(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Polybiblion: Revue bibliographique universelle"

Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



BT=34C, I 



HARVARD COLLEGE 
LIBRARY 



» 



PROM THE FUND OF 

FREDERICK ATHEARN LAME 

OF NBW YORK 
OÊÊtat tUf 



i 



/.-^ ■ ■-•. 

POLYBIBLION 



REVUE 

BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



PREMIÈRE ANNÉE 



TOME PREMIER 

FÉVRIER— JUILLKX 



PUBLICATION DE LA SOCIÉTÉ BIBLIOQRAPHIOUB 



PARIS 

AUX BUREAUX DE LA REVUE 

77, RCB IMJ BAC, 77 



•••^ 






REVUE 



BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



IMPRIMERIE JULES MOUREAU 

A EàI.VT-QCENTIN. 



POLYBIBLION 



REVUE 

BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



PREMIERE ANNEE. - TOME 1". — 1*" LIVRAISON 

PËVRIKR 



PUBLICATION DB LA SOCIÉTÉ BIBLIOOHAPHIOUK 



PARIS 

AUX BUREAUX DE LA REVUE 

77, R«R DU BAO, 77 



BP 3^é-' 









^ 9. ^ O ^oC, 

HARVARD COLLEGE LIBRARY 



POLYHIBMON 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



THÉOLOGIE ET JURISPRUDENCE 



Explication de l'A.p<»calypse, par M. l'abbé d'Rt^:marp.. Paris, Ernest 
Thorin. Gr. in-18 de 548 pages. — Prix : 4 h\ 

Sans parler des saints Pères et des grands commentateurs de TÉcri- 
tnre, qui tous se sont occupes plus ou moins de TApocalypse , plusieurs 
Explications particulières de ce livre mystérieux ont été publiées, de- 
puis Bossuet, La Chetardie, François de Bovet, jusqu'à nos jours- 
Parmi les études spéciales sur ce livre qui ont paru en ces dernières an- 
nées, il faut mentionner celle de M. Tabbé d*Etémare. Dès ses premières 
pages, Tauteur expose ce qu'il appelle le plan de T Apocalypse. Selon 
lui, ce livre peut se diviser en trois parties distinctes : la première se- 
rait comprise dans le chapitre premier et formerait comme la Préface 
du livre ; la deuxième commencerait au second chapitre , irait jus- 
qu'au quatrième et renfermerait les Instructions morales ; la troisième 
occuperait tout le reste de cette Révélation divine et présenterait sur- 
tout les Prophéties. 

L'auteur reprend ensuite chacune de ses parties et les étudie dans 
leur ensemble. Il fait voir les idées principales qui ressortent de la pré- 
face ; il montre que les instructions morales qui suivent cette préface 
exposent Tétat général de TÉglise lorsqueS.Jean écrivait;et il offre en- 
fin le sommaire, le plan abrégé des prophéties de TApocalypse, les- 
quelles, dit-il, commencent au chapitre quatrième et sont liées entre 
elles de la manière la plus étroite. 

Après ces préliminaires, que nous serions tenté de trouver plus clairs 
ou du moins plus concluants que le corps de Touvrage lui-même, 
M. Tabbé d'Etémare suit chacun des chapitres de TApocaljpse et les 
commente verset par verset ; de sorte que son œuvre est plutôt analy- 
tique que synthétique, ce qui fait qu'on en saisit moins l'ensemble que 
dans rétude préliminaire. Ses explications partielles, en y regardant 
de près, se relient néanmoins aisément. On y trouve souvent des vues 
ingénieuses et profondes^ des rapprochements heureux avec d'autres 
passages de rÉcriture, des aspirations élevées et toujours une grande 
piété unie à un sentiment catholique parfait. 

Nous ne pensons pas qu'on puisse reprocher à l'auteur aucune ten- 
dance vers le millénarisme de quelque nuanco qu'il soit. Il nous semble 
avoir très-bien compris que les prophéties de TApocalypse, comme le 
déclarent plusieurs commentateurs autorisés, concernent les faits de 

FÉVRISR i868; { 



rhistoire de TÉglise se déroulant à travers les âges jusqu*à la consom- 
mation des siècles.Et si M. Fabbé d^témare admet queJésas-Cbrist ait 
trioiîiphé ici-bas pendant mille ans avec ses saints, ce qu'indique!' Apo- 
calypse (chap. xx) et ce que semblent justifier les faits do Thistoire do 
rÉglise aux meilleurs jours de l'époque du Moyen Age, il n'en est pas 
moins vrai qu^il ne croit pas, comme les millénaires, à la réalisation du 
règne de Dieu avant le second Avènement. 

Ce n'est qrïaprès cet Avènement glorieux que M. l'abbé d'Etémare 
Tattend, et nous n'en voulons pour preuve que la courte citation sui- 
vante, la seule que nous puissions faire de son livre : a Après ces mille 
ans, dit-il (les mille ans dont il est parlé au chap. xx de V Apocalypse), 
le dragon est déchaîné de nouveau ; il recommence à séduire et à per- 
sécuter. Gog et Magog viennent attaquer le camp des saints ; cette at- 
taque est la dernière de toutes. Le souverain Juge parait, son tribunal 
est dressé, les hommes ressuscitent et comparaissent devant lui ; le 
jugement se prononce, et leur sort est fixé. La nouvelle Jérusalem 
descend du ciel. La description qui en est faite occupe les deux der- 
niers chapitres et termine la prophétie. (( Telle est , ce nous semble, 
toute la donnée de l'étude de M. d'Etémare : dans cette mesure nous 
ne voyons rien qui contredise l'opinion des théologiens et des commen- 
tateurs les plus autorisés. L. F. Guérin. 



I^e Rè^ne temporel de «lésua-Cilirlat 9 étude sur le mUlénarisme 
par le R. P. L. Lescœub, de l'Oratoire. Paris, Douniol, 1868. In-8' de vii-367 
p.— Prix; 5 fr. 

Quelle est la nature de ce mystérieux royaume de Dieu annoncé au 
monde aussitôt la naissance de l'enfaut de Bethléem ? Quel cas faut-il 
faire des interprétations de cette royauté du Christ présentées en termes 
si contradictoires à diverses époques ? Enfin quel est le sens véritable 
de ces paroles par lesquelles le Messie proclamait lui-même devant la 
Synagogue sa royauté : a Vous l'avez dit, je suis roi ; mais mon 
royaume n'est pas de ce monde? » Nulle question n'estplusintéressante 
et aussi plus importantepar ses conséquences dans la science religieuse, 
dans l'histoire du monde, et aussi dans la pratique des faits. L'école 
critique quise dit indépendante avait jugé bon de l'envelopper de ses 
nuages et de la dénaturer par ses sophismes. A en croire M. Renan, 
Jésus, pour rendre plus accessible à l'humanité régénérée sa morale 
trop austère, eut l'idée de l'appuyer sur la croyance d'un royaume tem- 
porel auquel il devait présider en personne et dont la réalisation devait 
avoir lieu dans un avenir rapproché de son premier avènement ; et, 
interprétant à sa manière cette croyance à un règne temporel du Christ 
qui a signalé les débuts de la nouvelle religion , et qui, sous le nom de 
millénarisme, a traversé les siècles, M. Renan affirme que le Messie a 
été millénaires 



On comprend donc l'opportunité qu'il y avait à rétablir le vrai sens 
de la doctrine de rÉvangile et de l'Église sur cette question fondamen- 
tale. C'est ce qu'a réalisé le R. P. Lescœuravec une science, un talent 
et une netteté remarquables. Il n'avait qu'à cboisir à travers les monu- 
ments multiples de l'Ecriture et de la tradition, pour éclairer les points 
de savoir si Jésus-Christ et ses apôtres ont eu en vue un royaume ma- 
tériel dans le temps, comment il faut interpréter à ce sujet les doc- 
trines du chantre de TApocaljpse, quelle est la valeur dans la tradi- 
tion des arguments présentés par les principaux représentants de 
l'opinion millénaire , enfin ce qull faut penser des opinions qui ont 
cours aujourd'hui sur le règne temporel de Jésus-Christ avant la con- 
sommation des siècles. 

Nous ne pouvons entrer dans le détail des démonstrations que l'au- 
teur nous présente sur tous ces points; qu'il nous suffise de dire que la 
curiosité par lui éveillée est complètement satisfaite par la lecture de 
son livre. 

Après avoir réduit à néant la thèse de M. Renan et vengé la royauté 
du Christ, après avoir montré le millénarisme ce qu'il est dans la réa- 
lité contemporaine, une question vidée et une théorie sans adhérents 
sérieux dans l'Église, le R. P. Lescœur, abordant le côté actuel de son 
st]get, passe en revue les conceptions plus ou moins divergentes et tou- 
jours libres que les chrétiens ont pu se faire de l'extension, de la durée 
ou de la prépondérance dans le monde présent du vrai royaume de 
Jésus-Christ, qui est l'Église. 

Il faut lire ces pages qui, mettant l'Église en présence de la société 
moderne, font voir qu'elle n'a rien à redouter de ce que l'antichristia- 
nisme s'efibrce de lui opposer, et qu'elle a des ressources de jeunesse 
et de vérité qui lui permettront de s'assimiler, en les disciplinant, les 
plus légitimes aspirations du présent et les plus enviables conquêtes de 
Tavenir. On se rappelle les idées éloquentes qu'a émises sur ce vaste 
sujet on autre philosophe, un chrétien aussi, mais séparé de la commu- 
nion catholique. Nous ne craignons pas de le dire, à ce point de vue le 
R. P. Lescœur complète et rectifie M. Guizot: c'est un nouveau mérite 
de son livre. De tels écrits garderont le rang supérieur qu'ils prennent 
dès leur apparition dans les monuments de la controverse religieuse et 
historique du xix* siècle. A. de Richbcouii. 



L«e Credo de Boeeuet* Exposition de la doctrine chrétienne recueillie 
des œuvres de Bossuet, sur le conseil de Mgr Tévêque d'Orléans, par le vi- 
comte Ch. DE Caquebay, membre de l'Académie de Sainte-Croix d'Orléans. 
Paris, Ch. Douniol. 3 vol. in-12 de liv-1150 p. — Prix : 9 fr. 

MgrDupanloup a publié en 1835 un ouvrage, extrait des œuvres de 
Fénelon, sous ce titre : Le Christianisme présenté aux hommes du monde 
par Fénelon. Il projetait alors de donner un livre analogue, extrait de* 



— 8 — 

œuvres de Bossuet. Sur les instances de Tévéque d^Orléans, un de 
ses diocésains s'est mis à l'œuvre et nous donne aujourd'hui le Credo 
de Bossuet. 

M. de Caquerej, en exposant, avec le seul texte de Bossuet, les 
grandes vérités de la religion, apartagé son livre en trois grandes divi- 
sions : Dieuj Jésus-Christ, l'Église. Après une introduction où Bossuet 
proclame les droits imprescriptibles de la Vérité à l'attention, au res- 
pect, à l'amour, nous avons toute une théodicée chrétienne. L'auteur 
emprunte à la Connaissance de Dieu et de soi-même les preuves de l'exis- 
tence de Dieu. Les Élévations, les Méditations sur V Evangile, divers 
sermons, lui fournissent d'admirables développements sur les attributs 
de Dieu, sur la sainte Trinité, sur la création. Viennent ensuite trois 
livres sur la spiritualité et l'immortalité de l'âme, la liberté de l'homme , 
les devoirs de l'homme envers Dieu et le péché originel. 

Jésus-Christ dans son incarnation, sa rédemption, sa résurrection et 
son ascension, tel est le sujet de la seconde partie, qui remplit le 
deuxième volume. L'éternité du Verbe, les prophéties sur la venue du 
Sauveur, sa conception, sa naissance, son enfance , sa vie cachée et 
publique, tout cela forme un exposé historique dont l'auteur a su ras- 
sembler avec art les divers éléments. Puis Bossuet nous raconte la pas- 
sion du Sauveur, l'institution de l'Eucharistie , et nous fait contem- 
pler Jésus-Christ dans sa gloire , après nous l'avoir montré sur le 
Calvaire. Quel plus beau livre opposer aux déclamations qui ont 
retenti naguère, et dont l'écho affaibli se perd dans la grande voix de 
Bossuet, qui domine et illumine tout ! Mgr Dupanloup a bien raison 
de parler de la « stupeur mêlée d'attendrissement » où plonge la lec- 
ture de ces pages. 

Mais nous voici en présence de l'Eglise. « C'est là peut-être le 
triomphe de Bossuet, » dit encore Mgr Dupanloup dans sa lettre à 
l'auteur : « Bossuet l'a vengée comme on venge une mère, avec un 
amour qui l'inspire : » Tout le troisième volume de M. de Caqueray est 
rempli par ces pages si puissantes, si tendres, si chaleureuses, et qui 
sont, en même temps que le plus bel hommage rendu à l'Eglise catho- 
lique, l'un des plus admirables monuments de la langue française. Le 
Saint-Esprit fondateur de l'Eglise ; l'autorité, les caractères, les ensei- 
gnements de l'Eglise ; les fins dernières, telles sont les grandes divi- 
sions de cette troisième partie. M. de Caqueraj recommande avec rai- 
son à l'attention des protestants ce que dit Bossuet du grand mystère 
de l'Eucharistie. 

(( Il faut bénir Dieu, dit Mgr l'évêque d'Orléans, que la plus belle 

langue française ait été consacrée à chanter Dieu, Jésus-Christ et 

. TEglise, et ne puisse plus vivre sans porter désormais partout cette 

triple et sublime confession. » Nous ajouterons avec l'illustre évêque 

qu'il faut remercier M. de Caqueray de s'être imposé la tâche labo- 



9 ~ 



rieuse de rassembler en un corps méthodique tant de fragments épar.^, 
et le féliciter d'aroir si bien rempli cette tâche : sa meilleure récom- 
pense sera dans le succès qui accueillera le Credo de Bossuet et dans 
la reconnaissance de tous les lecteurs. L. Caubbrout. 



C»ractérl«tl<iue« de» Aalnts dans l*art populaire» énumérées 
et expliquées par le P. Ch. Cahier, de la Compagnie de Jésus. Paris* Pous- 
sielgue. 1867. Grand in-l** avec de nombreuses gravures intercalées dans le 
texte. — Prix : 64 fr. 

Cet ouvrage a pour but de réunir sous forme de dictionnaire, et 
dans Tordre alphabétique, les représentations des saints, ainsi que les 
symboles et les attributs qui caractérisent chacun d'eux. Il est inutile 
d'insister sur Futilité pratique d'un pareil recueil, qui est indispensable 
aux artistes, aux archéologues et a toutes les personnes que la piété 
porte à rechercher les moindres détails des légendes hagiologiques. 

Ces études ont déjà fourni, en Allemagne et en Angleterre, des livres 
spéciaux : en France, à l'exception du Dictionnaire iconographique 
de M. Guénebault, sur lequel je reviendrai dans un instant, on en était 
réduit à déplorer une lacune dans les bibliothèques. Le P. Ch. Cahier 
rappelle les noms de ses devanciers : M. Helmsdœrfer, le généralJ.de 
Radowitz, J. H. Parker, W. Menzel, Mme Jameson. Citons aussi les 
travaux moins étendus de M. l'abbé Crosnier et, tout récemment, de 
M. l'abbé Gareiso. 

Dès 1851, M. L. H. Guénebault annonçait la préparation des Ca- 
ractéristiques des Saints. Lui-même^ dans l'Encyclopédie Migne, avait 
fait suivre son Dictionnaire iconographique d'un Répertoire général 
et édphabétique de leurs attributs; mais il déclarait alors qu'il n'avait 
voulu que constater l'indication matérielle de ceux-ci, sans en expliquer 
les raisons et Torigine. C'est justement ce que le P. Cahier a voulu 
faire. Chaque représentation d'un saint, chaque attribut est commenté 
et expliqué : si M. Guénebault a fait un album, le P. Cahier a fait le 
texte. Ajoutons que l'auteur des Caractéristiques signale un grand 
nombre de faits qui ne se trouvent pas dans le Répertoire général des 
attributs des Saints : plusieurs attributs relatés dans ce dernier ouvrage 
nous ont paru omis, sans doute volontairement, dans les Caractéristi- 
ques; le P. Cahier aurait peut-être dû les mentionner, et indiquer briè- 
vement les motifs qui ne lui permettaient pas de les admettre. 

Ce livre est orné d'excellentes et nombreuses gravures. S'il est per- 
mis de manifester un regret, c'est celui de voir un ouvrage aussi utile 
publié avec un luxe qui, en lui donnant un grand prix dans le com- 
merce le rend inaccessible à beaucoup de lecteurs. Espérons qu'il y en 
aura plus tard une édition populaire. Anatole de Barthélémy. 



— JO — 

Loi aallque, d'après un manuscrit de la Bibliothèque centrale de Varso- 
vi^ précédée d'une préface et d'une notice sur un manusait de la Lex emendala 
de la Bibliothèque impériale de Saint-Fétershourg, par Romuald Hubé, membre 
honoraire de l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg. Var- 
sovie, de l'imprimerie de la Gazette po/omiise. Paris, A. Durand, 1867. in-8<» 
de xxi-47 pages. — Prix : 2 fr. 

Les manuscrits de la Loi salique ne sont pas excessivement rares. 
Dans son bel ouvrage sur cet antique monument de notre législation, 
M. Pardessus en décrit soixante-cinq, dont trente-cinq en France, et 
sur le nombre, vingt-neuf appartiennent à la Bibliothèque impériale. 
Mais ces manuscrits sont de valeur très-inégale. 

On peut distinguer quatre rédactions de la Loi salique, La première 
doit remonter au temps de Clovis; elle est entièrement païenne et 
se divise en 65 titres. La deuxième rédaction a la même divi- 
sion que la première, mais elle a été corrigée par une main chré- 
tienne ; ainsi on y trouve reproduites les dispositions d'un décret par 
lequel Childebert II, en 395, défendit sous des peines sévères les ma- 
riages prohibés pour cause de parenté par les lois ecclésiastiques. La 
troisième rédaction présente le même caractère chrétien, mais est di- 
visée en 99 titres. La deuxième et la troisième rédaction appartiennent 
encore au droit mérovingien. La quatrième, connue vulgairement sous 
le nom de Zex emendata, ne date que de la période carlovingienne . 
Elle est le résultat d'une révision opérée, par ordre de Charlemagne, 
au commencement de son règne. 

Le plus grand nombre des manuscrits ne donnent que le texte de la 
Lex emendata. Les manuscrits où Ton trouve les trois rédactions an- 
térieures sont au nombre de quinze seulement. Ce sont : pour la pre- 
mière rédaction, les manuscrits 1' de Paris, lat. 4.404, 2° de Paris, 
suppl. lat. 65, 3** de Volfenbuttel, coté Weissenburg, 97, 4° de Mu- 
nich, coté Cimel, iv. 3. g. (ils ont été tous quatre publiés par M. Par- 
dessus, Loi salique, p. 3, 36, 161, 195) ; pour la seconde rédaction, les 
manuscrits, de Paris, lat. 4,403 B. et fonds Notre-Dame, 252. F. 9. 
(Us ont fourni à M. Pardessus un texte unique édité par lui dans sa 
Loi salique^ p. 69). Les mss. de la troisième rédaction se divisent en 
deux classes : ceux qui sont glosés et ceux qui ne le sont pas. Les pre- 
miiers sont les plus complets et les plus curieux; on en connaît trois : 
le n« 136 de Técole de médecine de Montpellier, le n° 4,627 lat. de 
Paris et le n\731 de Saint-Gall. (M. Pardessus a publié le texte du 
premier avec les variantes fournies par les deux autres, Loi salique^ 
p. 117). Ceux qui ne sont pas glosés sont au nombre de six : deux à 
la Bibliothèque impériale, les mss. lat. 4,409, 4,629 ; le n^ 729 de Saint- 
Gall; le n° 846 de la reine Christine, à la Bibliothèque vaticane ; un ms. 
de a bibliothèque de Thomas Philips, à Middlehill, et celui que vient 
de publier M. Hubé. Ces deux derniers volumes viennent de la biblio- 



— 41 — 

thèque du collège de Clef mont, qui appartenait aux jésuites et qui fut 
vendue en 1764, lors de la suppression de Tordre en France. Le trans- 
port de ces deux manuscrits à l'étranger est un dos avantages que nous 
avons retirés des mesures violentes prises par le parlement contre la 
célèbre compagnie. 

Celui qui fait l'objet de la brochure de M. Hubé n'était pas connu 
de M. Pardessus, qui a publié son ouvrage en 1813. Mais en 1850 je le 
trouve signalé dans la Lexsalica^ de M. Merkel (p. vu). Il appartenait 
alors au professeur Keller, à la vente duquel M. Hubé Ta fait acheter. 
11 est maintenant devenu la propriété de la bibliothèque de Varsovie. 
Nous l'avons perdu pour toujours. Comme dédommagement, M. Hubé 
nous donne l'édition qui fait l'objet de cette notice. 

Ce texte n'a pas le prix d'une leçon inédite de la première rédaction 
de la Loi salique, ni même d'une leçon glosée de la troisième ; mais tel 
qu'il est, il a une réelle importance, puisqu'il n'a pas subi les correc- 
tions officielles de la période carlovingienne. Tous les savants qui tont 
une étude spéciale de la législation barbare devront lui donner place 
dans leur bibliothèque, à côté de la Loi salique de Pardessus et do la 
Lex salica de Merkel. 

Dans la préface , M. Hubé étudie en général les caractères de la 
troisième rédaction. Il émet l'opinion qu'elle a dû être faite dans la 
partie sud-ouest de la Neustrie, c'est-à-dire dans la Touraine ou l'Or* 
léanais, et dans la seconde moitié du vu** siècle, bien que tous les ma- 
nuscrits soient postérieurs. Puis il examine les caractères distinctifs du 
texte qu'il publie; il indique divers changements, inspirés par le désir 
d'être plus clair, plus bref, plus correct, et qui donnent au manuscrit 
de Varsovie une place à part parmi les manuscrits de la troisième ré- 
daction ; en quelques endroits mêmes ce manuscrit reproduit des leçons 
empruntées à la première rédaction, et qui manquent dans le texte de 
la troisième rédaction publié par M. Pardessus. M. Hubé termine sa 
préface par une notice sur le manuscrit de Saint-Pétersbourg, qui, 
contenant la Lex emendata et des capitulaires du ix^ siècle, est sans 
intérêt pour l'étude du droit mérovingien. Le texte du manuscrit de 
Varsovie vient ensuite. Il parait établi avec grand soin. M. Hubé a 
fait imprimer en italiques tous les passages où ce manuscrit contient 
des leçons diférentes de celles qu'a publiées M. Pardessus. 

On ne peut que féliciter l'éditeur d'emplojer ainsi les loisirs que lui 
donnent sa fortune et la suppression du gouvernement de Pologne. Ce 
travail n'est pas lo seul que nous lui devions sur l'ancien droit fran- 
çais. La Bévue historique de droit donnait dernièrement un Mémoire 
du même érudit sur la formation de la loi bourguignonne. Le sénateur 
russe reconnaît noblement par ces publications l'accueil que dans ses 
voyages à Paris il reçoit des savants français, 

H. D'ArBOISDB JUBAINVILLEi 



— 12 — 

Traité cle« contrAl» ou de» obllgatloiiA conventionnelles 
en erénéral, par M. Dëuoloube. T. I. Paris, Durand et Pedone-Lauriel, 
1868. ïn-8- de 600 p. — Prix:8fr. 

Il j a plus de vingt années que M. Demolombe a entrepris la tâche 
difficile qu'il continue avec succès. Son cours de code Napoléon avance 
lentement : la persévérance de Tauteur, Tautorité que son nom et sa 
science ont acquise, font désirer que l'ouvrage ne reste pas inachevé, 
et que rien maintenant ne vienne arrêter la publication de ce monument 
juridique. 

Le volume qui vient de paraître est le vingt-quatrième dans Tordre 
de la publication. Il comprend le commentaire de la première partie du 
titre consacré par notre code « aux contrats et aux obligations con- 
ventionnelles en général. » Nous appesantir sur Futilité et le mérite de 
cette œuvre, sur le soin apporté dans Texamea des espèces principales 
que les tribunaux ont eu à décider, sur la multiplicité des renseigne- 
ments et la profondeur des vues, serait vouloir répéter une chose que 
chacun sait. Il est préférable, et ilrentre plus dans notre but, d'indi- 
quer les points saillants que Tauteur a traités et les aperçus spéciaux 
sur lesquels il a cru devoir insister. 

Exposer les principes généraux de la matière^ les conditions essen- 
tielles pourla validité des conventions, aborder les < effets des con- 
trats », en un mot expliquer les art. 1101 à 1155 du code Napoléon, tel 
est Tobjet du livve. 1/ auteur a rencontré dans son travail plusieurs 
questions importantes par elles-mêmes ou fort controversées. Il les exa- 
mine, rapproche etrésume les arguments proposés de part et d'autre, 
en apporte souvent de nouveaux, et ne se décide qu'après l'étude la 
plus approfondie. Par exemple, lorsqu'il a étudié et développé la 
théorie des risques, il conclut que, « dès que le contrat est formé^ les 
risques de la chose doivent concerner l'acheteur. )> Solution équitable 
à tous égards, mais qui, dans certains cas, peut paraître excessive. La 
combinaison du texte primitif du code avec les diverses lois qui se sont 
succédé n'est pas une des sources les moins abondantes de difficultés. 
Dans la matière qui nous occupe, se présentaient les effets produits par 
la loi de 1855 au sujet de la transcription sur les obligations. Matière 
nouvelle encore, dont dix années de pratique n'ont pas complètement 
fait disparaître les obscurités. Cette loi, dit M. Demolombe (p. 449) 
n'a rien changé au principe du code que la vente est parfaite par le 
seul consentement ; elle n'a qu'un but, « la garantie des tiers auxques 
le vendeur pourrait conférer des droits dans l'intervalle de la vente à 
la transcription. » La sérieuse discussion engagée sur ce point et 
sur ses conséquences n'est certainement pas un des moins utiles mor- 
ceaux de ce livre. 

L'auteur ne pouvait avancer sans se trouver en présence de la théo- 
rie des dommages-intérêts. Il l'aborde, en effet, et c'est par elle qu'il 



— 13 — 

termine ce volume. Il lui conserve toute Timportance qu'elle doit 

avoir. 

On nous permettra en terminant d'exprimer le vœu que cette œuvre« 
dont les développements successifs ont apporté déjà tant d'utiles lu- 
mières à la science et à la pratique, arrive promptement à son terme. 

G. DE Sbnnevillb. 



SCIENCES ET ARTS 

I^e MatérlAlIsme et la Science, par E. CjlRO, professeur à la Faculté 
des lettres de Paris. Paris, Hachette, 1867. Gr. in-18 de de ti-292 p. ~ 
Prix : 3 fip. 50. 

« Nous essayons de démontrer dans ce livre, dit M. Caro, que les 
sciences positives, quels que soient d'ailleurs ]eurs étonnants progrès 
et leur ambition plus grande encore, ne sont ni en droit de supprimer 
la métaphysique, ni en mesure de la remplacer. » C'est bien là en effet 
le point de vue général des neuf chapitres dont se compose le livre, 
lies premiers chapitres montrent qu^il j a une science expérimentale 
fort légitime et que la philosophie peut louer, parce qu'elle est mesu- 
rée dans ses déductions et qu^elle ne nie pas ce qu'elle ne peut con- 
nutre, à savoir le domaine de la spéculation philosophique qui lui 
échappe. Il montre, par un livre de M. Cl. Bernard et un autre de 
M.Chevreul, le vrai rôle delà donnée expérimentale qui se contente de 
bien constater les faits et d'en tirer les déductions qui s'y trouvent 
exactement conteoues. 

Ce premier point établi, M. Ë. Caro nous amône à la fausse science 
dont il veut faire la critique, et c'est là le vrai but qu'il poursuit. Nous 
assistons à la naissance du nouveau matérialisme des Buchner, des 
Molleschott et autres : une exagération de la philosophie transcendant 
taie allemande donne lieu à une réaction réaliste qui ne veut plus en- 
tendre parler que dematière. En France, le positivisme qui avait écarté 
Dieu et la métaphysique avait préparé le terrain ; car les matérialistes 
nouveaux présentent ce dilemme aux positivistes : ou Dieu et l'esprit 
sonty et vous avez tort de les écarter ; mm s'ils ne sont pas^ ce que 
vous démontrez en prouvant qu'on peut s'en passer, pourquoi ne le 
dites- vous pas franchement? Mais les positivistes ne sont que des 
matérialistes déguisés et hypocrites, comme le prouve M. Caro, en 
notant le parti constant qu'ils ont pris en faveur de tout ce qui est 
contre Dieu et l'esprit. 

Nous voilà en plein dans la discussion. L'auteur expose les thèses du 
matérialisme, la négation de Dieu et de la création, la négation de 
l'àme et de la pensée,la négation de l'immortalité et de la liberté, etc. 
Puis il montre à cette prétendue science expérimentale qu'elle n'est pas 
démonstrative mais affirmative, car elle ne démontre rien^ et même ne 



— 14 — 

peut rien démontrer parce que son dogmatisme est parement négatif. 
Il établit que le matérialisme expérimental est incompétent dans les 
questions rationnelles, et qu'il tire des conclusions qui ne sont pas con- 
tenues dans les prémisses ; il lui montre qu'il est spécialement incom- 
pétent dans les questions d'origine et de fln, puisque l'origine et la fin 
des choses échappent forcément à tout contrôle de l'expérience. Enfin, 
il pose que les sciences dites positives et la métaphysique ont chacune 
un terrain propre qu'il faut maintenir, et que dans leurs déductions ces 
deux ordres de recherches ne peuvent s'exclure. Il termine par un 
appel à la concorde, en formulant le vœu que l'esprit scientifique et 
l'esprit philosophique s'unissent un jour et se complètent. 

Ce livre est agréable à lire et très-instructif; il est bien écrit, dit 
les choses avec beaucoup de raison, et fait connaître, en même temps 
que les thèses matérialistes, les objections solides que la raison seule 
peut leur opposer. On peut regretter cependant qu'il ait trop ménagé 
les honteuses doctrines^ qu'il soufflette avec des gants de velours, et 
qu'il ait trop négligé les arguments théologiques dont il pouvait tirer 
un grand parti. C'est au moins ce que lui reprocheront ceux qui de 
notre temps estiment que toutes les sciences doivent être unies. 

F. Frédault. 

Illfttolre des cla»ee» ou^vrléres en France, depuis 1789 jusqu'à 
nos jours y par L. Levasseor, professeur d'histoire au lycée Napoléon. Paris, 
Hachette, 1867. 2 vol- in-8* de ilvi-535 et 574 p. — Prix : 15 fr. (Ouvrage 
couronné par rÂcadémie des sciences morales et politiques.) 

Cet ouvrage forme la suite de celui que M. Levasseur a écrit, il y a 
quelques années, sous le titre d'Histoire des classes ouvrières en France 
dans f ancien régime. Il n'est au fond rien moins que l'histoire écono- 
mique de la France depuis la Révolution. L'auteur a adopté l'ordre 
chronologique, et passe en revue les divers régimes qui se sont succédé 
dans notre pays. 

On pourrait distinguer trois choses dans ce livre : Thistoire des lois 
et des institutions, l'histoire de l'industrie elle-même et le progrès 
du travail, l'histoire de la condition des hommes et les changements, 
j'ose à peine dire les progrès, apportés par notre siècle dans leur 
existence. 

L'histoire des lois peut se résumer en un mot : elle est le tableau de 
la lutte continuelle du principe de liberté et du principe de réglemen- 
tation. Ainsi le premier terrain qu'il fallait conquérir à la liberté était 
celui des conditions mêmes du travail. La Révolution débuta par la 
suppression complète de toute entrave : au travail organisé elle substi- 
tua le travail libre, par l'abolition de ces célèbres maîtrises ou corpo- 
rations sur lesquelles l'auteur porte un jugement juste, mais fort sévère, 
car il leur refuse même la part de justice et d'utilité que d'autres au- 



— i5 — 

teurs leur ont accordée. Mais plus tard, après le rëtablisseroent du 
pouvoir et le retour aux idées d'ordre, l'esprit de réglementation re- 
parait, et successivement les professions des officiers ministériels, des 
médecins, pharmaciens, libraires^ maîtres de poste, bouchers, boulan- 
gers, cabareliers, cessent d'êtres libres. C'est de nos jours seulement 
que d'autres principes venant à prévaloir, la liberté a été rétablie pour 
plusieurs de ces industries. 

En faisant disparaître le régime des anciennnes corporations, la Ré- 
volution n'avait pas du même coup tranché définitivement la difficile 
question des rapporta entre ouvriers et patrons. Cette question, dans 
une histoire des classes ouvrières, devait nécessairement occuper un 
des premiers rangs. C'est là que se trouve Thistoire du droit de coali- 
tion, et aussi l'histoire des coalitions demeurées célèbres dans notre 
pays. Les anciennes institutions, qui avaient disparu des lois plus vite 
que des mœurs, avaient en quelque sorte survécu à elles-mêmes dans 
le compagnonnage, contre-partie mystérieuse et menaçante de la cor- 
poration, et qui subsita seul quand celle-ci eut cessé d'exister. ISHis- 
toire des classes otwrières renferme de curieux et intéressants détails 
sur lea vicissitudes de ces vastes associations, qui ne furent le plus 
souvent que de grandes machines de guerre contre la liberté de l'in- 
dustrie, car les compagnons de chaque devoir, enfants de Salomon, 
enfants de maître Jacques, enfants du père Soubise, gavots et dévoi- 
rants, tous fiers de leurs secrets et de leurs initiations, se faisaient une 
guerre qui eut parfois d'autres armes que celles d'une concurrence pa- 
cifique et laborieuse. 

La même lutte de l'esprit de liberté et de l'esprit de réglementation 
se reproduit sur un plus grand théâtre, celui des lois commerciales ; 
entre le libre échange et la prohibition, la législation .commerciale de 
la France a constamment oscillé, depuis la prohibition absolue du blocus 
continental jusqu'à la complète liberté qu'on préconise aujourd'hui. 
Ces alternatives sont retracées par M. Levasseur, non pas avec tout le 
détail qu'elles pourraient recevoir,maisavecceuxque comporte le plan 
de l'ouvrage. Peut-être mêmepourrait-ontrouverque ces matières n'ont 
qu'un rapport éloigné et indirect avec son titre et son objet principal, 
mais ce n'e$t pas nous qui nous plaindrons d'un surcroît de richesses, 
et cette partie du livre est assurément curieuse et fort instructive. 

A côté de l'histoire des institutions économiques , M. Levasseur 
retrace aussi l'histoire du travail lui-même , l'histoire de l'industrie 
proprement dite. Nous y voyons le début des expositions industrielles, 
leux*s progrès, leur triomphe et leurs résultats, Tintroduction des ma- 
chines dans le travail manuel et la révolution qu'elles produisent dans 
l'industrie ; nous voyons naître ces grandes industries du fer, de la 
houille, des étoffes^ du coton, qui ont atteint en soixante ans des pro- 
portions imposantes. 



— 16 — 

Une autre réYolation qui se produit daiis le même temps vient des 
rapporu étroits qui s^établissent entre la science et le trayail : la 
science devient industrielle, et l'industrie cherche à devenir savante ; 
cette dernière j gagne des procédés nouveaux, des méthodes plus per- 
fectionnées, des instruments, des agents de travail, qu'elle ne con- 
naissait pas. L'influence de Tart sur notre industrie est beaucoaf 
moins firappante ; néanmoins le tableau des variations du goût dans 
rarchitecture, dans les industries de luxe, les étoffes, Fameublement, 
devait trouver sa place dans cette histoire du travail. Ce sujet touche 
aussi à la question de Tiastruction et de Téducation des ouvriers. 

Ceci nous amène à parler de la partie la pins importante et la plus 
considérable de Touvrage : Thistoire des personnes, le tableau de la 
condition matérielle et morale des classes ouvrières. Quant à la condi- 
tion matérielle, Tauteur ne doute pas ^et sa conclusion ne sera guère 
contestée) qu^elle ne se soit améliorée ; Tétade des mœurs populaires 
actuelles, comparées avec celles des générations précédentes, donne 
le droit d* affirmer que les classes ouvrières, aujourd'hui, vivent mieux 
que par le passé, plus largement, avec plus de besoins, mais par suite 
plus de jouissances. Une grande ombre, toutefois, existe à ce tableau : 
c'est le paupérisme, les crises et les chômages. 

Quant à la condition morale, la question est bien plus complexe ; 
elle en renferme plusieurs, dont chacune mériterait une histoire spé- 
ciale. Là, en effet, se place le tableau, nécessairement abrégé, de ces 
fameux systèmes que vit éclore la fin de la Restauration, et qui sem- 
blent aujourd'hui, à nous qui les jugeons de loin et de sang-froid, si 
monstrueux et si étranges. Toutes les utopies des socialistes, Saint- 
Simon, Fourrier, Proudhon^ Cabet, ont leur place dans YBistoire des 
classes ouvrières, ainsi que le lamentable dénoûment qu'elles ont eu 
dans les ateliers nationaux et dans la guerre civile du mois de juin 1848. 

Là aussi, quoique dans un autre ordre d'idées, doit se placer ce qui 
concerne le patronage et l'assistance, sous toutes leurs formes : les 
sociétés d'épargne et de secours mutuels, les caisses de retraite, les 
fondations charitables, les associations ouvrières ; puis la question de 
la moralité du peuple, toujours aux prises avec deux grands ennemis, 
rivrogneric et la débauche. Enfin c'est là aussi que se place la grande 
et capitale question de l'instruction populaire, dont l'importance a 
totgours été croissant parmi nous avec le progrès de la démocratie... 

Un mot maintenant sur les tendances de l'auteur et sur sa façon 
d'écrire. Ses principes en matière d'économie et de politique sont ceux 
qui sont aujourd'hui admis par les économistes comme principes scien- 
tifiques. Il professe le respect de la liberté des échanges et du travail, 
la haine de la réglementation inutile, l'estime de tout ce qui forme 
l'esprit et élève le cœur du peuple. 11 rend pleine justice en particulier 
aux efforts tentés en ce sens par la chariié catholique. Il est peut-être 



un pen sëvère pour l'ancien régime, pour la Restauration, un peu ad- 
mirateur du temps présent ; mais ce sont là de ces opinions libres 
qui n'altèrent pas Tirapartialité de l'histoire. J'aurais seulement dé- 
siré, soit dans les éloges soit dans le blâme, trouver chez M. Levas- 
seur un ton plus accentué, un peu plus de fermeté dans les jugements. 
On pourrait souhaiter également plus d'animation dans le style et 
une manière plus vive de présenter les événements. 

R. DB hk Serre. 



l^'llomme avant l'Histoire , étudié d'après les monuments et les 
CDsturaes retrouvés dans les différents pays de l'Europe , suivi d'une des- 
cription compai'ée des niœura et des usages des sauvages modemos , par 
sir John LuBBOCK. Traduit de l'anglais par Ed. Bârbieii. Paris, Germt»r Bail- 
lière, 1868. In-8 de oi2 p. avec 156 figures intercalées dans le texte. — 
Prix: M) fp. 

Il y a un siècle à peine que la géologie a commencé à prendre son 
rang parmi les sciences naturelles. Les recherches géologiques appli- 
quées à l'étude de l'homme primitif sont plus récentes encore. Une 
trentaine d'années, tout au plus, s'est écoulée depuis que M. Boucher 
de Perthes a signalé dans le bassin de la Somme l'existence d'objets en 
silex, travaillés de main d'homme et associés à des ossements d'ani- 
maux appartenant à des espèces éteintes. Pendant assez longtemps, 
ces découvertes passèrent inaperçues, ou du moins firent peu de sensa- 
tion. Le monde savant s'en tenait à l'opinion de Cuvier, qui regardait 
comme dénuée de fondement l'hypothèse de la contemporanéité de 
rhomme et du mammouth ou du rhinocéros à narines cloisonnées. Ce- 
pendant les recherches entreprises en Belgique, sur plusieurs points de 
la France et de TAngleterre, contraignirent bientôt les géologues à 
modifier leur ancienne manière de voir. 

Bien que les vestiges de l'homme primitif n'aient encore été retrouvés 
que dans un nombre fort restreint de localités, que les fouilles opérées 
dans le but de les ramener à la lumière se soient étendues seulement sur 
une partie de l'Europe occidentale et quelques portions isolées du nou- 
veau monde, elles n'en ont pas moins amené des résultats considérables. 
Plusieurs ouvrages ont déjà paru, destinés à les faire connaître au 
public. Parmi ces derniers, nous citerons celui de Sir John Lubbock. 
C'est un des mieux faits qui aient été publiés jusqu'à ce jour et des 
plus complets. Il a de plus l'avantage de n'être point écrit dans un es- 
prit hostile aux vérités révélées, et nous devons savoir d'autaçt plus 
de gré à l'auteur d'une telle disposition d'esprit, qu'elle ne se rencontre 
pas toujours dans les œuvres des géologues. Commençant par l'époque 
la plus rapprochée do nous, pour remonter le cours des siècles, l'auteur 
étudie en premier lieu l'emploi du bronze dans l'antiquité. Il nous rap- 
■ Févrieh 1868. 2 



— 18 — 

pelle à ce sujet qu'Hésiode déclare l'usage du fer récent chez ses com- 
patriotes. Homère associe ce dernier métal aux substances rares et 
précieuses, telles que Tor et Fargent. On peut conclure de ces faits que, 
vers le viii* ou le ix* siècle avant notre ère, les Grecs ne faisaient que 
sortir de la période du bronze. L'on a donc toute raison de ne point 
faire remonter l'usage du fer dans notre Occident au delà de l'époque 
de la giierre de Troie. D'un autre côté, les relations étaient dés lors 
actives et fréquentes entre la Grèce et l'Orient. Si les Phéniciens 
avaient possédé ce métal depuis longtemps, ils n'auïaient pas cer- 
tainement attendu l'époque de Salomon pour en répandre l'usage 
dans leurs colonies méditerranéennes. Dans le nord et l'ouest de l'Eu- 
rope, ce métal n'apparaît que beaucoup plus tard. Chez les Scandi- 
naves, on ne* trouve de traces de son emploi que vers le commencement 
de notre ère. 

L'âge de bronze a donc duré fort longtemps. Autant que l'on en peut 
juger par l'épaisseur des couches du limon où se trouvent des armes ou 
ustensiles de bronze, les commencements de cette période devraient 
remonter au plus tôt à quinze ou vingt siècles avant notre ère. Elle fut 
précédée d^une époque où le métal fort rare, peut-être même complè- 
tement inconnu, était remplacé parla pierre polie. Cependant l'on a 
retrouvé, dans une des couches dites de la pierre polie, des cités lacus- 
tres de la Suisse, deux ou trois petits objets, soit en bronze, soit en or. 
En tout cas, l'homme connaissait dès ce temps-là la plupart des ani- 
maux domestiques, ainsi que la culture du blé, et la faune sauvage 
elle-même différait peu de ce qu'elle est aujourd'hui. Le zubr ou urus^ 
qui hantait encore les forets de la Germanie au temps de César, n'existe 
plus, il est vrai, à l'état sauvage; mais plusieurs zoologistes voient en 
lui la souche, le premier ancêtre de noire bœuf domestique. Les pro- 
grès de la civilisation et ceux de l'agriculture amenèrent sa destruction 
en tant qu'espèce sauvage. La même cause paraît devoir entraîner sous 
peu la disparition du castor et du bison d'Amérique, si l'on ne s'avise 
de recueillir les derniers survivants de ces deux races dans nos jardins 
d'histoire naturelle. 

Toutefois cette période de la pierre taillée, dont les débuts peuvent 
être reportés avec un degré suffisant de probabilité à trente-cinq siècles 
avant notre ère, n'est pas cependant celle où l'homme commence à 
habiter l'Europe. Le pasteur de l'âge de la pierre polie a été précédé 
par une population faisant usage d'instruments en os, en corne de 
renne ou en pierre simplement taillée. L'homme de cette époque vivait 
exclusivement de chasse ou de pêche, ne connaissait l'usage d'aucun 
animal domestique, sans excepter le chien. Le seul progrès un peu 
marquant qu'il eût fait dans la voie de l'industrie, c'était d'en être ar- 
rivé à connaître l'art du potier. Encore la cuisson de l'argile ne paraît- 
elle pas avoir été pratiquée chez toutes les tribus primitives. L'indi- 



— 19 — 

gène de TEurope devait donc, à plus d'un égard, se rapprocher de 
rAustralien ou du naturel de la terre de feu. 

On a beaucoup discuté sur la durée qu'il convient d'attribuer à cette 
période de la pierre taillée. Les géologues partisans des causes lentes 
lui octroient libéralement plus de trois mille siècles, et sir J. Lubbock 
serait assez disposé à accepter ce calcul ; d'autres plus modérés se oon- 
tenteraient de trente mille ans. Heureusement il est ici bien permis 
de douter, et les deux chiffres que nous venons de citer ne sont pas 
plus certains l'un que l'autre. L'épaisseur des couches ne fournit plus 
nn élément de calcul suffisant, dès que l'on admet un changement de 
olimat. Les hivers étant beaucoup plus rigoureux alors qu'ils ne le sont 
actuellement (ce que prouve l'abondance des débris de renne), la fonte 
des neiges devait engendrer des cours d'eau supérieurs en puissance et 
en activité à ceux de nos jours. Les dépôts, par conséquent, se for- 
maient avec une rapidité doutrienne peut donner Tidée, et telle coucha 
qui, dans l'état actuel des choses, exigerait pour se constituer des 
milliers d'années, a pu ^tre ]e résultat d'un très-petit nombre de siècles. 
Enfin la race de la pierre taillée était, dit-on, brachjcéphale et oâ'rait 
un tjpe mongoloïde suivant toutes les apparences; c'est d'elle que des- 
cend la race basque actuelle, puisque dans l'idiome euskarien les noms 
des animaux domestiques, et surtout ceux des métaux, ont une origine 
étrangère. Cependant l'on a trouvé sur les bords du Rhin, dans les 
couches regardées comme les plus anciennes de cette période, deux 
crânes celtiques, celui d'Engis et celui de Neanderthal. Les Celtes au- 
raient donc, dès cette époque, commencé leur migration vers l'Ouest. 
Toutefois, la philologie nous apprend que cette race ne peut pas s'être 
détachée du rameau aryo-japhétique en des temps si reculés. Elle a 
d'ailleurs apporté en Europe la connaissance des animaux domestiques, 
peut-être celle de certains métaux. Si nous la trouvons sur quelques 
points contemporaine de la race de pierre taillée, tenons pour certain 
que cette dernière ne remonte ni à trois cents ni même àtrente mille ans. 

A coup sûr, les cinquante ou soixante siècles généralement attribués 
jusqu'à ce jour à l'apparition de l'homme sur la terre, ne constituent 
pas un article de foi, la Bible ne nous fournissant pas pour ces âges re- 
culés un système de chronologie bien rigoureux; main enfin les élé- 
ments de calcul adoptés parles géologues sont loin eux-mêmes d'offrir* 
une précision absolue. Il sera bon, pour savoir à quoi s'en tenir, d'at- 
tendre de nouveaux éclaircissements ; d'autant plus que de nouvelles 
études sur les couches paléolithiques de l'Italie et de la France n'assi- 
gneraient^ dit-on, qu'une ancienneté de neuf à onze mille ans à l'âge du 
renne et de la hyaena spelaea. 

Nous regrettons de ne pouvoir consacrer un plus long examen à 
l'œuvre de sir J. Lubbock; le peu que nous en avons dit suffira pour 
faire juger de son intérêt. H. db Charencey. 



— 20 — 

I>e la place de riioinme dan» la nature, par Th. H. UcxLgv, 
membre delà Société royale de Londres; traduit, annoté, procédé d'une in- 
troduction et suivi d'un compte rendu des travaux anthropologiques du 
Congi*ès international d'anthropologie et d'archéologie pré-historiques, tenu 
à Paris (session de 1867); par le D' E. Dally, secrétaire général adjoint de la 
Société d'anthropologie; avec une préface de l'auteur. Paris, J.-B. Bailliëre, 
1868. In-8*de xx-368 pages, avec 68fig. - Prix: 7 fr. 

Cet ouvrage contient en premier lieu une longue Introduction du tra- 
ducteur, destinée à mettre le lecteur dans un certain courant d'idées , 
où il doit être pour profiter du livre anglais. Il ne faut pas, y est-iidit, 
écarter de la science la question des origines, comme l'avait demandé 
le positivisme , mais Taborder résolument. La création est mise de 
côté, ainsi que tout ce qui peut être théologie et métaphysique, comme 
anti-scientifique. La science ne laisse voir que les mutations de la pla- 
nète et des choses qui la peuplent, et Fauteur s'efforce de démontrer la 
théorie des métamorphoses dans plusieurs paragraphes successifs ; de 
sorte que les êtres constituent une série progressive qui s'est développée 
peu à peu. L'homme présente lui-même plusieurs souches qui mon- 
trent une perfection successive dans un développement indéfini, et l'on 
peut concevoir la production d'une souche nouvelle plus parfaite que 
celle qui existe actuellement. 

Vient alors le livre même de Tauteur anglais, composé de trois essais. 
Dans le premier, on étudie le singe selon les documents historiques,en 
s'efforçant de rappeler combien il y a d'auteurs qui l'ont décrit comme 
semblable à l'homme. Le singe est un anthropoïde. Dans le second es- 
sai, M. Huxley compare l'homme au singe, en se basant sur le squelette, 
sur les dents, sur la main, sur le pied, sur le cerveau. Il reconnaît 
qu'il y a des différences, bien qu'il s'efforce de les atténuer. Il passe à 
pieds joints par-dessus les travaux de Gratiollet, omission que son tra- 
ducteur répare fort incomplètement. Il arrive à dire que, dans l'état 
actuel, on ne peut aflfirmerque l'homme vienne du singe, mais que l'on 
peut concevoir une époque où il y avait des singes plus parfaits et des 
hommes moins parfaits; qu'alors le trait d'union était possible. Dans 
le troisième essai, l'auteur examine tout ce qu'on a obtenu de renseigne- 
ments sur l'homme primitif ; il avoue qu'on ne peut y voir la forme pri- 
mitive rapprochée du singe que l'on pouvait espérer, mais que les rensei- 
gnements actuels de la géologie ne font pas remonter bien haut dans 
l'histoire de notre planète, et qu'il faut attendre ce que l'avenir fournira. 

Le traducteur a mis à la fin de l'ouvrage un appendice sur le congrès 
anthropologique tenu à Paris au mois d'août dernier. 

Ce livre est du genre de ceux qui ont pour but principal d'attaquer 
la religion au nom de la science ; il ne contient qu'un très-petit s ivoir, 
un grand nombre d'hypothèses, des injures et du mépris pour toute 
stioiico f^pirilualiste, et de continuels éloges pour tous les matérialistes 
connus. F. Frêdault. ' 



— 21 — 

L.e» Pol«»oiiB» les Reptile» et le» Oiseaux , par \a>vis Fin ci Fit. 
Ouvrage illustré de 400 ligures insérées dans le texte et de 2 i grandes coni- 
positionsy parA. Mesnel, A. de Neuville et E. Kiou. Paris, L. Hachette, iSG8. 
Gr. in-8* de 730 p. — Prix : 10 Ir. 

M. L. Figuier poursuit Tœuvre qu'il a entreprise sous ce titre géné- 
ral : La vie et les mceurs des animaux. Après Zoophytes et mollusques ; 
après les insectes^ voici que l'auteur réunit en un même volume les 
poissons^ les batraciens^ les reptiles et les oiseaux. Son plan primitif nous 
avait paru plus vaste, et nous pensions qu'il accorderait une place 
moins restreinte aux diverses espèces qui forment la grande classe des 
vertébrés. Quoi qu'il en soit^ le troisième volume de cette remarquable 
collection nous paraît être Tavant-dernier : Fauteur ne doit plus avoir 
à nous entretenir que des mamniferes. 

On connaît assez le genre de M. L. Figuier^ dont les nombreuses 
publications ont popularisé le nom. Son nouvel ouvrage a toutes les 
qualités des précédents et quelques-uns de leurs défauts. A des des- 
criptions soignées, écrites avec clarté, passant successivement en revue 
les diverses variétés, où la partie technique est aussi restreinte que 
possible, Fauteur a joint quelques korj-d'œuvre qu'on regrette de 
trouver dans son livre. Il va sans dire qu'un livre d'histoire naturelle 
ne peut être mis sans précaution entre toutes les mains ; mais dans un 
ouvrage qui, après tout, est destiné à la jeunesse, — car les gens du 
monde sont pour la plupart plus exigeants, — pourquoi insister avec 
ane sorte de complaisance sur certains détails à tout le moins inutiles 
(p. 479, 499, 509, 520, 547) ? Pourquoi ces pages, remplies d'erreurs et 
empreintes d'un ton regrettable de persifflage, sur la macreuse envi^ 
sagée comme aliment maigre (p. 342-43) ? Pourquoi ces anecdotes d'un 
goût douteux et d'une authenticité peut«étre plus douteuse encore 
(p. 423, 536) ? 

J'ai dit que M. Figuier avait réuni ici quatre espèces. Il consacre 
200 pages aux poissons ; les batraciens n'en ont que 12, et les reptiles 65. 
Ce sont donc les oiseaux (p. 310-720) qui ont la principale place dans 
ce volume, enrichi, comme tous les ouvrages illustrés de la maison 
Hachette, de vignettes et de compositions aussi nombreuses que soi- 
gnées. M. Figuier est un savant et un habile vulgarisateur ; ce n'est 
point un maître en fait de descriptions. Il ne prétend pas sous ce rap- 
port faire concurrence à Buffon ; nous n'en voulons pour preuve que 
cette description du coq et de la poule : u Le coq est épais et massif, 
mais sans lourdeur; sa démarche, iière et assurée, n'est pas dépourvue 
de quelque noblesse.... Le coq est le parfait modèle du sultan : il 
traîne tout un sérail à sa suite ; son amour est un curieux mélange 
d'attentions délicates et de brutalités révoltantes,... Sous des dehors 
modestes et pacifiques, les poules cachent un caractère assez turbu- 
lent. On les entend sans cesse caqueter et se quereller entre elles. On 



— n 



peut même leur reprocher une certaine dose de cruauté, etc. (p. 503 
et 506). » On voit que si M. Figuier tient à l'exactitude scientifique, il 
n'est point insensible aux charmes du pittoresque, 

L. Cauberout. 



Histoire des peintre» de toute» le» école», depui» la i^e- 
nai»»ance Jusqu^À no» Jour», accompagaée du poitrait des pein- 
tres, de la reproduction de leurs plus beaux tableaux, etc. ; par M. Charles 
Blanc, ancien directeur des Beaux- Arts. Paris, veuve Jules Renouard. 
Grand in-4. — Les peintres primitifs (dernières livrais<»ns parues). 

JS Histoire des peintres^ publiée par la maison Renouard, commen- 
cée et fort avancée par M. Charles Blanc, est une des grandes entre- 
prises de librairie de notre temps. Cette publication, très-intéressante 
en elle-même, très-bien conçue dans son exécution au point de vue com- 
mercial et pratique, s'est acquis un notable succès et une estime 
justifiée. Nous n^aspirons pas à juger ici, dans son ensemble, ni même 
dans ses lignes principales, cette œuvre de longue haleine et de vastes 
développements. Notre but est beaucoup plus modeste et notre champ 
plus restreint. Nous voulons envisager cette œuvre au point de vue des 
origines, et même avec une préoccupation spéciale des origines frau- 
çaises ou de Tart français. 

Il n'est pas douteux en effet que Tltalie^ en fait d'art, nous a servi de 
guide et d'initiateur.... 

Tu duca, tu maestro ! 

La Renaissance est venue d'Italie et a conquis le monde moderne. Cela 
est vrai. Mais quand et comment a commencé la Renaissance 9 N'j a* 
t-il pas eu ailleurs qu'en Italie, en France par exemple, une sorte de 
préparation individuelle et spontanée, antérieure à ce grand meuve" 
ment de rénovation et entièrement distinct. Comment nier, par exemple 
encore, que les transcriptions de classiques latins, opérées dès le 
X* siècle avec un certain ensemble dans nos couvents, continuées de* 
puis cette époque, comment nier surtout que les traductions de ces 
classiques en langue française, si nombreuses au xiv* siècle, ont dû 
puissamment concourir à populariser ces conceptions antiques, à en 
propager le goût et Tintelligence ? L'étude de la nature et de quelques 
monuments antiques a certainement fait pour l'art ce qui s'était opéré 
avec d'autres mojens, que nous venons de dire, pour la littérature. Le 
déplacement personnel des artistes qui, au xV siècle, s'en allaient vo- 
lontiers de Bruges ou de Tours à Lisbonne, à Madrid, à Rome, k Pa- 
doue, ce déplacemeet a fait le reste. 

Le fait de l'initiation de Tltalie par rapport au reste de l'Europe, la 
communication de la Renaissance ttalietine, par l'ascendant magistral de 
l'Italie, demeure donc un fait oonslanti Mais la date de oe mouvement 



— 23 — 

que naguère on faisait coïncider encore généralement avec les guerres 
d'Italie, c'est-à-dire avec les régnes de Charles YIII et de Louis XII 
ou l'extrême fin du xv* siècle, doit certainement être reculée de près 
de cent années. 

L'art italien ne sort des langes de Farchaïsme, de l'imitation hiéra- 
tique et byzantine, que vers 1430. Beato Angelico, le dernier et le plus 
sublime des mystiques, a pour successeur immédiat et contemporain 
Masaccio, le premier de l'école que nous appellerons positive et natu- 
raliste. Voilà la Renaissance qui point avec ses caractères distinctifs. 
Or la Flandre, à cet époque, possédait les deux Van Djck, et la France, 
Jean Fouquet. Il est donc bien dômontré maintenant que nous avions 
des poètes avant Malherbe et des peintres avant Jean Cousin, 

Seulement, si peu à peu l'obscurité se dissipe, si les limites de notre 
domaine ou patrimoine national, mieux connues, s'étendent à nos 
yeux, ce n'est encore que le crépuscule ; ce n'est pas la lumière du 
jour, et l'histoire de l'art du moyen â^^e est encore à faire. L'Italie 
nous a également précédés dans cette voie. L'art chez elle a eu dès le 
XV 1* siècle, en Vasari, son Plutarque. Les dernières livraisons de 
Y Histoire des peintres contiennent quelques notices sur les maîtres 
primitifs italiens, et c'est de ces notices que nous allons nous occuper 
succinctement. 

Ces peintres primitifs , il y a lieu d'en faire la remarque, paraissent, 
comme on voit, à la fin de l'histoire des peintres. Et en effet le titre de 
cette histoire dit : depuis la Renaissance : or la Renaissance signifiant, 
pour le gros du public, le xvi® siècle, tout ce qui est antérieur demeu- 
rait à la rigueur hors des promesses ou du programme de l'entreprise. 
Néanmoins, et en dépit d'une certaine logique, un 3 sorte de nécessité 
inexorable a pesé à cet égard sur la volonté des éditeurs. Plus nous 
allons, plus l'influence historique se fait sentir pour noire siècle dans 
tous les modes de développement de son activité, et notamment dans 
les arts. Hier encore un éloquent critique, M. Beulé, panégyriste cette 
fois ex officio, louait M. Ingres d'avoir le premier compris et inter- 
prété, ou au moins de s'être assimilé dans ses œuvres, non-seulement 
Raphaël, cela est notoira autant, que vrai, mais les préraphaélistes. 

La notion, l'histoire de la période antérieure au Pérugin s'impose 
donc aujourd'hui atout historien de la peinture. Mais la critique marche 
devant l'histoire, comme le pionnier devant le soldat. La critique 
ne s'improvise pas. Le sens propre de l'art, qui est déjà une aptitude 
tout à fait sui generisy l'esthétique, le goût, la sagaci],é, le talent enfin 
de peindre et de modeler avec la plume, sont des facultés rares et dont 
la réunion en un seul écrivain est plus rare encore. Notre siècle toute- 
fois en offre plus d'un exemple, et les noms qui brillent sur le titre 
même de l'histoire des peintres, les noms de Charles Blanc, Paul 
Mantz, W. Btirger et autres, peuvent nous servir sur ce point de ga- 



— 24 - 

rants ou de spécimens. Mais pour Thistoire des maîtres primitifs, tout 
cela est en partie de luxe^ et néanmoins ne suffît pas. Il faut encore les 
qualités, ef je dirai les vertus, très-distinctes, de Térudit et de Tarchéo- 
logue. Il faut déterrer les monuments, les déchiffrer, les comparer, 
les scruter , et, cela fait, recommencer cette même tâche, avec 
de nouvelles difficultés, une nouvelle patience et de nouveaux labeurs, 
sur les textes, qui éclairent les monuments d'une lumière indispensa- 
ble. 

Il résulte de ces prémisses que les notices contenues dans ces fas- 
cicules sont naturellement trés-sommaires et d'un profit assez restreint 
au point de vue spéciale qui est le nôtre. Parmi les maîtres que concer- 
nent ces articles^ nous citerons les suivants. Ecole italienne : Masaccio, 
né en 1402, mort en 1428 ou 1429. — Appendice à Vécole vénitienne: 
Luigi, Antonio et Bartholomeo Vivarino, de Venise (1414-1495); Carlo 
Crivelli, né vers 1425, vivant encore en 1495 ; Marco Basait!, né vers 
1450, mort vers 1520. — Appendice de técole florentine : Paolo Ucello, 
né vers 1396, mort vers 1479; Masolino da Panicale, né vers 1403, 
mort vers 1440; Andréa da Castagne, né vers 1410, mort vers 1480; 
Benozzo Gozzeli, né vers 1424, mort vers 1485; Pietro délia Francesca 
né vers 1415, mort vers 1494 ; Alesso Baldovinetti, né en 1422, mort 
en 1499; Pesellino (Francesco Peselli), né vers 1426, mort en 1457; An- 
tonio del Pallaiolo, né vers 1433, mort en 1498; Co.simo Rosselli, né 
vers 1439, mort après 1506. 

Les deux notices les plus étendues sont celles de Masaccio et de 
B. Gozzoli, tous deux successeurs immédiats des comtemporains de Fra 
Angelico. La première occupe huit pages de la publication, et la se- 
conde, quatre. Encore, pour Tune ainsi que pour l'autre de ces notices, 
faut-il retrancher le tiers environ de cet espace, dévolu à des blancs de 
titre et aux gravures. M. P. Mantz, entre autres travaux de ce genre, 
avait antérieurement consacré à Tange de Fiesole, dans la Gazette des 
Beaux-Arts f une étude consciencieuse et remarquable, où il avait mis à 
profit les travaux récents duP.Marchese,dominicain,etdes rares criti- 
ques et archéologues en fait d'art qui honorent de nos jours l'érudition 
italienne. Le même M. P. Mantz s'est chargé ici de la notice relative 
aux deux continuateurs,si distincts par rapport à leur maître commun, 
de Fra Angelico di Fiesole. Ces articles, comme on devait s'y attendre 
n^apprennent rien de nouveau ; mais ils résument à peu près oe que Ton 
sait de ces deux admirables artistes. 

Les notices qui forment les deux groupes intitulés appendices aux 
écoles vénitienne et florentine sonty et à peine, des articles de catalogue. 
M. P. Mantz a écrit les notices florentines. Les vénitiennes ont eu 
pour rédacteur M. Charles Blanc. Même dans t^es squelettes ou minia- 
tures de biographies, on retrouve certainement les qualités éminentes 
et bien connues de ces deux écrivains. Mais nous avons dit plus haut la 



— 23 — 

eatise inexorable du desideratum que ces esquisses laissent après elles 
et qui nous était nécessairement réservé. 

Au surplus, bien loin de pallier ici la défectuosité d'une œuvre qui 
nous inspire d'ailleurs tant de sympathie, nous n'hésitons pas à la pro- 
clamer bien haut, nonnseulement parce qu'elle a son excuse, mais parce 
que le mal invoquera peut-être de lui-même le remède. 

L'art du moyen âge, aujourd'hui, n'est pas seulement, comme nous 
venons de le montrer, un convive nécessaire qui vient s'asseoir au ban- 
quet de la critique. Il aie droit d'être chez lui, assis au haut bout de la 
table. Le moment est venu où le public lui-même peut goûter avec in- 
telligence, et avec un concours actif de souscriptions, l'histoire des arts 
au moyen âge. Déjà V Histoire des peintres est très-avancée dans son 
cours. Il conviendrait à la librairie qui a conduit à bonne fin cette pre- 
mière entreprise, d'y faire succéder Y histoire de la peinture au moyen 
âge, soit en se restreignant à la France, soit en embrassant le cadre 
entier de l'Europe chrétienne. 

De nombreux matériaux, des études préparatoires très-précieuses, 
réunies ou publiées ça et là dans ces dernières années, pourraient, je 
croia^ être coordonnées et complétées avec succès dans ce but nouveau, 
BOUS l'impulsion d'une entreprise puissante et d'une direction libérale 
en même temps qu'éclairée. Ij Histoire de la peinture au moyen âge pour- 
rait emprunter à Y Histoire des peintres de bons exemples, comme plan, 
comme méthode et comme œuvre littéraire. Elle pourrait aussi con- 
server son format et retrouverait, j'espère, au moins une bonne partie 
de ses nombreux acquéreurs. Mais eUe devrait renoncer à la gravure 
sur bois. Depuis quinze ans la photographie a réalisé de notables pro* 
grée, qui lui ont acquis définitivement son droit de cité. Le procédé 
Plaeet et plusieurs autres ont communiqué & cet art la fixité qui lui 
manquait. La photographie gravée, ou en noir, avec sa fidélité scru- 
puleuse et indispensable, devrait donc se substituer ici à la xylogra- 
pide. Reste la couleur^ cause naturelle d'un surcroît de dépense, mais 
aussi source naturelle d'un complément d'intérêt tout à fait opportun 
et du plus haut prix. Pour ce besoin, la chromolithographie serait & 
nos yeux un minimum, ou, si je puis ainsi parler, un pis-atler^ très- 
acceptable. 

D'ailleurs, la photographie elle-même ou les arts qui s'y rattachent 
n'ont pas dit évidemment là-dessus leur dernier mot. Loin de là, tout 
contribue à rendre très-vraisemblable l'avènement prochain de la véri- 
table chromophotographie. Le cuivre, d'autre part, pourrait rempla- 
cer aTantageusement la pierre pour l'impression en couleurs ; comme le 
prouvent les œuvres des Le Blon, Dagoty, etc., continuées de notre 
temps par Debucourt, et plus récemment encore par déjeunes et assez 
nombreux représentants du burin français. Le problème, au point de 
vue pratique, est donc tout à fait soluble. Dans de pareilles conditions, 



— 26 — 

une telle entreprise nous paratt appelée à réussir, et nous nous plai* 

sons à le prédire ici. 

A. Vallbt (db Virivillb). 



BELLES-LETTRES 



DlcUonnaire étymolog^lcpie de» nom» propre» d*tioinme«, 

contenant la qualité, Vorigine et la signification des noms propres se rattachant 
à l^Mstovre, à la mythologie, des noms de baptême , etc., par Paul Hecquet 
BoucBAND. Paris, Victor Sarlit, 1S67. In-8 de xvi-258 pages. 

Quelque encouragement que mérite le zèle de Tauteur de ce livre, 
nous ne pouvons recommander un pareil ouvrage. 11 pèche contre les 
lois les plus élémentaires de la science qu'il prétend enseigner. 
M. Hecquet Boucrand se doute un peu des critiques auxquelles il s'ex- 
pose : a Ce livre, dit-il, est loin du degré de perfection où nous espé* 
rons le porter un jour. » Quand il aura, sous la direction d'un maître 
compétent, passé quelques années à étudier les matières qu^il a traitées, 
il n'aura pas de peine à faire mieux et à corriger les innombrables er- 
reurs dont son Dictionnaire fourmille. 

En attendant, voici quelques exemples qui justifieront la sévérité de 
notre appréciation. 

((Adolphe. Du nom de Ataulphe^ roi des Goths, fait du gothique 
atta, père, et du teutonique hûlf aide, secours ; celt. ulphe^ secours 
(p. 6). » Si M. Hecquet avait étudié les langues germaniques, il n'op- 
poserait pas ici au teutonique le gothique, qui en est un dialecte : le 
verbe gothique hilpany secourir, est tout aussi teutonique que le verbe 
haut allemand moderne helfeny autrefois helfan, qui a le même sens, et 
que le substantif correspondant en haut allemand moderne hiUf. 
M. Hecquet, pour exposer clairement sa pensée, aurait dû dire que 
Ataulphe, nom d'un roi goth, était composé du gothique atta, et du 
haut allemand hûlf. Mais il suffit d'exprimer ainsi cette doctrine pour 
montrer qu'elle est inadmissible. Les Goths tiraient de leur langue les 
noms de leurs rois, on ne pourrait comprendre qu'ils eussent composé 
un nom propre moitié avec un mot de cette langue, et moitié avec un 
mot d'un autre dialecte. (Sur l'étymologie de ce nom propre, voir 
Grimm, Deutsche Grammatik, t. II, p. 330.) 

< Ansbr. Du latin anser^ oie, venu de l'allemand gans^ ganse^ venu 
lui-même du sanscrit hansa^ oie (p. 17). » Deux erreurs : le latin n'est 
pas venu de l'allemand, ni l'allemand du sanscrit. Les différentes for- 
mes revêtues, dans les langues indo-germaniques, par le mot dont il 
s'agit, conduisent à supposer un primitif ghansa-s d'où se sont formés : 
le sanscrit par fléchissement de la gutturale aspirée en A, l'allemand par 
substitution de la moyenne à l'aspirée^ le latin par aphérèse de 
Taipirée* 



— t7 — 

(( AnTHVE. Du teutooique hçcrd, hard^ hardi, courageux, ter homme 
har<}i, défenseur courageux, etc. (p. 23). » M. Hecquet ignore donc 
qu'Artfiur est uu héros celtique? C*est évidemment dans les débris du 
gaulois qui nous restent et dans les dialectes néoceltiques qu'il faut 
chercher rétjmologie du nom de ce personnage si célèbre dans les tra* 
ditions légendaires du pajs de Galles. Zeuss parait y voir un dérivé 
d'or/, pierre {Grammatica Celtica^ p. 78, 174, 796). On doit le décom- 
poser ainsi : Arth-ur; ur est un suffixe, qui primitivement se pro- 
nonçait ârio, oifpio, dont on trouve un exemple dans la géographie 
romaine de la grande Bretagne, is-uriusj et dans un nom com- 
mun gaulois cité par un auteur latin du m*" siècle, vecMiriti? (Zeuss^ 
p. 180, 742). 

(( C^cus, aveugle ; cœcare^ aveugler, formé probablement du grec 
kaiôy brûler, parce que la fumée aveugle (p. 41). » De pareilles étymo- 
logieâ nous reportent au temps où la linguistique n'était pas encore 
créée. 

« Crbsxjs, dernier roi de Lydie, vaincu par Gyrus; il passait pour le 
plus riche de son temps. Du latin Crœgus (p. 53). » Un roi de Lydie du 
temps de Cyrus qui emprunte son nom à la langue latine? Voilà certes 
un fait bon à noter. Mais Crœ$u9 est un nom étranger à la langue latine. 

« Dagobsrt, roi de France. Du teutonique degen ou thegen, soldat, 
bertj illustre (p. 57). » Teutonique pour M. Hecquet veut dire haut alle- 
mand moderne. Mais en haut allemand moderne, degen veut dire épée 
et non soldat ; on aurait ici pu faire à Grimm au moins Thonneur de 
mentionner Tétymologie qu'il donne {Deunische Grammatik, t. Il, 
p. 451, 551). 

c( Jacques. Ce nom est le même que Jacob, avec cette différence 
que le nom de Jacdb est appliqué aux hommes de l'Ancien Testament 
et aux Juifs, et que celui de Jacques est appliqué aux hommes du Nou- 
veau Testament (p. 97). » Pourquoi cette différence? Ce serait le cas de 
le dire. Le silence de M. Hecquet prouve qu'il ignore une des lois 
fondamentales qui ont présidé à la formation de la langue française : 
la loi de Taccent. L'accent persiste, en français, sur la syllabe accentuée 
en latin. Dans le latin de la Yulgate, le nom dont il s'agit se présente 
toujours sous la forme Jacob pour les personnages de TAncien Testai 
ment, et alors, par conséquent, il est accentué sur la dernière syllabe. 
Quand il s'agit d'un personnage du Nouveau Testament, on lit au 
contraire Jaeoius avec l'accent à la même place qu'en grec, c'est-à*dire 
sur l'antépénultième (l'italien Giacomo se prononce encore avec l'ac- 
cent Hur l'antépénultième) ; or la pénultième non accentuée disparaît 
toujours en Français (Brachet, Grammaire historique de la langue fran- 
çixiee (p. 121) : voilà pourquoi on a traduit Jacobm par Jacques, tandis 
que Jacob est resté sans changement. 

M. Hecquet s'occupe (p. 188-189) du sanscrit rag'an^ roi, et de ses 



— 28 — 

congénères en différenteB langues. Il dérive le français roi du kimrî 
(lisez breton-armoricain) rotw. Il ignore donc que Ve long accentué latin 
se prononce ordinairement oi en français (Diez, Grammatik der roma^ 
nischen Sprachen, 2* édition, 1. 1, p. 139). Roi est donc laforme française 
régulière du latin regem, regi^ rege. Quant au breton roué, autrefois 
roe, la diphtongue oiié y tient lieu d'un i long primitif qu'on trouve 
dans la racine gauloise rîg^ correspondant à la racine latine reg (Zeuss, 
Grammattca Celtiea, p. 117). 

Je ne me charge pas de juger les nombreuses et jmologies sémitiques 
accumulées par M. Hecquet dans son livre. Si elles valent celles dont je 
viens de parler, il n'y a pas grand' chose de bon à prendre dans ce vo- 
lume. Quoi qu'il en soit^ je m'en tiens à la partie qui concerne les langues 
indo-germaniques, et je conseille à l'auteur d'attendre, pour donner une 
seconde édition, l'époque où il aura pu faire une étude scientifique de 
ces langues. Pour composer un livre de quelque valeur, il ne suffit pas 
de savoir copier et de juxtaposer sous forme de dictionnaire des pas- 
sages empruntés à une foule d'auteurs plus ou moins arriérés. Il faut 
commencer par acquérir, dans la science qu'on traite, des connaissances 
générales et précises. Quand on veut écrire sur les étymologies, on 
doit préalablement posséder à fond les règles de la phonétique, de la 
dérivation et de la composition des mots dans les langues dont on s'oc- 
cupe : autrement on ne fait qu'accumuler les inexactitudes sur les 
erreurs, et on prépare aux jeunes gens de nouveaux pièges dans une 
carrière où la fausse science de nos devanciers a déjà caché tant d'igno- 
rance sous les apparences de l'érudition. 

H. d'Arbois de Jdbainville. 



Eie« Épopée* ArançAlse»» Étude sur les origines et Vhistoire de la HUé^ 
rature nationale^ par Léon Gauthier. Tomes I et II. Paris, Victor Palmé, 
1865-1867. 2 vol. gr. in-8' dexv-671 p. et xyi-620 p. — Prix: 10 fr. le vol. 

Parmi les champs ouverts à l'activité, je ne dis pas seulement des 
érudits, mais des littérateurs français, il n'en est pas, à coup sûr^ de 
plus vaste et de plus fécond que les origines mêmes de notre littérature* 
Et cependant jusqu'à ces derniers temps il n'y en a pas en de plus 
dédaigné. On a laissé à des étrangers, à des Allemands, le soin d'étudier 
les premiers produits de l'esprit français, l'honneur de tirer de la pous- 
sière des bibliothèques nos poëmes'nationaux, de les mettre en lumière, 
de les comparer, de les classer, d'en faire ressortir les caractères gé- 
néraux, d'en faire admirer les beautés. 

Nous ne pouvions éternellement demeurer dans cet état de somno** 
lence. La publication des poèmes carolingiens, entreprise par le Mi- 
nistère de l'instruction publique et confiée à l'habile direction de 
M. Quessard, fut un témoignage de l'intérêt qui, excité déjà par Ray- 



— 29 — 

nouard, FaurieUM. Paulin Paris^M. Henrj Miohelant, d'autre encore^ 
commençait à s'attacher en France à Tétude de nos origines littéraires, 
et notamment de Tépopée nationale. Les deux récents ouvrages cou* 
ronnés à si juste titre par T Académie des inscriptions et belles-lettres 
sont de nature à hâter le grand réveil. Ce sont les deux premiers essais^ 
complets et sérieux, d'une synthèse embrassant tout ou partie de nos 
chants épiques. L'un e^iV Histoire poétique de Charlemagney par M. Gas- 
ton Paris ; Tautre, Touvrage même dont nous allons présenter ici le 
compte rendu. 

Le plan de M. Gautier est immense. Il se propose en effet d'étudier 
toutes nos chansons de geste, sans exception, sous toutes les formes. 
Une telle entreprise, qui décèle chez celui qui l'a conçue une rare ca- 
pacité de travail, serait déjà, par cela seul, digne de tons nos éloges. 
En ce temps de littérature facile, celui que n'effraje point la perspec- 
tive d'un toi labeur fait preuve d'une singulière hauteur de courage et 
donne un exemple viril qui sera malheureusement trop peu suivi. 

M. Gautier a divisé son ouvrage en trois parties. La première, inti- 
tulée : Origine et histoire des épopées françaises^ est consacrée à retra- 
cer la destinée de nos poëmes^ considérés çn eux-mêmes et indépen- 
damment des événements qu'ils racontent ou de l'esprit qui les anime. 
Cette première partie a été traitée et épuisée dans le premier volume : 
Période de formation^ Période de splendeur^ Période de décadence^ telles 
sont les trois subdivisions de la première partie. 

Après avoir présenté une définition de l'épopée et établi une distinc- 
tion nécessaire entre Vépopée naturelle^ produit spontané du génie d'un 
peuple aux temps héroïques, et Vépopée artificielle^ œuvre réfléchie d'un 
poëte à une époque civilisée, M. Gautier aborde la question difficile et 
encore aujoirrd'hui controversée de la véritable origine qu'il convient 
d'assigner à l'épopée française. L'auteur pense que cette origine est 
germanique. Mais cotte théorie, chaleureusement développée par lui, a 
rencontré des adversaires. Elle a été récemment combattue par M. Paul 
Mejer, qui, dans la Bibliothèque de l'École des Cluxrtes, s'est prononcé 
pour l'origine romane. Ne pourrait-on pas concilier les deux systèmes? 
Les partisans les plus décidés de l'origine romane ne peuvent nier que, 
sans ce mélange de peuples qui a constitué la nation française et qui a 
été déterminé par l'invasion germaine, notre épopée ne serait pas née. 
L'épopée française n'a donc pu manquer de subir en quelque façon, 
dans son origine et dans ses caractères principaux, Tinâuence germa- 
nique. L'invasion germaine ayant été la cause qui a déterminé la nais- 
sance de notre épopée, les mœurs et les idées germaines sont restées 
prépondérantes dans les mœurs et dans les idées féodales. 

Dans les chapitres suivants, M. Gautier développe la théorie des 
cantHènes. Les cantilènes^ suivant une hypothèse assez généralement 
admise, étaient des chants guerriers, très-brefs, très^accentués, très- 



— 30 — 

dramatiqu98, ayant tout ensemble le caractère épique et le ton lyrique. 
Ces chants, contemporains des événements quMls célébraient, étaient 
répétés par les soldats quand ils marchaient à Tennemi ; ils volaient 
de bouche en bouche ; ils se transmettaient, en se modifiant, de géné- 
ration en génératicm; ils avaient, en un mot, un caractère analogue à 
celui de ces chansons populaires qui circulent encore aujourd'hui dans 
nos campagnes. Suivant M. Gaulier, ce sont ces cantilènes qui ont 
fourni la matière de notre épopée ; c'est en groupant ensemble un cer- 
tain nombre de ces chants populaires qu'on a formé ces poëmes plus 
développés qu'on appelle des chansons de geste. 

M. Gautier traite, en outre, diverses questions d'un grand intérêt : 
influence de la grande figure de Chariemagne sur l'épopée française, 
histoire abrégée des cantilènes religieuses, véritable caractère de la 
chronique de Turpin, formation des cycles épiques. Il combat ensuite, 
en s' aidant de l'argumentation de M. Paul Meyer, l'opinion de Fau- 
riel qui, inspiré par un patriotisme local exagéré, faisait honneur au 
midi de la France de la création première de l'épopée nationale. 

Le premier livre du tome ï" des Epopées françaises se termine par 
un chapitre où sont retracés les principaux caractères des premières 
chansons de geste et par un brillant résumé de tout ce premier livre. 

Les chansons de geste formées, M. Gautier en étudie l'histoire du- 
rant les deux siècles (xit-xiii* s.) où elles furent en pleine floraison : 
œuvre des trouvères et des troubadours, ces chansons nous ont été 
conservées dans des manuscrits de formes et de valeur différentes. Elles 
ont été composées en des rhytmes divers, ce qui amène Fauteur à nous 
donner, en un très-clair et très-intéressant chapitre, un traité élémen- 
taire de la versiflcation des chansons de geste, que nos poëtes contem- 
porains, ou du moins ceux d'entre eux qui, se décernant niaisement le 
titre de ciseleurs^ sacriflant la pensée à la forme et le bon sens à la 
rime, feraient bien de lire et de -méditer. La question des origines de 
notre versification^ problème ardu entre tous, et qui a donné lieu à des 
controverses intéressantes, est également abordée dans ce chapitre, 

Les chansons de geste étaient portées à la connaissance du public 
par les jongleurs : les treizième et quatorzième chapitres des Épopé&s 
françaises sont consacrés à une intéressante monographie de ces chan- 
teurs ambulants. 

C'est dans les premières années du xiv® siècle que M. Gautier place 
le commencement de la décadence, qu'il suit pas à pas. Les romans 
en vers des xiv* et xv* siècles, qu'ils soient des nouveautés^ des compila- 
tions ou des remaniements, prennent le caractère d'œuvres de commande 
écrites à prix d'argent par des misérables versificateurs pour le compte 
de quelque opulent protecteur. A la même époque on commence à 
mettre en prose un certain nombre de nos anciens poèmes. Bientôt 
l'imprimerie s'empare de ces versions en prose ^ et les incunables muti- 



— 31 — 

plient ces restes insipides de Tantique épopée française qui, de plus en 
plus dédaignée des lettrés, trouve enfin un refuge dans cette Biblio- 
thèque bleue qui fait encore aujourd'hui les délices de nos campagnes. 

Cependant, au milieu de cette décadence, se sont manifestés ça et là 
quelques signes d'une réhabilitation future : Duverdier, Fauchet, Leibniz, 
Du Gange, s'étaient préoccupés de nos anciens poëmes. Les bénédic- 
tins entreprirent VBistoire littéraire. Le marquis de Paulmj, dans sa 
Bibliothèque des romans, ouvrit, d'une façon ingénieuse et ridicule, une 
voie bonne à mieux suivre. Enfin avec notre siècle l'ère de la réhabili- 
tation commence. M. Gautier donne une liste excellente des travaux 
accomplis sur notre épopée. 

La seconde partie du vaste ouvrage dont nous attendons avec impa- 
tience le complet achèvement n'a pas encore été entièrement livrée au 
public. Cette seconde partie est intitulée : Légendes et hé^os des épopées 
françaises. Le dessein de l'auteur est d'analyser^ sans exception, toutes 
nos chansons de gesle. Le second volume que nous avons entre les 
mains, nou^ raconte déjà toute la geste du roi, toute la légende de 
Charlemagne. A chacun despoëmes analysés est jointe une dissertation, 
où sont présentés au lecteur les éclaircissements qu'il a été possible 
de donner sur la date de la composition de cette chanson, le poëte 
qui Ta écrite, les manuscrits qui nous en sont parvenus, les éditions 
imprimées, les versions en prose, les imitations étrangères, les travaux 
critiques auxquels cette même chanson a donné lieu, la valeur littéraire 
qu'il convient de lui attribuer^ et^ en outre, les éléments historiques 
qu'elle renferme^ et les modifications successives de la légende qui en 
fait le sujet. De peur d'embarrasser le lecteur, cette dissertation a été 
séparée du texte et rejetée en note. Quant au texte lui-même, je n'ai 
rien à en dire, sinon qu'il le faut lire, et qu'on en tirera un très-grand 
profit, soit qu'on veuille se contenter de ce résumé brillant, chaleureux, 
parfois éloquent, soit que, touché du feu sacré qui anime ces pages, on 
veuille recourir aux poëmes eux-mêmes^ et puiser directement aux 
grandes sources de la tradition nationale. Dans un cas comme dans 
Tautre, le lecteur intelligent se trouvera tout préparé à comprendre et à 
goûter les hautes considérations que M. Léon Gautier ne manquera pas 
de développer dans la troisième partie de son ouvrage, laquelle aura 
pour titre : Esprit des épopées françaises. MAaius Sbpbt. 



CMSuvre* de Clément Af arot, amiotéeSy revues sur les éditions originales 
et précédées de la Vie de Clément Marot, j^ov Charles d'HÉRicAULT. Paris. Gar- 
nier frères. 1867. In- 8 de cxix-i22 pages. -^ Prix : 7 fr. 50. 

M. d'Héricault s'est déjà fait connaître, comme éditeur, par trop 
d'excellents travaux, pour que tous les amis de notre vieille littérature 
n'accueillent pas avec faveur le nouveau volume auquel il vient de don- 



— 32 — 

ner ses soins, et qui restera comme l'un des meilleurs de la collection 
des chefs-d'œuvres de la littérature française formée par la maison 
Garnier. 

M. d'Héricault a pris, pour établir cette édition de Clément Marot, 
le texte de 1538^ c'est-à-dire le dernier dont on puisse dire avec certi- 
tude qu'il a été approuvé par l'auteur. Toutefois, comme il le fait ob- 
server (p. cxviii), il ne l'a pas servilement copié, et il a tenu à consulter 
toutes les bonnes éditions du xvi* siècle. Il s'excuse d'avoir admis dans 
le recueil quelques pièces trop libres pour son goût, mais que leur cé- 
lébrité, suivant son expression, ne lui a pas permis de repousser. Il a 
craint qu'on ne l'accusât de donner un cboix trop puérilement incom- 
plet des poésies de Marot, s'il en avait exclu des morceaux qui ont 
joué un rôle important dans Thistoire de notre littérature. « Je me «uis 
dit, ajoute- t-il, que si Marot est un classique, c'est un classique du 
xvi« siècle, et que Ton ne peut exiger de lui cette réserve que la sévé- 
rité de nos mœurs et la dignité de notre littérature ont introduite dans 
la langue de notre pays. » 

Des notes, qui ont le rare mérite de dire tout ce qu'il faut et rien que 
ce qu'il faut, ^ont, en assez grand nombre, mises au bas des pages. Je 
ne crois pas que M. d'Héricault ait laissé inexpliqué un seul des pas- 
sages difficiles qu'offrent les élégies y les épitreSy le cimetière^ les 
complaintes y les épitaphes^ les ballades^ les rondeaux^ les chan- 
sons^ les étrenneSy les épigrammes, les œuvres diver^ses et les tra- 
ductions. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans tout le volume, 
c'est la vie de Clément Marot, .cette vie, comme le remarque l'auteur, 
était toute entière à refaire. « Si l'on veut, dit-il , prendre la peine 
de parcourir les biographies de maître Clément qui précèdent les 
éditions de Lenglet du Fresnoy, du bibliophile Jacob, d'Auguis, de 
Campenon et des autres, on verra que, si j'ai eu k défricher certaines 
parties du désert, j'ai eu à extirper aussi bien des bottes de chardons, n 

Parmi les u bottes de chardons d si chères aux devanciers de 
M. d'Héricault, figure en première ligne l'historiette des liaisons cou- 
pables do la sœur de François P' avec le poëte. « Je pense, dit l'habile 
critique (p. lxxv), que Marguerite de Valois n'a pas été la maîtresse 
de Clément Marot. Aucun témoignage contemporain de quelque va- 
leur, non-seulement n'oblige, mais n'autorise à le penser. » M d'Hé- 
ricault discute beaucoup d'autres questions, et notamment celle-ci: 
(p. XLv) : Marot fut-il aimé de Diane de Poitiers? Je ne saurais trop 
le féliciter d'avoir ainsi à jamais écarté de l'histoire tant de sottises et 
d'erreurs toujours renaissantes, et je suis sûr que son travail sera trop 
approuvé de tous les bons juges, pour qu'on puisse le ranger parmi ces 
écrits qui, selon un vers de Clément Marot, 

Sont mis au fonsdu coffi'e d'oubliancc. 



— 33 — 

Quelques observations avant de ânir : Gahors s'appelait autrefois 
Cadurcum ou plutôt Divona Cadurcorum , et non Cadurcium (p. iv). 
Sur le Pothon qui présenta Marot à Marguerite, et dont M. d'Héri- 
oault dit (p. XLii) :^Quel était ce Pothon, « gentilhomme honorable? » 
il aurait fallu consulter V Histoire généalogique de la maison des Chas- 
teigners. par André du Ghesne (1634, in-f*), où l'on voit qu'Antoine 
Raffin, dit Pothon^ était seigneur de Pecalvarj, de Beaucaire, d'Azay 
le Rideau, qu'il fut sénéchal d'Agenais, gouverneur de Cherbourg, 
capitaine de Marmande et de la Sauvetat-du-Dropt, et que^ sur ses 
vieux jours, il fut nommé gouverneur du Dauphin (plus tard Fran- 
çois 11). Le bonhomme Fabrj (Lefèvre d'Étaples) ne s'en alla pas à 
Nice^ en 1531 (p. xci), mais bien à Nérac, où il mourut de vieillesse, 
six ans plus tard. Mon dernier reproche sera celui-ci : pourquoi 
M. d'Héhcault n'a-t-il pas cité l'ample et curieuse notice consacrée à 
Clément Marot par Guillaume CoUetet, dans son manuscrit des Vies 
des poètes français? Ph. Tamizby db Larroqub. 



Morale delfoliére^par C. J. JEA^fXE^ agrégé des classes supérieures 
docteur ès-lettres, ancien élève de l'Ecole normale. Paris, Ernest Thorin, 
1867. In-8 de 268 p. — Prix: 4 fr. 50. 

Sous ce titre : la Morale de Molière, M. C. J. Jeannel, a publié un 
livre excellent, une œuvre de moraliste et d'écrivain, recommandable 
par la justesse et Téquité de ses appréciations autant que par son stjle 
constamment pur et parfois éloquent. Cette étude profonde et cons- 
ciencieuse de la plus belle et de la plus grande ûgure de notre théâtre, 
et peut-être de notre langue française, est une analyse non-seulement 
judicieuse, mais émue, de la haute moralité qui circule dans les œuvres 
de Molière et des enseignements qui ressortent de leur lecture. Peut- 
être M. Jeannel a-t-il trop exclusivement admis Vinfluence morale de 
Molière et tenu trop peu de compte de Y intention; outre qu'elle semble 
ressortir visiblement du discours lui-même, auquel Tauteur donne à 
chaque instant le tour d'une sentence, d'une leçon, d'une thèse en uu 
mot, et cela dans la bouche de presque tous ses personnages, l'intention 
elle-même est explicitement avouée, et M. Jeannel le constate plu- 
sieurs fois dans son beau et solide travail, notamment p. 253, où il 
écrit que Molière « affirma sa volonté d'être parfaitement moral et de 
corriger les hommes de leurs ridicules. » 

Quoi qu'il en soit, le livre de M. Jeannel témoigne d'un sens moral 
des plus purs et des plus élevés ; la délicatesse de ses vues révèle la 
noblesse de ses sentiments, et Ton ne saurait trop bien penser d'un 
cœur qui a compris avec une telle émotion le cœur de notre inimi- 
table Molière, dont il dit si parfaitement (p. 158) : « On n'a pas de 
paroles pour faire ressortir la délicatesse et la perfection de cette 

Fkvbibr 1868. '^ 



-i4 - 

iïiôi^âlé lupérîéure, seiitîé par un cœur d'une hôniiôtété f*p6, dôfflpfiaa 
par un génie d^une étendue étonnante, exprimée par un talent sans 
égal... Le domaine de Molière eit partout... c'est un génie universel à 
qui rien d'humain n'est étranger (p. 122-123). » Et encore (p. 95) : « La 
juste mesure est partout dans Molière. » Et enfin (p. 82) : « C'est le mo- 
dèle moral de Thomme intelligent, chrétien et français. » 

Ch de Lorganou. 



Mjem Français du IVord et dn Midi» par M. Eugène Garcin. Paris, 

Didier, 4868. Grand in- J 8. — Prix: 3 fr. 50. 

Un fier Sicamhre hrûle ce qu'il a adoré, mais il le brûle avec Tinten- 
tion de faire du bruit : pour arriver à ce résultat, mousquetades, pé- 
tards, fusées et bombardes, tout ce qui produit du vacarme, est mis en 
usage. Tel se montre M. Eugène Garcin en publiant un livre à propos 
de Calendah, le beau poëme de M. Frédéric Mistral, qui parut Tan 
dernier. Ce livre est intitulé les Français du JSord et du Midi. Avant 
d'ôtre coordonné en un volume, Toeuvre de M. Garcin avaifété d'abord 
en grande partie déclamée par lui dans une série de conférences. On 
s'en aperçoit, il y a là tels effets de phrases que Ton reconnaît destinés 
à tenir un auditoire en éveil, une pompe prétentieuse accumulant des 
mots sonores. 

L'auteur des Français du Nord et du Midi réprouva l'usage de la 
langue employée dans les poëmes de Mircio et de Calendau; en ceci, 
nous avons été de son avis à d'autres points de vue {Des Troubadours 
aux Félibrcs); nous n'avons rien à y reprendre. Seulement, nous devonà 
faire observer que ce n'est pas lorsque soi-même on a usé et abusé de 
cette langue, lorsqu'en s'en servant on a publié de grotesques sonnets 
où les chouettes font chou, où les cloches font entendre leur éa/tH- 
balan (1), qu'on est bienvenu à censurer les autres. Ce n'est pas tout : 
M. Garcin regrette la sincérité, la vérité qui firent aimer les rustiques 
héros du Mos des Micocoules; il combat l'idéal du poëmo nouveau de 
M. Mistral : « Ce n'est, dit-il, qu'une œuvre de l'imagination. » L'ima- 
gination apparemment ne doit être qu'un objet de dédain? 

Plus loin, M. Garcin relève une vieille erreur qui a fait son chemin 
à travers une multitude de livres touchant à l'histoire du Midi : il accuse 
la Papauté et l'Eglise d'avoir anéanti la littérature provençale, la poésie 
des Troubadours, en organisant la croisade contre les Albigeois. Ceci 
est inexact; il nous serait bien facile de le prouver irréfutablement, 
ne fût-ce qu'au moyen de quelques dates : d'un côté, la croisade de 
Simon de Montfort et ses victoires ayant eu lieu en 1208 ; de l'autre, 
les Troubadours rimant, satirisant à qui mieux mieux et sans en être 

(l) Voir le recueil H Prouvençalo (Avignon, 18"'0). Dans ce recueil, on trouve, avec 
d'autre? Pocsie», un sonnet de M. E. Garoin, sur le Jour des Morts, où il y a ces hémis- 
tiches : la manchato fai chou, le balin-balan des cloches, etc. 



— 3» — 

empêchée^ jusqu'au delà de 1310. Nous poumons, qui plus est, — ee 
nous serait plus facile encore démontrer que c'est à TÉglise seule 
que nous devons ce qui nous reste de la littérature des Troubadours ; 
mais à quoi bon? ne répéterait-on pas avec la même assurance : Au 
pape ce qui est au pape? 

M. Garcin s'évertue ensuite à établir des parallèles inutiles entre les 
Français du Nord et ceux du Midi : la fraternité des deux langues^ les 
ressemblances de caractères, les façons identiques de célébrer certaines 
fêtes, etc., etc., toutes ces choses plus ou moins contestables occupent 
de longues pages ; sunt voces et verba, prœterea nihiL M. Garcin voit 
dans la tentative des félibresy ses anciens confrères, et dans Tœuvre de 
M. Mistral un désir de séparer la Provence du reste de la France. Le 
but des féliàres, dit-il en gardant son sérieux, est de revendiquer la 
nationalité provençale. Qu'il se rassure ; si parmi nous, en Provence, 
félibres ou simples écrivains en prose française, il en est qui ne 
sont point portés à un enthousiasme absolu pour les fruits d'une cen- 
tralisation exagérée, bien que la colonne soit éloignée de notre rajon 
visuel^ nous sommes fiers d'être Français, nous ne songeons en aucune 
façon à en répudier le titre. Combattre des tendances que l'auteur 
suppose ou qu'il croit constater est cependant le but principal de ces 
pages. M. Mistral lui-même s'était assez expliqué sur cette question» 
en 1862, dans une Ode aux Catalans, pour qu'on ne fît point peser sur 
lui une accusation qui n'a d'importance que par la forme dont on l'a 
enveloppée, u II est bon de faire nombre, disait M. Mistral; il est beau 
de s'appeler les enfants de la France. » Et il développait cette pensée 
en plusieurs strophes. Il n'était donc pas besoin de s'armer d'un tel 
appareil d'érudition pour combattre, non par des moulins, mais de 
simples nuages, du brouillard sur le Rhône d'Avignon I 

Louis BB LA.1NCBL. 



HISTOIRE 

CEmpire romain ft Rome, par J. J. Ampère^ de rAcadémie française, 
de l'Académie des inscriptions, de l'Académie d'archéologie de Rome, de la 
Crusca, etc. Paris, Michel Lévy, 18C7. 2 vol. in-8 deviii-iil et 459 pages.— 
Prix H 5 fr. 

« Pendant le cours des années 1855, 1856 et 1857, dit M. Servois 
éenis Y Avertissement de ce livre, M. Ampère publia dans la Jîevuedes 
Deux-Mondes le récit complet de Thistoire ancienne de Rome, telle 
qu'elle lui était apparue au milieu des monuments qui en ont été les 
témoins. Ses articles avaient charmé tous ceux qui ont le goût de This- 
toire et des arts ; réunis en volumes, ils eussent formé l'un de ses plus 
intéressants et de ses plus curieux ouvrages. Il sembla toutefois à l'au- 
teur qu'il y avait lieu de consacrer une étude plus approfondie au sujet 



— 30 — 

qui déjà Tayait occupé plusieurs années. A peine eut-il conduit leréoit 
dans la Revue iiisqn'di la chute de l'empire, qu'il recommença son tra- 
vail tout entier, entreprit de nouveaux voyages et de nouvelles recher- 
ches, et se mit à écrire une nouvelle Histoire romaine à Rome, Au pre- 
mier récit, dont ne furent conservées qu'un très-petit nombre de pages, 
il substituait peu à peu une rédaction beaucoup plus développéer , y 
donnant une part plus grande aux détails de l'histoire , aux arts, et 
particulièrement à l'archéologie. La mort surprit M. Ampère pendant 
Tune des veilles laborieuses qu'il employait à l'achèvement de cette 
seconde rédaction. Depuis plusieurs mois déjà, il préparait le tome pre- 
mier de la seconde partie de son œuvre, intitulée : l'Empire romain à 
Rome ; quatre chapitres en étaient écrits, et il allait, avec le cinquièdiet 
commencer le récit du règne de Tibère, lorsque, dans la nuit du 26 an 
27 mars 1864, il fut enlevé à ses travaux et à ses amis. » 

L'impression de V Empire romain, que M. Servois a été chargé de 
préparer, a été faite conformément au vœu exprimé par M. Ampère 
dans son testament : les quatre chapitres inédits sont publiés dans le 
premier volume, qu ils remplissent presque entièrement; les suivants 
ont été extraits de la Revue des Deux-Mondes^ où ils ont paru en 1856 
et 1857. Ainsi s'explique la juxtaposition, dans les deux volumes de 
V Empire romain à Rmne^ de deux parties inégalement développées. 

La dernière révision de l'auteur ayant manqué aux quatre chapitres 
inédits, M. Servois a dû « inscrire en leur place quelques noms laissés 
en blanc, compléter ou contrôler une partie des renvois et des citations, 
modifier çà et là ce qui, de toute évidence et de toute nécessité, exi- 
geait une modification. » Ces légères retouches ont été faites avec 
beaucoup de soin, de réserve et de goût, et il était impossible de mieux 
remplir une tâche rendue encore plus ardue par les difficultés de lec- 
ture d'un manuscrit où texte et notes étaient, en quelque sorte^ jetés 
pêle-mêle. 

Ce que j'admire le plus dans le livre de M. Ampère, c'est le talent 
pour ainsi dire magique avec lequel il a rajeuni un sujet si souvent 
traité. On croirait en vérité lire l'histoire romaine pour la première 
fois, tant il a mis d'animation et d'intérêt dans tous ses récits, tant il a 
examiné toutes choses à un point de vue nouveau, tant il s'est le pre- 
mier habilement aidé, pour expliquer les textes, de l'examen des lieux, 
des monuments, des statues et des médailles. Peu d'archéologues, on 
ne l'ignore pas, connurent jamais aussi bien que M. Ampère cette ville 
de Rome, dont il fut si longtemps l'explorateur non moins sagace que 
patient ; et lui qui appelle (t. I, p. 246) un de ses émules les plus zélés 
« le presque infaillible M. Dyer, » nes'estguère trompé non plus,mém6 
quand il a combattu des antiquaires tels que Nibby et Canina. Cette 
merveilleuse connaissance de la vieille Rome, de ses temples, de ses 
places, de ses rues, de ses ruines, de tous les objets d'art retrouvés 



— a: — 

dans son enceinte, lui a permis d'éclairer d'une lumière toute particu- 
lière les pages de Thistoire romaine que l'on crojait connaitre le mieux. 
Pour Jules-César, pour Auguste et pour tous ses successeui's jusqu'à 
Constantin ; pour tous les personnages qui jouèrent quelque grand rôle 
politique ou militaire^ depuis Brutus jusqu'à Bélisaire ; pour toutes les 
femmes célèbresmêlées àriastoire de Rome depuis Tullie, la gracieuse 
fille de Cicéron, jusqu'à Zénobie, cette reine de Palmjro dont Trcbel- 
lius PoUion a célébré Tincrojable beauté ; pour tous les écrivains qui 
ont été la gloire de Tltalie, depuis Salluste jusqu'à Stace et Juvénal, 
que de rapprochements curieux sans être bizarres, que d'aperçus ingé* 
nieux sans être subtils, que de remarques inattendues sans être para- 
doxales^ en un mot que de précieuses révélations ! 

Après avoir rendu pleine justice au beau livre de M. Ampère, il est 
du devoir de la critique de relever certaines petites taches dont il faut 
dire, avec cet Horace dont Fauteur nous a si gracieusement parlé (t. I, 
p. 354-369) : Nanego paucis offendar maculis. Quand M. Ampère (t. I, 
p. 311) s'exprime ainsi: « Souvent l'amour des lettres s'est associé à la 
cruauté, témoin Néron, Childéric et cet autre prescripteur, Charles IX^ 
qui faisait aussi de beaux vers, » il oublie que F authenticité des beaux 
vers du protecteur de Ronsard a été constestée pour de bonnes raisons. 
Quand (p. 432) il traduit la phrase de Suétone sur Tibère écrivain : 
Affeciatione et morositate nimia obscurabat stylum^ par : L'obscurité as- 
Sùmbrissait son style, Tinterprétation laisse quelque chose à désirer, et 
il me semble qu'il aurait mieux valu dire : Il obscurcissait son style à 
force de recherches et de bizarrerie. Dans le récit de la mort de César 
(p. 65), M. Ampère ne me paraît pas avoir assez tenu compte des im- 
portantes pages de Nicolas de Damas^ ces pages, dont M. Prosper 
Mérimée a si bien eu le droit de dire {Mélanges liistoriqueSy p. 369) : 
« Toute cette relation a un caractère de vérité qui commande la 
créance ; rien d'arrangé pour Teffet ; mais tous les traits dénotent le 
bon sens et Tobservation de Thistorien. Ces qualités, à mon avis, dis- 
tinguent à un haut degré Nicolas de Damas. » Par exemple, M. Am- 
père n'aurait pas dû, malgré le silence de ce contemporain de Jules- 
César, reproduire les très-douteux détails fournis par des écrivains 
postérieurs, tels que Salluste et Plutarque. Nicolas de Damas ne men- 
tionne ni la demande adressée à César par le conjuré Cimber de la 
grâce de son frère, qui était banni ; ni le cri poussé en langue grecque 
par sa victime, à qui Brutus portait un coup terrible : « Et toi aussi, 
mon enfant ! » ni le geste que César, u pudique pour la première fois 
dans la mort, n aurait fait en s'enveloppant de sa toge pour tomber 
décemment. Ph. Tamizbt db Larroqub. 



— 38 — 

L»e» Chrétiens ft la cour de DIoelétIen, par M. Tabbé E. Daras. 
Paris, Régis RuflPet, 4867. Iii-12 de wiii-436 pages. 

Ce livre présente un tableau de la persécution de TEglise sous Dio- 
clétien, composé d'après le précieux témoignage des Actes des Mar- 
tyrs, c'est-à-dire d'après des documents historiques rédigés sur des 
notes contemporaines ou d'après les souvenirs de témoins. M. l'abbé 
Daras a eu Theureuse pensée de grouper les récits qui se rapportaient 
aux saints vivant dans le même temps, dans les mêmes lieux, et il a 
ainsi esquissé la lutte de Dioclétien contre sa famille, ses amis, ses 
patriciens et ses officiers les plus chers. La première partie du récit 
se passe à Rome. Dans le palais même de Dioclétien, S. Sébastien, 
capitaine de la cohorte prétorienne, visitait les prisons pour encoura- 
ger les martyrs; S. Castulus, intendant des appartements royaux, ca- 
chait le pape S. Caius et les principaux chrétiens sous le toit même 
de Fempereur ; S. Claude, S. Maxime, son frère, étaient les proches 
parents de Dioclétien; enlîn, la femme de Dioclétien était une sainte, 
St© Sérène, et sa fille une autre sainte, Ste Artémie. La seconde partie 
du récit nous transporte à Nicomédie, où Dioclétien s'était retiré 
lorsque les artifices de Galère Fentraînèrent à renouveler la persécu- 
tion contre les chrétiens qui, cette fois encore, remplissaient son palais. 
M. Tabbé Daras, en fondant ensemble les récits de divers Actes de 
Martyrs, a peu accordé à l'imagination et n'a guère eu qu'à traduire 
pour retracer les scènes les plus dramatiques. Une foule de traits de 
courageuse abnégation, de généreux dévouement, se trouvent ainsi 
rappelés et, on peut le dire, révélés, tant Tignorance sur ce point est 
commune. Henri db l'Epinois. 



Œuvre» de Gerbert, pape «ou» le nom de Sylvestre II* 

coUationnées sur les manuscrits, précédées de sa biographie, suivies dénotes 
critiques et historiques, par A. Olleris, doyen de la faculté des lettres de 
ClermoQt. Clennont-Ferrand, Thibaud; Paris, Dumoulin. In-4 de ccv-615 p. 
— (Publication de l'Académie de Clermont.) 

Au sortir du x^ siècle, où, sauf dans l'Allemagne, contenue par la 
main puissante des Othons, tout est confusion et anarchie, où, au mi- 
lieu d'une corruption presque générale disparaissent les derniers débri» 
de la société carlovingienne, en même temps que surgissent avec 
effort les germes d'une nouvelle organisation, à l'approche de ce mé- 
morable an mil, apparaît comme un fanal pour les âges qui vont suivre 
une brillante pléiade de souverains pontifes, grands par le génie, la 
haute sagesse, les vertus les plus mâles. Parmi eux, un surtout inté- 
resse vivement la curiosité de nos jours, friande de faits rares et pi- 
quants : c'est le fameux Gerbert. Par son caractère ondoyant, déjà 
tout moderne et foncièrement français, par sa vie tourmentée, par 
l'éclat de son esprit, il mérite en effet une place à part. 



- 39 - 

Depuis une trentaine d'années, une suite de travaux remarquables 
ont été publiés sur Sylvestre II et ses écrits ; ils viennent d'être digne- 
ment couronnés par Tédition excellente et définitive que M. OUeris 
nous donne des Œuvres de Gerbert. S' aidant avec tact et mesure des 
l'echerches de ceux qui ont touché à son sujet (et il les connaît tous, 
les' Français comme les étrangers), M. OUeris a fait preuve d'un sens 
critique aussi sagace que judicieux dans l'établissement du texte de 
son auteur : il a consulté avec un soin minutieux les manuscrits dis- 
séminés dans toute TEurope. Il a apporté de nouvelles et précieuses 
lumières dans la question si obscure de la chronologie des Lettres. Dans 
la partie des œuvres de Gerbert touchant les mathématiques, qui s'est 
accrue d'un traité, inédit jusqu'ici, la Régula de abaco computi, les dif- 
ficultés relatives à l'introduction des chiffres prétendus arabes ont été 
élucidées avec bonheur ; en cette matière, M. OUeris a été secondé par 
un savant des plus compétents, M. Michel Chasles^ de l'Académie des 
sciences. 

Enfin, dans une biographie de Gerbert, aussi complète que substan- 
tielle, et écrite d'un stjle sobre, grave, sans recherche, mais non sans 
effets, M. OUeris a résumé d'une manière attachante les travaux de 
ses devanciers, les rectifiant sur plusieurs points importants ; il a mis 
dans leur vraie lumière les mérites du premier pape français, sans 
rien déguiser des faiblesses auxquelles une ambition, toujours noble 
du reste, entraîna le moine d'AuriUac. 

Ainsi il est bien prouvé maintenant que Gerbert, en fait de sciences, 
n'a rien emprunté aux Arabes; dont U ne fréquenta jamais les écoles. 
Il est également établi que la renaissance des lettres qui, au xi* siècle, 
succède à la barbarie du x% que le puissant mouvement intellectuel 
qui éclata au xii*, n'ont pas d'autre point de départ que l'enseignement 
et les travaux de Gerbert. « Ces titres, dit avec raison M. OUeris, 
suffiraient pour immortaliser son nom, pour le faire compter parmi les 
hommes d'élite qui ont le plus contribué aux progrès de la civiUsa- 
tion. •)) 

Mais la science et l'érudition que Gerbert avait puisées dans les livres 
n'avaient rien ôté à la souplesse, à l'habileté de son esprit, qui fit de 
lui un diplomate de premier ordre. M. OUeris a trAs-bien exposé son 
rôle actif et prépondérant dans les événements qui conduisirent au 
trône la dynastie de Hugues Capet. Il donne, en passant, le coup de 
grâce à la théorie d'Augustin Thierry, qui attribue l'avènement des 
Capétiens à une révolution provoquée par la haine de la race vaincue 
ou gauloise contre la race germanique ou conquérante. 

Vient l'élection de Gerbert au siège de Reims. Après avoir défendu 
par de bonnes raisons l'authenticité du récit de Gerbert sur le concile 
de Saint-Basle, M. OUeris combat avec le même succès cette idée de 
deux historiens allemands, WUmans et GfrOrer. que Hugues Capet 



— 49 - 

avait Toula^ même au prix d*un schisme, établir en France une Eglise 
nationale, et que Gerbert était prêt à le seconder dans Tespéranee 
d'obtenir le patriarcat. 

Tout en notant dans l,a conduite politique de Gerbert les traits qui 
témoignent que, s'il avait su garder une pureté de mœurs exemplaire, 
il avait cédé à l'exemple de l'égoïsme peu scrupuleux de ses contem- 
porains, M. Olleris ne manque pas do signaler que si Gerbert re- 
chercha le pouvoir, ce fut toujours dans le but de faire le plus de bien 
possible. 

Aussi le voyons-nous, dés qu'il a ceint la tiare, nourrir les projets 
les plus élevés. « Il songeait à ranimer dans le clergé le véritable 
esprit ecclésiastique, à créer un saint empire, à faire de Rome de nou- 
veau la capitale du monde, la résidence du pape et de l'empereur. Son 
regard pénétrant embrasse toute la chrétienté, franchit même ses 
limites. Il voit le présent, il devine l'avenir. Arrêter les invasions des 
barbares et les civiliser par la foi; réunir en un seul peuple dans le 
sein de l'Eglise toutes les populations éparses de la chrétienté ; les ar- 
mer contre l'islamisme, pour lui arracher le tombeau du Christ, con- 
cilier le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, donner le gouverne- 
ment au plus digne, tel est l'idéal qu'il lègue à l'avenir. Et au milieu de 
ces vastes conceptions, il répandait ses revenus dans le sein des pauvres 
et des malheureux, il n'enrichissait point sa famille. » 

En élevant un si beau monument à la mémoire de l'homme extraor- 
dinaire qui frappa les imaginations au point que «la légende en fit 
bientôt un puissant magicien, M. Olleris a mérité la reconnaissance 
de tous ceux qui s'intéressent à la gloire de notre pays^ et qui ont le 
culte des hommes qui honorent l'humanité. 

Ernest Grégoire. 



BUfitoIrede l*Esllse catholl<iue en France , d'après les documetits 
les plus authentiques, depuis son origine jusqu'au concordat de Pie VII ; par 
Mgr Jager, camérier secret de Sa Sainteté, etc. Tome XIV. Paris, Adrien Le 
Clere, 4867. Iu-8. de oiS pages. — Prix: 5 fr. le vol. 

Cet ouvrage, qui doit avoir de 18 à 20 volumes et dont le quator- 
zième vient de paraître, n'est pas entièrement nouveau, tant s'en faut. 
L'auteur a pris pour fond l'œuvre du P. Longueval, connue sous le 
titre d'/fistof're de VÈglise gallicanne; il s'est proposé de la corriger, 
de la modifier dans son esprit, et de la continuer jusqu'au concordat 
du pape Pie VII ; entreprise très- délicate et difficile, car le travail du 
P. Longueval et de ses continujiteurs, les PP. Fontenay, Brumoy et 
Berthier, laissait beaucoup à désirer au point de vue des doctrines, et, 
partout, on y rencontrait les traces des étroits préjugés du temps où il 
a été composé. Le respectable correcteur de ce grand ouvrage a, très- 
certainement, dans les volumes publiés jusqu'ici de la nouvelle édi* 



-> 4i — 

tion, apporté de réelles améliorations à Tœuvre primitive; et, quoique 
ces volumes ne soient pas encore exempts de quelques taches, ils sont, 
à coup sûr, meilleurs que ceux de l'ancienne histoire. Mais nous 
n*avons à nous occuper que du quatorzième volume qui, disons-le tout 
d'abord, accuse une attention sérieuse dans la révision, tant à Tégard 
des principes qu'en ce qui concerne la rédaction. 

Ce volume renferme deux livres (les 42° et 43°); il embrasse une pé- 
riode de soixante -quatorze ans (1461-1538), et les faits très-nombreux, 
maib le plus généralement peu saillants qu'il raconte, se passent sous 
le pontificat de dix papes ; parmi ces faits, il en est beaucoup qui con- 
cernent plus Thistoire de France que Thistoire de TÉglisc proprement 
dite, mais nous convenons qu'ils sont tellement liés aux annales ecclé- 
siastiques qu'il eût été assez difficile de les en séparer absolument. 

Le fait le plus important qui se présente au début du volume est 
Fopposition de Louis XI à la fameuse pragmatique sanction de Bour- 
ges. Il 7 eut, sous Louis XI, de grands démêlés au sujet de cette or- 
donnance ; ce roi, voyant qu'elle était une cause d'anarchie dans 
l'Église et de troubles dans l'État finit par l'abolir. Mgr Jager 
rapporte tout ceci avec exactitude, quoique d'une façon un peu trop 
froide. 

Vient ensuite la querelle, très-vive, très-animée, entre les réalistes 
et les nominaux. De part et d'autre on publiait des livres, et les dis- 
putes ne faisaient que s'envenimer /enfin les écrits des réalistes comme 
ceux des nominaux, après avoir échauffé les esprits dans un stérile 
labeur, Jbombèrent dans le profond oubli que devait amener et qu'a- 
mena en effet la restauration des lettres et de la saine philosophie. Le 
résumé de cette querelle, très-lucide et substantiel, est de Mgr Jager, 
et il est bien plus complet et plus satisfaisant ici que dans l'œuvre du 
P. Longueval. 

Ce volume nous montre quelque chose des commencements de cette 
restauration dont nous parlons, et à laquelle présida surtout l'Église ; 
il apporte à ce sujet plus d'un enseignement, qu'il serait bon qu'on 
n'oubliât point et qu'on sût mettre à profit. Puis, au milieu de quan- 
tités d'autres détails que nous ne saurions indiquer dans un simple 
compte rendu, ce qui mérite surtout d'être noté, ce sont les faits rela- 
tifs àTopposition, pour ne pas dire la révolte, que fit paraître Louis XII 
à l'égard de l'Église romaine, et qui amena le prétendu concile général 
de Pise. Ce prince en était venu à défendre à tous ses sujets d'entre- 
tenir aucun rapport avec Rome; il avait fait assembler le clergé de 
France à Lyon, comme pour y tenir un concile national, qui devait 
précéder le concile de Pise, concile national que Louis XII voulait, et 
qu'il voulait indépendamment du pape. Ce concile eut lieu en effet en 
1511. Il fut, dit avec raison Mgr Jager, la répétition de celui de Bàle, 
il suivit les mêmes principes, attacha le même sens faux et criminel 



— 4t — 

aux décrets de Constance et arriva aux mômes résultats, c'est-à-dire 
à un schisme qui aurait causé de nouveaux troubles dans l'Eglise, si' 
une main puissante et vigoureuse (celle du pape Jules II) n'était pas 
venue Tarrôter. Pour combattre et anéantir le concile acéphale de 
Pise, ce pontife convoqua un concile régulier dans Téglise de Latran ; 
mais il mourut avant la fin de ce concile, et ce fut son successeur, 
Léon X, qui le termina heureusement. Dans ce concile de Latran fu- 
rent cassés et rejetés les décrets de Pise, et les décisions de Tassem^ 
blée légitime finirent même par être acceptées par le roi &e France et 
par les évêques du royaume. 

Tous ces faits, ces luttes déplorables, que nous ne pouvons qu'indi- 
quer au courant de ;la plume, sont bien racontés par Mgr Jager. En 
comparant les nombreuses pages qu'il leur consacre avec les pages 
correspondantes de Y Histoire de l'Église gallicane^ on voit qu'il a beau- 
coup corrigé, beaucoup rectifié, et que le stjle, comme du reste dans 
tout le volume, est plus châtié et plus rapide. Néanmoins nous aurions 
désiré, pour notre compte, plus de fermeté encore dans Tappréciation 
de tels faits et une exposition nette et complète des principes engagés 
dans cette affaire ; car il est des circonstances, et c'en était une ici, 
où Ton ne saurait se borner à raconter, et où l'historien doit en même 
temps se constituer juge et défenseur. 

Mais nous louerons sans réserve tout ce que dit 'Mgr Jager sur la 
Réforme, qui occupe la plus grande partie du 43* livre, jusqu'à la fin 
du volume. Nous félicitons le respectable auteur d'avoir mis ici à pro- 
fit^ un peu plus qu'il ne l'a fait dans ses précédents volumes, les tra- 
vaux de l'érudition catholique moderne, et il est certain que ces nou- 
velles ressources lui ont permis de nous donner, sur l'histoire de la 
Réforme, des récits bien plus exacts et plus complets que ceux des 
continuateurs du P. Longue val. 

Enfin, à part quelques autres faits d'une importance secondaire, 

t 

l'auteur, en achevant son volume, nous montre les sollicitudes de l'E- 
glise et ses préoccupations pour apporter un remède efficace aux maux 
qu'amenaient les diatribes de plus en plus violentes des fauteurs do la 
Réforme et de leurs adhérents. Ce remède était un concile général 
qu'on réclamait de toutes parts. Le pape Paul III se décida à le tenir; 
après bien des délibérations et des consistoires, il avait indiqué Man- 
toue pour le lieu de l'assemblée, et, suivant ce projet, l'ouverture de- 
vait s'en faire le 23 mai 1537 ; mais on était encore bien loin du terme 
tant désiré I... Ce ne sera que plus tard que le concile de Trente ap- 
portera à rÉglise le secours de son immortelle influence et de ses 
consolations. 

L. F. GUÉRIN. 



^ 43 — 

> eeolé«Ia»Uques de 1860 à 1866, ou Histoire résumée de l'Église 
catholique pendant lesdemières années, par J. Chantbel. Paris, Gaume frères 
et Duprej, 1867. In-8, de o20 pages. — Prix: 7 fr. 

Peu de mots suffiront pour faire coijnaître cet ouvrage, qui « n'a 
d'autre but, dit Tauteur, que de continuer de 1860 à la fin de 1866 les 
Annales ecclésiastiques de 184G à 18G0, éditées en 1861 dans le format 
in-8*' pour servir de complément à la S** édition de V Histoire univer- 
selle de l'Église catholique par Tabbô Rohrbacher. » En sorte qu'en 
réunissant les deux volumes, on a le résumé complet des vingt pre- 
mières années du pontificat de Pie IX. M. Cbantrel suit rigoureuse- 
ment l'ordre chronologique ; il reproduit sous leurs dates, mais sans 
aucune espèce de commentaires ni de réflexions, et à titre de simples 
« indications » pour l'historien futur de ce « glorieux pontificat,» tous 
les faits et tous les documents intéressant l'histoire générale de 
l'Eglise pendant cette période. 

Ce qui rend ces Annales fort précieuses, à notre avis, c'est la quan- 
tité considérable de documents qui s'y trouvent réunis, discours poli- 
tiques, brefs, allocutions pontificales, dépêches diplomatiques, concor- 
dats, correspondances, etc. C'est rendre un vrai service aux études 
historiques que de rassembler en un faisceau ces documents officiels 
dispersés dans une foule de publications et dans les immenses collec- 
tions des journaux religieux. Quelques-uns sont publiés ici pour la pre- 
mière fois ; nous citerons entre autres trois lettres importantes du 
comte de Cavour (p. 37 et 38), le texte du décret du !<énat romain 
conférant la noblesse romaine au général de La Moricière et à ses 
descendants (p. 62), le texte italien d'une lettre de Pie IX à Napo- 
léon III (p. 256), etc., etc. M. Chantrel ne s'est pas d'ailleurs contenté 
de réunir tout ce qui a rapport à l'histoire de ce que l'on est convenu 
d'appeler la question romaine. On trouvei*a dans ce volume une foule de 
pièces relatives à la situation de l'Église catholique en Russie, en 
Orient, dans les républiques de l'Equateur et en d'autres contrées des 
deux Amériques, en un mot dans le monde entier. Comme sources, nous 
le répétons, c'est un recueil qui devient indispensable à toutes les per- 
sonnes qui voudront étudier l'histoire ecclésiastique contemporaine. 
Nous aurions à signaler, dans un ouvrage aussi important, une lacune 
qui serait inexcusable si elle n'était volontaire : c'est l'omission de 
l'Encyclique et du Syllabus du 8 décembre 1864, et des autres docu- 
ments pontificaux qui s'y rattachent; mais ils ont fait l'objet d'irtie 
publication spéciale à laquelle renvoie M. Chantrel, qui a craint sans 
doute de trop surcharger le présent volume. 

Après les éloges si bien mérités que nous nous plaisons à donner ^ 
un travail dont l'utilité ne peut échapper à personne, l'auteur nous 
permettra de lui exprimer le regret de ne pas trouver, à la fin du vo- 
lume^ une table alphabétique des noms propres semblable à celle qui 




— 4i — 

termine son Annuai7*€ catholique de 186*<?. Les Annales en elles-mêmes 
ne sont, comme toutes les éphémérides, qu'une nomenclature et comme 
un dictionnaire, où Tordre chronologique a remplacé Tordre alphabé- 
tique ; elles ne comportent donc en aucune façon des tables analy- 
tiques. Ce que nous demandons serait plutôt une table synthétique, 
réunissant sous un même nom l'indication des pages où Ton trouverait 
tout ce qui se rapporte au même personnage ou à l'histoire ecclésias- 
tique dans les mêmes contrées. Ce complément nous paraît indispen- 
sable dans un tel ouvrage. P. de Roquefêuil. 



I^es grandes époques de la France de» origines h la révo. 
lution, par MM. Hubault, professeur d'histoire au lycée Louis-lu-Grand et 
Marguerin, directeur de l'école Turgot. Edition illustrée de 168 dessins,par 
Godefroy Durand. Paris, Ch. Delagrave et P. Dupont, 1868. In-4^de viii-620 
p. — Prix: 15 fr. 

« C'est dans Tétude de la vie des grands hommes que Thistoire 
nous offre ses meilleurs enseignements. » Cette pensée a inspiré à 
MM. Hubault et Marguerin le livre que nous annonçons, et qui, publié 
d'abord dans une forme populaire, paraît aujourd'hui, avec les illustra- 
tions très-soignées et très-intelligentes de M. Godefroy Durand, et dans 
des conditions de luxe tout exceptionnelles. Vercingétorix et ses luttes 
pour la défense de la Gaide chevelue; Clovis, le fondateur de la monar- 
chie franque, qui « a presque mérité le nom de grand roi ; » Charle- 
magne, qui, selon Texpression de M. Thiers, « fut mieux qu'un con- 
quérant, qu'un capitaine, qui fut le modèle accompli du chef d'empire ;» 
la chevalerie et les communes; S. Louis, qui a fait asseoir sur le trône 
la justice et la sainteté, et est resté le type le plus pur et le plus glo- 
rieux de la monarchie française; du Guesclin (pourquoi écrire, à la 
moderne, Duguesclin?), le vaillant connétable qui vengea la France 
des hontes de Brétigny; Jeanne d'Arc, qui la sauva de Toppression 
étrangère ; Louis XI, le fondateur perfas et nefas de Tunité nationale, 
«l'ouvrier le plus laborieux de la France monarchique ; » François P% 
le roi chevalier qui fut en même temps le père des lettres; Henri IV,, 
le restaurateur de la France déchirée par les factions, épuisée par de 
longues discordes, le héros national dont, après deux siècles et demi 
écoulés, le peuple a gardé la mémoire; Louis XIII et Richelieu, Tun 
élève soumis, l'autre maître implacable ; Louis XIV, qui est resté la 
plus haute personnification de la grandeur; Louis XV, dont le caractère 
a été trop systématiquement abaissé ; Louis XVI, auquel il ne manqua 
que Ténergie nécessaire pour accomplir les réformes dont il avait 
pris l''initiative, et pour prévenir la Révolution qui, « accomplie vio- 
lemment, a moins produit Tesprit de liberté qu'elle n'a entretenu 
Tesprit de révolte : » telles sont les figures qui revivent dans les pages 
émues, éloquentes et instructives de MM. Hubault et Marguerin. Ils 



— 45 — 

ont su condenser en peu de pages de longues et profondes recherchée; 
signalons en particulier le tableau de la France au xyiu« siècle, 
remanié en grande partie, et qui est un des meilleurs morceaux du 
livre. Nous regrettons que certaines figures, comme celles de Philippe- 
Auguste, de Charles y, de Charles VU, aient été laissées dansTombre; 
un chapitre sur les croisades eût formé un digne pendant à celui sur 
la chevalerie. Il y aurait aussi quelques légères inexactitudes de détail 
qu'on pourrait relever. Mais tel qu'il est, nous n'hésitons pas à recom- 
mander ce livre commo Tun des plus agréables dont la lecture puisse 
être offerte aux gens du monde, comme Tun des meilleurs et des plus 
utiles qui puissent être placés sous les yeux de la jeunesse. 

G. DE Bbaucourt. 



Galllaume de Cbampeaux, ou les Écoles de Paris au xn« siècle, par 
M. l'abbé E. Michadd. Paris, Didier. In-8 de m-547 p. — Prix : 7 fr. 

M. Tabbé Michaud a trouvé qu'on n'avait pas rendu à Guillaume de 
Champeaux la justice qu'il méritait, et il a tenté de le réhabiliter ; il a 
voulu, comme il le dit, accomplir un acte de iudtice. N'a-t-il pas par- 
fois trop abondé dans l'éloge et montré l'exagération d'un panégyriste? 
C*est recueil ordinaire des travaux entrepris sous l'empire d'une pen- 
sée de réhabilitation. Evidemment le savant auteur a été trop loin en 
montrant dans Guillaume de Champeaux a la pierre fondamentale qui 
porte toute la scolastique, » depuis Abeilard jusqu'à Suarez, en pas- 
sant par Hugues de Saint-Victor et S. Thomas d'Aquin. Af^rmer que 
Guillaume est « plus philosophe que S. Anselme, plus sûr que S. Ber- 
nard, » c'est émettre des jugements à tout le moins contestables et en 
tout cas bien difficiles à établir, puisque M. l'abbé Michaud lui-même 
nous a prévenus quelque part que « les pièces originales manquaient» 
pour apprécier Guillaume de Champeaux, et qu'il a restait seulement 
de lui quelques pages, débris à peine capables de nous aider à reconsti- 
tuer sa pensée. > Mais à côté de ce que nous nous permettons d'appe- 
ler des exagérations, il y a le fait très-juste que Guillaume de Cham* 
peaux a été, comme le dit M. l'abbé Michaud, « plus grand que son 
nom. » L'écolâtre de Notre-Dame, surtout le fondateur de Saint-Victor, 
devenu ensuite évêque de Châlons, a eu évidemment une pensée fé- 
conde et a dû agir fortement sur l'opinion. Les témoignages de la chro- 
nique de Morigny, ceux de Guillaume de Saint-Thierry, de Hugues 
Metel, de l'abbé de Corbie Wibald, de S. Bernard, prouvent assez l'es- 
time dont ses contemporains entouraient Guillaume de Champeaux. 
Pour eux, il était la colonne des docteurs, un évêque saint et savant, 
presque un ange. 

Ces éloges ont été pour M. l'abbé Michaud une cause d'attrait et de 
péril : d'attrait en l'animant à célébrer sa mémoire, de péril en le for- 



— 46 — 

çant, vu la disette des documents, à recourir à beaucoup d^induetions 
et à faire une large part à rimagination. Vouloir préciser la doctrine 
d'un auteur en s'appujant sur quelques lignes seulement qui nous 
restent de lui, est très-périlleux : ainsi on a reproché à M. Tabbé Mi- 
chaud de s'être plus d'une fois trompé sur le fond même de Topinion 
philosophique attribuée à Guillaume de Champeaux.M.TabbéMichaud 
a tort également de suivre beaucoup trop les opinions d'auteurs ratio- 
nalistes, dont les données lie peuvent être acceptées sans réserve lors- 
qu'il s'agit du catholicisme et du rôle de la sophistique vis-à-vis du ca- 
tholicisme. L'auteur s'abuse peut-être un peu sur les véritables ten- 
dance;) de la science contemporaine, mais il faut lui rendre cette jus- 
tice qu'il a groupé de nombreux témoignages de savants en faveur de 
l'idée réaliste du xii* siècle, c'est-à-dire en faveur de l'unité de la ma- 
tière, et victorieusement réfuté les accusations portées par Mme Gui- 
zot, MM. de Rémusat, Rousselot, Hauréau, etc. Ces auteurs avaient 
prétendu que Guillaume de Champeaux fut hypocrite, vindicatif, en- 
vieux ; ils l'avaient accusé d'avoir travaillé dans un but intéressé, d'a- 
voir enseigné le panthéisme, le fatalisme, voire même l'athéisme. — 
Pourquoi donc M. l'abbé Michaud, qui a si bien reconnu sur ce point 
les erreura des écrivains rationalistes, se laisse-t-il si facilement in- 
fluencer par leurs jugements, lorsqu'il parle d'autres écrivains, de 
S. Augustin, par exemple? Hbnri db l'Epinois. 



Histoire do la Xerreur (i 792-4 794) , d'après les documents authenti- 
ques et des pièces inédites, par M. Mortimer-Ternaux, de l'Institut. T. YI. 
Paris, Michel Lévy, 1867. In-8 de 616 pages. — Prix; 7 fr. 50. 

L'historien de la Terreur continue son œuvre érudite et loyale. Le 
présent volume embrasse la période comprise entre le 21 janvier 1793 
et le 4 avril suivant et comprend les livres xxvi à xxxii. Fidèle à sa 
méthode, l'auteur a préféré suivre rigoureusement l'ordre chronolo- 
gique plutôt que la succession logique des faits. L'intérêt va toujours 
croissant à mesure que de nouveaux volumes s'ajoutent aux premiers. 
Les événements si dramatiques de cette époque parlent assez par eux- 
mêmes pour qu'il suffise de les présenter dans leur vrai jour : on ne 
peut donc faire un reproche à l'auteur de cette impartialité qui lui a 
interdit toute appréciation, tout jugement sur les faits qu'il rapporte ou 
les personnages qu'il met en scène. M. Terna'ix s'est souvenu que 
l'histoire n'est point une œuvre de parti, et que l'historien est un té- 
moin et non un avocat. 

La mort du roi fut le signal des plus graves désordres. Tout d'abord 
se leva menaçante la question des subsistances, qui provoqua l'é- 
meute du 25 février, et fut pour ainsi dire la première cause des ter- 
ribles embarras financiers que la guerre ne devait pas tarder à aggra- 
ver encore. Pendant ce temps la coalition, d'abord spectatrice muette 



— 47 — 

et hésitante de la Révolution française, s'organisait en nne sorte d'uni* 
Terselle croisade contre la France. Le gouvernement anglais ayant 
brutalement renvoyé notro ambassadeur, la Convention décrète une 
déclaration de guerre immédiate. On commencera par envahir les 
États du Stathouder. 

Tandis que Dumouriez réorganise son armée de Belgique, une pre- 
mière expédition est envoyée contre les îles de Sardaigue et de la Ma- 
delaine. C'est là, et non à Toulon, que Napoléon I*' fit ses premières 
armes, en qualité de lieutenant-colonel en second d'un bataillon de 
volontaires corses. M. Ternaux entre à ce sujet dans les détails les 
plus circonstanciés et les plus curieux. 

Avec le livre suivant commence Thistoire des opérations de Dumou- 
riez. La coalition, profitant de la misère et du désordre de Tarmée 
française, reprend Toôensive et force bientôt Dumouriez à évacuer 
Liège et à rentrer à Bruxelles. A la nouvelle de Févacuation d'Aix-la- 
Chapelle et de la levée da siège de Maëstricht, la Convention, voulant 
imprimer un nouvel élan à Fenthousiasme patriotique, décrète Tenvoi 
des fédérés au secours de Dumouriez. Mais en même temps, comme 
pour mettre, à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur, la patrie à l'abri 
des attaques et des conspirations, le tribunal révolutionnaire est orga- 
nisé dans toute l'étendue de la France d'après le programme de Ro- 
bespierre. 

Pendant ce temps, Lyon s'insurgeait contre la Révolution, mais 
pour retomber bientôt sous le joug. Il n'en était pas de même des pro- 
vinces de rOuest, où le mouvement, commencé en mars, s'agrandit si 
rapidement, que Tinsurrection, quelques jours après, était maîtresse 
de la presque totalité du territoire de huit départements. M. Ternaux 
a rendu un signalé service à la vérité historique en établissant, par la 
citation des premiers manifestes des paysans de l'Ouest, le caractère 
exclusivement religieux de leurs premiers soulèvements. Il n'hésite 
pas à déclarer que, pour soutenir dans tous les diocèses, dans toutes 
les paroiises, le schisme résultant du serment constitutionnel imposé 
aux prêtres, la Convention employa les procédés les plus draconiens de 
rintolérance ; mais il n'en produit aucuue preuve. Une omission aussi 
complète est fort regrettable, d'autant plus que, poursuivant son récit, 
« il choisit, dit-il, quelques épisodes et dénonce les meurtres déplo- 
rables qui souillèrent les premières victoires des Vendéens. » 

Dans ses livres xxxi et xxxii, l'auteur reprend Thistoire de Dumou- 
riez à partir de la défaite de Nerwinde (18 mars), jusqu'à la fuite du 
général dans le camp autrichien. Toute cette partie du volume est par- 
faitement traitée et du plus haut intérêt. L'entrevue de Danton avec 
Dumouriez, les relations que celui-ci commençait déjà à entretenir 
sous main avec les chefs de la coalition, notamment avec Mack, l'arri- 
vée des commissaires de la Convention lui apportant le décret qui le 



- 48 - 

mande à sa barre, la résistance et les apostrophes violentes du général^ 
le coup de théâtre par lequel il livre les commissaires avec le ministre 
de la guerre qui les accompagne au prince de Cobourg ; enfin sa fuite 
dans le camp autrichien, où il arrive accompagné des dragons de la 
Tour, tel est le tableau qui se déroule sous les jeux du lecteur ; les 
détails inédits y abondeat et sont complétés par une foule de documents 
qui occupent à la fin du volume la majeure partie des 200 pages con- 
sacrées aux notes et éclaircissements. 

