l'exigent les 
règles assez absurdes de notre versification, le mot suivant commence 
par une voyelle ou une h muette. 

— Avec le livre de M. Hovine nous sommes arrivé à la poésie lyrique, 
et en nous occupant à présent da volume très-remarquable qui porte 
le titre de Roma, nous nous retrouvons encore dans le même ordre 
d'idées tout à fait catholiques. M. Victor Chrétien est un poëte éner- 
gique ; il rappelle souvent, par la verve, par l'emportement même de 
ses pensées et aussi par un rhythme ferme, les fameux iambes de 
M. A. Barbier. La pièce mixixAée Profession de foi donne, dès le début du 
livre, une opinion favorable, que ne démentent pas les autres morceaux 
qui composent le volume. Parmi ceux-ci, nous citerons surtout : Au roi 
Galantiiomo, les Litanies et te Festin de Balthazar. Il y a dans tout ce 
livre un talent réel, une fougue qui entraîne. Il y a là la promesse, 
el déjà mieux que la promesse d'un vrai poëte. M. Chrétien ne s'arrê- 
tera pas dans cette bonne voie, et nous espérons bien souvent avoir à 
parler de lui, car il doit être jeune encore; aussi ne lui reprocherons- 
nous pas quelques excès d'indignation : le temps n'atténue que trop tôt 
ces exhubérances si rares dans notre siècle débile. 

— Des parents ont eu la bonne pensée de recueillir les poésies iné- 
dites du comte Lafond,ce grand homme de bien, ce catholique si fervent, 
dont M. Veuillot fait en tête de ce recueil un beau portrait qui doit 
être très-ressemblant. Pour qu'il occupât une plus grande place dans 
l'histoire de la littérature contemporaine, il n'a peut-être manqué à 
M. Lafond que d'en occuper une moins grande dans la société. L'ai- 
guillon de la nécessité lui a manqué comme le dit son biographe. L'hu- 
milité chrétienne put aussi empêcher le comte Lafont d'accorder une 
grande importance à ses plaisirs littéraires. C'était cependant un vrai 
dilettante en poésie, comme en beaux-arts; qu'on lise son sonnet 
linquenda tellus : 

Parmi tous les regrets des biens que la Mort prend, 
Horace en oublie un qui n'est pas le moins grand ; 
Le regret en mourant de ne plus lire Horace. 

Ce sont de très-jolis vers que ceux que le comte Lafond, au début 
de son livre, adresse à la Muse, et il y en a bien d'autres encore dans 
son volume qu'on lira avec plaisir. 

Sans doute, si M, Lafond eût publié lui-même ce volume, il y eût fait 
des corrections et peut-être des suppressions, mais les mains amies 
qui ont classé ces diverses pièces ne pouvaient se permettre aucun 



— i\d — 

changement de ce genre. La mort avait fait de ces vers des reliques 
qu'il fallait respectueusement toucher. Au reste, pour dédom- 
mager de quelques stances tombées trop vite d'une plume facile, il y a 
bien des pensées justes et bien dites, dites vraiment en poëte; il y a 
aussi de généreux sentiments qui font de ce recueil une saine lec- 
ture. 

— Bien que Les dm x frères martyrs soient une œuvre dramatique,ily a 
certes assezde poésie dans cette œuvre pour que nous puissions et même 
devions nous en occuper ici. Saint Donatien et saint Rogatien sont les 
héros de ce drame-mystère qui a obtenu la première mention honorable 
au Congrès des œuvres catholiques ouvrières, et qui fut représenté 
par les élèves des Frères avec un succès attesté par une lettre de 
Mgr Fournier, évoque de Nantes. Ce succès était très-mérité ; le mo- 
deste auteur anonyme méritait mieux, selon nous, qu'une mention 
honorable ; ses vers sont harmonieux, bien frappés, richement rimes, 
ses dialogues bien coupés, ses caractères tracés et indiqués avec pré- 
cision. Dans un passage, le poëte ne nous paraît pas avoir donné 
à l'un de ses personnages le langage de la situation. Quand le gouver- 
neur de Nantes apprend que son second fils vient aussi d'embrasser le 
christianisme, il n'y a pas assez de stupeur dans les paroles du père 
païen. Trois ou quatre mots, un cri même, eussent mieux valu que 
deux vers d'un ton assez faible. Une observation toute de détail: je 
crois que Rogatien, Donatien, doivent former quatre syllabes. Ce qui 
frappe dans cette production dramatique, c'est une intelligence des 
exigences de la scène faite pour donner à penser que l'auteur eût pu 
obtenir ailleurs de plus éclatants succès. Au début de la tragédie, cela 
a été une heureuse idée de faire contraster les chants de l'orgie 
pa'ienne avec les cantiques des chrétiens. Plusieurs autres fois, l'auteur 
a employé fort à proposla poésie lyrique qu'il sait manier avec habileté. 

— Revenons à nos lyriques, et hâtons-nous, car voilà encore bien 
des volumes qui attendent une mention. Les Nouvelles poésies chré- 
tiennes, de M. Francis Goulin, sont pleines d'excellentes intentions que, 
malheureusement, les vers ne valent pas. Il y a beaucoup de pro- 
sa'isme dans ces poésies, et les sujets traités exigeaient souvent des 
développements que l'auteur ne leur a pas donnés. Mais, après tout, 
si quinze vers de cinq syllabes ont suffi à M. Goulin pour célébrer la 
naissance de M. le comte de Chambord, et si cette petite pièce ne 
rappelle en rien les belles odes de Lamartine et de Victor Hugo, 
M. Goulin a, sur les deux grands poètes, l'avantage d'être resté iné- 
branlable dans ses croyances — ce qui est bien quelque chose. 

— Les Fleurs de Bretagne, de M. Edmond Frain, sont inspirées par 
de pieuses et bonnes pensées, mais révèlent quelques inexpériences 
de versification. Ainsi, le poëte n'hésite pas à faire rimer temps avec 



— 120 — 

san;/ (p. 1), à mettre de suite des rimes féminines d'espèces différentes 
(p. 5, 41). A côté de ces négrligences, on remarque des tirades écrites 
avec une certaine ampleur. 

— Après le Breton, voici le Parisien. M. Albert Mérat trouve que 

Le ciel le plus doux est encor 
Celui qui brille sur Asnières. 

Ce sont les environs de Paris qui lui fournissent ses petits tableaux, 

tracés souvent avec grâce et vérité, mais qui finissent par sembler un 

peu monotones. Le poète ne prend pour tâche que d'esquisser ce qu'il 

a sous les yeux, les Trains du dimanche, par exemple. Plus d'une fois, 

par la richesse de ses rimes, la facilité de son rhjthme, la vérité de 

ses descriptions, l'originalité de ses images, M. Albert Mérat m'a fait 

souvenir de Saint-Amand — pour lequel Boileau a été bien injuste. 

M. Mérat me l'a rappelé non-seulement par les 6mz<ic culês, mais aussi 

par les mauvais; par des comparaisons forcées, par des incorrections. 

La flamme embaume le sa]jin. 

M. Mérat a probablement voulu dire que le sapin embaume la Hamme. 

Ce qui manque surtout dans Au fil de l'eau, c'est le sentiment, la 

pensée, l'âme. M. Mérat n'a voulu faire de la plume qu'au crayon. 

— Y siempre ri pasado 
Fue mejor. 

dit un vieux et charmant poëte, George Manrique. Ces vers mélanco- 
liques auraient pu servir d'épigraphe aux Anciens jours, de M. Henri 
de Blazac.Ce sont tous ses souvenirs, souvenirs du pays natal, de l'en- 
fance, de la jeunesse, des voyages lointains, que le poëte se plaît à 
rappeler dans des vers faits facilement, rimes richement. 

Je lis Gautier, Hugo, Banville, 
Le soir assis au coin du feu. . . . 

écrit quelque part M. de Blazac, et on eût deviné sans qu'il nous l'ap- 
prît quels sont ses autours favoris. Le premier et le dernier semblent 
surtout avoir eu de l'influence sur lui. C'est à leur école qu'il a appris 
à manier le rhythme. S'il respecte grandement la rime, il a moins d'é- 
gards pour la césure : 

La file noire des — chameaux, les cieux d'airain ... 

On pourrait citer bien des vers aussi disgracieusement coupés, sans 
doute par un parti pris plutôt que par négligence. 

— M. Arthur Mauroy aime les sujets lugubres. En ouvrant son 
volume, on trouve une eau-forte représentant une guillotine, et, dès 
sa première pièce, intitulée l'Échofand, le poëte se complaît dans les 
détails d'une exécution. M. Mauroy appartient à une école qui pousse 
trop loin le respect de la rimé irréprochable, ce qui fait que le vers 
l'est quelquefois moins. C'est ce respect de la rime qui a poussé le 
poëte à qualifier l'amour de j^erors — après tout M. Hugo a bien parlé 



— 1-21 — 

d'un ccr chusslciix — et à dire un souvenii' drftuit. M. Mauroy pro- 
digue trop les épithètes et nous semble trop hardi dans ses images, 
comme lorsqu'il fait d'un nuage un gigantesque éteignoir; trop hardi 
aussi avec la langue, comme lorsqu'il invente le mot prostrée. Nous 
ne voyons pas pourquoi ce petit volume s'appelle Poèmes dramatiques . 

— Les premiers vers de M. Henry de Fleurigny peuvent faire espérer 
qu'ils ne seront pas les derniers. Il y a de la facilité et du sentiment 
dans cet essai. C'est une jolie pièce que celle qui est intitulée Prome- 
nade, et l'on pourrait emprunter de bons vers à diverses pages de son 
volume. On pourrait y signaler aussi quelques inexpériences, de mau- 
vaises rimes, telles que épées et trophées, et quelques fautes de mesure. 

— Qu'est-ce que l'auteur des Primevères ? 

... . C'est un rimeur nouveau. 
Dont la muse au printemps de fleur en fleur voltige. 
Comme un tendre oiseau, 

La vérité eût voulu ici un papillon — ce qui, du reste, n'eût pas été 
bien neuf — mais la rime a voulu un oiseau, et la mesure a voulu qu'il 
fût tendre. La rime, cette servante maîtresse, a encore bien d'autres 
fois fait faire ses volontés à M. Marmottan. L'auteur des Primevères 
doit être encore très-jeune; qu'il ne se presse pas trop de produire. 

— C'est encore un jeune homme évidemment que M. Solvay. La 
Fanfare du cœur n'est guère qu'un recueil de poésies amoureuses qui 
ne se distingue pas d'autres volumes du même genre. Le vieux 
Cupidon, relégué dans les madrigaux du siècle dernier, y refait de fré- 
quentes apparitions; mais, au siècle dernier, on n'eût pas dit : 

marquise, viens-nous-en 
Courir ii deux la broussaille, 

— Les Chants de la montagne, de M. Edouard Schuré, auraient pu 
aussi bien être appelés chants de la vallée. L'auteur débute par une 
dédicace où la liberté joue un grand rôle, et dans laquelle elle est in- 
vitée à rompre la chaîne séculaire .• 

Que les noirs oppresseurs redoublent sans rougir. 

Appartenant aussi aux idées nouvelles — vieilles comme le monde 
et remontant au meurtre d'Abel. — M. Éd. Schuré rime néanmoins 
quelques petites ballades moyen âge, avec pages, châtelaines, croisés. 
On trouve même, dans son livre, quelques pièces écrites sous une 
influence religieuse — et ce ne sont pas les plus mauvaises — telle est 
la Vierge des Alpes. M. Schuré, dans les morceaux lyriques, ne manque 
pas d'un certain élan ; son rhythme a de l'harmonie. M. Schuré prend 
un peu trop ses aises avec la rime et la langue : 

La rime est une esclave et ne doit qu'obéir. 
Soit, mais pas au point, si elle est poupées, de correspondre avec fagot- 



— 122 — 

tées — mot peu poétique, d'ailleurs — ni au point de devenir langue 
charlatane, parce qu'un vers plus haut, on \\i froide courtisane. 

— M. Georges Eckoud, en publiant Myrtes et Cyprès, a voulu savoir le 
nombre de fidèles que la Muse compte encore, s'assurer par lui-même 
si le siècle est tout à fait indifférent à la poésie. M. Eckoud s'est-il de- 
mandé s'il avait toutes les qualités voulues pour faire une telle expé- 
rience ? Vraiment son livre ressemble à trop d'autres volumes pour 
que le public soit fort coupable de rester insensible à son apparition . 
Dans Myrtes et Cyprès, on peut remarquer les traces de nombreuses 
influences. Le Chant du gondolier est un souvenir des tours de force 
rhythmique des Orientales. Xaviola est une sorte de conte inspiré par 
une lecture de Musset ; mais Musset n'aurait pas écrit ce drôle de vers : 

Et dit l'abbé tout chose. 

Il y a d'étranges expressions dans le livre de M. Eekoud; il parle 
quelque part d'un couple folichon. On peut aussi signaler des rimes qui 
ne riment pas : douter et baigner, par exemple; des oublis des règles 
de la versification, des vers faux. Dans une ode à la France, M. Eekoud 
semble ne s'être pas souvenu que le corps de Napoléon n'est plus à 
Saint-Hélène et s'être figuré que Nancy a été annexé par la Prusse. — 
C'est bien assez de Strasbourg et de Metz. 

— M. Béor, qui a déjà publié plusieurs volumes, est l'auteur de Prin- 
temps et Neige. M. Béor traite des sujets très-variés; il affectionne le 
sonnet qu'il écrit souvent avec facilité. M. Béor a consacré plusieurs 
petits monuments de quatorze vers à quelques-uns de nos grands 
hommes et aussi à la célébration de diverses vertus. Ses inspirations 
sont généreuses, et il n'est pas un de ces libres-penseurs qui, selon 
l'expression de Gilbert, voudraient faire le ciel vide. Ce qu'on peut 
reprocher à M. Béor, c'est quelquefois un peu de prosaïsme. En 
général, ses rimes sont bonnes. Cependant, dans un sonnet où il salue 
le soleil républicain, il a eu le tort de pousser l'amour de la liberté 
jusqu'à vouloir faire rimer sème avec promène (p. 47). 

— M. le comte Aymar de la Rochefoucauld a'publié un nombre consi- 
dérable de vers, sous le titre de Poésies intimes. M. de la Rochefoucauld 
fait évidemment les vers avec beaucoup de facilité, avec une facilité 
dont il devra se méfier. Il semble que la rime mène son imagination et 
que le plaisir de faire retentir de sonores consonnances lui fasse 
oublier la pensée. Ce n'est souvent qu'une sorte de musique de mots. 
Plusieurs sonnets sont indiqués comme traduits de Pétrarque. Nous 
aurions cru que, là, guidé par le maître, M. de la Rochefoucauld se 
serait moins laissé entraîner par son imagination et que ses vers au- 
raient offert quelque chose de plus net. Mais nous ne retrouvons rien 



— 1-23 — 

du poëte italien dans les quatrains et les tercets mis sous son patro- 
nage. Ainsi le sonnet XLIX : 

Per mirar Policleto aprova fiso 

Con gli altri chi ebber faina di quel arte, 

n'est certainement pas rendu, pas indiqué même, dans le sonnet: 

Ses blonds ckeveux étaient tout épandus ; 
Les doux zéphyrs en faisaient mille tresses. 
Ses yeux, qui n'ont que des regards perdus. 
Étaient alors scintillants de caresses. 

— Les Poèmes contemporains étalent à leur première page une de 
ces lettres hyperboliques dont M.Hugo aie privilège. M. Desjr Ravon 
est un reflet du maître ; antithèses gigantesques, trivialités, rhythme 
sonore, il a cherché à copier M. Hugo et n'y a quelquefois pas mal 
réussi, surtout quand il a voulu imiter les étrangetés du grand poëte. 
""■^ pourrait croire alors à une parodie. Le front d'une jeune femme : 
Rougit exquisement comme un marbre qui saigne. 

A M. . """igo lui-même, M. Ravon dit : 

Vfc. se-nous largement le vin de l'idéal 

Qui rosoie en ta coupe et comme un rubis luit. 

M. Ravon n'eût pas mal fait de terminer son recueil par un glossaire 
destiné à Texplication des mots de sa création, tels que rosoier, veule, 
uliiller, etc. M. Ravon est trop révolutionnaire en tout pour s'in- 
quiéter des lois de la grammaire et du goût. En politique, il aime 
Danton et traite les députés de sênilcs caboches; en fait de croyance, 
il est athée et espère que ses restes se confondront dans le grand tout, 
que son sang servira à colorer les fruits, que ses os feront du marbre, 
que ses chevaux blondiront dans Tor des moissons, — H eût manqué 
à ce volume quelque chose, si on n'y eût trouvé une ode à Garibaldi, 
et il eût manqué quelque chose à cette ode, si on n'y eût trouvé une 
insulte à notre armée. 

— M.Marc Bonnefoy, qui n'est pas resté, comme un trop grand nombre 
deses confrères, à l'écart des épreuves et des douleurs de ces derniers 
temps, a écritDieu et Patrie sous l'inspiration qui a valu àM.Deroulède 
une si juste et si prompte renommée. Comme M. Deroulède, il a servi 
sans doute la France de son épée. Ses vers ont moins d'originalité et 
de verve que ceux de M. Deroulède, ils ont subi l'influence de traditions 
plus classiques, mais ils expriment aussi les plus nobles pensées de 
dévouement et d'abnégation. Comme son émule, il a consacré une 
pièce à Jeanne d'Arc et s'est encore souvenu en beaux vers de la 
bonne Lorraine, à la fin d'une épître adressée à M. Deroulède lui- 
même. 

— C'est à M. Deroulède que M. d'Ivry a dédié ses Rimes de cape 
et d'épée. Ce titre seule indique la nature du livre. C'est aussi un 



poëte soldat à qui nous avons aftaire, 11 a des inspirations patriotiques 
et belliqueuses, mais le souvenir de Musset lui en a donné beaucoup 
d'autres moins graves. M. d'Ivry a la verve et l'esprit gaulois. On lit 
volontiers ses vers qui ont surtout la jeunesse pour muse; mais, si le 
volume eût été moins gros, il eût été meilleur. M. d'ivry est-il bien 
sûr que certains mot terminés en ion aient été comptés par lui à leur 
mesure exacte ? 

— Nous voyons d'après sa préface que M. Villard s'est reconnu 
potite tardivement. Si le proverbe n'était pas si vulgaire, nous dirions 
mieux vaut tard que jamais, quand on a vraiment reçu l'influence 
secrète dont parle Boileau. Et M. Villard l'a reçue. 11 a la pensée, le 
sentiment, le rhythme. Il a cette chose de plus en plus rare, une cer- 
taine originalité. Il y a dans ses vers un mélange d'inspirations trés- 
élevées et de familiarités empruntées à la vie réelle et même à la vie 
rurale. Il j a là, tout à la fois, des réminiscences de Virgile et des 
échos de la poésie populaire. M. Villard a donné à son livre le titre de 
VaUonnaises^ du lieu même où elles sont nées, d'un coin du départe- 
ment de l'Ardèche. Les paysages méridionaux ont été rendus avec 
éclat par M. Villard. Comme partie matérielle, le recueil de M. Vil- 
lard offre quelques points à la critique. Nous y avons remarqué cet 
hémistiche impossible : 

Il s'élanco sur le — pavé cabriolant. 

Et cet autre : 

se tenant par la main, 

Ils suivirent pares — seusement le chemin. 

M. Villard est content de ce vers; nous le voyons par une note, et 
trouve que l'irrégularité de la césure donne au rhythme une allure 
conforme à celle qu'on a voulu exprimer. Nous ne saurions être de 
son avis et remarquons, en outre, que c'est tout au plus si ce malheu- 
reux adverbe paresseusement est français. M. Villard a aussi des 
vers de treize pieds, nombre fatal, surtout dans des vers qui n'en 
doivent avoir que douze. Si nous nous montrons un peu sévère pour 
ces petits détails, c'est justement parce que le talent de M. Villard 
nous inspire une vraie sympathie. 

— Quelques-uns de nos lecteurs se rappelleront peut-être encore un 
romancier, critique à ses heures, qui avait nom Marie Aycard. Ce 
prénom féminin causa toutes sortes de quiproquos. Je m'en suis sou- 
venu en lisant les noms d'Anna Roberjot. Je pensais avoir affaire à 
une femme ; mais les premiers vers du livre semblent pour le moins 
d'un mari et même d'un mari foi*t tendre. Ils sont jolis, ces vers, 
comme beaucoup d'autres du même volume. Il y a là de l'esprit, du 
sentiment, des images justes et gracieuses. Ce que j'aime le moins de 
tout le volume, c'est le titre qu'il porte : Ai-jc des ailes '^ A cette 



— ii:\ — 

question, du reste, jo réponds : Oui, sans hésiter. Je ne dis pas que 
ce soient des ailes de grande envergure, des ailes à transporter sur 
les plus hautes cimes, mais elles sont agiles et diaprées, comme celles 
d'un papillon. 

— Anliqiies cl modernes est le titre d'un petit volume où sont tour 
à tour traités des sujets anciens et contemporains. M. Gustave Picard, 
qui n'en est pas à ses premières armes, a 1î vers agréable, aisé, et 
semble surtout destiné à réussir dans des compositions visant au sen- 
timent et à l'esprit. Il aime assez le vers satirique, mais ne fait pas 
de longues satires, comme au temps passé. Il se contente de quelques 
portraits bien touchés, tels que le gommeux,la grisette. Ces deux mor- 
ceaux sont fort jolis. Le second nous montre d'abord la grisette telle, à 
peu près, que l'a célébrée Béranger, et ensuite la dame du demi-monde. 
Il y a de bons traits d'observation et une inspiration morale qu'on 
peut souvent louer dans les pages de M. Picard. Deux fables bien 
tournées terminent ce volume. 

— M. Germain Picard a encore écrit un petit pocme : Sœur Marthe. 
Les sentiments en sont excellents, les vers en sont élégants et faciles, 
mais cela manque un peu de relief. M. Picard est porté à un peu de 
causticité, et, là^ il n'y avait pas matière à épigramme. Nous croyons 
que son genre est ailleurs. 

— Puisque nous venons de parler de fables, n'oublions pas celles 
qu'a fait paraître M. A. -F. Théry. L'auteur les a composées pour 
ses petits-enfants, et ne s'est que difficilement décidé à les communi- 
quer au public. Il eût été dommage de les laisser en portefeuille. 
Ces petits apologues bien écrits, bien pensés, offrantune morale saine, 
seront très-appréciés des jeunes lecteurs, ce qui n'empêchera pas des 
hommes de tout âge de les lire avec plaisir. Que ceux-ci ne se lais- 
sent donc pas influencer par l'apparence de livre scolaire que, trop 
modeste, l'auteur a donnée à son recueil; il diffère beaucoup, comme 
aspect, de la plupart des volumes qui nous ont occupé. Presque toutes 
les autres publications poétiques que nous avons examinées sont édi- 
tées avec luxe, par Lemerre, par la Librairie des bibliophilcs,par Didot, 
ornées quelquefois de gravures. Les poètes ont toujours aimé à parer 
ainsi les produits de leur génie. Pour qui donc, au dix-septième siècle, 
a été fait un joli rondeau? Il y est question d'un livre imprimé par 
un Jouaust de ce temps-là ; on en vante le papier, le caractère, les 
vignettes : 

Tout en est beau, 

Hormis les vers qu'il fallait laisser faire 
A La Fontaine. 

— Tandis que les nombreux volumes que nous venons de nommer 
faisaient pour la première fois leur apparition, la Librairie Hetzel a 



publié une nouvelle édition du Livre d'un père. C'est une bonne for- 
tune pour nous d'avoir à dire quelques mots de cette grande œuvre. 
L'amour paternel, Famour de la patrie, les sentiments les plus doux 
et tour à tour les plus héroïques ont inspiré ces beaux vers, qui seront 
lus, admirés, appris dans toutes les familles françaises et chrétiennes. 
Il est impossible de mieux peindre que ne le fait M. de Laprade les af- 
fections qu'on trouve au foyer domestique, les petits épisodes de la vie 
intime. Quelquefois on a un peu la crainte que le père ne devienne trop 
tendre pour ses enfants, qu'il ne les amollisse par tant d'amour et de 
soins; mais, comme tout à coup le citoyen se montre! les nobles con- 
seils que donne le poëte, et quels sacrifices il est disposé à faire pour 
la France humiliée et meurtrie ! Comme tout le ramène à ces pensées 
de devoir et d'abnégation ! Qu'on lise le Petit soldat, où elles sont 
admirablement exprimées, qu'on lise tout le volume, qui se résume 
dans ces stances : 

Ne soupirons plus mollement, 
Fuyons toute lyre énervante. 
Arrière le faux sentiment ; 
Place à la foi ferme et vivante. 
Il faut de plus mâles sauveurs 
Dans l'affreux orage oii nous sommes. 
Nous avons eu trop de rêveurs ; 
Soyons des hommes ! 

On ne trouve pas, dans le livre de M. de Laprade, les mièvreries, 
les enfantillages, les vers paternes qu'un grand poète a mêlés à tant 
de violences et d'indignes personnalités. L'imagination y est moindre, 
mais combien nous préférons le Livre d'un père à l'Art d'être grand- 
père ! Ce qui donne au volume de M. de Laprade une si haute 
portée, ce sont surtout les croyances que M. Hugo a reniées et prises 
pour objet de ses dérisions. M. de Laprade a fait une œuvre qui honore 
l'époque où elle s'est produite; il a montré quelle doit être, dans les 
tempsd'épreuves,la, mission fortifiante de lapoésie. Puisse cet exemple 
être compris et suivi ! 

Jean de Villemaury. 



THÉOLOGIE 

Hermae Pastor gradée, «ddîtit A'ersîone latina recentiore e 
co<lîce I*al»tiiio, recensuerunt et illustraverunt Oscar de Gebhardt, 
Adolphus HAR.\AC.K.(Fait partie des Patnim aposlolicorum opéra. Textunt ad 
fidem codicuni el fjnecoruni et lalinonim adliibitis prœstantissiiuis cditiotiibus. 
Editio post Dresselianam alteram tertia. Fasciculus m.) Leipzig, J. C. Hin- 
richs, 1877, in-8 de lxxïiv et 287 p. 

Il y a quelques années à peine, on ne possédait que quelques rares 
fragments du texte original d'Hermas et une vieille traduction latine. 



L'édition des Pères apostoliques de M. l'abbé Migne, en 1857, n'a pu 
reproduire que Tantique version latine, avec quelques lambeaux grecs 
tirés des citations des auteurs anciens. Les choses ont bien changé 
depuis. Les bibliothèques de l'Orient sont comme un trésor inépui- 
sable pour l'ancienne littérature chréiienne et celles de l'Occident con- 
tiennent aussi, quoique en moindre nombre, des richesses inexplorées. 
On ne peut plus répéter aujourd'hui, comme Ka fait M. Migne, les 
paz'oles de Galland : quamvis textus Hermœ grsecus interciderit... Ce 
texte est là, sous nos yeux, dans la nouvelle édition de MM. Oscar 
de Gebhardt et Adolphe Harnack et la version latine qui l'accompagne 
n'est pas l'antique traduction reproduite par M. Migne, mais une autre 
traduction ancienne, différente, dite Palatine, retrouvée depuis et 
jugée avec raison préférable. Elle a paru pour la première fois en 
1863 dans l'édition de Dressel. Elle est tirée d'un manuscrit du 
quatorzième siècle qui se trouve actuellement au Vatican. Le manus- 
crit a une lacune du. Mandatum xii, 2, 5 à xii, 5, 3. Cette lacune a été 
comblée dans la présente édition par l'ancienne traduction latine. 

La critique possède maintenant deux manuscrits grecs, contenant 
le texte original du Pasteur d'Hermas, le ('odex Lipsicnsis et le Codex 
Sinaiticus. Le manuscrit de Leipzig se compose de trois feuillets trou- 
vés parle Grec Simonide^ au mont Athos, et do la copie du reste de ce 
manuscrit faite au mont Athos, de la main de Simonide. Ce Simonide 
était un faussaire habile qui avait fabriqué un faux original d'Hermas, 
à l'aide de l'ancienne version latine et des citations des Pères grecs 
Ce faux original fut publié à Leipzig en 1856, Hcnnœ Paslor grxce. 
Primumedidit Rudolphus Ange)-. PrœfaUonem et indicem adjecit Guillel- 
mus Dindorf. La découverte de cette fraude rendit d'abord très-sus- 
pecte l'authenticité de la copie faite par Simonide au mont Athos, mais 
le Codex Sinaiticus, retrouvé plus tard, fit cesser toute inquiétude et 
prouva l'exactitude de la transcription. Le Codex Lipsiensis contient 
tout le Pasteur, à l'exception des sept derniers chapitres seulement, 
dont nous ne possédons encore que des traductions. 

Le Codex Sinaiticus est malheureusement plus incomplet encore 
que le Codex Lipsiensis. Il s'arrête à partir du Mandatum iv, 3, 6. 
Outre les manuscrits grecs et les deux traductions latines dont nous 
venons de parler, les critiques peuvent encore disposer pour l'établis- 
sement et l'interprétation du texte d'i/e?vnfl5 d'une version éthiopienne. 
La découverte en est due à un Français, M. Antoine d'Abbadie, qui, 
pendant qu'il voyageait en Ethiopie, apprit qu'elle existait au cou- 
vent de Guindaguinde, et en fit tirer une copie, en 1847. Le texte 
éthiopien, accompagné d'une version latine, faite par M. Antoine d'Ab- 
badie, a été publié en 1869, à Leipzig. Un Américain, M. G. Schodde, 
vient de faire paraître, également à Leipzig, en 1876, une étude critique 



— I 2,S — 

sur cette version :Hcnnn i\abi, llic Ethiopie ver.sio'a of Pualur cxamincd. 
M. d'Abbadie avait cru d'abord que cette version avait été faite direc- 
tement sur l'arabe. Il est certain et admis de tous maintenant qu'elle 
a été faite immédiatement sur le grec. 

C'est à l'aide de toutes ces ressources et avec l'exactitude scrupu- 
leuse qui les distingue que les nouveaux éditeurs ont publié le Pasteur. 
Il est précédé de Prolégomènes qui donnent au lecteur tous les ren- 
seignements désirables sur les sources du texte. Nous avons 
été surpris seulement de ne pas voir la mention de l'édition de 
M. l'abbé Migne dans l'énumération des éditions de la version latine 
ancienne. 

M. de Champagny, dans les Antonins, a admis deux auteurs du 
Pasteur; il a attribué les visions à Hermas, homme apostolique et les 
commandements et les similitudes à un autre Hermas, frère du pape 
Pie ler . M. Harnack rejette cette opinion comme insoutenable : « De uni- 
late et inlcgritate Pastoris, dit-il, nvlla relicla est dubitatio. » La ver- 
sion éthiopienne attribue à saint Paul la composition du Pasteur, en 
s'appuyant sur it'^.xiv, 12; mais elle ne peut être contestée à Hermas, 
qu'il j a tout lieu de croire avoir été le frère du pape saint Pie, comme 
l'affirme le canon de Murntori. Il l'écrivit à Rome entre 130 et 140. 

L'édition de MM. de Gebhardt et Harnack reproduit, sur la page de 
gauche, le texte grec et la version latine, sur la page de droite. Au bas 
du texte sont reproduites les variantes des manuscrits. Des notes 
abondantes, placées au-dessous des variantes, forment un véritable 
commentaire perpétuel et ne laissent iiien ignorer au lecteur de ce 
qu'il est utile de savoir. Quelques-unes d'entre elles sont de véritables 
petits traités, comme par exemple, celle sur les livres sybillins^page24. 
Le volume se termine par un index des passages des livres saints 
cités par Hermas et par un vocabulaire des mots grecs du Pasteur. 
Comme les éditeurs ont toujours fait usage, non de la langue alle- 
mande, mais de la langue latine, leur édition est à la portée de tous 
les hommes instruits. Il faut observer, néanmoins, qu'on ne peut pas 
toujours accepter toutes leurs réflexions, en particulier leurs consi- 
dérations théologiques, comme dans le Mandatum xi, par exemple. 
[Ce iMandatîim, qui est important, est fort abrégé dans la traduction 
latine publiée par M. Migne.) G. K. 



t.e Syllabu», base tîe I'*Union catholique, par le R. P. Pjîtitalot, 
de la Société de Marie. Paris, Bray et Retaux, 1877, in-12 de xv-266 p. — 
Prix : 3 fr. 

Un des hommes qui ont rendu, en notre temps, les plus éminents 
services à la science sociale disait que le a Syllabus est le code le plus 



— ]20 — 

parfait donné àThumanité. » Mais ce code, invoqué par los uns comme 
leur loi fondamentale, attaqué par les autres comme le dernier mot 
d'une réaction impuissante, n'est connu que d'un très-petit nombre. 
Nous n'avons point encore, en notre langue, un bon commentaire 
familier du Syllabus : ce serait cependant un des livres les plus utiles 
que pourrait écrire un défenseur du christianisiae et de la société. 
L'œuvre a déjà été tentée ; nous rendions compte ici même de quel- 
ques-uns des derniers essais, nous reconnaissions la bonne volonté et 
le mérite de l'écrivain; mais nous devions avouer que ce n'était point 
encore le traité définitif et l'ouvrage parfait. 

Le P. Petitalot a compris quel devait être le caractère d'une étude 
sur le Syllabus. Il se propose de faire disparaître les malentendus 
« devant une explication méthodique, courte, claire, sans autre pas- 
sion que celle de la vérité, en-dehors de tout parti purement politique 
et de toute question purement personnelle. » Il a certainement les 
deux qualités les plus nécessaires pour écrire un tel livre, je veux dire 
la soumission la plus entière aux doctrines du Saint-Siège et un style 
clair et facile, qui fait comprendre sans nulle peine les choses les 
plus abstraites, qui conduit, sans même qu'on le remarque, jusqu'à la 
fin du livre. La familiarité peut bien dépasser eàet là les limites d'un 
goiit sévère et tomber dans le langage heureusement réservé aux seuls 
journalistes, mais nous n'en ferons pas une critique trop dure à l'au- 
teur. Des mots qui feraient tache ailleurs passent presque inaperçus 
dans un écrit populaire. Notre reproche est plus grave. L'écrivain 
ne s'est pas assez tenu dans ces hauteurs sereines où l'on n'entend 
plus les bruits d'en bas; il a trop écouté nos mesquines querelles et 
mis en avant des personnalités bruyantes. Est-ce bien dans le commen- 
taire d'un acte aussi grave que le Syllabus, qu'il convient de dire que 
« M. de Lacretelle poussa une interruption superbement sotte, » ou 
d'appelerles radicaux « bons amis des Prussiens (p. 142), » ou de nous 
montrer « le pacte de Bordeaux et le mariage de M. Thiers avec la 
France, puis le 24 mai 1873 divorce de ce mariage si bien assorti 
(p. 182); » puis la «République.... menaçant de devenir la Terreur, si 
le maréchal n'avait enfin, par l'acte énergique et patriotique du 
16 mai, muselé le tigre révolutionnaire et délivré la France d'une 
politique de casse-cou ? » Si nous demandons la suppression de toutes 
ces choses trop actuelles, nous désirerions que les questions de prin- 
cipes fussent traitées avec plus d'étendue. Une suffisait pas d'écrire 
six pages sur la liberté de la presse et de tonner contre la vénalité 
des journalistes. L'argument le plus irréfutable, lorsqu'on veut per- 
suader à des lecteurs prévenus que l'Église ne repousse pas la civili- 
sation moderne et accepte môme les armes savantes, n'était pas de 
rappeler que» le pape trouvait bon que le cha^sepotfîtmerveille entre 

FÉVRIER 1878. T. X.Klï, 9. 



— 130 — 

les mains de ses défenseurs de Mentana (p. 252). » Enfin la plus dan- 
gereuse erreur condamnée dans le Syllabus^ le catholicisme libéral, 
n'a obtenu que sept pages du livre. N'est-ce pas ici surtout qu'il fallait 
a une explication méthodique, courte, claire, sans autre passion que 
celle de la vérité, » mais éloquente par cette passion maîtresse ? 

E. P. 



L<es Douleurs de la vie, la mort, le purgatoire : espérance 
et consolation, par M. l'abbé V. Postel, chanoine et vicaire général 
d'Alger. Paris, Palmé, 1877, in-12 de 11-672 p. — Prix: 4 fr. 

Ecrire « un livre de doctrine et un livre de consolation basée sur 
la réalité des choses, montrer autant par des faits que par des considé- 
rations spéculatives » qu'il ne nous faut point laisser « effrayer aux 
apparences, là, où Dieu veut surtout qu'on mette en lui une confiance 
filiale, » tel est le but que s'est proposé M. l'abbé V. Postel en 
publiant cette nouvelle œuvre. Certe, il y était mieux préparé que 
personne par une connaissance solide des matières théologiques, par 
ses vastes lectures et aussi par un talent sérieux d'écrivain. Il a 
divisé son sujet en trois livres; le premier présente la a consolation 
dans la douleur; » le second, la « consolation en face de la mort; » le 
troisième, qui occupe plus de la moitié de l'ouvrage, est un traité 
très-complet sur le Purgatoire : l'existence et la nature du Purgatoire 
et la prière pour les morts. Comment ne pas être ému, ne fût-on point 
sous le coup de quelque cruelle épreuve, lorsqu'après les exemples des 
âmes qui furent les plus fortes au milieu des souffrances, on lit les 
plus belles pages inspirées par la foi et l'espérance chrétiennes? 
Notre auteur a été vraiment heureux dans les citations qu'il a faites. 
On trouve dans son livre, avec les accents enthousiastes d'un saint 
Augustin, d'une sainte Thérèse, d'un saint Ambroise, les plaintes 
plus humaines et non moins vibrantes de ceux que nous avons connus 
et aimés, de M^"" Gerbet (p. 51), du sympathique abbé Perreyve (p. 37). 

La mort est la grande douleur, comme elle est la grande terreur 
durant la vie, c'est donc pour elle surtout qu'il faut des consolations, 
particulièrement en notre temps où les convictions chrétiennes 
s'effacent en ceux mêmes qui se disent chrétiens. M. Postel expose 
avec ampleur les enseignements de la foi et les pensées des saints; il 
y oppose les désolantes rêveries de la science incroyante ou les 
sombres folies du spiritisme. Il prouve sans peine et par le seul 
développement de son sujet, que la mort n'est point terrible pour 
celui qui espère en Jésus-Christ, qu'elle doit même inspirer à nos 
cœurs de saints désirs. 

Après la mort, la justice de Dieu prononce la sentence. Les âmes 
pures, mais encore imparfaites, sont condamnées à une expiation tem- 



— 131 - 

poraire, que la tradition chrétienne appelle purgatoire. Ce dogme, un 
des premiers que les protestants attaquèrent, est défendu par M. Postel 
avec une abondance de preuves qui emportent la conviction. L'Ecri- 
ture est invoquée, les Pères de TEglise apportent leur témoignage 
non pas en quelques mots, comme il se voit dans les traités élémen- 
taires de théologie, mais par d'éloquents discour^- voici la série des 
conciles qui ont enseigné ce dogme, depuis les assemblées du qua- 
trième siècle jusqu'au concile oecuménique de Trente. La raison 
même ne nous persuade-t-elle pas qu'il existe après la mort une 
expiation, pour les âmes qui ont quitté la vie sans avoir satisfait à la 
justice de Dieu ? Nous ne pouvons suivre notre auteur lorsqu'il expose 
les diverses opinions des théologiens sur la nature du purgatoire, ou 
l'efficacité de la prière pour les morts. 

Répétons que nous ne connaissons pas en notre langue un traité 
plus complet sur la douleur chrétienne et, en particulier, sur la mort 
et le purgatoire. La doctrine du théologien est toujours sûre et puisée 
aux meilleures sources. Le livre est intéressant et, quelque éten- 
due qu'il ait, il ne paraît point long. Nous sommes tous des enfants, 
nous aimons les histoires et les traits, M. Postel est intarissable 
quand il faut conter. Qu'il nous permette une seule observation. Il 
emprunte sans doute ses exemples aux livres les plus autorisés, le 
plus souvent aux écrits des Pères ou aux vies des saints ; mais parce 
qu'an fait est écrit dans les dialogues de saint Grégoire ou dans un 
sermon de saint Jean Damascèi^e, il ne s'ensuit pas qu'il soit toujours 
utilement cité aux hommes de notre âge. Cette accumulation de 
prodiges, ces apparitions des âmes qui ont quitté le monde peuvent 
fausser les imaginations égarées par la douleur. On croirait presque 
que ce qui n'a jamais été qu'une exception, dans la conduite de la 
Providence, est un fait commun. Nous croyons que les folies du spiri- 
tisme nous commandent plus de réserve, même dans les choses qui 
seraient bonnes en d'autres temps. Eug. Pousset. 



JURISPRUDENCE. 

Dictionnaire de droit commercial, industriel et maritime, 

contenant la législation, la jurisprudence, l'opinion des auteurs, les usages 
du commerce, les droits de timbre et d'enregistrement, enfin des modèles de 
tous les actes qui peuvent être faits soit par les membres des tribunaux de 
commerce, soit par les commerçants eux-mêmes, 3= édition, dans laquelle a 
été refondu l'ancien ouvrage de MM, Goujet et Merger, par J. Ruben de 
Couder, docteur en droit, rédacteur en chef du i{ecuei7 (iré?icraZ des lois et 
arrêts, et du Journal du Palais. T. 1" A-As. Paris, Marescq aîné, 1877, 
gr. iii-8 de 880 p. — Prix : 10 fr. 
Le Dictionnaire de droit commercial de MM. Goujet et Merger a paru 



— 132 — 

pour la première fois en 1845, en quatre volumes in-8 de 600 à 700 
pages. Il comblait une véritable lacune, en prenant sa place entre les 
ouvrages méthodiques de doctrine, et les simples recueils d'arrêts. 
«Dans lapratique des affaires, » disaient ses éminents auteurs, «ilfaut 
voir vite et bien. » Ces paroles indiquaient suffisamment leur but. 
Leur dictionnaire ne devaitpas être une œuvre de critique législative, 
ni même une œuvre principalement doctrinale ; mais, en résumant avant 
tout le droit et la jurisprudence actuels, en évitant toute expression 
obscure ou trop savante, il devait former un instrument utile et facile 
à manier, mis à la portée de tous ceux qui sont dans les affaires. Dès 
lors, leur travail ne mérite guère que des éloges. MM. Goujet et 
Merger ont su grouper, sur chaque mot, avec beaucoup d'art et de 
clarté, et dans des formules brèves et précises, la loi, les systèmes, les 
arrêts. Leur œuvre s'adresse aussi bien au juriste et à l'avocat, qu'au 
commerçant et à l'industriel. Ils ont donc pleinement atteint leur but. 
La faveur du public n'a pas tardé à le leur prouver. 

C'est cet important ouvrage, depuis longtemps épuisé et redemandé, 
que M. Ruben de Couder a eu l'heureuse idée de nous rendre. Il fallait 
d'abord le remettre au courant de la législation, de la doctrine, et de 
la jurisprudence nouvelles; et en présence des nombreuses innovations 
faites depuis trente ans, c'était là déjà un grand travail. Mais le savant 
rédacteur du Recueil des lois cl arrêts ne devait pas s'en contenter. Par 
la critique sévère à laquelle il soumet les formules de ses devanciers, 
les corrige et les complète, et par le développement considérable 
qu'il donne à leur œuvre, c'est une véritable refonte qu'il a entreprise. 
En effet, le premier volume de l'édition de 1845 comprenait dans 672 
pagesles deux lettres A et B tout entières. Celui de M. Couder, par contre, 
en compte 800, et ne va que de A à As. Il contient, dès sa première 
page, deux mots {abatellement et ahbaUoir) dont l'un très-important, 
qu'on eût en vain cherchés dans l'édition précédente. Ses principaux 
articles sont d'ailleurs également Vnctc de commerce (p. 44 à 91), l'a- 
gent de change (p. 126 à 217), Yarbilrage (p. 273 à 390) et les assurances 
(p. 451 à 744). Ils forment chacun de véritables traités pratiques, qui 
résument complètement, pour l'homme d'affaires, notre droit et notre 
jurisprudence actuels. 

Nous ne hasarderons guère que deux critiques. Il semble que l'auteur 
eût pu donner quelque place à la législation et à la jurisprudence 
étrangères. I/extension du commerce moderne en rend la connaissance 
pratiquement utile, et, dans plusieurs questions de droit maritime trai- 
tées dans ce premier volume, elles intéressent presque autant les gens 
de mer que les applications du droit national. Espérons que l'auteur 
tiendra un peu compte de cette observation^ quand il traitera du droit 
de change. 



— 133 — 

En second lieu, l'un rencontre parfois certaines l'ormulcs un peu 
négligées ou trop peu précises, au moins au point de vue de la bonne 
langue du droit. Les définitions deVabonnenieut (p. 4 et 5), de l'abus de 
blanc seing, et autres ne nous plaisent qu'à demi. Le passage suivant 
qui commence la matière de l'arbitrage n'est-il môme pas un peu fan- 
taisiste : « L'arbitrage est le premier mode que les hommes réunis en 
société aient employé pour terminer leurs difFérendij avant l'établisse- 
ment d'une justice régulière. » Enfin, pourquoi nous dit-il que certains 
rapports d'arbitres n'ont qu'une valeur documentaire? l'expression 
est-elle correcte ? et d'ailleurs n'y a-t-il pas des documents qui ont 
autant de valeur que les témoignages? 

Mais ce sont là des reproches secondaires, qui ne s'attaquent en rien 
à l'ensemble de l'œuvre. Nous sommes persuadés que le public lui fera 
le bon accueil qu'elle mérite. A. de Riedmattbn. 



SCIENCES. 

Ras Gewîssen, mit Einsckluss der GefiilUe und Silten in ihrev Beziehung 
zum Gcivissiu, von Prof. J.-J. Hoppi-:, D' der Mediein und Philosophie. 
Ratisbonne, Manz, 187d, gr. in-8 de viii-3oO p. — Prix : 6 fr. 

En Allemagne, mieux qu'en France peut-être, les défenseurs du 
spiritualisme ont compris, dans ces dernières années, la nécessité 
d'appliquer la méthode expérimentale à l'étude et à l'observation des 
faits de l'âme, et de battre en brécLe les prétentions du matérialisme 
scientifique, si fort en vogue, en retournant contre lui-même ses 
propres armes. 

M. le professeur Hoppe, de l'Université de Bâle, est l'un de ceux 
qui ont usé dans une plus large mesure de ce procédé. Après Tavoir 
employé dans un traité de logique et divers essais sur plusieurs ques- 
tions physiologico-philosophiques, comme le Vertige, les Hullucina- 
tions, les Perceptions inconscientes dans la pensée humaine, les procédés 
logiques de l'analogie et de l'induction, la formation de la notion de 
temps, etc., il s'en est servi plus récemment dans une importante 
monographie de la Conscience morale (Paderborn, 1868, in-8 de 
803 pages). 

Au lieu d'insister, comme les écoles spiritualistes, sur la fonde- 
ment rationnel, mais sans le nier, ni le méconnaître, M. Hoppe s'attache 
spécialement à décrire le jeu delasensibilité et à en faire ressortir le 
rôle et l'importance dans les manifestations de la conscience. 

Avec une grande finesse d'observation, il analyse ce fond intime de 
la sensibilité générale qui pousse l'âme à chercher la paix et le repos 
dans la possession de son vrai bien, qui n'est autre, psychologique- 



— 134 — 

ment parlant, que l'objet propre de ses facultés supérieures. En même 
temps, il nous montre inclinés àjugernos actes, à constater s'ils sont ou 
non conformes à ce « vrai bien. » Quand la raison ne se trompe pas dans 
son appréciation, au point de vue de ce qui est vraiment le bien et la 
loi de notre activité, l'âme se sent satisfaite dans le repos d'une bonne, 
vraie et tranquille conscience. Qu'au contraire cette harmonieuse 
concordance entre le jugement de la raison et l'objet réel des aspira- 
tions de la sensibilité n'existe point, que l'intelligence ou la volonté 
s'égarent dans ce qui n'est pas leur « vrai bien, » ce sera la rupture de 
Téquilibre de nos facultés, ce seront les reproches et les remords 
de la conscience. 

Cette corrélation psychologique entre la vérité de notre connais- 
sance et l'excitation de notre sensibilité, exprime d'une façon assuré- 
ment plus complète la nature de cette « voix intérieure » qui parle au 
plus profond de notre moi. 

Il y aurait toutefois une lacune, si l'on se bornait à déterminer ce 
a bien véritable » exclusivement d'après ce qui, de fait, peut satisfaire 
les élans et les aspirations de notre sensibilité. Car en réalité ces aspi- 
rations ne tendent pas toujours infailliblement vers leur seul objet 
propre et véritable; elles peuvent être faussées ou dévoyées. Donc, 
prendre pour le bien en soi ce que nous croyons sentir comme notice 
bien, donnerait à la règle du bien moral, à la loi morale elle-même un 
caractère purement subjectif; elle deviendrait changeante suivant la 
façon de sentir des individus. Pourobvier à cet inconvénient, le profes- 
seur Hoppe démontre que les dispositions normales de la sensibilité, 
implantées en nous par le Créateur lui-même, forment une sorte de loi 
concrète qui s'identifie avec notre activité; par cela même, cette 
loi concrète et subjective présuppose, comme son fondement absolu 
et sa norme indépendante, la raison et la volonté créatrices. Or, c'est 
avant tout à notre intelligence de saisir cette loi suprême de la raison 
et de la volonté divines, et d'y reconnaître le bien véritable dans lequel 
seul notre être moral trouvera son repos, selon le mot bien connu de 
saint Augustin : Irrequietinn est cormeum donec requiescat in te, Deus ! 
C'est la voix de la raison avant d'être la voix du cœur, ou, suivant la 
pensée de Lamennais, la raison reconnaît son devoir dans ce qui se 
fait sentir comme le besoin du cœur. 

Il faut particulièrement savoir gré à l'auteur d'avoir rendu justice 
aux théologiens et aux philosophes du moyen âge. Relativement à la 
conscience, des citations bien choisies établissent que les scolastiques 
ont mis en lumière le caractère rationnel de son activité, tout en y re- 
connaissant l'intervention de la sensibilité. 

Un autre de ses mérites, c'est de montrer expérimentalement, 
en quelque sorte, que le jeu normal de ces sentiments qui inter- 



— 133 — 

viennent dans l'activité de la conscience, exige, comme sa condition 
suprême, la présence de l'idée de Dieu dans notre esprit. Cette 
induction appliquée au domaine des faits psychologiques fournit ainsi 
un argument spécial de Texistence de Dieu, venant corroborer 
toutes les preuves qu'elle tire des autres ordres de nos connaissances. 
Par la même voie, il est aisé de montrer la nécessité psychologique 
de la religion en général et d'une religion positive en particu- 
lier, pour diriger et parfaire en nous l'éducation de tous ces senti- 
ments qui constituent le fond de notre vie intellectuelle et morale. 
L'auteur l'a fait dans un chapitre qui nous semble la partie la plus 
remarquable de son travail. C'est là une idée dont la valeur philoso- 
phique n'échappera à personne. C'est prouver en quelque sorte, avec 
les procédés d'une méthode au nom de laquelle l'incrédulité moderne 
combat de préférence et le spiritualisme et le christianisme, que l'un 
est la philosophie psychologiquement vraie, et l'autre la religion psycho- 
logiquement nécessaire et conforme aux dispositions les plus intimes 
de notre nature. 

En parlant çà et là d'une démonstration nécessaire et rigoureuse 
de la foi chrétienne par cet ordre de preuves, le professeur Hoppe 
n'entend pas se faire l'écho des théories de Hermès : pas plus qu'il ne 
voudrait, à la façon de Giinther, présenter ce lien d'intime connexion 
entre telle vérité surnaturelle et les dispositions de notre âme comme 
une démonstration directe de la vérité intrinsèque du mystère, ou ap- 
puyer, selon la pensée de Baader, tout l'édifice de la vérité métaphy- 
sique et religieuse sur une sorte de philosophie du sentiment. Plus 
d'une fois en effet, dans son traité de la Conscience, comme dans ceux 
de ses opuscules où il touche à cet ordre d'idées, il affirme que le 
christianisme et l'Eglise sont des faits qui veulent avant tout être cons- 
tatés comme tels ; que cette sorte de vérification psychologique laisse aux 
autres preuves, soit historiques, soit théologiques, toute leur valeur, 
qu'elle se propose seulement de ramener à l'intelligence des vérités 
religieuses les esprits dévoyés par la préoccupation exclusive des 
sciences expérimentales; qu'enfin elle a en vue, principalement, les 
vérités naturelles dont le christianisme seul nous donne la formule en- 
tièrement vraie et complète, tandis que, pour les vérités strictement 
surnaturelles, l'induction psychologique, comme la déduction métaphy- 
sique, ne saurait montrer qu'un lien d'harmonieuse convenance vis- 
à-vis de la nature humaine, celle-ci s'y prêtant avec une correspon- 
dance merveilleuse. 

Si le langage de l'auteur paraît manquer parfois d'une certaine pré- 
cision, il ne faut pas oublier qu'il ne parle ni en théologien ni en méta- 
physicien. On pourra trouver qu'à des pensées justes et vraies il 
donne parfois une portée trop exclusive ; on traitera de paradoxales 



— 13G - 

certaines idées philosophiques, comme lorsqu'il ne veut pas reconnaître 
une faculté spéciale dans la volonté,, ou qu'il veut que, dans le travail 
d'analyse et d'induction psychologique, l'on fasse abstraction des ré- 
sultais antérieurs de la science ; Ton sera tenté de trouver quelque 
peu exagérée la confiance qu'il a dans les résultats pratiques de son 
système. Mais ces points de détail écartés, il n'en reste pas moins une 
foule d'aperf'us vrais et féconds. 

Dans une sorte d'appendice à son traité de la Conscience^ M. Hoppe 
étudie, dans le même esprit, la question de la Responsabilité^ ou 
comme on dit en Allemagne, de l'Imputabililé morale. En France 
aussi, nous connaissons cette école, qui, issue des doctrines positi- 
vistes, essaie de mettre à la mode le déterminisme , en niant la liberté 
et la responsabilité morales. Tous les mouvements de notre moi, à en- 
tendre ces auteurs, ne seraient que les résultantes nécessaires et fatales 
des « déterminations » physiologiques subies par le tissu cellulaire du 
cerveau, sous l'influence irrésistible des objets extérieurs sur notre 
organisme, l'impulsion du motif le plus fort remportant toujours avec 
une nécessité en quelque sorte mécanique. Avec toute la compétence 
du naturaliste, le professeur de Bâle vérifie les faits physiologiques 
invoqués en faveur du système : quelques-uns même pourront trouver 
qu'il fait de trop larges concessions relativement au degré auquel sou- 
vent, de fait, la responsabilité morale se trouve atténuée, sous le coup 
des infiuences physiologiques. Mais s'il admet ces mouvements dans 
l'ordre purement physiologique, il montre qu'infidèles à leur mé- 
thode, ces prétendus adeptes des sciences naturelles négligent toute 
une série de faits, non moins expérimentalement constatés, dans le 
domaine psychologique. Il fait voir que ces derniers, logiquement ana- 
lysés, supposent une force spéciale et autonome, celle du principe 
pensant, intervenant, en vertu de son activité propre, dans le jeu des 
simples déterminations physiologiques et la série des phénomènes qui 
en résultent, pour les déterminer et les modifier à son tour. 

On le voit, c'est l'application de la méthode des sciences expéri- 
mentales et positives qui fait ainsi justice des prétentions des docteurs 
du positivisme. Le mérite particulier des écrits philosophiques du pro- 
fesseur Hoppe est de mettre en relief cette importante vérité. C'est ce 
mérite considérable, dans l'état actuel des controverses philosophiques 
et scientifiques qui nous a engagé à les signaler, dans les colonnes du 
Polybiblion, à l'attention du public français. J . Guth. 



I^es Éléïnents de l'ancienne constitution française 9 par 

M. V. Canet. Castres, Abeilhou, 1877, in-8 de 43(>p. —Prix : 6 fr. 

M. Victor Canet s'est proposé pour but, non de produire des idées 



— 137 — 

et des documents nouveaux sur les institutions fondamentales de l'an- 
cienne société française, mais de résumer leurs principaux éléments 
et les enseignements les plus utiles qu'elles nous ont laissés. Il ap- 
plique à la plupart de nos contemporains ce mot de La Bruyère : « Ils 
sont semblables à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont 
sucé, et qui battent leur nourrice. » Leur ingratitude n'a d'égale que 
leur légèreté : de là leur enjouement pour les nouve^ utés révolution- 
naires, dont ils souffrent cependant d'une manière cruelle. Mais une 
réaction commence à se faire dans les intelligences éclairées et chez 
les cœurs sincères ; et c'est pour l'aider à la propager que M. V. Canet 
publie le fruit de ses observations d'histoire. 

L'ouvrage est une synthèse dans laquelle est appréciée la part qu'ont 
eue dans la formation de notre nationalité « l'Eglise, » « la Royauté, » 
la « Féodalité, » le « Peuple. » Un chapitre est consacré à la repré- 
sentation nationale, au rôle des Etats généraux et des Parlements. Les 
« forces morales » qui soutenaient les institutions, à tous les degrés, 
étaient la foi catholique, le respect des lois, l'autorité des magistrats 
et surtout celle des pères de famille, a Les forces intellectuelles » 
avaient, dans les universités et les écoles populaires, des centres de 
vie qui n'ont été surpassés par aucun peuple. Les « forces énergiques » 
ont toujours eu une puissance incomparable dans un pays dont le 
sol et la situation sont vraiment privilégiés. 

Rien donc n'a manqué à la France. Lorsqu'on l'étudié dans le cours 
de son histoire, on reconnaît en elle une mission providentielle; mais 
aussi la responsabilité pour elle est plus grande, parce qu'elle se 
mesure aux dons reçus : de là les terribles épreuves qu'elle a subies 
chaque fois qu'elle a manqué à ses devoirs, et tous les abaissements 
qui caractérisent sa situation présente. M. V. Canet ne veut pas 
cependant désespérer de l'avenir; il a une foi invincible dans la résur- 
rection de la grande nation chrétienne, si les bons citoyens s'unissent 
pour faire qu'elle redevienne elle-même, en se retrempant dans ses 
meilleures traditions. 

Lorsque beaucoup se découragent, il est consolant de trouver ce 
généreux appel. L'auteur donnerait aux conclusions de son livre toute 
leur efficacité, si, non content d'avoir développé sur un sujet très- 
vaste des considérations nécessairement un peu trop générales, il 
abordait par la méthode d'observation les moyens pratiques de relever, 
au cœur même de notre société, les traditions religieuses, domestiques 
et nationales, en rétablissant la notion exacte et précise des grands 
principes sociaux. Charles de Ribbe. 



— 138 — 

t.e "Verre, son histoire, sa fabrication, p:3r M. E. Péligot, membre 
de l'Institut. Paris, Masson, 1876, gr. in-8 de iii-49o p. avec tig. — 
Prix : 14 fr. 

Il est particulièrement difficile de rassembler des documents com- 
plets sur l'industrie du verre qui vit de traditions, craint la publicité, 
et sur laquelle aucun travail d'ensemble n'a été mis au jour depuis le 
commencement du siècle dernier. Aussi, le savant professeur du Conser- 
vatoire des arts [et métiers et de l'Ecole centrale a-t-il fait une œuvre 
éminemment utile en coordonnant tous les éléments de son enseigne- 
ment scientifique sur l'art du verrier. Bien que cet art, si intimement 
lié au développement de la civilisation, n'emploie que des matières 
premières partout répandues, il a été l'heureux apanage de quelques 
contrées qui en gardaient traditionnellement les secrets : Sidon et 
Alexandrie, dans l'antiquité; Venise, au mojen-âge; aujourd'hui la 
France, l'Angleterre, la Belgique et l'Allemagne. Toutefois, la Russie 
et TAmérique, l'Espagne et l'Italie, commencent à réaliser dans cette 
voie d'importants progrés. I/industrie de la verrerie, très-inégalement 
répartie en France, occupe 182 usines et 26,000 ouvriers qui créent, 
bon an, mal an, une valeur de 109 millions, dont 63 pour l'exportation. 
L'importation n'est que de 3 à 4 millions. La production de l'Europe 
atteint un demi-milliard, et l'Amérique arrive maintenant au chiffre de 
100 millions. Suivant les usages auxquels on les destine, les diverses 
sortes de verres diffèrent entre elles par leur composition chimique et 
leur mode de fabrication. Le verre à vitres, les glaces, le verre à go- 
beleterie ordinaire sont formés, en proportions variables, de silice, de 
chaux et de soude. Le verre de Bohême est un silicate de potasse et 
de chaux. Le verre à bouteilles, moins pur, contient la silice, la potasse 
ou la soude associées à la chaux, la magnésie, l'alumine et le fer. Le 
cristal est un silicate à base de potasse et de plomb ; le flint glass et 
le strass n'en diffèrent que par les proportions. Enfin les émaux ren- 
ferment, en outre, de l'oxyde d'étain ou de l'acide arsénieux qui les 
rendent opaques, et les verres colorés s'obtiennent par l'addition de 
diverses substances (oxydesmétalliques, métaux, charbon, soufre, etc.) . 
Formés de ces éléments variables, les verres sont-ils de simples mé- 
langes ou de véritables combinaisons ? La question est loin d'être 
résolue : il semble qu'on doive se rapprocher pour chaque type d'une 
composition moyenne en évitant les proportions qui conduiraient à des 
silicates définis. A la vérité, les silicates de potasse et de plomb empê- 
chent la cristallisation des silicates terreux ; celle-ci n'apparaît que 
dans certains cas, c'est la dévitrification dont M. Péligot a fait une 
étude spéciale. Tous les verres, mais surtout ceux qui sont riches en 
soude, en chaux ou en magnésie, se dévitrifient lorsqu'on les expose 
pendant longtemps à une température élevée : leur composition n'est 



— 139 — 

pas altérée, mais leur texture devient opaque et cristalline. Cette 
circonstance oblige à travailler très-rapidement certaines variétés de 
verres. 

Fortement chauffé, puis refroidi brusquement, le verre, mauvais 
conducteur de la chaleur, éclate au moindre choc. Ce curieux effet de 
la tension moléculaire est surtout visible dans les larmes bataviqucs, 
gouttes d'un verre très-liquide projetées dans Teau froide et qui se bri- 
sent avec fracas quand on vient à casser leur pointe. Tous Jles objets, 
au sortir des fours, doivent donc être soumis au recuit, c'est-à- 
dire placés dans des étuves où leur température ne s'abaisse que 
très-lentement. Mais, ainsi que l'a montré M. de la Bastie, le verre 
peut, comme l'acier, acquérir par la trempe des propriétés nouvelles 
et précieuses : sa structure intime est modifiée, il devient dur, élas- 
tique, presque incassable. La lumière exerce aussi une action sur le 
verre : elle développe parfois des colorations roses dans lesquelles le 
manganèse paraît jouer un rôle. L'eau fait ressuer certaines glaces trop 
riches en alcalis, et l'humidité enlève peu à peu aux verres la potasse 
et la soude à l'état de carbonates ou de silicates; l'addition de la 
chaux dans la composition empêche, au moins à froid, cette altération 
qui nous a fait perdre tous les vitraux antérieurs au douzième siècle. 
Les verres à bases multiples, surtout le verre à bouteille, sont plus 
attaquables par les acides; les cristaux, plus sensibles aux alcalis. 
Chacun sait comment on utilise l'attaque par l'acide fluorhj- 
drique pour remplacer ia gravure artistique à la meule par la gravure 
chinique, qui a permis d'exécuter économiquement, avec une extrême 
variété dans les procédés de calque et de report, les glaces mousselines 
de nos escaliers, les plafonds lumineux de nos théâtres et jusqu'aux 
dessins délicats des verres de Baccarat. 

Après avoir exposé les méthodes toujours minutieuses usitées pour 
l'analyse des verres, l'auteur étudie en détail tous les procédés tech- 
niques : fabrication des creusets, construction des fours, fusion et mani- 
pulation des verres, etc. Fondus au rouge blanc, les silicates acquièrent 
une fluidité comparable à celle de l'eau; puis, avant que le refroidis- 
sement les ait rendus rigides, ils passent par tous les degrés intermé- 
diaires de mollesse et de malléabilité. Par le soufflage, on en fait des 
objets de gobeleterie, des ballons, des manchons ou des cylindres que 
l'on développe pour en tirer des carreaux de vitres ; par le laminage, 
on les transforme en plaques dont le polissage fait des glaces ; on les 
moule pour façonner des bouteilles ; on les étire pour obtenir des 
tubes que l'on peut effiler jusqu'à la ténuité d'un cheveu. Nous ne 
saurions aborder ici la description d'aucun des ateliers où M. Péligot 
nous fait pénétrer pour suivre les mille péripéties du travail. Bornons- 
nous à signaler, parmi les perfectionnements nouveaux, l'emploi des 



— 140 — 

l'ours Siemens et Boétius, les ingénieuses machines qui donnent aux 
glaces le douci, le savonnage et le polissage, la substitution de l'ar- 
genture à rétamage si insalubre, la fabrication des verres de 
montre, etc. 

Si nous ajoutons que le volume contient un chapitre fort curieux sur 
l'histoire de la verrerie de luxe, depuis les vases antiques du musée 
de Naples et du British Muséum, les aiguières à émaux ou à filigranes 
de Murano jusqu'aux immenses glaces de Saint-Gobain, nous aurons 
indiqué du moins les parties essentielles d'un ensemble de leçons qu'il 
faut lire en entier pour apprécier dans leur variété infinie les ingé- 
nieux procédés de l'art du verrier. A. Delaire. 



BELLES-LETTRES 

L'Art d'écrire, par M. Antonin Rondelet, lauréat de r[nstitut, 

professeur à l'Université catholique de Paris. Paris, Louis Vives, i877, 

in-8 de xii-431 p. — Pi'ix : o fr. 

Ce livre, fruit de longues années d'enseignement, renferme des pré- 
ceptes trop négligés ou trop peu connus. Parmi les innombrables 
écrivains dont la presse, nouveau Minotaure, dévore chaque jour 
les travaux, les plus habiles y trouveront des remarques précieuses, 
les moins exercés des règles et des conseils d'une pratique éprouvée. 

L'ouvrage se divise en quatre parties, où l'on apprend successive- 
ment à découvrir ses idées, à les ordonner, à les exprimer avec con- 
venance, et enfin, chose plus rare, à se corriger soi-même. Ce que dit 
l'auteur de Vinvention improvisée et de Vinvention réfléchie^ de lawé- 
thode d'analyse et de la méthode de synthèse appliquées à l'ordonnance 
d'un plan, des moyens d'enrichir sa kmgnr^ de la, réflexion intermit- 
tente et de V inspiration continue dans le travail de la rédaction, de la 
critique immédiate et de la critique à distance, tout nous montre un 
esprit supérieur, familiarisé depuis longtemps avec les multiples exi- 
gences de l'art d'écrire. Nul ne connaîtmieux les obstacles extérieurs 
et intérieurs qui retardent,chez un si grand nombre, les progrès delà 
pensée. Aussi recommande-t-il partout la méditation, l'effort, la 
ferme possession de soi-même : il veut armer l'écrivain contre ces 
défaillances intellectuelles auxquelles il est si aisé de succomber. 

Étant donné un travail écrit à faire, « l'aborder de front, sans hési- 
ter, sans revenir sur soi-même, le conduire jusqu'au bout, le traiter 
dans la pleine et entière mesure de ses forces » : voilà la récompense 
que M. Rondelet promet à ses studieux lecteurs. Plusieurs, nous n'en 
doutons pas, seront jaloux de la mériter. C. H. 



- m - 

CMEuvres de Ms'" Freppel, cvcque (l'Angers. — Ire séné : OEuvrcs ora- 
toires, Discours, panégyriques. Paris, Jouhv et Roger, 1876, 3 vol. in-8 de 
419, 441 et 4"22 p, — 2" série : GEuvres pastorales et oratoires (vol. IV 
et V des Œuvres complètes). Paris, Roger et Chernowitz, 1877, 2 vol. 
in-8 de 496 et 377 p. — Prix des o volumes : 28 fr. 

Quand Ms'" Freppel prit possession du siège épiscopal d'Angers, 
l'heure était grave, à Thorizon s'amoncelaient des nuages précurseurs 
de prochaines tempêtes, et le pilote commençant la traversée promet- 
tait au peuple dont il avait désormais la conduite d'employer à le 
soustraire au péril tout son zèle, toute son intelligence, toute son 
activité et tout son courage. « Tout ce que nous avons pu amasser 
de lumière et d'expérience sur le chemin de la vie, écrivait-il à ses 
diocésains, nous devronsl'appliqueràia recherche des moyens lesplus 
propres à augmenter votre bonheur. Nos journées ne seront pleines 
qu'autant que le souci de votre avenir éternel en aura rempli tous 
les instants ; et nos années ne compteraient pour rien si, du premier 
jour jusqu'au dernier, votre progrès dans la sainteté ne restait l'objet 
constant de nos efforts. L'œil fixé sur la devise que vos ancêtres 
avaient recueillie de la bouche de saint Martin pour la placer dans 
leurs armes: A'o^i 7rcuso laborcm, nous n'aurons le droit de reculer 
devant aucun sacrifice ; et notre vie elle-même ne nous appartiendrait 
plus s'il fallait la donner pour le salut de vos âmes. » Du haut de la 
chaire de sa cathédrale, où il montait pour la première fois, il réitéra 
la même promesse : « Venez en toute confiance à votre évêque dans 
vos peines et dans vos soufirances : vous trouverez toujours en lui 
un cœur ouvert à tous vos besoins, le ferme et ardent désir de vous 
nêtre utile, de travailler au salut de vos âmes, de vous offrir deso 
mieux ses conseils, ses encouragements, ses consolations. » 

Assurément Ms'" Freppel a tenu ses engagements. Qui aurait le 
courage d'en douter n'aurait qu'à jeter un instant les yeux sur les 
cinq volumes que nous avons l'agréable tâche de présenter aujourd'hui 
aux lecteurs de cette revue; il se convaincrait aisément qu'il n'est 
pas une oeuvre charitable à laquelle l'évêque d'Angers n'ait quelque 
jour donné l'appui de sa parole féconde, pas une entreprise catholique 
qu'il n'ait encouragée et soutenue, pas une grande cause qu'il n'ait 
défendue sans prendre souci des colores et des injures dont on l'a 
plus d'une fois récompensé. 

Suivez les événements qui se sont accomplis depuis sept ans, 
Mgi" Freppel ne récuse aucun des devoirs que les circonstances lui 
imposent. La guerre est déclarée, il demande à ses diocésains de prier 
pour le succès des armes françaises dans des mandements patriotiques 
qu'on ne lira pas sans être ému. Les désastres se précipitent, son 
zèle et son éloquence redoublent; il multiplie les appels charitables, 



— 142 — 

ordonne des quêtes pour les blessés, pour les soldats condamnés à 
pleurer sur la terre étrangère les désastres de la patrie, pour les 
pauvres enfants que la guerre a faits orphelins ; il pousse ses sémi- 
naristes au combat et stimule le zèle pourtant si chaud des prêtres de 
l'Anjou; il écrit à l'empereur d'Allemagne pour lui demander de ne pas 
séparer la Lorraine et l'Alsace de leur patrie française. Puis, quand tout 
est fini, il essaye d'adoucir leur sort aux pauvres Alsaciens qui pré- 
fèrent l'exil à la domination étrangère. Enfin, quand la route s'ouvre 
de nouveau vers les aventures, il ne ménage pas ses avertissements; 
il sait à l'occasion faire entendre de ces fortes leçons qui nous eussent 
sauvés si on y avait prêté une oreille plus attentive. Ses lettres sur 
l'éducation, sur la, famille, sur le dimanche, sur la, jjresse irréligieuse, 
surtout sur les devoirs du chrétien dans la vie civile, contiennent de sé- 
rieux enseignements dont gouvernants et gouvernés pourraient égale- 
ment tirer profit. Quand nous aurons signalé les discours sur l'ordre 
monastique, sur Vuiilité du vers latin, sur les cercles catholiques, sur la 
mission de l'instituteur, sur l'œuvre des tombes, Yoraisoii funèbre de 
Mgr Fruchaud, nul ne contestera que les œuvres de Mgr Freppel ne 
présentent la plus grande variété, et n'offrent pour toutes les situa- 
tions de la vie d'agréables et utiles leçons. 

Nous n'avons pas fini encore, puisque nous n'avons parlé que de 
l'évêque d'Angers, sans dire un seul mot du professeur delà Sorbonne 
et de son œuvre si intéressante même en-dehors des grands ouvrages 
où les plus nobles représentants de l'éloquence chrétienne sont 
loués dans des pages qu'eux-mêmes ne désavoueraient pas. Deux vo- 
lumes sont remplis de discours prononcés par Msr Freppel dans cette 
période de sa vie si active et si féconde. Les panégyriques de saint 
Ignace, de sainte Clotilde, de sainte Geneviève, l'éloge de Jeanne d'Arc, 
de la papauté, s'y rencontrent auprès d'études littéraires éloquentes 
et de considérations élevées sur l'harmonie des sciences avec la reli- 
gion, sur les avantages et les périls de la civilisation moderne, sur les 
rapports de la religion et de l'art. De grands enseignements se déga- 
gent de toutes ces oeuvres et ce mérite seul suffirait largement à solli- 
citer très- vivement notre plus sérieuse attention. Mais le lettré peut 
aussi trouver un plaisir délicat à parcourir ces volumes, où le catho- 
lique puisera sûrement d'excellentes leçons. Msi" Freppel est un écri- 
vain de bonne école ; il a enseigné l'éloquence et nous donne aujourd'hui 
l'exemple à l'appui de ses leçons. Ayant longtemps étudié les grands 
modèles de l'éloquence chrétienne, il n'a pu fréquenter une aussi 
bonne compagnie sans lui emprunter quelques-unes de ses qualités les 
plus brillantes. Ce n'est donc pas seulement l'évêque et l'homme de 
bien que nous recommandons ici : c'est aussi l'écrivain, l'orateur qui 
possède de quoi satisfaire les plus difficiles et réjouir les plus délicats. 

E. DE LA D. 



— 143 — 

Les» Prophètes du Clirist, étude sur les origines du thcdlre au 
moyen âge, par Marius Sepet, de la Bibliothèque nationale, ancien élève 
pensionnaire de l'École des chartes. Paris, Didier, 1878, in-8 de 193 p. — 
Prix : 3 fr. 

t.e Drs&me chrétien au moyen âge, par le même, Paris, Didier, 
1878, in-r2 de xii-296 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Les deux ouvrages que M. Sepet vient de publier seront accueillis 
avec empressement par les lecteurs de plus en plus nombreux qui s'in- 
téressent à notre ancienne littérature. L'un, les Prophètes du Christ, 
s'adresse surtout à la partie la plus érudite de ce public; l'autre, le 
Drame chrétien au moyen âge, est plutôt destiné aux gens du monde. 
Nous nous occuperons d'abord du premier de ces livres. 

M. Charles Magnin a montré qu'un lien rattachait les mystères à 
la liturgie catholique. M. Sepet a voulu préciser davantage et faire 
voir par des faits certains, à l'aide de documents authentiques, que 
les premiers mystères ont fait partie des offices mêmes. Un sermon 
du douzième siècle, découvert par l'auteur dans un manuscrit de la 
Bibliothèque nationale, a servi à cette curieuse démonstration; ce 
•sermon était attribué, au moyen âge, à saint Augustin. L'évêque 
d'Hippone y interpelle vivement les juifs incrédules, et invoque, en 
faveur du Christ, le témoignage des prophètes qui défilent, pour ainsi 
dire, devant lui. Il y a, dans ce discours, où des questions provoquent 
des réponses, un caractère dramatique incontestable et l'on comprend 
que le dialogue ait pu assez facilement se détacher du monologue et 
former un vrai mystère. Le sermon attribué à saint Augustin était 
une leçon, une partie de l'office de Noël, il n'était pas prêché mais 
déclamé sur une certaine mélopée, et se changea, par des gradations 
que M. Sepet indique à merveille, en un petit drame latin, les Prophètes 
du Christ, représenté dans les églises par des ecclésiastiques et ayant, 
comme le sermon qui l'avait produit, une place dans la liturgie de 
Noël. De ce premier essai en naquit un second plus étendu, conservant 
encore son caractère liturgique, mais à un degré moindre, et ne faisant 
plus partie obligatoire de la solennisation de la fête. 

M. Sepet nous fait voir comment, par une désagrégation, de ce 
second mystère sortirent d'autres drames distincts, représentés sépa- 
rément, inspirés par des personnages que l'on trouve déjà dans le 
sermon, point de départ de ces compositions nouvelles, A ces per- 
sonnages primitifs, on en joignit ensuite d'autres fournis également 
par la Bible, tels qu'Adam et Eve, que Caïn et Abel. Mais les œuvres 
dans lesquelles on les faisait apparaître provenaient directement ou 
indirectement d'une même origine, du sermon attribué à saint Augus- 
tin, là était le germe de tout ce grand développement dramatique 
dont M. Sepet nous fait si clairement connaître les diverses phases. 

M, Sepet termine ces curieuses recherches, dont nous aurions bien 



— liî- - 

désiré indiquer la marche avec plus de détails, par l'examen d'un 
Mystère du vieux Testament qui appartient aux extrêmes limites du 
moyen âge. Il fut encore représenté au milieu du seizième siècle, au 
moment où Jodele, avec sa Cléopdtre, allait entraîner les poètes drama- 
tiques dans l'imitation des tragédies grecques et latines. M. Sepet 
remarque, toutefois, que, malgré l'influence exercée par les traditions 
antiques, les poètes ne furent pas tous infidèles à l'inspiration des 
mystères et nous cite de nombreuses oeuvres dramatiques nées de 
sujets religieux et qui le conduisent à Athalie. M. Sepet termine cette 
savante étude par une réflexion purement littéraire qui nous semble 
juste; il conclut que la perfection de l'esprit français au théâtre, et 
plus généralement dans les lettres, doit être cherchée dans l'alliance 
de la tradition chrétienne, la tradition nationale et la tradition 
classique. 

Nous n'avons pu indiquer que très-imparfaitement le plan de cette 
intéressante étude. Il est bien des points sur lesquels, pourtant, nous 
aurions voulu nous arrêter. Ainsi, M. Sepet donne de curieux détails 
sur les représentations, la mise en scène des mystères, et sur les 
trucs assez compliqués qui y étaient employés. Il recherche aussi 
si les rôles de femmes étaient joués par des hommes et se prononce 
pour l'affirmative, contrairement à l'opinion de M. Luzarche.M. Sepet 
reconnaît, du reste, que, dans les mystères représentés par des laïcs 
au quinzième et au seizième siècle, il put n'en plus être ainsi; c'est ce 
que suffirait à prouver un passage des chroniques de Metz_, où est 
raconté comment M. de La Tour s'éprit de la jeune fille qui avait 
rempli le personnage de sainte Catherine dans le mystère de ce nom. 

Les recherches que M. Sepet a réunies dans le volume dont nous 
venons de parler ont d'abord paru dans la Bibliothèque de VÈcole des 
chartes, où elles ont été justement remarquées. Les matériaux dont 
se compose le Drame chrétien au moyen âge ont aussi été publiés dans 
diff'érents recueils ou journaux ; mais l'auteur a raison de penser que 
son livre ofl're néanmoins une réelle unité. Il commence par une étude 
générale sur la tragédie et le drame français, puis vient l'examen des 
origines liturgiques du cycle de la Passion, de celui de Noël et de 
celui de Pâques. L'auteur s'occupe ensuite des Miracles ou Vies des 
saints, et finit son livre par un morceau fort animé où il nous décrit 
une représentation dramatique au quinzième siècle, et par un chapitre 
où il expose le grand parti que la Renaissance aurait pu tirer du 
drame religieux. 

Il eut été possible à M. Sepet de remanier ces divers articles 
de manière à donner à son livre une unité plus complète; mais il a 
préféré ne rien modifier à sa première rédaction. Ce parti a pu avoir 
l'inconvénient de produire quelques répétitions. Ainsi, le premier 



— lia — 

chapitre offre des citations du Mijslcrcde l'Époux que nous retrouvons 
plus loin (p. 113), sans nous en plaindre cependant, car, là, M. Sepet 
a traduit en bons vers ce qu'il nous a d'abord donné en prose. Ce 
n'est pas la seule fois, du reste, que M. Sepet a employé la poésie, et 
nous signalerons encore comme fort bien réussi un cantique des 
bergers s'avançant vers la crèche (p. 69). — Il y aen^ d'un autre côté, 
des avantages très-réels à ne pas modifier des pages de jeunesse. Des 
retouches, en pareil cas, sont difficiles à pratiquer, et font souvent dis- 
paraître des traits, des pages très-dignes de regret. M. Sepet a donc 
respecté sa rédaction primitive — et, selon nous, il a bien fait, — mais, 
en note, il a rectifié certaines assertions qui lui paraissaient trop 
absolues, certaines appréciations qui lui semblaient exagérées. 

Les deux livres de M. Sepet jettent une grande clarté dans l'his- 
toire de l'art dramatique au moyen âge, et viennent s'ajouter aux 
nombreux et beaux travaux qu'a inspirés de nos jours une époque si 
intéressante et si longtemps mal connue. Th. de Puymaigre. 



Histoire de deux fables de l^a F'ontaine, Heurs origines et 
leuï^s pérégrinations, par A. Joly, doyen de la faculté des lettres 
de Caen. Paris, E. Thorin, 1877, in-8 de 150 p. — Prix : 3 fr. 

