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TORONT 

TORONTO PUbLKÎ LIBI 



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Référence Department. 



THIS BOOK MUST NOT BE TAKE.N OUT OF THE ROOM. 



MAY ZZ 1922 



P O LY B I B L. I O N 



BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



Janvier 1909. T. CXV. 1. 



RENNES 



IMPRIMERIE POLYGLOTTE FR. SIMON 




POLYBIBLION 



i'I 



REVU K 



BIOlJOGllAPlllûlIE IJNIVI^^IISELLE 

PARAISSANT TOUS LES MOIS 



PARTIE LITTÉRAIRE 



(CliNT-yLlNZlliMlC Dli LA COI.LKCJIOn) 



//"f-- //é 





PARIS (71 

AUX BUREAUX DU P0LYBIBL.10N 

S, RUE DE SAINT-SIMON, 5 

1909 



I007 




MA\ -i z IWi 



POLYBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



DERNIÈRES PUBLICATIONS ILLUSTREES 

i.La Côte d'Azur russe {Riviera du Caucase), voyage en Bussie méridionale, au Caucase 
occidental et en Transcausasie (Mission du gouvernement russe, 1903), par E. A. 
Martel. Paris, Delagrave, s.d. (1909) ,gr. in-8 de 358 p., avec 388 gravures, 34 plans 
et coupes et 1 carte en couleurs. Broché, 10 tr. ; relié, 15 fr. — 2. Autour de l'Afgha- 
nistan {aux Frontières interdites), par le commandant de Bouillane de Lacoste. 
Paris, Hachette, 1908, gr. in-8 de xxvi-223 p., avec 120 illustr. hors texte et 5 cartes. 
Broché, 12 fr. ; relié, 19 fr. — 3. Sur les grandes routes de l'Asie Mineure. Les Par- 
cours ferrés de la péninsule ,\>d.v Jean de Nettancourt-Vaubecourt. Paris, Leroux, 
1908, gr. in-8 de 56 p., avec 40 planches offrant un choix des principales perspec- 
tives. et 1 carte, 12 fr.— 4. Les M l'croèes, par le D'' P.-G. Charpentier. Paris, Vui- 
bert et Nony,1909, gr. in-8, de vi-355 p., contenant de nombreuses gravures. Bro- 
ché, 10 fr.; relié toile, fere spéciaux, tr. dorées, 14 fr. — 5. Au Pays des Binious, 
par G. Sevrette. Paris, Cohn, 1909, in-18 de 251 p., illustr. de José Roy; relié 
toile, tr. dorées (Bibliothèque du « Petit Français »), 3 fr. — 6. Le Mois littéraire et 
pittoresque. T. XIX et XX. 10« année. Paris, VHP, 5, rue Bayard, 1908, 2 vol. 
in-8 de chacun 768-192, plus des morceaux de musique paginés 1-96 et répartis 
■par moitié dans chaque volume, illustré d'un nombre considérable de gravures. 
Brochés, France, 12 fr.; Étranger, 14 fr. Reliés toile, plaque spéciale, tr. dorées, 
17 fr. — 7. Les Veillées des chaumières, journal hi-hebdomadaire illustré. 31"^ année 
(1907-1908). Paris, Henri Gautier, in-4 de 844 p., avec de nombreuses grav. Broché, 
6 fr. ; cartonné toile, 7 fr. 50. — 8. La Poupée modèle. Revue des petites filles (men- 
suelle). 45« année. Paris, 52, rue Saint-Georges, 1908, gr. in-8 de 292 p., avec de 
nombreuses gravures en noir dans le texte et des planches en couleurs et en noir. 
Paris, 7 fr. ; Seine, 8 fr. ; Province, 9 fr. ; Union postale, 11 fr. 

Fin d'étrennes : la fête passée, adieu le saint, dit-on. Mais les volu- 
mes retardataires que nous allons examiner conviennent à toutes 
fins. Donc, ne leur reprochons pas d'enriver slu Polybiblioii avec l'op- 
portunité des carabiniers d'Offenbach. 

1. — Invité à la fin de l'année 1902, par le ministre de l'agriculture 
et des domaines de Russie, M. A.-S. Yermoloff, à entreprendre au 
Caucase occidental un voyage d'études géographiques, et particu- 
lièrement de recherches hydrologiques relatives à la mise en valeur 
du littoral nord-oriental de la Mer Noire, M. E.-A. Martel a visité, 
du mois d'août au mois de novembre 1903, la Côte d'Azur russe 
(Riviera du Caucase). Plus heureux que M. Jean Carol, qui, dans les 
Deux routes du Caucase, constatait naguère parcourir ce pays « quel- 
ques années trop tôt », M. Martel l'a vu à un moment particulièrement 
favorable, alors que les voies d'accès étaient créées, et que, cependant, 
il restait encore, en dépit des travaux des différents voyageurs, de 
véritables découvertes à effectuer. De là le caractère mixte du rapport 
que vient de publier l'auteur sous le titre que l'on a inscrit plus haut; 
ici, M. Martel, trouvant un travail Men fait par ses devanciers, s'est 
borné à contrôler les affirmations de ses prédécesseurs, à les complé- 



t M' s'il y avait lieu, à les rcctifici' à l'occasion; là, au conti'airp, où rien 
n'existait encore, il a vraiment exécuté œuvre d'explorateur, et non 
pas seulement de touriste intelligent, mais de véritable explorateur 
scientifuiue. Ainsi, nulle part, à proprement parler, la Côte d'Azur russe 
n'est une pure et simple compilation, et c'est très souvent un livre 
neuf et véritablement original, grâce aux observations recueillies 
par M. Martel au cours de sa mission d'études au Caucase. Peut-être 
un ouvrage de cette sorte semblera-t-il, à première vue, peu fait pour 
un autre public que le public spécial des géographes et des savants; 
ce serait mal connaître l'auteur que de s'arrêter longtemps à une 
telle pensée; dans sa description de la « riviera du Caucase », M. Martel 
a apporté les mêmes qualités de charme et de séduction, de poésie et 
de style que dans ses ouvrages sur les Cévennes et sur l'Irlande et les 
Cavernes anglaises, de telle sorte qu'on éprouve un plaisir extrême à 
le suivre dans les différentes étapes de son voyage à travers la Russie 
méridionale, le Caucase occidental et la Transcaucasie. Une énorme 
quantité d'excellentes gravures établies d'après les photogi-aphies 
recueillies en cours de route, des plans et des coupes, une belle carte 
en couleurs à l'échelle de 1 : 420.000e, (pourquoi n'avoir pas dressé 
une table de ce véritable album du Caucase occidental?) permettent 
au lecteur de suivre ^I. E.-A. Martel dans ses pérégrinations et de se 
faire une idée des pays qu'il a visités. Ainsi se trouve constitué, de 
manière très habile, un remarquable exposé général, très ins- 
tructif et très attrayant, de cette contrée encore neuve, à laquelle 
M.Martel prédit un très brillant avenir. Ainsi la Côte d'Azur russe est 
ce que l'a voulu son auteur, un tableau d'ensemble delarégion étudiée, 
« une mise au point générale, une condensation documentaire et, par 
•places, un complément de ce qu'on a dit jusqu'à présent » ; mais 
c'est encore, — ce que ne dit pas M. Martel, — une œuvre géographi- 
que excellente, qui fait grand honneur à son auteur et à la science 
française, et qui restera. 

2. — Comme l'Afrique, l'Asie a ses admirateurs, nous dirions même 
volontiers ses fanatiques, parmi lesquels il convient de placer le com- 
mandant de Bouillane de Lacoste. Cinq fois déjà ce voyageur a par- 
couru des contrées différentes de l'Asie, débutant (suivant une heu- 
reuse expression de M. Georges I^eygues) par la tâter sur ses confins, 
en Indo-Chine, en Chine, en Mandchourie, en Sibérie, avant d'entre- 
prendre l'étude de ses régions internes. Cette étude, c'est seulement 
dans son plus récent voyage, dans son excursion Autour de l'Afghanis- 
tan, qu'il l'a commencée. — Il est actuellement impossible, on le sait, 
de pénétrer sur les terres placées sous la dépendance de l'émir de 
Caboul et d'en faire une étude quelconque; c'est seulement en serrant 
d'aussi près^que possible leurs frontières infranchissables (de là le 



sous-titre du livre du commandant de Lacoste, « aux Frontières inter- 
dites ») qu'il a quelque chance de se renseigner sur cette contrée mys- 
térieuse et attirante qui s'appelle l'Afghanistan. Recueillir des données 
nouvelles et précises sur la situation politique et économique des pays 
fermés à l'exploration européenne, voilà, plus encore sans doute que 
l'étude des régions qu'il traversait, ce dont s'est préoccupé le com- 
mandant de Lacoste, au cours du voyage qu'il a accompli du 19 mai 
1906 au 11 janvier 1907, de Mesched à Mesched, en suivant la voie 
ferrée d'Askhabad à Andidjan, puis en traversant le Pamir, le petit 
Thibet et le Kachemir pour pénétrer dans le bassin de l'Indus, d'où, 
à travers le Béloutchistan et la Perse, il a regagné son point de départ. 
N'était-il pas naturel qu'il en fût ainsi? D'ailleurs nous aurions mau- 
vaise grâce à nier qu'au point de vue géographique même le volume 
du commandant de Lacoste, accompagné de superbes illustrations 
gravées d'après les photographies du voyageur, présente de l'intérêt; 
mais c'est surtout et presque exclusivement un récit anccdotique du 
voyage. 

3. — Entre la Mer Noire et la Méditerranée extrême-orientale, baignée 
du côté de l'ouest par les mers de Marmara et de l'Archipel, s'avance 
un des pays les plus chers aux amis de l'antiquité comme à ceux des 
aspects pittoresques et de l'exotisme, l'Anatolie. Le comte Jean de 
Nettancourt-Vaubecourt, à qui noH.is devons déjà un joli voyage 
En zigzag, de Singapour à Moscou^ a visité à son tour, après beaucoup 
d'autres, cette terre éminemment classique, et en a rapporté des notes, 
des impressions et de bonnes photographies dont il a formé un très bel 
album. Sur les grandes routes de l'Asie Mineure^ — c'est-à-dire sur les 
parcours ferrés de la péninsule : lignes des chemins de fer « ottomans 
d'Anatohe » et « de Bagdad », « d'Aïdin » et de « Smyrne-Cassaba » — 
tel est le titre de cet intéressant recueil de vues très variées, les unes 
pittoresques, d'autres éminemment instructives au point de vue géo- 
graphique, — d'autres encore ethnographiques ou archéologiques, 
que l'auteur a fait précéder d'une longue et excellente Introduction. 
Ce sont d'abord des notions précises sur les multiples aspects de la 
géographie physique de la péninsule, sur ses ressources naturelles, 
sur les races qui la peuplent et sur leur culture, « sur le passé du 
pays et sur les monuments qui en subsistent, enfin sur les voies 
ferrées en exploitation, sur la nécessité d'en accroître le nombre et sur 
les trajets de voiture ou de cheval susceptibles de compléter leur 
parcours. Ainsi se trouve constitué un ouvrage agréable et instructif 
tout à la fois, qu'on a plaisir à lir-e et à regarder. 

4. — C'est un livre à l'usage des jeunes esprits curieux des choses 
de la science et se disposant à la carrière médicale, que celui du 
D"* Charpentier intitulé : Les Microbes. Il a semblé à l'auteur que dans 



la si'i'ir (les livres destinés aux jeunes gens et leur racontant, les uns 
les (léeouvertes de Pasteur, les autres la vie intime du savant, il n'en 
était pas qui leur montrât l'histoire de la microbiologie depuis son 
origine jusqu'à l'heure actuelle. Il a tenu à combler cette lacune. 
De Kà son ouvrage, dont il n'a point voulu, à la vérité, faire un véri- 
table traité didactique; il a pris « à sa naissance, et même avant, 
chacune des découvertes qui ont trait aux microbes », pour la suivre 
dans toutes ses applications, ne faisant appel à la théorie que là où 
elle était absolument indispensable pour permettre de mieux saisir 
les phénomènes racontés, et évitant le plus possible les considérations 
arides. Autant de questions traitées, autant de chapitres groupés sous 
trois titres généraux : la science microbienne, les microbes bienfai- 
sants, les microbes malfaisants. Chacune d'elles est étudiée avec 
soin depuis ses origines les plus reculées, à ce que prétend le D^ Char- 
pentier. Mais, il faut le reconnaître, malgré tous les mérites de son 
travail, fort bien imprimé et copieusement illustré, d'ailleurs, on peut 
y constater maintes lacunes et môme des erreurs : c'est que l'auteur 
s'est laissé entraîner par son enthousiasme pour les théories micro- 
biennes et son admiration pour celui à qui on en attribue la pater- 
nité, et il a un peu trop négligé de remonter aux documents originaux. 
Il eût été tout au moins équitable, à propos de la fermentation, de 
parler de Béchamp qui fut, il est vrai, un adversaire de Pasteur, mais 
a contribué pour une bonne part à établir la théorie des zymases. C'est 
même lui qui, le premier, a fait une vérification expérimentale sérieuse 
de l'hypothèse qui avait servi à Spallanzani, pour combattre la géné- 
ration spontanée. Les idées de Pasteur sur la matière, d'ailleurs, n'é- 
taient pas, en 1858, ce qu'elles devinrent plus tard. Le D^" Charpentier 
accrédite en outre l'erreur qui attribue au D^ Lister la découverte de 
la méthode antiseptique. Nous ne voyons pas non plus ce que le nom 
de Pasteur vient faire dans ce chapitre. Le grand savant n'avait fait 
avant 1874 aucune recherche sur les affections chirurgicales, et même 
alors n'admit-il pas tout de suite les idées d'Alphonse Guérin sur la 
pathogénie des maladies. Si ce dernier est, à proprement parler, par 
son pansement ouaté, l'inventeur de la méthode aseptique, ce n'est 
point à Lister qu'il faut attribuer la méthode antiseptique, mais bien 
à un Français, aujourd'hui inconnu de la plupart des médecins, Le- 
maire. Il est incontestable que ce savant modeste contribua à affer- 
mir la croyance plus ou moins vague dans la pathologie animée, émise 
depuis plus de deux siècles, et fut, par son traité de l'acide phénique 
(publié en 1862), le véritable promoteur du pansement antiseptique. 
Ces réserves faites, on ne peut que recommander le beau livre de 
M. Charpentier. Il intéressera vivement à coup sûr les jeunes lecteurs 
auxquels il est destiné. 



— 9 — 

5. — Au Pays des Binious est le récit, écrit dans un style alerte, des 
vacances passées en Bretagne par une famille parisienne. Les types 
des paysans sont vivants, les aventures des jeunes touristes sont 
gaiment racontées et une couleur locale, très vécue, anime toutes les 
pages de ce joli volume. Rien de plus moral que le récit: il s'y mêle 
des leçons de charité, de bienfaisance et de dévouement, données 
sous une forme gaie et intéressante. Peut-être pourrait-on regretter 
que l'auteur n'ait pas établi une distinction plus nette entre la foi 
profonde et tenace des Bretons et les superstitions qui, dans certains 
cas, défigurent cette même foi. Cette légère critique n'empêche pas 
que ce joli volume ne soit un livre d'étrennes bon à donner aux jeunes 
lecteurs; il leur fera connaître des aspects et des usages qui, grâce 
à la circulation fiévreuse de notre siècle, tendent à disparaître. 

6. — L'écrivain ou l'homme du monde qui possède la collection 
complète du Mois littéraire et pittoresque (vingt volumes ont paru) 
dispose vraiment de l'une des plus curieuses, des plus variées et des 
plus intéressantes du genre. Mais si chacun ne peut s'offrir d'un seul 
coup ce luxe bibliophilique, du moins le prix de l'abonnement à ce 
beau périodique est-il abordable pour la plupart des bourses. A 
l'usage des coquets en matière de livres, c'est-à-dire pour ceux qui 
aiment à caresser une jolie reliure en même temps qu'ils savourent 
un texte, la Maison de la Bonne Presse présente annuellement, en 
volumes gracieusement cartonnés, les deux derniers semestres écoulés. 
Remarquons à ce propos que la première feuille des couvertures des 
six livraisons de chaque semestre est conservée et placée en tête des 
volumes : idée excellente, car ces couvertures mensuelles sont des 
compositions artistiques qu'il serait fâcheux de négliger. Et puisque 
nous insistons en premier lieu sur le côté matériel de cette excellente 
revue, notons encore le beau papier sur lequel elle est tirée, son élé- 
gante impression, enfin — et surtout — admirons franchement l'abon- 
dante et magnifique illustration que l'on trouve à chaque page. Le 
Mois littéraire et pittoresque apparaît donc à la fois comme un album 
et comme un recueil de lectures utiles, agréables, reposantes, instruc- 
tives et aussi édifiantes, car, ici, l'idée religieuse, la pensée chrétienne 
brillent d'un éclat indiscuté. Jetons à présent, un regard sur le contenu 
des deux volumes de l'année 1908. Nos lecteurs comprendront que 
le très important ensemble composant ces volumes échappe non pas 
à une analyse impossible, mais même à une simple mention générale. 
Nous devons, à regret, nous borner; et cependant que de sujets ont 
été traités en fait d'histoire, de littérature, de beaux-arts, de sciences, 
d'industrie, etc. ! Nous citerons tout d'abord un travail aussi attachant 
que vivant, de notre cher et très distingué collaborateur M. Geoffroy 
de Grandmaison, sur la France d'il y a cent ans : l'an dernier, il nous 



— 10 - 

avail (li\i;'i (liiiim- 'un article |)(iilaiil \o mônio titro; mais aujour- 
d'hui lo lal)loau s'applique à l'année 1808, alors que précédenimont 
il s'a,i>issait do 1807. 11 serait à souhaiter que M. de Grandmaison nous 
gratifiât tous les ans d'une étude analogue. Voici maintenant la Cité 
fiinhhne. Venise à travers les âges, par M. Léra; Le Château de Chillon 
dans la poésie et dans l'histoire, par M. J. Vézère; Le DaupJdn père de 
Louis XVI, par M. le baron de Maricourt; En 1815, par M. E. Daudet; 
Petite Novice, par M. d'Eseola; Les Cloches de Pâques, par M. J.-P. 
Houzey; Un Peintre à la Grande Armée. Le Général Lejeune, par 
M. L. Sonolet; Le Salon des refusés du siècle, par M. G. Hue; Le Graduel 
Vatican et la Réforme du chant liturgique, par M. A. Gastoué; Au Pays 
des KJudifes, par- M. L. Biesor; Londres au temps jadis; jeux et vieilles 
coutumes, par M. J. Teincey; En Pays hongrois, par M D. Netterlé; 
La Révolution et les savants, par M. A. Acloque; Le Radium serait-il 
la pierre philosophale? ; Allain et Vannai par M. Reynès-Monlaur; Cour 
de Christmas, par M. L. de Saint-Gall; Québec et Montréal, par M. N. 
Aymès; Une Croisade au xvii^ «ècZe,par le même; Canrobert au camp 
de Châlons, par M. G. Bapst; Les Salons de 1908, par M. E.-A.; Gustave 
Doré, illustrateur, par M. J. Bertaut; Saint-Pierre de Rome, par M. 
A. Fabre; Le Canada d'aujourd'hui, par M. J. Lionnet; Versailles, 
ses jardins et ses eaux, par .M. d'Argyl ; Un Sé/o-ir à l'île de Ré, par 
M. P. Delage; L'Ame de la guerre moderne, par M. H. de Fournay; 
Berceau de saint Vincent de Paul, par M. L. Chollet; Le Pays du négus 
Ménélik, par M. V. Goedorp; Dans une fromagerie moderne, par M. J. 
Boyer; Les Êtres géants de l'époque secondaire, par M. l'abbé T. Moreux ; 
Les Étapes de l'aviation, par M. L. de Saint-Fégor. Api'ès cet extrait 
écourté, n'oublions pas de rappeler qu'en 1908, 1' « Album musical » 
du Mois littéraire et pittoresque ?i été formé de plus de vingt morceaux. 
7. — Tout le bien que nous avons dit le mois dernier (p. 506) du 
journal illustré l'Ouvrier, nous le pensons également des Veillées des 
chaumières. Les deux périodiques se ressemblent d'ailleurs beaucoup : 
ce sont deux frères. Romans, contes, nouvelles, variétés, articles de 
polémique,poésies,recettes et conseils pratiques se trouvent en si grand 
nombre dans Les Veillées des chaumières que nous sommes obligé 
de nous borner à citer les seuls romans importants donnés dans le vo- 
lume de 1907-1908, qui vient de nous parvenir sous son cartonnage 
rouge habituel. A tout seigneur tout honneur. Voici d'abord le Blé 
'gui lève, de M. René Bazin. Viennent après : Chérie, par M. Pierre du 
Château; Le Collier, par MM. M. \'iignault et R. \'aldor; L'Irrésis- 
tible Force, par M"^^ Jeanne de Coulomb; Le Journal dcMadeleine, 
par M. André Bruyère; Veuve de quinze ans et le Mari de la veuve, 
par jVIn^e B. de Buxy ; Méprise, par M^^e ]\i. Maryan ; La Petite Beauté, 
par M. d'Hauterive; Trop cher, par M'"*^ Marie Le Mière et Tâche 



— 11 — 

reprise, par M. Mario Donal, un bien joli récit que nous espérons bien, 
quelque jour, pouvoir relire dans la collection des bons romans de la 
librairie Henri Gautier. Tout cela est d'ailleurs très bien illustré. 

8. — Rue Saint-Georges, 52, à Paris, s'élaborent, à l'usage des 
dames, des demoiselles et même des fillottos, deux périodiques d'âge 
respectable qui s'appellent : le premier. Journal des demoiselles et 
Petit Courrier des dames (voyez ce qui en a été dit dans notre précé- 
dente livraison, p. 503-504), le deuxième, la Poupée modèle. C'est de 
ce dernier recueil (année 1908) que nous allons entretenir briève- 
ment les papas et les mamans en quête d'abonnements à une revue 
pour fillettes. Croiriez-vous que ce gentil périodique mensuel se com- 
pose, tout comme le sérieux Polybiblion, qui sait rire cependant à ses 
heures, de deux parties, l'une littéraire, l'autre technique. Parfaite- 
ment. La partie littéraire offre aux petites lectrices de très jolis récits, 
nouvelles ou comédies, où l'idée religieuse s'exprime fréquemment, 
nette et franche. Citons, entre autres : La Fée Linotte, par M. Antoine 
Alhix; Le Génie du vieux tilleul, par M"^^ Léo ; Mademoiselle, par 
Mme Henriette Besançon; Les Mésaventures d'Odette, par Mi"° Mary 
Floran ; Du Rêve à la réalité,^Q.Y 'M^^ Aigueperse ; La Guérison de Renée, 
par M. de Harcoët, etc. On trouve là aussi des « Tableaux parlants » 
destinés, au moyen d'explications fournies dans un numéro suivant, 
à familiariser les jeunes esprits avec quelques points d'histoire; des 
poésies, des devinettes, des causeries, des recettes^ des conseils. Quant 
à ce que nous appellerons la partie technique du recueil, elle consiste 
en « Annexes » (planches en couleurs et en noir, patrons en papier et 
en étoffe, etc.) a'ccompagnées, dans chaque livraison, d'explications 
pour les divers travaux à exécuter. C'est intéressant, moral, chrétien, 
instructif, pratique. - Visexot. 

ROMANS, CONTES ET NOUVELLES 

Romans FA^•TAISISTES. — 1. Vile des Pingouins, par Anatole France. Paris, 
Calmann-Lévy (1008), in-18 de xv-419 p., 3 fr. 50. — 2. Le Parasite, par 
A. Conan Doyle; trad. par Ai.dert Savine et Georges Michel. Paris, Stoclc, 
1909, in-18 de 323 p., 3 fr. 50. — ■ 3. Monsieur Gcndron va au peuple, par 
René Thiry. Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-16 de 319 p., 3 fr. 56. — 4. Timan- 
dra, courtisane d'' Athènes, par le comte Paul d'Abbes. Paris, Ambert, s. d. 
(1908), in-18 de 292 p., 3 fr. 50. — 5. La Folle Aventure, par André Lichten- 
BERGER. Paris, Calmann-Lévy, 1908. in-18 de 383 p., 3 fr. 50. 

Romans-feuilletons. — 6. Après le divorce, par Marie-Anne de Bovet. Paris, 
Lemerre, 1908, in-18 de 304 p., 3 fr. 50. — 7. La Jolie Princesse, par Marie- 
Anne nE BoYET. Paris, Lemerre, 1908, in-18 de 297 p., 3 fr. 50. — 8. Les 
Camp-Volantes de la Riviera, par G. Réval. Paris, Galmann-Lévy, s. d. (1908), 
in-18 de 353 p., 3 fr. 50. — 9. Le Maître de la terre, par Robert-Hugh Ben- 
son; trad. de l'anglais par T. de Wyzewa. Paris, Perrin, 1908, in-16 de vix- 
419 p., 3 fr. 50. 

Romans de mœurs. — 10. Chez les heureux du inonde, par Edith Wuarton; trad. 
de Charles du Bos. Paris, Plon-Nourrit, s. d. (1908), in-lG di xvi-431 p., 3 fr. 50- 



— 12 — 

Il Terre fertile, par Pal'I. Samy. Paris, Calmann-Lévy-, 1908, in-18 de 288 p., 

^ f,. 50 12. Les Trois Apôtres, par Gkouges Beaume. Paris, Nouvelle Librairie 

nationale s. d. 1908, in-18 de 332 p., 3 fr. 50. — 13. La Vie lorraine. Contes de la 
mute et de l'eau, par Emile Moseli.y. Paris, Nouvelle Librairie nationale, s. d. 
(1908) in-18 de 179 p-, 2 fr.^ 14. Les Routes de Gascogne, contes et croquis de chez 
moi, par Armand Puaviei.. Paris, Nouvelle Librairie nationale, s. d. (1908), in-18 
de 179 p., 2 fr. — 15. Miguette de Cante-Cigale, par Emmanuel Delbousquet. 
Paris, Nouvelle Librairie nationale, s. d. (1908), in-18 de 180 p., 2 fr. — 16. Mé- 
moires d'une iieille fille, par René Bazin. Paris, Calmann-Lévy, 1908, in-18 de 
iv-338 p., 3 fr. 50. — 17. /^s« Pages », par Énée Bouloc. Paris, Plon-Nourrit, s. d. 
(1908), in-16 de vii-292 p., 3 fr. 50. — \%. Histoire d'une demoiselle de modes, par 
Philippe Lautrey. Paris, Calmann-Lévy, s.d. (1908), in-18 de 453 p., 3 fr. 50. — 
19. Camille Frison, par André Vernières. Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-16 de 
x-306 p., 3 fr. 50. — 20. Le Miracle de Courteville, par Jacques Nayral. Paris, 
Oaslein-Serge, 1908, in-12 de 357 p., 3 fr. 50. 
Romans psychologiques. — 21. Les Détours du cœur, par Paul Bourget. Paris, 
Plon-Nourrit, s. d. (1908), in-16 de 383 p., 3 fr. 50. — 22. Le Petit Jardin de dame 
Morel, ou Vldole favorite, par Louis Demonts. Paris, Lemerre, 1908, in-18 de 
249 p., 3 fr. 50. — 23. Au Cœur de la vie, par Pierre de Coulevain. Paris, Calmann- 
Lévy, s. d. (1908), in-18 de 413 p., 3 fr. 50. — 24. VÉpreuve de Julie Faurelle, 
par Louis Riballier. Paris, Dujarric, 1908, in-18 de 243 p., 3 fr. 50. — 25. La 
Vie secrète, par Edouard Estaunié. Paris, Perrin, 1909, in-16 de 408 p., 3 fr. 50- 

Romans fantaisistes. — 1— L'Ile des Pingouins n'est pas une 
fantaisie très amusante, mais c'est une polissonnerie d'écolier; et 
comme il y a beaucoup d'écoliers en France (il y a tant d'écoles !) 
elle se vend beaucoup et peut-être elle se lit. — En voici donc d'abord 
l'analyse exacte — et impassible. Il y avait une fois un saint, qui 
n'y voyait pas plus loin que son nez. Il prit des oiseaux pour des 
hommes et les baptisa. Le baptême était-il valable? La question, 
posée par Dieu le Père 'à son conseil de Docteurs et de Clercs, ne put 
pas être élucidée. Pour se tirer d'embarras, le Seigneur décida de 
changer les oiseaux en hommes, et aussitôt la grâce du baptême 
opéra. Les nouveaux chrétiens s'entr'égorgèrent; les plus forts s'adju- 
gèrent les femmes et les biens des. plus faibles : et c'est ainsi que la 
civilisation commença, que la famille et la propriété furent fondées. 
La religion ne tarda pas à prospérer en conséquence : une patronne 
nationale fut choisie qui répandit les miracles à profusion sur son 
peuple : c'était la nommée Orberose, une courtisane, morte dans 
l'exercice de ses fonctions et dont le nom résume tous les mérites. Un 
philosophe très malin fit accepter une morale sévère; comme elle était 
contraire à la nature, personne ne la pratiqua; mais comme elle était 
conforme à l'égoïsme (elle promettait de magnifiques récompenses) 
et à la vanité (elle supposait la capacité des vertus qu'elle imposait) 
elle fut proclamée intangible, protégée par les gendarmes et enseignée 
par les prêtres d'Orbernse. • — Ainsi constituée, la nation pingouine 
évolua à travers les siècles. Dans les temps anciens, elle eut de grands 
capitaines, qui se faisaient battre aussi souvent qu'ils battaient les 
autres, et des rois magnanimes, qui s'assuraient le trône en égor- 



— 13 — 

géant toute leur famille. Pendant le moyen âge, elle eut des moines 
très savants, qui recherchaient tous les manuscrits grecs et latins 
pour les effacer et y transcrire les saintes Ecritures, et des artistes 
très habiles. — dits primitifs. — qui reproduisaient la nature en l'enlai- 
dissant, mais qui amélioraient les âmes et les faisaient retomber en 
enfance. La Renaissance remit la nature en honneur et donc rétablit 
la paix chez les Pingouins, sinon tout de suite, du moins, quelques 
siècles après, lorsque les élus de la nation, ayant proclamé que tous 
les hommes étaient frères, envoyaient à la guillotine quiconque se 
permettait d'en douter. Les temps modernes n'offrent rien d'inté- 
ressant que les deux affaires Chatillon et Pyrot. Chose curieuse, elles 
sont point par point pareilles aux affaires connues en France sous le 
nom de Boulanger et Dreyfus ! Et chose plus curieuse encore ! elles 
furent l'une et l'autre dirigées par les moines ! L'un de ces moines était 
le P. Agaric, pédagogue achalandé, conseiller recherché; il était le 
confesseur de toutes les dames du faubourg et de tous les officiers 
titrés; on le voyait souvent errer à travers les quartiers riches» coiffé 
d'un vaste chapeau noir dont les bords étaient pareils aux ailes de la 
nuit » (p. 260). Ce fut lui le directeur des deux affaires; un autre 
moine, le P. Cornemuse, distillateur et vendeur de la célèbre liqueur 
d'Orberose, en fut le caissier. Ils s'étaient proposé de renverser la 
République et avaieni choisi, à cet effet, l'émiral Chatillon, un bel 
homme, qui avait une barbe blonde, un cheval blanc et pas une idée. 
Le choix était habile, les imbéciles étant, en politique, des instruments 
parfaits. Le complot n'en échoua pas moins, — par la faute des juifs, 
pensa le P. Agaric, qui aussitôt résolut de se venger. Il accu a donc 
le capitaine Pyhot d'avoir vendu à l'étranger du foin d'État. L'accu- 
sation étant sans preuve fut accueillie avec enthousiasme; et .natu- 
rellement elle fut combattue avec autant de passion et sans plus de 
preuves. La nation fut partagée en deux camps, les pyrotins et les 
anti-pyrotins, qui se déchirèrent l'un l'autre; à la faveur de quoi 
les socialistes poussèrent leurs affaires et préparèrent les Temps fu- 
turs, c'est-à-dire le « chambardement » général. Un des plus chauds 
défenseurs de Pyrot, l'académicien Bidaut-Coquille, celui qui mérita, 
après un éloquent discours, d'être embrassé publiquement par 
M™e Maniflore, « une vieille cocotte, hors d'usage, devenue grande 
citoyenne, qui se jeta à son cou, en lui criant : Vous êtes beau! » 
(p. 275), n'a désormais plus d'illusions sur l'avenir. Le progrès maté- 
riel continuera sans doute, mais pour augmenter et armer la barbarie 
morale. Le machinisme issu de l'intelligence opprimera les intelli- 
gences; les trusts feront des milliardaires, trop riches pour jouir même 
de leur argent, et des pauvres plus envieux et plus révoltés que ceux 
d'aujourd'hui. Le suprême résultat de la civilisation sera la révolte 



- li - 

des luivricrs de cette civilisulion; une pincéo de la poudre X, — aupi'ès 
de laquelle les anciennes dynamites, mclinites et poudres B, n'étaient 
que de la pommade — suffira à faire sauter une ville. Et toutes les 
villes sauteront en efîet, et là où s'élevaient des Bourses, des Parlements, 
des Musées, les temples d'Orberose, l'herbe poussera. Il est vrai que les 
Pingouins feront passer la charrue sur ces ruines, et qu'ils les fécon- 
deront, et qu'ils élèveront des maisons nouvelles, et de nouvelles 
villes, et qu'ils recommenceront la mêm.e œuvre dite de civilisation 
pour la détruire quand elle sera achevée, et ainsi de suite, éternelle- 
ment, tournant toujours dans le même cercle imbécile, car, au fond, 
ils sont des bêtes malfaisantes et stupides, mais immortelles ! — Telle 
est cette Ytarodie du Discours sw l'histoire universelle et de l'Esprit des 
lois. Elle est un peu longue et un peu lourde; la réfutation, si. on avait 
la naïveté de la tenter, en tiendrait plusieurs volumes. J'aime mieux 
en faire valoir les mérites, qui ne sont peut-être pas d'un ordre très 
relevé, mais qu'il faut savoir apprécier. — Qu'on ne dise pas que la 
forme allégorique en est désuète et scolaire, qu'elle n'a plus sa raison 
d'être, que si elle était excusable autrefois, au temps des Rabelais et 
des \'oltaire, quand la liberté de la satire exposait à la harl ou à la 
Bastille, elle ne l'est plus aujourd'hui où l'on no risque rien à tout 
dire, et où l'on peut appeler les successeurs des « tyrans » d'autrefois 
« dindons », « polichinelles », « traîtres », sans qu'ils paraissent seule- 
ment entendre ; ne dites pas cela, esprits frivoles ! La liberté de la 
parole et de la pensée n'est pas aussi complète que vous. le croyez; 
si elle ne fait pas courir les mêmes risques qu'autrefois, elle en fait 
courir d'autres que redoutent beaucoup les âmes sensibles. Un pli 
de dégoût aux lèvres d'une femme respectée peut donner « la petite 
mort » à un homme délicat. Le droit de tout dire, s'il n'est plus limité 
par les lois, l'est encore par les mœurs, dans une mesure, il est vrai, 
qui varie selon les milieux. Chez les rôdeurs de barrières ou chez 
les pitres forains, elle est moins étroite, je ne crains pas de le dire, 
que chez les académiciens. Certaines libertés de langage tolérées 
chez les uns, ne le sont pas chez les autres. Or, remarquez bien ceci : 
il peut arriver que quelques-unes de ces libertés soient très appréciées, 
pour toutes sortes de raisons, y compris même des raisons esthétiques, 
par ceux à qui nos mœurs les interdisent; il peut arriver que le désir 
d'en user soit un jour irrésistible. Comment le satisfaire, sans trop 
risquer? C'est très simple; il n'y a qu'à se déguiser soi-même en pitre, 
à mettre un masque. La littérature allégorique est une littérature 
masquée. Grâce à elle, M. Anatole France a pu, malgré sa délicatesse 
bien connue et la réserve dont il est coutumier, éi rire, page 251, lignes 
24 et 25, une phrase qu'il n'aurait pas osé hasarder dans le monde où 
il fréquente, — que vous no me j^ardonneriez pas de reproduire ici — 



et qui est admii'al)lomont propre à l'aire rire un ivrogne. Il a pu en 
écrire d'autres qui feront la joie des polissons de tout âge. Quelques- 
unes sont à l'adresse des lettrés; la facétie, que j'ai citée, sur le cha- 
peau du P. Agaric a dû faire à l'auteur lui-même un plaisir extrême. 
Oh! écrire comme Eugène Sue, quand on e^t Anatole France! Oh! 
mettre une tête de veau sur son front d'académicien, et s'en aller à 
Bullier, en costume de carnaval, comme à vingt ans, la soixantaine 
sonnée ! — Ce n'est pas tout. La littérature masquée permet de batif- 
foler aux dépens des personnes, comme aux dépens de la morale et de 
l'art. Insulter, bafouer, calomnier même, de braves gens, ■ — fussent- 
ils des vaincus sans défense, des religieux déjà expulsés et volés par les 
pouvoirs publics, — Arlequin le peut : il a tous les droits, et honny 
soit qui mal y pense ! L'auteur des Pingouins a donc pu se mettre 
à l'aise plus que dans ses précédentes arlequinades, où, malgré quelque 
cynisme, on sentait encore un peu de gêne et comme un reste do 
pudeur (les délicats sont malheureux !). Il a eu ici toutes les audaces; 
il a eu, ou il a simulé toutes les fureurs d'un iconoclaste, d'un nihi- 
liste, d'un anarchiste. Pas une idole qu'il n'ait outragée, pas un prin- 
cipe qu'il n'ait bafoué; rien de ce qui passe pour nécessaire à la vie 
des âmes ou des sociétés n'a été respecté. Sa raillerie ne vise pas tou- 
jours à être spirituelle, elle est souvent une négation brutale, haineuse, 
forcenée. « La nature est mauvaise; la morale est immorale; le pro- 
grés n'est qu'une forme perfectionnée de la barbarie; les religions sont 
des mensonges, les prêtres des exploiteurs, les savants des imbéciles, 
les dreyfusistes des farceurs, ■ — mais oui ! les dreyfusistes ! La terre 
est inhabitable.il reste une bonne action à accomplir: faii'o sauter cette 
planète : quand elle roulera par morceaux, une satisfaction sera 
donnée à la conscience universelle, qui d'ailleurs n'existe pas ». Est-ce 
M. Anatole France qui parle? Mais non, mais non, vous dis-je. Il n'ose- 
rait. C'est un Pingouin, c'est le docteur Obnubile, c'est Bidault-Co- 
quille, que la IVIaniflore a détraqué; c'est Arlequin, c'est un masque. 
Mais est-ce le masque de l'auteur? Pense-t-il ce qu'il fait dire à ses per- 
sonnages? Allez le lui demander; il se moquera de vous. Décidément 
la littérature masquée a du bon pour les écrivains qui n'aiment 
pas les responsabilités et qui n'ont pas la sot^e et désuète prétention 
d'être des chevaliers. Et n'oublions pas d'autres avantages ! Comme 
elle est la plus artificielle de toutes, elle est plus propre que les autres 
à donner une sensation « d'art » aux snobs. Comme elle permet l'éta- 
lage de tous les secrets du métier, elle permet à l'auteur de jouir de 
son propre esprit. Sans doute l'esprit de M. France a perdu de sa 
légèreté; son « sourire », dont on vantait autrefois la grâce et la séré- 
nité, a les dents jaunes ! Mais il n'a pas cessé de se complaire en lui- 
même. M. Anatole France rit • — ou ricane • — devant le miroir. « Cet 



esprit est une l'h'ur de l'esprit français », a dit un jour M. Jules Le- 
maitre. Cette fleur un peu fanée est un Narcisse penché sur le cou- 
rant d'une prose limpide qui lui renvoie sa propre image. M. France 
est le Narcisse du nihilisme et de l'anarchie. Et il n'y a plus pour 
comprendre et peut-être lui envier ses joies solitaires, que le pauvre 
Bidault-C()(|uille à qui personne ne dit plus : \'ous êtes beau! 

Post-stripUun. ■ — Je demande pardon à nos lecteurs d'avoir pris 
tant de détours pour leur dire à quel point l'Ile des Pingouins est une 
œuvre misérable. 

2. • — Les traducteurs nous avertissent que le recueil publié sous ce 
titre : Le Parasite, est tout à fait nouveau, en ce sens que les cinq 
nouvelles « qui le composent n'ont jamais été réunies sous une même 
couverture » même en Angleterre. Les plus intéressantes, la première : 
Le Parasite et le Coup gagnant, nous transportent dans le domaine 
de l'hypnotisme, du suggestionisme et autres occultismes. Une vieille 
fille, laide, boiteuse, méchante, s'empare de l'esprit et de la liberté 
d'un homme, au point qu'à plusieurs kilomètres de distance, elle le 
gouverne et le dirige comme si elle tenait en mains sa volonté, tel un 
wattman manœuvrant le volant d'une machine électrique. En vain 
l'homme ferme-t-il sa porte à clef et jette-t-il la clef dehors, pour 
s'empêcher d'obéir à l'ordre de sortir que l'Autre lui envoie de loin; 
en vain s'enfonce-t-il dans son lit, les mains sur les deux oreilles, les 
yeux énergiquement fermés, les couvertures solidement bordées ; 
il voit, il entend, il est arraché de son lit, il saute par la fenêtre, il 
court où elle l'attend ; il ne s'appartient plus, il n'est plus maître 
chez lui, il est au Parasite installé chez lui et que d'ailleurs il méprise, 
déteste et exècre ! De temps en temps, quand ce Maître horrible dort 
ou est malade, l'esclave se reprend et s'épouvante à l'idée de ce 
qu'il est devenu et de ce qu'il a conscience qu'il va devenir. 
Et en effet, un jour, il se rend près de sa fiancée, une adorable et 
adorée jeune fille, pour la tuer ! Déjà il avance la main, quand 
soudain il s'arrête. Que s'est-il passé? Il ne sait; il s'enfuit, il court 
à travers la ville comme un échappé de l'enfer, et un passant lui 
apprend que l'exécrable Vampire vient de mourir, il y a cinq minutes. 
Il est sauvé ! — Dans le Coup gagnant, sous l'influence d'une puis- 
sance de même espèce, un jeune tireur tue son double, interposé 
entre la cible et lui, et tombe foudroyé, tout en ayant mis dans le 
mille ! Et ceci est un peu plus compliqué. — Le Duel d'acteurs nous 
ramène sur la terre ferme des réalités. Un vieil acteur, ayant appris 
que son gendre, acteur comme lui, est un coquin (la moindre de ses 
fautes fut d'être bigame) le transperce de son épée démouchetée au 
cours d'une représentation à'Hamlet. Fait divers s nsationnel, mais 
point supernaturel, comme les précédents.' — La Grasse Sally est un 



— 17 — 

fait divers maritime, un duel entre un vaisseau anglais et un vaisseau 
français, qui tourne à l'avantage du premier, grâce à l'intervention 
inattendue d'un corsaire— un troisième larron ■ — qui se souvient 
qu'il est anglais. ■ — Et il résulte de tout ceci que les éditeurs ont 
« réuni sous la même couverture » des nouvelles un peu disparates. 

3. • — Monsieur Gendron va au peuple est une œuvre humoristique, 
faite, elle aussi, d'éléments un peu disparates; la grosse charge y est 
associée à la romance sentimentale et à des vues d'économie sociale; 
le mélange non condamnable en soi (le roman de Jérôme Paturot, que 
M. R. Thiry connaît bien, en a donné, vers 1850, un exemple célèbre), 
ne parait pas, en fait, assez bien réussi. Un ancien chartiste, archéologue 
fervent, M. Gendron, vient, à la suite de je ne sais quelle insolation, 
de renoncer à l'archéologie et de se consacrer à la sociologie. Dans 
une séance publique de la plus archéologique des sociétés savantes 
dont il était membre, il renie solennellement et scandaleusement 
ses fiches, ses collections, ses bouquins, toutes ses convictions et 
affections passées, pour mieux affirmer ses convictions présentes 
(( Tout pour le peuple et par le peuple ! » Ce Polyeucte de la socio- 
logie ne se contente pas de briser ses vieilles idoles; il injurie ses 
anciens confrères, tant et si fort qu'il se fait mettre à la porte à coups 
de poing et à coups de pied. Dans la rue il est assisté par un jeune 
homme, qui lui remet sa carte sur laquelle on lisait ces mots : Claude 
Farnèse, chef de l'Ecole simpliste. N'allez pas croire qu'il y ait un 
rapport quelconque entre cette école et celle où vient d'entrer M. Gen- 
dron; celle-ci se propose le bonheur du peuple, celle-là la restauration 
« des gilets à personnage et des pantalons à pont ! » Le plus simpliste 
des deux n'est pas celui qu'on pense. Ces deux détraqués deviennent 
une paire d'amis, et partent en province pour étudier ensemble les 
moyens de régénérer le peuple et le costume masculin. Inutile de vous 
apprendre, vous le devinez, que, dès les premières étapes du voyage, 
le peuple se révèle à son nouvel ami sous un aspect qu'il ne soupçon- 
nait pas, et que le nouveau Jérôme Paturot sent, au contact des réa- 
lités sociales, se refroidir ses ardeurs sociologiques. Mais peut-être 
faut-il vous apprendre, pour que vous le sachiez, que le restaurateur 
des pantalons à pont s'enflamme pour la nièce de la belle-sœur de 
M. Gendron, dont le cousin avait un gendre qui était le frère... Les rap- 
ports entre M. Gendron et M. Farnèse deviennent de plus en plus 
étroits; mais le rapport entre leurs idées reste inaperçu. Et leur 
histoire paraît longue. Cet « os » doit receler « une substantifique 
moelle », lui ausssi; mais il est trop volumineux et tient trop de 
place « Que d'os ! que d'os ! » comme dirait Claude Farnèse. 

4.'' — Timandra pourrait prétendre à être classée sous une rubrique 
plus honorable, celle des Romans historiques^ si l'élément historique en 
Janvier 1909. T. CXV. 2. 



— 18 - 

était plus important, ot si l'autre, l'élément romanesque, l'était moins. 
Comment Timandra, esclave d'un courtisane athénienne, devint 
l'égale de sa maîtresse, après avoir failli être sa victime, comment elle 
voulut se venger d'Alcibiade et organisa des machinations qui abou- 
tirent à la rendre amoureuse de son ennemi, c'est ce que raconte 
M. d'Abbes avec une prodigalité de détails qui n'ont pas tous un 
intérêt ni une valeur historiques. Je dirais que la plupai-t font hon- 
neur à son imagination, plutôt qu'à son érudition, s'il était possible, 
en pareille matière, de parler d'honneur. Tout ce qu'on peut faire, 
c'est d'adresser à l'auteur des condoléances sincères pour l'emploi 
qu'il fait de ses dons d'écrivain. 

3. — La Folle Aventure doit être une chose très drôle, du moins à 
en juger par le plaisir évident que l'auteur a pris à l'écrire et à tirer 
les ficelles des marionnettes archaïques qu'il met en scène : deux 
médecins du xvii« siècle, un jeune seigneur, la douairière sa mère, 
son précepteur, débitant tous et toutes de solennelles âneries et de 
précieuses balourdises. On voit l'auteur qui se tord derrière la toile 
de ce guignol. Quel malheur que sa gaîté ne soit pas communica- 
tive ! c'est en vain qu'on essaye de la partager, qu'on, reprend le livre 
après l'avoir quitté, qu'on le reprend deux fois, trois fois; au bout 
de quelques pages, il vous tombe des mains, et le sommeil vous gagne ! 
« Le sommeil est-il une opinion? » On l'a dit; mais vous êtes libre de 
ne pas le croire. 

Romans-feuilletons. — 6 et 7. — Un mot sufïira pour Après le 
divorce, histoire d'un mariage mal assorti et vite rompu, et aussi 
pour la Jolie Princesse, recueil de six nouvelles. « C'est de la bonne 
ouvrage », où il y a plus de métier que d'aï t, mais qui ne manque 
pas d'Intérêt. 

8. — Il y a, au contraire, trop d'art et pas assez de métier dans 
les Camp-Volantes de la Riviera. Vous y trouverez : 1° Une Anglaise 
millionnaire qui a épousé un Français pauvre mais malhonnête, et 
qui enlève son mari en auto pour le rendre fidèle, et qui se tue, déses- 
pérée d'avoir échoué, mais qui se tue de manière à faire croire 
qu'elle a été tuée par sa rivale; 2^ une Espagnole, très intelligente 
et très pieuse, qui prend un amant et qui prend ensuite le voile 
pour expier sa faiblesse; 3° une petite Russe, qui a des con- 
victions trè5 fermes et des mœurs relâchées, nihiliste qui tuera les 
maîtres de la Russie, mais qui sera la maîtresse de qui lui plaît; 4° des 
Américains et des Américaines qui ont toutes les qualités et même 
des vertus ; 5° deux Français qui ont l'âme faisandée, dont l'un dépense 
noblement ■ — il est comte ! ■ — l'argent de sa femme avec sa maîtresse, 
• — et dont l'autre, qui est son ami et qui est baron, le dénonce à sa 
femme, moyennant finance! Et sixièmement vous trouverez dans ce 



— 19 — 

méli-mélodrame le talent de l'auteur des Sévriennes, mais gâté par le 
su€cès qu'on lui a fait, et par des affectations de bel esprit. A entendre 
causer ces personnages, on se croirait par moments, non plus sur la 
Riviera, mais dans quelque hôtel de Rambouillet '■ — un Rambouillet 
aussi précieux, quoique moins pudibond que celui de la marquise. 

9.' — On a dit que, par le Maître de la terre, M. R. H. Benson 
s'était affirmé » le Jules Verne de TApocalypse », un Jules Verne 
théologien, dont l'orthodoxie est aussi sûre que l'imagination 
puissante. Ce « roman d'aventures, » comme l'appelle l'auteur lui- 
même, est de ceux qui sont capables de rendre à un genre un peu 
discrédité, Testime des lettrés et des penseurs. Le succès en a été pres- 
que aussi universel que celui de Quo Vadisl Et du reste c'^est un Quo 
Vadis? prophétique; le premier nous montre les catacombes du passé; 
celui-ci nous ouvre les catacombes de l'avenir, — un avenir très 
prochain, amené par la crise religieuse, qui aboutira à la formation 
de deux camps opposés, « le camp du catholicisme et le camp de 
l'humanitarisme », celui-ci devant triompher momentanément, en 
attendant le triomplie définitif de l'autre. Quelles vont être les péri- 
péties de la lutte, quelles armes et quelles ressources, fournies par la 
science moderne y seront employées de part et d'autre, sur quels 
train* aériens voyageront le dernier Pape et son ennemi, « le Maître de 
la terre », l'anti-Pape, par quels explosifs, en quelques secondes, 
une flotte d'aéroplanes, partie de Londres, anéantira la ville de Rome, 
comment le Sacré-Collège reconstitué, sera trahi par un de ses mem- 
bres, quel ordre religieux nouveau se consacrera à la défense du 
Christ, et comment le Christ, qui règne et triomphe depuis deux mille 
ans, établira son règne final, tel est le sommaire de la partie exté- 
rieure de cette « histoire ». Quel sera l'état des âmes pendant le temps 
de cette « abomination » et de cette « désolation », comment la foi 
sera combattue et diminuée, comment ses adversaires pourront être 
des esprits sincères et des cœurs généreux, mais quels admirables 
génies et quels sublimes dévouements Dieu susciliera pour maintenir 
et accroître l'honneur de son Eglise, — ■ c'en est la partie intérieure, 
philosophique et psychologique. On devine l'intérêt de l'une et de 
l'autre, ainsi que le nombre et la qualité des lecteurs assurés à cette 
« Vision ». 

Romans de mœurs. — 10. — Quelle belle œuvre et quel drame poi- 
gnant que Chez les heureux de ce monde, ■ — malgré quelque préciosité 
dans le style (laquelle n'est pas imputable à la traduction, d'une 
fluidité et d'une aisance rare), et des longueurs dans le développe- 
ment (comme il s'en ti'ouve dans les romans toujours un peu touffus, 
qui nous viennent « de l'autre côté de l'eau »). C'est une peinture de la 
vie mondaine aux États-Unis, et l'histoire d'u^e des victimes de cette 



— 20 - 

vio, une jeune fille, qui en était la parure, — « un roman collectif par 
son effet d'ensemble, comme dit M. Paul Bourget, et particulier par 
ses effets de détail ». — Lily était belle, bonne et même vertueuse, quoi- 
que flirteuse très occupée et très hardie; elle traînait « tous les cœurs 
après soi ». Un seul lui aurait sulTi qu'elle aurait pu fixer, si elle l'avait 
bien voulu. Mais elle voulait mal; le courage lui manquait d'aban- 
donner la parade sociale à laquelle l'avait trop bien préparée son édu- 
cation. Restée orpheline et pauvre, après avoir vu dépenser des 
millions par ses parents, elle essaye de se maintenir dans son milieu 
natal, qui ne cesse pas de lui prodiguer dos hommages, mais com- 
mence à lui témoigner moins de considération: les mères ont peur 
d'elle pour leurs fils et les femmes pour leurs maris. La délicatesse de 
sa conscience s'amoindrit de jour en jour dans cette lutte humiliante, 
dans la recherche du beau mariage, dans l'acceptation d'hospitalités 
équivoques et d'un demi-parasitisme dispendieux, et enfin dans 
l'acceptation de certains services d'argent, sur la nature desquels son 
entourage ne veut pas croire qu'elle puisse se faire illusion. Si bien 
que lorsqu'elle se révolte en face du paiem.ent demandé — et quel 
paiement ! — elle semble avoir joué le rôle d'une intrigante. Une 
déchéance lente, mais fatale, la fait descendre peu à peu des sommets 
où avait brillé sa jeunesse et sa beauté; un jour même une brut^ile et 
féroce exécution, provoquée par la rancune d'une rivale, l'élimine 
définitivement de la société des « heureux du monde ». — Tel est 
le sommaire de cette tragédie mondaine, dont M. Paul Bourget, dans 
une Préface, que nous venons de reproduire en partie, nous assure 
que la publication à New York, produisit ;< voici trois ans, une sensa- 
tion profonde d'une extrémité à l'autre du continent américain ». 

11. • — Terre fertile est un beau livre qui peut être rangé parmi les 
romans de m.œurs, quoiqu'il soit, peut-être, dans la pensée de l'au- 
teur, un roman à thèse. C'est que les mœurs y semblent moins arti- 
ficielles que la thèse, — laquelle est trop ATfie, trop facilement dé- 
montrable et surtout trop facilement démontrée. En voici « l'argu- 
ment », comme disaient les thésistes d'autrefois. Les descendants 
des vieilles races n'ont pas besoin d'émigrer en Amérique pour être 
heureux; ils peuvent rester en France et y faire le bonheur des autres 
en même temps que leur propre bonheur; ils n'ont qu'à travailler, 
et s'ils rencontrent « quelque brave fille », de race moins vieille, ils 
peuvent l'épouser, « cette terre fertile de France » pouvant « être 
régénérée par cette fusion des souches qui entremêle les jeunes et 
souples rameaux aux branches des chênes séculaires ». ■ — C'est, on 
le voit, la contre-partie de V Émigré, à l'auteur duquel elle est respec- 
tueusement dédiée. Elle est du reste conduite avec la logique recti- 
ligne et simpli.ste (malgré les complications et les entortillemenis de Ja 



— 21 - 

forme) que nous avons dû signaler souvent dans les démonstrations 
autrement dramatiques aussi de M. Paul Bourget. Le drame même 
est ingénu. C'est une idylle. L'héritier d'une très noble et 
très ancienne famille, le comte Henri de Vigne, conçoit le projet de 
dessécher et de fertiliser un coin de France, qui n'était qu'une sorte 
de marais; le château patrimonial en occupait le centre. Il d(jit 
acheter, par parcelles, toute une plaine. Quelques propriétaires 
voisins s'opposent à son projet, parmi lesquels M. Martoret, maire du 
village et candidat à la députation, démocrate gonflé et jaloux, qui se 
pose en adversaire du châtelain. Lutte entre les deux adversaires; 
ses diverses phases. Le comte de Vigne a de la volonté; le maire n'a 
que de la vanité ; c'est donc le maire qui succombera et dans des con- 
ditions à la fois piteuses et honorables.il a une fdle, qui est aussi belle 
qu'il est bête, et aussi « distinguée )) qu'il est grossier. Le comte l'aime 
et l'épouse. Et c'est ainsi que s'opère la « fusion des souches » sur 
« cette terre fertile » de France. L'opération est bien « machinée ». 
Mais si les trucs en sont trop visibles, les détails en sont intéressants, 
et l'impression qu'elle laisse est salubre, si j'ose dire. Le comte Henri 
assainit les marais; M. P. Samy assainit le roman. 

12. ■ — Les Trois Apôtres sont deux gredins et un imbécile, les pre- 
miers associés pour exploiter le dernier et y réussissant par les moyens 
qui auraient dû les faire échouer. L'imbécile a une cassette pleine 
d'or et une fdle; les coquins essayent de lui enlever l'une et l'autre. 
Repoussés et à moitié assommés dans une première tentative contre 
la cassette, ils sont d'abord plus heureux avec l'enfant. Ils l'emportent, 
de nuit, ligottée et bâillonnée, sur une barque de pêche et l'emmènent 
au large, décidés à l'abandonner sur un rivage désert; mais ils la 
perdent, ils ne savent où, pendant un orage. Et ils rentrent penauds, 
dans le port d'où ils sont partis; ils y rentrent en plein jour, accueillis 
par les railleries de leurs compatriotes, qui connaissent leur exploit. 
La fdle rentre de son côté, ramenée par de braves gens ; elle est sauvée ! 
Et ses ravisseurs ne sont pas perdus, le père n'osant pas se plaindre 
à la police, la police du pays étant sans doute aveugle et sourde, et le 
pays lui-même étant probablement peuplé de muets. ■ — Ce qui est 
étonnant, attendu que nous sommes dans le Midi, à Meze (Hérault). 
On ne s'en douterait pas, n'étaient quelques indications géographi- 
ques, exactes d'ailleurs, comme celles d'un Baedeker, mal rédigé. 
Et c'est — je regrette d'avoir à le dire • — ■ tout ce qu'il y a d'exact 
et d'intéressant dans cette œuvre particulièrement mal venue parmi 
celles où il est impossible de trouver soit de l'observation, soit du 
style. 

13, 14 et 15. ■ — La valeur littéraire des trois œuvres suivantes, qui 
appartiennent, comme la précédente, à la « Collection des écrivains 



— 22 — 

régionaux », est de beaucoup supérieure. Si les dimensions, qui en 
sont très modestes (presque des plaquettes ) ne nous permettent 
pas d'en parler longuement, et si nous devons nous borner aujour- 
d'hui à en indiquer le titre et le sujet {La Vie lorraine contient six 
conter de la rout^ ^t de Veau; — Les Routes de Gascogne, douze Cro- 
quis et neuf Coni£s\ • — Miguette de Conte-Cigale, une idyîie landaise); 
— nous pouvons les recommander sans remords à l'attention des 
<( gourmets ». Les gourmands, tout court, n'y trouveront peut-être 
pas leur compte (sauf peut-être dans le troisième qui est à la fois 
une «(histoire» et une œuvre d'art;) mais elles ont toutes le mérite 
d'être faites de « main d'ouvrier de lettres j); (il y en a tant d'autres 
qui le sont de main « de maçon »). Quant au mérite spécial des auteurs 
d'être des écrivains « régionaux » et des collaborateurs d'une vaste 
entreprise de décentralisation à la fois littéraire et sociale, on nous 
permettra d'en renvoyer l'appréciation — et l'éloge — à plus tard. 

16. • — Et nous pourrons être aussi bref sur les Mémoires d'une 
vieille fiUe^ Nous avons si souvent parlé de l'auteur, si souvent essayé 
de caractériser son talent, que nous -pourrons attendre pour recom- 
mencer un éloge tant de fois répété. L'occasion serait bien tentante 
cependant. Parmi les AÙngt-neuf morceaux de ce recueil (petites his- 
toires, conversations, méditations, descriptions), il en est quelques- 
unes qui sont de purs chefs-d'œuvre. Je signalerai le X\''^ (Les 
Êtrennes), à cause de l'actuahté du titre et de la permanente utilité 
du renseignement qu'on y trouve, et le XX IX^ {Les Lectures), pour 
ses conseils si déhcats et si sûrs, et pour deux tableautins 
délicieux (Une Salle de concert et la Mère Liseuse) — qui sont 
d'un moraliste autant que d'un artiste. Et si quelqu'un me disait 
ici : « le meilleur de Bazin est là, dans ces petites miniatures; 
sa palette n'a pas assez de couleurs pour couvrir de larges toiles », 
je lui donnerais tort d'avoir raison. Powquoi essayer de gâter mon 
plaisir? 

17. — Les « Pages » ont eu « une bonne presse » et ils la méritent 
par la consciencieuse application à faire vrai et à faire complet. C'est 
une étude de mœurs rurales dans une partie du Rouergue. L'autem' 
connaît admirablement son sujet, jusque dans les moindres détails. 
Et comme il n'en est pas un qui l'ait laissé indifférent il s'est efforcé 
de nous y intéresser nous-mêmes. L'effort est visible, mais il est pai"- 
fois heureux, notamment au chapitre lY intitulé: Les Taureaux. Un 
souvenir classique (« Europe en eût été cmioureuse )))(p.69),le retour d'un 
leit-moùv lyrique : «Au-dessus des pensers grossiers, dans les plaines 
radieuses du désir, l'âme de Mir s'était envolée » (p. 77) et : « dans les 
plaines du désir, s'envolait l'âme du bouvier » (p. 78), n'enlèvent rien 
— si même ils n'ajoutent pas quelque chose — à l'intérêt de cet épisode. 



— 23 — 

à la fois réaliste et poétique. C'est du reste le caractère de i'œflvre 
entière de chercher et de trouver tous ses efî :ts poétiques dans» la 
vérité réelle. Une idylle touchante (de chastes amours entre l:s en- 
fants de deux « Pages » rivaux) en forme le cadre et le lien; la matière 
principale en est « le Ménage agricole », comme disait Calemard de 
La Fayette (un autre peintre de la vie rurale, voisin du Rouergue); 
les objets les plus humbles et les plus prosaïques en apparence, sont 
observés avec passion et précision à la fois et comme tout pénétrés 
de l'âme de l'observateur. C'est cette âme qui anime tous les objets 
« inanimés », c'est elle « qui donne à tout un esprit,un visage », elle « qui 
s'attache à notre âme et la force d'aimer ! m et d'aimer tout, les tau- 
raux, les vaches, la vacherie, y compris le vacher et le « patron « du 
vacher, tels qu'ils sont, ni embellis ou affadis à la Berquin, ni enlaidis 
à la Zola. A rencontre de quelques-uns de ses confrères en « paysan- 
neries », qui semblent s'inspirer du mot de Chamfort : « Il faut choisir 
d'aimer les hommes ou de les connaître », M. E. Bouloc aime les 
paysans quoiqu'il les connaisse, — peut-être parce qu'il les connaît. 
Son œuvre se termine par l'expression de ce vœu, qui résume tout 
ce qu'il sait de leur passé traditionnel et tout ce qu'il craint pour leur 
avenir : « Que Dieu conserve tous les foyers paysans ! » Et Dieu fasse 
que les « propriétaires » n'aient pas 'besoin d'être <' poètes » pour s'asso- 
cier tous à ce vœu ! 

18 et 19. ■ — Cette Histoire d'une demoiselle de modes est le roman 
que rêvent beaucoup de modistes, filles de paysan ou de concierge : 
avoir pour amant un prince ! Celle-ci a trois amants, l'un après l'autre, 
d'ailleurs (car on est honnête, relativement), et tous les trois : ont 
princes, le premier de lafinance (un coulissier qui lui donne des chèques 
de cent mille francs, d'un coup, mais qui, hélas ! se ruine vite et se 
suicide) ; le second, un prince de Ja science, un grand médecin de 
Paris ; et le troisième, un comte, un vrai, et qui l'épouse en justes noces ! 
(Musique !) — Camille Frison, qui a pour héroïne une «ouvrière de la 
couture », est conçue dans une autre esprit et rédigée d'une autre 
plume; ce n'est plus un feuilleton romanesque destiné à faire rêver 
de petites « oies » pas blanches; c'est de l'histoire et même de la sta- 
tistique et de l'économie pohtique. Par sa documentation précise et 
par les idées générales qui s'en dégagent, l'œ^uvre échappe à ma com- 
pétence. Je la signale à mon éminent confrère, M. Rambaud, non sans 
la recommander aux lecteurs qui aiment les romans « penseurs » 
comme aurait dit M^^^ de Staël. Ils y verront à quels dangers est 
exposée la jeune ouvrière de Paris, et quelles mesures pourraient en 
diminuer le nombre et la gra^dté. Parmi ces mesures, les plus utiles 
seraient celles qui accroîtraient la valeur morale des employées et celle 
des employeurs. Comme la plupart des problèmes sociaux, celui-ci 



— 24 — 

ost d'ordre moral et religieux, autant que d'ordre économique. L'au- 
teur en a le sentiment très vif et il l'exprime avec une conviction péné- 
trante • — et sans phrases. On peut beaucoup attendre de cet esprit, 
si net, et de ce cœur, si chaud. 

20. — Mœurs politiques et électorales en province, dans une petite 
ville, c'est le sujet du Miracle de CoiirteviUe : Le sujet n'est pas nou- 
veau, mais il est tellement actuel, qu'il est toujours intéressant quand 
il est traité par un observateur qui sait voir, et un artiste qui sait 
choisir. — M. Nayral a vu à Courteville des imbéciles ambitieux, des 
socialites arrivistes et jouisseurs. A-t-il bien vu? Je le voudrais. Mais 
comme il a vu en outre un jeune homme d'âme si délicate que la 
simple idée « du contact » avec les prêtres semblables à ceux de Courte- 
ville, l'empêche d'entrer au séminaire et de rester chrétien, je suis 
inquiet. J'ai peur que M. Nayral, s'il a de bons yeux, ne s'en servemal, 
qu'il ne soit qu'un apprenti dansl'artderegarder et de juger, ■ — «des 
organes mal servis par l'intelligence ! » comme n'a pas dit Bonald. 
Et je le dis, dussè-je faire plaisir aux socialistes et aux imbéciles de 
Courteville. 

Romans psychologiques. • — 21.' — Nommons d'abord le maître, 
toujours magistral, et aussi toujours intéressant, même quand il se 
repose. Les douze nouvelles qui composent ce volume intitulé : 
Les Détours du cœur nous introduisent dans un labyrinthe, dont nous 
savons, dont tout le monde a dit que « AL Paul Bourget a le fd ». On 
n'y fait pas des découvertes nouvelles; mais la visite n'en est pas 
moins agréable, sauf peut-être un ou deux moments, où notre con- 
fiance dans le cicérone pourtant si expérimenté, hésite un peu. C'est 
ainsi que, dès le début, nous avons peine à trouver suffisants les motifs 
qui ont déterminé un mari trompé à faire le Brutus, à feindre des 
vices qu'il n'a pas mais que d'ailleurs (ceci est plus humain) il finira 
par contracter, le masque collant au visage. — Le héros de la troi- 
sième nouvelle, Complicité, met beaucoup de temps et éprouve trop 
d'angoisses à résoudre un cas de conscience assez simple : il a surpris, 
en flagrant délit d'infidélité, la femme de son meilleur ami. Doit-il 
parler pour n'être pas complice? Ce qui est étrange c'est qu'il hésite 
une seconde à répondre négativement. Et comme en outre il insiste, 
plus que de raison, sur des détails qui sont moins psychologiques que 
physiologiques, on se surprend à dire au guide du labyrinthe : Passons 
plus vite ! — On a beaucoup loué, en revanche, la Menace par laquelle 
une bru répond aux observations de sa belle-mère sur un flirt impru- 
dent : « Pardon, Madame, vous avez fait pire dans votre temps ! Si 
vous insistez, je le dirai à votre fils ». Ici la psychologie du personnage 
n'est pas entortillée; elle est claire, simple et nature; mais il y a une 
manière d'être simple avec force et nature avec « distinction »; et il 



— 25 - 

n'y a pas à vous apprendre que cette manière est celle de M. Paul 
Bourget, à ses bons moments. S'il me fallait donner la préférence 
à l'une de ces douze nouvelles, j'opterais pour la XI°, l'Expert, où 
l'on voit un médecin de génie pénétrer à la fois l'âme d'un criminel 
et celle d'un complice bien inattendu : un des internes qui l'assistent 
dans son expertise. L'idée de cette complicité, la manière dont elle 
est découverte et la manière aussi dont elle est punie (d'une peine 
médicinale, c'est le cas de le dire) font infiniment d'honneur à l'ingé- 
niosité du conteur et à l'étendue des informations scientifiques de 
cet esprit si « curieux » et si ouvert qu'est M. P. Bourget. 

22. — Le Petit Jardin de dame Morel n'est pas un jardin planté à 
la française, avec de belles allées droites, où il fait clair ; il n'y a 
même aucune espèce d'allées; ce n'est pas un jardin anglais, c'est un 
jardin vierge, si j'ose dire ! Dès l'entrée on enfonce dans les brous- 
sailles pleines d'ombres et d'épines : « Je... Moi... Je... Mon... Ma 
culture n'avance pas; je ne sens pas plus profond. La pente au sein 
des phénomènes disparates est une image qui m'est chère. Je vais où 
le vent me mène, comme la feuille d'Arnault. Mais ne se voir qu'à tel 
moment dans telle position, et ne pouvoir vraiment dessiner un schéma, 
une courbe de sa vie; être à chaque seconde à l'état statique et ne 
ne pas retrouver en soi la virtuosité dynamique que... » (p. 6). On 
demande de l'air et de la lumière, et donc on s'évade de ce fouillis. Et 
si on y revient, on se borne à le regarder de loin, et l'on peut deviner 
alors que dans ce Jardin se trouve un jeune jardinier qui se livre à la 
culture du Moi, c'est-à-dire à des exercices de narcissisme psycholo- 
gique, contemplant et notant les phénomènes et les démarches de 
son Moi sur son journal intime. Ces démarches et phénomènes sont 
d'ailleurs très simples et ressemblent à ceux et à celles qu'on peut 
observer chez tous les jeunes Moi. Seul le vocabulaire du journal 
est extraordinaire, même un peu cryptographique. Passons. 

23. — Il y a aussi beaucoup de Je... Moi... Mon... Ma... dans Au 
Cœur de la vie; l'auteur se regarde vivre et prend des notes. 
Seulement et on ne sait par quel mystère, ce Moi encom- 
brant ■ — (je maintiens encombrant) — n'est pas haïssable du tout, 
et même il est charmant ! Et au moment où on va dire : Ah ! non ! 
il y en a trop ! on se surprend à en demander encore. Soyons tran- 
quilles, d'ailleurs, nous en aurons encore, la matière n'étant pas épui- 
sée. — Et donc, comme dans Sur la branche et dans l'Ile inconnue, 
jVime p^ de Coulevain rattache à un petit drame, dont elle est la ma- 
chiniste (un mariage qu'elle prépare ou répare) une foule dé confi- 
dences sur ses idées personnelles en matière de rehgion, philosophie, 
physiologie, théologie, sociologie et même pâtisserie ! Elle a quel- 
ques pages sur le café au lait aux châtaignes (p. 172-173) qui font venir 



— 20 — 

l'eau à la bnuclio ! et des théories sur la Genèse, qui sont « impaya- 
bles» d'aplomb ! Et sa manière de dire : « Je crois que le cerveau avec 
ses millions de cellules est le générateur de l'âme, tout bonnement? 
(p. 332) ». Et des explications sur le rôle de la Providence dans les 
variations de la mode, des corsages et des chapeaux de femmes? 
(p. 273-276). Et sa démonstration de l'existence de Dieu? Et sa glose 
sur la pipe et la cigarette comparées? Et ses vues sur l'avenir du 
Vatican? Et son portrait de Pie X, dont la physionomie, paraît-il, 
exprime « plus d'entêtement que de volonté?» Et ses niches au Cûté- 
chisme de Paris^ qu'elle surprend en flagrant déht <ie contradiction 
avec la Bible? Et ses aperçus sur les «radiances» et les «réflexes «phy- 
siologiques et psychiques,... et csetera, et cœtera, et patati et patata? 
Je leur ai dû une soirée exquise. Je n'avais pas encore rencontré 
ime Philaminte pareille. Celle de Molière est pincée, acide, vinaigrée; 
celle-ci est souriante, câline, confiante en son lecteur, autant qu'en 
elle-même; elle laisse tomber ses aphorismes d'un ton à la fois tran- 
chant et suave. Elle est crispante et délicieuse. De vous expliquer 
cette contradiction {j'ai dit plus haut ce mystère) je ne l'essaierai pas. 
Je constate et j'admire ! Il y a ici un ouvrier supérieur à son œuvre, 
« une nature ,« un tempérament », une personnalité à qui l'on passe 
tout et l'on permet tout. « Contez, contez, princesse ». Philosophez, 
dogmatisez ! Conseillez le Pape et corrigez la Bible ! Vous ne parvien- 
drez pas à n'être pas charmante ! — Le livre est divisé en cinq cha- 
pitres : Baden^ Saint-Gervais^ iMusanne, Château du Mortin, Paris; il 
contient, avec tout ce que j'ai déjà dit, "et, avec, en outre, des des- 
criptions géographiques, des dissertations ethniques, des parallèles 
entre la Vaudoise et la Genevoise, l'anecdote suivante, prise, quittée 
et reprise en cinquante endroits différents : l'auteur rencontre, au 
cours de ses voyages, une femme divorcée et son ex-mari; elle juge 
que leur divorce est l'effet d'un malentendu. Elle met fm à ce malen- 
tendu et remarie les deux divorcée — bien que, en soi, le divorce lui 
•paraisse tout ce qu'il y a de plus légitime. « Je juge,... je pense,... je 
crois,... j'afhrme... » Elle est délicieuse' — Post-Scriptum. Est-il 
nécessaire d'ajouter que cette œuvre peut être très malfaisante pour 
les snobs et les « primaires », à qui d'ailleurs elle s'adresse ? 

24. — L'Epreuve de Julie Faurelle est destinée à prouver que le 
divorce est légitime. Julie avait épousé un épileptique; elle fut obligée 
de se séparer de lui, au risque de retomber dans la pauvreté d'où le 
mariage l'avait fait sortir. Elle se mit vaillamment à l'œuvre et 
parvint assez \àte à gagner sa vie. Sa vaillance fut remarquée par 
un homme intelligent, qui lui demanda d'être sa femme, le mari 
vivant toujours. Elle s'mforma si le -divorce lui était permis; comme 
on lui répondit que non, elle se décida à se passer de permission, et, 



— 27 — 

ne pouvant être la femme, elle se décida à être la maîtresse. Son cas 
est très touchant (ou du moins il pourrait l'être, s'il était bien 
raconté)^ mais elle a eu tort de creire qu'il supprimait en sa laveur 
une loi générale. Si elle ne voit pas dans quelle mesure les intérêts 
particuliers doivent rester subordonnés à l'intérêt commun, son his- 
torien le sait — et s'il l'ignore, lui aussi, qu'il daigne prendre la peine 
de l'apprendre ■ — et qu'en même temps il demande quelques leçons 
suplémentaii^es d' « écriture artiste ». 

25. — Trois célibataires, un curé, une vieille fille, un vieux garçon 
habitant le même village, se voient tous les jours, passent ensemble 
quelques heures tous les jours, l'ont une partie de whist tous les jours, 
et cependant ils ne se connaissent pas ! Chacun a une Vie secrète igno- 
rée des deux autres ; le meillem- de leur esprit et de leur cœur est ab- 
sorbé par une passion devenue leur raison même d'exister; l'objet de 
cette passion venant à manquer, c'est pour eux la mort ou la folie. Pour 
le curé, cet objet est une sainte, la patronne de sa paroisse. Il lui a voué 
un culte où il entre, sans que le pauvre homme s'en doute, quelque 
alliage peu spirituel. 11 est en train d'en écrire l'histoire, lorsqu'il 
apprend, d'un savant allemand, qu'elle n'a jamais existé ! Ace coup 
sa foi chancelle et même chavire. Il décide de quitter sa paroisse, de 
renoncer au ministère; déjà il est sur le point de partir, il est à la gare, 
il a pris son billet, lorsqu'on l'appelle pour un malade qui va mourir; 
et la charité le ramène à ses anciennes habitudes, sinon à ses croyances. 
Le malade qu'il va assister, c'est le partenaire du whist quotidien, le 
vieux garçon, qui venait d'être frappé d'apoplexie. — La vie secrète 
de eelui-là avait été consacrée à l'étude des iourmis, étude qui lui 
avait donné : 1° la preuve que le progrès abolira « les lois, la religion 
la propriété, dans les nations civilisées »; 2° l'ambition d'être nommé 
membre de l'Institut. Qu'elle lui ait valu en outre un détraquement 
dans son mécanisme cérébral, c'est ce qui ne paraîtra pas étonnant. 
— Quant à la vieille fille, une austère dévote, une puritaine intran- 
sigeante, c'était un neveu, fils naturel d'un frère exclu de la fanrille, 
qui était sa passion cachée. Pour ce « bâtard », dont la naissance 
n'avait pas cessé d'être un sujet de honte, son cœur de vierge avait 
senti peu à peu s'éveiller une maternité, ardent/e, désordontiée, farou- 
che, prête à la bataille contre quiconque, fût-ce l'Église, menacerait 
d'y toucher. Cette dévote cessera d'être chrétienne si on lui défend 
de tout accepter de «e neveu, même qu'il ait un « bâtard », lui aussi, 
et ne veuille pas le légitimer ! Elle le dit en face à son curé, juste à 
l'heureoùcelui-ci vient de renier l'Église dans son cœur! ■ — Je laisse 
de côté quelques autres vies secrètes, notamment celle d'un chemi- 
neau, amoureux platonique d'une bourgeoise, • — et celle de cette 
jeune bourgeoise, fille d'un père athée, et qui reparaît dans ce roman, 



- 28 — 

à tiliv t'pisodiquo, après avoir été l'héroïne d'un autre roman, V Épave, 
■ — et celle d'un capitaliste, qui fait du socialisme sincère, et en pâtit, — 
et celle d'un médecin, et celle du neveu susdit, — toutes réunies ici 
par un lien artificiel qui les laisse disjointes et disparates, et je me 
demande ce qui a pu valoir à cette œuvre incohérente, dont les trois 
principaux personnages sont des anormaux déjà fêlés avant que leur 
fêlure soit apparente — les éloges de certains critiques. L'un d'eux a 
dit qu'elle « ferait date dans le roman français ». En quoi? en ce qu'elle 
y introduirait les sujets de la Salpêtrière? Ils y étaient déjà. Ces trois 
joueurs de whist — des whislitis, comme disait une enfant moqueuse 
et spirituelle ■ — ressemblent à beaucoup des animaux humains — 
dont a trop longtemps vécu le roman naturaliste. Ou bien a-t-on 
voulu dire qu'on ne soupçonnait pas encore le rôle de la vie secrète 
et que, le premier, M. Estaunié nous l'aurait révélé? J'espère que non. 
Avant les critiques et les romanciers, tout le monde, y compris M. ds 
la Palisse, savait que, sous la vie extérieure, accessible au regard des 
voisins et des amis, chacun de nous a une vie cachée, un sanctuaire 
intérieur, où on ne laisse pénétrer personne et où s'entretiennent 
nos forces, nos ambitions et même nos passions,- parmi lesquelles il 
en est d'ailleurs de très légitimes et de très raisonnables. C'est même 
là une des nécessités et des conditions de la vie sociale ; on y voile les 
âmes comme les corps; on y observe la pudeur, qui empêche d'étaler 
nos secrets, et la discrétion qui empêche de fureter dans les secrets 
des autres. Et vous ne trouverez personne pour contester ces truismes. 
Il n'y a donc pas lieu d'en faire honneur à M. Estaunié. Il ne reste 
peut-être à son actif que de les avoir faussés et compromis, en don- 
nant à la vie secrète de ses personnages un caractère équivoque 
et même maladif. C'est d'ailleurs à des personnages de ce genre, 
mal équilibrés, hyperesthésiques, dont la sensibilité, au contact des 
choses et des hommes, a des « réactions » et des dépressions anormales, 
que M. Estaunié a consacré tous ses romans, depuis V Empreinte jus- 
qu'à cette Vie secrète. Disons qu'il est un peintre de névrosés. Mais 
ajoutons qu'il l'est avec un talent non vulgaire, et que, pour 
manquer d'aisance et d'aménité, pour être un peu pincée, d'une 
gravité triste et quasi calviniste, sa manière n'en est pas moins, — 
n'en est peut-être que plus pénétrante. Charles Arnaud. 



ÉCOAOMIE POLITIQUE ET SOCIALE 

1. Théorie du salaire et du travail salarié, par CHRi&Tïxy Cornélissen. Paris, Giard 
et Brière, 1908, in-8 de 704 p., 14 francs. — 2. Le Problème de la misère et les Phé- 
nomènes économiques naturels, par J. Novicow. Paris, Alcan, 1908, in-8 de 413 p., 
7 fr. 50. — 3. Les Forces productives de la France, conférences par P. Baudin, 
P. Leroy-Beaulieu, Millerand, Roume, J. Thierry, E. Allix, J.-C. Char- 
pentier, H. de Peyerimboef, P. de Rousiers, Daniel Zolla. Paris, Alcan, 



— 29 - 

1909, in-16 de 252 p., 3 fr. 50. — 4. Pourquoi et comment on fraude le fisc, par Ch. 
Lescœur. Paris, Bloud, 1909, in-16 de 277 p., 3 fr. 50. — 5. Le Socialisme agraire^ 
ou le Collectivisme et révolution agricole, par Emile Vanderveldk. Pari.s, Giard 
et Brière, 1908, in-18 de 487 p., 5 francs. — 6. Sociologie et Fouriérisme, par F. Jol- 
livet-Gastelot. Paris, Daragon, 1908, in-18 de 233 p., 3 fr. 50. — 7. Quelques 
écrits, par Adiiémar Schwitzguébel. Paris, Stock, 1908, in-18 de viii-172 p., 
1 fr. 50. — 8. La Démocratie vivante, par Georges Deher.me. Paris, Grasset, 1909, 
in-8 de 402 p., 4 fr. 50. — 9. Les Colonies de vacances, par Louis Dei.périer. 
Paris, LecofTre, Gabalda, 1908, in-12 de xx\ni-184 p., 2 fr. — 10. La Mutualité 
scolaire, par Maurice Berteloot. Paris, Alcan, 1908, gr. in-8 de 224 p., 4 fr. — 

11. Library of Congress. Select List of books with références to periodicals relating to 
currency and banking, compiled unter the direction of Appleton Prentiss Clark 
Griffin. Washington, Government printing Office, 1908, gr. in-8 de 93 p. — 

12. Library of Congress. List of more récent works on fédéral control of commerce and 
corporations, compiled unter the direction of Appleton Prentiss Clark Griffin. 
Washington, Government printing Office, 1908, gr. in-8 de 16 p. — 13. Library 
of Congress. List of books with références to periodicals relating to the eight hours 
working day and to limitation of working hours in gênerai, compiled unter the direc- 
tion of Appleton Prentiss Clark Griffin. Washington, Government printing 
Office, 1908, gr. in-8 de 24 p. — 14. Library of Congress. List of books relating to 
the first and second banks of the United States, compiled unter the direction of Ap- 
pleton Prentiss Clark Griffin. Washington, Government printing Office, 
1908, gr. in-8 de 59 p. 

1. — M. Christian Cornélisscn, à qui nous devons sur .la Valeur un 
ouvrage d'observations minutieuses et de jugements profonds, mais de 
raisonnements parfois subtils, poursuit ses travaux en publiant une 
Théorie du salaire et du travail salarié, où nous retrouvons les mêmes 
qualités. C'est très mûrement étudié, et les vues ingénieuses y abon- 
dent, tout autant que les conclusions solidement déduites. La lecture, 
toutefois, ne laisse pas d'être un peu pénible et certaines idées très 
communément répandues dans l'enseignement classique y sont par- 
fois obscurcies plutôt qu'éclairées par la forme qu'elles revêtent. En 
tout cas, la Préface, à elle seule,m'avait déjà conquis, ne fût-ce que par 
une sage critique, soit de la méthode mathématique, soit de l'écono- 
mie politique dite pure (pages 8, 11, etc.), M. Cornélissen rappelle 
d'abord que, dans sa Théo/ne de la valeur., il avait défini le travail : 
« l'énergie potentielle transformée par l'organisme humain en mou- 
vement mécanique » et qu'il avait blâmé la substitution du mot force- 
travail au mot travail, que le marxisme avait imaginée (p. 21 et 36). 
Cette fois • — et l'idée en était déjà dans son autre volume ■ — il dis- 
tingue pour le travail : 1° une « valeur d'usage », qui est ce que le 
patron trouve d'avantage à faire travailler l'ouvrier, sans quoi il 
n'achèterait pas le travail; 2" une « valeur de production », qui est le 
prix de revient de la force ouvrière entretenue et renouvelée; enfin 
3° une « valeur d'échange », qui est le prix effectif du travail (p. 131, 
p. 37 en note, etc., etc.). Normalement la valeur d'échange ne peut 
être ni inférieure à la valeur de production, ni supérieure à la valeur 
d'usage, parce que, d'une part, si cette limite minimum n'était pas 



- 30 — 

atteinte, il n'y aurait plus d'ouvriers et que l'ouvrier doit pouvoir vivre 
de son travail, et parce que, d'autre part, « les hommes n'attachent 
en définitive une valeur au travail que parce qu'il pourra servir à 
la satisfaction de leurs besoins (p. &1'8) » r or, le travail dont la valeur 
d'échange excéderait la valeur d'usage, serait incapable de satisfaire 
aucun besoin de l'employeur. Mais comment cette valeur d'échange 
évoluera-t-elîe entre ces deux limites? Tous les éléments qui concou- 
rent à la déterminer s'entrecroisent sans cesse dans leurs actions réci- 
proques, de telle sorte qu'il y ait une concordance parfaite entre les 
lois qui régissent le prix au travail et celles qui régissent le prix des 
marchandises. ■ — L'auteur discute à fond les théories scientifiques 
plus absolues qui ont régné dans les écoles : d'abord la loi du fonds 
des salaires; puis la vieilte loi de Toffre et de la demande; puis la 
théorie utilitaire ou utilitariste déduite de la productivité du travail; 
enfin la loi du coût de production ou loi d'airain ou loi du salaire 
nécessaire, loi qui a perdu, comme l'on sait, toute la vogue momen- 
tanée que Lassalle et Mgr de Ketteler lui avaient fait conquérir, l'un 
chez les socialistes et l'autre chez les catholiques. Dans cette partie 
du volume nous avons trouvé tout particulièrement intéressante la 
discussion de la théorie utilitaire, à cause de la critique à laquelle 
sont soumises soit les formules de Fr. A. Walker et de Paul Leroy- 
Beaulieu, soit les systèmes de Thûnen, de Bœhm-Bawerk et de Mar- 
shall (p. 110 et s.). — Les deux parties qui suivent sont moins théo- 
riques. Il s'agit d'abord des conditions du travail, suivant les profes- 
sions et les métiers, puis de certaines influences qui agissent sur le 
taux des salaires, telles que la législation ouvrière, les coalitions, 
les syndicats et les gi"èves. Cette fois c'est une étude d'observation.— 
Nous voudrions recommander cet ou\Tage aux hommes studieux qui 
ont la capacité de le comprendre, et nous les y inviterons en leur signa- 
lant à la fin du volume une table alphabétique très détaillée de tous 
les sujets abordés, ne l'eussent-ils été que très incidemment. C'est 
ardu et profond, me dira-t-on peut-être. Mais après tout Karl Marx 
l'était bien autrement, et cependant on lui en a fait gloire, même et 
surtout quand on ne l'avait pas seulement ouvert. 

2. — M. Novicow, professeur à l'Université d'Odessa et en sociologie 
l'un des défenseurs les plus actifs de l'école dite organique (par oppo- 
sition à l'école ethnographique), se demande, dans son ouvrage : Le Pro- 
blème de la misère et les Phénomènes économiques naturels, pourquoi la 
misère existe et comment on peut la faire disparaître. Pourquoi elle 
existe ? C'est bien simple. « Cet état lamentable, dit-il, vient de ce 
que Ton ne comprend pas encore la notion exacte de la richesse (p. 1) ». 
L'économie poUtique a manqué à sa mission; « les faits économiques 
sont exposés d'une façon défectueuse » : par conséquent « les hommes 



— 31 - 

se sont fourvoyés dans les sentiers de l'erreur (p. 2 et 3). ))■ — Eh bien l 
tout cela me met en délianee : je ne me livre pas volontiers aux gens 
qui me disent qu'avant eux l'on n'avait rien fait de bon. Mais écou- 
tons M. Novicow : « Les hommes les plus instruits, dit-il, les hommes 
d'Etat et même des économistes célèbres (sic) ne comprennent pas la 
véritable essence de la richesse (p. 103) »; elle n'est « ni une chose, 
ni un état »; elle est « une possibilité de jouissance (p. 109) », ou mieux 
encore « l'adaptation du miMeu réalisée dans le temps le plus court 
possible (p. 111) ». Elle n'est donc pas «une chose ou un ensemble de 
choses », mais un « état de choses » (ibid. p. 114, 117, etc.). Quoi! 
un état de choses? mais justement on venait de nous dire qu'elle n'est 
pas un état 1 Après cela, nous apprenons que la misère « vient actuel- 
lement de trois sources principales : le malheur, le vice et les condi- 
tions sociales (p. 156) »,et pour la guérir il faut combattre la spohation 
sous toutes ses formes, y compris en elles les monopoles, le protec- 
tionnisme et l'exclusivisme national (p. 165). On obtiendra ce résultat, 
d'une part, par des réformes politique s, coinrae la fédération des États, 
la suppression des guerres et des conquêtes; d'autre part, par des ré- 
formes économiques^ qui accroîtront de beaucoup la production. 
Ainsi <( la misère n'est pas une affaire de répartition (p. 149) ; elle 
ne vient ni de la lutte pour l'exisLence ni de la concurrence; elle vient 
du vol sous toutes ses formes, depuis le mouchoir dérobé par le pick- 
pocket jusqu'à la province conquise par les monarques (p. 404) ». 
Avec cela M. Novicow est un ennemi des socialistes, dont le règne ne 
pourrait qu'augmenter la misère; un ennemi aussi du christianisme, 
qui a « apporté dans le monde une masse de maux bien plus considé- 
rable que ceux qu'il prétendait guérir (p. 198) »; un ennemi par con- 
séquent de M. Jaurès, qui est « l'alUé du Pape (p. 199) ». Même la 
libre pensée lui paraît dangereuse par ses conséquences sociales : car 
celles-ci provoquent la réaction (lôtV/.), de même que « les socialistes 
prêtent un appui au militarisme et aux doctrines réactionnaires en 
religion, en pohtique et en philosophie (p. 200). » Alors qu'est dontic 
M. Novicow? Eh bien, il croit à la biologie; et à ses yeux « le proces- 
sus économique sera parallèle au processus biologique parce 
qu'il en est la continuation immédiate », en conduisant lui^aussi 
les sociétés au mieux-être, comme l'autre les fait monter vers un orga- 
nisme de plus en plus parfait (p. 390, 12, etc.). • — Tout cela, dirons- 
nous, n'est pa^ bien intéressant, ni bien sérieux, et ce ne sont pas ces 
idées qui donneront du pain au pauvre monde. 

3. — La Société des aneien& élèves de l'Ecole libre des sciences poli- 
tiques a organisé des conférences dans lesquelles les sommités du 
monde économique prennent tour à tour la parole. C'est ce choix 
d'orateurs qui fait l'iatérêt du volume intitulé aujourd'hui : Les Forces 



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productives (le la Fronce. M. D, Zolla a traité de la « Productivité de 
l'agriculture »; M. E. Allix, professeur à l'Université de Caen, a parlé 
de « la Concentration industrielle et de son influence sur le sort des 
classes ouvrières >>; M. P. de Rousiers, secrétaire général du Comité 
central des armateurs de France, a entretenu de « la Marine mar- 
chande et des forces productives de la France «•, M. J.-C. Charpen- 
tier, de « l'Organisation du commerce extérieur »; enfin M. de Peyer- 
imhoff, des « Forces nouvelles en formation dans l'Afrique du nord ». 
On lit le volume avec fruit. En matière d'agriculture, par exemple, 
M. Zolla discute ou plutôt dissipe très heureusement certaines illu- 
sions : il montre que, pour calculer le produit de cette industrie, il 
faut bien se garder d'additionner, comme on a parfois essayé, les 
quantités ou valeurs de ses diverses récoltes et de compter séparément 
le foin et le bétail, la paille de cette année et le blé ou les pommes de 
terre de l'année prochaine. Pourquoi? C'est que l'agriculteur se fait 
à lui-même, très ordinairement, la matière première de son industrie, 
en utilisant son fourrage pour faire de la viande, et sa paille transfor- 
mée en engrais, pour faire du grain. C'est bien clair : mais beaucoup 
de citadins qui se croient très forts, ont tout de même besoin de l'enten- 
dre dire. M. Paul Leroy-Beaulieu, qui avait présenté le conférencier, 
l'a justement félicité, et il a eu la malice de disséquer par la même 
occasion le fameux raisonnement de M. Jules Guesde, que puisque les 
machines à vapeur font en France un travail équivalent à celui de 
30 millions d'êtres humains, il est mathématiquement certain que les 
38 millions de Français peuvent bien se contenter de 2 heures 30 de 
travail et probablement même de 2 heures 20. — Parmi les présidents 
de ces réunions, je trouve encore MM. Baudin et Millerand, anciens 
ministres, M. Thierry, député de Marseille, et M. Roume. M. Baudin 
laisse percer son esprit socialiste : il accuse la bourgeoisie de manquer 
à son devoir. Quant à M. Thierry, sur la situation de la marine mar- 
chande, il la note moins favorable que ne la trouvait M. de Rousiers. 
On sait que nous sommes sur ce point beaucoup inférieurs aux autres 
peuples; mais est-ce donc une conséquence toute naturelle de la 
nature différente de nos articles d'exportation et d'importation, ou 
bien encore de la dissémination plus grande de nos ports de commerce? 
Nos lois, notre état social et le manque de suite de notre histoire à 
travers nos vicissitudes politiques n'ont-ils pas exercé leur action 
sur cette décadence sans doute inguérissable? Voilà ce que M. Thierry 
lui-même n'a pas assez dit, et M. de Rousiers encore bien moins. 

4. • — Quelques années après l'avènement de l'impôt progressif sur 
les successions et devant l'imminence de l'impôt progressif sur le 
revenu, à travers toutes les exagérations d'une fiscalité aussi rapace 
que malhonnête, M. Lescœur donne une étude d'une frappante 



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actualité : Pourquoi et comment on fraude le fisc. Cependant l'ouvrage 
ne comprend pas tout ce que son titre semble annoncer; il n'y est 
question que des deux sujets que nous venons de citer, les successions 
et le revenu. Là dessus, M. Lescœur discute avec soin tous les moyens 
imaginés, simulation de passifs, dissimulation de valeurs mobilières, 
dépôts à l'étranger, location de coffres-forts, transmissions de la main 
à la main, etc. Seulement, à tout prendre, je crois que les fraudes sont 
moins importantes que le fisc n'affecte de le croire, pai-ce que « l'éva- 
sion fiscale », pour employer le mot nouveau, est gênée beaucoup par* 
les situations juridiques des. successibles, telles que les minorités, les 
tutelles et les reprises futures en vertu de contrats de mariage. Ce sont 
des questions très pratiques de droit civil que M. Lescœur n'a pas fait 
non plus entrer dans son plan. — Il finit en se demandant « si les décla- 
rations inexactes et insuffisantes sont contraires à la loi morale ». Il 
répond affirmativement (p. 258), sans se dissimuler qu'il a contre lui 
l'unanimité de l'opinion commune et le sentiment de plusieurs mora- 
listes. Et la solution à donner, demanderai-je, ne peut-elle pas être 
influencée aussi par le caractère plus ou moins spoliateur des lois 
fiscales et par le rôle plus ou moins malhonnête que l'Etat s'est donné 
suivant les situations et les époques? Car enfin la confiscation, si un 
temps venant il y a réellement atteinte au droit de propriété privée, 
s'impose-t-elle moralement à la conscience du confisqué? 

5. — Passons au socialisme. 

Peu de sujets sont aussi graves que sa diffusion dans les campagnes 
et la transformation ou la suppression de la propriété rurale. Aussi 
le Socialisme agraire^ ou le Collectivisme et l'évolution agricole^de M.Van- 
dervelde, est-il un volume fort instructif, encore que certaines des- 
criptions qui s'y trouvent aient besoin d'être rectifiées ou complétées, 
M. Vandervelde, dont le socialisme est bien authentique et bien connu, 
se demande si les conditions préalables nécessaires à l'avènement 
du collectivisme existent dans l'industrie agricole ou si du moins 
elles sont en voie de s'y réaliser. Produit-on de plus en plus pour 
l'échange au lieu de produire pour la consommation? La propriété 
ou capital tend-elle à se séparer du travail? La petite production dis- 
parait-elle devant la grande? M. Vandervelde répond affirmativement 
aux trois questions (p. 134 et s.), après de nombreuses citations qu'il 
emprunte à ses études diverses sur l'agriculture en Belgique, en 
France et en Angleterre, un peu même en Allemagne. Cependant il 
ne m'a aucunement convaincu, surtout sur l'évolution qui se ferait 
actuellement dans le sens d'une séparation toujours plus grande du 
travail et de Ja propriété. — Le volume renseigne aussi très heureu- 
sement sur la querelle qui a surgi entre les « orthodoxes » avecKautsky, 
d'une part, et, d'autre part, les « révisionnistes » avec David. Kautsky, 
Janvier 4909. T. CXV. 3. 



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qui voit dans l'avenir do vastes exploitations gérées par des associa- 
tions de travailleurs agricoles (p. 89), ne croit pas qu'on puisse, au 
moins pour le moment, soutenir à la fois les intérêts contradictoires 
des paysans producteurs et des ouvriers consommateurs : on sacrifiera 
donc les premiers aux seconds (p. 220 et s.). David, au contraire, qui 
attend de « petites exploitations rurales en nombre croissant, associées 
entre elles pom' l'achat des matières premières, la vente et la manu- 
tention des produits » (p. 89), réclame avec énergie, dès maintenant, 
toutes les mesures qui peuvent améliorer la condition des petits culti- 
vateurs (p. 225 et s.).Avant de prendre parti, M. Vandervelde examine, 
selon le progamme d'Erfurt, les revendications communes aux prolé- 
taires de l'industrie et à ceux de l'agriculture (p. 236), en plaçant 
parmi ces derniers les petits propriétaires cultivateurs. Bien entendu, 
(! l'impôt progressif sur le revenu et les successions, le suffrage univer- 
sel et l'allégement des charges militaires », en un mot ce que nous 
avons déjà ou allons avoir, forme la préface de ces revendications 
(p. 237). Mais il y en a aussi qui sont spéciales à la campagne : régle- 
mentation du travail agricole, réduction de sa durée, indemnité pour 
plus-values, etc. etc. Finalement c'est la nationalisation du sol qui 
est au bout, et le dernier chapitre de M. Vandervelde sur les colin- 
siens et les marxistes est fécond en renseignements très utiles pour 
l'histoire des idées (p. 435 et 447).- — Tout cela se réalisera-t-il? Qui 
sait où nous allons et dans quelle révolte contre le bon sens, la 
morale et Dieu le monde est destiné à finir? 

6. ■ — Je sais franchement gré à M. Jollivet-Castelot de son petit 
volume : Sociologie et Fouriérisme. Dans certaines milieux univer- 
sitaires on fait actuellement de tels efTorts pour réhabiliter cette 
espèce de fou que Fourier a été, qu'il est bon de le voir exposé aux 
regards d'une façon aussi naïve et aussi complète, en un mot tel qu'il 
fut. Or, M. Jollivet-Gastelot s'acquitte de ce soin avec toute la fer- 
veur et toute la sincérité de son admiration. Au lieu de prendre çà 
et là certaines tirades sur la vertu de l'association ainsi que fait 
M. Gide, il décortique avec soin les ouvrages de son rêveur favori; 
après une biographie et un exposé général du système, il consacre 
des chapitres entiers à l'étude de la cosmogonie fouriériste, de l'im- 
mortalité do l'âme et de ses réincarnations, de l'attraction passion- 
nelle, des groupes et dos séries, du phalanstère enfin et do son fonction- 
nement économique. L'auteur est tellement de bonne foi qu'à bien des 
reprises il avoue qu'il se trouve en présence d'hallucinations incohé- 
rentes. (( Nous ne continuerons point, n'est-ce pas? dit-il quelque part, 
le jeu de ces modulations plus originales que valables (la Terre, par 
copulation avec elle-même, sous l'action de ces deux atomes, le mas- 
culin issu du pôle nord et le féminin issu du pôle sud, a engendré le 
cerisier; copulant avec Mercure, elle a engendré la fraise, etc.)... Il 



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est singulier et regrettable que de tels écarts d'esprit viennent se 
combiner aux méditations si vastes, si logiques et si belles, d'allure 
parfois hautement mathématique, qui font de la cosmogonie entrevue 
par Fourier une sorte de Genèse flamboyante, apocalyptique et ver- 
tigineuse (p. 85 et 86; item, p. 118 et s.) ». Mais ces réserves sur le 
chapitre des rêveries cosmogoniques n'empêchent pas le panégyriste 
d'approuver les fantaisies les plus immorales et même d'y applaudir. 
Suppression du mariage et de la famille, polygamie et polyandrie, 
mœurs de haras et de chenil, tout cela est vanté comme un des côtés 
les plus moraux et les plus élevés du fouriérisme (p. 8 et s.; p. 125, 
153 et s.). Prétendre que les pages de Fourier contre le mariage et sur 
les « neuf degrés du cocuage « sont « tracées de main de maître », voilà 
qui ne fait honneur ni au sens moral, ni au sens littéraire de l'écrivain. 
M. Jollivet-Castelot n'en conclut que plus résolument en faveur du 
fouriérisme, seul moyen d'améliorer pacifiquement la société en la 
transformant peu à peu, sans la jeter dans la Révolution; car l'auteur 
appartient encore à la race à peu près éteinte des socialistes idylliques. 
Aussi trouve-t-il que si les « Karl Marx, les Bebel, les Guesde, les Jau- 
rès, les Viviani, les Briand ont démoli le capitalisme », il leur a pour- 
tant manqué « jusqu'ici, de construire une théorie séduisante et syn- 
thétique de l'ordre social de demain (p. 1 et 2) ». J'aime bien cette 
classification de nos grands hommes politiques : MM. Viviani et Briand 
collaborateurs et complices de Marx et de Jules Guesde, ce n'est pas 
moi qui le lui ai fait dire. • — Le volume se termine par deux chapitres 
de conclusions, dont le premier nous présente une « journée harmo- 
nienne aux environs de l'an 2000 », avec les libertés peu chastement 
décrites de l'attraction sexuelle et avec l'application de toutes les 
découvertes scientifiques que nous avons faites depuis Fourier ou 
que nous sommes en voie de faire. L'autre de ces chapitres adapte le 
fouriérisme aux «problèmes sociaux actuels » : c'est la peinture de l'âge 
d'or, car l'a associationnisme » aura tôt fait de porter à 900 milliards 
la richesse de la France, qui n'est encore que de 200 milliards ou guère 
plus (p. 224). 

7. . — Adhémar Schwitzguébel, né en 1844, près de Saint-Imier, et 
mort à Bienne en 1895, avait été graveur de son métier. Il s'était 
enrôlé des tout premiers dans l'Internationale et pour ainsi dire dès 
sa fondation. Membre influent de divers congrès socialistes révolu- 
tionnaires, il fut un ardent apôtre de « l'organisation ouvrière géné- 
rale » en lutte contre le patronat, dans la conviction que « les circon- 
stances et la situation indiqueraient ensuite logiquement la tactique 
à suivre ». 11 mérita ainsi les éloges du grand nihiliste russe, le prince 
Kropotkine. Sa mort remonte déjà à treize ans : mais une main amie 
vient de réunir quelques pages de genres très divers qu'il sema au 
cours de ses tournées de propagande, dans la courte période entre 



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1869 et 1876. Ces Quelques écrits renferment des morceaux variés, des 
manifestes, des articles pour VAlmanaeh du peuple, un dialogue pour 
démontrer que l'intérêt de l'ouvrier n'est pas de verser à la Caisse 
d'épargne, mais bien à des sociétés de résistance, enfin ■ — et c'est le 
morceau le plus considérable • — une conférence qu'il lut à Berne, à 
Saint-Imier, etc.,. sur « le radicalisme et le socialisme ». Les idées n'y 
tranchent pas avec ce qu'elles sont d'ordinaire dans les déclarations 
de ce genre : quant au ton, il est tout aussi affirmatif et brutal, 
sans être aussi déclamatoire qu'on le trouve souvent ailleurs. On sent 
bien que les haines sociales fermentent dans le cerveau de Schwitz- 
guébel : mais il les exprime posément et froidement. Cela ne change 
rien à la conclusion. « La Révolution sociale est inévitable », dit -il. 
Il faut « que la Révolution, aux yeux de la miasse populaire, devienne 
un but immédiat. Il suffît d'un bien faible effort dans ce sens : l'ou- 
vrier, cessant d'envisager sa société de métier comme une simple 
société d'assurance mutuelle, doit la considérer comme le levier d'une 
nouvelle organisation sociale (p. 170) ». En voilà un qui avait bien 
déjà, il y a trente ans, une idée très claire du rôle que le syndicalisme 
était appelé à jouer plus tard dans la Confédération générale du tra- 
vail. Mais je n'ai trouvé que cela d'intéressant dans le volume. 

8. ■ — Après le socialisme nous abordons les œuvres dites sociales. 
M. Georges Deherme, bien connu comme fondateur des « Universités 
populaires », vient de s'ouvrir tout entier dans son volume la Démo- 
cratie vivante. Il y est avec ses conviction&, ses illusions et ses décep- 
tions. Aussi je connais peu de livres qui fassent mieux toucher du 
doigt l'impuissance où se débattent éternellement tous les hommes 
qui veulent fonder une société sans point fixe et sans base, parce 
qu'ils la veulent fonder sans philosophie et sans Dieu. L'idéal, c'eBt 
l'éducation de la démocratie; le patronage, c'est une préface de M. Cle- 
menceau, parue il y a beau temps déjà dans le premier numéro de la 
Coopération des idées. Mais depuis, hélas ! « notre confiance ingénue 
en la démocratie ■ — dit M. Deherme à sa première ligne — résiste mal 
à nos expériences... Les symptômes délétères se sont aggravés : au- 
jourd'hui il nous semble que le souci de l'ordre doit l'emporter sur 
celui de la liberté » (p. 1). Le livre comprend trois parties : 1° la Démo- 
cratie par la liberté ou la Monarchie pour l'ordre ; 2° les Maladies 
sociales de la démocratie (alcoolisme, laideur et tristesse, féminisme, 
antimilitarisme et autipatriotisme, pessimisme et socialisme); enfin 
3° l'Organisation de la démocratie. Le style est martelé, remarquable 
par son énergique concision; il impressionne fortement le lecteur; 
à chaque page se rencontrent des pensées profondes que l'on voudrait 
pouvoir se graver dans l'esprit comme on ferait d'une maxime de Pas- 
cal ou de La Bruyère. Ce sont généralement d' apures, critiques dirigées 
contre les tendances ou les faits contemporains. Par exemple « il sem- 



- 37 - 

blerait, dit M. Deherme, que les pupilles de la République n'aient 
appris à lire que pour les annonces alléchantes de « l'absinthe bien- 
faisante » et pour assurer une clientèle à la littérature fangeuse des 
feuilletons et des pornographes » (p. 236) ; ou bien : « le féminisme 
n'est qu'une forme de l'esprit du sectarisme ; le mot lui-même est une 
monstruosité... et en lisant les écrits féministes, nous avons été tou- 
joui"s frappé du ferment de décomposition sociale qui s'en dégage... 
On parle constamment des droits, jamais des devoirs '(sic) {p. 144 
et 145) ». En un mot, dans ces vœux incessants pour une éducation de 
la démocratie, tandis que M. Deherme, comme nous l'avons dit, 
ne cache point que les déceptions lui feraient « corriger bien des 
pages et peut-être des chapitres gitiers s'il avait à récrire ce livre 
(p. 1)», on est frappé comme malgré soi par ce ton continu de décou- 
ragement. M. Deherme a foi dans son idée, mais pas le moins du monde 
dans le succès de son idée. A quoi bon? « Les heureux, dit-il, ce sont les 
quiets qui mettent leur hygiène au-dessus de tout, ou ceux qui re- 
tournent aux vieux dogmes. Mais nous, les inquiets, que tant de mys- 
tères oppressent, où allons-nous? (p. 397) ». Voilà le cri de la fin et il 
résonne en accord parfait avec le cri du commencement : « Il n'y a 
pas de vérité absolue », disait-il au début de son œuvre. Et cela ne 
devait pas être, faut-il dire, une légère difficulté pour « recons- 
tituer • — ainsi qu'il se le proposait • — la société dissoute par la critique 
révolutionnaire et la négation métaphysique, si le destin n'a pas 
marqué que la civilisation doit ainsi finir » (p. 9). Pourquoi donc 
M. Deherme, en niant qu'il y ait une vérité absolue, se fait-il à 
son tour complice de cette « négation m-étaphysique » qu'il accuse 
d'avoir dissous la société? Explique qui pourra! Quoi qu'il en soit, 
on se sent pris d'une profonde pitié en voyant tant de bonne volonté 
et de talent qui se dépensent, absolumlent impuissants, à lutter contre 
le doute et la désespérance. 

9. — On connaît toute l'importance que les institutions d'enfants 
à la montagne, de colonies scolaires, etc., ont prise en ces dernières 
années. Sous le titre : Les Colonies de vacances, M. Louis Delpérier 
donne un petit volume, infiniment substantiel, destiné certainement 
à devenir le manuel de tous les hommes qui se consacrent à cette 
œuvre excellente. M. Delpérier en raconte les premiers essais, sous 
l'inspiration de M. le pasteur Bion, de Zurich, en 1876; il décrit les 
rapides progrès de cette idée et il en fait toucher du doigt les heureux 
résultats au point de vue de la santé et du moral des enfants, d'après 
des statistiques minutieuses; enfin, après ce que j'appellerai la partie 
historique et descriptive, viennent les utiles discussions sur. l'orga- 
nisation d'une colonie, sur les avantages comparatifs du « placement 
familial » et de la « colonie collective », sur la responsabilité éventuelle 
des directeurs d'œuvres, etc. Tout cela est expliqué clairement et 



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sobrement, comme peut le faire un homme qui aime et qui connaît 
à fond ce dont il parle : aussi est-il difiicile d'imaginer quelque chose 
de plus complet, au point de vue pédagogique comme au point de 
vue statistique. ■ — M. Delpérier envisage ces colonies comme une 
puissante « oeuvre de paix sociale », mais il le fait en dehors de toute 
préoccupation religieuse, et je ne sais pas s'il ne regrette point que des 
fondations catholiques qui s'en occupent y apportent un esprit « con- 
fessionnel » de moralisation et d'apostolat. La neutraUté la plus abso- 
lue lui suffît ou lui agrée. C'est en ce sens qu'il blâme les œuvres muni- 
cipales qui, en ne permettant pas à l'enfant de continuer l'exercice 
de ses pratiques religieuses, manquent à une «condition essentielle 
de la neutralité d'œuvres qui doivent s'appliquer à ne rien changer 
à cet égard à l'éducation familiale (p. 79) »; il désapprouve donc la 
commission de VŒuvre mutuelle des colonies de vacances (Association 
des instituteurs), pour avoir voté, à la presque unanimité de ses mem- 
bres, la formule suivante : « Les enfants ne seront pas conduits aux 
exercices du culte et ils ne seront pas autorisés à s'y rendre seuls 
(p. 71) )).■ — ]\L Cheysson a mis une Préface où il célèbre l'influence bien- 
faisante de la nature et de la campagne sous les points de vue les plus 
divers. C'est fort bien écrit et tout à fait capable de faire aimer les 
œuvres d'enfants à la montagne. Je regrette cependant, dans le sens 
de M. Delpérier, une phrase qui donnerait à penser que les calculs 
« religieux » sont contraires au « désintéressement de ceux qui vont 
au peuple (p. xxiii) ». Quoi ! lorsque l'on va au peuple, il faut donc 
au préalable se désintéresser de l'idée de Dieu? Est-ce que j'ai mal 
compris ou bien est-ce à dessein que la phrase de M. Cheysson était 
ambiguë ? 

10. ■ — De son côté, et comme pour faire pendant aux colonies de 
vacances, mais avec un esprit évidemment différent de M. Delpérier, 
M. Bertheloot, inspecteur d'Académie, publie un volume sur la Mutua- 
lité scolaire, qui peut être un vrai manuel à l'usage des directeurs de 
ces intéressantes associations. L'histoire des mutuelles scolaires ou, 
comme on dit, des « petites Cave », y est présentée avec beaucoup de 
détails, à travers les diverses lois sous lesquelles elles ont eu à vivre 
avant celle du 1^^ avril 1898. La statistique et la documentation 
sont tout ce qu'il est possible de désirer. Même les essais tentés dans 
les œuvres catholiques sont passés convenablement en revue. Bien 
entendu, il ne faudrait pas demander à M. Bertheloot le moindre atome 
d'esprit chrétien; il ne voit qu'à travers la Ligue de l'enseignement 
ou par les yeux de M. Edouard Petit. Il compte sur là mutualité sco- 
laire pour être vraiment l'école modèle de la prévoyance et de la soli- 
darité ; « par la liberté dans l'égalité, elle enseignera la fraternité aux 
«nfants de la République » (p. 199). Voilà, sans contredit, une jolie 
phrase de style pompier ! Aussi, quand M. Bertheloot a constaté 



— 39 — 

qu'une société de secours mutuels a existé à Paris, dès 1694 et qu'il 
s'y en est fondé douze au cours du xviii^ siècle, il ajoute qu'elles 
« avaient un caractère corporatif et qu'elles subordonnaient leur 
action à l'autorité ecclésiastique, toute puissante dans l'ancien 
régime »; il trouve donc tout naturel que la Révolution « n'ait vu 
en elles que des foyers d'abus séculaires et ne leur ait pas été favo- 
rable (p. 3) ». 

11, 12, 13 et 14. ■ — Enfin, sous le titre : Library of Congress, 
travail dressé sous la direction de M. Appleton Prentiss Clark Griffîn, 
chief bibliogrnpher^ et imprimé à Washington par l'imprimerie du 
gouvernement, on trouve les nomenclatures très riches de tout ce 
qui a paru en diverses langues, soit comme ouvrages, soit comme 
article 5 de revues sur les sujets suivants : Currency and banking 
(circulation et banque) au point de vue des conditions nouvelles de 
l'émission; Fédéral contrôle of commerce a?id corporations ; The eight 
hoiirs working-day (la journée de travail de huit heures et 
généralement la limitation des heures de travail) ; puis First 
and second banks of the United States. Sur ce dernier point tout le 
monde sait que la circulation aux États-Unis a passé par les phases 
les plus diverses : une, puis deux banques seulement d'émission et 
par conséquent le régime du monopole; d'autres fois, la circulation 
régie par la législation particulière de chaque État, avant qu'on arri- 
vât au régime de la législation fédérale avec la liberté d'émission pour 
tout le monde sous certaines conditions de cautionnement en fonds 
fédéraux. J. Rambaud. 



BEAUX-ARTS 

{Siùle) 

13. Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens jusqu'à nos jours, publiée sous 
la direction de André Michel. Tome lll.Le Réalisme. Les Débuta de la Renais- 
sance. Première partie. Paris, Armand Colin, 1907, in-4 de 464 p., avec 5 pi. hors 
texte et 257 grav., 15 fr. — 14. Manuel d'archéologie préhistorique, celtique et gallo- 
romaine, par Joseph Déchelette. I. Archéologie préhistorique. Paris, Alphonse 
Picard et fils, 1908, in-8 de xix-747 p., avec 249 grav., 15 fr. — 15. L'Art égyptien. 
Choix de documents accompagnés d' indications bibliographiques, par Jean Cap.^rt. 
Paris, Guilmoto, 1909, in-8 de 31 p. et 100 planches en phototypie, 10 fr. — 16. 
Supplementarij papers of the American school of classical studies in Rome, 
Vol. II. New York and London, Macmillan and C», 1908, in-4 de ix-293 p., avec 
41 gravures. — 11. Le Forum romain et les forums impériaux,pAv'iiE:<R\' Thédenat. 
Quatrième édition. Paris, Hachette, 1908, in-16 de xu-454 p., a*rec 3 grands plans, 
62 grav. et 8 phototypies, cartonné, 5 fr. — 18. La Villa d'Hadrien près de Tivoli. 
Guide et description, suii,'i d'un Catalogue des œuvres d'art, par Pierre Gusm.\.n. 
Paris, Hachette, 1908, in-16 de iii-171 p., avec 129 grav. et plans, et 1 plan en 
couleurs, cartonné, 5 fr. — 19. L' Art religieux de la fin du moyen âge en France, 
étude sur l'iconographie du moyen âge et sur ses sources d'inspiration, par Emile 
Mâle. Paris, Armand Colin, 1908, in-4 carré de xii-559 p., avec 250 grav., 25 fr. 
— 20. La Vierge de Miséricorde, étude d'un thème iconographique, par Paul Perdri- 
ZKT. Paris, Fontemoing, 1908, in-8 de i-260 p., avec 31 planches hors texte et 



- 40 

'4 prar.. 16 ïr. — 2L. Les Cloiiet, ppcntres ofliciek des rois de France, par Etienne 
Morf.au-Nélaton. Paris, Emile Lévy, 190R, in-4 de 72 p., avec 12 planches et 
19 grav., 20 îr. — 22. Les Frères Du Alonstier, peintres de la reine Catherine de 
Médicis, par Étien-ne MoREAt-NÉLATON. Paris, Èmik Lévy, lOOS, in-4 de 15 p., 
.aîvecl2 planches, 10 fr. — 23. Trois Églises^et Trois Primitifs, ^ar J.-K. Hiysmat>;s. 
Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-18 de 289 p., 3 fr. 50. — 24. Bibliothèque de rensei- 
gnement des beaua:-arts. La Sculpture espagnole, par Paul Lafond. Paris, Alcide 
Picard, -s. d. (1908), Jn-S de 336 p., avec 120 grav., 3 tr. 50. — 25. Kiinstler-Mono- 
graphien. Auguste Rodin, von Otto Grautoff. Bielefeld und Leipzig, Velhagen 
urid Klasing, 1908, iiv-4 de 104 p., avec 107 grav., 3 fr. 75. — 26. Les Monuments 
nationnux en Allemagne, par Eugène Poiré. Paris, Plon-Nourrit, 1908. in-18 de 
"XV-SOS p., 3 fr. BO. — 27. Les Anciens Artistes-Feintres et décorateurs mulhou- 
siens jusqu'au \ix<' siècle, par Ernest Meinin&er. Mulhouse et Paris, Champion, 
1908, in-8 de x-95 ,p., avec 12 planches en phototypie, 10 fr. — 28. Soui'cnirs de 
"Belgique et de Hollande. Vn Dessin de Colyer Edouard, pav 3. C.-Ai.frïd Prost. Paris, 
imp. Picquoin. 1908, in-18 carré de ai-IOO p., 3 îr. — 29. Les Maîtres de Tart. Chir- 
landaio, par Henri 'Hauvette. Paris, Plon-Nourrit, s. d. (1908), .in-8 de iii-191 p., 
avec 24 planches, 3 £r. 50. — 30. Petites Villes d'Italie. II. Emilie, Marches, Ombrie, 
par ANDRÉ]MAUREi..Paris, Hachette, 1908, in-16de 340 p., 3fr. 50.— 31. Ruskin- 
Pages choisies, svec une Inlroduction de Robert dt.xaSizeraane. Paris, Hachette, 
1908, in-16 de xxxvi-.266 p., avec un portrait, 3 îr. 50.^- 32. Le Bepos de Saint- 
Marc. Histoire de Venise pour les rares voyageurs qui se soucient encore de ses monu- 
ments, par Rusicin; traduit de l'anglais par "K. Joxhston. Paris, Hachette, 1908, 
in-16 de ix-272 p., 3 fr. — 33. Nouvelles Études sur l'histoire de Tart, par Emile 
Michel. Paris, Hachette, 1908, in-16 de xai-35.9 p., 3 fr. 50. — 34. Les Doctrines 
d'art en France. Peintres, amateurs, critiques. De Poussiji à Diderot, par André 
Fo-NTAiNE. Paris, Laurens, 1909, in-8 de in-316 p., avec 12 planches, 9 fr. — 35. 
Les Beaux- Arts et la Nation, par Ch.-M. Couyba. Paris, Hachette, 1908, in-16 de 
vii-299 p., 3 fr. 50. — 36. Les Idées et les formes. Rapport au public sur les beaux - 
arts, parPÉLADAN. Paris, Sansot, 1908, petit in-r2 de 67 p., 1 fr. 

13. — La première partie du tome III de la tjrande Histoire de l'art 
publiée sous la direction de M. André Michel contient des chapitres 
particulièrement intéressants. Nous avons dit adieu à l'art gothique, 
que nous ne retrouverons plus désormais que modifié sous l'influence 
de l'art antique; nous sommes au début de ce que l'on est convenu 
d'appeler la Renaissance, et nous constatons le progrès toujours 
grandissant du réalisme. M. Enlart, poursuivant sa longue et minu- 
tieuse enquête architecturale, a étudié dans toute l'Europe l'évolution 
du style flamboyant; M. le comte Paul .Durrieu,. l'historien de la minia- 
ture française, a écrit sur la peinture en Fraiice, de la seconde moitié 
du xiv^ siècle jusqu'aux premières années du xv^, une dissertation 
qui est un modèle de sagacité critique; M. de Fourcaud a raconté en 
excellents termes la merveilleuse histoire des frères A'an Eyck, et 
décrit les œuvres de leurs contemporains et successeurs immédiats; 
-M. Maurice HaKiel, dans un texîte revu et 'complété par M. André 
Michel, nous initie à 'la peinture allemande, aux écoles colonaise, 
franconienne, souabe et tyrolienne.; IVI. Conrad de Mandach parle de 
la peinture suisse, et M. Henry Marcel des' commencements, encore 
bien mystérieux, delà peinture anglaise. Le dernier travail du regretté 
Henri .Bouchot se trouve dans ce volume : c'est une étude sur les ori- 
gines de la gravure sur bois et en taille-douce, où sont discutées et 



— 41 — 

tranchées — un peu -nettement peut-être, mais c'était la façon de 
travailler de notre ami Bouchot — des questions fort complexes 
de priorité et de fdiation. M. Guifîrey a traité de la tapisserie aux xiy^ 
et xy6 siècles; et M. André Michel a continué, avec cette ampleur 
de vues et cette ardeur d'expression qui sont les dons précieux de ^a 
critique, la longue et magistrale histoire de la sculpture française. 
Quelques pages intéressantes de M. Enlart sur la sculpture anglaise, 
et un petit traité de haute valeur de M. Maurice Prou sur l'art moné- 
taire pendant la période gothique, terminent ce remarquable volume, 
où l'illustration, toujours plus abondante et plus variée, se maintient 
à la hauteur du texte. • 

14. — Lorsque MM. Alphonse «t Auguste Picard entreprirent la belle 
collection de Manuels d'archéologie, où les ouvrag-es de M. Enlart et 
de MM. Salladin et Migeon tiennent déjà une place si honorable, il lut 
convenu que trois volumes seraient réservés à l'archéologie préhis- 
torique, celtique et gallo-romaine, paa' les soins de M. Joseph Déche- 
lette, conservateur dm immée ée Roanne, dont l'autorité en ces sortes 
de travaux est unanimement reconnue. Le premier des trois A'olumes : 
L'Archéologie préhistorique, a paru récemment; on peut dire, sans 
exagération, qu'il a une importance exceptionnelle. La préhistoire 
n'est entrée que depuis peu dans la science, qui ne cherche pas à dis- 
simuler l'énormité de ce nouveru champ d'investigations. Tout récem- 
ment, la découverte de l'homme fossile de la Chapelle-aux-Saints 
ranimait les discussions, qui ne sont pas près de finir, sur les origines 
de l'humanité; et l'on peut prévoir que ces discussions dcA'iendronL 
toujours plus passionnantes, à mesure que se préciseront les données 
du problème. Nul livre n'est mieux fait que celui de M. Déchelette 
pour nous aider « à déterminer la date relative de l'apparition de 
l'homme par rapport aux âges géologiques, et à suivre cet homme 
primitif 'dans son acheminement à un degré plus élevé de culture ». 
Dans cette phase qui a précédé la connaissance des métaux, les silex 
taillés et polis, les os sculptés, les peintures et les graffites des cavernes, 
les dolmens sauvagement dressés dans les landes sont les premières 
œuvres d'art d'un pays -auquel l'art gothique donnera un jour la 
plus splendide parure. M. Déchelette a divisé son étude en deux 
parties qui correspondent l'une à l'âge de la pierre taillée (paléolithi- 
que), l'autre à l'âge de la pierre polie (néolithique). Dans la première, 
après avoir seulement posé, de la façon la plus prudente et la plus dis- 
crête, le problème archéologique de l'homme tertiaire, il analyse 
les nombreuses traces qui subsistent de la race humaine, de son outil- 
lage et de son art durant l'ère quaternaire. 11 y a là un classement fait 
en perfection et de la lecture la plus attachante. La seconde partie 
nous fait entrevoir les groupements humains en ateliers et en villages ; ■ 
elle commente les monuments mégalithiques et les sépultures ; elle 



— 42 — 

nous explique en ses moindres détails l'industrie, la céramique, et 
ce que l'on peut deviner du vêtement et des tissus. Deux grandes 
listes bibliographiques des cavernes et des stations terrestres ou 
ateliers, un index général des plus minutieux complètent ce travail 
de tout point remarquable, la meilleure Introduction que l'on puisse 
avoir à l'histoire de la civilisation en France. 

15. — ]\I. Jean Capart,conservateur-adjoint des antiquités égyptiennes 
aux Musées royaux de Bruxelles, après avoir publié, en de somptueux 
albums, des recueils photographiques reproduisant les principaux 
monuments égyptiens, a eu l'excellente idée de donner, en cent plan- 
ches de format plus modeste, mais d'une exécution très satisfaisante, 
un choix de documents accompagnés d'indications bibliographiques 
qui constituent non pas une histoire de l'Art égyptien^ mais la base 
solide de cette histoire. « Dix ans, écrit-il fort justement, sont à peine 
nécessaires pour qu'un livre d'archéologie égyptienne soit en majeure 
partie démodé, et pour que seules les illustrations et les références 
bibliographiques conservent encore de la valeur. « L'essentiel est donc 
de publier, le plus rapidement possible, et de rendre accessibles au 
grand public, par leur prix minime,tous les documents, groupés systé- 
matiquement, qu'il faut connaître. D'autres volumes suivront celui-ci, 
«t une table générale permettra un classement facile de toutes les plan- 
ches parues. Celles que nous avons sous les yeux sont infiniment va- 
riées. Temples et nécropoles, chapelles peintes, statues royales, sphinx, 
stèles et colonnes, bas-reliefs, cuillers et boîtes, pièces de bijouterie 
et d'orfèvrerie, ce sont toutes les manifestations d'un art merveilleux 
qui se succèdent devant nos regards, période par période, depuis les 
temps les plus archaïques jusqu'à l'époque gréco-romaine. 

16. — ■L'Ecole américaine d'archéologie, ou, plus exactement, d'études 
■classiques à Rome, vient de publier le second volume de ses Siipple- 
me.nlary papers. C'est, comme le volume de 1905, un ouvrage de belle 
et imposante érudition, dont l'exécution matérielle fait le plus grand 
honneur à la librairie Macmillan; elle a été, d'ailleurs, grandement 
facilitée, ainsi que nous l'apprend le comité de publication, par un 
don généreux de l'Institution Carnegie. Il se trouve, cette année-ci, 
que la partie la plus considérable du volume n'appartient pas à 
l'archéologie, mais bien à la philologie : elle est constituée par une 
transcription, véritable tour de force typographique, et par une étude 
analytique des plus minutieuses, dues, l'une et l'autre, à un des élèves 
de l'Ecole, M. WiHiam Van Buren, du fameux palimpseste du De 
Repiiblica de Cicéron, le Vaticaniis bl51, dont la librairie Hoepli 
éditait tout récemment la reproduction en photogravure. Dans la 
partie qui vise plus spécialement notre compte rendu, voici une disser- 
tation fort bien illustrée de M. Densmore Gurtis sur les arcs de triom- 
phe romains; elle ne groupe pas moins de soixante-seize de ces monu- 



— 43 — 

ments, chronologiquement classés, dont dix-sept sont reproduits 
dans le texte. La discussion initiale sur l'origine et l'explication de 
ce genre de construction est fort bien menée; on peut regretter seule- 
ment l'absence d'un index sommaire permettant d'apprécier la répar- 
tition des arcs de triomphe dans les pays de culture grecque et ro- 
maine; dans l'Afrique du nord je n'en compte pas moins de vingt-sept, 
la plupart d'époque assez tardive, et le chiiïre est vraiment considé- 
rable. Un article de M. James Egbert sur des inscriptions nouvellement 
découvertes de Rome et de l'Italie centrale, accompagné de bonnes 
reproductions, nous révèle quelques formules intéressantes, entre 
autres l'épitaphe d'un dévot ou favori {deliciiis) de la Mater Matuta; 
c'est la première inscription romaine où la déesse soit mentionnée, 

17 et 18. — J'ai eu occasion de louer ici même l'excellent manuel de 
M. l'abbé Thédonat : Le Forum romain et les forums impériaux. La 
librairie Hachette vient de nous en donner une quatrième édition 
mise au courant des dernières fouilles, et illustrée d'un grand nombre 
de plans et de gravures. C'est le meilleur guide que puissent emporter 
les voyageurs patients dont l'instruction aspire à dépasser les limites 
du Baedeker. • — Quant au volume de M. Pierre Gusman sur la Villa 
d'Hadrien, il est l'œuvre charmante d'un érudit et d'un artiste à qui 
le sentiment du paysage n'est pas moins familier que l'histoire des 
ruines. En 1904, M. Gusman avait publié sur la ville impériale de 
Tibur une magnifique étude illustrée de reproductions de ses aqua- 
relles, en même temps que d'ancienes gravures et de plans. Ce livre 
nouveau diiïère de l'ancien en ce sens qu'il ne vise pas à autre chose 
que d'être une description sommaire et pratique, un guide fidèle, 
mais où le souci de l'érudition précise ne nuit jamais au goût du pit- 
toresque. A côté des plans dont le texte est semé, une série considérable 
de phototypies d'après les clichés ou les dessins de l'auteur nous pré- 
sente les aspects les plus variés de ces ruines immenses. Toute la der- 
nière partie du volume se compose d'un catalogue descriptif, accom- 
pagné de gravures, des 303 objets d'art, peintures, mosaïques, mar- 
bres et bronzes de toute sorte qui ont été retirés anciennement de la 
villa d'Hadrien, et sont dispersés aujourd'hui dans les divers musées 
d'Europe. 

19. — C'est à peine si j'ai eu le temps de parcourir le magnifique 
livre de M.Emile Mâle : L'Art religieux de la fin du moyen âge en France, 
qui m'est arrivé tout juste pour mes étrennes. A la vérité, j'en con- 
naissais les principaux chapitres, et les lecteurs de la Revue des Deux 
Mondes, de la Gazette des Beaux- Arts et de la Renie de l'Art ancien et 
moderne, et les auditeurs de la Sorbonne qui ont, durant ces dernières 
années, suivi avec un vif intérêt les nouvelles études iconographiques 
professées en partie et pubhées isolément par l'auteur, les retrouve- 
ront avec joie, groupées er majestueux ensemble dans ce second 



— 44 — 

vîolirme, le compagmo-n, le firère j.mimeafu d'uLQ aortre ouvrage consa- 
cré au xiiT^ Biècle, pt déjà imiemx que célèbre^ classique. Hevu^eux 
M. Mâle ! il a su accomplir une oeuvre après laquedle plus d'un écrivain 
dirait son Ntwc dimitUs- et il ^est encore à l'âge des nobles ambitions 
et des vastes pensées. Ces deux volumes, qui portent l'un et l'autre 
comme sous-titre : Etude svr l'iconographie du moyen âge et sur ses 
sources d'inspiraiion^ sont manifestement ce que l'érudition fran- 
çaise a d'onné de oaaedlleur et de plus solide en ces dernières années. 
lis sont fait-s de main d'oTiryinier, R©!n seulement de belle architecture 
et de nobles ppoportions, mais aussi d'harmonieux et plaisant décor. 
Le plan de <^elui-ci ne pouvait continuer exactement le précédent; 
la matière était toiïte autre. Plus d'unité grandiose, ploiis d'encyclo- 
pédie religieuse; la cathédrale n'est plus l'unique centre et le sommaire 
de l'ait chi^étien. Cet<irt se disperse ; il se mêle à la vie de chaque jour, 
il en reçoit soqq i^ispiration. Les ordr-es nouveaux, et tout particulière- 
ment celui des "franoiscains, le marquent de leur empreinte- Le théâ- 
tre surtout, les représentations sacrées, mystères et moralités, qui sont 
le pain quotidien de la foule, ne peuvent manquer d'offrir aux artistes 
tout un décor nouveau d'une richesse extraordinaire; et c'est peut-être 
'la partie la plus personnelle de ce livre si remarquable à tous égards que 
le chapitre où d'une série de rapprochements lumineux résulte cette 
conclusion indéniable. L'étude des nouvelles conceptions symboliques 
de la destinée humaine, des images du vice at de la vertu, surtout des 
images toujours plus fréquentes de la mort, infiniment diversifiées 
dans l'iconographie comme dans la littérature, se poursuit jusqu'à la 
fin du livre avec une logique admirable. Et A'oici que l'art du moyen 
âge, que l'art chrétien traditionnel a cessé d'exister; au moment où 
se réunit le concile de Trente, cet art n'a plus de raison d'être; une 
législation sévère supprime ses dernières attaches aux vieilles et naïves 
traditions ; et, comme le dit très justement M. Mâle : « Il n'y aura 
plus à l'avenir qu'une ressource pour l'artiste chrétien : se mettre en 
face de l'Evangile, et l'interpréter comme il le sent. » Lire ce grand 
travail, c'est encore s'instruire par les yeux : le choix parfait des illus- 
trations, leur grand nom.ba'e et leur beauté ajoutent im mérite in- 
contestable à un texte dont la haute valeur littéraire sufiirait à elle 
seule pour conquérir les suffrages des.déhcats. 

20. — Sans avoir la portée considérable de l'ouvrage de M. Mâle, 
un nouveau livre de M. Paul Perdrizet n'sst guère moins précieux 
pour les historiens d'art. Ce hvre, qu'on est un peu surpris, au premier 
abord, de r-encontrer dans la« Bibliothèque des Ecoles françaises 
d'Athènes et de Rome '\ dont il forme le fascicule cent-unième, est inti- 
tulé : La Vierge de Miséricorde, étude d'un thème iconographique. Et 
l'origine n'en n'est nullement banale. M. Perdrizet, ancien membre 
de l'Ecole d'Athènes, maître de conférences à l'Université de Nancy, 



— 45 — 

a regardé d'un œil curieux ua vénérable ex-voto lorrain,, souvenir de 
la défaite de Charles le Téméraire, la statue de la Vierge de Mansuy 
Gauvain, dans Téglise de Notre-Dame de Bon-Secours; il a voulu con- 
naître^l'histoire de ce type singulier de la Vierge au manteau, et, 
comme il ne la trouvait nulle part, il a été conduit tout naturellement 
à l'écrire; son livre est à son tour une manière d'ex-voto^. La démons- 
tration des origines cisterciennes de l'image dévote est admirablement 
conduite, et l'on se sent en parfaite sécurité, lorsque,au sortir des récits 
de Césaire d'Heisterbacii,.0n s'achemine, avec un guide d'une érudition 
aussi sagace et ingénieuso,.dans le dédale des ordres religieux et des con- 
fréries. Une des plus joHes démonstrations de M. Perdrizet est celle de 
l'escamotage, si l'on peut dire, de la légende cistercienne au prolit 
de l'ordre dominicain; les textes qu'il cite sont aussi probants que 
cm'ieux. Un développement très riche et nouveau sur les Flèches de la 
colère divine permet de grouper et de comparer les nombreux ta- 
bleaux votifs et bannières processionnelles où la Vierge miséricor- 
dieuse apparaît pour défendre son peuple de la peste; enfin voici que 
la chrétienté tout entière s'agenouille et se presse sous les plis du 
manteau protecteur; le type de la Mater omnium^ de Notre-Dame de 
Bon-Secours est entré dans la grande iconographie. Un catalogue 
descriptif des plus abondants donne, comme il convenait, la première 
place à la Toscane et à l'Ombrie; puis viennent les diverses autres 
images d'Italie, celles d'Espagne, de France, des Flandres, des Pays- 
Bas et d'Allemagne. D'excellentes planches photographiques, dont 
un certain nombre reproduisent des clichés de l'auteur, nous font 
connaître les principaux parmi les- monuments qu'il a si bien décrits 
et commentés. 