Le principal mérite du livre de M. Ternaux vient des nombreux do- 
cuments qu'il a recueillis. Par malheur, sauf pour une petite partie de 
ceux relatifs aux intrigues et à la défection de Dumouriez, l'auteur né" 
glige d'indiquer les sources où il a puisé. Une note de quelques lignes, 
placée au commencement du livre xxxi, fait seulement connaître en 
bloc que certains détails sur l'arrestation des commissaires de la Con- 
vention et sur la défection de Dumouriez, ainsi que les correspondances 
se rattachant à ces deux faits, sont tirés des papiers du ministère de la 
guerre en Autriche, et des archives particulières de Tarchidue Albert, 
lesquelles ont été généreusement ouvertes à M. Ternaux. Ce défaut 
d'indication de sources, si capital dans un livre basé comme celui-ci 
sur des textes inédits pour la plupart, avait été déjà signalé dans les 
premiers volumes. Il est regrettable que Fauteur n'ait pas déféré sur 
ce point aux critiques qui lui ont été adressées. Espérons que dans les 
volumes suivants, et surtout dans une édition nouvelle, il comblera 
cette lacune. F. de Roquefeuil. 



La Déma^ogte en 1 T03 et Pari» , ou Histoire jour par jour de 
Vannée 1793, accompagnée de documents contemporains rares ou inédits, 
recueillis, mis en ordre et commentés per C. A. Dauban. Ouvrage enrichi 
de seize gravures de Vallon et d'autres artistes, d'après des desseins inédits 
et des gravures du temps. Paris, H. Pion, 1868. In-8*» de xxiv-644 pages. — 
Prix : 8 fr. 

« Ce livre, dit quelque part M. Dauban, n'est pas une hisfoire de la 
Convention et de la lutte des partis, mais plutôt le tableau du jacobi- 
nisme triomphant à Paris en 1793. » L'auteur a aime et admire la grande 
époque de la Révolution ; » selon lui, la Convention, bien que « cruelle 
et injuste dans les moyens, ;> a été « généreuse dans le but; « elle a 
d'ailleurs un titre à notre indulgence : elle a décrété l'unité des poids 
et mesures (p. 304). Les montagnards ont versé bien du sang; ils ont 
mis la France à deux doigts de sa perte ; mais enfin ils l'ont sauvée 
(p. 432). Pourtant M. Dauban n'accepte l'héritage de la Révolution que 
« sous bénéfice d'inventaire. » — « Que de ruines publiques et privées l 
nous dit-il. La France a été sauvée, mais la république a été perdue, et 
la liberté est restée mutilée, 

C'est par un plaidoyer contre la Terreur, adressé au citoyen 



— 49 — 

Ch. Dugast-Matifenx, ami robespierriste de l'auteur^ que commence ce 
livre sur la Démagogie en 1793. Mais le meilleur plaidoyer, ce sont les 
pages émouvantes que reproduit M. Dauban et qui forment le fond de 
son livre. Beaulieu parait être l'auteur d'un curieux ouvrage, devenu 
rare, et que j'ai sous les yeux : Les Souvenirs de tHistoire^ ou le Diumal 
de ia Révolution de France pour fan de grâce 1797; contenant pour chaque 
jour, imprécis analytique et succint des principaux événements qui ont*eu 
Heu, le Jour correspondant, pendant le régime revoludonuaire (Paris, chez 
G. Bridel. 2 vol. in-12). M. Dauban nous donne une réimpression de ce 
livre, qu'il trouve bien un peu injuste, un peu excessif contre les hommes 
de la Révolution, mais qui au fond est vrai et sincère, comme son ami 
robespierriste le reconnaît lui-même (p. xvi). Au texte du Diumal sont 
joints des compléments, insérés à leur ordre chronologique, e> traits de 
Prudhomme, de Mercier du Rocher, de Sirej, des Anecdotes d'HAv- 
mand, de la feuille des rapports de police, etc. Parmi ces compléments, 
nous citerons les détails sur Charlotte Corday et sur Marat (p. 271- 
2S4);\e récit de Texécution de Louis XYI, extrait du Magicien républi- 
cain^ et où se trouve ce mot : « Allez, fils de Saint-Louis, le Ciel vous 
attend » (p. 33) ; la piquante histoire de Mme de Charrj et de ses amours 
avec le montagnard Osselin (p. 541-558); les détails et les documents 
inédits, réunis dans un appendice, sur le procès de Mme du Barry 
(p. 588-638); les notes sur la guillottine (p. 102), et le divorce (p. 355], 
pour lequel, remarquons-le en passant, Fauteur ne dissimule pas ses 
sympathies. Une part importante est faite à Tinédit dans ces additions : 
mentionnons une lettre de Lacroix à Danton (p. 123); plusieurs docu- 
ments sar Roland et sa femme (pp. 137, 149, 211); le récit d'une sôance 
de la Convention, par Valazé (p. 143); plusieurs ordres du jour d'Hen- 
riot;une lettre du cordonnier Simon (p. 4^9), et la protestation d'isnard 
en date du 8 octobre (p. 445) . 

A cette histoire de l'année 1793, écrite par des témoins oculaires, 
M. Dauban a joint de curieuses gravures qui ajoutent beaucoup à l'in- 
térêt du livre. Voici le crayon de David représentant notre infortunée 
reine dans la fatale charrette ; voici la danse des jacobins autour de 
Féchafaud de Louis XVI, cette ronde furieuse dont parle Rouy Faîne 
dans le Magicien républicain; voici le supplice de Marie -Antoinette; 
voici, dans sa hideuse nudité, la Venté révolutionnaire, image trop vraie 
de Fépoque qu'elle représente ; voici les soupers fraternels dans les 
sections, et les fêtes révolutionnaires qui, nous dit Fauteur, « r 'ussi- 
rent à charmer, à entraîner, à consoler le peuple de tant de souffrances, 
et dont la république a emporté avec elle le secret de Fattrait populaire n 
(p. 317); voici Fenceinte de la Convention, le tribunal révolutionnaire, 
la charrette des suppliciés, le départ des Girondins, etc. 

M. Dauban parle à plusicui*s reprises des « assertions chagrines et 
FÊvniEB 1868. i 



— 80 — 

rarement bienveillantes du Diumal (p. 432), » et proteste quelque part 
contre la qualification de» sauvages insensés» donnée aux membres de 
la Convention. Maigre sa loyauté et sa sincérité, il n'a pu se résigner à 
reproduire toutes ces «assertions chagrines. » Nous pourrions en donner 
de nombreuses preuves; quelques-unes suffiront. A ce texte du Diumal^ 
(t. II, p. 67) : « Dans la séance du 17, Barrère, après un rapport quij 
aujourd'hui^ ne paraîtra quextravagant et burlesque^ mais qui alors 
pouvait entraîner les plus monstrueuses atrocités y fit rendre le décret 
suivant, » M. Dauban substitue (p. 342) le texte suivant : « Dans la 
séance précédente, Barrère avait fait rendre le décret suivant. » A la 
p. 375, M. Dauban passe tout un membre de phrase, ainsi que ce pa- 
ragraphe : « Toutes ces abominations furent consacrées par Tassenti- 
ment de la majorité de la Convention (t. II, p. 99). A la p. 413, il 
supprime Ténumération des «brigands subalternes,» des noms desquels, 
dit Bea'ilieu, il est inutile de souiller ces pages (t. II. p. 138). Enfin, 
à la p. 462, M. Dauban se borne à dire que « Marie- Antoinette... fut 
traduite devant le tribunal révolutionnaire, » omettant tout ce passage 
du Diurtial (p. 164) : « ... fut traduite devant un conciliabule de misé- 
rables, appelé tribunal révolutionnaire, dont la postérité ne pourra lire 
les forfaits sans frémir. » 

La tâche d'éditeur impose un premier et absolu devoir : Fintégrité. 
Il est regrettable que M. Dauban n'ait pas complètement rempli ce 
devoir. G. de Bbaucourt. 



Histoire de l'abbaye et du collègue de«lullly,(lept<?'8 Imrs origines 
jusqu'à nos jours, par Charles Hamel, avocat, docteur en droit, ancien ôlère 
de Juiliy. Paris, Douniol, 1868. In-8 de688 p. —Prix: 7 fr. 

Le collège de Juiliy restera célèbre dans les annales de l'instruction 
publique en France; il était digne d'avoir un historien et de le trouver 
parmi ses anciens élèves. Juillj fut d'abord une abbaye, fondée en 
1182 par Foucauld de Saij:it-Denis, qui la donna aux chanoines de 
Saint-Augustin de l'abbaye de Chaage, à la condition de suivre la règle 
do Saint-Victor de Paris. Son rôle fut peu important, et les notices 
sur ses vingt-cinq abbés n'ont rien ([ui puisse fixer Tattention : elles 
ne sont guère qu'une reproduction du travail donné par dom Plossis 
dans sou Histoire du diocèse de Meaux^ et inséré dans la Gallia 
Chistiana^ avec les corrections de Tabbé Thomé, chanoine de l'église 
de Meaux. 

L'histoire du collège, f(»udé eu 1638, après la cession faite à l'Ora- 
toire par le dernier abbé, est la partie vraiment originale et curieuse 



— 5i — 

de ce livre. L'auteur a cru devoir la faire précéder d'une longue étude 
sur rOratoire, sa fondation, ses grands hommes, son influence, emprun- 
tée en grande partie à VOratoire de France du P. Ad. Perraud ; ce n'est 
qu'un hors-d'œuvre qui Texpose à beaucoup de redites. La question 
fort grave de la part que l'Oratoire a eue dans les affaires du jansénisme 
est traitée d'une façon trop partiale, si l'on peut s'exprimer ainsi, pour 
entraîner la conviction : un exposé sincère et complet des accusations, 
avec leur réfutation, eût conduit à un meilleur résultat. 

Le collège a subi diverses transformations qui indiquent les divisions 
du sujet : — Juilly, académie royale; — Juilly pendant la révolution 
et les années qui la suivirent; - sous la direction de MM. de Salinis 
et de Scorbiac ; — de M. Tabbé Bautain; — sous l'administration delà 
société nouvelle, composée des anciens élèves, qui a rappelé les pères 
de rOratoire en 1867. Un chapitre complémentaire donne de courtes 
notices sur les élèves les plus distingués depuis la fondation. 

A l'aide des archives de Juilly, M. Hamel a réuni une foule de 
détails intéressants sur l'enseignement, la discipline, les supérieui'S 
dont il donne la liste, et les professeurs dont il fait connaître les plus 
remarquables. Il y joint un tableau curieux de renseignement au 
XVII» siècle, pour faire ressortir l'avantage de la méthode inaugurée 
par le P. de Condren ; un de ses principaux caractères était de substi- 
tuer le français au latin dans les ouvrages classiques. Le volume est 
illustré d'une vue de Juilly, d'un portrait du fondateur, le P. de Con- 
dren, et du fac-similé d'une oraison funèbre de Bossuet, celle de Henri 
de Gornet, dont le manuscrit est conservé à la bibliothèque du collège. 

On peut reprocher à l'historien d'avoir trop fréquemment intercalé 
dans son récit des considérations philosophiques et politiques, qui 
peuvent être justes, mais ne sont point à leur place. Il est quelque- 
fois trop peu soucieux de puiser les renseignements aux sources : 
ainsi (p. 31) pour la charte d'érection de l'abbaye, il renvoie au 
Dictionnaire de La Martinière, tandis qu'elle se trouve imprimée 
dans la Gallia Ckristinna, Il attiibue au P. Lelong le Recueil des 
historiens de France (p. 157). Ce savant fut charge en 1717 de tra- 
vailler à cette collection d'après les plans de dom Marténe ; il avait 
amassé des matériaux jusqu'à sa mort, arrivée en 1721; à ce 
moment l'ouvrage était non-seulement inachevé, mais non encore 
commencé, car dom Bouquet en donna le premier volume en 1738. 
Les errata^ déjà nombreux, auraient d\\ être augmentés : signalons 
(p. 48) le nom d'un abbé écrit, à une ligne de distance , Gauthier et 
Gautier; et (p. 173) les frères de l'institut du B. de La Salle appelés 
frères de la Doctrine chrétienne^ au lieu de frères des Écoles chré- 
tiennes 

Rfîné db Saint-Mauris. 



— 5i — 

ntémolr» <>r sir Plulltp Francis, K. G. B., ivUh Correipwideneê and 
Joumals, Coinmenced by the late Joseph Pabkes, Esq. Completed and edited 
by Heiinan Merivalr, M. A. With portrait London, Longinans et C* 1867. 
2 vol. in 8 de xui-1024 p. — Prix: 37 fr. 50. 

On se rappelle toutes les discussions qu'excita jadis la publication 
des fameuses Lettres de Juntus. A qui fallait-il attribuer ce mordant 
ouvrage? On nommait Woodfall, sir Philip Francis; chacun proposait 
son candidat, mais le mystère ne paraissait pas devoir s'éclaircir. A 
vrai dire, il ne Test pas même aigourd'hui: sub fudice lis est. Cependimi^ 
voici que M. Herman Mérivale, écrivain bien connu en Angleterre par 
ses travaux historiques, nous donne maintenant la biographie complète 
d'un des sosies ; il nous raconte la carrière assez incidentée de sir Philip 
Francis, et groupe autour de son héros une série de tableaux qui 
peignent à merveille la société anglaise pendant la dernière moitié du 
xviii* siècle. Il paraît que la tâche de mettre en ordre, d'annoter et de 
publier la correspondance de sir Philip avait été réservée à M. Joseph 
Parkes; la mort vint frapper l'honorable éditeur au milieu de ses 
travaux, et M. Mérivale se chargea de reprendre le fil de la narration 
et de mener à bonne fin les deux volumes dont se compose Touvrage. 
Il eût été impossible de trouver pour cette publication un parrain litté- 
raire plus autorisé. 

Beaucoup de critiques et de philosophes ont déjà fait ressortir Tétat 
déplorable où F Angleterre était tombée au point de vue moral et reli- 
gieux sous le gouvernement des trois premiers Georges, et le livre 
qui nous occupe aujourd'hui confirme, sous tous les rapports, ce que nous 
savions à ce propos. Des clergi/men, croyant à peine en Dieu, chassant 
le renard de huit heures du matin à cinq heures du soir, ivres-morls de 
sept heures du soir à trois heures du matin ; des hobereaux singeant dans 
leurs maisons de campagne les scandaleuses débauches du grand monde; 
la vénalité partout, partout Tignorance et les manières brutales : tel 
est le tableau qu'offraient nos voisins il y a cent ans. Le père de sir 
Philip Francis était ecdéaiastique et docteur en théologie, ce qui ne 
Tempôchait pas de sacrifier aux muses et de s'escrimer à faire des 
tragédies détestables. On lui accordait les honneurs de la scène, et les 
sifflets redoubles obligeaient bientôt le directeur du théâtre de baisser 
la toile sur la plate poésie du clergyman incompris. Que faire ! Heu- 
reusement une certaine mistress Bellamy, actrice fort à la mode en ce 
temps-là, eut compassion du docteur Francis, et obtint pour lui d'un 
de ses adorateurs au pouvoir un assez bon bénéfice. Ce n'était pas la 
première fois, ce ne devait pas, hélas I être la dernière qu'un ecclé- 
siastique arriverait à l'opulence grâce à la protection d'une femme en- 
tretenue. Le docteur Francis n'avait pas traduit Horace pour rien. 



— o3 — 

11 86 proclamait, lui ausai, un des u pourceaux du troupeau d'Ëpicure,)) 
et on a dit de lui qu'il suivait scrupuleusement le précepte de l'Evangile 
en ne prenant aucun souci du lendemain. 

Le jeune Philip, né en 1749, avait reçu à l'école de Saint-Paul à 
Londres une forte éducation classique ; il se fit remarquer de bonne 
heure par un aplomb surprenant et une facilité de répartie impertur- 
bable. Le dandy par excellence, lord Chesterfield, sembla le deviner. 
Bientôt une place de secrétaire d'ambassade à Lisbonne vint lui four- 
nir l'occasion de montrer ce dont il était capable, soit comme diplo- 
mate, soit comme écrivain satirique. Lorsqu'il partit pour se rendre à 
son poste, son père, devinant la fameuse maxime de M. Tallejrand, lui 
recommanda sur toutes choses de ne jamais donner la mesure de son 
talent. A son retour en Angleterre, Philip Francis obtint par l'influence 
de Pitt un emploi dans les bureaux de la guerre, épousa — malgré le 
courroux du docteur en théologie — une jeune personne très-aimable, 
très accomplie, mais sans fortune, et commença son rôle de pourfen- 
deur d'abus et de redresseur de torts, en publiant sous le voile de l'a- 
nonjme un pamphlet contre le prix, trop éle^é, des places dans les 
théâtres. 11 en résulta une émeute. 

Si le dix-huitième siècle en Angleterre n'avait pas eu de vices plus 
criants à se reprocher I... Mais voulez- vous savoir, par exemple, quel 
était le train de vie du duc de Grafton, un des personnages marquants 
de l'aristocratie ? Il entretenait publiquement la trop fameuse Nancy 
Parsons, et poussa l'effronterie jusqu'à la présenter au roi. Il j avait 
bien la duchesse de Grafton...6ah ! on ne s'embarrasse pas pour si peu; 
un divorce eut lieu, et la duchesse ne tarda pas à épouser lord Ossons. 
Nous n'avons pas fini. N'est-ce pas Lonortde Couvraj qui a dit : « On 
se lasse de tout, mon ange?» Grafton s'aperçut bientôt que Nancy 
Parsons n'était pas aussi séduisante qu'il se l'était imaginé ^ il la mit 
à la porte, se maria avec miss Wrotterly, et persuada à lord Majnard 
de prendre pour femme légitime la pauvre Nancy. Je me borne à cet 
exemple parmi une multitude qu'il me serait facile de citer. D'une 
conduite passablement légère, lui-même^ Philip Francis n'en gémis- 
sait pas moins du scandale que sa patrie donnait à l'Europe ; dans une 
multitude de pamphlets acerbes, et sous différentes signatures, il ré- 
clama avec la plus grande énergie une réforme sociale, et c'est ce 
talent hors ligne, dont ces brochures font preuve, qui porta beaucoup 
de personnes à lui attribuer les Lettres de Junius publiées en 1769. 
M. Parkes et M. Herman Merivale n'ont pas manqué de traiter à 
fond cette question si souvent débattue, mais ils ne peuvent ni l'un ni 
Vautre faire plus que prononcer en faveur de leur héros un verdict de 
probabiUfé. 

Je ne suivrai pas dans tous ses détails la carrière politique de Philip 



— 5i — 

Francis. Nommé membre du conseil de la province du Bengale, il dut 
se rendre aux Indes, où il passa huit ans et s'arrangea de manière à 
amasser une fortune considérable tout « en courtisant la brune et la 
blonde. » Mrs Francis était restée en Angleterre, où elle vivait très- 
retirée, s'occupant exclusivement de ses devoirs de famille et ne jus- 
tifiant sous aucun rapport les folies d'un époux peu digne d'elle. On 
sait qu'une des plus scandaleuses escapades de Philip Francis se rat- 
tache à la trop illustre Mme Grand, qui devint ensuite princesse de 
Bénévent. Revenu en Angleterre en 1780, il fut élu membre de la 
Chambre des communes, et y siéga sans interruption jusqu'en 1818, 
année de sa mort. 

D'après le court résumé que nous venons de donner, on peut voir 
que les deux volumes de biographie publiés par M. Merivale sont fort 
intéressants ; disons toutefois qu'ils se recommandent moins au lecteur 
comme souvenirs d'un individu, que par le tableau qu'ils nous pré- 
sentent de l'Angleterre pendant l'époque qui précéda immédiatement 
la Révolution. Devenu sir Philip Francis, comblé d'honneurs, de ri- 
chesses et de gloire, l'élève de lord Chesterfield et de Pitt ne cessa ja- 
mais d'être cjnique, égoïste et grossier. Sa maxime favorite, et qui, 
selon lui, résumait l'expérience de sa vie entière, était celle-ci :« Pour 
rien au monde, ne donnez, ne prêtez, ne payez vos dettes à qui que ce 
soit. » Là-dessus nous prendrons congé de lui. 

Gustave Masson. 



^IWIth Maxtinlliaii In Mexico, from theXote-bookof aMexican Officer, 
by Max, baron von Alvensleben. Lundon, Longmans and C^. Ia-8. 

Lorsque la guerre civile fut terminée aux États-Unis, il se trouva 
toute une armée d'offîciers de fortune sans emploi et disposés à 
vendre leurs services au plus offrant. Habitués à la vie aventureuse 
des camps, incapables de se résigner au repos, ils ne demandaient pas 
mieux que de reprendre l'uniforme et de faire blanc de leur épée sur 
quelque théâtre que ce fiU. Parmi ces enfants perdus de l'an de grâce 
1866, on remarquait le baron Max d'Alvensleben. L'expédition mexi- 
caine arrivait juste à point pour servir ses goûts belliqueux ; il ne ba- 
lança pas un instant, et, après avoir réglé ses comptes avec le gouver- 
nement des Ëtats-Unis, il s'embarqua afin de rejoindre le quartier 
général de l'empereup Maxirailien. 

« J'avais contemplé, dit-il, l'héroïsme chevaleresque qui lui faisait 
entreprendre ce qui était une tâche impossible. Honnête, sincère, sans 



— 5S — 

dissimalation, d'une probité scrupuleuse, bref, gentilhomme daos toute 
l'acception de ce mot si souvent prostitué,rempereur Maximilien dé- 
sirait du fond du cœur régénérer sa patrie d'adoption; son grand défaut 
consistait en ceci : il ne pouvait pas comprendre les profondeurs hideuses 
de corruption et de bassesse où certaines natures sont capables de se 
ravaler. » 

Les scènes auxquelles le baron d'Alvensleben nous fait assister sont 
pleines d'intérêt, mais on ne saurait s'empôchor d'éprouver une im- 
pression pénible en les lisant. Le Mexique, en effet, a toujours été 
une des terres classiques de révolutions et d'agitations de toute es- 
pèce. Aujourd'hui il est devenu le repaire de tous les bandits du monde 
civilisé, 

Venamo morir por la republica de Mejlco I Tel est le cri fameux qui 
sert de mot d'ordre à un ramassis de brigands fort peu soucieux de la 
république, mais habitués au pillage et prêts à tout risquer pour une 
poignée de pièces d'or. Les régiments qui combattaient sous le même 
drapeau pendant la guerre des États-Unis, se trouvent très-souvent 
maintenant dans les rangs opposés, et les guérillas se recrutent de nè- 
gres, d'Egyptiens, d'Arabes. C'est un pêle-mêle dont on ne pourrait 
se faire une idée. M. d'Alvensleben chargé d'escorter de Matamoras à 
Mexico un convoi de munitions, est attaqué par une bande d'insurgés 
qui tombent sur lui,renvironnent et le somment de se rendre. «Nous ne 
nous rendons jamais à des brigands 1 Caracho Austriaco I matpmos a los 
estranjerost » ^'attaque commence, ou plutôt un véritable massacre. 
« Nous apprîmes ensuite, écrit M. d'Alvensleben, que pendant cette 
affaire, un fort détachement de troupes françaises était dans la ville 
de Mier, sur le Rio de San Juan, à huit heures de distance du champ 
de bataille.Ils ne firent aucun effort pour venir à notre secours. Lors- 
qu'ils eurent appris notre défaite, ils livrèrent la ville au pillage, puis 
retournèrent à Mexico. » 

M. d'Alvensleben se trouva plusieurs fois dans des situations très- 
perplexes, et lui, général impérialiste, admirateur de Maximi- 
lien, dut se faire passer pour un aide de camp d'Escobedo et un cham- 
pion de Juarez. Il faut lire la description qu'il donne des bravos repu- 
blicanos^ corps de cavalerie irrégulière dont la seule occupation était 
le meurtre, le viol et le pillage. Toujours à l' arrière-garde lorsqu'il 
s'agissait de se battre, ces messieurs ne prenaient les devants que s'ils 
pouvaient mettre le pays à contribution sans risque aucun de leur part. 
Point d'uniforme ; chacun a son revolver^ et en outre une arme blanche 
quelconque, prise Dieu sait où. Et les conversations : 

«La paix ?... allons donc ! croyez-moi : le président Juarez ne nous 
a pas fait venir de l'autre côté du Rio Bravo pour conclure la paix. 
Voyez les différents partis qui divisent le Mexique, sans compter les 



— 56 — 

impérialistes : Juarez, Ortega, Canales, Cortinas et Camgal, un tas 
de chiens archarnés sur le même os. Ajoutez à cela les exigences des 
grosse» punaises de toutes les nuances qui ne se soucient pas le moins 
du monde de Tempire. Que ce soit un prêtre ou un soldat qui fasse 
Tenterrement du Mexique, peu leur importe, pourvu que ces voleurs 
aient une part do rhéritage. Crojez-moi, camarades, quand la fin de 
tout cela ariivera, et que Maximi.ien aura fait le saut périlleux, il y 
aura de jolis petits bénéfices à prendre pour ceux qui auront la chance 
de se trouver là. 

(( — Mais ce diable de Dupont nous a joliment mènes tambour bat- 
tant à Monterey. » 

(f — Bah! réplique le premier interlocuteur sur le ton du plus su- 
prême mépris, qu'importent une ou deux défaites, lorsque nous nous 
battons avec les Français ou les Autrichiens ! se fasse échiner qui vou- 
dra ; nous autres, nous nous tenons prudemment à l'écart, et nous arri- 
verons ensuite pour notre portion du butin. D'ailleurs le vomtto est 
notre fidèle allié. Dans un ou deux ans d'ici il nous aura débarrassé de 
tousles estranjeîos^ et le pays nous appartiendra. » 

M. d'Alvensleben fut trop heureux de se séparer de ces aimables 
republicanos^ et finit par arriver à Matamoras. Là, les précautions les 
plus grandes étaient indispensables : car, comme on vient de le voir, 
chaque chef de bande se croyait un personnage politique et prétendait 
vendre aux enchères ses talents et sa popularité. Cortinas, par exemple, 
ne tenait pas à régner : mais il aurait bien voulu s'emparer de Mata- 
moras, afin de conclure un marché avantageux soit avec Juarez soit 
avec Maximilien. Carvajal, nommé par Juarez gouverneur de la ville, 
ne réussissait pas à rétablir l'harmonie entre le.s différentes parties, et 
le colonel Canales, espérant pocher en eau trouble et arriver au pou- 
voir, entretenait sous main le mécontentement universel. 

Le départ du corps expéditionnaire français paralysa les efforts de 
Tempereur du Mexique ; la lutte pouvait se prolonger encore un peu ; 
mais il était bien certain que Théroïsme le plus dévoué ne réussirait 
pas à sauver de l'anarchie une nation foncièrement dégradée. Le baron 
d'Alveiisleben fut, comme tant d'autres, obligé de céder, et retourna 
à New- York après une campagne de seize mois. 

Gustave Masson, 



— 57 — 

Bistolre littéraire de la France , par les Religieux Bénédictins de 
la congrégation de Saint-Maor. Nouvelle édition , publiée sous la direction 
de M. Paulin Paris , membre de l'Institut. Paris , Victor Palmé y 4867, 
2 vol. in-4 : t. VI, de xv-700 pag. ; t. VII, de xcix-716 p. — Prix ; 20 fr. 
le vol. 

, Cette belle publication, entreprise il y a quatre ans à peine, marche 
avec une parfaite régularité, et, dans peu de tem[)S, nous en posséderons 
les douze volumes. Cette rapidité d'exécution n'aura nui en rien à la 
-valeur de Tédition nouvelle : à quelque point de vue^ en effet, qu'ils 
l'examinent, les juges les plus sévères ne pourront s'empêcher de louer 
le soin minutieux autant que Tinfatigable activité de ceux qui auront 
eu l'honneur d'j travailler. 

En rendant compte ici des sixième et septième volumes de V histoire 
littéraire^ récemment publiés, j'insisterai sur les additions dues à 
M. Paulin Paris. Préparé par les études de toute sa vie à une sem- 
blable mission, le doyen de la commission chargée, au nom de l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres, de continuer l'œuvre des béné- 
dictins, a enrichi de notes excellentes les sept premiers volumes de 
dom Rivet. Je signalerai dans ce tome YI les notes sur le roman pro- 
vençal de Philomela et plusieurs autres romans au sujet desquels cer- 
taines erreurs ont été commises par dom Rivet (p. 685); sur Eugra- 
phius, grammairien latin qui vivait avant la fin du x^ siècle, quoi qu'en 
ait dit la Nouvelle Biographie générale d'après le Greek and Roman Die- 
tionary de Smith, puisque Qerbert recueillait ses ouvrages comme 
ceux d'un auteur ancien (p. 686) ; sur tout ce que la Chronique de Ri- 
cher, si elle avjiit été connue de dom Rivet, aurait permis à cet émi- 
nent critique d'ajouter, soit dans le Discours préliminaire, soit dans la 
Notice d'Adalbéron, de renseignements relatifs aux œuvres d'art, à 
l'architecture, à la sculpture (p. 687) ; sur la fausse interprétation don- 
née par dom Rivet du mot séquences {^^ . 690); sur l'assertion par laquelle 
11 prétend que les Gaules n'avaient pas reçu le bienfait de l'Evangile 
avant le milieu du m* siècle (p. 700); sur la Chronique de Richer, re- 
trouvée en 1833 par M. Pertz, dans la bibliothèque publique de Bam- 
berg, en Bavière^ et sur les trois éditions publiées de cette Chronique : 
la première, parle même M. Pertz, dans les Monumenta Germaniœ; la 
seconde, par M. Guadet, pour la Société de l'histoire de France; la 
troisième, sous les auspices de l'académie de Reims, par M. Poinsi- 
gnon (p. 70o); sur le surnom de Martel donné au ûls de Pépin, surnom 
au siget duquel la postérité aurait pris le change, le mot que l'on a 
traduit par Martel signifiant bien plutôt grosse tête. — A la fin du 
tome y [I, nous trouvons (p. 689 et seq.) diverses observations sur des 
questions philologiques qui n'ont pas reçu de dom Rivet une solution 



— 58 -^ 

satisfaisante. A la page 693, M. Paris a complété Tarticle sur S. Ab- 
bon, abbé de Fleurj, en résumant ce qui, dans les rechercbes de 
M. Chasles, de FAcadémie des sciences, sur Torigine de Tabacus, con- 
cerne le commentaire fait par Abbon, sous le titre de : De ratione 
Calculi, d'un traité de Victorius sur le cycle pascal. A la page 695, 
M. Paris soutient que le poëme de Waltarius, composé par Gérard, 
moine de Fleurj, n'est pas aussi méprisable que l'a prétendu «Testi- 
mable auteur des Epopées françaises, M. Léon Gautier. » Un peu plus 
loin (p. 702), il établit, s' appuyant sur Tédition de la Vita Gauzlini du 
moine André, publiée par M. Léopold Delisle dans le deuxième vo- 
lume des Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais (1853), que 
la véritable date de la mort de Gauzlin, malgré les remarques de dom 
Rivet, est le 8 mars 1030. 

S'il m'était permis d'adresser ici une prière à M. Paulin Paris, je lui 
demanderais de nous donner plus de notes de ce genre dans les volumes 
suivants. Tous ceux qui connaissent son érudition, non moins vaste 
que sûre, le trouveront, comme moi, infiniment trop discret. Sur une 
foule d'écrivains remarquables du moyen âge, il lui aurait été facile, 
sans trop dépasser le programme primitif, d'ajouter des renseignements 
précieux à ceux qu'avait reunis dom Rivet. 

Ph. Tamizey de Larroque. 



CHRONIQUE 



NÉCROLOGIE. Nous avoAs le regret d'annoncer la mort de M. Vallet de Viri- 
▼ille, professeur à l'école des Chartes et l'un des membres résidant de la So- 
ciété des Antiquaires de France. Le monde de l'érudition ressentira vivement 
la perte de ce consciencieux historien du xv« siècle, enlevé dans la force de 
l'âge et dans toute la maturité de son talent. Notre premier numéro contient 
le dernier travail auquel ait pu se livrer le savant professeur. 

— Thèses de l'école des chartes. Le 20 janvier, sous la présidence de M. de 
Wailly, membre de l'Institut, les élèves sortant de l'école des Chartes ont 
soutenu les thèses suivantes pour le grade d'archiviste paléographe, qu'ils ont 
tous obtenu : Maxime de Beaucorps, Etiuie sur les Maisons-Dieu au moyen-dge^ 
et particulièrement au xiie et au xiii*' siècles. — F. Bonnardot, La langue française 
à Metz, d'après les documents originaux du xiii» siècle. — P. L. Cauwès, In- 
fluence du droit romain sur la jurisprudence civile du xuv siècle, étudiée pnnci- 
palement dans les Oliu. — L. M. Chauffier, Essai sur l'histoire du commerce 
extérieur de la Bretagne au moyen âge. — Gaston Dubois, Rechercfics sur le lieu 
d^ongine^ la famille et la vie de Guillaume des Eoches, etc. — V. J. Duchemin, 
Étude sur Gautier de Coutances (1157-1207). — B. Le Grand, Essai sur Voffice 
d'armes au moyen âge; rois, maréchaux, hérauts, poursuivants d'armes. — 
Armand Rendu, Seigneurie du roi de France sur to république de Gènes (1396- 
1409). — G. Tholin, Études sur r architecture religieuse de VAgenois, du x« au 
xvi" siècle. — A. Vetault, l'Abbaye royale de Saint-Victor de Paris, depuis sa 
fondation jusqu'au temps de S. Louis (i 108-1229). 

— Incendie de l'imprimerie Migne. Les journaux ont donné de nombreux 
détails sur l'effroyable incendie qui a dévoré en une nuit l'établissement de 
l'abbé Migne. La valeur scientifique de quelques-unes des publications sorties 
de ces célèbres presses a pu être discutée, mais ce que personne ne niait, 
c'était la grandeur et l'utilité de l'œuvre considérée dans son ensemble. Plus 
de 660 volumes composant la Patrologie (301), \^Encyclopédie théologique (171), 
et les Orateurs sacrés (102), avaient été clichés, dans le but de mettre ces pu- 
blications importantes à la portée des bourses les plus modestes ; tous ces 
clichés sont fondus. Le magasin des livides en feuilles n'a pu être qu'en partie 
sauvé. Plusieurs livres sous presse : le dernier volume des Index de la Pa^ro- 
logie latitie, le dernier volume de la Patrologie grecque, le dernier volume de la 
Collection des orateurs sacrés, ont été détruits : il faudra les recommencer. Le 
manuscrit du sixième volume du Dictionnaire de l'Église, de M. L. F. G<iérin, 
celui du vingt - troisième de V Histoire ecclésiastique d'Henrion, ceux des six 



— ftO — 

volâmes des Statuts des Statuts qui devaient contenir les œuvres théologiques 
de Mgr Dupanloup, et d'autres encore, ont ét^^. la proie des flammes. L'abbé 
Migne, dit-on, n'est point découragé; il espère pouvoir, après liqpiidation de 
ses contrats d'assurance, monter, dans des proportions plus modestes, une 
imprimerie qui lui permettra de finir les trois grands monuments ecclésias- 
tiques auxquels il a attaché son nom. Mais on doit craindre que la perte des 
clichés ne soit irréparable ; poiu* recommencer une semblable entreprise, il 
faudrait à l'abbé Migne une seconde existence, aussi longue que celle qu'il a 
dévouée tout entière à ses publications, et, malgré le courage dont il vient de 
faire preuve, dans ces douloureuses circonstances, il est peu probable qu'il 
puisse songer à refaire tout ce que l'incendie vient d'anéantir. 

— M. Gachard, directeur général des Archives de Belgique, en mission en 
Italie, vient de découvrir aux Archives de Turin des dociunents intéressants 
relatifs à Charle»-Quint et à Philippe 11, et en particulier la correspondance de 
ce prince avec les infantes ses tilles, de 1o8t à t583. 

— M. C. Rousset, l'auteur de VHistovre de Louvois^ est au momoit de publier 
un livre sur le Comte de Gisors, lils du maréchal de Belle-Isle. M. Renan va 
aussi faire paraître un nouvel ouvrage intitulé : Questions contemporaines, 

— On annonce à Camliridge la fondation d'une revue philologique ajant 
pour but de donner mensuellement une bibliographie très-complète de tous 
les Uvres relatifs à l'antiquité classique. 

— M. Joseph Valentinelli, conservateur de la bibliothèque de Saint-Marc à 
Venise, annonce la publication en latin du catalogue descriptif des manuscrits 
grecs et latins de ce dépôt public. 

— Le gouvernement grec ayant ordonné la réunion de la bibliothèque de 
l'Université et de la bibliothèque Royale d'Athènes, a fait venir d'Allemagne, 
pour inventorier et ranger les 100,000 volumes qui forment le nouveau dépùt, 
le Dr Emile Steffenhagen. Le classement, bien qu'à peine commencé, permet 
déjà d'apprécier l'importance des richesses bibliographiques qu'offrira, surtout 
pour l'histoire et la littérature de l'Eiu'ope orientale, la nouvelle bibhothèque 
d'Athènes. 

— MM. Enschédé, de Haarlem, qui ont récemment mis en vente une des 
plus belles collections d'incunables qui aient vu le feu des enchères, — la biblio- 
thèque amassée pendant près de deux sièeles par leurs ancêtres, — viennent 
de retrouver les matrices même gravées pour les Plantin et les premiers Elzé- 
vier. Des caractères neufs ont été fondus sur ces matrices, et les amateurs 
pourront bientôt se servir, pour la réimpression ou l'imitation des livres du 
xvr et du xvir siècle, de ces types sans rivaux. 

— Le IV« vovolume des Analectes pour servir à Vhistoire ecclésiastique de la 
Belgique contient (p. 737-748) un Voyage littéraire des Pères God. Henscheuius 
et Dan. Papebroeck, rédigé par ce dernier. Le manuscrit unique sur lequel 
vient d'être publié ce document était malheureusement incomplet. La partie 
retrouvée n'en offre pas moins des détails très-intéressants sur la marche du 
travail des BoUandistes. 

— En Danemark, une idée gén^^reuse a été mise à exécution le mois dernier. 



— 6i — 

n s'agissait de venir au secoiu's des réfugiés slesvigeois chassés de leur pays 
par le gouvernement pioissien. Les libraires de Copenhague ont fait appel au 
public pour former une collection de livres destinés à être vendus au profit de 
l'émigration siesvigeoise. Plus de 10,000 volumes, dont un très-grand nombre 
très-précieux, ont été réunis ainsi de toutes les parties du royaume, et la 
vente a produit une somme relativement considérable. 

— Ventes. Les ventes les plus importantes du mois de février ont été la 
vente du prince de *** (15 février, Tross), la vente van der Belle (10-26 février, 
Bachelin), et la vente Allut (10-22 février, Scheuring à Lyon). La vente du 
prince de *** ne comprenait qu'un petit nombre de livres, tous très-bien, trop 
bien reliés. Aussi, pour plusieurs d'entre eux, le prix atteint par l'enchère 
a-trîl à peine couvert les frais de reliure. Le Corneille de Rouen (1663, 4 vol. 
in-f*., mar. rouge pai* Hardy) n'a été vendu que 210 fr. Le Cuisinier français 
(la Haye, 1656, in-12, mar. vert, Hardy), 59 fr. Le même livre, exemplaire 
médiocre, atteignait à deux jours de distance, le prix de 510 fr. à la vente 
van der Heile. Le morceau capital de la vente était un exemplaire, refait de 
deux feuillets, du Roman de Baudouin et de Ferrant (Chambéry, A. Néret 1485, 
mar. à comp., Hardy) ; il a été vendu 1 ,650 fr. 

La vente van der Helle se composait surtout de livres à figures et de collec- 
tions d'estampes, la plupart en bon état et richement reliés. Le catalogue, très- 
bien fait et muni d'un excellent index, avait été répandu à profusion; aussi les 
amateurs de la province étaient-ils venus, en nombre, livrer bataille à l'ache- 
teur parisien, et les livres, grâce surtout à la présence d'un riche étranger, 
enchérisseur intrépide , ont-ils atteint des prix inouïs. VUistoire sainte de 
Royaumont (Paris, 1670, in-4, mar. rouge, Duseuil), 805 fr.; de prétendues 
Heures de Marguerite de Navarre, 2,300 fr. ; un manuscrit de Geoflfroi Tory, 
Prceparatio ad missam, 1,880 fr. ; V Office de la Vierge, exécuté par iarry poiu' 
le marquis de Belle-Isle, 2,200 fr.; Heures à l'usage de Tournay (Paris, Sim. 
Vôstre, s. d. in-8, rel. du xvn« siècle), 1,650 fr.; les Avenitares de TéUmaque 
(Amsterdam 1734, in-12), 890 fr.; les Lettres d'Héloise et Abailard (Didot, 
an II), 1,405 fi*. 

La vente Allut (10-22 février) contenait des livres précieux, surtout pour 
l'histoire et la littérature espagnoles ; quelques-uns paraissaient certainement 
pour la première fois dans une vente française. Malheureusement le catalogue 
n'avait point été l'objet d'un ti*avail suffisamment sérieux, et le manque de 
rea^eignements sur l'état des livres rendait impossible tout achat à distance. 
Aussi les prix n'ont-ils pas atteint un prix élevé. 

Au second rang doit se placer la vente Silvestre (27 février-3 mars, Labitte), 
contenant 567 numéros. Les exemplaires en nombre (réimpressions publiées 
par Silvestre en caractères gothi'iues) et les pobiçons et fontes de ces caractères, 
forment la partie la plus importante de la vente. 

— Le mois de mars va voir une vente qui sera l'événement bibliographi(£ue 
de Tannée, celle de la première partie de la bibliothèque de M. Victor Luzarche, 
ancien maire de Tours (9-28 mars, Claudin, 3598 n»»). Commencée il y a plus 
de quarante ans, cette collection renfeime des livres d'un prix et d'une rareté 
inestimables, provenant presque tous des bibliothèques seigneuriales et conven- 
tuelles de la Touraine et des provinces voisines. Nous reviendrons sur cette 



— 62 — 

remarquable vente ; mais dès aujourd'hui, nous voulons signaler la quantité 
considérable de manuscrits et d'incunables qui vont être offerts à l'avidité des 
amateui's, et en particulier des Poésies inédites attribuées à Charles VI, une 
chronique latine rimée, également inédite, de gestis Johafmœ d'Arc, un ma- 
nuscrit de l'Iliade et un Legendarium tourangeau du xi« siècle. Nous ne par- 
lons pas des livres remarquables par leur reliure, et provenant de bibliothèques 
princières (plusieurs sont marqués des armes de de Thou). Nous renvoyons au 
catalogue, consoiencieusement annoté, que vient de publier le libraire 
Claudin. 

Pour le mois de mars, on annonce encore les ventes suivantes : M. le vicomte 
de P***(7 mars, Labitte, 170 numéros); M. de la Roche (Pièces politiques du 
xvi« et du xvii» siècle (Charavay et Claudin); M. Bouju (5-12 mars, Bachelin); 
M. le marquis Costa de Beauregard (16-28 mars. Potier, 1,765 numéros). Nous 
reparlerons de ces ventes dans notre prochaine livraison. 

Aucune vente intéressante n'est signalée à Tétrafiger. A Leipzig, chez Brock- 
haus, un catalogue de 4,375 numéros aux prix marqués (BibHotkeca catholiea- 
theologica) mérite d'être indiqué aux travailleurs. 

J. E. SCHMIDT. 



CORRESPONDANCE 



Polémique sur Pautbeiiilcité des lettre* de M«»rle- 
i%iitotnette. M. P. S. à Lyon. — Liste des li'avaux publiés. — Mentionnons 
d'abord les ouvrages qui ont servi di' point de départ à cette polémique : 
i^ Correspondance inédite de Marie- Antoiîiette, publiée d'après les originaux 
faisant partie de sa collection, par M. le comte d'Hunolstein. Paris, Dentu.ln-S. 
(i'* édit. 20 juin 1864 ; 2« édit., 23 juillet 18«4 ; 3- édit., premiers jours d'oc- 
tobre.)— 2* Louis XVI, Marie- Antoinette et Madame Elisabeth yipar M. Feuillet de 
Concbes. T. I, publié le 13 août 1864 ; t. II, publié à la lin de septembre. Un 
nouveau tirage fut fait de ces deux premiers volumes et fut mis en circulation: 
le t. l ayant le 4 mars 1864, le t. II avant le 29 avril. Rien ne distingue exté- 
rieurement ces deux tirages ; mais il est facile de les reconnaître à certaines 
additions et à certains changements qui se trouvent dans le second tirage, 
et notamment aux indications de provenances données au bas des pages. — 
Maria-Theresia und Marie- Antoinnette. Ihr. Briefwechsel wârhend deJahre 1770- 
1780, par Alfred Ritter von Ameth. Vienne, 1865. In-8. (Publié à la fin de dé- 
cembre 1864.) 

Temps du. 12 juillet 1864. Article de M. Ëdm. Scherer sur la Correspondance de Marie- 
Antoinette publiée par M. d'Hunolstein. — Consiilulionnel des 8, 15, 22, août. Articles 
de M. Sainte-Beuve sur les ouvrages de MM. d'Hunolstein et Feuillet de Couches. — 
Gazette d'Augsbourg, 1864. n» 227, 232 et suiv., 272 et suiv. ; 1865 n* 35 etsuiv., 97 
et suiv. — Historifche Zeitschriftj àe M. de Sybel -.Briefwechsel der Kônigin Maria- Antoinette , 
1865 1*** trimestre. — Intermédiaire des chercheurs f n* du 25 mars 1865 : art. de M.Ris- 
t«]huber,du 10 avril : réponse de M. Feuillet de (Jonches; du 10 mai: réplique deM. Ris- 
tel huber,/}enM moderne du l" juillet 1865. Analyse de l'article de VHistorische Zeitfchrift, 
5 AT M. Elie Reclus, et note complémentaire de M. de Sybel. — Revue des Deux-Mondes 
u 15 juillet 1865. Article de M. de Mazade. — Indépendance belge du 18 juillet 1805. 
Article deM. Feuillet de Conches. — Journal des Débats du 25 Juillet 1805. (Os deux 
articles sont des extraits du travail dont l'indication suit.) — Louis XVI, Marie Antoi- 
nette et Madame Elisabeth, par M. Feuillet du (îonches.t. III, introduction (août 1805). — 
Temps du 15 août 1865. .Vrticle de M. Scherer. — Revue du Monde ra//io/iquedes 25 août 
et 25 octobre. Article de M. Eugène Veuillot. — Reçue des Deux- Mondes du 15 septembre 
I8C5, Article de M. Geffroy : Marie -Antoine! te et la cour de France, — Reçue contemporaine 
du 15 septembrel865.ArticledeM.de Lescure. — Temps des 12, 13 et 1 9 octobre. Réponse 
de M. Feuillet de Conches à M. Scherer. Réplique de M. Scherer. — Reçue du Monde 
ccklholique du 25 novembre 1865. Article deM. Eugène Veuillot. — Iliftorische Zeilschrift. 
Article de M. de Sybel, 1865, 3" trimestre. — Revue moderne du l**" décembre. Traduc- 
tion de l'article de M.de Sybel (avec fac-similé). — Temps du 9 décembre: Un dernier mot 
sur les lettres de Marie- Antoinette, ]MiT M. Ed Scherer. — 7'«m/)«du24 décembre. Un mot 
sur le dernier mot deM. Scherer touchant les lettres de Marie-Antoinefte, par M, Feuillet de 
Conches; réplique deM. Scherer. — Temps du 5 janvier 1806. Lettre deM. Geffroy. — 
3loniteur dvi< 20,22 et 29 janvier. Articles de M. D. Nisardsur la publication de M. Feuil- 
let de Conches. — Moniteur du 2 lévrier. Article de M. de Sybel et réponse de M. Ni- 
sard. — Moniteur du 3 février. Observations de M. de Lescure ii ce propos. — Maria 
Theresia und Maria-Antoinette. Ihr Briefwechsel, herausfçegeben von Alfrea, Ritter von 
Arueth. 2* édition, i)réface. (Paris Jung-ïreutttd ; Vienne. Draiimuller 1866, in-8, avec 
fac-similé.) — Con^tilutionnel du 5 mars 1866, .Vrticle de M. Sainte-Beuve suri 3 précé- 
dent ouvragée. — L'Amateur d'autographes du 16 mars 1866 La question de l'écriture dans 
les lettres de Marie- Antoinette, imr M. Jacques Charavay aine. — Marie- Antoinette, Joseph II 
%md Leopold II. Ihr Briefweschsel,herAUsg. von Alfred, Ritter von Ameth. Vienne, 1866; 



— 64 — 

in-8, avec préface et fac-^imile, — Revue moieme du l*r avril. Article de M. de Sybel 
sur cette publication. — V Amateur d'autographes du 16 avril. Encore les lettrée de Marié- 
Antoinette. Lettre de M. d'Arneth ; réponse de M. J. Chiravay ataé. — L Amateur d'auto- 
grafthee du l'"'mai: De l'authenlicité dee le'lresde Marie-Antoineite.Réponsede^.à'Ameiti^ 
réplique de M. J. Gharavay atnâ. — L'Amateur d'autographes du IB mai. chronique. — 
Reoue des Deux-Mondife dix [""juia 1666: Marie-Antoinette d'après les documents authen- 
tiques^ par M. Geâfroy. — Revue des Deux-Mondes du 15 Juillet 1886 : De l'authenticité des 
lettres de Marie-Antoitiette par M. Feuillet deConehes. Réplique sur ce débat pAr^l.QeSroy, 

— Louis XVI, Marie-Antoinriie et madame Elisabeth, par M. Feuillet de Coujhes. T, IV, 
introduction (juillet 1866). Tirage A part , cxix p. in-8. — Revue des Deux-Mondes du 
15 août : Lettre au Directeur de la Reçue, par M. GefTroy. — Revue des questions historiques 
du 1" janvier 1867 (T. II, p. 181-217) . De tauthent cité des lettres de Marie-AntoinetU 
récemment publiées^ par M.Georges Gandy. (Av. 3 p). de fac-similé. )Tiré à part à 50 exem- 
plaires. — Revue moderne du l*"" Janvier. Article ae M. de Sybel sur le oébat entre MM. 
Feuilletde Conches et GeiÏToy. (Cet article a paru simultanément dans ï Historische Zeits- 
chrift). — Constitutionnel du l" janvier. Article de M. deMoiiy sur le tome IV de M. Feuillet 
de Conches. — Constitutionnel du 22 janvier. Réponse de M. Geflfroy à M de Mouy. — 
Etude critique sur Louis XVI et Marie-Antoinelte apocryphes, par M. Getfroy (avec fac- 
similé inédits). Dans son livre intitulé: Gustave Illet la cour de France, t. H, p. 303-342. 

— Note de M. Sainte-Beuve sur la polémique, à la suite de la réimpression de ses arti- 
cles du Constitutionnel sur Marie-Antoinette dans les Nouveaux Lundis, t. VIII, p. 382- 
387(1867). — Voir aussi: Marie-Antoinette nach ihren Bn>/en, mémoire lu à lÂcadémie 
de Vienne^le 31 mai 1867, par le chevalier d'Arneth. Vienne, Geroid's Sohn. In-8 de 
29 p. 



POLYBIBLION 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



RÉCENTS TRAVAUX PUBLIÉS EN FRANCE 



SUR 



LA GRAMMAIRE COMPARÉE. 



Frédéric Diez. Introdwtion à la grammaire des langues romanes, tmduite do rallemond 
par Gaston Paris. Paris, Franck, 1863. l vol. in-S© do xix ot IG3 pages. — Grammaire 
comparée des langues indo-européennes , par M. F. Bopp, tradiilto sur la 2« édition et 
précédée d'une introduction par M. Michel Bréal, chargé du cours do grammaire 
comparée au collège d? France. T. I. Paris, Hachette. 1866. 1 vol. gr. in-S* do lvii 
et 458 pages. — De la forme et de la fonction des mots, leçon fait3 au collège de France 
pour la réouverture du cours de grammaire comparée par M. Michel Bréal, profes- 
seur. Paris, Franck, 1866. Broch. in-S*> d3 22 pages. — La Science du langage^ par 
M. Max Muller, ouvrage traduit do l'anglais par MM. Georges Harris et Georges 
Perrot. 2* édition. Paris, Durand et Pedone Lauriel, 1867. 1 vol. in-8"> de xxi oft 
530 pages. — Grammaire historique de la langue française^ par Auguste Brachet. Paris, 
Hetzel, 1868. 1 vol. in- 12 de 311 pages.— Gramrnaire comparée des langues classiqttesj 
contenant la théorie élémentaire de la formation des mots en sanscrit, en grec et en latin^ 
avec références aux langues germaniques^ par F. Baudry. 1«* partie, phonétique. Paris, 
Durand et Pedone Lauriel, 1868. 1 vol. in-S*» de xiv et 212 pages. — Grammaire A»>- 
iorique de la langue française, cours professé à la Sorbonne par Gaston Paris, leçon 
d*ouverture. Paris, Franck, 1868. Brochure in-8o do 30 pages. 

Malgré les beaux travaux qui ont illustré le nom d'Eugène Bur- 
nouf, la grammaire comparée peut encore être considérée en France 
comme une science étrangère, qu'un petit nombre de travailleurs cher- 
chent à importer d'Allemagne. La comparaison de la langue française 
avec les autres langues issues du lalin, et l'étude de ses origines dans 
la langue latine et les langues germaniques , sont les moyens d'ac- 
quérir une connaissance vraiment scientifique de la langue française. 
Mais, pour bien connaître le latin et les langues germaniques, il est 
nécessaire de les comparer aux langues des autres races indo-euro- 
péennes. 

Le fondateur de la grammaire comparée des langues indo-euro- 
péennes est l'illustre Bopp. Son principal ouvrage, sa Vergleichende 
Grammatiky où sont exposées les lois de la grammaire en sanscrit, en 
zend, en grec, en latin, en lithuanien^ en vieux slave, en gothique, en 
UARS 1868. 5 



— 6(> — 

vieux et moyen allemand, a été traduit en anglais, et cette traduction 
a déjà eu trois éditions, dont la première a paru de 1846 à 1853. En 
France, le gmnd travail du savant allemand restait inaccessible à la 
plupart des personnes qu'il pouvait intéresser, puisque en général nous 
sommes, nous autres Français, incapables de lire un livre allemand, et 
que nous n'avions pas de traduction en notre langue. Et pourquoi n'a- 
vions-nous pas de traduction en notre langue? Une traduction suppose 
un traducteur et un éditeur. Pour traduire un pareil livre, il fallait pos- 
séder au préalable des connaissances en grammaire comparée qui sont 
en France fort rares. Un éditeur était encore plus difficile à rencon- 
trer. Le Français n'achète en général qu'un livre qui lui apprend ce qu'il 
sait déjà, et les éditeurs ne se chargent pas des livres qu'ils sont sûrs 
de ne pas vendre. 

Il y a quelques années, un savant allemand, rendant compte de la 
grammaire sanscrite publiée en français par M. Oppert, faisait remar- 
quer avec orgueil que cet ouvrage avait paru chez un libraire de Berlin, 
car on n'avait pu, disait-il, lui trouver un éditeur « dans le pays de la 
nation civilisatrice (1) ". 

Enfin le traducteur s'est trouvé dans la personne de M. Bréal, pro- 
fesseur de grammaire comparée au collège de Fmnce. Et, grâce à une 
large souscription du gouvernement, la maison Hachette s'est chargée 
de la partie financière de l'opération. Cette publication ne mérite que 
des éloges : élégance et exactitude de la traduction, brillante exécution 
typographique, tout est fait pour en assurer le succès Espérons que la 
question de prix n'arrêtera pas les amateurs; malgré le luxe avec 
lequel cet ouvrage est édité, le prix de chaque volume est très-modéré (2;. 

Le premier volume seul a paru jusqu'à présent. II est précédé d'une 
introduction, due à la plume de M. Bréal, où est racontée l'histoire 
des travaux de Bopp sur la grammaire comparée. M. Bréal y dit aussi 
quelques mots des travaux contemporains ou plus anciens sur le 
même sujet. On sait que l'origine des découvertes modernes, dans cette 
science si intéressante, se trouve dans l'observation des rapports du 
sanscrit avec le grec et le latin. On croyait jusqu'à présent quç Wi!- 
liam Jones, savant anglais, avait le premier observé ces rapports, 
M. Bréal établit que William Jones avait été précédé de vingt ans dans 
cette observation par un jésuite français, le P. Cœurdoux, établi à 
Poncîichéiy, qui, en 1767, envoya à l'Académie des Inscriptions un 
mémoire sur cette question : « D'où vient que dans la langue sanscrou- 
tane, il se trouve un grand nombre de mots qui lui sont communs avec 
le latin et le grect » 

•{{) Kuhn, dans los Deitrœge »ur vergkichcndm Siracbfoischung, t. II, p. 394« 
(2) 8 francs le volumo ; il y en aura quatre, total 3i francs, tandis que Toriglnal alU- 
Tnnnd se vend 78 francs. 



— 67 — 

Nous attendons avec impatience le second volume, dont Tintro^ 
duction a été lue Tannée dernière par M. Bréal à la société de lin* 
guistique (1). 

La traduction de la Grammaire comparée de Bo^p aurapoar résultat 
la publication en France d'autres ouvrages mieux appropriés que celui 
du savant allemand à nos goûts et à nos besoins. 

Je m'explique. Des livres que TAllemagne possède sur la gram- 
maire comparée, celui de Bopp était le premier à traduire ; il est le point 
de départ de la science, il est encore d une grande valeur, même dans 
les parties où il est dépassé; le nom de son auteur lui assure des lec^ 
teurs que n'aurait pu obtenir tel manuel écrit par un savant moins 
connu; mais il manque un peu d'idées générales, et son plan, qui necon* 
sacre au grec et au latin aucune de ses grandes divisions^ le rend peu 
commode pour des amateurs dont le seul désir est de perfectionner 
leurs connaissances dans ces deux langues. 

On trouvera des idées générales fort élevées dans la leçon de 
M. Bréal sur la forme et la fonction des mots, c'est-à-dire sur la partie 
matérielle et sur la partie morale du langage. 

— Le complément de la Grammaire comparée de Bopp, au double 
point de vue de la grammaire grecque et latine, nous est donné par le 
récent ouvrage de M. Baudry : Grammaire comparée des langues clas- 
siques, dont la première partie a seule paru, et nous croyons pouvoir 
recommander ce travail comme une œuvre de valeur. M. Baudry com- 
plète les recherches de Bopp au moyen de diverses publications plus 
i*écentes, notamment des publications de Corssen et de Curtius. Il 
donne^ par exemple, une bonne étude sur l'accentuation, qui n'est trai- 
tée que d'une manière tout à fait insuffisante dans la Grammaire com- 
parée de Bopp. La seule critique que nous ferons à M. Baudry est 
d'avoir quelquefois sacrifié l'exactitude et la clarté en cherchant trop 
la concision. Prenons quelques exemples dans les courts passages que 
le savant auteur consacre à la phonétique des langues germaniques. 

P. 34, il dit que Ve bref en haut allemand et dans les dialectes bas 
allemands égale un a primitif. Grimm (2) établit que Ye bref, dans ces 
langues, est aussi fort souvent l'équivalent d'un i primitif. 

P. 38, § 25, je ne comprends pas l'opposition établie entre le verbe 
allemand binden et le gothique sitan^ puisque tous deux reprennent Va 
radical au parfait. 

P. 56. Il me paraît bien hardi d'affirmer d'une manière absolue et 
sans restriction que le gouna de Yi en gothique est ai, — Et la diph- 
thongue «*? — M. Baudry cite le parfait baii de la racine Ht. — Et le 

(1) Ce second volume vient de paraître : nous en rendrons compte dans le prochain 
numéro. 
(7) Deutêchi QrammcUtk , 1. 1, 3« édition, p. 74, 77, 132, 13&, 260, 332. 



— 68 — 

présent de l'indicatif beitat Comment Texplique-t-ilî — N'est-il pas 
plus sage de considérer, avec Schleicher, ei comme le gouna et ai comme 
le vriddhi de il 

P. 134, 137, au lieu de taihan, lisez ieihan. 

Ajoutons que la théorie du renforcement des voyelles par diph- 
thongue (p. 52, 53) nous paraît exposée d'une manière peu claire et 
incomplète. Le parfait sanscrit des racines bhid et tud (p. 53) n'est 
pas bibhaida, iutauda, mais bibhêda, tutôda; « je vais, » en sanscrit, 
ne se dit pas aimi, mais êmi. Les formes bibhaida^ tutavda, aimi, sont 
des hypothèses rationnelles qui expliquent les formes usitées, mais ne 
sont que des hypothèses. 

Mais ce sont là des questions de détail. Nous ne pouvons qu'ap- 
plaudir à l'entreprise de Térudit écrivain, et nous souhaitons qu'il ne 
tarde pas trop à nous donner la suite de son livre. Si cet ouvrage a le 
succès qu'il mérite, nous verrons bientôt les études grammaticales se 
relever en France de l'abaissement immérité où elles languissent, par 
l'efFet des habitudes; routinières de la grande majorité de ceux qui 
en ont la direction. Est-il honorable pour nous que le cours du Rhin, 
limite d'une nation voisine, soit, à tant de titres, considéré par elle 
comme la limite de la science t 

— Comment comprendre que le meilleur ouvrage sur l'histoire de la 
langue française soit un livre allemand, que ce livre ait eu deux éditions 
et qu'il n'ait pas encore été traduit en français? C'est vrai pourtant, et ce 
livre est la Grammaire des langues romanes en 3 vol. in-8*, par 
Frédéric Diez. M. G. Paris a traduit l'introduction de cette remar- 
quable publication et a fait imprimer sa traduction en 1863. Mais le 
reste de l'ouvrage n'est accessible qu'aux personnes capables de le lii-e 
en allemand. Les libraires français connaissent trop leur public pour 
entreprendre une édition d'un livre aussi considérable^ aussi savant, et 
qui par conséquent serait aussi peu lu. 

La maison Hetzel a publié une Grammaire historiqve de la langue 
française y par M. Brachet; un in-12, de 311 pages, voilà ce qui nous 
convient! 

Nous ne voulons pas en dire de mal. Au contraire, M. Brachet a con- 
centré avec un véritable talent, dans ce petit volume, les découvertes les 
plus importantes de la science moderne. Il à mis a contribution, avec un 
égal bonheur, les ouvrages de MM, Gaston Paris [Etude sur le rôle de 
l'accent latin dans la langue française) , Diez (Grammatik et Eiymolo^ 
gisches Worterbuch], Schuchardt (Vocalismus del Vtdgarlateins), lAttré 
{Histoire de la langue française ^ Dictionnaire de la langue française) ^ 
P. Meyer, etc. Son ouvrage commence par une introduction qui traite 
de l'histoire de la langue française ; puis viennent trois livres : phoné- 
tique, ou étude des lettres; flexion, ou étude des formes grammati- 



— 69 — 

cales; formation des mots. Le volume se clôt par un appendice : règles 
à suivre dans la recherche des étymologies. 

Le principal défaut de ce livre est de n'être pas assez complet. 

En voici un exemple : M. Brachet nous dit (p. 93) que Va français 
provient souvent d'un i latin. Puis il cite quelques mots où cette subs- 
titution de lettres a eu lieu. N'y aurait-il pas eu quelque intérêt à exa- 
miner dans quel cas s'est faite celte transformation, contraire aux 
règles ordinaires? En effet, la tendance générale des langues modernes 
est de remplacer l'a par des voyelles plus faibles. N'y avait-il pas in- 
térêt à indiquer quelles senties circonstances qui provoquent un mou- 
vement rétrograde? Il y a longtemps que Grimm a observé et désigné 
sous le nom de brechung l'action de Vr et de l'A sur Yi antécédent qui 
s'écrit ai en gothique. On a observé que Ve primitif latin suivi d'r, ne 
fléchit pas en i dans les cas où les règles ordinaires de la langue exigent 
ce fléchissement. Les mots paresse, de pigritia ; barrette, de bimts, ne 
donnent-ils pas des exemples de la même influence de Vrf L'r et 1'/ 
étant originairement la même lettre, balance, de bilanx; calendre, de 
cylindrum, s'expliquent par la même théorie. 

Quelquefois aussi M. Brachet nous semble attacher trop d'impor- 
tance à certains détails d'orthographe. Par exemple, il nous paraît inad- 
missible que, lorsque le \dL\XnsUvaiicus a donné le français sauvage, il y 
ait eu changement de Yi de la première syllabe en a et de 17 en u, L'Z 
a disparu suivant nous, et Yi s'est changé en au ou en 6, car ces deux 
manières d'écrire représentent le même son. L'o est quelquefois en 
français, comme Vu en latin, un simple renforcement de Yi (1). 

Mais, je le répète, le principal défaut du livre de M. Brachet est 
d'être trop court. 

U nous faut une grammaire historique complète de la langue française. 
On peut espérer que M. G. Paris nous la donnera; la leçon d'ouverture 
de son cours à la Sorbonnenous expose le plan de cet ouvrage, qui, après 
avoir servi sous forme d'enseignement oral à l'instruction de ses au- 
diteurs, nous arrivera bientôt sous forme de volume. Nous ne parta*- 
geons pas les espérances que le jeune professeur fonde sur les progrès 
avenir de la psychologie. Mais la science qu'il a montrée dans les tra- 
vaux de linguistique qu'il a déjà publiés, et le talent d'exposition dont 
il fait preuve dans sa leçon d'ouverture, nous donnent à espérer que 
nous n'attendrons pas longtemps la grammaire historique complète et 
vraiment scientifique qui manque à la langue française. 

— Les questions dont nous nous sommes occupé dans cet article paraî- 
tront sans doute trop techniques à bien desjecteurs. Ceux qui voudront 
acquérir une teinture générale de ces matières sans descendre dans les 

(1) Comparez Schleichcr, 2«éiUtion da Compem/tum, p. 91. 



— 70 — 

détails, pourront lire la Science du langage de M. Max Muller, ou- 
vrage réœmment traduit par deux professeurs de l'Université. C'est un 
recueil de leçons professées à Londres, devant un auditoire de gens du 
inonde, par un des plus savants linguistes de notre temps. On y voit, 
par exemple, exposée avec un grand talent une théorie qui ren- 
verse les systèmes du xviii* siècle sur l'origine du langage : c'est 
que toutes les racines expriment des idées générales. On est dans 
le faux quand on pose en principe que les mots qui expriment des 
idées générales sont plus récents que ceux qui désignent des objets 
matériels. Le système de Locke et de Condillac sur l'origine du lan- 
gage repose sur une hypothèse que contredit l'étude approfondie de 
l'histoire des langues. M. Max Muller démontre de même qu'il n'y a 
aucune raison pour nier Tunité primitive du langage, et que les théo- 
ries opposées au système de l'unité de la langue primitive sont dd- 
poun^ues de toute certitude scientifique. L'ouvrage de M. Max Muller 
a reçu de l'Institut le prix Volney en 1862. 

H. d'ArBOIS de JUBALWILLE. 



— 71 — 



THÉOLOGIE 



Iftmi ctornm Ptttnim opusoula selecta, in u$um prœsertim studio- 
sorum tkeologiœ. Edid. H. Hurtbr, S. J. lospruck, Wagner; Paris, Albancl, 
1868. lD-i6de 140 p. — Prix : 75 c. 

II n y a guère de pays en Europe qui ne possède une ou plusieurs 
éditions populaires de ses meilleurs écrivains. Quant aux auteurs clas- 
siques de l'antiquité, ils jouissent depuis longtemps d'une publicité ex- 
ceptionnelle, stéréotypée. On ne peut pas en dire autant des Pères de 
TEglise, tant s'en faut ; aussi leurs œuvres restent trop souvent igno- 
rées de ceux mêmes à qui elles devraient être familières. Pourquoi ne 
ferait-on pas pour les docteurs de l'Eglise ce que la science profane fait 
pour ses auteurs favoris? Pourquoi ne pas essayer, au moins, de rendre 
les œuvres des saints Pères plus accessibles à tout le monde, de les 
vulgariser en en donnant un choix ? C'est ce que s'est dit le P. Hurter, 
fils du célèbre historien et professeur de théologie à l'université 
d'Inspruck, et il s'est mis à Tœuvre. Le premier volume de sa collec- 
tion vient de paraître. 11 contient deux opuscules de S. Cyprien (dont 
Tun est le fameux traité de Uniiate Fcclesiœ),etf de plus, la vie du saint 
docteur écrite par Ponsius, son diacre. Chaque année il paraîtra trois 
ou quatre de ces petits volimies ; nous leur souhaitons d'avance la bien- 
venue et no :s les voudrions même plus pressés et plus nombreux. Le 
nom du savant éditeur, la modicité du prix, la commodité du format, la 
correction du texte, l'exécution matérielle, voilà des titres qui recom- 
mandent cette bibliothèque choisie des saints Pères à tous les amis 
des études patristiques, et particulièrement aux jeunes théologiens. 

J. M. 



Oleu dan» Phlstolre, par G. G. J. Bunsex, traduction réduite par 
A. OiKTz, professeur à l'école militaire de Saint-Cyr, el préciîdée d'une 
Notice sur la vie et les ouvrages de Bunsen, par Henri Martin. Paris, Didier, 
1868. lD-8« de xxiv-524 p. — Prix : 7 fr. 

Dieu dans l histoire! beau et vrai titre d'un ouvrage qui serait 
admirable, lumineux et fécond, s'il était traité à la vive et grande 
clarté de la doctrine catholique ; mais qui, malheureusement, sous la 



— 72 — 

plume de Bunsen, est déplorable, nuageux, rempli de confusions, 
stérile enfin, ayant été entrepris sans le critérium sûr et infaillible de 
la "Vérité complète et intégrale. 

L'auteur était protestant. Il naquit en 1791 et est mort de nos jours, 
à la fin de Tété de 1860. Avant son livre : Dieu dans r histoire, qui est 
son dernier ouvrage et comme le résumé de ses doctrines, il avait pu- 
blié plusieurs écrits, entre autres celui intitulé : Hippolyie et son 
siècle^ qui fit un certain bruit dans la polémique élevée au sujet de la 
découverte de Touvrage des PAilosophumena, el où Bunsen s'efforce de 
tracer, à Taide de cet ouvrage, un tableau de la primitive Eglise et d'y 
faire paraître^ comme dans un miroir, l'image fidèle de l'Eglise protes- 
tante. En toute circonstance. Bunsen chercha à mettre en pratique la 
fameuse maxime de Luther : « Tout chrétien est prêtre, » et il s efforça 
d'inspirer à ses coreligionnaires des sentiments plus libres dans la foi 
et dans l'observance de la discipline. 

Il ne voulait, au fond, ni dogme, ni Eglise, ni hiérarchie, ni sacerdoce, 
et c'est ce qu on voit assez dans l'ouvrage dont nous avons spéciale- 
ment à dire un mot. Cet ouvrage qu'on a voulu *« mettre à la portée 
du ])ublic français, »» en le traduisant et en le réduisant à un volume 
au lieu de trois qu'il a en allemand, se divise en six livres. L'auteur re- 
cherche d'abord le « sentiment de Dieu, la conscience de Dieu, » chez 
les Hébreux et chez les Aryas de l'Asie orientale avant Jésus-Christ. 
Puis, il étudie ce même sentiment, cette même conscience de Dieu, 
chez les Grecs, chez les RoiTiaîns et les Germains, chez les Aryas 
chrétiens ; et, de tout cet ensemble de recherches, savantes assurément, 
mais dépourvues de principes sûrs, il prétend constituer une philo- 
sophie de l'histoire d'où le surnaturel est banni et qui aboutit, en fin de 
compte, au Dieu-Humanité du rationalisme contemporain. 

Tout le système de Bunsen consiste, autant qu'il nous a été donné 
de comprendre cette nuageuse philosophie, à établir^ par la science 
(c'est toujours le grand mot!), le progrès de l'esprit humain comme un 
développement de l'éternel et de l'infini dans le temps, et à montrer la 
relation libre et immédiate de Tindividualité morale de l'homme avec 
Dieu. « Il suit parallèlement, dit M. H. Martin, la révélation de Dieu 
dans les lois morales, révélation qui domine l'histoire des individus 
comme l'histoire des nations, et la foi de l'humanité dans cette révé- 
lation, ou, en d'autres termes, la conscience (c'est là la Révélation pour 
Bunsen !) qu'a l'homme de cet ordre moral du monde ; il conclut enfin par 
l'union de cet ordre moral du monde et de la foi humaine dans cet 
ordre... » On voit assez, par ces lignes, l'esprit et les tendances de 
Touvrage qui nous occupe. 

Il va sans dire que l'auteur de V Histoire de France, qui patronne 
l'œuvre de Bun?en et qui a mis une Notice en tête de ce volume. 



— 73 — 

trouve ces idées d'outre-Rhin lumineuses, profondes, concluantes et 
propres à faire avancer la science de la philosophie. Il ne regrette 
qu une chose, c'est que « le temps ait manqué à Bunsen pour écrire sa 
Vie de Jésus, comme il a manqué à Jean Reynaud pour traiter , avec le 
développement qu*il projetait, la question souveraine du Verbe et du 
Médiateur... Il eût été du plus haut intérêt, ajoute M. Henri Martin, 
de pouvoir comparer les quatre points de vue différents de Bunsen, de 
Reynaud, de Strauss et de Renan... » Nous croyons que M. Martin 
peut se consoler. S'il veut des lumières sur ces questions souveraines 
en effet, il suffit, pour les voir, d'ouvrir les yeux du côté où elles se 
trouvent, et de vouloir, une bonne fois, sortir des ténèbres où nos 
savants se complaisent, hélas ! avec une persistance qui ne fait assu- 
rément pas honneur à leur science ! 

L. F. Gt'ÉRIN. 



Etude» dironolo^quee pour l'btstolre de IVotre-fSelepieiur 
Jré0u»-Glirl«t, par le P. Mémain, de la Congrt'galion de Pontigny. 
Paris, V. Palmé, 1867. Iq-8» de viii-520 p. — Prix : fi fr. 

Il existe, parmi les historiens, des divergences d'opinions assez 
graves sur la question des dates positives des années de Jisus-Christ. 
Ainsi, sur le seul point de l'année qui vit mourir lé Sauveur et à 
laquelle se rattache l'ensemble des faits évangéliques^ trois auteurs 
distingués par leur érudition : le P. Pezron, en 1696; Henri Sancle- 
mente, en 1700, et le P. Patrizi, de nos jours, ont abandonné la date 
de l'an 33 que donnent les auteurs de PArt de vérifier les dates, avec 
les plus habiles chronologistes, et ils ont fait les plus grands efforts 
pour rapprocher la mort de Notre-Seigneur à l'an 29 de l'ère chrétienne 
vulgaire. Le docteur Sepp, l'abbé -Rohrbacher, etc., ont suivi cette 
donnée; d'autres sont allés jusqu'à adopter la date de l'an 28, ce qui 
fait un anachronisme de cinq ans avec la véritable époque* 

Sans aucun doute, la foi et la certitude historique des faits de la vie 
du divin Rédempteur sont au-dessus et en dehors de ces incertitudes 
chronologiques. Cependant on ne peut disconvenir que l'esprit et le 
cœur du chrétien ne souffrent de voir la plus grande des œuvres de 
Dieu, le fait le plus considérable de l'histoire des honiraes, placé et 
déplacé trop légèrement dans Tordre des temps. « La science sacrée ou 
profane, dit justement le P. Mémain, réclame absolument des dates 
certaines pour établir et fixer avec précision les rapports de la religion 
naissante avec le monde politique. » L'auteur est d'ailleurs persuadé 
que, pour bien posséder l'histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il 



— 74 — 

importe de connaître parfaitement le temps où ie Sauveur a vécu^ et 
surtout les trois dates si remarquables de sa naissance, de sa prédi- 
cation et de sa passion. Rechercher et prouver ces dates avec celles qui 
s*y rattachent, tel est donc le but de louvrage du P. Mémain. 

Ce livre accuse des recherches profondes et sérieuses, puisées aux 
sources et bien présentées. La plupart des thèses que Tauteur soutient 
dans les quatre parties qui divisent ses Etudes, ne sont pas, il est 
vrai, nouvelles ; souvent il ne fait que reproduire ce qui a déjà été élu- 
cidé, en y ajoutant, toutefois, quelques données et des démonstrations 
trop oublias. Mais c'était toujours uni œuvre utile et méritoire que 
de réunir ces thèses en un corps d'ouvrage et d'en former un système 
sûr et complet, qui embrassât tout l'ensemble de la vie du Sauveur ; 
et c'est ce qu'a fait le P. Mémain avec une critique éclairée. De plus, il 
s'est attaché à défendre ces divers points de la Chronologie sacrée 
contre de nombreuses et spécieuses objections, restées jusqu'ici sans 
réponse, et à montrer la fausseté comme le danger des autres sys. 
tînmes chronologiques. Dans une dernière partie, ou Appendice, le 
P. Mémain s'applique à restituer Yancien calendrier hébraïque, et il le 
fait avec une connaissance approfondie de la matière. 

Les opinions émises par le savant religieux peuvent être plus ou 
moins contestées; « elles sont de celles, comme le dit une approbation 
émanée de Tarchevêché de Sens, qne Dieu a laissées aux investiga- 
.tions de la science, et sur lesquelles l'Eglise ne s'est jamais prononcée, 
bien que s'éloignant en quelques points d^ l'enseignement commun 
et des convictions populaires. » On ne saurait non plus prétendre que 
l'auteur ait résolu toutes les difBcultés et fixé les points encore douteux. 
Toutefois, nous croyons qu'il a apporté, dans ces questions difficiles de 
chronologie, des éléments nouveaux qui aideront beaucoup, s'il n'y est 
pas complètement arrivé lui-même, à une solution ultérieure ; et nous 
pensons qu'on ne peut que rendre hommage au zèle, à la sagacité, à la 
science du P. Mémain« Son livre «savant, consciencieux, est d'ailleurs 
d'une opportunité qui n'échappera à personne, en ce temps oii un si 
grand nombre d'écrivains s'occupent de la vie du divin Sauveur, sans 
s'être donné la peine d'étudier à fond le sujet qu'ils veulent traiter. 

L. F. GUÉRÏN. 



— 76 — 

Ijeft téoiolntt du Christ. Histoire de chacun des soixante- douie disciples 
de Noire^Seignew Jéêus^Chrixt, composaDt la première compagnie dn Jésiw^ 
premiera témoins de ses miracles et thaumaturges eux-mêmes, premiers 
hérauls de TÉvaDgile» coadjuteurs des ap6tres, ^premiers pasteurs ou 
évoques des grandes cités de Tunivers : publiée pour la première fois^ 
d'après les récits scripturaux et patrologiques, d'après les monuments 
inédits et les antiques traditions, par M. Tabbé Maistre» cban. bon. de 
Troyes, prof, de Ihéol., etc. — Chaumont, Cb. Cavanîol, <868. !n-8o de 
xii-169 p. 

Le titre qu'on vient de lire nous faisait espérer un travail critique 
d après les sources» et nous nous proposions de l'examiner à œ point 
de vue. Nous avons dû renoncer à ce dessein, mais nous n'en rendons 
pas moins pleine justice aux excellentes intentions de l'auteur ; il fait 
connaître d'une manière plus accessible, sinon pour la première fois, 
l'histoire de ceux qui ont eu l'insigne honneur de former « la première 
compagnie de Jésus » et de suivre l'Homme Dieu en personne; il 
montre comment ils ont été établis les témoins immédiats de ses pro- 
diges et de ses prédications; il prouve qu'ils ont vu de leurs yeux, 
entendu de leurs oreilles» examiné et touché de leurs mains tout ce 
qu'ils ont été appelés à attester concemaht le Verbe divin, revêtu de 
notre humanité. Ce sont^ comme il le dit (p. i), nos premiers Pères 
dans la foi, les premiers pasteurs des Chrétiens, les premiers curés des 
paroisses; ils ont planté en tout lieu les premières chrétientés et les 
ont arrosées de leur sang. Un tel sujet était assurément digne d'être 
traité avec plus de détails qu'il ne l'a été jusqu'ici dans les livres à 
l'usage des fidèles. 

De mène que Moïse^ promulguant la loi ancienne, fut la figure de 
Jésus-Ciiridt) législateur éternel, de mêma les 12 cbefs et les 72 juges 
qu'il choisit sur Tordre de Dieu furent l'image des 12 apôtres et de3 
72 disciples du Sauveur, préfigurés encore par les 12 fontaines et 
les 70 paijiiers d'Ëiim ; les apôtres sont aussi les 12 colonnes» les 
12 portes du temple do Dieu, don. le Christ est la pierre angulaire, et 
.le« 72 disciples les gonds, cardinesy d'où le nombre des cardinaux. 
Ce chiffre ds lxxii disciples ne saurait être contesté, ainsi que 
.M. jNlaistre l'établit d*après la tradition, bien qu'on ait dit parfois 
ucx pour abréger, de mêjie que les interprètes grecs de l'Ancien 
Testament sont connus sous le nom de septante, quoique en réalité ils 
aient été au nombre de 72. 

Cette histoire se compose d'autant de monogi'aphies , qui résu- 
ment ce que Tantiquité chrétienne nous apprend sur chacun des per- 
sonnages dont l'auteur retrace successivement la vie^ commencée par 
la grâce, poursuivie dans les combats, terminée d'ordinaire par h 
martyre; on nous permettra ici quelques critiques. En dépit du titre, 



— 76 — 

nous avons tout lieu de croire de seconde main l'érudition qui s'étale 
au bas des pages. Les antiques traditions et les récits patristiques 
ont été fructueusement mis à profit à Taide des Bollandistes et des 
bibliothèques des Pères, bien qu'il ne soit pas impossible de signaler 
des omissions ; quant aux monuments inédits, nous n'avons pu ren- 
contrer la citation directe d'aucun manuscrit. Il suffit cependant de 
parcourir, p. ex., la Bibliotheca Coisliniana de Monffaucon, ou les 
Commeniarii de bibliotheca Cœs, Vindobonensi de Lambecius, pour 
rencontrer plus d'une homélie inédite sur les premiers disciples. On 
désirerait un peu plus de compte des travaux de la critique littéraire 
sur les monuments attribués à la primitive Eglise. Pour nous borner à 
quelques exemples, dans Ténumération des autorités invoquées p. 3, 
les Constitutions apostoliques précèdent les ouvrages de S. Clément 
(pape), parmi lesquels figurent les Récognitiom : il est xîependant au- 
jourd'hui admis que les Constit,, pas plus que les Mécogn., ne sont 
l'œuvre de S. Clément et qu'elles lui sont postérieures. Les dix livres 
De certamine Apostulorum d'Abdias de Babylone peuvent fort bien 
n'avoir pas été fabriqués au xvi« siècle, sans appartenir à l'auteur sous 
le nom duquel on les connaît, et il est plus d'un « monument des temps 
apostoliques » qui ** porte tous les caractères de la certitude histo- 
rique », « quoique non inséré au canon des saintes Ecritures » ; enfin 
on ne saurait tirer aucune preuve en faveur de son authenticité, de ce 
que M ni le pape Gélase ni aucun pontife romain ne Font jamais cen- 
suré, » et de ce que « V Index du concile de Trente ne l'a point mis au 
nombre des livres rejetés. » N'y a-t-il pas de l'exagération à dire (p. 65) 
que " dans les annales du genre humain il ne peut y avoir aucun fait 
historique plus authentique, plus certain que ceux du bienheureux pro- 
tomartyr S. Etienne » ? Dans la note 3 de la p. 3, M. Maistre parle de 
S. Domininus^ - l'un des 72 disciples »• ; le catalogue qu'ildonne (p. m) 
ne renferme aucun nom semblable, mais parmi les 38 autres disciples 
(p. vu) figure S.Domninus. Nous pourrions encore relever des citations 
inexactes ou incomplètes, comme p. 3, n. 3, où Episc, JEquilinus veut 
dire Pierre des Noëls {de Nataiibus), évêque en efiîst d'JSquilium 
( Jessolo) ; p. 210, on nomme UgAel le savant Ughelli, et on lui attribue 
une « Histoire sacrée » dont le titre est Itcdia sacra ; p. 213, n. 3. 
Apud fabric. cod. indique le Codex apoa^yphus Novi Testamenti de 
J. A. Fabricius; etc. Nous ne dirons rien des fautes d'impression que 
n'a pas relevées Yerrata. 

Nous regretterions qu'on se méprît sur la portée de ces critiques, qui, 
en laissant à l'ouvrage une partie de son mérite hagiologique, ont pour 
but d'engager les auteurs à tremper davantage les armes dont ils ju- 
gent utile de se servir pour la cause de TEglise* 

L'abbé Chevalier. 



77 — 



SCIENCES ET ARTS 

I^'Êducatlon, par H. Emmanuel Châuvet, professeur de philosophie à la 
faculté des lettres de Rennes. Paris. A. Durand et Pedone-Lauriel^ 1868. 
In-12 de 328 pages. — Prix : 3 fr. 50. 

Ce volume est composé de treize leçons faites à la faculté de Rennes» 
Elles embrassent dans leur ensemble les devoirs de la famille résumés 
dans l'éducation. Après avoir établi des principes généraux sur le de- 
voir des parents, Tégalité de leurs enfants devant eux, et le rôle de la 
mëre, sur les différents objets et le cours de l'éducation. Fauteur prend 
Tcnfant dès avant sa naissance et ne le quitte qu'au moment du ma- 
riage. II montre l'influence des parents, et de la mère surtout, sur le 
corps et l'âme de l'enfant; il indique comment il faut développer ses 
facultés avant qu'il comprenne la parole, avant qu'il ait l'âge de raison. 
La première place est assignée à la religion dans ce travail de la for- 
mation de l'homme; mais M. Chauvet, professeur de philosophie, nous 
étonne par la manière dont il nous fait arriver à la connaissance de Dieu. 
Nous serions, selon lui, pourvus d'une faoulté spéciale : le sens intime 
religieux, par lequel nous connaîtrions Dieu, comme nous connaissons 
le monde extérieur par les sens, notre âme par la conscience (appelée, 
sans doute par erreur de typographie, sentiment intime). L'erreur est 
grave; heureusement elle est plus dans les mots que dans les choses; 
sous prétexte de vulgariser des notions très-simples, on est arrivé à 
les obscurcir et à les fausser. 

A l'époque où les enfants sont envoyés à l'école, il y a une méthode 
bien différente à suivre pour les garçons et pour les filles : la fin qu'ils 
doivent atteindre notant pas la même, les moyens doivent différer. Le 
garçon trouvera au collège les conditions les plus favorables à son dé- 
veloppement physique, moral et intellectuel. La jeune fille, au contraire, 
doit être élevée sous les yeux de sa mère, par sa mère : pour elle, plus 
encore que pour le garçon, l'instruction ne doit être qu'un moyen d'édu- 
cation. Au sortir de cette période les enfants entrent dans le monde, 
dans la vie plus indépendante : la famille ne doit pas les abandonner ; 
les nouveaux devoirs des parents sont bien tracés. Enfin arrive le ma- 
riage, qui est le couronnement de cette grande œuvre ; cette matière 
donne lieu à de très-sages réflexions. 

L'effacement des familles dans l'éducation, les abus de l'éducation 
professionnelle qui tend à tronquer, sinon à supprimer les études lit- 
téraires, les mauvaises tendances de l'éducation des filles sont juste- 
ment critiquées. D faut louer M. Chauvet de n'avoir pas cherché à 



— 78 — 

avoir des iddes nouvelles. Il s'est souvent inspiré d'un bon maître, 
Mgr Dupanloup. Tout a été dit, et surtout a été fait sur ce sujet : il ne 
reste qu a choisir un bon modèle. Maïs il mérite des reproches pour son 
injustice envers les pensionnats de jeunes filles, et pour ses critiques 
indulgentes de J, J. Rousseau. Pourquoi met-il dans la bouche des 
mères des prières où elles s'adressent à Dieu dans un langage qui 
choque nos habitudes de respect? Il publie ces leçons telles qu'elles 
ont été prononcées, pour que ses auditeurs les retrouvent telles qu'ils 
les ont entendues : maïs on peut craindre que les auditeurs ne de^aen- 
nent pas des lecteurs, et que les lecteurs se plaignent de ce procédé. 
Ils reconnaîtront un orateur disert, arrondissant bien ses périodes, 
maniant habilement l'antithèse : ils préféreraient sans doute un style 
moins lâche et plus précis. 

YOLAND DE CoRNltLY. 



Étude» sur le» prlnclpauic Ëconomlstes, par M. Gustave du 
PuYNODE. Paris, Guillaumln, 18G8. In-8 de xiv493 p. — Prix : 7 fr. 50. 

M. du Puynode, bien connu par des travaux économiques justement 
estimés^ vient de publier un nouveau volume, qui ne s'adresse pas seu- 
lement cette fois aux purs adeptes de la science. C'est une série d'études 
sur quelques-uns des plus célèbres fondateurs de l'économie poli- 
tique; et l'examen approfondi de la vie, des écrits, de l'influence de 
ces hommes éminents, présente un côté littéraire et moral, auquel les 
lecteurs les moins versés dans les discussions théoriques ne sauraient 
manquer de prendre intérêt. Ce n'est pas qu'à propos des écrivains il 
ne soit aussi question des doctrines; mais le récit des fait?, l'étude des 
caractères donnent à l'ouvrage un mouvement et un attrait que les su- 
jets trop abstraits ne présentent pas toujours. 

L'auteur commence par refaire, dans une Préface fort bien pensée^ 
cette éternelle défense d'une science qui, après avoir été longtemps 
méconnue, a fini pourtant par porter le front haut et surmonter toutes 
les attaques. Il faut dire, du reste, que si elle ne s'était jamais appuyée 
que sur les principes professés par M. du Puynode, elle n'aurait pas 
été pour bien des gens un sujet de craintes et d'inquiétudes. « De quel- 
que mépris qu'on les entoure, dit-il avec raison, ce sont de grands, 
d'immenses intérêts que ceux qui s'agitent dans le champ de la ri- 
chesse. Le sort même des sociétés s'y décide parfois. Qui ne sait, par 
exemple, que le travail manufacturier et commercial, débarrassé des 



-- :9 — 

liens de resclavage, a créé la fortune mobilière!... Seules les croyarces 
religieuses comptent autant dans les destirées des populations que 
leurs occupations ordinaires et leurs gains journaliers. Sans s'inquiéter 
de ses conséquences ni de ses principes, on a surtout accusé l'économie 
politique, parmi nous, d'être une science matérialiste. Il sen^ble que ce 
soit, pour la condamner, un arrêt définitif. Sans doute, c'est la science 
de la richesse ; mais ne place*t-elle pas au-dessus de toutes ses autres 
préoccupations, en vue même des intérêts qui paraissent les plus vul- 
gaire.', notre capacité, ainsi que notre prévoyance et notre sagesse? 
Le constant sujet de ses enseignements, n'est-ce pas Thomme intelli- 
gent et moral?... Si spiritualiste quelle se soit proposé detre, au- 
cune philosophie n'a réclamé des efforts intellectuels plus constants ou 
des sentiments plus élevés... Au fond de l'accusation qu'on dirige contre 
réconomie politique et où se révèle une extrême ignorance, se trouve 
une question de méthode. Tandis que la religion, ce qui est fort naturel, 
et souvent la morale ou la philosophie, le droit ou la politique, ce qui 
nesaurait se justifier... procèdent en dehors de toute observation des 
faits, l'économie politique, comme chacune des sciences qui ont cons- 
cience d'elles-mêmes et veulent des assises solides pour s'élever aux 
régions de la vérité, se guide uniquement sur cette observation. Nous 
ne pouvons comprendre, approuver du moins cette différence, tant l'édu- 
cation que nous avons reçue nous a persuadé que le matérialisme peut 
seul, dans les sphères des sciences sociales, profiter des moyens em- 
ployés par les sciences naturelles. « C'est là, en effet, le vrai problème, 
et il est impossible de le poser plus nettement; car la question de 
méthode, n'est-ce point la source générale de toutes les divisions 
et de tous les malentendus î N'est-ce point, pour la philosophie spiri- 
tualiste elle même, la cause principale de cette infériorité apparente 
vis-à-vis des philosophies positives, dont elle a tant souffert durant 
ces dernières années! 

M. du Puynode aborde ensuite 1 histoire séparée, et, pour employer 
l'expression consacrée, la monographie de six grands personnages qu'il 
a choisis comme étant à ses yeux les représentants de la science éco- 
nomique. Ce sont : Turgot, Adam Smith, Ricardo, Malthus, J.-B. Say 
et Rossi. On comprend que nous ne paissions suivre l'auteur dans l'exa- 
rnen détaillé qu'il fait de chacun d'eux; mais puisqu'il les a pris en 
si petit nombre, nous nous étonnerons quelque peu de voir figurer, 
parmi ces maîtres incontestés, David Ricardo. Cet homme d'une na- 
ture inculte, dénué de toute instruction littéraire, sans élévation, sans 
enthousiasme^ sans philosophie, dont les ouvrages, d'une lecture fort 
difficile, sont pleins ^ d'incessantes contradictions, de raisonnements 
outrés, de discussions hypothétiques, » pour emprunter les propres 
expressions de son nouveau panégyriste, méritait-il d'occuper une place 



— £0 — 

aussi considérable à côté d'intelligences supérieures par rame et par le 
génie î C'est un doute que nous nous permettons d'indiquer en passant 
et de soumettre àTauteur. M. du Puynode s'est arrêté à Rossi, le der- 
nier mort et non le moins grand parmi cette illustre phalange de géné- 
reux et nobles caractères. Peut-être un jour l'auteur continuera-t-il 
l'œuvre commencée, et nous donnera-t-il une série d'études sur « les 
disciples des premiers maîtres, maîtres eux-mêmes déjà de nombreux 
disciples. » Wous ne pouvons du moins que l'y encourager sans ré- 
serve. Car i! serait difficile de trouver dans ces matières un esprit plus 
compétent, plus amoureux de son sujet, et en même temps un guide 
plus éclairé et plus sûr. 

Gustave Baguenault de Puchesse. 



I>e Vétat moral et Intellectuel de» populations ouvrière» 
et de son Influence sur le taux des salaires» par M. Paul 

Leroy-Beaclieu ; ouvrage couronné par TAcacIémie des sciences morales 
et politiques. Paris, Guillaumin, 1868. ln-18 Jésus de 304 p. — Prix : 
3 fr. oO. 

« La loi du salaire est en raison directe du capital, en raison inverse 
de la population : le capital croît plus vite que la population^ alors le 
salaire hausse; la population s'accroît plus vite que le capital, le salaire 
baisse ; la population et le capital s'accroissent dans la même propor- 
tion, ou restent stationnaires l'un et l'autre, alors le salaire ne varie 
pas. n Cette formule, dans laquelle une certaine école voudrait renfer- 
mer la véritable doctrine, M. Leroy-Beaulieu la déclare fausse, car à ses 
yeux elle est incomplète. Son but est de prouver qu'il y a dans l'homme 
lui-même des causes de progrès, s'il sait les mettre en œuvre ; « que 
ses services et son utilité sont en proportion de son intelligence et de 
sa volonté, » et qu'il importe de développer son esprit par l'instruction, 
d'affermir son caractère par les bonnes mœurs. « L'amélioration de son 
sort dépend de lui-même. « L'auteur ne considère pas les questions 
économiques comme- des lois fatales dont les 'résultats ne sauraient 
être modifiés par la volonté ou les passions humaines. Loin de là : il re- 
vendique à l'intelligence et à la volonté leur rôle respectif dans la pro- 
duction; il assigne à la moralité ses conditions de force et d'ef&cacitë : 
M un homme est moral, qui sait et fait ce qu'il doit. ** Les conditions 
du travail doivent répondre aux diverses manières dont on peut en 
envisager l'obligation. Aussi l'assiduité, l'énergie dans le travail, la 
probité qu'il exige, la sobriété nécessaire à l'ouvrier, sont-ils l'objet 
de sérieux développements» 



— 81 — 

La seconde partie de ce mémoire est consacrée aux moyens d amé- 
liorer l'état moral des ouvriers par rinstruction, qui non-seulement 
enseigne à ne pas ^ sacrifier ses droits n, mais aussi à ne pas " violer 
ses devoirs ». Des chapitres importants traitent de l'instruction pri- 
maire, de l'enseignement spécial ou professionnel, d'autres de rensei- 
gnement économique. L'auteur examine leur dficacité respective sur 
le moral et l'intelligence des ouvriers ; il est à regretter qu'il n'est nulle 
part assigné à la religion le rôle moralisateur qui lui appartient, et 
dont l'influence est si féconde pour Tamélioration de la condition même 
matérielle de l'ouvrier. Il laisse croire qu'il repousse la démonstration 
faite par Téminent auteur de la Réforme sociale. Il y aurait encore 
quelques points de détail sur lesquels certaines réserves seraient à faire. 
La charité, aux yeux de Tauteur, semble être infailliblement condam- 
née à rester « ignorante et crédule (p. 25) ; » la loi de Malthus est d'une 
vérité théorique incontestable, mais, « dans l'état actuel des esprits, 
ne s'applique pas à la France (p. 99). » Quoi qu'il en soit^ nous pouvons 
avec sincérité répéter ici ce que l'Académie a dit du livre de M. Leroy- 
Beaulieu ; « C'est une œuvre complète, dont toutes les parties sont bien 
agencées, et qui, malgré les nombreuses complications du sujets 
l 'éclairent de vives et abondantes lumières. » 

G. i>E Senneville. 



BELLES-LETTRES 



De l*orli^lne de* dénomination» etbnUiues dan» la race 
aryenne* Etude de philologie et de mythologie comparée, par J. Baissac. 
Paris, Maisonneuve, 1867. Brochure in-8^ de 104 pages. — Prix : 2 fr. 50. 

Le but de ce mémoire est de prouver que la plupart des noms de 
peuples de la race aryenne dérivent de racines exprimant Tidée de 
briller : que les noms des dieux ont, en général, une origine identique, 
et qu'ils nous ramènent à l'idée de la lumière des astres, à moins qu'ils 
n'expriment quelque autre phénomène atmosphérique. 

L'auteur a étudié une partie des travaux allemands sur la mythologie; 
il n'est pas dépourvu de connaissances en linguistique ; nous craignons 
cependant que le désir de justifier une thèse préconçue ne Tait sou- 
vent égaré. 

Voici quelques exemples. 

P. 5. Il s'occupe de l'adjectif 2>^/«cÂ,quî en haut allemand moderne 

MARS 1868. 6 



— 82 — 

a le sens de germaniqae. La forme tetitonique la phe aneienne da ra- 
dical dont cet adjectif est dérivé, noas est donnée par le fratUqpie 
thiuda : M. Baissas nous le dit, et i! a raison ; maïs il ajoute que 
ihiuda veut dire terre ; première erreur. Ulphila traduit pto' thiuda le 
]• grec IOvo<;; thiuda veut donc dire, nation, peuple, race, et non tnm. 

M. Baissac ajoute qu'il est bien tenté de rattacher iMvéa ou sanserât 
dyut, racine div. Eh bien, il aurait tort de ne pas résister à cette ten^ 
tation : car cette hypothèse viole les règles de la substitution des con- 
sonnes en gothique. Le th initial de thiuda remplace un t primitif et 
la lettre initiale de la racine ne peut être un d, comme dans div. C^te 
hypothèse viole aussi les lois du vocalisme : la diphthongue iu est le 
gouna de Vu; elle correspond au sanscrit d, primitivement au, et non 
aux lettres iv ou ju. D'ailleurs le substantif thiuda ne se trouve pas 
seulement en gothique; il se montre en ombrien sous la fome tâto;i\ 
est encore usité en breton américain, sous la fonne tud, précédemment 
tut, L'étymologie la plus rationnelle semble être celle qui en fiiit un 
dérivé de la racine tu, être fort, valere, au moyeJi du suif&xe ta et du 
gouna. 

Des savants allemands rapprochent Faumta du participe pvésent 
faveTis, et font dériver de la racine sanscrite />a le nom du dieu Pttn. 
Dans le système de M. Baissac, il faut que Pan et Faunus soient iden- 
tiques. Ici une tenue, là une aspirée; ici un a, là un u frappé du gouna \ 
il n'y a qu'une lettre qui soit la même dan.^ les deux mots, Yn, et en- 
core elle appartient à un suffixe. Avant d'affirmer l'identité de deux 
mots^ il faudrait en étudier davantage les éléments. 

Les pages 23-25 contiennent une théorie bien hasardée sur le nom 
des Veneies. M. Baissac le rapproche de Tarmoricain gwenn, blanc : 
la ressemblance est plus apparente que réelle, car,à Tépoque où les Gau- 
lois appelaient Venefe9^iin de leurs peuples, gtteim, biane, ee]iiioii«nçait 
et s'écrivait vindos. Puis M. Baissac s'étonne que Vannés, mmi actuel 
d'une ville de France, soit donné comme venant de Venetes, nom du 
peuple gaulois qui habitait cette ville : il va chercher au nom propre 
Vannes une étymologie dans les montagnes de l'Ecosse, où il trouve 
ban» La nécessité de changer le ô initial en v ne Tarrête pas. Car ion 
en construction se prononce souvent van. M. Baissac ignore donc la 
date relativement modej ne de cet affaissement du b. 
Il suffît d'exposer ces théories pour les juger. 
P. 33. « Il ne saurait y avoir le moindre doute que le grec xij^itfoéç: ne 
soit le sanscrit çvêi. » Encore une assertion bien hardie. Que ç = x; 
que, dans la racine pronominale <7<p£, v=: 9, c'est chose admise. Maïs ces 
deux lettres ne sont pas les seules des deux mots comparés. L'auteur 
compte-t-il donc pour rien les autres î 
Puisse M. Baissac étudier encore un peu la phonétique ! fl derviendra 



— 83 — 



plus sévèce dans le choix des étynudogîe»» et s'il éerit de nouveaux mé- 

mcires sur cette matière si délicate^ on y trouvent plus à apprendre, 

moiiis à oritîquer. 

IL d'âbbois d£ Jubainville. 



I», par M. A. Qciirroir, avocat^ anden bâtonnier, membre 
de l'académie de Sainte Greîx. Par», LethieHeux, 186^. In^S^ de 392 p. 
— Prir : 3 fr. 8Û. 

Le dieu Plutus est un roman de umbots romaines. L'auteur» qui 
n'en est pas à son coup d'essai en oe genre, avait déjà publié dans Au- 
rélia, son premier ouvrage, un intéressant tableau de la vie privée à 
Rome. Le genre de l'auteur est nouveau, Tintérêt de son œuvre est 
vif et l'action bien conduite. Mais Timaglnation ne suffisait pas pour 
Taccomplir, il fallait de plus et surtout la science pour rester dans la 
vérité. 

Retracer, à plus de dix siècles d'intervalle, les mœurs, les usages d'un 
peuple, offre peut-être plus de difficultés que d'en raconter ITiîstoîre. 
Le talent de l'écrivain ne consistera pas uniquement à saisir habile- 
ment les pensées dominantes d'une époque, à préciser les courants qui 
s'y sont manifestés ; il pénétrera plus avant, jusque dans les profon- 
dears intimes de cette société. Si les poètes l'ont chantée, la satire en 
a dévoilé les faiblesses ou les hontes. Rien ne doit être négligé, et il 
n'est pas jusqu'aux textes de lois, si arides en apparence, qui ne puis- 
sent devenir la source de développements pleins d'intérêt. En un mot, 
il ne suffit pas detre historien, il faut être juriste et littérateur. Cest 
une justice à rendre à M. Quinton, il a été à la hauteur de son sujet. 
Personne ne connaît mieux que lui le dédale des lois romaines, leurs 
difficultés, leurs contradictions souvent réelles, parfois apparentes; 
personne ne saisit mieux dans les auteurs dont il s'est nourri les pein- 
tures de mœurs et les traits qui portent. 

Les mœurs au temps d'Avguste avaient été dépeintes dans un ou- 
vrage connu, et dont l'érudition est depuis longtemps appréciée. 
M. Quinton a fait une œuvre analogue pour une époque plus récente. 

Deux enfents, frères jumeaux, amenés en même temps à Rome, sont 
vendus comme esclaves au même maître. L'un, nature franche, droite, 
mais parfois peu docile, est rompu à coups de verges, laissé pour mort 
sxur la voie publique, et recueilli par un de ces pasteurs vénérables des 
premiers temps du christianisme; l'autre, rusé et plus habile, gagne la 
confiance de ses divors maîtres en se pliant à leurs caprices. Son plan 



- 84 — 

est tout tracé. Il s'enrichira aux dépens d'un jeune patricien, s'empa- 
rera de ses biens, se fera affranchir, le tuera pour s'en débarrasser, 
prendra son nom çn acceptant sa succession répudiée par sa famille, 
puis coulera une vie molle et dorée au milieu des richesses et des 
honneurs ainsi obtenus. Mais auprès de la vieille société romaine et 
de toutes ses turpitudes, se plaçait un monde régénéré par une doctrine 
nouvelle que Rome commençait à connaître. L'influence du christia- 
nisme se faisait sentir; l'histoire en témoigne à chaque page. M. Quinton 
n'a eu garde de négh'ger ce côté de son sujet; la fiction n'a été pour lui 
qu'un prétexte pour pénétrer d'une manière plus sûre, plus instmctive 
et plus attrayante à la fois dans le fond de cette société du temps de 
l'empire. Son livre recevra sans doute le même accueil que celui qui l'a 
précédé. Toutefois nous craignons que certain chapitre^ fort risqué, ne 
l'éloigné de quelques-uns des lecteurs auxquels il semblerait destiné. 

H. DE Maneux. 



Biontag^e» par J. Michelet. Paris, librairie internationale, 1868 
grand in-I8 de 388 p. — Prix : 3 fr. 50 c. 

Pour qui recherche l'aspect de quelques paysages imposants ou gra- 
cieux groupés avec art ; pour qui tient uniquement à contempler, ainsi 
qu'en un diorama parfaitement réussi, le spectacle grandiose des pics 
glacés, ou les fraîches vallées des Alpes, le livre nouveau de M. Michelet 
doit avoir beaucoup de charme. Mais c'est là tout l'éloge que l'on peut 
faire d'une œuvre où trop souvent des nuages épais, surchargés de tris- 
tesse, assombrissent tout à coup de beaux horizons inondés de lu 
mière. L'admiration qui s'épanouissait en face de larges perspectives, 
se trouve étouffée comme en un goufre étroit, et s'éteint dans les 
ombres. S'il reste quelques lueurs crépusculaires, on voit avec un sen- 
timent pénible celui qui, en proie à je ne sais quelles hallucinations, pré- 
tend s'enfoncer dans les abîmes pour arracher à ces abîmes des secrets 
que le Créateur a laissés dans leur sein. Les vieux Titans de la My- 
thologie des Grecs ne lançaient que des roches contre la Divinité; pour 
le même usage, M. Michelet veut se servir de montagnes tout entières^ 
et quelles montagnes ! 

Mysticisme et panthéisme, ou plutôt matérialisme mystique, telle 
est la religion au service de laquelle s'est mise une imagination incan- 
descente, en entraînant avec elle une plume habile. Triste spectacle que 
celui d'une pareille ardeur employée pour une telle cause, et à un âge 
où le crâne d'un vieillard blanchit sous la neige des ans, comme un 



— 85 — 

sommet alpestre sous la neige des hivers! Oui, bien triste, car M. Mi- 
chelet ne se contente points à propos de montagnes, de vanter, après 
l'avoir vue au fond du lac de Genève, la religion commune de la Nature 
où les cœurs s'entendent dans une douce humanité. Se sentir pénéti^ 
de respect devant la maternité de l'Asie; voir dans l'arbre le frère de 
rhomme (ô bûches élevées en dignité!), vouloir ensevelir la Genèse 
sous sa propre bible (la Bible de V humanité), et sous les roches qu'il 
admire cette fois à travers les brouillards de sa pensée, comme naguère 
il contemplait la Mer^ — tout cela n'assouvit point une plume qu'une 
véritable tempête fait voltiger, folle et légère, dans tous les milieux qui 
peuvent troubler une intelligence humaine. La botanique n'est pas autre 
chose, suivant M. Michelet, que la science de V amour, et de cette décla- 
ration s'ensuit toute une série de peintures lubriques. Une main fié- 
vreuse trace d'abord à grands traits l'esquisse de ces petits tableaux, 
puis ils sont finement caressés par un pinceau qu'on dirait juvénile. Et 
lorsqu'on voit de tels tableaux encombrés de détails minutieusement 
erotiques, succédant à de larges et belles esquisses, on est découragé, 
on se détourne^ même quand on n'a point un rigorisme excessif, et l'on 
n'est plus tenté de poursuivre ime lecture désolante. Quant à discuter 
les opinions de M. Michelet, on le voit, cela devient de plus en plus 
impossible : il n'est pas plus facile de contredire un enthousiasme 
arrivé à son paroxysme que de raisonner avec la folie. 

Je l'ai dit, et volontiers je le répète : si l'on veut admirer de riches 
paysages encadrés par une prose étincelante comme la flamme d'un vol- 
can^ on peut suivre M* Michelet avec agrément dans son excursion à 
travers les grandes Alpes. Mais en suivant un pareil guide, il est es- 
sentiel de prendre garde au vent qui vient à travers la montagne. Ce 
vent est fatal. Il faudra savoir bien s'arrêter à temps, quand M. Mi-* 
chelet descend dans les précipices où chancelé une raison primitive- 
ment troublée par la lecture du Ramayana : <* Que de jours, dit-il, que 
de jours charmants j'ai passés au pied de la montagne sainte, entre 
Rama et Sita ! 

Louis DE Laia'œl. 



Parlsleimes. Les journaux, les revues, les livres, par M. le 
baron Gaston de Flotte. Seconde sériel Paris, Garnier frères, 1868. 
Grand in- 18, de 303 p. — Prit : 3 fr. 

Voici im livre qui est une critique amère de la presse actuelle, et 
d'autant plus efficace qu'elle est froidement exercée et qu'elle est irré- 



- ea — 

fiilable. M.def^te en est au second volume de la:coilecli0tt d'ermm 
et de béTues ghoiées dans k cèamp immense' coltiTë par les iwnsmes 
de lettres du jour. Ce bouquet est composé de fleurs grotesques, mais 
quelle abondance et qadle variété! 

Parmi les erreurs, il en est bien souvent de volontaires, systémati- 
quement mises en aTvmt par cenx qui les eommettent; ceUes-là mé- 
ritent toutes les rigueurs d'un censeur spirituel ccmrnie M. de Flotte. 
Il en est d^autres qui se glissent par inadvertance dans un tiavail pré- 
cipite ; on s'tti inquiète trop peu, et, avec quelque soin, on pourmit les 
éviter. Maie, par malbenr, nous sembions avoir adopté en France une 
masiime amérieaine : le temps c*esi de l'argent ; on veut l'éeonomiser. 
Ces erreurs ont encore une autre source : dans la collaboiatioii d'un 
journal^ c'est moins une instruction solide qui est recherchée, qu'un 
esprit vif, brillant, prompt à la répartie; une humeur guerroyante, 
beaucoup de souplesse unie à beaucoup d'aplomb, il n'en faut pas da- 
vantage aujourd'hui pour faire son diemin dans le]monde des journaux. 
Toutefois^ pour être équitable relativement aux erreurs courageu- 
sement signalées i)ar M. de Flotte, nous dirons que quelquefois il nous 
paraît pousser un peu loin ses sévérités : on le voit s'arrêter à cer- 
taines peccadilles qui pourraient être mises sur le compte des impri- 
meurs : il s'offusque d'erreurs ayant pour objet des dates relatives à 
des événements de minime importance, ou de simples rnooneetîons de 
langage; en ne s'orrrêtant point à des minuties, son travail, selon nous, 
aurait encore plus de portée. En somme, la lecture de ce livre donne 
beaucoup à réfléchir^ car il prouve avec quelle facilité on dénature au- 
jourd'hui la vérité, et jusqu'à quel point est léger le bagage à'iruditien 
de ceux qui prétendent instruire le peuple au moyen des journaux. 
C'est également rendre service que de mettre en évidence la fausseté 
de certains clichés à l'usage de ceux qui, en touchant à l'histoire, veulent 
la plier à leur fantaisie. Je ne veux citer qu'un exemple ; il s'agit du 
mot attribué à Henri IV : « Paris vaut bien une messe, » Henri IV ne 
l'a point dit, et M. de Flotte qui l'a prouvé, et qui a désigné l'auteur de 
ce mot, s'impatiente de le retrouver en cent et cent endroits divers, at- 
tribué à Henri IV. A peu près tous les journaux fournissent leur con- 
tingent à une riche moisson; mais parmi eux, il faut bien en convenir, 
le Siècle se distingue ; la Pairie, les Débals, et le Constitutionnel, ils 
y sont tous, les plus anciens comme les plus jeunes, puisqu*on trouve 
là jusqu'à Y Etendard* 

A tout prendre, on pourrait excuser certaines erreurs qui peuvent se 
glisser au courant de la plume, lorsqu'il s'agit d'écrire dans un journal 
paraissant tous les jours et à heure fixe ; mais cette indulgence doit- 
elle exister relativement aux travaux exécutés pour des Revues sé- 
rieuses? Il est évident qu'ici Técrivaina par-devers lui tout le temps 



— 87 — 

nécâUBise pour néâéokir et pour ofatàg^v soa ceawfi. S'il se trompe^ 
on a Je droit d'être exipant. Eh bien ! Ja Rmi£ des Deux-Mondes 
eilûHwènie n'ooeftpe pas moins de huit pages dans le livre de M. de 
Flottft, huit pages bi^ remplies, j'en réponds, remplies par des er- 
Fenps, et même par des bévues» Quelques autres revues apportent 
leurs petites pierres à Tédifioe, qui en est à son second étage; je ne 
sttis trop s'il est u» seul joamal eu recueil périodique qui ait été à 
l'abri des investigations d'un critique dont l'érudition incontestable a, 
par conséquent, le droit d'être sévère. Nous l'avons dit, M. de Flotte 
en rat au second volume d'une riche collection ; hélaa ! la mine est iné- 
puisaMe^ et rien ne nous fait prévoir que ce patient dénicheur de sot- 
tises imprimées puisse enoctfe se reposer. Fersiâter dans une telle entre- 
prise, c'est rendne service aux lettres, cîest être utile à. la vérité histo- 
rique , on ne peut le méconnaître. Il faut donc savoir gré à qui se 
hâzardant au milieu de tant de ronces et de broussailles, sait y lecueilr* 
lir de fines épines qui deviennent une arme et qui font réellement des 

piqûres utiles. 

XiOUIS DE Laincbl. 



GÉOGRAPHIE ET VOYAGES 

•BiriMMie lii»toriq[iie9 pâtt<oreM|iie et littéraire ». illustrée 
de 2ff gravures, d'un panorama photographique de la ville de Prague et 
d'une carte du royaume de Bohême, par MM. Joseph Fricz el Louis Léger. 
(Ouvrage composé avec la collaboration de MM. Massieu de Clerval, 
Alexandre Chodzko , docteur Siegfried Kappcr, général Mieroslawski y 
Sophie Podlipska, etc., etc.) Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven el Cie; 
Bruxelles, Leipsig et Livoumc, 1867. ln-8° de 472 p. — Prix : 8 fr. 

Il est peu de pays plus mal connus en France que Je royaume de 
Bohême» et nous pourrions citer à Tappui de cette assertion maint 
passage de nos auteurs contemporains les plus distingués* Le but. du 
présent ouvrage est précisément de faire cesser cette ignorance en nous 
donnant tune notion précise sur le rôle joué par la Bohême aux temps 
anciens et^or sa situation actuelle. Bien que oe royaume n'ait jamais, 
enieffet, pu prétendre au titre de grand État, il n'en atpas moins esfieijeé 
une influence véritable sur les dest&née8»der£urope, diabord à l'époque 
des invasions mongoles, refoulées par un général td^ue,. Jaroslav 
de Stemberg, puis à l'époque de Jean Huss, de Ziska^ de Geoigas 
Pôdiebnul. La première paartie de oeiîvre eat.ecmeaarée à r.hîstoire de 
la Bohême depuis le vr siècle iet l'arrivée des peuplades slaves jusqu'à 



— 88 — 

nos jours. La seconde partie, à beaucoup près la plus propre à piquer la 
curiosité du public français^ a pour titre : la Bohême littéraire. M. Léger 
nous y donne de curieux détails sur la poésie tchèque au moyen 
âge, passe en revue les fragments épiques, tels que le jugement de 
Libussa, Jaroslav, Zbyhon, etc. Il nous apprend de quelle façon inat- 
tendue furent rendus au jour par Hanka ces ouvrages dont l'antiquité, 
jadis contestée par quelques érudits allemands, semble aujourd'hui 
admise par tout le monde. Puis viennent divers articles, non les 
moins intéressants de l'ouvrage, consacrés à l'étude des poëtes tchèques 
contemporains. Enfin le livre se termine par ^ une description générale 
des deux royaumes de Bohême et de Moravie. Il renferme également 
une carte de Bohême et quelques airs tchèques annotés. 

La Bohême historique forme donc, si j'ose m'exprimer ainsi, une 
sorte d'encyclopédie destinée à nous faire connaître ces régions cons- 
tituant le point central, et à vrai dire la citadelle de l'Europe. Rédigée 
par bon nombre d'auteurs différents, elle ne saurait offrir une j^rfaite 
unité de vues. Une vive sympathie pour la nation tchèque et toutes 
les nations slaves constitue l'esprit général du livre. Malheureuse- 
ment, ce sentiment si louable en lui-même nous paraît avoir entraîné 
quelques-uns des écrivains à un véritable manque d'impartialité. On 
nous retrace à chaque page le lamentable tableau des persécutions 
exercées par les Allemands vis-à-vis de la race tchèque , et quelques 
lignes à peine sont consacrées au récit des abominations commises 
par les hussites. Les faits les plus odieux, tels que l'expulsion de cer- 
tains ordres religieux, la fameuse défenestration de Prague, sont pré- 
sentés comme dignes d'éloges ou du moins fort excusables. 

H. DE Charencey. 



Xerre eAlnte, la Syrie, le Liban, Rhodes , Smyrne, Constantinople, la 
Grèce, Malte, V Egypte et la Nubie , par Henri de Gcinaumont. Paris, 
Douniol, 1867. 3 vol. in-i2. — Prix : 7 fr. 50. 

M. Henri de Guinaumont, qui a été le président de la première ca- 
ravane partie de Marseille pour Jérusalem le 23 août 1853, vient de 
donner en trois volumes le résumé de son voyage et des lectures entre- 
prises pour profiter de ce voyage. M. de Guinaumont, en effet, n'est 
pas un touriste ordinaire ; c'est un homme distingué, instruit, qui ob- 
serve et cherche à se rendre compte de toutes choses. Un voyage en 
Terre sainte doit nécessairement être précédé d'études préliminaires, et 
M. de Guinaumont consacre tout son premier volume à mettre le lec* 



— 69 — 

leur au courant de Thistoire des monuments relatés dans l'Ancien et le 
Nouveau Testament ; il y a là des notions peu connues. Il parle ensuite 
de la Bible> de la religion des Hébreux, des Maronites, des Druses, des 
hérésies et schismes qui se sont introduits dans la Palestine depuis les 
premiers siècles de J 'Eglise ; enfin il donne une biographie des principaux 
personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament, et une notice de 
80 pages sur le gouvernement, les lois, les mœurs et usages des Hé- 
breux. Le second volume publié par M. de Guinaumont commence par 
la description de Jérusalem, de ses édifices et de tous les lieux célèbres 
ou vénérés qu'elle renferme dans son enceinte ; l'histoire se joint à la 
description : ici l'on trouve réunis les témoignages de Josèphe et d'Eu- 
sëbe; plus loin on rencontre la relation du baron d'Anglure, un pèlerin du 
xiv« siècle. Le côté politique n'est pas oublié. M. de Guinaumont 
examine la question des lieux saints, les droits des Latins, les usurpa- 
tions des schismatiques. En jetant les yeux sur les plans annexés au 
texte, on voit quelle part restreinte les Grecs ont laissée aux Latins, qui 
ne peuvent même plus célébrer la messe à Tautel du Calvaire ! Après 
avoir décrit l'intérieur de Jérusalem, M. de Guinaumont sort de la ville 
et, s'avançant au midi, conduit le lecteur de Jérusalem à Bersabée, en 
passant par Bethléem; à l'occident, il va à Jaffa; à l'orient, il pousse 
jusqu'à la mer Morte et au Jourdain; au nord, jusqu'à Samarie, au Tha- 
bor, à Nazareth, et au Carmel. M. de Guinaumont n'a point cherché, 
comme tant de voyageurs, à nous faire part de ses impressions; on les 
devine cependant à la gravité de son langage, à son accent parfois 
ému. Après le Carmel, dit-il, les pèlerins changent de nom, ils devien- 
nent touristes ; M. de Guinaumont l'a été comme tout le monde. Dans 
son troisième volume, il nous conduit rapidement, mais toujours avec 
profit, en Syrie, dans le Liban, à Chypre, à Rhodes, à Smyrne, à Cons- 
tantmople, à Athènes, aux îles Ioniennes, à Malte, enfin en Egypte et 
en Nubie. Des notices sur le mahométisme, les Arabes, et les Turcs, 
sur les usages des habitants des villes d'Orient, ainsi qu'un résumé cu- 
rieux de l'histoire naturelle de ces contrées, achèvent cet ouvrage, où se 
rencontrent une foule de renseignements exacts, recueillis sur les lieux 
ou complétés par Tétude, transmis avec précision et clarté, mais par- 
fois avec un peu de sécheresse ; l'auteur semble avoir en horreur les 
phrases vides de tant de narrations de voyage; il veut avant tout ins- 
truire, 6t il y réussit. 

Henri de l'Epinois. 



— 90 — 



Inerte de r AUÉ«r4 HPHtmoÊSÊom. ^k>uveltos «sfâeoaliOTM «ébs 
fioaroes du Nif^ par air fiamuel W,Bit8 BjkiBfi. Oiivrage tracU de r^Dglals 
par M. G. Mamou, iUustjRéjde 80 gcav. sur bois ei acoon^goé de deos 
carlea. Parû^ HacheUe^ i86a. Gr. in-8 de xiu-5i6 p. •-* Prix : iO fr. 

DésQcmais la géographie compte un mystère de moins, les sources 
du Nil sont découvertes. Déjà le capitaine Speke avtdt reconnu dans 
le kc Victoria N'Yanza lorigine du grand fleuve. M. Baker a trouvé 
la seconde source, le iac Albert N'Yanza. Parti en mars 1861, ce vojra- 
geur intrépide a passé quatre hivers consécutifs dans les contrées 
tropicales. Il n'en est i^venu qu'à la fin de 1865, après avoir atteint 
son but et donné la solution définitive du problème. L'ouvrage où il 
nous raconte ses aventures, ses découvertes, ses dangers, son séjour 
à la cour des rois d'Obbo et de Kisouna, est rempli des incidents Ie8 
plus variés et des détails les plus intéressants. Que de fatigues, que 
de périls de toute sorte ! le ciel de feu, la fièvre^ les pluies, les miasmes 
des marais, la mauvaise nourriture, les perfidies des indigènes et les ré- 
bellions de Tescorte. On admire l'incroyable énergie, la ténacité in- 
domptable de M. Baker. Il est le digne représentant de ceUe forte race 
anglo-saxonne si audacieuse dans ses projets, si persévérante dans ses 
entreprises. Car, il faut le reconnaître, toute la gloire de la découverte 
des sources du Nil revient à l'Angleterre. Ce n'est pas une mince illus- 
tration pom- un pays d'avoir produit dans le même siècle au Nord, des 
explorateurs comme les Ross, les Fmnklin, les Mac-Clure; au Sud, 
des voyageurs comme les Grant, les Speke et les Baker. 

Fernand de Pebrochbl. 



Ce» trois projet», angolais {Sh. Osborn), allemand {Aug. Peter- 
mann), français (Gust. Lambert), d'exploration au Pôle IVord, 

exposé historique et géographique de la question, accompagné d'une carte po- 
laire nouvelle. Par Malte-Brun (V. A.) Paris, Challamel, 4W8. ta-8, «66 p. 
— Prix : 5 fr. — (E\tr. ô^s Annales des vo^age$,) 

L'utilité d'Un voyage, et surtout d'un séjour prolongé dans le voisi- 
nage immédiat du Pôle Nord, n'est plus contestée par personne : la 
polémique à laquelle donnent lieu, depuis trois ans, les projets d'expé- 
ditions polaires, a eu au moins pour résultat de dégager et de mettre 
hors de discussion ce point important que la recherche du Pôle n'est 
point une fantaisie de cartographe, désireux de combler une des lacunes 



— 91 — 

de hft mappemonde^ mais bien une nécessité scientifique du premier 
ordre. Restent les voies à suivre et les moyens k employer poar arriver 
aa résnltat désiré : oe sont oes voies et moyens que M. Malte-'fônin 
expose'svee cette darté et cette imparticdité qu'il a mises, plus d^une 
fois déjà, au service des grandes questions géographiques de notre 
temps. I^es trois projets, anglais, allemand et français, d'exploration 
polaire, sont successivement examinés et résumés dans le livre qu'il 
publie aujourd'hui. M. Osbom et le projet par le Groenland, M. Peter- 
mann et le projet du Gulf-Stream, M. Lambert enfin et le projet par 
le détroit de Behfing, devenu récemment si popidaire parmi nous, sont 
l'un après l'autre, de la part de M. Mahe-Brun, l'objet d'un plaidojrer 
qui captive le lecteur, et le laisserait presque convaincu de l'utilité de 
tenter sinraltanément les trois expéditions; les obstacles climaté- 
riques prévus pour l'une quelconque d'entre elles , pouvant, la même 
année, favoriser les deux tiutres. Le livre se termine par une lettre du 
baron de Schilling, de la marine russe, lettre très-curieuse, tout en 
faveur du projet français ; et parle récit de la découverte (en sept. 1867) 
d'une terre située au Nord du détroit de Behring, précisément sur 
les bords de la mer polaire libre, de la célèbre Polynia, où veut péné- 
trer M. Lambert. Si nous avions quelque critique à faire sur la nou^ 
velle publication de M. Malte-Brun, nous ^(primerions le regret de ne 
point y voir reproduit m extenso le travail de M. Markham sur les 
voyages soi^discmt légendaires des Hollandais du xvii* siècle au Pôle 
Nord, et nous demanderions pour la carte polaire qui accompagne le 
livre, une netteté, et aussi une échelle, un peu plus grandes. D'ailleurs 
ceux qui voudront approfondir la question polaire, trouveront, dans le 
livre de M. Malte-Brun, des indications bibliographiques et cartogra- 
phiques suffisante pour aider à le compléter lui-même : tel qu'il est, 
nous ne doutons point qu'il ne contribue à augmenter encore le nombre 
de ceux de nos compatriotes qui ont tenu à honneur de s'associer a 
l'entreprise éminemment nationale de M. G. Lambert. 

Paxtl Riant. 



HISTOIRE 



•tolre d'Hérode» roi des Juifs, par F. de Saulct, membre de TIos- 
titut. Paris, Hachelte, {868. Grand îd-8. — Prix : 9fr. 

Après avoir raconté les derniers jours de Jéruealem, M. de Saulçy 
nous donne aujourd'hui Vkisioire d'Hérodey dit le Grand., roi des Juifo 



— 92 — 

paria grâce du sénat romain. Ce n est point encore, paraît-il, le terme 
de ses étades sur l'histoire des Juifs à Tépoque bouleversée où ils 
vont disparaître du nombre des nations; le savant auteur promet un 
prochain travail sur les Machabées^ destiné à compléter cette espèce de 
trilogie historique. On voit qu'il n'est pas précisément esclave de la 
chronologie, et qu'au lieu de suivre l'ordre et la succession des (emps, il 
en remonte le cours. Quoi qu'il en soit, chacun des épisodes forme un 
tout à part, que l'on peut considérer isolément. 

Le présent volume ne laisse absolument rien à désirer sous le rap- 
port matériel, et nous n'avons qu'à en louer l'exécution; seulement il 
y manque, et nous le constatons avec regret^ une table analytique des 
matières. M. de Saulcy remarque dans son avant-propos combien de 
nos jours sont rares les lecteurs des écrits de Josèphe « dans l'idiome 
même où ces écrits ont été composés; » il aurait pu ajouter : « et 
dans la traduction^ » tant il est vrai que les choses les plus intéres- 
santes par elles-mêmes ont besoin d'une mise en œuvre, d'une forme, 
d'un vêtement qui les approprie à chaque siècle et aux habitudes d'esprit 
de chaque époque. M. de Saulcy s'est mis à l'œuvre dans le but fort 
louable, et dont il faut lui savoir gré, de vidgariser l'histoire d'une 
époque très-importante des annales du peuple juif. Car ce livre, tout 
intéressant qu'il est, — on peut dire qu'il se lit comme un roman dans 
lequel les scènes les plus dramatiques nefont pas défaut,— n'est, dans sa 
vérité saisissante, qu'un commentaire du texte de Josèphe, commen- 
taire mis en ordre, complété par de nombreux emprunts aux livres des 
traditions talmudiques, animé par un style naturel, de franche allui-e 
et plein de mouvement (mais malheureusement trop éloigné de la cor- 
rection académique), et, en ce qui concerne la géographie et la topo- 
graphie, par les souvenirs personnels de l'auteur qui plus d'une fois 
parcourut le théâtre des événements qu'il raconte, et « pénétra, voya- 
geur intrépide, dans des recoins où depuis des siècles peut-être le pied 
d'aucun Européen ne s'était posé. « M. de Saulcy complète encore 
l'œuvre de Josèphe àl'aide des fragments de Nicolas de Damas, et de tout 
ce que la science moderne a reçu des siècles passés, ou conquis de nos 
jours, en fait de documents relatifs aux arts, aux mœurs, aux institu- 
tions judaïques. Sur ce dernier point cependant l'auteur nous semble 
un peu trop bref : il nous dit bien que souvent Hérode convoqua le 
peuple, les prêtres, les juges, mais sans nous faire connaître les lois 
et les usages relatifs à ces assemblées, ni leur forme, ni le mode de leurs 
réunions, ni le degré d autorité qu'elles pouvaient avoir. Quant aux 
différentes sectes juives dont il parle, il n'indique pas suffisammant 
leurs idées et leurs doctrines. On ne peut penser à ce point particulier 
de son sujet sans se rappeler combien il a été traité plus à iond dans 
Rome et la Judée de M. F. de Champagny; cela est d'autant plus 



— 93 — 

regrettable pour le livre de M. Saulcy, que la connaissance des prin- 
cipaux idiomes anciens ou modernes de TOrient donne à son auteur un 
grand avantage sur ceux qui Tont précédé dans cette voie. 

Cet ouvrage, du reste, n'est à proprement parler qu'une biographie 
de ce monstre qui s'appela Hérode, et, à notre sens, il s'étend sur un 
personnage un peu au détriment d'un peuple. « La vie du peuple juif » 
sous un tel Roi, à cette époque de son histoire et pendant plus d'un 
tiers de siècle, exigeait un travail plus complet, plus large, plus appro- 
fondi. L'auteur lui-même convient que c'est uniquement la vie d'Hé- 
rode qu'il s'est efforcé de mettre en lumière : « J'ai voulu montrer, dit- 

- il, que le surnom de Grand dont la tradition a gratifié cet homme est 
*^ immérité; je demeure convaincu que tous ceux qui auront la patience 

- de lire ce livre jusqu'au bout seront de mon avis. » 

Nous n'avons pas à faire ici le portrait de cet homme abominable, à 
reprendre l'histoire de ce règne où la cruauté le dispute à la luxure, la 
lâcheté à la folie et à l'hypocrisie. A ce point de vue, la première partie 
du livre (p. 1 à 85] n'est pas la moins curieuse : elle est aussi la plus 
neuve. Elle est consacrée aux compétitions d'Aristobule et d'Hircan, à 
Antipater, père d'Hérode, aux débuts d'Hérode lui-même, jusqu'à la 
chute des Amonéens, ces derniers descendants des Machabées, lorsque, 
par un décret du sénat romain, le trône fut dévolu à la dynastie idu- 
méenne. La seconde pai*tie décrit brièvement (p. 87 à 112) les événe- 
ments dont la Judée fut le théâtre pendant le séjour d'Hérode à Rome, 
lorsqu'il y briguait la couronne. Enfin le règne de ce monstre occupe la 
troisième et dernière partie; là .surtout les détails abondent : les faits les 
plus infimes, les plus abominables comme les plus connus, y sont pré- 
sentés avec un art, avec une vérité, avec une indignation qui font égale- 
ment honneur à l'écrivain, au savant, à l'honnête homme. Toute cette 
histoire n'est qu'une longue suite de crimes, d'intrigues et de fureurs. 
Il a fallu du courage pour l'entreprendre et la mener à terme, et nous 
n'avons qu'à féliciter M. de Saulcy d'y avoir voulu consacrer une 
partie de ses veilles, et d'avoir atteint son but aussi heureusement qu'il 
l'a fait. Mais là encore nous avons une lacune grave à signaler : parmi 
toutes les sources d'information qui s'offraient à lui et auxquelles il a 
d'ailleurs si largement puisé, pourquoi en est-il une qu'il ait systéma- 
tiquement écartée? L'Ecriture Sainte n'ofïre-t-elle pas les caractères 
d'authenticité désirables \ ne remplit-elle pas toutes les conditions de 
certitude historique ? Il nous semble que la Bible est un livre assez 
important à tous les points de vue, et spécialement à celui qui fait le 
sujet de l'ouvrage dont nous parlons, pour que, si on néglige son té- 
moignage, il soit nécessaire d'en produire de bonnes et indiscutables 
raisons ; et de ce que Josèphe n'a pas parlé de ceiiains faits rapportés 
dans la Bible, comme le Massacre des Innocents, ou la mort de 



— 94 — 

S. Jeai)^ ce n'est pas un oiotif pour omettre et xepousser ces &its, que 
tout ce qu'on connaît du oaractère d'Hérode raod d'aiUenrs parfaite- 
ment probables. Il y avait à compléter ici rhiâtoiâen juif par le texte 
sacré, et nous ne nous expliquons en aucune façon le silence de M.> de 
Saulcy sur rEcrIture sainte et le parti qu'il aurait pu et dû en tirer. 

F. DE ROQTJEPEUIL. 



iljiiiée du martyre de» AS* il^pôtres Pierre et Pauly par le 

R. P. Gavs ; traduction de M. Tabbé P. Delkt. Paris, in-8 de 80 pages. 
Gaume frères et Duprey, 1867. — Prix : 1 fr. 25. 

Le titre de ce mémoire ne donne pas une idée complète des sujets 
qui y sont traités. Le P. Gams expose en efiet la suite des événements 
accomplis pendant la période de Tbistoire apostolique, depuis la con- 
version de Saul jusqu'à la mort des deux apôtres Pierre et Paul. Il 
retrace la fondation à Antioche de la première communauté chrétienne^ 
le retour à Romedllérode Agrippa, le martyre de S. Jacques, l'expul- 
sion de Rome des juifs et des chrétiens sous l'empereur Claude, les 
nombreux voyages de S. Pierre et de S. Paul, à fiome, en Orient» en 
Espagne. Chemin faisant, le P. Gams discute, avec une grande abon- 
dance d^drudition, toutes les opinions des auteurs anciens et contem- 
porains sur les divers événements accomplis pendant ces années. Ainsi, 
à propos du passage incertain de S. Paul à Narbonne, il consacre une 
longue note à la propagation du christianisme dans les Gaules. Sur la 
question principale de son sujet, l'auteur se sépare de l'opinion com- 
mune : il fixe le martyre de S. Pierre au 29 juin 65, le martyre de 
S. Paul au 29 juin de l'an 67. Il y a là bien des sujets de controverse ; 
mais on devra dorénavant tenir compte du savant travail du P. Gams, 
qui, en outre, est précieux par de nombreuses indications de sources. 

Hexbi de l'Epinois, 



0iiser et «on tempe, par M. Alfred Nettkhent. 2^ édition. Pari?, 
Lecoiïre, 1867. Un vol. in-S® de xxiv-370 pages. — Prix : 5 fr. 

