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Full text of "Polybiblion; revue bibliographique universelle"

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TORONT&yPlfffi-IC LiBRARY. 

Référence Department, 



THIS BOOK MUST NOT BE TAKEN OUT OF THE ROOM. 






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PÔLY BI BLION 



REVUE 
BIBLIOGRAPHIQUE llNlVEliSELLE 



Janvier l'JTi T. CXXIV. 1. 




POLYBI BLION 



REVUE 



BlBIJOGHAPeilillK UNIVERSELLE 

PARAISSANT TOUS LES MOIS 



PARTIE LITTÉRAIRE 



DEUXIÈME ïiÉRIE. — TOME SOIXAIMTE-QIIII^IXIÈME 

(cent VlNGT-QUATKIK.Mh; Dli LA COLLECTION) 







^- 



PARIS (7^) 



AUX BUREAUX DU P O LY B I B LI O N 

S, RUE SAINT-SIMON, 5 



1912 






A-'fet^<=c,3 




MAY 2 2 1922 



POLTBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



DERNIÈRES PUBLICATIONS ILLUSTREES 

i. Le Tour du monde. Journal des voyages et des voyageurs. Année 1011. Paris, Ha- 
chette, gr. in-4 de 636-xiv-430 p., avec de nombr. illustrations. Brorhé, 25 fr. : 
relié, 32 fr. 50. — 2. La Belgique illustrée, par Dumont-Wiluf.n. Paris, Larousse, 
8. d. (1912), gr. in-4 de iv-304 à 2 colonnes, illustré de 570 reprod. photogr., 22 
cartes et plans en noir, 10 planches hors texte en noir, 6 cartes et 3 planches 
hors texte en couleurs. Broché, 20 fr. ; relié, 26 (r. — 3. Tseu-Hi, impératrice 
douairière (la Chine de 1835 à 1909, d'après les papiers d'État, les Mémoires 
secrets, les Correspondances), par J.-O. Bland et E. Blackhouse. Paris, Hachette, 
1912, in-8 illustré de 2 fac-similés en couleurs, 24 planches en ncir et d'un plan 
de Péking. Broché, 15 fr. ; cartonné, 20 fr. — 4. Les Merveilles de la science. 
Aerostation, aviation, par Max de Nansot;ty. Paris, Boivin, s. d. (1912), gr. in-8 
de 759 p. à 2 colonnes, illustré de 582 grav. Broché, 15 fr.: cart. toile, fers spé- 
ciaux, 17 fr. 50. — 5. Les Voleurs de foudre, par Paul d'Ivoi. Paris, Boivin, s. 
d. (1912), gr. in-8 de 460 p., illustré par L. Bombled. Broché, 10 fr.: relié toile, 
plaques spéciales en couleurs, tr. dorées, 12 fr. — 6. L^s Aviateurs des Andes, par 
Marc Janin. Paris, Boivin, s. d. (1912), gr. in-8 de 284 p., illustré par Ray- 
mond Tournon. Relié, plaque spéciale, tr. dorées, 8 fr. — 7. Jehan, le meneur de 
loups, par Jean Floryde. Paris, Delagrave, s. d., gr. in-8 de 240 p., illustré 
de M. Raynolt. Broché, 3 fr. 50; relié, 5 fr. — 8. Au pays des Chansons, par G. 
MoNTORc-l'EiL. Paris, Boivin, s. d. (1912), album in-4 de 56 p., illustré d'aqua- 
relles par .Ion. Relié toile, plaques en couleurs, tr. dorées, 9 fr. — 9. Les Veillées 
des chaumières, journal bi-hebdomadaire illustré. 34° année. Paris, Henri Gau- 
tier, 1910-1911, in-4 de 836 p., avec de nombr. grav. Broché, 6 fr. ; cart. toile, 
7 fr. 50. — 10. La Poupée modèle. Revue des petites filles. 48" année. Paris, 3, rue 
du Quatre-Septembre, gr. in-8 de 290 p., avec de nombr. grav. et planches. 
Paris, 7 fr. ; Seine, 8 fr. ; départements, 9 fr. ; Union postale, 11 fr. — 11. Xes 
JJ'-res roses pour la jeunesse, publiés par la librairie Larousse. 3'^ série de 24 vol. 
in-12 de 60 à 64 p. (n" 49 à 72), illustrés d? nomlir. grav. Brochés, réunis dans 
un élégant éfui, 3 fr. 90. — 12. Paris, par Philippe Dufour. Paris, Jouve, 1912, 
in-8 de xv-184 p., avec 70 illustrations cVapris des eaux-forte-:, des dessins 
et des croquis d^ Jean-Jules Dufour. Broché, 5 fr. 

Encore douze publications illustrées, dont plusieurs sont de tous les 
temps, et d'autres auxquelles nos lecteurs pourront se reporter à la 
fin de la présente année, quand ils auront à arrêter leur choix en vue 
des étrennes. Ces ouvrages, qui ont été sommairement annoncés 
dans notre précédente livraison (p. 54®), nous sont arrivés trop tard 
pour être compris dans le compte rendu général. 

1. — C'est un vieil et cher ami que le Tour du monde ; jamais on 
ne s'ennuie en sa compagnie, et c'est toujours avec un vif sentiment 
de curiosité, avec une indicible satisfaction que l'on rouvre un de ses 
volumes, alors même qu'on vient seulement de le quitter. Aussi quelle 
joie est 'a nôtre, lorsque chaque année, au moment des ('trennes, 
nous voyons arriver l'ensemble des livraisons parues au cours des 
douze mois précédents ! Quelles bonnes heures nous passoTis à faire 
connaissance avec ce nouvel ami !... Il s'est fait un peu attendre cette 



— a — 

annoo. o\ c'est pourquoi nous n'nvons pas ]iu 1p pivsontor de bonne 
heure à nos lecteurs; mais le voici, enfin, avec une remarquable 
collection de récits de voyasre dans les différentes parties du monde. 
Kn Europe, ce sont des parties admirables de l'Autriche, le S.ilzkam- 
merirut. les Alpes de Sal/bourc: et les llohe Tauern, }i!!is les côtes 
orientales de la mer Adriatique entre Trieste et Corfou — des pays 
peuplés de nationalités rivales — que décrivent MM. .T. Du Plessis 
de Grénédan et B. de Jandin; en Asie, nous gravissons le mont 
Ararat avec M. T.ouis Seylaz et nous nous arrêtons longuement 
dans les parties orientales du continent, en Ri'manie avec le com- 
mandant Pilate, en Annam avec M"<= Gabrielle M. ^^assal, le long 
du chemin de fer du Yunnan avec le capitaine Am. Aymard, dont 
nous connaissons déjà un bon livre sur les Touareg. Passons de là en 
Océanie pour y voir, sous la conduite de M. René La Pruyère, ces 
trois archipels de la Pohiiésie qui sont les *^amoa, les Iles sous le 
Vent et les ^Tarquises : puis regagnons l'Furope par l'Amérique 
où M. Emile Desc]iomps veut nous faire monter au sommet du 
Tamalpaïs californien, où le comte Maurice de Périgny entend 
faire aux lecteurs du Ton?- du monde les honneurs de quelques 
villes mortes de l'Amériaue centrale, en particulier de ces ruines 
de Nackun, qu'il a découA^ertes.... Géographie, ethnographie, 
politique, archéoloerie, tout se trouve représenté dans ces récits vi- 
vants, alertes, illustrés de superbes gravures; la colonisation contem- 
poraine, avec ses procédés si humains, si intelligents, y apparaît 
parfois, — beaucoup moins toutefois aue dans le .Tournai du corps 
de débarquement de Casablanca à travers la Chaouia dont le capi- 
taine Grasset est l'auteur, beaucoup moins surtout que dans le tra- 
vail de M. Eouis Sonolet sur les progrès de l'Afriaue occidentale 
française. Enfin, aux chasseurs donneront satisfaction les récits 
d'excursions t de chasses en ^bvssinie à^ M. Georges Rémond... — 
Quel regret pour nnns d'être obligés de nous en tenir à cette sèche 
nomenclature, et de ne pouvoir faire ressortir les aualités particu- 
lières de chaaue auteur, les mérites de telle ou telle relation, les 
beautés de l'illustration ! Et voici q\^Q, non moins rapidement, il nou« 
faut passer «ur « A travers le monde, » sur ses courtes notices, si 
précises et si variées, si pleines de renseio-nements de tfuite nature, 
véritable mine où peuvent puiser à pleines mains les géographes, 
les professeurs, les touristes et les bibliographes. Une table des ma- 
tières succincte, mai=^ suffisante, permet de trouver très vite, dans 
ce supplément du Tour du monde, les indications que l'on y cherche; 
elle fait d' » A travers le monde» un véritable instnmient de travail 
non moins instructif et non moins attrayant que les récits nlus déve- 
loppés dont nous avons débuté par dire quelques mots. 