21, 22. — Si nous commençons enfin à connaître l'a vie et l'œuvre 
des Clouet, ces peintres célèbres et mystérieux de la cour des Valois, 
c'est à M. Etienne Moreau-Nélaton que nous le devons. La longue 
enquête conduite à travers l'Europe, depuis des années, par ce vail- 
lant et charmant artiste, qui est en même temps un admirable érudit, 
a eu déjà pour résultat la magnifique publication des dessins de Chan- 
tilly. D'autres suivront bientôt, mais le succès le plus extraordinaire, 
le plus triomphal, a été la découverte, à Vienne, dans une collection 
privée, d'un portrait daté-, dédicacé et signé de François Clouet, qui 
est maintenant un des trésors de notre Louvre. Ce portrait d'un 
botaniste illustre en son temps et parfaitement oublié depuis, de nou- 
veau identifié et reconnu, a fait surgir toute une littérature; mais à 
qui appartenait-il mieux de le commenter et de le mettre en lumière 
qu'au grand et modeste travailleur, son inventeur et père adoptif? 
Le précieux volume que voici : Les Clouet^ peintres officiels des rois de 
France, coordonne et complète merveilleusement les recherches déjà 
tentées par des précurseurs comme Léon de Laborde et Henri Bour 



— 46 — 

cliot; il classe un certain nombre de dessins et de peintures qui 
peuvent enfin recevoir une attribution certaine. II montre aussi de 
façon indiscutable quelle influence, trop longtemps niée, l'Italie a 
exercée sur ces artistes dont les chefs-d'œuvre ont pu être confon- 
dus parfois avec ceux d'un Holbein. De très belles reproductions, 
d'après les crayons de Jean et de François Clouet, ornent ces pages 
excellentes, dont on trouvera la continuation et la conclusion en 
une seconde brochure, non moins bien illustrée (d'après les pré- 
cieux dessins conservés à l'Ermitage impérial de Saint-Pétersbourg), 
sur les Frères Du Monstier, peintres de la reine Catherine de Médicis. 

23. ■ — La librairie Pion, héritière des œuvres de J.-K.Huysmans, 
uous donne un dernier livre de l'auteur des Foules de Lourdes, Trois 
Eglises et Trois Primitifs. On y retrouvera les admirables qualités 
descriptives qui assurent à certaines pages de la Cathédrale une beauté 
presque parfaite, et cette acuité prodigieuse de la vision à laquelle 
n'échappe pas un relief de sculpture, pas un ton de peinture, si effacé 
soit-il. Les trois églises sont : Notre-Dame de Paris, Saint-Germain 
l'Auxerrois et Saint-Merry, auquelles Huysmans a consacré trois 
études isolées; les trois primitifs sont : Mathias Grùnewald, le maître 
de FJémalle, et l'auteur inconnu de certain buste énigmatique de 
jeune fille qu'expose le Musée Staedel, à Francfort-sur-le-Mein. Mais 
cette partie du volume avait déjà été publiée isolément; ce qui appa- 
raît comme vraiment nouveau, ce sont ces physionomies d'églises 
qui nous sont rendues si vivantes, avec leur atmosphère particulière, 
et même, ce qui ne surprendra point, avec leur odeur. On hume à 
Saint-Germain, nous dit Huysmans, «une senteur spéciale qui n'existe, 
semblable à Paris, que dans un autre sanctuaire, celui de l'Abbaye- 
aux-Bois de la rue de Sèvres, certains jours,' — une senteur de salpêtre 
relevée par une très fine pointe de cire consumée et d'encens. » Mais, 
depuis que ces pages furent écrites, l'Abbaye-aux-Bois a disparu, 
et Huysmans n'est plus là pour retracer,comnie seul il pouvait le faire, 
la transformation prodigieuse de tout un quartier dont il a si bien fait 
comprendre l'intimité pieuse. 

24. ■ — ■ Lorsque M. Dieulafoy eut publié son magnifique travail sur 
la Statuaire polychrome en Espagne, lorsque, surtout, M. Emile Ber- 
taux nous eut donné, dans la grande Histoire de l'art de la libraire 
Armand Colin, un chapitre des plus intéressants et neufs sur la Sculp- 
ture espagnole au xiv^ siècle, nous pûmes espérer l'apparition d'un 
manuel enfin complet qui nous fit connaître, dans tout son dévelop- 
pement historique, cet art si riche et si mal étudié encore. Le livre 
de M. Paul Lafond, conservateur du musée de Pau, sur la Sculpture 
espagnole, qui vient à son rang dans cette féconde « Bibliothèque de 
l'enseignement des beaux-arts », toujours active depuis plus de trente 
ans, a devancé les travaux similaires entrepris de l'autre côté des 



— 47 — 

Pyrénées. On y trouvera une grande abondance de renseignements 
nouveaux, un classement d'ensemble des monuments du moyen âge, 
beaucoup plus nombreux qu'on ne le soupçonne, et de courtes mono- 
graphies aussi précises que possible des grands artistes de la Renais- 
sance et des temps modernes. Une illustration nombreuse et uni- 
quement formée de reproductions directes par la photographie, une 
bibliographie, un index alphabétique des noms d'artistes et surtout 
un index topographique des plus précieux, compris à la manière du 
Cicérone de Burckhardt, ajoutent grandement aux services que doit 
rendre cet excellent volume; et, après avoir félicité l'auteur, il convient 
de louer aussi l'éditeur, qui n'a rien épargné pour satisfaire la curio- 
sité la plus exigeante. 

25. ■ — M. Auguste Rodin est entré depuis longtemps dans l'immor- 
talité. Les volumes se multiplient sur l'artiste et sur l'œuvre; et ce 
grand sculpteur n'est pas moins prophète à l'étranger qu'en son 
pays. Tandis qu'un volume vraiment splendide s'annonçait en Bel- 
gique, un autre d'aspect plus simple,mais illustré de plus de cent gra- 
vures, paraissait en Allemagne, à Leipzig, dans la précieuse collec- 
tion de monographies artistiques éditées par M. Knackfuss. Le texte 
de M. Grautofï est tout débordant de lyrisme, d'ailleurs fort bien 
renseigné, et faisant la part très belle aux nombreux biographes et 
critiques du maître; mais ce qu'on ne saurait trop admirer, c'est une 
illustration choisie et exécutée avec un raffinement qui est la perfec- 
tion même. Evidemment la plupart de ces photographies, sinon 
toutes, ont été prises sous la direction de M. Rodin lui-même; elles 
sont toutes frémissantes de vie et de volupté. On sent trop souvent 
que l'art n'ira jamais plus loin, et l'on se demande non sans trouble 
si l'art doit aller aussi loin. 

26. ■ — Que l'on ne se méprenne pas au titre du hvre de M. Eugène 
Poiré : Les Monuments nationaux en Aîleinagne. Il ne s'agit pas de 
l'Allemagne d'autrefois, mais bien de l'empire allemand tel que l'a 
fait la guerre de 1870, et des monuments par lesquels le pangermanisme 
a voulu célébrer son triomphe, et préparer son avenir. Trois de ces 
monuments, la Walhalla de Ratisbonne, la Bavaria et la Ruhmeshallo 
de Munich, sont consacrés à la glorification en bloc, si l'on peut dire, 
du génie allemand; le quatrième, la Befreiungshalle (temple de la 
Délivrance) de Kelheim, commémore notre défaite à Leipzig et le 
déclin de Napoléon; les' autres, la statue d'Arminius, la colossale 
Germania, la colonne de la Victoire et le monument de Guillaume I^r 
à Berhn, enfin le monument de Frédéric III à Wœrth et la Geden- 
khalle (temple du Souvenir) de Gravelotte, doivent leur raison d'être 
aux batailles de 1870. Il y a, pour des Français, à lire ce travail précis 
et scrupuleusement impartial, une émotion par endroits assez poi- 



— 4<S — 

gnaiite et une leçon peut-être salutaire : l'iconographie guerrière a 
une vertu éducatrice qu'il serait dangereux de méet)nnaître. 

27. — Les Anciens Artistes- Peintres et décorateurs mulliousiens jus- 
qu'au xix^ siècle ont été étudiés et classés en une série de notes pré- 
cieuses, trop modestement qualifiées de « matériaux pour servir à 
l'histoire de l'art à Mulhouse», par M. Ernest Meininger, un des érudits 
qui ont le mieux célébré les gloires alsaciennes, le maître imprimeur 
à qui est dû ce chef-d'œuvre de typograpliie somptueuse, l'édition 
toute récente du Spéculum humanae salvationis. Le souvenir de la 
France est partout présent dans ces pages cômsacrées siu'tout à célé- 
brer l'industrie et l'art français; et lenomd'Ernest Meininger demeu- 
rera inséparable de celui des Koechlin, des Dollfus, des Engelmann, 
enfants illustres de Mulhouse,, et chers à no'ti'e pays. D'excellents 
tableaux généalogiques et historiques, des reproductions d'armoiries, 
de portraits et de compositions peintes ajoutent à la haute valeur 
documentaire de ce Uvre, pour lequel M. André Girodie, le savant et 
distingué directeur des Notes d'art et d'archéologie^ a écrit une affec- 
tueuse et substantielle Préface. 

28. — M. Alfred Prost a publié avec un luxe délicat et des soins 
de bibliophile le petit livre, tiré à cent exemplaires, où il nous raconte 
ses Souvenirs de Belgique et de Hollande^ souvenirs de deux- voyages, 
dont le second eut pour occasion la magnifique Exposition de la 
Toison d'Or, en 1907. Récit aimable mais trop sommaire, où j'aurais 
préféré ne point rencontrer, à propos de visites à des musées incon- 
testablement très. beaux, des allusions désobligeantes à l'adresse de 
notre Lou\Te, qui renferme tout de même assez de chefs-d'œuvre 
pour que nous puissions nous consoler de deux ou trois fâcheuses 
acquisitions. Un chapitre intitulé : Petite Œuvre de grand maître^ 
analyse minutieusement un dessin d'un artiste hollandais presque 
inconnu, Colyer, qui vécut 'dans la seconde moitié du xvii^ siècle. 
Il parait charmant ce dessin dont M, Prost est l'heureux possesseur; 
mais pourquoi n'en avoir pas joint à son texte une petite reproduction 
photographique ? 

29. ■ — • Un très bon Uvre encore dans cette collection des Maîtres 
de l'a-t, qui n'en compte vraiment que de très bons. C'est le Ghir- 
landaio de M. Henri Hauvette, un de nos italianisants les plus distin- 
gués, que la Sorbonne a reçu de l'Université de Grenoble. Le grand 
précurseur de Raphaël n'avait pas encore obtenu des historiens d'art 
toute la justice à laquelle il a droit. Bien que M. Steinmann, l'historien 
de la chapelle Sixtine, lui eût consacré, il y a quelques années, un tra- 
vail des plus estimables dans les Kiinstler-Monographien de Knack- 
fuss,il nous manquait l'étude méthodique et vraiment critique, présen- 
tant dans son milieu, parmi ses protecteurs et ses amis, cet admirable 



— 49 — 

portraitiste de la riche bourgeoisie florentine, des Médicis et de leur 
clientèle. On trouvera dans les pages de M. Hauvette, avec une con- 
naissance parfaite de l'histoire de Florence, de l'art et de l'humanisme 
dans la seconde moitié du xv® siècle, un sentiment très sobre et très 
juste de l'œuvre décorative de Ghirlandaio, et de sa situation unique 
parmi les créations si différentes des artistes contemporains, d'un 
Verrocchio, d'un Botticelli, d'un Léonard. D'excellentes gravures 
reproduisent ce qu'il est indispensable d'avoir vu d'un artiste qu'on 
ne peut d'ailleurs connaître qu'à Florence, comme on ne connaît 
Raphaël qu'à Rome. 

30. — Il me semble bien avoir parlé jadis, avec une sévérité un peu 
pédante, d'un livre de M. André Maurel : Petites Villes d'Italie. Un 
nouveau livre, qui continue le premier, me désarme; je l'ai lu avec une 
indignation joyeuse. Comment en vouloir à un pèlerin qui aime si 
frénétiquement ■ ce pays-là, ce cher pays, notre seconde patrie en 
deuil? Mais, grands dieux, quelle façon d'aimer! quels élans, quels 
rugissements, quelles pâmoisons ! C'est une critique d'art nouvelle, 
la critique pathologique. M. Maurel éclate de rire dans les rues de 
Parme, il palpite en pensant aux caresses de Pérouse, il traite Ra- 
venné de Messaline, Ravenne ! « Je suis ivre, éperdu, les membres 
brisés, la tête vide, à la fois exalté et morne, titubant et volant à ras 
de terre... Est-ce possible? Une telle magnificence fut-elle réalisée? 
(p. 123-124) ». Lisons encore les titres des chapitres : La Pariétaire, 
Le Labyrinthe, Le Vol nuptial. De ma barque légère. Les Muscles 
d'Hercule, L'Eléphant à la rose, Il faut laisser tomber les flots. Le 
Chant du Cygne... Cela signifie : Pavie, Plaisance, Parme, Modène, 
Bologne, Rimini, Terni, Orvieto... Et auprès de ces phrases épilep- 
tiques, et sous ces charades trop ingénieuses, il y a une vision nette 
et colorée des paysages, un sens très juste et très fin de l'histoire, 
un charme violent et singulier qui ne permettent point d'oublier ces 
descriptions. Rome s'entrevoit à la fin du voyage; Rome nous 
vaudra un troisième volume. Que sera-t-il? Je tremble !... 

31 et 3.i. — Les titres étranges, mystérieux, attirants, Ruskin en eut, 
tout le premier, le secret. La Hbrairie Hachette, qui vient de nous 
donner un admirable recueil de ses Pages choisies, recueil composé 
par M. Robert de la Sizeranne avec toute sa science et son goût le plus 
déHcat, et qu'il faut souhaiter vraiment de voir dans toutes les mains, 
nous donnait en même temps un de ses derniers et de ses meilleurs 
livres : Le Repos de Saint- M arc, fort bien traduit par M^e K. Johnston. 
C'est un Guide à Venise, mais un guide d'une poésie puissante et 
autoritaire. « Tout d'abord nous irons sur la Piazzetta; et là, à l'ombre, 
nous regarderons tout à notre aise les deux piliers de granit. » Telles 
sont les premières Ugnes de Ruskin. Et l'on obéit, et vous reconnaissez 
Janvier 1909. T.- CXV. 4. 



— 30 — 

là-bas ces i^iHiupcs de misses et de ladies absorbées dans la contem- 
plation, et qui méditent « le châtiment de Tyr ». Le chapitre suivant 
s'intitule : « Latrator Anubis », et vous y apprenez comment, dans 
un bloc de fromage de gruyère, vous pouvez ciseler un chapiteau 
byzantin. Et puis vous étudierez « Saint Jacques au profond courant », 
et « Saint Théodore, vendeur de chaises ». Mais il se trouve que, peu 
à peu, sous un flot d'éloquence âpre, originale, combative, et mêlée 
singulièrement des éclats de l'humour britannique, vous vous sentez 
pénétré par l'intelligence de Venise. \'ous avez regardé, raisonné 
avec Ruskin, vous comprenez avec lui; et avec quelle ardeur, 
quelle magnificence, quelle générosité d'âme ne sait-il pas 
comprendre, lui qui, ayant écrit sur Venise son chef-d'œuvre de jeu- 
nesse, un livre où rayonne l'aube de son génie, est revenu désabusé, 
meurtri et douloureux, mais plein de sérénité, pour visiter encore la 
reine de l'Adriatique et nous la montrer une dernière fois étincelante 
sous les rayons plus dorés du couchant ! 

33. — Dans ses yoin>elles Éludes sur l'histoire de l'art, M. Emile 
Michel nous fait partager, une fois encore, avec une bonté toute 
simple et une autorité affectueuse, les gains et les joies de sa longue 
expérience d'artiste et de savant. Après nous avoir, en des "livres 
splendides qui sont des modèles de méthode historique, initiés à la 
connaissance de deux des plus merveilleux génies qui aient illustré 
la peinture, Rubens et Rembrandt, il s'est proposé de nous conduire, 
pas à pas. le long des chemins qui mènent à l'intelligence de l'art. Sa 
grande étude sur la critique d'art et ses conditions actuelles peut être 
considérée, sous une forme absolument impersonnelle, comme une 
sorte de confession, le résumé d'une vie toute donnée aux beaux-arts. 
Les jeunes gens, un peu trop nombreux peut-être aujourd'hui, qui 
s'imaginent volontiers que pour avoir écrit quelques romans et 
quelques poésies, pour avoir pénétré dans quelques ateliers et fait 
un voyage d'Italie ou de Belgique, ils ont droit à leurs lettres de natu- 
ralisation dans la critique d'art, feront bien de méditer ces pages 
à la fois aimables et austères sur les devoirs et la conscience de l'his- 
torien. Le chapitre sur le Musée du Louvre, son organisation, ses 
richesses et ses lacunes, les progrès si faciles peut-être à réaliser avec 
un peu plus de méthode et de concorde, mériterait aussi de longues 
méditations. Plaidons tous avec ]\L Emile Michel contre la gratuité 
si faussement démocratique de notre grand Musée ! Deux des cha- 
pitres qui suivent, sur le Dessin chez Léonard de \'inci et sur les 
Paysagistes et l'étude d'après nature, nous offrent d'excellents 
exemples de cette critique dont nous étaient exposées tout à l'heure 
les conditions et les lois, ici plus savante, là plus familière. Enfin 
d'importants essais biographiques nous font connaître ces deux 



— 51 — 

illustres amateurs, Claude Fabri de Peîresc et Constantin Huygens, 
amis de Rubens et de Rembrandt, dont l'existence droite, active, si 
bien remplie, mérite d'être toujours imitée. 

34. — Le très beau livre de M. André Fontaine sur les Doctrines 
d'art en France, de Poussin à Diderot, nous fait assister à l'évolution 
de l'art français durant un siècle et demi; mais au lieu de nous expli- 
quer uniquement cette évolution, comme on le fait toujours, par 
les œuvres, c'est-à-dire par le dehors, il entreprend de l'expliquer 
par le dedans, par l'étude du milieu, des principes, des conceptions 
esthétiques de l'époque; étude qui doit permettre de rectifier et de 
compléter par endroits l'appréciation critique des œuvres. C'est un 
l'Vi'e nouveau. Non seulement il repose sur les plus abondantes lec- 
tures et l'utilisation de textes pour la plupart ignorés ou néghgés, 
mais il emploie un grand nombre de documents inédits, particuliè- 
rement tirés des correspondances d'artistes et d'amateurs. Les doc- 
trines d'art, depuis longtemps cultivées en Italie, n'apparaissent en 
France qu'avec Poussin; encore ne sont-elles pas codifiées, et, en 
dehors des lettres de l'admirable artiste, il faut recourir, pour les 
connaître, au curieux poème latin du peintre Du Fresnoy, et aux 
Entretiens de Félibien, jusqu'au moment où commencent, en 1667, 
les premières conférences de l'Académie de peinture, où Le Brun ne 
tarde pas à prendre une influence prépondérante. Cette influence de 
Le Brun, puis la réaction contre son autorité trop exclusive, les atta- 
ques de Perrault contre les anciens, la critique libérale de Roger de 
Piles, dont se rapproche le goût classique de Mariette, les préoccupa- 
tions esthétiques des amateurs et des théoriciens au début du xviii^ 
siècle, enfin l'apparition des critiques des Salons, qui ouvrent une 
ère nouvelle, voilà, dans ce livre si nourri de faits et d'idées, les points 
essentiels traités. On goûtera particulièrement l'étude développée 
sur La Font de Saint-Yenne, premier en date des critiques d'art, 
et sur l'évolution du goût qui aboutit à la critique de Diderot. L'excel- 
lent éditeur M. Laurens, a donné au travail de M. Fontaine la parure 
d'une illustration documentaire, qui s'harmonise en perfection avec 
ce texte ingénieusement érudit. 

35. — M. Couyba, rapporteui' du budget des Beaux-Arts à la Cham- 
bre des députés, a repris et développé sous forme de livre toute la 
partie générale et durable de son Rapport. C'est un fort bon plaidoyer 
pour « l'art li!)re dans l'Etat protecteur. » Étrange illusion, n'est-ce 
pas, d'imaginer, en un temps où l'action de l'État se substitue tou- 
jours plus à l'initiative individuelle, que l'art échappera seul a ia 
socialisation menaçante ! Mais les artistes sont les premiers à solliciter 
une protection, ce qui ne veut pas dire une direction, do l'État: et 
la solution de M. Couyba, largt ment libérale, serait parfaite si jamais 



— 52 — 

elle était appliquée dans les termes où il la propose. Tout ce qu'il nous 
dit de la décentralisation artistique et de la pédagogie esthétique 
ne peut qu'être approuvé par des esprits non prévenus; qu'il y ait 
des réformes indispensables à réaliser dans l'enseignement du dessin tel 
qu'il est donné au lycée,dans l'enseignement à l'Ecole des beaux-arts et 
à la Villa Médicis, personne ne le niera; seulement il n'est pas très 
facile de s'entendre sur les points à réformer. Mais la Société natio- 
nale de l'art à l'école, fondée en 1907 par M. Couyba, ne manquera 
point de prospérer, parce que l'idée en est aussi simple qu'excellente. 
Si l'on n'apprend pas grand'chose de nouveau dans les chapitres consa- 
crés au Conservatoire, aux théâtres et aux manufactures nationales, 
on lira certainement avec profit les pages où est traitée la question 
des musées de province et l'on s'associera de grand cœur aux sages 
déclarations finales sur la protection et la propriété artistique. 

36. ■ — C'est également un Rapport au public sur les beaux-arts 
qui fait l'objet de la nouvelle publication de M. Péladan; mais que 
l'on se rassure, ce rapport, sous forme de plaquette, n'a rien d'officiel, 
tout au contraire; ce qui ne signifie point que les conclusions en 
soient à dédaigner. Dans la querelle qui se continue toujours entre 
les anciens et les modernes, M. Péladan n'hésite pas : il est le champion 
des anciens; et l'on ne peut que l'applaudir lorsqu'il combat, avec 
des gestes parfois un peu solennels, contre nos petits barbouilleurs 
si satisfaits de leurs barbouillages, la lutte méritoire pour la discipline 
et pour l'idéal. André Pératé. 



OUVRAGES SUR LA MUSIQUE 

1. Giaduale sacrosaiictae Roinanae Ecclesiae. De temporeetde Sanctis; S. S. D. N. PU X. 
PontificLs maximi jiissu rcstitutuni et cditum; cui addita sunt festa novissima. Romae, 
typis Vaticanis, 1908, in-8 de 938 p. — 2. Le Chant de la sainte Église. Histoire^ 
théorie, pratique, par L. D. S. Paris, Poussielgue; Namur, Wfsmaël-Charlier, 
1908, iii-8 de x-272 p., 3 fr. — 3. Grammatica di canto gregoriano ; primo corso, 
nozioni fondamentali e pratica délie mélodie più facili, da A. Minetti. Roma, typ . 
Vaticai>a, 1909, in-8 de 82 p. — 4. Traité de prononciation romaine du latin, par 
Un religieux bénédictin. Montréal (Canada), Granger, 1907, in-12 de 15 p — 
5. Les Subdivisions binaires et ternaires en rythmique grégorienne et la Musica sacra 
belge, par l'auteur du « Psautier Vespéral 46 4 x 2. » Naraur, Picard-Balon, 1907, 
in-16 de 70 p., 1 fr. — 6. Organum comitans ad Cantus Gradualis 0. Paer, 
necessarios pro diebus dominicis et jestivis, necnon pro plurimis aliis diebus in quitus 
or"anum pulsari licet,SLUCiov&-P.BRvyoNE M. Hespers. Ejusd. ord.Venlo '^Hollande), 
in conventu « Trans Cedron », 1908, gr. in-8 de 224 p. — 7. Carmina scripturarum , 
scilicet, antiphonas et responsoria ex sacro Scripturae fonte in libros liturgicos Sanctae 
Ecclesiae Romanae derivata, edidit Carolus Marbach. Argentorati, X. Le Roux, 

" 1907, gr. in-8 de 165*-596 p., 10 fr. — 8. Cent Motets du xiii"^ siècle, publiés 
d'après le ms. Ed. IV. 6. de Bamberg, par Pierre Aubry. Reproduction photo- 
typique de l'original, 64 folios. Paris, A. Rouart et LeroUe; Paul Geuthner, 1908, 
.150 fr. 



— 53 - 

1. — Le Graduelle de l'édition vaticane vient de voir le jour. Les 
reproductions se font de tous côtés. Ont déjà paru les éditions des 
maisons Desclée, Pustet, Schwann, etc. Il faut nous borner à signa- 
ler celle des bénédictins de Solesmes avec signes rythmiques. Une 
Note ajoutée à l'édition typique fait remarquer la légitimité de ces 
adjonctions, et des nouveaux signes employés. Tous, en effet, sont 
détachés des notes. Lin examen attentif nous autorise à croire que la 
même composition typographique a servi pour les deux éditions, sans 
signes et avec signes, sorties des presses de la maison Desclée; ce 
qui garantit Inobservation parfaite du décret de la S. C. des Rites qui 
permet l'adjonction de signes. 

2. ---« Ouvrage très intéressant, écrit avec beaucoup de méthode, 
cachant une belle érudition sous une grande simplicité, et très propre 
à inspirer l'amour de notre sainte Liturgie. « Ainsi parle M. l'abbé 
0. Pierre, en rendant compte à Mgr de Namur du Chant de la sainte 
Église. On ne peut qu'applaudir à ce jugement. A proprement parler, 
il n'y a rien de nouveau dans ce livre, mais ce qui a été dit jusqu'ici 
sur YHistoire, la Théorie et la Pratique du chant grégorien y est 
résumé simplement et suffisamment. L'auteur a beaucoup lu et bien lu; 
les sources principales où il a puisé sont indiquées à la fin de chaque 
chapitre. Puisse ce travail atteindre le but que se propose le pieux 
auteur : « Exécuter le chant de l'Église aussi parfaitement que pos- 
sible, en fécondant notre étude par l'amour qui doit être notre pre- 
mier mobile )> ! 

3. — La Grammatica di canto gregoriano contiendra trois parties. 
Le premier cours, le seul paru, comprend solfège, lecture des notes, 
et application au texte. L'enseignement est simple, progressif ; cepen- 
dant il manque de précision et de netteté. Il faut attendre la fin de 
cette petite grammaire pour en porter un jugement définitif. 

4. — Le petit Traité de prononciation romaine du latin est tout à 
fait pratique. En quinze pages, il donne la prononciation des voyelles, 
des diphtongues et des consonnes. Il nous vient du Canada; c'est 
dire qu'il s'adresse à des Français voulant parler le latin comme en 
Italie. 

5. — Les Subdivisions binaires et ternaires en rythmique grégorienne 
existent-elles.^ Non, dit la Musica sacra de Namur, en attaquant 
l'école dite néo-solesmienne, qui enseigne, note et pratique ces sub- 
divisions. Un vieil abonné de la Musica perd patience, et prend en 
main la cause de Solesmes. Le piquant de sa brochure, c'est qu'il 
démontre, au moyen de nombreux textes, que la Musica elle-même, 
et tous les amis qu'elle invoque pour soutenir sa thèse, ont toujours 
enseigné ces subdivisions, et que, par conséquent, ils sont, malgré 
eux, d'accord avec l'école qu'il condamnent. Alors, pourquoi cette 



— 54 — 

animation, cette guerre contre Solesmes? On peut voir la réponse de 
l'auteur dans son travail. En appendice, M. l'abbé P. ajoute un excel- 
lent article du R. P. Dom Waedenschwiller, paru dans la Chiirch 
Music de Philadelphie, sur l'état présent du plain-chant en Europe. 
La théorie et la pratique du chant grégorien à Appuldurcombe- 
Solesmes y est appréciée avec les plus grands éloges. 

6. — On sait que les dominicains ont un Graduel dont le chant 
s'écarte légèrement des mélodies traditionnelles de l'Église romaine. 
Le R. P. B. Hespers a essayé d'appliquer un accompagnement — 
Organum comitans — à quelques-uns de ces chants : Alléluia^ Tractas, 
Kyrie, etc. La légèreté et la discrétion sont les qualités qui' distin- 
guent ce travail. Il y aurait de nombreuses réserves à faire au sujet 
du rythme. 

7. — Depuis longtemps on désirait un répertoire fournissant l'ori- 
gine exacte des différentes pièces liturgiques, antiennes, répons, 
versets, en usage dans nos offices; jusque-là cette indication n'était 
donnée que dans le Missel romain, et encore d'une manière très incom- 
plète; les autres livres. Bréviaire, Rituel, Pontifical, ne contiennent 
là-dessus aucun renseignement, Les Cannina Scripturarum sont desti- 
nées à combler cette lacune. Ils nous donnent la source de toutes les 
pièces liturgiques chantées, tirées de la sainte Écriture, et, cela, dans 
l'ordre même des Hvres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Une 
table alphabétique, placée à la fin du volume, offre la facilité de 
trouver en quelques instants le texte cherché. Une longue et intéres- 
sante Introduction se trouve en tête de l'ouvrage. L'auteur ne se 
contente pas de nous faire comprendre l'utilité de son œuvre et de 
nous en donner la clef; dans une suite de chapitres, il passe en revue 
les livres de la sainte Écriture mis à contribution, les variantes des 
textes liturgiques empruntés à l'ancienne italique; il fait remarquer 
les modifications qu'ils subissent soit à cause de leur adaptation à 
telle ou telle fête, soit afin de les rendre plus aptes à recevoir une 
mélodie et plus faciles à chanter. Partant de là, il n'a pas de peine à 
nous montrer la supériorité des anciens offices sur les nouveaux : les 
compositeurs récents paraissant ignorer qu'un office est fait, avant 
tout, pour être chanté, et mettant souvent à la torture ceux qui doi- 
vent adapter une mélodie à leurs textes. Puis chacune des pièces litur- 
giques • — antiennes, versets, répons, traits • — est étudiée séparément 
avec le rôle qu'elle joue à l'office' ou à la messe; l'auteur nous trace 
le caractère de ces morceaux, leur vrai sens, ne craignant pas de faire 
justice des idées fausses qui ont cours à cet égard. Tout au plus pour- 
rait-on contester une explication du rôle des versets : l'auteur vou- 
drait souvent les rattacher, comme préparation aux prières qui les 
suivent, tandis qu'à notre avis, dans l'ofiice monastique, les versets 



— 55 — 

qui suivent les capitules des Petites- Heures y jouent le même rôle 
que les répons, les graduels ou les traits après les leçons de matines 
ou les prophéties des messes des Quatre-Temps ou du Samedi saint. 
Un appendice contient les chants tirés des écrits des frères de l'Eglise; 
et l'auteur nous laisse entrevoir la publication d'un supplément destiné 
aux chants tirés des Actes des saints. Nous ne pouvons qu'applaudir 
à la publication d'un tel ouvrage. 

8. • — L'ouvrage de M. P. Aubry est un livre de luxe dans lequel 
l'élégance de la forme ne nuit point à la solidité du fond. La musi- 
cologie médiévale est comme son domaine : on sent qu'il est chez lui 
et à l'aise. Il n'y a pas longtemps, il éditait du Roman du Fauvel les 
interpolations musicales contenues dans un manuscrit unique de la 
Bibliothèque nationale de Paris. Aujourd'hui, c'est le manuscrit 
Ed. IV. 6. de la Bibliothèque royale de Bamberg qui a les honneurs 
de l'impression. Tous ceux qui se sont occupés du Motet du moyen 
âge connaissaient ce fameux codex. On en a étudié le texte, mais le 
philologue est peu généralement doublé d'un musicien. M. Aubi^y prend 
le manuscrit et dans un premier fascicule nous en donne un fac-similé 
phototypique intégral :128 pages, grandeur de l'original, sans oublier 
même les deux plats de la reliure qui témoignent sans doute de l'entrée 
du manuscrit au Chapitre de Saint-Pierre de Bamberg en 1611 (ce 
sont évidemment les armes du donateur qui ornent le deuxièmeplat). 
Un second fascicule : c'est la transcription en notation moderne et 
la mise en partition des mélodies du manuscrit, quelque peu énigma- 
tiques dans leur forme originale pour le lecteur non averti. L'auteur 
s'est tiré avec honneur des difficultés qui hérissent un tel travail, 
mais il a dû traverser, musicien, quelques heures pénibles. Car tout 
est loin d'être musical, au moins pour nos modernes oreilles, dans 
ces pièces qui ont pourtant joui, il y a sept siècles, de la vogue popu- 
laire, à en juger par les éloges décernés à certains de leurs auteurs 
par les contemporains. • — Nous ferons ici une réserve au point de 
vue typographique : on n'a tenu, semble-t-il, aucun compte des exi- 
gences du texte généralement admises, lorsqu'il s'est agi de couper 
les mots pour les mettre sous leur musique : on a écrit o- bitum, tran- 
situm (p. 4), inte-ritum, prete-ritum(p. 17), i-nimicum (p. 97), etc. 
on n'a pas manqué une occasion de mal faire. Il y a aussi quelques 
erreurs : p. 16, on lit : mens inmiindicia pour in mundicia\ p. 25, à la 
partie de motet, nous relevons une correction qui est peut-être justi- 
fiable, mais n'est pas expliquée : la douce blonde au vis cler; le manus- 
crit porte : la doucete au vis cler; p. 40, le ténor Portare a été omis. 
Ce ne sont là que légères défaillances. Le troisième fascicule s'ouvre 
par une étude historique du motet, son origine et son développement. 
Puis, un à un,M. P. Aubry reprend tous ses textes,et nous donne en quel- 



— 5G — 

que sorte leur état-civil respectif : les éditions dont chacun a été robjet, 
l'indication de sa tonalité (c'est souvent un casse-tête de la dégager 
dans des œuvres qui paraissent faire précisément état d'indécisio» 
tonale !), celle du mode rythmique, l'identification du ténor, et enfin 
les particularités qui ont frappé l'éditeur et que ses vastes connais- 
sances du sujet lui ont permis à la fois de découvrir et de mettre en 
lumière. \'oilà un livre qui ne sera pas à refaire mais que beaucoup 
trouveront un peu cher. 0. M. B, 

{A suii're.) 

THÉOLOGIE 

Enrhiridioii symboloriini, définit ioniiiwi et déclaration 
niini de rcbiis tidei et moriim, auclore Henrico Dexzingbr. 
Edilio fiecima. emendaia el aucta, quam paravit Clemrns Bannwakt, 
S. J. Friburgi Brisgoviae. Herder, f908, in-8 de xxvii-628 p. — Prix ; 
6 fr. 25. 

C'est en 1854 que Denzinger publia son Enchiridion. Sous une forme 
modeste, mais commode et pratique, c'était un répertoire des prin- 
cipaux documents dont les étudiants de théologie ont continuelle- 
ment besoin : sj^mboles de foi, définitions conciliaires, décisions 
dogmatiques des Papes et des congrégations romaines, c'était presque, 
avec bien des lacunes évidemment et des imperfections, l'ensemble 
des textes officiels, au moins les textes de valeur et de portée générale, 
ayant rapport à la foi et aux mœurs. 

Aussi l'ouvrage eut-il un éclatant succès. Il devint classique dans 
l'enseignement de la théologie. Neuf éditions se succédèrent dans le 
cours d'un demi-siècle. Tant que l'auteur vécut, il ne cessa de travailler 
pour le mettre au point, en y insérant les décisions nouvelles, en per- 
fectionnant çà et là le texte, en ajoutant quelques documents jusque-là 
négligés. Après sa mort, 19 juin 1883, le professeur Stahl prépara 
la septième édition, 1895. 11 corrigea quelques erreurs, fit quelques 
améliorations, ajouta dans un supplément quelques pièces qup Den- 
zinger n'avait pas recueillies. Mais, dans la refonte, les fautes d'impres- 
sion se multiplièrent, qu'on fit disparaître peu à peu dans les éditions 
subséquentes. L'ouvrage avait été publié à Wurzbourg, où Denzin- 
ger enseignait. La maison Herder, de Fribourg, maintenant célèbre 
dans, le monde entier par ses belles et nombreuses publications théo- 
logiques, en acquit la propriété, il y a quelques années, et, Stahl étant 
mort à son tour, demanda au P. Clément Bannwart, de la Compagnie 
de Jésus, de préparer une édition mieux adaptée et plus au courant. 
C'est presque un nouveau livre que nous offre le nouvel éditeur; c'est 
du moins un li"\Te d'aspect tout nouveau, moins élégant et plus mas- 
sif, mais combien plus riche et plus savant, combien plus critique ! 

Dans le titre même, un mot a été ajouté, pour mieux faire entendre 



que, avec des symboles et des définitions, il y a dans le livre des docu^ 
ments où il ne faut voir que des déclarations ou explications. 

Le principal souci du nouvel éditeur a été de donner un texte sûr 
et correct. 11 a donc collationné les textes avec les sources imprimées; 
il a comparé les éditions diverses; il indique avec soin où il a pris ses 
textes et, presque toujours, il indique plusieurs sources des plus con- 
nues, afin que les étudiants puissent facilement recourir au contexte. 

Quelques documents ont été omis, soit qu'ils fussent d'origine ou 
de valeur douteuse, soit qu'ils eussent peu d'importance. On a notam- 
ment allégé le livre de ces longiies explications sur les mariages mixtes, 
dont plusieurs faisaient double emploi. Mais il y a surtout des addi- 
tions nombreuses. Il faut signaler en particulier les pages sur le sym- 
bole des apôtres, beaucoup plus précises et plus critiques que celles 
des précédentes éditions. On y trouve même les actes les plus lécents 
de Pie X, jusqu'à l'encyclique sur le Modernisme. 

Outre ce soin des textes, l'éditeur n'a rien négligé pour rendre l'ou- 
vrage plus pratique et de maniement plus facile. Des titres courants 
indiquent, à gauche, les noms et dates des Papes et des Conciles, à 
droite le document. Les textes bibliques cités sont en italiques, et si la 
citation est textuellement conforme, à la Vulgate (ou aux Septante), 
ils sont entre guillemets. Les mots les plus importants sont en carac- 
tèi*es espacés. Des renvois marginaux, fort bien combinés, permettent 
de se référer, à propos d'un texte, à tous les textes sur la même ques- 
tion. Enfin à la table systématique qui a été remaniée et rendue plus 
commode, a été jointe une table alphabétique que tout le monde regret- 
tait de ne pas trouver dans les précédentes éditions. Le P. Bannwart 
demande à tous ceux qui profiteront de ce travail de remercier avec 
lui tous ceux qui l'ont aidé à le rendre plus utile. Nous commencerons 
par le remercier lui-même de n'avoir épargné ni temps ni peine pour 
nous mettre entre les mains un ouvrage si commode. 

J.-V. Bainvel. 



De g;ratia C^iivieitî. ln-i-2 partem Snmmae Iheologicae S. Thomnf Aqiii- 
natis a q. CIX ad q. CXIV, auctore Hichardo Tabarbli.i. Rooiae, BreL- 
schueider, 1908, in-8 de xii- 533 p. — Prix : 7 fr. 50. 

^ Bon traité de la grâce dont,- sans doute, ont bénéficié tout d'abord 
les élèves du Séminaire pontifical, et qui peut rendre service à d'autres. 
C'est clair, c'est didactique avec divisions nettes, titres et numéros 
multipliés, marche uniforme : tout ce que l'on demande dans un 
manuel. L'auteur est très affectionné à saint Thomas, et le cite 
beaucoup. Mais il g-arde son allure à lui et son indépendance. Il ne 
s'inféode à aucun système; mais il expose les opinions, et dit modes- 
tement ses préférences. Il est ferme pourtant contre la prédétermina- 



— f]8 — 

tion physique,qu'il tient pour incompaLiblo avec la liberté. Sans blâmer 
la division, devenue commune, en grâce sanctifiante et grâce actuelle, 
il lui en préfère une autre, qui se rapproche davantage de saint Thomas, 
mais qui laisse trop dans l'ombre la distinction capitale entre Vêtre 
surnaturel et Vacte surnaturel. L'auteur n'est pas un penseur person- 
nel, comme Schifllni ou Billot; mais c'est un bon professeur. 

J.-V. Bainvel. 

SCIENCES ET ARTS 

Annuaire pour l'an 1909, publié par le Bureau des longitudes. 
Paris, Gauthier-Villars, in-16 de vi-7iO + A. 116 + B 57 + G H + D 47 ; en 
tout 947 p. — Prix : 1 fr. 50. 

Le millésime étant impair, l'Annuaire des longitudes est muet cette 
année sur la physique et la chimie, mais contient, de plus qu'en 1008, 
les tableaux concernant la métrologie, les monnaies, la géographie 
et la statistique, la météorologie. Il donne également les tables pour 
le calcul des altitudes barométriques, les étoiles variables à période 
connue, les parallaxes d'étoiles, les étoiles doubles télescopiques et 
spectroscopiques, les mouvements propres, la spectroscopie stellaire. 
D'autre part la gnomonique, la physique solaire et le tableau des 
petites planètes ont été renvoyés à l'Annuaire pour 1910. — ■ Une éclipse 
totale de lune, en partie visible à Paris, est prévue pour les 3 et 4 juin, 
et, pour les 17 et 18 du même mois, une éclipse totale de soleil, mais 
invisible à Pai'is. 

Ariùvons aux Notices. 

Elles sont au nombre de trois, dont la dernière, C, très courte, est 
formée de la publication de deux discours prononcés aux funérailles 
de M. Jansen, l'un par M. Radau, au nom du Bureau des longi- 
tudes, l'autre par M. Deslandres au nom de l'Observatoire de Meu- 
don et de la Société d'astronomie. 

La notice A, due à M. Bigourdan, a pour objet les Étoiles variables. 
11 y en a de bien des sortes. Les unes sont temporaires; on les ap- 
pelle souvent Noi'œ: d'autres sont à longue ou à courte période. Il en est 
qui sont dites à fluctuation^ dont l'éclat varie fréquemment sans loi 
apparente, comme a d'Orion, a de Cassiopée. Enfin, certaines étoiles 
à éclat habituellement fixe, subissent périodiquement une extinction 
momentanée, ime sorte d'éclipsé : telle .,Abgol (8 de Persée). Ces varia- 
tions, de formes si différentes, tiennent aussi à des causes très diverses 
qu'on ne peut guère, jusqu'ici, que soupçonner. Cependant il en est, 
comme cette dernière, qui paraissent devoir leur variabilité aux pas- 
sages devant elles d'un compagnon obscur de même volume, tournant 
comme elles autour de leur commun centre de gravité, et dans une 
orbite « dix fois plus étroite que celle de Mercure autour du Soleil ». 



— 59 — 

II est d'autre cas où un astre lumineux gravite autour d'un astre 
relativement obscur, mais un peu plus grand, comme il arrive pour 
fi de la Lyre. Parfois les causes de variation d'éclat sont intérieures 
à l'astre, provenant de révolutions ou do tourmentes dont il serait 
le théâtre, comme celles que révèlent les taches de notre soleil. T)ans 
les amas, ces groupes de nombreuses étoiles très rapprochées, les varia- 
bles sont particulièrement nombreuses. Beaucoup d'étoiles se révè- 
lent avec une densité très faible, inférieure à celle de notre air 
atmosphérique. 11 arrive même que ces soleils vaporeux et très rap- 
prochés se compénètrent mutuellement, d'où des modifications pro- 
fondes de leur éclat en des temps très courts ! L'auteur conclut que 
notre système solaire, comprenant un astre central avec des planètes, 
comparativement à lui minuscules et gravitant autour de lui en des 
orbites presque circulaires, est bien plutôt, dans l'univers, l'exception 
que la règle. 

Dans la notice B., M. Ch. Lallemand s'occupe des Mouvements et 
déformations de la croûte terrestre, comprenant les Marées de Vécorce, les 
exhaussements et affaissements séculaires du sol, et les altérations 
lentes du géoide. — La double attraction du soleil et de la lune qui sou- 
lève les marées océaniques, exerce aussi son action, bien que d'une 
manière infiniment moins apparente, sur la partie solide de la super- 
ficie terrestre. Ces sortes de «marées du sol » se manifestent par les 
déviations et oscillations de la verticale que, à l'aide d'instruments 
d'une extrême précision, l'on parvient non seulement à constater 
mais à mesurer, et en précisant la part de l'action du soleil, celle de la 
lune, et celle, étrangère à cette double action, des massifs monta- 
gneux. — Les marées « de l'écorce » sont des mouvements périodiques; 
Notre globe est sujet en outre à des déformations permanentes pro- 
duites par le lent refroidissement du noyau igné intérieur qui, du fait, 
se contracte, et que suit, dans ses retraits, l'écorce qu'il supporte. 
Or, par là même, et par la suite de longues séries de siècles, notre 
sphéroïde tend vers la forme d'un tétraèdre régulier, le solide qui 
comprend le plus petit volume sous une surface donnée. Ce tétraèdre 
aurait les trois sommets de sa base dans l'hémisphère boréal et son 
quatrième sommet au pôle austral. Aux faces du tétraèdre corres- 
pondraient les dépressions océaniques et celles de la mer arctique; à 
ses sommets, des points pris, en l'hémisphère nord, dans les massifs 
des Alpes,des Himalayas et des Montagnes Rocheuses, et le quatrième 
au continent polaire antarctique. Les différences dans la vitesse de 
rotation entre les protubérances boréales et les parties australes, ont 
déterminé une sorte de torsion par suite de laquelle les continents 
de l'hémisphèi-e sud ont été rejetés vers l'est comparativement aux 
l'ontinents de l'hémisphère boréal, en même temps que se produisait 



— HO — 

\mo bi'isiir<^ représentée aujourd'hui par co qu'on appelle les fosses 
méditerranéennes (a^olfe du Mexique, mer Méditerranée, golfe Per- 
sique, mers de la Sonde, etc.). 

Il va de soi que ces deux notices entrent dans tons les détails et les 
calculs que comportent les développements de ce qui n'est ici 
qu'indiqué, et dans lesquels ne saurait entrer un simple compte 
rendu. C. de Kirwan. 



LITTERATURE 



Etymologisehes 1¥ûrtei*l>ucli der Sranzosiciclieu Spraelie, 

von GusTAV KÔRTING. Paderborn, F. Schôningh, 1908, iii-8 de ii-414 p. — 
Prix : 13 fr. 75. 

M. Gustave Kôrting est un des meilleurs romanistes de l'Allema- 
gne; et, pai*mi les langues romanes, le français a particulièrement 
attiré son attention. Voilà de longues années qu'il publie avec M. 
Kosch^^^tz une Zeitschrift jïir jranzôsische Sprachennd Literatnr; il est 
également l'éditeur de Fnmzosischc Shidien gémn'alement estimée. 
Le nouvel ouvrage qu'il nous donne et que nous annonçons ici est un 
nouveau titre à la reconnaissance de ceux qui étudient le français. 

Ce dictionnaire étymologique de la langue française, dans lequel 
l'auteur a eu principalement en vue les mots de la langue moderne, 
n'est pas une œuvre de discussion scientifique comme le grand 
LateinischromanischesWôrterlnich dont le succès s'est affirmé récem- 
ment par une troisième édition. Ici, M. Korting, visant un but essen- 
tiellement pratique, s'est efforcé d'être concis, clair et précis et s'est 
interdit d'apporter la preuve des étymologies qu'il propose. Pour les 
cas qui lui ont paru plus délicats et plus propres à prêter matière à 
contestation, il renvoie simplement le lecteur au grand travail auquel 
nous venons de faire allusion. On trouvera donc ici simplement pour 
chaque mot français : d'abord sa traduction en allemand, puis 
son étymologie certaine, probable ou douteuse. 

M. Kôrting déclare, dans un court Avant-propos, qu'il a écarté — 
et il a eu raison — étant donné le caractère purement pratique de son 
livre — les expressions dialectales, les termes d'argot, les vocables 
d'un usage purement scientifique. Peut-être aurait-il pu en écarter 
également des termes qui ne sont que la transcription pure et 
simple des mots latins et dont l'étymologie, par suite, ne saurait faire 
doute pour toute personne un peu cultivée, comme pareafis. 

D'une autre' part, tandis que l'on rencontre dans ce dictionnaire 
d'assez nombreux vocables d'un usage fort peu courant, l'on pourrait 
s'étonner de n'y point trouver d'autres mots que l'on est appelé à 
rencontrer plus fréquemment dans ses lectures. Cela n'empêchera 
pas le livre de M. Korting d'être consulté très utilement et nous 



- 61 — 

espérons bien que l'accueil qui lui sera fait par le public amènera 
l'auteur à nous donner bientôt une nouvelle édition, perfectionnée 
encore, de cet instrument d'étude fort commode. 

Nous ne pouvons nous empêcher, en terminant, de regretter que 
nos romanistes français laissent à ceux d'Outre-Rhin la tâche d'exé- 
cuter de semblables travaux. E.-G. h. 



lies Grands Kcri vains de la France, mémoires de Saint- 
Simon. Nouvelle éditiou coUatiounee sur le manuscrit aulographe, etc., 
avec noies et appemlices, par A. db Boislisle et L. Legestrk. T. XX. 
Paris, Ilachetle, 1908, iii-8 de 1-637 p. — Prix : 7 fr. 50. 

On ne peut assez louer l'édition des Mémoires de Saint-Simon publiée 
par M. A. de Boislisle dans la collection des Grands Ècriçains. C'est 
une véritable encyclopédie, un trésor de renseignements : il est, à 
l'heure actuelle, impossible de traiter quelque question que ce soit du 
XVII® siècle, sans se reporter d'abord à cette publication. Nous en 
avons présentement le XX'î volume -(t. VIII de l'édition Chéruel) qui 
embrasse les années 1710 et 1711. Ce sera le dernier qui paraîtra 
sous le nom de M. de Boislisle : voici quelques mois qu'il a été enlevé, 
laissant une œuvre immense et malheureusement inachevée; il n'aura 
pas eu la joie de couronner l'entreprise à laquelle il avait consacré 
les dernières années de sa vie. La notice, placée en tête du tome XX 
des Mémoires de Saint-Simon, en même temps qu'elle déplore la mort 
d'un éditeur si savant et si consciencieux, annonce que son œuvre sera 
continuée. Depuis longtemps déjà, M. Lecestre était le collaborateur 
de M. de Boislisle; la publication sera reprise par lui dans le même 
esprit et avec la même méthode que lorsque M. de Boislisle y présidait 
lui-même. Son fils, M.Jean de Boislisle, archiviste paléographe, éditeur 
des Journaux du Conseil pour la Société de l'histoire de France, colla- 
borera à l'entreprise : l'étonnant jeu de fiches, où l'éditeur de Saint- 
Simon avait fait, pour ainsi dire, entrer tout le xvii° siècle, pourra 
ainsi être mis à profit. 

Le tome XX des Mémoires de Saint-Simon ne le cède en rien aux 
précédents pour l'intérêt du texte, la documentation sûre et minu- 
tieuse des commentaires et des notes, le choix de's appendices : on 
y trouvera des détails sur la rébellion du cardinal de Bouillon, sur la 
lettre insolente au Roi (à ce sujet Saint-Simon se livre à une discus- 
sion juridique du plus haut intérêt). Nous devons signaler aussi, 
comme particulièrement attachant, tout le récit, dramatique au plus 
haut point, des derniers événements de la guerre de succession d'Es- 
pagne : revers de Phillippe V, envoi du duc de Vendôme dans la pénin- 
sule, enfin victoire de \'ilIa-Viciosa. 'Notons également les intrigues 
nouées à la Cour contre l'auteur, et, pour l'histoire intérieure du 



— 62 — 

royaume, los pages où Saint-Simon, traitant du nouvel impôt du 
dixième, se montre plus âpre et plus fougueux pamphlétaire que 
jamais. 

Les Appendices sont, à rordinaire,aussi précieux que le texte même. 
On y peut trouver toutes les lettres do félicitations échangées entre 
les deux Cours, lors de la victoire : celles de la reine Marie-Louise 
d'Espagne, notamment, sont charmantes d'esprit et de grâce, sans 
apparat ni solennité. — A propos de l'impôt du dixième, nous signa- 
lons une histoire rétrospective de cet impôt nouveau qui souleva l'indi- 
gnation générale; on retrouvera dans ces quelques pages la méthode 
sûre et l'érudition avertie du savant éditeur de la Correspondance des 
contrôleurs généraux. Robert Burnand. 

HISTOIRE 

Histoire des conciles, d'après les documents oyigi7mux,\)a.T Charles- 
JosBPH IIefele. Trad. de l'allemand par Un religieux bénédictin de 
Sainl-Michel de Farnborough. T. II. !'■<' partie. Paris, Letouzey el Ané, 
1908, in-8 de 646 p. — Prix : 7 fr. 50. 

La grande entreprise de la traduction de l'Histoire des conciles de 
Hefele se poursuit rapidement : en moins de deux ans, voici déjà 
la première partie du tome II, partie qui est à elle seule un gros volume. 
Elle comprend la période qui va du deuxième concile œcuménique 
(Constantinople, 381) inclus à la veille du concile de Chalcédoine. 
L'hérésie des pneunaatomaques, le nestorianisme, les débuts de la 
querelle monophysite, en Orient, en Occident le pélagianisme et le 
développement de la hiérarchie et du droit canonique, tels sont les 
principaux problèmes abordés dans les assemblées conciliaires de 
cette période. La traduction est toujours fidèle et claire. Selon le 
plan antérieurement adopté, Dom Leclercq accompagne le texte d'He- 
fele, partout respecté, d'une très copieuse annotation qui le complète, 
l'explique, le contredit parfois, et en met à jour les indications biblio- 
graphiques. Quelques-unes de "ces lu^tes ont l'ampleur de petites 
dissertations. J. 



Correspondance générale de Carnot, publiée avec des notes 
historiques et bio^raptiiques par ÊriiiNNB Charavay. Tome l\. Novembi-e 
i793-Ma>s 1795. Paris, Imp. uatiouale ; Leroux, 1907, gr. in-8 de ix-So3 p. 
— Prix : 12 fr. 

Si le plan conçu par le regretté Ét.Charavay pour la publication 

de la Correspondawe de Carnot et suivi par lui dans les premiers 

volumes parus, avait pu être exécuté, il nous aurait mis en possession 

d'un recueil de premier ordre, non seulement pour la biographie de 

L. Carnot, mais pour toute l'histoire militaire de la Révolution. Ce 

ne sont pas seulement les minutes de la main de Carnot, les arrêtés 



- 63 - 

du Comité de salut public, signés de lui qu'il publiait, mais toutes les- 
lettres importantes des généraux ou des représentants du peuple 
en mission, adressées à Carnot, ou leurs réponses à ses ordres, ou la 
correspondance du ministre de la guerre. Un ordre chronologique 
rigoureux, des notes explicatives, des biographies très précises, ren- 
daient la lecture du recueil aussi intéresssante que celle d'un livre 
sur ces campagnes. 

Les 224 premières pages du volume I\'contenant la correspondance 
de Carnot du 11 brumaire au 10 frimaire an II, préparée par Et. Cha- 
ravay et publiée telle qu'il avait l'intention de nous la donner, font 
encore plus regretter rinterrupti(m de ses travaux. Elles ont trait, 
en effet, à la première réorganisation des armées, tentée par le Comité 
de salut public, à la mise en mouvement des armées du Nord, du 
Rhin et de la Moselle, à la correspondance avec leurs nouveaux chefs: 
Jourdan, Pichegru et Hoche, à l'importante affaire de Watignies, 
à l'échec de Kaiserslautern, et aussi à la tentative des Vendéens sur 
Granville (p. 149) et aux opérations du siège de Toulon (lettre de 
Marescot, p. 178). 

L'on y remarque les détails les plus précis sur la misère des armées 
(p. 40, 53, 57, 59), sur leur indiscipline (p. 137. Hoche, p. 68), sur 
!a faiblesse des effectifs réels (p. 201), sur l'impopularité des premiers 
aérostiers militaires (p. 24). 

La correspondance de Hoche révèle déjà sa largeur de vue, le souci 
de défendre ses officiers calomniés (p. ex. Hédouville, p. 33). De 
même, celle de Turreau, général en chef de l'armée des Pyrénées 
orientales (p, ex. pour défendre Dagobert, p. 56), qui flétrit le rôle 
désorganisateur du représentant en mission Fabre (p. 59). 

En revanche, jamais l'esprit sectaire du ministre de la guerre Bou- 
chotte n'a été mieux démontré que par la publication de ses 
lettres où il dénonce tous les officiers ci-devant nobles (p. 75), où il 
reproche à Hoche de dire : « nos soldats >^ au lieu de dire les soldats 
de la nation (p. 85 et 105), où il réclame les « 10.000 paires de souliers 
des fainéants de Strasbourg '> {]\ 155), où il dénonce ou fait dénoncer 
des généraux (85, 205). 

Parmi les notes explicatives, il y aurait à citer celle sur Saint-Just 
(p. 7), sur Augereau (p. 60). 

Le successeur désigné pour continuer l'œuvre de Et. Charavay, 
M. S. Mautouchet, publie dans les six cents dernières pages du volume, 
toute la correspondance de Carnot jusqu'à sa sortie du Comité de 
salut public, soit jusqu'au 15 ventôse an 111 (5 mars 1795). Il a fallu, 
pour avancer aussi vite, renoncer au plan primitif, et restreindre 
la publication aux seules lettres du Comité de salut public se rapportant 
aux afi'aires militaires, écrites ou signées de la main de Carnot, et à 



— 64 — 

qm'lciiu'S autres lettres fort importantes adressées personnellement 
à Carnol. Encore lorsqu'il s'agit de la correspondance avec les repré- 
sentants eu mission, une très brève analyse supplée au texte intégral 
publié, il est vrai, dans le Recueil des actes du Comité de salai public 
de M. Aulard (T. XIII et XIV). Peu ou point de notes explicatives, 
plus de ces notices historiques ni biographiques qui eussent été si 
importantes pour cette période où les grands commandements sont 
changés, où les armées sont remaniées et prennent d'antres noms. 
Pourquoi appeler Jourdan, général en chef de l'armée de la Moselle, 
le 2l> juin 1794, et ne parler de l'armée de Sambre-et-Meuse qu'à 
partir du 5 juillet? Qui se doutera dos disgrâces momentanées de 
Hoche et de Jourdan? 

Cependant, même ainsi réduit, le recueil ne mérite pas d'être classé 
avec ces fastidieuses publications des papiers des comités révolution- 
naires dont le Polyhiblion a fait depuis longtemps justice. Rien que 
les notes communiquées par la famille Carnot et publiées pour la 
première fois, plusieurs au moins, assureraient son intérêt (p. 496, 
vues sur la frontière au Nord; p. H17 : sur la situation de l'armée 
qui assiège \'alenciennes; p. 716 : sur l'armée des Pyrénées occiden- 
tales, etc.). La suite de la correspondance de Carnot montre sa modé- 
ration bien avant le 9 thermidor (mise en liberté de citoyens dénoncés 
p. 363, p. 377), respect de la religion des Belges (p. 506) et son esprit 
militaire intraitable sur la question de la disciphne quelles que soient 
les influences révolutionnaires qui solhcitent de lui des faveurs (p. 362 : 
contre de soi-disant canonniers volontaires; p. 429 : refus de recevoir 
à l'École mihtaire, un jeune sans-culotte, prétendu sujet hors ligne; 
p. 435 : contre les nominations faites dans les états-majors par les 
représentants en mission; p. 65H : contre l'inconduile scandaleuse 
de Jacob et des oiïiciers républicains dans l'Ouest). 

M. Mautouchet a bien fait de publier à la fin de ce volume, la nomi- 
nation de Lazare Carnot au grade de chef de bataillon, sous-di secteur 
des fortifications, le 16 septembre 1795, six mois après sa sortie du 
Comité de salut public. Comme il était capitaine tlepuis 1783, cet 
avancement lui était très lésitimement dû ! J. Bkrx.vrd. 



li'Empire libéral, études, n-éeits, souvenirs, par Emile Olu- 
ViER. T. XIII. Le Gniil-Apens Holienz-oUern. Le Concile œcuménique. Le Plé- 
biscite. Paris, Garnier, 1908, in-lS de 670 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Comme on le peut deviner, l'intérêt qui s'attache à la longue his- 
toire qu'écrit M. Emile OUivier sur le second Empire s'accroît et 
grandit en projiortion que ses « récits » deviennent des « souvenirs ». 
— Nous voici avec le XIII*^ volume en plein dans son ministère et 
dans la période la plus captivante, au summum de son action, je 



— 65 - 

dirai de ses triomphes, à Ja veille de la grande catastroplie où va som- 
brer le gouvernement impérial dont il tient les rênes d'une main à la 
fois audacieuse, courageuse et prépondérante... On sent la très légi- 
time préoccupation de l'auteur d'expliquer très à fond les prodromes 
secrets de la guerre franco-allemande, de rechercher de près, dans tous 
ses éléments, dans tous ses antécédents, le « guet-apens Hohenzollern»; 
il suit cette aventure (dès le mois de février 1870) à Berlin, à Madrid 
(envoi des ofllciers de Bismarck auprès de Prim; p. 49), à Ems (p. o55), 
à ^'arzin (p. 560); il en note les péripéties et souligne déjà les consé- 
quences qui vont changer l'intrigue en tragédie. 

Parallèlement, il narre avec force détails la politique intérieure 
du ministère du 2 janvier, son action au barreau, dans l'administration, 
à l'Académie (et c'est la candidature spontanément offerte, quasi 
unanimement votée en faveur d'Emile Ollivier lui-même, succédant 
au fauteuil de Lamartine; p. 221); les débats à la Chambre, l'oppo- 
sition secrète au Sénat, la pétition assez singulière des princes d'Or- 
léans demandant à rentrer en France (p. 527). C'est surtout la grosse, 
affaire du plébiscite du 8 mai, qui sanctionne la nouvelle constitu- 
tion « libérale ». Il nous est fourni des chiffres éloquents sur les votes, 
ceux de l'armée entre autres (l'idée de faire voter les troupes fut bien 
malheureuse), chitîres qui étaient connus, mais qui sont accompagnés 
de commentaires très intéressants. — A signaler aussi le récit de la 
façon dont le duc de Gramont fut appelé au ministère des affaires 
étrangères à la place de M. Daru, d'irritable caractère (p. 429); à 
signaler encore les éclaircissements sur la maladie de Napoléon III 
à l'été de 1870 (p. 615 et 653). Toutes ces pages méritent l'attention. 
M. Emile Ollivier dem-cure sans doute un optimiste de ses actes; mais 
il plaide, documents en main, avec une chaleur très éloquente. 

Les chapitres les plus captivants sont ceux qu'il consacre au con- 
cile du Vatican. Son déjà vieil ouvrage : L'Eglise et l'Etat an coticile 
du Vatican^ paru il y a plus de trente ans, avait été une révélation du 
plus haut intérêt; il y revient, résume, condense ses affirmations et 
nous apporte des faits qui éclairent singulièrement bien l'histoire 
religieuse contemporaine; les portraits de Mgr Darboy, de Mgr l)u- 
panloup, de Mgr Strossmayer, du P. Gratry demeurent définitifs; 
l'action de ces personnages célèbres est mise en pleine lumière; ce 
sont des éclaircissements que désormais aucun esprit loyal ne saurait 
oublier; on peut justifier les opinions de « l'opposition «, on ne pourra 
plus défendre ses procédés; les faits montrent toutes les intrigues où 
s'agitaient des théologiens qui se croyaient surtout de grands poli- 
tiques, et prouvent une fois de plus que les théoriciens adeptes du 
modérantisme sont, en pratique, des gens d'autorité qui, pour atteindre 
leur but, s'embarrassent assez peu de la vivacité des moyens. Cette 
Janvier 1909. ^ T CXV. 5. 



— r>6 — 

prossinii que les «libéraux » prétendaient exercer parle pouvoir eivil, 
sur la liberté du concile est la condamnation nouvelle de leurs oroiioil- 
leusrs menées, et, s'il en était besoin, la justification, par an contraste 
à leur avantage, des catholiques qui suivaient le Pape, avec modestie, 
confiance et respect. M. Emile Ollivier a raison de se faire honneur 
d'avoir, même contre ses collègues, peut-être même contre ses propres 
sentiments, voulu assurer l'indépendance du concile autant qu'il 
dépendait de lui. G. de G. 

IVIeBi4ali<é du peuple souverain. Cau8«$i et reiiiètiea, par 

J. SCHALL. Paris, Librairie des Sainls-Pèies, iy08, iii-12 de 173 p. — Prix: 

2 fr. 50. 

La mentalité du peuple souverain, la mentalité de l'électeur est 
déplorable. Elle est empoisonnée par un mal que M. Schall appelle 
le laïcisme et qui consiste dans la croyance que la religion est affaire 
personnelle, doit se limiter au for intérieur et demeurer étrangère à la 
vie publique. De là le peu d'émotion causée, même dans les milieux 
bien pensants, par tant d'attentats commis depuis trente ans contre 
l'Église. Lfétat d'esprit dont nous souffrons est l'œuvre combinée de 
l'école et de la presse. Moins heureux que les catholiques allemands et 
belges, les catholiques français n'ont su ni barrer la route à la neutralité 
scolaire ni balancer l'influence des mauvais journaux par la création 
de feuilles populaires à large difïusion. 

Au fond, leur action a été viciée par une erreur de tactique. Ils ont 
cru apaiser l'ennemi en subissant avec docilité toutes ses exigences. Je 
ne sais ce que vaut le système homéopathique en médecine; mais en 
politique, il ne se recommande guère par ses résultats. Au surplus 
i! y avait-il quelque apparence que l'on désarmerait par des conces- 
sions, même sans mesure, une secte dont le but essentiel était moins le 
triomplie d'une forme définie de gouvernement que la destruction 
de l'idée chrétienne? C'est ce que note M. Schall, avec une discrétion 
qu'impose aux catholiques le respect de la haute autorité dont les 
conseils ont guidé leur conduite, tout en émettant le vœu que l'épis- 
copat, délivré des entraves du Concordat, imprime désormais une 
allure j)lus militante à la défense religieuse. 

H. RUBAT DU MÉRAC. 



Un i-]ta< neutre sous la liévolsition. ILa l'Biute de la ré- 
pul»lif{ue de Venise (ï î»f^-l î»î), par André Bonnefons. 
Parité, Periiii, 190S, peliL in-8 de xx-336 p. — Prix : 5 îv. 

C'est une étude soigneusement faite, sans recherches de coloris 

dans l'exposition, d'après les meilleurs travaux imprimés et les sources 

manuscrites, tant de nos archives des Affaires étrangères que do 

l'ArchU'io Veneto\ mais on ne saurait y trouver ni vues foncièrement 



— 67 — 

originales, ni faits complètement inédits. L'intérêt de ce sujet nait 
de deux contrastes : d'abord celui qui existait entre la République 
vénitienne, construite à l'ancienne mode, oligarchique, vouée à une 
immobilité désormais incurable et la République française, démo- 
cratique, se réclamant de l'ancienne Rome, toute en mouvement; 
ensuite celui du petit État vénitien s'efîorçant de maintenir un* 
neutralité impossible entre les deux grands Etats en lutte, en Italie 
aussi bien qu'en Allemagne. Ce double point de vue, surtout le second, 
est marqué dans Ifîs tableaux que M. Bonnefons nous présente dans ses 
huit chapitres. ■ 

Le premier nous offre un aperçu des institutions et des mœuis 
à Venise dans leur dernier état. Dans le second, nous voyons en fac3 
les uns des autres les représentants diplomatiques des deux pays, 
de 1789 à 1792. Les chapitres III et IV traitent le même sujet pour les 
périodes de la Convention et du Directoire et montrent à l'œuvre 
Noël et Lallemand à \'enise, Querini à Paris. Bonaparte, le conqué- 
rant de l'ItaHe du nord, entre en scène. Il viole délibérément la neu- 
tralité vénitienne (ch. V); devant le mouvement de réaction attesté 
par les Pâques véronaises (ch. M), il déclare la guerre, occupe Venise, 
renverse son gouvernement (ch. VII). Conclusion : à Campo Formio, 
malgré le Directoire, il hvre cette conquête à l'Autriche, faible compen- 
sation de toutes les concessions qu'il lui a arrachées (ch. VIII). Tout 
le long de l'ouvrage se déroule épisodiquement l'odyssée deS émigrés 
français, caractérisée par le séjour de leurs principaux représentants, 
le comte d'Artois, les Polignac, d'Antraigues à Venise, le comte de 
Provence à Vérone. 

M. Bonnefons ne pousse pas plus loin son exposé et renvoie à un 
historien local les lecteurs désireux de connaître ce qu'on pourrait 
appeler la vie posthume de Venise. Il qualifie l'attentat qui a rayé 
cet État de la carte de l'Europe un des plus scandaleux des temps 
modernes. Scandaleux, soit; néanmoins inévitable et irréparable, 
car il a mis fin à un état de choses décrépit; ceux qui en ont été vic- 
times n'ont jamais songé à renaître que confondus avec les autres 
Italiens dans la même indépendance nationale et sous le même ré- 
gime monarchique. Il n'était peut-être pas inutile, en quelques pages 
de conclusion, de le constater. L. P. 



Un Girondin, François Buxot, député «le l'Eure a l'As- 
scmltlée constituante et à la Convention (t960-1 994 , 

par Jacques IIérissay. Paris, Perriii, 1907, in-8 de xiii-iScS p. — Prix : o fr. 

La légende a été fort indulgente pour les Girondins; l'histoire leur 
devient sévère. Tous les documents qui les concernent, tous les récits 
de leurs actions, toutes les études sur leur caractère ont prouvé j, 



— 68 — 

prouvent et prouveront la lâcheté de leur cœur et l'orgueil de leur 
esprit. Ce contraste entre les vices politiques et les déclamations 
vertueuses de ces faux braves gens rend leur mémoire peu sympa- 
thique; ils sont responsables des pires crimes de la Révolution. 
Buzot fut l'un deux ; mais il n'offre pas sans doute le « type » le plus 
désagréable de ce groupe funeste; c'est un Girondin par ricochel, 
qui a porté la prudence calme et tranquille d'un Normand, là où les 
méridionaux de Bordeaux déployaient leur faconde théâtrale et en- 
vieuse. Ce député de l'Eure aux États généraux et à la Convention 
a, du reste, payé sa dette par le châtiment que ses anciens amis lui 
infligèrent : la persécution, les outrages et la mort. 

Petit avocat à Evreux, député du tiers, discoureur à l'Assemblée 
constituante, président du tribunal criminel de son département, 
membre de la Convention et du Comité de salut public, il fournit 
la mesure de son modérantisme en demandant la mort contre les émi- 
grés, la mort contre quiconque proposera de rétablir la Royauté, 
en votant la mort du Roi. Sa liaison doublement adultère avec 
]\|me Roland l'a rendu célèbre, on ne peut dire qu'elle le rende plus 
sympathique ou moins mésestimable ; sa fin aiïreuse quand, fugitif 
et proscrit, il se tue d'un coup de pistolet dans un bois où son cadavre 
est dévoré par les chiens et les loups, jette un renom sinistre et 
d'apparence shakespearienne sur sa mémoire. 

Cependant l'homme est assez représentatif de son « groupe », et si 
à propos de lui on peint les mœurs politiques du temps, la vie provin- 
ciale à l'aurore de la Révolution, les scènes des Assemblées, on peut 
fournir à l'histoire générale, par les détails particuliers, une contri- 
bution précieuse. 

M. Jacques Hérissay l'a fait avec une grande impartialité, un 
souci constant de la vérité, un sens exact des personnes et des 
choses; une prudence modeste, assez rare. Les tableaux qu'il donne 
de la vie sociale à Évreux, le résumé qu'il présente des discussions 
à la Convention offrent un intérêt très réel. Il y a des pages excel- 
lentes et des documents caractéristiques dans son récit des fêtes 
révolutionnaires en octobre 1791 (p. 145-147). La narration des 
derniers jovu's de Buzot est tout à fait tragique et présente un mouve- 
ment que l'on souhaiterait trouver dans les autres chapitres à qui 
l'on pourrait repr.jci.er trop de froideur. Je signalerai comme devant 
être retenus un portrait de Danton par BuzOt (p. 21G), un portrait 
de Robespierre (p. 235), un tableau très vivant des montagnards 
(p. 296). — Aux « Appendices » on lit de curieux papiers de famille, 
toute une correspondance avec le conseil municipal d'Evreux, les 
procès-verbaux de la mort de Buzot et de la façon dont fut traité 
son cadavre. Un portrait, une gravure, une carte complètent bien 



— (9 — 

cette publication. Je remarquerai que Féron de la Ferronnaye (p. 33) 
doit s'écrire : Ferronnays; et Goupil de Préfelne (p. 135) : Préfeln. 
Le manuscrit de cet ouvrage avait été couronné en 1905, par la 
Société libre des sciences et belles-lettres de l'Eure, qui lui avait 
décerné le prix « Lucien Fouché ». — Cette distinction était fort 
bien placée ; le public tout entier, admis aujourd'hui à lire ce livre 
de bonne foi et de patiente documentation, ratifiera cet éloge; et la 
critique, qui reconnaît, à certains détails, en M. Jacques Hérissay 
un débutant, lui prédira de bon cœur des succès prochains, car sa 
méthode est sage, son esprit pondéré et sa vue très lucide. Qu'il mette 
un peu plus de relief dans son dessin, un peu plus de couleur sur sa 
palette, qu'il étudie les bons modèles, et sa science déjà heureuse 
des documents lui promet de les mettre en œuvre de la façon qui fait 
les vrais historiens. G. de G. 

L^Égérie «le IiOui!»>Pliilipiie. Adélaïile d'Orléans (I7?'3'- 

1^4Î'), d'après des documents inédits, par Raoul Arnaud. Paris, 
Perrin, 190S, in-8 de 373 p., avec portraits. — Prix : 5 fr. 

A propos de cette fdle de Philippe-Égalité, sœur de Louis-Philippe, 
on trouvera un récit des événements où elle a été mêlée « en son temps » 
et même des digressions où elle figure de façon assez épisodique. 
En dépit de l'attestation du titre «d'après des documents inédits », 
il semble bien que cette étude historique ait été uniquement composée 
avec des articles de journaux et des passages de Mémoires, éléments 
qu'il ne faut point dédaigner certes, mais dont l'emploi exclusif n'ap- 
porte pes de couleur et ne donne pas le relief que seul sait fournir le 
travail personnel puisé aux sources. C'est donc un livre banal, trop 
long par certains endroits, avec des hors-d'œuvre et aussi des la- 
cunes. L'auteur s'est efforcé d'être impartial de façon louable ; certains 
paragraphes relatifs au temps de la Restauration indiquent une science 
bien courte des choses religieuses; on eût aimé des éclaircissements 
plus complets sur le rôle exact du général Athalin dans la vie do 
]\|me Adélaïde; il y avait toute une étude à faire (elle est à peine ébau- 
chée) de l'influence pratique de la princesse d'Orléans pendant la 
monarchie de Juillet. Sur cette figure, sommé toute peu sympathi- 
que, d'une ambition pleine d'égoïsme, d'une vertu assez douteuse, 
d'une intelligence très vive, mais très terre-à-terre, ce volume n'atti- 
rera pas de lumières nouvelles ; il donnera du moins un résumé d'en- 
semble d'une existence agitée à ses heures, mais heureuse dans ses 
calculs et satisfaite dans ses résultats. Une série de portraits de 
l\|me Adélaïde, empruntés au Musée Condé, des collections de Chan- 
tilly, nous montre la princesse à ses différents âges et nous permet 
de suivre cette physionomie aux traits réguliers, aux yeux sans 
franchise, au maintien distingué. G. 



— 70 — 

lie Capitaine «It; vaisseau Rolland, géiiérall coaikninixiaut 
la 9^ (il vision niililaire et la |ilace de Besan^'on en 

187<l-l>*'î I, par le D' Ghallan de Belval. Marseille, Imp. des Ate- 
liers professionnels de Don Bosco, 1908, gr. in-8 de 287 p., avec portrait 
du général et tiois planches reproduisant une série d'autres portraits. 

J'étais là, j'ai vu. C'est donc comme témoin d'une partie — mettons 
d'une faible partie — des faits racontés par M. Challan de Belval, que 
je vais parler de son livre. A près de quarante ans d'intervalle, je vois 
encore Rolland et sa canne légendaire, — car ce général à titre 
auxiliaire, venu de la marine pour commander en chef dans la ville 
de guerre qu'est Besançon, ne sortait pas et même ne montait jamais 
à cheval qn'avcc sa canne à la main : c'était l'un des nombreux traits 
originaux de son originale personnalité. 

L'auteur, après avoir esqiùssé la vie de Rolland antérieurement 
à 1870, — de laquelle vie je ne dirai rien parce que, si honorable ((u'elle 
soit, cette période me parait relativement accessoire, — arrive à la 
nomination du capitaine de vaisseau à l'emploi de général commandant 
la subdivision de la Haute-Saône. Mais l'ennemi occupant déjà 
Vesoul, Rolland ne put, à son arrivée en Franche-Comté, que s'arrêter 
à Besançon où il se mit à la disposition du général de Prémonville, 
qu'il ne devait pas tarder à remplacer (novembre 1870). 

C'est alors que commence l'action directe, ininterrompue du nou- 
veau chef. Il fait exécuter autour de la place confiée à sa vigilance 
une série de fortifications. Intelligemment secondé par le colonel de 
Bigot, qui connaissait admirablement tout le pays, il est partout, 
pourvoyant à tout, rétablissant la discipline et payant de sa personne. 
On peut être sûr que si la ville eût été assiégée comme Belfort, Rolland 
ne se fût point tapi dans une casemate... 

Besançon se trouvait donc, grâce à l'énergie du marin arraché à 
son navire et transporté dans cette région montagneuse, à l'abii d'un 
coup de main de l'ennemi — qui fut tenté, mais échoua — lorsque 
l'armée de Bourbaki, en pleine retraite (en Franche-Comté, on a tou- 
jours dit ; déroute) passa à travers la ville pour gagner les liauts pla- 
teaux. M. Challan de Belval donne les détails les plus précis, les plus 
exacts, sur ce lamentable et suprême épisode de la guerre franco- 
allemande. Et l'on devine qiie Rolland, dans ces pénDiles circons- 
tances, ne resta pas les pieds sur les chenets. 

Ceux qui ont vécu les affreux jours ayant précédé et suivi cette 
fl déroute de Bourbaki », ceux qui gardent la mémoire de la tentative 
de suicide du malheureux général et de l'émoi qu'elle occasionna, 
retrouveront, dans ces pages sincères, des souvenirs aigus, ineffa- 
çables. Pour mon compte, je verrai jusqu'à mon dernier jour les 
allées et venues se succédant dans la maison rue Sainte-Anne, n" 2, 
à Besançon (actuellement rue du Général Lecoui-be) où Bourbaki 



- 71 — 

était couché dans une chambre du deuxième étage, en face de la 
maison où j'habitais moi-même. 

Egalement, je revois souvent, comme dans un cauchemar éveillé. 
et obsédant, toute cette cavalerie, encore en bon état, de l'armée 
vaincue, gagnant la porte de Tarragnoz, pendant que l'infanterie, 
en cohue parfois, fuyait par la porte Pdvote, du côté opposé de la 
presqu'île formée par le Doubs. 

he livre de M. Challan de Belval suit le martyrologe de notre armée 
de l'Est à travers ses luttes finales contre un ennemi qui n'avait pas 
hésité un instant à bénéficier déloyalement d'un malentendu 
trop connu pour que j'y insiste. Il fait aussi ressortir le rôle passif et 
particulièrement néfaste du podagre Garibaldi, à qui incombe, de 
l'avis de tous les écrivains militaires français, allemands, suisses et 
autres, la responsabilité du passage en Suisse. Un simple lieutenant 
intelligent et a\'isé eut certainement mieux compris la situation que 
ce général d'aventure subi, plutôt qu'agréé, par le gouvernement de 
la Défense nationale. La politique, déjà, nous étouffait. 

La paix survint. Il eût été naturel, simplerm?nt juste, que Rolland, 
capitaine de vaisseau au début de la guerre, fût promu contre-amiral : 
il avait assez largement acquis des droits à cet avancement. Mais 
l'envie et le sectarisme veillaient : pas assez républicain, le général : 
il resta capitaine de "V'aisseau. On a dit que les rois étaient souvent 
ingrats; mais en citant l'exemple de Rolland, que pensera-t-on de 
la reconnaissance des peuples? 

Certain jour, on eut l'idée, Rolland étant à la retraite, de le pousser 
à la députation. Il avait, après Dieu, empêché l'ennemi de s'emparer 
de Besançon; donc, on espérait que cette ville qui, de diverses ma- 
nières, lui avait déjà témoigné sa vive sympathie et son admiration, 
le choisirait pour la représenter à la Chambre. Il n'en fut rien. Et là- 
dessus, j'aime mieux passer qu'entrer dans les détails. Depuis, le 
silence s'est fait autour de l'énergique commandant de la 7^ division 
militaire, que la mort a enlevé dernièrement; le livre du D'" Challan 
de Belval ai'rive donc bien à propos pour faire revivre une mémoire, 
qui, en dépit des sottises de la politique, ne s'effacera jamais à 
Besançon. A l'hôtel de ville de la capitale de la province franc-com- 
toise le périrait de Rolland est placé dans la salle d'honneur, à côté de 
celui de Marulaz, le héros du blocus de 1815. Ce n'est que justice. 
Cette image rappellera aux générations futures les traits de l'orga- 
nisateur de la défense de Besançon en 1870-71 ; mais pour bien 
connaître ses faits et g'estes, il leur faudra recourir à l'excellent 
volume que nous présentons aujourd'hui à nos lecteurs. 

E. Chapuis-Gaudot. 



— 72 — 

lies ITIari!^ île IWarîe-LoHÎse, d'après des documents nouveaux ou 
inédits, par le docteur Max 13illard. Paris, Perrin, 1908, petit in-8 de 
349 p., avec 35 grav. — Prix : 5 fr. 

C'est évidemment une extraordinaire histoire et une étrange déca- 
dence que ces trois « mariages » successifs de l'archiduchesse d'Au- 
triche avec l'empereur Napoléon, le général de Neipperg et le comte de 
Bombelles; le premier mari de la princesse est le conquérant de 
son pays, le second le chambellan de son père le troisième un 
étranger arrivé à la cinquantaine et sans grande situation dans 'le 
monde. A tous les points de vue, Marie-Louise d'Autriciie a eu une 
destinée singulière où elle paraît en même temps le jouet de la poli- 
tique et de ses propres passions. Figure peu sympathique, âme mé- 
diocre, cœur insensible aux grandes choses et tantôt au-dessous des 
circonstances et tantôt au-dessus de ses alhances. 

M. Billard raconte assez gracieusement, quoique dans une langue 
trop familière, les anecdotes qui la concernent; il donne avec exacti- 
tude les portraits de Neipperg et de Charles de Bombelles, a soin d'ac- 
compagner ses personnages de notices bibliographiques et son texte 
de références exactes; il l'agrémente de gravures. 11 narre les événe- 
ments avec impartialité, appuyé sur de bons documents dont plusieurs 
sont nouveaux ; sa méthode historique a certainement gagné 
depuis ses débuts. Avec.lui, nous entrons fort avant dans la vie intime 
(extrêmement intime) de l'archiduchesse en sa principauté de Parme, 
de 1814 à 1847, date de sa mort. Les détails de santé tiennent une 
large place et le docteur Max Billard s'y trouve dans son élément. 
L'ensemble offre ini travail de vulgarisation très facile à lire. G. 



BULLETIN 

Las Iteliciosas seguii la disciplina vljjente. Comentarios ca'iônico- 
morales, por el R. P. Juan B. Ferreres. Tercera ediciôn corre^ida y 
aumenlada. Madrid, RazÔ7i y Fe, 1-908, in-16 de 309 p. — Prix : 2 fr. 30. 

Comme les autres œuvres du P. Ferreres, ce traité des religieuses a d'abord 
vu le .jour dans l'excellente revue Razôn y Fe, puis a été publié à part. Le 
voici sous une forme encore améliorée, où, aux chapitres primitifs sur les 
confesseurs de religieuses, sur le compte de conscience, la clôture et les 
vœux simples qui doivent précéder les vœux solennels, le savant jésuite 
a ajouté un cinquième commentaire sur l'élection des supérieures. Suivant 
sa méthode habituelle, il a fait un usage très habile des plus récents décrets 
des S. S. congrégations et des consultations diverses qui lui ont fourni ma- 
tière à des applications pratiques. Exacte appréciation des textes, connais- 
sance approfondie de son délicat sujet, clarté d'exposition des points con- 
troversés, tels sont les mérites qu'un lecteur attentif reconnaîtra de plus en 
plus, à mesure qu'il étudiera de plus près ce remarquable travail. G. P. 



— 73 — 

xo\ri\ et Yetei-a, par Claude-Charles Châraux. Paris, Pedone, 1208, 
in-16 fie 100 p. — Prix : 1 fr. 

Le vénérable auteur de ce petit livre est mort depuis sa publication, en 
sorte qu'on peut bien dire que cette œuvre dernière est le testa- 
ment philosophique et chrétien de celui qui l'a signé. Comme l'indique le 
titre, on y trouve de l'inédit et du déjà publié, nova et cetera, les unes et les 
autres pages écrites, comme un touchant sous-titre le dit, avec Vâme eriticre. 
L'auteur a voulu, dans ces dernières pages portant sa signature, exposer 
clairement et sans réticence, ce qu'il croyait de toute son âme, au point de 
vue philosophique et à celui de la foi religieuse. La partie nouvelle com- 
prend deux morceaux, l'un: Esprit et matière, où s'exprime sa foi philoso- 
phique et spiritualiste; l'autre: U Eglise catholique^ à Vheure présente, où. se 
formulent sa foi et ses espérances chrétiennes. « L'Église catholique, écrit-il, 
qui n'a pas cessé d'être, depuis le jour de sa naissance, la grande persécutée, 
n'en n'est pas moins la grande, l'éternelle recommenceuse. C'est en elle-même,, 
dans la double force de conservation et d'expansion propre à la vérité; c'est 
dans sa discipline, dans sa hiérarchie, sa doctrine, ses sacrements, ses mys- 
tères, que sont les sources de sa vie, de sa grandeur, de ses heureux recom- 
mencements. Or, ces sources, pour l'observateur attentif et impartial, sont 
aujourd'hui ce qu'elles étaient hier, inépuisées et inépuisables. » 

Les Vêlera comprennent divers morceaux déjà publiés ailleurs et où se 
condensent les pensées et les doctrines exposées dans d'autres livres de 
l'auteur: Les Eléments primitifs de la pensée; Une Loi de Vhistoire; Du Beau; 
De V Expression « Lumière intérieure »; Jeunes Philosophes. 

On retrouve partout, dans cette brochure si précieuse, la manière fluide 
de l'auteur et son élégance toute classique, enveloppe charmante d'une 
pensée fermement chrétienne. J'ai loué maintes fois l'auteur de son vivant; 
c'est un devoir très doux pour moi de déposer ce dernier hommage sur sa 
tombe. Edouard Pointal. 

Ln Guillotine en l'jos, d'après des documenls inédits des Archives na- 
lion;des, par Hector Fleischmann. Paris, Librairie dts Publications 
modernes, lyns, iii-18 de 316 p., avec 150 illustrations documentaires. — 
Prix : 3 fr. 50. 

Ce volume est une compilation intéressante et judicieusement faite; 
on y trouvera l'histoire de Guillotin et de sa machine : on verra quelle pensée 
humanitaire avait porté ce médecin à substituer aux supplices variés de 
l'ancien régime l'institution égalitaire et philanthropique dont la Consti- 
tuante décréta l'adoption et dont la Convention fit l'usage que nous savons. 
Après l'instrument, M. Fleischmann étudie ceux qui avaient à s'en servir, 
les bourreaux, et particulièrement la famille des Sanson. Puis l'auteur s'oc- 
cupe de ceux qui ont expérimenté le « rasoir national >; et les range par caté- 
gories : le Roi, la Reine, les conventionnels, les généraux, les femmes; j'aurais 
désiré trouver une rubrique concernant les prêtres, mais, sur ce point, il n'y 
a à peu près rien, bien que la matière soit abondante. La documentation 
est curieuse, non pas qu'elle ajoute grand'chose à ce que nous avons vu 
ailleurs, mais parce que la réunion de mille menus détails facilite les vues 
d'ensemble. Naturellement, je ne me porterai pas garant de l'aut'henticité 
de certaines anecdotes, et je trouve que M. Fleischmann est sorti de son 
ordinaire impartialité quand il a eu à parler de Marie-Antoinette, la seule 
victime qu'il n'ait pas l'air de plaindre. On pourrait aussi chicaner sur quel- 
ques points de détail : par exemple, à la page 63, parlant de l'habileté pro- 



- 74 — 

fessionnelle acquise par Sanson et ses aides ordinaires, J'auteur cite une 
réflexion de Prudiiomnie qui (Ht : « On croirait qu'ils ont pris des leçons de 
Conius », et en note, M. Fleischmann ajoute : « On sait que Cornus était le 
dieu de la gastronomie »;raais qu'y avait-il de gastronomique dans le métier 
de Sanson? On ne voit pas le rapport. En fait, il y avait en 1793 un célèbre 
prestidigitateur, qui se faisait appeler Cornus et dont le vrai nom était 
Ledru : c'était le grand-père de Ledru-Rollin. C'est à lui que Prudiiomnie 
fait allusion, sans avoir l'idée de traiter Sanson d'anthropophage. 

P. PiSANI. 

L« iglesio j' oi obrt?i-o, por el P. E. GuiTART, S. F. Barcelona, Giislavo 

Gili, 1908, in-12 de 296 p. — Prix : 2 tr. 50. 

Cet ouvrage est à proprement parler une histoire de l'Eglise dans ses rap- 
ports avec les travailleurs. L'auteur exyiose d'abord la situation des esclaves 
sous le paganisme, il montre ce que l'Eglise a fait, prudemment mais avec 
persévérance, pour leur hbération. Mais ce n'est pas tout d'affranchir les 
travailleurs, il fallait assurer leur existence. L'Église n'a pas failh à ce nou- 
veau devoir. Sous son inspiration se sont formées les corporations du moyen 
âge détruites par la Révolution; depuis, ce sont encore les catholiques qui 
ont créé les nouvelles institutions favorables à Fouvrier, en France, en Al- 
lemagne, en Italie, en Belgique. L'Éghse s'est intéressée au soulagement 
de toutes les misères; et elle a inspiré aux gouvernements chrétiens la même 
sollicitude, vérifiant ainsi ce mot échappé à Louis Blanc en présence d'un 
membre de la Société de Saint Vincent-de-Paul : Vous, catholiques, vous 
servez le peuple; nous autres, nous nous servons de lui. D. V. 



L.a Compilation île Bouliiei- et les r:ouliitiiicrs boiii-f;(ii^noiis du 
XIV^ eiècle. l.C t;outiiiniei* l)oiia-^ui;;non de Mont pelliei*, par 

Ernest Ch..vmpb.\ux. Paris, A. Picard eL tils ; Dijon, Nourry, 1907, in-8 

de 111 p. 

Comme le dit M. Champeaux, le président Bouhier fut bien mal inspiré 
quand, pour faire connaître à ses contemporains le droit ancien de la Bour- 
gogne, il eut l'idée de fc-ndre en une seule séné d'articles quatre coutumiers 
différents de texte et de date. De cet amalgame de textes, il résultait que la 
législation bourguignonne offrait bien des incohérences et des contradic- 
tions; incohérences et contradictions que l'on chercha vainement à expliquer 
jusqu'alors, aucun juriste n'ayant pu encore réussir à démêler les fils de Fé- 
cheveau formé par Bouhier. Comme, jusqu'alors, on ne retrouvait pas les 
manuscrits qui avaient servi à former cette compilation, on accusait la com- 
pilation du président Bouhier d'avoir été la cause de leur disparition. Ce- 
pendant M. Champeaux, mis en éveil par la découverte de l'un d'eux faite 
par Giraud vers 1843, s'attacha à retrouver les autre? en recherchant sur- 
tout dans quels dépôts pouvaient subsister des épaves de sa fameuse biblio- 
thèque. Ces recherches furent couronnées de succès, car toutes les sources 
de l'œuvre de Bouliier furent retrouvées à Beaune, à Troyes, à -Dijon et à 
Montpellier et en plus encore deux autres manuscrits. M. Champeaux 
donne une description très détaillée de ces manuscrits et, à l'aide d'un 
tableau, montre l'ordre suivi par le conipilattur pour la composition du 
texte qu'il ht connaître. au public. Ce volume, qui sera des plus utiles à con- 
sulter pour l'étude de.s anciennes coutumes de notre pays, se termine par la 
pubhcaticn d i coutumier bourguignon de Montpellier, faite d'après le 
manuscrit H. 386 de la Bibliothèque universitaire de cette ville et par une 
bonne table de ce coutumier. J. Viard. 



— 75 — 

Tlic Ellizal>elli:tu p:ii*i»li iii its ecclesiastical aud nnancial aspects, 

by Sedlev Lynch Ware. Baltimore, Lhe John Hopkins Press, 1908, ia-8 

de 93 p. 

L'Université « John Hopkins », de Baltimore, figure au premier rang des 
corporations américaines qui ont bien mérité de la science historique. Dès 
1882, cette Université inaugurait, sous la direction de M. Herbert B. Adams, 
une collection destinée à recevoir les travaux originaux des maîtres et des 
meilleurs étudiants : Studies in historical and political science. L'exemple fut 
peu à peu suivi par les diverses Universités d'Amérique. Le fascicule que 
nous signalons ici appartient au vingt-sixième volume de la collection de 
« John Hopkins » (p. 311 à 395). Ce sont deux chapitres d'un ouvrage que 
M. Sedley Lynch Ware, jellofv (ou agrégé) d'histoire, prépare actuellement 
sur le régime paroissial dans Fanglicanisnie, depuis le règne d'Elisabeth. 
Premier chapitre : Gouvernement ecclésiastique de la paroisse. Autre chapi- 
tre : Finances paroissiales. 

L'importance qu'avait alors le cadre paroissial, Tétroitesse des hens 
sociaux qui en résultaient, donnent à ce problème un très haut intérêt pour 
l'histoire des mœurs et de la ci^nlisation en Angleterre. Bien documenté, 
M. Sedley Lynch Ware traite son sujet d'une manière attachante : avec 
ordre, avec clarté, avec le souci du détail concret. L'auteur est un de ces doctes 
Américains qui savent apporter, dans les études historiques, les meilleures 
qualités d'une race d'hommes d'affaires. Yves de la Bricre. 



Mn-ies i-OJiiaiitîqiies. Uoi't -nf^e A.ll:«i-t de Mérîtens dan» ses rap- 
ports avec Cliuteaub i-iantl, Itiiraiigei-, l^aiiieiinais, S:>iiilc-Beuve, 

G. i^and, siiiie d'Agoiiit. Documents inélils publiés, par Léon Séché. 
Paris, Mercare de Fratice, 19ns, ia-18 de 315 p. — Prix : 3 fr. 50. 

IIORrBN.SB A.LLART DE MÉRITBNS. I..etti-es inédites à Sainte-Beuve 

(i«=4l-iS48), avec une luirolucLion et des notes par Léon Séché. 

l^aris, Merca-e le Franc-, I9ns, iti-lS de 3il p. — Prix : 2 fr. 50. 

Longtemps on voulut croire que « l'héroïne » des Enchantements de Pru- 
dence avait imaginé cette intrigue avec Chateaubriand. Aujourd'hui, il 
convient de reconnaître les relations ultra intimes de cette jeune personne 
avec René, vieilli. La publication de M. Séché nous révèle toutes les aven- 
tures galantes de cette Hortense Allart, plus tard mariée à un M. de Méri- 
tens, et qui « flirta » avec tant de gens, depuis le comte de Sampayo, un 
inconnu, jusqu'à l'illustre Cliateaubriand, et peut-être Bérenger, et sûre- 
ment Sainte-Beuve. Les chapitres de ce curieux volume nous font entrer 
dans le vif de ces épisodes, documents à l'appui ; on voit passer en tout 
bien tout honneur, la figure de Lamennais défroqué, de Libri, le voleur de 
livres, et aussi de Madame d'Agoult. Bas-bleu, ainsi mêlée au mouvement des 
lettres de l'époque romantique, Hortense écrivit des romans qui ne sem- 
blent pas meilleurs que ceux qu'elle vécut ; elle mourut à soixante-dix-huit 
ans, en 1879. 

— Ses Lettres inédites à Sainte-Beuve ne laissent pas de doutes sur la fai- 
blesse réciproque de ces deux « littérateurs » ; ici, la femme a poursuivi, 
entraîné l'homme. Cette correspondance, dont la contre-partie sous la 
plume de l'ami de Port-Royal eût été si curieuse, manifeste de la passion 
vulgaire, de l'esprit gaulois, le goût de la poésie, et une absence de sens 
moral qui explique comment en Hortense Allart, athée et anticatholique, 
on peut reconnaître (en exagérant la note) une « muse romantique », mais 
surtout le type anticipé de ces femmes de lettres actuelles, de talent 
mince et de plus mince vertu. 



- 76 - 

M. Séché a mis beaucoup de patience et beaucoup de zèle à suivre sa 
trace, à identifier ses entours, à recueillir ses travaux ; ces tristes révélations 
ont leur importance, elles n'ajouteront pas à la gloire des hommes célèbres 
qui ont traîné leur lyre en ce mauvais lieu. G. 



CnUONIQUl^ 



Nécrologie. — L'Institut de France vient de perdre un de ses membres 
les plus distingués, le D'" Hamy, l'anthropologiste universellement connu, 
mort à Paris, le 18 novembre, à 66 ans. Né à Boulogne-sur-Mer (Pas-de- 
Calais), le 22 juin 1842, M. Théodore-Jules-Ernesl Hamy vint faire ses études 
médicales à Paris et fut reçu docteur en 1868. 11 débuta comme préparateur 
à l'Ecole des hautes études et fut nommé, en 1872, aide-naturaliste pour 
l'anthropologie au Muséum d'histoire naturelle. Cet établissement le char- 
geait, en 1874, d'une mission dans les pays Scandinaves, puis le ministère 
de l'instruction publique se faisait représenter par lui au Congrès ethno- 
graphique de Moscou, en 1879, et à celui de ^■ienne, en 1881, puis, en 1897, il 
l'envoyait en mission en Tunisie. En 1892 il fut chargé du cours d'anthro- 
pologie au Muséum; à cette fonction il joignait celle do conservateur du 
musée ethnographique du Trocadéro, qui lui avait été confiée en 1880. 
Enfin, le 24 janvier 1890, il avait été élu membre libre de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, en remplacement du général Faidherbe, et 
quelques années plus tard il entrait à rAcadémic de médecine. II était en 
outre membre de diverses sociétés savantes, entre autres de la Société de 
géographie et de la Société d'anthropologie. Le D'' Hamy a publié de très 
importants ouvrages. Voici les titres d'un certain nombre : Etude sur les 
terrains quaternaires du Boulonnais et sur les débris d'industrie humaine 
qu'ils renferment (Paris, 1866, in-8), avec]\I. Emile Sauvage; — L'Os inter- 
maxillaire de l'homme à l'état normal et pathologique (Paris, 1868, in-8), thèse 
de doctorat: — Précis de paléontologie humaine (Paris, 1870, in-8) ; — 
Crania ethnica. Les Crânes des races humaines décrits d'après les collections 
du Muséum d'histoire naturelle de Paris, de la Société d'anthropologie de Paris, 
et les principales collections de la France et de l'étranger {Paris, 1875-1882, 
gr. in-4), avec A. de Quatrefages; — Note sur les figures et les i?iscriptions 
gravées dans la roche à El Hadj Mimoun, près Figuig (Paris, 1882, in-8) ; 
— Les Origines du Musée d'ethnographie. Histoire et documents (Paris, 1890, 
gr. in-8); — ■ Hommage à la mémoire de M. de Quatrefages de Bréau. Discours 
prononcé à l'ouverture du cours d'anthropologie du Muséum d'histoire natu- 
relle le 31 tnai 1892 (Paris, 1892, in-8); — Congrès international d'anthro- 
pologie et d'archéologie préhistoriques, 10® session, Paris, 1889 (Paris, 1892, 
in-8); — Etudes historiques et géographiques (Paris, 1896, in-8); — Décades 
américaines; Mémoire d'archéologie et d'ethnographie américaines. \^'^ et 
2^ décades (Paris, 1896, in-8); — Galerie américaine du Musée d'ethno- 
graphie du Trocadéro. Choix de pièces archéologiques et ethnographiques 
(Paris, 1897, in-fol.); — Le Muséum d'histoire naturelle il y a un siècle; 
description de cet établissement d'après les peintures inédites de J .-B. Hilair 
(1794) (Paris, 1896, in-4). Le D'' Hamy a rédigé, de plus, pour la Mission 
scientifique au Mexique et dans V Amérique centrale la partie relative à 
V Anthropologie du Mexique. 

— Mgr Blampignon, protonotaire apostolique, théologien connu, est 
mort à Vannes, au milieu d'octobre, à 79 ans. Né à Prôverville (Aube), le 



— 11 - 

15 novembre 1830, Emile -Antoine Blampignon entra «lans les ordres et 
obtint les diplômes de docteur en théologie en 1850, puis de docteur ès- 
lettres en 1862. Ayant la vocation du professorat plus que celle du minis- 
tère ecclésiastique, il fit toute sa carrière dans l'enseignement. C'est ainsi 
qu'il fut chargé d'un cours de philosophie successivement à l'École des 
Carmes, au grand séminaire de Troyes et au lycée d'Angoulême. Nommé 
plus tard aumônier du lycée de Vannes, il fut chargé en 1872 du cours de 
droit ecclésiastique à la Faculté de théologie de Paris et devint titulaire 
de cette chaire en 1876. Lors de la suppression des Facultés de théologie 
il prit sa retraite avec le titre de professeur honoraire. L'abbé Blampignon 
"laisse un certain nombre d'ouvrages d'histoire ecclésiastique, parmi les- 
quels nous citerons : Histoire de sainte Germaine, vierge et martyre, patronne 
de Bar-sur- Aube, d'après les documents, la plupart inédits, de la Bibliothèque 
impériale et des archives de V Aube (Troyes, 1855, in-12); — De V Esprit des 
sermons de saint Bernard (Paris, 1858, in-8), thèse de doctorat; — De 
Sancto Cypriano et de primaeva Carthaginiensi Ecclesia disquisitio historica 
atque philosophica. Cui subest Metaphrastae hagiographia hactenus inedita 
(Paris, 1862, in-8), thèse de doctorat; — Etude sur Malebranche, d'après 
des documents manuscrits, suivie d'une Correspondance inédite (Paris, 1861, 
in-8); — Les Facultés de théologie de France (Paris, 1872, in-8); — Mas- 
sillon d'après des documents inédits (Paris, 1879, in-12); — L'Episcopat de 
Massillon d'après des documents inédits, suivi de sa Correspondance (Paris 
1884, in-12) ; — Fleurs et fruits de saint François de Sales. Pensées recueillies 
dans ses œuvres (Paris, 1889, in-i6); — Parfum de première communion. 
Avant, pendant, après (Paris, 1891, in-o2); — Massillon, Supplément à son 
histoire et à sa Correspondance (Paris, 1891, in-12); — Etude sur Bourdaloue, 
avec quelques documents inédits (Paris, 1891, in-8); — Etudes critiques et 
littéraires (Paris, 1897, in-12). L'abbé Blampignon a donné, en outre, une 
édition des Œuvres complètes de Massillon, avec notes, variantes et notices 
(Bar-le-Duc, 1865-1867, 3 vol. in-4) et une autre du Petit Carême de Mas- 
sillon, suivi de sermons choisis de V Avent et du Grand Carême (Paris, 1882, 
in-12). 

— M. Gaudry. l'émincnt paléontologue et le doyen de l'Académie des 
sciences, est mort à Paris, le 27 novembre, à 81 ans. M. Jean-Albert Gau- 
dry était né à Saint-Germain-en-Laye, le 16 septembre 1827. Après avoir 
terminé ses études secondaires au collège Stanislas, il suivit les cours de la 
Faculté des sciences et fut reçu docteur. En 1853 il entreprit un voyage en 
Orient et visita surtout l'île de Chypre, puis, en 1855, il se rendit en Grèce 
où il devait rester cinq ans. A son retour en France, il fut nommé aide- 
naturaliste pour la paléontologie au Muséum d'histoire naturelle, piiis, en 
1872, professeiu' de cette science dans le même établissement. Le 16 jan- 
vier 1882, il était élu membre de l'Académie des sciences en remplacement 
de Sainte-Claire Deville et, le 16 décembre,! 883, il devenait membre associé 
de l'Académie royale de Belgique. Enfin il obtint pour ses travaux, de la 
Société géologique de I^ondres la médaille Wollaston. Pendant ses voyages, 
M. Gaudry avait ama.ssé de nombreux matériaux, à l'aide desquels il a 
rédigé d'importantes études géologiques, telles que : Recherches scientifiques 
en Orient (Paris, 1855, gr. in-8); — Contemporanéité de l'espèce humaine 
et de diverses espèces animales aujourd'hui éteintes (Paris, 1861, in-6); — 
Géologie de l'île de Chypre (Paris, 1862, in-4); — Considérations générales 
sur les animaux fossiles de Pikermi (Paris, 1866, in-8); — Animaux fossiles 
et géologie de V Attique (Paris, 1862-1867, gr. in-4); — Animaux fossiles 



- 78 - 

du Mont-Lébt-ron (Paris, 1873, in-4), avec MM. Fischer et Tournouër; — 
Matériaux pour Vhistoire des temps quaternaires (Paris, 1876-1888, in-4); — 
Les Enchaînements du monde animal dans les temps géologiques (Paris, 
1878-1890, 3 vol. in-8), l'un des ouvrages les plus complets sur les fossiles; — 
Les Ancêtres de nos animaux dans les temps géologiques (Paris, 1888, in-16); 
— Le Dryapithèque (Paris, 1890, in-4). 

— On annonce encore la mort de MM.; Charles B.a.ltet, horticulteur très 
connu par ses ouvrages concernant l'art de l'horticulture et du pépiniériste, 
mort à Troyes, en novembre, à l'âge de 79 ans; — Raoul Baron, professeur 
de zootechnie à l'Ecole nationale vétérinaire d'Alfort, mort au commence- 
ment d'octobre, à Nogent-le-Rotrou, à 47 ans; — Prosper de Boutarel, 
homme de lettres, mort à Pai'is, vers la fin de novembre dernier, à l'âge 
de 77 ans; — le D'" Albert .Carrier, ancien professeur agrégé de la Faculté 
de médecine de liVon, mort en cette ville, vers le milieu de novembre der- 
nier, à l'âge de 68 ans; — Georges Chazeaud, directeur de V Agence fran- 
çaise et de l'Echo des ministères, mort à Paris, à 42 ans, au milieu de dé- 
cembre; — le D'' Ernest Delbet, député, fondateur et directeur du Collège 
hbre des sciences sociales, où il enseignait les doctrines sociologiques de 
l'école positiviste, mort à Paris, à 77 ans, le 9 décembre; — Vvère Edmo^jd, 
directeur de Timportante institution Saint-Xicolas, mort dernièrement à 
50 ans; — Henri Genevois, rédacteur à V Aurore, membre de l'Association 
des journalistes républicains, mort à Paris, au milieu de décembre, à 56 ans, 
lequel laisse divers ouvrages de droit et d'histoire mihtaire, entre autres : 
La Vérité sur les finances égyptiennes et le Crédit foncier de France (Paris, 
1876, in-8); La Nouvelle Législation des marchés à terme (Paris, 1885, in-8); 
Les Coups de main pendant la guerre. Ablis, Châtillon-sur- Seine, Château- 
neuf, Ham, Fontenoij (Paris, 1896, in-8); La Défense nationale jugée par 
V Allemagne (Paris, 1897, in-12); — D"" Geoffroy, professeur à la Faculté 
de médecine de Paris, mort en cette ville, à la fin de novembre dernier; — 
Marc Legrand, journaliste parisien et poète distingué, qui avait fondé la 
Revue du bien, mort au commencement de décembre, à 43 ans; — Hip- 
polyte Lemaire, secrétaire-rédacteur à la Chambre des députés et lecteur- 
examinateur à la Comédie-Française, auteur d'une Comédie en prose : Le 
Mariage d'André, jouée en 1885, ancien critique dramatique du Monde 
illustré, revue à laquelle il avait donné quelques nouvelles, mort à Paris 
au commencement de décembre, à 59 ans; — le marquis de Lordat, ancien 
député de l'Aude, qui, avec le chanoine Charpentier, a récemment publié 
un important ouvrage intitulé : Un Page de Louis XV. Lettres de Marie- 
Joseph de Lordat à son oncle Louis, comte de Lordat, baron de Bram, bri- 
gadier des armées du roi (1740-1747) (Paris, 1908, in-8), mort au châ- 
teau de )Sainte-Gemme, le 26 octobre dernier; — Albert Maron, rédacteur 
au journal VUnivers, mort en novembre dernier; — Paul Padovam, colla- 
borateur au Figaro, mort à Nice, à 43 ans, au milieu de décembre ; — Abel 
Patoux, ancien avoué à Saint-Quentin, écrivain d'art, mort le 15 décembre, 
à Saint-Quentin, lequel avait publié des études mxv les graveur Adolphe 
Lalauze et le peintre Francis Tattegrain, ainsi que des notices et introduc- 
tions pour des rééditions d'ouvrages du dix-huitième siècle; — Perchet, 
principal du collège d"Eu, ancien directeur des collèges de Sézanne et 
de Nogent-le-Rotrou, mort à la fin de novembre ; — Edmond Stapfer, 
pasteur et doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris, mort 
en cette ville, le 14 décembre, à 64 ans, lequel avait publié: Les Idées reli- 
gieuses en Palestine à Vépoque de Jésus-Christ (Paris, 1876, in-18); La 



— 79 — 

Palestine au temps de Jésus-Christ (Paris, 1884, in-8), ainsi qu'une tra- 
duction critique du Nouveau Testament (Paris, 1888, gr. in-8) ; — Emile 
Vanpoulle, rédacteur à VUnivers, et qui avait collaboré précédemment 
au Journal de Rouhaix et au Télégramme de Boulogne, mort à 25 ans, à 
Paris, au milieu de décembre; — Saturnin Vidal, avocat, ancien doyen 
de la Faculté libre de droit de Toulouse, mort à 89 ans au milieu de 
décembre ; 

— A l'étranger on annonce la mort de MM. Arthur Azevedo, auteur 
humoristique brésilien, mort à Rio de Janeiro, à la fin d'octobre, à 58 ans; 
— - Georges Alonzo Bartlett, ancien professeur de langue allemande à 
Cambridge, mort le 25 novembre; — Gustav Bruxs, éditeur allemand, mort 
le 3 décembre, à Minden, en Westphalie, à 60 ans; — D'' Giuseppe Ciscato, 
savant astronome italien, attaché à l'Observatoire de Padoue, mort au 
commencement de décembre, à 30 ans, lequel avait publié des études sur 
l'usage du micromètre et sur les formules fondamentales de la trigonométrie 
sphérique; — Dr. Cylkov, hébraïsant polonais, mort à Varsovie, au mois 
de décembre; — Albert Hermann Dietrich, compositeur allemand de 
mérite, mort au commencement de décembre; — Dr. Hermann Guttmann, 
écrivain allemand, auteur d'ouvrages sur la gymnastique, mort à Berlin, 
le 21 novembre, à 60 ans; — Dr. Karl Theodor von Inama-Sternegg, 
^professeur de sciences politique» à l'Université de Vienne, président de la 
Commission centrale de statistique, mort à Innsbruck, le 30 novembre, 
à 66 ans, auquel on doit, entre autres ouvrages: Deutsche Wirtschaftsge- 
schichte (Leipzig, 1890-91, 2 vol. '\n-è)eiDie persônlichen Verhaeltnisse der 
Wiener Armen. Statistisch dargestelt nach den Materialen des Vereines gegen 
Verarmung' und Bettelei (Vienne, 1892, in-8); — Joseph Koch, éditeur 
autrichien, mort à Prague, le 4 décembre; — Dr. William Ireland Knapp, 
ancien professeur de philologie aux Universités américaines de Colgate, de 
Chicago et de Yale, auteuf d'une intéressante biographie : Life of Borrow 
(1899) et de divers ouvrages philologiques relatifs à la liittérature espagnole 
mort le 8 décembre, à Paris, à 73 ans; — l'abbé Arthur Lefebvre, ancien 
professeur à l'Ecole normale de Bonne-Espérance (Belgique), mort à Jumet- 
Gohisart (Belgique), en novembre dernier; — M'"^ Levin-Akunian, femme 
de lettres allemande, plus connue sous le pseudonyme d'Usé Frapan, morte 
accidentellement à Genève, le 5 décembre, à 57 ans, laquelle a écrit de 
nombreux romans, dont certains, qui décrivent la vie des habitants de 
Hambourg, ont obtenu un vif succès, entre autres : Bekannte Gesichter 
(Berlin, 1893, in-12) et Zu Wasser und zu Lande (Berlin, 1894, in-8); — 
Hermann Luders, peintre et écrivain allemand, mort à la fin de novembre, 
à Gross-Lichterfelde, à 72 ans, lequel a publié entre autres volumes : Solda, 
tenleben iii Krieg und Frieden. Mit Illustration vom Verjasser (Suttgart, 
1887, in-8); — • Alexander Makowsky, professeur de géologie à l'Ecole supé- 
rieure technique de Brûnn, mort en cette \ille, au commencement de 
décembre, à 73 ans, auquel on doit des ouvrages tels que : Ldssfunde bei 
BrUnn und der diluviale Mensch. Erwiderung auf die kritische Studie der 
Herrn Karl Maska (Vienne, 1889, in-4) : — le Frère Marusis, soTis-directeur 
de la Maison des Frères des Ecoles chrétiennes de Tournai, mort à Lommel 
(Belgique), au milieu de novembre dernier, à l'âge de 76 ans; — Oscar 
Pyfferoen, professeur à l'Université de Gand, auteur de divers travaux 
et études tels que : Réformes communales; L' Electoral politique et adminis- 
tratif en Europe] Le Sénat en France et dans les Pays-Bas, et qui a, en outre, 
collaboré à diverses revues françaises et belges, entre autres la Réforme 



— 80 - 

sociale, la Bei'ue générale, la Revue des questions scientifiques, mort, à Gand, 
à la fin de novembre, à Tâge de 40 ans; — Dr. Georg vo^ Rindfleisch, 
professeur d'analomie pathologique à l'Université de Wurzbourg, mort 
en cette ville, le 6 décembre, à 72 ans; — Dr. Friedrich Schmidt, géologue 
botaniste et paléontologue russe, membre de l'Académie des sciences de 
Saint-Pétersbourg, mort en cette ville, le 20 novembre, à 77 ans; — Dr. Isidor 
ScHNABEL, professeur de thérapeutique pour les maladies des yeux à Vienne, 
mort en cette ville, le 4 décembre, à 66 ans; — Joseph-Zacha^ie-Balthazar 
ScuNEUMLY, archiviste de l'État de Fribourg (Suisse), qui laisse, entre 
autres publications : Les Seigneurs de Mézières (1891); Die deutsche Seelsorge 
in der Staat Freiburg (1893); Jean de Saint-Thomas et Hermann de Mayence 
(1906) et a collaboré au Fribourg artistique, aux Recès fédéraux, etc., mort 
à Fribourg, le 4 octobre dernier, à l'âge de 70 ans; — Dr. Eduard Schulte, 
philologue et historien allemand, mort dernièrement à Freienwalde, à 
67 ans, auquel on doit : Erinnerungen an das acte JoachimsthaV sche Gytnna- 
sium zu Berlin (Freienwalde, 1889, in-4); — Eugène Truyts, musicien 
et compositeur de valeur, mort au château de Jabbeke (Belgique), en 
novembre dernier; — l'abbé Albert Vico, qui, avant d'être curé à Bois- 
d'Haine, puis à Anderlues, a été, pendant 17 ans, professeur aux collèges 
de Binche et de Soignies, mort à Bruxelles, à la fin de novembre, à l'âge de 
53 ans; — John-Henry Wright, professeur de langue et de littérature 
grecques à Cambridge, mort en cette ville, le 25 novembre. 

Lectures faites a l'Académie des inscriptions et belles lettres. — 
Le 18 décembre, M. Salomon Reinach lit une note de M. Seymour de Ricci 
relative à des objets découverts en Egypte. — M. Holleaux présente un 
rapport sur les travaux de l'Ecole d'Athènes. — - Le 23, M. Heuzey ht 
une notice sur une stèle de Goudéa, découverte par le commandant Gros. 

Lectures faites a l'Académie des sciences morales et politiques. 

— Le 12 décembre, en séance publique, M. de Foville parle de l'histoire 
de l'Institut de France, rappelle le souvenir de M. Achille Luchaire, de 
son œuvre capitale. Innocent III. Puis il signale l'utilité des prix Carnot, 
Audiffred et Corbay. — ^I. G. Picot lit une notice historique sur les tra- 
vaux et la vie de M. le comte Duchatel. — M. F. Rocquain présente le rapport 
sur le prix Audiffred. — Le 19, M. Levasseur lit le début d'un ouvrage 
sur Law et son système financier. — Le 26, M. Levasseur achève sa lecture. 

— M. Espinas lit un travail sur M. Mentré, philosophe chrétien. 

Prix. — Le 11 décembre dernier, à Stockholm, a eu lieu la dis- 
tribution solennelle des prix Nobel. Ces prix, s'élevant chacun à la somme 
de 192,827 fr. 24, ont été décernés comme suit : Prix de chimie au professeur 
Ernest Rutherford, de l'Université de Manchester; — Prix de physique au 
professeur G. Lippmann, de Paris; — Prix de médecine, partagé entre le 
professeur E. Metchnikofï, de Paris, et le professeur Paul Ehrlich, de 
Francfort-sur-le-Mein; — Prix de littérature au professeur Rudolf Euken , 
d'Iéna; — Prix pour la paix à M. Baju, Danois, et à M. K. V. Arnoldson, 
Suédois. 

MÉLANGES GoDEFRoiD KuKTii. — 11 v a deux ans, par une retraite 
volontaire, notre éminent collaborateur, M." Godefroid Kurth quittait la 
chaire de TL^niversité de Liège, qu'il a illustrée pendant trente-cinq années 
par un enseignement aussi fécond que brillant. La reconnaissance que lui 
ont vouée les générations d'étudiants qu'il a formés aux méthodes de 
l'érudition moderne, l'estime et l'admiration que lui ont accordées les collègues 
qu'il a eus dans son enseignement et les nombreux amis qu'il s'est acquis de 



— 81 — 

tous côtés ont voulu s'exprimer à cette occasion par la publication d'un 

recueil de Mélanges en son^ihonneur. Plus de deux cent: cinquante^sous- 

cripteursontsrépondu à l'appel du comité ; quatre-vingt-six érudits ont 

collaboré laux Mélanges répartis en deux volumes (Liège, imp. A'aillant- 

Carmannê; Paris, H. Champion, 1908, 2 vol. gr. in-S de 466 et 460 p., plus 

Lxxxix p. communes aux deux volumes). C'est M.sKarl.Hanquet qui a 

été chargé d'apprécier l'œuvre du maître,|_tandisique lajbibliographie, fort 

complète, de ses œuvres (504 articles) était dressée par MM. J. Closon et 

,1. P. Waltzing. La place nous fait défaut pour analyser ici, et même pour 

simplement énumérer les quatre-vingt-six mémoires qui composent ces 

deux volumes. Nous'avons parlé déjà de ceux de MM. P. Allard et M. Sepet. 

Nous nous contenterons de relever ici encore quelques titres des mémoires 

qui nous ont paru les plus intéressants : dans le t. I, la Translatio S. Mer- 

eurii Beneventuin, par le P. J. Delahaye (n. 10-24); — la Vie la plus aneienne 

de S. Lezin. h'êque iV Angers, et les vies de S. Arnulphe et de S. Lambert, par 

J. TJemarteau (p. 25-39);- — i'n Diplôtiic de Charles le Gros, par L. Lahaye 

(p. 53-60); — Codefroy de Bouillon et Varmerie du S. Sépulcre, par Ch. 

Mœller (p. 73-83) ; — Vie ancienne de Guillaume de S. Thierry, par le P. Pon- 

celet (p. 85-96); — Les Événements politiques liégeois pendant les années 

1229-1230, par J. Closon (p. 137-148); — L'Abolition des guerres privées au 

pays de Liège, une ordonnance inédite du 24 septembre 1334, par E. Fsiron 

(p. 157-170); — Dom U. Berlière, La Commende aux Pays Bas (p. 185-201); 

— V. Van der Haeghen, Les Députés de Tournai auprès de Louis XI et 
d'Olivier le Dain en juillet 1477 (p. 207-212); — A. Fayen, Une Supplique 
du XYi*^ siècle pour la création d'un collège belge à Bome (p. 233-239); — 
P. Fredericq, Les Placards du 14 octobre et du 31 décembre 1529 contre les 
protestants des Pays Bas (p. 255-260); — R. Van Bastelaer, Sur Vorigine de 
la dénomination des Gueux (p. 261-271); — A. Cauchie, Belation d'un Père 
jésuite réfugié en Flandre sur la situation de la France au début de 1595 
(p. 279-293); — C. de Smedt, Les Fondateurs du bollandisme (p. 295-303); — 
H. Lonchay, Les États généraux à.Q 1619-1620 (p. 321-329) ; — H. Van Houtte, 
Un Colhert belge, Jean de Brouchhoven, comte de Bergeyck (1644-1725) (p. 343- 
354). — E. Hubert, Le Protestantisme dans le duché de Luxembourg à la fin de 
l'ancien régime (p. 355-360); — F. Magnette, Z-es Premières Belations entre 
les patriotes liégeois et l'Assemblée constituante (p. 391-409); — P. Poullet, 
Un Conseil d'arrondissement sous le consulat et l'Empire (p. 411-423); — 
dans le t. II : H. Francotte, Lès Taxes du 20^ et du 10"^ dans la ligue de Délos 
(p. 1-5); — J.-E. Demarteau, Le Vase planétaire de Jupille (p. 15-25); A. 
Audollent, Sur le temple du Puy de Dôme (p. 27-40) ; — P. Lejay, Les Origines 
de l'Église d'Afrique et l'Église romaine (p. 41-47) ; — P. Ladeuze, Cours 
de Bome, le seul aloge connu (p. 49-60); — M. Laurent, Christus belliger 
insignis (p. 103-111); — Baron F. Béthune, De quelques points de contact 
entre la poésie narrative du midi de la France et celle du nord (p. 155-172) ; — 
G. Doutrepont, Jason et Gédéon, patrons de la Toison d'Or (p. 191-208); — 
J.-P. Waltzing, Un Humaniste arlonais, Petrus Jacobi Arlunensis (p. 209-231) ; 

— B°" de Béthune, Le Théâtre dans les anciens collèges de Belgique (p. 251- 
266); — A. Grégoire, Une Question de méthode en linguistique (p. 267-287); 
— ^ A. Counson, De la légende de Kant chez les romantiques français (p. 327- 
334); — G. Legrand, Joseph de Maistre et l'ancien régime (p. 335-340); — 
H. Bischofï, Ërlebnis und Dichtung hei Lenau (p. 385-396); — H. Fierens- 
Ge\dieTi. Le Clair-obscur dans la peinture des xv^, xvi*^ et xvn^ siècles (p. 439- 
447). 

Janvier 1909. T. CXV 6, 



- 82 - 

Paris. — La librairie Garnier frères vient d'achever la nouvelle édition 
qu'elle avait entn'pi'ise,dans le format in-18, des Œuvres complètes d'Alfred 
de Musset. Déjà, le Pohjhiblion en a présenté à ses lecteurs les quatre pre- 
nmiers tomes concernant exclusivement la poésie et le théâtre, savoir : 
tomes I et II, Premicrof Poésies (1829-1835) et Poésies nouvelles (1835-1852), 
en août 1907 (t. (^X, p. 112) et tomes III et IV, Comédies et Proverbes, en 
février 1908 (t. C.XII, p. 117). Aujourd'hui nous devons annoncer les. 
tomes V à IX, qui comprennent : t. V. Nouvelles (391 p.), t. VI. Contes 
(381 p.), t. VII. Confession d'un enfant du siècle (362 p.), l. \'III et IX. 
Mélanges de littérature et de critique (2 vol. de 302 et 231 p.). Imprimée avec 
soin sur bon papier, orné de 26 remarquables héliogravures, exécutées 
d'après les dessins d'un premier grand prix de Rome, M. Maillart, cette 
édition acquiert en outre une valeur particulière par ce motif que le regretté 
Edmond Biré Ta non seulement revue, corrigée et augmentée de documents 
inédits, mais aussi et surtout l'a enrichie de notes fort intéressantes et à la 
■ fois historiques, littéraires, philologiques. Les œuvres d'Alfred de Musset, 
qui ne sont pas toujours — il s'en faut — des modèles de moralité, sont 
trop connues pour que nous ayions à en faire ressortir ici les bons et les 
mauvais côtés. Bornons-nous, en signalant Tédition in-18 illustrée, du prix 
de 3 fr. 50 le volume, à noter qu'une édition semblable, mais sans gravures, 
ne coûte que 3 francs le volume, alors qu'une troisième édition (cette der- 
nière de luxe, in-8 avec gravures) se vend 6 francs le volume. Le tome I, 
rappelons-le, s'ouvre par un"" notice biographique sur Musset écrite par 
M. E. Biré avec la conscience dont il était coutumier. 

— Dans V Annuaire- Bulletin de la Société de r histoire de France, année 

1907, qui vient seulement d'être mis en distribution (T. XLIV. Paris, Lau- 
rens, in-8 de 259-xviii p.), nous remarquons d'abord une Lecture de M. le 
comte Durrieu sur la légende et Vhistoirc de Jean Foucquet (p. 111-126); puis 
un Supplément aux lettres de Charles VIII, publié par M. B. de Mandrot. 
Ce supplément est le troisième qui voit le jour depuis l'apparition du tome V 
et dernier de l'édition des Lettres de Charles VIII préparée par feu M. P. 
Pélicier pour la Société de l'histoire de France. Le premier supplément était 
formé de 78 lettres, le second de 15 lettres; celui qui a trouvé place dans ce 
tome XLIV de V Annuaire- Bulletin n'en renferme pas moins de 53, allant 
du 11 juin 1484 au 27 mars 1498 (p. 185-249). Enfin nous mentionnerons 
Quelques lettres inédites du cardinal de Richelieu provenant de la collection 
de M. Gordon- Bennett, publiées par M. Robert Lavollée (8 août 1630- 
17 septembre 1641) (p. 250-258). 

— De l'article qu'il avait publié dans le Correspondant du 10 novembre 

1908, M. l'abbé Pisani a fait faire un tirage à part (Paris, imp. de Soye, 
in-8 de 30 p.). Ce sera un excellent résumé du rôle et de la vie des Derniers 
Évêques de F ancien régime depuis l'ouverture des Etats généraux en 1789 
jusqu'à la mort de leur suprême représentant : Mgr de Bovet, évêque de 
Sisteron sous Louis XVI, archevêque de Toulouse jusqu'en 1822, mort à 

_ Paris, en 1838, à l'âge de 91 ans. A son habitude, M. Pisani a multiplié les 
dates, les chiffres qui éclairent une question et en rendent les conclusions 
inattaquables. Elles apportent aussi bien des renseignements nouveaux et 
jettent un jour singulièrement heureux sur cette histoire si diversifiée et 
une -époque si troublée. 

— M. Paul Marmottan a tiré à part de la Revue historique son travail sur 
les Débuts d'un grand diplomate, Jérôme Lucchesini à Rome, en Pologne 
et à Sistow (1786-1792) (Paris, 1908, in-8 de 30 p.). Lucchesini, Italien émigré 



- R3 -^ 

on Prusse, représenta son pays d'adoption en France sous le Consulat. 
Il se fit remarquer à Paris par son compliment à Bonaparte lors de son 
entrée en fonctions, compliment qu'il crut spirituel de prononcer dans leur 
lajigue maternelle. Il devait finir en courtisan de la famille, dans sa patrie, 
à Lucques, auprès d'Elisa Bacciochi. A-t-il vraiment -été, au cours de sa 
carrière exoticjue, un « grand » diplomate ? Pour l'ésoudre cette question, 
il eût fallu le juger par ses œuvres, en d'autres termes, d'après sa corres- 
pondance. M. Marmottan n'a pas eu cette prétention; il s'est contenté de 
rechercher dans les dépêches de Bernis, notre ambassadeur à Rome, et 
dans un livre paru récemment en Pologne, la trace de ce genlilliomme cos- 
mopolite. Aux renseignements qu'il en a extraits il a joint trois documents 
inédits recueillis par lui dans les collections d'autographes du Brilish Muséum, 
ayant trait aux afl'aires européennes en 1790 et 1791.- 

— Plus brillant que jamais, le Grand AUnauach du monde catholique pour 
Van de grâce 1909 nous arrive sous un cartonnage toile avec plaqué spé- 
ciale or et argent, l'eprésentant de façon vraiment artistique les douze 
signes du zodiaque avec le soleil au centre (Lille, Paris, Lyon, Bruges, 
Bruxelles, Rome, etc.. Société Saint- Augustin, Desclée et de Brouwer, in-4 
de 164 p.). Les illustrations dans le texte et hors texte sont aussi nombreuses 
que soignées ; on admirera notamment 7 grandes chromolithographies 
parmi lesquelles uii portrait de Pie X. Le texte, très varié, est aussi remar- 
quai «le qu'attachant. Citons seulement- : Pour Notre-Dame et pour le Pope, 
par M. Roger de Condé; La Moralité dans Part, par le P. M. -S. Gillet; Au 
Mont-Athos, par XX***; Visions brugeoises, par M. Joseph Boubée; Lacs 
d'Ecosse, par M. Léon Goudallier ; La Bienheureuse Madeleine- Sophie 
Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus; La Littérature d'' au- 
jourd'hui, par M. C. Lecigne; Lérins, par Dom Lucien David; La Littérature 
chez les noirs du Centre africain, par M. H. Trilles; Un Pèlerinage à travers 
quelques champs de bataille, par M. A. Charaux. , 

— L'Agenda de l'école libre pour l'année scolaire 1908-1909 a tout der- 
nièrement paru (3*^ année, Lyon et Paris, E. Vitte, petit in-18 de 264 p., 
relié toile. — Prix : 1 fr. 50.) De format très commode (135 x 95 millimètres), 
il offre, à côté d'ingénieuses dispositions pour l'inscription journalière et 

, mensuelle de notes, mémentos et comptes divers, une quantité de rensei- 
gnements précieux. Il mentionne les sociétés, ligues, associations scolaires, 
syndicats, mutualités, créés pour la défense, l'organisation et le soutien 
de l'éducation chrétienne, donne les noms des directeurs diocésains des 
écoles libres, une liste d'ouvrages à recommander, les tarifs postaux, etc. 
Enfin, les pensées morales que l'on rencontre à chaque page sont de nature 
à fournir des sujets à méditer ou à développer en public. Cet agenda ne sera 
pas moins utile aux prêtres et aux catholiques d'action qu'aux membres 
de l'enseignement. — Une correction à faire dans la prochaine édition : 
au chapitre des Bibliothèques circulantes, nous voyons naturellement figurer 
la Société bibliographique. Mais nous voyons aussi que la cotisation annuelle 
de 10 francs payée par ses membres est réduite à 5 francs pour les prêtres. 
C'est là une erreur : la cotisation de 10 francs s'applique invariablement à 
tous les membres de la Société. 

— Que dire de V Agenda agricole et çiticole que nous ofTre M. V. Vermorel 
pour l'année 1909? Rien d'autre que ce que nous avons plusieurs fois répété, 
à savoir que tous les intéressés y trouveront les renseignements les plus 
utiles et les plus pratiques (24'^ année. Paris, Béranger; Montpellier et 
Villefranche, aux bureaux du Progrès agricole, petit in-16 de 329 p., y 



— 84 — 

compris le « Caleiulrii'i' des agrieiilteuis el vilieiilleiu's n; carloinié toile, tr. 
rouges. — Prix : 1 fr. 50). R'. 

— Le même M. V. Vermorel nousj^adresse deux brocliures qui méritent 
une mention favorable : la première, signée par^lui, a pour titre : Les Enne- 
mis de nos jardins. Procédés de lutte contre les parasites du poirier et du 
pommier (Villefranohe^du Rhône et Montpellier, librairie du Progrès agricole 
et i'iticole, s. d. (1909), in-18 de 52 p., avec fig. — Prix : 2 francs). « Dans 
cette brochure, toute pratique, déclare l'auteur dans sa Préface, nous nous 
occuperons seulement des parasites qu'on peut atteindre facilement, écono- 
mi(}uement et surtout de l'un d'eux, le principal, le carpocapse, qui fait 
nos fruits véreux et qu'on verrait disparaître si chacun voulait bien se 
donner la peine de ramasser et de détr\iire les fruits qui tombent au pied des 
ai'bres. » Voilà certes un traitement à la portée du plus parfait débutant 
en fait d'horticulture; mais le présent travail renferme bien d'autres choses 
intéressantes. — Le deuxième opuscule est anonyme. Titre : Les Ennemis 
des arbres fruitiers et des plantes cultivées. Procédés et matériel de destruction 
(Villefranche du Rhône, V. Vermorel, 1909, in-18 de 64 p., avec flg. — 
Prix : fr. 50). Ce formulaire « facilitera aux agriculteurs la défense qu'ils 
doivent nécessairement entreprendre contre les ennemis des plantes )>. 
Il est ainsi divisé : 1° Nomenclature des plantes avec, pour chaque plante, 
la liste de ses ennemis; 2° Table alphabétique des maladies et parasites; 
3° Formules (dans l'ordre alphabétique) des insecticides et fongicides; 
4° Instruments et appareils de défense. 

— C'est avec plaisir que nous signalons la nouvelle édition, au prix très 
réduit de 1 franc, du très intéressant roman de M. Ernest Daudet : Dans la 
tourmente (Paris, Maison de la Bonne Presse, s. d. (1909), gr. in-8 de 138 
p. sur 2 colonnes, illustr. de M. Lecoultre). Précédemment (janvier 1902, 
t. XCIV, p. 6-7) le Polybiblion a rendu compte de cet excellent ouvrage. 
Nous n'avons rien à ajouter à cet article, si ce n'est que le volume con- 
vient à merveille pour les bibliothèques populaires. 

— Nous recevons de la librairie Hetzel un volume des plus curieux et des 
plus attachants : Le Château des merveilles (in-16 de 348 p., illustré par Des- 
tez. — Prix 3 fr.). On croirait lire du Jules Verne; aussi les jeunes gens de 
13 à 14 ans (et mêmes de plus âgés) y prendront un plaisir extrême, car à 
travers des aventures de toutes sortes, ils s'initieront à beaucoup de cho- 
ses instructives sur l'automobilisme, l'électricité, la navigation sous-marine, 
etc. Le Polybiblion de décembre 1899 (t. LXXXVI, p. 503) a d'ailleurs 
rendu compte en détail de cet ouvrage clans l'édition gr. in-8 à 7 fr. broché 
et 10 fr. relié. Nous y renvoyons nos lecteurs. 

Anjou. — De M. l'abbé Uzureau, signalons quelques brochures dans 
lesquelles il reproduit des documents intéressant son pays : Les Eaux miné- 
rales en Maine-et-Loire, en 1802, d'après un rapport du préfet (Paris, Imp. 
nationale, 1807, in-8 de 8 p. Extrait du Bulletin des sciences économiques et 
sociales du Comité des travaux historiques et scientifiques, année 1906). Ouireles 
eaux de Jouanet à Chevagnes, on y parle de sources abandonnées à peu 
près aujourd'hui à S. Silvin, Chalonnes, Quincé, Chaumont, Écuillé, Feneu, 
Pouancé, S. Laurent du Motay et Montjean. Une statistique de l'hygiène 
locale est jointe à ce rapport. 