On a souvent cherché à remonter jusqu'à l'origine de quelques-unes 
des inventions si admirablement développées par La Fontaine, et à 
les suivre dans leurs multiples transformations. Rien n'est plus piquant, 
comme le remarque tout d'abord M. Joly (p. 3), que « de voir ainsi un 
seul et même récit s'en allant à travers les âges, toujours un et tou- 
jours divers, se modifiant selon le pays, le temps, le climat, la civili- 
sation, ici perdant quelque chose, là gagnant davantage, changeant 
de ton, de couleur, souvent même de moralité; que de le retrouver 
et de le ressaisir sous tous ses déguisements. » Le savant doyen ajoute 
bien spirituellement qu'il n'est presque pas une des fables de La Fon- 
taine à propos de laquelle on ne puisse ainsi faire, si l'on veut, le tour 
du monde en quelques heures. Prenant pour exemple les Animaux 
malades de la peste (p. 4-90] et La laUière et le pot au lait (p, 91-113), 
M. Joly prend ces fictions à leur berceau, et, les suivant en toutes 
leurs migrations, il écrit deux chapitres de littérature comparée, où 
abonde la plus aimable érudition. De l'Inde, où l'on rencontre le pre- 
mier germe et la première ébauche des deux fables, l'ingénieux cri- 
tique nous fait passer en Perse, en Arabie, en Turquie, en Espagne, 
en Italie, dans presque tout le reste de l'Europe. Il note, plus exacte- 
ment qu'on ne l'avait jamais fait, les innombrables transformations des 
deux apologues, groupant les plus curieux rapprochements, et, pour 
alléger sa marche, renvoyant aux noies de la fin (p. 114-154) les textes 
Février 1878. T. XXII, 10. 



— U6 — 

empruntés à toutes les littératures, analysés ou traduits dans l'étude 
même. Cette promenade à travers les récits de l'Asie et de l'Europe 
est d'autant plus agréable, que le guide que nous suivons a plus de 
goût et de finesse, et que son langage est meilleur, de même que 
son savoir. En voyant M. Jolj compléter et corriger si bien les tra- 
vaux de ses devanciers, particulièrement ceux de M. Robert et de 
M. Saint-Marc-Girardin, on souhaite vivement qu'il se fasse le com- 
mentateur de plusieurs autres fables et qu'il nous donne l'occasion de 
recommencer, à sa suite, ces voyages où chacun de nous, comme l'hi- 
rondelle de La Fontaine, pourra se vanter d'avoir « beaucoup appris.» 

T. deL. 



Étude sur Ses œuv^res «le «lean de Maîret, par Gaston Bizos, 
ancien élève de rÉcole normale supérieure, docteur es lettres. Paris, 
E. Thorin, 1877, in-8 de 400p. — Prix : 7 fr. ."iO. 

L'ouvrage de M. Bizos renferme une vie de Mairet, le résumé de 
l'histoire de la tragédie française avant ce poëte, l'examen de ses 
premières œuvres (Chriséide et Arimant ; Silvie), de ses théories dra- 
matiques, de la Silvanire., des Galanteries du duc d'Osson^ie, de la Vir- 
ginie, de la Sophonishe, de la Cléopdtre, etc., de ses dernières pièces, 
de ses poésies légères, de ses morceaux de prose, etc. A l'étude même 
sur la vie et les oeuvres de Mairet, dans lequel on remarque un travail 
spécial sur la langue tragique du poëte bisontin, se joignent d'inté- 
ressantes pages sur les œuvres de quelques-uns de ses contemporains 
comme VAmaranthe de Gombauld et les premières pièces de Rotrou, 
sur les poètes dramatiques familiers du cardinal (Boisrobert,rEstoile, 
Colletet, Desmarets), sur les émules de Mairet (Scudéry, Du Ryer, 
Tristan l'Hermite et Rotrou). Pour ne rien omettre, indiquons encore 
(à V Appendice) la liste par ordre chronologique des œuvres de Mairet 
jouées et imprimées, neuf de ses petites pièces de vers, les unes iné- 
dites, les autres qui n'ont jamais été réunies à ses œuvres, deux de 
ses lettres, la première adressée au cardinal Mazarin (mars 1654), 
l'autre au Bisontin Aug. Nicolas, l'auteur de Europa lugens (1647), 
enfin le portrait du poëte. D'après cette énumération, on voit quelles 
richesses M. Bizos a su réunir dans sa thèse pour le doctorat es lettres. 
J'emploie le mot richesses avec intention, car récits, analyses, appré- 
ciations, tout, de la première à la dernière page est de haute valeur. 
M. Bizos a été un excellent chercheur, avant de se montrer excellent 
critique. Il a trouvé, pour écrire la biographie de Mairet, des res- 
sources précieuses dans un travail lu par Rochet de Frasne, en 1754, 
à l'Académie de Besançon (bibliothèque de cette viUe ; recueil 
manuscrit des travaux de la Compagnie), et dans divers autres docu- 
ments, tels que les lettres de noblesse accordées au poëte, par l'era- 



— 147 — 

pereur Léopold (18 septembre 1G68) et conservées aux Archives dé 
partementales du Doubs. Signalons aux curieux (p. 279), une lettre 
inédite du poëte Sarrazin à son ami Mairet (Mémoires manuscrits de 
l'Académie de Besançon). M. Bizos cite et discute, en ce qui touche 
les œuvres dramatiques de Mairet et de ses conte^;porains, les opi- 
nions de Voltaire, de M. Guizot, de M. Sainte-Beuve, de M. Saint- 
Marc-Girardin, de M. de Puibusque, de M. Marty-Laveaux, etc., et on 
peut dire qu'il a parfaitement connu et parfaitement jugé presque 
tout ce qui a été écrit sur la matière. J'ai très-peu d'observations à 
présenter à M. Bizos. Je le trouve bien sévère pour Tallemant des 
Réaux, quand il l'appelle (p. 26) « cette langue de vipère. » Je lui 
apprendrai que le rarissime pamphlet qu'il a découvert, dit-il (p. 42. 
note 2), à la bibliothèque de Besancon : Apologie pour M. Mairet 
contre les calomnies du sieur Corneille de Rouen (1637), est aussi à la 
bibliothèque Sainte-Geneviève (Y 458 réserve). Il a trop facilement 
accueilli (p. 26) l'erreur de certains écrivains, d'ordinaire mieux in- 
formés, en nous montrant le généreux protecteur de Mairet, le comte 
de Belin a assassiné le 7 décembre 1642, par le marquis de Bonnivet.» 
François de Faudoas, le fils de l'ancien gouverneur de Paris, était 
déjà mort avant la fin de l'année 1638. (Voir l'abbé Goujet, Biblio- 
thèque française, t. XVIII, p. 185; M. H. Chardon, la Troupe du Ro- 
man comique dévoilée, etc., 1876, in-8, p. 37.) Enfin, j'exprimerai le 
regret que M. Bizos n'ait pas eu connaissance de la correspondance 
inédite de Chapelain : il aurait trouvé dans le premier volume de cette 
correspondance léguée par M. Saint-Beuve à la Bibliothèque natio- 
nale, plusieurs lettres fort intéressantes écrites à Mairet par Chape- 
lain, qui fut pour le poëte franc-comtois, comme pour presque tous les 
poëtes et prosateurs de son temps, un excellent conseiller et un dé- 
voué confrère. T. de L. 



Tableau «le la littérature française, ISOO-lSl^, par 

Gustave Merlet. Paris, Didier, 1877, in-8 de 670 p. — Prix : 8 fr. 

La littérature de l'époque impériale, si complètement éclipsée par 
le grand mouvement romantique de la Restauration, est tombée dans 
une sorte de dédaigneux oubli d'où ne surgissent guère que les noms de 
Chateaubriand, de M"" de Staël et du comte de Maistre. M. Merlet a 
pensé qu'il pouvait y avoir, dans cet oubli, sinon une complète injus- 
tice, au moins une négligence fâcheuse, et il nous a donné un volume 
qu'on lira avec autant de profit que de plaisir. Ce volume n'est, du 
reste, que le début d'une œuvre à vastes proportions. Ici l'auteur ne 
s'occupe que du mouvement religieux, philosophique et poétique. Le 
roman, la critique, l'érudition, l'histoire, l'éloquence et la politique 
auront leur tour plus tard. On tend de plus en plus à amener sur la 



— 148 — 

littérature comme des reflets des événements, reflets qui l'éclairant 
et l'animent. M. Merlet a procédé de cette manière. Dans son intro- 
duction, il esquisse avec netteté et impartialité l'histoire de la fin du 
dernier siècle et du commencement de celui-ci: et, dans tout le cours 
de son ouvrage, iil ne perd point de vue l'état de la société dans la- 
([uelle se meuvent les écrivains qu'il juge. Peut-être y aurait-il eu au 
début du livre à effleurer une question curieuse : la forme du gouver- 
nement a-t-elle une action sur les manifestations de l'intelligence? Ne 
sont-ce pas des temps de sage liberté, comme l'époque de la Res- 
tauration, qui sont favorables à ces manifestations ? Ne sont-ce pas les 
jours de despotisme qui leur sont le plus nuisibles; témoins la Terreur 
et l'Empire? Mais, contrairement à cette thèse, on pourrait rappeler 
le siècle éclatant de Louis XIV. Nous croyons cependant qu'il ne 
serait nullement impossible d'expliquer cette espèce de contradiction, 
mais, pour tenter de le faire, il faudrait à coup sûr plus de place que 
nous n'en avons à donner à tout le livre de M. Merlet, auquel nous 
nous hâtons de revenir. — Les premiers chapitres sont consacrés à 
M. de Bonald, à M. de Maistre et à la jeunesse de Chateaubriand. 
M""* de Staël viendra dans un tome suivant. M. Merlet arrive ensuite 
à la partie la plus ingrate, à la poésie. Il nous montre, toutefois, 
quelques vers heureux, quelques inspirations où pouvaient se 
trouver les germes d'inspirations qui devaient s'épanouir plus tard. 
Il termine son étude par l'examen des œuvres théâtrales et par un 
vaste appendice où de courtes notices, fort bien faites, rappellent en 
peu de mots les littérateurs de l'époque traitée et contiennent une 
appréciation de leurs oeuvres, appréciation écrite avec une cons- 
cience dont le scrupule qui a provoqué cet appendice suffirait à donner 
une très-favorable idée. Pour qu'on lût sans fatigue un fort volume 
dont le sujet n'a pas toujours un grand intérêt intrinsèque, il fallait 
que ce gros volume attachât par la vérité des aperçus et par l'agrémen 
du style ; c'est un double mérite qui n'a pas manqué à l'auteur. Peut- 
être M. Merlet cherche-t-il un peu trop à réveiller l'attention par le 
chatoiement des images. Souvent il les rencontre bien, quelquefois 
elles sont un peu trop cherchées ; quelquefois la phrase a des rondeurs 
trop rhétoriciennes, comme quand M. Merlet compare notre langue 
« à cet arbre généreux dont parlait Horace, et qui renouvelle ses 
feuilles à chaque retour du printemps. » Outre que la comparaison 
d'Horace, autant que nous nous en rappelons le texte, n'est pas exac- 
tement rendue, l'épithète, généreux n'est là qu'une cheville destinée à 
gonfler la période. On pourrait ainsi croire, dans deux ou trois en- 
droits, à une espèce de contagion du style par trop académique dont 
M. Merlet fait justice si souvent et avec tant de goût. 

Th. de Puymaigre. 



— 149 — 

HISTOIRE. 

Essa sur l'esprît public dans l'histoire, par le vicomte 
Ph. d'Ussel. Paris, Hachette, 1877, in-8 de 447 p. — Prix : S fr. 

Ce livre a dans son titre quelque chose de vague qui ne dit point 
tout d'abord ce qu'il contient. Nous croyons reproduire exactement 
la pensée de l'auteur en disant qu'il recherche ce qu'est l'esprit 
public, l'esprit dirigeant, l'idée dominante d'une époque; comment 
il se forme et se transforme ; comment et par quels agents il exerce 
son influence. Puis il demande à l'histoire la confirmation de ses théo- 
ries. 

Toute société poursuit un idéal dont le type lui est fourni par les 
hommes de génie et qui des sommités descend aux dernières couches 
sociales par l'éducation et les différents modes de transmission de la 
pensée. L'esprit guerrier et l'esprit religieux y jouent un rôle consi- 
dérable, dans toutes les nations, suivant des lois que M. d'Ussel 
s'applique à déterminer. 

Chez les Hébreux, c'est l'idéal religieux qui prédomine. L'idéal 
social est celui que poursuivent les Grecs. Chez les Romains, l'idéal 
social est celui de la première époque ; il atteint sa réalisation par le 
nivellement social et l'établissement de l'Empire, qui conduit à la 
décadance. L'esprit religieux chrétien survit seul au milieu de toutes 
les ruines ; il caractérise la tendance générale du moyen âge ; il 
élève l'idéal poursuivi à cette époque de transformation à une subli- 
mité qui la préserve de la chute à laquelle elle aurait été entraînée 
par tous les défauts et toutes les misères importées par les peuples 
barbares. Avec les temps modernes, l'idéal se modifie surtout par la 
manière de concevoir l'état social. Dans les temps actuels, c'est le 
progrès social qui est le but de tous les efforts, mais progrès dont 
l'élément principal est l'utile. Il a créé le courant démocratique, contre 
lequel lutte ce que l'auteur appelle a le parti de l'histoire : » avec 
lui est venu le goût énervant du bien-être, le règne du mercantilisme 
et de l'intérêt, le morcellement et l'instabilité de la richesse et du 
pouvoir qui, avec la loi du nombre, entraîne la médiocrité des gouver- 
nants, l'abaissement de l'idéal pourvuivi. C'est le positivisme u qui 
pourrait bien abaisser les facultés d'une race au-dessous du degré 
nécessaire pour lui permettre d'exceller même dans les arts pra- 
tiques, » et qui n'a de contre-poids que dans la religion. 

Cette étude de philosophie historique dénote un sagace et pro- 
fond observateur, un esprit méthodique et réfléchi, des convictions 
vives et raisonnées, de nobles sentiments, de généreux instincts, une 
inspiration toute chrétienne, le tout traduit en un très-bon style. 

Dans cette accumulation de jugements et d'appréciations sur les 



— loO — 

faits, ce serait une rare bonne fortune de se trouver toujours en com- 
plet accord avec l'auteur, quand bien même on serait généralement en 
parfaite conformité de sentiments avec lui. Si nous avons à le contre- 
dire sur plus d^un point, c'est moins pour le fond que pour la forme 
qui manque quelquefois de précision et est entraînée à une certaine 
exagération pour concorder avec la théorie ou la rendre plus saisis- 
sante. Ainsi, quand il dit que lïdéal, au dix-huitième siècle, c'est le pro- 
grès social, le terme est impropre ; car cela ressort clairement de son 
exposé, c'est un progès matériel, sans idées morales ni religieuses, 
un progrès qui conduit à la décadence. N'est-ce pas aussi à tort qu'il 
dit que l'antagonisme entre la religion et la Révolution ne vient pas 
d'une opposition substantielle entre les principes (p. 306), après avoir 
montré qu'un des caractères de la Révolution c'était une opposition 
au principe de l'autorité. C'est aussi faire trop d'honneur à la Révo- 
lution que d'en faire la génératrice de l'idée de patrie. Mais il n'est 
pas besoin de s'arrêter davantage à des critiques sur des points qui ne 
pourront échapper à tous les lecteurs, à tous les hommes d'étude sé- 
rieux, auxquels ce livre est destiné, et que nous n'hésitons pas à leur 
recommander. 

Nous voudrions leur signaler bien des aperçus neufs, bien des consi- 
dérations élevées, bien des pages vigoureuses. Comme le protestan- 
tisme est bien caractérisé : u Cette religion n'impose à l'homme aucun 
sacrifice; elle n'en demande ni à sa raison, ni à son bien-être, ni à 
ses besoins physiques et moraux... Il transige avec la nature humaine 
sur les principes eux-mêmes qu'il ramène, en les abaissant, à la portée 
de chacun (p. 48). » Que dira notre mollesse de cette déclaration sur 
les bienfaits de la guerre. « Il faut admettre quel'état de guerre... est... 
nécessaire à la conservation de certaines qualités viriles dont la perte 
conduirait à la décadence morale. Telles sont, par exemple : le cou- 
rage, l'esprit d'obéissance, de dévouement et de sacrifice,... dont le 
développement est naturellement si contraire à nos tendances vers 
le bien-être et l'égoïsme et qui ne peuvent probablement se soutenir 
sans s'exercer, et ne trouvent d'exercice que par la guerre (35). » 
M. d'Ussel appelle « parti de l'histoire » le parti qui lutte contre l'es- 
prit démocratique et ses tendances au bouleversement général pour 
régner sans contradiction ; son expression prêterait à croire qu'il y 
a un parti dont l'idéal est la pure restauration du passé. C'est une 
chimère inventée par ceux dont le courage ne recule pas devant une 
bataille à la façon de Don Quichotte contre des moulins à vent. Nous 
en avons la preuve dans ce qu'il dit très-bien : « Combien bien peu 
d'hommes de notre époque consentiraient à devenir barons féodaux 
au prix des fatigues, des dangers et des misères qui traversaient la vie 
de ces seigneurs si puissants et si redoutés? » Victor Moryat. 



— loi — 

L.'ilLrrique et la Conférence géograpliSque de Bruxelles. 

par E. Banning. Bruxelles, 1877, in-8 de loO p. et 1 carte. — Prix : 3 fr. oO, 

Le 12 septembre 1876, le roi des Belges réunit à Bruxelles une 
conférence composée des principaux géographes de TEurope, dans 
le but de rechercher en commun les moyens les plus propres à civiliser 
l'Afrique centrale. L'appel fait par Léopold 11 aux sentiments philan- 
thropiques fut entendu; de tous les points de l'Europe, on envoya 
des adhésions nombreuses, et des souscriptions considérables affluè- 
rent. Depuis quelques semaines, une première expédition belge, com- 
posée de trois membres, est partie pour l'Afrique. A l'occasion de la 
conférence de Bruxelles, plusieurs publications virent le jour. Celle 
de M. Banning est la plus importante. L'auteur a divisé son travail 
en deux parties. Dans la première, il s'occupe de l'Afrique au point 
de vue historique, physique et social. La seconde est consacrée aux tra- 
vaux de la conférence de Bruxelles. Un appendice nous donne plu- 
sieurs pièces justificatives. M. Banning commence par initier ses 
lecteurs aux principales expéditions africaines de ce siècle et aux ré- 
sultats obtenus jusqu'à ce jour. Ce résumé est clair, méthodique et 
exact. Un second chapitre nous fait connaître la géographie physique 
de l'Afrique. Les deux chapitres suivants nous intéressent davantage. 
L'auteur y parle de l'ethnographie de l'Afrique et de la traite des 
nègres. Il nous montre fort bien qu'en général la race nègre n'est pas 
si inférieure aux autres races qu'on se plaît souvent à le dire. Il nous 
semble cependant que l'auteur aurait bien fait, dans l'intérêt même de 
son sujet, de nous parler quelque peu des différences que les voyageurs 
ont constatées entre les malheureuses peuplades qui sont régulièrement 
visitées parles marchands d'esclaves et celles qui, jusqu'à ce jour, ont 
moins souffert de la traite. Les ouvrages de Livingstone pouvaient 
lui donner d'excellents renseignements à cet égard. C'est ainsi que 
ces dernières peuplades sont bien plus douces, moins féroces, et ac- 
cueillent d'ordinaire l'étranger avec une grande bienveillance. Les 
autres, se trouvant continuellement en légitime défense, regardent 
tout homme blanc comme un ennemi, et souvent le traitent comme tel. 

M. Banning, admettant l'opinion émise par Berlioux dans son ou- 
vrage sur la traite orientale, distingue trois grandes régions de 
l'Afrique oîi la chasse à l'homme est régulièrement organisée. La 
première est le Soudan, dont le marché principal est Kouka, dans le 
Bornou; la seconde, la vallée du Haut-Nil, avec Khartoum comme 
point central ; enfin le plateau central de l'Afrique, avec Kazeh ou 
Zaboto comme entrepôt général. On estime de 80 à 90,000 le nombre 
annuel des victimes de cet infâme trafic, destiné à satisfaire aux de- 
mandes de chair humaine de TArabie, de la Turquie d'Europe et 
d'Asie, de la Perse et de Madagascar. 



— Ifii — 

Le but ijuc Ton a actuellement en vue est de travailler d'un commun 
accord à supprimer la traite des nègres ; c'est seulement quand on 
aura obtenu ce premier résultat que l'on pourra réaliser la pensée de 
Léopold II, et entreprendre la civilisation de l'Afrique. A cet 
effet, la conférence de Bruxelles a jugé que les meilleurs moyens à 
employer étaient l'envoi d'*un nombre suffisant de voyageurs isolés — 
donc pas de grandes expéditions comme celle de Baker, — et l'éta- 
blissement de stations scientifiques et hospitalières. « Seulement 
(p. 92) les établissements qu'il s'agit de créer porteront un cachet 
purement laïque ; le concours de toutes les nations n'en comportant 
pas d'autre ; ils ne s'imposent aucune mission religieuse, ils ne repré- 
sentent aucune confession, aucun culte. » Ici est le point faible de 
toute l'organisation. Civiliser laïquement un peuple est tout aussi 
impossible que de supprimer Tesclavage et la castration chez les maho- 
métans, aussi longtemps que ceux-ci resteront attachés à l'islamisme. 
Il semble que la conférence ait eu bien plus en vue l'intérêt scientifique 
que le but moral de la civilisation africaine, précisément par suite de 
l'absence de toute idée chrétienne. Nous comprenons que, du moment 
que des nations protestantes participent à l'œuvre, les missions ne 
pourraient pas être exclusivement catholiques. Ce mal, du reste, ne 
serait pas grand. Il y a trop longtemps, en eôet, que la stérilité des 
missions protestantes est connue, pour que nous ayons rien à crain- 
dre à cet égard. Livingstone, qui était lui-même missionnaire, aurait 
certes protesté contre cette laïcité. Si l'on ne tâche pas d'unir les 
efforts des missionnaires à ceux des savants explorateurs, toutes ces 
expéditions pourront être riches en résultats scientifiques, mais ne 
contribueront pas plus à civiliser les nègres que les institutions euro- 
péennes introduites d'un seul coup au Japon n'ont pu concourir à ra- 
mener le peuple japonais à la vraie civilisation. En-dehors du chris- 
tianisme, toute vraie civilisation est impossible; et cette vérité ressort 
avec tant d'évidence des enseignements de l'histoire, que l'on s'étonne 
de devoir la rappeler. An. de Ceuleneer. 



A. travers l'i%.frîqiie. Vo]iagc de Zanzibar à Bcnguela, par le commandant 
V.-L. Cameron. Traduit de l'anglais avec l'autorisation de l'auteur jiar 
M. H. LoREAu. Avec 130 gravures, 1 carte et i fac-similé. Paris, Hachette 
1878, gr. in-8 de 5S9 p. — Prix : 10 fr. 

C'est une grande pensée humanitaire qui a conduit le commander 
Cameron à tenter la traversée de l'Afrique : son premier désir, en 
effet, était de travailler pour sa part à la suppression de l'odieux 
commerce des esclaves noirs... Sans doute, comme il est naturel à 
tout Anglais, la soif des découvertes entrait aussi pour quelque 
chose dans sa résolution ; mais, i! faut le proclamer à son honneur, 



ce n'en fut point le premier mobile, — De Bagamoyo, situé sur l'océan 
Indien, en face de Zanzibar, et qui est le point de départ de toutes les 
explorations dans le centre de l'Afrique, jusqu'à Benguela baignée 
par l'Atlantique, son voyage a duré trois ans et cinq mois ; la narra- 
tion qu'il en offre au public est plutôt un journal de marche, un guide 
pour les voyageurs qui voudront suivre ses pas, que le récit de ses 
aventures, de ses chasses, etc.. Nous ne devons pas nous en étonner. 
La description de ces régions laisse encore trop à désirer au point 
de vue pratique, malgré les admirables découvertes et la précision 
des détails obtenus depuis un quart de siècle, pour que, de longtemps, 
on ait le droit de réclamer des épisodes de touristes... Il faudra s'en 
tenir, pendant quelque temps encore, à de Yéritsi'hles guides, mention- 
nant les particularités de la route, les traits du pays, les mœurs, la 
langue, les coutumes des habitants, les conditions des relations à ou- 
vrir avec eux, etc.. Une partie de la carte parcourue par l'intrépide 
Cameron commence à être assez connue : c'est la région comprise entre 
le canal de Zanzibar et les grands lacs. Mais le bassin du Congo et 
tout le plateau de partage entre ce bassin et celui du Zambèse sont à 
compléter comme données géographiques, hydrographiques, etc.. 
Nul doute que l'avenir ne réserve à quelque émule des Livingstone, 
des Stanley, des Cameron, l'honneur d'ajouter aux indications qui figu- 
rent jusqu'à présent sur leurs cartes.... Le mérite des premiers ex- 
plorateurs en recevra un nouveau lustre pour avoir ouvert, au 
prix de difficultés plus grandes, une voie appelée à devenir de 
plus en plus féconde. On peut se rendre compte, sur la carte jointe 
au présent volume, de la route suivie par Cameron : à elle seule, 
elle permet de supposer les épreuves et les difficultés que ce 
hardi pionnier a dû traverser, et son très-intéressant récit, mon- 
trant comment il les a surmontées, confirmera l'admiration pour 
sa persévérance et son énergie et légitimera la gloire désormais 
attachée à son nom. Ce voyage s'ajoute avec honneur aux huit ou dix 
volumes pleins de faits que l'on doit déjà sur ces régions si longtemps 
inconnues, aux grands explorateurs américains, anglais et français. 
Outre la question de l'esclavage, qui est prise sur le fait et traitée là 
de visu, il y a des chapitres fort curieux sur le géographie (orographie 
et hydrographie) de l'Afrique centrale, sur son système lacustre, sur 
son avenir, etc.. Un vocabulaire et une nomenclature botanique com- 
plètent en appendice ce volume où nous n'avons pas lu sans émotion 
le passage dans lequel Cameron, malade lui-même, ainsi que Murphy 
et Dillon, presque jusqu'à en mourir, raconte comment il apprit la 
mort de Livingstone et organisa son convoi funèbre... 

F, DE ROQUEFEUIL. 



- iU - 

vie de M" de la Rochefoucauld^ duchesee de Doudeau- 
ville, fondatrice de la Société de IVazareth. Paris et Lyon, 
Lecoffre, 1877, in-12 de x-345 p., avec un portrait. — Prix : 3 fr. 50. 

La vie de la duchesse de Doudeauville (1764-1849) offre de singu- 
liers contrastes et de fortifiants exemples. Elevée par urne mère sans 
tendresse et dont l'austère vertu avait toute la raideur et l'aspérité 
du jansénisme, Augustine de Louvois de Montmirail accepta de sa 
main, avant d'avoir atteint sa quinzième année, un mari un peu plus 
jeune qu'elle et qui dut la quitter après la cérémonie nuptiale pour 
achever son éducation confiée à des mains qui conspiraient contre sa 
foi profondément implantée dans son cœur par sa nourrice, une 
simple paysanne. Sa nouvelle famille était imbue des idées philoso- 
phiques que son beau-père fit tout pour lui inculquer. Elle fut exposée 
à tous les dangers du monde par un entourage ami du plaisir, par sa 
position, par tous les charmes séduisants de sa personne. Néanmoins, 
prévenue dès sa plus tendre enfance par la grâce de Dieu, elle se 
montra toujours pleine de déférence, de soumission et d'affection 
pour sa mère, ne se départit jamais d'aucun de ses devoirs ni dans sa 
famille ni dans le monde, conquit l'estime de ceux qui ne l'imitaient 
pas par sa scrupuleuse fidélité, sut faire aimer la vertu par la 
manière dont elle la pratiquait, et exerça, par sa douce influence, un 
véritable apostolat au sein de sa famille. La religion lui fournit la 
force pour traverser, loin de son mari émigré, l'époque sanglante de 
la Révolution. Bien des têtes qui lui étaient chères tombèrent à ses 
côtés; elle soutenait tout le monde par son courage; plus d'une fois 
elle tint tète aux bandits ; elle toucha même le cœur du sanguinaire 
Fouquier-Tinville. Son anonyme biographe décrit les scènes les plus 
émouvantes. Toute sa vertu, sa sagesse, son expérience paraissent 
dans les conseils qu'elle donne à sa fille, dans l'éducation de ses 
enfants et petits-enfants qui l'entourent de respect et de vénération 
et portent dignement son nom parmi nous, dans l'administration de 
sa grande fortune, dans ses relations avec toutes les personnes de sa 
maison, dans son intelligente générosité et dans sa charité envers 
tous les pauvres et les populations au milieu desquelles elle vivait. 
Elle fonda, à Montmirail, la Société de Nazareth pour l'éducation des 
jeunes filles. L'histoire de cette œuvre, qui occupe déjà une large 
place dans cette biographie, recevra de plus grands développements 
dans la vie, promise par l'auteur, de la mère BoUat, première su- 
périeure. A côté de tableaux saisissants, des traits piquants, des 
pages d'un intérêt presque historique, sans parler du caractère 
édifiant de ce volume, nous devons signaler ce qu'il fournit de détails 
curieux sur les mœurs de la société française avant la Révolution. 
Nous aurions aimé que l'auteur présentât toujours les acteurs qu'il met 



— <55 — 

en scène, et qu'il donnât plus de dates. Le nom de l'abbé d'Etyola ne 
doit-il pas être corrigé en celui de Thiollaz? R. de Saint-Mauris. 

I^e Village sous l'ancien régime, par Alfred Babeaci. Paris, Didier, 

i878, in-8 de 368 p. — Prix : 6 fr. 
ÏLia Vie de province au dix-huitième siècle. — Les Femmes, les 

Mœurs, les Usages, par Anatole de Gallier. Paris, Rouquette, 1877, 

in-8 de 128 p. —Prix : 4 ir. 

De savantes études ont été publiées dans ces derniers temps sur 
l'histoire des classes agricoles, sur les communes, les communaux, 
les associations et les confréries populaires, le régime scolaire avant 
la Révolution, etc. 

Les recherches ont été très-étendues, les matériaux sont nombreux 
et curieux; mais il ne s'en était pas encore dégagé une œuvre vrai- 
ment vivante, qui rendît tout à fait sensible dans leur ensemble les 
traits essentiels de l'administration des campagnes isous l'ancienne 
monarchie, et qui nous permît de la voir en action, surtout à une 
époque rapprochée de la nôtre. 

Cette oeuvre, M. Babeau vient de nous la donner. Résumant, sur 
les communautés rurales, la substance de ce qu'ont écrit les anciens 
jurisconsultes et de ce que nous apprennent les documents originaux 
recueillis de nos jours par les érudits, il a complété leurs indications 
par deslobservations plus particulières sur les villages de la Champagne 
et de la Bourgogne ; et c'est ainsi qu'il a pu retracer un tableau aussi 
exact que possible, pour les contrées de la France situées au nord et 
au nord-est de la Loire. 

« Mon but, difc-il, n'a pas été de soutenir une thèse; il a été d'expo- 
ser les faits. » La précision des faits ! quoi de plus nécessaire en un 
pareil sujet! Il s'agit de juger, comme elle le mérite, une des parties 
l3S plus importantes et les moins connues de la vieille France. 

Pour cela son organisme est à étudier de près; car, en lui se sont 
concentrés les intérêts communs et la vie publique de millions de 
familles, dont les besoins, les mœurs, la manière d'être, ont été et 
seront toujours très-différentes de ceux des villes. Qu'était autrefois 
un village ? De quels éléments multiples se composait-il ? et comment 
sous l'influence des changements intervenus dans l'état despersonnes, 
des classes, de la propriété, du gouvernement local et du pouvoir 
central, ces éléments d'autonomie étaient-ils arrivés au point où nous 
les trouvons à la veille de la Révolution ? Tels sont l'objet et le 
cadre des études de M. Babeau. 

Le village n'est pas seulement la commune ; c'est aussi la paroisse ; 
c'était plus anciennement la seigneurie. Au-dessus de lui, il y avait 
la province et l'Etat. De là, autant de divisions du livre. 



Nous contemplons d'abord la communauté rurale en elle-même. 
Nous assistons à ses assemblées agricoles qui réalisent l'idéal des 
libertés populaires : tous ses membres y prennent part ; sous la tutelle 
et le contrôle des autorités publiques, ils nomment librement leurs 
syndics, administrent presque souverainement leurs biens, perçoivent 
leurs revenus, votent les dépenses, présentent leurs comptes, répa- 
rent des églises, des ponts et chemins, entretiennent des écoles, etc.. 
Ce qu'il faut pour leurs intérêts temporels, ils le pratiquent avec non 
moins d'indépendance, comme marguilliers, pour leurs intérêts reli- 
gieux. Le château est bien là, avec sa suprématie ; mais cette supré- 
matie, il la perd peuàpeu : ses tours disparaissent, ses fossés se com- 
blent. Le temps n'est plus où le seigneur était, pour la population, un 
protecteur, wn chef, et où sa résidence dans le pays faisait de lui la 
première des autorités sociales. Il ne garde de son ancien pouvoir 
que de stériles honneurs et des droits que l'absence de services ren- 
dus transforme aux yeux de ses anciens subordonnés en autant d'abus. 
Le juge seigneurial le remplace avec ses qualités et aussi, hélas ! avec 
ses défauts ; et lui-même s'efface devait une puissance supérieure qui 
ne cesse de grandir, l'Etat. L'administration centrale enveloppe de 
son réseau la petite communauté rurale ; elle ne la détruit pas ; mais 
elle se sert d'elle, dans un but trop exclusivement fiscal, pour le recou- 
vrement des tailles, pour des corvées royales et le tirage de la 
milice. 

Nous ne pouvons qu'indiquer en quelques lignes le pensée générale 
du livre. Quant aux détails, ils échappent à toute analyse, M. Babeau 
prête un véritable charme aux choses les plus sérieuses; son érudition, 
aussi variée que profonde, met chaque fait à sa place et dans un relief 
saisissant. Grâce à lui, nous connaissons mieux, sur bien des points, 
la vieille France rurale. Nous la voyons grande et prospère, à l'époque 
où la monarchie la prit des mains de la féodalité ; nous la suivons à 
travers les siècles; et elle nous apparaît, soit en progrès, soit para- 
lysée dans son essor, selon les mœurs bonnes ou mauvaises qui pré- 
valent, mais ne désespérant jamais d'elle-même, et, sous l'égide de la 
monarchie, préparant ces fortes et vaillantes races de paysans qui 
donnèrent tant de héros à la Vendée, et parmi lesquelles se recru- 
tèrent les intrépides soldats de l'armée du Rhin et de l'armée d'Italie, 
qui devaient faire la terreur et l'admiration de l'Europe. 

L'auteur montre comment ces paysans avaient appris à devenir des 
citoyens, en administrant leurs affaires locales, comment ils savaient 
s'imposer des sacrifices pour leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs ins- 
titutions les plus utiles. Pourquoi a-t-il négligé de mettre en pleine 
lumière l'institution fondamentale par excellence ? La famille, plus 
encore que la commune, forme l'homme et le citoyen ; et c'est en elle 



qu'il faut chercher la vitalité, le solide point d'appui des libertés 
populaires. La stabilité est surtout nécessaire à l'ordre moral. 

M. Babeau nous permettra d'exprimer le vœu que son beau livre 
sur le village dans l'ancien régime soit complété par un autre sur le 
village actuel, au point de vue des réalités sociales du temps présent. 
Aucune œuvre ne serait plus opportune. Elle seule fournirait l'explica- 
tion d'un fait très-grave : malgré tous les progrès matériels dont jouis- 
sent les campagnes, nos vieilles races de paysans périssent, et il ne s'en 
crée pas de nouvelles; malgré toutes les écoles dont elles sont dotées 
par l'Etat, nos populations agricoles sont de moins en moins aptes à 
gérer directement cù en paix leurs intértês. 

— L'objetpropre de l'étude de M. de Galliersur la.Viede 'province au 
dix-huitième siècle est une intéressante collection de lettres, dont les 
auteurs n'ont pas de place dans l'histoire, mais en avaient une très- 
distinguée, il y a un siècle, dans leur province. Les Aymon, seigneurs 
de Franquières, habitaient sur la rive droite de l'Isère, en face de la 
Combe deLancey, un château d'où ils rayonnaient surtoutleDauphiné 
et au-delà de Lyon. Ils avaient les plus belles alliances ; de père en 
fils, ils étaient conseillers au Parlement de Grenoble. Le dernier 
avait eu la passion des voyages, et ses récits, conservés et copiés 
par sa sœur, ne manquent pas d'esprit. 

On écrivait beaucoup pour l'intimité, et les Franquières en ofifrent 
la preuve. Les femmes surtout savaient tenir la plume avec une 
originalité pleine de charme ; et c'est aussi sur elles que les documents 
cité par M. Anatole de Gallier fournissent les renseignements les plus 
particuliers. On les voit, à des âges bien différents, exprimer leur ma- 
nière de sentir, on assiste à leur conversation. A la différence de ce 
qui se passait à Paris, on les trouve encore en province inspirant le 
respect par leur religion et leur piété. Un fait frappe au plus haut 
point notre observateur dans cette époque singulière : c'est le con- 
traste qu'offrent les mœurs patriarcales, gardées par beaucoup de 
familles, fidèles au sol natal, avec la corruption raffinée dont font éta- 
lage la plupart de celles qui ont émigré de la province. 

Nous ne saurions relater ici toutes les curiosités que M. de Gallier 
nous décrit avec une érudition consommée, et aussi avec les agré- 
ments du style le plus délicat. Il y en a sur tous les sujets : d'abord 
sur les mœurs privées, ensuite sur le monde proprement dit, sur la 
poésie, la musique, les salons, les bals, les spectacles, sur les rapports 
de plus en plus difficiles des classes entre elles, sur l'esprit frondeur 
qui se répandait partout. 

M. de Gallier est de l'école qui cherche le vrai dans l'histoire et 
qui fait servir le passé à l'instruction du présent. Il ne dissimule en 
rien les côtés défectueux de la vie de province du dix-huitième siècle ; 



— 1d8 — 

mais il met en évidence aussi ce qu'elle avait d'excellent, là où subsis 
talent les principes chrétiens et les traditions du foyer. 

Charles de Ribbe. 



t,e Fonds des reptiles^ Le Journalisme allemand et la formation de 
V opinion publique, par H. Wuttke. Trad. de l'allemand par B. Pommerol. 
Paris, Dreyfous, 1877, gr. in-18 de xxvi-293 p. — Prix : 3 fr. 

L'ouvrage du professeur "Wuttke n'est pas entièrement inconnu du 
public français, La Revue des Deux Mondes en avait déjà parlé dans 
son numéro du l*''' mai 1875; mais, par l'importance même de cet écrit, 
une traduction française était de la plus grande utilité. Pendant 
longtemps la presse allemande a gardé le silence sur cet ouvrage, 
précisément parce qu'il renfermait la condamnation morale d'un 
grand nombre de journalistes; et ce silence même était une preuve 
de la véracité des faits que l'auteur a avancés. Son li^Te est le résul- 
tat d'observations et de lectures nombreuses. On ne se fait pas d'idée 
de ce qu'il a fallu de temps et de ténacité pour réunir les matériaux 
nécessaires à une pareille étude. Le nombre des révélations contenues 
dans cet écrit est vraiment prodigieux; et l'on peut dire qu'après 
avoir achevé la lecture de la dernière page, il n'y a presque aucun 
journal quelque peu important de l'Allemagne, de l'Autriche^ et même 
d'autres pays qu'on ne puisse estimer à sa juste valeur. Or, il n'y a 
pas moins de 5,000 journaux imprimés en langue allemande dans le 
monde entier. L'auteur a examiné son sujet sous toutes ses faces. Il 
nous montre d'abord comment la réclame naquit en France vers 1821, 
et comment elle fut exploitée surtout par M. Em. de G-irardin. Il nous 
fait assister ensuite au développement rapide qu'elle prit au-delà du 
Rhin. Et, ici, il ne s'agit pas de l'annonce : le lecteur sait alors à quoi 
s'en tenir, mais de la réclame proprement dite, faisant de la propa- 
gande pour telle institution commerciale ou financière, louant ou déni- 
grant le talent de tel acteur ou de telle actrice; faisant en d'autres 
termes mousser une affaire d'après la somme plus ou moins grande 
qui a été versée. L'auteur entre à ce sujet dans des détails qui nous 
font estimer à bien peu de chose la moralité du plus grand nombre 
des journalistes. L'intérêt principal de l'ouvrage consiste dans les 
révélations ayant trait à la propagande politique. Le bureau central 
de la presse fut fondé en 1851, par Manteuffel, et son premier chef 
fut R. Quehl. Ce service se trouve actuellement confié à M. ^gidi. 
Depuis 1851, l'institution n'a fait que prospérer, et le budget en est 
monté de 31,000 à 70,000 thalers, sans compter les sommes immenses 
provenant de la spoliation des biens particuliers du roi de Hanovre 
et de l'électeur de Hesse . Ce bureau envoie des renseignements poli- 



— 1K9 — 

tiques à un grand nombre de journaux allemands et étrangers — 
M. Wutske assure que des reptiles se sont nichés dans ï Indépendance 
belge (p. 218), — paye largement ceux qui veulent bien les insérer 
dans leurs journaux, et persécute les journalistes assez honnêtes pour 
s'y refuser. C'est de cette manière que s'est opéré la prussification de 
l'Allemagne et que l'on a formé l'opinion publique. En d'autres termes 
c'est enchaîner le plus grande partie de la presse à l'opinion d'un seul 
homme, qui n'est autre que le prince de Bismarck; c'est former l'opi- 
nion publique en corrompant les journalistes avec l'argent des contri- 
buables. Ces moyens inavouables favorisèrent notablement les succès 
de la politique prussienne; et, grâce aux renseignements fournis par 
M. Wuttke, les événements de 1866 et de 1870 se présentent à nous 
sous un jour tout nouveau. Aussi les historiens futurs auront-ils à 
tenir grandement compte de ce livre, pour s'éclairer sur la validité 
des sources historiques dont ils auront à se servir. L'intégrité du 
caractère de l'auteur est une garantie de sa véracité, qui ressort du 
reste d'une manière évidente de chacune de ses pages. Rarement j'ai 
lu un livre qui portât ce cachet de véracité au même point. — L'auteur 
se déclare lui-même démocrate et du parti de la grande Allemagne. 
Ses opinions personnelles se font assez souvent jour pour que le 
lecteur sache à quoi s'en tenir sur ce point; mais ses appréciations 
n'entachent en rien la réalité des faits qu'il avance. Maintes fois, ses 
appréciations sont des plusacerbes pour ne pas dire des plusjustes.il 
est permis, quoi qu'en dise M. Wuttke, de voir en M. Ebers autre chose 
qu'un jeune et insignifiant professeur (p. 61); et de ne pas admettre 
avec lui que M. Mommsen ait pris dans son Histoire romaine le contre- 
pied de la vérité (p. 68). Ses appréciations des écrits de Sybel et de 
Droysen sont aussi exagérées. A maintes reprises, il n'a pour les catho- 
liques que des paroles dédaigneuses; mais jamais on ne trouve la 
trace du moindre mensonge, et bien souvent il sait rendre justice à 
ses adversaires politiques ou religieux. C'est ainsi qu'en parlant de 
la presse catholique, il dit sans détours (p. 201) : « La presse catholique 
ou ultramontaine est forte, parce qu'elle est convaincue, fermée à 
toutes les influences, excepté à celle de l'Eglise. On ne peut l'accuser 
d'inconstance ; elle est aujourd'hui ce qu'elle était à l'origine. » Aussi 
est-il forcé de constater (p. 203), que la Gcrmania est le seul journal 
qui ait parlé de son ouvrage. Ceci se comprend : elle était du nombre 
des rares journaux que l'or des corrupteurs ne pouvait séduire. 
D'autres passages sont non moins favorables au parti catholique 
(p. 227). 

11 serait utile de faire, pour d'autres pays, ce que Wuttke a si 
consciencieusement fait pour l'Allemagne ; de rechercher non-seule- 
ment comment certains gouvernement tâchent de façonner l'opinion 



— ICO 

publique selon leurs vues; mais d'examiner aussi ce que font certains 
partis politiques et religieux. Le rôle que jouent les loges n'est pas 
des moins influents. A certaines époques, les mêmes questions sont 
traitées dans la presse libérale avec une telle unanimité, que l'existence 
d'un mot d'ordre est indéniable. Si Ton faisait sérieusement cette 
étude on serait bien vite convaincu que la majorité de la mauvaise 
presse n'est pas moins désintéressée et pas moins vénale qu'en Autriche 
et en Allemagne, et qu'à la presse catholique on pourrait adresser 
l'éloge que M. Wuttke, un adversaire, a donné aux publicistes catho- 
liques de sa patrie. Ad. de Ceuleneer. 



IjCS Ex-"Voto du temple de Xanît à Carthage. Lelire à M. Fr. 
Lenormant, sur les représentations figurées des stèles puniques de la Biblio- 
thèque nationale, par M. Phiuppe Berger. Paris, Maisonneuve, 1877, petit 
in-fol. de 31 p. — Prix : 3 fr. 

L'ouvrage dont nous venons de transcrire le titre nous est parvenu 
la veille du jour de l'an^ comme un livre d'étrennes, enrichi d'illustra- 
tions, de nombreuses gravures explicatives venant illuminer un texte 
qui, — sans elles, — serait peut-être une lecture ardue pour les pro- 
fanes. On sait, en effet, que la Bibliothèque a recueilli, pour le dépar- 
tement des médailles et antiques, la collection d'inscriptions cartha- 
ginoises formée en Tunisie par M. de Sainte-Marie, sous les auspices 
du Ministère de l'Instruction publique, comme M. Léop. Delisle l'a 
récemment rappelé dans son rapport général sur la gestion de la Bi- 
bliothèque nationale : a L''explosion du Magenta, à bord duquel les 
pierres de M. de Sainte-Marie avaient été chargées, avait inspiré les 
craintes les plus sérieuses sur le sort de ces petits monuments. Les 
pierres elles-mêmes ne sont pas perdues pour la science ; grâce aux 
mesures prises par l'amiral Roze, la plupart ont été retrouvées au 
fond de la mer et ont pu être envoyées à la Bibliothèque, où M. Phi- 
lippe Berger les a reconnues et soumises à un classement qui, pour 
n'être pas encore complet et définitif, n'en permet pas moins d'appré- 
cier l'intérêt des découvertes de M. de Sainte-Marie. Le rapport de 
M. Berger, dans les Archives des missions scientifiques et littéraires, a 
très -clairement déterminé la place que les pierres de Carthage doivent 
occuper dans l'épigraphie sémitique et la nature des renseignements 
qu'elles fourniront à l'histoire et à la philologie. » 

C'est la première partie de ce rapport que l'auteur a reprise en 
sous-œuvre, en lui consacrant de plus amples développements au point 
de vue spécial de l'archéologie et de la mythologie. Il démontre 
d'abord que les inscriptions sont antérieures à la prise de Carthage 
par les Romains, en 146, il les compare ensuite avec les monnaies pu- 
niques, examine les symboles figurés sur ces petits monuments, enfin la 



— 161 — 

langue et la forma des caractères qui y sont tracés. Puis il met de 
côté les textes eux-mêmes, très-monotones du reste, qui appartiennent 
au Corpus inscriptionum semiticarum que publiera l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, et il va étudier isolément chacun des 
objets figurés sur les stèles. La dernière série des représentations 
étudiées est la plus intéressante à notre avis, parce qu'en faisant 
connaître le commerce et l'industrie des Carthaginois, elle nous ini- 
tie, jusqu'à un certain point, aux arts de ce peuple (p. 23) qui, 
jusque-là (p. 7), était réputé n'en point avoir. C'est un élément des 
plus importants dans l'histoire de la civilisation, et le plus approprié 
à nous servir de guide dans l'appréciation du rôle de telle ou telle 
nationalité, suivant la marche de l'humanité. A quoi bon, — sans 
cette considération, — nous attarder sur l'examen de telle forme de 
préférence à telle autre ? Combien l'archéologue est consciencieux de 
nous dire, par exemple, de l'une des stèles, que, « des côtés de l'un 
des piliers, on aperçoit de petites figurines qui peuvent être des 
singes, ou des génies, ou peut-être autre chose encore ! » Que d'ob- 
servations minutieuses! quel souci des détails ! L'objet principal de 
cette thèse est d'indiquer ce qu'était Tanit et son culte. Cette déesse 
était l'Astarté de Carthage ; elle était aussi leur Yirgo cœlestis, devant 
réunir les attributs de Diane et de Vénus. C'est l'une des nombreuses 
formes de la grande déesse syrienne, qui avait pour attributs, comme 
sa congénère grecque, le disque et le croissant. Le terme même de 
Tanis provient du grec Anaïtis, et ce premier élément d'analogie 
mène à d'autres rapprochements. — Quoi qu'il en soit, on peut dire 
avec l'auteur : ces représentations nous auront mieux fait connaître 
le génie singulier de ce peuple commerçant, même en religion, qui a 
été le maître du monde occidental jusqu'à l'arrivée des Romains. 

M'" Schwab. 



Tablettes îîttéraires des bîhlîoplilles de GuyeiBsio. Tome IL 
Inventaire de la colleclion des ouvrages et documents sur Michel de Montaigne 
et lettres inédites de Françoise de Lachassagne. Bordeaux, imp.Gurgy, 1877, 
in-8de iv-i70 p. 

Ce volume, tiré à petit nombre, ne saurait laisser indifi'érents ni les 
bibliophiles, ni les admirateurs de l'immortel auteur des Essais ; 
quelques mots d'explication à son égard sont nécessaires. Les amis 
des études littéraires n'ignorent pas qu'un médecin distingué de la 
faculté de Paris^ le D' J.-F. Payen (né en 1801, mort en 1870) avait, 
dès sa jeunesse, voué à Montaigne un véritable culte ; il fit de lui, 
durant plus de quarante années, l'objet des études les plus persévé- 
rantes, les plus infatigables; il n'épargna ni peines, ni temps, ni sacri- 
fices pour réunir tout ce qui, de près ou de loin, se rapportait a la 
Février 1878. T, XXli, II. 



- JC2 ■- 

personne, aux ouvrages, à la famille de l'illustre philosophe. Mécon- 
tent, avec raison, de toutes les éditions jusqu'alors mises au jour, il 
avait conçu le projet d'en donner une nouvelle, vraiment complète, 
sévèrement critique, et, dans ce but, il avait réuni une foule de maté- 
riaux précieux, mais la mort est impitoyable ; le D^ Payen n'eut pas 
même le temps d'entreprendre la construction du monument qu'il 
voulait élever à la gloire de son auteur favori; il ne publia, dans le 
cours d'une vingtaine d'années que quelques opuscules, qu'il distribuait 
à des amis, fragments d'ailleurs du plus vif intérêt pour quiconque 
s'occupe de Montaigne. 

Il eût été déplorable que la collection spécialement montaignesque ^ 
formée avec tant de soin et de zèle par le docteur, eût été dispersée 
après sa mort ; c'est ce que comprit très-bien l'administration de la 
Bibliothèque nationale ; les livres et les papiers laissés par le plus 
ardent des admirateurs de Montaigne furent achetés, et ils forment, 
dans les vastes sali es de l'édifice de la rue de Richelieu, un fond particu- 
lier. 

C'était quelque chose; ce n'était pas tout ; une collection destinée 
au public ne saurait se passer d'un bon catalogue; un intelligent em- 
ployé de la Bibliothèque, M. Gabriel Richard, ai-édigé cet inventaire; 
un Bordelais, auquel les études historiques doivent beaucoup, et qui, 
depuis longtemps, s'est fait connaître par d'estimables travaux, 
M. Jules Delpit, a livré ce catalogue à l'impression; il y a joint un 
supplément intéressant. 

Une découverte récente a fait trouver, dans un vieux sac de toile 
noir de poussière et conservé aux archives du département de la 
Gironde, vingt-trois lettres d'une correspondance entretenue par la 
veuve de Montaigne, Françoise de Lachassagne, et par sa petite-fille, 
Marie de Gamache, avec le Père Marc- Antoine de Saint-Bernard, 
leur cousin, alors un des dignitaires du couvent des Feuillants de 
Bordeaux; ce sont ces lettres dont l'existence était complètement 
ignorée que M. Delpit a publiées, et, ainsi qu'il le dit fort bien : 
« Tous les lecteurs dont les Essais ont fait des amis de Montaigne, tous 
les penseurs qui cherchent à pénétrer dans les replis du cœur des 
grands écrivains, aimeront à connaître dans son intimité la femme 
privilégiée dont la vie a été longtemps associée à celle de Montai- 
gne. Quelques passages de cette correspondance semblent encore 
imprégnés du style et des pensées de l'écrivain que tant de généra- 
tions n'ont cessé d'admirer. » 

Disons maintenant quelques mots du catalogue dont nous signalons 
la publication; il est partagé en dix sections. La première comprend 
les éditions des ouvrages de Montaigne ; nous croyons qu'elles y sont 
toutes ; M. Payen avait deux exemplaires de l'édition originale des 



— 163 — 

deux premiers livres (Bourdoaus, 1580), devenue si rare et si chère (elle 
a été adjugée, dans ces dernières années, 1420, 1650 et 2020 francs, 
aux ventes Benzon, Potier et Radziwil) ; il possédait trois exemplaires 
de la seconde édition (1582), tout aussi difficile à rencontrer que la pre- 
mière; parmi les éditions modernes, il en avait recueilli quelques-unes 
que recommandaient des annotations autographes de divers écrivains, 
tels que Jamet, de Pougens, Naigeon, François de Neufchâteau. 

Donnons une attention spéciale aux livres qu'a possédés Mon- 
taigne. Le philosophe traçait parfois sa signature sur les livres qui 
lui appartenaient, et cette circonstance ajoute un prix exception- 
nel aux volumes de ce genre ; ils sont fort rares ; toutefois, à force de 
vigilance et de recherches, le docteur était parvenu à rassembler 
vingt et un volumes avec signatures authentiques (nous laissons de 
côté une signature douteuse et trois décidément apocryphes : l'audace 
des faussaires s'exerce sur toutes choses); il avait fallu parfois payer 
cher quelques-uns de ces vieux livres ; M. Payen ne se consola jamais 
de n'être pas resté possesseur d'un exemplaire de l'édition des 
Commentaires de César imprimée àAnvers, par Chr. Plantin, en 1570 ; 
Montaigne, indépendamment de sa signature et de nombreuses notes 
autographes, avait écrit un jugement fort remarquable sur César et 
Pompée, remplissant deux pages à la fin du livre; cet exemplaire 
avait été trouvé sur un quai de Paris, confondu avec un tas de bou- 
quins sans valeur ; il n'échappa point à la perspicacité d'un bibliophile 
fervent, M. Parison, qui le paya un franc; en 1856, il passa en vente 
publique après la mort de son propriétaire, et il fut adjugé à Ms'' le 
duc d'Aumale, à 1,450 francs, plus 5 0/0 de frais. M. Payen eut du moins 
la satisfaction de pouvoir publier, dans un de ses recueils de Docu- 
ments sur Montaiijne^ cette appréciation qui a provoqué, de la part de 
M. Cuvillier-Fleury, deux articles insérés dans le Journal des Débats 
(16 et 23 mars 1856) et reproduits dans le Bulletin du bibliophile. La 
section, consacrée aux ouvrages des parents, amis et contemporains 
de Montaigne, renferme bien des volumes difficiles à rencontrer; nous 
y distinguons les anciennes éditions, devenues fort rares, du Proume^ 
noir de M^'' de Gournay, la fille d'alliance du moraliste périgourdin; 
notons aussi une réunion, à coup sûr unique dans une bibliothèque 
particulière, des éditions latines, des traductions en diverses langues 
de cette Theologia naturalis de Raymond Sabon, à laquelle Montaigne 
rendit hommage en la faisant passer dans notre langue ; il lui a consa- 
cré un des plus remarquables chapitres des Essais. Six éditions succes- 
sives de cette traduction,misesau jourdel569àl641, attestent l'accueil 
que lui firent les lecteurs sérieux. M. Payen possédait deux exemplaires 
de l'édition originale; l'un d'e,ux lui était bien cher, car il portait la 
signature de l'illustre interprète des pensées du théologien espagnol. 



— 164 — 

Une dos sections les plus étendues est celle qui énumèro, dans 
l'ordre alphabétique, les ouvrages se rapportant spécialement ou inci- 
demment à Montaigne, à ses écrits, à ses parents, et à ses amis. Tous 
les tcstimonla relatifs àTobjetde ses préoccupations constantes étaient 
réunis avec soin par le docteur ; il coupait et il classait les articles 
de journaux qui se rapportaient à Tobjet qu'il ne perdait jamais de vue. 

Il est regrettable que les limites imposées au rédacteur du Catalogue 
ne lui aient pas permis d'indiquer en quelendroitil est fait mention de 
Montaigne dans les nombreux ouvrages qu'il énumère ; certains d'entre 
eux étonnent ici par leur présence, notamment V Essai deM.H. Lot : Sur 
l'authciiticitè et le caraclcre des 0/<'»i (1863), et, parmi les ouvrages ano- 
nymes, une notice Sur les vins de Bordeaux {18(51 , in-12), rédigée àl'oc- 
casion de l'Exposition universelle et dans laquelle, nous le croyons du 
moins, il ne se trouve absolument rien concernant Montaigne. 

En fait d'autographes, le docteur possédait une lettre écrite de la 
main de Montaigne et signée (Orléans, février 1588), lettre qui fut 
acquise par un bibliophile et dramaturge bien connu, Guibert de 
Pixérécourt, et dont l'authenticité fut contestée, parce qu'elle conte- 
nait le mot passeport. 

Une quittance, signée Etienne de La Boétie, offre aussi de l'intérêt. 
M. Payen s'était plu à fortifier cette partie de sa collection en réunis- 
sant un grand nombre de quittances, chartes, lettres autographes ou 
signées de personnages célèbres contemporains de Montaigne, tels que 
le duc d'AIbe, le poëte Baïf, saint Charles Borromée, Charles IX, 
Henri III, Henri IV, Philippe II, Charles-Quint, Diane de Poitiers, 
Coligny, Sully et bien d'autres; on rencontre là une lettre du Tasse 
adressée au duc d'Urbin ; mais il est sage de faire des réserves à 
regard de l'authenticité de cette pièce. 

La section consacrée aux traductions en indique deux en allemand 
et une en hollandais; les Essays^ que divers écrivains ont fait passer 
dans la langue anglaise, ont été treize fois imprimés à Londres ; nous 
trouvons en italien, indépendamment d'une version complète (Venise, 
1633), un choix des Discorsi morali, politici et, militari del molto illustre 
sign. Michicl di Montagna, publié à Ferrare en 1590, peu de temps après 
la mort du philosophe. 

La sec lion qui fait connaître les ouvrages imprimés ou manuscrits 
du docteur Payen au sujet de Montaigne, est digne d'attention, au 
point de vue de l'abondance des matériaux dont elle signale la 
réunion. N'oublions pas un portefeuille contenant 300 portraits environ 
gravés ou lithographies de Montaigne, et une cinquantaine d'estampes 
se rattachant à des événements de sa vie. 

L'exécution tj'pographique du volume que nous indiquons est digne 
de tous éloges; la correction est très-soignée; nous n'avons observé 



— 16o — 

qu'un seul point à relever : M. de 8acy, le sénateur, le membre de 
l'Académie française, Tauteur des Variétés littéraires, morales et 
historiques, est appelé Sylvestre de Sacy, page 135 ; il aurait fallu mettre 
Silvestre. — N'j a-t-il pas également une erreur dans le nom de 
Clrrgyman donné, p. 95, comme celui del'auteur d'un ouvrage intitulé: 
Laconics, 'pnhlié en 1826? u Clergymann veut dire: a un membre du 
clergé, » et, si nous ne nous trompons, l'auteur des Laconics était en 
effet un révérend du nom de Cotton. — N'omettons pas de mentionner 
deux tables fort étendues et très-utiles au point de vue des recher- 
ches : l'une des faits énoncés chronologiquement, l'autre desmatiéres 
par ordre alphabétique. On le voit, rien ne manque à ce volume des 
Tablettes des bibliophiles de Guyenne pour lui assurer l'accueil qu'il 
ne saurait manquer de rencontrer. G. Brunet. 



Eiettres tî'un l>îbîîo^raplie, suivies d'un essai sur l'origine de l'impri- 
merie de Paris (cinquième série, ornée d'un atlas), par J.-P.-A. Madden, 
agrégé de lUniversité de France, ex-vice-président de la Société des 
sciences naturelles de Seine-et-Oise. Paris, É. Leroux, 1878, gr, in-8 de 
xi-284p. —Prix : 1j fr. 

M. Madden a bien voulu rappeler {Avant-propos, p. vi), l'article 
qui a été consacré ici (marsl87G, pages 249-250), à la quatrième série 
de ses Lettres, et, après avoir reproduit nos paroles: «Nous appelons de 
tous nos vœux la continuation des Lettres d'unbihliographe, »ii dit de son 
critique, avec beaucoup de bonne grâce : « Puisse-t-il, en recevant 
notre cinquième série, s'applaudir de les avoir prononcées ! » Oui, 
certes, je m'en applaudis, et tous ceux qui liront le beau volume qu'ac- 
compagne un remarquable atlas, composé de sept planches et de trois 
tableaux, joindront leurs applaudissements aux miens. Déjà, du reste, 
cette cinquième série, qui a paru dans un recueil périodique spécial 
des plus estimés, la Typologie-Tuchcr, a été non moins goûtée à l'é- 
tranger que les séries précédentes, lesquelles ont obtenu, à Londres, à 
New York, à Vienne, les suffrages des juges les plus compétents, tels 
que MM. Wyman, Th. de Yinne, Joseph Heim. De tels suffrages sont 
bien faits pour venger M. Madden des attaques de certains journalistes 
qui ont parlé de ses méritoires travaux avec une révoltante injustice, 
attaques auxquelles il répond, d'ailleurs, de la façon la plus piquante, 
soit dans YAvant-propos (p. vi-viii), soit dans une des notes addition- 
nelles dont il a enrichi son recueil (p. 272-273). 

Les deux parties dont se compose le présent volume présentent un 
égal intérêt. Dans les vingt lettres de la première partie, abondent les 
renseignements les plus curieux et les plus variés, tous puisés aux 
meilleures sources. Citations tirées de livres rares, surtout d'incu- 



— 166 — 

nables, traductions de documents peu connus (notamment de trois 
lettres latines de Robert Gaguin, dont une sur la chute du pont Notre- 
Dame en 1499), rectifications d'erreurs de tout genre, rendent aussi 
agréable que fructueuse la lecture de toutes ces lettres écrites avec 
une verve singulière. M. Madden résout presque à chaque page quelque 
problème bibliographique. Signalons rapidement, parmi les questions 
si bien traitées par le sagace critique, les questions relatives à Vanag- 
nosle (personnage qui dictait aux compositeurs et dont on avait 
contesté l'existence), au Compendium de Francorum gestis, à l'atelier 
souterrain de Gutenberg à Mayence, aux Tables de logarithmes, à 
l'établissement de l'imprimerie dans la province de Languedoc, à la 
maison de Plantin à Anvers, à William Caxton, au dictionnaire latin- 
français du seizième siècle de Guillaume Lemoine de Villedieu, aune 
plaquette latine imprimée par Jacques Kerver, en 1563, au centenaire 
de J.-J. -Rousseau et de Voltaire, à la plus ancienne imprimerie de 
Versailles, à Tétymologie du mot tramway, etc. 

VEssai sur l'origine de Vimprimerie à Paris complète tous les travaux 
antérieurs que M. Madden commence par passer en revue et qu'il 
analyse et apprécie avec une parfaite justesse. Après avoir exposé, 
discuté, corrigé les indications données par Gabriel Naudé, par 
André Chevillier, par William Parr Greswell, par A. Taillandier, par 
Aug. Bernard, par Amb. Firmin-Didot, M. Madden raconte, avec des 
détails nombreux, précis et parfois nouveaux, l'histoire de l'établisse- 
ment de la typographie parisienne. Quelques-uns trouveront peut-être 
que le savant bibliographe, dans le chapitre intitulé : Paris cité favorite 
de la Providence, remonte un peu trop haut, car, à la suite des géo- 
logues Élie de Beaumont et Dufrénoy, il remonte... au-delà même du 
déluge. Mais l'originalité des idées exprimées en ce.? pages ne doit pas 
empêcher de reconnaître tout ce qu'il y a d'important et de solidement 
établi dans tout le reste de l'ouvrage. Il est impossible de ne pas 
donner raison à l'auteur sur à peu près tous les points, et pourtant 
Dieu sait combien d'érudits il combat, parmi lesquels je nommerai 
M. Jules Quicherat, l'académicien Bonamy, l'ingénieur Jollois, l'ar- 
chéologue Dusommerard, le vieux du Boulay (imprudemment suivi par 
M. Alfred Franklin), H. Géraud, M. H. Legrand, La Serna Santander, 
Crapelet, Lacaille,Beuchot, Panzer, P. Dupont, Hain, etc. Nulle part 
encore on n'avait aussi exactement écrit l'histoire de la vie et des 
travaux des cinq personnages qui furent les fondateurs de l'imprimerie 
de la Sorbonne, Jean Heynlin, Guillaume Fichet, Martin Krantz, 
Michel Friburger et Ulric Gering. Sur ce dernier tout particulière- 
ment, et dont le rôle fut prépondérant, fut un rôle d'initiateur, 
M. Madden a réuni, au prix des plus pénibles recherches, poursuivies 
jusqu'à Lucerne, des renseignements de la plus haute valeur. 



— 167 — 

M. Madden nous annonce que la sixième série de ses Lrttres paraîtra 
l'automne prochain. Quoi qu'il fasse, il lui sera difficile de rendre le 
futur volume plus instructif que celui-ci. T. de L. 



Inventaire alphabétique des livres imprimés sur vélin de 
la Bibliothèque nationale. Complément du catalogue publié par 
Van Praet. Paris, Champion, 1877, in-8, de 174 p. — Prix : 6 fr. 

Nulle bibliothèque publique (nous le croyons du moins) n'est aussi 
riche en fait d'impressions sur vélin que la Bibliothèque nationale (jadis 
royale ou impériale). Elle ne compte pas moins de 2528 volumes ou 
plaquettes. Son savant et infatigable conservateur, Yan Praet, né à 
Bruges le 27 juillet 1754, mort à Paris le 5 février 1837, avait pour 
les vélins un culte véritable; il ne laissa jamais échapper l'occasion 
d'en acquérir; il consacra beaucoup de temps, beaucoup de soins à 
en dresser un inventaire raisonné, qu'il remania à diverses reprises; 
il en fit d'abord imprimer un Essai en 1805, in-fol.; il le supprima, et il 
le remplaça par un catalogue des livres avec date depuis 1457 jus- 
qu'à 1472, qu'il livra à l'impression en 1813, mais qu'il ne tarda pas à 
abandonner, et dont les exemplaires furent détruits, à l'exception de 
neuf, dont deux sur vélin (voir le Manuel du Libraire, 5^ édit. t., V, 
col. 1078). Enfin, reprenant son œuvre, et dressant une liste complète, 
il fit paraître, de 1822 à 1828 (G tomes en 5vol. in-8), le catalogue de 
tous les vélins conservés rue de Richelieu. 

Les descriptions sont très-minutieuses, les renseignements bibliogra- 
phiques abondent; mais, en raison même de son étendue, cet ouvrage 
(tiré seulement à 250 exempl.) est d'un usage fort incommode; les 
livres sont divisés en plusieurs classes; divers suppléments, répartis 
dans les tomes V et VI, rendent les recherches compliquées; on y 
trouve des ouvrages qui, amenés à Paris par la conquête, ont été res- 
titués en 1815; quelques inexactitudes se font observer cà et là, et, 
depuis 1828, des entrées nouvelles (d'une importance médiocre, il est 
vrai,) ont eu lieu. 

Il était donc nécessaire de mettre au jour un catalogue sommaire, 
donnant d'un coup d'œil une idée juste de ce que possède la Biblio- 
thèque, une énumération alphabétique réduite à sa plus simple expres- 
sion. C'est ce qui a été tenté, et YInventaire que nous annonçons nous 
semble atteindre fort bien le but proposé. L'Avertissement prélimi- 
naire fournit^ au sujet de la méthode qui a été adoptée, les informa- 
tions les plus satisfaisantes. 

Un comprend sans peine qu'il ne saurait être question d'ofî'rir une 
analyse d'un écrit qui n'est qu'une simple énumération de titres, mais 
cet Inventaire nous autorise à dire quelques mots au sujet des impres- 
sions sur vélin. 



— 168 — 

Non content d'avoir dressé le catalogue des livres de ce genre 
conservés à la bibliothèque nationale, Van Praet entreprit de rédiger 
la liste de tous ceux dont il connaissait l'existence dans d'autres 
bibliothèques publiques, et de ceux qui avaient passé en vente publi- 
que, à l'occasion de la dispersion de diverses collections particulières. 
Le travail auquel il se livra à cet égard, ne remplit pas moins de 
quatre volumes, publiés de 1824 à 1828; ils offrent de très-utiles ren- 
seignements, mais ils sont nécessairement bien incomplets, car, depuis 
un demi-siècle, que de faits nouveaux se sont produits! 

Van Praet n'a connu qu'une faible portion des vélins déposés au 
British Muséum; la très-précieuse collection en ce genre, formée par 
Sir Thomas Grenville et léguée au Muséum, lui a été inconnue; son 
catalogue n'a été publié qu'en 1842, dans la Blbliotecha Grenvillianay 
tome I", p. xxxii. 

La bibliothèque de la Haye, fort riche en livres anciens, poss-ède 
des imprimés sur vélin, notamment des fragments de cette grammaire 
latine, à l'usage des écoliers, connue sous le nom de Donatus. Malheu- 
reusement, ces vélins ne sont pas l'objet d'une énumération spéciale 
dans le très-estimable volume publié par M. J.-C. Holtrop : Catalogus 
librorum sœculo XV, impressorum quotqiwt in Bibliotheca regia Hagana 
asservantur. Hagfe Comitum, M. Nijhoff, 1856, in-8, de xxix et 591 p. 

Il faudrait dépouiller patiemment les catalogues imprimés (lorsqu'il 
en existe) des grands dépôts français et étrangers ; ce serait un rude 
labeur, digne de tenter quelque bibliographe laborieux; nous ne l'abor- 
derons point; mais, sans sortir de notre sujet, nous signalerons ce 
que trois ventes importantes, opérées à Paris, ont offert à cet égard. 

A. -A. Renouard, éditeur actif, bibliographe éminent (ses Annales des 
Aide, dont il existe trois éditions, et celles des Estienne sont d'excel- 
lents travaux en leur genre), était également un bibliophile des plus 
fervents; il avait formé une bibliothèque fort précieuse, dont il publia 
le catalogue en 1819 (4 vol. in-8), accompagné de notes intéressantes; 
après sa mort, survenue en 1852 (il était né en 1765), la collection 
encore fort importante de livres qu'il laissait fut livrée aux enchères ; 
la vente eut lieu en novembre 1854; le catalogue, rédigé avec beau- 
coup de soin par M. Potier, comprend 3,700 numéros ; on n'y compte 
pas moins de 224 ouvrages imprimés sur vélin ; on distingue, dans 
cette réunion, les Gregorii noni Decretales, Mo guniiss, 1473; les Oratio- 
nes de Cicéron, Venetiis, Valdapfer, 1471 (adjugé à 9,200 fr.). Parmi 
les impressions modernes, on vemarqueles Analccta grxca, le Sophocle, 
le Virgile et le Térence, édités par Brunck; le somptueux Virgile de 
Didot, 1791, in-fol.; celui publié à Parme par Bodoni, 1793, 2 vol. in- 
fol., et quelques autres volumes mis au jour par cet illustre typo- 
graphe; la Religion vengée, parle cardinal de Bernis,1795, in-fol.; 



— ICO - 

VAminta, 1793, in-4; le Pastorfido, 1793, in-fol.; les Seasons. de Thomp- 
son, 1794, in-foL, etc. Citons aussi, mais seulement à cause du nombre 
des volumes, la collection des Décrets sanctionnés parle Roi, 1790-91, 
î8 vol. in-4. Renouard avait fait tirer des exemplaires sur vélin de 
nombreux auteurs dont il avait édité les écrits (Hamilton, Gessner, 
Legouvé,Demoustier,etc.] ; ces jolies impressions, fort soignées, furent 
de la part des amateurs, l'objet d'une lutte animée; les OEuvres de 
Gessner, par exemple, 1810, 3 vol. , atteignirent le prix de 905 francs. 

La vente de la riche bibliothèque de M. le baron J. P*** (Jérôme 
Pichon), en avril 1869, a offert quelques beaux livres sur vélin : le 
Dialogue Monsieur Salnct-Grêgoire, Paris, Yérard, . 1509 (adjugé à 
1,700 fr.); les Ruses et cautèles de guerre, Paris, 1514 (1,600 fr., non 
indiqué par Van Praet}; la Vénerie de Jacques du Fouilloux (3,000 fr., 
seul exemplaire connu, il n'en est pas fait mention au Manuel du 
Libraire); le Roman de la Rose, 1813, 4 vol. in-8, (2,600 fr.); la i\^/'rfes 
folles, Paris, 1520, in-4 (6,050 fr.); les OEuvres 'poéticiucs de Flaminio 
de Birague_, 1585, in-12(seul exempl. sur vélin, 3,300 fr.), etc. 

Un agent de change parisien, M. Armand Cigongne, avait su, 
chose des plus rares, conserver un amour passionné pour les livres 
rares et anciens, au milieu du feu des opérations sur les primes et sur 
les reports, à travers les négociations au comptant et fin courant. 

Après sa mort, survenue le 20 mai 1859, sa riche bibliothèque devait 
être vendue aux enchères; elle fut achetée en bloc pour la somme de 
300,000 francs, dit-on ; l'acquéreur fut M^"" le duc d'Aumale, déjà 
possesseur de tant de trésors. Un catalogue, rédigé avec le plus grand 
soin, a été publié en 1861 (Paris, Potier, gr.in-8 dexLii-553 p.); on y 
compte soixante-un ouvrages imprimés sur vélin, presque tous d'im- 
pression moderne. Nous mentionnerons le Virgile de Bodoni, 1793, 
2 vol. in-fol.; les Paraboles de maistre Alain, Paris, Verard, in-fol.; 
le Passe-Temps de tout homme. Paris, Verard (1505) in-4; la Chasse et 
le départ d'amour, par Octavien de Saint-Gelais, 1509, in-foL; les 
Folles entreprises (par P. Gringore, sans date) in-8; la Déploration de 
l'Église militante, 1512, in-8; le Mystère de la Passion. Paris, Verard, 
1490, in-fol., et bien d'autres volumes qu'il serait trop long d'énu- 
mérer. Toutefois, le Recueil des histoires troijennes (par Raoul le Fèvre). 
Paris, Verard, in-fol., mérite une mention spéciale. Cet exemplaire, 
orné de 97 miniatures, est un des trois connus sur vélin; les deux 
autres sont à la Bibliothèque nationale. 

Terminons en faisant observer que, tandis que des typographes illus- 
tres (les Aide, les Estienne, Bodoni, les Didot) faisaient souvent tirer 
des exemplaires sur vélin, les Elzevier sont restés étrangers à ce luxe 
typographique ; on ne connaît d'eux, en ce genre, qu'un seul volume 
insignifiant, dû à Nicolas Heinsius. G. Brunet. 



— 170 — 



BULLETIN 



Xraîté élémentaire d'économie politique, par M. RozY, pro- 
fesseur à la faculté de droit de Toulouse. Paris, Guillaumin, 1877, ia-12 de 
335 p. — Prix : 3 fr. 

Chargé de faire un cours d'économie politique à l'école normale primaire 
de Toulouse, M. Rozy a résumé son enseignement dans ce petit volume. Il a 
justement obtenu une récompense au concours ouvert par la Société d'écono- 
mie politique de Lyon, car il était difficile d'exposer dans une forme plus 
claire et plus aimable à la masse des lecteurs, les principales démonstrations 
de la scit^nce sur les phénomènes de la production et de la distribution de 
la richesse. 

iM. Rozy ne va pas au fond des questions, en ce secs qu'il ne montre pas 
la liaison que ces phénomènes de profluction et de distribution de la richesse 
ont avec les principes fondamentanx de la loimorale et laréaction qu'exerçaient 
sur eux les rapports sociaux existant entre les différentes classes. Delà quel- 
ques lacune?, quelques insuffisances dans ses démonstrations. Notre cadre 
restreint ne nous permet pa^ de les discuterici. Nous nous bornerons à signaler 
avec grand éloge, sa réfutation très-lucide et très-soienlifique des fausses 
théories sur la population, qui remontent à Malthus. M. Rozy a cru devoir 
introduire daas ce petit traité son idée favorite sur l'instruction obligatoire, 
mais non gratuite. Nos lectturs pen?ons-nou3 ont par devers eux tous les 
éléments pour apprécier le mérite très-inégal de ces deux idées. Qu'il nous 
suf^l^e de dire que c'est par l'étude des faits et non par les raisonnements a 
priori ({nW faut les discuter. G. 



I 



I^'Êtincelle électrique, par A. Cazi?,'. Paris, Hachette 1877, in-18 Jésus, 
315 p. de 76 fig. {Bibliothèque des Merveilles) . — Prix : 2 fr. 25. 

L'un des meilleurs volumes dans une collection qui en renferme d'excel- 
lents. L'éminent physicien dont la mort récente est un deuil pour la science, 
a su retracer, dans un résumé concis et cependant complet, tous les phéno- 
mènes, infiniment variés dans leurs causes ou leurs effets, dont l'étincelle 
électrique est la manifestation. Après avoir nettement défini le rôle de l'hy- 
pothèse dans les sciences et avoir rappelé, d'après Newton, que le but de la 
physique doit être de « faire voir comment les propriétés de tous les corps 
et les phénomènes découlent de quelques principes généraux de mouve- 
ment,. . . bien que les causes de ces principes restent inconnues, » M. Cazin 
fait rapidement l'histoire de l'électricité depuis Thaïes et l'attraction des 
corps légers par l'ambre jusqu'aux bobines de Ruhmkortf et aux multiplica- 
teurs de Holz. Il passe en revue les divers appareils qui produisent, soit 
l'étincelle explosive (machines à frottement et multiplicateurs électro-stati- 
ques, appareils d'induction et bobines), soit l'arc vol taïque (piles et machines 
magnéto-dynamiques). Il étudie ensuite sous ces deux formes la constitution 
de l'étincelle et donne de curieux détails sur l'analyse spectrale et le méca- 



- 171 — 

nisme de l'élec'ricité, sur la comparaison de l'arc voltaïque au solei! et la 
conservation de l'énergie. Enfin il analyse les principales propriétés de l'é- 
tincelle et les applications les plus usuelles qui en ont été faites pour les 
signaux, les amorces et les torpilles, pour l'éclairage et les lampes de sûreté. 
Il termine en rappelant que l'atmosphère est le siège d'une inépuisable force 
électrique que l'homme saura, tût ou tard, non plus seulement conjurer, mais 
utiliser. A. D. 



I^e Xélégraplie terrestre, sous-marin, pneumatique, par 

M. Padl Laurencin. Paris, J. Rothschild, 1877, in-18, xii-40i) p., 149 fig. et 
3 cartes. — Prix : 3 fr. 50. 

Ce manuel pratique s'adresse à la fois aux hommes de métier pour lesquels 
il est un mémento méthodique, et aux gens du monde qu'il initie aux faits 
généraux comme aux inventions spéciales de cette branche des sciences. En 
même temps que chacun peut se rendre compte ainsi des premiers essais de 
signaux à distance, de lau'àissance et des progrès de la télégraphie électi'ique, 
de l'organisation et des règlements du service, tous suivront avec profit l'ex- 
posé des phénomènes et des lois phj'siques dont l'étude a conduit à cette dé- 
couverte, et la description des appareils les plus usuels qui en ont réalisé les 
applications. Après les intéressants paragraphes consacrés aux appareils de 
Bréguet, de Morse et d'Hughes, citons encore les chapitres sur la télégraphie 
pneumatique, les câbles sous-marins et la télégraphie militaire A. D. 



Souvenirs cl*un magistrat. Études littéraires, philosophiques et 
juridiques recueillies par A.-L. Martin. Paris, Thorin, in-8 de 248 p. — 
Prix : 4 fr. 

M. Martin publie une série d'études trouvées dans les papiers d'un ami 
qu'il ne nomme pas. Ces études traitent des sujets fort différents; ce sont 
des notes prises par le défunt pendant l'exercice de ses fonctions de juge de 
paix et à 1 occasion de ces mêmes fonctions. L'auteur était évidemment un 
esprit élevé, éclairé par les lumières de la religion. Parcourant les diverses 
attributions des juges de paix, il a soin de faire, à propos des situations 
souvent si délicates où peut se trouver le magistrat populaire, des ré- 
flexions morales du plus haut intérêt. Il ne se contente pas, du reste, de 
formuler des théories, il cite des faits dont il a été témoin dans sa carrière. 
C'est ainsi qu'il est amené à raconter (p. 78), une touchante histoire. 
Il est difficile d'analyser un livre qui embrasse tant de sujets différents; 
citons seulement les chapitres qui ont trait à la filiation naturelle et à l'in- 
terdiction; on y trouvera des idées neuves, des aperçus ingénieux, présentés 
d'une façon attachante. N'oublions pas de mentionner les pages émues où 
sont flétries, comme elles le méritent, les doctrines de la libre-pensée et de 
la morale indépendante (p. 120 et suiv.). 

L'auteur s'était proposé de faire connaître et apprécier le véritable 
caractère du magistrat populaire; son travail réussit à en donner une 
haute idée. Il serait à souhaiter que tous les juges de paix comprissent 
comme lui leur mission et la grandeur de leurs devoirs. A. G. 