Au moment où M • Lecoy de la Marche donnait pour la Société derhis> 
toire de Fmnce une édition complète des œuvres de Suger, M. Net- 
tement préparait sa Vie, à laquelle il avait déjà consacré une étude il 3- 



— 95 — 

a plus de vingt ans. Suger est sans contredit, avec saint Bernard, une 
des plus graDdes figures du xu* siècle. Sa longue eard&re [lû61-iiS2} 
appaEtient tout entière à la vie publique. Loius le Gros est son compa- 
gnon d'enfance; de bonne heure il est introduit à la cour de Philippe I, 
au moment de la levée de rexcommanicatioii eneoume par le mariage 
adultère avec Bertrade, comtesse d'Anjou ; bientôt après, il est çhar|;é 
d'ai»bas8ades importantes aigres du Paipe et de l'Empereur, En 1133, 
il ast éhi aBbé de Sainl-Dems, où il introduit la réforme et dont il reecms- 
truit la basilique. Devenu roi, Louis le Gros le dioisit pour intendant de 
la justice ; Louis VU le fit entrer dans son conseil et lui confia la régence 
du royaume lorsqu'il partit pour la croisade. C'est alors surtout qu'il 
montra toute la grandbur de son génie : 1 absence du roi, ses revers en 
Palestine, les ressources qu'absorbait son expédition, la révolte perpé- 
tuelle des seigneurs restés en France ou rentrés avant le roi, lui 
créèrent des difficultés sans nombre, dont il sortit victorieux tant par 
son énergie que par sa politique ; il avait compris dans cette circons- 
tance quel appui il pouvait tirer des assemblées; il sut habilement en 
tirer parti au profit de la royauté. Il avait pour lui la gmnde force de 
l'époque, la religion : c'est à elle qu'il dut son triomphe. Tour à tour 
on le voit médiateur entre le pape et le roi, entre le roi et les féodaux, 
entre les féodaux eux-mêmes, réforipateur des monastères, conseiller 
prudent et ferm^ du roi, défenseur intelligent de l'autorité royale. II 
personnifie admirablement le rôle du clei^é à cette époque. 

L'introduction renferme l'indication des sources et la réfutation 
d'un historien de Suger, M. François Combss, qui a eu le tort de voir 
dana des révoltes isolées de seigneurs un soulèvemeat général, au mo- 
ment du départ pour la croisade. On trouve, sous forme de conclusion , 
un tableau du temps au point de vue de l'état politique et social et du 
moarement des esprits. Signalons (p. 225) de curieux détails qui mon- 
trent les Templiers comme banquiers de la croisade. 

M. Nettement a écrit cette intéressante étude plutôt en historien el 
ea homme politique qu'en érudit. Au lieu de se laisser absorber par le 
détail^ il aime à donner des aperçus généraux sur les hommes et les 
choses et sait apprécier les faits avec sagesse. Les documents origi- 
naux ont passé sous ses yeux, sauf peut-être la « Consécration de l'église 
de Saint-Denis par Suger. >• Les dates sont trop rares dans le texte, 
ainsi que les indications qxd permettent de retrouver facilement les 
sources auxquelles sont puisés les faits. Le symbolisme du blason 
nouâ paraît un peu exagéré. L'auteur aurait pu être plus explicite sur 
loblation des enfants aux monastères : c'était une antique coutunie 
consacrée par les règles monastiques et les canons des conciles. 

Rexé de Saint-Maurts. 



— 96 



Sou-venlr» du rè^ne de Inouïe IKJIV, par le comte de Gosnag (Gabriel- 
Jules). Tome H. Paris, V J. Renouard, 1868. In-8«» de 449 pages. Prix : 7 fr. 

Le second volume des Souvenirs du règne de Louis XIV nous con- 
duit jusqu'à la fin d'avril 1652, époque où le comte d'Harcourt, renon- 
çant soit à prendre, soit à gagner Bordeaux, se retira dansrEntre-deux- 
mers. M. de Cosnac a mêlé à ses attachants récits un grand nombre de 
documents, les uns peu connus, les autres entièrement inédits. Une 
des sources auxquelles il a puisé le plus, est une Relation de ce qui 
s'est passé en France depuis le 5 janvier 1652 jusqu'au 26 avril 1653, 
manuscrit conservé à Ja Bibliothèque impériale, fond de Sorbonne, 
n« 1257 (voir pages 66, 97, 112, 117, 144, 219, 225, 247, 249, 252|. De 
cette relation, très- détaillée et très-exacte, il a souvent rapproché le 
Journal des guerres civiles^ par Dubuisson-Aubenay, un des plus pré- 
cieux manuscrits de la bibliothèque Mazarine, déjà utilisé par M. Ché- 
ruel. Mais c'est surtout grâce aux archives du ministère de la guerre 
que M. de Cosnac a enrichi son second volume, non moins que le pre- 
mier, de pièces de la plus haute importance et qui pour la plupart n'a- 
vaient encore jamais vu le jour. Parmi ces pièces, je citerai (p. 15) un 
traité entre le duc d'Orléans et le prince de Condé contre le cardinal 
Mazarin (24 janvier 1652), traité auquel, comme le, savant auteur le 
remarque justement, « l'histoire, faute de l'avoir suffisamment connu, 
n'a pas accordé toute l'attention qu'il méritait; » diverses lettres de Tu- 
renne, lettres qui, pour parler encore comme de M. de Cosnac, « com- 
plètent les mémoires du maréchal, que sa modestie a souvent rendus 
trop succincts. » Autour des nombreuses dépêches de Turenne, viennent 
se ranger des dépêches de Lesdiguières (p. 126), du duc de Rohan- 
Chabot (p. 130), du maréchal de l'Hôpital (pages 142, 485, 231^, 
du marquis de Saint-André (p. 187), de Louis XIV (pages 210, 213, 
364), du duc d'Elbeuf (pages 255, 305), de Condé (p. 297), de Gaston 
d'Orléans (p. 336), du marquis de Praslin (p. 342), de la duchesse d'Ai- 
guillon (p. 349) , de du Plessis-Bellière (p. 367), du comte d'Harcourt 
(p. 380), etc. A V Appendice, nous retrouvons, encore tirées des mêmes 
archives, deux lettres, l'une de Louis XIV (p. 394), l'autre du duc d'Or- 
léans (p. 404), une déclaration du Roy en faveur de M, le cardinal Ma- 
zarini (p. 409), et deux bien curieuses relations de d'Harcourt, la pre- 
mière de ce qui s'est passé dans Varmée de Guyenne soulz les ordres 
de M, le comte de Harcouri depuis V enlèvement des quartiei^s de M • le 
Prince jusqu'au neuvième may 1652 (p. 413), la seconde de ce qui s'est 
passé à Agen ap7*ès la retraite de Messieurs les Princes et celle de 
leurs troupes, M. de Cosnac nous dit (p. 413) que la première de ces 
deux relations , de même que celle qui a été insérée à Y Appendice du 



— 97 — 

premier volume, compose pour sa campagne de Guyenne contre les 
princes, les véritables Commentaires de ce célèbre général, qui avait 
formé Turenne et su paralyser l'élan du grand Condé, et dont nul écrit 
n'avait été publié jusqu'à ce jour. Sans vouloir insister sur ce qu'a 
d'exagéré la complaisance avec laquelle M. de Cosnac voit des Comment 
iaires dans deux relations de quelques pages seulement, je constaterai 
que quelques lettres du comte d'Harcourt ont été déjà publiées^ par 
celui qui écrit ces lignes (Archives historiques du département de la 
Gironde, passim). Qu'il me soit permis de regretter, à cette occasion , 
que M. de Cosnac n'ait pas auâsi patiemment scruté les archives de 
l'Empire que les archives de la guerre. Son ouvrage, déjà si inté- 
ressant, le serait devenu encore davantage. A ce reproche, je n'en 
joindrai qu'un autre : M. de Cosnac a eu tort de prétendre (p. 52) et 
de répéter (p. 153) que pas un seul des éditeurs des Mémoires de 
Mile de Monipensier n a substitué, dans le piquant récit du voyage 
à Orléans, à la fausse leçon : Chartres la bonne leçon : Châtres 
(aujourd'hui Arpajon), car je trouve cette rectification à la page 350 
du tome I*' de l'excellente édition donnée, en 1858, par M. Chéruel. 

Ph. Tamizey de Larroque. 



Ij'Europe et le» Bourbon» «ou» I^oul» ^IV» par M. Marius 
TowN. Paris, Didier, 1868, In-8« de vii-436 p. — Prix : 7 fr. 

C'est une excellente étude historique que l'ouvrage publié récem- 
ment par M. Marius Topin sous ce titre trop solennel et trop va^te 
peut-être : L'Europe et les Bourbons sous Louis XIV. Le sujet du 
livre, pour être plus modeste, n'en est ni moins intéressant ni moins 
nouveau. C'est en réalité la vie politique, trop inconnue jusqu'ici, d'un 
illustre personnage de la fin du dix-septième siècle, que l'auteur vient 
de mettre dans tout son jour, en la rehaussant par l'éclat voisin des 
grands événements du temps. Pour le cardinal de Polignac en effet, 
le renom un peu vieilli aujourd'hui d'un poëme latin célèbre, VArHi- 
Lucrèce, avait trop effacé aux yeux de tous la gloire, plus belle assuré- 
ment, d'une carrière diplomatique très-brillante et de rares qualités 
personnelles fort appréciées ^es contemporains. Il y avait donc là tout 
ensemble un injuste oubli de l'histoire à réparer, et une occasion na- 
turelle de revenir sur une des périodes les plus importantes et les 
moins étudiées du règne de Louis XIV. Cet heureux choix du sujet 
est relevé encore chez M. Topin par une exposition claire et précise, 
souvent éloquente, par une fine analyse, par un charme particulier 
MARS 1868. 7 



— 98 — 

dans la mise en scène, enfin par -ane 'cxmnûssance .approfondie des 
sources historiques, et par les plus eonseiencieuses Tedierches. Laa- 
teur a £ru se dégager tout d'abord de la forme trop monotone et trop 
aride delà simple marmgmplHe'; et, tout en étudiant le roletcomplât 
et IHnfluence générale du cardinal de Pôlignac, il a eu soin ie^ééiwAer 
de ^ensemble de sa vie trois ou quatre périodes vraiment supérieuies, 
6t durant lesquelles les destinées de la France se trouvaientpius vi¥e> 
ment intéresFsées. 

Les affaires de Rome vers 1689 et la courte lut^ de Louis XlV^vec 
Innocent XI et Alexandre YIII à propos des quatre articles ; Tépisede 
plus important et plus curieux de l'élection du prince de Conti au trône 
de Pologne après la mort de Sobléski en 1696 ; les oonTérences de GeF- 
truydenberg en 1710 pour les délicates questions de la Buocession du 
duc d'Anjou à la couronne d'Espagne ; enfin Thistoire détaillée du con- 
grès d'Utrecht (1712-1713), et les conséquences de ce grand acte sur 
Tétat politique de l'Europe : tels sont les événements dans. lesquels le 
cardinal de Po'ignac occupa une place considérable, et qu'il suffit de 
rappeler a la mémoire pour en faire comprendre aussitôt l'importance 
et l'intérêt. Que de faits, que de personnages viennent naturellement 
se grouper autour de ce récit I Que d'épisodes^ que de complications, 
que de difficultés, qu'on est heureux de voir exposés d'une façon atta- 
chante et neuve I 

Quant aux doctrines de l'auteur^ il va se charger lui-même de nous 
les indiquer : «« &Dwecntfilil-il/-dansjcetQUAar£^^, xuQ«P%pe, réunissant 
à son autorité spirituelle le pouvoir qui lui. permet de l'exercer a ec 
indépendance, lutter seul contre le monarque le plus absolu de l'Europe, 
et, en lui résistant avec une invincible opiniâtreté, parvenirâ teniocn 
échec le despotisme de Louis XIV et en être le salutaire contre^ poids. 
Non moins elOBcace et non moins saisissant paraîtra eans doute lespeo- 
tacle de ce peuple que les vices de ses institutions, plus encore quelles 
défauts de son caractère, ont précipité vei« sa ruine, et dont les mal- 
heurs, comme les fautes, dori*ent être un éternel exemple ^auxrnatkms. 
11 ne semblera peut-être pas non plus inutile ^d'examiner comment ont 
été pour la première fois établis ces principes d'équilibre universel fit de 
sftreté générale des Etats» entrevus par le gënieide Richelie^etdc Met- 
zarin, appliqués par les ministres contemporaine de Louis .XIV, tou- 
jours vrais, toujours justes^ de tous les itemps, deitous ks paj2s, et 
qui, 'fruits d'une longue expérience, ne sont jamais méeonnnsiiinpuDé- 
ment. Enfin il ne ^era pas indifférent de voir oomment m roiabaafai 
eit passionné a attiré sur laFrance des roverset des drfsaisitres^coaMiiBiit 
unenation étrangère, présidant e)le-<niême aivsc } sagesse Jà. sa psofoe 
destinée et imprimant librement à «a politique^UBedirectioD andacieiae 
et habile, a trouvé dans ses institutions le «moyon' de AtthansnlaBsBiioe 



— 99 — 



dngrave pëiil auquel l'avait 'exposée le despotisme. » Ces lignes siiffi- 
sent'pour indiquer l'esprit général dans lequel le livre est eonçu ; elles 
montrent en quelque sorte la philosophie de toute cette histoire. 

Gustave Baguenault de Puchesse. 



exulte de liOijdA ^VI ià Varennes» d*après les documents judi- 
ciaires et administiatifs déposés au greffe de la haute cour nationale éta- 
blie à Orléans, par M. Eugène Bimbenet. Paris, Didier, 1866. Tn-8 de xxvii* 
V!6 p.> et 2o5 p. de Pièces justificatives. — Prix : 7 fr. 50. 

II ne fantfOfi tahercher dans l'ouvrage de M. Bimbenet un récit com- 
plet -et saisissant des événements qui se rapportent à .la nuit â\x 20 
au 21 juin 1391. Les faits sont rappelés brièveiaent dans la première 
partie de sou trawl, mais, dans le seul but de coonionner, d'expliquer 
et de fa^'re valoir les nombreux documents qui sont l'objet principal de 
cette nouvelle publication. Quelques indications sur l'origine et l'im- 
portance de ces pièces semblent ici nécessaires. 

Après Téchec si désastreux pour Louis XVI et pour la famille royale 
de l'entreprise connue dans l'histoire sous le nom de fuite à Varennes, 
l'Assemblée constituante, tout en mettant le roi et la reine hors de 
cause, décréta d'accusation, le 26 juin, et ordonna de poursuivre sans 
délai M. de Bouille, considéré comme l'auteur prînciprfl de la tentative, 
et tous ceux gui s"*y étaient associés, considérés comme ses complices. 
L'instruction commença aussitôt à Paris, et quarante- trois dépositions 
furent recueillies du 11 au 21 juillet. Puis, aux termes de la Constitu- 
tion mise provisoirement en vigueur, l'Assemblée renvoya les accusés 
devant une haute cour nationale siégeant à Orléans. La procédure se 
continua donc dans celte ville ; et un de ses premiers actes fut Tordon*- 
nanoe de prise de corps contre M« de Bouille, qui.avait réussi à passer 
à l'étranger. Mais sur ces entrefaites l'Assemblée venait de terminer la 
CoDfititutioa Je 3 septembre 1791 ; le roi l'avait solennellement acceptée 
le 13, et cette détermination avait produit dans la France entière un 
généreux mouvement d'enthousiasme national. On voulut jeter un voile 
sur le passé : l'amnistie générale demandée.par le roi fut votée à Puna- 
nimité par l'Assemblée, qui décréta en même temps la mise en Uberié 
de toutes persimnesien état d' arrestation releUioement au départ du roi, 
XwfiB {MÔaoDniers fmront nussitot relâctaés; oq>endant tçutes les piàoes 
envoyées à la haut&cour nationale y demeurèrent. L^r &&ist6nce resta 
iongteni{M îgnovëe; let c'est 11. Eugène Bimbenet qui, en mettant en 



■— 100 — 

ordre las archives de la cour d'Orléans, eut la bonne fortune de les 
retrouver. Il aperçut aussitôt le parti que l'histoire pouvait en tirer et 
voulut sans tarder mettre au jour ces précieux documents. Une pre- 
mière publication, qui remonte déjà à 1844, était demeurée incomplète; 
c'est ce travail qu'il vient de reprendre dans une seconde édition, qui a 
toute importance d'un ouvrage nouveau. 

Puissamment secondé par un intelligent éditeur, M. G. Jacob, 
l'auteur n'a, en effet, rien négligé pour rendre son œuvre aussi parfaite 
que possible. Près de trois cents pages de Pièces justificatives ter- 
minent le volume : elles sont accompagnées d'un très-grand nombre 
de fac-similé choisis avec discernement et fort bien exécutés. On 
pourrait reprocher au livre de manquer un peu d'art et d'élégance 
littéraires ; l'exposition toutefois en est claire et sobre, et il est fort 
digne d'attirer l'attention. Ce n'est point du reste que cette publi- 
cation soit destinée à modifier notablement, sur Tépisode de Va- 
rennes, les données ordinaires de l'histoire; mais elle sera désormais 
indispensable à quiconque voudra, sur celte affaire, connaître avec 
précision les moindres détails, et avoir en quelque sorte le dernier mot 

de la vérité. 

Gustave Baguenaxjlt de Puchesse. 



Ijtt France pontltlcAle (Gallia christiana). Histoire chronologique et 
biographique des archevêques et évéques de tous les diocèses de France, depuis 
rétablissement du christianisme jusqu'à nos jours y divisée en iS provinces ec- 
clésiastiques, par M. FisQUET. Métropole de Lyon et Vienne. Lyon et Paris, 
E. Repos (s. mill., 1867). In-8» de iv-SOD p. avec portrait. — Prix : 8 fr. 

En 1855, M. le chanoine Clavel avait commencé une Histoire chré- 
tienne des diocèses de France, de Belgique, de Savoie et des bords 
du Rhin (Gallia Christiana en français), dont le 1®' vol., consacré à 
la province de Sens, a seul paru aujourd'hui. M. Fisquet nous donne 
un ouvrage analogue, dont il a déjà publié vingt volumes ; concur- 
remment avec M. Fisquet, M. L. Sandret publie U ancienne Eglise 
de France^ ou État des archevêchés et évêchés de France avant ta 
constitution civile du clergé de 1790, ouvrage sur lequel il y aura lieu 
de revenir. 

Le plan de celui de M. Fisquet^ pour le volume qui nous occupe, est 
identiquement celui du Gallia Christiana : notions sur Varchidiocèse de 
Lyon^ avec aperçu des principaux établissements, chronologie histo- 
rique et biographie de ses archevêques, suivies de la liste de ses doyens^ 



— 101 — 

esquisses sur ses anciennes abbayes et sur celles (d'hommes et de 
femmes) qui ont subsisté jusqu'en 1789, avec listes de leurs supérieurs 
respectifs. Cet ouvrage n'est pas susceptible ici d'une autre analyse ; 
la seule série des prélats qui occupèrent le siège de Lyon, avec leurs 
dates, serait un peu longue : on peut d'ailleurs la trouver parmi celles 
qu'a données M. J. Marion dans les Anniiaires de la Société de 
V histoire de France, En comparant le travail de M. Fisquet avec ceux 
qui Tont précédé, on ne peut méconnaître qu'il ne les surpasse pour le 
nombre et l'ampleur des renseignements. La partie moderne surtout a 
reçu de grands développements ; nous craignons qu'on ne les trouve 
parfois démesurés, et qu'on ne reproche àl'auteur d'avoir fait trop usage 
de documents de peu d'intérêt relativement à l'ensemble; les biogra- 
phies du cardinal de Tencin, de Malvin de Montazet, du cardinal Fesch 
et de Mgr de Bonald occupent 158 pages : c*est beaucoup, c'est trop 
proportionnellement. Par contre, la période du moyen âge ne semble 
pas toujours traitée avec les développements dont elle était susceptible 
de nos jours. A la suite des Bénédictins, bien des documents inédits 
ont été publiés , et depuis quelque temps surtout l'érudition s'exerce 
avec activité dans le champ toujours fécond des manuscrits et des 
chartes. 

On nous permettra de faire quelques remarques en passant. — 
Page 4 : « Après la mort de Rodolphe, roi de Bourgogne, Burchard^ 
son frère^ archevêque de Lyon, parvint à retenir pour lui le domaine de 
cette ville et son territoire, etc. » Bien qu'il le mentionne (p. 150), 
M. Fisquet ne semble pas avoir pris directement connaissance de l'ou- 
vrage de M. Fr. de Gingins-la-Sarra, Les trois Burchard, archevê'- 
ques de Lyon aux x* et xi« siècles [Revue du Lyonnais de 1852, 
t. V, p. 97), et surtout de sa réponse à M. A. Bernard (ibid,^ t. VI, 
p. 105), où il prouve surabondamment la distinction nécessaire à 
établir entre Burchard II, qui mourut le 12 juin 1031, selon Mabillon 
lui-même, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, et son neveu Bur- 
chaixl III le Superbe, qui lui succéda, auj témoignage foimel d'his- 
toriens contemporains ; quant à Rodolphe III le Fainéant^ il mourut 
à Lausanne le 8 septembre 1032. — P. 40 : Jugeant à propos d'in- 
diquer les diverses éditions des Œuvres de saint Irénée, M. Fisquet 
aurait pu ajouter que l'édition fragmentaire de PfafF a été reproduite 
à Leyde, 1743; mais il ne devait pas oublier celle de M. A. Stieren 
{S. Irenaei crus supersunt omnia, Leipzig, 1848-52, 2 vol. in-S"), re- 
produite par M. l'abbéMigne dans sa Pa/rofojrfaGV^ca (t. VII, 1857), 
non plus que les fragments donnés par Frid. Miinter parmi ses 
Fragjnenta Patrum Grcecorum (Hafnise, 1788, p. 26-59), par les Bé- 
nédictins dans le Spicilegium Solesmense (Paris, 1852, t. I, p. 1 à 
505), enfin par le cardinal Mai dans sa Nova Patrum Bibliotheca 



— 102 — 

(Rome, 1853, t. III). — P. 58 : L'aoteur, parlant de saint Eucher, 
dit qu'-il n existe aucuae collection complète de ses ouvrages» ; il fal- 
lait tenir un peu plus de compte da L'édition collective donnée par 
M. Migae, dans ssl PcUrologia Laiiiui{LL, 1846); nous ne voyons 
pas mentionnée YEpistola ad Favsium presbyierum, insérée par 
Ug(^i dans son Thésaurus antiqtntaium sacrarum (t. YII, p. 1201). 
— P. 63« La date du rescrit du pape Gélaae à saint Rustique est du 25 
janvier et non du ^ fiévrier 494 (voir JafTé, Begesta Poniif. JBoman., 
n«390;: — P. 101 : L' « intéressante Notice (sur Leidrade) par A. 
P.. N est de M. Antoine Péiieaud^ dont JVL Fisquet ne semble pas avoir 
ooEBU les autres Notices sur les arahevêques de Lyoa : saint ffizter, 
Agobasd, Amolon, saint Jubin^ Raoul de la Roche-Aymon^ Aymenc de 
Bibes, Philippe de Savoie, Louis de Yillars, Pierre de Ssaifoi^ Goii- 
lauaiede Sure, Raymond Sacdietti, Guillaume de Thurey, Amédée de 
Talara, André d'Espinay, Charles de Bourbon, Français de Rohan et 
GamiUe de Neuville; du moins ne les cite-t*il pas. — P. 1S5 : 
«... Bénéfices conférés par Tarchevêque Amblard à l'abbaye d'Aisnay, 
vers 964 : cette expression est fort équivoque^ etc. » II suffisait de 
parcourir V Index chronologicus charianim Aihanacensium pour être 
renvoyé à la pièce 192, placée par M. Bernard sous la date 954, où se 
trouve Sg. Amblardi archiepiscopi... xiii anno regnanis Guondrado, 
Nous pourrions assurément multiplier ces remarques, mais nous re- 
gretterions d'infirmer Topinion favorable que nous voulons laisser au 
lecteur sur Touvrage de M. Fisquet; nous, ne sommes pas d'ailleurs 
les premiers à lui reprocher un peu do rapidité dans la composition. 
Un travail comme le sien devait tenir à honneur d'êtra définitif,, en 
épuisant les sources qui pouvaient le rendre complet : en fait de ma- 
nuscrits^ on trouve bien peu d'indications de première main ; par contre, 
il est plus d'un auteur qui a été copié textuellement. Nous n'engageons 
pas moins l'auteur à poursuivre avec zèle un ouvrage qui, considéré dans 
son ensemble, demande pour être mené à bonne fin une ardeur et une 
variété de connaissances historiques peu communes. Il constituera, nous 
re^rons, un vét*itaUe ser\'ice rendu aux annales de nos anciennes 
Églises de France, toujours dignes d'être étudiées d'une manière plus 
approfondie. 

L ABBÉ ChBVAUER. 



— 103 — 

^totre de Royanmont, sa fuivlUioa par saint Dnii^^ et son influence 
sur la France, par M. l'abbé H! Dcclos, vicaire de là Madeleine, membre 
ùe rinsUlnt de France , avec dessio», vue» et portraits. Paris, Doamoi, 
1867. 2 vol. in-a» de cxiv-i 363 pages. — Prix : 15 fr. 

Louis YU^. en mourant» laissait un testament où il exprimait la vo- 
lonté que le prix de ses bijoux fût employé à fonder un monastère avec 
luie y égliâe en Thonneur et vénérance de madame 'a Vierge, n Cette 
dauselut fidèlemait exécutée par la reine Blanche de Castille et par 
S. Louis. I^s 1228; ils achetèrent,. h: 21 kilomètres de Paris, la terre de 
Guimont^ qui. prit le nom de Royaumont; la mêmeannée S. Louis don- 
nait la charte de fondation de Tabbaye. Le voisinage ds: la résidence 
roj-aJe d'Asmères-sur-Oise permit.au roi de sun^eiller et d'activés pas- 
ses conseils et son exemple les travaux, dont une partie fut exécutée 
sur le plan, de Pierre de: Montreuil. Royaumont laissa un souvenir 
ine&çable dans son esprit : il aimait a lui donner des témoignagesde 
sa royale affection^ et à venir se reposer et s'édifier au milieu des en- 
fants de S. Bernard* Une des gloires des Frères Prêcheurs, Vincent 
de Beauvais, l'encyclopédiste du xm* siècliB, y enseigna la théologie 
vers le même temps; il est mène à croire qu'il y composa une partie de 
ses ouvrages. Ce fut le beau moment de Tabbaye; son existence eut de- 
puis peu d'éclat. On peut citer, parmi ses abbés réguliers, Gilles de Cupé 
etjGilles de Broyejau-xv* siècle; parmi les abbés commandataires, Rend 
de Daillon, Philippe Hurault, Henri d'Escoubleau de Sourdis, le car- 
dinal Jules Mazarin^ deux princes de la maison de Lorraine-Harcourt, 
Charles-Henri Phelypeaux, Le Cornu de Ballivières.Richelieuy réunit 
la conférence qui aboutit aux articles dits de Royaumont, relatifs à une 
discussion qui s'était élevée dans l'ordre de Cîteaux. 

Malgré son origine glorieuse et sa récente résurrection (1865) entre 
les mains des Oblats de Marie , l'abbaye de Royaumont était peu 
connue; M. l'abbé Duclos, son premier historien, vient de la faire sor- 
tir de l'obscurité. C'est pour lui moins une oeuvre d'érudition, quoi- 
qn'iln^ait reculé devant aucune recherche, qu'un témoignage d'affection 
et. de dévouement à l'antique abbaye.. On sent dès le début un écrivain 
épris de.^n sujet. Le titre un peu ambitieux : «^ son influence sur la 
France, *• accuse l'enthousiasme de l'auteur, qui se justifie d'ailleurs en 
disant. « qu!il. faut, redire l'action de Rojraumont sur S. Louis et par 
S. Louis. sur toute la France. » Royaumont est. pour M. l'abhé Bu- 
dos.- comme un type, un centre, autour duquel il groupe toutes les 
idées. Si son sujet se rapporte au temps passé, son esprit le rappelle 
sans cesse au milieu de notre société ; S. Louis le fait penser aux. in- 
orédulea.du xix' siècle; de son abbaye^ il passe en Amérique : >* GiUs& 
de .Gi^^ne fut^il.piKaiim André Johnson de*£U>yaamon( au xv^ siècle ? » 



— 104 — 

Non content de retracer la vie intérieure et extérieure des moines^ 
il fait l'histoire de tous les lieux qui les avoisinent, de tous les person- 
nages qui sont en rapport avec eux, de tous les événements qui exer- 
cèrent quelque influence sur eux. Les questions les plus actuelles, qui 
font le sujet de Tintroduction» se trouvent aussi mêlées aux dissertations 
historiques, et parfois même elles embarrassent un peu le récit. Pour- 
quoi consacrer plusieurs pages, d'ailleurs intéressantes, à un ouvrage 
resté populaire, malgré ses origines jansénistes, et connu sous le nom de 
Bible de Royaumont, mais dont le vrai titre est : « Histoire du vieux et 
du nouveau Testament, par Royaumont, prieur de Sombreval. » L'au- 
teur n'est pas toujours assez sévère dans sa critique : ainsi, à propos 
de l'enseignement de Vincent de Beauvais à Royaumont, qu'il prouve 
par des textes précis, il était inutile de chercher à s'appuyer sur l'au- 
torité d'historiens respectables, mais qui ne motivent point leur opinion. 
En résumé, M. l'abbé Duclos a écrit un livre consciencieusement tra- 
vaillé, intéressant, et rempli d'idées groupées avec art autour des faits 
qui touchent à l'histoire de l'abbaye de Royaumont. 

René de Saint-Mauris. 



Histoire du cliAteaiz et des sires de fi^alnt-fi^uveur le 

Vicomte, 5uimc de Pièces justificatives, ']^diT Léopold Dkusls, membre de 
rinstitut. Valognes, Martin; Paris, Durand, 1867. In-8« de xu-3*0 et 370 
pages. — Prix : 7 fr. 50. 

Le titre de cet ouvrage est trompeur par sa modestie : c'est mieux 
que l'histoire d'une ville. Outre des notions précieuses sur la Normandie 
aux XI*, xii® et xiii® siècles, on y trouve, sur certains points de l'histoire 
générale de la France, aux xiv* et xv* siècles, les renseignements les 
plus neufs et les plus précis, grâce au rôle joué par Saint-Sauveur 
pendant la guerre de cent ans. Le château de Saint-Sauveur a été en 
effet par sa position le théâtre d'événements militaires importants ; ses 
possesseurs ont fait une grande figure dans les annales du moyen âge; 
M. L. Delisle, en écrivant ce livre, a fait œuvre de patriotisme; il s'est 
plu à retracer un fragment de l'histoire de sa chère Normandie, et il 
donnera par son œuvre une nouvelle illustration à son pays natal. 
Quand il nous donne un ouvrage de sa façon, on peut être sûr d'avance 
qu'il met en lumière des faits ignorés et qu'il a surtout interrogé des 
documents inédits. Tel est le cas pour l'histoire des sires de Saint- 
Sauveur. Après avoir exposé son' plan, il combat avec raison une ten- 
dance moderne, ayant sa source dans des préjugés révolutionnaires, qui 



— 105 — 

consiste à substituer au nom historique, mais entaché de féodalité^ de 
Saint-Sauveur le Vicomte, celui de Saint-Sauveur sur Douve, qui, 
entre autres inconvénients, consacre un barbarisme : car la rivière qui 
passe à Saint*Sauveur ne s'appelle pas la Douve, mais VOuve. Le châ- 
teau de Saint-Sauveur fut la principale résidence de l'officier qui, sous 
le nom de vicomte, avait l'administration du Cotentin : il appartint dès 
le X* siècle aux Néel (Nigellus). M. Delisle suit la filiation des Néel, 
en racontant les événements auxquels ils prirent part ; il consacre un 
récit du plus haut intérêt à la révolte d'une partie de la noblesse nor- 
mande contre Guillaume le Bâtard en 1047. 

La descendance masculine s'était éteinte au milieu du xii^ siècle; 
le domaine de Saint-Sauveur passa par alliance à la famille des Taisson. 
Aaoul Taisson étant mort lui-même sans héritier mâle en 1213, sa suc- 
cession fut partagée entre ses trois filles, dont l'une, Mathilde, porta 
la baronnie de Saint-Sauveur à Richard d'Harcourt, son mari. Cette 
branche d'Harcourt finit en 1325, en la personne de l'évêque de Cou- 
tances, Robert, célèbre pour avoir fondé à Paris le collège d'Harcourt. 
Son héritage passa à un de ses neveux, Godefroi, qui trahit Philippe 
de Valois et introduisit les Anglais en France. En commençant le 
récit de cette vie dramatique, l'auteur s'exprime ainsi (p. 49) : 
M Les maîtres dans l'art de raconter pourraient tirer d'un pareil sujet les 
tableaux les plus pittoresques et les récits les plus émouvants ; pour moi 
mon ambition sera satisfaite, si, à l'aide de chroniques contemporaines et 
des renseignements fournis par les registres du trésor des chartes, par 
ceux du parlement et par différentes pièces de la bibliothèque impériale 
et de divers dépôts d'archives, je parviens à montrer dans leur véritable 
jour et dans leur enchaînement naturel des événements qui ont eu un 
grand retentissement au milieu du xrv* siècle, et dont les conséquences 
ont été désastreuses pour la Normandie et même pour la France en- 
tière. " M. Delisle a atteint son but : il a enrichi l'histoire de notions 
nouvelles, et cela est cent fois préférable à l'art qu'ont certaines 
gens de répéter ce qui est connu, en alignant de belles phrases et en 
faisant de fausse couleur locale. La vérité simplement exposée est plus 
intéressante et plus enivrante que les descriptions les plus pittoresques 
et les peintures les plus colorées, sous lesquelles on sent l'artifice et 
qui recèlent l'erreur. M. Delisle corrige Froissart à chaque instant. 
Nous ne pouvons le suivre dans sa marche : il éclaire une partie de 
l'histoire du xiv« siècle, car Saint-Sauveur fut l'objet d'un siège célèbre 
sous Charles V, qu'il enleva aux Anglais ; mais il retomba en 1418 entre 
les mains ennemies. Ce ne fut qu'en 1450 qu'il redevint définitivement 
français. L'auteur trace une rapide esquisse des destinées désormais 
pacifiques de ce château jusqu'à nos jours. Les pièces justificatives, au 
nombre de 260^ occupent 36B pages : on y trouve des renseignements 



— 106 — 

exacts ût inédits sur l'art militaire, sur la biographie de personnages 
illustres, et sur l'ardeur nationale avec laquelle lear Français repous- 
saient les Anglais : la plus ancienne est de Tan 1013,1a plus récente de 
Tan 1528. Outre l'intérêt local, qui n'est point méprisable, ce volume a 
l'avantage d'apporter à notre histoire générale un contingent considé- 
rable; et, avec moins de modestie, M. Deiisle eût été en. droit de l'inti* 
tuler : Complément de l'histoire d^ France aux.xiv* et xv* sifecks* 
Désormais, on ne pourra plus travailler sur la période agitée de lagiifirre 
de cent ans, sans consulter Y Histoire du château ei des seigneurs de 
Saint-Sauveur le Vicomte^ 

EL BoiTTASIC. 



Court of Mexico by the countess Paula Rollomit7, lady in mailing 
to the empress Charlotte. Translatcd by J. E. Olltvant. London, Saunders 
Otiey and O», 1868. In^" de xix-303 p. 

Mine la comtesse KoUonitz, dame d'honneur de l'impératrice Char- 
lotte, nous raconte res impressions de voyage au Mexique. C'est bien 
là la confidence niïve d'une personne très-peu satisfaite de la mission 
dont on Ta chargée. Son devoir l'appelle au Mexique, et il n'y a pas 
moyen de refuser. Il faut faire contre fortune bon cœur, et prendre sen 
parti le plus philosophiquement possible; mais n!attendez de Mme de 
Kollonitz aucune espèce d'enthousiasme. Les Mexicains lui déplaisent, 
et quant à nos compatriotes... Juste ciel! si nous allions répéter 
ce qu'elle en dit .'....Suivant elle , le maréchal Bazaine était le vé- 
ritable souverain du nouvel empire ; et l'infortuné Maximilien n^avait 
jamais ses coudées franches. Il est vrai que les officiers et diplomates 
autrichiens composant la cour ne sont pas beaucoup mieux traités. 
D'après Mme de Kollonitz, ce qui les attirait au Mexique c'était tout 
bonnement l'espoir d'y trouver une sorte d'Eldorado, où le pillage s^^it 
organisé sur une grande échelle. Voyant que leurs rêves ne se réali- 
saient pas, ils pouvaient à peine cacher leur dépit. 

S'il faut en croire Mme de Kollonitz, les Mexicains sont tombés 
au dernier degi^ de l'immoralité, et, avec une naïveté de frandiise 
qui est assez comique, ils reconnaissent eux-mêmes que leur pays 
est un repaire de voleurs et d'escrocs. La tâche de rétablir l'ordre ^ans 
un pays aussi dégt^é n'était pas facile, Mme de Kollonitz en convient 
sans peine; omis l'archiduc Maximilien semblait l'homme le plus propre 
à mener cette tâche à bonne fin. Il arrivait au Mexique sans préjugés, 
sans parti pris« désireux seulement d'employer d'une manière glorieuse 



— 107 — 

une énergie et des talents qui restaient inactifs en Europe, et bien résolu 
à remplir ce programme aux dépens de sa vie. Chose étrange à dire, 
c'est précisément ce oasacière dadésiatéfeMementet d'anleur chevale- 
resque qui contribua surtout à faire mal augurer de l'expédition. Qve 
gagne Maximilien, disait-on, à aller au Mexique t On le prenait pour 
un industriel qui. voulait suivre, sous là protectTon delà France, les 
errements de tous les chefs de parti qui s'étaient succédé avant lui ; on 
ne doyaît nullement à ses bonnes intentions, et on le regardait comme 
le simple age&t d'une autre puissance, dont les États-Unis américains 
ne souffiriroient à aucun prix l'établissement dans le nouveau monde. 
« Plus d'une fois, dit Mme de Kollonitz, j'ai entendu l'empereur 
Maxîmilicu louer le cotiragp et l'énergie avec lesque's les libéraux 
résistèrent à l'invasion française ; plus d'une fois je l'ai entendu faire 
l'éloge de cet homme (Juarez) qui était ou trop^lâche pour révéler ses 
sentiments réels, ou incapables d'apprécier un héros lorsque ce héros 
est tombé sous les coups du malheur. » 

La fatale proclamation du 3 octobre, dirigée contre lesjuaristes, fut, 
on le sait, le signal décisif de la ruine de Maximilien. " Et pourtant, 
dit Mme de KoUunitz» on n'arxacha à l'empereur cette proclamation que 
quand Juarez eut quitté le sol mexicain ; les armées républicaines 
n'existaient plus , et les Françab et les indigènes assuraient.de concert 
que les. terribles mesures édictées dans la proclamation ne devaient 
frapper que quelques individus pour qui le nom de Juarez était la 
sanclion du vol et du meurtre. » 

L'impératrice Charlotte semble avoir été une personne extrêmement 
distinguée, instruite, active, pleine d'enthousiasme pour le rôle qui 
lui était assigné, et énergique au dernier point. Le portrait si séduisant 
qpe l'auteur nous donne, de l'infortunée princesse est peut-être légè- 
rement flatté, mais poortaut la ressemblance générale subsiste. 

Ce volume est» en définitive, assez intéressant ; mais il ne faut pas 
que le lecteur se fie toujours aux détails qui y sont donnés. Mme de 
KoUonitz est aussi anti-fiBnçaise que possible, et son dépit se trahit 
souvent de la manière la plus comique. Il est à remarquer que le journal 
de son voyage fut éciit avant la fin tragique de l'empereur Maximilien, 
et c'est dans, un chapitre supplémentaire, ajouté à la seconde édition, 
que Ton trouve les particularités principales sur ce monarque. 

GUSTATE MaSSON. 



— 108 — 



HISTOIRE LITTÉRAIRE, BIOGRAPHIE. 



Portrait» littéraires» par Léon Gautier. Paris, Gaume frères et 
Duprey, i868. In- 12 de xxxiv-456 p.— Prix : 3 fr. 50. 

Ce livre est un recueil d'articles qui ont paru dans le journal le 
Monde. Il n'y a pas toujours entre eux assez de proportion. Ainsi 
Tétude sur le P. Faber a 57 pages, et celle sur M. Louis Veuillot en a 
10 ; Tauteur ne s'occupe dans cette dernière que d'un seul ouvrage : 
le Parfum de Home, comme dans l'étude sur M. de Montalembert il ne 
signale que les Moines d'Occident. Mais si Ion regrette que certains 
portraits soient incomplets, on ne voudrait rien retrancher à ces ta- 
bleaux achevés où l'appréciation est si juste et si sûre, et oii Ton sent 
vibrer une âme. M. Léon Gautier écrit avec âme : il a par conséquent 
un beau style. Pour juger une œuvre, M. Gautier s'appuie sur un excel- 
lent principe : Dans tout livre, dit-il, comme dans toute mélodie, il y a 
une dominante) et il recherche quelle est la dominante de l'œuvre. Si 
elle élève le niveau des âmes, elle doit être bonne, eût-elle d'ailleurs 
quelques défauts accessoires ; il faut envisager la portée de Tensemble 
avant d'épiloguer sur une phrase , une ligne , un mot. Ainsi procède- 
t-il dans son étude sur Chateaubriand. 11 remarque très-bien les grands 
défauts du Génie du christianisme, mais il se hâte d'ajouter que « c'est 
une œuvre magistrale, une œuvre immense, une œuvre dont le mérite 
est grand, mais dont l'influence a été cent fois plus grande encore, " car 
" dans le Génie du christianisme étaient contenus une nouvelle histoire, 
une nouvelle critique, une littérature et un art nouveaux, et pour tout 
dire, un siècle nouveau : le nôtre. » Une étude sur une œuvre littéraire 
devient ainsi une étude sur notre temps, ses aspirations, ses tristesses 
et ses grandeurs. 

M. Léon Gautier, qui aime beaucoup le xix* siècle, ne perd pas cette 
pensée de vue en traçant successivement les portraits de Mgr Gerbet, 
de dom Guéranger, du P. Faber, d'Edouard Ourliac, de M. Louis 
Veuillot. de M. de Montalembert, de Mgr Plantier; il « voudrait ainsi 
remettre en la mémoire des catholiques de notre temps le grand rôle 
qu'ont joué durant nos dernières luttes nos chefs et nos maîtres. » 
D'autres pages sur les Mémoires d'un père, par Auguste Nicolas ; sur 
le Récit d'une sœur, par Mme Craven, où l'auteur cherche « la démons- 
tration du Christianisme par la beauté des âmes chrétiennes, » sont 
pleines d'une délicatesse et d'un charme infini. Ici s'arrête la première 
partie consacrée à des écrivains exclusivement catholiques; dans la 
seconde partie figurent les études sur Lamartine^ Victor Hugo, 



• — 109 — 

M. Taîne, M. Ponsard,M. Charles Blanc, M. Dupîn, MM. Erckmann- 
Chatrian, M. Gustave Doré, et des remarques très-solides sur la poésie 
et le roman contemporains. A propos d'œuvres littéraires, M. Gautier 
a fait ici des études sur 1 ame humaine, car la poésie surtout est un 
écho de Tâme. En lisant les Portraits littéraires^ composés avec tout 
l'enthousiasme d'une belle âme, on peut recueillir d'excellents aperçus 
sur les doctrines, les mœurs et Tart de notre temps, et on apprend les 
conditions nécessaires de la poétique et de Testhétique chrétienne. 

Dans une troisième partie rayonne seule dans sa majesté la figure 
de Pie IX. « On se méprend étrangement, dit M. Léon Gautier^ sur le 
sens du mot littéraire ^ et l'on en est venu à faire « des littérateurs t» 
une sorte de caste qui exerce un certain métier. En réalité, la litté- 
rature et la parole sont deux mots synonymes. Tous ceux dont la 
parole se répand au dehors et exerce quelque influence dans le monde, 
tous ceux-là ont le même droit à ce nom de littérateur... Le prince de la 
parole est à Rome. » — Dans une remarquable introduction où il parle 
de la presse catholique en général, M. Léon Gautier a tracé son pro- 
gramme. Il voudrait que dans l'écrivain catholique, on reconnût toujours 
la science, la sincérité, l'élévation dans les jugements, et la charité. 
On peut dire que l'auteur a rempli ce programme : il est érudit, il est 
sincère^ il juge de haut les hommes et les choses, et, s'il a des blâmes 
énergiques pour les œuvres mauvaises, il se montre indulgent pour les 
personnes. Ce livre élève l'esprit et anime le cœur au bien. 

Henri de l'Epinois. 



Histoire de la littérature fk^ançalse depnl» le melzléme 
•lÀcle Jusqu'il iumb Jours* Etudes et modèles de style, par Frédéric 
GoDEFROY, auteur [du Lexique comparé de la langue de Corneille, couronné 
par rAcadémie française en 1859 et en 1868. Poètes. Tome I, xvi*' et 
xvii« siècle. Paris, Gaume frères et J. Duprey, 1867. In-8<* de 696 pages.— 
Prix : 7 fr. 50. 

On trouve dans le gros volume de M. Godefroy : la biographie des 
principaux poètes du xvi^ et du xvii* siècle rapidement, mais exac- 
tement retracée; Tapprédation de leurs œuvres, faite avec beaucoup 
de sens et de goût; des citations bien choisies, mettant à la portée de 
tous les meilleurs morceaux de ses œuvres ; enfin des notes philologi- 
ques, que peu d'érudits pouvaient rédiger avec plus d'autorité, accompa- 
gnent les vers qu'il a patiemment recueillis parmi plusieurs centaines 
de volumes. On a là tout à la fois une solide histoire de notre littéra- 



— i 10 — • 

ture poétique pendant deux .gnvsds sîècies ; une antkologie qui ren- 
ferme, sans autres exceptions que^eUes qii'£odgeait.la décence, louiire 
quWt produit de plira'reinaTquableaiosrpoëtes hspfaifi.'rancffiiinés; en- 
&n un ensemble d'explieatioRS de vieux mots, qiî t^onâlîtae, esn quelque 
sorte, im lexique des écrivains du xvi* siècle. On ne saunât Irap.fsvKH 
mblement cu;cueillir le triple et si utile traiail de M. Oeàeba^. 

Je n':étonneEai personne «n ajoxttant que quelques perfectiomtemenls 
pourront être apportés aux futures éditions d'un livre qui jeontient une 
immense quantité de renseignements. Ainsi, dans Cielee générale delà 
poésie française au seizième siècle, je lis (p. xvin), que Pierre de Brach 
naquit en 1548, quand M. R. Dezeimeris nous a appris, d'après un 
mémorial de famille écrit par le poëte bordelais, qu'il vint au monde 
le 22 septembre 1547 [Recherches sur la vie de Pierre de BrwA 
p. xxv). Au même endroit, M. Godefroy énuraère divers poèmes ^ 
Laneelot de Cariis, et il oublie le meilleur et le plus célèbre de tous, 
celui que ce futur évêque de Riez consacra aux tragiques aventures 
d'Anne de Boleyn (Lyon, r545). J'aurais voidu (p. xxi), en ferveur de 
du FauT de Pibrac, un témoignage plus sérieux que edui de Varillas, 
et M. Qodefroy aurait facilement trouvé plusieurs critiques pins d^ea 
d'être invoqués, à Tégard de l'auteur dss Quatrams, i'oôté de Michel 
de Montaigne. 

Dans le corps même du livre, il aura quelque peu à retoucher ses 
notices sur Clément Marot, qui n'est pas né en 1495, mais Jrers 1497, 
comme l'a tii^s bien établi M. d'Héricault (p. xv de Fa notice sur ce 
poëte); sur Amadis Jamyn, qui n'est pas mort vers 1585, puisque j'ai 
retrouvé à la bibliothèque impériale une lettre inédite qu'il écrivit en 
1587, et que je compte publier prochainement ; sur Charles IX, où les 
célèbres vers à Ronsard sont attribués sans la moindre hésitation au 
roi, qui alors «* n'avait pas quatorze ans; » sur Racan, où Ton trouve 
(Sêhe "phnise mrfljwweuse, qui a'sî l)i€nTuTr*ftB 'renfernwr un étrange 
anachronisme : « Avant de disposer de son'sort, ?1 ava9fcT5onsd!t?T!llal- 
herl)e, qui lui répondit par Tenvôi d'une Table de la Fontaine : le 
Meunier^ son Fils eiVAne; enfin sur Cyrano deBergerac. qui ne fut pas 
« un méridional ardent «, puîsqu^l raquit à Paris d'une famille pari- 
sienne , comme l'a formellement prouvé M. Jal dans son Dictionnaire 
critique de biographie et d'histoire. Je ne relève pas d'autres petites né- 
gligences, que l'auteur apereevra Uân lui-»mêi»e, dans la conscieacieuee 
révision qu'il fera de son travail, avantd-^n donner une nouvdle édition. 

Ph. TaMIZBY de lAREWQrS. 



— m — 

Paris, Didier^ 1868 ;.grand in-i8 de 480.p. ^ Prix : 3 fr. 50. 

Une nouvelle édition vient de panutre d'une étude sur Bernard Pa- 
lissy, publiée par M. Louis Audiat en 1861. Mais de l'édition primi- 
tive il nest presque jrien resté; c'est comme xin travail neuf, beaucoup 
plus étendu et aussi complet que possible^ qui, cette fois, est olTect à 
ceux qui veulent connaître à fond le célèbre potier saintongeois^ .ses 
travaux et ses découvertes. Peut-être les sympathies de M. Audiat 
Tonifies conduit un peu trop loin, lorsque, dans. la préface de son 
livre, il voit en Palissy l'homme « en qui le xvi« siècle, avec ses 
qualités et ses défauts, avec ses misères et ses splendeurs, s'incaciie 
le mieux. » Nous pensons que le xvi^ siècle peut être -personnifié par 
des personnages autrement importants que celui dont le principal titre 
de gloine.est d'avoir inventé un émail propre aux faïences. Palissy -a 
produit des.œuvxes diannaotes sans doute; .mais je ne vois rien de 
trës-éievé dans ce qui reste de lui> rien de ce qui, ip(4ir ne citer qu'un 
exemple, en restant dans le domaine de l'art, pourrait. le placer à la 
hauteur de Benvenuto Cellini. 

Mais c'est 4)récisément une opinion que nous trouvons peut-être à 
tort exagérée, qui nous vaut l'excellente et très-curieuse publication de 
M. Louis Audiat. A l'attrait d'une histoire sérieuse écrite avec soin £t 
avec élégance, ce livre réunit l'intérêt qui résulte d'une vie accidentée 
comme le serait celle du héros d'un roman aux multiples épisodes. Et il 
ne saurait en être autrement, quand on veut reproduire dans tous ses 
détails l'existence des hommes qui ont traversé le xvi* siècle en y las- 
sant de fortes traces de leur passage. La vie était alors pleine d'aven- 
tures; pour arriver à un but proposé, il fallait franchir violemment des 
obstacles de toute nature. Une grande variété règne dans cette étude, 
qui témoigne d*une véritable érudition ; cette variété se conçoit, puisque 
Palissy fut à la fois artiste, géologue, chimiste, etc., et que M. Audiat 
non-rseulement raconte les moindres événements d'une vie très-i^agitée, 
mais étudie Palissy à:tous les points de .vue exigés par des travaux 
si différents les uns des .autres. C'est ainsi qu'une telle biographie 
a -pu prendre d'aussi vastes proportions, et devenir un livne utile, 
intéressant et plein de charme. 

Louis DE .Laikcsl. 



— 112 — 



Histoire de I>escartes avant lOST 9 par J. Millet, professeur de 
philosophie à Clermont. Paris, Didier, 4867. Id-8 de xxxii-492 p. — 
Prix : 7 fr. 50. 

« Le schisme qui a déchiré l'union des sciences et de la métaphy- 
sique a nui autant aux sciences positives qu'à la philosophie spiritua- 
liste. » C'est ce que M. Millet voudrait bien faire comprendre, en mon- 
trant que Tespril métaphysique a été chez Descartes un admirable 
instrument de découvertes, et qu'il est la condition nécessaire de tout 
progrès dans les sciences. La Préface de M. Millet est consacrée à éta- 
blir cette utilité d'une histoire des travaux de Descartes, et à donner un 
récit très-curieux de la destinée des écrits de ce philosophe savant, 
source principale de l'étude du docte professeur. Les disciples de Des- 
cartes eux-mêmes, les spiritualîstes, n'ont pas reconnu en lui Je savant, 
et se sont dès lors forcément mépris sur le philosophe. Ils ont fait de 
lui un penseur solitaire, replié sur lui-même, tandis que, dans la réalité. 
Descartes fut un observateur attentif des choses et des hommes de 
ce monde, se mêla à la vie des camps pour mieux observer les pas- 
sions, voyagea en Allemagne, en Pologne, en Italie, étudia tous les 
livres, rechercha tous les problèmes, se lia avec le P. Mersenne, 
avec les cardinaux Barberini et de Bérulle, et offrit, par sa retraite en 
Hollande, l'heureuse et nécessaire réunion d'une vie active, mêlée à la 
pratique des affaires, et d'une vie calme, adonnée à la méditation de 
la vérité. Dès le premier jour. Descartes étudie les mathématiques, en 
même temps qu'il se livre à ses pensées sur la philosophie. — 
M. Millet réfute ici cette assertion de M. Saisset, d'après laquelle il y 
aurait eu deux périodes dans la vie de Descartes, l'une où il débute 
par l'observation, l'autre où il est entraîné par l'abstraction géomé- 
trique. — Dans la même année 1619, Descartes découvre sa méthode 
philosophique et invente l'application de l'algèbre à la géométrie. 
M. Millet analyse ses premiers travaux, montre le jeune savant dans 
ces sociétés de Paris, qui furent au xvn« siècle « de véritables cours 
publics, f^ et prouve l'authenticité de l'écrit : Regvlœ ad direciionem 
ingenii. On connaissait la liaison que Descartes avait en Hollande ; 
M. Millet nous donne le nom de la femme qui le rendit père, nom re- 
trouvé par lui sur le registre de baptême de l'église réformée de De- 
venter. Cette découverte, a dit récemment M. Janet dans la Revue des 
Deux- Mondes, est une présomption en faveur du mariage de Descartes, 
car on n'inscrivait sur les registres ordinaires que les enfants légitimes. 
En rappelant les nombreux travaux scientifiques de Descartes, 
M. Millet est porté à en exagérer la valeur, et, dans son complet éloge, 
il ne fait de réserve que sur l'obéissance servile de Descartes au dé- 



— 113 — 

cret de llnquisition, décret qu'il accuse de nous avoir privés de la 
suite des travaux de l'illustre observateur. En étudiant la vie de Des- 
cartes, ses écrits, sa correspondance avec de nombreux savants, 
M. Millet établit ce fait que la philosophie de Descartes eut des adeptes 
avant qu'elle ne fût parfaitement coordonnée, et qu'on l'enseigna pu- 
bliquement à l'université d'Utrecht avant qu'elle ait été connue par la 
presse. Après avoir montré « par quel ensemble admirable de médi- 
tations profondes et de travaux persévérants dans tous les ordres de 
sciences. Descartes s'est préparé à la publication de son premier vo- 
lume, » M. Millet fait connsutre le Discours de la Méthode et par- 
court le champ très-vaste des conquêtes qui en furent la conséquence. 
M. Millet insiste sur cette remarque que la méthode de Descartes ** de 
s'appuyer toujours sur les mathématiques et les notions a priori^ d'em- 
ployer seulement l'expérience comme instrument subsidiaire de l'ana- 
lyse rationnelle et comme moyen de déterminer ce qui est réel, » est 
la vraie méthode. « La lumière ne vient que d'en haut, dit très-bien 
le savant professeur; nous voudrions voir s'élever jusqu'à ces régions 
métaphysiques l'esprit de tous les expérimentateurs de nos jours, ar- 
rêté et embourbé trop souvent dans un empirisme vulgaire et sans 
idées. » Ce livre, dont la partie historique est bien étudiée, peut sus- 
citer quelques critiques, mais nous nous plaisons à y signaler une 
réaction généreuse contre le positivisme désolant « qui a abaissé l'es- 
prit français, n 

Henri de L'Epinois. 



Maastllon, étude historique et littéraire, par M. Tabbé À. Bâtle, docteur de 
la faculté de théologie de Paris, aumônier du lycée de Marseille. Paris, 
Ambroise Bray, 1867. In-8« de vii-424 p. — Prix : 6 fr. 

Comme le dit M. l'abbé Bayle dans la préface de son livre, Massillon 
avait été laissé dans l'ombre. Mais son heure est enfin venue. Les tra- 
vaux de M. l'abbé Blampignon, qui publie une édition complète de ses 
œuvres, laquelle sera suivie de lettres inédites, et de Mme de Marcey, 
qui a commencé dans la Revue d'Économie chrétienne des études 
pleines d'intérêt sur la carrière oratoire et sur l'épiscopat de Massillon, 
succèdent à ceux que l'auteur du livre que nous annonçons avait donnés, 
dès l'année 1863^ dans la Revv£ de Marseille, 

Mais Je travail de M. l'abbé Bayle a bien d'autres mérites que celui 
de l'antériorité, et il gardera un rang élevé parmi toutes les autres 
publications dont Massillon a été ou sera l'objet.! M. l'&bbé Bayle a si 
bien creusé son sujet, qu'il a pu rectifier presque toutes les erreurs» 

MARS 1868. 8 



— 114 — 

mêiTte les plus petites^, cmntni^s par sesderfinder^^^oifr p.^2&pour 
une erîi^r de la Nouvelle Biographie génèridè, p; 41i pouit xttifà. 
ertee» de Bougerel, p. 44 et 50 pour diverses €iteurs-de*d'Aieinbert, 
p- 9B» potîr- une erreur cki- caardinal Mnury, p. 104^ peur une erreur 
dé M. Désiré Nisard, p. 318 et 373 pour deux erreure de M. Sainte- 
Bèut^ enfin pj 41d pour' une erœur de M. l'abbé Blàmpignon.) A 
piM)poft de rectifications, je signaleraid une manière toute particulière 
les pages dans lesquelles M. l'abbé Bayle repousse avec beaucoup de 
force les reproches^ adressés à Massillon au sujet de la part qu'il prit 
atl' SBidte de Dubmsj et- surtout à l'attestation de bonne vie et moeurs 
(p: 380-331). J'arotte qu'avant d'avoir lu cet habile et très-conduant 
plaidoyer, j*étais de ceux^ qui, sous Tinfluenoe du récit étincelant de 
\'crve et d'indignation que Saint-Simon nous & laissé, déploraient 
amèmment le rôle de- l'évêque de Clermont dans cette cirsonstanee. 
M; l'abbé Bayle {trouve que tout ce que contiennent les mémoires 
et les pamphlets dut temps touchant Tabbé. Dubois est loin d*être 
conforme à la vérité. Aux libelles rédigés par les ennemis de Dubois, 
il opposfî une lettre louangeuse de Fénelon' (du 11 octobre 1711)^ un 
passage relativement favorable de Y Histoire de la Régence du si peu 
suspect Lemûntey^ et, en ce qui regarde l'infamie desmosurs, le silence 
complet d'une personne aussi haineuse, aussi implacable que la prin-* 
cesse Palatine. 

En louant l'excellent ouvrage où M. l'abbé Bayle a raoonté la vie et 
analysé les œuvres de l'évêque de Clermont, nous nous associerons 
aux conclusions de l'auteur : « Quand on étudie, nous dit-il, la vie et 
les œuvres de Massillon, les critiques de détail qu'il faut faire pour 
ne pas sacrifier les droits de la vérité ne détruisent pas la profonde 
admir*ation qu'inspirent son caractère et ses talents. La postérité ne le 
fera pas descendre dii piédestal où l'ont' élevé ^ ses' contbmpWftîtKf.' ^ 

T«> DE L< 



n»>Uo|tr«iplilA/ 90O9i>a|^iaeA PhaUe^Und»,. ZuHœcJist kritiscU Ue- 
b^rskhl gffdruckUr uwi ungedniclUer Besclireihungen der Reisen ins Beiîig^ 
lûrtrf, par le docteur Tilu» Tobler. Leipzig, S. Uirzel, 1867. Id-8, de iv-266-p. 
— PrixHSfr. 

Les travaux du docteur Titus Tobler sur lagéi^rsidieiet^rÀnzMologfe 
dè^JéruBadetn et4e la lïenrtB Sainte sont: trop eoiinas|tt>ttP qaiihamUaé- 
cMsatve deiles'rappekr, à propos^du nouveau livre qi^iLvîewt'^d^iaire 
pâarafitf^v lime^^agitipad ici dîaiUeiirs d'<uii traraiLtopognqphîfQe^aiiids 
bien â*uii€^ sortes d'bisloîfeilittëniiici: des vojiiag^. ài J^rasaleffiJCft/des 



— 115 — 

descriptions de la Terre Sainte. On possédait déjà plusieurs nomen- 
clatures de voyages en Palestine; sans parler de Meusel, de Stiick 
et de B6ucher de la Rîcharderie; quï avaient compris ces voyages dans 
des bibliographies plus générales, on trouvait à la suite des relations 
de Chateaubriand, de Marmier, de Van Senden, de Laorty-Hadjî, d'A* 
lessandro Bassi^ de Robinson et de Tobler lui-même, des listes plus ou 
moins. coiii{Uète»- de pèlerinages imprimés ou manuscrits. H. Bonar, 
L».CI. Grats;» L. de Mas.Latde, F. Rignon, J. Petzholdt^ A. de NorotiF 
avaient cmssicbenshé récemmeat à airichir de nouvelles indications 
cette: biUiogcaphie toute spéciale. Maie un trairail complet, et surtout 
critique^ manquait «encore aux érudits». aujourd'hui si nombreux, qui 
ont pris pour but d&leucs recherches la Terre de. Promission. 

lÂ. Tobler a entrepris de oomblar celte. lacune.: aux données > déjà 
importantes, que bii fournissaient. ses* piiédécesseurs, ou. qu'il avait 
recueillies luirmême, il a désiré joindre des renseignements.posi' ifs. suc 
les manuscrits encore inédits que renferment les plus importants des dé- 
pôts publics de l'Europe, et a entrepris, dans ce dessein^ plusieurs 
iwyages littéi^'res intéressants. La Bibliographia geographica Palœs- 
tîTus est donc le résultat de plusieurs. années de recherohea conscien.- 
cieuses^ et mérite, à un haut degré, Tattention^es bibliophiles, esi même 
temps quela.reconnaissance de tous ceux. qui s'intéressent aux origines 
de rhiâtoire ecclé^stiqoe*, 

M.. Tobler commence par donner la liste des bibliographies Aiero^i^* 
lyniitaine^ qu'il a été à même de consulter ; il âiumère ensuite toutes 
les relations de voyagea £EÛts ea Terre Sainte depuis 333 jusqu'en 1865. 
Une seconde partie, disposée aussi par ordre chronologique, donne 
l'indicatiândeS) descriptions: de la. Palestine^ rédigées par des géogra- 
phesquin'ont point fait le voyage ; ces descriptions vont de 445 à 1866. 
La troiaiëme.partie comprend une. liste des vues, plans. et x»untes de la 
Tecre.Sainte.en général,, ou des villes de la. Palestine; un. index très- 
complet termine le livxe.. 

Lê^.plan suivi par M« Tobler est. donc commode pour les recherches; 
la disposition typographique de chaque article auiait peut-être gagné 
à una distinction plus, nette entre la bibliographie pure et la. critique; 
mais c'est, ua.de ces détails qu'il sera facile de rectifier dans une se- 
conde, édition, que le succès delà première ne fera* point attendre long- 
temps ^M<m Tobler pourra alors combler, quelques lacunes, et rectifier 
quelques erreurs signalées déjà, peuX-être avec un peu d'aigreur, par 
ÂL. lAurer*t,. de Hambourg;, dans le S^^a^^m {1867, p.. 297-303) : il 
chftog^raAUBsi, J'en sui&sûr^les tenmes un peu sévèoes dans lesquels il 
9tigHMUise.(;Pvlâ7).la.Earetë ou Je.piwde certains ou:Fni|B^9rif^Gfi]3ar 

ment publiés en, Erance, .surtla>TerrevSaintB« . 

Pauc Hiamt. 



— 116 — 



Oibllotlieca lilstorlca medll aevl, Wegveiser durch die GeschicfUs- 
werken der Europaischen Mittelalters, von 375-150, par le docteur Auguste 
PoTTHAST. — Supplément. — Berlin, W. Weber et C% 1868. In-8, iv-4o6 
p. — Prix : 12 fr. 

11 y a cinq ans à peine que M. Potthast fistisait ^rhitresBi Bibliotheca 
historica medii œm, et Ton peut dire qu'elle est devenue déjà le manuel 
indispensable de quiconque étudie Thistoire du moyen âge. Il fallait 
une patience, et en même temps une éradition bibliographique toute 
spéciale, pour exhumer des collections , des miscellanées, des appendices, 
où elles gisaient enfouies^ les chroniques^ les poèmes, les pièces de 
toutes sortes dont il avait recueilli les titres. Il fallait aussi un certain 
art et une méthode sûre pour réunir ces indications en un livre qui 
fût d'un usage commode et qui satisfît promptement à toutes les re- 
cherches : le succès du livre de M. Potthast a montré qu'il avait atteint 
ce but multiple. Est-ce à dire que tous les renseignements qu'il a donné 
fussent exacts et surtout complets ; que certains pays, la Hongrie, la 
Russie, les royaumes Scandinaves n'eussent pas été uh peu sacrifiés? 
n'avait-on pas à regretter que l'indication des manuscrits manquât 
pour certaines chronique^s importantes î enfin les voyages et des- 
criptions géographiques du moyen âge n'auraient-ils pas dû trouver, 
dans un travail de ce genre, une place plus considérable! M. Potthast 
ne le niait point lui-même et faisait appel à tous ceux qui^ mis à même, 
par l'usage, de reconnaître l'utilité de son manuel, se sentiraient, en 
retour, désireux de l'aider à le rendre plus parfait. 11 paraît que cet 
appel a été entendu, car voici que M. Potthast ajoute un supplément 
considérable à son premier travail : ce supplément est divisé en quatre 
parties : dans la première, M. Potthast complète la bibliographie géné- 
rale des collections de chroniques ; dans la seconde, il donne les ad- 
denda de la bibliographie alphabétique des chroniques et des Vitœ 
sanciorum ; la troisième partie comprend une liste alphabétique consi- 
dérable des noms des saints, avec la date de leurs fêtes; la quatrième 
enfin donne la chronologie des papes, des empereurs et des évêques 
de l'empire germanique. Le soin qui avait présidé à la confection du 
1*' volume de la Biblioiheca kist. medii œvi^ ne fait point défaut au 
second ; beaucoup d'erreurs sont rectifiées, beaucoup de lacunes com- 
blées. Mais succès oblige, et M. Potthast ne voudra point encore s'en 
tenir là ; ce qu'il a fait pour les évêchés allemands, il voudra le faire 
aussi pour tous ceux de l'Église d'Occident, donnant ainsi comme un 
index abrégé des grandes collections de l'histoire ecclésiastique du 
moyen âge ; le récent travail de M. le docteur Tobler lui permettra de 
compléter les indications encore insuffisantes qu'il fournit sur les 



— 117 — 

pèlerinages en Terre Sainte, appendices indispensables de l'histoire 
des Croisades. Je n'ose espérer qu'il puisse, imitant pour l'Europe en- 
tière ce que le Catalogue of maierials de M. Duffus Hardy vient de 
réaliser pour l'histoire d'Angleterre, intercaler dans la future seconde 
édition de sa Biblioiheca, l'indication des principales sources histo- 
riques inédites eniouies dans les dépôts publics ; mais je suis sûr que, 
dans quelques années^ grâce à l'activité infatigable de M. Potthast, la 
Biblioiheca, refondue, sera devenue un de ces livres qui voient la 
renommée de leur auteur perpétuée par la reconnaissance de plusieurs 
générations d'érudits. 

Pavl Riant. 



Notre numéro de Février contenait un article sur rHistoire du 
collège deJuilly, où il est dit que l'auteur est « trop partial, » qu'un 
« exposé sincère et complet n eût été préférable. Dans l'esprit de nojtre 
collaborateur cette partialité n'est qu'une tendance, trop marquée peut- 
être, à excuser les Oratoriens ; préoccupé de les venger du reproche 
qu'on a fait à leur Ordre d'être janséniste, voulant en même temps 
donner l'appui de son dévouement à la maison de Juilly, toujours vivante^ 
et où il a été élevé, M. Hamel réfute avec conviction les accusateurs 
de l'Oratoire, plutôt parfois en apologiste qu'en historien sévère. 
C'est ce qui a permis de dire qu'on regrettait que son exposé ne soit 
pas « complet n. Quant à la « sincérité n de Tauteur^ elle ne peut pas 
être mise en doute. (Note de la Rédaction,] 



CHRONIQUE 



Nécrou)(GI£. m. Gandak. — La faculté des lettres de Paris vient 
faire une perte aussi cruelle qu'inattendue : au moment où un vote 
unanime du conseil académique venait de présenter M. Gandar au 
choix du ministre pour la chaire d'éloquence française en Sorbonne^ 
réminent professeur a été emporté, à Tâge de quarante ans, par 
une courîe et douloureuse maladie. Tous nos lecteurs connaissent 
le livre, réœmment couronné, où^ sous le titre de Bo$suet orateur^ 
M. Gandar avait retracé les commencements et la formation de ce 
grand^énie ; Tédition si claire et si savante des Sermons de la jeu- 
nesse de Bossuet est dans toutes les mains et si d'autres travaux 
plus anciens, Ronsard imitateur d'Homère et Vli/uzque d'Ulysse^ 
étaient moins connus, ils avaient. montré du moins chez M. Gandar 
une .rare. aptitude à la haute critique littéraire. Les espérances que 
de fii ifimarquables travaux avaient >fait naître, et que plusieuFs 
années de professorat à TEcole normale etide suppléance en Sor- 
bonne étaient venues confirmer, se sont évanouies brusquement, ne 
laissant aux amis de M. Gandar que la cocsolation :de l'avoir '\ni 
finir, en chrétien, une existence toute remplie par l'élude. 

— The umversal art catalogue. Le conseil d'administration du 
Kensington Muséum, désirant adjoindre aux collections réunies dans 
ce musée une bibliothèque complète des ouvrages relatifs à l'Art, a en- 
trepris la publication d'un Catalogue universel de ces livres ; un dé- 
pouillement complet des dépôts publics d'Angleterre, de la collection 
Cicognara au Vatican, et des bibliographies imprimées ayant préala- 
blement été fait, il a été décidé qu'un Catalogue provisoire alphabé- 
tique serait envoyé en épreuves à quiconque en ferait la demande^ de 
façon àce que Ton pût arriver, parles corrections et additionsde tous les 
bibliographes du monde, à tormer un répertoire aussi complet que pos- 
sible des livres ayant, de près ou de loin, trait aux choses artistiques: le 
journal Notes and Queries, dans le 1" numéro de cette année, publie, 
avec la première feuille de ce]Catalogue alphabétique, un avis en quatre 
langues que nous croyons devoir reproduire , certains qu'un grand 
nombre de nos lecteurs voudront s'associer à cette œuvre utile : 



— 119 — 

CATALOGUE UNtVBR&SLdet 'LIVRES tur Ui ARTS. — Le Catalogne Universel des 
Làvrefl d'Art a été oomposé pour la Bibliothèque 'Natiomde des Arts, du Département 
des Sciences et dos Arts à South Kensington, et pour leé Ecoles '4*Art du Royamne- 
Uni î— 

l.'^tte>BiMk)tliè({ii3 comprend une collection 'd'ouvrages sur les Arts et de' livres 
lUostréftîi'anO'graBde valeur qui s'augmente de jour en jour, de sorte que, bien qu'on 
ait paUié flasieurs Catalogues de la collection, son accroissement continuel les rend 
incomplets dès le jour de leur publication. 

2. Afin d'obvier aux inconvénients si bien connus qui ont empêché de faire imprimer 
les Céfalogses de toutes les grandes Bibliothèques de TEuropo où tle nombre des vo- 
lumcs'.vasaus cosse aooroissaiit, les lords du Comité do Censeil Privé sur l*£d«calion, 
ayant demandé et reçu les avis des personnes les plus compétentes, tant en Angleterre 
qne dans les autres pays, ont résolu de faire composer un Catalogue de tous leS livres 
imprimés jusqu'en lSf>7,. qui doivent être compris dans la collection sur les Bsanx-iArts, 
sans tenir compte de. la dispersion aotuelle d'un grand nombre de ces œuvres. 

3. lU espèrent, non-seulement fournir ainsi une idée exacte de ce que deviendra la col- 
lection complète, mais en même temps présenter un relevé des livres d'Art qui puisse 
devenir dnet acquisition imporÉanteponr toutes les Bibliothèques analogues, et pcnr tous 
ceux qui s'intéressent à la littérature de l'Art. 

4. Une œuvre telle qu'un Catalogue Universel des livres d'Art n'a jamais été livrée 
au public^ et les difficultés que Ton roncontre à préparer même le cadro d'tme si grande 
entreprise, la première de ce genre, sont sérieuses. 

5. Los catalogues manuvrlts du Musée Britannique et tous les catalogues imprimés 
des grandes bibliothèques du Royaam>Uni ou du Continent qu'on a publiés ont été 
soignanscncnt vérifiés ctcoUationnés avec les œuvres bibliographiques les mieux 
connues. Méôs les catalogues imprimés -manquent à presque toutes les bibliothèqoes 
importantes de l'Europe. On attend encore la partie du Catalogue de la Bibliothèque 
Ira^riale de Paris qui a rapport aux Beaux- Arts. Dans la grande billiothèque du 
Vatican, il n'y a que la collection du Comte Cicognara qui soit munie d'un Catiûcgue. 
Dans les autres métropoles on trouve des catalogues plus ou moins exacts de certaines 
classas de livres spéciaux, mais il n'existe pour plusieurs autres bibliothèques bien 
connues aucun catalogue imprimé. 

G. Or il peste beaucoup d,e matériaux à réanir pour pouvoir former un Catalogue 
imprimé des li\Tes en question sous les noms de leurs auteurs. Pour faciliter co travail, 
on a pris le parti de i-nblier les épreuves mêmes dans leur état d'imperfection, dans le 
but, de jsVissnrer le eooeours de tontes les personnes qui s'intéressent aux questions d'Art 
dans tons les pays, ou do celles qui se livrent aux études bibliographiques. On espère 
qu'elles trouveront dans cet ouvrage, quelque imparfait qu'il soit, un intérêt réel et per- 
manent. Dans cette intention on a pris des mesures pour que les premières épreuves 
fussent le. pi os onivegneUement répandues. 

7. On rencontrera, sans doute, dans les épreuves, bien des erreurs et bion des irrégu- 
larités. Plusieurs des ouvrages mentionnés n'ont pu être placés sous les yeux de Tédi- 
tenr, qui prie instamment tous ceux qui ponrraient le faire, de lui en\x>yer une copie 
textuelle du titre des livres qui ne figurent pas dans le Catalogue. Une note indiquant 
les détails des informations qu'on désirerait rocovoir pour lo Catalogua S3ra envoyée à 
toute personne qui so disposerait à les fournir. 

Les additions et les corrections qa3 Ton voudrait faire doivent êtrd signalées par lettro 
non affranchie, adressée sous lo couvert du Secrétaire du Département des Sciences et 
des Arts, à l'Éditeur du Catalogus Universel dos Livres d'Art, au Musée do South Ken- 
singtQn,à. Londres. 

8. Les abréviations du nom dos bibliothèques dans lesquelles se trouvent, aussi 
exactement qu'on a pu le constater, les livres déjà catalogués, sont indiquées de la 
manière suivante :— 

S.K. — Bibliothèque Nationale des Arts à South Kensington. 

B,M. —^ 'Musée Britannique. 

Bodl. -«iBibliotfaèqve Bodleienno (Oxford). 

T.C.D. — Collège de. la Trinité (Dublin). 

Roy. Soc. — Société Royale (Londres). 

Lond. Inst. — Institut de lx>ndres. 



— 120 — 

B, Arcli. — Ùlustitat Royal des Archlteotes de la Grande-Bretagne. 

Lond. Idbr. — Bibliolhèqae de Londres. 

Athen. — Athenseum, Londres. 

Cioog. — Collection du Comte Cicognara, Vatican. 

Sous le nom d'nne ville capitale du Continent, la bibliothèque de Tétat de cette ville 
ect entendue. Quand un livre se trouve dans la Bibliothèque Nationale des Arts à South 
Kensington, cette bibliothèque seule est citée comme possédant ce livre : après cela le 
Musée Britannique, puis la Bibliothèque Bodleienne, et ainsi de suite. 

Depuis Tapparition de ce prospectus, le Catalogue alphabétique 
provisoire paraît régulièrement par feuilles ilans les Notes and Que^ 
ries; le n» du 7 mars contient de plus une instruction détaillée, et un 
formulaire pour les indications à donner. Ajoutons qu'il sufl&t d'écrire 
à l'adresse indiquée dans le prospectus reproduit ci-dessus, pour rece- 
voir les épreuves du Catalogua oJAri; quant aux catégories dans 
lesquelles doivent se restreindre les recherches, M. Petzholdt les 
indique dans un article qu'il consacre [Anzeiger, 1868, p. 41-46) à 
cette importante entreprise. 

1** Xylographies antérieures à l'invention de l'imprimerie et livres en 
traitant. 

2^ a. Ouvrages relatifs à la peinture, à la sculpture, à la gravure, 
à l'architecture. — b. Gravures des œuvres des maîtres et des 
galeries publiques et privées. — c. Livres théoriques sur la peinture. 
— d. Livres relatifs à l'architecture. — e. Ornements, livres d'em- 
blèmes, fac-similé. — /. Vies des peintres, sculpteurs, architectes et 
graveurs. 

3<* Livres contenant des gravures sur bois, sur cuivre, ou sur acier, 
ou des lithographies. — a. Littérature illustrée de tous les pays. — 
b. Voyages ornés de planches. — c. Ouvrages topograpbiques. — 
d. Livres sur les antiquités, ouvrages archéologiques. — e. Livres 
de physique, d'histoire naturelle, d'anatomie et de médecine, avec 
planches. — J. Livres relatifs à l'industrie, aux métiers, au sport, 
aux jeux. — g. Livres de costumes. — A. Collections de portraits. — 
A*. Livres de blason. — L Ouvrages de numismatique. — m. Cartes 
et atlas, — n. Catalogues de collections artistiques ou industrielles. 

— Publications annoncées. On continue à annoncer de nouvelles pu- 
blications sur la guerre du Mexique ; une Histoire de V empire mexicain, 
par l'abbé Domenech ; les Mémoires du D^ Basch^ médecin de Maximi- 
lien^ suivis du Journal autographe de la captivité du malheureux sou- 
verain ; enfin une réfutation du livre de M. de Kératry par un officier 
wurtembergeois, compagnon de l'empereur. 

— A Dijon, commencera à paraître, à partir du 1«' avril, sous la 
direction de M. Albert Âlbrier^ une revue mensuelle consacrée à 
l'histoire et à la littérature bourguignonnes; cette revue aura pour 
titre : la Bourgogne. 



— 121 — 

— La publication de la correspondance de Napoléon I"^ touchant à 
son terme, le crédit de 100,000 fr. dont elle était dotée disparaît du 
budget. L'économie qxii en résulte permet de porter cette année à 
40,000 fr. le crédit annuel de 5, 000 fr. consacré à l'impression de 17n- 
ventaire des Archives de l'Empire ; on doit donc espérer que plusieurs 
volumes de cette collection, préparés ou fort avancés, panutront en 1869 : 
de ce nombre seraient le 3* volume des Sceaux des Archiv 2 de V Em- 
pire^ par M. Douet d'Arcq; le 1" volume des Sceaux des Archives 
départementales (Artois, Picardie, Flandre, Normandie et lié de 
France) ; le 1" volume de VJnveniaire sommaire général des Archives 
de r Empire 'y le 2» volume des Titres du Duché de Bourbonnais, et le 
3® volume des Layettes du Trésor des Chartes. 

— Dans son avant-dernière séance, le conseil de la Société de This- 
toire de France a arrêté le choix des volumes qui seront distribués 
aux membres de la Société en 1868 et en 1869. Pour cette année les 
sociétaires recevront : les Mémoires de M^^ du Plessis-Momay, pu- 
bliés par M""* de Witt, sous la direction de son illustre père, M. Guizot; 
le t. I de Froissart (M. Siméon Luce, éditeur) ; le tome FV de Bran- 
tôme (M. Ludovic Lalanne, éditeur); les Chroniques des monastères 
d'Anjou (M. Marchegay, éditeur). En 1869, on distribuera le t. Il de 
jyjme ^ Plessis-Momay, avec des additions aux Mémoires, provenant 
de correspondances incites ; le t. II de Froissart, le t. IV de Monluc, 
composé presque exclusivement de ses Lettres, et la Chronique de 
Saint-Martial de Limoges y publiée par M. Duplès-Agier. 

— La nouvelle salle de lecture de la Bibliothèque Impériale est ter- 
minée et garnie de ses tables; le déménagement des livres est com- 
mencé; l'ouverture aura lieu, dit-on, le 1*' mai. 

— La bibliothèque mexicaine d'Aldrade, si riche en œuvres histo- 
riques et géographiques, et achetée par l'empereur Maximilien pour la 
somme de 30,000 dollars (environ 150,000 fr.), vient detre transportée 
à Vienne. 

— La première édition du Journal in the Highlands de la reine 
d'Angleterre, tirée à cent cinquante mille exemplaires, a été enlevée en 
quelques jours, et a produit un bénéfice net de 10.000 livres sterling. 

— On parle de la fondation à Londres, sous la présidence de 
M. Blades, d'une Caxton Society, qui réimprimerait en fac-similé les 
livres sortis des presses de l'illustre imprimeur [Athènœum), 

— Ventes du mois de mars, comptes rendus. — Cinq ventes impor- 
tantes ont eu lieu, ou ont commencé dans la première quinzaine de mars. 

Nous ne reviendrons sur la première (vente Silvestre) que pour an- 
noncer que les caractères gothiques, poinçons et matrices, du savant 
éditeur, sont devenus la propriété de M. Bailleux, libraire. 



— 122 — 

La seconde,.(vente Bouju,5-12 mars, Bachelin) comprenait 1372 4au- 
méros, dont 450 en langue italienne ; les livres appartenaient pour la 
plupart à la littémture dramatique ; il s'y trouvait.aussi un grand 
nombre de poésies du moyen âge et de la renaissance ; aucun livre^n^ 
atteint un prix considérable. 

Les 12^14 mars» on vendait une collection peu considërable, mus 
formée avec une. grande intelUgence, celle de feui M. E. Giiésy, des 
Antiquaires de France (434 n»», Aubry). M, Grésy, dont les savants tra»- 
vaux sur l'archéologie des environs de Paris étaient justement estimés, 
avait réuni un grand nombre de livres luses et curieux sur les ville» 
de Seine-et-Marne, sur Melun en particulier ; il avait formé la suite 
presque complète des œuvres de Sébastien Rouillard et de Thomas 
Beauxamis; enfîn on vendait, avec les livres, un certain nombre de 
chartes et documents importants, et une lettre autographe de Bos- 
suet. Il est regrettable que cette petite collection n'ait point été (ainsi 
que celle des dessins et estampes, vendue les 17-19 février àThotel 
Drouot), achetée en bloc par la ville de Melun. Seules, les chartes 
ont été,' dit-on, sauvées delà dispersion, parles soins dun des dé- 
putés de Seine-et-Marne, qui aurait le projet de. les offrir aux archives 
du département. 

La vente Van der Helle a produit plus de cent mille francs. 

La vente de M. le marquis de Costa de Beauregard, qui a commencé 
le 16 mars^ était inattendue. Le catalogue, rédigé avec l'exactitude et 
le soin habituels de Potier, comprend 1765 numéroâ^ et bien qu'on 
puisse regretter l'absence des livres précieux que, de son vivant, M. de 
Costa avait vendus àTechener, on doit cependant avouer que ce qui 
reste constitue une véritable bibliothèque de savant amateur : les 
grandes collections des Bénédictins y figurent en exemplaires ma- 
gnifiques, et Ton y trouve un grand nombre de livres rares ou trfes- 
importants, surtout pour l'histoire d'Italie et des provinces de France. 
Nous signalerons, parmi les numéros les plus intéressants : 37 bis, Pre- 
cationes Chnsiianœ, d'Ernest, archiduc d'Autriche, channant manus- 
crit du xvi* siècle; — 502, les Conquêtes du Grand CKttrlemagnje^ ms. 
du XV* siècle, 115 ff. — 508, Chroniqve Universelle et Chronique du 
Ménestrel, ms. sur vélin du xiv*^ siècle; — 760, Liber de gêsiis TIl 
regunu^ mss. sur vélin de 1476. 

— Ventes annoncées. Mars. — 16r20 mars. Vente de M. le docteur 
Follin (Aubry). Livres de médecine et de chirurgie. 

28-27 mars. Vente de 3 bibliophiles (Aubry)^ 4,000 volumes rares 
ou singuliers; manuscrits relatifs à la Normandie. 

25-SS mars; Vente des estampes et dessinade laeollection de M. .Gagé 
(Vîgnères). 



— 1-23 — 

Avril et mai. — 30 mai's-2 avril. Vente de M. Delacroix (Aubry) . 

30mars-3 avril. Vente de M. Mesteil, des Andelys. Bibliothèque 
spéciale, livres et manuscrits sur les Ândelys et le Poussin (Tross et 
Charavay.) 

3-4 avril. Vente dé chartes et documents sur la Picardie, la Flandre, 
la Champagne (Charavay). 

4 avril. Vente du prince d'E** ( troisième partie, Tross). Livres 
d'histoire naturelle ; ouvrages relatifs à Genève; belles reliures. 

20 avril. Bibliothèque de J. C. Brunet, le célèbre auteur du 
Manuel du libraire (Labîttè)! Collection remarquable par le nomb're et 
la conservation des reliures provenant, presque toutes de bibliothèques 
célèbres ; pièces gothiques, livres curieux* — Il faut observer cepeni- 
dant que la partie la plus importante de la bibliothèque, livres de bi- 
bliographie et d'histoire littéraire, ne sera vendue que postérieure- 
ment, 

JFin d'avril. Bibliothèque Gancia (Ba^^helin). Livres rares prove- 
nant, dit-on, de lapremière bibliothèque de Mazarin; manuscrits à mi- 
niatures, impression sur véh'n, près de 300 reliures du xvi* et du xvii*" 
siècle. — Le catalogue n'est pa^ encore publié. 

Vente; de M. Hottenier, d'Evreux, 3500 vol. (Aubry). — Livres 
curieux, facéties. 

Vente des autographes du cabinet de M. Yemeniz (Charavay). 

Mai. 4 mai. Collection de pièces historiques du xvi® et du xvu" 
siècle (E. Tross). Cette collection comprend plus de 800 volumes 
et pièces gravées, la plupart très-rares, concernant la France, TI- 
talîe, l'Espagne, l'Allemagne et les pays du Nord; c'est certainement 
une des plus considérables en ce genre qu'ait jamais réunies un particu- 
lier. — ^ Les livres sont presque tous dans leur reliure originale. 

Courant de mai. Vente de M. Gallarini, de Rome (Bachelin). 

— ■ Ventes/EX' AKOLETBRRe. En février a été vendue par Puttick. et 
Simpson, la bibiiof hèque de Faraday; en mars, par les mêmes, une col- 
lection qui contenait, entre autres livres ou manuscrits importants, 
les papiers et cartes du capitaine Cook. Les 16-19 mars, vente par 
Nicholson, de la bibliothèque de feu miss Wright, contenant 4000 vo- 
lumes et 5,000 estampes. 

Four les 23-2T'mars, Sbtheby et Wîlkînson, 13 Wellington: str., an- 
noncent la vente des livres de B. G* Windus/esq,, consistant surtout 
en impresmns anglaises anciennes et en édUions^ raR»» desi^ oias- 

siqae» anglais'. 

J. E» SciTMiDr. 



CORRESPONDANCE 



Écrits sur Biadame Ix>iitBe de France. — « La récente décou- 
verte des restes de Madame Louise rappelle naturellement Tattention sur 
les travaux qui lui ont été consacrés. Veuillez être assez bon pour m'in- 
diquer quels sont ces travaux. » (Comte de G.). — Nous déférons au vœu do 
notre honorable correspondant en donnant la liste suivante, et nous faisons 
appel aux lumières de nos confrères s'il s'y trouvait quelque lacune : 

PoNCET DE LA RiviÈRE. Discours pronoucé le 10 (sic) septembre 1770 pour la 
prise d'habit de Mme Louise-Marie de France. Paris, imp. Desprez, 1770. Br. 
in.40. — Relation de la prise d'habit de Mme Louise de France dans le mo- 
nastère des Carmélites de Saint-Denis, le 20 septembre 1770, selon une 
lettre écrite par une religieuse du même couvent le 29 septembre. Nancy, 
G. Haener (s. d., 1770). Br. in-4° (et Paris, in-12). — Éloges admirables sur 
la retraite de Mme Marie-Louise de France à Saint-Denis, etc. (s. l. ni d., 
1771). Br. in-8°. — Roqueiaure (Arm. de). Discours prononcé le mai'di- 

1*^' octobre 1771 pour la prise de voile et profession de . Paris, 1771: 

Br. in-4°. — HMay (l'abbé), chapelain des Carmélites de Saint-Denis.] Lettre 

sur la'mortde (s. 1. ni d., 1787). Br. in-S*». — Almahic (l'abbé d*). Oraison 

funèbre de — - — , prononcée le|28 février 1788. Paris, 1788, Br. in-**». — Fran- 
çois. Oraison funèbre de , prononcée le 15 avril 1788. Paris, 1788. ïn-8«. 

— Serre-Figon (l'abbé). Oraison funèbre'de , prononcée le 10 juin 1788. 

Paris, 1788. In-80. — Histoire de la vie édifiante de Mme Louise-Marie de 
France. Turin et Paris, 1788. 3 part, en un vol. in- 12. (nouv. édit. à Lyon 
en 1 81 4 et 1817). — Proyart (l'abbé). Vie de Mme Louise de France. Bruxelles. 
1793. ln-12; nouv. édit., Lyon 1805. 2 vol. in-12 (autres édit. en 1818, 1820, 
1823, etc.). — Geschichte des erbaulichen Lebens der Prinzessin Ludovica 

Maria von Frankreich ([ir une carmélite de Bavière). Augsbourg, 1793. 

In-8®. — BucuHOLz : Mme Luise, Tochter Ludwigs XV. Geschichte und 
Po/i7iA:,- herausgegeben von K. L. Woltmann. Berlin. 1804. T. 111, p. 206. — 
La Tour (Marie de) (Victorine de Calvimont). Mme Louise de France. Bor- 
deaux, imp. Ragot, 1855. Br. in-J6. — Vie de la Révérende Mère Thérèse 
de Saint-Augustin, Madame Louise de France, par une religieuse de sa 
communauté. Autun, imp. Dejumier 1857. 2 voL in-l6. (2® édition, 1866, 
2voLin-12.) 

On a de Madame Louise: Méditations euchofistiques. Paris 1789. In-12 (et 
Lyon, 1810, in-12); Lettres, dans la Vie de Madame Louise, par l'abbé Proyart; 
Lettre de Madame Louise de France à Mgr de Bonal , évéque de Clermont. 
Paris (1839), imp. Thomassin. Br. in-S». 

I^e Père Liorlquet. — M. G. S. à Bordeaux, — Vous pouvez con- 
sulter une Vie du R, P. Loriquet, écrite d'après sa correspondance et ses 
ouvrages inédits, Paris, Poussielgue, 1845. In-12. 



POLYBIBLION 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



ROMANS, CONTES ET NOUVELLES 

Protper Aoru/oce, par Victor Chbbbui,ibz. Paris, Hachette, 1868. Gr. in-18 de 340 p* 
Prix: 3 fr. 50. — Le Chevrier, par Ferdinand Fabrb. Paris, Hachette, 1867. Gr. 
în-18 de 402 pages. Prix : 3 fr. 50. — Thérèse Ro^utn, par Emile Zola. Paris, librairie 
internationale, 1868. Gr. in-18 de 305 pages. Prix : 3 fr. — La ConfêitUm du Gaucho, 
par Félicien Mallefille. Paris, librairie internationale» 1868* Gr. in-18 de 293 pages. 
Prix : 3 fr. — i> Journal d^une héritière, par Amédée Aghabd. Paris, Hachette, 1868. 
Gr. in-18 de 388 pages. Prix : 3 fr. — Un Châtiment, par Adolphe Joamnb. Paris, Ha- 
chette, 1868. Gr. in-18 de 298 pages. Prix : 3 fr. — Hélène de Qairdomnee, par Mme la 
Comtesse de MmABEAU. Paris, £. Maillet, 1868. Gr. in-18 de 234 pages. Prix : 2 fr. 
— La Com(e«M de Cournon, par Alfred de Besancenbt. Paris, £. Maillet, 1868. Gr. 
in-18 do 324 pages. Prixj 2 fr. ^ La Chaussée dss Géants, par l'abbé E. Dokenech. 
Paris, Hetzel, i868, Gr. in-18 de 327 p. Prix : 3 fr. — TVoi* Nouvelles, par F.de la Bi- 
TSBOLLE. Paris, J. Albanel, 1868. Gr. in-18 de 295 pages. Prix : 1 fr. — Histoire d^une 
Chrilienne^ par Èug. de MA.R6BitiB. Paris, Lethielleox. Gr. in-18 de 258 pages. Prix : 
2 fr. — Episode de VémigralUm française, par M. LAUxailTi& Paris, F. Bonquerel, 1868. 
Gr. in-18 de 324 pages. Prix : 2 fr. 

Prosper Randoce devrait plutôt s'appeler i)îrf/er de Peyrols. Didier 
de Peyrols nous apparaît, en effet, comme le principal personnage du 
dernier roman de M. Victor Cherbuliez. C'est une sorte de Hamlet cam- 
pagnard, qui a le mépris du succès et se croit impropre à l'action. Pro- 
fondément sceptique, il rêve et raisonne sans cesse, mais n'agit pas. 
Randoce^ au contraire, agit sans raisonner et réalise ses rêves. Ce sont 
deux tempéraments, ce ne sont pas deux caractères, et ces deux hom- 
mes, dont l'un est Tantithèse de l'autre, doivent le jour au même père. 
Didier est le fils légitime; Randoce est le fils naturel. Didier est riche, 
bien élevé, rangé dans ses mœurs; Randoce, bohème des lettres, a tous 
les vices d'une nature impétueuse et désordonnée. Didier, en appre- 
nant du notaire Patru l'existence de son frère (qu'il ne soupçonnait 
même pas), sort de son apathie naturelle, et jure de ramener sur le 
chemin de l'honneur cet enfant prodigue, sans toutefois lui révéler les 
liens qui les unissent. Tous ses efforts se brisent contre le caractère 
de l'incorrigible Randoce, qui extorque à Didier la modique somme de 
cinquante mille francs, se joue impunément de sa naïveté, l'insulte et 
finit même 'par le calomnier odieusement auprès de la belle Lucile de 
Brébanne. 

Tout l'intérêt du roman de M. Cherbuliez gît dans l'opposition de ces 
deux personnages. L'action dramatique (à Texception de quelques 

AVRIL 1868. 9 



— 126 — 

scènes vers la fin) est à peu près nulle. Ce qui fait la valeur de ce livre, 
c'est le style, qui, notamment dans les descriptions, se rapproche beau- 
coup de la manière de George Sand. Il y a aussi dans ce roman des 
portraits viriwtff, vrais et fimenacut tracée: ceux, entre antre», du 
notaire ï^atrir, de Mme d'Azado, de Mme de Bréhanne, et surtout de 
Prosper Randoce dont le monde des lettres offre aujourd'hui tant de 
types. Quant à Didier, il rappelle trop, par certains côtés, M. de Ca- 
mors. Voilà pour l'éloge. 

Nous avon» à blâmei' dian^ le livre de M. Cîherbolie» la thèse de l'au- 
teur, qui consiste à nous donner l'honneur seul, l'honneur sans la foi, 
coàme l'idéal de la vie humaine. Ea mtre, la religion et la morale 
dies-mêmea pourraient trouver beaucoup a redire à certaines pages de 
Pro9per Randeee. Qui ne voit, par exemple, l'intention de ridiculiser 
en bloc tous les écrivains de la presse catholique dans la personne 
delienmnet 

-— ' M. Ferdinand Fabue, le romancier des Cévennes^ lui, ne ptêdiie 
pas. Il raconte, et l'histoire de son Ckevrier est vraiment touchante; 
par la puissance d'analyse et la vérité des descriptions, elle ne le cède 
en rien an Courbezon. La forme en est seulement un peu bizane. 

£ran le Chevrier a trois amours qui lui tiennent profondément au 
cdBitr. Il aime ses chèvrea d'abord^ cela est tout naturel ; ensuite, ses 
maîtres, les Agathon, pour lesquels il se sacrifie avec un dévouement 
admirable ; enfin, et par-dessus tout» une pauvre enfant trouvée, re« 
cueillie par le^ bonnes sœurs du Caylar, et élevée chez les Agathon, 
Félice l'Hospitalière. Ces trois affections profondes , indéracinables^ 
eorrespondent chez Eran à trois haines terribles» ardentes, instinctives : 
la haine pour tout ce qui peut nuire à ses bêtes ; la haine pour Maigri- 
son l'usurier qui menace les Agathon de la ruine; la haine enfin pour 
Frédérj', le fils de ses maîtres, qui lui a ravi le cœur de Félice l'Hos- 
pitalière. Un homme cependant parvient à dompter cette nature un 
peu sauvage, et cet homme est un prêtre : M, Alquier, le curé de Na* 
vacelle, l'homme de bon conseil et ds miséricorde. Pourquoi faut-il que 
M. Ferdinand Fabre ait introduit dans la vie d'Eran des épisodes 
passablement risqués et des expressions par trop primitives qui ren* 
dent son livre dangereux à toute une classe de lecteurs ! Nous réprou- 
vons aussi très-énergiquement le suicide de Félice dans la mare des 
Fontinettes. Si l'Hospitalière était» comme le Giliatt de M* Victor 
Hugo, une libre penseuse, passe encore ! Maïs les sentiments religieux 
de Félice rendent, malgré sa faute et ses malheurs* cette fin invrai- 
semblable. 

— Au fait, il paraît que les crimes, les violences, les assassinats sont 
plus que jamais à la mode dans l'école réaliste. Voulez- vous un échan- 
tillon du genre ? Lisez Thérèse Jiaquin, par M. Emile Zola. Jamais le 



— 127 — 

réfianie ne s'était affidié wwe^ tint de brvtetité et, il iaut bie» le dire 
aMBBÎ^ affetiBBMt de pmssance; BBaneoap âte talent an service d'une lit- 
ttfMtmdies pli»imiiioraIl39 et dësp4us midsaines. Toete une vie pats^ 
sée dftn»!» boue> le sasig et Tamoiv bestial, se terminant, par un double 
suicide : tel est lerbâande TMrèêeNaqum. Je ne* puis en dire&van-' 



— Après le TéaKi9ine> le roraantieaie. M. F^cien Bfidlefille nous 
transporte au Pérou, aaus le det brûlant des tropiques. Il nous raconte 
la vie d'un gmcbo, éTmt homme hardr, tenant du béros à s& manière, 
presqfoc senrai^, qai, sanvaéeessité souvent, sous la seule impulsion 
àt sa mituKe, oomraet de grandis criiaes et tente d'hëroSques aventures. 
Chose sîngulîère, le roman de M. MalIefiUe serapprodie par un point 
da œlJto deM. Zola : c*esi que leurs deux héros, Tun à Auris, Fautre dans 
le nooftan: monde, eriu»4à dvilistf, oelui-ei demi-sauvage, perpètrent 
le même menrtce t ils tuent le mari pom* avoir h femme. Âfais combien 
sont diflSârents dbms les dc«K récits les moinles de ce crime t... Sane 
appfiREfer tovies les, tendawgrr dte livre de* M. Mallefillë, nous devons 
dier que la Cot^èssiêm d» Gaucho^ roman dramatique et mouvementé-, 
n'est pas sans valeur littéraire. 

— Avec k Joumutt éPtme kéritier»' nous r»vtrons dans une atmos- 
phèffrplua calme. Nous voici loin de» après- moi^gnes des C^ennes-, 
ÙÊB aidentes. passions péruviennes et des laideurs du Paris intep» 
lope. A égale distance dkr TétLUsw» et du romantisme, M. Amédife* 
AoAund est lepeiatre né de la dtasae bourgeoise. Sa phime honnête, 
noîa d'une honnêteté relative, car il lui manque Fidéal chrétien, excelTe 
à- peindre nos petites^ vertus et nos laideurs morales. H faudrait à son 
stjrle us p^i plus &• mouvement, de variété^ d'audace même. Mai» il 
rachète ces défauts par Tél^^ce. Nous trouvons &b& le JmumaX éPtme 
kèritière descaoractères inen réussis : M. Pùjol père, Clotilde Guérin', 
Mme Denèvre, François Daubrin dont la lésinerie rappdle celle de 
i'ame Gârandet. On s'inrtéresse également aux infortunes de l^éroShe, 
BôUePlgoly. qoi, povr ne pa& contrarier son tuteur et servir les intérêts 
âeson fière,. &it taire- son cœur en épousant le fils de Daubrin, sane 
ssvw qae l'homnie à qui' elle se dévoue sans Fanner est a4?teint ^à- 
liénation mentale. Llactio» tEmguit im^peir dans les corameneements ; 
m» fe dénouement se prépare (fune manière' toute natureSe, sans 
aucune de ces mièvreries de langage dbnt M. Amédée Achaid' est 
tmp aowveul prodigue* 

— J'ai dit que Kdéal dirétie» manquait dans une certaine mesure 
à Fauteur du JcwtuU ^u-m hèriHèrê. Ce reproche s'applique encore 
bien mieux à M. Adolphe Joanne; un statisticien^géographe improvisé 
mMancier..Dans Un CKôàimmt règne je ne sois qud soulEfe d'impiété 
bien âevée (passeZHBoi le met) qui gâte lés meilleures chosee* 



^ — J28 — 



M. Joanne attribue les défaillances de Mme Sabran à son éducation 
première ; et il a soin de faire intervenir pour cette initiation à la vie 
morale une vieille religieuse, à Tesprit étroit, au cœur desséché, aux 
habitudes mesquines. On voit d'ici 1 a-propos de la thèse. Faites-nous 
des Gtùdes^ monsieur Joanne, faites-nous des Guides! 

— Nous pourrions vous suivre alors dans une de ces provinces 
dont vos Itinéraires nous dépeignent, avec tant d'exactitude, les cu- 
riosités naturelles, en Bretagne, par exemple^ patrie des druides et 
des Korrigans, Une courte halte sur les bords de Y Étang de la Fée 
nous mettrait peut-être à même d'y rencontrer les principaux acteurs 
de ce petit drame de famille qui s'appelle : Hélène de Gardcmnes. Les 
personnes du monde qui cherchent dans la lecture un délassement quo- 
tidien, plutôt qu'une source d'émotions acres et fortes, liront avec plaisir 
ce i*écit où Mme la comtesse de Mirabeau met en scène une jeune fille, 
disgraciée de la nature sous le rapport physique, puisqu'elle ne peut 
se servir d'une de ses jambes, mais d'un autre côté douée par le Ciel 
de beauté, de grâce, d'esprit, d'imagination, d'intelligence, heureuse 
et malheureuse tout à la fois par l'effet même de cette double condition, 
faisant enfin éclore autour d'elle, de la part de sa mère, de son frère et 
principalement de sa sœur Antoinette, les dévouements les plus su- 
blimes. Il est seulement à regretter que ce thème, simple et charmant, 
se perde dans les longueurs, les inutilités, et soit développé dans un 
style mis à la mode par Mme Cottin sous le premier empire. 

— Le même reproche, sinon pour la forme littéraire , du moins 
pour les longueurs et les inutilités, nous l'adressons aussi au roman 
de M. de Besancenet : la Comtesse de Coumon. Toute la pre- 
mière moitié du livre, consacrée à des chasses et à des visites fort 
peu intéressantes, gagnerait à être résumée en dix pages; d'autant que 
l'action en elle-même n'est pas insignifiante. C'est l'histoire de la ri- 
valité de deux femmes^ la comtesse de Coumon et Marthe de Ligne- 
roUes, qui se disputent le cœur d'un jeune peintre, Pierre Oberley* 
Les moyens mis en œuvre par la comtesse de Cournon échouent devant 
l'idée que se forme du devoir le jeune artiste. Un moment, cette idée 
a failli être compromise par la passion encore mal éteinte. Mais 
l'homme se relève, réfléchit, et ne tarde pas à s'apercevoir des machi- 
nations machiavéliques de la comtesse, dont l'amoiir finit par d^énérer 
en un esprit d'odieuse vengeance. 

— Aimez-vous les légendes? Lisez la Chaussée des Géants de 
M. l'abbé E. Domenech. L'auteur prend prétexte d'un voyage en Ir- 
lande pour nous redire les naïves traditions, les patriotiques souve- 
nirs, les légendes antiques de la patrie d'O'Connell. Il nous fait faire 
connaissance avec Fanchea la sainte recluse, le roi des Elves, la reine 
Mâcha, Balor aux grands coups, Bailé au doux langage, saint Patrick, 



— 129 — 

le roi Dermot et autres personnages, demi-réels, demi-fantastiques, 
dont la vie merveilleuse peut servir à Térudit lui-même de point de 
repère pour ses investigations. La légende n'est-elle pas la poésie de 
rhîstoireî 

— CTest un gracieux conteur que M. F. de la RiveroUe. L'une de ses 
Nouvelles a aussi Tlrlande pour théâtre. New-Hàll est la navrante et 
attendrissante histoire d'une des plus illustres familles irlandaises^ les 
O'Karroll, ruinés tout à la fois par les usuriers et par les guerres ci- 
viles. Dans le Hameau et le Château de Beauvemey, nous nous tix)Uvons 
en pleine Révolution. Le hameau cette fois sauve le château, malgré 
Jes criminelles trames de Mourget le terroriste. Dans Gabrielle de 
Lignage^ nous voyons un saint homme de tuteur, affreux gourmand, 
qui finirait, si on n'y mettait ordre, par manger le bien de sa pupille 
et par empêcher Gabrielle d^épouser le beau Georges de Méreuil. Les 
Trois Nouvelles de M. de la RiveroUe ont le mérite de ne laisser dans 
l'esprit de la jeunesse aucune fâcheuse impression. Nous en dirons au- 
tant de V Histoire d'une Chrétienne, de M. Eugène de Margerie, et 
à'Un Episode de T émigration française, par M. Laurentie. 

— Dans V Histoire d'une Chrètierine, M. de Margerie nous offre des 
caractères plutôt que des événements. Les événements, très-ordinaires 
d'ailleurs, occupent en effet une place fort restreinte dans son livre. 
Par contre, les caractères sont bien étudiés; les descriptions et les 
paysages brillent par leur fraîcheur et leur naturel ; les considérations 
morales sont habilement fondues dans le récit. Angèle Herbert est 
une chrétienne dans la force du terme. 

— C'est xme vraie chrétienne aussi, cette austère comtesse de Saint- 
Maurice dont M. Laurentie nous trace la silhouette dans Un Episode 
ae rémigration française. Rien de plus pathétique que la lutte doulou- 
reuse qui s'établit entre l'amour maternel et la foi politique, au fond 
du cœur de cette mère, à la fois dévouée et inflexible, lorsqu'elle ap- 
prend que son âls^ colonel de l'armée de Moreau, s'est trouvé par la 
fatalité des choses forcé de se battre contre son père, général de l'ar- 
mée de Condé. M. Laurentie vient de nous donner dans ce récit le ta- 
bleau non moins saisissant que véridique de l'état delà France à l'aurore 
de la Révolution, des scènes odieuses qui compromirent une cause dont 
les origines s'étaient montrées pures de tout excès, de l'héroïsme ad- 
mirable de nos armées, des vertus cachées de l'émigration, enfin des 
terribles alternatives où furent jetés alors les acteurs de ce drame for- 
midable. Tout est vrai, moins les personnages peut-être, dans Un Epi^ 
sodé de rémigration française, et l'éminent auteur n'a pas eu besoin, 
pour rendre son livre attachant sous bien des rapports, de recourir à 
des effets de phrases ou à des inventions absurdes. 

F. BoiSSTN. 



— 130 — 



THÉOLOGIE 



A x;y45lajpodte «r Siiilleal iMier^Avre» originaUy edMed hj John 
Kmo, a D, Xbird édition, greatly enlargôd aad improved, ^ W. !.. 
Alexaudkr, D. D.— Ediaburgh, Adam and Charles Black, 1867. 3 toL gr. 
in-8«. — Prix : 105 fr. 

ïl y a qndques années, le docteur Kitto, critique et commentateur 
fort apprédé en Angleterre, publia un dictionnaire destiné à remplacer 
l'ouvrage de dom Calmet , et qui devait réunir sous une forme alj^habê- 
fique tous les éclaircissements historiques, géographiques, philolo- 
giques, t»pabîes d'aider à l'étude des saintes Écritures, On sait quel 
est recueil xMrdinaîre de ces sortes de compilations. Certains aitides, 
confiés à des rédacteurs spéciaux, sont excellents; certains autres 
^nt n^gés et impariaits-, ici une surabondance de détails, là une 
regrettable sécheresse. Heureux lorsque l'unité d'inspiration subsiste, 
«t lorsqu'on ne trouve pas les assertions d'un des collaborateurs 
démenties TÎngt pages plus loin. Il faut rendre au dictionnaire de 
M. Kitto la justice de dire qu'en son genre l'érudition anglaise n'a 
-rien produit de meilleur; et, malgré la publication d'un ouvrage ana- 
logue, conçu du reste et exécuté avec beaucoup de soin par le docteur 
WiiKam Smîth, le lexique ou plutôt Fencyclopédie biblique dont je 
voudrais parler ici a conservé une réputation méritée sous tous les 
rapports. La nouvelle édition que vient d'en donner le docteur lindsay 
Alexander, revue, améliorée, en quelques parties refondue et tenue 
au tsourant des découvertes de la science , prouve suffisamment ce que 
je dis, et me fournit l'occasion de rendre compte en deux mots d*un 
livre tr^s-nfile et très-bien fait. La grande (fiflKrence entre le dicfion- 
tiaire de Etto et celm de Smith, c'est que le dernier s'en tient stricte- 
ment à la Bible et aux auteurs des premiers temps du cbristianisme; 
dans l'autre, au contraire, on trouve des notices sur les écrivains 
tpi, i, toutes les époques, ont interprété, commenté ou traduit les 
«ùrtes Écritures. Ainsi, ce n'est pas seulement S. Justin, Fâpias^ 
8. Irénée, etc., qui figurent dans la galerie du docteur Eatto^ mais 
iUbrabanel, Bocfaart, Carpzov, amènes, Louis de Dieu, etc, etc. On 
a remarqué que les articles sur la littérature hébraïque sont, en g6- 
nâral, supérieurs dans le Actionnaire dont je parle à ceux des collabo- 
rateurs du docteur Smith; il ne faut pas oublier non plus les caftes, 
phms, giavures sut acier et sur lx)is, qui expliquent et illttstrerU te 
texte aux endroits nécessaires. 
Le premier volume s'ouvre par une dissertation sur la nature, la 



— 131 — 

portée et les fiimtes (Tone encjncSopécEe des sâenceB ihéo]t>giqiie8. 
Ûanteur de ce travaîi, le docteur Cnidner, professeur de théologie â 
Ptmiversité de Qiessen, s'est fort bien acquitté de sa tâdbe. 11 dasaffie 
avsc exactitude les divers sujets qu'un âi<^ioiniaTre de ce genre dxjît 
einfbrasser: exégèse, herméneutique, aidiéologie, philosophie moirde^ 
tout a sa place dans ce résumé, tout y est nettement caractérisé (Pa& 
Irait. 

Les articles sur l'histoire naturelle de la Bîble méritent une at- 
tention «péciale- ils t)nt pour arrteur M. ÎBoyïe, médecin distingué, 
membre de plusieurs sociétés savantes, que son séjour prolongé aux 
Indes et dans d'autres Keux de TOrient rendait -éminemmeWt J)ropre à 
Temçfir celtte partie du cadre. Avant d^tre attaché à la collâboratioû 
du dictionnaire de Eitto, BI. Bojle s''était d^à occupé de la tâche inté* 
ressante d^dentifier les produits naturels et les drogues dont tes phar- 
macopées anciennes font mention. A cet effet, il a^'aît réuni tous les 
owrages persans , arat>es et hindous qui traitent de ces sortes de 
choses , et en tîonstfltant les livres de Dioscorides , dUasselquîst , 
d'AIpinus et de Foksal , il avait pu rédiger une espèce de botanique 
ffliaaniacologiqxie oiientale. On voit donc que, de toutes manières, 
M. Boyle se trouvait plus que personne en état de bien remplir là 
mission qu^ avait acceptée dans la rédaction du dictionnaire. Je 
prends au hasard cinq ou six articles pour essayer de donner une idée 
de l'esprit suivant lequel cet ouvrage est conçu. Sous la rubrique 
Concorékmce on trouvera une fort bonne appréciation de ce genre de 
travaux. S. Antoine de Padoue, auteur des Concordantiœ morales^ est 
cité en premier lieu, suivi deprès par le cardinal Hugues de Saint-Cher, 
qui mourut vers l'an 1264. Au bout de cinq siècles, la Concordance du 
fameux Aomîniesin a retenu beaucoup de sa valeur, et elle forme la 
base du gros volume de M. Dutripon, qui a reçu la sanction deMgrTtir- 
chevêque de Paris. Le dictionnaire Kitto dit le plus grand bien dé ce 
travail, compilé sur la Vulgate et imprimé avec une rare correction. 
H. Dutiipon a cité 22,000 passages des saintes Ecritures qui ne se 
trouvent dans aacune autre ooncordaooe, et on peut affiructer foe son 
livre est un véritable monument d'érudition et de patience. 

Ltetide Inierpréiati^n est un Tésmné de la scîenoe iierméii6ati<jfue, 
aoo»fliipagné de recherches fott curieuses sur l'idée qM les anciens «e 
fiÔBneat d'utn «aBégède. Il est oertajn, d'après une «niltitttde d^xmvples 
tiaéM d'Aristophane, de Platon, d'Ëur^ide éL de Piularque, que, pcrar 
J68 Gieea, les i^-pital Paient des iioimnea âraés du pouvoir d'inler^ 
fréter les Tokintés des dieux et d'expUquar les choses «aérées. CImz 
■les BiMMÛns un arospôoe, un angune^ idi fulgurateur appartenait à k 
eiâSBe des interprètes dévias. La diffiSrence entre un mterpret et nli 
vadm resàort adiaûttbIemeDi de deax versets (4^90) dans le douaème 



— 132 — 

chapitre de la première épitre de S. Paul aux Corinthiens. Là on voit 
que œux qui sont désignés comme XaXouvreç '{kii^acaiç jouissaient de 
cette prérogative en tant qu'ils se trouvaient dans un état de (i-ivriç; 
d'un autre côté, ils se méprenaient souvent sur le sens de leurs pro- 
phéties, parce qu'ils n'avaiejit pas rip[jt.Y)V£(a YXaxxaûv, et qu'ils n'étaient 
pas exégètes. 

Je citerai encore une dissertation très-importante sur les Introduc-- 
lions à l'étude de la Bible. L'auteur de ce travail y rend pleine justice 
aux écrits du célèbre oratorien Richard Simon, qu'il représente comme 
ayant été persécuté à la fois par les protestants et les gallicans de 
l'école de Bossuet. Repoussé des deux côtés, le savant illustre auquel 
nous devons V Histoire critique du texte du Nouveau T'esiament n'en 
poursuivit pas moins sa tâche, et il passe à bon droit pour le fondateur 
de Tex^èse moderne. Les Pococke,les Lightfoot, les Michaelis, n'ont 
fait que suivre sa trace. On avait accusé Richard Simon d'être le dis- 
ciple de Spinosa; on adressa à Michaelis le même reproche , en ajou- 
tant toutefois que le savant oratorien était, aussi bien que le philosophe 
juif, son parrain en hérésie. 

M. Farrar, qui s'est chargé de l'article Philosophie^ a donné sur ce 
vaste sujet un aperçu succinct^ mais très-complet; enfin, je recomman- 
derai au lecteur la description de Jérusalem^ et le mémoire dans lequel 
la question si controversée des généalogies du Sauveur est encore une 
fois traitée. 

Gustave Masson. 



actionnaire universel de» «elences eccléslastlcfue». Hx$' 

taire de la Religion et de V Eglise; — Discipline ecclésiastique; — Liturgie ; — 
Théologie dogmatique et morale; — Exégèse biblique i^^ Droit canon; — J?a- 
giographie; — Papes; — Conciles; — Sièges épiscopaux anciens et nouveaux, 
français et étrangers; — Abbayes;"^ Schismes; — Biographie et bibliographie 
religieuses; par M. l'abbé J.-B. Glaire. Paris, Poussielgue frères, i868. 2 yol. 
grand in-8 à 2 colonnes de yii-2508 pages. — Prix : 30 fr. 

Ce titre étendu a du moins l'avantage de donner une idée du contenu 
de l'ouvrage. En entreprenant ce Dictionnaire, M. l'abbé Glaire a eu 
en vue, « d'abord l'utilité des ecclésiastiques, qui sont très-souvent 
pressés d'avoir des renseignements^ qu'ils trouveraient ailleurs il est 
vrai^ mais non sans perdre beaucoup de temps; ensuite celle des avo- 
cats et des magistrats, qui, ayant mille occasions de traiter des ma- 
tières où les questions de droit canon se trouvent mêlées à la jurispru- 
dence civile, sont nécessairement embarrassés, et, par là même, exposés 
à commettre de graves erreurs; enfin celle des personnes du monde. 



— 133 — 

dont les tmes, quoique au fond chrétiennes, vivent œpendant dans une 
illusion étrange sur bien des points, et les autres sont mises chaque 
jour à de terribles épreuves par des incrédules d'une certaine bonne foi 
6t d'un demi-savoir qui en imposent. » 

Au siècle dernier, deux religieux dominicains, les PP. Richard et 
Giraud, ont publié une Bibliot/ièque sacrée, ou Dictionnaire universel 
des sciences ecclésiastiques (Paris, 1760, 5 vol. in-fol. et un vol. de 
supplément aussi in-fol. 1765). On en a donné une nouvelle édition, 
quelque peu améliorée et augmentée, en 29 vol. in-8* {1821-1827, 
Paris). De nos jours, le chevcJier Gaetano Moroni, camérier de Gré- 
goire XVI et de Pie IX, a publié en italien, un Dictionnaire d'érudi^ 
tion historico^cclésiastique depuis saint Pierre jusqu'au pontificat de 
Pie IX (103 vol. in-8*), ouvrage plein de recherches et des trésors d'é- 
rudition que Rome renferme, et dont on avait annoncé, en 1844, une 
traduction française; mais elle n'a pas eu lieu, du moins que nous 
sachions. C est à ces deux sources principales, et surtout dans le 
Dictionnaire des PP. Richard et Giraud, que M. l'abbé Glaire a puisé 
les éléments de son travail; il a pris l'œuvre de ces derniers pour base, 
« parce que c'est l'ouvrage le plus complet en ce genre pour la nomen- 
clature, n 

Nous avons parcouru et lu un très-grand nombre d'articles de son 
Dictionnaire, en les comparant avec la Bibliothèque sacrée des 
PP. Richard et Giraud, et nous avons vu que M. Glaire, sauf, bien en- 
tendu, plusieurs articles nouveaux et une foule d'explications, additions 
et corrections importantes, s'attache le plus souvent à donner l'abrégé 
du travail des deux dominicains." Il ne faut pas oublier, dit-il, que, ne 
donnant qu'un simple abrégé, nous avons dû nécessairement, dans 
une foule de cas, nous restreindre aux idées mères, aux notions fonda- 
mentales. » Cependant, ajoute M. Glaire, « nous croyons avoir paré, 
autant que possible, à cet inconvénient inévitable, en indiquant fi- 
dèlement, à la fin de nos articles, les auteurs qui ont traité les ma- 
tières avec les développements convenables à chaque sujet. » 

C'est, en effet, ce que l'auteur a le soin de faire. Chacun de ses ar- 
ticles se termine par l'indication des sources. Seulement, nous regret- 
tons que, pour presque la totalité des articles, les sources indiquées ne 
soient guère autres que celles qui ont été données au xvni* siècle par 
les PP. Richard et Giraud. Depuis ce temps, il a paru une foule de 
travaux qu'il eût fallu signaler. Pour l'histoire, pour l'hagiographie, 
par exemple, combien d'œuvres importantes ont été publiées en notre 
siècle ! Or, après l'examen le plus attentif, nous avons pu nous con- 
vaincre que très-petit est le nombre d'ouvrages nouveaux indiqués par 
Fauteur. A chaque pas, pour ainsi dire, on regrette de ne pas voir figurer 
tel ou tel ouvrage qui serait si digne de mention, et qu'il eût été si 



— 134 — 

utile et si néoessaire pour les tcavailfeors de tnwiv^ paraû les livces 
à consulter. Ce sont là, assurément^ de très-fâobeuses laconeB. 

Piôsqne M. l'abbé Glatfë, ayee cette modestie, oe désintéressetneBt 
qui caractérisent le vrai savoir, écrit ces lîgries dans sa Prèjûoe z 
« Loin de redouter les observations* ou même les erîtiqiies, nous les ap* 
pdons de tous nos dé^rs, Uès-décidé à mettre à profit celles <iui auront 
on fondement de vérité, • nous nous permettrons encovede lui exprimer 
un autre regret non moins fondé» et qui sem certainemei^ partagé par 
beaucoup de lecteurs. 

Nous voulons parler de oe qui oonceme la question des origines apos* 
toliques de nos Eglises des Gaules. Pourquoi, après la publication de 
tant de savants travaux contemporains sur cette question, s'en êtte 
ténu, dans les articles — un seul excepté — consacrés aux saints fon<* 
dateurs de ces £^lises, au sentiment des PP. Richard et Gînuid, c'est* 
i-dire de Técole des hypercritiques Laiiaoy et Baillet, qui place -ces 
origines seulement au m' siècle! Sans doute c'est ici une question 
libres et nous ne prétendons pas que M. Tabbé Glaire det)aù adqiter 
les conclusions des érudits de notre temps qui ont élucidé oette qu66<* 
tion et replacé au i""' siècle lorigine de nos Églises. Mais on conviendra 
que leurs travaux méritaient quelque attention^ et qu'il eût fallu au 
mMUS les citer. JVL l'abbé Glaire Ta bien fait (1) pour l'article La« 
ZARE (saini), t. 11^ p. 1235. Pourquoi pas, alors, pour saint Martial, 
saint Trophisine et tous les autres ! L'auteur n'aurait cependant pas 
manqué d'indications à donner; car, on peut le dire, chacune de nos 
Eglises a vu surgir, en ces derniers temps, des défenseurs dont les 
écrits, puisés aux sources» sont la plupart trës-rômarquables. 

Si l'on n'est pas surpris que M. l'abbé Grlaire, toujours en suivant 
l'opinion des PP. Richard et Giraud qu'il a trop copiés, selon nous, ad- 
mette deux saints Denys, l'un VAréopagyte^ « mort vers l'an 96, « et 
l'autre « premier évêque de Paris, qui fut envoyé de Rome au m* siècle 
pour annoncer l'Evangile dans les Gaules^ •• tout au moins peut«on s'é- 
tonner de le voir, non pas seulement passer sous silence les travaux 
de MM. les abbés Davin et Barras sur cette question des deux samts 
Denys^ mais niêine taire complètement, dans son article •* Denys («am^ 
dit VAréopagyU m (t. I, p. 6(^, la traduction des écrits de ce saint &ite 
par Mgr Darboy, et, plus réoen^ment encore, par M« l'abbé J. Duhc^ 
en 1865. 

Nous avons donc à regretter dans ce JDiciùmnaire bien des omis* 
siùoa et des lacunes; en outre, on pourrait rcfirocher à beaucoup dU 



(1) Voici tort c© que dît M. Glaire : « Citait -ûné opinion générnlemcnt wçne au 
xvn«dècl«(fl ait été 3ilfu juste de divo:/M9»'aaxYn««AcAp)qiBBLBzai«awft abaidé 
an Pra^aQoe avac ses lœun, et qu'ils j avaient prêché la foi Jirëtienae. Jean de La«^ 
noy attaqua cette crojance; miûs il a été pleinement réftité par un sarant sulpiden, 
M. Faillon. n 



— 135 — 

4iefes d'SÉre trop ëocNirtés/ioiit i Mi insufSsaiit& Mais, œei ait pour 
l'aoqoii de notre conadenœ de critique* ^ en mettant â part plnsîenrs 
encan à peu près iaévitables dans ces sottes d'ouvrages, nous nous 
h&tons de rendre iiommage à œ qtd est digne d'éloges dans le tmwl 
ifeM.Gkir& 

La rédaction en est partout exoeJientè, natte, conrise, telle qu'dle doit 
donepour un Dictimmaire abr^é. Les matières sont bien disposées^ 
méthodiquement classées, de façon à faciliter les recherduBS, paitieu- 
lièrement en -âe quiconceme les homonymes. Quelques parties, coaune 
œ qui appartient à ia théologie^ «u droit canon, renferment beaucoup 
de .bons articlea nouveaux : il en est de même pour la biographie ; 
M. ràbbé Glaire a suppléé un certain nombre d'articles dont les uns 
manquent dans Feiler, les autres dans Michand, et d'antres dvns la 
Nowodie Biogrofiie genènh-àd MM. Dîdoi. Nous appelons surtout 
rattentâon sur \ës articles qui, rentrant plus spéci^ment dans le 
eercle des études babitneUes de M. Tabbé Glaire, sont mieux traités 
4snoape et phis complets : ainsi tous les articles qui appartiennent â ia 
philologie, â l'ez^i^^e, à la critique, â l'histoire biblique^ en un mot tous 
ceux qui se rattachent à TÉcriture sainte^ sont excellents et fcmmissent 
de bons renseignements.Cette partie, qui occupe une grande place, donne 
te plus grand prix an IHcticnmaite de M. Tabbé Glaire : die ajoute 
heauooap âaoïi mérite et â son incontestable utilité. 

L. F. GuÉRix. 



eC OMMa^v^ile atadjplliie ^e Vik^flim^n par le P, Louis 
Tuoiussiir, prêtre de l'Oratoire \ nouvelle édition, revue et augmentée par 
IL l'abbé Andaé, docteur en droit canonique ; Bar-le-Duc, Louis Guérin, 
i 864-67. 7 7oL grand in-8<* à 2 colonnes (les tom. I k VI sont en vente). 
— Prix : 7 fr. le vol. 

Il n'est aucun tedeur instruit qui ne connaisse, au moins de reputa* 
ticm, ie grand ouvrage dont nous venons de transcrire le titre, et dont 
on publie une nouvelle édition en ce moment. Parmi les nombreux 
écrits 4u savant P. Thomassiny mort en 1095, il n'est pas d'ouvrage 
qui, UToe son admirable Traité latin des Dogmes ihèolagiques \ 8 vol. 
in-folio, 1680-1689)^ ait plus contribué A sa gloire et qui ait été plus 
«ité par les savants, fShez lesquels il a 1a>ujours faiit autorité. 

Cet owrage «ir la Dîsdptine de l'Eglise, est, sans contrefit, le 
commentaire le plus complet que nous ayons du &oît canon, indépen- 
damment des documents précieux qu'il fournit pour llitstoire «n gé- 
ttéml^ et poiticulilgrement pour Thistoire de TEgfise. Rempli dhme 
▼raie et profonde érudition, mise au service d*un «sprit sagace et lu- 



— 136 — 

minenx, on y trouve sur les] matières de Tancienne et nouvelle disci- 
pline de TEglise touchant les bénéfices et les bénéficiers» etc., les ren- 
seignements les plus solides, puisés aux sources. Pour toutes les que&* 
tiens qu'il a à traiter, Thomassin parcourt tous les siècles, y ra- 
masse une multitude presque infinie de faits, de lois, de canons^ d» 
décrets, de témoignages des Pères; il les interprète, les compare, 
y cherche la vérité avec la plus scrupuleuse attention ^ et la metei» 
pleine lumière. 

Le 1" volume (in-folio) de ce grand ouvrage parut en 1678 ; le 2* e» 
1679, et le 3^ en 1681. Presque immédiatement, on en publia une 
deuxième édition, également en 3 vol. in-folio. Mais on r^rettait que 
TEurope savante ne pût jouir de ce travail. Le pape Innocent XI sur- 
tout souhaitait que son utilité pût s'étendre à tous, et ce fut alors 
que, pour donner satisfaction à ce Pontife, Thomassin entreprit de 
traduire son ouvrage en latin, ce qu'il exécuta en dix-huit mois. 
Cette traduction, en 3 vol. in-folio^ était préférable aux deux pre- 
mières éditions françaises, en ce qui regarde Tordre et l'arrangement 
des matières, et lorsqu'en 1725 on publia une troisième édition fran- 
çaise^ on la donna entièrement d'après l'ordre suivi dans Téditio» 
latine. 

' C'est cette édition de 1725 que M. l'abbé André reproduit aujour- 
d'hui, mais avec de nombreuses additions. Le P. Thomassin nous in-^ 
troduit dans les divers âges de l'Eglise, et nous y fait voir les maximes- 
de discipline qui ne varient jamais, et celles qui changent selon les^ 
besoins de l'humanité et les exigences des temps et des lieux. D par- 
tage les temps en quatre âges, et rapporte sur chaque matière ce qu'on 
en trouve dans les conciles^ dans les Pères, dans le droit canon» dans 
l'histoire, dans les lois, dans tous les monuments ecclésiastiques an- 
ciens et modernes : il met sous les yeux du lecteur un nombre consi- 
dérable d'autorités qu'on ne trouverait qu'après des recherches in- 
finies. Mais, aux quatre âges que le docte oratorien nous fait con- 
naître, il importait d'en ajouter un cinquième, c'est-à-dire celui oiv 
nous nous trouvons depuis la Révolution française, et pour lequel l'B- 
glise a dû modifier sa discipline. 

Tout instructif et curieux que soit le travail de Thomassin, ob 
comprend que c'est surtout cette discipline actuelle qu'on a besoin de 
connaître aujourd'hui ; M. l'abbé André s'est chargé de nous initier 
à cette étude, en complétant l'œuvre de Thomassin. Il remplit cette 
tâche, soit dans des additions assez considérables placées à la suite 
de certains chapitres de Tauteur, soit par des notes quelquefois assez* 
étendues, disséminées dans le corps de l'ouvrage, et dans lesquelles il 
montre avec science et courage les entraves dont jouit l'Eglise à peu 
près partout actuellement. Si l'on ne peut accepter sans quelques ré- 



— 137 — 

serves tout ce que le savant canoniste dit dans ces diverses additions, 
4X1 reconnaîtra néanmoins qu'elles sont généralement solides et ex- 
43ellentes : plusieurs^ nous sommes heureux de le constater, nous ont 
pleinement satisfait, et sont de nature à redresser bien des erreurs, à 
^lissiper bien des préjugés, en même temps qu'elles ne peuvent que 
ùûxe comprendre la nécessité de Tétude plus approfondie du droit 
canonique. 

L. F. GuÉRiiV. 



De» Esprits» de rÊsprlt-Scàlnt et du Miracle dans les six 
premiers et les six derniers sl&eles de notre ère, spéciale- 
•ment des résurrections de morts, des exorcismesy apparitions, transports, etc., 
'extraits des Bollandistes et des Procès de canonisation, par J. E. de Mirvillb. 
Tome VI. Troisième Mémoire. (Manifestations thaumaturgiques), Paris, 
F. Wattelier, 1868. Gr. in-8'» de xlvii.486 pages. — Prix : 7 fr, 

B>es Esprits , de l*Esprlt-Salnt et du Miracle, par J. E, de Mia- 
viLLE. Manifestations thaumaturgiques. Appendices et supplément du pre- 
mier Yolume du troisième Mémoire. Paris, F. Wattelier, 1868. Gr. in*8^ 
de 178 pages. — Prix : 2 fr. 50. 

M« le marquis de Mirviile continue > avec une persévérance digne 
d'éloge, ses savantes et consciencieuses études sur les Esprits. 

Dans un premier Mémoire , l'auteur avait d'abord établi le caractère 
démoniaque de toutes les manifestations fluidiques qui demeuraient 
inexplicables pour la science moderne, telles que les tables tournantes, 
le somnambulisme magnétique, la médiumnité, certaines hallucina- 
tions^ névropathies et monomanies mystérieuses. On put contester 
plusieurs assertions contenues dans ce Mémoire, spécialement celles 
qui ont trait à l'intervention diabolique dans les trombes , les oura- 
gans, les chutes de pierres et autres faits météorologiques. Mais il 
n'en fallut pas moins reconnaître que le laborieux démonographe était 
seul dans la logique, et que son système, corroboré à la fois par les 
témoignages d'un grand nombre de savants et par les données mêmes 
de la révélation, offrait l'explication de bien des mystères, et jetait 
<2omme une sorte de demi-jour effrayant sur le monde invisible. 

Après ce premier travail^ parurent successivement quatre autres 
Mémoires destinés à prouver l'action pernicieuse et funeste des mau- 
vais Esprits dans l'histoire, depuis la chute originelle jusqu'^ notre 
époque. M. de Mirviile s'attacha d'abord à démontrer l'importance du 
dogme des Esprits au point de vue scientifique, historique^ médical et 
philosophique. Puis il nous dépeignit ces Esprits de mensonge comme 
Jes promoteurs de toutes les idolâtries qui ont déshonoré la surface du 



— 138 — 

globe : le féticbisme, la zoolâlrie, la cosniclatne, l'astraiâtrie, T 
tkrop<dâtrie^ k nécrolâtrîe» la théurgie saceidotale, le &it3i ^rmbo- 
Ikme f la p jthomancie y la thaumaturgie infernale et astres saperstî- 
tions dont il ne nous est pas même possîUe de donner la nomendatere. 
La question n offrait plus d'obscurités» L'action et Texistenee des 
laaavais Esprits étaient nettemeiït posées devant la absence et de?»Bi 
l'histoire. 

Il manquait à cette œuvre capitale un complément nécessaire, qui 
se rattachât aux précédentes études par un lien à la fois dogmatique 
et chronologique. Nous voulons parler de l'action de l'Esprit-Saint 
dans l'Église, du miracle» des résurrections et des appsLritioQs de 
morts. C'est ce complément que nous donne aujourd'hui M. de Mir- 
viUe, Quel est ici son but principal! C'est de réparer, il le dit lui- 
même» le mal produit^ a propos du surnaturel^ par l'éeole gaJIieane 
et jansémste da xni* siècle. 

Ce nouveau Mémoire, avec le supplément et les appendices, com- 
prend toutes les manifestations thaumaturgiques des siz premiers 
siècles de Tère chrétienne. 

Au premier siècle^ nous trouvons le miiade de la PentecôlSy le don 
des langues, la descente de l'Esprit-Saint sur les membres da Cé- 
nacle, les miracles apostoliques, les résurrections de morts dues 
aux prières de S» Jean^ de S. Pierre et de S. Paul, la persistazicedes 
démons .devant la prédication de l'Evangile, les £uik prodiges de 
Sîmoii le Magiôen,. l'histoire de sa chute aérienne^ les moyens de 
p re st ige employés par cet adversaire des apôtres, ks prétendes m^ 
rades d'ApoUonâus de Thjane, plusieurs apparitions de saints asx 
fidèles da la primitive ]^îise, la résurrection de la sainte Yiei^, fak 
plus aathentique et la plus sacrée des résurrections traditimnelles. 

An m sâède, M» de MinriDe étudie l'immense résctio» de tons les 
dieux contre la nouvelle doctrine, les hérésies des gnostiqnes (on mé- 
(finals possédés)» des doeètes, des ophites,. des montanistes fou. né» 
dnms faux prophiiss)» des thénrges d'Atesandrie foo médiums beaux-- 
esprits). Il décrit ensaite le spiritisme envahissant le lieu suot et se 
nHUEÈfiestant par l'apparition d'anges de ténèbres avisés en aiqpes 
da lumière. On sait le mot de TortnlHen : JDiaboba «tmà» i>rt. Qwmt 
à Taction manifeste de TEsprit-Saint^ l'auteur en montve les cflEets 
dans les ezarcismes et les nombreuses résurrections de cette époqne* 

An m* siècle» les mêoies miracles se produisent sans interruptiatt y 
pendant dnq grandes persécutions. M. de Mirville met anr prises la 
pnissaafie surnaturelle de S. GMgotre k Thaumaturge:^ de S. Mairimp 
de BegipGt de Ste Chryse» de S^CaSus, de S. Tiburee^ de Ste Agnès 
et de S. Cjrprien». avec le spiritisme démoniaque de dette période 
mentée dont l'hérésiarque Manèa résnme si bien le tatë 



— 139 — 

Une note extrêmement ciirieYiser offire aux érndits la confession d'un 
magieien devenu évêqne, de S. Çyprieft. Cette confession n'avait pas 
tticore été traduite en français» 

Au iT* siècle , le miiacle a surtout pour théâtre le désert et les tbé- 
baades. Ici appataissent les œuvres suiàumaines des saints solitaires, 
de S. Antoine» de S» Hilarion, de S. Macaire, etc. Les résurrections 
et les yisions célestes sont aussi nombreuses qu'aux époques précé- 
dentes. Il y a aussi des exemples de translations corporelles. Parlant 
de la croix lumineuse qui apparut à (>)nstantin avant la bataille contre 
Maxence, M. de Mirville rappelle la croix de Migné, qui fut aperçue, 
en 1826^ pendant une mission, par plus de 4,000 personnes. Une note 
sur Julien l'Apostat fait justice des apologies de cet empereur dues 
aux historiens de Técole rationaliste. 