— Des Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d' Angers (1907) 
(Angers, imp. Grassin), sont encore extraits les documents suivants, repro- 
duits par M. Uzureau : Les Chouans dans le Craonnais (1794-196) (gr. in-8 de 
54 p.). Rapports officiels naturellement peu favorables aux chouans, du 



— 85 — 

district de Segré, « l'un des théâtres les plus sanglants des guerres ». — Les 
Divisions administratives de la province d'Anjou et du département de Maine- 
et-Loire (gr. in-8 de 61 p.); — Le Présidial d'Angers, les dernières rentrées 
publiques » avant la Révolution (gr. in-8 de 22 p.), d'après les Affichée d'An- 
gers, «Tunique journal angevin d'alors», qui fut l'origine dn Journal de Maine- 
et-Loire. — Une Page de V histoire littéraire de l'Anjou (gr. in-8 de 57 p.). 
C'est l'Histoire de l'établissement de l' Académie royale des sciences et belles- 
lettres d'Angers (en 1685), par l'érudil Jacques Rangeard, qui fut élu plus 
tard député aux États généraux et laissa sur sa province de très bons tra- 
vaux, comme celui qu'a eu la bonne idée de reproduire M. l'abbé Uzureau. 
En manière d'Introduction, Rangeard passe en revue, avec de précieuses 
notes, les célébrités angevines du xvi'' siècle, qu'il appelle le siècle des Cossé, 
des Maillé, des Scépeaux, des du Bellay, des Robin du Faux, de Jean-An- 
toine et Lazare de Baïf, citant encore d'Aubigné, Errault de Chemans, 
Poyet, Grimaudet, Bodin, Chopin, Gourreau, Louet, Ayrault, Lesrat, Le 
JjOyer, Boylesves, delaMorousière, — et oubliant cependant, comme presque 
tous les historiens et critiques, parmi les plus dignes de la célébrité, /es Œ'ut'res 
de Germain Colin Bûcher (ressuscité en 1890 par le beau livre de notre colla- 
borate\u' M. Joseph Denais), soit parce que G. Colin avait mal fini, soit 
parce que toutes ses œuvres furent perdues pendant trois siècles. 

Boulonnais. — La Société académique de l'arrondissement de Bou- 
logne-sur-Mer, si nous en jugeons par le tome VII de ses Mémoires, ne 
manifeste pas souvent son existence en dehors de ses réunions particu- 
lières, mais quand le fait se produit, c'est sous la forme d'un gros volume, 
tel celui que nous venons de recevoir et qui porte les dates 1904-1907 
(Boulogne-sur-Mer, imp. Hamain, in-8 de 781 p., avec fig. dans le texte et 
un portrait et une planche hors texte. Là ont été groupés un grand 
nombre d'articles, dont beaucoup nous apparaissent un peu trop comme 
une poussière. Nous n'aurons garde cependant de dire qu'ils manquent 
d'intérêt; leur variété est d'ailleurs très réelle et certains retiendront l'at- 
tention des travailleurs. Quelques-uns même sont fort remarquables. Nous 
allons citer : Les Jésuites anglais expulsés de Boidogne en 1752, par M. Alfred 
Hamy (p. 12-65); — Mémoire sur Tingry et Hucqueliers vers 1641, par M. A. 
de Rosny (p. 72-91); — Découverte de strobiles de Séquoia et de Pin dans le 
portlandien des environs de Boulogne-sur-Mer, par MM. R. Zeiller et P. 
Fliche (p. 92-96); — Lettres de confirmation des privilèges, franchises et 
exemptions de la ville de Desvres, en Boulonnais, par M. Alph. Lefebvre 
(p. 99-110); — Deux Combats sur mer devant Boulogne, épisodes de la cam- 
pagne navale de 1666, par M. E.-T. Hamy (p. 111-123); — Lettre de M. J. 
de Courtcville, s^ de Cormont, de la Bussière et de Preurelle, sur les fiançailles 
de François I'^^ et de Claude de France, publiée par M. A. de Rosny 
(p. 125-137); — Faramus de Boulogne. La Famille de Bolonia. en Angle- 
terre. Descendance des comtes de Boulogne, par M. A. de Rosny (p. 148-185) ; 
— Le Hareng du Boulonnais, par M. A. Giard; (p. 186-189); — Nouveau 
Catalogue des poissons des formations secondaires du Boulonnais, par M. H .E. 
Sauvage (190-212); — Le Premier Maître de Sainte-Beuve, Louis Blériot 
(1813-1818), par M. E.-T. Hamy (p. 222-226); — Sépultures franques et 
carolingiennes du Boulonnais, par M. H.-E. Sauvage (j). 229-253); — Sur 
une flnrulc porllaïuUcnne des environs de Boulogne-sur-Mer, par MM. P. 
Fliche et R. Zeiller (p. 254-256); — Séance des citoyens de Boulogne réunis 
en la salle de la Société populaire le 25 thermidor, 2^ année républicaine une 
et indivisible — et Séance du 26 thermidor, publication de M. Camille 



- 86 — 

Enlart (p. 256-274); — Le Lieutenant de vaisseau Eugène MarescoU 
Duthilleul (1809-1839), par M. E.-T. Hamy (p. 275-296, avec portrait) ; 

— Notes éthologiques sur le hareng des côtes du Boulonnais, par M. Alfred 
Giard (p. 303-308); — Les Figurines en terre cuite gallo-romaine du musée 
de Boulogne-sur- Mer, par M. H. E. Sauvage (p. 309-320, avec fig.) ; — Sur 
quelques monnaies de Carausius et d'Alectus, par le même (p. 321-324); — 
Le Corps médical de Boulogne-sur- Mer en Van II de la République, médecins, 
chirurgiens, pharmaciens, apothicaires, élèves en chirurgie et pliarmacie, avec 
les notes de conduite morale et politique, patriotisme et capacité données par 
le Conseil général de la commune, par M. le D"^ E.-T. Hamy (p. 325-333); 

— V Advis de la qualité de ceulx qui sont dedans Boullongne (1559), par 
M. V.-J. Vaillant p. 334-355); — Documents intéressant le Boulonnais, 
communiqués par M. le vicomte J. de Beaufort (p. 356-363); — Notice sur 
les travaux historiques et archéologiques de M. J.-V. Vaillant, suivie de la 
Bibliographie de ses œuvres, par M. Camille Enlart (p. 364-385); — Le 
(i Gulo borealis » dans la grotte de la Grande-Chambre à Rinxent (Pns-de- 
Calais), par M. E.-T. Hamy (p. 386-388); — Le Siège de Boulogne, d'après 
Francis Godwin, traduit en français par le s^ de Loigny (p. 392-402); — 
La Galerie égyptienne du Musée de Boulogne- sur- Mer, par M. H.-E. Sauvage 
(p. 403-407); -— Notice sur quelques monuments égyptiens du musée de Bou- 
logne-sur-Mer, par M. Valdémar Schmidt (p. 407-419); — La Fontaine et 
Bernier, par M. le D"" E.-T. Hamy (p. 425-433); — Conférence pour la paix 
entre V Angleterre et V Espagne tenue à Boulogne en 1600, étude historique 
suivie d'un choix' 'de lettres relatives à cet événement, par le D'' E.-T. Hamy 
(p. 434-460); — L' Apothéose du poète de Bclloy par le peintre Jollain et les 
Critiques deVhistorien de Calais, Jacques- Barthélémy Lefebvre (1765). par 
le Dr E.-T. Hamy (p. 464-473); — De Belloy et Morel-Disque. « Le Siège de 
Calais» st le Tableau de Robert-Edge Fine, par M. le D^ E.-T. Hamy (p. 474- 
478); — Un Document inédit sur Vacronaute Pilatre de Rozier, par M. A. 
Lefe])vre (p. 479-485); — Note sur le genre Pélorosaure, par M. H.-E. Sau- 
vage (p. 493-498); — Notes numisniatiqnes, par le même (p. 499-509); — 
Observations sur quelques mollusques terrestres et d'eau douce du Boulonnais, 
par M. Bouchard-Chantereaux fp. 510-514); — .Une Emeute à Samer le 
10 mai 1793. Condamnation du. notable Lefehvj-e à ta déportation à c/'e, par 
M. A. Lefebvre (p. 521-529); — Les Sigles figulins de la flotte de Bretagne, 
par le D"" E.-T. Hamy (p. 530-562, avec fig.);-- De la présence d'un Cypraea 
vinosa Gmelin dans une sépulture franco-mérovingienne, par M. P. Dautzen- 
berg (p. 563-567, avec une planche); — De la. Confiance que mérite Lambert 
d'Ardres, par M. Rigaux (p. 573-582); — Note sur des débris d'origine 
romaine trouvés dans une fouille faite en 1898 sur la plage ouest de Boulogne- 
sur-Mrr, par ]\I. ,T. \'oisin (p. 583-588); — Charte de l'abbaye de Beaulieu, 
publiée par M. R. Rddièro (p. 589-592); — Livre de raison des Frest ou Fret, 
sieurs d'Imbretun, par le D'' E. Dutertre (p. 596-608); — Une Lettre- de 
marque sous Louis XV pour le corsaire boulonnais Jacques Coilliot, par 
M. A. Lefebvre (p. 609-617); — Extraits de la Correspondance de Maugiron 
relatifs à Vexpidsion des Anglais du Boulonnais (1545-1 549), par M. E.-T. 
Hamy (p. 618-635); — Documents inédits relatifs et la domination bourgui- 
gnonne dans le Boulonnais (1419-1478), recueillis et publiés par M. A. Hamy 
(p. 636-652); — Antiquités gallo-romaines recueillies dans le Boulonnais et 
récemment entrées au Musée de Boulogne-sur- Mer, par M. le D'' H.-E. Sau- 
vage (p. 653-680, avec fig.); — Les Vases en verre gallo-romains avec ins- 
criptiop trouvés dans le Boulonnais, par M. le D^" E. Sauvage (p. 681-690).; 



- H7 - 

— Souvenirs cVune visite à V Exposition de la Toison d'Or, à Bruges, par 
M. E.-H. Hamy (p. 692-704^; — Le Capitaine de vaisseauG.-B.- M. Moras, 
(1771-1824), par M. E.-T. Hamy (p. 705-719);— La Jeunesse de Georges 
Mareschal, de Calais, chirurgien de Louis XIV, par M. E.-T. Hamy (p. 720- 
725); — '■ Découverte de monnaies du xv® siècle à Marquise (Pas-de-Calais), 
par M. le D' E. Dutertre (p. 727-758). Ce volume est complété non seulement 
par une table des matières où tous les articles et études sont classés dans 
un ordre méthodique, mais aussi d'une table des noms de lieux et d'une 
autre des noms de personnes. 

Dauphiné. — Le Bulletin de la Société dauphinoise d'ethnologie et d'anthro- 
pologie paraît avec un retard d'une année. Du tome XIV, le n° 4 (décembre 
1907) vient seulement de nous arriver (Grenoble, impv Allier, in-8, paginé 
207-309). La majeure partie de ce fascicule (p. 207-2'57) est occupée par 
un travail de M. E. Chabrand sur l'Occultisme en thérapeutique, qui, examiné 
en détail, motiverait plus d'une réserve sérieuse. — Un sujet moins brûlant 
est traité ensuite par M. le lieutenant-colonel Pansard, sous le titre de : 
Céramique romaine. Poteries anciennes provenant de Tébessa (Algérie) 
(p. 259-295), avec 2 fig. dans le texte et 3 planches). A noter enfin un article 
de M. L. Jacquot : Notes d'édilité saharienne. Comment on numérote les 
maisons dans les ksour (p. 296-298). 

Franche-Comté. — Des Mémoires de la Société d'émulation du Jura> 
M. Emile Longin a extrait des Notes sur le régiment de la Verne (xvii*' siècle) 
(Lons-le-Sauni.er, imp. Declume, 1908, in-8 de 45 p.). Pour rédiger ces 
« Notes » aussi érudites que curieuses. Fauteur a utilisé des documents, 
au nombre de huit, reproduits à la fin de la brochure comme Pièces justi- 
ficatives. Tout d'abord, il rappelle l'historique de ce « terce :j), mis sur pied 
dans l'été de 1634 et qui, deux ans plus tard, devait s'illustrer en prenant 
une large part à la victorieuse résistance de Dole aux*efforts de l'armée du 
prince Henri de Condé. Or, cet historique est assez bref : il consiste dans la 
défense, à peu près pour la forme, de la ville de Porrentruy, où la Verne et 
ses soldats s'étaient jetés sur l'ordre de Charles IV de Lorraine. L'armée 
française, commandée jiar le maréchal de la Force, ayant ouvert le feu 
contre les murailles de cette place et y ayant pratiqué une brèche, les 
Comtois la rendirent et obtinrent de se retirer avec les honneurs de la 
guerre (juin 1635). Ce qui est ici particulièrement intéressant ce sont les 
détails fournis sur la composition de ce régiment en hommes de troupe, 
sous-ofïiciers et soldats, leurs attributions respectives et leur solde, choses 
très généralement ignorées. 

— Le même M. Emile Longin a tiré à part des Mémoires dç la 
Société d'émulation du Jura une Belation lorraine de la bataille de Poligny 
(19 juin 1638), l'un des épisodes les plus importants de la guerre de Trente 
ans en Franche-Comté (Lons-le-Saunier, imp. Declume, 1908, in-8 de 16 p.). 
Imprimée à Bruxelles, en 1638, par Velpius (in-4 de 10 p.), cette pièce est 
un peu longuement intitulée : Relation faite à Son Altesse Royale le Sérénissi- 
me Cardinal Infant par le sieur de Rommécourt, gentilhomme envoyé par son 
Altesse de Lorraine : du combat fait en la Comté (ie Bourgogne, le 19 du mois 
de juin dernier, entre l'armée de sadicte Altesse de Lorraine, et celle de France 
commandée par le duc delLongueville. A ce propos, dans la notice, ample- 
ment annotée, dont il a fait précéder son intéresante publication, M. Lon- 
gin donne les indications suivantes : « Je l'avais inutilement cherchée [cette 
relation] à Madrid, à Bruxelles et à Paris; rinsuccès de mes démarches me 



— 88 — 

portait à la croire perdue, comme bon nombre d'autres feuilles volantes, 
quand le hasard me Ta fait découvrir à la bibliothèque de Besançon, reliée 
avec divers avis à la main du temps. Elle n'ajoute pas grand'chose à ce qu'on 
savait déjà de la rencontre après laquelle l'armée française recula jusqu'à 
Château-Chalon; le vaillant marquis de Saint-Martin y est à peine nommé; 
en revanche, elle est la seule qui mentionne le rôle du régiment de nouvelle 
levée du sieur d'Antorpe; elle explique comment, indignés de la barbare 
pendaison des commandants de Chaussin, de Rahon et de Frontenay, les 
Lorrains ne firent point de quartier, et il importe de la remettre au jour 
à cause de son extrême rareté. « Ce document, si. heureusement trouvé par 
M. Longin, pourra être curieusement rapproché du récit que M. Julien 
Feuvrier a fait de cette même bataille de Poligny dans une brochure parue 
à Dole, chez Krugell, en 1 895, et qui a été signalée à cette place (t. LXXIV, 
p. 89, livr. de juillet 1895). 

■ — ■ Signalons encore deux tirages à part des Mémoires de la Société d'ému- 
lation du Jura que nous envoie M. Julien Feuvrier. Le premier a trait à une 
Tête de- Mercure gallo-romain en bronze trouvée à Samery (Côte-cVOr) (Dole, 
Ledun, 1908, in-8 de 5 p., avec vignette). Cette pièce, qui fait aujourd'hui 
partie du musée archéologique de Dole, décrite avec beaucoup de soin, 
ornait, selon les déductions de l'auteur, un objet qui semble avoir été un 
l'écipient quelconque. — La deuxième plaquette a pour titre : La Ville 
d'Haibe, au territoire de Rochefort (Jura) (Dole, Ledun, 1908, in-8 de 12 p. 
avec vignette et petit plan dans le texte). Il faut traduire ici ville par ~ villa, 
Après un court exposé historique et critique, M. J. Feuvrier conclut que 
l'on est à Haibe « en présence d'une villa rustica » fort ordinaire. Toutefois 
il y eut en ce lieu une chapelle devenue « centre d'une paroisse qui engloba 
toutes les petites localités d'alentour et les fermes éparses ». Cette chapelle, 
tombant en ruines, finit par disparaître à une époque incertaine. L'auteur 
a pratiqué sur une partie de son emplacement et sur l'emplacement du 
cimetière qui l'entourait des fouilles qui, n'étant pas les premières exécu- 
tées, n'ont produit que d'assez modestes résultats : les objets exhumés sont 
allés cependant accroître le musée archéologique de Dole, dont M. Feuvrier 
est depuis longtemps, si l'on peut dire, l'un des principaux fournisseurs 
attitrés. 

— Les empoisonneurs patentés, grands et petits, ne chanteront pas les 
louanges du D'' Eug. Ledoux. On ne saurait douter d'ailleurs que AL Ledoux 
n'a pas le moins du monde cherché à leur plaire. Il vise plus haut. Dans 
une brochure très documentée, intitulée: L^ Absinthe et V ahsinthisme (Besan- 
çon, imp. Dodivers, 1908, in-8 de 34 p., avec 2 tableaux et 2 cartes. — 
Prix : fr. 50), l'auteur mèn« contre la malfaisante « fée verte » une cam- 
pagne scientifique fort vigoureuse. Il étudie successivement : 1" la com- 
position de l'absinthe (l'absinthe, boisson alcoolique; les alcools de l'ab- 
sinthe: les essences de raV)sinthe); 2° la symptomatologie de l'absinthe 
(absinthisme aigu; absintliisme chronique; absinthisme héréditaire; la 
psychologie de l'absinthique; les [irédispositions morbides de l'absinthisme) ; 
3° la démographie de l'absinthisme, un peu pour la France en général et 
beaucoup plus pour le dé|)ar{enient du Doubs, qui renferme de nombreuses 
usines ou fabriques d'al^sinthe; 4" les moyens de combattre le fléau. — La 
tuberculose et l'aliénation mentale, M. le D"" Ledoux le démontre de la 
plus indiscutable façon, sévissent parmi nos populations en raison directe 
de l'importance de la consommation de l'alcool. Il serait vraiment désirable 
que tous nos députés et tous nos sénateurs pussent méditer ce travail : ceux 



— 89 - 

que n'aveuglent pas leurs intérêts électoraux n'en deviendraient que plus 
ardents à soutenir le projet de loi prohibitif de l'absinthe, présenté le 22 juin 
dernier par 112 membres du Sénat, qui n'ont pas hésité à déclarer que 
« l'absinthe rend fou et criminel; qu'elle provoque l'épilepsie et la tuber- 
culose; qu'elle tue chaque année des milliers de Français, qu''elle fait de 
l'homme une bête, de la femme une martyre, de l'enfant ;^m dégénéré ». 

Languedoc. — Il n'y a guère que deux études offrant un intérêt sérieux 
dans la 2'' livraison du tome Vil de la troisième série du Bulletin de la 
Société, archéologique, scientifique et littéraire de Béziers (Béziers, imp. générale 
Barthe, Soueix, Bourdon et Rul, 1908, in-8 paginé 189-344, avec 3 pi.), 
savoir: ies Moulins de Bagnols, par M. A. Soucaille (p. 189-249) eiClément 
de Bonsi et la Bévolte de 1632, d'après des documents inédits, par M^^ Mathilde 
Bellaud-Dessalles (p. 261-284). Le reste se compose surtout de rapports 
sur des concours divers. Cependant nous pouvons noter spécialement encore 
la Chronique numismatique de M. le D'' L. Tarrieux (p. 250-254) et la Chro- 
nique archéologique de M. J. Dardé (p. 285-288, avec 3 planches). 

Marche. — Un intéressant mémoire de M. Raoul Mortier met hors de 
doute la possession, pendant quelques années, de la Basse-Marche par le 
duc de Bei'ry, à titre de seigneur apanagiste : Le Duc Jean de Berry, sei- 
gneur de la Basse-Marche (1390-1397). (Extrait des Mémoires de la Société 
des antiquaires du centre, t. XXIX. Bourges, typ. Tardy-Pigelet, in-8 de 
41 p., avec une carte et 1 tableau généalogique). C'est le mariage de son 
fils, le comte de Montpensier, avec Anne de Bourbon qui fit tomber entre 
ses mains la seigneurie de ce pays qu'elle avait reçu en dot; la mort du 
jeune prince, sans enfants, obligea le beau-père de restituer la Basse-Marche 
à sa bru, qui alla la porter en secondes noces à Louis de Bavière. 

Alsace. — • M. Gass a publié une contribution à l'histoire des domini- 
caines de Strasbourg sous le titre : Ein Beitrag zur Gesckichte von St. 
Margaretha (Strasbourg, Le Roux. 1907, in-8 de 15 p., avec la reproduction 
•d'un curieux dessin représentant les 25 religieuses qui composaient a 
communauté in 1688. 

— Mentionnons aussi les ouvrages suivants : Koehler : Das Elsass und 
sein Theater (Strasbourg, Schleser et Schweickardt, in-8 de 300 p. — Prix: 
6 fr. 25); — Ziegler : Die Politik der Stadt Strasburg im Bischu's, kriege 
(1592-93) (Strasbourg. Herder. in-8 de 113 p. — Piix : 2 fr. 25): — Scho- 
nemann : Das Elsass und die El laisser von den àltesten Zeiten bis zum Jahre6l0 
(Strasbourg, Heitz, in-8 de 204 p. — Prix : 4 fr. 35), encore un livre à tendances 
chauvines ext'êmes. — Muller : Die eU''ssischen Landstande. Ein Beitrag 
zurGeschichte des Elsasses (Strasbourg, Schleser et Schweickhardt. 5 fr. 50); 
— Heitz : Eine Abbildung der Hohkoidgsburg aus der ersten Ha''te dus 
16. Jahrhunderts (Strasbourg, Hei'z, in-8 de 12 p. — Prix: 2 fr. 50). La 
découverte de cette ancienne gravure montre que la restauration récente du 
château est toute de fantaisie. — Après cette éclosion d'ouvrages en langue 
allemande, qui témoignent des efforts de germanisation par lesquels la 
constanc" des Alsaciens envers la l'rance est soumiso à un rude éprpuve, 
il nous plaît de retrouver les ouvrages suivants en langue f ançaise : Clarac 
Proverbes et curiosité'^ du dialecte strasbourgpois (Paris. Didier), in-18 de vii- 
170 p.), recueil original des locutions le^ plussavoiu'euses de ce dialecte où l'on 
trouve, à côté de savants commentaire^ linguistiques, d'agréables docu- 
ments sur le passé, l'espr t, les mœurs et le coutumes de l'Alsace; — - 
Le i^ Bataillon de la mobile du Haut-Bhin. Journal d'un sous-officier (Mul- 



— m — 

house, Meininger, 1908, in-8 de 150 p.). Remarquable par las-incérité de la 
narration et la poignante émotion qui s'en dégage, ce récit est dû à un 
Mulhousienqui fit, comme mobile, la terrible campagne de 1870-1871. — Enfin 
nous r cevons un 1res beau volume : His'oire du cnVège libre d" Co'mar- 
La Chapelle, pcir M. A.-M.-P. Ingold (Colmar, Jung, 1908, in-8 de 350 p.), où 
l'on trouvera de» documents d^ valeur sur cetle ex e'ien'e éco^e, ses 
professeurs et la pléiade d'Alsaciens remarquables qu'elle a produits. 

Allemagne. — Jean Sébastien Bach, l'un des plus féconds et des plus 
grands musiciens classiques de l'Allemagne, jouit depuis quelques années 
d'un regain de faveur qui s'est manifestée en France comme dans son pays 
natal. La Nouvelle Société Bach, qui a tenu récemment ses assises solennelles 
à Chemnitz,ne compte pas moins de 731'membrep,et le musée qu'elle entretient 
à Eisenach dans la maison du vieux maître a reçu dans la dernière année la 
visite de plus de 3.700 personnes. Parmi les décisions prises dans l'assem- 
blée de Chemnitz celle qui intéresse de plus près le Polybihlion est la réso- 
lution de procéder à une revision de la grande et monumentale édition des 
œuvres de Bach. Les résultats de ce travail paraîtront dans l'Annuaire de 
la Société [Bachjahrhurh) et seront tirés également de manière à pouvoir 
s'intercaler dans les feuillets de l'édition. 

Angleterre. — L'on sait quelle est l'importance du manuscrit (iv^siècle), 
connu aujourd'hui sous le nom de Codex sitiaiticus petropolitanus, que Ti- 
schendorf découvrit en 1844 dans un couvent du Mont Sinaï et qui est entré 
une vingtaine d'années plus tard dans la Bibliothèque impériale de Saint- 
Pétersbourg. C'est surtout pour l'histoire du texte grec du Nouveau Testa- 
ment que ce manuscrit est précieux; et c'est justement de cette partie des 
saintes Ecritures que l'Université d'Oxford va nous donner une repro- 
duction photographique sous le titre de Novum Testamentum sinaiticum 
petrnpolitanum. Le volume, qui sera publié en 1909 comprendra une préface 
de M. Kirsopp Lake et une notice chronologique sur les correcteurs du ma- 
nuscrit, par M. Papadopoulo Kerameus.Le prix de souscription, est de 160 fr. 

Espagne. — Les pèlerins français qui affluent à Lourdes n'ont que l'em- 
barras du choix entre les divers Guides et Manuels^ qui leur fournissent les 
renseignements dont ils ont besoin pour se rendre dans cette ville et y sé- 
journer. Les pèlerins espagnols, qui, en assez grand-nombre, visitent le cé- 
lèbre sanctuaire, n'en avaient pas encore. Cette lacune est maintenant com- 
blée grâce à la publication de l'opuscule : Historia y Guia de Lourdes. M annal 
del peregrino, por D. Rosendp Fortunet y Busquets (Barcelona, E. 
Subirana, 1908 in-16). Ce petit volume, d'un aspect élégant et bien illustré, 
contient, à la suite d'une excellente notice historique sur Lourdes, toutes 
les indications pratiques que le voyageur transpyrénéen peut désirer, indi- 
cations dont la sécheresse est corrigée par de nombreuses descriptions plei- 
nes de charme, telles que celle, par exemple, qui est intitulée : «Actual flsio- 
nomia de Lourdes. » 

Hongrie. — M. Efiile Horn est un auteur très apprécié pour ses savantes 
études sur l'histoire de la Hongrie. Sainte Elisabeth et son François Rakoczi, 
prince de Transylvanie ont été couronnés par TAcad'^mie française. Sa 
récente brochure": f/ne Niècfde sainte ElisabelhJ la Bienheureuse Marguerite 
de Hongrie (xiiie siècle) (Paris, Librairie"des"Saints-Pères,'l908,'in-8 de'61 p. 
— '^Prix": '1%. SOffixera^FattentionMes hagiographes'soucieuxdu' document 
sûr misTen;œuvreydansTuneTparfaiteTcomposition et avec une littérature 



- 91 - 

choisie. L'auteur suit Marguerite de Hongrie dans son enfance et dans sa 
vie religieuse. Et, à cette occasion, situant la Bienheureuse, il nous décrit 
le cloître où elle vécut et mourut, foyer où l'on con.servait les belles-lettres 
en les étudiant. Puis il s'occupe de la vie posthume de la B. Elisabeth, 
nièce et fille de rois, et des diverses destinées du monastère, qui gardait 
sa tombe. Sous le titre : Bibliothèque de moniales, M. Horn énumère et 
accompagne de notes précieuses un certain nombre de mss. d'une grande 
valeur qui appartenaient aux religieuses du monastère de la B. Elisabeth 
et furent sauvés plus tard des mains des commissaires impériaux chargés 
de les inventorier par les clarisses occupant alors l'antique monastère pat- 
elles relevé de ses ruines. 

Italie. — La Miscellanea di storia italiana (série 'IH, t. XIL Torino, 
Bocca, in-4 de xix-400 p., avec 5 planches), parue en 1907, contient trois 
publications d'intérêt divers et inégal : M. Ugo G. Oxilia y donne la Storia 
italiana (1525-1546), de Migliore Cresci demeurée inédite. Ce Cre.scî, petit- 
fils du poète florentin de ce nom, né en 1494, fut priore en 1531 ou 15314 
et mourut après 1546. Il a composé, outre son histoire, un traité sur les 
devoirs du Prince; il a des idées politiques plus proches de Nardi que de 
Guichardin. Son histoire n'est plus la sèche et confuse chronique du moyen 
âge, c'est une narration d'imitation classique, mais fortement imprégnée 
de souvenirs personnels, en somme un document de haute valeur pour l'his- 
toire générale du xvi^ siècle. M. Oxilia décrit en détail les dix manuscrits 
de cette œuvre historique' (p. 31-41), puis vient le texte (p. 45-200) divisé 
en dix livres et suivi de quelques pièces justificatives, mais dépourvu de 
tout commentaire historique, discrétion trop modeste, car ce texte paraît 
apporter sur bien des points des détails curieux et nouveaux. — M^negopetto 
a étudié Margherita di Savoia, marchesa di Monferrato (1295-1313), prin- 
cesse mal connue, et dont elle n'éclaircit que très imparfaitement la bio- 
graphie. Le sujet primitif du mémoire était le gouvernement de Cirié, 
ville dotale de Margherita ; il a été abondamment documenté au moyen des 
comptes de châtellenies, mais aussi augmenté sans ordre et élargi sans 
plan d'ensemble. — Le mémoire de M. Bollea sur VAssedio di Bricherasio 
dato da Carlo Emanuele I, duca di Savoia (18 sept-23 oct. 1594) fait con- 
naître à fond un épisode, insignifiant en soi, mais fort important quand on 
le situe à son heure dans les relations franco et hispano-savoisiennes. 
Capital dans l'histoire des rapports de Charles-Emmanuel avec Lesdi- 
guières, il est encore plus symptômatique comme acte d'indépendance du 
gendre de Philippe II envers son beau-père. Ce mémoire exhaustif est fort 
utile à l'histoire diplomatique et militaire du xvi*^ siècle. 

Publications nouvelles. — Les Prédécesseurs de Daniel, par E- Du- 
jardin (in- 12, Fischbacher). — Le Messianisme chez les Juifs (150 avant 
J.-C. à 200 ap. J.-C.]. par le P. M.-J. Lagrange (gr. in-8, Lecofîre, Gabalda). 
— De Bethléem à Nazareth. Etude historique sur Venfance et la jeunesse du 
Médenipteur. par lo R. P. M. -.T. Ollivier (in-12, Lethielleux). — V Apocalypse 
interprétée par VEcriture, par M. Passama (in-8, Savaète). — Traduction 
et citmmentaire des grandes antiennes ou O de FAçent et de Voffiee de Noël, 
par les bénédictines du Temple (in-16, Oudin). — ' La Foi catholique, par 
H. Lesêtre (in-16, Beauchesne). — Tractatils de vera religione, auctore 
J. Muncunill (gr. in-8, Barcinone, G. Gih).— ■« ô-erf& «. /. Je crois en Dieu, 
par l'abbé Lemoine (petit in-8, Lethielleux). — Exposition de la morale 
catholique. VÏ.Le Vice et le péché. IL Leurs effets, leurs formes, leurs remèdes. 



— 92 — 

Conférences et Retraite. Carême 1^8, par E. Janvier (petit in-8, Lethielleux). 

— Histoire des comniandenients de V Eglise, par A. Villien (in-12, Lecoffre, 
Gabalda). — Le Sens catholique, par H. Couget (in-12, Bloud). — Dieu et 
Science, par J. de la Perrière (2 vol. in-16, Lyon et Paris, Vitte). — Jésus. 
Lectures éi'angéliques pour F Avent et le temps de Noël, par l'abbé A. Dard 
(in- 12, LecofTre, Gabalda). — Triduum eucharistique et instructions sur la 
communion quotidienne, d'après les décrets de Sa Sainteté Pie X, par le P. J. 
Lintelo (in-8, Tournai et Paris, Casterman). — Fragments eucharistiques, 
extraits des œuvres de Mgr C. Gay (in-32, Oudin). — Correspondance de 
Monseigneur Gay, évêque d'Anthédon. auxiliaire de Son Eminence le car- 
dinal Pie. Lettres de direction spirituelle. 4^ série (in-8, Oudin). — La Virilité 
chrétienne, par P. Gillet (in-12, Desclée, de Brouwer). — Les Modernistes, par 
le P. Maumus (in-16, Beauohesne). — Lettres sur les études ecclésiastiques, 
par Mgr Mignot (in-12, LecofTre, Gabalda). — Traité de droit public belge. 
Droit constitutionnel. Droit administratif, par P. Errera (in-8, Giard et 
Brière). — Traité de droit civil comparé, par E. Roguin. Les Successions. 
I et II (in-8, Librairie générale de droit et de jurisprudence). — Précis 
théorique et pratique de procédure civile, par E. Glasson, avec le concours, 
au point de vue pratique, de P. Colmet-Daage. 2® édition mise au courant 
de la législation et de la jurisprudence par A. Tissier. T. II (in-8. Librairie 
générale de droit et de jurisprudence). — Le Mariage et le divorce de demain, 
par H. Coulon et R. de Chavagnes (in-18, Flammarion). — L'Impôt pro- 
gressif en théorie et en pratique, par E. R. A. Seligman: trad. par A. Mar- 
caggi (in-8, Giard et Brière). — Les Principales Théories de la logique con- 
temporaine, par P. Hermont et A. Van de Waele (in-8, Alcan). — Les Pro- 
blèmes de la science et la Logique, par F. Enriques; trad. de l'italien par 
J. Dubois (in-8, Alcan). — Pragmatisme et Modernisme, par J. Bourdeau 
(in-16, Alcan). — Le Déterminisme économique de Karl Marx. Recherches 
sur Vorigine et l'évolution des idées de justice, du bien, de l'âme et de Dieu, 
par P. Lafargue (in-18, Giard et Brière). — Leçons de philosophie et plans 
de dissertations, par l'abbé J.-B. Domecq. I. Psychologie (in-8, cartonné, 
Tours, Cattier). — IJ Idéal du xix<= siècle, par M. -A. Leblond (in-8, Alcan). 

— Erreurs sociales et maladies morales, par le D"" C. Fiessinger (in-18, Perrin). 

— Nicole. Le Prisme, etc. Introd. par H. Breniond (in-12, Bloud). — Guide 
pour le choix d'une profession à l'usage des feunes filles et des dames, par 
F. de Donville. Nouvelle édition entièrement revue, mise à jour et aug- 
mentée, avec une Préface par G. Broquelet (in-18, Garnier). — Leçons de 
pédagogie, par A. Mathieu et E. Blanguernon (in-8, Alcide Picard). — 
Au Cœur du féminisme, par T. .Toran (in-8, Savaète). — La France écono- 
mique et sociale à la veille de la Révolution. I. Les Campagnes, par M.Kova- 
lewsky (in-8, Giard et Brière). — Lettre à un professeur d'anthropologie 
(A much abused Letter), par G. Tyrrell (in-12, E. Nourry). — Mœurs 
intimes du passé, par le D'' Cabanes (petit in-8 carré, A. Michel). — L'Hy- 
giène des dyspeptiqurs, par le D"" R. Gaultier (in-18 carré, Delagrave). — 
Neurasthénie et névrose. Leur guérison définitive en cure libre, par le D' P.-E. 
Lévy (in-16, Alcan). — Contribution apportée à la notion d'hystérie par 
l'étude de l'hypnose spécialement considérée dans son histoire, dans son essence, 
da?is .'<es effets, paj* le D"" R.Van derElst (gr. in-8,Vigot). — Un Miracle d'au- 
jourd'hui, discussion scientifique, par G. Bertrin (in-12,^Lecolïre, Gabalda). — 
Histoire du développement de la chimie, depuis Lavoisier jusqu'à nos jours; 
par A. Ladenburg; trad. sur la 4^ édition allemande par A. Corvisy (gr. 
in-8, Hermannj. — Le Norfolk-Breton. Au Pays de Cornouaille, par le comte 



— 93 — • 

H. de^"Robion (gr. in-8, Ijaveur). — Le Porc, races, élevage, maladies, par 
H.-L.-A. Blanchon (in-12, Laveur). — Culture des plantes oléagineuses et 
textiles, par J. Fritsch (in-12, Laveur). — 'iLes Plantes oléagineuses. Colza, 
nai>ette,yeillette,ïeic.,%pairgL.^Msi\peauxx(in-16, cartonné, Hachette). — Les 
Gazons, par J.-C.-N. Forestier (in-r2 carré, «Laveur). — Conseils pratiques 
sur la viticulture, par J.-M. Guillon (in- 16, Hachette). — Cours d'arith^né- 
tique, classe de cinquième B, par C.-A. Laisant et E. Perrin (in-18, H. Pauhn). 

— Leçons d'algèbre, par L. Zoretti !in-18, H. Paulin). — Leçons sur les 
fonctions définies par les équations différentielles du premier ordre, professées 
au Collège de France, par P. Boutroux (gr. in-8, Gauthier- Villars). — Cours 
d'astronomie, par H. Andoyer. Seconde partie. Astronomie pratique {^v.m-%, 
Hermann). — De la Restitution du plan au moyen de la téléphotographie en 
ballon, par L. Pezet (in-8, Berger-Levrault). — Torpilles et projectiles auto- 
mobiles, par H. Noalhat (gr. in-8, Berger-Levrault). — Le Service de ren- 
seignements militaires en temps de paix, en temps de guerre, par le lieutenant- 
colonel Rollin (in-18, Nouvelle Librairie nationale). — La Crise navale, 
par^C. Chaumet (in-12, Chapelot). — U Art égyptien, choix de documents 
accompagnés d'indications bibliographiques, par J. Capart (in-4, Bruxelles, 
Vromant; Paris, Guilmoto). — Les Catacombes de Rome, par M. Besnier 
(in-18, Leroux). — L'Art religieux de la fin du moyen âge en France, étude 
sur l'iconographie du moyen âge et sur ses sources d'inspiration, par E. Mâle 
(gr. in-4. Colin). — L'Esthétique des villes, par E. Magne (in-18, Mercure de 
France). — La Sculpture espagnole, par P. Lafond (in-4, Alcide Picard). — 
Souvenirs de Belgique et de Hollande. Un Dessin de Colyer Edouard (in-18 
carré, imp. Picquoin). — Correspondance de Bory de Saint-Vincent, publiée 
et annotée par P. Lauzun (gr. in-8, Agen, Maison d'édition et Imprimerie 
moderne). — Comment on construit une automobile, par M. Zerolo. T. II et 
111(2 vol. in-12, cartonnés, Garnier). — Science ou roman? par John-Gérard ; 
trad. de J. d'Orlyé (in-8, Savaète). — La Langue française d'aujourd'hui. 
Evolution. Problèmes actuels, par A. Dauzat (in-18, Colin). — Massillon, 
sa prédication sous Louis XIV et sous Louis XV. Les Maîtres de la prédica- 
tion en France, par l'abbé L. Pauthe (in-8, Lecofïre, Gabalda). — L'Elite 
de la Révolution. Discours et rapports de Robespierre, avec une Introduction 
et des notes par C. Vellay (in-12, Fasqu lie). ^ Selected Poems of Pierre 
de Ronsard, chosen by St. J. Lucas (petit in-12, Oxford, Clarendon Press). 

— Quelques vers, par H. des Portes de la Fosse (in-12, Lemerre). — Près 
du foyer et dans les champs, par E. Pinçon (in-18, Lemerre). — Du Grave 
au doux, par A. Collin {in-18, Lemerre). — Heures de brume, par A. Barratin 
(in-18, Lemerre). — Le Sentier sonore, par R. de Fay (in-16, Pl<»n-Nourrit). 

— La Rose enti-' ouverte, par R. Turpin (in-16, Plon-Nourrit). — Le Prisme 
des heures, par L. Maigue (in-18. Société française d'imprimerie et de 
librairie). — ^ Par ces longues nuits d'hiver, par R. Gaubert-Saint-Martial 
(petit in-8, Éditions de l'Abbaye). — ■ Le Voyage d'Afrique, par G. Demnia 
(in-18, Gastein-Serge). — Les Voix de la forêt, par M"e M. Berthet (in-12, 
Bibliothèque générale d'édition). — Dans les brumes des cités, par M. Ber- 
thet (in-18, BibUothèque générale d'édition). — Au Caprice des heures, par 
J. Mauclère (in-12, Rousseau). — Le Chemin qui monte, par N. Beauduin 
(in-18, Sansot). — Mis Canciones, obras poéticas, por P. R. del Valle Ruiz 
(petit in-8, Barcelona, Gustavo Gili). — Ménandre. L'Arbitrage, édition 
critique, accompagnée de notes explicatives et d'une traduction, par M. Croiset 
(in-8, Leroux). — Alkestis, pièce en cinq actes, en vers d'après Euripide, 
par B. Vadier (in-18, Lemerre). — La Route infinie, pièce en 2 actes, par 



- 94 — 

1j.-M. Trémanlys (in- 12, Jouve). — Le Fantôme du prissi-, par nelodda; 
trad. de Titalien par G. Hérelle (in-18, Calmann-Lévy). — Immortelle 
Pologiie\ par G. Dauchot {in-16, Perrin). — Jean-Luc persécuté, par C.-F. 
Ramuz (in-16, Perrin). — Le Don de soi, par A. Delacour (in-16, Plon- 
Nourrit). — V Ame libre, par Brada (in-16, Plon-Nourrit). — Haine de 
femme, par M. Crawford (in-16, Hachette). — Le Trèfle rouge. Le Secret du 
capitaine, par N. Sevestre (in-16, Hachette). — Le Voueur, par C. Géniaux 
(in-16, Hachette). — Criminelle par amour, par A. Clavering Gunter; trad. 
do ranglai.s par M'^e l Zeys (in-16, Hachette). — Le Petit Faune, par G. Hue 
(in-18. Société française d'imprimerie et de librairie). — La Race qui récit, 
par le vicomte du Motey (in-12. Librairie 'des Saints-Pères). — Au Blanc 
et Noir, par R. Kipjing; trad. d'A. Savine (in-18, Stock). — Paysages pas- 
sionnés, par G. F^^re (in-18 carré, Sansot). — Le Miracle de Courteville, 
par J. Xayral (in-12, Gastein-Serge). — Histoires de tous les jours, par L. 
Dupont (in-12, Bloud). — Aventures de Bécot, par P. Leclercq (in-r2. Édi- 
tions de la « Vie parisienne »). — La plus forte Chaîne, par M. -T. Alem (in-lS, 
Orsoni). — L'Anneau fatal, par C. Fole^v (in-12. Tours, Marne). — Jean 
Chouan, par R. Duguet et J. Rochebonne (in-16. Maison de la Bonne Presse). 
— Au temps de V Empereur, par E. Daudet (gr. in-8. Maison de la Bonne 
Presse., — En 1815. Récits d'une grand'mère, par E. Daudet (gr. in-8. Maison 
de la Bonne Presse). — Par le dur chemin, par J. Ducluseau (in-16, Maison 
de la Bonne Presse). — Le Franc-Maçon de la Vierge, par F. Bonheurs 
(in-16. Maison de la Bonne Presse). — Au But, par M. Thiéry (in-12, Abbe- 
vile, Paillart). — Le Clergé à r Académie. Silhouettes et portraits, par Mgr de 
Moucheron (petit in-8, Perrin). — Les Bonaparte littérateurs. Essai biblio- 
graphique, par G. Davois (in-8. Edition bibliographique). — H. Taine, 
par C. Picard (in-12, Perrin). — Sur Mérimée, notes bibliographiques et 
critiques, par L. Pinvert (in-8, Leclerc). — Du Dilettantisme à Vaction, 
études contemporaines, par C. Lecigne, 1'"*' série (in-12, Lethielleux). — 
Pages choisies des grands écrivains. Emerson; trad. et Introd. par M. Du- 
gard (in-18. Colin). — La Perse d'aujourd'hui. Iran, Mésopotamie, par E. 
Aubin (in-18, Colin). — L'Ile de France contemporaine, par H. de Banville 
(in-18. Nouvelle Librairie nationale). — Sao Paulo du Brésil, notes d'un 
colon français, par L. Casabona (in-18 carré, Guilmoto). — Au temps des 
Pharaons, par A. Moret (in-13, Colin). — Les Idées et les formes. Antiquité 
orientale, par Péladan (in-18, j\Iercure de France). — Vue générale de l'his- 
toire de la civilisation, par E. Driault (2 vol. in-16, Alcan). — Le Monde 
actuel. Tableau politique et économique, par E. Driault (in-8, Alcan). — 
Les Martyrs. VIII. La iîé/orme, 1573-1642, par le R. P. Dom H. Leclercq- 
(petit in-8, Oudin). — Les Livres de saifit Patrice, apôtre de l'Irlande. Introd ., 
trad. et notes, par G. Dottin (in-12, Bloud). — Vida de santa Teresa de Jésus, 
poi el P. F. de Ribera; nueva ediciôn aumentada con una introducciôn 
copiosas notas y apendices por el P. J. Pons (gr. in-8, Barcelona, G. Gili). — 
Autour d'une brochure. Sept lettres à M. Arthur Savaèie, directeur de la 
'( Revue du Monde catholique » sur le prétendu mariage de Bossuet, avec un 
article posthume de Mgr Justin Fèvre (in-8, Savaète). — Lettres de Louis XI, 
roi de France, publiées d'après les originaux pour la Société de l'histoire de 
France, par J. Vaesen et E. Charavay. T. X. Lettres de Louis XI, 1482-1483, 
et Supplément, publiées par J. Vaesen et B. de Mandrot (in-8, Laurens). — ■ 
Œuvres inédites de l'abbé de Bonneval sur la Révolution, publiées par l'abbé 
E. Griselle (in-8, Savaète). — Autour de Bonaparte. Journal du comte P.-L. 
Rœderer, ?ninistre et conseiller d'Etat. Notes intimes et politiques d'un familier 



— 9y — 

des Tuileries. IntrodiK tion et notes par ^I. Vilrac (in-8, Daragon). ■ — La 
Jeunesse libérale de 1830. Lettres d' Alphonse d' H erbelot à Charles de Mon- 
talembert et à Léon -Cornudet (1828-1830), publiées pour la Société' d'histoire 
contemporaine par ses petits-neveux (in-8, A. Picard et fils). — Duchesse de 
Diuo, puis duchesse de Talleyrand et de Sagan. Chronique de 1831 à 1862, 
publiée avec des annotations et un Index bibliographique, par la princesse 
Radziwill, née de Castellane. I. 1831-1835 (in-8, Plon-Nourrit). — Histoire 
de la France contemparaine (1871-1900), par G.Hanotaux. T. IV. La Répu- 
blique parlementaire (gr. in-8, Société d'édition contemporaine). — La 
Religion au temps du duc de Saint-Simon, d'après ses écrits rapprochés de 
documents anciens ou récents, avec un commentaire et des notes, par E. Pilastre 
(in-8, Alcan). — Père et fille. Philippe de Champagne'et sœur Catherine de 
Sainte- Suzanne à Port-Royal, par C. Gailly de Taurines (ln-16. Hachette). 

— Les Intendants de province sous Louis XVI, par P. Ardaschefï; trad. 
du russe par L. Jousserandot (gr. in-8, Alcan). — Lettres à un ami (1845-1880), 
par E. Rousse (2 vol. in-16. Hachette). — Mémoires de Martin et Guillaume 
du Bellay, publiés pour la Société de Vhistoire de France, t. \^^, par V.-L. 
Bourrilh' et Vindry (in-8, Laurens). — Souvenirs d'une mission à Berlin 
en 18'i8, par A. de Circourt; publics paur la Société d'histoire contemporaine 
par G. Bonrgin (in-8, A. Picard et fils). — • La France et les Alliances. La 
Lutte pour Vequilibre, par A. Tardieu (in-16, Alcan). — La Guerre en pro- 
vince. Campagnes de la Loire et du Mans, 1870-71 , par E. Gay (in-8, Ducrocq). 
France et Angleterre. Cent années de rivalité coloniale, par J. Darcy. L'Af- 
faire de Madagascar (in-8, Perrin). — Les Comptes du roi René, publiés 
d'après les originaux inédits conservés aux archives des Bouches-du-Rhône, 
par l'abbé G. Arnaud d'Agnel. T. I. (gr. in-8, A. Picard et fils). — Histoire 
de r abbaye royale et de V ordre des chanoines réguliers de Saint-Victor de Paris. 
2« période. (1500-1791), par F. Bonnard. T. II. (gr. in-8, chez l'auteur, au 
Tremblay-sur-Mauldre, par Montlort-l'Amaury (S.et.-O.). — Paris sous 
Napoléon. Assistance et bienfaisance. Approvisionnement, par L. de Lanzac 
de Laborie (petit in-8, Plon-Nourrit). — Abrégé de Vhistoire de Port-Royal, 
par J.-B. Racine, avec un Avant-propos, un appendice, des notes et un 
Essai bibliographique, par A. Gazier (in-18. Société française d'imprimerie 
et de librairie). — ■ Régions naturelles et Noms de pays. Etude sur la région 
parisienne, par L. Gallois (in-8, Colin). — Notes historiques. Châtillon-sur- 
Loing (Loiret), sa seigneurie et ses anciennes institutions religieuses, ])as E. 
Tonnellier (gr. in-8, Champion). — Les Disciplines de la France par P. Adam 
(in-18, Vuibert et Nony). — La Presse contre l'Eglise, par L.-C. Delfour 
(in-12, Lethielleux). — La Tolérance protestante \ \ \ par E. Camut (in-8, 
Librairie Saint-Paul). — 'La Conjuration juive contre le monde chrétien, par 
Copin-Albancelli (in-16, Lyon et Paris, 'Vitte). — Geschichte der Hohens- 
taufen und ihrer Zeil, von H. Gerdes (in-8, Leipzig, Dunker und Humblot). 

— Marie-Louise et la Cour d' Autriche entre les deux abdications (1814-1815), 
par le baron de Méneval (in-8, Emile-Paul). .— Les Toumaisieus et le Roi 
de Bourges, par M. Houtart (in-8. Tournai, Casterman). — - La Hongrie au 
xx^ siècle. Etude économique et sociale, par R. Gonnard (in-18, CoUn). — 
Joachim Murât, roi de Naples. La Dernière Année de règne (mai 1814-mai 
1815), par le com* M. -H. Weil. T.I. Les Préliminaires du Congrès de Vienne 
(mai-novembre 1814) (in-8, Fontemoing). — L'Expiation. L'Escadre de 
Port-Arthur, carnet de notes du capitaine de frégate W. Sémenoff, préparé 
par le commandant de Balincourt (in-18 carré, Challamel). — Basile I^^, 
empereur de Byzance{SQl-S86) et la Civilisation byzantine à la fin du ix^ siècle, 



- 96 - 

par A. Vogt (gr. in-8, A. Picard et fils). — Le Maroc cVaujourd'hui et 
demain. Rabat. Etudes sociales, par le D"" Mauran (in-16, Paulin). — UEn- 
.'ieigneinent au Maroc, par C. René-Leolero (in-8, Alger, imp. S. Léon). — 
Canada et Canadiens, par D'' A. Loir (in-8, Guilmoto). — Descartes, la prin- 
cesse Elisabeth et la reine Christine, par le comte Foucher de Careil (in-8, 
Akan). — Un Missionnaire de 93. Marc- Antoine Baudot, député de Saône- 
et-Loire à la Législative et à la Convention, par A- Trimqulier (in-8, Dorbon 
aîné). — Le Vrai Baron de Batz. Rectifications historiques, d'après des docu- 
ments inédits, par C. de Batz-Trenquelléon (gr. in-8, Bordeaux, Feret; 
Paris, ^lulot). — Le P. Lacordaire, apôtre et directeur des jeunes gens, par 
le R. P. H.-b. Noble (in-12, Lethielleux). — M. l'Abbé de Préville et les 
Œuvres de jeunesse, par Fabbé E. Occre (in-16, Lyon et Paris, Vitte). —*■ 
L'Abbé Beraud, ancien curé de Blanzy et de Montceau-les-Mines, fondateur 
d'orphelinats, par l'abbé J.-B. Chaillet (in- 18. Lyon et Paris, Vitte). — 
Figures de femmes. Marie .Jenna ijitime, par M'^*^ M. Pesnel (in-12, Librairie 
des Saints-Pères). — Une belle Vie. Histoire intime de Jean de Rochevieille, 
par H. Cahiat. 1^ éd. (gr. in-8. Tours, Cattier). — Les Grands Hommes de 
l'Eglise au xix^ siècle. Windthorst, par J. Lespinasse-Fonsegrive (in-12. 
Librairie des Saints-Pères). — An alphabetical suhject inde.v and index 
Encyclopaedia to periodical articles on religion 1890-1899, by E. C. Richard- 
son (in-8 cartonné, New York, Seribner's Sons). — Bihliografia de la guerrn 
de la 1 ndependencia, por el teniente coronel L Marin (gr. rn-8, Madrid imp. 
de la « Revista ténica de Inf* y Cab»). 

ViSENOT. 



Le Gérant CHAPUIS- 



Imprimerie polyglotte Fr.' Si.MO.y, Rennes. 



POLTBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

OUVRAGES D'ENSEIGNEMENT CHRÉTIEN ET DE PIÉTÉ 

Enseignement. — 1. Catéchistes et catéchismes, ou Traité théorique et pratique de 
pédagogie catéchistique, par le chanoine F. Finot. Paris, Lecoffre, Gabalda, 1908, 
petit in-8 de xi-498 p., 4 fr. — . 2. Le Catéchisme et sa pédagogie, ou Nouvelle Mé- 
thode pratique d'enseignement sûre et rapide de la doctrine, par l'abbé Louis Reign AT. 
Paris, Haton, petit in-12 oblong de viii-vi 160 p., 2 fr. — 3. L'Essentiel de la 
religion catholique, directoire pour les catéchistes d'adultes, par l'abbé P. Coqueret. 
Paris, Lethielleux, s. d.., in-12 de 167 p., 1 fr. 50. — 4. Credo. I. Je crois en Dieu, pai 
l'abbé Lemoine. Paris, Lethielleux, s. d., petit in-8 de vni-290 p., 3 fr. — 5. Les 
Péchés capitaux. Quinze discours pour prônes, sermons, conférences d'hommes, par 
Ph.-G. Laborie. Paris, Téqui, 1908, in-12 de vin-248p.,l fr. — 6. Les Fêtes sociales, 
ou les Fêtes chrétiennes au point de vue social, par l'abbé L. de Gasamajor. Lille et 
Paris, Société Saint-Augustin, s, d., in-8 de yiii-280 p., avec grav., 2 fr. 50. — 7. 
Instructions sur les fêtes de l'année, par l'abbé Morisot. Paris, Téqui, 1908, 2 vol. 
in-12 de 379 et 421 p.,4fr. 

Prédication. — 8. La Prâctica del Pulpito. Estudios homilélicos, por A. Meyenberg; 
trad. de la quinta edicion alemane por el D. Ramon Ruiz Amado. Madrid, «Razon 
y Fe », 1908, in-8 de xv-660 p. ,8 fr. — ^.Œuvres oratoires du P.Henri Chambellan. 
T. IL Retraite ecclésiastique. Conférences sur l'éducation. Retraite pascale. Paris, 
Beauchesne, 1908, in-8 de xn-725 p., 4 fr. — 10. Le Prédicateur de la doctrine chré-* 
tienne, par l'abbé J. Sabouret. T. IIL Belley,Chaduc,1907, in-16 de 395 p., 3 fr. 50. 
11. — La Virilité chrétienne. Conférences universitaires, par le P.GiLLET.Lille,Desclée, 
de Brouwer,1909, in-12 de vi-442 p., 3 fr. 50. — VI. Pour le peuple, conférences dialo- 
guées, par Joseph et Paul Gaboreau. Paris, Beauchesne, 1908, in-16 de xvi-297p., 
3fr. 

Jésus-Marie. — 13. La Bible des fidèles. La Lettre et l'esprit. Le Saint Évangile de 
Jésus-Christ selon S.' Mathieu, S. Marc, S. Luc et S. Jean. Commentaire tradi- 
tionnel extrait des S S. Pères, d'après la ^Chaîne d'or » de S.Thomas d' Aquin, par l'abbé 
Claude-Eugène Bouvier. Lyon et Paris, Vitte, 1908, petit in-8 de iv-751p., 7 fr. 
— 14. Jésus. Lectures évangéliques pour l'Avent et le temps de Noël, par l'abbé 
A. Dard. Paris, Lecoffre, Gabalda, s. d., in-12 de x-267 p., 2 fr. 50. — 15. La 
Royauté de Jésus-Christ, par le R. P. Félix. Œuvre posthume. Huitième Retraite de 
Notre-Dame de Paris. Paris, Téqui, 1908, in-12 de vii-331 p., 3 fr. — 16. Marie, 
reine de France, par droit d'héritage, par droit de conquête, par droit d'élection, par 
l'abbé FuziER. Paris et Lyon, Vitte, s. d., petit in-8 de 368 p., 2 fr. 50. 

Eucharistie-Sacerdoce. — 17. Méditations sur l'Eucharistie, par Bossuet. Édition 
par l'abbé Max Caron. Paris, Haton, 1908, in-18 de x-324 p., 2 fr. — 18. Fragments 
eucharistiques extraits des Œuvres de Mgr Charles Gay. Paris, Oudin, 1908, in-32 
de xvi-366 p., 2 fr. 50. — 19. Le Décret sur la communion quotidienne et son appli- 
cation aux fidèles, par le R. P. J.-M. Lambert. Paris, Beauchesne, 1908, in-16 de 
190 p., 2 fr. — 20. Triduum eucharistique et instructions sur la communion quo- 
tidienne, d'après les décrets de S. S. Pie X, par le P.Jules Lintelo. Tournai, Caster- 
man, 1908, in-8 de 125 p., fr. 75. — 21. Vers la vie eucharistique, par P. Lejeune. 
Paris, Lethielleux, 1908, in-32 de 92 p., fr. 30. — 22. Le Sacerdoce et le Sacrifice 
de Notre- Seigneur Jésus-Christ, par J. Grimal. Paris, Beauchesne, 1908, in-18 
de xxif-405 p., 3 fr. 50. — 23. Ce que sera le prêtre au W^ siècle, par Mgr Henry 
BoLo. Paris, Haton, s. d., in-18 de 354 p., 2 fr. 50. 
Spiritualité. ^ — 24. Œuvres de saint François de Sales, évêque et prince de Genève et 
docteur de l'Eglise. Edition complète publiée par les soins de religieuses de la Visi- 
tation du premier monastère d'Annecy. T. XV. Lettres. Vol. V. Paris et Lyon, 
Vitte, 1908, gr. in-8 de xiii-468 p., 8 fr. — ■ 25. Méditations sur les évangiles du 
dimanche à la portée des simples fidèles pour tous les fours de rannée,pa.v le chanoine 

FÉvaiER 1909. T. CXV. 7. 



- 98 — 

François Fournieu. Paris, Halon, s. d., in-12 de 602 p., 3 fr. — 26. Méditations 
(lu soir, tirées de nos saints Livres, pouvant servir pour la méditation, la lecture 
spirituelle, etc., par lo R. P. André Prkvot. Paris et Tournai, Gasterman, s. d., 
in-18 de viii-748 p., 3 fr. 50. — 27. La Bondad divina, por José M. de Jésus 
Portugal. Barcelona, Subirana, 1908, in-18 cartonné de 258 p. 
Piété-Dévotions. — 28. Marie et les Mystères de Jésus. Un Mot sur chaque mystère 
du Rosaire. Extraits des écrits de Mgr Charles Gay. Paris, Oudin, 1908, in-32 
de 90 p., 1 fr. 50. — 29. Dialogue sur Veselavage de la Sainte Vierge, d'après le 
B. Louis-Marie Grignion de Montfo'rt, par Un ancien Aumônier. Paris et Lyon, 
Vitte, 1909, in-32 de 63 p., fr. 25. — 30. Oficiode la Santisima Virgen Maria y 
de difuntos. 9^' edic. Barcelona, Subirana, 1908, in-32 cartonné de 171 p. — 31. 
Ancora de Salvaciôn 6 devocioïiario, por e\ R. P. José Mach. Barcelona, Subirana, 
1908, in-18 cartonné de 690 p., avec grav. 

Enseignement. — 1 à 7. — La science de la religion devient de 
plus en plus nécessaire et il importe beaucoup qu'elle puisse être sérieu- 
sement enseignée. A cette œuvre éminemment opportune M. le 
chanoine Finot collaborera très efficacement par son livre : CaiéchisUs 
et catéchismes. Dans son « Avant-propos » il expose brièvement, mais 
avec une vive clarté, l'urgence d'une instruction religieuse en rapport 
avec les besoins contemporains; il indique en deux mots la division 
de son ouvrage en deux grandes parties, dont l'une sera consacrée aux 
qualités, aux aptitudes, aux vertus du catéchiste, et l'autre traitera 
des lois, des industries, des secrets distincts de la personne même. 
D'où le sous-titre du volume : Traité théorique et pratique de pédagogie 
catéchistique. L'auteur a su ne rien omettre de ce qui incombait à sa 
mission ; son travail témoigne d'un esprit judicieux et surtout d'une 
grande expérience. Qui sera catéchiste? Excellence et utilité de cette 
tâche; instruction, foi et dévouement nécessaires aux catéchistes; 
le but à atteindre et les moyens; méthode d'enseignement et enfin 
nécessité de favoriser la persévérance. Voilà ce que d<àt s'efforcer de 
faire le catéchiste; tel est son apostolat. L'auteur passe ensuite à 
l'histoire du catéchisme dans l'église; il expose les lois pédagogiques, 
les modes, les formes, les procédés d'enseignement, la préparation des 
leçons, Torganisation des cours suivant les âges; l'instruction reli- 
gieuse dans les cercles d'études; la pratique des sacrements et des 
exercices spirituels au catéchisme. Ce livre est un vrai traité de péda- 
gogie catéchistique, comme l'appelle l'auteur; l'œuvre justifie plei- 
nement le titre et il ne nous reste plus qu'à nous en servir. 

■ — Avec le CalécJiisme et sa pédagogie, M. l'abbé Reignat complète le 
livre de M. le chanoine Finbt; il a sa Métliode pratique, sûre et rapide, 
mais il montre qu'on peut très bien réaliser ce que suggère et conseille 
l'ouvrage précédent. L'examinateur chargé du rapport sur cette inno- 
vation pédagogique se plaît à constater que ce travail est « d'une 
extoême clarté pour l'étude ». A ne le considérer même que sous le rap- 
port typographique « les questions sont placées en « manchettes », 
les mots les plus importants sont mis les uns en relief, les autres en 



— 99 — 

accolades; le jeune étudiant aime davantage son livre, travaille avec 
plus de facilité, apprend mieux et plus vite ce qui a frappé ses yeux 
d'une manière particulière ». Pour exposer ainsi la doctrine, la faire 
comprendre et la graver dans la mémoire, il faut la posséder" soi- 
même pleinement et dans toute sa lumineuse clarté. C'est ce qu'on se 
hâte de constater en parcourant les pages ou les tableaux de ce livre, 
qui est en quelque sorte un album ou un panorama de la doctrine. 
On soupçonne de quelle utilité il peut être pour le catéchiste, qui saura 
d'ailleurs se conformer aux conseils si judicieux de l'auteur. 

— C'est d'après une méthode particulière et, dans le bon sens, très 
originale, que M. l'abbé Coqueret expose aux adultes ce qu'il appelle : 
L'Essentiel de la religion catholique. Cette méthode consiste d'abord à 
faire connaître aussi brièvement que possible ce qu'il est absolument 
nécessaire de savoir ou ce qui est essentiel; puis à y ajouter ce qui est 
utile à apprendre pour tout chrétien soucieux de raisonner sa foi, ou 
qui est de nature à l'intéresser; à proposer enfin quelques exercices 
destinés à exciter un raisonnement capable de fixer la connaissan- 
ce. Le livre est divisé en 18 articles qui comprennent en effet toute la 
substance même de la doctrine : 1° Dieu, les anges et l'univers; 2° 
l'homme, l'âme, et la tache originelle; 3° Notre-Seigneur Jésus-Christ; 
4^ la vraie religion; 5° les enseignements de Jésus-Christ; 6° Comman- 
dements; V^la piété; 8"-18° la grâce, la prière et les sacrements. Sur 
Dieu, par exemple, l'auteur résume la doctrine de l'Église en une 
petite page ; il fait suivre les explications succinctes de ce résumé; 
puis il groupe les mots de cet exercice qui doivent s'expliquer et enfin 
il condense le tout en quelques lignes. Un questionnaire très détaillé 
permet au catéchiste d'interroger son catéchumène sur l'enseigne- 
ment qui vient de lui être donné. Et ainsi pour chacun des articles 
que nous avons indiqués. Evidemment cette méthode ne peut être 
que très utile; l'auteur nous dit qu'il en a obtenu le meilleur 
résultat et nous le croyons sur parole. 

— Dans son Creclo^ M. l'abbé Lemoine nous promet de plus longs 
développements, et il le faut bien pour satisfaire le désir des esprits 
sérieux, avides d'approfondir la vérité religieuse. Il développera, l'un 
après l'autre, les douze articles du symbole et il commence aujour- 
d'hui par l'explication de ces mots : Je crois en Dieu, dont il fait le 
titre de son premier opuscule. Une Introduction magistrale traite 
de la préparation à la foi par l'humilité, l'effort moral, la prière, 
et la parole de Dieu. Entrant ensuite dans son sujet, il démontre l'exis- 
tence de Dieu; il nous révèle la vie intime de Dieu; il parle de la 
création du ciel et de la terre, d'Adam et Eve. Dans de remarquables 
appendices, il étudie les preuves thomistes de l'existence de Dieu, 
en particulier la prouve du premier moteur; il traite des créations 



— 100 — 

soudaines on général et de la liberté de l'homme. Nous sommes d'a- 
vis (jue ce livre est «d'une lecture tout à l'ait attachante, dont toutes 
les pages sont bien méditées et substantielles, doctrinales et lumi- 
neuses». Mgr Baunard dit à son tour : « J'ai rarement lu quelque 
chose qui m'ait autant satisfait, fond et forme, et qui m'ait plus 
entièrement conquis, esprit et cœur ». 

— Le livre de M. l'abbé Laborie sur les Péchés capitaux aurait été 
toujours opportun; il l'est encore mieux à notre époque contemporaine, 
où le vice semble vouloir prendre la première place et s'étaler au 
grand jour. L'auteur s'applique, d'abord, à préciser la notion même 
du péché; il le considère dans ses causes, dans ses variétés, dans ses 
pénalités. 11 donne ensuite des considérations judicieuses sur le nom 
et le nombre des péchés capitaux. Et alors abordant de front son 
sujet, il développe la doctrine de l'Église sur chacun de ces péchés, 
l'étudiant dans sa nature, sa gravité, et en indiquant le remède. 
Quelques notes terminent l'ouvrage de M. l'abbé Laborie, insistant 
sur les conséquences des péchés capitaux et énumérant quelques con- 
seils pratiques pour les combattre et les vaincre. L'auteur nous assure 
qu'il a fait passer dans son travail « le plus de doctrine possible », 
doctrine qu'il a recueillie, non sans peine, et recherchée dans de nom- 
breux auteurs ». C'est bien, en effet, l'impression que produit sur le 
lecteur cette étude si substantielle sur les péchés capitaux: on y trouve, 
selon le vœu bien légitime de l'auteur, « la doctrine nécessaire qui sait 
instruire et convaincre, console et fortifie ». 

— Avec les Fêtes sociales de M. l'abbé de Casamajor, nous passons 
du grave au doux, sans rompre toutefois avec le grave. C'est même cet 
heureux mélange qui fait le mérite de cet ouvrage, où les Fêtes chré- 
tiennes sont considérées au point de vue social. Ces titres ne pouvaient, 
ne devaient que plaire aux regards et aux goûts du lecteur contem- 
porain ; il faut, à cette heure que tout se réduise à une question sociale : 
pour([uoi n'y aurait-on pas ramené la question des fêtes religieuses 
puisque l'avantage incontestable de ces fêtes est d'être en harmonie 
avec notre nature, nos besoins, nos aspirations? Vous le constaterez en 
lisant les pages si intéressantes de M. l'abbé Casamajor. 11 y a, en 
outre, dans son livre un parfum de piété qui embaume l'âme, des con- 
sidérations élevées qui plaisent à l'intelligence et l'éclairent. C'est court, 
mais c'est complet, c'est clair. Ajoutez encore à ces avantages celui 
d'une illustration très choisie, distribuée avec autant de discerne- 
ment que de prodigalité. Quelle bonne fortune pour un livre de nos 
jours d'être ainsi privilégié, en réunissant tout ce qui mérite et pré- 
pare le succès ! 

— M. l'abbé Morisot se propose le même but.S9S Instructions sur les 
fêles de Vannée en sont à leur deuxième édition. N'est-ce pas assez 



— 101 — 

dire quelle faveur ont obtenue ces considérations à la fois si doctrinales 
et si intéressantes? Elles ont subi avec honneur l'épreuve de la publi- 
cité et il devait en être ainsi. Cette œuvre est remarquable sous tous 
les rapports : elle a surtout cet avantage de révéler aux fidèles le sens 
ou la signification des fêtes et les enseignements qu'elles donnent. Il y 
a là comme un traité de morale et de spiritualité, sous une forme plus 
attrayante et la leçon peut se faire accepter plus aisément. On ne 
saurait trop populariser ces ouvrages où le peuple chrétien se forme 
à l'étude et à la connaissance de nos fêtes religieuses ; étant mieux ins- 
truit, il prend plus d'intérêt aux cérémonies du culte et cet attrait, 
qui n'est pas fait seulement de vaine curiosité, le porto à fréquenter 
davantage les églises et à tirer un excellent profit des enseignements 
qu'ils voient se traduire pour ainsi dire en actes. 

Prédication. — 8 à 12. ^ — La Prâctica del Piilpito, du professeur 
Meyenberg, est en faveur au sein du clergé allemand, et le R. P. 
Amado a voulu, en la traduisant, la faire connaître au clergé espagnol. 
Nous aimons à espérer que notre clergé français pourra bientôt, à son 
tour, avoir sa traduction et profiter d'un ouvrage qui est à juste titre 
si apprécié. La Civilia caitolica, organe autorisé de la critique catho- 
lique, a publié, à l'occasion de la cinquième édition allemande de ce 
livre, un article remarquable où elle loue « ce manuel si neuf, si fécond, 
si suggestif, par conséquent très utile aux jeunes ecclésiastiques et 
aux prêtres qui se destinent à l'apostolat de la prédication ». Elle 
analyse ensuite l'œuvre et termine en exprimant le vœu — que nous 
formions tout à l'heure pour la France — de voir un traducteur sérieux 
et intelligent doter l'Italie de cet auxiliaire si utile pour la prédi- 
cation et pour la formation du jeune clergé dans la mission d'annoncer 
dignement et avec fruit la parole de Dieu. L'ouvrage est divisé en 
trois livres. Le premier traite de l'essence même de l'éloquence sacrée 
et de ses suprêmes règles. Dans le deuxième livre, l'auteur énumère 
les sources de l'éloquence sacrée : l'Écriture sainte, la liturgie, etc. 
Au troisième livre se trouvent indiqués les moyens qu'emploie l'élo- 
quence sacrée, ses divers genres, la forme extérieure du discours sacré. 
Ce traité, bien complet, clairement développé, se termine par la lettre- 
circulaire sur la prédication sacrée, émanant, par ordre de S. S. Léon 
XIII, de la Congrégation des évêques et une table alphabétique par- 
faitement comprise. 

— Après les règles de l'éloquence, le modèle. C'est avec ce quali- 
ficatif que le R. P. Longhaye nous présente dans une « Préface » cri- 
tique les Œuvres oratoires du P. Henri Chambellan. « Étant ce qu'ils 
sont, dit-il, je n'ose prétendre que ses sermons s'élèvent au rang des 
grands maîtres de la chaire. Au moins les peut-on prendre pour mo- 
dèles, et pai'fois excellents, du genre, tel que l'entendront toujours le 



— 102 — 

zèle pur et la foi conséquente avec elle-même. » Les Œuvres oratoires 
du P. Chambellan (tome II) consistent en une retraite ecclésiastique, 
en plusieurs conférences sur l'éducation, en une retraite pascale. Ce 
volume s'adresse donc à une catégorie spéciale de lecteurs,aux prêtres, 
qui pourront y trouver des considérations bien adaptées à leurs subli- 
mes fonctions et à leurs obligations. Il n'omet rien de ce qui ressort 
de la dig-nité du sacerdoce, de la vie de prière, de dévoument, de 
sacrifice qui est la vie du pasteur des âmes; il a une trop haute idée du 
ministère qu'il remplit auprès de ses vénérés confrères pour ne pas 
apporter dans l'accomplissement de cette tâche toute la sollicitude 
et tout le zèle qu'elle réclame. Quant à la forme, il n'y attache qu'une 
importance secondaire; elle est ce que la fait la pensée. « A ce religieux 
très grave et très humble, ne demandez pas de vous amuser en cher- 
chant la poésie ou l'émotion pour elles-mêmes; il n'en sera, dans l'oc- 
casion, ni moins coloré ni moins chaleureux. N'attendez pas davan- 
tage qu'il coure après l'originalité ». Les quelques sermons de la 
retraite pascale que renferme ce volume ont trait aux grandes vérités, 
à la divinité de Jésus-Christ, à la confession et à la communion. Quel- 
ques-uns sont de véritables chefs-d'œuvre : à la simple lecture, on 
éprouve encore une vive et profonde émotion que la voix de l'orateur 
devait accroître pour assurer dans les cœurs le triomphe de la grâce. 

■ — Le troisième volume de TŒuvre de M. l'abbé Sabouret : Le 
Prédicateur de la doctrine chrétienne^ contient de courtes instructions 
sur la troisième partie du catéchisme ou les moyens de sanctification : 
la grâce, la prière, les sacrements. Le reste du livre, c'est-à-dire la 
plus grosse part, contient plusieurs suppléments : instructions pour la 
première communion, sur la révélation, la messe, les commande- 
ments de Dieu, pour des missions et des retraites, sur la confirmation, 
les fruits du Saint-Esprit, les Sacramentaux, pour la plupart des asso- 
ciations et des confréries paroissiales; il se termine par le décret sur 
le communion quotidienne et quelques instructions pour le Carême. 
C'est donc bien le « Manuel du prédicateur » de la doctrine chrétienne. 
Il y a là une matière inépuisable et pour toutes les circonstances de la 
vie pastorale; l'ouvrage a fait ses preuves et sera de plus en plus 
apprécié. 

-^ Aux jeunes gens, M. l'abbé Gillet offre ses conférences sur la 
Virilité chrétienne; eWes ont pour but et doivent réaliser la formation 
du cœur et de l'esprit selon les préceptes de la morale évangélique. 
Dans une première partie sont réunies onze conférences où l'auteur 
établit un saisissant parallèle entre l'idéal chrétien et l'éducation 
chrétienne du caractère. La deuxième partie contient neuf conférences 
sur les vertus ou sur l'action intérieure de l'éducation chrétienne et 
à la troisième partie appartiennent les six dernières, traitant de 



— 103 — 

l'action extérieure de cette éducation ou du culte et des œuvres. 
Cet ouvrage nous paraît de la plus incontestable opportunité : ce 
qui manque surtout à notre société contemporaine, même à nos chré- 
tiens, à nos catholiques pratiquants, c'est le caractère, c'est la virilité. 
Il ne faut plus se contenter d'un christianisme d'habitude, de routine, 
de tradition : il est nécessaire d'avoir une conviction personnelle et 
profonde et c'est là l'état d'âme qu'il convient de former dans la 
jeune génération. « Alors, dit l'auteur, alors seulement l'homme pourra 
songer à devenir un chrétien de caractère et à construire solidement 
sur le roc des énergies humaines l'édifice imposant de la grâce». 
La doctrine n'a rien à redouter d'une étude approfondie et elle n'a 
pas non plus à s'effrayer de la tâche qu'elle est appelée à rempHr de 
nos jours; elle est de tous les temps, elle a été en harmonie avec tous 
les besoins des sociétés auxquelles elle a été mêlée. La piété est 
utile à tout, dit l'apôtre. On peut en dire autant de la doctrine catho- 
lique : elle est utile à tout et doit suffire à tout. Que nos jeunes gens 
se pénètrent donc de l'enseignement de M. l'abbé Gillet et ils ne pour- 
ront que s'applaudir de s'être laissés former à la vérité chrétienne. 

— Pour le peuple : ce SDnt surtout des conférences dialoguées qui 
conviennent le mieux et qui sont bien à la portée de l'auditoire. AL le 
chanoine Crosnier nous les présente en les recommandant à notre 
attention. Il nous fait connaître gentiment les deux auteurs, Joseph 
et Paul Gaboreau, deux frères, prêtres du diocèse d'Angers qui ont 
très bien réussi dans ce genre de prédication. Modestes autant que 
zélés et intelligents, ils n'attribuent pas ce succès flatteur à leurs qua- 
lités personnelles, à leur propre éloquence; ils en reportent tout le 
mérite — après Dieu — à la forme même de leur apostolat. Il y a 
beaucoup d'objections contre leur assertion, bien des préjugés contre 
ces conférences dialoguées. L'auteur de la Préface s'est fait fort de dis- 
siper ces préjugés et de réfuter victorieusement ces objections. 
Nous ajouterons que son plaidoyer nous paraît d'une documentation 
sérieuse et qu'il pourrait bien faire triompher cette cause. Comme 
de nouveaux apôtres vontsm'gir naturellement pour mettre en œuvre 
ce mode d'enseignement, M. le chanoine Crosnier se hâte, et avec 
raison, de leur donner quelques conseils pratiques, recommandés 
particulièrement par les deux frères conférenciers. Les sujets traités 
sont l'indifférence religieuse, le péché mortel, la sanctification du 
dimanche, la divinité de Jésus-Christ, la résurrection, la confession, etc. 
Les conférences dialoguées pour le peuple sont un vrai modèle du genre ; 
nou* conseillons aux prêtres de les imiter, d'en profiter même lar- 
gement pour la prochaine station du carême, ou pour une mission : 
ils seront étonnés des résultats qu'ils obtiendront. 

Jésus. — Marie. — 13 à 16. — Le code de notre morale est contenu 



— 104 — 

dans l'Evangile : il nous vient de Jésus-Christ lui-même et c'est à le 
connaître que doivent tendre tous nos eiïorts. M. l'abbé Bouvier a 
voulu nous faciliter cette tâche en nous offrant un commentaire du 
Saint Evangile de Jésus-Christ, commentaire (ju'il appelle traditionnel, 
parce qu'il est extrait des saints Pères d'après « la Chaîne d'or » de 
saint Thomas d'Aquin. Nous le félicitons de son œuvre qui contribuera 
si heureusement à vulgariser parmi les fidèles la connaissance, hélas ! 
si négligée et si rare de nos saintes Écritures. Dans ce nouveau com- 
mentaire, la traduction littérale du texte est suivie d'une explication 
spirituelle empruntée aux œuvres des Pères de l'Église, exphcation 
brève, mais suffisante pour aider le lecteur à bien pénétrer le sens de 
la parole divine. Chaque évangile vient à son tour rappeler les ensei- 
gnements du Christ et les faits principaux de sa vie, et le livre cons- 
titue bien en elTet ce que l'auteur appelle : « La Bible des fidèles ». 
Nous en augurons le plus grand bien pour les âmes et nous croyons 
que ce livre ne manquera pas d'avoir sa place de choix dans tous 
les foyers chrétiens, où il est destiné à opérer un réveil merveilleux 
en faveur de nos saintes Lettres en nous ramenant à la pratique des 
siècles chrétiens : la lecture de la sainte Bible expliquée par la Tradition. 
"Lfs Lectures évangéliques, de M. l'abbé Dard, ont encore pour objet 
notre divin Jésus, mais seulement considéré pour le temps de VAçent 
el le temps de Noël, c'est-à-dire Jésus annoncé et venant au monde- 
Le travail de l'auteur s'ouvre par la méditation et le commentaire 
du premier chapitre de l'Évangile selon S. Jean, où Jésus entre en 
scène avec son caractère de Verbe de Dieu. Au chapitre deuxième, 
Jean-Baptiste fait son apparition et nous assistons à son ministère de 
précurseur. Le troisième, le quatrième et le cinquième chapitres nous 
rappellent les mystères de l'Annonciation et de la A'isitation. Au 
chapitre sixième, c'est la naissance de Jésus, l'Enfant-Dieu que des 
bergers viennent adorer (chapitre septième); les Mages leur succè- 
dent aux chapitres huitième et neuvième. Les cinq derniers chapitres 
nous racontent la fuite en Egypte, le massacre des Innocents, le retour 
de l'exil, la vie à Nazareth. M. l'abbé Dard nous offre ces diver • épisodes 
de l'enfance de Jésus, en nous recommandant de les lire, comme il con- 
vient, (( avec humilité, simplicité et persévérance », non pas avec le 
désir de satisfaire une curiosité, d'ailleurs assez légitime, mais cher- 
chant seulement ce qui peut nous être occasion de profit spirituel. Il 
veut aussi nous aider à saisir le vrai sens de ces pages inspirées, car 
l'Evangile n'est pas seulement une histoire, elle est aussi et surtout une 
doctrine : « interprétée par les saints Pères ou les exégètes autorisés, 
elle sera mieux comprise et mettra notre pensée et notre cœur en 
contact avec la pensée et le cœur même de Dieu ». En tête du livre se. 
trouve une carte de la Judée au temps de N.-S. J.-C. 



— 10a — 

■ — Dans sa huitième retraite de Notre-Dame, le R. P. Félix traite 
ex professa de la Royauté de Jésus-Christ; il en établit l'existence et 
en énumère les caractères; mais comme le Christ est mi signe de con- 
tradiction, sa royauté a rencontré et rencontre encore une opposition, 
souvent puissante, opposition judaïque dès le début, puis opposition 
païenne et césarienne, opposition hérétique et schismatique, opposition 
révolutionnaire et de la libre pensée. A nous de garder notre foi au 
Clirist, de reconnaître toujours sa souveraineté, et de remplir nos de- 
voirs de bons et loyaux sujets, ceux de croire à sa parole, d'obéir à ses 
lois et de l'aimer. Mieux encore, il faut que nous donnions à notre 
Christ-Roi un dévouement absolu pour le suivre contre Satan et pour 
vaincre cet ennemi qui est le nôtre comme le sien. Ce dévouement 
doit aller jusqu'à l'imitation aussi complète que possible des vertus de 
notre roi; il est notre modèle surtout par l'humilité et la charité et 
ce qui nous aidera très efficacement à l'imiter, c'est l'amour que nous 
devons avoir pour lui. Aussi bien n'est-ce pas par l'amour qu'il veut 
régner lui-même sur nous? Nous répondrons ainsi fidèlement à ses 
désirs; nous rendrons notre obéissance plus facile et plus douce; nous 
mériterons plus sûrement les bienfaits de ce règne du Christ sur nous 
et en nous. Lisons avec ces sentiments les instructions du P. Féhx, qui 
continue ainsi, après sa mort, un apostolat fécond en fruits si pré- 
cieux : elles nous aideront à aimer notre Christ- Roi et à le faire 
aimer autour de nous. 

— Et Marie sa mère est notre reine : Marie, reine de France par droit 
d'héritage, par droit de conquête et par droit d'élection. Le titre du livre 
de M. l'abbé Fuzier est parfaitement justifié au cours des 35 chapitres 
dont se compose ce travail que nous pourrions qualifier de « patrio- 
tique ». Aidé par tous les documents qu'il a pu trouver et puisant 
abondamment aux sources les plus autorisées, l'auteur étudie le culte de 
Marie en France avant l'ère chrétienne et depuis l'origine du christia- 
nisme dans les Gaules, en s'arrêtant à chaque siècle et dans chaque 
contrée : c'est le royaume de Marie par droit d'héritage. Le second 
livre nous montre Marie répondant par des bienfaits au culte de véné- 
ration et de confiance filiale que lui rend la France et méritant ainsi 
d'être notre reine par droit de conquête; elle nous délivre de tous nos 
ennemis soit d'ans l'ordre temporel, soit dans l'ordre spirituel. Dans le 
troisième livre nous voyons Marie se plaire à choisir la France comme 
sa nation privilégiée et à lui témoigner le plus maternel amour : appa- 
rition à Paris en 1830, en 1846 à La Salette, en 1858 à Lourdes, en 
1870 à Pontmain, elle affecte de s'affirmer notre reine et ne cesse, par 
ses prévenances, de provoquer notre amour, notre gratitude, notre 
union indissoluble. Un prêtre français félicitait un de ses confrères 
italiens de posséder à Lorette la maison même de la Sainte \ ierge. 



— 106 — 

« Oui, certes, répondit l'Italien, nous avons bien sa maison, mais Elle 
n'y est jamais; elle vient toujours chez vous, en France ». Cette prédi- 
lection témoigne bien de l'amour que Marie a pour nous; mais elle nous 
oblige d'autre part à lui prouver notre fidélité et notre confiance iné- 
branlables. 11 dépend de nous que le royaume de France soit toujours 
le royaume de Marie. 

Edch.vristie. — Sacerdoce. — 17 à 23. — Les Méditalions sur 
V Eucharistie, par Bossuet, sont des considérations extraites des 
œuvres complètes de l'illustre évêque de Meaux et mises en ordre par 
M. l'abbé M^x Caron. Elles en sont à une deuxième édition : ce qui 
prouve bien que ce petit livre a été apprécié et goûté. 11 fallait s'y 
attendre. Le pieux et judicieux éditeur a réparti en cinquante médi- 
tations tout ce qui est relatif au divin mystère de l'autel : l'institution 
de la sainte Eucharistie avec toutes les circonstances qui la précèdent, 
l'accompagnent ou la suivent; l'essence même du Sacrement, les 
dispositions qu'il réclame, les bienfaits qu'il apporte, les sentiments 
qu'il suggère, l'utilité qu'il convient d'en retirer, l'action de grâces. 
Chaque méditation ou chapitre se subdivise en un certain nombre 
d'alinéas qui servent à saisir plus facilement le sens du texte évangé- 
lique qui est commenté; à la fin se trouvent «une prièreet une résolu- 
tion qui résument les pensées et condensent les sentiments ». 

■ — Un autre maître de la vie spirituelle, mais notre contemporain, 
Mgr Gay, nous offre à son tour ses Fragments eucharistiques, où la 
doctrine est la même que dans l'opuscule précédent, mais exposée et 
développée d'après une autre méthode. La première partie considère 
l'amour de Dieu comme source de l'Eucharistie et nous fait connaître 
nos devoirs envers elle. Avec la deuxièm.e partie nous pénétrons dans 
le Cénacle, et, à l'heure que Jésus se plaît à appeler son heure, tout on 
méditant à l'immolation mystique du Sauveur, nous nous réjouissons 
de l'universalité et-de la perpétuité du don de l'Eucharistie. La vie de 
Jésus-Christ dans l'Eucharistie fait l'objet de la troisième partie : il 
y est traité des actes principaux de Jésus dans son état eucharistique, 
de la triple vie céleste, terrestre et divine de Jésus, de notre gratitude 
envers Dieu pour ce don si excellent. Dans la quatrième partie nous 
apparaissent les trois aspects de la divine Eucharistie : Jésus y est 
l'hostie de Dieu son Père, notre pain vivant, l'hôte fidèle et perpétuel 
de l'Eglise. Voici maintenant le sacrifice eucharistique, le même que 
celui de la croix, véritable sacrifice, festin de Dieu et de l'Eglise : c'est 
la cinquième partie". La sixième est consacrée à la communion eucha- 
ristique; la septième à la visite au Saint-Sacrement et la huitième et 
dernière à Notre-Dame du T.-S. Sacrement, Mère et modèle des 
adorateurs. 

■ — Nous arrivons ainsi préparés, logiquement, à la réception de la 



— 107 — 

divine Eucharistie, réception que le décret du 20 décembre 1905 nous 
presse de rendre quotidienne. L'opuscule du R. P. Lambert sur ce 
document pontifical nous instruit pertinemment de tout ce qui se 
rapporte à cette pratique. Il a pour titre : Le Décret sur la communion 
quotidienne et son application aux fidèles. Divisé en neuf entretiens, il 
développe la raison qui justifie la communion fréquente, même quo- 
tidienne et traite ensuite de la communion pour tous et de la commu- 
nion à travers les siècles, des dispositions soit de nécessité, soit de 
convenance pour communier, du contrôle du confesseur, do la prépa- 
ration et de l'action de grâces, de l'idée de communion, de la commu- 
nion et du purgatoire. Dans l'appendice qui termine le travail sont 
réunis le texte latin du décret et de la lettre de la Sacrée Congrégation 
à l'épiscopat ainsi que d'autres pièces relatives à la communion quo- 
tidienne. Le rapport des censeurs appelle ce travail « un guide sûr 
et pratique, une bonne œuvre », à laquelle il présage le plus flatteur 
succès. 

• — Le Triduum eucharistique du P. Jules Lintelo développe le même 
enseignement en quelques Instructions sur la communion quotidienne 
d'après les décrets de S. S. Pie X. C'est le complément de l'ouvrage 
qui précède. La lecteur y trouvera beaucoup à prendre pour sa propre 
direction, et, s'il est prêtre, pour la direction des âmes pieuses. Au 
début, les documents, décret, lettre, appel aux prêtres; puis, indus- 
tries propres à assurer le succès du triduum, mot d'ordre de Rome. 
Dans le corps de l'ouvrage, instructions sur le désir de N.-S. J.-C, 
les besoins de la vie surnaturelle, les dispositions requises, la commu- 
nion des enfants, la communion fréquente pour les hommes, la commu- 
nion réparatrice, etc. En terminant : triduum et la communion quo- 
tidienne dans les maisons d'éducation, abstention d'un jour par 
semaine. 

— En fréquentant ainsi la sainte Table nous nous acheminerons 
Vers la çie eucharistique que vient nous faire connaître et aimer M. le 
chanoine Lejeune. Cette petite brochure devrait être entre les 
mains de tous les fidèles. Dix chapitres les renseigneront exactement 
sur la notion de la vie eucharistique, son utilité, sa source, sa pratique 
et ses œuvres; ils leur donneront une réponse à l'objection contre la 
fréquente communion et quelques conseils pour la visite au saint 
Sacrement, sur la vie d'union avec Jésus-Hostie. 

— Le dogme de l'Eucharistie est considéré d'un point de vue plus 
élevé et plus étendu dans le livre de M. J. Grimai : Le Sacerdoce et le 
Sacrifice de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Dans une lettre, qui sert 
d'Introduction, Mgr l'évêque de Nevers fait l'analyse de ce travail et 
confirme la doctrine du savant théologien : le portrait du prêtre 
saint y est tracé en raccourci, mais de main de maître. Ainsi introduit 



— 108 — 

chez l'autoui', on peut parcourir avec utilité et agrément les pages 
d'un livre si plein d'une doctrine élevée, puisée aux meilleures sources, 
exposée et développée dans une langue facile, claire, parfois élégante, 
toujours exacte et précise, qui exprime facilement les pensées même 
les plus abstraites. La première partie — la préparation — considère 
Jésus-Christ comme prêtre et victime, figuré et présagé par le sacer- 
doce et le sacrifice antiques; la deuxième nous montre la réafisation 
de cette figure et de cette prophétie dans Jésus-Christ, constitué le 
prêtre par excellence qui ofiresur l'autel delà Croix le sacrifice infini 
dont la sainte messe est la reproduction ou la commémoraison. La 
troisième partie nous invite à assister, au Ciel, à la consommation du 
sacrifice qui est comme la confirmation et la conséquence nécessaires de 
son efficacité. Dans la quatrième partie nous voyons Jésus souverain 
Prêtre « renouveler jusqu'à la fin des temps l'Eucharistie d'oblation de 
la croix qui doit donner à son Église le sacrifice parfait pour faire com- 
munier les chrétiens à l'hostie qui les conduit à la consommation du 
ciel en les incorporant à la mort du Calvaire ». L'auteur appelle cela 
« le prolongement eucharistique »; il invite alors les fidèles à acquérir 
l'intelligence de la messe et à pratiquer la communion, source de 
grâce et de vie qui doit entretenir et développer en nous les germes 
de la sainteté. Les prêtres tireront le plus grand avantage de la lecture 
et de la méditation de ce remarquable ouvrage. 

— Il serait alors facile de présager : Ce que sera le prêtre au xx^ siècle. 
Mgr Bolo nous fait du prêtre contemporain un portrait qui est loin 
d'être flatté. A-t-il complètement raison de lui adresser maints et 
maints reproches sur son attitude, sur ses procédés, sur ses relations 
avec le pouvoir, etc? Sans doute, il y a le côté humain, même dans 
le sacerdoce, et il peut y avoir ici ou là par trop d'accentuation. Mais 
il ne faut pas transformer l'exception en règle générale. Un fait capital 
suffit à juger le clergé français actuel : c'est l'unanimité, c'est l'em- 
pressement désintéressé avec lesquels évêques et prêtres ont répondu 
à la direction du Pape condamnant la loi de séparation et du 
même coup exposant la France catliulique au dépouillement complet, 
à la détresse ; c'est ce beau geste, qui fait l'admiration du monde et 
qui d jeté nos ennemis dans le désarroi. Ils se faisaient de nos prêtres 
une idée qui leur permettait d'espérer une humble soumission : que 
ne ferait pas le clergé pour conserver ses trésors? Et par son attitude 
digne, généreuse, noble, disons même héroïque, il a prouvé que sa 
fidélité à l'Église, son attachement à la hiérarchie, à la discipline, lui 
tenaient plus à cœur que les richesses temporelles. Cette réserve faite, 
nous sommes d'avis qu'il faut harmoniser les méthodes d'enseignement 
et d'action avec les besoins de l'époque contemporaine et c'est ce que 
l'Eglise a fait à toutes les époques de son histoire; ce qui se traduit 



— 109 — 

dans cette formule : Non noua, sed noue. Entendu dans ce sens, le 
livre de Mgr Bolo pourra être utile; on y trouvera des conseils à 
suivre, des procédés à étudier et à mettre en pratique, et alors le 
prêtre au xx® siècle sera toujours le prêtre selon la tradition, le vrai 
prêtre de Jésus-Christ, se faisant tout à tous, au xx^ siècle comme 
dans chaque siècle. 

Spiritualité. — 24 à 27. — Donnons dans cette série la première 
place à qui la mérite : au nouveau tome des Œuvres complètes de saint 
François de Sales. C'est le cinquième volume des Lettres à? VéxèqwQ 
de Genève, écrites au cours des années 1611 à avril 1613. «L'ensemble 
de cette correspondance, dit l'érudit éditeur, le R. P. Navatel, peut 
fournir de précieux documents sur la vie pastorale de l'évêque, mais 
surtout les lettres adressées à la Mère de Chantai sont des pages incom- 
parables qui nous livrent naïvement les plus touchantes confidences 
de sa vie intime et surnaturelle ». Les lettres de ce volume sont au 
nombre de près de quatre cents; elles ont été revues avec soin, et, 
souvent, accompagnées de notes qui en éclairent le texte. Un appen- 
dice renferme: 1° quelques lettres adressées à saint François de Sales, 
2^ des pièces diverses, parmi lesquelles les grands pardons d'Annecy; 
suit un glossaire des locutions et des mots surannés. Puis vient un 
index des correspondants par ordre alphabétique et enfin la table des 
lettres de ce volume avec quelques indications sommaires. C'est une 
onivre soigneusement faite et qui est digne de l'éminent évêque dont 
la radieuse figure nous apparaît ainsi entourée d'une auréole encore 
plus éclatante. 

— Les Méditations sur les Évangiles du diniancJie sont destinées à 
l'usage des simples fidèles et mises à leur portée pour tous les jours 
de l'année. « C'est une œuvre louable, écrit Mgr l'évêque de Digne, à 
l'auteur de ce travail, M. le chanoine Fournier, de facihter le saint 
exercice de la méditation aux âmes qui veulent s'y livrer ». Et chaque 
méditation se déroule, développée selon le même plan. Le sujet, comme 
l'indique le titre du livre, est l'évangile même du dimanche, divisé pour 
suffire aux sept jours de la semaine. Et le commentaire embrasse 
ainsi, dans tous le cours de l'année, l'ensemble de la doctrine évangé- 
lique et de tous nos devoirs. Cette méthode est, semble-t-il, plus favo- 
rable pour la pratique de ce pieux exercice. Chaque méditation, ainsi 
que le dit justement l'auteur, est substantielle quant au fond, tout en 
étant onctueuse quant à la forme; elle est assez courte, en évitant de 
rendre les sujets trop abstraits et trop arides; elle est suffisamment 
longue pour développer comme il convient le sujet qui s'offre à la 
réflexion sans grossir le volume démesurément. « Nous les offrons, dit 
l'auteur, à tout le monde, mais particulièrement à la classe laborieuse 
et peu éclairée des campagnes et des villages ». Plaise à Dieu que ce 
livre se propage pour le plus grand bien de ces familles ! 



- 110 — 

■ — Le psalmiste aurait voulu méditer tout le jour. Sans nous inviter 
à suivre cet exemple, le R. P. Prévôt veut au moins nous faire aimer 
et pratiquer les Méditalions du soir, pouvant servir à double lin, ou à 
une méditation ordinaire, ou à une simple lecture spirituelle. Ces 
Méditations du soir sont rédigées d'après une méthode autre que celle 
du précédent auteur. Le but du P. Prévôt est « d'aider les âmes à mieux 
entrer dans l'esprit de l'Église selon les différents temps de l'année, 
à devenir des âmes liturgiques » et alors il s'applique à suivre les pen- 
sées du saint office. Ce sont des méditations courtes, doctrinales, 
mystiques, dirigées principalement « en vue de venir en aide aux âmes 
de plus en plus nombreuses qui sentent le besoin de s'animer de 
l'esprit de supplication et de réparation pour la sainte Église, en 
union avec Marie réparatrice ». Ce sera là, pour ces âmes généreuses, 
un stimulant tout-i)uissant de la vie d'amour et de sacrifice qui ne se 
sépare pas de la vie d'amour, de paix et de joie. 

— A méditer encore avec le plus grand fruit la Bondad divina, de 
Mgr M. de Jésus Portugal. Le pieux auteur consacre dix-huit chapitres 
à considérer la bonté de Dieu dans son principe, sa nature et ses mani- 
festations : Dieu est bon, il est la bonté même, le souverain bien, 
la bonté la plus aimable, qui s'est manifestée dans l'œuvre de la créa- 
tion, dans l'Incarnation, dans la Passion, dans l'Eucharistie, soit 
envers les pécheurs, soit envers nous. Quelle doit être alors notre dis- 
position à l'égard de cette divine Bonté, sinon do la désirer d'un grand 
désir et d'exalter ses bienfaits? Il est seulement à regretter que cet 
excellent opuscule n'ait pas trouvé encore un traducteur qui puisse 
nous le faire lire en notre langue. Espérons que nous ne tarderons pas 
à jouir de cet avantage, et ce sera pour nos pieux fidèles une bonne for- 
tune de pouvoir goûter ces pages si remplies de belles considérations et 
de touchantes exhortations. 

Piété. — Dévotions. — 28 à 31. — Nous no dirons qu'un mot sur 
les quatre opuscules qui forment cette petite catégorie. Serait-il, aussi 
bien, nécessaire d'insister pour recommander Marie et les Mystères de 
Jésus, courtes méditations sur chaque mystère du Rosaire, extraites 
des écrits de Mgr Gay ?11 suffit de les annoncer pour les faire rechercher. 
Les mêmes sympathies sont acquises au Dialogue sur l'esclavage de 
la Sainte Vierge, d'après la doctrine du B. Grignion de Montfort. 
Les lecteurs aimeront cet exposé qui s'appuie sur la tradition de 
l'Église, d'après Bossuet et l'enseignement officiel : ils seront surpris 
de l'intérêt et du charme qu'ils y trouveront. — Le petit livre intitulé : 
Oficio de la Santisima Virgen Maria y de difuntos, segiin el rito romano 
n'a de l'espagnol que le titre et les premières pages où sont rappelées les 
rubriques et les indulgences propres à la récitation de l'office ; le 
reste est dans la langue Uturgique, en latin. Le livre se compose de 



— 111 — 

l'office de la Sainte Vierge, de l'office des morts, des sept psaumes de 
la pénitence, des litanies des saints, des prières pour le voyage et de 
quelques hymnes. • — Enfin le R. P. José Mach offre aux âmes pieuses 
son livre : Aucora de Salvacion, ou Manuel de dévotion qui enseigne 
aux âmes dévotes de nombreux moyens pour suivre la voie de la per- 
fection et aux pasteurs qui doivent les diriger d'abondants secours 
pour sanctifier leurs paroisses. Cet opuscule est riche de pratiques 
de piété, de prières, de lectures spirituelles. Mais encore, il nous 
faut exprimer le même désir que plus haut, celui de voir cet opuscule 
espagnol passer en notre langue : fidèles et prêtres de France y 
trouveront grand profit. F. Chapot. 

POÉSIE — THEATRE 

1. Les Muses françaises. Anthologie des femmes- poètes (1200 à 1891). Morceaux 
choisis accompagnés de notices biographiques et bibliographiques par Alphonse 
SÉCHÉ. T. I. Paris, Louis-Michaud, s. d., in-12 de 400 p., avec portraits, 3fr. 50. — 
2. Le Prisme des heures, par Louis Maigue. Paris, Société française d'imprimerie 
et de librairie, 1908, in-18 de 147 p., 3 fr. 50. — 3. Près du foyer et dans les champs, 
par E. Pinçon. Paris, Lemerre, 1908, in-18 deiv-106 p., 3 fr. — 4. A la Source d'eau 
vive, par André Besson. Lille, Société Saint- Augustin, 1908, in-12 de 47 p., 1 fr. 

— 5. L'Année mystique, par le même. Même éditeur, 1908, in-12 de 16 p., fr. 50. 

— 6. Du Grave au doux, par Paul Collin. Paris, Lemerre, 1908, in-18 de 206 p., 
3 fr. — 7. Comme au temps joli des marquises, par Henri Allorge. Paris, Plon- 
Nourrit, 1908, petit in-8 de 62 p., 1 fr. 50. — 8. Au Caprice des heures, par Jean 
Mauclère. Paris, Rousseau, 1909, in-12 du 163 p., 3 fr. 50. — 9. Le Don de soi, 
par André Delacour. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 de 171 p., 3 fr. 50. — 10. 
Quelques vers, par H. des Portes de la Fosse. Paris, Lemerre, 1908, in-18 de 
415 p., 3 fi\ — 11. Heures de brume, par A. Barratin. Paris, Lemerre, 1908, in-18 
de xii-259 p., 3 fr. 50. — 12. Au Jardin des roses mourantes, par R. Christian- 
Frogé. Paris, Sansot, 1908, in de 177 p., 3 fr. 50. — 13. Poésies, par A. Couvreur. 
Paris, Henry Paulin, 1908, petit in-16 carré de 109 p., 2 fr. — 14. Le Chemin soli- 
taire, par Blanche Sahuqué, Paris, Sansot, 1908, in-12 de 173 p., 3 fr. 50. — 15. 
Dans les brumes descités, par Marguerite Berthet. Paris, Bibliothèque générale 
d'édition, 1909, in-18 de 221 p., 3 fr. 50. — 16. Les Voix de la forêt, par la même. 
Même éditeur, 1907, in-18 de 164 p., 3 fr. 50. — ll.VEssor, parla baronne Antoine 
de BiiiMONT. Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-16 de 135 p., 3 fr. 50. — 18. Le Chemin 
qui monte, par Nicolas Beauduin. Paris, Sansot, 1909, in-8 de 164 p., 3 fr. 50. — 
19. Le Voyage d" Afrique, par G. Demnia. Paris, Gastein-Serge, 1908, in-18 de 206 p., 
3 fr. — 20. Le Sentier sonore, par Robert de Fav. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 
de 181p., 3fr. 50. — 21. 2,a /îose e/Ur'oHcez-te, par René Turpin. Paris, Plon-Nourrit, 
1908, in-16 de 148 p., 3 fr. 50. — 22. Les Iles fortunées, par Gaston Beauvais. 
Paris, Société générale d'éditions, s. d., in-12 de 112 p., 2 fr. — 23. Le Cantique des 
Cantiques, psLV Guy d'Aveline (M""" Gazala). Paris, Vie et Amat, 1908, in-12 de 
244 p., 3 fr. 50. — 2i. Les Fardeaux chéris, pantoums, parL R.-G. Paris, Lemerre, 
1908, in-18 de 220 p., 3 fr. — 25. Pauca Paucis, par Raymond Darsilks. Fouge- 
roUes, imp. Reuchet-Ougier, 1907, in-8 de 172 p. — 26. Poèmes, par Archag Tcho- 
BANiAN (traduction française). Paris, Mercure de France, 1908, in-12 de xii-263 
p. 3 fr. 50. — 27. Rêves païens, par C. Psycha. Paris, imp. de Vaugirard, s. d., 
in. 8 de 100 p. 

Théatri:. — 1. Un Divorce, pièce en trois actes, par Paul Bourget et André Cury. 
Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-16 de xxiv-205 p., 3 fr. 50. — 2. Alkestis, pièce en 
cinq actes en vers, d'après Euripide, par Berthe "Vadier. Paris, Lemerre, 1908, 
in-18 de 82 p., 2 fr. — 3. Théâtre de Léon Duvauchel. Paris, Lemerre, 1908, in-18 



— 112 — 

de 245 p., 3fr. 50. — 4. Z,a Bonne Lorraine, chronique nationale, par Jules de Mar- 
THOLD. Paris, Daragon, 1908, in-16 de 87 p. — 5. VAube sur Béthanie, poème 
dramatique en un acte, par Jules Leroux. Roubaix, Édition du Beffroi, 1908, 
in-12 de 33 p., fr. 75. — 6. La Route infinie, pièce en un acte, par L.-M. Thé- 
M.\NLYS. Paris, Jouve, 1908, in-12 de 84 p., 1 fr. 

Poésie. — 1. — M. Alphonse Séché a réuni sous ce titre : Les Muses 
françaises, une Anthologie des femmes poètes. Cinquante-cinq noms 
figurent dans ce recueil, qui va du douzième siècle jusqu'à nos jours. 
On y rencontre donc toutes les muses célèbres, et même quelques 
autres, dont on n'avait guère entendu parler. Il est vrai que les 
inconnues font parfois de jolies choses. Mais peut-être aurait-on 
besoin d'une autre petite anthologie pour réduire encore à sa quin- 
tessence celle de M. Alphonse Séché. • — Chaque femme poète a sa 
notice. Beaucoup de ces notices rendent le lecteur mélancolique. La 
proportion des égarées et des dévoyées est malheureusement forte, 
plus forte dans le monde des dixièmes muses que dans la société 
ordinaire. Dans les poésies citées, l'amour élégiaque tient une place 
un peu encombrante. Un peu, c'est bien, mais il y en a trop. M. 
Séché observe d'ailleurs avec raison que « la femme excelle dans la 
narration douloureuse de ses peines ». Mais cette « excellence » n'ex- 
clut pas la monotonie. On voudrait plus de muses dans le genre de 
]\jme Anaïs Ségalas, qui a si gentiment écrit pour les enfants. C'est 
encore une spécialité où les femmes excelleraient, si elles le voulaient 
bien. Dans l'ensemble, le recueil est intéressant et représente un 
travail des plus méritoires, 

2. ■ — A ceux qui goûtent la vraie poésie, la poésie sincère, sérieuse, 
profonde, pénétrée, nous pouvons signaler sans crainte le Pris?ne 
des heures, de M. Louis Maigue. La critique austère, après avoir 
blâmé quelque recherche de modernisme dans les expressions, noté 
quelques accès de subtilité psychologique et fait ses réserves sur 
l'emploi, rare d'ailleurs, de l'hiatus, peut louer sans réserves la fraî- 
cheur de l'inspiration, la sincérité du sentiment et, très souvent, la 
cadence des strophes. M. Louis Maigue n'est pas sans analogie avec 
Sully-Prudhomme, qu'il aime, mais il est franchement chrétien, et 
sa profondeur est vivifiante. L'amour n'est pas absent, mais revêt 
une forme noble, voilée, discrète, qui n'enlève aucun charme à son 
expression. Des pièces comme Revoir, Sagesse, la Maison de province, 
J'ai dit à ma douleur... sont des bijoux que les amateurs sauront appré- 
cier. L'auteur a un éloge original de la Poussière. Il faudrait de trop 
longues citations pour faire apprécier dignement le talent du poète. 
Voici toutefois les deux strophes par lesquelles débute Revoir : 

Je l'ai revue après deux ans, 

Celle à qui je songeais sans cesse : 

Elle avait rempli ma jeunesse, 

Et ses yeux chers m'étaient présents. 



— 113 — 

Je l'ai revue un soir d'automne, 
Sous des cieux froids et dépouillés... 
Nos cœurs étaient dépareillés, 
Et je n'ai retrouvé personne. 

M. Louis Maigue dit des choses intimes dans une note contenue, et 
des choses graves sur un ton qui n'est pas celui du prêche. Il évoque 
avec une émotion communicative les souvenirs du passé. Vers la fin 
du volume il descend de plus en plus dans les profondeurs de la, vie^ 
intérieure, et y projette la lueur de beaux vers qui obligent le lecteur 
à penser. 

3. — On savoure aussi de beaux vers, sonores, bien frappés, ryth- 
miques, dans le recueil vraiment remarquable de M. E. Pinçon : 
Près du foyer et dans les champs. Que les sujets soient bien originaux 
on peut le contester, et la banalité trouve en quelques pages son 
petit coin. Les petits vers de six syllabes sont parfois insignifiants. 
Mais, cette part faite à la critique, nous avouons avoir été charmé 
à la lecture de ce volume, où les sentiments les plus délicats sont traduits 
dans une langue harmonieuse, animée d'un vrai lyrisme comme on 
n'en voit plus beaucoup aujourd'hui. Voici une fin de pièce : 

Soyez béni, Seigneur, dans vos soleils superbes. 
Dans l'insecte qui dort caché parmi les herbes, 
Dans les chênes altiers, dans les fleurs du sillon ! 
Qu'ils chantent votre nom, l'oiseau sous la ramure, 
La fleur, l'étoile d'or et toute la nature ! 
Seigneur vous êtes grand ! Seigneur vous êtes bon ! 

Les souvenirs d'enfance, les veillées au coin du feu, la vieille maison 
■qu'on démolit, le nuage qui passe, le sous-bois mystérieux, la lampe 
fidèle, inspirent le poète. — Voici maintenant le chrétien qui se relève 
après un instant de « lassitude » : 

Mais d'un robuste effort il relève la tête. 

Et, vaillant, le front haut, bravant l'âpre tempête. 

De l'enfer déchaîné, des passions en feu. 

Sans laisser s'égarer son regard en arrière, 

Sans laisser sa charrue échouer dans l'ornière. 

Il poursuit son labeur dans le grand 'champ de Dieu. 

M. Pinçon atteint donc par moments la grande poésie. Il a le coup 
d'aile, et nous l'en complimentons. 

4. — Le court recueil de M. André Besson : A la Source d'eau vive, 
ne respire pas seulement la piété la plus pure et la plus ardente; il 
brille encore par la spontanéité du mouvement, le pittoresque du 
coloris et, si l'on nous passe l'expression, par une naïveté courageuse 
qui n'est pas sans charme. Le poète parle avec élan et simplicité à la 
fois. 

Je viens souffrir ver.s vous, mon Dieu, j'ai de la peine. 
FÉVRIER 190y. T. CXV. 8. 



— 114 — 

et sa foi confianlo lui dicte de beaux vers d'une forme achevée. 
Il dit encore à Dieu : 

Je baise votre main qui frappe ma misère, 
Plus vous m'aurez meurtri, plus je vous bénirai. 
Je sais, ô mon bourreau, que vous êtes mon père; 
.S'il vous plaît que je souffre encor, je veux le faire, 
Et je vous remercie, ô mon maitre adoré. 

M. André Besson imagine, quand il veut, des rythmes ingénieux 
et sait vaincre des difficultés qu'il a recherchées en artiste. On peut 
lui reprocher, çà et là, un peu de décousu, d'où résulte quelque obscu- 
rité, mais, en somme, c'est assez rare. 

5. ■ — La plaquette encore plus courte du même auteur, intitulée 
U Année mystique, se recommande par les mêmes qualités cl.'édification 
et d'entrain à la fois poétique et mystique. On y rencontre des vers 
bien frappés comme ceux-ci : 

Tout homme a son Carême et sa Semaine sainte... 
Avoir peur de souffrir, c'est avoir peur de Dieu... 
Jésus-Christ n'est pas mort sur une croix d'argent... 
Pour contempler la mort il faut être à genoux. 

Aussi mâle que pieux : telle est la formule qui peut définir le talent 
de M. Besson. 

6. • — La faciUté est une des qualités maîtresses de M. Paul Collin. 
C'est ce qui lui permet de passer Du Grave au doux. Hâtons-nous 
d'ajouter qu'il réussit mieux dans le doux que dans le grave, bien 
qu'une pointe de mélancolie et d'attendrissement léger conviennent 
tout à fait à son talent. Cette facilité a le tort de se doubler parfois de 
prolixité, mais des strophes gracieuses arrivent bien vite pour plaider 
la cause du poète. Certains passages, nuancés de mièvrerie, rappellent 
Charles d'Orléans. Comme le royal trouvère, M. Collin aime à mettre 
en relief la nature, le côté joli. Du reste, il a du bon sens, n'oublie pas 
la note chrétienne et, dans ses poésies amoureuses, respecte le lecteur. 
La langue est assez pure, et c'est par exception qu'on rencontre des 
mots comme « introublé ». 

LYspace nous manque pour citer un Sonnet mélancolique et Dieu 
nous aime, qui sont des pages d'exceptionnelle valeur. Bornons-nous à 
la bluette suivante, intitulée : • Trop d'obéissance : 

Quand j'avais huit" ans. elle enavait^quatrc. 
Pour bien affirmer mes droits de garçon, 
Je me permettaits souvent, sans la battre, 
De la rudoyer do belle façon. 

Aloi-s elle allait chercher sa famille 
Pour qu'à ma colère on mît le holà. 
« Monsieur, embrassez la petite fdie, 
Dit un jour son père, et puis, aimez-la !» 



— 115 — 

L'aimer?... J'obéis quand on me commande; 
Docile à l'aimer je me résolus, 
Oui; mais à présent, la petite est grande; 
Ce sont les parents qui ne veulent plus. 

M. Collin pourrait faire d'autres jolies choses dans ce genre... s'il 
savait plus souvent être court. 

7. — Plusieurs fois déjà nous ' avons remarqué l'originalité et 
l'ingéniosité de M. Henri Allorge. Son nouveau recueil : Comme au 
temps joli des marquises^ orné de gracieuses vignettes, mérite l'in- 
térêt des amateurs. C'est une série, très courte d'ailleurs, de madri- 
gaux, rondeaux, ballades, pastichant artistement la galanterie du 
grand siècle. L'ensemble est gentil et amusant. Voici un sonnet où 
l'auteur imite jusqu'aux inversions d'autrefois : 

Cupidon, l'enfant rieur, 
D'une sayette acérée 
A mon àme déchirée, 
Dont j'ai cuisante douleur. 

Belle dame au ris moqueur, 
Pour quelle cause ignorée, 
L'ardent fils de Cythérée 
Épargna-t-il votre cœur? 

Cette injustice est extrême ! . 

Qui résoudra ce problème? 
Hélas ! je viens d'y penser. 

Marquise, la chose est claire : 
C'est qu'il n'osa vous percer, 
Vous ayant pris pour sa mère. 

(•'. Pris » pour « prise ». La licence grammaticale peut-elle passer mêm^.^ 
en un pastiche? 

8. — M. Jean Mauclère est un courageux. Il ose faire des « odes », de 
véritables odes comme on en faisait autrefois, et son recueil Au 
Caprice des heures, en renferme quelques-unes qui ne sont pas mal 
tournées. Nous aimons l'ode sur la Comète, celle sur la Petite Ville. 
En revanche, le morceau sur Sodome est écrasé par la comparaison 
avec le Feu du Ciel, des Orientales. Du reste, ces odes sont entremêlées 
de pièces de diverse nature qui témoignent d'un talent souple et 
alerte. Le mouvement et la faciUté sont deux qualités notoires chez 
M. Mauclère. 

Voici un assez joli sonnet sur ]\Ion Chat : 

C'est encore un enfant : son petit nez froncé 
Surmonte drôlement sa fine bouche rose; > 

A le voir, par moments, on jurerait qu'il pose. 
Tellement il est grave, austère et compassé. 



— 116 — 

Appuyé sur le bord de son panier tressé 
11 nous regarde tous d'un air digne et morose; 
Peut-être il réfléchit à la métempsycose, 
Considérant s'il fut un homme, au temps passé; 

Ou peut-être qu'il songe aux peines de la vie, 
Aux chagrins, aux douleurs, par qui fut assombrie 
La destinée humaine... et celle aussi des chats. 

Non, son souci présent est plus proche et plus grave : 
Un papillon voltige, et Minet, pas très brave, 
Se demande, anxieux, s'il ne s'enfuira pas. 

Détail grammatical : M. Mauclère écrit quelque part : « pour ne pas 
qu'il s'attriste ». Rappelons-lui doucement que ce n'est pas français. 

9. — Un spiritualisme ardent est la note dominante dans le Don 
de soi, de M. André Delacour. Ce « don de soi », lui apparaît surtout 
sous deux formes, l'amour et la pitié. L'auteur a des emportements 
platoniques, mais il ne réussit pas toujours à planer et le remords arrire. 
Il se repent et dit, très orthodoxe : 

L'amour n'est pas heureux qui n'est pas l'amour juste. 
Reconnu par le Droit et sublime par Dieu, 
Haut comme les clochers, pur comme le Saint-Lieu, 
Et qui fonde un foyer sur une base auguste. 

M. Delacour plaint ensuite les douleurs humaines, les misères du 
peuple, les tristesses des isolés. 11 célèbre le dévouement des sauve- 
teurs, salue les Vendéens : 

Vous êtes les héros d'une ardente épopée 
Où l'amour et la foi brandissaient seuls l'épée, 

Lui donnant des lueurs d'éclair; 
Car, n'ayant pas souci d'intérêt et de gloire, 
Vous ne faisiez la guerre et vouliez la victoire 

Que pour un but splendide et fier. 

L'auteur a du soufïle, de l'éloquence, de la noblesse. Il regarde 
constamment en haut. Beaucoup de pièces se terminent par le mot 
« Dieu ». Son vers est correct et appliqué, mais le prosaïsme et les che- 
villes n'en s'ont pas toujours exclus. 11 arrive à M. Delacour de glisser 
dans le genre nébuleux, et même dans le genre ennuyeux. Mais il lui 
arrive aussi de trouver des vers splendides. 

10. — Sous ce titre modeste : Quelques vers, M. H. des Portes de la 
Fosse, diplomate de profession et poète à ses heures, publie un recueil 
d'une allure franche et pittoresque où un petit grain de rêverie 
ne nuit pas à de sobres et nettes descriptions. Il a, de ses voyages, 
rapporté des impressions diverses; mais nous préférons encore ce 
début de sonnet, rapporté du Bois de Boulogne ( Tour du lac)., 

Passez dans vos landaus et vos automobiles, 
O mondains, affublés de vos plus beaux atours. 
Montrez le dernier cri des couturiers habiles, 
Étalez votre faste et faites mille tours; 



— 147 — 

Avalez à longs traits le sable et la poussière, 
Échangez cent propos d'intérêt dépourvus; 
Votre âme n'en sera plus haute ni plus fière, 
Mais vous serez heureux, car Paris vous a vus. 

M. des Portes de la Fosse laisse passer des négligences, comme il con- 
vient à un poète amateur et quasi grand seigneur. Certaines pages 
sont faibles et insignifiantes. Mais plus d'une strophe, çà et là, est 
joliment travaillée et l'auteur connaît l'art des chutes harmonieuses. 

11. — M"i*^ A. Barratin a déjà écrit plusieurs recueils de pensées 
dont quelques-unes témoignent d'une âme vraiment profonde. Cette 
profondeur de sentiments nous apparaît dans les Heures de brume. 
La moitié du volume est l'écho d'un deuil récent qui a bouleversé 
l'âme de l'auteur. Puis viennent des pièces de fantaisie, qui prouvent 
la variété de son talent. A travers un certain vague qui se confond 
avec la « brume » du titre, on entrevoit une âme élevée, généreuse, 
conduite au détachement par la douleur. Certaines pages apparaissent 
au lecteur dénuées d'intérêt, bien qu'elles en aient sans doute beaucoup 
pour l'auteur. Voici, en revanche, un morceau pénétrant intitulé : 
Oubli : 

Je n'ai jamais voulu, dans mes heures terribles, 
Invoquer ton secours, oubli que je maudis; 
J'aime mieux les regrets, même les plus sensibles, 
Que ton soufïle glacé qu'on nomme un paradis. 

J'aime mieux trop sentir que de sentir à peine; 
J'aime mieux trop souffrir que de souffrir trop peu; 
Pour ma douleur je sens plus d'amour que de haine, 
Et la garder toujours est mon plus tendre vœu. 

Oubli ! crime du cœur, tombe sans fleur aimable. 
Sans soupirs, sans oiseaux, sans le moindre frisson, 
Plus froide que la mort et plus abominable, 
Je n'applaudirai pas ta cynique chanson. 

Les deux premiers vers de la deuxième strophe sont dignes des plus 
grand poètes. On en trouve çà et là d'aussi beaux. Ailleurs, les Heures 
de brunie pèchent par des négligences et des prosaïsmes, mais c'est 
peut-être la rançon d'une qualité, l'absence de recherche, qui dis- 
tingue heureusement M™"^ Barratin. 

12. — Le soufïle poétique ne manque pas Au Jardin des roses mou- 
rajites. L'imagination y touche à l'exubérance, et l'exubérance verse 
dans l'égarement. D'autre part, peu de poètes, parmi les jeunes, con- 
naissent mieux que M. Christian-Frpgé l'art de balancer mélodieuse- 
ment une strophe et d'imprimer à une pièce un mouvement continu. 
Ce qui est fâcheux, c'est l'emploi qui est fait de ce talent. L'auteur 
revendique « le droit au blasphème ». Il chante la débauche avec fré- 
nésie ; puis, par une réaction bien connue, conçoit pour la femme une 
haine furieuse. Il laisse entrevoir que certaines de ses poésies sont 



— lis - , 

écrites sous l'influence de l'opium ou de l'éther. Il rime une Prière à 
Satan qui commence ainsi : 

Satan, je suis à toi ! Prends ma vie et mon âme ! 

Parfois ce sont des cris à la Musset, mais avec un accent plus âpre. 
Les vers suivants donnent à la fois une idée de l'état d"àme désolant 
du poète et de sa manière harmonieuse, qu'il faut bien constater : 

Oh ! quel que soit le but où le Destin m'entraîne, 
Quel que soit le néant qui me reprenne un jour, 
Je saurai bien pleurer, en secouant ma chaîne. 
Le deuil de l'espérance et le deuil de l'amour. 
.Nous avons tant souffert que nous pouvons maudire. 
Mes malédictions se pressent sur ma lyre, 
Car Dieu méconnut l'Homme après l'avoir créé. 
Niant la Providence en ma douleur sublime 
Mes larmes de Damné ruissellent dans l'abîme 
Comme un reproche amer à la divinité ! 

Beau talent, mais âme malade pour la guérison de laquelle nous 
faisons des vœux. 

13. — Sous le simple titre de Poésies, M'"*^ A. Couvreur a rassemblé 
ce qu'on peut appeler les impressions d'une « intellectuelle » moderne, 
notamment celles qu'elle a rapportées de l'Ecole normale de Sèvres, 
où elle fut professeur. Son état d'âme témoigne de ce que devient le 
christianisme en passant par le laminoir du lycée de filles perfectionné. 
M™^ Couvreur est une stoïcienne, au style discret et contenu, maniant 
le vers avec une certaine vigueur, plutôt virile. Çà et là perce l'éru- 
dition de l'universitaire qui a pioché ses programmes. Elle met Hegel à 
côté de Platon. Ailleurs, elle compare le même Platon à Kant, que 
d'ailleurs, et avec raison, elle trouve rébarbatif : 

Dans les brouillards lointains du Nord, 
L'impératif catégorique 
Surgit, spectre frigorifique 
Qui nous congèle tout d'abord. 

Et les froides Antinomies, 
Qu'un démon polaire évoqua, 
Tour à tour pour « Nein » et pour « la » 
Ouvrent leurs lèvres de momies. 

Sur les glacis de Kœnisberg, 
Le phénomène et le Noumène 
Dressent leur statue inhumaine 
Comme un gigantesque iceberg. 

Toutefois, c'est l'alexandrin qui est le vers préféré du poète, qu 
en use d'une façon parfois un peu poncive,. mais dans im rythme 
généralement large et harmonieux. 

14. — Le Chemin solitaire où se promène M'"*' Blanche Sahuqué 



— 119 — 

n'a pas sur la promeneuse une influence calmante. Il y a beaucoup 
d't-xaltation dans ee recueil. Il est vrai que c'est de l'exaltation esthé- 
tique. Voici le début d'un sonnet intitulé Nuances : 

En tons et demi-tons, mon cœur blasé s'invite, 
En frissons nuancés, il bat sur l'Infini; 
L'achevé le déçoit. Il esquisse à demi 
L'informulé latent, vague espoir qui l'entraîne. 

Autre définition du cœur de l'auteur : 

Mon cœur, mystique épave où veille un ostensoir. 

Cela n'empêche pas M"^^ Sahuqué d'être plus païenne que chré- 
tienne. Sa manière généralement alambiquée vise parfois à la gran- 
deur : 

Et notre amour grondait en nous comme la mer. 

j\jme Blanche Sahuqué ne manque pas de flamme poétique. Mais 
elle aurait surtout besoin de pondération et parfois aussi de gram- 
maire. 

15. — C'est Dans les brumes des cités que M^i^ Marguerite Berthet 
recueille ses inspirations. On ne peut donc s'étonner que sa poésie en 
demeure un peu brumeuse. Sans doute ce n'est pas l'imagination 
qui manque à l'auteur, mais cette imagination se perd dans le vague, 
dans le bizarre, dans l'abstrait. AP^*^ Berthet a des pages attendries sur 
la misère et des aspirations vers un idéal qu'atteindra plus tard l'hu- 
manité. On ne peut que louer certaines effusions charitables : 

Nous vivons isolés, rêvant d' œuvres fécondes; 
Nous passons dans la foule, ignorants et distraits; 
Nous heurtons sans les voir les détresses profondes; 
Lorsque nous les voyons, nous ne sommes pas prêts. 

Malgré tout il y a dans ce volume plus de rêveries humanitaires 
que de sens chrétien. La forme n'a aucun relief spécial. Elle dénote 
toutefois chez l'auteur une réelle habitude de la versification. 

16. — Un autre recueil de M^i^ Berthet : Les Voix de la forci, a été 
honoré d'une lettre-préface de M. SuUy-Prudhomme, qui probable- 
ment reconnaissait quelque chose de sa manière dans ce symbolisme 
un peu pâle et ces aspirations philosophiques vers un lointain idéal. 
■NPis Berthet décrit un peu sa forêt, mais elle se livre surtout à des 
méditations à propos de la dite forêt. A un moment surtout, elle éprouve 
le besoin de dire son mot contre le moyen âge, la féodalité et les moines. 
En un mot, on voit bien 1' « intellectuelle » moderne. S'il faut l'en 
croire, 

La fleur naît de la fange 
Et l'harmonie est fleur des révolutions. 

Hâtons-nous d'ajouter que M^^^ Berthet déploie, dans ce recueil 



— 120 — 

comme dans l'autro, ses qualités de versificatrice exercée et son ardeur 
enthousiaste. Voici un exemple de ce qu'elle sait faire avec le vers de 
neuf syllabes. C'est tiré du Semeur de perles : 

Entends-tu, dans les bois, le grelot 

Qui tinte, très grêle'/ 
Quand tout dort, oiseaux bleus, sur le flot 

La tête sous l'aile. 

C'est le pas très léger d'un liilia 

Qui sème des jierles, 
Et qui fuit comme un trait au malin, 

Aux rires des merles. 

Ces rythmes peuvent être discutés, mais l'eïïort est méritoire et les 
résultats gracieux. 

17. — Il n'y a pas beaucoup de mouvement dans l'Essor, do M'^^^' îa 

baronne Antoine de Briment, Mais il s'y trouve de la délicatesse et un 

certain raffinement dans le tracé des contours. Ce sont tantôt des 

tableautins antiques, tantôt des rêveries familières où la ciselure ne 

perd pas ses droits. Certaines images sont d'une hardiesse païenne 

un peu risquée, surtout si l'on considère le sexe et le nom de l'auteur; 

mais, d'une façon générale, il y a de la modération, et le ton est celui 

d'un virtuose. Nous reproduisons les deux quatrains d'un sonnet sur 

le Bonnet : 

L'aïeule du village est là, tirant l'aiguille 
Malgré ses mauvais yeux et ses quatre-vingts ans. 
Fidèle, elle a posé — blanc sur ses cheveux blancs — 
Le bonnet de linon qu'a renié sa fille. 

O Bonnet qui s'en va, blanc Bonnet qu'émoustille 
La ruche de dentelle aux retroussis galants, 
Pourquoi vous préférer des chapeaux désolants, 
D'affreux chapeaux couverts de fleurs de pacotille ? 

Les bluettes de l'Essor sont souvent jolies, mais, sauf exception, les 
chutes manquent de nerf et de piquant. 

18. — M. Nicolas Beauduin est plus que grave, il est sombre; il est 
plus que triste, il est pessimiste. Telle est du moins la note qui domine 
dans une bonne partie du Chemin qui monte. L'auteur nous apparaît 
d'abord sous les traits d'un stoïcien véhément, et même violent, qui 
anathématise tout autour de lui. Puis, sous ce stoïcien, perce un chré- 
tien qui implore Dieu avec une énergie désespérée, déteste ses fautes, 
se débat contre le doute, aspire à la lumière, tient le langage d'un 
ascète. Vers la fin du recueil, c'est un hymne enflammé à l'amour 
divin, d'un style vibrant, soutenu, et même tendu, où passe un souffle 
ardemment lyrique. La langue de M. Beauduin est éloquente, farou- 
che, parfois énergiquement triviale. Voici une constatation sociale : 

Les ventres creux font équilibre aux ventres pleins. 



— 121 — 

On sent dans ce livre comme un écho lointain du livre de Job. Il y a 

d'ailleurs des redites. Los strophes suivantes donneront une idée du 

ton général : 

Ne plus crier, ne plus souffrir, ne plus se plaindre, 
Ne plus chercher l'amour qui ment, l'amour trompeur, 
Être calme, être sage, être grand, ne plus craindre, 
Et regarder l'amour sans angoisse et sans peur ! 

N'attendre rien du jour décevant qui se lève, 
Illusoire et stérile en son vain appareil, 
Se dire qu'en la vie atroce qu'on achève, 
A ce jour mensonger demain sera pareil. 

Que rien ne changera la destinée amère. 

Que tout est vain, que tout est faux, que tout nous ment. 

Et que tout ce qui vit en ce monde éphémère 

Comme une fleur d'avril ne dure qu'un moment. 

Mais le poète serait plus poignant s'il n'abusait pas de cette corde. 

19. — L'Algérie continue à inspirer, de temps en temps les poètes. 
M. G. Demnia, qui a fait le Voyage d'Afrique, nous en rapporte des 
impressions pittoresques, avec beaucoup de couleur locale et de sin- 
eérité. La note dominante est gaie et légère. 

Le sonnet suivant, sur Constantine, donnera une idée assez approxi- 
mative de sa manière : 

L'âpre rocher se dresse en haute citadelle. 
Nid d'aigles qui domine un horizon lointa'in. 
Sûr repaire où les Beys entassaient leur butin, 
A l'abri du ravin d'où s'élève un bruit d'ailes; 

Le torrent qui s'attarde en claires cascatelles 
A ciselé le roc au cœur du travertin. 
En un fort où, longtemps, leur cortège hautain, 
Méprisant sa menace, a ri de l'infidèle. 

Vertigineux, l'abîme emprisonne ce bloc 
Dont la fauve paroi semble éventrée au choc 
Héroïque ou divin, d'une lame géante. 

Et l'Étranger, du bord où pendent des lambeaux 

De verdures, s'étonne, en la faille béante. 

De voir planer sous lui tout un vol de corbeaux. 

Comme on le voit, M. Demnia manie habilement la rime, et cultive le 
coloris. On peut lui reprocher de ne pas toujours choisir, dans les 
mœurs arabes, ce qu'il y a de plus décent. 

20. - Il y a dans M. Robert de Fay un romantique et un éclectique. 
Une émotion assez sincèi'e, l'amour du pittoresque, l'accompagnent 
dans le Sentier sonore. Ce sentier nous promène un peu partout, en 
Algérie, en Italie, dans l'antiquité, à travers des paysages où l'auteur 
rêve. Certaines pages sont imprégnées d'une ingénuité douce. Ailleurs 
éclate l'entrain, et les rimes rares, les noms propres, les mots à effets 



— 122 — 

arrivent à la rescousse. La banalité aussi a sa place. Notons, par 
exemple, quelques vieux lieux communs sur les Borgia. Certaines 
expressions sont plutôt bizarres. L'auteur aime, à Tunis, 

Voir la lune apparaître habile et gigantesque. 

Pourquoi liabile? On peut critiquer aussi l'entrelacement des vers 
qui ne distingue pas les rimes masculines des rimes féminines. Le 
lecteur n'en rencontre pas moins de belles strophes, celle-ci, notamment, 
qui prêche l'optimisme : 

Car nous voyons parmi nos plus mauvais chemins 
Où se blessent nos fronts et s'écorchent nos mains, 

Des minutes si belles, 
Qu'elles ont à nos yeux un prestige sacré. 
Et qu'il faut quelquefois avoir su les pleurer 

Pour les rendre éternelles. 

2L • — La Rose entr' ouverte est l'œuvre d'un jeune, et cela se voit, 
tant par la fougue de la sensualité que par l'empressement à imiter 
dans les expressions, certains tics à la mode. La décence est peu res- 
pectée, et, à chaque instant, hanche vient rimer avec blanche. La 
grammaire aurait aussi quelque droit de se plaindre. 

Nous nous étions causé toute une après-dinée. 

Causé quoi? Des désagréments? Peut-être, car 

J'ai respiré l'amour, son parfum est amer. 

Déjà? C'est que l'amour, pour n'être pas amer, a besoin d'être 
approuvé par la morale. M. R. Turpin nous brosse d'ailleurs des pay- 
sages d'un coloris qui tient à ne pas être banal : 

Dans le ciel ardoisé monte la lune rouge. 

Si la lune est rouge, les gazons sont « noirs ». Bien entendu, le bleu a 
sa place d'honneur sur la palette : 

Le clair de lune est bleu, mais, s'il ne l'était pas, 
.Te le dirais quand même. 

A la bonne heure, voilà de la franchise, et, si les Philistins ne sont 
pas contents, tant pis pour eux ! 

22. — I^L Gaston Beauvais est de ceux qui ont cru trouver le bon- 
heur dans le plaisir. Aussi s'est-il embarqué pour les Iles fortunées, 
et a-t-il chanté l'amour avec un lyrisme sensuel et fougueux. Puis, 
comme toujours en pareil cas, le dégoût est venu, et le poète, dans les 
dernières pages de son volume, nous confie qu'il est horriblement triste. 
Il aurait pu s'y attendre, et nous concevons fort bien que « la Muse de 
l'Ennui » le laisse 

Le cerveau sans pensée et le cœur sans amour. 



10O 

Il dit encore : 

Pourquoi nos cœurs sont-ils comme des arbres nus? 

Tous les libertins éprouvent quelque chose de ce genre, et, si nous 
le mentionnons, c'est que cela influe sur leur poésie, qui tourne alors au 
maladif. 

23. — Nous voudrions être galant pour M. Guy d'Aveline, qui trahit 
son vrai nom de M^^^ Gazala. En fait, il y a de jolies choses dans son 
Cantique des Cantiques et dans les Poésies qui y font suite dans le même 
volume, finement illustré. L'auteur a souvent le « sens artistes. Elle a 
des descriptions gracieuses et léchées, des répétitions agréables et 
ingénieuses. Puis, ce sont des banalités de ce genre : « Si j'étais pa- 
pillon... Si j'étais le ruisseau... si j'étais l'oiselet... » ou des strophes 
comme celle-ci : 

Le voilà revenu, ce joli mois des roses ! 
Ce mois du clair soleil, ce mois du grand ciel bleu ! 
Où l'oiseau dit tout bas les plus charmantes choses 
A l'aubépine en fleur qui reçoit son aveu. 

Cela est gentil, mais pas trop neuf. Dans les morceaux épiques, 
l'auteur est plus faible encore, et les pièces de circonstances sont sur- 
tout pavées de bonne intentions. C'est déjà beaucoup, et, pour ter- 
miner par un éloge, nous féliciterons Guy d'Aveline de la hauteur de 
ses aspirations morales. 

24. — L'auteur des Fardeaux chéris (sous-titre bizarre : Pantoums) 
est une femme qui signe I. R.-G. Toutes ses pièces, sauf quelques" ron- 
dels » sont de seize vers et construits sur le type de 1' « Avant-propos >> 
suivant, qui donne la note de l'ensemble : 

Dans un monde qui n'est qu'embûches et que pièges, 
Dans un monde où chacun est avide et jaloux. 
Ce livre est d'une femme, au cœur faible entre tous, 
Qui frissonne à l'appel de l'hiver et des neiges. 

Dans un monde où chacun est avide et jaloux, 
Ce livre est d'une femme, hélas ! qui ne désire. 
Pour parer son front pur, ni perle, ni bijoux; 
Plus rien de ce qu'on veut même sans se le dire. 