Ifiîïilîoîecn flelln <5âovcntù. LeGrazie, i vol. de 230 p. — Lettere di 
Parvaia, \ vol. de 018 p. I Capricci del hollaio, 1 vol. de 202 p. — Lel- 
tcrc di sanla Calerina di Siena. i vol.de 244 p. — Proze di Michèle Colombo, 
i vol. de 244 p. Turin, Libreria Saleriana; iMce, San Pier d'Ai'ona ; Paris, 
Lethielleux. — Sar/gaio del giovsne studioso délie litu/ua pura, par P. Bec- 
CARrA. Ed. IV. Turin, J.ibreria Saleriana, \ vol. in-i2 de 4t4 p. 
Ne négligeons pas d'entretenir le jeune public, auquel elle s'adresse spé- 
cialement, delà. Bihliok'ca délia G iove7itù et de ses nouvelles publications. Au 
mois de mai cette intéressante collection s'est augmentée du livre de (lesarè : 
Le Grazie. C'est, sous forme de dialogue, un traité très-bon à étudier si l'on 
veux parler et écrire avec une réelle correction la langue italienne. Un seul 
volume mais un gro^ volume, a paru pour juin et juillet : ce îont les Lettres 
d'Aï. Paravia à sa mère et à sa sœur. Pour les mois d'août et septembre, les 
intelligents directeurs de la collection sont revenus, et nous les en félicitons, 
à l'ancienne littérature; ils avaient publié précédemment la Circe ; ils se sont 
souvenus d'une autre œuvre de Gelli, / capricci del bottaio, etl'oritfait suivre 
des Lettres de sainte Catherine de Sienne, si intéressantes au point de vue lin- 
guistique et si édifiantes à la fois. Le Proze de Michèle Colombo ont fourni la 
livraison d'octobre. Le Proze, comme le Grazie, comme le Perfeltc poesia, 
forment un livre didactique dont la lecture peut être très-profitable aux 
jeunes gens. C'est à eux que s'adresse aussi une autre publication de la même 
société : Saggio del giovcne studioso delta lingua piira cosi italiana corne la- 
tina. Cet ouvrage de M. Pietro Deccaria a reçu en Italie de grands éloges des 
juges et des journaux les plus compétents. Td. P. jfl 

ISisloire de la pei*sé<rutîon religieuse à Genève. Essai 
d'un scîiisme par l'Etat. Paris, Lyon, Lecolfre, 1878, in- 12 de 
540 p. — Prix : 3 fr. 

On trouve réunis dans ce volume tous les faits que la presse nous a déjà 
fait connaître, en grande partie, sur cette persécution inouïe dirigée avec 
hypocrise et violence contre le catholicisme sur la terre, autrefois classique, 
de la liberté. L'auteur anonyme remonte au commencement du siècle, pour 
faire voir dans son entier la trame suivie par les protestants et les libéraux. 
Les faits parlent assez liant d'eux-mêmes pour qu'il ait pu se dispenser de 
considéi^ations et de réflexions qui viendront à l'esprit de tous les lecteurs. 
Il n'a qu'à les grouper pour former le plus écrasant plaidoyer contre la vio- 
l.ation de tous les droits faite au nom de la loi, au nom de l'intérêt public. 
On voit, avec un peu de bonne volonté, où conduit une liberté sans règle : 
au despotisme le plus injuste et le plus honteux. Est-il besoin de rappeler 
toutes les avances faites aux catholiques pour les séduire ; les conventions 
acceptées donton n'a'plus tenu compte, quand on n'en a plus eu besoin; l'exil, 
l'emprisonnement, les amendes pour le clergé catholique ; l'expulsion des 
religieux, môme des filles de la Charité, des petites-sœurs des pauvres, des 
carmélites ; la confiscation des églises bâties parles particuliers ; l'intronisa- 
tion de prêtres scandaleux, rebuts de touslesp?.ys catholiques, singulier con- 
traste avtc la faveur dont jouissent certains criminels. Mais à cùté de ces 
scènes scandaleuses, quels beaux exemples de dévouement, de courage, de 
fidélité et de constance donnent les catholiques soutenus parle clergé, à la 
tête duquel nous sommes heureux de saluer Ms'' Mermillod. Beaucoup , 
d'Iiommes de notre temps, encore imbus des faux principes du libéralisme, 
y trouveront matière à réflexions, et tous y puiseront de salutaires rensei- 
gnements et d'édifiants exemples. Gomme le dit le cardinal de Lyon, il 
était utile et opportun de faire l'histoire de la persécution religieuse à Ge- 



nève, foyer des entreprises méditées contre l'Église catholique, et de montrer 
que cette ville veut absolument interdire au catholicisme, le droit d'exister 
dans son sein. V. M. 



Curés et I*rassîens9 par J. Villefranche, Dourg, impr. Villefranche, 

1877, in- 12 de 47 p.— Prix ; 73 c. 

Montrer jusqu'où va la crédulité du public, tel est le but que se propose 
M. Villefranche dans cette brochure, dont le titre est emprunté aux deux 
sujets qui ont été le plus exploités, il fait remarquer avec raison que 
l'échec d'un très-grand nombre de conservateurs dans les élections est dû à 
à cette bourde habilement et effrontément répandue, dans les campagnes et 
parmi les ouvriers des villes, que les cléricaux, les prêtres, les nobles ramas- 
sent l'argent de la France pour l'envoyer aux Prussiens. Et il raconte des 
anecdotes surprenantes. Son opuscule, vivement et spirituellement écrit, 
plein de bon sens et de verve, peut rendre de grands services. C'est à ce 
titre que nous signalons ce petit écrit du remarquable écrivain à qui nous 
devons la belle vie de Pie IX, qui obtient un succès si légitime. L. A. 



Souvenirs d'Algérie et d'Orîeiîi, par Horace Fabiani. Paris, 

E. Dentu, gr. in-i8 de 1G2 p. — Prix : 2 fr. 

Ce volume est peu intéressant, d'un style lourd et défectueux. Il pèche 
encore par la mélancolie dont l'auteur semble avoir voulu revêtir toutes ses 
pensées. M. Fabiani a cru devoir l'estreindre son sujet à quelques aperçus 
qu'il aurait pu développer avec une compétence incontestable. En ellet, pen- 
dant son long séjour en Afrique, il a dû observer, étudier les diverses races 
de l'Algérie, et il était en parfaite situation pour nous les montrer telles 
qu'elles sont. Malheurcureusement, l'auteur a banni de ses descriptions le 
pittoresque et l'originalité qui conviennent à ce genre de récits. Les Soicvcnirs 
de M. Fabiani manquent de chaleur et de mouvement, d'ordre et de mé- 
thode. Tout y est mêlé, enchevêtré, sans suite, sans dates, sans unité de lieu. 
Le lecteur, constamment ramené d'Alger à Saigon, de Saigon à Alger, ne 
trouve rien à saisir au milieu d'épisodes à peine tracés et de pensées fugitives 
qui crèvent comme des bulles de savon. Toutefois, malgré ces défauts où se 
révèle la complète inexpérience de M. Fabiani, son livre possède un grand 
fond d'honnêteté et témoigne de sentiments religieux auxquels nous rendons 
im juste hommage. La publication de ce volume pourrait s'expliquer si 
l'auteur l'avait destiné à ses seuls parents ou intimes; mais, pour le produire 
en librairie, il eût fallu ne pas s'écarter des règles de l'art, « règles trop nobles 
pour être sacrifiées même à l'amitié. » Ce jugement, que nous empruntons 
au livre de M. Fabiani, nous plait singulièrement ; et, puisqu'il déclare aussi 
lui-même que « c'est une ruse vulgaire d'accommoder la critique avec l'é- 
loge, )) il ne s'étonnera pas de nous voir lui appliquer cette double sentence 
dont il est le propre auteur. (î. des Godixs de Souhesmes. 



La t*anagia du dôme de ©tra^Sïourg. Étude artistique, par 
Gaston Save. Strasbourg, Hubert et Haberer, 1877, in-r2 de 7.o p., avec 
ime lithographie. — Prix : 2 fr. 
La Panagia est une sculpture en bas-relief au portail méridional de la 

cathédrale de Strasbourg : le sujet représente la mort de la sainte Vierge. 

M. Save croit que c'ejt une œuvre byzantine, conçue eteséculée selon les règles 



— 174 — 

traditionnelles de l'arl grec. Après une étuJe comparative des diverses dormir 
lions, soit en bas-reliefs, soit sur les vitraux peints, l'auteur fait, en très-bon 
style, la description détaillée de tontes les figures de ce groupe admirable: 
quatorze en tjut, d'attitudes très-variées, d'expression noble et naturelle, dra- 
pées à rantiqu"^, et disposées sans confusion sur un espace relativement 
étroit. M. Save prend occasion de ce travail pour achever de détruire la lé- 
gende de la statuaire S. ivine de Steinbach, fille d'Erwin, à laquelle une 
tradition gracieuse et touchante attribue la décoration sculpturale delà fa- 
çade du portail sud et du j ilier des ange^ dans l'intérieur du transept, 
M. Save prouve en outre que les mutilations de la cathédrale ont été l'œuvre, 
non pas de la rage nivelante de la Convention, mais des fureurs iconoclastes de 
la réforme et du vandalisme classique. Celte brochure, non moins agréable 
que solide, est faite pour opérer la conviction dans l'esprit du lecteur. 

P. M. 

Procès des Templiers, tlièse soutenue à Vlnslilul Ihéologique de 
Poitiers^ par l'abbé Lkon NF.vtu, licencié en théologie, curé d'Asnières-sur- 
Oise. Paris, E. Delalain, 1878, in 8 de o3 p. — Prix: 1 f.-. 50. 
La thèse soutenue par M. l'abbé L. Neveu a pour but d'établir l'oppor- 
tunité de la suppression de l'ordre du Temple, dont un certain nombre de 
membres étaient coupables de désordres scandaleux etd"hérésie; laprudence 
et la sagesse paternelle dont le souverain pontife fit preuve dans cette occasion, 
en laissant à Philippe le Bel et à ses'conseillers la responsabilité des faits arbi- 
traires et inhumains qui se révélèrent dans cette triste histoire. La commis- 
sion chargée par le pape de juger le grand maître, le visiteur de France et 
les commandeurs de Guyenne et de Normandie avait conclu à la pri- 
son perpétuelle, le ISmars 131 4; Philippe le Bel, le jour même, fit brûler deux 
d'entre eux, qui persistaient à protester de leur innocence, après avoir eu à 
plusieurs reprises la faiblesse de se reconnaître coupables. Disons qu'après 
avoir lu cette thèse on reste convaincu qu'entre les défenseurs et les accusa- 
teurs des Templiers, il reste encore à formuler un avis impartial sur ce grand 
procès. Après l'appréciation du Pape et des conciles, il reste indubitable 
que l'abolition de l'ordre était nécessaire ; mais il serait important de fixer 
jusqu'à quel point l'ordre était gangrené, et d'examiner les conséquences 
de l'acte au point de vue des sociétés secrètes. A. de B. 



Lies Lieutenants des maréchaux, de France, par le marquis 
de Belleval. Paris, J.-B. Dumoulin, 1877, in-8 du 56 p. — Prix : 3 fr. 
Enl631 un élit établit, que dans chaque baillage, un ou deux gentilshommes 
seraient chargés de connaître des différends qui s'élèveraient entre les nobles 
aussi bien qu'entre les militaires; ces gentilshommes, d'abord nommés direc- 
tement par les maréchaux de France, et plus tard par le roi, sur la présenta- 
tion des maréchaux, formai^-nt le premier degré d'une juridiction du point 
d'honneur dont le tribunal suprême était la connétablie. M. le marquis de 
Belleval, grâce à des documents de famille, a retracé d'une manière complète 
l'histoire de cette juridiction, et il l'a fait s'iivre d'une énumération alpha- 
bétique de tous les lieutenants des maréchaux dont il a pu réunir les noms. 
Le travail est intéressant, et parce qu'il fait connaître un rouage admi- 
nistratif peu connu aujourd'hui, et parce qu'il touche à un assez grand 
nombre de familles. Il est à souhaiter que l'on retrouve les registres de 
quelques-uns de ces lieutenants ; on y trouverait des détails piquants 



— 17b — 

et des anecdotes curieuses sur la société des seizième et dix-septième 
siècles. A. de B. 



L'ÉgIî»e de 8aînt-I*îerre de Beaulieu {diocèse de Tulle) et son 
portail sculpté, notice descriptive, par l'abbé J.-B. Poulbrière. professeur au 
petit séminaire de Servièriis (Corrèze). Limoges, imprimerie Chapoulaud 
1873, in-8 de 67 p. — Prix : 1 fr. 
Promenade à Gimel (Corrèze), par lk même. Ouvi^age orné de six plan- 
ches. Toui^s, imp. Bouserez, 1875, in 8 de 32 p. — Prix : i fr. 
Servlères et son petit séminaire, notice historique, par le même 

Tulle, imp. Mazeyrie, 1876, in-12 de 180 p.— Prix : 1 fr. 50. 
Une page ignorée de l'hî*4toîre de Tulle. Marceline Paiiper, 
par LE MÊME. Tulle, Mazeyrie, 1876, in- 18 de 31 p. — l'rix : 2 fr. 
Dans ces ouvrages, M, l'abbé Poulbrière étudie l'histoire et les monu- 
ments de son diocèse d'origine, et enrichit par des documents inédits ou 
des rapprochements nouveaux les annales des églises de Tulle. Nous ne 
pouvons qu'indiquer en quelques mots les traits qui nous ont paru caracté- 
riser chacune de ces brociiures. 

L'Église de Saint-Pierre de Beaulieu est surtout une description détaillée et 
complète de l'un des monuments les plus remarquables de l'époque où ré- 
gnait le style roman, M. l'abbé Poulbrière explique trés-clairement le sym- 
bolisme que les artistes de cette date recherchaient avec tant de suin, et 
qu'ils puisaient toujours aux sources pures de l'Écriture sainte et de la tra- 
dition (p. 17 et 18). Il insiste avec raison sur les sculptures si riches, mais 
malheureusement mutilées, i^u portail, et il relève avec sagacité les mé- 
prises de plusieurs aixhéologues, qui ont voulu interpréterces figures d'après 
leurs propres idées (p. 30, 4o, o2). Il fait aussi connaître plusieurs saints 
personnages qui ont vécu dans l'abbaye de Beaulieu (p. 7, 20, 22). 

La Promenade à Gimel est consacrée en grande partie à la descriptioa du 
sanctuaire de Saint-Etienne de Braguse. Cette modeste église, autrefois très- 
fréquentée par des pèlerins venus de toute la province du Limousin, est 
encore très-intéressante, non-seulement par les souvenirs pieux qu'elle 
conserve, maissous le rapportde l'art et de l'archéologie. Elle possède d'ail- 
leurs une châsse du douzième siècle et un buste du quinzième, qui ont suc- 
cessivement frappé l'attention compétente de M. Mérimée, de M. Viollet-le- 
Ducetdu regrettable abbé Texier. M. l'abbé Poulbrière ne se contente pas 
d'en donner la description, il nous offre six planches très-exactes. 

L'histoire d'un petit séminaire, situé dans le fond d'une province, et dont 
la fondation ne remonte qu'à l'année 1816, ne peut pas présenter une suite 
d'événements d'une importance considérable. Le livre de M. l'abbé Poulbrière 
se lit néanmoins avec un vif intérêt, à rai-on du t >n de piété filiale avec la- 
qu- lie il a recueilli tous les faits se rapportant à cette maison, qui est de- 
venue le berceau de toute la ti'ibu lévitique du diocèse de Tulle. On peut le 
con>idéri'r comme le livre de raison d'un établissement qui a déjà rendu 
tant de services à l'Église, et qui continue à en rendre toujours de nouveaux. 
En lisant ces pages, où la piété, la reconnaissance pour les services rpudus, 
l'amour de l'Eglise et de la patrie, la vénération pour la vertu de maîtres dé- 
voués, le zèle pour l'étude et la science brillent dans toutes les parties, il est 
facile de se former une idée de l'accueil que les anciens élèves du petit sémi- 
naire doivent faire à cet ouvrage, qui consacre tant de souvenirs précieux. 
Là n'est pas tout le mérite de ce livie : il renferme un aperçu sur le prieuré de 
Servières qui fournit des renseignements inédits etuli'es à la grande histoire. 
11 sullira d'un mot pour caradéjîser l'opuscule sur Marceline Pauptr, etce 



— 17G — 

mot c'est iM. Poulbvièi'P, quin)"s le fournit : son travail est une analyse de 
la vie de cette admirable vierge, publiée il y a un petit nombre d'années par 
le docteur Dominique Rouix. La ville de Tulle avait été la cité de prédilec'ion 
de cette grande servante de Dieu qui y mourut, et c'est une pensée aussi 
louable que pieuse d'y raviver des souve airs qui sont à la lois une gloire 
pour le piys et des gages de bôaédiction. Dom Paul I'iolin. 

La Guida cîel Galantuomo, di Francesco Rapisardi. Milano, 1877, 

in-12 de viii-163 p. — Prix : 2 fr. 

Voici un bon livre et qui ne mérite que nos éloges. Le Giiidc de l'honncle 
homme est un recueil des meilleures maximes des pliilosoplies et des sen- 
tences de l'Écriture disposées dans un ordre lumineux. On y lira en peu 
de paroles des conseils pour toutes les circonstances de la vie. Une trame 
légère unit toutes les pensées : c'est un beau livre et c'est une bonne 
œuvre. Tu. P. 

CHRONIQUE 

Nécrologie. — M. Henri-Victor Regnault, membre de l'Institut, Académie des 
sciences, depuis 1840, père du peintre Henri Hegnault, né à Aix-la-Chapelle, 
le 21 juillet 1810, est mort à Paris le 19janvier. Élève, puis professeur de chimie 
à l'École polytechnique (1840) ; pi'ofesseur de physique au Collège de France, 
l'année suivante, ingénieur en chef des mines en 1847, et directeur de la ma- 
nufacture de Sèvres depuis 18o4, il avait étudié particulièrement les lois sur 
le volume des gaz dans des travaux qui font autorité. On lui doit aussi une 
géométrie i)ratiquc ;I842, in-8); — Eludes sur l'hygrométrie (184o, in-8); — 
Expériences sur les machines à vapeur (1847-1802, 2 vol. in-4); — Coûtas élé- 
rncniaire de chimie organique{{8's:~-iSid,i\o\. in-8) dont une cinquième édition 
a paru en I80O-I8GO, en quatre volumes in-12 avec figures, et qui a été repro- 
duit dans plusieurs langues de l'Europe; — Premiers éléments de la Chimie. 
abrc^gé de l'ouvrage précédent, publié en 1830, et qui a eu une sixième 
édition (1874, in-12); enfin, un grand nombre d'études publiées dans les 
Annales de chimie et de physique, dont quelques-unes ont été données en 
extraits dans les Comptes rendus des séances de l'Académie, et le plus grand 
nombre réunies dans le vingtième volume des Mémoires de V Académie des 
sciences, sous le titre de : Relation des expériences entreprises par ordre de 
M. le Minisire des travaux publics et sur la proposition de la commission cen- 
trale des machines à vapeur... (1 vol. de 748 p.). — M. Regnault avait 
publié encore, avec la collaboration de M. Reiset, une étude sur La Respi- 
ration des animaux. Il était correspondant des académies de Berlin, de 
Saint-Pétersbourg et autres corps savants. 

— Le 18 janvier est mort à Paris M. Antoine-César Becql'erel. Né à Châ- 
tillon-sur-Loing (Loiret), le 7 mars 1788, Il était sorti de l'École polytechnique 
en 1808, en était devenu inspecteur en 1813, après avoir pris part à la cam- 
pagne d'Espagne; et, après la campagne de France de 1814, il s'était retiré 
de la carrière militaire avec le grade de commandant du génie. M. Bec- 
querel avait été attaché au Muséum comme professeur de physique en 1837 ; 
il était membre de l'Académie des sciences depuis 1829, et membre corres- 
pondant de la Société royale de Londres. L'Académie des sciences lui avait 
décerné, en 1874, la médaille cinquantenaire, bien qu'il ne fît partie de 
l'Institut que depuis quarante-cinq ans; il avait obtenu aussi la gi'ande mé- 
daille de Capley, que l'Angleterre n'a accordée en France qu'à trois personnes. 

En outre d'un grand nombre de mémoires importants, ins'^'rés dans les 



— 177 — 

Comptes rendus de V Académie des sciences et dans les Afinales de physique et 
de chimie, M. Becquerel avait fait paraître : de 1834 à 1840, un Traité expé- 
rimental de l'électricité et du marjnélisme (7 vol. in-8, et atlas); — de 1842 à 
4844, un T7'aité de physique (2 vol. in-8 et atlas) ; — en 1843 : Éléments d'é- 
lectro-chiinie (in-8) ; — puis Éléments de physique et de météorologie [avec M. Ed. 
Becquerel] (in-8 avec pi. 1847); — Des engrais inorganiques (1848, in-12); — 
Des climats (,1853, in-8}; — avec M. Edm. Becquerel encore : Traité d'électri- 
cité et de magnétisme (ISoo, 3 vol. in-8 avec pi.); — et avec le même : Ré- 
sumé de l'histoire de l'électricité (1838, in-8). — Voici quelques-uns des titres 
des travaux insérés dans les recueils que nous avons cités : Recherches sur 
la chaleur animale (1835-36-38); — Sur la torpille (1836); — Recherches 
sur le dégagement de la chaleur dans les frottements (1838) ; — Mémoire sur les 
caractères optiques des minéraux (1839); — Sur les propriétés électro-chimiques 
des corps simples (1841); — Sur la température des animaux à sang froid [id.) ; 

— De l'action du sel dans les végétaux, et de son emploi en agriculture (1849) ; 

— Mémoire sur la reproduction artificielle des composés minéraux à l'aide de 
courants électriques (1852). Par des Mémoires et des Rapports au Conseil gé- 
néral du Loiret, M. Becquerel avait concouru, dans une proportion notable, 
à appeler l'attention du gouvernement sur les améliorations qui ont donné 
à la culture une grande partie de la Sologne. 

— M. François-Vincent Raspail, mort à Arcueil-Cachan, le 7 janvier, 
était né à Carpentras (Vaucluse), le 29 janvier 1794. Il avait enseigné la 
philosophie et la théologie à Avignon pendant un an, de 1811 à 1812, et 
n'avait que vingt ans lorsqu'il vint à Paris, où il vécut des leçons qu'il donnait, 
en étudiant les sciences naturelles ; décoré après la Révolution de juillet 
pour la part active qu'il y avait prise, il se vit nommer à une place de 
conservateur des collections du Muséum créée exprès pour lui ; mais des 
dissentiments avec Cuvier le ramenèrent à la politique et à d'autres 
études; de cette époque datent ses premiers ouvrages, ayant trait à ses 
systèmes d'histoire naturelle, à son système médical basé sur le cam- 
phre, et dont la popularité le fit nommer, en 1848, membre de la Consti- 
tuante. Après un long établissement forcé en Belgique, il reparut en France, 
pour entrer, en 1869, au Corps législatif; il fut aussi nommé député aux 
élections de 1876 et de 1877. Les plus notables ouvrages que nous devions 
à M. Raspail, — car la nomenclature complète de ses œuvres publiées 
représente plus de cent volumes, — sont les suivants : Sainte Liberté (1822, 
in-8); — Coupsde fouet scientifiques (1830, in-8); — Cours élémentaire d'agri- 
culture (1831-1841, 5 vol. in-18); — Chimie organique, le plus important de 
ses travaux, paru en 1833 (3 vol. in-8 et atlas), traduit en allemand, par 
Wolff (Stuttgard, 1834, gr. in-8), en anglais par Henderson (Londres, 1834, 
in-8), en italien par Macario (Milan, 1835-1838, 3 vol. in-8); — Philo- 
sophie végétale (1836, et nouvelle édition à Bruxelles, 1837, gr. in-8); — 
Mémoire sur Marie Capelle, veuve Lafarge, tendant à innocenter celle-ci de 
l'accusation d'empoisonnement (1840, in-8) : — Histoire naturelle des am- 
monites (1842, 2 édit.. 1866, in-fol.); — Histoire naturelle de la santé et de 
la maladie (1843, et 3^ édit., 1860, 3 vol. in-8 avec fig.); — SonMaiiuel 
annuaire de la satité, vade-mecum médical populaire, qui forme de 1846 à 
1878, 32 vol. in-12; — Le Fermier vétérinaire, livre conçu dans la même 
pensée de vulgariser les éléments de la science médicale à l'usage des 
agriculteurs (1854 et suiv., en 2 vol. in-18); — M. Raspail avait aussi 
publié, en 1872, une étude sur les Réformes sociales (en 1 vol. in-8). — On 
trouvera un grand nombre des recherches de M. Raspail sur les sciences 
FiivRiEU 1878. T. XXII, 12. 



— 178 — 

n;iturolles dans sa Hevue clcmentaire de médecine et de pharmacie domestiques 
(du lo juin '1847 au 15 mai 1849) ; dans sa Revue complémentaire des 
sciences appliquées, recueil périodique qui a commencé à paraître le 1" 
août 18o4; et sur ses études préliminaires dans les Annales des sciences 
nalurelles; les Mémoires du Muséum; les Mémoires de la Société d'histoire na- 
turelle de Paris; le Répertoire général d'anatomie ; le Bulletin des sciences 
de Férussac; enfin dans les Annales des sciences d'observation, fondées par 
M. Raspail, avec Saigey, en 1829. 

— Le 7 janvier est mort à Nice, dans sa 8 i« année, M. Paul-Jean-Ange-Henri 
MoNiER DE LA SizERANNE, Créé comte par décret impérial du 21 mars 
1860, ancien député pour l'arrondissement de Die (Drùme) de 1837 à 1848, 
et de 1852 à 18o7, ancien sénateur depuis 1867; il était né à Tain (Drôme), 
le 31 janvier 1797. Sous le titre de Mes premiers cl derniers souvenirs (1834, 
in-8, Lahure), il avait réuni, dans le courant de sa carrière politique, une 
suite d'études littéraires et dramatiques parues à des époques antérieures, 
qui ne sont pas dans le commerce, et dont les titres ont leur place marquée 
ici ; ce sont : Les Eaux d'Aix en 1823; — Un auteur dramatique à la Grande- 
Chartreuse; — V Amitié des deux âges, comédie en trois actes en vers (1826); 
— Une lecture à l'Abbaye-aux-Bois ; — Corinne, drame en vers (li>30); — 
Régine, ou Vienne et Paris en 1813, comédie en cinq actes et en vers, avec 
épilogue. Plus tard, il écrivit Marie- Antoinette^ poëme historique, avec por- 
trait (in- 1800), dont il a publié avant de mourir une quatrième édition à 
Nice (1872, in-8). Nous citerons encore de M, Monier de la Sizeranne : Le 
Carlin vengé, apologue danois (1868, in-8, anonyme) et un certain nombre 
de Rapports, Éloges et Discours publiés à part. En même temps qu'officier de 
la Légion d'honneur, M. Monier de la Sizeranne était commandeur de Med- 
jidié. 

— Le 27 novembre 1877, est mort à Cracovie Lucien Siemi£Nski, l'un des 
plus élégants écrivains contemporains en Pologne. Né en 1809 à Magierow, 
en Galicie, il fit ses études, d'abord au lycée de Lublin, et puis à Odessa, 
à l'Institut portant le nom de lycée Richelieu ; il prit une part active à 
l'insurrection de l'année 1830 et fit dans les rangs de l'armée polonaise toute 
la campagne de 1831 contre la Russie; réfugié en France, il y passa plu- 
sieurs années, vouées aux travaux littéraires; en 1846, il ee transporta à 
Posen, et en 1848 il se fixa définitivement à Cracovie, où il épousa une com- 
tesse de Potocka. Gagné aux idées conservatrices, il consacra à leur défense 
tout son talent et tous ses loisirs ; il fut l'un des fondateurs du journal 
catholique le Temps {Czas), auquel il coopéra durant 30 ans, sans relâche. 
Doué d'une grande facilité de travail, il explorait à tour de rôle tout le do- 
maine de la littérature, de la poésie et même de l'histoire ; ses traductions 
poétiques se distinguent par leur fidélité à l'original et l'élégance exquise 
de la forme ; son Odyssée d'Homère, traduite en vers, ne le cède en rien 
aux meilleures traductions classiques de l'Occident; la finesse de ses cri- 
tiques le faisait surnommer le Sainte-Beuve polonais, mais il le surpassait, 
surtout dans les dernières années de sa vie, par un profond sentiment reli- 
gieux et catholique qui animait tous ses écrits ; son histoire de Pologne, pu- 
bliée sous le titre de Soirées sous les tilleuls, fut l'un des ouvrages les plus 
populaires que recherchaient les jeunes générations polonaises pour ap- 
prendre l'histoire de leur patrie ; elle eut maintes éditions. Membre actif de 
l'Académie des sciences de Cracovie, il présidait sa section philologique. 
Il succomba à une courte maladie, emportant les regrets de ses compatriotes, 
qui attendaient beaucoup encore de son patriotisme et de son activité . — 



— 170 — 

Outre une série vraiment innombrable d'articles sur différents sujets et de 
correspondances insérées dans les journaux et revues polonaises, il publia 
beaucoup d'ouvrages, dont voici les principaux : Musamerit, nouvelles au 
clair de la lune, 2 vol. Paris, 1843; — Minerve^ nouvelle sentimentale en vers, 
Vilna, 1838; — Causeries littéraires, Cracovie, 1833; — Chansons de la Bre- 
tagne, trad. en vers, Posen, 1842; — Chansons Scandinaves, Posen, 1843; — 
Traductions et légendes polonaises, ruihènes et lithuaniennes, Posen, 184o ; — 
Le Manuscrit de Kœnigratz, traduit du tchèque en vers, Cracovie, 1836 ; — 
Poésies lyriques de Schiller, Léopol, 1841 ; — Bichen et Méniché, épisode du 
poème de Firdusi Schali-Nameli, Varsovie, 1853 ; — Les poésies de Michel-Ange 
Buonarotti, traduites en vers, Cracovie, 1861 ; — Les Odes d'Horace, traduites en 
vers, Cracovie, 1869; — L'Odyssée d'Homère, trad. en vers, Cracovie, 1876; 

— Poésies, édition complète, Leipzig, 1863; — Trois prophéties, Paris, 1841 ; 

— Idées sur les liarmonies sociales, Posen, 1845; — Les saints poètes, poésies 
de V amour mystique, trad. en vers, Léopol, 1877; — Le Camp classique, épisode 
de l'histoire des idées littéraires du XLÏ' siècle, C.vdiQ,o'^\e,i%QQ ; — Portraits 
littéraires, 4 vol., Posen, 1863-1873; — Critiques et revues littéraires, Posen, 
1869; — Esquisses de la littérature et de la société de 1848 à 1838, Varsovie, 
1839, 2 volumes; — Étoiles du soir, nouvelles, biographies, voyages, 3 vol., 
Vilna, 1833; — Soirées sous les tilleuls ou histoire de le ?iation polonaise, ra- 
contée par Grégoire de Ratzlawitze, première édition à Posen, 1843, dernière, 
refondue et augmentée de beaucoup, à Cracovie, 1873; — Mémoires sur 
Samuel Zborowski recueillis à la bibliothèque de Kornik, Posen, 1844; — Der- 
nière année de la vie du roi Stanislas-Auguste. Cracovie, 1861; — Les deux 
Jules tombés sur le champ de bataille en 1831 et 1863 (comte Malachowski 
et comte Tarnowski), Cracovie, 1869; — Biographie et mémoires du comte 
Stanislas Malachoivski, Cracoxie, 1833; — Souvenirs de Sigismond Krasinski, 
Cracovie, 1839; — Souvenirs du castellan Wenzijk. Cracovie, 1863; — Sou- 
venirs d'Adré Kozmian, Léopol, 1863; — Vincent Pol et ses poésies, Cracovie, 
1873; — Biographie de Thaddée Kesduszko, Cracovie, 1866, tome premier; — 
Le Sentiment religieux et le mysticisme dans la vie et les œuvres d'Adam Mickie- 
wicz, Cracovie, 1871 ; — Venceslas Rzewuski et ses aventures en Arabie, Cra- 
covie, 1878; — Saint François d'Assise, Léopol, 1873 ; — Légende lyrique sur 
saint Stanislas, évêque et ?>mriî/r, Cracovie, 1870; — La librairie de Zupanski 
à Posen vient d'annoncer deux volumes de différents articles littéraires de 
Siemieniski, intitulés : Varia. 

— ■ M. Paul-llenri-Ernest de Royer, premier président à la Cour des 
comptes, ancien procureur général près de la Cour de cassation et ancien 
ministre de la justice sous l'Empire, est mort à Paris, le 13 décembre. Il 
était né à Versailles le 29 octobre 1808, fit son droit à Grenoble et à Paris, 
et entra, en 1832, dans la magistrature, dont il parcourut avec éclat tous les 
degrés de la hiérarchie. On lui doit un Commentaire analytique du code civil 
livre I^"', titre II, avec M. Léon Delisle; des discours de rentrée à la 
Cour de cassation ; des mémoires Sur la vie et les travaux de Tronchet; — Sur 
les origines et V autorité de la Cour de cassation, — Sur les réformes judi- 
ciaires et législatives du règne de Louis XIV, etc. 

— M. l'abbé L. Claude P^vy, ancien vicaire général de Constantine et 
frère de l'ancien évêque d'Alger, vient de mourir à Cannes. Il était né à 
Roanne en 1812 et suivit son frère en Algérie, lorsque celui-ci succéda à Mgr 
Dupuch sur le siège épiscopal d'Alger. Il y resta vingt ans, jusqu'à la mort 
de son frère. Il vivait dans la retraite aux environs de Roanne, occupé de 
travaux historiques et religieux. Il a publié la vie de son frère, et divers 



— 180 — 

opuscules : Conférence contre le livre de M. Renan (Constaritine, 1803) ; — 
Affranchissement des esclaves, par l'abbé Pavy, professeur à la faculté de 
théologie de Lyou (1838-1846), publié eu réponse à MM. Louis Blanc, Ger- 
main Casse, Jules Simon, etc., par M. L. C. Pavy, ancien vicaire général (Lyon, 
i87o); — Les Rêcluseries (Lyon, 1875). 

— M. Placide Cappeau vient de mourir à Roquemaure. C'était le fils d'un 
agriculteur. 11 a publié dernièrement la traduction en vers d'un poëme lan- 
guedocien, le Siège de Caderousse, et un poëme de sa façon, le Château de 
Roqicemaure (2 yo\. in-12, imprimé chez Jouausf, 1876). Il en est rendu compte 
dans ce numéro même du PoUjbiblion. M. Cappeau est aussi l'auteur du 
Noèl que la musique d'A. Adam a rendu si populaire. Il était devenu libre-pen- 
seur; mais, à sa dernière heure, il est revenu aux croyances de sa jeunesse. 

On annonce encore la mort : de M. Adolphe Desmoulins, publiciste, 
mort à iNice, correspondant de V Étoile belge; — de M. le comte Armand-Just- 
Eugène de La Faue, ancien directeur de la France centrale, mort à Onzain, à 
soixante-sept ans; — de M. Philippe Montaland, ancien imprimeur et fondateur 
à\i Drapeau tricolore et du Courier de Saône-et-Loire, mort à Chalon-sur-Saône, 
le 20 janvier, à soixante-sept ans. — de M. Achille Martinet, graveur, mem- 
bre de riQstitut ; — de M. le D^ Doran, rédacteur en chef de Notes and Que- 
nes, mort le 2o janvier, à Londres; — du comte Alexandre Wielopolski, 
marquis de Gonzaga Myszkowski, ancien gouverneur du royaume de Pologne 
pour la Russie, auteur de Lettres d'un gentilhomme polonais au prince de 
Metternich, écrites en 1846. 

Faculté des lettres. — M. Maillet, ancien élève de l'École normale, pro- 
fesseur suppléant au lycée Saint-Louis, a soutenu à Paris, le 11 janvier, ses 
deux thèses pour le doctorat es lettres. Les sujets étaient : De voluntate ac 
libero arbitrio in moralibus Aristotelis operibus ; — De l'essence des passions. 

— M. J. de Crozals, ancien élève de l'École normale supérieure, a soutenu 
à Paris, le 26 janvier, ses deux thèses pour le doctorat es lettres. Les sujets 
étaient : Conspectus historias Ingolstadiensis Academix; — Lanfranc, arche- 
vêque de Cantorbéry, sa vie, son oiseigtiement, sa politique. 

Concours. — L'Académie de législation de Toulouse a proposé pour 1878 
le sujet suivant : «Exposition des principes du droit international et des prin- 
cipes du droit civil, concernant les mariages contractés en pays étranger.» Elle 
met au concours, pour 1879, le sujet suivant ; « Étude sur la vie et les travaux 
de Dupin, avocat, jurisconsulte et magistrat. » Le prix consistera en une mé- 
daille d'or de cinq cents francs. Pour le prix du Conseil général du départe- 
ment de la Haute-Garonne (médaille d'or de cinq cents francs). L'Académie 
a proposé pour 1878 : « Étude historique, juridique et économique, sur le bail 
à colonage partiaire, envisagé au double point de vue des engagements 
entre le propriétaire et le colon et des droits qui s'engendrent, à l'occasion 
de ce contrat, entre les membres de la famille du colon à la suite d'un état 
d'association. » 

L'Académie met au concours, pour 1879,1e sujet suivant: « De la législation 
et de la jurisprudence enmatière de travaux publics, sous l'ancienne monarchie 
française avant 1789. » L'Académie demande aux concurrents une histoire, 
aussi complète que possible, pour notre pays jusqu'en 1789, des travaux pu- 
blics, tels que routes, ponts, canaux dessèchements de marais. Cette his- 
toire doit embrasser l'étude des modes d'entreprise, de confection et d'en- 
tretien de ces travaux, celle des ressources qui leur étaient affectées, et enfin 
de l'organisation des différents agents qui y coopéraient. 



— 18i — 

L'Académie verrait avec plaisir qu'après avoir étudié l'tiisloire générale 
des travaux publics, les concurrents voulussent bien s'attacher à celle d'un 
travail public déterminé, suivant la région qu'ils habitent : par exemple, 
du canal de Cran, connu sous le nom d'OEiivre de Craponne, du Canal du 
Languedoc, ou tout autre. 

Les mémoires doivent être adressés au secrétaire-archiviste, rue des Ren- 
forts, 15 à Toulouse, avant le 30 avril 1878 ou 1879. 

Société de Géographie. — La commission centrale (conseil) de la Société 
de géographie a procédé au renouvellement de son bureau, qui se trouve 
ainsi composé pour 1878: Président: M. de Quatrefages, membre de l'Insti- 
tut; — Vice-présidents: M. Daubrée, membre de l'Institut, et M. Henri 
Duveyrier ; — Secrétaire général : M. Charles Maunoir ; — Secrétaires adjoints : 
MM. Jules Girard et Julieu Thoulet. 

Société des publications populaires. — La Société des publications popu- 
laires a tenu son assemblée générale annuelle le 24 janvier. Dans cette 
scéance, elle a renouvelé son bureau et complété son conseil. M. le comte 
de Mousiier a été appelé à remplacer comme président M. le vicomte de 
Melun. M. le baron de l'Espée a été nommé vice-président. MM. Alphonse 
Bosseur et Edouard Lefébure ont été nommés membres du Conseil. M. le 
comte de Lauriston-Boubers, secrétaire, et M. Ch. Garnier, trésorier, ont fait 
connaître la situation de la Société. Son action s'est étendue jusqu'aux pays 
étrangers; des commandes lui sont venues de Syrie; sa commission de lec- 
ture a examiné, en 1877, 136 ouvrages dont 98 seulement ont été admis à 
figurer sur ses catalogues. Elle a vendu pour plus de 34,000 francs de livres, 
destinés soit à des bibliothèques populaires ou pour l'armée, soit à des dis- 
tributions de prix. M. le secrétaire a payé un juste tribut d'éloge à deux 
membres décédés, M. le vicomte de Melun, son président et M. le baron 
Cauchy, membre de l'Institut, qui ont tous deux pris part à la fondation 
de la Société. 

Lectures faites a l'Académie des inscriptions et belles-lettres. — Dans 
la séance du 4 janvier, M. Garcin de Tassy a présenté sa revue annuelle 
de la littérature hindoustane. — Dans la séance du 1 1, M. Ch. Robert a fait une 
communication sur des monnaies du treizième et du quatorzième siècle, dé- 
couvertes à Saint-Vith en 1876, et appartenant presque toutes à la Lorraine 
et au Luxembourg. — Dans la séance du 18, M. le président a communiqué 
une note de M. Fernique, adressée par le directeur de l'Ecole française de 
Rome, sur les fouilles de Palestrina. M. Heuzey a présenté des observations 
sur des bronzes archaïques de la collection de M. Caropanos. — Dans la 
séance du 25, M. Heuzey a présenté quelques observations sur un vase 
sacré du sanctuaire de Dodone. M. Max. Deloche a continué la lecture de 
son mémoire sur les invasions des Gaulois en Italie. M. Pavet de Courteille 
a lu une note de M. Dabry de Thiersant, consul de France en Chine, sur la 
religion deTamo. M. E. Revillout a lu la première partie d'une étude sur la 
loi de « bebaiosis ». 

Lectures faites a l'Académie des sciences morales et politiques. — Dans 
la séance du 5 janvier, .MM. Nourrisson, Cb. Giraud, Hippolyte et Frédéric 
Passy ont présenté plusieurs ouvrages olferts à l'Académie et dont ils ont 
fait l'analyse. — Dans les séances du 12 et du 17, M. Félix Rocquain a 
achevé la lecture de son travail sur le parti des philosophes. — Dans la 
séance du 12, M. Berlhold Zeller a achevé la lecture de son mémoire sur la 
dernière année du duc et connétable de Luynes. — Dans la séance du 26, 
M. Paul Janet a analysé un mémoire adressé à l'Académie par M. Boussi- 



— 182 — 

nesy, professeur à la faculté des sciences de Lille, sur la conciliation du véri- 
table déterminisme physiologique avec la vie et la liberté morale. M. Bau- 
drillart a commencé la lecture d'un rapport sur l'état moral, intellectuel et 
matériel des populations agricoles (Normandie), résultat d'une enquête dont 
il avait été chargé par l'Académie, en remplacement de M. Louis Reybaud. 

Une fête latine a Montpellier. — Des concours internationaux auront lieu 
à Montpellier, le mardi de Pâques, à l'occasion d'un grand prix, le Chant 
des Latins^ fondé et donné à la Société des langues romanes par M. de Quin- 
tana, aujourd'hui député aux Cortès et commissaire du gouvernement espa- 
gnol à l'Exposition universelle de Paris. Il s'agirait d'un chant de race pou- 
vant, au moyen de traductions sur le même rhythme, devenir commun à 
tous les peuples qui parlent un idiome dérivé de l'ancienne langue de Rome. 

Un Comité, composé de membres de la Société des langes romanes et des 
autres associations qui ont décidé de faire coïncider leurs réunions avec 
celles du concours du Chant des Latins, prépare, sous la présidence de 
M. de Tourtoulon, le programme des fêtes. 

La Société des langues romanes décernera des prix aux meilleurs travaux phi- 
lologiques sur les idiomes néo-latias, ainsi qu'aux meilleures pièces de poésie 
(poëme, drame, comédie, ode, sonnet, etc.) et de prose (histoire, roman, 
nouvelle, recueil de contes et de narrations, etc.) en langue d'oc, ancienne 
ou moderne. Tous les dialectes du midi de la France, sont admis à con- 
courir. Les manuscrits devront être adressés /"ranco, avant le 1*' avril 1878, terme 
de rigueur, au Secrétaire de la Société des langues romanes, à Montpellier. 
Les travaux inédits seront seuls admis à concourir; toutefois les prix de la 
section de philologie pourront être attribués à des ouvrages imprimés du 
i" janvier 1875 au i" avril 1878. 

La Revue de philologie, de littérature et d'histoire ancienne. — La 
plupart des monuments de l'art antique, qui nous ont été conservés, ont 
eu gravement à souffrir des injures du temps et des hommes. Depuis peu, 
on a pris l'habitude de les laisser tels quels, et les musées commencent à se 
remplir de fragments de statues, que l'on se contente de nettoyer et de placer 
dans un bon jour,san£slnquiéter de remettre les nez, les bras, les jambes qui 
manquent. Autrefois il n'en était pas ainsi : on restaurait. Il y a telle 
statue célèbre, que l'on a fabriquée de toutes pièces avec une tête de femme, 
un buste d'homme et des membres empruntés à tous les personnages ima- 
ginables. Le tout, bien gratté, ne manque pas de faire « esbaudir » les dilet- 
tanti. Un admirateur sérieux a, dans ces cas-là, pour premier devoir de 
s'informer de l'autheuticité et de l'état de conservation de ce qu'il 
admire. 

Il ne faut pas croire que les auteurs classiques, monuments, eux aussi, de ' 
l'art ancien, aient échappé au sort commun. Beaucoup, hélas ! nous ont 
été enviés par le temps ; ce qui en reste a reçu plus d'un accroc, à travers 
les longs et rudes sentiers du moyen âge ; en certain cas, le plomb vil s'est 
glissé sous la même étiquette que l'or pur, comme on voit à Rome des 
colonnes de faible style porter sur leur socle les noms de Phidias et de Praxi- 
tèle. A la renaissance, on en fit un triage sommaire et un nettoyage un peu 
préciiiité ; la patrie des Etienne et des Saumaise s'honora dans ces difticiles 
travaux; mais, depuis longtemps, on s'imagine trop que la besogne est finie 
et que l'on peut se livrer tranquille aux douces joies de la contemplation 
littéraire. Les Allemands, secouant ce charme aussi trompeur que délicieux, 
nous ont laissés à notre dilettantisme et se sont replacés franchement dans 
la tradition érudite du seizième siècle. D'un autre côté, l'archéolagie est 



1 



— 483 — 

venue, qui a fait revivre sous nos yeux ce monde antique sur lequel les 
œuvres littéraires ne nous donnaient que des échappées de vue trop incomplètes 
On a bien vite compris que ce serait s'exposer à mal comprendre et, partant, 
à mal admirer, à mal aimer Homère, SophGcle,Démostliènes, PJaute, Virgile, 
Tite-Live, si on persistait à les isoler du monde au milieu duquel ils ont 
vécu et à ne chercher en eux que les traits par où ils nous ressemblent et 
ressemblent aux hommes de tous les temps. 

L'éducation littéraire du professeur d'abord, de l'élève aussi, bien qu'in- 
directement, doit donc désormais compter une initiation • {"à la critique d'au- 
thenticité qui apprend à distinguer les œuvres sincères des imitations ou 
suppléments apocryphe? ; 2* à la critique verbale, c'est-dire aux eiforts tentés 
dans tout le monie savant pour reconstituer à l'aide des manuscrits et de 
laconjecture les textes qui nous sont pirvenns plus ou moins altérés ; 3° 
auci procédés généraux du commentaire^ par la comparaison des textes du 
même auteur ou d'auteurs contemporains, par les rapprochements des monu- 
ments épigraphiques ou figurés qui peuvent apporter quelque lumièt-e à 
l'interprétation. 

L'enseignement universitaire avait mis ces éludes de côté ; elles ont trouvé 
dans l'École des hautesétudes de la Sorbonne un sanctuaire où pour le bien 
général de la science fr.mçaise, on doit souhaiter de voir afUuer les aleptes. 
D'excellents travaux en sont déjà sortis. Plusieurs maîtres de la section de 
philologia et d'histoire ont fondé cet'.e année la Revue de 'philologie^ 
de littérature et d'histoire ancieniie. Les noms de MM. Tournier, Graux 
et L. Havet (ne pas confondre avec M. Ernest Havet, auteur de livres 
antichréliens), directeurs de la Revue, ceux de MM. Weil, Foucart, 
Thurot, Benoist, Desjardins, Quicherat, qui figurent au bas d'importants 
articles, suftisent à montrer que l'œuvre est entre les mains les plus 
autorisées. Nous ne pouvons entrer dans le détail des articles que comprend 
ce premier volume. Le quatrième fascicule (la Revue est trimestrielle) com- 
prend à lui seul plus de 300 pages entièrement consacrées à un dépouille- 
ment de tous les travaux relatifs à la philologie, à l'histoire ancienne à 
l'archéologie qui ont paru l'année dernière dans toutes les revues d'Europe. 
C'est un travail prodigieux, qui n'a rien d'analogue, pas même en Allemagne. 
Les travailleurs, auxquels de longues et pénibles recherches sont ainsi épar- 
gnées, béniront les courageux éditeurs, et particulièrement M. Ch. Graux; 
mais qu'ils seront loin de se faire une idée du travail dépensé dans ce^gigan- 
tesque compte rendu ! 

Espérons que cette œuvre sérieuse et française sera accueillie parmi nous 
comme elle mérite de l'être. Le clergé ne s'est pas désintéressé dans la fon- 
dation de l'École des hautes études; encore maintenant plusieurs ecclésias- 
tiques distingués y vont chercher une formation spéciale que ne saurait 
donner l'enseignement des facultés, soit de l'État, soit de l'Église. La nou- 
velle Revue permettra aux professeurs de nos collèges et séminaires de pro- 
vinces de profiter, dans une certaine mesure, de l'enseignement de la haute 
école parisienne ; ils pourront s'assurer par eux-mêmes de l'esprit exclusi- 
vement et sévèrement scientifique qui préside à ses travaux. — L. Duchesne. 

— Le Bulletin de Correspondaxce hellénique. — M. Albert Dumont a 
fondé, en 1876, à l'École française d'Athènes, dont il est le directeur, 
un institut de correspondance hellénique. S'il est permis de comparer 
une œuvre qui commence à un grand établissement de cinquante ans de 
durée, l'association athénienne est le pendant de l'Institut de corres- 
pondance archéologique fondé à Rome par les elTorts unis de la France 



— 184 — 

et de la Prusse, au temps de la Restauration. Son but est de recueillir 
les renseignements archéologiques épars dans les publications périodiques 
d'Orient, si peu répandues en Europe, de donner un centre et une direction 
à bien des elforts qui se perdent dans l'activité à demi éclairée des petites 
sociétés scientifiques du monde grec, et de portera la connaissance du public 
français les principaux résultats des fouilles et découvertes qui s'opèrent 
chaque jour sur ce sol si fertile en antiquités. L'organe de l'institut hellé- 
nique est le Bulletin, dont la première année, composée de huit fascicules, 
a paru tout entière (Paris, E. Thorin; Athènes, Perris, in-8, de 416 pages et 
14 planches). Quelques articles rédigés en grec, soit ancien, soit moderne, don- 
nent à cette publication un cachet franco-hellénique qui ne manque pas de 
pittoresque. Les planches, exécutées avec beaucoup de soin, charmeront plus 
d'un amateur; mais il va sans dire que le fond prime la forme, si soignée 
qu'elle puisse être, même dans la simple exécution typographique. 

Le philologue y trouve des scholies nouvelles sur Eschine et Démosthène% 
avec plusieurs fragments inédits d'orateurs attiques, de bonnes corrections 
de textes classiques, même de sages observations sur le grec byzantin. 
L'archéologue s'intéressera aux fouillestout récemment exécutées sur l'empla- 
cement des sanctuaires célèbres de Délos et de Dodone, à celles qui se con- 
tinuent encore sur le versant de l'Acropole d'Athènes ; on sait que ces der- 
nières ont rendu un nombre prodigieux d'inscriptions importantes, notamment 
un traité sommairement indiquépar Thucydide ; de dédicaces, une statue consa- 
crée par un des fils de Pisistrate et déchifirée, il y a vingt-trois siècles, par 
le grand historien athénien; un petit poëme de Sophocle, absolument iné- 
dit. L'épigraphie n'est pas seulement représentée par les inscriptions nou- 
vellement découvertes ; les manuscrits de Cyriaque d'Ancône, conservés à 
Rome et à Florence, en ont rendu un grand nombre que le célèbre voya- 
geur pouvait lire encore dans les dernières années de l'empire byzantin et 
qui maintenant ont disparu. L'archéologie figurée, la numismatique ne sont 
pas moins bien représentées; la bibliographie a aussi sa place. Parmi les 
livres analysés, je remarque la grande collection d'hymnes grecs nouvelle- 
ment publiée par le cardinal Pitra. 11 y a môme des récits de voyages, de 
voyages archéologiques bien entendu. 

La science des antiquités religieuses est redevable à ce recueil, d'abord 
d'une inscription relative au célèbre Héliodore du livre des Machabées, d'une 
inscription chrétienne d'Egypte, intéressante au plus haut degré à cause de 
ses formules liturgiques, enfin du recueil des inscriptions chrétiennes de 
l'Attique, publiées, avec fac-similé et commentaires, par M. Ch. Bayet. 

La rédaction de cet utile recueil est naturellement placée sous la direction 
de M. Dumont. Les noms des membres de l'École française s'y rencontrent 
avec ceux des savants les plus autorisés du monde hellénique. Des articles 
signés Egger et Foucart achèvent de donner à cette œuvre une recomm»an- 
dation scientifique qui la classe au premier rang de nos publications sa- 
vantes. — L. DOCHESNE. 

Cours d'histoire DE France a l'Université catholique de Parts, — Au mois 
de novembre dernier, M . Lecoy de La Marche, archiviste-paléographe, deux 
fois lauréat de l'Institut pour ses ouvrages sur la Chaire française au moyen 
âge et sur ieRoi René d'Anjou, a inauguré son cours d'histoire de France à 
l'Université catliolique de Paris. Dans sa leçon d'ouverture, qu'il vient de 
publier (Paris, Poussielgue, in-8 de 31 p.), le savant professeur a exposé 
l'origine antique et sacrée du sentiment de l'amour de la pairie; il a montré 



— 18o — 

arec un rare talent comment le poganisme comprenai l'hisloire nationale, 
et comment le christianisme, en renouvelant la face du monde, a transformé 
et ennobli l'idée de la patrie. Comparant les historiens de l'antiquité avec 
les chroniqueurs du moyen âge, M. Lecoy de La Marche a passé successive- 
ment en revue Eginhard, Suger, Orderic Vital, Viilehardouin, Joinville, 
Froissart, Monstrelet, Commines. 11 s'est peu arrêté sur le mouvement intel- 
lectuel de la renaissance, qui ne fut pas favorable à l'étude du passé de la 
France ; mais, arrivant au dix-septième siècle, il a jeté un regard d'ensemble 
sur les grandes collections des bénédictins, puis il a analysé rapidement les 
travaux d'érudition qui se sont produits de nos jours sur le moyen âge. 
Dans la seconde partie de cette leçon, M. Lecoy de La Marche a exposé le 
plan de son enseignement. 11 se propose d'étudier spécialement le règne de 
saint Louis, la période de splendeur du moyen âge, L'Eglise, la royauté, la 
noblesse et la chevalerie, la bourgeoisie et les classes populaires sont les 
acteurs de ce drame ; le professeur exposera leur rôle, surtout an point de vue 
social, car il bannit avec raison ce qu'on a appelé l'hisloire-bataille. Chaque 
semaine une leçon sera consacrée à l'explication et au comnjentaire des 
sources historiques du règne de saint Louis: Joinville, Geoffroi de Beaulieu, 
Guillaume de Chartres, le confesseur de la reine Marguerite. Ce cours, qui 
se rapproche ainsi de la méthode d'érudition de l'École des chartes, sera 
certainement un des plus originaux de l'Université Catholique. C'est par de 
telles créations que l'enseignement libre sortira de l'ornière universitaire, et, 
dans ces voies nouvelles et presque inexplorées, l'Université catholique de Paris 
ne pouvait choisir un meilleur guide que M. Lecoy de La Marche. — Er. B. 

La Bibliothèque de l'Université d'IIarvard. — Nous recevons des États-Unis 
le rapport annuel de l'Université d'Harvard, une des principales de ce pays. 
A ce rapport est annexé un bulletin périodique indiquant les progrès de la 
bibliothèque à l'usage du personnel de l'université, tant élèves que professeurs. 
Ce document est curieux en ce qu'il montre les ressources mise, aux États- 
Unis, à la disposition des professeurs et des étudiants pour leurs travaux et 
leurs études. 

La collection se compose de 230,000 volumes; elle se divise en plusieurs biblio- 
thèques, consacrées, l'une à la jurisprudence l'autre à la médecine, une autre 
aux sciences, une quatrième à la théologie, une cinquième à la zoologie, une 
sixième à la botanique, une septième à l'iistronomie, etc. En 182o, le fonds 
pour achat de livres et pour reliures n'était que de 'ôoO dollars (le dollar vaut 
5 fr.) par an ; il est aujourd'hui équivalent à la rente produite par un capi- 
tal de 170,000 dollars (8o0,000 fr.) et ce capital ne cesse de s'accroître. 

Il y a là une bibliothèque centrale composée de 164,000 volumes, à laquelle 
ressortissant les bibliothèques spéciales dont nous venons de parler . Il est 
question actuellement de rendre cette organisation plus compacte encore 
dans l'intérêt des élèves et des professeurs, et d'installer des téléphones de 
l'établissement central aux extrémités, comme il a déjà été pratiqué à Boston 
entre la bibliothèque de la ville et ses succursales, et cela par les soins de 
M. Justin Winsor, dirigeant alors les bibhothèques de Boston et appelé 
depuis à la direction de Finportante et riche bibliothèque de l'Université 
d'Harvard.— (7ot<r?îrt/ Officiel) . 

Une rectification d'histoire littéraire. Le Portefeuille df. M. L.-D. F****- 
— M. le docteur Desbarreaux-Bernard vient de publier une brochure, tirée 
à 130 exemplaires numérotés à la presse, impi'imée en beaux caractères sur 
papier fil des Vosges fabriqué à la main, intitulée : Le Portefeuille de 
Monsieur L.-D. F****, altribué à Germain de Lafaille, auteur des A7inales 
de Toulouse (Toulouse, Edouard Privât, 1877, grand in-8 de 49 pages). 



— 186 — 

Barbier (Dictionnaire des anonymes) a cru devoir, on ne sait pourquoi, 
donner à l'historien Lafaille (et non La Faille) la paternité d'un bouquin, 
devenu rare, et qui est le premier livre que l'on ait imprimé à Carpentras : 
Le Portefeuille de M. L.-D.F****, etc. (1694, petit in-12). Les bibliographes, à 
la suite, comme le remarque le savant docteur, ont juré par le maître, et 
l'ont tous copié, M. Desbarreaux-Bernard donne du Portefeuille une analyse 
fort détaillée, de laquelle il résulte que le recueil ne renferme pas un seul 
mot de l'annaliste toulousain. Cette analyse^des plus spirituelles et des plus 
agréables, ne nous apprend pas seulement qu'il faut renoncer à regarder 
Lafaille comme Va,uieur dn Portefeuille : ledoyendes bibliophilesméridionaux, 
qui conserve, à quatre-vingts ans, toute la mémoire, comme toute la verve 
de ses jeunes années, nous donne, chemin faisant, bien des renseignements 
curieux, notamment (p. 10-17) sur un personnage célèbre du dix-septième siècle 
qu'ont négligé toutes les biographies, M. Miton ou Mitton, dont il est question 
dans les Historiettes de Tallemant des Réaux, dans la Muse historique de 
Loret, dans le Mena^mna, dans les Lettres de Bussy-Rabutin, dans les Pensées 
de Pascal, dans les OEuvres du chevalier de Meré, dans la Correspondance de 
Mathieu Marais avec le président Bouhier, dans les Mémoires du P. Rapin, 
dans le Port-Royal de M. Saint-Beuve, etc. Parmi les choses piquantes qui 
abondent dans l'analyse du Portefeuille, et qui concernent Etienne Pavillon, 
Chaulieu, Chapelle, M°° Deshoulières, Racine, Boileau, le chevalier de Saint- 
Gilles, etc., on remarquera (p. 18-19) un portrait satirique de Turenne, tiré, 
dit-on, du cabinet de Saint-Evremond, mais qui n'a pas été inséré dans ses 
OEuvres, et que. comme M. Desbarreaux-Bernard,je ne crois pas authentique. 
J'en ai dit assez, je l'espère, pour inspirer aux bibliophiles le désir dépos- 
séder une brochure qui, à tous égards, est un si friand morceau. — T. de L. 

Une fée Mélusine au Dauphiné — Le Polybiblion a parlé (t. XX, p. 453) 
d'une Mélusine normande qu'il compare à la Mélusine du Poitou et des Lusi- 
gnan. Mais c'est le Dauphiné qui oifre la reproduction la plus exacte de 
cette étrange et mélancolique légende. L'illustre famille dauphinoise des 
Sassenage prétendait tirer son origine d'une fée, nommée aussi Mélusine, 
épouse d'un baron de Sassenage auquel elle avait fait promettre, en lui 
accordant sa main, de la laisser libre de s'enfermer dans son boudoir chaque 
vendredi et de ne jamais pénétrer auprès d'elle ce jour-là. 

L'union fut charmante et féconde; mais, au bout de quelques années, le sei- 
gneur de Sassenage s'irrita de ce mystère, et, après avoir vainement prié sa 

femme de lui révéler ce secret, brisa, un vendredi, la porte du boudoir 

il aperçut Mélusine transformée en sirène, avec une immense queue de ser- 
pent, et se livrant à des études de magie. A la vue de son mari, la fée 
poussa un grand cri, s'onfuit par la fenêtre, et se réfugia dans de vastes 
grottes, situées en face du château de l'autre côté du torrent du Furon. 
On ne la revit plus; mais, durant plus de mille ans, quand un Sassenage 
devait mourir, on entendait le soir les cris de douleur de Mélusine retentir 
au fond des grottes, annonçant une catastrophe. 

C'est en mémoire de cette tradition que le château moderne de Sas- 
senage porte à son fronton deux sirènes à queues de serpent, soutenant les 
armes de Sassenage et de Bérenger. Au-dessus du bourg de Sassenage, on 
voit encore, suspendue au-dessus du torrent du Furon, une demeure du 
seizième siècle, seul reste du château primitif des Sassenage, théâtre de la 
légende de Mélusine. A l'intérieur, un fragment de mur garde encore une 
fenêtre ogivale du treizième siècle, marquant, dit-on, les restes de la cham- 



V 



— 187 — 

bre où vint au monde saint Ismidon, prince de Royans^ l'une des gloires de 
la maison de Sassenage. 

En face, sur l'autre bord du torrent, les grottes de Sassenage, l'une des 
merveilles du Dauphiné, ouvrent encore à l'explorateur leur curieux mais 
dangereux labyrinthe, d'où le Furon se précipite en mugissant. — A. G. 

La Gazette russe de Saint-Pétersbourg. — Au commencement de ce 
mois, la Gazette russe de Saint-Pétersbourg a célébré le 150« anniversaire de 
son existence. Le journal dont nous parlons est le premier rédigé en russe 
qui ait paru dans l'empire sous une forme périodique. Dans le numéro 
qu'a publié à cette occasion le journal actuel, il est dit qu'il existait déjà 
auparavant en Russie une sorte de journal portant le nom de Gazette russe 
(Russkija Wedemosti). Ce qui est curieux à savoir, c'est que cette feuille 
avait été fondée en 1703, par Pierre le Grand lui-même, qui, pendant long- 
temps, en fut le principal rédactfur ; il ne dédaignait pas d'en corriger les 
épreuves de sa propre main, la plupart du temps. 

Le journal dirigé par Pierre le Grand paraissait très-irrégulièrernent par 
numéros de 2 à 7 feuilles, d'un petit format, chaque numéro avec un titre 
particulier, comme on peut aussi remarquer en d'autres gazettes pubUées 
à cette époque, dans différents pays. En 1703, il parut en tout 39 numéros. 
L'année suivante, le journal prit un nouveau titre fort allongé. 

Cette feuille contenait surtout des nouvelles de l'étranger ; les nouvelles 
indigènes étaient fort rares. On peut observer le môme fait dans l'ancienne 
Gazette, publiée en France au dix-septième siècle par Renaudot. Dans la 
Gazette russe de Pierre le Grand, on trouve un certain nombre d'articles sur 
la guerre avec les Suédois. 

Jusqu'en 17U, la feuille gagna toujours en importance : à partir de cette 
date, elle parut tantôt à Saint-Pétersbourg, tantôt à Moscou, puis, en 1727, 
elle cessa de paraître. En 1718, il n'en avait été publié qu'un seul numéro. 

Quelques numéros de cette feuille ayant vu le jour sous le nom de 
Gazette de Saint-Pétershourg (le titre en russe), c'est cette circonstance qui a 
fait croire à plusieurs personnes que le journal actuel avait été fondé en 
1703, de même qu'on a voulu ramener à cette date la fondation de la Gazette 
de Moscou (Mosk- Wedemosti) . 

Le journal qui vient de célébrer le jubilé de son 150* anniversaire a été 
fondé, le 2 janvier (ancien style) 1728, par l'Académie des sciences, laquelle, 
depuis lors, n'a cessé de l'éditer et de le faire imprimer par sa propre 
imprimerie. — (Journal Officiel.) 

Erreurs de la Revue des Deux Moxdes. — La Revue dont il s'agit, in- 
dique (on le sait) à la 3e page de la couverture imprimée de chacune de ses 
livraisons, une liste de quelques ouvrages nouveaux, avec de courtes appré- 
ciations. Dans la livraison du 1er décembre, il est dit, à propos de l'édition des 
Essais de Montaigne publiée par le libraire Lemerre, qu'elle a été faite avec 
le concours de « M. Dereimeris, membre de l'Institut. » Lisez Dezeimeris, 
qui n'est point membre de l'Institut, mais qui est un Bordelais très au 
au fait de tout ce qui se rapporte à Montaigne ; il a prouvé par des travaux 
fort estimés, notamment par le savant commentaire qu'il a joint à une 
réimpression des oeuvres de Pierre de Brach, qu'il connaît à fond la litté- 
rature du seizième siècle. 

Autre observation, mais portant sur un détail peu important. Dans une 
notice sur Cervantes (livraison du 15 décembre), production jusqu'ici inédite 
de Prosper Mérimée, il est question d'un pastiche réussi, du faire de Cer- 
vantes, El Buscapié, dont l'auteur est Alphonso de Castro ; le véritable 



- 188 — 

prénom est Adolfo. Ce littérateur gadetan s'est occupé avec beaucoup de 
zèle de l'immortel auteur de Don Quichotte ; on lui doit^ entre autres pu- 
blications, un volume fort intéressant : Cervantes , varias obras inéditas 
sacadas de codices de lahibliotéca Colomhina, con notas, Cadix, 1875. Ajoutons 
que la Bibliotéca Colomhina, conservée à Séville, est une collection fort pré- 
cieuse, commencée par un fils de Christophe Colomb. 

U.N PoEME ITALIEN SUR LuciFER. — Lc pays de la Divine Comédie et de la 
Jérusalem délivrée vient de produire un poëme effroyable dont Lucifer est 
le héros. La plupart des revues italiennes s'occupent de cette œuvre mons- 
trueuse, dont l'auteur est M. Mario Rapisardi. La Revista universale publie 
sur Lucifero un long et éloquent article de M. Astori. Ce n'est pas seu- 
lement la plus téméraire impiété qui règne dans ce livre dépravé, c'est 
ainsi le dévergondage le pluséhonté. Tout est méprisé dans Z/Wa/e^o, la 
pudeur, l'histoire, la religion, les traditions. Dans cette conception désor- 
donnée, les dernières épreuves de la France jouent un rôle. La guerre 
contre la Prusse, la guerre civile y sont racontées; et cette fois, emporté 
par la vérité, l'auteur semble donner à son héros son véritable rôle : Lucifer 
s'éloigne de Paris certissimo del sua trionfo. 

Annaes da bibliotheca nacional de Rio de Janeiro. — Tel est le titre d'une 
importante revue dont nous avons reçu deux amples livraisons, formant un 
volume de 390 pages grand in-8. Les rédacteurs de ce beau recueil se sont 
proposés de faire connaître toutes les recherches littéraires enfouies à la 
bibliothèque nationale de Rio de Janeiro, tant livres que manuscrits, 
cartes et estampes : de nombreuses études biographiques et biblio- 
graphiques accompagnent ces intéressantes publications. Le volume que 
nous avons sous les yeux contient, entre autres articles, les morceaux sui- 
vants : Diego Barbosa Machado, par Ramiz Galvâo ; Jase de Andeieta par 
Teixera de Melo ; la colleccion Carmoneana par Joâo de Saldanho du Gamo ; 
Notice sur les œuvres manuscrites et inédites relatives aux voyages de Ferreira, 
par de Valle Cabrai ; un paleotypc espagnol, par Fernandeo d'Oliveiro. 
Parmi les variétés nous avons remarqué une lettre inédite de laCondamine. 
Nous engageons les rédacteurs des Annaes à surveiller plus attentivement 
l'impression des documents en langues étrangères; il est évident que cette 
lettre a été reproduite d'une manière très-inexacte. Nous espérons que ce 
beau recueil aura continué à paraître, et nous tiendrons nos lecteurs au 
courant des nouvelles livraisons qui ont dû s'ajouter à celles dont nous 
venons de dire un mot. 

Le Contrat de mariage de Racan. — M. l'abbé Esnault vient de publier 
sous ce titre : Contrat de mariage de Honorât de Beuil de Racan, document 
inédit (Le Mans, Pellechat, 1877, in-8 de 16p., extrait de la Revue historique 
et archéologique du Maine), avec une excellente introduction, le contrat de 
mariage de Racan. Ce n'est pas seulement un document précieux pour l'his- 
toire littéraire; de grands enseignements s'en dégagent au point de vue de 
l'histoire de la constitution de la famille. Il est intéressant de suivre, au 
milieu des clauses diverses de cet acte, les précautions prises par le père 
de famille pour assurer la conservation du patrimoine dans les mains des 
siens. M. l'abbé Esnault mérite à la fois les remerciments des lettrés et ceux 
des hommes qui pensent qu'on doit chercher, dans l'étude des traditions 
domestiques du passé, les éléments d'une réforme des mœurs actuelles. 

Une encyclopédie chinoise. — Nous avons déjà parlé d'une vaste encyclo- 
pédie chinoise dont, malgré son extrême rareté, un exemplaire s'est trouvé 
disponible, et dont on espérait que le British Muséum pourrait faire l'acqui- 



— 18!) - 

sition. Cette espérance vient de se réaliser, et le département auquel préside 
le professeur Douglas est maintenant en possession de cette oeuvre colossale. 

Cette encyclopédie de littérature, dont les administrateurs du British Mu- 
sewn, par une heureuse chance, viennent d'acquérir un exemplaire de Yecli- 
tio princeps, a pour titre : Koo Kin too shoo tseih ching, ce qui veut dire : 
Collection complète de livres anciens et modernes, avec illustrations. 

Pendant le règne de l'empereur Kang-he (1661-1721), ce monarque, à rai- 
son des altérations graduelles qui s'introduisaient dans les ouvrages les plus 
importants, jugea nécessaire d'en faire une l'éimpression d'après les an- 
ciennes éditions. Dans ce but, il nomma une commission chargée de com- 
prendre, dans une immense collection, les réimpressions de tous les ouvrages 
qui méritaient d'être conservés. 

Pour cette entreprise, un assortiment complet de caractères de cuivre fut 
fondu, et, quand les commissaires eurent terminé leur œuvre, ils purent 
mettre sous les yeux de l'empereur une preuve palpable de leur diligence 
sous la forme d'une compilation de 6,109 volumes. 

Le contenu est divisé en trente- quatre parties, qui embrassent des ouvrages 
relatifs à tous les sujets de la littérature nationale. Il n'en fut d'abord tiré 
qu'un nombre restreint d'exemplaires, et, peu après, le gouvernement, cédant 
aux nécessités d'une crise monétaire, fit fondre et transformer en monnaie 
tous les caractères de cuivre. C'est ainsi qu'il n'existe qu'un très-petit nombre 
d'exemplaires de la première édition. Il est extrêmement rare d'en voir un 
qui soit en vente ; cela est pourtant arrivé à Pékin pour celui que le British 
Muséum vient d'acheter. — {Journal officiel.) 

— A Londres vient de paraître un catalogue monstre de librairie, lequel 
catalogue ne pèse pas moins de 7 livres anglaises,et pour lequel il a été em- 
ployé 15,000 kilogrammes de papier. Ce catalogue, édité par la maison qui 
fait paraître le BookseUer, ou journal de la librairie anglaise, est destiné à 
servir de vade-mecum pour le commerce. On y a réuni environ loO cata- 
logues particuliers des éditeurs anglais et américains les plus importants. 
C'est un total de 40,000 titres de livres. Aucune production de la littérature 
moderne ne manque dans ce répertoire. Bien que tiré à 4,000 exemplaires, 
l'ouvrage est déjà presque épuisé. 

— D'après une statistique officielle qui vient de paraître, il se publie ac- 
tuellement, dans le Royaume-Uni, loi journaux quotidiens; on n'en comp- 
tait que 149 en 1876. Cesjjournaux se répartissent de la manière suivante : 
Londres, 20; province, 89; pays de Galles, 2; Irlande, 19; Jersey, 1. — 
83 paraissent le matin et 68 le soir. 

— La séance entière de l'Académie du jeudi 31 janvier, a été consacrée à 
la lecture, par M. le duc de Broglie, de fragments de ses Mémoires de fa- 
mille. Cette lecture, qui a vivement intéressé l'assemblée, a été continuée 
dans la séance suivante. 

— L'Union des œuvres ouvrières catholiques avait mis au concours, pour 1877, 
un catalogue de livres pour la formation des bibliothèques populaires. Le 
travail qui a obtenu le prix du concours Doudeauville, au congrès du Puy, 
vient d'être publié, avec les relouches demandées parla commission d'examen. 
Il a pour titre : Catalogue de bibliothèques populaires, — Paroisses, — Cercles, — 
Patronages, — Associations, — Confréries, — Romanes, — Jeunes gens, — 
Enfants, — Femmes, — Jeunes filles (in-8 de 156 p.), et se trouve au Secré- 
tariat de l'Union des œuvres, 32, rue de Verneuil, et de l'Œuvre de Saint- 
François de Sales, 11 ftù, passage Sainte-Marie. Il comprend huit divisions: 
Religion et morale; — Histoire et bibliographie ; — Vie de saints et person- 



— 190 — 

nages pieux; —Missions, voyages et géOjirapliie; — Romans et nouvelles; 
— Arts, sciences, industrie, agriculture; — Publications et journaux pério- 
diques; — Opuscules et tracts de propagande; — Manuels et livres de piélé. 
Ce catalogue contient 3,244 numéros pour les livres seulement, avec les indi- 
cations de titre, format, éditeur, prix, etc., et un signe pour marquer à quelle 
classe de lecteurs chacun convient plus spécialement. 

— Nous recevons de Madrid la Resena historica del colegio-universitad de 
San Antonio de Portaceli en Siguenza, con algunas noticias acerca de su 
fundator D. Juan Lopez de Medina,]iov D. José Julio de la Fuente, directur 
y catedralico del instituto de Guadalajara (Madrid, irap, de Alexandre Gomez 
Fuentenebro, 1877, in-12 de 71 p.). Après une notice biographique sur don 
Juan Lopez de Médina (xv« siècle). M. de la Fuente raconte la fondation 
du couvent (1436), du collège (1452) et de l'hôpital de Saint-Antoine, fait l'histoire 
de l'Université de Siguenza, jusqu'à sa suppression en 1807, du collège de 
Saint-Antoine, supprimé en 1807, rétabli en 1814, puis tombé en 1837. Il 
donne en appendice plusieurs documents tels que les bulles d'érection. 

— M. Saint-Aubin a réuni en brochures d'intéressants articles publiés 
dans le Conservateur de Saône-et-Loire, sur les Budgets des principales villes 
du département de Saâne-et-Loire, Autun, le Creuzoi, Châlon, Mâcon, Tournas 
Chalon-sur-Saône, imp. Dejussieu, 1877, in-18 de 124 p.). Ce sont des études 
d'intérêt local qui révèlent une heureuse tendance bonne à généraliser : celle 
de s'occuper sérieusement de l'administration de son pays, de la contrôler, et 
d'y apporter la lumière de l'expérience. 

— Voici deux brochures de M. le comte Le Clerc de Bussy,que nous tenons 
à signaler: l'une {Notes sur V histoire d'Abbeville, 16j7-1764, tirée d'un 
manuscrit du xvnie siècle^ suivies de quelques autres et de fragments généalo- 
giques, Amiens, imp. Delattre-Lenoel, in-8de 31 p.), donne sur Abbeville des 
notes relevées dans la Chronologie de MM. les Mayeurs d'Abbeville de Nicola .- 
Abraham-Joseph Blancart, qui fat contrôleur des guerres, manuscrit qui 
appartient à M. levicomede Louvencourt. Ces notes sont relatives aux événe- 
ments passés dans la ville, réceptions de personnages, température, cherté 
des vivres, élections, etc., et à la police des prisons d'Abbeville. On y trouve 
aussi la chronologie et l'armoriai des mayeurs et plusieurs notices généalo- 
giques. — L'autre brochure est consacrée au bourg et petit port de mer d'Ault 
(Somme). (Lettre sur Ault et copie d'une charte royale de 1382 instituant un 
marché dans cette ancienne ville, Paris, Dumoulin, in-8 de 12 p.), et fait con- 
naître divers fondations d'hôpitaux, maladreries et maisons de charité, dues, 
à deux de ses seigneurs, Marie, comtesse de Dreux, et Marie de Lorraine, ainsi 
que l'établissement d'un marché par Charles VI. 

— M. L. M. Kertbeny vient depubUer le premier fascicule de la Bibliogra- 
phie de la littérature hongroise nationale et internationale . 

— M. le chanoine Winterer, curé de Mulhouse, vient de publier en français 
l'histoire de la Persécution en A Isace pendant la grande Révolution. 

Publications nouvelles. — La Raison conduisant Vhomme à la foi^ par 
Ant. Guyot (in-8, Bloud et Barrai). — Précis d'un cours complet de philosophie 
élémentaire; Grands monuments de la philosophie; Précis théorique et diction- 
naire^ par A. Pellissier (2 vol. :n-18, Durand). — Mélanges de mythologie et 
de linguistique, par Michel Bréal (in-8, Hachette). — Les Ages de la pierre; 
instruments, armes et ornements de la Grande-Bretagne, par John Evans (in-8, 
Germer-Baillière). — La Grèce et l'Orient en Provence, par Ch. Lenthéric (gr.in- 
18, Pion). — Décadence du sentiment moral et religieux, par J. Tissot (in-8, Ma- 
rescq).— Histoire nouvelle des arts et des sciences, par Alphonse Renaud (in-12, 



191 - 



Charpentier), — Mémoires-Journaux de Pierre de l'Estoile, tome, IV (in-8, lib. 
des Bibliophiles). — La Mission de Jeanne d'Arc, par Fréd. Godefroy (gr. 
in-8. Ph. Reichel). — Précis de l'histoire de la littérature française depuis 
ses premiers monuments jusqu'à nos jours, par D, Nisard (gr. in-18, Didot). — 
L'Astronomie de la jeunesse, par H. Piessix (in- 12, Pion). — Dictionnaire des 
termes techniques, par Alfred Louviron (in-12, Iletzel). — Manuel pratique 
des sociétés coopératives de production, par Schulze-Delitzcli (in-12, Guille- 
min). — Plaidoyers de Berryer, tome IV et dernier (in-8, Didier). — Corres- 
pondance de Sainte-Beuve, tome I^' (gr. in-18, C, Lévj) .— LesVikiïigs de la Bal- 
tique, par W. Basent (gr. in-12, Hachette). — Une fille laide, par Cl. de 
GUandeneux (tn-18. Pion.) — En Poitou, par M°° Ch. Maryan (in-12, Bray et 
Retaux). — Histoire d'une conversion, vie de Madame Niconora Izarié, par le 
R. P. Lescœur (iri-18 j., Sauton.) — Histoire de la monarchie de Juillet, par 
Victor Du Bled, tome I"' (in-8, Dentu). Visenot. 



QUESTIONS ET RÉPONSES 



QUESTIONS. 

Li'Ophir signalé dans 
l'hstoîre de Salomon. — 

Quelle est l'opinion des savants mo- 
dernes les plus autorisés à l'égard de 
ce pays vers lequel se dirigeaient les 
navires du monarque hébreu et ceux 
du roi de Tyr, Hiram, et d'où ils rap- 
portaient, après une navigation la- 
quelle ne durait pas moins de deux 
ans, de l'or, des pierres précieuses 
et des bois? D'Anville a écrit une 
dissertation à cet égard; Bochart croit 
qu'Ophir était File de Ceylan, d'au- 
tres pensent qu'il s'agit d'un port de 
la côte orientale d'Alrique, et cette 
opinion paraît la plus vraisemblable. 

F. A. 
Portrait de Cliarles de 
Blois. — Il a été signalé des re- 
cueils de dessins contenant le portrait 
de Charles de Blois, duc de Breta- 
gne ; jusqu'à ce jour, .j'ai cherché 
inutilement ces recueils, je serais très- 
reconnaissant envers la personne qui 
pourrait m'indiquer où il me serait 
possible de me procurer le portrait le 
plus authentique de Charles de Blois, 
d'après un dessin, une peinture ou 
une sculpture. A. de B. 

IVotre-Dame deOaraison. 

— Quels sont les livres, histoires et 
manuscrits publiés depuis le xvi^ 
siècle sur Notre-Dame de Garaison 
(jadis au diocèse d'Aucb, aujourd'hui 
au diocèse de Tarbes)? P. 

RÉPONSES. 

L.e Tribunal de la %Vest- 



plialie (XX, 382). — Voyez : Vitria- 
rius illustratus, IV, 468. — Seckenberg, 
Kaiserliche hochste Gerichtsbarheit. — 
Le même, Corpus juris germanici, I, 
2^ partie. — Wigand, Bas Ferncjericht 
Wéstphalens. — Usener, Die frei und 
heimlicher Gericht Wéstphalens. — 
Voigt, Die xoestphalichen Ferngerichte. 
— Difenbach,DeF(?imem,Lipsiae,I707. 
— Walter, De ocultis judiciis Westpha- 
licis, Argentorati, 1775. — Eichhorn, 
Deutsche Staats und Rechtsgeschichte, 
§ 418. — Zœpfls, Deutsche Staats und 
Rechtsgeschichte, II, 133. — Philips, 
Deutsche Reichs nud Rechtsgeschichte, 
§ 109. — Ungers, Die altdeutsche Ge- 
richtsverfassung,T[). 103. — Gaupps, 
Von Ferngerichten mit besonderer 
Rucksicht auf Schlesien. — Yéron-Ré- 
villes, Les justices vehmiques en Alle- 
magneaumoyenâge, Colmar, 1859, in-8. 

RiSTELHDBER. 