2. — Non moins que la France, do M. P. Joussct, dont il a été 
question dans notre dernier numéro (p.484-4'^5), la Belgique illustrée^ 
de. M Dumont-Wilden, est un superbe livre d'étrennes. Que de gra- 
vures, en effet, et dans le texte et hors texte, et de splendidea 
gravures reproduisant les sites les plus pittoresques et les plus admi- 
rables monuments de ce véritable musée, plein de contrastes et plein 
de souvenirs du passé, qu'est le pays confinant au nord à notre 
France ! Des rivages de la mer du Nord jusqu'à la Baraque Michel et à 
la frontière allemande, la contrée ne cesse d'aller s'élevant, si bien 
que l'on passe graduellement, insensiblement, des polders situés au- 
dessous du niveau des hautes marées et défendus par des digues contre 
l'invasion des flots jusqu'à une altitude de 400 mètres et plus en - 
traversant des plaines basses, puis des pentes douces, des talus molle- 
ment inclinés, des plateaux que coupent les fossés des rivières dispa- 
raissant parfois dans les calcaires, et que couvrent ailleurs d'épaisses 
forêts... Tous ces aspects si variés, M. Dumont-Wilden les a signalés 
successivement dans son texte, de manière à expliquer la succes- 
sion des illustrations qui l'accompagnent; mais.il a insisté avec plus 
de complaisance encore, à très juste titre, sur l'homme. C'est plaisir 
de le suivre dans ses développements sur la vie du mineur, sur les 
dentellières, les botteresses, de pénétrer avec lui dans les béguinages, - 
comme aussi d'évoquer avec lui les souvenirs du passé de la Belgique, 
et d'étudier les reliques des temps qui ne sont plus... Deux chapitres 
consacrés, l'un au Congo belge, l'autre au Grand-Duché de Luxem- 
bourg, terminent ce beau volume dont les illustrations en noir sont 
un véritable enchantement pour les yeux, dont les hors texte en cou- 
leurs sont très réussis, dont les cartes sont parfaitement lisibles, et 
qu'encadrent une brève Introduction de M. Emile Verhaeren et une 
étude sur le rôle pacifiste de la Belgique, en qui M. Louis Frank voit 
le « district fédéral du monde. » 

3. ■ — C'est une bien curieuse figure que celle de cette impératrice 
douairière Tseu-Hi qui, pendant plus de quarante années consécu- 
tives et durant plusieurs règnes, fut le véritable souverain de la 
Chine. Née en novembre 1835 dans une famille appartenant à un des 
clans mandchoux les plus anciens, Ye-ho-na-la entra d'abord dès 
le 11 juin 1852 dans la Ville interdite en qualité de concubine du 3^ 
degré, de « Kouei jen, « c'est-à-dire de « personne honorable », et 
ne tarda pas à arriver au premier rang en donnant à l'empereur 
Hien-Foung un héritier et en commençant à déployer les qualités 
d'homme d'État dont elle eut si souvent à faire preuve par la 
suite. Que d'événements d'une importance capitale pour l'histoire de 
la Chine se sont succédé depuis le moment où Ye-ho-na-la a pu- 
jouer un rôle et celui où, le 15 novembre .1908, est morte,- .comblée 



d'honnenrs, la « vieille Bouddha '> qui avait reçu, dès 1861, de son 
jeune fils, le nouveau nom de Tseu-Hi (maternelle et propice) ! La 
révolte des Taï-Pins:, la campacme ansïlo-franraise de 1859-60 et la 
fuite de la cour à Djéliol. puis les différentes interventions européennes 
en Chine, les « Cent jours de réforme « et le coup d'Etat de 1898, la 
révolte des Boxeurs et l'entrée du monde officiel chinois dans la 
voie des réformes... Dans ce demi siècle de l'histoire du Céleste Empire, 
Tseu-Hi a tenu sa part, et sa très large part, grâce à ses trois ré- 
gences et à son influence prépondérante; l'administration, la politi- 
que intérieure, la politique extérieure, cette femme remarquablement 
intelligente, mais astucieuse, perfide et cruelle, a tout marqué de 
son empreinte, si bien qu'on peut dire qu'elle a été, à travers plu- 
sieurs règnes successifs, la véritable maîtresse de l'Empire. Par quels 
moyens et à travers quelles vicissitudes, MM. J.-O. Bland et E. 
Blackhouse l'ont parfaitement indiqué dans leur excellent ouvrage, 
plein de renseignements précieux et de documents officiels, relatif à 
Tseu-Hi, impératrice (înuairière de Chine. Rien de plus attrayant que 
ce livre, bien plus curieux qu'un roman, rempli de~^ révélations 
sur les mœurs de la cour de Pékin, les intrigues et les exactions des 
eunuques, etc., et illustré de remarquables photographies repré- 
sentant les principaux personnages du gouvernement chinois de. la 
fin du xix^ siècle, ainsi que les plus beaux aspects de la Ville inter- 
dite. 

4. — Existe-t-il quelqu'un qui ne s'intéresse pas au double sujet 
Aérosiation. Aviation! M. Max de Nansouty, digne continuateur de 
Louis Figuier, nous présente, dans un magnifique volume sur les 
Merveilles de la science^ l'histoire de la navigation aérienne depuis 
l'origine jusqu'à la fin de 1910. Ce volume satisfera aniplemeiitle désir 
de savoir qui, légitimement, s'empare du grand public. Tous les 
sphériques, dirigeables, aéroplanes sont décrits avec un soin minu- 
tieux et les voyages notables qu'ils ont accomplis sont signalés. L'au- 
teur nous fait suivre, pas à pas, les progrès accomplis dans la '^onquête 
de l'air. Mais son rôle ne se borne point là. Il ne se cont nte pas 
d'être historien, il est, en plus, excellent vulg^arisateur de sciences. La 
direction des ballons, la construction des aéroplanes, leur stabilisa- 
tion, demande la solution des problèmes mécaniques les y lus ardus. 
Par des explications précises, accompagnées de schémas 1res clairs, 
M. de Nansouty nous fait simplement comprendre ce qui îi^té fait et 
ce qu'il reste à faire. Son étude ne porte pas seulement sir la navi- 
gation aérienne en France, mais bien dans l'univers entier, et, s'il 
nous donne la première place, ce n'est pas par faux patriotisme, mais 
parce que nous la mérilons. Son livre le prouve. 
•'• — Dans ses Voleurs de foudre. M. Paul d'Ivoi nous -cause l'im- 



pression d'un Jules Verne accommodé à la façon de Ponson du Ter- 
rail. Un jeune homme, grâce à l'intervention de trois jeunes pickpoc- 
kets appartenant au beau sexe, parvient à entrer en possession de 
titres et papiers qui lui dévoilent sa qualité de prince — prince de 
Valbéryl, — alors qu'il n'est pourvu que d'un simple prénom : 
Charles. Parmi ces trois ijetites voleuses, ■ — singulières protectrices 
tout de même pour un jeune homme bien élevé! — il en est une, 
Régine, qui commande aux deux autres et que la suite des événe- 
ments nous révèle comme la fille d'un sultan asiatique dont le 
minuscule pays est convoité à la fois par le Siam et par les Anglais, 
lequel sultan avait épousé une Française. Les premières scènes du 
récit se passent au Havre où l'unique protecteur du prince qui s'ignore 
meurt dans d^s conditions mystérieuses, frappé chez Uii par la fou- 
dre, sans qu'un oras^e ait éclaté sur la ville.... La suite nous conduit, 
nous jette, nous précipite à travers le monde, au Mexique, en Haïti, 
dans une île déserte de l'Océanie, et nous ramène, après des aven- 
tures toutes plus extraordinaires les unes que les autres, en France, à 
Marseille et de là à Saint-Germain près Paris, où Charles, toujours 
escorté de ses gardes du corps enjuponnés, d'un dévouement génial, 
est reconnu, en dépit des oppositions enragées de la malfaisante 
association de 'la Mafia et de son grand chef, comme prince de Val- 
béryl et mis en possession d'une fortune colossale. Le prince et 
Régine, devenue une jeune fille parfaite, — car au contact de son 
ami Charles elle n'a pas tardé à comprendre combien était repréhen- 
sible la « profession » aue dos misérables l'avaient contrainte à 
excercer, — le prince et Régine, disons-nous, vont donc s'épouser, 
quand d'autres événements, qui forment la deuxième partie du 
livre, empêchent cette conclusion naturelle. Et, tout de suite, voilà 
le lecteur, un peu essoufflé, obligé de courir après les héros et les... 
héroïnes de M. d'Ivoi jusqu'en Chine, au Siam, en Cochinchine, où 
se déroulent les péripéties d'un drame aussi palpitant, aussi inextri- 
cable que le premier, mais qui — Dieu soit loué ! — se termine non 
point par un, mais par deux mariages. 

6. — Autre roman étonnant, renversant, abracadabrant : Les 
Aviateurs des Andes. En un style aussi correct qu'imagé, M. Marc 
Janin nous raconté l'histoire d'un brave homme de colonel qui, s'étant 
engagé à donner sa fille au fils de son meilleur ami mort en Afrique, 
n'arrive pas à savoir, en dépit de soixante lettres et de nombreux 
télégrammes non parvenus à leur destinataire, si son gendre en 
perspective, qui court le monde comme explorateur, entend épouser 
ou s'il ne s'en soucie plus. Entre temps, un autre parti se présente. 
Alors le colonel, pour être fixé, décide qu'il se mettra à la poursuite 
du fiancé. C'est ainsi qu'accompagné du nouveau prétendant, du 



— 10 — 

frère et de la sœur de celui-ci, d'une dame de compagnie anglaise 
et d'un domestique, ancien zouave, qui n'a pas froid aux yeux, il 
quitte Paris et débarque en Amérique où, manquant sans cesse 
l'explorateur fantôme qu'il veut atteindre, il devient, avec sa compa- 
gnie, tantôt le héros, tantôt la victime d'une invraisemblable série 
d'aventures extraordinaires où tous les moyens de locomotion et de 
combat sont mis en action par les amis ou par les adversaires, tous 
également braves et savants, mais les premiers aussi honnêtes que 
les autres gens sont des scélérats, savoir : trains spéciaux, automo- 
biles, bateaux, hydroplanes, sous-marin perfectionné, avion mer- 
veilleux, torpilles, bombes de grande puissance destructive jetées 
dans l'espace depuis l'avion, etc. Ce fantastique roman est bien fait 
pour donner aux lecteurs ce que l'on appelle vulgairement « la 
chair de poule. » Les amateurs du terrible, de l'ultra dramatique en 
auront donc pour plus que leur argent. On vient de voir que le 
volume de M. d'Tvoi se clôt par deux mariages; celui-ci se ferme sur 
trois! L'un et l'autre, d'ailleurs, sont admirablement reliés et fort 
bien illustrés. Et. s'il nous fallait déterminer une préférence, nous 
l'accorderions sans hésiter à l'œuvre de M. Janin. 