Ce livre est d'une femme au cœur faible entre tous, 
Qui demande pardon de ses regards moroses. 
Dont l'azur n'était fait que pour sourire aux roses, 
Et voir de blancs agneaux à la place des loups ! 

Qui frissonne à l'appel de l'hiver et des neiges, 
Mais qui comprend pourtant les grands cœurs éperdus, 
Harcelés, près du sien, sur nos sentiers ardus, 
Dans un monde qui n'est qu'embûches et que pièges. 

Il y a des vers gracieux (relire le onzième ci-dessus) mais 
on voit le système. Le premier quatrain fournit le thème, et, on même 



— 124 — 

temps, les vers initiaux des trois autres. Le dernier ^■ers répète le premier. 
Il en résulte à la longue, pour le lecteur, une insupportable impression 
de monotonie. Malgré le mérite de la difficulté vaincue, il y a là une 
erreur fondamentale qui gâte tout le volume, et le rend lourd. 

25. — Il est relativement heureux que Pauca Paucis, de M. Ra^nnond 
Darsiles, ne s'adresse qu'à peu de lecteurs. Le volume a quelque 
chose de morbide et de pervers. Le poète chante l'antiquité païenne, 
pastiche le moyen âge, passe d'une crise de sensualité à un élan de prière 
décadente. La langue, pas trop maltraitée en certains endroits, admet 
ailleurs des « luisures d'yeux », des « fronts irrorés », des parfums « doux 
fleurants », des « pensers obsolètes », des « tristesses nuiteuses ». Le- 
diable préoccupe l'auteur : 

Satan, je voudrais être loi ! 
OU encore : 

mes frères et sœurs en Satan, je vous plains ! 

Mais tout compte fait, il y a plus d'enfantillage que de blasphème. 
Il y a aussi une vague teinture de socialisme. Parfois, l'auteur essaye 
de la subtilité : 

Il ne faut pas m'aimer, ô mes aimées... 

Ne m'aimez pas, je vous aimerai toutes. 

Mais le lecteur rit. Et il rit encore plus fort devant tel trait d'élo- 
quence macabre : 

N'est-ce pas qu'il est doux d'être en proie aux helminthes? 

Après cet exemple on nous excusera de n'avoir pas cité des strophes 
et de nous êtres contentés de ... vers solitaires. 

26. — M. Aichag Tchobanian est un poète arménien qui a souffert 
pour la cause de ses compatriotes et que l'exil a amené à Paris. Lettré 
intensif, il a composé en arménien, puis traduit en français, des poèmes 
qui ne sont pour le lecteur français que des lignes de prose découpées 
comme des vers. Mais on voit que l'imagination, un peu fantastique 
parfois, est vraiment d'un poète. M. Archag Tchobanian est pessimiste, 
ce qui comporte dans sa situation des circonstances atténuantes. 
Quoique représentant d'une race chrétienne, M. Tchobanian, au con- 
tact des livres d'Occident sans doute, nous apparaît comme ayant 
perdu la foi. Il a des passages amers sur « le sinistre Jéhovah » et 
« l'absurde création ». Cette note fâcheuse est d'ailleurs rare. Ce qu'il a 
de mieux, ce sont ses morceaux lyrico-descriptifs sur la mer. Citons la 
bluette saisissante intitulée : Le Couteau. 

Sous la lune claire qui resplendit, 
Un voilier passe d'un vol rapide, 
Dressant sous les eaux teintes de lumière 
Sa longue aile sombre et pointue. 



— 125 — 

Et cette aile, dont le corps reste invisible, 
Semble un couteau énorme, levé dans l'air. 
Et qui court terrible sur la face de la mer, 
Sous la lune claire qui resplendit. 

Ce morceau prouve que l'on voit bien les paysages à travers un 
prisme intérierir. 

27. — Les Rêves païens, publiés sous la signature C. Psycha, sont 
des poésies on prose, mais d'une prose qui ne justifie pas ses préten- 
tions poétiques. Ce sont de vagues évocations, moitié récits, moitié 
rêveries, mettant en scène des dieux ou des personnages antiques, 
mais peu intéressantes dans le fond et sans qualités saillantes de forme. 
L'auteur vise à la simplicité dans le style. Peut-être, du reste, plaira- 
t-il à certains amateurs qui trouvent du charme à ces « tranches de 
mythologie » découpées par l'intellectualisme moderne. Le volume est 
illustré de vignettes assorties. 

Théâtre. — 1. — La presse a déjà longuement parlé d'Un Divorce^ 
pièce tirée du roman de M. Paul Bourget, pai^ M. Bourget lui- 
même et M. André Cury. On sait le sujet : M. Darras a épousé une 
femme divorcée, Gabrielle, qui a un fds, Lucien. Celui-ci s'éprend 
d'une étudiante, Berthe Planât, libre penseuse absolue, qui ne recon- 
naît que l'union libre. Quand Darras semonce Lucien, celui-ci riposte 
par des discours qui peuvent se résumer dans cette formule : « Et 
vous? » Sur ce, Gabrielle, revenue à la foi, éprouve des remords, qui 
éclatent dans ce cri : « Et nous non plus, nous ne sommes pas mariés ! » 
Le premier mari vient à mourir et l'épouse devenue libre voudrait 
bien régulariser sa situation par un mariage religieux. Refus de 
Darras. Trouble complet au foyer. Lucien est parti. Gabrielle voudrait 
partir aussi; mais Darras a menacé d'élever sa fdle en libre penseuse 
si ce départ a lieu, et un religieux, le P. Euvrard, est le premier à 
représenter à la fugitive que son devoir est de rester. 

Cette œuvre est la plus forte de celles qui, depuis quelque temps, 
ont mis en relief les conséquences antisociales du divorce. Au point de 
vue du style, on y retrouve les qualités de M. Paul Bourget, c'est-à- 
dire qu'il y a peut-être plus de psychologie que de drame proprement 
dit, bien que l'action soit réelle et vraiment tragique. L'exposition 
renferme des longueurs. Le caractère de Darras est d'une conception 
vigoureuse, mais un peu factice. M, Bourget, du reste, en a fait exprès 
un homme « de conscience » pour rendre le plus de points possible à 
ses adversaires et ne pas encourir le reproche de mauvaise foi. A la 
dernière scène, nous eussions préféré, au point de vue littéraire, 
quelque procédé autre que l'apparition de Darras venant écouter 
sans être vu. Mais ce sont là des détails et l'œuvre, dans son ensemble» 
mérite le succès qu'elle a obtenu dans l'élite du public. 



— 126 — 

2. — M'"'' Bei'the Yadier n'a pas mal réussi, dans son Alkeslis, à 
nous donner une impression « antique ». Il règne dans cette pièce une 
simplicité et une brièveté grandioses. L'auteur a su faire passer dans 
ses dialogues, parfois saisissants, quelque chose du pathétique d'Euri- 
j)ide. Certains vers reproduisent les allures sentencieuses du théâtre 
ancien. En un mot, l'antiquité est serrée de très près ■ — de trop près 
])eut-être — car tous les détails du drame d'alors n'ont plus aujour- 
d'hui leur raison d'être. On peut discuter sur l'utilité des chœurs. On 
peut également noter un soupçon d'affectation dans l'emploi des 
noms propres grecs. Nous avons goûté spécialement les interrogations 
d'Admète à ses proches et à ses amis pour savoir qui s'est dévoué, 
ainsi que les adieux d'Alceste à ses esclaves. Il y a là des scènes 
pleines de nuances délicates. Voici un extrait de la tirade dans laquelle 
Phérès, père d'Admète, s'excuse de ne pas s'être dévoué pour son fils : 

L'oracle m'a promis de nombreuses années; 

Devais-je donc changer l'ordre des destinées? 

Jeune, épris de périls, un héros cher aux dieux 

Préfère à de longs jours un trépas glorieux; 

Mais une illustre mort plus tard fait moins d'envie, 

Et plus on a vécu plus on tient à la vie. 

La vie ! oh ! oui, mon fils, tu sauras quelque jour 

Qu'un vieillard la chérit d'un véhément amour. 

Le noir penser d'Hadès est de ceux qu'il repousse. 

A ses yeux affaiblis la lumière est si douce ! 

Si fraîches à son front les brises du printemps !... 

L'homme vit toujours peu, mourût-il à cent ans. 

Ce couplet seul suflirait à montrer combien M'"^ Berthe Vadier 
s'est sincèrement pénétrée de la 'poésie des grands dramaturges grecs 
et avec quel talent elle l'interprète. 

3. • — Le Théâtre de L. Duvauch'el, publication posthume, com- 
prend une pièce en cinq actes et en vers : Jean Sauvegraiu, épisode 
de la Frondé, daux comédies en un acte et en vers : Le Chapeau bleu^ 
Mademoiselle Molière et une comédie en prose, en un diCte: l'Absente. 
Jean Sauvegrain est un paysan qui défend les villageois contre les dé- 
prédations des mihtaires, conquiert ainsi le cœur d'une jeune châtelaine 
et meurt au moment où celle-ci consent à l'épouser. Il y a de l'en- 
train, mais aussi des longueurs et des lieux communs de philan- 
thropie agricole. Le Chapeau bleu est une piécette nettement 
immorale. L'héroïne, tentée de fuir des liens illégitimes pour se marier 
honnêtement, résiste à cette honnête tentation et se réconcilie avec 
son séducteur. Dans Mademoiselle Molière, l'auteur évoque la mélan- 
colie du grand comique et son amour malheureux pour Armande 
Béjart. L'Absente est une analyse psychologique du cœur de deux 
amoureux qui se revoient après vingt-cinq ans de séparation. Au 
point de vue littéraire, peu de défauts bien saillants, mais aussi peu 



— 127 — V 

do qualités saillantes. Pas do vers brillants à citer. Nous on mention- 
nerons un qui fait plutôt l'effet d'un anachronisme. Ce sont des paysans 
qui crient : 

A bas les exploiteurs du peuple ! 

Plus loin une paysanne dit qu'elle a eu jadis « des plats de vieille 
porcelaine ». Quoi ! sous la Fronde ? 

4.^ — La pièce de M. Jules de Marthold : La Bonne Lorraine^ semble 
se ressentir d'une certaine imitation de Shakespeare. Ce sont des 
scènes extrêmement courtes et très nombreuses dont le décor change 
à chaque instant. Il est vrai que l'auteur intitule cela « chronique 
nationale ». C'est une quintessence de chronique en action. Les vers 
sont variés, plus souvent courts que longs, et les chants lyriques s'entre- 
mêlent au dialogue. L'ensemble est'légèrement bizarre et l'on regrette 
dans les vers l'absence de qualités bien spéciales, si l'on en excepte 
la brièveté qui a, il est vrai, son mérite. 

5. — L'Aube sur Béthanie, de M. Jules Leroux, est moins un « poème 
dramatique en un acte », comme le dit le titre, qu'un dialogue mystico- 
philosophique où Jésus apparaît un peu comme un rêveur. La pensée 
demeure vague et les alexandrins du poète, où l'alternance des rimes 
masculines et féminines n'est pas observée, ne sont pas faits pour 
diminuer le caractère languissant de l'ensemble. On rencontre néan- 
moins, à certaines pages, quelques beaux fragments de descriptions 
qui jettent sur les dissertations un certain reflet pittoresque. 

6. — La Boute infinie, de M. L.-M. Thémanlys, appartient fran- 
chement au genre ennuyeux. Les deux actes de la pièce ne sont 
qu'une série de dialogues fantaisistes où l'abstraction le dispute à 
l'exaltation. LIne jeune fdle émancipée y parle de « devenir », de « col- 
lectivité amorphe », de« conception latente », de « cité fossilisée », de 
« tribu régressante ». Elle rompt en visière avec les .préjugés du monde 
et épouse un poète qui rompt lui-même avec ses parents. Le poète 
réussit, chose facile dans les livres. Puis survient un autre monsieur 
qui, aux yeux de la jeune toquée, représente encore mieux la Vie, 
l'Idéal, la Lumière et tout le tremblement. Madame est sur le point 
de lâcher son poète pour ce nouveau venu qui lui permettra de mieux 
perfectionner son être, etc., quand le mari, à la suite d'une conversa- 
tion où il est question de Gœthe et de Nietzs.che, se convertit à l'idéal 
de l'autre monsieur. Sur quoi celui-ci revient, et, tout attendri, donne 
aux époux sa bénédiction. L'incohérence du style est à la hauteur de 
la cocasserie du sujet. Gabriel d'Azambuja. 



— 128 — 
HISTOIRE, ART ET SCIENCES MILITAIRES 

1. Vers la Bérésina (1812), diaprés des documents nouveaux, par le général-major 
B. R. F. Van Vlijmen. Paris, Plon-Nourrit, 1908, petit in-8 de vi-328 p., avec 

2 cartes, 5 fr. — 2. Waterloo (1815), par le général Albert Pollio; trad. de l'ita- 
lien par le général Goiran'. Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., in-8 de 640 p., 12 fr. 50. 
— 3. Anglais et Français. Les Anglais au combat. Fontenoy, Lignyet Waterloo, par 
le général Zurlinden. Paris, Chai-les-Lavatizelle. s. d., in-8 de 154 p.. 3 fr. 50 — 
4. La Intervenciùn jrancesa en Mexico segun cl archiva del mariscal Bazaine.Textos 
espaTiol y francés. Cuarta y quinta partes, publicados por GE^ARO Garcia. Mexico, 
Viuda de Gh. Bouret, 1908, 2 vol. petit in-8 de 275 et 270 p., 10 fr. — 5. Soucenirs 
du .second Empire. Les Etapes douloureuses. E Empereur, de Metz à Sedan, par le baron 
Albert Verly. Paris, Daragon, 1908, in-8 de 274 p., avec 6 planches, 6 fr. — 6. 
Le Haut Commandement des armées allemandes en 1870 (d'après des documents 
allemands), par le lieutenant-colonel Rousset. Paris, Plon-Nourrit, 1908, inl6 de 
x-336 p., avec carte, 3 fr. 50. — 7. Une Campagne dans le Haut-Tonkin (janvier-mai 
189o, parle capitaine Bernard. Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., 1908 in-8 de 178 p., 
5 fr. — 8. L' Education patriotique du soldat, par le lieutenant M. Roland. Paris, 
Perrin, 1908,in-16de xviii-261 p..3fr.50. — 'è. Honneur militaire. Italie, \9>h^. Cochin- 
chine, 1862. France, 1870, par ***. Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-16 de xv-245 ■\^., 

3 fr. 50. — 10. Vers la fusion. Conférences faites en 1907-1908 A Saint-Maixent. 
Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., in-8 de 496 p., 6fr. — W.Lettres à un sous-officier, pari» 
commandant Roche. Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., in-16 de 80 p., 1 fr. — 12. 
Vieille Routine, par le général Devaureix. Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., in-lS 
de 70 p., 1 fr. 50. — 13. Réalité. Études tactiques, par le commandant Passarga. 
Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., in-8 'le 120 p., 3 fr. — 14. U Artillerie de campagne 
en liaison avec les autres arma iar le général H. Langlois. Paris, Chapelot, 1908, 
2 vol. in-8 de iv-477 et 383 p . avec 6 cartes hors texte, 15 fr. 

1. — Lo passage de la Bérésina fut-il, comme l'écrit le général hollan- 
dais Van Vlijmen, un chef-d'œuvre de tactique; condense-t-il, comme 
il le dit encore, toute la campagne de Russie? Tout le monde ne sera 
pas sans doute d'accord en ce point avec l'éminent écrivain. Quoi qu'il 
en soit à cet égard, le nouveau volume sur la campagne de 1812 : 
Vers la Bérésina, que nous avons sous les yeux, n'en demeure pas 
moins un livre intéressant; mais il est inexact de dire qu'il est ' écrit 
avec des documents nouveaux, comme l'indique le titre, puisqu'il 
est composé presque uniquement avec les Mémoires des contempo- 
rains, dont certains sont publiés déjà depuis fort longtemps, tels 
ceux de Roguet, Gourgaud, Fain, Marco-Saint-Hilaire, Gouvion Saint- 
Gyr, Las Cases, La Baume, etc. Et, à cet égard nous dirons qu'on est 
étonné de ne pas trouver dans la bibliographie citée par l'auteur 
des ouvrages classiques comme celui du marquis de Chambray, par 
exemple, qui demeure, sur la campagne de Russie, l'étude d'ensemble 
la meilleure et la plus sûre qu'on possède. Quant aux sources manus- 
crites, tels les Mémoires inédits du général Du Monceau, ceux du 
général List, du colonel d'Auzon de Boisminart, du général Geisweit, 
etc., ils ne paraissent pas avoir fourni à l'auteur des renseignements 
de grande importance. On n'en lira pas moins avec profit ce nouve^au 
Résumé d'un événement qui tient trop de place dans notre histoire 
nationale pour nous laisser jamtds indifférents. En le feuilletant, on 



- 129 — 

devra se souvenir que les proposde Fain, de Gourgaud, de Marco- 
Saint-Hilaire, de Las Cases, etc., sont sujets à caution, leurs auteurs 
étant des admirateurs de l'Empereur qui n'admettaient chez lui ni 
une faute ni même une défaillance. Quant au roman écrit par le 
sergent Bourgogne, nous nous étonnons que le général Van Vlijmen 
lui attache une importance quelconque. 

.2. — Le Waterloo que vient de traduire le général Goiran est encore 
une œuvre due à une plume étrangère, celle de M. le général italien 
Albert Pnllio. C'est une entreprise bien délicate que d'écrire aujour- 
d'hui quoique chose sur Waterloo, journée à propos de laquelle ont 
coulé depuis bien près de cent ans des flots et des flots d'encre. En 
admettant que les contemporains comme Grouchy, Gourgaud, Gérard, 
Duruette, etc., n'aient pas dit tout ce qu'ils savaient ou aient même 
dissimulé une partie de la vérité, des écrivains récents comme Hous- 
saye, Lettow-Vorbeck, le colonel Grouard ont apporté une telle lumière 
sur la joiirnée du 18 juin 1815 qu'il reste bien peu de nouveau à trouver 
et à dire. A la vérité M. le général Pollio ne nous paraît pas avoir une 
telle prétention, et son travail a été plutôt rédigé, ce nous semble, 
})0ur oiïrir aux ofïiciers, ses compatriotes, dans sa langue mère, une 
œuvre de vulgarisation composée surtout avec des documents 
connus. 11 existe pourtant, à propos de Waterloo, un fait qui n'est pas 
élucidé, dont ni Lettow, ni Houssaye, ni Grouard n'ont donné la clé : 
c'est la conduite du corps de d'Erlon le 16, la question de savoir qui 
lui a porté l'ordre de venir à Ligny, en quel endroit ce messager a 
rencontré d'Erlon, etc., etc. Ce qui reste à expliquer encore, c'est que 
Napoléon, quand on lui signala l'approche d'une masse considérable 
sur sa gauche, n'ait pas immédiatement conclu que c'était le corps 
de d'Erlon, puisqu'il l'avait appelé. Ce qui est incompréhensible, 
c'est qu'il n'ait pas envoyé un officier d'état-major reconnaître ces 
nouveaux arrivants et presser leur venue. Tout cela, comme nous 
venons de le dire, demeure jusqu'ici un mystère, le seul qui plane 
encore sur la journée de \>'ater]o(». A vrai dire, quand nous avons 
ouvert le livre de M. le général PoIIio, nous avons couru tout de suite 
à la table et en voyant l'en-tête du chapitre XIX: « La Fausse Ma- 
nœuvre de d'Erlon », nous avons éprouvé un sentiment de joie, nous 
disant : « Enfin, voilà peut-être la clé de l'énigme ». Hélas ! après avoir 
lu ce chapitre, nous n'avons pas été plus éclairé qu'auparavant et 
nous avons terminé notre lecture en désespérant de connaître jamais 
là vérité. Au fond, nous sommes d'accord avec M. le général Pollio 
à peu près sur toutes les causes qui amenèrent le désastre du 18 juin: 
nous eussions désiré néanmoins qu'il insistât davantage sur ce point 
que la défaite finale était sinon nécessairement obligatoire, tout au 
moins probable. Shjis doute, au point de vue intellectuel. Napoléon 
Février 1909. T. CXV. 9. 



- 130 - 

est encore en 1815 le Napoléon des grands jours; mais, que de fautes, 
d'erreurs commises, dont beaucoup pouvaient être évitées '.L'une d'elles, 
irrémédiable, était l'affaissement physique de l'Empereur, constaté 
par Pelet, par de Monthyon, Thiébault et quantité d'autres, mais 
que dire du choix des généraux, de l'affectation donnée à chacun 
d'eux ! En 1815, Napoléon a vu beaucoup de ses anciens lieutenants 
se détacher de lui. Il lui reste cependant deux commandants de corps 
d'armée, peut-être les meilleurs qu'il ait jamais eus : il crée l'un 
ministre de la guerre (Davout); il fait de l'autre son chef d'état-major 
(Soult) ! Jamais il n'eût été aussi nécessaire d'appliquer le proverbe 
anglais : The right man at the right place; Napoléon fait tout juste le 
contraire. Et il paie cher son erreur. Avec Davout à la tête de l'aile 
gauche, l'engagement des Quatre-Bras eût probablement été une 
victoire et les Anglais battus le 16 c'était le désastre du 18 certaine- 
ment évité. Comme l'écrit très justement M. Pollio, l'intervention 
de la Providence est manifeste dans la campagne de 1815 : Dieu avait 
dit de tout temps : Tu n'iras pas plus loin, et les événements, quoique 
pût faire l'Empereur, devaient concourir nécessairement à sa chute. 
3. — C'est de Fontenoy,mais aussi et surtout de Ligny et deWaterloo 
que nous entretient le général Zurlinden dans son travail:. 4 n^/aw et 
Français. L'éminent écrivain a jugé le moment venu de faire le récit des 
rivalités qiii pendant huit siècles ont mis aux prises les deux grands 
peuples de l'Europe pour les amener, par les nécessités de la politique, 
à se donner aujourd'hui la main. L'étude relative à Fontenoy est 
écrite non seulement d'après le récit de \'oltaire, mais surtout avec 
la relation de la bataille que nous a donnée le duc de Broglie dans la 
Revue des Deux Mondes d'abord (15 juin 1887), puis dans son beau 
livre Marie-Thérèse impératrice, paru en 1890. Le général Zurlinden 
y défend vaillamment le maréchal de Saxe et il a peut-être raison. 
Toutefois la chose n'est pas certaine. Où que soit la vérité, son influence 
à Fontenoy fut décisive et M. ZurUnden la met bien en évidence. 
Quant à la deuxième partie d'Anglais et Français, elle est surtout 
l'analyse des journées des 16 et 18 juin 1815, telles que les a marquées, 
dans un livre récent, un écrivain allemand de valeur : le général 
Lettow-Vorbeck. Là encore, rien sur d'Erlon ou des appréciations, 
des hypothèses, au lieu de faits concrets. 

4. — Du premier Empire nous passons au second avec les deux nou- 
veaux volumes de M. Genaro Garcia, directeur de ce qu'on pourrait 
appeler le « Collège de France » de Mexico : La Intervention jrancesa 
en Mexico segun el archiva del mariscal Bazaine. Ces deux volumes 
forment les tomes quatrième et cinquième de cette publication impor- 
tante, dont nous avons signalé déjà l'apparition aux lecteurs du 
Polybiblion. Ces deux derniers venus nous donnent les événements du 



— 131 — 

26 février au 15 avril 1864. Nous sommes là en pleine occupation et, 
bien que la funeste influence de Bazaine n'apparaisse pas encore 
aussi nettement qu'on la verra se produire à la fin de la cam- 
pagne, on la devine, on la sent poindre, même on peut déjà 
en découvrir des traces. Cependant le futur maréchal prend en- 
core à cette époque certaines mesures qui sont de nature à lui 
faire honneur, comme celle par laquelle il institue une Commis- 
sion scientifique, artistique, littéraire, chargée de reconnaître et 
classer tout ce qui pourrait appartenir à ces trois branches des 
connaissances humaines dans le Mexique ancien ou moderne. 
Malheureusement d'autres prescriptions font oublier l'esprit libéral 
qui avait dicté les premières. Parmi celles-là, il faut citer la destruction 
par le feu de villes où avaient été commis des vols et des assassinats 
(Thacolulam) comme si cette malheureuse cité aurait dû être rendue 
responsable d'excès auquels elle n'avait pris aucune part. Le tome 
cinquième comprend d'intéressantes lettres inédites de Napoléon, 
des ministres Drouyn de Lhuis et Chasseloup-Laubat et de quantité 
de personnages importants du Mexique. Plus nous allons, plus la 
publication de M. Garcia s'annonce comme ayant de l'intérêt. Nous la 
signalons encore avec plaisir à l'attention des érudits. 

5. — Nous ne quittons pas le second Empire avec le livre du baron 
Albert Verly : Les Etapes douloureuses. L'Empereur., de Metz à Sedan, 
hommage rendu au souverain tombé à Sedan, par un de ses partisans 
les plus dévoués. Les convictions d'un honnête homme sont toujours 
respectables,et encore que nous ne soyons pas d'accord avec l'écrivain 
sur sa façon d'apprécier le régime qui a fait l'unité de l'Italie et la 
guerre du Mexique, qui a laissé faire Sadowa et par suite l'unité 
actuelle de l'Allemagne — sans compter 1870 — nous avons lu avec 
intérêt les Etapes douloureuses et elles méritent d'être signalées. Le 
livre a d'ailleurs, en plus d'une de ses pages, la valeur d'un document. 
Oh y Ht, en effet, de nombreuses lettres du baron Jacques Albert Verly, 
colonel des Cent-Gardes, qui accompagna l'Empereur dans toute la 
campagne et qui fut à même de voir bien des choses ignorées. Ces lettres 
— et d'autres tout aussi inédites — jettent un jour nouveau sur plu- 
sieurs points mal connus du début de la guerre. D'autres documents 
permettent de réfuter définitivement certaines inepties dont, après 
le 4 septembre, quelques ennemis de l'Empire gratifièrent trop gra- 
tuitement le souverain déchu. De très jolies phototypies donnent à 
la publication du baron Verly un cachet artistique qui ajoute encore à 
l'intérêt du texte même. 

6. — Il est certain qu'à quarante ans bientôt de distance nous ne 
jugeons déjà plus les responsabilités du second Empire avec la même 
sévérité que le firent les contemporains. D'autre part, des documents 



— 132 — 

récents de source allemande, témoignent chaque jour davantage du 
peu qu'il s'en est fallu que la lutte eût une autre issue, et, comme le 
dit l<î colonel Housset dans son livre sur le Haut Commandement des 
armées allemandes en 1870, si ces constatations ravivent nos regrets, 
elles fortifient aussi nos espoirs. On sait aujourd'hui pertinemment 
que la Relation officielle de la guerre de 1870-71, publiée en une ving- 
taine de volumes par le grand état-major allemand, fourmille d'er- 
reurs voulues, que notamment cette Relation décrit les événements 
comme ayant été méthodiqiiement prévus et de longue main par de 
Moltke, alors que ceux-ci naquirent très souvent, sinon le plus sou- 
vent de situations absolument imprévues par le chef d'état-major 
général. Et ce ne sont pas des Français qui ont fait cette découverte, 
ce ne sont point des Français qui ont révélé cette vérité, ce sont des 
Allemands, des Prussiens de bonne marque, le colonel \'erdy du 
Vernois, le colonel Cardinal von Widdern, le capitaine F. Hœnig, 
tous militaires appréciés et historiens de talent. Le colonel Rousset. 
bien connu par son Histoire de la guerre franco-allemande, a 
entrepris de vulgariser chez nous ces révélations qui paraîtront 
nouvelles à beaucoup de lecteurs. Son livre, extrêmement intéressant, 
analyse toutes les grandes rencontres de l'armée de Metz et les fait 
voir sous un jour entièrement inattendu. C'est une étude à 
lire, une étude qui donne confiance en l'avenir. 

7. — Une Campagne dans le Haut-Tonkin, du capitaine d'infan- 
terie coloniale Bernard, est le récit des opérations qui se déroulèrent 
au nord du Fleuve Rouge, entré Bac-Quang et Tuyen-Quang, de 
janvier à mai 1896. Ce n'est pas là, comme le précédent volume, de la 
grande tactique ou de la stratégie, c'est au contraire de la tactique 
de petites unités, non moins instructive et plus souvent usitée que 
sa sœur ainée. Ce livre a d'ailleurs un autre mérite que de montrer 
à nos jeunes officiers la façon dont on doit conduire une petite colonne 
en pays ennemi. En racontant l'expédition peu connue dont il nous 
dit les détails, en montrant la façon modeste mais résolue, presque 
héroïque, dont sont tombés là quantité de nos officiers, le com- 
mandant Bernard combat à sa façon le pacifisme, travaille à réveiller 
notre énergie, à raviver par l'exemple ce culte de la patrie que tant 
d'inconscients ou de criminels tendent à détruire de nos jours. 

8. — Et comment les théories des Hervé et consorts ne feraient- 
elles pas de progrès dans un pays qui oublie de plus en plus son passé, 
qui fait ff de ses gloires nationales les plus pures ! Voici un livre : 
L' Education patriotique du soldat, dû à la plume d'un olficier de notre 
armée, le lieutenant Roland, qui, sous ce rapport, est bien tristement 
instructif. M. Roland a eu la constance d'interroger pendant cinq 
nu six années de suite les recrues arrivant à sa compagnie et il a cons- 



— 133 - 

taté chez ces jeunes gens une ignorance tellement extraordinaire en fait 
d'histoire nationale, qu'elle dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Sur 
cent de ces recrues : 63 pour cent ignoraient ce qu'a été Louis XIV; 
56, ce qu'a été Bayard; 55, ce qu'a été Napoléon I^^; 42 ce qu'est l'Al- 
sace-Lorraine ; 36, ce qu'a été la guerre de 1870; 32, ce qu'a été la 
Révolution française; 25, ce qu'a été Jeanne d'Arc. Et avant de syn- 
thétiser les résultats de son enquête, M. Roland nous cite des réponses 
qui seraient bien comiques si elles n'étaient aussi attristantes. Pour 
l'un de ces conscrits, Napoléon vivait en 1870, il a été tué au pont 
de Montereau, après avoir été livré aux Prussiens par Bazaine; pour 
l'autre, l'amiral Courbet vivait sous le premier Empire, Gambetta 
était un grand général vivant en 1789; pour celui-là, léna est un grand 
général, Victor Hugo a inventé la vaccine, etc. Et il y a, comme cela, 
des pages et des pages d'âneries monumentales. On se demande 
comment, dans un pays qui a dépensé pour son instruction primaire les 
sommes que l'on sait depuis trente ans, une ignorance semblable peut 
être constatée. Que font donc nos instituteurs, si trente-neuf ans 
après 1870, 36 pour cent de leurs élèves ignorent ce qu'a été la guerre 
franco-allemande, si 42 pour cent ne connaissent même pas de nom 
l'Alsace-Lorraine. Comment cette situation lamentable n'attire-t-elle 
pas l'attention des pouvoirs publics? Espérons que le livre de M. Roland, 
que le cri d'alarme qu'il pousse trop justement sera entendu non 
seulement du public mais avant tout et surtout des pouvoirs qui sont 
en mesure de remédier à un état de choses aussi lamentable. Il y va, 
en vérité, de la valeur morale de notre armée, c'est-à-dire du salut 
même de notre pays. 

9. — Existe-t-il un Honneur militaire? Au premier abord, il semble 
que l'on soit tenté de répondre par la négative, d'assurer que l'honneur 
est le même, qu'il soit civil ou qu'il porte l'uniforme. C'est toujours 
et partout ce sentiment qui pousse l'homme à se conduire avec cette 
dignité, cette intégrité, cette délicatesse, cette hauteur de vues qui 
constituaient le Pi> probus des anciens. Il est cependant bien vrai 
que chez les militaires, dans l'armée, l'honneur revêt une caracté- 
ristique spéciale, très souvent celle de la foi chrétienne et toujours 
celle du dévouement, du désintéressement, partant, du culte envers 
la patrie. L'expression honneur militaire est donc bien, au fond, une 
appellation qui représente à l'esprit quelque chose de distinct, de par- 
ticulier, la synthèse la plus élevée d'un sentiment déjà sublime par 
lui-même. Ces réflexions nous venaient à l'esprit en lisant un livre 
que vient de publier un écrivain qui a voulu conserver l'anonyme, un 
livre dans lequel une main filiale a rendu un hommage mérité à trois 
soldats jadis tombés sur le champ de bataille, trois soldats qui lui appar- 
tenaient par les liens les plus étroits du sang: un père, deux frères.' — 



- 13i — 

Le commandant Lesèble, du 72^ régiment d'infanterie, était à Dieppe 
avec un bataillon détaché, quand, le 23 avril 1859, vers minuit, il reçut 
une dépêche olficielle. On lui annonçait que son régiment était désigné 
pour prendre part à la campagne d'Italie, que le 72^ était attaché au 
1er corps (Baraguey d'Hilliers), que le bataillon de Dieppe devait s'em- 
barquer pour Paris le 24, à 6 heures du matin. Il avait donc six heures 
pour faire ses préparatifs. Le jour du départ était le jour de Pâques : 
Lesèble entend à quatre heures du matin une messe dite par l'abbé 
Pillaud, celui qui devint plus tard évêque de Carcassonne, va à la 
gare, serre dans ses bras sa femme et sa fille, et part. De ses deux 
autres enfants, l'un est officier en Algérie, l'autre est au Borda : il ne 
pourra les voir ni l'un ni l'autre; peut-être a-t-il l'espoir d'en retrouver 
un en Lombardie. Le désire-t-il, le craint-il, on ne sait. Six heures ! la 
machine souffle, le train s'ébranle au milieu des vivats de la population, 
des adieux bruyants des soldats, et sur le quai deux femmes, seules 
au milieu de la foule qui les entoure, muettes, regardent encore le 
convoi qui disparaît peu à peu à l'horizon, comprimant l'angoisse qui 
étreint leur poitrine, n'osant se dire leurs craintes, leurs pressentiments. 
Quelques semaines après on se battait en Italie; nous étions vain- 
queurs à Montebello, à Palestro, à Magenta, et la campagne s'annon- 
çait comme une suite de triomphes. Le commandant Lesèble écrivait 
de temps en temps à sa femme et à ses enfants : il exprimait l'espoir 
que tout cela finirait bientôt, qu'il reverrait à brève échéance les 
deux êtres aimés dont il devinait les tortures morales, et leurs inquiétu- 
des, car ce vaillant n'aimait pas la guerre pour elle, il la faisait en 
brave, en en comprenant les conséquences souvent désastreuses, en en 
redoutant les horreurs. D'ailleurs son cœur de père subissait d'autres 
atteintes. Dans cette même plaine lombarde, à quelques lieues de lui 
dans un autre corps d'armée, son fils Jean, âgé de vingt ans, com- 
battait comme lui, et, comme lui aussi, pouvait disparaître. Il espérait 
que cette souffrance lui serait épargnée. Il l'espérait en vain. Le 24 juin 
1859, le commandant Lesèble tombait sur le champ de bataille, à Sol- 
férino, l'épaule fracassée par une balle. A quelques pas de là 
à l'assaut de Cavriana, Jean s'affaissait à son tour, frappé de deux 
balles, l'une au front, l'autre au coeur. Le père, mutilé, impropre dé- 
sormais à tout service actif, devait cependant guérir — quelle gué- 
rison ! — de son horrible blessure; quant au- fils, il était tombé pour ne 
plus se relever. A l'heure où, en Italie, se passaient ces tristes événements, 
le second fils du commandant Lesèble était au Borda, comme nous le 
disions un peu plus haut. C'est là qu'il apprit l'amputation subie par 
son père, la mort de son frère aîné. Ni l'une ni l'autre de ces catas- 
trophes ne l'empêchèrent de poursuivre une carrière qui paraissait si 
implacable pour sa famille; il s'y montra digne des siens, devint un 



- 13o - 

brillant marin, mais, grièvement blessé lui-même en 1870, achevé 
quelques années plus tard pai le climat de la Guyane, il mourut comme 
son père et son frère, victime du devoir militaire. M'^^ Lessèble, seule 
survivante aujourd'hui de cette famille éprouvée, garde précieusement 
les lettres écrites par son père, le journal de marche de son frère Jean, 
la correspondance plus nombreuse de son second frère, le marin. C'est 
H l'aide de ces documents qu'elle a écrit Honneur militaire, et bien qu'ils 
ne constituent que des pages détachées, n'ayant entre elles qu'une 
liaison à peine sensible, elle a su le relier par un commentaire si 
habile et si touchant tout ensemble que son livre est un des plus 
intéressants, parfois des plus poignants qu'on puisse lire. A voir la 
façon dont sa plume retrace les angoisses passées, on sent qu'elles 
ont laissé dans son cœur des traces qui ne sont point fermées encore. 
A un autre point de vue, Honneur militaire a une valeur qui dépasse 
celle d'une œuvre littéraire remarquable. En un temps où l'antimili- 
tarisme, l 'antipatriotisme affecte les allures provocatrices que l'on 
sait, l'exemple de ces trois soldats sacrifiant sans compter leur vie à 
leur pays est une leçon qui doit donner des fruits. Un sentiment qui 
produit de tels sacrifices est le plus puissant élément de grandeur 
qu'une nation soit capable d'entretenir : du jour où il n'existera plus 
en France, c'en sera fait de notre patrie. 

10. • — En 1908, le lieutenant-colonel Lavisse, directeur de l'Ecole 
d'infanterie de Saint-Maixent, lui-même ancien saint-maixentais, 
a introduit dans sa maison des conférences sur des sujets d'intérêt 
général faites depuis quelques années à Saint-Cyr, et ce sont ces con- 
férences dont il nous donne aujourd'hui les principales. 11 les a fait 
précéder d'un Avant-propos destiné à détruire les idées erronées 
qu'ont encore certaines gens sur la composition de Saint-Maixent, et 
le colonel Lavisse a parfaitement raison de vouloir qu'on sache la 
vérité sur son école. Quant à son argumentation sur la nécessité de 
fusionner Saint-Maixent avec Saint-Cyr — Vers la fusion — elle ne 
nous a pas paru avoir la même raison d'être, là tout au moins. Cette 
seconde partie est un commentaire du projet déposé sur le bureau de 
la Chambre des députés par le ministre de la guerre actuel, mais ce 
projet ne sera sans doute pas accepté par tout le monde sans contes- 
tation, et il faut s'attendre à le voir vivement critiqué. La raison 
d'être du volume est d'ailleurs bien moins dans la Préface du colonel 
Lavisse que dans les conférences mêmes dont certaines sont intéres- 
santes. Celle de M. Lapie sur la Pédagogie contemporaine et l'Édu- 
cation du soldat nous a paru tout à fait remarquable. 

11. — Les Lettres à un sous-officier, du commandant Roche, con- 
tiennent • une série d'indications législatives et réglementaires qui 
seront fort utiles au public spécial auquel elles s'adressent. L'écri- 



— 13G — 

vain a partagé son travail en dix-sept cliapitres dans lesquels il 
examine les diverses fonctions du sous-olficier dans les corps de troupe 
et dit la façon dont ce rouage si important dans la composition d'une 
armée, doit fonctionner pour donner son maximum d'effet. Ouvrage 
d'envergure modeste, mais d'une utilité pratique très certaine. 

12. — De prétentions plus élevées apparaît la petite brochure de 
M. le général Devaureix : Vieille Routine. Ce résumé des procédés 
employés dans l'armée du second Empire aussi bien pour l'instruction 
que pour le combat, nous a paru renfermer beaucoup de vérités et un 
certain nombre d'exagérations. Là où, en particulier, l'écrivain nous 
semble aller trop loin, c'est quand il donne à supposer que nous étions, 
avant 1870, la seule armée à user de procédés aussi éloignés de la réalité 
qu'étaient à cette époque les nôtres, alors que partout en Europe, y com- 
pris l'Allemagne, on suivait ces méthodes ou des méthodes identiques. 
En réalité, dans beaucoup de régiments actuels, on est encore aussi 
routinier que sous l'Empire et, sous l'Empire, des colonels de la valeur 
d'un Trochu, d'un Ducrot, d'un Ardant du Picq, avaient en main 
des régiments aussi entraînés que les meilleurs régiments d'aujourd'hui. 
Gomme nous le disait naguère le général Dragomiroff, tous les règle- 
ments d'exercice actuels sont bons; il suffit d'en entendre l'esprit et 
de savoir Jes appliquer : un esprit ingénieux tirera de bons efîets 
d'un mauvais règlement, tandis qu'un officier inintelligent appliquera 
mal les meilleures théories. Il y a eu des routiniers dans tous les temps 
et il y en aura toujours : nous n'en possédons que trop aujourd'hui 
encore. 

13. — Sous le titre : Réalité, titre un peu étrange pour le sujet, M. lo 
commandant Passarga nous donne une étude intéressante dans laquelle 
il développe cette thèse, peut-être risquée, que la victoire n'est pas la 
conséquence de la destruction des forces matérielles de l'ennemi, mais 
bien celle de la destruction de ses forces morales. Or. il semble évident 
que la destruction de forces matérielles entraîne généralement la des- 
truction de la force morale, comme cela s'est vu après léna, et plus 
récemment chez les Boërs. Le chapitre sur les armes à tir rapide, sur les 
efîets matériels du tir du combat, sur le tir de guerre, etc., etc., sont 
moins sujets à controverse; on ne les lira pas sans profit. 

14. — Le livre du général Langlois sur l'Artillerie de campagne en 
liaison avec les autres armes était, croyons-nous, épuisé depuis long- 
temps. L'auteur nous en donne aujourd'hui une deuxième édition, 
réimpression textuelle — sauf la suppression de courts passages 
un peu trop vieilHs aujourd'hui — de l'édition principale parue en 
1892. Pour expliquer qu'après seize ans passés son livre n'ait point 
besoin de remaniements, l'écrivain nous cite une appréciation du colo- 
nel Belaieiï, de l'artillerie russe; cependant, cette manière de voir, 



- 1?7 - 

estimable sans doute, n'émane pas d'une autorité telle qu'elle puisse 
s'imposer sans réserve. Nous croyons savoir que beaucoup d'artilleurs 
pensent le contraire et il est en effet bien difficile d'admettre que, 
depuis l'époque où a paru le livre dont nous nous occupons, il n'y 
ait rien de nouveau à dire sur l'artillerie. Ne serait-ce que la question 
du canon extra rapide, du pom-pom comme on l'a baptisé,nous eussions 
aimé voir le général Langlois la traiter à fond. Sa haute compétence 
lui eût permis de nous dire sur ce chapitre des choses intéressantes, et 
l'annexe de six pages dans laquelle il en parle paraîtra à beaucoup 
insuffisante. Peut-être le général se réserve-t-il d'étudier cette ques- 
tion à part et de lui consacrer un volume spécial; tous les amis de 
l'armée font le vœu que nous émettons nous-même«à cet égard. 
En dépit de ces réserves, V Artillerie de campagne en liaison avec les 
autres armes demeure ce qu'elle était auparavant, un œuvre d'indis- 
cutable valeur. Comte de Sérignan. 



OUVRACiES SUK LA MUSIQUI'] 

(Suite) 

'è. Les Maîtres de la tyiusique. Rameau, ^^âT hovis L,AhOY. Paris, Alcan, 1908, petit 
in-8 de 247 p., 3 fr. 50. — 10. Les Maîtres de la musique. Haydn, par Michel Bre - 
NET. Paris, Alcan, 1909, petit in-8 de 208 p., 3 fr. 50. — 11. Les Maîtres de la musi- 
que. Mnussorgsky, par M.-D. Calvocoressi. Paris, Alcan, 1908, petit iii-8 de 245 p., 
3 fr. 50. — 12. Vies des hommes illustres. Beethoven, par Romain Rolland. Paris, 
Hachette, 1907, in-16 de viii-159 p., 2 francs. — 13. Un Romantique sous Louis - 
Philippe. Hector Berlioz, 1831-1842, par Adolphe Boschot. Paris, Plon-Nourrit, 
1908, in-16 de 673 p., avec portraits, 5 francs. — 14. Œuvres en prose de YiiciiKKxy 
Wagner; trad. par L.-G. Prod'homme et D'' phil. F. Holl. T. II des Gesammelte 
Schrijten. Paris, Delagrave, s. d. (1908), in-12 de vi-233 p., 3 fr. 50. — 15. Musi- 
ciens d'aujourd'hui, par Romain Rolland. Paris, Hachette, 1908, in-16 de 281 p., 
3 fr. 50. — 16. La Main et l'âme au piano, d'après Schiffmacher, par M'"'- Aline 
Tasset. Paris, Delagrave, s. d. (1908), petit in-4 de 88 p., 3 fr. 50. — 17. Répertoire 
encyclopédique du pianiste, analyse raisonnée d'œuvres choisies pour le piano. T. 1 1 
(Auteurs modernes), par Hortense Parent. Paris, Hachette, s. d. (1907), in-12 de 
xxxi-351 p., 3 fr. 50. — 18. La Sonate pour clavier avant Beethoven (Introduction 
à l'étude des sonates pour piano de Beethoven) , par Henri Michel. Paris ,Fischba- 
cher, 1908, in-8 de 127 p., 4 francs. — 19. Le Livre de l'évolution. L'Homme (Psy- 
chologie musicale des civilisations), par Ricciotto Ganudo. Paris, Sansot, 1907. 
in-18 de 326 p., 3 fr. 50. — 20. Esquisse d'une esthétique musicale scientifique, par 
Charles Lalo. Paris, Alcan, 1908, in-8 de 326 p., 5 fr. 

9. — Pour écrire la vie de Rameau, analyser ses œuvres, en dire la 
genèse, l'esprit et le développement, il fallait à la fois un historien, 
un artiste, doublé d'un mathématicien. M. Laloy est tout cela et, de 
plus, un écrivain de premier ordre ; aussi son i?a/?/ea?f est-il absolument 
réussi. La vie de Rameau reste assez calme, malgré les combats 
qu'il eut à soutenir. Dans la maison paternelle, à Dijon, il commence 
ses études musicales. A dix-huit ans, il erre çà et là, violoniste, orga- 
niste; enfin il se fixe à Paris. Il travaille, il approfondit les règles de 



- 138 — 

son art, il tente d'en pénétrer les lois. « L'effort de toute sa vie sera 
de faire régner dans la musique entière et, particulièrement dans 
l'harmonie, l'ordre et la clarté dont témoignent... la géométrie, par 
exemple, ou la physique... Rien de nouveau dans cette conception; 
mais pour arriver au but qu'il se propose, il suit un chemin qu'il s'est 
tracé et où toute l'harmonie moderne a passé après lui. » Ce dernier 
trait est un magnifique éloge. Cependant le savant ne fera-t-il pas 
tort à l'artiste? Non. M. Laloy nous montre comment le profond pen- 
seur « créa l'artiste », comment l'intelligence claire des lois de la mélodie, 
de l'harmonie, a mené le compositeur à une expression de plus en plus 
parfaite de la beauté musicale. En 1722, Rameau publie son premier 
livre : Traité de l'harmonie. Le succès ne se dessine pas. En 1726, 
nouveau volume. Cette fois les polémiques commencent; elles ne 
cesseront qu'avec sa vie. En même temps, il s'essaie à la composition : 
quelques pièces de clavecin et cantates voient le jour. Mais la musique 
dramatique l'attire, il cherche un poème. A cinquante ans, il n'a 
encore produit que des « bagatelles ». Enfin il trouve Hippolyte et 
Aricie. Son premier opéra est représenté en 1733; le succès, disputé 
d'abord, devient bientôt incontestable. Dès lors, les écrits théoriques 
et les œuvres musicales se succèdent rapidement. Chacun de ses 
ouvrages est l'occasion de combats qui finissent presque toujours par 
la victoire des Ramoneurs. Chacun est aussi une marche progres- 
sive de son intelligence et de son génie vers des hauteurs artistiques 
que personne, avant lui, n'avait encore atteintes. i\L Laloy le suit 
pas à pas dans cette marche, et nous décrit les découvertes harmo- 
niques du chercheur, avec la sûreté d'un harmoniste consommé, et 
les applications pratiques du compositeur, avec la finesse du critique 
le plus délicat. Rameau est avant tout un symphoniste. Les paroles 
le gênent; dans le chant il est inférieur. Si « la voix n'assume qu'un 
rôle décoratif, dans les airs de danse, par exemple. Rameau retrouve 
pour eux toute sa grâce, sa verve et sa poésie. » En réalité ces airs 
font partie de la symphonie. Il réussit mieux les chœurs que les airs 
de chant et mieux encore la symphonie. « La clarté^ la précision, le 
] elief, continue M. Laloy, voilà ce qui saute aux yeux dans la sympho- 
nie de Rameau. Pour peindre, elle est sans rivale; il suffit qu'elle 
pai'aisse, et d'un coup tout le tableau se dessine : sommeil de Darda- 
nus, enchanté de songes heureux; héroïsme vainqueur des compa- 
gnons de Pollux, douceur des ombres lieureuses, mélancolique et voilée 
de lumière... etc. » Harmonie, mélodie, tonalité, rythme, tout est 
analysé par ^L Laloy. 11 faudrait tout citer. Encore ceci pour finir. « A 
mesure que Rameau vieillit, sa manière s'élargit; dans ses dernières 
œuvres, après 1745, on voit poindre un nouveau sentiment d'har- 
monie... Il écrit des pages « où l'harmonie en sa simplicité candide 



— 139 — 

ot la mélodie au frais sourire « font « songer à Mozart ». Il s'élève plus 
haut encore, « jusqu'à la cime d'où se découvre un avenir plus loin- 
tain.» Beethoven? Oui, ce que Rameau rencontre dans ses ouvertures, 
(( c'est la symphonie classique ». Il ne lui a pas été donné d'aller au 
delà. C'est le dernier sommet : plus loin, «la nuit froide commence avec 
ses œuvres pâlissantes.» Mais avant d'y descendre, il a vu «les premières 
lueurs d'une grande aurore. » 

10. — Le centième anniversaire de la mort d'Haydn (1809), qui sera 
célébré à ^'ienne au mois de mai, l'année prochaine, nous faisait 
espérer de nouveaux travaux sur la vie et les œuvres de cet aimable 
et gracieux compositeur, et voici que, déjà, V Haydn de M.Michel Brenet 
remplit cet espoir. Haydn ! c'est avec lui que les musiciens nés dans 
la première partie du xix*^ siècle, ont commencé de prendre contact 
avec la musique classique, par les trios, les quatuors, les symphonies 
qui réjouirent leur jeunesse. Aujourd'hui « les contemporains relè- 
guent volontiers Haydn parmi les classiques de l'enfance, et pensent 
f[ue pour l'aimer il faut être très jeune. » Ce livre a ravivé en moi 
l'affection pour Haydn; je l'ai lu avec l'intérêt ému et respectueux 
d'un fds qui s'attendrit aux récits des hauts faits d'un ancêtre. Tout 
est simple, charmant dans cette vie. Il naît sous le chaume, passe à 
l'école rurale. Là, un recruteur d'enfants l'engage pour le chœur de 
la cathédrale à Vienne. Il est enjoué, taquin, rieur. La voix mue, il 
faut partir. A dix-sept ans, sur le pavé de Vienne, que faire? Un 
chantre de paroisse le loge. Pour gagner quelques sous, il se joint à 
de petits orchestres et bat avec eux le pavé de la ville, un violon à 
l'épaule ! Pas toujours gaie, cette vie ! 11 songe à la quitter pour entrer 
dans l'ordre des servîtes; il apprécie surtout « dans cette vocation » 
la certitude « d'avoir à manger tous les jours. » Enfin il s'installe chez 
lui. Il compose; peu à peu on le connaît, on l'apprécie, et bientôt il 
entre au service du prince Esterhazy. \'ers cette époque il se marie. 
Sa femme, fantasque, sèche, querelleuse, « bête infernale » qui ne s'oc- 
cupe de lui que pour le « faire enrager » et de ses œuvres que pour en 
découper les feuillets en papillotes et en moules à pâtés ». Haydn, 
doux et patient, se résigne. Trente ans il reste au service du prince. 
Il se lève à l'aube pour écrire les œuvres nouvelles qui doivent être 
exécutées le soir pour le plaisir du maître, et ensuite entassées dans 
les armoires de musique. La mort du prince l'allège un peu; il reste 
attaché à son fils avec une pension et l'entière liberté de son temps 
et de son talent. A ce moment commence pour Haydn le triomphe 
public . Deux voyages en Angleterre le portent au faîte de la gloire 
De retour à Vienne, il s'éteint paisiblement dans une vieillesse hoaorée. 
Les œuvres de Haydn sont ensuite analysées par M. Michel Brenet. 
Ses opéras ne présentent rien de bien saillant. Sa musique... religieuse 



— no- 
ue l'est guère, et « l'impropriété de ses messes est aussi incontestable 
que l'intégrité de sa croyance ». Ses oratorios, il suffit de nommer la 
Création et les Saisons, pour rappeler les deux immortels chefs-d'œuvre 
de sa vieillesse. La musique instrumentale, là, Haydn est chez lui, 
là, il triomphe. La lecture de V Haydn de M. Brenet est aussi attrayante 
que le héros lui-même. M. Brenet fait aimer l'homme et les œuvres : 
l'homme, à cause de" sa bonhomie et de sa douceur; les œuvres, 
« pour leur sincérité, leur probité, voire leur douce naïveté, autant 
que pour leur saine et heureuse vigueur, leur constante sérénité. » 

11. — Déjà plusieurs écrivains avaient appris aux lecteurs français 
la « douceur intime » et la « rudesse atroce / de Monssorgsky, le plus 
indépendant des musiciens russes; à son tour, M. Calvocoressi nous 
fait connaître plus à fond ce maître. Né dans un village au centre de 
la Russie, il fait à Saint-Pétersbourg des études qui le conduisent au 
régiment. Jeune et brillant officier, il compose pour ses camarades. 
Bientôt le joug lui pèse, il veut plus de liberté, donne sa démission 
et se rapproche du peuple pour chanter les inconnus, les pauvres, 
les désespérés. Hélas ! dit M. Bellaigue, il allait connaître de pires 
servitudes que la servitude militaire: celles de la maladie et de la pau- 
vreté. Après une triste vie, presque sans gloire, il mourut dans un 
hôpital militaire, à quarante-deux ans. Son éducation musicale est 
incomplète, mais le génie y supplée. Le fil conducteur à travers les 
œuvres de Moussorgsky c'est le réalisme; aussi le livre de M. Calvo- 
coressi n'est-il qu'un long traité du réalisme en musique, appliqué 
à la manière du compositeur russe. A l'encontre de Rameau et de 
Haydn, Moussorgsky ne réussit pas dans le musique pure, instru- 
mentale. Pour éveiller sa verve, il lui faut des paroles, et alors son 
procédé c'est l'équivalence exacte de sa musique avec le langage 
parlé. Pour arriver à ce but, Moussorgsky prend toutes les libertés : 
liberté dans la tonalité, il ne craint pas les modulations les plus inat- 
tendues, les duretés les plus « atroces » et ne se gêne pas pour terminer 
une pièce dans un ton éloigné de celui où elle a commencé; liberté 
dans le rythme, les changements de mesure sont fréquents, tel mor- 
ceau de cinquante-trois mesures renferme quarante-trois change- 
ments. La forme générale est régulière ou irrégulière, selon les sujets. 
Ainsi l'exige le réalisme. En somme, cette musique ne ressemble à 
rien de ce qui a été écrit jusqu'à ce jour, et c'est dans les mélodies de 
Moussorgsky, une quarantaine, qu'on reconnaît son génie. M. Calvo- 
coressi les repasse une à une et en fait ressortir les beautés de tout 
genre. 11 s'étend avec plus de complaisance encore sur l'œuvre dra- 
matique de Moussorgsky, Boris Godoiinov, son chef-d'œuvre, qui 
vient de paraître sur notre première scène avec un réel succès. L'étude 
de M. Calvocoressi sera, elle aussi, bien accueilhe du pubhc, car elle 



— 141 - 

fait connaître un musicien de génie qui, jusqu'ici, lui était presque 
inconnu. 

12. — La Vie de Bcethoi'en, par M. R. Rolland, a été publiée poui' 
la première fois, en janvier 1903, aux « Cahiers de la Quinzaine ». Elle 
devient aujourd'hui le premier volume d'une collection des Vies des 
hommes illustres entreprise par le même auteur. Il dédie ces Vies 
à ceux qui fléchissent dans ce triste monde sous leur peine, à ceux 
qui souffrent, aux malheureux. Il «veut leur offrir « le baume de la 
souffrance sacrée ». Bonne et généreuse pensée ! C'est aussi ce que 
voulait faire François Coppée dans son livre si touchant de la Bonne 
Souffrance ». Je crois que le poète a mieux réussi que M. Rolland 
parce que, devenu catholique, il a offert aux malheureux le baume 
de la souffrance chrétienne, le seul qui console et fortifie. Quoi qu'il en 
soit, M. Rolland veut ressusciter le peuple des héros, de ceux qui 
furent grands par le cœur. En tête de cette légion, l'auteur place 
Beethoven. La vie et les œuvres de ce génie qui a si cruellement souf- 
fert sont retracées avec une plume émue et respectueuse. Fidèle à 
son but, M. Rolland en fait ressortir plus la force héroïque que la 
grandeur artistique : Beethoven est à ses yeux « le plus grand et le 
meilleur ami de ceux qui souffrent et qui luttent ». Le plus grand? 
le meilleur? Pour soutenir cette affirmation, il faudrait oublier Celui 
qui a dit : Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego 
reficiam vos. Je forme sincèrement le va^u que le nouveau Plutarque 
fasse un choix judicieux et ne nous présente que des hommes vraiment 
grands, forts, dignes de servir de modèle et de consolation aux malheu- 
reux. 

13. — M. Boschot publie son second volume de la vie de H. Berlioz, 
sous ce titre : Un Romantique sous Louis-Philippe. J'ai déjà dit, en 
analysant ici le premier volume (Cf. Polybiblion janvier 1907, p. 37) la 
manière précise et empoignante avec laquelle l'auteur met en scène 
son héros. Mêmes qualités, même intérêt, même animation dans le 
récit de. ce drame ou plutôt de cette comédie qui est l'existence de 
Berlioz; car on le plaint, on souffre, on triomphe avec lui, mais, sou- 
vent aussi, on ne peut s'empêcher de rire devant les excentricités, les 
folies de ce grand enfant de génie. Ce volume nous conduit du faux 
suicide de Berlioz, en 1831, à sa fuite de Paris en 1842, après son 
échec à 1 Institut. Le troisième et dernier : Le Crépuscule d'un roman- 
tique, terminera le trasail de M. Boschot qui restera fondamental et 
mêma définitif. 

14. - Le 2^ volume des Œuvres enprose de Richard Wagner, traduites 
en français par MM. Prod'Jiomme et Holl, correspond au tome second 
des Gesammelte Schrifien und Dichtungen et contient les écrits con- 
temporains de Thannhàuser (iS^ii), Lohengrin (1846), et la ,Mort de 



- 142 - 

Siegfried (1848); ils se rapportent au séjour de Wagner à Dresde en 
qualité de kapellmcister de la Cour. Après un compte rendu de la 
translation des cendres de Weber, et une autre notice à propos d'une 
exécution de la 9^ symphonie de Beethoven, vient une étude du mythe 
des Nibelungen interprété par l'histoire, curieuse fantaisie de l'ima- 
gination de Wagner. Les lecteurs français verront avec intérêt dans 
ce document, non seulement les raisons qui portèrent Wagner à puiser 
ses sujets dans la légende, mais aussi l'exposé fait par le poète lui- 
même des idées politiques, sociales et mystiques qu'il y découvrait 
et devait développer dans ses futurs drames. Cette étude est suivie 
d'une rapide esquisse des Nibelungen comme thème qui servira plus 
tard. Enfin, nous trouvons encore dans le présent volume, à côté d'un 
toast et d'un discours politique, un plan d'organisation d'un théâtre 
national en Saxe, où se dessine déjà l'idée de Bayreuth. 

15. — Les études qui composent le nouveau volume de M. R. Rol- 
land : Musiciens d'aujourd'hui, ont paru d'abord, séparément, dans 
diverses revues; les voici réunies, pour la plus grande commodité des 
lecteurs. Je n'ai qu'à les énumérer brièvement. Berlioz vient en tète 
de ces pages : c'est une esquisse brillante de ce génie, « qui, malgré 
ses défauts, a ouvert à l'art de magnifiques chemins ». Wagner est 
ensuite étudié, en quelques pages seulement, à propos de Siegfried 
et de Tristan. Voici M. Saint-Saëns, qui a «la gloire très rare de se voir 
devenu, de son propre vivant, classique ». Vincent d'Indy, l'ar- 
tiste à l'intelligence ouverte et richement cultivée, dont la marque 
essentielle est le caractère moral et presque religieux de sa person- 
nalité; il a la foi, foi en Dieu, foi en l'art, il se fait éducateur pour le 
communiquer; Richard Strauss, poète et musicien, pour lequel 
M. Rolland professe une grande admiration ; le malheureux Hugo 
Wolf, compositeur de lieder, « tous d'une individualité admirable, » 
qui meurt fou ! Enfin, Don Perosi, le jeune prêtre, auteur d'oratorios 
qui « suffisent pour le mettre au premier rang de la musique contem- 
poraine ». L'article qui suit : Musique française et Musique allemande 
est le récit et la critique du premier Musikfest qui eut lieu à Stras- 
bourg en 1905, et où les deux nationalités furent mises en présence. 
Suit une étude sur Pellëas et Mélisandre, de Cl. Debussy; sans être 
un debussyste, M. Rolland rend hommage à un grand artiste dans 
des pages d'analyses fines et délicates qui rappellent celles de M. Laloy 
sur le même sujet. Enfin, sous ce titre : Le Renouveau, le brillant 
historion nous raconte brièvement le mouvement musical à Paris 
depuis 1870 : c'est un réveil, une poussée de foi et d'énergie qui a 
recréé la musique française. Dans toutes ces études, la critique de 
M. Rolland est forte, ferme, faite d'objectivité et de droiture. Qu'il 
parle de compositeurs allemands ou français, d'incroyants comme 



— 143 — 

Berlioz et Saint-Saëns, ou de croyants comme V. d'Indy et Perosi, 
il se met simplement en face de leurs œuvres, et s'efforce de les juger 
avec la plus grande impartialité. 

16. — Schiffmacher est un pianiste né à Strasbourg en 1827. Les 
notes qui nous sont restées de lui ont permis de dévoiler aux pianistes 
une technique originale et des procédés mécaniques intelligents par 
lesquels les exécutions deviennent poétiques et colorées. C'est ce 
que s'est proposé de faire M"^^ Aline Tasset dans son livre : La Main 
et l'âme au piano^ d'après Schiffmacher. Schiffmacher se porte de pré- 
férence à ce qu'il y a de plus rude dans le travail; comme la perfec- 
tion, l'effort l'attire. Les musiciens dont le talent influença ses études 
ne lui donnèrent jamais de direction suivie; un maître infaillible — 
la nature — a inspiré son enseignement. Dans la nature, l'intensité 
des vibrations sonores est en rapport direct avec la force impulsive 
qui les émet; de là quelques principes sur lesquels repose l'art de la 
sonorité au piano. C'est par la force et par les gestes qu'on amène la 
variété dans un même timbre et que se trouve rompue la monotone 
sécheresse de l'instrument. Le son est un effet dont le geste est la 
cause, et le geste, c'est le mouvement, la force. Donc, pour jouer, il 
faut bouger. Si vous voulez varier les sons, variez les gestes. — Mais 
comment se mouvoir? Ici encore, la nature intervient. Sur le terrain, 
il y a deux manières de franchir une distance : le pas ou le saut. De 
même au piano. Le clavier est une piste. Les pas, ce sont les petites 
articulations régulières, serrées, adhérentes, ne quittant pas plus le cla- 
vier que nos pieds ne quittent la terre. Les sauts ce sont les élans pris 
comme à pieds joints. A l'imitation du violoniste qui modifie ses 
coups d'archets, le pianiste doit modifier ses articulations et ses gestes. 
Ainsi les notes mélodiques libres et souples seront émises par un geste 
spécial, le lancé; les finales faibles des rythmes, par le retiré; le lancé, 
qui accentue, ampHfie le son; le retiré qui l'efface, l'éteint. Du mélange 
de ces articulations longues et courtes naissent les accentuations, 
les contrastes de sonorités qui favorisent l'imitation des voix et de 
l'orchestre. Les notes recevant le lancé seront : toutes les notes mélo- 
diques graves ou hautes; chaque première note des coulés de deux 
notes; certains accents, soit rythmiques, soit pathétiques; les notes 
syncopées, les bonnes notes des accords et les retards; en général 
tous les sons accusant certaines parties du dessin et rompant l'unifor- 
mité du décor. Toutes les finales faibles des phrases et des rythmes, 
au contraire, toutes les dernières notes des coulés de deux notes, et 
certains sons effacés, murmurés, recevront le geste du retiré. La classi- 
fication des notes sans geste comprend tous les groupes de son 
formant l'accompagnement, le remplissage, et en général, ce qui est 
au second plan. Guidés par Schiffmacher, les pianistes arriveront 



— 14'i — 

à un langage musical juste, simple et vrai. Ils reconnaîtront dans ses 
découvertes des moyens précieux répondant à de légitimes besoins; 
des principes enfin et une direction. 

17. — Dans son second volume du Réperloire encyclopédique du pia- 
niste^ qui est la première partie du Répertoire moderne, M"^^ Hor- 
tense Parent donne les couvres classées par noms d'auteurs, un 
volume nouveau devant contenir ces œuvres classées par degrés de 
difficultés et genres de compositions. Le but de ce travail est avant 
tout de présenter aux professeurs et aux amateurs de piano les com- 
positeurs qui ont écrit spécialement pour cet instrument; ensuite les 
grands compositeurs qui, sans être spécialistes, ont cependant écrit 
pour le piano quelques œuvres de premier ordre ; puis les compositeurs 
dont les œuvres dramatiques ou symphoniques ont donné lieu à des 
transcriptions qui sont de vt'ritables morceaux de piano; — les sym- 
phonistes surtout qui exercent une grande influence sur la compo- 
sition pianistique; — puis les compositeurs, professeurs, novateurs, 
dont la carrière offre un intérêt historique, un enseignement. Une 
large place y est faite à la musique étrangère, allemande surtout, 
dont on ignore en France la force du mouvement musical. Chaque 
nom d'auteur est suivi d'une notice retraçant les événements mar- 
quants de la vie du compositeur, les grandes lignes de sa carrière et 
les titres de ses principales oeuvres. Souvent on nous fait connaître 
le nom du maître de chaque compositeur. De nombreu?es citations de 
critiques musicaux autorisés apprécient le génie ou le talent des C')m- 
positeurs présentés dans cet ouvrage. Les tableaux d'œuvres s^nt 
divisées en œuvres originales et en œuvres transcrites — et cela par 
ordre alphabétique. En retraçant brièvement la vie de tant de grands 
artistes, l'auteur a voulu non seulement les faire connaître, mais les 
faire admirer, assurant que si, comme l'a dit Joubert, « la multitude 
des affections élargit le cœur », la multitude des admirations élargit 
l'esprit; — ^ il faut avoir, au début de la vie, un trop plein d'enthou- 
siasme, pour qu'il- en reste quelques parcelles dans la maturité de 
l'âge. 

18. — Dans une suite de cinq conférences, réunies en un volume 
intitulé : La Sonate pour clavier avant Beethoven, M. Henri Michel 
a donné une histoire sommaire de la sonate avant Beethoven. L'ori- 
gine de la sonate se confond avec celle de la musique instrumentale. 
Primitivement, dans le moyen âge, la musique instrumentale est tou- 
jours associée, soit au chant, soit à la danse. A partir du xvi^ siècle, 
nous remarquons une substitution ad libitum de la musique instru- 
mentale à la musique vocale et à la danse; séparation qui laisse pré- 
voir une séparation définitive. La musique instrumentale, séparée du 
chant religieux, devient la sonate d'église dont les premiers essais 



- I4t; — 

atteignent la perfection, orâre à son (ujoine; car elle héritait de tonte 
la technicjue riche et complexe d'nn art déjà vieux de plusieurs 
siècles. Séparée de la danse, elle devient d'abord simplement un air de 
danse que l'on écoute sans danser; puis une suite composée de diffé- 
rents airs de danses, qu'on nomme partita ou suite; enfin parallèle- 
ment à la sonate d'église, la sonate de chambre, toutes deux se faisant 
des emprunts continuels. Le plan de la sonate consistait uniquement 
dans l'alternance de deux mouvements lents et de deux mouvements 
rapides. ■ — Un siècle s'écoule avant qu'il ne soit question de la sonate 
pour clavier; n'ayant d'abord d'autre rôle que de soutenir les voix, 
on s'avisa que le clavecin était un instrument complet, une sorte 
d'orchestre; la première sonate confiée au clavecin fut composée en 
1695 par Jean Kuhnau, de Leipzig. Prédécesseur de Bach et de Haen- 
del, qui subirent son influence, il annonce dans ses sonates bibliques, 
un siècle à l'avance, le style véhément de Beethoven et son inspiration 
passionnée. Un demi-siècle après Kuhnau, Emmanuel Bach marque 
une ère nouvelle de la musique. Dans ses sonates pour clavecin, il a 
fixé la forme classique que Haydn et Mozart imposeront encore après 
lui à la symphonie et au quatuor. A la méthode harmoniqvie il substitue 
celle du contrepoint, oifre une organisation plus complexe et plus 
symétrique, tant au point de vue de la tonalité qu'à celui de la coupe 
du discours musical et du traitement des thèmes; et enfin recherche les 
effets expressifs et d'un style dramatique et coloré. A la sonate ébau- 
chée au xvii^ siècle, puis itiodelée presque à souhait par les mains 
d'Emmanuel Bach, il ne mancjuait que la vie; or c'est précisément 
à ce moment que la musique va prendre son plus grand essor. Haydn 
et Mozart, héritiers de la tradition allemande et italienne, n'en con- 
serveront que la part la meilleure ; ils y ajouteront l'inattendu qu'ap- 
porte toujours le génie. Avec eux, peu de changements au plan de la 
sonate classique, il leur suffira de quelques traits légers pour en 
jiarfaire le dessin; c'est la beauté des choses vivantes que la sonate 
va recevoir d'eux. 

19. — Il est im})ossible d'analyser le Livre de l'évolution. L'Homme, 
de M. Ricciotto Canudo; il faut laisser la parole à l'auteur : « Dans ce 
livre de Vévoliilion je présente une métaphysique musicale des civili- 
sations... Je suivrai l'Homme , manifestation suprême et mobile 
de la Nature, dans sa marche dite de l'Orient vers l'Occident, et 
j'expliquerai l'âme et l'ordre de ce naouvement, en prenant comme 
paradigme de la vie, la musique... Le style de ce livre est fait parti- 
culièrement de visions, d'intuitions positives et de reconstructions 
lyriques ». L'auteur entre dans son sujet en décrivant, à sa manière, 
l'origine de la danse et du chant. C'est au milieu d'un orage effroyable, 
qui mit en mouvement et en hurlement toute la nature, que «tout 
Fkvrier 1909. T. CXV. K». 



— 146 — 

d'un coup Ins animaux so mirent à luirlor « et quo l'hommo et la femme 
barbares trouvèrent la danse, le rythme et la voix « en répétant avec 
leurs corps furieux le mouvement des arbres... et en surpassant de 
leurs cris tous les (;ris de la nature... C'est ainsi que l'homme connut 
la nécessité de se mouvoir et de hurler selon les rythmes de l'orage «. 
Telle est la première vision. L'auteur suit, dans le cours de l'histoire, 
l'Homme dansant et chantant depuis Adam jusqu'à Debussy. Quant 
à l'avenir, M. Ganudo y plonge son regard, il y voit un Homme nou- 
veau, une Musique qui sera la Religion, un Théâtre qui sera le Temple. 
Ainsi finit ce livre étrange où l'imagination, et non la meilleure, la 
vision, le rêve l'emportent toujours sur la science solide d'une saine 
philosophie de l'art. 

20. — Les systèmes d'esthétique sont restés jusqu'ici trop partiels 
et subjectifs. Le plus souvent ils n'ont qu'une valeur littéraire : aussi 
ces œuvres d'art pour l'art tombent d'elles-mêmes. M. Ch. Lalo, qui 
fait ces remarques en nous présentant son Esquisse d'une esthétique 
musicale scientifique^ se place au point de vue philosophique pour 
soutenir l'application au problème musical de la méthode synthé- 
tique expérimentale, appuyée sur les faits concrets. Sa thèse se réclame 
de la critique et de la connaissance. Les divers ordres de réalités acces- 
sibles à la science sont irréductibles, et subordonnés dans une hiérar- 
chie où le supérieur ne contient l'inférieur que pour y surajouter 
une nouveauté pai'ticulière qui ne saurait lui être réduite. Ce processus 
va grandissant de l'abstrait au concret. Les éléments les plus abs- 
traits des faits esthétiques nous sont fournis par la science des nom- 
bres : ils présentent l'œuvre d'art comme l'unité d'une multiplicité. 
A l'aide de la psycho-physiologie, cette unité du multiple apparaît 
sous la forme plus concrète de l'agrément. Le point de vue psychologi- 
que précise davantage : il montre l'art comme une activité de jeu, 
c'est-à-dire désintéressée. Cette donnée est toute négative. Enfin la 
valeur positive est atteinte avec la sociologie, qui introduit une dis- 
cipline dans l'ordre esthétique. Cette discipline, c'est la technique. 
En elle réside l'essence de l'art, car elle fournit les éléments les plus 
concrets, partant le point de vue le plus scientifique et définitif pour 
établir les lois des faits esthétiques. La science musicale a d'ailleurs 
suivi cette progession dans son évolution historique. Elle fut presque 
uniquement arithmétique dans l'antiquité et le moyen âge; avec 
Descartes, Mersenne, Sauveur, Rameau, le P. André, elle devint à la 
"fois physique et mathématique; Helmholtz ne l'appuie plus que 
sur la psycho-physiologie; elle est rendue essentiellement psycholo- 
gique par Stumpf, Tipps, H. Riemann; enfin de nos jours on com- 
mence à entrevoir la réalité sociale. M. Lalo développe sa thèse en dis- 
cutant la valeur de ces divers systèmes. En chacun il fait ressortir 



— 147 - 

rprreiir commune d'avoir érigé en absolu les résultats d'une étude 
partielle. Ainsi, par exemple, les théories mathématiques sont très 
exactes, à la condition de rester dans l'indétermination qui les carac- 
térise. Appliqué à un ordre de réalités plus concret, le système ne vaut 
plus. L'octave théoriquement pure 2/1 sonne positivement faux; 
tandis qu'un rapport physiologiquement simple se trouve être arith- 
métiquement très complexe. Toute cette partie de discussion tech- 
nique est très riche d'informations et traitée avec beaucoup de savoir. 
Enfin la critique étant terminée, M. Lalo se décide à bâtir sur le ter- 
rain de la sociologie. Parcourant les quatre grandes périodes de l'histoire 
musicale en Occident, il retrouve en chacune d'elles la série des 
mêmes états esthétiques : pré -classique, classique, post-classique. Ses 
aperçus sont vraiment intéressants et surtout suggestifs. Cependant 
les résultats réels n'oiïrent pas la précision qu'une si rigoureuse 
méthode pouvait faire espérer. M. Lalo s'attendait bien à des 
objections; il répond d'avance que la méthode importe plus que le 
résultat : elle pourra être reprise. 9ouhaitons-le avec lui, car il importe 
d'étudier les faits esthétiques par la méthode d'induction qui convient 
pour découvrir les lois de tous les faits. Le travail de M. Lalo contri- 
buera à ramener la question sur un terrain plus sûr. On le fera 
peut-être avec moins de métaphysique, et ce sera plus séduisant. 
Mais le mérite reste à l'étude présente d'avoir ouvert des voies 
nouvelles et fécondes. O. M. B. 

THÉOLOGIE 

Dictionnaire fie tiftéologie catlioliqiie, publié sous la direc- 
tion (ie Tabbe Mangknot. Fasc. XXV, XXVI et XXVII (T. III, col. 2.209 
à 2.384 et T. IV, col. 1 à 640. Paris, Letouzey et Aué, 1908, gr. in 8. - Prix 
de chaque fascicule : 5 fr. 

Les fascicules XX\', XXVI et XXVII du Diclionnaire de théo- 
logie qui ont paru au cour de l'année 1908 ne contiennent pas beau- 
coup d'articles relatifs au dogme proprement dit et à la théologie 
sacramentaire. Je signalerai cependant : Descente de Jésus aux Enfers 
(Quillet), Démon (90 colonnes, de M. Mangenot), Dépôt de la foi (Du- 
blanchy), et surtout les 100 colonnes du P. Gardeil sur la. Crédibilité. 
La morale est mieux partagée : je citerai les articles Décalogue et Dé" 
sespoir (Dublanchy), Crérnalion, Crime (Valton), Délectation et Désir 
(Moureau), Dépôt (Antoine). L'article Danse, par le P. Ortolan, est excel- 
lent; l'auteur fait preuve d'une érudition (je n'ose dire d'une expé- 
rience) chorégraphique qui n'est pas commune dans le clergé et ses 
décisions prudentes et solidement démontrées me remettent en 
mémoire les solutions absolues, assises sur des assertions gratuites, du 
saint prêtre qui nous faisait le cours de diaconales. Le P. Schwalm 



— 148 - 

consacre OU culomies au mut Dcniocratie et M. Constantin expose 
avec talent et compétence Ja question de la Déclaration de 1682. 
Dans l'article Déisine, M. Forgvl saute un peu vite de l'ancien régime 
à la Restauration; j'aurais aimé qu'il dise quelque chose de ce que 
Robespierre fit pour établir le culte déiste de l'Être suprême. M. Man- 
gcnot a défini avec beaucoup de précision les caractères de la vraie 
Critique. La notion générale du Culte est bien analysée par M. Choll(>t, 
(^t, M. Quillet a écrit des pages fort instructives sur le Culte rendu à la 
Vraie Croix. M. Vacandard a traité magistralement la question de la 
Déj)osition et dégradation des clercs (70 colonnes). Dans l'article Curés, 
M. Dolhagaray a vigoureusement réfuté la thèse gallicane sur l'ori- 
gine divine des bénéfices curiaux; le reste de son étude est un mo- 
dèle de clarté et d'exactitude. Pour l'Écriture sainte, il y a l'article 
Daniel (45 colonnes) de M. Bigot. Pour la Patrologie : Saint Cyrille 
d'Alexandrie (Mahé), Saint Cyrille de Jérusalem (Le Bachelet), Saint 
Cyprien (GodeljT et ce dernier collaborateur a démontré victorieu- 
sement le caractère apocryphe des œuvres de saint Denis l'Aréo- 
pagiste. Parmi les très nombreuses biographies de théologiens, phi- 
losophes et autres écrivains, je n'en ai pas trouvé de plus complète 
que celle de Descartes dont M. Chollet étudie successivement (30 co- 
lonnes) la Théodicée, l'Anthropologie et la Morale. P. Pisani. 



modernisme et tradition eatiiolique en France, par Gh. 

GuiGNEBERT. Paris, Collection de la Grande Revue, 1908, in-8 de iii-189 p. — 
Prix : 3 fr. 

Simple réimpression ou tiré à part des articles publiés dans la 
Grande Revue., d'octobre 1907 à janvier 1908. On a relevé de tous 
côtés les bévues, les erreurs, les ignorances du professeur improvisé 
d'iiistoire du christianisme; on lui a montré qu'il ne savait pas mieux 
l'état vrai du catholicisme actuel que son histoire dans le passé; dans 
la Bévue pratique d'apologétique, notamment, une série d'articles ont 
paru, où l'on prouve à l'évidence que l'auteur, pour employer le mot 
de M. Touzard, dont la compétence est connue et le langage toujours 
si mesuré, au lieu d'un travail de professeur, a fait <( un essai qu'un bon 
élève... n'ciit pas voulu signer. » Mais M. Guignebort ignore ou semble 
ignorer ces articles, et peut-être se flatte-t-il dans son cœur d'avoir 
fait une œuvre très forte. J.-V. Bainvel. 



SCIENCES ET ARTS 

li'HoMinae selon in seience, sou présent, son passé, son avenir, 
par le docteur Louis BCchner ; traduit de l'allemand par le 
D' Ch. Letourneau. Paris, Schleicher, s. d., petit in-8 de 4''«0 p., avec 
37 grav. — Prix : 2 fr. 



- 149 — 

lies Croyances religleiities et la S^eienee de la nature. 

par I. GuiBBRT. Paris, Beauchesne, 1908, in-Ifi rie 320 p. — Prix : 3 fr. 

Le premier de ces deux ouvi'ages se résume en la soi-disant réponse 
à ces trois questions, rubriques de ses trois divisions : « D'où venons- 
nous? » — Qui sommes-nous? » — « Où allons-nous? » 

D'où nous venons"^ D'une extrême antiquité remontant jusqu'au 
pliocène, peut-être jusqu'au miocène, où nous nous distinguions à 
peine de l'animalité. — Qui nous sommes"^ Un animal perfectionné 
qui, ayant pu franchir, dans le lointain des âges, la faible distance 
entre l'instinct et l'intelligence, s'est élevé peu à peu à une civilisation 
de plus en plus développée. — Où allons-nous? Vers une organisation 
sociale bien supérieure où l'Etat étant seul détenteur de la richesse 
publique, en répartira la jouissance également à chacun; où la femme, 
devenue l'égale de l'homme, ne sera plus assujettie, par un mariage 
indissoluble, au despotisme du sexe fort; où l'éducation des enfants 
sera l'œuvre exclusive de l'Etat; où la morale seî-a fondée sur la 
science à l'exclusion de toute religion et même de toute philosophie, 
et où l'humanité réalisera ainsi, sur terre, la seule fin à laquelle elle 
puisse atteindre. 

Matérialisme, athéisme et socialisme résument, commme on le voit, 
toute la pensée de ce livre. Les notions d'anthropologie, de paléon- 
tologie et de biologie qui y sont mises en œuvre, sont interprétées 
et dirigées exclusivement dans ce sens, et cela au moyen d'arguments 
et de considérations d'autant plus souvent réfutées que le volume, qui 
ne porte pas de millésime, n'est que la traduction ou la réimpression 
d'un ouvrage remontant à une quarantaine d'années. D'ailleurs, 
abstraction faite des éléments scientifiques qui y sont mis en œuvre et 
de l'esprit qui y règne, la composition de l'ouvrage prête à la critique : 
les subdivisions y sont insuffisamment indiquées; un grand nombre 
d'observations rejetées dans un Appendice de 45 pages de petit texte, 
eussent été mieux à leur place dans le cours du texte principal. Enfin 
l'exécution matérielle elle-même laisse à désirer; le papier est commun, 
l'impression un peu floue. 

— Le nouveau volume de M. l'abbé Guibert se trouve être une réfu- 
tation complète et victorieuse de l'ouvrage (exhumé de l'an 1869) de 
Jjouis Rûchner, comme au surplus de toute son école. 

L'auteur examine d'abord la nature et les causes de ce qu'il appelle 
« le conflit », c'est à-dire le désaccord apparent entre les vérités de la 
foi et les constatations de la science; il en montre l'inexistence lorsque 
l'on va au fond des choses et que l'on place la discussion sur son vrai 
terrain. A propos des « Commencements », il s'appuie peut-être un 
peu trop sur le prinrij^e de la conservation et de la dégradation de 
l'f'norgio, fort contestt' depuis quelques années en tant que s'appli- 



- 150 - 

quant à l'ensemble de l'univers. Mais sur la cause première, sur l'ori- 
gine de la vie, l'ordre du monde, l'auteur a des pages excellentes. 
Excellente aussi son exposition sur la théorie de l'évolution, laquelle, 
si elle n'est pas donnée comme un procédé de création dont se serait 
servi l'Intelligence souveraine, n'explique ni l'ordre ni l'origine du 
monde. 

Pas plus que l'évolution, la biologie ne résout le problème de la vie 
humaine, n'en explique tous les phénomènes et surtout ne rend 
compte ni de la pensée ni du sens moral. 

Dissertation très développée sur le déterminisme en général et sur 
la part,d'ailleurs considérable, qui lui revient dans les actions humaines, 
mais tempérée, dans une plus ou moins forte proportion, suivant les 
cas et les personnes, par le libre arbitre; celui-ci, malgré tout, ne fait 
jamais entièrement défaut chez l'homme sain et normal. 

IjB chapitre sur les origines de l'homme constitue une réfutation 
éclatante des rêveries pseudo-scientifiques de l'auteur du précédent 
ouvrage, et montre comment l'homme, doué de raison, est plus que 
la bnite, et comment le développement de l'humanité ne peut provenir 
d'une évolution animale. 

Sur l'étude comparée de la Bible par rapport aux sciences de la 
nature qui contient d'ailleurs d'excellents choses, l'auteur ne repousse- 
t-il pas d'une manière trop absolue les systèmes appelés concor- 
disme et idéalisme^ Sa « Théorie des emprunts scientifiques « est-elle 
suffisamment claire et résout-elle vraiment toutes les difficultés? 
Sans doute, pris exclusivement et absolument, ie concordisme et l'idéa- 
hsme soulèvent chacun de très grosses objections. Mais il y a, dans 
l'une et l'autre théories, certaines données qui, sagement combinées 
et judicieusement appliquées, semblent suffire à tout. L'espace nous 
manque ici pour développer ce point de vue. 

Au résumé, malgré les deux petites réserves que nous nous sommes 
pprmis d'pxprimer, et dont la seconde nous est exclusivement person- 
nelle, le nouvel ouvrage du savant abbé Guibert vient à son heure 
pour venger la vérité et remettre chaque chose à sa place. Les leçons 
d'apologétique qu'il représente, ne peuvent que faire honneur à l'au- 
teur et à l'Institut catholique de Paris, où elles ont été données dans 
le second semestre de l'année scolaire 1906-1907. C. de Kirwan. 

liettres à ma petite-fiille, par le marquis de Charnagé Paris, 
ÉiQile-Paiil, 1908, in-8 «le 418 p., avec portrait. — Prix : 5 fr. 

Si l'auteur ne l'écrivait pas quelque part, non sans quelque coquet- 
terie peut-être, on ne croirait pas, à lire son livre, qu'il était, quand 
il le publia, âgé de quatre-vingt-six ans. Le volume tout entier garde 
en effet un grand air dé jeunesse : jeune par l'enthousiasme et l'ar- 



- 151 — 

deur des convictions, jeune aussi par le style, d'un tour élégant et sou- 
ple, aisé et coulant; on peut dire de lui ce que disait Louis Veuillot, 
je crois, d'un grand poète classique : c'est le bon sens qui parle bon 
français. Après une longue carrière littéraire, fort bien remplie, ma 
foi ! si j'en juge par la longue liste de ses œuvres, et qui a mis son 
auréole de notoriété de bon aloi autour de ce beau nom de gen- 
tilhomme de grande race, le marquis a comme écrit son testament, 
où il résume, au profit de sa petite-fdle, M™^ Claude de Charnacé, 
vicomtesse de Saint-Priest, son œuvre d'éducation française et chré- 
tienne, commencée dès le berceau et dont profiteront ainsi les nou- 
velles générations qui recueilleront son héritage. 

Mais, pour être un livre d'éducation, ce n'est pas un livr»^ de péda- 
gogie, et il n'a rien de ce pédantisme qui est trop souvent la marque 
des ouvrages d'enseignement. Au gré des événements de tout ordre 
qui se déroulent sous ses yeux, l'auteur nous fait, en des pages fami- 
lières, sa profession de foi littéraire, artistique, religieuse, politique, 
et même mondaine, et à ce point de vue, son volume a la valeur et aussi 
le charme d'un témoignage. Sur certains points, et ce n'est pas la 
politique et la religion que je vise, car là les principes ne changent 
pas, le livre porte avec lui sa date, l'auteur étant resté très, d'autres 
diront trop fidèle à ses amours de jeunesse, et ne jugeant pas avec 
assez d'impartialité les générations nouvelles qui se sont écartées de 
son chemin. En art et en littérature, il a raison sans doute de défendre 
contre les injustices d'aujourd'hui ses admirations d'autrefois, mais 
il a tort, c'est du moins mon avis, de méconnaître la valeur de certains 
nouveaux maîtres qui ont à la fois fait sortir de l'ombre quelques 
grandes figures du passé injustement oubliées et ajouté quelques pages 
nouvelles et fort belles, à l'histoire de l'art français. César Franck 
n'est pas nommé, si je ne me trompe, et c'est un tort, et d'Indy y est 
fort maltraité, et c'est injuste. N'est-il pas aussi un peu sévère pour 
René Bazin, dont, il est vrai, l'Isolée n'est pas le meilleur livre. Donc, 
sans insister sur les détails, je ne suis pas toujours d'accord avec 
l'auteur, mais je me suis volontiers laissé prendre par le charme de 
beaucoup de très belles pages, poétiques, émues, vigoureuses, qui 
donaent une excellente idée du lettré fervent qu'est resté M. de Char- 
nacé et de l'admirable grand-père qu'il est devenu. Je recommande 
son livre à tous ceux qui aspirent à bien connaître et à bien pratiquer 
le bel « art d'être grand-père », Mais je lui souhaite aussi, car il le 
mérite, beaucoup d'autres lerteurs. Edouard Potn'tal. 



— 152 — 

LITTÉRATURE 

CloeisRire ôl;nto]offif|iie ci liiBlori<iiie dfs patois et «les 
pni'lerc* «le l'Ali|4i«i, conipreucint... des clialogiirs, coules, réals cl 
nouvelles en patois, le folklore de la province, ]vdv A.-J. Verrier et 
11. Omllon. Angers, Germain et Grassin, 1908, 2 vol. gr. in-8 de 
xxxii-529 et 587 p. sur 2 colonnes. — Prix : 25 fr. 

Un vocabulaire n'étant jamais trop riche, il est à souhaiter qu'on 
fasse un inventaire minutieux des mots et des expressions usitées dans 
la langue populaire. On y trouvera du déchet, mais on y retrouvera 
certainement aussi des manières d'exprimer les diverses nuances de la 
pensée, sans avoir recours, comme on le fait trop souvent, à des 
idiomes étrangers qui ont, chez nous, des équivalences absolues. 
C'est presque innover que s'inspirer des anciens textes, reproduire 
Lacurne de Sainte-Palaye et Godefroy, ou répéter ce jargon des cam- 
pagnards, en ce qu'il a de littéraire ou de pittoresque, et l'on peut citer 
déjà, en ce sens, les utiles travaux du comte Jaubert, du D'' Bos, de 
MM. Dottin, Éveillé, Favre, Guillemaut, Lepaire, Moisy, etc., sur les 
pari ers du Nivernais, du Bas-Maine, de la Saint onge, du Poitou, de 
la Bresse ou du Berry; sans oublier, pour les villes, les dictionnaires 
de l'argot et de la langue verte, parfois plus riches qu'on ne le croirait. 

Aussi nous devons féliciter MM. \errier et Onillon, qui n'ont pas 
craint d'employer trente années à collectionner, classer, délinir, rap- 
procher et interpréter, en Anjou, tout ce qu'ils ont lu et tout ce qu'ils 
ont entendu de la bouche des « patoisants ». Ils peuvent être assurés 
de n'avoir pas perdu leur temps. Les disciples du regretté Gaston 
Paris ne seront pas seuls à en témoigner et leur œuvre sera sans doute 
encore plus appréciée dans le nord de l'Europe, et partout où l'on 
s'intéresse à notre langue, que dans leur province elle-même, malgré 
l'excellente faveur qui l'accueillit. 

Pour donner une idée de l'importance de l'ouvrage, il sutlit d'em- 
prunter à la Préface quelques chiffres : les deux volumes comprennent 
2.194 colonnes, 145.057 lignes, lesquelles, mises bout à bout, auraient 
presque un myriamètre de longueur; ils renferment 18.293 mots sans 
compter les chapitres spéciaux consacrés aux noms propres, aux 
sobriquets (seigneuries), les dialogues, contes, récits et nouvelles (en 
patois, parfois même en patois assez... gaulois), les chansons et rondes, 
coutumes, pratiques et remèdes populaires, proverbes, adages, dictons, 
formulettes, légendes et croyances superstitieuses, qui ofTriront de 
curieux matériaux aux folk-loristes, et c'est là encore un des mérites 
de ce travail qui ne parait avoir, comme importance, aucun équi- 
valent en France. 

Peut-être, pourrait-on reprocher aux auteurs, si c'est un reproche, 
d'avoir été trop coubeiencieux, trop gourmands, d'avoir étendu leurs 



— 153 — 

l'eeJid'rclics jusqu'aux variétés indéfinies, de n'avoir dédaigné aucune 
do ces altérations orthographiques dues à toutes les fantaisies de 
l'itreille et de la bouche les moins lettrées. Ainsi était-il indispensable 
de noter que l'on prononce influenza, filanza, ou flûte en l'ar? Géranium^ 
Geromion,Girômion,Gerômiom et Giroiniom? Qu'on dit manifique, pour 
magnifique, comme certaines illettrées maniérées, qui chantent aux 
vêpres le Manifica? tandis que des superstitieuses voient la Chasse- 
Aleqidn, ou d'autres disent la Chasse-Hannequin?... Sans doute, 
comme il était fort malaisé d'opérer une sélection, valait-il mieux, 
en somme, pour ne rien omettre, tout relever et tout prendre. Et 
c'est, peut-être, aussi ce qui a décidé les auteurs du Glossaire, à men- 
tionner des mots et des locutions qui ne sont pas spécialement ange- 
vines, voire des néologismes parisiens, bien vite colportés partout, 
comme autoinahoule et enlolage, ou des expressions déjà anciennes, 
comme affiquet, objet usagé, Philippine, ehix\ rococo, par exemple; 
et encore, « travailler pour le roi de Prusse ». Partout aussi l'on connaît 
les chansons : « Quand Biron voulut danser », « Mon père m'a donné 
un mari, » etc. ; mais il peut y avoir des variantes non sans intérêt, et 
je ne crois pas qu'on se plaigne d'une trop riche- documentation. Au 
contraire, les folk-loristes seraient sans doute plus satisfaits, si le 
chapitre des us et coutumes traditionnels était sans lacunes; pur 
rêve, évidemment... Je me permettrai toutefois, de regretter que les 
auteurs n'aient pas poussé davantage leurs recherches de ce côté : 
les revues et collections angevines, les ordonnances synodales, les 
chroniques locales, fourniraient, à qui les voudrait interroger nombre 
de renseignements à ajouter à ceux déjà très copieux qu'on peut y 
lire : ainsi sur « la Jetée des Pelotes » à Beaufort, jusqu'à la fin du 
xviii^ siècle, le « Repas de Corné », la « platée d'abelettes du roi René », 
« les veillées et érussées », etc. D'autre part, est-il bien nécessaire 
de donner in extenso des documents de rédaction prolixe et qui n'a- 
joutent rien à l'intérêt, comme pour la«Boite des Trépassés »(II, p. 425), 
qui n'est pas du fameux abbé Bernier mais, comme il était facile de 
s'en convaincre, de Urbain Besnier, curé de Chalonnes jusqu'à la 
Révolution. 

A part ces remarques, nous avons plaisir à louer grandement les 
auteurs du Glossaire de la peine, fort méritoire qu'ils ont prise de 
déiinir, aussi clairement et aussi sobrement que possible, les parlers 
de leurs contemporains, en même temps que le vocabulaire des anciens 
poètes et prosateurs, des xvi^ et xvii^ siècles, notamment de Rabe- 
lais, le moine de la Baumette, près Angers, de Charles de Bourdigné, le 
narrateur de la Légende de -Pierre Faifeu et do son frère, le naïf chro- 
niqueur Jean de Bourdigné, de Noël du Fail (dont le nom a été omis), 
l'auteur des Contes d'Eutrapel, qui, certainement, fut élève à l'Uni- 



— 1^4 - 

versité d'Angers, de Ronsard, qui avait des parents en Anjou, de 
Germain Colin Bûcher, dont le signataire de ces lignes a eu la bonne 
fortune de retrouver et de publier en 1890, les œuvres perdues depuis 
trois siècles. Que de mots, aujourd'hui abandonnés, ont été conservés 
dans le patois angevin ! M. Ménière avait recueilli dans celui-ci tout 
un dictionnaire emprunté à Gargantua et à Pantagruel. Sur le terrain 
circonscrit qui nous occupe, la prononciation, les mots eux- 
mêmes changent parfois de village à village : dans le nord-est de la 
province, on ne prononcera jamais « Mossieu le cureu », comme dans 
certaines localités du sud-ouest; ici. Veau devient lieau, et, là-bas, 
léou] mouman et moumin (pour maman). Il faut donc savoir gré au 
Glossaire de nous indiquer la provenance des mots. 

Pour les étymologies, les difficultés étaient bien autres : on a souvent 
cité ironiquement : « le cheval vient d'equus sans doute ». Je me souviens 
avoir rappelé à l'érudit Célestin Port que la prée d'Alloyau (près 
d'Angers), venait du latin Lupellus. Je ne pus l'en convaincre qu'en 
ouvrant son propre Dictionnaire : avec les textes qu'il cite, on peut 
suivre les métamorphoses de cette étymologie, dans la bouche et dans 
les écrits des générations successives, par altération, transformation, 
suppression et permutation (ou, comme diraient les linguistes, par 
aphérèse, matathèse, prostèse, syncope et apocope), du xi^ au 
xvii^ siècle, Lupellus devient successivement Lue/, puis Loheal, 
Loiheiau et Loyeau, Loyau, enfin prée Daloyau. Cet exemple, qui a 
échappé à MM.Verrier et Onillon, est assez caractéristique pour qu'on 
me pardonne de l'avoir évoqué. Les auteurs du Glossaire d'Anjou 
n'ont pas eu souvent de pareilles généalogies écrites, pour les mots 
de patois : c'est avec de plus grands efforts qu'ils ont essayé de les 
retrouver, et j'ai remarqué qu'en l'espèce, ils auraient pu arriver 
presque au même résultat, rien que par leurs propres observations 
mentionnées au tome I, p. 2, 303, 465, et tome II, p. 305, 306, etc. 

Tel qu'il est, l'excellent Glossaire de MM. Verrier et Onillon est 
indispensable aux philologues qui s'intéressent à la langue française. 
Et c'est justice de joindre, dans nos éloges, aux noms de ces auteurs, 
celui de M. G. Grassin, le maître imprimeur angevin, au désintéres- 
sement de qui l'on doit, en grande partie, la publication de ces deux 
volumes,, appelés à rendre de réels services à la littérature contempo- 
raine et à honorer la petite patrie angevine. Joseph Denais. 



Dietionuaire tlu patois Yaldôtain. précédé de la Petite Gram- 
maire, par l'abbé Jean-Baptiste Cerlogîne. Aoste, Imprimerie catho- 
lique, 1907, gr. in-8 de 316 p., avec portrait. — Prix : 5 fr, 

La vallée d'Aoste est peu connue chez nous, quoique ce soit un 
pays de langue franccdse et que son nom figure dans une œuvre connue 



— 155 — 

de Xavier de Maistre. C'est, au-delà du Petit Saint-Bernard, la haute 
vallée de la Doire, à peu près jusque vers Bard ou Ivrée; c'est un pays 
de langue française comme la Savoie dont il est la continuation ; 
mais depuis la cession de la Savoie à la France et depuis que la monar- 
chie piémontaise s'est transformée en royaume d'Italie, la langue 
italienne y est devenue langue officielle, et l'italianisation y fait son 
œuvre par l'administration, par l'école, par l'armée et par toutes les 
influences de l'État moderne. C'est surtout parmi les habitants de 
cette vallée ou les Valdôtains (comme on dit par contraction), que se 
recrutent les bataillons alpins de l'itahe qui montent, contre nous, la 
garde sur la frontière. 

Il y a cinquante ans, le français était la langue officielle en 
même temps que la langue courante du pays, mais recouvrant un 
patois roman peu ou point cultivé. Quelques dilettantes, là comme 
ailleurs avec les dialectes populaires, l'écrivaient dans des poésies, 
par patriotisme local. Un de ces rares amateurs d'Aoste était ' — et est 
encore, nuus l'espérons — M. l'abbé Cerlogne, auteur du livre que 
nous annonçons et âgé déjà de 82 ans en 1907. Avant que sa langue 
maternelle s'altère par l'influence du piémontais voisin et de l'itahen 
officiel, M. Cerlogne a voulu en fixer le dictionnaire ; pour être com- 
plet, il a réimprimé en tête du volume une grammaire qu'il avait anté- 
rieurement publiée. 

Un glossaire patois est toujours intéressant pour la comparaison 
lexicologique, et celui de M. l'abbé Cerlogne est d'autant plus intéres- 
sant qu'il nous arrive d'une région peu étudiée et peu accessible aux 
recherches de Français que le gouvernement italien, très soupçon- 
neux, sur la frontière, prendrait sans doute pour des espions. C'est 
donc un glossaire de plus à mettre sur la hste de nos glossaires gallo- 
romans. Mais nous sommes étonné de voir que certaine classe de 
termes y est pauvrement représentée, ceux qui ont rapport à la 
nature, aux animaux, aux plantes, aux minéraux, les termes de la 
vie rurale, de l'agriculture, etc. L'auteur nous dit dans sa Préface 
que pour dresser son Dictionnaire il a consulté des dict'onnaires 
français, latin et italien. C'est en effet ce que font le plus jouvent les 
auteurs des dictionnaires patois, et cette lecture leur rappelle ou leur 
suggère des mots qui souvent. sont du français patoisé : c'est ainsi 
que tous les termes de la langue abstraite, de la terminologie légale 
ou administrative se retrouvent dans les glossaires patois, quand ils 
ne sont pas vraiment patois, je veux dire locaux et traditionnels. 

Un langage populaire, par cela seul qu'il n'est pas fixé dans une 
littérature, n'est pas partout semblable à lui-même et il se subdivise 
en sous-dialectes. Notre auteur a adopté pour son dictionnaire le parler 
dé la Haute Vallée, mais dans sa grammaire il distingue en somme trois 



- 156 — 

dialectes, ceux de la Haute Vallée, de la Basse Vallée, et du centre 
avec la ville d'Aoste. Quoique cette grammaire ne soit pas dressée 
d'après la méthode actuelle des linguistes de profession (nous le 
mentionnons sans en faire une critique à l'auteur), elle permet de se 
rendre compte des particularités du patois, et les romanistes en 
tireront profit. 

M. l'abbé J.-B. Cerlogne avait, plus que personne, autorité pour 
écrire ce livre, cai* le langage décrit par lui est celui de son enfance, 
celui dans lequel il a écrit des poésies et des opuscules humouristiques. 
Nous croyons volontiers ce qu'un de ses confrères dans le sacerdoce 
nous dit au cours d'une Préface, que M. Cerlogne « est le premier écri- 
vain du patois... et peut-être aussi le dernier,.. Malheureusement, 
non seulement le français , mais même le patois tend à disjjaraitre 
de chez nous...» Dans la Basse dallée, le patois se corrompt au contact 
du piémontais, et partout l'italien littéraire tend à supplanter le patois 
du même coup que le français. M. l'abbé Cerlogne aura donc fait une 
œuvre utile et les philologues lui en sauront gi'é comme ses compa- 
triotes. H. Gaidoz. 

Eàe Théâtre ronteni|ioraiit. par J. Barbey d'Aurevilly {iS6e-iS6S)- 
(IS6S-IS6U). Paris, Stock, 19(18, 2 vol. iu-18 de xxiii-300 p. et 318 p. — 
Prix du vol. : 3 fr. 50. 

L'Esprit de «f. Barbey d'Aurevilly. DicUonnaire de pensées, 
traits, porLrails el jngemenls tii-és de son œuvre critique. Préface par OCTAVB 
UzvNNB- Paris, Mercure de France, 1908, in-18 de 354 p. — Prix : 3 fr. 50. 

« Les plus hautes justices, avait dit le fier et solitaire auteur des 
Prophètes du passé, ce sont les justices lentes à venir. » Et, se campant 
avec orgueil dans son originalité, se raidissant dans son indépendance, 
il renouvela souvent cette profession de foi qui, caractère et style, 
le peint presque tout entier : « Ce n'est pas pom' moi une mauvaise 
note d'être obscur. Par ce temps de ruée vers une publicité insolente, 
il y a quelque chose de virginal dans l'obscurité que je ne puis m'em- 
pêcher d'aimer. . . Les absurdes gloires qu'on nous fait en quatre 
jours avec les trompes (et les tromperies !) des journaux, me la font 
trouver une chose charmante, — comme un bandeau noir sur des 
cheveux blonds. Seulement il faut que les cheveux soient très blonds, 
et que le talent ait l'éclat de l'or, dans son ombre... ') 

L'éclat de l'or était vraiment dans le sien; et voici qu'après qu'il 
a payé d'un isolement, c(ui lui fut plus douloureux, je crois, qu'il ne 
disait, la quadruple originalité qu'il eut, et qu'il entretint amoureu- 
sement en lui, de rester au milieu de la grande saturnale parisienne, 
un cathohque violent, sans peur d'aucune idée, sinon sans reproche, 
un romanti(|ue à tous crins, un provineial un peu sauvage et excen- 
trique, mais aussi, un écrivain in'M)rruptiblo, d'uno franchise do pon- 



— ir.7 — 

séo et lie pliiinc iiiti r'pidc voici, jxmr pai'lcr dans sa manièro trop faci- 
lement contagieuse, que la gloire tire dans la lumière et agite cette 
chevelure rutilante, crinière du lion mort qui n'est plus à craindre... 

Si l'avenir ne devait vraiment une réparation à l'injustice, au 
parti-pi'is d'étouiïement dont tout franc-tireur de l'idée catholique 
dans notre âge est victime, je serais même tenté de trouver que peut- 
être on exagère. On lui dresse un monument à Valognes : il y a tous 
les droits. On le réimprime : cela devenait nécessaire. On écrit sur lui 
des thèses de doctorat : tant mieux, cela peut-être apprendra à M. Lan- 
son et aux universitaires qui l'ignorent le nom do ce maître écrivain. 
La ferveur de quelques fanatiques — ce t)on Quichotte en a dans tous 
les partis — et la belle piété de M""-" Louise Read, qui s'est consacrée à 
sa mémoire comme M"<^ de Gournay à celle de Montaigne, entrepren- 
mmt même une Édition du centenaire : soit. Mais j'aurais osé, moi, 
voir, il me semble, que dans toute œuvre de journaliste il y a des 
choses d'un jour et qui n'ont pas droit à l'éternité; que dans le tas 
énorme de ces feuilletons il gît des feuilles mortes; et peut-être eût- 
on mieux servi la cause de Barbey d'Aurevilly en réduisant à un petit 
nombre les soixante ou quatre-vingts volumes dont il y a peu de 
bibliothèques, même publiques, qui.puissent s'offrir le luxe et l'embar- 
ras. Je n'aurais même pas cru sacrilège de réunir tous ces membres 
en désordre d'une pensée qui ne fut dispersée que par force; et, s'il 
s'agit de théâtre, par exemple, de mettre bout à bout tout ce qui fut 
écrit au cours de vingt ans de critique théâtrale, à la gloire de Shakes- 
peare, à la honte de Ponsard, de Scribe ou de M. Sardou. Tandis qu'un 
tas de « squelettes tirés du charnier des imbéciles et pendillant au vent 
de l'oubli )>, — c'est lui qui parle ainsi ■ — des vaudevilles, des mélos, 
des féeries, des revues, des Mesdames de Jlontanbrèche, des Crimes de 
Faverne, des Château à Toto ou des Paris tohu-bohu font une ombre 
fâcheuse aux articles toujours très curieux, souvent très clairvoyants 
en leur férocité, sur les auteurs, Mallefille, Dumas père, Dumas fds, 
Augier, Sardou, Meilhac et Halévy, voire Frédéric Soulié ou Anicet 
Bourgeois, dont l'œuvre, après trente ans, ou tout au moins le 
nom, ne sont pas encore morts tout à fait. . . 

11 est vrai que Barbey va là dedans tout comme Don Quichotte à 
travers les marionnettes. C'est un simple massacre. Pas de danger 
qu'il s'attarde à nous raconter les imbroglios de ces pièces éphémères : 
presque jamais il n'analyse; il juge, ou mieux, il exécute. Car il croit, 
avec raison, à nion sens, l'art dramatique un art inférieur, un art 
grossier, un art mendiant, « valet du succès à tout prix », et il lui en 
veut du tort qu'il fait de plus en plus à la littérature vraie, celle du 
livre. Il hait, comme un trait de décadence, l'histrionisme de notre âge, 
et il a beau jeu de mettre en lambeaux le scrihisme, le ponsardisme et 



— 158 — 

lo matérialisme, qui, l'im ou l'autre, gâtent les œuvres les moins mau- 
vaises. Il est vrai aussi qu'il n'ennuie jamais, qu'il est toujours savou- 
reux dans ses boutades, amusant dans sa hardiesse à déshabiller les 
actrices pour glorifier lyriquement leur beauté ou pour donner verte- 
ment le fouet à leur insuffisance; et il a des phrases .éclatantes, des 
paradoxes pétillants, des mots précieux, voire des calembours, qu'il 
est d'autant plus juste de lui garder qu'un tas de filous du journalisme 
dans l'ombre les lui volent . . . 

• — Mais, précisément, un recueil comme celui qu'a inspiré et préfacé 
M. Octave Uzanne : L'Esprit de Barbey d'Aurevilly, aurait pu servir 
de magasin pour toute cette mitraille d'esprit des articles qu'on n'eût 
pas conservés. Il a été conçu dans une pensée plus ambitieuse, celle 
de donner la quintessence de son génie, non pas seulement des traits 
de sa verve, mais, en courts fragments ou en formules flamboyantes, 
le résumé même de ses jugements sur les hommes et les œuvres, de 
toutes ses idées. Or chacun, sans doute, conçoit un tel livre à sa manière, 
Mais il me semble que l'homme d'esprit, le causeur prestigieux que 
fut Barbey pouvait suffire à le remplir; et j'ai peur que beaucoup 
pour le connaître s'en tiennent à cette poussière de phrases : poussière 
diamantée, mais poussière. 

J'aurais aussi préféré un autre ordre, et séparé plutôt — comme 
on l'a un peu fait dans l'index — les portraits qui ne sont généralement 
que des traits littéraires, ou historiques, des pensées sur l'art, sur la 
morale, la philosophie, la politique, au lieu que, suivant l'alphabet, 
une phrase de deux lignes. sur Jeanne d'Arc se trouve entre une page 
sur Jules Janin et « un mot » sur le jeu; qu'une variation sur Ninon de 
Lènclos tombe entre une définition du Naturalisme et une poétique 
déclaration de tendresse à la Normandie. 

Tel quel, le livre, outre qu'il est commode, trop commode aux collec- 
tionneurs d' « expressions », est d'une variété amusante. D'ailleurs, 
il donne du Barbey d'Aurevilly tranchant, à l'emporte-pièce, une idée 
qui n'est point fausse. On voit bien sa manière de penser qui fut, en 
tous sujets, rapide, sans retours et sans nuances, comme de quelqu'un 
qui a du coup d'reil plus que de la finesse, qui est sûr de ses principes 
et trop sûr de lui-même. Mieux encore peut-on déjà connaître son 
style qui, tout à l'opposé du français limpide et souple de Voltaire, 
de Sainte-Beuve ou de M. Jules Leniaître, fut un grand orgueilleux 
de style romantique à panache et à traîne, en la façon de Chateau- 
briand, de Victor Hugo et do. Paul de Saint-Victor... Mais, ni tout le 
critique n'est là (que de noms manquent au dictionnaire ! et comme 
ces arrêts mutilés rendent mal les libres bonds de sa pensée et les 
beaux éclats de son indépendante justice); ni le moraliste non plus 
qui, pour être entraîné par son tempérament et sa rage d' « emmuré », 



— 159 — 

à crior fort, à fi'apper dur, no manquait cependant ni de pénétration 
ni de tendresse. . Gabriel Audiat. 



HISTOIRE 



Voyage «le deux bénédictinfi aux inouaiitères du Iflont 
AtliOB, par D. Placide de Mekstrr. Paris et Lille, Desclée, de 
Brouwer, 1908, petit in-S carré de vi-321 p. — Prix : 4 l"r. 50. 

Deux religieux bénédictins du collège grec de Saint-Athanase à 
Rome ont entrepris un voyage à la sainte montagne d'Athos. L'un 
d'eux, le P. Placide deMeester, bien connu pour ses travaux d'érudition, 
livre au public ses notes de voyage. Disons tout de suite qu'il aurait 
pu opérer un tri plus rigoureux. La description de la Puszta danu- 
bienne ou celle de Belgrade n'ont rien à voir avec l' Athos ; quant aux 
chicanes de douaniers et aux irrégularités des caboteurs helléniques, 
elles ne présentent aucun intérêt. Pour le style, il est trop souvent 
barbare. Nous ne savons si, en Belgique, des expressions comme 
dare-dare sont reçues dans la langue de la bonne société. Dit-on aussi 
un auberge ? Et que signifie : en déansl La syntaxe du Révérend 
Père est parfois embrouillée, au point de rendre certaines phrases 
absolument incompréhensibles. De telles imperfections, beaucoup 
ti'op nombreuses, choquent et blessent le lecteur français. Ces critiques 
énoncées, nous n'en sommes que plus à l'aise pour dire que l'ouvrage 
du P. de Meester sera très utile à consulter. Les deux bénédictins 
n'ont rien découvert, et ne se flattent pas d'avoir découvert quoi que 
ce soit. Mais ils ont bien regardé et bien décrit les monastères atho- 
nites, leurs églises, leurs bibliothèques, leurs offices, leurs règles reli- 
gieuses. Ils étaient préparés à cette exploration par leur connaissance 
approfondie de la liturgie et du chant grecs, et aussi par la pratique 
de la vie monastique. A travers toutes ces observations circule comme 
un courant de chaude sympathie pour l'ascétisme hellénique, qui 
n'étonne pas de la part d'hommes occupés par vocation à la régéné- 
ration du clergé oriental de rite grec. Nous souhaiterions que le P. de 
Meester condensât le livre qu'il vient de nous donner en un opuscule 
plus serré et plus documenté, qui pourrait devenir la meilleure et la 
plus pratique des introductions à l'étude du monachisme athonite. 

J. Labourt. 



Ei» Frontière de l^Euplirate, de Peuifiée à la «ouquète 
arabe, par Victor Chapot. Paris, Fontemoing, 1907, gr. in-8 de iv- 
408 p., avec 22 illustr. et une carte hors texte. — Prix : 12 fr. 50. 

Ce n'est nullement une histoire des guerres qui, durant plusieurs 
siècles, ont presque sans interruption ensanglanté la frontière orien- 
tale de l'empire que s'est proposé d'écrire M. V. Chapot. Tout autre 



— 100 — 

ost son (lossoin. C'ost la fruntièn» flli^-inômo qu'il ('tudii^ et avoc la 
frontièro, les moyens de défense. On peut donc tliro que ce livre com- 
prend en somme deux études d'ordres bien distincts : l'une militaire 
v[ administrative, l'autre purement géographique. Celle-ci, la plus ardue 
et la plus importante, intéresse surtout les spécialistes. Bien entendu 
l'auteur a parcouru lui-même les lieux qu'il s'elTorce d'identifier; il 
connaît d'ailleurs parfaitement la bibliograpliie de son sujet et a 
tiré bon parti des travaux des explorateurs qui se sont risqués avant 
lui dans la région de l'Euphrate, mais il insiste surtout, et avec raison, 
sur les résultats de ses observations personnelles. Cette seconde partie 
de son ouvrage présente donc l'aspect d'uue contribution plutôt que 
d'\ui tableau d'ensemble embrassant tous les détails avec des déve- 
loppements proportionnés à leur importance. Il passe ainsi eix revue 
les rives syriennes de l'Euphrate, la Mésopotamie, la Syrie et ses res- 
sources défensives, de deuxième ligne, l'Euphrate supérieure et la 
Petite-Arménie, la Grande-Arménie, enfin les régions caucasiques, 
s'efforçant de compléter la connaissance des voies romaines, de relever 
les traces des forteresses et des villes, d'identifier celles-ci au moyen 
de la topographie et de l'onomastique, tâche particulièrement délicate 
dont il s'acquitte avec prudence et perspicacité. Nous manquons de 
la compétence nécessaire pour dire jusqu'à quel point il a réussi, mais 
il nous paraît certain que son travail devra désormais être consulté 
par les historiens qui s'occuperont de la domination romaine et by- 
zantine en Orient. 

Les chapitres qui précèdent cette étude surtout géogra})liiqne pré- 
sentent au contraire un intérêt plus général en ce qu'ils complètent 
très heureusement nos connaissajices sur l'organisation et la tactique 
des armées romaines. Ils pourront, à cet égard, être rapprochés du 
beau livre (ie M. Gagnât sur l'Armée romaine d'Afrique. 

C'est d'abord une très vivante description des divers peuples alliés, 
sujets ou ennemis qui occupèrent la région frontière. Arméniens, 
Arabes, .luifs, Parthes et Perses, caractérisés surtout sous le rapport 
de leurs aptitudes et de leurs mœurs militaires. Puis, vient l'armée 
romaine, légions, alliés, auxiliaires, milices locales, en temps de paix 
et en temps de guerre; analyse de la tactique; attaque et défense 
des places, etc., le tout en tenant compte des différences chronolo- 
giques qui ne manquent pas de se manifester au cours d'une longue 
suite de siècles. L'auteur ne craint pas d'entrer dans le détail. C'<>st 
ainsi qu'il nous présente les espions, les transfuges, qu'il décrit la 
discipline, et aussi indique- la fréquence des trahisons parmi ces 
populations peu sûres, s'inquiète des approvisionnements, du culte, 
des travaux publics, comme aussi du service sanitaire. Tout cela très 
précis, très documenté, très vivant. 



- u;i - 

L'impression qui ressort de tout cela est une admiration raisonnéo 
pour la merveilleuse souplesse avec laquelle les Romains, puis leurs 
disciples les Byzantins, savaient adapter leur formation, leur arme- 
ment, leur tactique, leur poliorcétique à toutes les nécessités locales. 
Un des résultats curieux de cette interminable lutte avec les Perses, 
et que l'auteur ne manque pas de signaler, est la quasi identité dans 
les moyens d'attaque et de défense qui finit par s'établir entre les 
belligérants, équilibrer leurs forces et balancer leurs succès. 

André Raudrillart. 

!Le P. liacordaire, apôtre et directeur des jeunes j^ens, 

par le P. Henri-Dominique Noble, O. P. Paris, Lethielleux, s. d. 
(1908), in-16 de xi-367 p., avec portraits. — Prix : 3 fr. 

L'action que Lacordaire a exercée sur ses contemporains fut consi- 
dérable : la jeunesse et l'âge mûr, les hommes et les femmes, les classes 
les plus diverses de la société ont subi son influence salutaire et cédé 
à l'attrait de sa parole éloquente. Mais on peut dire que dans son 
enseignement doctrinal, ce sont les hommes surtout qu'il a eus en vue, 
et parmi les hommes les jeunes gens. C'est à ce point de vue spécial 
que le R. P. Noble étudie la vie et l'œuvre de Lacordaire dans un 
beau livre dont nous ne saurions recommander trop vivement la 
lecture. 

La prédilection que Lacordaire manifesta aux jeunes gens, les 
raisons de cette affection, les raisons aussi qui le firent payer de retour 
par la jeunesse nous sont exposées avec beaucoup de justesse. 

Le P. Noble insiste surtout sur l'admirable jeunesse d'âme qui fut 
une des caractéristiques du grand prédicateur. Il passe ensuite en 
revue les caractères généraux de sa direction et les principales vertus 
qu'il essaya d'inculquer à ses dirigés et qui peuvent se résumer dans 
une grandeur d'âme inspirée et soutenue par le culte de Jésus-Christ. 
En même temps qu'il nous expose les principes de Lacordaire, l'au- 
teur nous le montre appliquant ces principes dans sa propre vie et 
donnant ainsi l'exemple avec le précepte. En sorte que son livre n'est 
pas seulement un aperçu dé la doctrine spirituelle de l'illustre domi- 
nicain, mais aussi une étude de sa vie à un point de vue particulier. 
II insiste sur des traits qui, dans une biographie générale, sont naturel- 
lement laissés plus ou moins dans l'ombre ou qui, dispersés çà et là, 
ne sauraient frapper autant l'esprit du lecteur. 

C'est pourquoi son volume nous parait aider à mieux comprendre, 
partant à mieux aimer le saint restaui'ateur en France de l'ordre des 
frères prêcheurs. 

L'ouvrage, qu'illustrent un portrait de Montalembert, un de 
Perreyve et plusieurs de Lacordaire lui-même, se termine par deux 
Février 1909. T. CXV. 11. 



- m - 

appendices. Le pi-emier, qui, à notre avis, aurait été mieux placé en 
tête du livre comme Introduction, est une in»tic(! brève, mais intéres- 
sante sur Lacordairc; le second est une visite à l'école de Sorèze, 
si pleine des souvenirs de son zèle apostolique pour les jeunes geiis 
au milieu desquels il a passé les dernières années d'une existence bien 
remplie. E.-G. Ledos. 

Taille, liistoriéià de la Kévoliilion li'ançai.«ie, par A. Aulard. 
Paris, Colin, 1907, in-18 de xi-333 p. — Prix : 3 fr. 50. 

fli^uvres inédites de l'abbé de Bonnevâl f>iir la Itévo- 

lution, publiées par Fabbé Eugène Griselle. Paris, Savaète, s. d., 
in-8 de 204 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Quand il s'agit "de signaler et d'apprécier un ouvrage de M. Aulard, 
le bon point de vue est, croyons-nous, celui-ci : l'auteur a, d'une façon 
générale, consacré son talent en premier lieu à l'apologie systématique 
de la Révolution et, en second lieu seulement, à son histoire. Selon 
que le premier objet laisse plus ou moins de place au second, la valeur 
historique et critiqu'e de tel ou tel de ses travaux augmente ou diminue 
dans la même proportion. Celui que nous avons sous les yeux se rat- 
tache principalement au premier, à l'apologétique de parti pris^ Le 
dessein de M. Aulard est de diminuer autant que possible, au profit 
de la Révolution, la réputation acquise à Taine par son grand ouvrage: 
Les Origines de la France contemporaine. Du haut de la chaire dressée 
pour lui en vSorbonne dans une intention prédéterminée, il a, vigilant 
inquisiteur, soumis le célèbre écrivain à une sévère et pointilleuse 
censure. « Cette étude sur Taine historien de la Révolution française, 
nous dit-il, est le résumé d'un cours public que j'ai fait à la Sorbonne 
pendant les années scolaires 1905-1906 et 1906-1907. )> Après un cha- 
pitre d'introduction sur l'éducation littéraire et historique de Taine^ 
les tendances et dispositions générales ou spéciales de son esprit, lo 
projet, la préparation et la rédaction du livre des Origines, M. Aulard 
en examine les diverses parties relatives à l'histoire de la Révolution, 
savoir : Chapitre IL L'Ancien Régime; III. L'Assemiblée constituante: 
IV. La Conquête jacobine : première étape; V. La Conquête jacobine : 
seconde étape; VI. L'Établissement du gouvernement révolutionnaire ; 
VIL Le Gouvernement révolutionnaire : le programme jacobin; VI IL 
Le Gouvernement révolutionnaire: les gouvernants, les gouvernés; ÎX. 
La Fin du gouvernement révolutionnaire. — La méthode du censeur, 
dans cette revue critique, tient à la fois du régent de collège et de 
l'avocat chicanier; elle se complaît en remarques et reproches de 
détail, pas toujours parfaitement exacts, souvent sans réelle signi- 
fication, mais dont l'accumulation, et c'en est le but, ne laisse pas de 
•j)roduire un certain effet sur l'auditeur ou sur le lecteur naïf. Les vraies 
qualités du livre de Taine en sortent, selon nous, indemnes aux yeux 



— 163 - 

de toute personne suffisamment informée et de sens rassis. La cri- 
tique très peu impartiale de M. Aulard ne laisse pas pourtant d'avoir 
quelque utilité en ce qui touche aux défauts du même ouvrage, sur 
lesquels une admiration bien naturelle, mais inspii'ée quelquefois 
par des sentiments un peu trop étrangers à la raison historique et à la 
méthode critique, induit un certain nombre d'esprits, même de boas 
esprits, à fermer les yeux. Le second caractère général, celui-là histo- 
rique, des travaux de M. Aulard, n'est pas d'ailleurs tout à fait absent, 
quoique rarement sensible, en celui-ci. Nous y avons remarqué, par 
exemple, et goûté, toute déduction faite, le i'ésumé des événements 
entre le 10 août 1792 et le 31 mai 1793 (p. 169 et suiv.), et il y a de fort 
justes observations dans la page consacrée à Robespierre (p. 262-263). 
Cela nous fait d'autant plus regretter que, chez M. Aulard, la fonction 
officielle et la passion personnelle d'apologiste et de censeur révo- 
lutionnaire nuisent au point qu'elles le font à ses dons très réels 
d'érudit, et d'historien. 

— Ce serait un grand progrès de la science historique, si ceux qui 
la cultivent s'attachaient moins à imposer leur propre état intellec- 
tuel aux faits et aux personnages qu'ils étudient ou qu'ils exposent, et 
davantage à bien connaître et à bien rendre celui des auteurs et des 
spectateurs de ces faits et des contemporains de ces personnages. C'est 
à quoi pourra beaucoup servir une branche peu développée de cette 
science, savoir l'histoire des idées en général, et en particulier l'histoire 
des opinions et des systèmes politiques. M. le chanoine Grisolle y apporte 
une intéressante contribution par la publication qu'il a entreprise des 
• Œuvres inédites de l'abbé de Bonneval sur la Révolution. L'abbé de 
Bonneval, chanoine de Notre-Dame de Paris, député du clergé aux 
Etats généraux de 1789, émigra dès l'année 1790 et ne revint plus 
jamais en France. Son exil finit avec sa vie, à Vienne, en Autriche, 
le 1®^ mars 1820. Mais il ne cessa de considérer avec un vif intérêt la 
destinée de sa patrie et de prodiguer d'une plume féconde, au sujet des 
événements qui s'y déroulaient, ses observations, ses avis, ses vues 
de théologien et d'homme politique. C'est en même temps une intel- 
ligence originale, quoique de valeur secondaire, et un curieux échan- 
tillon de toute une famille d'esprits, qui n'a pas laissé d'avoir son 
influence dans la période dont il s'agit, et dont on pourrait signaler 
encore l'existence et l'importance, peut-être la filiation, à une époque 
plus récente. Les écrits de Bonneval publiés ici par M. le chanoine 
Grisolle sont les suivants : 1. Observations sommaires adressées à la 
Cour de Rome sur les entreprises de l'Assemblée dite nationale contre 
la religion catholique en France (15 décembre 1790); 2. Mémoire contre 
les prêtres jureurs, composé à Rome en octobre 1793, et qui, en raison 
de certains passages, (c'est l'auteur lui-même qui nous l'apprend,. 



— 164 — 

déplut au Saint-Père; 3. Point de serment à la prétendue République 
(avril 1795); 4. De l'acte de soumission aux lois de la République. A 
Messieurs les prêtres français émigrés rentrés en France (décembre 
1795); 5. Observations sur la décision du Conseil d'administration 
du diocèse de Paris, permettant l'acte de soumission à la police exté- 
rieure du culte (1796); 6. Mémoire sommaire sur la restitution des 
biens du clergé (7 novembre 181,4); 7. Observations sommaires sur la 
note remise par le Lord Castlereagh relativement aux objets d'art 
enlevés par la Révolution française et sur celle adressée, le 20 no- 
vembre 1815, à M. le "duc de Richelieu, par les quatre ministres des 
puissances alliées (décembre 1815). — Les commentaires et notes que 
M. le chanoine Grisolle a joints aux textes publiés par lui ajoutent 
beaucoup à l'intérêt de cette publication, qu'ils éclaircissent par des 
remarques judicieuses, conçues dans un esprit véritablement histo- 
rique, et par des rapprochements empruntés à des publications du 
même temps, inspirées par des opinions différentes. Un éloge parti- 
culier est dû ici aux indications bibliographiques diligemment recueil- 
lies sur certains points par M. Griselle (la presse religieuse sous le 
Directoire, le Consulat et l'Empire, p. 83 et suiv., 142.). Le docte 
chanoine n'a pas épuisé son sujet dans ce volume. 11 se propose de 
nous faire connaître, dans une publication ultérieure, une autre série 
de traités inédits de l'abbé de Bonneval, qui se rapportent surtout à 
l'histoire du premier Empire et de la Restauration. M. S. 



Quinze ans à la rue des Postes (1SS<I-1S9.>). Souvenirs, 

par l'iibbe Léon Joly. Paris, Lecolîre, Gabalda, 19o8, in-12 de 285 p. — 
Prix : 3 fr. 

Quand les Pères jésuites furent expulsés, en 1880, l'autorité ecclé- 
siastique fit appel au clergé séculier pour les remplacer dans leurs col- 
lèges ou pour servir d'auxiliaires aux quelques rehgieux dont les ins- 
pecteurs toléraient encore la présence dans les établissements qu'ils 
avaient fondés. C'est ainsi que M. Joly s'egt trouvé amené à vivre 
dans l'intimité de quelques jésuites restés à la rue des Postes : les 
ayant vus de près, il n'a pu se défendre de les admirer. Que ce fussent 
des hommes éminents, comme le P. Joubert, le P. Mazelier ou le 
P. Cosson, que ce fussent simplement de bons religieux, un peu origi- 
naux, comme le P. Auguste ou le P. Montazeau, ils avaient tous cette 
caractéristique que, sous la loi de l'obéissance, ils s'étaient dévoués 
tout entiers à l'œuvre de l'Ecole Sainte-Geneviève, et qu'ils donnèrent 
à la formation chrétienne des futurs officiers toutes les forces, tous 
les talents et toutes les vertus dont la Providence les avait largement 
pourvus. 

Tel est l'hommage que M. Joly leur rend dans son livre. Ce ne sont 



— 165 — 

pas précisément des biographies, moins encore des panégyriques. 
c'est la déposition sincère et parfois émue d'un témoin qui raconte ce 
qu'il a vu. Or, la puissance de la vérité fait que ces notices sans apprêt 
ont autant de portée que la plus pompeuse des oraisons funèbres. 

P. PiSANI. 



Au alplialietieal iiiibjeet index and index eiicyelopaeilia 
to pcriodicttl articles ou religiou, 1^90-1^99 compiled 
and edited by Ernest Gushing Richardson, with the coopération of 
Charles S. Thayer, William C. Hanks, Paul Martin and mem- 
bera nf the Faculty of the Hartford theological seminary, and some 
help from A. D. Savage New York, Charles Scribner's son, 1907, 
in-8 de xlii-1168 p. — Prix : 52 fr. 50. 

L'énorme multiplication des périodiques, surtout depuis quelques 
années, rend de plus en plus difficile la tâche de ceux qui veulent se 
tenir au courant de ce qui a été publié sur tel ou tel sujet. 11 faut donc 
savoir gré à ceux qui, comme M. Richardson et ses collaborateurs, 
s'imposent le labeur ardu et considérable de mettre à la disposition 
du public érudit.une table d'un certain nombre de ces recueils. 

On jugera de l'ampleur do ce répertoire quand on saura que plus de 
quinze cents périodiques ont été dépouillés pour le dresser, périodiques 
de tous pays presque et de toutes les langues : allemands, anglais, 
danois, espagnols, français, italiens, néerlandais, suédois, suisses 
tchèques, voire orientaux et japonais. Les dépouillements n'ont pas 
toujours été faits de première main et, paria même, n'offrent pas tou- 
jours toutes les garanties d'exactitude; mais on a eu soin d'indiquer 
les périodiques pour lesquels on a dû ainsi recourir à un dépouillement 
de seconde main; et dans ces conditions l'on ne saurait blâmer 
^L Richardson d'avoir essayé de rendre de cette manière son réper- 
toire plus complet. 

Le nombre des périodiques dépouillés suffit à montrer qu'il ne 
s'agit pas seulement d'un index des revues traitant habituellement 
et par programme de matières religieuses; les recueils les plus divers 
ont été examinés: mémoires de sociétés, revues religieuses, historiques, 
philosophiques, littéraires, etc. De même le mot « religion » a été 
compris dans un sens fort large, et nul ne contestera la vérité de ce 
qu'affirme M. Richardson dans sa Préface quand il dit que cet index 
sera aussi précieux pour ceux qui étudient l'histoire et les sciences 
sociales que pour ceux qui étudient la théologie. 

Les articles sont ici classés par ordre alphabétique de matières. 
Chaque rubrique est accompagnée d'une courte définition, indiquant 
par exemple pour les personnages leurs dates de naissance et de mort 
et disant d'un mot ce qu'ils ont été (Bossuet, Jacques-Bénigne, 1627- 
1708. French Bishop, orator and historian), puis de références aux 



- 166 — 

encyclopédios qui, le cas échéant, pourraient fournir aux lecteurs des 
éclaircissements supplémentaires. 

Quand une rubrique est considérable (Jésus-Christ, par exemple), 
elle est subdivisée en plusieurs sous-rubriques. Naturellement le 
même article peut se trouver répété sous plusieurs rubriques. C'est 
ainsi qu'un article de M. Lefebvre de Behaine sur Léon XIII et M. de 
Bismarck se trouve à la fois mentionné à ces deux noms. Mais la 
règle n'est pas toujours rigoureusement appliquée : c'est ainsi qu'on 
ne trouve qu'à Haeckel et non pas à Hamann l'article de Dennert, 
Hamann contra Haeckel; de môme à Eiinomiiis on trouve relevé l'ar- 
ticle de Funk, Zwei Biicher des Basiliiis des Grossen gegen Eunomius et 
point celui de Diekamp, Ein angebliches Brief des hl. Basilius gegen 
Eunomius, bien que l'un et l'autre figurent à l'article Basilius Magnus\ 
on ne voit pas pourquoi la rubrique Clericalism figure un article 
Klerikalismus und Antiscmilismus in Oesterreich, et point un article 
du P. Martin le Cléricalisme et l'armée devant la Chambre, qui est 
mentionné à la rubrique France; il est vrai que par compensation le 
premier de ces articles n'est relevé ni à Austria ni à Antisemitism. 

Les exemples de pareilles défectuosités pourraient être multipliés. 

On ne voit pas non plus toujours très nettement les raisons qui ont 
fait classer un article sous telle ou telle rubrique. Jésus-Christ, par 
exemple, comporte une sous-rubrique Art représentation où figure, 
entre autres, un article sur un tableau représentant le baptême du 
Christ; on ne voit pas pourquoi c'est à Baptism qu'a été classé l'ar- 
ticle de Mgr de Waal sur les représentations du même événement 
dans les catacombes ; pourquoi l'on a créé une sous-rubrique carrying 
the cross pour le seul tableau d'Andréa Solario Le Christ portant la 
croix. On s'étonnera de même de ne pas rencontrer à la sous- 
rubrique J esus-Christ ( coins andmedals) des articles sur les médailles 
à l'effigie du Christ relevées à la rubrique Xumismaiics: il est vrai 
qu'on y trouve, en revanclie, un article sur une monnaie d'évêque 
des Innocents, dont ce n'était peut-être pas la place, et qui ne figure, 
je crois, nulle part ailleurs. Pourquoi encore un article sur l'histoire 
de la monarchie de .Juillet, de Thureau-Dangin, figure-t-il à France, 
sous la rubrique Révolution? 

Une faute, hem^eusement plus rare, est le double emploi d'un même 
article; un des exemples les plus caractéristiques se rencontre à la 
rubrique Manning, où le même article de M. Hemmer est mentionné 
deux fois de suite. 

Nous ne voulons point nous attarder outre mesure sur ces taches 
fâcheuses. Elles n'empêcheront pas le répertoire de M. Richardson 
d'être fort utile, fort consulté. Nous ne pouvons que souhaiter que 
l'accueil fait à ce volume J'encourage à lui donner une suite pour la 
période 1900-1909. E.-G. L. 



-r \m — 

3500 ex-librns italiaiii. Ulmlrati con 7So pgw-e e da oitre WOO molli, 
sentisnzf. e devise che si leggoiio augli stemmi e sugli ex-libris, con 8'iOtncisioni, 
da JaCOPO Gelli. Mil^no, IJoepli, 1908, iii-12 cartonné de xii-535 p. — 
Prix : 9 fr. 

Le catalogue d'ex-libris que donne M. Gelli est le plus riche qui ait 
été composé en Italie. Il sui^passe notablement en ahon4&nce le beau 
livre de MM. Bertarelli et Prior qui a paru il y a quelques années. 
Pour arriver au chiffre prestigieux de 3.500 numéros, l'auteur a 
joint aux ex-libris des collectionneurs, des étiquettes de libraires et 
de relieurs, et des marques de livres de prix. 