Dans le v* siècle, nous trouvons encore le miracle, vivant et per- 
manent» en Asie avec les stylites; en Occident avec les moines d'Ir- 
lande, les solitaires des Gaules « les cénobites d'Italie domptant ces 
fléaux du monde ^ Alaricr Attila^ Gensénc et autres exterminateurs^ 
que Chateaubriand. appeUe dans son pittcuesque langage les conscrits 
du Dieu des armées. 

Au VI* siècle enfin, nous assistons avec M. de Mirville aux dernières 
luttes du druîdisâie, i la fondation miraculeuse de la monarchie fran- 
çaise, aux oeuvres thaumaturgiques des saints de Bretagpe^ de 
S. Renû, de S. Benoit, de S. Gr^ire le Grand. L'auteur donne 
d^téiessants dâails sur la conversion de Merlin l'Enchanteur et sur 
la Sainte-Ampoule. Un résumé relatif au démonisme et à la ma^e des 
six piremiefa siècles de l'Eglise tenaÎBe ce volume* 

Les appendices oaat trait à la résurret^on de Pierre Miles par 
S. Stanislas, évêquede Craoovie au xi"" siècle; à la légende de Notre- 
Dame de Cékca, aux fuisses résurrections, à Julien l'Apostat ^ au 
purgatoire de S. Patrice et aux résurrections animales. A ce sujet, 
nous reooBunondoiis aux curieux la théorie de M» de MirvîUe sur les 
destinées de Time des bêtes après la mort. 

On peut ne pas admettre sur quelques points la thèse de H. de Mir- 
eille. Mais ce que l'on ne saurait contester, c'est sa profonde érudition^ 
ses vastes connaissances historiques» le coté piquant de son intelli- 
gence, qui &it que tous ses ouvrages se lisent avec plaisir. 

Notre époque a vu se réveiller les études sur le Saint-Esprit. Deux 
Oiuvrages importants ont été le fruit de ce réveil : la Mimon imtvpo- 
relie du Saint-Esprit j^ par Mgr Manning, et le Traité du Saint-Esprit, 
par Mgr G^une. Le dernier travail de M. de Mirville ne contribuera 
pas peu a aider les théologiens dans Télucidation des problèmes qui ont 
txaît à la troisième personne de la sainte Trinité. 

Un vçeu en terminant. Noua souhaitons ^ et tous ceux qui s'inté- 




— 140 — 

ressent au développement de la science catholique doivent ardemment 
souhaiter avec nous, que M, dfe Mirville puisse mener à bonne fin aoii 
important travail. Le premier, en France, il aura porté un coup 
terrible à Thydre sans cesse renaissante du spiritisme; le premier, il 
aura appelé l'attention sur le danger de certaines pratiques regardées 
encore par quelques esprits superficiels comme inofiensives. Le pre* 
mier enfin il aura posé les éléments et les bases de la science démono- 
logique dans ses rapports avec le catholicisme. 

F. BoissiN. 



Esquisses rell^leufie» oITerte» auil sens du monde* Paris^ 
Ch. Douniol, 1868. In-i2 de 533 p. — Prix : 4 fr. 

C'est une femme du monde qui s'adresse ici aux gens du monde, pour 
faire appel à ce qu'il y a de plus intime au fond des cœurs, et réveiller 
dans les âmes assoupies des pensées de foi^ de charité^ de dévouement» 
Ce n'est pas la rêverie que l'auteur veut provoquer : « elle ne sert qu'à 
plonger Tâme dans une langueur qui devient souvent maladive et dé- 
sorganisatrice ; » c'est la réflexion , qui est a le repos dans le vrcd, le 
regard calme et profond au dedans et au dehors de soi-même, n II faut 
donc « s'arracher à ses habitudes apathiques, se roidir contre les sen- 
sations, s'imposer l'effort de la pensée; en un mot, changer son tem- 
pérament... Alors commence une transformation aussi prompte qu'é* 
tonnante : les facultés annulées s'épanouissent, et le passé devient le 
germe fécond de l'action. S'il s'agit d'un père ou d'une mère, la fa- 
mille en décadence est relevée, l'anarchie disparaît, et la maison n'est 
plus un simple édifice de pierre habité par des êtres du même sang, 
mais une maison^ comme on le disait autrefois, c'est-à-dire, à quel- 
que rang qu'on appartienne, une force collective et honorée. »» 

Voilà donc le but de Mme la marquise de Godefroy Menilglaise — 
nous pouvons la nommer, bien qu'elle n'ait point inscrit son nom au 
frontispice du livre. ^ Laissons-la maintenant nous dire conmient elle 
a rempli ce but : •« «Tai d'abord, écrit-elle, tracé de simples esquisses, dont 
le cadre n'a rien qui doive attirer les regards ; ce sont des situations 
cCoù rame se tire avec Vaide de Dieu. Je les ai placées dans l'ordre 
qui me semble accentuer progressivement la nuance, ainsi que dans un 
traitement on augmente doucement les doses. Aux deux extrémités de 
ses Esquisses, les Lettres d'une aïeule représentent une noble et chré- 
tienne existence dans le monde» et la Mère du missionnaire le sacri- 
fice pieux et absolu de soi-même; puis le Doute montre les tortures 
de l'incertitude en matière de religion. Ensuite, cessant de chercher 
à captiver l'attention par la fiction de personnages imaginaires, j'offre. 



— 141 — 

flous le titre de Matière à réflexion^ quelques sujets tels que : le But 
de la vie, la Justice envers Dieu, etc., dignes de préoccuper la con- 
science, et propres, je Tespère, à la conduire vers dejplus profonds et de 
plus complets examens... Dans la seconde partie, sans me dissimuler 
mon insuffisance, j'ai osé traiter de quelques questions théologîques, 
dans l'espoir que ces choses élevées qui intéressent mon fime iraient 
exciter ailleurs encore de légitimes curiosités. Arriva à l'âge où les 
affiiires de Tétemité prennent une importance décisive, je cherche à 
les entrevoir, à travers la nuit du temps, comme le regard s'obstine i 
distinguer dans les ténèbres. Usant des saintes libertés laissées par 
l'Eglise, je vais errant dans l'inconnu, en me détournant souvent du 
coté de la lumière fixe. » 

Tel est le programme tracé par Mme de Grodefroy Menilglaise. Nous 
ne pouvons, à notre grand regret, montrer ici comment elle Ta rempli. 
Bornons-nous à constater que dans la première partie^ PÉpreuve de 
lavie, elle a abordé, soit sous une forme anecdotiqae, soit sous la forme 
du dialogue, les sujets les plus variés, en se montrant intéressante et 
Instmctive toujours, éloquente parfois; et que dans la seconde partie, 
Effort de Cintelligence pour s'élever et s*in$truire, elle a su tracer 
avec fermeté la ligne à suivre, et aborder^ avec quelque audace peut- 
être , mais souvent avec bonheur, les questions les plus hautes et les 
plus délicates. Qu'on lise ces Esquisses : l'âme y trouvera un charme 
consolateur et une force vivifiante ; l'esprit sera captivé par l'origina- 
lité et l'élévation des aperçus, la richesse de la forme, et par ce souffle 
qui anime tout l'écrit et en fait une œuvre à part. 

Louis Cauberout. 



JURISPRUDENCE 



Explication élémentaire du C«ode IVapoléon* mise eti rapport 
avec la doctrine et la jurisprudence, par J. J. Delsol, docteur en droit, avocat 
à la cour impériale de Paris. Deuxième édition, revue , corrigée et considé' 
rabUment augmentée, Paris, Cotillon, 1867. 3 toI. in-8 de 1,900 p* — 
Prix : 27 fr. 

Ily a beaucoup de commentaires sur le codecivil, mais il y en a peu 
de bons; on en trouvera de très-savants, maïs de très-claîrs, bien peu. 
C'est cependant la première condition que doit remplir un livre ayant 
pour but d'initier à une science abstraite des gens qui n*en ont au- 
cune notion. M. Delsol l'a bîen compris, et il expose son plan par l'é- 
pigraphe même de son livre : 

Qaidquid pneoipief , Mto broTis, ut cito diota 
Perdpiant aaimi dociles, toncantquo fîdclos. 

ATRIL 1S68. 10 



— 142 — 

Celte fleoonde é^tion, complètement remasiiée^ est tout â fait «n 
ouvrage nouveau, qui lenferme b «disoussi<in4e toutes les q^estioùs im- 
partantes, eu ONaservant œtte qualité si précieuse de fat darté et de 
la aitnpSciié qui mettent la science juridique à la portée de tous les 
esprits ei tendent à la vulgariser. JL*étude des Ims ctvîles a une 
grande importance pour tout le monde ; le droit ctvîl forme la liase 
même de la société et de ktarilisatum, et c'est encore ee qu'ily a de 
moins imparfait dans notre société' humaine. U est impossible d^ima- 
giner le moindre progrès îndistriel ou artistique sans ce premier pro- 
grès qui assore Tezistenoe même de la prD{»iété. Supprimez les Jme 
dviks^ et il n'y a plus ni civilisation ni société, car il n'y aplus ni pro- 
priété ni famille. Beaucoup de gens se trompent sur l'origine de notre 
droit civil et se figurent qu'il date du comflaenœnent dn siècle; â cette 
époque on en a &it un résumé, résumé très-femarquaUe rédigé sous 
rinfloenoe et par l'initiative de Napoléon; mais le oode Napoléon n'est, 
&i somme, que Textrait de Tancien droit, et surtout du droit romain. 
L'Allemagne n'a même 4'atttres kûs civiles que le droit romain; elle 
est donc plus encore que la France foioée de confesser l'origine ita- 
lienne de sa civilisation. 

Quel que soit le mérite de notre code, certaines corrections cependant 
ne seraient point inutiles : lia été reconnu qoe sur certains points le 
texte donnait matière à oontBOverse, de là nue souice de procès qu'il 
eût été fadle de tarir; sur d'autres points, par suite des tnn^r- 
maiiotts qu'a subies la lortune pubUique, quelques modifications ont pu 
devenir nécessaires^ pour faciliter les transactions, par eseosple, des 
changements au régime hypothécaire. Certaines modifications ont déjà 
été introduites, il est vrai, dans nos lois civiles, mais par des lois sé- 
parées qui ont le tort de rompre l'unité de législation. Cet inconvé- 
nient des lois isolées est sensible surtout pour notre droit administra- 
tif ; ici l'unité de législation serait bien plus utile encore. En effet, des 
gens ajrant très-peu de notions juridiques sont forcés d'appliquer tons 
les jours le droit administratif, et au lieu de se résumer en un code 
uniqucj le droit administratif se compose d'une multitude de Lois di- 
verses au milieu desquelles les plus expérimentés ont souvent peine 
à se reconnaître. 

M. Delsol n'avait point à entrer dans ces questions de critique ; il 
se borne à Texplication et à la discussion du texte; en groupant en- 
semble un certain nombre d'articles. Citons comme exemple la manière 
dont est exposée la théorie des obligations, et^ parmi les obligations, 
de la subrogation. M. Delsol explique avec une grande netteté les di- 
vers systèmes qui ont été présentés sur le caractère de la subrogation ; 
il fait ressortir la diflérence de la subrogation et de la cession de 
créance; dans la matière de la solidarité, il précise la destinction de la 



— 14t — 

MUdBiitâ pirfiute et de la fldidaritë imiMuCaite. Dias ie prenûer 
}vney il tnûle a^m^ beaucoup de clarté les qiiesti(m« de filiatiftii, Im 
cas de nullité de mariage enoorcv et notamnent la nullité pour eneswc 
dttifi la pereoine, distingimat suivant que Terveur porte sur Tidentité 
de la personne phjatqne, l'identité de la personne civile^ ou sur Un 
qualités de la personne physique on morale. C'test dans ces matièMO 
abstraites et difficiles que l'on peut apprécier la netteté d'exposition et 
la justessede vues de Tauteur qui, loin de ne perdre dans ks détails^ 
«mt toqonrs Tameiier son argumentatMm an bat» eontmiwmait A Tu- 
sage des «Nnai^itateucs, qui souvent battent les buissons i TaventUM 
suns eafmr on ils inont. Oe livre manquait ; avant Touvinge de 
M» Bdncil, il n'y avait pas de oommentaire du code civil à la fois si 
suoctncty si dair et si oompht, 

€• C. CéMATU 



SCIENCES 



"variabilité des eapëoen et ses Hniltea» par Ernest FaIvsk, 
professeur i la faculté des sd^ices de Lyon. Paris^ Germer-BaiOère, 
1968. fn-18 de rr-iM p. «« Pnx : t fr. 50. 

Sous des apparences modestes» cet ouvrage résout une des questions 
les plus graves que les naturalistes et les philosophes puissent se 
poser. Il le fait avec une netteté et une prudence bien rares dans ces 
questions^ qui touchent à la fois à la science et à la philosophie. 

L'auteur^ avant tout naturaliste, laisse de côté tout système et ne 
consulte que les faits. Il les examine avec une scrupuleuse impartialité, 
sans essayer d'en tirer des conséquences qui n'en découlent pas nâtu- 
réUemeot. Sévère pour les systèmes mal établis, il se garde bien d'i- 
miter ceux qu'à oonifaat et «ait s'anéter â propos^ en laissant nn point 
dlntenogation là où les fidts ne permettent pas de se prononcer. 

Comme méthode scientifique^ eet ouvrage peut passer à juste titre 
pour un modèle. Les questions dont il s'oeciqpe ont de tont temps pas- 
sionné et diidsé les savants; mais^ depuis la publication de l'ouvrage 
de M. Darwin, elles ont pris une importanoe nouvelle. Les idées in*» 
génieuses de l'auteur an^ais, appuyées sur des fitits cnrietiT, bien ob« 
serves, tobêb dont l'importanoe a été singulièrement exagérée^ en mâme 
temps qu'elles ont trouvé en France quelques approbations motivées^ 
aeoompagnâes d'nn grand nombres d'adhésions irréfléchies, ont soulevé 
des objections sérieuses, exprimées par des kirames dontles noms tek 
à |uste titre autorité parmi nous. M. Eaivre ert parmices opposants nn 



— 144 — 

des plus convaincus et des plus autorisés ; la botanique et la zoologie 
lui sont également familières, aussi les appelle-t-il tour à tour à son 
aide pour combattre ses adversaires et appuyer ses propres idées. 

Son but n'est pas de prouver que Tespèce est absolument fixe, mais 
d'étudier les conditions qui la font varier, et de fixer les limites dans 
lesquelles se produisent ses variations. 

« Nous ne saurions, dit-il, établir directement que Tespfece est fixe;^ 
mais il n'est pas en dehors de la mesure de nos connaissances de dé- 
montrer que sa variabilité nest pas absolue; ce sont les limites de 
cette variabilité qu'il faut découvrir et fixer, en prenant pour appui des 
connaissances positives; c'est à ce point de vue, à ce point de vue 
seul, comme l'a si bien compris Cuvier, que la question devient ac- 
cessible et conforme à l'insuffisance de notre savoir. » 

Fidèle à son programme, l'auteur, après avoir parlé du polymor- 
phisme, examine successivement l'influence des milieux et l'influence 
de l'homme sur la variabilité, tant des espèces végétales que des 
espèces animales ; il étudie les procédés qui permettent d'obtenir et 
de fixer les variations utiles, et détermine d'une façon précise la limite 
de cette variabilité. Prudent dans ses conclusions comme dans tout son 
ouvrage,[il termine en âtant ces paroles de Cuvier : « Parmi les divers 
systèmes sur l'origine des êtres organisés, il n'en est pas de moins 
vraisemblable que celui qui en fait naître successivement les différents 
genres, par des développements ou des métamorphoses graduelles. » 

Henri Desplats. 



HUstoIre et Liég^endes des plantes utile» et curieuses» par 

J, Ramdosson ; ouvrage illustré de 20 planches et de 100 vignettes insérées 
dans le texte. Paris, Didot, 4867. Grand in-8<» de 371 pages.— Prix : 40 fr. 

Dans cet ouvrage^M. Rambosson a pour but, non de faire une « étude n 
approfondie, mais plutôt de présenter « une récréation. » Il a voulu 
donner « non pas ce qui peut servir au savant seulement, mais ce qui 
convient à tout le monde» » Ulustré de grandes planches et de vi- 
gnettes , le livre remplit bien son programme. A coté de la science 
élémentaire qu'il veut propager, l'auteur ne néglige pas la partie plus 
attrayante du sujet : partout où se rencontrent des faits^curieux ouca- 
lactéristiques de chaque plante, soit dans Pline, dans Brillât-Savarin 
ou dans tout autre, il les rappelle^ les commente, ou du moins en orne 
la notice qu'il consacre à chacime des fleurs qu'il décrit. Ces notices 
rapportent l'étymologie réelle ou présumée du nom de la plante, font 
connsutre l'utilité ou le danger qu'elle présente et la cause de sa câé- 



- 146 — 

brité. Si certains faits historiques l'ont rendue célèbre, l'auteur les rap- 
pelle : pour la ciguë, ce sera la mort de Socrate; pouf le cyprès, les 
chants de Gessner ; pour la renoncule, le goût du sultan Mahomet IV et 
la flatterie dont elle fut l'occasion. A la fin, il indique la signification 
allégorique de la plante dans le langage des fleurs. 

M. Bambosson a fait ainsi un livre intéressant et qui ne laisse pas 
que d'avoir son utilité. Toutefois, il a par trop évité le défaut de ces 
" classifications et de ces nomenclatures sèches et arides « ne servant 
qu'à des « spécialistes. » Nous aurions aimé à trouver dans ces pages 
un ordre quelque peu méthodique plutôt qu'une énumération par ordre 
alphabétique. A notre sens^ l'ouvrage n'en serait pas moins accessible à 
la jeunesse, et le savant qui voudrait chercher, comme le dit l'auteur, 
" dans un volume peu considérable^ des faits épars dans des milliers 
d'ouvrages, » le ferait avec plus de goût et de facilité. 

H. DE Maneux. 



BELLES-LETTRES 



Grammaire comparée de» lan^^es Indo-européennes» 

comprenant le sanscrit, le zend, l'arménien^ le grec^ le latin, le lithuanien, 
l'ancien slave, le gothique et Vallemand, par M. François Bopp, traduite sur la 
2" édition et précédée d'introductions par M. Michel Bréal, professeur de 
grammaire comparée au collège de France. Tome H. Paris, Hachette, 1868. 
Gr. in-8 de zxxTm-429 pages. — Prix : 8 fr. 

Le tome !•' de cette publication contient la traduction des 205 pre- 
miers paragraphes de l'ouvrage de Bopp : phonétique ; racines ; for- 
mation des cas des substantifs, première partie (prolégomènes et cas 
du singulier). 

Le tome II, que nous venons de recevoir, renferme la traduction des 
paragraphes 206-425^ savoir : formation des cas des substantifs au duel 
et au plmîel, tableau général de la déclinaison des substantifs dans les 
langues indo-européennes, la déclinaison en ancien slave, déclinaison 
des adjectifs, degrés de comparaison, noms de nombres cardinaux, noms 
de nombres ordinaux, adverbes numéraux, pronoms personnels, pronom 
réfléchi, pronom démonstratif, pronom relatif, pronom interrogatrf, 
pronom possessif, pronom corrélatif, adverbes pronominaux. 

M. Bréal a fait précéder son élégante traduction d'une introduction 
dont l'objet est de répondre aux plaintes des lecteurs français, et de 
leur donner un fil conducteur dans le labyrinthe du premier volume, oii 



1 



— 146 — 

le talent d'exposition de réminent a«te«r alkmand n'est pas, en pest 
l^vcHier, aa m^wai^ de sa seienoe. 

« Ail mi&a de eette provision de Tues de totitonatiire^ dît M. Biéal, 
il est bon de mai^ner Ifrâ graiides diviakais et de prendre qad 
d'ensemble. Ce n'est pas que te ttrre de M. Bopp manque d^ordie» 
mais l'avteur^ qai se laisse conduire par son siQet, ssws miend vo- 
lontîeis les transitions; je ne veux pas dire non phe que les consi- 
dârations générales fassent défaut & la Grammaire coagHorée ; nais 
elles se cachent en des recoins où il faat saToir les découvrir. » 

M. Bréal a divisé scm introduction en trois parties : phonétique, 
racines, substantifs. U a réuni dans ce travail les principes foodaoKn- 
tanx qn^il est nécessrâre de cMnaîtie po«r faire une kcture utile dv 
tome i* d» grand ouvrage de Bopp. H prend d'abord la déienae 
de ce linguiste émincnt contre la eritiqae française^ gai trouve trop 
étendue la place occupée dans son livre par une partie de la gram- 
maire complètement négligée dans nos études classiques. On peut 
négliger la phonétique quand on veut apprendre une langue isolée, la 
langue d'un peuple unique à une date déterminée ; mais, sans étudier 
la phonétique, c'est-à-dire les lois suivant lesquelles s'opèrent les mo- 
difications de sons qui caractérisent chaque langue^ il est impossible de 
donner une base solide à cette science des rapports des langues qu'on 
aj^pelle grammaire comparée; on ne peut se rendre compte scientifi« 
quement du plus grand nombre des différences et des ressemblances 
esdstant entre de«x langues d'une même famille» ai de la valeur de la 
plupart des caractères qm distinguent les âges divers d'une même 
laague. li« BréaL donne quel%iies esiemples empnuMés à l'histttre 
de la langue latine, à la grammaire des ciialeotes grecs ; il montre 
que des principes certains de phonétique sont nécessaires pour nous 
permettre de rapprocfeier avec certitude tri mot grec du mot sanscrit 
correspondant, tel mot latin d'un mot goânqiie qui, sans resocm bfamœ 
au premier abord apparente^ hd est cependant identique. De la phoné- 
tique on ne peut séparer l'écriture, surtout lorsqu'il s'agit de langues 
mortes^ qui pour nous n'ont plus d'autre coipressioii. 

« Loin de trouver trep grande bi place accordée par M. Bc^ à 
Pexposition du système phonique et graphique des idkmies mdo-euro- 
péens, on pourrait être tenté de penser qu'elle n%st pas assez large. 
L'auteur se borne trep au strict nécessaire : en ce qui concerne parti- 
eriièreaient le greo et te htin, on regrettera p««t-ëtre l'absenoe dtme 
étude spéciale on sereient marqués en détails les traits particuliers qui 
caractérisent ces idiomes. *» M. Bréid fiût connattre; tes côtés Inbles 
du tmvail de Bopp, qui quelquefois s'est laissé trop facSeaMiit en- 
tnûier par l'imagination. Mais n^alloiis pas trop loin dans la critique : 
en doit à Bopp des découvertes capitales. « H en est des vérité scîen^ 



— 147 — 

aSi/ats ifù filtrant dans le domame eoraniian, eommedes intentions 
qû BOUS devinuieDi trop inuSièies : cm oubfie de se demaiider qud 
en est Tasteiiar. >r EniDBsâe oommettie cette injostiee. 

De la p&onétîqpM^ M. Biéftl passe au lacîms^ que Bopp dmse en 
deux classes : racines verbales, racines pronominales; ee sont les 
demères qui ont foami la pktpart des fleodcn» graaanwtieales des 
faugaes indo-fnaopéenaes, notiunnient les suffixes qui servent à 
dniingaer les cas^ les. nambies^ le» modes, ks temps,, les personnes^ 
Le savant piofesaenfr s'oceope ensuite de la déctinaisoR des substantib, 
et inaisie principalement sur la nécessité de dégager préalablement le 
thème ^ on autrement dit le radical, du mot qu'on étadie. H est absurde 
de faire dâiver d'un ca» queloonqne les autres cas d'un nom : la eon- 
naisswica du thème unique dcmt tous les cas ont été fermés est h 
caendîtion indispensable de toute étude scientifique sur la ionnafion 



On regrettera peut-êtie que M. Bréal se sdt arrêté au snfestantif, 
et<|iK, dans cette i* rerae sommaire de la Gh'ommaire comparée, » il 
n'ait pas compris les adjectif, ks noms de nombre et les pronoms. 
Le texte du tome II ayanl pour objet, cramne nous l'avons dit, les ad- 
jeetife, les noms de nombre et Iés> pronoms, on atmiit trouvé avec 
pktair, en tête de ce volume^ des notions générales propres ien faeili^rr 
la lecture ; l'éminent disciple de Bopp a cru devoir les renvoyer au 
tome m, dont rmtroduction tnôteca aussi du verbe. 

H. d'Abbois de Jubainville. 



HWmriti'iiia éto laftoet^té de Ifn^nlatlqae de Pinrla^T. !•% pre- 
mière lirraison. Paris, Franck, i998r^ In-8 deyin-90 pages. 



Cette lÎTfaiiBon commence par les statuts, le règlement et la liste 
des BKmfares de la Société^ qui date de 1865, et qui a été autorisée k 
8 mars 1866, Celte cosopagnie • a pcmr but Fétude des langues, celle 
des landes,, traditions, coutumea, documents pouvant éclairer la 
science ethnographique, n Les réunions ont lieu tous les quinze jours. 
La nombfe des nombres est actuellement de quatre-vingt-deux, et les 
fimetioBs de président sont renqplies par M. Brunet de Presle. 

Viennent ensuite six mémoires : 

1* Del'état actud de la langue grecqve et des réformes qu'elk subit , 
pae M. Egger. — Le savant académicien y expose ks inconvéïients 
de la manie de Tardmisme, dont sont dévorés, pour le plus grand 
nembr^ les écrivains grées de nos jours, ils font des efforts inoicis pour 
revemr à la longue diassique de Tantiquité ; mais, comme ils ne peu* 



— 148 — 

vent reprendre les idées antiques, ce retour au passé est tout exté- 
rieun Quand ils ne veulent pas sortir du vocabulaire antique, ils sont 
obligés de donner à des vieux mots empruntés à Démosthène où à Eu- 
ripide un sens tout moderne, et ils écrivent des phrases que les anciens 
n'auraient pas comprises. 

2f* De quelques anomalies que présente la déclinaison de certains 
pronoms latins, par M. F. Meunier. — Ce travail, le plus considérable 
de la livraison (il a 49 pages), a pour objet d'expliquer l'origine du gé- 
nitif en ius des pronoms latins cuius, cius^ cdius^ etc. Suivant M. Meu- 
nier, le génitif contient deux mots : « un premier mot qui est un pronom 
au génitif régulier en i, un second mot qui est tus, génitif enclitique 
du pronom ù. Ces deux génitifs placés d'abord à la suite l'un de 
l'autre ont fini, en se contractant ensemble avec le temps, par ne 
plus former qu'un seul et même génitif. » Cette thèse est soutenue 
par des arguments qui nous paraissent solides, et qui, en tous cas,, sont 
exposés avec beaucoup de science et de talent. 

3^ Étude sur le verbe breton kaaut, avoir, par M. d'Arbois de Ju- 
bainville. — L'auteur prétend que partout, sauf à l'infinitif, ce verbe 
est identique au verbe latin hahere, M. Whitley Stokes, dans la der- 
nière livraison des Beitrœge de Kuhn soutient un système complète- 
ment différent. Nous laisserons la solution de ce débat à des juges plus 
compétents que nous. 

4<* Les progrès de la grammaire comparée, par M. Bréal. — Ce mé- 
moire est celui qui, croyons-nous, sera lu en France avec le plus de 
plaisir et y rendra le plus de services. L'auteur y expose avec quelle 
prudence il faut étudier et consulter les travaux des maîtres, et à com- 
bien d'erreurs expose en grammaire comparée le goût des rapproche- 
ments prématurés entre des idiomes différents, ou une confiance trop 
grande dans la connaissance spéciale qu'on possède d'une langue isolée. 
Bopp savait surtout le sanscrit. Aussi, par exemple, tels mots qui sont 
la création propre de la langue latine, sont donnés par lui comme étant 
communs au latin et au sanscrit. On peut citer clama, dérivé de la ra- 
cine latine clâ, et que le fondateur de la grammaire comparée identifie 
à tort au sanscrit çrâvajâmL La racine latine clâ, en grec xXt), est une 
forme secondaire de la racine latine cal (dans calaré), en grec xaX (dans 
xaXeTv). Bopp exagère encore l'importance de la langue sanscrite, 
quand il prétend expliquer par le sanscrit vâra, temps, la dernière 
syllabe des noms des mois : september^ oclober, etc. ; il n'a pas pensé 
que cette syllabe termine des adjectifs, comme saJuAer, celeber, auxquels 
ridée de temps est étrangère. D'un autre côté, M. Corssen, qui a fait 
^r la langue latine de remarquables travaux, considère le substantif 
neptis comme une formation propre à cette langue, à laquelle il attribue, 
par exemple, la suppression d'un o qui aurait primitivement existé entre 



— 149 — 

le p et le t, comme dans nepoHs. Ce système est inadmissible, puisque 
le sanscrit possède le substantif napti, qui a le même sens et qui est 
le féminin régulier de napât. « Ce qui prouve que neptis appartient à 
une période antérieure à la séparation des idiomes, c'est que le fé- 
ininin y est marqué simplement par l'addition d'un i, et que, dans la 
période latine, cette formation est depuis longtemps sortie de Tu- 



5* Vapidus, fade, par M. G. Paris. — Les étymologistes ont jusqu'à 
présent fait venir le français fade du latin iaiuus. M. Paris propose une 
autre étymologie : elle présente le double avantage d'observer les lois 
àe la phonétique et de ne pas nous donner, entre le mot français et le 
mot latin, un écart de sens considérable. On dit en français avoir le cœur 
fade; rapide se habere pour mcUe se habere était une tournure popu- 
laire souvent employée par l'empereur Auguste. 

€• Les noms propres latins en atius, par M. Robert Mowat. — Un 
petit nombre de ces substantifs dérivent de participes passés en atus; il 
£aut rattacher les autres, c'est-à-dire presque tous ces substantifs, à 
des noms ethniques en as, aiis, 

J. HUSBECK. 



iSalnte Cécile. Poëme tragique, en deux parties et quatre actes^ par le 
«omte DE SÉGUR (Anatole). Paris, Ambroise Bray, 1868; in-12 de 162 p. — 
Prix : 2 fr. SO. 

L'œuvre que M. le comte A. de Ségur vient de publier sous ce titre 
est du plus haut intérêt. C'est le récit dramatisé — récit d'ailleurs si 
dramatique par lui-même — des noces et du martyre de Ste Cécile. 
L'ouvrage est divisé en quatre actes et deux parties , dont chacune 
comprend deux actes. La première renferme les noces de Cécile et de 
Valérien, la conversion de celui-ci par son épouse, et la conversion de 
Tiburce par son frère Valérien. La seconde partie est consacrée au 
martyre de Ste Cécile, qui suit de près celui de son époux et de soa 
beaU'frère. 

Le souffle chrétien des premiers siècles de l'Église circule partout 
dans ce poëme. Sous une forme toujours noble , d'un style pur, élevé, 
parfois presque sublime, on sent à chaque pas l'ardeur pénétrante et 
contagieuse de cette foi dont il est dit qu'elle « transporte les mon* 
tagnes, » et qui les a transportées en effet, puisqu'elle a renouvelé et 
renouvelle sans cesse « la face de la terre. » Dieu, dit l'apôtre S. Paul, 
M a choisi la faiblesse dans ce monde pour confondre la force; » aussi 
rien n'est-il émouvant comme la sérénité radieuse de ces vierges ré- 
jpondant à leurs bourreaux par des cantiques d'allégresse , et triom- 



— 160 — 



pfaattt, paF le Ohrist qui yvmi en elles^ de l'implacable crnanté des 
Néron et des DoBÛtien. 

Pamû les scènes les pins toadiantes de ce beaa poeme^ neos cite- 
rons particolîèrvment : an premier acte, la grande scène dans laquelle 
Cécile appr^id à son épanx qu^elIe est chrétienne et qu'elle a reçtt In 
nussioD de le oonyertir. Le second acte entier est admiralde : sdiei» 
nous, c'est l'acte capital. Le retour de Valérien, les transports de ee 
néophyte enivré de la foi nouvelle et dévoré de la soif du martjre , 
rémotion de Cécile à la vue de son époux régénéré par le baptême» le 
trouble de Tiburce vaincu lui-soême par la grâce et se jetant cfarétiei^ 
dans les bras de son frère, tout cela est d'ime émotion envahissante ei 
d'un charme irrésistible. 

Au troisième acte, nous citerons la'scène vu, entre Cécile et Akaa- 
chius, préfet de Rome» dans laqudle les réponses de la jeune cbré» 
tienne aux suggestions et aux insdences de son interiocuteor respirent 
une fierté si sereine et une si mâle intrépidité; au quatrième aete,. la 
scène n» ^ touchante, entre Cécile et les pauvres; la scène iv^ avea les 
chœurs des chrétiens et des païens pendant le martyre de Cécile ; enfin 
la scène xi entre Cécile expirante et Almachius. 

Nous adresserons à l'œuvre de M. le comte de Ségur Téloge qu'il 
adresse lui-même à la célèbre statue de Ste Cécile par le sculpteur 
Carlo Mademo : « C'est un des plus purs hommages rendus par Tart 
à la sainteté. *» 

CarlBacb. 



■nM»Kes de x^a Fontafaio, avec les dessins de Gustave Dorû. 
L. Hachette, 1868. Gr. în-l de xv-864 p. — Prix : 30 fr. 



le fcrt jeune encore, M. Gustave Doré est déjà en poseesmnt 
d'hué célébrité qui laisse bien loin derrière elle eelle des Devenez des 
Gsandviile et autres artistes que nous appellerions volontiers les «nfc^ 
TnmeuTsàxL dix-neuvième aècle. Sa vogue date de 184». Bien jeunealèfav 
—il n'avait guère que quinze ans,— il collabora activement à des jow- 
naux caricaturistes ; mais son talent ne taida pas à s*a£firmer par des 
œuvres plus sérieuses et plus durables. Dès 1864^ il avaii donné sa 
mesure en iUustmnt plusieurs ouvrages. A la suite du JuifErrani et 
des Conée9 drolatiques, parurent bientôt les Contes de Pèrrmaif, la 
Dimne Comédie, Atàla, Don Qtdchaite, et enfin la Bible. La plu- 
part de ces oeuvres ont ccmquis une légitime popularité. Cfe qui eame^ 
iérise le talent du jeune maître, c'est, avec une puissante orignialité, une 
fifeondité vraiment inépuisable; et si parfois cette facilité prodigieuse, 
qui le fait se jouer des difBeuItésFet alxNrder les sujet» les plus âivers> ne^ 



— 151 — 

rapasempêcbédesehenrterideséciieils, il&utreecninattre que pres- 
que toaîoiirs 3 a su 8e montrer puissant et hardi dans )a conGq>tion^ 
habile et brillant dans rexécation; qu'il a su interpréter les types con- 
sacrés aTec une riehesse dlmagination et une verve qui n'excluent pas 
la fidélité, et que nul n'a mieux su interpréter les maîtres, traduire 
leurs pensées et dcmner un corps à leurs créations. 

La plus récente publication de M. Gustave 'Doréj les FMes de La 
F'oniaiHe, est de tout point digne des précédentes, et nous montre le 
talent de l'artiste sous ses fiices les plus diverses. Jamais il n a poussé 
plus IcÂn le naturel et le charme, la riehesse et le pittoresque des dé- 
tuls, Tartdes décors, Tampleur de la composition, T^et saisissant de 
Texécutiott; jamais son originalité et sa fentaisie ne se sont donné 
carrière avec p)us de puissance, de verve et d'éclat. Voyez dans le 
Chêne etleltoeeau, le Berger et ta Mer, le Cerf te zoyant doM team, 
tè Leup ei le CAaseeur, Jupiter et te Passmger, avec quel sentiment 
de la nature ces grandes scènes, sont rendues : les écbirs sillonnant 
un ciel sombre^ le soleil projetant ses rayons sur une mer calme et 
lin^ide, la lumière se jouant dans l'épaisseur des lx»s, un intérieur de 
forêt, une ftlaise esearpée battue par la mer. Quetie v^té frappante 
et pittoresque, quelle finesse d'expression dans le Bat de ville ei le 
Bat des champs, le Lièvre et les Grenouilles, le Loup devenu berger^ 
T Avare qui a perdu son trésor y le petit Poisson et le vieux Pécheur, 
la Vieille et les deux Servantes, les Médecins, l'Aigle et le Hibou, 
le Savetier et le Financier ! Quelle vigueur dans le Lion et le Mou- 
cheron,, le Smge et Te Dauphm, le Lion, te Loup et te Benard! 
Que de charme et de grâce dans la KUlcy et dans Tircis et Amarante! 
Quelle richesse de détails et d'accessoires dans le Paon se plaignant à 
Junon, et dans le Benard et les Baùins! Tantôt Tallégorie est heu- 
rfiMc et fine, comme dans la Cigale ei la JCaurmi, que nous rq)ré8en- 
tent une jeune mèie portant un Moiirrîsara dans ses bras et une chan- 
ieose qui vient «• crier misère, » et eoome dans ees Deux Coge se 
ffiqmtûitla main d^me belle; tantôt l'effet est saisissant, coanne dans 
TSironddle ei ht petits Oiseaux j la Maei ei le Bûeàeram, tes Loups 
et les Brebis, les Vautours et les Pigeons, le Torrent ei la Bwière, 
et lee Deux Mvb^y où Fartîste s'éloigne un pen de sa numière habi- 
table. Il y a li des tableaux achevés, tàs que le Lion amowremxy le 
Lmp^ la Mène et PEnJant, le Charretier etnbcfurbt^ les demx Chiens et 
rAne mûri, leBatet fEiephastt, l'une des {dus magistrales compo- 
stions du livre. Certains sujets rappeSent fécole flamande, comme 
le Villageois ei te Serpent^ ou les eompoaitioné d'Hogarth, eomme le 
JFcu fui vend la Sagesse^ 

N'y a^t41 aucune part à fiûre à la critique dans ks J^aUr» illustrées 
TptueM. Doré f II âiivt bien constater qu'un très^tft nombre de dessia& 



— 162 — 

sont d'une conception moins heureuse, ou offrent dans l'exécution un 

peu de sécheresse et de dureté. Nous citerons le Loup et l'Agneau, le 

Meunier, son Fils et l'Ane, le Chai et le vieux Hat, les Animaux ma^ 

Iodes de la peste, la Laitière et le Pot au lait. Il serait à désirer que 

M. Doré fît pour certaines de ses compositions ce qu'il a fait pour la 

Bible, dont la seconde édition atteste la sévère révision à laquelle s'est 

livré Tartiste, et son soin consciencieux à faire dispandtre tout ce qui 

n'est pas irréprochable. Nous voudrions lui voir retrancher, dans une 

seconde édition, deux pages qui empêchent qu'on laisse feuilleter par 

les enfants un livre dont la place est naturellement sur la table de tous 

les salons : nous voulons parler des dessins qui représentent la Fortune 

ei]sL Folie (p. 295 et 790). Si j'avais à m'arrêter aux vignettes qui sont 

placées en tête de chaque fable, je dirais qu'en général elles accusent 

un crayon trop facile et un peu négligent. S'il y en a d'excellentes (voir 

p. 28, 61, 84, 154, 166, 218, 220, 227, 233, 239, 271, 336, 433). la 

plupart laissent désirer une touche plus ferme et un dessin plus cor-* 

rect. Je ne parle pas des conditions matérielles de la publication, qui 

sont des plus satisfaisantes, comme tout ce qui sort de l'importante 

maison qui édite les Fables; le papier seul pourrait être plus beau, et 

surtout plus fort. 

Emmanuel d'Aubecovrt. 



ITie et opinion» de M* Frédérlc-Xhoma» Ornlndorcpe» re- 
cueillies et publiées par H. Tau^e, son exécuteur testamentaire; qua- 
trième édition. Paris, L. Hachette, 1868. Iq-18 Jésus de xu-d40 pages. — 
Prix : 3 fr. 50. 

M. Taine se dit l'exécuteur testamentaire de M. Frédéric-Thomas 
Graindorge, décédé, mais en son vivant principal associé commandi- 
taire de la maison Graindorge and C* (huiles et porc salé) à Cincin- 
nati (États-Unis^ d'Amérique)^ docteur en philosophie de l'université 
d'Iéna. Toute cette nomenclature iSgure sur le titre; on sait au moins à 
qui l'on a affaire! 

M. Taine affirme, dans la préface, qu'il avait beaucoup de peine i 
déchiffrer l'écriture des manuscrits qu'il était chargé de publier. Que 
ne les laissait-il donc de côté!Qu'a-t-on à gagner à la lecture des 
opinions de M. Graindorge! quel enseignement, quel résultat heureux 
peut-il en ressortir? Qu'éprouverait-on de plus certain en fait d'im- 
pressions, sinon une fatigue>xtreme, après la lecture de ces trois 
cent quarante-six pages 1 Evidemment il serait impossible de ne point 
partager quelques-unes des opinions de M. Graindorge, mais même 
quand on applaudit, on ne le fait point de bon cœur. Et pourquoi! 



— 163 — 

C'est que vraiment elle est fatigante cette ironie acerbe, implacable, 
mordante, toujours froide, toujours égale, qui s'attaque absolument 
à tout, et ne voit les choses que par leur mauvais côté, sans que ja- 
mais une pointe de malice vienne l'égayer. Toutes ses observations 
sont faites au point de vue positiviste : M. Taine a eu soin de dé- 
clarer que les conversations du marchand de porc salé^n'avaient rien de 
littéraire. H n'y a ajouté aucun agrément ; c'est ainsi d'ailleurs que de- 
vait procéder un exécuteur testamentaire. L'enseignement qui résulte 
de ces pages est nul, parce que jamais, à coté de ce que l'on critique, 
on ne daigne indiquer ce qui serait préférable; aucune morale un peu 
élevée ne se d^age de ces pages; quant à l'idée religieuse^ elle en est 
tout à fait absente. Comment M. Graindorge avait*il eu le courage de 
faire le trafic des porcs salés, lui qui, d'après ce que j'ai cru voir, ap- 
partenait à certain troupeau dontEpicure était le pasteur t Et il est bon 
de noter que les diatribes de ce positiviste ont tous les mondes pour 
objet. D'une enjambée il va d'un côté à Tautre de l'Océan, il se trans- 
porte d'Amérique à Paris, et de Paris en Amérique, sans que nulle 
part il soit satis&it. 

Je veux donner im échantillon ou deux de la manière dont se tradui- 
sent les opinions de M. Graindorge ; il s'agit des conversations à Paris 
dans les cercles, les salons, etc : « La conversation déprave, dit-il ; 
d'homme à homme, elle rend cynique, parce qu'il faut paraître expert, 
capable d'aller au fond des choses, exempt d'illusions ; de femme à 
homme, elle rend sceptique, parce qu'il faut s'accuser de tout, même 
des choses sérieuses, etc. >» Je ne sais quel monde il était permis de 
fréquenter à M. Graindorge, mais plus d'un salon existe, même a 
Paris, où la conversation ne saurait dépraver personne. Autre échan- 
tillon : « L'honnête homme à Paris ment dix fois par jour, l'honnête 
femme ment vingt fois par jour, l'homme du monde ment cent fois par 
jour, etc. i> — IIalte*là ! Monsieur Graindorge. Les gens véritablement 
honnêtes ne mentent point aussi souvent que cela; j'en connais même 
qui, j'en suis sûr, ne mentent point du tout. La raillerie positiviste 
dépasse le but. Comme l'objectif d*un photographe, elle enlaidit sou- 

yeai ce qu'elle reproduit. 

Louis DB Laincbl. 



— 154 — 



HISTOIBE 

Wtwe Great Blonareliie» oT tlie ilUtelenft Bnutam IW^rtdf 

or Oie ffistory, deography, and Antiquities of Chaldœû^ Asiyria^ BêkifliM^ 
Media, and Persia, coUected and illustrated from Ancieat «nd Modéra 
Sources. By George Uawlinson^ M. A., Camden, Professor of Andent History 
in the Universîty of Oxford, late Fellow and Tutor of Exeter Collège. 
With Maps and 630 Woodcuts. ln-4. Vol. lY. London, John Murray, iS08. 
In-8 de n-M3 ^ 

Nous avons à annoncer la mise en vente du dernier volume d*nii 
des ouvrages historiques les plus importants (jui aient para en èj^ 
gleterre d^uis plusieurs années. M. Rawlinson, oriaitaliste et ar- 
chéologue distingué, déjà si connu par de savants travaux relatifs à 
Hérodote» avait entrepris de présenter dans un cadré enflisamment 
large, sur des pn^rtions assez oonsidémbles, Tfaistoiie des cinq 
grandes monarchies du monde ancien. Il voulait nous conduire i tra« 
vers la Chaldée» TAssyrie, la Babjrlonie, la Hédie et la Perse; armé 
de tontes les ressouroes que la science du xncf siècle mettait à sa dis- 
position, il allait essayer de débrouiller oioore une fins les annales 
ccmfuses de ces temps reculés, il entreprenait de compléter et de cor- 
riger à certains égards les détails que nous ont laissés les Letronne, les 
Bunsen, les Raoul Rochette. Ce tna^^ail attrayant, mais diflSdle, est au- 
jourd'hui terminé, et il s'agit pour nous d'en donner, s'il est possiblev 
qudque idée à nos lecteurs. 

Commençons par rappeler ici que Thistoire des temps anciens a be- 
soin, asse^ fréquemment, d'être soumise à l'épreuve d'une révision di* 
ligente et minutieuse. Combien de {ièoes justificatives du plus haut 
prix nous avons à notre disposition, dont on ne se doutait pas il y a 
soixante ans, et qui <mt jeté sur4es annales derEgjrptey de l' Assyrie, 
delà Perse, le jour le plus inattendu i Pbur ne parler que des mena- 
ments hiéroglyphiques et des inscriptions en caractàres cunéifeimea, 
il est clair que tout historien doit tenir de ces sonices dlAformatûm 
un compte trfes^rieux. La civilisation des peuples asiatiques n'existe 
pas exclusivement dans des lambeaux de papyrus et de parchemin ; 
elle a inspiré ces prodiges d'architecture et de sculpture qui encom- 
brent nos musées, et souvent là où le texte d'un Hérodote teit dé- 
faut, telle amphore, telle statue donne la clef de l'énigme. 

Voilà le point de départ que M. Rawlinson a adopté, et son premier 
volume, qui traite de la Chaldée et de l'Assyrie, est aussi remarquable 
par la variété et l'abondance des gravures que par l'érudition sobre, 
mais de bon aloi, dont l'auteur fait preuve. Je ne veux pas oublier, toute- 



— 156 — 

fois, qu'il s'agit spécialement dans œ compte rendu de la dernière partie 
de J'oEVjn^ celle qui s'ooonpe de la aioaarchie persane. Notre autenr 
tt»us décrit, ea premier lien, la géographie du pays : fleaves, villes 
pcineipales, diociat, ressources naturelles de toute espèce. Pnis vien- 
nent les tnûts génécaux de la population, leur culture intellectuelle et 
morale, iear religion, leur littânature, leura habitudes, la manière dont 
îk entendaient les beaux-arts et les raffinements de la civilisation. 
Enfin viennent les discussions dironologiques, les points les plus sfldl- 
lants de l'histoire politique, et la biographie de Çyrus. Souvenons-nous 
que dans le livre dîe M. Raidinson la bataille d'Arbèles forme la limite 
extrême du SRijet ; après cette époque, en effet, fat Perse n*existe pins 
comme État indépendant, et son histoire se confond avec celle de la 
Grèce. 

C'est assez tard que les aniteiirs sacrés nous parlent de la Perse, et 
pour trouver dans la Bible la première mention de œ grand empre, il 
faut oonsulter les prophéties d'Ezéchiel et de Daniel. Disons «i pas- 
sant que les cinq volumes de Touvrage dont il est question ici sont 
pldns de renvois aux livres de l'Ancien Testament, que M. Rawlinson 
oommente souvent de la fisiçon la plus heureuse, au point de vue histo- 
rique et géographique. On a quelquefois cru reconnaître la Perse dans 
le pays d'Elam mentionné au dixième chapitre de la Genèse, verset 22. 
• Notre auteur est d'avis que ce rapprochement n'est pas fondé. Elam, 
pense-t-il, n est autre que TElymais, ou, comme on l'appelait aussi, 
la Susiane. 

Une des parties les plus intéressantes du volume est celle qui se rap- 
porte à l'art militaire et à la tactique chez les Perses; c*était une nation 
essentiellement guerrière, toujours sous les armes, toujours engagée 
dans qudque expédition, à laquelle la population presque entière devait 
prend^ part. Il est fort probable que les Grecs exagéraient l'impor- 
tance des armées réunies contre eux sous les ordres des satrapes du 
grand roi, mais d'un autre côté il n'y a pas de raison de croire qu'elles 
ne s'élevassent pas souvent à plus ^un million d'hommes. Les Perses 
se fiaient généralement au prestige du nombre, niais ils avaient aussi 
Moours à des stratagèmes, et par exemple, Darius Côdoman, à la bataille 
d'Arbiles, essaya d'arrêter la cavalerie grecque au moyen de balles ar- 
mées de pointes de fer qui estropiaient les dievaux. A Taide d'un 
ezoellent dioix de gravures, sur bois, M. fiawlinson fait passer sous nos 
yeux les éléments divers dont se composaient les troupes persanes. 

Si maintenant nous cberdions à nous rendre compte du rôle que 
joua la Perse ancienne dans les arts et les sciences^ nous trouvons 
4fk^ ce rôle est des plus insignifiants. Le génie de la nation, dit notre 
4iuteur, n'était pas apte aux patientes études, aux investigations la- 
borieuses qui seules peuvent produire des résnttats scientifiques dignes 



— 156 — 

de ce nom. Trop légers, trop frivoles, trop inappliqués, ils abandon- 
naient aux Babyloniens et aux Grecs les travaux de l'esprit. Orehoe 
et Milet avaient sans doute des écoles célèbres, mais on peut dire qxie' 
ces écoles florissaient en dépit des influences environnantes. ThalèSr 
Anaximandre et Anaximënes, Persans de nation, étaient réellement 
Grecs par la tournure de leur génie et la nature de leurs travaux. 

Quant au langage et à la grammaire, le chapitre de M. RawIinsoD 
sur ce sujet est un peu court, quoique traité avec soin et fort conscien- 
cieusement. Pour compléter les détails qui y sont rapportés, il faut étu- 
dier le grand ouvrage de M. Bopp, sans négliger les articles spéciaux 
publiés par le journal de la société asiatique de Paris et dans les revue» 
périodiques analogues de l'Allemagne et de l'Angleterre; M. Rawlinson » 
soin d'y renvoyer dans les notes. L'histoire de la religion donne lieu à 
des remarques analogues. Relativement simple i son origine, le culte 
des Perses se corrompit plus tard par suite de l'introduction du m»- 
gisme^ puis en s'assimilant un grand nombre de pratiques empruntée» 
aux peuples d'alentour, notamment aux Babyloniens. 

En définitive, pour quiconque veut avoir, dans une forme élégante et 
facilement saisissable, les résultats les plus neufs de la science en ce qui 
concerne Thistoire ancienne, on ne saurait recommander de meîUemr 
guide que le livre de M. Rawlinson. 

Gustave Masson. 



ActoL fitaiiict4>run(i9 gtiotquot toto orbe coluntur, vel a catholicis scriptorilnU' 
celehranlur, ex latinis et grœciSf aliarumqtie gentium antiquù monwnentù col' 
kcta ac digesta, illustrata à Godefrido Henschenio, Daniele Papebrochio, 
Francisco Baertio, Conrado Jannigo et J. B. Sollerio, e Sodetate Jesu.- 
Editio noYissima, curante Joannc Carnandet. Junii (xxv-xxi). T. VII. Paris^ 
Palmé, 4867. lQ*folio de xv-1068 p. — Prix : 30 fr. 

C'est un honneur pour notre temps, qu'un éditeur se soit trouvé 
«ntouré d'assez nombreuses sympathies pour pouvoir se consacrer à 1» 
réédition des grands travaux d'érudition des siècles passés. La rareté- 
dés exemplaires, leur prix élevé les rendaient inabordables au pIiB 
grand nombre des travailleurs : c'est rendre un éminent service à I» 
science que de faciliter leur accès. De tous ces travaux, celui qui devait 
fixer le premier l'attention, était sans contredit cette immense coUectîoi^ 
des Actes des saints, commencée, il y a plus de deux siècles, par le 
P. Rolland, poursuivie laborieusement avec une in&tigable persévé- 
rance au milieu de toute espèce de traverses et de persécutions, oon-^ 
duite aujourd'hui au LXI* volume, qui s'arrête au 29 octobre, et dont 
l'achèvement ne sera sans doute vu par aucun de nous. C'est un des* 



— 167 — 

monuments les plus considérables de la science, une mine inépuisable 
pour rhistorien, tant à cause des documents qu'il donne que des savants 
commentaires qui en doublent le mérite. 

La réimpression textuelle, entreprise en 1863 par M. PeJmé, avec 
le concours de M. Carnandet, en est arrivée au trente-quatrième vo- 
lume. N^nmoins le dernier paru est le vingt-septième de la collection : 
il comprend les six derniers jours de juin. Parmi les vies de saints 
qu'il renferme, nous signalerons particulièrement : au 25 juin, les vies 
de S. Antide, évêque de Besançon (vi« s.); de S. Guillaume de Monte- 
vergi (xii* s.); — au 26, de S. Maxence, abbé dans le Poitou (vi* s.) ; 
de S. Babolein, abbé (vii" s.) ; de S. Jean, en Gothie (ix* s.); de S. An- 
thelme, évêque de Belley (xn* s.); — au 27, de S» Airalde, diacre à 
Milan (xi* s.) ; de S. Ladislas, roi de Hongrie (xn* s.) ; — au 28, de 
S. Irénée, évêque de Lyon ; de Ste Théodechilde, fille de Clovis ; — au 
29^ de S. Pierre et de S. Paul ; de Ste Hemma, fondatrice du monas* 
tère de Gurk en Corintbie ; — au 30, de S. Martial, évêque de Limoges ; 
de S. Raymond de Lully (xiv« s.). — En tête du volume se trouve un 
traité du P. du SoUier sur les patriarches d'Alexandrie ; à la fin, en 
appendice, les actes des SS. Apôtres Pierre et Paul, avec un commen- 
taire du P. C. Janning sur la Basilique de St-Pierre de Rome, une dis- 
sertation du même auteur sur le supplément chronologique joint ordi- 
nairement à la Chronique de Sigebert de Gemblours, sous le nom de 
Robert, abbé du Mont Saint-Michel ; une autre sar la Chronique de 
Jean de Beka sur les évêques d'Utrecht; enfin un extrait, relatif au 
mois de juin, du ménologe recueilli par ordre de l'empereur BasUe. 

Les éloges que méritent cette grande entreprise et l'activité avec 
laquelle elie est conduite, ne dispensent pas de la critique; tout au 
contraire, plus l'œuvre est considérable et sérieuse, plus la critique doit 
être sévère. Nous tombons, à notre grand regret, sur un des volumes 
auxquels il y a le plus à reprendre. On pourra s'abriter derrière de 
bonnes raisons sans doute, et derrière le prospectus qui annonçait des 
remaniements dans les derniers volumes de juin. Les éditeurs nous pa- 
raissent néanmoins avoir perdu de vue un point important : c'est que^ 
dès qu'il ne s'a^ssait pas de refaire le travail des BoUandistes, — qui 
eût été assez présomptueux pour le tenter î — il fallait le reproduire 
non>seulement int^ralement et textuellement, mais encore volume par 
volume, page par page, sans rien changer à la disposition. Cette col- 
lection est en effet de celles qui se consultent plutôt qu'elles ne se lisent. 
Il fallait tout faire pour que les éditions fussent identiques, pour qu'on 
pût aller indifféremment de l'une à l'autre. Car, malgré tout, les Acia 
Saiictorum seront encore assez rares pour qu'on ne puisse pas les 
trouver partout, pour que celui qui a consulté une édition dans une bi- 
bliothèque ne soit pas assuré de trouver la même dans une autre biblio- 

AYRIL 1868. It 



— 158 — 

thëqoe ; pour qne les textes cites âans un ùJi\mge d'après me éditkm 
ne poissent être vérifies que sur une autre édition. Par exéfoiple, dans 
le VU» volume de juin de la nouvelle édition, nous ne trouvons de 
commun avec Vanciénne édition que les trois premiers travaux de 
TAppendice ; le ménologe est tiré du (orne YI ; tout le reste est repto- 
duit d'après le tome Y. Que de temps perdu pour se reoemn&ttre ! Nous 
allons même bien loin» puisqœ nous demanderions que les errata tas*- 
sent mis en note à chaque page. Quel texte Sfdopter quand les dsnx 
éditions ne concordent pas ! A quel volume reco«irir pour trouver si les 
Bollandistes ont indiqué la correction t Quel travail souvent pour s'as- 
surer que la correction était à faire ! Ce remaniement a été i'occa* 
sion dé plusieurs autres fautes : ainsi, en tète de ee YII^ Tohmie,Be voit 
le portrait du P. PapebiY)ck» qui avait sa place marquée dans Te 
tome Yl de la première édition à coté de la notice sur cet illustre sa- 
vant ; à la page 113 de l'Appendice se trouve reproduite, sur les an^ 
ciens ouivres, une gravure portant Tindication de sa place dans la pre^ 
mière édition, p. 135 : ii aurait fallu indiquer a quelle page ell^ se 
rapportait dans la nouvelle édition. 

La correction des épreuves devrait être faîte avec plus de soin encore. 
£st-ii conforme aux règles de la typographie d'imprimer dans le premier 
titre serXLOtitt tandis qu'aveo les mêmes caractères on met veterum 
(t. II d'août)?— Pourquoi les titres de tous les volumes ne sont-ils pas 
identiques! Dans le premier titre de notre volume on ne trouve que deux 
noms d'auteurs, tandis qu'il en faudrait cinq comme dans le titre de ia 
page suivante. La virgule manque entre coUecta digesta, La page 1 
fait défeut dans l'Appendice; à la p. 96 on lit 69; il n'y a plus d'asté- 
risques à partir de la page 161. — Notons, dans l'Appendice : p. 2, 
col. 1| L 21 :annù MDLX, nattts, pour wtmo MDLX natus;*^ p. 3, 
col. 1, 1. 31 : BXpiaiione^ V^ édv, ea expiaU&ne ; -*-» ciA. 2, 1. 45, dimif^ 
«am, l" éd., dmni^isum; — p* 60, uïi point pour une virgtde; — p. 161, 
determinaverii y pour terminaterit. Heureusieittent nous avons le^ 
marqué dans cette même pi^ trois corrections fUtes sur la l'* édition : 
IX, pour ux; transeendit, p. transscendit; %'ont,p, SeanL-^PoxiTqvKÂ 
adopter le système du style épigraphique, qui fait suivre d'un point 
tous les nombres €in chiffres romains! 

Aussi bien, si nous n'avons pas relevé toutes lès fautes, no«s 
sommes certains de n'avoôr pas signalé tout le mérite de cette réim- 
pression. Queks éditeurs ne cherchent ^s nos critiques que le désir 
de voir leur œuvre réussir, et se perfectionner autrement que Tédition 
de Yerase. 

René de Saint^auris^ 



i 

■ 



— 169 — 

fltoUnt Md€»liie ApoUInatre et son «lÀcle» ouvrage couronné par 
l'Académie de Glermont } par M. Tabbé U A. Cmaix, curé de Saint-Germain- 
Lembron, chanoine honoraire, membre titulaire de l'Académie des 
sciences, belles-lettres et arts de Clermont. Glermont-Ferrand, Thibaud; 
Paris, Ch. Dumoulin, 1867. 2 vol. in-8. — Prix : 16 fr. 

Le reptësentant le plus illustre de la civilisation gallo-romaine au 
V* siècle fut sans contredit Sidoine Apollinaire. Issu d'une des pre- 
mières £amilles d'Auvergne, il comptait parmi ses ancêtres des préfets 
de Rome , des gâfiéraux d'armée et des sénateurs. A la fois gram- 
mairien, orateur, poète ^ philosophe et jurisconsulte, il occupa lui- 
même les plus hautes dignités de Pempire , se trouva m3é à toutes les 
affaires politiques , civiles , religieuses et littéraires de son temps , et 
mourut évêque de la province d'Auvergne. 

D^à phisieurs écrivains distingués s'étaient arrêtés sur cette 
intéressante physionomie. Tillemont, dans ses Mémoires pour servir 
â r histoire ecclésiastigue, avait donné de Sidoine Apollinaire une bio- 
graphie remarquable par l'exactitude. Ellies Dupin, Cave, mais sur- 
tout les Bénédictins de Saint-Maur, dans leur Histoire littéraire de la 
Frcmce, avaient révélé de curieux détails^ jusqu'alors inconnus^ sur 
l'ami de Loup de Troyes et d'Auspice de Tout. H y a quelques années , 
MM. Grégoire et CoUombet ont puUié une traduction des œuvres de 
Sidoine Apollinaire. M. Germain, doyen de la Faculté des lettres de 
Montpellier et professeur d'histoire, a pris dans les actes et les œuvres 
de cet homme illustre le sujet d\tne thèse pleine de science critique 
et d'érudition. Nous avons enfin, sur l'évêque d'Auvergne, les savants 
aperçus deFauriel, d'Ozanam, d'Ampère, deGuizot d'Amédée Thieny, 
et les utiles rectifications du savant abbé Gorini. Il semblait qu'a- 
près tant de travaux sur le même personnage, ce fût peine perdue d'en 
faire encore l'objet d'une étude nouvelle^ 

M. l'abbé Ckdx vient de nous prouver le contraire. Complétant, sans 
les imiter, toutes les précédentes biographies de Sidoine Apollinaire, 
son ouvrage nous révèle sous toutes les &oes cette personnalité mul- 
tiple. Il y a, comme on sait, deux périodes bien trancbées dans la vie 
de Sidoine ApdlÎDaiie : fat période mondaine, depuis son enfanoe jus- 
qu'à sa conversion et son entrée dans les ordres; la période chrétienne, 
depuis son entrée dans les ordres jusqu'à sa mort. Autant, avant sa 
conversion, à la cour des empereurs, le jeune Sidoine avait été dis- 
sipé, ambitieux, avide des dignités^ ami des pfadsirs^ courtisan et 
flatteur jusqu'à la bassesse; autant, après son rq;>entir, l'évêque fut 
attaché à ses devoirs, pleiu de zèle pour l'Église, humble de cœur et 
exemplaire dans sa conduite. Faute de recherches suffisantes, plu- 
sieurs historiens n'avaient pas établi ces distinctions nécessaires, et 



— 160 — 

S étaient laissé aller au sujet du grand évêque à des confusions regret- 
tables, en lui attribuant pendant son épiseopat des actes qui appar- 
tenaient à sa première jeunesse. Grâce à une étude plus approfondie 
des œuvres et des lettres de Sidoine Apollinaire, M. Tabbé Chaix a 
restitué les faits et vengé son héros d'une foule d'imputations calom- 
nieuses. Toutefois y il nous a paru tomber dans l'excès contraire : c'est 
un panégyriste enthousiaste. Un peu plus de critique et un peu moins 
de partialité dans certains cas n'eussent diminué en rien la gloire de 
Sidoine Apollinaire. Il est bien évident qu'il ne dépouilla pas du jour 
au lendemain le vieil homme, et que, même évêque, surtout pendant 
les premières années de son ministère, son brillant esprit se laissa 
quelquefois aller à chanter les ^tristes et misérables empereurs qui se 
succédaient alors avec tant de4rapidité sur le trône. 

Le travail de M. l'abbé Chaix ne devait être qu'une étude histo- 
rique et littéraire de quelques pages , dont le sujet avait été propose 
par l'Académie de Clermont. L'auteur a trouvé le moyen de nous 
donner deux volumes^ remplis d'idées et de faits, que devront consulter 
tous ceux que préoccupent aujourd'hui les redressements historiques. 
C'est un tableau, peut-être un peu confus^ mais exact au fond, de l'état 
civil, littéraire, philosophique, religieux et social de la Gaule ro- 
maine au v« siècle. En suivant pas à pas Sidoine Apollinaire dans 
tous les actes de sa vie publique et privée, M. l'abbé Chaix fait en 
même temps l'histoire de la propagation du christianisme dans les 
Gaules et des luttes qu'il eut à soutenir, soit avec le druidisme, soit 
avec les derniers tenants des idées païennes. 

F. BoissiN. 



EjouI» yLTV et les prlndiMiinL perfRonnagpes de «on tempci^ 

par RovÉB d'Avirey. Paris, E. Maillet, 1868. lurS** de vii-406 pages* 
— Prix : 7 fr. 

L'auteur nous présente son livre, «< non point comme une histoire nou- 
velle, mais comme unelecture agréableet facile ; » il a cherché, nous dit-i]» 
« dans les écrivains les plus dignes de foi les traits épars qui concernaient 
Louis XIV, pour les réunir, en faire un tout homogène^ » D a voulu que 
cet autre Siècle de Louis XIV « fût un résumé complet et fidèle de tout 
ce qui concerne le grand Roi, évitant ainsi au lecteur le travail et la 
peine d'aller chercher les détails disséminés dans cent ouvrages divers. • 
Je regrette d'être obligé de déclarer que l'auteur nous vante trop son 
livre. D'abord le style en est très-négligé; nous trouvons tantôt des 
expressions comme oelle-d (p. 34) : « Il se trouvait alors à Metz 
un jeune chanoine de grande espérance, l'abbé Bossuet, qu'ils patron^ 



— 161 — 

nèrent; n tantôt des expressions comme cette autre (p. 125) : <« Quand 
on se donne au vice, il n'est pas facile de se reprendre , •* ou comme 
cette autre encore (p. 172) : « Dans cette place, cette femme respectable, 
pleine de vertu et de piété, dut avoir beaucoup à souffrir ; aussi n'y 
efura-trelle pas longtemps et mounit jeune. » Ensuite, ce n'est pas 
toujours « ^ns les écrivains les plus dignes de foi » que lauteur a 
puisé ses renseignements. Par exemple, il invoque en plusieurs occa- 
sions (p. 5, 8, 9, 20, 21, 49, 53, etc.) l'autorité des Mémoires d'Anne 
de Gonzague^ et tout le monde sait pourtant que ces mémoires apocry- 
phes n'ont pas plus de valeur que les Souvenirs de la marquise de Cré- 
qui. Enfin^ le résumé du règne de Louis XIV est loin d'être « complet et 
fidèle ; y> il serait trop long d'indiquer ici toutes les lacunes du livre, 
mais je signalerai quelques-unes des erreurs qui s'y trouvent. Le judi- 
cieux M. Avenel a montré , dans le Journal des Savants d'août 1860 
(p. 491), combien était suspecte Tanecdote de ce domestique qui, un 
jour, à table, vint dire à l'oreille de Mme Scarron : « Encore une his- 
toire, madame, le rôti nous manque aujourd'hui; » anecdote répétée ici 
(p. 80). M. Amédée Thierry, dans un rapport présenté à l'Académie des 
sciences morales et politiques, il y a quelques années, a regardé comme 
bien douteux lemot deMazarin mourant à Louis XIV (p. 112) : « Sire, 
je vous dois tout; mais je croirai m'être acquitté envers Votre Majesté 
en lui donnant Colbert. » Jamais Louis XIV n'a paru <« dans la grande 
chambre, botté, éperonné, son fouet de chasse à la main » (p. 89), et 
j'en ai pour garant le marquis de Montglat, dont les mhnoires sont 
d'une si grande exactitude. Jamais non plus Lauzun n'a dit ces gros- 
sières paroles : « Louise de Bourbon, tire-moi mes bottes ^ (p. 252). 
M. Paulin Paris, dans le commentaire dont il a enrichi son édition des 
Hisiorieites de Tallemant des Réaux (t. II, p. 227-234), a prouvé que 
rien n'était plus faux. Enfin, jamais Santeuil n'a été empoisonné par 
le tabac d'Espagne que M. le duc aurait versé dans le verre du mal- 
heureux poëte : ce conte a été déjà tant de fois démenti que je serais 
embarrassé de nommer tous ceux qui ont réhabilité, à cette occasion, 
le prétendu coapable. Sur bien d'autres points, notamment sur Anne 
d'Autriche et Mazarin (p. 33), sur le masque de fer (p. 233), j'aurais en- 
core des objections à formuler, mais ce que j'ai déjà dit ne suffit-il pas 
pour montrer qu'à aucun point de vue l'auteur n'a été au niveau de son 

sujet 1 

Ph. Tamizey de Larroqub, 



— 162 — 

jlLreUvea de la Bastille. Documents ifvédUs recueillis et publiés par 

François Bavaisson, conservateur adjoint à la Bibliothèque de l'Arsenal. 
Règne de Louis XJV (1661). Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 1868. 
Gr. in-8° de xxxi-463 pages. — Prix : 9 fr. 

Ce volume est presque entièrement rempli de documents sur Fou- 
quet, moins une dou2aine à peu près qui concernent la captivité é& 
lauzun. Le volume précédent renfermait la première partie de la 
correspondance relative à l'arrestation du surintendant et de ses 
complices. A cette première partie M. Ravaisson n'avait cm devoir 
joindre aucun éclaîrcissement, « les faits portant leur lumière avec 
eux, tant qu'il ne s'agissait que de main mise et d'^nprisonne- 
ment. >» Mais la procédure se compliquant, et raffiiîre devenant par 
conséquent plus obscure, l'éditeur a voidu, ce dont il faut â la fois le 
louer et le remercier, décrire le système financier derépoque,pour nous 
mettre en mesure de mieux comprendre les accusations portées contre 
le surintendant; il a très-bien fait connaître « quels étaient les contri- 
buables^ quelle était la nature des impôts, comment ils étaient perçus, 
et enfin les abus que l'administration a\'ait à réprimer et que la 
diambre de justice eut à punir. » A ces claires et complètes explica- 
tions, M. Ravaisson a mêlé quelques assertions contestables: il a, 
par exemple, beaucoup trop forcé les sombres couleurs dans le petit 
tableau que voici (p. vm) : « Dans la noblesse, le mariage était presque 
toujours une affaire où le cœur était compté pour rien et Targent pour 
tout. Ces unions malheureuses donnaient le jour à des enfants d'une 
santé débile et accablés d*infirmités. Le maréchal de Luxembourg 
et bien d'autres encore étaient bossus (comme si de tout temps 
il n'y avût pas eu des bossus!). Cela était si ordinaire que les 
difformités n'empêchaient pas les femmes d'être vantées et admi- 
rées : témoin Mlle de la Yallière, qui était boiteuse (elle Vétût si 
peu ! et n'a-t-on pas dit avec bonheur que chez elle c'était une grfice 
de plus ?) — et Madame , qui avait la taille contrefaite. »• Je suis fâché 
de trouver encore (p. xiv) bien des exagérations à propos des droits 
féodaux au xvn» siècle; le « taureau banal des religieuses de Fonte- 
vrault « était indigne d'être amené (je devrais dire d'être trtànê, tant 
on s'attendait peu à cette exhibition ) dans des pages aussi sérieuses. 
M. Ravaisson a plus justement apprécié (p. xxvii) la conduite de 
Fouquet , trop souvent envisagée à travers le prisme trompeur de la 
prose éloquente de Pellisson, de la prose enchanteresse de Mme de Sé- 
vigné, de l'attendrissante poésie de La Fontaine, et il est impossible, 
quand on a lu toutes les pièces si patiemment recueillies par le zélé 
et consciencieux éditeur, de ne pas proclamer avec lui que le surinten- 
dant « n'a pas été une victime innocente. » 



— 16S — 

Le premier as» 400 doeoments îneérës dans le second Tolume des 
Archives de la Bastille porte la date de janvier 166Q; le dernier porte 
oelie du 15 novembre 1665. (Pourquoi donc inscnre sur le titre du vo^ 
lame : 16611). Ces 400 documents proviennent principalement des 
Arehires de TEoipiie, des Archires de la guerre, des Archives de la 
mteane, de la Bibliothèque impériale, de la bibiiothëque Mazariné, et 
snitcmt de la bibliothèque de l'Arsenal. Quelques-uns ont été fournis 
par la bibliothèque de Toulouse , par celle de Dijon , par les Ardiivee 
de Venise^ par le Brtiisk Muséum et par le Siaie-papêrs cffiee. Je 
sâgnalerai, parmi les pins intéressants : les lettres de Tabbé astronome 
IsBBaël fiouiJiau, appelé à tort (p. 97» 1Œ2| Bnlliaud, lettres ici tra-* 
dûtes du latin ; les lettres de Le Teltier à d'Artagnan et a divers per- 
sonnages , parmi lesquels figurent Colbert, Besmaus, Mme Fou* 
quet» etc.; les lettres de Louis XIY à d'Artagnan, à Besmaus; les 
lettres (toutes trè»-beUes) de Mme Fouquet la mère au roi, deux lettres 
du comte d'Estrades au roi, des lettres de GourviUe, de St-Aignan, de 
Besmaus, de Foucault et de Chamillart» deux lettres de Colbert à S^ 
goier, plusieurs lettres de Louvois^etcM etc. Indiquons encore de pré* 
cieux documents relatifs à la chambre de justice (délibérations^ arrêts^ 
interrogatoires, etc). 

Des notes très-exactes , mab qui ont quelquefois le défaut d'être im 
peu tipp courtes, accompagnent la plupart de ces pièces, dont une bonne 
table des matières résume le contenu. C'est un devoir pour tous les 
amis des grands travaux historiques d'encourager M. Ravaisson à 
continuer avec ardeur une publication aussi importante et aussi bien 

Ph. Tamizbt de Laxboque. 



CoiiitedeCrl»or»(i732-1758)ypar Camille Rodsset, conservateur des 
archives historiques de la guerre. Paris, 1868; Didier. In-8 de iv- 
522 pages. — Prix : 7 fir. 

Nul n'ignore que le comte de Gisors^ fils unique du maréchal de 
Bdle-Isie, fut tué à vingt-six ans, à un ftge où il n'avait pu encore 
jouer un grand rôle. Cependant sa mort fut considérée comme on 
demi public : c'est que ce jeune homme, admirablement étevé par 
un père homme supérieur, doué lui-même des plus scrfides qualités, 
avait à un haut degré le sentiment du devoir, et ce sentiment Tauiuit 
conduit à de grandes choses. H ne fit donc qu apparaître dans la 
vie, et c'est moins comme sujet que comme prétexte d'études que 
M. Rousset a pris le comte de Gisors comme objet de ses recherches 



~ 164 — 

dans rimmense dépôt de la guerre qui conserve, non-seulement des pa- 
piers militaires, mais encore des correspondances privées d un haut inté- 
rêt. Ce n'est pas sans peine que M. Rousset a pu réunir tout ce que 
le dépôt de la guerre renferme sur M. de Gisors ; il lui a été aussi 
donné de consulter le dépôt des archives étrangères, dont le directeur, 
M. P. Faugëre, lui a communiqué, avec une libéralité qui, nous l'espé- 
rons, se renouvellera en faveur d'autres historiens, le journal manus- 
crit d'un voyage du comte de Gisors en Angleterre et en Hollande. 
On ne saurait s'imaginer les richesses que les archives du ministère 
des affaires étrangères recèlent dans leurs cartons ténébreux : on y 
trouve (mais on n'y communique pas) des documents de toute nature, 
saisis à la mort des principaux personnages politiques depuis deux siè- 
cles, papiers qui n'ont souvent aucun rapport avec les affaires étrangères 
et dont la divulgation ne mettrait pas l'Etat en péril. C'est ainsi que les 
Mémoires du duc de Saint-Simon sont restés trois quarts de siècle enfouis 
dans cette tombe, et qu'il a fallu la volonté personnelle de Louis XVllI^ 
nettement formulée, pour leur faire voir la lumière. Espérons que cet 
état de choses changera. Sans doute, les papiers diplomatiques des 
cent dernières années doivent être entourés de la plus grande discré- 
tion, mais les documents antérieurs et les papiers étrangers à la spé- 
cialité du ministère des relations extérieures devraient pouvoir être 
consultés, bien entendu avec réserve et mesure^ et dans les limites des 
convenances politiques." 

Mais revenons au comte de Gisors. Arrière-petit-fils de Fouquet, fils 
d'un maréchal de France, allié aux plus illustres familles^ jeune^ 
instruit, vertueux, le comte de Gisors voulut se rendre digne de la 
haute destinée à laquelle il était appelé. Colonel dès l'enfance, suivant 
l'usage du temps, il se maria, aussi suivant l'usage du temps^ à une 
enfant, fille du duc de Nivernais, et employa les loisirs de la paix, 
, loisirs qui ne devaient pas être longs, à voyuger en Angleterre, en Alle- 
magne et dans les Etats Scandinaves. Rien de curieux comme le journal 
de son séjour en Angleterre, dont M. Rousset nous donne l'analyse. 
Nous aurions désiré qu'il publiât ce journal in extenso^ car le comte 
de Gisors était observateur, et son journal offre cet intérêt moral 
qu'on y voit l'impression que faisait sur un jeune Français^ élevé à la 
cour de Louis XY , le spectacle de la constitution et des mœurs an- 
glaises* M. de Gisors visita ensuite la Hollande, la Prusse et l'Autriche ; 
il retourna dans les Etats du grand Frédéric, et eut occasion d'établir 
des comparaisons peu avantageuses au gouvernement des Lorraine- 
Habsbourg. 

M. Rousset a fait dans tout son ouvrage un excellent usage des cor- 
respondances originales, qu'il enchâsse dans son récit; il laisse la parole 
aux hommes qu'il met en scène; aussi lit-on avec un vif plaisir les en- 



— 165 — 

tretiens de Frédéric II racontés par M. de Gîsors dans ses lettres au 
maréchal de Belle-Isle. M. Rousset raconte les commencements de 
la guerre de sept ans à l'aide des correspondances du dépôt de la 
guerre. On assiste aux intrigues qui divisent les chefs de Tarmée fran- 
çaise ; on s'étonne surtout au récit de la puissance du financier Paris- 
Duvemey , qui faisait et défaisait les généraux en chef. M. de Gisors était 
à mauvaise école ; il vit d'abord le maréchal d'Estrées, que Paris-Duver- 
ney laissait sans vivres : puis la bataille d'Hastenbeck, perdue par la 
faute volontaire de M. de Maillebois; d'Estrées, rappelé et remplacé 
par M. de Richelieu, qui lui-même eut pour successeur le prince-abbé 
comte de Clermont, lequel se couvrit de honte à Minden. Le dépôt de la 
guerre conserve les papiers de Clermont, dont M. Rousset a tiré bon 
parti. Il trace la misémble histoire de cet incapable qu'on laissait à la 
tête de l'armée'; mais que faire lorsque le roi et Mme de Pompadour 
prescrivaient au général ses marches et ordonnaient de ne combattre 
qu'avec certitude du succëst C'est navrant ; ce qui domine, c^est la 
bêtise exploitée par l'intrigue. Ainsi que je l'ai dit, M. de Gisors 
n'est dans le livre de Rousset qu'un accident; il suffit d'ajouter qu'il 
fut tué à Crefeld (jm'n 1768) et de terminer par les paroles mêmes 
de Phistorien dont nous analysons Tœuvre : <i Nous avons essayé de 
montrer dans l'histoire de Louvois comment se fait une bonne armée : 
nous essayons de montrer dans ce livre comment une bonne armée se 
défait, n 

E. BOUTARIC. 



liémolres de Malouet^ publiés par son petit-fils le baron Màlouet. — 
Paris, Didier, 1868. 2 vol. in-8«.de xxix-967 p. (av. portrait). — Prix : 14 fr. 

La collection d^à si nombreuse des documents pour servir à l'his- 
toire de la révolution française, vient de s'enrichir encore de deux 
nouveaux et intéressants volumes : les Mémoires deMcdouet, demeurés 
manuscrits pendant plus de cinquante ans et publiés aujourd'hui seu* 
lement par les soins pieux et intelligents du petit-fils de leur auteur. 
Le rôle de Malouet a été considérable. Quand on étudie les séances de 
la Constituante, il est impossible de ne pas remarquer l'attitude tout à 
la fois austère et libérale du député du tiers état de Riom, de ne pas 
éprouver une sympathie profonde pour l'homme qui, après avoir été, 
selon nous, le plus sage dès le commencement, demeura le plus ferme 
jusqu'à la fin . Le 6 mai 89, Malouet était sur la brèche ; en septembre 91 , 
il y était encore, toujours se méfiant des entraînements de l'enthousiasme, 
toujours inacessible aux faiblesses de la peur. Beaucoup d'orateurs 
furent plus brillants que lui : il n'eut jamais ni l'impétuosité de Mi- 



— 166 — 

rabeau, ni Tà^^propos da Maury, ni la chaleur d/e Bamave, ni le cheva- 
leresque entrain de Cazalès ; mais aucun ne fut plus sensé, plus droit 
ou plus courageux. Tel on voit Malouet le premier jour^ tel on le re- 
trouve le dernier, fidèle aux principes des ccdxiers, si vite oubliés par 
les députés de 89, ne reculant devant aucun effort pour £BÛre prévaloir le 
droit sur la passion, compromettant sans cesse sa vie et sa popularité. 
Partisan sincère de la Hberté, il se résigna à passer pour un ennemi 
du peuple ; adversaire déclaré de l'attitude du gouvernement, il 
affronta Forage du 10 août pour se conformer au désir de I^uis XYI* 
— Un tel homme ne pouvait traverser, sans les apprécier à leur juste 
valeur, des événements comme ceux auxquels il s'était trouvé mêlé; 
son témoignage est cehii d'un observateur consciencieux, froid et in«* 
tdligent, et ses Mémoires se recommandent d'eux-mêmes à Vétude 
de tous cetxx qui aspirent à oonntutre l'histoire si souvent essayée et 
pomrtant si peu£Eiite de notre grande révolution. 

Quoique le principal intérêt des Mémoires de Malouet s'attache à la 

période révolutionnaire, il serait .injuste de passer sous silence les 

renseignements qu'ils nous donnent sur l'époque antérieure à 89, 

La vie active et même aventureuse de l'auteur Tavait mis en position 

de voir et de bien apprécier les hommes et les choses. Élevé chez les 

Pères de rOratoine, étudiant en droit par raison et littérateur par goût, 

Malouet, employé successivement dans les consulats, dieuis l'adHiims» 

tration de la guerre, puis dans celle de la marine, avait commencé à 

dix-huit ans, par un voyage en Portugal et en Espagne, une existence 

continuée par divers emplois en Allemagne, en France et aux colonies. 

Il avait habité successivement les ports et les ministères, la Guyane et 

Saint-Domingue ; il avait fréquenté les ministres et les maréchaux de 

Fiance, assisté à une bataille^ et passé quelque temps entre les mains 

d'un corsaire. Ses récits, ses anecdotes, ses appréciations sont de 

nature à intéresser tout lecteur sérieux et intelligent ; les Mémoires 

de Maicvst doivent être considérés comme un des livres les ^us utiles 

à consulter sur l'admimstiation , la société et les colonies au xvm® siède» 

aussi bien que comme un des ouvrages las plus importants publiés sur 

la révolution française. M. le baron Malouet a fait suivre la publi* 

cation des Mémoires de bob grand-père de pièces pastijacatives, qui 

ne mmplissent pas moins de 250 pages du second volume. 

L. dbPoncins. 



— ie7 — 



Wj&ê AjroJbem en Sicile et en Italie. I^es IVormands en Sicile 
et en Italie. Études historiqws et géographiques é^aprèi des documents nou^ 
veaux et inédits, par M. F. E(ie de Là PBiMAirDAïK. Paris, Ghallamel aîné, 
iS68. 1n-8 de 352 pages. — Prix : 6 fr. 

Placée axL centre de la Méditerraixée, k moitié chemin de r£mt>pe 
et de l'Asie Mineore, sous an ciel qui rappelle l'Italie et qui annonce 
k Grèce, la Sicile a réfléchi dans son histoire agitée les révolutions des 
deux mondes qu'elle partage. C'est ainsi qu'elle reçut les premiers 
coups et porta le joug de cette invasion musulmane dont les déborde- 
ments couvrirent presque toute l'Espagne, infectèrent lltalie, péné- 
trèrent jusqu'au cœur delà France; plus tard, lorsque la chrétienté 
réagit à son tour et prit Toffensive contre l'islamisme, la Sicile lui 
servît d'étape sur la route de l'Orient, elle fut le théâtre de la première 
croisade. Les Normands qui l'affranchirent et l'occupèrent pour se 
répandre de là, avec leurs héroïques aventures^ en Albanie, en Thes- 
saïie, dans les faubourgs de Constantinople, sur les cotes d'Afrique, en 
Terre Sainte, furent les précurseurs, et bientôt après les compagnons 
de Godefroy de Bouillon. 

Le tableau de la domination des Arabes et des Normands en Sicile, 
ainsi que dans cette partie de l'Italie qui se nommait autrefois la Grande- 
Grèce, est bien fait pour tenter l'érudit; déjà d'importants travaux^ 
parmi lesquels il nous suffixa de citer ceux de M. le duc de Luynes, de 
M. Aman et de M. de Cherrier, l'ont éclairé de vives lumières. Nous 
pouvons joindre à cette liste l'ouvrage dans lequel M. Elie de la Pri- 
maudaie a entrepris de résumer cette double Ûstoire : il sera lu avec 
fruit et intérêt, il atteste de nombreuses recherdies, il apporte des ren-* 
seignements précieux. 

En ce qui concerne la domination des Arabes, le caractère qu'elle re- 
vêtit, Télan qu'elle imprima à l'agriculture et au conimerce, les facilités 
qu'elle laissa, après les premières fureurs de la conquête, au culte des 
vaincus. Fauteur est exact; peut-être n'a-t-il pas suffisamment in- 
sisté sur les manx et les vices dont cette domination était atteinte, et 
qui longtemps lui survécurent* L'islamisme ne toucha pas en vain 
cette terre de Sicile avec ses deux fléaux inhérents, la polygamie et 
l'esclavage ; il y déposa des ferments qui menacèrent de corrompre la 
cmiisation de l'Ocddent Le péril apparut dans toute sa gravité, au 
nûlieu des querelles du sacerdoce et de l'empire; on vit l'empereur 
Frédéric se retirer à Palerme, y vivre comme un sultan, se faire une 
cour qui était «m sérail, s'entourer d'esclaves noirs et d'eunuques, res- 
susciter les mœurs et les habitudes sarrasines, prendre une attitude 
qui était une tentation et un affront pour la chrétienté. Que serait de- 



— 168 — 

venue TEurope entrée dans ces voies, si, pour sa liberté et pour 
son honneur, les papes n^eussent triomphé des empereurs! 

Nous n'avons qu'à applaudir au récit ingénieux et animé, consacré 
par M. de la Primaudaie aux Normands d'Italie et de Sicile. Si nous 
avons un regret à exprimer, c'est que ce récit ne soit pas plus déve- 
loppé ; il y a là, dans les hauts-faits des Normands, dans les monu- 
ments qu'ils élevèrent, dans les vigoureuses institutions qui marquè- 
rent leur passage, tous les matériaux d'une 'épopée historique, digne 
de celle qu'a inspirée à un illustre écrivain l'établissement des Nor- 
mands en Angleterre. 

H. DE Lacohbe. 



Kaiser Jlosepli und seine klrchllehen Reforinen» von C. 

RiTTBR, reg. Chorherrn. Mit einer Beigabe ; Pius VI Reise nach WieUy 
ihre Ursachen und Foîgen. Aus dem Lateinischen, von J. Ç« Gordaha, d. 
G, J. [Uempereur Joseph II et ses réformes ecclésiastiques, par le chanoine 
Ch. Rilter. Avec un supplément : Voyage de Pie VI à Vienne, ses motifs et 
ses suites, traduit du latin de J. G. Gobdâra, de la Gompagnie de Jésus). 
Regensburg, Manz, 1867. In-8, de vni-418 p. —Prix: 6 fr. 

Personne dans l'histoire n'a été apprécié d'une manière plus différente 
que Joseph II. Populaire près des uns, comme réformateur de l'Église 
et à cause de son système de nivellement, il est condamné par d'autres 
comme ayant créé une bureaucratie excessive, et détruit ce qui res- 
tait encore d'anciennes libertés. Mais tous ceux qui attendent le salut 
de l'Eglise de la tutelle de l'Etat, Padmîrent comme un héros incom- 
parable. Cependant, ce qui est le côté le plus saillant du joséphisme> 
c'est son influence sur l'administration ecclésiastique. Or ce côté a été 
négligé dans l'ouvrage que nous annonçons, et qui est cependant 
recommandable à plus d'un titre. L'auteur, que son expérience et sa 
position sociale préparaient à la tâche qu'il entreprenait, nous donne 
dans la première partie une étude sur Joseph II et sur son temps. L'em- 
pereur, son génie, son éducation et son caractère; son excellente mère; 
le fameux Frebonius ; les derniers princes électeurs de Mayenoe, de 
Cologne et de Trêves; l'archevêque CoUoredo de Saltzbourg; Tex-ca- 
pucin Fessier, le prince de Kaunitz, van Swieten, les évêques sous 
Joseph II, Blumann, Voltaire, le nonce Garampi, le cardinal Fran- 
kenberg et bien d'autres, sont passés ici en revue. Les réformes de 
Joseph, du moins quant aux points essentiels, sont exposées; les 
textes de ses lois sont cités, et entremêlés de lettres connues ou iné- 
dites des principaux personnages dont l'empereur se servait pour 
l'exécution de ses plans. 



— 169 — 

Ce livre est plutôt une esquisse» un tableau, qu'un ouvrage histo- 
rique calme et mûri ; on y trouve des remarques sur l'essence de TÉ- 
glise et sur la primauté de Rome, et quelques lettres pastorales du 
temps, qui présentent une vive image de cette période. Les sources où 
Fauteur a puisé sont : la collection des lois in publico ecclesiasticis, les 
écrits du P. Theiner sur les maisons ecclésiastiques d'instruction et sur 
le cardinal de Frankenberg, les mémoires de Fessier et de Pacca. En 
outre, il a utilisé maintes relations de contemporains. Citons encore, 
en dehors du livre de Cordara, la correspondance du nonce Garampi 
avec KaunitZy une h}rmne in Aonorem divi Pétri que Pie Yl a fait 
composer, une homélie prononcée par Pie VI le 30 mars 17S2 dans 
la cathédrale de Saint-Étienne à Vienne, une relation du séjour de 
Pie VI à Vienne faite par Fessier et ime relation ;de l'entrevue de 
Pie VI avec le bibliothécaire protestant Mertens à Augsbourg. En 
résumé, cet ouvrage fournit de nombreux et importants matériaux 
pour rhistoire de ce qu'on a appelé le joséphisme. 

P, Beckmann. 



Cthronlque de /kbou-DJaTar IMoliaiiimed-beii DJarfr-ben- 
Yaztd Tabart, traduite sur la version persane d*Abou-Âli Mohammed- 
ben*Belami, d'après les mss. de Paris, de Gotha, de Londres et de Can* 
terbury^par Hermann Zotbnbkrg* Paris» imprimerie impériale, i867. T. 1, 
in-8 de vm-685 p. 

L'auteur de cette Chronique, connu sous le nom deXabarî, est l'un 
des historiens orientaux les plus anciens; c'est à lui que Ion doit la 
première chronique générale, composée au iii<» siècle de Thégire. Il na- 
quit à Âmal, ville de Tabarîstan, vers Tan 838 de l'ère chrétienne, et 
mourut en 921 ou 923 à Bagdad, où il avait enseigné la théologie et la 
jurisprudence. Tous les historiens orientaux postérieurs à Tabarî ont 
puisé dans son livre, dont Toriginal arabe est malheureusement perdu : 
on ne le connaît que par une version persane^ celle-là même que 
M. Zotenberg vient de traduire en français, et dont le premier volume 
a paru il y quelques mois. L'importance incontestable de cette Chro- 
nique, au point de vue des études historiques, a décidé une société lit- 
téraire anglaise à faire les frais de la publication ; on peut dire que c*est 
là un livre cosmopolite : composé en arabe, traduit en persan, et du 
persan en français^ il est imprimé en France aux frais d*une société an- 
glaise, par un savant qui, à en juger par son nom, est d'origine ger- 
manique. II faut remonter au moyen âge pour trouver un pareil con- 
cours de circonstances dans la république des lettres. 



— 170 — 

Le volmne que j'ai soas les yeux contient fort peu d'histoire propre- 
ment dite : en revanche» il renferme une riche collection de légendes. 
Les cfaroaîquears de TOrient, oonune ceux de l'Occident, commencent 
génémieBient leurs récits par la création du monde ; et> tout naturel- 
lement, ils n'ont àlëur disposition que les livres sacrés des Juifs et ceux 
des Perses : mais», chez les musulmans, l'histoire biblique est devenue 
tout autre que celle qui ncms est connue* Ils ont brodé autour des ré- 
cits de r^den et du Nouveau Testament une foule de traditions 
qui constituent en quelque sorte une mythologie^ la mythologie mu- 
sulmane. A. ce point de vue, le volume puUié par M. Zotenberg est 
précieux pour l'histoire religieuse de l'Orient, et ces l^endes par eilea^ 
mêmes ne sont pas dépourvues d'un certain intérêt pittoresque. Le tra- 
ducteur, dans sa préface, nous apprend qu'avec le second volume 
commence la véritaJble histoire : dans le dernier il donnera des rensei- 
gnements littéraires complets sur Tauteur et son ouvrage. Nous ne 
manquerons pas d'en rendre compte ici. 

Quant à l'exécution du travail, quelque incompétent que nous soyons 
à le juger à fond au point de vue philologique, nous pouvons en toute 
conscience affirmer que c'est là un livre qui ne laisse pas prise à la cri- 
tique. La réputation de M. Zotenberg est notoire : personne n'ignore 
qu'il apporte dans ses études la clarté qui fait l'honneur de la science 
française, unie à la patiente érudition de la science allemande. Ajou- 
tons que sa traduction a été exécutée sur neuf manuscrits des biblio- 
thèques de Paris, de Londres^ de Canterbury et de Gkvtha. Les nom- 
breuses notes philologiques et historiques, au lieu d'être placées au bas 
des pages, sont renvoyées à la fin du volume. 

ANATOLE DE BARTHÉLÉMY. 



Réglons nouvelles. JBÎstoire du Commerce et de la Cmlisatiott au 
nord de V océan Pacifique, par Rippolyte Rouhaud, chancelier de consulat. 
Pari», Dcntu, 1868. In-8 deti4<H p. — Prix : 6 fr. 

n Voici un livre dont la lecture seule peut faire comprendre Futilité 
pratique à ceux de nos compatriotes qui ont des intérêts engagés dans 
l'océan Pacifique,ou qui se proposeraient d'y aller fonder des établisse- 
ments nouveaux, n Tel est le début de M. Rouhaud : il est selon nous, 
trop modeste : non-seulement son livre a une grande vtiKtê prattçue 
pour quelques-uns, mais sa lecture oiTre à tous un trës-attachant et 
puissant intérêt. Son but principal a été « de faire connaître la posi- 
tion respective des puissances dans l'océan Pacifique w. Cet éncmcé 



* ^ 



— 171 — 

seul et le compte rendu, quelqtie sommaire que nous soyons obligé de 
le donner, de eet onvrage sur les Hiffions nouvelles, suffiront pour ^ 
&ire apprécier le plan et rexéeution. 

Une introduction cof^ent le préds historique des événements qui, 
après la décadence, comme suprématie commerciale et maritime dans 
l 'océan Paciâque^de l'Espagne, du Portugal et de la Hollande, ont amené 
les États-Unis, l'Angleterre, la Russie et la France à substituer 
leur influence à celle des premiers maîtres. Cette introduction rétros- 
pective mconte avec précision et clarté les débuts dans le Pacifique de 
la Russie depuis la découverte du Kamtcbatlca, de l'Angleterre depuis 
sa rivalité avec la France au Canada, des Etats-Unis depuis la décou- 
verte de la Colmhbia , et présente le résumé des affaires de Chine jus- 
qu'au traité de Tien-tsin. Elle est, selon nous, trop courte, et-n'au- 
raît pu que gagner à contenir plus de détails. Mais l'auteur était 
sans doute pressé d'aborder le sujet principal de son livre, dans les 
huit chapitres duquel il expose avec soin la situation actuelle, dans 
les vingt dernières années, des grandes puissances maritimes ibtns le 
Pacifique. Ce qu'il dit des Russes au Japon (chap. ii), des colonies an- 
glaises (chap. nr), surtout du rôle du Mexique (chap. v) et de la Ca- 
lifornie (chap. V). nous a paru présenter un intérêt tout spécial. L'his- 
toire du développement fabuleux du commerce et de Tindustrie, des 
progrès si rapides de la richesse et de la civilisation dans des contrées 
sauvages encore il y a moins d'un demi-siècle, a quelque diose de sin- 
gulièrement attachant, surtout quand le narrateur parie de visu. Cette 
histoire comprend tout, la politique, la guerre, la religion, l'économie 
politique, les lois, Tinstruction, l'industrie, ou plutôt toutes les indus- 
tries, 1 état social et moral des diverses populations qui sont arrivées 
successivement à la lumière et aux bienfaits de la civilisation. 

Il y a là) pour ces Etats nouveaux, un travail de formation et comme 
une sorte d'enfantement laborieux, il est vrai, mais qui prooiame avec 
-éclat la puissance et le génie de Tiiomme, tout ce que sou ixitelligence 
et sa patience peavent ajouter à d'inûroyaUes richesses natoreUes. 
Là aussi se trouvent pour l'avenir des régions nouvelles des gages as- 
surés d'une prospérité incalculable. 

C'est donc une étude pleine d'intérêt et d'actualité que celle du nord 
du Pojcifique considéré tant en lui-même que dans ses rapports politi- 
ques, commerciaux, économiques, avec les grandes puissances conti- 
nentales : dans l'ouvrage dont nous parions, tous ces différents points 
sont traités, non pas superfiddlement comme il arrive parfois quand il 
s'agit de questions si éloignées de nous gèognjepkiquement^ mais avec 
une connaissance approfondie et une expérience pleine de maturité. 
M. Rouhaud a vu de près les honmies et les choses ; il a paioouru vingt 
années durant^ il a yu naître et grandir k Oalifomie» le territoire de 



— 172 — 

Washington^ TOrégon, la Nevada, la Colombie britannique; il a 
traversé le Mexique, et pendant plus de deux ans, chancelier du con- 
sulat à Mazatlan^ il a été témoin de ses angoisses^et de ses luttes; fa- 
miliarisé avec les langues anglaise et espagnole^ il a pu éclairer son 
opinion de celles des écrivains étrangers qui ont abordé les mêmes 
sujets; enfin il a cherché loyalement la vérité : tout son livre l'atteste, 
et c'est un hommage que nous aimons à lui rendre; n'a-tril point parfois 
la note un peu trop optimiste ou indulgente 1 le lecteur en jugera. 
Pour nous, nous déclarons que ce livre nous a plus qu'intéressé, 
mais fort instruit, bien qu'il y ait lieu peut-être à quelques réserves sur 
certains points. Mais là où les opinions sont libres, les appréciations 
peuvent différer selon les points de vue, et en présence des mêmes 
faits. 

Pour les faits^ d'ailleurs, M. Rouhaud n'avance rien qu'il ne prouve; 
il a terminé son volume par 200 pages de pièces justificatives, docu- 
ments commerciaux ou diplomatiques , tous puisés aux sources offi- 
cielles ; il a ainsi augmenté d'autant la valeur de son intéressant et 
utile ouvrage. De tous ces traités ou conventions de commerce et de 
navigation^ il ressort que partout et toujours les stipulations les plus 
favorables aux intérêts français ont été réclamées et obtenues. Il im- 
portait donc de leur donner la plus grande publicité; a ce titre, il faut 
savoir gré à l'auteur de n'avoir pas négligé, malgré son apparente ari- 
dité, cette partie technique, complément indispensable de son travail, 
et qui jette tant de lumière sur la situation de la France au nord du 
Pacifique. 

F. D£ ROQUEFEUIL. 



9oiivenlr« d*ime exploration «clentlflque dans le nord de 
1'A.firlque. — I. Monuments symboliques de î Algérie y par M. J. R. Boua- 
GUIGNAT. Paris, Gbaliamel aîné, 1868. In-4 de 30 pages (avec 3 planches 
coloriées). — Prix : 7 fr. 

U avait déjà été, tout récemment, fait mention des monuments en 
terre affectant des formes animales et rencontrées par un consul rési- 
dent dans la province de Tripoli. Néanmoins cette découverte n'avait pas 
eu beaucoup de retentissement, et nous devons savoir beaucoup de gré à 
un de nos compatriotes, M. Bourguignat, déjà connu par de savants 
travaux sur la concbyologie, de l'intéressante publication dont nous 
nous proposons de rendre compte. Il a retrouvé des monuments du 
même genre en Algérie, dans le Nahr Ouassel. L'un d'eux, qui semble 
représenter assez grossièrement une forme humaine, secousse de cinq 



— 178 — 

tumulas dont Tun figurerait la tête ; deux autres, reliés entre eux par 
une levée de terre, tiendraient la place des bras. Le corps serait marqué 
par une enceinte paiement en terre. Un autre de ces monuments nous 
représente un scorpion, et cela avec tant d'exactitude qu'il ne saurait 
guère rester de place au doute, bien que l'animal soit dépourvu d'une 
partie de ses pattes. Les tumulus d^^endant de ces édifices, ouverts 
par le docte explorateur^ nous rappellent à beaucoup d'égards les tu- 
mulus européens dits de la pierre polie. Ainsi le cadavre a été non 
point étendu tout de son long, mais assis dans sa tombe. Les hachettes 
de pierre polie sont accompagnées de couteaux en silex, simplement 
taillés. L'on ne saurait s'empêcher de signaler la ressemblance vrai- 
ment extraordinaire de ces monuments avec ceux qui s'élèvent sur les 
bords du Mississipi. Là aussi nous voyons des monuments en terre ac- 
compagnés de tumuli et affectant des formes animales, celles, par 
exemple, de l'homme, de Talligator et surtout du serpent. M. Bour- 
guignat a entrepris de rechercher si, en Europe même, Von ne pour- 
ndt leur rien trouver d'analogue. Le monument d'Abuiy, en Angleterre, 
n'est à ses yeux que la représentation d'un serpent gigantesque; sur 
le unJievL dû corps de ce reptile on a placé un vaste tumulus, et un autre 
se rencontre à peu de distance, comme s'il était sous la protection de 
l'animal sacré. Le monument symbolique dit du grand serpent, dans la 
province d'Ohio, mérite à plus d'un égard d'être comparé à celui d'A- 
bury. Il représente, lui aussi, un énorme serpent, la gueule ouverte et 
se préparant à avaler une sorte d'œuf, figuré par une enceinte de terre. 
Deux iumvli d'assez petite dimension se rencontrent près de la queue 
du reptile. Nous pouvons à ce sujet faire remarquer une coïncidence 
entre la symbolique des Mexicains du temps de la conquête et celle 
des mystérieux civilisateurs de la vallée du Mississipi. Chez les peu- 
ples de l'Analinac, un serpent tenant entre ses mâchoires, soit une tête 
humaine, soit un objet ovoïde, était, dit-on, l'emblème de Quetzacoatl, 
l'un des grands dieux du Mexique et le réformateur de la religion. 
Quoi qu'il en soit, les monuments en terre de grande dimension, ren- 
fermant des tumuli et affectant des formes d'animaux, n'ont été ren- 
contrés que dans l'ouest de notre continent et dans la vallée du Mis- 
sissipi. Ds semblent contemporains, dans ces deux régions, de l'âge de la 
pierre polie. Voilà bien des motifs pour attribuer, avec M. Bourguignat, 
leur érection à une seule et même race. On devrait donc admettre 
l'existence, entre l'Amérique et le nord de l'Afrique ou l'Europe occi- 
dentale, de relations qui ne pourraient guère être plus anciennes que 
le xx« siècle avant notre ère. Nous serions pour notre part parfaite- 
ment disposé à admettre cette hjrpothèse. Peut-être pourraitK>n se 
rendre compte par là de certaines difficultés philologiques, expliquer par 
exemple la ressemblance du nom du chien dans plusieurs idiomes ca- 

ÂTRIL 1868. 1S 



— 174 — 

nadiens, en basque et dans les dialectes finnois. Les civilisations du 
nouveau monde nous apparaîtraient moins isolées, moins indépen- 
dantes de celles de l'ancien monde, qu'il ne semble au premier abord, 
et nous n'en serions pas réduits, pour expliquer leur origine, à recou- 
rir à l'hypothèse si improbable de races sauvages s'élevant par leur 
seule force à la vie policée. En tout cas^ nous attendons impatienmient, 
pour obtenir de nouveaux éclaircissements à cet égard, les prochaines 
publications que nous promet M. Bourguignat. 

H. DE Chabencey. 



IVotIce sur le cartulalre du camté de Itethel » par Léopold 
Delisle, membre de l'Institut. Paris, Labure, 1867. InS" de 160 p. (Extrait 
de V Annuaire-Bulletin de la Société de P histoire de France,) 

Le diocèse de Rmms est peut-être celui dont les cartnlaires sont 
le moins connus : on a lieu de s'étonner que l'Académie impériale de 
Reims, à qui on ddt déjà de bonnes publications telles que Flodoard, 
Ricber et D. Marlot, n'ait pas encore entrepris la publication des 
précieux manuscrits qu'elle a sous la main, et qui seraient consultés 
avec le plus grand intérêt par tous ceux qui s^oocupent de l'histoire du 
moyen âge. M. Léopold Delisle, en faisant connaître le cartulaire du 
comté de Rethel, a, nous Tespérons, donné un exemple qui sera suivi : 
cette publication a d'autant plus de prix que diacun sait combien les 
oartulaires féodaux sont rares dans les bibliothèques. 

Le travail de M. Delisle fait connaître, soit in extenso, soit par 
analyses, les 432 chartes qui composent le registre des chartes du 
JRethelois depuis Vannée 1194 jusqu'en 1400 : c'est un manuscrit du 
XLv^ siècle, appartenant à M, le marquis de Clermont, et auquel ont 
été ajoutés postérieurement une dizaine d'actes. 

Il est inutile d'insister sur [l'exactitude des textes transcrits par 
M. Delisle et sur la rédaction solide et complète de ses analyses : 
chacun a pu apprécier, et depqis longtemps, la sûreté de la critique du 
savant académicien et son autorité en matière d'études diplomatiques. 
Il suffit, d'aQleurs, de parcourir la table qui complète le livre, et qui 
contient les noms d'hommes et de lieux, pour reconnaître la main d'un 
maître. Trop souvent on oublie] que^ les compléments indi^ensables 
d'un recueil de textes sont les tables; trop souvent on tmblie que ce 
travail important ne doit pas être confié au premier venu. 

On trouve dans la Notice sur le cartulaire de Rethél des renseigne- 
ments intéressants sur l'époque où commençait Pannée dans ce pays ; 
des documents qui permettent de rectifier, sur plusieurs points, la gé- 



— 175 — 

néalogie des plus andena comtes de Rethel, et de ooDopléter eertiunef 
pages de V Histoire dea comtes de Champagne puWée par M. d'Arbois 
de Jubainville. 

Quand on songe que la plus importante aouroe de docuoients pour 
le paya rémois est la série des volumes intitulée Archives admimstra*' 
iives et historiques de Reims et éditée par Varûi, on est heureux de 
voir enfin commencer pour cette grande province ecclésiastique une série 
de publications dans lesquelles l'ordne est combiné avec l'érudition • Les 
gros in-quarto de Yarin forment un labyrinthe inextricable, grâce au 
peu de méthode qui a présidé à la confection des tables ; et d'ailleurs 
ils sont loin de contenir les nombreuses indications que fourniront les 
cartulaires de nombreuses abbayes que possèdent les archives de Châ- 
lons-sur-Marne, de Verdun et de Reims. Je ne parle pas du Polyjn 
tique de Saini-Remi de Reims ^ qui serait im livre de pianûer ordre 9\ 
au point de vue de la géographie, il ne fourmillait pas d'erreurs que Ton 
est étonné de voir dans des pages signées du nom de Benjamin 
Guérard. 

AXATOLE DB BaATHÉLBMT. 



Annuaire de la not»Ieaae de Pranc^e et de« malsane «owe* 
raine» de PC&nrcype» publié par M. Borbl d'Hautbiutb^ archiviste pa- 
léograplie. Parte, rue Richar, 50 ; Dentu; Diard, 1668. In^l2 de xx-4M p* 
(av. 4 planches)* «^ Prix : 5 fr. 

M. Borel d'Hauterive en est à la 25^ année de publication de son utile 
et intéressant Annuaire^ On connaît le plan de Touvrage : les maisons 
souveraines et ducales y occupent le premier rang; puis viennent des 
tablettes généalogiques sur les familles, Tindication des demandes et 
obtentions d'additions ou de changements de noms, quelques notices 
généalogiques étendues, le tableau des alliances, des décès et des 
naissances pendant Tannée précédente; enfin des mélanges. U An- 
nuaire pour 1868 s'ouvre par une courte préface, où l'auteur répond au 
reproche qu'on lui avait fait de ne pas résoudre les question^ héral- 
diques ou nobiliaires : M. Borel répond avec raison qu'il n'a pas qualité 
pour cela^et il fait ressortir les difficultés et les inconséquences que pré- 
sente l'état actuel de la législation nobiliaire. QueJques exemples, al- 
légués par lui, lui donnent occasion de reproduire le texte de l'acte de 
naissance de M, de Momy , « né de I^ouise^Emilie-Coralie Fleury, épouse 
du sieur Auguste Jean-Hyacinthe Demorny, propriétaire à Saint- 
JDomingue, demeurant à Villetaneuse (Seine), n Que reste-t-il à faire 
après toutes ces variations de principes et de tendances, toutes ces 
confusions de l'ordre social t dit en terminant l'auteur. « Gémir et con- 



— 176 — 

tinuer à honorer le culte des souvenirs , Tesprit de famille et les vertus 
héréditaires, qui sont aujourd'hui tout ce qui peut nous rester des débris 
de l'ancienne noblesse* » 

Nous remarquons dans ce volume les généalogies des familles de 
Bragelongne, de Reynaud, de Mure de Lamage^ etc.; une liste des 
chevaliers de Saint^Louis encore existants, un résumé de la campagne 
romaine de 1867^ sous le titre de : <« la Noblesse de France aux armées et 
dans- les écoles militaires^ » une notice historique sur la noblesse fran* 
çaise aux colonies (Martinique), enfin une revue bibliographique des 
ouvrages sur la noblesse publiés de 1865 à 1867, qui malheureusement 
est fort incomplète. 

G. DE B. 

I^e» Orand» Êeuyer» et te Orande Écurie de Prance» 
a^vant et depuis IT^O, par Edouard de BAHTBiLEMT. Paris, iibr. de 
TAcadémie des bibliophOes, iO^ pi. de la Bourse^ 1868. In-i8 jésus de 
xii«216 p. — Prix : 2 fr. 50. 

Ce petit volume est une étude complète sur la charge de grand 
écuyer en France. L'auteur détermine Tépoque à laquelle cette di- 
gnité fut établie, les attributions qui en ressortissaient, les difiérentes 
modifications qui y furent apportées. Il entre dans des détails précis 
sur le service de Técurie, sur la difiérence qui existait entre la Grande 
et la Petite Ecurie. Ce livre contient en outre la chronologie des grands 
écuyers depuis Jean Poton de Xaintrailles, qui fut le premier, jusqu'au 
général Fleury^ qui est titulaire aujourd'hui de cette charge : sur chacun 
de ces grands officiers on trouve de courtes notices biographiques. 
M. de Barthélémy termine son travail par la publication de docu- 
ments et de listes donnant les noms des pages de la Grande Ecurie. 

Nous regrettons que l'auteur n'ait pas jugé à propos de décrire les . 
armoiries de chacun des grands écuyers, et de compléter son inté- 
ressant volume par une table alphabétique de noms d'hommes ; 
cet appendice rendrait les recherches beaucoup plus fadles. 

J. MoNGIN. 



BIOGRAPHIE 



Cillsabetli flfteton et les commencements de l'ES^llse cwt» 
tboltque aux Etats-Unis, par lime de Barberet. Paris, Pous- 
sielgue, i868. In-8 de vin-?24 pages (arec portrait gravé).-— Prix : 7 tr. 50. 

Si Ton ne peut demander à un auteur de ne jamais écrire sans avoir 
quelques faits nouveaux à révéler au public, c est du moins un mérite 



— 177 — 

que chacun veut avoir, et tout le monde le reconnaîtra à Mme de Bar- 
berey. En effet, la vie d'Elisabeth Seton^ malgré le dévouement et le 
glorieux succès avec lesquels elle fut mise au service de la religion 
catholique aux Etat9-Unis , est restée presque entièrement ignorée en 
France; le seul livre qui pût la faire conn^tre, celui du docteur 
Ch. White, est passé presque inaperçu» malgré la traduction qu'en a 
donnée M. Tabbé J. E^bad. Et cependant, tout intéresse dans cette 
vie. Nul n'a raconté comme Mme de Barberey, pour employer les ex- 
pressions de Mgr Mermillod dans sa lettre de félicitation à l'auteur, 
M l'intérieur de cette âme, ses combats, ses tendresses et ses virilités ; «• 
nul n'indique aussi bien qu'elle « l'enchaînement providentiel qui 
associe cette jeune fenmie, revenue veuve, désolée et pauvre, des 
rivages de l'Italie, au mouvement merveilleux de la vie catholique 
s'épanouissant, aux Etats-Unis, sous l'influence de ces vertueux 
prêtres français échappés aux orages de la révolution^ n les Cheverus, 
les du Bourg, les Flaget, les Maréchal et tant d'autres. A tous les 
renseignements fournis par ses devanciers^ Mme de Barberey a ajouté 
le fruit de ses propres recherches, et elle a pu utiliser des documents 
inédits qui lui ont été fournis par les descendants de Mme Seton. Elle 
ne craint pas d'aborder parfois l'histoire générale; on trouvera dans 
son livre des pages du plus grand intérêt sur les mœurs américaines, 
la guerre de l'indépendance, les conséquences de la rupture entre la 
France et l'Angleterre, sur le protestantisme et son intolérance, et 
surtout sur la naissance et le développement rapide du catholicisme 
aux Etats-Unis. 

Elizabeth Bayley était née en 1774, à New- York, au sein d'une £ei- 
mille protestante. La perte prématurée de sa mère imposa à M. Bayley 
la tache dif&dle de se charger de l'éducation de sa fille. « D s'attacha 
beaucoup plus à développer chez son enfant les qualités solides que 
les dehors qui flattent l'amour-propre. Il s'étudia à former son carac- 
tère, à perfectionner son cœur... Il savait que les dons brillants servent 
bien peu pour le bonheur ; qu'on leur doit rarement le calme de l'esprit 
et ces intimes afiîections qui sont les plus grandes jouissances de la 
vie. La justesse de la raison, le charme d'un aimable caractère, voilà 
ce qu'il voulait développer chez sa fiUe^ afin qu'elle sût à la fois se faire 
aimer et se rendre heureuse. » A l'âge de vingt ans, Elizabeth épousa 
William-Magee Seton. « Les premières années de ce mariage furent 
comblées de ce rare et complet bonheur qui marque souvent les com- 
mencements d'une existence destinée à de très-rudes épreuves. » En 
efiet, les afilictions ne se firent pas attendre : ce furent d'abord la mort 
du beau-père et du père d'Élizabeth ; puis> des désastres pécuniaires qui 
jetèrent la perturbation dans la fortune de son mari et altérèrent sa 
santé, au point qu'on lui ordonna un voyage en Italie. William Seton; 



— 178 — 

aa fieti de ]a santé, y trouva la mort. U laissait sa femme entre les 
mains d'amis dévoués, les Filiocht, qui devinrent pour elle des guides, 
des conseils, des protecteurs généreux, et» en lui apportant toutes las 
consolations dont elle avait besoin , jetèrent dans son cœur la pre- 
mière semence de la vérité. 

Élizabeth revint à New- York pour fermer les yeux d'une bdifr-soeor 
à qui eUe avait donné toute son affection ; ses premières ouvertures à 
sa famille sur sa conversion la firent repousser par tous les siens : elle 
fut condamnée à un isolement aussi pénible pour son cœur qu'inquiétant 
pour l'avenir de ses enfimts. Enfin, après bien des luttes, bien des hési- 
tations, elle abjura l'erreur. Dans le but de se créer des ressources, elle 
ouvrit alors une éocde pour les petits enfants à New- York. M. de 
Cbeverus l'attira plus tard à Baltimore» pour y fonder une école et un 
oiphelinat. C'est là que prit naissance cette petite communauté qu'elle 
dirigea jusqu'à la fin de sa vie» c'est-à-dire jusqu'en 1821, et qui adopta 
les constitutions des Filles de ki Chanté. Â sa mort Mme Seton laissait 
qinquante soeurs et tiois établissements ; on compte aujourd'hui aux 
États-Unis mille soeurs de la Charité dans quatre-vingt-neuf maisons. 

Si nous avions quelques critiques à présenter» nous exprimerions 
nos regrets sur le renvoi des notes à la fin de diaque chapitre et 
l'absence d'indications spéciales en tête des pages. U y a aussi quelques 
longueurs dans les citations du journal ou de la correspondance de 
Mme Seton* 

Mme de Barberey a un style d'une simplicité élégante et d'une 
grande pureté : on sent qu'elle a vécu dans le commerce des grands 
maîtres du xvu^ siècle» qui lui ont appris à penser aussi bien qu'à écrire. 
Indiquons-lui en terminant, et après l'avoir remercié de ce beau et 
intéressant travail, un écrit sur la mère Marguerite Bougeoys (p. 620>, 
lu par M. l'abbé Sauoeret au congrès scientifique tenu à Troyes 

en 1864. 

René de Saint-Mauris. 



nermliile de î^ 3a(ftAeiiiouturIe 9 souvenirs biograpkiqttes et liUé-- 
raires, recueillis par le IL P. Henri Thomas, des Frères Prêcheurs. FucH, 
Laroche, 1867. Grand in-S* de 534 p. — Prix : S fr* 

Ce livre vient grossir cette classe d'ouvrages qui appartiennent à ce 
qu'on pourrait appeler la littérature intime. U contient le récit d'une 
r» simple> sans incidents romanesques, sans passions émouvantes^ qui 
présente ce genre tout particuli^ d'intérât qu'offre le spectacle d'une 
âmo en lutte continuelle av^c la douleur ; la curiosité est d'autant plus 
vivemoAt excitée^ que tout est raconté d'après les confidences d'un 



— 179 — 

journal ou de lettres. On y trouve ce ton naïf, cette aisance, cette 
délicatesse, cette chaleur de sentiments, cette grâce dont les f^nmes 
seules ont le secret, en même temps qu'une grande sobriété d'expres- 
sions, un jugement sûr et des vues profondes. L auteur a bien su mettre 
en œuvre toutes les richesses qui lui avaient été oonfiées ; il fait pleine- 
ment partager son admiration pour celle à qui est consacré ce volame. 
Herminie de la Bassemouturie était d'une famille ridie en traditions 
d'honneur et de dévouement, et suffisamment pourvue des biais de la 
fortune. Son père, fidèle à sa devise Deus, liez, Honor, brisa son épée 
en 1830 pour se livrer aux luttes de la presse; c'est Tauteur du fameux 
quatrain : 

Oà, 6 Hi^^I Kuohem-t-on ton nom ? 

n avait épousé une descendante de Tantique maison Des Fontaines, 
qui donna à S. Louis son plus intègre conseiller; cette femme accomplie 
fut enlevée par le choléra en 1832, au moment où son mari était con*- 
damné à six mois de prison pour délit de presse. Herminie était la 
plus jeune des quatre enfants qu'elle laissait; elle avait 8q)t ans. Ses 
deux frères furent mis au collège^ et elle et sa soHur Pauline forent 
confiées aux bénédictines d'Esquermes-lèz-Lîlle. C'est là qu'elle fit sa 
première communion avec la plus grainie ferveur. Malgré les dou- 
ceurs qu'elle goûtait dans cette maison, elle ne put y rester après 
le départ de sa sœur : il y avait entre ces deux âmes une attraction 
irrésistible et mystérieuse qui fut la source de leur force au milieu de 
toutes les afflictions qui traversèrent leur existence. Leur vie chez leur 
père fut celle de jeunes filles sérieuses, occupées des travaux du mé- 
nage, continuant la culture de leur esprit et remplissant leurs loisirs 
de pratiques pieuses et charitables. Des circonstances douloureuses les 
forcèrent de déserter le foyer domestique; ce moment pénible met dans 
tout son jour le dévouement des deux frères qui prélèvent sur de mo* 
destes appointements pour subvenir aux besoins de leurs soeurs. Cette 
position laborieuse se continua durant quelques années. 1848 arrive, 
époque îaiale pour cette famille comme pour tant d'autres. Jules de la 
Âissemouturie part avec les volontaires de Valenciennes : il est mor- 
t^ement frappé par les insurgés. Six mois après, Emile, le frère 
bien-aimé, quittait ses sœurs auprès desquelles il était venu se reposer : 
tandis qu'il s'en allait avec Tespoir de 1^ revoir bientôt, son cheval le 
jette à tarre; il se brise le crâne et meurt sur le coup. 

Voilà, pour ainsi dire, toute la vie extérieure d'Herminie ; elle a un 
côté tristement dramatique, mais rien qui donne carrière à l'imagi- 
nation. Cependant ce n'est point là ce qui passionne à la lecture de 
ce livre : le plus vif de l'intérêt réside dans des faits qui tiennent de 
plus près encore à la vie réelle. ^ Née au sein de tous les privilèges de 



— 180 — 

la naissance et de la fortune et n'ajrant devant elle que les phis riantes 
promesses de l'avenir, Herminie sait, quoique bien jeune encore» 
abandonner sans regret tout ce qui brille autour de son berceau, pour 
prendre, avec une énergie chrétienne qui étonne, la grande route du 
sacrifice. » Elle était d'un tempérament excessivement délicat; une 
chute qu'elle fit à Tâge de sept ans vint ajouter une nouvelle cause à ses 
douleurs. Sa vie de quarante ans ne fut qu'un long martjrre. « Souffrir 
toujours, souffrir sans relâche, souffrir de mille manières, souffrir 
dans l'obscurité et dans l'inutilité, souffrir dans ce qu'elle a de plus 
cher aux monde, »> tel fut son partage. « Je passe mes jours, écrivait- 
elle, sans savoir me tenir sur pied, et mes nuits sans pouvoir rester 
couchée. Accablée, brisée, je succombe au sommeil, et à chaque minute 
mon mal, comme un impitoyable geôlier, me secoue. C'est la toux qui se 
charge d'éloigner le sommeil ; ce sont des contractions, des crises, des 
rages de douleur qui me chassent de ma couche. Mon pauvre corps se 
jette de ci de là, rencontrant partout des verges qui le fouettent, des 
lances qui le percent, du fer qui le brûle ; il se tourne [et se contourne, 
il se tord, sentant son mal partout, et ne trouvant nulle part le repos 
qu'il réclame pour ses membres fatigués et endoloris, pour ma tête qui 
s'écartèle par le tiraillement de mes nerfs irrités. »> Ces souffrances, 
disait un de ses médecins, feraient Je martyre de cent malades. Et elle, 
toujours calme, résignée, confiante, s'écriait: « O beau ciel! quelle 
peine paraîtrait trop dure pour te conquérirt ** On sent dans les lettres 
pleines de tendresses et de bons conseils qu'elle écrit à ses frères, à ses 
amies, dans toutes les pages de son journal, une âme qui se possède, 
un esprit mûr et sérieux, une sensibilité épurée par la douleur. Parmi 
ce qui est sorti de sa plume, nous avons particulièrement remarqué ce 
qu'elle dit sur les romans, et son jugement sur Eugénie de Guérin. 

Le P. Thomas s'est effacé autant qu'il l'a pu, se bornant à relier 
avec talent par un récit ou par des réflexions marquées au coin de l'ex- 
périence, les fragments de correspondance et de journal. Il a choisi avee 
discernement ce qui était à dire et ce qui était à passer sous silence : 
on ne peut lui adresser le reproche d'indiscrétion que pourraient 
mériter d'autres confidences du même genre. Il semble pourtant qu'oo 
aurait pu retrancher encore dans les explications données sur le départ 
des jeunes filles du toit paternel; elles laissent planer des soupçons que 
rien ne confirme, mais que rien ne détruit. Le beau rôle est certainQ<- 
ment du côté des enfants; mais ils n'auraient rien à perdre si un voîle 
était jeté sur ce triste événement. 

René ds Saint-Mauris. 



CHRONIQUE 



NâcBOLOGiE. ^- On annonce la mort : de M. l'abbé Vidal, curé de 
Bercy, auteur d'une Vie de S. Paul y et qui laisse une bibliothèque 
considérable, riche surtout en ouvrages de mjrstique chrétienne; — de 
M. l'abbé YoUot, élève de M» le Hir, docteur en théologie et profes- 
seur d'Écriture sainte en Sorbonne, mort à trente ans, au moment où 
une carrière pleine d'avenir s'ouvrait devant lui ; — de M. Jacques- 
Augustin Toulouse, Tun des types les plus purs et les plus honorables 
de ces libraires érudits qui connaissaient les livres autrement que par 
leurs titres et mettaient leur science et leur expérience à la disposition 
de tous avec une urbanité et une complaisance qui ne sont plus de notre 
temps. M. Toulouse n'était âgé que de soixante-neuf ans; il était 
devenu aveugle depuis plusieurs années. 

iNSTmrr. — Le 26 mars, a eu lieu la séance de réception du R. P. 
Gratry, de l'Oratoire, à l'Académie française. 

-— Un décret impérial est venu confirmer l'élection, à l'Académie 
des sciences morales, de M. Yacherot, l'apôtre si connu de la Consub^ 
stantialité de Dieu et de la matière. 

— M. Levasseur, l'auteur de V Histoire des classes ouvrières en 
Jf'rance, a été élu par la même Académie au fauteuil vacant par suite 
du décès de M. le comte Duchâtel (Économie politique et finances). 

Ecx>LE DES Chartes. — M. A. de Montaiglon, l'un des membres 
résidant de la sodété des Antiquaires de France, vient d'être nommé 
professeur à l'École des Chartes, en remplacement de M. Vallet de 
Virivîlle. 

Doctorat es lettres. Faculté de Paris. Le 21 mars, M. de Grisy, 
docteur en droit, a soutenu les deux thèses suivantes : 

De Tarqu. Tassi poemate quod inscribitur Gerusalemme con* 
quistada; 

Étude sur Thomas Otway. 

Le candidat a été admis. 



— 182 — 

— Le 28 mars, M. Faugeron, archiviste paléographe , professeur 
d'histoire au lycée de Rennes, a soutenu les deux thèses suivantes : 

De fratemiiaie inter filios et nepotes Hlludowid Pu (842-884). 

Les bénéfices et la vassalité au neuvième siècle. 

Le candidat a également été jugé digne du grade de docteur. 

— Au dépôt de la guerre 120 volumes de documents (1677-1684) 
ont été analysés en 1867, ce qui porte l'ancien fond au 665* tome. — 
Dans les archives modernes, 13^000 pièces ont été analysées. 

— Il a été présenté récemment au parlement anglais un rapport 
financier sur la publication des Records^ collection de documents pour 
rhistoire d'Angleterre. D résulte de ce rapport qu'un seul volume 
des Calendars of state papers revient à 3250 1. st. (81,250 fr.), soit 
près de 8 1. st. (200 fr.) Texemplaire. Or 100 exemplaires seulement 
de chaque volume sont mis en vente, à 11 sh. Tun; il reste donc aux 
frais de l'État une dépense nette, par volume, de 80,(KX) fr., et le nom- 
bre des volumes publiés est déjà considérable. 

— La production littéraire de l'Allemagne s'est élevée en 1867 à 9,855 
publications diverses (1155 de plus qu'en 1866). Pendant le même 
temps, la production anglaise n'a été que 4,144 ouvrages. 

— - L'impression du Cariulaire de Clvny, publié par M. Auguste 
Bonard , a été décidée par le ministère. 

— On annonce la prochaine publication de Y Histoire de TiVère, de 
M. Beulé. 

— Le Correspondant a commencé, dans ses livraisons du 25 mars 
et du 10 avrils la publication du n^nan de Mme Craven^ Anne Severin. 
Cet important recueil^ repr^iant son ancien mode de publicité^ paraîtra 
désormais deux fois par mois, le 16 et le 25^ par livraison de 12 feuilles. 
Le prix de l'abonnemait est porté de 25 à 35 fr. — Le CorrespondoTU 
annonce la prochaine publication de Pemette, épopée rustique en 
sept chants (1814), par M. Victor de Laprade. 

— La Bévue moderne^ qui, depuis la transformation que lui a fait 
subir M. de Kératry, paraît également deux fois par mois, contient, 
dans 8alivrais<Hi du 25 mars, la première partie d'une correspondance 
inédite de Benjamin Constant avec Fauriel, publiée par M. Eug. Crépet 
et portant la date de Tan X. 

— Le Bibliophile frooiçaisy publication de la librairie Bachelin, va 
subir une modification importante. Il paraîtra désormais dans le format 
grand in-8°, au prix de 40 fr. par an, et contiendra de nombreuses 
gravures et des fac-similé. 

— Quelques journaux ayant annoncé que M. l'abbé Migneavait reçu 



— 168 — 

les derniers saerements, le courageux éditeur a démenti cette assertion 
par une lettre qm paraît n'annoncer chez lui ni affaiblissement phy- 
sique ni prostration morale» 

— Ultalia de Naples, du 30 mars, annonce la découverte à Pompél 
de papyrus suffisamment bien cons^vés* 

— Le roi Léopold II a cédé à son frère la bibliothèque de Léopold I®^ 
le caractère quasi officiel de oette collection pouvait faire espérer qu'elle 
ne quitterait point la résidence du chef de l'État. 

— Le congrès des États-Unis a acheté, pour la somme de 100,000 
dollars, la bibliothèque de l'écrivain Peter Force, consistant en 60,000 
Tolumes, dont un grand nombre très-importants pour l'histoire des 
origines américaines. 

— Paris va devoir à un jeune savant belge, M. Auguste Parent» 
héritier intelligent des gmnds biens laissés par le célèbre entrepreneur 
de chemins de fer, une fondation qui, jusqu'à présent, n'avait point 
d'analogue en France. Organisée depuis quelques mois, sous le nom 
de Musée Parent^ et sur le modèle de certains Instituts américains, 
cette fondation, qui a pour but l'étude des antiquités et de l'histoire de 
l'Orient, comprendra une bibliothèque et des collections archéologiques. 
Une commission scientifique s'est formée pour en prendre la direction ; 
elle a pour organe un recueil périodique mensuel et gratuit, imprimé 
avec luxe, dans le format in-folio, sous le titre de Bulletin archécl, du 
Musée PwretUj et orné de nombreuses planches. Les collections et la 
bibliothèque ont déjà une certaine importance ; on assure qu'elles vont 
bientôt s'enrichir de celles d'un savant et spirituel académicien^ qui 
a accepté la présidence de la commission du musée. 

— Le jMacmillan's Magazine a publié dernièrement la lettre sui- 
vante de Walter Scott à Wilhelm Grimm, trouvée par M. Hermann 
Grimm dans les papiers de son père. Les renseignements que donne, 
sur ses propres travaux, l'illustre romancier, nous paraissent de na^ 
tuîe à intéresser nos lecteurs : 

« M. Grimm, à Catiel. 
I Cher Montieur^ 

" Votre trè«-*grfteieiiB6 lettre ne m'est parvenue qti'hier. Je n^ignore rien de œ que 
vwit avez #at pour oetto antique littérature aUemande, ver» laqnéUe mes études ont 
été jntqn'à un oertoin point dirigése, de fttçon à m'initier plus on moins au vm^ 
ebamp d'ancienne poésie qu'offre votre beau pajs. La ooUeetion du professeur MUUtr 
(propriété d*ttn ami) m*a rendu quelque peu familiers Vtr olU HiMtnmd et les autres 
héros légendaires du fhtdmOmch, Je dois les foibles eonnatssanoes que j'ai acquises, à 
oe siget, aux enseignements de M. Henry Weber, Saxon de naissance, infatigable 
«acplomteur des antiquités de rAn^eterre et de son pays natal tout à la fois. Il a résidé 
é^ Edimbourg jusqu'au oomm«neement de l'hiver dernier, époque à laquelle U nott» a 
qirittéS) pour suivre de plus prés le mouvement inteUeetuel do la Grande-Bretagne. 




— 184 — 

Londres 
rien 

„ —w. qui no 5011 a vou» ui>ier«ur«meuii, jo *c »»»•» vi*k»w ■«• ^— «-.-^ ,— itnguût 

doctoTy onthouBiaatc de la littérature allemande, et, partant, à môme de tous oommu.- 
niquer nombre de choses curieuses et intéressantes qui pourraient m'éch^per. 

« M. Weber et M. Robert Jamieson travaiUent à la pubUcation d'un volume de 
mi9cellainiB8 sur les antiquités septentrionales, ayant principalement trait à celles de la 
Scandinavie et de TAllemagne du Nord. Ma part de collaboration à cette œuvre se 
borne à une réduction de VEyrïfyggia Saga. Je vous en adresserai un exemplaire avec 
quelques autres livres, dont vous voudrez bien aooepter amicalement Tenvoi. M. Robert 
Jamieson est toiy ours à Edimbourg, il 7 occupe un emploi d'archivUte. Il est également 
enthousiaste de la littérature allemande, ayant longtemps habité Riga, où il a eu 
roocaâon de l'étudier avec fruit. Quant aux autres personnes dont vous vous mformee, 
je puis aussi vous donner des renseignemento à leur sujet. Mon pauvre ami Leyden eet 
mort de la fièvre à Batavia, dans les Indes orientales. H s'était distingué, dans ces deiv 
niers temps, comme orientaliste, et sa perte est incalculable. Avec les Northern Anti^iUts 
vous recevrez VAnnual lUgister d'Edimbourg, qui probablement vous intéressera. L his- 
toire est écrite par Southey, Tun de nos plus célèbres auteurs, tant en prose qu'en vers, et 
récemment nommé poçte-lauréat par l'université. Le Registw (l'annuaire) contient en 
outre une biographie de ce pauvre Leyden que j'ai écrite pour ce recueil, et d autre» 
articles littéraires qui peut-être vous intéresseront. ^ • n » 

« M. Ellis aonirtemps membre du parlement) est un de mes intimes amis. Il na 

rien 
d' 




ques curieux spécimens en sa possession. ,^ 

moitié fou, s'est engoué d'un drôle connu sous le nom de Brothers le Prophète, et jo 
crains que le fanatisme ne l'ait à jamais enlevé à la Uttérature, ce qui est fort à re- 
gretter. , 

« Ritson est mort de la façon U plus triste, après avoir détruit, dans un accès de 
démence, tous ses précieux manuscrits. Il avait antérieurement disposé de sa colleo- 
tion de livres, qui était très-curieuse... 

« n existe dans l'ancien dialecte écossais deux poèmes, tous les deux daMiques et 
presque épiques. L'un célèbre les exploits de Robert Bruce, qui > déUvré l'Ecosse du 
joug de l'Angleterre, et il est, à peu de diose près, historique dans ses détails. L autre 
chante le champion de notre indépendance, William Wallaoe. Infiniment plus légendaire, 
il rachète en feu poétique ce qui lui manque sous le rapport de l'authenticité. Cee 
chants aimés du peuple ont été réimprimés à diverses r^rises, mais de plus en plu» 
altérés et corrompus... L'historien, M. Pinkerton lui-même, a fait de Robert Bruce une 
édition qui laisse infiniment à désirer. J'ai fortement invité M. le D' Jamieson (oler- 
gyman d'une rare érudition, qu'il ne fout pas confondre avec Robert Jamieson, l'éditeur 
des Balladee) à nous donner de ces deux épopées, d'après les copies qu'il en a oolUgées 
et rectifiées sur les meilleurs et les plus anciens manuscrits, une édition modèle, digne 
pendant de ceUe des œuvres de Maopherson, et je ne doute pas qu'il n'obtienne une 
magnifique souscription pour cette entreprise. Il a écrit un livre curieux et savant, 
bien qu'un peu lourd, sur les Calâtes ou l'ancien clergé chrétien d'Ecosse. Cela sent quelque 
peu « l'homme du métier. » J'en ajouterai néanmoins un exemplaire au ballot que 
je vous destine ; j'y joindrai également quelque chose de mes propres œuvres, entre 
autres, Sir Trietram, od j'ai mis tout mon savoir comme antiquaire... 

c Je suis possesseur d'un exemplaire de votre Eineiedler, et me félicite de voir qx&e 
lei Balladee écosêoUee aient pu vous être de quelque utilité pour vos recherches. 