7. — Jehan ^ le meneur de loups, i)'est que le premier des contes et 
légendes formant le recueil que, sous ce titT"e, M Jean Floryde vient 
de publier pour la plus grande joie des enfants. Il est tout imprégné 
du sentiment religieux. Le même esprit anime les Trois Rois de Co- 
logne et le Voile de la Vierge. La Légende de Vépée est émouvante : 
c'est celle de l'épée de Jeanne d'Arc. Les treize autres récits que l'on 
trouve dans ce volume sont surtout des contes de fées, qui raviront 
les lecteurs, petits et grands. 

8. — Le plus beau des albums de l'année nous est arrivé comme 
certain héros : après la bataille, c'est-à-dire postérieurement à la dis- 
tribution des étrennes aux enfants. Mais ce qui est différé n'est pas 
perdu; et, pour la fin de l'année qui vient de s'ouvrir, il importe dès 
à présent d'attirer l'attention bien particulière des parents sur l'al- 
bum intitulé : Au Pays des Chansons. Avec l'esprit qui le distingue, 
"M. G. Montorgueil a composé un texte comique, richement et très artis- 
tiquement illustré de splendides gravures en couleurs par Job. Un 
beau jour, ^L Dumollot ayant quitté la ville de Saint-Malo, où il 
demeure, pour accomplir un voyage indéterminé, veut se reposer dans 
un bois qu'il traverse; le sommeil le saisit aussitôt. Alors il rêve qu'il, 
parcourt " le pays des Chansons, » où il voit défiler tour à tour le 
souverain dudit pays, le bon roi Dagobert, la mère Michel, qui a 
épousé son vieil ennemi Lustucru et garde 'l'un des immeubles de 
Cadet-Roussel, puis les Compagnons do la Marjolaino, M. de la Pa- 
lisse, Toto Carabo, Jean de Nivelle fi nombre d'autres ejusdem farinae 



— 11 — 

qae nous ne pouvons nommer. Enfin, M. Diimollet achève brusque- 
ment son voyasje, ou, «pour dire mieux, son rêve, par l'intervention 
d'un voisin qui le tire d'un sommeil prolongé sur le sol où il n'a que 
dos rhumatismes à gagner. 

9. — Les Veillées des chaumières diffèrent de l'Ouvrier, que nous 
avons prrspntô le mois dernier (t. CXXII, p. 500-501), surtout par la 
date à laquelle commence l'abonnement : novembre au lieu de mai. 
Les « ^"'ari^''t('S « nombreuses que l'on y trouve offrent aussi quelques 
différences, tout en étant également instructives. Pour le surplus, 
les Veillées des chaumières ont ceci de commun avec l'Ouvrier qu'elles 
donnent, par tranches bi-hebdomadaires (le mercredi et le samedi), 
une série de grands romans inédits, illustrés, choisis avec soin et très 
intéressants. Le ?>'\^ volume de la collection, dernier paru, en ren- 
ferme seize, dont voici les titres, avec les noms de leurs auteurs : 
L'Affaire de Neuilh/, par M"^^ Marie Thiéry; Brin de jnimnsa, par 
Mi"e la comtesse Clo; Le Château-Rose, par M"^^ M. Maryan; Le 
Court- Circuit, par M™^ Jeanne de Coulomb; Les Débuts d'un juge 
d'instruction, par M. La Bruyère; Feux-follets, par M. Henry Bister; 
Les Fiancés de Scluvarzwald, par M. J. de Lacrouzille; Mariage blanc, 
par M. Beudant: Le Mariasse de miniiit, par M^"^ B. de Buxy; Le 
Miracle de la Dame-du-Pont, par M. J. Lacaze-Bastard; La Montée, 
par M. pierre Besbre; La Patte blanche, par M. L. de Kérany: Le 
Roman de Mimose, par M"^^ Florence O'Noll; Le Secret de sœur 
Delphine, par M^^e pierre du Château; Sur le sable, par M"^^ Marie 
Le Mière. et Yvette Leclerc, par M. Reçrnaud. Relié en toile rouge, ce 
volume est aussi recommandable que cehii de l'Ouvrier. 

10. — Être âgée de auarante-huit ans révolus et rester fraîche, 
sémillante, pimpante, c'est le lot enviable de la Poupée modèle. Le 
texte de ce gracieux périodiaue pour fillettes est choisi avec beaucoup 
de soin. On v t'ouve en premier lieu des contes, nouvelles, histo- 
riettes et com-^dies a"i raviront les petites lectrices. Parmi les vingt 
titres que nous pourrions citer ,'^nous en noterons quatre seulement, 
car nous devon" nous borner : Les Conquêtes de Mona, par M"^^ 
Ch. Péronnet: Histoire merveilleuse de deux petits garçons et d'une 
petite fille qui ne savaient pas lire, par M. J. David; La Poupée de 
Loulou, par M. R. Miguel; Le Five O'Clock, saynète à Quatre person- 
nages, par M. J. Preneuse. A signaler aussi des devinettes avec leurs 
solutions, des poésies, un peu de musique, des renseignements inti- 
tulés sévèrement : Économie domestique, qui relèvent de la simple 
friandise, cmelaues conseils (pas trop : les petits préfèrent autre 
chose); enfin Hes explications de travaux et surtout des nombreuses 
annexes consistant en patvons en papier et en étoffe, planches diverses 
en couleurs dont plusieurs sont presque somptueuses. A propos de 



I 



— 12 — 

ces planches de tontes sortes, une aimable rédactrice qui signe «Bonne 
Amie >\ s'adressant à ses « chères petites abonnées », leur dit, entre 
autres choses alléchantes : « D'habiles architectes ont dressé les plans 
d'un château magnifique. Tous les artistes que nous avons trouvés 
l'embellissent à qui mieux-mieux et vous allez avoir le'plaisir de rece- 
voir tour à tour le mobilier de chacune des pièces de rette demeure 
splendide : salon, salle à manger, chambre à coucher, toilette, 
cuisine, et quel joli mobilier ! Une maison de fée. où je vous vois 
rancreant vos armoires, garnissant vos vases de fleurs, maîtresses 
de maison accomplies!... A cette construction si amusante, nous 
joindrons encore de jolies robes dessinées sur étoffe et prêtes à être . 
cousues, y lesquelles arriveront « pour Pâques fleuries, pour la fête 
de la Sainte Vierge, pour Noël... » Puis, la même « Bonne Amie, » 
rappelant un~concours de couture, entretient ses jiiignonnes lectrices 
du succès obtenu : « Si vous aviez vu, s'écrie-t-elle, toutes ces gen- 
tilles robes, ces jupons chauds, ces chemises si bien taillées et cousues, 
vous seriez fières d'avoir pris part à cette rouvre de charité qui va 
réjouir tant de pauvres mères. Dans ses visites de Nool, le Petit .Tésus 
entendra bien souvent parler des petites abeilles de la Poupée 
modèle et il sera '^ontent de vous .. « N'est-ce pas que voilà un pé- 
riodique enfantin grandement recommandable? 

11. — Il y a un peu phis d'un an f Polyhihlion de décembre 1910, 
t. CXTX. p. 52.3), nous avons signalé les deux premières séries des 
Livres ros^s pour la jeunesse, que publie la librairie T^arousse. Au- 
jourd'hui nous donnerons une mention à la troisième série de cette 
collection. D'abord deux sujets mythologiques amplement racontés : 
Les Travaux d'Herenle et Persée, le vainqueur de la Gorgone. Puis 
des histoires de bêtes : Frère Benard et Frère Lapin: Histoire d'une 
tortue; ensuite des Contes de Flandres, des Contes de Russie et des 
Contes dp Chine; enfin deux comédies: Jeannot Lapin et les Quatre 
Prunes. Sur les vingt- quatre volumes de cette série, douze, c'est-à- 
dire la moitié, sont précédés d'une revue du mois en images, avec un 
texte rapide, qui porte son enseignement, et terminés par des « Ré- 
créations, » avec gravures.' Tous sont illustrés à profusion, de très 
agréable manière. Leur lecture ne distraiera pas les seuls enfants, pour 
qui cependant ils ont été composés. 

12. — Ce qui orécède était déjà imprimé lorsque nous est arrivé un 
volum? de poésies uniquement consacrées à Paris. Cent cinquante- 
deux sonnets sur la grande ville, ses monuments anciens et modernes, 
ses rues et ses'coins les idus pittoresques, ses vieux hôtels, ses curio- 
sités le^ plus rpmarquables on les moins connues, rortaines célébrités 
qui ont vécu à Paris et pour Paris, entre autres : Corneille, Molière, 
Racine. Boileau, La Fontaine, André Chénier, Danton, (on aurait pu 
le négliger), Bonaparte, Lamartine Victor Hugo, Pasteur 



— 13 — 

iiomme simple, saviuil plus grand qu un enipeieur, 

etc.. etc. : voilà ce que nous oit're M. Philippe Dulour, dans» ce re- 
cueil dont le titre n'a qu'un mot, mais combien magique : Paris, et 
qu'un véritable artiste, M. Jean- Jules Dufour, fils du poète, a illustré 
de la façon la plus charmante, la plus prenante. Pour donner une 
idée du trJent de M. Dufour (le père, le poète), nous allons repro- 
duire le sonnet intitulé : Sur les quais : 

Quais bénis, coin d'ombre el de solitude !... 