Autant que possible, il identifie les pièces qu'il décrit en donnant 
non seulement les noms et prénoms des propriétaires avec les dates 
extrêmes de leur vie, mais encore en faisant connaître les phases princi- 
pales de leur existence. Ce n'était pas inutile pour e:fpliquer la pré- 
sence, parmi les Italiens, de quelques étrangers, comme les Français 
Gueulette (et non Guculette) et Floncel, auxquels M. Gelli a accordé 
droit de cité en raison de leur dévouement aux lettres italiennes. 
D'autres de nos compatriotes se retrouvent ici à cause des séjours 
prolongés qu'ils tirent dans la péninsule : Seroux d'Agincourt, Hugues 
de Bassville, le cardinal Dupont, le maréchal Junot. Les ex-libris de 
Murât et de la reine Caroline, celui de la duchesse de Berry intéres- 
sent la France autant, au moins, que l'Italie. 

Les très nombreuses reproductions qui illustrent l'ouvrage, sont 
malheureusement de dimensions si réduites qu'elles ne permettent 
pas d'apprécier exactement les caractères et les mérites des gravures 
originales. On peut cependant se rendre compte de l'heureuse compo- 
sition de bon nombre d'entre elles. Les ex-libris d'Ottavio Coleschi, 
d'Ignazio Gigh, de Giacomo Gabriel, de la Biblioteca Marci^na de 
Venise, de la Zecca de Milan, sont tout à fait remarquables. 

M. Gelli a f^it précéder sori travail de pQ^seiJs ,a]ux collectionneurs, 
ses confrères, qu'il met en garde contre les procédés des faussaires? 
A la suite du catalogue, il expose quelques données de blason; et il 
termine le volume par une série de tables fort utiles. Celle des devises 
a été particuHèrement soignée; elle rendra service non seulement aux 
amateurs d'ex-libris, mais encore à tous ceux qui s'intéressent aux 
objets d'art anciens. 11 est regrettable que l'auteur n'ait pas jugé 
à propos de donner une table des meubles et pièces héraldiques. C'est 
un instrument de recherche absolument nécessaire pour l'identifica- 
tion des ex-libris anonymes. Max Priînet. 



— 168 — 

BULLKTIN 

Le» Viei-ge» luèfes et les IVuieMîincca miraculeuses. Essai de mytho- 
logie comparée, par P. Saintyves. Paris, Emile Nourry, 1908, in-16 de 
i!80 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Livre où, sous prétexté de folk-lore et de mythologie comparée, on accu- 
mule faits et textes de toute provenance et de toute valeur, sans ordre, 
sans critique, sans discernement, pour amener à conclure, sans autre souci 
de l'histoire, que la naissance de Jésus et la maternité virginale de Marie 
ne sont qu'un cas, analogue à tant d'autres, de légendes populaires et de 
vieux mythes rajeunis et adaptés. Il est bien à sa place dans la « Bibliothè- 
que de critique religieuse », sous le pseudonyme de Saintyves, à la « librairie 
critique « d'Emile Nourry. On en verra l'esprit par la dernière page : « Des 
légendes comme celles de la naissance de Jésus chez les chrétiens, ou comme 
celles de la naissance de Baptiste chez les Sabéens, sont les dernières fleurs 
d'une longue et intense culture... La première s'est trouvée associée à l'une 
des manifestations les plus hautes de l'effort humain vers la Sainteté, ou, 
comme eussent dit les Grecs, vers la Sagesse. Elle vit encore de la pleine 
existence des croyances vivantes... Et beaucoup sont persuadés que le sort 
de la moralité est indissolublement Hé à cette légende merveilleuse. Je serais 
désolé que, si l'un de ceux-là me lisait, il considérât mon hvre comme l'atta- 
que méprisante d'un sceptique. Persuadé que la moralité a des liens effec- 
tifs avec la religion, je suis non moins assuré qu'elle est indépendante de l'ac- 
ceptation d'un récit légendaire. Et je souhaiterais qu'eux-mêmes pussent 
s'en persuader... Même découronné de sa divinité, du moins au sens scolas- 
tique du vieil enseignement chrétien, ils continueraient de l'aimer et d'ado- 
rer le Père céleste, qui fut son Père et qui demeure le nôtre, véritable Uen 
des esprits et source idéale de la fraternité des générations humaines ». 
Pvenan eût mieux dit; mais qu'importe? J.-V. Bainvel. 



Le Uodei*nisine tinns la ■>eliKioii. Etude sur le roman « Il S in la », de 
Fctrazzaro, par l'abbé J -A. Chollet. Paris, Leihielleux, . s. d. 0907). 
iii-18 de 112 p. — Prix : fr. fiO. 

Etude et critique des idées et théories religieuses du fameux roman. La mise 
à l'Index et l'encyclique Pascendi ont pleinement donné raison à M. Chol- 
let. J.-V. Bainvel. 



■«'iKUi'es de pèi-e's et de mères cliréticns, par l'abbé (I. BeLS, 

1'» série. Paris, Téqni, 19()s, in-li3 de 286 p. — Prix : 2 fr. 

La pensée qui a présidé à la composition de ce bon et suggestif livre est 
celle ci : si l'homme tient de ses parents la vie naturelle et s'il reçoit au 
baptême la vie surnaturelle, l'homme et le chrétien, en grandissant, se 
façonnent principalement et prennent leur physionomie intellectuelle, 
morale et religieuse par l'éducation, par les paroles entendues, les actes 
vus et les habitudes contractées au foyer de famille. C'est ce que prouve 
l'auteur, faisant autant œuvre d'apologétique que d'instruction et d'édi- 
fication. Sa thèse se dégage, se développe et se confirme, sans avoir même 
à l'énoncer, par les traits habilement choisis autant que présentés d'une 
façon attrayante, dans ces pages où apparaissent, en une glorieuse galerie, 
les figures suivantes qui appartiennent, pour la plupart, à l'histoire chré- 
tienne : Le Père et la mère de Pie X — la Mère de saint Jean Chrysostome 



— 169 — ' 

—Sainte Monique — la mère de saint Dominique — Saint Louis, père de 
famille — le père de saint Pierre Fourier — Sainte Jeanne de Chantai — 
le père de JM^ie Le Gras — la mère de saint Alphonse de Liguori — la 
reine Marie Leczinska — la mère de dom Bosco — la mère de Mgr de Ségur 
— la mère de Mgr Berteaud — la mère de Mgr Gerbet — la mère de Mgr de 
la Bouillerie — la mère de Gounod — la mère de Mgr Bougaud — la mère 
de Mgr Pie — Formation familiale de Lacordaire — de Ravignan — de 
Mgr Plantier — de Lamartine — de Mgr Mermillod — de Mgr Dupanloup — 
du maréchal Bosquet — du cardinal de Bonald — du président Bonjean, etc. 
A voir ces transmissions de l'âme du père et de la mère dans tant de 
grands et saints personnages on sentira grandir en soi le culte de la famille. 

Louis Robert. 



IteM<>>*<is on Ml l'ière. I^es B*réfi«<-«ai tie « Is» Qiiîiizuîiio », par G. 

FONSBGRiVE. Paris, Blou'i, 1908, in-16 de ix 345 p. — PriK : 3 fr. oO. 

Ce livre est simplement le recueil des Préfaces écrites chaque année par 
l'auteur pour la Quinzaine, de 1897 à 1907, époque de la disparition de cette 
revue. 

Nous ne dirons pas que, composé de pièces détachées, cet ouvrage se lit 
cependant avec plaisir, qu'il est écrit d'un style très intéressant, et que 
l'unité de vues remédie à la dispersion des matériaux. Ce serait un éloge 
trop banal pour l'excellent écrivain qu'est M. Fonsegrive. Nous dirons 
que presque toutes les vues nous en paraissent justes, qu'il a parfaitement 
raison de pousser les catholiques à être de leur temps, à se livrer aux œuvres 
sociales, à n'avoir point peur de la démocratie. 

Pourquoi donc n'avons-nous pu faire cette lecture sans un sentiment 
d'inquiétude? Ah ! c'est que si les principes sont justes, on sent que l'appli- 
cation en est parfois imprudente. Sans doute si les principes sont bons, il 
faut en pousser les conséquences jusqu'au bout; mais ce bout est marqué 
par la rencontre d'autres principes également justes. Nous sommes d'accord 
qu'il faut satisfaire aux tendances légitimes des masses; nous ne serions 
peut-être pas toujours d'accord sur celles qui sont légitimes. Nous sommes 
d'accord sur la nécessité d'abandonner facilement ce qui ne touche pas à 
l'intégralité du dogme; nous ne serions pas toujours d'accord sur les notions 
que l'on peut abandonner sans danger. Il est surtout un point où nous ne 
serons point d'accord avec M. Fonsegrive. Il regarde la philosophie enseignée 
de nos jours d^ns l'Université comme un progrès: nous la regardons comme 
un péril et un recul. Nous reconnaissons que la bonne foi de l'auteur est 
parfaite, que son sentiment est profondément chrétien; nous regrettons 
seulement que son éducation universitaire ait introduit une tare dans sa 
mentalité si catholique d'ailleurs. D. V. 



Étuclos jijn- 5'liîsloîpe fin iic-Sère <l'Allièiies nu V^ sëèclt-. I^«' ffé- 

«ioi- ci'AtiièneM Je 4*o à ^o<a, par E. (JAVAiciNAC Paris, Fontemoing, 
lyO-t, in-8 de i.xxv-l92 p.. avec 29 illusir. dans le texte e;, 3 planchfs. 

Ce travail a pour objet de rectifier sur quelques points importants les 
recherches du dernier historien des finances athéniennes, M. Edmond Meyer: 
Antiquité du trésor de l'Acropole et ses ressources à l'époque des guerres mé- 
diques (selon M. Cavaignac, il n'y avait pas de trésor monnayé d'AtJiêna à 
cette date); réserves du trésor fédéral transporté sur l'Acropole en 454; 
richesse du trésor d'Athêna au temps de Périclès (M. Cavaignac établit que 



- 170 - 

les grands travaux furent beaucoup moins onéreux qu'on ne le dit commu- 
nément) ; état du trésor avant l'expédition de Sicile. 

L'auteur se défend de toute intention polémique à l'égard d'un savant 
pour lequel il professe la plus haute admiration. Son propre travail ne doit 
être considéré que comme une série d'errata à un ouvrage général qui 
doit être pris comme point de départ des recherches qu'on est amené à faire 
à propos d'un document nouveau ou sur un point spécial. A. B. 



ciiiioiMuui: 



Nécrologie. — Le doyen des musiciens français, l'illustre compositeur 
Ernest Reyer, est mort au Lavandou (Var), le 16 janvier, à 86 ans. Louis- 
Etienne-Ernest Rey, dit Reyer, était né à Marseille le l^r décembre 1823. 
Envoyé, à seize ans, dans les bureaux de l'administration à Alger, bien que 
sa vocation l'attirât vers la musique, il consacra ses loisirs à composer 
quelques mélodies et même une messe solennelle qui fut chantée devant le 
duc d'Aumale. Dès qu'il put se soustraire à des fonctions qui répugnaient à 
sa nature, il vint à Paris, auprès d'une de ses tantes, M°^<^ Farrenc, pianiste 
de grand talent, qui dirigea dès lors ses études musicales. Il n'eut pas d'autre 
maître, et ce fut regrettable, car l'insuffisance de cette éducation première 
s'est fait sentir jusque dans les plus remarquables de ses œuvres. En 1850, 
Théophile Gautier écrivit pour lui le Sélam, ode symphonique avec chœurs, 
qui fut exécutée avec succès au Théâtre italien. Quatre ans plus tard, il fit 
ses débuts sur la scène avec Maître Wolfram, opéra en un acte, paroles de 
Méry, qui fut joué au Théâtre lyrique et a passé au répertoire de l'Opéra- 
Comique. En 1858 il donna à l'Opéra un ballet, Sakountala, dont le livret 
avait été rédigé par Théophile Gautier, et qui fut bien accueilli. L'œuvre 
la plus importante qu'il eût encore composée, la Statue, opérB. en trois actes, 
fut représentée trois ans plus tard au Théâtre lyrique et obtint un succès 
mérité. Un autre opéra en deux actes, Érostrate, qu'il fit jouer à Bade 
en 1862, et à l'Opéra en 1871, après l'avoir développé en cinq actes, ne 
réussit pas. C'était le début d'une disgrâce qui devait durer de longues 
années. M. Reyer avait composé, avec MM. Du Locle et Blum comme colla- 
borateurs pour les paroles, son opéra de Sigurd, d'après VEdda et les Niebe- 
lungen. Mais l'étrangeté du sujet et le wagnérisnie que l'on reprocliait à 
l'auteur firent fermer à cette œuvre les portes des théâtres français. Celle-ci, 
portée sur la scène de la Monnaie, à Bruxelles, puis sur celle de Covent 
Garden à Londres, en 1884, acquit une telle notoriété qu'elle força enfin 
l'entrée de l'Opéra en 1885, et 'l'on sait quel extraordinaire succès elle 
obtint. Le sort de Salammbô, opéra en cinq actes tiré du roman de 
Gustave Flaubert, fut en tout semblable. Joué d'abord au théâtre de la 
Monnaie de Bruxelles en 1890, il ne revint à Paris, pour être représenté à 
l'Opéra, qu'en 1892. Après ces deux grandes œuvres qui ont placé M. Reyer 
au premier rang parmi les compositeurs, celui-ci crut que l'âge de la retraite 
était venu pour lui. En effet, il n'a plus rien produit après Salammbô. 
Toutefois on peut citer encore de lui quelques œuvres de moindre impor- 
tance, telles qu'une scène dramatique, Madeleine au désert, et des chœurs 
à quatre voix : Hymne du Rhin, les Buveurs, Chant de paysans, les Assié- 
gés, etc. M. Ernest Reyer a présenté la défense de ses théories musicales 
dans un certain nombre d'articles donnés à la i?(?fz/e/ra/(Çfl;se, à la Pressa, au 
Courrier de Paris et an Moniteur, et, en 1866, il avait remplacé, mais pour 



— 171 — 

peu de temps, M. Berlioz au Journal des Débals comme chroniqueur musical. 
Enfin, en 1875, il avait réuni quelques-unes de ses chroniques en un vo- 
lume, sous le titre: Notes de musique (Paris, in-12). Il fut pendant un cer- 
tain temps bibliothécaire de l'Opéra et, en 1876, il avait été élu membre 
de !' Académie des beaux-arts, en remplacement de Félicien David. 

— M. Gabriel Marcel, conservateur-adjoint à la Bibliothèque natio- 
nale et chef de la section géographique de cet établissement, est mort le 
27 janvier, à 66 ans, à Paris, où il était né en 1843. La perte de cet infati- 
gable travailleur sera vivement ressentie dans le monde des géographes, 
non seulement de France, mais encore de l'étranger. M. Marcel s'était en 
efTet attiré une réputation universelle par d'admirables travaux, dont nous 
citerons seulement les principaux : Cartographie de la Nouvelle-France, 
supplément à l'ouvrage de M. Harrisse, publié avec des documents inédits 
(Paris, 1885, in-8); — Factuni du procès entre Jean de Biencourt, s^ de Pon- 
trincourt, et les PP. Biard et Massé, jésuites, publié avec une Ititroduction 
(Paris, 1887, in-4); — Une Expédition oubliée à la recherche de Lapérouse 
(Paris, 1888, in-8); — Lapérouse; récit de son voyage; expédition envoyée 
à sa recherche; le capitaine Dillon; Dumont d'Urville; reliques de V expédi- 
tion. Edition du centenaire (Paris, 1888, in-12); — Quatrième centenaire de 
la découverte de V Amérique. Catalogue des documents géographiques exposés 
à la Section des cartes et plans de la Bibliothèque nationale (Paris, 1892, in-12) ; 
— Les Fuégiens à la fin du xvii^ siècle, d'après des documents français 
inédits (Paris, 1892, in-8); — Beproduction de cartes et de globes, relatifs à la 
découverte de V Amérique, du xvi<^ au xviii*^ siècle, avec texte explicatif 
(Paris, 1894, in-4 et atlas in-fol.), ouvrage couronné par l'Institut; — Choix 
de cartes et de mappemondes des xiv*' et xv*^ siècles (Paris, 1896, gr. in-fol.). 
En outre, M. Marcel a traduit de l'anglais et publié :Xa Vie et les voyages 
de Livingstone (Paris, 1875, in-16); Autour du monde de A. D. Carlisle 
(Paris, 1877, in-12), et il a donné une édition de Un Français en Birmanie 
du comte de Mahé de la Bourdonnais (Paris, 1884, in-12) et de Mémoire en 
requête de Champlain pour la continuation du paiement de sa pension (Paris, 
1888, in-12). 

— Le célèbre acteur Coquelin aîné est mort le 27 janvier, dans la maison 
de retraite de Pont-aux-Dames (Seine-et-Oisej, à 68 ans. M. Benoît-Cons- 
tant Coquelin était né le 23 janvier 1845 à Boulogne-sur-Mer. Destiné à 
suivre la profession de son père, qui était boulanger, il fut bientôt entraîné 
vers le théâtre par une vocation irrésistible. Venu à Paris, il fut admis au 
Conservatoire en 1859 et y devint un brillant élève. Ayant obtenu Tannée 
suivante le second prixde comédien, il débuta peu après au Théâtre-Français 
et y obtint un succès qui ne cessa dès lors de s'accroître. Nous n'avons pas 
à retracer ici la carrière de comédie de M. Coquelin, mais nous devons rappe- 
ler qu'il est l'auteur d'un certain nombre d'ouvrages se rapportant en 
général à la poésie et à l'art dramatique, tels que : U Art et le Comédien 
(Paris, 1880, in-16) ; — U Arnolphe de Molière (Paris, 1882, in-16) ; — Molière 
et le Misanthrope (Paris, 1881, in-16); — Un Poète du foyer. Eugène Manuel 
(Paris, 1881, in-16); — Un Poète philosophe. Sully Prudhomme (Paris, 
1882, in-16); — Tartuffe (Paris, 1884, in-16); — L'Art de dire le monologue 
(Paris, 1884, in-12), avec son frère Coquelin cadet; — Scène tirée de « Démo- 
crite », de Regnard (Paris, 1887, in-18); — L'Art du comédien (Paris, 1894, 
in-16) 

— La Belgique a perdu un compositeur et un musicologue de très grand 
talent, M. Gevaërt, mort dernièrement à Bruxelles, à 81 ans. M. François- 



- 172 

Auguste Gevaert étaitné à Huysse, près Gandje 31 juillet 1828. Fils d'un 
cultivateur, il composait d'instinct, tout en se livrant aux travaux des 
champs. Bien conseillé, heureusement, son père réussit à le faire entrer au 
Conservatoire de Gand et en peu de temps le jeune Gevaërt obtenait le 
premier prix d'harmonie et celui de contrepoint; puis le prix de Rome,au 
Conservatoire de Bruxelles. Il n'avait alors que 18 ans. Peu de temps après, 
il débutait en faisant jouer au théâtre de Gand un opéra-comique en un 
acte, la Comédie à la ville, et un opéra en trois actes, Hugues de Zonnerghem. 
De 1849 à 1853, il parcourut, aux frais du gouvernement belge, la France, 
l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne, puis il vint se fixer à Paris, où il écrivit 
Georgette, pièce bouffe (Théâtre lyrique, 1853); Le Billet de Marguerite, 
partition en trois actes (Théâtre lyrique, 1854); Les Lavandières de San- 
tarem, opéra en trois actes (1856); Quentin-Durivard (Opéra-Comique, 1857) ; 
Le Diable au moulin, en un acte (1859); Château-Trompette (1860); Le Capi- 
taine Henriot (1864), joués également à l'Opéra-Comique, etc. En 1867, il 
fut nommé directeur de la musique à l'Opéra. Mais en 1870, lorsque Paris 
fut menacé par les Allemands, il quitta la France et retourna dans son pays 
natal. L'année suivante, à la mort de Fétis, il fut nommé directeur du Con- 
servatoire de Bruxelles et maître de chapelle du roi des Belges. En 1872, il 
devenait membre de l'Académie de Belgique et, le 18 janvier 1873, il était 
élu associé étranger de notre Académie des beaux-arts, en remplacement 
de Mercadante. M. Gevaërt, qui était dans le domaine de la musique un 
érudit de premier ordre, a publié un certain nombre d'ouvrages dont plusieurs 
jouissent d'une très grande estime dans le monde savant et font autorité. 
En voici les titres : Traité général d'instrumentation (Gand, 1864, gr. in-8); 
-- Traité de composition, les gloires de Vltalie, chejs-d'' œuvre de la musique 
vocale italienne (Gand, 1868, in-8) ; — Histoire et théorie de la musique de Van- 
tiquité (Gand, 1875-1881, 2 vol. gr. in-8), ouvrage capital, où tous les docu- 
ments concernant la théorie musicale des Grecs anciens sont magistralement 
exposés; — Nouveau Traité d'instrumentation (Paris, 1886, in-4); — Cours 
méthodique d'orchestration (Paris, 1890, in-4); — Les Origines du chant litur- 
gique de V Église latine. Étude d'histoire musicale (Paris, 1890, in-4); — La 
Mélopée antique dans le chant de V Église latine (Paris, 1895-96, gr. in-8); — 
La Musique, V Art du xix^ siècle (Gand, 1896, in-4); — Les Problèmes musi- 
caux d'Aristote (Gand, 1899-1903, in-8), avec J.-C. Vollgraff. 

— Un des plus remarquables poètes, romanciers et auteurs dramatiques 
de l'Allemagne, M. de 'V\'ildenbruch, est mort à Berlin, le 15 janvier, à 64 ans. 
M. Ernst Adam von Wildenbruch était né le 3 février 1845, à Beyrouth 
(Syrie), où son père était consul général de Prusse. Appartenant à la famille 
des Hohenzollern par son grand-père paternel, le prince Louis-Ferdinand 
de Prusse, fils lui-même de Frédéric-Guillaume II, il était par conséquent 
un cousin de l'empereur Guillaume IL Après avoir suivi son père dans ses 
différents postes, par exemple à Athènes et à Constantinople, il vint en 
Allemagne à l'âge de douze ans et fit ses études à Halle, à Berlin et à l'École 
des cadets de Potsdam. Officier dans l'armée prussienne, il fit les campagnes 
de 1866 et de 1870. Mais, utilisant les études de droit que, dans l'intervalle, 
il avait faites à Berlin,il abandonna la carrière militaire et fut successivement 
juge et attaché au ministère des affaires étrangères. Il renonça enfin à toute 
fonction pour se livrer exclusivement à la littérature. L'œuvre de M. de 
Wildenbi'uch, dans le domaine de la poésie, du roman et du théâtre, est 
considérable. C'est ainsi qu'on lui doit les volumes de vers et les nouvelles 
dont voici les titres: Die Philologen am Parnasse (Berlin, 1868, in-8); — Die 



173 - 

Sôhne der SihyUei} und yornen (Berlin, 1872, in-8); — Vionville (Berlin, 
1874, in-8); — Sedan (Francfort, 1875, in-8); — Lyrische Gedichte (Berlin, 
1877, in-8); — Der Meister von Tanagra (Berlin, 1885, in-8); — Novellen 
(Berlin, 1883, in-8); — Dichtungen und Balladen (Berlin, 1884, in-8); — 
Kinderthraenen (Berlin, 1884, in-8); — Das neiie Gebot (Berlin, 1886, in-8); — 
Humoresken und anderes (Berlin, 1886, in-8); etc. Parmi les pièces qu'il a 
données au théâtre, nous citerons : Auf der Hohenschule, drame (1874); — • 
Harold, drame (1883); — Opfer und Opfer, tragédie (1883); — Generalfel- 
doherst, tragédie (1883); — Die Haubenlerche (1890); — Der Neue Herr, 
drame historique et politique (1891); — Das Heilige Lachen (1892), etc. 
Son dernier succès a été la Rabensteinerin, dont une traduction doit être jouée, 
paraît-il, prochainement à Paris. 

— On annonce encore la mort de MM. le général Victor-Joseph Altmayer, 
qui a publié, entre autres ouvrages, un Manuel de connaissances militaires 
(1873) et une Étude sur le service des troupes en marc/ie( 1876), mort à Limoges, 
où il commandait le 12^ corps d'armée, le l^r décembre dernier, à l'âge de 
64 ans; — le D"^ Audouin, médecin principal de la marine en retraite, biblio- 
thécaire de la ville de Piochefort, mort au commencement de janvier, à 
67 ans; — Jules Berranger, doyen de la.presse départementale, connu comme 
critique musical, mort à Rennes, à la fin de novembre, à l'âge de 86 ans; — 
M'"e Camille Bias, doyenne des femmes de lettres, morte en décembre, à 
l'âge de 85 ans; — Armand Billard, éditeur parisien, mort à Paris, au 
commencement de janvier, à 70 ans; — Fernand Bournon, ancien archi- 
viste du département de Loir-et-Cher et de la ville de Saint-Denis (Seine), 
collaborateur du Journal des Débats, co-directeur, avec M. Mareuse, de la 
Correspondance historique et archéologique, auquel on doit divers ouvrage», 
notamment : Paris. Histoire; Monuments; Administration; Environs de 
Paris (Paris, 1887, in-8), et Patite Histoire de Paris, à Vusage de renseigne- 
ment primaire (Paris, 1888, in-12), et qui a rédigé, en 1893, la Table ana- 
lytique de la nouvelle édition de VHistoire de la ville et du diocèse de Paris, 
de l'abbé Lebeuf; — Delaroy, le doyen de la presse landaise, directeur 
du Journal des Landes, à l'aide duquel, pendant près d'un demi-siècle, il a 
vigoureusement combattu pour l'Eglise et pour la France, mort à Mont-de- 
Marsan, au commencement de janvier; — Henri Demesse, mort derniè- 
rement à 55 ans, lequel a collaboré à divers journaux parisiens et publié 
un grand nombre de ces romans et pièces de théâtre qui n'ont eu qu'un succès 
transitoire, tels que : Gant-de-fer (Paris, 1883, in-12); Partie troublée, 
comédie en un acte (Paris, 1884, in-12); LesVices de M. Benoît (Paris, 1884, 
in-12); La Vénus de bronze (Paris, 1887, in-12); Les Mères rivales, drame en 
cinq actes (Paris, 1889, in-12); — Dréolle, ancien rédacteur au Journal 
des Débats, mort au Chesnay, près Versailles, à la fin de décembre, à l'âge 
de 81 ans; — le D'' Georges-Marie Félizet, secrétaire général de la Société 
de chirurgie, à qui l'on doit notamment un ouvrage sur le Mécanisme des 
fractures du crâné (1873) et des Études de chirurgie infantile (1894), mort à 
Paris, le 19 novembre dernier, dans sa 64^ année; — Emile Hornez, le poète 
et chansonnier lillois, mort à Lille, au milieu de janvier, à 69 ans; — Célestin 
Hy, auteur du Calendrier perpétuel, mort à Angers, au milieu de janvier, à 
81 ans; — Alphonse Legoux, ancien doyen de la Faculté des sciences de 
Toulouse, mort au milieu de janvier, à 63 ans; — le D"" Justin Lemaitre, 
correspondant de l'Académie de médecine, mort à Limoges, au milieu de 
décembre; — René Le Parquier, censeur honoraire des études au lycée 
de Coutances, mort dans cette ville, au commencement de janvier, à 76 ans; 



— 17i — 

— ■ Albert Mérat, sous-bibliothécaire du palais du Luxembourg, mort à 
Paris, dans le courant de janvier, à 67 ans, lequel a collaboré au livre de 
Verlaine : Avril, mai, juin (Paris, 1863) et a publié lui-même quelques 
volumes, tels que : Les Chimères. Sonnets. Le Livre de Vannée. Tableau de 
voyage. Fleurs de Bohême (Paris, 1866, in-12) et les Villes de marbre, poèmes 
(Paris, 1869, in-12); — Perceval de Loriol Le Fort, connu par ses 
paiblications géologiques et paléontologiques, mort à la fin de décembre; — 
Charles Sandoz, qui a raconté, comitte officier de mobiles, ses souvenirs de 
guerre dans une brochure intitulée : Opérations militaires dans les montagnes 
du Haut-Doubs, pendant la campagne 1870-1871 (Besançon, 1895, in-12) et 
a publié une fort intéressante étude sur/es Horloges et les maîtres horlogeurs 
à Besançon , du xv^ siècle à la Révolution /ronf aise (Besançon, 1905, in-8), mort 
à Besançon, le 20 décembre, à Tâge de 61 ans; — Saturnin Vidal, ancien 
doyen de la Faculté catholique de droit, mort à Toulouse, au milieu de dé- 
cembre, à 89 ans; 

— A l'étranger on annonce la mort de MM. : T. H. Aschehoug, juriste, 
économiste, journaliste et homme politique norvégien, mort le 20 janvier, 
à 86 ans, lequel a publié divers ouvrages de droit et d'économie politique 
très estimés; — Henri Banning, qui, ayant dirigé pendant un certain 
nombre d'années V Illustration catholique de Bois-le-Duc, avait la réputation 
d'être le plus grand des romanciers des Pays-Bas, mort à Vught-lez-Bois-le- 
Duc, le 10 janvier, à l'âge de 90 ans; — John L. Bashford, journaliste 
anglais, professeur à l'Université de Berlin, correspondant des journaux 
The Westminster Gazette et The Daily Telegraph, mort à Bridport, à la fin 
de décembre; — Dr. Adam Belcikowski, professeur au gymnase de Var- 
sovie, chargé de cours à l'Université de Cracovie, auteur de diver.s ouvrages 
et d'articles sur la littérature polonaise parus dans V Athenaeum de Londres, 
mort le 12 janvier, à 69 ans;— le P. Béringer, de la Compagnie de Jésus, 
originaire de Mayence, dont le célèbre Traité des indulgences a eu quatorze 
éditions en Allemagne, et quatre dans la version française, mort au milieu 
de janvier, au collège germanique de Rome, à 71 ans; — Théophile Bormaxs, 
jurisconsulte belge, qui a pviblié, entre autres ouvrages, un Commentaire de 
la loi sur la compétence civile, un Répertoire des constructions et a aussi écrit 
plusieurs pièces en langue wallonne, mort en janvier; — Dr. C. Brusa, pro- 
fesseur de droit criminel à l'Université de Turin, mort à Rome, le 14 décem- 
bre, à 65 ans; — Anton Semjonovitch Budilovitch, professeur de philo- 
logie slave à Saint-Pétersbourg, mort en cette ville, le 25 décembre, à 63 ans ; 
— A. -G. Butler, professeur au collège anglais de Rugby, mort en janvier, 
lequel laisse : The Three Friends : a Story of Rugby in the Forties, The Choice 
of Achilles, and other Poems, ainsi que deux drames historiques ; — Emil 
Egli, professeur d'histoire de l'Eglise à Zurich, mort en cette ville, le 31 
décembre, à 60 ans, lequel est l'auteur d'ouvrages appréciés, tels que : 
Kirchen geschichte der Schweiz bis auf Karl d.en Grossen (Zurich, 1893, in-8) 
et Zwinglis Tod nach seiner Bedeutung jilr Kirche und Vaterland (Zurich, 
1893, in-8); — Reginald S. Faber, bibliographe anglais, ancien secrétaire 
de la « Huguenot Society », mort le 18 décembre, à 60 ans; — Robert- Jean 
Fabri, sculpteur, professeur à l'École industrielle d'Anvers, mort en cette 
ville, au commencement de janvier, à l'âge de 70 ans; — Jean-Baptiste ï>v 
Fief, professeur honoraire à l'Athénée royal de Bruxelles, secrétaire général 
de la Société royale belge de géographie, dont les traités de géographie ont 
été adoptés dans l'enseignement en Belgique, mort à Bruxelles, le 13 décem- 
bre, à l'âge de 80 ans; — Syed Mahomed Abdul Ghafur, plus connu sous 



— 175 — 

le nom de professeur Sbahbaz, écrivain hindou des plus distingués, mort 
dernièrement à Calcutta, lequel a publié plusieurs ouvrages fort estimés et 
éditait le premier journal liindou, Darul- Sultan ut; — Dr. Wolcott Gibbs, 
l'éminent professeur de chimie de l'Université Harvard, aux États-Unis, 
connu pour les remarquables travaux par lesquelles il a fait progresser la 
chimie analytique, mort au commencement de janvier; — Ludwig Habicht, 
nouvelliste allemand, mort dernièrement à Amalfi, en Italie, à 79 ans, 
lequel laisse divers romans, tels que : Zut^r schein. Erzaehlung aus dem 
Fo/A-s/e(f>e'n (Leipzig, 1886, in-8) et Am Gardasee (Leipzig, 1890, in-8); -— 
George Washington Hough, astronome américain de grand renom, profes- 
seur d'astronomie à ^'Université du Nord-Ouest d'Evanston, près Chicago, 
et directeur de. l'Observatoire Dearborn de la même ville, auteur de nom- 
breux mémoires parus dans V Astronomical Journal de Boston, dans le 
Bulletin de la Société astronomique de Chicago et dans les Monthly Notices 
de la Société royale astronomique de Londres, mort dernièrement, à 73 ans; 

— Hermann Iahnke, fondateur et président de l'Association allemande 
des auteurs de livres d'enseignement scolaire, qui laisse un certain nombre 
d'ouvrages écrits en bas-allemand et un volume sur Bismarck , qui a eu 
beaucoup de succès, mort à Poetscha, près de Wehlen, en décembre, à 
63 ans; — le P. Arnold Janssen, originaire de Goch, dans le duché de 
Clèves, ancien professeur au collège ecclésiastique de Bocholt en Westphaliç, 
lequel avait fondé, en plein Kulturkampf, à Steyl en Hollande, une société 
de missionnaires allemands, mort dernièrement en cette ville, à 72 ans; — 
Nikolaï Nikolaïevitch Karasin, dessinateur et écrivain russe de valeur, 
mort à Saint-Pétersbourg, le 19 décembre, à 67 ans, lequel avait fourni de 
nombreuses illustrations à diverses revues russes et laisse plusieurs récits 
d'aventures dont les sujets sont empruntés aiix conquêtes des Russes dans 
l'Asie centrale; — Georg Krusé, auteur dramatique allemand, ancien 
directeur du Théâtre national de Berlin, mort en cette ville, en décembre, 
à 79 ans, auquel on doit diverses pièces de théâtre, pubhées sous le pseudo- 
nyme de Silesius, notamment Sie weint (Berlin, 1891, in-8) et Sie ist stumm 
(Berlin, 1894, in-8); — Dr. Lindemaînn, directeur de l'École de commerce 
d'Osnabruck en Westphalie, mort en cette ville, le 21 décembre; — J. G. 
LoERscHER, missionnaire connu comme sinologue, mort à Bâle, en décem- 
bre; — le T. R. P. Henri-M. Lucq, , prieur des dominicains de Bruxelles, 
provincial, à deux reprises, de son ordre pour la Belgique, à qui l'on doit 
une Histoire du Très Saint Sacrement de miracle, de Bruxelles, mort à 
Bruxelles, en janvier, dans sa 72<^ année; — Thomas Mckie, écrivain anglais, 
qui fut l'ami de Carlyle et qui a publié, entre autres volumes : Lyrics and 
Sonnets et Summer Ramhles, mort le 22 décembre, à Edimbourg, à 78 ans; 

— l'abbé MÉvis, professeur au petit séminaire de Matines, mort le 3 janvier, 
à l'âge de 36 ans; — Dr. Hermann Minkowski, professeur de mathéma- 
tiques à l'Université de Goettingue, mort dernièrement en cette ville; — 
Donald G. Mitchell, écrivain américain, ancien consul des États-Unis à 
Venise, mort dernièrement à 86 ans, lequel, continuant la tradition de 
Washington Irving, avait publié quelques volumes dans le genre sentimental, 
tels que Dream Life et Rêveries of a Bachelor; — le major anglais Percy 
B. MoLESwoRTH, astrouome, connu par les observations planétaires qu'il 
a faites à Trikomali, dans l'île de Ceylan, où il était en garnison, mort der- 
nièrement à 42 ans; — Dr.Josef Pernter, professeur de météorologie à l'Uni- 
versité de Vienne, mort à Arco, dans le courant de décembre, à 61 ans; — 
Ugo Pesci, journaliste et écrivain italien, qui avait joué un rôle politique 



- 176 - 

important vers 1870 et a publié plusieurs volumes intéressants, tels que 
Firenze Capitale et Roma Capitale, mort dernièrement à Bologne; — Dr. 
Franz von Preuschen von Liebenstein, professeur de gynécologie à l'Uni- 
versité de Greifswald, mort en cette ville, au commencement de janvier, 
à 64 ans; — Karl Rethwisch, poète allemand, mort à Altona, le 14 janvier, 
à 70 ans, lequel laisse plusieurs volumes écrits en bas-allemand, parmi 
lesquels les plus connus sont : Knospen et Weinachtsbilder; — Wilhelm 
ScHAEFER, ancien professeur d'économie politique à l'École technique 
supérieure de Hanovre, mort en cette ville, le 16 décembre, à 75 ans, lequel 
laisse plusieurs ouvrages, notamment : Lehrbuch der Milchwirtschajt. Ein 
Leitfaden fiir den Unterricht an milchwirtschaftlichen und landwirtschaftlichen 
Lehranstalten (Stuttgart, 1892, in-8), et Lehrbuch der Hauswirtschaft. Ein 
Leitfaden fiir den Unterricht an Hausaltungsschulen un zweckverwandten 
Lehranstalten (Stuttgart, 1893, in-8); — Dr. Gustav-Heinrich Schneideck, 
écrivain allemand, mort dernièrement à Berlin, lequel a publié un certain 
nombre de poèmes et de romans, entre autres : Neue Berliner Maerchen 
(Leipzig, 1892, in-8), Ijn Osten Berlins. Ein zozialistiches Roman (Leipzig, 
1892, in-8) et Berliner Tracuniereien (Berlin, 1893, in-8);- — Harry Govier 
Seeley, ancien professeur de géologie au « King's Collège » de Londres 
et au « Royal Indian Engineering Collège >' de Cooper's Hill, dont les nom- 
breux ouvrages de géologie, principalement sur les fossiles, sont très estimés, 
mort dernièrement à Londres, à 70 ans; — Friedrich SchOtz, journaliste 
viennois, qui pendant de longues années fut un des principaux rédacteurs 
de la Neue Freie Presse, mort dernièrement à Vienne, à 63 ans; — - Charles 
Tardieu, un des membres les plus en vue de la presse belge, directeur de 
V Indépendance belge jusqu'en 1903, ancien directeur de la revue parisienne 
Y Art, ancien correspondant du Temps à Bruxelles, membre de l'Académie 
royale de Belgique, mort à Bruxelles, le 17 janvier, à 71 ans; — le comte 
Salias de Tournemir, romancier russe, mort à Moscou, le 17 décembre, à 
66 ans; — Karl Vollers, orientaliste allemand, professeur de philologie à 
l'Université d'Iéna, mort en cette ville le 5 janvier, à 51 ans, lequel laisse 
les volumes suivants : Volkssprache und Schriftsprache ini alten Arabien 
(Strasbourg, 1906, in-8) et Katalog der islamischen christlich-orientalischen , 
judischen und samaritanischen H andschriften der Universitnts-Bibliothek 
zu Leipzig (Leipzig, 1906, in-8) ; — ■ Aloïs Walgraeve, artiste peintre, qui s'est 
fait une place dans les lettres flamandes en publiant une série de romans qui 
comptent parmi les meilleurs ouvrages populaires, mort à Heyst-sur- 
Mer, au commencement de janvier. 

Lectures faites a l'Académie des inscriptions et belles-lettres. — 
Le 18 janvier, M. Besnier lit un rapport, accompagné de photographies, 
sur des nécropoles romaines découvertes auprès de Tanger. • — M. Pinart 
lit un rapport de M. le docteur Vaillant au sujet des fouilles de MM. 
Pelliot et Nonetti en Asie centrale. — M. Loth parle d'un calendrier 
gaulois trouvé à Coligny. — Le 11, M. Cordier prononce l'éloge de M. de 
Boislisle, récemment décédé. — M. Bouehé-Leclercq lit une note exposant 
la méthode employée par M. Foucart dans la composition de son ouvrage 
sur r Histoire des religions. — Le 22, M. Cagnat explique, au nom de M. de 
Merlin, des inscriptions découvertes sur le chemin de Ghadames, et rela- 
tives à un fortin établi au temps de Septime Sévère. — M. M. Roy 
établit que le Livre de fortune publié par M. Lalanne, est l'œuvre du second 
des Cousin. — M. S. Reinach lit un travail de MM. Piroutet et Déchelette au 
sujet des fouilles pratiquées à Salins dans le Jura. 



— 177 — 

Lectures faites a l'Académie des sciexces morales et politiques. 

— Le 9 janvier, MM.de Foville et Stourm prononcent les allocutions d'usage 
iors du changement de président.— Le 16, M. Maurice Bellom lit un mémoire 
sur le Juste Salaire qui, sous les auspices de la liberté, doit résulter, d'après 
lui, de la pratique de l'indépendance des contrats par une combinaison 
■de l'assurance des ouvriers contre le chômage et des patrons contre la grève. 

— Le 23 ,M. d'Haussonville lit un mémoire sur le travail des femmes à domi- 
cile. — Le 30, MM. Paul Leroy-Beaulieu et Passy discutent les conclusions de 
M. le comte d'Haussonville. 

Concours. — La Faculté juridique et économique de l'Liniversité de Fri- 
bourg en Brisgau met au concours, pour le prix Rudolf Schleiden (1.250 fr.), 
une étude sur l'influence exercée par la philosophie classique de l'Allemagne 
sur la science économique au xix^ siècle. 

Prix. — Voici la liste des prix décernés le 26 novembre 1908, au cours 
de la séance publique de l'Académie française. 

Prix d'éloquence (4.000 francs). — Sujet : Un Discours sur Taine. 
Prix de 3.000 francs à M. Charles Picard et un prix de 1 .000 francs à M. A. 
Ferey. ■ — Une mention à M. Codorniu. 

Prix Montyon (19.500 francs). — Quatre prix de 1.000 francs : L'Alerte 
par M. Pierre Baudin; — Christian Garnier (1872-1898). par Dom Paul 
Denis; — iSeuf ans à Madagascar, par M. le général Galliéni; — Explo- 
rations au Maroc, par M. Louis Gentil. 

Trente et un prix de 500 francs : Le Désir de vivre, par ]M. Paul Acker; — - 
Le Lieutenant de Trémazan. Un Officier de VEst, par M. Pierre d'Aulnoye; — 
Londres et la vie à Londres, par M. F. de Bernliardt; — L'Invasion^ par 
M. Louis Bertrand; — Isographie de F Académie française, par M. R. Bon- 
net; — Gréard. Un moraliste éducateur, par M"e p. Bourgain; — Le Pardon 
du grand-père, par M^^^ Julie Borius; — Une Amoureuse, par W^^ Bouyer- 
Karr; — De Port- Arthur à Tsou-Chima, par M. Marc des Courtis; — Sous 
le ciel gris, par M. Simon Davaujour; — Maître Josias, par M^'e Marie 
Diemer; — Vie de William Hazlitt V essayiste, par M. Jules Douady; — 
Heures d'Ombrie, par M. Gabriel Faure; — Souvenirs et impressions de 
1870-1871, par M. Gustave Fautras; — Un Soldat. Le Lieutenant Burtin 
(1874-1905), par Je commandant de Fonclare; — Sur quelques idéalistes 
par M. Gaillard de Champris; — Espagne, impressions de voyage et d'art, 
par ]\L H. CTuerlin; — Souvenirs d'hier. Rome. Gascogne, par M. Fernand 
Laudet; — La Grande Ile de Madagascar, par M. Marins Ary-Leblond ; — 
Frère et sœur, par M. Victor Lesté; — Ames de soldats, par le commandant 
Le Tersec; - - Quarante bêtes, par M. Pierre Louit; — Les Vies nécessaires, 
par M. Georges Maze-Sencier; — Étude sur la pensée scientifique chez les 
Grecs et chez les modernes, par M. G. îMilhaud; — Fantasias, par ]\L Max 
de Nansouty; — Souvenirs d'un engagé volontaire (Belfort, 1870-1871) 
par i\L ]\larcel Poilay; — La Marquise de Lage de Volude (1764-1842), par 
M"^fi de Reinach-Foussemagne ; — Pour nos soldats, par le capitaine Romain ; 
— L'Évolution du théâtre contemporain, par MM. Alphonse Séché et Jules 
Berthaut; — Les Sentiers de l'amour, par M. Abert-Émile Sorel; — Une 
Française au Maroc, par M"»"^ Mathilde Zeys. 

Prix Juteau-Duvigneaux (2.000 francs). — Un prix de 1.000 francs. Le 
Cœur et ses richesses, par M. le chanoine Lenfant; — Deux prix de 500 francs 
(%acun : L'Abbé Camille Rambaud, de Lyon, par M. Joseph Biiche; — 
Saint-Martin (316-397), par M. Adolphe Régnier. 

Prix Sobricr- Arnould (2.000 francs). — Un prix de 1.000 francs à M. 
Fkvrieu 1909. T cxv. 12. 



— 178 — 

Albert Cim, pour : Le Livre. — Deux prix de 500 francs chacun : Robin- 
sons sous-marins, par le capitaine Danrit; — Le Théâtre au collège, du 
moyen âge à nos jours, par M. L.-Y. GoRîot. 

Prix Furtado (de Bayonne) (1.000 francs). — Deux prix de 500 francs 
chacun : à M. de Maricourt : Madame de Souza et sa famille; — à M. Aloys 
de [Molin : Les Procès de M. de Montyon dans le canton de Vaud. 

Prix Fabien (3.200 francs). • — Deux prix de 600 francs chacun : La Vie 
à In campagne, par M. Cunisset-Carnot ; — La Chine novatrice et guerrière, 
par M. le capitaine d'Ollone. — Quatre prix de 500 francs chacun : L'Aurore 
australe, par M. Biard d'Aunet. — Le Pérou contemporain, par M. Garcia 
Calderon; , — Histoire de la commune du Tronquai/, par M. L. Legras. — 
Le Pérou économique, par M. Walle. 

Prix Charles Blanc (1.800 francs). — Un prix de 800 francs à M. Jules 
Comharieu : La Musique, ses lois, son évolution. ■ — Deux prix de 500 francs 
chacun : Un Romantique sous Louis- Philippe, Hector Berlioz (1831-1842), 
par ^I. Adolphe Boschot; — Baphaël, par M. Louis Gillet. 

Prix Gobert (10.000 francs). — Le grand prix à M. Camille Jullian : 
Histoire de la Gaule; — le second prix à M. Paul Courteaidt : Biaise de 
Montluc, historien. 

Prix Thérouanne (4.000 francs). — Deux prix de 1.000 francs chacun : 
La Russie et le Saint-Siège (études diplomatiques), par Isl. l'abbé Pierling;' — 
Règne de Charles III d'Espagne (1759-1788), par M. François Rousseau. — 
Quatre prix de 500 francs chacun : U Architrésorier Lebrun, gouverneur 
de la Hollande (1810-1813), par M. de Caumont La Force; — Mandrin, par 
M. Funck-Brentano; — Paul I^^ de Russie avant V avènement (1754-1796), 
par M. Pierre Morane ; — L'Europe et la Résurrection de la Serbie (1804-1834), 
par M. Grégoire Yakschitch. 

Prix Halphen (2.000 francs). — Quatre prix de 500 francs chacun : 
M'illiam Blake, mysticisme et poésie, par M. P. Berger; — Littérature italienne, 
par M. Henri Hauvette; — Un Poète réaliste anglais. George Crabbe (1754- 
1832), par M. R. Huchon; — Un Évêque assermenté (1790-1802), Le Coz, 
évêque d' I lie- et- Vilaine, par M. l'abbé Roussel. 

Prix Bordin (3.000 francs). — Un prix de 1 .000 francs à M. Louis Dela- 
ruelle : Guillaume Budé. — Quatre prix de 500 francs cli,acun : La Théorie 
de Vart pour Vart, par M. Albert Cassagne; — La Poésie amoureuse de la 
Renaissance italienne, par M. de Gubernatis; — Molière et V Espagne, ]iav 
]\I. Guillaume Huszar; — Les Philosophes grecs. Socrate. Aristote. Platon, 
|iar ]\L Clodius Piat. 

Prix Marcelin Guérin (5.000 francs). — Un prix de 1.000 francs à M. 
Christian ^laréchal : Lamennais et Victor-Hugo. Lamennais et Lamartine. 
— Huit prix de 500 francs chacun : La Comtesse de Mirabeau (1752-1800), 
par M. Dauphin Meunier; — La Légende de Don Juan, par M. Gendarme 
de Bévotte; — La Louisiane sous la Compagnie des Indes (1717-1731), par 
M. Pierre Heinrich; — La Manœuvre de Lutzen (1813), par M. le colonel 
Lanrezac; — Théodore de Neuhoff, roi de Corse, par M. André Le Glay; — 
La Bérénice de Racine, parM. G. Michaut; — La Philosophie de V impérialisme, 
par M. Ernest Seillière; — Le Conseiller François Tronchin et ses amis, par 
M. Henry Tronchin. 

Prix Guizot (3.000 francs). — Un prix do 1.000 francs à M. Etienne 
Dejean : Un Préfet du Consulat, Jacques-Claude Beugnot. — Quatre prix 
de 500 francs chacun : Ralph-Waldo Emerson, sa vie et son œuvre, par 
Mlle Dugard; — Psychologie de deux Messies positivistes : Saint-Simon et 



— 170 - 

Auguste Comte, par M. Georges Dumas; — Le Poète J.-F. Regnard en son 
chasteau de Grillon, par M. Joseph Guyot; — Venise au dix-huitième siècle, 
par M. Philippe Monnier. 

Prix Langlois (2.000 francs). — Un prix de 800 francs : La Reine Victoria 
(Correspondance inédite), traduit par M. Jacques Bardoux. — Un prix de 
700 francs : Newman. Grammaire de V assentiment, traduit par M""" Gaston 
Paris. — Un prix de 500 francs : Johan Bojer. La Puissance du mensonge, 
traduit par M. Guy-Cliarles Gros. 

Prix Saintaur (3.000 francs). — ■ Deux prix de 1.000 francs cha un : 
]'etit Glossaire des classiques français du dix-septième siècle, par M. Edmond 
Huguet; — Recherches sur la syntaxe de la conjonction « que » dans V ancien 
français, par M. Graème Ritchie. — Deux prix de 500 francs chacun : 
Œuvres de Tristan F H ermite, par M. Edmond Girard; — Lexique de la langue 
de Bossuet, par M. l'abbé J.-A. Quillacq. 

Prix Jules Janin (2.500 francs). — Deux prix de 1.000 francs chacun : 
Tcrtullien, par M. Pierre de Labriolle; — Les Drames d'Eschyle, de Sophocle, 
(V Euripide, par M. Martinon. — Un prix de 500 francs à M. l'abbé G. Albin 
de Gigala : L'Imitation de Jésus-Christ. 

Prix Archon-Despérouses (2.500 francs). — Un prix de 1.000 francs : Le 
Chemin de la mer, par M. Emile Poirier. — Trois prix de 500 francs chacun : 
Les Lauriers de V Olympe, par M. Pierre de Bouchaud; — Jeunesse, par 
j\imQ Fernand Grech ; — Celles qui attendent, par M"'*^ Jane Perdriel-Vaissière. 

Prix Capuran (1.600 francs). — Un prix de 600 francs à M. Théodore 
Botrel : Notre-Dame Guesclin. — Deux prix de 500 francs chacun : Estelle, 
par Mlle Eugénie Houchard; Bayard, par M. de Wils. 

Prix I^efèvre-Deumier (1.000 francs). — Les Bouffons, poésies, par M. 
IMiguel Zamacoïs. 

Prix Toirac (4.000 francs). — Egalement partagé entre MM. de Caillavet 
et de Fiers : U Amour veille, pièce représentée en 1908 au Théâtre-Français. 

Prix Emile Augier (5.000 francs). — Deux prix de 2.000 francs à M. 
Emile Fabre : I^es Ventres -dorés, pièce représentée au théâtre de l'Odéon, 
en 1905; — à M. Catulle Mendès : Glatigny, pièce représentée au théâtre 
de l'Odéon, en 1905. — Un prix de 1 .000 francs à MM. Bouchinet et Guinon : 
Son Père, pièce représentée au théâtre de l'Odéon en 1907. 

Prix Kastner-Boursault (2 . 000 francs). — Décerné à M. Maurice Maindron. 

Prix Née (3.500 francs). — Décerné à M. Le GofTic. 

Prix Viiet (2.500 francs). — Décerné à M. Georges Goyau. 

Prix M aillé-Latour- Landry (1.200 francs). — Décerné à M. Georges 
d'Esparbès. 

Prix Lambert (1.600 francs). — Décerné à M. Paul Gaulot. 

Prix Xavier Marmier (850 francs). — Décerné à M. Léon Barracand. 

— Pour le tome P'' de son importante Bibliographie française, 1900-1904, 
que le Polybiblion a présenté à ses lecteurs (juin 1908, t. GXII, p. 530-532), 
M. H. le Soudier, proclamé lauréat de la Société d'encouragement dans sa 
séance du 22 janvier dernier, a obtenu comme tel, une médaille de vermeil : 
très juste distinction dont nous félicitons sincèrement le bénéficiaire. 

Index. — La S. Gongrégation de l'Index vient de condamner les ouvrages 
suivants : La Fin du catholicisme, par Jehan de Bonnefoy; Vers V unité de 
la croyance, par le même; Le Catholicisme de demain par le même; U Autorité 
des Évangiles, par Henri Loriaux; Les Ephémérides de la Papauté, par Jean 
Vrai; The Christ founded order on the secular priesthood, par S. Vaudry; 
/ problemi delV Italia contemporanea, par R. Murri ; Éléments de psycholo- 
gie concrète et métaphysique, par Melchior Ganal. 



— 180 — 

Paris. — Le dimanche 14 février courant a eu lieu, au Restaurant des 
Sociétés savantes, le 4^ déjeuner des rédacteurs et collaborateurs du 
Polybiblion. Le 5" se fera en mai prochain, à une date qui sera ultérieure- 
ment fixée. 

— Signalons la récente apparition du tome X des Lettres de Louis XI, 
roi de France, publiés d'après les originaux pour la Société de l'histoire 
de France (Paris, Laurens, 1908, in-8 de 502 p. — Prix : 9 francs). Dans 
ce volume dont la préparation est due à MM. Joseph Vaesen et B. de 
Mandrot, ont été réunies des lettres du Roi (numérotées MDCCCX à 
MDCCCCXIV) allant du 14 octobre 1482 au 19 août 1483, plus un Supplé- 
ment (li^5-lil3) composé de pièces numérotées MDCCCCV à MMCLXIV. 
Rappelons que chaque lettre est précédée d'une brève analyse, avec indi- 
cation des sources et que l'annotation, très soignée, est copieuse. 

— Il faut rendre justice aux intentions de M. Jules Bertaiit : en sa ferveur 
balzacienne, il a voulu donner sur l'auteur de la Comédie humaine deux 
petits volumes qu'il s'est efforcé de rendre intéressants — qui le sont, en 
efîet, pour les " débutants » — mais qui n'échappent pas à la critique. Le 
premier a pour titre : Honoré de Balzac. La Femme et V Amour, pensées et 
observations recueillies et précédées d'une Introduction (Paris, Sansot, 1908, 
petit in-12 de 85 p. — Prix : 1 fr.). M. J. Bertaut ne semble pas se douter 
que. longtemps avant lui (en 1866), Alphonse Pages avait publié chez Michel 
Lévy un très compact volume intitulé : Balzac moraliste. Pensées de Balzac 
extraites de la » Comédie humaine », mises en regard des Maximes de Pascal, 
La Bruyère, La Bochefoucauld, Vauvenargues. Or, on trouve là non seule- 
ment tout ce que M. Bertaut a puisé lui-même dans l'œuvre de Balzac, mais 
beaucoup d'autres choses en plus, c'est-à-dire les pensées que le maître a 
exprimées sur l'homme, la femme, l'amour, la société, etc. Donc, le travail 
de M. J. Bertaut ne peut être considéré que comme un simple abrégé de celui 
de son devancier. — Si, ensuite, nous examinons le second volume : Balzac 
anecdotique. Choix d'anecdotes recueillies et précédées d'une Introduction 
(Même librairie, 1908, in-12 de 94 p. — Prix : 1 fr.), nous aurons alors à dire 
que le compilateur a un peu trop écourté le sujet. Il nous répondra, il est vrai, 
que la collection dans laquelle figure son recueil exigeait qu'il en fût ainsi. 
— Soit; mais aussitôt nous ferons observer que les anecdotes citées man- 
quent de références précises : inscrire à la fin de la plupart d'entre elles un 
nom d'auteur (Lamartine, Gozlan, Théophile Gautier, Werdet, etc.) ou un titre 
de périodique (par exemple : Gazette anecdotique) ne nous paraît nullement 
suffisant : il eût été nécessaire de donner le titre du livre d'où l'anecdote a 
été tirée et même la page où l'on peut la retrouver; également, quand il 
s'agit d'une revue, le titre seul est une trop vague meation : la date et aussi 
la page de la livraison étaient indispensables. Ce qu'il y a de mieux dans ces 
deux brochures, c'est l'Introduction, brève, nette, et d'ailleurs bien écrite. 

— Dans le quarante et unième fascicule du Dictionnaire des antiquités 
grecques et romaines (Paris, Hachette, gr. in-8. — Prix : 5 fr.), récemment 
paru, entre un grand nombre d'articles de droit et de religion au bas desquels 
nous retrouvons les noms de MM. Saglio, Lafage, Toutain, Liermann, Gauc- 
Ider, Thédenat, etc., nous signalerons plus particulièrement une magis- 
trale étude sur la Bomanorum respublica, la constitution de Rome aux 
diverses époques, sous une signature qui démontre quelle prévoyante sol- 
licitude M. Saglio a toujours apportée à la rédaction de son magnifique 
monument, la signature de Fustel de Coulanges. Mentionnons aussi l'article 
Bustica res, un véritable traité qui ne compte pas moins de cinquante-six 
colonnes, par M. Sorlin-Dorigny. 



— 181 — 

— A tout dernièrement paru le fascicule II du tome II de la Bibliogra- 
phie annuelle des travaux historiques et archéologiques publiés par les Sociétés 
savantes de la France, pour les années 1905-1906 (1906 surtout) (Paris, Imp. 
nationale; Leroux, 1908, in-4 de 202 p.). MM. Robert de Lasteyrie et 
Alexandre Vidier ont apporté à ce dépouillement tout le soin désirable, 
toute la science qu'on leur connaît. Sous les n" 18687 à 22764, ils ont inven- 
torié les productions si nombreuses des sociétés de la France proprement 
dite, rangées par ordre alphabétique des départements. Ils ont accompli 
la même besogne pour les colonies et les instituts français à l'étranger 
(no 22765 à 22990). 

Anjou. — Dans la Revue de V Anjou de 1908, à noter, parmi ]es œuvres 
d'histoire angevine, la suite de l'étude sur la Justice révolutionnaire en Maine- 
et-Loire (1793-1794), par M. Queruau-Lamerie; Un Rempart régionnairf> en 
Anjou, ayec vestiges reconnus sur une longueur de 5 kilom. environ, à Livré 
dans le Craonnais, par le commandant A. Pommerais; Les Écoles libres laï- 
ques à Angers, pendant le xix^ siècle, par feu M.F.-L. LaBessière; le commen- 
cement des Recherches historiques sur l'enseignement primaire en Anjou, 
depuis les origines, par M.B. Bois, qui a voulu reprendre aux sources et con- 
tinuer les recherches faites sur cette question si intéressante par MM. Céles- 
tin Port, Jules Spal et M. le chanoine Ch. Urseau. L'auteur s'occupe, dans 
cette première partie de son travail, du moyen âge, et, en « accusant prin- 
cipalement l'organisation politique et sociale », plus propre à la construc- 
tion des châteaux-forts que des écoles », il tient à « rendre justice 
à l'Église d'avoir maintenu dans, ces temps de demi-barbarie quelque 
trace d'instruction » et à « ramener à de justes proportions l'appréciation 
optimiste, à son avis, de M. Urseau, sur l'état florissant de l'instruction 
primaire en Anjou au moyen âge. » Dans la suite de son Porte- 
feuille d'un curieux, M. Joseph Denais reproduit le texte à peu près incon- 
nu de la Carmagnole de . la Vendée, chantée en 1793 par les Bleus, 
plusieurs documents sur le château de Beaufort sous Louis XIII, et de 
curieux documents sur les Francs-Maçons de la loge de Beaufort à la fin 
du xviii^ siècle, et sur leurs rapports avec les autres loges, notamment 
celle de Lille, également disparue. 

Beauvaisis. — Si le Bulletin de la Société archéologique et historique de 
Clermont-de-VOise pour l'année 1907 n'est pas très gros (Abbeville, impr. 
Paillart, 1908, in-8 de 147 p., avec 21 planches et figures), on devra cepen- 
dant constater qu'il est aussi intéressant par les sujets traités que gracieux 
par son impression soignée et son illustration abondante. La plus impor- 
tante des études cjue l'on trouve ici est celle que M. le chanoine L. Marsaux 
a composée sur VÉglise de Maignelay (p. 16-61, avec 14 planches et 4 fig.). — • 
M. E. Laurain donne ensuite un travail plus court sur Une Pierre tombale 
dans Véglise de Maignelay (p. 62-71, avec une reproduction hors texte). — 
Nous mentionnerons encore : Bornes seigneuriales des environs de Clermont 
(p. 76-80); — Une Lettre autographe de Vabbé Tondu, curé de Neuilly-sous- 
Clermont (1776-1790), publiée avec une notice historique par M. Amédée 
Beaudry (p. 88-97); — Documents pour servir à Vhistoire des mœurs clermon- 
toises, publiés par M. E. Laurain (p. 105-107); — Intailles et monnaies 
romaines trouvées à Vendeuil-Caply, par M. Paul Binant (p. 131-135, avec 
une planche). 

Bourgogne. — Trois ouvrages ont suffi pour former le tome XXIV des 
Mémoires de la Société bourguignonne de géographie et d'histoire (Dijpn, 
imp. Jacquot et Floret, 1908, in-8 de li-531 p.). Le premier est une étude 



— 182 - 

biographique très érudite et non moins passionnante sur Hugues Aubriot 
(p. 2-249), par M. Arsène Perier. L'auteur a divisé cette étude en deux 
parties. Dans la première, assez courte par rapport à la seconde (p. 2-48), 
il parle de la famille et des débuts de son personnage, puis de son rôle comme 
bailli de Dijon. La seconde partie, sensiblement plus importante (p. 49-248), 
raconte en détail les faits et gestes de Hugues Aubriot comme prévôt de 
Paris sous Charles V, jusqu'à sa chute lamentable après la mort de ce prince 
et à ses dernières' années. « Nous essayons, dit M. Périer, de retracer la vie 
d'un homme qui fut pour ses contemporains l'objet d'opinions, de senti- 
ments, de passions les plus opposés et dont la carrière, marquée par les 
étapes d'une fortune toujours croissante, s'est abîmée dans la plus effroyable 
chute; nous voudrions retrouver les traits puissants d'une figure, dont le 
relief effacé dans le lointain du passé, fut une des plus caractérisées d'un 
siècle troublé, rechercher les pièces d'un procès, reviser une sentence, sur 
lesquels la génération qui y a concouru et les siècles suivants ne sont pas 
tombés d'accord ». Ce travail est parfaitement présenté et documenté; on 
eût aimé cependant à y trouver joint un portrait d'Aubriot et surtout à le 
voir complété par une table onomastique. — Nous avons eu déjà l'occasion, 
à propos d'un tirage à part, d'analyser la très intéressante publication faite 
par C. Oursel de Deux Livres de raison bourguignons. Le Livre de Dominique 
de Cuny, chronique dijonnaise du temps de la Ligue et le Livre de la famille 
Robert, notes sur le village de Couchery, qui occupe dans le présent volume 
les pages 253 à 387 : nous renvoyons nos lecteurs à cette notice {Polybiblion 
de juillet dernier, t. CXIII, p. 88-89). — Le troisième et dernier mémoire 
a pouf auteur M. le vicomte d'Avout et pour titre : Quatre Capitales au-delà 
du Rhin (1907) (p. 391-531). Nous n'avons là encore que- la première partie 
de cette relation dont l'intitulé n'est pas tout à fait exact. M. d'Avout avait 
« primitivement restreint son récit aux quatre grandes villes, Berlin, Dresde, 
Vienne et Budapest ». Mais, réflexion faite, il a beaucoup élargi son cadre 
et ceux qui liront son travail ne s'en plaindront pas. 

Champagne. — Ne chei'chez pas la quantité dans le tome XI (années 
1907-1908) des Mémoires de la Société des lettres, des sciences, des arts, de 
Vagriculture et de l'industrie de Saint-Dizier (Saint-Dizier, imp. Brulliard, 
1908, in-8 de viii-417 p., avec de nombr. grav.). Ce volume, en effet, ne 
renferme que trois mémoires d'importance assez inégale, mais qui méritent 
d'être spécialement mentionnés ici, et tous trois avec éloges. En premier 
lieu, M. Emile Humblot donne une très artistique étude sur la Chapelle 
Sainte- Anne au cimetière de Joinville (Haute-Marne) (p. 3-85, avec plans 
croquis et photographies); — M. l'abbé Mettrier nous parle ensuite de 
l'Église Notre-Dame de Saint-Dizier (p. 89-124, avec flg.); — enfin M. l'abbé 
Eugène Humblot consacre à la Vallée du Cul-du-Cerf, ses établissements 
civils, religieux et métallurgiques (p. 127-358) un travail fort complet, ainsi 
divisé : I. Les Origines d'Orquevaux. II. La Paroisse d'Orquevaux. III. La 
Seigneurie d'Orquevaux. IV. Établissements métallurgiques. V. La Com- 
mune d'Orquevaux. VI. La Période révolutionnaire. VII. Orquevaux au 
xix® siècle. Cette monographie, appuyée de six pièces justificatives, se ter- 
mine par un index bibliographique, une table onomastique et une table 
des matières. 

Franche-Comté. — Sous les auspices de la Société d'émulation du Jura, 
M. Emile Monot, professeur au lycée de Lons-le-Saunier, a publié récem- 
ment une nouvelle traduction de l'œuvre de Gilbert Cousin (qui fut pendant 
un temps secrétaire d'Érasme), œuvre écrite en latin et intitulée : Rrevis 



— 183 — 

ac dilucida superioris Burgundiae quae Ccinitatus nomine censetur descriplio. 
M. Monot s'est servi des deux éditions de cette espèce de relation, parues 
en 1552 et en 1562, pour sa traduction, qui porte le titre suivant:La Franche- 
Comté au milieu du xvi^ siècle, ou Description de la Haute-Bourgogne connue 
sous le nom de Comté, par Gilbert Cousin, de Nozeroy (Lons-le-Saunier, imp. L. 
Declume, 1907, in-8 de vii-309 p., avec un portrait de G. Cousin, et vues 
anciennes et une reproduction du titre de l'édition de 1562). La première 
traduction française de cet ouvrage a été donnée en 1863, déjà aux frais 
de la Société d'émulation du Jura, par le D'^ A. Chereau, a qui l'on pouvait 
reprocher d'assez nombreuses inexactitudes et même quelques grosses 
erreurs d'interprétation. Il en coûte visiblement à M. Monot de le constater; 
encore fallait-il qu'il justifiât la nécessité de cette nouvelle traduction. Il 
a d'ailleurs beaucoup relevé le mérite de son travail en le complétant par 
des notes nombreuses et érudites, lesquelles ne sont pas seulement histo- 
riques, biographiques et géographiques, mais aussi judicieusement critiques 
à de multiples points de vue. En somme, ces notes donnent à l'œuvre de 
Cousin, rajeunie et par suite plus compréhensible, une vie qui manquait 
à l'édition Chereau. « J'ai fait suivre ma traduction du texte latin,, dit 
M. É. Monot, dans son Introduction. Cousin en a donné deux éditions : en 
1552 (à Bâle, chez Jean Oporin) et en 1562, dans ses Opéra multifarii argu- 
menti. La deuxième est plus complète que la première et elle offre plusieurs 
remaniements. J'ai suivi la deuxième, que j'ai collationnée sur l'exemplaire 
des Archives du Doubs, en donnant en note les variantes de la première, 
que possède la Bibliothèque de Lons-le-Saunier, et en signalant les fautes 
d'impression du texte de Chereau... Voici donc l'œuvre de Cousin. Le 
lecteur va y trouver bien du bavardage, une érudition ridiculement déplacée 
et des étymologies enfantines... Mais quoi ! si Cousin manquait de goût, il 
a fait une œuvre bien utile et qui reste intéressante )>.— Ce qui manque ici, 
c'est une biographie de Cousin; celle dont Chereau avait fait précéder sa 
traduction a évidemment besoin d'être refaite et M. Monot l'a bien sen- 
ti; mais comme M. P. -A. Pidoux en prépare une, et que cet érudit doit 
être particulièrement bien documenté sur le personnage, il a cru devoir 
s'abstenir. Cela ne nous empêchera nullement de proclamer bien haut que 
M. Monot a fait une œuvre remarquable à tous égards, laquelle ne peut 
manquer d'être recherchée par les amateurs de livres instructifs et curieux 
sur nos anciennes provinces. 

— Très régulièrement, la Société d'émulation du Jura nous adresse ses 
travaux et nous sommes toujours heureux de les mentionner ici. Ces jours 
derniers, elle nous a fait parvenir le deuxième volume de la huitième série 
de ses Mémoires (Lons-le-Saunier, imp. L. Declume, 1908, in-8 de 441 p.). 
C'est M. P. -A. Pidoux qui ouvre le volume par des Notes sur V ancienne liturgie 
bisontine. II. Le Sacramentaire de V archevêque Hugues le Grand, étude sur 
le plus ancien manuscrit liturgique bisontin (1030) (p. 3-49). — Nous citerons 
ensuite : Les Lacs du Jura dans le passé et dans V avenir, par M. l'abbé Bour- 
geat (p. 53-64); — Note complémentaire sur quelques pointes à crans latéraux, 
par M. L. Lebrun (p. 67-71, avec une planche) ; — Danaé, scène préhistorique 
(p. 91-118) et Lendemain de bataille (p. 119-123), par M. P. Guichard, poète 
de mérite, qui a peut-être tort de ne pas chanter sa province; — Huit Jours 
à Rome [Pâques 1908), simples notes de voyage, par M. Emile Monot (p. 127- 
242). « Notes sans prétention», dit l'auteur. Mais, ajouterons-nous, assuré- 
ment pas sans esprit ni humour. Tant de gens se croient obligés, quand ils 
ont vu Rome, de nous en parler de façon lamentablement banale, que 



— 184 — 

lorsque se présente une relation de ce genre, on la salue comme reposante 
et à la lois instructive « sans prétention »; — Tête de Mercure, gallo-romain 
en bronze, trouvée à Samery {Côte-(rOr){\). 245-247, avec une fig.) et La Ville 
(VHaibe au territoire de Rochejort [Jura) (p. 251-260), par M. Julien Feuvrier. 
Ces deux notices ont été examinées à cette place dans notre précédente 
livraison (p. 88); — Relation lorraine de la bataille de Poligny (19 juin 1638) 
(p. 275-288) et Notes sur le régiment de la Verne (xyii? siècle) (p. 291-333), 
par M. Emile Longin. Dans notre livraison de janvier dernier (p. 87-88) il 
a été question spécialement de ces deux travaux de M. Longin; — Contri- 
bution à rétude de Véleclrnmagnétisme, par M. Clémençot (p. 337-416); — 
Deux Visites à Alise-Sainte-Reine (p. 76-88) et Une Excursion à Alaise 
(p. 263-272), par M. Éipile Monot. Le docte traducteur de Gilbert Cousin 
semble s'être assez amusé dans ses trois « pèlerinages », mais ce n'est pas 
lui qui prendra feu pour la fameuse question du véritable emplacement de 
l'oppidum gaulois. Il penche à peine pour Alise-Sainte-Reine; mais il déclare 
aux archéologues qu'il ne s'égarera pas sur leur champ de bataille. « Pour 
moi, dit-il non sans gaîté, Alesia sera où vous la placerez, à Alise, à Alaise, 
à Aluze, ou même, si vous y tenez, à AJièze, au bailliage d'Orgelet. « 

— A défaut de -M. Monot. voici M. Noël Amaudru qui, lui, est parfaitement 
décidé à se mettre à la recherch'e de la véritable Alesia. D'abord, il ne croit 
pas qu'Alise Sainte-Reine soit Alesia. Dans sa brochure : La Position, actuelle 
de la question d\Alesia ( Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-18 de 24 p. — Prix : 
fr. 75), il donne ses raisons, parfois sur un ton très comique. Et il conclut : 
« Je persiste à entrevoir ime Alesia vers l'Est, dans une direction qui pourrait 
être, mais qui n'est pas forcément, je le reconnais, celle d'Alaise, et,' sans 
négliger l'argument péniblement emprunté à quelques débris toujours con 
testables, à quelques pièces de métal qui ne suffisent pas à situer un évé- 
nement, je ne veux accorder ma confiance qu'à un faisceau de preuves 
parfaitement concordantes » (p. 14). Et comme les paroles, sans les actes, 
s'évaporent, qu'a fait M. Amaudru? Il a formé un groupe déjà important 
dont la raison sociale est : Alesia. Comité d'études et de recherches historiques. 
Quant au siège, il se trouve 22, avenue de l'Observatoire, à Paris.^ — Voilà, 
du moins, une initiative résolue et convaincue. Nous attendons à l'œuvre 
M. Amaudru et ses amis, et nous leur souhaitons tous les succès. 

— Philippe Chifïlet qui, en son temps (xvii'^ siècle), fut abbé de Balerne 
et vicaire général du diocèse de Besançon, avait réuni quantité de documents 
dans le but d'écrire la vie de l'infante Isabelle-Claire-Eugénie, gouvernante 
des Pays-Bas et du Comté de Bourgogne pour le roi d'Espagne. Mais son 
projet ne fut pas mis à exécution et les documents dont il s'agit se trouvent 
aujourd'hui à la Bibliothèque de Besançon où M. Emile Longin les a con- 
sultés et desquels il a tiré le sujet de sa Contribution à l'histoire de Vinfante 
Isabelle-Claire-Eugéfiie (Vesoul, imp. L. Bon, 1909, petit in-8 de 30 p.). Ce 
que 1 auteur fait ressortir surtout c'est la générosité de cette princesse 
« à laquelle la Franche-Comté dut de longues années de paix avant d'être 
désolée par la guerre ». On est, en efïet, frappé de la richesse des cadeaux 
de toutes sortes qu'elle aimait à offrir à certains souverains, aux dignitaires 
de l'Église, aux sanctuaires, aux grands personnages avec qui elle entretint 
des relations et aussi à son entourage. L'énumération de ces beaux présents 
et la description de plusieurs d'entre eux peuvent autant servir à l'histoire 
de l'art qu'à celle des mœurs dans la première moitié du xyii» siècle. 

— Deux curés de campagne, M. l'abbé V. Tissot, curé de Boussières, 
et M. l'abbé L. Gauthier, curé de Grand'Combe-des-Bois, dans le but d'en- 



— IBS — 

rayer la décadence des fruitières (autrement dit fabriques de fromages) de 
leur région, ont rédigé en collaboration une plaquette extrêmement inté- 
ressante : Les Fruitières des Mojits-Jura. Crise et remèdes (Besançon, Lan- 
quetin; et chez les auteurs, s. d. (1908), in-16 de 34 p. — PrLx : fr. 35). 
En six chapitres, les auteurs retracent Thistorique des fruitières depuis 
les origines, leur organisation passée et présente, ainsi que les causes de la 
crise qu'elles traversent en Franche-Comté. Puis ils font le tableau de l'amé- 
nagement du chalet de fabrication, de l'outillage qu'il comporte et des 
qualités requises pour faire un fromager accompli; enfin ils exposent les 
moyens par lesquels les intéressés peuvent tirer le meilleur parti de l'exploi- 
tation. Tout cela, certes, est fort louable, et chacun reconnaîtra que les 
deux ecclésiastiques ont bien mérité de leurs compatriotes. Mais, il y a un 
mais — et un gros — il faut compter avec les imperfections de la nature 
humaine, c'est-à-dire « les jalousies, les rancunes de village, les rivalités 
de famille et mille petites misères qui sont la plaie des œuvres de mutua- 
lité )). Cette brochure mérite d'être grandement propagée dans les pays où 
l'on fabrique les fromages dits de Gruyère : même si elle ne donne que de 
médiocres résultats, elle restera tout à l'honneur des deux curés comtois, 
esprits avisés, observateurs et pratiques. 

— Toujours spirituel, le Diairi, almanach montbéliardais pour 1909 (Mont- 
béliard, imp. Barbier, in-4 de 94 p., illustré), toujours curieux sous le rapport 
du patois local, mais aussi toujours bien mal inspiré avec ses plaisanteries 
de mauvais goût sur les « tiuries » (curés). Pourquoi donc s'attaquer ainsi 
avec persistance au clergé catholique? Est-ce parce que nous sommes là en 
pays protestant? Il nous semble que la verve patoise du Diairi aurait pu 
infiniment mieux égayer son public en visant un plus gros gibier... N'in- 
sistons pas. Dans cet almanach, point du tout banal, on peut lire, en fran- 
çais, des poésies, un peu fortement réalistes, d'un vrai poète, l'horloger 
Duplain, de Besançon, et quelques notices historiques intéressantes sur 
le pays de Montbéliard. 

Vermandois. — La Société académique des sciences, arts, belles-lettres, 
agriculture et industrie de Saint-Quentin ne compte assurément pas parmi 
les plus anciennes de la France ni parmi celles ayant le plus produit; et ce- 
pendant il convient* de la donner en exemple, sur un point nullement 
négligeable, à la grande majorité de ses sœurs les plus cotées dans le monde 
savant de nos provinces. Nous nous expliquerons tout à l'heure. Commen- 
çons par inventorier les travaux dont se compose le dernier volume, remar- 
quablement imprimé (tome XV de la 4^ série de la collection. Années 1901 
à 1904), publié par la Société académique de Saint-Quentin (Saint-Quentin, 
imp. du « Guetteur », 1907, in-8 de 428 p., avec 2 portraits, 5 planches et 
un plan). Après un bref discours du président, M. Damoiy (p. 5-8), viennent 
trois rapports sur des concours, dont le premier {Histoire locale) est présenté 
par M. l'abbé Léon Delorme et les deux autres (Biographie et Poésie), par 
M. Élie Fleury. — A ces rapports succède, sous le titre : A un Ruisseau, une 
poésie de 21 « douzains », de M. Edmond Henvaux. — M. Élie Fleury conte 
ensuite, avec humour, une histoire intitulée : Comment maître Wimy perdit 
son procès (p. 49-65). Est-ce une' histoire « arrivée » ou une spirituelle fan- 
taisie? Seuls peuvent le savoir les Saint-Quentinois au courant de ce qui se 
passait en leur ville vers la fin du premier Empire et au commencement de la 
Restauration. Ces pages, dans tous les cas, sont bien amusantes. A signaler 
enfin : Anatole Vély, biographie, par M. Abel Patoux (p. 61-91), avec por- 
trait); — Ronssoy, commune du canton de Roiscl (6'o/«me), par M. Maurice 



— 180 - 

Thiéry (p. 92-104); — Vase funéraire carolingien trouvé à Monceau-le-Neuf, 
par M. Jules Pilloy (p. 105-111, avec 1 pi.); — Une Exécution capitale à 
Saint-Quentin en 1754, par M. Théophile Eck (p. 112-132); — La Fin d'un 
monastère (l'abbaye de Fervaques), par M. André Fleury (p. 133-151, avec 
3 planclies); — Un Reclus à Nointel pendant la Terreur. Lettres du citoyen 
Éloy Fouquier, ex-procureur du Roi à Saint-Quentin, et de sa femme, publiées 
par M. Abel Patoux (p. 152-216, avec portrait); — Pierre-Louis Gosseu, 
écrivain patoisant picard; sa vie et ses œuvres, par M. Maurice Thiéry (p. 217- 
236) ; — Une Émeute populaire à Saint-Quentin au xi\^ siècle, par M. Emma- 
nuel Lemaire (p. 240-243); — Découverte d'une inscription relatant la pose 
de la première pierre de la chapelle de Vabbaye de Saint-Quentin-en-V I sle , 
en 1758, par le même (p. 244-248); — Note sur Vaccent saint-quentinois, 
par M. Henri Châtelain (p. 249-271); — Une Page de la bienfaisance à 
Saint-Quentin, aperçu historique sur Vœuvre des Filles de la Charité (1650- 
1899), par M. l'abbé Léon Delorme (p. 272-300); — Les Voies antiques du 
Vermandois, par M. Alfred Bondeville (p. 301-324, avec un plan); — Un 
Episode du siège de Saint-Quentin en 1557 (p. 329-332) ; — Le lylonument de la 
bataille du 10 août 1557 à Montescourt (p. 357-360) ; — Résumés d'observations 
météorologiques faites à Saint-Quentin pendant les an?iées 1889-1896, par 
MM. Casse et Vivien (p. 361-398). — Voici maintenant ce en quoi la Société 
académique de Saint-Quentin mérite d'être louée. Combien sont-elles les 
sociétés savantes françaises qui s'abritent sous leur toit, sont installées 
dans un hôtel leur appartenant? Presque toujours, les municipalités leur 
accordent un gîte dont la stabilité est loin d'être garantie. La compagnie 
qui nous occupe en sait quelque chose, car, nous apprend son président, elle 
fut souvent « vagabonde... quant à son siège. « Or, un beau jour — ce jour 
fut, en effet, très beau — la Société obtint, à la date du 8 août 1901, un 
décret l'autorisant à acquérir un terrain et à y faire construire « un immeu- 
ble destiné à lui servir de siège » (style administratif spécial). On se mit à 
l'œuvre, et les travaux furent terminés en seize mois. Puis l'on songea à 
inaugurer 1' « immeuble destiné à servir de siège », c'est-à-dire d'hôtel, céré- 
monie qui eut lieu le 14 décembre 1902 et de laquelle M.Élie Fleury a dressé 
procès-verbal, si l'on peut dire, car les pages 333-353, relatives à Vlnaugu- 
ration de l'hôtel de la Société académique de Saint-Quentin, nous donnent, 
avec les indications d'usage dans le cas particulier : 1° le discours obligé 
du président; 2° une pièce de vers due au « talent original de M. Charles 
Tournel » (original est ici une épithète justifiée); 3° une causerie charmante 
et très littéraire de M. Maurice Thiéry sur le langage picard. — En félicitant 
la Société académique de Saint-Quentin d'avoir pu, par ses seuls moyens, 
s'installler « chez elle », nous souhaitons pareille fortune à toutes les autres 
sociétés savantes de France. — N'y aurait-il pas à ce sujet, quand les res- 
sources sociales font défaut (ce qui est le cas général) un joli rôle à jouer 
par les Mécènes locaux? Il en existe encore : le principal est de les savoir 
prendre. Est-ce que ce ne serait pas pour eux, d'ailleurs, une façon de devenir 
« immortels » plus sûrement — sans vouloir médire de personne — que 
nombre d'écrivains vite oubliés? 

Algérie. — Nous ferons le meillevu* accueil au 41^ volume (année 1907) 
du Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique du département 
de Constantine, qui correspond au tome X de la 4^ série de la collection 
(Constantine, imp. Braham,1908, in-8 de xvi-276-32 p., avec plans, planches 
et figures). Il se compose comme suit : Nouveau Document relatif à A. Larcius 
Priscus, légat de Numidie, par M. R. Cagnat (p. 3-9); — Notice archéologique 



— 187 - 

sur Henchir-Oumkif {cercle de Khenchela), par M. André Bigeard (p. 11-19» 
avec une planche et 2 fig. ); — Pièces d'or de V époque berbère, trouvées à 
Bougie, par M. J. Maguelonne (p. 21-27, avec une planche) ; — Notice sur un 
tombeau à Bougie [Algérie], par M. A. Debruge (p. 29-32, avec une planche); 
— Les Voies romaines de la région de Sétif, par M. L. Jacquot (p. 33-170, 
avec plan hors texte et 2 fig.); — La Station préhistorique de Châteaudun- 
du-Rhumel, par M. Gustave Mercier (p. 171-182, avec 2 planches); — 
Découverte à Sétif d^un château d'eau et de citernes remontant à l'époque 
romaine, par M. J. Maguelonne (p. 183-184, avec 2 grands plans). Ces deux 
simples pages se bornent à annoncer la découverte de cet important monu- 
ment « qui était enfoui sous trois mètres de terre », place Barrai. L'auteur 
nous promet, pour l'an prochain, une notice complète; attendons-là; — 
Études pnlethnologiques dans la commune mixte des Maadid, par M. A. Robert 
(p. 185-219, avec 2 planches); — Mosaïque tombale de Chabersas, par M. U. 
Hinglais (p. 221-225); — Vestiges antiques découverts dans la commune 
mixte des Maadid, par M. A. Robert (p. 227-229); — Découverte d'une basi- 
lique chrétienne à Tocqueville, par M. Joseph Gauthier, curé de la localité 
(p. 231-235, avec une figure); — Inscriptions inédites recueillies pendant 
Vannée 1907, par M. Auguste Vel (p. 243-263). Pour terminer, ne négligeons 
pas de mentionner la Chronique archéologique de M. J. Maguelonne (p. 263- 
274). 

Allemagne. — Dans un aperçu net et rapide, M. Frédéric Clément- 
Simon précise quelle a été la Politique de la Prusse en Orient de 1763 à 1871 
(Extr. de la Revue d'histoire diplomatique. Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-8 
de 33 p.). C'est la mort d'Auguste ÎII, roi de Pologne, en 1763, qui amena 
la Prusse à s'introduire dans les affaires orientales. Comme il le montre 
excellemment, cette politique « n'eut jamais en elle-même son propre objec- 
tif, elle fut une matière d'échange, un moyen de pression ou de séduction que 
les diplomates prussiens utilisèrent au mieux des intérêts européens de 
leur patrie ». C'est ainsi que Bismarck sut obtenir de la Russie qu'elle 
laissât la Prusse agir à sa guise en Occident en paraissant prêt à rendre 1h 
pareille à l'empira des Tsars; mais, selon le joli mot de Eenedetti, si « l;i 
Russie » était « une carte dans son jeu », il n'entendait pas « devenir lui- 
même une carte dans le jeu du cabinet de Saint-Pétersbourg'. » 

Angleterre. — Les 117 Chartes originales de Henri II, roi d' Angleterre 
et duc de Nortnandie, recueillies en Angleterre et photographiées par le Rév. 
H. Salter, que nous fait connaître M. Léopold Delisle, auquel elles avaient 
été libéralement communiquées par l'érudit anglais (Extrait de Ja Biblio- 
thèque de l'École des chartes, t. LXIX. Paris; Nogent-le-Rotrou, impr. de 
Daupeley Gouverneur, 1908, in-8 de 43 p.) confirment pleinement la thèse 
de l'illustre académicien français sur la chronologie des actes de Henri II 
et sur l'emploi par ce prince de la formule gratia Dei. M. Delisle nous fait 
connaître par la même occasion vingt actes émanés d'autres souverains 
ou de prélats anglais, dont le Rév. Salter lui avait également adressé la 
photographie. 

Belgique. — La Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut 
vient de distribuer le tome IX de la VI'' série de ses Mémoires et Publica- 
tions, qui forme le 59" volume de la collection (Mons, imp. Duquesne-Mas- 
quillier, 1908, in-8 avec pagination spéciale pour chaque mémoire et 
16 planches. — Prix : 5 fr.). Ce volume comprend les travaux ci-après : Noies 
sur la géologie du Mayombe occidental, par M. Jules Cornet (42 p.) ; — Études 



— 188 — 

sur révolution des cours d'eau du Boulonnais (51 p., avec 2 planches); — Les 
Curiosités atmosphériques de 1906, par M. A. Bracke (96 p., avec 4 planches); 
— Essai d'économie politique formulée. Seconde partie. Notions sur la force 
de travail, sa représentation graphique et les éléments qui lui afférent, par 
M. Arthui" Xhignesse (31 p.); — Inventaires sommaires de petites archives : 
Attre et Bebaix, pai' M. J. Dewert. Marcq, par M. Ernest Matthieu. Chimay, 
par M. Emile Dony (ensemble 19 p.); — Notes de géométrie synthétique, par 
M. L. Godeaux (10p.); — Sur deux modes de génération de la surface cubique, 
par le même (3 p.); — Sur quelques congruences particulières de droites, par 
le même (7 p.); — Les Hospices civils d Mons depuis cinquante ans (1857- 
1907), par M. Paul Heupgen (50 p., avec 10 planches). 

— Nous recevons deux opuscules anonymes sur lescpiels il convient 
d'attirer l'attention : 1° Jeunes gens on vous trompe. . . Voulez-vous être 
robustes? Soyez purs (Granimont, Œuvre de Saint-Charles, s. d. (1909),in-32 
de 63 p. — Prix: fr. 05); 2° Les Meurtriers inconscients des aines parmi les 
parents, les éducateurs et tous ceux qui s'occupent de la jeunesse. Quelques 
réflexions sur V éducation de la pureté d'après l'abbé Timon-David (Grammont, 
CÈuvre de Saint-Charles, s. d. (1909), in-32 de 72 p. — Prix : fr.'25). Cette 
dernière brochure porte deux avis : du premier, il résulte qu'elle « ne se 
vend qu'au clergé, aux éducateurs de la jeunesse, aux pères et mères de 
famille «; le second recommande de « ne pas laisser tomber le volume entre 
les mains des enfants et des adolescents ». 

— A signaler également : Le Prêtre et la Situation actuelle de l'Église, par 
l'auteur du Benouvellement dans la vie chrétienne (Grammont, Œuvre de 
Saint- Charles, s. d. (1909), in-o2 de 128 p.). Cet excellent petit livre en est 
aujourd'hui à sa vingtième édition, laquelle a été revue et augmentée. 

EsPAG?(E. — Signalons l'excellente traduction espagnole de l'opuscule 
de S. E. le cardinal-archevêque de Malines, à ajouter à la bibliographie 
déjà importante des ouvrages dirigés contre le modernisme : El Modernismo, 
su posicûjn respecta de la ciencia; su condenaciôn por el papa Pio X, por 
S. E. el cardenal Mercier. Traducciôn y prologo de Juan Zaragûeta 
(Barcelona, Luis Gili, 1908, in-12 de 56 p. — Prix : fr. 50). Il .serait 
suranné de donner, ou plutôt de répéter ici, l'anahse du travail de Mgr 
Mercier. I.e traducteur castillan est professeur de philosophie supérieure 
au séminaire de Madrid, et sa publication paraît avec la haute «approbation 
de l'Ordinaire. C'est tout dire pour en recommander la lecture sans aucune 
restriction. 

— Le P. Juan-]Ma Sola publie aussi une Solemne Profesiôn de fe 
contra las errores modernos (Barcelona, Subirana, 1908, in-32 de 64 p., avec 
portrait), oîi est condensé, sous une forme populaire, et précise, le dogme 
catholique en face des hérésies contemporaines. 

Etats-LInis. — L' Annual Beport of the board of régents of the Smithsonian 
Institution showing the opérations, expenditures and conditions of the insti- 
tution for the year enclin g June 30, 1908. (Washington, Government printing 
Office, in-8 cartonné de 548 p., avec carte et gravures), contient, comme les 
précédents volumes, en plus des rapports des secrétaires de rinstitution, 
une série d'articles scientifiques, œuvres de savants américains ou euro- 
péens. Ces derniers sont soigneusement traduits en anglais. Parmi ces 
travaux, au nombre de 26, il y a lieu de remarquer ceux de savants fran- 
çais. Ce sont les suivants : Théories modernes de l'électricité et de la matière, 
par M^is Curie (13 pages). — L'Éruption du Vésuve en avril 1906, par M. A. 
Lacroix (26 pages, 1 carte et 26 gravures). — L'Hérédité, par M. L. Cuénot. 



— 189 — 

■ — Zoologie et médecine, pai- M. R. Blanchard. — Le Rôle de la chimie dans 
les tableaux, par M. E. Lemaire.On voit que nos savants sont bien partagés. 
Les Américains ont fourni quelques travaux non moins intéressants; il 
convient de citer en première ligne l'article de M. Abbot sur les Récents 
Progrès des recherches astronomiques. Celui tout aussi remarquable de J. 
Tierman Kemp sur le Problème des veines métallifères. La Géologie des 
districts diamantifères de Bahia au Brésil, par M. Orville Derly, nous montre 
que cette gemme se trouve dans les grès et les conglomérats gréseux et non 
dans le granit comme on l'a dit à Rio-de-Janeiro. L'Italie n'est pas oubliée 
et un long article de M. G. Marconi nous met au courant des derniers pro- 
grès de la télégraphie sans fil. Les savants russes ont également leur part, 
ainsi que les Allemands, les Norvégiens et même les Islandais, témoin la 
très curieuse monographie de l'Islande, par M. Jon Stefannsson; le Pôle 
magnétique nord et le Passage du Nord-Ouest, par M. le capitaine nor- 
végien Roal Amundsen ; les Bisons du Caucase, par M. A. Yermolov, ancien 
ministre de l'agriculture de Russie ; une étude sur la ^Morphologie du 
mammouth, par M. E. Pfizenmayer, etc. 

Publications nouvelles. — La Vie liturgique, par E. Chipier. 
6^ éd. (in-16, Lyon et Paris, Vitte). — Du Connu à Vinconnu. Simple Caté- 
chisme, par l'auteur du Catéchisme expliqué sans maître (in-32, Lethielleux). 
— Dieu et V Agnosticisme contemporain, par G. Michelet (in-12, Lecoffre, 
Gabalda). — Ulmmacolata Concezione di Maria Vergine e la Chiesa greca 
ortodossa dissidente, da N. Marini (in-8, Roma, Salviucci). — L'Église et le 
Progrès du monde, par C. S. Devas; trad. de l'anglais par le P. J.-D. Fol- 
ghera (in-12, Lecoffre, Gabalda). — La Montée du Calvaire, par • P.-L. 
Perroy (in-12, Lethielleux). — Le Grand Devoir de la prière, enseigné aux 
enfants du catéchisme, par l'abbé J. Millot (in-32, Lethielleux). — La 
Religion des primitifs, par Mgr A. Le Roy (in-16, Beauchesne). — Mélanges 
d'histoire des religions, par H. Hubert et M. Mauss (in-8, Alcan). — Supplé- 
ment au Dictionnaire de philosophie ancienne, moderne et contemporaine 
{années 1906, 1907, 1908), par l'abbé E. Blanc (in-4, Lethielleux). — Études 
et controverses philosophiques, par l'abbé E. Lanusse (in-12, Roger et 
Chernoviz). — L' Anthropologie de Maine de Biran, ou la Science de Vhomme 
intérieur, suivie de la note de Maine de Biran de 1824 sur Vidée de l'existence 
(aperception immédiale, édition Cousin), par P. Tisserand (in-8, Alcan). — 
Anti-Pragmatisme, examen des. droits respectifs dje V aristocratie intellectuelle 
et de la démocratie sociale, par A. Schinz (in-8, Alcan). — Der angebliche 
exzessive Realismus des Duns Scotus, von P. P. Minges (Beitrpge zur Ges- 
chichte der Philosophie des Mittelalters) (in-8. Munster, Aschendorff). — 
Nicolaus von Autrecourt. Sein Leben, seine Philosophie, seine Schriften, von 
J. Lappe (Beitrdge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters) (in-8, 
Munster, Aschendorff). — Witelo, ein Philosoph und Naturforscher des XIII. 
J ahrhunderts , von C. Baeumker {Beitrgge zur Geschichte der Philosophie 
des Mittelalters) (in-8. Munster, Aschendorff). — Geschichte der gottesbe- 
weise im Mittelalter bis zum Ausgang der Hochscholastik. Nach derQuellen 
dargestellt von Dr. G. Grunwald [Beitrâge zur Geschichte der Philosophie, 
des Mittelalters) (in-8. Munster, Aschendorff). — Les Grands Philosophes. 
Rosmini, par F. Palhoriès (in-8, Alcan). — Aimez-les. Lettres entre directrices 
de patronage, par F. Henry (in-12, Lethielleux). — Manuel d'économie poli- 
tique, par V. Pareto; trad. de l'italien par A. Bonnet (in-8, Giard et Brière). 
— Ma Vocation sociale. Souvenirs de la fondation de l'Œuvre des cercles 
catholiques d'ouvriers (1871-1875), par le comte A. de Mun (petit in-8. 



— l'JO — 

Lethielleux). — Le Droit de grève. Leçons professées à VÉcole des hautes 
études sociales, par Ch. Gide, H. Berthélemy, P. Bureau, A. Keufer, C. 
Perreau, Ch. Picquenard, A.-E. Sayous, F. Fagnot, E. Vandervelde (in-8, 
cartonné toile, Alcan). — La Lutte contre la prostitution, -par R. Décante 
(in-18, Giard et Brière). — La Maternité et la Défense nationale contre la 
dépopulation, par le D^ Sicard de Plauzoles (in-18, Giard et Brière). — 
L'Hygiène infantile. Allaitement maternel et artificiel, sevrage, par le D"" G. 
\'ariot (in-16, Hachette). — L'Hygiène du logement, par P. Juillerat (in-12, 
carré, Delagrave). — Précis de stomatologie, par J. Redier. T. 1" (in-18, 
cartonné toile, Rudeval). — Cours de physique conforme aux programmes 
des certificats et de l'agrégation de physique, par H. Bouasse. 4^ partie. 
Optique. Étude des instruments (in-8, Delagrave). — La Télégraphie sans fil 
et les applications pratiques des ondes électriques, par A. Turpain. 2^^ éd. 
(in-8, Gauthier- Villars). — L'Électricité industrielle, par C. Lebois. 2^ partie. 
Études complémentaires des courants continus; courants alternatifs; appli- 
cations (in-12 cartonné toile, Delagrave). — Thermodynamique, par H. 
Poincaré (in-8, Gauthier- Villars). — Initiation chimique, ouvrage étranger 
à tout programme, dédié aux amis de l'enfance, par G. Darzens (in-16. 
Hachette). — Le Blé, la farine, le pain, étude pratique de la meunerie et de la 
boulangerie, par E. Rabaté (in-16 cartonné, Hachette). ■ — La Distillerie 
agricole, par D. Sidersky (in-12, Amat). — Constructions rurales. Matériaux. 
Habitations des gens, logements des animaux et des récoltes, par Paul et Pierre 
Blancarnoux (in-12. Laveur). — Exercices et leçons d'ancdyse, par R. d'Adhé- 
mar (in-8, Gauthier- Villars). — Arithmétique commerciale et algèbre finan- 
cière,^ t^qt Yi. Fuzet et L. Reclus (in-l2, Delagrave). — Mathématiques, 
commerce, comptabilité agricoles, à Vusage de V enseignement de V agriculteur, 
par J.-P. Wagner et M. Biichler (in-8, Amat). — SwÇeîv tx '. atvoaEva, 
essai sur la notion de théorie physique de Platon à Galilée, par P. Duhem 
(gr. in-8, Hermann). — Gros et petits Poissons (récits de pêches), par E. 
Maison (petit in-8. Colin). — Les Maîtres de Vart. Chardin, par E. Pilon 
(in-8 carré, Plon-Nourrit). — Bagatelle et quelques visages, par J.-F. Merlet 
(in-12, Edition libre). — Italica : Impressions et souvenirs. Milan, Venise, 
Bologne, Florence, par J. L'Hôpital (in-18, Perrin). — Musique an- 
cienne. Style. Interprétation. Instruments. Artistes, par W. Landowska 
(in-18, Mercure de France). — La Musique et la Magie, étude sur les origines 
populaires de l'art musical, son influence et sa fonction dans les sociétés, par 
J. Combarieu (gr. in-8, A. Picard et fis). — Ordinaire de la messe avec les 
chants des funérailles en notation musicale moderne, d'après l'édition vati- 
cane, suivi des messes de Du Mont les plus usitées (Version authentique) ; 
transcription exécutée par les soins de A. Gastoué (petit in-18, Lethielleux). 
— Les Poètes du terroir du xv^ siècle au xx^ siècle, textes choisis, accompa- 
gnés de notices bibliographiques, d'une biographie et de cartes des anciens pays 
de France, par A. Van Bever (in-12, Delagrave). — Le Livre des chats, par 
A. Ruffîn (in-18, Lemerre). — Les Synthèses, poèmes philosophiques, par J. 
Brîi d'Esquille (in-18, Lemerre). — Les Soirs, par L. Chevalet (in-18, Per- 
rin). — Théâtre de la Révolution. Le 14 juillet. Danton. Les Loups, par R. 
Rolland (in-16. Hachette). — La Folle Histoire de Fridoline, par G. Chante- 
pleure (in- 18, Calmann-Lévy). — Le Cadet, par C. Nisson (in-16, Plon- 
Xourrit). — Ceux de chez nous, contes de terroir, par L. Boulé (in-16, Plon- 
Xourrit). — Vers plus de joie, roman de l'année 1995, par A. Godard (in-12, 
Perrin).^ — Carrière d'artiste, par M"»^ H. Ward ; trad. de l'anglais par T. Bent- 
zon et A. Fliche (in-8. Hachette). — La Dame au diamant, par K. Green; 



- 191 - 

Irad. par M'»<' J. Heywood (in-16, Hachette). — La Déroute, pd^v Q. Eras- 
tofT; trad. de M. Redgar et I. Karmor (in-18, E. Xourry). — Œuvres choisies 
de R. Kipling, avec une notice de M. Epuy (in-12, Delagrave). — Par dessus 
les vieux ?nurs, par C. Mancey (in-12, Lethielleux). — En Passant, par 
Y. d'Isnée (in-12, Lethielleux). — Méprise, par M. Maryan (in-12, Henri 
Gautier). — L'Irrésistible Force, par J. de Coulomb (in-18, Henri Gautier). 

— Veuve de quinze ans, par B. de Buxy (in-12, Henri Gautier). — Sainte- 
Beuve et Champ fieunj. Lettres de Champfleury à sa mère, à son frère et à 
divers, par J. Troubat (in-18. Mercure de France). — ■ Tibulle et les auteurs 
du « Corpus Tibullianum », texte établi par A. Gartault (in-8, Colin). — His- 
toire de la littérature française classique, 1515-18.30, par F. Brunetière. T. I. 
De Marot à Montaigne (1515-1595) (petit in-8, Delagrave). — Les Grands 
Écrivains français. Molière, par G. Lafenestre (in-16. Hachette). — La 
Bretagne à F Académie française au \ix^ siècle, d'après des documents inédits 
par R. Kerviler (in-8, Champion). — Les Paysans de la Normandie orientale. 
Pays de Caux, Bray, Vexin normand, Vallée de la Seine, par J. Sion. Étude 
géographique (in-8. Colin). — Indo-Chine et Japon, journal de voyage, par 
M. et M"'-*^ E. Jottrand (in-16, Plon-Nourrit). — Le Buwenzori, voyage d'ex- 
ploration et premières ascensions des plus hautes cimes de la chaîne neigeuse 
située entre les grands lacs équatoriaux de V Afrique centrale, de S. A. R. le 
prince Louis-Amédée de Savoie; relation du D"" F. de Filippi; trad. par 
A. Poizat (gr. in-8, Plon-Nourrit). — Trois Années de chasse au Mozambique, 
par G. Vasse (in-16. Hachette). — Mes Croisières dans la mer de Behring, 
nouvelles chasses et nouveaux voyages, par P. Niedieck; trad. de l'allemand 
par L. Roustan (in-8, Plon-Nourrit). — Les Grandes Antilles. Étude de 
géographie économique, par D. Bellet (in-8, Guilmoto). — Le Brésil au 
xxe siècle, par P. Denis (in-18, Colin). — Saint Thomas Becket (1117-1170), 
par Mgr Demimuid (Collection Les Saints (in-18, Lecoffre, Gabalda). — 
Crépuscule d'ancien régime, par le vicomte de Guichen (petit in-8, Perrin). 

— Claude Fauchet, évêque constitutionnel du Calvados, député à V Assemblée 
législative et à la Convention (1744-1793), par J. Charrier (2 vol. gr. in-8, 
Champion). — Lettres de François-Joseph Bouchette (1735-1810), avocat à 
Bergues, membre de V Assemblée nationale constituante, publiées avec une 
Introduction et des notes par le chanoine C. Looten (in-8. Champion). — 
La Mort de Pichegru. Biville, Paris, le Temple, 180i, par F. Barbe}' (in-16, 
Perrin). — Histoire des conciles d'après les documents originaux, par C. J. 
Hefele T. II. 2"^ partie; nouvelle trad. française faite sur la 2^ édition alle- 
mande, corrigée et augmentée de notes critiques et bibliographiques par 
Dom H. Leclercq (gr. in-8, Letouzey et Ané). — Le Célèbre Miracle de 
saint Janvier à Naples et à Pouzzoles, examiné au double point de vue his- 
torique et scientifique, avec une Introduction sur le miracle en général, par 
L. Cavène (in-8, Beauchesne). — Le Pèlerinage de Port-Royal, par A. Hallays 
(in-8, Perrin). — Histoire des corporations de métiers, depuis leurs origines 
jusqu'à leur suppression en 1791, suivie d'une Étude sur l'évolution de l'idée 
corporative de 1791 à nos jours et sur le mouvement syndical contemporain^ 
.par E. Martin Saint-Léon (in-8, Alcan). — Correspondance du comte de la 
Forest, ambassadeur de France en Espagne ,1808-1813 , publiée pour la Société 
d'histoire contemporaine par Geoffroy de Grandmaison. T. III. Octobre 
lS09-juin 1810 (in-8, A. Picard et fils). — Lettres et documents pour servir à 
l'histoire de Jnachim Murât (1767-1815), publiés par son S. A. le prince Murât ; 
avec une Introduction et des notes par P. Le Brethon. T. II. Armée d'ob- 
servation du Midi (suite). République cisalpine. République italienne: 1801' 



— 192 — 

1803 (in-8, Plon-iNourrit). — Mémoires du général Criais, 1792-1822, publiés 
par son petit-n€veu, avec Introduction et notes par A. Cliuquet. T. I^"" 
(in-8, l'Ion-Nourrit). — Soldats de Napoléon. Journal de route du capitaine 
Robinaux, 1803-1832, publié par G. Schlumberger (in-16, Plon-Nourrit). — 
Soldats de Napoléon. Lettres du commandant Coudreux à son frère, 1804-1815., 
publiées par G. Schlumberger (in-16, Plon-Nourrit). — La France à Mada- 
gascar, histoire politique et religieuse d'une colonisation, par P. Suau (in-8, 
Perrin). — Histoire de Bourgogne, par A. Kleinclausz (in-8 carré. Hachette). 
— Au pays de Jean de la Fontaine. Notes d'histoire sur Château-Thierry , 
du xvi^ au xix^ siècle, par E. Deraine (in-8, A. Picard et fils). — Diaire de 
Joseph Guillaudeau, sieur de Beaupréau (1584-1643) [Archives liistoriques 
de la Saintonge et de VAunis. T. XXXVI II ) (in-8, Paris, A. Picard ; Saintes, Pré- 
vost). — L'Évolution d'un village frontière de Provence. Saint- Jeannel (Alpes- 
Maritimes), par J.-E. Malaussène (in-8, A. Picard et fils). — La Question 
d'Orient, depuis ses origines jusquà nos jours, par E. Driault (in-8, Alcan). — ■ 
La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815, par G. Bord. T. I*"". 
Les Ouvriers de Vidée révolutionnaire, 1688-1771 (in-8, Nouvelle Librairie 
nationale). — Etudes contemporaines. L'Eglise de France devant le gouver- 
nement et la démocratie, par P. Barbier (in-12, Lethielleux). — Études con- 
temporaines. La Crise intime de V Eglise de France. Les Prêtres démocrates, 
le Sillon, les hypercritiques, par P. Barbier (in-12, Lethielleux). - — L'Action 
française et Vidée chrétienne, étude critique, par A. Lugan (in-16, Blond). — 
Une Semaine à Londres. Impressions d'un congressiste, par le chanoine 
A. Morigny (petit in-8, Lyon et Paris, Vitte). — Le Catholicisme en Angle- 
terre au xix<^ siècle, par P. Thureau-Dangin (in-16, Bloud). — Un Cadet de 
Gascogne au xvi*^ siècle. Biaise de Montluc, par P. Courteault (in-12, A. Pi- 
card et fils). — Trois Familiers du grand Condé. U Ahhé Bourdelot, le Père 
Talon, le Père Tixier, par J. Lemoine et A. Lichtenberger (petit in-8 carré, 
Champion). — Une Vie de femme au wiii^ siècle. Madame de Tencin (1683- 
1749), par P. -M. Masson (in-16. Hachette). — Victor Hugo à vingt ans, glanes 
romantiques, par P. Dufay fin-l6, Mercure de France). — Profils de reines, 
par E. Rossier (in-12, Alcan). — Apologétique vivante. Une Anglaise con- 
vertie, par le P. H. d'Arras .(in-16, Beauchesne). Visenot. 



Le Gérant : CHAPUIS 



ImpriniPiie jolyglolle Fr. Suion, Meuues. 



POLTBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



PUBLICATIONS RECENTES SUR L'ECRITURE SAINTE 
ET LA LITTÉRATURE ORIENTALE 

1. Alte und neue Aiigriffe auf das Alte Testament. Ein Rûckblick und Ausblick, von 
JoHANNES NiKEL (BibUsche Zeitfragen, fasc. 1). 2^ édit. Munster in Westfalen, 
Aschendorff, 1908, in-8 de 47 p., fr. 75. — 2. Die Glaubwiirdigkeit des Alten Testa- 
mentes im Lichte der Inspirationslehre und Literarkritik, von Johannes Nikel 
(même collection, fasc. 8). Ibid., in-8 de 48 p., fr. 75. — 3. Der Ursprung des alttes- 
tamentlichen Gottesglaubens, von Johannes Nikel (même collection, fasc. 2).3<'édit. 
Ibid., in-8 de 43 p., fr. 75. — 4. L'Histoire et les histoires dans la Bible, par M. Lan- 
DRiEUx. 2e édit. Paris, Lethielleux, s. d. (1908), in-12 de 96 p., fr. 50. — 5. Dop- 
pelberichte im Pentateuck. Ein Beitrag zur Einleitung in das Aile Testament, von 
A. ScHULZ (BibUsche Studien, t. XIII, fasc. 1). Freiburg im Breisgau, Herder, 1908, 
in-8 de vii-96 p., 3 fr. 50. — 6. Die Amarnazeit. Palastina und Agypten in der Zeit 
israelitischer Wanderung und Siedelung, von Karl Miketta (Biblische Zeitjragen, 
fasc. 10). Munster in Westfalen, Aschendorff, 1908, in-8 de 48 p., fr. 75.— 7. Das 
Hohelied, iibersetzt und erklurt, von Joseph Hontheim {BibUsche Studien, t. XIII, 
fasc. 4). Freiburg im Breisgau, Herder, 1908, in-8 de 111 p., 3 fr. 50. — 8. Le Livre 
d'Amos, par J. Touzard. Paris, Blond, 1909, in-12 de lxxxv-119 p., 3 fr. — 9. Les 
Prédécesseurs de Daniel, par Edouard Dujardin. Paris, Fischbacher, 1908, in-12 
de 107 p., 2 fr. 50. — 10. Die Griechische Philosophie im Bûche der Weisheit, von 
Paul Heinisch (Alttestamentliche Abhandlungen, t. I, fasc. 4). Munster i. W. 
Aschendorfï, 1908, in-8 de iv-158 p., 5 fr. 25. — 11. Hieronymi graeca in Psalmos 
fragmenta, von Joh. Joseph Klem. Waldis (même collection, t. I, fasc. 3). Ibid., 
in-8 de 80 p., 2fr.65. — 12. Histoire et Sagesse d' AhikarT Assyrien (fils d\Anael,neveu 
de TobieJ. Traduction des versions syriaques avec les principales différences des 
versions arabes, arménienne, grecque, néo-syriaque, slave et roumaine, par F. Nau 
(Documents pour l'étude de la Bible). Paris, Letouzey et Ané, 1909, in-8 de 308 p., 
5 fr. — 13. Le Messianisme chez les Juifs fl50 aç. Jésus-Christ à 200 après Jésus- 
Christ), parle P. M.-J. hAGRXNOE (Études bibliques). Paris, Lecoffre, Gabalda, 1909, 
in-8 de vni-349 p., 10 fr. — 14. Histoire du canon de F Ancien Testament dans V Eglise 
grecque et l'Église russe, par M. Jugie (Études de théologie orientale). Paris, Beau- 
chesne, 1909, in-12 de 140 p., 1 fr. 50. — 15. Der Kanon des Neuen Testaments, von 
P. Dausch {BibUsche Zeitfragen, fasc. 5). 2'^ édit. Munster i. W., Aschendorfï, 1908, 
in-8 de 43 p., fr. 75. — 16. Kardinal Wilhelm Sirlets Annotationen zum Neuen 
Testament. Eine Verteidigung der Vulgata gegen Valla und Erasmus, nach unge- 
druckten Quellenbearbeitet von P. Hildebrand Hpfol {BibUsche Studien, t. XIII, 
fasc. 2). Freiburg im Bresgau, Herder, 1908, in-8, de x-126 p., 4 fr. 25. — 17. Les 
Théories de M. Loisy. Exposé et Critique, par M. Lepin. Paris, Beauchesne, 1908, 
in-12 de 379 p., 3 fr. 50. — 18. M. Loisy et la critique des Évangiles, par F. Jubaru. 
Paris, Lethielleux, s. d. (1908), in-12 de 99 p., fr. 60. — 19. Jésus-Christ. Réponse 
à M. Renan, par A. Gratry. Nouv. édit. Paris, Téqui, 1908, in-12 de xi-139 p., 
1 fr. — 20. Der Verni chtungskampf gegen das biblische Christusbild, von Ignaz 
RoHR {BibUsche Zeitfragen, fasc. 3). 2e édit. Miinster i. W., Aschendorff, 1908, in-8 
de 40 p., fr. 75. — 21. Ersatzversuche filr das biblische Christusbild, von Ignaz 
RoHR (même collection, fasc. 4). Ibid., in-8 de 51 p., fr. 75. — 22. Christus und 
Bhudda, von O. Wecker (même collection, fasc. 9). Ibid., in-8 de 51 p., fr. 75 — 
23. St. Augustins Schrift De consensu evangelistarum unter vornehmlicher Beriicksich- 
tigung hrer harmonistischen Anschauungen. Eine biblisch-patristische Studie, von 
Heinrich Joseph Vo gels {Biblische Studien, t. XIII, fasc. 5). Freiburg ira Breisgau, 
Herder, 1908, in-8 de iv-148 p., 5 fr. — 24. De Bethléem à Nazareth. Étude historique 
sur l'enfance et la jeunesse du Rédempteur, par le P. M.-J. Oluvier. Paris, Lethiel- 

Mars 1909. ■ T. CXV. i3. 



- 194 — 

leux, s. d. (1§08), in-12 de xxxii-536p., 4 fr. — 25. Die Dauer der dffentlichen Wirk. 
samkeit Jesu. Eine patristisch-exegetische Stu^lie, von Wilhelm Homanner 
(Biblische Studien, t. XIII, fasc. 3). Freiburg ira BreLsgau, Herder, 1908, in-8 de 
vn-123 p., 3 fr. 75. — 26. Kainel und Nadelohr. Eine kritisch- exegetische Studie iiber 
Mt. 19, 24 und Parallelen, von Georg Aicher (Neutestamentliche Abhandlungen, 
fasc. 5). Munster i. W., Aschendorff. 1908, in-8 de vii-64 p., 2 fr. 25. - 27. Jésus- 
Christ^ sa vie. son temps, par le P. Hippolvte Leroy (Leçons d'Écriture sainte 
prêchées aux Gesù de Paris et de Bruxelles). Année 1908. Paris, Beauchesne, 1908, 
in-12 de 346 p., 3 tr. — 28, Die Auferstehung Jesu Christi nach den Berichten des 
JVeuen Testaments, von E. Dentler (Biblische Zeitfragen. fasc. 6). 2<' édit. Muns- 
ter, i. W., in-8 de 64 p., fr. 75. — Die Apostel geschichte , von Joh. Belser (mr-me 
collection, fasc. 7). Ibid., in-8 de 32 p., fr. 75. — 30. Manuel biblique, ou Cours 
d''Eeriture sainte à l'usage des séminaires. T. IV. Nouveau Testa ment, par A. Bras- 
sac. 12'^ édit. Paris, Roger et Chernoviz. 1909, in-12 de xi-743 p., 3 fr. 50. — 31. 
Histoire des livres du youveau Testament, par E. Jacquier. T. III et IV. Paris, 
Lecoffre, Gabalda. 1908. 2 vol. in-12 de 346 et 422 p., 7 fr. — 32 . L' Apocalypse 
interprétée par V Écriture, par Marc Passasa. Paris, Savaète, s. d. (1908), in-8 de 
107p.,2fr. 

Nous avons à présenter pour la première fois au public français 
quelques ouvrages de trois nouvelles collections bibliques, éditées 
chez M. Aschendorff, à Munster en Westphalie. Deux d'entre elles 
comprennent des dissertations scientifiques sur l'Ancien ou le Nouveau 
Testament. Les Alttesîamentliche Abkanélungen sont dirigées par 
M. Nikel, professeur à Breslau, et les Neiitestamentliche Abhandlungen, 
par M. Bludau, naguère professeur à Munster et évêque élu d'Erme- 
land. La troisième collection, sous le titre deBiblische Zeitfragen, îoTiae 
une série de brochures de vulgarisation sur l'Ancien Testament avec 
M. Nikel pom" directeur, ou le Nouveau sous la responsabilité de 
M. Rohr, professeur à Strasbourg. Avec les Biblische Studien et la 
Biblische Zeitschrift, qui continuent à paraître à Frîbourg en Brisgau. 
chez ^L Herder. ces collections témoignent d'une grande activité de 
la part des catholiques allemands dans le domaine biblique et appor- 
tent d'utiles contributions à l'étude scientifique de la Bible. 

1. — M. Nikel a inauguré les Biblische Zeitfragen, qu'il dirige, en 
jetant un coup d'œil rétrospectif sur les attaques anciennes et nou- 
relles contre le Vieux Testament, Alte und neue Angriffe auf dos AUe 
Testament. Les adversaires de l'Ancien Testament ont changé de front 
et de méthode au cours du xix^ siècle. Ils ont comparé Israël et sa 
religion aux autres nations et aux autres religions. Les uns ont préten- 
du que ce peuple n'avait pas été dirigé dans son histoire par une 
providence spéciale de Dieu et que sa religion était le produit d'un 
développement purement naturel des idées. Les autres ont admis 
l'influence divine en Israël par le moyen des prophètes, en la réduisant 
toutefois à l'action directe de ces envoyés de Dieu, et ne l'étendant pas 
à la rédaction même des Livres saints, qui ne sont pas ainsi eux-mêmes 
inspirés par Dieu, mais reflètent seulement les idées des prophètes 
inspirés. Les catholiques ont donc à prouver et la vocation surna- 



— 195 — 

turelle du peuple d'Israël et rinspiration des écrits de l'Ancien Tes- 
tament. M. Nikel expose avec beaucoup d'à-propos la méthode à suivre 
pour démontrer ces deux vérités, en se plaçant sur le terrain des adver- 
saires et avec leurs propres armes, l'étude comparée des religions. 
Signalons les applications de la méthode faite au monothéisme hébraï- 
que, au récit de la création, àl'histoire des patriarches, aux loisduPen- 
tateuque, à la croyance aux anges et aux démons, et aux idées escha- 
tologiques. L'inspiration des livres de l'ancienne AUiance est attaquée 
au sujet des contradictions qu'on relève entre eux, de l'idée de 
Dieu, du sentiment moral, des sciences de la nature, de l'histoire pro- 
fane, de la critique littéraire et textuelle. Sur chacun de ces points 
d'attaque, l'apologiste moderne doit prendre nettement position pour 
montrer comment l'inspiration des Livres saints n'est pas diminuée. 

2. — Dans la brochure : Die Glaubwiirdigkeit des Alten Testamentes 
im. Lichte der Inspirationslehre iind der Literarkritik, le même auteur 
a étudié quelle autorité il faut accorder à l'Ancien Testament sous le 
rapport de l'inspiration et de la critique littéraire. Il a exposé d'abord 
quelles sont la nature et l'étendue de l'inspiration, puis comment il 
faut entendre l'inerrance biblique. A ce sujet , il a résumé l'interpré- 
tation que les exégètes catholiques, qui se disent progressistes, ont 
donnée à l'encyclique Providentissimus Deus, sans en faire la critique 
et en paraissant leur accorder son- assentiment. Seules les vues des 
exégètes conservateurs sont discutées. Pourtant on ne peut admettre 
simultanément les idées parfois assez divergentes, émises par les Pères 
de Hummelauer, Lagrange,Prat, et MM. Holzhey, Peters, von Scholz; 
il faudrait choisir et adopter celles qui paraissent les meilleures. II 
faudrait décider si les deux premiers ont exactement Interprété la célèbre 
transition de l'encychque Providentissimus : Haec ipsa deinde ad 
cognotas disciplinas, ad historiam praesertim juvahit transferre, et il ne 
suffît pas de dire que Léon XIII n'est plus là pour expliquer sa pensée. 
Il est de notoriété pubhquo, du reste, que si l'autorité ecclésiastique 
n'a pas condamné ces vues nouvelles, elle en tient quelques-unes en 
suspicion. En tout cas, il est inexact de ranger M. Vigouroux au 
nombre des exégètes modernes qui n'admettent pas le caractère 
historique du livre de Tobie (p. 27). Le Français M. Dufom*, nommé 
p. 32, doit être M. Dufourcq, qui n'est pas exégète. Au sujet de la 
critique littéraire, M. Nikel résume aussi les théories du P. de Hum- 
melauer, sans marquer que certains genres littéraires sont des créations- 
du célèbre jésuite. Comme lui encore, il reconnaît que, même avec 
les nouvelles théories, les livres historiques de l'Ancien. Testament ne 
perdent rien de leur autorité naturelle et historique. 

3. • — Le même auteur avait étudié dans une brochure précédente 
l'origine du monothéisme hébraïque : Der Ursprung des alttestament- 



— 196 — 

lichen Gottesglaubens. Il a clairement montre que ce monothéisme, 
unique en son genre parmi les religions de l'antiquité, n'est ni une 
propriété des races sémitiques (contre Renan et Ottley), ni le produit 
de la réflexion (contre Renan et Hitzig), ni le dernier terme de l'évo- 
lution religieuse, partant du totémisme, du culte des ancêtres ou du 
fétichisme, ni un emprunt aux Babyloniens ou aux autres peuples 
voisins. Cette brochure est excellente; l'auteur est très au courant 
des systèmes modernes, et il les réfute par de solides raisons. 
f^ ^- ■ — Dans une conférence à des dames, M. Landrieux distingue 
très judicieusement l'Histoire et les histoires dans la Bible. Au lieu 
de n'y rechercher que les épisodes merveilleux, il faut y voir l'histoire 
sainte elle-même, l'idée providentielle qui relie les événements, à 
savoir la préparation de la venue du Messie. Pour aider les mères 
chrétiennes, qui veulent enseigner cette histoire sainte à leurs enfants, 
le conférencier expose sommairement, mais avec clarté et préci- 
sion, les principes catholiques de l'exégèse biblique, puis il signale, 
dans les faits principaux de cette histoire, la marche progressive de 
l'action divine, préparant par la révélation juive la manifestation 
de Notre-Seigneur. Je n'ai relevé qu'une seule inexactitude (p. 63) : 
M. Landrieux parle à l'époque des Juges de l'idolâtrie syrienne (Baal, 
Moloch, Astarté), qui n'a été introduite en Israël que par Achab; il 
fallait parler de l'idolâtrie chananéenne. La lecture de cette brillante 
conférence sera utile à tous les laïques, chargés d'expliquer l'histoire 
sainte; elle leur fera éviter des écueils, contre lesquels beaucoup de 
personnes de bonne volonté ont sombré, au grand détriment des jeunes 
intelligences. 

; 5. — En vue d'apporter quelques précisions de fait à l'étude de la 
composition du Pentateuque, M. Schulz a examiné les doubles récits 
de ce livre, Doppelberichte im Pentateuch. 11 n'a pas eu l'intention 
d'épuiser le sujet, et il s'est borné à quelques exemples. Il n'a pas 
seulement étudié les doubles traditions sur la création, le déluge, 
l'âge d'Ismaël quand il fut chassé avec sa mère, la préservation de Lot, 
et certains doublets de l'histoire de Jacob et de Joseph dans la Genèse. 
Il a poursuivi son enquête dans l'Exode et les Nombres, et il a trouvé 
deux récits de la sortie d'Egypte, de l'envoi des espions au pays de 
Chanaan et de la révolte de Coré, Dathan et Abiron. Il n'a rien dit 
de neuf sur la question; tous ces exemples avaient été proposés par 
les critiques non catholiques. Tout son effort a tendu à montrer que 
les explications, données par les exégètes conservateurs, n'étaient pas 
acceptables. Il a maintenu seulement contre Gunkel et Happcl l'unité 
du récit concernant la tour de Babel. Il estime que cette constatation 
ne nuit pas à la valeur historique du Pentateuque, puisque au lieu d'un 
seul témoignage sur un fait, on en a deux. Mais, s'ils sont contradictoires, 



- 197 - 

ces deux témoignages, loin de se confirmer, se détruisent. Or, M. Schulz 
a bien montré leurs divergences, mais pas leur accord, sinon sur le 
fait brut. De son étude il ne tire, au sujet de la composition du Penta- 
teuque, que cette seule conclusion : Si Moïse est l'auteur de la légis- 
lation hébraïque, les récits de son histoire ont pu être écrits par 
d'autres. Elle se concilie fort bien avec la récente décision de la Com- 
mission biblique. Cette décision, en effet, n'a pas interdit aux catho- 
liques de faire des travaux critiques sur l'origine du Pentateuque. 
Elle a réglé seulement la direction qu'ils doivent suivre. Quelques 
recenseurs de l'opuscule de M. Schulz en ont conclu assez inconsidé- 
rément que les catholiques pouvaient rivaliser de zèle avec les ratio- 
nalistes pour prouver que Moïse n'a pas rédigé le Pentateuque. 
M. Schulz est bien plus modéré, parce qu'il est mieux instruit. 

6. — A Amarna en Egypte, on a découvert, en 1888,310 tablettes 
cunéiformes, qui contiennent des lettres adressées aux Pharaons 
d'Egypte, Aménophis III et IV, par les rois de Babylone ou d'Assyrie, 
par une princesse babylonienne et par des gouverneurs phéniciens 
et chananéens. Après avoir décrit le Heu de la découverte, raconté 
l'histoire de cette découverte, caractérisé la langue dans laquelle ces 
lettres sont écrites, indiqué quels étaient les destinataires et les expé- 
ditionnaires et résumé leur contenu, M. Miketta, dans sa brochure : Die 
Amarnazeit, étudie successivement, d'après cette correspondance, 
quel était l'état de l'Egypte, de la Syrie et de la Palestine à cette 
époque, c'est-à-dire à l'époque de l'entrée des Israélites en ce dernier 
pays. Dans une quatrième section, il traite des rapports que ces 
tablettes peuvent avoir avec la Bible. Il reconnaît les Hébreux 
dans les Cliabiru et les Sa-Gas de cette correspondance, et il place les 
événements mentionnés au début de l'époque des Juges, quand les 
Israélites tentaient d'affermir et d'étendre leur conquête au nord de 
la Palestine. Il maintient aussi ses précédentes conclusions sur la 
chronologie biblique et sur la date de la sortie d'Egypte, sous Amé- 
nophis II (1461-1436). Le P.Vincent, Canaan^ p. 458, note, n'admet 
pas ces conclusions. 

7= — L'opuscule du P. Hontheim sur le Cantique, Das Hohelied, com- 
prend des prolégomènes, un commentaire et la traduction allemande 
de ce livre inspiré. Les prolégomènes traitent les questions d'intro- 
duction. Tout en admettant le caractère allégorique du Cantique, 
l'auteur n'en considère que le sens matériel, base de l'allégorie, et il 
y voit la description de l'amour idéal dans le mariage. Les deux per- 
sonnages principaux sont l'époux et l'épouse, déjà mariés; ils chan- 
tent l'union des âmes dans le mariage et font abstraction deia généra- 
tion et de l'éducation des enfants. Ils remontent à l'éclosion de leur 
amour avant le mariage dès leur première rencontre et le décrivent 



— 198 — 

jusqu'au jour de leurs noces, dans six entretiens dans lesquels ils se 
considèrent, par fiction poétique, comme n'étant encore que fiancés. 
Ces six dialogues correspondent aux six jours de noces, tels qu'ils se 
célébraient en Orient. L'époux est le roi Salomon et l'épouse la Sula- 
mith (simple nom féminin de Salomon). Le Cantique ne répond donc à 
aucune occasion historique, pas plus au mariage de Salomon avec la 
fille de Pharaon qu'avec la Sunanite Abisag. Les circonstances de la 
parenté et de la demeure de l'époux sont purement fictives et ne répon- 
dent à aucune réalité. Le P. Hontheim analyse les six chants, tels qu'il 
les comprend, puis détermine leur structure strophique d'après la 
théorie du P. Zenner. Le texte hébreu non vocalisé est très bien con- 
servé (l'auteur n'a noté que cinq fautes), et la vocalisation massoré- 
tique n'a besoin d'être corrigée qu'en quelques cas. Le P. Hontheim 
propose une seule transposition et la répétition de quelques versets. 
Il ne connaît aucune preuve solide pour ne pas attribuer le Cantique 
à Salomon, et il n'a aucune raison de se prononcer pour ou contre 
cette attribution. Le nom de l'auteur pourrait être un pseudonyme, 
et les Pères, en acceptant le titre, n'ont pas donné un enseignement 
ecclésiastique définitif. La question d'auteur ne change rien à la signi- 
fication du livre inspiré et n'enlève rien à sa beauté naturelle et surna- 
turelle. Le commentaire est à trois étages successifs : le premier est 
alloué à la critique textuelle, le deuxième à l'explication et le troisième 
à l'analyse détaillée de chaque chant. Cette méthode favorise l'étude 
scientifique du texte; elle n'est pas d'une lecture courante, et elle 
partage l'attention. La traduction allemande divise le livre en chants, 
en strophes et en vers. Elle permet aux lecteurs qui ne savent 
pas l'hébreu de saisir les beautés poétiques de l'original. 

8. ■ — Par le Livre d'Amos, M. Touzard inaugure brillamment une 
nouvelle série de commentaires bibliques dans la Bibliothèque de l'en- 
seignement scripturaire. On ne se borne plus à joindre quelques notes 
à une simple traduction du livre sacré. On donne un commentaire 
complet, quoique succinct, du texte entier, dans lequel on traite avec 
concision et précision les questions critiques, exégétiques, archéolo- 
giques et historiques afférentes. Une Introduction détaillée fait con- 
naître le milieu historique et politique dans lequel vécut le prophète, 
la personne d'Amos avant sa vocation et pendant son ministère pro- 
phétique, le livre lui-même, son contenu, sa forme littéraire, son style, 
son texte, son authenticité, enfin la doctrine du prophète, synthé- 
tisée et appliquée au présent et à l'avenir d'Israël. M. Touzard a lu 
les travaux des critiques ses devanciers; il en est tributaire sans en être 
dépendant; il leur a emprunté les résultats positifs, en laissant leurs 
théories aventureuses et en réfutant leurs conclusions les plus spé- 
cieuses. Il se meut à l'aise dans ce fouillis d'hypothèses, il fait très 



— 1^9 — 

librement et très judicieusement le choix des meilleurs matériaux 
et les met en œuvre dans une exposition personnelle, qui est à la 
portée des lecteurs les moins initiés aux problèmes de la critique 
moderne. Ce petit commentaire est donc un écrit de vulgarisation 
scientifique, qui concourra pour sa part à la diffusion des bonnes mé- 
thodes exégétiques dans le grand public chrétien. Des tables analy- 
tiques développées facilitent l'emploi de l'ouvrage et permettent 
de retrouver rapidement le détail qui a frappé à la lecture et que l'on 
veut utiliser plus tard. Il est à désirer que la nouvelle collection con- 
tienne beaucoup de volumes aussi bien faits et obtiennent une très 
large diffusion. 

9. — A cet enseignement scientifique, donné au séminaire de Saint- 
Sulpice ou à l'Institut catholique de Paris, il faut opposerpar contraste 
celui qui est distribué sur la même littérature prophétique d'Israël 
à l'École des Hautes-Études. Toute personne tant soit peu au courant 
verra du premier coup d'œil de quel côté on fait de la science et on 
emploie les bonnes méthodes.Voici une thèse qui a été soutenue à cette 
École en 1906 et qui a valu à M. Dujardin le diplôme spécial : Les 
Prédécesseurs de Daniel. Avec son maître, M. Maurice Vernes, et sans 
plus de raison que lui, M. Dujardin rabaisse la littérature prophétique 
qui s'échelonne entre le viii*^ siècle et la fin du vs,aux environs de 350 
et de 165. Il place donc les pseudo-Osée et Amos quelques années 
avant l'entrée d'Alexandre le Grand en Judée. Continuant son travail 
pseudo-critique, il recherche ici la trace de faits et d'idées, datant de 
la fin du iii^ siècle et du commencement du ii^, dans les prophéties 
d'Habacuc, de Sophonie, d'Aggée, de Zacharie et de Malachie. Il prend 
comme terme de comparaison l'histoire de cette époque, telle que 
Josèphe la raconte, les idées et la lang-ue de la majeure partie des 
Psaumes, de l'Ecclésiastique et du livre de Daniel, qu'il rapporte à 
cette date. Il analyse ensuite les petits prophètes, qui sont l'objet de 
son étude, et il croit y retrouver des allusions à l'histoire juive du 
iii^ et du 11^ siècle. Indiquons quelques spécimens de cette nouvelle 
exégèse. M. Dujardin voit dans Habacuc, ii, 9-12, 17, des traits qui 
visent Hyrcan, fils de Joseph ben Tobia. Sophonie ressemble au 
Second Isaïe, qui est du iii^ siècle; il lui est donc postérieur. Et si le 
Second Isaïe n'est pas du iii^ siècle, la démonstration croule. Le livre 
d'Aggée dépend des documents qui ont ser\à à la composition du 
livî'e d'Esdras, et son explication de la cessation des travaux du temple 
« apparaît comme une hypothèse inventée en vue de fournir un argu- 
ment à la Aaeille doctrine prophétique (p. 59) ». Pour trouver dans 
Zacharie et dans Malachie des indices du ii^ siècle, le jeune diplômé 
fait de singulières considérations, fondées exclusivement sur de pures 
hypothèses. En acceptant une pareille « thèse «, le jury de l'Ecole des 



— 200 — 

Hautes-Etudes fait preuve de conceptions toutes spéciales sur l'histoire 
d'Israël. Ajoutons qu'elles ne- sont admises nulle part ailleurs, même 
en France, où elles ont été émises par deux ou trois hommes sans auto- 
rité critique et sans influence. 

10. ■ — Comme travail préparatoire à un commentaire du livre de 
la Sagesse, M. Heinisch publie une monographie fort savante sur 
l'influence de la philosophie grecque sur l'auteur de ce livre : Die 
Griechische Philosophie im Bûche der Weisheit. Bien que cet écrivain 
soit un juif d'Alexandrie, il ne cherche pas, comme Philon, à mêler 
la foi des pères à la philosophie grecque ; il est, au contraire, un partisan 
enthousiaste de sa religion. M. Heinisch discute successivement les 
rapprochements qu'on a tentés entre le livre de la Sagesse et les phi- 
losophes grecs ; il étudie séparément les doctrines de l'un et des autres, 
qu'on a voulu apparenter, et il en fait voir les différences, qui sont 
telles que l'emprunt apparaît impossible. Cette méthode comparative 
est appliquée à la philosophie grecque antésocratique, aux doctrines 
d'Heraclite, d'Anaxagore et de Xénophon, puis à Platon au sujet de 
la sagesse, de la matière, des rapports du corps et de l'âme, de l'immor- 
talité et de la préexistence des âmes, ensuite au stoïcisme (sur la 
sagesse, la providence et les vertus cardinales) et à l'épicuréisme, enfin 
à la pliilosophie judéo-grecque, au sujet de Dieu, de la sagesse, desidées 
morales et de Fallégorisme. Un appendice est consacré à l'essénisme. 
La conclusion générale de cette enquête, qui est fort bien menée, est 
que l'auteur delà Sagesse n'avait qu'une connaissance très superficielle 
de la philosophie grecque. Il ne s'était rallié à aucun système, pas 
même à celui de la philosophie judéo-alexandrine, et n'avait lu aucun 
livre de la philosophie classique. Le seul emprunt qu'il ait fait à cette 
philosophie consiste en quelques mots, tels que -rpovoia pour exprimer 
la providence divine, conçue à la façon juive, ou des tournures, qui 
avaient passé des écoles dans le grand public. Demeuré fidèle à la foi juive, 
il a seulement, sous l'inspiration divine, développé la spéculation 
hébraïque sur la sagesse et l'eschatologie, en se servant d'expressions 
philosophiques, mais en restant toujours dans la ligne de la révélation 
de l'ancienne AlHance. Il y a donc à réformer bien des idées courantes 
au sujet de la place tenue par la philosophie grecque dans le livre de 
la Sagesse. 