IL.es Pêches et le duc de 
Guienne (XX, 382). — La pêche 
est connue et le pêcher est cultivé 
dans notre pays depuis un peu plus 
de vingt siècles. Columelle parle de 
la pèche gauloise, qu'il assure être la 
plus grosse de toutes celles de son 
temps. Pline l'Ancien, livre XV, 
ch. XII, de soaEistoire naturelle (t. [I, 
de l'éd. Variorum, 1669), décrit les 
différentes espèces de pêches alors 
connues. On trouve, dans le Glossaire 
de Du Gange, aux mots Persica, 
Persicum et Persicarius, t. V de la 2* 
édition, publié en 1734, qui aurait 
dû être connu de D. Vaissete, dont 
lea^vol. de l'Histoire du Languedoc 



lOv 



n'a paru qu'en 1745, des citations 
qui établissent clairement la culture 
du pêcher au moyen âge. L'article 
est reproduit dans le t. V du Glos- 
saire, éd. Didot, p. 213, où se trouve 
également cité le Capitulaire de 
Villis, qui fait mention du pécher au 
cbap. Lxx. (V. Dom Bouquet, t. V, 
p. 637, de l'éd. de L. Delisle.) On 
peut voir encore au même t. V du 
Glossaire, p. 224, mot Pesca, des ex- 
traits de deux titres, l'un latin, 
de 1272, l'autre en langue vulgaire, 
de 1409, qui nous fournissent de 
nouvelles preuves de la connaissance 
de la pêche et, par conséquent, de le 
culture du pêcher. J'indiquerai enfin, 
parmi d'autres livres à consulter : le 
Lexique "'oman de Raynouard, t. IV, 
p. 527 (Pesseguier et Presseguier) ; le 
Glossaire occitanien de Rochegude 
(Presega) ; le Catholicum parvuûi de 
1499, éd. de Lyon, aux mots : Per- 
sicum et Persicus, que l'auteur tra- 
duit : une manière de pesches, et 
peschier, arbre. 

Le duc de Guienne est mort, non 
pas six mois, mais près de huit mois 
après l'empoisonnement vrai ou pré- 
tendu dont il est.parlé par certains 
historiens ou chroniqueurs, ce qui 
nous reporterait alors au mois d'oc- 
tobre 1471, et' c'est à cette époque, 
en effet, que la pêche empoisonnée 
aurait été présentée par le moine de 
Saint-Jean-î'Angély, à Colette de 
Chambes-Monsoreau, dans son châ- 
teau de Saint-Sever, près de Pons, 
qui lui avait été donné par le prince 
son amant. lit un jour (dit Jean 
Bouchet^(( que le duc de Guyenne 
« goùtairtivec ladite de Monsoreau, 
« audit lieu de Saint-Sever, ledit abbé 
« de Saint-Jean-d'Angély para une 
« pèche qu'il donna à ladite veuve de 
„ Monsoreau pour boire, dont elle 
„ mangea la moitié, et ledit duc de 
^, Guyenne l'autre en mauvaise heure ; 
„ car, bientôt après, ladite de Monso- 
^ reaualla de vie à trépas, et ledit ne 
^^ lit depuis son pvotit,et Tan 1472, le 



« douzième jour de mai, mourut à 
a Bourdeaux. » — La maladie dont 
le duc fut atteint, après avoir mangé 
de cette pêche, lui lit perdre en peu 
de jours les dents, les ongles et les 
cheveux, et ses membres se contrac- 
tèrent d'une façon horrible. (V. Jean 
Bouchet, Annales d'Aquitaine ; d'Ar- 
gentré. Histoire de Bretagne ; Guyot- 
Desfontaines, Histoire des ducs de 
Bretagne; les frères Sainte-Marthe, 
Histoire généalogique de, la maison de 
France; Dreux-Duradier, Histoire lit- 
téraire du Poitou, art. Colette de 
Chambes ; D. Devienne, Histoire de 
Bordeaux, 1'^ partie, in-4, 1771 ; 
Massiou, Histoire de la Saintonge et de 
l'Aunis, t. m, in-8, 2* éd.). 

L'historien Coramines (liv. III, 
ch. jx, de l'éd. Elzévir de 1648) se 
borne à annoncer la mort du prince, 
qui fut connue par lettre, arrivée 
le lomai,en ajoutant que l'on par- 
lait de cette mort différemment, ce 
qui semblerait confirmer le récit des 
historiens et des chroniqueurs du 
xvi° siècle, qui assignent générale- 
ment à cet événement la date du 12 
mai, tandis que les modernes adop- 
tent celle du 28 mai. Cette contra- 
diction, du reste, importe peu. Que le 
duc soit mort le 12, ou le 14, ou 
le 24, ou le 28 mai, comme il est 
mort près de huit mois après l'em- 
poisonnement prétendu, c'est donc 
bien en octobre au plus tard que la 
pêche lui aurait été offerte, et non 
point le 28 novembre, pas même le 
24 mai, ainsi que l'aftirme l'histo- 
rien (?) Dulaure, t. III, p. 295, de sa 
Lescription historique des ci-devant 
villes, bourgs, monastères, châteaux 
et provinces du midi de la Républi- 
que franc lise. On récolte des pêches 
en juillet, en août, en septembre, 
en octobre (V. le Dictionnaire de 
Trévoux; Le Grand d'Aussy, Histoire 
de la vieprivée des Français,éà. de il82, 
in-8) ; mais on n'en trouve pas encore 
au 24 mai, et l'on n'en trouve plus le 
28 novembre. Ed. Séneuaud. 



\ 



ERRATA. 
T. XX, p. 383, 2« col. ligne 15 : L'abbé Lagrange, au lieu de Lapongié; 
— p. 464, 2* col., ligne 15 : de Kirwan, au lieu de Kerwan. 

Le Gérant : L. Sandret. 



Saint-Queutiu. — Imprimerie Jules Moureau 



POLYBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



ANCIENNE LITTÉRATURE FRANÇAISE. 

I, Société «les anciens textes. — Chansons da quinzième siècle, publiées par 
G. Paris. Ia-8 de Xiv-121 p. — Miracles de Nostre-Dame, publié par G. Paris et T. 
Robert. 2 vol. in-8 de 390 et 408 p. — Deux rédactions du roman des sept sages de 
Rome, publié par G. Paris. In-8 de XLiii-219 p. — Brun de la Montagne, publié par 
P. Meyer. In-8 dexvi-151 p. — Guillaume de Palerne. publié par H. Micuelan. In-8 
de xxii-180 p. — Aïol, publié par J. Normand et G. Renaud. Paris, Didot, 1875-77, 
in-8 de lxiu-350 p. Prix : 12 fr. le vol. 

M. Publications de l'Académie rojiale de Belgique. — Les Enfances 
Ogier, publié par A. Scheler. 1 vol. de x.x-o22 p. — Beuve de Commarchis, publié 
par i,E MÊME. 1 vol. de xvi-186 p. — Li Roumans de Berte aux grans pies, publié par le 
MÊME. 1 vol. de xi-190 p. Prix 3 fr. — Trouvères belges du douzième au quatorzième 
siècle, publié par le même, l vol. de xxvn-3b9 p. Prix : 5 fr. — Li Bastars de Buillon, 
publiéparLE mé.mk. Rruxelles. 1874-1877, iM. Closson. 1 vol. de xxxiii-340p. Prix: G fr. 

Nos lecteurs savent fju'il s'est fondé à Paris, en 1876, une société 
ayant pour mission de publier des ouvrages appartenant à notre 
ancienne littérature. Après des lenteurs fort excusables dans les 
débuts d'une pareille entreprise, un assez grand nombre de volumes 
se sont succédé pour que nous pensions devoir tenir nos lecteurs au 
courant de leur apparition. La Société des anciens textes a mis à la 
fois à la disposition de ses membres un album grand in-folio donnant 
la reproduction bien exécutée des plus anciens monuments de la langue 
française, et un volume de chansons du quinzième siècle. Quoique 
M. G. Paris semble, dans son introduction, les considérer comme 
populaires, ces chansons ne méritent pas cette qualification, si l'on 
accepte la définition de chants faits par le peuple et chantés par 
lui. La plupart de ces poésies sont évidemment artistiques; plusieurs, 
en Espagne, recevraient même l'épithète de cortesanas. La richesse 
du manuscrit d'où ces pièces ont été tirées suffirait, du reste, pour 
leur assigner une origine plus relevée. Ce n'est pas dire que toutes 
ces poésies soient délicates : s'il en est de gracieuses, il en est d'au- 
tres assez grossières et qui prouvent une fois de plus quelle était jadis 
la liberté du langage. Non-seulement, suivant nous, ces chansons 
n'étaient pas populaires à l'époque où elles ont été recueillies, mais 
bien peu d'entre elles ont fourni des éléments à une poésie dont de- 
puis quelque temps on rassemble si soigneusement les vestiges. Indi- 
quons quelques-unes des rares pièces auxquelles des recueils récem- 
ment publiés pourraient fournir des analogies. Les chansons LUI, 
LXXX, CXXX ont le rhythme des rondes ou branles, c'est-à-dire que 
chaque couplet commence par le ou par les vers qui terminent le cou- 
plet précédent. La chanson CIV est à refrain, comme plusieurs pièces 

Mars 1878. T. X.Xlf, 13. 



— 19i — 

populaires. Certaines pièces, laLXXXI, par exemple, contiennent des 
invocations au rossignol, au rossignolet sauvage, et en font un mes- 
sager d'amour, comme dans beaucoup de chansons rustiques. La 
chanson XXIV, sur les ennuis du mariage, a son parallèle dans quan- 
tité de rondes. La pièce CXVII : 

Nous étions trois jeunes fillettes, 

fait souvenir de bien des débuts pareils. La chanson CXXI contient les 
plaintes d'une nouvelle mariée, plaintes qu'on retrouve partout, et que 
partout a pu produire une identité de situation trop fréquente. Dans 
la pièce XLIV, quelques vers ont de la ressemblance avec les couplets 
qui commencent ainsi : 

Ce sont les filles de la Rochelle 
Qui ont armé un bâtiment. 

On pourrait sans doute indiquer encore quelques autres similitudes, 
mais trop vagues pour qu'on reconnaisse dans ces chants ceux qui, 
aujourd'hui, offrent avec eux de lointains rapports. — Remarquons 
que la chanson CXXVI rappelle beaucoup une romance castillane : 
CabaUcro de Icjas lierras. On pourrait croire que le couplet final, par 
lequel la ressemblance serait complète, a dû s'égarer. 

Ce volume, comme on devait s'v attendre d'après le nom de son 
éditeur, a été publié avec soin et enrichi de notes offrant d'utiles 
observations philologiques. M. Gevaert a complété l'intérêt de ce 
livre en donnant la musique des chansons qu'il contient. 

— Il y a, à la Bibliothèque nationale, un manuscrit dont quelques 
parties ont déjà été publiées, et que la Société des anciens textes a 
jugé à propos de donner dans son entier. Il contient les Miracles de 
Nostre-Dame, par personnages, et ne formera pas moins de cinq vo- 
lumes. Deux ont paru; ils renferment seize mystères, dont la copie avait 
été préparée par un savant mort bien prématurément, M. Léopold 
Pannier. C'est par M. Gaston Paris et par M. Ulysse Robert que ces 
deux tomes ont été publiés. Quand l'ouvrage complet aura paru, il 
sera suivi d'un sixième volume, qui offrira, outre un glossaire, les re- 
marques de tous genres auxquelles le texte aura pu donner lieu. Plu- 
sieurs de ces mystères paraissent avoir été tirés d'une œuvre d« 
Gautier de Coincy. Nous y retrouvons l'histoire fort peu édifiante 
que celui-ci écrivit sous le titre : De l'Abbesse que Nostre-Dame deffendi^ 
d'angoisse ; nous y remarquons aussi le quarante-sixième miracle d« 
Gautier, qui lui-même avait mis à contribution Hermann et Hugues] 
Farsit, et dont presque toutes les légendes ont été, au quatorzième] 
siècle, imitées en espagnol par Gonzalo de Berceo. 

Au nombre des fictions d'origine orientale qui ont eu une longue] 
vogue dans notre ancienne littérature, il faut citer celle qui fit le] 
succès du Livre de Siadibad, sur lequel Comparetti a écrit une si] 



— 19o — 

savante dissertation. (Nous avons donné de ce travail une analj^se 
dans le tome VI de la Revue de l'Est.) Faussement accusé par sa belle - 
mère, un jeune prince est condamné à mort par son père. Les apolo- 
gues que débitent sept sages, et que, dans certaines versions, la 
marâtre combat par d'autres récits d'une application différente, font 
tour à tour passer de la mort à la vie et de la vie à la mort le jeune 
prince, dont l'innocence finit par être reconnue. Ce cadre offrait une 
large place à des nouvelles variées qui arrivèrent à nos trouvères, à 
Boccace et à ses nombreux imitateurs, et dont Tune finit par donner 
à Molière le sujet d'une des scènes les plus plaisantes de son Georges 
Dandin, celle où Angélique feint de se jeter dans un puits. Tantôt les 
noms de lieux et de personnes ont été changés, tantôt on n'a pris à 
l'antique fable que le cadre, et on j a placé de nouveaux épisodes ; d'au- 
tres fois encore, on a laissé de côté la fiction principale pour s'emparer 
seulement de quelques-uns des contes et des apologues qu'elle conte- 
nait, et qu'on a renoués par une intrigue nouvelle ou même débités 
sans chercher à les relier. M. Gaston Paris a publié deux ramifica- 
tions de cet antique roman ; l'une est intitulée Les sept sages de Rome ; 
l'autre, l'YSiloire des sept sages. M. Paris les a fait précéder d'une 
introduction*détaillée, qu'il termine ainsi : « Quel que soit le jugement 
des critiques sur le résultat de mes recherches, ils me sauront gré 
d'avoir mis sous leurs jeux deux nouveaux textes de cette histoire si 
souvent et si diversement contée. Ces textes offrent d'ailleurs au 
public une lecture facile, qui ne demande pas d'explications spéciales 
et qui n'est pas dénuée d'agrément, sans parler de l'intérêt qui s'at- 
tache à une œuvre si extraordinairement répandue. » 

Les critiques, certes, rendront justice au travail de M. G.Paris, et le 
public ne manquera pas de trouver que ce roman, au si long succès, de- 
vait trouver place dans les publications de la Société des anciens textes. 

— Nous n'en dirons pas autant à l'égard de Brun de la Montagne, 
poëme incomplet qui semble déjà bien long. M. Paul Mejer ne s'abuse 
pas sur les mérites de cette oeuvre : « Le romancier inconnu qui Ta 
composée ne se recommande, dit-il, ni par la puissance de l'imagina- 
tion, ni par le brillant du style. Les récits, les discours qu'il met dans 
la bouche de ses personnages offrent cette prolixité monotone qui est 
si fréquente dans les compositions du quatorzième siècle. » La langue 
de Brun de la Montagne ne rachète pas ce défaut d'intérêt; comme le 
remarque M. Meyer, ce qu'il y a de plus saillant dans ce roman d'a- 
ventures, c'est la forme, qui est celle des chansons de geste, sauf que, 
contrairement à ce qui se faisait à cette époque et conformément à ce 
qui a lieu aujourd'hui, le poète ne termine pas un hémistiche par une 
syllabe atone, sans la faire suivre d'un mot commençant par une 
voyelle. 



- ]!)G — 

— GulUaume dr. Palcnic n'est pas un chef-d'œuvre non plus, et, en 
relisant les nombreuses aventures qu'il renferme, il semble qu'on les 
connaît déjà, tant elles sont peu nouvelles; mais du moins, ainsi que 
le fait observer M. Michelant, il est écrit dans la bonne langue fran- 
çaise qu'on parlait dans les provinces du Nord-Est vers le milieu du 
douzième siècle ou au commencement du treizième. M, Michelant a 
fait précéder cette production d'une introduction semée d'aperçus 
intéressants et fait bien connaître tout ce qui, de près ou de loin, 
se rattache à ce vieux poëme. 

— Aïul, le dernier volume paru, offre une lecture un peu plus atta- 
chante que Brun de la Monlagne et Guillaume de Palerne, surtout 
parce qu'il présente plusieurs rapports avec les romances de Montesi- 
nos. Dans leur introduction, les éditeurs veulent bien rappeler un de 
mes livres et disent : « M. de Puymaigre cite parmi les héros des an- 
ciennes romances espagnoles n'appartenant pas à nos chansons de 
geste Grimaltos et Montesinos; il ajoute plus loin : Dans quelques 
chants espagnols, un ccrlain don Tornillas esL une copie évidente de 
Ganelon, et Montesinos o/J're plusieurs 'points de ressemblance avec 
Roland ou Renaud ; les circonstances qui accompagnèrent la naissance de 
Montesinos sont une imitation de ce que nos romans disent de l'enfance 
de Roland. Si M. de Puymaigre eût connu VAiol, il eût sans doute été 
du même avis que M. G. Paris, qui, le premier, dans son Histoire poé- 
tique de Charlemagne{]). 212-3), a reconnu l'identité d'Aïol et de Mon- 
tesinos, d'Elie et de Grimaltos. » Alors, en effet, je ne connaissais 
pas le roman à\iïol, je ne connaissais pas non plus le livre de 
M. G. Paris, puisque le mien lui est antérieur; tout en persistant à 
trouver une ressemblance entre la mort de don Tornillas et celle de 
Berthelot tué par Renaud, entre certains détails de l'enfance de Roland 
et celle de Montesinos, j'hésite d'autant moins à me ranger à l'opi- 
nion de M. G. Paris, que j'avais pressenti et dit (Vieux auteurs cas- 
Lillans, t. II, p. 303-4-5), qu'une romance de Montesinos devait être 
d'origine française. — Peut-être les éditeurs (ÏAiol auraient-ils lu 
avec intérêt ce que Milà y Fontanals dit de Grimaltas et de Montesinos 
dans la, Pocsia popular caslcllana, p. 348 et suiv, — Nous le répéte- 
rons, cet excellent livre devinait être connu de tous ceux qui traitent 
des chansons de geste ; car, érudit comme il l'est, Milà ne s'est pas 
occupé seulement de l'Espagne. 

— Ceque la France commence à faire, grâce à laSociété des anciens 
textes, la Belgique, sous les auspices de l'Académie royale de Bel- 
gique, le fait pour ses anciens poètes, qui, par leur langue, sont 
nôtres aussi. Ces récentes publications, qui ont été bien exécutées, 
ont droit à une mention qui terminera tout naturellement cet article. 

M. A. Scheler s'est placé au premier rang des romanistes par les 



— 197 — 

éditions qu'il a données de plusieurs anciens poëmes. On est étonné 
de la rapidité avec laquelle se succèdent des publications si soigneu- 
sement et si savamment exécutées. En 1874 seulement, M. Scheler a 
fait paraître Les Enfances Ogier, Berthe aux grans pies et Beuves de 
Commarchis. Ces trois romans sont dus au même poëte, Adenès ou 
plutôt Adenet li Rois, car le premier nom est mal orthographié ; mais 
on est tellement habitué à le lire de cette manière, que M. Scheler 
n'a pas osé s'écarter d'un usage invétéré, tout en remarquant que si 
Ton voulait écrire les noms de l'ancienne langue sous leur forme de 
nominatif, il faudrait changer Rutebeuf en Rutebeuus, Moske en 
Mousket. Les Enfances Ogier ne sont pas le meilleur livre d'Adenet, 
c'est un remaniement ; il a néanmoins des qualités poétiques relatives 
qui le rendaient très-digne d'attirer Inattention de la Commission aca- 
démique chargée de publier les anciens écrivains belges. Beiires dp 
Commarchis était aussi inédit et n'est également qu'un remaniement, 
mais se recommandait par les mêmes mérites que Les Enfances Ogier: 
il forme la sixième brandie du cycle fort important d'Aymeri de Nar- 
bonne et de ses enfants. Quant à Bcrlhe aux grans pies, c'est peut-être 
la meilleure production d^Adenet; c'est, à coup sûr, la plus intéres- 
sante et la plus connue. Dès le siècle dernier, il en parut une analyse 
dans la Bibliothèque des romans. En 1832, M. P. Paris en donna une 
édition, réimprimée en 1836. Mais, outre que ces deux éditions sont 
devenues extrêmement rares, le texte pouvait ne plus satisfaire la cri- 
tique philologique actuelle : M. Léon Gautier, dans un passage que 
cite M. Scheler, a parfaitement apprécié la valeur littéraire de ce 
poëme. 

M. Scheler a fait suivre ces trois volumes, — qui comprennent, avec 
Cléomadès, publié antérieurement par M. Van Hasselt, l'œuvre connue 
d'Adenet, — des trouvères belges du douzième au quatorzième siècle. 
Les Chansonniers ont une large place dans ce nouveau volume : nous 
y trouvons Quenes de Béthune (dont le vrai nom serait Conon, par les 
mêmes raisons que nous avons indiquées d'après M. Scheler, au sujet 
d'Adenet); Guillaume de Béthune; Henri III, duc de Brabant ; Gil- 
bert de Berneville; Mathieu et Pierre de Gand; Renaut de Trie; 
Jean de Tournay ; Jehan de Lafontaine de Tournai , et Jocelyn de 
Bruges. Viennent ensuite des dits et fabliaux de Jacques de Baizieux 
et de Gaultier le Long. Un certain nombre de pièces qui forment ce 
volume avaient déjà été publiées, notamment par M. Dinaux. Nous ne 
savons, du reste, si tous les poètes dont M. Scheler nous donne ici les 
vers appartenaient aux contrées dont s'est formée la Belgique. En 
tout cas, nous avons des doutes, et M. Scheler les a lui-même, à l'é- 
gard de Renaud de Trie (p. 147). La chanson mise sous son nom ne 
lui est attribuée que sur un couplet d'envoi qu'on lit sur un feuillet 



— 198 — 

intercalé. En admettant qu'elle ait eu pour auteur Renaud de Trie, 
quel était ce personnage? M. Scheler repousse avec raison l'asser- 
tion de l'Histoire littéraire dp France et de Dinaux, qui veulent voir en 
lui Renier de Trith, mentionné par Villehardouin, et songe plutôt à 
un chevalier qui figure sous le même nom dans les tournois de Chau- 
vency. Nous pensons que le poëte pourrait être ce bon amiral de 
France que nous voyons apparaître dans le Victorial de Guttiere Diaz 
de Games (ch. xlii du livre II), et auquel nous avons cru pouvoir 
aussi attribuer une pièce de vers qui figure dans le Livre des cent bal- 
lades [Victorial, notes, p. 370). 

Le dernier volume de M. Scheler est le Bastars de Bâillon, faisant 
suite à Baudouin de Sebourg, publié par M. Bocca, et qui était resté 
inédit. On ne connaissait guère ce poëme que par ce qu'en a dit 
M. Paulin Paris, le seul critique, à la connaissance de M. Scheler, qui 
en ait traité de lectu. 

M. Scheler, comme il l'a dit, aime à se renfermer dans son rôle 
d'éditeur, à donner des textes unissant à la fidélité une correction 
telle que la critique de nos jours peut l'exiger. Les notices dont il fait 
précéder chacune de ses publications sont courtes et claires, et il ne 
cherche pas à y examiner la valeur littéraire des œuvres qu'il met au 
jour avec des soins dont tous les amis des productions médiévistes lui 
seront bien reconnaissants. Ce qui donne un très-grand intérêt aux 
publications de M. Scheler, ce sont les pages que, trop modestement, 
le savant éditeur rejette à la fin de ses volumes ; ce sont des notes, des 
glossaires remarquables et dont la philologie tirera grand parti. 
M. Scheler a eu aussi une idée heureuse ; cela a été de donner la table 
onomastique des chansons de geste publiées par lui. Une table de ce 
genre ne manque qu'à Berte aux grans pies, où elle n'était d'ailleurs 
pas trop nécessaire ; en revanche, dans le Bastars de Buillon, elle a été 
complétée par l'indication, non-seulement des personnes, mais encore 
des lieux, des peuples et des armes. 

Ce ne sont pas uniquement les poètes dont l'Académie de Bruxelles 
tient à mettre les œuvres au jour; les prosateurs ne sont pas négligés : 
les Chroniques de Jehan le Bel ont été suivies des Lettres et négociatiom 
de Philippe de Commines et des Chroniques de Froissart. C'est à M. le 
baron Kervyn de Lettenhove qu'on doit ces deux publications. Nous 
espérons bien ici même parler de la dernière. — C'est encore M.Schele r 
qui a donné les poésies du chroniqueur par excellence. 

La littérature du moyen âge est bien vengée du dédain qu'on affi- 
chait pour elle. Maintenant on peut presque appréhender que la réac- 
tion ne soit trop forte. Est-ce que les philologues ne poussent pas un 
peu trop à des publications qui, quelquefois, n'ont que le mérite d'avoir 
pendant longtemps semblé dignes d'être oubliées? 

Th. de PuymaictRE. 



190 - 



MÉTAPHYSIQUE ET COSMOLOGIE. 

Philosophie de V Inconscient, -par Edocarp de IlARTjrANN, traduit de l'allemand, et précé- 
dé d'une introduction, par D. Nolen, professeur ù la fa^^ulté des lettres de Montpellier. 
Paris, Germer-Baillière. 1877, 2 vol. in-8 deLXXi-59-2 et 6IS p. [Bibliothèque de philosophie 
contemporaine). Prix ; 20 fr. — Les Causes finales, par Paul Ja.net, membre de 
l'Institut, professeur à la faculté des lettres de Paris. Paris, Germer-Baillière, 1876. 
in-8 de 748 p. [Biblioth. de philos, contemporaine). Pri.x : 10 fr. — Philosophie de la reli- 
gion, de Héget, traduit pour la première fois et accompa2:née de plusieurs introduc- 
tions et d'un commentaire perpétuel, par A. Ver a, prof, à ILiniversité de Naples. docteur 
es lettres de la faculté de Paris. Tome I" (seul paru). Paris. Germer-Baillière, 1876. 
in-8 de CL1X-4:j4 p. (Collection historique des grands philosophes). ?vix : 10 fr. — 
Principes de philosophie, jiar A. Hap.tsen, traduit de l'allematid. avec le concours de 
l'auteur, par Paul Regnacd. Paris, Savy, 1877, in-1-2 de viii-160 p. Prix : 3 fr. 50. 
— Dieu, l'homme et la société. Première partie : Dieu, par B. Sernin-GaSTE.x. Paris, 
André Sag-nier, 1876, in-18 j., de ibo p. Prix : 3 fr. — Les Merveilles du cœur, 
étude religieuse d'anatomie et de physiologie humaines, par .\. Riche, de la conyréga- 
gation des prêtres de Saint-Sulpice, Paris, E. Pion, 1877, iii-I8 raisin de 272 p. 
Prix : 2 fr. 50. — Ferxand Papillox : La Nature et la vie. faits et doctrines. Deuxième 
édition. Paris, Didier, 1874, in-18 j., de 459 p. Prix : 3 fr. 50. — Lettre à un ma- 
térialiste sur la pluralité' des mondes habite's et tes questions qui s'y rattachent, par Jules 
Boiteux. Paris, E. Pion, 1876, in-18 j., de viii-516 p. Prix : 4 fr. — Sur Ve'tat 
présent des rapports de la science et de la religion au sujet de Vorigine des êtres orga- 
nisés, discours prononcé à l'assemblée générale des comités catholiques du Nord et 
du Pas-de-Galais, tenue à Lille les 16. 17, 18 et 19 novembre 1876, par M. A. BÉ- 
CHAiMP, doyen désigné de la faculté libre de médecine de l'Université catholique, etc. 
Lille, L. Quarré, 1877, petit in-8 de 80 p. 

M. Nolen, traducteur de cette formidable et déjà fameuse Philo- 
sophie de rinconscie7il, en a conçu Tidée la plus haute, et il travaille à 
la communiquer aux lecteurs français dans une longue et remarquable 
introduction (p. v-lxxi). Nous sommes loin, très-loin, d'en faire la 
même estime ; mais nous ne trouvons pas qu'il la place trop haut en la 
déclarant l'œuvre la plus considérable qui ait paru depuis une dizaine 
d'années dans la littérature philosophique de TAllemagne. M. Nolen a 
voulu, sans doute, éviter de placer M. de Hartmann au-dessus de tel 
écrivain supérieur en science et en critique, par exemple M. Lange, 
auteur d'une célèbre Hisloire du matérialisme. Mais, dans l'évolution 
logique de la pensée réfléchie, au moins sur la voie de l'idéalisme 
ouverte par Kant et par Fichte, nous sommes prêts à reconnaître 
que le nouveau philosophe marque une nouvelle étape, la dernière 
peut-être, par un travail qui restera au moins comme un souvenir 
précis, une date essentielle de l'histoire de la philosophie contempo- 
raine. Après le moi trop étroit de Fichte, Vabsolu trop mal défini de 
Schelling, Vidée trop vide de Hegel, la volonté trop contradictoire de 
Schopenhauer, M. de Hartmann a bien compris qu'il fallait chercher 
et trouver une nouvelle conception de l'éternel inconnu. H a marié 
l'Idée de Hegel à la Volonté aveugle de Schopenhauer, mais en res- 
tant moniste et pessimiste comme ce dernier, quoique avec quelques 
nuances caractéristiques. Son Dieu s'appelle VInconscient. Hartmann 
a transporté dans l'absolu ce que l'observation lui dévoilait dans la 
nature et dans l'homme, antérieurement à la conscience : cette activité 



— 200 — 

sourde, et pourtant intelligente à sa manière, qui poursuit et atteint 
des fins par des moyens proportionnes. L'éternel inconscient est donc 
à la fois idée et volonté, mais idée et volonté qui saisissent leur objet 
ou leur terme sans se saisir elles-mêmes. De sorte que l'idéalisme ger- 
manique n'a pas fait un pas notable depuis Hegel, si l'on s'en tient à 
ses conclusions religieuses ; c'est autre chose si l'on considéra le tra- 
vail dialectique auquel il s'est livré et dont les résultats, comme nous 
tâcherons de le faire comprendre à la fin de notre analyse, sont loin 
d'être nuls pour la cause de la vraie philosophie. 

Quoi qu'il en soit^ la Philosophie de l'Inconscient ayant produit une 
grande sensation en Allemagne, même en-dehors du public universi- 
taire, de nombreux disciples s^étant groupés autour de l'auteur, une 
lutte très-vive s'étant engagée et durant toujours entre ce nouveau 
parti et les tenants, soit de l'hégélianisme, soit de la philosophie de 
Schopenhauer, soit du monisme matérialiste, nous aurions le plus 
grand tort de ne pas prendre au sérieux le gros livre dont M. Nolen 
nous oiîre une traduction recommandée aux lecteurs français, avec 
de justes éloges, par l'auteur allemand lui-même (p. i-iv). Il sera 
consulté, comme un document essentiel, par ceux au moins qui ont 
mission d'étudier de prés les évolutions de l'erreur en philosophie. 
La fidélité de la traduction ne peut faire doute pour personne ; elle 
n'est pas matérielle seulement : l'allure et la couleur très-originales de 
M. de Hartmann sont passées dans le souple français de M. Nolen, 
qui a goûté la doctrine et l'expression de son auteur jusqu'à se les 
approprier dans toute la force du mot. En lui rendant cette justice, 
nous prétendons énoncer une critique en même temps qu'un éloge. 
Si nous discutions l'introduction de M. Nolen, nous aurions à plaindre 
un esprit si distingué d'accepter les pires assertions de M. de Hart- 
mann et de les dépasser quelquefois, en affirmant contre lui ou plus 
que lui des erreurs destructives de toute saine philosophie : par 
exemple, que tous les faits même de la conscience, « comportent une 
explication mécanique, comme ceux de la matière brute (lv) ; » et que 
l'explication universelle la plus satisfaisante « pourla raison et pour le 
cœur de l'homme » est celle qui réduit Fabsolu à l'idée pure, sans 
volonté et sans amour (p. lxiy). Mais, sans discuter autrement les 
opinions personnelles du traducteur, nous lui emprunterons quelques 
renseignements sur son auteur, avant d'aborder l'exposition des idées 
de ce dernier. 

Une existence douloureuse est d'ordinaire la première explication 
historique de ces systèmes pessimistes que M. Caro présentait juste- 
ment naguère comme de vrais cas de maladie intellectuelle : Léopardi 
et Schopenhauer sont loin de démentir cette vue générale. Ce n'est 
pas si clair pour Hartmann. S'il a eu à lutter contre la souffrance et 



— 201 — 

contre quelques difficultés de la vie, il n'en est pas moins arrivé fort 
jeune à la gloire littéraire et au bonheur domestique. Né à Berlin en 
1842, fils unique d'un général d'artillerie, il fit de bonnes études sco- 
laireSj où la littérature classique lui agréa d'ailleurs beaucoup moins 
que les sciences, la musique et le dessin. Dans son volontariat d'un 
an, à l'Ecole d'artillerie de Berlin, où il passa trois années, et pen- 
dant deux ans de carrière militaire, il poursuivit ses études artistiques 
et philosophiques et publia, dans ce dernier genre, des essais fort re- 
marqués. Il quitta le service en 1864, pour cause de santé ; il était 
alors premier lieutenant d'artillerie. Depuis cette date jusqu'en 1867, 
il travailla constamment à l'œuvre capitale qui parut en 1868 sous ce 
titre : Philosophie des Unbeivusten, et qui est devenue (ce n'est pas trop 
dire) populaire en Allemagne. Riche et considéré, il vit à Berlin avec 
une femme intelligente, un (( bel et florissant enfant » et un cercle 
assidu d'amis choisis, dans une telle joie d^esprit et de cœur qu'on a 
pu dire de lui et des siens (il nous l'apprend lui-même : a Si Ton 
veut voir encore des visages satisfaits et jojeux, il faut aller chez les 
pessimistes. » 

Par son sujet et par ses dimensions, son œuvre est effrayante pour un 
lecteur français. Nous l'avons lue pourtant, non sans fatigue, mais 
avec des passes de vif intérêt. Avant tout, le livre est aussi clair qu'il 
peut l'être avec une donnée générale contradictoire et partant incom- 
préhensible, et avec de nombreux détails où l'esprit de système fran- 
chit inconsciemment de vrais abîmes. 11 y a des pages très-animées 
pleines de finesse et d'esprit ; il y en a même, quoique en bien plus 
petit nombre, qui offrent de la grandeur et de l'émotion. L'introduc- 
tion de l'auteur annonce dès l'abord plus de précision et de netteté 
qu'on n'en rencontrait dans les philosophes allemands des générations 
précédentes : l'Inconscient (idée et volonté indissolublement unies, 
malgré leur caractère contradictoire) , dont la notion définitive s'est 
dégagée peu à peu du travail des philosophes antérieurs, va être étu- 
dié dans ses phénomènes d'abord, puis dans sa notion intrinsèque ; et 
il faut procéder à cette étude, d'après la méthode naturelle, en accu- 
mulant les faits d'observation, en les analysant et trouvant leur rai- 
son dernière par ce procédé de tâtonnement qui a sa formule scienti- 
fique dans le calcul des probabilités. De là la division de cette philoso- 
phie en deux parties : Phénoménologie de l'Inconscie7it,ren{ermée dansle 
premier volume; Métaphysique de l'Inconscient, qui remplit le second. 

La phénoménologie de l'Inconscient comprend [ elle-même deux 
parties : la manifestation de l'Inconscient dans la vie corporelle, — 
et dans l'espril. 

Dans le corps, M. de Hartmann montre d'abord la volonté in- 
consciente dans la vie cérébrale, médullaire, ganglionnaire. Tout 



— 202 — 

ganglion constitue pour lui un centre volontaire; mais, dans l'orga- 
nisme humain, le grand sympathique communique aux viscères les 
mouvements, partis de la moelle épinière. De là, unité de résul- 
tat, mais nulle unité substantielle. Ce que nous appelons le moi vou- 
lant est une résultante; le libre arbitre est une illusion. Du reste, 
le mouvement musculaire ne s'explique pas par l'activité seule ; il 
y faut l'idée (chap. ii) : la volonté ne peut agir sur le muscle 
qu'elle tend à contracter sans une connaissance inconsciente du nerf 
moteur, qui lui sert d'intermédiaire. L'instinct des animaux (m) 
offre un champ encore plus vaste à l'observateur de l'activité intelli- 
gente de l'inconscient ; M. de Hartmann, malgré trop de propension 
à accepter des faits douteux, en accumule beaucoup de très-sûrs et 
de très-démonstratifs pour établir la finalllc de l'instinct ; quant à 
croire avec lui que l'animal pense et veut la fin qu'il poursuit, tout en 
l'ignorant (car il faut bien que ce soit là sa pensée), c'est une autre 
affaire ! Sous le bénéfice des mêmes remarques, on peut louer les 
chapitres suivants, sur les mouvements réflexes (contractions muscu- 
laires, dues à un nerf moteur ébranlé par suite de l'action reçue du 
dehors par un autre nerf et portée par celui-ci à un centre d'innerva- 
tion), sur la force curative de la nature, sur la force plastique de l'or- 
ganisme vivant. La finalité se dégage avec certitude, sinon de chaque 
détail, au moins des lois générales de ces mouvements, que le méca- 
nisme sera toujours impuissant à expliquer : ce n'est que sur sa thèse 
d'idée non pensée que M. de Hartmann ne gagne pas un pouce de 
terrain. l\ prête encore le flanc à la critique par sa facilité à recon- 
naître comme naturels des faits, ou douteux, ou faux, ou miraculeux : 
ainsi, non-seulement les envies des femmes grosses, mais le don de 
seconde vue, les extases anesthésiques, les sueurs de sang réglées par 
un élément intellectuel (il cite Louise Lateau), etc. 

Dans l'esprit humain, bien que la conscience, fille de l'Inconscient, 
ait pris une partie du terrain qui appartenait à son père, ce dernier 
persiste dans nos instincts, plus nombreux et plus importants que la 
vanité humaine ne voudrait en convenir : crainte de la mort, pudeur, 
dégoût (ou plutôt aversion innée) de certains aliments, tendances 
propres à chaque sexe, sympathie, amour maternel, etc. : tous faits 
spontanés qui impliquent la finalité, aussi bien que l'amour des sexes, 
dont M. de Hartmann présente une étude profonde et hardie (p. 245- 
268). Nous y aurions beaucoup à louer et beaucoup à blâmer, mais 
nous la recommandons aux ennemis des causes finales, surtout en ce 
qui concerne ces lois mystérieuses (p. 2611 qui soumettent l'attrait 
sexuel aux conditions mêmes du progrès de l'espèce. Nous goûtons 
moins le chapitre (m) consacré à la sensibilité, vu la théorie obscure 
et plus que contestable de l'auteur sur l'essence du plaisir et de la 



. — 203 — 

douleur. Nos difficultés augmentent quand il traite du caractère aide 
la moralité, réaction de rinconscient contre les motifs d'agir; de la 
faculté esthétique, réaction du même Inconscient contre les percep- 
tions s.ensibles (que cela est peu clair et peu explicatif!); de l'origine 
du langage, œuvre collective d'un instinct humain ; du m^'sticisme 
enfin, que l'auteur étudie avec finesse, mais en confondant des espèces 
absolument différentes et en exagérant beaucoup la part de Yincons- 
cience dans certains états exceptionnels de l'âme. Mais ce qu'il y a 
de plus attristant dans cette psychologie de l'instinct, c'est son appli- 
cation à l'histoire (ch. x). Ici, Hartmann mérite les mêmes reproches 
d'immoralité que l'école hégélienne. Le progrès s'accomplit fatalement 
sous l'action incessante de l'Inconscient, par des luttes, soit guerrières 
soit industrielles, dont l'issue nécessaire et voulue est la destruction 
des vaincus. A cette théorie, où la liberté, la moralité, la responsa- 
bilité, n'obtiennent pas la moindre place, se rattache bien ou mal une 
sorte de socialisme industriel, par où le grave philosophe devient un 
rival de M. Louis Blanc. 

Passons à la métaphysique et au second volume. Dans les premiers 
chapitres de cette analyse subtile de Flnconscient, les hypothèses et 
les contradictions abondent, et il ne pouvait en être autrement. Com- 
ment amener la réflexion sur ce qui lui échappe par son essence même? 
Comment prouver que'la conscience est la, slupvfaction de la volonté en 
face de l'idée, son contraire ? et comment saisir cette singulière con- 
ception ? Dès qu'on admet que la conscience est attachée à l'orga- 
nisme cérébral, comment attribuer à l'Inconscient la préparation de 
cet organisme ? C'est pourtant tout ce que fait ou tente de faire l'au- 
teur dans ses trois premiers chapitres, en partant de l'unité de la 
volonté et de l'idée dans l'Inconscient, pour arriver à leur opposi- 
tion dans le développement de l'activité cérébrale, opposition dont le 
résultat est la conscience elle-même ! Nous allons ensuite d'étonne- 
ment en étonnement. La conscience nous apparaît jusque dans les 
plantes (chap. iv), et l'auteur ne se prive pas de citer à l'appui 
l'exemple de la sensitive ; la limite du conscient et de l'inconscient 
est près de s'effacer, et l'on se demande si un point de vue nouveau 
ne menace pas ici de présenter l'envers, je veux dire l'inverse, la 
contradiction du système. Mais en même temps son essence se montre. 
L'Inconscient seul est un; il est l'éternelle réalité. Il n'y a ni esprit, ni 
matière, les forces sont les volontés mêmes de l'Inconscient, . dont 
l'opposition apparente se résout dans l'unité de cet absolu, qui est 
l'intelligence et la puissance mêmes, dans leur fond éternel. Le dar- 
winisme entre tout entier dans cette conception, en s'adaptant à la 
notion de l'inconscient, laquelle le soutient et l'éclairé. Après cette 
cosmologie et cette théodicée, il fallait une morale ou une théorie du 



— 204 - 

progrés, du processus universel, commme l'auteur aime à parler. C'est 
l'objet de deux chapitres dont l'un, le plus long, et peut-être le plus 
curieux de tout l'ouvrage, est l'exposition du pessimisme propre à 
Hartmann (p. 351--481). Le monde, la vie humaine en particulier sont 
l'œuvre de la volonté, qui est le contraire de la raison; delà, déraison 
et malheur de l'existence. On voit bien le 'disciple fidèle de Schopen- 
hauer. Il ne s'écarte de son maître qu'en proclamant que le monde, 
œuvre de l'intelligence absolue, est le meilleur possible ; c'est-à-dire 
que l'optimisme de Leibniz est concilié avec son extrême opposé : 
conciliation toute simple pour qui admet que, dans le meilleur des 
mondes possibles, la somme des maux est nécessairement supérieure 
à celle du bien. C'est ce que l'auteur s'attache à prouver avec une 
richesse d'observation digne d'unmeilleuremploi.Ily trouve l'occasion 
d'une synthèse historique assez curieuse : l'enfance du monde, sa 
jeunesse, sa vieillesse, se caractérisent par leur façon de concevoir le 
bonheur à réaliser. L'antiquité, en effet, se flatte de le trouver dans les 
lois mêmes delà vie individuelle, par les plaisirs du corps et de l'âme; 
le christianisme et le moyen âge le placent dans une' vie ultérieure ; 
l'âge moderne dans le progrès social. Hartmann oppose aux illusions 
contemporaines sur la diffusion du bien-être et de l'art de terribles 
objections, et Ton voit bien, quand il ne le dirait pas, que sa philoso- 
phie « est dure, froide et insensible comme la pierre. » On l'a vu 
mieux encore quand il éliminait les espérances chrétiennes, « second 
stade de l'illusion, » par des difficultés cette fois dérisoires. Mais sa 
longue discussion sur « le premier stade de l'illusion, » ou sur la 
vanité du bonheur de la vie, est vraiment instructive, malgré son 
exagération. Il avait été précédé sur ce terrain par un maître élo- 
quent ; mais même après Schopenhauer, qu'il corrige en partie, 
Hartmannn a porté une incontestable originalité dans cette rigou- 
reuse enquête à laquelle il soumet tous les instincts et toutes les 
habitudes de Thomme, pour établir partout l'inévitable supériorité de 
la souffrance sur le plaisir. Que le sophisme se glisse ça et là dans ce 
formidable réquisitoire, c'est vrai; mais on y reconnaît assez souvent 
la profondeur de l'observation et la finesse de l'analyse psychologique ; 
la délicatesse du goût artistique (ce qui ne gâte rien) y éclate aussi 
dans plus d'un détail, par exemple, dans ces mentions satiriques des 
pianos sans âmes et des « barbouillages littéraires du jour. » — La 
philosophie spiritualiste n'a pas besoin de répudier l'ensemble de ce 
plaidoyer contre l'illusion des bonheurs de la terre ; cette théorie est 
le fond même d'une preuve de ces destinées immortelles qu'elle pro- 
met aux âmes. Le christianisme, fort mal compris par Hartmann, n'a 
pas à s'inquiéter beaucoup de l'arrêt porté par cet injuste apprécia- 
teur contre les promesses de la vie future. Quant au paradis sur la 



— 20o — 

terre, rêvé par les progressistes de notre temps, ils peuvent eux- 
mêmes se consoler des rudes coups portés à cette doctrine parle pes- 
simiste berlinois, en considérant les rêves d'avenir social où il se perd 
à son tour ; évolution progressive, où toute activité, non-seulement 
individuelle, mais collective, tend à réaliser, d'effacement en ef- 
facement, ce but universel, l'anéantissement de toute volonté ! 

Tout l'ouvrage aboutit à un chapitre intitulé Derniers principes, qui 
achève de dégager le concept panthéiste déjà suffisamment indiqué, 
en le rapprochant des systèmes antérieurs qui lui ont plus ou moins 
ouvert la voie. Hartmann trouve son explication plus complète, plus 
nette, plus explicative que toute autre ; il a donné la formule de la Subs- 
tance universelle, que tout pliénomène révèle. Il reconnaît que la 
raison d'être de cette substance lui échappe : mais c'est là un pro- 
blème essentiellement insoluble. « La terre repose sur l'éléphant, 
l'éléphant sur la tortue, mais sur quoi repose la tortue ? Il faut savoir 
s'arrêter dans un mystérieux effroi devant le problème de la Subs- 
tance absolue, comme devant la tête de Méduse (p. 565). » Ne dirait- 
on pas le sérieux et l'ironie mariés ensemble dans l'enseigement du 
philosophe, comme les deux éléments contradictoires dans sa compo- 
sition de l'absolu? Mais au lieu de le combattre, il peut être bon de 
noter ici les secours qu'il apporte sans le vouloir à la cause de la vraie 
philosophie. La psychologie, la cosmologie et la zoologie rationnelles 
profiteront des richesses accumulées dans son premier volume. Il n'a 
compris ni l'unité de la conscience, ni la portée de la raison, ni les 
prérogatives de la liberté. Mais la part faite à ces éléments essen- 
tiels, il y a lieu de le consulter sur ce qui est instinctif et spontané, 
non-seulement dans la vie organique, mais dans le jeu obscur de la 
pensée, dans l'épanouissement de l'activité volontaire, dans l'inspira- 
tion artistique. D'ailleurs à des faits harmoniques inconscients, à des 
faits de finalité, le bon sens donne une cause première consciente : 
dés lors voilà d'immenses matériaux pour la thèse de la divine Pro- 
vidence ! De plus la métaphysique de Hartmann, dépouillée de ses 
contradictions, est précisément le retour du mouvement hégélien, 
entièrement achevé, vers la. philosophiaperciDiis. L'absolu, c'est l'unité 
essentielle ; mais cette unité est à la fois intelligence et volonté, et 
voilà le Dieu vivant, intelligent et libre, qui reprend la place des 
abstractions fantastiques créées par les sophistes. La question divine 
résolue, la vie retrouve son vrai sens, le pessimisme est vaincu. Le 
monisme idéaliste subsistera-t-il ? La conscience finie et partielle, qui 
appartient à l'homme, lui révèle la distinction des substances créées, 
soit entre elles, soit vis-à-vis de l'absolu, qui est la cause première, 
comme il est la première substance. Et c'est ainsi que M. de Hartmann 
a travaillé pour le triomphe de ce « théisme étroit, » dont il parle avec 



— 2()n — 

tant de dédain dans un des plus faibles chapitres et dans beaucoup 
de tristes pages de son livre. 

— A la Philosophie de l'Inconscient, nous sommes heureux d'opposer 
la plus sérieuse étude de théologie naturelle qui soit sortie de l'école 
spiritualiste française. Le volume auquel l'éminent professeur de phi- 
losophie de la Sorbonne a donné ce titre significatif: les Causes finales, 
est presque effrayant par ses dimensions, peu ordinaires à nos essais 
de littérature philosophique. Mais on ne dira pas de lui : « Encore 
plus lourd que grave. » Il est rempli par une discussion consciencieuse, 
attentive et profonde, où l'éloquence n'usurpe jamais la place du rai- 
sonnement. Le livre est gros, mais n'oublions pas que la thèse des 
causes finales, toujours suspecte à certains savants même ortho- 
doxes, souvent compromis par des défenseurs imprudents et fantai- 
sistes, est aujourd'hui plus que jamais décriée par le positivisme et le 
naturalisme et interprétée à contre-sens par l'idéalisme athée. Il fal- 
lait donc et déblayer le terrain des causes finales de beaucoup d'erreurs, 
et en reprendre la démonstration sur nouveaux frais, et en déduire le 
sens et l'interprétation légitime, et renverser tous les systèmes qui 
nient soit la loi même, soit la portée de cette loi. Dans ce travail, en 
somme réussi, M. Janet est resté fidèle à son esprit de patiente ana- 
lyse philosophique et scientifique; mais il a dépassé de plus en plus, 
à son grand honneur, les limites que s'imposaient presque toujours, 
jusqu'à ces derniers temps, les philosophes de son école, trop pro- 
digues de rhétorique, trop sobres de raisonnement et trop étrangers 
aux sciences naturelles. 

Dans un chapitre préliminaire, M. Janet établit la position du pro- 
blème. Selon lui, l'existence des causes finales est une vérité certaine, 
mais ce n'est pas un principe de la raison, une vérité première; c'est 
une loi de la nature, dominant les autres lois sans doute, mais qu'il 
faut pourtant démontrer, comme celle-ci, par la méthode inductive. 
Avant lui, la plupart des maîtres évitaient cette question; beaucoup la 
résolvaient dans le sens opposé. M. Janet a raison de rejeter la for- 
mule de M. Joufiroy et celle de M. Ravaisson, qui, regardant le prin- 
cipe de finalité comme une vérité nécessaire, ont cru en faire saisir l'évi- 
dence immédiate par de vraies équivoques d'expression. Mais il n'en 
reste pas moins fort douteux que l'habile professeur soit allé au fond de 
la question. Il nous parait, quant à nous, que la finalité est vraiment un 
principe nécessaire ; il ne s'ensuit pas que l'expression abstraite et 
universelle de ce principe soit pour tous les esprits, à tous les mo- 
ments, d'une évidence immédiate, et c'est pourquoi le travail de dé- 
monstration inductive auquel va se livrer M. Janet n'est pas inutile. 
Mais, d'autre part, il n'est pas sans inconvénient de nier la nécessité 
intrinsèque de ce principe, pour en faire une simple loi contingente 



— 207 — 

de la nature. Une analyse exacte montrerait peut-être, au contraire, 
que le principe de causalité (que M. Janet proclame nécessaire) im- 
plique dans son fonds celui de finalité, et que ce dernier est aussi im- 
pliqué dans le fondement même de l'induction, dont vous allez vous 
servir pour le démontrer! 

Quoi qu'il en soit, le premier livre de ce gros traité est consacré à 
prouver ce principe, ou plutôt (pour garder l'expression et l'idée de 
l'auteur) cette loi. La notion et le critérium de la finalité sont d'abord 
nettement déterminés. Le hasard ne peut être la raison de l'ordre. De 
même que chaque phénomène s'explique nécessairement par une 
cause, de même toute combinaison de phénomènes s'explique par une 
fin. Plus il y a de causes diverses qui concourent à un même effet, 
plus la finalité est incontestable. Une rencontre fortuite peut, sans 
doute, être acceptée comme explication de tel ou tel cas accidentel et 
peu compliqué. Mais le nombre des éléments concourant à l'eff'et, la 
constance de ce concours, la coordination des groupes divers d'effets, 
concourant encore eux-mêmes comme causes à des eff'ets ultérieurs, 
constituent non-seulement un indice probable, mais une démonstra- 
tion évidente de la finalité. Or, dans la nature, cet accord prédéter- 
miné de causes divergentes se constate par des observations qui ont 
donné lieu à une foule de travaux célèbres; M. Janet les continue à 
son tour, non sans bonheur. Il trouve d'ailleurs des auxiliaires parfois 
inattendus. Je ne veux pas parler de Hartmann lui-même, qui est 
éminemment caiise-fmalier, mais qui, malgré son éloignement de toute 
préoccupation religieuse, donne quelquefois lieu à ces reproches 
d'hypothèse et de subtilité si souvent prodigués aux partisans des 
causes finales; encore M. Janet emprunte-t-il au philosophe berlinois 
une remarque utile sur la complication de l'organisme de l'œil. 
M. Claude Bernard lui fournit l'idée de ce singulier problème : com- 
ment l'estomac, qui digère la viande, ne se digère-t-il pas par lui-même ? 
C'est que l'action du suc gastrique sur les parois qui le sécrètent est 
empêchée par une sorte d'enduit ou de vernis dont elles sont revêtues 
et dont la finalité est difficilement contestable, M. Stuart Mill lui- 
même, ce positiviste intrépide, quoique trop touché des théories pure- 
ment mécaniques du darwinisme, est forcé de reconnaître que l'expli- 
cation de l'harmonie universelle par des intentions est beaucoup plus 
probable. Pour la rendre évidente, M. Janet étudie surtout la coordi- 
nation des forces, d'abord dans l'organisme et dans les fonctions des 
animaux (on remarquera surtout ce qui concerne la division des sexes, 
que le darwinisme a si peu réussi à expliquer); et, en second lieu, dans 
les instincts qui conservent et propagent la vie animale. Après ces 
pages, dignes d'être comptées parmi les meilleures de notre littéra- 
ture philosophique, l'auteur s'attaque directement au mécanisme et le 



— ^.os — 

réduit à rimpuissance d'expliquer les phénomènes de la vie. Il répond 
ensuite très-longuement, trop longuement peut-être, aux diverses 
objections. La plus apparente est celle qui repousse la doctrine des 
causes finales comme entachée d'anthropomorphisme : l'homme a-t-il 
le droit, parce qu'il reconnaît ses intentions dans le détail de ses 
œuvres, d'attribuer des intentions à la cause inconnue des phénomènes 
naturels? La difficulté est d'autant plus sérieuse aux yeux de l'auteur 
que lui-même n'a établi son critérium de la finalité que sur cette ana- 
logie de l'art humain et de l'art de la nature. Aussi répond-il, sans 
sortir de l'ordre expérimental, que l'induction est légitime de l'homme 
à la nature, parce que l'homme fait partie de la nature et qu'il n'y a 
pas, dans l'analogie incriminée, passage d'un genre à l'autre. Cela est 
juste, sans doute^ mais peut-être trop superficiel; il nous semble qu'en 
établissant la iiéccssilé i}Urinst'qiie du principe des causes finales, l'au- 
teur aurait repoussé plus catégoriquement cette objection, vieille 
comme l'athéisme. Nous n'avons garde d'énumérer les autres objec- 
tions, qui fournissent à M. Janet l'occasion de parcourir presque toute 
l'histoire de la philosophie, et d'étudier presque toutes les questions 
d'anomalies biologiques (monstres, membres inutiles, etc.) ; nous y 
admirons la patience d'examen et la lucidité d'expression qui le dis- 
tinguent toujours, en nous permettant de croire que plus de synthèse 
et moins de discussions incidentes auraient allégé le poids du livre 
sans nuire à sa solidité. 

Il semble que tout est terminé, quand on a démontré les causes 
finales. Là où il y a des intentions, il y a une cause intelligente, dit le 
sens commun. Mais on sait que beaucoup de systèmes modernes en 
ont décidé autrement, de sorte qu'à son premier livre sur la loi de 
finalité, M. Janet s'est cru obligé d'en ajouter un second sur la cause 
■première de la finalité. Dans un premier chapitre, il retrace une his- 
toire fort attachante de cette démonstration populaire de l'existence 
de Dieu que Kant a nommée l'argument physico-théolorjique ; le philo- 
sophe de Kœnigsberg, sans accorder à cet argument une portée 
absolue, l'admettait encore en somme dans la Critiqué de la raison 
pure ; mais, dans des écrits postérieurs, il paraît n'accorder au principe 
théologique qu'une valeur purement subjective. Dans le second cha- 
pitre, l'auteur démontre que c'est bien une loi réelle de la nature, 
qui demande, par conséquent, une cause réelle, et que, même en la 
concevant comme immanente aux choses, on n'en donne pas la raison 
suffisante, si on ne remonte à une cause absolue supérieure à la nature 
elle-même; ce qui amène Timportante discussion des deux hypothèses 
contradictoires : finalité instinctive, inconscience de Hegel, de Scho- 
penhauer et de Hartmann; ou finalité intelligente de la tradition 
chrétienne et spiritualiste (ch. ni'. Cette dernière est solidement dé- 



— 209 — 

fendue comme seule intelligible; et, à cette occasion, non content de 
dauber sur l'idéalisme d'outre-Rhin, Fauteur fait quelques pointes sur 
les terres d'une école française qui prétend prendre la succession de 
la sienne. Cette école, qui abaisse volontiers rintelligence au profit 
de la volonté, de l'amour, de la liberté, a fait pour le moins de bien 
dangereuses concessions à la doctrine de l'Inconscient; car il n'est pas 
d'ailleurs bien facile de dire avec précision ce qu'elle abandonne et ce 
qu'elle réserve dans le domaine de la théodicée. Il arrive à M. Janet 
de déclarer à M. Lachelier qu'il ne l'a pas compris : c'est une mau- 
vaise note pour l'un ou pour l'autre; si je ne craignais d'obéir à un 
mouvement d'amour-propre (car j'ai eu le même malheur que M. Ja- 
net), je déclarerais que c'est la faute de M. Lachelier, et qu'il est 
obligé de se faire comprendre. Un dernier chapitre clôt la discussion 
par la reconnaissance d'une cause créatrice intelligente, et l'auteur 
consacre les 140 pages qui suivent à dix appehdices, quelques-uns 
fort étudiés sur diverses questions de théorie ou (plus souvent) d'his- 
toire de la philosophie relatives à certains points touchés dans l'ou- 
vrage : nous avons remarqué surtout un essai sur Leibniz et les causes 
finales et un autre sur VévoliUionisme dans Herbert Spencer. 

Nous avons exprimé quelques critiques dans cette analyse, d'ail- 
leurs bien incomplète, du grand travail de M. Janet. Une étude plus 
détaillée en amènerait d'autres ; en général, il faudrait constater, cà 
et là, l'insuffisance ou la timidité de la métaphysique propre à l'au- 
teur. On peut attribuer cette réserve excessive d'affirmation à des 
égards de bonne guerre pour les adversaires qui ont abjuré tout 
principe supérieur; mais, parfois, cette interprétation bénigne est 
difficile à soutenir, et il semble bien que, sur des points essentiels, la 
création, par exemple, la doctrine de l'auteur garde une fâcheuse 
indécision. Mais la cause victorieusement défendue par M. Janet n'en 
est pas moins celle de la vraie philosophie, et nous serions ingrats de 
ne pas terminer ce pâle et très -insuffisant compte rendu par de vives 
félicitations. Les Causes finales ont leur place marquée, et une place 
des plus honorables, parmi les meilleures oeuvres du spiritualisme 
français contemporain. 

— C'est à peu près uniquement pour mémoire que nous avons ins- 
crit parmi les livres de métaphysique examinés dans ce travail 
d'ensemble le premier volume de la Philosophie de la religion; cette 
œuvre de Hegel est assurément, malgré son caractère contradictoire, 
si profondément antipathique à l'esprit français, une de celles qui 
marquent dans l'idéalisme allemand et dont l'influence s'est fait sen- 
tir dans le domaine de la critique religieuse de ce siècle. De plus, 
le traducteur, M. Véra, professeur à l'Université de Naples, où il en- 
tretient le feu sacré de l'hégélianisme, mort ou expirant partout 

Mars 1878. T. XXII, 14. 



— 210 — 

ailleurs y compris l'Allemagne, M. Véra, dis-je, a fait précéder ce 
volume d'une longue et assez curieuse introduction : c'est un docu^ 
ment à consulter pour Thistoire des formes diverses que l'antichristia-! 
nisme a revêtues de nos jours. M. Véra, en vrai optimiste hégélien, 
représente la forme sympathique, bien que d'aucuns la puissent jugep] 
antipathique à un très-haut degré. Nous avions déjà pris les notes 
nécessaires pour un compte rendu de ce premier volume (intro^ 
duction, texte et commentaires), lorsque nous avons appris que k 
second volume, dont Tapparition longtemps retardée pouvait semblep| 
un peu problématique, allait être publié assez prochainement. Nous 
réservons naturellement notre travail pour l'époque où nous pourrons 
mieux juger l'ouvrage qui sera tout entier entre nos mains. 

— Les Pri7icipes de philosophie de M. Hartsen sont principalement! 
et presque uniquement un manuel de métaphysique; d'autant mieux 
que Fauteur a donné à part les autres parties de sa philosophie : des 
Principes de psychologie, dont nous avons parlé CPolybiblion, t. XII, 
p. 12) ; des Principes de logique, dans le même esprit et les mêmes 
dimensions, sans compter un ouvrage non traduit, intitulé '.Principes de 
sagesse praUque, cité dans le manuel qui est sous nos yeux. M. Hartsen 
est de ceux qui représentent, dans le pays de la métaphysique la plus 
nuageuse, le parti de Texpérience timide et du terre à terre scientifique. 
Ces modestes dispositions ont du bon et nous les louerions volontiers 
si elles s'alliaient à une provision suffisante de notions bien 
solidement et bien clairement établies. Mais rien de plus vide et de 
plus plat que ces essais sur la théorie de la connaissance (p. 36-73), 
sur les généralités de la métaphysique, sur l'être, les qualités et les 
relations. <^< Il y a peu de chose à dire de l'être, ». écrit naïvement 
M. Hartsen (p. 91), et il aurait pu répéter une pareille formule au 
début et à la fin de chacun de ses chapitres. 11 a pourtant le mérite 
d'avoir gardé, beaucoup mieux que de plus illustres penseurs de 
son pays et du nôtre, les données élémentaires du sens commun : 
il s'étonne qu'on ait pu déclarer que l'idée d'être renferme en elle- 
même une contradiction; il admet le principe de causalité. Mais il lui 
arrive de faire observer dans une note (p. 85) que Stuart Mill a con- 
testé l'universalité de ce principe, et il n'a rien à dire pour repousser 
cette doctrine destructive de la raison. Que pourrait-il y opposer, en 
eifet, lui qui ne sort pas, dans ses définitions et ses analyses les plus 
subtiles, du cercle des objets étudiés par l'observation? Sa méta- 
physique, « science des choses les plus générales, » ne s'occupe pas 
de Dieu. Il est fort scandalisé que les théologiens et beaucoup de 
philosophes se querellent sur les questions de Dieu, du libre-arbitre, 
de la spiritualité de Tàme^ que lui-même n'a garde de toucher, sans 
doute parce qu'elles ne correspondent à aucun objet nettement déter- 



— 211 — 

miné pour son intelligence. Est-ce à dire qu'il soit athée? Non; et 
parmi les conditions du bonheur, conditions d'ailleurs tout expéri- 
mentales^ il place avant tout le devoir, parce que l'homme doit faire 
« ce que la puissance suprême (Dieu) exige de lui. » Comment cette 
assertion, jetée à la fin du livre, s'accorde avec tout le reste, il n'est 
pas facile de le voir. Il y a de singuliers hiatus dans la construction 
scientifique de M. Hartsen, malgré le souci très-louable qu'il affiche, 
partout pour la clarté des idées et du stjle. Peut-être la traduction 
française trahit-elle çà et là les intérêts du texte. L'auteur nous 
apprend qu'il porte sur lui jour et nuit un carnet dans lequel il prend 
note sur-le-champ de toutes les bonnes expressions qui lui viennent 
à l'esprit. « C'est une précaution, ajoute-t-il avec une candeur plus que 
germanique, dont nous avons retiré de très-grands avantages (p. 35). » 
Ces avantages brillent peut-être dans le texte allemand; les pages 
françaises de M. Hartsen n'en offrent pas traee. Il a plus d'une 
expression louche qui prouve que, même avec l'aide de M. Paul 
Regnaud, il ne manie pas sans peine l'idiome de la France, Dans 
une série de règles de méthode assez justes, mais fort communes, 
qu'il a placées en tête de son livre, il recommande, « conformément 
au proverbe français, » de juger Les écrits d'après leur date; c'est une 
règle de bon sens et non pas un proverbe. Le vers cité à la même 
page : La critique est aisée, mais... n'est pas davantage un vers. 
M. Hartsen choppe également sur le latin : il a écrit trois fois au 
moins (p. 6, 10, 15) celer pour celeriter. Mais qu'on lui pardonnerait 
volontiers ces peccadilles s'il réalisait son programme : résumer sous 
une forme claire, courte et complète les résultats démontrés de la 
science philosophique! J'ai dit assez que ce programme reste tout 
entier à remplir après lui. Je ne puis guère louer dans ces pages que 
des conseils pratiques pour l'étude en général, pour l'observation 
physique en particulier; des remarques parfois assez justes sur l'abus 
des mots et sur l'absence d'idées nettes et bien déterminées; des 
règles de conduite d'une sagesse toute bourgeoise, mais qui peuvent 
avoir leur emploi. Quant à la hauteur de la pensée philosophique de 
M. Hartsen, nos lecteurs pourront la mesurer eux-mêmes sur un 
léger échantillon pris à peu près au hasard dans son livre. Il s'agit 
des moyens d'arriver au bonheur. Après neuf indications également 
profondes, l'auteur établit, en dixième lieu, que les a auxiliaires les 
plus importants sont les hommes, et surtout ceux qui ont de la puis- 
sance. Le moyen de tirer parti d'eux, c'est-à-dire d'obtenir qu'ils 
travaillent dans notre intérêt, consiste à leur faire accomplir des 
mouvements appropriés à ce but. Il faut pour cela exciter en eux 
des motifs d'agir conformes au but que nous avons en vue ou, en 
d'autres termes, des désirs en harmonie avec nos intentions, surtout 



— 212 — 

à l'aide de sentiments agréables ou désagréables, et, par consé- 
quent, provoquer en eux certains sentiments. » Je m'arrête; ce court 
passage montre assez bien l'allure naturelle de l'écrivain et donne 
une assez juste idée de son inspiration, pour que certains lecteurs 
curieux sentent le besoin de goûter à même et de s'approprier en son 
entier le corpus delicti, et pour que d'autres s'en croient très-légiti- 
mement dispensés. 

— Ce serait faire beaucoup trop d'honneur àM. B. Sernin-Castex 
et à son Dieic de les réfuter ou de les exposer sérieusement à cette 
place. Presque tout ce livre est composé de reliefs mal réchauffés de 
l'impiété superficielle du dernier siècle contre le Jéhovah de l'Ancien 
Testament et l'Homme-Dieu du Nouveau. Puis s'ouvre la scène 
fantasmagorique de l'évolution des forces de l'univers, qui aboutit à 
cette conclusion triomphante : Après les découvertes de la science 
moderne_,le dieu des siècles d'ignorance et de superstition a fait son 
temps. Mais sa place ne restera pas vacante : le dieu du monisme 
matérialiste est là pour l'occuper. Et comme cette doctrine est des- 
tructive de tout progrés libre, l'ouvrage (qui n'est que le début d'une 
série d'études sociales) est dédié «aux hommes de l'avenir, c'est-à-dire 
à leur esprit de progrès, de vérité et de liberté ! » 

— Pendant que les ennemis de toute idée d'ordre et de vertu pour- 
suivent leur œuvre infernale, les ouvriers de Dieu, de leur côté, ne 
cessent de faire briller aux yeux de leurs frères la lumière qni nous 
vient du ciel et qui nous y appelle. Un des plus goûtés parmi ces 
pieux apologistes, c'est M. l'abbé Riche, dont le Polybiblion a déjà 
fait connaître un premier essai de théologie naturelle (t. XIX, p. 212). 
En vue de donner aux arguments de l'existence de Dieu qui se tirent 
de Tordre de la nature une force nouvelle par une étude attentive, 
minutieuse, rigoureusement scientifique et pourtant facile et populaire, 
de quelques-unes des merveilles de la création, le savant et zélé 
sulpicien a ouvert une série de charmants volumes revêtus de cette 
commune épigraphe: «Le maître de toute science, c'est Dieu.» L'idée 
nous paraît excellente : c'est le goût, le besoin et le devoir de notre 
génération do se mettre au courant des merveilleux progrès qui ont 
renouvelé de nos jours les sciences naturelles. Cette idée est d'ail- 
leurs fort bien exécutée par le modeste écrivain. Il parle au nom de 
la science ; il étudie, il analyse avec une clarté parfaite. Il ne prêche 
pas avant l'heure du sermon; mais après sa leçon d'anatomie, n'ayant 
pas à craindre de voir fuir le lecteur charmé d'être à si bonne école, 
il fait sa leoon de catéchisme. Et comme les conclusions religieuses 
s'imposent à toute raison droite, édifiée par la patiente étude des 
mille détails d'un organe humain ! On sait que Vœil a d'abord attiré 
l'attention de M. Riche, semblable en ce point au père de la philo- 



— 213 — 

Sophie ancienne. Aujourd'hui, il nous développe les Merveilles du cœur. 
C'est d'abord une étude physiologique du sang, accompagnée de 
quelques réflexions naorales, d'où nous aurions exclu le symbolisme 
du sucre et du fer — mais d'autres esprits pourront le goûter, et sans 
préjudice de la science ; — puis l'anatomie du cœur et la description 
minutieuse de la circulation du sang. On sait que l'exposition de cette 
fonction si étendue et si multiple n'est pas sans difficulté. M. Riche 
s'en est tiré mieux que nul auteur élémentaire connu de nous : il n'est 
rien de plus facile que de suivre avec lui, non sans recourir aux excel- 
lentes figures intercalées dans son texte, tous les détails de la grande 
et de la petite circulation. La conclusion divine, sous le titre de 
Sursum corda ! est également éloquente et décisive. Aux textes de 
Bossuet, je regrette pourtant que l'auteur n'ait pas joint une des plus 
belles pages du P. GvsitTjlConn. deDieu,lï,i^. 125.) L'ouvrage se termine 
par une étude religieuse sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, 
dévotion dont M. l'abbé Riche montre fort bien la convenance, sans 
se départir des idées communément reeues dans la science contem- 
poraine, qui n'attribue au cœur aucune initiative dans l'activité con- 
naissante ou affective de l'homme. En somme, petit livre excellent 
comme science, comme philosophie, comme théologie, comme forme 
littéraire; sans compter que M. Pion en a fait un bijou typographique; 
mais M. Pion est si habitué a produire de tels bijoux qu'il est à peine 
besoin de le dire. 

— Si ce n'est pas un chrétien qu'on rencontre dsinsl&Natwe et la vie 
de Fernand Papillon, c'est au moins une âme sincère, partie de la 
négation et du doute, mais s'élevant peu à peu jusqu'à une conception 
vraiment religieuse du monde. Les morceaux réunis dans ce volume 
ont été classés par l'auteur lui-même dans un ordre méthodique et 
très-soigneusement revus. Mais ils avaient été hautement remarqués 
dans la Revue des Deux Mondes et dans les autres recueils qui en 
avaient eu la primeur, et, en effet, la plupart d'entre eux peuvent être 
cités comme des modèles, dans l'art si difficile d'exposer en beau et 
clair langage les théories scientifiques les plus abstruses et de réunir 
dans un tableau saisissant les mille faits d'observation qu'impliquent 
de nouvelles théories encore inachevées. C'est surtout le talent d'ex- 
position, uni à une richesse d'informations étonnante chez un travail- 
leur si jeune, qui recommande ces belles et curieuses études sur la vie 
dans ses rapports avec la lumière, la chaleur, l'électricité, les odeurs; 
sur les médicaments et les progrés de la thérapeutique; sur les greffées 
animales; sur les fermentations; sur les signes de la mort; sur 
l'hérédité en physiologie, en médecine et en psychologie. La pensée 
psychologique de Papillon resta incomplète ; il crut à l'àme immor- 
telle pour d'excellentes raisons morales; mais la notion du principe 



-- 214 — 

pensant ne se dégagea pas assez nettement pour lui de la notion de la 
vie. Et cette dernière elle-même garda quelque chose du caractère de 
multiplicité, de dispersion qu'elle avait dans le vitalisme de Bichat, 
l'une des admirations de Papillon. Il y a même dans ce volume telle 
page où l'auteur ne se sépare pas encore assez résolument des doc- 
trines matérialistes d'où il était parti. Ceci s'applique surtout à la 
dernière des trois études que je n"ai pas indiquées plus haut et qui, 
placées en tête du volume, sont assurément les plus remarquables de 
toutes par les vues philosophiques. Dans cette troisième étude, sur la 
constitution des êtres vivants, le jeune écrivain recommandait une 
réserve absolue, sur la nature du principe de la pensée, sous prétexte 
que l'esprit humainj est « également impuissant à comprendre de 
quelle manière la vie et la pensée peuvent provenir d'une agrégation 
d'atomes ou d'une cause surnaturelle (p. 121). » Mais des idées 
spiritualistes bien plus avancées dominent dans les deux morceaux 
de première importance qui ouvrent le volume : la constitution de la 
matière, vaste et audacieux système de dynamisme universel ; et la 
philosophie de la nature dans Leibniz, origine de ces théories pleines 
de noblesse, d'une vraie portée religieuse, mais d'un caractère 
certainement trop exclusif et trop hypothétique. Parti de la matière. 
Papillon s'était élevé jusqu'à l'esprit; mais, dans l'éblouissement de 
cette vision radieuse, peu s'en faut qu'il n'ait méconnu et nié le monde 
des réalités matérielles. Heureux du moins d'avoir adoré à ces hauteurs, 
SLyec une humble piété {ce sont ses termes), « la mystérieuse Puissance 
qui a tout établi (p. iv).» Nous devions ces quelques mots à un volume 
remarquable qui nous est arrivé beaucoup trop tard ; mais ils suffiront 
pour dégager notre promesse, à l'égard d'un ouvrage qui n'est plus 
nouveau. Du reste nous avons jugé ailleurs (t. XIX, p. 289) F. Pa- 
pillon ; et nous venons de montrer que ce livre même ne peut être 
recommandé sans réserve à tous les lecteurs. 

— Au contraire, c'est avec une sympathie absolue que tous les 
esprits cultivés doivent accueillir les excellentes Lettres à un matéria- 
liste sur la pluralité des mondes habités et les questions qui s'y ratta- 
chent. Nous ne connaissons pas M. Jules Boiteux, auteur de ce livre ; 
mais nous nous demandons à quoi tient la fortune des œuvres litté- 
raires, supposé que des pages si sensées et si élevées, si savantes et 
si claires, si philosophiques et si poétiques, si exactement scientifiques 
et si hautement religieuses, passent inaperçues, ou du moins ne pro- 
curent pas au modeste débutant une réputation supérieure à celle 
de tels et tels vulgarisateurs de notre époque, devenus populaires 
avec dix fois moins de conscience et de talent. Peut-être reprochera- 
t-onà M. Jules Boiteux d'être et de se déclarer, non-seulement théiste, 
mais chrétien, mais catholique. A part ce reproche, je ne vois pas 



— 21o — 

que les amis, si nombreux aujourd'hui, des progrès dans l'étude de la 
nature aient lieu d'être hostiles à un homme qui se place toujours 
sur le terrain de la science, qui est au courant des théories et des 
expériences les plus nouvelles et qui a le talent de les faire admira- 
blement comprendre même aux personnes étrangères à ces graves 
questions. — Donnons une courte analyse de cet ouvrage que nous 
engageons tous nos lecteurs à étudier par eux-mêmes. 

Dès la première lettre, on s'aperçoit que M. Boiteux a bien saisi 
la vague mais formidable opposition que le progrès scientifique crée 
dans beaucoup d'esprits contre la religion révélée et même contre la 
religion naturelle. Le monde est créé pour l'homme et l'homme pour 
Dieu : cette vérité lumineuse subsistera certes à jamais; toutefois 
elle a soufiert dans beaucoup d'âmes de terribles atteintes, par cela 
même qui aurait dû l'afi'ermir, je veux dire la connaissance plus 
étendue et plus profonde des lois de l'univers. C'est que l'éternelle 
vérité s'était revêtue dans ces âmes des fantômes de la science phy- 
sique, incomplète ou fausse, de l'antiquté. Ces fantômes se sont dis- 
sipés, et la science moderne a misa leur place les vraies lois cosmi- 
ques, poursuivies jusque dans l'immensité, et les vraies lois de la vie, 
surprises jusque dansl'infiniment petit. Qu'est-il arrivé dès lors dans la 
sphère des idées religieuses? En voyant tomber l'illusion dont ils avaient 
inconsciemment affublé leur foi, bien des gens n'ont pas su retenir 
cette foi elle-même. On les rencontre à chaque pas, ces pauvres rai- 
sonneurs qui ne croient plus à la Genèse depuis qu'ils croient à New- 
ton et à Laplace ; qui supposent que les dogmes du Dieu personnel et 
de l'âme immortelle n'ont plus de sens parce que la terre tourne au- 
tour du soleil, au lieu d'être le centre immobile des mondes. Camille, 
l'ami auquel écrit M. Jules Boiteux, et qui n'est pas un personnage 
fictif, à ce que l'auteur nous déclare lui-même, est entré dans cette 
voie. Il a rejeté toute croyance religieuse depuis qu'il accepte de la 
science moderne tout ce qu'elle démontre, et même tout ce qu'elle 
suppose, rêve ou conjecture : matière cosmique répandue à l'infini, 
forces de la vie inhérentes à la matière, générations spontanées, 
transformisme, pluralité des mondes habités. Il est peut-être un 
peu étrange que l'auteur parte de ce dernier point, qui est loin d'être 
le plus essentiel. Mais la vérité ni l'intérêt n'y perdent rien. 

Lisez, dans la deuxième lettre, les conditions requises pour la vie 
animale; dans les deux lettres suivantes, les conséquences qui en 
résultent contre l'hypothèse qui placerait des habitants dans le soleil 
ou dans la lune en son état actuel (car elle a dû avoir, à une époque 
antérieure, une atmosphère plus ou moins complète, depuis longtemps 
absorbée). Vous serez gagné par l'exposition savante et facile de 
l'auteur, et, pour peu que vous acceptiez avec lui et avec son corres- 



— 216 — 

pondant, comme avec la plupart des astronomes contemporains, 
l'hypothèse cosmogonique de Laplace, il vous fera convenir que 
l'existence d'une atmosphère suffisante à la vie animale ne doit pas 
être un fait permanent autour d'une planète quelconque; que, par 
conséquent, la présence d'êtres organisés dans chacune des planètes, 
y compris la terre, est essentiellement temporaire ; que la vie ne 
saurait d'ailleurs commencer et finir qu'à des dates très-diverses dans 
les divers mondes; que, pour chacun d'eux, avant et après cette 
période favorable, il faut admettre des périodes sans vie d'une 
longueur qui dépasse l'imagination. Vous n'oserez le contredire quand 
il écrit : « Le règne entier de la vie végétative sur la terre ne m'ap- 
paraît plus que comme une fraction minime de la durée totale du 
globe ; que dire de Tespace de temps qui correspondra au passage de 
la vie pensante ou de l'humanité elle-même ?... Je crois pouvoir dire, 
en ce qui touche spécialement l'espèce humaine, que son règne n'aura 
pas la longueur de la dix millième partie de la durée de notre planète. » 
Mais de cette théorie, conforme aux données généralement admises, 
quoique personne peut-être n'en eût encore expressément tiré ces 
conséquences, voyez ce qui découle relativement à l'habitation des 
globes célestes : « Supposez qu'on aborde l'un quelconque de ces 
globes à une époque indéterminée de son existence, il y a dix mille 
à parier contre un qu'on n'y rencontrera pas d'êtres raisonnables, soit 
parce qu'ils n'y auraient point encore fait leur apparition, soit parce 
qu'ils y auraient déjà fini leur carrière (lettre 6% p. 104, 105). » 
Notez que l'auteur n'admet pas même cette chance d'un contre dix 
mille comme bien sérieuse, puisque sa troisième partie est employée 
à soutenir que Dieu a très-bien pu ne placer que sur notre terre des 
êtres doués de raison. 

Séduit par ces curieux détails, j'ai négligé d'analyser fidèlement le 
contenu des neuf lettres qui constituent la première partie de ce 
livre. On en voit le résultat en ce qui touche l'habitabilité des astres ; 
pour les recommander encore mieux, je me contenterai d'ajouter 
qu'elles ofi'rent une très-intéressante exposition de tout le système 
cosmogonique de Laplace, complété par la démonstration de l'exis- 
tence d'une cause du monde intelligente et libre. La seconde partie 
(10^-15^ lettres), a une importance encore supérieure, au point de 
vue scientifique et religieux. L'auteur y étudie les origines de la vie 
animale, ce qui l'amène à repousser la doctrine des générations spon- 
tanées et le darwinisme, particulièrement en ce qui concerne l'es- 
pèce humaine, qui forme un règne absolument à part. Ces questions 
sont traitées avec la môme compétence, la même vivacité, la même 
clarté que les précédentes ; elles ont ici le tort d'être un peu dimi- 
nuées par leur subordination au problème très-différent de la piura- 



— 217 — 

lité des mondes habités, mais elles n'en reçoivent pas moins leur 
part suffisante de discussion, et à ce propos encore les lecteurs de 
M. Boiteux lui sauront gré de l'instruction qu'il leur donne avec 
tant d'agrément. Je signalerai tout spécialement comme modèle de 
vulgarisation scientifique, la longue note sur les générations spon- 
tcmées (p. 200-213). — Cette seconde partie se termine, comme la pre- 
mière, par une démonstration de Dieu : la cause première de la vie 
est essentiellement libre; et cette étude de Dieu créateur de la vie et 
de l'homme ramène la question des mondes habités, au point de vue 
des êtres doués non-seulement de vie, mais de raison. 