Calme et, curieux, tout à son plaisir, 

Le bibliophile y fouille a loisir 

La boite a bouquins, douce à l'habitude. 

11 leuilletie, lit, s'attarde à choisir, 
Suppute avec joie et sollicitude 
L'âge, le renom, la vicissitude 
Du volume où s'est posé son désir. 

Somptueux encore ou presque minable, 
Mauuce, elzévir, princeps, incunable, 
Tous le font rêver, hors du temps présent. 

Déjà, dans le soir, la Seine se cuivre 

Qu'il est toujours là, lisant, relisant : 

L'âme et l'œil perdus au [ond d'un vieux livre. 

A i'intention des lecteurs du Polybiblion était-il possible de mieux 
choisir? — MM. Edmond Haraucourt et Charles Géniaux ont écrit 
pour GQjParis peu banal deux élogieuses préfaces qu'il mérite bien. 
Quant au second M. Dufour (l'artiste, le fils), disons tout simplement 
que ses vingt gravures hors texte, ses dix frontispices et ses quarante 
culs-de-lampes nous ont ravis. Tous ceux qui aiment la capitale 
française ne manqueront pas de caser en bonne place ce délicieux hvre 
dans leur bibliothèque. Visenot. 

ROMANS, CONTES ET NOUVELLES 

Romans divers. — 1. Isabelle, par André Gide. Paris, Rivière, 1911, in-l8 de 182 
p., 3 fr. .50. — 2. La Mare aux gosses, par Jacques des Gâchons. Paris, Fonte- 
moing, 191 J, in-12 de 334 p., illustré par Géo Dupuis, André des Gâchons, Hellé, 
ûrazi et P.-A. Vibert, 3 fr. 50. — 3. Hugues Capet, par Antoine Baumann. Paris 
Perrin, 1912, in-16 de xi-268 p., 3 fr. 50. — 4. L'Homme qui a perdu son moi, par 
André Beaunier. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 de v-324 p., 3 fr. 50. — 5. 
La Bague d'opale, par René de Sainï-Chéron. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 de 
327 p., 3 fr. 50. — 6. Duels, par Louis Goiffon. Paris, Falque, 1911, in-12 de 
xn-294 p., 3 fr. 50. — 7. Les Insoupçonnés, par Henry de Forges. Paris,, Da- 
ragon, s. d., in-18 de 152 p., 2 fr. 50. — 8. Une Fille de rien, par Jules Leroux; 
Paris, Figuière, 1911, in-16 de 216 p., 3 fr. 50. — 9. La Route de l'Est, par Alexis 
Gallies. Paris, Figui^'re, 1911, in-16 de 208 p., 3 fr. 50. — 10. Le JPapillon noir, 
par Antoine de Lévis-Mirepoix. Paris, Lemerre, 1911, in-18 de 276 p., 3 fr. 50. 
— 11. Nella^ jolie fille, par Roger Lalli. Paris, Figuière, 1911, in-18 de 148 p., 
3 fr. 50. — 12. Les Pauvres d'amour, par Albert Tournaire. Paris, Jouve, 1911, 
in-18 de 359 p., 3 fr. — 13. L'Amour dans les ruines, par Max Deauville. Paris, 
Librairie générale des sciences, arts et lettres, s. d., in-16 de 185 p., 3 fr. 50. — ■ 
14. Idées fatales, par Emile Dousset. Paris, Figuière, 1911, in-18 de 203 p., 



— 14 — 

3 fr. ôO. — 15. I.rs l m pass^ibles Amours, par P. Yignk n'Or.iroN. Pai'is, Jouve, 
1912, in-H> de -(il ])., 3 fr. 50. — lii. La Mère et. rcnjant, i)ur r.iiAP.i.r.s-L'Uus 
Philippe. Paris,. Rivire, s. d., in-18 de 142 p., 3 fr. 50. — 17. l.a RrUtHn, (lar 
Pavl Hr.vzr.. Paris, llirsch, 1911, in-IS de 334 p., 3 fr. 50. — 18. Tiùur, par 
Hubert PiEugriN. Paris, Pion-Nmirril, s. d., in-16 de \i-293 p., 3 fr. 50. — 
19. La Rencontre dajis le carrefour, par Pieuhe-Jean Jouve. Paris, Figuiore, 1911, 
in-18 de 187 p., 3 tj. 50. — 20. Le Nouveau Docteur, par Jules Phàvieux. Paris. 
Ploii-Nourrit, s. d., in-16 de 289 p., 3 fr. 50. — 21. Le Couple. Essai d'entente, 
par AuuEL. Paris, Kisïuière, s. d., in-16 de 350 p., 3 fr. 50. — 22. Mimi-Munctle, 
par Flambaut pes Bouds. Paris, l'icker, 1911, in-16 de v-275 p., 3 fr. 5C. — 23. 
VObsession ( Moi et l'autre), par Jules Clauetie. Paris, Lat'iUe, s. d,, ia-16 de 
11-386 p., avec 'j^rav., 3 fr. 50. 
Romans de femmes. — 24. La Dame à l'oreille de velours, par Marie-Anne de 
BovET. Paris, Lnmerre, 1911, in-18 de 223 p., 3 fr. 50. — 25. De l'un à. l'autre 
amour, par Noëlle Roger. Paris, Perrin, 1912, in-16 de 339 p., 3 fr. 50. — 
26. L'Aube, par IIenui Ardel. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 de 335 p., 3 fr. 50. 
— 27. La Première Blessure, par Mauguetute Le.ieune. Paris, Figuière, 1911, 
in-18 de 226 p., 3 fr. 50". — 28. La Double Montée, par Berthem-Bontroux. Paris, 
Beauchesne, 1911, in-16 de 330 p., 3 fr. 50.- — 29. Le Seul Amour, par Louis 
Lefebvre. Paris, Calmann-Lévy, s. d., in-18 de 293 p., 3 fr. 50. — 30. Le Des- 
tin nous conduit, par Lucie Gautiiey. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 de 276 p., 
3 fr. 50. 
Romans étrangers. — 31. Figures du pays, par Hubert Krains. Bruxelles, De- 
chenne, 1908, in-16 de 277 p., 3 fr. 50. — .32. L' Ardennaise, par Henri Davi- 
GNON. Paris, Pion- Nourrit, s. d., in-16 de 288 p., 3 fr. 50. — 33. Frissons de 
vie, par Georges Rencv. Paris, Librairie générale des sciences, arts et lettres, 
s. d., in-12 de 2G9 p., 3 fr. 50. — 34. Haute Plaine, par Hubert Stiernet. 
Bruxelles, Dechenne, s. d., in-16 de 257 p., 3 fr. 50. — 35. Sir George Trcssadij, 
par Mrs. Humphry Ward; trad. de l'anglais par J. de Mestral Combrkmont. 
Paris, Perrin, 1912, in-16 de 324 p., 3 fr. 50. — 36. Brugglesmith, par Rudyard 
Kipling; trad. de l'anglais par Albert Savine et Georges Michel. Paris, Stock, 
1911, in-18 de 307 p., 3 fr. 50. — 37. Terres de silence, par Edward Wuite ; 
trad. de l'anglais par J.-G. Delamain. Paris, Stock, 1911, in-18 de 281 p., 
3 fr. 50. — 38. Barnabe Rudge, par Charles Dickens; trad. de l'anglais sous 
la direction de P, Louain, par M. Bonnomet. Paris, Hachette, 1911. 2 vol. 
in-16 de iii-391 et 38ô p., 2 fr. — 39. La Solitaire, par Mrs. Henry de la Pas- 
ture; trad. de l'anglais par Heinecke. Paris, Hacliette, s. d., in-16 de 305 p , 
3 fr. 50. — 40. Le Fou en liberté, par J. Storer Glouston; adapté de l'anglais 
par Achille Laurent et L. Martin-Dupont. Paris, Laf'itte, s. d., in-16 de 
342 p., 3 fr. 50. — 41. L'Ile au poison, par A. T. Quille r-Gouch; adapté de 
l'angiais par Jacques des Gâchons. Paris, Lafitte, s. d., in-16 de 366 p., 
3 fr. 50. — 42. Le Napoléon, par Alfred Bock.; trad. de l'allemand par Ray- 
mond Darsiles. Paris, « Les Cahiers du Centre », 1911, in-16 de 103 p., 2 fr. 50. 

— 43. Village de femmes, par Clara Viebig; trad. de l'allemand par Agnès 
Lebeau. Paris, Gornély, s. d., gr. in-8 de 151 p., fr. 95. — 44. Œuvres com- 
plètes du comte Léon Tolstoï. T.XXXVIl. Résurrection, 2^ et 3^ parties; 
trad. durasse par J.-W. Bienstock. Paris, Stock, 1911, in-18 de 516 p., 2 fr. 50. 

— 45. Pages choisies de Maria Koponicka. Prométhée et Sisyphe, etc.; trad. du 
polonais par H. ('. Paris, Lethielleux, s. d., in-12 de xvi-189 p., 1 fr. 