« Je crains bien que M. Douce ne soit perdu pour les lettres; sa santé n'est pas 
bonne, et il s'est démis d'un emploi qu'il avait au muséum, ce qui semble impliquer, 
de sa part, une intention de ne plus écrire. Il est de beaucoup le plus actif de nos 
explorateurs dans le champ des fictions populaires, mais peut-être l'habitude de oolliger 
minutieusement des matériaux est-elle quelque peu incompatible avec la ÛMnilté d'en 
généraliser et combiner les déductions. 

« Je n'ai pas la collection des Kindertnardun^ 1813, que j'aimerais fort à posséder; 
mais j'ai souvent lu avec plaisir les Volkemarchen de Musaiis, et je reconnais avec plaisir 
dans l'histoire du Berg-Geiet à Rommelsberg, et dans plosieun autres fabliaux, le cadra 



— 186 — 

de nos propres oontts de nourrioe. J*ai également une collection trèe-cnriense et*trèft- 
Tariëe de lirres alleinands, contenant le GthomU Siigfritd et antres récits romanesques... 
c Je ne connais penonne qni loit plus initié à la légende populaire d'Ecosse que je 
ne le suis moi-mdme, si ce n'est en ce qui a trait aux contes des montagnes, qui me 
sont moins immédiatement familiers. A toutes les questions que vous pourriez avoir à 
me poser, k ce siget, Je répondrai avec toute Texactitude et toute l'attention possibles. 
C'est Ih une bien longue lettre, mais j'espère qu'elle sera accueillie comme une preuve de 
mon désir de tous être agréable et de Testime avec laquelle Je suis, cher Monsieur, 

« Votro obéissant serviteur, 

« Waltsr Scott. 

P, S. « Je lis l'allemand avec facilité, d'autant que vous avez la bonté de vous servir 
de caractères latins, mais Je n'ose pas essayer d'écrire dans cette langue. 



VENTES. 

— Ventes d'avril. — 17-19 avril. —Vente de la bibl. du comte de S**^ 
(616 n^^^Bachelin). Quelques manuscrits, livres sur la noblesse et le blason. 

20-24. Bibliothèque de J. G. Brunet; l'* partie (713 n»*. Potier et Labitte). 
— Le catalogue de cette vente^ que nous avons déjà annoncée dans notre 
livraison de mars^ est précédé d'une notice biographique très-intéressante 
et très-soignée de M. Le Roux de Lincy sur Jacques-Charles Brunet. La 
beauté des reliures^ l'état de conservation des livres, plus encore que leur 
rareté, fera évidemment monter très-haut le prix des enchères; cepen- 
dant^ on ne doit point se dissimuler que la réunion de livres formée par 
Brunet ne répond point à Tidée qu*il était permis de s'en faire d'avance. 
C'est une bibliothèque choisie conune on les comprenait il y a trente ans ; ce 
n*est pas une de ces collections précieuses qui forment un tout homogène 
et dont on peut regretter la dispersion. 

20-25 avril. — Vente de la bibliothèque de feu M. Hottenier, d*Evreux 
(1,048 n*»*, Aubry), 

27 avril. — Vente de mss., livres et partitions (100 n^, Labitte). 

27 avril-2 mai. — Bibl. Gancia (1150 n'^, Bachelin). Il y a de beaux livres 
et surtout des reliures très-précieuses dans cette vente. Les impressions 
itaUennes, même celles du xv^* siècle, y abondent. 11 est regrettable seu- 
lement que l'aide des artistes en fac-similé ait été si souvent nécessaire 
pour compléter des volumes défectueux : on aurait désiré aussi une 
plus grande sobriété dans les commentaires qui accompagnent Tindica- 
tion des livres, et moins d'attributions ou d'assertions hasardées (voir 
les n^ 7,276, 3i0, 336, 427, 434, 473, 493, 627, 666). Ces réserves faites, il faut 
avouer que certains numéros de la vente offrent un intérêt tout particulier ; 
de ce nombre sont : Tédition princeps de Pétrarque, un exemplaire sur 
vélin de Daphnis et Chloë, le Pierre Corneille de 1664, un manuscrit de 
l'Arétin de Educatione puerorum, etc. Quant aux lÏYres provenant de la première 
bibliothèque de Maxarin et annotés de la main du cardinal, l'exposition pu- 
blique permettra seule d'en apprécier la valeur : de récentes polémiques 
ont rendu les amateurs très-défiants en semblable matière. 

28 avril-1" mai. —Vente de la bibliothèque de M. Jules de Treverret 
(735 n<*, Dumoulin). Ouvrages sur l'histoire militaire et nobiliaire. 



— 186 — 

^Ventes de mai. — iO mai et joan suivants. — Vente de livres à figures 
(1235 !!••, Hôt. Drouot, Tross ; prix du catal. A fr.). — Cette vente, que nous 
avons déjà annoncée dans notre livraison de mars, est une des plus impor- 
tantes de Tannée pour ces livres à figures dont s'occupe avec tant d'ardeur 
le South Kensington Muséum. Entre un grand nombre d'autres Irôs-inté- 
ressants, nous signalerons au hasard : 179« VecelUo, ffabili aniicki e modemi 
(Venetia 15Ô0, 8*» mar. r.) — 362. Pompe funèbre de Charles III de Lorraine 
(Nancy 1608, in-fol.) — 365. Fabert, Voy. de Henry IV à Metz (Metz 1640, 
in-f.) — 625. rŒiit^re de Le Pautre, 900 pièces en A vol. in-fol. — 11 y a aussi 
une suite considérable de gravures très-rares concernant Henri lY, et une 
autre, concernant la Révolution. 

22 mai. — Vente du prince de ***, 4' partie (Tross). Même observation 
que pour les 3 premières parties ; — reliures trop somptueuses ; d'ailleurs 
quelques beaux livres : Œuvres de Marot (Lyon 4543, 8°); Montaigne, Es- 
sais (1588, 4°, et 1635, in-foL), tous deux en grand papier; Melliadus le 
Lionnois (1535, in-foL, gotb.,) m. r., Hardy. 

— Ventes a l'étranger. 20 avril. — Bibliotbèque de la Musical Society of 
Lorid(m\ (Puttick et Simpson, Londres.) 

27 avril. — Vente de la Bîbl. de M. Jacob Baart de la Faille, l'« partie 
(600 v^y R. J. Schierbeek^ ft Groningue). Livres de Médecine et d*flîstoire 
naturelle, collection amassée depuis la fin du xvii® siècle. 

20-28 avril. — Bibl. de M. Benoni Verbelst ( 4000 n*»*, Ferd. Verbulst, 
Gand). Cette vente offre plusieurs livres importants ou rares; un très- 
grand nombre d'incunables théologiques, une suite très^K^omplète d'ou- 
vrages d'histoire naturelle des trois derniers siècles, enfin une collection 
considérable de livres flamands et de pièces relatives à l'histoire de la 
Belgique et des Pays-Bas. 

4 mai. — Vente du proL D' L. G. Blanc (400 n~, R. F. Haupt, à Halle), 
Pièces rares, incunables ; livres d'histoire littéraire, voyages. 

14 mai. — Vente du Dr J. Klee et du Dr €h. Fr. Schreckenbefger 

(5,900 n~, Hartung, Leipzig). 

19 mai. — Biblioth. de MM. Thienemann et von Pniss (2225 n^, Stargardt, 
Berlin). Manuscrits nombreux* livres relatifs aux arts, et en particulier à 
IVcn/ure. Charles et autographes* Incunables* Vente importante pour l'his- 
toire de Prusse et de Pologne* Sous le n*" 1941 figure un manuscrit daté, 
de l'original polonais du Pèlerinage en Terre-Sainte de Nicolas BadziwiJl, 
original que, depuis le commencement du xvu® siècle, on croyait perdu. 

J* E. ScffXIOT. 



CORRESPONDANCE 



Ouvrage» de M. Vollet de Vlrl^irtlle* -^ Un de nos correspoa- 
dants nous demande la liste des principales publications de notre regretté 
confrère M. Vallet de Virrnlle. 

Sans parler d'uTi mémoire^ resté manuscrit, sur les inUitutions de 
Charles VU, et couronné en 1863 par rAcadémie des sciences noiorales, le 
savant professeur a publié : 

A. — Ouvrages obiginaux. 1° Archives historiques du département de VAube 
(P. 1841, 8®). — 2* Essai sur les Archives de la cathédrale de Saini-Omer 
(Saint-Omer, 1844, 8<»). — 3° CataL des Archives de la maison de Grigxian (P. 
4844, 8*).— 4*>. Histoire de l'instruction publique en Europe et partie, efi France 
(P. 1 849-1852, \% — 5* Archives des Hallay-Coêiquen (P. 1851, 8*).— 6" Hùtoire 
de Charles VII {?, 4862-1885, 3 v. %•). — 7« Notice de quelques mss, précieux du 
xv« siècle (P. 4866, gr. 8<0. — S* UEcole des Chartes, son passé et son avenir 
(P. 4867, g^. 

B. — TaADUcTiOHs. !• Leibnitï, Comilium ^gyptiacum, trad. fr. (P. 1842, 
8*). — Procès de condamnation de Jeanne d'Arc^ trad. dn latin (P. 1867, 8«). 

C. — Éditions de texte. !• Charles du Lis, Opuscules (P. 1866, 12^. — 
2<» Jean Chartier, Chronique de Cfiarles VII {P, 3 v. in-16, coll. Jannct).— 3« Chro- 
nique de la Pucelle (P. 1859, 18*»).— 4° Armoriai du héraut Berry {P. 1866, 8«). 

D. — MÉ¥omES ET Dissertations (1). {Mém, lus à VAcad. des inscr.; Savants 
Etr,) !• S. t. V.(t856)* Observations sur la Chronique de Cousinot. 

2* (Notices et extr. des mss,)\. XVII (1852) Nouv. recherches sur Bohert 
Blonde!} — t. XIX (1867) la Geste des nobles. 

3* {Comptes rendus de rAcad, des sciences morales)-; t. XXXVIÏI (1856) Agîtes 
Sorel (Nouvelles Recherches sur). 

i'*(Éfém. de la Soc. des Antiq. de France)*, t. XXIH (1856) * Des ouvr. alchi- 
miques attribués à Nicolas Flamel; t XXIV (1858) Observations sur le ^nonutnent 
de la Pucelle ;i. XXVI {i%6\)* Blanche dePopincourtetJehanPluyette; I.XXVIII 
• Sceaux poitevins du XI V^ siècle. — Les anneaux de Jeanne d'Arc. 

5* (Bibl. de f École des Chartes). 1" Série. I, Les marques de la magistrature 
de Langres; — III, Un mystère du xv« siècle représenté à Troyes; — IV, 
Lettres inédites de Mme de Chrignan; — Episode de la vie de Jeanne d*Arc ; — V, 
sur un mystère du xv« siècle tiré de la Bibl. d'Arras;—^,^ Série. ïll * Notices et 
extr. de mss. du Brit. Muséum. — $• Série. IV, Notes pour l'hist. de l'Ecole des 
Chartes.— i*" Série. I, Recherches hist. sur Agnès Sorel. — 111, Sur une quittance 
de Robert Estienne en payement des caractères grecs du roi. — V, Texte de dipl. 

(1) Les mémoires dont il y a eu des tirages à part sont marqués d'un *. 



— 188 — 

relatifs à Jeanne <ïArc. — 5* Série. I, Notes sur le Miroeur des femmes vertueuses 
— Bibl. et Archives de Stuttgard. llï, * Essai crit. sur la Chron. de Cousinot; — 
• Sur Jean Chartier. IV, Enfants de Charles VI — * Odette de Champdivers, 
6*> (Bévue des Soc, savantes), 1837. Chansons hist, ou populaires du 

xs* siècle. 

V [BulL de la Soc, de VHist, de France,) 1854, Documents reU au privilège de 
Domremy, — i857, Comptes royaux de Charles VL — i858, J^a^m. de la Chro- 
nique de J, Chartier. — Note sur le Monstrelet de Leyde. — 1859, Docum. rel. 
à La JRire, — 4860, Extr, des comptes de Charles VI, 1380-1422. 

S<^{Mém. de la Soc, des Ant. de Normandie), T. XIX, 1851, * Notice sur Bob. 

Blondel (4«). 

9» (Bull, de la Soc. des Ant, de Picardie). VI (1858) Affaire de Bertr, Du-- 
chemin et de Person Sureau. — * Sur les armoiries de Picardie. 

10* (Annuaire de la Soc, de numismatique) (1867), * Sur la médaille frappée 
en souvenir de l'expulsion des Anglais. 

llo (Bévue archéologique), — 1855, Bech, iconogr, sur J, Bore. — Sur un 
manuscrit français de Boccace de la Bibl. de Munich. — 1857, Voy. archéoL 
en Allemagne, — Ohserv, sur l'émaillerie, — 1858, Joyaux de Charles VL — 
1860, Filigranes de papier du XV^ siècle. — 1861, Notice sur Chinon, — Noie 
sur 2 médailles rel,. à J, Darc. — 1862, Etude sur le passé de V artillerie, — 
Vendœuvre. Paraclet. 

f2« (Ann, archèol, de Didron) ; XV t. 1835 Iconogr, histor. — Note sur le ma- 
nuscrit des Voyages dEhingen, 

13» (Cabinet historique), —1856, Lettre inédite de Jacques Cœur. — 1857, Bù- 
cumenis relatifs à Dunois. — Comptes de Charles Virelai, à Charles VIL — 
Comptes de Charles VU. — 1859, Fragm. tirés des Archives de Tours. 

14o (Investigateur),-^i9>}i'6,JeanMeschin€t^po€te du XV» siècle. Nouv. Recherches 
sur Henri Baude, poète. — 1854, Nouv. Recherches sur la famille et le nom de 
J. Darc. — 1855, Begreis et complaintes sur la mort de Charles VIL — 
1856, Notice et extr. de la Chron. de Cousinot. — Notes archéoL sur le musée 
de Nancy. — 1857, EtcU civil antérieur à l'établ: des registres. — 1858, 
* Charles VII et ses conseillers. 

î 5« (Athenœum) . — 1 855, Visite à la Bibl, Boyale de Munich,Sur Agnès Sorel . 

W (Revue de Paris), — 1 853, Iconographie hist. de la France, — 1 854, * Jeanne 
Darc d'après les dernières recherches, — 1 835, * Agnès Sorel, étude monde, — 1 857, 
*JeanFouquet, peintre fr. du XV^ siècle. — 1838, Le* inventeurs de Vimprimerie 

en Allemagne, 
17» (Bévue jFVanf aise).— 1858, *Isabeau de Bavière. — 1839, Les derniers jours 

de Valentine de Milan. 

iS^(Bull. du Bibliophile). — 1858, * Bibliothèque d'habeau de Bavière. 

19* (Revue des provinces), — iSùi,* Jacques Cueur, 

M. Vallet de Viriville a donné, en outre, de nombreux comptes rendus bi- 
bliographiques dans les recueils précédents, et des articles de tout genre 
dans le Magasin Pittoresque, VRlustration, le Joum, de l'Instr. publique, la 
Revue de l'Instr. publ., la Corresp. littéraire, V Intermédiaire^ la GaieUe des 
Beaux-Arts, les Bévues du XLS" siècle, Indépendante, Moderne, Nationale, le 
Journal des SavanU, le Moniteur , le Temps et d'autres journaux quotidiens.— 
11 a collaboré à la Nouvelle Biographie générale de Didot et au Paris-Guide. 



POLYBIBLION 



EEVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



OUVRAGES PATROLOGIQUES 

ACTUELLEMENT EN COURS DE PUBLICATION. 



Œuvres compUles de S. Auswiin^ traduction française ; 12 toI. grand in-^» à 2 col. de 
ohacan 600 p. 7 vol. paras. Bar-le-Duc, Lonis Gaérin (Paris, Victor Palmé). 7 fr. 50 
le vol. — Œuvrer complètes dt S. Jean Chrysostomef traduction française; 11 vol. 
grand in-8^ à 2 col. de chacan 600 p. Oav. terminé. Mêmes éditeurs. 9 fr. le vol. 
— CEworu complètes de S. Bvmard^ traduction française ; 5 vol. grand ln-6* à 2 col. 
de chacun 600 p. 3 vol. paras. Mêmes éditeurs. 8 fr. le vol. — OEwores complàies de 
S. Jean Chrysostome, traduit par Tabbé J. Bareillb ; 12 vol. grand in-S® k 2 col. 
de près de 700 p. chaque. Paris, Louis Vives. 4 vol. parus ; le même ouvrage avec 
texte grec en regard, 26 vol. dont 9 parus. — Œuvres complèles de S. Bernard^ traduc- 
tion française, texte latin au bas des pages; 8 vol. grand in-8o à 2 col. de plus de 
600 p. chacun. 7 vol. parus. Même éditeur. — Nouvelle traduction en fram-ais de la 
Somme théologique de S, Thomas SÀquin^ précédée des éloges du saint Docteur, de sa 
biographie, accompagnée du texte latin en regard, par Tabbé J. Cajou-Okolls, 20 vol. 
grand in-8o à 2 col. de plus de 800 p. chacim. Ouv. terminé. Paris, V. Sarlit. 
8 fr. chaque vol. ^ S. Bonaybntube. Op«ra omnia^ Sixti K, Pontificis maximi^ jussu 
diligentissime emendala. Acoedit sancti Doctoris vita una cum diatriba historioo-chrono- 
logico-critica. Editio accurate recognita, cura et studio A. G. Pbltibb. 14 vol. grand 
in~S<> à 2 col. de plus do 700 p. chaque. Paris, Vives. 12 vol. paras. — Bibliotheca 
Patrmn Latmorum «loitea, von August Rsipferscheid. Vienne, Gerold, 1868. 2 fasci- 
cules in-8'' ensemble de 148 p. 3 fr. 50. — Corpus Scriptorum eeclesiasticorum latinorum; 
editum consilio et impensis Academiœ litterarum Csesareœ Vindebonensis. Vol. I : 
Sttipicii Seoert Opéra, ex recen. C. Halmii. Vienne, Gérold, 1866. xiy-2'28 p. iB-8<>. 
Vol. II : M, MinucH FeUds Octaoius et Julii Firmini Maiemi, lib. de errore profa- 
norum religionum, ex recen. 0. Halmii. Vienne, Gerold, 1867 . xxxix-137 p. in-8®. 
2 Ir* 75. 

On ne saurait nier que la connaissance du grec et du latin ne soit en 
décroissance parmi nous. Plus* d'un Rapport officiel, émanant de nos 
Facultés des lettres, en fait foi. Les traductions des Pères grecs et 
latins qui se multiplient de nos jours en sont-elles aussi une preuve 1 
Peut-être. Cependant nous ferons remarquer qu'il y a à peine deux 
siècles, alors même que le latin surtout était encore la langue du 
monde savant, la langue universelle, on vit également pandtre beau- 
coup de traductions françaises d'auteurs latins, surtout des Pères de 
TEgUse. C'est qu'après tout, il faut l'avouer, ceux qui savent parfai- 
tement les langues anciennes forment le plus petit nombre, et, parmi 

HAÏ 1868. 13 



les lettrés, il en est beaucoup qui, en lisant les textes originaux^ se 
trouvent cependant arrêtés par les difficultés que présente une la- 
tinité souvent ardue, épineuse, principalement pour les ouvrages dog- 
matiques et les traités de controverses. Or, une traduction peut épar- 
gner bien dv temps et des peines» surtout â une époque oùroR vit si 
vite, où Ton n'a plus le loisir de s'arrêter longtemps sur un même 
point, et où, au milieu de tant d'occupations diverses, on a besoin, pour 
ainsi dire, de saisir les choses au vol et d'abréger les moyens d'étude. 

Dans le désir de correspondre à cette situation et de procurer à un 
plus grand nombre la Itetnie des P&i^s. im intelligent éditeur, M. L. 
Guérin, imprimeur à Bar-le-Duc, a entrepris, il y a quatre ou cinq ans, 
la publication d'une série de traductions patrologiques, en commençant 
par S. Augustin et S. Jean Chrysostome ; une autre maison de librairie 
a, depuis, également suivi la même voie : nous allons dire quelques 
mots de chacune de ces publications. 

C'est en 1864 qu'a paru le premier roltraie de l'édition de la traduction 
des Œuvres complètes de S. Augustin^ donnée par M. Louis Guérin. 
Sept volumes sont actuellement en vente, sur onze ou douze que doit 
avoir cette édition. Celle des Œuvres complètes de S, Jean C/uysosiome, 
donnée par le même éditeur^ est maintenant terminée et renferme onze 
vcdumes. On a ma, en tête de Tune et de l'autre, non pas de simples 
Notices, des biographies plus ou moins étendues, mais de véri- 
tables histoires » justement renommées, dignes de lums introduire 
dam les œuvFee des grands Doeteurs dont elles retracent la vie avec 
tant d^amour et de science. Ainsi^ en tête des Œuvres de S, Au^ 
gt^tin, noua avons son Hùioire, par M. Poujoulat, ouvrage que 
l'Académie fmnçaîse a couronné dans le temps ; et en tête des Œuvres 
de S s Jean Chryisostonus, figure la savante et éloquente Histoire de 
ç« grand bomme^ émte par M. Tabbë Martin (d'Agde). Les écrits les 
pkis considérables de Tévêque d'Hippone sont traduits par des éori- 
viiins estimés; par exemple : les deux livres des Rèirae^tion», par 
M. Hepri de Riancey ; les Lettres, par M. Poujoulat; les Confessions^ 
par M. Louis Moreau, qui s'est fait un nom par ses excellentes tra- 
4i|ctions de S. Augustin. les autres ouvrages sont traduits par di- 
vers ecclésiastiques «t laïques, sous là direction de M. l'abbë Ranlx 
çt de M. Poujoulat, 

QuAut aux Œuvres de S. Jean Chryaostovke^ amr lesquelles nous 
voudrions pouvoir nous étendre, car elles sont moins connues que 
celles du iils de sainte Monique» ellea ont également pour traducteurs 
des ecclésiastiques et des laïques, sous k direction de M. l'abbé Jeanmn, 
professeur de rbét^que au collège de l'ImmaQulée^^Coneeption de 
Saijat-Pi%iç4:j| ou ^ claissé ces œuvr^ dan? l'ordre où l'on eroitque oe 
sajuit Docteur \^ a écrites. Au copamenoemenl de chaque ouvnage, on 



— 191 — 

donne une analjrse plus om moias détaillée, qui est un résumé ppéir 
labié de tout le livre, et Ton termine par les tables dont le docte Mnt- 
faucon a enrichi la belle édition de S. Jean Bouche d'Or. Ajoutons 
qu'en marquant toujours le parallélisme entre les &its bibliographiques 
et les publications de S. Augustin et de S. Chrjsostome, YHUioire 
de Tévêque d'Hippone> par M. Poujouiat, comme celle du grand évêque 
de Constantinople, par M. Tabfaé Martin (d'Agde), placées ici, per- 
mettent, à Taide des analyses instructives qu'elles renfermait, de se 
guider avec plus de facilité et de profit dans la lecture des œuvres 
entières des deux illustres Docteurs. 

Outre œs deux publications, le même éditeur a encore entrepris la 
publication d'une traduction des Œucres complètes de S, Bernard, 
dont trois volumes ont paru« sur cinq que cette édition doit avoir. 
Comme pour son S. Augustin et son S. Jean CArysostome, le 
libraire-éditeur a acquis le droit de mettre en tête des Œuvres de 
S. Bernard une Histoire qui fait autorité : c'est celle qua pu- 
bliée, il y a une trentaine d'années, le R. F. Ratisbonne, mais qu'il a 
refondue sur des documents inédits et augmentée de la manière la plus 
heureuse. Pour la traduction des écrits du saint abbé de Clairvaux 
lui-même, elle est entièrement nouvelle ; elle est faite par M. l'abbé 
LajEneur, supérieur du collège de Saintr Vincent, à Senlis, et par 
M. Bavelet^ sur Tédition des Bénédictins. On y joint les notes his- 
toriques et géographiques d'Horstius et de Dom Mabillon , qui 
éclaircissent le texte. Les travaux dus à Térudition moderne, et sur- 
tout aux recherches du cardinal Dom Pitra et de M. Guignard^ ont été 
mis i profit. De plus, chaque œuvre est précédée d'une courte Intro- 
duction qui en présente l'analyse, et qui rappelle en même t»nps les 
circonstances dans lesquelles elle a été faite, et le but que s'est pro- 
posé le Saint en écrivant. 

Nous l'avons dit, une autre maison de libraire (celle de L. Vives} 
a également entrepris la publication d'un S. Jean Chrysostome et 
d'un S. Bernard, en français. La traduction des Œuvres complètes de 
S. Jean Chrysostome, par M. l'abbé J. Bareille, doit avoir, pour l'é- 
dition avec texte grec en regard, vingt-six volumes, dont neuf sont 
en vente : l'édition, qui ne renferme que la traduction, se composera 
de douze volumes, dont quatre ont paru. Le traducteur, sans aucune 
Notice ni Introductbn de sa part, sidt pas à pas l'édition de Dom Mont- 
faucon> qu'il reproduit intégralement, avec les variantes, les notes, 
les avertissements que le savant Bénédictin a mis en tête de chaque 
ouvrage de S. Jean Chrysostome. Ces deux éditions, confiées aux 
piesses d'Outhenin-Chalandre, à Besançon^ sont correctes, avec man- 
chettes, et tirées sur très- beau papier vergé. Il faut en dire autant, 
en ce qui regarde le travail d'exécution matérielle, de la traduction 



" 



— 192 — 

des Œuvres complètes de S. Bernard, donnée par la même librairie. 
Cette traduction est due à MM. les abbés Dion et Charpentier; le 
texte latin est au bas des pages ; elle formera huit volumes : sept sont 
publiés et le dernier doit paraître sous peu. 

Et maintenant, si, sortant de œs détails purement bibliographiques, 
nous avions à nous prononcer sur le mérite de chacune des dernières 
traductions que nous venons d'indiquer, c'est-à-dire des traductions 
des Œuvres de S. Jean Chrysostome et de S. Bernard publiées à 
Bar-le-Duc et qui se trouvent à la librairie Victor Palmé, et celles 
qu'édite la librairie Vives, nous n'hésiterions point à donner la pré- 
férence aux premières sur les secondes. Combien, en effet, celles-là 
sont plus aisées, plus fermes, plus littéraires, plus vivantes, en un 
mot, plus près de l'original, que celles-ci ! C'est, du reste, ce que 
des juges compétents, entre autres M. Tabbé Maynard et M. A. Ma- 
zure, ont dit avant nous. 

On doit donc féliciter MM. les abbés Jeannin, Joly, Sonnois et Du- 
chassaing d'avoir si bien rendu, en notre langue, les écrits d'un im- 
mortel orateur dont < nul autre, soit avant, soit après lui, comme 
dit justement Montfaucon, n a, par son éloquence, prodigué d'aussi 
beaux ornements, ni procuré d'aussi glorieux triomphes à la vérité 
chrétienne, » Quant à la valeur de la traduction des Œuvres complètes 
de S. Augustin j éditée par M. Louis Guérin, et qui est jusqu'ici la 
seule en voie de publication, on Ta déjà suffisamment pressentie 
par Tindication des noms des principaux traducteurs. Certes, quand 
on la compare à ces traductions si diffuses, si paraphrasées^ et si dé- 
plorabiement inexactes données au siècle dernier, de plusieurs des 
écrits de S. Augustin, on ne peut nier qu'elle ne leur soit supérieure. 
On y retrouve, en effet, plus généralement la pensée du grand Évêque 
sous sa forme vive et pénétrante, et l'on remercie les écrivains qui 
ont consacré leurs veilles à ce labeur difficile et ingrat, mais si mé- 
ritoire ! 

Une autre œuvre, digne d'estime aussi, selon nous, est la Nouvelle 
traduction, en français, de la Somme théologique de S. Thomas (TA- 
quin, par M. l'abbé J. Carmagnolle. Cette traduction, fruit de quinze 
ans d'études consciencieuses, se distingue des autres par plus de clarté 
et d'exactitude. On sent, en la lisant, que le traducteur s'est profon- 
dément identifié avec son auteur, qu'il le possède et qu'il en rend sou- 
vent la pensée tout entière, sous sa forme vraie. La publication de 
oette traduction est aujourd'hui terminée (20 vol. grand in-8» à 2 col.); 
elle est précédée d'une Vie de S. Thomas, et accompagnée du texte 
latin en regard, de Notes souvent étendues sur chaque question qui 
l'exige, et de résumés synoptiques, parfaitement faits, de chacune 
des parties de l'œuvre du saint Docteur. N'oublions pas de dire que 



— 193 -. 

tous- les textes cités de TÉcriture, des saints Pères, etc., ont ét'i 
oollationnés avec soin, et que le Supplément de la Somme est ren- 
fenné dans cette édition. Nous regrettons seulement que les Noies de 
M. Tabbé CarmagnoUe ne soient pas généralement suffisantes. Nous 
les aurions désirées plus nombreuses et plus savantes. Il est juste de 
reconnaître que, sous ce rapport, M. l'abbé Drioux lui est supérieur. 
Nous aurions désiré aussi que le traducteur eût ajouté une table alpha- 
bétique générale des matières : nul livre plus que la Somme théolo- 
gique n'exige une pareille clef. A ce propos, exprimons l'espoir que 
les traducteurs des Œuvres de S, Augustin et de S, Bernard ne man- 
queront pas de nous donner des tables très-amples, comme le faisaient 
les éditeurs d'autrefois. 

Indépendamment des traductions des Pères dont nous venons d'en- 
tretenir nos lecteurs, nous devons signaler encore d autres publica- 
tions patrologiques nouvellemeTit entreprises. Mentionnons d'abord les 
Œuvres de S, Bonaventure (texte latin), dont le douzième volume, sur 
quatorze que cette édition doit avoir, vient de paraître à la librairie 
Vives. Cette édition est confiée à M. l'abbé A, C. Peltier, du diocèse 
de Reims. Cet ecclésiastique ne se contente pas de reproduire Tune ou 
l'autre des éditions (assez rares aujourd'hui) de Rome, de Lyon et de 
Venise ; mais il s'efforce de nous donner les Œuvres du Docteur séra- 
phique dans un ordre meilleur, plus naturel et plus rationnel, en fai- 
sant aussi, pour plus de clarté, de nombreuses coupures dans les 
compactes alinéas des anciennes éditions. Le texte de celle de Rome a 
été servilement reproduit dans les éditions de Venise et de Lyon; 
mais ce texte étant extraordinairenient fautif, M. Pabbé Peltier a dû, 
pour le rétablir dans sa pureté, se livrer à un travail de révision. De 
plus, par une double série de notes, placées au bas des pages, il in- 
dique, dans les unes les passages qu'il a corrigés et les diverses va- 
riantes, dans les autres, les ouvrages cités dans le texte. En tête de 
chaque écrit de S. Bonaventure, l'éditeur donne les synopsis ou argu- 
ments qui existent dans l'édition de Rome; et, en tête de chaque vo- 
lume, à partir du quatrième, il reproduit les Dissertations critiques du 
savant Franciscain Benoît de Cavalesi sur les écrits qui le composent, 
et dont on peut ainsi apprécier le degré d'authenticité. Notons enfin 
que les ouvrages douteux ou apocryphes sont imprimés en caractères 
plus fins, à la suite de ceux dont l'authenticité est incontestable. 

Mais voici une entreprise bien plus considérable, exécutée et sou- 
tenue par l'Académie impériale des sciences de Vienne (Autriche), 
dont nous avons un échantillon sous les yeux, et dont il nous reste à 
dire quelques mots pour clore cette rapide revue. L'Académie de 
Vienne, persuadée que les éditions des Pères publiées par les Béné- 
dictins, indépendamment de leur rareté, ne répondent plus, par leur 



— 194 — 

plan comme par leor'exëcntion, à la situation actuelle de la science, et que 
la réimpression des Pères << faîte par Tabbé Migne n'a pas réalisé les 
espérances même modestes, » a résolu de préparer et de publier, à ses 
frais, un nouveau corps des Pères de r£gKse latine, n'embrassant^ 
toutefois, que. les écrivains ecclésiastiques des sept premiers siècles 
de rSglise. Les éditeurs, travaillant sous la direction de l'Acadânie^ 
se proposent, à Tégard des ouvrages des Pères qu'ils doivent repro- 
duire, de s'occuper principalement de la critique littéraire, de façon 
à faire une œuvre où l'on puisse étudier les textes, non-seulement so«s 
le rapport théologîque, mais au point de vue spécial des études philo- 
logiques et historiques. Aussi,dans le désir d'obtenir une garantie sure 
touchant les vraies bases de la formation du texte exact pour diacun 
des onvmges à publier, I^Âcadémie de Vienne a déddé qu'il serait feit 
une exploration attentive des Bibliothèques^ surtout de celles de l'L- 
talie, de l'Allemagne et de la France. En conséquence, die a délégué 
quelques savants professeurs et philologues, entre autres, le doc^ 
teur Aug. Reifferscheid, qui, après un laborieux séjour de deux ans ei 
demi en Italie, a réuni les matériaux d'une Bibliothèque italienne des 
Pères latins, actuellement en voie de publication. 

L^Académie de Vienne elle-même a publié un commencement de son 
Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum. Nous en avons deux 
volumes ou fascicules, qui nous montrent que, pour cette publication» 
l'Académie n'a point adopté Tordre chronologique, mais qu'elle donnera 
les écrits des Pères indistinctement, sans suivre l'ordre des siècles* En 
effet» le premier fascicule nous offre les Œuvres de Sulpice Sévère, com- 
prenant sa Chronique, sa Vie de saint Martin, ses IHa/offues, et, en 
Appendice, les Lettres qui, lui sont attribuées. Ces écrits sont édités 
par M. C. Halm. Le deuxième fascicule contient VOctave, de Mi- 
nucius Félix, et le livre de V Erreur des religions profanes^ de Julius 
Firmbus Materne, édités par le même philologue. Ces volumes, d^vn 
format commode, bien imprimés sur papier collé, et très-corrects, ren- 
ferment, avec le texte, des préfaces, de nombreuses notes et variantes, 
et des index multipliés qui en augmentent le prix. La disposition ty- 
pographique eile«-mênie, où se trouvent deux ordres de numéros menr^ 
quant, les uns les alinéas, les autres chaque phrase de ces alinéas, 
comme des versets, facilite les recherches et rend phis claires les études 
critiques et philologiques auxquelles se Kvent les éditeurs sur chaque 
ouvrage reproduit. CepeiMlant, malgré ces avantages, nous doutons 
que cette publication, même en acceptant «m plan restreint et son 
point de rw purement littéraire, puisse jamais être considérée comme 
une eaUection suflBsamment autorisée des Pères de TÉglise. 

Quant à h BitKotieea Pmtrum kUinorum italica, du docteur Au- 
guste Reiffianscheid, nous en avons déjà glanent deux cahiers. lia 



1 



- - 195 — 

iieafeniieiit l'mTentaire critique des phis importants tnftmiscnts des 
Pères qui existent dans les bibliothèques de Rome et dans la biblio- 
thèque oafMtulaire de Vërone. On trottve 1& de précieuse^ indications et 
àsB xenseignemeDls précis, recueiilifl ttVec soin et présentés avec clarté* 
Cette Bibliothèque contiendra la suite des autres tnanuscrîts, rangéi^ 
par bibliothèques séparées. L'auteur, comme il nous l'apprend, n'indi- 
quera complètement — tant à couse de leur trop grande multiplicité que 
pour se renfermer, sans doute, dans le plan spécial du Corpus scripiontnt 
«n«té par l'Académie de Vienne -^ que les manuscrits qui ne vont pttii 
au delà du xi* siècle. A Tégard des plus récents, le docteur Reifferscbeid 
fera un choix, et il se propose de donner, à la fin de son travail, un Catd»' 
logue exact de ceux qui, parmi ces deimiers, renferment des écrits qui ne 
sont pas reproduits dans les manuscrits plus anciens^ en Italie. Il a aussi 
le dessein d'examiner spédalemeiit les HomiHaires, Lectionnaires^ et 
Martyrologes. On ne saurait trop encourager des recherches si utiles^ 
et l'engager à poursuivre sa Bibliothèque, qui sera d'un grand intérêt 
pour les savants, en même temps qu'elle favorisera puissamment les 
étodea patrolo^^ques. 



ÉCRITS SUR L'INVASION DES ÉTATS I&OMAINS 

Les Victoires dé Pie ÎX êur les Garibaldiens en 1867, et les soldats du Pape devant ITiistoire, 
fàr le B. P. HuOfTBt . Paris, Régis Rnffet, 1868. ïïi-12 de xli-2îe p. 1 fr. 50.— tei 
Martes de la libirU as VÉgliss en 1867, par to R. P. Hirauvi. Lyon et PAiis, Fëliz €K* 
rard, 1868. In-12 de vui-280 p. 1 fr. 60. — Les PonUfU^aua et les GaribaUiens , ou 
histoire aneodotique de Tinvasion des États pontificaux, d'après les documents officiels 
H let oonespotidEUioeB, précédés d*un« Introduction sur TEglite et la Papauté, pi» 
J. C. P. Paris, V. Sariit, 1868. In-12 de 382 p. 2 fr. 50. — CsLmfognss de ia Bé^ 
lutûm contre Home (1867) , par M. l'abbé Flbubt, recteur de Saint-Germain à Ge- 
nève; prteédé d'une lettre de Mgr Mermillod. Lyon, Josserand, 1868. In-lî de 187 p. 
1 ft. i0.^£«9 ioideUê A» fap$ (1860-1867), par Osott X» PoLi. 8*4diticn« Paris, Ajnyx» 
1868. In-18 jfaus, de 659 p. 4 fr. — Les Héros ds Mentanm^ par le comte Eugène db 
Walwcourt. Lille, Lefort ; Paris, Mollie. In-12 de viu-380 p. 2 fr. — Glorieuse 
tUMH ds jMHiKMto, remportée le 8 iiovemM« 1867 poof leë troupes du Sftilit^Père tmi«i 
aux FiftAçais eostro kt bandes garibaldienHes, rédt ^tttUé p^ um javae «eelésiMtiiiM 
breton, élève du ooUége Romain. Paris, Ch. Douniol, 1868. In-12 de 141 p, 1 fr. 
— Les Volontaires ds Pis IX, par le P. DELAPOBTfc. Paris, Ch. Douniol, 1868. Gr. in-8* 
de 4t p. 1 fr « -. Itf« etctoim ds Boms, pW Kbkkm Dtôlrr Bserrif prttre de ItOtatoiiM 
de Londrae, traduit deTanglais sur la 2* édit Paris, Gk. Dowiiol, I8684 gr, ia-*> 
de 44. p. 1 fr. — Bernard de Quatrebarbes, notice biographique, par P. Letellier, 
èhanoincr honoraire. Angen. impf. Laine. In-8* de 64 p. — Bernard âè fyêafrebùthe** 
a2 p. -* Arthur (hsUhmén, iù^.-^Lsê Zmtam MtandmB es rarméf ém Pêçs, 24 r 
(3 broofa. in-18. Paris, Poussielgue, 1868). 

MàlfÇÊé le bon Ti<Mnbf& de tnitaux pid>li4s sur k» évéÉcfmeAts acoom- 
jrfi» en ÏOet dong les États Semaiiid, mus n'ayons point enofitfe vmt 
Mstsire «ériittse, complète, originale de l'iffifttioft saribolcbehlie^ Bât 



— 106 — 

attendant que ce livre paraisse^ et que nous ayons une œuvre puisée 
à toutes les sources, nous devons une mention rapide aux écrits 
dont rénumération vient d*être donnée, et qui, bien que pour la plu- 
part composés de citations et d'extraits, et se répétant trop souvent, 
contiennent d'utiles notions et des documents intéressants. 

En racontant les Victoires de Pie IX, le R. P. Huguet n'a pas seu- 
lement résumé les faits de la campagne de 1867 : « Victoires de la 
charité catholique à Âlbano^ victoires dans la Rome protestante, victoires 
dans les congres^ les meetings et les assemblées législatives, >* voilà 
pour lui le préambule des luttes de Bagnorea, deFarnèse, de Monte-Ro- 
tondo et de Mentana. L'auteur se borne le plus souvent à reproduire 
des documents, des correspondances de journaux, des anecdotes ex- 
traites des feuilles publiques; c'est un livre fait à coup de ciseaux. 
Nous en dirons autant des Martyrs de la liberté de V Église. Les bio- 
graphies de ces héros, de ces martyrs, comme les a justement nommés 
Mgr Dupauloup, — Urbain de Queien^ Arthur de Veaux, Arthur Guil- 
lemin, les deux du Foumel, Jules Wath-Russell, Bernard de Quatre- 
barbes, etc., etc., — sont, pour la plupart, empruntées à des lettres de 
témoins^ à des oraisons funèbres, à des notices publiées dans les revues 
ou dans les journaux. 

— C'est aussi le congrès de Genève que l'auteur du livre : Les Ponti^ 
ficaux et les Garibaldiens , prend pour point de départ de son récit. Après 
cette introduction, viennent deux chapitres sur l'invasion garibal- 
dienne et l'intervention française, qui offrent le récit bref, mais plus 
suivi et plus complet que dans les Victoires de Pie IXy des faits ac- 
complis jusqu'à la délivrance de Rome. Deux autres chapitres : la Co- 
médie italienne et les Moyens moraux et Partie anecdotique terminent 
cet intéressant petit volume, dont le fond, comme nous le dit l'au- 
teur, appartient presque tout entier aux récits de la presse catholique. 

— L'ouvrage de M. l'abbé Fleury : Campagne de la Révolution contre 
Rom£, a d'abord paru à Genève en livraisons. Il forme aujourd'hui un 
court volume, précédé d'une lettre de Mgr Mermillod. L'auteur met 
en présence les garibaldiens et les soldats du pape; puis il dévoile 
rapidement les préliminaires de l'invasion, les premiers combats, la 
lutte infatigable et le glorieux dénoûment, en s'arrêtcmt aux épisodes 
les plus touchants et aux plus nobles victimes. Écrit trop près des 
événements, le récit de M. l'abbé Fleury, dont nous louons volontiere 
la forme, n'est pas assez complet pour le fond; il est à désirer qu'il soit 
développé dans une seconde édition, et qu'on lui donne les proportions 
qu'il comporte. 

— M. de Poli, ancien zouave de La Moricière, a ajouté une page 
nouvelle au livre où il avait célébré les glorieux vaincus de Castelfi- 
dardo. Il y a dans ses Soldais du Pape beaucoup de renseignements 



— 197 — 

intéressants et de carieux documents. Comme il le dit, son livre pour- 
rait s'intituler : les Mémoires des soldats du Pape, écrits par euX" 
mêmes. L'auteur a assisté à une grande partie des faits qu'il raconte, 
et il reproduit de nombreux récits d'acteurs dans ces luttes mémorables. 
C est là, en dehors de sa valeur historique, ce qui fait le grand charme 
de cet écrit. On pourrait seulement y souhaiter plus de gravité, et 
surtout plus de sobriété dans le style. La campagne de 1867 n'en oc- 
cupe à peu près que la moitié. La partie politique ayant été à dessein 
laissée de coté, ce sont uniquement les soldats du pape qui sont en 
scène. Â côté des listes des Franco-Belges de 1860, nous trouvons ici 
l'état du régiment des zouaves pontificaux en septembre 1867, avant 
Ventrée en campagne. 

— Dans les Héros de JUentana, M. de Walincourt a composé un tou- 
chant nëcrologe, précédé de quelques pages sur l'armée du pape et ses 
exploits pendant les 45 jours de la campagne romaine. Il n'y a rien de 
très-neuf dans les détails réunis par l'auteur. Pourtant il a ajouté 
quelques noms à cette liste funèbre et quelques documents à ceux 
qu'avaient recueillis ses devanciers. Le dernier chapitre du livre offre, 
à la suite de la liste des morts, la liste des blessés. 

— C'est uniquement à Mentana qu'est consacré le petit volume fort 
intéressant dû à « un jeune ecclésiastique breton, élève du collège ro- 
main. » L'auteur y dépeint le soldat pontifical « avec son naturel, la vi- 
vacité de sa foi, l'intrépidité de son courage et la sublimité de son dé- 
vouement, n II a visité le champ de bataille, interrogé les héros de la 
journée sur les moindres incidents. Il ofire donc des garanties d'exac- 
titude et nous donne des détails qui ne se trouvent point ailleurs. Nous 
regrettons que le « jeune ecclésiastique » ait un peu trop sacrifié au 
pittoresque — tout en conservant d'ailleurs la couleur locale — dans 
les nombreuses pages où il cite les conversations échangées pendant la 
marche et sur le champ de bataille. 

— N'oublions pas, à côté d'opuscules où les faits servent de texte à 
des considérations historiques ou politiques, — comme les Volontaires 
de PielXy par le P. Delaporte, et les Victoires de Rome, par un prêtre 
de l'Oratoire de Londres^ M.Kenelm Digby Beste, — les écrits spéciaux 
consacrés à la biographie des combattants morts glorieusement au 
service du Saint-Siège. Nous citerons la notice du P. Letellier sur Ber- 
nard de Quatrebarbes, ce descendant d'un nom illustre, mort à la fleur 
de l'âge avec une admirable résignation ; une autre brochure où^ à 
côté des paroles du Père Recteur de l'école Sainte*Geneviève, est repro- 
duit l'éloge du jeune Quatrebarbes, par le P. du Réau; la notice de 
M. Louis Veuillot sur Arthur Guillemin, et enfin l'intéressant écrit du 
P. Marquigny sur les zouaves hollandais de l'armée du pape. 

Louis Caubbrout. 



— 198 — 



THÉOLOGIE 



OémoiiAtariàtlon de l'autlictittclté motiaî^pie du Oeatéro- 
nome* par Charles Schœbel, président de la Société de numismatique 
et d'archéologie. Paris, Ernest Thcrin, 486». In-8<» dô 62 pages. — Prix : 
î fr. 

De toiLS les livres qui composent TAncien Teatament» il en est peu 
dontl'authenticité ait été plus souvent contestée que celle du Deutéro- 
ncHQoe. Divers critiques placent sa rédaction bien après l'époque de 
Moïse. D*autres, tels que M. Georges, dans son ouvrage àe^ Fêtes ju- 
cUuques, le regardent coimae plus ancien. Ekifia quelques savants ea^ 
tholiques se sont montrés enclins à ne pas lui accorder la même auto^ 
rite qu'aux autres livres mosaïques. Et une pareille tendance semble 
à quelques égards d'autant plus inexplicable que deux exégètes alle- 
mands, peu suspects de partialité en faveur des doctrines orthodoxes, 
Yater et de Woette, avaient reconnu le caractère frappant d'imité 
qui éclate dans cette oeuvre. 

M. Schœbel 1k>us paraît donc avoir rendu im véritable service en éian 
blissanty suivant son expression, « que le Deutéronome est la parole 
même de Moïse, que c'est lui qui y parle d'un bout à l'autre, n 

Il ne nous est pas possible de passer en revue toutes les objections 
émises par les écrivains allemands contre l'authenticité de cet ouvrage» 
ni de faire connaître les réponses que leur oppose Tauteur. M. Schœbel 
réfute l'opinion qui veut nous fgtire voir dans le Deutéronome le code 
d'un parti clérical tendant à assurer aux lévites, des prérogatives, dea 
privilèges plus importants que ceux qu'ils possédaient à l'époque de 
Moïse, et cette objection de M* de Wette que l'esprit de ce livre se 
rapproche déjà de l'esprit des œuvres rabbiniques, et que la précellence 
du peuple de Dieu y est relevée avec une jactance qui n'existe poxut 
dans les livres antérieurs. M. Schœbel répond que dans l'Eixode le 
peuple hébreu est qualifié de ^Is aine de Jéhovah, et que le Deuté* 
ronome à coup sûr ne dit rien de plus fort. Il est vrai que le Deutéro- 
nome rappelle avec soin à Israël qu'il n'a pas été choisi en raison de sea 
mérites, qu'il est le moindre de tous les peuples, qu'il est une na- 
tion rebelle et à nuque dure, etc. Enfin ce Kvre, «i enclin à favoriser 
l'orgueil national, se termine par une série de malédictions fulminées 
contre Israël, pour le cas où il abandonnerait le culte de Jébovah. 

H* is CsARfiniaErv. 



— 199 — 



%jb Culte CAtlioltq[iiedains se* Cérémonies et se» (ftymbole*, 

diaprés l'enseignement iraditUnutel de TÉglise^ par Tabbé Dcrand, curé de 
Gières. Grenoble^ Baratier frères. 1868. Gr. in-8* de x-662 pages. 

Le symbolisme catholique est atijounl*hai Tobjet de nombreuses et 
remarquables études. L'impiulsion a été donnée par le savant cardinal 
Pitra^ dont une des gloires sera â*avoir fait revivre parmi nons la 
sdence du symbolisme. En restituant aux lettres chrétiennes, dans son 
Sjricilegium SolesmeTise, la Clavis Meliioniana et les commentaires 
tbéologiques qui ont, an moyen âge, développé et complété l'œuvre de 
S. Méliton, domPitraa ouvert une minejiont les filonssont inépuisables. 
Après lui, Mgr Landriot, aujourd'hui archevêque de Reims, nous a 
donné la philosophie du Symbolisme, dont Févêque de Carcassonne, 
Mgr de la Bouillerie, s'est constitué le poëte dans ses belles études 
snr la Création animée et inanimée. Restait le symbolisme liturgique. 
Déjà dom Guéranger, dans ses Instituiitms, avait indiqué ce qtfa- 
vaient de grandiose et de mystérieusement profond les cérémonies de 
notre culte. Mais il n'avait fait qu'effleurer la matière. Des travaux 
partiels, tels que les Beautés du culte catholique de labbé RaflFray 
et le Symbolisme de la cloche de l'abbé Pinard, laissaient désirer 
qu'une main plus savante nous présentât, sous une vue d'ensemble, 
la signification symbolique de tous les rites, de toutes les institutions, 
et de tous les objets de la liturgie chrétienne. Ce desideratum, 
M. l'abbé Durand vient de le remplir. 

Son ouvrage, divisé en six livres, traite la question à fond. Le 
premier livre concerne les sacrifices^ leur origine et leurs figures. 
L'auteur nous explique le sens symbolique des autels considérés dans 
leur forme, leur matière et leurs ornements. Il passe ensuite à l'ex- 
position de chacune des cérémonies de la messe et nous donne des 
détails sur les diverses sortes de messe, sur l'encensement, le signe 
de la croix et les habits sacerdotaux. Le second livre est consacré à 
l'office divin, à sa division temporaire et à ses mystères. Les ég^ses 
et leur architecture font Tobjet du troisième fivre. C'est de beaucoup 
le plus intéressant. Nous signalerons principalement les chapitres 
consacrés aux diverses périodes de Tardiitecture des églises, aux 
catacombes, aux basiliques, à l'architecture gothique et à la franc- 
maçonnerie catholique. Id néanmoins l'auteur est très-incomplet. 
n est aujourd'hui reconnu que plusieurs églises anciennes, bâties à 
deux nefs égales, et que Ton rencontre principalement dans Pest de la 
France, ont été construites par les TempHers. On s'est demandé 
quel motif avait pu porter à sortir des traditions d'unité et de trinité 
qui avaient toujours présidé à l'édification des temples chrétiens. 



— 200 — 

pour y substituer un dualisme aussi suspect dans son esprit que peu 
plausible dans sa forme. Ce motif pourrait être expliqué de la sorte : 
les francs-maçons du moyen âge n'appartenaient pas tous au catho- 
licisme. Sans doute la plupart des associations maçonniques qui ont 
édifié nos antiques cathédrales étaient, à l'origine, uniquement ins- 
pirées par la foi catholique. Toutefois, il est fort probable que 
plusieurs d'entre elles, ou du moins que plusieurs groupes d'ouvriers 
qui en faisaient partie appartenaient à des sociétés secrètes mani- 
chéennes. Ce point d'investigation archéologique n'est pas encore 
complètement élucidé. Mais il est hors de doute que les associations 
dont je parle ne tardèrent pas, comme les Templiers, à dégénérer de 
leur institution primitive, et il ne serait pas impossible que certains 
monuments de cette époque, tels que la cathédrale de Cologne, le 
fameux couvent de Rathala en Portugal, le monastère du Mont-Cassin 
en Italie, aient été bâtis, au point de vue unique de l'amour de l'art, 
par des francs-maçons manichéens. C'est ce qu'a cherché à établir un 
archéologue allemand, le docteur Krause^ qui a fait une curieuse col* 
lection des marques tracées sur ces constructions, et dont la plupart 
révèlent des croyances et des pratiques différentes de celles du christia- 
nisme. 

Parmi les divers symboles que représente le temple catholique, 
M. l'abbé Durand a oublié un des plus caractéristiques : celui qui 
se rapporte à la vie surnaturelle. Cette vie a trois degrés, selon les 
mystiques : vie purgative, vieilluminative, vieunitive. Le temple, par 
ses principaux ornements architecturaux^ représente ces trois degrés. 
 l'entrée sont les fonts baptismaux, le symbole de la purification. 
Au milieu est la chaire, centre de la lumière d'où rayonne l'illumina- 
tion de l'intelligence. Au sommet, la sainte table et l'autel où le 
fidèle participe aux mystères de la vie unitive. 

Le livre quatrième de l'ouvrage^ dont nous ne pouvons donner ici 
qu^une sèche et succincte analyse, nous parle de la hiérarchie sacrée^ 
du pontificat suprême, de l'épiscopat, des prêtres, des diacres et des 
ordres mineurs. Ici encore nouvelle lacune. Pourquoi l'auteur ne 
dit-il rien des ordres religieux 1 1ls ont pourtant leur raison d'être dans 
la hiérarchie ecclésiastique. Leur costume, leurs rites particuliers, 
leurs règles eussent fourni à M. l'abbé Durand d'instructifs aperçus 
et de curieux rapprochements. Le livre cinquième est consacré aux 
fêtes de l'Eglise, et le sixième aux sacrements. Tel qu'il est, l'ouvrage 
de M. l'abbé Durand nous apparaît, je ne dirai pas comme le meilleur, 
mais comme un des plus importants qui aient éfë publiés de nos jours 
sur le symbolisme du culte catholique et la théologie du rituel. 

F. BoissiN. 



— 201 



JURISPRUDENCE 

Bl»totre de la Préture. Sources du droit, cUiribuiions, procès civils et 
criminels y administration des provinces, par Edmond Labatut. Paris , 
E. Thorin; Leipzig, T. A. Brockaus, 1868. Id-8 de 362 p. —Prix : 6 fr. 

Les fonctions de préteur chez les Romains étaient à la fois adminis- 
tratives, judiciaires, et à certains égards législatives. Non pas que, des 
sa création en Tan 38S de Rome, la préture ait eu tous ces caractères, 
que toutes ses attributions aient alors été définies et incontestées ; mais 
les bases en étaient établies, et c'était à la suite des temps de faire voir 
jusqu'à quelle limite devait s'étendre l'influence de cette magistrature 
nouvelle. Le livre de M. Labatut est consacré à faire connaître l'origine 
et les développements de la préture, ainsi qu'à montrer de quelles di- 
verses fonctions les préteurs ont été successivement investis. Peut-être 
trouvera-tron le début de son historique un peu rapide; mais les sources 
certaines font ici défaut; et il faut rendre à l'auteur cette justice que 
toutes ses allégations sont établies sur des faits. Lorsqu'on arrive à la 
période impériale, les monuments historiques abondent. Il devenait donc 
plus facile d'entrer dans des développements. Monuments écrits, histo- 
riens, poètes, littérateurs, monuments archéologiques, tout a été in- 
terrogé et habilement utilisé par l'auteur. II n'est pas une inscription 
décrite dans les ouvrages spéciaux, ou trouvée récemment dans les 
fouilles, qui n'ait été consultée et qui n'ait apporté sa lumière. Mais 
en employant cette méthode, il importe avant tout de savoir discerner 
les pièces véritables, authentiques, de celles que la mode, Tengouement 
ou la passion ont pu faire naître, ou tout au moins altérer. Il ne suffit 
pas de savoir déchiffrer les documents, il faut avant tout juger de leur 
authenticité et peser leur valeur. 

M. Labatut a fait ici œuvre de bon critique. II est curieux de suivre 
avec lui les actes des préteurs, dans ce qui concernait le gouvernement 
de la ville ou l'administration des provinces. A notre sens, et c'est sur 
ce point que l'auteur a le plus insisté, les actes du magistrat dominaient 
dans les fonctions des préteurs; c'était une sorte de règle de conduite 
qu'ils publiaiait, lors de leur entrée en exercice, dans cet édit où se 
trouvaient affirmés les principes qu'ils prenaient ainsi devant tous 
l'engagement de suivre, édit destiné d'ailleurs à compléter ou corriger 
le drcnt dvil. » Le savant, comme le juriste, trouveront de précieux 
renseignements dans le livre de M. Labatut^ et l'on peut lui rendre cet 
hommage qu'il a montré, avec autant d'érudition que de talent, com- 
ment « les préteurs ont élevé, sur les principes de la législation stricte 
et inflexible de l'ancienne Rome, ce magnifique édifice couronné par 



— 202 -^ 



l'équité naturelle, et où l'on ne sait ce qu'on doit le plus admirer de la 

raison ou de Thabileté qui ont présidé à raccomplissement d*une œuvre 

si parfaite. »* 

G. DE Sennevillb. 



Ij&m orig^lnefli de l'hlstotre de» procureur» et de« civoiié» 
deput» le ^ sièele Jusqu'au iL\r* (422-1483), suivies de notices sur 
quelques procureurs célèbres et de textes justificatifs, par M. Charles Batail- 
LARD, avocat^ membre de la société impériale des Antiquaires de France^ etc. 
Paris, Cotillon, 1868. In-8 de xii-488 pages. — Prir : 6 fr. 

L'auteur de ee livre, autrefois titulaire d'un office ministériel, a tom- 
jaivrs consacré ses loisirs aux questions se rattachant à sa charge» 
Après avoir, il y a une vingtaine d'années, étudié les règles qui et» 
r^^sent la propriété et la transmission, il a conçu le dessân d'en 
écrire rhistoîre, et publie d'abord l'étude que nous annonçons. Il s'est 
restreint à cette partie» craignant, nous dit^il^ que le temps d'accomplir 
son projet en entier ne lui fasse dé&ut, désireux d'ailleurs à'en indi- 
quer le plan à quelque autre écrivain « plus jeune et plus heureux... m 
Ei^)érons que oes craintes ne se réaliseront pas, et qu'il sera donné à 
M. Bataillard de terminer son œuvre. Tel qu'il est, cet ouvrage est 
divisé en deux parties : la première consacrée à rhistorique du sujet ; 
la deuixième^ plus littéraire» aflfectée à des notices sur certains procu- 
seurs d'âite dont les travaux ou ks écrits ont acquis une certaine no- 
toriété. Nous citerons ici Jean de Dormans qui , de simple procureur, s'é- 
leva peu à peu aux premières fonctions ecclésiastiques, devint chance» 
Uer, et fut enfin revêtu de la pourpre romaine; Martial d'Auvergne^ 
que ses poésies permettent, dit M. Bataillard, de- « considéra comme 
un précurseur..., et dont la langue se rapproche infiniment plus que 
o^ie de Marot, d'Amyot,. de Montaigne et de Rabelais, de la langue 
fixée par les grands écrivains du xvn* siècle. *> 

La première partie de l'ouvrage s'ouvre par un aperçu sur les insti- 
tutions judidiaires de la France du v* au xin* siècle. C'est une esquisse 
iapjdedesdi^)osition3 qui se rencontrent dans les lois barbares; il est 
regrettable que l'auteur n'ait pas cru devoir accŒnder une plus grande 
attention à la législation romaine. Elle dominait en Gaule au commen- 
cement de cette période; son influence persista longtemps encore, et 
se modifia plutôt qu elle ne disparut en présence des mosurs et des 
usages germaniques. Du reste, c'est au xm* siècle que se place la vé* 
ritable origine des procureurs, comme le constatent les établissements 
de Saint-Louis. C'est à cette époque que cette institution se développe^ 
qu'elle entre définitiv^nent dans les moeurs judiciaires. Feu à peu, en 



effet, on oetioja plus] aistoont la grâos de se faire représeater dana 
les procès à soutenir. Ces sortes de mandats devinrent plus fréquents 
et les lois les acoeptèpant comme Tavaient fait les mœurs. Le traTail 
de transformation fut long néanmoins ; il fallut près de deux siècles 
pour arriver au moment où Charles YIII releva les justiciables de l'o- 
Uigadon de la défense personnelle^ en abolissant les lettres de grâce 
(1483). 

Quelles étaient les oonfitions, les formalités d'admission^ la disci* 
pline, les diverses obligations auxquelles se soumettaient les procn«- 
reurs 1 c'est oe qne Tanteur a exposé dans des chiqpitres curieux, qu'il 
fait suivre d'un coup d'oeil comparatif avec l'état actuel des choses. 

Le travail de M. Batailiard est sérieusement fait. L'auteur prend 
soin d'appuyer sur des preuves chacune de ses allégations. On ne sau- 
rait trop féliciter les écrivains qui comprennent ainsi les exigences de 
la critique historique. Nous avons cependant remarqué quelques lacunes 
dans le travail de M. BataîUard : il aurait pu tirer profit des textes 
que la science a mis au jour depuis phisieurs années, et il est regret- 
table qu'il s'en soit tenu aux publications imprimées concernant la ma- 
tière. La liste qu'il en donne, essea complète d'ailleurs, forme une bonne 
bibliographie de la question. Mais les chartes, les rôles, les actes di^ 
vers de nos archives» les décisions de nos anciennes officialités comme 
celles de nos juridictions civiles et des parlements, tous ces documents 
auraient^u lui fournir de précieux renseignements. Enfin, à notre avis, 
oertains travaux récents d'érudition auraient dû être plus souvent con- 
sultés et cités. Toutefois nous nous plaisons à rendre justice au loérite 
du ûonseiencieux travail auquel s'est livré M. Bataillant sur l'origine^ 
la transformation et les développements successifs des procureurs et 
des avoués. 

G. PB SëNNBVIUiB. 



Oe la «laatlce criminelle^ en cour d'e»»lae« et de ses ganuUm 
dans les lois, dans les devoirs el dans les pouvoirs publics. Etude de mœurs 
et de doctrine pratique^ par M. dk la Cuisine, président honoraire à la 
Cour impériale de Dijon. Dijon, Manière Laquin. 1868. In-S^ de 748 p. 
— Prix : 10 fr. 

Le nouvel ouvrage que vient de publier M. de là Cuisine n'est pas de 
nature à intéresser seulement les magistrats et les jurisconsultes, 
mais encore tous ceux qui veulent réfléchir sur nos institutions, et en 
particulier sur notre législation criminelle. L'auteur, dont le nom est 
Men connu de tous les criminalîstes, n*a pas entendu s*adresser exclu- 
sivement aux hommes de lois. Le point de vue âevé auquel il se place». 



— 204 — 

les considérations morales, philosophiques et sociales auxquelles il se 
livre avec rautorité de son expérience et de son caractère, indiquent 
suffisamment la portée de son œuvre. C'est bien, comme il Tannonoe 
lui-même, un irailéoii la doctrine et le respect des principes sont 
éclairés, mais non asservis^ par la jurisprudence. 

Ce livre est comme une vaste introduction, où les tendances de 
l'auteur se révèlent tout [d'abord. L'examen des modifications qua 
subies notre législation depuis 1810, l'institution du jury^ la réforme 
de 1832, qui a introduit dans nos codes en matière criminelle les cir- 
constances atténuantes réservées jusque-là aux simples délits^ tel est 
le sujet de [ce premier livre. Sans partager sur tous les points les idées, 
les appréciations de l'auteur, on ne peut |s 'empêcher d*admirer la fer- 
meté avec laquelle il les exprime. M. de la Cuisine esquisse à 
grands traits le tableau de toutes les défaillances, de toutes les fai- 
blesses de notre justice criminelle, soit dans l'application de la loi, soit 
dans l'exécution des peines. Deux principes d'après lui sont violés et 
méconnus à chaque instant par l'abus des circonstances atténuantes 
et du droit de grâce : le principe de la fixité dans les peines et celui de 
l'expiation. Bien plus, il est des anomalies qui ont échappé au législa- 
teur, lorsqu'il a laissé au jury la faculté d'atténuer certains crimes qui 
ne sont pas excusables d'après la loi. Quels embarras ! quelles difficultés 
dans rinterprétation de ces règles contradictoires ! Et les réformes 
qu'on propose, sous prétexte de suivre les progrès de la civilisation 
et de faciliter la régénération des condamnés, ne vont-elles pas jusqu'à 
compromettre les fondements de l'édifice social t 

L'auteur s'élève avec force contre ces théories dangereuses; après 
avoir signalé le mal, il indique le remède. En face d'un juiy timide, 
ignorant ou passionné, trop facile à émouvoir et trop souvent disposé 
à oublier les devoirs qui lui incombent, se trouve une magistrature 
dont la mission est « de réveiller, suivant les temps et les besoins, ces 
règles de justice et de bon sens qui sommeillent au fond des cœurs...; n 
de venir au secours d'une institution languissante, pour lui donner la 
vie et non pour Tabsorber. Le rôle si difficile du président d'assises, 
les attributions qui lui sont confiées,|celles du ministère public, dont la 
parole est acquise à la société comme celle de lavocat l'est à la dé- 
fense, voilà où se trouvent les dernières garanties de la justice. Cette 
mission, M. de la Cuisine la comprend à son point de vue le plus vrai 
et le plus élevé; il la rappelle en terminant cette introduction, qui suf- 
fit à donner l'idée et à indiquer l'esprit de tout l'ouvrage. 

Nous n'entreprendrons pas d'analyser les autres chapitres. Là com- 
mence la partie spéciale du traité, celle que le président d'assises^ le 
magistrat du parquet et même l'avocat pourront consulter avec fruit, le 
premier pour la direction des débats, le second pour l'exercice de l'ao- 



— 206 — 

lion publique qui lui est confiée, le dernier enfin pour les droits 
et les devoirs de la défense. Qu'il nous suffise de dire que les di- 
verses phases de la procédure devant la cour d'assises, les règles qui 
président à Tinformation préalable, aux débats^ à l'audience, à la posi- 
tion des questions et au jugement, tout est traité d'une manière 
complète et approfondie. L'auteur donne la solution des principales 
difficultés que soulève Tinterprétation de la loi. Ainsi il examine la 
question si délicate, soulevée naguère par un procès célèbre à propos 
de l'art. 358 du Code d'instruction criminelle, de la règle qui veut que 
la demande en dommages-intérêts formée par la partie civile ne se heurte 
pas contre une décision rendue, et la délimitation si délicate des droits de 
l'accusé et de la partie civile, il termine enfin cette intéressante étude en 
rappelant à la magistrature ce qu'elle peut, par ses exemples, pour 
diminuer les dangers d*une fausse justice, en résistant au courant, en 
luttant conti^ les abus, et en suppléant par sa fermeté et son respect 
des anciennes traditions aux imperfections et aux lacunes de la loi. 

F. DU BOYH. 



SCIENCES 



La Morale et la JjoI de l'histoire, par A. Gràtry, prêtre de TOra- 
toire, membre de TAcadémie française. Paris^ Douniol et Lecoffre, 
i868. 2 vol. in-8, de 330 et 380 pages. — Prix : 12 fr. 

Ce qu'on pourrait appeler le grand œuvre du P. Gratiy est mainte- 
nant terminé : commencé en 1853 par la Connaissance de Dieu, pour- 
suivi au milieu de travaux si multiples de polémique chrétienne et de 
pieuse éloquence, il s'achève à présent, peu de jours après l'éclatante et 
digne consécration que vient d'obtenir le talent de Tauteur dans une en- 
ceinte solennelle, si bien faite pour le comprendre et Tadmirer. Nous 
possédons désormais ce cours complet de philosophie dans lequel se 
trouvent exposées les idées et les découvertes de Téminent oratorien. 
La morale et la loi de V histoire en forme le dernier et nécessaire com- 
plément. Il ne saurait nous appartenir d'apprécier ici en quelques mots 
ce vaste ensemble^ si neuf par la forme, si étonnant quelquefois par les 
grandioses conceptions, si rempli de poésie sévère, d'élévation morale, 
de pures et nobles aspirations. Les étemels problèmes de toute philo- 
sophie sont présentés par le P. Gratiy avec Une nouveauté d'aperçus 
qui surprend d'abord et devient bientôt un charme et un attrait de plus. 
Qai aurait jamais pensé qu'on pût tirer de telles richesses d'un champ 
moissonné déjà tant de fois, d'un sujet dont la fécondité semblait à 

MAI 1868. H 



— 2oa — 

jamais épuisée! Peut-être cette manière si inm&itée de rajeunir les 
vieilles thèses de l'école n'est-elle point exempte de dangers ; peut- 
être quelques esprits trouveront-ils que parfois les théories de l'autenr 
sont plus séduisantes que justes; peut-être enfin l'ouvrage qu'il vient 
de publier attirera-t-il tout spécialement les objections et les critiques! 
Nulle part en eflfet la marque distinctive de ce génie si original et si 
difficile à définir n'apparaît d'une façon plus hardie et, pour ainsi dire, 
plus provoquante. A la suite de la partie philosophique, à laquelle il 
est permis de ne pas souscrire sans réserve, il y a toute une partie his- 
torique, traitée véritablement de main de maître, et que devront médi- 
ter à loisir les honnêtes et sages esprits désireux de s'éclairer enfin sur 
le compte des préjugés vulgaires et des communes erreurs. Trois on 
quatre chapitres sont consacrés à juger la révolution française, à faire 
la part délicate de ses grandeurs comme de ses excès. Et ce tableau si 
vrai, si profond et si loyal, peut apprendre beaucoup encore, même 
après les beaux travaux de M. de Tocqueville. Signalons aussi les 
pages émues qui commencent si majestueusement le second volume, 
et qui sont intitulées : Les racines de la liberté. 

« La science des lois de l'histoire, cette science nouvelle que Vico a 
nommée, mais qu'il n'a pu connaître, j'essaye d'en enseigner les prin- 
cipes dans ce livre. »» Telle est la courte Préface dont le P. Gratry 
fait précéder ses deux volumes; et, sans autre préambule, il entre aus- 
sitôt en matière. Montrer par l'exemple de tous les peuples, comme 
par le spectacle de nos révolutions modernes et des bouleversements 
sociaux qui durent encore, par la philosophie ancienne comme par 
l'Évangile, enfin et surtout par la science récente de l'économie poli- 
tique, que le bonheur et la prospérité des nations et des individus sur 
cette terre dépend essentiellement de la manière dont ils conforment 
leurs pensées et leur vie à la vérité et à la justice, tel est le but de l'au- 
teur. Mais comment le suivre dans les parties si diverses de sa vaste 
démonstration! Comment signaler ce qu'il y a de généreux élans, de 
grandes et fécondes pensées dans cette œuvre! Contentons-nous d'é- 
noncer sans les discuter la forme et la condition de ce progrès si ardem- 
ment souhaité par le P. Gmtry , et dont il trouve la source unique dans 
l'intelligente application des préceptes de l'Évangile : ** Tout ce que 
vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux. « 
Voilà, selon lui, la loi première, la loi morale, cause unique du progrès 
humain. Et la loi dérivée, qui énonce la forme du progrès et> qui s'a^ 
pelle précisément loi de l'histoire, la voici : « Si vous demeures dans 
la loi, vous connaîtrez la vérité, et, par la vérité, vous irez à la liberté. • 
Et plus loin il ajoute : ^ Si l'homme s'attache par la bonne volonté 
à celui qui efiace les péchés du monde, peu à peu la bonne volonté 
conduit à la lumière ; et peu à peu la lumièi^ et la bonne voloolé 



— 207 — 

nous délivrent de l'esclavage du vice et nous rendent vraiment libres. 
Ceci est la loi de Thistoire» entendue daus son een» preiMer» liltéiai, 
principal, et dont tous les autres découlent. Tout se ramène à ce seul 
point : c'est le vice, le vice homicide et menteur, qui tue les hommes 
et les nations. Cest le vice qui est aotre obstade. C'est lui qu'il faut 
dompter. Un pr(^rès de vigueur morale est, en tout temps, Tunique 
ressource du genre humain. Bonne volonté de la justice» voilà le fond 
des doses. La vérité, la liberté sont données à ce prix. » Ce sont là des 
axiomes qui n'ont rien d'effrayant et d'extraordinaire : tout le monde 
doit pouvoir y souscrire, mais tout le monde a-t-il la ferme volonté d'y 
conformer sa conduite? Et pourtant le P. Gratry Taffirme : « La science 
de l'espérance est fondée sur cette base solide : c'est que l'histoire de 
rkumanité a ses Icûs, ou, pour mieux dire, sa loi, digne de rhomme, 
digne de Dieu. Celui qui connaStmit cette loi, celui4à saurait annoncer 
les choses qui surviendront, et les triomphes de cette grande vertu des 
dirétîens, l'espérance. «^ 

Peutrêtre^ encore une fois, y a-t-it dans ces affirmations souvent 
répétées, une certaine part à faire à l'idéal et au mystèref Peut-être 
l'auteur se laisse-t-il emporter quelquefois au cours entraînant de ses 
magnanimes ardeurs? Et c'est bien le cas de redire les dâieates paroles 
que lui adressait naguère M. Vitet, avec im si juste à-propos : •* Vous 
lûmez tant les hommes qu'il vous est impossible de ne pas espérer 
qu'un jour sur cette terre ils seront moins aveugles et moins malheu- 
reux, que dis-jef peut-être même parfaitement heureux. Il est vrai que 
vous êtes patient, que vous comptez par siècles plutôt que par années^ 
et que ce souverain bonheur, vous ne le promettez que sous le béné- 
fice d'une perfection morale qui peut longtemps se faire attendre. Mais 
vous croyez que, si l'homme le veut, de tels progrès s'accompliront, que 
les conditions de notre race et dxt monde qu'elle habite en seront entiè- 
rement transformées. N'est-ce pas une utopie, un rêve généreux? 
Vous demandez qu'on ne réponde qu'après vous avoir entendu. »» —Oui, 
tous voudront entendre le P. Gratry, se pénétrer de ses idées bienfai- 
santes, se réchauffer à la âamme de sa pure et poétique éloquence. Tous 
l'aimeront, tous l'admireront. Et ceux mêmes qu'il n'aura pas entières 
ment convaincus , le béniront du moins de les avoir rendus meilleurs, de 
leur avoir fait goûter durant quelques heures les jdies les plus nobles 
que le coeur et llntelligence puissent rêver. 

Gustave BAOUENAtiLT de Puchesse^ 



— 208 — 



lue prosrè« politique en France» par M. Dupont-White. Paris, 
Guiilaumin, 1868. In -8 de 253 p. — Prit : 4 fr. 

Voici un livre qui aborde avec opportunité et franchise les problèmes 
les plus vifs de notre situation présente, et les éclaire d'une lumière nou- 
velle. Il y a longtemps déjà que M. Dupont-White s'est placé à ia tête 
des penseurs de notre temps; on n a pas oublié ses remarquables études 
sur la Centralisation et la liberté: aujourd'hui l'auteur de Y Individu et 
de VEtat nous donne un nouveau travail sur le progrès politique en 
France, Il est presque superflu de dire que ce livre, pour l'éléva- 
tion, l'indépendance et Ja hardiesse des idées, ne le cède en rien à ses 
devanciers. Ce que veut la France en fait de progrès, pour le développe- 
ment de plus en plus fécond de ses forces et de sa vie, ce qu'elle veut 
d'après ses origines, ses traditions , son tempérament, son génie , 
voilà ce que l'auteur cherche d'abord à mettre en lumière. Il n'a sur ce 
point qu'à revenir à ses précédents travaux : la liberté sagement ré- 
glée et s'harmonisant avec une autorité héréditaire et monarchique^ 
une décentralisation sérieuse et effective, des relations plus équitables 
entre le travail et le capital, la libre manifestation de la saine 
opinion publique, la libre participation du pays à ses affaires , l'ac- 
croissement de la valeur individuelle, et la diminution proportionnelle 
de cette force omnipotente qui s'appelle l'Etat, voilà autant de de- 
siderata qui se trouvent sous la plume de l'auteur; nous ne pouvons 
le suivre dans les développements qu'il donne à sa pensée ; nous n'a* 
borderons pas avec lui la question de savoir jusqu'à quel point le 
régime actuel donne satisfaction à ces légitimes aspirations; nous 
renvoyons sur ce point à son livre; selon M. Dupont-White le dernier 
mot de 89 est loin d'être dit, et puisque tout en aspirant sans cesse 
à la liberté^ nous pouvons laisser croire que nous en sommes peu 
soucieux, le débat reste ouvert sur l'intérêt qu'il y aurait pour nous à 
mieux connaître et à mieux appliquer, soit quant au fond, soit quant 
à la forme, le principe libéral; c'est là le but de l'ouvrage, M. Du- 
pont-White aborde donc les questions fondamentales du régime par- 
lementaire et du suffrage universel. Malgré des contradictions appa- 
rentes, il n'a pas de peine à démontrer que le génie français appelle 
essentiellement le contrôle (kns ses intérêts et ses affaires, et, d'après 
lui, la forme politique qui réalise le mieux ce besoin inné, c'est le ré- 
gime parlementaire. « Le régime parlementaire, dit-il, est avec beau- 
coup de temps et d'épreuves, ce qui réussit le mieux à faire paraître la 
volonté d'un peuple : formant les peuples et les rois, enseignant aux 
premiers une volonté patiente^ aux autres une volonté réduite et 
flexible; récompensant les peuples par la liberté, et les dynasties par 



— 209 — 

la durée de leur pouvoir qui est le fond du désir royal, bien plus que 
l'étendue de ce pouvoir, n Le suffrage universel est, il est vrai, une 
complication du problème libéral : mais cette complication n'est pas un 
obstacle insurmontable, à la condition que les masses, rendues en vertu 
de ce suffrage parties originelles du gouvernement, voient s'améliorer 
leur conscience et leur condition. Il faut élever l'esprit de la nation à la 
hauteur de ces pouvoirs qu'elle n'exerce pas elle-même, mais qu'elle 
pourrait bien un jour inspirer et maîtriser. Quels sont les principaux 
moyens! Un développement de plus en plus large de l'instruction pri- 
maire, car en même temps que Fesprit se développe chez le peuple^ 
la conscience s'^laire. M. Dupont- White va plus loin, et, admettant 
que cette force nouvelle sollicite un surcroit de discipline, un parallé- 
lisme de sujétion et de règlement, il devient un peu trop exdusii 
quand il appelle dans l'instruction le rôle croissant de l'Etat, sans hé- 
siter à accepter dans leur plus large extension la gratuité et l'obli- 
gation. 

Ce bref résumé suffit, sinon pour montrer le puissant intérêt qui 
s'attache à cette étude, au moins pour inspirer le désir de la connaître i 
fond. Qu'il nous suffise d'avoir constaté que c'est un sujet de premier 
ordre, traité par la plume d'un publiciste distingué. Si l'avenir, 
comme nous le souhaitons, nous donne la solution de ces graves pro- 
blèmes, on peut affirmer qu'un écrit tel que celui-ci aura sa place parmi 
les matériaux de l'édifice. 

A. DE RiCHECOUa. 



Encyclopédie de fainllle. Répertoire général des connaùsances usuelles, 
publié par MM. FirminDiDor frères, avec le concoars de savants, d'artistes 
et de gens de lettres. Paris, Firmin Didot frère et fils, i868. Tome l*': 
Aaronrorbre. Pet iu-S*» de 468 pages à 2 colonnes.— Prix: 4. fr.—L'ouvrage 
complet formera 12 volumes. 

<< C'est l'espoir, j^oserai même dire la certitude de contribuer à 
l'amélioration de tous par une plus large dispensation de la lumière^ 
qui a fait naître la pensée de V Encyclopédie de famille. » Cette pensée 
répond à un besoin réel du temps, ainsi que le prouve le nombre tou- 
jours croissant des recueils encyclopédiques et des dictionnaires, qui 
permettent tout à la fois d'acquérir promptement les connaissances les 
plus diverses, de combler les lacunes d'une instruction incomplète^ 
et de suppléer par une recherche facile aux défaillances de la mémoire. 
Mais de ces travaux, les uns sont beaucoup trop considérables pour 
entier dans toutes les bibliothèques; les autres, trop spéciaux, ne s'a- 



- 210 — 

diiessent qpi'à une œrtaifie dasse de lecteurs; ffautres enfin, vomknt 
êtie oomplets sous un petit volume, ne présentent pas des développe- 
ments si^sants« 

MM. Firmin Didot ont cru qu'il y avait pour enx une place à prendre 
em présentant au public un recueil qui ne fût ni trop long, ni trop court, 
ni trop spécial mais qui condensât toutes les connaissances actuelles 
d'une manière intéressante, tînt compte du progrès accompli, et, loin 
d'être réservé à une partie senlemetit de la famille , put être rais 
sans danger entre les mains « des jeunes gens et des jeunes filles, » 
Le premier volume ( les autres pariutront de mois en mois ) ré- 
pond-il de tout point à un programme aussi intelligent? Texécution 
matérielle en est telle qu'on devait l'attendre d'une maison aussi 
honorablement connue, et les articles y sont traités avec un développe- 
ment suffisant et dans des proportions convenables. Quelques-uns seu- 
lement sont signés. Les noms des auteurs sont pourtant une garantie 
de science et d'exactitude que l'on voudrait posséder pour les artîdes 
restés anonymes, et ce sont les plus nombreux. Nous avons remarqué 
en particulier les suivanÉs : Aérostat, Aiguille, Alesia, Algérie (le 
plus considérable du vol. il occupe plus de 45 col.}, Ampoule {minte), 
Ancre (maréchal cf), Atmee, Aquitaine^ et beaucoup d'autres que 
nous ne pouvens signaler ici. 

Mais en même temps que nous nous plaisons à rendre hommage aux 
efibrts des éditeurs et à l'exécution de ce commencement de leurceuvre, 
nous ne pouvcms passer sous silence quelques critiques dont il leur faudra 
tenir compte, sous peine de rester évidemment au-dessous de leurs 
intentions. La Préface annonce que l'on s'est imposé le devoir d'écarter 
de cette encyclopédie, par un triage scrupuleux, tout ce qui peut receler 
un inconvénient quelconque^ et d'offrir aux faoullea Varbxe 4e lascieiice^ 
moins la science du mal ; or la rédaction de quelques articles est 
bien loin d^êtie dl'acoord avec un tel programme; citons quelques 
exen^les : 

Abus (appel comme d') : cet article est très-mcomplct et laisse 
subsister sur les principes canoniques et les réclamations de l'Église à 
ce siget, des idées erronnés. — Acteur r on ne dit pas que c'est par une 
exagération particulière au gallicanisme que, à une certaine époque, 
ils furent « excommuniés pendant leur vie, • etc. — L'Église déplore 
de telles erreurs et de tels errements, sans en être complice ni respon- 
sable. ~ Albert de Bi'ondebourg : cet article manque; nous Je retrou- 
verons sans doute dans un des volumes suivants, au B. Les éditeurs 
n^oublieront pas qu'il est mort catholique, après avoir abjuré Ter- 
reur. •— Albigeois : cet article reproduit les lieux conoauns sur 
les violences de Tinquisîtion, les procédés secrets de Pierre de Castdk 
neau, le fanatisme des Croisés, etc. . . -^Aiexandre VI : les découvertes 



- 211 — 

histonques certaines nedoiyent point être laissées dans Tombre; ni les 
points douteux et obscurs présentés comme incontestablement acquis 
et authentiques. Or cet article laisse subsister dans Tespril du lecteur 
toutes les cedomnies de l'imposteur Burchard ou du poète Sannazar^ 
calomnies dont l'histoire impartiale a fait depuis longtemps justice. — 
AfiffoiUéme {dxtod*] : article signé Jules Janîn, dans lequel se trouvent 
des phrases comme celle-ci r " Napoléon vaincu, ce fut en mettant le 
pied sur la couronne militaire de la France^ dont les cendres étaient 
brûlantes, que les Bourbons atteignirent leur vieille couronne : ce fki 
là leur premier tort ou leur premier malheur, — Le tort et le malheur, 
c'est d être ici démenti par l'histoire. — Phis loin nous lisons : L'affo^- 
bilité alerte qui se permet souvent une impolitesse,.. Parfois, une im- 
politesse peut échapper même aux personnes affables, mais elles ne 
s'en permettent ipoint, dussent-elles les réparer par une familiarité. 

Ces observations suffiront, comme une marque de l'intérêt que nous 
portons à cette publication^ laquelle ne remplira le but et les intentions 
très-louables des écBteurs qu'à la condition qu'une révision sévère 
soit apportée à la composition de chaque article. Pour être placé sans 
danger entre les mains de la famille et de la jeunesse, pour » con- 
tribuer à l'amélioration de tous, nil ne suffit pas qu'un livre soit d'une 
moralité, d'une exactitude relative ; il ne s'agit pas ici de faire, plus 
ou moins, mieux que tel ou td autre : il faut faire bien, suivre avec 
scrupule et au jJus près la vÉamè religieuse, doctrinale ou philoso- 
phique, et tenir compte du progrès de l'érudition historique, tout 
autant que du progrès des sciences naturelles, de l'industrie ou de 
quelque autre science que ce soit. 

F. VB, RoQt'EPEtlL. 



Traité général de Botanique descriptive et analytique* 

par MM. £mm. Le Maout, docteur en médecine, et Joseph Dbcaisne, membre 
de r Institut, etc. !*• partie : Abrégé d'organographie, d'miatomie et de phy» 
sûfiogie ; 2* partie r Iconographie, description et histoire des familles. Paris, 
Flrmin Didot, 1967. In4<^ de x-746 pages, avec 5,500 figures dans le texte. 
— Prix:30fr. 

La lecture seule du titre de cet ouvrage indique suffisamment qu'il 
ne s'agit pas ici d'un livre de vulgarisation dons le sens que l'on at- 
tache ordinairement à ce mot^ c'est-à-dire d'un livre amusant, orné de 
gravures pittoresques et destiné à récréer les yeux et l'esprit à l'occs- 
sion des fitits scieotifiqiies, plutôt qu'à instruire sérieusement les leo 
leurs. Le Traité général de Botamque est un ouvrage de science pure; 



— 212 — 

mais la nature même dû sujet dont il traite a permis aux auteurs d'en 
faire un livre à la fois élémentaire et savant» éminemment utile aux 
hommes pour qui la botanique est une science professionnelle, et aux 
gens du monde qui aimeraient à en faire l'objet d'une étude sérieuse 
et approfondie. 

L'ouvrage débute par une leçon préliminaire dans laquelle sont dé- 
finies les plantes^ ainsi que leurs principaux organes, de manière à 
mettre immédiatement le lecteur le plus complètement étranger aux 
choses du règne végétal, au courant de ce qui fait l'objet même de la 
science qu'il veut connaître. Il est utile en effet de savoir d'abord d'une 
manière générale ce que c'est qu'une plante, une tige, une feuille, une 
fleur^ un bourgeon, un rameau, e\c. 

Sous ce titre Organographie et Glosiologie, un chapitre beaucoup 
plus étendu reprend la description détaillée et approfondie de toutes 
les parties de la plante^ de la racine à la cime^ du bouton à la fleur^ au 
fruit et à la graine^ de la tigelle qui perce à peine le sol, jusqu'à la 
feuillée épaisse. Tous ces organes sont décrits dans l'ensemble et dans 
les détails presque infinis de chacun d'eux, dans leur arrangement, leur 
disposition, leur symétrie; en même temps sont définis les termes 
techniques admis pour les distinguer. L'^na/omt^suitrOrganographie; 
elle dissèque la plante et étudie les cellules^ les fibties, les vaisseaux 
qui constituent les tissus merveilleux dont celle-ci se compose. La PAy^ 
siologie vient ensuite exposer les phénomènes vitaux du végétal, qui se 
résument tous dans la nutrition et la reproduction. 

Lorsque ces éléments sont connus et que le lecteur est familia- 
risé avec eux, la classification ne saurait plus offrir de difficultés sé- 
rieuses. Aussi quelques pages suffisent-elles pour exposer^ avec autant 
de rapidité que de clarté, les principales méthodes^ les principaux 
systèmes successivement adoptés par les Toumefort, les Linnée, les 
Decandolle, les Jussieu, les Brongniart. Cet exposé se tennine par 
la série des familles végétales, suivant la classification de Jussieu, qu'a- 
doptent les auteurs. 

Telle est la partie élémentaire de l'ouvrage. Elle ne comprend guère 
que 135 pages : il est vrai que ce sont des pages in-4^. Les 600 pages 
et plus qui restent sont affectées à la partie scientifique pure, c est- 
à-dire à la description des familles. Toutes y sont décrites successive- 
ment, avec des exemples pris dans les espèces les plus connues de 
chacune d'elles. 

Trois tables complètent ce traité. La première contient la liste al- 
phabétique de tous les termes techniques employés dans l'ouvrage, avec 
indication de la page à laquelle ils sont expliqués. La seconde com- 
prend la série des familles et des genres dont se compose le règne vé- 
gétal, et que l'ouvrage mentionne tous. Enfin la troisième forme la liste 



— 213 — 

des nombreuses espèœs prises comme [exemple dans |Ia description de 
ces familles et de ces genres qui forme la partie savante du livre. 

Ce qui donne une importance considérable à ce traité, ce sont les in- 
nombrables figures qui en accompagnent le texte. Pas un fait n'est 
avancé, pas une disposition expliquée, sans qu'un dessin, exécuté avec 
un soin consciencieux, ne représente exactement à l'œil, dans lensemble 
comme dans les plus infimes détails, tout ce que le texte a livré au 
travail intellectuel. 

La science, la clarté, la précision, la méthode, voilà les titres qui, 
à nos yeux^ font du Traité de Botanique de MM. Le Maout et Decaisne 
un ouvrage éminemment recommandable. II faut ajouter que Texécution 
matérielle en a été trës-soignée. 

C. DE KlRWAN. 



Géol«>§^le contemporaine 9 histoire des phétto)nènes actuels du globe 
appliquée à l'interprétation des phénomènes anciens ; par M. l'abbé C. Chbva- 
LiEB. Tours, Air. Mame, 1867. Iq-8<^ de 380 p. avec nombreuses gravures. 
— Prix: 4 fr. 

Expliquer la formation du globe que nous habitons par des phéno- 
mènes en tout semblables à ceux qui se passent aujourd'hui sous nos 
yeux, telle est la prétention d'une école qui a pour chefs les Charles 
Lyell, les Lartet, les Darwin. M. l'abbé Chevalier appartient à cette 
école^ et son livre a pour but de démontrer le bien fondé d'une telle 
opinion. II présente un tableau, fort bien fait et fort intéressant 
d'ailleurs, des nombreux mouvements de la surface du globe dont nous 
sommes ou dont nous pouvons être témoins: les tremblements de terre, 
les volcans terrestres et sous-marins, — et en particulier les récents 
soulèvements de l'archipel de Santorin qui ne sont pas encore terminés^ 
— les effets résultant de l'action de l'air atmosphérique, des agents mé- 
téorologiques, de l'homme lui-même; les sources, les lacs, les fleuves 
et les atterrissements auxquels ils donnent lieu, les tourbières et la 
végétation qu'elles enfouissent, les glaciers, enfin l'œuvre lente mais 
gigantesque des polypiers, des madrépores, des infusoires et autres 
travailleurs de la mer; tous ces phénomènes sont décrits avec clarté, 
et même avec élégance. Les mots savants ne sont employés qu'avec 
di&crétion et sobriété, et un glossaire de quelques pages, placé à la 
fin du volume, donne l'explication de tous les termes techniques dont 
l'auteur n'a pu éviter remploi. 

Des faits curieux qui se passent journellement à la surface de notre 



— 214 — 

sphère, Tauteur conclut qu'en un nombre de siècles suffisant, ces phé> 
nomènes ont pu, sans secousse extraordinaire, sans grands cata- 
cl3r8mes, amener le globe de l'état de liquide et incandescent où il a été 
créé d'abord^ à Fétat où il s'est trouvé lors de la formation de Thomme, 
et où il se trouve aujourd'hui. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette 
théorie, qui, professée d'une manière absolue, ne laisserait pas de sou- 
lever de sérieuses objections ; la théorie des grands cataclysmes pro- 
fessée par Cuvier n'est pas à l'abri non plus, il faut le reconnaître, 
de difficultés et d'invraisemblances. Les deux écoles, comme il arrive 
le plus souvent^ possèdent sans doute chacune une partie de la vérité 
et n'évitent pas non plus Terreur, parce qu'elles veulent ériger en 
faits généraux et absolus ce qui n'est que partiel et relatif. Plus lard 
quelque nouveau progrès de la science les mettra sans doute d'accord, 
en faisant ressortir ce qu'il y a de vrai et d'exagéré dans chacune 
d'elles, comme il est arrivé déjà pour deux écoles antérieures, celles 
des plutoniens et des neptuniens, jadis si animées l'une contre Tautre. 
M. l'abbé Chevalier ne suit pas les chefs de son école au delà des 
faits purement matériels, et par conséquent des questions oi\ la foi 
n'est point int-Tessée. Disons cependant que le procédé par lequel il 
met, à sa dernière page, la Genèse hors de cause, nous semble assez 
contestable : si, comme il l'admet, tous les faits géologiques sont 
antérieurs aux six jours de Moïse et contenus dans ce texte vague ; /n 
principio creavii Devs cœlum et terram, qu'est-il donc resté à faire 
pendant les six époques que la Genèse affecte aux créations succes- 
sives^ Au surplus, vraie ou fausse, la théorie des soulèvements lents 
n'est, en soi, pas plus contraire au récit biblique que celle des cata- 
clysmes. 

C. DE KiRWAN. 




C est a l'étude de la paléontologie, c'est-à^lire des débris d'êtres or- 
ganisés anciens désignés sous le nom de fossiles, que la géologie est 
surtout redevable des remarquables progrès qu'elle a faits depuis un 
quart de siècle environ. II était donc naturel qu'une large part fut ré- 
servée à cette branche de l'histoire naturelle en quelque sorte rétros- 
pective de notre globe, dans la série des rapports publiés sous les ans- 
pices du ministère de l'instruction publique, sur les progrès des 
sciences en France. Disons-le tout de suite, on ne pouvait choisir, pour 



— 215 — 

résTimer le vaste ensemble de ces travaux, un esprit qui fut mieux 
préparé sur toutes ces matières, ni un géologue plus compétent que 
l'auteur de VHisioire des progrès de la géologie. C'est en quelque 
aorte le résumé complet de cet important travail, mis à jour et restreint 
aux travaux des paléontologistes français, que vient de faire panutre 
M. le vicomte d'Ârchiac, et ce résumé ne saurait manquer d'être bien 
accueilli, même de ceux dont il discute les oeuvres, tant il apporte dans 
cette discussion d'impartialité et de courtoisie. 

C'est une curieuse histoire que celle de la paléontologie, car elle dé- 
roule sous DOS jeux les développements de la vie à la surfoee de notre 
globe, depuis les premiers rudiments de l'organisme animal et végétal 
jusqu'aux êtres animés el aux végétaux de nos jours. Les débris fos- 
siles que nous ont livrés les recherches fiiites par les géologues dans 
toutes les assises sédimentaires formas dans les eaux douces ou les 
eaux marines, ont été pour nous, en raison de leurs caractères variés, 
mais constants pour chacune des époques de la création, comme des 
médailles déposées par la main même du Créateur dans chacun des 
groupes ou des étages qui marquent autant de périodes diverses, pour 
nous aider à les distinguer les uns des autres. 

C'est ainsi qu'on a d'aboord pu distinguer dans les terrains sédimen* 
taires les terrains de transition qui, par l'organisation élémentaire de 
leurs rares débris fossiles, forment un passage entre les termins princi- 
palement dus à l'action du feu, et sans aucunes traces de fossiles, et les 
t^rains très- riches en espèces fossiles qui ont succédé aux terrains de 
transition, et qu'on désigne sous la dénomination générale de terrains 
secondaires, tertiaires, quaternaires et modernes, en indiquant ainsi 
l'ordre chronologique de leur formation ; puis, serrant de plus près 
les eonséquenoes de ce prunier principe, on arriva à constater qu'il y 
avait des coupures utiles à établir dans chacune de ces grandes sub- 
divisions, en raison des différences notoires remarquées entre les 
genres et les espèces fossiles dispersées dans leurs assises. 

Les termins de transition furent divisés de bas en haut en formations 
cambrienne, silurienne, dévonienne, carbonifère et permienne, déno- 
Hiinations empruntées pour le plus gvand nombre aux provinces an- 
glaises dans Itôquelles on avait rencontré les types les plus complets de 
ces coupures géologiques, ou à leur trait minéralogique dominant; 
pois les terrains secondaires furent scindés en formations triatique, 
jurassique et crétacée, — et les terrains tertiaires en inférieurs, 
moyens et supérieurs. 

Quelle est la part de mérite que la France, et chacun de ses paléon- 
tologistes en particulier peuvent revendiquer dans les laborieuses re- 
cherches qui ont enrichi la science généraleî C'est précisément la mise 
en lumière de cette part réclamée par chacun et par notre pays, que 



— 2it> — 

s'est proposée rëminent paléontologiste dont nous analysons le tra- 
vail. Dès le début, il avoue loyalement que nous avons été précédés 
dans la voie de ces attrayantes études par l'Italie, par la Suisse, par 
TAllemagne et par l'Angleterre, et pourtant dès le xvi« siècle un de 
ces esprits primesautiers^ comme les appelle notre Montaigne, Ber- 
nard Palissy, avait reconnu Torigine réelle des coquilles renfennées 
dans certaines roches; mais cette lueur isolée n'éveilla pas suffisam- 
ment l'attention des observateurs français. Le xvii* siècle lui-même» 
le grand siècle des lettres françaises, fut à peu près stérile pour les 
études naturelles^ et ce n'est qu'au xvin'^, avec les Jussieu, les Réaumur 
et les Buffon, que l'on voit poser les larges bases sur lesquels on édi- 
fiera désormais la science. Quant à la paléontologie proprement dite, 
ce n'est qu'à partir des premières années de notre siècle qu'elle com- 
mence à entrer laigement dans le cercle des études en fVance. 

On comprend qu'il nous serait impossible de suivre pas à pas 
M. d'Archiac dans l'énumération des découvertes qui se rattachent aux 
noms de chacun des géologues que l'auteur évoque tour à tour, en dis- 
cutant les observations recueillies sur tous les points de la France, et 
en les confrontant avec celles qui peuvent se référer au même ordre de 
faits. Qu'il nous suffise de dire que sa discussion nous a toujours paru 
sobre, suffisante et impartiale, qualités qui ne peuvent manquer de 
faire accepter avec confiance le plus grand nombre de ses conclusions, 
d'autant que ce géologue a laissé les questions pendantes toutes les 
fois que la lumière ne lui a pas semblé suffisamment faite sur tous 
les points en litige. 

M. d'Archiac a divisé son vaste répertoire en trois parties distinctes. 
Dans la première, il passe en revue les conquêtes faites dans chacun 
des terrains^ en débutant par les plus anciens pour s'arrêter sur le seuil 
des terrains modernes qui relèvent de la faune et de la flore actuelle 
de notre pays; dans la seconde, il envisage la paléontologie sous son 
aspect général, en adoptant une marche méthodique conforme aux 
classifications zoologiques et botaniques, dont les divisions correspcm- 
dent aux diverses classes des deux règnes; dans la troisième, sous le 
titre de Paléontologie étrangère, il réunit tous les travaiix exécutés 
par les naturalistes français sur les fossiles recueillis hors de notre 
pays. C'est, comme on le voit, avoir dressé le bilan complet de nos 
nationaux. Enfin deux tables générales, l'une des auteurs et l'autre 
des matières^ permettent de se retrouver toujours dans ce répertoire» 

De Loxoubmar. 



— 217 — 

IBu mouvement dcois les fonctions de la vie» Leçons faites au 
collège de France par E. J. Màrsy, avec 141 figures intercalées dans le 
texte. Paris, Germer- Baillière, i868. In-8 de vn-477 p. — Prix : 10 fr. 

M. Marey a consacré les vingt-trois leçons contenues dans ce volume 
à examiner quels moyens la science possède pour étudier et mesurer 
les divers mouvements organiques d'un corps vivant. Le professeur a 
bien posé, dès le début et de loin en loin, des questions générales qui 
pourraient afFriander les amateurs de métaphysique ; mais il n'y est 
pas entré, et, pour mieux dire, il ne les a guère posées que pour les 
nier ou les prendre par le côté du mécanisme pur. Pour lui, d'ail- 
leurs, la métaphysique a fait son temps ; rien n'est vrai en dehors du 
positivisme expérimental ;[et si je Tai bien compris, la raison même est 
ime machine de rebut. Nous n'allons donc qu'assister à des expériences, 
et mieux encore à un exposé de mécaniques diverses, car M. Marey 
s'est plutôt tenu à exposer les machines servant à étudier le mouve- 
ment qu'il n'a voulu étudier ce mouvement. 

Au point de vue spécial où il s'est placé, son ouvrage fait connaître un 
grand nombre de machines destinées à enregistrer le mouvement par 
le pix)cédé graphique. Le point qui l'a le plus frappé dans l'étude 
du mouvement, c'est de jBxer par un procédé graphique instrumental 
ce mouvement dans ses oscillations et dans sa mesure. L'appareil de 
M. Morin, destiné à montrer aux yeux les lois de la pesanteur, et au- 
îourd'hui connu de tout le monde, est comme un exemple de ce qui a 
été fait dans le genre. 

Le professeur fait défiler devant nos yeux les divers appareils in- 
ventés, et qu'il a plus ou moins perfectionnés, pour mesurer la respi- 
ration, le mouvement musculaire (myographe), le mouvement du sang 
(sphygmoscope, hymographion, hemodromographe, etc.), le mouvement 
nerveux. Il nous fait assister à leur construction, à leur marche, à la 
manière dont ils notent, par des coordonnées plus ou moins élevées et 
plus ou moins rapprochées, l'intensité du mouvement, sa souplesse ou 
sa brusquerie, sa rapidité. On voit comment on peut mesurer des ondes, 
qui donneront quatre cents ondulations ou plus par seconde. On voit 
dans tous ses détails comment le procédé par enregistreurs graphiques 
est tout à la fois multiple et précieux dans ses indications. 

Il nous serait impossible d'entrer plus avant dans l'analyse du livre 
sans nous embarrasser de détails trop multipliés et qui dépasseraient 
les limites de ce compte rendu. Rappelons seulement que tout appareil 
enregistreur se compose généralement d'un mouvement d'horlogerie 
qui fait dérouler une bande de papier, ou tourner un cylindre en- 
fumé sur lesquels vient marquer une tige (quelquefois deux, ou plus 



218 — 



même), qui n'est que le grand bras d'un levier dont le petit bras suit 
les oscillations qu'on veut étudier et mesurer. Ce levier agrandit ^i 
les inscrivant ces oscillations, et trace ainsi des lignes (Hidulées 
plus ou moins régulières et étendues, plus ou moins rapprochées, selon 
la rapidité de rotation du cylindre enregistreur. En traçant une abcisse 
à ces courbes^ et mesurant leur hauteur par des coordonnées, on a 
tous les éléments de leur étude, la vitesse du cylindre enregistreur 
étant d'ailleurs connue* Étendons le procédé à l'étude de toute espèce 
de mouvement, et nous avons la question fondamentale que le pro- 
fesseur a développée dans son cours et que son livre reproduit. 

Aussi n'est-ce là qu'une introduction à des cours ultérieurs et à des 
études qui viendront plus tard. M. Marey a posé plutôt les jalcms 
d'une étude qu'il n'a abordé cette étude même; et encore qu'on puisse 
trouver bien des renseignements secondaires dans son livre, il faut 
surtout n'y chercher qu'une revue analytique d'appareils divers» telle 
qu'un simple mécanici^ pourrait nous la donner. 

Tous ceux qui ne sont pas au courant de ces inventions ingénieuses 
de la mécanique moderne appliquée aux sciences naturelles, et spécia- 
lement à la physiologie, trouveront dans ce livre des rens«gnements 
siiffisants. Mais il ne faut pas demander plus. C'est une sorte de phy»o- 
logie ingénieuse et mécanique , dont on tirera quelque chose plus 
tard, il faut l'espérer, mais qui jusqu'ici n'est guère qu'amusante. Les 
grandes questions sur la vie et le mouvement sont systématiquement 
écartées ou niées, selon la déplorable doctrine qui prévaut de nos jours 
dans l'enseignement supérieur. 

Dr Fhédault. 



I^ vl§^e, par E. A. Cariuèrx. Paris, librairie agricoLe, 1868. ln-12 àe 
380 p. orné de 121 gravures.— Prix : 3 fr. 50.-1^ i^^ne dan» leBcMr- 

delals, par Aug. Petit-Lafitte, proresseur d'agriculture du département 
de la Gironde. Paris, J. Rothschild, 1868. In-8°de690 p. orné de 75 gravures 
sur bois. — Prix : 12 fr.— r.e vin, par À. de Vergnkttk-Lamottb, corres- 
pondant de rinslitut. Paris, librairie agricole, 1868. In-8- de 384 p. orné 
de 29 planches et des gravures. — Prix ; 3 fr. 50. 

Les vins français forment aujourd'hui une portion considérable des 
produits agricoles de notre pays ; tout ce qui concerne la culture de la 
vigne et le mode de fabrication des vins doit être naturellement 
l'objet de sérieuses études. Aussi l'on ne saurait trop applaudir aux 
travaux que des hommes spéciaux ont entrepris pour vulgariser les 
bannes méthodes, et combattre les mauvaises ; c'est rendre un vrai 
service à l'agncultuie nationale. Dems son livre intitulé : La vigne, 



— 219 — 

M. Carrière ezamine les principales faces de la matière. L'auteur 
examine successivement les modes divers employés pour reproduire et 
multiplier la vigne, pour la cultiver avec succès. La taille, on le conçoit, 
fixe d*une manière toute spéciale son intention. Cette opération, qui 
décide souvent de la récolte future, exige tant de soins, tant de pré- 
cautionsy qu'on ne saurait à ce sujet donner des règles trop précises* 
Si l'auteur n'avait eu pour but que de s'adresser aux paysans et aux 
vignerons, peut-être pourrait-on trouver qu'il entre ici dans trop de 
détails, et regretter qu'il ait cru devoir décrire aussi longuement tous 
les systèmes de taille. A notre avis, il est à craindre que ces dévelop- 
pements ne soient pas bien saisis par un grand nombre de lecteurs. 
Dans une édition vraiment populaire, quelques retranchements nous 
sembleraient utiles. — L'auteur examine ensuite la mauvaise influence 
qu'exercent en général les engrais sur la qualité du raisin. Des remar- 
ques sur les labours, et un chapitre sur les différents cépages terminent 
ce livre, appelé, croyons-nous, à rendre de véritables services. 

Ce n'est point un ouvrage d'un intérêt général que M. Petit- 
Lafitte a entrepris; il a voulu simplement nous donner une monographie 
de la vigne dans le Bordelais. Toutefois, pour traiter ce sujet spécial, 
il lui a fallu rappeler les principes généraux de la matière, et souvent 
les approfondir. Le plan de M. Lafitte est d'ailleurs fort simple : il 
veut considérer la vigne « sous trois aspects différents : !• par rapport à 
l'histoire en général, et, en particulier par rapport à l'histoire du pays 
bordelais : c'est la première partie ; 2*» par rapport à Tbistoire natu- 
relle : météorologie, botanique, physiologie végétale, géologie ; c'est 
la seconde partie ; 3** par rapport à la culture : c'est la troisième et 
dernière partie. » Le volume est consacré plus spécialement à la cul- 
ture de la vigne. Comment doivent être établis les vignobles i dans 
quelles terres I à quelle exposition î telles sont les premières ques- 
tions qu'il aborde. Il s'occupe ensxdte du choix du plant, et entre à cet 
^gard dans de grands développements. Il n'est d'ailleurs pas moins 
formel au sujet de la taille que M. Carrière, et leurs systèmes se 
rapprochent fort souvent. L'auteur étudie ensuite les circonstances 
diverses qui peuvent nuire à la vigne durant sa végétation : oïdium, 
maladies, gelées, grêles, insectes nuisibles, oiseaux^ etc.^ fournissent 
à cette partie encyclopédique une série d'observations éminement utiles 
et pratiques, car, à côté de la constatation et de la description du mal, 
se trouvent indiqués les modes connus de préservation. £nfin l'ouvrage 
se termine par ce qui a trait aux vendanges, et par quelques re- 
marques sur la qualité des vins. 

n nous reste à dire quelques mots du livre de M. de Vergnette-La- 
motte, qui commence justement là où finit celui de M» Petit-Lafitte. 
Le premier chapitre en est consacré aux vendanges. Aussitôt cueilli, 



— 220 — 

le raisin est mis dans les cuves où a lieu la fermentation. Ce phéno- 
mène, bien que naturel, peut parfois être réglé ; aussi importe-t-il 
d'étudier les conditions dans lesquelles il s'opère. L'auteur examine 
successivement ce qui concerne les moûts, le vinage, et la richesse 
alcoolique des vins. Le reste du volume est consacré aux moyens 
préventifs et aux remèdes à apporter au piquage des vins. Ici l'auteur 
nous a paru bien technique : il faut avoir une certaine dose de connais- 
sances chimiques pour suivre avec fruit ses développements. Nous 
ne pensons pas que ce soit par des livres longs et d'une forme scien- 
tifique qu'on puisse efficacement combattre la routine ; pour cela, 
il faut de petits traités, courts, substantiels, pleins de faits plutôt que 
de théories. Aussi serions-nous heureux de voir publier un extrait de 
l'ouvrage de M. de Vergnette-Lamotte, destiné aux classes populaires. 
Terminons en faisant observer que chacun des ouvrages dont nous 
avons parlé contient de bonnes gravures, qui aident à J intelhgence du 
texte, et en sont l'utile complément. 

G. Neusbline. 



BELLES-LETTKES 



Tbe Orlflpln or lanfi^uaepe » based on modem researches, by Frédéric 

W. Farrâb. m. a. London, Murray. 1 vol. in-i2 6fr. 
GliApters on lan^puase, by the Rev. Frédéric W. Farrar^ M. A. Lon- 

don, Leyman. 1 yoi. in-8^ 8 fr. 60. 

Les travaux sur la linguistique abondent en ce moment en Angle* 
terre, et on peut dire que depuis une vingtaine d'années le champ de la 
grammaire comparée a été défriché par nos voisins de la manière la 
plus heureuse et la plus complète. Je ne parlerai pas ici des livres de 
M. Max MuUer, puisqu'un de nos collaborateurs en a déjà rendu 
compte; je ne m'arrêterai pas aux ouvrages de feu M. Donaldson^ tout 
admirables qu'ils soient; mais je signalerai à l'attention du public lettré 
deux excellents livres de M. Farrar, professeur au collège {graimmar 
sehooî) de Harrow on the Hill. Avant de se livrer à l'étude spéciale de 
la philologie, M. Farrar s'était fait dans la littérature proprement dite 
une réputation justement méritée, et trois romans de sa composition, 
décrivant sous toutes les faces la vie (encore si nouvelle pour nous) des 
écoliers anglais, avaient contre-balancé la popularité du fameux Tcm 
Bronn, L'auteur A' Eric, de Julian Home, de Saint- Winifred^ ne tarda 
pas à se risquer dans d'autres parages; il est aujourd'hui un des plus 
zélés champions de la réforme universitaire, et il essaye de briser en tous 



— 221 — 

sens les vieilles traditions scolastiques, que l'on suit encore ici avec 
trop de persistance. Mais je me borne en cet article, ainsi que je l'ai 
dit, aux traités philologiques de M. Farrar ; la matière est déjà assez 
ample pour défrayer un compte rendu beaucoup plus long que celui-ci. 

Dans le petit volume par lequel il a établi sa réputation, notre au- 
teur traite de Torigine du langage. Il déclare dès sa préface qu'il ne vise 
pas à développer de nouvelles théories, ni à rien créer. 11 se propose 
seulement de revêtir d^une forme populaire les résultats déjà acquis, 
et de vulgariser certaines données regardées communément jusqu'ici 
comme l'apanage exclusif des savants. M. Farrar ne se porte le 
champion d'aucune des trois théories par lesquelles on a essayé 
d'expliquer l'origine du langage. On ne peut pas dire, d'abord, qu'il y 
ait jamais eu de langue organique ou innée, car les traces en subsis- 
teraient encore de nos jours. Vous me parlez de l'aboiement du chien, du 
rugissement des bêtes fauves, du chant du rossignol; ce qu'il faut com- 
parer à ces sens, c'est, non pas le langage humain qui varie sans cesse, 
mais les expressions instinctives de douleur, de surprise, d'effroi au 
moyen desquelles nous manifestons nos sensations physiques. Un en- 
fant nouveau-né possède la faculté de la parole, non pas actuellement, 
mais potentiellement; il aprend à parler au moyen du procédé d'imita- 
tion; entre la 8uva|xi<; et l'êpYov, c'est la mimique qui intervient 
comms trait d'union. 

M. Farrar se prononce d'une manière encore plus décisive contre 
cette théorie si populaire au siècle dernier d'après laquelle le langage 
sersdt tout simplement une affaire de convention. Tout système qui a 
joui à un certain degré de la faveur publique doit par cela même con- 
tenir un élément de vérité, et comme tous les idiomes connus renfer- 
ment une grande proportion d'onomatopées, on a pu en conclure qu'ils 
étaient arbitrairement formés. Mais si l'homme s'est fait un vocabu- 
laire assez copieux en imitant les sons naturels, il n'en résulte pas le 
moins du monde que l'audition de ces sons lui a suggéré la parole. Une 
telle conclusion serait par trop absurde. 

Notre auteur discute en troisième lieu et avec beaucoup de détail les 
vues de M. de Bonald et de toute l'école théologique. Le langage est 
divin, ditril, mais seulement à proportion de la divinité de notre nature 
et de notre âme; en d'autres termes, c'est l'usage que nous en faisons 
qui détermine son caractère. Proclamez, si vous voulez, que la parole 
est d'origine divine parce qu'elle résulte de l'organisation physique et 
spirituelle que nous avons reçue d'en haut, mais n'allez pas plus loin. 

M. Farrar passe ensuite à l'examen de différents autres points fort 

curieux, tels que les métaphores, les radicaux, les onomatopées, la 

loi du progrès en linguistique, et il termine en disant que la philologie, 

de même qu'elle ne prouve en aucune façon l'existence d'une langue pri- 

MAI 1868. 15 



— 222 — 

nûti^e universelle^ ne nous enseigne pas non plus que dans un avenir 
plns ou moins zapproehë les innombrables idiomes aujourd'iiui exis* 
tants doivent se i^uire à Vxadié. 

. JjBL publication du livre dont je viens de parler causa une vive sen- 
s^on dans la classe de lecteurs anglais qui s'occupent de questions 
grammaticales et de métaphysique. M. Farrar avait fait du langage le 
résultat d'une découverte de la part de l'homme, et conséquemment 
il s'était vu entraîner à attacher beaucoup d'importance aux onoma- 
topées. M. Max MûUer l'attaqua vivement sur ce chapitre, et lui pro- 
posa diverses objections que Ton peut trouver dans les leçons de ce 
savant professeur sur la science du langage. Comme réponse à ces 
critiques, et aussi comme développement de ses idées, M. Farrar fit pa- 
raître un second volume, intitulé Chapters on lanffvage, dont il me reste 
adiré deux mots .Voici la proposition qui sert de point de départ : tout 
ce que l'homme peut découvrir par ses propres efforts ne saurait former 
le sujet d'une révélation divine ; or le langage peut se découvrir de 
la sorte, donc, etc. Parmi les nombreuses preuves qu'il serait facile 
d*apporter à l'appui de ce théorème, disons que si le langage était d'o- 
rigine divine, il ne nous serait pas arrivé dans l'état d'imperfection ou 
il se trouve, malgré la beauté et la force qui lui appartiennent. Le fait 
est (c'est toujours M. Farrar qui parle) qu'une certaine partie du clergé 
a toujours cherché et cherche encore à ériger en matière de foi la théorie 
de l'origine divine du langage, afin d'entraver le progrès de la science 
et de s'en réserver le contrôle absolu. 

Ainsi que je l'ai dit plus haut, la question des onomatopées forme le 
principal sujet du livre de M. Farrar. Il commence par établir leur né- 
cessité, puis il prouve, contrairement à M. Max Millier : I^ qu'elles 
existent en très-grand nombre dans toutes les langues; 2° qu'elles ont 
presque toutes un caractère imitatif; 3° qu'elles produisent une im- 
mense quantité de mots ; 4° qu'elles ne sont pas d'origine moderne. 

Le chapitre consacré aux métaphores est un des plus intéressants de 
tout l'ouvrage. Notre auteur y passe en revue les idiomes tant de l'O- 
rient que de l'Occident, et y montre ce que serait un peuple possédant 
une langue parfaite, c'est-à-dire où chaque mot exprimerait distinctement 
la véritéi et où la parole représenterait, dans la sévère acception du 
terme, nos sentiments et nos pensées. 

Dans ce compte rendu, nécessairement fort imparfait, je me suis 
borné au rôle de rapporteur, et j'ai cherchée exposer, sans aucun com- 
mentaire, les traits principaux du système de M. Farrar. Quelque opi- 
nion que le lecteur s'en forme, il est impossible de ne pas admirer l'é- 
rudition, les connaissances variées, la clarté et l'élégance de style qui 
brillent à chaque page des deux volumes dont je viens de parler. 

Gustave Masson. 



— 228 — 

Œuvre» eomplôtes de ^Ot^mmuet» précédées de «on Histoire ;wr le câf" 
dinal de Bausset et de divers Éloges ; édition renfermant tous les ouvrages édités 
jusqu'à ce jour y collaiionnée sur les textes les plus corrects; par une Société 
d'ecclésiastiques. Paris, Martin-Beaupré frères, 1866-68. 12 vol. gr. in-8 
à 2 colonnes, avec portrait. — Prix : 108 fr. 

Joseph de Maistre, parlant des ouvrages posthumes, et particulière- 
ment de ceux de l'évêque de Meaux^ s'écrie douloureusement : ^ Ja- 
mais auteur célèbre ne fut, à Tégard de ses œuvres posthumes, plus 
malheureux que Bossuet. Le premier de ses éditeurs fut son misérable 
neveu; et celui-ci eut pour successeurs des moines fanatiques qui 
attirèrent sur leur édition la juste animadversion du clergé de France. 
Comment de pareils éditeurs ont-ils traité les œuvres posthumes de 
ce gmnd homme % C'est ce qu'on sait déjà en partie, et c'est ce qu'on 
saura parfaitement lorsque tous les écrits qui ont servi aux différentes 
éditions de Bossuet passeront sous la loupe de quelque critique d'un 
genre tel qu'on peut l'imaginer. » 

Certes, depuis dom Déforis, premier éditeur sérieux de Bossuet^ 
jusqu'à nos jours, les critiques n'ont pas manqué, qui se sont ap- 
pliqués à faire passer 9cfus leur loupe les écrits posthumes de Bossuet, 
surtout ses Sermons, et, chaque fois, le dernier venu de ces éditeurs a 
prétendu mieux faire, et donner des œuvres plus exactes, plus con- 
formes aux originaux, que tout ce qui avait été publié avant lui. Plus 
modeste et plus dans le vrai, les éditeurs qui viennent de donner au 
public l'édition des Œuvres complètes de Bossuet dont nous nous 
occupons, n'hésitent point à déclarer ceci : « Comment arriver à 
une édition parfaite ? car, on en convient, et il le faut^ cette édition est 
encore à faire. Nous rendons pleine justice à nos devanciers : nous 
nous déclarons notamment très-redevables aux derniers travaux de 
M. Lâchât... Mais reste toujours l'imperfection évidente de ce qui 
a été fait jusqu'à présent, Nous-même oserions-nous prétendre à 
toucher de près à une perfection si ardemment et légitimement sou- 
haitée! » {Préface, p. I.) 

Du moins, il est juste de dire que les nouveaux éditeurs ont fait 
tous leurs efforts pour nous donner le meilleur texte possible des 
œuvres oratoires de Bossuet qui ont le plus exercé la sagacité des 
critiques, principalement en ces derniers temps. Dans ce but, ils 
ont largement mis à profit les Études éruditea, remplies de bonnes 
observations, quoique parfois trop minutieuses, de M. Floquet, et 
particulièrement l'ouvrage récent de M. E. Gandar : Bossuet orateur, 
éiudes sur les sermons de la jeunesse de Bossuet (1643-1662). Ils 
auraient pu encore trouver de précieux éléments dans les remarques 
si judicieuses de M. Vallery Radot, et surtout dans Texcellent travail 



À 



— 224 — 

philologique de M. Tabbé Victor Vaillant, Études sur Us Sermons de 
Bossuet d'après les manuscrits (in-8**, 1851). 

Une chose qu'on regrettait principalement dans les diverses éditions 
des Œuvres de Bossuet publiées jusqu'ici, c'était d'avoir les Sermons 
classés suivant les fêtes et les diverses époques de l'année ecclésias- 
tique, plutôt que selon l'ordre chronologique, c'est-à-dire d'après la 
date de leur composition. Une table aurait facilement suppléé à un 
premier classement, tandis que le second aurait procuré un grand 
avantage littéraire, celui, comme le dit très-justement M. l'abbé Vail- 
lant, » de pouvoir suivre les modifications de la langue^ les progrès 
du style, les développements de l'art oratoire à l'époque la plus bril- 
lante de notre littérature, et d'apprécier le talent d'un de nos plus 
beaux génies. •* Or, ce vœu se trouve pleinement satisfait aujourd'hui. 
Aidés des recherches et des indications de M. Gandar, les éditeurs 
ont pu établir l'ordre chronologique dans les sermons, panégyriques 
et oraisons funèbres de Bossuet. C'est pour la première fois que cet 
ordre est adopté, et c'est là une amélioration qui donne un pnx réel 
à cette édition. 

Les nouveaux éditeurs se flattent d'avoir apporté ime lumière nou- 
velle dans toute la question, si obscure jusqu'à ce jour, des relations 
de Bossuet avec l'hérésie janséniste et ses tenants. Nous n'oserions 
affirmer qu'ils ne se soient pas laissés quelque peu dominer par leur 
admiration, peut-être trop exclusive. Il en est de même, croyons-nous, 
pour le rôle del'évêque de Meaux dans l'Assemblée de 1682, et surtout 
en ce qui concerne son trop célèbre ouvrage de la Defensio déclaration 
nis. Les éditeurs ont la confiance d'avoir éclairci ces points ; nous 
pensons que cette confiance ne sera pas partagée par tous les lecteurs. 

Quoi qu'il en soit, cette édition des Œuvres complètes de Bossuet, 
sans être assurément parfaite et définitive, ce que les éditeurs recon- 
naissent eux-mêmes, offre certains avantages sur les précédentes, et 
mérite l'attention des admirateurs de Bossuet. Ajoutons que l'impres- 
sion en est généralement correcte, et que la partie matérielle, irré- 
prochable aussi, répond assez aux exigences d'une telle publication. 

L.-F. GUÉRIN. 



0c^ne« d*lilstolre et de famille auiL dlveiHie» époque» de la 
eliB^lUaatloii du TLK* au 3K.via* «lécle, par Mme db Witt^ née 
Guûot. Paris^ Didier, 1868. Iq<18 Jésus de 376 pages. — Prix : 3 fn 

Innombrables sont les volumes que l'on publie à l'usage de l'enfance 
ou de la jeunesse. Parmi ces livres, combien n'offrent aucun dangert 
combien sont réellement appropriés à leur destination? Bien peu, je 



! 



n'hésite point à Taflirmer. Une grande partie est consacrée à *. vulga- 
riser la science; >* cela se dit ainsi. Ces livres savants, ce sont 
les plus mauvais. Pour ne citer qu'un seul exemple^ dans Utie bouchée 
de pain, par M. Jean Macé, plus d'un morceau est détestable. Et ce- 
pendant, c'est là un livre fort répandu, — pourrait-il en être autrement 
lorsque des recommandations inconsidérées, émanant de critiques aU" 
iorisés, se joignent dans les journaux aux réclames tapageuses, aux 
grandes annonces^ — J'estime que la science vient toujours assez tôt 
s'appesantir sur de jeunes cerveaux, et par conséquent, aux livres 
des vulgarisateurs de la science; je préftre beaucoup les ouvrages 
qui permettent à l'esprit et à l'imagination de se développer. L'œuvre 
me semble parfaite lorsqu'à l'agrément d'un récit intéressant et bien 
fait^ viennent se joindre d'excellentes leçons puisées dans l'histoire. 

C'est dans de telles conditions que se trouvent précisément les Scènes 
d* histoire et de famille par Mme de Witt. On y voit de charmants 
petits tableaux qui se succèdent^ tout en offrant une grande variété, soit 
dans la peinture, soit dans le cadre qui l'entoure. Des mœurs du moyen 
âge^ on passe à celles des sauvages de la Zélande; du bon chevalier 
sans peur, à un chef des Hurons du Canada. Le récit des exploits du 
bailli de Sufiren, de piquantes anecdotes, donnent un vif intérêt au cha- 
pitre intitulé Les Français dans Vlnde, qui clôt le volume. Des senti- 
ments élevés, le désir de rappeler et de remettre en honneur des vertus 
qui deviennent rares, ont évidemment déterminé le choix de ces divers 
récits. Un style clair et correct ajoute de l'agrément à la narration. 
Il n'est point aussi inutile que très-souvent on semble le supposer, 
d'écrire avec correction, quand on écrit pour de jeunes lecteurs. Non- 
seulement l'œuvre de Mme de Witt peut iSgurer avec avantage dans 
une bibliothèque destinée à la jeunesse, mais elle est parfaitement 
digne d'être appréciée par des lecteurs plus difficiles. 

Louis de Laincel. 



Liettre» dHin Passant, par Arthur de Boissibu. Paris, Ë. Maillet^ 

4868. In-12 de 322 p. — Prix : 3 fr. 

Tout le monde conviendra que M. de Boissieu a cédé à une fort 
bonne inspiration le jour où il s'est déterminé à réunir en volume les 
causeries hebdomadaires qu'il publie depuis tantôt trois ans, dans la 
Gazette de France y sous le titre si connu, je dirais presque si populaire, 
de Lettres d'un Passant. Si quelqu'un doutait encore de la verve et 
de l'esprit de l'auteur, qu'il ouvre ce petit livre ; il ne lui faudra pas 



— 226 — 

longtemps pour être convaincu. Il est difficile, en effets d'avoir une 
plume plus l^ëre et plus profonde, plus gracieuse et plus mordante 
à la fois. En un mot, M. de Boissieu a su^ chose rare pour le 
temps, se former un style qui n'appartient qu'à lui, une façon d'écrire 
qui se reconnaîtrait entre mille. Est-ce à dire que le genre qu'il a 
voulu adopter soit sans défaut! Non sans doute; et l'auteur sait mieux 
que personne à quels dangers il est à chaque instant exposé. Il sait 
qu'en poursuivant avec trop de constance les antithèses et les jeux 
d'esprit, il ne rencontre parfois que des expressions plus prétentieuses 
que justes, plus affectées qu'élégantes, plus raffinées que enraies. Il 
sait que les plus heureux de ses traits ne sont pas toujours ceux qui 
lui ont coûté le plus de pénible travail. Aussi est-ce de gaieté de cœur, 
de propos très-délibéré, qu'il se joue au milieu des périls, qu'il con- 
duit sa barque fi-agile à travers tous les écueils. 

De sujet, à proprement parler il n'y en a point ; et c'est ce qui fait 
le charme imprévu de ces pages. On voltige d'une chose à une autre : 
des mœurs du jour qui s'enfiiit, on passe aux belles œuvres de la littéra- 
ture qui demeure; on aborde les graves questions de la politique et les 
petites chroniques du grand monde ; on apprend les particularités les 
plus cachées de la vie des hommes célèbres, mais si discrètement 
qu'il faut d'avance tout savoir pour deviner quelque chose. Enfin, si 
Ton veut se faire une idée du mouvement fugitif des opinions et des 
événements de notre époque, on trouve là des renseignements d'autant 
plus précieux qu'ils sont d'une variété infinie et d'une exactitude 
presque toujours complète, bien que l'indulgence ne soit point leur 
ordinaire qualité. C'est même à titre de source d'information d'un 
genre tout spécial et tout nouveau, que ce livre nous semble pr^ 
senter un but plus élevé et plus estimable que celui qui consisterait 
à procurer une simple distraction du moment, une heure de lecture 
agréablement perdue. 

Aussi l'intérêt même que l'ouvrage est digne d'inspirer nous fait^il 
un devoir d'adresser à l'auteur quelques critiques. Pourquoi, à 
la première page, ce sous-titre trop général : Lettre à S. Exe, 
M* Duruy^ ministre de Vinstruction publique, quand il n'y a tout 
au plus que deux chapitres qui s'adressent a ce haut fonetionnairet 
Pourquoi n'avoir pas fait précéder cette publication d'un petit mot de 
Préface? Quand ce n'aurait été que les courtes lignes par lesquelles 
l'auteur annonçait à ses lecteurs habituels de la Gazette la prochaine 
apparition de son volume t Pourquoi encore, et c'est là le plus grave 
reproche^ n'avoir point mis en tête de chaque lettre la date précise 
à laquelle elle a été écrite I Si on veut trouver à ces causeries leur 
principal mérite, ne consiste-t-il pas dans les détails minutieux, les 
jugements à demi-mot> qu'elles donnent sur les événaïK^ts du moment 



— 227 — 

même où elles ont été composées? Tel portrait a besoin, pour qu'on 
paisse Tapprécier, d'être place dans le cadre qui lui était destiné, 
sous le vrai jour d'après lequel il a été primitivement tracé. Tout cela 
n'est rien, dira-t^on, ou du moins peu de chose. Mais pour une œuvre, 
qui n'a pas la prétention d'être magistrale et peut à bon droit être 
classée dans le genre léger, il ne &llait, ce semUe, négliger aucune 
des qualités sérieuses qui, en la relevant aux yeux des lecteurs plus 
difficiles, lui eussent donné sans grande peine un petit degré de per- 
fection dont elle était d'ailleurs très-digne. 

Ceux peut-être qui ouvriront le livre se laisseront aller aux grâces fa- 
ciles de l'auteur, et ils deviendront tout à coup moins exigeants. Et c'est 
ce que nous aurions fiedt nous-même, si notre rôle ingrat de juge im- 
partial ne nous avait tenu sans cesse en éveil, toujours préoccupé de 
ne point abandonner les droits de cette antique et froide raison, dont 
M. Arthur de Boissieu sait si bien marier souvent les pesantes et 
monotones exigences, avec les plus divers et les plus légers agréments 
de la délicatesse et de l'esprit. 

Gustave Baguenault de Puchesse. 



HISTOIRE 

Meoiiiel d'histoire ancienne de VOrî&at jusqu'aux guerres médU 
ques, par M. François Lenormant, sous-bîblîothécaire de rinstilut. Paris, 
A. Lévy fils, i868. 2 vol. in-i2 de xix-o40 et 520 p. — Prix : 7 fr. 

C'est avec un véritable sentiment de plaisir que nous annonçons ici la 
nouvel ouvrage de M. F. Lenormant. Fils d'un éminent orientaliste, 
et' orientaliste lui-même, Tauteur nous paraît avoir rendu un véritable 
service à tout le public lettré. 

L'histoire de l'antique Orient a été, on le peut dire, renouvelée de- 
puis le commencement de ce siècle. Grâce aux travaux des Champollion, 
des Burnoaf, de MM. Rawlinson^ Oppert^ etc., il a été possible de l'é- 
tudier d'après les monuments contemporains^ et nous ne sommes plus, 
comme jadis^ obligés de nous en tenir aux récits des écrivains classi- 
ques, trop souvent mal renseignés pour tout ce qui concerne les civili- 
sations étrangères à la leur, et d'ailleurs fort dépourvus de critique 
historique. Toutefois, l'on n'avait encore presque rien fait pour initier 
la masse des lecteurs à ces récentes découvertes de la science. Malgré 
quelques tentatives estimables, nos manuels se bornaient, comme au 
temps de Rollin, à répéter Hérodote ou Diodore de Sicile. M. Lenor- 
mant nous donne au}cnird'hai un résumé de l'histoire des Egyptiens, 



— 223 — 

des Israélites, des Assyriens, des Perses et des Phéniciens, véritable- 
ment à la hauteur de Téruâition moderne, et cela explique I intérêt 
qu'offre la lecture de son savant ouvrage et le succès qui a accueilli 
l'apparition du premier volume, déjà presque épuisé. Il est regret- 
table qu'une place n'y ait pas été réservée à l'Inde et à l'extrême Orient. 
Cette lacune, espérons-le, sera comblée dans une prochaine édition. 
Nous ne voulons pas ici nous arrêter à ce qui est relatif à l'authen- 
ticité et à l'interprétation de certains passages des livres saints; 
laissons à de plus autorisés le soin de décider si M. F. Lenormant 
s'est toujours heureusement tiré des nombreuses et graves difficultés 
qu'offrait son sujet. Disons seulement que nous eussions vouli» — 
bien que la forme de son livre ne comporte pas l'appareil de l'érudi- 
tion — qu'il indiquât parfois davantage les preuves sur lesquelles 
s'appuie l'opinion qu'il adopte. 

H, DE Charencey. 



Gerbert» étude sur sa vie et ses ouvrages, suivie de la traduction de ses Lettres, 
par Edouard de Barthélémy. Paris, Jacques Lecoffre, 1868. In-18 jésus de 
296 pages.— Prix: 3 fr. 

Cet ouvrage ne fait pas double emploi avec le livre de M. OUeris, dont 
il a été déjà parlé dans ce recueil (p. 38) : il contient, sous une forme 
beaucoup plus succincte, des aperçus différents ; et à une époque où 
beaucoup de personnes aiment à lire vite, la traduction des Lettres de 
Gerbert en langue française est faite pour rappeler l'attention sur ce 
personnage, autour duquel se groupent les événements contemporains 
de la fin de la dynastie carlovingienne et de Tavénement des capétiens. 
M. de Barthélémy fait venir Gerbert à Reims une seule fois, en 964 ou 
598; tandis que M. OUeris, se fondant principalement sur un texte de 
Richer, affirme que Gerbert y vint deux fois, en 970 et en 985. Ce ne 
serait pas le seul anachronisme que l'on pourrait reprocher à Richer. 
Les deux auteurs diffèrent complètement d'opinion sur l'apprécia- 
tion des articles du concile de Saint-Basle, où fut déposé Amoul, ar- 
chevêque de Reims ; M. OUeris en parle avec une nuance gallicane 
bien marquée, tandis que M. de Barthélémy se place à un point de 
vue complètement opposé, critiquant franchement ce que Gerbert, 
devenu pape, condamna lui-même. 

On pourrait regretter que M. de Barthélémy n'ait pas donné plus 
de détails sur les manœuvres de ce politique délié et sur la dernière 
phase de sa vie, qui comprend le temps où il devint archevêque 
de Ravenne, puis souverain pontife, sur ses œuvres et son enseigne- 



— 229 — 

ment. Mais il ne faut pas oublier que , dans cette étude historique, 
M. de Barthélémy [^n'a nullement prétendu épuiser le sujet. Il me 
semble qu'il a touIu surtout présenter une biographie sommaire et 
plus complète que celles qui avaient été écrites jusqu'à ce jour : il est 
peut-être plus clair que M. Olleris, qui a embrassé tous les détails et 
tous les événements de Tépoque. 