En effet, à cette demande : Y a-t-il des êtres raisonnables dans 
d'autres mondes que celui que nous habitons ? on ne peut essayer de 
donner une réponse probable qu'en étudiant de près les attributs de 
Dieu pour y lire les vues de sa Providence. M. Jules Boiteux, dans 
les cinq premières lettres de cette troisième partie, plaide avec élo- 
quence la cause qui paraît le moins prêter à l'éloquence. Je crois 
entendre le vénéré P. Gratry développer l'hypothèse de mondes 
innombrables tous habités par des adorateurs de Dieu. Que dis-je 
hypothèse ? C'était une certitude pour lui ; et il apportait à l'appui, 
noïi-seulement des analogies scientifiques et des convenances reli- 
gieuses, mais même des textes évangéliques qui sont loin, je l'avoue, 
d'avoir gardé à mes yeux la force probante qu'y attachait ce maître 
incomparable. Mais, à l'écouter, on ne résistait pas. Eh bien, je 
déclare que M. Boiteux m'a bien ébranlé, s'il ne m'a pas converti 
tout à fait. Il est vrai que ce qui me prévient surtout en sa faveur, 
c'est qu'il ne décide pas, c'est qu'il reconnaît l'impuissance de notre 
raison dans le domaine du libre arbitre de Dieu. Après avoir résolu 
de former « une création intelligente et adoratrice, » Dieu « est resté 
absolument maître de la disperser dans les diverses régions des cieux, 
comme aussi de la répartir sur un petit nombre de sphères voisines 
ou même de la rassembler sur une seule (p. 401). » En faveur de ce 
dernier cas, l'auteur fait voir que ce magnifique spectacle du monde, 
pour n'être pas du travail perdu, n'exige rien autre chose qu'un ou 
plusieurs spectateurs dignes de lui. Et il nous montre bien que cette 
condition peut se réaliser en-dehors de l'hypothèse des humanités 
multiples, surtout quand il est prouvé que les terres célestes, habitées 
ou non, sont la moindre partie de la substance cosmique, représentée 
surtout par d'énormes soleils en continuelle ignition et par d'innombra- 
bles comètes toutes fluides et toutes lumineuses. Les lettres suivantes 
(21 et 22) combattent le matérialisme et le déisme, principalement 
au point de vue de l'ordre et de la finalité de l'univers, mais aussi k 
celui de la moralité et de la destinée humaines. La vingt-troisième 
fait voir que l'hypothèse d'êtres raisonnables répandus dans tous les 



— 218 — 

mondes n'a rien qui soit contraire au dogme chrétien ; l'auteur, sans 
sortir de l'orthodoxie catholique, montre ici autant de hardiesse dans 
l'indication des hypothèses possibles, qu'il a déployé de ferme raison 
dans la réfutation de l'erreur. Enfin une dernière lettre, rejetée en 
appendice, présente non une démonstration chrétienne au complet, 
mais une sorte de préparation évangélique, pleine de noblesse et 
d'onction. Il était juste que la religion chrétienne apparût, comme la 
règle de la vérité, au bout de cette carrière que l'auteur a parcourue à 
sa clarté, mais en n'empruntant ses preuves qu'à la science et à la 
philosophie . 

Et maintenant, inutile d'insister, soit sur le mérite intrinsèque, 
soit sur l'intérêt actuel et piquant, soit sur les sérieuses qualités litté- 
raires de cet ouvrage. Nous avons assez dit quel succès nous lui sou- 
haitons ; mais il nous reste à remercier l'auteur du plaisir qu'il a 
procuré à un pauvre critique, habituellement courbé sur des livres 
abstraits, presque toujours attristants pour sa raison et pour sa 
foi. Passer des élucubrations malsaines de l'idéal allemand ou du 
positivisme français à une œuvre si vivante, si pleine d'espoir et 
d'immortalité, c'est une jouissance pareille à celle du naufragé qui 
prend terre ou du voyageur mourant de fatigue et de soif qui ren- 
contre une fraîche oasis au milieu des sables du désert ! 

— J'ai dû. insister un peu sur une œuvre de début et sur un nom 
encore nouveau ; pour les raisons contraires, je n'ai qu'à signaler le 
Discours de l'éminent doyen de la Faculté de médecine à l'Université 
catholique de Lille, sur les rapports de la science et de la religion en 
ce qui concerne l'origine des êtres organisés. M. Béchamp se pose 
admirablement en face de la science qui s'attribue le monopole du 
courage et de la liberté : il avoue que la science des chrétiens a peur 
et qu'elle n'est pas libre : elle a peur de l'erreur et du mensonge ; 
elle n'est pas libre d'aimer le faux et de haïr le vrai. Et puis, après 
avoir prouvé que la méthode suivie par les matérialistes est en fla- 
grante opposition avec les régies élémentaires de la vraie méthode 
scientifique, il montre que les résultats obtenus par cette dernière, 
sur la question de l'origine de l'organisation et de la vie, se trouvent, 
dans leurs traits essentiels, écrits au premier chapitre de la Genèse. 
Dans ce commentaire, respectueux autant que savant, de la parole 
révélée, on remarquera les traits dirigés contre les doctrines des 
générations spontanées, de la variabilité de l'espèce, de la pure ani- 
malité de l'homme. A un point de vue plus personnel, on recueillera 
çà et là de précieuses indications sur un des objets que l'éminent 
doyen a le plus étudiés, je veux dire les microzijmas, sorte d'excrois- 
sances de la cellule animale, lesquelles, survivant indéfiniment à 
l'organisme qui les a produites , peuvent devenir des infusoires, 



— 219 — 

gents de ces fermentations où Thétérogénie a voulu trouver une de 
3S preuves. On notera aussi (p. 74-75), à propos du principe vital, si 
her à l'école de Montpellier, une profession de foi d'une modestie 
raiment scientifique et vraiment chrétienne. 

LÉONCE Couture. 



THEOLOGIE 



rovum Testamentuni graece. Ad antiquissimos kstes denuo recen- 
suit,deleciuque critico ac prolegumenis inslruxit Constant de Tischendorf. — 
Editio critica miner ex YIII majore desumpta. Lipsiae, Hinrichs, 1873- 
1877, petit ia-8 de 1056 p. — Prix : 15 fr. 

La réputation des éditions critiques du Nouveau Testament de 
iscliendorf est universelle. La première partie de celle-ci, qui com- 
renait depuis saint Mathieu jusqu'au chapitre xxvi des Actes, avait 
aru dès 1873. La seconde partie qui embrasse la fin du Nouveau 
restament n'a paru que récemment. Quand on voit quelle multitude 
e manuscrits et de textes imprimés a été collationnée par l'éditeur, 
n est véritablement stupéfait de la somme de travail qu'a réclamée 
a publication de ce livre, et l'on ne s'étonne plus qu'il ait fallu 
lusieurs années pour la mener à terme. Il j manque encore les pro- 
3gomènes. On a pu craindre quelque temps, après la mort de Tischen- 
orf, qu'il n'y eût personne d'assez courageux et d'assez au courant 
es matières si multiples de la critique sacrée pour entreprendre une 
3uvre aussi considérable et aussi difiîcile. L'infatigable éditeur, 
I. Hinrichs, a trouvé dans le D^ Caspar-René Gregory, un savant 
apable de suppléer le D"" Tischendorf, et il a annoncé pour les 
*âques prochaines les prolégomènes de Vcditio major en même temps 
ue de Veditio minor. En attendant, une clef des signes et des abrévia- 
ions de Vapparatus criticus, placée en tête de la seconde partie, 
iermet de se servir facilement de la présente édition. Pour gagner 
le la place, les indications des manuscrits et des textes sont réduites 
L leur plus simple expression, généralement à une seule lettre, et, 
ûalgré cette simplification, les indications occupent, en moyenne, la 
Qoitié de la page. Tischendorf a collationné, pour les Evangiles, 
i7iquante -deux manuscrits k lettres onciales, plus quatre évangéliaires, 
latant tous du quatrième au neuvième siècle, sans compter les nom- 
)reuses versions, les textes imprimés et les citations des Pères, dont 
1 fait largement usage. On peut juger par là de la richesse de cette 
idition. 

Nous regrettons que Tischendorf se soit prononcé contre l'au- 
,henticité de la conclusion de saint Marc. Il fait dire à saint Jérôme 



— 220 — 

(p. 188 b),plus que ce Père ne dit en réalité. Il avance assurément plus 
qu'il ne peut prouver, quand il écrit (p. 401) : a Locum de adultéra non 
ab Johannc scriptum esse cerlissimum est. » Les critiques catholiques 
ont d'excellentes raisons à alléguer en faveur de l'authenticité de ce 
passage. Nous avons une observation analogue à faire sur Joan.,\, 7. 
Certaines leçons adoptées par Tisehendorf sont aussi contestables. 
Enfin plusieurs lecteurs jugeront qu'il eût été préférable de respecter 
l'ordre universellement adopté dans la diposition des parties du 
Nouveau Testament et de ne pas placer les Epîtres catholiques avant 
celles de saint Paul, mais c'est là une chose peu importante. Malgré 
ces restrictions nécessaires, il n'y a qu'une voix pour reconnaître la 
valeur critique du travail de Tisehendorf. 

La division par versets est conservée, mais le texte ne reprend à 
la ligne qu'au commencement des alinéas, ce qui facilite l'intelligence 
du sens. Les caractères grecs sont très-beaux et très-nets ; l'impres- 
sion d'une correction parfaite. Elle offre cette particularité que le 
sigma, à la fin des mots, n'a pas la forme du sigma final, il est le 
même que dans le corps des mots. Les références sont indiquées en 
marge. C J. 



JRatruiii A.postoIicoruin opéra. Textum ad fidcm codîcum et 
grxcorum .et latinorum adhibîtis prœstantissimis editîonibus, recensuerunt 
Oscar de Gebhardt. Adolfus Harnack, Theodorus Zahn. — Editiominor. — 
Leipzig, Hinrichs, 1877, petit in-8 de vni-220 p. Prix: 4fr. 50. 

Le Polybiblion a déjà fait connaître trois fascicules de Yeditio major 
des Pères apostoliques publiés par l'éditeur Hinrichs, et en a apprécié 
le mérite. Pour que la grande édition soit complète, il ne reste plus à 
paraître que la seconde partie du second fascicule, qui doit contenir 
l'Épître de saint Barnabe, les fragments de Papias et l'Êpître à 
Diognète. Mais sans en attendre l'achèvement, les trois savants qui 
ont revu, collationné et étudié le texte viennent de publier une éditior 
complète de tous les Pères apostoliques, réunis en un seul volume. Ils 
appellent cette édition editio minor, parce qu'elle ne renferme ni les 
prolégomènes, ni la traduction, ni les variantes, ni les notes qu 
enrichissent l'édition complète, mais seulement le texte original avec 
l'indication, au bas des pages, des citations de la sainte Ecriture e- 
une table alphabétique des noms propres cités parles Pères apostoli- 
ques, à la fin du volume. Elle est principalement destinée aux écoles 

Le texte des Epîtres de saint Clément de Rome est reproduit d'aprèi 
la grande édition de 1876; mais la préface donne quelques nouvelle; 
leçons, tirées des variantes de la traduction syriaque qu'a fait connaîtr» 
M. Lightfoot et dont le Polybiblion a parlé dernièrement. Pour !■ 
texte de l'Epître de saint Barnabe, les éditeurs se sont servis de 



leçons nouvelles du manuscrit de Constantinople, découvert par le 
métropolite Brjennios. Elles leur ont été fournies par le D'^Hilgenfeld. 
Les fragments de Papias sont tous accompagnés des indications 
nécessaires pour faire connaître leur origine. Ils sont au nombre de 
dix-huit, quelques-uns en latin. Ils sont suivis de TEpître à Diognète, 
qui a été ajoutée à cette édition pour satisfaire à de nombreux désirs, 
quoique les éditeurs la croient d'une date un peu postérieure à celle 
des Pères apostoliques. Le volume se termine par les sept lettres de 
saint Ignace aux Ephésiens, aux Magnésiens, aux Tralliens, aux 
Romains, aux Philadelphiens, aux Smyrniens et à saint Poljcarpe ; 
par la lettre de saint Polycarpe aux Philadelphiens ; par les actes du 
martyre du même saint Polycarpe et enfin par le Pasteur d'Hermas. 
Le tout est en grec, sauf les quatre dernières pages du Pasteur dont on 
ne possède encore qu'une traduction latine. La composition du texte 
est la même que celle de Vcdillo major. L'impression est très-belle et 
très-correcte. G. K. 



Das heîlîgfe Messopfer (log:niatiseh, lîturgîsch «ncl asce- 
tiscli erklart, {Le saint sacrifice de la messe exposé au point de vue 
dogmatique, liturgique et ascétique.) Von D' Nikolaus Gihr, Spiritual am 
erzbichoflichem Priesterseminar zu St. Peter. Mit Approbation und Emp- 
felhlung des hochviirdisten Herrn Erzbisthumwesers von Friburg. (Fait 
partie de la Theologischc Bibliothek.) Fribourg en Brisgau, Ilerder, 1877, 
in-8 de xii-705 p. — Prix : 13 fr. 

L'auteur revient plusieurs fois, dans le cours de son livre, sur l'im- 
portance de connaître tout ce qui touche au cœur même de la vie ca- 
tholique, au saint sacrifice de la messe. Rien n'est plus juste. Prêtres 
et fidèles ne sauraient être trop instruits sur ce grand sujet. Nous 
aurons fait un éloge bien mérité de l'œuvre de M. Gihr en disant que 
celui qui saura tout ce qu'elle peut lui apprendre connaîtra tout ce qu'il 
est bon et utile de connaître sur cet adorable mystère. Rien n'y manque 
en effet. M. Gihr joint à une piété persuasive une profonde et vaste 
érudition. Son livre, tout pénétré du plus pur esprit catholique, est 
en même temps rempli d'une science de bon aloi^ le fruit de l'oraison 
et de l'étude. 

L'ouvrage est divisé en deux parties : la partie dogmatique (1-207) 
etlapartieliturgique (208-702) .'Les considérations ascétiques sont entre- 
mêlées dans les deux parties. Dans la première, M. Gihr examine 
d'abord le sacrifice en générait et les sacrifices de l'ancienne loi, puis 
le sacrifice de la croix et enfin le sacrifice non sanglant de l'autel : 
il en démontre la réalité et recherche quelle en est l'essence et 
l'efficacité, ainsi que la place et l'importance qu'il occupe dans l'orga- 
nisme de l'Église. Dans la théorie du sacrifice de la loi nouvelle, l'auteur 
suit surtout les idées de Lugo et du cardinal Franzelin. 



— 222 - 

La seconde partie, la partie liturgique, remplit plus des deux tiers 
du volume. Une première section s'occupe de tout ce qui est néces- 
saire pour la célébration du saint sacrifice : autel, nappes d'autel, 
calice et ce qui s'y rattache, ornements sacerdotaux, couleurs litur- 
giques , luminaire , langue liturgique. La seconde section est 
consacrée à l'étude suivie de toutes les parties de la messe, partagée 
en quatre subdivisions principales : de l'Introït à l'Offertoire, l'Of- 
fertoire, le Canon et la Communion, Le D'' Gilir étudie une à une toutes 
les prières de l'ordinaire de la messe et donne tous les renseignements 
généraux désirables sur les fêtes et le propre du temps. Le sens 
mystique des cérémonies de l'Eglise n'est pas oublié, mais il est exposé 
sobrement et en l'appuyant sur une autorité irréfragable, celle de 
l'Eglise. L'auteur cite volontiers les auteurs français et dans leur 
propre langue, dans des notes nombreuses, placées au bas des pages. 
Les passages liturgiques qu'il explique sont cités en latin dans le texte, 
avec traduction allemande. Le renvoi de la note de la dernière page 
est inexact. L'auteur termine par une belle prière qui résume très- 
bien l'esprit de son livre. G. K. 



El arbol de la Vida, estudios fundamentales sobre el christianismo, pai 
Abdon de Paz. Madrid, Fourquet, 1877, in-8 de 319 p. 

M. de Paz s'est proposé de résoudre brièvement toutes les ques 
tions et tous les problèmes religieux qui troublent ou préoccupent le.' 
esprits à notre époque et de montrer que la foi chrétienne est l'astre 
qui nous donne la vie et la paix. 

Cette apologie du christianisme est l'œuvre de cinq années d( 
travail. Elle a paru par fragments avant d'être réunie en volume. 

Après avoir établi que l'accord doit régner entre la raison et 1; 
foi, l'auteur expose ce qu'est la Bible. Il montre ensuite que la cosmo- 
gonie de la Genèse n'est pas en contradiction avec les données scien 
tifiques. Le monde n'est pas si ancien que le prétendent certain 
chronologistes plus qu'aventureux et, « dans l'impossibilité de fixe 
l'âge du monde d'une manière mathématique, le mieux est de date 
les événements en les rapportant à la naissance de Jésus-Christ. : 
L'origine de l'homme est divine; l'espèce humaine est une. La chut 
d'Adam a été consolée par l'espérance de la rédemption. La scienc 
ne peut rien opposer au récit du déluge. L'homme a été créé avec 1 
don du langage. M. de Paz étudie ainsi successivement l'Ancien et 1' 
Nouveau Testament : Nemrod, Israël, Moïse, le livre de Job, les pro 
phètes, la mère de Dieu, Jésus-Christ, le siècle apostolique et l'Eglise 
Il passe ensuite au protestantisme pour en montrer la fausseté, 
cherche à établir après cela que l'autorité et la liberté, la foi et 1 



i 



— 223 — 

raison, la religion et le progrès bien entendus, loin de se contredire, 
se prêtent un mutuel appui. Enfin il démontre que les récompenses et 
les châtiments de la vie future sont une conséquence de l'immortalité 
de l'âme et de l'existence de Dieu. 

Tels sont les sujets traités dans l'Arbre de vie. M. Abdon de Paz 
développe ses pensées avec tout l'éclat et la sonorité de la belle 
langue castillane. Le livre est plein de vie, et la lecture en est par là 
même très-intéressante. L'érudition de l'auteur est un peu touff'ue et 
assez confuse ; il la prodigue à temps et à contre-temps. Il semble que 
les idées irréligieuses de M. Figuier troublent davantage les esprits 
au-delà qu'en deçà des Pyrénées ; du moins M. de Paz s'en préoccupe- 
t-il beaucoup plus qu'on ne le fait en France. Mais c'est là un point 
dont nous ne sommes pas juges. Ce que nous pouvons apprécier, ce 
que nous aimons et ce que nous louons surtout dans ce livre, ce sont 
les pensées profondément chrétiennes dont il est rempli, les réflexions 
sages, sensées dont il abonde, la sève de l'arbre de vie, en un mot, 
dont il est rempli. L. M. 



SCIENCES ET ARTS 

Cours de mécanîqne analj'-tique, par Ph. Gilbert, professeur à la 
Faculté des sciences de l'Université catholique de Louvain. — Partie 
élémentaire. Louvain, Ch. Peeters, 1877, in-8 de vii-385 p. — Prix: 6 fr. 

Cet ouvrage, ainsi que nous en informe l'auteur, est principalement 
destiné à servir de manuel aux élèves ingénieurs qui suivent le cours 
de mécanique rationnelle professé par lui à l'Université de Louvain. 
Pour rester dans les limites que lui imposait cette destination spéciale, 
sans que l'ouvrage cessât d'être utile aux jeunes gens qui désirent 
pousser plus loin leurs études et aborder les côtés les plus élevés de 
la science, l'auteur s'est attaché à maintenir l'exposition des théories 
fondamentales à la hauteur désirable, tout en réservant pour un 
autre volume le développement de certaines théories plus élevées, 
sorte de transition entre la mécanique et la physique mathématique. 

On sait, que, dans l'enseignement de la mécanique, il était de tra- 
dition, il y a quelques années encore, de traiter d'abord complètement 
la statique, après quoi seulement on s'occupait des corps en mouve- 
ment. A la suite de Poncelet, une autre école s'est formée, qui suit 
la marche inverse,et qui étudie dès l'abord le mouvement, la dynamique, 
pour traiter l'équilibre comme un cas particulier, celui dans lequel les 
vitesses sont nulles. 

Ces deux manières de procéder ont leur raison d'être. M. Gilbert, à 



— 224 — 

l'exemple de Bour, adopte une marche intermédiaire, qui semble réunir 
les avantages essentiels de Tune et de l'autre : ce qu'il y a de rationnel 
dans la seconde, avec les avantages pratiques de la première. Dans 
un premier livre, il étudie le mouvement en lui-même et indépen- 
damment de ses causes; c'est cette étude dont Ampère a montré qu'il 
convient de faire une science distincte, que l'on nomme après lui la 
cinématique. Dans le second livre, empruntant à cette science les 
notions strictement nécessaires pour arriver rationnellement à la 
composition des forces, l'auteur établit complètement les lois de l'équi- 
libre. Le troisième livre complète, par la dynamique, les généralités 
de la science. Dans un quatrième livre, ces généralités sont appliquées 
à l'équilibre et au mouvement des fluides. 

L'esprit philosophique qui a présidé à la conception de l'ensemble 
se retrouve d'une manière non moins remarquable dans le détail de 
Inexécution. Les questions sont ramenées à leurs véritables principes, 
leur enchaînement est mis en évidence ainsi que leurs analogies ; les 
conventions ou les hypothèses admises dans chaque théorie sont indi- 
quées avec soin, condition indispensable d'un enseignement vérita- 
blement fructueux. En même temps, l'exposition est simple, claire et 
élégante, aussi bien dans le texte que dans les formules. Un grand 
nombre d'exercices indiqués à la fin des chapitres permettent à l'élève 
ou au lecteur studieux de se familiariser avec l'application des théories, 
et souvent lui font connaître des théorèmes intéressants. 

La qualification de partie élémentaire que l'auteur a donnée à son 
volume ne doit être prise que dans un sens relatif, et par opposition 
avec la seconde partie qu'il annonce. Si le volume actuel ne suppose 
chez le lecteur que la connaissance des principes fondamentaux du 
calcul infinitésimal, il le conduit assez loin et lui expose la science 
sous une forme analytique assez complète, pour le préparer parfaite- 
ment à la lecture des ouvrages les plus élevés. A ce point de vue, il 
faut louer M. Gilbert d'avoir adopté comme point de départ dans 
l'exposition de la statique le principe des vitesses virtuelles. L'élève 
peut ensuite aborder de plain pied la Mécanique analytique de 
Lagrange, dont la notation même lui est déjà familière. 

Que l'éminent professeur de Louvain nous permette maintenant 
de lui soumettre quelques critiques de détail qui lui prouveront l'im- 
portance que nous avons attachée à l'examen minutieux de son 
ouvrage. 

Dans le chapitre ix, il définit la masse d'un point matériel comme 
le rapport constant de la force à l'accélération. Il en conclut logique- 
ment qu'il n'y a pas lieu d'adopter une unité de masse. Non moins 
logiquement, il pourrait en conclure qu'il n'est pas possible d'évaluer 
les masses sans avoir, au préalable^ adopté des unités et pour les forces 



et pour les accélérations. Or, c'est ce qui est évidemment inexact. 
Les masses sont des grandeurs d'un ordre distinct qu'on peut comparer 
entre elles et, par conséquent, mesurer, indépendamment de toute 
convention relative à d'autres grandeurs. Il suffit pour cela de prendre 
les rapports des forces nécessaires pour imprimer aux diverses masses 
une même accélération quelconque : on ne fait pas autre chose lors- 
qu'on les compare au moyen des poids. En réalité, la définition de 
M. G-ilbert implique la convention universellement admise, mais nul- 
lement nécessaire, de prendre pour unité de masse celle à' laquelle 
l'unité de force imprime l'unité d'accélération. 

Dans l'hydrostatique, M. Gilbert semble donner la loi de l'égalité 
de pression en tous sens, qu'on appelle quelquefois le ptincipc de 
Pascal, comme un principe distinct, qu'il faut emprunter directement 
à l'expérience. On l'a cru longtemps. Mais, en réalité, ce prétendu 
principe n'est qu'un théorème qui découle de l'absence de toute action 
tangentielle sur un élément de surface quelconque. On le démontre 
aisément en cherchant les conditions d'équilibre d'un prisme triangu- 
laire infiniment petit ou d'un tétraèdre. C'est une des applications les 
plus simples de ce mode de raisonnement si fécond que Cauchy a intro- 
duit dans la physique mathématique. 

Ces petites critiques que M. Gilbert n'est ni le premier^ ni le seul, 
à avoir encourues, n'enlèvent rien à la valeur considérable de l'en- 
semble de son ouvrage ; on peut le recommander comme un excellent 
traité de mécanique rationnelle; il donne l'idée la plus favorable, soit 
du second volume, que nous attendrons avec impatience, soit du ni- 
veau élevé auquel est tenu l'enseignement scientifique à l'Université 
deLouvain, E. Vicaire, 



Mes Rêveries, ouvrage posthume du maréchal Maurice comte dé Saxk. 
Paris, 1877, Dumaine, in-8 de 144 p, avec 10 planches. Publication du 
Journal de la Librairie militaire. — Prix : 3 fr, oO. 

On sait que le Journal de la librairie militaire, fondé en 1875 par 
l'intelligent éditeur du Dépôt de la guerre, comprend dans chacun de 
ses numéros une feuille de réimpression des meilleurs écrits militaires 
devenus rares. C'est ainsi que les Fantaisies militaires, et les Préjugés 
militaires, du prince de Ligne, et l'Instruction militaire du roi Frédé- 
ric Il à ses généraux ont été mis dans ces dernières années à la portée 
de tous. Le même mode de publication nous donne aujourd'hui les 
Rêveries du maréchal de Saxe. 

On ne peut relire sans intérêt ce curieux ouvrage, fruit d'une ima- 
gination si étrange parfois, si originale toujours, et on trouve à cette 
lecture une nouvelle occasion de constater que si le a métier » a 
changé, la « partie sublime de l'art » suivant l'expression de Napo- 
M.ARS 1878, T. XXII, Ib. 



— 226 — 

léon, est restée au-dessus de toutes les modifications des armes et 
engins de guerre. Les chapitres De la discipline, Du général d'armée, 
entre autres, pourraient aussi bien figurer dans l'Esprit des institutions 
miltiaires de Marmont que dans le recueil des pensées de Napoléon. 

Mais, assurément, si on se reporte à l'époque à laquelle écrivait le 
maréchal de Saxe (1732), le page la plus remarquable des Rêveries est 
celle qu'il consacre à la manière de lever les troupes. « Les levées qui 
se font par supercherie, dit-il, sont tout aussi odieuses Ne vau- 
drait-il pas mieux établir par une loi, que tout homme, de quelque 
condition qu'il fût, serait obligé de servir son prince et sa patrie pen- 
dant cinq ans? Pour y parvenir, il faudrait n'en excepter aucune 

condition, être sévère sur ce point, et s'attacher à faire exécuter 
cette loi de préférence aux nobles et aux riches : personne n'en 
murmurerait... insensiblement on se ferait un honneur de servir...» 
Voilà donc le principe du service obligatoire, avec la durée même que 
nous avons adoptée en 1872, posé par le maréchal de Saxe. 

La chapitre Delà discipline contient une discussion fort intéressante 
des punitions usitées chez les Allemands et chez les Français, suivant 
les différences inhérentes au génie des deux nations et au mode de re- 
crutement de leurs troupes. Maurice de Saxe avait de bonnes raisons 
d'avoir à cœur tout ce qui tenait à la Pologne ; aussi dessine-t-il un 
Projet de guérite pour une puissance qui serait dans le cas de la faire à 
cette république. Ce projet est un témoignage de plus du sens militaire 
du maréchal et de sa profonde connaissance du pays ; tous les postes, 
en efi'et, dont il signale l'importance et dont il recommande l'occupa- 
tion, ont joué un rôle dans la campagne de 1807 et sont maintenant 
des places fortes prussiennes ou russes, Graudenz, Thorn, Brest- 
Litowski. 

Beaucoup des propositions du maréchal sont singulières, bizarres 
même; l'accoutrement dont il veut affubler fantassins ou cavaliers, les 
dénominations même de ses formations, la légion, la centurie, les ar- 
mées à la légère, peuvent paraître puériles. En tout cas, elles n'offrent 
plus qu'un intérêt purement rétrospectif. Au contraire, est-ce bien en 
1732 qu'a été écrit ce passage : « Il faut que la cavalerie soit leste... 
et surtout qu'elle ne fasse pas son point capital d'avoir des chevaux 
gras... Il est certain que l'on ne connaît pas la force de la cavalerie, 
ni les avantages que l'on en peut retirer. D'où vient cela? de l'amour 
que l'on a pour les chevaux gras? » 

En somme, rééditer un ouvrage tel que celui que nous avons sous 
les yeux, c'est rendre service aux officiers de notre armée. 

J. GOUETHAL. 



Lets Compte!* des bâtiments du Roi (lo28-lo7i), suivis de docu- 
ments inédits sur les cliâteaux royaux et les beaux-arts au seizième siècle, 
recueillis et mis en ordre, par le marquis Léon de Laborde. Paris, J. Baur, 
1877, gr. in-8 de lxi-4-22 p. — Prix : 12 fr. 50. 

Tous les amis de l'histoire des arts, tous les hommes d'étude savent 
quelle est la haute valeur des ouvrages de M. Léon de Laborde; les 
circonstances qui se rattachent à la publication du volume dont nous 
venons de transcrire le titre sont remarquables. Ce livre avait été 
imprimé depuis une vingtaine d'années ; M. de Laborde avait, dés 
1856, proposé cette publication; l'impression fut, dans le cours des 
années suivantes, conduite jusqu'aux dernières pages du second volume ; 
il ne restait plus que quelques feuilles à composer et l'introduction à 
écrire. Ce travail, qui touchait à son achèvement, fut soudain inter- 
rompu et pour de longues années; il y a tout lieu de croire que les 
nouvelles et importantes fonctions auxquelles fut appelé M. de Laborde, 
nommé en 1857 directeur des archives générales de France, absor- 
bèrent tous ses instants et ne lui laissèrent pas le loisir de mettre la 
dernière main à un ouvrage, fort avancé sans doute, mais dont la partie 
la plus délicate, l'introduction, restait à faire. (Nous empruntons ces 
détails et ceux qui vont suivre à l'avertissement- '^\a.cé ^av M. J.-J. 
Guiifrey en tête du volume que nous signalons. 

La Société de Vhistoire de l'art -français s'est rendue propriétaire de 
tous les exemplaires de l'ouvrage inachevé; elle a eu à sa disposition 
toutes les notes, tous les documents nécessaires pour le compléter. 
Le premier volume tout entier et la moitié du second, jusqu'à la page 
198, sont consacrés à la reproduction intégrale d'un manuscrit de la 
Bibliothèque nationale renfermant les comptes des bâtiments royaux 
depuis 1528 jusqu'en 1570. 

Le second volume se termine par des pièces de diverse nature, 
empruntées à des sources différentes; le dépouillement d'un certain 
nombre de documents originaux conservés aux Archives nationales a 
fourni les matériaux d'un chapitre intitulé : Dépenses secrètes de Fran- 
çois I"; un autre chapitre : Compte de la marguiUerie du Louvre, a une 
origine singulière; les éléments en sont tirés d'un compte sur parche- 
min, dont les feuiUes détachées et incomplètes avaient servi à relier 
quelques volumes du Journal des Débats de l'an 1794 (alors in-8) ; un 
hasard heureux les plaça sous les yeux de M. de Laborde dans une 
des salles du ministère de l'intérieur; il raconte cette découverte dans 
une lettre fort piquante, adressée le 12 mars 1850 au directeur des 
Débats (voir p. xxv). 

Vient ensuite le Compte des bâtiments du château de Saint-Germain-' 
en-Laye ^ouT les années 1548 à 1550; ce n'est qu'un extrait, offrant 
d'ailleurs tous les articles présentant un intérêt quelconque au point de 



— l'28 — 

vue de Part et ceux qui donnent un renseignement topographique ou 
le nom de personnages célèbres; la publication intégrale de ce registre 
eût ajouté bien peu de chose à Tintérêt de ces extraits. 

Le compte suivant : Payement des ouvriers orfèvres logeant et beson- 
tjnani dans l'hostel de Nesles^a. fourni matière à une analyse très-suffi- 
sante, très-complète qui dispense parfaitement du texte original. Des 
comptes relatifs au palais et au jardin des Thicilenics, à Fhôtel de 
Soissons, au château de Saint-Maur, avaient été examinés et analysés 
par M. de Laborde, mais ils n'avaient point été publiés ; enfin le second 
volume se termine par le dépouillement des acquits au comptant de 
François 1", conservés aux Archives nationales (J 960-962). M. de 
Laborde en avait publié quelques articles, mais il avait dû, faute de 
temps, s'en tenir à un dépouillement fort incomplet; MM. Cimber et 
Danjou avaient, de leur côté, dans les Archives curieuses exploité ces 
acquits, mais dans une très-faible mesure; le travail a été entièrement 
repris, et il en résulte la mise au jour, aussi complète que possible, 
au point de vue de Fart, d'une des séries les plus intéressantes des 
comptes de François 1". 

Disons maintenant quelques mots des Comptes des bâtiments qui 
occupent le volume dont il est question. C'est un manuscrit con- 
servé à la Bibliothèque nationale (petit in-fol. de 454 p.); il a été 
rédigé par André Félibien des Avaux (né en 1619, mort en 1695), qui 
fut, ainsi que son fils, historiographe des bâtiments du roi ; c'est une 
analyse de comptes aujourd'hui perdus pour la plupart; la possession de 
ces copies abrégées est du moins une circonstance dont il faut sincère- 
ment se féliciter. Une partie de ces documents avait été insérée par 
M. de Laborde dans le premier volume de son ouvrage intitulé : la 
Renaissance des arts à la cour de France ; mais ce livre est devenu fort 
difficile à rencontrer, et son auteur avait réservé pour des volumes 
qui n'ont jamais paru ce qui concernait la sculpture et l'architecture. 

M. Guiffrey a eu le soin de donner (p. 49 et 12) une liste bibliogra- 
phique des ouvrages de M. Léon de Laborde ; elle montre suffisamment 
quelle vive intelligence, quel immense labeur, quelle activité d'esprit 
ont permis à l'infatigable érudit d'aborder tour à tour les sujets les 
plus variés, en laissant sur chacun d'eux des travaux d'une incon- 
testable supériorité. Cette énumération, rangée dans l'ordre chronolo- 
gique, signale soixante-douze productions diverses, mises au jour 
depuis 1830 jusqu'en 1867; quelques-unes ne sont, il est vrai, que des 
articles insérés dans les divers recueils périodiques {la Revue archéolo- 
gique, la. Revue de Paris, la Revue fi-ançaise, etc.), et dont il a été fait 
des tirages à part. D'importants ouvrages sur la Syrie et la Palestine 
accompagnent de savants travaux sur l'histoire de l'art, objet favori 
des études de M. de Laborde. Faisons mention d'un volume dont il ne 



— 229 — 

fut imprime que 25 exemplaires et qui, distribué en presque totalité à 
des bibliothèques publiques de Paris ou de l'étranger, est d'une rareté 
exceptionnelle : Mémoires et, dissertations, Paris, 1852, in-8, viii et 
306 pages; c'est la réunion de dix-sept notices fournies à diverses 
revues. 



BELLES-LETTRES 

Supplémen» ma tlîclîonnaîi'e «îe îa langue frasiçaîse^ de E. 

LiTTRÉ de l'Académie française, suivi d'uu dictionnaire étymologi({ue des 
mots d'origine orientale par î\lAncEL Devic. Paris, Hachette, 1878. in-4 de 
37o et 84 p. — Prix : 12 fr. 

La dernière livraison du Supplément au dictionnaire de M. Littré 
vient de paraître . On voit que l'auteur a eu raison de ne pas se laisser 
décourager par son grand âge et d'être fidèle à ce principe qu'il faut 
travailler et entreprendre jusqu'au bout. Non-seulement à soixante 
et seize ans M. Littré a entrepris une œuvre considérable, mais il l'a 
menée à bonne fin et a donné à la fois à son grand dictionnaire le plus 
utile complément. Le titre que porte la dernière partie de ce long 
travail en indique le but. Ce ne sont pas des corrections, ce sont des 
additions qui forment ce livre. Au premier rang figurent les néolo- 
gismes. Aleur sujet, l'auteur remarque avec raison que, de tout temps, 
il y a eu néologie. Des situations, des idées, des découvertes nouvelles 
appellent forcément des paroles nouvelles. Malgré ses scrupules, le 
dix-septième siècle en accueillit un certain nombre; au dix-huitième, 
il y eut une véritable invasion de néologismes; elle continue aujour- 
d'hui et plus menaçante que jamais. Il n'en peut être autrement. Les 
journaux rédigés souvent par des déclassés, qui prennent la jdume 
comme on prend un outil, mais sans réfléchir que, pour manier utile- 
ment un outil, il faut un apprentissage ; des députés auxquels le suf- 
frage universel n'a pu, malgré son omnipotence, donner la science 
infuse ; la presse et la tribune, répandent incessamment dans la nation 
un nombre considérable de mots improvisés. A ce point de vue, on 
éprouve une certaine crainte de l'influence que pourrait avoir le supplé- 
ment de M. Littré. Nous sommes bien loin du temps où M. de Vau- 
gelas donnait sa parole que tel mot serait français dans un an; nous 
ne sommes que trop pressés de répéter et d'écrire ces vocables bâ- 
tards nés d'hier, et, en les voyant acceuillis par un savant comme 
M. Littré, ne serons-nous pas tentés de penser que son autorité 
change en véritable musée une espèce de salon des refusés? Mais, 
il faut le dire M. Littré n'admet pas légèrement tous les néologismes, 
il les soumet à la critique, il repousse ceux qui n'ont pas été créés 



— 230 — 

suivant les lois de la composition. Enfin, pour quelques-uns d'entre 
eux, il retrouve dans notre ancienne littérature des titres oubliés; il les 
retrouve aussi quelquefois sous les formes des patois qui les ont con- 
servés après en avoir hérité de notre ancienne langue. 

Ce ne sont pas seulement les néologismes et un grand nombre de 
termes d'art, de science, nouvellement créés par de récents besoins 
qui forment le supplément de M. Littré. Beaucoup de mots acicueillis 
dans le dictionnaire et ayant tous les droits possibles à y figurer, se 
représententicipourrecevoirquelques détails nouvellement découverts 
sur leur histoire, sur leur généalogie. Le supplément proprement dit 
occupe neuf livraisons. Le dixième fascicule contient des additions 
survenues pendant l'impression du supplément et le commencement 
d'un dictionnaire étymologique des mots d'origine orientale par 
M. Marcel Devic, dictionnaire qui se trouve complété dans deux 
autres livraisons, les dernières de l'ouvrage. 

Dût Gros-Jean en remontrer à son curé, une remarque : M. Littré 
écrit dans sa préface les douzième et treizième siècles. Dans mon en- 
fance, cette manière de dire était condamnée, elle l'est même encore 
dans les grammaires, que je viens de consulter. D'un autre côté, l'A- 
cadémie française, qui devrait s'y connaître, a couronné cette faute 
de français — si c'en est une — en couronnant l'Histoire comparée des 
littératures espagnole et française. Il est donc possible qu'on ait changé 
tout cela. 

Il n'est peut-être pas inutile, à cause des opinions religieuses, 
ou plutôt antireligieuses de l'auteur, de dire que ce supplément 
a été rédigé avec autant de circonspection que le dictionnaire dont il 
est le complément ; nous n'y avons rien remarqué qui puisse choquer 
nos croyances. Th. de Puymaigre. 



Kssai sur le déchiiTrement de l'écriture hiératique de 
l'Amérique centrale, par Lkon" de Rosny. Paris, Maisonneuve. — 
Impression commencée le 22 novembre 1875 et tirée à 200 exemplaires 
numérotés sur fort papier vergé in-fol. (publié par la Société américaine de 
France). Deux livraisons ont paru, comprenant ensemble 36 pages et 

10 planches coloriées. La troisième et dernière livraison est sous presse. 
— Prix de la livraison : 25 fr. 

11 s'agit, dans ce travail, de l'écriture antique des Yucatèques ou 
Mayas. Après avoir établi que cette écriture se présente sous trois 
formes distinctes : l'écriture hiéroglyphique ou des monuments, V écri- 
ture hiératique ou des manuscrits, et l'écriture démotique ou vulgaire, 
l'auteur étudie spécialement Vccriture hiératique., en s'aidantde trois 
manuscrits connus, mais inexpliqués, le Codex de Dresde, que lord 
Kingsborough a reproduit dans sa magnifique collection, le manuscrit 



— 231 — 

no 2 de la Bibliothèque nationale, qui a été photographié en 1864 par 
ordre du Ministère de rinstruction publique et que M. de Rosny 
propose d'appeler Peresianus, du nom de Ferez, Tun de ses anciens 
possesseurs, sans doute, et le Codex Troano publié par Tabbé Bras- 
seur de Bourbourg (Imprimerie nationale, 1869-70). 

Grâce aux indications contenues dans la Relacion de los cosas de 
Yucatan, par le P. Diego de Landa, les savants sont parvenus à 
pouvoir affirmer que les trois manuscrits désignés sont écrits dans la 
langue ancienne des Mayas; mais ces indications fort incomplètes ne 
se rapportent guère qu'à un dixième environ des signes à connaître. 
Aussi les interprétations données, d'après Landa, par MM. William 
Bollaërt, Brasseur de Bourbourg et de Charencey, paraissent à M. de 
Rosny insuffisantes et sont souvent même peu compréhensibles. 
L'étude de la paléographie yucatèque est donc à faire, soit pour pré- 
ciser la signification de chaque signe^ soit pour indiquer toutes ses 
variantes. Lorsque cette nomenclature sera soigneusement établie, 
la lecture des manuscrits mayas deviendra plus facile et en même 
temps plus certaine. 

M. de Rosny, ayant entrepris cette tâche difficile, expose aujour- 
d'hui les résultats de ses premières recherches en commençant par les 
signes hiératiques des vingt jours du mois yucatèque. A autant de 
figures fournies par Landa, Brasseur de Bourbourg avait ajouté dix- 
neuf identifications tirées du manuscrit Troano. M. de Rosny a élevé 
ce nombre à cinquante-sept, soit soixante-dix-sept caractères pour 
vingt mots. C'est un contingent bien considérable et qui s'explique 
d'autantplusdifficilement que les prétendues variantes d'un même signe 
sont empruntées à un seul manuscrit, le Codex Troano par exemple. 
Un tel relevé, d'après des textes difi'érents, se comprendrait mieux et 
rendrait plutôt admissible la possibilité d'identification de plusieurs 
caractères. 

Pour les signes hiératiques des dix-huit mois, celui de l'année et celui 
du cycle maya de cinquante -deux ans, M. de Rosny se contente de 
reproduire la liste donnée par Diego de Landa, en faisant remarquer 
que les signes des mois sont composés de plusieurs signes élémentaires. 
Au lieu de déterminer ces divers signes et de montrer leur valeur pho- 
nétique, l'auteur fait un court exposé de l'année yucatèque et recon- 
naît bien vite que le calendrier maya présente encore des difficultés 
très-grandes et presque insurmontables. 

Quant au sens dans lequel l'écriture hiératique des Mayas doit 
être lue, M. de Rosny déclare aussi que, faute de données suffisantes 
à cet égard, il lui est difficile de formuler aujourd'hui une opinion 
certaine. D'ailleurs, la connaissance de cet ordre lui paraît être, pour 
le travail qui l'occupe, d'une importance tout à fait secondaire. 



— 232 — 

C'est ainsi qu'il passe à l'étude de l'iconographie américaine en 
général, pour laquelle il fait usage de la méthode de classement adoptée 
pour les signes de l'écriture hiéroglyphique égyptienne. Il examine 
successivement les représentations du ciel, du soleil, de la lune, de 
Véloile, du feu, de l'eau, de la terre et des animaux. Là, son cadre 
s'élargit et embrasse le Yucatan et le Mexique plus particulièrement. 

Tel est le résumé rapide de ce qui a paru du livre de Rosny. 
Lorsqu'il sera entièrement terminé, nous l'examinerons plus à fond 
et au point de vue critique. A. Siméon. 



CK^uvres complètes tle Grîngore, réunies pour la première fois 
par MM. A. de Montaiglon et J. de Rothschild. — Tome II. Mystère inédit 
de saint Louis. Paris, Paul Daffis, mdccclxxvii, in-12 de xxxix-3b8 p. 
{Bibliothèque elzéviriennc.) — Prix : 6 fr. 

Le Mystère de saint Louis par Gringore, que vient de publier pour 
la première fois M. A. de Montaiglon, est un document curieux à 
plusieurs titres. Il ajoute une preuve à celles qu'on avait déjà de 
l'influence exercée par les confréries sur le développement du théâtre 
au moyen âge. Il nous off're, en outre, un exemple de ce genre de 
transition qui pouvait conduire du drame religieux au drame historique. 
C'est au théâtre du moyen âge que se rattache la pièce de Gringore, 
quoique représentée seulement, comme l'établit très-bien M. de 
Montaiglon, à la fin du règne de Louis XII, c'est-à-dire au xvi^ siècle. 
Mais, pour l'histoire du théâtre, le moyen âge s"étend jusqu'à 1552. 
Le savant éditeur a établi aussi, avec la sagacité dont il est coutu- 
mier en pareille matière, la véritable destination de cette pièce. Elle 
fut composée à la requête des maîtres et gouverneurs de l'une des 
seize confréries parisiennes placées sous l'invocation de saint Louis, 
celle dans laquelle s'étaient réunies les deux communautés, distinctes 
d'ailleurs, des maçons et des charpentiers, et qui avait son siège 
dans la chapelle dite de Saint-Biaise et Saint-Louis, rue Galande. 
C'est dans le chœur de cette chapelle qu'étaient dressés les échafauds 
pour la représentation du mystère, le jour de la fête patronale. Cette 
représentation ne se fit pas en une fois, mais en neuf fois, correspon- 
dant aux neuf livres qui forment les divisions de la pièce de Gringore. 
Je ne trouve pas que chacune de ces neuf parties forme un tout aussi 
net et distinct que le dit M. de Montaiglon. Pour s'expliquer qu'un 
entr'acte d'une année ait pu avoir lieu entre chacune d'elles, il faut, 
je crois, admettre que l'histoire de saint Louis était connue des 
membres de la confrérie, était populaire parmi les maçons et les char- 
pentiers de Paris, comme jadis les légendes d'Œdipe ou d'Agamemnon 
parmi les auditeurs du théâtre d'Athènes. En tout cas, la façon dont 



— 23:^ - 

est composé le drame de Gringore atteste un effort vers des procédés 
plus savants et plus artistiques, que ceux dont avaient généralement 
usé les auteurs des mystères, au siècle précédent, et notamment Fau- 
teur d'un mystère de saint Louis publié par M. F. Michel pour le 
Roxburghe-Club de Londres, à un nombre d'exemplaires tellement 
restreint, qu'on peut le considérer comme encore inédit. Il ne paraît 
pas que Gringore ait connu cette pièce, que nous a conservée le 
manuscrit du fonds français 24331, à la Bibliothèque nationale. 
Il a composé la sienne d'après les Chroniques de Saint-Denis : M. de 
Montaiglon en donne des preuves convaincantes. Le drame de 
Gringore ne nous a non plus été conservé que dans un manuscrit, qui 
porte aujourd'hui le numéro 17511 du fonds français. Le savant 
éditeur en reproduisant cette copie, fort éloignée d'être parfaite, a 
corrigé un certain nombre de fautes de sens ou de mesure. Il aurait 
pu peut-être l'améliorer encore davantage. Le texte, précédé d'une 
préface riche en faits nouveaux et d'une érudition aussi abondante 
qu'ingénieuse, est suivi d'une liste des personnages du mystère, 
d'une autre liste des leçons du manuscrit corrigées par l'éditeur, d'un 
sommaire analytique et d'une liste des personnages du premier 
mystère de saint Louis. Le volume se termine par un petit poëme de 
Gringore, intitulé rObslination des Suisses, publié d'après l'édition 
gothique et d'après le manuscrit 1690 du fonds français. M. de Mon- 
taiglon aura désormais pour collaborateur, dans la publication des 
œuvres de Gringore, M. le baron .James de Rothschild, qui vient 
également d'entreprendre la publication, à ses frais, du mystère du 
Vieux Testament. Marius Sepet. 



Petite bibliotlièque de luxe. — Paul et Virr/inie, préface de J. Cla- 
retie, eaux-fortes de Regamey, Paris, A. Quantin, 1878, in-8 de 249 p. 
— Prix : 10 fr. — Adolphe, pi'éface de A. -F. Pons, eaux -fortes de Re- 
gamey. Paris, même éditeur, 1878, in-8 de 228 p. — Prix : 10 fr. — L'Amour 
et Psyché, gravures d'après Natoire, notice de A. Pons. Même éditeur, 
1878, in-32 de 138 p. - Prix : 10 fr^ 

Il est un certain nombre, un petit nombre d'anciens romans qu'on 
relit avec un vif plaisir. Je viens de l'éprouver moi-même en rece- 
vant deux des délicieux volumes édités par Quantin. Cela a été une 
heureuse idée de publier les chefs-d'œuvre de ce genre littéraire à 
un prix relativement modéré et avec un luxe typographique qui leur 
assure une place d'honneur dans les bibliothèques. Paul et Virginie 
méritait d'ouvrir la marche. Du livre même, je n'ai rien à dire, il est 
dans toutes les mémoires, et son souvenir se lie aux plus douces émo- 
tions de la jeunesse. La nouvelle édition de ce roman au si long 
succès est précédée d'une étude très-intéressante dans laquelle 



— 234 — 

M. Claretie nous fait bien connaître Bernardin de Saint-Pierre ; mais 
le montre, non peut-être tel qu'on aimait à se le représenter^ mais 
tel qu'il est. 

Le roman de Bernardin de Saint-Pierre a été suivi d'un livre singu- 
lier, dont le succès fut d'abord très-vif, mais qui plus tard a été apprécié 
comme il méritait de l'être, d'Adolphe^ de Benjamin Constant. On se 
rappelle le mot de ce juge qui demandait : Où est la femme? M. Pons, 
dans une préface curieuse nous a montré_, lui, les trois femmes qui 
eurent une si grande influence sur la vie de Benjamin Constant, 
M""^ de Charrière, M""' de Staël, M"^ Récamier; on pourrait y ajouter 
encore la femme divorcée de Talma, cette Julie, dont Benjamin Cons- 
tant a fait un portrait donné à la fin du volume. C'est surtout 
M""^ de Charrière dont on retrouve des traces dans le roman d'Adolphe. 
On peut aisément la reconnaître dans Elénore. Adolphe, comme le 
dit M. Pons, est une impitoyable dissection du cœur humain, sans 
incidents romanesques, sans aventures, mais grandement intéressante 
comme étude psychologique et semée de pensées ingénieuses et 
même profondes. Ce livre a, certes, du mérite ; il offre une peinture 
saisissante des suites d'une liaison coupable et peut être régardé 
comme étant, en France, un des premiers modèles de ces études de 
sentiments, qui depuis ont été tant de fois exécutées et auxquelles se 
rsiiiQ.cheniles Confessions d'un enfant du siècle. Des fac-simile,des ea.ux- 
fortes de Regamey — l'une d'elle est un peu risquée — ornent ces 
deux volumes admirablement imprimés. Ils sont les premiers d'une 
collection où paraîtront la Princesse de Clèves, le Diable amoureux, 
Valérie, et tant d'autres romans qui seront nouveaux pour bien des 
lecteurs. 

A côté de ces romans français, la même imprimerie commence une 
autre collection de petits romans anciens et étrangers. Elle a débuté 
par le plus délicieux petit volume que puisse rêver un bibliophile. 
Ce petit chef-d'œuvre typographique contient V Amour et Psyché, l'é- 
pisode si connu raconté par Apulée. Comme illustrations, on y voit 
huit charmantes vignettes d'après les tableaux en voussure dont Na- 
toire a orné l'un des plafonds de l'hôtel Rohan-Soubise, aujourd'hui 
les Archives nationales. Ce volume se termine par des notices biblio- 
graphiques et artistiques rédigées avec soin par M. Pons. 

Th. p. 



Molière et Bourdaloue, par M. Louis Veuillot . Paris, Victor Palmé, 

1877, gr. in-18 de 270 p. — Prix : 3 fr. 
Molière etBossuet, réponse à M. Louis Veuillot, par M. Henri de La- 

POMMERAYE, Paris, Paul Ollendorff, 1877, gr. ia-18 de 173 p. — Prix : 2 fr. 



— 233 — 

Étude sur Bourdaloue, par Frédéric Poulin, licencié es lettres. 
Paris, Téqui, 1870, in-8 de (i7 p. — Prix : 80 c. 

Une étude sur Molière est toujours d'actualité ; il semble même que 
ce nom classique obtienne en ce moment un regain d'engouement. Le 
nouveau livre de M. Louis Veuillot est né d'une polémique commencée 
dans l'Univers, à propos d'une représentation du Tartuffe à Londres. 
L'idée même d'établir une comparaison entre Molière et Bourdaloue 
n'est pas de M. Veuillot : elle lui a été suggérée par certains paral- 
lèles audacieux où Bourdaloue se trouve être un plat courtisan et Mo- 
lière un 11 ardi réformateur desmœurs. Assez enclin aux vertes ripostes, 
le rédacteur de V Univers a fait un livre de ces articles interrompus 
par les affaires quotidiennes. Il examine d'abord la vie privée de Mo- 
lière, qui ne fut pas d'un moraliste, puis, sa vie publique, ouvertement 
protégée par la faveur royale. Quelle preuve de ce grand courage 
dont on lui fait une auréole Molière donnait-il quand il gagnait, à 
railler marquis et dévots, une pension du roi pour lui-même et le par- 
rainage du roi pour son enfant? Quand Louis XIV faisait jouer le 
Tartuffe malgré Parlement et Archevêque? L'auteur, s'attaquant en- 
suite au théâtre lui-même et particulièrement à la comédie, démontre 
que celle-ci n'a pas droit à la devise qu'elle arbore : Castigat ridendo 
mores. Il n'a pas de peine à prouver que la comédie raille les ridi- 
cules plutôt que les vices, et ne corrige guère ni les uns ni les autres. 
Elle est plus puissante au mal qu'au bien, et l'usage qu'on en fait est 
généralement plutôt nuisible qu'utile ; c'est encore fort possible. On en 
pourrait dire autant de la musique et de la peinture, car le but immé- 
diat de l'art n'est pas la prédication religieuse. Mais de ce que la co- 
médie n'est pas d'une morale aussi sûre que le catéchisme, il ne 
s'ensuit pas qu'elle doive être absolument condamnée. Et ici M. Veuil- 
lot, emporté par sa légitime indignation contre une mauvaise pièce, 
semble, par une trop grande généralisation, avoir dépassé la juste 
mesure. Il oppose l'enseignement du théâtre aux enseignements de la 
chaire ; en face de Molière, qui obtient et conserve la faveur du roi 
en flattant ses passions, il montre Bossuet et Bourdaloue qui ne crai- 
gnent pas d'affronter sa toute-puissance en lui faisant publiquement 
de dures leçons. La vie du jésuite, sommairement racontée, n'offre 
pas les détails croustillants de celle du comédien ; c'est la vie d'un 
humble et saint religieux, qui ne s'est mêlé aux grands de ce monde 
que pour les entretenir des choses du ciel. Mais fallait-il, pour la glo- 
rification de l'orateur, verser tant de fiel sur les misères du poète, et 
l'impitoyable satiriste n'oublie-t-il pas un peu trop que, même dans 
cette mort si triste de Molière, il y eut quelque chose de touchant et 
presque de chrétien ? Non, M. Veuillot n'éprouve pas un instant d'in- 
dulgente faiblesse devant ce pilori où il Ûagelle une de nos gloires 



— 236 — 

nationales. Puis vient une critique do T/irUi/fe, comme M. Veuillot 
sait en faire, pleine d'esprit mordant, de bon sens et de passion. La 
parole, laissée un instant au pauvre comique pour se défendre, est 
bientôt donnée à Bourdaioue pour l'accabler. Le Misanthrope, pris à 
partie, n'a pas beaucoup plus que Tarluffe à se louer de M. Veuillot, 
qui, s'obstinant à la recherche d'un type de parfait chrétien, ne le 
trouve pas plus dans Alceste ou dans Philinte, qu'il ne l'avait trouvé 
dans Orgon ou dans Cléante. Et pourtant n'est-ce pas se montrer bien 
exigeant que de condamner un poëte comique parce qu'il ne met pas 
de vrais saints en scène ? Ce serait encore ici le lieu de rappeler à 
M. Veuillot le mot de saint Paul : « Non plm saperc qiiam oporlet. sa- 
perp ; scd sapcre ad sobrielatern. » Caractères ou situations, but ou 
moyens, ensemble ou détails, rien ne trouve grâce devant l'ardent cri- 
tique, rien, si ce n^est le style. Cette langue du grand siècle, sobre, 
vigoureuse et de si bonne tenue, M, Veuillot est plus à même que per- 
sonne de l'apprécier : il en a saisi le ton et la manière, il en a surpris 
les secrets et a su les approprier à son usage. Il semble presque, en 
le lisant, que dans cette querelle à la fois morale et littéraire, juge et 
partie appartiennent à la même époque . 

— Une attaque si vive provoquait la réplique : une polémique s'est en- 
gagée dans les journaux et même dans les revues. Un agréable confé- 
rencier, M. de Lapommeraye, a pris la plume pour défendre Molière 
par une petite brochure qu'il a intitulée : Molière et Bossuet. Selon lui 
— et la thèse n'est pas neuve — Tartuffe ne ridiculise que les faux 
dévots, ce dont une piété bien entendue devrait lui savoir gré. Mal- 
heureusement, vrais ou faux dévots sont unanimes à se plaindre de 
cette comédie, comme M. de Lapommeraye en convient, et M. de 
Lapommeraye, bien que le baptême l'ait fait enfant de l'Église, s'il 
faut l'en croire, ne semble pas un juge suffisamment informé des 
questions religieuses pour casser cet arrêt de sa propre autorité. Le 
fait brutal est là, plus fort que les apologies et les commentaires : 
depuis deux cents ans, Tartufje Yé^onit l'impiété et afflige la dévotion, 
résultat dont Molière ne pourrait être innocenté que par une accusa- 
tion d'impardonnable maladresse. 

La condamnation du théâtre par M. Veuillot était trop absolue 
pour n'être pas relevée. Sans discuter, sans opposer à Bossuet un 
théologien moins sévère, M. de Lapommeraye se contente de citer 
l'opinion de M. Dumas, de M. de Girardin, de Georges Sand et même 
celle de M. Vacquerie : « Le théâtre, c'est le Golgotha de l'idée ! » 
Si le théâtre n'a pas d'autres moyens de défense, le rigorisme de Bos- 
suet ne semblera plus exagéré à personne. Cependant, n'étant sans 
doute pas pleinement satisfait de sa démonstration, l'auteur y revient 
plus tard avec ses propres arguments. « Je n'hésite pas à déclarer. 



dit-il, que Corneille, Racine et Molière ont plus fait et font plus pour 
la moralisation que Bossuet, Bourdaloue et Massillon. «La raison 
qu'il en donne est que ceux-ci sont peu lus, ce qui ne prouve pas l'in- 
fluence moralisatrice de ceux-là. Bossuet. Bourdaloue et Massillon 
n'ont même pas converti le dix-septième siècle, ajoute-t-il : « le car- 
naval impie de la Régence suit les retraites prèchées par tous ces 
célèbres apôtres. » La Régence a suivi d'aussi près l'œuvre de morali- 
sation accomplie par Corneille, Racine et Molière ; M. de Lapomme- 
raye semble l'oublier. Mais il ne l'oublie pas : le dix-huitième siècle 
n'est un carnaval impie que par rapport aux prédications infruc- 
tueuses des orateurs sacrés du siècle précédent, si l'on considère 
l'influence du théâtre, c'est, au contraire, paraît-il, une époque de 
moralisation brillante. « La chaire comique a plus d'efflcace, et ce 
que Voltaire eût... affirmé... c'est le bénéfice que la philosophie tira 
de la prédication dramatique. Avec ses tragédies, mortes aujour- 
d'hui, Voltaire a plus conquis de lecteurs à l'Encyclopédie que tous les 
prêtres n'ont ramené d'enfants prodigues au pape... » Le degré de 
moralisation se mesurant au nombre des lecteurs de l'Encyclopédie, 
voilà une trouvaille. Celle-ci n'est pas moins précieuse: «Molière, 
Messieurs, a tout simplement sauvé cette chose sainte qui s'appelle : 
LA FAMILLE... » Si la thèse de M. de Lapommeraye est mauvaise, si 
ses arguments sont faibles, sa brochure contient pourtant çà et là 
quelques bonnes pages, réfutations faciles d'exagérations évidentes; 
il a trouvé là sa meilleure ressource. 

— Venant de parler de Bourdaloue, je puis ajouter ici un mot d'une 
courte étude sur cet orateur, publiée, l'année dernière, par M. Poulin. 
Dans son avant-propos, l'auteur définit ainsi son objet et annonce ses 
divisions : « Après un premier chapitre consacré à étudier Bourdaloue 
lui-même, tel que ses œuvres nous le laissent entrevoir, nous essaye- 
rons d'indiquer les caractères généraux de son éloquence. Puis, dans 
deux autres chapitres, nous établirons qu'il fut un maître dans l'en- 
seignement dogmatique, aussi bien que dans l'enseignement moral. 
Cela nous amènera à constater ce qu'il y a de pratique dans le but 
qu'il se propose, et à caractériser la méthode qu'il emploie pour at- 
teindre ce but. » Mais ce que l'auteur n'annonce pas, c'est la connais- 
sance intime qu'il a de son sujet et le soin avec lequel son travail est 
exécuté. Analyses, appréciations, comparaisons, anecdotes, rien ne 
manque de ce qui peut renseigner le lecteur ou raviver son intérêt: 
tout est sommairement indiqué. L'auteur se meut à l'aise dans ce 
cadre si limité. Ce qu'on ne peut que regretter, car peut-être, s'il se 
fût trouvé plus gêné pour les développements nécessaires à son vaste 
sujet, aurait-il pensé à se charger de cette édition historique de Bour- 
daloue que lui-même réclame quelque part. Emm, de Saint-Albin. 



— 238 — 

IVouveaux Saiuedîs, par A. de Pontmartin. Quinzième série. Paris, 
Calmann, [ évy, 1878, in-I8 j. de 416 p. — Prix : 3 fr. oO. 

Ces Nouveaux Samedis ne le cèdent à leurs aînés ni en variété at- 
trayante, ni en sûreté de vues critiques, ni en finesse de pen- 
sée, ni en élégance de forme. Il j a des pages sur Philarète 
Chasles qui sont tout une révélation. M. de Pontmartin nous 
montre ce déclassé de première classe en flagrant délit de plagiat, enle- 
vant au Journal des Débats un article spirituel sans plus de scrupules 
que n'en mettaient les corsaires des Etats barbaresques à enlever les 
femmes de Leucate, d'Agde ou de Maguelonne. Ce qui n'empêche pas 
M. de Pontmartin de faire ressortir les brillantes qualités littéraires 
qui distinguaient Philarète Chasles. Il y a aussi, dans ces Nouveaux 
Samedis, des pages ravissantes sur l'auteur de la Fille d'Eschyle, Au- 
tran,le grand poëte marseillais, un phocéen moderne, fils de Sophocle 
et de Lamartine. Il y a, pareillement, des pages touchantes sur Marie- 
Antoinette : les panégyristes de l'infortunée reine de France y 
sont loués, en excellents termes, de leur dévouement et de leur gé- 
néreux amour de la vérité; les lâches calomniateurs de la fille de 
Marie -Thérèse y sont fustigés d'importance. — Signalons, dans un 
autre ordre d'idées : une étude sur Venise, où revit le pinceau ma- 
gique de Charles Yriarte; un portrait de Daniel Stern (seconde ma- 
nière); un très-rigoureux jugement (trop rigoureux peut-être) sur le 
poète des Nuits, Alfred de Musset; des articles du plus piquant intérêt 
sur Emile Zola et le réalisme bestial, sur Mario Uchard, Jules Claretie, 
Gustave Claudin, André Theuriet, Ernest Daudet et les Erckman-Cha- 
trian et les romans soi-disant nationaux qui représentent la littérature 
d'un parti dont M. Gambetta représente l'éloquence. Mais, à notre sens, 
les pages les mieux réussies des Nouveaux Samedis sont une sorte de 
récit anecdotique et biographique dans lequel M. de Pontmartin ra- 
conte ses relations avec Buloz et la Revue*des Deux Mondes. C'est 
écrit à l'emporte-pièce. Mentionnons enfin la mordante critique de 
l'ennuyeux drame posthume de M. Charles de Rémusat, intitulé : 
Abélard, et une nouvelle étude sur Xavier Doudan, ce « libre-penseur 
du grand monde » qui n^a eu que la peine de mourir pour devenir cé- 
lèbre. En résumé, les écrivains qui voudront plus tard écrire l'histoire 
du mouvement intellectuel français dans la seconde moitié du dix-neu- 
vième siècle n'auront qu'à se baisser et qu'à prendre. Les Nouveaux 
Samedis leur faciliteront singulièrement la besogne. 

FiRMIN BoissiN. 



— 239 — 

Correspondance de «Iules Janin, publiée par M. de la Fizelière, 
avec le concours de M. Clément Janin. Paris, librairie des bibliophiles, 
1877, gr. ia-18 de 31G p. — Prix : 3 fr. 50. 

Quand on a lu les oeuvres d'un écrivain éminent, on ressentie désir 
très-naturel de connaître leur auteur. Rien ne peut mieux aider à la 
satisfaction de cette curiosité que sa correspondance; c'est là que, 
sans préoccupation du libraire et du public, il se peint tel qu'il est et 
bien mieux qu'il ne le ferait dans des mémoires composés avec une 
certaine prétention littéraire. La correspondance de J. Janin sera 
donc très-bien accueillie du public intelligent qui, si longtemps, a lu 
avec empressement les feuilletons de l'aimable critique et qui a con- 
servé le souvenir de quelques-uns de ses livres. Au reste, le style de 
J. Janin dans ses lettres ne diffère pas sensiblement de son style 
comme auteur. L'inépuisable feuilletoniste avait un esprit — si l'on 
peut allier ces mots — naturellement un peu prétentieux. Ses lettres 
ne seront donc pas citées, peut-être, comme des modèles épistolaires, 
parce qu'elles ont, ou plutôt, semblent avoir un certain apprêt. Elles 
ne contiennent point d'anecdotes contemporaines, elles n'offrent 
guère de reflets des événements politiques, et cependant^ on les lit 
avec un grand plaisir, parce qu'elles mettent en rapport avec un 
esprit ingénieux et avec un caractère honnête, elles font aimer et esti- 
mer celui qui les a écrites. La première de ces lettres est de 1824,1a der- 
nière de 1873. Toute la vie littéraire de J. Janin est comprise entre ces 
deux dates, et entre ces deux dates se groupent une foule de souve- 
nirs, de noms connus à titres divers, qui font revivre le lecteur dans 
une longue période de ce siècle. Toutefois, nous l'avons déjà laissé 
entendre, l'histoire n'aura pas à chercher beaucoup de renseigne- 
ments dans cette correspondance : Janin vivait trop dans sa biblio- 
thèque pour s'enquérir beaucoup de ce qui se passait au dehors. 
Cependant, il ressentit vivement le contre-coup du Deux-Décembre, 
tout en comprenant mieux que ne le feraient ses successeurs actuels 
au Journal des Débats, ce qui avait favorisé l'établissement de l'Em- 
pire. Dans une lettre à M. de Lacretelle, l'historien, Janin raconte com- 
ment il revit, en 1851, Lamartine en présence de qui il ne s'était plus 
trouvé depuis le 1er mars 1848, où le poëte s'écriait sous un ciel 
splendide : « Je vous fais quelque chose de plus beau que le soleil. » 
Lamartine se montra d'abord, à l'égard de Janin, réservé et froid; il 
semblait lui garder rancune des malheurs dans lesquels il nous avait 
jetés. Cette lettre de Janin m'en a rappelé une de Lamartine lui- 
même, lettre bonne à citer et à méditer, où il écrivait : a Nous avons 
péché par excès de liberté (je dis nous et non pas moi), en 1848. 
La démagogie, qui se repent aujourd'hui, a amené cet inévitable châ- 
timent, le despotisme. » {Correspondance, t. VI, p. 448.) 



— 240 — 

J. Janin eût voulu, au prix de dix ans de sa vie (p. 117), que Lamar- 
tine et M. V. Hugo fussent restés les témoins affligés de grandes et 
inutiles émeutes. » Qu'eût dit J. Janin, s'il eût vécu jusqu'à nos 
jours? Mais il en vit bien assez, car il vécut jusqu'en 1874, et trenabla 
pour sa chère bibliothèque, menacée par les communards. 

Ce receuil de lettres est impossible à analyser; il faudrait, pour en 
donner une idée, en extraire quantité de jolis passages, et la place me 
manque ; mais je crois, par ma propre expérience, qu'on lira avec 
intérêt tout ce charmant volume, où le traducteur d'Horace montre 
plus d'une fois la douce philosophie de son poëte bien-aimé. 

Une remarque bien minutieuse (p. 44) : J. Janin parle d'un hasard 
providentiel ; s'il eût corrigé l'épreuve de sa lettre, il n'eût certaine- 
ment pas laissé accouplés ces deux mots contradictoires. C'est là une 
manière de dire que l'on emploie un peu trop souvent, mais il ne 
faudrait pas pouvoir s'autoriser de l'exemple de J. Janin. 

Th. de PUYMAIGRE. 



HISTOIRE. 



Die Zeit des Ignatius und die Chronologie der antioehe- 
iiischen OiselioTe bisTyranmis. {De l'époque de saint Ignace et de 
la chronologie des cvéques d' Antioclie jusqu' à Tyrannus.) Nach Juiius Afri- 
canicus und den spàteren Historikern. INebst aine Untersuchung ùber die 
Verbreitung der Passio S. Polycarpi im Abendlande. Von Adolf H.uinack. 
Leipzig, Hinrichs, 1878, in-12 de iv et 92 p. 

La question de la personne et des lettres de saint Ignace d'Antioche 
passionne une partie du monde savant en Allemagne. Cet illustre 
martyr, l'un des premiers écrivains ecclésiastiques, nous fournit des 
témoignages sur quelques-uns des dogmes et des institutions prin- 
cipales de l'Eglise. De là son importance et les batailles qui se 
livrent autour de son nom. Parmi les difficultés qu'on soulève contre 
l'authenticité de ses lettres, il en est qui sont tirées de difficultés chro- 
nologiques. Ce sont celles que se propose de résoudre M. Adolphe 
Harnack, l'un des savants éditeurs des Pères apostoliques. 

Aucune objection sérieuse, dit-il, n'a été élevée jusqu'ici contre 
l'authenticité de la tradition d'après laquelle un évêque d'Antioche, 
nommé Ignace, fut condamné au deuxième siècle de l'ère chrétienne 
au supplice des bêtes et dût être conduit à Rome pour y subir la 
mort. Les difficultés imaginées par Néander d'abord, et depuis par 
Volkmar ne méritent pas qu'on s'y arrête. Elles sont toutes sans force 



— 241 - 

contre le fait que les sept lettres qui portent le nom de saint Ignace 
sont antérieures à l'époque où vivait saint Irénée. L'éditeur des lettres 
de saint Ignace, 'M. Zahn, a très-bien montré dans son livre Ignace 
d'Antioche (1873), que les lettres elles-mêmes ne contiennent rien 
qu'on puisse alléguer avec raison contre leur authenticité. Quant à la 
difficulté chronologique du martyre de saint Ignace, M. Harnack 
arrive aux conclusions suivantes. Les dates fournies par Eusèbe, dans 
sa Chronique, sont empruntées à Jules Africain. Celui-ci avait donné 
les dates par olympiades, manière de compter qui manque de préci- 
sion, quand on veut les traduire en années ordinaires, sans rensei- 
gnements suffisants. Mais, ce qui est bien plus grave, d'après 
M. Harnack, la chronologie de Jules Africain est artificielle et, par 
conséquent, ne mérite pas confiance. Il résulte delà que les objections 
tirées de cette chronologie contre l'histoire de saint Ignace sont sans 
fondement. L'auteur s'eff'orce d'établir ses conclusions par une foule 
de considérations et de rapprochements trés-ingénieux, qui montrent 
sa connaissance profonde de l'antiquité chrétienne. Q. K. 



Le Itévéreiiti S»ère de Ponlevoy, de la Compagnie de 
Jésus. Sa vie, par le P. Alexandre de Gabriac, de la même Compagnie, 
avec un choix d'opuscules et de lettres. Tome U. Opuscules et lettres. Paris, 
Baltenweck, 1878, in-18 j. de x-iJOo p. — Prix : 4 fr. 

Dans le premier volume de son ouvrage (t. XX, p. 418), le P, de 
Gabriac a raconté la vie du P. de Ponlevoy et nous a fait pénétrer 
dans le secret de cette grande âme par la publication de nombreux 
fragments de ses écrits. Ici, l'historien s'efface complètement; il 
devient simple éditeur d'œuvres laborieusement et pieusement recueil- 
lies, disposées dans le meilleur ordre et choisies avec un grand discer- 
nement. Ce sont des œuvres ascétiques : des ébauches de méditations, 
des canevas de sermons et de retraites, des avis spirituels, des pen- 
sées jetées sur le papier. Ces fragments sont réunis sous le titre de 
« Mystères » et ont pour objet général les fêtes que l'Eglise célèbre 
de la Toussaint au Carême, le Carême et la Passion, Pâques et la 
Pentecôte, et différentes dévolions. Viennent ensuite l'abrégé d'une 
retraite sur le Courage, un sermon sur le Mélange des bons et des 
méchants, et une réimpression de l'intéressante et édifiante notice sur 
Mme de Saisseval, femme toute dévouée au bien, l'un des soutiens 
de la belle œuvre des Enfants délaissés, qui a fourni pendant la Com- 
mune un si providentiel secours aux otages. A la fin sont les lettres : 
la correspondance avec la comtesse Chrapowiska, morte en 1876, 
avec Mme Whately, protestante convertie, dont il est parlé dans 
la Vie; avec M. Antoine de Latour, le traducteur de Silvio Pellico, 
Mars 1878. T. XXII, 16. 



— 242 — 

avec sa femme et différentes autres personnes. Ces lettres sont sui- 
vies de fragments de correspondances qu'il était impossible ou inutile 
de reproduire intégralement et qui sont classés suivant leurs sujets : 
La Paix. Moyens de conserver la paix. — Croix. — Vertus. — 
Devoirs. — Dévotions. 

Il nous est difficile de donner autre chose qu'une table des matières. 
Cette indication suffira à tous ceux qui connaissent'le P. de Ponlevoj 
par ce qu'ils ont déjà lu de lui et pour lesquels notre appréciation 
aurait peu de portée. Il est, du reste, assez embarrassant de juger 
sommairement un ensemble d'œuvres aussi variées et traitées si iné- 
galement. On voit qu'elles émanent d'un penseur ; elles font réfléchir 
et demandent à être méditées. Tous les mots portent; rien n'est 
sacrifié à l'agrément; tout est pour l'utile. Le P. de Ponlevoy a 
uniquement cherché le bien et il a trouvé le reste par surcroît. Il 
donne là une nourriture substantielle et fortifiante dont nous dirons 
volontiers : Goûtez et voyez. Quant à sa doctrine, quant à ses conseils, 
il serait puéril à nous d'en donner notre avis. Que de belles pensées 
on pourrait citer, exprimées dans une formule simple, nette, vive, 
concise qui frappe l'esprit et se grave dans la mémoire. « Plus vous 
donnerez de bonheur, plus vous en aurez; plus vous ferez de bien, 
plus vous en recevrez (419). » — « Dieu frappe pour toucher, 
blesse pour guérir, mortifie pour vivifier (138). » — « Il y a des 
choses que je pense savoir, et que pourtant je ne sais pas ; il y a 
des choses que je sais et que j'oublie ; il y a des choses que je n'ou- 
blie pas, mais que je ne veux pas. Afin d'apprendre ce que je pense 
savoir sans le savoir, je dois écouter. Afin de retenir ce que j'oublie, 
après avoir entendu, je dois réfléchir. Afin de vouloir, enfin, je dois 
prier ; la prière est l'auxiliaire de la parole (134). » Dans les 
lettres, quelle délicatesse de sentiments, quelle finesse d'expression, 
quelle générosité. Plusieurs contiennent des allusions aux derniers 
événements. « La justice d'en haut, » dit-il, à propos de la Commune, 
« n'a qu'à laisser faire, l'iniquité s'exécute elle-même (482). » Après 
avoir parlé de toutes ses douleurs dans ces tristes jours : « Et cepen- 
dant, soyons debout, nous avons des martyrs de plus (484) 1 » 

René de Saint-Mauris. 



Iteclierches arcliéologiques aur les colonies phéniciennes 
établies sur le littoral de la Celtoligurie, par l'abbé J.-J.-L. 
Bauges, professeur d'hébreu à la Sorbonne. Paris, Ernest Leroux, 1878, 
in-8 de 160 p. accompagné de 8 planches. — Prix: 6 fr. 

Après avoir rappelé les colonies fondées par les Phéniciens en 
Afrique et en Espagne, l'auteur s'arrête successivement à Pyrène ou 



— 2i3 — 

lUiberris, Ruscino ou Ruscinus, Narbonne, Heraclea, Nemausus, 
Heraclea-Caccabaria, Alonis, TArgentière, Beritini, Portus Hercu- 
lis Monœci et Portus Herculis. M. l'abbé Barges décrit chacune 
de ces villes, donne leur emplacement, explique Torigine de leur nom. 
C'est à tort qu'on cherche l'étymologie de ces mots dans le grec ou 
le latin, c'est au phénicien qu'il faut remonter. Ainsi on explique 
généralement Monaco par pvoç oïxoç, demeure solitaire. Pour arriver 
à la véritable étj^mologie, il faut avoir recours à l'hébreu et au phéni- 
cien Ménith, quietem dantcm, qui donne la tranquillité, en remarquant 
que le C des Latins et le K des Grecs correspond au Heth des alphabets 
hébreu, chaldaïque, syriaque et phénicien. La partie la plus intéres- 
sante de ce mémoire est ce que l'auteur dit de Marseille. S'appujant 
sur les nombreux monuments retrouvés dans cette ville, notamment 
un autel de Baal et la grande inscription phénicienne remise au jour 
en 1845, M. l'abbé Barges établit que les Phocéens ne furent pas les 
premiers habitants de Massalia, ni ses véritables fondateurs, mais 
qu'il faut reporter la fondation de cette ville à deux siècles aupara- 
vant. L'auteur explique le nom de Massalia par un mot d'origine 
celtique, mas (C. Manere) ; le nom de cette ville signifie dès lors rési- 
dence des Salyens. — L'ouvrage se termine par un chapitre fort inté- 
ressant sur le commerce des Phéniciens et des Carthaginois avec les 
habitants de la Celtoligurie. Armand Gasquy. 



Histoire de la ciA'ilisation hellénique, par M. Paparrigopoclo, 
professeur à l'Université d'Athènes. Paris, Hachette, 1878. in-8 de 470 p. 
— Prix: 7 fr. 50. 

Ce volume est le produit d'une étude de trente ans et le résumé 
d'un grand travail qui n'a été publié qu'en grec. L'auteur se propose 
de montrer l'influence de l'esprit grec sur la civilisation. On croit 
généralement que l'histoire grecque finit à la bataille de Chéronée. 
La race grecque n'a jamais cessé de marquer dans l'histoire. Mais 
jusqu'ici elle n'a pas eu d'historien national; on l'a jugée sévèrement 
et, pour ainsi dire, par contumace. 

Le premier chapitre est consacré aux temps primitifs, aux consti- 
tutions d'Athènes et de Sparte. L'auteur donne la supériorité à Athènes 
sur Sparte. Le génie attique est pour lui la plus haute expression de 
l'esprit grec. — Supprimez Athènes de l'histoire, dit-il, la splendeur 
de la Grèce est obscurcie, l'humanité recule. Supprimez Sparte la 
Dorienne, le nom des Hellènes ne perd rien de son éclat. Les vertus 
guerrières, ces vertus maîtresses de Lacédémone n'ont pas même été 
célébrées par les Spartiates; c'est Hérodote, presqu'un Ionien, ce 
sont les Athéniens Thucydide et Xénophon qui les rappellent au 
souvenir de la postérité. 



La lutte pour riiég-émonie avait livré la Grèce à Philippe; les 
divisions qui suivirent la mort d'Alexandre préparèrent la domination 
romaine. Mais, suivant l'expression d'Horace, les vaincus triomphaient 
de leurs vainqueurs, le génie latin se transforma au contact du génie 
grec. Le sol de la Grèce fut souvent foulé par les armées étran- 
gères, mais son esprit survit à toutes les ruines et s'empare de tout 
ce qui cherche à l'étouffer. Le christianisme fit d'abord la guerre aux 
idées grecques. Dans son discours contre les idoles, qu'il intitule 
Discours contre les Hellènes, l'évéque d'Alexandrie, Athanase, cou- 
vrait leur science de railleries. Clément d'Alexandrie et Justin 
montraient, au contraire, qu'une alliance était possible entre le monde 
chrétien et l'hellénisme. Saint Grégoire de Nazianze et saint Basile 
protestent contre Julien qui veut interdire aux chrétiens les lettres 
grecques, et font bientôt dans leurs discours revivre l'éloquence 
antique. Les dogmes de la nouvelle religion se fixent au sein de 
l'Empire grec, c'est à Constantinople que s'écrit le Credo. Si, par leur 
esprit d'investigation, les Grecs provoquaient les hérésies, ils fournis- 
saient en même temps ceux qui devaient les combattre avec éclat. 
Justinien essaya vainement de faire revivre à Constantinople le monde 
romain. Il reconnaissait bientôt lui-même dans ses Novelles que le 
grec était la langue de la majorité des habitants de l'empire et il 
cédait lui-même à l'influence grecque. Bâtie par un empereur qui 
prétendait représenter en Orient le monde romain, Sainte-Sophie 
devint le principal symbole de l'hellénisme au moyen âge. 