Romans divers. — 1. — Quel malheur que la fable à' Isabelle soit 
si faible, et compose en somme un fond si peu attachant ! Les acces- 
soires en sont parfaits. C'est un vieux domaine de province, où deux 
couples achèvent leur vie : les Saint- Auréol et les Floche. Les Saint- 
Auréol, prolongement pittoresque et vieillot de noblesse ancienne; 
les Floche, reliés au monde d^ U science de Paris à cause des recherches 



— .15 — 

d'archives que mena Floche, mais depuis longtemps^engourdis par la 
province, qu'ils ne quittent pas. Une gouvernante, M ^''^ Olympe Ver- 
dun, complète ce tableau de vieilles gens cocasses et bons, au milieu 
desquels tombe tout à coup un jeune Parisien, attiré par des recherches 
aux archives du château. :\1. André Gide a peint l'elTet produit sur 
lui au moyen des traits les plus agréables, les plus littérairement distin- 
gués. Dans ce milieu grandit un orphelin, Casimir de Saint- Auréol, 
infirme et médiocrement soigné, figure touchante, que rend plus tou- 
chante encore l'amitié dont il s'éprend pour le Parisien. Tout cela 
est excellent ; le reste est moins bien inventé. Isabelle, fille des Saint- 
Auréol, est la mère coupable de cet enfant. Elle mène hors du pays 
une vie de galanterie, interrompue de visites qu'elle fait pour deman- 
der de l'argent. C'est une mystérieuse histoire, que le Parisien ne 
démêle qu'avec peine et par le secours d'une lettre trouvée, qui ne 
va pas sans invraisemblance. L'auteur a-t-il craint de nous refaire, 
après tant d'autres, l'histoire sentimentale de la pécheresse attendris- 
sante ? 11 a privé soigneusement la sienne de cet attrait. Réaction de 
volonté chez un protestant? Je le crois. M. André Gide est de la reli- 
gion réformée, mais aon à la façon béate et naive de quelques autres de 
M. Lichtenberger par exemple. Toute une partie de sa culture échappe 
à cette tare d'origine. Tout ce que j'ai loué dans Isabelle est du meil- 
leur fonds français; aussi puis- je bien imaginer qu'il a conçu du re- 
ment son personnage de fille coupable, exprès, et en contradiction 
avec ce que la sentimentalité huguenote eût dicté à d'autres. Un 
écrivain de notre éducation eût peut-être eu moins peur de cela. Car 
rien n'empêche dans la réalité que ce caractère soit touchant, et celui qui 
n'a pas en soi de pente à l'exagérer aurait pu l'essayer dans cette cir- 
constance. Donc, Isabelle enfin, connue tout entière, est méprisée. Le 
Parisien dit adieu au rêve qu'il avait fait à son sujet. Et il faut, nous, 
que nous disions adieu à tout ce que la peinture de ce milieu de vieilles 
gens et de choses anciennes nous avait préparés à goûter d'émotions. 
L'épisode de Casimir même ne mène à rien; et c'est de quoi le lecteur 
a peine à se consoler. Ce qui paraît le plus manqué en cette affaire, 
c'est le personnage de l'abbé précepteur : à la fois dur et irréel. On 
ne l'imagine bien, ni dans son intérieur, ni dans ses gestes, ni même 
dans la part qu'il prend aux événements. Il faudrait citer vingt dé- 
tails. Voici une citation trop unique et trop brève, qui donnera une 
idée du charme de ce livre : « Tandis que M"^^ de Saint- Auréol nous 
invitait à la revanche, le premier jacquet finissait; parfois alors, 
M. Floche prenait la place de son beau- frère; ni M. Floche, ni l'abbé 
n'annonçaient les coups; on n'entendait de leur côté que le roulement 
des dés dans le cornet et sur la table; M. de Saint Auréol dans la 
bergère monologuait ou chantonnait à demi-voL\, et parfois tout à 



- 16 - 

coup flanquait un énorme coup de pincette en travers du feu, si 
impertinemmeut qu'il en éclaboussait au loin la braise; M"*^ Olympe 
accourait précipitamment et exécutait sur le" tapis ce que M'"*-' de 
Saint- Auréol appelait élégamment la danse des étincelles. Le plus 
souvent, M. Flociie laissait le baron aux prises avec Tabbé et ne 
quittait pas son fauteuil; de ma place je pouvais le voir, non point 
dormant, comme il disait, mais hochant la tête dans l'ombre; et, le 
premier soir, un sursaut de flamme ayant éclairé brusquement son 
visage, je pus distinguer qu'il pleurait. ;> 

2. — La Mare aux gosses donne son titre au livre de M. Jacques 
des Gâchons : ce n'en est pourtant pas le meilleur conte. 11 a de l'amer- 
tume, dans un genre qui fut à la mode il y a quinze ans, et qui semble 
aujourd'hui bien passé. Le Miracle d'après-demain est du genre fan- 
tastique ; la Récolte du pétrole est mêlée de fantastique et de réalité. 
Le détail de tout cela est plein de mérite, et le lecteur voit passer 
en des coins de tableaux et en de courtes réflexions toute la monnaie 
d'un talent vif et charmant; cependant j'avouerai que rien ne m'a 
plu dans ce recueil comme les contes dont le sujet, existant à peine, 
laisse tout à faire au style et à l'exécution : les JDeux Myopes^ par 
exemple, où un ministre en voyage, ayant perdu son lorgnon, ne 
parvient à lire son discours qu'au moyen d'un lorgnon prêté par un 
instituteur stagiaire. Le maître d'école, de passage à Paris, va rede- 
mander le lorgnon, et le ministre le fait son attaché. On ne peut, 
imaginer l'esprit, la vivacité, le naturel, avec lequel cela nous est 
conté. Les Oies, la Garçonnière, témoignent d'une imagination pitto- 
resque, à la fois comique et délicieuse. Sous un chapeau de glycine 
n'est qu'un papotage de deux ou trois femmes chez le pâtissier; rien 
cependant n'est si divertissant. Impossible de tirer d'une aventure 
commune, de ce qui n'est pas même une aventure, plus d'imprévu et 
même de fantastique, que l'auteur ne fait dans le conte de la Car- 
casse. Ajoutez, sauf dans les plus longs de ces contes, une bonne hu- 
meur tout à fait reposante. Je ne sais s'il y a beaucoup de livres 
capables de procurer, avec moins d'effort, le délassement des gens de 
goût. 

3. — Le roman de Hugues Capet offre un curieux caractère, unique, 
je crois, jusqu'ici : c'est la mise en parti d'imagination, des enseigne- 
ments, du ton, quelquefois du style même de Fustel de Cou- 
langes. Cette utilisation de l'histoire et d'un historien est dans l'ordre. 
Elle a eu lieu de tout temps. Mais p(mr qu'elle fût réalisée à l'égard 
d'un maître si grave, dont le gros des lettrés même ne fréquente guère 
les œuvres, il fallait cette rencontre d'un auteur de romans attaché 
d'ailleurs à l'histoire, et s'y adonnant, chose remarquable, dans une 
intention de philosophie. M. Antoine Baumann est positiviste. Il a 



— 17 — 

lu Fustel, l'esprit plein des idées de Comte sur le développement de 
l'humanité; il l'a lu avec tout le goût que des idées générales don- 
nent pour des faits si méthodiquement exposés, avec tout le profit 
qu'elles aident àentirer.M.Baumann est membre de l'Action française, 
un de ses amis de la première heure, et converti par elle à la monar- 
chie. En écrivant ce roman, il a voulu servir la cause du rétablissement 
de celle-ci. H y a donc partout de la politique. Le livre se termine à 
l'élection de Hugues comme roi de France. Tous les événements qui 
le composent sont représentés en marche vers cet événement. La 
guerre contre les Germains, les intrigues de l'Empire, celles de Charles 
de Lorraine, la mort de Lothaire, puis de Louis V, la connivence des 
comtes, l'iritiative d'Adalbéron en font comme les étapes, mises sous 
nos yeux avec toute la vraisemblance qu'un lecteur attentif et un 
conteur habile peut extraire d'un historien. Les personnages sont 
très attachants. La faiblesse et les défiances du Roi, la jalousie de la 
reine Emma, l'ambition sainte de Gerbert, l'esprit public d'Adal- 
béron composent autant de tableaux moraux, qui mettent 
partout la substance et la vie. Je ne reprendrais quelque chose 
qu'au tour même des dialogues, trop moderne, trop plein des échos 
de nos propres discours familiers, pour ne pas détonner quelquefois. 
Aussi bien, était-ce chose évitable, de la façon que l'auteur le 
prend? Je ne crois pas. Le roman met en scène des mœurs ; les 
mœurs sont du style familier, et ce style ne peut que ramener 
dans l'esprit la triviale image des propos courants. Le seul 
remède à cela eût été, je crois, d'éviter le discours direct et de le rem- 
placer partout par l'indirect. Car on ne s'étonne pas de trouver le 
style ordinaire dans le narrateur : c'est seulement quand les person- 
nages parlent qu'il choque. Et qu'on ne dise pas que le système est 
impossible. L'un des plus agréables, des plus vifs, des plus légers ou- 
vrages de la langue française, les Mémoires du chevalier de Gram- 
mont, est ainsi composé. Sauf ce défaut intermittent, le livre plaît 
dans toutes ses parties. J'en dirai le plus grand charme pour de cer- 
tains esprits : c'est d'y trouver non pas les odieuses peintures de 
ma^urs barbares dont l'école romantique a rempli ces époques, mais 
celles que la lecture des anciens textes découvre, d'une civilisation 
rompue et dégradée, sensible encore dans ses débris. Dans ce qu'elles 
ont de plus matérielles, ces peintures nous entretiennent de la der- 
nière empreinte laissée par le monde romain ; dans ce qu'elles ont de 
moral, de la noble direction imprimée par l'Église aux hommes de ce 
temps-là. A cet égard, le mariage de Louis V et de la duchesse de 
Gothie, l'office tenu par Adalbéron dans l'antique cathédrale de Reims 
sont des tableaux tout à fait nobles et touchants. En fait de scènes 
de cour, on goûtera beaucoup celle de l'entrevue de l'empereur Othon 
Janvier 1912. T. GXXIV. 2. 