IL ■ — Dans les mêmes Alttestamentliche Abhandlungen, M. Waldis 
a étudié les 29 fragments grecs sur les Psaumes, queDom Morin avait 
tirés d'un manuscrit de Turin, maintenant brûlé, et édités dans ses 
Anecdota Maredsolana, t. III, 3^ partie, p. 122-128, comme pouvant 
provenir en partie de saint- Jérôme lui-même, Hieronymi graeca in 
Psabnos fragmenta. Aucun d'eux n'a cette origine. Ils proviennent 
tous d'une Chaîne écrite à la marge d'un Psautier. Pour en retrouver 



— 201 — 

les sources, M. Waldis les a minutieusement comparés aux autres 
Chaînes du Psautier. Le texte de chacun d'eux est reproduit, puis 
traduit en allemand, enfin rapproché des textes parallèles. Cette 
comparaison a fait découvrir des extraits d'Origène, d'Eusèbe de 
Césarée, de saint Athanase, de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, 
de Didyme l'aveugle et de Théodoret. Tous n'ont pu être identifiés. 
Cependant aucun ne peut être attribué à Jérôme de Jérusalem qui 
vivait au viii^ siècle et à qui le manuscrit de Turin semble les rapporter 
tous. Jérôme n'est probablement pas non plus l'auteur de la Chaîne. 
Le texte grec des Psaumes, qui a été ainsi glosé, est celui des Septante 
de la recension hexaplaire. Cette Chaîne qui est postérieure au v^ siècle 
et antérieure au xi*^, nous renseigne sur la méthode exégétique, suivie 
à l'époque de sa composition : l'interprétation est tantôt littérale, 
tantôt allégorique, et, comme dans les autres Chaînes, elle est emprun- 
tée généralement aux commentateurs grecs du iv^ et du v^ siècle. A 
la page 64, il faut lire « de la Rue » et non pas « de la Rues ». Le travail 
de M. Waldis pourra être complété sur quelques points demeurés 
indécis; ses conclusions fermes sont acquises. 

12. ■ — Histoire et Sagesse d'Ahikar l'Assyrien, de M. Nau, n'a pas 
la même importance que le Livre d'Hénoch, paru dans la collection 
de M. F. Martin. Cet apocryphe a cependant bien des relations avec la 
Bible, qui nous le rendent intéressant. Du reste, depuis vingt ans, il 
a été, dans tous les pays du monde, l'objet d'éditions partielles et de 
multiples études. Il convenait que les Français aient ce livre dans 
leur langue et ne soient pas entièrement tributaires de l'étranger. Il 
se trouve maintenant que, grâce au labeur de M. Nau, nous le possé- 
dons dans son état le plus complet, sinon le plus primitif, puisque 
nous avojis la première traduction du manuscrit syriaque de Berlin 
(Sachau 336). Or, le texte syriaque représente le mieux l'original, 
qui est perdu, et a servi, immédiatement ou médiatement, de source 
aux autres versions conservées. A sa traduction, M. Nau a ajouté, en 
une première série de notes, les variantes du manuscrit de Cambridge, 
édité par M. Rendel Harris, et en une seconde série, les principales 
différences des autres versions arabes, arménienne, grecque, néo- 
syriaque et slave. Ces variantes permettent de comparer les textes 
et de rechercher quelles leçons paraissent le mieux rendre l'original. 
Une troisième série de notes fournit les explications philologiques 
et exégétiques nécessaires. Des appendices reproduisent les maximes 
et comparaisons propres aux versions grecque, arménienne, slave 
et roumaine. Une longue introduction renseigne sur l'hi'stoire du 
livre et de ses versions, expose sa doctrine, résume les divers travaux 
qui lui ont été consacrés, et établit les rapports de l'apocryphe avec 
Tobie, l'Ecclésiastique et Daniel, et avec les fabulistes des anciennes 



— 202 — 

littératures. M. Nau pense que Ahikar a été un personnage historique, 
juif transporté en Assyrie et neveu de Tobie, qui a rempli des fonc- 
tions publiques à la cour de Sennachérib et d'Asar-Addon, et qui est 
l'auteur de maximes morales et de paraboles. Selon lui, l'Histoire et 
la Sagesse d'Ahikar forment un livre unique, rédigé au v^ et au 
rv^ siècle avant notre ère en araméen, combinant déjà la Sagesse, la 
légende et l'histoire d'Ahikar et ayant servi de prototype à la version 
syriaque. L'auteur juif, écrivant dans un milieu babylonien, se serait 
inspiré des Proverbes et des Psaumes, mais .aurait été une des sources 
de l'Ecclésiastique. La ressemblance de ce livre avec la parabole du 
mauvais serviteur, n'est pas directe mais purement fortuite. Quoi 
qu'il en soit de ces problèmes, qui ne sont pas tous encore définitive- 
ment résolus, on ne peut nier l'antiquité de cet écrit, depuis qu'on 
a découvert, à Éléphantine en Egypte, des papyrus araméens du 
v^ siècle avant notre ère, qui contiennent une partie de la légende et 
des maximes d'Ahikar. Je m'aperçois que je n'ai pas analysé la légende 
d'Ahikar. Je laisse aux lecteurs le plaisir de la lire dans l'ouvrage. 
l5. — Étant donné le sentiment de M. Loisy sur le royaume escha- 
tologique, dont Jésus aurait prêché l'imminence, il est d'une extrême 
importance d'étudier en lui-même, comme vient de le faire le P. La- 
grange, le Messianisme chez les Jiiifs^ dans les siècles qui ont précédé 
et suivi le commencement de notre ère. Sans s'astreindre à l'ordre 
chronologique des documents, l'auteur, tenant compte et du caractère 
des sources et de l'évolution des idées et de leur mise en œuvre par 
l'action, a divisé son travail en quatre parties, dans lesquelles il étudie 
le messianisme : 1° d'après les écrivains juifs hellénistiques, Josèphe et 
Philon; 2» d'après les Apocalypses apocryphes; 3° d'après le phari- 
saïsme rabbinique; 4° en action. Il est impossible d'indiquer ici toutes 
les variétés d'opinion, émises par les Juifs sur l'avenir messianique de 
leur nation et sur les fins dernières. Il suffira d'énoncer quelques obser- 
vations critiques. Notons d'abord le lapsus delà p. 10, où la prise de 
Jérusalem par Pompée est rapportée à 63 après (lisez : avant) Jésus- 
Christ. La seconde partie concernant les Apocalypses remonte le plus 
haut dans l'ordre des temps; elle est donc la plus importante. 
Après des généralités sur leur genre littéraire et leurs doctrines 
générales, l'auteur aborde spécialement leur enseignement sur les fins 
dernières et le Messie, en se proposant d'insister sur leur révolution 
et leur influence. Or, selon lui, leur évolution a passé par 
trois étapes, qui sont partiellement simultanées : 1» eschatologie 
cosmique temporelle, ou bien transcendante, mais sans Messie; 
20 eschatologie messianique, historique ou transcendante; 3° escha- 
tologie cosmique transcendante avec un Messie historique moins 
transcendant. Cette classification paraît factice et arbitraire. Elle ne 



— 203 — 

Tésulte pas d'une étude critique des documents et des couches super- 
posées de rédaction, qu'on découvre en quelques-uns. Elle semble 
faite a priori; elle enregistre des conceptions divergentes, sans s'occu- 
per de leur origine. Par suite, elle n'est pas critique; elle influe même 
trop visiblement sur la caractéristique appliquée aux doctrines qui 
ne rentrent pas exactement dans le cadre de la théorie. Elle montre au 
moins la variété des vues eschatologiques parmi les Juifs avant Jésus 
et après lui. Il n'y avait donc pas une unité de doctrines qui s'imposait 
pour ainsi dire à l'esprit de Jésus et l'obligeait, s'il voulait se faire 
reconnaître pour Messie, de les accepter et d'en continuer la tradition. 
La plupart des auteurs d'Apocalypses étaient des Pharisiens. Les 
divers courants messianiques de leurs œuvres ne se sont pas perpétués 
dans le rabbinisme. La pensée des rabbins a pris une orientation nooi- 
velle, sinon sur les fms dernières, du moins sur le Messie et le règne 
de Dieu. Les divergences et les ressemblances sont groupées aux 
pages 257-265. Dans la quatrième partie l'auteur examine, dans les 
actes et les faits de l'histoire, l'attitude du judaïsme envers les gentils 
et envers le christianisme, enfin les déceptions messianiques après la 
ruine de Jérusalem jusqu'en 250. Deux textes sont reproduits en 
appendice ; ils sont suivis de la table des tannaïtes et des amoras cités 
et de la table analytique des matières. L'ouvrage, destiné aux débu- 
tants, n'est pas d'une lecture courante; c'est un livre d'étude. Il con- 
tient de très nombreux matériaux, bien choisis. La seconde partie 
est plus enchevêtrée que les autres. Les lecteurs que l'effort de la 
réflexion ne rebutera pas y trouveront partout beaucoup à apprendre 
et tireront de tout l'ouvrage un utile profit, dûssent-ils, après coup, 
différer de l'auteur pour quelques conclusions de détail. 

14. — Le P. Jugie s'étonne qu'on lui ait laissé le soin d'écrire son 
livre : Histoire du canon de l'Ancien Testament dans l'Eglise grecque et 
l'Eglise russe. Si le travail eût été fait, il n'eût pas eu lui-même le plai 
sir et le mérite de le composer. Il s'en exagère d'ailleurs la portée. Qu'un 
nombre plus ou moins grand de théologiens grecs et russes aient pu, 
au cours du xviii^ et du xrx^ siècle, avec l'assentiment explicite ou 
tacite des autorités officielles, accepter les idées fausses des protes- 
tants sur les deutérocanoniques de l'Ancien Testament comme Ger- 
ganos, Critopoulos et Cyrille Lucar l'avaient fait au xvii*^, c'est impor- 
tant au point de vue de la polémique actuelle avec les orthodoxes, 
mais cela ne change rien à l'histoire du canon, qui est définitive. Le 
P. Jugie, en voulant rectifier ses devanciers, a assez mal compris la 
position des canonistes grecs. Il ne faut tenir compte que de leurs 
commentaires, qui sont plus ou moins exacts; le texte du canon 
47^ du concile du Carthage, qu'ils n'ont pas tous bien expliqué, 
ne prouve rien au sujet de leur sentiment personnel. Quant à 



— 2U4 — 

Mathieu Blastarès, il commente explicitement les mêmes canons- 
que ses prédécesseurs, b, 11, col. 1140-1141. Trompé par une faute 
d'impression, le P. Jugie ne s'est pas suffisamment reporté aux sources 
et quand il relève les incorrections d'autrui, il lui en échappe à lui- 
même. Zahn lui eût fourni des renseignements très précis sur la sticho- 
métrie de saint Nicéphore et sur le catalogue des 60 livres. Nonobstant 
ces lacunes, le li\Te du P. Jugie est intéressant, et il devra être consulté. 

15. — Sur l'histoire de la collection canonique du Nouveau Tes- 
ment, M. Dausch, Der Kanon des Xeiien Testaments, expose successi- 
vement les vues principales des critiques rationalistes, des exégètes 
catholiques et des théologiens protestants. Il s'arrête plus longuement 
sur les idées des catholiques, et il joint aux considérations générales de 
principes l'histoire sommaire et précise duCanon duNouveauTestament. 
Avec beaucoup de théologiens catholiques allemands, il regarde l'ori- 
gine apostolique d'un livre comme le critère principal de l'inspiration 
et de la canonicité du Nouveau Testament. Il n'est pas prouvé que 
les apôtres étaient nécessairement inspirés dans tous leurs écrits, et 
les Évangiles de saint Marc et de saint Luc ne sbnt pas d'origine apos- 
tolique. L'origine apostolique ne me parait pas l'indice certain et prin- 
cipal de l'inspiration d'un livre. A la page 34, Rufm est placé à tort 
après saint Augustin et saint Innocent l*^'". La brochure constitue 
dans l'ensemble un bon résumé de l'histoire du Canon du Nouveau 
Testament. 

16. ■ — Le P. Hôpfl nous apprend du nouveau sur un ouvrage que 
le cardinal Sirlet a composé lorsqu'il était encore custode de la biblio- 
thèque vaticane, Kardinal Wilhelin Sirlets Annotationen ziun Neueu 
Testament. L'ouvrage entrepris pour défendre la Vulgate contre les 
attaques d'Érasme et de Laurent Valla, est demeuré manuscrit. Avant 
de l'éditer, le P. Hôpfl nous en fait connaître la composition, le but, 
le plan et le caractère général. Il expose avec plus de détails les prin- 
cipes critiques et les ressources de l'auteur, la position qu'il prend 
dans les questions d'introduction et au sujet de l'intégrité du Nouveau 
Testament, sa polémique contre Érasme, les corrections qu'il fait au 
texte sacré et des spécimens de ses annotations. S'il exagérait la 
valeur de la Vulgate, qu'il préférait ordinairement aux manuscrits^ 
grecs, Sirlet recourait cependant à ces manuscrits, notamment au 
Vaticamis et au fameux Codex Bezae, dont il avait relevé toutes les 
variantes. Dans le choix des leçons, il a le plus souvent raison contre 
Érasme, et sa critique, imparfaite encore en beaucoup de points, est 
supérieure à celle du célèbre humaniste qu'il combattait. Dom Hôpfl 
a découvert un écrit important, qui montre qu'au xvi^ siècle les 
études critiques étaient plus avancées que l'on ne croyait chez les 
théologiens qui ont travaillé à la correction de la Vulgate latine. 



— 20:i — 

17. — Des dernières Théories de M. Loisy^ à partir de 1902, M. Lepin 
a voulu donner un exposé précis et exact pour en marquer la relation 
avec les articles essentiels de la foi, et en faire une critique au point 
de vue strictement scientifique. Dans l'exposé, qui comprend cinq 
chapitres il parcourt successivement: L'Evangile et V Église \ Autour 
d'un petit livre; les Lettres pour raconter les faits postérieurs à la con- 
damnation des précédents écrits ]\es S impies Réflexions et les Evangiles 
synoptiques. Si développé que soit cet exposé, au point qu'il a épou- 
vanté la Croix, il est cependant incomplet. Dans l'histoire de la 
manifestation des idées de M. Loisy, Î\I. Lepin a mis au second rang 
la critique des Évangiles. Non seulement il ne parle pas du Quatrième 
Évangile; il a encore perdu de vue le nouveau chapitre sur les Sources 
évangéliques de la seconde édition de l'Evangile et l'Eglise (cf. Autour 
d'un petit livre, p. 72 sq.) et l'article sur le Second Evangile, dont le 
début a paru, en 1903, dans la Revue d'histoire et de littérature reli- 
gieuses, et qui se trouve presque textuellement reproduit dans les 
Evangiles synoptiques, t. I, p. 85-92. Aussi, quand il arrive à ce dernier 
écrit, il n'accorde, p. 219-226, qu'une attention insuffisante aux théo- 
ries de l'auteur sur l'origine des Evangiles, leur caractère et la forma- 
tion de la tradition qu'ils reproduisent. Du reste, l'analyse critique 
de ces deux gros volumes est la partie la plus faible de l'écrit. M. Lepin 
n'a pas saisi la pensée définitive de M. Loisy dans sa trame réelle. 
La critique contenue dans le chapitre vi^ n'est pas seulement Courte 
et sommaire; elle ne serre pas d'assez près l'adversaire et ne porte pas 
sur sa pensée spécifique et ne le déloge pas de ses positions. Bien 
qu'elle présente de fort justes observations, elle est insuffisamment 
développée et n'est pas assez directe. Il faudrait la reprendre sur une 
base plus large et lui donner plus d'étendue et de vigueur. Une préci- 
sion à apporter aux renseignements biographiques de la page ii, c'est 
qu'en 1881 M. Loisy était pour la seconde fois élève à l'Institut 
catholique. A partir du mois de décembre, pendant le congé du pro- 
fesseur, il fit à ses condisciples le cours d'hébreu, et il n'en fut chargé 
définitivement, à titre de répétiteur, qu'à la rentrée de 1882. Il avait 
passé son examen de licence en théologie au mois de juin 1882. 

18. • — Plus insuffisante encore est la brochure du P. Jubaru : 
M. Loisy et la Critique des Evangiles. Reproduction en français de deux 
articles de la Civiltà cattolica^du 20 juin et du 4 juillet 1908, elle laisse 
dans l'ombre les points les plus graves du système de M. Loisy et 
touche rapidement et superficiellement à quelques questions : le règne 
de Dieu dans l'Évangile, le quatrième Évangile, les discours de Jésus 
et les principaux faits de sa vie dans les Synoptiques, la composition 
des trois premiers Évangiles. La seule partie intéressante de la bro- 
chure est la piquante apphcation de la critique loisyste à l'apparition 



— 206 — 

de la Sainte Vierge à Lourdes. Une note supplémentaire apprend 
que le R. P. a fait une précédente étude sur l'attribution du Magni- 
ficat^ non à Elisabeth, mais à Marie. 

19. ■ — Mgr l'évêque de Ne vers réédite Jésus-Christ, une Réponse 
du P. Gratry à M. Renan, publiée pour la première fois en 1864 
après l'apparition de la Vie de Jésus. Il l'offre aux jeunes gens à 
l'âme haute et droite et il pense qu'il est bon à lire en face du moder- 
nisme qui nous présente un Christ différent de celui de l'histoire 
et de celui de l'Evangile interprété par toute la tradition chrétienne. 
Gratry détruit, dans une première partie, la fausse image de Jésus 
tracée par Renan. Il y a dans ces sept chapitres des coups bien frappés, 
mais la plupart des considérations sur les sophistes et sur la sophis- 
tique, sur la disjonction des caractères, etc., n'étaient pas et ne sont 
pas encore à la portée du peuple, auquel la réfutation était adressée. 
Le vrai tableau de la vie de Jésus, de la seconde partie, emprunté à 
Ewald, reste juste, sans doute, mais ne répond plus guère aux théories 
des exégètes allemands de nos jours et ne résout pas leurs difficultés. 
La conclusion sur l'expérience" de Dieu et du Chiist est du pur Gratry; 
elle contient des conseils pratiques, qui sont de tous les temps et qui 
conviennent parfaitement aux jeunes gens de nos jours, trop étrangers 
à la méditation de l'Évangile. 

20. • — M. Rohr donne un exposé sommaire et précis des théories 
négatives émises au sujet du Christ depuis Reimarus jusqu'à Bruno 
Bauer et ses adhérents, Der Vernichtiingskampf gegen das biblische 
Chnstusbild. Cette critique destructive s'attaque à la personne du 
Christ autant qu'à son œuvre; elle nie que Jésus ait été réellement 
ce que l'Évangile le fait être, et elle ne remplace pas le portrait qu'elle 
démolit. On trouvera donc ici un résumé des idées de Reimarus, 
l'auteur des fragments de Wolfenbûttel, des premiers rationalistes, 
qui nient les miracles, de Strauss avec son système mythique, de 
B. Bauer, de Kalthoff et de W. B. Smith qui, appuyés sur les conclu- 
sions de la critique la plus radicale des Évangiles, ont fait de Jésus 
la personnification de diverses tendances de son époque. 

21. — Dans un autre fascicule des Biblische Zeitjragen, le même 
auteur, continuant ce sujet, aborde une autre série de critiques, ceux 
qui ne se bornent pas à détruire, mais qui refont un Christ de leur 
façon, un Christ différent du Christ de l'Évangile, Ersatzversuche fiir 
das biblische Christusbild. 11 nous présente trois types de ces essais 
de reconstruction : le Christ « libéral » de Renan, de Strauss (seconde 
manière), d'Hermann, de Fressen et de Rosegger dans deux romans 
que M. Fillion nous a fait connaître; le Christ « eschatologique » de 
Jean Weiss, à qui, parmi nous, M. Loisy s'est rallié; le Christ des 
critiques qui suivent divers courants de la culture moderne, des socia- 



— 207 — 

listes, de Tolstoï^ des pessimistes, des apôtres de la tempérance et des 
végétariens, enfin des admirateurs fanatiques des races germaines 
qui, comme Chamberlain, rapprochent Jésus de Wodan. L'exposé du 
système de Renan est incomplet et, par suite, sa critique inopérante. 
M. Rohr aurait pu consulter G- Sorel, le Système historique de Renan, 
m, p. 209-336. 

22. — M. Wecker oppose, dans la même collection, le Clirist à 
Bouddha, Chrisiiis und Buddha-Ona. fait, de nos jours, de leurs rapports 
et de la comparaison du chi'istianismeavec le bouddhisme une question 
religieuse, voire une question bibhque. Après avoir présenté de sages 
observations sur la méthode à suivre et fourni d'utiles indications 
sur l'âge des traditions bouddhistes, l'autem^'exposeetcritique les prin- 
cipaux rapprochements qui ont été étabhs entre leChristet Bouddha, 
au sujet des récits parallèles de leur naissance, de leur présentation à 
un vieillard, de leur venue au temple, de lem' hésitation à se faii'e bap- 
tiser, de leur tentation, de leur bénédiction par une femme du peuple 
et de divers autres épisodes de leur vie publique. L'examen compa- 
ratif des sources montre clairement que les rapprochements sont très 
superficiels et n'atteignent pas la substance des faits mis en parallèle. 
Il examine ensuite les hypothèses d'un emprunt fait au bouddhisme, 
en étudiant l'histoire des rapports entre l'Inde et les contrées situées 
à l'est et en critiquant les systèmes de Seydel et de Van den Bergh. 
Cette brochure est fort claire en même temps que très précise et bien 
au point. 

23. ■ — Dans le dernier fascicule des Biblische Studiende 1908, M. Vo- 
gels a publié mie monographie très savante et très intéressante sur un 
ouvrage de saint Augustin, St Aiigustins Schrijt De consensu evange- 
listarum. L'Introduction nous fait connaître le but du, livre (défendre 
les Évangiles contre ceux qui les accusaient de se contredire), les adver- 
saires visés (les néoplatoniciens, disciples de Porphyre), la date 
(seconde moitié de 399 ou première de 400), le texte latin des Evangiles, 
sm- lequel l'ouvrage est composé (la velus latina, et non pas la Vulgate 
de saint Jérôme : point important, définitivement établi), les soiu"ces 
(aucune de la littérature patristique connue, sinon le commentaire de 
saint Ambroise sur saint Luc qui dépend d'Origène), le plan et le con- 
tenu du livre. Dans une première partie, l'autem^ étudie les principes 
d'harmonistique de saint Augustin : l'idée qu'il a de l'inspiration et 
les rapports de dépendance qu'il reconnaît entre les Evangiles. C'est 
un chapitre important de la doctrine scripturaire de l'évêque d'Hip- 
pone. Dans une seconde partie, M. Vogels retrace les vues harmonis- 
tiques de l'auteur du livre.. Celui-ci n'admet aucune contradiction 
dans les Évangiles.. Ses essais de conciUation portent sur trois sortes 
de différences :. 1° celles des mots et des paroles; 2° celles des récits;. 



- 208 — 

3° celles de la chronologie des faits. La première classe s'explique 
par cette considération générale que les évangélistes disent les mêmes 
choses en termes différents. Dans la seconde rentrent les récits de faits 
réellement distincts et des récits différents du même fait; les circons- 
tances de temps et de lieu servent à identifier les événements, diver- 
sement racontés, et les différences ne vont pas jusqu'à la contradiction 
et n'empêchent pas l'identité, chaque narrateur faisant ressortir les 
circonstances qu'il connaissait. Sur la chronologie des faits, saint 
Augustin n'a posé aucune question de principe et s'est contenté d'une 
solution provisoire, la théorie de l'anticipation des récits relativement 
à la suite chronologique des événements. L'œuvre de saint Augustin 
a exercé une grande influence, et ses principes d'harmonisation ont 
été suivis jusqu'à Dom Cal met. 

24. — Sous le titre: De Bethléem à Nazareth,\e P.Ollivier présente au 
public une Etude historique sur l'enfance et la jeunesse du Rédempteur. 
Il a voulu éclairer par l'histoire la vie cachée de Jésus et s'initier à sa 
vie d'âme d'enfant et de jeune homme, en le replaçant dans son 
milieu politique et social. Décrivant dans un li\Te premier la fin des 
temps, il remonte jusqu'aux Asmonéens, redescend par les Romains 
et les Hérodes pour dire ce qu'était la postérité de David, dans laquelle 
le Sauveur a pris naissance. Le livre II: le Partage des temps, raconte 
l'enfance de Jésus depuis la nativité jusqu'au retour d'Egypte. Le 
\ivTe III : l'Aurore des temps nouveaux, décrit les premières années 
de Jésus, sa présence parmi les docteurs, sa vie cachée, son baptême 
et son assistance aux noces de Cana. Neuf appendices contiennent 
des généalogies et l'explication de quelques points traités au cours 
de l'ouvrage. L'histoire profane, l'archéologie, l'exégèse sont tour 
à tour ou simultanément employées pour éclairer les circonstances 
merveilleuses de l'apparition du ^'erbe incarné en Palestine à ce grand 
tournant qu'elle a produit. Or, pour mener ce grand travail à terme, 
le P.Ollivier n'est ni historien, ni archéologue, ni exégète. Il n'a pas la 
formation scientifique nécessaire pour puiser aux sources; il est réduit 
à des ou\Tages de seconde main, et il n'a pas consulté le travail si 
complet de Schiirer, tandis que Schuré est pour lui «un savant », qu'il 
prend la peine de réfuter. Il est donc à la merci de ses lectures qu'il 
combine plus ou moins heureusement, acceptant, sans s'en douter, 
des explications divergentes qui ne se raccordent guère. II se défie de 
l'hypercritique, qu'il ne sait pas distinguer de la critique sans épithète, 
et il fait grand usage des Évangiles apocryphes, sans autre critère 
que son propre caprice pour trier les renseignements, qu'il rejette ou 
adopte. Aussi fait-il preuve de la plus grande crédulité, jointe à une 
indifférence qui tend au scepticisme. Il met de la pédanterie à étaler 
■des connaissances variées, sur l'Inde par exemple, à propos des essé- 



— 209 — 

niens, et à renvoyer au Talmud qu'il n'a pas consulté. Beaucoup de ses 
références sont mal transcrites et témoignent de sa confiance aveugle 
en des sources de pacotille. Malgré l'amnistie qu'il a demandée, p. 511, 
je ne puis reconnaître de valeur sérieuse à son œuvre; je la tiens plutôt 
comme malheureuse à cause des fausses notions qu'elle répandra 
dans le public. Je pourrais citer beaucoup de détails pour justifier la 
sévérité de mon jugement. Je me borne à signaler, comme spécimens, 
quelques erreurs. P. ix, les Synoptiques ont d'abord été écrits pour les 
Galiléens; p. 8, des incidents, racontés au 1. II des Machabées, sont 
mal datés, et le jugement sur ce livre manque de pondération; p. 125, 
on rappelle une opinion de saint Jean Damascène, « à laquelle se sont 
ralliés saint Augustin, Eusèbe et le vénérable Bède »; p. 141, Nicéphore 
a emprunté le portrait de Marie « aux contemporains du Christ » ; p. 
232, 271, 280, on fait revenir et demeurer Joseph et Marie à l'étable 
après la présentation; p. 239-269, longue dissertation pour faire venir 
les mages de l'Inde; p. 303, le texte de Macrobe sur Hérode est mal 
traduit; p. 374, ce qui est dit du 13 nisan comme jour férié n'est vrai 
que du 14; parasceve signifiait vendredi, et pas le 14 nisan; p. 378, les 
agneaux étaient immolés le 14 et pas le 15 nisan; p. 387, Jonathan- 
ben-Uzziel a traduit les Septante en chaldéen. C'est une vraie perle; 
les plus jeunes séminaristes savent que ce Jonathan a fait le targum 
des prophètes sur le texte hébreu. 

25. — La durée du ministère public de Jésus continue à préoccuper 
les catholiques allemands depuis dix ans. Articles de revues et mono- 
graphies se sont multipliés et ont défendu tous les avis (un an, deux 
ans, trois ans et quelques mois). M. Homanner vient de reprendre le 
sujet, Die Daiier (1er ôffentlichen Wirksamkeit Jesii. Dans le ch. i^r, il 
considère les Evangiles comme des œuvres historiques et examine 
la nature de leurs données chronologiques. Le ch. ii est consacré à 
l'exposé des vues divergentes des Pères, qui ne proposent pas une tra- 
dition, mais de simples opinions exégétiques. Il a montré que celle 
d'une année était, dans l'antiquité, d'origine gnostique. Dans le ch. m, 
l'auteur cherche dans les Évangiles la solution du problème. Il rejette 
la théorie d'une seule année proposée par Van Bebber et Belser, et il 
ne laisse le choix qu'entre les théories de deux ou trois années. Sa pré- 
férence est pour trois années. Toutefois, il n'appuie pas son sentiment 
sur les quatre Pâques qui seraient énoncées dans le quatrième Évan- 
gile. Pour lui, la fête indiquée, Joa., v, 1, est plus probablement la 
Pentecôte, mais, comme l'a montré Stawars, celle de la seconde année 
du ministère public et non celle de la première. D'où, avec la Pâque de 
Joa., VI, 4 (les mots to TCâir/a. étant authentiques), on aboutit à trois 
années et demi de prédication. Dans le ch. iv, il étudie ce que les Alle- 
mands appellent la chronologie absolue, c'est-à-dire la date de la 
Mars 1909. T. CXV. 14. 



— 210 — 

mort de Jésus d'après les années de Rome, et il aboutit à la fixer au 
o avril 786, en 33 de notre ère. Cette date n'est pas absolument sûre, 
puisqu'elle dépend de la durée de trois ans et demi pour le ministère 
public, qui n'est qu'une opinion, et d'autres données, qui restent discu- 
tables. Le mémoire de M. Homanner est bien composé et contient, 
sinon une solution définitive, qui est impossible, du moins d'excel- 
lents matériaux, bien ordonnés et bien élaborés. 

26. — M. George Aicher a écrit une monographie sur le chameau 
et le trou de l'aiguille, Math., xix, 24, Karnel und N adelohr . 11 rappelle' 
les diverses explications qui ont été données de la parole de Notre- 
Seigneur, et il en fait la critique. Les essais d'interprétation, par 
lesquels on a vu dans le chameau un câble ou dans le trou de l'aiguille 
une poterne de Jérusalem, ne sont pas fondés. D'autre part, l'exégèse 
qui entend la sentence au sens propre soulève cette difficulté que 
le riche ne peut pas être exclu du royaume, par le seul fait qu'il 
est riche; Jésus n'a pas condamné les richesses. Il faut donc chercher 
une autre voie. M. Aicher suppose que le texte original, qui selon lui 
était hébreu, a été mal transcrit et que l'erreur de copiste a donné 
lieu à la traduction grecque actuelle. Sa reconstruction du texte pri- 
mitif aboutit à cette leçon:» 11 est plus facile d'entrer dans un lieu aussi 
petit qu'un trou d'aiguille que d'entrer dans le royaume des cieux. » 
Cette reconstitution est très ingénieuse; mais elle ne s'impose pas, et 
peu de personnes l'admettront. Elle n'est même pas nécessaire, et la 
signification naturelle du texte actuel ne fait aucune difficulté, si, 
comme on le pense généralement, Notxe-Seigneur n'a voulu parler 
que du riche injuste, du mauvais riche. 

27. — Le R. P. Leroy a continué en 1908 ses intéressantes Leçons 
d'Ecriture sainte, prêchées au Gesù de Bruxelles, et il les a publiées 
au nombre de dix sous le titre : Jésus-Christ, sa vie, son temps. Elles 
commentent les discours tenus le mardi saint (A quand la fin du monde? 
la règle, l'usage, le terme, la failhte de la vie, la mort, source de vie, 
l'obstacle à la vie), puis les faits du même jour et du jeudi (la trahison 
de Judas, la Pâque des Juifs et celle du Christ). En raison de la nature 
des sujets traités, il y a plus de considérations dogmatiques et morales 
que dans les volumes précédents. L'exégèse pourtant y a encore sa 
bonne part. On y trouvera une solution de la question eschatologique 
à propos de ce que l'on appelle l'Apocalypse synoptique. Au sujet 
de la connaissance humaine que Jésus avait de la date de la fin du 
monde, l'orateur aurait pu dire que son explication n'est pas unique. 
Il a trop insisté sur les païens, que Phihppe et André ont amenés à 
Jésus, puisqu'il est bien plus probable que c'étaient des prosélytes. 
En parlant de la Pâque, il s'est toujours exprimé selon notre manière 
de compter les jours. 11 en est résulté quelques confusions fâcheuses. 



— 211 — 

Pour concilier les Synoptiques et saint Jean relativement au jour de 
la Pâque, il s'est rallié à l'interprétation de Chwolson, qui n'est qu'une 
hypothèse ingénieuse, sans preuve et dont il n'a pris qu'une par- 
tie. Aussi toute sa description de la Pâque juive convient au 14 nisan 
(et non au 13), suivant notre comput actuel. La réalité a ainsi repris 
ses droits sur l'hypothèse. Il déclare que les coupes étaient passées 
à la ronde, alors que chaque convive avait son verre. Si Jésus a pré- 
senté ainsi une première coupe à ses apôtres, c'est en modifiant le rite 
traditionnel, en vue de la coupe eucharistique. Le texte du Deuté- 
ronome, xvi, 11, ne recommande pas de faire l'aumône aux pauvres, 
aux jours de fêtes (p. 342), mais de les faire participer aux repas qui 
suivaient les sacrifices de ces jours-là. 

28. — M. Dentier résout brièvement, mais solidement, les princi- 
pales difficultés qu'on multiplie de nos jours contre un dogme fonda- 
mental de la foi chrétienne : la résurrection de i ésxis, Die Auferstehung 
Jesii Christi nach den Berichten des Neuen Testaments. Il prend avec 
raison comme point de départ le récit de saint Paul, I Cor., xv, 3-8; 
il y joint le témoignage des Actes des apôtres; il étudie enfin plus lon- 
guement les récits des Évangiles. Il discute la distinction établie entre 
les apparitions galiléennes et les apparitions hiérosolymitaines, et il 
montre que les récits sont partiels et incomplets, mais non inconci- 
liables; chaque évangéliste ne relatait que les faits qui allaient à son 
but, sans nier pour cela ceux qu'il omettait. Quant au récit du tom- 
beau vide, ce n'est ni une légende, ni une addition postérieure; c'est 
le récit historique d'un fait réel. En terminant, l'auteur résume les 
résultats de son étude, en marquant l'accord de divers récits combinés 
ensemble. 

29. — M. Belser a résumé, en les précisant, dans une courte bro- 
chure, Die Apostelgeschichte^ les résultats de ses précédents travaux 
sur les Actes des apôtres. L'auteur du livre est le médecin Luc, le com- 
pagnon de Paul et le troisième évangéliste. La datcde la composition 
est fixée à l'année 63, un peu avant la solution du procès de saint Paul. 
La valeur historique des récits et des discours, examinée séparément, 
ressort de plus en plus des travaux les plus récents sur les Actes des 
apôtres, sur leurs sources et sur la rédaction de saint Luc. Ce livre nous 
fournit donc les renseignements les plus précieux et les plus sûrs au 
sujet de l'Église primitive et de sa constitution. Les données chrono- 
logiques sont rares et imprécises, au moins dans la première partie. 
On peut néanmoins, à leur aide, établir la suite des principaux évé- 
nements. Le texte nous est parvenu en deux recensions, dites l'une 
orientale, l'autre occidentale. M. Belser avait pensé autrefois qu'elles 
représentaient deux éditions différentes, dues à saint Luc lui-même. 
Aujourd'hui il conclut seulement, avec plus de raison, que le texte 



— 212 — 

occidental contient probablement dans ses leçons spéciales des parti- 
cularités vraiment originales. Dans la première ligne, il y a à relever 
une inexactitude : saint Justin n'est pas témoin direct de l'attribution 
des Actes à saint Luc. 

30. — Le tome IV du Manuel biblique, comprenant les Actes, les 
Épîtres et l'Apocalypse, termine la refonte, entreprise par M. Brassac, 
des deux volumes de M. Bacuez sur le Nouveau Testament. C'est réel- 
lement plus qu'une refonte; c'est un ouvrage nouveau par l'esprit 
et la méthode plus encore que par les détails. Bien que la partie qui 
concerne les Épîtres catholiques et l'Apocalypse n'ait pu encore être 
remaniée à fond, le tome IV est en progrès notable sur le tome III. 
Les matières y sont mieux distribuées et l'exposition plus satisfaisante. 
L'analyse détaillée des Actes présente l'avantage de fournir une notice 
complète sur saint Paul, avant d'aborder l'étude des Épîtres de cet 
apôtre. Celles-ci au lieu d'être rangées selon l'ordre de la Vulgate, sont 
disposées par ordre de date et replacées dans leur milieu historique. 
Deux innovations heureuses sont : l'Introduction générale aux Épîtres 
de saint Paul et la synthèse de la théologie du même apôtre. Sur cha- 
cun des 23 livres du Nouveau Testament, dont traite ce volume, les 
maîtres ot les élèves de nos séminaires trouveront l'essentiel des 
questions critiques d'introduction et les éléments d'un commentaire 
dans l'analyse développée du contenu. Au point de vue pédagogique, 
le livre paraît facile à étudier; l'exposé est simple, clair et précis, 
les divisions sont logiques et frappent l'œd pai" l'emploi des caractères 
gras. La bibhographie est abondante, peut-être à l'excès, par exemple 
les ouvrages généraux indiqués à la page 38. L'illustration est moins 
réussie. La figure 63, p. 466, donnée comme représentant l'imposition 
des mains, est à retrancher; c'est une scène de jugement. Je signale 
à l'auteur quelques inexactitudes, pour qu'il les corrige dans la pro- 
chaine édition. Ce qui est dit, p. 41, de N.-S. emmenant enchaînés ses 
ennemis ne correspond pas au commentaire plus exact qu'on donne, 
p. 407.. Il est parlé de la communion, p. 50, en style de lecture spiri- 
tuelle, et plus bas de la caisse « richement dotée « de la pauvre Église de 
Jérusalem. Le renseignement sur Eusèbe, évêque de Césarée, est du 
ressort du professeur d'iiistoire. Le témoignage de VAnibrosiaster, qui 
dépend des prologues marcionites découverts par Dom deBruynCîpom"- 
rait se concilier avec ce qui est rapporté, p. 319, 322, des débuts de 
l'Église de Rome. Sur la difTérence entre lettres et épîtres, il faudrait, 
p. 171, 'renvoyer à l'étude originale de Deissmann. On affirme à tort, 
p. 450, qu'il y avait, avant 150, plusieurs versions syriaques des Épîtres. 
Le nom : Dieu vivant, se trouve en dehors des Épîtres de saint Paul ; 
ainsi Matth., xxvi, 63; Act,, xiv, 14; I Pet., i, 23- Apoc, vu, 2, etc. 
Sur la question du comma Johanneum, il y a plusieurs corrections à 



— 213 — 

faire. Priscillien ne le cite pas dans le même sens (p. 648) que saint 
Gyprien, mais bien en faveur de son hérésie de l'union des trois per- 
sonnes en Jésus-Christ. L'Italique n'avait pas ce verset (p. 651). On 
pourrait ajouter que le texte présente des indices d'interpolation : le 
Verbe (et non le Fils) est opposé au Père ; il n'est pas précédé de /.ai, 
etc. Je ne crois pas, pour mon compte, que Priscillien soit l'inter- 
polateur du verset; il en est le plus ancien garant connu; il l'a trouvé 
et l'a adapté à ses erreurs. Le décret du Saint-Office prétendait tran- 
cher la discussion critique; mais comme il n'a pas une valeur doctri- 
nale, on a pu soutenir à l'encontre la non-authenticité du .verset : on 
ne peut pas douter que Caïus attribuait l'Apocalypse à Cérinthe 
(p. 672), depuis qu'on a découvert cinq fragments syriaques de la ré- 
plique de saint Hippolyte contre lui. Saint Denys d'Alexandrie n'at- 
tribuait pas ce livre au prêtre Jean qu'il ne nomme pas (p. 674), mais 
à un Jean autre que l'apôtre. Je n'estime pas fondé qu'il y ait deux 
sens, l'un Httéral, l'autre plus éloigné (?), dans l'Apocalypse (p. 204). 
31. — M. Jacquier vient de publier coup sur coup les tomes III et IV 
de son Histoire des litres du Nouveau Testament. Le tome III est con- 
sacré aux Actes et aux Épîtres catholiques, sauf celles de saint Jean^ 
et le tome IV aux écrits johanniques. L'ouvrage du professeur de 
Lyon diffère du Manuel biblique : c'est une Introduction historique 
et littéraire au Nouveau Testament, dans laquelle l'auteur expose, 
pour chacun des livres, les circonstances de sa composition, l'analyse 
de son contenu et" l'état du texte qui nous est parvenu. Il servirait 
difficilement (j'en ai fait l'expérience), de hvre de classe : la disposition 
peu logique des matières, l'exposition sèche et fruste des questions 
déroutent les étudiants. Mais c'est un excellent livre du maître et un 
ouvrage de science, que tout le monde consultera avec grand profit. 
L'Introduction aux Actes comprend 184 pages. L'authenticité de ce 
livre est fortement établie et par le témoignage de la tradition et par 
l'étude interne (ici, selon la méthode de Harnack). La date est placée 
après la libération de Paul, dans la période de 62 à 67. Au sujet des 
sources de saint Luc, M. Jacquier est très réservé; il expose avec com- 
plaisance les récentes conclusions de Harnack. Il prouve fortement 
la valeur historique des récits et des discours, et ces derniers lui parais- 
sent authentiques dans leur substance, quoiqu'ils portent l'empreinte 
du style de saint Luc. Cependant, il aurait fallu considérer p. 127) 
le discours de saint Etienne plutôt comme une citation de dicta alio- 
rum que comme une œuvre directement inspirée, et il n'y avait pas lieu 
Aq poser le canon assez large en matière d'histoire, et de s'abriter der- 
rière l'autorité du P. Knabenbauer, qui n'a pas à s'appliquer ici. On 
y revient, p. 170-171. Si la recension orientale du texte représente 1& 
mieux l'original, la forme occidentale contient cependant de bonne 



— 214 — 

leçons, qu'il est nécessaire de prendre en considération. L'ouvrage do 
B. Weiss, Der Codex D in der Apostelgescliichte, (Leipzig, 1897), n'est 
pas mentionné. La doctrine des Actes est aussi exposée exactement et 
avec intérêt. Sur les Epitres catholiques, M, Jacquier maintient toutes 
les positions traditionnelles. Saint Jacques est l'apôtre de Cï nom; 
la date de sa lettre n'est pas établie d'une façonfixeet on laisse le choix 
entre deux solutions. La 11^ Épître de saint Pierre, écrite entre 64et67, 
est du prince des apôtres aussi bien que la I^^^ rédigée à Rome de 
62 à 64. Les rapports entre elle et l'Épitre de saint Judç sont bien 
indiqués; mais la question de priorité ne semble pas résolue encore. 
Cette dernière Épître est placée dans la seconde moitié du premier 
siècle. La liste des errata aurait pu être allongée; les références bibli- 
ques ont besoin d'être vérifiées, les noms et les dates sont estropiés 
dans plusieurs notes. Pourquoi écrire tantôt Barnabas, tantôt Barnabe? 
P. 102, xvii^ siècle est mis pour xviii^ (1741, 1755). P. 231, il est parlé 
du texte des Septante pour le 11^ livre des Machabées, quia été rédigé 
en grec. P. 40, les Juifs de tous pays, témoins de la Pentecôte chré- 
tienne, habitaient Jérusalem; p. 234, et t. IV, p. 335, ils sont les apôtres 
de leur contrée. Deux appendices traitent de la langue du Nouveau 
Testament d'après les études récentes de Deissmann, etc. (la question 
est renouvelée) et d'un nouveau manuscrit majuscule des Évangiles 
du v^ siècle. Elles seraient mieux placées dans les rééditions du tome II. 
L'édition des papyrus bibliques de la Patrologia orientalis de Mgr Graf- 
fin n'est pas citée. 

Dans le tome IV, M. Jacquier jirouvé, au chapitre 1*^^, l'unité lit- 
téraire de tous les écrits johanniques et l'identité d'auteur. Les quatre 
autres chapitres concernent successivement chacun de ces écrits. 
L'origine johannique du quatrième Évangile est longuement et soli- 
dement établie; tous les arguments donnés pour réfuter les adversaires 
de l'historicité n'ont pas la même valeur, et quelques-uns ne me sem- 
blent pas résoudre la difficulté; il eût fallu les pousser plus loin. Les 
Épitres et l'Apocalypse ont reçu un traitement moins avantageux, et je 
connais un critique très compétent, que la lecture du chapitre va désap- 
pointé. Tout l'exposé paraît étriqué, notamment ce qui concerne les 
sources, la composition, l'histoire littéraire et l'histoire de l'interpré- 
tation de l'Apocalypse. On aurait pu faire de meilleurs emprunts à 
Bossuet et à Swete. Nombreuses sont les fautes d'impression et les 
inexactitudes de références (voir par exemple p. 121, 212). Signalons 
encore quelques lacunes ou inadvertances. P. 33, Hengstenberg a 
publié son commentaire sur saint Jean de 1861 à 1863. P. 41, Kreyen- 
bûhl a mis au jour un second volume en 1905. Pour les citations des 
Actiis Pétri, p. 60, il eût fallu recourir directement à l'édition de 
Lipsius, et non à Camerlynck, dont les fautes d'impression sont 



— 215 — 

reproduites. P. 314, le pseudo-Dorothée n'est pas de la fin du iii*^ siècle. 
Ce qui est dit du prêtre romain Caïus p. 323 (Gaïus, p. 404) est incom- 
plet et faux, depuis la découverte non signalée des Capita adversus 
Caiiun de saint Hippolyte. P. 351, des fragments de copies de l'Apo- 
calypse d'Élie ont été publiés et traduits en allemand par Steindorfî, 
et des fragments coptes de celle de Sophonie, découverts, publiés et 
traduits en français par M. Bouriant. P. 407, Œcuménius n'est pas du 
vi^ siècle (cf. t. III, p. 187), mais du xi^, il n'est donc pas le premier 
commentateur grec de l'Apocalypse. 

32. — Dans V Apocalypse interprétée par l'Ecriture, M. Passama 
propose une interprétation tout à fait nouvelle de ce livre prophétique 
qui cesse d'être un « logogriphe indéchiffrable ». C'est par l'Ecriture, 
dont elle est le résumé, qu'il explique les chapitres iv-xxi. Mais avant 
de recourir à l'Écriture et pour l'utiliser, il faut avoir le sens des sym- 
boles, employés par saint Jean en raison de la discipline du « secret», 
qui régnait déjà à son époque. M. Passama a retrouvé ce sens, il ne dit 
pas par quelle voie, et il l'expose au préalable comme clair, certain, 
indiscutable et nécessaire (à sa théorie du moins). Ce qui caractérise 
ces symboles, dit-il (p. 6), c'est leur enchaînement logique, leur sim- 
plicité et leur grandeur. Avec cette clef, le livre scellé de sept sceaux 
est ouvert et devient très intelligible. Au lieu d'être une prophétie de 
l'avenir, c'est plutôt un résumé symbolique de l'histoire sainte 
d'Israël, mêlée à l'histoire du christianisme naissant, sans dépasser la 
persécution de Néron. Toutefois, comme l'Apocalypse a été écrite 
sous Claude, la persécution de Néron et la destruction du peuple juif 
sont les deux seuls faits prophétisés dans l'Apocalypse. Cette histoire 
est décrite en tableaux apocalyptiques, et sauf quelques diachronismes 
(à travers temps), elle suit l'ordre chronologique à partir de la création 
de l'homme. Telle est l'idée générale que je puis donner de ce commen- 
taire nouveau, tellement nouveau qu'il n'a absolument rien de com- 
mun avec ceux qui ont paru jusqu'ici. Sa nouveauté si exclusive crée 
un grave préjugé contre lui, car il me paraît tout à fait invraisemblable 
que nul dans l'Église n'ait rien compris à l'Apocalypse avant M. Pas- 
sama. En outre, la singularité intrinsèque des symboles, proposés 
a priori, l'étrangeté des résultats, dont quelques-uns sont fondés sur 
des impossibilités exégétiques, telles que Abaddon signifiant « aïeul 
d'Addon » l'aïeul, d'Asar-Addon (p. 32), feront reléguer l'essai de 
M. Passama dans le monde des rêveries apocalyptiques. Enfin, sur 
un point particulier, la nouvelle interprétation du Crescite et miilti- 
plicamini de la Genèse, i, 28, est contraire à la doctrine commune 
reçue dans l'Église. Sous la première loi de grâce, il s'agissait de la 
multiplication surnaturelle du genre humain, remplacée après le péché 
originel par la multiplication naturelle de la chair. L'homme fait à 



— ^16. — 

l'imageet à la ressemblance de Dieu, ne pouvait se rabaisser en assu- 
jettissant sa race à la lai de l'animal, Gen., i, 22, et en le faisant, il 
serait arrivé à commettre ce péché, qui n'était propre qu'à lui, de faire 
violence à Dieu pour le mettre en demeure de créer une âme. La mul- 
tiplication naturelle était donc défendue à l'homme comme ne lui 
étant pas destinée. Le péché d'Adam consista à violer cette défense. 
La nécessité de la multiplication naturelle fut la conséquence de ce 
péché (p. 14-18). Le sacrement de mariage permet aux enfants de la 
chair de renaître enfants de Dieu, en puisant dans les eaux du bap- 
tême la sève de la régénération (p. 94). Il nous semble qu'il était du 
devoir du censeur d'exiger la suppression de ces erreurs, avant de déli- 
vrer le Nihil obstat. E. Mangenot. 



GÉOGRAPHIE — VOYAGES 

. Atlas universel de géographie. Ouvrage commencé par Vivien de Saint-Martin 
et continué par F. Schrader. N° 75. États-Unis, feuille Sud-Ouest. Paris, Hachette, 
s. d. (1909), une feuille in-folio, 2 fr. — 2. L'Année cartographique. Supplément 
annuel à toutes les publications de géographie et de cartographie dressé et rédigé 
sous la dij'ection de F. Schrader. Paris, Hachette, 1908, une livraison de 3 feuilles 
in-folio, 3 fr. — 3. Villes et solitudes. Croquis d'Europe et d'Afrique, par P. -Louis 
Rivière. Paris, rion-Nourrit, 1908, in-12 de x-283 p., 3 fr. 50. — 4. Les Paysans 
de la Normandie oiien'ale (Pays de Caua, Bray, Vexin normand. Vallée de la Seine). 
Étude géographique, par Jules Sion. Paris, Colin, 1909, in-8 de viii-544 p., avec 
14 fig. et cartes et 8 planches, 12 fr. — 5. Régions naturelles et ?ioms de pays. Étude 
sur la région parisienne, par Lucien Gallois. Paris, Colin, 1908, in-8 de 356 p., 
avec cartes, 8 fr. — 6. Étude sur la vallée lorraine de la Meuse, par J. Vidal de 
LA Blache. Paris, Colin, 1908, in-8 de 189 p., avec 13 fig., 8 cartes et planches, 
4 fr. — 7. Le Berry. Contribution à l'étude géographique d'une région française, par 
Antoine Vacher. Paris, Colin, 1908, in-8 de 548 p., avec 48 fig. et cartes dans le 
texte, 32 photogr. et 4 planches hors texte, 15 fr. — 8. Esquisse toponyinique sur 
la vallée de CauteMs (Hautes- Pyrénées), par Alphonse Meillon. Cauterets, 
Cazaux, 1908, in-8 de 396 p., avec carte. — 9. Nos Frères de Bohême. Le Vieil 
Alsacien chez les Tchèques, par Jeanne et Frédéric Régamy. Pai'is, Nouvelle 
Librairie nationale, s. d. (1908), petit in-8 de 329 p., avec grav., 5 fr. — 10. Le 
Maroc d'aujourd'hui et de demain. Rabat. Études sociales, par le D' Mauran. Paris, 
Henry Paulin, 1909, in-16 de xii-210 p., avec croquis, 2 fr. 50. — 11. Sur la Côte 
ouest du Maroc, par E. Pobéguin. Paris, Comité du Maroc, 1908, in-8 de 59 p. avec 
croquis, 1 fr. — 12. Trois Années de chasse au Mozambique, par Guillaume Vasse. 
Paris, Hachette, 1909, in-16 de 191 p., avec carte et 55 grav., 4 fr. — 13. S. A. R. le 
prince Lovis-Amédée de Savoie, duc des Abruzzes. Le Ruwenzori. Voyage d'ex- 
ploration et premières ascensions des plus hautes cimes de la chaîne neigeuse située 
entre les grands lacs équatoriaux de l'Afrique centrale. Relation du D'' Filippo de 
FiLippi; traduite par Alfred Poizat. Paris, Plon-Nourrit, 1909, gr. in-8 de 356 p., 
avec 180 illustr., 24 planches, 5 panoramas et 5 cartes, 20 fr. — 14. Indo-Chine et 
Japon. Journal de voyage, par M. et M""^ Emile Jottrand. Paris, Plon-Nourrit, 
1909, in-16 de 348 p., avec 3 cartes, 4 fr. — 15. La Sainte Vierge au Liban, par Joseph 
Goudard, s. J. Paris, Maison de la Bonne-Bresse, s. d. (1908), in-8 de viii-536 p., 
avec de nombreuses photographies et une carte, 7 fr. 50. — 16. La Perse d'aujour- 
d'hui (Iran, Mésopotamie), TpaiV^vciyt. AvBiy. Paris, Colin, 1908, in-18 de viii- 
442 p., avec carte. 5 fr. — 17. Mes Croisières dans la Mer de Behring. Nouvelles 
Chasses, nouveaux voyages, par Paul Niedieck ; traduit de l'allemand par L. Rous- 
TAN. Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-8 de ii-296 p., avec 132 grav. et une carte, 10 fr. 



— 217 — 

— 18. Canada et Canadiens, par le D'' Adrien Loir. Paris, Guilmoto, 1909, in-8 
de 371 p., 6 fr. — 19- I-es Grandes Antilles. Étude de géographie économique, par 
Daniel Bellet. Paris, Guilmoto. 1909, in-8 de xii-315 p., avec carte, 6 fr. — 20. 
Le Brésil au xx^ siècle, par Pierre Denis. Paris, Colin, 1909, in-18 de 312 p., 
3 fr. 50. — 21. Sôo Paulo du Brésil. Notes d'un colon français, par Louis Cas.i- 
BONA. Paris, Guilmoto, s. d. (1909), in-18 carré de iv-232 p. avec grav., 3 fr. 

— 22. Atlas général ViD al-Lablache. Paris, Colin, 1909, in-folio, 420 cartes et 
cartons, index alphabétique de 46.000 noms en 43 p. sur 7 colonnes, cartonné 
toile, 30 fr. 

1. • — La publication de l'Atlas universel de géographie., commencé 
par feu Vivien de Saint-Martin et continué par F. Schrader, se pour- 
suit avec une remarquable régularité; chaque année, deux ou trois 
feuilles de cette excellente compilation voient le jour, et il ne se passe 
pas de semestre où nous n'ayons à signaler ici même l'apparition de 
quelque planche nouvelle de ce bel atlas. Voici plusieurs fois déjà 
que notre attention est retenue par M. Schrader et par son habile 
collaborateur M. \\ Huot sur la géographie des États-Unis; il en est 
de même aujourd'hui encore, car, continuant la publication de leur 
carte de la grande répubUque américaine à l'échelle du 1 : 5.000.000^, 
ces deux habiles géographes viennent d'en distribuer la feuille Sud- 
Ouest qu'ils ont (comme il est naturel) établie à l'aide des documents 
émanés du Geological Survey. Est-il besoin d'insister sur le puissant 
intérêt que présente cette carte? Il suffit d'indiquer brièvement les 
phénomènes physiques qui y sont représentés:^ — les plateaux, «tables» 
ou « mesas » de TUtah et du Colorado, les « llanos » du Texas, le pitto- 
resque, l'admirable « grand carion » du rio Colorado, — pour qu'on en 
comprenne la valeur éducative; ajoutons qu'elle présente un intérêt 
ethnographique de premier ordre puisqu'on y trouve indiquées les 
limites des « réserves « d'Indiens, et tracées les vallées naguère habitées 
par les Cliff Dwellers et conservant aujourd'hui encore les curieux 
restes de leurs anciens établissements. Sur sa carte, M. Huot a eu soin 
aussi d'indiquer par une tache bleue sans contours précis ce singuHer 
lac Salton, qu'a récemment formé la rupture des travaux d'irriga^ 
tion de la rive droite du Colorado. C'est donc un véritable document 
d'étude que cette feuille 75 de V Atlas universel de géographie, où l'on 
a pris soin de placer, dans les intervalles disponibles, deux excellents 
cartouches à l'échelle de 1 : 200.000^, consacrés à New York et à ses 
environs, à San Francisco et à ses environs. 

2. — Ce sont également des matériaux d'études que nous trouvons 
dans le dernier fascicule annuel de l'Année cartographique, contenant 
les modifications géographiques et poHtiques de l'année 1907 ; 
M. Schrader et ses collaborateurs, MM. D, Aïtoiï, Ch. Bonnesseur, 
M. Chesneau et V. Huot y groupent une foule d'itinéraires, de levés, de 
délimitations de frontières dont l'examen est éminemment instructif, et 
dont un commentaire explicatif fait mieux encore apprécier l'intérêt. 



— 218 — 

Ce qui, toutefois, dans ce 18^ fascicule de l'Année cartographique, 
nous a paru particulièrement digne d'attention, ce sont les synthèses 
cartographiques de toute une région, faites à l'aide des documents 
les plus récents, par l'un ou l'autre des habiles cartographes dont 
nous avons tout à l'heure rappelé le nom. Une carte telle que l'essai 
d'hypsométrie de l'Asie Mineure à l'échelle du 1:5.000.000<^, dressée 
en courbes de niveau par M. Bonnesseur d'après la carte en 24 feuilles 
de Richard Kiepert, présente à tous égards un intérêt indiscutable, 
en dépit de son caractère provisoire; et que dire des cartes établies 
à la même échelle du Sahara méridional (d'après le lieutenant Cortier) 
et des régions occidentales du Congo français qu'a signées M. Ches- 
neau? Que dire encore de la carte (à 1:7.000.000^) de l'Orient péruvien, 
dressée par M; Huot d'après lesplus récentes explorations péruviennes? 
Pour étudier le versant amazonien du Pérou, naguère si mal connu, 
et ses rapports avec le Brésil et la Bolivie, voilà la carte d'ensemble 
qu'il convient de consulter. Documents de première valeur et syn- 
thèses cartographiques se groupent donc de la manière la plus heu- 
reuse dans le nouveau fascicule de cette Année cartographique, dont 
la collection constitue un des plus précieux recueils que puisse con- 
sulter pour ses études le géographe aussi bien que le cartographe. 

3. ■ — Si maintenant, après avoir donné à des œuvres aussi méri- 
toires et aussi utiles que les cartes dont nous venons de parler les 
éloges qui leur sont légitimement dûs, nous en venons aux livres, 
nous nous trouvons en présence de volumes de prétentions et aussi 
de science très inégales ; à côté de simples notes de touriste, agréable- 
ment troussées, voici des études de géographie scientifique très appro- 
fondie. Passons en revue les unes et les autres, en nous efforçant de 
mettre en valeur les mérites -de tous ces livres et de rendre à chaqu'^ 
auteur la justice qui lui est due. Les « croquis d'Europe et d'Afrique », 
de M. P. -Louis Rivière, n'ont rien de scientifique; combien d'ailleurs 
il serait injuste de demander à de simples touristes d'examiner en 
géographes les soulèvements alpestres, ou les «cagnons » des Causses 1 
Ni en France, ni dans les pays voisins, ni dans l'Afrique du nord, 
M. Rivière ne s'est donc préoccupé de géomorphogénie; une fois en 
vacances, en effet, ce consciencieux avocat, qui a rempli de son mieux 
les charges de sa profession, se contente de se reposer, mais il le fait 
en travaillant, je veux dire en notant à l'aide du pinceau et aussi de 
la plume les impressions ressenties du cours de voyages préparés avec 
amour. Quelle valeur ont ses tableaux? je ne puis le dire; mais je sais 
que très réel est le mérite de ses « croquis d'Europe et d'Afrique ». 
M. Henri Barboux, dans une jolie préface mise en tête de Villes et 
Solitudes, s'en est déjà porté garant; nous aurions mauvaise grâce à le 
refaire après lui, mais du moins pouvons-nous indiquer quel plaisir 



— 219 — 

nous avons pris à suivre M. Rivière à Londres et à Oxford, en Zélande 
et en Espagne, en Tunisie et à Tanger. Si nous nous refusons à sous- 
crire à son jugement sur Nuremberg, • — que d'ailleurs nous n'avons 
pas revue depuis plus de vingt ans, et où nous ne connaissons pas 
d'église « Saint-Lebpld » (p. 103), mais une église Saint-Sebald, • — 
nous lui sommes reconnaissants d'avoir signalé Rothenburg à notre 
attention; M. Rivière voit si bien d'ordinaire et sait si bien rendre ce 
qu'il a vu que nous n'hésitons pas à noter Rothenburg comme une 
localité à visiter au cours de notre premier voyage en Allemagne. 

4. — Quittons maintenant, tout au moins pour un temps, les notes 
prises au cours de simples excursions d'agrément pour nous occuper 
de travaux approfondis, de véritables études d'érudition. Il en a,depuis 
un certain nombre d'années, été publié plusieurs et d'une incontes- 
table valeur : La Picardie et les régions voisines, de M. Albert Deman- 
geon, la Flandre, de M. Raoul Blanchard, entre autres; à la même 
série appartient le volume de M. Jules Sion sur les Paysans de la 
Normandie orientale, c'est-à-dire du pays de Caux, de ce pays de Bray, 
dont le regretté A. de Lapparent a naguère si bien exposé la géologie, 
du Vexin normand et de la Vallée de la Seine. Le but de l'auteur, 
dans ce gros volume de plus de 500 pages, est de montrer comment le 
cultivateur de ces contrées gagne sa vie et comment, par suite du 
renouvellement incessant des adaptations de l'activité humaine aux 
lois naturelles, par suite de leurs variations selon l'état de la civili- 
sation, la vie matérielle du paysan normand a été très différente de 
ce qu'elle est actuellement. Après avoir, par conséquent, débuté par 
déterminer les bases mêmes de son étude en définissant les conditions 
géographiques, variant avec les pays, du milieu naturel et les éléments 
qui ont constitué la population de la Normandie orientale, M. Sion 
prend le paysan de cette partie de la France à trois moments différents 
de son existence séculaire (au xin*^ siècle, c'est-à-dire en plein cœur 
du moyen âge, puis au xviii^ siècle, enfin à l'époque contemporaine) 
et montre, en analysant les conditions géographiques de la vie rurale 
à chacune de ces époques, comment y correspond une adaptation 
différente de l'activité humaine au milieu physique; le paysan, après 
avoir subsisté surtout grâce aux droits d'usage et de vaine pâture 
au xiiie siècle, recourt, à la fin des temps modernes, pour vivre, à 
l'agriculture, et en même temps à l'industrie textile, qui s'est répandue 
dans tous les villages; actuellement, il ne vit plus que du produit de 
ses champs et de ses prairies, après avoir donné à l'agriculture un 
caractère à demi-pastoral qu'elle n'avait pas autrefois. Ainsi se trouve 
démontrée une fois de plus, à l'aide de documents de toute nature mis 
à contribution d'une manière très heureuse, l'étroitesse des rapports 
liant tous les organismes et, en particulier, l'homme au milieu phy- 



— 220 — 

sique; peu de livres mettent ces rapports en plus complète évidence 
que l'ouvrage^ très systématique et très étudié de M. Jules Sion 
sur les Paysans de la Normandie orientale. 

5. — Dans ses études sur la région parisienne, depuis la Loire 
jusqu'à Laon, depuis les confins de la Champagne jusqu'à ceux de 
la Normandie, c(? n'est pas l'étroitesse des rapports liant l'homme 
au milieu physique que M. Lucien Gallois a voulu mettre en évidence, 
mais l'intelligence avec laquelle l'homme est parvenu à distinguer 
différentes régions naturelles et à leur donner des noms particuliers 
qui sont les « noms de pays ». La démonstration était délicate, par 
suite des complications qui, dans les pays de vieille civihsation, vien- 
nent en accroître la difficulté; il fallait des qualités multiples : éradi- 
tion étendue, observation patiente et minutieuse, finesse et pénétra- 
tion, analyse et synthèse, pour la faire complète et vraiment probante. 
En lisant Régions natunelles et noms de pays, en étudiant les différentes 
monographies qui en constituent la partie analytique (ch. m à x), 
on se rendra compte que M. Lucien Gallois (qui a débuté par montrer 
comment est née la notion de région naturelle et par poser très net- 
tement les questions à résoudre) est ^Taiment en droit de conclure 
comme il le fait et d'insister, dans les dernières lignes de son cha- 
pitre XII, sur l'étroite corrélation existante entre les régions natu- 
relles et les véritables noms de pays (p. 235). — Mais il convient de 
faire une grande attention et de ne pas prendre pour de vrais noms 
de pays des dénominations faussement prétendues telles, comme on 
en trouve au sud de Paris (ch. vi) ou encore dans le département de 
l'Eure (appendice i), et c'est là aussi ce dont M. Gallois a fourni la 
preuve dans ce livre très instructif et très neuf, que complète ime 
cartographie très soignée et très minutieuse (comportant 73 numéros) 
de la région parisienne jusqu'à la carte de Cassini. 

6. — Dans les nombreux appendices que M. Gallois a ajoutés à ses 
Régions naturelles et noms de pays figurent deux études relatives, 
l'une aux régions lorraines de la Woëvre et de la Haye (appendice m), 
l'autre au Bassigny (appendice ii). A la dernière de ces monographies, 
comme à beaucoup d'autres travaux de détail, le capitaine J. Vidal 
de la Blache a eu recours, et plus encore à l'observation attentive du 
terrain, pour rédiger son Etude sur la vallée lorraine de la Meuse, 
c'est-à-dire sur les 250 premiers kilomètres de la Meuse, sur sa traversée 
des plateaux jurassiques qui constituent la partie occidentale du pla- 
teau lorrain. Cette monographie, très sérieusement faite, se divise en 
deux parties : la première, qui est une étude de géomorphogénie toute 
imprégnée des idées de W. Davis, traite des conditions anciennes de 
la vallée et de l'ancienne extension de ce bassin de la Meuse, aujour- 
d'hui réduit à un corridor extrêmement étroit; elle montre comment 



— 2îl — 

ce fleuve, privé des eaux de la Moselle, de celles de l'Aire, des coure 
d'eau de la Woëvre et de la Haye, tronqué du côté du bassin de la 
Saône, a, dans une vallée, en apparence trop large pour la rivière qui 
s'y traîne, le secret de sa survie. Dans un aperçu sur la population et 
la circulation de la vallée lorraine de la Meuse (seconde partie), 
M. J. Vidal de la Blache a mis en pleine lumière la capture économique 
de la vallée de la Meuse au profit de la LoiTaine mosellane. Plusieurs 
planches de cartes tirées des feuilles publiées par le service géogra- 
phique de l'armée, une planche donnant quelques hauteurs d'eau de 
la Meuse à Commercy accompagnent cet excellent mémoire. 

7. — Avec le capitaine J. \'idal de la Blache, nous avons gagné les 
extrêmes confins orientaux de cette région parisienne, dont s'est 
surtout occupé M. L. Gallois; avec M. Antoine Vacher, nous descendons 
plus au sud, et ce sont les frontières de la même région parisienne, 
au nord du Massif central, qui sollicitent notre attention. Entre la 
Lorraine, dont le travail précédent étudiait si soigneusement une 
partie, et le Berry, que M.Vacher a choisi comme champ de recherches, 
il existe de véritables ressemblances géologiques; là, comme ici, les 
terrains secondaires affleuraient, disposés en auréoles. Gardons-nous, 
toutefois, de ne voir que les similitudes ; il existe aussi des différences, 
et on les trouvera indiquées de la manière la plus précise dans l'ouvrage 
de notre jeune géographe. On y trouvera aussi autre chose : une étude 
très minutieuse, très fine, de tous les traits dont l'ensemble constitue 
la géographie physique de cette vieille province française, du modelé 
du sol, du réseau hydrographique, du climat. Sans doute, malgré tous 
ses efforts, M. Vacher n'est pas arrivé à une égale précision sur tous 
les points; lui-même le reconnaît de très bonne grâce et est le premier 
à déclarer qu'il se borne parfois à poser les questions, à tracer un pro- 
gramme de recherches (cf. les chapitres ix et x, relatifs au régime des 
eaux d'infiltration et au régime des eaux courantes). Il n'en est pas 
moins- vrai que, à lire avec toute l'attention qu'il mérite le Berry de 
M. Vacher, on en arrive à se laisser convaincre que, « par une adapta- 
tion progressive des ressources naturelles à ses besoins, rhonune a fait 
disparaître de la surface du sol les obstacles qui formaient une sorte 
de cadre au territoire du pays, c'est-à-dire cette zone d'isolement 
(forêts, landes, étangs) qui existait, dès l'origine de l'histoire du Berry 
autour de la Champagne berrichonne; et, par là même, on ne fait plus 
difficulté à donner à cette partie de la France l'extension que lui attri- 
bue l'auteur dans son premier chapitre. Étayé sur une minutieuse 
étude du sol lui-même, des cartes anciennes et modernes et des docu- 
ments d'archives, empreint d'un esprit critique tout à fait remar- 
quable, le Berry est, au total, un excellent ouvrage, vraiment digne 
de prendre place à côté des monographies dont, tout à l'heure, à pro- 



— 222 — 

pos du livre de M. Jules Sion, nous nous plaisions à évoquer le sou- 
venir. 

8. • — A l'extrémité méridionale de la France, un laborieux érudit, 
adaptant les excellentes idées de M. Emile Belloc, a entrepris de recti- 
lier les orthographes défectueuses qui, pour tant de noms de lieux, 
peuvent se lire sur nos cartes, et de restituer à chaque dénomination 
son aspect original et son véritable sens. Tel est le but de cette inté- 
ressante Esquisse toponymique sur la vallée de Cauterets (Hautes- 
Pyrénées)^ qu'a couronnée l'Escole Gaston Fébus; on y trouvera une 
foule de rectifications orthographiques et de traductions exactes, 
faites grâce à un travail minutieux sans lequel il eût été impossible 
de découvrir, sous .son enveloppe moderne, le nom original. Un tel 
travail ne s'analyse pas ; du moins convient-il de louer M. Alphonse 
Meillon d'en avoir compris l'intérêt, puis de l'avoir entrepris, puis 
de l'avoir mené à bonne fin. Il serait à souhaiter que de nombreux 
pyrénéisants imitassent cet excellent exemple, mais en ayant soin 
d'ajouter à leur nomenclature ce qui manque à celle de notre auteur, 
autrement dit une carte. Malgré son intérêt, en effet, la mappemonde 
du xi^ siècle insérée à la page 69 est loin de présenter l'utilité qu'eût 
offerte, annexée au travail de M. Meillon, une esquisse topographique 
de la vallée de Cauterets. 

9. — Avec ces travaux si minutieux, présentant tous un même indé- 
niable caractère d'érudition, contraste le livre intitulé : Nos Frères de 
Bohême. C'est le récit du voyage accompli en 1907 par M^"® Jeanne et 
M. Frédéric Régamey chez les Tchèques, à l'occasion des grandes 
fêtes organisées alors par les Sokols. Et ce récit est intéressant à deux 
points de vue différents : non seulement, en effet, il fait connaître 
les Tchèques de Bohême, leurs sympathies françaises et leurs anti- 
pathies allemandes, mais il montre en même temps combien vivace 
est, chez le « vieil Alsacien », l'amour de la patrie française et avec 
quelle perspicacité on peut, en le voulant, trouver des points faibles 
dans l'organisation de nos voisins, — qui sont toujours nos ennemis, 
— et percer à jour un « blufT » admirablement monté. Pour être, à notre 
avis, les deux aspects les plus intéressants de ce volume, très joliment 
illustré, ces points de vue ne sont nullement les seuls qui méritent 
d'être signalés dans Nos Frères de Bohême; on y trouvera aussi, sur la 
lutte des nationalités en Bohême, sur le rôle que pourraient jouer 
les Français, et en particulier les négociants français dans ce pays, 
bien des renseignements utiles. Puisse M. Régamey, plus heureux 
que beaucoup d'autres, parvenir à secouer la torpeur de quelques-uns 
de nos compatriotes et les décider à surmonter, pour se rendre en 
Bohême, les difficultés de la quarantaine allemande ! Ce sera incon- 
testablement un service qu'il aura rendu à la France. 



- 223 — 

10. — C'est avec une certaine inquiétude que nous ouvrons 
maintenant les ouvrages qui nous arrivent sur le Maroc. Que 
nous apprendront-ils de nouveau? Q)ue nous diront-ils qui ne nous ait 
été déjà exposé avec plus de détails et dans de meilleurs termes? A quoi 
bon accroître une bibliographie déjà considérable, s'il s'agit de répéter 
simplement et^avec une note dépourvue de toute originalité, des con- 
sidérations déjà énoncées? Ces craintes, nous les avions en ouvrant le 
livre du D^ Mauran sur le Maroc d'aujourd'hui et de demain^ mais elles 
ont été rapidement dissipées. C'est que cet auteur, envoyé à Rabat 
par le ministère des affaires étrangères, a su bien voir ce qui se passait 
sous ses yeux; c'est aussi qu'après l'avoir observé pendant trois ans 
avec un sens très affiné, il a eu le talent de le rendre avec beaucoup de 
couleur et de vie, c'est, enfin, que les heures passent et que (comme le 
dit très bien le D^" Mauran) le Maroc d'Eugène Aubin « n'est déjà 
plus que le Maroc d'hier ». Pour toutes ces excellentes raisons, les 
études sociales réunies dans ce volume méritent d'être lues avec soin. 
— Elles se divisent en deux parties, dont la première est beaucoup 
plus générale que la seconde; à côté d'une description colorée des 
deux vieilles cités makhzen que sont Rabat et Salé, voici des esquisses 
très poussées sur les bourgeois, les marchands, les artisans, sur la soéiété 
juive, sur la médecine et sur l'hygiène. Les coins de vie marocaine 
décrits par le D^ Mauran dans sa seconde partie sont peut-être, à cer- 
tains points de vue tout au moins, encore plus dignes d'attention; 
quels aperçus ouverts sur l'âme marocaine par les chapitres sur les 
Hamatcha, la mort sous la babouche!... Si nous regrettons que les 
épreuves du Maroc d'aujourd'hui et de demain n'aient pas toujours été 
bien corrigées (on y ht, par exemple, « Douthée » pour « Douttée » à la 
p. 13), nous n'en reconnaissons par moins très volontiers dans ce 
petit livre, fort agréable à lire par surcroît, un ouvrage vraiment digne 
d'attention et des idées dont il convient de tenir compte. 

11. ^ — Des études de détail, on en trouvera dans la brochure que 
M. Em. Pobéguin, l'ingénieur de la mission hydrographique du Maroc 
dirigée par le lieutenant de vaisseau A. -H. Dyé, a publiée sous un titre 
tout à fait significatif : Sur la côte ouest du Maroc. Au cours des recon- 
naissances eiTectuées par la mission dont il faisait partie le long du 
littoral atlantique du Maghreb-el-Aksa, M. Pobéguin a pu recueillir 
des observations intéressantes et précises sur les falaises, sur les 
dunes, sur les barres qui rendent si difficile l'accès des ports; au 
cours de l'exploration du Sebou, il lui a été donné d'étudier comment 
ce fleuve se comporte dans sa plaine alluviale. Très précis, très clair 
et en même temps très intéressant, le résumé de ces observations et 
de ces études mérite d'être recommandé aux spéciaHstes; quant à 
ceux qui ne cherchent dans les récits de voyage que le côté pitto- 



— -22'. — 

resque, ils auront plaisir à lire les extraits du carnet de route de 
M. Pobéguin par lequel se termine cette jolie plaquette. 

12. — C'est surtout aux amateui's de pittoresque et d'aventures, ainsi 
qu'aux fervents disciples de Saint- Hubert, que s'adressent par contre 
les Trois Années de chasse au Mozambique de M. Guillaume Vasse. 
Sans doute les géographes pourront y glaner plus d'un trait dont ils 
feront leur profit, plus d'une indication précieuse, en particulier au 
point de vue de la faune du pays où M. Vasse accomplit ses exploits 
cynégétiques; mais ils ne tarderont pas,eux aussi, à oublier leurs préoc- 
cupations habituelles pour ne plus songer qu'aux merveilleux coups 
de fusil tirés par l'auteur au cours de son long séjour, à partir du milieu 
de 1904, dans un pays giboyeux entre tous. M. Guillaume Vasse 
n'a d'ailleurs pas été seul à chasser les grands animaux et même les 
grands fauves, les oiseaux et les reptiles dans les pays situés sur la 
rive droite du Zambèze; aussi ardente et intrépide que son mari, 
]\Ime Vasse l'a accompagné dans ses expéditions et n'a pas craint 
de s'attaquer, elle aussi, aux léopards, aux hyènes, aux chats sauvages. 
Comment deux Nemrods si convaincus eussent-ils pu prendre le 
temps d'étudier à loisir les pays qu'ils visitaient? Uniquement préoc- 
cupés de leur sport favori, ils ne les ont vus que superficiellement, 
ramenant tout à un point de vue spécial ; de là, sur une foule de points 
■dignes d'attention, la sécheresse et le laconisme de Trois Années de 
chasse au Mozambique. 

13. — Si le livre de M. Guillaume Vasse s'adresse surtout aux chas- 
seurs, c'est spécialement aux alpinistes, serait-on tenté de croire 
d'abord,que s'adresse le récit des ascensions du prince Louis-Amédée 
de Savoie dans le massif du Ruwenzori. Mais si cet ouvrage relate les 
premières asscensions des plus hautes cimes de la chaîne neigeuse 
située entre les grands lacs équatoriaux de l'Afrique centrale, il con- 
tient bien d'autres faits encore et est à proprement parler un livre de 
géographie scientifique au premier chef. Dissertations d'histoire de 
la géographie, discussions d'identifications, aperçus d'ensemble sur 
les régions visitées et en particulier sur la chaîne dont l'étude était le 
but de la nouvelle expédition entreprise par le duc des Abruzzes, 
voilà, en effet, ce que l'on trouvera, en même temps qu'une relation 
très fidèle et très ^^vante de la vie quotidienne des explorateurs ita- 
liens, dans le Ruwenzori du D'" Filippo de FiUppi. Mais le lecteur sou- 
cieux d'approfondir ne se contentera pas de se pénétrer de la première 
partie du texte de ce beau volume ni d'en étudier ces admirables 
photographies documentaires signées de Vittorio Sella,grâce auxquelles 
on se rend si bien compte des contrastes existants entre la végétation 
tropicale des pentes du Ruwenzori et le monde glacé des sommets 
hauts de plus de 4.000 mètres; il ne négligera pas l'étude des appen- 



— 225 — 

diccs scientifiques, grâce auxquels il est. possible d'entrevoir le 
régime climatique de la région au moment où la visita l'expédition 
du duc des Abruzzes. Qu'il prenne également connaissance de la 
curieuse dissertation du D^ L. Hugues sur les « monts de la Lune de 
la Géographie de Ptolémée » (appendice A), et surtout qu'il recoure 
sans cesse aux cartes qui accompagnent la relation de la plus récente 
exploration entreprise par le duc des Abruzzes. Ainsi se convaincra-t-il 
davantage encore de riiitérèt de ce beau voyage, dont les résultats 
géobtgirpu'S et miiit'i'Mlngiijiirs, b<itaiii(|iit's et Zdohtgiqiies, n'ojit pas 
encon^ ("té publiés; c'est là un(^ ex})éditi()n aussi fructueuse que les 
expéditions antérieurement dirigées par le prince Louis-Amédée de 
Savoie dans l'Alaska ou au nord de la Terre François-Joseph. 

14. — La Mer Rouge est la voie qui conduit sur la côte orientale de 
l'Afrique aussi bien que dans les pays de l'Extrême-Orient; le duc des 
Abruzzes l'a descendue pour se rendre dans le district le plus monta- 
gneux de l'Afrique équatoi'iale proprement dite; M. et M™'^ Jottrand 
ont fait de même pour gagner le Siam sur lequel ils nous ont donné 
récemment un livre fort intéressant, plein de fines observa- 
tions, de vues très justes et d'humour {Polybiblion^ septembre 1905, 
t. GIV, p. 224-225). Ges mêmes qualités par lesquelles se recomman- 
dait naguère Au Siam, nous les avons retrouvées dsins Indo-Chine et 
Japon, c'tst-à-dire dans le journal de voyage tenu par nos deux tou- 
ristes, alors que, après un séjour de près de quatre années à Bangkok, 
où M. Jottrand avait rempli les fonctions de conseiller juridique- 
auprès du gouvernement siamois, ils revenaient en Europe, en achevant 
leur tour du monde. Faut-il dire que, parfois, nous avons soufïert en 
lisant les appréciations plutôt sévères portées par les auteurs sur 
l'œuvre de la colonisation française en Indo-Ghine? Oui, puisque telle 
est la vérité. Nous n'avons pas moins souffert en voyant M. et M'"^ 
Jottrand se faire les échos (p. 181) de ceux au rapport de qui, en 
1900, les missionnaires « conduisaient personnellement les soldats aux 
bonnes places et le lendemain achetaient dans le butin ce qui leur 
plaisait, à vil prix. » — Gela dit, convenons qu'il y a plaisir à voyager 
en Extrême-Orient avec M. et M^e Jottrand; qu'ils ont, pour faire 
comprendre la beauté d'Angkor Wat, trouvé des termes extrême- 
ment heureux, et que l'expérience acquise par eux, durant leur 
séjour au Siam, en faisait des voyageurs particulièrement bien pré- 
parés à saisir les nuances — invisibles pour des touristes trop pressés 
— qui séparent les uns des autres les peuples des différentes contrées 
de l'Extrême-Orient. 

15. — Avant même que M. et M^e Jottrand fussent arrivés à Bang- 
kok, que de pays intéressants le voyageur laisse derrière lui ! L'Egypte 
d'un côté, la Terre-Sainte de l'autre, constituent toujours 

Mars 1909. T. CXV. 15. 



— 22t) — 

des contrées vers lesquelles, plus particulièrement, tendent les aspi- 
rations (les lettrés. Ne nous ai'rêtons pas aujom'd'liLii en Egypte, mais 
insistons au contraire sur les pays qui, p(nir les chrétiens, constituent 
une terre aimée entre toutes, celle qui a vu le Christ et qui a été par- 
conrne par Lui. A deux reprises ditTércntcs, en 1898 et fn 1902, le 
I*. Joseph Goi'dard, S. ,1., a visité la Palestine et le Lib?n avec une 
inicntidn pa.'ticulière : il s'agissait pour lui de connaître tons les 
sanctuaires '(insacrés à la Sainte Vierge dans ces contrée;, et non seu- 
lement d'y prier, mais de les étudier. Quel merveilleux sujet d'observa- 
tion ! En efîet, comme le dit fort bien le P. Goudard, « rendez-vous 
de tous les besoins et de tous les espoirs, de toutes les formes de la 
dévotion, rites officiels et rites populaires, rendez-vous du présent et 
du passé, ■^- car le lieu saint en Orient est toujours gardé et ne se perd 
jamais ■ — le sanctuaire est le foyer où l'cx^il doit^s j placer pour saisn- 
tous les rayonnements de la dévotion. » Voilà précisément ce qu'a fait 
l'auteur de la Sainte Vierge au Liban et ce qui constitue le très vif 
intérêt de son ouvrage. Il y passe sr.ccessivement en revue 
les pèlerinages des confins de Tyr et de Sidon, du Liban druse,du Kas- 
rouan, etc. et ceux de la Cœlésyrie et de la Damascène, avant de 
résumer dans une vigoureuse synthèse d'ensemble l'impression qui 
se dégage d^ ses monographies savantjs, pleines de faits réunis par le 
feu P. Pierre Martin, S. .L, et par l'auteur même et accompagnées de 
précieuses bibliographies. Ajoutons qu'à la valeur du fond se joint 
l'attrait de nombreuses illustrations, variées et originales, constituant 
un véritable album de la vie en Orient. 

16. — Bien plus que le Liban , — dont d'ailleurs le P. J . Goudard ne s'est 
occupé qu'au point de vue refigieux, et même à un point de vue plus 
spécial encore : la vénér-^tion dont la Sainte Vierge est l'objet de la 
part des montagnards de ces contrées, — la Perse est actuellem,nt 
un champ de convoitises et de luttes, dont différentes puissances euro- 
péennes se disputent les lambeaux; c'est en même temps un champ 
d'expériences politiques, dont on ne peut comprendre les conditions 
un peu particulières qu'en ayant des notions précises sur le pays 
lui-même, et plus encore sur les populations, leurs croyances reli- 
gieuses, leurs aspirations, etc. Voilà précisément ce que M. Eugène 
Aubin indique très soigneusement dans la Perse d'aujourd'hui, qui, 
sous une forme tout à fait différente de celle de son" Maroc d'aujour- 
d'hui, ne présente pas moins d'intérêt et n'est pas moins instructive. 
Au cours du voyage qu'il a effectué dans les pays de l'Orient moyen 
en 1906-1907, en efîet, M. Aubin a réuni une foule de renseignements 
des plus précieux sur les événements qui se déroulaient sous ses yeux, 
et sur l'état d'esprit des populations qu'il visitait ;s'il ne les apas group- 
pés, comme il l'avait fait naguère, sous une forme systématique, s'il 



— 227 — 

s'est contenté d'exposer les faits au jour le jour, à mesure qu'il les re- 
cueillait et qu'il les enregistrait, notre voyageur n'en a pas moins 
atteint son but, et a su, selon son intention, « faire resso'rtir, à la 
lumière des incidents de chaque jour, le caractère durable, avec les 
tendances actuelles de l'Iran ». Il a su également, au sujet de la révo- 
lution persane, et de l'invasion de l'esprit nouveau, se montrer bon 
prophète, et on trouve dans son ouvrage, à côté de chapitres d'histoire 
intérieure et d'histoire diploniatiqut^, une foule de curieux renseigne- 
ments sur les croyances religieuses, sur les mœurs et les usages, sur 
les villes saintes de l'Iran. Aussi, convient-il de recommander à tous 
ceux qui s'intéressent à l'évolution actuelle de l'Asie antérieure la 
Perse d'aujourd'hui, de M. Eugène Aubin, comme une source de pre- 
mière importance et qui, au mérite d'une abondante documentation 
joint celui d'une exposition remarquable par sa précision, sa lucidité 
et son agrément. 

17. • — Plus encore que M. Guillaume Vasso, M. Paul Niedieck est 
uu grand chasseur devant l'Eternel; c'est ce dont fournit la preuve 
le volume, si bien illustré, dans lequel ce Nemrod allemand a naguère 
raconté ses chasses dans les cinq parties du monde, et voilà encore 
ce dont témoigne le récit de nouveaux voyages et de nouvelles chasses 
intitulé: Mes Croisières dans la Mer de Behring. M. Niedieck ne s'est 
pas borné, dans ce volume, à raconter ses pérégrinations le long du 
littoral Kamtchadal à la poursuite des ours, des mouflons et des 
morses; il y parle, non moins longuement, de ses expéditions dans 
l'Alaska à la recherche des élans, et, non. content de relater ses 
exploits cynégétiques, il insiste, ici sur les mœurs des Kamtchadales 
et des Korakes, là sur celles des habitants primitifs de l'Alaska. 
Mais ce n'est même pas là encore tout ce que contient ce second 
volume de M. Niedieck, traduit de l'allemand par M. Roustan avec 
autant de lidélité et d'élégance que Mes Chasses dans les cinq parties 
(lu monde \ sur l'évolution économique et coloniale de l'Alaska, sur 
l'exploitation minière de ce pays, on y rencontre des indications 
tout à fait précises. Ainsi devient-il possible, en rapprochant cet 
ouvrage, plein de superbes gravures, des hvres antérieurs de MM. Au- , 
zias-Turenne, Léon Boillot, etc., de se rendre compte avec précision 
des progrès du pays et d'en suivre à peu près au jour le jour la rapide 
transformation. 

18. — Si, durant son séjour au Canada, M. le D'' Adrien Loir a visité 
certains points des États-Unis, il ne s'est jamais rendu dans l'extrême 
Nord-Ouest et n'a jamais pénétré ni dans le Klondyke, ni dans l'Alaska ; 
du moins peut-on le conjecturer pai' le silence qu'il garde sur ces pays 
dans son récent volume intitulé : Canada etCanadiens.Le savant profes- 
seur de la Faculté de médecine de Montréal y fait bénéficier !?es 



— -228 — 

compatriotes de l'expérience qu'il a acquise au contact des Canadiens 
français; il y dépeint leurs mœurs, leurs coutumes, leurs usages, y 
montre la survivance d'anciennes traditions et aussi de vieilles locutions 
françaises, et s'efforce d'y prémunir les Français venant dans le 
Dominion soit en passant soit surtout avec l'intention d'y demeurer, 
contre des imprudences de toute nature qui seraient susceptibles 
de leur nuire. Telles sont quelques-unes des matières abordées par 
le D'" Loir dans cet excellent ouvrage, mais ce ne sont nullement les 
seules; sur les questions qui intéressent particulièrement l'auteur, 
sur l'histoire de la médecine dans la province de Québec (ch. VIII), 
sur différentes maladies dont souffraient les chevaux du pays, sur 
l'hygiène, nous avons trouvé dans Canada et Canadiens une foule de 
renseigïiements que jamais encore nousn'avions rencontrés nulle part; 
à signaler encore d'excellents chapitres sur les Peaux-Rouges du 
Dominion, et aussi sur les Mormons, les Doukhohors, les Japonais, 
enfin les juifs au Canada. Il y a là, au total, un ouvrage qu'il convient 
de rapprocher de celui de M. Siegfried dont nous avons naguère 
rendu compte, un ouvrage qui le complète et le rectifie; pourquoi y 
trouve-t-on, aux p. 11-12 et 46, quelques fâcheux lapsus historiques, 
impressionnant, tout au moins un moment, défavorablement le lecteur? 
19. ■ — Aussi utile, pour celui qui s'occupe des Antilles, que 
le volume du D^ Loir sur le Canada pour celui qui s'intéresse au Do- 
minion, est le livre que M. DanielBellet vient de publier sur /e5 Grandes 
Antilles : Cuba, Porto- Rico, Haïti, Saint-Domingue et la Jamaïque. 
C'est un travail bourré de faits et de chiffres, et, d'un très grand 
intérêt économique ; mais est-ce vraiment, comme le croit son auteur, 
une « étude de géographie économique » ? Nous ne le pensons pas, 
car nous ne saurions considérer comme telle une monographie 
où la géographie n'occupe qu'une place restreinte, — au début, — 
et disparaît ensuite complètement. Or, c'est ainsi que procède M. Da- 
niel Bellet : au commencement de chacune des cinq parties entre 
lesquelles est divisé son livre, voici un paragraphe esquissant les prin- 
cipaux traits de la géographie physique; puis il n'en est plus question, 
de telle sorte que les indéniables rapports existant entre le sol et 
le sous-sol et les richesses économiques et la mise en valeur n^ sont 
jamais indiqués. Qualifions donc simplement d'« études économiques » 
les différentes monographies réunies par M. Daniel Bellet dans 
ce volume, et reconnaissons que, comme telles, ces monographies 
sont capables de rendre de très grands services aux géographes; il& 
y trouveront réunies, en effet, de fort nombreuses indications dont 
ils sauront tirer parti pour mettre en pleine lumière les étroits rapports 
unissant la terre et l'homme, pour montrer la géographie à la base 
de toute exploitation et de toute mise en valeur, pour faire,enfm,cette 



— 22':) — 

étude de géographie économique que n'est pas, malgré son indéniable 
mérite, le livre de M. Daniel Bellet. 

20. — D'une valeur géographique beaucoup plus grande est, à notre 
avis, le volume de M. Pierre Denis sur le Brésil au débat du xx® siècle. 
Ce n'est pas seulement dans son cabinet que l'auteur de cet excellent 
petit livre a étudié l'ancienne colonie portugaise de l'Amérique du sud ; 
il a visité un certain nombre de ses provinces, et s'est efforcé 
de comprendre les caractères de sa société et de sa civilisation, dont il 
a parfaitement mis l'ancienneté relative en relief dans les premières pa- 
ges de son ouvrage. Mais à côté des Portugais, les autres Européens: 
Allemands, Italiens, et aussi les noirs ont également retenu l'attention 
de M. Pierre Denis, qui, durant ses pérégrinations à travers le Brésil, 
a toujours eu soin d'étudier la terre en même temps que l'homme, 
et de faire, par conséquent, œuvre de géographe, et non pas seulement 
de sociologue ou d'économiste. C'est ce que l'on remarque d'un bout 
à l'autre de son livre, aussi bien dans l'esquisse générale des Etats- 
Unis du Brésil placée au début du volume (ch. I à V) que dans les cha- 
pitres consacrés à l'État de Sào Paulo, au Parana, au Rio Grande, 
au Ceara, ou que dans les dernières pages du volume, montrant quel 
admirable champ de colonisation demeure cette Amazonie, dont le 
développement économique commence à peine. . . Aussi faisons-nous 
grand cas du Brésil au début du xx^ siècle. 

21. — Des quatre chapitres consacrés par M. Pierre Denis à l'Etat de 
Sào Paulo (ch. vr-ix), on rapprochera avec fruit les notes « d'un colon 
français » relatives à cette même partie du Brésil. Pour constituer 
un appel manifeste aux cultivateurs qui songeraient à quitter le sol 
natal, le Sào Paulo du Brésil, de M. Louis Casabona,n'en contient pas 
moins des données très intéressantes et que le professeur et l'écono- 
miste utiliseront avec profit. De fort bonnes gravures accompagnent 
cette étude, très optimiste, mais pleine de chiffres, pleine de faits et 
mettant entièrement en valeur les intelligentes initiatives du gouver- 
nement de l'État. 

22. ■ — Notre tour du monde est terminé. Il semble donc que nous 
n'ayons plus rit>n à dire, et cependant il nous faut encore parler d'une 
publication bien digne d'attention et que, si nous ne l'avions reçue 
au iiKiment où notre manuscrit était déjà envoyé à l'impression, il 
eût convenu de signaler au début même de cet article. Lorsque parut 
en l.SiM, VAtlas géitércd Vid(d-Lah](irh(\ le regretté comte de Bize- 
nidiit en iu(li(|iia (htns \i' /*()h/hihli(in{\. i.XW, p. 484-485) les indiscu- 
tahli's ituMitcs, ('Il lit irss(H'tii- la iiouveaiité el^ le très heureux agen- 
cemeal, en montra le remarquable caractère pédagogique et la concep- 
tion philosophique. Sans doute, çà et là, l'exécution n'avait pas été 
à la hauteur de la conception; mais l'œuvre n'en existait pas moins 



— 230 — 

avec tous ses mérites, qui subsisteraient, tandis que, peu à peu, lesfai 
blesses disparaîtraient. C'est là, en effet, ce quis'est produit, et ce qu'il 
est facile de constater en comparant avec l'édition originale de Y Atlas 
oénéral Vidal-LahJnche celle qui est datée de 1909. Même dans la partie 
historique, on peut relever d'heureuses corrections, telle en particulier, 
à la pi. 38, la suppression d'une bataille du Saint-Gothard, en 1664, 
marquée dans l'édition de 1894 concurremment avec la bataille de 
Saint-Gothard de la même date. Mais c'est surtout, comme il fallait 
s'y attendre, dans la partie géographique qu'abondent les modifications: 
non seulement les cartes de l'Atlas ont été très soigneusement tenues 
au courant des plus récentes découvertes, — comme on peut, notam- 
ment, s'en rendre compte pai l'examen des planches relatives à l'Asie et à 
l'Afrique, ■ — des dernières modifications territoriales et du développe- 
ment des voies ferrées, mais les diagrammes ont été modifiés et pour 
leur établissement on a tenu compte des plus récentes données 
statistiques. On a fait plus et mieux encore: au point de vue de la re- 
présentation du relief du sol, un effort très sérieux a permis de donner 
partout une plus grande vigueur au figuré de cette partie si importante 
de la géographie physique; fréquemment des teintes nouvelles ont été 
ajoutées et sont venues fournir des indications plus nombreuses et 
plus précises sur la bathymétrie et sur l'hypsométrie (voir, par exemple, 
les cartes de la France physique, pi. 62-63, et du Bassin de la Méditer- 
ranée, pi. 84-85). Parfois aussi les cartes ont été entièrement remaniées, 
et tel est le cas pour celles de l'Australie (pi. 109) et de Madagascar 
(pi. 125 b). Parfois encore, grâce à une meilleure disposition des cartons 
et des figures accessoires, l'échelle de la carte principale a été agrandie; 
c'est ainsi que la carte physique de la péninsule ibérique est mainte- 
nant dressée à l'échelle du 1 : 5.000.000^, tandis qu'elle l'était précé- 
demment à celle du 1 : 7.500.000e (pi. 88). A côté de tant d'amélio- 
rations incontestables portant sur les cartes générales, que de modi- 
fications de détail il conviendrait de signaler dans les cartons et dans 
les figures distribuées à profusion à travers V Atlas général Vidal- 
Lablachc ! Niitnns, comme d'un intérêt tout spécial, à la planche 65, 
— dont le planisphère des principales cultures d'alimentation a été 
si profondément remanié, ■ — une intéressante figure représentant 
les époques différentes de la ré«o]t,r> du blé dans l'hémisphère nord 
et dans l'hémisphère sud: à la planche 68, où la carte des bassins 
houillers exploités en Europe est devenue une carte beaucoup plus 
claire des principaux bassins houillers de l'Europe occidentale, — un 
carton des régions métallurgiques de la Lorraine aux planches 80- 
81, une refonte complète des cartes des colonies françaises. Les 
deux planisphères de l'ancienne édition ont été fusionnés en un 
seul dans l'édition de 1909, d'où ont disparu lescartesdela Martinique, 



— 231 — 

de la Guadeloupe et du N. de Madagascar au bénéfice des cartes d'en- 
semble de l'iVfrique occidentale française, du Congo français, de Ma- 
dagascai' et de l'Indo-Chine française. Ailleurs encore (pi. 104), la 
carte des mine^ , de l'industrie et du commerce dans les États Scan- 
dinaves a été tra.^ée àplus grande échelle, et nous pourrions multiplier 
de tels exemples. - De quelques cartons supprimés ici ou là, nous 
regrettons la disparition : de la carte des possessions italiennes en 
Afrique qui se trouvait autrefois sur la pi. 92, — du croquis des divi- 
sions géologiques des Alp^'S qui figurait sur la pi. 93 a, — du carton 
donnant la proportion de la longueur du réseau ferré à la suiface 
des Etats placé sur la pi. l'iS g ; mais ni ces suppressions ni le 
fait que la carte du Pôle nord (pi. 53) ne mentionne pas la latitude 
atteinte récemment par Peary ne no, -s empêchent de saluer avec 
joie l'apparition de cette nouvelle éditiu.: de V Atlas général Vidal- 
Lablache et de proclamer que l'effort réalisé nar l'auteur et par 
ses collaborateurs pour améliorer l'œuvre commune a et" heureux 
et couronné d'un plein succès. Plus'que jamais, cet atlas mérite d'être 
considéré comme un excellent instrument de travail, auquel on re- 
courra toujours avec profit. Henri Froidevaux. 



THEOLOGIE 

lie mystère cbrétien et les mystères antiques, par Rudolf 
Stkiner ; trad. de l'allemand et précédé d'une Inlrodiiclion par Edouard 
SCHURÉ. Paris, Perrin, 1908, ia-8 de 259 p., avec portrait. — Prix : 3 fr. 50. 

Voici un livre difficile à lire et à comprendre pour un Fraviçais, pour 
un catholique, pour un théologien intellectualiste : il est conçu et 
tout entier écrit dans la mentalité allemande, protestante et pan- 
théiste. 

Il a pour but, après tant d'autres, d'expliquer l'origine et la portée 
du christianisme. D'après l'auteur, si nous l'avons'bien compris, le chris- 
tianisme primitif est sorti des mystères païens, avec lesquels il a un 
fond commun, qu'il a personnifié en Jésus-Christ, et qu'il a généraliséi 

Ce fond commun, c'est l'initiation antique ou plutôt l'objet de cette 
initiation, et cet objet c'est la prise de possession et le dégagement 
progressif par la conscience de chacun, à l'aide de méthodes appro- 
pnées, du divin éternel qui existe au fond de chaque personnalité dt 
au iond de tout l'univers. C'est à cela que tendaient. non seulement 
les jihilosophi's antiques, grecs, égyptiens, liiiliens, par cette pajti*' il.»,' 
leur sagesse qui affectait des allui'es mystiques, mais encore <.t plus 
profondément, comme plus pratiquement, les prêtres des dillérentes 
religions secrètes, ou mystères, du paganisme. C'était cela 1? but de 
toutes les initiations si fameuses, avec leurs rituels et leurs obser- 



— 232 — 

vancos. Jésus-Christ lui-même, comme Bouddha, à qui on le compare, 
n'est qu'un successeur des grands initiateurs des temps passés et le 
grand initiateur des temps nouveaux. Sa vie, telle que la représentent 
les Evangiles, est un tissu de faits mystiques d'initiation, que l'on a 
présentés comme faits historiques, mais dont l'historicité réelle, ou non, 
importe peu. « Pour la communauté chrétienne, la sagesse des mystères 
est indissolublement rattachée à la personne de Jésus. Ce que précé- 
demment on voulait atteindre par les mystères (à savoir le divin et 
l'éternel) fut remplacé par la foi en ce fait que le Christ (l'initié d'une 
grandeur unique et suprême) avait vécu sur la terre et que ses fidèles 
lui appartenaient ». « Les mystères transmettaient par la tradition 
les moyens d'arriver à la vérité; la communauté chrétienne a la 
prétention de transplanter par elle-même cette vérité de génération 
en génération. La confiance dans les forces mystiques qui s'éveillent 
dans l'intérieur de l'homme par l'initiation devait être remplacée 
par la confiance en l'Unique, en l'Initiateur primordial. Les mystes 
cherchaient leur propre divinisation : ils voulaient la voie. Jésus 
était divinisé, nous devons nous en tenir à lui : alors, nous partici- 
pons à sa divinité dans la communauté fondée par lui; cela devient 
le Credo chrétien. Ce qu'on divinise pour Jésus est diA'inisé pour toute 
la communauté (p. 179 et 180). » 

Les Evangiles doivent être entendus, non pas d'une façon historique, 
mais d'une façon mystique : « ce qu'ils veulent donner, c'est une vie 
typique (intérieure) d'un fils de Dieu selon les traditions des mystères, 
appliquée à la personne et à la vie (extérieure) de Jésus »:ils ont puisé 
en diverses traditions my:?tiques, ce qui explique sufiîsamment leurs 
divergences. Le quatrième Évangile a surtout emprunté à la tradi- 
tion de Philon ». 

Partant de ces difîéi-eiits point;* de vue, qu'il n'étayo d'ailleurs sur 
aucune preuve, l'auteur explique à sa façon les paraboles, les miracles 
évangéliques et spécialement le miracle de Lazare (p. J92), de même 
que l'Apocalypse de saint Jean (p. 206). On devine (|iielles contorsions 
il leur impose. Ce sont, d'après lui, des actes d'initiation du grand 
initié Jésus qui, ayant révélé en lui le divin, cumme l'avait t'ait 
Bouddha, divinise en sa personne toute la cnininuiutaté de ceux ijui 
s'unissent, en lui par la foi. 

Comment les secrets de l'initiation sont-ils venus jusqu'à lui? C'est 
bien simple : il y avait dans toutes les religions une sagesse sacerdotale 
qui, sous des apparences dissemblables, cachait le même noyau. 
Jésus la rencontra chez les esséniens et les thérapentes; et chez les 
Juifs en général, il trouve la pensée de rendre les mystères ou l'ini- 
tiation, non plus secrète et réservée, mais accessible à toutes les âmes 
et cela par la foi et l'unité dans l'Église. 



— 233 - 

Il modifia sans doute raiicieiine pensée des mystiques. La divi- 
nisation ne fut plus le travail personnel de chaque âme; mais, ramassée 
en Jésus-Christ, elle fut attribuée à chacun de ceux qui crurent en lui. 
Elle ne fut donc plus de source interne, mais d'origine externe. Elle 
ne s'appréhenda plus par la pensée, la volonté, la vie, la conscience 
individuelle, agissant sur l'âme directement et immédiatement, mais 
par la science de Jésus-Christ et la confiance en son être supérieur. 
On ne sentit plus Dieu en soi :.,on dut le chercher au dehors. Et c'est 
de là, dit notre auteur (p. 235), qu'est venu le divorce entre la connais- 
sance d'un Dieu qui est au dessus de l'homme, et le sentiment reli- 
gieux qui ne le saisit qu'au dedans : car le Dieu qui est au dessus 
de l'homme, le dépasse infiniment, échappe à son intelligence et 
devient incompréhensible. La science ne l'atteint plus dans son essence : 
seule la foi monte jusqu'à lui, à travers les ténèbres d'une révélation 
imparfaite. C'est pourquoi ces deux facultés sont en lutte. Pour les 
réconcilier, il faudrait revenir à l'initiation graduée et liiérarehique 
d'autrefois : avec ses méthodes expérimentales et occultistes, elle 
révélerait au monde toute la profondeur du christianisme, et rendrait 
à celui-ci toute la vie que l'Église lui a enlevi^e depuis le iv^' siècle 
(p. 257). . 

Telle est, semble-t-il, la pensée de cet ouvrage. Quoiqu'on dise 
M. Edouard Schuré dans son Introduction, il est diffîcile de voir autre 
chose dans toutes ces élucubrations que les rêves d'un cerveau pétri 
par le kantisme et le protestantisme et l'indouisme. Tous ces rap- 
prochements, disons mieux, ces synthèses du christianisme avec 
les philosophies païennes ne sont fondées que sur des analogies loin- 
taines et des similitudes imprécises. Il est bien singulier, ce cerveau 
allemand; ou il se plaît dans une érudition indigeste, exclusive de 
toute idée générale, ou, s'il veut entrer dans le monde des systèmes, il 
s'affranchit de l'histoire, et s'envole dans la région des songes; il ne 
sait pas s'élever dans les hauteurs tout en conservant un point d'appui 
sur la t(-rre solide : ou il rase do trop près le su!, ou il s'aventui'o dans 
les planètes. 

La lùograplîie de Rudolf Steiner, à la fois mystique et occultiste, 
est intéressante. Dès sa jeunesse il avait, paraît-il, « une 'vue directe 
et involontaire des choses : il avait la sensation irréfragable de puis- 
sances occultes qui agissaient derrière lui et à travers lui pour le diri- 
ger. 11 écoutait cette force et suivait ses avertissements. Car il se sen- 
tait en accord parfait avec elle » (p. 13). 11 vécut d'abord solitaire, puis 
il rencontra, à dix-neuf ans, son Maîtî'e dans les Mystères. On le trouve 
à Vienne de 1881 à 1891, à VVeimar de 1891 à 1901, à Rerlia de 1901 
à 1907; il a 46 ans. Il connut Frédéric Nietzsche, le surhomme, 
et Ernest Ilœckel, le naturaliste, mais ne les suivit pas. 11 entra 



— 234 — 

dans la Socis théosophique, fondée en 1875 par Mn^e Hélène Blas- 
watzki et le colonel Olcott et s'occupa de l'ésotérisme chrétien 
occidental et plus spécialement de l'initiation rose-crucienne. La 
tradition ésotérique, dont l'essence est l'initiation individuelle (p. 32), 
aurait passé de Mânes aux cathares, aux templiers, aux frères de 
Saint-Jean de Jérusalem, aux cabalistes, aux alchimistes, et fina- 
lement elle aurait été recueillie par Christian Rosenkrentz qui se rendit 
^^^gypie et dans l'Inde pour chercher, une synthèse entre l'initiation 
orientale et l'occidentale. Rudolf Steiner se fit rose-croix, et voulut 
aussi fondre la tradition hindoue et la tradition ésotérique chré- 
tienne. C'est à cela que tendent tous ses travaux, et spécialement 
le livre que nous avons analysé. But chimérique, dont la grandeur 
est faite de vague et d'indécis, et pour lequel on regrette de voir 
s user tant d'efTorts, au fond généreux, uniquement parce que l'on 
ne veut pas accepter que l'Évangile soit un document historique, pré- 
cis, éternel, et que l'Éghse, dépositaire de l'Évangile, en soit l'inter- 
prète infaillible et immuable. La pensée protestante et panthéiste 
crée dans les âmes un préjugé vraiment peu favorable à l'étude exacte 
dos clioses religieuses. A. Clerva.l. 

Igle^ia y Eslado, poi- el P. Fr. Paulino Alvarez. Barcelona, Luis 
Gili, 1908, in-12 de ;{;;!4 p. — Prix: 3 fr. 

Ce volume, dédié à sainte Rose de Lima, contient les six confé- 
rences données pendant le carême de 1906, dans l'église do Saint- 
Dominique de Lima, par le R. P. Paulin Alvarez. L'éminent prédi- 
cateur y expose la doctrine de la sainte Église catholique, spécialement 
les enseignements de Pie X dans sa lettre apostohque du 11 février 
1906 à l'épiscopat et au peuple de France, enseignements qui vont à 
rencontre des hérésies formulées par l'auteur dû Dictionnaire de la 
législation péruvienne. Voici d'ailleurs les principales propositions 
développées par le R. P. Paulin : !« l'Église catholique est une société 
parfaite, car elle possède les quatre éléments constitutifs de toute 
société, savoir : le nombre, l'union, la fin commune et les moyens; 
2c> les droits de l'Église sont parfaitement établis, ce sont des droits 
d'existence,' d'enseignement, de législation, etc.; 3" l'État a également 
des droits dans Tordre législatif, exécutif ou judiciaire, mais ces 
droits ne peuvent .porter atteinte à ceux de l'Église; 4° la société 
chrétienne est supérieure à la société civile, non seulement à cause 
de la dignité suprême de scm divin Fdudateur, mais en raison même 
de ses éléments constitutifs; .':>" la sé])aration de l'Église et de l'État 
est une apostasie, une injustice et une ruine; 6° l'État laïque, c'est-à- 
dire athée, est immoral, irrationel et monstrueux. Telles sont les thèses 
éloquemment développées par le R. P. Paulin. Elles sont appUcables, 



— 23b — 

comme on le voit, à la France contemporaine, à laquelle fait fréquem- 
ment allusion l'orateur dominicain, notamment dans la quatrième 
conférence, dont la péroraison, vibrante de foi et de noble fierté, 
-mériterait d'être citée ici tout entière. Espérons que le livre, dont 
nous venons de donner une si sèche analyse, ne tardera pas à être 
traduit en français, pour le réconfort des âmes catholiques de notre 
pays. G. Bernard. 

JURISPRUDENCE 

liesi Régimes politiques a« JLIL^ siècle. lies Républiques 
parlementaires. La République déinoeratique, par 

Albert Soubies et Ernest Carette. Paris, Flammarioiv 1906 et 1907, 
2 vol. in-8 de xii-220 p. et xii-226 p. — Prix: 12 fr. 

Ces volumes sont les deux premiers d'une série à laquelle leurs au- 
teurs donnent le titre collectif de : Les Régimes polùiques au xx^ siècle. 
Nous avons rendu compte, en son temps, de la première édition du 
premier volume {Polybiblion do décembre 1903, t. XCVIII, p. 526). Il 
est consacré à l'étude des constitutions des cinq répubUques parlemen- 
taires: France, Chili,Vénézuéla, Haïti et Saint-Domingue. Laseconde édi- 
tion a été rendue nécessaire par des changements profonds apportés 
dans la constitution du Venezuela. On apprendra avec curiosité que 
le président Castro était théoriquement le placide président d'une 
république bien et dûment parlementaire où la responsabilité des 
ministres devant le Parlement était minutieusement organisée. 

La République démocratique est un autre type constitutionnel. 
MM. Soubies et Carette en donnent pour caractéristique l'exercice 
d'une partie des fonctions du gouvernement ou des assemblées par 
le peuple lui-même. • — L'unique constitution qui admette cette forme 
de pouvoir est la République helvétique. Le volume qui lui est consacré 
est aussi important que le précédent et nous ajouterons volontiers 
(pi'il le dépasse en intérêt : la Suisse nous touche de trop près pour 
nous laisser jamais indiiïérents, et ses institutions politiques sont telle- 
ment différentes des nôtres que leur étude provoque une véritable 
curiosité. Les auteurs ont divisé leur étude en cinq chapitres qui 
forment une analyse complète de la constitution en vigueur : chap. I, 
le Gf)uvernement; chap. 11, les Assemblées : Chambre fédérale repré- 
sentant It^s cantons et Chambre unitaire élue par le sufïrage universel 
et direct; chap. III, la Cour souveraine; chap. IV, le Référendum; 
chap. V, les Réformes constitutionnelles. 

Lin résumé de leur œuvre est impossible. Quiconque en France 
désire connaître la constitution suisse devra le lire et y trouvera plus 
d'un enseignement utile sur les conditions nécessaires de l'existence 
honnête d'un Etat démocratique. La liante compétence de MM. Sou- 



— 236 — 

. bies ci Curette en matière de droit ((tiistitutionnel leur a permis de 
faire avee les constitutions des autres États une quantité de rappro- 
chements qui donnent à leur œuvre un caractère tout à fait particu- 
lier et singulièrement vivant. Unindex alphabétique termine le volume* 
et offre la possibilité de trouver sans peine la solution donnée par le 
peuple suisse aux questions si multiples soulevées par les nécessités 
quotidiennes de la vie d'une nation essentiellement démocratique. 
C'est donc une étude très précise de droit constitutionnel en même 
temps qu'une œuvre de [)liilos(q-)hie poUtique ([ui fait le plus grand 
honneur à ceux qui l'ont conçue et exécutée, et qui est de nature à 
causer plus d'une déception à ceux qui rêvent d'appUquer à un grand 
Etat centralisé comme la France des institutions analogues à celles 
de la Suisse. Eigkne Godefroy. 



SGIENCKS ET ARTS 

lies IVIeilleiires Images des écrivains pédagogiques de 

Rnhelnis au XX<= siècle. Extraits avec un Avant-propos et des 
notes par Edmond I'aiusot et Félix Henry. Paris, Colin, 1908, in-12 
de xii-o64 p. — Prix ; o fr. 50- 

Ce volume est précédé d'une Préface de M. Jules Pavot, dont je n'ai 
rien à dire, car elle se borne à indiquer la division et la marche du 
livre, en y ajoutant, sur l'insufTisance de la mémoire pour s'incorporer 
les pensées d'autrui, des observations qui ne sortent pas de l'ordinaire 
banalité. 

Les Extraits qui viennent ensuite sont groupés sous les huit rubri- 
ques suivantes : 1. Éducation générale; II. Les Méthodes; III. Psycho- 
logie de l'enfant; lA". Éducation morale; V. Éducation esthétique; 
VI. Éducation physique; Xll. La Destinée de la femme; VHI. Rôle 
social de l'instituteur et de l'école. 

Trois parties sont précédées de petites Préfaces particulières si- 
gnées E. P. La premièi-e développe cette idée qu'aujourd'hui le 
moindre instituteur de hameau obtient des résultats bien supérieurs 
à ceux des (<. maîtres d'écoles » et « régents » de l'ancien temps, io ne 
suis pas aussi sûr ijue l'auteur de cette allirnuitiou péremptoire 
et intéressée. 

La seconde' jM'riiu' l'utiliti' des rnt'lliodes de iK'dagogie,' dont on 
avoue d'ailleurs le caractère toujours pro\isoii'e. 

La troisième et deridère expose — et cehi n'est pas trt-s neuf — 
que « l'éducation doit former avant tout des êli'e nioraiix ■>, c'est-à-dire 
« des êtres sociaux habitués à suivre uniquement les sublimes ensei- 
gnements de leur conscience, éclairée et affranchie ». Affranchie de 
quoi? L'auteur n'en dit rien ici, mais les extraits qui suivent montrent 



~ 237 — 

assez qu'il s'agit des vérités et des préceptes (pii sont précisément les 
meilleurs et les plus solides fondements de la moralité. 

Des Extraits qui composent le livre, très peu sont empruntés aux 
auteurs antérieurs au xix^ siècle : je n'en trouve pas d'autres que 
Condorcet, Fénelon, Fichte, Lakanal (qui est d'ailleurs un peu du 
XI x^' siècle), Lemaistre de Sacy, Locke, M"'^ de Maintenon, Montaigne, 
Necker, de Saussure, Pestalozzi, Rabelais, Rollin, Rousseau, La 
Bruyère. Les contemporains sont beaucoup plus nombreux, ujie soixan- 
taine au moins, entre lesquels je relève les noms de Tjéoii Bourgeois, 
de Ferdinand Buisson, de Jules Ferry, d'Anatole France, de Guyau, 
de Pauline Kergomard, de Lavisse, de Liard, de Paul et Victor Mar- 
gueritte, de Jules Payot, dont les extraits sont particulièrement 
agressifs contre les idées chrétiennes, de Félix Pécaut, de Jules Steeg, 
enfin d'Emile Zola. Il en est de beaucoup moins connus, et parmi eux 
M. Dessez, qui promulgue, en un discours qui a fait sans doute plus de 
mal que de bruit,* le Décalogue de l'instituteur. Le premier article 
de ce décalogue est celui-ci : Portez-vous bien. Le cinquième est ainsi 
formulé : Nous formerons de bons républicains. Et je crois que c'est à 
cela, à peu près, que peut se ramener l'esprit du livre tout entier. 
Coïnme instrument d'éducation morale j'estime tout de même que 
les commandements de Dieu, bien démodés aujourd'hui, étaient plus 
efficaces pour former des honnêtes gens. 

En résumé, livre très mêlé, où des pages intéressantes, écrites par 
de braves gens, voisinent avec des pages très fâcheuses, parfois même 
très mauvaises et nettement antichrétiennes. Qu'il soit très bien 
adapté aux exigences pédagogiques d'aujourd hui, je veux bien le 
croire, puisqu'on raffîrme : mais cela même ne fait que confirmer la 
mauvaise opinion que nous avons déjà de Técole que le libéralisme de 
nos maîtres prétend imposer à la France chrétienne. A ce point de vue, 
la lecture de ce volume peut n être pas inutile pour nous ; c'est 
d'ailleurs le seul profit que nous en puissions tirer. 

Edouard Pontal. 

UTotre Budget, études critiques et plan de réorganisation de notre 
système financier, par Léon Foucrière. Paris, Rousseau, 1908, in-8 
de 197 p. — Prix : 5 fr. 

Dans cet ouvrage, dédié à l'ancien premier Président de la Cour 
de comptes, M. le sénateur Boulenger, l'auteur qui connaît pratique- 
ment ce dont il parle, puisqu'il a été contrôleur de l'Administration 
de l'armée, ne se contente pas de critiquer nos mœui's financières, 
de montrer l'inefficacité du contrôle parlementaire au moment du 
vote des crédits et encore plus au moment du règlement des comptes, 
les lacunes, de la comptabilité-matière, l'insuffisance du contrôle et 



— 238 — 

des pouvoirs de la Cour des comptes. 11 indique des remèdes : exten- 
sion des attributions de la Cour des comptes, qui serait appelée non 
seulement à contrôler plus exactement les comptes, mais encore asso- 
ciée, dans une certaine mesure, à l'exécution du budget, puisqu'elle 
autoriserait les virements de crédits, de chapitre à chapitre, en cours 
d'exercice, établissement moins arbitraire des budgets, les projets 
devant prendre pour base les dépenses de la pénultième année, comme 
on fait pour les recettes. Rn exerçant une surveillance plus vigilante 
sur l'emploi des ressources pubhques,sans réduire nos forces militaires, 
que l'auteur juge nécessaire de maintenir, parce qu'il ne croit pas aux 
théories des pacifistes, il estime que l'on pourrait économiser annuel- 
lement 300 millions sur notre budget de dépenses et il propose en 
outre de demander 100 millions de plus aux droits sur les héritages 
qui ne sont pas transmis en ligne directe. On aurait ainsi de quoi con- 
sacrer par an 100 millions à l'amortissement de notre dette colossale, 
100 millions à des dégrèvements de taxes frappant trop lourdement les 
pauvres, et 200 miUions pour les retraites ouvrières. 

Baron J. Angot des Rotours. 



Tout ce qu'il faut savoir en malhématiques et physique, ctiimie, mi- 
néralogie, crisCallograpliie, botanique, zoologie, science médicale, hygiène. 
Nouvelle Encyclopédie publiée sous la direcliou de F. Damé. T. II. Paris, 
Delagrave, s. d., gr. in-8 de 329 p., avec 19 planches et 901 lig. — 
Prix : 5 fr. 

Le tome I^"" de cet ouvrage a paru en 1907 et nous en avons rendu 
compte ici-même en septembre de ladite année. Le tome second ne 
comporte aucune des réserves sur certaines assertions et certaines 
tendances que nous avions dû faire en archéologie préhistorique et 
en histoire. La chose est facile à expliquer. Dans le tome I^^, où l'on 
allait « de la nature à l'homme «, c'est-à-dire de l'astronomie, la 
géologie, la géographie, la paléontologie, la météorologie à l'ethno- 
logie, l'histoire proprement dite, les religions et la philosophie, — ces 
derniers ordres de connaissances touchaient à des questions brûlantes. 
iJans le tome second, l'ordre logique de l'enchaînement des sciences 
est substitué à l'ordre chronologique adopté pour le précédent. 

Or, en mathématiques, en physique et chimie, en cristallographie, 
en botanique et zoologie, voire en médecine et en hygiène, il est facile, 
en se cantonnant dans le domaine de chacune de ces sciences, sans 
empiéter ailleurs, de n'émettre aucune proposition pouvant être 
malsonnante peur qui que ce soit. Aussi pouvons-nous recommander 
ce volume sans restriction. 

C'est un compendium, un abrégé détaillé de toutes les sciences 
mentionnées, excellent pour remémorer ce qu'on a su autrefois ou 



— 239 — 

pour donner un aperçu des connaissances qu'un esprit d'ailleurs préa- 
lablement cultivé ne posséderait pas encore. Mais il ne paraît pas 
qu'un écolier puisse y trouver ce qui lui serait nécessaire pour 
apprendre ce qui lui serait tout à fait étranger. En mathématiques, 
par exemple, on donne, en chacune des branches de cette science, 
depuis l'arithmétique jusqu'au, calcul difîérentiel et intégral, les 
délinitions et les règles pratiques de chaque proposition, de chaque 
théorème, mais sans en développer la démonstration. 11 en est de 
même un peu partout. Ce sont des exposés très clairs et géné- 
ralement très complets des résultats acquis, et c'est tout. 11 est même 
donné, sous la rubrique: « Mathématiques supérieures », un aperçu de la 
géométrie générale ou Pangéométrie, celle dont la géométrie courante 
ou euclidienne ne serait qu'un cas particulier, envisagée pour un espace 
à trois dimensions seulement, sans aucune allusion à un hyperespace 
possible. 

De grands développements sont donnés, en physique, à l'électricité 
tant statique que dynamique, dont l'emploi occupe aujourd'hui une 
place de plus en plus étendue dans les applications de la vie pratique. 
Sur certains points, l'on peut relever quelques lacunes ; ainsi, en géo- 
métrie, la définition des parallèles est donnée sans faire mention du 
plan : or, deux lignes ne sont pas parallèles par cela seul qu'elles ne se 
rencontrent pas; en optique, il n'est pai'lé ni de la diffraction ni de la 
polarisation de la lumière. Sur d'autres, quelques erreurs : à la plan- 
che 11, p. 239, un rameau d'épicéa est représenté avec le cône érigé, 
or, celui-ci est essentiellement pendant ; l'araucaria excelsa de l'île de 
Norfolk y est donné comme un pin : or, le genre pinus appartient 
à l'ordre des abiétinées, tandis que l'ordre des araucariées avoisine 
celui des cupressinées. 

Ce sont là des taches minimes. En somme, cette petite encyclo- 
pédie des sciences mathématiques, physiques et naturelles forme un 
précieux groupement de matières à consulter dans chacun de ces 
ordres de connaissances, et les innombrables figures qui émaillent 
le texte ou l'accompagnent, lui sont un auxiliaire inappréciable. 
Tout ce qui concerne la structure du corps humain (à la suite de la 
zoologie) est exposé, texte et figures, avec une convenance parfaite. 

Au résumé, ce volume nous pai'aît, dans son ensemble, supérieur à 
celui qui l'a précédé. C. de Kirwan. 

lia Sefeuce tseisiiiolo^iciuc. lie» Tremblements de terre, 

parle comte de Montessus de Ballore. Paris, Colin, 1907, in 8 de 
vn-579 p., avec 222 fig. et cartes dans le texte et hors texte. — 
Prix : 16 fr. 

Le comte de Montessus de Ballore s'est fait une spécialité de l'étude 
des tremblements de terre. Après en avoir, dans un ouvrage remar- 



— 240 — 

qualtli' dont luuis avons rtMidn (■(tmpte ( Polyhi bilan do juin 1907, 
t. CIX, p. 512), déterminé la géograpliie et montré la connexion étroite 
avec la formation du relief terrestre et la surreotion des chaînes de 
montagnes, voici qu'il entreprend de présenter, dans la Science seisnio- 
logiqiie, l'ensemble de ce que l'on sait actuellement sur les tremble- 
ments de terre et de faire connaître les résultats obtenus par les 
deux catégories de savants qui les étudient, parles géologues et par les 
physiciens. En agissant ainsi, M. de Montessus de Ballore rend un 
service dont on ne saurait trop fain? ressortii- l'importance; par suite, 
en elTet, de cette lamental)le tendance à la spécialisation à outrance, 
qui va s'accentuant de plus en plus, taudis que les géologues scrutent 
les couches terrestres des régions les plus ébranlées par les séismes ou 
sismes, pour tâcher d'y lire les causes de leurs dérangements, sans 
se préoccuper de ce que deviennent les ondes seismiques propagées 
au loin, les physiciens étudient les diagrammes sur lesquels sont enre- 
gistiés les mouvements de l'écorce terrestre, sans se préoccuper outre 
mesure de la cause des tremblements de terre. Voilà donc deux branches 
d'une même science, la seismologie tectonique et la seismologie phy- 
sique, qui tendent à s'écarter de plus en plus l'une de l'autre, pour le 
malheur de la seismologie, dont l'étude vraiment scientifique et com- 
plète ne peut être réalisée que par une judicieuse combinaison des 
méthodes géologiques et. djs méthodes physiques. Ramener à cette 
conception les savants qui s'occupent des tremblements de terre, 
montrer dans la seismologie un ensemble dont il convient d'envisager 
successivement tous les aspects, tel avait déjà été le but poursuivi par 
l'auteur dans sa Géographie seismologiqae et tel est le but qu'il pou- 
suit encore dans la Science seismologique, dont l'idée maîtresse — 
mise en pleine lumière d'un bout à l'autre du volume — est l'in- 
fluence des circonstances géologiques sur le mouvement seismique lui- 
même; aussi bien à l'origine des tremblements de terre que tout le long 
des chemins dans lesquels s'engagent ses ondes, les différences de cons- 
titution tectonique ne jouent-elles pas, en effet, un rôle de première 
importance? C'est là une des leçons qui se dégagent de la Science 
se ism.olo gigue; en voici une autre : à l'ancienne conception de l'épi- 
centr?, c'est-à-dire du point de la surface terrestre d'où semble 
émaner le tremblement de terre, — conception qui n'est plus valable , 
que pour les ébranlements dûs aux explosions volcaniques — se substi- 
tue la conception de mouvements d'ensemble de portion souvent con- 
sidérables de l'écorce terrestre, de déplacements ou de dérangements, 
d'origine tectonique, de tout un voussoir plus ou moins étendu. Une 
telle conception explique admirablement (est-il besoin de le dire?) 
ces épouvantables catastrophes dont l'Italie méridionale vient d'être 
le théâtre, et qui ajoutent à la portée scientifique de l'ouvrage de 



— 241 — 

M. de Montessus de Ballore un incontestable intérêt d'actualité. Non 
content d'avoir, dans son livre, exposé l'état présent et les méthodes 
de la science seismologique, l'auteur a eu soin d'y ajouter plusieurs 
chapitres de « seismologie appliquée », dont la lecture fera comprendre 
pourquoi l'on a songé à abandonner plusieurs des villes siciliennes ré- 
ceaiment dévastées. Des cartes, des gravures, des tableaux, complètent 
l'excellent ti'avail de M. de Montessus, dans lequel nous nous plaisons 
à saluer ce manuel do seismologie qui manquait encore à la science 
française, Henri Froide vaux. 

lie Problème de l'aviation et sa solution par l'aéro- 
plane, par Armengaud jeune. Paris, Delagrave, 190S, gr. in-8 de 
vii-86 p. — Prix : 2 tV. 50. 

Le 16 février 1908, M. Armengaud faisait, au Conservatoire national 
des arts et métiers, une conférence sur l'aviation. Bien que la salle 
fut comble, un nombre forcément restreint d'auditeurs avait pu suivre 
le captivant exposé fait par l'habile orateur sur un sujet de 
si grande actualité; aussi était-il nécessaire d'éditer cette conférence, 
afin d'en faire proliter tout le public; c'est là l'origine du volume si 
intéressant que nous avons sous les yeux. Les divers systèmes d'aéro- 
planes expérimentés jusqu'à ce jour sont successivement passés en 
revue, ainsi que les théories qui ont déterminé leur construction. 
Les développements mathématiques, qui ne faisaient pas partie de la 
conférence orale, sont précédés par la théorie élémentaire de 
l'aéroplane; ils n'exigent du lecteur que les connaissances de la trigo- 
nométrie. Ils sont exposés avec la plus grande clarté et permettent 
d'avoir une idée très nette et suffisamment complète des essais si 
passionnants qui se déroulent chaque jour sous nos yeux. On peut 
toutefois regretter que la date de la conférence faite par M. Armen- 
•gaud ait été antérieure aux vols de W. Wright, dont,' par suite, 
l'aéroplane n'est pas étudié. Des schémas accompagnent la description 
des appareils et facilitent leur répartition dans les différents types. 

Toutes les parties de cette remarquable brochure mériteraient 
d'être successivement analysées, ce qui nous ferait sortir des limites 
de ce compte rendu; qu'il nous soit au moins permis de signaler les 
quelques pages consacrées au vol et au planement des oiseaux et celles 
relatives au rôle probable de l'électricité atmosphérique dans le vol. 
Le lecteur y trouvera maintes idées originales et fécondes, ainsi que 
dans le paragraphe où sont indiqués les perfectionnements à apporter 
aux aéroplanes. 

En terminant, nous émettrons seulement le regret que la forme 
de la conférence orale ait été respectée et qu'il soit fait allusion, par 
exemple, aux vues cinématographiques qui ont dû charmer les audi- 
iVlAhs lyoy. C\\. T. 16. 



- 242 — 

teurs, mais dont les lecteurs sont forcément privés. Par contre, nous 
sommes heureux de signaler le soin apporté par l'éditeur à l'exécution 
matérielle de cette brochure déjà si remarquable à tant d'égards. 

J. C. T. 



LITTÉRATURE 



Alt-C^eltiaelier Spraelisrliatz, vonALFREP Holder. IStf'Liefernag 
(Vesontio-Zusema). Leipzig, Teubner, 1908, gr. in-8, col. 257-512. 

On aurait pu croire que cette 18^ livraison achèverait le répertoire 
de l'ancien celtique entrepris par M. Holder; mais l'auteur a tant fait 
de recherches et il a tant paru dans -ce domaine depuis le début de sa 
publication, qu'après le nom hypothétiquement celtique de Zusema 
(aliluent bavarois du Danube), il commence l'impression d'un sup- 
plément considérable. On connaît la méthode de M. Holder : d'abord 
jcwores ampliandi, c'est-à-dire donner, dans le doute, des noms anciens 
qui pourraient être autre chose que celtiques, par exemple dans cette 
livraison le nom d'homme Vin'otos, chef des Lusitaniens, qui est peut- 
être ibérique; le nom de fleuve Visiirgis, le Weser, qui pourrait être 
ligure; puis donner, outre les conjectures étymologiques, tous les 
textes d'écrivains et d'inscriptions qui contiennent un nom, de sorte 
qu'on pourrait rédiger l'histoire ancienne d'une localité avec les textes 
patiemment réunis par M. Holder : tel serait, aujourd'hui, le cas de 
Vesontio^ Besançon; de Vienna ou Vianna ou Viana, Vienne en Ûau- 
phiné, sans compter ses homonymes actuels Vincenna, la rivière 
Vienne, et Vifidobona, Vienne en Autriche. Le nom du peuple gaulois 
les Voice est important, j^arce que, passé chez les peuples germaniques 
sous la forme de Walah, il a, par des transpositions historiques, donné 
naissance aux noms des Welches, des Wallons, des Valaques, des 
Gallois, etc. — Nous avons déjà regretté que le savant auteur, si bon 
latiniste, ait donné, en allemand et non en latin, les quelques abré- 
viations ou explications nécessaires, si sobres qu'elles soient. Au moins 
ferait-il bien de ne pas donner des termes de jargon linguistique, 
comme le sanscrit tatpiirusha de la colonne 344, terme qui ne signifiera 
• 'o^- 1p plupart de ses lecteurs. H. Gaidoz. 



Ciiraiiiiiiaii*<' et Yorabtilaire du g,vee vulgaire, par Girolamo 
Germano, publiés d'après l'édition de 1622, par Hubert Pernot, 
thèse complémentaire présentée à la Faculté des lettres de l'Université 
de Paris [Collection de monuments pour servir à Vétude de la langue et de 
la littérature néohelléniques. 3^ série, n° 7.). Fontenay-sous-Bois, chez 
l'auteur, 7, rue du Clos-d'Orléans, 1907', in-8 de 320 p. 

Répétiteur de grec moderne à l'École des langues orientales et l'un 
de nos meilleurs néohellénistes, M. Hubert Pernot inaugure une nou- 



— 243 — 

velle série do la Collectiofi de monumentf;, fondée jadis par le regretté 
Emile Legrand, par la réimpression d'un ouvrage d'une importance 
considérable dans l'histoire de. la lexicographie néohellénique. Giro- 
lano Germano était un jésuite qui, ayant passé de longues années 
dans les missions de Chio et de l'archipel grec, avait recueilli pour 
son usage tout ce qu'il avait pu d'éléments grammaticaux et lexico- 
graphiques de la langue parlée par les indigènes. Le profit que pou- 
vaient retirer de son expérience ses confrères et tous ceux qui avaient 
affaire dans ce pays, le décida à publier en 1622 l'ouvrage que nous 
redonne aujourd'hui M. H. Pernot. Son livre est d'autant plus inté- 
ressant que, comme le dit l'éditeur, c'est lui en réalité « qui ouvre la 
série de dictionnaires romaïques proprement dits » et que la gram- 
maire par laquelle il débute « constitue la première grammaire du 
gi'ec vulgaire qui ait eu les honneurs de l'impression )>. 
^..^Le long séjour du P. Germano dans l'île de Chio explique la pré- 
dominance dans son ouvrage des formes chiotes; et ce caractère de 
son livre explique à son tour l'intérêt particulier qu'y a pris M. Hubert 
Pernot, à qui nous sommes redevables de précieux travaux sur l'île 
de Chio et qui poursuit depuis des années l'étude de la langue et de 
la littérature chiotes. 

En préparant l'édition de ce précieux Vocabolario, assez rare pour 
avoir échappé pendant un temps aux recherches d'Emile Legrand, 
M. H. Pernot a été amené à étudier les œuvres analogues écrites dans 
les xvi^, xvii^ et wiii^ siècles. Il nous en donne dans sa Préface une liste 
intéressante. Cette enquête qu'il a menée l'a conduit à une conclusion 
assez inattendue : il montre, en effet, que le dictionnaire et la gram- 
maire du grec moderne, publiés respectivement en 1635 et 1638 par 
Simon Portius, ouvrages assez loués à l'époque et dont le second a 
eu, en 1889, les honneurs d'une réimpression, ne sont qu'un plagiat et 
un démarquage de l'œuvre de Germano. Si l'œuvre de Portius est rem- 
plie de dialectismes c'est qu'il les a empruntés à son prédécesseur; 
loin d'être une preuve qu'il soit natif de Chio, ces dialectismes, par la 
servilité même avec laquelle Portius les a empruntés à son modèle 
reproduisant des fautes grossières excusables chez un étranger mais 
inexplicables de la part d'un indigène, parlent plutôt contre cette 
origine prétendue. 

On voit tout l'intérêt que la publication de M. Pernot présente 
non seulement au point de vue de l'histoire du langage, mais au point 
de vue de l'histoire littéraire. On regrettera peut-être que cette œuvre 
importante n'ait point été accompagnée d'un commentaire. M. Pernot 
explique cette lacune par cette raison que les observations qu'il 
aurait pu faire ont pris place déjà ou prendront place bientôt dans 
ses Etudes de linguistique néohellénique. E.-G. Ledos. 