Le professeur d'histoire s'attache à faire voir que la période connue 
sous le nom de Bas-Empire ne mérite pasle mépris où on la tient généra- 
lement, n nous montre l'activité qui règne alors dans l'Orient, il nous 
fait assister aux disputes religieuses, aux luttes des iconolâtres et 
des iconoclastes. Au milieu de ces ténèbres, l'esprit grec se dégage et 
inspire de grands hommes. Démosthènes n'aurait pas renié l'apôtre Paul 
ou Chrysostome, de même qu'Aristophane aurait trouvé un digne suc- 
cesseur dans Lucien, et Socrate dans Epictéte. Peut-être même 
Agésilas aurait reconnu des émules dans Héraclius et Basile IL 
M. Paparrigopoulo se montre sévère pour les croisades, entreprises, 
suivant lui, pour soumettre l'église de Constantinople à celle de Rome. 
L'empire latin substitué pour quelques années (1204-1261) à l'Empire 
grec fut une faute politique. Les Turcs allaient se jeter sur Constan- 
tinople affaiblie et menacer toute l'Europe. 

Sous la domination ottomane, on vit les deux races, celle des oppres- 
seurs et celle des opprimés, rester toujours séparées, ne se mêler en 
rien : les Grecs, comme les Slaves, n'acceptèrent qu'en frémissant un 
joug insupportable. Les Turcs furent les seuls vainqueurs que les 
Grecs ne gagnèrent point à leur civilisation. La guerre de l'indépen- 






dance constitua un état insuffisant dans la pensée de l'auteur. De 
tristes réflexions terminent son ouvrage. Il se plaint de l'Europe qui 
a permis aux Slaves de s'affranchir peu à peu du joug des Turcs et 
qui ne favorise pas de même l'émancipation des Grecs. 

Le livre de M. Paparrigopoulo se recommande par des vues larges 
et nouvelles, un style élégant, une conviction éloquente. Si nous pou- 
vons reprocher à l'auteur quelque aveuglement dans son patriotisme 
enthousiaste, s'il n'a pas la force de reconnaître que les Grecs d'au- 
jourd'hui ne sont pas les véritables héritiers de leurs ancêtres de 
l'antiquité, sachons du moins gré au professeur de nous avoir montré 
dans son ensemble le développement de la civilisation hellénique et 
de nous avoir rappelé qu'Athènes a été l'éducatrice du genre humain 
suivant le titre que Cicéron se plaisait à donner à cette ville. 

Armand Gasqut. 



IL.e tiîvre d'or fpaiiçaîf*. La Mission de Jeanne d'Arc, par Frédéric 
GoDEFROY, lauréat de l'Académie. Ouvrage illustré d'un portrait inédit de 
la Pucelle en chromolithographie, de quatorze encadrements sur teinte et 
quatorze compositions originales imprimées en camaïeu de Claudius 
Cappori-Puche. Paris, Ph. Reichel, 1878, gr. in-8 de xii-391 p. — Prix ; 
40 fr. 

Pour s'être fait désirer, le volume que nous annonçons, n'en recevra 
pas moins bon accueil : attendu pour les étrennes, il ne lui manque 
que le mérite de l'opportunité, trop recherché de nos jours. M. Gode- 
froy ne prétend pas donner une œuvre originale, une étude de pre- 
mière main. (( Notre intention, dit-il, n'est pas de refaire dans tous 
ses détails la vie de Jeanne d'Arc... Nous voulons surtout, en 
utilisant ce qui a été publié de meilleur sur l'héroïne française, 
caractériser sa mission religieuse et patriotique et solidement établir 
qu'elle fut une vraie sainte. » C'est donc un travail de vulgari- 
sation, tendant à faire pénétrer parmi le public lettré, mais non 
érudit, les véritables notions sur la vie et la mission de .Jeanne d'Arc. 
L'auteur expose cette vie merveilleuse dans un récit intéressant, 
coupé par des divisions bien claires, embrassant toutes les périodes 
de sa durée : naissance, vocation, voyages, entrée à Orléans, cam- 
pagne de la Loire, sacre du roi, siège de Compiégne, captivité, 
procès, condamnation, réhabilitation, etc., écrit sous l'inspiration du pa- 
triotisme le plus ardent et des sentiments religieux les plus accentués. 
Nous ne le suivrons pas dans sa narration, dont les éléments lui sont 
fournis par nos meilleurs historiens et par les panégyristes de la 
Pucelle, aux fêtes du 8 mai à Orléans. Nous devons surtout faire res- 
sortir le cachet particulier de son livre, qui est de montrer la sainteté 
de la vierge lorraine, caractère que l'Eglise ne lui a pas encore re- 



— 246 — 

connu; mais on sait que la cause de sa béatification est introduite 
devant le Saint-Siège, et M. Godefroy s'en fait l'avocat éloquent et 
convaincu. Il montre qu'elle a accompli une mission divine, qu'elle a 
prophétisé, qu'elle a opéré des miracles, qu'elle a subi la mort des 
martyrs. Ce n'est pas seulement de la sympathie et de l'admiration 
qu'il nous inspire pour Jeanne d'Arc, ce sont des sentiments de pro- 
fonde vénération. 

Nous ferons suivre nos éloges de quelques critiques. N'y aurait-il 
pas certains détails qu'on aurait pu atténuer sinon supprimer dans un 
volume appelé à figurer avec honneur sur la table du salon (p. 42, 
196, 369, 384). Nous sommes tout disposé à nous ranger à l'opinion 
de M. Godefroy sur l'unité de la mission de Jeanne d'Arc et son entier 
accomplissement,mais nous craignons que les raisons qu'il donne et que 
la manière dont il les présente ne convainque pas le lecteur un peu ré- 
calcitrant. Il énumère,dans un chapitre intitulé «Jeanne d'Arc devant 
la postérité, » les principaux monuments élevés à l'honneur de la 
Pucelle par les écrivains et les artistes : nous nous permettons de le 
trouver trop élogieux pour M. Henri Martin, et de lui reprocher 
d'avoir donné la tournure afiirmative à des faits présentés sous forme 
dubitative dans un travail de M. de Puymaigre dont il s'est inspiré. 

Les éditeurs, compositeurs, artistes et graveurs ont droit à une 
part d'éloges pour le goût et la beauté des illustrations, l'harmonie et 
la netteté de la composition qui ajoutent beaucoup au prix de cette 
oeuvre. Notre critique artistique ne serait pas d'un assez grand 
poids pour qu'il y ait aucun inconvénient à la supprimer ; ainsi, 
sans contester en rien la valeur des compositions originales de 
M. Cappori, reproduites en tête de chaque chapitre et se rapportant 
toutes à quelque trait de la vie de Jeanne d'Arc, nous exprimons 
seulement le regret que l'éditeur se soit écarté de la voie où l'on 
est si heureusement entré de nos jours et qu'il ait laissé à la fantaisie, 
si artistique qu'elle soit, l'illustration d'une œuvre qui devrait surtout 
consister en reproduction de monuments historiques. 

René de Saint-Mauris. 



Études sur le régime financier de la France avant la 
Révolution de I T&*9, par Ad. Vuitry, de l'Institut. Paris, Guillau- 
min, 1878, gr. in-8 de xii-540 p.— Prix : 10 fr. 

Des deux études qui composent ce livre, la première, celle qui 
traite des anciens impôts romains dans la Gaule, du sixième au dixième 
siècle, et de leur transformation en redevances féodales, est déjà 
connue des lecteurs du Polybiblion. L'auteur en avait fait l'objet, en 
1874, d'une publication spéciale et nous nous étions empressé dès lors 



— 247 — 

de la signaler à leur attention (t. XI, p. 14). Nous nous bornerons 
aujourd'hui à rappeler son titre pour nous occuper particulièrement 
de la seconde. Aussi bien, est-elle à tous égards la plus considérable. 
Elle est consacrée au régime financier de la monarchie féodale depuis 
Hugues Capet jusqu'à Philippe le Bel. 

A toutes les époques, l'examen sérieux des institutions financières 
d'un pays ne peut se séparer de la connaissance de son état social. 

Vraie, au point de vue le plus général, cette observation se trouve 
d'une exactitude plus rigoureuse encore quand on l'applique à l'époque 
féodale, qui a pour caractères distinctifs la fusion de la souveraineté 
et de la propriété, l'attribution au propriétaire du sol, sur les habi- 
tants de ce sol, de tous ou de presque tous les droits qui ne sont 
exercés aujourd'hui que par le gouvernement. M. Vuitry a donc jugé, 
et avec raison, qu'il convenait de commencer par initier au moins 
sommairement ses lecteurs à ce qu'était la féodalité. La condition des 
personnes et la condition des terres, le Pouvoir seigneurial, le Pouvoir 
royal font l'objet des trois premiers chapitres, dont le savant et cons- 
ciencieux auteur a su puiser les éléments aux sources les plus autori- 
sées. Abordant ensuite son sujet principal, il constate que, aux onzième, 
douzième et treizième siècles, le revenu des rois provint presque 
exclusivement de leur domaine, formé tant des terres dont ils avaient 
la propriété, que des droits féodaux de toute nature appartenant à la 
couronne. L'étendue du domaine royal, la nature et l'importance de 
ses recettes ainsi que leur administration constituèrent tout le système 
financier de l'époque, de même que Taccroissement de ce domaine en 
fut le fait le plus considérable, le seul à peu près qui mérite d'être 
signalé. En 987, les territoires dont Hugues Capet avait la posses- 
sion directe, ne comprenaient que seize prévôtés groupées autour de 
la capitale ; à la mort de Philippe le Hardi, le nombre des prévôtés 
s'élevait à deux cent soixante-trois, répandues des rives de la Manche 
à celles de la Méditerranée, des bords de l'Océan presque au pied des 
Vosges. M. Vuitry n'a pas reculé devant l'entreprise ardue de recher- 
cher et d'indiquer, règne par règne, les annexions de fiefs et de 
seigneuries, les extensions de suzeraineté que les conquêtes, les con- 
fiscations, les traités, les contrats, les conventions matrimoniales 
assurèrent à la couronne et qui, sur la fin du treizième siècle, avaient 
comme reconstitué l'unité territoriale de la France. Cette partie du 
livre est, à notre sens, la plus neuve en même temps que la plus com- 
plète. L'énumération détaillée des redevances, droits, taxes, percep- 
tions de toute espèce, composant les revenus tant ordinaires qu'extra- 
ordinaires du trésor royal, forme le sujet du chapitre v. Le chapitre 
suivant est consacré aux monnaies, à leur fabrication et à leur admi- 
nistration. 



— 248 — 

Enfin, dans les trois derniers chapitres, l'auteur étudie le budget 
de la royauté féodale et arrive à cette conclusion que, tandis que 
de 987 à 1285 tous ses pouvoirs, législatif, exécutif, judiciaire, mili- 
taire même s'étaient accrus au point qu'elle jouissait à ces divers 
égards d'une suprématie désormais incontestée, la situation fiscale 
seule ne s'était pas sensiblement modifiée et qu'il n'existait pas encore 
de dépenses générales, de grands services publics, non plus que de 
contributions destinées à y faire face. 

M. Vuitry a pris soin de caractériser et de définir lui-même le but 
qu'il s'est proposé. Dans la période reculée, qu'embrasse son premier 
volume et qu'il considère comme appartenant à l'archéologie plus 
encore qu'à l'histoire, il n'a pas eu la pensée de compléter ni de recti- 
fier les travaux de Térudition moderne ; ce qu'il a voulu, c'est exposer 
d'après ces travaux les origines, la formation, les développements de 
notre régime financier, et chercher à dégager des résultats acquis 
les principes de ce régime. La haute compétence administrative du 
savant membre de l'Institut, les qualités de son esprit précis à la fois 
et méthodique le disposaient plus que tout autre à cette œuvre difficile 
de synthèse, dans laquelle il nous semble avoir pleinement réussi. 

Comte de Lucay. 



Études «économiques sur l'Alsace ancienne et moderne, 

publiées sous les auspices de la Société industrielle de Mulhouse, par 
l'abbé A. Hanauer. Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 1876-1878, 2 vol. 
in-8 de o96 et 616 p. — Prix : 18 fr. 

M. l'abbé Hanauer, déjà connu par plusieurs ouvrages considéra- 
bles sur l'histoire d'Alsace, dont l'un a été couronné en 1865 par l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres, vient de terminer un livre qui 
oôre un grand intérêt aux numismatistes et aux économistes. 

Le premier volume est consacré à l'histoire des monnaies ; le se- 
cond aux denrées et aux salaires ; l'un touche surtout à la numisma- 
tique, l'autre à l'économie politique. 

Il serait difficile de faire un ouvrage plus complet sur l'histoire de 
la monnaie en Alsace, principalement sur les pièces émises à Stras- 
bourg et à Bàle. M. l'abbé Hanauer dit quelque part que personne ne 
tentera de refaire son livre et j'estime qu'il a raison. Il ne manque 
plus que de voir un numismatiste décrire dans un recueil spécial 
toutes les monnaies qui se rattachent à l'œuvre du savant et infati- 
gable abbé. Nous croyons savoir que Fauteur de cet ouvrage supplé- 
mentaire n'est plus à chercher. 

Après avoir exposé dans un premier chapitre les notions théoriques 
indispensables au lecteur et les procédés usités pour déterminer la va- 
leur des monnaies, l'auteur fait un rapide mais complet résumé his- 



— 249 - 

torique des ateliers alsaciens et de celui de Bàle; il consacre ensuite 
un chapitre au personnel préposé à la fabrication, d'abord les mon- 
najeurs, puis à la cour française des monnaies. Je ne crains pas de 
dire que ce chapitre est un des plus intéressants dans son genre; il fait 
connaître clairement l'organisation de cette puissante corporation qui 
disparaît en fait, en 1437, minée par les magistrats municipaux de 
Strasbourg. — La production des métaux précieux, qui comprend 
l'histoire des mines d'Alsace, le change et le commerce de ces métaux; 
la fabrication et le rendage ; la valeur des monnaies d'Alsace et de 
celles qui étaient reçues dans la province forment autant de questions 
traitées chacune dans un chapitre spécial avec un véritable luxe de 
recherches et d'érudition. Le premier volume est terminé par l'histoire 
des taux de l'intérêt et des banques sous le titre général de Capital. 

Le second volume est un vaste recueil économique, une statistique 
de tout ce qui s'échange contre une somme d'argent : les denrées ali- 
mentaires, l'éclairage, les vêtements, le bâtiment, les salaires, etc., 
surtout à dater du quinzième siècle jusqu'à Tépoque moderne. M. l'abbé 
Hanauer a très-judicieusement commencé son enquête par la réduc- 
tion, suivant le système métrique, de toutes les anciennes mesures de 
l'Alsace. Et remarquons que nous ne sommes pas ici en présence d'une 
série de tableaux, d'une sèche énumération; l'auteur a su rendre 
lisible cette effrayante collection de textes et de citations en faisant 
sobrement, mais cependant d'une manière complète, l'histoire de chaque 
objet. 

Nous n'avons pas encore dit quel était le but que se proposait le 
savant auteur de YHistoiré des paysans d'Alsace en se livrant pendant 
plusieurs années aux recherches pénibles et multiples qui l'ont conduit à 
publier ces deux beaux volumes. Il a voulu arriver à préciser autant 
que possible les variations du pouvoir de l'argent dans sa province. Il 
a tenté de fournir les moyens de déterminer la valeur d'une somme 
donnée d'argent, depuis le quinzième jusqu'au dix-neuvième siècle. 11 
n'y est parvenu que d'une manière approximative, il a fourni les élé- 
ments de serrer de près la solution d'un problème qui, nous le croyons 
échappera peut-être toujours aux recherches des économistes. On 
arrive à estimer le pouvoir de l'argent dans une localité, à une cer- 
taine date sur laquelle on aura assez de données exactes ; mais si on 
généralise, on risque de s'égarer. Ce qui peut être constaté en Alsace 
diffère de ce qui touche à la Lorraine, à la Bourgogne, encore plus aux 
provinces plus éloignées. M. l'abbé Hanauer a eu la chance, pour son 
pays, de trouver un nombre considérable de renseignements statis- 
tiques, mais ailleurs il arrive souvent que l'on en manque. Du reste, 
il semble que l'auteur, à mesure qu'il a avancé dans son travail, a 
rencontré des difficultés graves qu'il n'avait peut-être pas prévues au 



— 230 — 

début. Dans ce livre remarquable, qui restera certainement, qui sera 
souvent lu et relu, on reste surpris de ne pas trouver des conclusions 
plus précises, mais simplement un tableau final donnant en chiffres, 
même approximatifs, Ténumération des monnaies alsaciennes, avec 
l'indication de leur valeur, année par année, en ayant égard au pou- 
voir de l'argent. J. de M. 



I^es Curiosités de l'iiîstoire. — Le Roy des Ribauds, disser- 
tation de du Tillet, Claude Fauchet, de Miraumont, Etienne Pasquier, de 
la Mare, du Cange, Gouye de Longuemare, l'abbé Lebeuf, de Bonnevie, 
bibliophile Jacob, etc., recueillies et collationnées sur les textes originaux, 
par Ludovic Pichon. Paris, Claudin, 1878, petit in-8 écu de xv-i74 p. 
— Prix : 7 fr. 50. 

Ce volume, imprimé avec élégance, n'a été imprimé qu'à 250 
exemplaires numérotés, dont 10 sur papier de Chine. Il aborde une 
question fort curieuse. Qu'était-ce que ce roi des Ribauds, exerçant à 
la cour des rois de France une charge dont les attributions sont res- 
tées peu connues? Quelle était l'étendue de son autorité? De quels 
droits jouissait-il? Il y a là un problème singulier, et quelques cher- 
cheurs se sont efi"orcés de le résoudre. M. L. Pichon a eu l'heureuse 
idée de réunir ce qui a été écrit de plus sérieux à cet égard ; il a 
remis au jour des dissertations éparses dans des livres rarement 
feuilletés, dans des recueils qu'il n'est pas toujours facile de consulter. 
Il a sagement laissé de côté ce qu'ont avancé divers auteurs qui, sans 
aborder des recherches nouvelles, se sont bornés à reproduire ce 
qu'avaient dit leurs devanciers ; indiquons les témoignages qu'il a 
reproduits : Du Prévost de Vhostel du Roy, extrait de l'ouvrage de Jean 
du Tillet : Recueil, des roys de France, lem^s couronne et maison (Paris, 
1602). — Bu Roy des Ribaux, emprunté aux Œuvres du président 
Claude Fauchet (Paris, 1610) ; — Le Prévost de l'Hostel et grand Prévost 
de France, par Pierre de Miraumont (Paris, 1615), livre devenu 
d'une rareté extrême ; — Le Roy des Ribaux, extrait des Recherches de 
la France, d'Estienne Pasquier (Paris, 1655); — Le Roy des Ribaux, 
extrait du Traité de la police, par de la Marre (Paris, 1705-1738, 4 vol. 
in-fol.); — De Rege Ribaldorum, extrait du Glossarium de du Cange; — 
Les Éclaircissements sur la charge du Roi des Ribauds, ^Sir GouYe de 
Longuemarre (1748); — La Lettre adressée au Journal de Verdun, par 
l'abbé Lebeuf (novembre 1751), sur le Roi des Ribauds ; deux autres 
lettres dans le même journal, avril 1752. Le recueil dont il s'agit se 
termine par des travaux plus récents. Vient d'abord la Brève disser- 
tation mise par M. Paul Lacroix (le bibliophile Jacob) en tête de son 
roman intitulé : Le Roi des Ribauds (publié d'abord en 1831), roman 
qui raconte l'avènement de François 1" au trône de France ; vient 



— 251 — 

ensuite le travail bien plus développé dû également à M. Lacroix et 
inséré dans le volume qu'il a intitulé : Curiosités de rHistoire de 
France (Paris, 1853). 

Après avoir pris connaissance de ces divers écrits, on aura épuisé 
tout ce qu'il est posible de savoir au sujet de l'étrange monarque qui, 
pendant plusieurs siècles et à des époques fort éloignées de la civili- 
sation actuelle, exerçait une autorité étrange sur les bas-fonds de la 
cour de nos rois. B. 



BULLETIN 

Recherches sur le Oimanehe, par M. P. Lescdyer. Sainl-Dizier, 
1877, in-8 de viii 253 p. — Prix : 2 fr. 50. 

On trouvera dans ce volume la question du repos dominical étudiée sous 
tous ses aspects. Dans la sphère de l'autorité, la loi divine, les législations 
humaines, Jes témoignages des penseurs; dans le doriiaine de la raison, les 
besoins du corps et les besoins de l'àme sont tour à tour invoqués. L'auteur 
démontre combien il est nécessaire à l'homme de secouer parfois le joug du 
travail servile qui userait ses forces physiques et atrophierait ses forces 
intellectuelles et morales, pour développer à leur tour les facultés correspon- 
dant à ce qu'il y a d^i noble et d'élevé dans sa double nature. 

Après la raison d'être de ia loi, viennent les devoirs qu'elle impose et, 
enlin, des notes et citations nombrr'uses, défilé des témoins souvent les plus 
inattendus dont les té uoignages font de ce livre nonseulennent un chaleureux 
plaidoyer en faveur du repos du dimanche, mais encore une sorte d'eacy- 
clopédie de tout ce qui a été éjrit à ce sujet depuis l'antiquité la plus loin- 
taine. G. n'A. 



I^e Xraiiaîl d'une âme, par M"" AcG. Craven. Paris, Didier, 1877, 

gr. in-18 de 135 p. — Pnx : 2 fr. 

L'bistoire que raconte M"* Craven peut se résumer en deux mots : c'est 
celle d'une jeune fille anglicane, qui fut, comme bien d'autres, touchée 
delà grâce, en entrant dans une église : craignant de suivre en aveugle ce 
mouvement du cœur, elle entreprit de raisonner sa foi. Une pensée l'avait 
frappée : c'est l'absence de l'autorité, dans l'hérésie ; ce fut le point de dé- 
part de son travail, qui n'aboutit qu'à une chose, à lui faire voir plus clai- 
rement le vide de l'hérésie. Plus d'une fois elle s'arrêta en chemin, attirée 
par une de ces sectes nouvelles qui sf. rapprochent du catholicisme, sans oser 
le reconnaître, puis, frappée de leur insuffisance, elle ne faisait que douter 
davantage. Il fallut qu'une amie catholique, instruite de son état, la con- 
duisît de nouveau au pied de l'autel. C'est là que Dieu l'attendait. — Les 
fragments d'écrits de cette jeune lille forment la portion principale du 
livre, qui doit cependant beaucoup à l'autorité de l'auteur et au mérite de 
son style. G. P. 



— 2o2 — 

Ij'iîi.mour, par M. le clicvaliet' de Maynard, conseiller de préfecliire du la 
Manche, membre de l'Inslitut des provinces. Paris, Didier, 1877, in-12 de 
d44 p. — Prix : 1 fr. oO. 

Nous ne voudrions faire aucune peine à M. le clievalierdeMaynard.il a 
évidemment les meilleures intentions du monde. Mais, avecli prédisposition 
d'esprit qu'il nous parait avoir à l'excentricité, nous doutons fort que son 
livre sur V Amour lui ouvre jamais les portes de l'Académie française, quoi- 
qu'il soit déjà membre de l'Institut des provinces. M. le chevalier de 

Maynard, dans son opuscule, considère l'amour sous tous ses aspects : amour 
physique, amour sensuel, amour interlope, amour illicite, amour permis, 
amour conjugal, amour paterne], amour filial, amour fraternel, amour du 
prochain, amour de Dieu. Certes, M. de Maynard s'élève avec force contre les 
amours illicites; mais, sous prétexte de blâmer le vice, on pourra trouver 
qu'il le décrit un peu trop complaisamment. Il entre môme dans certains 
détails d'une crudité naïve qui, tolérables dans un ouvrage de médecine, 
ne sont pas de mise dans un livre didactique — lequel (autre manque de 
tact) se termine par une hymne au Sacré-Cœur. En résumé, l'essai sur 
l'Amour de M. le chevalier de Maynard est un mélange d'aperçus vrais, d'idées 
bizarres, de pensées profondes, de poésies mirlitonesques, de développements 
raisonnables, de lubies ridicules, d'observations justes et de descriptions 
presque indécentes. F. B. 



lie Trésor des Incas « la Xerre-de-Fen {Aventures et voyages dans 
l'Amérique du Sud), par E. Pertujset. Avec cartes, portrait et pièces jus- 
tificatives, Paris, Dentu, 1877, in-18 j. de 324 p. —Prix : 3 fr. 50. 
M. Pertuiset, le hardi voyageur, inventeur des balles explosibles, a quelques 
points de ressemblance avec les Argonautes. Comme eux, il s'est mis 
à la recherche d'une nouvelle Toison d'or. Ce n'est rien moins que le fameux 
trésor que les Incas auraient enfoui, à l'approche de Fernand Cortez. 
Devenu la propriété d'un Indien dépositaire des secrets des anciens adorateurs 
du soleil, le trésor des Incas serait aujourd'hui caché sur la côte delà Terre- 
de-Feu, au pied du mont Sarmiento, en face de la baie Ville. Inutile de dire 
que M. Pertuiset n'a pas découvert le mystérieux trésor; mais, ce qui vaut 
peut-être mieux, il a très-sagacement exploré un pays curieux, plein de 
richesses géologiques, où, avant l'Argonaute français, nul voyageur n'avait 
encore sérieusement mis le pied. De là, le livre que publie aujourd'hui 
M. Pertuiset: livre intéressant au possible, rempli d'aventures merveilleuses, 
d'investigations utiles et de renseignements précieux sur la vie, les mœurs, 
les habitudes des tribus sauvages de l'Amérique méridionale. Évidemment 
M. Pertuiset a rimaginalion ardente d'un Uaousset-Boulbon ; il est possédé 
par l'attrait du merveilleux; il consulte même sur les trésors cachés la 
science occulte des somnambules. Mais on lui pardonne aisément ces travers 
en présence du côté vraiment positif et vraiment profitable de son œuvre. Il 
ne faut pas oublier qu'au seizième siècle la recherche du fabuleux Eldorado 
a fourni l'occasion des plus importantes découvertes du Nouveau Monde. F. B. 



Forces matérîelSes de l'empire d'Allemagne d'après les docu- 
ments officiels, par M. Legoyt. Paris, DenlUj 1877, gr. in-18 de oOO p. — 
Prix : 5 fr. 

Le livre de M. Legoyt approfondit jla situation actuelle de l'Empire alle- 
mand dans une série d'études dont les titres : population, — agriculture, — 



— 253 — 

industrie, — finances, — forces militaires suffisent pour caractériser le but 
que s'est proposé l'auteur. Laissant de côté lesquestions politiques, il donne 
sur tous les poiuts des éléments très-complets de statistique, et des rensei- 
gnements de toute nature, suffisants pour bien mettre eu lumière le 
mécanisme des institutions passées en revue : établissements de crédit, 
chemins de fer, système financier, organisation de l'armée, etc. 

Ce livre parait écrit avec l'idée arrêtée de montrer nettement les choses 
telles qu'elles sont, sans s'inspirer d'aucune de ces illusions qui, pour avoir 
souvent leur cause dans un sentiment de patriotisme, n'en sont pas moins 
dangereuses dans leurs effets. Si les tableaux qui y sont retracés ne satisfont 
pas entièrement notre amour propre national, ils nous enseigneront, ce qui 
vaut mieux, ce que nous avons à faire pour ne pas rester, vis-à-vis de 
voisins redoutables, dans un état de constante infériorité. G. n'A. 



ti'Évangîle interprété selon l'esprit de Jésus-Christ, par 

G. DoMiNi DE Feret. Paris, Sandoz et Fischbacher, 1877, in-12 de 159 p. 
Prix : 2 fr. 

Ce livre est une interprétation symbolique et scientifique de Jésus-Christ. 
D'après le titre, l'interprétation est faite selon l'esprit de Jésus-Christ; il eût 
été plus exact de dire selon l'esprit de l'auteur. La pensée de M. de Feret 
est vague et peu claire ; mais il suffit de rapporter quelques-unes de ses 
paroles pour dispenser de toute appréciation. Le chapitre premier s'ouvre 
ainsi : « Livre de la Genèse du Verbe fait homme, du Sauveur et Roi, fils 
du saint amour, fils de l'Esprit père des peuples.... Voici comme nait le 
Verbe Sauveur et Roi : L'homme du progrès aime l'Église où réside la 
science sublime, et il veut, en son àme, la prendre pour fiancée. » La con- 
clusion, c'est encore l'enseignement de la science : « Toute puissance m'est 
donnée sur le vulgaire et parmi les saints. Allez donc et enseignez toutes 
les sociétés, les purifiant dans la science de Dieu, Père des Sages! >i 

C. J. 



Allarme pei cattolici, ossia nclla condotta prmlenle e generosa dei 

cattolici nella présente lotta délia rivolicionc contro lareligione osservazioni 

di LuiGi NicoRA. Milano, 1877, in-8 de iv-138p. — Prix : 1 fr. 

Alerte aux catholiques! Ce titre seul dit la pensée de l'auteur. Il discute 

les prétextes qui conseillent aux catholiques la prudence et l'inaction et les 

motifs qui doivent leur persuader d'agir. L'argumentation est serrée et 

fort bien conduite. Il va sans dire que la conclusion finale est qu'il faut 

agir. L'auteur remarque avec raison que la lutte présente n'est pas locale 

et politique, mais universelle et sociale. E. P. 



I*ie IX, sa -vie, sa mort, souvenirs personnels, par le comte d'IoE- 
viLLE, ancien secrétaire d'ambassade à Rome, Paris, Palmé, 1878, 
gr. in-i8 de 137 p. — Prix : 1 fr. 

M. le comte d'Ideville retrace ici, non-seulement la vie et les actes de 
Pie IX, mais il peint son caractère, il nous montre sa physionomie si pleine 
de bonté, de grâce, de finesse, à l'aide de souvenirs recueillis par lui, de 
1862 à 18(36, pendant son séjour à Rome comme second secrétaire d'ambas- 
sade. Cet opuscule, écrit d'une plume alerte et expérimentée, sera lu avec 



— 2o4 — 

un vif intérêt et on y trouvera plus d'un trait que les historiens du grand 
et saint Pontife devront recueillir. B. 



La Martinique. Eludes sur certaines questions coloniales, par M. Théo- 
phile Hue, professeur à la faculté de droit de Toulouse, ln-8 de 144 p. 
Paris, 1877, Cotillon et Challamel. — Prix 4 fr. 

M. Hue a deux bonnes intentions : il croit que les colonies comme les 
Antilles doivent être assimilées à la mère patrie, et il s'indigne contre les 
tendances séparatistes qu'un écrivain de la Revue des Deux Mondes n'a pas 
craint d'afficher, il y a peu de temps (n° du 1" avril 1877). Son écrit ser- 
virat-il beaucoup la cause des colonies? Nous en doutons, en voyant l'au- 
teur attribuer une intluence capitale primant toutes les autres au dévelop- 
pement de l'instruction primaire, à la transformation du collège de la 
colonie en lycée et surtout à la création d'une académie locale. Dans la suite 
viennent des questions que nous croyons plus importantes, comme celle 
du travail agricole et du régime des sucres ; mais le début enlève singu- 
lièrement d'autorité à cet opuscule, qui est fait d'ailleurs exclusivement 
de seconde main. 



I*etite antlioIo§rie des poètes de là Drôme, par Jules Saint- 
Remy. Valence, imprimerie de Chenevier, 1873-1876-1877, 3 fascicules, 
in-8 de 54, 49 et 45 p. 

Il serait à désirer que, dans chaque province de France, on fit un travail 
analogue à celui que M. Saint-Remy vient d'exécuter pour son pays natal, 
sous le titre de Petite anthologie de la Drame. M. Saint-Remy a publié trois 
fascicules intéressants. La premier est consacré atix poètes qui vécurent du 
seizième siècle à la Révolution; 1 e second part de la Révolution et va jusqu'à 
nos jours ; le dernier embrasse l'époque contemporaine. Chaque poète est 
le sujet d'une notice biographique, critique et bibliographie à la suite de 
laquelle sont indiqués les ouvrages consultés, viennent ensuite des citations 
propres à faire bien connaître le genre et le talent du poète dont il a été 
parlé. Le premier portrait qu'otfre cette galerie est celui d'Antoine le 
Masson ; ni lui ni les autres rimeiirs qui se succèdent jusqu'à la fin du 
dix-huitième siècle ne peuvent exciter grande admiration; mais enfin ils ne 
devaient pas être omis. La seconde partie commence par ce Lebrun Tossa qui 
figure si justement dans le Dictionnaire dts girouettes, et qui s'attira cette* 
épigramme : 

C'est un sot que Lebrun Tossa. 

Hélas ! oui. Mais le pauvre hère 

Se fâche quand on lui dit ça. 

Il est donc toujours en colère. 

Il ne faudrait pas par ce personnage juger de tous les poètes qui le 
suivent; plusieurs d'entre eux ne manquent certes pas de mérite, tel sont 
Dupré de Loire, auteur d'un poème sur Charles-Martel; Anne BignaJi, à qui 
une pièce sur VInvention de rimprimerie valut un accessit de l'Académie 
française ; Antonin de Sigoyet, dont M. Saint-Remy rapporte de fort beaux 
vers; M"' Genton, s'inspiraQt un peu trop de gloires impériales; l'abbé 
de Veyrenc, auteur de jolies fables; Melchior des Essarts, l'un des brillants 
collaborateurs de la Revue du Lyonnais. 

La troisième partie commence par une notice sur M. Emile Augier, dont 
M. Saint-Remy cites de charmantes stances. Après un article sur Charles 



— 253 — 

Chancel, nous retrouvons le nom de des Essarts qui figure d^jà dans le 
fascicule précédent. Léonce des Essarts, disciple de Théophile Gautier, est 
le frère de Melchior, mort durant la terrible guerre de 1870. On remarque 
encore dans cette dernière partie quelques écrivains très-dignes de souvenir: 
M. Gallet, l'auteur de plusieurs libretti et de divers romans; le comte 
Monier de la Sizeranne; le commandant Perroussier, souvent couronné aux 
Jeux floraux; Adèle Souchier, dont Joséphin Soulary remarquales essais dans 
la Revue du Lyonnais. Le dernier poète de cette série est M. Morice Viel, 
dont de jolis vers terminent le travail fort bien fait de M. Saint-Remy. 

Th. p. 



La Guerre aux. jésuites ou les Jésuites et la persécution, par le R. P. 

Félix. Paris, Roger et Chernovitz, 1878, in-18 de 108 p. — Prix 1 fr. 

Dans un discours, dont la publication en brochure est très-opportune, 
l'éminent orateur considère la Compagnie de Jésus sous l'aspect qui la fait 
ressembler davantage à l'Église et au divin Maître dont les jésuites ont si 
fièrement arboré le nom. Comme l'Église et avec l'Église, la Compagnie de 
Jésus est persécutée toujours, partout et en tout. Le développement de cette 
triple affirmation remplit la première partie. La seconde partie donne l'ex- 
plication du phénomène constaté dans la première : Qui nous persécute ? 
Comment on nous persécute ? Pourquoi on nous persécute ? Telles sont les 
trois questions auxquelles le P. Félix répond, et d'une façon péremptoire. 

E. DE L.\. D. 



VARIETES. 

PUBLICATIONS DE LA CLARENDON PRESS 

Pendant que YEarly Tcxt Society édite, à lusage des savants, les anciens 
monuments de la littéi'ature anglaise, les délégués de la Clcrendon Press à Ox- 
ford ont entrepris, pour les écoles secondaires, une série d'ouvrages destinés 
à répandre le goiit des études philologique-^ et historiques, en en offrant les 
résultats principaux, sous une forme agréableet sérieuse à la fois. Ce sont ces 
petits volumes que je voudrais essayer défaire connaître aujourd'hui. 

i. The philology of the english langue, b y John Earlc. In-i2 de vni-679 
pages. 

Cet excellent ouvrage traite en détail de la furmatiun de la langue an- 
glaise ; il explique la part qu'y ont prise le danois, l'anglo-saxon, l'allemand, 
le français et le latin ; étymologie, syntaxe, prosodie, tout est discuté, 
éclairci, illustré par de nombreux exemples. M.Earle nous donne d'abord un 
tableau historique de l'origine et de la formation de l'anglais, faisant res- 
sortir avec soin la révolution introduite par la conquête normande daas le 
vocabulaire, aussi bien que dans l'administration tt les institutions politiques. 
Le résultat de cet événement fut de réduire l'anglo-saxon au rang d'un 
dialecte, et d'en faire seulement le langage du peuple; aussi advient-il 
que, si l'on prend liOO et 1350 comme dates extrêmes, on verra que les au- 
teurs appartenant à cette longue période n'ont, en fait de style, aucune uni- 
formité, chacun se servant de son patois particulier, si je puis m'exprimer de 
la sorte. 11 est très-intéressant de suivre dans le petit volume de M. Earle 
les changements successifs qui modifièrent la langue anglaise depuis la 
poésie tant soit peu barbare de Cœdmon jusqu'aux contes de Chaucer. 



- 2o6 - 

2. Tijpical seleciions from thc hest English wi'lters^ xvitli, inlroduciiorij no- 
tices. Vol. I. Latimer, 1490. Berkely, 1084. In-12 de xu-448 pagps. — Vol. H. 
Pope, 1688. Macaulay, 1800. In-12 de xi-4rj4 pages. 

Cet ouvrage, destiné à servir de livre de lecture, ne nous arrêtera pas long- 
temps ; on y trouve des extraits tirés de cinquante-neuf écrivain;, précédés 
de notices biographiques et critiques. Les morceaux sont, en général, choisis 
avec discernement, et les not'ces ont été rédigées par des aut'iurs favorable- 
ment connus du public, tels que le doyen de Westminster, le professeur de 
théologie à Oxford, etc. 

3. Spécimens of Earlp English, with introduction, notes, and glossarial in- 
dex, by tlie Rev. Ridiard Morris, and thc Uev. Walier W. Skeat. Part I, 
from Robert of Gloucester toGomer, 1298-1393. In-12 de XL-4U0 pages. 

Les extraits d'anciens auteurs que l'on trouve dans les recueils choisis 
sont nécessairement très-courts, et, par conséquent, on ne saurait y étudier 
l'histoire de la langue. Il vaut beaucoup mieux renoncer à ces encyclopé- 
dies ou anthologies qui étaient à la mode il y a un demi-siècle, et dont les 
compilations de Noël et Delaplace sont chez nous les plus conniies. Consacrer 
à chaque époque un volume distinct, de manière à avoir ses coudées fran- 
ches, à rendre les citations moins écourtées, et à en multiplier le nombre, 
c'est là le procédé le plus satisfaisant, c'est celui qu'ont adopté MÎVL Brachet et 
Réaume en France, et MM. Morris et Skeat en Angleterre. 

Le petit volume dont il s'agit ici est un modèle du genre ; il est précédé 
d'une introduction grammaticale, aussi claire que substantielle, qui résume 
les principales règles de l'ancienne langue anglaise, et qui permet à l'éco- 
lier d'aborder immédiatement les textes du quatorzième siècle; le glossaire 
imprimé à la fin du livre explique d'ailleurs tous les mots ditliciles, et résout 
les problèmes étymologiques otferts par le texte. Quant aux passages édités, 
ce sont des narrations assez étendues et faisant un tout complet, des spé- 
cimens de traduction de la Bihle, des apologues, des réflexions morales, des 
homélies, des poèmes descriptifs, dos satires. L'extrait du roman de William 
of Paterne ne comprend pas moins de 380 vers, et Wyclif est représenté par 
les sept premiers chapitres de l'évangile selon saint Marc. Les notes sont 
très-intéressantes, et donnent quelquefois des particularités curieuses sur la 
littérature comparée. Ainsi, à propos du roman de William of Paterne que je 
viens de citer, il est bon de voir combien la version anglaise est supérieure 
au texte français, au point de vue de l'imagination, du goiit et du talent poé- 
tique. Citons un seul passage comme exemple : 

Uns vachiers qui vaches gardoit, 
Qui en cils forest nianoit, 
El Ijois estoit avoec sa proie, 
I chien tenoit en sa coroie, 
De pasture la nuit repaire ; 
Li chiens senti l'enfant et flaire, 
Forment abaie, et cil le tue. 

Si maintenant on se reporte au volume de MM. Skeat et Morris, on trouvera 
que cette description assez maigre est développée dans l'anglais de manière 
à former un petit tableau de trente-trois vers, très- délicatement touché. 
D'un autre côté, le traducteur, ou plutôt l'imitateur anglais supprime, çà et 
là certains passages, en abrège d'autres, enfin ne se gène pas pour traiter à 
sa guise la légende de Guillaume et du loup-garou. 

4. Spécimens of English literature form thc Ploughman's Crcde tothe Shcp- 
heardc's calcnder. 1 394-1 o79, ivilh introduction, notes and glossarial index, by 
the Rev. Wallcr W. Skcal. 



— 257 -- 

Ce volume fait suite au précédent, et est composé sur un plan exactement 
semblable. M. Skeat reproche, avec beaucoup de jusiesse, aux recueils choisis, 
qui 'étaient naguère si courus, non-seulement de donner des extraits trop 
insuflisant?, mais encore d'habiller les textes des anciens auteurs dans un 
costume du dix-neuvième siècle. Pourquoi moditier l'orthographe, quand vui 
peu d'habitude sufUt à la rendre très-intelligible ? Pour.iuoi reculer devant 
deux ou trois lettres, aujourd'hui tombées en désuétude, il est vrai, mais dont 
on peut apprendre l'usage et la valeur au bout de quelques minutes 
d'étude? M. Skeat s'attache à prouver qu'il n'y a jamais eu, dans le dévelop- 
pement de la langue anglaise, d'interruption brusque, de transformation 
subite. Le passage de l'idiome du temps d'Alfred à celui de l'époque actuelle 
s'est fait peu à peu, par l'action naturelle et imperceptible de la civilisation ; 
aussi les limites assignées à la période dont le présent volume s'occupe 
sont-elles tout à fait arbitraires. M. Skeat commence par le Credo de Piers 
the Flougman, tout simplement parce que le recueil précédent se terminait 
à une date un peu plus ancienne ; il termine avec l'année 1379, par la raison 
que VEeuphues de Lily et le Calendrier du berger de Spenser virent le jour à 
cette date précise, et aussi parce que la littérature anglaise entra alors dans 
une époque de renaissance véritable. Les ouvrages importants publiés entre 
1360 et 1380 ne .'ont pas nombreux ; de 1380 jusqu'à la tin du seizième 
siècle, au contraire, on peut signaler en tout genre des compositions hors 
ligne: — les drames de Marlowe, la traduction du Tasse par Fairfax, les 
poèmes de Daniel, VArcadic de sir Philip Sidney, la Reine des fées de Spen- 
ser et plusieurs chefs-d'œuvre de Shakespeare. Dès lors, l'époque des speci- 
mens est passée, et les ouvrages qui réclament notre attention ne peuvent 
plus se faire connaître d'après des échnntillons, même d'une certaine 
étendue. 

3. The Vision of William concernimj Piers tlic Plowman, by William Lan- 
gley (ofLangland) edited by the Rev. Walter W. Skeat. In-12 de xlvii-2H pages. 

En rendant compte des publications de VEarly English Text Society, j'ai 
déjà parlé des admirables travaux de M. Skeat sur le poëme politico-sati- 
rique de William Langley eu Langland. 4prè> avoir écrit pour les archéolo- 
gues, notre sr/ioZar s'adresse maintenant aux lecteurs moins accoutumés h la 
langue du quinzième siècle, et quidemaudeni, en fait de critique, des notions 
élémentaires. La [uéface du volume dont je parle ici dit, en quarante--ept 
pages, tout ce qu'il est absolument nécessaire de savoir sur la biographie de 
maître Guillaume, les diverses leçons du texte, son importance grammati- 
cale, sa valeur comme monument historique, et les autres sources, soit con- 
temporaines, soit récentes, qui peuvent aider à le faire comprendre. M. Skeat 
a eu soin de donner l'analyse du poëme, et il a ajouté des notes détail- 
lées et un excellent glossaire. Il est bon de remarquer ici que le titre du livre 
de Langley a donné lieu à beaucoup de conjectures, aussi fausses les unes 
que les autres, et provenant de trois erreurs assez graves. 1° On a cru que 
Piers thePloivman était le nom du poète, tandis qu'il faut y voir \e sujet de la 
vision, le héros, pour ainsi dire; 2° on a confondu deux poèmes tout à fait 
distincts, savoir : la Vision de Piers the Ploivman et le Credo {Crede) de Piers 
the Ploivman; 3* on a donné, et on donne encore, le nom de vision à un ou- 
vrage dont le titre véritable est Liber de Petro Plowman, et dont la vision 
forme environ le tiers. Grâce aux explications de M. Skeat, il est impossible 
niaintenant de se tromper sur le plan de la fameuse allégorie, sa portée his- 
torique et son mérite littéraire. Malgré le siyle vieilli de William Langley, 

Mars 1878. T. XXII, 17. 



— 258 — 

il devrait être aussi populaire que Biinyan et le célèbre Pèlerinage du 
chrétien. 

6. Chaucer : The prologue, the Knighte's, the nonne preste' s taie, from the 
Canterbury taies, a revised text, edited by the Rev. Richard Morris. In-12 de 
XLVii-221 pages. 

Avec Chaucer, nous fommes fans exagération en pays français; ce n'est pas 
seulement la lingue, le style qui nous rappellent notre terre natale, mais 
l'imaginalion, la verve, le choix même des sujets. Aussi ai-je ouvert avec un 
singulier plaisir le volume de M. Morris, et y ai-je trouvé à la fois plaisir et 
protit. La notice biographique nous donne, sur l'auteur, tous les détails les plus 
certains, et l'introduction grammaticale analyse, avec autant de goût que de 
science, la grammaire du poète des Contes de Canterbury. On peut dire que 
Chaucer ouvre la péiiode moderne de la littérature anglaise; les ouvrages de 
se? devanciers n'ont guères d'importance qu'au point de vue philologique; 
quant à lui, on le goûte aussi facilement que Spenser et Shakespeare. Il offre 
un petit nombre d'archaïsmes, sa syntaxe ne diffère j-as sensiblement de celle 
en usage aujourd'hui. Les notes de M. Morris expliquent les difficultés gram- 
maticales, les allusions historiques, et contiennent de nombreux rapproche- 
ments avec divers écrivains anciens et modernes : signalons enfin le glos- 
saire, riche en particularités sur l'étymologie, les institutions féodales, etc. 

6. Chaucer : The prioreresses taie, sire Thopas, the Monkes taie, the Clerkes 
taie, the Squieres laie, form the Canterbury taies ; editid by the Rev. Walter W. 
Skeat. In-r2de lxxi-302 pages. 

La préface de ce volume contient sur Chaucer des détails biographiques 
dont M. Morris n'avait pas connaissance lorsqu'il édita le choix que je viens 
d'examiner; on y trouvera aussi un classement chronologique des Contes de 
Canterbury, la description sommùre des sujets traités dans ces petits poèmes, 
et l'indication des sources auxquelles l'auteur les a empruntés. La partie 
grammaticale développe certains points que M. Morris n'avait fait qu'ef- 
fleurer, surtout en ce qui concerne la prosodie qui, chez Chaucer, est essen- 
tiellement française; les notes fourmillent d'indications trè3-intéres3ante=,qui 
prouvent que M. Skeat a consulté tous les auteurs qui pouvaient servir à 
élucider le texte du poète. Ainsi, à propos du mot Launcegay employé, non- 
seulement par Chaucer, mais par Gower, Camlen et sir Walter Rdleigh, notre 
critique y voit une corruption évidente de Lancc-Zagay , mot d'origine arabe 
tiré de l'espagnol Azagaya. Il cite M. Dozy {Glossaire des mots espagnols et 
portugais dérivés de l'arabe); plus loin il ^'appuie, pour une question d'éty- 
mologie, sur le dictionnaire de M. Pavet de Courleille. Une des notes qui 
m'ont surtout frappé est celle relative à Olivier de Mauny [the Monkes ia/e,v. 3576). 
The Wikked nest luas werkcr of this nede, dit Chaucer; ou, en français : 
« le mau nid vint à bout de cette tâche. » En effet, Olivier de Mauny est 
celui qui eut la part principale dans le meurtre de Pierre le Cruel, et 
M. Skeat peut revendiquer à bon droit l'honneur d'avoir découvert ce jeu de 
mots international que je viens de relever. Chàucer, pour la même raison, 
donne i Olivier de Mauny le sobriquet de Ganelon, et le compare à l'autre 
Olivier, le héros de Roncevaux, le paladin ami de Roland. 

Gustave Masson. 



— 239 — 

I 

CHRONIQUE 

Nécrologie. — Le deuil de l'Église catholique ne peut laisser indifférent 
le Polijbiblion. Il doit un tribut de pieuse vénération et de douloureux regrets 
au grand et magnanime Pontife dont la perte ne peut être compensée pour 
1 Église que par la promesse divine de l'assistance perpétuelle de l'Esprit- 
Saint et par les espérances que donne sa manifeste intervention dans l'élec- 
tion de son succe^seui% Léon XIII, qu'il salue comme son nouveau et vénéré 
Père, comme la lumière qui doit éclairer ses pas : lumen de cœlo. 

Pie IX a droit à un hommage particulier de notre part. Qui mieux que lui 
a compris, défini et proclamé les devoirs de la presse ? qui a plus largement 
encouragé toutes les œuvres se proposant de la préserver des écarts auxquels 
elle est exposée, et de lui faire produire des fruits de salut et de régénéra- 
tion. Nous en avons un éclatant témoignage dans notre magnifique bref du 
il mai 1877, publié dans nos colonnes (t. XIX, p. 481). 

Nos lecteurs ne s'attendent pas à trouver ici ni l'histoire de Pie IX, ni un 
jugement sur son long et glorieux pontificat, marqué par tant d'événements 
considérables. Nous nous bornerons à rappeler les dates et les faits princi- 
paux, et, pour rentrer dans notre rôle de revue bibliographique, nous les ferons 
suivre d'une liste, aussi complète que le temps nous a permis de le 
faire, des documents pontificaux sorlis de sa plume et des principaux ouvrages 
qui lui sont consacrés. 

Jean-Marie-Jean-Baptiste-Pierre-Pelegrin-Isidore Mastaï naquit le diman- 
che 13 mai 1792, à Sinigaglia, du comte Jérôme Mastaï-Feretti et de la com- 
tesse Catherine Solazzi. Il fil ses études à Volterra, chez les Pères des écoles 
pies, et à Rome. Il fut promu au sacerdoce en 1819, et célébra sa première 
messe le jour de Pâques, dans la chapelle des orphelins de l'hospice de Tata- 
Giovanni, auxquels il a consacré les sept premières années de son ministère : 
c'est en évangélisant les pauvres et les malheureux qu'il s'est rendu digne 
de gouverner le monde. Il fut attaché, en 1823, en qualité d'auditeur, à 
Mgr Jean Muzy, nonce au Chili. De retour à Rome en 1825, il fut piéposé à 
l'hospice apostolique. Léon XII le préconisa archevêque de Spolète en 
1827, puis Grégoire XVI le transféra à l'évêché d'Imola en 1832, et le créa 
cardinal in petto le 23 décembre 1839. Élu pape le 16 juin 1846, il prit le 
nom de Pie IX. Son élection fut saluée avec enthousiasme par le monde 
entier, et son règne fut inauguré sous les plus favorables auspices. Mais bientôt 
la révolution fit sentir son infiuence : est-il besoin de rappeler l'assassinat 
de Rossi, la fuite à Gaète et le retour à Rome sous la protection de l'armée 
française ; plus tard, en 18o9, la guerre d'Italie, qui amena l'envahissement 
des États-Pontificaux, Castelfidardo et Mentana, l'occupation (le Rome et 
la captivité du Vatican, coïncidant avec le retrait de l'armée française au 
début de la guerre de 1870; le courage avec lequel Pie IX a toujours défendu 
les droits de l'Église et du Saint-Siège et la liberté apostolique avec laquelle 
il a reproché aux puissants de la terre leurs usurpations sacrilèges et leurs 
attentats contre l'Église?... 

Dans l'ordre purement religieux, nous rappellerons la proclamation du 
dogme de l'Immaculée Conception, la sollicitude de Pie IX pour ramener à 
l'unité les Églises d'Orient, son intervention en faveur des catholiques en 
Russie, son zèle pour dévoiler, réfuter et condamner toutes les erreurs, li 
publication du Syllabus, le rétablissement de la hiérarchie ecclésiastique en 
Angleterre et en Irlande, la convocation du concile du Vatican, la procla- 



— 2()(t — 

mation du dogme de l'infaillibilité pontificale, la reconnaissance d'un grand 
nombre d'ordres religieux nouveaux, les encouragements donnés à toutes les 
œuvres catholiques, onze noms de héros chrétiens inscrits sur la liste des 
bienheureux et cinquante-deux sur celle des saints, la création de vingt-neuf 
sièges métropolitains, décent trente-deux siégea aspostoliques, de trente-trois 
vicariats apostoliques et de quinze préfectures apostoliques. Seul parmi les 
papes, il siégea trente et un ans, sept mois, vingt-deux jours sur la chaise 
de saint Pierre. Il est mort à l'âge de quatre-vingt-six ans, le 7 février. 

Avec Mg'' l'archevêque de Toulouse, nous saluons en Pie IX un patriarche, 
un prophète, un pasteur, un apôtre, un docteur, un confesseur et un martyr, 
et nous nous plaisons à dire, avec la Civiltà cattolica, que celui qui portait le 
nom du patron de la Société Bibliographique fut Jean de nom et défait: 
objet de prédilection de Jésus et de Marie, compagnon inséparable de leurs 
douleurs et de leur gloire jusqu'au Calvaire. R. 

Encycliques, allocutions et autres actes pontificaux, 
émanés de Pie IX.. 

1846. Première allocution de N. S. P. Pie IX, dans le Consistoire 
secret du 25 juillet, Amplissirnum concession; — Encyclique de Pie IX à l'oc- 
casion de son exaltation (du 9 novembre). Qui pluribus (Condamnation de 
l'interprétation libre des saintes Écritures) ; — Lettre apostolique pour le 
jubilé (du 20 novembre) Arcana Divime . 

1847. Bref du 8 janvier, à l'évêque de Troyes; — Bref du 2d octobre, 
au P. Perrone ; — Instruction donnée aux prédicateurs et aux curés de 
Rome, le H février; — Lettres apostoliques... touchant les ornements 
sacrés des cardinaux... et des évêques (1*'' juin); — Allocution dans le con- 
sistoire du 11 juin, Cum veluti probe; — Lettre encyclique sur les ordres 
religieux du 17 juin Ubi primum arcano ; — Organisation de la Municipa- 
lité et du Sénat de Rome : Motu proprio, du T'' octobre; — Allocution en 
consistoire du 4 octobre, Quisque vestriim (De la vénération due aux lieux 
saints; de l'obéissance due aux princes); — Motu jjroprio créant un Con- 
sulte d'État (4 octobre) ; — Motu proprio (du 29 décembre), créant un Con- 
seil des ministres. 

1848. Lettre encyclique du 6 janvier, aux chrétiens d'Orient, In suprema; 
— Proclamation aux Romains (10 février); Romani! Ai desiderii vostri; — 
Bref au Nonce apostolique (18 mars) au sujet des atïaires ecclésiastiques de 
France; — Allocation dans le consistoire secret du 29 avril; — Lettre ency- 
clique (2 juin) aux archevêques et évêques du domaine temporel du Saint- 
Siège. — Motu proprio (3 juiu) sur la presse; — Allocution (13 juillet) sur 
les affaires de Russie, et concordat avec cette puissance. Probe noscitis. 

1849. Lettre encyclique... (2 février) Ubi primum nullis (Hors de l'Église, 
point de salutj; — Allocution (du 20 avril) dans le consistoire secret de 
Gaëte (Exposé de la révolution de Rome ; — Du pouvoir temporel), Quibus 
quantisque; — Lettres apostoliques... relatives aux chevahers de première 
classe de l'ordre de Pie (17 juillet); — Eucyclique (8 décembre) aux évêques 
d'Italie, iVos^w ei Nobiscum {Ç,<ônXxQ les nouveaux efforts des enneuùs de l'Église 
en Italie). 

1830. Allocution du 20 mai 1830, Si semper antea, après la rentrée de 
Pie I.\ à Rome (remercimeuts aux armées catholiques); — Allocution du 
1" novembre 1830, In consistoriali, contre le gouvernement subalpin. 

1831. Lettre apostolique du lOjuiu 1851... Mxtltiplices inter; Condamnation 



— 5(il — 

proliibilioa Q'un ouvrage espagnol: Dejensa... contra las pretenciones de la 
Curia romana por Fr. de Paulo (G, Vigil, Lima, 1848); — Lettre apos- 
tolique du 22 août 18ol, Ad apostolicx Sedis, condamnation et prohibition 
de deux ouvrages du professeur Nuyiz : Jicris ecclesiastici Instiluiiones el 
In jus ccclesiaslicum universnm Traciationes ; — Allocution du 5 septembre, 
Quitus luctuosissiinis (Convention avec la reiue d'Espagne. Concordat avec 
le grand-duc de Toscane); — Lettre encyclique... annonçant un nouveau 
jubilé (21 novembre). 

1852. Lettre de Pie IX, au roi Victor-Emmanuel du 19 septembre. La 
Letteraquc M. V. (Sur le mariage civil et la liberté de la presse); — Allocu- 
tion du 27 septembre, Acerbissimum (Maux de l'Eglise de la Nouvelle-Gre- 
nade). 

1853. Lettre encyclique aux cardinaux, archevêques et évêques de 
France (21 mars), hitcr multiplices angustias, pour les engager à rejeter 
toutes controverses à l'occasion des écrits publiés contre l'Église; suivie d'une 
lettre à M^'' Sibour, levant les défenses portées contre le journal VUniverSj 
dans une ordonnance du 17 février 1853. 

1854. Bulle Ineffabilis, sur la définition dogmatique de l'Immaculée 
Conception de la Vierge Mère de Dieu (6 décembre 1854). [Traduction en 
patois gangas et français de la bulle Ineffabilis: Saint-Etienne, 1875, 
in-4; — id., ibid., en putois lorrain, par M. l'abbé Guillaume, Nancy, 1855, 
in-8; — id,, ibid., en grec ancien, par A. F. Maunoury, Pari?, 1869, in-4.] ; — 
Allocution du 9 décembre , Singulari quadam (Contre les sociétés secrètes, 
et l'ingérance des princes dans les choses sacrées); — Bref (22 décembre), 
en faveur de l'Association de Paris pour l'observation du repos du dimanche, 
étendu aux associations des autres villes de France. 

1855. Allocution du 22 janvier. Probe meminerilis (condamnant la 
conduite du gouvernement sarde); — Allocution du 20 juillet, Nemo veslrum 
(Empiétements du pouvoir civil; sur la liberté des cultes); — Allocution du 
27 juillet, Cum sœpe, contre la suppression des ordres religieux par le gou- 
vernement sarde; excommunication). 

1850. Encyclique aux évèques d'Autriche (17 mars), Singulari quidem 
(Fausseté de la doctrine de Vlndiffcrentisme) ; — Allocution du 15 décembre, 
Nunquam fore (Maux de l'Église du Mexique). 

1857. Lettre à l'archevêque de Cologne (15 inin), Eximiam tuwn (Con- 
damnation du rationalisme de Grinther, soumission de celui-ci); — Allo- 
cution du 25 septembre. 

1858. Allocution du 8 février accordant une indulgence plénière en forme 
de jubilé; — Lettre encyclique du 3 mai, Amaniissimi Redernptoris {Paro- 
chos diebus festis etiam reductis debere sacrum pro populo celebrare). 

1859. Bref accordant une extension d'indulgence à la Société de Saint- 
Vincent de Paul (13 septembre). 

1860. Lettre encyclique du 19 janvier, Nullis certe verbis (Que l'Église 
doit conserver .son domaine temporel); — Lettre apostolique, Cum catholica 
Ecclesia{1% mars), (Congrès de Paris de 1856, excommunication contre le 
gouvernement sarde); — Lettre à l'évêque de Bre-lau(30 avril) Dolere haud 
mediocri (Contre l'erreur d'un principe vital distinct de l'âme raisonnable); 
— Allocution du 28 septembre 1860 Novus et ante (Sur Farmée pontificale et 
contre le principe de non-intervention) ; — Allocution du 17 décembre, Mul- 
tis gravibusqice (contre la doctrine des églises nationales (Livre de M. Cayla); 
I/Eglise en Chine et en Syrie. 

1861. Allocution du 18 mars, Jamdudum cernimus (L'Église ne peut 



— 262 — 

transiger avec les idées modernes); — Allocution da 30 septembre, Meminît 
unusquisque (Maux de l'Église en Italie, au Mexique, dans la Nouvelle-Gre- 
nade). 

1862. Allocution du 9 juin Maxima quidem lœtitia (à l'occasion de la 
canonisation des raari3T3 du Japon et de Michel de Sanctis ; contre les pré- 
tentions de li raison humaine ; des droits des Élats, etc.); — Lettre aposto- 
liqiie à l'archi^vêque de Munich-Frisingue, du H décembre, Gravissimas 
inter (Gondamnaiion des écrits du prêtre Frohschamme; Limites delà 
vraie philosophie). 

1863. — Encyclique aux évêques d'Italie, du 18 août, Quanta conficiainus 
(sur les excès des ennemis de l'Église, l'amour abusif des richesse^, l'amitié 
que les tils de l'Église doivent montrer pour ses ennemis); — Encyclique 
aux évêques de la Nouvelle-Grenade, du 17 septembre, Incredibili (condam- 
nation des attentais commis par le gouveroement de la Nouvelle-Grenade, 
contre la Religion) ; — Lettre apostolique à l'évêque de Munich-Frisingue, 
du 21 décembre. Tuas libenter (relative au Congrès de Munich). 

1864. — Lettre à l'évêque de Fribourg-en-Brisgau, du 14 juillet, Quam 
non sine (sur l'enseignement à donner à la jeunesse) ; — Lettre à l'évêque 
de Mondovi, du 29 sefitembre, Singularis Nobisque (pour le remercier de ses 
écrits en faveur de l'Église et de la dernière assemblée pro-synodale tenue); 
— Encyclique (du 8 décembre), Quanta cura, et; — Syllabus, contre les prin- 
cipales erreurs du temps. 

186o. — Lettre encyclique pour le Jubilé de l'année 186o; — Allocution du 
du 25 septembre, MuUiplices inter. 

1866. — Al'ocution du 29 octobre. 

1867. — Allocution du 26 février; — Allocution à l'occasion du centenaire 
de saint Pierre (Juin) ; — Pius IX Pope andPatriarch the « Apostolic Letter »..., 
to alV Protestant and othernon catholics. Nice, 1867. 

1868. — Allocution du 20 octobre. 

1869. — Programme du Concile œcuménique de l'an de grâce 1869, et 
Lettre à tous les Pères du Concile pour servir de documents à la direction 
des débats. 

1870. — Acta PU IX.. . necnon Concilii Vaticanî primi Canones et Décréta 
(1869-70); Constitutio dogmatica dep.de catholica édita in sessione Sti Con- 
cilii Vaticani, Pastor OEternus ; — Lettre encyclique du 20 octobre, portant 
suspension du Concile, en raison des événemeuts; — Constitutio... qiia limi- 
tantur censurx ecclesiaslicx latœ sentejitiw. 

1871. — Lettre encyclique du 15 mai; — Lettre encyclique du 4 juin, 
renouvelant les protestations du Saint-Siège contre les usurpations ; — 
Encyclique du 8 août, à l'ccasion du 26' anniversaire du PoiitiQcat de 
Pie IX; — Allocution du 27 octobre sur la situation de l'Église, à l'occasion 
de la nomination d'un grand nombre d'évêques italiens, 

1872. — Pie IX pape, au cardinal Antonelli, sur le projet de spoliation 
des couvents par le gouvernement de Victor-Emmanuel (16 juin) ; — Allo- 
cution du 23 octobre aux cardinaux, sur la situation pénible de l'Église. 

1873. — Lettre encyclique au Patriarche de Cilicie (sur l'origine, les pro- 
grès, et l'état ac'uel du schisme arménien (6 janvier) ; — AUocutioa 
(23 juillet) aux cardinaux (condamnant la loi sur les Biens ecclésiastiques); 
— Lettre encyclique (21 novembi'e) sur la persécutirn de l'Église en Suisse 
et l'élection de Jos. Ubert Reinkens. 

1874. — Lettre encyclique (7 mars) aux archevêques et évêques du royaume 



— 263 — 

de Prusse ; — Lettre encyclique (24 octobre) Gravibus Ecclesiœ et hujus 
sœculi. 

-1875, — Brefs et rescrits à MM. les aumôaiers militaires (Paris, 1875). 

Pour les Lettres, Réponses, Communications autres que les Actes pon- 
tilicaiix proprement dits, on complétera ces indications par les ouvrages 
publiés sous les titres suivants : Recueil des Actes du N. T. S. Père le Pape 
Pie IX. (Texte et traduction). 1848-1855, Paris, LecolTre, 3 vol. in-8 ; — 
PU IX Pontificis Maximi Acta. Rome, 1855; — Actes cl Paroles de Pie IX cap- 
tif au Vatican, publiés par Aug. Roussel. Paris, Palmé, 1873, io-S ; — Dis- 
cours de N. S. Père le Pape Pie IX, adressés aux Fidèles de Rome et du monde 
catholique depuis sa captivité. .., Tpuhliés ])(iT le R. P. Pasquale de Fransiscis. 
Paris, Le Clere, 1875-76, 3 vol. in-8. Eu outre, le Moniteur universel et le 
Journal officiel de 1846 à 1878, fournissant de nombreuses pièces diploma- 
tiques et autres. 

Nous ajouterons, pour la biographie de Pie IX, la nomenclature des historio- 
graphes ci-après : Berg (Friedrich). Die heglûchte Christenheit an ihren neuer- 
wâllten Oberhirten Papst Pius IX. Augsbourj, 1846, in-8. — Haltaus (Cari), 
Papst Pius IX und seine Reformen im Kirchenstaate . Leipzig, 1837, in-8. — 
lIuLSEN (Cari \on) .Commentalio de Pio IX.Gç.àa.n, 1847, in-12; — Histoire popu- 
laire et anecdotique de N.S. P. le Pape Pie IX, traduit de l'italien par M. A. D. 
Bordeaux, 1847, in- 16. — Balleydier (Alph.). Rome et Pie IX. Pa.Tis,i8il, in-8, 
portr. Du même : Histoire de la Révolution de Rome. Paris, 1851, 2 vol. in-8. 
— Bretonneau (Henri). Notice bibliographique sur N. S. P. le Pape Pie IX. 
Paris, 1847, in-8. Purlr. — Reybert (Antony). Notice historique sur le pape 
Pie IX. Paris, 1847, in-8. Portr. — Boni (Francesco de). Storia délia con- 
giura di Roma contro il papa Pio IX. Florence? 1847, in-8. — Liancourt 
(A. C. de GoDDEs). Pius IX, or a year in the life of a pope. Londres, 1847, 
2 vol. in-8. — Le Benoist. Vie de S. S. Pie IX. Paris, 1848, in-18. Portr. — 
Clavé (Félix). Vie et Pontificat de Pie IX. Paris, 1848, in-8, 5 portr. [Traduit 
en espagnol, par Luis de Tapia y Seuo. Madrid, 1848, in-8. — Sporschu. 
Johann). Pius IXund Geschichte aller Vorgânger Seiner Heiligkeit... Leipzig, 
1848, in-8; — Pius IX, or the fîrst year of Iiis pontificate. L)n ires, 1848, 
2 vol. in-8. — Balmes (Jaime). Pio IX. Paris, 1848, iu-16. Portr. [Trad. en 
français. Paris, 1848, in-8]. — Stupp (Hermaon Joseph). Pius IX und die 
Katholische Kirclie in Deutschland. Solingen, 1848, in-8. — PJalûonaldoy Za- 
braques (José Miinoz). Rcvolucion de Roma. Ilistoria del poder temporel de 
Pio IX, desde su elevacion al trono hasta su fuga .de Roma. Madrid, 1849, 
in-8. — Clerc (Jean-Baptiste). Pie IX, Rome et l'Italie. Paris, 1849, in-8. 
Portr. — Flucht und Heimhehr des heiligen Vaters Pius IX. Lucerne, 1850, 
in-8; — Pie IX, exil et retour. Lille, 1850, in-32. — Niccolini (Giovanni 
Battista). History of the pontificale ofPius IX. l.on.lres, 1831, in- 12. — Spaur 
(née Giraud [Thérèse von] : PajJst Pius des Neunten Fahrt nach Gaèta (2-5 no- 
vembre 1848). Schaffhoiise, 1852, in-8; — Pie IX. Nouvelle biographie, 
suivie de la relation du Siège de Rome, en 1849. Tours, 1852, in-12. — Mar- 
CHAL (Charles). Histoire de Sa Sainteté Pie IX. Paris, 1834, 2 vol. in-8. — 
Saint-Hermel (E. de). Pie IX. Paris, 1854, in-12. — Sallior (E.). Pie IX de 
1792 à 1860, in-12; — Pie IX jugé par lui-même... Vie publique et privée du 
Souverain-Pontife. Toulouse, 1861, in-16; — Annales ecclésiastiques de 1860 à 
1866, par J. Chantrel. Paris, Gaume, 1867, in-8. — Géméral Kanzler. La 
campagna romano del esercito pontificio, nel 1808. Bologne, 1868, in-10. — 
Saint-Albin (Alexandre de). Histoire ds Pie IX et de son Pontificat. Pari-, V. 
Palmé, 1872, 2 vol. gr. in-8, — MgrMANNiNG. Histoire du Concile du Vatican. 



— '2Cr^ ~ 

Paris, V, Palmé, 1872, iii-12; — Histoire de l'invasion des Éiuts Pontificaux 
en septembre 1870, par le comte de Beaufort. Paris, V. Palmé, 1874, in-8 ; 

— Histoire du Concile œcuménique et général du Vatican^ par le R. P. J. 
Sambin. Pari^, 1872, Broussai*, in-8; — Fie IX, sa vie, son histoire, son siècle, 
par J. M. ViLLEFRANCHE. Paris, 1878, in-8. Portr. ; — L'Episcopat de Pie IX à 
Spolette et à Imola, par l'abbé Margotti, traduit de l'italien, par l'abbé 
Brand. Paris, Olmer, in-18, 1877; — Les Vivants et les Morts, par Lord One. 
Paris, Reichel, iu-12, 1877; — Journal d'un diplomate, parle comte d'Idevij.le 
Paris, Hachette, 2 vol. in-12, 1877; — Pie IX. sa vie et les actes de son Ponti- 
ficat, d'après des documents étrangers , ^'-xr M l'abbé Gillet. Paris, Reichel 
1877 [en cours de publication ] ; — Histoire de Pie IX et de son pontificat, par 
l'abhéA. PouGEOis. Paris, Pougeois, 1877, in-8 (en cours de publ.); Pie IX, sa 
vie sa mort. Souvenirs personnels, par le comte d'IoEviLLE. Palmé, 1878, in-12. 

— P. ESCARD. 

— Le monde de la critique d'art et de l'archéologie vient de faire une grande 
perte en la personne de M. Charles-Ernest Vinet, bibliothécaire de l'École 
des beaux-arts, mort à Paris le 10 lévrier. Né dans cette ville le 1*'' mars 
1804, il y fit son droit et débuta dans la magistrature comme juge-auditeur 
de la cour royale à Pontoise (1826). Nommé substitut du procureur du roi à 
Mantes en 1830, il ne tarda pas à donner sa démission pour aborder une 
autre carrière : une vocation irrésistible l'entrainait vers les études de l'anti- 
quité et de l'archéologie d'art, auxquelles il s'était bien préparé par de 
fortes études linguistiques. Son premier essai fut un Examen du banquet 
des savants d'.-l</i<';?r(? (Mémoires de la Société d'agriculture de Valenciennes), 
tableau aussi fidèle qu'il était possible de le faire à cette époque des mœurs 
privées des Grecs. L'année suivante, il présenta à la Société royale des 
Antiquaires de France un essai de traduction du premier livre de l'historien 
grec Zosime, travail qui a été l'objet d'un rapport très-élogieux. En 1844, il 
fit insérer dans les Annales de l'Institut archéologique de Rome ses 
Piechcrches et conjectures sur le mythe de Glaucus et de Scylla (avec planches). 
Ce mémoire, le premier peut-être où l'on ait essayé d'exposer d'une manière 
coniplète de quelle façon la légende et l'art particulièrement s'étaient 
emparés d'une certaine classe de dieux de la mer, plaça immédia- 
tement M. Vinet parmi les mythographes d'art les plus distingués. Le 
9 décembre 1845, l'Institut de correspondance archéologique de Rome 
l'admit dans son sein en qualité démembre ordinaire, faveur insigne qu'il 
justifia pleinement. Depuis 1844, il publia de nombreux mémoires d'exégèse 
mythologique des sujets de peintures de vases, des médailles et des pierres 
gravées, dans \si Revue archéologique et la Revue numismatique. Doué d'une 
rare pénétration, M. Vinet eut même la gloire, dans cette spécialité, de 
prendre quelquefois en défaut la sagacité des plus forts archéologues de 
l'Allemagne. Nous nous bornerons, à cet égard, à citer ses écrits sur le 
dieu marin Aegxon et sur les Oiseaux de Diomède. Attaché au Cabinet des 
médailles en février 1849, il n'y fit qu'un court séjour. M. Guignant, secré- 
taire perpétuel de l'Académie des inscriptions, s'empressa alors de se l'ad- 
joindre comme collaborateur pour la rédaction des notes et éclaircissements 
devant servir à compléter la traduction de l'ouvrage célèbre deFréd.Creuzer 
sur les Religions de V antiquité (Paris, 182o-o!, 4 vol. en 10 part. in-8). Cette 
collaboration a été très-large et remarquable. En l8oo, M. Vinet fut agréé 
en qualité d'auxiliaire de la commission du Dictionnaire de V Académie des 
beaux-arts, aux travaux de laquelle il prit part pendant quatre années. A la 
fin de 1858, il entra au Journal des Débats; c'est là que, pendant près de vingt 



— ■2(^:\ — 

ans, il publia de nombreux articles sur des questions d'art, d'urchéologie et 
de littérature, articles de fine critique d'érudition sûre et variée, d'une 
forme exquise. Son style original, et brillant sans ati'ectation, donnait de la 
vie aux sujets les plus arides. Ces articles, fort goûtés du public, ont été 
en grande partie réunis en volume sous ce titre : l'Art et l'Archéologie (Paris, 
1874, in-8, iv-498 p.), ainsi que d'autres, extraits de la Revue de Paris, de 
la Revue des Deux Mondes, de la Revue archéologique, de la Revue nationale et 
de la Revue européenne . On remarque dans ce volume une curieuse étude 
sur les Paradis profanes de l'Occident, des articles sur cei'tains travaux d'ar- 
chéologues, d'érudits, de littérateurs et d'artistes contemporains les plus 
distingués, tels que: E. Gerhard, de Saulcy, Egger, A. Maury, Vitet, Renan, 
G. Perrot, Alb. Dumont, E. Halévy, H. Flandrin, Ch. Garnier, etc., et un 
charmant portrait du célèbre duc de Luynes. D'autres articles de M. Vinet, 
sur les peintures d'Eug. Delacroix, d'Ingres, de L. Cogniet, ses amis intimes, 
sur le salon de 1851, et sur celui de 1861, etc., sont dispersés dans les revues 
archéologique, contemporaine, des Deux Mondes, européenne et nationale. 
Nommé, le 17 octobre 1862, bibliothécaire de l'École «les beaux-arts, dont la 
bibliothèque n'existait qu'à l'état d'embryon, il parvint, grâce à une per- 
sévérance inouïe, à créer, avec un budget dérisoire, une des plus belles bi- 
bliothèques de Paris et qui rend des services inappréciables, surtout depuis 
qu'il en a publié un Catalogue méthodique (Paris, 1873, in-8, xv-2o6 p.). 
Mais sa sollicitude pour l'enseignement des beaux-arts ne se bornait pas à 
cela. En mars 1870, il annonça la préparation dune Bibliographie métho- 
dique et raisonnée des beaux-arts, et en fit connaître une classification entiè- 
rement nouvelle (Paris, 1870, in-8, 12 p.). Une première livraison de cette 
bibliographie vraiment critique, indispensable pour l'étude des beaux-arts 
et qui n'a de précédent dans aucune langue, a paru en 1874 (Paris, Firmin- 
Didot, in-8y ; la seconde a vu le jour après le décès de son auteur : elle 
s'arrête au no 2362. Deux autres livraisons de cette a:!uvre si considérable 
et difficile restent à paraître : elles seront publiées à l'aide des matériaux 
laissés par M. Vinet. Un des promoteurs de la publication des, restaura- 
tions des monuments antiques parles architectes pensionnaires de l'Académie 
de France à Rome, il fut nommé par le gouvernement secrétdire de la com- 
mission chargée de diriger cette publication capitale (1872), et, en cette qua- 
lité, il mit en tête de la première livraison : [Restauration de la colonne Tra- 
jane, pai- Percier; Paris, Firmin-Didot, 1877, gr. in-fol. , avec planches) une 
introduction historique fort intéressante. 11 avait en outre publié : Aniphia- 
raiis, fragment d'une mythologie d'art (extrait de la Revue archéologique ; 
(Paris, 1872, in-8, 12 p. et4pl.; tiré à oO exempl.); Esquisse d'une histoire de 
V architecture classique {ibid., 1875, in-8, 33 p.) ; Un mot sur l'Aide Manuce de 
M. Ambroise Firmin-B'idot (extrait du Moniteur universel, ibid., 1873, in-8, 
13 p., tiré à 100 exempl.). Son dernier article, destiné au Journal des Débals, 
et publié après sa mort, a pour sujet l'étude de VEphébie attique, à propos 
de l'ouvrage, récent de M. Albert Dumont, directeur de l'École d'Athènes. — 
M. Vinet a fondé, avec M. Boutmy, l'École libre des sciences politiques (voir 
Quelques idées sur la création d'une faculté libre d'enseignement supérieur ; 
Paris, 1871, in-8, 38 p.; et Projet d'une faculté libre des sciences politiques. 
Programme des cours ; ibid., 1871, in-8, 13 p.). - Il était chevalier de la Lé- 
gion d'honneur (1869), officier d'académie (1874), membre correspondant de 
l'Académie d'Herculanum (1849), membre résidant, puis associé-correspon- 
dant de la Société des antiquaires de France, etc. — Gustave Pawlowski. 



— 266 — 

— Le D' Élie Gintrac, directeur honoraire de l'École de médecine de Bor- 
deaux, né à Bordeaux en 1794, le 9 novembre, vient de mourir. Docteur de 
la faculté de Paris, professeur de clinique interne à l'Écol-i secondaire de 
médecine de Bordeaux, il a été élu, en 1840, correspondant, puis, en 1856, 
membre associé de l'Académie de médecine de Paris. Parmi les nombreux 
ouvrages sortis de sa plume nous citerons : La Cyanose (18141, thèse réim- 
primée en 182i, sous le titre d'Observations et recherches sur la cyanose, ou 
maladie bleue; — Mémoire sur le diaqnoslic des affections aiguës et chroniques 
des organes thoraciques (1826); — Mémoires et observations de médecine cli- 
nique et d'anatomie pathologique (1830) ; — De l'influenee de l'hérédité sur la 
production de la surexcitation nerveuse (1845); — Recherches sur l'oblité- 
ration de la veine-porte et sur les rapports de cette lésion avec le volume du foie 
et la sécrétion de la bile (1856); — Cours thérapeutique et clinique de patho- 
logie interne et de thérapie médicale (9 vol., 1853-1872); — De la méningite 
rhumatismale (1865). 

— M. Auguste-Paul Poui.et-Malassis, ancien libraire-éditeur de la biblio- 
thèque parnassienne de Th. Gautier, Baudelaire, Banville, Leconte de 
Lisle, etc., et littérateur, né à Alençon (Orne), en 1825, vient de mourir. 
Il a laissé, entre autres œuvres : Le Département de l'Orne archéologique et 
pittoresque, avec M. de la Sicotière (Laigle, 1845, gr. in-fol.); — A propos 
d'une faïence républicaine à la date de 1868 (in-12, 1868), sous le pseudo- 
nyme de Paul Rouillon ; — Appendice à la seconde édition de la bibliographie 
romantique, pa?' Charles Asselineau (in-8, 1874); — Les Ex-Libris français 
depuis leur origine jusqu'à nos jours, nouvelle édition (in-b«, 1875); — 
Monsieur Legros au salon de 1875, note critique et biographique (in-4, 1875) ; 
— Théâtre de Marivaux, Bibliographie des éditions originales et des éditions 
collectives données par l'auteur (in-8, 1875); — La Querelle des bouffons, la 
Bibliothèque de J.-J. Rousseau, etc., etc. (in-8, 1875). Il a publié les Papiers 
secrets et Correspondance du second Empire, réimpression complète de l'é- 
dition de l'imprimerie nationale, annotée et augmentée de nombreuses 
pièces publiées à l'étranger et recueillie par A. Poulet-Malassis (in-8, 1875), 
et il venait de faire paraître une Correspondance inédite de Madame de Pom- 
padour avec une Préface dont il était l'auteur. 

— Le D"' Joseph Dietl est mort à Cracovie, le 18 janvier 1878. Né en 1804 
en Galicie, de parents pauvres, il fut vraiment le fils de ses œuvres. Ayant 
commencé ses études à Sambor et à Léopol, il les termina à Vienne, où il 
fut reçu docteur en médecine. Attaché à l'Université de cette ville, il ne 
la quitta que pour une chaire de clinique, à l'Université des Jagellons, à 
Cracovie. Devenu l'un des premiers praticiens du pays, recteur de l'Uni- 
versité, il prit une part active à sa dernière réorganisation; membre du 
Reichsrath [autrichien, et entin bourgmestre de la ville de Cracovie, il 
rendit des services éminents à celte ville et à la Galicie autrichienne en gé- 
néral, et jouissait jusqu'aux derniers moments d'une popularité bien mé- 
ritée. Les eaux thermales de Galicie lui sont redevables de leur organisation 
actuelle. Ses principaux ouvrages en allemand et en polonais, sont : Kri- 
tische Darstcllung europaischer Kranhenhauser ÇViexme, 1853); — Klinische 
Vertrage ueber die Choiera (Vienne, 1855) ; — Les Sources de Krinitza dans les 
Carpathes (Cracovie, 1857); — Les Eaux de Bartfeld en Hongrie (Cvacovie, 
1858). Différents écrits sur les eaux thermales de la Galicie. La Plique et les 
manières de la traiter (Cracovie, 1862) ; — Les Universités de Varsovie et Cra- 
covie {iS^Q et 1862); — De la réforme des écoles (Cracovie, 1865 et 1866). 
Nommé membre de l'Académie des sciences de Cracovie, et président de la 



— 2fi7 — 

section des sciences exactes, il prit une part active aux travaux de la docte 
assemblée. Une foule énorme et recueillie le conduisit à sa dernière 
demeure, avec l'assistance d'un nombreux clergé qu'il édifia par une mort 
vraiment chrétienne. 