— 18 — 

et d'Hugues Capet à Rome. La pompe bornée, mais haute, du céré- 
monial, les passions vives, mais surveillées, une certaine brusquerie 
dans le geste, tempérée par toute une grandeur environnante, apportent 
une impression très nette de la rudesse et de l'atrocité germaine, pliée 
à l'essentiel des devoirs du vieux monde. Dans la guerre, l'auteur a 
renouvelé discrètement le charme des combats singuliers dont abon- 
dent nos vieux poèmes. Sous les murs de Paris, un géant de Ger- 
manie est défié et tué par un preux chevalier, que son habit fait dès 
lors, en souvenir de cet exploit, décorer du nom de Grise Gonnelle. 11 
y a aussi des souvenirs littéraires ; un poème latin du siège de Paris, 
d'Abbon, lu au fils d'Hugues, Robert, par Gerbcrt, chargé de former ce 
jeune prince aux lettres, en même temps qu'à la fierté de sa race. 
M. Baumann en tire une description de Paris, qui fait un effet déb- 
cieux. 

4. — M. André Beaunier nous donne sous ce nom : L'Homme qui a 
perdu son moi, une édition nouvelle de la fameuse contradiction qu'il 
v a entre la pensée et la vie. Un inventeur, Bedée, est sommé par son 
maître, vieux chimiste, fidèle intransigeant de la science, de s'absor- 
ber dans son invention, de vivre pour ses recherches et d'oublier le 
monde. En contradiction avec cette sommation, l'auteur met en ligne 
troischoses : les sollicitations dans l'amour, dans la jeune épouse de l'in- 
venteur; les appels de la foi religieuse dans sa mère ; enfin l'exemple 
que la jeune femme, entraînée par unmédecin,donned'utiliserla science 
pour la guérison, partant de subordonner la pensée à la vie. Bedée a 
inventé le sirium-, M"^^ Bedée ouvre un hôpital où le sirium sert à- 
traiter le^ malades. Tout cela, la vie, la foi, l'utilité, nous est montré 
comme contraire à la science, à la science pure, comme propre à la 
chasser d'une vie d'homme, comme nécessairement exclu, si cet 
homme veut se donner à la science. Pourquoi? J'avoue que je n'ai 
pas compris. En termes très ardents et sincères, l'auteur nous repré- 
sente cette pensée dans Renan et chez feu Gaston Paris, comme ayant 
fortement agi sur lui et sur les hommes de sa génération. Je crois que 
j'en suis : cependant ce sens me manque. Comment le goût et la pas- 
sion du vrai imposerait^! le mépris de l'utile? Est-ce que l'un n'est 
pas l'attribut de l'autre? Et quant au cœur, il est tout à fait impro- 
bable que, chez un homme d'ailleurs normal, l'amour de la science 
soit de nature à l'accaparer tout entier. Reste la foi. Ceci se conçoit 
mieux. La science a sur ce point ses tentations; pas tout à fait cepen- 
dant comme les entend M. Beannier, pas à cause d'une opposition du 
préjugé, de l'habitude du train de la vie avec la raison pure. Non. 
Si j'avais à définir ces tentations, je dirais plutôt qu'elles tiennent 
à un dégoût inspiré par les vérifications discursives, pour tout ce qui 
procède des illuminations intérieures. En sorte que le remède aux 



— 19 — 

tentations de la science doit être la lecture proportionnée des écri- 
vains spirituels. Si tant de gens ont failli dans ce chemin (je ne parle 
que des tentations de l'esprit), c'est pour n'avoir su mettre en balance 
des livres qui les enivraient de matière profane, que les mœurs et la 
dévotion. En fait d'application intellectuelle même, l'équilibre exige 
d'être gardé. Le devoir des jeunes catholiques qui lisent est de lire, 
H proposition des auteurs profanes, les Pères et les Saints Livres, les 
mystiques, les sermonnaires. J'ai peur que M. Beaunier se fasse une 
fausse idée de l'état philosophique parfait. Il le conçoit comme un 
évanouissement de la personnalité dans l'idée pure. Il en prend pour 
exemple Spinoza. Mauvais choix. Il n'y a pas un philosophe sérieux 
pour adopter le panthéisme mathématique de, Spinoza; et, si l'on cher- 
che ailleurs, est-ce que Descartes, est-ce que Leibniz, est-ce que Male- 
branche, est-ce que Platon ou Aristote, est-ce que Kant même, con- 
duisent à cet anéantissement? Si je pouvais me permettre d'indiquer 
des lectures à M. André Beaunier, je le renverrais, dans les Nouveaux 
Essais^ au chapitre de la Puissance et de la Liberté (liv. Il, chap. XXI), 
comme è un modèle de ce que peut la pensée pure pour éclairer 
le concret, l'ordonner, le rendre propre à la vie même. Le roman finit 
par un meurtre. Le vieil alchimiste empoisonne Bedée au moyen 
d'une injection, pour empêcher qu'il ne soit plus longtemps infidèle à 
la science, et se tue lui-même après. 

5. — II y a beaucoup de couleur, et sur un mode varié, dans le re- 
cueil auquel M. René de Saint-Chéron avait voulu qu'on donnât ce 
nom : La Bague d'opale. Ce sont des contes de tous les âges et de 
toutes les civilisations, formant autant de nouvelles distinctes. Récits 
historiques, légendes de saints, mythes populaires, Rome, la Grèce, 
Venise, l'Inde, Byzance, le moyen âge français, les Arabes d'Espagne, 
composent une série aussi attachante par les sentiments que par les 
mœurs. Le style, orné sans surcharge, est tout à fait propre à la matière 
et la rend parfaitement agréable. 

6. — M. Louis Goiffon nous peint, dans une suite de nouvelles, les 
drames de la vie intérieure. A cause de cela, il appelle son recueil : 
Duels. Ces duels sont pour nous les résultats des sentiments fomentés 
par M. Paul Bourget dans s :;n fameux livre du Disciple, et l'auteur 
lui en fait hommage. 

7. — il n'y a dans les Insoupçonnés que les titres qui soient vrai- 
ment piquants : Li Marchand d3 marottes, le Raccommodeur de ten- 
dresses, l'Archiviste de sentiments. On peut dire que l'auteur a eu les 
idéas, mais la réalisation est vulgaire. Elle l'est par l'invention 
de détail et par le style. C'est dommage : on a sans cesse l'impression 
de quelque chose qui devrait divertir, et qui ennuie. 

8. — Une Fille de rien, c'est-à-dire une fille de campagne, mène 



à la ville la vie galante. L'auteur, M. Jules Leroux, nous donne là- 
dessus nombre de détails peu convenables à la décence. L'intention 
en gros est morale ; mais le pardon du mari qui termine l'histoire 
montre que'le souci des sanctions n'est pas le fort de cette morale-là. 
Il y a bien du talent littéraire dans ce livre. 

9. — La Route de l'Est, c'est le chemin de la Revanche. Seuls persis- 
tent à la tenir les officiers fidèles au caractère traditionnel de l'armée. 
En face de ce caractère, M. Alexis Callies nous montre celui de l'offi- 
cier, tel qu'on a essayé de le faire depuis l'affaire Dreyfus, pédagogue, 
humanitaire et pacifiste. Tout, dans ce roman, est à l'honneur du 
premier. C'est une bonne action en même temps qu'un beau hvre. 

10. — Un roman conjugal, troublé par des passions que la rage de 
s'analyser sans fin attise, dénoué pour finir dans la médiocrité, tel 
est le Papillon noir, pensé avec distinction, écrit d'un style trop tendre, 
trop exaspéré, trop plein d'effets. L'auteur, le comte Antoine de Lévis- 
Mirepoix, causerait des émotions plus vives, s'il s'exprimait plus sim- 
plement et craignait moins la banalité. 

11. — Des tableaux, tracés avec verve, du monde des petits théâtres 
et de la jeune littérature composent le roman de Nella, jolie fille, de 
M. Roger Lalli. 11 faut avouer que le sel y manque parfois, quoiqu'il 
y ait partout de la vivacité. Un des personnages crie, nous dit l'au- 
teur : Vive le Boy ! Peut-on demander à M. Lalli comment ce person- 
nage a pu crier Y y? 

12. — L'amour, que M. A. Tournaire nous peint en défaut dans 
les Pauvres d'amour, est de diverses sortes, et compose différents cha- 
pitres. L'amitié et les amours qui naissent de la famille y ont leur 
place. L'épisode le plus dramatique est celui d'une étudiante, que la 
déception d'amour fait tomber à la galanterie de métier. Il y a de la 
pesanteur parfois, mais beaucoup d'invention et d'intérêt. 

13. — L'Amour dans les ruines est celui qui prend son refuge dans 
les ruines de l'existence. Ce refuge de l'amour fait le dénouement du 
livre de M. Max Deauville, après que nous ont été dépeintes les avances 
d'un autre amour, qui semblait propre à faire refleurir la vie. Le 
roman est par lettres, et contient nombre de pages d'une fine analyse 
morale. 