La traduction des Lettres de Gferbert est un véritable service rendu 
au public; pour s'en convaincre, il sufGt de parcourir la collection la- 
tine , dont le style, obscur et parfois fautif, rebute le lecteur. Le tra- 
ducteur a-t-il réussi, au prix de la peine que ce travail a du lui 
coûter, à faire une œuvre irréprochable î C'est ce qu'on ne peut af- 
firmer sans un examen détaillé et minutieux. Nous avons comparé 
quelques-unes de ces lettres au texte latin, et généralement nous avons 
trouvé la traduction fidèle, trop fidèle peut-être et trop littérale. Des 
notes élucident les difficultés et guident le lecteur dans ce labyrinthe de 
noms semblables qui désignent plusieurs personnages. Quant à 
l'ordre des lettres, nous constatons que c'est celui d'André Du Chesne, 
reproduit par l'abbé Migne : cet ordre fictif a l'avantage de la priorité 
et de l'usage général dans les citations. D. Bouquet, Hock, Mansi, 
Wilmans et M. OUeris ont tenté de suivre un ordre plus chronolo- 
gique et plus rationnel ; nous ne savons si l'un d'eux a réussi à appro- 
cher de la vérité : la différence qui existe entre chaque classification ne 
permet guère d'admettre que le problème soit résolu. Ajoutons que 
M. de Barthélémy a placé , à la fin du volume , qne table de concor- 
dance entre les numéros de Du Chesne et ceux de M. Olleris. 

J. MONGIN. 



Œuvre» complète» de Su^per, recueillies, annoléet et publiées d'après les 
mss, pour la Société de l'histoire de France, par A. Lecoy de la Marche. 
Paris, V« Renouard, i867. Ia-8 de 490 pages. — Prix : 9 fr. 

La Société de l'histoire de France, après avoir autrefois désigné, d'a- 
bord M. Yanoskiy puis M. Tabbé Arnaud, qui Tun et l'autre n'ont pu 
mener Tœuvre à son terme, a finalement confié à M. Lecoy de la 
Marche le soin de réunir en un corps d'ouvrage tout ce qui reste des 
œuvres de Suger : l'éditeur s'est acquitté de sa mission comme on était 
en droit de l'attendre d'un habile paléographe. 

Ce volume comprend la Vie de Louis le Gros^ le mémoire sur tad- 
minisiration de Vabbaye de Saint-Denis, la Consécration de réalise 
de Saint-Denis, des lettres et des chartes émanées de Suger. Il est 
complété par la vie même de Suger, rédigée par frère Guillaume ; par la 
collection des témoignages contemporains relatifs à Suger ; enfin par 



- 230 — 

des éclaircissements et des observations dans lesquels l'éditeur présente 
parfois et sobrement des aperçus nouveaux. Il va sans dire qu'une 
table générale, qui ne m'a paru laisser que très-peu de prise à la cri- 
tique, permet de se servir utilement du volume quand on n'a que des 
recherches à y faire. Le texte lui-même a été revu scrupuleusement 
sur les manuscrits, et, à défaut de ceux-ci, sur les éditions antérieures, 
soigneusement comparées. 

Les Œuvres de Suger ainsi complétées sont une source précieuse de 
documents pour l'histoire de la première moitié du xir» siècle. On ne 
doit pas oublier que ce moine, né, probablement en Flandre, d'une fa- 
mille obscure, gouverna la France pendant que le roi Louis VII prenait 
part à la deuxième croisade. Ses écrits révèlent un homme très-instruit, 
mais son style ne répondait pas à l'ensemble de ses connaissances : 
il agissait mieux qu'il n'écrivait. Ce fut un grand ministre et un saint 
homme. La vie de Suger est une preuve éloquente qu'en plein douzième 
siècle, les rois de France pouvaient trouver dans les doîtres, et dans 
les rangs des roturiers, des ministres de grande intelligence, qui n'a- 
vaient aucun des défauts des parvenus, et cherchaient à bien servir leur 
souverain plutôt qu'à amasser des richesses. 

Anatole de Barthélémy. 



Cor respondiuice de madame Ellaabetli de France , »œur de 
Inouïe XVI, publiée par M. Feuillet db Conches, sur les originaux au- 
tographes, et précédée d'une lettre de Mgr Tarchevôque de Paris. Paris, 
H. Pion, 1868. In-8 cav. de xxiv-468 p. av. portr. — Prix : 8 fr« 

M. Feuillet de Conches avait déjà fait une large place à la correspon- 
dance de Madame Elisabeth dans son recueil Louis XVI, Marie-An-- 
toinette et Madame Elisabeth. hM]QMTà'h\xi\\ reprend dans ce recueil, 
dont la publication est interrompue depuis près de deux ans, toutes 
les lettres de l'héroïque princesse qui, après avoir, pendant les années 
prospères, refusé tous les partis qu'on lui proposait pour rester près de 
son frère, ne voulut jamais l'abandonner dans le malheur, et mourut 
après lui sur Téchafitud, victime de son dévouement. 

Il n'est plus besoin d'insister sur le charme de ces lettres, sur la 
vigueur de caractère, la vivacité d esprit, la piété fervente et éclairée, 
la sensibilité et la délicatesse qu'elles révèlent. Un peu oubliées de- 
puis la publication, malheureusement incomplète et tronquée, qu'en 
avait faite le comte Ferrand en 1814, elles avaient reparu dans l'édi- 
tion nouvelle de YÉloge de Madame Elisabeth qu'avaient donnée 
en 1861 les filles de l'estimable auteur, avec le concours de M. le duc 



— 231 — 

de Clennont-Tonnerre. Malgré la révision à laquelle on s'était livré, 
et l'addition de quelques lettres inédites, il y avait encore beaucoup à 
faire, relativement à la correction du texte et aux compléments à donner 
à la correspondance. Aux lettres à Mme de Raîgecourt, publiées, pour 
la plupart, par le comte Ferrand, M. Feuillet de Conches a ajouté 
dans son recueil un certain nombre de lettres à Mme de Bombelles, que 
lui a communiquées M. de Castéja. Il avait d'ailleurs pu revoir sur 
les autogmphes que, dès 1847^ M. le marquis de Raigecourt lui avait 
confiés^ toute la partie éditée par M. Ferrand. En outre, M. Feuillet a 
obtenu communication, de M. le vicomte de Causans, des lettres à 
Marie de Causans, ce qui lui a permis de vérifier les textes et d'ajouter 
quelques passages inédits ; enfin il publie ici, avec les lettres à labbé 
deLabersac, malheureusement perdues^ et reproduites d'après M. Fer- 
rand, trois lettres à la marquise de Soran et à Mme deXravanet, et les 
billets de Madame Elisabeth à Turgy pendant la captivité du Temple. 

Est-ce bien là le recueil complet des lettres de Madame Elisabeth! 
Nous nous plaisons à espérer que l'avenir nous ménage des découvertes 
nouvelles; l'éminent auteur de Louis XVIIy qui va publier prochai- 
nement un livre sur Madame Elisabeth, aura sans doute dans son écrin 
quelques riches joyaux à nous ofi'rir. Plus d'une famille conserve dans 
ses archives — d'une façon peut-être trop jalouse et trop égoïste — 
des trésors qui devront tôt ou tard être livrés au public; des recherches 
persévérantes ou un heureux hasard permettront de combler les 
lacunes qui existent encore dans les correspondances publiées. Quoi 
qu'il en soit, M. Feuillet de Conches a rendu un noble hommage à la 
mémoire de Madame Elisabethpar la publication de ce volume, qui est 
précédé d'une préface, où Mgr l'archevêque de Paris apprécie avec jus- 
tesse et élévation de caractère de la princesse. « Sa piété douce et so- 
lide, écrit-il, sa résignation pleine de courage, sa ferme confiance en 
Dieu, méritent d'être proposées en exemples dans des temps comme les 
nôtres, où la plupart des gens de bien, moins résolus qu'honnêtes et 
moins puissants que résolus, ne font peut-être pas, il est vrai, tout ce 
qu'ils peuvent, mais ne peuvent pas toujours non plus tout ce qu'ils 
veulent. » 

Dans une courte introduction, M. Feuillet fait connaître les per- 
sonnes avec lesquelles fut échangée la correspondance, et entre dans 
quelques détails sur l'origine des lettres qu'il publie. On pourrait re- 
procher à l'habile collectionneur certaines incorrections regrettables, 
l'omission des indications de provenance au bas de chacune des let- 
tres, et quelques inexactitudes. La publication de M. Feuillet ne nous 
fait désirer qu'avec plus d'impatience le livre complet et définitif que 
nous promet depuis de longues années M. de Beauchesne. 

G. DE Beaucourt. 



— 232 — 



Histoire de 1a Restauration, par M. Alfred Nettement. T, VL 
Règne de Louis XVIIL Ministère de M, de Villèle: !'• phase, décembre 182f- 
septembre 1824. Paris, Jacques Lecoffre, 1868. Iq-8 de 796 pages. — 
Prix : 8 fr. 

Le nouveau volume que vient de publier M. Nettement est digne de 
ses aînés. Il embrasse toute cette période d'événements qui commence 
i Tavénement du ministère de M. de Villèle, traverse le congrès de 
Vérone et la guerre d'Espagne, et s'arrête à la mort de Louis XVIIL 
C'est assez dire déjà quel profond intérêt s attache au récit de Téminent 
historien : on a là, sous les yeux, le plus beau moment de la Restau- 
ration, celui où, fortifiée au dehors par les succès d'une armée nationale 
et fidèle, confirmée au dedans par les imposantes manifestations d'une 
opinion libre, elle semble définitivement assise dans les institutions 
comme dans les esprits! A cette importance d'un sujet que M. Nette- 
ment a traité avec son talent accoutumé^ s'ajoute la lumière des pré- 
cieux documents que l'écrivain a eus entre les mains ; il nous suffira de 
citer, avec Y Écrit sur le congrès de Vérone, de M. de Montmorency, 
écrit absolument inédit et inconnu, le journal et les notes intimes de 
M. de Villèle. 

Ce sixième volume est naturellement tout rempli de l'illustre person- 
nage que nous venons de nommer. M. Nettement nous avait précédem- 
ment fait voir dans M. de Villèle le chef de l'opposition monarchique, 
le conducteur et le modérateur de son parti; il nous le montre main- 
tenant devenu, par le jeu régulier du gouvernement parlementaire, 
président du conseil des ministres, chargé de la lourde responsabilité du 
pouvoir. Nous n'avons pas besoin de dire qu'à chaque instant la sa- 
gesse de l'administrateur éclate dans les traits les plus vifs ; il met 
dans les moindres opérations de finance, comme dans les combinaisons 
les plus hautes de la trésorerie, une simplicité, une clarté, une publicité, 
qui sont vraiment l'honnêteté d'un État. M. Nettement donne, à cet 
égard, des détails qu'on lira dans son livre, et qui corroborent les récents 
témoignages de M. Duvergier de Hauranne, de M. Calmon, et de 
M. de Viel-Castel. 

Mais ce qui, dans l'ouvrage de M. Nettement, excitera davantage 
la surprise, ce qui piquera le plus vivement la curiosité, ce sont les 
renseignements fournis sur le caractère de l'homme lui-même. Grâce 
aux nombreux extraits du carnet de M. de Villèle, on peut étudier à 
la source sa pensée, on surprend dans le secret la dialeur d'âme, 
la passion bouillonnante de ce financier que la menteuse histoire 
nous représente déjà si impassible et si froid. On trouve ici la preuve 
que M. de Villèle n'était pas un vulgaire artisan de mots, un simple 



— 283 — 

ministre de la parole^ Tayocat d'office de la première thèse venue; 11 
était fortement convaincu. 

Nous avons lu avec la plus grande attention les chapitres relatifs 
à la guerre d'Espagne ; il nous est impossible d'admettre, avec M. Net- 
tement, que M. de Villèle ait voulu cette guerre. Très-frappé de tous 
les dangers qu elle présentait, assez indifférent aux considérations 
supérieures qui faisaient de son entreprise et de sa réussite la condi- 
tion de la [résurrection militaire de la monarchie en France et de la 
France en Europe, il ût tout pour la détourner; lorsque les évé- 
nements la lui eurent imposée, il la subit, tout en l'acceptant 
sans arrière-pensée, et tout en la soutenant avec une grande ha- 
bileté financière. A nos yeux, la correspondance de M. de Villèle 
ne peut laisser aucun doute sur ce point. Dans les démêlés si regret- 
tables qui séparèrent M. de Villèle et M. de Chateaubriand, M. Net- 
tement prend parti pour le président du conseil contre le ministre des 
affaires étrangères. Â cette opinion nous n'avons rien à objecter ; seu- 
lement, l'équitable historien ,'ne dépasse-t-il pas sa propre pensée lors- 
qu'il écrit (page 709) : « Il (M. de Villèle) crut que si celui-ci (M. de 
Chateaubriand) restait dans ce ministère, ce serait pour continuer 
à conspirer son renversement î » L'accusation est grave, elle entache- 
rait singulièrement la mémoire sur laquelle elle pèserait ! Nous avons 
lu également avec étonnement, à propos du même épisode, ce passage 
(page 712) : « M. de Chateaubriand... , après s'être vu refuser l'ambas- 
sade de Rome, devenait un ennemi mortel du ministère. » Si nous 
prenions à la lettre l'assertion de M. Nettement, ce serait au lendemain 
de son renvoi du ministère que M. de Chateaubriand aurait essuyé 
le refus, cause d'un ressentiment si amer. En soi, le fait paraît étrange; 
et il y a là des invraisemblances qui, pour tomber, auraient besoin 
de quelque document précis ; nous avons eu beau chercher^ nous n'en 
avons trouvé aucun. 

Ces courtes réserves n'enlèvent rien à notre estime pour le beau 

travail de M. Nettement, elles feront mieux ressortir la sincérité de 

nos éloges. 

O. Lambec. 

Mjb Xemple de Jémmwklenk^ monographie du ffaram ech'Cherify suivie 
d'un Essai sur la topographie de la Ville Sainte, par le comte Helchior de 
Vogué, membre de la société impériale des Antiquaires de France, cor- 
respondant de l'institut archéologique de Rome. In-folio, de yui et 142 
pag. avec gravures sur bois, accompagné de 40 planches, dont 15 en cou- 
leur. Paris, Noblet et Baudry, 1864-67. — Prix : iOO francs. 

M. le comte Melchior de Vogiié, qui avait déjà publié, il y a quelques 
années, un très-remarquable ouvrage intitulé tes Églises de la Terre-* 



— 234 — 



Sainte^ dont rAcadémie des inscriptions et belles-lettes a consacré 
le mérite en le couronnant, a fait paraître par livraisons, depuis 1864, 
sous le titre de Temple de Jérusalem, une nouvelle et magnifique pu- 
blication^ actuellement terminée, qui lui a ouvert les portes de TLns- 
titut^ en remplacement de l'illustre et si regrettable duc de LxLynes. 

Cette savante étude, accompagnée de planches exécutées avec autant 
de luxe que de soin, est une monographie complète du mont Moriah, 
depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'époque actuelle. L'auteur 
nous décrit d abord l'enceinte du Haram ech-Cherif, qui représente le 
péribole de l'ancien temple. On sait, en effet, que si le temple propre- 
ment dit a été renversé de fond en comble, l'enceinte qui l'entourait ex- 
térieurement est encore debout avec ses portes et ses soubassements 
gigantesques. Restaurée à différentes époques, elle offi-e aux regaixls 
de l'archéologue plusieurs genres d'appareils faciles à reconnaître, mais 
dont il est moins aisé d'assigner l'âge véritable. Ainsi, les parties que 
M. de Sauky attribue à Salomon ou aux rois de Juda qui l'ont immé- 
diatement suivi, M. de Vogiié les fiât dater seulement dlïérode; ce 
que le premier croit être d'Hérode, le second le regarde comme l'ou- 
vrage de Justinîen. La divergence d'opinion, comme on le voit, est très- 
grande entre ces deux éminents archéologues^ qui, du reste, se com- 
battent l'un l'autre avec des armes très-courtoises et très-loyales et 
avec un égal amour de la vérité. Renfermé dans les bornes étroites 
d'une simple notice, il m'est impossible de discuter ici ces deux systèmes 
opposés. J'essayerai.de le faire ailleurs avec tous les développements que 
comporte un pareil sujet, en tenant compte des fouilles que les Anglais 
pratiquent en ce moment autour du Hakm ech-Cherif, et qui jette- 
ront nécessairement une lumière nouvelle sur cette question si contro- 
versée. 

M. de Vogué nous décrit ensuite, à l'aide de la Bible, de Josèphe et 
du Talmud, toutes les magnificences du fameux temple de Salomon, qui 
devait occuper la partie culminante du Moriah. Contrairement à la tra- 
dition généralement adoptée, il n'accorde qu'un rôle fort secondaire, 
dans la restauration qu'il essaye de ce monument, à la célèbre roche 
Sakhrah considérée communément comme étant l'aire d'Aravnah sur 
laquelle aurait été bâti l'autel des holocaustes, ou qui même aurait été 
renfermée dans le Saint des saints. Ici encore, comme pour le problème 
précédent, je réserve mon appréciation , ne pouvant la développer con- 
venablement, et je me contente d'admirer en passant l'habileté avec la- 
quelle l'auteur a exposé son opinion. 

Détruit par Nabuchodonosor, puis rebâti au retour de la captivité^ le 
temple de Jérusalem est plus tard agrandi par Hérode, qui s'efforce de 
surpasser l'œuvre de Salomon. M. de Vogué nous initie à tous les dé- 
tails de ce splendide édifice et de ses dépendances. Ce temple, renversé 






— 236 — 

de nouveau jusque dans ses fondements, ne peut plus ensuite être re- 
levé de ses ruines» malgré les efforts de Julien l'Apostat. Lors de Vin^ 
vasion arabe, il est remplacé par une mosquée, dite d'Omar, dont la 
description minutieuse me paraît la partie la plus remarquable de l'ou- 
vrage de M, de Vogiié. Comme ce monument est encore debout avec 
les inscriptions qui indiquent la date de sa fondation et celle de ses 
réparations successives, l'auteur a pu l'étudier directement à loisir et 
non plus, ainsi que le temple de Salomon ou d'Hérode, à travers des 
renseignements plus ou moins difficiles à saisir et à coordonner entre 
eux. Aussi ceux qui ont vu la mosquée d'Omar la retrouvent-ils fidè- 
lement reproduite dans la peinture qu'il nous en donne et dans les belles 
planches qui accompagnent son texte, et ceux qui ne l'ont pas vue en 
ont une idée fort exacte. La mosquée d'El-Aksa, qui a succédé à l'an- 
cienne basilique de la Présentation bâtie par Justinien, est, à son tour, 
l'objet d'une étude semblable, mais un peu moins détaillée. Il en est 
de même des autres sanctuaires musulmans, de moindre importance, 
qui couvrent çà et là la plate-forme du Haram. 

M. de Vogiié joint à son travail un Essai sur la topographie de la 
Ville sainte. C'est un résumé sommaire de ce qu'il y a de plus impor- 
tant à savoir relativement au tracé véritable des trois anciennes en- 
ceintes de Jérusalem, L'auteur s'eflforce surtout d'indiquer nettement 
les limites de la seconde enceinte et de mettre en lumière les fouilles 
qu'il a lui-même exécutées à l'est de l'église du Saint-Sépulcre. Ces 
fouilles ont eu pour résultat principal de dégager un beau pan de mur 
avec une tour et une porte appartenant à cette enceinte, et dont l'em- 
placement et la direction prouvent d'une manière péremptoire l'authen- 
ticité du Calvaire et du tombeau de Jésus-Christ. La position assignée 
par M. de Vogiié aux anciennes portes de la ville est peut-être plus 
problématique, du moins pour quelques-unes ; mais c'est là une question 
très-difficile et où les opinions varient beaucoup. 

Je termine cette analyse fort succincte de l'ouvrage de M. de Vogiié 
en disant qu'il est écrit, d'un bout à l'autre, d'un style soutenu, élégant 
et élevé. Certaines des hypothèses qui y sont émises peuvent sans 
doute donner prise à la critique, mais la forme sous laquelle elles 
sont présentées est toujours irréprochable. Le monde artistique et sa- 
vant attend maintenant avec impatience la première livraison, dont les 
planches seules ont paru, d'un autre grand ouvrage du même auteur sur 
l'architecture civile et religieuse en Syrie. 

Victor Guéelin. 



^ 

f 



— 286 — 

Pierre Puset« peintre, sculpteur, aichitecte, décorateur de vaisseaux^ 
par Léon Lagrange. Paris, Didier, 1868. In-8<» de xi-lSO pages. — 
Prix : 7 fr. 

Pierre Puget est un des plus grands artistes de l'école française. 
Il est peut-être le premier de nos sculpteurs. Semblable aux Titans de 
la Renaissance, il a pratiqué toutes les formes de l'art : tour à tour 
peintre, sculpteur, architecte, décorateur de vaisseaux. Dans cette der- 
nière branche, abandonnée de nos jours, il a laissé des exemples qu'on 
n'a point égalés. Puget fonne avec Poussin et Lesueur la glorieuse 
trînité de l'école française. Les uns et les autres ont fondé l'art vé- 
ritablement national, en ce sens qu'ils ont montré qu'en France la 
peinture ne pouvait plaire sans pensée, ni la sculpture sans mouvement. 

Un écrivain distingué, enlevé récemment par une mort prématurée 
à la cause des arts, M. Léon Lagrange, a consacré à notre grand sta- 
tuaire un ouvrage intéressant. La biographie de Puget avait été es- 
sayée plusieurs fois. On peut dire aujourd'hui qu'elle est faite définiti- 
vement. Il sera désormais difficile de revenir sur ce sujet et de trouver 
des choses neuves. Les premiers biographes se copiaient les uns les 
autres et perpétuaient leurs erreurs. M. Lagrange est revenu aux 
sources, étudiant Puget dans les diverses phases de sa vie, et fouillant 
les lieux qu'il avait habités. Il a exploité particulièrement la Provence, 
où Puget était né, et les grandes cités, Marseille, Toulon, que l'artiste a 
marquées de l'empreinte immortelle de son ciseau. De cette façon M. La- 
grange a pu réunir un bon nombre de documents inconnus qui lui 
ont permis de contrôler les anciennes biographies et d'établir la vérité. 
Il suit son héros pas à pas et pour aussi dire jour par jour. Ecrft dans 
une langue correcte, conçu dans un sens spiritualiste, son ouvrage est 
fort précieux et a sa place marquée dans toutes les bibliothèques de 

livres d'art. 

DuBosc DE Pesquidoux. 



A. memolr or baron Bunsen» extracted from family sources, by bis 
-widow, baroness Bumsen. London, Longmans, 1868. 2 vol. in-8**. — Prix : 
.52 fr. 40 c. 

Parmi les ouvrages nouveaux qui méritent ici une mention spéciale, 
il importe de signaler les deux volumes consacrés à la biographie de 
M. Bunsen par sa veuve. La Revue bibliographique a déjà rendu 
compte du livre intitulé Dieu dans V histoire^ et par conséquent nous 
savons i quoi nous en tenir sur les opinions religieuses et philosophi- 
ques de l'élève favori de Niehbuhr; mais il est intéressant de suivre la 






— 237 — 

carrière d'un homme qui, à force^d'énergie, de travail et de persévérance, 
s'éleva jusqu'au premier rang, tant dans la diplomatie que dans la 
science. En lisant cette volumineuse correspondance, on ne peut s'em- 
pêcher de regretter que Mme Bunsen n'ait pas fait un choix, au lieu 
de tout publier. Dans la vie des personnages les'plus distingués, il y a 
certaines choses qui n'offrent aucun intérêt pour la masse des lecteurs, 
et il nous importe peu, à nous autres gens de la galerie, de savoir par 
des témoignages mille fois répétés que Bunsen était un homme ai- 
mable, généreux, etc., etc. Qu'on nous le dise une fois pour toutes, ou 
plutôt que l'impression désirée se produise sur nous indirectement, 
grâce au récit d'une existence consciencieusement remplie. Mais avec 
le nombre immense de publications nouvelles qui réclament notre at- 
tention et qui se pressent sur notre bureau, il nous est impossible de 
lire à tête reposée ces lettres qui se succèdent sans interruption au- 
cune; nous sautons vingt feuillets pour en trouver la fin. Du reste, il 
en adviendra probablement pour cet ouvrage ce qui est déjà arrivé pour 
la correspondance de Wilberforce, de M" Hannal More et de Southey ; 
lors de la seconde édition, il y aura un triage, on émondera à droite et à 
gauche, et, au lieu de deux gros in-octavo, nous nous trouverons avoir 
un seul volume, contenant tout ce qu'il est nécessaire de savoir. Telle 
est la première idée que la lecture du livre en question nous a sug- 
gérée. En voici une seconde : M. Bunsen peut passer à bon droit pour 
un des hommes les plus laborieux de son temps. Travailleur infati- 
gable, il menait tout de front, et ne se laissait distraire ni par les 
complications de la politique^ ni par les exigences de la société. Cette 
faculté de compréhension, toutefois, a de graves inconvénients^ et, il 
faut bien l'avouer, M. Bunsen n'a rien terminé; on ne saurait attacher 
son nom à quelque théorie bien nette, à quelque proposition clairement 
définie. Sa grande ambition était de réconcilier, en matière de religion, 
la foi avec la libre pensée, et de devenir^ si l'on peut s'exprimer ainsi» 
le Luther d'une nouvelle réforme. En cela il se rapprochait singulière- 
ment ^des tendances actuelles de l'Angleterre^ sa seconde patrie, et il 
abondait dans le sens des Arnold, des Hare, des Gladstone. A ce point 
de vue, le livre dont nous parlons ici est du plus haut intérêt, et l'his- 
torien futur du Christianisme moderne devra en tenir un compte sé- 
rieux. Notons aussi une foule de détails fort curieux sur no» illustres 
contemporains, sur la révolution de 1848, le coup d'Etat et la guerre 
de Crimée. M. Bunsen a été mêlé diplomatiquement, comme am- 
bassadeur, à tous ces événements, et s'est trouvé en rapports habituels 
avec les hommes d'État qui y prirent part ; de là nombre d'apprécia- 
tions, de notices, de jugements, qu'il faut extraire de ces deux vo- 
lumes et contrôler au moyen d'informations recueillies ailleurs. 

Gustave Masson. 

MAI 1868. 16 



CHRONIQUE 



NÉGRotoGiE. — Un des pal^cisted les plus énrinents de ce temps^ 
dofit les pamphlets politiques avaient illnstré le nom populaire de 
Timon, et qui avait, dans son Livre deê orateurs, tracé les portraits 
oti les silhouettes des célébrités de la tribune française, vient de s'é- 
teindre à Tâge de quatre-vingts ans. M. de Cormenin avait renoncé 
depuis longtemps aux luttes intellectuelles, et il consacrait aux travaux 
administratifs, comme conseiller d'État, les derniers temps d'une vie 
autrefois si active et si ardemment mêlée aux agitations de la poli- 
tique. 

— Un autre écrivdn, homme d'État, orateur, jurisconsulte, écono- 
miste^ historien, lord Broogham, a terminé à Cannes sa longue car- 
rière à l'âge de quatre-vingt-huit ans. Il était à coup sûr Tune des figures 
les plus originales de ce temps. Lord Broughàm a laissé des travaux 
sur la théologie, le droit, les mathématiques, l'éducation, la politique; 
il avait publié^ sans nom d'auteur, il y a une dizaine d'années, une 
Histoire de France sous la maison de Lanoastre, 

— M. Slade, l'un des plus grands amateurs d'œuvres d'art d'An- 
gleterre, est mort ces jours-ci. Il avait consacré son existence et sa 
grande fortune à réunir une des plus riches collections de tout genre 
qui se puisse imaginer. 11 affectionnait particulièrement les estampes 
et les verreries ; tous ceux qui ont été à Manchester^ îen 1857, se sou- 
viennent des premières, et, en \Q^, à l'Exposition des Prêts au musée 
de Kensington, chacun cdmira les secondes. Tous ces trésors vont en- 
richir le British Muséum, d'après les volontés de M. Slade. Par une 
autre disposition testamentaire, ce Mécène britannique consacre un 
million de francs (40,000 liv.) à la fondation de trois chaires de beaux- 
arts (professorships of Fine Arts) dans les Universités d'Oxford, de 
Cambridge et de Londres, ce qui constituera en fonds d'État un traite- 
ment annuel de 10,000 fr. à chacun des trois professeurs. 

AcAnÉMiB FRANÇAISE. — Le jeudi 23 avril a eu lieu la séance de ré- 
ception de M. Jules Favre. 

— Le jeudi 7 mai, la compagnie a élu aux fauteuils vacants par le 
décès de MM. Ponsard et Flourens, M. Joseph Autran, Tautefor de k 
Fille d'Eschyle, des Poèmes de la mer, de Laboureurs et Sol" 
dats, etc., et M. Claude Bernard, membre de l'Académie des sciences. 

— Le 6 mai, l'Académie a décerné le grand prix Gobert à l'Histoire 
de France de M. C. Dareste, doyen de la Faculté des lettres de Lyon. 






— 239 — 

SociBTé D£ l'histoire DE FsANCB. — La Sodétë de l'histoire de France 
a tenu le mardi 4 mai, sous la présidence de M. Guizot, s(m assemblée 
générale annuelle. On y a entendu les rapports du secrétaire de la so* 
âété et des censeurs, et procédé à Télection de quatre membres du 
conseil, en ren^)laoement du duc de Luynes, du duc de Fezensac, de 
M. Taillandier et de M. Vallet de Viriville. MM. le Roux de lincy, 
Anatole de Barthélémy, E. Boutaric et Ch. Jourdain ont été élus. 
Des lectures ont été faites par MM. J. Quicherat et Ch. Read ; mais 
c'est le discours de M. Guizot qui a obtenu les honneurs de la séance. 
L'illustre président a rappelé dans un éloquent langage les titres des 
membres que le conseil avait perdus depuis la dernière assemblée. 
n a psurlé en particulier de la vie et de la mort du duc de Luynes en 
des termes qui ont virement impressionné l'auditoire, et excité de dia* 
leureux applaudissements. 

Concours des socrÉrés savantes. — Le 18 avril a eu lieu en Sorbonne* 
sous la présidence du ministre de Tinstruction publique^ 3a*distribution 
des récompenses aux délégués des sociétés savantes. Après un discours 
du ministre, on a entendu les rapports de MM. le marquis de la Grange, 
Hippeau et Blanchard ; il a été ensuite procédé à Tappel nominal 
des lauréats. Le prix d'archéologie a été partagé entre M. Bulliot 
d'Autun, pour un travail manuscrit sur les Fouilles du mont Beuvray^ 
en 1867, et MM. Midoux et Matton, de Laon, pour leur Etude star les 
Filigranes de 'papiers auxxiv", xv" et xvi" siècles. La première médaille 
de la section d'histoire a été décernée à M. Bonnardot, de Chalon-sur- 
Saône, pour un mémoire sur la langue française à Metz^ d'après des 
documents du xni^ siècle. 

Trois médailles d'or ont été obtenues dans la section des sciences 
par M. Martins, de Montpellier (travaux sur la physique du gld^e), 
par le capitaine Jouan, de Cherbourg (Hist. naturelle de la nouvelle 
Calédonie), et par M. Cbauveau, de Lyon (Recherches sur la vaccine). 

CoNGBès DES DÉIÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES. — Ce COUgrèS S'CSt 

tenu, du ^ au 25 avril, dans la salle des séances de la Société d encou- 
xagement^ et les réunions ont été aussi nombreuses et aussi animées que 
dexxmtume. Plusieurs orateurs y ont traité d'une façon brillante ou in- 
téressante des questions à l'ordre du jour : M. Carell, professeur à la 
faculté de Caen, a parlé sur Péconomie politique; M. Gustave Lambert 
sur l'expédition au pôle nord ; M. de Lesseps sur les travaux de l'isthme 
de Suez. Les différentes sections du congrès se sont livrées à leurs 
travaux ordinaires et ont épuisé les parties du vaste programme que 
M. de Caumont leur avait tracé. Une des questions examinées par la 
section d'économie politique et de statistique a été celle de la formation 
et de la composition des bibliothèques populaires. 
— Jeudi 23 av ril, jour anniversaire de la naissance de Shakespeare ^ 



- 240 — 

a été oaverte à Birmingham la bibliothèque fondée en mémoire du 
poëte. Cette bibliothèque renferme plus de mille ouvrages anglais et 
étrangers sur Shakespeare, de nombreux portraits de l'illustre auteur, 
et toutes les éditions connues de ses œuvres, dont quelques-unes en 
magnifiques exemplaires. Les autorités de la ville ont dépensé 600 liv. 
st. rien que pour la décoration de la salle. 

— Plusieurs riches négociants ont acquis en Angleterre^ au prix de 
800 livres sterling^ les manuscrits du célèbre compositeur Haendel, en 
tout 126 volumes, et en ont fait don à la bibliothèque de la ville. 

— M. Peabody, cet Américain possesseur d'une fortune des plus 
considérables^ ne trouve pas, dans les libéralités philanthropiques qu'il 
prodigue, un aliment suffisant à ses générosités; il veut donner aux 
fortes études, aux États-Unis, une impulsion énergique; il vient d'a- 
cbeter le journal le Naturalisé^ et il en fait Torgane d'une société qu'il 
a créé et largement doté, la Peabody Academy of science» On calcule 
qu'il consacre ainsi la somme assez forte de 140,000 dollars pour sti- 
muler le progrès des sciences en Amérique. 

— A Rome, dans la Vigna Ceccarelli, on vient de découvrir un 
nouveau et important fragment des Annales des fraires arvales se rap- 
portant au règne de Caracalla, dont ce document relate, à la date de 
213, une victoire sur les Alemanniy première mention officielle de ce 
peuple, 

PuBL, ANNONCÉES. Chcz Techener, Souvenirs autographes de la 
duchesse d'Ayen et de la marquise de la Fayette, sa fille, publiés par 
leurs petits-enfants. 

— Une nouvelle livraison du grand ouvrage que Tétat^major prus- 
sien publie sur la campagne de 1866 va paraître ; elle comprend les 
faits militaires accomplis depuis Sadowa jusqu'à l'armistice. 

— Le prince Richard de Mettemich s'occupe de préparer l'impor- 
tante publication des mémoires de son illustre père, immense travail 
qui embrassera l'histoire politique des cinquante premières années de 
ce siècle. Le soin délicat d'éditer ces mémoires est confié à l'un des di- 
plomates allemands les plus distingués, le comte Yitzthum d'Eckstadt. 

— Le numéro du 18 avril de la Bévue des Cours littéraires contient 
un article de M. Louis Léger sur le mouvement intellectuel en Serbie. 
Nous y voyons que la Bibliothèque de TAcadémie de Belgrade contient 
déjà 29,000 volumes, dont un grand nombre de manuscrits. Une autre 
bibliothèque est en voie de formation à Kragouïewatz ; la production 
littéraire de la Serbie devient d année en année plus importante. 

— La Bévue Nationale et étrangère, que publiait M. Charpentier, 
cesse de paraître. Le motif politique qu'elle invoque pourrait bien ne 
pas être la seule cause de la disparition de cet organe, dont les frais 
ont coûté, dit-on, à son éditeur, plus de 200,000 f r. 



— 241 — 

Une autre revue, dont nous avons annoncé il y a un mois la publi- 
cation, le Bibliophile français^ a paru le 1«' mai, avec un grand luxe 
typographique. On trouvera plus loin le sommaire de la première 
livnûson de ce recueil. 

Bibliothèque Lescalopibh. — La bibliothèque de M. le comte de 
Lescalopier, si précieuse pour l'histoire ecclésiastique, l'archéologie 
religieuse, et en particulier pour tout ce qui regarde la Terre-Sainte, 
va aller enrichir les collections du musée Napoléon à Amiens. 

On sait que cette bibliothèque, fruit des patientes recherches du sa- 
vant archéologue, a été libéralement donnée par Mme de Lescalopier 
à la ville d'Amiens, sur un simple désir formulé par le comte, à son lit 
de mort. C'est également aux frais de la généreuse donatrice que vient 
d'être publié un catalogue complet (en 3 vol. in-8) de cette collection, 
unique en Europe; rédigé avec beaucoup de soin par M. Anatole 
deMontaiglon, ce catalogue est muni d'un de ces index copieux qui 
rendent tant de services aux travailleurs. 

BiBuoTHÈQUB CousiN. — M. Georges d'Heilly a publié, dans la Ga- 
zette Bibliographique du 20 avril, le texte authentique du testament 
de M. Cousin. On sait que, conformément aux volontés du testateur, 
un décret récent vllnt de faire de la bibliothèque de l'illustre écrivain 
un établissement d'utilité publique, organisé, indépendant, bien que 
voisin, de la Bibliothèque de l'Université de France. La nouvelle col- 
lection ne sera ouverte au public que deux fois par semaine. 



VENTES D'AVRIL. 



Vbntb Brunet. — Gomme nous Tayions annonce^ les livres de Brunet ont 
atteint des prix élevés; les quatre premières vacations ont produit près de 
200^000 fr.— La Bible de Rob. EsUenne, 1545, a été payée 3,000 fr.; celle de 
le Maistre de Sacy, exemplaire de Bure, 2,700 fr. — Ù Histoire du vieux et du 
nouveau Testament de Royaumont, exemplaire La Bédoyère, 3^050 fr. — Le 
Livre d'Heures des Guerchois, ras. du xv« siècle, 6,000 fr. — Des Heures latines 
du xv« siècle, ms. de 135 fiT.^ 2^500 fr. — Les Saintes Prières de Moreau, 
2^020 fr.— Les Essais de Montaigne, 1688, in-4% 3,050 fr.— Lts Phcmomena 
de Mixaldus, aux armes de François P', 3,450 fr. — V Horace de Londres 
1733-7, 2,180 fr., etc., etc. 

Verte Gangia. -^ Nous ne reviendrons sur cette vente que pour constater 
l'insuccès qu'ont eu heureusement les réclames inouïes du catalogue. Les livres 
les plus vantés se sont vendus presque à vil prix (un Traité d'Erasme aux 
armes de Charles-Quint, 15 fr.l). Sans la présence dej deux étrangers, néo- 
phytes en bibliomanie, Jes quelques livres réellement beaux et rares qui se 
trouvaient mêlés aux bouquins fardés, rafistolés et remboîtés, auraient par- 
tagé leur sort. Les prix les plus remarquables de la vente ont été obtenus par 
Daphnis et Chloé 6,950 fr.; le Montaigne de 1588, 860 fr.; le Novum Testa- 
menium, 1,030 fr.; le Liàro de Segreti, aux armes des Mëdicis, 605 fr.; le 
Romancero gênerai, 1514, 1,500 fr. 



— 242 — 

Un cei'taia Boccacio, amioiicé comme imprimé à Floreace en i^tl, et dont 
une partie avait été complétée avec des feuillets de l'édition de 1727^ a atteint 
le prix de 900 fr.; racquéreui* ignorait probablement que cet exemplaire, 
vendu naguère à une bibliothèque de Florence, avait dû être, après erreui- 
reconnue^ rendu à son possesseur. 

La vente Gancia nonn amène à parler du triste sort que vient d'avoir la 
célèbre Somme Rurale payée 5^000 fr. à la vente Taillandier; le précieux 
exemplaire a été dépouillé de sa reliure originale et revêtu d^une couverture 
en veau peint à la main, genre album, qui ferait désespérer de l'art de la 
reliure en France, si Ton ne considérait cette monstruosité comme un fait isolé. 

Le 26 avril a été vendue la bibliothèque du marquis de la Chataigneraye, 
prince de Pons (583 n^" Techener). Collection mêlée; peu d'ouvrages impor- 
tants. 

Le 28 avril a eu lieu la vente des livres de M. de Tréverret ; collection inté- 
ressante pour rhistoire militaire française aux trois derniers siècles; on sait 
que M. de Tréverret préparait un gi*and ouvrage sur les officiers de l'ancien 
r^me. 11 a laissé plus de 100,000 fiches manuscrites d'un grand intëiét qui 
vont être déppsées pai' ses héritiers dans une des bibliothèques publiques de 
Paris. 

VENTES DE MAL 

5-6 mai. — Vente Gancia, 2* partie (410 n** Bachelin). Ne rien en dire est 
le plus grand service qu'on puisse rendre à ce supplémej^t de la grande vente 
d'avril. 

7 mai. — Vente Gallarini, 2* partie (2850 n<* Bachelin). Livres italiens, 
quelques incunables; réclames moins nombreuses que dans le catalogue Gaocia. 

10 mai et jours suivants. — Vente Tross. Livres à figure (voir notre der- 
nière livraison). 

12-15 mai. — Vente des autographes Yemeniz (960 n** Etienne Charavey). 
Cette vente comprend deux collections distinctes : t® 115 numéros^ la plupart 
importants (n° 42, 173 lettres de Lamennais 1837-1851. —71 bis, Chaiie de 
Philippe le Long, 1321. — 101, Procès de Nicolas Fouquet). — 2° Une collec- 
tion de pièces de toutes sortes oiiginaircs de cabinets généalogiques plus ou 
moins connus. 

16 mai. — Vente des autographes de M. de Saint-Martin (Gabriel Charavey). 

18-29 mai.— Vente de J.-Ch. Bninct. 2« partie (1786 n", Potier et Labitle). 
Ouvrages de divers genres. Histoire littéraire. Bibliographie. 

22 mai. — Vente du prince d'***, 4* partie (voir notre deraière livraison). 

Vektes en province. — 4 mai. Bibliothèque de M. Pierre Pras. (Grenoble, 
Durand.) 

— 11 mai. Collections de livres relatifs aux révolutions de 1792, 1830, 1848. 
( Strasbourg. E. Piton.) 

Ventes a l'étranger. — 4 mai et j. suiv. Bibliothèques de MM. Fr. Sansen 
et Schlemmer (4,300 n«S Francfort-sur-le-Mein, S. Goar). 

— 8-9 mai. Collections de livres à figures, incunables, maniscriis; rente 
importante (650 n»». Londres, Sotheby et Wilkinson). 

— 48 mai. BibL de MM. H. M. Hoffman et van Boëcok (900-1 100 n<», Utreclis 
J. de KruyfT). 

— 22 mai. Bibi. de M. H. G. Ehrentrant, livres d'histoire et d'archéologîe 
(5000 n~ Leipziq, Weigel). 

— 26 mai. BibL de J. Delaware Lewis, esq. — Editions rares des cl 
français et anglais, etc. (250 n", Londres, Sotheby), 



CORRESPONDANCE 



IK»«iiiiieiit« «ni* le cardiiiRl â*0»flRt* — M. T. de L., en rraus 
demandant une bibliographie des ouvrages et documents sur ce personnage, et 
en nous fournissant quelques-uns des éléments du trayail, appelle plus spécia- 
lement notre attention sur ces deux points : 

i° M. D. Nisard, qui s'est occupé du cardinal d'Ossat dans son Cours de lit- 
térature française à la Sorbonne^ a-t-il publié le résultat de ses études sur ce 
grand politique? 

2* A-t-il passé des lettres inédites de d'Ossat dans les ventes publiques^ en ces 
dernières années? 

Yoici d'abord les travaux spéciaux auxquels a donné lieu la biographie du 
cardinal d'Ossat : 

Tarquinii Pallucii Soc, Jetu pre^, oreUio in funere illuitriiiimi tt reterendisaimi Ar» 
maidi Cardinaliê Oêsati, habita Romœ m KcUsia S. Ludovici, die 19 martii MDCIIII, (A la 
ioite des Lettres du Cardinal pabliëefl par Amelot de la Hoassaye). 

Vie du Cardinal d'Ossat^ par Amelot de la Hoossaye (en tête des dites lettres ; édition 
de 1708, de 1714 et de 1732). 

Vie du Cardinal dCOsaat^ par Mme d'Arconville. Paris, 17712. vol. in-8» 
V. Notice êur le Cardinal Dossat (sic), par le chanoine Monlezun dans le Supplément à 
l'histoire de la Qascoçne. Andi; in-S"*, 1850. 

Ktnde sur le Cardinal d'Ossat^ par M. Lacase, secrétaire perpétuel de l'Académie de 
législation de Toolonse, dans les Mémoirea de cette Académie (1861). 

Lettre de M. fabùéCanéto, vicaire général de l'archeofcbé d^Àuch, adressée le 16 avril 186(1 
à M. le ministre de rinstmction publique, et publiée dans la Revue des Sociétés «avonldf • 
(4« Bérie, tome IV, p. 260-252.) 

Quant aux questions spéciales que nous pose notre correspondant, nous 
croyons pouvoir répondre négativement è la première; pour la seconde^ 
gi'âce à Tobligeance de M. Etienne Charavay, nous pouvons indiquer ici les 
lettres qui ont passé dans les ventes : 

J. 1595, 30 août. L. ant. signée, au duc de Nivemois. 1 p. in-fol. Le pape a réuni les 
cardinaux à propos de l'affaire de Henri IV; plus des trois quarts se sont prononcés 
pour l'absolution. Le pape a résolu d'expédier cette absolution. 

2. 1595, 31 août. L. aut. signée, à l'évoque du Mans, au sujet de l'expédition de Vab- 
solution du roi Henri IV par le pape. 1 p. in-fol. 

3. 1595, 17 septembre. L. aut. signée, au duc de Nivemois. 1 p. in-fol. « Ce 
matin Sa Sainteté, écrit-il en toute bâte, l'a donnée en pnblic (l'ab&olution de 
HcDri IV), au portique de l'église de Saint-Pierre, avec toute la solennité et allégresse 
publique qa^on eust pu désirer. » 

4. 1599, 16 avril. L. aut. signée, à M. de Sillerj, ambassadeur à Rome. 1 p. in-fol. 

5. 1599, 9 juillet. L. aut. signée, à M. le duc de Lorraine. 1 p. in4'>. 

6. 1600, 9 mai. L. aut. signée, à M. de Fresne, secrétaire d'Etat. 1 p. in-i». » C'est beau* 
coup de ne penser point mériter gré ni grâce quand on fait du bien et honneur à 
quelqu'un ; mais d'en tirer encore occasion et manière de remercier celui qu'on oblige, 
c'est une surabondance d'honnosteté et de civilité incomparable. » 



— 244 — 

7. 1601, l«r octobre. L. aut. signée, aux prévôt, znarohands et échevins de la ville ^de 
Paris, relative à ses démarches pour obtenir du pape la confirmation des indnlgencea ac- 
cordées à r Hôtel-Dieu de Paris. 1 p. in-fol. 

8. 1603, 10 février. L. aut. signée, à M. de Luxembourg. 3 p. pi. in-4o. 

9. Un mémoire aut. (en italien) sur les moyens de pacifier la France. 

Enfin, il y a à la bibliothèque impériale plusieurs recueils contenant des do* 
cuments précieux pour la biographie du cardinal d'Ossat. Nous citerons : se» 
lettres à Henri IV de 1594 à 1603, ms. fr. 17,997 et 17,998 (ancien S. Genn, 
fr. 694 et 695); ses dépêches pendant son ambassade à Home (de 1593 à 
1604) ms. fr. 3,467 et 3,468 (mss. 9,760 et 9,761 de Fancien fonds) ; une lettre 
touchant les intérêts des princes d'Italie, ms. fr. 14,668 (anc. suppl. fr. 3,072); 
enfin un Conseil sur la dissolution du mariage de Henri IV, dans le fonds Se- 
riUy, n« 138. 

i^^madle jramyn. — A MM. les membres du comité de rédaction de la 
Revue bibliographique universelle. 

Messieurs, dans le numéro de mars de la Revue, M. Tamizey de Lar- 
roque a donné une notice très-intéressante sur l'Histoire de la litiéraiure 
française depuis le xvi* siècle, par M. Godcfroy. Dans cette notice se trouve 
rectifiée une indication erronée sur Amadis Jamyn, « qui, dit M. T. de L., 
n'est pas mort vers 1585, puisque j'ai trouvé à la Bibliothèque Impériale 
une lettre inédite qu'il écrivit en 1587. » M. T. de L. a raison de pro- 
tester contre l'inexactitude de la date donnée par M. Godefroy. Mais il est 
possible de préciser davantage. Amadis Jamyn est mort le 11 janvier 1593, à 
Chaource, où il a été enterré le lendemain. {Inventaire sommaire des Ar- 
chives départementales antérieures à 1790, Aube, liasse cotée D. 1.) Cette liasse 
appartient au fond du collège de Chaource, dont la création est due à 
Amadis Jamyn. 

Recevez, etc. 

H» d'Arbôis de Jdbainvillk. 

Depuis la réception de la lettre de notre honorable collaborateur, le BuUe^ 
tin du Bouquiniste a donné (livr. du 1*' mai) une lettre de M. G. Berthelin qui, 
citant une notice de son père sur Amadis Jamyn, publiée en 1859 dans les Mé^ 
moires de la Société académique de VAube, cherche à préciser la date de la 
mon de Jamyn, et la fixe au mois de janvier 1593; mais il n*indique pas le 
quantième, que nous fait connaître ici M. d'Arbois^de Jubainville. 



POLYBIBLION 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



LES POÈTES. 



La critiqae s'occupe rarement des œuvres en vers, et lorsque, par 
hasard^ elle prête une oreille distraite aux chants de quelque poëte fa- 
vorisé, elle ne manque jamais de mettre l'occasion à profit pour décla- 
rer qu'en dépit de ce poëte, la poésie agonise, ou même qu elle est 
morte. Non-seulement M. Th. Gfauthier vient de constater la vitalité de 
la poésie, mais selon lui elle progresse. Comme si la poésie avait pro- 
gressé depuis Homère et David le roi-prophète I Cette affirmation résulte 
d'un Recueil de rapports sur les progrès des lettres en France (1) ; la 
poésie partage fraternellement avec le théâtre et le roman les honneurs 
de ce recueil. Vraiment la Muse a dû s'étonner d'être conviée à pareille 
fête! Par malheur, si l'on se hasardait à visiter le jardin dont M. Th. 
Gauthier détaille les richesses, en apercevant, mises par lui en belle 
place, les Fleurs du mal de M. Baudelaire, on serait tenté de fuir. Or 
tous ceux qui se rapprochent de la manière de ce poëte morose et ma- 
ladif, ont les faveurs de la prose élogieuse du rapport; ceci n'a rien 
d'étonnant, puisque de près ou de loin ceux-là appartiennent à une 
école dont M. Th. Gauthier est regardé comme le chef suprême. Cette 
école, qui fait passer la forme, le rhythme avant l'idée, est désastreuse 
au point de vue moral : le scepticisme en est la base; elle a de plus l'in- 
convénient d'assimiler le poëte à une machine à coudre produisant des 
points réguliers, à intervalles bien égaux. M. Th. Gauthier a donc 
admis dans son rapport tous les poëtes qu'il regardait comme ses dis- 
ciples, et parmi ceux-ci les plus infimes sont honorés d'une mention. 
Que d'omissions ensuite, ou d'exclusions très - regrettables 1 

Une publication récente, le Parnasse contemporain (2), occupe 
dans ce rapport beaucoup plus de place qu'elle n'en méritait, en dépit 

(1) Aecuetl de Rapports »wr les progrès des lettres , par MM. Sylvestre de Saoj, Paul 
Féval, Th. Gauthier, et Ed. Thierry. Paris, imprimerie impériale, 1868. Chez Ha- 
chette. Gr. in-80, de 184 p. — Prix : 7 fr. 

(2) Le Parruuse contemporain, Paris, A. Lemerre, 1866. I11-80 de 286 p.. — Une parodie 
charmante de ce livre a para chez J. Lemer, librairie centrale, 1867. C'est un bijou 
typographique. 

JUIN 1868. lî 



— 248 — 

d'un titre outrecuidant. Dans ce livre^ au milieu de quelques belles 
pages, dont les meilleures appartiennent à M. Leconte de Lisle, on 
rencontre des vers tels que ceux-ci : 

Je ris de TArt, je ris de Phomme aussi, defl oliants, 
Des vers, des temples grecs et des tours en spirales 
Qu*ôtirent dans le ciel vide les cathédrales^ 
Et je vois du même œil les bons et les méchants. 
Je ne crois pas en Dieu ; j'abjure et je renie 
Toute pensée •..«..•. »..• ,•••«.... 

Parmi ces poètes choyés par M. Th, Gauthier avec une affection toute 
paternelle, un autre regrette que Dieu ait réservé pour la plante et la 
bêt6 

XiO oalme bienbeoreux de 1» paashité. 

M* Catulle Mondes s'applique à Tacclimatation des monstres de Tlnde 
ou de la Chine, tandis que M. de Banville^ qui cultive une autre my- 
thologie> arrose de pleurs glacés les dieux de la Grèce exilés, les 
dieîix mblùnes de VOtympe. Quand on loue officiellement, sans res- 
trictions» sans aucune réserve, un recueil qui contient d^aussi étranges 
choses, et qu^on apporte ces choses comme des preuves de l'existence 
de la poésie, ne vaudrait-il pas mieux proclamer la mort de celle-ci! 
Qu*est*ce qu'une poésie i laquelle ne participent aucun sentiment 
noble, aucune pensée généreuse I Parsemer son habit de paillettes d or, 
et puis venir jongler avec des rimes devant le public, quel utile métier I 

Tous les poètes, heureusement» ne font point paiiie du cénacle des 
Impassibles; pour le démontrer, nous ne remonterons point dans 
les annales de la poésie aussi loin que Ta fait M. Th. Gauthier; ce 
n'est point nécessaire; nous ne mentionnerons que quelques ouvrages 
piurmi les plus récents. 

'^L'Arc et la Lyre^ par M. E. Larivière,'est précisément un de ces 
livres dont chaque page est inspirée par le cœur : la grâce et l'énergie 
se partagent ce volume : on entend vibrer la corde stridente d'un arc 
qui lance une flèche acérée contre les turpitudes de l'époque; puis 
aussitôt après» la lyre fait entendre des notes plus calmes et plus 
douces. Nous aurions peu de réserves à faire quant aux idées, quelques- 
unes cependant* Avant VArc et la Lyre (1), M. Larivière avait 
publié un autre volume de poésies intitulé : EglarUines et Chrysaur 
thèmes^ de fort jolies fleurs I — M. Thaïes Bernard, encore un des ou- 
bliés de M. Th* Gauthier, vient de ikire paraître deux livraisons nou- 
vdles de ses MUodits pastorales (2). M, Thaïes Bernard qui se trouve 

(1) VÀP9 «t la lyre, par£, Lvivite. Paci^ librairie intemationale, 1867. In-18 de 
204 pages. — Prix : 3 fr. 

(2) Mélodiêt pastorales, 1867*68. — Deux liyraisoiis in-4o, d'une feuille ohaoone, h 



— 247 -~ 

ainsi exclu du Pamaese actuç], n'était pourtant point un nouveau 
Tenu sur la sainte colline: il y a injustice dans de telles omis- 
sions, et rinjustiee a quelque chose de plus répugnant lorsqu'elle 
s'affuble d'un costume officiel* Ce poëte s'inspire presque uniquement 
da sentiment de la nature, et c'ast bien réellement dans ce courant 
poétique que Ton peut puiser la poésie, sans avoir à redouter que ja- 
mais cette source ne tarisse, l^ spectacle grandiose des beautés de la 
nature a le pouvoir de transporter la pensée dans Tidéal religieux le 
plus élevé; c'est ainsi que du panthéisme spiritualiste, entrevu dans ses 
premières œuvres, M. de Laprade est bien vite arrivé au christianisme 
le plus pur, et qu'il a pu, suivant l'expression de M. Th. Gauthier, 
baptiser Vart grec avec l'eau du Jourdain. iSans idéal religieux, toute 
poésie devient rachitique, s'étiole et se meurt; avec lui, elle grandit, 
elle s'élance vers les plus larges horizons I M. de Lamartine Ta prouvé. 
C'est avec cet idéal que se sont rendus populaires, en Allemagne, des 
poëtes tels que Kemer, Uhiand, Novalis, etc, A ces charmants rêveurs 
M. Thaïes Bernard emprunte leurs procédés ; comme eux il sait faire 
tenir tout un petit drame, toute une légende, dans un cadre e^gu. C'est 
ainsi que, dans les Mélodies pastorales^ on remarque le Tombeau, le 
prince MaaAmilien^ la Première Nuit, le Nénuphar , etc, 

*" Si M. de Martonne a été laissé de coté par M. Th. Gauthier, ce ne 
saurait être à titre de punition pour avoir négligé la forme, puisque 
c'est dana les règles du sonnet que rigoureusement il emprisonne sa p en- 
sée. Son volume se compose de cinquante-cinq sonnets, dont vingt pa- 
raissent être les petits chapitres d'une autobiographie amoureuse. De 
la délicatesse, de la grâce émue, telles sont les qualités qui donnent de 
la distinction à l'cBuvre de M* de Martonna (1). Dans les Stances amotù- 
reuses de M. Aimé Manduit, en général la note est plus légère; on y 
sent an parfnm plus vif et plus frais du printemps de la vie. Ce petit 
livre contient des pièces charmantes {2}. M. Achille Millien a publié, 
vers la fin de 1867, une seconde édition nsvue et augmentée de Mur- 
seiies et Clairons (3| : dans œ joli volume /a JUgende du Chanvre ^ celle 
de la Charrue et plnsîears autres pièces ne sont point inférieures à 
edies qui» antérieurement, lui ont valu les suffrages de l'Académie (4)^ 

trois oflloiuMB. Eb ▼«•!» «hffE r«iii6«r,l7«nM ^ l» Tàûs^ws. JBatig&pJlM.—Prix : 2 fr. 
chaque. Deux livraisons des Milodies pastoralM avaient paru avant 1867 ; M. Thaïes Ber- 
nard a «a outre publié ; Poésies viystiqyêâj AdoratUmSf couronné par l'Académie française; 
Poéaiet nouvelles, VHistoire de la poisiSf etc. 

(1) l^ifyria sentis, 4ua4|uante-oinq sonnets, par A« de Martonne. Paris, A. FauM, 1SS6. 
In-18 de 229 pages. — Prix : 3 fr. 

(2) SUmefis oniiOweuses^^9i A. Manduit. Paris, libr. générale des auteurs, 186S. ln-18 
de 74 p., papier de Hollande. 

(S) Mvums et Clairons, 2« édition^ Paris, J. Tardieu, 1S08. In-18 de 172 pages. 
(4) M. Achille Millien a publié la Uoisson, les Chants agrestes^ les Potmes de ia nuitj 
trois volumes dont un a obtenu à l'Académie le prix Maillé. Latour-LAndrjr. 



— 248 — 

Ce poëte, qui est encore à compter parmi les oubliés de M. Th. Gau- 
thier, est essentiellement chrétien, et il est un de ceux qui, de préfé- 
rence, s'inspirent du sentiment de la nature ; ses poëmes rustiques té- 
moignent d'une véritable originalité, la musette est son instrument 
favori, et il en joue avec perfection ; j'aime moins le clairon à ses 
lèvres. 

— On suivrait volontiers M. André Theuriet dans les Chemins des 
bois (1); ces bois ont un aspect gracieux, engageant; mais il y passe je 
ne sais quel souffle glacé, et les chauds rayons du soleil de Dieu n'y 
pénètrent point assez. — Je ne saurais négliger de mentionner Après 
Vamour, par Louise d'Isolé (2). « Ce livre prouve à quel point la vraie 
poésie est dans le sentiment, » a dit avec raison un éminent écrivain 
dans la préface qui précède ce recueil de vers : les Violettes, le Bror- 
celety Isabelle^ etc., sont de charmantes miniatures sorties d'un pinceau 
ému et délicat. 

— M. le baron de Flotte vient de faire paraître sous un titre peu ta- 
pageur, §ouvenirSf un recueil qui produit un heureux contraste avec les 
œuvres rimées qu'exalte le rapport de M. Th. Gauthier. Rien de tru- 
culent^ point de coloris hasardé, violent; mais, en revanche, quel excel- 
lent sel gaulois I c'est l'eau vive et limpide de notre Méditerranée, sé- 
chée par les beaux rayons du soleil du Midi, qui semble avoir pro- 
duit ce sel. Et quelle noblesse de sentiments^ quelle fidélité aux 
saintes traditions relèvent cette verve impitoyable! quelle haine pour 
le mal, quelle passion pour le bien! Que de pièces charmantes I Cha- 
teaubriand, Voyage à Venise, A Eux et à d'autres, VOdyssée, etc. Je 
m'arrête, car il faudrait citer à peu près tout le volume (3). 

— Avant le jour ^ par M. Laurent-Pichat (4), est un livre où le poëte a 
mis en pratique la théorie que naguère il préconisait dans l'excellent 
ouvrage intitulé: les Poètes de Combat, et qu^il avait publié en opposi- 
tion aux doctrines opiacées de M. Théophile Gauthier. Avant le jour 
est presque uniquement composé de satires vives, nerveuses, ardentes, 
excessives en quelques points. La violence qu'on y remarque, hâtons- 
nous de le dire, semble excusée par l'accent d'une conviction loyale et 
sincère^ qui est la note dominante de l'œuvre. Dans ce qui touche 
aux idées religieuses, nous nous séparons complètement du poëte, mais 
son allure franchement indépendante attire nos S3rmpathies. Les œuvres 

(1) Le Chemin des 6ow, par André Theuriet. Paris, A. Lemerre, 1867. In-18 de 144 p. 

— Prix : 3 fr. 

(2) Après Vamour, par Louise d'Isolé. Paris, A. Lemerre, 1868. In-18 de 176 pages. 

— Prix : 3 fr. 

(3) Souvenirs, poésies, par le baron Gaston de Flotte. Paris, Gamier frères, 1868. 
ln-18 de 286 pages. — Prix : 3 fr. 

(4) Avant le jour, poésies par M. L. Laurent-Pichat. Paris, Lemerre, 1868. In -18 de 
326 pages. — Prix : 3 fr. 



— 249 ~ 

poétiques de M. de Flotte et de M. Laurent-Pichat nous semblent de- 
voir attirer l'attention du public qui aime encore les œuvres fortes, 
animées par des sentiments vrais, énergiquement exprimés. 

— Il est bien tard pour parler des Fleurs des ruines, par M. Al- 
phonse Baudouin; du Pays de Retz, par M. Joseph Rousse; de Paris, 
poème humouristique, par M. Amédée Pommier; des Voix du ciel, 
par M. Robert Victor, président de VUnion des poètes, des Ta- 
blettes àe M. Adolphe Paban; de la Légende rustique^ par M. Robi- 
not-Bertrand; des poëmes de la Foi, V Espérance et la Charité, par 
M. l'abbé Fayet ; de la Vie de Jésus, par M. Barthélémy Chaize, etc. 
Nous ne pouvons indiquer que les titres de quelques autres volumes, 
faute d'avoir été mis à même de les lire; ce sont : les Epreuves, 
sonnets par M. Sully-Prudhomme; les Intimités, par M. F. Cop- 
pée, auteur du Reliquaire; les Deux Saisons, par Philoxène Boyer; 
le Poème de la Mort, par Amédée Rolland; Ma première gerhcy 
par M. Médéric Charot; les Fleurs perdues, par M. le comte de 
Puymaigre, etc. En dépit d*un satisfecit délivré par M. V. Hugo et 
qu'on a mis en vedette du volume, nous avons trouvé que le livre de 
M. Ch. Richard portait un titre correspondant parfaitement à son con- 
tenu : Moments perdus (1). On parle d'un volume qui vient de pa- 
raître, V Epopée terrestre, par M. André Lefevre. On dit qu'il y a là un 
exposé des théories matérialistes. J'ai toujours eu peu de goût pour le 
Mahomet de Voltaire, débitant froidement des sermons rimes ; je ne 
lirai donc point volontiers l'œuvre d'un moderne Lucrèce. Tous ces 
livres ont paru, croyons-nous, depuis le milieu de 1867; on voit que 
la poésie n'est point sans donner quelques signes de vie. 

— S'il nous fallait chercher de nouvelles preuves que la foi religieuse, 
le patriotisme, et en définitive tous les sentiments vivement éprouvés 
sont les véritables éléments de la poésie, nous n'aurions pas à chercher 
ces preuves loin de nous. Voyez plutôt comment dans son rapport 
M. Th. Gauthier lui-même apprécie le dernier poëme de M. Frédéric 
Mistral : « Calendàu est une légende sur l'histoire de Provence, qui 
pour la conduite du récit, l'intérêt des épisodes, Téclat des peintures, 
le relief et la grandeur des personnages mis en action, l'allure héroïque 
du style, mérite à juste titre le nom d'épopée. » 

M. Mistral aurait-il obtenu un pareil résultat, s'il n'avait chanté les 
grandeurs de son pays avec ce feu, cet amour passionné du sol natal, 
qui d'un bout à l'autre animent son poëme î II met son âme dans ses 
vers, et il réussit ! Deux publications plus récentes confirment aussi 
une vérité qui est au-dessus de toute discussion, à savoir que la mission 

(1) Mùmêntt ptrduê^ poésiefl, par H. Richard. Paris, veuve Renouard, 1868. In- 18 de 
176 p. 



— SftO — 

dé Tart n*eftt point de s'absiorber uniquement dans la contemplation de la 
forme ! Brune-la-Blcndê, ou la gardievM des AUêcampêf par M« JuJee 
Canonge (1), et léê Papillons bleus {li Parpaioun blu), par M. William 
Bonaparte-Wise (2). Hien de touchant et de gracieux comme la 
lëgende racontée par M. Jules Canonge, avec Une sincérité d'expre»- 
sionâ dont on trtniverait difficilement des équivalents parmi les poëtee 
qui, selon le rapport officiel, font progresser la poésie. Ce poëme — 
une corbeille toute pleine de fleurs suaves «**« a été composé avec des 
souvenirs ttistéS et doux ; on observe avec bonheur dans ces vers cette 
sérénité chrétienne qui n'empêohe point l'émotion de se montrer. Dans 
les Papillons bleus de M. Wise^ quelle vivacité» quel entrain et quelle 
énergie^ ou plutôt quel enthousiasme I on s'étonne de trouver chez un 
Anglais de pareilles qualités, mais on ne peut les méconnaître dans un 
volume où de chaque page semblent jaillir de vives étincelles. Tout 
au plus pourrait-on reprocher à M* Wise d'obsôurdr par des ar* 
chaïsmes la langue qu'il a adoptée; mais au sujet de cette langue et de 
son emploi littéraire nous ne voulons point dire ici notre pensée. Puis^ 
qu'on fait de ce langage un usage aussi excellent» toute critique est eu* 
perflue. 

Reste ceci d'acquis : où brûlent encore de saintes flanunes aur l'an- 
tique trépied, ranimée à la chaleur de ces flammes, la poésie peut 
prendre toujours un vif essor; elle s'amoindrit, elle languit, elle meurt, 
si le trépied éteint, mais conservé à cause des ciselures ou des pierres 
précieuses qui le parent, est simplement considéré comme un objet 
d'art, propre à orner led étagènss des amateurs de curiosités. 

LoutS D£ LAtPrCBL. 



HORTICULTURE ET SYLVICULTURE 

Les Promenades de Pabib : Êois de Boulogne et de V(nceni/iei, Patèa, tquarés^ bcmteMtds, 
par A. AlipRAiTD, ingénieur eu ohef dM pobtâ et âhaaiiéei, diiwtêiur de la Voit p«* 
bUqne «t dM promenadet de la ViUe de Paris ; ouvmge iUustré do QfaroinoUth<H> 
graphies et de gravures sur acier et sur bois, hors texte et dans le texte ; dessins de 
£. Hocherean, architecte, inspecteur des promenades d« Paris. Parift^ J. Itothft* 
ehild, lè68. 2 vol« grand in-^fblio oolombier (tazto M album) panÛBiaat ptt Unai- 
sons de 6 pi^ei, gravures et chromolithographies non comprises, à 6 fr. Tune. — 
L'Hebbieb FoRESTiEB DE LA Francb^ par E. de GAtF^ïEb) souB-cW k k Dffée^ 
tion générale des forêts ; collection de 200 photograp^s gtikvéek par lé ptooédé àé li 
phetotypie et f eprôMUtant an lameau avec feuilles» fleure et fruits de orandeur na- 
toreUe^ de chacune de nos essences indigènes. Paris, J. Rothschild. 1 vol. grand 

(1) Brwn«4€^Blonde, par J. Canonge, avec traduction littérale, 2* édition. Paris, 
J. Tardien, 186S. Petit in-18 de 62 nages. — Prix : 60 c. 

(2) Li Parpaioun bîu, de W. 0. B. Wise, em*un àt«nt«-pTépKni 4» FiMéri Mi4ti»l. 
Paris, J. Tardieu, 1868. In-8« de 288 pages. — Prix : 7 fr. 60. 



— Q61 — 

ia-4*, p«ni«Mt p» Utrftitoni dt oinq gravorMi k 10 fr. 1» livxaiion. — • I«g Jau- 
SJK8| HuTonUi £T DxscBimoN, par Arthur Mavgin. Tours, Alf. Mamo et filp, 
1868. 1 Yol. petit in-folio, spleudidement illustré par AnaBtaal, Daubign/, Ponl- 
qnier, Fnmçols, W. Freemaa, Qiaoomélli et Laooeiot. Riobo çartoniMg». Prix 1 100 fr. 
— l/Afi dit jaréint ; hitioirê , théorig , ftratiquû 4e la compotUion deê jwrdinf , jxirc» , 
squartSj par le baron Ermoitt. Paris, J. Rothschild, 1868. 2 vol. in-18,de 600 p. omëa de 
150 grarurefl sur bols. Prix : 6 flr. — VArt de ploofer Ui arbreê fovutiên, fHdii$n <t 
d^ùgrémeni, par It baron pe MAjmcvJiiLf grand nwttre de^ for^ de Stx», Traduit 
par 0. GouiST, aout-inspeoteur doe forêts. Paris, J. Rothschild, 1868. In- 18 de 216 p. 
orné de 16 vignettes sur bois. Prix : 2 fr. — Les Conifèru indigènêa $t ixotiifueê, traité 
pratique des arbres verte ou résineuit^ par C. db Kiimrijr, sous^inapeetenr dei focêti. 
Paria, Botbsehild, 1868. 2 vol. in-18, de 639 p. oméa de 106 gravuret sur bois. Prix : 
5 fr. — Les Conifères^ par Adrien Séniéclauzb, horticulteur à Bourg- Argental (Loire). 
Paris, imprimerie Charles Lahure, 1868. 1 vol. in-S®, de 250 p. Prix : 5 Ar. — Le Cannai 
son kisUdre^ m ouifiirt, pAr £. Cbatj^ filt, hortieiilteur. Paria, fi. Poonaud, 1868. 
J[A-t8« de 208 p. Prix : 1 fo 50. --' Les ananas 4 fruit comestible , par GoifTIEB, horti- 
culteur. Paris, £. Donnaud, 1868. In-16, de 234 p. orné de nombreuses figures dans le 
texte. — Agenda annuaire de Vhorticultwre, Paria, E. Donnaud, 1868 f petit in-S^, de 
208 p. cartonné sur toile. Prix t 3 fr. «^ TrvUé epédal dn Oeiere^ par I«oaia Qostjv, 
Paris, C* Blériot, 1868. In-12, de 315 p. orné de figures hors texte. 

La plus importante des publications dont nous avons à parler ic 
est assurément, par la grandeur du format comme par le nombre et 
le luxe des gravures , celle qui a pour titre : L6$ Promenadei de 
Paris, par M. Âlphand. Le moindre défaut de oet ouvrage n'est pas, 
à notre avis, son mode de pablication : vingt livraisons environ doi- 
vent le composer, et trois ans seront nécessaires pour qu'elle» aient en** 
tièrementparu. Le format est celui des plus vastes atlas de géographie^ 
Les plans et les gravures abondent Ce sera une œuvre splendide» mais 
que deviendra le texte, perdu dans cette immensité, et qui s'avisera de le 
lire, s'il faut préalablement se munir d'un lutrin pour pouvoir seulement 
poser et ouvrir le livre! A en juger par les quatre livraisons parues» ce 
texte peut être fort instructif, mais il ne parait irien moins qu'amu- 
sant. Les devis, les détails et les prix de, revient des conduits d'eaux» 
tracés d'allées, chalets, cafés*concerts, grottes, cascades, pièces d'eau, 
serres, bancs, grillages, etc», etc.^ qui ont été établis ou construits i 
Boulogne, à Vincennes, au Champ^«Mars, aux Buttes-^lihaumont, 
composent un ensemble de données statistiques intéressantes sans 
doute pour les gens du métier; mais elles attireront médiocrement l'at- 
tention du public. 

En ne comptant que les vingt livraisons annoncées, le prix de cet ou- 
vrage serait porté à 100 francs ; mais comme, d'un autre côté, on pn>- 
met environ 350 pages de texte, on peut évaluer, d'après ce quiad^à 
pam, le nombre des livraisons à 44 environ, ce qui modifierait sensi- 
blement le prix. 

— h' Herbier forestier, de M. de Gayffier, publié par le même éditeur, 
offre un mérite d'originalité qui le met bien au-dessus des Prome* 
nadee dé Parié. L'auteur avait exposé au Cbainp-de*Mars une collec- 
tion r^narquable de photographies, format grand in^, représentant 



un rameau^ de grandeur naturelle, avec feuilles, fleurs et fruits, de tous 
les végétaux ligneux qui croissent dans nos forêts de France. Par un 
procédé nouveau appelé phoiotypie, et qui date lui-même de l'exposi- 
tion de 1867, on est arrivé à fixer en relief sur les traits que la lumière 
imprime à la plaque photographique une substanoe solide qui permet de 
tirer en gravure ia photographie elle-même. Cette substance est mal- 
heureusement peu résistante; elle est usée après un tirage de 20 ou 25 
exemplaires, et il faut alors faire un nouveau cliché. C'est l'application 
de la photoiypie aux photographies de M. de Gayffier, qui en a permis 
la publication. 

Une courte notice descriptive est placée en regard de chaque gravure . 
L'ouvrage ne sera complet que dans quatre ans ; les photographies sont 
au nombre de deux cents et paraissent par livraisons de cinq, au prix 
de 10 francs la livraison : l'ouvrage reviendra donc à qucUre cents 
francs; c'est là son grand, nous dirons même son unique défaut. Il eût 
mieux valu copier très-exactement les photographies par la gravure 
ordinaire. On aurait fait une œuvre moins originale, on aurait obtenu 
une perfection de détails un peu moins grande ; au moins le public au- 
rait-il pu aborder cette publication. 

— Le sort des ouvrages illustrés et à grand format est, en général, 
d'être plus regardés que lus. 11 serait fâcheux qu'il en fût ainsi des Jar- 
dins de M. Arthur Mangin : car ce livre a autant de valeur parson texte 
que par les gravures et l'exécution typographique, qui est des plus re- 
marquables. On pourrait dire que l'art des jardins se lie à la civilisation 
même ; il en représente le développement par un de ses côtés les plus 
séduisants et les plus bienfaisants à la fois, et c'est à ce point de vue 
philosophique et pittoresque que l'auteur se place pour nous faire vi- 
siter les jardins de tous les temps et de tous les peuples, à commencer 
par l'Eden. L'histoire, la politique, la biographie, la fantaisie même 
ont leur part dans ce travail, avec la description raisonnée des différents 
systèmes et des spécimens les plus remarquables de l'art horticole. Les 
serres ne sont pas oubliées : c'est le sujet du dernier chapitre, où l'au- 
teur s'occupe aussi des plantes tropicales que nous cultivons, non sans 
quelque succès, dans ces prisons de verre. Elles y vivent les pauvres 
plantes, mais il leur manque, dit notre auteur, « ce dont les végétaux 
pas plus que les animaux et l'homme ne peuvent être privés impuné- 
ment : la patrie et la liberté I » 

— Quoique écrivant à peu près sur le même sujet que M. Mangin, 
M. le baron Emouf a su faire de VArt des jardins un livre tout à fait 
différent. C est un petit traité non pas, à proprement parler, d'horticul- 
ture, mais des principes à suivre pour la création, le dessin, l'omemen- 
tatioR des jardins et des parcs dans les différents styles et suivant les 
diverses conditions de terrain dont on peut disposer; tel est du moins 



— S63 — 

Pobjet du premier volume. Le second s'occupe exclusivement des 
grands parcs ; il commence par un aperçu historique puisé dans les 
anciens auteurs , mais sans prétentions philosophiques ni considéra- 
tions sociales^ sur les jardins de Tantiquité, du moyen âge, des re- 
naissances italienne et française, de la Chine elle-même; se poursuit 
par des aperçus généraux sur les créations modernes, avec exemples 
pris chez d'opulents particuliers^ et se clôt par l'exposé descriptif et 
détaillé de la formation ou de la réorganisation des principaux squares 
et promenades publiques de Paris. De nombreuses gravures, dont 
quelques-unes sont d'ailleurs assez médiocres, accompagnent le texte. 

— L'Art de planter, du baron de Manteuffel, trouve assez naturelle- 
ment sa place à la suite de VArt des jardins. ^Toutefois ce livre ne se 
rattache ni exclusivement ni même essentiellement à l'horticulture ; 
c'est plutôt un ouvrage sylvicole applicable en beaucoup de points à 
l'art des horticulteurs. Il (enseigne les^ meilleures manières de planter 
les arbres j mais ne s'occupe que des arbres et des arbres forestiers, en 
dépit du sous-titre qui annonce aussi lesj arbres fruitiers et d^agrè" 
ment, 11 est viai que les arbres d'agrément sont tous forestiers dans 
quelque pays, et d'ailleurs l'élève des jeimes plants, la création et 
l'entretien des pépinières tiennent tout autant du domaine horticole que 
de l'art forestier. A ce double point de vue l'ouvrage est excellent, 
clair, méthodique, bien écrit et surtout très-pratique. Il contient cer- 
tains enseignements sur la plantation en hutte qui peuvent produire, 
en France où ce procédé est presque inconnu, les meilleurs résultats 
aussi bien dans les cultures d'agrément ou d'arbres à fruit que dans les 
plantations forestières. Seize vignettes sur bois sans prétentions artis- 
tiques complètent les explications du texte déjà très-clair par lui-^nême. 

— Après les jardins et les plantations, voici les arbres verts, les Co- 
nifères, pour employer le titre scientifique malencontreusement adopté 
par l'auteur d'un livre où la science cherche constamment à dissimu- 
ler ses dehors austères et ses allures pédantes sous un style aussi lit- 
téraire que peut le permettre le sujet. C'est toujours de l'horticulture et 
de la sylviculture : il s'agit jd'une famille d'arbres éparse sur tous les 
coins de l'univers, et dont certaines espèces sont indigènes et par con- 
séquent forestières chez nous, tandis que d'autres, importées des cinq 
p{u*ties du monde^ y sont encore essentiellement horticoles. L'ouvrage 
est pratique avant tout, mais il est en même^temps scientifique, à cela 
près qu'il évite avec une précaution extrême tous les termes techniques 
dont il est à la rigueur possible de se passer. Quand il en emploie, il 
prend grand soin d'en expliquer le sens étymologique et actuel. Des 
anecdotes, quelques saillies rehaussent le ton général du texte et en 
rendent la lecture plus facile. 

On peut reprocher cependant aux Conifères de M. de Kirwan dej 



— 264 — 

n'être pas assez complets : plusieurs espèces» rares encore il est vrai, 
mais, déjà connues en horticulture, ne sont indiquées qu'à la table syno* 
nymique, table d'ailleurs soigneusem^it faite et résumant avec clarté la 
classification adoptée par l'auteur. Les vignettes ne sont pas toujours 
asse;s soignées, mais surtout elles sont trop peu nombreuses; sur 106 
gravures, quatre ou cinq seulement représentent des arbres sur pied, 
et plusieurs espèces, non sans quelque importance, ne sont figurées, 
même partiellement, par aucun dessin. Une critique d'un autre genre, 
applicable à toutes les publications de M. Rothschild, pourrait être 
adressée au cartonage, d'un goût et d'une solidité tout au moins contes- 
tables^ et à la manière dont les volumes sont rognés, sans respect 
pour les marges* 

-* Sous le même titre, le» Coni/èrea, M.. Sénéclauze traite le même 
sujet, mais à un point de vue tout à fait différent. La sylviculture, par 
exemple, qui tient une place importante dans les Conifères de M. de Kir- 
wan,sous-inspecteur des forêts, n'a rien à voir dans les Conifères de M.Sé- 
néclauze^ horticulteur distingué du département delà Loire. La science 
pure, une science expérimentée, approfondie, mais une science austère 
avec tout son attirail de mots techniques non expliqués, avec son style 
de nomenclature, avec son absence de toute forme narrative, tel est le 
fond de ce livre. Plus complet, sous le rapport du nombre des espèces 
décrites, que celui de M. de Kirwan, il sera plus goûté des savants de 
profession, des botanistes, qui se font une spécialité de l'étude théo* 
rique des conifères, que des gens du monde et des simples amateurs. U 
ne contient aucune gravure, ni aucune de ces données cultumies si 
utiles dans la pratique. 

Kn un mot, le livre du pépiniériste du Bourg-Argental est un cata- 
logue savant, raisonné, descriptif, mais dont la forme» sévère par na- 
ture, lui fait remplir un tout autre objet que le petit traité de vulgari- 
sation en deux volumes in-18 qui porte à tort le même titre. 

— Nous devons mentionner deux petits ouvrages de jardinage publiés 
parla librairie Donnaud. L'un s'occupe de la culture des balisiers^ ces 
belles plantes à tige droite, à feuilles larges, allongées et d'un vert 
tirant parfois sur le pourpre, à fleurs en épis, ordinairement jaunes ou 
rouges, très-répandues aujourd'hui dans les squares et les jardins sous 
le nom de canna; l'autre traite [de la culture, appréciée des gourmets, 
des (manas à fruit comestible, et, comme annexe, « des fraisiers de 
haute primeur considérés comme produits supplémentaires à obtenir 
dans les serres à ananas, n Composés dans le but de mettre la culture 
de ces plantes à la portée des jardiniers les plus modestes et les moins 
înstruits, ces deux traités entrent dans une foule de détails sur les 



— 266 — 

règles de rhortîculture, soit en pleine terre soit dans les serres. Le lec- 
teur le plus étranger à ce genre de pratiques et qui, suivant pas à pas 
les indications de ces volumes, s'essayerait à la culture des cannas et 
des ananas jusqu'à y devenir habile, deviendrait, du même coup et aux 
deux tiers, un horticulteur émérite. Les vignettes sont généralement 
soignées, mais une table des matières fait absolument défaut aux ana- 
nas, et c'est une lacune fâcheuse. Nous reprocherons aussi ft réditeuf 
de n'avoir placé aucun millésime sur ces volumes : le contestable avan- 
tage de leur conserver plus longtemps peut-être l'attrait de la nou- 
veauté est loin de racheter des inconvénients d un autre ordre. 

— L'agenda-annuaire de VJiorticuUure pour 1868, publié par la 
même librairie^ est un petit in-8° qui ne diilere de tous les agendas- 
annuaires possibles qu'en ce qu'il est suivi de la volumineuse liste des 
membres résidants et correspondants de la société impériale et centrale 
d'horticulture et d'un calendrier des travaux mensuels du jardinage. 
Cette dernière partie lui donne une certaine valeur; elle est écrite sim- 
plement, et permet au plus novice amateur de diriger et de surveiller 
son jardinier de manière à en obtenir sûrement un travail fructueux et 
profitable. 

— A quelle culture peut-on rattacher le traitement et Texploitation 
des osiers? Ce n'est, à proprement parler, ni de l'agriculture, ni dô 
l'horticulture , ni de la sylviculture : une oseraie n'est pcrint un champ, 
ni un jardin, moins encore une forêt. Cependant l'osier, récolté sur 
de nombreuses espèces de saules, est un produit des bois ; la créa^ 
tion et Tentretten d'une oseraie exige de nombreuses façons du sol. 
M. Louis Gossin a publié, chez M. Blériot, éditeur de la Gazette de$ 
Campagnes, en une petite brochure in-12 de 84 pages, un traité très- 
complet et très-pratique de cette culture particulière. Toutes les efr* 
pèoes de saules dont les jeunes branches peuvent être employées dans 
la vannerie y sont l'objet de monographies brèves, mais complètes, en* 
rîchies presque toutes d'esquisses très-soignées représentant la feuille 
de chaque espèce ou variété. Le choix et la culture du sol, les frais de 
création et d*entrétien d'une oseraie, son rendement, les écueîls et les 
mécomptes qu'il faut prévenir ou éviter, tout est indiqué dans ce «ub* 
stantiel opuscule en un style simple, sans prétention, et cependant clair 
et habituellement correct. La table, restreinte au seul énoncé du titre 
des chapitres, sans aucun sommaire à la suite, n'est point suiflsÀnte. 

Â. Castanier. 



— 266 — 



THÉOLOGIE 



Ganon Muratorlanus, the earliest Catalogue ofthe books ofthe New Tes- 
tament, edited ^rith notes ^ and a fac simile of (he ms. in Ihe Ambrosian 
library at Milan, by Samuel Prideaox Tregellss. London and Oxford, 
Macmillan and G^ 1868. ln-4^ — Prix : 30 francs. 

Voici un excellent ouvrage, il intéresse les critiques de tous le^ pays, 
et se recommande particulièrement aux savants dont les travaux ont 
pour objet Télucidation du texte de l'Écriture sainte. Il faut d abord 
parler de l'exécution matérielle, et dût-on m'aocuser d'enfantîJIage, 
j'avouerai ici sans vergogne qu'un beau papier, une impression élé- 
gante et correcte, d'amples marges et une solide reliure, me préviennent 
singulièrement en faveur d'un livre. Il ne nous arrive pas souvent d'Al- 
lemagne aujourd'hui de ces in-octavo que l'on voyait, il n'y a pas long- 
temps encore, à la foire de Leipzig, imprimés sur du papier de toutes 
les nuances, hormis le blanc, et dont les feuilles, tout bonnement pliées, 
étaient placées dans une couverture bleue sans le moindre fil qui les 
réunît ensemble. Mais, malgré cela, des énormités de ce genre trouvent 
moyen de se glisser quelquefois sur mon bureau. Il faut voir la triste 
figure qu'ils font à côté de ce superbe in-quarto publié par l'imprimerie 
Clarendonienne d'Oxford. 

Si jamais ouvrage mérita les honneurs du luxe typographique, c*est 
à coup sûr celui qui m'occupe en ce moment. Voici en effet la trans- 
cription fidèle et complète, ligne par ligne, du fameux canon des livres 
duNonveau Testament, connu sous le nom de Canon Muratorianns^faxce 
qu'il fut publié pour la première fois en 1740 par le célèbre archéologue 
italien, dans le troisième volume de ses Antiquitaies lialicœ medii œvi. 
Ce fragment, écrit par un anonyme qui vivait au milieu du second 
siècle, a donc une importance qu'il serait difficile de surfaire, et on 
comprend combien le monde savant devait tenir à en avoir une copie 
exacte. Chose assez aisée, pensera-t-on; mais le fait est, au contraire, 
que la plus grande différence d'opinions a toujours existé entre ceux 
qui ont pris à tâche de coUationner le Canon Muratorianus ; et pour 
arriver à une conclusion satisfaisante, il fallait non plus transcrire, 
mais donner, si possible, un fac-similé. C'est ce que M. P. Tregelles a 
eu le bonheur d'accomplir ; je dis le bonheur, parce que Ion s'imagi- 
nait, à tort ou à raison, que les employés de la bibliothèque Ambro- 
sienne de Milan, où l'original est conservé, se refuseraient à commu- 
niquer le trésor dont ils sont les gardiens, et le chevalier Bunsen 



— 257 — 

n'avait pu obtenir la permission que sollicitait le critique anglais. 
Cependant le docteur Ceriani, bibliothécaire, bien loin d'opposer à 
M. Tregelles les difiicultés que celui-ci redoutait déjà, le reçut avec une 
extrême bienveillance, se mit à sa disposition pour les travaux de 
recension et de collationnement, bref se conduisit dans toute cette 
affaire d'une façon qui lui assure la reconnaissance du monde savant. 

M. Tregelles commence son ouvrage par une introduction où il raconte 
tous les antécédents du sujet, si je puis faire usage de cette expression. 
Il apprécie les travaux de Muratori et des autres critiques, Nott, 
Wieseler et Hertz, qui examinèrent successivement le fragment en 
question et en publièrent des collations nouvelles. Le docteur Routh, 
président du collège de la Madeleine à Oxford, partageant l'opinion 
générale que ce fragment est la traduction d'un original grec mainte- 
nant perdu, ne voulut pas cependant se risquer à reproduire, sur des 
conjectures qui ne pouvaient être que fort hasardées, cet original d'un 
bout à l'autre. Il se borna à offrir dans les notes de ses Réliqviœ sacrœ 
(1846) quelques suggestions, et posa sa conclusion dans les termes 
suivants : - Ego ex vestigiis satis claris deprekendisse mihi videar 
hominem, qui Grœce scripseiit, subier hœc Laéina verba latentem, eo 
indicio quod eadem ita grœcissant, ut eiiam ex illa lingua reddita 
esse videantur. » Un autre critique, au contraire, attribuant, comme 
Muratori Tavait déjà fait, le fragment à un écrivain nommé Caius, 
disait : FragmerUum nostrum Latinœ poiius originis stylum sapii. 

M. Bunsen fut plus hardi. Non-seulement il essaya de corriger dans 
ses Analecta ante-Nicœna le texte latin tel que nous l'avons aujour- 
d'hui, mais il donna la reconstruction de l'original grec présumé, 
d'après les travaux de Bœtticher. Hilgenfeld en iSt de même en 1863. 
De tels essais, remarque fort bien M. Tregelles, doivent nécessaire- 
ment aboutir à MTifidsco, parce que^ outre l'incertitude dans laquelle on 
se trouve quant aux mots grecs^ il est difficile, sinon impossible, d'es- 
timer à leur juste importance les fautes commises par les copistes qui 
ont transcrit la version latine. Immédiatement après l'introduction de 
M. Tregelles, le lecteur trouvera la description faite par Muratori du 
codex dans lequel se trouve le célèbre fragment, puis vient ce que l'on 
appelle la littérature du sujet, c'est-à-dire le catalogue de tous les 
ouvrages où le Canon Muratorianus est examiné^ enfin nous avons le 
fragment lui-même imprimé avec la plus scinipuleuse fidélité d'après 
le fac-similé, et accompagné d'un savant commentaire. 

J'ai déjà dit combien les érudits sont partagés d'opinion au sujet de 
la correction de notre manuscrit. Un des plus savants théologiens de 
l'université de Cambridge, M. Westcott, qui a traité la question à 
fond, prouve dans un passage cité par M. Tregelles (a gênerai survey 
of the kUtory of the Caaon of the New Testament)^ que jamais écrit ne 



— 258 — 

noQB est arrivé dans un état aassi déplorable; M. Volkmar, au con- 
traire, est porté à croire que le Canon Muratorianua est on des textes 
les plus purs que nous ayons. Notre éditeur fait bonne justice de œ 
paradoxe extraordinaire; il discute séparément chaque ligne du ma- 
nuscrit, y applique toutes les ressources de la critique, et s'y prend 
absolument comme s'il s'agissait d'un auteur classique, d'un des chefs- 
d'œuvre des littératures jrrecque et romaine. Un chapitre distinct est 
réservé par M. Tregelles pour montrer dans quel rapport le Canon 
Mwaioriama se trouve avec les autres monuments du second siècle 
qui rendent témoignage aux saintes Ecritures. Cette partie est une des 
plus intéressantes du volume, et on y trouve des notices (ort curieuses 
d'ouvrages cités dans le canon, quoiqu'ils ne fassent pas partie de la 
Bible telle que toutes les communions chrétiennes la reçoivent^ le livre 
d'Hermas, par exemple. Que d'appréciations contradictoires n'a*t^n 
pas données de ce traité ! M. Bunsen en parlait comme d'un roman 
fort moral, mais fort ennuyeux; Niebuhr plaignait les chrétiens d'A<- 
thènes d'être obligés d'en entendre régulièrement la lecture. M. West- 
oott, d'un autre côté, regrette qu'on n'ait pas rendu plus de justice i ia 
beauté du style et du plan d'un livre que Ton peut comparer dans cer- 
taines de ses parties au fameux Pélerinaffe du chrétien de John 
Bunyan. 

Je ne pousserai pas plus loin cette notice; ce que j'ai dit du beau 
travail de M. Tregelles suffira, j'espère, pour la recommander à 
l'attention sérieuse de tous les lecteurs qui s'occupent d'études bi- 
bliques. 

Gustave Masson. 



Ije plaln-ctiaiit et la Uturgpie, par un bénédictin d^Àllemagne. 
Traduction de Tabbé Wolter. Paris, Gaume frères et J. Duprey, 1867. 
Gr. m-8«de 103 p. — Prix ; 1 fr. 50. 

Ce livre ne contient rien de bien nouveau sur la matière; l'auteur 
noua apprend qu'il a trouvé un secret ; mais il ne dit pas ce secret. 
Il a assisté à la célébration d'un office parfaitement chanté, et là il a 
saisi la note du chant grégorien; mais il ne révèle pas sa découverte. 
Espérons qu'il la publiera quelque jour, et que ce livre ne sera qu'une 
préface. Dans cette attente, nous devons prémunir son auteur oont^rece 
qui nous paraît être une erreur très-regrettable, à savoir la prétendue 
impossibilité d'introduire la mesure dans la liturgie. La musique est 
au plain-chant ce que la poésie est à la prose. La liturgie peut s'expri- 
mer en musique comme en plain-chant. Cest une erreur que de croire 
qu'elle ne doive traduire que la componction, et qu'elle soit nécessaire^ 



— 269 — 

ment grave; die peut être gaie, elle peut exprimer la joie. L'O yîZ«, ce 
diant aimé de tous les fidèles, n'est-il pas Texpression vraie des en&nts 
de l'Église dans les fStes de Pâques ! 

Les chantres du temps de Charlemagne allaient à Rome, comme à 
l'éoDle normale du chant^ et là on trouvait leurs voix tout à fait rebelles 
à la mesuie* Mais aujourd'hui nous ne sommes plus des Germains. 
L'intit>dacti<ni de la mesure dans le chant peut être introduite sans dif- 
ficulté, et répondra an besoin des fidèles, en même tempe qu'aux voeux 
de l'Église. 

J. L- 



SCIENCES 

Etude plillosophlque. L^abbé Simoti FoHchêTy thanoine <k la Sainte^ 
ChapeUe de Dtfon, par Tabbé F. Rabbb, licencié è»-lettres, ancien profes- 
seur de rhétorique. Paris, Didier et Durand. In-8 de 186-Gxup. — 
Prix : 3 fr. 50. 

La thèse de M. Tabbé Rabbe est dédiée à M. l'inspecteur général 
Francisque Bouillier, qui en a approuvé la première idée, qui en a 
encouragé I exécution, et à qui cette thèse est trop modestement 
présentée comme complétant seulement un chapitre de sa « belle 
Histoire de la philosophie cartésienne. » L%uteur, qui est parfaitement 
au courant de tous les travaux philosophiques du xvii* siècle et du xix*, 
raconte d'abord la vie et apprécie les ouvrages de celui qui le premier 
critiqua la Recherche de la vérité^ et dont le nom est demeuré insépa- 
rable du nom de Malebranche ; il s'occupe ensuite, en autant de cha- 
pitres spéciaux, de la polémique de Foucher contre Descartes, de sa 
polémique contre Malebranche, de ses relations avec dom Robert Des- 
gabets, le personnage que Mme de Grignan appelait si plaisamment un 
iplucheur îirécrefn9$e9, de ses relations avec Leibniz; et enfin il étudie 
dans Foucher le restaurateur de la philosophie académicienne, comme 
Baillet Ta surnommé. Une conclusion de quelques ^^ages résume très- 
bien toutes les idées développées dans le livre^ et M. l'abbé Babbe me 
parait apprécier avec beaucoup de justesse ce disciple de Platon, quand 
il dit de lui (p. 185) : « On a trop rabaissé Foucher en le sacrifiant 
presque complètement à ses illustres adversaires; on Ta trop élevé en 
prétendant ffûre de lui le père de la philosophie critique au xvu' siècle. » 

L'appendice nous offre ht biographie de Foucher par l'abbé Papillon, 
extraite de la Bibliothèque des autewn de Battrgogme, et annotée par 
I*«uteur*, tfivers jugements sur FVyueher, tds qoe ceux de Leibniz, de 



— 260 — 

Huet, de Ména^, et rindication des jugements exprimés sur le même 
philosophe par Brucker, Bartholmess, Cousin, MM. Sainte-Beuve, 
Nourrisson, Foucher de Careil; la préface de Malebranche avec 
les principales répliques de Foucher en regard; la préfeu» de la 
réponse de Foucher à Malebranche, l'avertissement placé parce dernier 
en tête du tome II de la 3^ édition (1677) ; les notes de Leibniz à la 
réponse de Foucher; enfin la correspondance de Leibniz et de Foucher, 
déjà publiée par M. Foucher de Careil, et accompagnée ici de notes en 
grande partie nouvelles. On voit que l'ouvrage de M. l'abbé Rabbe est 
des plus complets. Peut-être même sera-t-on disposé à le trouver un 
peu trop développé, et, comme l'auteur l'a, du reste, pressenti (p. 186), 
pensera-t-on que trop d'importance a été attribuée dans cet ouvrage 
à un homme dont le nom, à tout prendre, « a laissé si peu de traces dans 
l'histoire de l'esprit humain. " Quoi qu'il en soit, le travail de M. l'abbé 
Rabbe ne pouvait être plus consciencieusement accompli ; et tous ceux 
qui le liront avec la patience qu'il faut toujours apporter dans la lecture 
des monographies, loueront l'exactitude du biographe et la sagacité du 
critique. 

T. DE L. 



Ij*Éducatloii homicide* Plaidoyer pour V enfance, par Victor db 
Lapradb, de TAcadémie française; deuxième édition, revue. Paris, Didier, 
1868. In-12 de i43 p. — Prix : 1 fr. 50. 

M. de Laprade vient de publier de nouveau, sous une forme plus 
magistrale et en quelque sorte définitive, l'éloquent petit opuscule 
qu'il consacrait l'année dernière aux droits trop longtemps méconnus 
de l'enfance. Qu'on ne s'effraye point de ce titre un peu paradoxal en 
apparence : YÉdvcation.homicide, Le poëte éminent, qui a été quinze 
ans professeur, sait mieux qu'un autre quels sont les besoins et les de- 
voirs de la jeunesse, et ce n'est pas lui qui se fera jamais l'apôtre de Ja 
vie oisive et des futils plaisirs. Mais chantre inspiré, peintre émouvant 
des habitudes rustiques, des mœurs nobles et pures de nos vieux 
pères, il s'afflige de se trouver en présence de générations abâtardies, 
chez lesquelles le cœur n'a pas plus de vigueur que l'esprit, et d'oii se 
sont retirées tout ensemble la force physique et l'énergie de l'âme. Ne 
sont-ce pas là, en effet, les déplorables conséquences d'un système 
d'éducation qui n'a cessé d'affaiblir les études en voulant les multiplier, 
qui a pris à tâche de donner aux jeunes gens une foule de connaissances 
superficielles mal comprises, mal casées dans leur intelligence, sans 
s'inquiéter en revanche de leur enseigner les principes immuables qui 



— 261 — 

devront les guider dans les travaux de toute leur vie. On sort du collège 
affaibli de santé comme d esprit, dégoûté de tout, sans souvenirs heu- 
reux, sans traditions bienfaisantes, après avoir appris à dédaigner jus- 
qu'à ces jeux si nobles et si enfantins à la fois dans lesquels un impé- 
tueux et ardent exercice faisait si bien oublier les soucis, les chagrins, 
les .inutiles préoccupations, la pensée même du mal. 

Tels sont les fautes et les périls que signale avec amertume M. de 
Laprade. Il ne prétend point se faire le propagateur d'une révolution 
violente dans l'enseignement; il tenait seulement à mettre le doigt sur 
la plaie, à faire sonder Tabime qui s'entr'ouvre de plus en plus chaque 
jour. Je ne voudrais pas affirmer qu'il n'y ait point quelques objections 
à faire au système général soutenu par l'auteur. Peut-être plus d'un 
collégien se montrerait-il trop empressé de mettre ses conseils en pra-» 
tique I Mais à un moment où toutes les questions d'éducation sont 
plus que jamais à Tordre du jour, cet ouvrage devient un des éléments 
d'information essentiels, et il s'impose de lui-même aux plus graves 
méditations. 

Gustave Baguenault de Puchbsse. 



Assemblée génévskïe des cattiollques en 3el§plque. Troisième 
session à Malifies^ 2-7 septembre 4867, Bruxelles, Devaux et O^; Paris, 
Dillel. Gr. ia-8 de xii.345-506 pages.— Prix : 40 fr. 

Le présent volume, comprenant le compte rendu du troisième con- 
grès catholique de Malines, est divisé en trois parties : séances géné- 
rales, — séances des sections, — appendice ; il y a une pagination 
différente pour la première partie et pour les deux dernières. La simple 
lecture de la table des matières suffit pour faire ressortir la variété et 
l'importance des travaux de cette assemblée, dont la presse antireligieuse 
s'est plu à travestir les débats et les décisions. Les pièces mises aujour- 
d'hui sous les yeux du lecteur sont une réponse péremptoire aux attaques 
dirigées contre cette grande manifestation catholique. Elles ont été re- 
produites avec un soin scrupuleux, soit, en ce qui concerne les mémoires 
et travaux écrits, sur les originaux mêmes, soit, pour les discours et 
discussions, d'après le travail des sténographes revu par les divers 
orateurs. 

Le congrès a eu sept séances générales occupées par un nombre con- 
sidérable de rapports et de discours, entre lesquels nous citerons : les dis- 
cours du R. P. Tondini sur l'association pour la conversion de la Russie 
et la réunion des Églises d'Orient et d'Occident ; — de Mgr Lynch, 
évêquede Charleston, sur l'œuvre des nègres affranchis;— de Mgr Ru- 
lUiN 1868. 18 



— 863 — 

binski sur le catholicisme en Hongrie ; — de Mgr Tévêque d'Orléans 
sur la lutte chrétienne; — du R. P. Hyacinthe sur Téducation des 
classes ouvrières; — de M. Brouwers sur la situation du catholicisme 
en Hollande, etc., etc.; et les rapports de M.Devroye sur l'art chrétien ; 
— de M. Digard sur la question ouvrière ; — de M. Dognée de Villers 
sur le travail des femmes et des enfants ; — de M. V. Jacobs sur le droit 
d'association dans ses rapports avec les intérêts et les libertés catho- 
liques; — de M. CoUinet sur^ renseignement historique dans les col* 
léges ; — de M. de Meeûs sur le crédit de la charité ; — de M. A. Sodar 
sur Tœuvredes apprentis; — de M, F. Despret sur les crèches; — de 
M. Léger sur l'établissement d'une ligue de renseignement primaire 
catholique et libre : — de M. le comte de Limminghe sur les biblio- 
thèques populaires ; — de M. Ch. Weste sur les conférences popu* 
laires; — de M. Neut sur la franc-maçonnerie, etc. etc... 

Ces différents sujets, et beaucoup d'autres travaux qui ont occupé le 
troisième congrès de Malines, sont rangés sous cinq chefs principaux ou 
sections : œuvres religieuses , économie chrétienne ^ éducation et in^^ 
atruclion chrétiennes, art chrétien, et enfin défense des intérêts et 
libertés catholiques , presse, associations. Quant à la manière dont ils 
ont été traités, nous renvoyons au compte rendu lui-même, sans in- 
sister sur l'élévation des idées, la science et le talent qui ont imprimé 
à cette réunion des hommes les plus dévoués à la cause de l'Église, 
son caractère et sa portée. 

La seconde partie du volume présente sous ce titre : séances des sec- 
tions, l'ensemble des différents travaux, rapports et discussions des co- 
mités particuliers. Cette partie qui fait connidtre les détails intimes, 
l'élaboration et la constitution des œuvres, n'est pas la moins intéres- 
sante; nous avons surtout remarqué les débats et opérations des sec- 
tiens II, Économie chrétienne, et iv, Art chrétien. Enfin l'ouvrage se 
termine par un appendice contenant des notices et rapports sur les 
différentes œuvres catholiques en Belgique ; il nous paraît regrettable 
que cet appendice ne soit pas complété par les mêmes renseignements 
sur l'état des œuvres catholiques en France, en Angleterre, en Amé- 
rique, et dans les différentes nations de la catholicité. 

F. dbRoqtjefeuel. 



— 363 — 

Xrcdté» de pcilai et de comnierce» et documentu dlirerA con- 
. cernant lea relations des etirétlena avec les Arabes de 
l'Afk*lque septentrionale au moyen âge» recueillis par ordre 
de TEmperear et publiés, avec une Introduction historique, par M. L. de 
MASLATfiiE> chef de section aux archives de l'empire, sous-directeur des 
études à l'école impériale des Charles. Paris, H. Plon^ 1868. 1 vol. in-4 
de ixTm-342-403 pages. — Prix : 30 fr. 

Les publications relatives à l'histoire du commerce se multiplient 
depuis quelque temps. L ouvrage de M. Bourquelot sur les foires de 
Champagne, celui de M. Germain sur le commerce de Montpellier, 
quelques années auparavant celui de M. Port sur le commerce de Nar- 
bonne, ont montré quel riche filon il y a là à exploiter et quel intérêt 
présente cet aspect si mal connu de la société du moyen âge. 

Le recueil que M. de Maslatrie vient de mettre au jour n'est pas 
seulement à ce point de vue digne d'attention. On y trouve réunis la 
plupart des documents que nous possédons sur la destruction graduelle 
des Églises chrétiennes d'Afrique. Je ne pourrais entrer dans le détail 
des questions d'histoire politique éclaircies par certaines pièces. Citons, 
par exemple, celles qui constatent les inquiétudes occasionnées aux Vé- 
nitiens^ pendant la première année du xvv siècle, par les progrès de la 
puissance portugaise dans les Indes. On y voit le conseil des Dix en- 
gager le sultan à fournir des troupes et des navires aux rois de Calîcut, 
Cochin et Bombaye, et à représenter à ces princes que le salut de leur 
couronne dépendait de Téloignement des Portugais. 

L'introduction met en lumière tous les faits les plus importants que 
les documents établissent. Ces documents sont au nombre de 173; le 
plus ancien date de 1053, le plus récent de 1540; savoir: lettres des 
papes, 21 (1058-1612); pièces concernant Pise, 17 (1133-1397) ; —la 
France, 11 (113&-1482) ; — Gênes, 22 (1156-1465); — les Deux-Si- 
dles, 28 (1180-1479); — Majorque, 6 (1230-1339); —Venise, 29 (1231- 
1540); — l'Aragon, 34 (1^7-1512); —Florence, 4 (1363-1445): enfin 
Piombino, 1 (1414). 

Une partie notable de ces pièces était inédite. On regrettera que 
celles qui ont rapport à la France ne soient pas plus nombreuses. Si 
j avais su que la publication de M. de Maslatrie devait dépasser Tan- 
née 1453 et non-seulement épuiser le xv* siècle, mais entamer le xvi*^ 
j'aurais signalé à Tauteur la lettre suivante, dont copie est conservée 
dans un registre provenant de la bibliothèque de François Pithou : 

Littcre dirigende regibus de Tunetis, Armanie, Bugîe, de Fex et de Oren. 
Et nota qu*il en fouit à chacun une qui sont cinq. 

Earolus, Dei gratia Franoorum rex, Berenissimo prinoipi régi Tunentis salntem ad 
rere Xrlsti religiouia oognitionem. Cum plus altissimus soa démenti gracia mundi re^ 



— 264 — 

gioncs plnrigenis ad haïuansô nature subsidium dotaverit adminioulis, quorum mutua 
morcium yicissitudine totius orbis oompago solet opitulari : igitar, ut subditi noatri 
valcaut ipsorum juvamine suffragari, galeacias et navigia nostra do proximo versus 
orientis et vestrarum meridiei fiues, summo ducente domino, tractu mercantuli duximus 
transfretandum. Quaproptur preoamus tob, magnoporeque rogamus, quateuus ipsas 
cum personis in ipsis navigantibus sub tuto saivi conductus guidatido, veluti vostra, 
si contigerit ad nostras transmeare regiones, favorabiliter et mite pertractare velitis, 
in iis nobis complacituri... Datum... 

Après avoir attribué cette lettre à Charles VII dans ses Archivée 
historiques de l'Aube(^, 83), M. Vallet de Viriville a reconnu, dans 
son Histoire de Charles Vil (t. III, p. 441), qu'elle émanait de 
Charles VIIl. Ce document diplomatique, adressé entre les années 
1483 et 1498 aux rois de Tunis, d'Arménie, de Bougie, de Fez et d'Oran, 
avait sa place marquée à la suite des dépêches par lesquelles, vers 
1482, Louis XI recommanda aux rois de Bone et de Tunis les intérêts 
commerciaux de ses sujets de Provence. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



Ijeçons élémentaires de Cliliiile moderne» par M. Â. Wobiz, 
doyen de la faculté de médecine. Paris^ Victor Masson, 1868. In-18 jésus 
de 574 p. — Prix : 7 fr. 

Bf anuel de Chimie théorique et pratique de W. Odung^ traduit 
par M. Edmond Willm. Première partie : Métalloïdes, Paris, Victor Masson, 
1868. In-8. — Prix : 8 fr. 

Dans renseignement classique de la chimie, l'université a adopté la 
nomenclature et la notation dites dualistiques^ mises en honneur par 
les BerthoUet, les Thenard et les Dumas. 

La théorie dite unitaire ^ dont les premiers champions furent Laurant 
et Gerhardt, en France, a été adoptée avec empressement en Angle- 
terre et en Allemagne ; les formes nouvelles d'écriture et de langage 
entrent de plus en plus dans les habitudes des chimistes français, et 
surtout à cause de la simplicité qu'elles apportent dans l'étude de la 
chimie organique. Aujourd'hui M. Wurtz, le principal représentant 
des idées unitaires, étant doyen de la faculté de médecine de Paris, ces 
idées s'introduiront nécessairement dans l'enseignement des facultés, 
et de là dans celui des écoles préparatoires et des lycées. Les livres 
qui réunissent les nouvelles idées à l'enseignement classique sont donc 
à l'ordre du jour. La maison Y. Masson en édite deux à la fois : un 
ouvrage élémentaire, évidemment destiné à devenir le livre classique 
des étudiants en médecine, et le premier volume d'un manuel plus 
complet traduit de l'ouvrage d'un professeur distingué de Londres, 
M, W. Odling. 



— 265 — 

Le premier de ces ouvrages est dû à M. Wurtz lui-même, le chef de 
récole; c'est un volume' in-18 jésus de 570 pages, avec figures dans 
le texte, qui présente d'une manière claire et précise les notions élé- 
mentaires de chimie à peu près dans les limites des cours de l'année de 
mathématiques élémentaires des lycées, mais qui les complète par un 
résumé assez étendu (180 pages) de la chimie organique, aujourd'hui 
retranchée de l'enseignement classique. Ce livre est évidemment appelé 
à un grand succès. 

La traduction du manuel de M. Odling est due à M. Edmond Willm, 
chef des travaux chimiques à la faculté de médecine ; elle a donc été 
faite sous le patronage de M. Wurtz, et vient compléter le livre élé- 
mentaire pour les étudiants qui veuleut sérieusement s'adonner à 
Tétude de la chimie; les faits y sont nombreux, nettement présentés, 
bien coordonnés, mais sans détails pratiques. L'ouvrage s'adresse 
aux personnes habituées aux réactions chimiques, et bien au courant 
des théories élémentaires. Le volume paru traite des métalloïdes ; la 
séparation habituelle de la chimie inorganique n'y est pas observée, ce 
qui rend plus facile des rapprochements très-intéressants. Ce sera un 
livre précieux pour la jeunesse qui fréquente les nombreux laboratoires 
de chimie existant à Paris. 

A. DUPAIGNE. 



Ktude descriptive tliéorlcpie et eiKpérlmeiitale sur les mé- 
téorites, par M. Stanislas Meunier. Paris, au bureau du Cosmos, In-8° 
de 186 pages. — Prix 7 fr. 50. 

M. Stanislas Meunier, aide naturaliste de géologie au Muséum et 
secrétaire de la rédaction du Cosmos^ publie un travail étendu et con- 
sciencieux sur les aérolithes ou pierres tombées du ciel. Il étudie succes- 
sivement les phénomènes lumineux qui accompagnent ces chutes de 
pierres, donne une description précise et détaillée des échantillons de 
diverses natures conservés dans la collection et naturellement surtout 
dans celles du Muséum, en discute les diverses classifications, présente 
leur composition chimique, examine les diverses hypothèses proposées 
pour les expliquer, enfin raconte d'une manière très-intéressante com- 
ment les savants du xvra** siècle, regardant à priori comme absurde et 
superstitieuse la croyance aux pierres tombées du ciel, ne crurent, 
comme S. Thomas, qu'après avoir vu. Un catalogue de toutes les 
chutes de pierres depuis l'antiquité jusqu'à nos jours termine ce volume, 
dont nous recommandons la lecture à tous les amis des sciences natu- 
relles. 

A. DUPAIGNE, 



— 360 — 



I 



BELLES-LETTRES 

Morte d'il^rthur s Sir Thomas Malory ; book'ofking Arthur, andofhis noble 
knights of the Round Table. The original édition of Caxton revised fop modra 
use, with an Introduclion by sir Edward Strachey. London and Oxford, 
Macmillan, 4868. In-8. — Prix : 4 fr. 20. 

M. Macmillan, l'éditeup intelligent et actif de tant d'excellents 
ouvrages, vient de publier à trës^bon marché, dans un format à la fois 
élégant et commode, le fameux roman de sir Thomas Malory, intitulé 
la Morte (T Arthur. Félicitons les jeunes gens qui n'ont pas encore fait 
connaissance avec le vieux roi breton , ses compagnons et ses frères 
d'armes, de ce qu'ils vont enfin pouvoir s'extasier sur les merveilleux 
exploits des héros de la Table Ronde, dans un in-octavo portatif, 
consciencieusement annoté, et, ce qu'il ne faut pas oublier, expurgé çà 
et là ad usum juventutis. Félicitons les nombreux admirateurs de 
sir Thomas Malory du prétexte que M. Macmillan leur donne de relire 
une fois de plus leur auteur favori. Je ne me lancerai pas ici, à propos 
du roi Arthur, dans une dissertation sur les origines des romans et 
sur l'institution de la chevalerie. Je ne prouverai pas pour la cen- 
tième fois que les travaux d'Hercule nous rappellent assez bien les 
exploits des douze pairs de Charlemagne, et que la poursuite de 
Gwion le Petit par Céridwen, telle que le barde Taliesin nous la 
raconte^ est la contre-partie d'un incident dans l'histoire du second 
Calender des mille et une nuits; je me bornerai à dire que la Morte 
d'Arthur est une compilation faite par sir Thomas Malory de diffé- 
rentes histoires tirées du cycle des romans de la Table Ronde ; l'ou- 
vrage consiste en 107 chapitres distribués en 21 livres, et il a été 
imprimé pour la première fois par le célèbre Caxton, et pour la se- 
conde fois par Wynkyn de Worde. Parmi les différentes sources que 
sir Thomas Malory a mises à contribution, il faut citer principalement 
Tristan, Perceval et le saint Graal ; on ne saurait décider si le rapsode 
anglais a travaillé lui-même sur les textes originaux ou s'il s'est borné 
à traduire un abrégé déjà fait en français. La question a d'ailleui-s fort 
peu d'importance; car le brave chevalier ne prétend en aucune manière 
passer pour un auteur dans la stricte acception du terme; on voit qu'il 
a plus d'une fois changé soit Tordre des incidents, soit les incidents 
eux-mêmes, et il y a probablement ajouté des épisodes de son crû. A 
la distance où nous sommes, il est difl5cile aussi de déterminer avec 
quelque certitude si sir Thomas Malory a eu à sa disposition des docu- 
ments maintenant perdus ; mais c'est là un problème méritant peu qu'on 
s'y arrête, et les lecteurs qui tiendraient à s'édifier sur ce sujet feront 



— 267 — 

bien de lire la préface composée par le poëte anglais Southey pour 
l'édition publiée 9n 1817. 

Le charme que Ton éprouve en lisant la Morte d'Arthur^ tient à 
ce que le compilateur n'a pas essayé de peindre des mœurs trop éloignées 
de nous, et qui, par conséquent, ne nous inspireraient que peu de 
sympathie. Au lieu de nous décrire les anciens Celtes et leurs luttes 
contre les Saxons, il nous transporte au milieu de la chevalerie nor- 
mande, et évoque les contemporains du roi Henri II. II ne faut donc 
pas attacher à Toeuvre dont je parle ici la moindre valeur historique. 
Le véritable roi Arthur, qui battit les Saxons dans douze batailles 
rangées et qui fut enterré dans l'abbaye de Glastonbury, s'il faut en 
croire Giraldus Cambrensis, ne ressemble en aucune façon au merveil- 
leux fils d'Uther Pendragon, le fondateur de l'ordre de la Table-Ronde, 
et le héros de la chronique de Geoifroi de Monmouth. Mais, à ne consi- 
dérer même que le point de vue pratique, n'y a-t-il vraiment aucun 
profit à tirer de la lecture des vieux romanciers t Qui serait assez osé 
pour l'affirmer? Quant à moi, je ne craindrai pas d'avouer hardiment 
ici qu'on peut en apprendre davantage sur les mœurs et coutumes de 
rOrient en Usant les Mille et une Nuits qu'en étudiant tel ou tel livre 
écrit ex professa sur ce sujet ; et je serai fort disposé à croire, par ana- 
logie,que la Morte d* Arthur n'est pas ce qu'un vain peuple pense, c'est- 
à-dire un amas de contes faits à plaisir, et destinés tout bonnement à 
amuser les oisifs. Les admirateurs du poëte Tennyson, les nombreux lec- 
teurs des Idylles du Roi, aimer ont à voir dans les pages un peu gothiques 
mais si naïves, du vieux sir Thomas Maloiy, les légendes originales 
que Gustave Doré a illustrées de son crayon habile. Voilà l'enchanteur 
Merlin, sir Tristram et la belle Iseult, sir Galahad « sans peur et sans 
reproche » comme notre Bajrard, à nous î Quel est le chevalier qui 
découvrira le premier le saint Graal î à qui reviendra l'honneur d'accom- 
plir le siège périlleux! Place à sir Bors, sir Perceval, sir Hector! 
Place à sir Lancelot du Lac et à la belle Guinevèrel Nous voyons se 
développer devant nous tout un monde charmant et poétique ; et sur ces 
limites où Layamon et Geoifroi de Monmouth donnent la main à 
sir Thomas Malory, il serait difficile de dire où commence la vérité, où 
s'arrête la fiction. 

Chose singulière ! les anciennes légendes d'Angleterre qui forment 
le fonds des romans de la Table Ronde nous rappellent un autre 
ouvrage bien célèbre aussi , et dont MM. de Circourt et de Puymaigre 
viennent de publier chez l'éditeur Victor Palmé une excellente traduc- 
tion. Je veux parler du Victorial, bien connu en espagnol sous le nom 
de la Cronica del conde don Pero Nina, et qui était destiné à former 
comme un manuel d'éducation, une espèce de traité des études à l'u- 
sage des jeunes chevaliers. L'auteur de ce livre a inséré dans son travail 



— 268 — 

de longs extraits de la Chronique de Geoffroi de Monmouth , arrangés par 
lui et offrant avec le texte bien connu des diflérences très-curieuses, 
et qui donneraient à supposer lexistence, dans un temps fort éloigné, 
de manuscrits contenant des variantes qu'il est impossible de retrouver 
aujourd'hui. « Ne croyez pas à Merlin, » nous dit Tannaliste ; « il a 
été trompé par le diable en personne , et s'il lui est arrivé de dire 
quelquefois des choses véritables , la plupart de ses prophéties ont 
été de pures supercheries. C'est, ma foi, faire preuve d'un scepticisme 
bien singulier, pour un homme qui nous raconte carrément comme 
récits véridiques des légendes tirées des bestiaires et autres traités 
d'histoire naturelle du moyen âge ; un auteur qui adopte de confiance 
les narrations de Vincent de Beauvais et des évangiles apocryphes. 

Mais il est temps de finir. Je suis bien aise de voir que sir Tho- 
mas Malory, dans ce xix« siècle, a retrouvé la popularité dont il jouis- 
sait autrefois. Outre l'édition de \à.Morte d'Arthur publiée par M.Mac- 
millan, il vient d'en paraître deux autres d'un prix plus élevé et qui 
s'adressent, non pas exclusivement à la jeunesse, mais aux érudits et 

aux littérateurs de profession. 

Gustave Masson. 



Eng^llsh Reprints* I. John Milton's Areopagiiica. — II. Sermon on the 
Ploughers, by Hugh Latimer, bishop of Worcester. — III. The School of 
Abuse, by Stephen Gosson. — IV. An Apologie for Poetrie, by sir Philîp 
SiDNEY. — V. E. Wbbbe's Travailes, London, Murray.— Prix : 60 cent, chaque 
livraison. 

La mode en ce moment est aux réimpressions. Il y a ce qu'on appelle 
the Early Sext Society qui a déjà fait ses preuves, et qui est en pldne 
voie de prospérité. Nous avons une société spéciale pour la réédition des 
ouvrages de Chaucer ; enfin on parle d'une association destinée à im- 
mortaliser le nom et les travaux de Guillaume Caxton, le célèbre typo- 
graphe anglais. Aujourd'hui il s'agit de jeter un coup d'ail sur une 
série de petits livrets bien imprimés sur d'excellent papier, mais sans 
luxe aucun, et destinés tout simplement aux étudiants. Les English 
Reprints (c'est là le titre de la collection entreprise par M. Murray) 
comprennent déjà cinq livraisons, et on annonce comme devant en faire 
partie le fameux Euphues, ce manuel de la préciosité anglaise, la tra- 
duction du Tasse parFairfax, etc., etc. Une courte notice biographique 
et bibliographique, des notes réduites au strict nécessaire, accompa- 
gnent chaque volume ; l'éditeur s'est proposé de donner à la jeunesse 
studieuse des manuels d'un usage commode, et il a par conséquent 
rejeté sévèrement tout ce qui sentait l'érudition minutieuse. D a très- 



— 269 — 

bîen fait. Parmi les ouvrages déjà parus, je citerai plus spécialement 
Y Apologie for poetrie composée, en 1595, par sir Philip Sidney, à 
cause des rapprochements fort curieux qu'elle nous suggère avec cer- 
tains traités sur la poétique écrits au point de vue classique, et qui 
nous sont familiers^ à nous autres Français. On sait ce que les jansé- 
nistes de Port-Royal pensaient du théâtre et des comédiens. Il y a eu des 
jansénistes en Angleterre; c'étaient les puritains, et pour eux la 
poésie semblait une véritable invention du diable. Un ancien auteur 
dramatique, nommé Stephen Grosson, qui avait acquis quelque réputa- 
tion dans son art, se sentit un beau jour frappé de remords, et aban- 
donnant les planches pour la chaire, il se crut obligé en conscience à 
brûler sous les yeux du public ses anciennes idoles. En 1579 donc, il 
fit paraître un pamphlet intitulé the School of abuse qu'il dédia à sir 
"^Lilip Sidney, comme à celui sans doute qui avait le plus besoin 
d'être amené à résipiscence. Cette diatribe, suivie bientôt d'un second 
morceau du même genre, produisit une sensation extraordinaire, et fut 
comme le signal d'ime bordée de brochures, d'épigrammes, de satires, de 
répliques pour ou contre. Les acteurs, par manière de vengeance, s'a- 
visèrent d'un procédé assez brulesque : ils jouèrent les pièces de leur 
ancien camarade, et le pauvre Grosson se vit, bien malgré lui^ applaudi 
sur la scène tandis qu'on le laissait prêcher dans le désert. M. Murray 
a eu l'excellente idée de publier la brochure de l'ex-comédien en même 
temps que la réponse de sir Philip Sidney; on a donc entre les mains 
les conclusions des deux adversaires. U Apologie for poetrie n'est pas, 
cependant, un ouvrage de circonstance ; c'est, comme nous l'avons déjà 
dit, un écrit exprofesso sur l'art poétique, et notre auteur s'y montre le 
digne précurseur de Boileau. Il prend d'abord le nom de poëte, selon 
Tacception que lui donnaient les Grecs, et n'admet pas que l'on soit né- 
cessairement digne de ce nom parce que l'on écrit en vers. Aux yeux 
de sir Philip Sidney, Télémaque, Robinson Crusoé, les Martyrs, 
Notre-Dame de Paris auraient été de véritables poëmes, et il dit de la 
Cyropédie de Xénophon que c'est un poëme accompli. Bref, tout ou- 
vrage d'imagination appartient à cette catégorie. Les tragédies et les 
comédies du temps méritent certainement qu'on les critique : car, s'écrie 
sir Philip, si Ton excepte la pièce de Gorboduck, elles n'observent 
pas les règles posées par Aristote. Encore y a-t-il bien à reprendre 
même dans ce fameux drame; en effet l'unité de temps et l'unité de 
lieu y sont peu respectées. Que dire des autres œuvres théâtrales, où 
l'on voit à droite l'Asie et à gauche l'Afrique; sans compter une telle 
quantité de royaumes subalternes que l'acteur, lorsqu'il entre en scène, 
est obligé d'annoncer au public dans quel endroit il est, sans quoi on 
ne comprendrait rien à l'intrigue de la pièce? Il est curieux de trouver 
chez un contemporain de Shakespeare ce respect des traditions soi-Kli-. 



— 970 — 

gant classiques, et on n'aurait jamais soupçonné à priori sir Philip 
Sidney capable de devancer l'abbé d'Aubignac. Son petit traité est, 
nous le répétons, fort intéressant, et les appr^iations qui s'y trouvent 
à chaque pas lui donnent le plus grand prix comme monument d'his- 
toire littéraire. 

Gustave Masson. 



HISTOIRE 

E«ettrea et négociation» de Philippe de Conunlnea. publiées 
avec un commentaire historique et biographique, par M. le baron Kervïn 
DE Lettenhove. Bruxelles, Victor Devaux etC'*, 1868. 2 vol. in-8 de 342 et 
311 pages. — Prix : 12 fr. 

L'intérêt qui s'attache à Philippe de Commines est double. D'une 
part, en effet, le seigneur d'Argenton a été l'un des conseillers les plus 
aimés et les plus écoutés de Louis XI^ il a pris part aux intrigues qui 
marquèrent le début du règne de Charles VIII, il a ensuite servi ce 
prince en d'importantes conjonctures, enfin il a encore été mêlé à la 
politique durant les premièrers années du règne de Louis XII. D'autre 
part, ses mémoires lui ont mérité une réputation d'historien et d'écri- 
vain qui a mieux valu pour sa gloire, que toutes les intrigues, plus [ou 
moins avouables , auxquelles il fut mêlé. Une publication relative à 
Commines est donc utile tout ensemble, et à l'histoire littéraire, et à 
l'histoire politique de notre pays. 

Bien qu'on doive retrouver dans les Lettres de Commines les qualités 
de style qui ont fait le succès de ses Mémoires, c'est surtout à Com- 
mines, homme politique, que se rapporte la publication de M.Kervyn de 
Lettenhove. Elle a pour but, si je ne me trompe, d'éclairer d'une lueur 
plus vive les événements auxquels Commines a pris part, au moins 
autant que de nous fournir des matériaux pour une biographie de ce 
personnage. On pouvait concevoir cette publication de deux façons. 
M. Kervyn pouvait publier les documents nouveaux qu'il a recueillis 
en ajoutant aux textes des notes explicatives. C'est la méthode suivie 
par M. Quicherat pour les Procès de la PucelU, Je ne crois pas que les 
historiens aient eu à s'en plaindre. Il pouvait encore nous donner une 
Histoire de Commines où il aurait mis en œuvre, avec les anciens docu- 
ments, ceux que lui ont fournis d'importantes collections, notamment les 
archives de Milan et de Florence. Le texte de ces pièces inédites aurait 
alors fourni la matière d'un excellent appendice. M. Kervyn a préféré 
suivre un système intermédiaire. Il a intercalé le texte des pièces, soit 
inédites, soit déjà publiées, qu'il désirait reproduire, dans un rédt qui 



— 271 — 

est tantôt très-dé veloppé, et tantôt ne consiste qu'en quelques lignes 
de transition. Les faits et les pièces relatifs à Commines sont donc 
distribués en douze chapitres, dont voici les titres : Commines au ser- 
vice du duc Charles de Bourgogne ; Défection de Commines ; Commines 
au service de Louis XI; Ambassade de Commines à Florence; Influence 
de Commines pendant les dernières années du règne de Louis XI; 
Commines pendant la minorité de Charles VIII ; Commines rentre en 
faveur près de Charles VIII; Ambassade de Commines à Venise; Suite 
de l'expédition d'Italie ; Dernières années du règne de Charles VIII ; 
Avènement de Louis XII; Mort de Commines. Les pièces publiées 
in extenso sont au nombre de 227, dont 165 sont désignées comme iné* 
dites. Le plan adopté par M, Kervyn Ta conduit à ne donner les pièces 
italiennes que traduites en français. C'est un inconvénient grave. Les 
érudits^ en général, n'aiment pas s'en rapporter à une traduction. 

M, Kervyn a imprimé en tête de son ouvrage un assez médiocre pa- 
négyrique : « Le séjour de Duel pour le trespas de messire^Philippe de 
Commines, seigneur d*Argenton, •• dédié à sa veuve. Les neuf minia- 
tures reproduites d'après le manuscrit sont curieuses. Mais le texte a 
été établi d'une façon bien peu sure. Je lis (p. 23) ; 

Ce que faisant, me fusse contentée 
Et contre toy n'eusse prinse CastiUe. 

J'ouvre Du Cange au mot CastiUe, et je vois qu*il signifie querelle, 
différend. Mettre une grande lettre à ce mot, c'est rendre le vers inin- 
telligible. Je lis encore (p. 25) : 

Bocace qui lonné 

En son livre a maint noble à somme. 

Le vers est faux et la rime n'y est pas. De plus il n'y a pas de sens. 
Il faut évidemment : 

mains nobles atonmé^ 

comme le prouve le vers suivant : 

Par fortune ne leur estant prospère. 

Le style du commentaire historique et biographique me paraît laisser 
aussi quelquefois à désirer. J'y lis que Louis XI avait placé dans les 
armes d'Olivier le Daim « un rameau d'olivier qui devait un jour se 
dessécher au vent patibulaire àd Montfaucon. m Un vent patibulaire! 
Il faut laisser cette façon d'écrire aux disciples de MM . Arsène Houssaye 
et Théophile Gautier. M. Kervyn a déjà rendu par son infatigable ac- 
tivité de réels services à la science. La publication que j'annonce en 
est un nouveau. Je suis loin de la croire parfaite : elle me paraît porter 
la marque d'une regrettable précipitation* Mais enfin elle sera utile. 

Marius Sepbt. 



— 272 — 

Afadame de Pompadour et la cour de Inouïs 1K.V au milieu 
du dlx-huItlème siècle, ouvrage suivi du Catalogue des tableaux ori- 
ginaux, des dessins et miniatures vendus après la mort de madame de Pompa- 
dour, du Catalogue des objets d'art et de curiosité du marquis de Marigny, et de 
Documents entièrement inédits sur le théâtre des Petits Cabinets, avec un por- 
trait gravé d*après le pastel de Latour et le fac-simiie d*uiie lettre, par 
Emile Campabdon. Paris, Henri Pion, 1868. ln-8® cav. de iv-516 p. —Prix : 
8fr. 

Quelque diverses que soient les appréciations sur l'influence de 
Mme de Pompadour, quelque juste que soit la sévérité avec laquelle 
l'histoire a flétri la période de sa faveur et l'époque de ce qu'on pour- 
rait appeler son ministère, il faut reconnaître que vingt années 
du xvHi« siècle ont subi son empreinte, et que de 1745 à 1764, la poli- 
tique, les lettres et les arts ont plus ou moins reçu son impulsion. 
M. Campardon prend Mme de Pompadour au berceau; il nous montre 
l'éducation paternelle la prédestinant au rôle de favorite qu'elle ambi- 
tionne, qu'elle sollicite et auquel elle se prépare. A partir de 1746, elle 
devient ouvertement la maîtresse du roi , et dès ce moment sa vie est tel- 
lement liée aux affaires de la cour, que sa biographie est un tableau de 
l'histoire de Versailles, et, il faut bien le dire, un chapitre de l'histoire 
de France. 

Nous ne pouvons suivre l'auteur dans tous les détails qu'il donnez- 
nous dirons seulement qu'il a patiemment dépouillé tous les témoi- 
gnages contemporains, les nombreux mémoires, les documents de 
toute sorte, et qu'il en donne un résumé aussi complet, aussi substantiel 
que possible, entremêlé d'abondantes citations. La part que prit 
Mme de Pompadour à la vie de la cour et à la direction des lettres et des 
arts est étudiée avec soin. Nous avons pourtant ici une petite réserve à 
faire : M. Campardon est-il bien sûr que Mme de Pompadour, qui pra- 
tiqua la gravure à l'eau-forte, ait jamais gravé sur pierre fine, surtout à 
l'aide de la pointe et du burin (p. 283) ? Quand à la place qu'elle occupa 
dans la politique, au grand détriment des intérêts de la France, l'au- 
teur nous semble ne l'avoir pas fait suffisamment ressortir. 

Un des attraits de son livre consiste dans la reproduction du catalogue 
des tableaux et estampes de Mme de Pompadour vendus après son 
décès, et du catalogue de difflérents objets de curiosité dans les sciences 
et les arts vendus après le décès du marquis de Marigny, son frère et 
seul héritier, qui avait recueilli un grand nombre d'objets d'art lui ayant 
appartenu. Deux lapsuè typographiques y font donner à Restout le 
nom de Restout et à Jean-Bapiiste-Siméon Chardin le prénom de 
Sébastien. Ces légères erreurs se trouvent sans doute dans l'édition ori- 
ginale, mais les contemporains ont seul le droit d'écorcher leurs propres 
noms. 



— 273 — 

On connaît depuis longtemps par des reproductions figurées les cos- 
tumes de théâtre du xvin* siècle. Depuis Gillot et Watteau, qui ont 
dépeint la comédie italienne, jusqu'à Boquet, dessinateur de l'Opéra, qui 
fournissait des travestissements pour les fêtes de Marie-Antoinette, les 
costumes des grands acteurs dans leurs rôles les plus importants nous 
ont été conservés. Mais combien il est intéressant de rapprocher ces 
images de textes descriptifs. M. Campardon a donc rendu im véritable 
service à l'histoire du costume, en publiant de nombreux documents 
sur le théâtre de Versailles, à savoir les mémoires du tailleur, du cos- 
tumier, du coiffeur et des inventaires de tout le matériel d'un théâti'e. 
Il nous fdit aussi pénétrer dans les coulisses du théâtre des Petits 
Cabinets, invisibles aux contemporains et jusque dans les loges de 
ces acteurs grands seigneurs que nous voyons débiter leurs rôles 
au milieu des accessoires de la scène, et manier « des houlettes de 
carton, des tridents de Neptune, des arcs d'Indien, des faux du Temps, 
des chaînes de fer-blanc et des poignées de serpents à ressort* » 

L'éditeur a placé en tête du livre le portrait de Mme de Pompadour, 
d'après le pastel du Louvre. Il est regrettable qu'il n'ait pas été mieux 
secondé par le graveur. 

L. COURAJOD, 



Ija Révolution et l'Empire» élude d'histoire contemporaine y par le 
vicomte de Mbaux. 2^" édition. Paris, Didier, 1868. In-i2 de y-480 p. — 
Prix : 3 fr. 

Ce livre, dont nous annonçons aujourd'hui la seconde édition, a déjà 
obtenu un légitime succès. M. de Meaux envisage la Révolution et 
l'Empire en historien , en politique et en philosophe; à ces événements 
inouïs dans les annales des peuples, il a demandé les enseignements 
dont ils sont remplis; de ces problèmes si récemment posés, et non 
encore résolus, il a cherché à tirer les conclusions. Dans une étude de 
si haute importance, des maîtres ont ouvert la voie; mais, sur la Révo- 
lution et sur l'Empire, qui pourrait dire que M. Thiers a tout raconté 
et que M. de Toqueville a tout jugéî Chaque jour des travaux nou- 
veaux attestent que dans ce champ d'études l'horizon est immense. 
M. de Meaux a donc eu raison de suivre le sillon ouvert devant notre 
génération par celle qui la précède. D'ailleurs, plus nous nous éloi- 
gnons des événements, plus nous nous approchons du point où doit se 
trouver la mesure équitable du jugement. La philosophie de la révolu- 
tion est donc presque tout entière à faire. M. de Meaux a rassemblé de 
nombreux matériaux pour les travaux futurs. Avec lui nous passons en 
revue d'abord cet ancien régime si mal connu, si calomnié, et sur lequel, 



— 274 — 

après M. de Tocqueville, l'auteur jette des aperçus nouveaux et lumi- 
neux. Puis, dans le mouvement de 89, il importe de démêler ce qui 
forme le sentiment vraiment consenti et unanime de la France, et ce 
qui lui est imposé par une faction violente, masquant sa haine et son 
délire sous la couleur de la volonté nationale. M. de Meaux fait ce 
triage, en traversant rapidement l'Assemblée constituante, la Conven- 
tion, le Directoire^ l'Empire. Il nous fait saisir la complication qu'im- 
priment tour à tour à ce grand drame les résistances de la royauté^ de 
la guerre civile, de l'émigration, de la coalisation. Il nous montre enfin 
la Terreur, un moment plus forte que toutes ces forces conjurées, mais 
s'abîmant elle-même à son tour dans ses propres excès. 