— M. Prosper-Jean Levot, conservateur de la bibliothèque de Brest, vient de 
mourir le 3 février, à l'âge de soixante-dix-sept ans dans cette ville. Il y éiait 
né le 14 décembre 1801. Archéologue et biographe spécial de célébrités mari- 
times, M. Levot avait été professeur particulier, lorsqu'il fut appelé, le 8 sep- 
tembre 183t, au poste qu'il a occupé jusqu'à sa mort; il était l'un des fonda- 
teurs de la Société académique de Brest qu'il présidait; l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres l'avait récompensé d'une mention honorable 
en 186i, pour une histoire de sa ville natale. M. Levot était aussi correspon- 
dant du Ministère de l'instruction publique. Modeste et laborieux comme 
un bénédictin, écrivain et travailleur infatigable, il a dépensé sa vie dans 
des recherches historiques et archéologiques de tous genres, et l'a couronnée 
par une mort chrétienne pleine d'édification. On cite de lui : Catalogue 
général des bibliothèques du département de la marme (1838-43, 5 vol. gr. in-8j, 
dressé par ordre du gouvernement et dont le plan, approprié au service 
commun des onze bibliothèques delà marine de France, a été adopté parle 
gouvernement belge pour l'usage de ses bibliothèques; — Catalogue des 
livres et des tableaux de feu M . le baron le Genlil de Quelern, précédé d'une 
notice sur sa vie, ses services et ses travaux (in-8, 1843^; — Notice chronolO' 
gique et historique des maires de Brest depuis 1681 (in-8, 1844); — Précis de 
la canalisation de la Bretagne (in-8, 1845); — Essais de biographie maritime, 
ou Notices sur des hommes distingués de la marine française (in-8, 1847) ; — 
Biographie bretonne (18o2-57, Vannes, 2 vol. in-8); — Notice sur Landévennec 
et son abbaye. État ancien et moderne (in-8, 18.ï8); — La marine française et le 
port de Brest sous Richelieu et Mazarin (in-8, 18o9); — Procès d'Alexandre 
Gordon^ esyion anglais, décapité à Brest en 1769 (io-S, 1861); — Recherclies 
historiques sur la ville de Brest avant 1789 (in-8, 1861); — Histoire de la ville 
et du port de Brest (1864-76, 5 vol. in-8); — Gloires maritimes de la France 
avec M.Doneaud (1865,in-d2); — Promenade dans le port de Brest et ses dépen- 
dances (in-8, 1865); — Exclussions dans la rade de Brest et ses environs 
(in-8, 1866); — Récits de naufrages, incendies, tempêtes et autres événements^ 
de mer (18G7, in-12); — Notice sur la vie, les services et les travaux de 
M. le chevalier de Fréminville (in-8, 1867); — Descente des Anglais à Camaret 
(in-8, 1872); — Abbaye de Saint-Mathieu-de-Fineterre (in-8. 1874); — Daoulas 
et son abbaye (in-8, 1875); — Participation du deuxième arrondissement mari- 
time à la guerre de 1870-71 (in-8, 1875) ; — Projet de l'enseigne de vaisseau 
Rivoire contre le port de Brest, sous le consulat (in-8, 1875). — On trou- 
verait dans les recueils de la Société académique de Brest beaucoup d'autres 
travaux de lui : nous relevons seulement : La maison de l'espion à Lânnion; 

— Le Pont impérial en 1861 ; — Les Ambassadeurs de Tippou-Saheb en 1788; 

— Le 'Vaisseau le Vétéran à Concarneau ; — Les Incendies du port de Brest. — 
M. Levot s'est fait, en outre, l'éditeur des Batailles navales de la France, de 
0. Troude (1867-1868, 4 vol. in-8), et a souvent donné sa collaboration à 
VOcéan de Brest. 

— M. Alphonse Ferrero, marquis de La Marmora, né le 17 novembre 
1804, est moi t à Florence, le 5 janvier. Ancien ministre de la guerre et de la 
marine piémontaise en 1854 pendan*. la guerre de Crimée, et major général 
de l'armée italienne en 1866, il a publié sur les événements de celte dernière 
époque plusieurs brochures qui ont eu un grand retentissement. Quattro 



— :>(i8 — 

dïscorsi ai .moi colleghi délia Caméra sulle condizioni délie esercito italiano 
(1872); — Un peu plus de lumières sur les événements politiques et militaires 
de l'année 1866, traduit de l'italien, par MM. Niox et Descoubès (1873); — 
Un episodio del risorgimento italiano (1875); — / Segreti di Staio del governo 
costituzionale, les Secrets d'Etat dans le gouvernement constitutionnel, traduit 
de l'italien par MM. Marcel et Savari !2' partie, 1877). 

— M. Jules-Louis-Josepii Brame, né à Lille le 9 janvier 1808, est mort à 
Paris le {" février. Avocat en 1833, il était entré au Conseil d'État en 1836; 
il se retira en 18i8, pour reparaître sur la scène sous l'empire, comme député 
et ministre de l'instruction publique. Il a fait partie de l'Assemblée nationale 
en 1871, et était sénateur du département du Nord. Il a éctit De rémigra- 
lion des campagnes ( 1 856) ; — L'Héritage dévoré par le fisc et la procédure (1 867) ; 

— La Vérité sur le régime économique de la France. Discours prononcé au 
Corps législatif (1868). 

— M. Lucien-Léopold Jotterand, ancien membre du Congrès national, est 
mort à Bruxelles, le 10 décembre 1877. Il était né en 1803, à Genappe 
(Brabant). Il a eu un rôle important dans les affaires de son fays. Il appar- 
tenait au parti « unioniste », était un adversairr», de l'administration hollan- 
daise, avait peu de sympathie pour la France, et rêvait de bonne foi l'union 
du libéralisme et du catholicisme. lia écrit dans un grand nombre de jour- 
naux : le Courrier des Pays-Bas, la Sentinelle, V Artiste^ le Patriote belge, la 
Revue démocratique, la Belgique judiciaire, et a publié un certain nombre de 
brochures ayant presque toutes trait à la politique : Guillaume Frédéric d'O- 
range-Nassau avant son avènement au trône des Pays-Bas (1827); — Ga- 
ranties de l'existence du royaume des Pays-Bas (1829); — Les Rapports poli- 
tiques et commerciaux de la Belgique et de la France. En flamand (1840); — 
Nos frontières du Nord-Ouest. En flamand (1843); — La nouvelle constitution 
de New-York pour 1847 (1846); — Le Suffrage universel (1848); — Les Églises 
d'État devenues cause d'intolérance religieuse (1849); — Les Lettres belges à pro- 
pos de la Société des gens de lettres {i8't'^); — Londres au point de vue belge [\8o2); 

— D'Anvers à Gênes par les pays rhénans (1854); — Louis de Botter (1860); 

— Lettres unionistes sur la ré for me électorale (1868); — Bu repos hebdomadaire, 
ouvrage qui a obtenu la deuxième récompense par la Société genevoise 
d'utilité publique (1870); — Charles Louis Spilthoorn. Événements de 1848 en 
Belgique (1872); — Études sur les Élals-Unis. (Conférence, 1875). 

— M. Albert Patin de La Fjzelière, né à Marly (Moselle) en 1819, est mort 
à Paris, le 11 février, à l'âge de soixante ans. Sa vie entière a été consacrée 
aux lettres. Il a donné sa collaboration au Journal de Paris, à la Presse, au 
Siècle, au Courrier de Paris, au Petit-Figaro, où il a été directeur pendant 
plusieurs années, au Bulletin du Bouquiniste, à Y Artiste, au Pari s- Journal. Il a 
fondé en 1848, une revue sous le titre de Notre Histoire. Il s'occupait de la 
réimpression des œuvres de Jules Janin. Il a écrit : Les Inondés de la Loire, 
scène dramatique en vers (in-8, 1846), avec M. Servais ; — Une famille de la 
rue Mouffetard, scène dramatique avec M. de la Jonchère ; — Manuel 
de V électeur constituant (signé Ludovic Marsay) (in-12, 1848); — Manuel du 
citoyoi [signé Ludovic Marsay) (in-16); — Biographie des représentants du 
peuple à l'Assemblée nationale constituante, par les auteurs de « Notre His- 
toire » (iu-12, 1848), anonyme en collaboration avec M. Louis Giraudeau; 

— Biographie de 750 représentants du peuple à V Assemblée nationale législative., 
par plusieurs journalistes (in-18, 1849), anonyme en collaboration avec 
M. Giraudeau; — Le Procès des accusés de Strasbourg (in-8, 1849); — Salon 
de 1850 à 1831 (in-8, ISol); ~ Féiicie, nouvelle messine (1854); — Dialogue 



— 269 — 

de Thoinettte et d'Alizon, pièce inédite en patois lorrain du dix-septième 
siècle, publiée avec des notes et un vocabulaire (in-S, 1836); — Voltaire 
est-il étranger à la publication des « Mélanges » publiés sons son nom (in-8, 
18o8) ; — Histoire de la crinoline au temps passé (in- 1"^, 1859) ; — .4-Z, ou le 
salon en miniature (ia-1861) ; — Vins à la mode et cabarets au dix-septième 
siècle (in-12, 1866); — Essais de bibliographie contemporaine, I. Charles 
Baudelaire (in-12, 1868), avec Georges Decaux; — Rymaille sur les 
plus célèbres bibliotières de Paris en 16i9, acec des notes et un essai sur les 
bibliothèques particulières du temps {in-8, 1869); — Des émaux cloisonnés et 
de leur introduction dans la reliure des livres (in-8, 1870); — UOEuvre originale 
de Vivant Denon, ancien directeur général des musées; collection de 317 eaux- 
fortes {2 \ol. in-i, 1872-1873); — Jules Janin et sa bibliothèque ; Notice bi- 
bliographiquc (in-8, 187t) ; — La Vie et l'œuvre de Chintreuil (in-i, 1874) avec 
MM. Champlleury et Henriet ; — Théâtre du Paravent, I. Récompense honnête, 
saynète (in-8, 1874); — Mémento du salon en 1875 (in-16, 1873); — Corres- 
pondance de Jules Janin (1873). 

— y.. François-Eugène Jamn, était né à Passy (Seine), le 9 mars 1815. 
Licencié en droit, archiviste-paléographe de la promotion de 1841, il fut 
chargé du classement des archives de Loir-et-Cher, vers 1844, et attaché à la 
Collection des monuments inédits de l'Histoire du Tiers-État. Il fut nommé auxi- 
liaire de l'Institut le lo janvier 1847 et employé, sous la direction de M. Par- 
dessus, à l'achèvement du Recueil des ordonnances des Rois de France. Il a 
donné sa démission d'auxiliaire de l'Institut en 1869. Il vécut depuis à Passy, 
où il est mort le 21 décembre dernier, à l'âge de soixante-deux ans. II 
a publié dans la Bibliothèque de l'École des chartes : Lettre adressée à la 
commune de Saint-Quentin, par Jean de Ribémont., clerc du Parlement (2' sé- 
rie, t. III, p. 133, 1846); — Documents relatifs à la peine de banissement aux 
treizième et quatorzième siècles (Ibid., p. 419). 

— M. Paul-Antoine Cap, né à Màcon, le 2 avril 1788, est mort dans le cou- 
rant de novembre. Il était membre associé de l'Académie de médecine de 
Paris et membre honoraire de l'Académie royale de médecine de Belgique. 
Il exerçait la pharmacie en même temps qu'il se livrait à des études scien- 
tifiques. On lui doit : De la classification méthodique des médicaments (1823), 
couronné par la Société de médecine de Paris; — Principes élémentaires de 
pharmaceutique (1837); — Recherches sur les Lactates (1738), avec M. Henry; 
— Traité de pharmacie, traité de botanique (1847), avec MM. Montagne et 
Martin; — Histoire de la pharmacie (1831); — Le Muséum d'histoire naturelle 
(1833-1834) ; — Éludes biographiques pour servir à l'histoire des sciences. 
2 séries (1856-1864); — La science et les savants au seizième siècle, tableaux 
historiques (Tours, 1867). On lui doit des études biographiques sur Robert 
Boyle (1836), Philibert Commerson (1861), Camille Montagne, botaniste, 
membre de l Institut (1868) et les éloges de Casimir Delavigne{[Si:6), de Benjamin 
Delessert (1830), de Mathieu Bonafous (1834), de N. L. Lemery. Il avait publié 
en 1844, les oeuvres complètes de Bernard de Palissy; en 1836, celles de 
Senecé, avec M. Em. Chasles. Il a traduit les Aphornsmes de physiologie végétale 
de J. Lindley (1838), donné plusieurs abrégés pour la collection des Cent 
traités et publié des articles dans un grand nombre de recueils. 

— M. le D"" Pierre Berthier, néàSennecey-le-Grand(Saône-et-Loire),en 1830, 
vient de mourir à Bicêtre, à l'âge de quarante-sept ans, au mois de décembre. 
Il avait fait ses éludes sous la direction de M. Gérard de Cailleux et était 
devenu médecin en chef de l'hospice de Bicêtre. 11 a écrit plusieui's ouvrages 
sur les maladies mentales et nerveuses : Médecine mentale. De l'isolement 



— 270 — 

Bourg, 1858); — Des causes (Paris, 1860); — De la folie diasthcsique (1859); 
— De la dépopulation des campagnes (Bourg, 1859); — De l'imitation au 
point de vue médico-philosophique [[%Q\)\ — Erreurs et j>réjugés relatifs à la 
folie (Bourtr, 1863) ; — Excursions scientifiques dans les asiles d'aliénés, 4 séries 
(1864- 1867); — Des névroses moistruelles {\S~ 3] ; — Des névroses diasthésiques 
(1875). 

— M. Johan-Erik Rydquist, né à Golhembourg, le 20 octobre 1800, est 
mort le 15 décembre. Il était directeur de la bibliothèque royale de Stockolm. 
Il s'était livré au commerce avant d'aborder l'étude des langues. L'académie 
suédoise l'appela dans son sein pour succéder à Berzélius en 1843, à l'é- 
poque où il devenait premier bibliothécaire. Il a publié un grand nombre 
d'ouvrages de critique et de philosophie. Voici la traduction des titres de 
quelques-uns : Les hauts faits littéraires des jours passés (1828); — Les plus 
anciennes poésies de théâtre du Nord (1836); — Les Employés civils en Suède 
(1838); — /. Olof Walli7i (1839); — Voyage en Allemagne, en France et en 
Italie (1838); — Les Lois de la langue suédoise (1850-1857), son plus important 
ouvrage; — Lumières et erreurs dans le monde du langage. Il a fait diverses 
traductions du grec et de l'angl lis et écrit dans plusieurs revues, notam- 
ment dans Ileimdal, recueil qu'il dirigeait. 

— M. J.-C. MŒniKosER, de Frauenfeld. est mort le 17 octobre à Zurick. Il 
a composé plusieurs ouvrages historiques : Etudes sur la littérature suisse au 
dix-huitième siècle (1861) ; — Biographie de Zwingle (1867-69); — Histoire des 
réfugiés protestants en Suisse (1856), dont on annonce une traduction française. 

— M. François-Auguste Aubry, libraire-édi'eur, Lien connu des amateurs, 
directeur et fondateur du Bulletin du Bouquiniste (1857), libraire de la 
« Société des bibliophiles français, » membre de la Société de l'Histoire de 
France, de la S ciété de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, est mort à 
Paris, le 13 janvier. Il était né à Sanchevile (Eure), en 1821, le 21 décembre. 

— M. Charles de Liltrow, né à Casan, le 18 juillet 1811, est mort à Venise 
le 16 novembre. Il était directeur de l'observatoire de Vienne, depuis 1842, 
poste où il succéda à son père; il a porté ses investigations epécialement 
sur les comètes, et est l'auteur d'une méthode pour déterminer l'heure et la 
longitude de la mer. 

— M. Ralph WoRNm, conservateur de la National Gallery à Londres, 
auteur d'une Vie d'Holbcin et d'ouvrages sur les galeries de l'Angleterre et 
de l'étranger. Il venait de publier une seconde série de dix-huit eaux-fortes 
d'après les tableaux de la National Gallery. 

— M. Thomas-William Marshall, sorti de l'Univer-ité de Cambridge, 
entré dans les ordres anglicans, puis converti au catholirisme, vient de 
mourir ; il était auteur de Notes sur l'épiscopat catholique, qui ont préparé sa 
conversion, et en outre d'un bel ouvrage sur les Missions chrétiennes, dont 
M. L. de Waziers a donné une traduction française en 1865 (2 vol. in-8'i, et col- 
laborateur de la Dublin Rnciciv et de plusieurs recueils anglais et américains. 

— Nous avons également à annoncer la mort de M. Claude Bernard, du 
R. P. SECCHietdeM. delà Sal'ssaye, auxquels nous consacrerons des notices dans 
notre prochaine livraison; — de M. Pien-e-Noël - Jules Leuire, né à Clairvaux 
(Jura), le 17 mars 1814, mort à Mirevent, grand industriel, homme de bien, 
artiste, antiquaire et archéologue, correspondant de l'Académie de Besançon 
depuis 1872; — de M. Eugène Stourm, anciea rédacteur du Bon Sens et delà 
Démocratie pacifique; — de M. Huguet Berthier, collaborateur de la Revue du 
Lyonnais, mort à Nice dans le courant de janvier, à l'âge de trente-sept ans. 



— 271 — 

Institut. — Académie des inscriptions et belles-lettres. — Dans sa séance 
du 8, l'Académie a nommé académicien 'titulaire, en remplacement de 
M. Edgar Boutaric, décédé, M. le marquis d'Hervey de Saint-Denys. Il y a 
eu deux tours de scrutin. Les suffi'ages se sont ainsi répartis : premier tour, 
M. d'Heivey de Saint-Denys, 17; M. Paul Foucart, 9; M. Weil, (3; M. Barbier 
de Meynard, 5; bulletin blanc, 1. — Deuxième tour. M. d'Hervey de Saint- 
Denys, 24; M. Foucart, 8; M. Barbier de Meynard, 4; M. Weil, 1. 

— Académie des sciences. — Dans la séance publique de l'Académie, tenue 
le 28 janvier, les résultats du concours de 1877 ont été proclamés par M. le 
secrétaire perpétuel. 

Mécanique. — Prix Poncelct. Décerné à M. Laguerre, commandant d'artil- 
lerie, examinateur à l'École polytechnique, jour l'ensemble de ses travaux 
mathéraatbiques. 

Prix Monlyon. Décerné à M. Caspari, ingénieur hydrographe, pour ses 
« Études sur le mécanisme et la marche des chronomètres. )> 

Prix Plumey. Décerné à M. de Fréminville, directeur du génie maritime, 
pour ses études approfondies sur les conditions de distribution des nouvelles 
machines Woolf employées à bord des navires 

Prix Fourneyron. Décerné à M. Mallet. Le sujet spécial du concours indiqué 
par l'Académie, conformément aux intentions du fondateur, était cette 
année: « Machine à vapeur pour tramway. » 

Astronomie. — Prix Lalandc. Accordé à M. Asaph. Hall pour sa découverte 
des satellites de la planète Mars, 

Prix Vaillant. M. Schulhof, pour son beau mémoire sur les planètes 
perdues. 

Prix Valz. MM. Paul et Prosper Henry, de l'Observatoire de Paris pour 
leurs cartes des diverses régions du ciel, dressées en vue de faciliter la 
recherche des petites planètes. 

Physique, — Prix Lecaze. M, A. Cornu, ingénieur des mines, professeur à 
l'École polytechnique, pour son beau et grand travail relatif à la « Détermi- 
nation de le vitesse de la lumière, » d'après des expériences exécutées en 
1874 entre l'Observatoire et Montlhéry. 

Statistique. — Prix Monlyon : 1* décerné à M. E. Yvernès pour le travail 
éclairé et les soins persévérants qu'il apporte aux volumes de la Statistique 
civile ei. commerciale de la France; 2^ le prix réservé de 1876 est donné à 
M. T. Loua pour la confection des quatre volumes in-folio de la Nouvelle 
série de la statistique de France. 

Deux mentions honorabjes sont en outre accordées : l'une à M. P. Disière 
pour la partie statistique de ses mémoires sur la Marine cuirassée, in-8, 
1873 ; sur les croiseurs, in-8, 187o, et sur la guerre d'escadre 1876 ; l'autre à 
M. le D' Puech pour les recherches contenues dans son mémoire sur les 
« Répétitions des accouchements multiples. » 

Chimie. — PrixJecker. M. A. Houzeau, en récompense de ses travaux relatifs 
à la production de l'ozone ainsi que sur le mode d'action de cette substance 
à l'égard des matièi'es organiques, obtient un prix de 5,000 fr. sur les 
fonds de l'année 1877, la seconde moitié du prix annuel ayant été réservée 
pour parfaire le prix de 10,000 fr. décerné à M. Cloez, en 1876. 

Prix Lacaze. Décerné à M. Troost, professeur à la Faculté des sciences dé 
Paris, pour ses très-nombreuses recherches de chimie générale et minérale. 

Botanique, — Prix Barbier. La commission ne pense pas qu'il y ait lieu de 
décerner le prix. Elle propose d'accorder, à titre de récompense, une somme 
de 4,000 fr. à M. Galippe pour ses Études loxicologiques sur les cantharides ; 



— -ll'J — 



une somme de 1,000 fr. à .MM. Lepage et Patrouillard pour leur « Guide 
pratique pour servir à l'examen des caractères physiques, chimiques et 
organoleptiques » que doivent présenter les diverses préparations du Codex, 
ainsi qu'à l'essai des médicaments chimiques ; une somme de bOO fr. à 
M. Manouvriez pour ses Recherches chimiques sur V inioxicalion saturnine locale 
et directe et ses « Recherches sur les troubles de la sensibilité dans la con- 
traction diopathique des extrémités. >> 

Prix Desmaziéres. La commission accorde sur les fonds de ce prix: [° un 
encouragement de 1,000 fr. à M. le docteur Quélet, pour le travail intitulé ; 
Les Champignons du Jura et des Vosges ; 2- un encouragement de 600 fr. à 
M. Bagnis, pour son mémoire intitulé : La Puccinie. 

PrixBordin. Le sujet désigné était le suivant : « Étudier comparativement 
la structure et le développement des organes de la végétation dans les 
lycopodiacées. Un encouragement de 1,000 fr. est accordé à M. Charles- 
Eugène Bertrand. La question est retirée du concours. 

Prix Bordié. Pour le second prix, le sujet proposé était : « Étudier com- 
parativement la structure des téguments de la graine dans les végétaux 
angiospermes et gymnospermes. » Décerné à M. Charles-Eugène Bertrand. 
Anatomie et Physiologie. — Prix Thore. Donné à M. Jousset de Bellesme, 
pour l'ensemble de ses Recherches sur la physiologie des insectes. 

Médecine et Chirurgie. — Prix Montyon. L'ensemble des ouvrages, manus- 
crits et imprimés, qui ont été adressés cette année pour ce prix, ne s'élève 
pas à moins de cinquante-cinq, sur lesquels un grand nombre étaient dignes 
d'être remarqués par la commission. 11 a fallut néanmoins faire un choix et 
remettre au concours de l'année prochaine les travaux sur lesquels on ne 
peut se prononcer définitivement sans plus ample informé. 

La commission décerne un prix de 2,500 fr. à M. Hannover, professeur à 
l'université de Copenhague, pour son livre : La Rétine de Vhomme et des 
vertébrés. Un prix de 2,500 fr. à M. Parrot, professeur à la faculté de Paris, 
pour son beau livre sur l'autopsie Un prix de 2,500 fr. à M. Picot, profes- 
seur à l'École de médecine de Tours, pour ses Leçons de pathologie générale. 
Mentions honorables de l,o00 fr. à M. Topinard, ex wquo MM. Lassègue et 
Re^nauld et MM. Delpech et Hillairet ; MM. Franck et Oré. 

M. Topinard, pour son livre sur Y Anthropologie. Ses études sur le crâne 
dans l'homme et les animaux l'ont conduit à cette conclusion que la capacité 
du crâne adulte et normal est trois fois plus grande dans la race humaine 
la moins favorisée que dans le genre d'antropoïde la plus favorisé. Et l'ou- 
vrage entier concourt à établir et à confirmer cette proposition que 
« l'homme se distingue de la brute, essentiellement par le volume de son 
cerveau et le développement de ses fonctions cérébrales. » 

MM. Lassègue et Regnauld pour a la Thérapeutique jugée par les chiffres.» 
Les mouvements de la thérapeutique sont ainsi indiqués par des chiffres qui 
sont l'expression certaine non pas seulement des idées doctrinales, mais 
aussi des conquêtes définitives. 

MM. Delpech et Hillairet, pour leur mémoire sur « les accidents auxquels 
sont soumis les ouvriers employés à la fabrication des chromâtes. » 

M. Franck, pour son étude sur o Les changements de volumes des organes 
dans leurs rapports avec la circulation. » 

M. Oré, pour ses travaux sur la « Médication intraveineuse et l'emploie du 
choral. » 

Citations. La Commission a distingué, en outre, et croit devoir signaler 
par des citations les auteurs dont les noms suivent : M. Armingaud : « Né- 



— 273 — 

vrose vasomotrice. » M. Brouardel « l'Urûe et le foie. » i\I. Barq ; « La mé- 
talloscopie et la métallotliérapie ». M. Couty ; « Études sur l'entrée de l'air 
dans les veines. » M. Desprès : « La chirurgie journalière. » M. Lecomte ; 
« Physiologie mécanique : le coude et la rotation de la main. » M. Megnin : 
«Monographie de la tribut des sarcoptides psoriques. » M. Peyraud : « Études 
expérimentales sur la régénération des tissus cartilagineux et osseux. » 
M. Sabatbé : « Piecherches sur les mouvements du cerveau. » M. Sanné : 
« Traité de la dipthérie. » M. Testut : « De la symétrie dans les affections de 
la peau. » 

P7ix Dréant. Prix de b,000 fr. décerné à M. Joanny Rendu pour ses a Re- 
cherches sur une épidémie de variole à Lyon, étudiée au point de vue de 
la contagion, » et pour son travail manuscrit a De l'isolement des varioleux 
à l'étranger et en France, » à propos de l'épidémie de Lyon pendant les 
années de 187.o, 1876 et 1877. 

Prix Godard, porté à la somme de 2,000 fr., décerné à M. Calliat, pour les 
« Études sur les muscles du périnée et sur l'anatomic normale et lestumeurs 
du sein chez la femme. » 

Physiologie. — Prix Montyon. Partagé entre M. Ferrier, médecin de 
l'hùpital du roi à Londres, pour ses « Expériences sur les effets produits par 
Félectrisation de la surface du cerveau, » et MM. Carville et Duret, jeunes 
physiologistes de l'école de Paris, pour leurs « Recherches expérimentales 
sur les fonctions des hémisphères cérébraux. » 

Mention honorable. La commission a regretté de ne pouvoir décerner un 
second prix à MM. Joly et Regnard, pour leurs belles a Études chimiques de 
la respiration chez les animaux aquatiques. « 

Enfin, la commission croit devoir signaler l'auteur d'un mémoire sur la 
sensibilité, M. le docteur Charles Richet, jeune physiologiste dont la vive 
intelligence et le jugement droit promettent beaucoup pour l'avenir. 

Prix Lccazc. Décerné à M. Dareste pour ses belles « Recherches sur la pro- 
duction artificielle des monstruosités. » 

Prix généraux. — Prix Monlijon. Arts insalubres. Un encouragement de 
2,000 fr. est accordé à M. Hétet, professeur de chimie à Brest, à l'occasion 
des travaux auxquels il s'est livré dans l'intérêt de la marine pouraméliorer 
la qualité des eaux potables fournies par les condenseurs à surface employés 
dans la construction des machines à vapeur et pour éviter leurs effets cor- 
rosifs sur le fer des chaudières. 

Prix Trcmont. Décerné à M. Sidot, préparateur du cours de chimie au 
lycée Cbarlemagne. M. Sidot, ancien aide du laboratoire de chimie de 
l'École normale, s'est élevé peu à peu de la modeste position qu'il occupait 
à celle d'un véritable savant exercé par une pratique assidue à la solution 
des problèmes les plus intéressants. On peut signaler tout particulièrement 
ses « Recherches sur la reproduction artificielle de quelques minéraux, la 
production économique de charbons durs et bons conducteurs de l'électri- 
cité ; la formation du monosulfure de carbone, des recherches sur le verre 
de phosphate de chaux, etc. » En décernant le prix Trémont à M. Sidot, 
l'Académie veut l'encourager à poursuivre ses travaux et lui donner une 
preuve publique de l'intérêt qu'elle porte à son zèle et à sa persévérance. 
Prix Gcgner. Maintenu à Funanimité pour cette année à M. Gaugain. 
Prix de Mme la marquise de Laplace. Les cinq volumes de la Mécanique 
céleste, de l'Exposition du système du monde, et le Traité des probabilités 
sont remis à M. Dougados, né à Carcassonne (Aude), le G octobre iSbo, sorti 

Mars 1878. T. XXII, 18. 



— 274 — 

]e premier en 1877 de l'École polytechnique et entré comme élève inerénieur 
à l'École des mines. 

Par une mesure générale prise en 186o, l'Académie a décidé que la clôture 
des concours, pour les prix qu'elle propose, a lieu invariablement le pre- 
mier jour de chaque année. Nul yaS^uautorisé à prendre le titre de »< lauréat 
de l'Académie, » s'il n'a été jugé digne de recevoir ti?i pn'ar. Les personnes 
qui ont obtenu des récompenses, des encouragements ou des mentions n'ont 
pas droit à ce titre , 

— Académie des heaux-arts. Dans la séance du 9 février, l'Académie a 
nommé membre titulaire, en remplacement de M. Martinet, décédé, M. Ber- 
tinot, graveur en taille douce, par 18 voix, contre 16 à M. Oudiné, graveur 
en médailles, et 1 à M. Blanchard. 

Congrès. — Le Congrès des orientalistes doit se tenir à Lyon du 24 au 
31 août. 

— Le Congrès archéologique de France se tiendra cette année au Mans 
et à Laval. Il s'ouvrira le 20 mai, au Mans, et aura sa séance de clôture le 
28, à Laval. 

École des chartes. — Le 21 et le 22 janvier dernier, treize élèves de l'École 
des chartes ont soutenu, en séance publique, les thèses qui devaient leur 
mériter le diplôme d'archiviste-paléographe. Plusieurs de ces thèses ont 
été très-remarquées et ont donné lieu à une soutenance brillante. Nous 
nous bornerons a mentionner les titres des travaux présentés. C'étaient : 
Les Bourgeois du roi au moyen âge, par Ernest Babelon ; — Notice sur le bail- 
liage el la prévrjlé dii Vitrg-lc-François, par Henry Bouchot ; — Étude sur L'ad- 
ministration municipale à Tours, sous le gouvernement des élus (1336-1462), 
par Joseph Delavilie le Roulx; — Essai sur les Revenus d'Enguerrand de 
Marigny, suivi de son cartulaire, par Charles Durier; — Bernard VII, comte 
d'Armagnac, connétable de France (1367-1418). p;ir Paul Durrieu ; — Essai sur 
Vhistoire de Sentis au moyen âge, par Jules Flammermont; — Les Baillis de 
Mdcon, sénéchaux de Lyon (1239-1790). Co7itribution à l'extension de l'autorité 
royale var le ministère des baillis^ par Henri Furgeot ; — Le Parlement de 
Paris (1418-1436), par Armand d'Herbomez; — Essai sur l'histoire des rela- 
tions de la France avec l'Allemagne sous Charles VII, par Alfred Leroux ; — 
La Mari)ie militaire du Ponant entre 1364 et 1374, par Léon Pajot; — 
Élude sur le dialecte lyonnais et des provinces voisines aux treizième et çua- 
<or2«e?»e 5JccZes, par E. -P. -L.-Philipon ; — Étude sur l'administration et les 
revenus du trésor royal sous Philippe le Bel, d'après le Jour7ial du Louvre, par 
Octave Raguenet ; — Les Institutions municipales de Narbonne au moyen âge, 
par Emile Raunié. On peut apprécier la variété et l'importance des sujets 
traités ; plusieurs ont fourni des aperçus nouveaux et éclairci des points 
considérables d'histoire. A la suite de ces examens et par décret du mi- 
nistre de l'Instruction publique en date 30 janvier dernier, les treize candi- 
dats ont été nommés archivisles-paléographes dans l'ordre de mérite sui- 
vant : MM. Durrieu. Babelun, Delavilie le Roulx, d'Herbomez, Furgeot, 
Raunié, Leroux, Philipon et Durier ; ont été nommés hors rangs, MM. Ra- 
guenet, Flammermont et Pajot. On a remarqué que les cinq premiers 
étaient membres de la Conférence d'études historiques établie au siège de la 
Société Bibliographique; c'est un succès dont cette conforence, jeune encore 
et pleine d'avenir, a lieu de s'applaudir. — Ea. B. 

Lectures FAITES a l'Académie des inscriptionset belles-lettres. — Dans la 
séance du 1" février, M. Jules Desnoyer a fait un rapport sur un ouvrage de 



M. E, Carîailhac, concernant l'âge de pierre dans les souvenirs et superstitions 
populaires. M. Edmond Le Blant a fait un rapport sur le second volume des 
persécutions du christianisme primitif de M. B. Aube. — Dans la séance du 
8, M. de Saulcy a communiqué une note de M. Clermont-Ganneau, signa- 
lant, à Jérusalem, la découverte de peintures du douzième siècle, munies de 
légendes dont l'une porte le nom de Betphagé. M. Derembourg a présenté 
des observations sur cette découverte. — Dans les séances des 8, lo et 22, 
M Deloche a continué la lecture de son mémoire sur les invasions gau- 
loises en Italie. — Dans la séance du IG, M. Edmond Le Blant a communi- 
qué une note sur le texte des actesde sainte Tbècle. M. Eugène Revillout a 
repris la lecture de ses études démotiques. — Dans la séance du 21, M. Gef- 
froy a transmis à l'Académie les résultats des fouilles de Palestrina, par 
M. Ferniques. M. iMichel Bréal a d -mné lecture d'une lettre de M. B. Mowat 
sur une inscription chypriote, et M. Siméon Luce a lu un mémoire intitulé 
« les Juifs sous Charles V et le fonds hébraïque du trésor des chartes, 
en 1372. » 

Lectures FAITES a l'Académie des scie.xces morales et politiques. — Dans la 
séance du 2 février, M. Hippolyte Passy a fait un rapport sur le traité théo- 
rique et pratique de statistique de M. Maurice Block ; M. Ch. Giraud sur une 
traduction en vers français du de Natura de Lucrèce, par M. le premier pré- 
sident Larombière. M. Jules Simon a fait, sur deux ouvrages de MM. Antony 
Rouillet et Carnot, traitant de l'Elcole d'administration, un rapport au sujet 
duquel s'est élevé une discussion à laquelle ont pris part MM. Ch. Giraud, E. 
de Parieu, Levasseur, Hippolyte Passy et A. Franck. — Dais la séance du 9, 
M. Baudrillart a continué la lecture de son mémoire sur l'état des populations 
agricoles en Normandie. MM. H. fassy, Ch. Giraud et Kœnigswarter ont. à 
ce sujet, présenté des observations. — Dans la séance du 16, M. Ch. Lucas 
a présenté des considérations sur la transportation, à l'occasion d'une notice 
adressée par le ministre de la marine et des colonies sur la transportation 
pénale à la Guyane et à la Nouvelle-Calédonie pendant la période quinquen- 
nale 1871-1876. M. Jules Zeller a commencé la lecture d'un mémoire sur le 
schisme qui suivit la mort d'ilonorius II en 1130. — Dans la séance du 23, 
M. Zeller a continué la lecture de son mémoire sur le schisme produit dans 
rÉglise par la double élection de 1130. et M. Baudrillart a repris la lecture 
de son mémoire sur les populations agricoles de la Normandie. 

Livres a l'Index. — Dans sa dernière session, la Congrégation de l'Index 
a condamné les ouvrages suivants: Ellero (Pietro) : ScrUtiminori. Bologna, 
tip. Fava et Garagnani, 187o. Scrilti politici. Bologna 1S76. La Questione 
sociale. Bologna 1877. — Zeller (Eduard), professeur à l'Université de 
Berlin : La Légende de saint Pierre, premier évéqite de Rome, traduit par 
Alfred Marchand. Paris, 1876. Quocumque idiomate. — Renan (Ernest) : 
Les Évangiles, Paris, 1877. — Reinke (D' Joseph) : Ueber Einheit der KatJio- 
lischen Kirche. ^Yùszburg, 1877. Latine vero : De Unitate Ecclesiœ catholicie. 
Opus prœdamnatum ex Reg. IL Indicis Tridentini. Decr, S. Otï. feria IV, 
die 19 dec. 1877. ht an Christi Stelle filr uns der Papst getreten ? Latine vero : 
Estne pro nobis Romanus Pontifex posiius Chrisli loco ? Opus praîdamnatura 
ex Reg. IL Indicis Tridentini. Decr. S. Otï. feria IV, die 19 dec. 1877. — 
Friedrich (D"' J.) : Geschichte des Vaiicanischcn Konzils. Bonn, 1877. Latine 
vero: Historia Concilii Vaticani. Opus prœdamnatum ex Reg. IL Indicis 
Tridentini. Decr. S. Olf. feria IV, die 19 dec. 1877. 

Le Mouvement littéraire en Catalogne en 1877. — L'excellente revue 



— 27G — 

cafalanc, la Renaixcnsa, puLlic, dans son numéro du mois de janvier, im 
intéressant arLicle sur ce sujet. Nous allons tâcher de le résumer en peu de 
mots. Le nombre d'oîuvres catalanes publiées en iSll s'élève à cent eeize, 
dont soixante-dix-neuf appartiennent au théâtre, ce qui donne une augmen- 
tation de vingt-six œuvres sur 1876 et de soixante-deux sur 1875. Parmi 
ces publications, il en est une qui a fait sensation bien au-delà des limites 
de la Catalogne; c'est Y Atlantide, de Verdaguer, dont le Polijbiblion a parlé 
en détail. Il faut citer aussi la Romancer català d'Ubach y Vinyeta; le 
roman de Marti y Folguera, la Caragirat ; la publication du cinquième tome 
des Chansons jwpulaircs de Pelay-Briz ; un livre ancien mais jusqu'ici inédit, 
Los colloques de la insigne Ciutat de Tortosa, par Derpuig et aussi les Cortar 
à la doua, qui ont paru dans la Llumanera de New York, mais qui sont en 
langue catalane. Le Polybiblion a déjà eu l'occasion d'entretenir ses lecteurs 
des Tradicioncs religiosas d'Aqua de Valldanio, du Mon invisible de Gayeta 
Vidal, des Costums nupcials catalanas de M. Balaguer y Marino. Plusieurs 
Catalans écrivent aussi en castillan. C'est ainsi que, dans cette langue, 
M. Balaguer y Marino a réfuté diverses allégations relatives aux historiens 
espagnols et vengé le catholicisTiie d'attaques mal fondées; que Don Joa- 
quim Rubio y Ors, a composé son travail, que nous avons déjà indiqué sur 
la renaissance littéraire dans sa patrie; que M. Antoni de Bofarull publia 
YHistoria critica de Catalona. Nous pourrions encore retrouver, dans des 
revues françaises, le nom de M. Milà y Fontanals, le savant et respectable 
professeur de Bai'celone, et celui de M. Balaguer y Marino. Il y a vi^aiment, 
dans cette province de Catalogne, une remarquable activité intellectuelle... 
Mais, nous nous sommes un peu éloigné de la statistique donnée par la 
Renaixcnsa, nous y revenons et lui demanderons l'indication des périodiques 
écrits en catalan. Ces périodiques sont : La Renaixcnsa ; L'Art del pager; 
La Familia cristiana; La Campana de Gracia; Los Jochs florals; Le Nunci; 
la Papallona; En Danyeta; VEnlrctanemcnt; La Brodera catalana; La Lluma- 
nera de Nciv York; L'Aurcnato de Buenos Ayres. A cette liste, il faut ajouter 
encore une nouvelle revue, Lo Gag Saber. 

Une Mystification littéraire. — M. Célestin Poi't, le savant archiviste de 
Maine-et-Loire, vient de dévoiler dans une brochure écrite avec la plus 
spirituelle vivacité {Questions angevines. Thomasseau de Cursay. Extrait de 
la Revue de V Anjou. Angers, 1878, tirage à part à oO exemplaires) , « une des 
mystifications les plus audacieuses et, quoique entreprise sans art, le mieux 
réussies qu'on puisse citer dans la littérature historique, » et dont « la 
piste a jusqu'à ce jour échappé aux dénicheurs de supercheries littéraires. » 
Il s'agit de la glorification faite par Jean-Marie Thomasseau de Cursay (né à 
Paris le 2o novembi-e 170o, mort en cette ville en 1781) de plusieurs de ses 
ancêtres, lesquels, soit comme savants, soit comme héros, n'ont existé que 
dans les publications de l'intrépide faussaire. Les plus fameux des per- 
sonnages inventés de pied en cap, par J.-M. Thomasseau de Cursay sont 
Joseph Thomasseau de Cursay, médecin de Louis XIV, et surtout ce guerrier 
sans reproche dont tous les derniers historiens de l'Anjou ont admiré le 
noble caraclère, dont Voltaire lui-même a célébré avec attendrissement la 
chevaleresque conduite, ce Louis Thomasseau de Cursay qui aurait refusé 
de faire exécuter à Angers le massacre des huguenots en août 1572. M. Cé- 
lestin Port a démoli avec autant de verve que d'érudition le roman dont 
tant de lecteurs ont été les dupes, et sa brochure n'est pas moins amu- 
sante que concluante. — T. ue L. 



Index expurgatorius axglicaxcs. — Un bibliophile anglais qui ne se borne 
pas à réunir des livres plus ou moins curieux, mais en sait tirer parti, 
M.W.-H. Hart, a entrepris une publication intéressante'; il fait paraître, sous 
le titre d'Index expurgatorius angliccmus,un catalogue raisonné des ouvrages 
qui, dans la Grande-Bretagne, ont été l'objet de poursuites judiciaires. Ce 
travail, dont il n'a paru jusqu'ici que quatre fascicules, ne dépasse pas 
encore l'année 1683; la plupart des livres qu'il signale se rapportent aux 
discussions politiques que provoquèrent des époques troublées ; les uns 
attaquent la reine Elisabeth, d'autres sont hostiles au malheurreux Charles I", 
un certain nombre, après la chute de ce roi, se prononcent avec vigueur 
contre la république et contre les républicains qui, maîtres du pouvoir, en- 
tendaient s'y maintenir. Ce qui est crime à telle époque devient vertu 
quelque temps après, ce qui avait mérité des récompenses se trouve digne 
de châtiment, c'est l'histoire éternelle des révolutions. Parfois, les punitions 
furent extrêmement sévères ; des citholiques furent pendus pour avoir dis- 
cuté les droits de la reine; en 1633 un écrivain, William Prynne, s'étant 
avisé de publier l'Histrio-martrix; Player' s Swurge (le Fléau des aclcurs) on 
y vit des injures adressées à ia cour, où avaient eu lieu des représentations 
auxquelles prenaient part des personnes du rang le plus élevé; Prynne, fut 
condamné à être mis à plusieurs reprises au pilori, à avoir les deux oreilles 
coupées, à payer une amende énorme (o,000 livres sterling) et à une dé- 
tention perpétuelle. Il est à désirer que M. Hart mette avant peu au jour 
le complément des résultats de ses recherches; elles portent sur une branche 
de la science bibliographique tout à fait inconnue hors de l'Angleterre. 

Querelle littéraire en Sicile. — Le Polybiblion a parlé d'observations 
faites, avec beaucoup de mesure, par M. S.S.Marino, sur la dernière édition 
des chants populaires siciliens recueillis par M. Vigo. Celui-ci a fort mal 
pris une critique très-convenable, très-couiioise et a répliqué sous le nom 
de sa belle-fille avec une grande violence. MM. Pitre et Marino, pris tous 
deux à parti par l'irascible Vigo, ont riposté dans une brochure dont nous 
avons déjà dit un mot : Qui dit ce qu'il veut entendra ce qu'il ne veut pas. 
La guerre ne s'est pas arrêtée là, et la signera Giuseppina Vigo-Pennisi, ou 
plutôt son beau-père a lancé un nouvel opuscule : Lumière et vérité qui a 
provoqué une seconde brochure de MM. Pitre et Marino, contenant l'histoire 
de la querelle et de nombreux fragments empruntés à la diatribe de la 
signora Vigo-Pennisi. Toutes les bornes d'une discussion permise sont fran- 
chies dans l'œuvre de cette dame ou de son-beau père. Les personnalités 
les plus violerites sont adressées aux deux jeunes et érudits écrivains qui 
ont rendu tant de services à la littérature italienne et ont provoqué partout 
tant de sympathies. Un numéro du Giotmale cli Sicilia nous prouve que la 
polémique a pris un caractère de plus en plus véhément. Nous lisons dans ce 
journal une sorte de protestation signée par un grand nomhre d'honoi'ables 
Siciliens et contenant un blâme énergique à l'égard de M. Vigo et uu témoi- 
gnage d'estime et de profond intérêt pour les deux littérateurs qu'il pour- 
suit avec une telle acrimonie. Espérons que cette querelle finii^a bientôt et 
que MM. Pitre et Marino pourront reprendre en paix le cours de leurs travaux 
si appréciés du public érudit. 

Une lettre inédite du chevalier d'Éon. — La Revue critique {^ février 1878) 
publie une lettre inédite du chevalier d'Éon, adressée, le 17 février 1779, à 
M. du Pavillon, commandant-major de la flotte d'Orvilliers, Cette lettre 
n'apprend rien de nouveau. M. (iaillardet, dans son Histoire du chevalier 
d'Eon,a raconté que le chevalier, qui avait pris, une première fois, un dégui- 



— 278 — 

sèment féminin en 1774, et une seconde fois en novembre 1777, par ordre 
de Louis XVI, demanda à plusieurs reprises la permission de reprendre ses 
habits d'hommes. Cette nouvelle lettre exprime le môme désir, mais elle ne 
donne pas d'éclaircissements sur les causes qui faisaient interdire au cheva- 
lier de porter les habits de son sexe. 

Le Droit du seigneur. — Nous avons sous les yeux une plaquette inti- 
tulée : Les Droits du seigneur; recherches sur l'origine et la nature des droits 
connus anciennement sous les noms de : Droits de premières nuits, de markette, 
d'afforage, marcheta, maritagium et bumede, par J.-J. Raepsaet (Gand, 
Lemounier, 1877, in-8 de 57 p. 2 fr. 50). Nous reconnaissons avec 
empressement que l'auteur a plaidé avec méthode et lucidité una excellente 
cause; il établit très-clairement l'absurdité de tout ce qui a été dit et répété 
sur le droit du seigneur, et donne la signification véritable de termes dont 
l'ignorance et surtout la mauvaise foi se sont fait des armes contre la 
vérité et le bon sens. Nous serions tenté de faire cependant un reproche à 
M. J.-J. Raepsaet, c'est de paraître peu au fait de la bibliographie de son 
sujet. Comment semble-t-il ignorer les travaux si spirituels et si savants de 
M. L. Veiiillot,, dont il ne parle pas plus que du travail publié en juillet 1866 
dans la Revue des Questions historiques? Sa brochure a été imprimée à 
Gand; mais, à Gand, on sait facilement ce qui parait ù Paris; tous ses argu- 
ments ont déjà été employés; s'il n'a pas lu les ouvrages précités, il s'est 
donné beaucoup de peioe pour trouver ce qui était déjà dans le domaine 
public. Nous ne voyons qu'un avantage dans sa publication, c'est que la 
brièveté du texte et l'élégance de ce petit vulume lui permettront de se 
répandre facilement parmi les lecteurs qui aiment à s'instruire en quelques 
instants. 

La Revue l'Lnstruction publique et les Pensées de Pascal. — A propos de 
la nouvelle édition des Pensées de Pascal, donnée par M. A. Molinier, 
Y Instruction publique a publié (n° du 1" décembre 1877 au 2 février 1878) 
une intéressante Étude critique sur le texte des "pensées de Pascal. L'auteur ex- 
pose les reproches que l'on peut faire aux éditions des Pensées, et développe 
le système qu'il croit devoir être adopté pour la préparation d'une édition 
définitive. Altérations involontaires et lacunes voulues, telle? sont, d'après 
lui, les principales fautes qui subsistent dans les textes imprimés des Pen- 
sées, et il prouve la médiocrité de ces textes en les comparant avec les ma- 
nuscrits originaux de Pascal. Il pense que, pour une nouvelle publication, 
l'auteur déviait, non pas, comme ses devanciers, diviser les Pensées par ar- 
ticles, sous un certain nombre de chefs, mais suivre purement et simplement 
l'ordre chronologique. Pour déterminer cet ordre chronologique, il faudrait 
tenir comte de l'esprit même du fragment, de la qualité du papier, des par- 
ticularités de l'écriture, de la nature de l'eucre. — Cette dissertation a sou- 
levé une polémique, et un universitaire y a répondu dans la même revue 
(n° du 26 janvier -1878 et 2 février 1878). Ce nouveau critique ne veut pas 
de l'ordre chronologique, qu'il croit, du reste, à peu près impossible à 
déterminer. De plus, dit-il, si l'ordre chronologique est l'ordre véritable, 
tous les commentateurs de Pascal se sont trompés, car aucun n'en a tenu 
compte. Pour que cette méthode eût l'importance qu'on cherche à lui atta- 
cher, il faudrait que l'on établit que Pascal écrivait sans plan déterminé; 
mais alors, les Pensées ne constitueraient plus qu'une sorte de journal ou de 
recueil de maximes détachées, ce qui n'est guère admissible. Quoi qu'il en 
soit de l'une ou de l'autre de ces opinions, cette discussion ne laissera pas 
que de jeter un certain jour sur la question ; et nous souhaitons qu'elle 



— 279 — 

provoque la publication de l'édition définitive du monument inachevé que 
Pascal nous a laissé. — Er. B. 

La Comedia de Damte en Catalan. — Au quinzième siècle, un Catalan cé- 
lèbre, Andréa Febret, traduisit la Divine Comédie en tercets et avec une trè-- 
remarquable exactitude. C'est cette ancienne traduction dont M. Cayetano 
Vidal y Valenciano a entrepris la publicïtion dan» de très-belles conditions 
tj-pographiques, à en juger par le spécimen que nous avons î-ous les yeux. Ce 
spécimen contient le début de l'épisode d'Ugolin ; nous en donnerons le pre- 
mier tercet qui fera voir combien Febret a éié traducteur fidèle : 

La boqua suslevà d'aquell fier part 
Lo peccador, torquentle osbra aquell 
AI pels del cap qu'hevia derrec gart. 

Fautes d'impression du manuel du libraire. — J'ai souvent entendu dire 
que feu F. Ch. Brunet mettait un soin extrême à corriger les épreuves de 
son précieux ManiieZ. Comment se fait-il qu'il ait laissé passer (t. T. col. 8(12- 
864) ces quatre fautes dans trois mots : « Lassay (Amand de Modaillon de 
Lesperne, marquis de). Voyez recueil de différentes choses?» Au lieu 
à'Amand, il fallait Armand; au lieu de Modaillon, Madaillan; au lieu de 
Lesperne, Lesparre. 

Petit armorial romanais. — M. le U' Ulysse Chevalier vient de publier sous 
ce titre (Vienne, Savigné, imprimeur-éditeur) une brochure de 36 pages gr. 
in-8, extraite de la Revue du Dauphinc et du Vivarais. C'est un travail 
très-bien fait, comme le sont tous les travaux du favant père de notre 
collaborateur, M. l'abbé Ulysse Chevalier. L'auteur a mis beaucoup de pa- 
tience à découvrir et beaucoup d'exactitude à décrire les armoiries des an- 
ciennes familles des Romans. Chacun des 300 articles environ de l'armoriai 
comprend une notice biographique très-succincte sur un, deux ou trois per- 
sonnages les plus anciens ou les plus notables de la famille et la description 
des armoiries que les familles romanaises ont reçues ou se sont données. 
L'opuscule fournit de nombreuses additions au beau volume de M. Rivière 
de la Bâtie : il est précédé de considérations sur l'origine des armoiries qui 
sont fort judicieuses et fort intéressantes. — T. de L. 

L'Éducation de l'avenir. — On nous a adressé le second numéro (février 
1878) de VÉeole nouvelle, revue de l'éducation « intégrale,» scientifique, indus- 
trielle, artistique et de la réforme pédagogique publiée par une réunion de 
professeurs, d'instituteurs et de « travailleurs, » dont la publication avait été 
interrompue par « les événements de l'année 1877. » Son but ne devient 
réalisable que « sous un gouvernement républicain. » Elle le poursuit avec 
« l'espoir de fonder une république progressive et durable. » Les rédacteurs 
de cette nouvelle revue rejettent la vieille formule : obligation, gratuité, 
laïcité, qui n'est plus en harmonie avec le progrès général : ils lui substituent : 
assurance contre l'ignoi'ance, crédit à l'enseignement, instruction intégrale, 
scientifique, industrielle « assimilatrice du passé et créatrice de l'avenir. « 
« Ils pensent qu'il faut r'éràer toutes les formules et toutes les notions qui 
circulent parmi les républicains au sujet de ï éducation. Ils pensent, par 
exemple, que les droits de l'enfant, faible et exploité, doivent être protégés 
par la société; ils voient bien les devoirs du père de famille, ils ne voient pas 
ses droits dont on parle tant (p. 2) «. Cette profession de foi, textuellement 
extraite du programme, est confirmée par un article sur les Droits des enfants, 
les droits des pères : « Nous reviendrons à loisir sur cet important sujet, mais 
nous croyons urgent de rappeler que nous voyons bien les devoirs du père 



— 280 — 

envers ses enfants... mais nous ne voyons pas ses droils. Et suiiout nous ne 
voyons pas qu'ils doivent primer ceux de l'enfant. . . Les liens du sang n'au- 
torisent plus les abus de la puissance paternelle admis chez les anciens; il 
nous reste encore un pas à faire : cette prétendue puissance doit disparaître 
aussi dans le monde des idées et des croyances. » — L'École nouvelle se 
recommande aux pères de familles ! 

Publication des registres de la ville de Todrs. — La Société archéologique 
de ïouraine vient de prendre sous son patronage uneimpoi'tante publication 
dont l'initiative appartient à l'un de ses membres les plus distingués, M. J. 
Delavillc Le Roulx, ancien élève pensionnaire de l'Ecole des chartes. Il 
s'agit des Registres des comptes municipaux de la ville de Tours de ISooà 14G2. 
Il est à peine besoin de faire ressortir l'importance de cette publication 
qui se rapporte à l'une des époques les plus troublées de notre histoire 
nationale et à une période particulièrement intéressante de l'administration 
municipale de Tours. « Le séjour presque continuel de la cour enTouraine, 
dit M. Delaville Le Roulx, le rôle considérable joué par la ville de Tours à 
cette époque à cause du pèlerinage au tombeau de saint Martin, sa position 
sur la Loire, au cœur de la monarchie, produisirent à Tours un grand mou- 
vement commercial, intellectuel et artistique, et firent de la ville un centre 
de réunion où les intérêts de tout genre, politiques, administratifs, diplo- 
matiques furent souvent débattus. » Tous ces faits se trouvent consignés 
dans les registres municipaux, et recommandent l'œuvre de M. Delaville Le 
Roulx à tous ceux qui aiment notre histoire et la France d'autrefois. Les 
Registres municipaux de Tours {V^ ?,(}Viq) comprendront huit volumes environ 
in-8 raisin, avec notes, éclaircissements et tables. Un volume d'introduction 
paraîtra au cours de la publication. Le prix de l'ouvrage est de lo francs 
par volume, réduit à 12 francs pour les souscripteurs et à 10 francs pour 
les membres de la Société archéologique de Tours, 

— Sous le titre de Dictons populaires sur le temps M. Francis de Roucy, de 
la Société météorologique, vient de publier (Paris, Pion, in-18 de 24 p.) un 
petit recueil des proverbes météorologiques seulement, et pour la France, 
qui expriment souvent, comme il le dit très-bien, le résultat de longues et 
nombreuses observations. A part les pronostics généraux, ils sont classés par 
mois, au nombre de 127, avec un répertoire alphabétique permettant de les 
trouver facilement suivant le sujet auquel ils se rapportent. 

— M. II. d'Anselme, ancien officier supérieur, continue dans les a Annales 
de philosophie chrétienne » la publication de ses lettres au R. P. Brucker de 
la Compagnie de Jésus sur les traditions comparées. Les treizième, quator- 
zième et quinzième, que nous avons sous les yeux, ont pour titre : Dili et 
aditi des Hindous; — de Noé sous lo nom de Persée; — des Adamites sous le nom 
de Pelages. 

— Il existe en Angleterre une Société des index, qui a pour but de publier des 
tables ou catalogues d'ouvrages relatifs aux diverses branches des connais- 
sances humaines. Elle a donné les index de la littérature, de l'économie 
politique; elle prépare ceux des portraits qui se trouvent dans la Grande- 
Bretagne, des titres d'honneur éteints ou encore existants. Elle publiera dans 
le courant de l'année un index du grand ouvrage de Kemble sur les Saxons 
en Angleterre. — {Athenxum.) 

— On va vendre aux enchères à LondreSj dans le courantde mars, la première 
édition du Peutateuque eu hébreu, imprimée à Bologne en 1482, dont 
Yan Praet ne connaissait qu'un exemplaire, quoique Brunet assure qu'il en 



— 281 — 

existe cinq ou six; les grands et les petits prapliètes, aussi en hi^bveu, im- 
piimés en 148o, en deux volumes. 

— M. Armitage publie à Londres un recueil de littérature provençale, qui 
renferme : des sermons en limousin, d'après un manuscrit de la bibliothèque 
nationale de Paris, dont M. P. Meyer a déjà publié sept; le sermon de 
Vincent Ferrier et deux autres sermons tirés d'un manuscrit d'Oxford; la 
prise de Narbonne par Philomena, d'après la bibliothèque de Paris et celle 
du Dritish Muséum ; la destruction de Jérusalem, d'après un manuscrit de 
Paris, décrit par M. P. Meyer, etc. — {Athenœum.) 

— M. Thomas Chaplin a écrit à VAthencrum (2o févriei') une letlre dans 
laquelle il établit, à l'aide d'observations statistiques, que la supputation 
de l'historien Josèphe, qui évalue à trois millions d'ùmes la populatioa juive 
enfermée à Jérusalem, lors de la prise de cette ville par Titus, doit être 
admise comme plus près de la vérité qu'où ne l'a souvent supposé. 

— Le libraire Gustave Koester, de Heidelberg, annonce la publication 
d'un Excmpla codicum grxcorum, recueil de fac-similé photographiques de 
manuscrits grecs en petits caractères. Ce volume fera le pendant de celui 
qui a déjà paru sous le titre de Exempla Codicum latinorum, et qui ren- 
ferme oO spécimens, dont 28 ont été dessinés d'après des manuscrits datés. — 
[Academy). 

— La Société des arts et des sciences de Batavia va célébrer, le 24 avinl 
prochain, le centième anniversaire de sa foadation. C'est la plus ancienne 
des sociétés qui ont pour objet l'étude des littératures et des antiquités 
orientales. La Société asiatique du Bengale ne date que de 1784. 

— La grammaire de l'idiome kiriri, parlé par les Indiens chrétiens (fe la 
province de Bahia, au Brésil, vient d'être publiée en portugais, à Rio-Janeiro, 
aux frais de la bibliothèque nationale. La première édition datait de 1698. 
— iAcadcmy.) 

Un travail important pour l'arche Jlogie biblique va paraître prochainement 
à Londres, sous le titre d'Études i«r les temps d'Abraham, par H. G. Tomkims. 
L'auteur a mis à contribution les ouvrages des plus savants assyriologues 
et égyptologues. Son livre renfermerai le tableau le plus exact de la vie 
sociale et religieuse des populations de la Babylonie 2,000 ans avant Jésus- 
Christ. — {Academy.) 

— La décision prise dernièrement par le gouvernement anglais de publier 
en fac-similé toutes les chartes en anglo-saxon, du British Muséum, xnrecexoiv 
son exécution. Le premier fascicule comprend la reproduction photogra- 
phique des chartes conservées dans la bibliothèque de la Cathédrale de Can- 
terbury, accompagnée de leur copie et de leur traduction. — (Academy.) 

— Le Journal officiel nous apprend qu'une riche collection d'autographes de 
Gœthe, de Schiller et de Herder vient d'être découverte à Scheubengrobs- 
dorf, par M. Preller, dans des papiers de famille. Les manuscrits de Schiller 
comprennent le Rauherbad, les Gœtter Griechenlands, les Rathsel; ceux de 
Gœthe et de Herder renferment des notes très-intéressantes qui olfrent quel- 
ques variantes des textes primitifs. Ou remai-que aussi dans cette collection 
plusieurs lettres adressées à Schiller par des amis ou connaissances. 

— Le North China Herald apprend qu'une bibliothèque d'ouvrages en 
langue chinoise, comprenant environ G, 000 volumes, vient d'être achetée, 
par le secrétaire de la légation britannique à Pékin, pour le compte du 
Dritish Muséum. Cette collection, qui doit èlre expédiée prochainement à 
Londres, a été préparée sous les auspices de l'empereur Kang-Hi, et im- 
primée avec des caractères mobiles fabriqués tout exprès, sous la direction 



— 282 — 

des missionnaires jésuites; cet immense travail a été terminé en 1875. La 
table des matières contient à elle seule vingt volumes. 

— M. Léon Pages vient de donner une seconde édition de son intéres- 
fanto étude sur Valmy, à laquelle il a joint une lettre fort curieuse du car- 
dinal Mathieu sur le rôle de la franc-maçonnerie dans les faits dont il nous 
donne le récit. 

— Lo Gay Saber annonce l'apparitioa d'un volume de traditions et contes 
publié par M. Artui Masiera y (^olomar sous ce titre : Perlas Catalanas. 

— Le même périodique parle de la publication prochaine d'une biblio- 
thèque d'auteurs mayorquins anciens et modernes. 

— On a lu, dans une séance de l'Athénée de Barcelone, un chant inédit de 
\'Atla7itide. La salle était comble : le fait est digne de mention. 

— La Defensa de ta Sociedad dn i" janvier annonce la publication du 
tome IX du Refranera gênerai espanol, Ce vaste recueil de proverbes n'*»«t 
tiré qu'à 400 exemplaires. Ce sera bien vite une rareté. 

Publications NOUVELLES. — Le Christianisme et les temps présents, par l'abbé 
F. Bougaud (t. III, in-8, Poussielgue). — De la démocratie dans ses rapports 
avec l'économie politique, par H.-C. Mailfer (in-8, Guillaumin). — Études sur 
le rationalisme contemporain, par le R. P. H. de Valroger (in-8, Lecoffre). 
— Traité pratique de Véducation maternelle, par M^"" Pichenot (in-12, Bray et 
Retaux). — Précis d'histologie, par H. Frey (in-12, Savy). — Les Fonctions du 
cerveau, par D. Ferrier (in-8, Gernier-Baillière). — Les Causes des phénomènes 
glaciaires et torrides, justifications par J. Peroche (in-8, Germer- Baillière). — 
Dictionnaire annuel des progrès, des sciences et institutions médicales, par P. 
Garnier, 13^ année 1877(in-18, Germer-Baillière). — La Grèce et la Turquie, 
par A. Gillieron (in-i2, Sandoz). — Exposition de 1878 et les inventeurs, par 
Ambroise Rendu (in-i2, Sagnier). — Vocations agricoles, par J.-B. Busseuil 
(in-8, Pion). — La Philosophie de l'histoire en France, par R. Flint (in-8, 
Germer-Baillière). — Les premiers convertis nu christianisme, par l'abbé A. 
Laurent (in-8, Lyon, Vitte et Lutrin). — Le Conclave et le Pape, par Mgr X. 
Barbier de Montault (in-12, Oudin). — Les Évêqties et Archevêques de Paris, 
parle vicomte G. d'Avenel (2 vol. in-8, Casterman). — Vie de saint François 
d'Assise, par l'abbé H. Cazalis (in-12, Baltenweck). — Le Cardinal de Retz 
et l'affaire du chapeau, par R. Chantelauze (2 vol. in-8, Didier). — Louis XIV, 
à Strasbourg, par A. Legrelle (in-8, Gand, Snoeck-Ducaju}. — U Esprit' révo- 
lutionnaire avaiit la Révolution^ 1715-1789, par Roquain (in-8, Pion). — 
Mémoires sur V Émigration, par de Lescure (in-12, Didot). — Fouquier-Tin- 
ville et le Tribunal révolutionnaire, par Demenget (in-8, Paul Dupont). — 
Les Convulsions de Paris, t. I. Les Prisons pendant la Commune, par Maxime 
du Camp (in-8, Hachette). — L' Année politique 1877, par André Daniel (in-18. 
Charpentier).— 7Voi7'e-Z)rt?7ie de Marpingen (in-12, Casterman). — Le Miracle du 
16 septembre 1877, par H. Lasserre (in-12, Palmé). — Le Denier du Sacré-Cœur, 
par P. Féval (in-12. Palmé). — Le Chemin de Damas, par le général Ambert 
(in-12. Palmé). — Jules Darbelle, par J. d'Arsac (in-12, Casterman). — 
Où se cache le bonheur, par H. Roux-Ferrand (in-12, Olmer). — Vaisseaux 
brûlés, par Claire de Chandeneux (in-12, Th. Olmer). — Notes et documents 
sur l'instruction primaire en Suisse, par Henri Maguin (in-8, Delagrave). — 
Saint Hubert, sa légende, son histoire, par Joseph Demarteau (in-12, Liège, 
imp. Demarteau). — Vie de M. P.-Fr. Néron, prêtre de la Société des Mission 
étrangères, par M. l'abbé Chère (in-12, Lons-le-Saunier, impr. Gauthier). — 
La Journée d'une dame romaine sous les Césars. Curiosité historique, par Fer- 



— 283 — 

nandNicolay (in-12, imp. Le Clere), — Le Recrutement territorial sous l'an- 
cien régime. Étude sur la milice dans la Champayne méridionale, par Albert 
Babeau (in-8, Paris, Menu). Visenot. 



CORRESPONDANCE 



L.Mnetruction pi'imaîre avant 1TS9. 

(Voir X, 60, 123, 245; XI, 182, 247 ; — XII, 195.) 

Devals. Les Écoles publiques à Montauban du X' au XVI" siècle. Montauban, 
1873, in-8. — Sérv^er L'Instruction primaire dans la région des Pyrénées 
Occidentales, spécialement en fiéarn (1385-1789) Pau, 1873, in-8. — Babeau. 
U Instruction primaire dans les campagnes avant 1789. Troyes,187o, in-8. — 
CauviiX. Recherches sur les établissements de charité et d'instruction du diocèse 
du Mans. Le Mans, 1825, in-8. — Bellée. Recherches sur l'instruction pri- 
maire dans la Sarthe, avant et pendant la Révolution. Le Mans, 1875, in-12. 

— QuANTiN. Histoire de V instruction primaire, avant 1789 dans les pays for- 
mant le département de VYonnc, Auxerre, 1874, in-8. — Fayet. Les hautes 
œuvres de la Révolulio?i en matière d'enseignement. LangreSj s. d. in-8. 

— Le mêmp:. Les écoles de Bourgogne sous l'ancien régime. Langres, 1875, in-8. 

— Le même. Comment les cléricaux fondent des écoles., comment les autres 
les détruisent. Châteauroux, 1874, br. in-8. — A. de Jussieu, Histoire de 
l'instruction primaire en Savoie. Cliambéry, 1875, in-8. — G. Bourbon. La 
Licence d'enseigner et le rôle de l'écolâtre au vioyen âge. Paris, in-8 (Extr. de 
la Revue des questions historiques, aofit 1876). — Mangeonjean. Les Écoles pri- 
maires avant 1789 dans V arrondissement de Remiremont. Épinal, s. d. in-8. — 
Ch. Clair, S. J. Que devons-nous à l'Église et à la Révolulion en fait d'éduca- 
tion publique ^ spécialement dans le Maine et les provinces voisines. Le Mans, 
1876, in-8. — R. d'Estaixtot. X7/î5in<ci/on primaire avant 1789, conférence 
faite au cercle catholique. Rouen, 1876, in-8. — E. Allain, L'Instruction 
primaire avant 1789 d'après les travaux récents {Revue des questions historiques, 
janvier 1875). — E. Allain. U Instruction primaire avant la Révolution. 
Paris, 1876, in-32 (Bibliothèque à 25 centimes). — Rameau. V Instruction pri- 
maire à Mâcon avant 1789 (Revue de la Société de l'Ain, juillet, août 1876). — 
D. P. PioLTN. Les petites écoles jansénistes de V Anjou [Revue de l'Anjou, janvier- 
juin 1876). — M. DE LA Borderie. Documents inédits sur les écoles de Brest et 
de Recouvrance [Revue de Bretagne et de Vendée, juin 1874). — L'Instruction 
primaire en Languedoc [Chroniques du Languedoc, septembre-novembre 
1876. — Les Précepteurs de la jeunesse de Beauvoisin depuis 1627. {Ibid. 
5 août 1874). — Ch. Loriquet. L'Instruction primaire à Reims. Note pour ser- 
vir à l'histoire du progrès de l'instruction primaire en France [Travaux de 
l'Académie de Reims, LIIP vol. p. 247-264). — État de l'instruction primauté 
constaté dans la commune de Châtillon, de 1668 à 1868, par M. Poullin, ins- 
tituteur [Bulletin de la Société danoise, t. I, p. 275 et suiv.) — L'abbé Pié- 
derrière. Les petites écoles en Bretagne avant la Révolution. {Revue de Bretagne 
et Vendée, août-septembre 1877). — L'abbé Dubord. L' Instruction publique à 
Gimont. [Revue de Gascogne, mars-juillet, septembre, octobre 1877). — L'abbé 
DucRuc. L'instruction primaire à Caranzon avant 1790. [Ibid. novemb. 1876). 
— Maggiolo. Pièces d'archives et documents inédits pour servir à l'histoire de 



— 28-i. — 

rinstriiction publique en Lorraine (1789-1802). Nancy, s. d. in-8. — Lio mkme. 
L'Inslruclion publique dans le district de LunCvilU. (1708-1802). Nancy, s. d. 
in-8. — Lk mkme. Les Archives scolaires de la Beauce et du Gatînais. (1360-1808). 
Nancy, s. d. in-8. — Lucien Merlet. De rinstriiction primaire en Eure-et- 
Loir avant 1790. [Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, VI). — 
Archives du département de la Manche. Rapports annuels de l'archiviste. 
Session de 1853. Saint-Lô, 18o4, in-8, p. 13 et suiv. 

On peut encore consulter Malgras. Le B. P. Fourier et le pasteur Obcrlin, 
notice sur les écoles en 1020 et les salles d'asile en 1770(Mémoires lus h la 
Sorbonne en. î8Gu}. — Hélyot. Histoire des ordres monastiques. — Uemons- 
trances pour l'établissement des escoles chrestiennes pour l'instruction du pauvre 
peuple (par Démia). Lyon, 1668, in-4. Ces Remonstrances ont été réimprimées 
à la suite de la vie de M. Démia par M. Faillon. — Vie de M. Démia (par 
M. Faillon). Lyon, 1829. in-12. — Vie de M. Olier. Paris, 1873. 3 vol. in-8 
(surtout t. II p. [J3, 384-8o, 408-JO; t. III, p. 130-152, 390). — Vie de 
M. Bourdoise, Avignon, 1774. — La Vie de Messire Félix Vialart de Herse, 
evesque et comte de Chatons en Champagne et p)CLir de France, Cologne, 1738, 
in-12. — La Vie de la vénérable mère Jeanne de Lestonnac, fondatrice de l'or- 
dre des religieuses de Notre-Dame. Toulouse, 1743, in-18. — L'abbé Morey. 
Vie de la vénérable mère Anne de Jainctonge, fondatrice de la Compagnie de 
Sainte- Ursule, en Franche-Comté. — Siméox Luge. Histoire de Bertrand du 
Guesclin et de son époque. Paris, 1876, in-8, p. 15 et suiv. — Revue des so- 
ciétés sava7rtes, 1876, t. I, p. 122: Note sur l'instructiou publique dans une 
commune du département de Vaucluse (Lagucs), par M. l'abbé André, (rap- 
port de M. Jourdain) ; — p. 218 et suiv. Rapport de M. Hippeau sur le con- 
cours des sociétés savantes, section d'histoire et de philologie. — Lecture 
de M. Maggiolo sur l'instruction publique dans les Hautes Cévennes, p. 274. 
— Lecture de M. Choron sur l'instruction primaire dans le Soissonnais, p. 
293. (Comptes rendus de M. Hippeau). — Cabinet historique, septembre-dé- 
cembre 1870 : Rappoi't de Grégoire sur le vandalisme. Départements du 
N.-E. — Revue des Langues romanes. Ayvïl 1874, p. 424-433. Réponse de la 
Société des amis de la constitution de Carcassonne à une circulaire de 
Grégoire sur les patois, du 13 septembre 1790. (Il y est question de l'état 
de l'instruction primaire avant la Révolution. — F. Rocquain. L'État de la 
France au 18 jBru»mù'f;, d'après les rapports des conseillers d'État chargés 
d'une enquête sur la situation de la République. Paris, 1874, in-12. On y 
peut voir la preuve de l'inlluence désastreuse de la Révolution sur l'instruc- 
tion primaire. 

On peut également recourir aux almanachs publiés en différentes villes 
avant la Révolution. On y trouve souvent des listes d'instituteurs et de 
nnitres de pension. 

La plupart des histoires locales et des monographies provinciales pu- 
bliées dans ces dernières années renferment des documents et des faits 
concernant la question de l'mstruction primaire avant 1789. Nous citerons 
par exemple : 

Histoire de la Ferté-Bernard, par M. D. Charles. Le Mans, 1877 in-8. — 
La Ligue à Pontoise et dans le Vexin français, par H. Le Charpentier. 
Pontoise, s. d., in-8. 

On pourrait grossir indéfiniment la liste des livres de ce genre. 

E. Allaln. 



— 28o 



QUESTIONS ET RÉPONSES 



QUESTIONS 
ll.es I*apîers trouvés aux 
Tuileries en 18^8. — Peu de 

iemps après la révolution de février, 
M. Taschereau (qui depuis fat direc- 
teur de la bibliothèipie nationale) 
publia, sous le titre de Reinte rétros- 
pective, un receuil d'un grand inté- 
rêt historique, contenant de nom- 
breuses lettres du roi Louis-Pàilippe, 
deses ministres et députés. Pourrait- 
on savoir ce que sont devenus ces 
papiers confidentiels qui, après l'en- 
vahissement et le pillage du château, 
avaient passé dans les mains de 
M. Taschereau? Sont-ils entrés aux 
archives nationales, où ils devraient 
se trouver? N'y avait-il pas (ce qui 
est probable) bien d'autres documents 
du môme genre, qui ne sont point 
venus jusqu'à M. Taschereau ou qu'il 
n'aura pas jugé à propos de livrer à 
l'impression? F. D. 

ÏJn îïîljlîophile du siècle 
dernier s le baron de Heifs. 
— Pourrait-on obtenir quelques 
informations au sujet de cet amateur 
instruit et délicat ? Son nom indique 
une origine allemande ; son cabinet 
fut livré aux enchères au mois de 
mars 1785 ; le catalogue, rédigé par 
un savant libraire. De Bure aine, 
comprend 10G5 numéros. Mon exem- 
plaire contient quelques annotations 
manuscrites, et il est dit à la lin que 
67 articles non enregistrés, ont pro- 
duit 1,030 livres. Une seconde vente, 
formée de 431 articles, également 
dirigée par De Bure, eut lieu le G juin 
1785. Les deux catalogues indiquent 
le propriétaire sous le nom de M***; 
le premier et le plus important est 
suivi d'une table des noms des au- 
teurs. 

Il y avait dans cette vente des ma- 
nuscrits qui furent cédés à des prix 
qui, aujourd'hui, paraissent déri- 
soires : une Bible latine, sur vélin, 
commencement du xiV^ siècle, divisée 
en 4 volumes [reliés en maroquin) : 
initiales, ornements et miniatures 
peintes en or et en couleur, 80 livres; 
de fort beaux manuscrits de Preces 
pie, 130 à ISO livres, le Roman de 
Troye, par Benoit de Sainte-Maure, 
sur vélin, xiv* siècle, 34 livres. 



Parmi les impi'imés nous nous bor- 
nerons à citer les Œuvres de Coquil- 
lart. Lyon, François Juste, 1535 in-KÎ, 
2 livres ; le Chevalier aux dames. 
Metz. 1506, in-.4, 11 livres; les 
Chants royaux de Crétin, Paris, Gal- 
liot du Pré, 1327, iii-8, 2 livres; le 
Chasteaa de Labou (par Gringore), 
Paris, Simon Vos re, loOO, in-8, maro- 
quin, 9 livres ; les Divers rapports 
contenant plusieurs rondeaux, etc., 
Lyon, Pierre de Sainte-Lucie, 1537, 
in-8, 11 livres (par Eu5to?y de Beau- 
lieu). 

Les romans de chevalerie étaient 
nombreux et furent adjugés à vil 
prix; un exemple sur vélin de Biolin 
de Mayence, in-fol., 25 miniatures, 
riche reliure, 325 livres (revendu 
1,350 francs en 1823 et c,cquis par la 
Bibliothèque nationale). 

C'était le bon temps ; on pouvait 
alors, avec bien peu d'argent, for- 
mer un cabinet d'élite. La biblio- 
thèque du baron d'Heif-î, si elle était 
vendue par MM. Labitte ou Techener, 
telle qu'elle existait en 1785, dépas- 
serait certainement 150,000 francs. 

T. B. 

La Canso tïe S. GUlî. — 

Dans le tome 11, page 12 de Y Armo- 
riai des Croisades. [Galeries de Ver- 
saillcs,iex\e in-8,VI, p. 2), sont insérés 
en note environ vingt vers de la 
Canso de S. Gili, avec cette mention 
que le lextH entier va être publié 
('l844) par M. du Mège, dans les 
Additions à l'histoire de Languedoc de 
Dom Vaissète, d'après un manuscrit 
provenant des Cordeliers de Tou- 
louse. 

En réalité, dans ces additions, du 
Mège n'a fait que donner la traduc- 
tion française de deux courts pas- 
sages de la Canso. Il serait très- 
intéressant de connaître le sort 
ultérieur du manuscrit, qui n'est 
pas à la Bibliothèque de Toulouse et 
paraît égaré. R- 

Un sol marqué. — Dans un 
ouvrage du siècle dernier, que je 
suis sur le point de rééditer avec 
notes et éclaircissements, je trouve 
ceci sur un saint personnage : « Il 



— 286 — 



avait l'habitude de donnoi" «m sol 
marqué à tous ceux qui lui deuiaa- 
daieat l'aumône? — Est-ce que le 
sol marqué était ililféreuf du sol non 
marqué, pour la valeur? J'ai ren- 
contré d'autres exemples de cette 
expression; il me souvient d'avoir lu 
sur lies livres d'écolier. 

Si hune librum par aventure 

Reperias en ton chemin, 

Redde mihi la c 'uvertura 

Quœ facta est de parcheniia 

Tibi dabo un sou marqué 

Ad bibendum à ma sauté. 

Pourait-ou me doujinr à ce suji't 
quelques explications? je n'en ai 
trouvé dans aucun dictionnaire. X. 

tiCS Martyrs <le la Révo- 
lution. — Y H-t-il des uuvrac^es 
nouveaux sur les martyrs de la Révo- 
lution, et, parmi les anciens, quels 
sont les meille.urs. Je connais les 
ouvrages de M. l'abtié Guillou, de 
M. l'abbé Barruel, de dom Piolin, de 
M. l'abbé Durcet sur les mirtyrs 
de Séez, le Martyrologe français. 
Quels sont les ouvrages ^t documents, 
en dehors de ceux-ci, que je pourrais 
consulter utilement, surtout en ce qui 
concerne l'Eglise de Chartres? S. 

L'Histoire «le la ville de 
Calais pendant la domina- 
tion britannique ? — Existe-il 
quelque ouvrap;e spécial sur ct^ sujet? 
Un journal de Londres signalait 
récemment cette histoire, comme jiou- 
vant olfrir un intérêt très-rée', et il 
ajoutait que les anciens livres anglais 
de jurisprudence {law books) renfer- 
maient bien de& particularités à cet 
égard. J. P. 

I^a Garde Ecossaise des 
rois de France. — Un de mes 
amis, en Angleterre, me demande s'il 
existe une histoire spéciale et détail- 
lée de ce corps qui joua, au quin- 
zième et au seizième siècle, un rôle 
distingué; les documents relatifs à 
ce corps d'élite se conserv.nt-ils 
encore dans quelques dépôts d'ar- 
chives ? A Tours ou à Blois, séjour 
assez habituel de Louis XI et de 
ses su'cesseurs , n'y avait-il pas 
des rôles, des quittances et des 
pièces officielles offrant les bases d'un 
travail sérieux? C. V. 

T'raductiou de la Oible. — 

Quelle est la meilleure traduction de 



la bible dans la langue française ? 
Quel est celui qui en a donné le 
meilleur commentaire? 

Un Bordel^s. 