14. — Idées fatales : histoire d'une désillusion double, celle des 
idées humanitaires et de régénération sociale; celle d'un amour, dont 
l'auteur, M. Emile Dousset, nous donne l'intéressante histoire. Il y a 
beaucoup de vérité dans ce récit et un heureux ménagement de nuan- 
ces. 

15. — M. Vigne d'Octon fut député et est retourné à la littéra- 
ture. Sous ce nom : Les Impossibles Amours, il nous donne des ta- 
bleaux d'Afrique, dont le plus intéressant offre le spectacle des 



— 21 — 

obstacles opposés par la race et la religion à l'attrait de l'amour naï- 
vement ressenti. Il y a dans ce livre l'agrément anecdotique de tout 
ce qui touche à ces contrées. 

16. — Voici un autre ouvrage posthume de Charles-Louis Philippe, 
plein de choses fortes et touchantes, au milieu de cette littérature 
légèrement emphatique et conventionnelle, qui tenait à l'effort même 
que l'auteur faisait pour sortir de la convention. La Mère et l'enfant 
est une espèce d'autobiographie, ou de souvenirs d'enfance généra- 
lisés. Ceux qui voudront connaître l'évolution ressentie dans les cercles 
les plus avancés, vers une restauration de l'ordre et de la hiérarchie 
dans tous les genres, ne pourront omettre cet ouvrage-là. 

17. — Un recueil de quelques nouvelles, dont la Relique est la 
plus importante, plaira par l'invention féconde des aventures et 
l'éclat agréable des peintures. La Relique est l'histoire d'un moine 
d'un couvent de l'île de Murano, près de Venise. L'auteur, M. Paul 
Heuzé, s'est rappelé en cette rencontre tous les meilleurs modèles du 
genre. 

18. — L'histoire de la conquête de Palmyre sur Zénobie par 
Aurélien fait le principal sujet du livre auquel M. Hubert Pierquin a 
donné le nom de Tibur, en souvenir des auteurs anciens. Il en est digne 
par la grâce facile du récit et la beauté de la couleur locale. 

19. — Une aventure galante, dénouée par une rupture, c'est le 
sujet de la Rencontre dans le carrefour. Titre malheureux, en ce qu'il 
risque d'aggraver la présentation d'un tel sujet. J'ajoute que l'au- 
teur, M. pierre-Jean Jouve, ne s'y est fait faute d'aucun des détails 
que les auteurs décents négligent. Ce genre d'attrait semble destiné 
à faire le plus clair des mérites du livre. 

20 . — Scènes de province, innocentes, mais molles, tel est le Nouveau 
Docteur de M. Jules Pravieux. Dans le tableau général des petites 
mœurs bourgeoises, se déroule l'affabulation d'un amour honnête 
et couronné. 

21. — Le Couple. Entendez ce sujet dans le sens le plus offensant 
du mot. Le roman appartient au genre psychophysiologique préten- 
tieux, et, comme l'union conjugale er fait le thème, on peut imaginer 
le détail. L'indignation se mêle à l'ennui. « Je suis sauvée de l'amour, 
donc je suis. » C'est la conclusion. 11 faut aimer et dépasser l'amour : 
c'est l'affranchissement pour une femme. Bene, optime, M. Aurel. 

22. — Mimi-Musette est le récit d'une liaison galante, que le jeune 
homme qui la pratique voudrait terminer par un mariage. Mais l'é- 
pouse prétendue refuse, alléguant sa stérilité; la naissance d'un 
enfant paraissant à tous deux la condition du relèvement. L'auteur, 
M. Flambart des Bords, prétend ainsi moraliser. J'ai peur que son 
action soit mince. Le style est long et raisonneur, à la mode de 



— 22 — 

1830, parfois chargé de tours prétentieux et bizarres. Les sentiments 
tiennent fâcheusement du mélodrame sentimental. 

23. — M. Jules Claretie a lu dan? les pathologistes que la vie de 
certaines personnes se dédoublait, qu'un instant de sommeil leur 
faisait oublier leur vie passée et en commencer une nouvelle, laquelle 
de nouveau retombait à l'oubli par un nouvel accès de sommeil. 
Alors, les souvenirs effacés renaissaient, la première vie renouée ee 
poursuivait, jusqu'à ce que, de nouveau effacée, elle fût remplacée 
par la seconde, et ainsi de suite. M. Claretie a fait un roman là-dessus : 
U Obsession. Tous les gens qui ont quelque idée des lettres jugeront 
une telle idée absurde. Si quelque chose répugne à la peinture des 
mœurs, au dramatique, à l'intérêt que le lecteur attend d'un récit, 
c'est en effet le cas pathologique. M. Claretie n'a vu là-dedans qu'une 
manière d'être moderne. Pourtant cela n'est déjà plus neuf depuis 
longtemps. Mais les gens que le moderne préoccupe ne sont pas exi- 
geants sur la nouveauté, et les choses qui les ont étonnés une fois ne 
perdent jamais le prestige du neuf pour eux. M. Claretie est un vieux 
primaire. De plus, il écrit comme un feuilletoniste. Rien n'est donc 
si froid que ce livre, si ennuyeux, si plat. Détail fameux : il y a une 
chose que le sujet pathologique de M. Claretie n'oublie pas, c'est son 
nom. Dans sa première vie comme dans la seconde, il s'appelle André 
Fortes. Il le sait; et cela est bien plus commode pour établir les qui- 
proquos. 

Romans de femmes. — 24. — Voici, de M'"*^ Marie- Anne de Rovet, 
un recueil de nouvelles. La Dame à l'oreille de velours est .inspirée 
de Conan Doyle. C'est l'histoire de la vengeance d'un prince hindou 
exercée d'une manière mystérieuse et terrible. Par l'effet d'un fabu- 
leux pouvoir,le baiser de cérémonie, déposé sur la bouche d'un gentil- 
homme anglais et sur l'oreille de sa fiancée, entraîne le dessèchement 
de la langue chez l'un, de l'oreille chez l'autre. Le gentilhomme se tue 
de désespoir, la dame vit retirée à la campagne, la plaie dissimulée 
sous un pompon de velours, jusqu'au jour où le prince, venu à Lon- 
dres pour le couronnement d'Edouard VU, est attiré par elle dans un 
guet-apens. La décharge électrique d'un plot, placé sur le seuil du jar- 
din, consomme, en foudroyant le prince, la vengeance de la fiancée. L'in- 
vention est curieuse et le détail agréable. L'auteur y met avec aisanos 
le menu butin de ses promenades à travers la société anglaise (dont 
elle sait parfaitement la langue), en mœurs, en caractères, en style. 
Les curieux d'analyse préféreront le Sauvetage, histoire dti partage 
d'un galant homme entre une fiancée de cœur lent, mais sûr, et une 
coquette. L'originalité de l'histoire est que cette fiancée l'a sauvé de 
la mer, dans laquelle il était sur le point de se noyer, et que la coquette 
a l'art de se faire sauver par lui d'un accident de cheval. L'orgueil 



— 2.J — 

masculin, vu par les yeux d'une femme et dépeint avec beaucoup de 
grâce, tend à déprendre le fiancé et à le rejeter vers la coquette. 
C'est, adaptée avec finesse et singulièrement enrichie, la situa- 
tion de comédie que Labiche fait à M. Perrichon. De plus, la 
froideur sérieuse de la fiancée compose un caractère original, que 
M"^^ de Bovet parvient à faire aimer, par tout ce qu'elle y met de ri- 
chesse de sentiment, enveloppée et d'autant plus profonde. Il y a 
dans ce portrait une belle profession de foi de noble réserve en face de 
l'amour, sans refus d'aimer pourtant, sans sécheresse ni grimace. 
L'histoire se dénoue à la confusion de la coquette, et à l'avantage de 
la fiancée, au moyen de certains trucs de roman, sur lesquels il me 
semble qu'on saura gré à l'auteur de n'avoir pas raffiné, l'intérêt 
étant tout entier dans la peinture des sentiments. Les autres nouvelles 
sont moins fortes et plus artificielles; on ne les en lit pas moins avec 
plaisir, à cause des réflexions que l'auteur y ajoute. On y trouve des 
choses comme celles-ci : « Son esprit avait en cela été plus vite que 
n'aurait voulu son cœur. ïl était encore amoureux de sa femme que 
déjà il ne nourrissait plus guère d'illusion sur la valeur de ce senti- 
ment. » — « A Paris on ne vieillit pas, tout au plus meurt-on.» M^^ 
de Bovet me permettra-t-elle une question? Je lis dans un endroit le 
mot éçaltonné^ sans parvenir à deviner ce qu'il veut dire. 