Le caractère philosophique d'un pareil livre excluait le récit pro- 
prement dit; les faits ne devaient donc occuper qu'une place secon- 
daire. Cependant ils nous semblent peut-être trop souvent relégués 
dans des notes, de façon à diviser l'unité du travail, qui demandenût 
la pénétration réciproque des faits et des jugements. Quoi qu'il en soit, 
les faits que l'auteur a cru devoir choisir, le sont assez bien pour donner 
à ses appréciations le point d'appui qui en consacre l'autorité. 

Nous avons remarqué dans la partie relative à l'ancien régime des 
développements nouveaux sur les considérations, parfois trop som- 
maires, de M. de Toqueville; mais nous aurions voulu voir se dessiner 
encore davantage cette grande thèse, que l'ancien régime a péri bien 
plus pour les abus introduits dans tous ses rouages que pour le 
fonctionnement régulier de son mécanisme, et que toutes les aspi- 
rations légitimes de la révolution française existaient dans la nation 
avant qu'elle se fût déchirée de ses propres mains^ et qu'elle eût rendu 
ses efforts impuissants en se tournant contre elle-même et en divisant 
ses forces dans une lutte sanglante. 

L'attitude équivoque de l'assemblée constituante en présence du vrai 
peuple aussi bien que des misérables qui en usurpent le nom, s'é- 
clairerait à être placée dans une plus complète lumière : M. de Meaux 
nous paraît avoir trop redouté d'aborder franchement ce sujet déiicat. 
N'était-ce pas cependant le point où devaient se porter surtout ses 
efforts 1 Sa tâche est plus facile, et il semble se mouvoir plus à Taise 
lorsqu'il aborde la Terreur, la Convention, et le Directoire. Nous n'a- 
vancerons dans l'intelligence vraiment profitable de la révolution que 
quand nous aurons le courage de juger plus impartialement ses pre-* 
mières heures. M. de Meaux est de ceux qui ne reculent pas devant ce 
courage ; ses jugements sur l'origine du mouvement révolutionnaire sont 
fermes et sages. Il sait démêler ce qu'il faut blâmer et ce qu'il faut 
approuver. Mais, voulant être impartial, n'estai pas quelquefois trop 
indulgent i 

La seconde partie du livre intitulée : VEmpirt, présente un procédé 



— 275 — 

et les résultats d'une élaboration très-différente de la première partie. 
Il abandonne la naéthode philosophique que son titre semblait de- 
voir lui imposer pour toute Tétendue de son travail, afin de nous con- 
duire à un récit tout à fait épisodique, celui des démêlés de Tempire 
avec l'Église. M. de Meaux nous dit avec raison que l'histoire reli- 
gieuse de l'Empire est à faire; c'est une des faces de cette histoire 
qu'il nous prés*^nte dans des pages d'ailleurs fort intéressantes. Mais 
l'attrait de ce récit ne nous empêche pas de regretter le défaut d'unité 
dans la conception générale de son livre. Pour leur donner place dans 
ce volume unique, il a dû abréger les considérations philosophiques 
qui se pressaient sous sa plume à travers ces années mémorables de 
1800 à 1815 : nous le regrettons encore une fois, en songeant à ce que 
le penseur a perdu en s'effaçant devant l'historien ; cependant, on 
ne saurait le méconnaître, ces démêlés entre l'empire et la cour de 
Rome offrent un saisissant intérêt. Us complètent cet enseignement 
qui ressort du premier empire; à quelque point de vue qu'on se place, 
quand on étudie sous son vrai jour la période des 15 premières 
années de ce siècle^ on voit ce que sont devenues^ soùs la m€iin de 
Napoléon, la vie morale de la France et de l'Europe^ la liberté civile, 
et la foi religieuse. 

Citons en terminant ces dernières lignes de l'ouvrage, qui résument 
toute la pensée de M. de Meaux : ** Au sein de la redoutable et puis- 
sante unité formée par la vieille monarchie, la Révolution a définitive- 
ment aboli le privilège et rendu la liberté nécessaire , mais sans la 
fonder. L'Empire a construit la charpente et le mécanisme de la société 
nouvelle, mais sans y répandre le souffle de vie. Dans ce grand corps la 
maison de Bourbon a fait rentrer l'âme, elle a introduit ce qui compose 
et nourrit l'esprit des sociétés, comme des hommes, la tradition et l'in- 
dépendance, la mémoire et le libre arbitre. Mais elle n'est pas parvenue 
à mettre promptement en harmonie ces deux principes de vie ramenés 
ensemble et soudain parmi nous. De leur conflit sont issus et ses revers 
et notre long ébranlement, de leur accord aujourd'hui comme hier dé- 
pend notre avenir. » 

* A. DE RiCHBCOUB. 



Ef^C^llse du Mans durant la Ré^ToluUon* Mémoires sur lapersécu^ 
lion religieuse à la fin du xviu« siècle, complément de V Histoire de l'Eglise du 
Mans, par le R. P. Dom Paul Piolin, bénédictin de la Congrégation de 
France. Tom, I". Le Mans, Leguicheux-Gallienne, 1868, In-8« de xxiv-oi6 p. 
— Prix : 6 fr. 

Dom Piolin poursuit son grand travail sur PEglise du Mans ; aux 
six volumes qu'il a déjà donnés et qui s'arrêtent à la Révolution, il va 



— 276 — 

en ajouter quatre autres, dont le premier vient de paraître. Il y aura 
assurément de la disproportion entre les deux parties de cette histoire; 
mais les événements qui ont marqué la fin du siècle dernier sont trop 
rapprochés de nous, trop graves par leurs conséquences^ que nous 
subissons encore, trop souvent défigurés, tronqués, et présentés sous 
un faux jour, pour ne pas exiger une attention particulière et des 
éclaircissements développés. L'auteur n'embrasse pas dans son sujet 
toutes les phases de la Révolution ; il l'étudié au point de vue de la 
lutte qui, dès les premiers jours, s'est engagée contre la religion. Dans 
la préface, il s'attache éprouver que ce ne fut pas l'esprit de réforme qui 
prévalut dès le commencement^ mais l'esprit révolutionnaire, caractérisé 
par la haine du christianisme et la violence binitale de destruction. Les 
quatre livres qui suivent vont de la convocation des états généraux 
à la déportation du clergé catholique, de janvier 1789 à août 1792. 

Ce volume est trop plein de faits pour qu'il soit possible de l'ana- 
lyser. Pour en faire connaître l'importance et l'intérêt^ il suffira de 
signaler les principaux points, ou du moins les conséquences qui sem* 
blent résulter de l'ensemble : l'absence du désir de réformes chez les 
populations rurales, la coopération des gens de robe au mouvement 
révolutionnaire, la disposition de la noblesse et du clergé à faire au 
tiers état tous les sacrifices nécessaires au bonheur de la nation, des 
scandales qui se produisirent dans l'assemblée du clergé et donnèrent 
des armes aux ennemis de la religion, des actes de cruauté sauvage 
qui expliquent et au besoin pourraient justifier l'émigration. Dom 
Piolin raconte avec détail les troubles excités dans le Maine par les 
lois contre le clergé^ et particulièrement par la constitution civile ; il 
montre la part considérable du jansénisme et du gallicanisme dans le 
schisme constitutionnel , et fait ressortir la belle conduite des prêtres^ 
qui restèrent en grande majorité unis à leur vénérable évêque Mgr de 
Joufiroy-Gronsans, et la dignité du clergé à l'assemblée constituante 
lors du serment à la constitution, dignité qui arracha à Mirabeau ce 
bel éloge : « Ce clergé, qu'on a pu dépouiller de ses biens, a su con- 
server son honneur. »» lilnfin l'auteur raconte les persécutions et les 
menées auxquelles il fallut recourir pour faire accepter des populations 
les prêtres assermentés, le discrédit dans lequel ils tombèrent, et leur 
vie scandaleuse; enfin les vexations et les actes coupables auxquels 
étaient en butte les prêtres catholiques. 

Parmi les documents les plus précieux reproduits dans le cours de 
l'ouvrage, il faut citer le cahier du clergé du Maine et le premier ma- 
nifeste des Chouans, qui est une pétition adressée par Guillaume le 
Métayer au district d'Evron au nom de plusieurs communes : cette 
pétition prouve qu'ils ne furent point agresseurs, mais qu'ils résis- 
tèrent à la persécution et qu'ils ne firent que se défendre. L'appendice 



— 277 — 

contient, entre autres pièces, les noms de tous ceux qui signèrent le 
cahier du clergé et de ceux qui protestèrent contre les doctrines qui 
l'avaient inspiré, et l'état du clergé relativement au serment. Il est fâ- 
cheux que la liste de ces pièces ne se trouve pas dans la table, et que 
rien n'indique à quelles pages de l'ouvrage elles se rapportent. 

Ce livre est composé à l'aide des journaux du temps, des archives de 
la Sarthe, de la Mayenne et de différentes villes, des récits manus- 
crits laissés par des témoins oculaires, de notes relevées sur les re- 
gistres paroissiaux, etc. C'est une œuvre de patience et de dévouement, 
écrite avec conscience, impartialité, courage même. 

René de Saint-Mauris. 



Obltuarlum Etusdunenete Eccleetœ, n^cro/o^te (/e5 personnages illaS' 
très ei des bienfaiteurs de l'Église inétropoliiaine de Lyon, du ix* au xs^ siècle, 
publié par M.-C. Guigde. Lyon, Scheuring, 1867. In-4®. 

Cet ouvrage n'est pas de ceux que l'on peut lire d'une manière sui- 
vie, mais on ne peut se dispenser d'y recourir fréquemment, du moment 
que l'on a à s'occuper de l'histoire de la France orientale. Il n'oflfre pas 
seulement des renseignements précis sur un grand nombre de person- 
nages historiques, sur les familles chevaleresques ; certaines de ses 
notices, dit l'éditeur avec raison, nous initient aux institutions féo- 
dales et à l'organisation religieuse; d'autres font connaître l'époque et 
les circonstances de l'édification des monuments dont les ruines 
muettes couvrent aujourd'hui le sol. — Que l'on calcule en efiet tout ce 
que l'on peut trouver dans 170 pages d'une impression assez com- 
pacte, et qui comprennent des détails sommaires sur les person- 
nages considérables dont le souvenir était conservé dans l'église mé- 
tropolitaine de Lyon, depuis 816 jusqu'en^l444. Le texte a été scrupu- 
leusement établi d'après quatre manuscrits^ dont le plus ancien est du 
xiv* siècle. A la suite de VObiiuaire^ l'éditeur a publié une cinquan- 
taine de chartes inédites. De bonnes tables complètent ce livre. 

Je disais plus haut que YObituarium Lugdunensis Ecclesiœ serait 
plutôt consulté que lu ; je dois faire une restriction en faveur de l'in- 
troduction, comprenant 28 pages, dans lesquelles M. Guigue a fait un 
excellent résumé de l'histoire de l'Église de Lyon du ix* au xiv* siècle : 
on y reconnut la méthode critique que l'auteur a pu entendre professer 
à l'Ecole des chartes, qui applaudit avec joie aux travaux scientifi- 
ques de ceux qu'elle compte au nombre de ses élèves. Je me hâte d'a- 
jouter que M. Guigue fait preuve d'une impartialité qui prouve la 
droiture de son jugement ; je n'en citerai qu'un exemple. Voici com- 

JUlN 1868. 19 



— 278 — 

ment il apprécie œs chanoines-comtes de Lyon qui se recrataient dans 
les rangs de la haute noblesse : « Le grand défaut des chanoines-comtes 
était la vanité, mais ce défaut n'excluait pas chez eux l'élévation des 
idées et la générosité des sentiments. Si on parcourt leurs délibéra- 
tions capitulaires, on les voit souvent octroyer à leurs vassaux de vé- 
ritables immunités, et distribuer largement leurs richesses pour sou- 
lager toutes les infortunes quelles qu'elles soient. Des le commence* 
ment du xii« siècle, ils avaient organisé un fonds de secours pour 
l'assistance publique, prélevé sur leurs propres revenus. » 

Je ne veux pas omettre de faire observer que le texte de VObitvaire 
est accompagné de notes nombreuses, qui donnent l'interprétation des 
noms de lieu, et fournissent des détails intéressants sur les personnes 
citées : c'est là un véritable travail de bénédictin. L'exécution typo- 
graphique ne laisse rien à désirer; on voit que le bon exemple donné à 
Lyon par Perrin a exercé son heureuse influence jusqu'à Trévoux. 

ANATOLE DE BâBTHÉLEMY. 



Cartntelre de l*abbaye de fi^alnt-Etlenne de Belsne (en 
Salntoncpe), publié par l'abbé Gholet. Niort, L. Clouzot, 1868. In-4^, 
de xzxin-383 p.— Prix : 15 fir. 

Cet ouvrage est dû aux recherches d'un ecclésiastique qui est mort 
avant d'avoir pu mettre la dernière main à l'oeuvre qu'il avait com- 
mencée. Le texte est fidèlement reproduit d'après un manuscrit acquis 
tout récemment par Mgr l'évêque d'Ângoulême, et qui depuis 1591, 
c'est-à-dire depuis les guerres de religion, avait cessé d'appartenir à 
l'abbaye. 

Ce livre a un double mérite : d'abord il forme une collection de 
649 chartes ou notices transcrites dans le dernier tiers du xn* siëde 
et la première moitié du xiii«; ensuite c'est, à ma connaissance, le 
premier cartulaire qui, publié dans cette région de la France, apporte 
à l'histoire une somme respectable d'éléments nouveaux et inédits. 
M. l'abbé Cholet projetait aussi la publication des cartulaires de Sainte- 
Marie-de-Saintes- et de Vaux-sur-Mer ; nous savons de souixse certaine 
que les Saintongeois continuent son œuvre, si courageusement com- 
mencée; ces travaux d'une utilité générale et incontestable sont pré- 
férables à ces études littéraires, à ces dissertations banales qui oc- 
cupent trop souvent les loisirs des membres des sociétés savantes de 
nos provinces. 

L'époque de la fondation de Tabbaye de Baigne n'est pas encore 
exactement connue : la légende l'attribue à Charlemagne, mais le 



— 279 — 

cartulaire lui-même ne fait pas connaître d'abbés avant le premier 
tiers du xi* siècle ; c'est encore cent ans avant le premier nom signalé 
par le Gcdlia Christiana. 

La mort prématurée de Tabbé Cholet ne lui a pas permis de donner au 
public l'introduction que, mieux que personne, il était à même de 
rédiger : cette lacune a pour résultat de rendre le volume dont nous 
nous occupons incomplet jusqu'à un certain point. Il est destiné à 
exercer l'érudition des diplomatîstes et. à leur fournir l'occasion de faire 
de la critique historique. En effet, à côté de détails précieux et nou- 
veaux sur les personnages et sur la géographie de la Saintonge, il y a 
des irrégularités et même des choses contestables qui méritent de 
fixer l'attention et d'être scrupuleusement étudiées. Il semble que, 
parfois, celui qui a écrit la plus grande partie du manuscrit, je parle 
du scribe du xir siècle, ait voulu donner la forme d'actes à des 
notices postérieures qui étaient composées pour fixer des souvenirs 
traditionnels, ou remplacer des chartes perdues. M. Léopold Delisle a 
déjà signalé ces anomalies dans son rapport sur le concours 
d'histoire de 1935 {Rev, des Soc. sav , 1866, P'sein. p. 510 et 511) ; ce 
qui ne l'a pas empêché de reconnaître que le cartulaire de Baigne, 
après avoir été interprété et épuré par la critique, ne soit destiné à 
devenir la véritable base de l'histoire de la Saintonge au xi« et au 
xn? siècle. 

ANATOLE DE BARlHÉt^MT. 



ntatolre etvile 4le Parmée et de» oondltlons du servloe 
mllttatx^e aa Pranoe, depuis les temps la plus reevUés Jusqu^à la for» 
nuLticn de Veumée permanente^ par Auguste Vitd* Paris, Didier, 1868. In-S 
de xxiv et 365 pages. — Prix : 7 fr. 

L'ouvrage est divisé en cinq livres. Le premier est consacré à l'ex- 
posé des conditions du service militaire chez les différentes nations qui 
ont occupé le sol actuel de la France jusqu'à l'établissement de la mo- 
narchie firanque, c'est-à-dire les Gaulois, les Germains et les Romains. 
Le deuxième et le troisième livre traitent des institutions militaires 
sous les mérovingiens et sous les carlovingiens. Le iv* livre passe suc- 
cessivement en revue le service féodal noble, le service des roturiers, les 
prestations précuniaires et les troupes soldées. Dans le v« et dernier 
livre^ on trouve l'histoire de la formation des armées permanentes au 
xV siècle. 

Ce cadre est vaste : il était difficile à remplir. Que M. Vitu ait 
donné une solution satisfaisante à toutes les questions qu'il a cru devoir 
aborder, on peut en douter. Qu'il n'ait pas négligé d'examiner certains 



— 280 — 

points intéressants de notre ancienne organisation militaire, c'est ce 

qu'on ne saurait affirmer. En lisajïiï Histoire civile de r armée, on sent 

que M. Vitu est un écrivain habile à rendre sa pensée, et qu'il a Je coup 

d'œil juste ; qu'il a fait des recherches étendues et personnelles, qu'il a 

horreur de la banalité; mais on s'aperçoit aussi qu'il n'a pas l'habitude 

de manier l'érudition, et qu'il n'est pas toujours au niveau de l'état de 

la science. Depuis vingt ans, l'étude des institutions de la France au 

moyen âge a fait de grands progrès. M. Vitu n'a pu, au milieu d'une 

existence consacrée au journalisme militant et aux études économiques, 

se tenir au courant de tout ce qui a été écrit sur le sujet qu'il a choisi. 

Il a ignoré des travaux importants, faits en partie à l'aide de sources 

manuscrites, qui lui auraient été d'un grand secours, et lui auraient 

permis d'être plus complet et d'éviter quelques erreurs . Cela est fâcheux, 

car, ayant à sa disposition des documents plus abondants que ceux dont 

il s'est servi, il eiit, avec son esprit net et observateur, fait d'ingénieuses 

remarques et ouvert des vues nouvelles. 

Ces réserves faites, nous n'hésitons pas à déclarer que cet ouvrage 
est intéressant : il y a des parties traitées d'une façon remarquable et 
puisées aux sources originales. Nous citerons les chapitres sur l'organi- 
sation de l'armée sous les Romams au m* et au iv© siècle, l'appréciation 
des institutions militaires sous les deux premières races, et l'histoire 
de la formation de l'armée permanente. Le livre entier constitue un 
tableau intéressant et instructif, toujours puisé aux bonnes sources. On 
annonce de M. Vitu une histoire de l'armée depuis le xy* siècle jusqu'à 
nos jours. Nous sommes persuadé que, dans cette nouvelle œuvre, 
l'auteur, n'ayant pa?, comme dans l'ouvrage qui nous occupe, pénurie 
de documents, et se trouvant en face d'un sujet plus circonscrit, sera 
en libre possession, de tous ses avantages, et nous donnera un livre 
qui nous manque sur l'un des points les plus importants de notre 
histoire politique et sociale. 

E. B. 



L.'Ordre du f^alnt-Kaprlt aux X.VIII" et ULTX.» «lècle». Notes 
historiques et biographiques sur les membres de cet ordre depuis Louis XV 
jusqu'à Charles X. il i^'ïS^O. Précédé d'un précis historique, par Félix 
Panhard. Paris, Dumoulin, 1868. In-S» de 284 p. (Papier vergé, tiré à 150 
exempl. numéroté») — Prix : 20 fr. 

L'auteur du travail que nous avons sous les yeux a cherché à com- 
pléter, à l'aide des documents originaux conservés aux archives de 
l'Empire, l'ouvrage de Saint-Foix, publié en 1760; et, après l'avoir re- 
pris depuis 1715, il Ta conduit jusqu'au dernier chapitre de l'Ordre, tenu 



— 281 — 

aux Tuileries le 30 mai 1830, Des notes rappellent les principales dates 
de la vie de chaque chevalier et rectifient souvent les indications don- 
nées par les précédents historiens du Saint-Esprit. Un travail analogue 
fournit des renseignements sur les officiers de FOrdre pendant cette pé- 
riode. En appendice, M. Panhart a joint à celte publication le texte 
annoté des statuts, la description des objets ayant appartenu à Tordre 
du Saint-Esprit conservés au musée des Souverains, et une note sur la 
collection des portraits des chevaliers formée aux Grands-Augustins, 
et dont une partie se retrouve aujourd'hui à Versailles. 

Fait avec grand soin, le travail de M. Panhard est appelé à rendre 
service à tous ceux qui s'occupent de biographie, et mérite de prendre 
place dans toutes les bibliothèques héraldiques, en attendant la publi- 
cation que l'auteur nous promet d'un ouvrage plus complet, édité avec 
le luxe exceptionnel des travaux de ce genre publiés au siècle der- 
nier. 

Arthur Demarsy. 



Mémoire» bletorl<iueB de Patrf zlo de Rose! sur lee é'véne- 
mentis politiques dMtalle (1523-1530), traduits de Titaiien et pré- 
cédés d'une notice sur François-Marie de la Révère, duc d'Urbin, par 
J.-L.-O. PoY DE Labastie. Lyon, N. Scheuring ; Paris, Rouquelte, 1868. 
In-8« de cxi-264 p. — Prix : 10 fr. 

Tous les ouvrages d^histoire ont de l'importance et de l'intérêt, 
lorsqu'ils offrent sur une époque spéciale des éléments d'information 
restés à peu près inconnus et provenant de source authentique. Pour 
quiconque voudra étudier les événements, si graves pour la France, 
qui se passèrent en Italie au commencement du xvi® siècle, il sera 
désormais indispensable de consulter l'ouvrage que vient de publier, 
avec un soin tout spécial, M. de Labastie. Les Mémoires de Bossi, 
qui sur beaucoup de points complètent heureusement Guichardin , ont 
été jusqu'ici fort peu mis à profit. Publiés seulement en 1837 à 
Florence, ils n'avaient point été traduits en français; ils embrassent 
tout le pontificat de Clément VIL II est peut-être à regretter qu'on 
n'ait pas cru devoir nous en donner la quatrième partie. Bien qu'elle 
soit, parait-il, beaucoup moins considérable, on aime toujours à pos- 
séder l'œuvre tout entière d'un écrivain. 11 eût été en outre désirable 
d'avoir plus de détails sur l'auteur lui-même et les circonstances prin- 
cipales de sa vie. 

Le récit commence au moment de l'élection du cardinal de Médicis, 
et il arrive promptement aux événements qui correspondent pour la 
France au traité de Madrid (14 février 1526). Mais la partie sur la- 



— 28S — 

quelle les détails abondent est particulièrement l'histoire de Texpédi* 
tien du connétable de Bourbon en Italie eu 1627» si tragiquement 
terminée par le sac de Rome. Cet épisode n'est-il pas Tun de ceux qui 
ont le privilège de ne jamais lasser l'intérêt t Les pages de Rossi se 
lisent avec plaisir, même après le tableau si émouvant tracé tout der« 
nièrement encore par un de nos plus savants historiens. Elles ont 
quelque chose de plus naïf, de plus vmi et de plus complet à la fois. 
Les victoires et la mort de Lautrec, la paix de Cambrai, la guerre de 
Florence, terminent le volume , qui s'achève par l'histoire du cou*' 
ronnement de Charles-Quint à Bologne, en mars 1630» et son départ 
pour TÂllemagne» 

Nous n'aurions plus à insister, si M. de Labastie s'était ccmtenté du 
rôle ingrat de traducteur; mais il a voulu faire davantage, et qui Ten 
blâmerait f Sa juste estime pour l'auteur qu'il traduisait ne lui a point 
fermé les yeux, et s'étant aperçu que Rossi n'est pas exempt d'une 
certaine partialité dans la manière dont il juge le duc d'Urbin^ il a scru- 
puleusement eu recours à d'autres éléments d'information. Dans une 
notice, qui à elle seule est presque un ouvrage, il a [tenu à venger le 
chef de la Ligue des accusations de trahison qui planaient sur lui et 
que le témoignage de Rossi pouvait encore singulièrement accréditer. 
C'était aussi une occasion toute naturelle de compléter sur plusieurs 
points les Mémoires italiens^ en embrassant un plus long espace de 
temps et en faisant connaître ^origine et les progrès d'événements qui 
pouvaient bien n'être point présents à l'esprit du lecteur. Ce n'est donc 
pas sans plaisir qu'on voit retracer en quelques pages très-vivantes 
la grande figure militaire du duc d'Urbin : elle est peinte d'après Gui- 
chardin^ sans complaisance comme sans passion. 

U était nécessaire, comme on le voit, de signaler le double intérêt 
que présente le livre de M. de Labastie. Le travail si consciencieux 
avec lequel il a accompli la tâche qu'il s'était imposée doit suffire à son 
éloge» et donner crédit aux documents dont il vient d'enrichir notre bis* 
toire. 

Gustave Baqubnault de Pucbgsss. 



Blarta Tli^re«l«à und Joseph !!• Ihre Correspondenz^ scmmt Brw- 
fen Josepfu an seinem Bmder Leopold, hrsg. yoq Alfred Ritter vou Arnbtb« 
(Marie-Tkérèse et Joseph IL Leur correspondance, avec quelques lettres de 
Joseph II à son frère Léopold, publiée par le chevalier lAlfred d'Arnelh.) 
Tome m, août 1778-1780. Vienne, Gerold fils, 1868. In-8 de 403 p. — 
Prix : 10 fr. 

Le premier et le second volume de cet intéressant recueil, dont nous 



— 283 — 

avons donné une analyse dans la Revue des qttestùms hisiariques 
(& livraison^ p. 577), ont été suivis en peu de temps d'un troisième et 
dernier volume. Une grande partie des lettres contenues dans oe 
volume sont du temps de la guerre de la succession de la Bavière, et 
fournissent des renseignements précieux. Ia mésintelligence entre Ma- 
rie-Thérèse et son fils, qui s'annonce déjà dans les lettres du volume pré- 
cédent, se poursuit et s'aggrandit même à la suite des négociations pour 
la paix, commencées par Marie-Thérèse, mais dont Joseph ne voulut 
rien savoir. Leur correspondance sur ce point devient très-vive; nous 
signalerons, en particulier, une lettre de Marie-Thérèse du 6 août: elle y 
parle des conditions de paix qui viennent d'être proposées et de la mis* 
sion de Thugut; elle représente la nécessité d'une paix prompte et 
lui annonce une résolution désespérée : <« Si le bon Dieu punit nos 
péchés^ écrit-elle, s'il nous veut humilier encore davantage, fiai voïun-' 
tas ma! » Joseph, tout affligé du désaccord avec sa mère, expose sa 
situation désespérée à son frère Léopold, et lui fait connaître sa réso- 
lution de se retirer des affaires d'Etat dans le cas d une paix défavo- 
rable. Il veut même quitter Vienne et se rendre en Italie. De son côté 
Marie-Thérèse, dans une lettre à Joseph, parle de cette mésintelligence; 
mais, persistant dans ses vues et ses résolutions^ elle fait ressortir 
l'état de l'armée et l'invraisemblance d obtenir un succès en continuant 
la guerre. Joseph cède enfin. Mais les négociations tirant en longueur^ 
il brûle de livrer bataille. Enfin son zèle s'affaiblit; il comprend que, la 
Russie et la Prusse s'alliant, il ne peut résister tout seul ; il craint 
seulement que les conditions ne deviennent trop humiliantes, et qu'on 
n'aille encore plus loin que l'abandon de la Bavière. Dans une lettre du 
16 novembre 1779, il énonce en passant la conviction qu'on faisait la 
guerre plutôt à lui personnellement qu'à la monarchie autrichienne ; 
et ceci nous explique son opposition aux idées pacifiques de sa 
mère. Du reste, il prend une part active aux négociations. La paix 
conclue, Joseph présente (24 mai 1779) un programme des réformes 
à faire : mettre de l'ordre dans les finances ; examiner et fixer les 
besoins indispensables; améliorer le droit public^ et appeler des 
hommes dignes de confiance pour examiner et régler les recettes et les 
dépenses. 

L'année 1*780 fournit aussi des lettres très-importantes; Joseph 
se décide à ûdre une visite à l'impératrice Catherine de Russie, pour 
cherdier dans son alliance un nouvel appui pour l'empire. Très-content 
de l'accueil qu'il a trouvé à Pétersbourg, il écrit de longues relations 
de tout ce qu'il a vu et entendu. L'impératrice s'entretient avec lui de 
la situation de l'Europe, des relations des différentes puissances entre 
elles ; elle le renvoie à l'Italie^ et lui propose une garantie mutuelle des 
territoires. " L'impératrice, écrit Joseph, m'a vraiment touché par la 



— 284 — 

façoh tendre, sensible et amicale avec laquelle elle a pris congé de moi 
et qu'elle m'a embrassé. » 11 est surtout enchanté de la grande-duchesse 
Marie, épouse du grand-duc Paul, princesse wurtembergeoise. Il la loue, 
dans une lettre du 12 juin 1780, comme « une princesse d'un caractère et 
d'un esprit rare, joignant à cela une figure très-agréable et une conduite 
admirable, « et il ajoute : « Si j'avais pu trouver ou imaginer une prin- 
cesse pareille il y a dix ans, je l'aurais épousée sans difiBculté, et elle 
aurait convenu à mon état et à ma position. C'est tout dire, je crois. «• 
Dans une lettre du 23 juillet, il y revient encore. — La correspondance 
de Marie -Thérèse se termine par une lettre du printemps de 1780; les 
lettres de Joseph à sa mère vont jusqu'au 20 octobre; puis en viennent 
quelques autres adressées à son frère, auquel, tout affligé, il annonce 
le 4 décembre la mort de la mère. Le testament de Marie-Thérèse 
termine le recueil. Comme appendice, l'auteur a ajouté un mémoire 
étendu de Joseph, écrit en 1765, sur l'état de la monarchie autri- 
chienne. Le contenu de ce volume répond pleinement à l'attente du pu- 
blic ; l'éditeur y a joint une table alphabétique. 

P. Beckmann, 



I^eopold n und Marie Clirletine. Ihr Briefwechsel (I78l-i792). 
{Léopoîd II et Marie-Christine, Leur correspondance,) Publiée par Adam 
WoLF. Vienne, Gerold fils, 1867. ln-8 de xxvin et 377 p. — Prix ; iO fr. 

Marie-Christine, fiUo de Marie-Thérèse et sœur de l'empereur 
Joseph II, était mariée au duc Albert de Saxe-Teschen, auquelJoseph II 
avait donné le gouvernement général de la Belgique. Mais ce ne fut 
que d'une manière bien limitée que les époux purent exercer le pou- 
voir qui leur était confié, puisque l'empereur s'était réservé une sorte 
de surveillance qui mécontenta le duc et son épouse ; ils ne partageaient 
pas les desseins de réformes poursuivis si chaleureusement par Joseph, 
et finirent par se brouiller avec lui. Ils ne dissimulaient point leurs sym- 
pathies pour l'ancien ordre de choses. Croyant que la tranquillité du 
pays se rétablirait si l'on abandonnait les projets de réforme, Marie- 
Christine; s'adressa à son frère Léopoîd, vers lequel ses vues politiques 
et ses sentiments personnels l'attiraient, plutôt que vers son frère 
Joseph. Ces consultations politiques donnèrent lieu à une correspon- 
dance assidue qui dura jusqu'à la mort de Léopoîd. Les lettres de 
l'archiduchesse Marie-Christine s'étendent surtout su.* les affaires de 
la Belgique et forment une source importante pour l'histoire de ce pays. 
Les lettres de Léopoîd se rapportent principalement à son administration 
d^ns le grand-duchéde Toscane, àses relations personnelles avec Joseph, 



— 285 — 

à son attitude en face des réformes de son frère, au gouvernement de 
l'Autriche, à ses rapports avec la révolution française, aux négocia- 
tions avec la Prusse et les puissances maritimes. Toutes ces lettres, au 
nombre de 212, étaient conservées dans la bibliothèque de Tarchiduc 
Albert, à Vienne ; Tauteur les avait déjà utilisées dans son écrit: Marie' 
Christine, archiduchesse d'Autriche (Vienne 1863). Précédées d'une 
introduction, suivies d'une table des matières et accompagnées de 
quelques éclaircissements, elles fournissent d'utiles matériaux pour 
l'histoire du xvni* siècle. Quoiqu'elles n'égalent pas en importance la 
correspondance de Joseph II avec sa mère et son frère Léopold, elles 
sont pourtant dignes d'attention, et il faut louer M. de Weber d'en 
avoir donné une édition si exacte et si soignée. 

P. Beckmann. 



ARCHÉOLOGIE, BIOGRAPHIE, ETC. 

l^a Routa Sotterranea criAtiana, descritta ed illustrata dal Cav. 
G.-B. DE Rossi, coiranalisi geologica ed architettonica dichiarata dal Cav. 
Michèle Stefano de Rossi. — Œuvre publiée par ordre de S. S. le Pape 
Pie IX. Tome H. Rome, cbromolithograpbic pontificale, 1868. (Paris, chez 
H. Aug. Durand.) Grand in-4 de 568 p. avec atlas de lxii plancbes. — Prix: 
90 fr. 

Parmi les grands efforts historiques du xix" siècle, on doit placer 
sans contredit au premier rang les deux œuvres d'érudition et de décou- 
vertes que publie simultanément à Rome, par les ordres de S. S. le 
Pape Pie IX, M. le chevalier de Rossi. Elles ont pour but, Tune et 
l'autre, de donner au monde savant l'ensemble des monuments, pour la 
plupart absolument inédits, appartenant aux premiers âges chrétiens. 

La première de ces publications est déjà connue du public par un 
magnifique volume sorti, en 18S1, des presses de la Typographie pontifi- 
cale, sous le titre de : Inscripiiones chrisiianœ urbis Romœ septimo 
sœculo anteriores. Il contient toutes les inscriptions romaines ayant 
date certaine qui nous restent des six premiers siècles, accompagnées 
chacune de commentaires traitant un grand nombre de points de chro- 
nolo^ et d'histoire. Le tome deuxième, destiné à recevoir les épi- 
graphes principaux qui ont trait aux dogmes, aux rites et aux cou- 
tumes, est attendu impatiemment par la science. C est dans la série de 
ces volumes que sera mis au jour peu à peu, sans en omettre un seul 
fragment^ le corps entier des inscriptions chrétiennes primitives de 
Rome. Nous en possédons déjà 12,000 environ, et leur nombre s'ac- 



— 286 ~ 

croît chaque jour; Texamen minutieux qui en sera fait permettra 
d'établir dans leur ensemble les lois de Tépigraphie chrétienne , dont 
plusieurs ont pu déjà être formulées dans le premier volume. 

L'œuvre dont nous annonçons aujourd'hui le tome second embrasse 
un champ plus vaste encore. Elle se propose la description complète 
de tous les cimetières chrétiens répandus autour de Rome et vulgaire* 
ment appelés t Catacombes. » Appuyé sur une méthode scientifique 
admirable dans sa précision, et aidé par les travaux aussi désintéressés 
qu'importants de son frère sur la géologie et les phases diverses des 
souterrains, M. de Rossi a obtenu un résultat que ses devanciers 
avaient absolument désespéré d'atteindre. Il est arrivé i baser sur l'é-* 
tude topographique des cryptes une chronologie rigoureuse des monu* 
ments de toute nature depuis les inscriptions jusqu'aux peintures. 
Grâce à ces travaux, chacun de ces fragments de la première civilisa- 
tion chrétienne devient un témoin historique qui apporte souvent des 
révélations tout à fait inattendues et de la plus haute valeur. Le premier 
tome de cette œuvre immense a paru en 1864; toutes les revues de 
l'Europe en ont longuement parlé; il suffira de rappeler loi qu'il conte- 
nait plus de 200 pages de notions générales, presque toutes nou- 
velles^ sur les premiers cimetières, sur leur position en face de la loi 
romaine, et sur les diverses phases de leur histoire. A la suite de ce 
traité, une monographie des cryptes de Lucine donnait à la fois un 
échantillon de la méthode scientifique exposée dans les préliminaires et 
la description d'un des groupes monumentaux les plus anciens, d'abord 
isolé et plus tard relié au fameux [cimetière de Calliste^ sur la voie 
Appienne. 

C'est l'histoire et l'analyse des centres primitifs de ce dernier hypogée 
que nous ofire le volume qui est sous mes yeux aujourd'hui, et qui ne 
renferme pas moins de fô planches lithographiées en noir ou en couleur. 
Il y a là un grand ensemble de notions oubliées rendues au monde après 
plus de quinze siècles, un travail prodigieux où la science de Térudit 
s'allie au génie de l'explorateur et se couronne par le talent de Phisto- 
rien. Nous croyons ne pouvoir mieux faire pour mettre nos lecteurs au 
courant des matières de cette nouvelle publication que de placer sous 
leurs yeux la traduction du programme inséré dans le dernier numéro 
du Bullettvno di Arckeologia crisiicma, et sorti de la plume même 
de l'auteur : 

• Ce volume est consacré au plus fameux de tous les cimetières 
de l'Eglise romaine, celui de Calliste, dont la célébrité est due au 
caractère spécial qu'il a reçu dans les dernières années du second siècle. 
D devint alors et demeura jusqu'à la paix constantînîenne la nécropole 
solennelle et, pour ainsi dire, officielle, de l'Eglise et de ses chefs. Ete ce 
fait constaté ressort la conclusion naturelle que tous les pontifes romains, 



— 287 — 

de Zéphyrin à Miltiade^ devaient y être ensevelis, et si la dépouille mor- 
telle de quelques-uns a été déposée en un autre lieu» il faut interroger 
riiistoire des persécutions pour;lui en demander la cause. C'est ainsi que 
Texamen des tombeaux du cimetière de Calliste projette des lumières 
à la fois sur la série des persécutions, sur les fastes de la mort ,'et de la 
s^ulture des papes depuis le règne de âeptime-Sévère jusqu'à celui 
de Constantin, enfin sur les rapports de TEglise et de l'Empire aa 
ni* siècle et au début du iv*« Mais cette étude n'est pas resserrée entre 
ces deux limites; elle nous fait remonter à des temps trës^antérieurs et 
descendre jusqu'à des époques beaucoup plus voisina de nous. Le 
cimetière papa] fut fondé dans les domaines et dans les hjrpogées des 
plus nobles et plus puissants sectateurs de la foi chrétienne; les souve- 
nirs épigraphiques, historiques et généalogiques qui restent d'eux et 
que nous révèlent les monuments de la nécropole souterraine, s'é* 
clairent d'une lumière inattendue et nous mettent en main des fils se 
rattachant aux premiers et obscurs indices enregistrés dans les annales 
de l'empire romain touchant des personnages illustres convertis à la 
foi de l'Evangile. Mais si, d'une part, le champ des recherches histo- 
riques contenues dans le volume publié aujourd'hui s'étaid jusqu'aux 
limites les plus reculées des origines chrétiennes, de l'autre, il touche 
presque aux confins des derniers temps de Tempire d'Occident. En 
effet, quand les provinces, en particulier celles de Pannonie et 
d'Afrique, furent envahies au v^ siècle par les barbares, on vit les 
reliques d'évèques illustres apportées jusqu'à Rome par les fugitifs 
et déposées dans les célèbres hypogées chrétiens de la voie Âppienne, 
en particulier dans ceux de Calliste. Grâce à ces circonstances spé« 
ciales, cette nécropole offre à nos études un tableau historique beaucoup 
plus ample, plus étendu et plus varié qu'aucun autre des cimetière» 
suburbahis. 

« Pour développer un thème aussi vaste, pour discuter et résoudre 
les difficultés qu'il présente, il n'a pas suffi de recomposer, de compléter, 
de commenter les inscriptions sépulcrales et historiques, les peintures 
et les sculptures dont nous avons retrouvé les fragmenta dans les 
cryptes. U a fallu faire usage, beaucoup plus souvent que dans le pre« 
mier volume, de documents écrits, publiés ou inédits, et en établir ori- 
tiquement là valeur et la leçon originale. Aussi le discours prélimi** 
naire auquel l'auteur a mis tous ses soins, est-il un traité nouveau sur 
les anciens martyrologes, dont il donne la clef, et sur les actes des 
martyrs, en particulier sur ceux de Ste Cécile. L'histoire et la généa** 
logie de cette vierge célèbre et la persécution pendant laquelle elle 
sacrifia sa vie pour la foi , en même temps qu'une foule considérable 
de chrétiens, sont au nombre des sujets les plus importants développés 
dans ce volume. L'auteur s'efforce d'établir que c'est à l'époque de 



— 288 — 

Marc-Aurèle, et non à œlle d'Alexandre Sévère, que se placent les 
faits narrés dans le récit du martyre de Ste Cécile, de ses compagnons 
et de S. Urbain, évêque martyr, différent du pape successeur de Calliste. 
« Si le champ historique du nouveau volume est large et feiiile, ce 
n'est pas aux dépens de la partie consacrée plus spécialement à l'archéo- 
logie monumentale et artistique. Les inscriptions reproduites dans les 
planches de Tatlas montent au chiffre de cinq cents, sans compter les 
graffities tracés sur les murs, dont la lecture et la copie ont été Fobjet 
d'un travail plus assidu, plus long et plus fatigant qu'on ne saurait 
l'imaginer. Les fresques sont nombreuses et forment une série non 
interrompue depuis les dernières années du ii* siècle ju^u'aux pre- 
mières années du rv% sans parler de quelques peintures exécutées 
aux v«, VII* et ix* siècles. L'architecture souterraine déploie ses 
formes successives dans les plans, les coupes, les scénographies des 
cubicula et des cryptes majeures du cimetière de Calliste. Cet ensemble 
de monuments insignes de l'épigraphie et des arts chrétiens est tout 
entier distribué en familles et en groupes tels que l'analyse topogra- 
phique du souterrain nous enseigne à les recomposer et à les ordonner 
selon la série des temps ; ils acquièrent ainsi une valeur spéciale, et 
fournissent une masse considérable de données certaines pour découvrir 
les lois de la chronologie monumentale et de la méthode par laquelle 
nous pouvons déterminer l'âge des épitaphes, des peintures, des sculp- 
tures et des travaux d'architecture dispersés dans les cimetières. Sur 
les épitaphes, nous assistons au développement des formules dont nous 
pouvons étudier, aux diverses époques, la prédominance ou la désué- 
tude. On comprend l'intérêt de ces observations, surtout lorsque ces 
formules renferment des allusions aux croyances religieuses. Les ins- 
criptions nous permettent aussi d'étudier, avec la signification précise 
des symboles, la genèse, les phases successives et l'évanouissement de 
chacun d'entre eux. Les mêmes révélations nous sont faites par les 
peintures, mais dans un champ plus vaste : non plus seulement pour les 
s}rmboles isolés, mais pour les compositions mystérieuses d'images 
bibliques et pour les lois et l'histoire de l'art chrétien dans ses rapports 
avec l'art classique gréco-romain. Au milieu de toutes les autres se 
distinguent par leur immense valeur certaines fresques dont les séries 
disposées et reliées entre elles par une raison symbolique profonde, 
retracent les mystères secrets de la pierre immobile et de la source 
unique de la foi, de la grâce baptismale, du sacrifice eucharistique^ de 
la vie étemelle et de la résurrection bienheureuse. Enfin l'analyse ar- 
chitectonique du souterrain entreprise et exposée, comme dans le pre- 
mier volume, par le frère de l'auteur, ne se borne pas à révéler et à 
définir les périodes de l'excavation qui sont la base et la clef de tout 
l'ordre chronologique des monuments écrits et figurés; elle déroule en- 



- 289 — 

core devant l'esprit du lecteur la série, la succession, les raisons des 
difiérentes formes architecturales. Ces formes, coordonnées et con- 
frontées avec les fastes du cimetière, éclairent à leur tour en même 
temps que Thistoire de Tart, celle de TEglise et des persécutions; elles 
font passer sous nos yeux les précautions prises contre le danger d'in- 
vasions hostiles dans les cimetières, les refuges, les cachettes et les 
accès secrets créés avec une habileté stftitégique, peut-on dire, dans 
des grottes arénaires reliées à cet effet aux galeries sépulcrales. 

« L'ensemble des monuments du cimetière de Calliste embrasse la 
fin du II* siècle, tout le développement du troisième et le commencement 
du quatrième. Lorsque, dans les volumes à venir^ un cimetière du 
II* siècle et un autre du premier auront été publiés et commentés de la 
même manière et avec la même méthode, l'histoire de Tépigraphie 
cimetériale romaine et de lart chrétien pourra être entièrement or- 
donnée et formulée depuis ses origines premières jusqu a Tâge de la 
paix de Constantin. " 

Je n'ai rien à ajouter à cet exposé^ qui, dans sa simplicité, est le meil- 
leur guide et le plus sûr attrait, 

CoM'fE Desbâssayns de Richemont. 



OIctionnaIre archéologique de la Gaule > époque celtique ^ 
1" fascicule. Paris, imprimerie impériale, 4868. Grand i(!-4" de 104 pages 
avec 21 planches. 

Cette publication donnera, par ordre alphabétique, l'inventaire dé- 
taillé de toutes les traces laissées sur notre sol par les populations 
gauloises, soit dans le domaine de l'archéologie proprement dite, c'est- 
à-dire des monuments figurés, soit dans le domaine de la philologie. 
Le fascicule que nous avons [entre les mains comprend presque toute 
la lettre a (AA-AVI). On y trouve relevés et étudiés philologiquement 
les noms de lieu conservés par les auteurs de l'antiquité et les noms 
de lieu modernes qui semblent, bien qu'altérés, remonter à une origine 
gauloise. Côte à côte apparaissent les menhir, les dolmen, les tom- 
beaux gaulois de toute forme, les monnaies, les inscriptions. Il n'a été 
jusqu'à présent fait sur les premières époques de notre histoire aucun 
travail qui approche de celui-là et comme développement et comme 
étude approfondie de la matière traitée. Les planches sont admira- 
blement exécutées. Nous signalerons surtout celles qui reproduisent 
des inscriptions gauloises. D'autres sont consacrées aux monnaies du 
même temps, aux dolmens de Gavr'inis-en-Baden, aux objets tra- 
vaillés des cavernes du Périgord, aux haches en silex des alluvions 
quaternaires. Le Dictionnaire archéologique de la Gaule est l'œuvre 



— 290 — 

d'une commission fondée au ministère de rinstruction publique, et qui 
depuis une dizaine d'années, ne s'épargne aucune peine, correspon- 
dance» voyages, fouilles, recherches de toutes sortes^ pour mener à 
bonne fin l'entreprise scientifique dont elle est chargée. En général, 
elle se borne à exposer le résultat de ses découvertes^ qu'elle livre 
sans commentaires au public savant. Quand elle émet une opinion, 
elle a soin de faire connaître ffis systèmes différents, et elle réunit entre 
les mains des lecteurs tous les éléments de la discussion. Les contra- 
dicteurs les plus, déterminés auront toujours à gagner s'ils se donnent 
la peine d'étudier les documents qu'elle a rassemblés. 

On ne peut ici entrer dans tous les détails. Mais je vais donner un 
exemple. Je choisirai un point sur lequel je ne partage pas complè- 
tement la manière de voir de la commission. 

Après une étude fort intéressante sur les noms de rivières où se 
rencontre la racine av, mouvoir, qui se trouve à la fois en sanscrit et 
en gaulois, la commission ajoute : « Ces considérations tendent à 
établir que notre mot eau, qui se disait au moyen âge eve^ aive, iave, 
vient non du latin (zqiui, mais du celte avar^ eburo^ ebro, formé lui- 
même de ja racine at>, ab, avec un suffixe r. En passant dés langues 
germaniques à l'islandais, on observe l'addition d'un pareil suffixe. » 

Il y a, suivant moi, dans ces quelques mots, plusieurs assertions ha- 
sardées. U ne me parait pas démontré que les racines gauloises av et ab 
soient identiques , que par conséquent avar, eburo, ebro soient le 
même mot. Aqva a pu donner eve^ aive, iave, par chute du q et par 
durcissement de Vu en v comme sequere [sequ{\ a donné suivre. Au- 
cun mot ne passe des langues germaniques à l'islandais, puisque 
l'islandais est une langue germanique. D'autre part, je ne vois pas bien 
le motif d'aller chercher l'islandais pour trouver des exemples du suf- 
fixe r. On le rencontre aussi en gothique et dans les autres langues 
germaniques {Grimm, Deutsche G^mmma/iA, 2» édition, t. Il p. là. et 
suivantes). Que dis-jeî Sous sa forme pleine m, la, ou sous d'autres 
plus ou moins altérées, il paraît dans presque toutes les langues indo- 
européennes, en sanscrit, en slave, en grec, en latin (Sichleicher, Corn- 
pendium der vergleichenden Grammatik, p. 418). L'islandais, il est 
vrai, change souvent en r un s primitif (Grimm, D. Gramm., t. I. 
p. 317). Il le fait, par exemple, aux nominatil's singuliers et pluriels 
(Ibid, t. I, p. 650). Mais Vr qui paraît alors aux désinences casuelles, 
est étranger au radical. Ce sont là toutefois des questions d'ordre se- 
condaire dans un ouvrage comme celui-ci. 

L'important est d'avoir réuni les noms de lieu où la racine av paraît 
se présenter. 

Les savants auteurs ont formé un recueil de faits, ils n'ont pas 
voulu nous donner un traité de linguistique. Ils ne demandent pas mieux 



— 2Ô1 — 

que d'abandonner une théorie quand son inexactitude leur est dé-> 
montrée. Us le prouvent à propos du mot aqua quelques lignes plus 
bas que le passage cité. 

Ne disputons donc pas sur quelques points accessoires. Reconnais-» 
sons l'utilité de leur vaste et consciencieux labeur. Et supplions-les de 
hâter le plus possible Tachèvement de cet immense inventaire des 
monuments les plus anciens de notre histoire. Il n'est pas de publi- 
cation plus patriotique et plus digne d'encouragement. 

H. d'ArBOIS de JlTBAINVILUB. 



Pari» èk filybarls. Éludes artistiques et littéraires sur Rome et l'Italie 
méridionale (1866-1867), par Léon Palustre de Montifaut. Paris, LemerrCi 
1868. In-8 de 438 pages. —Prix : 7 fr. 50. 

La distance est-elle grande entre Paris et Sybaris î A en juger par 
le titre, ce voyage semblerait se réduire à une promenade humoris- 
tique, trop souvent renouvelée, sut les boulevards parisiens , où les 
habitants de l'antique Sybaris rencontreraient plus d'un concitoyen. 
Il n'en est rien ; c'est réellement Sybaris de la grande Grèce qui est 
le terme de ce voyage véritable. Mais on a si souvent parlé de l'Italie 
que M. Palustre de Montifaut, quoiqu'il ait assez d'esprit pour dire 
des choses connues sous une forme piquante et nouvelle, n'a point voulu 
suivre les sentiers battus. « Guidé uniquement par le caprice, dît-il, 
il est délectable de laisser au hasard se noircir son papier. Éviter de 
tout dire, mais faire beaucoup deviner, donner asile au nouveau, à 
l'étrange, sans le rechercher à dessein; rajeunir tout sujet, et, dans les 
questions les plus banales, s'efforcer d'être soi-même et demeurer ori- 
ginal, telles me semblent les qualités que doit développer tout voya- 
geur. Pour moi, je l'avoue, j'aime surtout à venger l'injustice, à fla- 
geller l'iniquité, à remettre au jour des figures trop oubliées, à des- 
cendre de leur piédestal de prétendus grands hommes qui ne méritât 
point notre encens, et à emprunter enfin mon instruction personnelle 
à la comparaison des peuples et des pays* » C'est un rôle ingrat que 
celui de redresseur; il ne satisfait que celui qui y trouve une occasion 
de déployer toutes les ressources de son esprit. Les victimes ne 
peuvent être contentes; les rivaux sont rarement satisfaits, parce qu'on 
les laisse presque toujours à leur place; le public ne l'est pas davan- 
tage, parce qu'on brûle ses idoles. 

Après une introduction où sont revendiquées, avec un élan patrio- 
tique un peu exagéré, les gloires artistiques de la France, M. Palustre 
débute par Montargis, dont il décrit l'ancien château royal, par Gri^ 



— 292 — 

gnan, où il trouve l'occasion de malmener Mme de Sévigné, et il ar- 
rive bien vite en Italie. De Gênes, il ne fait connsâtre que ce qui touche 
à Tarchitecture et à la peinture. L'armée du nouveau royaume d'Italie, 
que lui dévoile une brochure du général Ulloa, exerce sa ver\e caus- 
tique, ainsi que la population romaine. Rome l'arrête longtemps : il y 
trouve, exposé par un architecte, un projet de basilique qui est l'objet de 
ses plus mordantes critiques et lui permet de développer ses théories 
sur le sujet; c'est avec raison qu'il préfère « une imitation soutenue à 
la bizarre réunion des styles les plus disparates unie à d'indigestes 
conceptions. » Dans son admiration pour le gothique, il lui attribue 
deux procédés qui sont des emprunts faits au style roman. On adoptera 
volontiers ses idées sur la représentation des vertus cardinales : « Les 
attributs ne sont que de vraies étiquettes, faites pour exempter l'artiste 
de la partie la plus diflScile de Fart. " Il faut dans les représentations 
symboliques autre chose que des corps, il faut des âmes ; on ne peut 
admirer un sujet qui ne peut se comprendre qu'à l'inscription que 
porte un cartouche. Saint-Pierre de Rome et Michel-Ange ne peuvent 
échapper à ses critiques. En quittant Rome, il parcourt les Âbruzzes et 
la Calabre et nous quitte à Naples devant les œuvres de Jean de Noie. 
Écrit avec verve, dans un style original, plein d'idées neuves, quel- 
quefois paradoxales, enrichi d'érudition, de traits d'esprit et d'obser- 
vations curieuses, ce livre sera lu avec d'autant plus d'intérêt qu'on se 
trouve en face d'un auteur qui exprime franchement ses propices idées, 
et qui en même temps provoque le lecteur à contrôler ses jugements. 
Un index permet de retrouver facilement les appréciations relatives à 
tels ou tels personnages. L'exécution typographique de ce livre, sorti 
des presses de M. Jouaust, bien que n'ayant pas été l'objet de soins 
assez minutieux, mérite, par son luxe et son bon goût, de fixer l'at- 
tention des amateurs. 

René de Saint-Mauris. 



AldLO Maniizlo, lettres et documents. i495'15i6. Armand Baschbt coliexit 
et adnotavit sumptibus Antonii Ântonelli. — Venetiis, ex œdibus Ânto- 
neilianis, mdccclxvh, mense aprili. In-H'* de 103 pages. — Ne se vend pas; 
tiré à 160 exemplaires numérotés. 

Ce livre de M. Armand Baschet est une curiosité bibliographique; 
il est imprimé avec grand soin sur beau papier, et comme il n'a été tiré 
qu'à 160 exemplaires, qui se trouvent entre les mains de quelques éru- 
dits ou bibliophiles, il nous paraît utile de faire connaître les docu- 
ments qu'il renferme, documents tous inédits et empruntés, soit aux 
archives de Venise, soit à celles de Mantoue. 



— 293 — 

Un grand nombre de ces documents se rapportent à l'arrestation 
d'Aldo, sur les confins du marquisat de Mantoue, par des gardes qui 
le prirent pour un malfaiteur, alors qu'il voyageait pour collationner 
différents manuscrits de Virgile , avant de publier une nouvelle édi- 
tion des œuvres du poëte. Cette aventure se termina par la mise en 
liberté d'Aldo, après quelques jours de captivité à Casa Romana, et par 
une lettre d'excuses du marquis de Mantoue. 

Laissons de côtelés questions historiques, que M. Bischet est amené 
à traiter à propos du marquis de Mantoue, François de Gonzaga, de sa 
femmej, la marquise Isabelle d'Est, de l'exécutrice testamentaire d'Aldo, 
la duchesse de Ferrare, la fameuse Lucrezia Borgia, dont M. Baschet 
se propose d'entreprendre lu réhabilitation, d'après de nombreux docu- 
ments inédits, et occupons-nous plus particulièr'^ment des renseigne- 
ments bibliographiques que renferme cette publication; nous les 
trouverons surtout dans la correspondance entre Aido et la marquise 
de Mantoue. La marquise avait fait demander par son agent à Venise^ 
Lorenzo di Pavia, les exemplaires imprimés sur parchemin des nou- 
velles éditions d Aldo; elle-même lui avait écrit deux lettres dans 
ce but. Dans Tune elle lui demandait un exemplaire de toutes ses 
éditions en petit format : •• Desideramo havere uno codice in carta 
bona de tutti li libri lalini que haveti facto stampire in picol forma. »» 
(Mantoue, 16 mai 1505.) Elle réclamait toujours des exemplaires de 
choix. Dans une autre lettre, en date du 27 mai de la même année, 
elle demandait spécialement des exemplaires sur parchemin : « Mi 
fareti singolare piacere a mandare uno volume de ciaschuna di tutte 
quelle opérette che mi scrivete haver in carta membrana che cortese- 
mente vi ne risetteremo il pretio in caso che piaciano (p. 23). » C'est 
en réponse à ces demandes réitérées qu'Aldo envoie à la marquise 
toutes ses éditions en lettres cursives, imprimées sur parchemin, en 
y joignant les prix de chaque volume. « Li mando tutti quelli libretti 
io habiaco in membrana de lettera cursiva, » dont plusieurs sont, dit-il, 
meniatiy et par ce mot M. Baschet n'entend pas publiés avec minia- 
tures, mais simplement avec lettres enluminées. 

Voici les prix que demande Aldo ; Horace, Juvénal et Perse avec 
lettres peintes (meniati) et reliés ensemble, six ducats. (Pour les 
reliures, Aldo avait établi un atelier spécial dans sa maison^ et les 
reliures aldines ont reçu des amateurs le nom d'officinales.) Martial, 
quatre ducats; Catulle, TibuUe et Properce, trois ducats; Lucain^ 
trois ducats. Et de crainte que l'on ne trouve ces prix exagérés et que 
la marquise ne marchande^ il ajoute à sa lettre un posi-scriptum, at- 
taché avec trois cachets, où il indique les réductions possibles et son 
dernier prix : Horace, Juvénal et Perse, six ducats, ou au moins quatre 
ducats; Martial, quatre ducats, ou trois au moins; Catulle, TibuUe 
jum 1868. 20 



— 204 — 

et Properce, trois ducats, ou au moins deux et demi; Lucain, trois du- 
cats, ou deux et demi au moins. 11 nous a paru intéressant de £ûre 
connaître le prix exact auquel se vendaient ces livres, remarquables 
chefs-d'œuvre de l'imprimerie. 

M. Baschet publie dans son entier le testament d'Aldo Manuzio» 
d'après un extrait de VArchivio noiarile de Venise; il publie aussi 
diverses pièces extraites des registres de Venise appelés noiaiorio del 
colle gio, c'est-à-dire du minore consifflio^ notamment sa demande de 
privilège pour l'invention de caractères grecs, et sa demande ppur 
l'invention de ces caractères cursifs auxquels il a donné son nom. 
Voici le commencement de sa supplique : <« Aldo Romano habitatore za 
molti anni in questa nostra cita ha facto intagliare una lettera cursiva 
et cancellaresca de summa belleza non mai più. ÏB^iA. Supplica che pér 
diexe anni a niuno altro sia lecito stampare in lettera cursiva de niuna 
sorte, » etc. On le voit, dans cette demande, qui est en date du 23 mars 
1501, Aldo ne craint pas de déclarer que ces caractères dont il est 
l'inventeur sont d'une grande beauté, et le jugement de la postérité n'a 
fait que confirmer l'exactitude de c^tte appréciation. C« C. Casati. 



Mélanse» blog^raphlques et littéraires, par M. Guizot. Paris^ 

1868. In-8 de 464 p. 

Le nouveau volume que vient de publier M. Guizot semUo ne pas 
interrompre ses belles Méditations chrétiennes; on en sent la 
trace dans la préface où il consacre une pa^e éloquente à la démons- 
tration de rimmortalité de l'âme ; on en retrouve encore comme un re- 
tentissement dans chacune de ces biographies dont le caractère est 
éminemment spiritualiste et moral. Mme de Rumford, Mme Récamier, 
la comtesse de Boigne, la princesse de Lieven, M. de Barante, M. de 
Daumont sont l'objet de tableaux achevés ; autour d'eux nous voyons 
se grouper tour à tour les images de tout ce qu'il y a eu de consi- 
dérable dans la société parisienne, depuis les encyclopédistes et les éco* 
nomistes qui avaient entouré le berceau de Aille Paulze, jusqu'aux 
derniers survivants des contempoiuins de Chateaubriand, 

Nous ne pouvons analyser toutes ces études ; signalons seulement 
les jugements de M. Guizot sur M. Suard et l'abbé Morellet, les 
portraits de Chateaubriand, de Ballanobe et de Matthieu de Montmo- 
rency, Tétude critique sur les romans de Mme de Boigne, une esquisse 
très-Ane de la haute société anglaise et de la diplomatie russe dan» 
la notice sur Mine de Lieven ; enfin, dans les pages consacrées à M. de 
Barante, des aperçus très*remarquables sur l'administration du pn&- 
mier empire et la diplomatie du gouvernement de Juillet. Le nom de 
M. de Barante nous fait entrer dans le domaine de l'hiàtoire; et bous 



— 805 — 

arrivons i deux grandes études historiques qui forment i notre avis 
la partie la plus importante du volume dont nous parlons ici. 

L'une de ces études, consacrée a Gibbon, fut écrite et publiée en 1812 
en tête de la nouvelle traduction de V Histoire de la décadence et de la 
chvde de l'empire romain. En 1813^ la conclusion de M. Guizot était 
celle-ci : «• Avant Gibbon, un tel ouvrage n'était pas fait, et, quoi qu'on 
put y reprendre ou y perfectionner, après lui, il ne reste plus rien à 
faire. » En 1867 !•: grand, et généreux historien écrit : • Je trouve dans ce 
livre célèbre tous les mérites que j'y trouvais en 1812; mais j'ai appris 
à connaître bien mieux et à regretter bien davantage ceux qui lui 
manquent. » Et il termine de belles réflexions par oe jugement remar- 
quable : « Gibbon a regretté les revers de l'empire et les triomphes du 
christianisme ; c'est par là que son ouvrage n'esC pas au niveau de son 
sujet ; malgré son rare et incontestable mérite, il reste à la surface 
des temps et des événements qu'il retrace, ati lieu de pénétrer dans 
leur profondeur et les peindre dans leur gmndeur. n 

Une étude sur Philippe II, et ses nouveaux historiens clôt cette 
série d'intéressants mélanges ; nous signalerons deux remarquables 
tableaux de la situation de l'Espagne et de l'Europe avant et après 
le règne de Philippe IL On peut regr^tef que lé peu d'étendue d'une 
esquisse ait empêché M. Guizot de donner aux considérations écono* 
miques la place qui leur revient dans les causes qui ont amené la 
décadence de la naticm d'Isabelle et de Ferdinand; mais il est le premier 
à reconnaître que le protestantisme a co/nmencé par être persécuteur, 
et s^il donne à l'absolutisme de Philippe II l'épithète de catholique, il 
nomme catholiques aussi ces institutions du moyen âge qui ont été la 
source de la liberté politique en Angleterre. Dans l'examen des nou- 
veaux historiens de Philippe II, l'illustre auteur s'est d'abord arrêté 
à M. Prescott, qui a écrit une histoire du règne de Philippe II, dont 
deux volumes seulement sont parus ; puis à M. Motley, auteur d'une 
histoire de la fondation des Provinces-TTnies. Ces deux ouvragés Ont été 
publiés aux États-^Unis. MM. Prescott et Motley ont puisé dans les 
histoires contemporaines dé Chades^Qulnt et de Philippe II : Sepul- 
veda, Herrera, Cabrera et Campana ; dans les écrivains postérieurs, 
entre autres Grégorio Leti au xv!!** siècle et Watson au xviii*, enfin 
dans t^ois grands recueils : les archives de la maison de Nassau 
publiés à Leyde pat* M* Gfben van Prinsterer, les cofrespondahces 
de Charles-Quint5 de Philippe II et de Guillaume le Taciturne, tirées 
pas M. Gachard des archives de Simancas et de Bruxelles, enfin les 
papiers du cardinal QranVelle, publiés dans la grande collection des 
documents inédits relatifs à l'histoire de France. M. Motley a pris la 

vie de Guillattme le Taciturne pour centre et mesure de son tra- 
vail; c'est un admirateur passionné et un défenseur delà cause pro-* 



— 296 — 

testante y « et ce parti pris si tranché lui enlève habitaellement Tappa- 
rence et quelquefois la réalité de l'équité historique. »» Républicain 
zélé, la cause de la république hollandaise devient sa cause person- 
nelle, et M. Guizot, cherchant à donner une idée de son ouvrage, le 
nomme un grand plaidoyer historique; mais la passion apportée 
par M. Motley dans ses recherches pourra tourner au profit de la 
science, car il signale dans sa préface plusieurs sources d'informations 
inconnues avant lui. E. Récamier. 



l'ietires Inédites et souvenirs blog^raphiciues de Mme Ré- 
camier et de Blme de ffttaêl, publiés par M. le baron de Gkrando. 
Paris, Vve Renouard, 1868. In-12, de 89 p. 

^ Dans un temps où, de l'aveu de tous^ Tefiacement des caractères est 
une de nos plaies sociales, deux femmes donnant l'exemple de la fer- 
meté des convictions et des attachements, en même temps que de 
* toutes les grâces et les supériorités de l'esprit, n'est-ce pas un ensei- 
gnement moral dont beaucoup d'hommes voudront profiter! » C'est 
par ces mots que M. le baron de Gferando termine l'intéressant opus- 
cule où il rappelle, avec des détails curieux et parfois inédits^ divers 
points de la vie de Mme Récamier et de Mme de Staël. Déjà M. Sainte- 
Beuve avait publié, dans une étude intitulée Camille Jordan et 
Mme de Staël [Rewe des Deux- Mondes du 1" mars), un certain 
nombre de lettres inédites de 1 auteur de Corinne. Nous en trouvons 
ici, non-seulement de Mme de Staël, mais de Mme Récamier, du baron 
de Gerando, de sa femme, du baron de Voght, etc. L'auteur a entouré 
ces documents d'un commentaire fort intéressant ; il a connu une des 
femmes célèbres dont son père fut Tami, et a vécu dans Tintimitë de 
Mme Récamier; il peut donc joindre ses souvenirs personnels aux 
traditions de famille qu'il a pieusement recueillies. 

11 y aurait plus d'un passage curieux, plus d'un trait piquant à re- 
lever dans les correspondances inédites que nous livre M. de Gerando. 
u C'est parfois une triste profession que celle d'homme de lettres, « 
lisons-nous dans une lettre du père de l'auteur. On éprouve les dé- 
dains de ceux qui ne le sont pas et la jalousie de ceux qui le sont. Les 
premiers s'irritent de ce qu'on peut avoir de l'esprit, les seconds de 
ce qu'on n'en a pas à leur manière (p. 39). « — « Pour juger si un 
ouvrage fait du bruit, écrit Mme de Staël, il faut être à Paris ; mais 
pour savoir si sa réputation est fondée et durable, il faut regarder plus 
loin (p. 40). » L'empereur Alexandre apparaît à Mme de Staël 
comme « un miracle de la Providence pour sauver la liberté menacée 
de toutes parts (p. 78). « Dieu veuille, écrivait-elle en septembre 1816, 
que sans révolution nouvelle la liberté s'établisse en Fmnce (p. 84) I » 
Celle qui, comme elle le disait à Chateaubriand, avait « aimé Dieu, son 



— 297 — 

père et la liberté, » ne séparait pas la religion de la liberté; mais cette 
religion était un « mysticisme » qu'elle prenait pour « la religion de 
Fénelon, n c'est-à-dire - une réformation de la Réjormation, un déve- 
loppement du christianisme réunissant ce qu'il y a de bon dans le ca- 
tholicisme et le protestantisme; et séparant entièrement la religion de 
rinâuence politique des prêtres (p. 78). » J'en ai dit assez pour mon- 
trer l'intérêt qui s'attache au petit volume que vient de publier M. de 
Gerando. L'auteur a fait parsutre en même temps un opuscule d'une 
trentaine de pages, que je me bornerai à indiquer ici, et qui porte ce 
titre : Les Sociétés humaines sous la main de Dieu, Principes de 
morale sociale d'après Écriture sainte. G. de B. 



Rapports de Henri Grégoire» ancien évô<iue de Blols» sur 
la bibliographie* la destruction des patois et les excès 
du vandalisme, faits à la Conveniioti du 22 germinal an II au 24 /rt- 
maire an III, léédités sous les auspices de M. Rggbr, de Tlnslitut, par un 
bibliophile normand. Paris, Delaroque, 1867. In-8° de i38 pages. — 
Prix : 3 fr. 

I^e Vanflallsme révolutionnaire, par Eug. Despgis. Paris, Germer 
Baillière, 1868. In-i8, de 380 pages. — Prix : 3 fr. 50. 

Un bibliophile normand a eu l'heureuse pensée de réunir les rap- 
ports faits par Tabbé Grégoire : il a été encouragé à entreprendre cette 
publication par un des membres de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres, qui est un savant helléniste, mais que l'antiquité grecque 
n'empêche pas de porter un grand intérêt à tout ce qui touche à 
l'histoire et à la littérature des temps modernes. Les rapports lus 
par l'abbé Grégoire à la Convention sont devenus rares : ils con- 
statent les services que leur auteur a rendus aux musées , aux bi- 
bliothèques et aux archives : ils forment un compte rendu curieux des 
impressions contemporaines de ceux qui voyaient avec douleur le peu 
d'intérêt que Ton portait aux arts et aux sources de l'histoire. 

C'est que la nation alors savait prendre, mais elle ne savait guère 
conserver : elle se substituait violemment au souverain, aux corpora- 
tions civiles et religieuses, aux familles nobles, pour mettre la main 
sur tout ce qui leur avait appartenu légitimement ; de plus, les dépôts où 
s'entassaient les épaves des razzias révolutionnaires étaient décimés 
par des voleurs, et aussi par des ignorants qui n'estimaient les objets 
qu'au prix du papier et du métal. 

On doit à l'abbé Grégoire, et aux mesures qui furent prises par suite 
de ses rapports, la conservation d'un grand nombre de monuments, 
d'objets d'art, de livres et de manuscrits .Aussi les bibliophiles et les 
archéologues liront avec fruit ce mince volume, que Ton ne peut mieux 
recommander qu'en signalant ici les titres de chapitres : Rapport sur la 
bibliographie ; trois rapports sur les deHrvctions officielles^ sur le van^ 



— 298 — 

dalisme et sur les moyens dâ le réprimer;' rapport sur la nécessité et 
les moyens (Tanéantir les patois^ et d^ universaliser Vusage de la 
langue JrançaÂse, Un appendice contient le texte du décret relatif à 
rétablissement des bibliothèques publiques, et l'instruction de la 
commission des arts sur la manière d'inventorier et de oonserver les 
objets utiles aux sciences, aux arts et à l'enseignement. 

Je suis amené tout naturcllement à parler du livre de M. Eug. Des- 
pois : il s'y trouve, en effet, deux chapitres consacrés aux Rapports de 
labbé Grégoire et dans lesquels l'ancien évêque constitutionnel de Blois 
est présenté comme un homme auquel la passion et la crédulité auraient 
fait commettre un certain nombre d'erreurs et d'exagérations. Que con- 
clure de cela, sinon qu'il y a un travail sérieux et impartial à faire sur 
les pertes qui doivent êtrç attribuées à l'époqne révolutionoaireî Ce 
travail est compliqué et n'aura de valeur que si l'on fait en quelque 
sorte une enquête générale ; mais quand il aura été élaboré, la vérité 
historique et la science y trouveront de précieux enseignements. Le 
livre de M. Despois a pour but de faire le bilan de tout ce que la 
France actuelle doit, suivant l'auteur, à la Convention nationale. D'a- 
près M. Despois, et en cela il ne partage pas l'opinion de M. Carnot, 
la Constituante et la Législative ont déblayé le terrain, la Convention 
a créé, et l'époque thermidorien nne a recueilli ce qu'avait semé la Con- 
vention. L'auteur passe en revue l'instruction publique, l'Institut, les 
beaux-arts, le mouvement scientifique et les inventions principales 
qui datent de la fin du siècle dernier. 

II y a beaucoup de documents intéressants signalés dans ces pages : 
la lecture en est instructive, mais il me semble que M. Despols a été 
trop dominé par le parti pris de prouver que nous devons toutes les 
améliorations dont nous jouissons à la Convention nationale. J'au- 
rais aimé que dans une introduction il eût rappelé et étudié tout ce 
qui existait auparavant, tout ce que la Constituante et la Législative 
avaient détruit : de ce parallèle il s( rait peut-être résulté que la Con- 
vention a copié plus souvent qu'elle n'avait créé. L'instruction pu- 
blique ne date pas de la période révolutionnaire ; avant l'Institut, ÎJ y 
avait l'Académie française, TAcadéraie des inscriptions et belles- 
lettres , l'Académie des sciences , l'Académie de peinture et sculpture, 
et l'Académie d'architecture. 

Je ne sais, mais il me semble que nous sommes encore trop près de 
la Révolution pour pouvoir formuler sur ses conséquences, même scien- 
tifiques, un jugement impartial : au livre de M. Despois on pourra 
répondre par un autre livre écrit dans un ordre d'idées opposé, et non 
moins passionné. Toujours est-il que les deux livres que nous annon- 
çons sont des pièces importantes dans le débat. 

Anatole de Barthélémy. 



CHRONIQUE 



NécROLOGiK. ^ M. John Crawfurd, orientaliste et ethnologiste foH distingué, 
né en 1783. M. Crawfurd avait puïAié en 1861 une grammaire et un diction- 
naire des langues malaises. — M. Léon Fatlue^ auteur de divers ouvrages d'his- 
toire et d'archéologie, n?orl A l'âge de 7âan6. — M. i'abbé Mariin d'Agde, au- 
teur d'une Vie de S. Jean Chrysostome qui a obtenu un grand et légitime 
succès y enlevé à Tâge de 68 ans». 

Ikstitut. — L'Académie des sciences, dans sa séance du lundi 1 1 mai, a 
élu M. Cahours à la place vacante dans la section de chimie, par suite de l'é- 
lection de M. Dumas aux fonctions de secrétaire perpétuel. 

L'Académie des sciences a tenu le 48 mai sa séance annuelle. M. Dumas, se- 
crétaire perpétuel, a prononcé l'éloge de Michel Faraday. 

L'Académie des beaux-arts, dans sa séance du 30 mai, a élu M. Barye à 
la place vacante dans la section de sculpture, par suite de la mort de M. Seurre. 

Archives. — M. Alfred Maury, membre de rAcadémie des inscriptions et 
belles-lettres, a été nouniié diiecteur des archives, en remplacement de M. de 
Laborde, qui a reçu un siège au Sénat. 

Bibliothèque impériale. — La bibliothèque impériale a été rouverte le 2 juin, 
comme on l'avait annoncé. Au dépai tement des imprimés, la salle de lecture a 
seule été livrée au public; la nouvelle salle de travail, réîfcrvée aux pt^i^sonnes 
munies d'une carte, ne sera ouverte, parait-il, que le 16 courant. 

Cours publics. — M. Saint-René Taillandier, qui a, comme on le sait, succédé 
à M. Gandardans la chaire d'éloquence française, a ouvert son cours par une 
brillante étude i^trospéclive sur les titulaires de cette chaire depuis sa création 
en 1815. il a annoncé qu'il pi*endrait pour sujet de son enseignement la cri- 
tique des lettres françaises de 1748 à 1848. 

Le 8 mai, M. St-Marc Girardin a ouvert son cours de poésie française. L'é- 
minent proîesseur a parlé de Volt:iire, et a recherché ce que les récentes publi- 
cations ont pu aiouter à ce qu'on savait déjà sur lui. M, Sl-Maïc Girardin nV 
t-il pas été bien u)dulgent quand il a monlié Voltaire constamment a fidèle au 
bon goût et au bon sens, » aimant et défendant Thumanité « sans aiîectalion 
et sans déclamation, » cherchant, « sans malveillance et sans misanthropie, » 
la vérité dans Thisloire? Nous aimons à espérer que M. St-Marc Girardin, en 
s'efforcatit de faire ressortir les côtés honorables du caractère de Vollaii-e, n'ou- 
bliera pas ce que les publications nouvelles ont établi, à la charge de Voltaire, 
sur des preuves irréfragables, puisque c'est lui-même qui s'est chaîné de les 
fournir. 

^ M. Sainte-Beuve parlaitrécemment du a grand diocèse, sans circonscription 
fixe..., qui compte par milliers des déistes, des spiritualistes et disciples de la 
religion dite naturelle, des panthéistes, des positivistes, des réalistes, des scep- 
tiqu&$ et chercheurs de toute sorte, des adeptes du sens commun, » etc. Est-ce 
à ce « grand diocèse » qu'appartient M. Théophile Gautier, qui, dans son Salon, 
se demandait il y a peu de jours {Moniteur du 17 mai), en parlant des centaures 
de M. Fromentin, si « les centaures n'ont pas réellement existé et si les fouilles 



— 300 — 

qu on fait dans TAttique ne feront pas découvrir le squelette d*uQ contempo- 
rain de Cbiron^ le précepteur d* Achille? » Et faut-il y placer, parmi les « adeptes 
du sens commun, » M. B. Aube, professeur de philosophie au lycée Bonaparte, 
qui dans un article sur M. Renan et son dernier ouvrage, a écrit les lignes 
suivantes {Revue contemporaine du 15 mai) : u Nous ne sommes plus au i^' siècle^ 
mais au xa.^. Les mœurs ne sont pas les mêmes ni les lois. Saint Pierre au- 
jourd'hui, KT JÉSUS LUi-MÊMBy n'iraient pas loin, et seraient arrêtés dès le début 
de leur prédication ? » 

— Les recettes de la société biblique de Londres se sont élevées en 1867 à 
\ 86,598 1. st. (soit 4,664^950 fr.) et ses dépenses à 185,61 2 1. st. Dans la dernière 
réunion de la société, on a constaté que, depuis 1804, époque de sa fondation, 
elle a distribué 55,069,865 exemplaires de la Bible, dont 91,000 à TExposition 
universelle de 1867. 

— Nous trouvons dans le dernier numéro des Annales de la Propagation de la 
Foi le compte rendu général de Tœuvre pour 1867. Les recettes se sont élevées 
à 5,149,918 fr., soit 4,359 fr. de plus que Tannée précédente. Les Anna/es sont 
tiiées présentement à 235^000 exemplaires. 

— La société ^ographique de Londres a tenu dernièrement sa séance an- 
nuelle sous la présidence de M. Murchison. Le rapport qui y a été lu a constaté 
que les recettes ont été durant Tan passé de 5,462, les dépenses de 3,943 l. st. 
La société a en] caisse 15,550 livres, qu'elle va employer à la construction 
d'un local particulier. La grande médaille a été décernée au docteur Peter- 
mann, Téditeur des Geographische Mittlieilungen ; une autre a été donnée à 
M. Rboles par ses explorations dans l'Afrique du Nord et en Guinée. Après 
avoir parlé des récentes découvertes géographiques, M. Murchison a exposé 
les raisons qui font présumer que le docteur Livmgstone sera de retour vers le 
mois d'août. Enfin il a annoncé que le journal de la société contiendra dans 
ses prochaÎTies livraisons les intéressants résultats du voyage que M. Markham 
a fait en Abyssinie à la suite de l'armée expéditionnaire. 

— La Revue des Deux-Mondes du l®"^ mai contient une étude de M. Vilet 
sur Joinville. L'éminent académicfen y fait une comparaison entre le xni' siècle 
et le XVII*, tout à l'avantage du premier. SignaUms aussi deux articles récents 
sur l'Eglise d'Irlande : l'un dû à la plume expérimentée de M. Xavier Raymond 
(Revue des Deux-Mondes du 1*' mai), où l'auteur rend un légitime hommage 
au clergé catholique irlandais; l'autre, écrit par M. de Montalembert [Corres- 
pondant du 25 mai), et qui n'est que le prélude d'un important travail où 
l'illustre auteur s'occupe d'une part des conséquences de l'abolition de l'Eglise 
ofûciclle d'Irlande, et de l'autre des a nouvelles conditions de l'ordre politique 
et litigieux en Autriche. » 

^ — Le Gentleman's Magazine^ qui paraissait depuis 1731, et qui était à la fois 
l'organe de la gentry et des antiquaires, rompt avec ses vieilles traditions, 
secoue la perruque de Sylvanus Urban, et annonce qu'il change à la fois de 
genre, de prix et de couverture. Espérons qu'en renonçant à ce qui faisait son 
originalité, ce recueil ne perdra pas une nonne pailie de son mérite. 

— iM. Vallet de Viriville avait donné à la rédaction de la Gazette des Beaux- 
arts une Notice bibliographique et historique sur les Livrets du Salon. La Chro^ 
nique des Arts et de la Curiosité bl publié cet intéressant travail dans son numéro 
du 24 mai. Il comprend 88 livrets, depuis la Liste des tableaux et pièces de 
sculptures exposées dans la cour du Palais-Royal en 1673. 129 ouvrages furent 
exposés en cette année ; en 1800, il y en eut 651; en 1814, 1442; en 1829, 1834j 
en 1847, 2,82i; en 1866, 3,500. Cette année le livret compte 4,2i3 numéros. 

— Le numéro des Geographische Mittheilungun de Petermann contient le ré- 
cit du voyage de huit mois que M. Mauch a fait en 1867 dans l'Afrique méri- 
dionale, et durant lequel il a découvert deux importants gisements d'or à soixante 
lieues de la colonie portugaise de Tété, sur le Zambèse. Parti avec à peine 
2^000 francs, M. Mauch a fait ses explorations en compagnie d'un Anglais, 



— 301 — ^ 

M. Harthley, qui, lui, chassait l'éléphant, et a recueilli 2,000 kilos d'ivoire, 
vendus sur les lieux [>our 1,000 liv. st. Quant aux placers d'or, qui fournissent 
un métal très-pur, ils ont été, à une époque déjà très -éloignée, exploités par 
places. M. Mauch n'a pu rapporter que très-peu d'échantillons de leur quartz 
aurifère, à cause de la surveillance méfiante à laquelle Tout soumis les indi- 
gènes du Mosilikatse. Eu revanche, il a été reçu avec enthousiasme dans le 
Natal et dans la république de Transvaal. 

— Le musée britannique s'est enrichi, durant Tannée 1867, d'une carte du 
Japon, offerte par le taîkouu, d'une carte routière de Pékin à Kiachta (Sibérie), 
et d'une collection de piiécieuses cartes italiennes du seizième siècle. Le dépar- 
tement des manuscrits a reçu Tautogi-aphe des deux premiers chants de Child- 
Harold, avec notes et corrections de lord Byron, une autobiographie du célèbre 
Lintiée, l'autographe et la partition à'Obêronde Weber, etc. 91,228 pièces sont 
venues augmenter les dépôts d'histoire naturelle. 

Au département des imprimés et des estampes, on a placé 21 dessins allégo- 
riques de Hornebold, artiste souvent employé par Henri VHl, beaucoup de 
pièces de Tœuvre de HoUar, un portrait contemporain de Mazaniello, etc. 

— On a dit récemment que M. de Gormenin, depuis qu'il avait déposé sa plume 
de pamphlétaire, recherchait, pour les détruire, les ouvrages publiés sous le 
nom de Timon. La librairie Pagnerre a dorme à cette assertion, dans une lettre 
adressée aux journaux, le démenti le plus complet. Nous extrayons de cette lettra 
le passage suivant : 

" Il appartient à ses éditeurs de dire que, non-seulement le fait est oontrouvé, mais 
que jamais À uucunc ^-poque lo notu de TiUustre écrivain n'a quitttS notre catalogue, que 
lagixièmo édition des Entretiens de voytge et la dix-huitième du £,tcr« des Orateurs étaient 
en préparation au moment de sa mort, et que, bien loin de songer à détruire ce qu'il 
considérait comme Thonnenr de sa laborieuse carrière, il avait le projet de rassembler 
ses oeuvres complètes pour les livrer à la publicité. 

M Nous devons encore à la mémoire de M. de Cormenin (te déclarer que jamais Timon 
n'a mis en ligne de compte lo bénéfice que lui rapportaient les innombrables éditions de 
868 livres, que le prix en était invariablement consacré aux diverses œuvres de charité 
fondées et entretenues par ses ressourcée personnelles, qu'il était pour tout le monde, et 
principalement pour ses éditeurs, d'une aménité parfaite et d'un désintér^sement bien 
rare de nos jours; qu'eniin, quel que soit le jugement qu'on veuille porter snr sa carrière 
politique et sa valeur littéraire, il fut certainement un travailleur obstiné, an légiftlateor 
éminent et l'un des écrivains les plus honorables de son temps. » 

— Les livi-es suivants ont été mis à l'in^lex,! ar décret du ii mai 1868 : 
Das Çhrislenthum und die moderne Naturwlssenschaft, von J Frohschammer. 

Vienne, Tendler, 1867. 

Thesen ûber die Gestaltung der Kirchlichen Verhaltnisse der Gegenwart. 
Baunsberg, Peter. 1867. 

Il medio Evo Itdliano, Kacconti storici offerti agli studiosi adolescenti, pcr 
Mario Paganetti. Milano, Gio Gnocchi di Giacomo. 

Gento biogrA6e di fanciuUi illustre if aliani, proposti ad educazioue ed esempio 
délia giovenlù, da G. Marco BonrcUi^ maestro ni corpe' santi di Milano. Milano, 
Gio Gnocchi di Giacomo. 

L'auteur du livre Lettres de Sofronius, question liturgique, Paris, 1864, con- 
damné par décret du 25 avril 1864, a déclaré se soumettre au décret. 

Publications récentes. •— Le tome VI du Livre des RoiSy publié, traduit et 
commenté par M. Mohl, formant le tome X de la collection orientale, vient de 
sortir des presses de l'imprimerie impériale. 

La librairie Amyot a mis en vente un ouvrage anonyme, Lord Byron jugé 
par les témoins de sa vie, dû à Mme la marquise de Boissy (comtesse Guiccioli). Get 
ouvrage avait été annoncé au mois d'octobre dernier, comme devant paraître 
en andais, à Londres, chez MM. Hurst and Blackett. 

La libraire Didier publie un nouvel ouvrage sur Galilée, dû aux savantes 
recherches de M. Th. H. Maitin, doyen de la faculté des lettres de Rennes, 



— 802 — 

M. Miller, membre de l'Académie des inscriptions, a fait paraître des Mè^ 
langes de littérature grecque, où se trouve le tente inédit d'un des ouvrages 
grecs composés par Suétone : c'est un catalogue des injures échangées parim 
les Grecs* 

— Dans VffUtoire du gulfstream, que vient de publier M. Kohi, il est constaté 
que la dénomination de ce célèbre courant atlantique remonte à 1748, année 
où le Suédois Pierre Kalm Qt paraître ses Voyages. Le premier navigatenr qui 
ait tiré proût de la force du courant, est Alaminos, pilote du vaisseau qui, en 
1519, porta en Espagne les dépêches ue Fernand Cortez. Pendant les deux siècles 
suivants, ce ne furent que les baleiniers ainéncaius qui apprirent à connaître 
le parcours du gulfstream; à leur retour d'Euro^)e, ils arrivaient, en l'évitant, 

3uinze jours plutôt en Amérique que les navires de la messagerie royale 
'Angleterre. Franklin^ lorsau'il devint maître général des postes, dessma, 
d'après les indications des baleinit-rs, une carte du gulfstrenmy et la commu- 
niqua aux autorités anglaises qui, ne voulant rien apprendre de ces simples 
lâcheurs, n'en tinrent aucun compte. Ce fut aussi Franklin qui, le premier, 
essaya de déterminer la route que suit le courant, eu recherchant les endroits 
de la mer où l'eau a une température plus élevée que celle des lieux avoisi- 
nants. 

— M. Varabéry, le célèbre explorateur de l'Asie centrale, a découvert le plus 
ancieh ilvl*e écrit en langage turc ; il a pour titre Rudatku BUli (la Science 
sacrée), et fut rédigé en dialecte uigur Tan 403 de l'hégire. 

— De tous côtés on n'entend parler que de créations de journaux. A Paris, 
plusieurs revues politiques hebdoniarlaires vont remplacer l ancien Courrier du 
Dimanche et la Revue Nationale ; la Tribune, dirigée par MM. Pelletan et La- 
ver tujon, et dont le i^ numéro va paraître; la Revue politique, publiée par 
M. Henri Brlsson, ancien rédacteur de la Revue Nationale; enGn le Courrier 
de r intérieur, qui comptera au nombre de ses i^dacteurs MM. Jules SimoDj 
Assolant et About. ' X. 



VENTES DE JUIN. 



4*5. — Vente de M. de Saintes*** (Aufry). 

9-13. — Vente de feu M. Lefournler (Cretalne). 

12-13. — Ventes de lettres autographes, provenant de feu M. Je docteur 
Michelin, de Provins; de feu M. Grûn, chef de section aux Archives de l'empire, 
et de deUx autres cab.nets connus (J. Charavay aîné). 

15. — Choix de livres français provenant de la bibliothèque de feu M. H. 
Rebuffa (A. Labitte). 

15-16. — Livres anciens, rares et curieux, provenant de M. D. L. F. et de 
M. de S. G. (Léon Techener). 

18-20 — Bons livres anciens et modernes de divers genres et quelques ma- 
nuscrits. (J. F. Delion). 

Ventes a l'étraxger. — 7-9. Collection de livres rares et curletix, ificu- 
nableSf manuscrits, livres à crav. etc. (Londres, Putllck and Simpson). 

10. — Choix de livres et de gravures sur bois par ou concernant Thomas et 
John Bewick. (Londres, Sotheby, Wilkinson et Hodge). 

13-1-7. ^ Collection de tableaux, dessins, gravures et livres illustrés com- 
posant le cabinet de feu M. F. Bolk (Utrecht, J. L. Beijefs). 

16. — Collection de manuscrits et livres généalogi<iues et héraldiques. Les 
manuscrits composés par M. Th. de Rouck et J, Vau Wieringea (Ulrecbt, i. L. 
Beijers). 



■•■i^n^*A«a*kM 



CORRESPONDANCE 



PallAtiy* M. F. L., à Paris. — Voici une liste chronologique des 
travaui à consulter sur Paiissy et des écrits dont il a élé l'objet. Nous renvoyons, 
pour ce qui concerne la 3* édition du Irès-estiraable travail de M. Louis Audiat, 
à l'article publié par M. de Laincel dans notre livraison de raai-s, et à celui 
que doit donner M. îamizey de Larroque dans la Revue des qu^sliom histo- 
riques du 1*' juillet prochain. 

Là Croix du Maine : BibliotkiqM fronçoist, 1584. — Du Vsbdisb dh VAuraiYAg; 
Bibliothèqw françoiM, 168Ô. — D'Aubionb : La Confeêaion d$ Sancy (publiée sealoment 
en 16G0^ mais écrite avant la fia du xvi^ siècle. ~ D'Aubiqhé : Hùloire undvorselU, 1616- 
16i0. 3 Tol. i!i-f>. <— L'ËSTOILB (Pierre de) t Journal d» Hwiri UL (La première édition est 
de 1621, in-4o. Le passage relatif à Pâlissy a été éofit peu de temps après 1589.) 

Nous ne citerons que pour mémoire la mauvaise édition des Œuvres de Pa- 
tssy, donnée par Rdiert Fovet, en 2 vol. ln-8', 1636; mais nous indiquerons 
au contraire, comme très-précieuse, l'édition des mêmes Œuvres, revues sur 
les exemplaires de la bibliothèque du roi, avec notes, par MM. Faujas de Saint- 
Fond et Gobet (à Paris, chez Ruault, rue de la Harpe, 1777, in-4'») ; on trouve 
là (de la p. xxu à la p. lxv) des extraits fort curieux des principaux au* 
teurs qui ont parlé de Palissy, et qui sont (outre La Croix du Maine et d'Au- 
bignë déjà mentionnés plus haut, les doctes éditeurs n'ayant pas connu Tou^ 
vrage de Pierre de rBstoile) les suivants : 

6éRAtn/r Lamohois : Ùtobe da monde, 1592, Langres. — 'PdlLBifti* MAKBSCHAt/, sieur 
de la Hoche : LeOuide deê artê eî êciencegy 1598, Paris. ^ PlfiftB KofF : BibUotheoa éjco- 
tica, 1610, Francfort, !fl-4«. — Louis Savot : LAfcMUcture françoist des bàtimênU petrîi^ 
cfêliets^ 4624, in-8», Paris. — Le P. MakiN MeRDEKNB : Questions théolo^qitew^ phytiquee^ 
moraièi ei mcUhémaliqueê, 1694, m-8<>, Paris. '— Charles Sorèl : Dé tajMffècHon de l'homitu, 
1665, Paris, in*4<». — Q. M. KoMO : Bibîiolheca vetw et nooa, 1729. — Nicolas VwraTfB î 
Traité des pierres, 1701. — Dh JtJsstHtr : Histoire dé V Académie des sciences. 1718. •— Di6 
FoifTEKBtLïs : Ibidem. 1720. -* Db RlÈAUiltJR : Mém<tirés de V Académie des edenoes^ 1720. 
— MoRiXl, VtâiionnaiYe^ t?&6. (L'édition de lt5S cito sar PalisSy un mémoire mannS^ 
crit de M. Goujet.) — L'abbé Langlbt du Fresnoy : Histoire de la Philosophie hermé^ 
tique^ 1742. — BuFFOK : Histoire naturelle (théorie de la terre), 1772. — Lb Viel : Vart 
de la peinture sur verre^ 1774. — L'abbé de Fontbnat : Dictionnaire des artistes, 1776. — 
Maillet : Telliamed, 1748. — Ysnei. : Chimie dans V Encyclopédie de d'Alembert et 
Diderot, 1753. — Goettard i Mémoires sur différentes parties des sciences et des arts, 1770. 

Il faut joindre à cette liste le nom de Voltaire, qui a parlé ^fort mal) de 
Palissy dans son Dictionnaire philosophique (1764), et dans les Singularités de 
la nature {\l(oS), 

Dans notre siècle, voici le relevé des travaux à consulter; il convient d'y 
ajouter les suivants, dont nous n'avons pu retrouver la date : Bernard Palissy, 



— 304 — 

sa vie et ses amcres, par Ifatagrin ; un livre de M. A. Tainturier, qiii, selon M. Au- 
diat, a le plus étudié le classement des œuvres de Palissy, et eiiiSn Les repré- 
sentante de l'humanité, de M. Emerson. 

Alexandre Lexoir : Mntée det mcnumtnis froMyûs^ 1804, 8 roi. in-S**. — Wiixemim 
et André Pottieb : MamÊments fiançai» inéditM powr $ertir à V histoire des euis de 1806 à 
1839 in-i^. — Chaudbtjc de C]LA2A.knb.s : Mémoire sur quelques antiquités de la rilie d'Agen^ 
1819, ln-9^. — Du Sommerard : Notice sur Vkétel de Cluny, 1834. — Y. Schœlcheb : 
B. Palissy, dans la Reeue de Paris, nouvelle série, tome V, 1834. — Miel : B. Palissy^ dans 
les Mémoires de la Société libre des Beaux-Arto, 1835. — G. Trebutiek : fi. Palissy^ 
dans les Portraits et histoire des hommes utiles, 1837. — Ferd. de Lastetkib : Histoire de 
la peinture sur verre^ 1837-58. -~ Massiou : Histoire de la Sain'onge, 1838, 5 vol. in-8<>. — 
Deuscluzb : fi. PoltMy, dans la Revus française, 1838. (M. C. Daplessis parle ainsi du 
travail de M. Deléeluze : <« Article qui m'est inconnu, mais qui se trouverait probablement 
dans le Journal des Débats. " M. Jules Serret, rédacteur de Tartide Palissy dans la dernière 
édition de la Biographie Michaud, a changé Cette préteudue probabilité en oertitudo, ren- 
voyant parement et simplement son lecteur au Journal des D^wts. Daus la première 
édition de la fiiograpfcie universelle^ Tarticle Palissy était dû à M. Weiss. Ce même 
article a été écrit par M. Coupin pour le Dictionnaire de la conversation^ et par M. H. Fis- 
quet pour la Noutelle Biographie générale). — Georges CrviER (ouvrage posthume) : 
Histoire des sciences naturelles, 1841-44. — Dr Hœfer * Histoire de la chimie, 2 vol. in-S», 
1842. — Eng. PiOT : B. Palissy, dans le Cainnet de ramateur^ 1842 2* lirraisoii, mars). 

— Lesboh : Lettres de la Saintonje^ 1812. — Cap : Notice historique sur la vie et les 
oucrages de Palissy, en tête de rédition des Œuvres complètes de Palissy, 1844.' — 
Beongxiart (Alexandre) : Traité des arts céramiques , 1846. -- FiiOURENS : Dans le 
Journal des Savants d'avril 1845, de juillet 1850. — Chstreitl : Ibidem, décembre 1849. 

— Alfred Dcmbssil : fi. Palissy, 1851. ~ Lamaktihs : Civilisateur de juillet 1852. 
Morceau reproduit dans la Vie des grands hommes, 1856, iii-8*, tome IIl. — Heniy MoR- 
LBT : The life of Palissy, Londres, 1852. — Bulletin de la Société de V histoire du protestant 
tisme français, année 1853 et années suivantes. — Isidore Geoffroy Saln'T-Hu.airb : 
Histoire générale des règnes organiques, 1854. — Camille DrPLESSlS : Etude sur la lie et les 
travaux de Bernard Palissy, 1855. — J. Salles : Etude sur la vie et les travaujc de B. Palissy, 
Ntmes, 1855. — Léon de Casbno\^ de Pradines : Rapport sur le concours ouvert par 
la Société d'agriculture, science et arts pour une étude sur B. Palissy et ses ouvrages^ dans le 
Recueil des travaux de cette société, tome Vil, 1855, p. 400-482. — DoUBLST DB Boi8- 
Thibault : B. Palissy, dans la Revue archéologique du 15 janvier 1857. — Anatole db 
MoNTAiGLON : B. Palissy, dans les Archives de VArt français, 1857. ~~ France protestante , 
tome VUI, 1858. — Benj. Fillok : Lettres écrites de la Vendée, 1861. — Ferd. Rossignol : 
B. Palissy, dans les Protestants illustres, 1861. — C. Delakgb et C. Borkemah : Mono- 
graphie de Cauere de Bernard Palissy, 1862 et années suivantes. — Damgibbaub : Eludes 
historiques. Saintes au xvi* siècle (avec annoUtions de M. de la Morinerie), Evreuz, 1863, 
*"*-*•• — Lo'i»» AuDiAT : Les oubliés. II, Bernard Palissy, Saintes, 1864. — Id : Ventre^ 
vue deHenn III et de Bernard Palissy dans la Revue Jes Questions historiques de juillet 1866, 
1« livraison. — Id. : Bernard Palu<sy, étude sur sa vU et ses Inuaux, 1868. Paris, Didier. 

— K Marteubt : fiemord Palissy, dans les Conférences de Vincennes, 1868, Paris, 
Hachette. — Ph. Burtt : Chefs^auvre des arts industriels, 1868, Paris, Ducrooq. 




POLYBIBLION 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



OUVRAGES RÉCENTS SUR LA GÉOGRAPHIE 



L. DussiEUZ. Géographie générait^ oonteuont la géographie physique, politique, admi- 
niatrative^ hletoriqne, agricole, industrielle et oomxneroiale de chaque pays, eto. 1 fort 
vol. gr. in-8o de 1004 pages à 2 col. Paris, 1866, Jacques Lecoffre et C^. Prix : 16 fr. 
— Vivien de Saint-Martin. VAtmét géographique. Revue annuelle des voyages de 
terre et de mer, des explorations, missions, relations et publications diverses relatives 
aux sciences géographiques et ethnographiques. 6^ année, 1867. 1 vol. in-12 de 
620 pag. Paris, L. Hachette^ 1868. Prix: 3 fr. 50. — Juus Vbbnb et Th. Lavalli^. 
Géographie illustrée de la France et de ses colonies, précédée d'une étude sur la géo- 
graphie générale de la France, 100 gravures et 100 cartes. 1 vol. in-4<> de 770 p. 
à 2 col. Paris, Hetzel, 1868. Prix : 10 fr. — £. Cortambbrt. Géographie agricole^ in- 
dustrielle, commerciale et administrative de la France et de ses colonies. 1 vol. in-12 de 
212 p. Paris, Hachette, 1868. Prix : 1 fr.^ Emus ds Bonnbchosb. Géographie phy» 
sique^ politique et historique de la France ^ avec 18 cartes. 1 vol. in-8<* de 143 pag. Paris, 
Firmin-Didot, 1868. Prix : 3 fr. — G. Bourboulon, lieutenant au 84* de ligne. 
Géographie physique et politique de la France^ avec Tétude des voies de communication. 
1 vol. gr. in-8*de 344 p. Strasbourg, Silberman, 1866. Prix : 5 fr.— - E. Leyassxus. 
La France et ses colonies^ géographie et statistique. 1 vol. in- 12 de 415 p. avec 1 vol. 
même format contenant 27 cartes. Paris, Dekgrave et C*«, 1864. Prix : S fr. — J. Rax- 
B0990K. Les Colonies françaises^ géographie, histoire, production, administration et 
commerce. 1 vol. in-8o de 652 p. avec une carte générale et 6 cartes particulières. 
Paris, Delagrave, 1868. Prix : 3 fr. 

Les ouvrages que nous venons d'énumërer se recommandent tous à 
divers titres, suivant les points de vue souvent fort différents aux- 
quels se sont placés les auteurs. Nous voudrions, dans une rapide ana- 
lyse, indiquer, autant que l'espace nous le permettra, ce qu'on pourrait 
appeler la charpente de chacun de ces ouvrages et le sens dans lequel 
ils ont été conçus. 

Nous avons placé en première ligne les deux principaux volumes, 
récemment parus , qui traitent de la géographie à un point de vue 
général. M. Dussieuxa divisé son livre en trois grandes parties: sous 
le titre de Généralités, il développe d abord les notions sur le sys- 
tème solaire et la terre, sur les différentes constructions géomé- 
triques, ou projections^ à l'aide desquelles on fait les cartes, c'est-à- 
dire on représente sur un plan tout ou partie du globe terrestre, sur 
l'atmosphère, sur l'Océan, sur les différentes productions du globe, 
sur les races, les langues et les religions, sur l'histoire de la géogra- 
phie et des grandes découvertes. La 2* partie contient la géographie de 

JUILLIT 1868. 3t 



— 306 — 

rEurope, divisée en Europe occidentale, subdivisée en régions gauloise 
(France, Belgique, Pays-Bas, Suisse) el britannique ; en Europe cen- 
trale, comprenant les pays allemands ; en Europe septentrionale (Suède, 
Norwége et Danemark) ; en Europe orientale (Russie, Pologne), et en Eu- 
rope méridionale (Péninsule gréco-slave, Italie, Espagne et Portugal). 
Selon la méthode des Humboldt, des Ritter et des Balbi, chaque cha- 
pitre, consacré à un pays spécial, commence par exposer la géogra- 
phie physique ou naturelle, puis la géographie politique et administra- 
tive. La France est d'ailletirs traitée avec des développements plus 
considérables et qui nous ont paru très-complets; Fauteur a adopté 
pour Tétude des départements la division en régions du Nord, du Nord- 
Est, de l'Est, etc., qui revient à peu près à la division par bassin ; c'est 
là de la géographie selon le sens exact du mot ; car les divisions poli- 
tiques ou administratives n'ont souvent aucune raison physique d'être 
ce qu'elles sont aujourd'hui, et ce qu'elles ne seront probablement plus 
demûn. La géographie est strictement la description du sol, des fron- 
tières naturelles, du littoral, de l'orographie, de l'hydrogmphie, du 
climat, etc. . . Tous ces points sont traités par M. Dussieux avec un soin 
particulier, et non-seulement pour notre pays, malspour toutes les autres 
r^ons de l'Europe, et aussi pour celles du reste du monde qu'il étudie 
dans la troisième partie du volume. Une table méthodique et très-claîre 
facilite les recherches dans cet ouvrage que l'on peut considérer comme 
un excellent dictionnaire de géographie, quoiqu'il ne procède point par 
ordre alphabétique, mais par régions. On trouve à chaque pas la preuve 
que l'auteur est par&itement au courant des plus récentes découvertes 
géographiques, surtout dans l'Afrique orientale, dans le nord de l'Asie 
et en Australie. Il ne manque à ce livre pour être parfait qu^une table 
alphabétique complétant celle qui est dressée par ordre de matières. 

— L'Aimée géographique, de M. Vivien de Saint-Martin, est un livre 
plus savant en oe sens qu'il entre dans des détails plus techniques; 
mais nous le croyons également destiné à concourir puissamment au 
progrès et à la diffusion des études géojgraphiques en France, et à en 
développer le goût par l'intérêt d'actualité qui s'y ajoute à l'intérêt de 
curiosité. L auteur, dès 1862, forma le projet de faire connaître chaque 
année par des résumés clairs, précis, puisés aux sources officielles, les 
grands voyages^ les découvertes, les travaux de tous genres, triangu- 
lations, cartes, livres, conoernaiit l'histoire, la mesure et la description 
du ^obe terrestre. Cette tâche immense, il Ta accomplie avec un succès 
toujours croissant ; le nombre des ouvrages géographiques analysés 
dans le 1^ volume (1832), comme ayant parus cette année-là tant ai 
JFVance qu'à l'étranger, est de 4S6, tandis que pour 1867 il s'élève i 
668. Le total depuis le commencement delà publication est de 3752, dont 
plus de 1880 dus a la France. Nous avons donc ici un r^>ertoire unique 



— 307 — 

en son genre, d'autant plus précieux, qu'il permet de se tenir cons- 
tamment au courant de tous les faits et de toutes les publications in- 
téressant notre planète au point de vue physique. M* Vivien de Saint- 
Martin commence chacun de ses annuaires par l'étude tantôt d'une 
partie du monde, tantôt d'une autre, suivant l'importance des ouvrages 
qui s'y rapportent. Le volume pour Tannée 1867 s ouvre par un travail 
très-instructif sur la(?^o^ra/7Az> àl Exposition; puis il passe en Afrique, 
où nous avons remarqué un morceau très-complet sur TAbyssinie et 
un autre sur l'isthme de Suez. De là Tauteur nous conduit en Asie; — 
nous signalons ici les § v« vi et vu sur la Sibérie, la Chine et llndo- 
Chine ; — ^ Océanie ; en Amérique, où les tentatives d'expéditions 
au pôle Nord, jusques et y compris celle de G. Lambert, occupent d'ex- 
cellentes pages; puis en Europe. — L« volume ise termine par d'inté*- 
ressantes notes sur différents sujets de géographie générale et d ethno- 
graphie. Nous souhaitons vivement qu'une semblable publication se 
continue et vienne chaque année fixer ies travaux accomplis et agran* 
dir le champ si restreint encore de nos ^connaissances géographiques» 
— L«s autres livres dont nous avons à parler tmiteni spéciale- 
ment de la France et de ses colonies. Nous constatons avec plaisir l'es- 
prit dans lequel ces nouveaux ouvrages ont été oonçus ; le sentiment 
de ce que doit être une vraie géographie se développe peu à peu^ grâce 
à des programmes plus intelligents détruisant de gré ou de fonce la 
routine qui a fait si longtemps conaâster cette ^tude dans la «eonnais- 
sance par ordre alphabétique des départements et de leurs chefs-lieux 
et isous-préfectures. Bien de sec, de secondaiire et de moins géogra- 
phique que de telles nomenclatures. C'est pourquoi nous sigaalons en 
prasièi^ ligne la Géographie du JieujtenantBo^rboNlon, domt les quatoe 
cinquièmes sont employés à décriiie le système orogicaphique et hy4n>- 
graphique de la France. Les gfK)upes des montasses lavec leurs chaînes 
et leurs contre-fcots, ies différegits bassins et les oôtes y sont étudiés 
avec som et précision ; un chapitre spécial est consacré aux eomsnu^ 
nications par leau et pur ohemin de fisr : ^m autre aux icoloniûB, ^us le 
nom AeFraïuee (t outre-mer. Erdàn^ l'autenr atcansacréiofte cinquantaine 
de pages à ee «qu'il a^elle Vorffaniamtion ierritoriale pair r^pp0rt au 
f^ncOoTmemerU dei service» publics^ iceci iCftmpiKaiMi l'organisation ad- 
]ttÛEiistirative,militaire, maritime, eocléaiaâtique, judiciaire, fitoancière, et 
oedle de l'enseignement p«d>lic« Ce .chapitre est insuffisant :sur bien des 
pokits; plusieurs briseurs ou inexactitudes s'y isoint glissées . Ainsi la di- 
▼ifiieii par dépaiAemenjts àaàe ide la fC^msttitueaitei^ et non <de la Con^ 
ventionL. On peut .aussi c^prochor « l'aïutmr (d'avoir écarté itrop systé- 
natiqoament de sqa livre tout «détail iûataiiqtie ; il n'est pas possible 
de .sépiif er à ce pain.t l'histoire «et la (géographie. <qf«i sont întimemenjt 
Jiées «ensemble at méœsasiîres Vmia i Vwém i^ur «'édaiiisr-et slani" 



— 308 — 

mer réciproquement. Aussi est-ce avec raison que M. E. de Bonne- 
chose, après les détails indispensables sur la géographie physique, a 
consacré la plus grande partie de son volume à Texposé des différentes 
phases de la formation territoriale de la France. D indique d abord ce 
qu'était la Gaule avant la conquête romaine, sous les Romains et sous 
les carlovingiens; puis il fait connaître les divisions féodales, les par- 
tages de la monarchie, les héritages de nos rois, les accessions territa- 
riales par conquêtes, mariages ou confiscations, les cessions et apanages,, 
les traités qui ont eu pour résultat de reculer, de resserrer ou de main- 
tenir nos frontières, l'histoire des provinces et des causes de leur 
réunion successive à la couronne. Dans une troisième partie, l'auteur 
expose et compare entre elles l'organisation financière, judiciaire, ad- 
ministrative, etc. d'avant 1789 avec l'organisation actuelle. Ce livre 
remplit parfaitement le but de son auteur, qui a voulu en faire Vin- 
dispensable complément de tous les précis de V histoire de France. D 
présente, réunis avec méthode, des renseignements que l'on ne trouve- 
rait qu'avec peine dans les ouvrages purement historiques. Enfin il est 
accompagné de 18 cartes coloriées qui ne peuvent qu'ajouter à Tintelli- 
genoe du texte. 

— M. Cortambert a rédigé sa Géographie conformément aux pro- 
grammes de l'enseignement secondaire spécial (2* année). Elle comble 
une lacune et complète les ouvrages précédents, en donnant en 26 leçons 
des notions précises et souvent fort intéressantes sur l'agricultare, l'in- 
dustrie, le commerce et l'administration actuelle de la France. Il y a là 
comme une petite encyclopédie des richesses de notre sol, et de celles 
que le travail de l'homme vient y ajouter. Ces notions sont plutôt, 
dira-t-on, du ressort de la statistique, et se ressentent parfois de la 
sécheresse de cette branche de nos connaissances ; aussi croyons- 
nous que Touvrage de M. Cortambert aurait tout à gagner à être rap- 
proché des travaux dont nous venons de parler, et à être, comme étude, 
fondu en quelque sorte avec eux. Alors la connaissance de notre 
pays serait complète . — Restent les Colonies, qui ont leur impor- 
tance aussi, tant au point de vue historique et administratif qu'à 
celui de leurs richesses et productions spéciales, de leurs rapports com- 
merciaux avec la mère-patrie et avec les autres parties du monde, de 
leur géographie physique proprement dite : ici nous avons l'ouvrage 
très-complet de M. J. Rambosson, qui ne s'occupe que de nos possessions 
d'outre-mer : ce travail est fort important à tous les points de vue. Les 
éléments en ont été puisés aux sources ofiBcielles les plus siires; il est 
accompagné de bonnes cartes et sera consulté avec fruit, toutes les 
parties, histoire, administration, commerce, etc,, en ayant été traitées 
avec un soin minutieux. La statistique y tient naturellement un rang 
considérable, ce qui en fait un répertoire tout à Sût actuel, en même 



— 309 — 

temps qu'un point de départ ou de repère pour juger dans Tavenir du pro- 
grès ou delà décadence de nos colonies. 

— LaFraTice et ses colonies, par M. E. Levasseur, présente en quelque 
sorte le résumé des deux ouvrages précédents; la même idée a inspiré ce 
travail^ qui répond aux mêmes questions et se recommande par \me mé- 
thode et une exécution excellentes : 24 cartes, malheureusement trop 
petites à notre avis, complètent le texte et répondent aux différents 
chapitres. On trouvera dans cet ouvrage de bonnes notions, quoique 
peut-être un peu superficielles ; mais dans un si petit cadre l'auteur 
ne pouvait faire entrer un bien grand tableau. Un certain nombre de 
vignettes, machines^ animaux, végétaux, sont intercalées dans le texte. 
Pour donner une idée de l'atlas, et par là du livre lui-même, nous cite- 
rons les cartes des pays agricoles, des régions herbacées, des vignobles, 
des pays à bière ou à cidre, la carte forestière, la carte minière, celle 
des industries mécaniques ou chimiques, celle des canaux, etc.^ etc.. 

— Enfin il nous reste à dire un mot du dernier paru des ouvrages de 
géographie nationale, je veux parler de la publication illustrée de 
MM. Verne et Lavallée. Ici les anciens errements ont été suivis; l'ou- 
vrage adopte l'ordre alphabétique des départements, mais avec de grands 
perfectionnements, si on le compare aux ouvrages anciennement pu- 
bliés dans le même sens. L'introduction, de plus de 30 pages, due tout 
entière au savant dont la science déplore la perte récente, est un fort 
bon résumé de tout ce qu'il n'est plus permis d'ignorer sur la géographie 
physique de notre pays. Il est regrettable que la carte générale qui y 
est jointe soit aussi faible : les montagnes n'y sont seulement pas indi- 
quées. Pour le reste de l'ouvrage, il se compose d'un certain nombre de 
livraisons comprenant chacune un département, sauf pour la Seine et les 
Bouches-du-Rhône qui en forment deux ou trois. Une carte spéciale et 
une gravure sur bois, de bonne exécution^ représentant les sites ou les 
monuments les plus remarquables, enrichissent chaque livraison. La 
division du texte est uniforme pour tous et donne en peu de mots tous 
les renseignements élémentaires désirables dans l'ordre suivant : situa- 
tion, limites, aspect général, — orographie, — hydrographie, — cli- 
mat, — superficie, — population, — agriculture, — mines, carrières, 
— industrie, commerce, — routes, canaux,— histoire, — hommes cé- 
lèbres, — divisions administratives, — description des villes. Le 
tout est terminé par une table alphabétique. Rien n'est parfait ici-bas, 
et assurément, même dans le cadre et le plan de cet ouvrage, on pour- 
rait signaler quelques desiderata; mais tel qu'il est, nous ne doutons 
point de sa grande utilité, et c'est avec plaisir que nous recommandons 
ce beau volume, où l'artiste et le savant] ont réuni leurs efforts pour le 
rendre digne de tant d'autres publications illustrées du même éditeur. 

F. DE ROQUEPEITIL. 



— 310 — 



THÉOLOGIE 



Studte« lu the G<»ftpelB, by RrcsAftD CHSfTETit TRËircfi, arcfabisbop of 
Dablin. London, MacmilUn, 1868. In-8. — Prix t 12 ir.30. 

L'archevêque anglican de Dublin est à la fois un des écrivains les 
plus distingués et un des meilleurs théologiens de nos jours. Doué d'un 
goût parfait, poëte agréable, grammairien et savant, il a marqué sa 
trace dans les régions les plus diverses de la littérature, et, pour 
m'en tenir à une spécialité, il serait impossible de trouver un commen- 
tateur de l'Écriture sainte aussi profond, aussi exact, aussi catholique 
dans le véritable sens du mot. La meilleure preuve de ce que j'avance 
c*est rhorreur indicible que l'archevêque inspire aux ultrà-protestants 
en Angleterre. Dire du bien de Richard de Saint- Victor, quel scandale î 
trouver que saint Bernard est un excellent guide spirituel, quel 
paradoxe! admirer saint Augustin, Cornélius à Lapide et même 
Gerson, quelle absurdité! Nous en ^sommes malheureusement encore là 
dans notre bonne ville de Londres, eiVodium iheologicum, au moment 
où je parle, a atteint un tel degré d'intensité que l'on paraît avoir 
oublié jusqu'à la signification de ces deux mots : charité chrétienne. 
Je n'en dirai pas moins ce que je pense du nouvel ouvrage du docteur 
Trench. Ce n'est pas un commentaire suivi sur les Evangiles ; c'est un 
choix d*études ou de dissertations sur quelques passages particulière- 
ment remarquables, et qui offrent, soit des difficultés sérieuses, soit des 
points de vue qu'il importe de mettre en relief. 

L'auteur commence par protester contre l'opinion générale, suivant 
laquelle les Epîtres seraient la partie la plus obscure du Nouveau 
Testament, tandis que les Evangiles n'offriraient rieu de vraiment 
embarrassant. Il y a sans doute des deux côtés des passages, en grand 
nombre, dont l'interprétation est aisée, et où l'édification des fidèles 
n'est pas arrêtée par des problèmes d'exégèse d'une solution diflBcile: 
mais si l'on considère les Epîtres un peu attentivement, on remarquera 
bientôt que les difficultés qu'elles présentent tiennent au langage et 
non pas au fond; la pensée même n'a rien de douteux; ce qui nous 
arrête, c'est la forme dans laquelle elle est rendue. Débrouillez pa- 
tiemment la trame du raisonnement, et vous verrez que les faits dont 
ce raisonnement est pour ainsi dire l'enveloppe sont fort intelligibles. 
D n'en n est pas de même dans les Evangiles, et à priori on est fondé 
à supposer que le Sauveur, le chef de l'Église, a dû s'exprimer en 
termes plus profonds, d'une portée plus vaste et d'une application plus 
générale que les apôtres dont la mission était de réfléchir la lumière 
divine et d'interpréter les paroles du Maître. 



— 811 — 

Je ne m'arrêterai pas ici sur chacun des chapitres qui composent les 
Études évangéliques de l'archevêque de Dublin ; je remarquerai seulement 
que l'interprétation donnée des différ^its passages élucidés ne prête en 
rien aux nouveautés du rationalisme, et que tout j est expliqué suivant 
le sens orthodoxe. Les notes méritent qu'on les étudie attentive* 
ment; ce sont des trésors d'érudition choisie, et qui font preuve des con- 
naissances les plus variées. Cen'est pas la première fois que le docteur 
Trench a montré combien il a étudié le style des saintes Ecritures ; 
son petit ouvrage sur les Synonymes du Nouveau Testament est là 
pour attester son talent de grammairien ; à propos de l'épisode de 
la Samaritaine, il fait ressortir l'importance de ce que des lecteurs peu 
attentifs seraient probablement disposés à regarder comme des mi- 
nuties, et il remarque que, dans le neuvième verset du chapitre 4 de 
l'Evangile selon saint Jean, le verbe akéci), dont se sert la Samari- 
taine, est le seul naturellement admissible, parce qu'il indique l'idée 
d'infériorité dans la personne qui fait la demande (IIc^,.. ahetç;) 
et que les Samaritains se regardaient comme supérieurs aux Juifs. 
Cependant^ lorsque peu après notre Sauveur rappelle à son interlocu* 
trice la requête qu'il lui avait faite, au lieu de répéter le verbe aiiéco qui 
serait de sa part reconnaître cette infériorité, il dit (verset 10) 
t{ç èdTcvi Xé7(i>y 9oe, tandis qu'il lui fait sentir que c'est elle qui doit se 
placer vis-à-vis de lui dans l'attitude d'une suppliante, ''Wvrflau; oMv. 
Ces délicatesses grammaticales, toujours utiles à relever^ ont une im- 
portance particulière quand il s'agit de l'Ecriture sainte. D serait 
facile de remarquer en passant, et je cite encore ici le docteur Trench, 
que Motre-Seigneur n'emploie jamais le verbe ah£ivou akeToOat lorsqu'il 
parle à Dieu le Père, parce que, égal en dignité et en puissance avec 
Lui, Il Lui adresse, non une pétition, mais une requête. 

A propos du passage de l'Evangile selon saint Luc (ix, 51-56) dans 
lequel les apôtres saint Jacques et saint Jean proposent à Notie- 
Seigneur de faire descendre le feu du ciel sur un village, notre com- 
mentateur cite la réflexion de Cornélius à Lapide sur le verset 55 : 
Nescitis guis spiriius vos impellat ; puUaiis enim vos a Spiritu Dei agi 
cum agamini spiritu humano impaiienticB et vindictes. U est bon de 
noter que la première clause de ce verset manque dans la plupart des 
meilleurs manuscrits, et que par conséquent elle n'est admise ni par 
Lachmann ni par Tischendorf. Mais, comme le docteur Trench le fait 
comprendre, le codex D. donne ce même passage, et on le trouve aussi 
dans plusieurs anciennes traductions et dans les écrits des Pères, de 
sorte qu'on ne doit pas craindre d'encourir, au point de vue de l'exégèse, 
le reproche de présomption en l'acceptant comme authentique. D'un 
autre côté, les expressions que Tischendorf et Lachmann rejettent s'ao- 
cordent si merveilleusement avec le reste qu'il est absurde de supposer 



— 312 — 

qu'on les ait inventées à plaisir ; et si on prétend que le verset se 
borne simplement à ces mots : « "'Zxpof eiç 8à èiceTt(xi}g6v omoXç, » on 
s'expose, par crainte de manquer d'esprit critique, à admettre une 
phrase si abrupte, si laconique, qu'elle en devient presque inintelli- 
gible. 

Je n'hésite pas à recommander le volume de l'archevêque de Dublin. 
C'est un ouvrage du plus grand mérite, et qui fait beaucoup d'honneur 
à la théologie anglaise du xix« siècle. Gustave Massoit. 



Somme cle« Concile* gétkéirwtux. et partlcallem 9 par 

Tabbé Gutot, curé-doyen de Fère-Champenoise. Paris, Victor Palmé, 
1868. 2 vol. pel. in-8« de lxvi-UOO pages. — Prix : 9 fr. 

Ainsi que le titre le dit assez, cet ouvrage n'est pas une histoire des 
conciles tant généraux que particuliers; ce n'est pas non plus une chro- 
nologie des conciles : c'est proprement une Somme abrégée, où les 
faits historiques prennent naturellement peu de place et où la doctrine 
surtout domine. 

Nous avons beaucoup de Sommes des Conciles, mais écrites en latin 
et assez étendues, entre autres celles de Barthélémy Carranza, de 
l'Ordre des Jacobins, mort en 1576 ; de Gaspar Contarini, intitulée : 
Conciliorum magis illustriumSummay imprimée en 1553 à Florence, et 
insérée dans le recueil des ouvrages du cardinal Contarini, in-fol., et de 
François de Coriolan^ religieux capucin du xvn' siècle, dont le travail 
est plus étendu que celui de Carranza et a plus de valeur. Nous ne 
parlons pas de la Somme donnée en 1645 et 1650 par Louis Bail, doc- 
teur de la Faculté de théologie de Paris, ni de ceux qui l'ont imité, sans 
plus de mérite. 

Comme on le voit, sll a des devanciers, M. l'abbé Guyot adu moins 
l'avantage d'avoir pu éviter leurs fautes ; car la critique a relevé un 
assez bon nombre d'erreurs et de lacunes dans la plupart de ces Sommes^ 
et il a le mérite incontestable d'être beaucoup plus méthodique, plus 
dair, plus substantiel et concis que tous ces auteurs, indépendamment 
de l'avantage, par son plan et ses traductions^ de pouvoir s'adresser à 
la généralité des lecteurs. 

Il ouvre son ouvrage par une introduction, qui est une sorte de 
traité sur les conciles en général^ leur objet, leur convocation, leurs 
membres, leur autorité, leur utilité, etc., etc.; traité lucide, qui laisse 
peu à désirer, où nous n'aurions guère à demander à l'auteur que de 
mettre en accord plus parfait le texte de saint Paul qu'il cite (p. xxv) 
avec la juste remarque qu'il présente un peu plus loin (p. lvi) ; mais 
traité dont nous louons la doctrine, l'esprit sage et judicieux, et où 
nous voyons avec plaisir l'auteur redresser (p. xltv et suiv.), avec 



— 313 — 

autant de solidité qae de raison, une des exagérations de Joseph de 
Maistre touchant l'étrange et erronée assimilation qu'il prétend établir, 
dans son livre du Pape (liv. I, chap. i), entre l'infaillibilité de l'Église 
et celle des gouvernements civils I 

A propos de cette introduction dont les éléments ont été puisés aux 
bonnes sources^ nous exprimerons le regret que M. l'abbé Guyot n'ait 
pas cru devoir terminer par un chapitre qui en eût été la conclusion 
naturelle; nous voulons dire par quelques renseignements sur les édi- 
tions et collections des conciles généraux et nationaux: il aurait trouvé 
abondamment pour cette petite bibliothèque dans un très-érudit ou- 
vrage de Salmon, intitulé : Traité de F étude des conciles et de leurs 
collections (in•4^ 1724, Paris, sans nom d'auteur). Mais entrons dans 
le fond même du travail de M. Tabbé Guyot. 

C'est la tenue du concile de Trente qui a fait naître à Gaspar Con- 
tarini la pensée de sa Somme ; la publication de celle de M. Guyot pa- 
raît avoir été inspirée par le futur concile œcuménique que prépare 
S. S. Pie IX : il y a effectivement opportunité, et cet ouvrage ne peut 
être que très-utile pour tant de lecteurs qui n'ont que des idées in- 
complètes ou erronées sur ces grandes assemblées de l'Église, aussi 
hieh que pour ceux qui ont besoin d'avoir l'ensemble de leurs décisions, 
et de consulter le texte même avec la traduction des Décrets les plus 
importants qui y ont été rendus. 

L'auteur, en effet, s'attache moins, nous l'avons dit, aux faits qu'à la 
doctrine. A part quelques incidents trop essentiels pour être négligés, 
il s'applique à faire connaître les principaux canons qui ont fixé la foi, 
la morale et la discipline. 11 groupe autour d'un article dogmatic^ue et 
disciplinaire, d'une hérésie ou d'un fait capital de l'histoire de l'Église, 
et sans s'astreindre à un ordre rigoureux de dates, les canons des con- 
ciles oecuméniques qui ont rapport au même sujet; canons qu'il coor- 
donne, qu*il met en relief, dont il précise le sens, et qu'il complète par 
la juxtaposition des Décrets des conciles particuliers et provinciaux. 

Tout ce travail, bien ordonné et nettement écrit, est divisé en trois 
gmndes parties. La première, contenant l'analyse, avec citations, des 
canons apostoliques, va jusqu'à la fin du x** siècle. La deuxième partie 
s'étend jusqu'au concile de Trente, et la troisième, qui forme plus d'un 
demi-volume, est tout entière consacrée à ce concile, à son histoire, à ses 
décisions et à l'exposé de la discipline actuelle de l'Église. Cette der- 
nière partie est un excellent résumé de Benoît XIV et de Pallavicini, 
et tout ce que dit M. l'abbé Guyot à l'égard du sens des Décrets du 
concile de Trente a été puisé dans des auteurs autorisés. Ajoutons 
qu'une bonne table alphabétique des matières (54 p.) termine cet ou- 
vrage. 

L. F. GUÉRIN. 



— 314 — 



SCIENCES 



pbll€>fiM>plite en IiVance» cm 'SJnK." «lëcle^ par Félix RAVAissoify 
membre de llostitut. Paris^ imprimerie impériale^ 1868^ et chei L. Ha- 
chette. Gr. in-8o de 266 pages. — Prix : 7 fr. 

Paimi le nombre déjà considërable de rapports sur Tétat inteUectuel 
de la France publiés à Toocasion de TExposition universeUe de 1867 
sous les auspices du ministère de l'instruction publique^ il n*en est 
guère de plus sérieusement traité que celui de M. Ravaisson, sur la 
philosophie. Le sujet, du reste, avait de quoi tenter un écrivain* Les 
diverses évolutions philosophiques dont notre siècle a été le témoin 
constituent une des parties les plus importantes de l'histoire des idées 
et s'imposent malgré leur apparente aridité aux méditations de tous. 

M. Ravaisson était bien fait d'ailleurs pour comprendre la grandeur 
de sa tâche; il n'a point hésité à l'aborder de front. Après être remonté 
à l'origine même de la philosophie^ parcourant toutes les phases qu'elle 
a subies dans la suite des âges, il arrive à l'école matérialiste du 
xvui® siècle qui régna un instant presque sans partage^ et se hâte de 
signaler la vive réaction spiritualiste que le commencement de notre 
époque a produite. Entrant alors dans un examen plus particulier, 
l'auteur analyse tour à tour la philosophie écossaise qui remonte à 
rame par l'étude minutieuse de ses diverses facultés, Maine de Binm 
qui met en relief la volonté, la force active de l'intelligence, Royer-Cd- 
lard qui, appuyé à la fois sur les Écossais et sur Biran, rétablit les 
croyances que revendique le sens commun de l'humanité. M. Ravaisson 
a pour chacun de ces systèmes des éloges et des critiques; et quand 
Victor Cousin, avec ses brillantes facultés, avec une éloquence qui 
entraîne ses disciples, avec une imagination qui le séduit lui-même, fonde 
l'éclectisme sur l'étude de l'histoire et donne la psychologie pour base 
à son spiritualisme, l'auteur du rapport, dans des jugements qui ne 
sont pas sans sévérité, signale ce qui lui semble incomplet et défee- 
tueuxdans le chef éminent de l'école spiritualiste contemporaine; puis, 
passant en revue, dans un large tableau^ non-seulement les penseurs 
restés plus ou moins fidèles à l'éclectisme, mais toutes les branches de 
la philosophie moderne : rationalisme, idéalisme, positivisme, saînt- 
simonisme, fourrîérisrae, théorie du progrès, thèses d'école ou opinions 
individuelles, il étend sur les hommes et sur les doctrines son impar- 
tialité quelque peu indifférente et sa bienveillance trop désintéressée 
de la vérité unique et pure. Aussi le fil conducteur semble-t-il parfois 



— 315 — 

lui manquer au milieu de ce dédale de distinctions, d'afGnnations^ de 
négations qui s'élèvent les unes à Tenvi des autres et se disputent le 
domaine philosophique. Le matérialisme est présenté à son tour sous 
des couleurs plus ou moins spécieuses et avec l'influence que lui 
attribue la science moderne; l'auteur remarque, d'une façon plus in- 
génieuse sans doute que sûre, que les thèses les plus récentes des 
matérialistes ne se bornant plus aux phénomènes seuls, mais par une 
sorte de généralisation qui les entraîne remontant comme malgré eux à 
des causes plus ou moins secondaires, tendent par cela même à se 
rapprocher du spiritualisme; car c'est la synthèse qui mène à la théorie 
de la pensée et de Tâme, comme c'est l'analyse qui conduit à celle de 
la matière et des corps. Cette observation du reste, loin de justifier le 
matérialisme^ nous paraîtrait au contraire ajouter encore un défaut 
de logique aux autres objections qu'on lui oppose. 

En voulant être aussi complet que possible, M. Ravaisson a pour- 
tant eu le tort de distribuer les rôles dans dçs proportions qui ne cor- 
respondent pas suffisamment aux influences et aux mérites. Certains 
noms presque inconnus occupent dans son travail une place égale n 
celle d'hommes plus éminents et qui ont exercé une action plus générale 
et plus légitime.'On doit regretter aussi quelques omissions. Malgré 
l'indulgence de ses jugements pour les représentants d'une certaine 
philosophie, l'auteur ne voile pas ses convictions : il demeure franche- 
ment spiritualiste^ sans se rattacher toutefois à une école spéciale. Il 
élève l'idée de cause au-dessus de tous les phénomènes; il fait remonter 
toute existence à Texistence absolue et infinie; et, dans la synthèse 
générale des êtres, il pose comme nécessaire que la cause, renfermant 
avec la raison du commencement la raison aussi de la fin^ comprenne 
les origines comme le but et qu'elle enveloppe tout ce qui es^t impar- 
fiEdt de sa perfection, tout ce qui est fini de son infinité. Enfin, élevant 
son style avec ses pensées^ il préconise ** la haute doctrine qui enseigne 
que la matière n'est que le dernier degré et comme l'ombre de l'exis- 
tence, que l'existence véritable dont toute autre n'est qu'une ébauche 
est celle de Tâme, que en réalité être c'est vivre, et vivre c'est penser 

et vouloir que l'infini et l'absolu dont la nature ne nous présente 

que des limitations, consistent dans la liberté spirituelle et que la liberté 
est ainsi le dernier mot des choses... » 

Ce sont là de nobles idées^ qui font à la fois l'honneur, la force, la 
supériorité du spiritualisme; et la philosophie qu'elles représentent 
demeurera aussi longtemps qu'il y aura de grandes âmes pour penser 
et des cœurs généreux pour sentir. 

Gustave Baoijenault de Puchesse. 



— 316 — 



BELLES-LETTRES 



bataille de Kossovo» rapsodie serbe, tii'ée des chants populaires, 
et traduite eu français par Adolphe d'Avril^ agent et consul général de 
France en Roumanie. Paris, librairie du Luxembourg, 1868. In-i2 de 
iOOp. — Prix ; 3 fr. 

Si les poésies nationales, fruit d'une inspiration aussi vraie que 
profonde, méritent une attention spéciale, personne ne refusera ce droit 
aux poésies populaires des Slaves, et en particulier des Serbes. Chez 
aucun peuple slave^ en effet, la poésie nationale n'a pris d'aussi riches 
développements; nulle part aussi elle n'a conservé cette grâce naïve qui 
est l'apanage des peuples enfants, et dont les nations civilisées sem^ 
blent avoir perdu le secret. Témoin la rapsodie dont M. le baron d'Avril 
vient d*enrichir la littératiire française. Œuvre d'un auteur inconnu, 
comme le sont toutes les productions du génie national, vous n'y trou- 
verez pas^ comme dans d'autres épopées, les splendides éclats d'une 
grandeur surhumaine ; vous y rencontrerez l'élévation constante, la pu- 
reté, la profondeur de sentiments, la simplicité, la dignité et la grâce, 
La Bataille de Kossovo est, avec le règne d'Etienne Douchan, sur- 
nommé le Puissant, le point de départ des poésies héroïques serbes, et 
elle peut être considérée comme le modèle d'après lequel ont été com- 
posés les chants relatifs aux événements nationaux postérieurs. 

Il faut se rappeler que 30 ans avant le désasti'e de Kossovo, la 
Serbie formait un vaste empire qui s'étendait de l'Adriatique â la mer 
Noire et depuis le Danube jusqu'aux frontières de la Grèce. Etienne 
Douchan, le plus glorieux représentant de la dynastie des Némanitch, 
méditait l'établissement d'un empire slave destiné, dans sa pensée, à 
remplacer celui des empereurs grecs. U marchait déjà sur Byzance, 
lorsque la mort l'emporta presque subitement en 1356. Après lui, l'État 
serbe se démembra, et la djmastie de Némania s'éteignit dans la per- 
sonne du faible Ourosch V, successeur de Douchan. En 1389, la Serbie 
perdit son indépendance sur le champ de bataille de Kossovo, pour deve- 
nir une province ottomane. Mais le souvenir de ce désastre national ne 
périt jamais. La gousla, lyre grossière du Serbe, remplaça le glaive; la 
chanson devint sa consolation la plus chère comme son plus constant 
appui. On peut dire même que, si à l'heure qu'il est la Serbie jouit 
de l'indépendance politique, elle le doit en partie à la puissance des 
souvenirs historiques conservés et fécondés au sein de la nation par 
le génie de la poésie. Les personnages qui figurent dans cette rapsodie 
sont tous historiques, et les trois principaux d'entre eux, Lazare, Mi- 
losch et Vouk, jouissent de plus, mais à titres divers, d'une juste 



— 317 — 

popularité. Ce sont autant de types dont les traits rappellent les héros 
de la chanson de Roncevaux. Car, comme le fait remarquer M. d'Avril, 
«< il 7 a une analogie facile à saisir entre les chants relatifs à la ba- 
taille de Kossovo et la chanson de Roland^ non-seulement dans les 
caractères, mais dans la trame même. Ainsi, à côté de Lazare, le Char- 
lemagne serbe, figure son gendre Milosch Obilitch, qui a beaucoup de 
rapports avec Roland. L'autre gendre de Lazare^ Vouk Brankovitch^ 
représente le traître Grane de la geste française. Les beaux-frères sont 
ennemis; une querelle est survenue entre les femmes; l'inimitié des 
deux chefs sera le nœud de l'action sur les bords de la froide Sitnitza^ 
comme dans les gorges prof ondes des Pyrénées, n (Page 3.) Cette ana- 
logie ajoute un intérêt de plus à la publication de M. d'Avril, déjà si 
précieuse au point de vue littéraire et historique. 