Isabeau et Xallien . — '■ Existe- 
t-il un ouvrage ou mémoire, ou un 
travail quelconque cjucernant le sé- 
jour des représentants du Peuple 
Isabeau et Tallien à la Réole en 1 793? 
Un Bordelais. 

I^esXoursde ^otre-Oantie. 

— Quel est le premier qui ait pro- 
féré ces p^role3 souvent citées : « Si 
j'étais accusé d'avoir volé les tours de 
Notre-Dame, je m'empresserais de 
prendre la fuite ?» N'ont-elles pas été 
attribuées à Montesquieu ? L. M. 

Le «Tournai de Dubuisson- 
Aubenay. — Ce Journal iaédit est 
signalé par M. Jules Cousin (aujour- 
d'hui conservateur du musée de la 
ville de Paris), comme se trouvant 
parmi les manuscrits appartenant à 
la bibliothèque Mazarine (Voir l'Hô- 
tel de Beauvais, rue Saint- Antoine, 
Paris, 18(14, gr. in-8, p. 8). Il se rap- 
porte à l'histoire de la régence d'Anne 
d'Autriche. Où ti'ouver quelques 
renseignements sur ce Dubuisson- 
Aubenay ? Son manuscrit raériterait- 
il d'être publié du moins en partie? 

A ce propos, observons que l'im- 
pression du catalogue des manus- 
crits conservés d^ns les grandes 
bibliothèques de Paris serait un 
grand service rendu aux travailleurs; 
il e.xiste déjà une excellente publi- 
cition de M. Léopold Delisle, relative 
à la bibliothèque nationale; nous 
avons lieu de croire que M. Paul La- 
croix, l'infatigable conservateur de 
la bibliothèque de l'Ars^^nal a rédigé 
un catalogue trés-détaillé (mal-heu- 
reusement encore inédit) de ce que 
possèie ce précieux dépôt, mais la bi- 
bliothèque Mazarine, celle de l'Institut 
celle de Sainte-Genevièv^^, d'autres 
encore, attendent encore qu'on s'oc- 
cupe d'elles, Lyon, J. V. 

L'iiîstoîre n'apprend rien. 

Quel est le « spiritu-1 écrivain alle- 
mand, » cité par le Journal des Débats 
(la février 1878), qui a dit : Die 
Geschichte lehrt, dass Man aus der 
Geschichte nicht lernt (l'histoire en- 
s-^igne que par l'histoie on n'ap- 
[ueud rien) ? B. 



— 2H7 — 



Vie des Caraîniiux. — Quels 
sont les meilleurs ouvrages, anciens 
ou mudernes, qui donnent la vie de 
tous les cardinaux. X. 

"Vie des fondateurs d'or- 
dres. — On désire également con- 
nailre les meilleures publicalions 
donnant la vie des fondateurs et fon- 
datrices d'ordres religieux. X. 

liles Mémoires du baron de 
Oordes. — Bertrand Raimbaud de 
Simiane, baron de Gordes, chevalier 
des ordres du roi, lieutenant géné- 
ral au gouvernement du Dauiihiné, 
un des plus vaillarits capitaines du 
seizième siècle, avait laissé des mé- 
moires dont Nicolas Chorier s'est 
servi dans son Histoire du Dauphiné 
(1661-1672, 2 vol. in-foi.). Pourrait- 
on me dire si le précieux manuscrit 
existe encore? T. de L. 

RÉPONSES. 

Où et quand mourut An- 
gelo Catho? (XX, 190.) — Angelo 
Catho, qui partit pour lltalie vers la 
tin de 1 an 1494, mourut à Bènévent 
au commencement de 1497, et fut 
enterré dans Téglise des Frères mi- 
neurs observantins de la même ville. 
Dans son testament, daté du 2) jan- 
vier de l'année précédente, il est fait 
meatioa de Barthélémy Catho, son 
frère, de Lactance Catho, de Briseïs 
Catho et de ses lils. U y est encore 
parlé de ses pierres précieuses, dont 
le prix sera employé k la construc- 
lion de son tombeau. L'archevêijue 
de Vienne n'oublie pas son église ; 
il lègue à sa fabiique mille llorins 
de petite monnaie. Ce prélat, qui 
avait été marié, avait eu deux lils 
Lucrèce et Laurent. (V. Choiieri 
Nobiliaire de la province de Dauphiné, 
Grenoble, 1697, in- 12, t. I, p. 326- 
327.) Ed. Séneuaud. 

I»ortraît de Charles de 
Blois (XXII, 191). — il existe trois 
portrhils de Chai les de Blois : 

1° Un portrait en pied, in-8, dans 
Vllistoire de la maison de Chastillon, 
par André Duchesne, Paris, Sébas- 
tien Crami isy, io21, ia-fol. p. 203. 
« Cette figure (dit l'auteur), a été 
tirée sur deux anciens portraits qui 
se voyent en l'evesché d'Angers, l'un 
à main drtite de l'autel de la cha- 
pelle Saint-Antboine , fonrté3 en 
légliie de Saiiit-Jeau-Baptiste d'Aa- 



gers ; l'autre en une chapelle de la 
paroisse de Bourgen Anjou, nommée 
la (hapeile de Janzé. » 

2° Un portrait en pi-d, iri-8, J. Pi- 
cari, inddit, re()roduction du précé- 
dent, au trontis[^iice du même livre. 
3° Un portrait en pied, in-8, dans 
Montfaucon. Ed. Sénemaud. 

— Le portrait de Charles de Châtil- 
lon,dit de Blois, duc de Bretagne,tué à 
Auray le 29 septembre i 364, se trouve 
dans le tome II (page 289, planche 32) 
des Monuments dé la Monarchie fran- 
çaise par le P. de Montfaucon, savant 
et curieux ouvrage qu'aucune autre 
publication du même genre n'a rem- 
placé jusqu'ici. Le P. Le Long cite 
ce portrait dans le tome IV de sa 
Bihliolhèque historique de la France 
parmi les portraits français. En gé- 
néral, lorsqu'on désire un portrait 
français, gravé ou lithographie, il 
faut se rendre aux estampes de la 
bibliothèque nationale à Paris, et de- 
mander communication du nom dé- 
siré classé dans l'immense collection 
de portraits, unique en Europe. Il se- 
rait beaucoup à souhaiter qu'une 
liste de ces portraits fût publiée. Elle 
rendrait uu service considérable aux 
chercheurs, aux érudits, aux ama- 
teurs, aux collectionneurs. La liste 
de portraits français du P. Le Long 
s'arrête, en etl'et, à l'année 1775. 
Elle a été continuée, il est vrai, mais 
non publiée, par un savant modeste 
qui a passé plus de soixante années 
de sa vie à rédiger cette précieuse 
liste ; nous voulons parler de M. So- 
liman Lieutaud, habitant Paris, au- 
jourd'hui plus qu'octogénaire, et 
l'homme de France et de Navarre 
qui connaît le mieux la suite des 
portraits français gravés ou lithogra- 
phies. M. de Bure, décédé en 1853. 
avait commencé à l'âge de 15 ans, 
une collection de plus de 65.000 por- 
traits qui a été acquise par la Bi- 
bliothèque nationale après sa mort. 
Ambroise Tardieu 
de Clerraont-Ferrand, 

Proverbes (XzX, 464, 557).— In- 
dications à joindre à la Bibliographie 
jiarémiologique de G. Duplessis, 1847. 
L'ouvrage de M. Quitard [Proverbes 
sur les femmes, l'amour et le mariage) 
vient d'obtenir, en 1877, une édition 
nouvelle, revue et augmentée. La 
très-rare collection espagnole des 



— 9S« — 



Comedias nuevas escogidas de los mc- 
jores Ingcnios de Espana (on n'en con- 
naît aucun exemplaire complet), Ma- 
drid, i6o2-l704,48 vol. in-4,renfeime 
diverses pièces ayant pour titre un 
proverbe; nous citerons (tome I) : 
No siempre lo peor es cierto, de Cal- 
deron; El trato muda costumbre, à' An- 
tonio Mendoza; (tome IV) : No ay 
mal que por bien no venga, de Ruiz de 
Alarcon ; (t. VI) : Cado cual à, su nego- 
cio, de G. de Cuellar; (tome Vil) : A su 
tiempoel dcsengano, de Juan do Matos; 
(tome XI) : Contra su suerlc ninguno, 
de C. Malo de JVIolina; (tome XlII) : 
A ignul agravio no ay duclo^ d'A. de 
Cuença; (tonieXVI) : Cada unoconsu 
igual, de Blas de iVlesa; (tome XVII): 
Nû ay Cosd como callar, de Calderon ; 
(tome XIX) : Zelos aun del oyre matan; 
(tome XXVI) : Todo cabe en lo posihle 
de F. deAlila; (tome XXXI) : Tocos 
bastan si son buenos, par J. de Matos 
Fragoso: (tome XXXVII) : Un Bobo 
hace cientOf par A. de Solis; (tome 
XXXVIII) : Del mal lo menos; (tome 
XLIV) : Quicn habla mas obra menos 
de F. de Zarate; (tome XLV) : Uasla 
la muerte no ay Dicha. 

Un Proverbe. Besançon, J. Jacquin, 
1849, in-8, 4 p. Opuscule, signé 
C. (Chiftlet.) — Vne bataille dans un 
salon, proverbe en un acte, en prose, 
par II. (Alfred Haye, officier tué en 
i87f, au siège de Paris). Aix, iinp. 
Marius Ibly, 1869, in-16, 16 pages. 

Rcfranes de Luigi Lopcz Men- 
doça (G. Diiplessis, n° 472, p. 286). 
— Salva décrit, dans le Catalogo de 
sa bibliotcca (Valencia, 1873, 2 vol.), 
une édition sans lieu ni date, in-4 
de 12 feuillets, qu'il fait remonter au 
quinzième siècle; il signale, avec de 
longs détails, celle de Valladolid, 
en casa de Fraiicisco Eeniandez, de Gor- 
dova, fo41, in-4, goth. ; la première 
où se rencontre la Glosa. Sanchez en 
indique une autre, Toledo, Juan de 
Ayala, loo7, in-4; Mayan a réim- 
primé cet ouvrage dans les Origines 
de la langue espagnole, tome H, mais 
sans le Glosa ; il a suivi l'éditiun de 
Séville, 1508. — Dictons et proverbes 
espagnols, par le baron de N'irvo, 
Palis, Lévy frères, 1874, in-12. — 
Une soirée à Fontainebleau, divertisse- 
ment (à l'occasion de la nai-sance 



du roi de Rome), proverbe et épi- 
logue (par J. J. Valade). Paris, 1812, 
in-8 de 40 pages. Le discours d'Her- 
luison sur le proverbe : Quatre-vingt- 
dix-neuf moutons et un Champenois 
font cent hètes, publié à Paris en 
1810 (in-8, 32 p., cité dans la Biblio- 
graphie parcmiologique, de G. Du- 
plesi-is, p. 197, no 338), a été réim- 
Ijrimé à Orléans en 1868, à petit 
nombre; il en a été tiré un exem- 
plaire sur peau-vélia. — Proverbes et 
bons mots mis en action (G. Duplessis, 
n° 344, p. 19!)) ; il devait y avoir 
120 plancbes, mais la publication n"a 
pas dépassé la 60° ; le texte mis en 
regard de chacune d'elles, n'est que 
d'une douzaine de lignes. M. de La 
Mésangère,dans les Observations préli- 
minaires, en tète de la 3* édi ion de 
son Bictionnaire des Proverbes, p. 23, 
entre dans quelques considérations 
au sujet d'une des premières planches 
représentant un commissionnaire dé- 
jeunant à la porte d'un marchand de 
vin et un ramoneur affamé : Celui 
qui s'attend à t'éruelle d'autrui, a 
souvent mal dîné. — Proverbes chinois. 
M. Lester a publié à cet égard un 
intéressant article dans le China 
Review ; en 1873, M. Scarborough a 
donné un ample recueil de ces pro- 
verbes, plus de cent se retrouvent 
exactement dans la langue anglaise, 
et il en est un certain nombre qui 
ont cours en France : Les murailles 
ont des oreilles; la vérité est dans le 
vin. (Voir d'autres exemples dans la 
Revue politique et littéraire, n° 2o, 
21 décembre 1877, p. 586). — Poly- 
glot of foreign proverbs, by Henry G. 
Bohn, Londun, H. G. Bohn, 18o7, 
petit iu-8, 579 |:iages. Recueil bien 
fait, comprenant des proverbes fran- 
çais, itatiens, allemands, hollandais, 
espagnol?, portugais et danois, ran- 
gés, pour chaque nation, par ordre 
alphabétique, accompagnés d'une t''a- 
duclion en anglais et d'une table 
générale. — Choice 7iotes from 
« Notes and Queries. » Folk Lore. 
London, Bell and Daldy, 1859, petit 
iu-8, 304 p. Les pages 275-297 sont 
consacrées aux Weaîher Proverbs, 
c'est-à-dire aux proverbes relatifs à 
la météorologie. B. 

Le Géi'ant : L. Sandret. 



Saint-Quentia. — Imp, J. Moureau. 



POLYBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

ROMANS, CONTES & NOUVELLES 

Un plaidoyer en faveur du vrai roman catholique. Le maréchal de Montmayeur, pai* 
Charles Buft. Paris, Th. Olmer, 1878, in-18 j. de d22 p. Prix : 3 fr. — La Circas- 
■uenne, par LoDiS Enault. Paris, Gh. Blériot, 1878, 2 vol. in-18 j. de 330 et 332 p 
Prix : 6 fr. — La Fée du logis, par M"" la comtesse Drohojowska. Paris, Palmé, 1878 
in-8 j. de 280 p. Prix : 2 fr. — En Poitou, par M°" Maryan. Paris, Bray et Retaux 
1878, in-18 j. de 250 p. Prix : 2 fr. — Les deux clochers, par J. Ghantrel. Paris 
Palmé, 1878, in-18 j. de 420 p. Prix : 3 fr. — Pierre Blot, par Paul Féval. Paris 
Palmé, in-18 j. de 288 p. Prix : 3 fr. — Douze femmes, par le même. Paris, E. Dentu 
1878, in-18 j. de 444 p. Prix : 3 fr. — Le Talismari de Marguerite, par Alfred Skguin, 
Paris, Didier, 1878, in-12 de 380 p. Prix : 3 fr. — La Rose d'Antibes. par Edouard 
Didier. Paris, Calmann-Lévy, 1878, in-18 j. de 330 p. Prix : 3 fr. 50. — Le Secret 
des rairèffe,parGuARLESD'HÉfiiGAULT. Paris, Didier, 1878, in-12 de38G p. Prix : 3 f. 50. 

— Dolorita, par le baron de Wogan. Paris, Didier, 1878, in-12 de 370 p. Prix : 3 fr. 

— La Comtesse Damalanty, par le prince Joseph Lubomirski. Paris, Didier, 1878, in-i2 
de 394 p. Prix : 3 fr. — La Maison Vidalin, par Alpho.nse de Launay. Paris, Ghar- 
pentier, 1878, ia-12 de 394 p. Prix ; 3 fr. 50. — La Servante du diable, par Emmanuel 
GoNZALÈs. Paris, Dentu, 1878, in-18 j. de 384 p. Prix : 3 fr. — Le plus hardi des 
gueux, par Alfred Assolant. Paris, Dentu, 1878, in-18 j. de 363 p. Prix : 3 fr. 

— George SaND : Œuvre.i posthumes. La coupe. Les contes d'une Grand'mère (1" et 
2* séries). Paris, Calmann-Lévy^ 1878, 3 vol. in-18 j. de 290, 370 et 378 p. Prix : 
10 fr. 50. — Nouvelles russes, par Henry Gréville. Paris, E. Pion, 1878, in-18 j. de 
316 p. Prix : 3 fr. 50. — Trois nouvelles, par Emile Bosquet. Paris, Didier, 1878, 
in-12 de 348 p. Prix : 3 fr. — Contes en l'air, par GeorgeS de Peyrebru.ne. Paris, 
Dentu, 1878, ia-18 de 370 p. Pri.\ : 3 fr. 

Qu'est-ce qu'un bon roman, au triple point de vue du mérite litté- 
raire, du procédé de composition, de la Valeur morale? Telle est la 
question que se pose M. Charles Buet dans la remarquable préface 
qui sert d'introduction à son Maréchal de Monlmaycur. M. Charles 
Buet constate que les romans catholiques les plus vantés ont peu de 
lecteurs dans le public instruit, distingué, délicat qui fait de la lec- 
ture sa distraction favorite. A quoi cela tient-il? A ce que l'on se 
crée du roman une idée que les romans religieux ne réalisent pas. Le 
public dont parle M. Charles Buet veut que le roman soit l'étude 
approfondie du cœur humain, le tableau saisissant de l'âme se débat- 
tant sous l'étreinte de la passion. Or, dans quels romans catholiques 
ce programme est-il suivi de près? Apparent rari liantes. M. Buet cite 
comme remplissant les conditions voulues : VEonmte femme, de Louis 
Veuillot; Y Enthousiasme, de Marie Gjertz, et le Récit d'une sœur, de 
M"* Augustus Craven. La nomenclature est trop resserrée. On pourrait 
l'élargir et j faire entrer sans conteste tous les nouveaux romans de 
Paul Féval, le vrai romancier catholique; deux romans de Barbey 
d'Aurevilly, ï Ensorcelée et le Prêtre marié (pour les lecteurs seulement 
.VvRiL 1878. T. XXII, 19 



— 290 — 

de raison et d'expérience); les Fiancés, de Manzoni, sans parler d'une 
fonle d'autres et des romans de M. Charles Buet lui-même. Mais il 
n'en est pas moins Trai que la généralité des romans dits religieux 
oflôre à l'imagination désarçonnée trop d'Mstoires maussades et pué- 
riles, trop de sermons filandreux et douceâtres, trop de personnages 
aux figures effacées, trop de dissertations dévotieuses. Évidemment, 
de telles œuvres ne peuvent réussir près des lecteurs sérieux, parce 
qu elles ne sont pas vraies. Or, il en est de ceci comme d'une 
certaine imagerie dont il. Léon Gautier s'est impitoyablement 
moqué dans ses Lettres à un catholique. C'est blasphémer les saints 
que d'en faire des imbéciles, o Ecartons, dit très-bien M. Charles 
« Buet, ces compositions mièvres et sans saveur qui font de la religion, 
o la plus grande chose qui soit, une chose pauvre, languissante, fémi- 
« nisée, hérissée de pratiques minutieuses masquant les principes, les 
« larges vues, les profonds horizons, et transformant enfin une mer 
a immense et sans bornes en une flaque d'eau parfumée. » On ne sau- 
rait mieux dire. Il s'agit maintenant de conclure. 

Quelles sont donc les vraies conditions du roman catholique ? 
D'abord, si c'est un roman d'observation et de mœurs, l'auteur ne 
doit pas redouter l'analjse fouillée et profonde des émotions d'un 
cœur que le devoir et la passion se disputent. Il ne doit pas craindre 
de sonder cet abime. Il ne doit pas hésiter à prodtiire des types réels 
et vivants — pourvu que les descriptions et les analyses soient retra- 
cées avec une plume absolument chaste, ce qui n'exclut ni la vigueur 
ni la sincérité. Dans le roman historique, les situations dramatiques, 
les péripéties empoignantes ne doivent jamais être négligées. Il suffit 
de respecter absolument la vérité, de ne pas dénaturer l'histoire, de 
flétrir le vice, de glorifier la vertu et de préparer le triomphe du 
bien sur le mal. Tout écrivain d'ailleurs, catholique par son éduca- 
tion et par ses croyances, possède un critérium à l'aide duquel il peut 
juger les hommes et leurs actes. S'il s'en écarte, son œuvre dévie par 
cela même, et, en ce cas, contrairement à l'intention du romancier, 
elle peut blesser des susceptibilités respectables, éveiller des curiosi- 
tés inopportunes et émettre des doctrines blâmables. On juge, du coup, 
de la hardiesse que Ton peut avoir et des limites raisonnables qu'il ne 
faut point dépasser. Les romans religieux que nous avons aujourd'hui 
à analyser remplissent-Us bien exactement toutes ces conditions? Oui, 
mais avec plus ou moins de talent. 

— Yoici d'abord le Maréchal de Montmayeur. C'est la suite et le 
complément de Philîppe-3Ionsieur, dont nous avons rendu compte. 
Dans cette œuvre nouvelle, la Savoie, ses anciens ducs, sa féo- 
dalité jouent le principal rôle. Noua retrouvons l'ambitieuse et cri- 
minelle Gilberte de ISIiolans, le vieux patriote Fesigoy qui meurt 



— 291 — 

assassiné, Philippe de Bresse et Louis XI en latte perpétuelle, Dona- 
tien de Rochechouari, un sbire gentilhomme — et, dominant le tout, 
la tragique figure de Jacques de Montmaveur, dont la devise : Ungui- 
bus et rostro, dit si bien les passions cruelles, le caractère félon et 
l'orgueil implacable. Au dénoùment, les criminels ex pient leurs for- 
faits, et la Savoie, délivrée, en même temps, de l'influence cypriote 
et des appétits du roi de France, vit heureuse et fière sous le sceptre 
respecté de Charles-le-Guerrier. M. Buet aime la Savoie, son pavs 
d'origine. Il en décrit avec un amour qui n'est point exempt de par- 
tialité le passé glorieux. Pourquoi lui en ferions-nous un crime ? Les 
jugements qu'il porte sur les ennemis de la Savoie ne sont pas ceux 
de tout le monde. Cela prouve tout simplement que, dans les questions 
libres, les meilleurs esprits peuvent différer d'opinion. Là n'est pas 
pour nous le défaut de Philippe-Monsieur et du Maréchal de Mont- 
mayeur. Le défaut de ces deux récits, fort mouvementés du reste, 
c'est qu'ils accordent trop à l'histoire, pas assez au roman. L^imagi- 
nation n'j trouve pas suffisamment son compte. 

— La Circassienne, de M. Louis Enault, pourrait être intitulée : 
Une double conversion. En deux mots, le sujet est celui-ci : Pendant 
la guerre que firent les Russes à Schamjl, l'Abd-el-Kader du Caucase, 
un officier moscovite, le prince Imérieff, fut recueilli, blessé et mou* 
rant, par un chef de l'armée circassienne. Imérieff mort, la princesse 
SteUa, sa veuve, s'établit, nouvelle Arthémise, dans le Caucase, et 
c'est le chef circassien Yacoub qui lui donne l'hospitalité. Yacoub a une 
fille, Rahel, à qui la princesse s'attache comme à son propre enfant. 
Stella initie Rahel aux beautés du christianisme et la baptise secrète- 
ment. Rahel est vendue par son père. On la destine au harem du sultan. 
Que fait Stella? Elle quitte la maison de Yacoub, et s'attache aux pas de 
Rahel^ bien résolue, quoiqu'il arrive, à veiller sur elle. Ici commence 
une série d'aventures très-émouvantes, mais dont Rahel se tire avec 
honneur, intacte et pure. Rachetée enfin à un arabe par sa protec- 
trice, la fille d'Yacoub se fait religieuse dans un couvent de Palestine 
et la princesse Stella, n'ayant rien qui la rattache au monde, imite 
l'exemple de la Circassienne. M. Louis Enault a profité des pérégri- 
nations de Rahel pour nous décrire les mœurs orientales. Les pay- 
sages et les descriptions dont la Circassienne est remplie ajoutent au 
récit ime couleur pittoresque fort attrayante. La dédicace que l'auteur 
ïidresse àsamère dévoile très-bien l'esprit de l'ouvrage : «Depuis vingt 
a ans, ma chère mère, écrit Louis Enault. j'ai publié beaucoup de 
« livres, et je n'en ai point composé un seul sans me dire que vous le 
e liriez et sans souhaiter que Ton y retrouvât la trace de vos leçons. 
Aussi, ce sera, je l'espère, la récompense et l'honneur de ma vie 
« de n'avoir, à l'heure suprême, rien à efiacer, rien à regretter dans 



292 

« mon œuvre déjà long. Cependant la peinture des passions qui est 
« l'essence même du roman, vous a semblé parfois trop vive et trop 
« ardente dans les miens, et vous avez souvent refermé le volume 
« sans rien dire. J'ai compris qu'il vous avait déplu, et j'en ai souf- 
« fert, me demandant si je n'avais point mal fait. Les pages que voici 
<; sont plus calmes et plus austères, et je les crois animées de l'esprit 
« chrétien dont vous avez essayé de remplir mon âme. J'ose donc les 
« placer sous votre protection. Accueillez avec une indulgente ten- 
« dresse ma Circassiennc, cette jeune exilée^ perdue dans le vaste 
« monde, en vous disant qu'elle est la fille de votre fils, qu'elle est 
« née dans les ténèbres de l'erreur, et que je me suis efforcé de la 
« conduire par le chemin royal de la croix, comme dit le livre que vous 
« lisez le plus, vers la lumière de la vérité. » Ces quelques lignes 
sont tout à l'honneur de M. Louis Enault, et nos lecteurs ne nous en 
voudront pas de les leur avoir fait connaître. 

— Ondine, la « fée du logis, » n'est pas une Circassienne; mais elle 
n'est ni moins belle, ni moins gracieuse, ni moins bonne que Rahel. 
Qui est-elle? D'où vient-elle? Voici : elle a été pêchée, à la suite d'un 
naufrage, sur la plage bretonne, par le commandant Bertrand de 
Penhoer. C'est un vieux loup de mer en retraite que ce Penhoer! II 
est bourru, il est fantasque, il est triste. Que voulez-vous? Un homme 
seul, dans une gentilhommière où toutes les orfraies du canton ont 
élu domicile. Il y a bien Yvonne, la gouvernante, la femme de la 
maison [domestica, disaient si justement les Romains). Mais Yvonne 
est, comme son maître et le château de son maître, une vieille ruine. 
Ne désespérez pas de la Providence, commandant de Penhoer! Car 
Ondine sera l'ange consolateur du soir de votre vie. Et c'est ce qui 
arrive. Avec Ondine reparaissent la gaîtc, la joie, le bonheur — Si 
bien que le commandant meurt de la mort du juste, après avoir adopté 
la fée du logis, à qui il laisse toute sa fortune. Ondine, élevée un peu 
à la diable, mais d'une instruction supérieure, grâce aux leçons du 
recteur de la paroisse, se retrouvant orpheline une seconde fois, 
prend le parti d'aller rejoindre à Paris son oncle Edouard de Penhoer, 
le frère du commandant. Ici encore, l'infiuence de la bonne petite fée 
se manifeste par des miracles. Edouard, un banquier passablement 
desséché par les chiffres, devient homme, devient chrétien. Le mys- 
tère de la naissance d'Ondine se découvre, et elle épouse le comte de 
Kersagan, seul et unique descendant d'un de ces Trente Léonidas de 
Ploermel qui, en 1352, commandés par le brave Robert de Beauma- 
noir, défendirent si héroïquement contre les Anglais l'indépendance 
de la terre armoricaine. M™* la comtesse Drohojowska (née Symon 
de Latreiche) a tiré de la vie d'Ondine, si humble et si régulière, le 
meilleur parti possible. 



— On connaît les Scènes de la oie de province, de Balzac. C'est pro- 
digieux comme puissance d'observation. Mais quel réalisme parfois, 
quelles exagérations de détails presque toujours ! M™e Mary an a 
voulu, elle aussi, nous donner des scènes de la vie provinciale. En 
Poitou n'est pas autre chose qu'une photographie très-exacte des 
mœurs bourgeoises de l'Ouest. Certes, comme talent, il y a loin de 
M'"'' Maryan à l'auteur de la Comédie humaine. Et cependant nous 
n'hésitons pas à qualifier de petit chef-d'œuvre le roman qui porte 
ce titre significatif : En Poitou. C'est simple, naturel, vivant, bien 
vécu, bien décrit. Robert Varcy, Parisien ruiné, est envoyé comme 
percepteur à Marsay, — une petite ville quelconque de la Vienne ou 
des Deux-Sèvres. Il se fait de ce « trou» une idée extravagante. Use 
figure qu'on y meurt d'ennui. Il est convaincu que tous les habitants 
sont des grotesques ou des imbéciles. Eh bien, pas du tout. La ville 
de Marsay est coquette, propre, avenante; les habitants n'ont rien 
d'iroquois. Ils sont avenants, afi"ables, civilisés, bons enfants. Varcy 
trouve là son camarade de collège, M. de Kersal, le maire de l'en- 
droit, un honnête homme et un grand chrétien ; le colonel en retraite 
Bausset, un panier percé, une redoutable fourchette, mais un excel- 
lent cœur; M"* de la Morlière, une sainte vieille fille, qui ne rougit 
pas pour vivre, — elle dont les ancêtres assistaient aux croisades, — 
de tenir un magasin de mercerie. Il y trouve encore Gabrielle 
Bausset, la fille du colonel, si fiére et si dévouée, qu'elle en devient 
héroïque. M. Taine a fait des thèses sur l'influence des milieux sur 
l'homme. Prises dans leur absolu, ces thèses sont fausses, puisqu'elles 
sacrifient la liberté humaine à je ne sais quel fatalisme. Mais, rela- 
tivement considérées, elles ont du vrai, beaucoup de vrai. Cette fois, 
l'influence du milieu est telle que Varcy, débarqué de Paris, incré- 
dule, sceptique, blasé, devient peu à peu l'homme de foi et l'homme 
de devoir dont M. de Kersal lui off're l'admirable modèle. Je ne jure- 
rais point que l'amour ne soit pour quelque chose dans sa conversion. 
Peu importe! sa conversion est très-réelle, et la main de la charmante 
Gabrielle (rien de celle de Henri IV) en est la juste récompense. Tout 
à côté se place l'épisode comico-tragique d'Andrée la rieuse, la mo- 
queuse, l'évaporée, et que le malheur transforme au point d'en faire 
une sœur de Saint-Vincent-de-Paul. A ces divers traits, on pourrait 
croire que le roman de M™*" Maryan est un roman prêcheur, sermon- 
neur, ergoteur. Pas du tout. C'est gai, c'est franc, c'est écrit avec 
une verve de bon aloi. Excellent livre de propagande. 

— Nous en disons autant des Deux clochers, de M. J. Chantrel, Les 
Deux clochers dont il s'agit ici sont le clocher de l'usine et le clocher de 
l'église. La cloche de l'un appelle au travail, la cloche de l'autre 
appelle à la prière. Le travail, la prière ! Deux choses qui doivent har- 



— 294 - 

moniquement marcher ensemble et que le prétendu « progrès mo- 
derne » s'efforce de séparer et de désunir. Tel n'est pas l'avis de 
M. Chantrel. Il estime, avec raison, que les dissonnances qui existent 
entre l'église et l'usine ne sont qu'apparentes — et il le prouve en 
nous racontant l'histoire d'une famille d'ouvriers dont le chef, Joseph, 
se laisse griser par les faux docteurs du jour, les apôtres de l'in- 
surrection, les tribuns des sociétés secrètes, pour revenir ensuite, 
éclairé par une triste expérience, au Dieu de sa première commu- 
nion. Outre qu'avec la bonne conduite, le bien-être arrive, l'intelli- 
gence de Joseph s'améliore aussi, son âme se moralise, son esprit 
s'éclaire et il finit par comprendre que l'usine a tout intérêt (même 
au point de vue matériel) à ne pas divorcer avec l'église. Les Deux 
clochers de M. J. Chantrel offrent certaines ressemblances avec le 
Pionnier, de Devoille. Mais le premier de ces écrivains pénètre plus 
avant dans les questions du jour, et il est moins déclamatoire. Le so- 
cialisme de M. Chantrel ne s'abreuve jamais de pétrole. C'est le 
socialisme de l'Évangile, celui que vient de mettre si draamti^uement 
en action Paul Féval, dans son Pierre Blot. 

— Pierre Blot (second récit de Jean) forme le deuxième volume des 
Étapes d'une conversion . Le livre s'ouvre par une préface-anecdote sur 
l'église du Sacré-Cœur. Il y a de tout dans cette préface, du rire et 
des larmes, de l'admiration et de l'indignation, de la prophétie et de 
l'histoire, des prières et des invectives. Il j a Jean, le grand bohème 
catholique, qui attire les ouvriers et les petits autour de la Butte 
consacrée ; il y a un frère des écoles chrétiennes, noble invalide 
de Buzenval ; il y a des mangeurs de prêtres qui finissent par s'incli- 
ner jusqu'à terre devant l'héroïque mutilé ; il y a enfin Paul Féval qui 
exprime d'abord ses doutes, puis ses espérances. Paul Féval estime 
que, malgré les obstacles, l'église de la butte Montmartre doit s'a- 
chever et qu'elle s'achèvera. « Elle s'achèvera, dit-il, car c'est plus 
« qu'un poëme, c'est une expiation monumentale. Le vœu de la 
« France ne fera pas faillite à Dieu . » Vient ensuite le roman de 
Pierre Blot,roman du désespoir et de lamisère, ces fruits de l'inconduite 
et de l'athéisme. Pierre Blot, abruti parl'absinthe, habite un chenil du 
Mont-Valérien, avec Adèle sa femme, ou plutôt son associée, et un 
moutard de quatre ou cinq ans. Jean rencontre cette nichée le di- 
manche, dans une de ses promenades. Jean, vous ne l'ignorez pas, est 
le « convertisseur » que Paul Féval a mis si originalement en scène 
dans ses Étapes. En voyant cet homme qui blasphème, cette femme 
phthisique qui va mourir et cet enfant qui se roule dans la boue de la 
tanière, Jean, comme le bon Samaritain, se sent pris d'une commisé- 
ration immense . Pauvre lui-même, il adoucit les derniers moments 
d'Adèle, il la fait convenablement enterrer à Nanterre, il adopte l'en- 



- 295 — 

fant de Pierre Blot, et, à force de soins dévoués, de paroles conso- 
lantes et de vertus en action, il transforme peu à peu le blasphéma- 
teur, le prêtrophobe, le clubiste,le faiseur de barricades. Pierre Blot 
meurt dans les bras de Jean avec le pardon de Dieu. Les accessoires 
qui entourent cette histoire peuvent être d'invention ; mais le fond de 
l'histoire est d'une vérité terrible, écrasante. On le sent à la façon 
dont Paul Féval parle de Pierre Blot. Pierre Blot n'est pas une créa- 
tion de fantaisie : il a posé devant le peintre, et le peintre en a 
rendu la physionomie complexe avec un relief des plus saisissants. Çà 
et là, comme entremets, des pages splendides. Citons spécialement 
une théorie sur le Tartuffe, de Molière, qui, pour se rapprocher de celle 
de l'abbé Davin prétendant que le grand Comique a voulu seulement 
ridiculiser et flétrir l'iijpocrisie des jansénistes, n'en est pas moins 
intéressante, très-raisonnable et très-vraisemblable. Paul Féval dé- 
montre — et il suffit de lire attentivement le Tartuffe, sans idée 
préconçue, pour partager l'avis du romancier — que Molière, en écri- 
vant cette comédie, n'a nullement eu l'intention de tourner en dérision 
les hommes et les choses du catholicisme. Il n'a voulu que peindre le 
faux dévot et jeter l'âme de l'hypocrite en pâture au mépris des 
honnêtes gens de son époque. Malheureusement, Molière a eu le tort 
de trop spécialiser son type. Il y avait aussi des hypocrites parmi les 
protestants, parmi les parangons de haute vertu, parmi les gens du 
monde. S'il avait généralisé, la libre-pensée moderne n'aurait pu dé- 
naturer ses intentions. Au surplus, le Tartuffe a fait des petits. Et ce 
n'est plus aujourd'hui dans les sacristies qu'on les trouve. Il s'en ren- 
contre dans les chaires publiques, dans les assemblées parlementaires, 
dans la politique comme dans la littérature — et Paul Féval nous en 
donne de bien vilains échantillons. Il faut lire aussi les pages indi- 
gnées que Paul Féval consacre à ces bourgeois voltairiens qui pro- 
fessent pour la calotte et le bonnet rouge une égale peur et qui ne 
voient Dieu qu'à travers les flonflons de Béranger. Tout cela fait de 
Pierre Blot un livre à part, qui pourra enthousiasmer ou irriter, mais 
que personne (ami ou ennemi) n'accueillera avec indiiférence. 

— Les romans que nous venons d'analyser, le Maréchal de Mont- 
mayeur, la Circassienne, la Fée du logis, En Poitou, les Deux clochers et 
Pierre Blot, appartiennent à la catégorie des romans religieux pro- 
prement dits. Immédiatement à leur suite, il nous semble convenable 
de placer quatre oeuvres, d'une valeur inégale, mais qui, sans pro- 
céder spécialement de l'inspiration chrétienne, nous paraissent d'une 
honnêteté et d'une moralité fort louables. Ce sont : Douze femmes, 'par 
le même Paul Féval; le Talisman de Marguerite, par Alfred Seguin ; la 
Rose d'Amibes, par Edouard Didier; le Secret des Valrège, par Charles 
d'Héricault. Les Douze femmes, de Paul Féval, se publient sous le pa- 



— 29H — 

tronage de M""' Jules Sandean. Dans sa lettre d'envoi, Paul Féval fait 
à M""^ Jules Sandeau cette confession touchante : « Me voilà, chan- 
« géant de chemin, sur le tard, à l'heure marquée pour le repos, et je 
« crois que j'irai très-loin sur cette autre route. A la veille d'un grand 
« voyage, entrepris sans idée de retour, l'habitude est de laisser aux 
« siens un souvenir. J'ai voulu trier quelques feuillets dans la mon- 
« tagne des papiers anciennement noircis par moi ; mais ily en a tant et 
a tant que je m'y serais perdu si la pensée ne m'était venue de faire 
« un bouquet avec une douzaine de bonnes, 'consciences. » Ces bonnes 
consciences sont douze femmes : Eve, Gaïte, Fleur-des-Batailles, 
Francine, Marina, Mariole, Clémentine, Miss Anna, Ernestine, Ju- 
liette et M"^ de Presmes. On devine que chacune de ces fleurs du 
« bouquet » de Paul Féval symbolise une tradition, un conte, une 
légende ou une histoire. De ces « douzes femmes, » quelle est la 
plus gracieuse, la plus attrayante? Est-ce Eve, la blonde Anglaise? 
Est-ce Fleur-des-Batailles, ainsi nommée parce qu'elle avait fait le 
coup de feu contre les bleus dans la guerre des chouans? Est-ce la 
brune Marina, le bon génie de Francesco Salviati, un des plus illustres 
maîtres de l'école florentine? Est-ce Anna, Claire, Mariole, Juliette, 
Ernestine, ou M"* de Presmes, noble incarnation de l'ancien régime ? 
Nous avouons que le choix, quoique plus moral, est aussi embarras- 
sant que celui du berger Paris. Néanmoins, tout bien considéré, nous 
donnerions la pomme de la perfection à Gaïte et à Francine. Francine^ 
naïve légende bourguignonne, a des pages exquises où semblent se 
jouer ces fils d'argent tombés du rouet de la vierge Marie, qui, par 
les beaux jours d'automne, voltigent dans l'azur du ciel au gré capri- 
cieux des brises. Gaïte, la seizième enfant d'un douanier breton, 
meurt jeune, frappée au cœur. C'est la note mélancolique — note qui 
deviendrait funèbre sans l'original Kernaor, le poëte rustique de 
Ploemeur, la grande paroisse. Kernaor, qui a serré la main à Louis- 
Philippe, se pose des questions de ce genre : « Pourquoi les abeilles 
« bourdonnent-elles sans cesse ? » Pourquoi ? Kernaor lui-même ré- 
pond : « C'est parce qu'elles n'ont que des reines et qu'elles deman- 
dent un roi ! » Et Kernaor plaint de tout son cœur ces pauvres 
bestioles. A quoi ce sournois de Paul Féval ajoute, en h-}mrtc : 
«Que ferait-il donc de nous qui n'avonsni l'un ni l'autre? » Mais je glisse, 
sur des écueils. Je préfère, chers lecteurs, vous parler de Clémentine. 
Clémentine, la note gaie des Doifre femmes, est le premier amour de 
Charles Nodier. L'auteur de la Fée aux miettes, affreux collégien en 
ces temps-là, ose adresser une déclaration à Clémentine, amie de sa 
mère et respectable notairesse de Besançon. Clémentine répond à 
Charles par une verte leçon. Cela guérit Nodier radicalement, 
d'après ce qu'il a raconté lui-même, un soir d'hiver, chez M"^ Ré- 



— 297 — 

camier, en présence de Balzac, de Paul Féval et de Chateaubriand. 

— Wu'est-ce que « le talisman» de Marguerite? C'est unepetitemé- 
daille, à laquelle se ratachentunebonneetunemauvaise action, un pieux 
souvenir et un remords. Marguerite la Frileuse a perdu ses parents 
dans un naufrage. Recueillie par la Bougonne, une vieille mégère qui 
rappelle trop la fameuse Brocante des Mohicans de Paris, d'Alexandre 
Dumas père, Marguerite est dressée à mendier, à rapiller, à voler. 
Tous ses bons instincts se révoltent. Hélas ! il faut bien obéir devant 
le balai de la Bougonne. Un jour, une sœur de charité aperçoit la 
Frileuse dérobant un pain sur Tétai d'un boulanger. La sainte femme 
paye le pain volé, prend l'enfant par la main^ l'interroge, lui fait 
promettre de prier Dieu, de ne plus jamais dérober le bien d'autrui et 
lui donne une médaille bénie en guise de souvenir. De ce jour, la 
Fi'ileuse ne vole plus. Dieu la récompense. Elle est retirée des mains 
de la Bougonne par la comtesse de Champbois, qui transforme Mar- 
guerite en une demoiselle, accomplie, et qui. après bien des épreuves 
et bien des vicissitudes, la donne en mariage à son fils. Cela serait 
passablement excentrique. Mais l'auteur du roman, M. Alfred Seguin, 
a prévu le cas. Marguerite, l'enfant trouvée, n'est autre que la fille de 
lord Palmer, un riche armateur anglais dont la femme fut la meil- 
leure amie de la comtesse de Champbois. Le Talisman de Marguerite 
est écrit sans prétentions, sobrement, simplement, quoique non 
sans grâce ni élégance. 

— Il en est de même de la Rose d'Antibcs, Œuvre charmante, 
bijou d'artiste, perle fine tombée de la plume d'un homme de cœur 
et d'esprit. M. Edouard Didier a prodigué dans ce roman l'émotion et 
la délicatesse — et il a prouvé qu'on peut intéresser sans recourir aux 
trucs, aux machines et aux invraisemblances d'Emile Gaboriau et de 
Ponson du Terrail. Rien de moins compliqué que la Rose d'Antibes, 
Le docteur Jean-Baptiste Cochard, élève du célèbre Dupuytren, est 
venu s'établir à Antibes, ville étrange qui a conservé son ancienne 
physionomie et qui, placée entre Nice et Cannes, produit de loin 
l'eff'et d'une ride creusée au milieu d'un jeune et frais visage. 
Curieux type que ce docteur Cochard, le vrai type de ces médecins 
de campagne, comme il en existait autrefois, avec leurs guêtres légen- 
daires, leur montre à breloques, leur chapeau à larges bords et leur 
jument Cocotte, — braves praticiens, cachant sous des dehors un peu 
brusques des trésors de bonté et des amas de vraie science ! Aujour- 
d'hui, ce type a disparu, et, à quelques exceptions près, nos jeunes 
médecins de village font parade de matérialisme et mettent le 
bistouri au service du suffrage universel. Tel n'était pas le docteur 
Cochard. Il avait épousé une de ses clientes qu'il avait guérie de la 
phthisie pulmonaire. Une enfant. Aurore, était le fruit de ce mariage. 



— 298 — 

M™' Cochard meurt d'une émotion. Aurore lient de sa mère : un 
rien peut la tuer — et c'est précisément celui qu'elle aime, le jeune 
docteur Marins, le disciple favori de Cochard, qui, sans le savoir, 
sans le vouloir, met à deux doigts du tombeau la Rose d'Antibes. 
Heureusement;, le malentendu qui a tant fait souffrir la pauvre sensi- 
tive s'explique au moment psychologique, et Marins devient l'heureux 
époux de la gentille Aurore. M. Edouard Didier a donné pour 
cadre à cette naïve histoire les paysages de la Provence que Godeau, 
évêque de Vence, appelait, dans son pittoresque langage, « une 
gueuse parfumée, i) Il a intercalé dans l'idylle un petit drame, dont 
une famille patricienne de Venise, les princes Varese, proscrits par 
l'Autriche, lui a fourni les éléments. Il a profité de l'occasion pour 
mettre en scène des caractères inoubliables: Leroux, le vieil employé, 
plus sec que ses paperasses; Ricard, l'ancien cuisinier, un imbécile, 
mais une âme héroïque; Paul Moreau, un Mangin de vantardise et de 
suffisance; les Varese, si fiers qu'ils préfèrent mourir de faim que 
d'accepter de qui que ce soit une obole. Tout cela est très-finement 
rendu, et si c'est un début, ce début est un coup de maître. 

— Trop de personnages dans le Secret des Valrège, de M. Charles 
d'Héricault. Nous avons le gredin G-. J. Uppermann (l'homme aux 
cols en papier), le vicomte Richard de Lestorières, le marquis de 
Valrège, Lucienne de Lestorières, sa femme, la gentille Mary-An, la 
cousine Marthe, William ou Guillaume Verdès, le grand Emile Ma- 
thieu, le beau Gaston Piedebouc, l'ignoble Arthur Planchon, le brave 
Baptistin, le communard Larose-Lépine, qui sais-je encore? On s'y 
perd. Ruiné en France, le marquis de Valrège est allé en Amérique 
refaire sa fortune. A son retour, il épouse Lucienne de Lestorières et 
quelque temps après son mariage, il est frappé à mort par Guillaume 
Verdès qui l'accuse d'avoir déshonoré sa sœur. Il paraît que l'accusa- 
tion est fausse, Valrège en mourant laisse une lettre expliquant sa 
conduite et déclarant que Marthe, la fille de Rose Verdès, n'est pas 
une bâtarde. La lettre contient le secret des Valrège. Guillaume 
Verdès a tout intérêt à connaître ce secret. Mais les hommes et les 
événements s'y opposent. Les événements sont la guerre de 1871 et la 
Commune. Les hommes s'appellent le Bavarois Meyercrout et le scé- 
lérat Uppermann, bras droit de Delescluze. Verdès est emprisonné à 
la Roquette. Délivré par les Ver.5aillais, il fait le coup du feu, avec 
Gaston Piedebouc, Richard de Lestorières, Baptistin et d'autres 
courageux citoyens, contre les bandes de Raoul Rigault. L'insur- 
rection vaincue, Verdès meurt d'une blessure, réhabilité et pardonné. 
Mary-An épouselegrand Mathieu; Marthe, le chevaleresque Richard, 
— et Gaston obtient la main de la marquise veuve de A^alrège. Ce 
roman, quoique bien écrit, plaira peu. D'abord, nous l'avons dit, il y 



— 299 - 

a trop de personnages ; il y a aussi trop de complications, trop d'in- 
cidents, trop de surprises. On oublie une chose pour l'autre. Ce qui 
peut faire pardonner à l'auteur ses enchevêtrements d'action^ ce sont 
les bons mots dont il émaille son récit. Il prête à Lucienne de Les- 
torières cette boutade: « De quel droit vous permettez-vous déparier 
« d'amour? Une enfant ! Dix-sept ans! Le bel âge ! Mais, à dix-sept 
« ans, je n'avais jamais aimé, moi, que Dickens, M. Escande, qui 
« signait si souvent à la Gazette de France, et mon grand chien Sultan?» 
Au lieu de : // me tarde^ un Américain, moitié Yankee, moitié 
peau-rouge, dit : // m' outarde. Ce qui amène naturellement l'inter- 
locuteur à répliquer: « De Dijon?» M. Charles d'Héricault est un 
homme de trop d'esprit. 

— Les romans dont il nous reste maintenant à rendre compte 
sont : Dolorita, par le baron de Wogan ; la Comtesse Davia- 
latity, par le prince Joseph Lubormiski ; la Maison Vidalin, par 
Alphonse de Launay ; la Servante du diable, par Emmanuel Gonzalés, 
et le Plus hardi des gueux, par Alfred Assolant. Il en est deux : la 
Maison Yidalin et la Servante du Diable, qui sont dangereux et malsains. 
Les autres ne méritent pas ce reproche, mais cependant leur lecture 
ne convient pas à toute sorte de personnes. Prenons, par exemple, 
Dolorita, du baron de Wogan. Cela commence par un enlèvement 
d'amoureux, cela continue par un mariage mixte accompli sans le 
consentement des parents, et cela se termine par la mort d'une 
pau\-re folle. La folle, c'est Dolorita. Elle s'est soustraite à sa famille 
pour suivre dans ses pérégrinations celui qu'elle aime — et, quand cet 
appui lui manque, la raison l'abandonne, M. le baron de Wogan a 
profité des escapades de ses amoureux pour nous faire voyager avec 
eux dans l'Amérique méridionale. Un proverbe dit: a A beau mentir 
qui vient de loin » Dieu nous garde d'appliquer cet adage à l'auteur du 
Voyage dans le Far-West ! Mais il n'en faut pas moins avouer que 
l'histoire de l'ermite des Cordillères est passablement fantaisiste, et 
que la description de la caverne aux pierres précieuses ressemble 
terriblement à la grotte de Monte-Cristo. M. !e baron de Wogan a 
voulu s'essayer dans un genre où il lui sera difficile d'égaler Gabriel 
Ferry de Bellemare, le Cooper français à qui l'on doit le Coureur des 
Bois et Costal-l'indien. 

— Pourquoi faut-il que M. Alphonse de Launay ait accolé, dans le 
même Yolnme, la. Maison Vidalin k cette perle de douce poésie, de 
chaste mélancolie et d'inspiration chrétienne qui a nom la Solange? 
Dans la Solange, nous n'avons qu'à louer. Les souffrances de cette 
pauvre Berrichonne séduite et abandonnée par un gommeux de 
village, épousée par le plus honnête et le plus confiant des hommes, 
saignée à blanc par l'affreuse Toinette, publiquement réhabilitée par 



— 300 — 

le curé de la paroisse, arrachent des larmes. C'est frais, pur, rus- 
tique — une page de George Sand illuminée par les rayons divins 
dont le foyer est l'Evangile. Dans la Maison Vidalin, au contraire, 
M. Alphonse de Launay nous fait assister à des scènes de passion 
adultère qu'il décrit de la façon la plus complaisante. S'il a cru par là 
rendre intéressants l'épiciére Vidalin et son premier garçon Cyprien 
Muret, il s'est trompé. De pareilles descriptions n'inspirent que le 
dégoût. Il y aurait, dans, la Maison Vidalin, un personnage sympathique 
Ce n'est pas Vidalin, le bellâtre, l'égoïste parvenu, le mari aveuglé 
et béat qui se sert des beaux yeux de sa femme pour achalander sa 
boutique^ non. C'est le petit bossu Faraud. Ce Quasimodo^ ce For- 
tunio contrefait, aimé maternellement par Madame Vidalin, rend à 
celle-ci tendresse pour tendresse. Mais voilà qu'Ariel devient tout à 
coup un affreux gnome. S'apercevant que Vidalin est un obstacle aux 
débordements de sa femme, Faraud ne s'avise-t-il pas d'empoisonner 
son maître ? Puis, comprenant le mal qu'il vient de faire, il s'em- 
poisonne lui-même. M. Alphonse de Launay nous dira qu'au dénoû- 
ment les coupables sont punis, que la « Maison Vidalin » dégrin- 
gole et que l'épiciére va cacher sa honte au fond d'un couvent, cela 
n'ôte rien à ce qu'il y a de malsain dans le sujet du drame, dans ses 
scènes passionnées et dans ses situations plus que risquées, 

— Il y a trois ans, M, Victorien Sardou fit représenter une comé- 
die intitulée : Dora, qui eut un grand succès, car on crut y voir la 
satire de certaines étrangères, femmes-espions, dont la néfaste in- 
fluence fut, en 1870-71, si fatale à la France, La Comtesse Damalanty^ 
du prince Lubomirsky, est la cousine germaine de Dora. Mêlée d'a- 
bord à toutes nos intrigues et à tous nos malheurs, elle va ensuite 
travailler à Saint-Pétersbourg pour le compte de M. deBismarck. Cette 
pieuvre diplomatique s'appelle alors la comtesse de Mahlberg, — et 
partout où elle pose le pied, le désastre l'accompagne. A Paris, sa 
beauté fatale, mise au service de la Prusse, amène des duels, des 
déshonneurs et des suicides. En Russie, l'espionne détruit le bonheur 
des familles, arme les fils contre leur père, propage le scepticisme, la 
corruption et l'injustice. Elle est, là-bas comme ici, la vipère enfiellée, 
la chouette de mauvais augure ! Aussi, lorsqu'à bout de lâchetés et 
de turpitudes, l'agente provocatrice de Berlin, devenue assassin et 
désespérant de se faire estimer de Nicolas Talarine (le seul homme 
qu'elle ait réellement aimé), se tue d'un coup de pistolet, on éprouve 
comme une sorte de soulagement. Par malheur, morte la bête, mort 
n'est point le venin. Il paraît que les Dalamanty pullulent, en Europe, 
par ces temps hybrides. Le prince Lubomirski a soulevé, en passant, 
un coin du voile de ces harpies. Mais là n'est pas le but de son livre. 
Il a voulu surtout montrer à la Russie le double cancer qui la dévore : 



- 30i - 

le germanisme et le nihilisme, Les nihilistes, dans ce pajs-là, sont 
les alliés de M. de Bismarck, lequel trouve aussi dans la bureaucratie 
russe peuplée d'Allemands, une armée d'auxiliaires. Pour l'auteur de 
la Comtesse Dalamanlij, la nation russe, enserrée par le germanisme et 
désagrégée par le nihilisme, est une nation dont l'autonomie lai pa- 
raît compromise, si elle n'extirpe radicalement et à temps les deux 
ulcères qui la rongent. Les Russes qui liront cet ouvrage compren- 
dront-ils rinvite? Ceci n'est point notre affaire. Bornons-nous à dire 
que la Comtesse Dalamanty est une œuvre hardie, originale et empoi- 
gnante, sinon irréprochable. Le premier chapitre du livre : Le Temple 
de la paix, estnne mordante photographie de Paris pendant l'Exposition 
de 1867. Le portrait des Talarine est aussi de toute beauté ■ — surtout 
la physionomie du chef de la famille, du prince Pierre. C'est le vrai 
Russe, le Russe qui se souvient de Souvarow et de Rostopchine. Su- 
perbe vieillard, homme tout d'une pièce, absolument dévoué aux an- 
ciennes traditions, aux anciens usages. Jamais le vieux boyard n'a pu 
s'habituer à dire « vous. » Il dit (i tu » à Dieu, à l'empereur et aux 
serfs de ses domaines, mais avec des intonations différentes. La façon 
dont il tutoie Dieu est si profondément respectueuse qu'elle en devient 
un véritable acte de foi. Ce représentant du passé émet des axiomes 
d'une justesse profonde. Ceux-ci entre autres : « L'éternel bien a pour 
« base le devoir. La famille forme le premier échelon de l'échelle cé- 
<( leste ; la patrie vient ensuite ; Dieu est en haut. Les novateurs stupides 
« qui prêchent la fraternité universelle sont les partisans du plus fé- 
« roce individualisme. Les tigres et les loups n'ont pas de patrie; 
« aussi, s'entre dévorent-ils? La patrie, c'est la famille agrandie. » 
Sages paroles dont la France actuelle serait bien inspirée de faire 
son profit ! 

— De la Russie, passons en Sicile. M. Emmanuel Gonzalès, avec la 
Servante du Diable^ nous transporte dans une île volcanique. La Ser- 
vante du Diable, la Stregga (strygge, sorcière), est une certaine 
Fabiana, mère d'un bâtard dont le marquis de Campo-Forte est le 
père. Ce marquis de Campo-Forte a deux enfants : Giovanni, le fils 
naturel, et Diodato, le fils légitime. H y a haine et lutte entre les 
deux jeunes gens, et tout l'intérêt du roman gît dans cet antago- 
nisme. L'action se passe au dix-huitième siècle. M. Emmanuel Gon- 
zalès nous représente la Sicile comme un pays opprimé, pressuré, 
peuplé de sbires et de proscrits, de bandits et de tyrans. Fabiana la 
Sorcière traverse en vengeresse les temples en ruines et les grottes 
souterraines. Attentive et farouche, elle veille sur son fils Giovanni, 
favorise l'amour de ce chef de révoltés pour la juive Judith et l'aide à 
triompher de son rival Diodato. La Servante du Diable est un récit 
coloré, mouvementé. Les mœurs de ces paysans superstitieux qui ont 



— 302 — 

conservé une foi robuste aux enchantements et aux opérations ma- 
giques dont Théocrite et Virgile redisent la formule dans leurs 
églogues, sont décrits dans un stjle véhément, imagé, plein d'allure. 
La Fabiana a quelque chose d'épique. Mais la Servante du Diable n'en 
est pas moins un mauvais livre. Et voici pourquoi : l'auteur — ce qui 
est une faute à la fois contre la vérité et contre l'esthétique — 
n'admet la vertu, le dévouement, le courage, la générosité que dans 
le peuple. Tous les nobles qu'il met en scène sont de fieffés coquins, 
des monstres sans nom ou des personnalités orgueilleuses et dures; 
tous les prêtres qui traversent le drame sont grotesques ou impla- 
cables. Au contraire, Giovanni, le bâtard, Fabiana la Sorcière, Judith 
la juive, les proscrits, les bandits même, sont des héros, des cœurs 
sublimes, de grandes âmes. Evidemment — et sans doute contre les 
intentions de l'auteur — les esprits ignorants peuvent tirer de ces 
généralités trop absolues des conclusions fâcheuses. M. Alfred Asso- 
lant, lui aussi, dans le Plus hardi des gueux, a mis en scène le peuple, 
le clergé et la noblesse du dix-huitième siècle ; mais — quoique son 
impartialité soit souvent en défaut, — il a su éviter les injustices de 
M. Emmanuel Gonzalès. A coup sûr, Bernard de Ventadour, duc 
d'Uzerche, fourbe, cruel, menteur, hypocrite et suborneur de jeunes 
filles, est un bien triste sire. Ses compagnons de plaisir et les gens 
qu'il a à sa dévotion sont de vrais chenapans. On crierait à l'impos- 
sible, si, comme contraste, comme correctifs, n'apparaissaient les 
loyales et sympathiques figures du bon curé de Saint-Eustache et de 
la marquise de Latour-Maubrac, sœur de Bernard de Ventadour, une 
sorte de fée bienfaisante qui répare les crimes de son frère. Le 
peuple, dans le livre de M. Assolant, est évidemment trop flatté; 
mais il n'y a pas que des saints en sarrau dans le Plus hardi des gueux. 
Il y a aussi des coquins. Sous ce rapport, ce serait faire de la critique 
pointue que d'insister davantage. Là n'est pas le côté damnable de 
M. Assolant ; il est dans les réflexions dont il assaisonne les aven- 
tures de Rienquivaille. M. Assolant a trop lu Voltaire. Disons pour- 
tant, à la décharge de l'auteur du Plus hardi des gueux, que son vol- 
tairianisme est un voltairianisme gouailleur. Il n'a rien de haineux, et 
sa gaîté en atténue le venin. L'intrigue du roman est celle-ci : 
Ninon, fllle du bonhomme Marteau, est aimée de Jean-de-Dieu Rien- 
quivaille. Mais Bernard de Ventadour essaye pareillement de papil- 
lonner autour de Ninon. De là des guet-apens, des bousculades, des 
estocades, des courses au clocher, des escarmouches, des enlèvements, 
dans lesquels Rienquivaille, « le plus hardi des gueux, » apparaît 
toujours comme le deus ex machina. Finalement, c'est a le plus hardi 
des gueux » qui triomphe. Il y a dans le livre trois physionomies sai- 
sissantes : d'abord Rienquivaille, peintre, poète, musicien, bohème 



- 303 — 

avec des airs de gentilhomme, leste, bien fait, le cœur sur la main, 
héroïque, fou, très-sympathique; puis, Ninon, un petit amour de 
fillette, avec des yeux que Greuze eût voulu peindre, mais d'une 
vertu à toute épreuve; enfin, Joseph Théodore Marteau, l'épicier 
trembleur, possédant pignon et boutique sur rue près la Tour Saint- 
Jacques la Boucherie, bourgeois tranquille, paisible de caractère, 
exact aux échéances, homme respecté dans son quartier, homme 
considérable, homme à raise_, homme qui... homme que.... bref, 
malgré ses défauts, un bon homme et un excellent père de famille. 
Marteau a des successeurs. Ce sont les Jérôme Paturot de notre 
société contemporaine. 

— Nous aurions encore à dire un mot d'une douzaine de romans qui 
viennent de paraître. Mais le temps et l'espace nous manquent. Re- 
mettons la chose à notre prochaine revue trimestrielle, et, sans tran- 
sition, abordons les Contes et les Nouvelles. On publie les œuvres 
posthumes de George Sand, et ces œuvres posthumes sont des Contes, 
et des Contes de grand'mère encore. Lélia, grand'mère, voyez-vous 
celad'ici? Eh bien ! oui, George Sand était, dans ces derniers jours, 
passée à l'état d'aïeule, et c'est pour ses deux petites-filles. Aurore et 
Gabrielle, qu'elle a écrit le Chêne parlant, le Chicn^ la Fleur sacrée., Ce 
que disent les fleurs, le Marteau rouge, le Gnome des huîtres^ la Fée 
Poussière, la Fée aux gros yeux, le Château de Pictordu, la Reine Coax, 
les Ailes de courage, le Nuage rose, le Géant Yeous et VOrgue du Titan. 
Quelques-uns de ces contes, tels par exemple que l'Orgue du Titan, la 
Fée aux gros yeux, le Gnome des huîtres et la Fleur sacrée (le lotus) 
laissent passer des bouts d'oreilles sur lesquels on lit : panthéisme, 
boudhisme, métempsycose et migration des âmes. Mais les autres 
ne méritent que des éloges, et des éloges sans réserves. Le mer- 
veilleux de la narration cache toujours une moralité ou une leçon 
— et les fées évoquées par George Sand enseignent, celle-ci l'amour 
du travail, celle-là les avantages de la vertu. D'autres révèlent à la 
petite Aurore et à la petite Gabrielle les merveilles de la minéralogie, 
de l'entomologie et de la botanique. Le Chêne parlant, le Géant Yeous 
et le Manoir de Pictordu, où se marient si harmonieusement le réel et 
ridéal, sont des démonstrations on ne peut plus ingénieuses de la 
puissance moralisatrice de la souffrance et delà supériorité de l'homme 
sur les forces aveugles de la nature. Il y a, dans le Manoir de Pictordu, 
une touchante théorie sur les rapports du monde visible et du monde 
invisible. Il y est question des mères mortes qui veillent sans cesse 
sur leurs enfants confiés aux soins des marâtres. Dans les Ailes de 
courage, George Sand nous présente un jeune Pythagore rural qui, 
comme saint François d'Assise, comprend et explique le langage des 
oiseaux — avec cette différence cependant que Clopinet ne sait pas, 



— ;ioi — 

comme le séraphique François, idéaliser et déifier les créations du 
bon Dieu. Dans la Reine Coax, la reine des grenouilles, qui se pare 
d'émeraudes, qui joue de Téventail, qui danse la sarabande, qui passe 
la moitié du jour à faire la pecque et la mijaurée et qui crève à la 
peine, la grand'mère a voulu prouver que la vanité était un vilain 
défaut et qu'une jeune fille doit chercher à plaire uniquement par ses 
vraies qualités et non pas des qualités d'emprunt. En résumé, il y a dans 
les Coules d'une grand'mère des pages de toute perfection : «Il ne manque 
que Dieu à George Sand, » disait Raymond Brucker. En effet, si Dieu, le 
Dieu vivant — et non le Dieu des philosopheurs,un Dieu qui pue Tencre — 
apparaissait dans ces Contes, ce seraient d'incomparables chefs-d'œu- 
vre. Aux Contes d'une grand'mère se rattache un volume de Nouvelles, 
comprenant la Coupe, Liipo Livcrani, le Toasl et la Rêverie à Paris. On 
aurait mieux fait de laisser dormir ce volume dans les tiroirs de la 
châtelaine de Nohant. Il n'ajoute rien à sa gloire. Au contraire ! ce 
sont, en partie, des conceptions de la George Sand des mauvais jours, 
des jours d'impiété et de révolte. La Rêverie à Paris est un dithyrambe 
en l'honneur de la ligne droite, de la rue tirée au cordeau, si souvent 
critiqué par l'école romantique. Le Toasl est un petit rien, écrit pour- 
tant avec une plume d'or. Restent la Coupe et Lupo Liverani, sur les- 
quels portent principalement nos blâmes. La Coupe est un poëme 
féerique en prose, nuageux, obscur, monotone, conçu d'après les 
idées druidiques des Triades bardiques, de Jean Reynaud, d'Henri 
Martin et de Michelet-Dumesnil. La « Coupe des fées » donne la 
beauté, la jeunesse, la puissance, l'immortalité — mais elle ne donne 
pas le bonheur. Si bien que le dernier mot du poème aboutit au dégoût 
de la vie. Le prince fabuleux dont la fée Zilla s'est constituée la pro- 
tectrice en arrive à s'écrier : « La mort, c'est l'espérance. » Belle 
devise, mais seulement dans une bouche chrétienne. Quant à Lupo 
Liverani^ drame en trois actes, imité de Tirso de Molina, nous ne 
pouvons en louer que le style. La donnée est dirigée contre un des 
dogmes les plus redoutables du catholicisme. L'œuvre de Gabriel 
Tellez (Tirso de Molina) est la plus hardie création du théâtre espa- 
gnol. Mais c'est un drame sincèrement religieux, un véritable auto, 
fait, selon les croyances du temps où il a été écrit, par un moine à qui 
Dieu avait départi le génie d'un Shakespeare. Cette œuvre effrayante, 
audacieuse et puissante, a pour titre : El Condenado por dcsconfiado, le 
Damné pour manque de foi. On peut y voir une sorte de parabole des- 
tinée à rendre intelligible au peuple la doctrine catholique de la grâce 
efficace. George Sand a dénaturé la conception rigoureusement ortho» 
doxe de Gabriel Tellez, conception très-large d'allures, ne compor- 
tant rien d'étroit, de mesquin, de ridicule. Au dénoûment à^El Con^ 
denado, tout de réconciliation et de pardon, le dernier mot reste à 



— 30o — 

Dieu. Dans Lupo Liverani,\e dernier mot esta Satan, qui dit au héros 
principal, à Angelo devenu ermite : « C'est au désert que je règne sur 
« celui qui n'aime que lui-même. Va ! invente des supplices pour ton 
a corps, et persiste à croire que le sang est plus agréable à Dieu que 
« les larmes. Je t'aiderai à dessécher ton cœur et à développer par 
« de fécondes imaginations le précieux germe de férocité qui fait les 
« saints exorcistes et les inquisiteurs canonisés. » Ne croirait-on pas 
lire une page du Réveil ou de la Lanlerne. 

— M'"'= Durand (Henri Gréville) arrive encore de Russie_, non avec 
un roman, cette fois, mais avec un stock de Nouvelles : Stéphane Maka- 
riejf, Vera., V Examinateur , le Meunier et Anton Massilof. Trois de ces 
Nouvelles: Vera, le Meunier et Anton Massilof, mettant en scène, ici 
une coquette qu'une plaisanterie de son fiancé mène au tombeau, là 
un rustre comme il j en a tant, ailleurs un secrétaire d'ambassade 
dont TinJécision est le péché mignon, sont à peu près insignifiantes. 
Par contre, dans Stéphane et l'Examinateur, nous avons deux joyaux 
qu^on dirait sortis de la cassette de Mérimée ou de Técrin de Tour- 
guéneff. h' Examinateur \}onTV3iit'mênie entrer, sans conteste, dans le 
petit nombre des contes non fantastiques d'Hofi'mann. Les bonnes et 
braves figures du professeur Maréguine, de sa gouvernante, de son 
élève — une pauvre orpheline qu'il épouse presque sans s'en douter, — 
ont une netteté et un charme singuliers, provoquant tour à tour une 
larme ou un sourire. Stéphane Makarieff \a,\it, esthétiquement parlant, 
VExaminateur : mais l'histoire de ce paysan russe qui se marie sans 
amour, qui vit en adultère avec sa voisine et qui tue sa femme légi- 
time, manque absolument de moralité. Or, dans des courts récits de 
ce genre, le manque de moralité est chose particulièrement cho- 
quante. Et c'est précisément le défaut dans lequel sont partiellement 
tombés M. Emile Bosquet et M. Georges de Peyrebrune. Il y a pour- 
tant dans le recueil de M. Emile Bosquet une petite perle : les Oiseaux 
de Berthe. C'est court, naturel, simple, délicat, ravissant. Que n'a-t-il 
montré le même tact dans Séraphine et Léonie et surtout dans Une 
'OilUgiature, narration passablement leste où se donnent la réplique 
une Parisienne, un vieux beau et un viveur? Tous personnages qui 
sont loin d'être des prodiges de vertu ; il est vrai de dire néanmoins 
que l'expérience les corrige. Aussi lestes sont certains Contes en l'air 
de M. Georges de Peyrebrune : notamment la Tante Berthe. Incontes- 
tablement la Tante Berthe a une réelle valeur littéraire. Il est fâcheux 
que le côté poétique, spirituel et original (une jeune tante à la mode 
de Bretagne qui se déguise en petite vieille pour dégoûter son neveu 
Daniel et qui ne réussit que mieux à lui inspirer de l'amour), il est 
fâcheux, dis-je, que les qualités sérieuses du récit soient déparées par 
une tendance visible à prodiguer les descriptions anacréontiques et 
Avril 1878. T. XXII, 20. 



— 306 — 

les scènes libres (genre Daphnis et Chloé). La Tante Bcrthe a fourni a 
M. Georges de Peyrebrune Toccasion de célébrer le Périgord, belle 
province où ne se trouve pas seulement des dindons truffés et des 
cèpes à la bordelaise, mais oîi il pousse aussi des Montaigne, grands 
dénicheurs de paradoxes, des Fénelon, sublimes pécheurs d'âmes, 
des Dumesnil, braves plébéiens qui deviennent des héros en défendant 
la patrie. Mentionnons seulement pour mémoire, comme faisant partie 
des Contes en l'air : Sous les branches, banalité puérile ; Une fenêtre 
dans l'autre monde, qui fait involontairement penser au chien si intelli- 
gemment fidèle d'Aubry de Montdidier (voir \d. Morale en action) ; Une 
horrible histoire, laquelle n'est pas du tout une histoire horrible, puis- 
qu'il ne s'agit que de la noyade simulée d'un affreux king-charles ; enfin, 
YAppollon Pythicn, petit poëme mythologique où sont racontées (trop 
librement) les défaillances de la prêtresse Pamphila. Et voilà tout! On 
dit que, sous ce nom vraiment romantique de Georges de Peyrebrune, 
se cache une femme, et une femme de beaucoup d'esprit. L'esprit y 
est, très-certainement. Mais l'auteur des Contes en l'air fera bien — 
sans devenir pour cela collet-monté — de déshabiller un peu moins 
son style. Chez une femme, le style trop décolleté déplaît et jure. 

FlRMlN BoissiN. 



JURISPRUDENCE 



Traité de droit français privé et public, par A. Mocllart, docteur en droit, professeur 
de droit et d'économie politique à Amiens. Paris, Guillaumin, 1877, in-8 de xxxil- 
694 p. Prix : 10 fr. — Manuel de la législation française à l'usage de tout le monde, par 
M. Emile Benoit, avocat, juge-suppléant à Avignon. Paris, Larose, 1877, in-12 de 
vii-416 p. Prix : 4 fr. — Etudes sur lot communauté réduite aux acquêts, par M. Ch. 
Piolet, docteur en droit. Paris. Marescq aîné, 1877, in-8 de 201 p. Prix : 4 fr. — De 
la séparation de biens sous le régime dotal, par M. Vdèrat, docteur en droit, substitut 
à Etampes. Paris, Cotillon, 1877, in-8 de 191 p, Prix : 3 fr. — Elude sur le caractère 
et les conditions conslilutivcsdu mariage endroit romain et en droit français, -par M. BÉDROS 
Th. Chachian, docteur eu-droit. Paris, Blot, 1875, in-8 de 167 p. Prix : 3 fr, — 
De la succession légitime et testamentaire en droit international privé, par M. Charles 
Antoine, docteur endroit. Paris, Marescq aîné, 1876, in-8 dexii-!80 p. Prix : 3 fr. 
— La Faillite dans le droit international privé, par M. G. Carle, professeur à l'Univer- 
sité de Tarin, traduit et annoté par M. Ernest Dubois, professeur à la faculté de 
Nancy. Paris, Marescq, 1875, in-8 de xi-163 p. Prix : 4 fr. — La Législation de 
l'Algérie, par M. Je.anvrot, substitut à Ajaccio. Paris. Cotillon, 1877, in-8 de 76 p. 
Prix : 2 fr. — L'Egypte et sa réforme judiciaire. Paris, Auguste Ghio, 1875, in-8 
de 174 p. Prix : 2 fr. — Etude sur l'extradilion, par M, E. de Vazelhes, docteur en 
droit. Paris, Pichon, 1877, in-8 de 230 p. Prix : 5 fr. — Précis d'un cours de droit 
criminel, par M. E. Villey, professeur à la faculté de Caen. Paris, Durand et 
Pedone-Lauriel, 1876 et 1877, 2 vol, comprenant ensemble 551 p. Prix : 4 fr. — 
Code-Manuel du juré d'assises, par G. Fenet, avocat, Paris, Cotillon, in-r2 de 317 p. 
Prix : 1 fr. 25. — Des exruses légales en droit pénal, par M. A. de Sarrau DE BOYNET, 
avocat. Paris, Thorin, 1875, in-8 de Viil-531 p. Prix : 10 Ir. — La Séduction, par 
M. Albert Millet, avocat. Paris, Cotillon, 1876, in-12 de 223 p. Prix : 2 fr. 50. —Dic- 
tionnaire de droit électoral, par M. A. Bavelier. ancien avocat au Conseil d'Etat et à 
la Cour de cassation. Paris, Paul Dupont^ 1877, in-8 de 511 p. Prix : 11 fr, — Code det 



— 307 — 

■ lois de la presse, par M. Rolland de Villap.gues. Paris, 1876, 3» éditiou, Marescq 
aîné, in-8 de 120 p. Prix : 4 IV. — De la propriété des mines, par M. K. Chevallier, 
docteur en droit. Paris, Marescq aine et Baudry, in-8 de 201 p. Prix : 4 fr. ^- 
Code des the'âtres, par M. Ch. Constant, avocat à Paris. Paris, Durand et Pedone- 
Lauriel, 1876, in-12 de 370 p, Prix : 3 fr. 50 — Leçon d'ouverture du cours de droit 
civil approfondi dans ses rapports avec V enregistrement, par M. E. DUBOIS, professeur à 
la faculté de Narcy. Paris, Cotillon, 1876, in-8 de 41 p. 2 fr. 50. 

L'année dernière, à cette même place^ nous entretenions nos lec- 
teurs des résultats du concours ouvert par TAcadémie des sciences 
morales et politiques en 1872, et dont le programme était ainsi for- 
mulé : « Exposer avec^ la clarté nécessaire pour être compris par 
touSj les règles fondamentales du droit français, '^t montrer les rap- 
ports de ce droit avec les principes de la morale et avec rutilité 
générale... » Nous rendions compte à cette époque des deux ouvrages 
qui avaient valu à leurs auteurs, MAL Jourdan et Glasson, le premier 
et le second prix. Nous avons à parler aujourd'hui du traité de 
M. MouUart, que les juges du concours ont placé au troisième rang, 
tout en lui décernant une mention très-honorable. Dès les premières 
lignes de l'introduction, nous sommes heureux de relever cette phrase 
qui garantit les sentiments de l'auteur, et qui semble indiquer de sa 
part une parfaite intelligence des difficultés du sujet : a Mon intention 
n'a pas été de faire un manuel qui pût prendre sa place dans le cabi- 
net de l'homme d'étude, comme dans la mansarde de l'ouvrier et dans 
la chaumière du paysan. Je ne connais qu'un livre assez court, assez 
beau, assez indispensable, assez universel, assez bon marché, car il 
faut tenir compte de ces nécessités économiques, pour pénétrer par- 
tout et s'adresser à la fois à l'ignorant et au savant ; mais ce livre, 
l'Evangile, est un code des devoirs, et il a d'autres auteurs et d'autres 
vulgarisateurs que des professeurs de droit. » 

Cela est bien dit autant que bien pensé. Mais pourquoi faut-il qu'en 
dépit des promesses de ce début, M. Moullart soit précisément tombé 
dans recueil qu'il signalait lui-même? Il s'est laissé entraîner à com- 
poser un véritable manuel. Son livre, nous le craignons, est trop 
scientifique pour ceux qui ne sont pas initiés à la connaissance du 
droit, trop superficiel pour ceux qui veulent entreprendre des études 
sérieuses. Préoccupé à l'excès du désir de ne rien omettre, il accorde 
trop de place à des détails que son cadre ne comportait pas. Les 
grandes lignes perdent ainsi de leur netteté; les développements pré- 
sentent souvent la sécheresse inséparable des nomenclatures ; les la- 
cunes pourtant y abondent encore, et la critique y fait parfois défaut. 
Le lecteur est fréquemment déconcerté par la distribution toute nou- 
velle des matières. Enfin, si les intentions sont louables, la philoso- 
phie n'est pas toujours suffisante. En particulier, les démonstrations 
du droit de propriété (p. 169), et du droit de transmission par der- 
nière volonté (p. 428), sont loin de nous satisfaire. 



— 308 — 

— Le Manuel de In lègiskUion française à l'usage de tout le monde, 
par M. Emile Benoit, est également une œuvre de vulgarisation, 
mais les visées sont plus modestes. On y trouvera des conseils pra- 
tiques, qu'accompagnent des formules et des modèles d'actes usuels. 

— Au contraire, M. Piolet, dans sa monographie sur la Commu- 
nauté réduite aux acquêts, s'est placé à un point de vue surtout scien- 
tifique. Cette étude est précédée d'une introduction dans laquelle 
M. D. de FoUeville, le professeur bien connu de la faculté de Douai, 
fait ainsi ressortir l'intérêt du sujet : « La plupart des auteurs n'ont 
consacré jusqu'ici à ce sujet que des développements fort courts. Au- 
cune monographie spéciale n'a été, à notre connaissance, publiée et 
mise dans le commerce. Nous dirions volontiers qu'il y a là une véri- 
table ingratitude en présence des services que rend, dans la pratique, 
la communauté réduite aux acquêts. » Désormais cette lacune est 
comblée. Le livre de M. Piolet est un exposé très-complet, très-subs- 
tantiel, très-compétent. 

— Cette matière si vaste et si difficile des conventions matrimo- 
niales a également appelé l'étude de M. Y uébsit. De la séparation de 
bieiis sous le régime dotal, tel est le titre de l'ouvrage que vient de 
publier ce jeune magistrat, dont le nom a déjà été mis en évidence 
par le concours de 1876, pour les fonctions d'attaché au parquet. 
Il témoigne, dans ce sujet un peu aride et très-spécial, de connais- 
sances approfondies et d'une vraie puissance de dialectique. 

— Nous sommes redevables àM.Bédros-Th. Chachian d'un excellent 
traité sur le Caractère et les conditions consiitutives du mariage. C'est 
un ouvrage que nous aimons à signaler, ])arce qu'il dénote un travail 
consciencieux, des recherches intelligentes, et qu'il s'inspire, dans 
les grandes controverses soulevées autour de la question, d'un esprit 
vraiment libéral^ au sens juste et chrétien de ce mot. L'auteur par- 
court les législations de l'antiquité : chemin faisant, il fournit sur les 
coutumes de l'Arménie des renseignements curieux et nouveaux. 
Examinant ensuite le droit français moderne, il en fait une exposition 
très-complète. Non content d'analyser, il apprécie; et nous ne pou- 
vons que partager son sentiment, qu'il résume ainsi : « La loi civile 
nous paraît avoir commis une double faute : premièrement, le jouroà 
l'Assemblée législative changea la nature du mariage en ne tenant 
aucun compte du sacrement; secondement, le jour où les articles or- 
ganiques enlevèrent aux catholiques le droit de recevoir la bénédic- 
tion de l'Église, avant de se rendre à la cérémonie civile (p. 89). » 

— Nous sommes loin de l'époque où le législateur n'avait à se 
préoccuper que des seuls habitants de sa cité ou de son empire, et où 
les jurisconsultes romains ne mentionnaient les étrangers que pour 
leur dénier toute espèce de droits, en les flétrissant sous la qualifîca- 



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lion de barbares. Avec le développement toujours croissant des rela- 
tions internationales, l'étude du droit international privé prend une 
importance également croissante. C'est là une brandie essentiellement 
moderne de la science juridique. Déjà des travaux remarquables ont 
été accomplis ; mais le champ est vaste et promet encore d'amples 
moissons à ceux qui tenteront de l'exploiter. Aussi félicitons-nous 
M. Ch. Antoine d'avoir pris pour sujet de thèse de doctorat l'examen 
des conflits qui peuvent surgir en matière de successions entre les 
diverses législations. D'après lui, les règles que la raison commande 
sont les suivantes : u Le succession d'une personne est réglée par 
la loi de la nation à laquelle cette personne appartient. — Il en est 
ainsi quel que soit le pays où se trouvent les biens laissés par le dé- 
funt, quelle que soit la nature de ces biens, meubles ou immeubles, et 
quel que soit enfin le pavs où a eu lieu le décès.... » — Mais M. An- 
toine ne se borne pas à émettre le vœu que ces règles soient désor- 
mais consacrées par le commun accord des législations européennes. 
Il va plus loin, et c'est ici que nous hésitons davantage à le suivre : il 
soutient que d'ores et déjà, dans l'état actuel de notre code, u ces 
mêmes principes peuvent et doivent être suivis en France, aucun 
texte de la loi française ne s'opposant à ce qu'ils le soient. » Cette 
opinion est fortement appujée par M. Ernest Dubois, professeur à la 
faculté de Nancy, dans la préface dont il a honoré l'œuvre de son 
élève. 

— De l'ouvrage préc