— -244 — 

Aum. Koiir<'ei8 de l'él«quencc Lectures commeiiiées, par Marc San- 
GNiER. Paris, Blond, 1908, petit \\\-S de /lUl p. — Prix : ''• fr. 

Presque tous les volumes qui portent le nom de M. Mai'c Sangniei 
ont quelque chose à la fois d'ingénu et de cavalier, qui est très carac- 
téristique. Ils ont rair,ou de l'alburn d'un écolier pressé de se produire, 
ou du carnet-journal d'un vieil homme de lettres devenu complai- 
sant à ses moindres fragments d'idées et aux notes quelconques de 
ses fonds de tiroir. Pas un d'eux qui soit un livre, un livre fait, pensé, 
mûri, écrit. Et ce qu'ils ont de décousu, de désordonné, d'impersonnel 
et d'insuflisant vous mettrait de mauvaise humeur, si la critique 
n'était désarmée par l'aveu, tout de même un peu hautain, du sans- 
façon avec lequel ils furent improvisés. « Peu nous importe que le choix 
de ces pages semble arbitraire, qu'il le soit en eiiet... Nous ne nous 
proposons nullement ici une œuvre d'érudition historique ou de cri- 
tique littéraire... Notre dessein a été seulement de recueillir, presque 
au hasard^ quelques-uns des plus nobles et des plus pathétiques accents 
de la parole humaine, non pas tant pom* instruire que pour soutenir 
et réconforter ceux qui liront ce recueil ...» 

A cet aristocratique ai'gumentdu «bon plaisir .>, du « sit pro raiione 
voluntas », il n'y a rien à répondre. 

Encore qu'on ne voie pas ce que le « réconfort » y perdrait, si le choix 
avait été plus éclairé et plus juste, si le livre était moins fouillis, on n'a 
plus le droit de s'étonner que, derrière les orateurs de la Grèce, Démos- 
thènc, Eschine, Platon... et Antigone, il n'y ait pas eu la plus petite 
place pour les Romains, ces maitres du genre oratoire, ces éloquents 
diseurs de la vertu patriotique et républicaine, ni que toute l'éloquence 
religieuse du xix^ siècle soit ici représentée par Lacordaire et Mgr 
d'Hulst, et toute l'éloquence laïque par Lamai'tine, Gambetta, Wal- 
deck- Rousseau, Millerand, Clemenceau, Jaurès, Brunetière et M. de 
Mun. Ne songez même pas à regretter Chateaubriand, Victor Hugo, 
Royer-Collard, Casimir Périer, Benjamin Constant, Bcrryer, Monta- 
lembert, Ravignan, Dupanloup, Guizot, Dufaure, de Broghe, Jules 
Simon, etc., etc., ni à vous plaindre que tantôt les morceaux cités 
soient trop longs et trop connus, comme le Sermon sur la mort de Bos- 
suet, l'oraison fmièbre d'Henriette de France, tantôt et plus souvent 
coupés trop menu, remplacés quelquefois même par le récit des scènes 
violentes qui, dans la réalité, empêchèrent les discours et en tinrent 
lieu. Ainsi Déroulède, qui prononça tant de belles choses, ne fût-ce 
qu'à Champigny et à Buzenval, n'est représenté que par un article 
de BaiTès qui raconte cette héroïque soirée de la salle Chaynes où 
toute l'éloquence du tribun fut de crier «Vive la France ! » au milieu 
de la meute hurlante des sans-patrie. Ainsi encore avons-nous, entre au- 
tres spécimens de l'éloquence de la Révolution, la scène de l'ai-restation 



— 245 — 

des Girondins, celle de Robespierre, ou l'envahissement, au 19 bru- 
maire, de la salle de Saint-Cloud par les soldats de Leclerc. Mais si 
c'çst la fantaisie de M. Marc Sangnier de trouver là plutôt qu'ail- 
leurs les sources de son éloquence?... Craignez, si vous insistez, qu'il 
ne vous réponde qu'un geste est parfois plus éloquent qu'un 
discours. Ne discutez pas non plus la boursouflure et le mauvais 
goût do telles ou telles harangues. Ne dites pas qu'à côté de tel 
fragment d'un médiocre intérêt, il y avait à prendre une page admi- 
rable sur quelque grande idée immortelle. Du moment que tout cela 
a été recueilli presque au hasard, il n'y a, en notant que le commen- 
taire annoncé se réduit à quelques phrases d'admiration exclamative, 
((u'à constater que n'importe qui peut, avec la collaboration du même 
hasard, en faire tout autant, et que, dans ce genre de « Conciones » 
français, on avait fait déjà beaucoup mieux. Gabriel Audiat. 



Le Clergé à l'Académie, silhouettes et portraits par Mgr de Mouche- 
ron. Paris, Perrin, 1909, petit in-8 de 383 p., avec une gravure. — Prix : 

5 fr. 

Sur cent dix-sept hommes d'église qui furent de l'Académie fran- 
çaise, l'auteur en élimine neuf, tels que Dehlle, Sieyès ou Feletz, qu'il 
ne juge pas assez ecclésiastiques. Il consacre aux autres des notices 
sommaires, mais généralement exactes. Il n'aurait pu, dans un aussi 
petit nombre de pages, insérer de vraies biographies, et moins encore 
des études de critique littéraire : le lecteur trouvera donc le livre 
un peu court, et c'est là une critique dont plus d'un auteur serait 
flatté. 

Le style est agréable, les anecdotes bien choisies et bien contées; 
la note générale est cet optimisme bienveillant qui caractérise la 
prose ecclésiastique. Il y aurait quelques points à discuter et même 
quelques opinions à contester : j'aime mieux dire que, dans son 
ensemble, l'ouvrage répond à ce qu'on était en droit d'en attendre 
et qu'il sera consulté avec profit par tous ceux qui s'intéressent à 
l'histoire du clergé français. P. Pisani. 



HISTOIRE 



Saint AinbroÎMe, par P. de Labriolle. Paris, Bloud, 1908, in-16 de 
329 p. (Collection La Pensée chrétienne). — Prix : 3 fr. 50. 

M. de Labriolle vient de donner à la Pensée chrétienne un bon volume 
sur saint Ambroise. L'homme et l'évêque, dans Ambroise, sont plus 
intéressants que l'écrivain. M. de Labriolle le sait, et, avec beaucoup 
d'art, il a encadré les textes dans des études et des notices biendocu- 
m?ntées et fort instructives. Dans une Introduction sobre et nourrie 
(p. 1-31), il nous dit la vie et le rôled'Ambroise,il nous fait connaître 



— 246 — 

les principa es éditions de ses œuvres et les travaux généraux dont il 
a été l'objet Les autres indications historiques et bibliographiques 
sont données à leur place dans le cours du volume. Suivent les extraits 
d'Ambroise groupés sous quatre titres et encadrés en autant d'études 
sur le politique (35-162), l'exégète (163-208), le moraliste (209-253), les 
sermons et les traités dogmatiques. On devine bien que les pages les 
plus intéressantes sont celles qui nous présentent le politique et le 
moraliste; quelques-unes, comme celles sur les luttes ariennes (p. 70-95), 
sont on ne peut plus vivantes et dramatiques. Mais ces pages vien- 
nent-elles bien sous la rubrique Polilique? Ce sont là essentielle- 
ment des questions religieuses, et si la politique s'en est mêlée, qui, 
plus qu'Ambroise, a fait entendre à l'autorité civile qu'elle n'avait 
rien à y voir? Et nulle part, à vrai dire, Ambroise n'est « politique ». 
Il est évêque, rien qu'évêque. M. de LabrioUe est le premier, à le re- 
connaître et la question n'est peut-être qu'une question de mot. J'ai 
peur que, sur un autre point, la doctrine ne soit un peu compromise, 
au moins indirectement. Tout d'abord, M. de Labriolle affecte de 
séparer Ambroise de ses collègues catholiques dans la lutte contre 
Priscillien. Il y a eu, je le veux bien, quelques malentendus sur les 
faits et quelques divergences de vue sur les procédés à employer. 
Mais il est visible qu'Ambroise admettait, tout conune les autres, la 
poursuite jusqu'à extinction de l'hérésie et des liéréti({ues. Ce (jui 
suilirait à le montrer, c'est la lettre à Théodose contre la reconstruc- 
tion de la synagogue juive que des chrétiens avaient brûlée. Cette 
lettre scandalise M. de Labriolle. Bien à tort; car elle est inattaquable, 
en bonne théologie... et M. de Labriolle devrait le reconnaître, s'il 
admet, suivant la formule de Léon XIII, que les catholiques ont dans 
le SyUahus une règle sûre de pensée et de conduite. 

Dans l'ensemble, on eût attendu, dans un ^'olume de la Pensée 
ehrétienne, une part plus grande pour la doctrine et pour la piété. 
Et du même point de vue, la longue lettre sur l'affaire de la vierge 
Indicia ne me paraît pas être ici à sa place. Je ne vois pas non plus 
de quel droit on relègue dans la légende ou la poésie un fait attesté 
de façon très précise par les contemporains, pour cela seul qu'il est 
extraordinaire ou miraculeux, comme on le fait, par exemple, p. 255. 

On pourrait signaler quelques inexactitudes d'interprétation, par 
exemple, la parenthèse « de l'arche '> (p. 278); certains néologismes à la 
Huysmans, comme « immine » et détails semblables. Mais peut-être 
ai-je déjà trop insisté sur la critique; car le livre est .digne qu'on en 
dise surtout du bien. J.-V. Bainvel. 



— 217 — 

Laïueiiuais. Ka Vie et 8Ci« doctrines, par l'abbé Charles Bou- 
TARD. II. Le Catholicisme Uhcrul • iSi8-i85i). Paris, Perrin, 1908, in-8 de 
vi-409 p. — Prix : 5 fr. 

1828-1834 : les dates disent ici que, dans l'histoire de La Mennais, elles 
encadrent la période de la «crise»; crise malheureuse qui se dénoua par 
la chute du prêtre infidèle à sa mission et à sa foi. Il y a donc un très 
particulier et très triste intérêt à lire les pages fort sages et impartiales 
de M. l'abbé Boutard sur cet épisode tragique. 

Les dernières années de la Restauration sont marquées chez La 
Mennais par une grande activité intellectuelle ; il devient, avec son 
frère Jean-Marie, « fondateur d'ordre », chef de la « congrégation de 
Saint-Pierre », dont le noviciat, la maison de formation est à Malestroit 
(près de Ploërmel) et le centre intellectuel à la Chesnaie (près Dinan). 
Les deux chapitres consacrés à cette narration sont pleins de détails 
curieux et s'appui(>nt sur les révélations précédemment faites par le 
P. Laveille, dans sa biographie de l'abbé Jean-Marie de La Mennais. 

Déjà FéU, entouré de jeunes disciples, rompt avec l'ancien clergé, 
gallican à ses yeux, dans la personne d'un de ses représentants les^plus 
autorisés : l'archevêque de Paris, Mgr de Quélen, à qui il adresse ses 
deux « Lettres » fameuses (mars et avril 1829). Quand vient le boule- 
versement de la révolution de 1830, il est tout préparé à une marche 
en avant, sans regret pour le gouvernement qui vient de tomber. C'est 
donc la formation de l'Avenir, la création d'une Association pour la 
défense de la religio)i catholique, d'une Agence générale pour la défense 
de la liberté religieuse. 

Époque de fermentation dans les esprits, de généreuse espérance 
dans les actes, de sincère dévouement. L'analyse détaillée et la syn- 
thèse que donne M. Boutard de ces articles de t Avenir, non seulement 
sortis de la plume de La Mennais mais de ses lieutenants, Lacordaire 
et Montalembert, soulignent justement la verve, le talent, l'impré- 
voyance aussi, mais le sens catholique toujours aigu de cette brillante 
phalange. La loyauté de La Mennais ne saurait être en cause; c'est 
dans ses lettres, d'un ton si violent, qu'il faut aller cliercluir le fond 
de sa pensée; elles sont injurieuses au-delà de ce que l'on peut admet- 
tre envers les personnes. Le fameux voyage à Rome, afin de « forcer » 
le Pape à parler, les vivacités de langage, l'impatience du retour, tout 
manifeste clairement l'emploi de moyens fâcheusement orgueilleux 
pour faire prém(\turément aboutir des idées heureuses. M. Boutard ra- 
conte à son tour, mais avec beaucoup de calme, les phases de ces jours 
agités; il sème son récit de remarques justes, il blâme à raison cette 
précipitation qui a reculé l'épanouissement des thèses ultramontaines 
de La Mennais dans ce qu'elles avaient d'orthodoxe et d'approprié au 
temps, et qui a prêté le flanc aux oppositions systématiques des 



— ^'iS — 

K gallicans», puis à leurs mauvais procédas dans l'apparente victoire 
d'un jour. Sage, raisonnable, Rome ne condamnait que l'excès des 
théories; elles demeuraient intactes pftur s'épanouir cinquante ans 
plus tard, à l'heure venue. 

Incompréhensible au premier abord, tant elle choque la logique et 
les affirmations de sa vie précédente, la défection de La Mennais, se 
retournant contre l'Eglise, se conçoit mieux si l'on accepte cette 
double remarque : il avait rêvé de faire une monarchie théocrati- 
que; il rêva de faire une théocratie républicaine. Il marcha donc 
toujours à l'extrême avant-garde des armées, où il s'enrôla et poussa 
les aventures avec autant de génie que d'indiscipline. C'est ainsi que 
l'on compromet les causes que l'on croit servir. 

Les lecteurs de M. Boutard, après avoir pris grand i)laisii' à v<»ir 
résunier clairement une histoire très délicate par un prêtre soucieux 
de l'impartialité, auront le droit de regretter des observations sans 
aménité contre l'abbé Combalot et Lacordaire; des sous-entendus 
(toujours un peu naïfs) contre les jésuites, des égratignures au pas- 
sage contre l'abbé Jean, et pour désigner le Souverain Pontife, les 
cardinaux, les évêques, cette appellation un peu arrogante de la 
« Hiérarchie », que La Mennai^ emplovait lui-même dans un sens 
aussi prétentieux que malveillant. On donne tort à la « Hiérarchie » 
d'une façon impersonnelle, quand on n'ose tout haut se dérober à un 
ordre du Pape, ou critiquer les décisions de telle congrégation, le 
mandement de tel évêque en chair et en os; c'est commode plus que 
loyal. La Mennais avait inventé cette expression nuageuse pour faire 
la transition entre son ortliodoxie et son apostasie. J'aimerais que ce 
mot ne fût plus employé dans ce sens fâcheux. Toujours avec mélan- 
colie l'on relit ce drame de notre histoire religieuse contemporaine, 
mais aussi avec un poignant intérêt. M. Boutard compte parmi les 
historiens qui ont le mieux analysé les intentions et les faits de l'École 
mennaisienne et ajouté à la curiosité passionnante du suj^t l'agrément 
heureux des commentaires. G. de G. 

tjSk nurhoHse de Bourgogne et l'AIlianee ««aToyarde sous 
liOtiii» XIV, par le comte n'HAUSsriN ville. T. 1\'. Pari;?, Calmann- 
Lévy, d908. in-8 de 682 p. — Prix : 7 fr, .^0. 

La fin de ce grand travail est triste comme le sujet lui-même qu'il 
raconte; ce sont les morts foudroyantes des enfants et petits-enfants 
du grand Roi; morts terribles qui jetèrent la France dans l'épouvante, 
mais auxquelles M. d'Haassonvillè, sur les rapports de la science mo- 
derne, ne pense pas qu'il faille attribuer (comme le firent les contem- 
porain'*) des caractères mystérieux et criminels. De 1709 à 1711, nous 
assistons donc à la mort de Monseigneur, à relie de la diiclii^sp de 



— 240 — 

Bourgogne, à celle du duc, devenu le Dauphin. Autour de ces scènes 
lugubres, qu'il retrace d'après les meilleurs témoignages, l'auteur 
rapporte tous les détails de cérémonial et d'étiquette. Puis il relie 
les différentes parties de son sujet par des études très fouillées sur les 
événements caractéristiques de la Cour et du temps; le « grand hiver» 
de 1709; le procès de fdiation et de préséance des Rohan, etc.; il 
étudie surtout les idées politiques de ce duc de Bourgogne sur qui les 
gens de bien fondaient tant de légitimes espérances; les maximes de ses 
oonseillers, le petit troupeau^ comme les appelle Saint-Simon, c'est-à- 
dire les anciens amis de Fénelon devenus les fidèles du prince : les 
ducs de Chevreuse et de Beau\illiers; il montre le rôle joué par le 
duc de Bourgogne au Conseil; il scrute les manuscrits de Saint-Simon, 
les papiers du Dauphin lui-même, ses projets en matièi-e financière ou 
religieuse; et ces pages (257-351) sont les plus graves, les plus intéres- 
santes de ce volume. 

Bien informé, avec un esprit clair, une plume nette, un sens par- 
fait des nuances et la délicatesse d'un cœur pondéré, M. d'Hausson- 
ville est très impartial dans un récit auquel on ne saurait peut-être 
reprocher qu'un peu de froideur, à cause sans doute de cette impar- 
tialité même. 11 a dessiné autour de la figure de son héroïne, une vue 
d'ensemble des dernières années de Louis XIV. Ses références sont 
exactes, ses notes précises. — Une table analytique très complète, très 
détaillée de deux cents pages, est infiniment précieuse et facilite les 
recherches dans un vaste ouvrage dont chaque partie se lit avec un 
rare agrément. G. 

L'Rglise de Paris et la Révolution, par P. Pisani. T. I 
(1789-1792). Paris, Alphonse Picard et fils, 1908, in-12 de 350 p. — 
Prix : 3 fr. 60. 

Personne n'était mieux préparé que M. le chanoine Pisani à traiter 
un semblable sujet. Ceux qui connaissent son Répertoire biographique 
de VEpiscopat constitutionnel savent avec quel soin il s'est docu- 
menté de longue date sur l'Église de France pendant la Révolution. 
Sur les dix chapitres qui composent son nouveau volume, les trois 
premiers se rapportent bien à l'Eglise parisienne, mais nous la pré- 
sentent dans son organisation, dans son chef, dans son esprit et son 
action à la date de 1789. Les trois suivants, s'ils sont exactement 
placés au point de vue de la chronologie, constituent une sorte 
d'Introduction générale à l'histoire des rapports entre l'Eglise et l'Etat 
à cette époque. L'exposé de la législation religieuse de la Constituante, 
tant à l'égard du clergé régulier que du clergé séculier, condense et 
éclaire tout ce qui a été écrit jusqu'ici à ce sujet. 

Outre h'S généralités du sujet, ce volume assez mince, mais très 



— 2o0 — 

substantiel et que deux autres au moins suivront sans douto, 
contient le récit des événements d'ordre religieux à Paris de 1789 
à 1792. A côté des dates, des chiffres, des détails topographiques, les 
détails biographiques abondent, et quiconque a marqué dans la 
lutte entre les Eghses réfractaire et constitutionnelle est caractérisé 
suivant son importance en quelques lignes ou en quelques mots. 
L'auteur a consulté avec fruit aussi bien les brochures et les écrits 
de l'époque que les dossiers des Archives nationales. Son dernier 
chapitre est consacré aux Massacres de septembre, mais il s'est bien 
gardé de raconter une fois de plus les scènes tragiques dont on a 
déjà lu les épisodes dans tant d'ouvrages; il se contente de cons- 
tater que les victimes furent frappées sous prétexte de complicité 
avec l'étranger, en réalité pour refus de complicité avec le schisme. 
Une série de cinq appendici s met à la portée des lecteurs quelques- 
unes des curiosités du sujet. 

Il serait superflu de rechercher les menues erreurs qui ont pu échap- 
per, dans une étude aussi complexe, au savant chanoine. P. 227 (note) 
je lis que le curé constitutionnel Demoy devint sous l'Empire « pro- 
fesseur suppléant, doyen et recteur » dans une Faculté des lettres. 
11 faudrait Ih'e : professeur, suppléant du recteur qui était lui-même 
ddycn. Si je relève cette petite inexactitude, c'est à seule fin de rap- 
pelei' que le mieux informé ne réussit pas encore à l'être infailliblement 
partout . L. P. 

Saiiit-Doiniiigue (1 ««99-1 9^9) li» Société et la \ic 
<*i>coles sous l'ancien régiane, par Pierre de Vaissière. 
Paris, Peri'in, l'JU9, ui-8 de viii-o86 p., avec planches. — Prix : 7 fr. 50. 

M. Pierre de N'aissière est un habile et persévérant clierchcui'. 11 a 
entreprisd'étudier la vieille noblesse française et son rôle, et déjà il nous 
l'a montrée, en deux volumes dont le succès n'est pas oublié, dans 
ses antiques manoirs de campagne, et dans la crise révolutionnaire 
où a sombré son pouvoir. A vrai dire, ce pouvoir était déjà singulière- 
ment restreint par le développement de l'autorité royale, et M. de 
Vaissière estime que c'est en partie pour en sauver quelques débris 
que la noblesse s'est portée aux colonies. Là du moins elle échappait 
un peu au pouvoir central de Richelieu et de Louis XI\ , et elle avait 
encore quelque prestige; en face des pnpulations indigènes à demi 
sauvages et des aventuriers à demi sauvages aussi, parmi lesquels se 
recrutèrent les premier colons, la noblesse militaire, avec ses habitudes 
de commandement et de discipline, pouvait seule maintenir quekjue 
régularité et quelque ordre. Mais là aussi elle ne tarda pas à avoir à 
lutter contre les intendants autoritaires, toujours épris de centralisa- 
tion, et dont plusieurs, pour assurer leur prédominance, n'hésitèrent 



— 251 — 

pas à faire appel aux plus mauvaises passions et à s'appuyer sur les 
pires éléments ; dans cette lutte inégale, la noblesse succomba et ce ne 
fut pas pour le bien de la colonie. 

M. de Vaissière avait d'abord songé à étendre son étude à toutes 
les colonies françaises ; mais en voyant à quelle masse énorme de docu- 
ments, concentrés dans les archives des ministères, il avait affaire, il 
s'est résigné à se restreindre et à prendre commesujet celle des anciennes 
colonies de la France qui en reste le type idéal et qui conserve encore 
le prestige .de la société la plus polie et la plus heureuse évoluant dans 
le cadre le plus enchanteur,Saint-Domingue. Il semble que, dans cette île 
véritablement fortunée, la vie était charmante et les jours perpétuel- 
lement tisses d'or et de soie. Dans la réalité, il faut bien rabattre de ce 
rêve : cette société, si belle à voir de loin, l'est beaucoup moins à voir 
de prés. Et ce qui a fait son mal, ce qui l'a perdue, c'est précisément 
la facilité de sa vie, et, tout spécialement, ce qui permettait aux 
créoles un farniente sans réserve : l'esclavage. Tout le travail étant 
accompli par les noirs, les maîtres étaient naturellement livrés à toutes 
les séductions et à tous les vices de l'oisiveté; ils ne s'occupaient même 
pas de leurs esclaves et laissaient le soin de les diriger à des comman- 
deurs qui en abusaient indignement, et ne songeaient même pas à 
leur donner, nous ne dirons pas une instruction (Ui une éducation, 
mais une moralité quelconque. II faut lire dans le très attachant 
volume de M. de Vaissière, les chapitres consacrés au Monde noir 
à la Vie et aux Mœurs créoles. C'est un spectacle attristant et l'on 
comprend, en le voyant, qu'une société ainsi pourrie devait aboutir où a 
abouti Saint-Domingue, à la révolution qui a supprimé à peu près les 
blancs et ramené les noirs à la barbarie. Max. de la Rocheterie. 



Inventaire sommaire de la roEIrctîon Bucquel-aux-€'ous- 
teaim, eoin|>i*enant S."» volumes «le &'oeuments nianus- 
erits et impriméig raisHemblés au XVlll^ siècle, sur 
Beauvais et le Beauvaisis. par le Df Victor Leblond. Paris, 
Champion, s. rt., gr. io-S de xxii-3b0 p. — Prix : 8 fr. 

La collection Bucquet-aux-Cousteaux, donnée au mois de janvier 
1906 à la Bibliothèque municipale de Beauvais par M. l'abbé Renet, 
est certainement l'ensemble de matériaux In plus important qui ait 
été réuni sur la ville de Beauvais et le Beauvaisis. Trois érudits de la 
fin du xviiie siècle. Danse, Borel et Bucquet, ayant formé le projet 
d'écrire une histoire de Beauvais, avaient amassé une quantité de 
documents considérable. De ces trois collections, seule la dernière, 
dont nous signalons l'inventaire, est entrée dans un dépôt public ; celle 
du chanoine Danse étant maintenant au château de Troussures, près 
Auneuil, et celle de Borel au château du Meux-Rouen (Seine-Infé- 



— 252 — 

rieure). La collection Ruc([uot fut conservée par sa fille, M^"" Aux 
Cousteaux de Marquerie, et resta dans la famille Aux Cousteaux pen- 
dant tout le cours du xix^ siècle, d'où le nom de Collection Aux Cous- 
teaux que lui donna M. Labande dans son Histoire de Beauvais. 

Parmi les documents les plus remarquables de cette collection, qui 
renferme de nombreux originaux, il faut signaler des extraits de 
l'ancien Livre velu, cartulaire de Beauvais aujourd'hui perdu, des copies 
des Registres des délibérations municipales du xv^ siècle, des extraits 
des anciens Registres des plaids, aujourd'hui disparus, des copies des 
anciennes Archives de l'évêché qui n'existent plus qu'en partie, des 
extraits des Registres capilulaires. On peut encore signaler des obi- 
tuaires d'églises et d'abbayes, vingt-trois lettres autographes de 
Bossuet, enfin une nombreuse correspondance de Bucquet avec diiïé- 
rents érudits religieux ou laïques. Une table générale placée à la tin 
de cet inventaire permet de consulter et de mettre facilement à profit 
les richesses qu'il signale. J. Viard. 

lLe% C^osteiitin, seigneurs de ITourville et autres lieux 
(CoutainTille,Vauville, Kaint-eermaiu-le-Vieomte, etc.), 

par E. Sarot. Coutances, Daireanx, 1907-1908, 2 vol. in-8 de 101 
et 273 p., avec 1 planche et 1 tableau généalogique. — Prix : 15 fr. 

Les généalogies qui paraissent de nos jours sont le plus souvent des 
panégyriques. On n'assume guère la tâche ingrate d'établir degré par 
degré la filiation d'une race que dans le but de satisfaire la vanité 
nobiliaire d'autrui, ou la sienne propre. Cependant, il se trouve encore. 
Dieu merci, des généalogistes désintéressés. ]\L Sarot est de ceux-là; 
je me plais à l'en féhciter. 

. Dès les premières pages de son hvre, il manifeste le plus complet 
détachement quant à l'antiquité de la famille dont il écrit l'histoire. 
Pour les siècles antérieurs au xvii^ il se contente, à peu près, de 
transcrire ce qu'ont dit des Gostentin le P. Anselme, Moréri et La 
Chenaye des Bois. J'ai peine à croire qu'il lui ait été impossible de con- 
trôler , par des recherches personnelles, les dires de ces trois auteurs. 
Sans doute, les Archivesdépartementales de la Manche renferment des 
chartes qui mentionnent des Gostentin à une époque ancienne; et je 
connais à la BibUothéque nationale (Pièces originales, vol.- 871; 
Dossiers bleus, vol. 213), nombre de pièces dont l'auteur aurait pu 
tirer parti. Je suis sur})ris que AL Sarot ait négligé des sources d'in- 
formation aussi banales, alors qu'il a su atteindre des documents 
d'aci-ès difficile, dispersés dans les études des notaires et dans les 
chartriers des familles normandes. 11 semble avoir eu hâte d'arriver au 
règne de Louis XIV, qui est le temps où le nom de Gostentin est par- 
venu à une large notoriété, — glorieusement, grâce à l'amiral deTour- 
ville, un cadet,- — scandaleusement, par la faute des aînés de la maison^ 



— 253 — 

De la carrière de l'amiral, l'auteur ne nous dit presque rien. Il se 
C(jntente de renvoyer en bloc aux livres qui en ont parlé. Il aurait 
bien fait de donner, sinon une nouvelle biographie de cet illustre 
marin, du moins l'indicarion des ouvrages importants qui ont 
été consacrés à sa mémoire. 

En revanche, il s'étend sur les faits et gestes des Costentin de la 
branche aînée; il y trouve l'occasion de relever de curieux traits'.de 
munu's. La mésintelligence de François-César de Costentin et de sa 
femme, Jeanne Le Sauvage, forme le point de départ de toute une 
série d'événements fâcheux. Un fils de Jeanne Le Sauvage, Jean- 
Michel, né à une époque et dans des circonstances qui rendaient sa 
légitimité invraisemblable, arrive, ensuite de longs procès, à se faire 
reconnaître comme l'héritier du mari de sa mère. Son frère, Jean- 
Baptiste, mécontent du bailli de Périers qu'il accuse d'avoir favorisé 
Jean-Michel à ses dépens, se venge en l'assassinant. Condamné à 
mort, il se réfugie à Jersey et finit par obtenir sa grâce. 

L'auteur poursuit la généalogie de cette branche jusque dans sa 
descendance féminine, et il y rencontre « la Vaubadon », femme 
divorcée d'un ancien conseiller au Parlement de Rouen, qui, ruinée 
par une vie de désordres, consent, moyennant un prêt de 60.000 francs, 
à se faire la complice de Fouché, attire dans un guet-apens le jeune 
d'Aché, agitateur royaliste, redouté du gouvernement, et le livre aux 
policiers qui le mettent à mort sur le champ. 

Dans le second volume de son ouvrage, M. Sarot étudie en détail 
la destinée des terres, disséminées dans l'étendue des élections de Cou- 
tances, de Carentan, de Valognes, de Bayeux et de Caen, qui ont 
appartenu aux Costentin. Par là, il apporte une utile contributions la 
géographie féodale de la Basse-Normandie. Max Prinet. 



SSainte-Suzanne (Mayenne), son histoire et ses fortifi- 
oationii, par Robert Triger. Etude publiée pour l'histoire féodale, 
avec la collaboration du marquis de Beauchesne. Le Mans, au siège 
de la Société historique et archéologique du Maine, 1907, in-8 de viii- 
271 p. et 18 plans ou gravures. 

Qui douterait de l'importance de l'histoire locale, traitée selon la 
véritable et saine méthode, non seulement pour elle-même, mais pour 
l'histoire générale, n'aurait qu'à feuilleter pour se convaincre les 
travaux en ce genre de M. Robert Triger. La preuve vient d'en être 
faite par lui une fois de plus dans sa remarquable monographie de la 
ville de Sainte-Suzanne (Mayenne), entreprise et menée à bonne fin 
avec l'utile collaboration de M. le marquis de Beauchesne. L'ouvrage 
est ainsi partagé : Histoire militaire. I Sainte-Suzanne au xi^ siècle. 
IL Sainte-Suzanne aux xiv^ et xv® siècles. III. Sainte-Suzanne pendant 



— 254 - 

dant les guerres de religion. IV. Les Fortifications. • — Histoire féodale. 
Les Soigneurs et la baronnie de^Sainte-Suzanne. — Histoire religieuse 
et civile. L Avant la Révolution. IL Sainte-Suzanne au début de la 
Révolution et pendant l'invasion vendéenne. IIL La Chouannerie 
dans le canton de Sainte-Suzanne. IV. Sainte-Suzanne depuis la 
Révolution. — Les notions indicatives ou mêmes rectificatives qui 
en résultent sur les événements, les institutions, les coutumes, les 
mœurs, les idées aux divers âges de notre histoire, donnent à ce livre 
un prix notable, même pour les lecteurs tout à fait étrangers au 
Maine. Nous y avons relevé, dans une lecture que nous aurions voulu 
moins hâtive, nombre de détails intéressants, suggestifs. Signalons, 
à titre d'exemples, ceux qui ont trait à l'art militaire au xi^ siècle 
(siège de Sainte-Suzanne par Guillaume le Conquérant, p. 1 et suiv.); 
aux premiers emplois de l'artillerie à feu (p. 14); aux sauvegardes ou 
appatis pendant l'occupation anglaise du xv^ siècle (p. 23); au système 
de fortification du moyen âge (p. 42 et suiv.); à l'organisation et 
à la gestion paroissiales et aux mœurs religieuses du xviii^ siècle 
(p. 132 et suiv.); aux élections locales et aux assemblées primaires 
sous la Révolution (p. 148, 151-152); aux volontaires de 1793 (p. 163); 
à l'insm'rection vendéenne (p. 162 et suiv.); à la Terreur (p. 175 et 
suiv.) et à la chouannerie (p. 179); à la reprise du culte après le con- 
cordat (p. 234, 235); à la guerre de 1870-1871, d'après le journal inédit 
du chanoine Monguillon (p. 251 et suiv.). Et quels types significatifs 
de la période moderne, révolutionnaire ou contemporaine : le curé 
Ducastel (p. 132); le citoyen Biard (p. 163); le citoyen Besnard (p. 183 
et suiv., 206^207); le blanc Bouteloup (p. 248); etc. ■ — Nous ne cédons 
pas à notre vieille amitié pour M. Robert Triger, mais à une conviction 
raisonnée, quand nous présentons .ici sa monographie de Sainte- 
Suzanne au Maine comme un modèle à suivre par tous nos travailleurs 
provinciaux. M. S. 

lia Provence à traver<« leg siècles, par Emile Camau. Paris, 
Lechevalier, 1908, in-8 de xi-431 p. — Prix : 7 fr. 50. 

Ce volumineux livre sur la Provence n'est que la première partie 
de l'ouvrage. Déjà l'auteur nous annonce la prochaine publication 
de la deuxième, sous le titre : Les Invasions barbares en Provence. 
Beaucoup de matériaux sont là luxueusement entassés et peuvent 
être d'utilité à ceux qui s'occupent de la province du Soleil et de la 
Côte d'Azur. A considérer le sous-titre de ce volume on voit que M. 
Camau veut faire grand et épuiser la matière. Aussi commence-t-il 
par nous exposer la géographie ancienne de la Provence, à savoir 
même la géologie, description de la structure de la terre, tandis que 
la géographie proprement dite a pour objet la surface du globe. Et il 



— -im - 

nous entretient des différents terrains sous-jacents, de leurs contenus 
naturels ou fossiles. 

La partie : « Géographie ancienne » considère la Provence avant 
l'homme; — la Provence après la création de l'homme; — la Provence 
depuis l'ère chrétienne. Celle des « Premiers Peuples » embrasse l'homme 
des cavernes; — les tribus celto-ligures ; — les Massaliotes ; la « Do- 
mination romaine » s'étend à la conquête, aux mœurs et institutions, 
aux travaux et monuments, et la « Civilisation chrétienne » s'occupe 
de la propagation de l'Evangile, des persécutions et du triomphe du 
christianisme. 

L'autour mérite les plus grands éloges pour l'honnêteté et le bon 
esprit, le long et consciencieux labeur de son ouvrage. Beaucoup de 
références, de notes, d'immenses lectures. Mais les livres ou les l'evues 
consultés qu'il nous indique sont-ils de premier ordre? Est-il bien 
au courant do la partie bibJiogi-aphique récente se rapportant, à son 
sujet? Nous avons le regret de ne pouvoir l'affirmer. De plus, la bibho- 
graphie n'est pas établie d'après la méthode et la rigueur aujourd'luii 
exigées dans tout travail historique sérieux. Ainsi peut-on actuel- 
lement apporter comme une autorité l'Histoire ecclésiastique de 
Darras? M. Camau n'a-t-il pas trop souvent consulté les sources de 
seconde ou de troisième main ? 

Les recherches spéciales aux diverses régions provençales fré- 
quemment n'ont pas été assez utilisées. Il est juste de reconnaître 
que M. Camau n'a pas entendu faire œuvre érudite : « Notre travail, 
confesse-t-il modestement, et c'est là certainement le seul mérite de ce 
livre, a consisté à chercher à bien poser et à bien tasser les matériaux 
amenés par d'autres à pied d'œuvre (p. viii) »....(( Au fait, qu'avons- 
nous voulu, sinon vulgariser, mettre ce qu'il y a dans des milliers de 
livres à la portée de tous ceux qui n'ont ni les connaissances néces- 
saires, ni le loisir, ni la commodité de lire tant d'ouvrages ». Et il a 
suivi la méthode de A. Thierry dans ses Récits mérovingiens (p. x), 
en circonscrivant son histoire de la Provence, sa petite patrie, non 
seulement au pays s'étendant de la Durance à la mer, mais aussi aux 
terres auxquelles la Méditerranée fait, avec le Rhône et les Alpes, une 
incomparable ceinture. - — En dépit de nos précédentes réserves, nous 
pouvons assurer que ce travail, d'un style très pur, même séduisant, 
est une importante contribution à l'histoire provençale. 

Louis Robert. 



li'ldéal nioderiie, par Paul Gaultier. Paris, Hachette, 1908, in-l6 
de viii-3o8 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Livre très riche d'idées et qui contient de très belles pages. Il 
aborde de haut, ce qui veut dire, non pas superficiellement, mais 



— 2? H — 

avec une hauteur de vues vraiment ptiilosopliique, les questions do- 
minantes de l'heure présente : question morale, question sociale, ques- 
tion religieuse. 11 établit en somme — et ce témoignage très autorisé, 
très impartial a le plus grand poids • — qu'il n'y a nullement incom- 
patibilité entre l'idéal moderne, sinon celui qui règne réellement, du 
moins celui que semblent devoir accepter toutes les âmes droites 
d'aujourd'hui, et l'idéal cluY'tien. C/est une thèse que j'ai tenté de 
défendre moi-même dans mon livre intitulé : Aube de siècle et qui 
me tient trop au cœur pour que je n'applaudisse pas avec joie à 
ce magistral ouvrage. Je ne relèverai donc pas les rares passages qui 
pourraient soit appeler discussion, soit prêter, pour des lecteurs 
malveillants ou peu éclairés, à interprétation fâcheuse. A propos 
de la question sociale, j'aime fort l'apologie très opportune de la 
charité, et la confiance témoignée (p. 239) dans l'association volon- 
taire que j'aurais voulu voir davantage encore mettre en honneur 
et présenter comme le vrai moyen d'échapper au socialisme. Même 
avec ce commentaire plus d'égalité pour plus de liberté je n'apprécie 
guère l'expression de socialisme libéral que propose M. Paul Gaultier, 
essayant ainsi de faire une synthèse de ce qui vraiment n'est pas 
conciliable. ^ — Mais c'est surtout lorsqu'il nous parle de la question 
religieuse que ses observations sont intéressantes, méritent d'être 
retenues et méditées. Il fait apercevoir combien sont vaines les ten- 
tatives pour fonder la morale sur les sciences de la nature ou de la 
société, et qu'il ne faut pas sacrifier à une sorte de renaissance de 
l'idéal antique l'idéal chrétien bien compris, et qu'il faut se garder 
d'outrer la réaction antiindividualiste qui l'isque de méconnaître l'é- 
minente dignité de la personne humaine, et que la morale, j^ostulant 
un Être suprême, mène à la religion, la soutient et est soutenue par 
elle, et que l'on n'a le droit d'opposer ni la science à la foi chrétienne, 
ni les exigences de l'esprit moderne à l'autorité d'une religion orga- 
nisée, c'est-à-dire — bien que notre auteur n'emploie pas ce mot — à 
l'Eglise. Ces trop rapides indications montreront du moins quels pro- 
blèmes capitaux sont abordés par M. Paul Gaultier et avec quelle 
largeur d'âme. Baron J. Angot des Rotours. 



Études de diploiuatique aiiglnise . de l'avènement 
d'Edouard l^-^ à celui de Heuri VII (13 7S-1495), par 
Eugène DÉprez. I. Le Sceau privé, le 6ceau sscret, le Signet. Paris, «Jûam- 
piou, lyns, in-16 de 127 p. — Prix : b fr. 

Les archives anglaises sont, pour notre histoire au moyen âge, une 
des sources de renseignements les plus abondants et les plus précis. 
Pendant longtemps, en effet, l'Angleterre occupa une partie de notre 
pays, et c'est en outre une des puissances avec laquelle la France eut 



— 237 — 

11- plus de relations. Un travail sur la diplomatique anglaise pendant 
cotte période ne peut donc que rendre de grands services aux éru- 
dits appelés à faire des recherches dans les innombrables séries du 
Record Office. 

La diplomatique anglaise du moyen âge se divise en deux grandes 
périodes, la période anglo-saxonne et la période anglaise proprement 
dite. Cette dernière se subdivise également en deux : la première qui va 
de l'avènement de Guillaume le Conquérant en 1066 jusqu'à la mort 
de Henri III en 1272; la seconde qui commence à l'avènement 
d'Edouard I^^pour finir à la mort de Richard III, en 1485. C'est cette 
période seule que M. Déprez a voulu étudier. De plus, dans cet opus- 
cule, qui semble n'être qu'une étape pour un travail plus complet, il ne 
s'est occupé que des lettres de sceau privé et des lettres secrètes. 
Il fait connaître et passe en revue neuf sortes de lettres de sceau privé: 
les brefs de sceau privé, les lettres patentes, les lettres closes, les 
billets royaux, les protections, les sauf-conduits, les commissions, les 
congés et enfin les rôles de sceaux privés et trois sortes de lettres 
secrètes : les mandements sous sceau secretj les mandements sous le 
sceau du griffon, les mandements sous le signet. Le volume se termine 
par quelques chapitres sur les pétitions et les suppliques, les lettres 
des gardiens d'Angleterre, les brefs de sceau privé des rois d'An- 
gleterre, comte de Ponthieu et de Montreuil et enfin par une 
bonne table des noms de personnes et de lieux. Ce travail témoigne 
que son auteur connaît parfaitement les archives anglaises et fait bien 
augurer des publications de textes qu'il annonce. J. Viard. 



•E*iei*re le ^rantl et le Premier Traité franco-i*u><)se (ltiS!S 

à lîtî), par le vicomte de Guichen. Paris, Perrin, 1908, petitin-S 
de viii-299 p., avec 5 portraits. — Prix : 5 fr. 

C'est un ancien diplomate qui a écrit ce premier chapitre d'une 
histoire des rapports diplomatiques entre la France et la Russie 
pendant les temps modernes. Il n'a pas eu la prétention de consulter 
toutes les sources ni d'épuiser son sujet. .le ne vois cités ni les dossiers 
des Archives de Moscou ni le t. XIII du grand recueil de Martens qui 
contient le récit, par une plume autorisée entre toutes, des négocia- 
tions de 1717. Les documents de nos Archives des Affaires étrangères 
ne sont cités qu'une fois. Ce réserves faites, on constate que l'auteur 
a beaucoup lu, qu'il ne s'est pas borné à consulter les ouvrages fran- 
çais de l'époque, qu'il a relevé plus d'une pièce intéressante aux 
Archives nationales, qu'il a usé des sources imprimées russes, alle- 
mandes et anglaises. 

Son travail se compose d'une Introduction et de cinq chapitres. Dans 
Mars 1909. T. CXV. 17. 



— 258 — 

rintroduction il esquisse le tableau des relations franco-russes anté- 
rieures au xvii« siècle. Le chapitre I montre ces mêmes relations s'af- 
firmant, tout en restant intermittentes, à partir de l'avènement de 
Pierre l*^'". Le chapitre II, le plus original de tous, explique au milieu 
de quelles négociations d'ordre général le rapprochempnt définitif eut 
lieu. Le rôle de la Prusse sous Frédéric-Guillaume l^^", au point de 
vue des projets d'alliance continentale ébauchés alors contre l'Angle- 
terre, est particulièrement étudié. Le chapitre III expose à nouveau 
les événements les plus connus, c'est-à-dire le voyage du Tsar en 
France. Le chapitre IV est consacré au traité du 15 août 1717. On 
aimerait à trouver, dans la conclusion un peu écourtée de cet inté- 
ressant ou\Tage, quelques pages de plus sur les circonstances qui empê- 
chèrent ce traité de produire toutes ses conséquences. 

Qnq portraits figurent en tête des chapitres. On remarquera surtout 
celui de Frédéric-Guillaume I^^. Il témoigne surtout pour les années 
de sa jeunesse. A première vue, on hésitera à reconnaître dans ce 
poupard en perruque poudrée le roi-sergent, l'habitué des tabagies 
et des corps -de -garde dont nous ont surtout entretenus les historiens. 

L. P. 



I^ettres et papiers du chancelirr comte de Nesselrode. 

1 960-1 StiO. Extraits de ses arcliives, publiés avec une Intro- 
duction par le comte A. de Nesselrode. T. V {1815-1818) ; t. VI 
{1819-18^). Paris, Lahure, s. d., 2 vol. in-8 de iii-305 et iii-302 p., 
avec 2 portraits et un autographe. — Prix : 15 fr. 

Les dates de ce tome V indiquent que les correspondances se 
réfèrent à l'époque du grand effort de l'Europe contre Napoléon, après 
les désastres de la campagne de Russie. Aussi donc, le ministre du 
Tsar, qui le suit d'étape en étape pour les négociations, manifeste la 
plus vive animosité contre l'Empereur, et tous s^s correspondants 
également. Ses billets à sa femme et ceux que lui adresse la comtesse 
de Nesselrode ont un ton d'enjouement et de franchise; les très 
longues lettres à Frédéric de Gentz, le diplomate autrichien, éclai- 
rent la politique de la Cour de Menne et le caractère de son « grand 
chef » le prince de Metternich ; Gentz informe le cabinet de Pétersbourg 
des fluctuations de sa Cour, qui est disposée, dèsnos premiers revers, à 
entrer avantageusement pour elle dans la coalition contre la France. 
La première invasion, l'arrivée des alliés en France, leur installation 
à Pai'is, reçoivent, de tous ces documents, une lumière nouvelle. Plu- 
sieurs lettres de personnages considérables, recueillies dans les archives 
de M. de Nesselrode, bien que ne lui étant pas adressées, offrent 
un particulier intérêt ; à signaler une missive amoureuse bien caracté- 
ristique de la mentalité de Berthier, envoyée par lui à sa maîtresse : 
5|me Visconti (décembre 1813); une lettre capitale do Talleyrand à 



— 259 — 

l'empeivur Alexandre (13 juin 1814); une lettre de Pozzo, après la 
bataille de Waterloo (19 juin 1815); des lettres de la reine Hortense 
à l'empereur Alexandre et au prince Eugène, qui ne laissent pas que 
d'être instructives sur le retour de l'île d'Elbe, qu'elle se défend 
d'avoir préparé à Paris ni même connu à l'avance. 

La période (1819-1827) du tome VI ne nous intéresse pas moins, car 
M"^'^ de Nesselrode fait séjour en France et écrit à son mari, demeuré 
à Saint-Pétersbourg, à la tête de la diplomatie de son pays. Très 
légitimiste, en relations journalières avec la plus haute société de 
Paris, la comtesse de Nesselrode fréquente les hommes politiques 
les plus marquants de l'époque; elle ne dissimule point son antipathie 
pour les libéraux et c'est le cas de dire qu'elle se montre plus roya- 
liste que le Roi, car elle tient en peu d'estime Louis XVIII, «prince 
rabougri qui est sur son trône comme un magot ». Elle aime passion- 
nément les Français et considère la France « comme sa seconde patrie». 
Éloignée de Russie sans qu'on sache bien pourquoi, nous la voyons 
aux eaux de Carlsbad, d'où elle envoie une série de lettres, été de 
1823 et de 1824; à Rome, à l'époque du Jubilé de 1825. Elle reçoit 
des correspondances pleines de vivacité de la princesse de Talmont, 
fille aînée de la duchesse de Duras. Elle est en relations affectueuses 
avec M"^6 Swetchine. — A côté de ses propres missives, on a placé, à 
leur date, quelques dépêches diplomatiques, quelques papiers d'État, 
dont le plus important (p. 180-212) est un très curieux mémoire 
envoyé (23 novembre 1824) à l'empereur Alexandre, par son frère, le 
grand-duc Constantin, sur ce qu'il a vu pendant son voyage en 
Allemagne, à Coblentz, Dresde, etc. Cette série de documents 
ri'arrête au moment de l'avènement de Nicolas l^^. 

Les noms cités sont accompagnés d'une courte notice biographique 
très généralement exacte et précise. Malheureusement c'est là la seule 
annotation et il y a trop souvent des passages épistolaires, des allusions 
que le lecteur a le droit d'ignorer et qui auraient nécessité des explica- 
tions complémentaires. Cela sans doute eût nécessité un tout autre 
travail, une mise au point beaucoup plus laborieuse et longue, mais 
au lieu d'une publication intéressante, on aurait eu un ouvrage de 
premier ordre. On a le droit de le regretter. Ainsi, (c'est un exemple sur 
vingt cas), quand la princesse de Talmont envoie à son amie la com- 
tesse de Nesselrode '< un livre sur l'indiiïérence qui n'a aucun rapport 
avec elle» (VII, p. 98), tout le monde n'ira pas deviner qu'à cette 
date d'octobre 1819 , il s'agit vraisemblablement de l'Essai sur l' In- 
différence de La Mennais, paru en 1818. — Chaque tome est suivi d'un 
Index alphabétique, et, en tête du tome V, deux miniatures d'Isabey 
représentant le prince de Metternich et le chevalier de Gentz offrent 
une illustration agréable. G. de G. 



— 2G0 — 

IlistoEre «le la Tur€|uie, par YoussouF Fehmî. Paris, Perrin, l'.iO'j, 
petit, iii-s de xviri-HiJO p., avec portrait. — Prix : b t'r. 

lies Ifielations de la France et de la Turquie au 
X%'lle «siècle, par Louis Rousseau. T. I^r {1700-1116). l'aris, F. -H. 
de lUideval, 19U8, in-18 de xvi-39t3 p. — Prix : 3 fr. 50. 

L'auteur de l'Histoire de la Turquie réside depuis de longues années 
en France; il s'y est familiarisé avec notre langue, qu'il écrit avec 
une grande pureté; il s'y est aussi pénétré des idées à la mode, comme 
il convient à un « jeune Turc ». Admirateur d'Auguste Comte, il a 
demandé une préface à un positiviste de marque, M. Baumann, et, 
dans sa conclusion, il reproduit en se les appropriant, quelques pas- 
sages du fameux rapport de M. Chariot. Très libéré de scrupules reli- 
gieux, il reste cependant attaché à l'islamisme, qu'il considère comme 
le lien civil qui assure la cohésion du bloc ottoman. Il professe un 
grand mépris pour les chrétiens d'Orient et n'a pas beaucoup plus de 
considération pour ceux d'Occident : il trouve (et en cela il n'a pas 
toujours tort) que la conduite des puissances européennes explique 
et légitime les procédés dont les Sultans ont usé par réciprocité. Son 
livre est donc un mémoire justificatif dans lequel l'accusé ne craint pas 
de prendre l'offensive. 

Ces réserves posées, je dois reconnaître que le livre est bien fait : 
un court chapitre est consacré à chaque Sultan, avec un résumé très clair 
des principaux événements de son règne. Naturellement, les chapitres 
s'allongent à mesure que nous nous rapprochons des temps modernes, 
et l'auteur étudie avec une particulière complaisance les révolutinns 
tentées/)u accompHes sous les prédécesseurs, d'Abdul Hamid; il y voit 
la préparation de plus en plus prochaine de la révolution du 24 juillet 
dernier, que, dans son épilogue, il salue avec un enthousiasme ([ui 
rappelle celui des honnêtes constituants de 1790. 

Dans un temps où Grecs, Roumains, Bulgares, Serbes et autres 
frères ennemis publient des ouvrages destinés à établir leui'S préten- 
tions rivales, il était désirable qu'un membre du parti jeune-turc pi'it 
la parole à son tour pour exposer, à sa manière, la question d'Orient. 
Je ne sais pas s'il arrivera à convaincre tous les lecteurs, je crains 
même que certaines de ses thèses paraissent quelque peu paradoxales, 
mais tous ceux qui veulent se former une opinion raisonnée doivent 
écouter ce témoin et retenir quelque chose de ses dires. Grâce, en 
partie, au talent avec lequel ils sont exposés, ils ne manqueront pas 
de faire impression. 

— Le volume de M. Rousseau, premier d'une série qui pourra bien 
en compter cinq ou six, est relatif à la période qui va de 1700 à 1716. 
Deux ambassadeurs ont représenté la France à Constantinople pen- 
dant ces seize annnécs : le marquis de Ferriol et le comte des yVlleurs. 
L:^ premier, espèce de soldat de fortune, ne paraît avoir possédé aucune 



— Sol- 
des qualités qui font le bon diplomate : dès son arrivée, il souleva, à 
propos de questions puériles d'étiquettes, des conflits qui le disqua- 
lifièrent pour toujours aux yeux des Turcs. Violent dans ses paroles 
autant que dans ses actes, il sut se mettre dans son tort même quand 
ii avait le bon droit pour lui; sa vanité le ridiculisa, son peu d'appli- 
cation au travail l'empëcba de traiter avec suite les affaires qui lui 
étaient confiées; au bout de dix ans, la Porte demanda son rappel et 
son départ fut unanimement salué par un soupir de soulagement. 
[1 eût pu cependant servir utilement son pays : l'Europe entière était 
coalisée contre Louis XIV à l'occasion de la succession d'Espagne, et 
l'entrée d'une armée turque en Hongrie eût obligé l'Empereur à ré- 
duire les forces qui menaçaient nos frontières. Ferriol ne sut pas pro- 
voquer cette diversion; peut-être, faute de savoir s'y prendre, dé- 
tourna-t-il môme le Sultan de venir en aide à la France. 

M. des AUeurs, qui succéda à M. de Ferriol, avait résidé pendant 
plusieurs années auprès de Rakoczy, chef de l'insurrection hon- 
groise. Quand il arriva à Constantinople, Charles XII, battu par 
Pierre-le-Grand, venait de se réfugier à Bender. Des Alleurs essaya 
d'amener une entente entre le Sultan et le roi de Suède, et, s'il n'y 
réussit que trop tard, c'est que les exigences du fier vaincu de Poltava 
étaient inacceptables. Par sa droiture, sa souplesse et sa, patience, il ne 
tarda pas à reconquérir les bonnes grâces des Turcs et à faire oublier 
les insignes maladresses de son prédécesseur. 

On voit combien est intéressant le sujet choisi par M. Rousseau. Il y 
avait des pages bien attachantes à écrire; elles le seraient plus encore 
si l'auteur, en se condamnant à une méthode strictement chronolo- 
gique, ne s'était mis dans l'impossibilité de traiter à fond et avec 
suite les vastes problèmes qu'il avait à étudier. Le récit paraît décousu 
et l'intérêt s'émiette. De plus, cet ouvrage se trouve dépourvu d'uti- 
lité pour les historiens de profession par suite de l'absence systéma- 
tique de notes. M. Rousseau cite un grand nombre de documents 
importants, mais il se garde de dire où il les a pris; il est donc impos- 
sible de s'y reporter, et, dans plus d'un cas, cela eût été nécessaire, 
car ces documents ont été mal lus. Par l'inattention ou l'inexpé- 
rience du copiste, les noms sont continuellement estropiés. On sait, par 
exemple, que dans l'écriture du xvii^ siècle, la lettre « u » s'identifiait 
avec la lettre « c » : on écrivait : « aiiec, pouiioir » et comme, d'autre 
part, r « u » mal écrit se confond facilement avec 1' « n », il en résulte 
que M. Rousseau nous parle du « Cap Spartinento » du hongrois 
« Hornath » (pour Horvath), et du patriarche arménien « Anedik )>. 
Or, Avedik, pour qui a un peu étudié l'histoire de l'Orient, n'est pas 
un personnage quelconque : pendant l'ambassade de M. de Ferriol, 
il joua un rôle très important : tour à tour partisan de Rome et fau- 



— 262 — 

teur de schisme, déposé et rétabli, il joua des deux partis jusqu'au 
jour où, par un des procédés qui lui étaient familiers, Ferriol le fit 
enlever et conduire en France; il y fut détenu et quelques écrivains 
ont cru pouvoij' l'identifier avec le « Masque de fer ». M. Rousseau, qui 
paraît ignorer cette légende, nous dit qu'Avedik fut incarcéré à Mes- 
sine, dans la prison de l'Office (probablement du Saint-Office), mais 
il ne nous indique pas ses sources, et je le regrette. 

Tous ces défauts n'empêchent pas le livre de M. Rousseau de con- 
tenir une foule d'histoires amusantes, sinon authentiques, qui feront 
passer des moments agi'éables à des lecteurs indifférents aux questions 
de méthode sur lesquelles je m'excuse d'avoir un peu longuement 
insisté. P. PISA^"I. 

lie ConTentiennel Goujon (1966-1 793\ par L. Thénaed et 
P.. GuvOT. Paris, Alcau, 19il8, in-s de xviii-243 p. — Prix : 5 fr. 

Le héros de cette biographie en quatorze chapitres, Goujon, n'a 
pas manqué de panégyristes, même longtemps après sa mort. Dès 
l'an \ III, son beau-frère Tissot lui consacrait une notice pathétique 
intitulée: Souvenirs de prairial. Bien plus tard, il était loué sur le mode 
lyrique par M. Claretie dans les Derniers montagnards, par Michelet 
dans sa Révolution. De nos jours, deux hommes également sympa- 
thiques à sa mémoire, ont voulu, preuves en main, expliquer l'enthou- 
siasme de leurs devanciers. Il n'y a pas eu collaboration, mais travail 
successif, partiel de l'un et de l'autre. M. Thénard a réuni les maté- 
riaux des sept premiers chapitres et d'une publication documentaire 
qui n'a pas abouti. Après sa mort, M. Guyot a rédigé lesdits chapitres 
et les a complétés par sept autres, fruit de ses études personnelles; 
mais, à la suite d'une de ces interventions féminines que connaissent 
trop bien tous les chercheurs d'histoire moderne, il n'a pu citer tex- 
tuellement une partie des documents réunis par M. Thénard. L'œuvre 
est donc hybride et néanmoins intéressante. 

Goujon y apparaît sous son vrai jour. C'est le jacobin sans épi- 
thète, disciple aveugle de Rousseau, fanatique de vertu et par surcroît 
d'irréligion. Il a quêté comme son maître, mais sans succès, les cou- 
ronnes de l'Académie de Dijon (p. 8, 12-15) et il restera versificateur 
jusqu'au pied de la guillotine (p. 182-184). Ce Bressan, déraciné en 
Seine-et-Oîse, y devint procureur général syndic au Conseil général 
et inaugura le baptême civil à la mairie de \'ersailles (p. 56). Entré 
à la Commission des subsistances de la République (ch. VIII) et, 
pendant trois jours, chai'gé des ministères réunis de l'intérieur et des 
aiïaires étrangères (p. 100), il siégea ensuite à la Convention comme 
remplaçant d'Hérault-Séchelles, sans jouer, sous le règne de Robes- 
pierre aucun rôle, si ce n'est par sa mission aux armées du Rhin et 



— 263 — 

de la Moselle. Là, il se distingua surtout par des inventaires dans les 
couvents de Trêves, prétendant tirer de ces établissements deux mil- 
liards au profit de la République (p. 127), ainsi que par un arrêté 
contre les prêtres, une des plus brutales violations de la justice et des 
droits de l'homme qui aient été commises à cette époque (p. 118-121). 
Ce n'en était pas moins « l'âme la moins cruelle et la plus sensible 
qui fût )), nous dit son biographe, par allusion sans doute à son idylle 
matrimoniale avec Lise Connéry, assez semblable à celle de Camille 
Desmoulins et de Lucile. 

Les chapitres XI, Xll et XIII appartiennent vraiment à l'histoire 
■générale. M. Guyot y a raconté de nouveau, sm* pièces, avec soin, l'épi- 
sode le plus tragique de la Terreur thermidorienne. Il n'a pu (ce qui 
est presque impossible dans une biographie de conventionnel) séparer 
Goujon de ses collègues, les victimes du 1^^ prairial. On voit là, en 
traits saisissants, comment les jacobins de l'an III immolèrent les 
jacobins de l'an II, vengeant ainsi sans le vouloir les jacobins de 
la Gironde frappés le 31 mai. Goujon périt sous les coups d'une com- 
mission militaire, par la même procédure que les émigrés pris les 
armes à la main. Son biographe a reproduit, d'après Tissot, ses der- 
nières lettres à sa femme : elles sont touchantes. Sa lettre d'adieux 
à sa mère (p. 211-212) laisse une impression plus mélangée; on y sent 
l'homme qui joue au stoïcien antique et qui, avant de mourir comme 
Caton, a rédigé lui-même, afin de pouvoir la connaître, son oraison 
funèbre. L. P. 



Ijettres «tu prince de lletternich à la comtesse de 

liieveii, 181^-lSiB, publiées avec une lulroduclion, une Gonclu- 
pion et des notes, par Jean Hanoteau. Paris, Plon-Nourrit. 1909, in-8 
de a-j eL Lxxni-421 p. — Prix : 7 fr. oO. 

La comtesse, puis princesse de Lieven (1785-1854), fille et femme 
de généraux russes, dont le second fut ambassadeur à Londres, de 
1812 à 1834, avait été célèbre en son temps parmi le monde diplo- 
matique pour le salon politique qu'elle présidait et l'esprit de curio- 
sité et d'intrigue qu'elle déployait. Sur deux terrains différents, elle 
avait joué un véritable rôle : en Angleterre, pendant que son mari 
représentait la Russie; en France, à partir de 1837, où, sans caractère 
officiel cette fois, mais dans une intimité étroite avec M. Guizot, elle 
reçoit les diplomates, les hommes politiques et les hommes d'État. 
Elle n'était point belle, si l'on en croit le pinceau des peintres et la 
plume des contemporains, mais son activité d'esprit et son aisance 
de conversation rendaient ce salon très couru et sa langue très redou- 
tée. D'elle, M. Ernest Daudet a écrit, il y a cinq ou six ans, une très 
agréable biographie : Une Vie d' ambassadrice au siècle dernier. Elle 
avait une renommée de galanterie assez marquée; on citait des noms 



— 264 — 

illustres, même le roi Georges 1\'. Aujuunriiui des documents prou- 
vent péremptoirement une liaison amoureuse avec le prince deMetter- 
nich. 

Dans ses Mémoires d'outre-tombe (tome I\'), Chateaubriand l'avait 
dit avec ime pointe de malice. M. Daudet écrivait (Revue hebdo- 
madaire, juillet 1899), un article très suggestif et très piquant intitulé : 
Un Roman dû prince de Metternich, composé avec des fragments de 
lettres de M™^ de Lieven. Cette aventure galante, c[ui commence en 
coup de foudre (l'ambassadrice, qui ne connaissait pas de vue 
le prince le 18 octobre 1818, a succombé, dans un moment de 
fièvre, le 14 novembre), se termine en 1829, très atténuée 
par l'absence presque constante des deux amants. Ce sont, en 
partie, les lettres de Metternich que publie aujourd'hui M. Jean 
Hanoteau, celles qui, échangées sous le couvert de la valise diplo- 
matique de Londres à ^'iennne, vont du mois d'octobre 1818 à la fin 
d'avril 1819. 

Les amateurs de révélations scandaleuses n'auront rien à glaner 
là; car le ton, malgré le tutoiement très vif, est toujours retenu et les 
sujets abordés sont, avec la politique, des dissertations philosophiques 
sur la tendresse du prince. Metternich raisonne, disserte sur lui prin- 
cipalement, avec une complaisance, une vanité très caractéristiques. 
C'est ici un portrait moral tout à fait curieux du célèbre diplomate. 
Pas d'anecdotes, peu de faits historiques, seulement le récit intéres- 
sant et agréable de son voyage en Italie (p. 234) de février à avril 1819, 
où il accompagne l'empereur d'Autriche à Florence, Rome et Naples. 
Il y a là beaucoup de traits à retenir. La correspondance s'arrête 
brusquement. Les manuscrits retrouvés ne vont pas plus loin. 

M. Jean Hanoteau, qui a eu la bonne fortune de les découvrir, les 
a publiés avec un soin extrême et une méthode historique excellente. 
Il serait difficile de mieux « éditer » un texte. Il l'accompagne d'une 
Introduction et d'une Conclusion où il dit par le détail les précédents 
de ses personnages et la fin de leur histoire. Chaque nom cité est iden- 
tifié avec la plus minutieuse exactitude, selon les références biblio- 
graphiques les mieux vérifiées. M. Jean Hanoteau sera payé de sa 
peine par le plaisir qu'il donne à son lecteur, par la confiance qu'il 
lui inspire. Ce sont là de ces livres que l'on a profit à consulter pour 
leur sujet, mais surtout pour la valeur de leur mise au point. C'est, 
dit-On, un début : il est heureux, et digne de tout éloge. 

Il manque seulement deux portraits de Metternich et de M"^^ de 
Lieven, qui eussent bien illustré ce volume si attrayant et si recom- 
mandable. Geoffroy de Grandmaison. 



— 26r. — 
BULLETIN 

Kl Saiifo Evan^elio de Wuestro Senor «lesuenisto i los lleclio» de 

io!4 ,%pôstoies, por Primitivo Sanmartî. Barcelona, Luis Gili, 1908, 
in-12 de 415 p., illustré. — Prix, cartonné toile, fers spéciaux: 2 fr. 50. 

Ce livre peut servir d'histoire du Nouveau Testament à l'usage des enfants 
et des pères de famille^ Le récit des quatre Evangélistes y est harmonisé 
d'une façon, très simple et conformément à l'interprétation la plus autorisée 
des exégètes. Il est divisé en petits paragraphes fort clairs, rédigés dans 
le style qui convient à un sujet de cette nature, c'est-à-dire se rapprochant 
aussi scrupuleusement que possible du style évangélique. Il est certain 
que si, suivant le louable désir qu'en exprime l'auteur, on lisait tous les 
jours quelques pages en commun dans les foyers chrétiens, de la Vie de 
Notre-Seigneur et des actes des Apôtres, on vivrait plus saintement et 
l'on pratiquerait avec plus de courage les vertus chrétiennes. G. Bernard . 



Le Pailîum, par Jules Baudot. Paris, Bloud, 1909, in-16 de 64 p. — 
(Collection Science et Religion). — Prix: fr. 60. 

La série liturgique publiée sous la direction du RR. Dom Cabrol con- 
tinue à s'enrichir. Le Pallium nous apporte une excellente monographie 
où nous voyons cet ornement dans ses origines les plus lointaines. Dès le 
troisième siècle avant Jésus-Christ, en usage chez les Romains, il n'a guère 
alors que le nom de commun avec ce qu'il sera plus tard. Au quatrième 
siècle de notre ère il est devenu un signe honorifique qui appartient de droit 
au Souverain Pontife. Au dixième siècle il a sa forme définitive. Bande étroite 
de laine blanche, posée sur les épaules en manière de collier d'où se déta- 
chent deux pendants, l'un par devant, l'autre par derrière. Cette bande 
est ornée de huit croix noires. Le Pape donne cet insigne aux archevêques 
et à quelques évoques. A partir du huitième siècle, il devient un signe de 
juridiction. On a plaisir et profit à suivre avec Dom Baudot les péripéties 
de cette histoire. La deuxième partie liturgique nous fait assister à la pré- 
jiaration et à l'imposition du pallium; on en dit les usages; on en explique 
le symbolisme. Il est regrettable de voir répété que le pallium est envoyé 
du tombeau des saints apôtres, alors que tous les textes disent : de cor pore 
B. Pétri sumptum. Et c'est sûrement la pensée de l'auteur. A. Vigourel. 



Le s«-ns eatiioISque, par Henri Couzet. Paiis, Bloud, 1909, in-12 de 128 p. 
(Collection Science et Religion). — Prix : 1 fr. 20. 

L'auteur a résumé en quelques pages les instructions données par lui 
dans la chapelle de l'Institut catholique de Paris pendant le Carême 1908. 
Le but qu'il s'est proposé est de bien remettre les catholiques en face de 
leur devoir actuel. Ce devoir c'est d'être vraiment catholiques non pas seu- 
lement dans leurs traditions et dans quelques habitudes, mais dans tout 
leur être et dans toute leur vie. Il s'agit donc de penser et de sentir en catho- 
liques, de fermer leur conscience d'après les principes imprescriptibles du 
catholicisme; d'agir en catholiques, d'obéir à l'Église en catholiques; d'être 
apôtres catholiques. Ces vérités si utiles sont clairement et pratiquement 
rappelées. Travail réconfortant pour ceux qui gémissent de voir trop souvent 
le sens catholique méconnu et oublié. Il sera profitable à certaines âmes 
qui associent trop aisément, et pour leur plus grand préjudice, l'esprit du 
monde au vrai esprit de l'Église. A. C. 



— -IM — 

Quelques Pages siii* le mouvement catliolique olicz les femmes 
en Ansletei-i-e, par L. DE Beauriez. Paris, Porrin, 1908, in-16 de lf>o p- 
— Prix : 2 fr. 50. 

Ces Quelques Pages émanent d'un observateur qui a su voir et qui sait 
raconter. C'est avec maint détail savoureux que M™'" de Beauriez décrit 
rhôpital français de Londres, tenu par des religieuses de Versailles, les 
Servantes du Sacré-Cœur de Jésus (p. 22-26) et surtout le cercle pour 
femmes pauvres [seulement], dirigé par M™^^ la duchesse douairière de Xew- 
castle en personne (p. 39-58). Elle énumère avec sympathie plusieurs des nom- 
breuses femmes distinguées, qui, par leur plume et leur talent, ont créé, 
en Angleterre, une fort intéressante littérature catholique (p. 91-108). M™* de 
Beauriez « cause » avec l'aimable aisance d'une personne de bonne compa- 
gnie, et son ouvrage, tout sommaire qu'il puisse être, sera grandement utile 
aux gens du monde. 

On comprend peu la raison d'être d'un long appendice (p. 115-164), 
parfaitement étranger au sujet du volume. D'autre part, l'auteur donne 
au premier roi clirétien du Kent le nom d'Ethebred, là où il faudrait écrire 
Etkelbert (p. 12). Yves de la Brière. 

.i^pologétîqne 'vivante. Un clirétien. Journal d'un néo-mncerii, p.lr 
Lucien Roure. Paris, Beauchesne, 1908, in-16 ëe vi-83 p. — Prix : 1 fr. 

Le présent opuscule n'est pas une auto-biographie, bien qu'il en ait la 
forme; mais, sous la fiction de certains faits matériels et la fusion en un 
personnage d'éléments d'origines diverses, il ne raconte que des choses vraies, 
vécues, et l'on peut dire, à ce point de vue, que, sous une forme arrangée, 
c'est bien un livre d' « apologétique vivante ». Un jeune docteur se convertit 
par la méditation du fait de l'Eglise, dont il ne peut trouver l'explication 
raisonnable que dans son caractère divin. Converti, il ne cesse de poursuivre 
son mouvement d'ascension chrétienne, à travers les obstacles, les épreuves, 
les traverses de toutes sortes qui ne manquent jamais à une vie chrétienne, 
même à celles, qui, de loin, paraissent les plus heureuses. Victime et martyr 
de ses convictions, — l'on conviendra que rien n'est plus commun aujour- 
d'hui, — il a tout juste le temps de tremper ses lèvres dans la coupe du 
bonheur chrétien et de connaître les nobles joies d'un amour béni de Dieu. 
A l'appel du devoir, il va, il court, sans regarder derrière lui, où le danger 
se montre, et il meurt victime de son devoir professionnel, le sourire illuminé 
par les espérances chrétiennes, qui lui montrent par delà la tombe le séjour 
où l'attendent tous ceux qu'il a le plus aimés. Sa mort fut saluée par ce cri 
touchant, qui est la plus belle des oraisons funèbres : « Le saint de notre 
ville est mort ». Voilà toute l'histoire du néo-converti. Elle est à la fois très 
touchante et pleine d'excellentes leçons, et très bien adaptée aux besoins 
des âmes inquiètes d'aujourd'hui. En l'écrivant, M. Lucien Roure, qui est 
un philosophe distingué, a vraiment écrit un excellent li\Te, et ce qui est 
mieux encore, un livre bienfaisant. Edouard Poxtal. 



Oatalogne de lii'res elioisi-> poui- une famille elirétienne. par Uu 

Père de la Compagnie de Jésus. F« et 2^ parties. Paris, Retaux, 1907-1908. 
2 vol. in- 12 de 93 et de 117 p. — Prix : 2 fr. 50. 

C'est une très heureuse idée de dresser un catalogue de livres choisis 
pour les familles chrétiennes. On devine en effet, sans qu'il soit nécessaire 
d'insister, les services qu'on peut attendi'e d'une pareille publication : 
il en existe déjà de similaires; mais comme ces catalogues ne sont jamais 



I 



— 267 — 

et ne peuvent pas être complets, et que, dans tous, subsistent des lacunes, 
il est utile d'en avoir plusieurs à sa disposition, car ils se complètent les uns 
par les autres. 

Le nouveau catalogue que je présente à nos lecteurs comprendra 
trois parties: -la première, Historique, hagiographique et géographique; 
la seconde, Scripturaire, apologétique et ascétique : ces deux parties sont 
publiées. La troisième, qui est en préparation, sera scientifique, littéraire 
et artistique. En l'absence de cette troisième partie, il m'est difïicile de don- 
ner une appréciation définitive et juste des deux premières, où je pourrais 
relever des lacunes qui seront peut-être comblées par la troisième. Je me 
contenterai donc de préciser la composition des deux premières parties. 

Voici la division de la première : L Histoire ecclésiastique. 1° Généralités; 
2° ouvrages spéciaux, monographies; 3° Hagiographie : A. Généralités; 
B. Monographies. 

II. Histoire profane. 1° Généralités. 2" Histoire de France : A. Avant 1789 
E. Depuis 1789. 3° Histoire étrangère. — Sans entrer dans les détails, cette 
partie historique est tellement brève qu'elle ne peut pas ne pas être forcé- 
ment très incomplète. 

IIL Biographie. 1° Généralités. 2° Monographies : A. Hommes. B. Fem- 
mes. — J'avoue que je ne vois pas bien pourquoi la partie Biographie est dis- 
tincte de la partie Histoire, dont elle ne devrait former qu'un chapitre 
spécial. Nous notons qu'on y trouve plusieurs biographies de Louis XVII 
et de Madame Éhsabeth, lesquelles n'ont pas plus de titre à y figurer que 
celle de Jeanne d'Arc, qui n'y est pas. 

IV. Géographie et voyages. i° Généralités; 2° Monographies. 

V. Revues et journaux. En appendice, une liste alphabétique des saints, 
bienheureux et vénérables, puis des autres personnages avec les numéros 
correspondants du catalogue. 

Après la première partie Historique, biographique et géographique, qui 
comprend aussi les Reçues et Journaux, la seconde partie Scripturaire, apolo- 
gétique et ascétique, se divise ainsi qu'il suit : 

I. Ecriture sainte. IL Catéchisme. III. Apologétique. IV. Liturgie. V. Ser- 
monnaires. VI. Paroissiens, Livres de piété, etc. VIL Méditations. VIII. Vie 
chrétienne dans le monde. Ascétisme. Dans cette partie sont indiquées les 
Lettres d'Ozanam et de Mgr d'Hulst : pourquoi pas celles de Mgr Dupan- 
loup et celles de Louis Veuillot, sans parler de quelques autres ? IX. Dévo- 
tions, suVjdivisées en huit chapitres. X. Préparation à la mort : maladies, 
afflictions, persécutions. XL Préparation au sacerdoce et à la vie religieuse. 
Elnfin une liste alphabétique des auteurs. Je note que, sous la première 
rubrique ne figurent pas les vies de Jésus-Christ, de Louis Veuillot, et de 
Mgr Dupanîoup, qui pourtant ne dépareraient pas la collection. 

Ce catalogue étant principalement destiné aux personnes du monde, 
il me semble que la partie ascétique est trop abondante et trop longue, peut- 
être un peu aux dépens des autres. Malgré tout, voUà deux excellents petits 
livres, pleins de précieuses indications. Edouard Portai.. 



GHHOJMQUE 

Nécrologie. — Nous avons appris avec un bien vif regret que le marquis 
Costa de Beauregard, ce gentilhomme, qui fut un grand chrétien, un 
ardent patriote et un remarquable écrivain, est mort à Paris, presque subi- 
tement, le 16 février. Après avoir l)rillamment combattu sur divers champs 



— 268 — 

(1(^ bataille en 1870, à la tête des mobiles de la Savoie, sa province natale, 
il était venu siéger à l'Assemblée nationale de Bordeaux. Mais, en 1876, il 
abandonna la politique active pour défendre, par la plume, les traditions 
auxquelles il était attaché. Les livres qu'il a publiés et qui lui ont ouvert les 
portes de l'Académie française, où il a remplacé, en 1896, M. Camille Don- 
cet, sont l'œuvre d'un profond penseur et d'un fin lettré. En voici les titres : 
Un Homme d'autrefois, souvenirs recueillis par son arrière-petit- fils (Paris, 
1877, in-12), ouvrage couronné par l'Académie française et plusieurs fois 
réédité; — Prologue d'un règne. La Jeunesse du roi Charles- Albert (Paris, 
1888, in-8); - — Épilogue dun règne. Milan, Navarre et Oporto. Les Dernières 
Années du roi Charles- Albert (Paris, 1888, in-8); — Le Roman d'un royaliste 
sous la Révolution. Souvenirs du comte de Virieu (Paris, 1892, in-8); — Là 
Charité sociale en Angleterre (Paris, 1896, in-8); — Prédestinée (Paris, 1896, 
in-8), ouvrage qui avait paru d'abord sous le voile de l'anonymat; — En 
Emigration . Souvenirs tirés des papiers du comte A. de la Ferronnays, 1777- 
1814 (Paris, 1900, in-8); — Courtes Pages (Paris, 1902, in-8); — Liberté,, 
égalité, fraternité (Paris, 1904, in-12). M. Costa de Beauregard a écrit en 
outre dans divers journaux, particulièrement dans Le Gaulois, auquel il a 
fourni une collaboration régulière. 

— Un autre écrivain, non moins ardent patriote et de plus un zélé défen- 
seur de rÉglise, M. Emile Keller, est mort à Paris, le 21 février, à 81 ans. 
Sa disparition cause un grand vide chez les catholiques français. Né à Bel- 
fort le 8 octobre 1828, M. Emile Keller fit de brillantes études et fut admis 
à l'École polytechnique en 1847. Toutefois, il n'y entra pas et préféra s'a- 
donner à des études d'histoire et de philosophie religieuse. Élu en 1857 au 
Corps législatif avec l'appui du gouvernement, il se sépara bientôt de la 
politique impériale au sujet des affaires d'Italie et se montra un des plus 
énergiques défenseurs de la puissance temporelle des Papes. Réélu plus tard, 
cette fois malgré l'opposition que lui fit l'Administration, il protesta vive- 
ment contre l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine et porta la parole avec 
autorité dans presque toutes les discussions importantes. Il échoua aux 
élections de 1881, mais fui; élu de nouveau en 1885. Il ne se représenta 
pas de nouveau au scrutin de 1889, mais ne cessa point pour cela de lutter 
pour la Papauté et pour la France. Personne, en notre temps, n'aplusintime- 
ment allié le patriotisme et la religion. Jusqu'à sa dernière heure il a su 
mériter l'admiration reconnaissante des catholiques et forcer l'estime respec- 
tueuse de leurs ennemis. M. Emile Keller laisse un certain nombre d'ou- 
vrages admirablement écrits, dont l'influence a été considérable. Ce sont les- 
suivants : Histoire de France (Paris, 1852, 2 vol. in-12); — Influence paci- 
fique de la charité chrétienne sur la société moderne (Paris, 1856, in-8); — 
L'Encyclique et les libertés de V Église gallicane (Paris, 1860, in-8); — Les 
Rudgets de 1863, 1864 et 1865 (Paris, 1864, in 8); — U Encyclique du 
8 décembre 1864 et les Principes de 1789, ou l'Église, l'État et la Liberté 
(Paris, 1865, in-8); — Z)ix années de déficit, de 1859 à 1869 (Paris, 1869, 
in-8); — Le Général de Lamoricière, sa vie militaire, politique et religieuse 
(Paris, 1873, 2 vol. in-8); — Les Congrégations religieuses en France, leurs 
œuvres et leurs services (Paris, 1880, gr. in-8), ouvrage qui fut honoré d'un 
bref particulier du Pape ; — La Vie de Jeanne d'Arc (Paris, 1894, in-16); 
— L'Ouvrier libre{Pa.Tis, 1898, in-18). Quelques-uns de ces ouvrages ont 
été plusieurs fois réimprimés. 

— Le Tout-Paris qui raffole du théâtre, du roman et de la littérature' 
légère, a été mis en émoi le 7 février en apprenant que M. Catulle Mendès- 
venait de mourir d'une façon tragique, à Saint-Germain-en-Laye, à l'âge- 



— 269 — 

de 68 ans. Fils d'un père Israélite et d'une mère catholique, M. Catulle 
Mendès était né à Bordeaux le 22 mai 1841. Après avoir suivi ses parents 
en Italie et en Allemagne, il vint, jeune encore à Paris, et immédiatement 
se jeta avec ardeur dans la littérature, s'elTorçant d'attirer l'attention par 
rétrangeté de la forme et par la hardiesse scabreuse des tableaux. Il avait 
dix-huit ans seulement lorsqu'il fonda la Revue fantaisiste, qui fit grand 
bruit dans le monde littéraire, et devint l'organe du groupe des « Par- 
nassiens. » C'est dans cette revue qu'il inséra une pièce de vers :• Le Roman 
d'une nuit, qui lui valut une condamnation à un mois de prison et -500 francs 
d'amende. Poète, romancier, dramaturge et chroniqueur, M. Catulle ]\Iendès 
a écrit une foule de choses qu'on ne peut ni lire ni entendre. Aussi sa puis- 
sance de travail, son érudition étendue et les diverses autres qualités qu'il 
faut lui reconnaître," ne peuvent-elles faire oublier qu'il fut un grand cor- 
rupteur. Il a abordé successivement la poésie, ke roman et le théâtre, et 
dans chacun de ces genres sa principale préoccupation est de produire 
des excitations malsaines et des effets littéraires étranges. Nous ne citerons 
qu'un petit nombre de ses œuvres : il en est trop parmi elles dont nous ne 
saurions même rappeler les titres. Comme poète il a donné : Philomela 
(Paris, 1864, in-18) ; — Hesperus (Paris, 1869, in-8) ; — Contes épiques 
(Paris, 1870, in-8) ; — Odelette guerrière (Paris, 1871, in-18), etc. Parmi 
ses rom^ans, ceux parus avec des titres convenables sont : La Vie et la 
mort d'un clown (Paris, 1879, in-18) ; — Le Crime du vieux Blas (Paris, 
1882, in-18) ; — Monstres parisiens (Paris, 1882, in-18); Le Rose et 

le Noir (Paris, 1883, in-18) ; — Mephistophcla (Paris, 1890, in-18). Sous 
la forme dramatique, il a composé les ouvrages suivants qui n'ont pas 
tous été joués : La Part du Roi, comédie en un acte (Paris, 1872, in-16); — 
Le Capitaine Fracasse, opéra comique en 3 actes (Opéra-Comique, 
1870) ; — Les Mères ennemies, drame en 3 actes (Ambigu-Comique, 
1882) ; — - Le Châtiment, drame en une scène, en vers, (1887) ; — Gwen- 
doline, opéra en deux actes (1886) ; — La Femme de Tabarin (Théâtre 
libre, 1887); — Isoline, féerie en trois actes (Renaissance, 1888); — Fiam- 
mette, drame en 6 actes, en vers (Théâtre libre, 1889); — Médée (1905); 
Ariane, opéra (1906) ; — La Vierge d' Avila (1906), pièce où l'auteur 
s'est permis de mettre sur la scène sainte Thérèse, etc. M. Catulle Mendès 
avait écrit aussi quelques volumes de critique littéraire et musicale, entre 
autres plusieurs ouvrages relatifs au mouvement wagnérien dont il avait 
été un des premiers initiateurs et défenseurs en France, ainsi qu'un rapport 
publié à l'occasion de la dernière Exposition universelle de Paris : Le Mou- 
vement poétique de 1867 à 1900. Enfin, depuis 1893, il était chargé au Journal 
de la critique dramatique et musicale. 

— M. Èmile-Honoré Cazelles, médecin, administrateur et écrivain 
connu, est mort dernièrement à Paris, à 78 ans. Né à Nîmes le 31 octobre 
1831, il étudia la médecine, fut reçu interne des hôpitaux en 1857 et doc- 
teur en 1860 avec une thèse sur le Traitement de Vectropion cicatriciel. Mais, 
entraîné p ar son goût pour l'étude de la philosophie, il se retira à Saint-Gilles, 
dans le Gard, et s'y livra à la traduction d'ouvrages étrangers. En 1870, il 
quitta sa retraite pour entrer dans l'Administration et fut successivement 
■ secrétaire général de la préfecture du Gard, préfet de la Creuse, puis de 
l'Hérault, directeur du service pénitentiaire au ministère de l'intérieur, 
directeur de la sûreté générale, préfet de Meurthe-et-Moselle, puis des 
Bouches-du-Rhône, et, enfin, membre du Conseil d'État. Au milieu de 
toutes ces absorbantes fonctions, M. Cazelles a trouvé le temps nécessaire 
pour continuer ses traductions d'ouvrages anglais et allemands, dont nous 



— -270 — 

citerons les suivantes : U Assujetisxement des femmes, de Stuart Mill (Paris, 
1867, in-8); — La Philosophie de Hamilton, du même (Paris, 1869, in-8); — 
Les Premiers Principes, de Herbert Spencer (Paris, 1871, in-8); — Les Sens 
et l'intelligence, d'Al. Bain (Paris, 1873, in-8); — Les Mémoires de Stuart 
Mill (Paris, 1874, in-8); — La Religion naturelle, de Georges Grote (Paris, 
1873, in-18); — Principes de biologie, de Herbert Spencer (Paris, 1878, 
2 vol. in-8); — Principes de sociologie, du même (Paris, 1879-1883, 3 vol. 
in-8); ■ — La Circulation de la vie, de Moleschott. 

— Un homme de lettres distingué, le marquis de Sai.\t-Yves, né à Paris, 
en 1842, est mort subitement à Pau, au milieu de février, à 67 ans. Il laisse* 
quelques ouvrages publiés sous le nom de Saint- Yves d'Alveydre. Voici les 
titres de ceux qui nous sont connus : Mission actuelle des souverains, par 
Vun d'eux (Paris, 1882, in-8); — Mission actuelle des ouvriers (Paris, 1883, 
in-8]; — Mission des Juifè (Paris, 1884, in-8); — La France vraie. Mission 
des Français (Paris, 1887, in-12); — Le Poème de la Reine (Paris, 1885, 
in-16); — UEmpereur Alexandre III, épopée russe (Paris, 1889, in-16); — 
Maternité royale et Mariages royaux. Danemark, Suède, Angleterre, Grèce, 
Russie, Hanovre, France, poème (Paris, 1889, in-16) ; — Jeanne d'Arc 
victorieuse, épopée nationale dédiée à Vannée française (Paris, 1890, in-8). 

— M. Édouard-François-Louis Fétis, historien d'art belge fort connu, 
fils du célèbre musicologue et compositeur, est mort le l'^'' février à Bru- 
xelles, à 96 ans. Né à Bouvignes, d^ns la province de Namur, le 12 mai 
1816, il fit ses études au lycée Bourbon, à Paris, puis suivit son père en 
Belgique, où il fut nommé, en 1838, conservateur de la Bibliothèque coyale 
de Bruxelles. Quelques années plus tard, il était élu membre de l'Académie 
royale des sciences, lettres et arts, où, en plus, il devenait professeur d'es- 
thétique. M. Edouard Fétis a publié : Légende de saint Hubert précédée 
d'une préface bibliographique et d'une introduction historique (Bruxelles, 
1846, in-12); — Histoire des musiciens belges (Bruxelles, 1849, 2 vol. in-12 

— Catalogue descriptif et historique du musée royal de Relgique, précédé 
d'une notice historique sur sa formation et sur ses accroissements (Bruxelles, 
1864, in-8); — Les Artistes belges à V étranger. Études biographiques, histo- 
riques et critiques (Bruxelles, 1857-1865, 2 vol. in-8); — Catalogue de la 
bibliothèque de F.-J. Fétis acquise par V État belge (Bruxelles, 1877, in-8) ; 

— La Rible de Pierre-Paul Rubens. Sujets de V Ancien et du Nouveau Testa- 
ment, gravés au burin par les iiiaitres flaniands et reproduits par rhélio- 
lypie (Bruxelles, 1877, in-ful.). 

— On annonce encore la mort de MM. : Aumerat, publiciste, doyen des 
journalistes algériens, qui avait fondé la. première feuille périodique 
pubhée en 1845 à Alger, -mort dernièrement en cette ville, à 92 ans; — 
Louis Bloch, rédacteur au Petit Journal, membre de l'Association des 
journalistes parisiens et de l'Association des secrétaires de rédaction, mort 
à Paris, à la fin de février, à 61 ans; — Robert Charlie, trésorier de l'Asso- 
ciation des journalistes parisiens et du Comité général des Associations 
de presse, ancien secrétaire de rédaction du Mot d'ordre, ancien rédacteur 
en chef de la République française, fondateur du journal spécial le Rrasseur 
français, mort à Paris, au commencement de février, à 59 ans; — Henri 
CoNS, recteur de l'Académie de Poitiers, ancien professeur de géographie 
à la Faculté des Lettres de Lille, mort à Poitiers, au commencement de 
février, à 70 ans; — Ernest-Alexandre-Honoré Coquelin, dit Coquelin 
cadet, le célèbre acteur, qui a collaboré au journal le Tintamarre et a pu- 
blié quelques volumes tels que : Le Monologue moderne (Paris, 1881, in-16) ; 
La Vie humoristique (Paris, 1883, in-12) et le Rue (Paris, .1887, in-12). 



- 271 - 

mort dans la maison de santé où il avait dû être interné, le 8 février, à 
61 ans; — le D' J.-M.-L. De.ieanne, l'un des principaux représentants de 
la littérature gasconne et de la philologie romane, qui a collaboré à diverses 
revues du Midi et aussi à la Romania et a publié, entre autres œuvres pa- 
toises, sous le voile de l'anonyme : Caoucos Fablos de J . de la Fontaine en 
rimos bigourdanos (2« éd., Bagnères-de-Bigorre, 1899, in-12); — le comte 
Joseph-LiOuis-Adolphe de Dion, président de la Société archéologique de 
Rambouillet, mort à Montiort-l'Amaury, le 14 février, à 86 ans; — Ga- 
vouYÈRE, qui avait donné sa démission de professeur à la Faculté de droit 
de Rennes, pour devenir en 1875 doyen de la Faculté libre de droit d'Angers, 
mort au milieu de février; — Jumentié, professeur honoraire au lycée 
Janson-de-Sailly, mort à Paris, le l^'' février; — Adolphe Pieyre, colla- 
borateur de nombreux journaux de province, qui, entre autres ouvrages, 
a publié une Histoire de Nimes, mort à la fin de février, à Montblanc (Hé- 
rault); — Edmond Plaughut, collaborateur du Temps, ancien secrétaire 
de George Sand, mort à Biarritz, au commencement de février; — Remy 
Sans, directeur du journal la Dépêche de Toulouse, mort à la fin de février, 
à Monte-Carlo; — le capitaine Sisson, tué dans la catastrophe de Puyoo 
(Basses-Pyrénées), au commencement de janvier, lequel avait publié, sous 
le pseudonyme de Michel Antar, deux voiumes qui eurent un certain suc- 
cès : En Smala (Paris, 1897, in-12) et les Larbal. Un Ménage d'officier dans 
le Sud-algérien (Paris, 1901, in-12). 

— A l'étranger, on annonce la mort de MM. : Adolphe Beiling, ancien 
professeur de langue française et d'histoire à Vienne, en Autriche, mort 
au milieu de février; — Dr. Heinrich Brat, mort dernièrement à Méran,. 
à 42 ans, lequel laisse divers ouvrages sur l'hygiène, notamment : Ueber 
Erfolge der Sauerstofjtherapie unter besonderer Beritcksichl der in den gewer- 
bebetrieben gewonnenen Erfahrilngen bei geiverblichen Verfigtungen (léna,. 
1905, in-8); — Edouard de Brauwer-Stock, fondateur et directeur du 
journal flamand Landboiuver, créé pour défendre la cause catholique en 
Belgique, mort à Roulers, en février, dans sa 86*" année; — Jacopo Cap- 
poNi, président d'honneur de l'Association syndicale de la presse étrangère 
à Paris, mort à San-Remo, au milieu de févi'ier, à 77 ans; — Joseph Collin, 
qui a collaboré pendant plusieurs années à la Voix du Luxembourg, auteur 
de divers ouvrages, mort à Uccle, le 4 février, à l'âge de 61 ans; — Oswald 
Crawfurd, écrivain anglais distingué, mort le 31 janvier, à Montreux 
(Suisse), à 74 ans, lequel laisse des romans, tels que : The New Order, 
In Green Fields et The Mystery of Myrtle Cottage, ainsi que plusieurs pièces 
de théâtre, notamment : Two Masques et The S in of Prince Eladane; — 
Eugène Van Cuyck, éditeur-rédacteur du journal flamand De Dixmudenaar, 
mort à Dixmude, en février, à l'âge de 61 ans; — Dr. John Duns, ancien 
professeur au « Free Church New Collège » d'Edimbourg, directeur de la 
North British Review et auteur de divers ouvrages, tels que : Things New 
and Old (1857); Science and Christian Thought (1866) et Memoir of Sir 
James Simpson, mort au commencement de février, à 89 ans; — Dr. Emil 
Erlenmeyer, ancien professeur de chimie à l'École technique supérieure 
de Munich, mort dernièrement en cette ville, à 83 ans; — le R. P. Fulbus, 
de la Compagnie de Jésus, géologue très connu, mort accidentellement en 
janvier, près de Oribuela province de Valence (Espagne); — Garagnoni, 
correspondant.de l'agence italienne Stefani et du journal le Corriere délia 
Sera, mort à Paris, à la fin de février; — le doyen Edouard de Gryse, 
successivement professeur aux séminaires de Roulers et de Bruges, puis 
doyen de Courtrai, qui a collaboré à div-^M-ses revues scientifiques et a pu- 



— 272 — 

blié, entre autres ouvrages : Notre Droit National et la Hh'olution (2 vol.); 
Éléments de philosophie et, eh flamand, Voyages en Espagne et en Orient 
(1908, 2 vol.), mort à Courtrai, au milieu de février, à l'âge de 61 ans; — 
Wilfrid H. Hudleston, ornithologiste et géologue anglais de réputation, 
mort dernièrement à 81 ans, lequel avait réuni de magnifiques collections 
au cours de nombreux voyages scientifiques et dont les publications anté- 
rieures à 1867 sont signées : Simpson, c'est-à-dire deson vrai nom defamille, 
qu'il abandonna à cette date; — D"" Johann von Kelle, professeur de 
langue et de littérature allemandes à l'Université de Prague, mort en cette 
ville, le 30 janvier, à 80 ans; — Guillaume Lambert, éminent ingénieur 
belge, qui a professé longtemps à l'École spéciale du génie civil et des mines, 
auteur, entre autres, d'un ouvrage fort remarqué : Le Grand Bassin houiller 
et les richesses minérales du nord de- la Belgique (1876), mort à Bruxelles, 
le 22 février, à l'âge de 91 ans; — le chanoine Louis Le Roy, président du 
séminaire de Liège, auteur de divers ouvrages en latin et en français, 
sur la dévotion au Sacré-Cœur, mort à Liège, en février, à l'âge de 65 ans; 

— Junino Massan, ingénieur et mathématicien belge, fort connu, pro- 
fesseur à l'Université de Gand, mort en cette ville au milieu de février; — 
]Yjme Sophie Meller, née Vergi, femme de lettres polonaise, auteur d'un 
certain nombre de pièces de théâtre, morte dernièrement à Varsovie, à 
61 ans; — James L. Molloy, compositeur anglais, auteur de quelques opé- 
rettes et d'un certain nombre de chants, dont quelques-uns sont devenus 
populaires, tels que : Love's Old Sweet Song et Thady CFlynn, mort der- 
nièrement à 71 ans; — P'riedrich Pernetti, écrivain autrichien, mort der- 
nièrement à Vienne, à 78 ans; — Henry Russell, le célèbre alpiniste et 
pyrénéiste, membre de la Société de géographie de France et écrivain 
remarquable, mort dernièrement à Biarritz; — Ivan Egorovitch Sabelin, 
historien russe, vice-directeur du Musée historique de Moscou, mort dei'- 
nièrement en cette ville, à 88 ans; — John Gilnier Speed, ingénieur civil 
américain devenu journaliste et écrivain, mort dernièrement dans sa rési- 
dence de Mendham (New Jersey), lequel avait dirigé successivement, 
pendant un certain nombre d'années, The New York Herald, The American 
Magazine et Leslié's Weckly, et publié un volume : The Gilmers in America; 

— D' Adolf Sprung, directeur de l'Observatoire météorologique de Pots- 
dam, mort dernièrement en cette ville, à 61 ans; — le pasteur Adolphe 
Stocker, écrivain allemand, ancien prédicateur de la Cour de Prusse, 
mort à Bozen-Gries (Tyrol), le 8 février, à l'âge de 73 ans; — Albert 
Sturm, directeur de la Budapester Correspondenz et membre de la Société 
littéraire de Budapest, mort dans cette ville, au commencement de février, 
à 58 ans; — abbé G. Sunaert, curé de Ressegem, ancien professeur au 
collège épiscopal d'Eecloo et à l'institut Saint-Liévin, à Gand, mort à Res- 
segem, le 25 février, à l'âge de 56 ans; — Hans Julius THOMSE^', président de 
l'Académie des sciences de Danemark, ancien professeur de chimie à 
riTniversité de Copenhague, directeur de l'Institut technique de cette 
ville, qui a réuni de nombreux mémoires et articles en un seul volume inti- 
tulé Becherches thermodynamiques, mort en février, à 83 ans; — D'' Her- 
mann Tischler, qui fut pendant de longues années le rédacteur en chef 
du périodique Gartenlaube, mort dernièrement à Berlin, à 64 ans; — Chris- 
tian Ulrich, ancien professeur d'architecture à l'École technique supé- 
rieure de Vienne, mort récemment en cette ville; — Dr. Julius Varga, 
professeur de droit criminel à l'Université autrichienne de Gratz, mort der- 
nièrement en cette ville, à 67 ans; — Dr. Karl Walcker, professeur de 
sciences politiques à Leipzig, mort en cette ville, le 21 janvier, à 70 ans. 



— 273 — 

Lectures faites a l'Académie des inscriptions et belles-lettres. — 
Le 5 février, M. Perrot lit un mémoire du docteur Vercoutre relatif à l'iden- 
tification de Sylphium en Cyrénaïque. — Le 12, M. le secrétaire perpétuel 
lit et explique une lettre de Mgr Duchesne, qui traite des fouilles entreprises 
au Palatin, par M. Gauckler. — Le 19, M. Dieulafoy signale les analogies 
qui existent entre le plan d'un édifice retrouvé à Rome par M. Gauckler et 
des monuments religieux mazdéens. — M. S. Reinach parle des fouilles 
faites à Vinca sur le Danube par le directeur du musée de Belgrade. 
11 commente la découverte d'une feuille de diplôme militaire acquise par 
le musée de Belgrade et remontant à Fépoque d'Hadrien. — M. Archam- 
bault lit un travail sur les inscriptions rupestres en Nouvelle-Calédonie. 

— M. J. Maurice parle de Constantin après sa conversion et de sa tolérance 
envers les sectateurs du paganisme. — M. S. Reinach commente une inscrip- 
tion grecque du x^ siècle découverte en Egypte. 

Lectures faites a l'Académie des sciences morales et politiques. 

— Le 6 février, M. Stourm prononce l'éloge de M. Aschebourg, de Chris- 
tiaMa, correspondant de l'Académie dans la section de législation. — M. 
F. Voisin lit une notice sur la vie et les oeuvres de son prédécesseur, M. 
Doniol. — M. d'Haussonville, parlant du travail des femmes à domicile, 
«t du salaire minimum, déplore l'exode de la population rurale vers les 
villes, et préconise le mouvement syndical comme remède à la pénurie des 
salaires. — M. Levasseur répond à ces observations. — Le 13, M. Boutroux 
lit un travail sur le but de la Fondation Thiers et les moyens dont 
elle dispose. — Le 27, M. Cheysson termine l'exposé de ses observations sur 
le travail des femmes à domicile et déclare sa préférence pour les moyens 
libéraux dans l'application des remèdes à cette plaie sociale. — M. Levas- 
seur lit des fragments de son livre : Salariat et salaire. — M. d'Haussonville 
et M. Cheysson obtiennent que M. Lefébure et M. Ch. Honnoré viennent 
exposer à l'Académie les méthodes qu'ils emploient pour améliorer les 
conditions du travail féminin. 

Concours. — La Ligue d'Action française vient de mettre au concours 
un Manuel de Vhistoire de France. Les conditions exigées pour la rédaction 
de ce Manuel sont indiquées en détail dans un programme que l'on peut 
demander au siège de la Ligue. — Les manuscrits devront être adressés à 
M. Pierre Garnier, aux bureaux de V Action française, 3, Chaussée d'Antin, 
à Paris, IX^ arr., avant le l^"" mai 1910. Ils devront pouvoir former un vo- 
lume de format in-16 d'environ 350 pages. Une somme de 9.500 francs 
est afTectée à récompenser ou à indemniser les auteurs des manuscrits 
qui auront été retenus, laquelle somme sera ainsi répartie : un prix de 3.000 
francs et six indemnités, la première de 1.500 francs, lesautres.de 1.000 francs. 
Cette répartition n'est d'ailleurs qu'approximative, la Commission se 
réservant le droit de la modifier suivant les résultats donnés par le concours. 
Le manuscrit couronné sera cédé en toute propriété. Des droits d'auteur 
pourront cependant être servis, autant que le permettront les mesures 
qui seront prises ultérieurement, pour la propagande de cet ouvrage. Les 
concurrents ne devront pas se faire connnaître ; ils se borneront à marquer 
leur manuscrit d'une devise ou d'un numéro reproduit sur une enveloppe 
cachetée qui contiendra leur nom et leur adresse. 

Prix. — Le 20 novembre 1908, l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres a décerné les prix suivants : 

Antiquités de la France. — Quatre médailles attribuées : F*" médaille 
de 1.500 fr. : M. le commandant Espérandieu : Recueil général des bàs- 
Mars 1909. T. CXV. 18. 



— 274 — 

reliejs de la Gaule romaine, tome l*^""; — 2*" médaille de 1.000 francs : 
M. Jacques Laurent : Cartulnire de Vabbaye de Molesme, tome 1^''; — 
3"^ médaille de 500 fr. : M. Frédéric Sœhnée : Catalogue des actes 
d'Henri I", roi de France ; — 4e médaille de 500 fr. : M^e Louise 
Pillion : Les Portails latéraux de la cathédrale de Bouen. — Mentions 
honorables attribuées : l''^ mention : M. le marquis de Ripert-Monclar : 
Cartulaire de la commanderie de Richerenches de l'ordre du Temple, 
1136- 121 i; — 2^ mention : MM. Soyer, Trouillard et de Cro}^ : Cartulaire 
de la cille de Blois; — 3^ mention : M. Jean Guiraud : Cartulaire de Notre- 
Dame de Prouille; — 4^ mention : M. l'abbé G. Mollat : Études et documents 
sur Vhistoire de Bretagne, xiii^-xYie siècles; — 5^ mention : M^i^ Marguerite 
Bondois : La Translation des saints Marcellin et Pierre; — 6^ mention : M. 
Pierre Champion : 1° Chronique Martiniane; 2° Le Manuscrit autographe 
des poésies de Charles d'Orléans; — 7^ mention : M. Tabbé Edm. Albe : Les 
Miracles de Notre-Dame de Roc- Amadour au xW^ siècle, texte et traduction. 

Prix de numismatique (Veuve Duchalais) (1 .000 fr.). — Décerné à M. A. 
Dieudonné : Table générale de la « Revue de numismatique ». 

Prix Gobert (1.000 fr.). — Premier prix à M. Ferdinand Chalandon : 
Histoire de la dominatioti norniande en Italie et en Sicile, t. I et II. Le second 
prix à M. Samaran : La Maison d' Armagnac au xv^ siècle et les Dernières 
Luttes féodales dans le Midi de la France. 

Prix Bordin (3.000 fr.). — i.OOO fr. à M. Gustave Lefebvre : Fragments 
cVun manuscrit de Ménandre; — 500 fr. à M. Henri Bornecque :ies Clau- 
sules métriques latines; — 500 fr. à M. Victor Chapot : La Frontière de V Eu- 
phrate, de Pompée à la conquête arabe; — 500 fr. à M. Henri Legras : Im 
Table latine d'fïéraclé; — 500 fr. à M. Léon Robin : La Théorie platoni- 
cienne des idées et des Jtombres, d'api'ès Aristote. 

Prix Louis Fould (5.000 fr.). — Partagé entre M. Georges Foucard : 
Histoire de la sculpture égijptienne, et M. Henri Saladin : Manuel de iart 
musulman. 

Prix La Fons-Mélicocq (1.800 fr.). — L'ne récompense de 500 fr. à M. 
Georges Bourgin : Guibert de Nogent, histoire de sa vie (1053-1124); — 
Récompense de 500 fr. à M. Georges de Lhomel : Première partie du Journal 
de la Révolution à Montreuil-sur- Mer et Recueil de documents pour servir 
à Vhistoire de Montreuil- sur- Mer (1000-1464); -- Récompense de 400 fr. 
à M. Tabbé Le Sueur : Le Clergé picard et la Révolution; — Récompense de 
400 fr. à M. Léon Jacob : Essai manuscrit sur V Histoire de la révolte du 
Boulonnais en 1662; — Enfin, mention honorable à M. le docteur Victor 
Leblond .• Inventaire sommaire de la collection Bucquet-aux-Cousteaux. 

Prix Stanislas Julien (1.500 fr.). — Partagé entre M. Edouard Huber; 
traduction en français de la version chinoise du Sûtralamkra, et M. Alfred 
Forke : traduction en anglais du Lun-Hêng de Wan-Ch'ung. 

Prix Delalande Guérineau (1 .000 fr.). — Partagé entre M. Emile Vernier : 
La Bijouterie et la joaillerie égyptiennes, et M. Schwab : Rapport sur les 
inscriptions hébraïques. 

Prix de la Grange (1.000 fr.). Décerné à la Société des anciens textes 
français. 

Fondation Garnier (15.000 fr.). — Subvention de 3.000 fr. à M. Vuillet, 
chef de la mission forestière de TAfrique occidentale française pour des 
fouilles à exécuter dans une grotte de Moriabougou entre Kita et Bamako. 
Subvention de 10.000 fr. à M. Prins, ancien administrateur des colonies, 
pour une exploration dans l'intérieur de l'Afrique, dans la zone inexplorée 



- 275 — 

(lu Congo français, vers le Ouadai et le Dari'our; — Subvention de 2.000 fr, 
à M. Pellint, pour mission archéologique au Turkestan. 

Fondation Piot (17.000 fr.).— 3.000 fr. au R. P. Delattre, pour la conti- 
nuation de ses fouilles à Cartilage; — 600 fr. à M. J. Zeiller, ancien membre 
de rÉcole française de Rome, pour aider M. Hébrard dans ses recherches 
pour la resauration à Spalaio, en Dalmatie, du palais de Dioclétien. — 
4.000 fr. à la direction des antiquités de Tunisie, pour entreprendre des 
fouilles sous-marines au large de Madia. — 2.000 fr. à M. A. Thiers, ar- 
chitecte, pour aider M. Ebersolt, à Constantinople, dans ses relevés d'églises 
byzantines. 

' Prix Joseph Saintour (3.500 fr.). -^ Récompense de 1.000 fr. à M. Max 
Bruchet : Le Château de Ripaille; — Quatre récompenses de 500 fr. chacune 
à MM. Eugène Deprez : Étude de diplomatique anglaise; l'abbé Yilletard : 
Office de Pierre de Corbeil, improprement appelé Office des fous; le P. J. Thi- 
baut : Origine byzantine de la Jiotation neumatique; Amédée Gastoué : Les 
Origines du chant romain. 

Prix Gabriel-Auguste Prost (1.200 fr.). — Récompense de 800 fr. à M. 
Paul Marichal : Cartulaire de Vévêché de Metz; — Récompense de 400 fr. à 
r Austrasie, revue du pays Messin et de Lorraine; — Mention à M. Emile 
Huber : Recueil de documents sur Sarreguemines au xvii*^ siècle. 

Prix Jean-Jacques Berger (15.000 fr.). — Partagé en trois récompenses 
de 3.000 fr. à chacun des auteurs suivants : M. Coyecque : Recueil d'actes 
notariés relatifs à l'histoire de Paris et ses environs au xvi^ siècle; — M. 
Lacombe : Livres d'heures imprimés au xv^ et au xvi^ siècles, conservés 
dans les bibliothèques publiques de Paris; — M. Henri Martin : Les Minia- 
turistes français. — Et le solde de 6.000 fr. à la Société de l'histoire de 
Paris et de l'Ile-de-France. 

Prix Lefèvre-Deumier (20.000 fr.). — 12.000 fr. à M. Guimet pour toutes 
les initiatives heureuses qu'il a prises dans le domaine de l'étude des reh- 
gions; — 8.000 fr. à M. Franz Cumont : travaux sur Mithra et les reli- 
gions orientales. 

Anxuaire pontifical catholique pour 1909. — Sous les apparences 
trop modestes d'un almanach, Mgr Albert Battandier publie depuis douze 
ans une véritable encyclopédie ecclésiastique. L'Annuaire pontifical catho- 
lique pour 1909 [Pdivis, Maison de la Bonne Presse, petit in-8 de 609 p. — 
Prix : 5 fr.), contient, comme les précédents, la liste des cardinaux, évo- 
ques et prélats, avec des notices de plus en plus complètes sur les per- 
sonnes et des satistiques aussi exactes que possible sur les diocèses. Cette 
année, il donne d'excellents portraits des évêques français morts ou nom- 
més en 1908. Il ajoute à cette partie essentielle des articles historiques, 
liturgiques, artistiques, archéologiques et canoniques, desquels nous ne 
saurions essayer l'énumération. Nous avons particulièrement remarqué 
cette fois la description de l'ofTice pontifical grec célébré à Saint-Pierre 
par S. S. P'ie X pour le centenaire de saint Jean Chrysostome; les spécia- 
listes y trouveront le texte grec Bt la notation musicale de quelques-uns des 
chants. La liste des causes de canonisation en cours d'examen, avec les 
notices des nouveaux Bienheureux. Une étude sur les chanoinesses sécu- 
lières qui subsistent encore en Autriche, institution mal connue, qui est 
décrite avec une grande richesse d'informations. Le palais apostolique de 
Viterbe, fameux dans l'histoire des conclaves. La chapelle de la comtesse 
Mathilde au Vatican avec la description des merveilleuses tapisseries 
qui la décorent. Les anciens collèges ecclésiastiques de Rome et les Insti- 



- 276 - 

tuts historiques récemment fondés jiar la France en 1873, l'Autrielie en 
1880, la Prusse en 1883, l'Angleterre en 1901, la Belgique en 1*902, et la 
Gœrres- Gesellschaft en 1888. C'est là que de jeunes savants vont se former 
sous la direction d'hommes éminents qui s'appellent Duchesne, Pastor, 
Fraknoi, Sybel, Kurth, et mettre à profit les trésors des archives pon- 
tificales. Les missions fournissent la matière de nombreux articles histo- 
riques et statistiques. — Mais la partie capitale de V Annuaire est, 
cette année, l'analyse et le commentaire de la bulle : Snpienti Consilia 
qui a profondément modifié et modernisé l'administration centrale 
de l'Église; nul n'était mieux qualifié pour entreprendre ce travail 
qu'un prélat rompu depuis de longues années, comme l'est Mgr Battandier, 
à la pratique des Congrégations romaines. Son étude rendra de signalés 
services à tous ceux qui ont à recourir aux Dicastères, trihunaux et offices 
restaurés ou réorganisés en 1908. A ce titre seul, V Annuaire pontifical méri- 
terait de se trouver dans toutes les chancelleries épiscopales et entre les 
mains de quiconque a le désir de savoir avec quelle sagesse et quel souci 
de la justice fonctionne cette immense administration qui a pour ressort 
toiite la chrétienté. 

Une Vieille Histoire qui se rajeunit. — La Question d'Alesia et 
LA Question d'Alaise. — « On croyait morte la question d'Alesia, elle 
n'était qu'endormie, elle se réveille. » Ainsi s'exprime M. René Bouton à 
la page 19 de l'étude qu'il vient de tirer à part des Mémoires de la Société 
d'émulation du Doubs et qui a pour titre : La Question d'Alesia et la Question. 
d'Alaise (Besançon, imp. Dodivers, 1909, in-8 de 43 p.). Sortie tout armée 
du cerveau en ébullition de l'architecte bisontin Delacroix, en l'an 1855, 
Alaise du Doubs devint aussitôt la grande rivale d'Alise Sainte-Reine : 
des deux localités, laquelle était la véritable Alesia de César et de ^'ercin- 
gétorix, le célèbre oppidum dont la chute décida du sort de la Gaule ? 
— Des années durant, les mémoires succédèrent aux mémoires : la 
vieille rivalité des Éduens et des Séquanes recommençait au xin"" siècle. 
Bourguignons et Comtois (les uns et les autres recrutant des alliés tels 
que l'empereur Napoléon III, le duc d'Aumale, Quicherat, Henri Martin, 
etc.), se ruèrent dans une mêlée curieuse, furieuse, où l'encre, à 
défaut de sang, ruissela... Finalement, Napoléon III, « en un jour archéo- 
logique » (le mot est de Castan, si nous avons bonne souve,nance), ayant 
décrété que l'Alesia litigieuse était bien Alise Sainte-Reine, s'imagina avoir 
clos la discussion en campant sur le Mont Auxois un Vercingétorix « vêtu 
d'anachronismes, » comme dit joliment M. R. Bouton. Le tnmulte, en effet, 
s'apaisa peu à peu, et, sauf quelques irréductibles, personne ne souffla plus 
mot : la cause semblait entendue. — Aujourd'hui, cependant, après un 
somm.eil semi-séculaire, la question renaît. Alaise du Doubs garde, du 
moins provisoirement, l'expectative. Les adversaires actuels, actifs, de 
l'Alesia du Mont Auxois, sont Izernore, de l'Ain, — une vieille connaissance, 
• — et Aluze, de Saône-et-Loire, une nouvelle venue dans l'arène. Attendons- 
nous donc à de nouveaux combats de plume, que nous sommes prêts à 
enregistrer, impartialement. Ces combats, on a déjà pu les pressentir par 
ce que nous avons dit le mois dernier (p. 184), à propos d'un opuscule de 
M. Noël Amaudru. — Dans sa brochure, M. R. Bouton, après avoir exposé 
les origines de la question, nous fait assister à la « découverte « de Delacroix 
et à ses luttes épiques contre ses contradicteurs. Il envisage ensuite les choses 
telles qu'elles se présentent de nos jours et résume les prétentions d'Alise, 
d'Izernore et d' Aluze, non, parfois, sans une gaîté communicative, un 



— 277 - 

humour de bon aloi. Mais ne croyez pas qu'il prenne parti : k Alise? Izernore? 
Novalaise? Aluze? Combe Julienne, près d'Alais (Gard)? AUerey? Alaise?, 
s'écrie-t-il (p. 34), lequel de ces pays est l'Alesia des Commentaires'^ Aucun 
peut-être ! » Et il donne ses raisons. Toutes ces plaideuses ou concurrentes 
étant ainsi renvoyées dos à dos, M. R. Bouton, en quelques pages judicieuses 
(35 à 43), arrive au point pratique, — si l'on peut dire — qui le préoccupe 
d'une façon plus particulière. « Quittons, déclare-t-il nettement, l'incer- 
tain pour le certain : laissons pendante la question d'Alesia. Posons la ques- 
tion d'Alaise. — Nous y voilà ! — Secrétaire de la Commission des fouilles 
d'Alaise, créée récemment par l'active Société d'émulation du Doubs, — 
cette Société-là même qui prêta si largement son appui aux Delacroix, 
aux Castan, etc., lors de « grande guerre » d'Alaise contre Alise, — M. René 
Bouton a voulu donner à ses compatriotes instruits une idée du haut intérêt 
archéologique, historique, peut-être même préhistorique, que ne peuvent 
manquer d'exciter dans le monde savant les fouilles à pratiquer dans le 
sol d'Alaise et de ses environs. Et, en vérité, il s'exprime, à ce propos, de la 
manière la plus suggestive. Jugez-en plutôt : « En nul autre pays, affirme- 
t-il (et nous le croyons), ne se rencontre peut-être un tel ensemble de curio- 
sités archéologiques : les abords et les remparts de Chataillon, les fonds de 
cabanes, les mardelles signalés aux Petites Montfordes, les voies celtiques 
maintes fois aperçues tant au Pré de TOye que dans la Languetine et sur 
Chataillon, les tombelles éparses dans les forêts, les gros tumulus de Saraz, 
est-ce que tout cela n'offre pas un champ d'études plein de promesses, digne 
de tenter la curiosité,' d'inspirer l'activité d'archéologues attentifs?... Il 
n'est plus question, pour l'instant, d'Alesia, de César et de Vercingétorix ; 
il s'agit simplement d'Alaise. Nous ne voulons point imposer à ce pays un 
rôle déterminé, nous lui demandons au contraire quel rôle il a joué au cours 
des âges. » Ainsi donc, la Commission des fouilles d'Alaise va opérer sans 
idées préconçues; elle cherchera simplement à porter la lumière en ces heux 
mystérieux où les ténèbres seules s'étendent à l'heure actuelle. — L'auteur 
termine sa très intéressante brochure par un appel fin et spirituel à la bourse 
de ses confrères et de ses compatriotes en général, afin de pouvoir com- 
mencer les travaux. Et comme l'œuvre scientifique que se propose d'ac- 
complir la Société d'émulation du Doubs est tout aussi nationale que pro- 
vinciale, en raison de son importance et des résultats qu'elle peut donner, 
nous considérons comme un devoir d'engager ceux de nos lecteurs qu'inté- 
ressent un tel projet à l'encourager généreusement en envoyant leurs sous- 
criptions à la Société d'émulation du Doubs, à Besançon. 

Paris. — Un peu tardivement nous sommes mis à même de parler des 
deux beaux volumes du Noël de 1908. Cette excellente « revue hebdoma- 
daire pour l'enfance et la jeunesse, » a achevé la quatorzième année de son 
existence (Paris, Maison de la Bonne Presse, 2 vol. gr. in-8 de chacun 832 p., 
illustré d'un grand nombre de grav. en noir et en couleurs. Brochés, France, 
10 fr. Étranger, 12 fr. Reliés toile, plaque spéciale, 13 fr.). La multitude des 
sujets traités se groupe sous un certain nombre de rubriques : d'abord 
une série de chroniques d'actualité : Fêtes et réunions noëlistes; — Puis : 
Piété, Morale, récits édifiants, pleins d'intérêt et de vie; — A travers le monde 
catholique, esquisses historiques fort bien présentées; — Célébrités contem- 
poraines, choix de biographies de personnalités célèbres à divers titres; — 
A travers le monde de la science et de V industrie, suite d'articles très instructifs, 
tout à fait à la portée des jeunes intelligences pour lesquelles ils ont été 
écrits; — des Romans, nouvelles et Zégenrfes, parmi lesquelles on peut citer 



- 278 - 

Fine-Lame, par M. Charles Vincent; Jehan, ('pisocle de la commune d' Amiens, 
par M. Nalim et aussi, nous dirons même surtout, le Violon du tzigane, 
de M. Nelly, véritable bijou littéraire qui plaira à tous les âges; — Poésies, 
fragments de poètes vivants ou morts : de ceux-ci beaucoup plus que de 
ceux-là; — de très nombreux morceaux de Musique; — des Comédies et 
monologues; — quelques Causeries d'un vieil instituteur, etc.; — des va- 
riétés scientifiques réunies sous les rubriques Noël-Foyer, Noël-Amateur 
Noël-Labeur, Noël-Musica; enfin de charmantes choses, dont la religion 
fait presque tous les frais, rassemblées sous le titre de : Noël-Souvenir. 
L'esprit, la gaîté. le bon goût, la morale et le sentiment chrétien très vif 
trouvent ici un perpétuel écho. Quant à l'illustration, reconnaissons que sa 
qualité équivaut à sa quantité, et celle-ci est des plus considérables. — 
Ne cherchez par mieux pour vos enfants. 

• — M. Gustave Servois, le savant éditeur de La Bruyère, dans la Collection 
fies grands écrivains, et l'homme à coup sûr le mieux au courant de tout ce 
qui intéresse l'illustre auteur des Caractères, a consacré, dans le Bibliographe 
moderne (1908, n"s 1-3), une curieuse étude aux Editions belges des « Carac- 
tères » de La Bruyère (1688-1697) (Tirage à part. Besançon, imp. de Jac- 
quin, 1909, in-8 de .31 p.). Pourquoi Léonard, le libraire bruxellois auquel 
elles sont dues, après s'être contenté d'insérer le privilège accordé par le 
roi de France à Michallet, crut-il devoir en solliciter un du roi d'Espagne? 
Quelles raisons politiques amenèrent des coupures et des cartons dans 
certains passages? Quelle connaissance La Bruyère a-t-il eu de ces éditions? 
Autant de questions que l'on trouvera discutées avec sagacité dans le 
mémoire de M. Servois. 

— M. Charles Vellay publie le Numéro VII du « Vieux Cordelier» (Le Puy, 
imp. Peyriller, Ronchon et Gamon, 1908, in-8 de 19 p.). Il s'agit ici d'une de 
ces restitutions de textes si fort à la mode aujourd'hui, par lesquelles on essaie 
de déterminer de plus près, après coup, la pensée d'un auteur. On sait qun 
Camille Desmoulins, dans son Vieux Cordelier, essaya de provoquer un 
mouvement d'opinion contre la Terreur; mais il fut arrêté dès le début. On 
brisa sa plume avant de lui couper la tête; le dernier numéro (VII), déjà 
composé, fut confisqué avant sa publication. Des fragments inédits que nous 
ont fait connaître depuis Panis, Matton, MM. Carteron et Claretie, appar- 
tenaient-ils à ce numéro ou étaient-ils destinés aux numéros subséquents? 
M. Vellay a essayé, par cet article extrait de la revue Annales révolution- 
naires, de mettre un peu de lumière dans ce chaos, sans se dis-simuler qu'il 
sera difficile d'arriver à une solution définitive. Il a traité Camille Desmou- 
lins comme un critique littéraire traiterait un écrivain classique. Sa disser- 
tation pourra intéresser ceux qui ne trouvent dans les années sanglantes 
de la Révolution rien d'inutile pour l'histoire. 

— Dans une brochure intitulée : Le Féminisme spiritualiste (gr. in-8 de 
7 p., s. 1. n. d.), M"^<^ O. de Bézobrazow annonce qu'elle va tracer le pro- 
gramme d'un nouveau féminisme « et de son but éducatif dans la régéné- 
ration religieuse ». Mais l'auteur reste dans le vague; nous apprenons seu- 
lement par son programme que la femme éclairée sera désormais k libérée 
des préjugés sectaires cléricaux et anticléricaux », et qu'elle saura enseigner 
à ses enfants « une doctrine de lumière, de chaleur et de vie, substituant 
à la lettre usée du dogme suranné l'esprit neuf du spiritualisme scienti- 
fique ». Simple explication : la brochure de M™^ de Bézobrazow est un 
extrait de la Bévue spirite. 

— Une idée très intéressante est en train de se réaliser. La librairie. Didier 



— 279 — 

(G, rue de la Sorbonne) commence la publication d'une collection de cartes 
postales illustrées qui a pour titre d'ensemble: La Littérature par Vimage. 
Chaque mois paraîtra une série de 12 cartes réunies dans une pochette 
(Prix : 1 fr.) et consacrées à un même écrivain ou à une même question. 
Les images sont imprimées en phototypie sur simili-japon; chacune est 
accompagnée d'une courte notice explicative. « Le soin de choisir les gra- 
vures et de rédiger les notices, déclare le programme que nous avons sous les 
yeux, a été confié à un groupe de spécialistes, de professeurs, d'artistes, 
d'érudits, etc., sous la direction de M. Paul Crouzet, professeur, agrégé 
de lettres au collège Rollin. » L'illustration promet d'être on ne peut plus 
variée : « portraits authentiques, estampes des diverses époques, gravures 
des éditions originales ou des éditions célèbres, frontispices, caricatures, 
fac-similés des manuscrits, autographes, enluminures, lieux de séjour des 
grands écrivains, tableaux de maîtres, ou sculptures inspirées par les grandes 
oeuvres, scènes et souvenirs de toutes sortes, etc. » Les trois premières séries 
de la nouvelle publication viennent d'être mises en vente : la première est 
relative à Molière; la seconde concerne Victor Hugo; la troisième a pour 
objet V Ancien Théâtre en images (avant Corneille) . Les sujets sont bien 
choisis et l'exécution presque toujours parfaite; ils répondent d'ailleurs 
exactement, consciencieusement, au programme adopté. 

Anjou. — M. F. Uzureau vient de publier, à part, deux extraits des 
Mémoires de la Société nationale d" agriculture, sciences et arts d'Angers 
(1908), comprenant, l'un, les Divisions judiciaires de la province d' Anjou et du 
département de Maine-et-Loire (gr. in-8 de 19 p.), sénéchaussées, présidiaux, 
tribunaux et lieux de leur ressort; — l'autre, un Document inédit sur la guerre 
de Vendée (1795) est une réponse (gr. in-8 de 42 p.) que Joseph Clemenceau, 
né en 1767, à Saint-Florent-le-Vieil, entreprit de faire, au nom des « patriotes, 
et républicains » au manifeste (imprimé ici) et que l'abbé Bernier, « com- 
missaire général des armées catholiques et royales, » fit publier en forme 
de protestation, pour expliquer comment les Vendéens allaient rompre le 
traité de la pacification de la Jaunaie et de la Mabilais, à l'heure où Cha- 
rette et Stofïlet reprenaient les armes. 

— M. F. Uzureau a publié aussi, dans les Questions ecclésiastiques (Lille, 
novembre 1908, et à part, in-8 de 26 p.) une notice historique sur le Denier 
du culte dans un grand diocèse, il y a cent ans. Il s'agit du diocèse d'Angers, 
du Concordat à la séparation de l'Église et de l'État. 

Berry. — Vient de paraître le 22^ volume de la 4'' série des Mé/jiotre* 
de la Société historique, littéraire et scientifique du Cher (1908). (Bourges, Re- 
naud; Paris, Lechevalier, gr. in-8 de xviu-355 p.). Remarquablement im- 
primé, ce volume renferme les études suivantes, d'importance variable, 
savoir : Monographie de Chalivoy-Milon, par MM. les abbés -C. Lelièvre 
et C. Vilaire (p. 1-123). Nous n'avons là que la première partie de cette 
monographie, qui méritera un tirage à part, où l'on aimera à. trouver quel- 
ques planches et surtout une table onomastique; — Sur la présencti de 
^i Rosa glauca» en Berry, par M. Lambert (p. 125-127) ; — Notes sur les 
« N asturtium » et « Roripa » hybrides récoltés dans le Cher, par le même (p. 129- 
136); — Le Musée de Bourges, notes, documents et souvenirs, sur sa fonda- 
tion et son histoire (2^ partie), par M. Daniel Mater (p. 137-237) ; — Études 
sur le moyen âge. Le Mal des Ardents, par MM. U. Cazal et Mortier (p. 239- 
317); — Les Échinides de V Argovien du Berry (p. 319-330); — La Vie et 
Vœuvre de Guy de Maupassant, d'après le livre de M. Maynial, par M. Marcel 
Mornet (p. 331-337); — Le Sentiment de la nature en France. De J.-J. Rous- 



— 280 — 

seau à Bernardin de Saint-Pierre, thèse pour le doctorat de M. Daniel Mor- 
net, par M. Edouard Maynial (p. 339-351). 

BouRGOG^E., — Le tome II de la 2^ série des Mémoires de la Société 
d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône, qui correspond au tome X 
de la collection, se divise en deux parties (Chalon-sur-Saône, imp. E. Ber- 
trand, 1907-1908, 2 fasc. in-8. ensemble de 393 p.. avec 8 planches et plans). 
La première partie (1907) s'ouvre par un discours du président ■NI. Ch. Oin- 
driez (p. 1-10) où, entre autres choses, il parle de Fidentification possible 
du village dAluze avec TAlesia de César et de Vercingétorix, et cela d'après 
un ti'avail, qui nous est inconnu, de M. Bonneau. — Signalons ensuite : 
Notice historique sur le village de Laives, d'crprès les archives antérieures à 
1790, par M. J. -Louis Bazin (p. 11-159, avec 4 plans et planches), mono- 
graphie consciencieuse, mais qui eût gagné à être complétée par une table 
des matières et une table des noms de lieux et de personnes; — Tentative 
en 1700 pour faire cesser la mendicité à Chalon-sur-Saône, par M. P.-J. 
Gauthier (p. 161-172); — Notes sur Saint-Loup-de-Varennes, par M. Ale- 
xandre Dubois (p. 174-214, avec 2 planches). — Quant à la deuxième partie 
de ce tome (1908!, elle est occupée presque en totalité par une monographie 
aussi importante qu'intéressante : Histoire de Mnuthier-en- Bresse, par 
M. Albert Fîebouillat (p. 217-375, avec une planche et un plan). A la vérité, 
cette monographie n'est pas terminée; la suite sera donnée dans le tome 
suivant sans doute. Nous espérons que l'étude de M. A. Rebouillat ne pré- 
sentera pas les inconvénients de celle de M. J.-L. Bazin et que les deux tables 
obligatoires, en pareil cas (table des matières et table onomastique) ne 
seront pas oubliées; — Le Puits symbolique d'Jshangy, par M. Francis 
Pérot (p. 377-381, avec une planche); — Lettre adressée par M. Navarre^ 
membre de la Société, à M. le docteur Simon, président de la Société des sciences 
de Semur (Côte-d'Or), sur l'identité d' Aluze avec Alesia (p. 386-392). Epître 
curieuse, pleine de modération et de netteté, où le travail de M. Bonneau 
est encore cité, bien que M. Navarre prenne la discussion à son propre 
compte. Voilà donc les Bourguignons divisés; les Comtois, de leur côté,, 
pourraient bien faire quelque retour offensif; car un des leurs, M. Noël 
Amandru, semble vouloir préparer quelque chose en ce sens, ainsi que nous 
l'avons noté dans notre dernière livraison (p. 184). 

Flandre. — On peut être un « jeune » et néanmoins avoir déjà son bio- 
graphe. Ce bonheur arrive à M. Philéas Lebesgue, auquel M. P. -M. Gahisto 
vient de consacrer une étude d'ensemble, psychologique et httéraire [Phileas 
Lebesgue, édition du Beffroi, Roubaix, 1908, in-12 de 80 p. Prix : 2 fr.). 
Le biographe passe en revue les différentes œuvres de son auteur : ses vers 
{Décidément, Les Folles Verveines); son théâtre (la Tragédie duGrand Ferré)', 
ses romans {Le Sang de V Autre, V Ame du Destin], ses livres de critique. Un 
de ces derniers : L' Au-delà des grammaires, recueil d'observations curieuses 
et originales sur les mots, le style, la langue, etc., a été justement remarqué 
en 1904. On eût su gré à M. Gahisto d'insister davantage sur ce volume 
intéressant, plutôt que sur la philosophie des romans de M. Lebesgue, qui 
est d'un intérêt moins général. 

Franche-Comté. — Si la Franche-Comté n'eut pas à souffrir de la longue 
rivalité de François I*^' et de Charles-Quint, ce fut grâce au traité de neu- 
tralité dont elle bénéficiait. Cependant, à deux reprises, en 1521 et en 
1536, le roi de France songea à l'envahir, car les Comtois ne respectaient 
pas sérieusement le traité. Il est vrai que les Français ne se gênaient guère 
plus pour l'enfreindre, à roccasion. Échange de bons procédés. Et si de 



— 281 — 

graves événements ne se produisirent point alors, on le dut à l'intervention 
des Suisses. Cet état de choses n'empêchait nullement, du reste, Fran- 
çois P' de se montrer bienveillant à l'égard des Comtois établis dans son 
royaume : il daignait les considérer comme des sujets ravis à sa sollicitude 
et les traitait comme tels, à moins qu'il n'appliquât à l'héritage important 
de certains d'entre eux (par exemple de Claude de Vaudrey et de Claude et 
Marc de Cusance) le droit d' « aubaine, » c'est-à-dire la saisie. D'autre part, 
un certain nombre de châteaux comtois étaient en la possession de seigneurs 
français qui y entretenaient une garnison composée naturellement de compa- 
triotes : situation peu rassurante pour la province en cas d'hostilités. Tel 
e.st, en raccourci, le tableau que nous présente M. Max Prinet dans son étude 
intitulée : François I" et le Comté de Bourgogne (Besançon, imp. Jacquin, 
1908, in-8 de 67 p. Extrait des Mémoires de l'Académie des sciences, belles- 
lettres et arts de Besançon), étude complétée par ]e Catalogue des lettres- 
patentes de François I^^, relatives au comté de Bourgogne, analyse brève mais 
très précise de 102 pièces allant de 1515 à 1547. Une annotation considé- 
rable et une table onomastique de 15 pages à 2 colonnes, précieuse pour 
les recherches, donnent au travail de M. Prinet une valeur toute particulière 
a-ux yeux des érudits. 

— M. Paulin Teste a récemment publié une brochure intitulée : Le Car- 
dinal de Cranvelle (Paris, imp. contemporaine, 1908, in-8 de 14 p.). L'au- 
teur s'est borné à résumer la vie du célèbre ministre de Charles-Quint et 
de Philippe II jusqu'à l'époque où, forcé de se retirer des Pays-Bas, Gran- 
velle alla se reposer en Franche-Comté. Mais ce n'est qu'une étape dans la 
vie mouvementée du cardinal et nous ne nous expliquons pas pour quel 
motif M. P. Teste s'est ainsi arrêté court. Nous demanderons à l'auteur 
la permission de lui rappeler que Nicolas Perrenot de Granvelle, père du 
cardinal, — pas plus que celui-ci, d'ailleurs, — ne porta le titre de 
chancelier, mais bien celui de «garde des sceaux. En efîet, le dernier chan- 
celier de Charles-Quint fut Mercurin Arborio de Gattinara, celui-là même 
qui, aA-ant d'être promu à la dignité de président du Parlement de Dole et 
alors qu'il n'était que professeur à l'Université de cette ville, s'intéressa 
particulièrement à son élève Nicolas Perrenot et l'aida à se pousser dans la 
r carrière quand il fut devenu lui-même le plus haut personnage de la monar- 
chie " où le soleil ne couchait jamais ». M. Teste a fait suivre cette fraction 
de biographie, de « documents inédits » sans liens avec elle : ce sont des 
pièces établissant que certains ancêtres de l'auteur ont acquis, en 1791, des 
biens nationaux dans la ville d'Ornans, (pays d'origine de Nicolas Perrenot). 
Quant à la poésie qui termine l'opuscule et que l'on attribue, paraît- 
il, au cardinal de Granvelle, il est surprenant que M. Teste n'ait 
point remarqué que sa facture ne permet en rien de la faire remonter au 
xvie siècle : c'est du xix^ tout pur. 

— M. Léopold Reverchon a publié dans le Cosmos du 2 janvier 1909 
{p. 9 à 13) la description d'une Curieuse Installation électrique dans le Jura, 
œuvre de l'Union électrique de Saint-Claude. L'usine, construite sur la 
rivière d'Ain, au Saut-Mortier, envoie le courant sur environ 200 kilo- 
mètres de lignes, de Saint- Claude à Arinthod et de Moirans, dans le Jura, 
à Tenay (Ain;, sans compter nombre de villages situés à proximité de ses 
grandes lignes et qu'elle alimente en lumière. Très intéressante notice, 
dont la parfaite compréhension est facilitée par 4 gravures, 8 schémas et un 
plan. 

— L'on ne saurait trop féliciter les Sociétés savantes qui font imprimer 
les tables générales de leurs travaux ou mémoires. Nous avons déjà signalé 



— 282 — 

avec enipressemenl plusieurs de ces instruments de recherches si précieux 
pour les érudits. Et voici que nous arrive \a Table analytique et centennale 
des publications de la Société d'agriculture, lettres, sciences et arts du dépar- 
tement de Id Haute-Saône, due à MM. Gaston Letonnelier, et Charles Godard 
(Vesoul, Louis Bon 1908, in-8 de 76 p.). En la parcourant, on verra que 
pendant assez longtemps, cette société s'est occupée surtout de choses 
agricoles; mais, depuis un certain nombre d'années, l'histoire et même 
la littérature ont pris dans son Bulletin une place de plus en plus importante. 
Cette table est partagée en six divisions : I. Administration de la Société; 
II. Agriculture; III. Belles Lettres et sciences diverses; IV. Sciences histo- 
riques: V. Table des noms de personnes; VI. Table des noms de lieux. Ces 
deux dernières divisions facilitent beaucoup les recherches dans les quatre 
précédentes. Tout en exprimant le regret de n'avoir point trouvé ici la 
nomenclature détaillée des Mémoires de la Commission archéologique de la 
Haute-Saône (1839, puis 1854 à 1867, 4 vol. in-8), nous n'aurons garde de 
méconnaître, en dépit de quelques regrettables fautes d'impression, la réelle 
utilité de la présente table. 