On ne peut pas dire cependant qu'elle ait aussi le mérite de la nou- 
veauté. Il existe déjà plus d'une traduction de la Bataille de Kossovo^ 
par exemple celles de M"* Voiart et de M. Dozon ; en outre, on doit 
se rappeler les poétiques leçons de Miçkiewitch sur le même sujet. 
Néanmoins, le travail de M. d'Avril offre des avantages qui ne se 
rencontrent pas dans les essais de ses devanciers. D*abord, il est plus 
complet : les fragments détachés dont se compose le cycle relatif à la 
bataille de Kossovo, y sont réunis et coordonnés pour faire un tout. 
L'éditeur n a rien ajouté au fond, ni changé dans la forme; il a seule- 
ment extrait quelques vers d'une pièce pour les intercaler dans une 
autre, afin de ne pas perdre un trait intéressant, tout en évitant une 
répétition oiseuse. De plus, sa traduction est en vers, tandis que les 
autres sont en prose. Le vers employé par M. d'Avril est celui de la 
chanson de Roland, qu'il a publiée l'année dernière^ c'est-à-dire dé- 
casyllabique et sans rime, comme dans l'original serbe. La version est 
faite vers par vers et , je puis l'ajouter, aussi rigoureusement que 
possible, et mt donnée la différence des deux langues française et 
serbe; mais ce qu'aucune version ne saurait reproduire, c'est l'harmonie 
du langage serbe, réputé le plus doux» le plus mélodieux, le plus italien 
de tous les dialectes slaves. Aussi J. Grimm, juge fort compétent 
dans la matière, disait-il que les poésies populaires des Serbes sont 
intraduisibles; non-seulement à cause de la grâce insaisissable que 
respirent ces poésies si simples et si naïves, mais encore à cause des 
beautés du langage qui en augmentent les attraits. Et il ajoutait que 
le slave mériterait d'être appris, rien que pour pouvoir lire les poésies 
serbes dans l'original. Je ne sais si le conseil de l'illustre écrivain 
sera goûté par les lecteurs français; mais je suis certain qu'ils ne re- 
gretteront pas les instants consacrés à lire le récit de la Bataille de 
Kossovo, dû à la plume él^nte et exercée de M. d'Avril. 

J . Martxnov, s. J. 



— 318 — 

n&ery Queene, by Spenser. Books I and H, edited by the Rey. G. W. 
KrrcHiN, M. Â., exatnining Ghaplain to the Bisbop of Ghester. Loadon^ Mac- 
millan, 1868. 2 vol. iii-12. —Prix : 6fr. 

L'Université d'Oxford a entrepris récemment la publication dHme 
série d'ouvrages dans tous les genres destinés à la jeunesse des écoles. 
Ce ne sont pas, strictement parlant, des livres d'érudition ou de haute 
critique ; ce sont des textes soigneusement annotés qui pourront servir 
de lecture courante, et qui initieront les enfants aux beautés de la litté* 
rature de leur pays et aux chefs-d'œuvre d'origine étrangère. Jusqu'en 
ces dernières années, en Angleterre comme ailleurs, on s'occupait trop 
exclusivement de grec et de latin ; tel scholar, ferré à glace sur le di- 
gamraa, ne pouvait épeler deux mots de sa langue maternelle ; après 
avoir passé un examen approfondi sur Tacite ou Thucydide, il aurait 
été incapable de rendre compte du Paradis perdu de Mil ton, ou même de 
donner l'analyse àMHamletdie Shakspeare. Comme Sganarelle, nous 
avons changé tout cela, et Tiraprimerie Clarendonienne a pris fort prn- 
demment l'initiative des réformes. 

Voici deux charmants petits in-12 édités par le Rév. G. W. Kit- 
chin, chapelain de l'évêque de Chester et ancien fellow du collège du 
Christ. Ouvrons-les et étudions la poésie de Spencer, si pleine d'imagi* 
nation, si forte, si élevée. Lorsque « la Reine des fées » [The faery 
Queen) parut, la sensation fut générale d'un bout de l'Angleterre à 
l'autre. Depuis Chaucer et l'auteur de la Vinan de Piers Ptougkman, 
on n'avait pas entendu d^accents aussi mélodieux. Le xv« siède ne 
compte pas dans les annales de la littérature anglaise : c'est l'époque 
la plus stérile. Puis étaieiit survenus les débats religieux ; sous les 
règnes d'Edouard VIj de Marie et de Henri VIII, la théologie seule 
se trouvait à l'ordre du jour. Au milieu des discussions perpétuelles que 
soulevait la question de l'Eglise, le poëte n'avait pas réussi à se faire 
entendre. Enfin arriva Elisabeth, cette « brillante étoile de l'Occident •» , 
ainsi que l'appelle le Livre des prières communes, et au tumulte qui 
avait signalé les premières années du xvi» siècle succéda une longue 
période de gloire et de tranquillité. L'état de la société était favorable 
à la composition d'un poëme qui, tout en rendant avec vigueur les idées 
religieuses de l'époque, se revêtirait aussi d'une teinte chevaleresque, et 
ferait passer sous les yeux du lecteur un long cortège de héros de roman. 
De grandes actions, de grandes découvertes, de grands hommes, tels 
étaient les éléments que Spenser rencontrait autour de lui, et son poëme 
de la Beine des fées est l'épopée d'un siècle et d'un pays où la vie na- 
tionale a atteint son plus haut degré d'intensité. 

Mais, outre l'influence si profonde du milieu politique et religieux, il 
faut aussi relever dans les ouvrages de Spenser la trace qu'a laissée 



— 819 — 

l'étude soit de ses compatriotes soit d'écrivains étrangers. On a dit que 
Spenser peignit des abstractions, tandis que Chaucer dessina des figures 
vivantes. D'accord, mais en même temps il serait absurde de nier que 
l'auteur de la Faery Queen ait souvent consulté avec fruit les tableaux 
si fins des comtes de Cantorbéry ; il en convient d'ailleurs lui-même de 
fort bonne grâce. Il y a encore les vieux romans de chevalerie ; notre 
poète les avait attentivement lus, et il leur a emprunté la mise en scène 
de son grand ouvrage. Far-ci par-là on remarque sans doute des des- 
criptions de provenance classique, des souvenirs d'Ovide ou de Virgile ; 
mais ces descriptions sont imitées d'une façon qui leur donne presque 
une apparence d'originalité; sous la plume de l'écrivain anglais, elles 
prennent un faux air de romantisme. 

Il reste enfin à rechercher jusqu'à quel degré Spenser a imité les 
poètes italiens. Le Tasse et Arioste lui servirent de modèles, mais 
à deux points de vue tout à fait différents. Le premier lui fournit des 
scènes entières qu'il traduisit presque mot à mot; le second lui com- 
muniqua cet abandon et cette grâce naïve qui forment l'essence de ses 
compositions. 

M. Kitchin a publié, dans la série d'ouvrages édités par l'Université 
d'Oxford, les deux premiers livres de la Eeine des Fées. Les quelques 
réflexions qu'on vient de lire sont, pour ainsi dire, un résumé de sa 
préface, et donneront une idée des appréciations critiques du savant 
professeur; mais je ne saurais faire comprendre ici par un extrait le 
talent avec lequel les notes et le glossaire sont rédigés. Il est indispen- 
sable que le lecteur se reporte aux volumes mêmes^ et il ne saurait 
employer son temps d'une manière plus profitable. 

Gustave Masson. 



HISTOIRE 



llaolifleroiiB^ par Auguste Parent. Paris, A. Franck^ 1868. In-8. de 227 p. 

— Prix : 8 fr. 

Courageux explorateur de la Palestine dans ses parties les moins 
connues, M. Auguste Parent commence par nous raconter, dans Tln- 
troduction qui précède cet ouvrage, l'une de ses excursions au delà du 
Jourdain. Il conduit son lecteur aux ruines de M'kaour, qui représente 
l'ancienne ville et forteresse de Macbœrous, jadis l'un des boulevards 
les plusimportantsdes contrées transjordanes.Le récit de ce voyage est 
écrit d'un style vif, pittoresque et animé, qui reflète lentrain avec lequel 
l'auteur l'a exécutéetlesdiverses impressions qu'il a éprouvées^ chemin 
iûsant. Malheureusement, à peine arrivé à M'kaour, M. Parent fut 



— 320 — 

assailli par des pluies torrentielles qui rempêchërent d'étudier comme 
il l'aurait voulu ces ruines intéressantes. Abordant ensuite Thistoire 
de Machœrous, il s'eflForce de prouver par des raisons trës-plausibles, 
sinon péremptoires, que cette ville primitivement s'appelait Jazer et 
qu'elle appartenait à la tribu de Gad; en même temps^ pour rendre 
cette identification en quelque sorte plus palpable, il noua indique 
les limites respectives des deux tribus de Gad et de Ruben, et les 
principales villes qui s'y trouvaient, parmi lesquelles Jazer semble 
avoir d'abord occupé la place où plus tard s'est élevée Machœious. 

Puis, agrandissant son sujet et, au lieu de s'attacher uniquement 
à la ville dont le nom forme le titre de son ouvrage^ M, Parent, pour 
mieux faire comprendre le rôle qu'a joué dans l'histoire judaïque la 
citadelle de Machaerous, nous retrace à grands traits les diverses 
périodes de cette histoire, depuis l'avènement de la grande famille 
des Machabées jusqu'à la ruine de Jérusalem par Titus. Machœrous 
disparaît quelquefois, il est vrai, dans ce tableau d'ensemble; mais 
c'est toujours pour reparsdtre de temps en temps, à l'un des coins de 
l'horizon. Dans le vaste cadre que l'auteur s'est tracé, il a trouvé le 
moyen, en l'élargissant ainsi, de faire entrer tour à tour tous les 
grands événements et toutes les principales figures de l'époque qu'il 
déroule à nos yeux. Ce n'est point une simple et froide analyse, mais 
une esquisse pleine de vie et de mouvement. Quelques pages surtout 
m'ont paru fort belles et écrites avec beaucoup de verve et une con- 
naissance approfondie du sujet. Je souscris également à la plupart 
des appréciations générales de l'auteur. Mais en finissant, je soumet- 
trai à M. Parent deux observations. 

Il s'exprime ainsi quelque part ( p. 41 et 42 ) : m Ce n'est qu'à 
l'époque duréveil national d'Israël, c'est-à-dire du' temps de David et de 
Salomon, que l'on commença à réunir en un seul faisceau, en un corps 
unique,les traditions orales, les chants héroïques et populaires qui avaient 
été transmis au sein du peuple hébreu, de génération en génération. 
Comme dans d'autres pays, ces chants et ces traditions avaient pris, 
avec le temps, cette forme légendaire et fabuleuse qui enveloppe 
comme un voile merveilleux, comme une auréole poétique, le beroeau 
de tous les peuples. » Parler de cette manière, n'est-ce pas attaquer la 
véracité des livres saints, en laissant croire que la plupart des faits 
extraordinaires qui y sont racontés ne sont que des mythes enfantés, 
ou du moins grossis par l'imagination populaire! Alors, que devient 
l'authenticité des différentes parties de la Bible et le caractère sacré 
dont ce livre porte partout l'empreinte 1 Je sais bien que des critiques 
allemands, dont je suis loin de contester la science, ont émis et pro- 
pagé cette théorie; mais je connais aussi d'autres critiques, également 
fort savants^ qui ne croient pas abdiquer leur jugement, ni les droits 



— 321 — 

de la science, en inclinant leur raison devant certains faits qui la 
dépassent, sans la contredire. Autrement, si Ton rejette le surnaturel 
de la Bible, il faut rejeter pareillement le surnaturel des Evangiles ; mais 
alors on sape la base même du christianisme. 

Ailleurs je lis (p. 210): « Jésus avait eu pourmidtre Jean, surnommé 
le Baptiste. » Peut-on dire, si Ton admet la divinité du Messie, fils de 
Marie, mais en même temps fils de Dieu, qu'il a eu pour maître celui 
qui n'était que son précurseur et qui se regardait lui-même comme 
indigne de dénouer les liens de sa chaussuret Le Christ, à douze ans, 
étonnait par la sublimité de sa parole les docteurs dans le Temple, et 
si plus tard, pour nous donner un exemple d'humilité, il voulut être 
baptisé par S. Jean, celui-ci n'avait rien à apprendre au Verbe divin^ 
qui était la sagesse incréée^ et dont il préparait seulement les voies t 

ViCTOE GuÉWN. 



BUstoIre Romaine de Xlte-Eii^e» traduction nouvelle avec une 
introduction, des notes et une table historique et géographique^ par 
M. Gaucheb, professeur de rhétorique au lycée Bonapaite. Paris, Ha- 
chette, i868* 4 vol. in-i2. — Prix : 14 fr. 

L'histoire romaine de Tite-Live comprend, on le sait, les années 
écoulées depuis la fondation de Rome jusqu'à la mort de Drusus, fils 
de Tibëre; elle embrasse par conséquent un espace de près de huit 
siècles. C'est le travail historique le plus considérable de l'antiquité, et 
malheureusement ce qui nous en reste est bien peu de chose : sur 140 ou 
142 livres, distribués de 10 en 10 sous le nom de Décades^ 35 seule- 
ment sont parvenus jusqu'à nous. Ils suffisent à la gloire de leur au- 
teur : la langue de Tite-Live est peut-être la plus belle dont un écri- 
vain latin se soit jamais servi : à l'ampleur des périodes cicéroniennes 
elle unit la force qui caractérise le style de Tacite. Rien de plus pur, 
de plus clair, de mieux ordonné, de plus noble que le récit du Pom- 
péieUy ainsi que l'avait surnommé César frappé de ses tendances 
patriciennes.Les discours de Tite-Live, si nombreux dans son histoire, 
sont de véritables chefs-d'œuvre, tant au point de vue littéraire qu'au 
point de vue politique et historique. 

On comprend que tant de mérites aient puissamment attiré les 
esprits adonnés à l'étude et au culte de l'antiquité, et que ceux qui 
goûtaient les charmes de l'historien dans sa propre langue aient été 
séduits par l'idée de faire passer dans la leur, des annales si intéres- 
santes, si précieuses à tous égards : aussi, outre un nombre très-con* 
aidérable d'éditions et de réimpressions, Tite-Live a-t-il été traduit 
^ns toutes les langues de l^urope. En France, nous dterons en pre- 
jviLLiT 1868. 29 






— 352 — 

fldière ligne la traduotîon de Dureau de la Malle, celle de la collection 
Panckouke et celle de la collection Nisard. Leur mérite réel n'a pas 
plus arrêté M. Qauoher que la difficulté, réelle aussi, et la longueur d'un 
travail nouveau. Le savant professeur s'est nus résolument àToeuvre^ 
et il nous a donné une traduction complète» consciencieuse des trois dé- 
cades et demie qui subsistent aujourd'hui de l'œuvre magistrale du 
précepteur de Claude. Cette traduction nouvelle est fidèle, élégante, 
reproduisant, avec toute la précision que comporte la différence du génie 
des deux idiomes, le mouvement, la force, la beauté, la grandeur da 
Toriginal. 

Elle est accompagnée de sommaires développés et d'un index mé^ 
tbadique très-complet, et précédée d'une notice biographique et litté* 
raire dont l'intérêt ne suffit pas à faire pardonner la brièveté. M. Gau* 
cher y caractérise avec talent l'œuvre du grand historien. Tout en le 
félicitant de son culte pour les héros et les grandes vertus de Ja ré- 
publique, il reconnaît en lui, précisément à cause de sa passion domi- 
nante, un juge souvent malveillant des temps modernes. Puis repre- 
nant la thèse ingénieuse de M« Taine dans son Sssai wt Tite^Um^ 
il combat cette idée que l'auteur de ï Histoire romaine fut avant tout 
un orateur, pour nous le représenter comme un poëte et son histoire 
plutôt comme une épopée que comme un plaidoyer. Quel art en effet 
dans l'œuvre de Tite-Live I quels récits, ou mieux quels tableaux que 
eeux de la mort de Virginie, delà mort de Manlius, de la bataille de 
Trosimène, du désastre de Cannes, de la fin de Paul-Emile, etc.! 
Assurément chez Tite-Live l'orateur existe à côté de l'artiste, mais 
pour se compléter l'un par l'autre : de là l'harmonie, l'unité de cette 
œuvre enthousiaste et patriotique. 

C'était une grande tâche que vouloir la faire connaître par une bonne 
traduction qui fût à la portée de tous par son prix et son format. 
Avoir mené à bon terme une pareille entreprise, aussi ardue et aussi 
considérable, est pour l'auteur un titre incontestable à la reconnais- 
sante estime de tous les amis des belles-lettres. 

F. DB ROQUEFEUIL. 



Btbltotlieca reram sermanlcaram. Tom. IV. Monummia CaroHna^ 
Edition Ph. Jàpfé. Gr. in-S^" de xii-720 p. BeroUni Weidmann. Paris, 
chezUthllieçux, i867. — Prix : i8 fr. 75 c. 



M. Jaffé poursuit vaillamment la publication de la BibtiùiAeea 
Grermanicarum. Après les Monumenta Corbeiensia, les Jdonumenimr 
Gregoriana, contenant les lettres de Grégoire VII, et les Jdonuffumim 
JUoguntina, le savant éditeur a publié, au mois de septembre 1867, un 
qiu^rième volume in tituléJbfont«m«n^aCa7Y>/iiia. La nouvellepub]icatioc& 



-- 323 — 

du Codex Carolimts est très-importante ; le texte en avait été donné 
pour la première fois par Gretser en 1613, réimprimé par Duchesne, par 
dom Bouquet, par Muratori avec les corrections de Lambeoeius, enfin 
par Cenni dans les Mormmenta dominalionis pontificùse avec de nou* 
velles corrections ; mais peu à peu il avait subi de graves altérations» 
sous prétexte de pureté grammaticale. M. Jaffé a eu recours au manuscrit 
du ix« siècle, copié par ordre de Charlemagne, et ooos&cyé à Vienne. 
Dans ce manuscrit, les lettres n'étaient point rangées par ordre chro- 
nologique. Dom Bouquet et Cenni avaient voulu porter la lumière dans 
ces obscurités, mais beaucoup d'indications avaient été données un 
peu au hasard. M. Jaffé, à Taide de renseignements historiques intrin* 
sèques et extrinsèques, a pu établir avec plus de précision la chroncH 
logie des lettres. Des tables de concordance entre les numéros des 
lettres du codex, les numéros de Tédition de Cenni et les nimiéros 
adoptés dans la nouvelle édition, montrent le travail du savant éditeur 
et facilitent les recherches. Le même travail bibliographique et chrono* 
logique a été fait sur les dix lettres de S. Léon. Puis, sous le titre de 
Epistolœ Carolinœ, M. Jaffé a réuni cinquante-deux lettres émanées de 
Charlemagne et de divers personnages de son temps, le pape Adrien P', 
Tabbé de Saint-Riquier Angilbert, le moine de Saint-Denis Dun- 
gal^ etc., etc. Sept lettres inédites de ce dernier, copiées par M. Wat- 
tenbach sur un manuscrit du British Muséum, enrichissent cette po* 
blication, qui a le mérite de réunir des pièces importantes jusque-là 
dispersées dans d'autres collections. Toujours M. Jaffé indique le 
manuscrit sur lequel chaque lettre est copiée et les ouvrages où elle a 
été imprimée. L^ lettres d'Eginhard, publiées ensuite par M. Jaffé^ ne 
le sont pas dans le même ordre que dans l'édition de Duchesne et dans 
l'édition donnée par M. Teulet en 1840. Des tables de concordance 
entre les deux numérations facilitent les recherches. Ajoutons qu'une 
notice souvent neuve, consacrée à Eginhard, précède la vie de Charle- 
magne également rééditée par Jaffé, qui l'a fait suivre des vers du poëte 
saxon, du récit du moine de Saint-Gall et delà vision de Charlemagne. 
On voit, par ce oourt aperçu, avec quel soin les textes ont été étudiés, 
et quelle science critique et bibliographique a présidé à cette importante 

publication. 

H. DE l'Epinois. 



I^e« Etats de Bretai|pMd« tt l'administration de cette province jtugu'mi 
1789, par le comte de Carné, de TAcadémie française. Paris, Didier, 
1868. 2 vol. in-8*» de xvi-41ô et 397 p. — Prix : 14 £r. 

Les questions de liberté politique ne datent pas de nos jours. A 
presque toutes les époques de Thistoire, eUes ont passionné les hommes, 



L 



— 324 — 

et, par l'énergie ou la violence même de leur revendication, elles ont 
été le signe le plus habituel et le plus accentué de la force des âmes ou 
de la grandeur des caractères. L'histoire de notre pays, qui apparaît de 
loin et dans l'ensemble comme le règne et le triomphe absolu du prin- 
cipe monarchique, est loin elle-même d'être complètement dépourvue 
de ces exemples d'aspirations indépendantes et de luttes contre le pou- 
voir central donnés par quelques nations voisines. L'esprit de liberté 
locale a subsisté longtemps dans plusieurs de nos provinces. Celles 
surtout qui avaient conservé des Etats résistèrent plus longtemps aux 
tentatives d'absorption et d'assujettissement dirigées contre elles. La 
Bretagne se distingua entre toutes par le courage obstiné avec lequel 
elle défendit jusqu'à la fin ses lois, ses prérogatives et ses usages. 

Un publicisto^éminent, Breton lui-même, M. le comte de Camé^ vient 
de retracer le tableau des luttes de sa province dans leurs péripéties 
les plus émouvantes et parfois les plus fatales. Il a donné à ses récits 
un intérêt rétrospectif, qui les rend attachants et instructifs comme 
une scène d'histoire contemporaine. Voici comment lui-même expose 
le but qu'il s'est marqué : 

« Etablir une fois de plus que le despotisme est de friche date, et 
que l'active participation du pays à son propre gouvernement est l'im- 
périeux besoin de tous les peuples honnêtes, faire remonter jusqu'à la 
monarchie absolue l'arbitraire administratif dont nous souâronssans 
l'avoir fondé, telle est la double pensée d'où sont sorties ces études. 
On y pourra observer le gouvernement antérieur à 89 dans ses maximes 
comme dans ses pratiques, en acquérant, sans moins en détester les 
crimes, une conviction plus intime de l'impérieuse nécessité de la Ré- 
volution française. En exposant les annales fort peu connues d'une 
grande province, depuis les temps qui suivirent la réforme religieuse 
jusqu'à ceux qui précédèrent la chute de la monarchie, j'aurai à décrire 
la vie des différentes classes de la société sous cet ancien régime^ au- 
quel Técole révolutionnaire prête trop souvent des torts qu'il n'eut 
pas, et l'école monarchique de mérites qu'il n'eut pas davantage. 
Si j'y parviens, cet ouvrage pourra donner, de ce qu'était la France de 
nos pères dans sa variété confuse, une idée vraie et peut-être nouvelle. *• 

Ces lignes révèlent la pensée de l'auteur dans ses nuances un peu 
extrêmes. On trouverait là, sous une forme plus ou moins adoucie, un 
jugement sévère porté sur tous les gouvernants. L'exercice du pouvoir 
est-il donc si difficile que même le plus légitime commette ou laisse 
passer en son nom tant d'excès et tant d'abus ! 

Le récit de M. de Carné, auquel le scrupuleux dépouillement des 
registres des Etats de la province vient ajouter un mérite tout spécial^ 
s'étend de la Réforme à la Révolution de 1789. Ce n'est que la longue 
énumération de toutes les tentatives d'usurpation et d'oppression par 



— 326 — . 

• 

le pouvoir œntraL de luttes et de Révoltes de la part du parlement et 
des Etats, de la noblesse et du peuple. Le pacte de la réunion de la 
Bretagne à la France, avec son contrat synallagmatique homologué 
solennellement des deux cotés, est d'abord éludé^ puis violée puis 
complètement mis en oubli. Bientôt les plus légitimes réclamations sont 
considérées comme des révoltes. Tant que ses justes privilèges n'a- 
vaient point été foulés aux pieds, la Bretagne était restée paisible ; 
elle avait prouvé son dévouement en ne suivant pas le duc de Mercœur 
dans ses velléités d'insurrection contre Henri IV. Mais le pouvoir 
royal appesantissant le joug et demandant une obéissance sans condi- 
tion, les gouverneurs successifs de la province, le duc de Chaulnes, les 
maréchaux de Montesquiou et d'Estrées, le duc d'Aiguillon veulent 
imposer des taxes, les faire lever sans qu'elles aient été votées; ils 
suscitent la bourgeoisie contre la noblesse, opposent à cette dernière 
le clergé, donnent lieu à des soulèvements cruellement réprimés, et 
triomphent sur des ruines. Ce n'est pas non plus que la noblesse et le 
parlement criant toujours fassent preuve de beaucoup de sagesse et d'un 
véritable esprit de conduite. Leur violence et leur obstination ont trop 
de fois dépassé les bornes^ et leurs imprudences les ont conduits à des 
rébellions qu'ils déploraient ensuite. Des caractères indomptés allaient 
des résistances aux crimes, et ne connaissaient ni modération pour 
eux-mêmes, ni pitié pour les autres. Mais au milieu de toutes ces 
passions survivaient en eux une fidélité et un sentiment d'honneur 
chevaleresque dont il aurait fallu leur tenir compte. De sorte que, pour 
compléter tous ces contrastes, c'est la noblesse la plus jalouse de ses 
droits qui a appelé la première la révolution ; c'est la province la plus 
fidèle au fond à la monarchie qui a donné le premier signal de son ren- 
versement; c'est elle enfin qui a lutté avec le plus d'énergie contre les 
crimes sanglants des nouveaux oppresseurs de la France. Haute mo- 
ralité et sévères enseignements de l'histoire, que M. le comte de 
Carné, disons-le en terminant, a su faire ressortir avec une raison pé- 
nétrante et une éloquence justement émue. 

Gustave Baguenault de Puchesse. 



Quatre lettres sur le Mexique* d'après le Téo-iljnoxtll, 

par M. Brassbub de Bouhboubg. Paris, Maisonneuve, 1868. In-4 de 463 p. 
— Prix : 25 fr. 

H n'est personne, sans doute, parmi les lecteurs de cette Revue, qui 
ne connaisse le nom de M. l'abbé Brasseur de Bourbourg. On sait 
quelle impulsion il a donnée aux études américaines. Nous lui devons 
des grammaires, dictionnaires et vocabulaires de plusieurs langues 



1 



— 326 — 

du nouveau inonde qui n'étaient guère connues que de nom. il a 
également traduit la première pièce de théâtre et le premier ouvrage 
historique d'origine indigène publiés jusqu'à ce jour. 

Dans le livre qui vient de paraître, l'infatigable auteur nous expose 
ses théories sur les sources de l'histoire américaine et les anciennes 
relations des deux continents entre eux. D pense que le golfe du 
Mexique et une portion notable de l'océan Atlantique étaient occupés 
par un vaste continent. Ce dernier s'abîma dans les flots, à la suite 
d'éruptions volcaniques suivies d'une période de froid intense. Le sou- 
venir de cette catastrophe se serait conservé dans divers documents 
écrits en mexicain et en quiche. D'après M. l'abbé Brasseur de Bour- 
bourg, ces écrits offriraient deux sens, l'un pseudo-historique à Tu- 
sage du vulgaire, et l'autre géologique, compris des seuls initiés. A 
l'appui de sa manière de voir, il donne le texte, avec double traduction, 
d'un manuscrit nahulta de l'an 1576. 

Les hommes édutppés à ces bouleversements, seraient venus porter 
la civilisation dans une grande partie de l'ancien continent. Rien d'é- 
tonnant donc si beaucoup de mythes égyptiens, grecs, hindous s'expli- 
quent par les langues du nouveau monde et se rapportent à ia submersion 
des terres atlantiques. Hercule, par exemple, se dirigeant en un lieu 
de Scythie appelé Hylée où il s'endort, enveloppé de sa peau de lion, 
personnifie la vague marine congelée par le froid; les îles des An- 
tilles sont le prototype des fameuses Tkirtas de l'océan Indien, que 
fréquentaient les navigateurs. 

Enfin, comme exemple d*étymologies grecques empruntées aux dia- 
lectes de l'Amérique, citons le nom de Cocus, M. Brasseur le décom- 
pose en Cak-ux ou Cak-oz, et ces mots signifient en quiche l'éructation 
ou le souffle du feu. 

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, font assez voir avec 
quelle prudence il convient d'accepter ces théories. Admettre le sys- 
tème des traductions à double entente, ce serait supposer chez les 
hommes des anciens temps, un goût bien effréné pour les calembourgs, 
et que l'on n'avait pas soupçonné jusqu'à ce jour. Qui ne voit que dans 
Cocus, us est une désinence purement latine. Si donc l'on tient à 
rapprocher le latin du quiche, il faudrait prendre seulement le radical 
Cax>. 

Ce que Ton ne saurait, en tout cas, contester, c*est la profonde éru- 
dition déployée par l'auteur des Quatre Lettres, Si l'on ne partage ses 
idées de tout point, la lecture de son ouvrage ne reste pas moins 
chose nécessaire à quiconque s'occupe d'études sur l'Amérique. 

H. DB Chabbncbt. 



— 35i7 — 

m*tolre de Oémostliéne, accompagnée de notes historiques et critiques, 
avec un choix de maximes etiraites de ses discours et de jugements portés sur son 
caractère et ses out>rages, par M. Â. Bocll^h, ancien magistrat. 2* é4itiOB« 
Paris, Didier, fSOT. ln-e«, âe 400 {lages. -^Prix : 5 fr. 

Lliistoire de Démosthêne relève à la fois de la littérature et de la 
politique : de la littérature par la forme de ses discours, de la politique 
par le fond; car, on peut le dire, sa vie est tout entière dans ses 
discours ; aussi les détails intimes, qui piquent si vivement la cu- 
riosité, font presque complètement défaut. M. Boullée n a cependant 
pas négligé ses peines pour recueillir tous les détails, tous les docu- 
ments. Sans parler des anciens, Plutarque, Lîbanius, Denys dUa- 
licarnasse^ etc., qu'il a consultés, il a fait son profit des grands et 
savants travaux du do<3teur Becker et de M. Schaefer, des annotations 
des principaux traducteurs, et des ouvrages récents publiés sur la Grèce. 
Une première édition de ce livre a paru en 1834; mais celle-ci ren- 
ferme des développements importants, et on y trouve un certain 
nombre de corrections. 

Les deux premiers chapitres et le dernier ont seuls trait à ce qu*on 
pourrait appeler la vie privée; tous les autres ont pour objet les ha- 
rangues et les plaidoyers de Démosthène, disposés par ordre chrono- 
logique et auxquels se rattachent tous les actes de sa vie publique. 
M. Boullée fait connaître les circonstances dans lesquelles ils ont été 
prononcés, les personnages et les questions qui en sont le sujet, les ré- 
sultats qu'ils ont amenés ; il en donne ime analyse suivie de fragments 
souvent considérables et d'une appréciation littéraire. Cette méthode 
est loin de donner du mouvement au récit ; mais il faut avouer qu'il est 
difficile de concevoir une vie de Démosthène autrement écrite : il lui 
manquerait des qualités essentielles. L'auteur n'a garde de négliger 
le côté politique de la vie du grand orateur : il sMtend beaucoup sur 
cette partie; peut-être même se laisse-t-il aller à une trop grande in- 
dulgence qui le porte à trop excuser. L'auteur des PhiHppiqties était 
certainement un habile politique; mais sa gloire vient plutôt du bien 
dire que du bien faire. Il est, du reste, facUA de contrôler les apprécia- 
tions de M. Boullée, car il a réuni, à la fin de son volume, les juge- 
ments qu'ont portés les anciens et les modernes, et qui n'occupent pas 
moins de 80 pages. L. R. 



Oalllée. Les droits de la science et la méthode des seiintês physiques, par 
M. Th. Henri MiiBTiN. Paris, Didier, 4868, In-12 de vn-vii>.428 p- — 
Prix ; 3 fr. 60. 

Sans avoir la prétention d'être définitif Sui" la question si débattue de 
Galilée, l'ouvrage de M. T.-H. Martin tend â coordonner avec împartia- 



— 82b — 

lité les données fournies par les historiens» et surtout par les documents 
authentiques, sur sa vie, son procès et sa carrière scientifique. On ne 
saurait refuser au savant doyen de la faculté de Rennes le mérite de 
s'être entouré avec soin de tout ce qui avait été écrit jusqu'à lui sur le 
sujet qu'il se proposait de traiter. Dans une Notice bibliographique 
très-bien faite, placée à la fin du volume (p. 391-419), il a indiqué d'a- 
bord, par ordre de matières, les documents originaux relatifs à Ga- 
lilée; puis, par ordre chronologique, les écrits qui lui ont été consacrés 
depuis le xvn« siècle jusqu'à nos jours. Parmi les premiers figurent l'é- 
dition complète des œuvres de Galilée donnée par M. Alberi (Flo- 
rence, 1842-56, 16 vol. in-8**), puis huit lettres inédites publiées par 
M. l'abbé Santé Pieralisi (Rome, 1858, in-8°), enfin les pièces inédites 
du procès mises au jour par Mgr Mar. Marini [Galileo e Vinquisizioncy 
Rome, 18501 et par M. H. de L'Epinois (Galilée, son procès , sa con^ 
damnation^ Paris, 1867). Parmi les écrits, au nombre de 72, il y a bien 
peu d'omissions à signaler. M. Martin connaît parfaitement l'Apo- 
logie pour Galilée du P. Tomaso Campanella : il en indique même deux 
éditions de Francfort, 1616 et 1622, mais il n'en donne pas le titre ; 
voici celui de la 2«, d'après Texempl. de la bibliothèque de Dresde : Apo- 
logia pro Galileo^ mathematico, I^lorentino, ubi disquiritur utrum 
ratio philosophandi quam Galileus célébrai faveat sacris Scripturis, an 
advejsetur (ui'^'^],U Elogio del Galileo(n^ xrv) de Paolo Frisi est in-8** ;, 
son Essai sur la vie et les découvertes de G. Galilée, traduit en français 
sous ce titre par Alb-Jér. Floncel, fut aussi publié à Paris (1776, in-12). 
L'ouvrage de Giambattista Clémente (Œttinger dit Claudio) Nelli 
(n** xviii) est en 2 vol. Nous ne voyons nulle part dté par l'auteur 
l'ouvrage de Bartolommeo Gamba, intitulé : Vita di G. Galilei ed al- 
cune lettere familiari (Venise, 1826, in-12) . Le livre de sir David Brews- 
ter, lu par M. Martin (n<* xxxvii), avait paru à Londres en 1841 (in-12y 
sous ce titre : Lives of Galileo, Tifcho Brahe and Kepler, the martyrs 
of science. L'ouvrage de M. de L'Epinois (n« lxv) a paru dans la Revue 
des questioTis^ et non des « sciences », historiques, La citation de l'ar- 
ticle de la Civiltà cattolica, dont M. Martin déclare d'ailleurs n'avoir 
pu prendre connaissance, n'est pas exacte : il se trouve dans la 5* sé- 
rie, t. IX (mars 1864), p. 722-37, et fut écrit à l'occasion de l'ouvrage 
mentionné par l'auteur sous le n« vin. Ce petit compte réglé avec la 
bibliographie galiléisiey rendons pleine justice aux efforts de M. Mar- 
tin pour arriver enfin à la vérité dîans une question qui a tant passionné 
les ennemis de l'Église catholique. 

Rejetant comme apocryphes la lettre au P. Renieri, la relation du 
procès de Galilée attribuée à Buonamici et le recueil de pièces possédé 
par M. M. Chasles, il s'est appuyé « principalement sur les ouvrages 
de Galilée lui-même et sur ses lettres, sur les lettres de ses correspon- 



- 829 — 

dants, sur celles qui le concernent sans s'adresser à lui^ sur les dé- 
pêches de Tambassadeur de Toscane à Rome, sur les pièces officielles 
relatives à ses deux procès et aux décisions des congrégations romaines 
contre lui et contre son système astronomique. » Il a combattu à la fois 
les erreurs accumulées contre Galilée par le protestant genevois Mallet 
du Pan y en vue de plaire à un parti en France, en sa faveur par M. li- 
bri,en haine de la papauté plus encore qu'en Thonneur de lltalie^ sans 
parler des nuances moindres. Il a espéré « jeter ainsi une lumière nou- 
velle sur le caractère de Galilée et sur celui de son époque, sur la puis- 
sance durable de ses idées et sur l'impuissance des efforts tentés pour 
les étouffer;... excellent pour sa famille, poli envers ses contradicteurs 
modérés, acerbe seulement dans l'exercice du droit de légitime défense» 
il s'est attiré des jalousies, des inimitiés et des persécutions par ses 
découvertes et par son zèle à les défendre et à les propager, et non par 
les imprudences et les torts qu'on lui a faussement attribués. » La mé- 
moire de Galilée, ainsi que celle d'Urbain VIII, « gagnera de plus en 
plus à un jugement plus calme et plus modéré ». Ces extraits de l'in- 
troduction, bien mieux qu'une analyse, indiquent exactement, sinon le 
but, du moins le résultat des appréciations de M. Martin dans la ré- 
vision de ce procès fameux. 

Conformément au sous-titre de son ouvrage, il Ta divisé en deux par- 
ties. La première est intitulée : Vie, découvertes^ travaux, séquestration, 
mort et gloire durable de Galilée. Ses conclusions (p. 269-72) sur la 
question principale sont identiques à celles de M. l'abbé Bouix (p. 414) : 
le système de Copernic a été condamné comme faux et contraire à l'E- 
criture sainte par les congrégations de l'Index et de l'Inquisition, mais 
ne l'a jamais été ni par l'Eglise catholique ni par aucun pape pronon- 
çant ex cathedra; enfin cette sentence rendue par deux tribunaux fail- 
libles a été révoquée postérieurement. Dans la seconde partie (iS'aram^n 
philosophique des œuvres principales de Galilée), M. Martin a mis 
« en relief, dans les écrits de ce.grand mécanicien, physicien et astro- 
nome, ce qui intéresse le plus la philosophie, c'est-à-dire la méthode 
qu'il a créée pour les sciences physiques » appliquée à la mécanique et 
à la défense du vrai système du monde, puis le caractère philosophique 
et l'avenir de cette méthode. 

En somme, une érudition de bon aloi, un désir incontestable d'arri- 
ver au vrai, de la lucidité dans l'exposition, telles sont les qualités que 
nous nous plaisons à reconnaître dans le Galilée de M. Th.-H. Martin; 
il aurait peut-être gagné à se débarrasser davantage en quelques 
parties du ton de la polémique, et à modérer ses appréciations à l'en- 
droit particulièrement du premier éditeur partiel des pièces du procès 
(n<* xu), dont l'ouvrage n'a jamais passé sous ses yeux. 

G. U. J. Chkvauer. 



CHRONIQUE 



NÉCROLOcm. — M. Vienuet, membre de l'Académie française et âaym d*âge 
de l'Académie (92 ans). -^ M. Pooiliet, membre de l'Académie des Sciences* 

Facoltb dis Lbttres se paris. — M. L. Legxand, docteur en droit, a 
soutenu, le 22 juin, d'une manière fort brillante, les deux thèses suivantes : 
G, G, Leibnith denovo modo discendœ docendœque jurisprudentiœ ; — Senac de 
Meilkan et f intendance du Hainault et du Cem&rhis êou$ Louû XIV, 

M» Olivier, ancien élève de l'Ecole normale, profe^eur de rhélorique au 
lycée d'Amiens, a soutenu les deux tbèses suivantes, le 1'^ juillet : De 
arte declamandi et Romanis dedamatoribus qui priore post J. C. skuIo florue- 
runt. «^ Etnde sur le Mystère du siège d^Orléam et sur Jacques Miiiet^ auiear 
présumé de ce Mystère. 

Institut. — L'Académie des sciences, dans sa séance du lundi 22 juin, a 
élu M. Phillipps à la place vacante dans la section de mécanique par suite 
du décès de M. L. Foucault. 

Daas sa séance du lundi 29 juin, elle a élu M. Kumaier à la place d'as' 
sodé étranger vacante par suite du décès de sir David Brewster . 

*- L'Académie des inscriptions et belles- lettres, dans sa séance du 19 juin, 
jugeant le concours Gobert de 1868, en a décerné : — Le 1^ prix à M. Léon 
Gautier, pour son ouvrage ayant pour titre : Les épopées françaises. Etudes 
sur les 4mgines et Vhistoire de la littérature nationale {{ornes l'et H); — Le 
2" prix à M. Francisque Michel, correspondant de l'Institut, pour son ou- 
vrage intitulé : Histoire du commerce et de la netoigation à Bordeaux, princi- 
palement sous l'administration anglaise (tome l^'). 

•-^ Mme Roncelet, veuve du général, a, selon la dernière volonté de son 
mari, mis à la disposition de TAcadémie française un capital de 50,000 fraacs, 
dont le revenu sera décerné tous les ans à titre de prix. 

Bibliothèque impériaus. — Gomme nous l'avions annoncé dans notre 
dernier numéro, c'est le 16 juin q[ue la nouvelle salle de travail (entrée rue 
Ricbelien) a été ouverte au public. 

C'est une salle carrée de 1,300 mètres de superficie, s'ouvrant au midi par 
trois grandes arcades sur une sorte d*absîde large et peu profonde, réservée 
aux conservateurs et bibliothécaires, derrière laquelle se trouve le magasin 
de livres. Le jour arrive par en haut au moyen de neuf coupoles termmées 
par des lanternes À 17 m. au-dessus du sol, revêtues en faïence émaillée et 
supportées par des colonnettes de fer de 10 m. de hauteur. Tout autour sont 
disposés seiee rayons de livres, mesurant dans leur développement tnris 
kilomètres et divisés en trois étapes par des galeries. Les tables sont placées 
sur huit rangs ; elles offrent trois cent vingt-huit places, toutes numéro- 
tées, de un mètre de large sur soixante centimètres de profondeur : une 
séparation en dos d'ftne, d'un décimètre de hauteur, règoe au mitieii 
et sert d*appui pour les livres : un fauteuil en canne, un conduit d*eau 
chaude sous les pieds, un encrier et une boite à poussière pour chacun, 
des calorifères et des ventilateurs dans la salle rendent l'installation très- 



— 331 — 

confortable. Quatre tables plates, de seize places, sont destinées aux grands 
onyrages ornés de gravures^ ou munis d'atlas; sur les deux tables les plus 
rapprochées du bureau, on reçoit communication des ouvrages de /a réserve. 
Tout près, sont en double les catalogues imprimés de la Bibliothèque, in- 
diqués par une grande inscription rouge. Une rangée de pupitres, à hauteur 
d'appui, offrant environ soixante-dix places , où l'on peut aller travailler 
debout, enceint l'espace réservé au public : au-dessous, règne une série de 
rayons qui renferment 109 ouvrages lormant un total de 1,653 volumes mis à 
la libre disposition des travailleurs ; ce sont les livres indispensables et les 
plus usuels pour les recherches. Outre les dictionnaires des langues fran- 
çaise, allemande, anglaise, italienne, espagnole, grecque, latine, syriaque, 
turque» sanscrite, de médecine, de géographie, d économie politique, etc., 
les biographies générales Michaud et Didot, etc., six encyclopédies, dont 
l'encyclopédie méthodique, on y trouve : les Acta Sanctorum des Bollan<- 
distes et de Mabillon, la Maxima Èibliotheca veterum Patrum, avec des édi- 
tions séparées de S. Augustin, S. Jean Chrysostôme, S. Jérôme, Tertullien, 
les collections des Bulles et des Conciles , la Gallia Christiania^ les Annales 
Or. S. B. de Mabillon, celles de Baronius, dom Bouquet, VArt de vérifier les 
dates, V Histoire littéraire de la France, Ducange, la grammaire comparée de 
Bopp, Sauvai, Felîbien, le Corpus inscriptionum de Boeckius, celui de 
Gniter, le Thésaurus antiquiiatum de Gronovins et celui de Grœsius, VAnti" 
quité expliquée de Montfaucon, Maratori, le Nouveau Coutumier général, les 
Ordonnances des rois de France, les Fœdera et acta fmblica de R]fmer, Dela- 
marre, le P. Anselme, Moreri, la collection des mémoires des différentes 
sections de l'Institut, la France littéraire et la lÀitéraiurt contem]^aine de 
Quérard, le P. Leiong, etc. C'est là assurément une des plus utiles inno- 
vations faites en faveur des érudits. 

Le magasin de librairie occupe 42 mètres de long, sur 29 de large et 
12 mètres environ de hauteur. Il comprend cinq étages de 2 m. 25 de 
hauteur divisés en quatorze compartiments. La longueur totale des rayons 
est de 24 kilomètres. Le jour pénètre par une toiture vitrée ; les planchers, 
enfer à jour, lui permettent d'arriver jusqu'au sous-sol. Une grande amé- 
lioration de ce service a été de mettre tous les livres à la main des em- 
ployés. Le magasin est mis en rapport avec le bureau par le sous-sol au 
moyen d'un mécanisme très-îngénieux, un peu bruyant, mais trop ingé- 
nieux pour réaliser la perfection que l'on doit désirer. Les livres sont ap- 
portés à la place du signataire du bulletin. 

Il faut être muni d une carte personnelle, délivrée par l'administration, 
pour pénétrer dans la salle de travail. Cette formalité n'est pas nécessaire 
pour la salle de lecture (entrée, rue Colbert), où l'on trouve tous les 
ouvrages classiques, tous les livres usuels sur la médecine, le droit, la 
science, l'industrie, et qui est ouverte même le dimanche. On ne fait pas 
de communication dans la salle de travail à partir de trois heures. Le prêt 
des livres au dehors n'est plus autorisé que pour les ouvrages dont la 
Bibliothèque possède plusieurs exemplaires. 

SoaérÉs savantes. — La Société de géographie de Paris vient d'admettre 




_ présence presque toutes les séances delà Société de gébgraphl^ 
Rio de Janeiro, qui du reste se tiennent dans le palais môme de l'em- 
pereur. 

— Dans une des dernières séances de la Société des antiquaires de France, 
M. Auguste Bernard a communiqué une notice sur les livres imprimés à 
Cluny en 1493. 

— La Société Bibliographique a tenu, le 27 mai, sa première assemblée 
générale. M. de Beaucourt, président, a tait un exposé du plan de la Société 
et présenté un rapport sur ses travaux. MM. Récamier et Léon Gautier, 
membres du Conseil, ont ensuite pris la parole. 



— 332 — 

— Un congrès archéologique se réunira à Bonn (Prusse)' du i 4 au 21 sep- 
tembre prochain. Les adhésions doivent être transmises au président de la 
Société des antiquaires de Bonn. 

— La Société royale de Londres vient de publier le premier volume du 
Catalogue of scieniific papers, qu'elle avait fait rédiger pour son propre usase, 
et qui est un inventaire^ par ordre alphabétique d'auteurs, de toutes les 
monographies, mémoires, articles, etc., insérés de 1800 à 1863 sur des 
matières scientifiques dans les divers recueils d'Europe et d'Amérique, dont 
la simple nomenclature occupe dans le présent volume 66 pages in-4® sur 
les mille et quelques qu*il contient. Le premior volume^ qui va de a à glu, 
nous apprend de quelle constance au travail sont animés certains savants ; 
les mathématiciens sont les premiers en ligne. M. Cauchy a écrit 478 mé- 
moires et dissertations; Euler rédigeait en moyenne un mémoire par semaine; 
Brewster en a laissé 299. 

— A la dernière séance annuelle de la Société géographique de New- 
Vork, a été exhibée une carte de l'Afrique datant de deux siècles et où sont 
déjà indiqués le lac Albert-Nyanza et d autres localités qu'on croyait avoir 
été pour la première fois découvertes il y a quelques années. 

— Le 11 juin, une nombreuse réunion d'hommes distingués dans les 
lettres et dans les sciences, s'est assemblée à Ne^-York pour discuter les 
bases d'un projet de création d'une académie américaine, sur le plan de 
Porganisation de l'Institut de France. 11 a été reconnu que, si l'instruction 

Srimaire est parfaitement développée aux Etats-Unis, il n'en est pas de même 
e la haute culture intellectuelle ; c'est à cet état de choses que la nouvelle 
académie serait appelée à remédier. 

•— Dans le canton des Grisons, où, comme on le sait, on parle le romanch, 
idiome dérivé du latin, comme Titalien et l'espagnol, s'est constitué un 
comité pour préserver le langage national de l'invasion de l'allemand et en 
faire une langue littéraire par une fusion de divers dialectes ; car, quelque 
peu considérable que soit l'étendue du pays, les divergences de langage 
V sont telles, selon les contrées, que les gens de l'Engadine et des Hauts- 
Grisons conversent plus facilement avec des Roumains ou des Espagnols, 
qu'ils ne se comprennent entre eux. Déjà le savant linguiste Paliopi est sur 
le point de publier un dictionnaire romanch étymologique ; quatre jour- 
naux romanchs paraissent déjà depuis plusieurs années. Enfin le professeur 
Buhler a naguère fait paraître sa traduction romanche du Guillaume Tell de 
Schiller, qui a été l'été dernier représentée devant l'assistance la plus nom- 
breuse, par des jeunes gens du pays, en plein air, sur le Pitz-Mandeum, à 
7,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. 

— 11 résulte du compte rendu du comité russe pour la propagation delà 
lecture et de l'écriture dans l'empire de Russie, que les envois de livres faits 

Sar le comité augmente d'année en année, et qu'il y a maintenant peu 
e provinces, môme des plus éloignées, avec lesquelles il ne se soit mis en 
rapport. En 1867, il a envoyé 90,000 livres, et depuis sa fondation, c'est-à- 
dire j^endant l'espace de sept ans, 250,000 volumes, dont 125,000 distribués 
gratuitement. Le nombre de ceux qu'il a expédiés gratuitement à des écoles 
en 1867 a été de 40,954, c'est-à-dire de 14,934 plus élevé qu'en 1866. Des 
envois ont été faits dans 47 gouvernements, soit dans 7 gouvernements 
de plus que l'année précédente. Le comité était composé en 1867 de 62 mem- 
bres effectifs et de 542 membres coopérateurs, parmi lesquels se trouvaient 
36 ecclésiastiques et 75 dames et demoiselles. 

— Les journaux napolitains parlent de la précieuse'coUection d'autographes 
musicaux possédée par M Tneodoro Cottro, à propos des séduisantes pro- 
positions crachats faites par le Bristish Mmeum de Londres. 

Parmi les manuscrits les plus intéressants se trouvent : la partition en- 
tière de Lucia di Lamermoor, de Donizetti; Adelson e Salvini, opéra bouffe 



— 333 — 

inédit de Bellini; la célèbre cantate écrite en 1806 par Paisiello, pour l'en- 
trée du roi Joseph à Naples ; celle non moins célèbre, de Rossini, pour le 
retour des Bouroons à Naples en 1815; ApoUo e Dafne, premier opéra de 
Mercadante, et Yirainia, son dernier ; la Destruction de Jérusalem, grand ora- 
torio de Zingarelh; le Calvaire^ oratorio inédit de Paisiello; un Requiem 
inédit, donné à Donizetti par son auteur^ Tillustre Simon Hayr, dont Ros- 
sini a été Télève ; Camilla, de Paêr ; trois Miserere composés pour la cha- 
pelle Sixtine, par Yalentino Fioravanti; la Pace, de Paisiello; i7 Vascello 
d'Oceidente, de Garafa ; une collection d'airs inédits de Scarlatti, un recueil 
inédit d'airs orientaux de liayr ; enfin plus tie trois ou quatre cents feuilles 
volantes sur lesquelles d'illustres compositeurs ont improvisé de petites mé- 
lodies qui sont devenues populaires, et qui sont allées grossir le répertoire 
charmant des Chansons napolitaines, 

— M. le marquis de Godefroy Menilglaise a retrouvé dans ses riches ar- 
chives particulières un supplément au catalogue des archives de Flandre et 
d'Artois, comprenant les actes se rapportant aux années 1302 et suivantes 
jusqu'en 1320. 

— II existe à la Bibliothèque communale de Rodez un exemplaire d'un vo- 
lume que le Manuel du libraire signale (T. IL col. 1558) sans pouvoir le dé- 
crire : c'est VInstruction pour les curés, vicaires, etc., nar Jean Gerson, tra- 
duite en rouergais. Cet ouvrage a été publié par orare du cardinal d'Ar- 
magnac et imprimé à Rodez, cnez Jean Mottier, en 1556. 

PoBUCÀTioNs RÉcKNTBs. — M. Ic barou d'Ailly vient de faire paraître la 
2® partie du tome II du grand ouvrage qu'il a entrepris sur l'Hutoire de la 
monnaie romaine. Ce beau livre, imprimé à Lyon par Perrin» est orné de 
nombreuses planches gravées par Dardel : celles-ci sont déjà au nombre de 
cent, et l'ouvrage est loin d'être terminé. 

— MM. Rollin et Feuardant ont mis en vente un volume de supplément à la 
Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain, par M. Cohen. 
Ce septième volume complète un ouvrage qui est indispensable aux histo- 
riens et aux archéologues, puisqu'il décrit to^is les types gravés sur la mon- 
naie romaine. 

— Le Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin, par M. G. Slaf- 
fel, édité par le ministère de l'instruction publique, est maintenant en dis- 
tribution. On annonce la mise sous presse des dictionnaires de la Meuse^ 
du Morbihan, de la Dordogne, par MM. Lienard, Rozensweig et de Gourgue. 

— On parle d'une édition française qui se publierait prochainement du 
Bulletin archéologique de M. de Rossi. La traduction en serait confiée à un 
savant ecclésiastique dont le nom est une garantie. 

— Les feuilles politiques hebdomadaires dont nous avons parié il y a un 
mois ont fait leur apparition : la Revue politique, le 6 juin; la Tribune fran-- 
çaise, le 14; une autre feuille, l'Electeur, le 25. On annonce, comme devant 
paraître le f août, un journal quotidien, le Français. X. 



VENTES. 

Ventes a l'étranger. — Juillet. Vente de feu Félix Slade. (Sptheby), 

2 juillet. Bibl. théologiqne et classique, etc. d'un clergyman. (Puttick and 
Simpson.) 

7-9 Livres rares et curieux, versions de la sainte Ecriture, ouvrages li- 
turgiques, etc. (idem), 

0. Mss. autogr. des romans et poèmes de Sir Walter Scott; (Christic, 
Manson and Woods). 

il. Coll. de papiers politiques inédits du règne de Georges IH (Sotheby). 

28. Première partie de la Biblioth. du Rev. Th. Corder. Livres rares Fur 
la poésie anglaise da moyen âge et le théâtre. 



L 



CORRESPONDANCE 



Tra'vaiix et ctoemnente sur FEiplIse offlolelle d'Irlande* 

— M. A. L., à Louvain. — Nous ne mentionnerons ici que pour mémoire les 
histoires générales d'Irlande^ où ce sujet se trouve traité incidemment, à savoir 
l'abbé Mac Geogehan («758-63, 3 vol. iii-4), Thomas Leiand («773, 3 vol. 
in-4)« Gordon (1806, 2 vol. in-8), Dennis Taafe (1809-li> 4 voL in-S), Plowdeo 
(1812, 5 vol. in-8). Voici un aperçu d'écrits à cotisulier sur VEgUse oîûcielle 
{State Chwrch) d'Irlande : 

Jâus UsHEit. Disoonrse of the Religion anciently professed hy the Irish an<l«Seottidi 
shemng it to be in substance the same with that whicb at this daj is, hj Pnblio 
Anthoritie, established in the Churoh of England. Dublin, 1623. In-4o.— Jaioes Ushbb. 
Sylloge veterum Epistolaram Hebernicamm. Dublin, 1632. In-4o. — William Cole. 
lîie Irish Cabinet, or his Maje8tjr*s Secret Papors... establisbing the Papal Clergy in 
Irelsnd, eto. London, 1645. In-fol. — His nuyestie's nltîmate Answers to the Papers 
and Replyes of the Commissionera ooncerning Ireland and Episcopade. London, 16i8. 
In-4<>. — His majestie's Final Remonstrance and nltimate Answer and Concessions 
to the Papers and Replies of the Parliament^s commlssioners respeeting Ireland. 
and Episoopaoie. London, 1648. In-4o. — His majestie's most graoions Concassions 
coneerning Churoh Government and Set Formost Liturg}'. London, 1648. In-4<^. — 
Gbobob Browke, arohb. of Dublin. Historioal Collections of the Cliuroh of Ir«land. 
London, 1681. In-4». — Robert Wabb. The Reformation of the Charch of Ireland in 
the Life and Death of George Brown, sometimes Ârchbishop oî Dublin. 1681. In-4*'. 
— Pobtbb. Compendinm annalium eoclesiasticorum Regni Hibernici.... Rome, 1690. 
Xa.40, — ËDWASD Synob. Défense of the Established Church and Laws. Dublin, 1705. 
In-S*". — Jbbbmt Collieb. A brief aecount of the Affairs of Religion in Ireland 
Daws, rEcclesiastioal History. 1708. — Rowland Davis. ThoTruly Catholio and Old 
Religion; she«ring that the Established Church in Ireland is more tnily a Member of 
the Catholic aiurch than the Churoh of Rome... Dublin, 1716. In-4«. — The Pedlar's 
Letter to the Bishop and Clergy of Ireland. London, 1760. In-8<>. — Bulukoboode 
andBiLCHBB. Ecoles. Law, or the Statutes, Constit., Canons, Rubriks and Articles 
of the Churoh of Ireland. 1770. 2 vol. in-4o. — An Adress to the Nobility and Gen- 
try of the Church of Ireland, as by Law established. By a Layman. Dublin, 1787. 
In-80, — On the State of the Distressed Curâtes of the Established Churoh... Lon- 
don, 1788. In-8<^.— Teoe. Campbell. Seripturea on the Eodesiast and literaryHîi- 
tory of Ireland... Dublin, 1789. In-8^ — Dan. Auo. Bbaufobt. A Short aooonnft of 
the présent State of Ireland, civil and ecolesiastical. (Daws Memoir ofa map of /). DabUn, 
1792. In-40. — Abthub Bbowite. Compendious View of the Eoclesiaatioal Law of Ir«Land 
1803, 2 vol. in-80. — H. Bâtes Ditdlet. Short Address to the Primat* of Irelaad... 
with a few Remarks on the state of Irish Churoh. London, 1808. In>8o. — Ch. O'Comob. 
Columbanus Letters, with an Historioal Address to the oalamitiea oocaaiooed hy 
Foreign Influence in the nominations of Bishops to the Irish Seata. 1810-13.2 vol. 
in-80. — T. Pbcbm. An Illustration of the Liturgy and service of the United Churoh 
of England and Ireland. Vol. I. London, 1815-16. In-4o. — FBASCas Plowdbh. An 



— 335 — 

Historioal Keview of the State of Ireland, from tfae invasion of that oonntrj under 
Henri II to its Union with Great-Britain in 1801. London, 1803, 2 t. in 3 v. in-4o (Con- 
tinued from 1801 to 1810. Dublin, 1811. 3 vol. in-8»). — Edw. Wakefibld. Au 
aoconnt of Ireland, statistical and politioal. London, 1812. 2 vol. in-4<>. —John 
ODbiscol. Yiews of Ireland» moral, politioal and religions. London, 1823. 2 vol. in-8o. 
— Ireland in past Times ; an historié retrospeet, ecolesiastioal and oivil with illnstra- 
tive notes. London, 1826. 2 vol. in-8<>. — César Mobbau. Coup d'œil historique et 
statistique sur l'état passé et présent de l'Irlande. Paris, 1828. In-8. — State of Ire- 
land. Titles in Ireland. L Lords. II. Common.r* 1833.— H. P. Inolib. Ireland in 1834. 
In-80. — Ecelesiastioal Revenue and Patronage in Ireland, 1834-37. — Reports of the 
Commissioners appointed to inquire into the State of Religion and other Instruc- 
tions in Ireland, 1885. — Geoege Cornewall Lbwis. On Local disturbances in Ire- 
land, and on the Irish Cfaurch Question. London, 1836. In-8''. — Gustave de Beau- 
MOMT. L'Irlande sociale, politique et religieuse. Paris, 1839. 2 vol. in-8. — F. J. Bnss. 
Die Creschichte der Bedriiokung der Katholisohen Kirche Englands, nnd der Wieder- 
herstelung der bisohoflisohen Hiérarchie in Irl. Schaffbuse, 18S1. In-8o. — R. P. Ad. Per- 
RAUD. Études sur l'Irlande contemporaine. Paris, 1862. 2 vol. in-8. — E. Fisco et J. 
Vanderstraeten. Institutions et taxes locales du Rojaume-Uni delà Orande-Bretagne 
et de rirlande. 2* éd. Bruxelles, 1863. In-8. —Gustave deBeauvoht, Notice sur l'état 
présent de llrlande. Paris, 1863. 62 p. in-8. •— ËDW. A. Stoftoriv CUnroh Bafixm 
in Ireland. Dublin, 1863. 44 p. in-12. — Rbv. G. G. Perrt. History of the Church 
of England, from the death of Elisabeth. London, 1861-64 ; 3 vol. in-8. — J. Hen- 
THORN Todd St Patrick, Apostle of Ireland. With an Introduotoiy dissertation on some 
Early Usages of the Church of Ireland and its Historical Position from the Establish- 
ment of the Eoglish Colony to the Présent Day. Dublin, 1864. In-8. — Bby. M. J. 
Brenan. Ecelesiastioal History of Ireland from the Introduction of Christîanity into 
that Country to the year 1829. New éd. London, 1864. ln-4. — Rbv. Dr. Moran. 
Historj of the QsthoHe Ardibishope of Dublin since the Reformation. Londen, 1864, 
t. I, part. I. Introduction (seule publiée). — Aubrt de Yerb. Church Settlement of 
Ireland. London, 1867. Br. ja^. — J. Fitzpateigk. Ireland before the Uniea. Doblio, 
1867 (le' et 2» édit.) 

Bernarâ Pallssy. Supplément, — L'ouyrage de M. Taintorier (men- 
tionné p. 304), porte ce titre : Les terres émaillées de Bernard Paliss^y inventeur 
des rustiques figurines. Etude sur les travaux du maitre et de ses continuateurs, 
suivie du catalogue de leur œuvre. (Paris, 1863, in-8*.) — Nous ajouterons à la 
nomenclature que contient notre dernier numéro : L'Art de terre chez les 
Poitevins. Histoire de la fabrication des faïences de Henri 77, et des ceuvres de 
Bernard Palissy, par B. Fillon. (Paris, 1864, in-4*.) — Quelques héros des 
luttes religieuses aux xti* et XYii* siècles (Bernard Palîssy, Milton, H. Arnaud 
et les Vaudois), par Victor Lamy. (Paris, Grassart, 1866, in- 18.) — Les grands 
ouvriers^ Palisty, Jacquart, etc., par L. Simonin. (Paris, Hachette, 1867, in-i8.) 
Ajoutons : — Une bibliographie donnée par M. Audiatdans la Revue de yAunis 
et de la Saintonge, numéros de mars, juin et juillet 1866; — un travail de 
M. d'Archiac; — un autre, hiséré dans Y Union, de M. Léon de Gazenove de 
Pradines, à propos de la première édition. {Nous donnerons nn second supplé- 
ment dans la prochaine livraison.) 



TABLE MÉTHODIQUE 



DES OUVRAGES ANALYSÉS 



THEOLOGIE 



ikslenceA ecclésiastiques. Dictionnaire universel des sciences 

ecclésiastiques (ra66^ G/dtre) 132 

Ecriture sainte. A Gyclopedia of biblical litei*ature ( W. L, Alexan- 

der) 135 

Démonstration de Tauthenticité mosaïque du Deutéronome {Ch. 

Schœbel) 198 

Canon niuratorianus (S. Prideaux-Tregelles) 256 

Explication de l'Apocalypse [Vahhé d*Eiemare) 1 

Studies in. tbe Gospels, (Àtc/i. C^reev. Trench) 310 

Conciles. La Somme des Conciles généraux et particuliers (l'abbé 

Guyot) 3<2 

I^lturgie. Le culte catholique dans ses cérémonies et ses symboles^ 

(l'abbé Durand) 109 

Le plain-chant et la liturgie (trad. Vabbé Walter) 258 

Bibliotheca Patiiim Latinorum Italica (Aug. Reifferscheid), . . . 194 

Corpus scriptorum ecclesiasticorum Latinorum 194 

Sanctorum Patrum opuscula selecta (H, Hurler) 71 

Œuvi'es complètes de S. Jean Chrysostome (li*ad. Vabbé J. BareiUe). 191 

Œavres complètes de S. Augustin 190 

Œuvres complètes de S. Bernard (Ed. Guérin et Ed. Vives), . . 191 
Nouvelle trad. en français de la Somme théologique de S. Thomas 

d'Aquin (l'abbé J. Carmagnolle) 192 

S. Bonaventure, Opéra omnia (Ed. A. C. Pe/Aer); 193 

Tliéoloslc. Le règne temporel de Jésus-Christ , (IL P. Lescœur), . 2 

Le Credo de Bossuet (Ch. de Caqueray) 4 

Esquisses religieuses offertes aux gens du monde (Mise de Godefroy 

MetiUglaise) , ^ 140 

Théolo^flens hétérodoxes. Dieu dans l'histoire (C C. /. BunserC^ 71 



JURISPRUDENCE 

Droit civil et criminel. Histoire de la préture (Edm. LabattU). 201 

La loi salique (Romuald Hubé) 6 

Les origines de l'histoire des procureurs et des avoués (Ch, Batail" 

lard) 202 

Explication élémentaire du Code Napoléon (De/so/) 141 

Traité des contrats, VoL I. (Demolombe) 8 



— 337 — 

De la justice criminelle en cour d'assise (de la Cuisine), . . . 203 
jDrolt canonique* Aocionne et nouvelle dibcipliae de TEglise, par le 

P. Thomassin (Ed. l'abbé André) 135 



SCIENCES ET ARTS 

fincyclopédieii. Encyclopédie des familles {Mme Emm. Baymond), 209 
JPhtlo«opliie. La Philosophie en France, au xii* siècle (F. Ravais- 

son) 314 

Le matérialisme et la science (£ . Caro) 10 

L'abhé Simon Foucher, chanoine de la Sainte-Chapelle de Dijon, 

étude philosophique {tabbé F. Rabbe) 2S9 

Jf orale» La morale et la loi de rhistoire(/e P. A. Gratry .... 205 

LVduration (Emm. ChauveC) 77 

L'éducation homicide (V. de Lapradé) 260 

PoIltlQue. Le progrès politique en France (Dupont WAtïe). . . . 208 
.Kconomie polltiQue* Histoire des classes ouvrières en France Ae- 

[iVLis il S^ (E. Levasse ur) il 

Etudes sur les principaux économistes ( G, du Puynode) .... 78 
De rétat moral et intellectuel des populations* m vrières et de son in- 
fluence sur le taux des salaires (P. Leroy^Beaulieu) -80 

Assemblée générale des catholiques en Bel^^ique, 3^ sess'on. . . 261 

CShlmle* Manuel de chimie théorique et pratique (W. Odling). . . 264 

Leçons étémf^ntaires de chhniê moderne (A. Wurtz\ 264 

Aetences naturelle»* L*homme avant l'histoire. (Jolm Lubbock). . 14 

De la place de l'homme dans la nature (Tkom, H. Huxley). • . 47 

La Tarinbilité des espèces et ses limites (È. Faivra) 143 

La géologie contemporaine [Vabbé Ch, Chevalier) 213 

Elude descriptive, théorique et expérimentale, sur les météorites 

(Stanislas Meunier) 265 

Paléontologie de la France (vicomte d'Archiac) 214 

traité général de botanique (L, Le Maout et Joseph Decaisne), . . 21 1 

Hidtoire et légendes des plantes utiles et curieuses {Rambosson), . 114 

Les poissons , les reptiles l^s oiseaux (L. jpï^titer) 18 

Médecine. Du mouvement dans les fonctions de la vie (E, J, Marey). 217 

i^kfprleulture et Bortlculture. La vigne {E. A. Carrière), 218 

La vigne dans le Bordelais (A . Pe/i7-Lay^V/e) 218 

Le vin (A. de Vergnette-Latnolhe) 218 

L*herbler forestier de la France (Ë, de Gayffier) 251 

L'art de planter les arbres forestiers , fruiiiers et d'agrément ( baron 

de Manteuffeld) ' . . 2o3 

Les conifères indigènes et exotiques : traité pratique des arbres verts 

oq résineux (C. de Kirwan) 253 

Les conifères (Adrien Senéclauze) 254 

Les promenades de Paris (A. Alplfflnd) 251 

Les. jardins 9 histoire et description (Arthur Mangin) 252 

L'ar^ des jtirdins ; histoire, théorie, pratique de la composition des 

jardins, parcs, ^{uares {baron Ernouf) 252 

Lecaima, son histoire, sa culture (£. ChaU^ 254 

Les annnaA à fruit comestible (Gon/ier) 254 

Traité s^iécial des osiers L, Gvmn) . . . 255 

Agenda annuaire de rhorticulture 255 

JUILLET 1868. , 33 



i 



— 386 — 

L-Art». Histoire ^es peintres de toutes les écoles [Ch, Blanc] . 1 9 
?\erre Pugei (Léon Lagrtmge) W$ 



BELLES-LETTRES 

XJnsalAttqiie. t^ ongin of language {W. Farrm) 920 

Chapters on ianfuag« (W. Farrar) ttO 

La science du langage (i/aj:iifu//er). . . . . . . • . . . 70 

De la forme et de la fonction des m<»t8 (Michel Bréal) 67 

Grammaire comparée, des tangues classiques (F. Baudry), ... 67 

Introduction à la grammaire des langues romaines {Gaston p€tris), 68 

Grammaire historique de la langue française (Ang. Brachet) . . . fl9 

Grammairii historique de la langue française {GrasUm Paris) ... 69 

Gi-ammaire comparée des langues indo-européennes (Af. F. Bopp). . 65 
Dictionnaire étymologique des noms propres d'hommes {Hecquei- 

Boucrand) Î4 

De Torigine des dénominations ethniques dans la race aryenne 

(J. Baissac) 81 

Mémoires de la société de linguistique de Paris 147 

Poésie du moyen Ag^* Les épopées françaises {Léon Gautier) . . 26 

}ii}Vi à' \rih\xv [Edw. Strachey) 266 

La bataille de Rossovo^rapsodie serbe (A(!{.(f' A m/) 316 

Faery queene de Spencer (Ed. R. G. W. Kîtchin) 318 

Poésie moderne. Œuvres de Clément Marot (Éd. Ch. d^Hérieault), 30 

Fables de La Fontaine illustrées (G. Bor^ 450 

l^oésie contemporaine. Sainte Cécile {Anat. de Ségur). 140 

Mélodies pastorales {L. Bernard) 246 

Brune la Blonde {J. Canonge) 250 

Souvenirs (G. de Flotte). 248 

Après Tamour (Louise d'Isolé) 248 

L'Arc et la Lyre (E. Larivière) 246 

Avant le jour (Laurent Pichat) 248 

Ludibria ventis (A. de Martonne) 247 

Stances amoureuses (A. Mandait) 247 

Musettes et clairons (A. Millien) 247 

Moments perdus (H. Richard) 249 

Le chemin des bois (A. Tkeuriet) 248 

Li Parpaiours blu(W. C.-B. Wwe) 250 

Romans. Le journal d'une héritière (A. AcAard) 127 

La Comtesse de Cournon (A//*, rfe^esa/tcener) 128 

Prosper Randoce (V. Cherhuliez) 125 

La chaussée des géants (ra&6d J?. i>omeHec/i) 128 

Le chevrier (F. fii6r«). . 126 

Un châtiment (Ad, Joanne) 127 

Episode de l'émigration française (Laurentie) 129 

La cotifession du Gaucho (F<!^/icien Jfa//tf/Wfe) 427 

Histoire d'une chrétienne (^, rfc ATtfr^eric) 129 

]Aé\ène d^ Gàrdemwes {comtesse de Mirabeau), . • 128 

Le dieu Plutus (A. Quinton) 83 

Trois nouvelles (F, de la Riverolle) 129 

Thérèse Raquin (Emile Zola) 126 



~ 339 — 

Oltlque et Hlstotre littéraire. HUtoire litiëialfe de k France, 

l. Vi et VU (Éd. P. Parw) 417 

Histoire de id littérature finnçaise ik(MÙs le xvi« siècle (Fr.6«de/roy). 109 

La M«>rale de Molière {E, JefotMr/) • . • . . M 

Recufils de rappoits sur les progrès des lettres (S. de Sétey, P, Févtkl, 

Th. Gauthier, Ed. Thierry) 245 

Poiirails littéraire^ {Léon Gautier) 10$ 

Mélangea. L^s Français du Nprd et du Miil {Ett^, Garcin}. . . 32 

La MoiUagnp (</. Michele(^ 84 

Scènes d^histoire et de fdinilto (^me (/e Wï//) 224 

Vie et opinions de M. Ferderic Tbomas Gratndoi'ge {H, Têine), . 199 

U'ttiTS d*un passant (A de Bmssieu) 225 

B.''vues parisieanes (6. de Flotte) 85 

^oly§^rap|ie«« OEavres complètes de Bossuet 223 



HISTOIRE 

Oéosratpble* Géographie générale (L, JDussieux), • . * . . aOd 

L'année géographique {Vivien de Saint-Martin) 30tf 

Géoi^rapliie illustrée de la France et de ses colonies (J. Verne et 

Th. Lavallée) 309 

Géograptiic agricole^ industrielle, coainK*rciate et admini^rative de 

Là France et de ses colonies (jE^. Cor/am^erQ . 80K 

Géographie physique, politique et historique de la France {Em, de 

Botuiechose). 307 

Géographie physique et politique de la France (G. Baurboulon), . 307 

La t rance vi ses colonies (E. Levassewr) 309 

Les colonies françaises (J. Rambù$$on) 308 

Les trois pn^jets d'exploration au pôln Nord (Malte^Brwi) .... 90 

IToya^fea. La Terre Sainte (Benn de Guinaumont) "88 

L:i B .héine historique, pittpres pie et littéraii'e (G. Fria et L. Léger). 87 

Découverte de l'Albert N'yanza (Sir Sam. White Baker). ... 90 

De Paris à Sy baris (Pa//45/re de Montifaut). 291 

Histoire ecclésiastique* Histoire de l'Ë^lise catholique en France. 

T. XIV. (Afvr^er) 40 

Etudi' chronologique pour l'histoire de N. S. Jésus-Christ (P. Mé-- 

main) 73 

Les témoins du Christ {l'abbé Maistre) 75 

Année >^u martyre des SS. apôtres Pierre et Pani [R. P. Garni). . 94 

Le chrétiens à la cour de Dioclétien (L'abbé Doras) 37 

Ac a sanclomm : i. \\\ àe}mn (Ed. Carnaudet) 156 

Œuvres de Gi'rbert (A. OUeiis) 38 

Gerbert {Ed. de Barthélémy) 228 

Gaiilée (r/i. il. ifar^m) 327 

Annales ecclésiai«tiques de 1860 à 1866 (J. Chantrel) 42 

Les victoires de Pie IX sur les garibaldiens (R. P. Jïuguet). • .196 

Les martyrs de la liberté de TEglise en 1867 (R. P. Buyuet). . . i96 

Les PontiÛcaux et les Garibaldiens {J. C, P.) 196 

Campagnes de la révolution contie Home (l'abbé Fievry), ... 196 

Les soldats du Pape (Oscar de Poli). 196 

Les hérosde Mentana(J?u^. (2e Walincourt) 197 



— 340 — 

Glorieuse victoire de Mentana ((7n ecr/és. 6re/on) )97 

Les voloDtairf s lie Pie IX (/{. P. Delnpurle) i97 

Les y'icio\res de Rome (Kenetm Diyby Beste) 197 

•toire ancienne. Five great monarchies of the ancieDt eastern 

worid (G. RawltJison), , 154 

Manuel •'ertiis'toire ancienne de rOrient (/V.LenormanQ. . . . 227 

HL<«luire d'HénKie (F, de Saulcy) 94 

Machœrous {Aug, Parent) 3f9 

Histoire romaine de Tile-Live (Trad. Gaucher) 321 

L'empire romain à Rome (J. J, Ampère) 3& 

Histoire du moyen âge. Chronique d'Abou Djafar Mohammed 

Ben njai-ir-lK>n-yazid Tabarc (trad. H. Zotenbtrg) 169 

Bibliotheca reium germaiticai'um. IV. Monumeuta Carolina (Ed. 

Ph. Ja/fé) 32? 

Traités de paix et de commerce, et documents divers concernant les 

relations des chrétiens avec les Arabes de l'Afrique septentrionale 

au moyen âge {L. de Maslalrie) 263 

Les Aiabes en Sicile et en Italie; les Normands en Sicile et en Italie 

(E, de la Primaudaie) « 167 

Histoire de Wance. Les grandes époques de France (Eubault et 

Margutrin) • 44 

SainiSidtnne Apollinaire et son siècle (i'a66é L. A. CAaûr). • • • 159 

Sugeretson temps(A. iVe//emenO • * • 94 

Œuvres complètes de Suger (i>ro2^ (2e /a AfarcAtf) 229 

Lettres et négociations de Philippe de Commines (Kervyn de LeUen^ 

hove) • . 270 

Les Elats de Bretagne (C/tf de Car/}<0 323 

Souvt»nirs du règne de lx)uis XIV. T. II {Cte de Cosnac). ... 96 

Archivt's de la Bastille,- documents inédits (Fr. jR<zt;a»5on). . . . 162 

L'Eunipe et les Bourbons sous Limis XIV (Marius Topin), ... 97 
Louis XIV et les principaux personnages de son temps {Romée <f A- 

virey) 16a 

Le ci»mte de Gisors (C. RomseC) 163 

Madame de Pompadour et la cour de Louis XV {E. Campardon). • 272 

Mémoires de Malou^'t 165 

GoiTt'spondance de Mme Elisabeth de France^ sœur de Louis XYl 

(Feuillet de Couches) 239 

Fuite de Louis XVI à Varennes (Eug, Bimhenet) 99 

LaRévoIutionetrErnpire(Vi(e(/eA/eaaa;) 273 

Histoire de la Terreur. T. VI. (Mwiimer'Temaux) 46 

La démagogie en 1793, à Paris (A. Dnuban) 46 

L'Église du Mans pendant la Révolution {R. P. Piolin) 275 

Histoire de la Kestauration. T. VI. (A. Nettement) 232 

Histoire civile de Tarmée et des conditions du service militaire en 

Fiance (A. Vitu) 279 

La Fiance pontificale (A. F%ueO • . 100 

Hi>t(iire de Royaumont {Vabhé H. Duclos) 103 

Histoire de Tabbaye et du collège de Jnilly (CA. Hamet). ... 50 

Garlulaire de l'abbaye de Saint- Etienne de Baigne [Vabbé Chokt). 278 

Obituaiiede TËglise de Lyon (C. Guigue) • 277 

Notice sur le caiiulaire du cimtë de Rethel (L. Delvile). . . . 174 
His oiie du château et des sires de Saiut-Sauveui'-le-Vicomte (L. De- 

liste) 104 



— 341 — 

Utttolre étpang^ére» Mémoires historiques de Patrîzio di Rossi sur 
les événements politiques d'Italie au xvi« siècle (trad. Puy de La- 

hostie) 28t 

Memoirs of sir Philip Francis 52 

Memolrs of haron Bunsen 236 

Marie-Thérèse et Joseph II (ii.rf'Arwe^A) 282 

Léopold II et Marie-Christine (Ad, Wolf) 288 

L'empereur Joseph II et ses réformes ecclésiastiques (C. Riiter), . i64 
Les l'égîons nouvelles : histoire du commerce et de la civilisation au 

Bord de l'océan Paciflque {H. Rouhaud) 170 

Court oî Meiico (Comtesse Paula Kallonitz) . 106 

Quatre le' très sur le Mexique^ d'après le Téo-Âmoxtli (l'abbé Brasseur 

de Bourbourg) • • 322 

Wit h Maximiliaa in Mexico (baron wn A/vens/e&tfn) 55 

Glievalerie et noblesse* L'ordre du Saint-Esprit aux xvui* et 

xix« siècle (F. Panhard) 280 

Les grands écuyers et la grande écurie de France (Ed. de Barthe-- 

lemy) 176 

Annuaire de la noblesse de France (£ore/ (i'i?autertt;e) 175 

i^rchéolog^Ie* Le temple de Jérusalem (Melchior de Vogué). • • • 233 

La Koma sotterranea crisliana (G. B. de jRo^t) 288 

Caractéristiques desSaints dans l'art populaire (i{. P. CaAier). , . 5 

Dictionnaire archéologique delà Gaule. 1'^ livr 289 

Souvenirs d'une exploration scientifique dans le nord de l'Afrique. 

Monuments symboliques de l'Abyssinie (/. B. Bourguignai).. . 172 

Biographie. Histoire de Démothène (A. Boullée) 327 

Guillaume de Champeaux, ou les écoles de Paris au xu* siècle 

(Vabbé Michaud) 45 

Aldo Manuzio (Arm. Baschet) .•••••• 292 

Bernard Pali^sy (L. Audiat) lil 

Histoire de Descartes avant 1637 (/. if t7/e0 112 

Simon Foucher, chanoine de la Sainte-Ghipelle de Dijon (F. Babbe). 259 

}àx%n\\ox\[TabbéBayle) 113 

Pierre Puget (L^n La^ran^tf) 236 

Mélangf s biographiques et littéraires ((7U220O 294 

Lettres inédiles et souvenirs biographiques de Mme Récamier et de 

Mme de Slaêl [bnron de Gerando) 296 

Elisabeth Séton (ilfme<2e Ôar6eray) 176 

Herminie de la Bassemouturie (B. P. rAom(u) .178 

Btbllo^rapble* Bibliotheca historica medii flBvi (A. Potthasfj. . .116 

Biblto^raphica geograp!iica Palestinœ (7". Tobler) 114 

Rapport de Henri Grégoire, ancien évêque de Blois, sur la bibliogra- 
phie, la destruction des patois et les excès du vandalisme. . • 297 
Le Vandalisme révolutionnaire (E. Despois) 297 



TABLE DES AUTEURS 



AcBARD. (Am(5<Jée) 425 

Alexandre (W. L.) 130 

Alphand (A.) 250 

ALVENFLEiJhN (baron von) 55 

AUPfeRE (J. J.) •••'•••••...•••• • '^5 

André (Pabbé) 155 

Archiac (le Vte dO 214 

AwfETB (Alfred d-). .-. 282 

Audiat (L.) m 

Avril (Ad. d*) 316 

Baeer (Samuel-Wilh) 90 

Baissac (J.) 81 

Barberky (Mme de) 17H 

Bar£ille (Fabbé 19i 

Barthélémy (Kdoiiard dé)... ilG, 222 

Baschet (Armand) 2f)8 

Bataillahr (Cb )...;. .-. 202 

Baudry(FO 65 

Batle (l'abbé a.) 113 

Bernard (Thtiès) 246 

BiiUENKT (Eugène) U9 

Blanc (Ch.) 19 

BoissiEU (A. de). . . /. 225 

BOLLANDISTKS 1 n6 

BoNNEceoSK (Erii. de) 307 

Bopp (François) 65, 145 

BoRiîL d*Hauterive.. 175 

BouLLÉE (A.) 327 

BoURBOrLOR (G.) 307 

BOORGUIGNAT (1 . R. ) ... 1 72 

Brachet (Augusle) 65 

Brasseur de B^irboùrg (l'abbé). 325 

Bhéal (Mich.^î) ■ '. f;5 

Bunsen (C. C. J ) 71 

Bunsen (baronne) 236 

Cahier (P. Ch.) 5 

Campardon (Kinile) 272 

Canonge (Jules) 250 

Caqueray (Ch. de) 4 

Carmagnolle (l'abbé J.) 192 

Carné (Cte de) 323 

Caro(E ) 10 

Carrière (E. A.) 218 

Chaix (l'abbé L. A.) 159 

Chantrel (J.) 42 

Chaté fils (E.) 251 

Chauvet (Emmanuel) 47 

Cherbuliez I Victor) 1 25 

Chevalier (l'abbé C.) 213 

Chollet (l'abbé) 278 

CORTAMBERT [K.) 30tS 

Cosnac (comte de) 96 



Coisinb (de U) : 203 

Uaia» (l'abbé £.) 37 

Dauban (A.) 48 

Dbgaisne (J.) 211 

Pelaporte (le p.) 195 

Delisle (Léopold) 104, 174 

Delsol 141 

DbHOLOM BE 8 

Deshhs (Eug.) 297 

DfEz (Fréâénc) ' «5 

DiGBY Beste (Kene)m) 195 

Domenech (l'abbé E.) 125 

Doré (fiustave) 1 50 

DrrLos O'abbé H.) . . . • 103 

Dupont-White 208 

Durand (Kabbé) 19^ 

DussiEur (L.) 305 

ËRNouF (le baron) 252 

Etchare (l'abbé d*) 1 

P ^BiiE (FerdinaDd) 1 25 

Faivrk (Ernest) 143 

Farrar (Fr. W.) 220 

Feuillet de Conches 230 

FÉvAL(Paul) 245 

Figuier (L.) 18 

FisguET 100 

Fi.EURT (l'abbé) 195 

Flotte (le baron Gasl>3n de). 85, 248 

Francis (Philip.) 52 

Fricz (Joseph) 87 

CAiis(leH. P.) 94 

Gahcin (Eug.) 32 

GxrcHER 321 

Gauthier (Théophile) 245 

Gxtttter (Léon) 26, 108 

Gatp-ier (E. de) 250 

Gbrando (baron de) 296 

Glaire (l'abbé J. B.) I» 

GoBEFROY (Frédéric) 109 

Gouefroy-Mé;nilglais« (M*** de). 140 

GONTIER 251 

GossiN (l.ouis) 2"i5 

Gos^oN (Stcphen) 268 

Guatry (le p. a.) 205 

GuiGUE (C) 277 

Guinxumont (Henri de) 88 

GrizoT 294 

GuYOT(rabbé) 312 

Hamel (Ch.) 50 

Hëcquet- Bougrand (P.) 24 

Hêricault (Ch. d') 30 

Hubault (G.) 44 



— 343 



HuBÉ (Romuald) 6 

Hlguet(IoR. p.) 195 

Hlrter(H.) 71 

Huxley (Th. H.) il 

Isole (l.ouise d') 248 

Jafpé iPh.) 322 

Jager (iMcr) 40 

Jeannel (C. J.) 31 

JoANNE (Adolphe) 125 

Kervyn de Lettenhove (baron). 270 

KiRWAN (C. de) 2M 

KiTCHiN (Hev. G. W.) 318 

Kirro (John) 10 

KoLLONiTZ (comtesse Paula) .... 106 

Labatdi (Ed.).. [ 201 

LAGRANGit: (Léoo) 236 

Laprade (V. de) 260 

Larivièrk (E.) 246 

LAURENTiE 1 25 

Laurent-Pichat , . 248 

Lavallêe (Th.) 30!) 

Lecoy de la Marche 229 

Léger (Louis) 87 

Le Maout (Emm.) 211 

Lenokmant (Fr.) 227 

Leroy- Ueaulieu (Paul) 80 

Lescœur (le h. p. L.) 2 

Letellier (P.) 195 

Levasseur (E.) 11, 309 

LuBBOCR (sir John) : . 14 

Maistre ^rabhé) 75 

Malliîfille (Félicien) 125 

Malolet 165 

Malte- Brun 90 

Mangin (Arthur) 252 

Mantecfpel (le baron de) 251 

Marey (ë. J.) 217 

Margf.rië (Eug. de) 125 

Marguerin 44 

Martin (Th. Henri) 327 

Mahtonne (de) S>47 

Maslatrik (L. de) 263 

Mauduit fAimé) 247 

Meaix (Vte de) 273 

Memain (P.) 73 

Meunier (Stanislas) 265 

Michaux ('*abbé E.) 45 

MlCHKLET (J.) 84 

Millet (J.) 112 

Millien (Achille) 247 

Mirabeau (cumtesse de) 12-^ 

MiRviLLË (.1. E. de) i37 

Mistral (Frédéric) 249 

Mortimeh-Ternaox 4H 

Muller (Max) 65 

Nettement (Alfred) 94, 232 

Odling(W.) 264 

Olleris (A.) 38 

Palustre de Montifaut (Léon).. 291 



Panhard (Félix) 280 

Parent (Aug.) 319 

Paris (Gaston) 68, 69 

Paris (Paulin) 57 

Pbtit-Lafpittk (A ) 218 

PioLiN (R. P. Dom Paul) 275 

Poli (Oscar de) 195 

Potthast (Dr. Auguste^ 116 

Prideaux-Tregelles (S.) 256 

Primaudaie (Elie de la) 167 

PuY de Labastie (J. L. 0.) 281 

PuYNODE (Gustave du) 78 

QUINTON (A.) 85 

Rabbe (rabbé) 259 

Kambosson (J.) 1 44^ 308 

Ravaisson (F.) 162,314 

Rawlinson (Georges) 154 

Raymond (Mme Emm.) 209 

Heifferscbeio (August.) 189 

Richard (Ch.) 249 

Ritter (C.) 168 

EUvEROLLE (F, de la) 125 

RoMÉE d'Avirby 160 

Rossi (G. B. de) 288 

RouHAUD (Hippolyte) 170 

Roïjsset (C.) 163 

Sacy (S. de) 245 

Saint Augustin 189 

Saint Bernard 489 

Saint Bonaventure 189 

Saint Jean Chrysostome 189 

Saint Thomas d'Aquin, 189 

Saui.cy (de) 94 

SCHŒBEL (Ch.) 198 

SÉGUR (comte Anatole de) 149 

SÉNÉCLAUZE (Adrien) 254 

SiDNEY (Philip) 268 

Strachey (Edward) 266 

Taine(H.) 152 

Theuriet (André) 248 

Thierry (Ed.) 245 

Thomas (R. P.) 178 

Thomassïn (P.) 135 

Tobler (Titus) 114 

lopiN (Marins) 97 

Trench (Chenevix) 310 

Vekgnette-Lamottis (A. de).... 218 

Verne (Jules) 309 

ViTu (Auguste) 279 

Vivien de Saint-Martin 306 

Vogue (comte de) 233 

Walincourt (comte Eug. de).. 195 

Wise 250 

WiTT (Mme de) 224 

WoLF (Adam) 284 

WoLTER (l'abbé) 258 

Wl'rtz(A.) 264 

Zola (Emile) 125 

ZoTENBERG (Henuanu) 169 



TABLE DE LA CHRONIQUE 



Nécrologie, 59, 118, 181, 238, 299, Livres mis à llndex, 301. 

^'*^- The univmal Art Catalogue, lîS. 

institut, 181. 238, 330. Lettre de Walter Scolt, 183. 

Faculté des lettres, 181 et s., 299, 330. Publîcallons nouvelles, 61 et s., 120 

Ecole des Ctiartes, 59, 181. et s., 182 et s., 240, 301 et s., 333. 

Archives 299 l^'&i^ divers, 69 et s., 121, 182 et s., 

' • 240 el s., 300 cl s., 332. 

Bibliothèqueimpériale, 121, 299,330. „ . ^,\ ^^' ,^^ , 

^ '^ Ventes, 61 et s., 121 et s.. 185 et s.. 

Sociétés savantes, 121, 239, 331. 241 el s., 302, 333. 



TABLE DE LA CORRESPONDANCE 



Travaux el documents sur l'Eglise Ecrits sur Mme l^ouise de France, 

oitkielle d'Irlande, 33». 124. 

Liste cbronotogique des travaux à Polémique sur l'authenticité des lettres 

consulter sur Bernard Palissy, 302, de Marie- Antoinette, 63. 

^^*' Le Père Loriquet, 124. 

Amadis Jamyn, 244. Ouvrages de M. Vallel de ViriviUe, 

Documents sur le cardinal d'Ossat, 187. 

243. 



»^ ■ ■ ■ P —M 



BIBLIOGRAPHIE 



THÉOLOGIE 



Lagardb (P. de). DerPentateach. Koptisch. 
(Le Pêntateuqnt, version copte.) Ia-8, 
xxxviii-504 p. Leipzig, Teubner. |^l 

Kon.N (S.). Samaritau. Studien. Beitrage 
zor samarit. Pentateuch-Uebenetzang. 
and Lexicographie. {Eludée samariîaifne». 
BsêtU sur la froducfioti samaritaine et la 
lexicographie du Penlateuque.) In-8,li4 p. 
Breslau, Schletter. yl 

WuNSCHB (A.). Der Prophet Hosea, ûber- 
setzt underklftrtmit Benutzang derTar- 
gamim, der j&dischen .\iule^ Raschi, 
Aben Ezra and David Kimehi. (Le pro- 
phète Oeée traduit et expliqué à Vaide 
du commentaire JudàSque^ etc.) {** par- 
tie. In-8, XLn-268 p. Leipzig, T. 0. 
Weigel. [3 

Novum Testam., latine interprète Hlero- 
nymo ex ms. Victoria Gapuani edidit, 
prolegomenis introdaxit, commentariis 
adomavit E. Ranke. In-8, XXXii-572 p. 
Marbarg, Elwert. [4 

Lbnoir (l'abbé). L Evangile pour la jeu- 
nesse. Illastré par Staal, contenant 24 
gravures et 10 cartes spéciales de la 
Terre-Sainte et de Jérusalem. Qr. in-8, 
72 p. Paris, Maillet. [5 

Deutihger (M.). Das Reich Gottes nach 
dem Apostel Johannes. 3* vol. Die Johan- 
nische Ethik. OefFentliche Vortriigc 
ûber die Briefe und die Offenbarung Jo- 
bannis. (Le roya/ume de Dieu d après 
l'apôtre S. Jean. — Lectures publiques 
sur la Révélation de S. Jean.) Ans dem 
Nachlasse hrsg. von L. Kastner. In -8, 
xxiv-584 p. [6 

VoGEL (A.). Beitrage zur Ilerstcllung der 
altea lat. Bibel-Uebersetzung. 2 hand- 
•chriftl. Fragmente aus dem Bûche Eze- 
chiel und den Sprûchwôrtem Salomo's, 
zum ersten Maie hrsg. {Essai de restau- 
rcttion de Vancienne traduction IcUine de 
la Bible. Deux fragments mss, du litre 
d>Extehiel et des Prorerbes de Salomon, 
p^és pour la première fois.) In-8, 99 p. 
Vienne, Braumûller. [7 

HoPSTBDB DE Oroot. Basilides am Ans- 
gange des apostolischen Zeitalters als 
erstér Zeag« fur Alter und AutoriUlt 

FÉVRIER 1868 



neutestamentlicher Schriften insbeson- 
dere des Johannes Evangeliums in Ver- 
bindang mit andem Zeugen bis zur 
Mitte des 2. Jahrhunderts. {Basilides à la 
fin de t époque apostolique^ considéré comme 
le premier témoignage de Vusage et de 
l'autorité du Nouveau Testament et par- 
ticulièrement de l'Eeangile de S. Jean et 
comparé avec d'autres témoignages jus- 
qu'au milieu du ii« siècle.) Deutsche ver- 
mebrte Ausgabe. In-8, vni-144 p. Leip- 
zig, Hinrich. |8 

Zambûni. CoUectio declarationum sacra: 
Gongre^tionis cardinalium sacri concilii 
Tridentmi interpretum quœ consentanea 
ad Tridentinorum Patrum décréta, alias- 
que canonici juris sanctionis seculoxviri 
in causis propositis prodieruut ; huic 
accedunt Gonstitutiones apostolicœ, pr<e- 
sertim novissimœ ad concilii Tridentini 
décréta spectantes, etc. T. III. P-Z. 6r. 
in-8 k 2 col., 496 p. Arras, Rousseau- 
Leroy. [9 

Lambillottb (P. L.). Antiphonaire de saint 
Grégoire ; fac-similé du manuscrit de 
Saint-Gall (copie authentique de Tauto- 
graphie écrite vers l'an 790), accompagné : 
T* u une notice historique ; 2* d'une dis- 
sertation donnant la cief du chant gré- 
Sorien dans les antiques notations ; 3* de 
ivers monuments, tableaux mnémoni- 
ques inédits, etc., etc. In-4. Bruxelles, 
Gh. J. A. Oreuse. 30 fr. [10 

Marghési. La Litnrgla Gallicana nei primi 
otto secoli délia Chiesa, oaservazioni 
storico-critiche di un sacerdote Romano 
consultore délia S. Gongr. in occassione 
del ritomo délia Ghiesa di Lione. 2 vol. 
In-8, ix-383-460 p. Roma, tîp. délia 
R. Gamera Apostolica. 16 fr. [il 

Glaire (l'abbé"). Dictionnaire universel des 
sciences ecclésiastiques. 2 vol. Gr. in-8 
à 2 col., vni-2508 p. Paris, Poussielgue. 

[12 

Kathol. Bibliothek Volkssohriften. Vol. 
I-V. In-12. Zurich, Woerl : 1. Lebens- 
bilder. 491 p.— 2. Der Knabe vom Berg. 
Erziihlnng v. L. Mever v. Schauensee. 
348 p. — 3. Lvdia, von H. Oeiger, 308 p. 
^4. Zwei Familien, v. B. \S'ômer|167p. 

2® PART. 1. 



— 2 — 



— 5Durch Leid zur Freud. Erzahlungen 
V. Isab. Braun, 163 p. (Bibl. dC écrite 
populaires cathoUqœs, 1. Scèr^es de la 
vie. — 2. L'enfant de la monlagne. — 
3. Lydia. — 4. Deux familles. — 5. Au 
bonheur par la souffrance.) [13 

Biblioteca di Sacri Oratori modérai ita- 
liani e 8tranieri,pubblicati e tradotti da 
Baldassarre Mazzoni e Leopoldo Franchi, 
canonici délia cattedralediPrato. Série l. 
T. II. Ia-8, 314 p. Prato, tipografia 
Guasti. [14 

Hippolytus* Réfutation of ail Hérésies. 
Translated by Rev. J. H. Macmabon. 
With Fragments from hi» Commentaries 
on varions Booka of Scripture, translated 
bv Rev. S. D. F. Salmond. (Ante-Niccne 
Ciristian Lib., vol. 6.). In-8, 508 p. 
Clark. [15 

Eusebii Caesariensis Opéra. Recognovit 
W. Dindorfius. Vol. III. Demonstrationis 
evan^elicae libri I-X. In-8, xx-700 p. 
Leipzig. Teubner. [16 

Hyacinthe (R. P.). Compte rendu des con- 
férences de Notre-Dame, Avent 1867. 
6* conférence. De la civilisation. In-8, 
115-141 p. Paris, Albanel. [17 

Katneri (Ange). Cours d'instructions fa- 
milières prêchées dans la métropole de 
Milan. Traduit de l'italien par un doc- 
teur en théologie. 4* édition, augmentée 
de nombreux faits historiques à la fin 
de chaque instruction. 4 vol. In-8, 2112 p. 
Paris, Martin-Beaupré. [18 

La Communion des saints, ou nos frères 
dn l'autre vie. III. Mois des &me8 du pur- 

fatoire, prières et exemples pour le mois 
9 novembre; par l'auteur de l'Eucha- 



ristie méditée. In-18, xn-381 p. Lyon, 
Josserand. 1 fr. 50 c. [19 

Dàlgairns (R. p.). La sainte Communion 
considérée au point de vue philosophi- 
que, théologique et pratique. Ou^nrage 
traduit par M. l'abbé Léon Godard, pro- 
fesseur au séminaire de Langres ; suivi 
d'un traité sur la fréquente communion , 
emprunté aux Analecta juris pontificii . 
1* édit. 2 vol., In-18 j., 644 p. Paris, 
Bray. [^0 

Philippe (frère). Méditations sur l'Eucha- 
ristie, suivies de méditations sur le sacré 
Cœur de Jésus. In-12, xii-648 p. Paris, 
Poussielgue. 1^1 

Michel (R. P.). Traité des tentations. Ou- 
vrage posthume revu par un Père de 1» 
compagnie de Jésus. ln-S2, i4S p. Poi- 
tiers, Bonamy. 50 c. [22 

Anselme (Saint). Entretiens célestes, ou 
élans affectueux de l'âme chrétienne. 
Ouvrage extrait des Méditations de saint 
Anselme et traduit du latin. In-32,319 p. 
et grav, Tours, Marne. [23 

BâDONBT (l'abbé). Le Pèlerin de sainte Ge- 
nevièvejpatronnedePariset de la France. 
Avec une image de la Sainte, d'après la 
statue de M. Leharivel-Durocher. In-18, 
134 p. Paris, Bouquerel. l fr, [24 

Quelques idées sur l'Apocalypse ; par un 
catholique. 2- édit. In-8, 103 p. Pam, 
Lecoflfre. 2 fr. [25 

LUTHARDT (Oh. Em.). U Révélation consi- 
dérée dans son développement hi»tOf«Hie. 
Conférences traduites de l'allemand nar 
E. L. Pruvot, pasteur. Avec une pwwe 
de M. F. Lichtenberger, docteur en théo- 
logie. In-18 j., Vi'l56 p. Paris, Qra»- 
sart. ! ^^ 



JURISPRUDENCE 



LA.NQON. Des lois de liberté et de leur durée 
en France. Lois sur la presse et le droit 
de réunion. In-8 , 62 p. Paris, Gar- 
nier. [27 

HéaOLD & JozoN. Manuel de la liberté in- 
dividuelle. In-32, 96 p. Paris, Thorin. 
75 c. [28 

Genglbr (H. 0.). Codex juris municipalis 
Germaniœ medîi asvi. T. I. part. 3-4. 
513-993 p. Erlangen, Enke. [29 

Dbmolombb. Traité des servitudes ou ser- 
vices fonciers. 4* édition. T. I. In-8, 
590 p. Paris, Durand ; L. Hachette. Les 
2 vpl., 16 fr. [ZO 

Dbmolohbe. Traité de succession. 3* édit. 
T. III. In-8, 653 p. Paris, l)nrand; L. 
Hachette. Les 5 vol., 40 fr. [31 

Dbmolombb. Traité des . donations entre- 



vifs et des testaments. 3' édition. T. I. 
In-8, 718 p. Pari?, Durand; Hachette. 
Les 6 vol., 48 fr. ^. . [32 

Rendu & Sirey. Code Pcrrin, ou Diction- 
naire des constructions et de la conti- 
guïté. Législation complète des bâti- 
ments, des constructions, des propriétés 
non bâties, des servitudes, etc. , naise ea 
rapport avec la doctrine et la jurispra- 
dence administrative et judiciaire. Edit. 
entièrement refondue, par M. Ambroiee 
Rendu, docteur en droit, avocat. 2« édi- 
tion, revue et mise au courant jusqu'à ce 
jour par M. Jean Sirey, avocat In-8, 
vni-821 p. Paris, Cosse, Maréchal & Cie. 
9 fr. [53 

Picot. Nouveau Manuel pratiaueet complet 
du Code de commerce, expliqué et annoté 
pour la première fois, article pararUcle, à 
f usage des négociants, eommerçantt, ar- 



— 3 — 



ia%teavi| coramissionBaires , niarchAnds, 
bai^qaUrs, etc. ; suivi d'un Formulaire 
U8nel et complet de tous les actes sous si- 
gnatures privées, que chacun peut rédiger 
soi-même sans le secours d'hommes de loi; 
et la marche la moins coiiteuse et la plus 
directe à suivre devant les tribunaux, 
avec les frais de procédure et les hono- 
raires dus aux huissiers, avoués, notaires, 
avocats, agréés, arbitres, experts, etc. , et 
eafin le nouveau Code des patentes mo- 
4ifié et expliqua d'après le texte officiel 
du Bulletin des lois. Seule édition com- 
plète conforme aux lois etjdécrets promul- 
gués jusqu'à ce jour. In-18. vii-812 p. 
Paris, Eugène Pick. 8 fr. [34 

SCHHOLL. De la responsabilité des mem- 
bres de conseils de surveillance dans les 
sociétés en commandite et des adminis- 
trateurs des sociétés anonymes, d'après 
la loi du 13 juin 1867 (avec le texte de 
cette foi). In-8, 47 p. Paris^ librairie 
internationale. [35 

Plaidoyers de M. Ambroise Rendu, avocat 
à la cour de cassation et au conseil d'E- 
tat ; réunis par Ambroise Rendu fils, 
In-8, XXVII-Î87 p. Paris, Cosse, Maré- 
chal et C*. 6 fr. 50 c. [36 



KLOSTERMA.KN (R). Das geistige Bigea- 
thum an Schriften, Kunstwerken und 
Erfindungen, nach preussischem und in- 
ternationalem Reente dargesteilt. (En 2 
vol.) T. I : Allgemeiner Theil. Yerlags- 
recht und Nachdruck. {La propriété Ut" 
téraire des écrits, ceuvres artistiques et 
inventions d'après le droit prussien et 
le droit international: t. I : Droit de 
publication et de contrefaçon.) In-8, xil- 
452 p. Berlin, Guttentag. [37 

Kemper de Bosch (.1.). Handleiding tôt 
de kennis van de wetenschap der zamen- 
leving en van het Nederlanasche staats- 
regt. 2*^ partie. Geschiedenis van het 
staatsleven eu staatsregt in Nederland. 
(Manuel de la connaissance du droit 
privé et du droit public néerlandais. — 
Notices diverses sur la politique et le droit 
public des Pays-Bas.) V édit. In-8, vi- 
245-436 p. Amsterdam. 

MAA.SSEN (F.). Bibliotheca latina juri» ca- 
non ici manuscripta. Part. I. Die Ca- 
nonensammlungen vor Pseudo Isidor. 
ni. Spanien. IV. England. V. Bel^ien. 
VI. Schweiz. [Aus den Sitzungsbericnten 
der k. Akademie der Wissenschaften.] 
In-8, 55 p. Vienne, Gerold. fS» 



SCIENCES ET ARTS 



Allgemeine Encyklopildie der Wîssenscha- 
nen und Kiinste. in alphabetischer Folge 
von genannten Schriftstellem bearbeitet 
und herausgegeben von J. S. Ersch und 
J. G. Griioer. {Encychp. univers, des 
seienee» et de» arts) P* section. A-G. 
Herausgegeben von Hm. Brockhaus. 
vol. 85. hi-4, m-465 p. Leipzig^ Brock- 
kaus. [40 

The Englisch Cyclopiedia, conducted by 
Charles Knight. New Issue. Natural His- 
tory. Vol. 4. in-4., Bradbury. — Idem, 
Reissue. Arts and Sciences. Vol. 5 in-4. 
London, Bradbury. [41 

Pbllofioplile. 

Fragmenta philosophorum GrsBComm col- 
legit, recensuit, vertit, annotationibus et 
proU^menis illustravit, indicibus in- 
struxit Fr. Guil. Au^. MuUacbius, phil. 
dr. artium LL. M. htterarum antiqua- 
rum professer. Vol. 2. Pythaçoreos, So- 
phistas, Gynicos et Chalcidii m priorem 
Timasi Platonici partem commentarios 
contînens. Gr. in-8 à 2 col., lxxxvi- 
445 p. et 4 pi. Paris, Firmin Didot. 
15 fr. [42 

DORNER (A^. De Baconis baronis de Veru- 
lamio pnilosophia. In-8, i70 p. Berlin, 
Hertz. [43 

Q (E.). U matérialisme ai la Science, 
Car 



In-18 Jésus, vi-296 p. Pari^, L. Hachette. 
3 fr. [|4 

Cajœr (Michel). Etudes philosophiques. 
In-i2, 144 p. Lyon et Paris, Girard. [45 

BOULLIER & Fbrraz. Analyse des ou- 
vrages de philosophie du baccalauréat ; 
Ï«r M. Bouillier, mspecteur général de 
'Université. Complétées d'après le nou- 
veau programme, par M. Ferraz, pro- 
fesseur de philosophie à la Faculté des 
lettres de Lvon. In-12, 132 p. Paris, Du- 
rand et Pédone-Lauriel. 3 fr. 50 c. [46 

Bernis (J. M.). Quelques coups d'oeil rétros- 
pectifs en matière de révolution scien- 
tifique. Paris, Dentu. 1 fr. 50 c. [47 

Letournbau (Ch.). Physiologie des pas- 
sions. In- 18 Jésus, 236 p. Paris, Germer- 
Baillière. 2 fr. 50. ^^8 

Mariano (R.). La philosophie contempo- 
raine en Italie, essaie de philosophie hé- 
gélienne. In-8, vui-161 p. Paris. [49 

Rabus (Lh.). Logik und Metaphysik. I. Er- 
kenntnisslehre, Geschichte der Logik, 
System der Logik, nebst einer chrono- 
logisch gehaltenen Uebersicht uber die 
logische Literatur und einem alphabe- 
tischen Sachregister. (Logique et Méta- 
physique, Doctrine de V intelligence j hist. 
de la logique^ sytt de logique^ avec un 
aperçai ehronol. de la Litt. sur la logique 



^ 4 — 



el une table cUitkàb.) In-S, xvi-528 p. 
Erlangen, Deichert. [50 

DiETERici (F.). Die Logik and Psychologie 
der Araber im x Jahrh. (La hgiquê el 
la Psychologie des AraJbes au X* <.) In-8, 
196 p. Leipzig, Hinrich. [51 

HOPPB (J.)> Die gesamrate Logik. Ein Lehr. 
und HandbucD, aus den Qoellen bearb. , 
vom Standpankte der Natorwissenschaf- 
ten, und fleichzeitig ala Kritik der bis- 
her. Logik. in allgemeiu verstandl. Dars- 
tellnng. (La logique complète ; manuel 
élabore d'après les sources^ au point de 
vue des sciences naturelles et en même 
temps comme critique de Vanc. logique.) 
ln-8, xxxn-804 p. Paderborn, Schô- 
nîngh [52 

Barrau (Th. H.)> Livre de morale pra- 
tique, ou Choix de préceptes et de 
beaux exemples destinés à la lecture 
courante dans les écoles et dans les fa- 
milles. Nouvelle édition. In-12, vi-476 p. 
Paris, L. Hachette, i fr. 50 c. [53 

Langenbegk (H.). Die theoret. Philosophie 
Herbart's und seiner Schule, und die 
darauf bezûgl. Kritik. Untersuchungen. 
(La Philosophie théorique de Herbart et 
de son écoles recherches critiques qui s'y 
rattachent,) In-8, 380 p. Berlin, Hertz. [54 

Langb (F.'X.), Neue Beitrii^e zur Gesch. 
des Materialismus. 1'* partie. Zurûckwei- 
sung der Beitrâge Schillings, nebst einer 
Untersuchg. Cib. Epikur und die Grenzen 
des Erfahrungsgebietes. (Essai sur l'his* 
toire du mcuSrialisme, etc.) In-8, 52 p. 
Winterthur, Bleuler-Hausheer. [55 

ROGGBRO (G.-N.). Storia délia filosofia da 
Gartesio a Kant. Tes! per essere an^re- 
gato al Gollegio délia Facdlta di Filo- 
sofia nella R. Università di Torino. In-8, 
228 p. Torino^ tip. Fayale. [56 

ttclencett morale*. 

Celli. Del principio di nazionalita nella 
modema società Europea. In-8, 285 p. 
Pavia, tip. Grossi. [57 

Huppe (Sgfr.). Verfassung der Republik 
Polen. ( Constitution de la Ré^^lique 
de Pologne.) In-8, xv-400 p. Berlin, 
F. Schneider. [58 

PttOUDHON (P.-J.). Œuvres complètes. 
Ou' est-ce que la propriété ? Premier mé- 
moire. Recherches sur le principe du 
droit et du gouvernement. Deuxième 
mémoire. Lettre à M. Blanquî sur la 
propriété. Nouvelle édition. In- 18 Jésus, 
360 p. Paris, librairie internationale. 
3 fr. 50 c. [59 

Sbignecr (G.). Les deux politiques. Lettre 
à M. Thiers. In-8, 16 p. Paris, Dentu. 

[60 

Des effets de la liberté. In-S, 196 p. Pa- 
ris, Laine. [61 



Persigny (de). Lettre sur la liberté de la 
presse, adressée aux journaux. In -8. 
31 p. Paris, Dentu. [62 

GONSTANT (B.). De la Réforme militaire en 
France. In-8, 56 p. Nimes, imp. Clavel- 
Ballivet et Cie. [63 

La dernière Armée française. In-8, 16 p. 
Paris, Dentu. i fr. [64 

Table analytique des Comptes rendus du 
Corps législatif i>our la session de 1867. 
rédigée aux archives du Corps législatif. 
In-8, 232 p. Paris, imp. Poupart-Da- 
vyl. [65 

Magnibn (Aug.). De la Liberté d^ensei- 

faement et du Baccalauréat. In-S, 64 p. 
aris, Delagrave. >,66 

Dbmogbot & MONTUCCi. De renseigne- 
ment secondaire en Angleterre et en 
Ecossp. Rapport adressée S. £xc. M. le 
ministre ue l'instruction publique. 6r. 
in-8, vui-635 p. Paris, imp. impé- 
riale. [67 



Thévenin TEv.). Association polytechnique. 
Cours d économie industrielle, 5*, 6* et 
7" séries. 3 vol. In-I8 Jésus, 745 p. Paris^ 
L. Hachette. Ch. vol., i fr. [68 

JuGLAR (Clém.). Du change et de la liberté 
d'émission, ui-8, xii-500 p. Paris, Guil- 
laumin. [69 

WORHS (Em.). Sociétés par actions et opé- 
rations de Bourse considérées dans leurs 
rapports avec la pratiaue, la législation, 
l'économie politique, 1 nistoire et les ré- 
formes dont elles sont susceptibles. In-8, 
VIII-53S p. Paris, Cotillon. 7 fr. 50 c. [70 

BONKBT. Manuel du capitaliste, ou Comptes 
faits des intérêts à tous les taux, pour 
toutes sommes, de i jusqu'à 366 jours. 
Nouvelle édition^ augmentée d*une notice 
sur l'intérêt, l'escompte, etc. ; par M. Jo> 
seph Garnier, professeur à l'Ecole supé- 
rieure du commerce ; revue pour les cal- 
culs par M. X. Rymkiewicz, calculateur 
au Crédit foncier*de France. In-8, 368 p. 
Paris, Garnier. 6 fr. [71 

Science» plsy»l«|iie«e|t iMiiiirelle» 



Jbannbl (J.). De l'air, propriétés physiques. 
In-18, 32 p. Paris, L. Hachette. 25 c (72 

TouRNiBR TEm.). Nouveau Manuel de chi- 
mie simplifiée^ pratique et expérimentale; 
sans laooratoire, manipulations, prépa- 
rations, analyses. Avec 300 fig. interca- 
lées dans le 'texte. In- 18, 232 p. Paris, 
Savy. 2 fr. 50 c. [78 

The Darwinian Theory of the Trans- 
mutation of Species. Examined by a 
Graduate of the University of Cambridce. 
In-8^ ix-287 p. London, Nisbet. [74 

Edwards (A. Milne). Précis d'histoire na- 



— H — 



turelle. 2« édition. In-18jésus, 265 p. 
Paris, V. Masson. [75 

Huxley (Th. H.). De la place de rhomme 
dans la nature. Traduit, annoté, précédé 
d'une introduction, et suivi d'un compte 
rendu des travaux anthropologiones du 
congrès international d'anthropologie et 
d'archéologie préhistoriques, tenu à Paris 
(session de 18(^7), par le docteur E. ]>EiIly. 
Avec une préface de Fauteur pour l'édi- 
tion française. In-8, xx-368 p. Paris, 
J. B. Bailliére. [76 

Watbrhousb (G. R.). Natural History of 
the Mammalis. 2 vol. In-8. London,Qua- 
ritch. [77 

Layard (E. L.). Birds of South .Vfrica» 
A descriptive Catalogue, ln-8. London» 
Longmans. |78 

Recherches sur la faune de Madagascar 
et de ses dépendances, d'après les décou- 
vertes de }m, François, V. L. Pollen et 
D. C. van Dam.— Mammifères et Oiseaux, 
par MM. H, Schlegel, François, P. L. 
Pollen. V livraison. Gr. in-4, p. 1-18 
avec 10 pi. lith. Levde, J. K. Steeu- 
hoff. ' [79 

Bbttont (Eug.). Storia naturale de^Ii uc- 
celli che nidificano in Lomhardia; con 
tavole litografate e colorate. In-fol. vol. I. 
fascicolo xxi. Milano. tipografia del Pio 
Istituto di Patronato. 15 fr. [80 

Rambosson ^J.). Histoire et légendes des 
niantes utiles et curieuses. In-8, v-375 p. 
Paris, FirminDidot. [81 

RiJN VAN Alkehade (J. van). Handlel- 
ding tôt de algemeene plantenknnde. 
(RvSimenti de botanique universelle) 2* 
verbeterde uitgave. Gr. in-8, xx-968 p. 
et 40 pi. Utrecht, J. G. von Terveen en 
Zoon (1866). [82 

DULAC (Vabbé). Flore du département des 
Hautes-Pvrénées (publiée pour la pre- 
mière fois). Plantes vascuîaires sponta- 
nées, classilication naturelle, dichotomies 
pour arriver seul et sans maître à la dé- 
termination des familles, etc. ; gravures 
dans le texte, carte géographique. In-12, 
xn-643 p. Paris, Savj. 10 fr. [83 

Hooker's Icônes Plantarum, selected from 
the Ke«r Herbariom. Edited by Dr. J. D 
Hooker. 3rd séries. Part 1. 25 Plates. 
Roy. In-8. London, Williams & Nor- 
gate. [84 

GossoN et DuRiEU DE Maisonneuve. 
Flore dWIgérie. Phanérogamie, groupe 
des glumacées (seu Descriptio glnma- 
ceariim in Algeria nascentium). In-4, 
cx-24t-331 p. Paris, inip. impériale. [8.'i 

Miquel (F. A. G.). Prolusio florœ Japo- 
nicœ. Fasc. VI-VIII. In-fol., vin-241- 
392 p. Amstelodami; Leipzig, F. Fleis- 
cher. IBC) 

MuRCHISON (Sir Roderick J.). tiiluria 



A History of the Oldest Rock*; in the 
British Isles and other Countries; with 
Sketches of the Origin and Distribution 
of native^ Gold, the gênerai Succession 
ofgeological Formations, and changes 
of the Earth's Surface. 4« édit., incTu- 
ding The Silurian System, with a Map, 
much new Matter, and many Illust. 
II1-8, xvm-566 p. and 41 Plates. London, 
Murray. [87 

Weiss (G. E.). Beitrage zur Kenntniss der 
Feldspathbildung und Anwendang auf 
die Entstehung von Quarztrachyt und 
Quarzporphyr. {EsscU pour arriver à la 
connaissanceê des formations feldspathi- 
ques, et en déduire l'origine du trachyle 
et du porphyre quart seu^.) Eine von der 
Hollandischen Gesellschaft der Wissen- 
schaflen zu Haarleni am 1 9. Mai gekrOnte 
Preisschrift. In-4, iv-i67 p. avec pi. 
Haarlem. [88 

Drjbssbl (L.). Die Basaltbildung in ihren 
cinzelnen Umsttlnden erlâutert. (La for- 
mation du Bas4itte considérée dans ses cas 
particuliers.) Eine von der Hollandischen 
Gesellschaft der Wissenschaiten zu Haar- 
lem am 19. Mai gekrônte Preisschrift. 
In-4, IV- 180 p. av. pi. Haarlem. 



Reynès (P.). Monographie des Ammonites. 
Avec planches lithographiées d'après 
nature etdegrandeur naturelle. 1*** partie. 
Lias. In- 8, xa-t à 8 p. Marseille, Ga- 
moin; Paris, J. H. Baillière. [90 

Gapelim (G.). Fossili Austral issici dei diu- 
tomi del Golfo délia spezia. In-4, 
101 p. con 8 tavole in ntograf. Bo- 
logna, tip. Gamberini, e Parmeggiani ; 
Torino, E. Loescher. 12 fr. [91 

Lbcoq (H.). Les Epoques géologiques de 
l'Auvergne ; avec 170 pi. ou ng.^ dont 

glusieurs coloriées, et des autographes de 
olomieu, d'Hauy et de Saussure, et un 
dessin fac-similé de Mme Necker de 
Saussure. 5 vol. In-8, XLIV-27S0 p. Gler- 
mont-Ferrand, Thibaud; Paris, J.B. Bail- 
lière. [92 

ZuRCHER et Margollê. Volcans et trem- 
blements de terre ; ouvrage illustré de 
61 vignettes par Riou. 2* édition. In-18 
Jésus, 359 p. Paris, Hachette. 2 fr. [93 
(Bibliothèque des merveilles.) 

ZuRCHBR et MABGOLLé. Les Glaciers; il- 
lustrés de 45 grav. sur bois par L. Sa- 
batier. In- 18 Jésus, 327 p. Paris, L. Ha- 
chette. 2 fr. [94 

Enquête agricole. 3* série. Dépositions 
orales reçues par la commission supé- 
rieure. Ministère de l'agriculture, du 
commerce et des travaux publics. In-i, 
772 p. Paris, imp. impériale. [05 

KoLTZ (J. P. J.\ Guide pratique de la cul- 
ture du saule et de son emploi en agri- 
culture, notamment dans In création de? 



- e - 



oseraies et des saussaies, avec nn ap~ 
pendice sur la culture du roseau. In- 18 
jésus, vi-144 p. Paris, E. Lactoix. 
2 fr. [96 

MiCHACX (Mme). La Cuisine de la ferme ; 
In- 18, 176 p. Paris, lib. agricole de la 
Maison rustique. 1 fr. 25 c. [97 

Science* médicales- 
Dictionnaire . encyclopédique des sciences 

médicales. Directeur, A. Dechambre. T. 

VII. 2« partie. Aut-Azz. In-8, 385-720 p. 

Paris, Asselin; V. Masson. 6 fr. [98 
(L'ouvraffe formera environ 25 vol. Il 
est publié par demi- vol urne. Des fig. 
sont intercalées dans le texte aussi 
souvent qu'elles sont jugées néces- 
saires.) 

WooD (George B.). M. D. Treatise on 
Therapeutics and Pharmacology, or Ma- 
teria Medica, 2 vols. Roy. in-8, xx-i828 p. 
Philadelphia. [99 

Mauby (E.^.). Du mouvement dans les 
fonctions de la vie. Leçons faites*au col- 
lège de France. Avec 144 figures inter- 
calées dans le texte, ln-8, vii-477 p. 
Paris, Germer Baillière. 10 fr. [100 

Platon (A .-a.). Sketches of the ugly side 
of human Nature. In-S, n-300 p. Lon- 
don, Trûbner. [101 

8WEETSBR(W.). Uuman Life, considered 'm 
référence to its présent condition and 
future développements, especially with 
référence to its duration. In-12, 322 p. 
New York. [t02 

Marshall (John F. R. S.). Outlines" of 
Physiology, human and comparative. 
Illustr. 2 vol. In-8, vai-1306 p. London, 
Longmans. |103 

BËCLARD et AxcNFELD. Rapport sur les 
progrès de la médecine en France, ln-8, 
100 p. Paris, irap. impériale j Hachette 
et C*. [104 

(Recueil de Rapports sur les progrès 
des lettres et des sciences en France. 
Publication faite sous les auspices 
du ministère de l'instruction pu- 
blique.} 

Fbrousson (Sir William). Lectures on the 

Progresâ of Aoatomy and Surgery du- 

ring the présent Gentury. In-8, xi- 

-«02 p. London, Churchill. [105 

CoNQUBRET (Th.). L'homœopathie. ln-8, 
53 p. Bordeaux, Gounouilhou; Paris, 
J. B. Baillière. [i06 

Gdernsey (H.-H.). Application of the Prin- 
ciples and Practices of Homœopathy to 
Obstetrics and the Disorders peculiar to 
Women and Children. In-8, x-752 p. Phi- 
ladelphia. [107 

BuTTNER (G. Jul.). Die Choiera asiatica, 
deren Ursachen, Behandiung und Vcr- 
hiitung auf Grund der wahrend der 



1S66er Epidémie in der Seidan bel Bu- 
dissin eemachten Erfàhrungen. Motio- 
graphlsch dai^gestellt. (Le eholéra a«fo- 
ti^tw, «M causBs, 8on traitmmnt ii la 
manièrt de l'empêcher, d'aprèê iet expé- 
riences faites pendant Vépidémie ée 1866 
à Seidan près Budiesin, Exposé mono- 
graph.) In-8, x-t73 p. avec pi. Leipaig, 
Duncker & Humblot. [108 

Saint- Vbl (O.). Traité des maladies des 
régions inteHropicales. In-8, xi-5l2 p. 
Paris, Delahaye. 7 fr. [109 

VoiLLEMiER. Traité des maladies des voies 
urinaires. T. I. Maladies de Turétre. 
Avec 87 figures. In-8, IX-59G p. Paris, 
V. Masson. [liQ 

SciBBLLi (Michèle). Studio sui vizi del ba- 
cino. In-8 di pag. 82, con Atlante in 
fol. di 7. tavole. Napoli, tipografia Sal- 
vatore Marchese. 20 fr. [lit 

Bv.iNS (W.). Sanitary Institutions durîng 
the austroprussian-italian Conflict. Con- 
férences 01 the International Societies of 
relief for relief for wounded soldiers, an 
essav on ambulance. Wagons. Universal 
Exhibition. Rewards ana letters. Cata- 
logue ofthe authors Sanitary coÛectiofi. 
Third édition. In-8, x-237 p. Paris, imp. 
Raçon et G\ [{{2 

Bernard (Claude). Leçons sur les effets 
des substances toxiques et médicamen- 
teuses. Avec '32 figures intercalées dans 
le texte. In-«,vn-488 p. Paris, B. Bail- 
lière. [tl3 

Science» m«itli6matlque«. 

Hoffmann CL.). Mathematisches Wôrter- 
buch. Alpnabetiscbes ZusammenstelIuDg 
sâmmtlicner in die raathematisohen Wis* 
senschaften gchôriger Gegenstilnde in 
erklarenden und beweisenden synthe- 
tisch und analytîsch bearbeiteten Ab- 
handlungen. {Dictionnaire des mathém. 
Classement alphab. de totts Us s^ie^s ap^ 
partenant au:r sciences mathém. dans Us 
traites explicatifs et déukonstratifs, syn^ 
thétiques et arMly tiques.) Fortgesetzt von 
L. Natani. Livr. 44-46. Vol. VII. In-8, 
111-205-528 p. Berlin, Wiegandt & Hem- 
pel. [114 

Annuaire pour l'an i 8Ù8, publié par le bu- 
reau des longitudes. Avec des notices 
scientifiques, ln-18, 520 p. Paris, Gau- 
thier- Villar s. Ifr. 25 c. [115 

Gal'SSln. Annuaire des marées des côtes 
de France pour l'an 1869. In-18, xn- 
308 p. Paris, Bossange; dans les ports. 
1 fr. [116 

(Publications du Dépôt de la marine.) 

Guy (P. G.). Cours d'arithmétique vulgaire 
et savante sans maitre, d'après les no- 
tions du sens commun. 1" vol. In- 8, 
xxxiii-531 p. et tableau. Paris, l'auteur, 
1. rue de Fleurus, 11 fr. [117 



— 7 — 



▲brégé d'Arithmétique décimale» conte- 
naDt toutes les opérations du calcul 
depuis l'addition jusques et y compris 
les règles de trois, et les opérations de 
fractions, etc. Ouvrf^e mis à la portée 
des jeunes gens, à 1 usage des écoles. 
Nouvelle édition, augmentée d'un Précis 
historique sur les nouvelles mesures, 
avec un Vocabulaire étymologique des 
mots qui en composent la nomenclature. 
Qr. in-l8, xn-84 p. Tours, Mame [118 

Ha AN (D. Bierens de). Nouvelles tables 
d'intégrales définies. Qr. in-4,xiv-733 p. 
Leyde, P. Engels. [119 

Brackenbury (Capt., G. B., R. Â.). Euro- 
pean Armaments in 1867 ; based upon 
Letters reprinted, by permission, from 
the Times. In-8. viii-U3 p. London, 
Ghapman & Hall. [120 

L'Armée jugée par elle-même. Lettre d'un 
capitame d'infanterie au sujet des pu- 
blications relatives à la réorganisation 
miliUlre. r* édition. In«-8, 64 p. Pa- 
ris, tous les libraires. 2 fr. [121 

Scott (Sir Sibbald David). British Army : 
its Origin, Progress^ and Equipment. 
With Plates. 2 vols. In-8, xxvii-li47 p. 
London, Gassell. [122 

Grisenoy (J. de). Exposition de 1867. Ma- 
rine (classe 66). Le sauvetage des nau- 
fragés. In-8, 42 p. et 6 planches. Paris. 
E.Lacroix. 8 fr. [123 

(Extrait des 7* et 8* fascicules des Etudes 

sur l'Exposition de 1867, publiées par 

Eugène Lacroix.) 

Renard (Léon). Uart naval; 2* édition, 
revue, corrigée et illustrée de 48 vi- 
gnettes sur bois, par Morel FatiO; con- 
servateur du Musée de marine. In- 18 
Jésus. 290 p. Paris, Hachette. 2 fr. [124 
(Bibliothèque des merveilles,) 

Scle^nce» ocenlte». 

Les Francs-maçons. Réponse à Mgr de 
Ségur; par un P.*. de 1*0.*. de Nimes. 
In-8, 88 p. Nîmes, imp. Glavel-Balli- 
vet et G*. [12i» 

Allan-Kardeg. L'Evangile selon le spiri- 
tisme, contenant l'explication des maxi- 
mes morales du Christ, leur concor- 
dance avec le spiritisme et leur applica- 
tion, aux diverses positions de la vie ; 
4* édition. In-18jésus, xxxv-448 p. Pa- 
ris. Dentu; Henri; Revue spirite; les 
éditeurs du Livre des esprits, 35, ^uai 
des Augustins. 3 fr. 50 c. ^126 

BROWN (John P.). The Derwishes, or Orien- 
tal Spiritualism. With lUust. In-8, viti- 
415 p. London, Trubner. [127 



Arnolb & Knoll. Sammlung von Initia- 
l*a aus dam 12-17 Jahrh. fintnommen 



der kgl. Hof-and 8taat«-Bibliothek zu 
Mûnchen, der Biblioteca nacional ûnd 
der Biblioteca de la univcrsidad central 
zu Madrid. (Collection d'inilialea du XII* 
au XV II* t.) Eingefiirht durch Archivur 
Messmer. (En 40-50 livr.). 1-3 livr. In-4, 
18 Chromolith. Leipzig, Denieke. [128 

Waagbn (G. F.). Die Yomehmsten Kunst- 
denkmaler in Wien. 2* part. Manuscripte 
mit Miniaturen. Handzeichn^en u. Kup- 
ferstiche in der k. k. Hofbibliothek u. 
Privatsammlgen. (Xe* princtpauz monu- 
fiMnto de Vart à Vienne, f* parité ; 
fiumnecrtle à mtmcUtiree, deetinê origi- 
naux et gravures êur cuivre de la BibL 
Impériale royale et des aUlections parti- 
cu/tèree.) In-8, 420 p. Vienne, Braumûl- 
1er. [129 

Marct ^P.). Quide populaire dans les mu- 
sées du Louvre. 6r. in-18, 184 p. Paris, 
lib. du Petit-Journal. 1 fr. [130 

Hamertox (Philip Gilbert). Gontemporary 
French Palnters. An Ëssay. With 16 
Photographie Illust. In-4, Xi-66. London, 
Seeleys. [131 

TiRPBNifB (J.-L.). Le paysage au fusain, 
conseils aux amateurs sur le dessin 
d'après nature et l'emploi du fusain, sui- 
vis d'explications et de préceptes sur le 
dessin lithographique. In-8, 32 p. Paris, 
V* de Saint-Martin et frère, 4, rue de 
Seine-Saint-Germain; l'auteur, 53. rue 
Notre-Dame-des-Ghamps. [132 

POTVIN. L'Art flamand : genre, paysage, 
histoire. Illustrations de Gallait, Leys, 
Wiertz, Simonis, Pauwel, Madou, Ste- 
vens, Dillens, Verboeckhoven, RoffiaéU. 
Texte de Gharles Pot vin. In-8 , XXXi- 
296 p. et il grav. Paris, lib. interna- 
tionale, 10 fr. [133 

HOUSSAYB (Ars.). Merveilles de l'art fla- 
mand, renfermant dix gravures d'après 
Teniers, Ruysdael, Berghem, Wouwer- 
mans, etc. l" et 2» séries. In-4, 40 p. 
et 20 grav. Paris, Lib. du Petit-Journal. 

[134 

Museo Borbonico di Napoli. In-8, grande 
fasc. 64. éd. ultime del vol. XVI.r!iapoli. 
10 fr. [135 

Reber (Fr.\ Geschichte der Baukunst im 
Alterthum. Nach den Ergebnissen der 
neuern wissenschaftlichen Expeditionem 
bearbeitet. (Htetotre de l'architecture dam 
l'antiquité^ <t après les résultats des voyages 
scientifUiues les plus récents). Mit 274 Hol- 
zschn. 2* livr. In-8, xvi-209-473 p. 
Leipzig, T. 0. Weigel. [136 

Brendbl (F.). Gesch. der Musik in Italien, 
Deutsch land und Frankreich , Von den ers- 
ten christl. Zeiten bis auf dieGegenwart. 
{Histoire de la musique en Italie^ en 
AllemagriS et en France, etc.) 25 Vor- 
lesgn. In-4, xxvi-687 p. Leipzig, Mat- 
ihes. [137 



8 — 



Indu«ti*le« 

exposition universelle de 1867. Commis- 
sion ouvrière de 1867. Recueil de pro- 
cès-verbaux des assemblées générales 
des délégués et des membres des bu- 
reaux électoraux, publié, avec le con- 
cours de la commission d'encourage- 
ment aux études des ouvriers délégués, 
augmenté de tous les documents, lois ot 
arrêts concernant le travail et les tra- 
vailleurs et pouvant servir à Tintelli- 
gence des discussions, recueillis et mis 
en ordre par Eugène Tartaret, ébéniste, 
secrétaire de la commission ouvrière de 
1867. In-8, viTi-320 p. Paris, imp. Au- 
gros. 3 fr. 50 c. [138 

BorrBAC (P.). Exposition universelle de 

1867 à Paris. Pro<luits de F imprimerie 

et de la librairie (groupe II, classe 6). 

ln-8, 101 p. Paris, P. Dupont. [139 

(Rapports du Jury international pu* 

bliés sous la direction de M. Michel 

Chevalier.) 

Exposition universelle de 1867, à Paris. 
Jury spécial. Nouvel ordre de récom- 
penses institué en faveur des établis- 
sements et des localités qui ont déve- 
loppé la bonne harmonie entre les per- 
sonnes coopérant aux mêmes travaux, 
et qui ont assuré aux ouvriers le bien- 
être matériel, intellectuel et moral. Rap- 
Sort par M. Alfred Le Roux, vice-prési- 
ent du Corps législatif. In-8, 182 p. 
Paris, imp. P. Dupont. |140 

Sala (George Au^ustus^. Notes and Sket- 
ches of the Paris Exhibition. In-8, 396 p. 
London, Tinsley. [ 1 41 

Description des machines et procédés pour 
lesquels des brevets d'invention ont été 
pris sous le régime de la loi du 5 juillet 
1844, publiée par les ordres de M. le 
ministredes travaux publics. T. lx. ln-4. 



à 2 col., 450 p. et 44 pi. Paris, Imp. im- 
périale. [142 

Jacquemart (A.). Les merveilles de ia cé- 
ramique, on l'art de façonner et de dé- 
corer les vases en terre cuite, faïence, 
^ès et porcelaine, depuis les temps an- 
tiques jusqu'à nos jours ; 2* partie. Oc- 
cident, contenant 221 vignettes sur bois, 
Ear Jacquemart. In-18 j., 363 p. Paris, 
. Hachette. 2 fr. [143 

(Bibliothèque des merveilles.) 

Sauzay (A.