Gascogne. — Les amis et biographes de Montaigne liront avec intérêt 
et profit deux articles qu'un médecin lettré de Bagnères-de-Bigorre, M. le 
D"" P. Gandy, vient de pubher sur ce sujet dans deux périodiques du Midi. 
Le premier dans les Explorations pyrénéennes ou Bulletin de la Société 
Bamond (1908, n° 2), a trait surtout à Bagnères-de-Bigorre, dont Mon- 
taigne fait grand éloge « aménité de lieu, commodité de logis, de vie et de 
compagnie, » et il s'étend avec malice sur l'utilité des cures thermales et 
surtout celle de « se laver le corps tous les jours. » M. Gandy note que 
le développement sur la médecine thermale, plus étendu dans la première 
et incomplète édition des Essais de 1580, a été remanié et abrégé de quel- 
ques détails médicaux dans l'édition définitive. C'est en 1578 ou 1579 que 
Montaigne doit être allé à Bagnères. M. le D"" Gandy est revenu sur ce 
sujet : M. de Montaigne et les eaux thermales des Pyrénées dans le Bulletin 
de la Société médicale de Pau (1908, n° 1). De l'étude du journal de voyage 
de Montaigne, il résulte que celui-ci a connu aussi les eaux de Barbotan et 
de Préchacq, « mais rien ne nous autorise à penser qu'il y ait fait une cure 
véritable ». Montaigne souiïrait de la gravelle et il a fait grand usage de 
bains et d'eaux. 

L.vxGUEDOc. — La Commission archéologique de Xarbonne nous adresse 
le fascicule du l^r semestre 1909 de son Bulletin, qui appartient au tome X 
de la collection (Xarbonne. imp. Caillard, in-8 paginé lix-lxix et 329 à 519), 
lequel fascicule renferme les travaux ci-après : Un Cas de surfrappe ins- 
tructif, par ^I. G. Amardel (p. 329-352); — Notes sur Jacques Gamelin 
(suite), par M. J. Yché (p. 353-366); — Amauri II, vicomte de Narbonne 
(1260-1328), 2e partie, par M. J. Régné (p. 367-465); — Encore le Crocodile 
de Nîmes, par M. G. Amardel (p. 466-484); — Becherches sur les Ibères du 
Boussillon, par M. F. P. Thiers (p. 485-508); — La Danse de noce de Pieter 
Bruegel, par M. 1^. Berthomieu (p. 509-519). 

XoRMAXDiE. — On sait que chaque volume des Mémoires de V Académie 
nationale des sciences, arts et belles-lettres de Caen est formé d'une série de 
travaux invariablement pourvus d'un titre particulier et d'une pagination 
spéciale, placée dans le haut du texte, alors qu'au bas court une pagination 
d'ensemble. Le volume portant la date de 1908 vient de nous parvenir 
(Caen, imp, Delesques,in-8 de 326-344 p.). Divisé en trois sections : Partie 
scientifique, Partie littéraire, Documents, les études dont il se compose se 



— 28;{ - 

présentent comme suit : Partie scientifique : Comment est mort Jésus? par 
M. le D'' Vigot (18 p.). — Partie littéraire : En Afrique du Sud il y a vingt ans, 
par M. A. I.e Page (31 p. ) ; — L'Émigration en Normandie. Le comte et la Com- 
tesse G. de Mnnnevillc, d'après leur correspondance et des documents inédits 
(1791-1798), par M. Gabriel Vanel (136 p.), contribution intéressante et 
très documentée à l'histoire de l'émigration; — Jules Tessier, notice bio- 
graphique et bibliographique, ]}av M. Henri Prentout (44 p.); — Mon Jardin. 
Les Divagations d'un horticulteur nonagénaire, par M. Emmanuel Chauvet, 
fantaisie sans la moindre prétention académique, mais bien amusante 
(18 p.) ; — Im Constitution intérieure de V Université de Caen au xviii^ siècle, 
par M. C Pouthas (96 p.); — Documents : Daniel Huet. Quelques faits de 
sa vie (1689-1701), par M. l'abbé A. Toùgard (14 p.); — Notes sur les textes 
narratifs provenus du prieuré de Sainte- Barbe-en- Auge, par M. R-N. Sauvage 
(15 p.). On est un peu surpris de ne pas trouver dans un volume aussi 
bien imprimé, au moins quelques portraits qui eussent donné à l'ensemble 
un aspect plus riche encore. 

Vendômois. — Le tome XLII du Bulletin de la Société archéologique, 
scientifique et littéraire du Vendômois vient de nous parvenir (Vendôme, 
imp. Launay, 1908, gr. in-8 de 260 p.). Il est ainsi composé : Biographie 
vendômoise. Sur un projet de continuation de la biographie vendômoise du 
marquis de Bochainheau, par M. R. de Saint-Venant (p. 13-28), projet dont 
la réalisation ne peut manquer d'être bien accueillie de tous les travailleurs; 

— Notes inédites sur le procès des babouvistes devant la Haute-Cou/ de Ven- 
dôme, par M. G. Bonhoure (p. 29-53); — Deux notes à propos du château de 
Vendôme, par M. l'abbé Gabriel Plat (p. 54-57); — Dépenses de quatre 
Vendômois témoins à Paris en 1643, par M. Jean Martellière (p. 58-60); — 
Précis de la formation de la ville de Vendôme, par le même. Seconde partie. 
/*éri.ode historique (p. 91-110); — Note sur une fouille de la plaine d'Arènes, 
jKir M. G. Renault (p. 111-120) ; — Une Trouvaille de monnaies du xiv^' siècle 
à Autainville et l'Invasion anglaise de 1380, par M. L. Letessier (p. 121-126); 

— Le Sceau de Magdeleine de Vendôme, abbesse de Soissons, par M. l'abbé 
Métais (p. 127-133) ; — Le Grand Bâtiment de l'abbaye de Vendôme (à propos 
de l'incendie de mai 1908), par M. l'abbé Gabriel Plat (p. 135-139); — Note 
sur le lieu de l'Épinay ou Lepinet, commune de Danzé, par M. Jean Martellière 
(p. 157-169); — Histoire du collège de Vendôme (suite), par M. G. Bonhoure 
(p. 171-185 et p. 233-253); — Note sur une station néolithique campignienne 
aux Ruisselets, près Sougé, par M. G. Renault (p. 187-189); — Les Anciens 
Titres de la paroisse des Roches-V Évesque, par M. R. de Saint- Venant (p. 202- 
223); — Les Pierres- aux- Fées, le coteau du Due et la fontaine Auduée, par 
M. Georges Renault (p. 224-232); — Sur les Synchronismes crétacés par les 
bryozoaires. La Craie de Vendôme, par M. Marins Filliozat (p. 254-257). 

Belgique. — Il ne nous semble pas inutile de signaler ici la création à 
Bruxelles, sous la présidence de M. l^e Jeune, ministre d'État, d'une asso- 
ciation pour le développement et la culture de la langue française. Déjà, 
•sur divers points du territoire belge, des associations analogues existent : à 
Liège notamment, à Mons, à Arlon. La nouvelle association organisera des 
■conférences françaises dans les villes de province; des cours de langue fran- 
çaise dans les quartiers populaires de Bruxelles et dans les communes. Une 
•création de ce genre n'est assurément pas inopportune à une épocjue où le 
mouvement flamingant a pris l'extension et les allures intolérantes que 
l'on sait. 

— Le R. P. Jean Schul, S. J. nous envoie deux brochures. La première : 



— 284 — 

Élude sur les assurances-vie. Calcul des primes suivant la notation universelle- 
des actuaires (Bruxelles, Polleunis et Ceuterik, 1906, in-8 de vni-69 p. —Prix : 
2 fr. 50) nous fait rapidement connaître le problème de l'assurauce-vie et 
les risques que couren t la compagnie ; puis, avec tous les détails nécessaires, elle 
nous enseigne à résoudre le calcul de la prime dans tous les cas qui peuvent 
se présenter. L'auteur, professeur d'algèbre financière à TÉcole supérieure 
de commerce Saint-Ignace, à Anvers, veut initier ses lecteurs aux premiers 
problèmes d'assurances; sa précision et sa netteté lui assurent le succès. — 
La seconde : Caisse de pension à rente variable (Anvers, Librairie néerlan- 
daise, 1908, in-8 de 37 p. — Prix : 1 fr. 50) expose et solutionne un problème 
du plus haut intérêt. Il s'agit d'une solution très pratique de la question des 
retraites ouvrières : limiter les versements de l'ouvrier à la partie la plus 
féconde de son existence, lui servir une rente à un âge relativement jeune, 
mais assez avancé pour que, sa force productive ayant diminué et son 
salaire risquant d'être réduit, il soit possible d'augmenter cette rente au 
fur et à mesure que l'âge s'accroît. Telle est la question exposée par le 
R. P. 8chul. Les tontines avaient essayé autrefois de satisfaire aux desi- 
derata précédents; mais les derniers survivants d'une tontine toucliaient 
des revenus par trop excessifs. L'auteur, en imposant une limite raisonnable 
à l'accroissement de la rente, nous montre, par ses calculs, qu'il est facile 
d'établir des Sociétés sérieuses, répondant à un besoin social réel. Les 
solutions exposées envisagent les deux cas où le capital est soit réservé, soit 
aliéné. Brochure à propager dans tous les milieux mutualistes. 

Espagne. — La dévotion à saint Joseph, particulièrement celle qui con- 
siste à lui consacrer sept dimanches consécutifs — dévotion enrichie de pré- 
cieuses indulgences — a inspiré à D. Cayetano Soler, prêtre catalan, la 
composition d'un petit livre de piété : Los Siete doiningos de San José (Bar- 
celona, Subirana, 1908, in-32 de 192 p., avec une grav.) destiné à favoriser 
cette pieuse pratique. L'exercice des sept dimanches est suivi d'un triduum, 
de prières pour le 19 de chaque mois et de la messe de la fête et du patronage 
du saint Patriarche. Avec permission et imprimatur de l'Ordinaire. 

— La maison éditoriale Juan Gili, de Barcelone, vient de publier plu- 
sieurs ouvrages importants que nous nous plaisons à signaler ici. C'est d'a- 
bord le 2^ vol. de la Vida espiritual, du R. P. André Meynard, traduit sur 
la troisième édition française par le P. Castaho (in-12 de 534 p. — Prix : 
4 fr.), excellent traité de théologie mystique, dont l'éloge n'est plusà faire. 

— C'est ensuite les Meditaciones para todos las dias del ano, ouvrage com- 
posé à la fin du xvni'' siècle par le moine bénédictin B. Uria et réimprimé 
par les soins du P. Nebreda, du monastère de Silos (in-12 de 342 p. — Prix r 
B-fr.) : ces méditations très coiirtes se l'ecommandent par leur simplicité et 
leur sens pratique. — Mentionnons encore le premier volume des Origines 
du christianisme, par Mgr Le Camus, évêque de la Rochelle, traduit en 
élégant castillan par D. J. B. Codina y Forraosa : l'ouvrage complet com- 
prendra deux parties, de chacune 3 volumes; le volume qui vient de paraître- . 
contient le commencement de la vie de N.-S. Jésus-Clirist (in-8 de xii-470 p. 

— Prix:6fr.). 

Italie. — Le Calendario délia hasilica pontificia del santissimo rosario 
in valle di Pompei pour Tannée 1909 (Valle di Pompei, Scuola tipogr. pon- 
tificia pei figli dei carcerati, 1909,in-16de 224-112 p.) nous apporte, comme- 
ses aînés, des renseignements généraux sur le mouvement et les progrès 
des deux œuvres excellentes fondées par l'avocat Bartolo Longo : hospice 
pour les orphelines, hospice éducatif pour les fils de condamnés. Et comme 






— 285 — 

toujours aussi il nous relate quelques histoires touchantes des enfants 
ainsi recueillis sous le patronage de la Reine immaculée du rosaire : Made- 
leine l'orpheline russe; Maria Rosaria Custode, malheureuse fillette, dont 
la sauvagerie, exaspérée par les traitements cruels qu'avait subis son enfance, 
mit longtemps à s'apprivoiser sous les caresses de ses compagnes et de ses 
maîtresses; Giuseppe Martini, dont la mort angéhque fit l'édification de 
ceux qui l'entouraient. 

Suisse. — MM. A, Bistrzycki et L. Mauron donnent dans les Mémoires 
de la Société friboiirgeoise des sciences naturelles (Fribourg, imp. Fragnière, 
1907, gr. in-8 de 65 p. — Prix : 1 franc) un important mémoire intitulé : 
Ueber die Abspaltung von Kohlenmonoxyd ans tertiàren Sauren mittels konzen- 
trierter SchwefeUiure. C'est une importante contribution à l'étude des substi- 
tutions qui se produisent dans les composés organiques : l'acide sulfurique 
concentré produit l'élimination du protoxyde de carbone des acides ter- 
tiaires. Ce mémoire comprend l'historique de la question et l'exposé des 
expériences faites par les auteurs. Ils étudient d'abord la constitution 
chimique des corps sur lesquels ils ont opéré, puis les décompositions aux- 
quelles ils sont parvenus; les quantités d'oxyde de carbone sont mesurées 
■dans chaque expérience et le poids obtenu est comparé au poids théorique. 
•Brésil. — Le Ma/iwaZ c?e esffr«is«ica publié à Rio-de-Janeiro par l'office de 
Statistique (1908, in-16 cartonné de xviii-172 p.) est la traduction en por- 
tugais d'un ouvrage italien de M. Filippo Virgilii, professeur à l'Université 
de Sienne. Dans la dernière langue, ce travail a eu quatre éditions en moins 
de huit ans. Travail de premier ordre dont nous regrettons vivement de ne 
point connaître une traduction française. Partant de la définition des mots - 
spéciailx employés en statistique, l'auteur détermine très clairement l'objet, 
la méthode et les divisions de cette science, et fait un cours résumé de son 
histoire. Il aborde ensuite le fond de son sujet : une première partie s'occupe 
de la statistique en général : comment doit-on recueillir les données, en faire 
la critique, en déterminer la valeur mathématique et enfin exposer les résul- 
tats. Si l'auteur a une méthode propre qui est excellente, il n'hésite cepen- 
dant pas à citer d'autres procédés classiques et, s'il y a lieu, il discute l'avan- 
tage relatif de chacun d'eux. Une seconde partie est l'application de la pre- 
mière à quelques grandes questions : la démographie, la vie économique, 
la vie intellectuelle, la vie morale, la vie politique. Si tous les statisticiens 
suivaient rigoureusement les méthodes exposées dans ce livre, rapidement 
la statistique verrait décupler les services qu'elle rend. 

États-Unis. - — The Médical library and historical journal, qui avait cessé 
sa publication k la fin de 1907, renaît sous le titre de The Aesculapian et 
sous la direction de M. Albert Trany Huntington (Brooklyn, N. Y., 1313 
Bedford Avenue, 12 fr. 50 par an). L'histoire, la littérature et l'art médi- 
caux ont également place dans ce recueil trimestriel. 

Publications nouvelles. — Histoire du canon de V Ancien Testament 
dans r Eglise grecque et l'Eglise russe, par M. Jugie (in- 18, Beauchesne). — • 
Jésus-Christ, sa vie, son temps, par le P. H. Le Roy (in-18, Beauchesne). — 
Les Fêtes de V Église. Élévation sur les hymnes, par J.-D. Folghera (in-18, 
Téqui). — La Théologie scolastique et la Transcendance du surnaturel, par 
H. Ligeard (in-16, Beauchesne). — La Religion et les Religions, par l'abbé 
Broussolle. Seconde partie : Les Religions (in-18, Téqui). — Art et Apolo- 
gétique, par A.-D. Sertillanges (in-16, Bloud). — - La Passion de Jésus-Christ. 
Courtes Méditations pour chaque jour du Carême, p&rh R. P. R. Clarke; trad. 



— 286 — 

de l'anglais, par J. Reymond in-32, Avignon, Aubanel). — ■ Aux Catholiques 
persécutés. Lettres sur l'épitre de saint Paul aux Hébreux, par Mgr G. Laper- 
rine d"Haiitpoul (in- 12, Lecoffre, Gabalda). — L'Espérance, conférences 
pour les hommes, faites en la paroisse de Saint-Pierre de Chaillot, par P. 
Girodon (in-16, Plon-Xourrit). — / presupposti Filosofici délia nozione det 
diritto, da G. del Vecchio (gr. in-8, Bologna, Zanichelli). ^- Le Journal. Sa 
]'ie juridique, ses responsabilités civiles, par G. Duplat (in-8, Paris, Pedone; 
P.ruxelles, Dewit). — Code Manuel du chasseur, par G. Lecouffe (in- 18, Giard 
et Brière). — Code Manuel du cycliste, par G. Lecouffe (in-18, Giard et 
Brière). — Cours de philosophie positive, par A. Comte. T. V. (in-8, Schlei- 
cher). — La Philosophie générale de John Locke, par H. Ollion (in-8, Alcan). 

— Leibniz, avec de nombreux textes inédits, par J. Baruzi (in-16, Bioud). — 
La Théorie idéologique de Galluppi dans ses rapports avec la philosophie de 
Kant, par F. Palhoriès (in-8, Alcan). — Le Rationalisme comme hypothèse 
méthodologique, par F. Maugé (in-8, Alcan). — Aux Jeunes du xx° siècle. 
Un Paquet de lettres religieuses et philosophiques, par l'abbé E. Dessiaux 
(in-18, Téqui). — La Sensibilité individualiste, par G. Palante (in-16, Alcan). 

— La Morale de Vironie, par F. Paulhan (in-16, Alcan]. — Le Premier 
Éveil intellectuel de Venfant, par E. Cramaussel (in-16. Alcan). — Les Vieilles 
Filles, leur caractère, leurs défauts, leurs qualités, par l'abbé L. Mnzat •(in-12, 
Librairie des Saints-Pères). — La Morale de Plutarque, par M™«^ J. Favre 
(in-8, H. Paulin). — L' Expérience morale, par F. Rauh (in-8, Alcan). — 
Leçons de logique et de morale, par H. Hourticq (in-12, H. Paulin). — Morales 
et Religions. Leçons professées à r Ecole des hautes études sociales, par R. 
Allier, G. Belot, le baron Carra de Vaux, F. Challaye, A. Croiset, L. Dori- 
son, E. Ehrhardt, E. de Faye, Ad. Lods, W. Monod et A. Puech (imS, cart. 
toile, Alcan). — El Positivismo, su historia y sus errores, por J. M. de Jesùs 
Portugal (in-12, Barcelona, Subirana). — Principes d'économie politique, 
par A. Marshall. T. II; trad. par F. Sauvaire-Jourdan et F. -S. Bouissy (in-8, 
Giard et Brière). — Histoire d'une pièce de cinq freines et d'une feuille de 
papier, par F. Passy (in-8, Alcan). — Le Chômage, par P. de Las Cases (in-12, 
Lecoffre, Gabalda). — Le Problème des retraites ouvrières, par G. Olphe 
Galliard (in-16, Bloud). — Esquisses de morale et de sociologie, par E. Leroy 
(in-16, Paulin). — Vers la lumière et la beauté. Essai d'esthétique sociale, par 
E. Pierret (in-16, Renaissance française). — La Crise du transformisme, 
par F. Le Dantec (in-16, Alcan). — Le Cheval au Congo français, par le 
lieutenant Tournier (gr. in-8, Laveur). — U Agriculture moderne, par V. 
Sébastian (in-8, Larousse). — Prairies et pâturages ( Praticulture moderne), 
par H. Compain (in-8, Larousse). — Arboriculture fruitière en images, par 
J. Vercier (in-8, Larousse). — • Les Planètes et leur origine, par C. André 
(gr. in-8, Gauthier- Villars). — John Ruskin (1819-1900), par F. Harrison; 
trad. par L. Baraduc (in-18, Mercure de France). — La Pensée de Ruskin, 
par A. Chevrillon (in-16, Hachette). — Les Musiciens célèbres. Rameau, 
par L. de la Laurencie (in-8, Laurens). — Les Musiciens célèbres. Schubert, 
pai" L.-A. Bourgault-Ducoudray (in-8, Laurens). — Les Musiciens célèbres. 
Roieldieu, par L. Auge de Lassus (in-8, Laurens). — L'Idée de Dieu dans les 
sciences contemporaines. I. I^e Firmament, l'atome, le monde végétal, par 
les D''s L. et P. Murât (petit in-8, Téqui). — Actualités scientifiques, par M. 
de Nansouty. .5<^ année (petit in-8, Schleieher). — Essai d'une sémantique 
intégrale, par R. de la Grasserie (2 vol. in-12, Leroux). — Récréations gram- 
maticales et littéraires, par J. Stapfer ( n-18, Cohn). — Rêves épars, par E. 

-Maguier, (in-lS, Lemerre). — Le Chapelet d'ambre, par Chatir Bey iin-18, 



— 287 — 

Messein). — Les Ailes de cire, par M. Pays (in-18, Messein). — Le Mage sans 
étoile, 1902-1908, par R. Arvor (in-18, Messein). — Nouveaux Rondels 
païens, 1907-1908. Rondels lyriques. Rondels plastiques, par F. Lovio (in-18, 
Messein). — Le Vent dans les arbres, par A. de Bary (in-18. Stock). — Chants 
d'avant l'aube, pa.r A. C. Swinburne; trad. par G. Mourey (in-12. Stock). — 
Chants d'adolescence, par A. Morand (in-18. Société générale d'éditions). — • 
Théâtre d'O. ^yilde; trad. d'A. Savine. /. Les Drames (in-18. Stock). — 
Dialogues des vivants, par J. de la Grèze (in-18, Lemerre). — L'Otage, par 
H. Buteau (in-16, Plon-Nourrit). — -Leur Victime, par J.-P. Heuzey (in-16, 
Perrin). — La Vie intérieure, par M™® R. Waltz (in-16, Perrin). — Sœu- 
rette, par P. Lacour (in-16, Perrin). — U Ascension d'une âme. Marcienne 
de Fliie, journal de la vie d'une jemme, par I. Kaiser (in-16, Perrin). — Le 
Reste est sz/cnce..., par E. Jaloux (in-12. Stock). — LaGrande Ombre, par A. 
Conan Doyle (in-18. Stock). — Un Début en médecine, par A. Conan Doyle; 
trad. de l'anglais par A. Savine (in-18. Stock). — Une Leçon de vie, par 
L. Evrard (in-18. Mercure de France). — Par quelle autorité?, par R.-H. 
Benson; trad. de H. Frilley (in-12, Lethielleux). — A l'ombre de l'Acropole, 
par H. Guerlin (in-12, Marne). — Les Défenseurs (histoires lorraines), par 
J. Tanet (in-16 carré, Bloud). — La Force cachée, par J.Thiéry (in-18, Henri 
Gautier), t— Rosèle, souvenirs d'une marraine, par M. d'Arvisy (in-12, 
Librairie des Saints-Pères). — Les Grands Écrivains de la France. Corres- 
pondance de Bossuet, nouvelle édition augmentée de lettres' inédites et publiée 
avec des notes et des appendices sous le patronage de l' Académie française, 
par C. Urbain et E. Levesque (in-8, Hachette). — Pages françaises, par 
P. Déroulède (in-16, Bloud). — La Poésie latine. (De Livius Andronicus à 
Rutilius Namatianus), par F. Plessis (in-8, C. Klincksieck). — Études cri- 
tiques sur la tradition littéraire en France, par M. Wilmotte (in-18. Cham- 
pion). — Molière, Florian et la littérature espagnole, par F. Vézinet (in-16, 
Hachette). — Le Théâtr»' contemporain (1869-1870), par J. Barljey d'Aure- 
villy. T. m. (in-12. Stock). — Journal d'un spahi du 6'o«c?an, 1897-1899, 
]iar le lieutenant G. Lautour; publié par J. Hérissay (in-16, Perrin). — Les 
Petites Antilles, élude sur leur évolution économique, par P. Chemin Dupontès 
(in-8, Guilmoto). — Les Ibères. Étude d'histoire, d'archéologie et de linguis- 
lique, par B. Philipon (in-18, Champion). — Université de Paris. Biblio- 
thèque de la Faculté des lettres. XXV. Mélanges d'histoire ancienne (in-8, 
Alcan). — Le Principe d'équilibre et le Concert européen, de la paix de 
Westphalie à l'acte d'Algésiras, par C. Dupuis (in-8, Perrin). — Histoire des 
maîtres généraux de l'ordre des frères prêcheurs, par le R. P. Mortier. T. IV. 
(gr. in-8, A. Picard et fils). — Vie de saint Euthyme le Grand (377-473). 
Les Moines et l'Eglise en Palestine au \^ siècle, par le R. P. F.-R. Génier 
(in-12, LecofTre, Gabalda). — « Les Saints. » La Vénérable Anne-Marie 
Javouhey, fondatrice de la congrégation de Saint- Joseph de Cluny (1779-18511, 
par le chanoine V. Caillard (in-12, Lecoiïre, Gabalda!. — Lamennais à la 
Chênaie, supérieur général de la congrégation de Saint-Pierre, 1828-1833. 
Le Père, l'apôtre, le moraliste^ par A. Roussel (in-18, Téqui). — Une Reli- 
gieuse réformatrice. La Mère Marie du Sacré-Cœur, de 1895 à 1901, par la 
vicomtesse d'Adhémai' (in-8, Bloud). — Les Papiers des Assemblées de la 
Révolution aux Archives nationales, par A. Tuetey (in-8, Cornély). — La Fin 
de deux légendes. L'Affaire Léonard. Le Baron de Batz, par G. Bord (in-8, 
Daragon). — L'Épopée du sacre, 1804-1805, par G. d'Esparbès et H. 
Fleischmann (in-18, Méricant). — Souvenirs (1825-1907), par la princesse 
de Sayn-Wittgenstein (petit in-8, T.ethielleux). — Derniers Mélanges, pages 



— -288 — 

d'histoire couiemporaine (1873-1877), par L. \ euillot. T. II, 1874-1875 et 
t. III, 1876-1877 (2 vol. in-8, Lethielleux). — La Diplomatie secrète nu 
XYiii*" siècle. I. Le Secret du Régent et la Politique de Vabbé Dubois (triple et 
quadruple alliances) (1716-1718), par E. Bourgeois (gr. in-8, Colin). — 
Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle, par G. Bapst. T. IV (in-8, Plon- 
Nourrit). — La Plus grande France, bilan de la France coloniale, par H. 
Vast (in-8, Garnier). — La. Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les 
plus célèbres, par l'abbé P. Feret. T. VI. xviii^ siècle. Phases historiques 
(in-8, A. Picard et fils). — L'Empire du soleil, par A. Praviel (in-18, Nou- 
velle Librairie nationale). — Précis de V affaire Dreyfus, par H. Dutrait- 
Crozon (in- 16, Nouvelle Librairie nationale). — Les Fléaux nationaux. 
Dépopulation. Pornographie. Alcoolisme. Affaissement moral, par R. Lavollée 
(in-12, Alcan). — L'Eglise de France et la Séparation. La Lutte du sacerdoce 
et delà République française, par P. Barbier (petit in-12, Lethielleux). — 
Suis-je catholique^ Examen de conscience d'un moderniste, par G. Tyrrell 
(in-12, Nourry). — La Grèce éternelle, par E. Gomez-Carillo (in-16, Perrin). 
— Renaissance italienne. Pèrouse et les Raglioni, étude historique d'après les 
chroniqueurs, les historiens et les archiçes, par le comte h. de Baglion (in-8, 
Emile-Paul). — Le Campagne di guerra in Piemonte (1703-1708) e V Assedio 
di Torino (1706). Vol. IV et VIII (2 vol. in-8, Torino, Bocca). — Les Ori- 
gines de la Russie moderne. Le Rerceau d'une dynastie. Les Premiers Romanov 
(1613-1682), par K. Waliszewski (in-8, Plon-Nourrit). — L'Escadre de 
Rodjestvenskky (octobre 1904-7>iai 1905). Sur le chemin du sacrifice, carnet 
de notes du capitaine de frégate W. Sémenoff, présenté par le commandant 
de Balincourt (in-16 carré, Challamel). — La Révolution turque, parV. 
Bérard (in-18. Colin). — La Colombie britannique, étude sur la colonisation 
au Canada, par A. Métin (in-8, Colin). — Les Demoiselles de Saint-Cyr (1686- 
1793), par F. Vindry (in-8. Champion). — Deux Jurés du tribunal révolu- 
tionnaire, Vilate « le Petit Maître »; Trinchard v l'Homme de la Nature, » 
par A. Dunoyer (petit in-8, Perrin). — Une Victime de la Révolution. Sœur 
Marguerite Rutan, fille de la Charité, par P. Coste (in-12, Lille et Paris, 
Desclée, de Brouwer). — Rarbey d Aurevilly (de sa naissance à 1909), par 
F. Clerget (in-18, Falque). — Lettres de jeunesse de Eugène Fromentin. Rio- 
graphie et notes, par P. Blanchon (in-16, Plon-Nourrit). — Manuel biblio- 
graphique de la littérature française moderne (1500-1900), par G. Lanson. 
Fasc. I. Seizième siècle (in-8, Hachette). Visenot. 



Le Gérant : GHAPUIS. 



Imprimerie polyglotte Fb. Simon. Bennes. 



POLTBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

ROMANS, CONTES ET NOUVELLES 

Romans fantaisistes. — Les Aventures de Bécot, par Paul I^eclercq. Paris, 
Éditions de la « Vie parisienne », 1909, in-12 de 236 p., 3 fr. 50. — 2. Un 
Débuten médecine, parCoNAN Doyle; trad. de l'anglais par Albert Savine. Paris, 
Stock, 1909, in-18 de 333 p., 3 fr. 50. — 3. La Folle Histoire de Fridoline, par 
Guy Chantepleure. Paris, Calmann-Lévy, s. d., in-18 de 369 p., 3 fr. 50. 

Romans-feuilletons. — 4. La Femme au diamant, par Katherine Green; trad. 
par M'"<= J. Heywod. Paris, Hachette, 1908, in-16 de 279 p., 1 fr. — 5. Le Petit 
Faune, par Gustave Hue. Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 
1009, in-18 de 315 p., 3 fr. 50. — 6. Clo, par Simone Bodève. Paris, Jouve, s. d., 
in.l8 de 349 p., 3 fr. 50. 

Romans psychologiques. — 7. La plus forte Chaîne, par Marie-Thérèse Alem. 
Paris, Orsoni, s. d., in-18 de 238 p., 2 fr. — 8. La Grande Déesse, par Henr; 
Doris. Paris, Plon-Nourrit, 1909, in-18 de 329 p., 3 fr. 50. — 9. Illusion mascu- 
line, par Jean de laBrète. Paris, Plon-Nourrit, 1909, in-16 de 340 p., 3 fr. 50. — 
10. La Couronne de roses, par Edgy. Paris, Plon-Nourrit, 1909, in-16 de 309 p., 
3 fr. 50. ■ — 11. L'Ame libre, par Brada. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-18 de 
319 p., 3 fr. 50. — 12. Carrière d'artiste, par M""' Humphry Ward ; trad. de 
l'anglais par Th. Bentzon et A. Fliche. Paris, Hachette, 1909, in-16 de 351 p., 
3 fr. 50. — 13. Le Cadet, par C. Nisson. Paris, Plon-Nourrit, 1909, in-18 de 311 p., 
3 fr. 50. — VOraison dominicale, par Gabrielle Zapolska; trad. du polonais 
par Paul Cazin. Paris, Sansot, 1908, in-18 de 230 p., 3 f r. 50. — 15. VImmolé, 
par Emile Baumann. Paris, Grasset, 1909, in-16 de 365 p., 3 fr.50. 

Romans de mœurs. — 16. Les .Confessions. Récits populaires, par Léon Tolstoï. 
Tome XIX des Œuvres complètes ; trad. de J.-W. Bienstock. Paris, Stock, 1908, 
in-18 de 456 p., 2 fr. 50. — 17. Le Chat maltais, par Rudyard Kipling; trad- 
de Louis Fabulet et Arthur-Austin Jackson. Paris, Mercure de France, 1908, 
in-18 de 306. p., 3 fr. 50. — 18. Au Blanc et Noir, par Rudyard Kipling; trad. 
d'ALBERT Savine. Paris, Stock, 1909, in-18 de 320 p., 3 fr. 50. —19. Œuvres choi. 
sies, de Rudyard Kipling, avec une Notice par Michel Epuy. Paris, Delagrave, 
s. d., in-12 de 409 p. et portrait, 3 fr. 50. — 20. La Grande Ombre, par Arthur 
CoNAN Doyle; trad. d'ALBERT Savine. Paris, Stock, 1909, in-18 de ix-264 p., 
3 fr. 50. — 21. Henri d'Ofterdingen, psiV Novalis; traduit par Georges Polti et 
Paul Morisse. Paris, Mercure de France, 1908, in-18 de xv-294 p., 3 fr. 50. — 
22. Terre d'Oc, par Emile Pouvillon. Paris, Plon-Nourrit, 1908, in-16 de 246 p., 
3 fr. 50. — 23. Les Fronts têtus, contes du pays d'Arvor, par Simon Davaugour. 
Paris, Nouvelle Librairie nationale, s. d. in-18 de 177 p., 2 fr. — 24. Ceux de 
chez nous, par Louis Boulé. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-18 de vii-310 p., 3 fr. 50- 
' — 25. Jean-Luc persécuté, par C.-F. Ramuz. Paris, Perrin, 1909, in-16 de 265 
p., 3 fr. 50. — 26. Rê^e de lumière, par Jean Blaize. Paris, Pion, Nourrit, 
s. d., in-18 de 311 p., 3 fr. 50. — 27. Au temps de la jeunesse, par Robert 
DE Traz. Paris, Plon-Nourrit, 1909, in-18 de 280 p., 3 fr. 50. — 28. La Vie 
intérieure, par M"'e René Waltz. Paris, Perrin, 1909, in-16 de 335 p., 3 fr. 50- 
— 29. Le Fantôme du passé, par Grazzia Deledda ; trad de l'italien par G. 
Hérelle. Paris, Calmann-Lévy, 1908, in-18 de 352 p., 3 fr. 50. 

RoM.\NS FANTAISISTES. — 1.- — La fantaisie des Aventures de Bécot 

est d'une bonne volonté éperdue. Elle s'aftlrme jusque dans le nom 

du héros, qui peut s'écrire « de quatre cent quarante huit façons 

différentes, Bécot, Bekkot, Blléko, Bébaykhaud, etc., etc..» Et elle 

Avril 1909. T. C.W. 19. 



— 290 — 

s'avère d'une qualité pareille à travers les trente chapitres de cette 
mirifique histoire, où l'on voit un petit Gargantua sécher le sein de sa 
mère, avoir peur de la lune, enlever une île, la transporter à travers les 
océans, et finalement s'élever lui-même dans les airs et y disparaître 
pour jamais. 

2. — Ce Début en médecine de l'heureux auteur de Sherlock Holmes 
ne trouvera qu'un demi-succès « de ce côté-ci de l'eau ». La fantaisie 
y est un peu lourde, et le récit y est coupé d'interminables disserta- 
tions philosophiques, dans lesquelles l'habile feuilletoniste qu'a été 
Conan Doyle se montre un logicien médiocre : « La religion est-elle 
le seul terrain de l'intelligence inaccessible au progrès et doit-elle 
se reporter sans cesse à un type qui a été fixé il y a deux mille ans ? 
Un cerveau à demi formé se fait un Dieu à demi formé, et est-on 
bien certain que nos cerveaux soient seulement à demi formés main- 
tenant? )) Quel que soit l'état de nos cerveaux, l'objet extérieur perçu 
par lui reste le même et ne peut pas « progresser, » à moins de croire 
qu'il n'existe pas en dehors de notre perception. Et M. Conan Doyle 
est peut-être un subjectiçiste efîréné. J'aimerais mieux qu'il fût un 
fantaisiste un peu plus accessible à notre goût français, et que les 
deux médecins, dont il nous raconte ici les débuts, fussent un peu 
moins Anglais et plus humains, si tant est qu'ils soient Anglais. 

3. — La Folle Histoire de Fridoline nous montre une jeune femme 
jouant sans le savoir à cache-cache avec son mari; elle l'a épousé 
par surprise; elle l'a quitté par innocence; elle lui est infidèle en 
imagination, puisqu'elle s'éprend de l'auteur d'un recueil poétique, 
oh ! si poétique ! avec qui elle entre en correspondance ; elle le re- 
trouve, sans le reconnaître, caché qu'il est, dissimulé, travesti, trans- 
formé par un lorgnon bleu ! Elle apprend d'abord que le porteur de 
lorgnon est son poète : « Ah ! quel malheur que je ne sois pas libre !» 
lui dit-elle. « Ah ! quel dommage que je sois marié, lui dit-il, et que 
j'aime ma femme ! » Ce petit jeu dure un bon bout de temps; l'homme 
s'y amuse beaucoup; il n'y met fin que lorsque, ayant conquis tout à 
fait sa femme, comme poète, il réussit à la reprendre en tant que 
mari. « Et tout ceci n'est pas impossible ! s Sans doute ! mais il y 
fallait toute la bonne grâce et la bonne humeur de l'auteur pour le 
rendre acceptable. 

Romans-feuilletons. — 4. — La Femme au diamant a été tuée dans 
un bal, et son diamant a disparu. Quel est l'assassin? Quel est le vo- 
leur? On ferme toutes les portes de l'hôtel où se donne le bal, on fouille 
tous les danseurs, et l'on trouve le diamant dans le petit sac à main 
d'une danseuse, fiancée d'un expert en bijoux, lequel avait été vu s'ap- 
prochant de la victime quelques secondes avant la découverte du 
meurtre! Alors? c'est lui le meurtrier? Il avoue qu'il a reçu le dia- 



— 291 — 

mant des mains de la dame, qu'il l'a glissé dans le sac de sa 
fiancée, mais qu'il n'est pour rien dans le crime. On ne l'arrête 
pas moins et on instruit l'affaire. Tout l'accable, tous l'accusent, 
tous, excepté sa fiancée, qui croit à son innocence, se jure 
de la prouver, parvient à faire pénétrer sa conviction dans 
l'âme du juge d'instruction, et s'associe à lui pour la découverte 
du coupable — lequel n'est pas, en effet, le bijoutier arrêté d'abord, 
ni un lord anglais filé par elle, ni un domestique soupçonné par la po- 
lice, ni le régisseur du mari divorcé de la victime, mais le mari lui- 
même qui était déguisé en domestique et avait frappé en offrant une 
glace! — Ce méli-mélodrame est bien exposé; les premières scènes 
en sont captivantes; les suivantes laissent un peu se refroidir la cu- 
riosité. 

5, — Le Petit Faune est l'histoire d'un autre crime, avec un peu 
plus de psychologie autour. • — Une ville de province, sous Napo- 
léon III; quelques silhouettes provinciales, parmi lesquelles M^'*^ 
Fritz, une vieille institutrice, vaniteuse, aigre, mauvaise langue, dé- 
testée de tout le monde, reçue toutefois chez les d'Auribeau, — 
vieille famille, vieille souche, qur efleurit en deux charmantes enfants : 
une fdle, Henriette, une nièce, Marthe. Un magistrÊît érudit trouve 
que celle-ci ressemble au « petit Faune du Vatican ». Le procureur 
impérial, un bel homme, est de son avis et regarde de très près le 
petit Faune, ce dont enragent et M^^^^ Henriette, qui ressemblait à 
Minerve, et M^^^ Fritz, qui rappelle vaguement le profil d'une vieille 
Parque. Le mariage entre le procureur et le petit Faune est décidé, 
il va être célébré, lorsque la fiancée meurt empoisonnée. Qui a 
versé le poison? La Parque! répond la voix publique, laquelle ne 
parut jamais autant être la voix de Dieu. Une perquisition opérée chez 
elle amène, en effet, la découverte 1° d'un paquet d'arsenic, 2° d'un 
volume auquel manquait une page, laquelle page avait enveloppé le 
poison versé dans le lait de M^^^^ Marthe. Preuves accablantes, sous 
lesquelles «uccombe la malheureuse Fritz; elle passe en Cour d'assises, 
est condamnée aux travaux forcés, et meurt folle quelques jours 
après. La conscience publique était vengée ! Mais le beau procureur 
impérial reste triste et semble inconsolable; la belle Henriette entre- 
prend de le consoler et réussit en partie; leur mariage est décidé, il 
est célébré, et alors... alors la vérité éclate, brusquement, par suite 
d'un incident inattendu : l'empoisonneuse, ce ne fut pas Fritz, ce 

■ fut Henriette ! Elle avoue, elle se suicide, et son mari se fait moine. 

6. — C'est un grand honneur pour Clo de figurer à côté du volume 
précédent, qui est écrit en français. Ii»y est question d'ouvrières qui 
tournent mal, et notamment d'une nommée Clotilde Minot, qui com- 
mence par l'avortement, et qui finit par une union libre, au sein de 



- 292 - 

laquelle elle trouve la réhabilitation et le bonheur, ainsi que l'expli- 
que un certain doctein- Poster qui lui porte envie : il aurait bien 
voulu ne pas se marier, lui; mais les exigences de la clientèle lui ont 
imposé ce sacrifice à un usage désuet et d'ailleurs immoral, puisque, 
sans lui, il n'y aurait pas un seul adultère ! C'est évident ! 

RoMA^'s psYCHOLOGiQiEs. — 7. — C'est l'autcur même de la plus 
forte Chaîne qui sous-intitule son oeuvre :« roman psychologique. » 
L'est-il? 11 est du moins honnête et animé des meilleures intentions. 
Il raconte le mariage de la fille d'un magistrat provincial, — au 
provincialisme digne et correct, — avec un officier aimable et cheva- 
leresque. Ce n'est pas sans avoir traversé mille épreuves que ce couple 
intéressant arrive au bonheur; mais il ne l'apprécie que mieux, et 
n'en est que mieux préparé à remplir les devoirs qui en sont et la ran- 
çon etlarécompense.« Ils auront dans leur cerveau l'impression ineffa- 
çable du sentiment de la patrie, et le tour de leur imagination sera celui 
de Traditionnalistes comme vous... Qu'importe le mélange des pro- 
vinces et des races quand ce mélange produit des unions faisant ce qui 
devrait toujours être : la force et le bonheur par de bons Français. » 
C'est la belle-mère provinciale qui s'exprime en ces termes; — à quoi, 
le préfacier, qui est Parisien, je crois, fait écho — d'avance,' — quand 
il dit que, par les sentiments qu'il exprime « le roman se hausse d'un 
ton au dessus do l'ordinaire et domine de plus haut le sol national, 
tout en s'y enracinant avec plus de solidité. Il a plus de tête (sic) 
parce qu'il a plus de racines ! » Saperlipopette, que c'est beau ! — 
Heureusement que « Roger et Simone seront heureux ! « N'en doutez 
pas ! 

8. — La Sainte Vierge guérit une jeune fille infirme, un curé guérit 
un musicien aveugle, et la Grande Déesse les rend heureux l'un et 
l'autre, l'un par l'autre ! Qui est la grande Déesse? C'est la Pau- 
vreté, avec un grand P; et c'est aussi la Douleur, avec un grand D. 
Et toute cette histoire est mirifique quoique vm peu longue : Richard 
d'Argentel avait du génie; il ne l'aurait jamais su, s'il n'avait pas été 
ruiné par ses auteurs. Heureusement il fut obligé de travailler pour 
vivre; plus heureusement encore, il fut malade; grâce à quoi son génie 
piit son essor; il fit de la belle musique, il gagna beaucoup d'ar- 
gent, il racheta le château de ses pères, et il épousa celle qu'il aimait. 

9. — Il y avait une fois un homme, un ingénieur, un ancien élève 
de l'École polytechnique, qui avait la naïveté de croire qu'un homme 
intelligent n'a pas besoin d'épouser une femme intelligente : « Je- 
serai intelligent pour deux ! « disait ce nigaud savant. C'était là son 
illusion, que l'auteur appelle, r////i5io/i masculine^ comme si c'était 
celle de tous les hommes... à marier (car les autres, ils sont fixés!). 
Quoi qu'il en soit, ce polytechnicien, plus naïf qu'on ne l'est à l'École, 



— 293 — 

aurait pu payer cher son illusion; elle ne lui coûta rien, ou plutôt 
elle ne lui coûta qu'une déception, dont il ne mit pas longtemps à dire : 
a Heureuse déception, qui m'a valu une telle compensation ! » Il était 
épris d'une « oie blanche, » et il allait l'épouser, quand il s'aperçut 
qu'il allait faire une sottise, ou plutôt quand l'oie elle-même, qui 
n'aimait pas les hommes intelligents (elle s'était éprise d'un mili- 
taire ! dirait M. Anatole France), lui donna congé et le sauva de la 
sottise. Il pleura de chagrin, l'ingénieur ! Mais, comme vous le savez, 
des yeux qui pleurent sont des yeux qui s'ouvrent : il s'aperçut alor.j 
d'une autre chose qu'il n^avait pas soupçonnée jusqu'alors, c'est 
à savoir qu'il avait près de lui, dans sa maison, sous sa tutelle, une 
jeune fdle adorablement bonne, dévouée, généreuse, courageuse, et, 
de plus, très jolie, et, en outre, très éprise de son tuteur! Elle avait 
un défaut,' un seul : elle était fort intelligente ! De vous dire s'il le 
lui pardonna, et de quel cœur, « non, je ne l'essaierai pas ! » 

10. — La Couronne en roses est, semble-t-il, d'une autre inspiration 
que les précédents romans du même auteur; c'est une histoire un 
peu grosse, qui a pour dénouement un meurtre, ~ presque un mélo- 
drame, quoi ! Il est vrai qu'il y a des caractères» et des «descriptions,» 
mais qui donnent la sensation du « déjà vu ». La scène se passe à 
Florence et à Fiesole, que je crois que vous connaissez; y a-t-il dans 
le pays un coin sur lequel les peintres n'aient pas déjà fait rage? Quant 
aux caractères^ ils sont modelés sur un type depuis longtemps fixé : 
ringénuité dans la violence. — Quoi qu'il en soit, Gina et Pietro 
s'aiment à l'italienne, c'est-à-dire ingénument, violemment, et sans 
fidéHté, du moins Gina : car elle aime aussi Andréa, qu'elle enlève 
à une modiste de ses amies, tout en continuant à aimer Pietro. Et 
l'histoire finit aussi à l'italienne, par un coup de couteau de Pietro à 
Gina, laquelle a juste le temps de baiser la main qui la frappe ! Beau 
sujet de livret pour la musique de M. Léoncavallo ! 

11. — L'Ame libre est un des mieux venus parmi les récits déjà 
nombreux de Brada. Si les précédents dénotaient déjà une certaine 
science du métier, l'art d'exciter et de soutenir la curiosité, celui-ci 
révèle, ou manifeste avec plus d'éclat, des mérites d'un autre ordre. 
L'intérêt n'y languit pas certes, le fond du sujet étant une de ces histoires 
d'héritage, dont l'efTet reste tou j'ours sûr, quoiqu'il ait si souvent servi ; 
mais il est l'occasion de peintures de mœurs, qui sont d'un obser- 
vateur, et d'une « étude d'âme, » qui est d'un moraliste idéaliste. Des 
gens du monde besogneux (ils n'ont que trente mille francs de revenus) 
passent une partie de l'année chez un vieil oncle célibataire, lequel, 
lui, a un million et demi de revenu. Ils sont les héritiers présomptifs, 
et donc, engagent, sans trop d'angoisses, leurs capitaux dans des 
spéculations de bourse, qui leur permettent de soutenir un train de 



— 204 — 

maison proportionné à leurs ressources futures. Us s'y ruinent, et ils 
en sont informés juste à l'heure où l'oncle à héritage installe chez lui, 
à côté d'eux, un jeune médecin, qu'il ne va pas tarder à reconnaître 
pour son fds. Tout est donc perdu? Pas entièrement; leur fille, Nicole, 
peut les sauver, si elle accepte le plan imaginé par le vieil original, et 
qui n'est autre qu'un maj-iage avec l'intrus. Mais Nicole est une « âme 
libre, » affranchie des soucis et des besoins qui font l'infériorité des 
gens de son monde; elle n'aime pas l'argent ! Et si elle aime ses parents 
plus qu'elle-même, elle ne peut pas leur sacrifier sa conscience; or, 
sa conscience lui défend d'épouser le docteur qu'elle sait être un 
homme méprisable. Elle refuse donc, et se condamne, elle et les 
siens, à la pauvreté ! Personne, autour d'elle, ne l'approuve, jusqu'au 
jour où l'on a là preuve que le « bâtard » de l'oncle n'est qu'un coquin, 
et que l'oncle lui-même n'a pas été aussi cruel pour elle qu'on l'a cru, 
puisque, en mourant, il lui a donné un petit bureau, lequel contenait 
un double fond, lequel recelait une petite fortune en billets de banque ! 
Grâce à quoi l'héroïne de ce joli conte peut épouser son ami d'en- 
fance, aussi libre d'âme et aussi noble qu'elle. 

. 12. — Voici une autre étude d'âmes un peu moins conventionnelle, 
mais moins claire et moins simple : une Carrière d'artiste nous fait 
faire connaissance avec une « sœur de Charité « d'une qualité un peu 
spéciale, telle que peut la concevoir le mysticisme anglican. C'est 
une femme du grand monde londonien, dont la vie est consacrée, de 
fait et sans vœux préalable, à I'k accomplissement du devoir envers nos 
égaux, le plus difiîcile de tous », comme le disait un prédicateur d'Ox- 
ford, et qui, un moment, pour obéir à son besoin de dévouement 
et pour se distraire de chagrins intimes, a pris à cœur la forma- 
tion et le succès d'un jeune peintre génial et sauvage. La scène du 
premier dîner auquel prend part chez elle ce « paysan du Nord, » les 
fautes de tact qu'il y commet et qui vont compromettre son avenir, 
l'habileté souriante avec laquelle elle intervient et opère son sauve- 
tage, est une des plus jolies choses que je connaisse de l'éminente 
romancière qu'est M"^^ Humphry Ward. Son talent de moraliste, son 
si YÏï sentiment de toutes les délicatesses de la vie sociale, s'y mani- 
festent avec un rare bonheur. Quant à l'histoire de ce peintre lui-même, 
elle paraîtra peut-être moins intéressante que celle de sa pure et 
angélique protectrice; elle est un peu mélodramatique, — ce qui ne 
l'empêche pas d'avoir des « dessous » psychologiques très- solides et 
très étudiés. C'est celle d'un homme qui s'acharne à se nuire, tout 
en s'élevant progi*essivement, par un travail acharné aussi; il com- 
promet, par les violences de son caractère, le résultat de ses efforts-,, 
des efforts de ses amis, et ses succès mêmes. Comment il a presque 
mérité (presque seulement) d'être abandonné par sa femme, com- 



— 295 — 

ment et pourquoi il a caché sa situation d'iiomme marié, comment il 
est amené à rechercher la fugitive, après combien d'années il la re- 
trouve, et comment il retrouvera aussi auprès d'elle et de la fille 
qu'elle lui ramène sa santé et son talent perdus, c'est le sujet 
principal de ce roman, — mais non le sujet le plus intéressant. Encore 
une fois, c'est l'épisode de « la sœur de Charité » et la peinture de la 
haute société londonienne qui en semble la partie la plus originale. 
13. — S'il y a quelques réserves à faire sur le Cadet, je les ferai 
à contre-cœur, tant l'œuvre est intéressante, tant elle est simple, 
quoique complexe, tant la langue en est claire, souple, ferme, tant les 
détails en sont réels et même réalistes, et tant l'inspiration cependant en 
est élevée et même idéaliste, puisque c'est une idée qui en est le sujet 
et presque le personnage principal ! — Un jeune officier, Jean de 
Mondastruc, cadet d'une grande famille à moitié ruinée, renonce à 
sa carrière, renonce à l'amour qui s'offre à lui (deux fols et même 
trois fois), pour se constituer, avec une abnégation douloureuse et 
hautaine, le chevalier et la victime du devoir légué par les siècles, 
et rejeté par ses autres frères : le devoir de maintenir la tradition 
familiale. 11 se charge, au refus de son aîné, de l'héritage d'un vieux 
château et de ses dépendances. Il sait que la charge e&t onéreuse, 
qu'elle sera écrasante, qu'il n'a pas les ressources nécessaires au 
relèvement et à l'exploitation fructueuse du domaine; n'importe! 
11 ne veut pas « laisser vendre )>. Il ne veut pas q^ue sa mère soit obligée 
de quitter la maison », de rompre avec un long passé, de renoncer à 
son indépendance, à ses charités, à ses prodigalités. Depuis des siècles, 
— sept exactement, — chaque année, le 10 décembre, pour célébrer 
un anniversaire familial, « largesse était faite à tous les miséreux 
qui se présentaient. Et il s'en présentait des bataillons, venant de 
tous les coins du pays et passant la nuit à faire la queue à la grille du 
château ; les vingt-cinq premiers arrivés recevaient un vêtement 
complet, unpsin de six livres et un louis d'or ! Les autres étaient 
hospitahsés et hébergés. Ces largesses, le dernier des Mondastruc 
veut les continuer malgré la baisse des fermages, malgré les roueries 
de ses métayers, malgré la « mévente « du vin, malgré les « soultes » 
qu'il a dû verser à ses frères et qui ont vidé son portefeuille. Il les 
continue, non sans être obligé de les réduire cependant : une année, 
le louis d'or devient un demi-louis ! Les miséreux ne sont pas con- 
tents : (( Si c'est pour çà qu'on nous fait faire trois jours de marche ! » 
grogne l'un d'eux. Mais la mère n'entend pas ces grognements;' elle 
n'a vu de sa chambre, où la retiennent l'âge et la maladie, que le défilé 
traditionnel, et elle peut croire que la famille, quoique appauvrie, 
n'a pas dégénéré. Sans doute elle a aperçu quelques changements 
dans les mœurs du pays : on est moins empressé et même moins res- 



— 296 — 

pectueux pour elle et pour son fils. Mais elle en accuse « la politique », 
qui, sans doute, n'y est pas étrangère; elle peut ignorer, ou feindre 
d'ignorer, que les pauvres respectent surtout la fortune (c'est même 
leur grande pauvreté !). Et elle meurt en bénissant son fils pour les 
consolations et les illusions qu'il lui a données. Et lui, il continue sa 
lutte contre l'adversité croissante; ses revenus agricoles devenant 
décidément insuffisants, il se fait industriel. Il fabrique des pâtés de 
foie ! Et comme il les fabrique très bien, il impose « sa marque » aux 
cliarcu tiers et aux épiciers. De plus, il impose le respect aux bour- 
geois qui auraient été tentés de l'accuser de dérogeance ! » Mais s'il 
a sauvé « sa maison, « il a perdu le bonheur. Il a perdu Floriane, 
il a perdu Marie-Josèphe, il a perdu surtout Isaure ! Car elles 
étaient trois à l'aimer et qui ne purent pas l'épouser : — Floriane, 
parce qu'elle dut obéir à son père, le marquis d'Arjac, 
effrayé par les charges qu'avait acceptées Jean; — Marie-Josèphe, 
parce qu'elle avait gardé son secret trop pudiquement, au plus pro- 
fond de son cœur, et parce que, étant la propre sœur de Floriane, elle 
avait laissé Jean s'habituer à ne voir en elle qu'une sœur, «l'ingrat ! il 
l'appelait sa sœur ! » — Isaure enfin, parce qu'elle n'avait que 
dix-huit ans alors qu'il en avait trente-cinq, et que, de plus et en 
outre, elle était sa nièce, la fille de l'égoïste Aîné ! 

Sentez-vous venir les réserves annoncées? La première porterait 
sur la « triplicité » de ces amours, la seconde sur le caractère de l'amou- 
reux, la troisième sur la nature du troisième amour. Mais après les 
avon* formulées par acquit de conscience, je plaiderai et signerai un 
recours contre elles. Car d'abord le « triplicité « de ces amours n'empê- 
che pas l'unité de l'action, attendu que cette unité résulte d'un qua- 
trième amour, celui de Jean pour la « Maison », pour la tradition 
qu'elle représente, pour cette Idée, dont j'ai déjà dit qu'elle était la 
véritable fiancée et l'épouse ! Et, sans doute, Jean apporte dans sa 
fidélité héroïque et mélancolique quelque chose d'un peu passif; sa 
volonté ne réagit pas assez virilement sur les volontés d'autrui et 
ne sait pas commander aux circonstances, il est un héros «aboulique,» 
plus résigné qu'agissant, mais combien « sympathique » et combien 
digne de l'amour d' Isaure ! Cet amour, veuillez le remarquer, n'a 
pas le caractère inquiétant et suspect que nous avons dû si 
souvent signaler ici dans les amours de certaines Agnès pour les 
« vieillards de quarante-trois ans », comme on disait du temps 
de Molière. D'abord Jean n'est pas encore arrivé à cette « vieil- 
lesse, » qui n'est parfois que la seconde jeunesse (quand elle n'est pas 
la seconde enfance), des Arnolphes contemporains; il n'a que trente- 
cmq ans ! S'il est un peu mûr, il ne le montre que par la gravité de 
son attitude, la générosité de son sacrifice et l'autorité, agissante, 



— 2'J7 — 

cette fois, qui impose un sacrifice égal à sa nièce. Et, quant à celle-ci 
elle a l'innocence, la grâce, l'espièglerie, les tendresses audacieuses 
des meilleures héroïnes de Pailleron (voyez ici, si vous voulez, une 
quatrième réserve !). Mais si elle est un peu « livresque » et conven- 
tionnelle, elle n'a pas ce je ne sais quoi de « faisandé » qui se mêle à 
l'ingénuité des Agnès de roman ou de théâtre. Même lorsqu'elle 
arrive chez son oncle, à onze heures de la nuit, après s'être évadée de 
chez son père, lorsqu'elle lui dit qu'elle sait très bien qu'elle fait une 
énormité, elle reste, on le sent, une très petite fille, — inconsidérée, 
certes, et un peu folle. Oui ! oui ! Mademoiselle ! vous êtes une petite 
écervelée, et je suis obligé de faire la grosse voix et de vous gronder ! 
— tout en répétant, à la cantonade : Elle est exquise ! 

14. — L'Oraison dominicale est un recueil de neuf nouvelles, dont 
chacune a un titre emprunté à une des paroles du Pater. L'esprit 
n'en est pas très sûr. La huitième nouvelle : Ne nous laissez pas 
succomber à la tentation, nous raconte l'aventure d'une pauvre ser- 
vante, induite en tentation de charité par la lecture d'une vie de 
saint, et donnant à un mendiant qui passe, la fourrure de son maître; 
un ange viendra la lui rendre comme elle l'a lu dans le pieux livre. 
Mais au lieu d'un ange, c'est un gendarme qui vient et qui la mène 
en prison ! — C'est « traduit du polonais », mais d'un polonais au 
lyrisme titubant. N'allez pas y chercher de l'édification ! 

15. — L'édification, vous la trouverez plutôt dans V Immolé., d'une 
inspiration plus chrétienne, — tout à fait chrétienne sans doute; 
Les théologiens auront à décider ce dernier point; je m'en 
rapporte à eux. C'est d'ailleurs pour eux que semble écrit ce roman. 
Il ne l'est pas pour les petites filles, qui n'y comprendraient rien ou 
qui seraient scandalisées de ce qu'elles comprendraient; les jeunes 
gens, fussent-ils sillonnistes, le trouveront trop long, trop lent, sur- 
tout trop triste ; mais les professeurs de grand séminaire, les chanoi- 
nes, les archiprêtres y trouveront peut-être « un plaisir extrême » — 
adéquat à leurs goûts, bien entendu, et conciliable avec leurs plus 
austères habitudes d'esprit, puisqu'il leur donnera l'occasion d'agiter 
les plus graves problèmes de la vie chrétienne et celle, aussi, de faire 
« des objections » et des réserves ! Rien que pour avoir essayé, — ■ 
ou plutôt avoir mérité — de conquérir une pareille clientèle, au 
roman contemporain, l'auteur aurait droit à toutes nos félicitations. 
Son œuvre n'est rien moins, en effet, que l'histoire d'un jeune homme 
qui comprend le prix de la souffrance chrétienne, et qui accepte de 
souffrir pour s'associer à la Rédemption du Christ, pour accroître 
le trésor de la communion des saints, pour exercer la charité surna- 
turelle à l'égard de ses frères morts ou vivants, et enfin, pour expier les 
péchés des hommes, les siens compris et ceux de sa famille. Car il 



— 208 — 

pèclie donc, et même il rechute, mais il se relève. Son père ne 
s'était pas relevé, il s'était suicidé, après avoir volé Aangt-cinq 
mille francs dans la caisse dont il avait la garde (détails macabres 
sur ce suicide, la recherche, la découverte du cadavre dans 
les eaux du Rhône; tout un chapitre, intitulé : Ce que pèse un mori). 
Le mobile du vol était d'ordre « passionnel », comme disent les avocats 
d'assises : il était plutôt d'ordre crapuleuix ; les exigences d'une femme 
qui lui avait vendu sa fille et la lui avait livrée chloroformée ! Daniel 
supporte vaillamment l'horrible épreuve et il aide sa mère déjà 
infirme (elle est atteinte d'une coxalgie tuberculeuse) à n'y pas succom- 
ber. Sa tâche lui est d'abord facilitée par de bonnes voisines qui veil- 
lent la malade la nuit, lui tiennent compagnie le jour, pendant que 
lui va gagner son pain (il est professeur à l'école libre des jésuites). 
Mais bientôt ce qui avait paru un secours devient une pierre de 
scandale; l'une de ces femmes est jeune, jolie, dépourvue de sens 
moral; elle entraine Daniel au péché.. Or, devinez quelle était cette 
«jeune personne?» Celle pour qui le caissier s'était suicidé! L'épou- 
vantable découverte jette Daniel au repentir le plus violent, à la pra- 
tique de tous les sacrements. L'homme surnaturel se dégage peu 
à peu chez lui de tout ce qui le retenait dans la médiocrité morale. 
Il dévient plus patient avec ses élèves, ceux-là mêmes qui l'insultent 
et écrivent le nom de son père sur le tableau noir; il supporte sans 
trop d'amertume les habiletés des RR. PP. jésuites, qui voudraient 
se débarrasser d'un collaborateur compromettant; ii leur pardonne 
leur « habitude » de « déformer le Christ par des artifices de séduction 
pauATement humains » (p. 184); Il rend ^•isite aux Frères prêcheurs, 
et ne remarque pas trop douloureusement « le retroussis orgueilleux 
de la lèvre, propre au type dominicain (p. 295) ! » 11 prend part à des 
conférences contradictoires et se permet de rappeler à la justice et 
au bon sens un professeur de Faculté qui lui répond par une grossière 
injure (le rappel du crime paternel). Bref, il mérite d'obtenir pour 
sa mère un signe éclatant de la faveur céleste, vainement demandé 
jusqu'à ce jour. Le 8 décembre, après le Viatique reçu, la malade, 
déjà agonisante, se dresse sur sa couche, elle est guérie. La plaie 
tuberculeuse est fermée, la jambe fonctionne, les forces et la santé 
sont revenues. C'est alors qu'il rechute, lui ! Une rencontre de hasard, 
qui lui fait atrocement sentir sa misère, et plus ardemment éprouver 
le besoin de l'expiation par l'immolation. L'occasion de s'immoler 
«en esprit » se présente assez vite : la maladie de sa mère recommence ! 
Un second miracle, qu'ils vont ensemble demander à Lourdes, leur 
est refusé ! Il accepte cet échec, il accepte même la mort de sa mère 
d'un cœur ferme et fidèle. Il e&t prêt pour d'autres sacrifices, celui 
même de sa vie, s'il lui est demandé. Il se trouve seul un jour en 



— 290 — 

face d'une bande d'apaches du gouvernement qui essaient d'envahir 
une église; il se place sur le seuil, résiste à l'assaut furieux, essuie une 
grêle de coups, est blessé à la tête et à la poitirne, et finalement a la 
main clouée contre la porte par un coup de couteau ! C'est une des 
plaies de la Crucifixion et en l'honneur du Christ, en compagnie du 
Christ! Est-ce tout? L'immolation est-elle achevée? Pas encore : il 
va guérir, il va vivre, il pourra donc souffrir de nouveau. Recueilli 
dans une famille chrétienne, où l'on panse et où l'on ferme ses bles- 
sures, il inspire une passion chaste, mais violente, à la fille de la maison; 
lui-même, avec cette acuité de sensibilité propre aux convalescents, il 
ne laisse pas de remarquer « la taille », le « teint », le « nez », le « men- 
ton », et autres objets de l'aimable personne. Mais il priait, il regar- 
dait le Rhône « qui n'était plus le même Rhône qui avait charrié le 
cadavre de son père, mais le fleuve d'En haut, baptismal, se ruant 
du ciel et des cîmes inviolées. A respirer son souffle, il se rénovait le 
sang au voisinage des sources éternelles, ses espoirs se revigoraient », 
(p. 360) et le courage de fuir lui venait. 11 part donc, non sans avoir 
prononcé quelques belles phrases sur « la Communion des Morts » et 
sur sa propre personne qu'il compare à « un de ces météores silen- 
cieux qui pendent comme un glaive sur des horizons tristes et font 
le ciel vide autour d'eux; les êtres tels que moi n'apparaissent qu'à 
la fin ou à l'approche des cataclysmes !» Ce qu'entendant, la jeune fille 
est guérie net. Et Daniel disparait, faisant un grand signe d'au-revoir : 
ses longues mains pâles se déployèrent élancées vers l'azur qu'elles, 
emplissaient ! ! !» Ou va-t-il? Il va écrire quelque « livre lent, prof ond » 
qui « fertilisera les âmes » « de même que ce fleuve engraisse en pas- 
sant là plaine inhabitée!...» — ^Pour être « fertilisant », ce livre futur 
devra avoir quelques qualités de plus que celui-ci. Il devra être moins 
« lent », plus simple, d'une « écriture » moins romantique. Si la matière 
en reste la même — ■ à savoir la vie intérieure d'une âme chrétienne, 
ses tentations, ses chutes, ses contritions, son perfectionnement 
progressif — • elle devra être traitée d'une main plus experte et plus 
prudente. Il n'y a peut-être pas de « matière à mettre en roman » qui 
exige une plus grande maîtrise; il n'y en a pas qui expose à offenser 
de plus délicates convenances. L'âme a, comme le corps, ses pudenda 
qui ne sont pas montrables, ai-je dit bien souvent déjà, et il est 
aussi difficile pour un chrétien de parler sans incongruité de ses 
confessions, contritions et immolations, que pour un homme bien 
élevé de sa brosse à dents, de sa cuvette ou de son bain de pieds.. Et 
il ne sert de rien d'y employer un langage tendu, frénétique, presque 
apocalyptiq^ue comme ici ; ce n'est au contraire que plus gênant. 

Ce Daniel est gênant ! Et on a bien souvent envie de l'inviter à 
îiller « se pouiller l'âme » plus loin. Il y a dans son « catholicisme » 



— 300 — 

quelque chose d'indiscret, d'outrancier, d'anormal, d'hystérique, • — 
ne lisez pas hérétique 1 C'est un malade. Sans doute, il est victime 
do l'hérédité; il est fds d'un suicidé et d'une tuberculeuse; mais il 
est victime aussi de l'auteur, lequel a volontairement ajouté à 
ses tares, par une logique trop « livresque ■'\ conforme peut-être aux 
lois du raisonnement, mais contraire aux lois de la vie. Ce qui 
n'empêche pas qu'on ne surprenne çà et là quelques contradic- 
tions; il se plaint, par exemple, de la manie qu'ont certains 
bons catholiques de se tirer dessus • les uns les autres; pourquoi 
tirc-t-il lui-même sur les jésuites et les dominicains, ou, du moins, leur 
décoche-t-il des épigrammos qui, en outre du tort d'être « désuètes, « 
ont celui d'être particuhêrement inopportunes? Je terminerai en 
citant le passage suivant, où l'on peui voir comme un résumé des 
mérites et des défauts de l'œuvre ; les sentiments exprimés y sont ad- 
mirables; un détail de l'expression y est bizarre. « Tu pensais, mon 
enfant, dit à Daniel sa mère redevenue infirme, qu'il vaut mieux agir 
que souffrir. Eh bien ! non ! vois-tu? pour moi, il n'y a rien de meilleur 
que de m'immoler. Je porte en moi les douleurs et les péchés de trop 
d'âmes; je souffrirai bien peu pour les expier. Et même quand je pâti- 
rais dans ma chair, tout ce que les martyrs ensemble ont pâti, mCme 
si le Sauveur penchait vers moi son calice et le vidait en mon sang, 
ce serait encore très peu auprès... » Auprès de quoi? Vous attendez, 
Je sens général du passage vous oblige à attendre un mot relatif eux 
péchés et aux expiations; mais vous avez la surprise de lire ceci : 
« aaprès de ce qu'il me donne, tous les matins dans l'Hostie! » Le 
livre entier est fait un peu sur le modtlc de cette phrase : de haaux 
élans, qui ravissent, et, brusquement, des faux-pas, des sautes de 
sens, qui donnent des surprises désagréables. La composition est 
« pleiiie de trous, »' comme dit un Petdcloup de ma comiaissance, 
et l'impression qu'elle laisse est ambiguë, — sauf, toutefois, en ce qui 
concerne le talent de l'auteur, qu'il n'y a pas moyen de nier. Le jour 
où ce talent aura plus de confiance en soi, qu'il s'évertuera moins et 
qu'il sera plus simple, il donnera l'ceuvre hmpide, saine et « profonde » 
que celle-ci permet, malgré tout, d'espérer. 

RoMAXs DE MŒURS. — 16, 17, 18, 19, 20 et 21. — Soyons courtois 
et faisons place aux étrangers, à l'illustre Tolstoï d'abord et à ce 
XIX^ tome de ses œuvres complètes, traduites par J.-W. Bienstock, 
lequel tome comprend : Le5 Confessions (1879-81); Récits populaires 
(1881-86); Légendes pour l'Imagerie (1885) et Légendes populaires 
(1886) dont il a été parlé à la date de la première publication. Répé- 
tons une fois de plus que le traducteur écrit un bon français, — ce 
qui n'est pas un mérite banal chez les traducteurs. — ^\'oici deux Ki- 
pling, l'auteur favori de l'Angleterre, l'écrivain que son éditeur paie 



— 301 — 

« à tant le mot»: Le Chat maltais, recueil de neuf nouvelles, avec une 
préface Ij^ique, de l'un des traducteurs, — et Au Blanc et Noir, recueil 
devingt-deux nouvelles. La scènese passe toujours dans les Indes, et les 
héros sont des indigènes ou des soldats anglais, peints avec le même 
humour britannique ■ — tellement britannique qu'il ne parait pas 
toujours humain — et la même puissance créatrice de vie, un peu 
évaporée en arrivant sur notre continent. M. Fabulet, l'auteur de la 
préface admiratrice et exclamatrice susdite, s'exclamera peut-être 
devant ces réserves timides. « Ah ! dira-t-il, Oh ! cet homme qui a 
tout vu, qui tout connaît, qui do tout a tiré un jugement sûr et droit, 
qui tout expose avec loyauté ! » Ne pas comprendre cet homme ! 
« Regardez l'œil de Rudyard Kipling ! Regardez l'homme sourire ! ^) 
Il a vu ce sourire, lui, il a vu cet œil, à telle date, à tel endroit de 
tel village, distant de tant "de telle ville, et « sur la falaise anglaise », 
encore ! 11 en est resté tout ébloui ! Nous, qui n'avons vu que les 
points d'interjection, de M. Fabulet, on comprend que nous soyons 
moins émus ! — Nous n'en sommes que plus reconnaissants à l'intel- 
ligent éditeur qui a publié ce joli volume des Œiwres choisies de 
Rudyard KipUng, avec une notice deM.MichelEpuy.Lenomdel'écri- 
vain anglais, récent lauréat du prix Nobel, appartient désormais à 
la littérature universelle; son œuvre, traduite dans toutes les langues, 
est cependant difficilement accessible à tous les esprits ; elle déconcerte 
nos habitudes et nos goûts. Un recueil comme celui-ci est tout à fait 
propre à nous préparer à l'intelligence d'un talent aussi profondément 
distinct de ceux que nous comprenons : ~ et toto penitiis divisos orbe 
Britannos ! — Il est composé des morceaux les moins étranges et les 
plus humains de cette œuvre si diverse et si inégale; il est accom- 
pagné de quelques indications brèves, mais indispensables. C'est un 
livre à mettre dans les bibliothèques de tous les lettrés. — La 
Grande Ombre est un roman historique de l'auteur de Sherlock- 
Holmes. Le titre désigne Napoléon I^"" que l'un des personnages 
se représente comme une ombre pesant sur l'Europe. 11 y a un récit 
de la bataille de Waterloo par un jeune soldat anglais, où sont rele- 
vés les petits côtés d'un des plus grands faits de l'histoire, qui fait 
penser — vaguement — à celui de Stendhal dans la Chartreuse de 
Parme. — Henri d'Ojterdingen nous ramène à plus d'un siècle en 
arrière, avec cette réédition, dont le besoin ne se faisait peut-être 
pas bien sentir, de ce fragment de roman qui fut l'œuvre capitale 
de Novalis. Dans une courte préface, élégante et précise, M. Henri 
Albert rappelle tout ce que les lettrés d'aujourd'hui doivent savoir 
encore d'un poète mort en 1801, et qui fut beaucoup lu par nos 
premiers romantiques. 

22. — Terre d'Oc n'est pas un roman ; c'est un recueil de « causeries » 



— 302 — 

sur le Midi, écrites pour un journal radical-socialiste de Toulouse, 
par un romancier délicat qui s'oublia parfois et qui s'oublie ici, çà et 
là, à être un policitien fort vulgaire, \oi\k ce qu'oublient trop nos 
jeunes poètes et «esthètes «des Revues méridionales, et quelques snobs, 
rédacteurs des journaux les plus cléricaux de Montpellier et de Tou- 
louse qui sollicitent notre admiration pour ce <' régionaliste « et notre 
souscription pour sa statue. Je voudrais qu'on lût à la cérémonie d'inau- 
guration, une page de lui, d'un lyrisme frénétique, tout à fait digne 
d'un Homais de sous-préfecture en délire, sur... « la courte-pointe ^u 
lit de M^^e cjç ^^'arens i ! )> Les régionalistes les plus dévots à Rousseau 
et à son Initiatrice en rougiraient de lionte.Eii attendant, je les invite, 
ou du moins j'invite les jeunes monarchistes de là-bas à Mre les pages 
76 et 77 du présent recueil sur la cathédrale d'Albi et la \'errerie 
ouvrière comparées ! - — la cathédrale, nécropole d'un passé aboh, 
édifice ruiné par « lu critique scientifique, sonnant creux aujourd'hui, 
décor illusoire porté sur le néant « — et la Verrerie ouvrière, « berceau 
d'une humanité meilleure » vers lequel afflueront plus tard « des cor- 
tèges, des processions de pèlerins ! » En attendant, c'est le cortège 
des huissiers qui s'est dirigé vers ce berceau, et c'est -une procession 
d'ouvriers déçus — qui ne pouvaient vivre seulement de phrases creu- 
ses, — qui en est sortie ! — Que dites-vous de ces phrases, mes petits 
snobs de Terre d'Oc? 

23. — Les Fronts têtus, qui font pai*tie de la « collection des Écri- 
vains régionaux » contiennent cinq nouvelles, d'une inégale étendue, 
mais d'une valeur égale ; le récit y est intéressant, d'une bonne langue, 
pas « régionale, « bien française, mais qui a su traduire les sentiments 
particuliers, les affections et même les superstitions de l'âme bre- 
tonne. 

2i. — ■ Ceux de chez nous ont un goût de terroir plus prononcé, 
peut-être un peu plus qu'il ne conviendrait. Le récit y est plus lent 
et moins prenant; mais l"aut''ur a moins visé à être un conteur qu'un 
peintre, le peintre du haut Berry, dont l'âme, dit-il, vibre dans 
son âme et qu'il a voulu faire passer — « palpiter » — dans « ces 
pages loyales ». « A cet effet, « ajoute-t-il, « j'ai dû étudier noire idiome 
berrichon ». L'a-t-il au moins transposé dans la langue française, 
puisqu'enfm c'est à tous les Français qu'il s'adresse? Il semble 
que oui ; tout le monde comprendra que « blaude » veut dire « blouse, » 
quand le sens général du contexte y aidera; mais que « blaude » ait 
plus d'âme que « blouse, » c'est peut-être moins facile à saisir. — 
Quoi qu'il en soit, le Joueur de (bielle, par où débute ce recueil de 
nouvelles berrichonnes, est l'histoire d'un petit berger qui se laisse 
mourir d'amour pour la Zélie, une paysanne riche, à qui il n'a jamais 
rien avoué ! Si l'auteur ne nous assurait pas que ce petit vielleux est 



— 303 — 

du Berry, « j'aurais cru qu'il fût » de l'Arcadie ou du paj^s de l'Astrée ! 

25. — Jean Luc persécuié est l'histoire d'un nigaud qui devient fou. 
On en a loué « l'écriture » et les « mœui^ ». Les mœurs y sont plates, 
et l'écriture est idoine aux mœurs ;■ elle a pourtant une singularité : 
le pronom, sujet du verbe, y est souvent supprimé ! Vous allez voir 
comme c'est intéressant : Jean Luc avait pris femme ; fut vite trompé ; 
elle, belle; lui, bête; s'en aperçut pourtant; pardonna une fois, deux 
fois, puis se 'fâcha; mit l'infidèle à la porte; ne s'en consola pas. Fut 
triste, fut mélancolique, devint neurasthénique, puis dément. Trouva 
un jour sa femme près d'une meule; l'y attacha, y mit le feu; après 
quoi, se noya.- Il y a 228 pages sur ce sujet — et de ce style. — Style 
nègre, mais commode ! 

26. — /?êpe (/e /wmz'ère est un rêve sociaUste. Olivier s'est promis de 
transformer la société. Il s'est préparé à cette œuvre en ayant trois 
maîtresses à la fois (s'il n'avait pas été « vicieux, » il n'aurait pas eu 
l'occasion de se repentir, comme il le dit lui-même p. 226.) Son repentir 
et son apostolat s'exercent d'abord à domicile : il convertit sa femme 
à ses idées, il lui fait prendre en dégoût les formes actuelles de la 
société, et la décide à se faire avec lui l'organisateur de la société 
future. Ils renoncent à la fortune, ils quittent leur bel appartement, 
se logent à un 5*^, comme des ouvriers. Cela fait, Olivier fonde un 
journal où «il ressuscite la critique » — (car il paraît qu'il n'y a pas 
en France un seul journal où la critique soit hbre); — il songe aussi 
à fonder une usine, comme il n'y en a. pas encore une au monde, 
où les patrons et les ouvriers seront désintéressés les uns et les autres 
et aussi laborieux que désintéressés, lorsqu'un accident arrive, 
qui l'empêche de réaliser son rêve. Il avait un beau-frère, un aristo- 
crate, qui avait des maîtresses, comme lui, mais n'était pas arrivé à 
la vertu par le chemin du vice, comme lui; il était arrivé à être un 
coquin. Ce coquin assassine ce rêveur ! — La cité future perd un 
ai ses ouvriers les plus utiles. — J'avertis l'auteur, qui a du style, qu'il 
n'a que du style, — ■ ce qui peut-être ne suffira pas toujours à faire 
prendre un écrivain au sérieux dans notre pays d'écoliers ! 

27. — C'est sur la foi d'un prospectus que je place ici Au temps de 
la jeunesse parmi bjs romans de mœurs; on y assurait que ce livre 
« fournit de précieuses inductions sur les formations des jeunes gens 
â'3 ce temps-ci, sur leurs pensées familières, leurs préférences intimes, 
'l'orientation habituelle de leur mentalité, l'évolution... etc. » ; 
'Si bien, ajoutait-on, que l'œuvre est à la fois « agréable et nourris- 
sante ! » Là-dessus j'ouvre cette œuvre; elle est divisée en sept cha- 
fpitres, contenant des « Dialogues imaginaires », (dont le premier avec 
lia flamme de la lampe et la Femme inconnue), des Réflexions, des 
Méditations, des Nouvelles. Je fis la nouvelle intitulée Amitié. Deux 



— 304 — 

jeunes coqs vivaient en paix; une piuilf survint; que croyez-vous 
qu'il arriva? Le premier favorisé des deux coqs enseigna à l'autre 
l'art d'être favorisé à son tour ! \'ous voilà reiiseigné sur les forma- 
tions des jeunes gens; ils se déforment les uns les autres ! « Jelesavais 
Ascagno 1 » 

28. — La Vie intérieure est un titre trompeur, à moins que ce ne soit 
une impropriété verbale désignant l'illusion où vivent successivement 
deux jeunes fdles, éprises l'une et l'autre d'un même jeune homme 
qui ne pense ni à l'une ni à l'autre. La première des deux amoureuses 
meurt de s'être trompée (et aussi d'avoir contracté la fièvre typhoïde 
chez un pâtissier, en compagnie de sa bonne). La seconde en guérit 
lorsqu'elle a épousé un autre jeune homme. A cela près, la vie exté- 
rieure de ces deux sœurs tient beaucoup de place dans cette histoire, 
qui est aussi celle de leur père, qui s'était marié deux fois, — et celle 
de la première et de la seconde femme, — et celle des amis de leur 
père, notamment d'un banquier, père du jeune homme inattentif aux 
yeux blancs des deux sœurs, ■ — et celle des deux amis de ce jeune 
homme, — et celle de la sœur de l'un de ces amis, laquelle ne voulut 
pas épouser l'autre ami (vous suivez?), lequel épousa une autre 
personne, de laquelle il eut une fille, de laquelle devint amoureux 
le fils de la jeune fille qui n'était pas morte, laquelle s'appelait (j'allais 
l'oublier !) Catherine ! De sorte que cette Vie intérieure est une sorte de 
bazar où sont entassées pêle-mêle, une demi-douzaine de biographies 
individuelles et de monographies familiale?, parmi lesquelles celle 
de Catherine, laquelle « naquit un matin de septembre, » au com- 
mencement du volume, et devient grand'mère à la fin! — Je dois 
dire que si le roman est aussi mal composé que possible, il est d'une 
moralité irréprochable, d'une austérité un peu triste même, presque 
calviniste ! 

29. — Le Fantôme du passé est encore un titre trompeur, attendu] 
que le sujet ne comporte l'apparition d'aucun fantôme et que le passé | 
dont il s'agit n'a pas dix ans. C'est peut-être une faute de traduction?' 
Le texte italien porte : L'Ombra del passato, ce qui est moins mélodra- 
matique, mais reste encore un peu trop métaphorique pour la cir- 
constance, puisqu'il s'agit de désigner un phénomène psychologique 
très simple et très ordinaire. L-n jeune homme est entre deux 
jeunes filles; l'une pauvre, qui est sa fiancée; l'autre, riche, qui 
ne demande qu'à devenir sa femme et attend une parole définitive. 
11 laisse voir un peu d'hésitation; V ombre de sa fiancée^ c'est-à-dipe 
son souvenir se dresse devant lui et le fait balbutier. L'occasion et 
la tentation de trahir ne se renouvellent plus, il revient à sa fiancée et 
il l'épouse. Tel est le canevas du nouveau roman de M"^^ Grazzia 
Deledda; on devine que l'intérêt principal en est ailleurs, c'est- 



— 30b — 

à-dire dans l'histoire minutieuse des personnages, — les deux fiancés 
d'abord, Adone et Catarina, presque des orphelins, le premier mal 
élevé par des pai'ents de moralité suspecte, s'élevant peu à peu jus- 
qu'à la demi-Gulture qui lui permet de prendre rang dans- la société 
régulière et de devenir institutem* ; la seconde, une pauvrette, ren- 
contrée sur la route près de la ehai*rette où agonise sa mère, et en 
qui, avec les années, s'épanouissent la « beauté du diable » et le 
sens moral de la femme ; — • Maddalena, la rivale riche, sèche, laide, 
a.vec des yeux ardents, qui regaj'dent beaucoup Adone et le trou- 
blent, avec un caractère impérieux,, qui ne peut souffrir de retai'd 
dans l'obéissance à son vouloir;— les parents des uns et des autres, 
mères, tantes, oncles, cousins. Les détails sont innombrables, pris, à 
même de la vie réelle rigoureusement observée et transcrite. Ce 
réaUsme italien pourra pai'aitre un peu brutal à notre goût 
français : le vin de Chianti doit se consommer sur place. 

Charles Arnaud. 



SCIENCES BIOLOGIQUES 

1. Mœurs intimes du passé, par le D^ Cabanes. Paris, Albin Michel, s. d., petit 
in-8 carré de xii-463 p., avec 68 grav. hors texte, 3 fr. 50. — 2. VOrigine de 
la vie, par J.-M. Pargame. Paris, Schleicher, s. d., petit in-8 de xiii-194 p., avec 
69 fig., 1 fr. 50. — 3. La Crise du transformisme, par Félix Le Dastec. Paris, 
Alcan, 1909, in-16 de vi-288 p., 3 fr. 50. — 4. Un Miracle d'aujourd'hui ; dis' 
cussion scientifique, par Georges Bertrin. Paris, Lecolîre, Gabalda, 1909, in-12 de 
158 p., avec une radiographie, 1 fr. 50. — 5. Études de psychologie sexuelle, la 
pudeur, la périodicité sexuelle, l'auto-érotisme, par Havelock Ellis; trad. de 
l'anghiis par A. Van Gennep. Paris, Mercure de France, 1908, in-8 de 407 p., 
5 fr. — 6. V Audition morbide, par le T)'^ A. Marie. Paris, Bloud, 1908, in-16 
de iv-147 p., 1 fr. 50. — 7. Les Préjugés sur la folie, par la princesse Lubo- 
MiRSKA. Paris, Bloud, 1908, in-16 de iv-88 p., 1 fr. 50. — 8. La Pathologie 
de l'attention, par N. Vaschide et Raymond Meunier. Paris, Bloud, 1908, 
in-16 de iv-116p., 1 fr. 50. — 9. Neurasthénie et névroses; leur guérison définitive 
«fi cure libre, par le D"' P.-E. LÉvy. Paris, Alcan, 19Ù9, in-16 de 407 p., 4 fr. 
— 10. Contribution apportée à la notion d'hystérie par l'étude' de l'hypnose, spécia- 
lement considérée dans son histoire, dans son essence, dans ses effets, par le D"" 
Robert Van der Elst. Paris, Vigot, 1908, gr. in-8 de 209 p., 4 fr. — 11. Histoire 
pharmacotechnique et pharmacolo gique du mercure à travers les siècles, par Et. Mi- 
CHELON. Tours, Deslis, gr. in-8 de xii-201 p., 4 fr. — 12. Essais sur nos pré- 
parations galéniques, étude pharmacologique, publiée sous la direction scientifique 
du D"" Brissemoret. Paris, Boulanger-Dausse, 1908, in-8 de xxiii-464-76-42- 
27 p., 7 fr. — 13. La Maternité et la Défense nationale contre la dépopulation, 
par le D''Sicard de Plauzoles. Paris, Giard et Brière, 1909, in-18 de 291 p., 
4 fr. — 14. La Lutte contre la prostitution, par R. Df.cante. Paris, Giard 
et Brière, 1909, in-18 de v-334 p., 4 fr. — 15. L'Hygiène infantile, allaitement 
maternel et artificiel, sevrage, par le D' G. Variot. Paris, Hachette, 1908, in-16 
de 75 p., 1 fr. — 16. L'Hygiène du logement, par Paul Juillerat, Paris, 
Delagrave, s. d., in-12 carré de 223 p., 1 fr. 50. — 17. L'Hygiène des dys- 
peptiques^ par le D'' René Gaultier. Paris, Delagrave, s. d,, in-16 carré de 
viu-248 p., 1 fr. 50. — 18. Précis de stomatologie, par J. Repier. Tome 1"^^ 
Paris, F.-R. de Rudeval, 1909, in-18 cart., de 542 p., avec 151 fig., 9 fr. 

Avril 1909. T. CXV. 20. 



- 306 — 

1. — Le docteur Cabanes, après avoir exploré, à la lumière des 
sciences médicales, dans une série de publications fort remarquées, 
de nombreux problèmes historiques, nous montre aujourd'hui dans 
Mœurs intimes du passé^ la manière dont nos pères s'accommodaient 
des petits désagréments de l'existence, et paraient à ses nécessités 
les plus intimes. Si le sujet est infiniment moins relevé, il n'en est 
pas moins plein d'intérêt, et il est, à coup sûr, beaucoup plus diver- 
tissant. Comment nos aïeux se garantissaient-ils du froid? Tel est 
le premier sujet traité, et le docteur Cabanes prouve, avec force 
documents à l'appui, que, jadis, l'on avait toutes les peines à se chauf- 
fer chez soi; le plus souvent on y gelait ou on était enfumé, et il faut 
arriver à la fin du xviii*^ siècle pour constater quelques progrès dans 
l'art du chauffage des habitations. Ceux qui seraient tentés de croire, 
même sur les assertions de certains archéologues, que le mouchoir 
remonte à la plus haute antiquité, verront tomber leurs illusions 
à cet égard, à la lecture du deuxième chapitre: Comment se mouchaient 
vos aïeules. Mais peut-être l'auteur exagère-t-il en disant qu'au 
xvii^ siècle, le mouchoir de poche fut un objet de gi'and luxe et par 
conséquent fort rare. Du moins Venette parle-t-il des Normandes 
de son temps qui avaient à leur « cotte » deux pochettes dont l'une 
renfermait le «mouche-nez. «Après la question du mouchoir, le docteur 
Cabanes a cru devoir faire une assez longue digression sur l'origine 
du dicton populaire : Dieu vous bénisse ! puis il aborde l'histoire de 
l'origine du peigne, et des soins donnés à la chevelure dans les siècles 
passés. Les chapitres consacrés à la propreté de la bouche et à 
l'usage du cure-dents, à la propreté des mains et à l'antiquité 
de la fourchette sont aussi documentés que les précédents, et tout 
bourrés d'anecdotes les plus variées. La fin du volume, d'une lec- 
ture plus scabreuse, est consacrée presque tout entière à l'histoire 
de meubles d'usage tout à fait intime, crachoir, vas necessarium, etc. 
En appendice, un chapitre dans le même ordre d'idées, le règne de 
la chaise percée, où nous avons été sm'pi'is de ne point voir mentionné, 
à propos du meuble fait en forme de pile de livres, le fameux procès 
qui éclata entre les relieurs et les miroitiers, vers la fin du xviii'? siècle. 
Enfin, la propreté de la rue et le service de la voirie, del'antiquitéà nos 
jours, font l'objet d'un dernier chapitre. En somme, malgré quelques 
imperfections ou omissions de peu d'importance, le dernier livre 
du docteur Cabanes ne manquera pas d'intéresser non seulement 
le public médical, mais tous les érudits curieux des choses du passé, 
et probablement plus d'un lecteur concluera que la vie d'aujourd'hui, 
si elle a ses déboires, présente une foule d'agréments et de commo- 
dités inconnus à nos pères. 

2. — L'Origine de la vie^ de M. Pargame, est le troisième volume de 



- 307 — 

l'Encyclopédie d'enseignement populaire supérieur entreprise par 
M. Lahy : « La vie, dit ce dernier, paraît conférer aux êtres qui la 
possèdent des caractères tels qu'ils se diiïérencient du même coup 
do tous les autres objets de Tunivers. Cela explique pourquoi, au 
cours de l'évolution historique, les hommes ont cru qu'ils faisaient 
partie d'un règne à part et qu'il n'y avait pas de lien possible entre 
les phénomènes vitaux et ceux de la matière. La science, grâce à ses 
découvertes successives, a ruiné cette croyance en des catégories de 
la nature, irréductibles, mais tous les esprits ne sont pas rendus à ses 
preuves. Les phénomènes de la vie ont été diversement expliqués par 
les savants et les philosophes; la cause de ces divergences d'inter- 
prétation est aisée à saisir. Comme entre les phénomènes cosmologi- 
ques et les phénomènes biologiques on n'aperçoit guère de continuité, 
on en conclut qu'un fossé les sépare et que l'explication qui vaut pour 
les uns ne peut valoir pour les autres. Ces groupes de faits sont déclarés 
irréductibles, et leur apparente hétérogénéité permet encore aux 
conceptions religieuses du monde de se construire sur des arguments 
superficiellement défendebles. » De fait, l'ouvrage de M. Pargame est 
franchement matérialiste, mais sans pourtant adopter un système 
défini, se bornant à exposer, hors de toute théorie préconçue, le plus 
grand nombre de faits scientifiquement 'connus et de les utiliser 
pour une explication des phénomènes de la vie. 

3. — On sait combien a été prodigieux parmi les spécialistes la 
théorie des mutations, dont on trouve l'exposé le plus complet dans 
l'ouvrage : Espèces et variétés de de \^ries. A en croire M. Le Dantec, 
dans Ja Crise du transformisme, cette théorie, qui a pourtant la pré- 
tention d'apporter aux idées darwiniennes tme démonstration expé- 
rimentale, saperait, au contraire, dans les fondements «cet admirable 
système philosophique')qu'estle transformisme. Aussi, a-t-il cru devoir 
pousser un cri d'alarme et mettre le public scientifique en garde contre 
l'hérésie nouvelle. 11 insiste dans les différents chapitres de son livre, 
comme il l'a fait précédemment dans d'autres publications, sur la 
« nécessité absolue d'un langage scientifique approprié à la narration 
de tous les faits biologiques. » Dès qu'un problème se posera au savant, 
le premier soin de ce dernier devra être d'en traduire l'énoncé dans 
le langage scientifique. Ce n'est qu'après qu'il faudra résoudre par 
des raisonnements le problème ainsi posé; et, finalement, on s'adres- 
sera à l'expérience et à l'observation pour voir si la conclusion est 
juste. L'auteur ne désespère pas de voir un jour la biologie générale 
s'exposer « dans le langage du patrimoine héréditaire, comme la géo- 
métrie dans le langage algébrique. » 

4. — L'ouvrage de M. Bertrin : Un Miracle d'aujourd'hui, discus- 
sion scientifique, est l'exposé des faits relatifs à une guérison obtenue 



— 308 — 

à Lourdes, exposé accompagné d'une discussion très serrée de toutes 
les raisons que l'on pourrait y opposer au nom de la science, et des 
pièces justificatives les plus essentielles. Bien que l'auteur ne soit 
point un médecin, on ne peut s'empêcher de convenir qu'il connaît 
à fond son sujet et qu'il n'a rien omis pour éviter toute erreur. Il 
pourra se flatter d'avoir accompli une œuvre utile, car le fait de la guéri- 
son relatée ne saurait, en aucune façon, être explicable au point de vue 
scientifique; et puis, des apologistes un peu trop enthousiastes de 
Lourdes nous avaient habitués au récit de tant de faits impossibles 
à classer comme miracles, quoique sortant plus ou moins de l'or- 
dinaire, qu'on est heureux d'en trouver un, enfin, exposé avec tous les 
détails et l'argumentation nécessaires et ne Laissant place à aucune 
critique. 

5. — Dans ses Études de psycJwlogie sexuelle, dont le premier vo- 
lume vient de paraître : La Pudeur, la périodicité sexuelle, l'auto^ 
érotisme, M. Havelock ElHs vise à faire oeuvre de sociologue et point 
de théologien. Même prétend-il que les questions sexuelles ne sont 
pas du ressort des théologiens; bien mieux, il leur dénie toute com- 
pétence à cet égard. Il reconnaît pourtant que lorsque l'Eglise catho- 
lique se trouva à l'apogée de son pouvoir et de son influence, elle 
comprit pleinement l'ampleur d«s problèiaes sexuels et prit un intérêt 
actif et précis à tous les détails de la sexualité normale et anormale ; 
à ce point que, même de nos jours, il est des phénomènes d'ordre 
sexuel dont il est impossible de trouver une description exacte et 
suffisamment explicite ailleurs que dans certains vieux traité.?, 
tel que celui du P. Sanchez : De matrimonio. Tout y est dit avec 
clarté et concision, sans fausse prudence ou sentimentalité morbide, 
en un langage rigoureusement philosophique. La suite vraie des actes 
est indiquée dans tous les cas qui peuvent se présenter, en même 
temps qu'on dit où il y a péché véniel, où. il y a péché mortel et ce 
qui est permis. Mais tout en déniant aux théologiens la compétence 
exclusive de ces questions, et en repoussantleurfacon.de les envisager , 
il adopte leur esprit et leur tempérament. Il estime qu'il faut entrer en 
possess'ion des faits exacts et se baser sur eux pour déterminer ce 
qui est juste et ce qui est faux au point de vue de la physiologie, de 
la psychologie et de l'éthique. Il veut arriver à savoir ce qui est natu- 
rellement permis dans les circonstances directes de la vie sexuelle 
de l'homme, non pas en t£uit qu'être entaché du péché originel, mais 
comme « animal social ». Il veut « distinguer le péché véniel du péché 
mortel contre la nature ». Il convient que les réponses seront plus 
malaisées à formuler qu'elles ne le sont pour des théologiens; mais, 
au moins, lui paraît-il possible d'adopter l'attitude qui convient. 
C'est dans ces idées qu'il a abordé les trois études que renferme son 



- 309 — 

premier volume. Quoiqu'il convienne de faire les réserves les plus 
formelles sur la manière d'envisager les problèmes sexuels traités et 
les conclusions que l'auteur croit devoir formuler dans son travail, 
médecins et théologiens y -trouveront une foule de détails intéressants 
et utiles à connaître. Et Ton ne tiendra pas trop rigueur à M. Ellis 
de l'interprétation exagérée donnée à certains faits. 

6, 7 et 8. — La « Bibliothèque de psychologie expérimentale et de 
métapsychie, » qui s'adresse plus spécialement aux professeurs, aux 
médecins et au public cultivé, pour les renseigner sur les données 
acquises par la science contemporaine dans le domaine psychologique 
et psychique, vient de s'enrichir de trois volumes. L'un, L'Audition 
morbide, du D^" A. Marie, comme l'indique son titre, est consacré aux 
troubles de l'organe de l'ouïe. L'auteur les divise d'une manière géné- 
rale en hypoacousie et hyperacoasie. Ces troubles sont d'origine 
périphérique ou centrale, plus particulièrement physiologiques ou 
psychologiques, et accompagnent ou non les divers états mor- 
bides des fibres de conduction. Après l'étude détaillée de ces différents 
points, le D^ Marie cherciie à les préciser. Il arrive à conclure que 
l'imperfection de l'audition semble moins tenir au mauvais état de 
l'organe périphérique acoustique qu'à l'insuffisance des centres 
d'association. Les dégénérés ont une audition amoindrie parce qu'il 
leur manque l'attention volontaire désirable. De même les apparentes 
hyperesthésies ne sont que des états de faiblesse irritable où Tacuité 
réelle du sens n'est nullement augmentée; mais ce sont les associations 
centrales qui sont plus actives et plus diA^erses, ou leurs irradiations 
plus variées, intenses ou insolites. Un copieux index bibhographique 
termine le volume. — Un autre volume, dû à la princesse Lubo- 
mirska, a également un titre suffisamment explicite : Les Préjugés 
sur la jolie. Ce n'est pas d'aujourd'hui que ces préjugés existent. 
Jadis on attribuait à la folie une origine mystérieuse, surnaturelle 
même. La diffusion dans le public des découvertes scientifiques et 
de connaissances médicales insuffisantes ou fausses, a fait naître celui 
de l'incurabilité de la fohe, et, peut-être, celui de sa contagiosité. 
La princesse Lubomirska s'est donné la tâche de les faire disparaître 
et de répandre des idées plus saines et plus justes à l'endroit des 
aliénés. — MM. N. Vaschide et R. Meunier ont visé par leur opuscule : 
La Pathologie de l'attention, à combler une lacune de la littérature 
psychologique. Il n'existait pas, en efîet, de travail spécial sur la 
matière, en France du moins, et c'est à peine si les traités les plus 
récents sur la psychologie de l'attention y ont consacré un modeste 
chapitre. Les auteurs se sont placés uniquement sur le terrain expé- 
rimental et ont cherché à tirer de l'expérimentation les conclusions 
qu'elle comporte. « Ce n'est, disent-ils, que par l'apphcation des 



— 310 — 

méthodos de la psychologie exjjérimentalc à la psychiatrie que peut 
se constituer positivement la psychologie pathologique. Aussi ce 
travail, traitant de la psycho-pathologie de l'attention ne retiendra- 
t-il que les données fournies par les laboratoires ou par les méthodes 
employées dans les laboratoires. Telle doit être, à notre sens, la posi- 
tion du problème. « Après avoir passé successivement en revue les 
premières recherches expérimentales où se sont précisées peu à peu 
la méthodologie et les résultats; puis les données psychométriques de 
Rémond(de Nancy); les expériences et observations deMM. Raymond 
et Janet, qui devaient aboutir à la découverte des courbes 
paradoxales; enfin, les travaux les plus récents et les leurs propres, 
ils établissent un tableau synthétique des principaux résultats expé- 
rimentaux et posent leurs conclusions. 

9 et 10. — Jusqu'à présent, la plupart des médecins adonnés à la 
cure des aiïections nerveuses, ont été partisans du repos prolongé 
et surtout de l'isolement des sujets atteints. Dans Neurasthénie et 
névroses; leur guérison définitive en cure libre, le D'' P.-E. Lévy s'élève 
vigoureusement contre la méthode classique, dont il proclame l'inu- 
tilité dans l'immense majorité des cas : « Je n'exagérerai pas, afiîrme- 
t-il, en disant qu'il est désolant, à l'heure actuelle, de cjonstater avec 
quelle facilité est mise en œuvre, systématiquement, cette méthode 
d'isolement, dont l'observation impartiale me montre pourtant 
sans cesse qu'on peut fort bien se passer, et dont, bien plus, les ma- 
lades eux-mêmes ne sont pas sans signaler, dans bien des cas, les 
inconvénients certains. Considéré autrefois comme ayant une valeur 
curative propre, on veut y voir surtout, aujourd'liui, une condition 
éminemment propice à l'emploi de la psychothérapie, dont l'impor- 
tance primordiale n'est actuellement plus contestée. Et il n'est pas 
de cas, tant soit peu intense, ou même de gravité très moyenne, où 
l'on ne voie préalablement exigée, imposée, cette mesure quasi né- 
cessaire, iniluctable de l'isolement. On isole pour quelques crises 
nerveuses, on isole pour des manifestations neurasthéniques, des 
phobies, des obsessions. Toujours et partout on proclame que le 
malade ne peut être utilement traité, s'il n'est çéparé de son milieu 
habituel, si on ne lui fait perdre tout contact avec ses proches, s'il 
ne renonce à des affaires, à des occupations, malgré l'intérêt vital qui 
s'y attache pour lui. On va jusqu'à instituer systématiquement l'iso- 
lement pour de simples dyspepsies nerveuses ! » Le D^ Lévy a beau 
jeu contre les exagérations d'une méthode curative mise en honneur 
et défendue par le professeur Dubois, de Berne. Mais ne pourra-t-on lui 
reprocher, à son tour, d'être systématique dans un sens tout à fait 
opposé? En médecine, et tout particulièrement dans les applications 
thérapeutiques, il faut se garder des généralisations. Cette réserve 



— 311 — 

faite, il est hors do doute que la nouvelle méthode proposée no soit 
susceptible de donner, dans bien des cas, d'excellents résultats. Elle 
sera même à essayer en premier lieu chez les malades pour lesquels 
l'abandon des occupations habituelles constituerait un vrai désastre. 
— C'est à l'étude d'une névrose dos plus communes que le D"" Van der 
Elst vient de consacrer sa thèse inaugurale : Contribution à la notion 
d'hystérie par Vétude de l'hypnose, spécialement considérée dans son 
histoire, dans son essence, dans ses effets. Pour lui, on ne saurait com- 
mencer par une étude de faits un travail sur l'hystérie, avant que 
l'on ne se soit mis d'accord pour « rattacher les mêmes faits à la 
cause hystérique en vertu d'une définition ». La méthode naturelle 
doit consister, avant tout, à résumer les traditions du passé de peur de 
présenter comme neuve une vérité déjà acquise, comme pour éviter 
de s'aventurer dans des voies reconnues mauvaises ; ensuite, à résumer 
ces traditions par les résultats observés, tout en les corrigeant par les 
objections tirées des faits eux-mêmes; enfin, à apporter à cotte dis- 
cussion, ses appréciations personnelles, afin de démêler dans le conflit 
des idées en cours le sens du progrés à venir. Les conclusions de l'au- 
teur spnt que l'hypnose, comme l'hystérie, est quelquefois déguisée, 
associée ou larvée, et, de même que l'hystérie est parfois essence, 
parfois fonction, parfois complication d'un mal, l'hypnose est aussi 
quelquefois substance, quelquefois fonction, quelquefois compli- 
cation d'un traitement. Les recherches relatives à la notion des rap- 
ports entre l'hystérie et l'hypnose semblent destinées à montrer 
comme le passé, comme le présent, que l'hystérie soûle est justiciable 
de la suggestion hypnotique. Notons en passant, au cours de cette 
étude (p. 144 à 148), une appréciation impartiale des guérisons 
de Lourdes. 

11. — Le but que s'est proposé M. Michelon en retraçant V His- 
toire pharmacotechniqiie et pharmacologique du mercure à travers les 
siècles n'a pas été de commenter et de discuter les idées des anciens 
mais de remettre sous les yeux les textes vrais des différents autours 
afin de donner l'image exacte de ce que fut la science (?) pharmaceu- 
tique à travers les siècles. Son travail comprend deux parties. La 
première est consacrée à l'histoire proprement dite des différents 
sels mercuriels. L'auteur prend, ou, du moins, croit prendre chacun 
d'eux, dès l'époque la plus reculée, et le suit dans ses transformations 
à travers les siècles, s'arrêtant à une époque, 1850, où l'abondance 
des revues et de la littérature pharmacologique et leur documentation 
suffisante rendent la poursuite des recherches tout au moins superflue. 
D'ailleurs, à cotte époque, les transformations intéressantes n'existent 
plus la chimie est dégagée des formules comphquées introduites par 
les alchimistes, et ses préparations sont nettement définies. La biblio- 



— m^î — 

grap}iio elle-mèmo dn moTcure et de ses composés aurah, d'autre part, 
par trop augmenté le volume d'utravail.Dansladeuxièmepartiesont 
étudiées et passées en revue les différentes préparations que les an- 
ciens faisaient avec le mercure. L'auteur insiste tout particulière- 
ment sur celles qui ont survécu, et qui, inscrites au Codex, sont encore 
la base de la médication mepcurielle. Bien que très incomplet, sur- 
tout au point de vue des usages du mercure au moyen âge, le travail 
de M. Michelon présente un assez grand intérêt. 11 débute par la 
reproduction de l'erreur qui consiste à faire remonter la syphilis 
à la fin du xv^ siècle, époque de l'expédition de Charles \'lll en 
Italie. Cette idée n'est plus soutenable aujourd'hui. On pourrait lui 
feprocher aussi d'avoir trop négligé les auteurs anciens de médecine 
qui auraient pu lui donner de précieux renseig-nements sur l'emploi 
du mercure, qui ne commença pas à jouer un rôle réel en thérapeu- 
tique à la même époque. Même l'effet nocif de la respiration, en trop 
grande quantité, des vapeure mercurielles est signalé dans un auteur 
de la fin du xi^ siècle, Constantin l'Africain, qui n'est pas cité. 

12. — La maison Boulanger-Dausse a été bien inspirée en faisant 
éditer à l'usage des médecins praticiens ses Essais sur les prépamtions 
galénigues, dont elle a confié la direction scientifique au D^" Brisse- 
moret. Ce n'est pas une énumération sèche et rapide de ses diffé- 
rents produits ; elle a cru préférable pour montrer les résultats théra- 
peutiques que peut obtenir le médecin, en prescrivant des médica- 
ments galéniques bien préparés, de résumer la pharmacologie de 
chaque drogue qui a servi à les préparer. Le praticien se trouve em- 
barrassé dans le choix des nombreuses formules de potion qu'il trouve 
dans les divers formulaires : trop souvent elles sont défectueuses, et 
beaucoup ont une saveur insupportable. Ici, aucune formule n'est 
donnée qu'elle n'ait été préalablement expérimentée, et l'on s'est 
attaché à les rendre, sinon bonnes au goût, tout au moins pas désa- 
gréables. En somme, excellent livre, qui, de l'aveu des auteurs, con- 
tient de nombreuses lacunes, mais que l'on est disposé à compléter 
ultérieurement, grâce au concoure de tous, médecins et pharmaciens. 
Il a, tel qu'il est, sur tous les formulaires, un avantage précieux : 
c'est d'avoir trois parties, supplémentaires, la première consacrée 
aux extraits officinaux des diverses pharmacopées, et à leur mode de 
préparation suivant les pays ; la deuxième contenant un dictionnaire 
pharmaceutique latin français; la troisième traitant des incompati- 
bilités médicamenteuses. 

13 et 14. — Le volume que le D^" Sicard de Plauzoles" vient, après 
tant d'autres auteurs, de consacrer au problème si palpitant d'in- 
térêt qui préoccupe tous ceux qui ont le souci de l'avenir du pays : 
La Maternité et la Défense nationale contre la dé-population, fait partie 



— 313 — 

de r « Eaicyclopédie d'assistance, de prévoyance et d'hygiène sociale »^ 
fondée par le D^ A. Marie. C'est une étude de la dépopulation envi- 
sagée au point de vue de ses causes sociales : la limitation volontaire 
des naissances, résultant des difficultés économiques de l'existence et 
du développement de l'individualisme et de la prévoyance; la mor- 
talité infantile, conséquence presque fatale de la misère des femmes, 
appartenant aux classes laborieuses, obligées, pour gagner leur pain, 
de se soustraire à la maternité et de sacrifier leurs enfants. Pour 
l'auteur, le seul moyen de diminuer la mortalité infantile et de relever 
la natalité, est d'instituer une protection efficace de la maternité, 
organisée en service national, de telle sorte que la femme pauvre 
trouve la sécurité dans la maternité; que la collectivité assure à la 
femme enceinte, à la femme en couches, à la mère nourrice, le repos, 
les soins, les moyens d'existence nécessaires à la santé de la mère 
et à la vie de l'enfant ; que la loi intervienne pour que l'enfant ne soit 
plus séparé de sa mère, ni privé de son lait, et que l'allaitement maternel 
soit obligateire. Comme conséquence, il faut que la maternité soit 
considérée comme une f<3nction sociale, et rétribuée par la nation; 
que toute mère pauvi'e soit la nourriee payée de son propre enfant, 
que toute mère reçoive pour élever ses enfants un salaire do maternité 
proportionnel au nombre de ses enfants. 11 faut créer un budget de la 
maternité aussi nécessaire à la défense nationale que les budgets de la 
guerre et de la marine. On voit, par cet exposé, que l'auteur de cette 
étude est un fervent adorateur du Dieu-Etat. C'est, en outre, un illu- 
sionné. Assurément, il y a d'excellentes choses dans son li^^•e, mais il 
se trompe du tout au tout sur les causes de la dépopulation et les 
remèdes qu'il faudrait y appliquer. Le mal sévit, en effet, sur lès 
familles aisées bien plus que chez les malheureuses, et il a pour cause 
essentielle une soif exagérée de jouissances matérielles. Et puis, comme 
l'a dit Joseph de Maistre, faire des enfants n'est que la partie maté- 
rielle et basse du mariage; faire de ces enfants des hommes est surtout 
la chose à laquelle doivent s'attacher les parents. Et ee n'est que par 
le retour aux idées religieuses qu'on atteindra le double but d'avoir 
des familles nombreuses et une population moralement saine. — 
La Lutte contre lu prostitution^ de M. R. Décante, appartient à la 
même collection que le précédent ouvrage. On sait en quoi consiste 
l'ancienne régiementation policière relative aux prostituées; for- 
tement battue en brèche depuis quelques années, il semble qu'elle 
doive, à bref délai, être assez sensiblement modifiée. Pour l'auteur, la 
lutte contre le mal n'est plus enserrée dans la formule surannée qui 
reconnaît simplement aux gouvernements le droit et le devoir de 
combattre l'influence du fléau, d'en limiter les ravages, de le restrein- 
dre aux proportions qu'indique la prudence, et surtout de ne pas le 



— 314 — 

laisser se propager publiquement, au détriment des bonnes mœurs 
et à la honte de l'humanité. Force lui est de convenir que cette tâche 
subsiste tout entière, mais il admet, comme beaucoup d'écrivains 
l'ont fait ces derniers temps, qu'à côté « de la morale, de l'utilité 
sociale, du salut public et de la raison d'État, il y a un autre morale 
à faire triompher, la morale rationnelle et juridique, celle du respect 
des droits et des hbertés ». Pourtant, il s'est tenu en dehors des que- 
relles d'école, se bornant à marquer les étapes de la lutte entre les 
réglementaristes et les abolitionnistes, et à indiquer sa tendance 
actuelle. 

15. — C'est éminemment un opuscule de vulgarisation que V Hy- 
giène infantile du D^" \'ariot, qui pense devoir faire appel, pour la 
sauvegarde de la première enfance, « à toutes les bonnes volontés, et 
spécialement aux institutrices et aux maîtresses, pour l'aider à dif- 
fuser parmi les jeunes fdles les notions de l'hygiène infantile. » L'au- 
teur, contrairement à ce quepensele'professeur Pinard, n'estpointd'avis 
que la vulgarisation des notions d'hygiène de la première enfance 
doive être un enseignement scolaire. Il pense qu'on pourrait organiser 
des conférences d'éducation maternelle, ou bien le soir, ou bien les 
jours de congé, et y convier les jeunes fdles, celles qui fréquentent les 
patronages, les œuvres post-scolaires, etc. Quoi qu'il en soit à cet 
égard, c'est un petit opuscule excellent et que toutes les jeunes mères 
ou les jeunes personnes se destinant au mariage liront avec le plus 
grand profit. 

16 et 17. — Le petit livre de M. Juillerat : L'Hygiène du logement, 
n'a pas été écrit pour les hygiénistes professionnels. Il s'adresse à la 
foule de ceux qui, ayant à faire choix d'un logement, tiennent à s'as- 
surer des conditions qu'il doit présenter au point de vue de l'habi- 
tabilité, conditions trop souvent négligées de la plupart. M. Juil- 
lerat n'est point médecin; néanmoins, la charge de chef de bureau 
des logements insalubres qu'il remplit depuis un nombre respectable 
d'années, l'a mis à même de saisir les l'apports qui existent entre 
les dispositions des logis et les maladies et la mortalité des habitants. 
Ceux qui se donneront la peine de parcourir son travail ne tarderont 
pas à être convaincus que le choix et l'entretien d'un appartement 
ne sont point affaires négligeables, et que nombre d'aiTections plus 
ou moins graves ne tiennent trop souvent qu'à l'insalubrité des locaux 
habités. — Pas plus que le précédent ouvrage, l'Hygiène des dys- 
peptiques ne vise le public médical; il est écrit très simplement, 
dans un style débarrassé de tous les mots d'origine grecque et latine, 
qui désorienteraient les lecteurs auxquels il s'adresse. 

18. — Le Précis de siojnatologie, de M. J. Redier,ouvrage dont le 
premier tome a seul été publié jusqu'à présent, est destiné à être un 



- 315 - 

manuel pour ceux qui, médecins ou non, désirent se consacrer à la 
profession de dentiste. Cette première partie comprend des notions 
anatomiques étendues sur la constitution de la bouche et des dents, 
et leur mode de développement. La pathologie dentaire (accidents 
consécutifs à l'éruption dentaire et carie) surtout a été traitée avec 
ime abondance assez grande de détails. xMais l'auteur a tort de ne 
faire remonter qu'à une trentaine d'années la connaissance des acci- 
dents provoqués par les dents de sagesse. 

D^ L. DE Sainte-Marie. 



THÉOLOGIE 

ItH Vie lillii*^°ic|Ue, ou VAnie se nourrissant, se consolant et tendant à 
sa destinée dans le service de Dieu par VEglise, par Eugène Chipier. 
6e éd. Lyon et Paris, Vitte, 1908, in-16 de xxii-434 p. — Prix : 3 fr. 

Le succès de cet ouvrage, parvenu à la sixième édition, témoigne de 
la faveur dont jouit, auprès des âmes pieuses, toute œuvre capable 
de bien faire comprendre et aimer la liturgie catholique. Ici, la litté- 
rature, la poésie, la piété marchent de concert; elles marchent dans 
une gradation harmonieuse : la vie; la vie pour le service divin; le 
service divin par la liturgie; la liturgie par le sacrifice eucharistique; 
le sacrifice eucharistique s'accompagnant de notre louange et de nos 
souffrances; à l'image de la lampe du sanctuaire; puis le sacrifice de 
louange se continuant dans l'office de vêpres, de compiles et dans tout 
l'office canonique; le chant, enfin, prêtant son concours à la prière. 

Cette marche du chrétien en chacune de ses journées lui fait parcou- 
rir le cycle annuel des fêtes chrétiennes. Il puise dans les sacrements 
la vie qui l'anime, finalement, dans les circonstances présentes, si 
dures pour l'Église; il trouve dans la liturgie l'aliment nécessaire, la 
consolation qui encourage, la sécurité dans l'acheminement vers nr.tre 
destinée éternelle. 

Tel est l'ouvrage d'un prêtre zélé, qui nous livre le secret du succès 
de son action pastorale. Par la liturgie, il a instruit, consolé, vivifié 
ses paroissiens. Grâce à son «excellent livre»,' — ainsil'a appelé le P. Mon- 
sabré, — de nombreux prêtres et de nombreux fidèles connaîtront, 
aimeront, vivront la liturgie romaine et, ajoutons, romano-lyonnaise, 
car l'auteur n'a pas oublié qu'il appartient au clergé de Lyon. 

Nous avons regretté qu'après avoir fait gravir à son lecteur les 
degrés de l'échelle de la vie humaine en son premier chapitre, l'auteur 
renvoyât au chapitre XIII : des Sacrements, le dernier échelon : la vie 
surnaturelle. N'est-il pas vrai que toute la hturgie catholique se meut 
à ce niveau supérieur? Sans doute, cela est supposé, mais pourquoi 
ne pas le proclamer tout d'abord? A. Vigourel. 



— 316 - 

Eia Fotf catholique, par l'abbé H. Lesktre. 3' édition. Paris, Beau- 
chesne, 1909, in-l6 de x-^97 p. -- Prix : 3 fr. 50. 

Paru il y a seulement quelques mois, ce livre a déjà eu grand succès. 
Il semble destiné à en avoir plus encore, et pour longtemps. Il ré- 
pond, en eiïet, et très bien, à un désir ^^vement senti et qu'on entend 
exprimer à chaque instant. C'est, en une langue limpide et transpa- 
rente, un exposé clair et précis de la foi catholique. Il existe déjà, 
comme le remarque l'auteur, beaucoup de ces exposés, « et dont 
plusieurs sont excellents ». « Il n'y en aura jamais trop, nous dit-il, 
car la religion aurait peu à craindre des pires hostilités, si celles-ci 
ne trouvaient une alliée docile dans l'ignorance du grand nombre. » 
Ajoutons qu'il n'y en a probablement pas d'aussi bon, ni qui réponde 
si bien aux besoins actuels. Apres un Avant-propos, où sont indiqués la 
suite, l'ordre et le lien des questions, suit, en trente chapitres, l'exposé 
même des principales vérités de la foi. Les six premiers sont comme 
une Introduction. Ils ont pour objet le pouvoir et les limites de la 
raison, la révélation et la foi, le dépôt et la garde de la révélation, la 
mission et les prérogatives de l'Église enseignante. Viennent ensuite 
Î83 vérités spéciales : Dieu et le monde; Jésus et son œuvTe, et, à côté 
de lui, la \ierge Marie; l'Église, sa constitution et ses propriétés 
distinctives ; la morale catholique; la vie surnaturelle, la grâce ac- 
tuelle, la prière, les sacrements; le culte divin, la Providence, l'autre 
vie, l'éternité. Dans ce cadre souple et ferme se présentent tom* à 
tour les principales vérités de notre foi, sans longs détails évidemment, 
mais aussi sans confusion ni raideur. Il était difTicile de dire plus de 
choses en moins de mots, avec précision et clarté, sans sécheresse ni 
tension. Souvent l'expression est empruntée à l'Écriture ou au lan- 
gage officiel de l'Église, définitions ou explications des conciles et des 
Papes. La justification du dogme se fait tout naturellement par 
l'exposé même, et les fondements scripturaires ou traditionnels de 
la croyance, aussi bien que les motifs de crédibilité, sont indiqués 
avec soin. 

Je n'ai guère noté que deux ou trois points qui, à mes yeux, lais- 
sent à désirer : 

1° Avec beaucoup d'aipologistes populaires ou même de théolo- 
giens vulgarisateurs, l'auteur, p. 234, expHque l'axiome Hors de 
l'Eglise pas de salut, en l'entendant de l'âme de l'Église, non de son 
corps '^ tel n'est pas. le sens traditionnel de l'axiome et la question se 
repose toujours du rapport qu'il y a entre l'âme de l'Église et le corps 
de l'Église, et comment on peut être de l'âme de l'Église sans être de 
son corps. 

2° Tout en reconnaissant, p. 174, que la science humaine du Christ 
« s'est certainement étendue à toutesles connaissances qui intéressaient 



— 317 — 

sa mission », l'auteur tient que Notre-Seigneui' « se contentant de 
connaître ce qu'il lui fallait savoir pour instruire les hommes des 
choses du salut, voulut humblement ignorer tout le reste et n'apprit 
des choses de ce monde que ce qui lui venait par l'expérience quoti- 
dienne ». Même si l'opinion est défendable, en ces termes discrets et 
mesurés, et j'avoue que le silence de l'auteur sur la vision béatifique 
du Christ me laisse perplexe à cet égard, on ne peut donner cola 
comme acquis, l'opinion contraire étant et ayant toujours été beau- 
coup plus commune. Même remarque pour ce qui est dit, p. 471, du 
temps où doit finir le monde : « Le Fils même, dans son âme humaine, 
n'en a point connaissance, parce que c'est une question sur laquelle 
il n'a pas à faire de révélation », avec cette circonstance aggravante 
que l'on ne voit pas comment concilier cette assertion avec le prin- 
cipe formulé plus haut par l'auteur que la science humaine du Christ 
« s'est certainement étendue à toutes les connaissances qui intéres- 
saient sa mission ». 

3° Ma dernière réserve regarde ce qui touche à la résurrection. 
L'auteur, p. 473, formule parfaitement le dogme cathoUque, soit dans 
les termes officiels de l'Église : « Je crois la vraie résurrection de ce 
corps que j'ai maintenant »; soit en son propre nom : « Dieu veut 
que l'âme retrouve un jour son corps dans l'autre vie, afin que ce 
corps, qui a concouru à ses actes bons ou mauvais en ce monde, 
devienne pour elle un élément de bonheur ou de malheur dans r"éter- 
nité ». Mais je crains que ces formules ne paraissent un peu sacrifiées 
dans l'explication qui suit : « La nature des éléments qui le compo- 
seront (le corps) à la résurrection importe assez peu. L'âme animera 
ces éléments et en fera ainsi son vrai et propre corps, que les élé- 
ments aient tous fait partie ou non de ce corps terrestre ». Le petit 
mot tous apporte sans doute à la pensée une limitation importante; 
et je reconnais, d'autre part, que tel théologien en vue, le P. L. Billot, 
semble bien tenir, comme fait M. Lesêtre, que l'identité du corps 
« vient non de la matière changeante, mais de l'âme qui fait la vie 
de cette matière. » Mais quelles que puissent être à cet égard nos 
opinions métaphysiques, ce n'est pas à la philosophie, c'est à la foi 
que nous devons demander notre idée de la résurrection. Or, cette 
idée de la foi, telle que nous la trouvons chez les Pères, et telle qu'ils 
s'efforcent de la justifier contre les raisonnements trop humains, ne 
me parait pas pleinement sauvegardée, si l'on ramène tout à l'union 
de notre âme avec une matière quelconque dont elle ferait son corps, 
en lui communiquant sa vie. 

Nos réserves, on le voit, ne portent que sur quelques détails, et sur 
des détails relativement minimes. Mais on A'oudrait n'avoir pas à les 
faire quand il s'agit d'un ouvrage destiné à faire tant de bien et que 



- 318 - 

l'on SG plaît soi-même à rocommandor en toute occasion comme 
le meillenr en ce genre. J.-V. Bainvel. 

>Saiiit François de S'aleg, texte et éludes fiar FoinuNAT Strû-wski. 
Paris, Bloud, 1908, in-16 de 364 p. (Collection La Per.sée chrétienne). —Prix: 
3 fr. 50. 

M. Strowski est un familier de saint François de Sales, autant pres- 
que que de Pascal ou de Montaigne. Dans son Introduction à l'histoire 
du sentiment religieux en France au xyii*^ siècle, il a étudié de l'aimable 
saint le rôle historique et la physionomie. Ici il s'attache à analyser 
et à reproduire sa pensée « en témoin ou plutôt en traducteur. « Lui- 
même nous dit très bien ce qu'il aurait voulu faire et qu'il n'a pas fait. 
« En commençant ce livre, j'espérais donner un résumé net et métho- 
dique de la pensée de saint François de Sales. Je n'avais certes pas 
l'illusion que je pommais la réduire à une doctrine systématique : 
mais je comptais la dégager des « surcroissances », l'empêcher de 
s'épanouir en tous sens, la ramener à quelques directions rigoureuses 
et l'y enfermer étroitement. Je n'y ai pas réussi; je ne regrette pas 
de n'avoir pas réussi. Je n'ai pas réussi, parce qu'il n'y a pas 
une seule page de saint François de Sales, ni une seule idée dans 
ces pages, qui ne soit ample, subtile, étendue en tout sens, riche 
et bruissante comme un arbre dans une forêt. Je ne regrette 
pas de n'avoir pas réussi, car il serait bien ridicule de vouloir 
faire l'image d'un arbre et Timage d'une forêt si l'on ne tient compte 
ni des racines, ni des branches, ni des feuilles, ni des fruits. » 11 y a 
trace, en effet, à travers le volume, dans les débuts surtout, d'un 
effort pour dégager les idées directrices, et cet effort n'aboutit pas. 
Peut-être ne pouvait-il pas aboutir; et, s'il le pouvait, peut-être 
n'était-ce pas désirable; car ce n'eût été sans doute qu'aux dépens 
de la vérité vivante et concrète, en appauvrissant et mutilant la 
riche et complexe réalité. C'est déjà beaucoup que M. Strowski nous 
aide à reconnaître « les aspects significatifs de la forêt, après en avoir 
surpris la A'ie ». Il le fait en nous offrant ces extraits et ces analyses, le 
tout entremêlé de réflexions justes et d'explications utiles. C'est sur- 
tout le psychologue que M. Strowski nous montre; mais ç^e psychologue 
est aussi un homme de doctrine, et il faut ajouter, un homme de Dieu, 
un saint et un apôtre. « La pensée de saint François de Sales, si voi- 
sine de Montaigne par le sens du réel et par l'observation précise des 
âmes, si voisine de Platon par le sens du divin et par la description 
du monde supérieur, a eu pour base l'enseignement de l'Église catho- 
lique. Parmi les penseurs chrétiens, l'auteur de V Introduction à la 
vie dévote et du Traité de l'amour de Dieu est un des plus originaux 
et, pourtant, il y en a peu qui aient aussi fidèlement que lui représenté 



a 



— 319 — 

la Pensée ehrélienne. » Ceux qui voudront connaître la doctrine du 
saint et avoir sa direction, comme ceux qui en font leur « lecture spiri- 
tuelle », devront continuer à lire dans le texte intégral V Introduction^ 
V Amour de Dieu, les Entretiens, les Sertnons, les Lettres. Mais qui ne 
veut que prendre un moment contact avec lui pour voir sa manière et 
se faire une idée de l'homme, de l'écrivain, et de ses principaux chefs- 
d'œuvre, trouvera en M. Strowski un excellent guide et dans ces 
extraits des spécimens exquis. J.-V. Bainvel. 



lia 4|jiie»tioM leligicii^v, ciic|iièle interiintfoiiale, par Fré- 
déric Charpin. Paris, Meicure de Fiance, 1108, in-lS de 3cl5 p. — Prix : 
3 fr. 30. 

I^a mode, dit-on, est aux enquêtes. Encore faudrait-il enquêter 
sur un objet qui en soit susceptible. On enquête pour découvrir un 
coupable; on enquête pour contrôler un fait; M. Caillaux enquête 
pour savoir ce qu'il y a dans nos bourses; mais nous comprenons mal 
une enquête sur l'avenir. Le sentiment religieux est-il en évolution ou 
en dissolution? C'est un sujet sur lequel les recherches n'ont aucune 
portée certaine. Chacun répond suivant son impression personnelle. 

Le recueil de réponses publiées par M. Charpin n'a qu'un intérêt, 
c'est de faire connaître l'état d'esprit de gens très intelligents, quel- 
ques-uns même éminents. Il y a quelques bonnes réponses des catho- 
liques, par exemple celle de Dom Besse et celle de l'abbé Wekerlé. 
M. de Mun, qui avait cru d'abord ne pas devoir répondre, s'est exé- 
cuté après coup dans une page magistrale. Tous ces messieurs sont 
unanimes à repousser l'idée d'une dissolution ou d'une transformation 
profonde du catholicisme. Mais ces réponses sont relativement peu 
nombreuses; M. Charpin le regrette lui-même; il aurait tort de s'en 
étonner, car la question qu'il a posée est de celles sur lesquelles les 
catholiques ne sauraient admettre aucun doute. 

Il y a quelques réponses de sectaires décidés pour lesquels la reli- 
gion est un cauchemar qui doit disparaître. Le plus grand nombre 
de lettres expriment plus ou moins l'idée que le sentiment religieux 
est indestructible, mais que la forme dans laquelle il s'incarne importe 
peu. Quelques Imaginatifs tels que M. Minsky et M. Dimitry Merej- 
kowsky se doni^ent l'innocent plaisir de décrire une forme future de reli- 
gion. La plupart semblent assez disposés à admettre une religion 
purement intérieure pourvu qu'elle n'engage à rien. 

Ce qui nous étonne, c'est le petit nombre de réponses, même parmi 
les catholiques, où l'on mette en avant le point de vue surnaturel. Ce 
point de vue est cependant fondamental pour notre foi. S'il ne s'agit 
que de morale et de sociologie, toute religion qui admet un Dieu et une 
autre vie peut se défendre. 



— 320 — 

C'est bien en effet le triste spectacle auquel nous assistons aujour- 
d'hui, l'oubli par un grand nombre de nos destinées surnaturelles, A 
ce point de vue, le sentiment religieux subit dans les masses une 
évolution hautement regrettable. D. V. 



lia Religion des primitif s, par Mgr A. Le Roy. Paris, Beauchesne, 
lyG9, )u-16de vii-bt8 p., avec caries et grav. hors texte. — Prix : 4 fr. 

Cette magistrale étude a fait l'objet de conférences données à 
l'Institut cathohque par son auteur, du 21 décembre 1907 au 22 fé- 
vrier 1908. Elle a l'inappréciable avantage d'être la synthèse, non de 
recherches seulement livresques, mais aussi et surtout d'enquêtes 
personnelles, multipliées, dui'ant un séjour de vingt années et plus, au 
milieu de populations africaines données par la plupart des évolution- 
nistes antichrétiens comme des spécimens toujours vivants de l'état 
primitif de l'humanité. Or il arrive que ces prétendus primitifs 
sont le plus souvent les derniers tenants d'une civilisation assez décré- 
pite, et que leur état présent est le résultat d'une déchéance progressive,, 
plusieurs fois séculaire. Alors que leurs idées sont embryonnaires et 
leurs mœurs d'une brutalité choquante, ils parlent une langue re- 
marquable par la richesse des expressions et ce que l'on pourrait 
appeler la correction grammaticale, s'il ne s'agissait de gens qui n'ont 
pas la moindre idée de la grammaire. Ils répètent invariablement et 
d'une façon impeccable, comme celle des perroquets, les mots qu'ils 
ont appris de leurs ancêtres. Ce contraste entre la perfection relative 
du langage et la rudesse, la grossièreté de tout le reste était un avertis- 
sement qui aurait dû guérir de leur manie les partisans du progrès 
continu, s'ils n'avaient pas eu leur siège fait. Que du moins ceux qui 
sont de bonne foi lisent l'exposé de cette multiple enquête, faite 
sur place, durant près d'un quart de siècle, par un observateur sa- , 
gace, merveilleusement outOlé pour la mener à bien, et ils sauront à 
quoi s'en tenir sur ces primitifs et, par là-même, sur le primitif. J;e 
ne puis qu'indiquer les points traités par l'auteur, la place dont je 
dispose ici ne me permettant pas davantage. 

Dans un premier chapitre, Mgr Le Roy déblaie le terrain et dit 
ce qu'il faut entendre par la science de l'iiistoire des religions appli- 
quée aux primitifs; dans le second il étudie le primitif en face de la 
nature, tel que certains aiment à se le représenter, tel qu'il est, en 
réahté, du moins aujourd'hui, dans la race bantoue. Un troisième cha- 
pitre a pour objet le primitif et la famille, pages fort intéressantes sur 
le mariage et ses divers modes : monogamie, polyandrie, polygamie. 
L'hypothèse d'une promiscuité originelle est démentie par les faits- 
La famiUe est fortement constituée chez ces peuplades sauvages. 



— 321 — 

Le chapitre suivant traite un point également du plus haut intérêt, 
savoir, le primitif en présence, non plus de la nature, mais de l'extra- 
naturel, sinon du surnaturel; c'est-à-dire, en face du monde invi- 
sible; ce qu'il pense des esprits, du Grand-Esprit surtout, de l'âme 
et par suite de l'au-delà. Dans le chapitre cinquième, il est démontré 
que la morale, chez ces peuples, est étroitement liée à la rehgion, qui, 
d'ailleurs, lui fournit sa sanction : la morale indépendante leur est 
inconnue; les évolutionnistes la leur prêtent gratuitement. Le culte 
qui fait l'objet du chapitre sixième est un singulier mélange 
de rites religieux et de pratiques superstitieuses : le prêtre ne se 
distingue peut-être pas toujours du sorcier. En réalité, le vrai prêtre, 
c'est le chef de famille. La religion du primitif se traduit par la prière 
et le sacrifice qui s'adressent à la triple catégorie d'êtres surnaturels: 
Dieu, les Esprits, les Ancêtres. Négrilles et Bantous connaissent 
aussi la magie qui est bien plutôt une déformation de la religion, 
quand elle n'est pas son ennemie, que non pas sa devancière, sa 
mère, comme le veulent nos adversaires. L'homme fut religieux avant 
d'être superstitieux. Cette magie est étudiée dans le septième cha- 
pitre. Le huitième compare les religions des primitifs dans les diverses 
parties du. monde, en s'aidant de l'histoire qui seule d'ailleurs peut 
éclairer la préhistoire. Le savant auteur termine son étude par une 
série de conclusions importantes qui s'imposent à tout esprit non 
prévenu. Ce livre, si abondamment et si excellemment documenté, 
est une solide réfutation du système évolutionniste, imaginé de 
toutes pièces par les rationalistes, uniquement pour combattre le 
sarnaturel. A. Roussel. 



SCIENCES ET ARTS 

Dieu et Seîeiice, par J. dk la Purrièrk. Paris et Lyon, Vitte, 1909, 
2 vol. iii-16 de xn-3V4 el 369 p. — Prix : 7 fr. 

De nombreuses questions sont traitées et élucidées dans cet ou- 
vrage. On y trouve de l'ontologie, de la cosmologie, de la biologie, 
de l'anthropologie, de l'ethnographie, du préhistorique, de la psj^- 
chologie (au sens ancien du terme), de la sociologie, de l'histoire 
ecclésiastique et de la théologie naturelle. Le tout nianié de main de 
maître, on peut le dire, et appuyé sur une documentation des plus 
étendues, avec références non moins nombreuses. 

Le premier volume débute par une dissertation de haute philo- 
sophie sur la nécessité de l'Être; l'auteur examine ensuite ce qu'il 
appelle les « Existences » : que sont la Matière, la Vie, l'InteUigence, 
la Raison, l'Instinct, la Société? et, en second lieu, les « Origines «; 
d'où viennent toutes ces existences? Il est ainsi amené à étudier la 
AVRIL 1909. T. CXV. 2L 



— 322 — 

question du transformisme qu'il examine sans préjugé ni parti pris, 
faisant valoir impartialement les arguments des deux partis favo- 
rable ou hostile, et alioutissant à cette conclusion que les fa