25. — M™^ NotUe Roger nous donne un livre des plus intéressants, à 
titre de document de l'epprit protesta it.i)e l'un à l'autre Amour, tel est 
le nom de ce livre. L'un est l'amour simplement charnel et humain, l'au- 
tre, l'amour épuré en Dieu. Ce sujet, ressenti et dépeint avec toute la 
chaleur et toute la finesse d'une femme, ne laisse pas de toucher, 
quoique les . entiments qu'il expose aient leur source dans une fatale 
erreur : la confusion instituée depuis Luther entre la fidélité com- 
mune à Jésus-Christ, rt la sainteté proprement dite. Annehse, l'hé- 
roïne du livre, se pose l'alternative, ou de mourir à toute chose, ou 
d'abandonner la foi. Elle ignore le bienfait de l'Église catholique, 
qui, malgré les mille liens du monde auxquels l'âme du fidèle se sent 
retenue, organise nos bonnes volontés, et tire de nos efforts cette 
reprise constante et les éléments de cet équilbre, dont se forme 
l'essentiel de la vie chrétienne. Il est vrai qu'une telle vie ne peut 
se constituer sans le secours des sacrements, des pratiques, de l'obéis- 
sance des hiérarchies. Les protestants méprisent ces choses; ils ne 
reconnaissent la conversion qu'aux élans magnifiques de l'âme, 
à son abnégation totale, à son absorption dans Jésus-Christ. Tel 
est le programme moral que la Réforme impose sans discernement 
à tout homme. De là ne peut que s'engendrer chez les âmes géné- 
reuses l'effroyable crise morale que dépeint M^^^ Noëlle Roger. 
Chez les âmes petites, ou sèches, ou uniquement pratiques, la Ré- 



k 



— 24 — 

formation se cristallise aisément en petites attitudes hypocrites, qui 
laissent le fond de l'homme à la dérive avec l'honnêteté commune 
pour seul guide. Chez les tempéraments ardents et impatients, elle 
aboutit à l'indifférence. Chez les autres, elle soulève des tempêtes. 
Car, si rien n'est difficile comme de pratiquer le renoncement, rien 
n'est si naturel à certaines âmes, surtout dans la jeunesse, que de 
^'imaginer et de l'embrasser dans un élan. Ainsi, d'une part, on sent 
pour Dieu des ardeurs vives, de l'autre on éprouve mille obstacles 
dans l'effort fait pour les fixer. On croit fonder la vie spirituelle et 
l'on tombe dès les premiers pas. Là-dessus, le confesseur 
catholique intervient. « La sainteté, dit-il, est œuvre diffi- 
cile, œuvre de longue haleine, c'est une habitude, presque une 
profession. Commençons par les devoirs vulgaires. Ils n'empê- 
chent pas de monter plus haut; et, si l'on y demeure, ils suffisent.» 
Mais le protestant n'a de guide que sa propre illumination inté- 
rieure. Cette illumination ne connaît que deux termes extrêmes. Ce- 
pendant l'auteur veut conclure. Elle est dans le fond pour Anne- 
lise, qui ne peut ni ne veut renoncer à la vie. Et, comme il faut que 
l'ouvrage sauve la fidélité à la Réforme, elle fait avouer par un pasteur 
que certaine école théologique a trop méconnu le sentiment. Quelle 
pitié ! Je le dis sans irrespect, mais avec un sentiment profond : quelle 
pitié que ce pieux illuminisme, tempéré de romantisme anarchique ! 
Ce n'est pas le sentiment qu'on méconnaît, mais la vraie loi de l'Église 
et de l'Evangile, qui n'est pas seulement essor de l'âme, récompense 
mystique, mais remède : ad medelam percipiendom, disent les prières 
de la messe catholique à la communion. L'Église sauve les infirmes; 
nos frères séparés s'imaginent qu'elle ne fait qu'enregistrer les saints. 
26. — Dans l'Aube, qui est l'aube de la vie ou du mariage, nous 
apercevons les affections d'une femme, contrariées par l'infidélité 
d'un mari, sa foi religieuse ébranlée, puis détruite par le spectacle de 
celle d'un estimable ami. Puis le raccommodement se fait grâce à 
l'amendement de l'époux, et la foi revient grâce aux conseils d'un 
prêtre. Au reste, le lecteur pourra remarquer dans cette jeune femme 
bien des dispositions équivoques. L'auteur, Henri Ardel, nous dit que 
le « sentiment de la justice était chez elle excessivement puissant »; 
dans les infidélités conjugales, elle déteste surtout la feinte : « c'est 
si dégradant de tromper; » enfin elle remet la pureté du mariage à 
l'intensité de l'amour : « Il faut tant aimer pour être fidèle. » Justice, 
sincérité, amour : trois choses louables et excellentes, mais dont la 
mise en vedette, à l'exclusion du reste, accuse l'empoisonnement des 
meilleurs esprits de ce temps par la morale d'Ibsen et de Tolstoï. 
En bonne morale, la justice cède à l'équité, la sincérité n'a pas de 
prix sans l'honneur, et le devoir commande avant l'amour. 



— 25 -^ 

27. — Voici un roman légèrement cynique : La Première Blessure. 
Les choses de l'amour y sont maniées à pleines mains et sans voiles. 
Jusque dans le mariage, on s'applique à en rendre le détail précis. 
Une galanterie conduite par une jeune femme dont le mari est en 
voyage, galanterie rompue par l'intervention de son père, en fait 'e 
sujet. A ce fond parfaitement choquant, la médiocre philosophie de 
l'affranchissement des jeunes générations joint son dégoût. Vou- 
lant nous dépeindre les hésitations de son héroïne devant l'adul- 
tère, M'"^ Marguerite Lejeune écrit: « Collette n'était pas assez in- 
dépendante pour s'en moquer comme elle J'eût voulu, et, bien qu'elle 
méprisât les médisances du monde, elle restait prisonnière de leurs 
sottises. )) La grammaire n'est pas mieux traitée. « Avant qu'elle ait 
eu le temps de s'échapper, Michel la retint. » « C'est une hérésie, fit- 
il à mi-voix pour que ses voisins n'entendent pas. » 

28. — Un roman d'amour dans les montagnes avec de beaux pay- 
sages et des sentiments touchants, tel est la Double Montée de M"^*^ 
Berthem-Bontroux. On reprochera quelques longueurs, avec un ton 
de dissertation qui, par endroits, refroidit la peinture. 

29. — Le Seul Amour : c'est tout un programme. 11 exclut la haine et 
la violence. L'erreur de l'auteur est de ne pas discerner que, s'il dépend 
des bons de chasser la haine de leur cœur, il ne dépend pas d'eux 
d'ôter la violence du monde. Ainsi la volonté de n'en user pas pour 
eux n'aboutit qu'à mettre en liberté celle des méchants. M"^^ Louis 
Lefebvre plaide sa cause par le sentiment. Une jeune fille meurt 
dans le roman par l'effet des violences dont elle est témoin dans les 
luttes politiques, et qui broient son cœur. C'est pathétique; mais le 
lecteur ne peut s'empêcher de trouver cette raison des plus faibles 
en ce qui concerne la thèse. 

30. — Des fortuites et futiles rencontres orientent une vie de jeune fille 
dans ce roman : Le Destin nous conduit, de M '^^^ Lucie Gauthey. C'est 
uneaventure de carnaval, un poisson d'avril, qui en décident. Leroman 
finit par le mariage de l'héroïne, préparé par les plus tendres senti- 
ments. 

Romans étrangers. — 31. — ?)Ous ce nom: Figures du pays, voici des 
contes du Hainaut et du pays de Liège. Cet ouvrage de M. Hubert 
Krains est dans un style populaire un peu rude, mais non dépourvu 
de saveur. L'invention est amère souvent; mais une tendresse de 
sentiment y mêle ordinairement sa douceur. Je recommande surtout 
la Planète, où l'on voit un fils de paysan perdre au jeu les 
économies de ses parents, et se noyer tragiquement dans une mare. 

32. — L'Ardennaise est la première de trois nouvelles, où M. Henri 
Davignon nous présente l'agréable tableau des montagnes wallonnes 
et des mœurs de ces contrées. Excellents échantillons de la littéra- 
ture régionale, telle qu'elle fleurit chez nos voisins de Belgique. 



— 26 — 

33. — Frissons de vie, pour une bonne part, pourrait s'appeler 
frissons de luxure. On ne contestera pas à l'auteur, M. Georges 
Rency, une certaine éloquence en ses rencontres, mais c'est unique- 
ment celle des sens dépraves. Le reste (car le livre se compose de 
nouvelles) a moins de couleur que de vivacité. 

34. — Haute Plaine est une réunion de diverses nouvelles. M. Hu- 
bert Stiernet y dépeint les mœurs populaires des Ardennes. Le re- 
cueil est conçu dans le genre de tableaux durs, auquel une pointe 
d'atrocité se mêle. Un style bref et sans éclat ajoute sa tristesse à celle 
du sujet. 

35. — Voici un remarquable roman de M'"^ Humphry Ward, très 
agréablement traduit. Ce mérite n'est pas commun et se fait d'autant 
plus apprécier. Le sujet est la question ouvrière, vue du côté des classes 
dirigeantes d'Angleterre. Sir George Tressady, de la Chambre des 
Communes, élu pour empêcher les lois ouvrières, se voit convertir 
par le charme, la beauté, la noblesse d'âme de Lady Maxwell, femme 
du ministre socialiste. Tableaux nombreux de l'action publique de 
cette dame dans le monde ouvrier d'une part, et de son prosélytisme 
chez ses égaux. L'auteur est pour elle. Je ne l'en critique pas; mais 
il me semble que le chemin qu'elle prend, pour lui rendre le lecteur 
également favorable, aura peu de prise sur un lecteur français. Elle ne 
s'appuie que sur la pitié. Mais justement la question est de savoir si 
la pitié sur laquelle elle se fonde est une pitié bien adressée. Devons- 
nous tout céder à l'impression d'infortune que donne la classe ouvrière 
dans ses grands centresPCetteimpressionneTemportequesurnosnerfs; 
cela, il y a quinze ans, était définitif ; aujourd'hui, les nerfs fran- 
çais se sont repris. Le socialisme d'une part, la démocratie chrétienne 
de l'autre sont en déclin. Le syndicalisme qui, de ce côté, concentre 
aujourd'hui l'attention, dirige autrement sa propagande. Comme il 
a renoncé à la pousser du côté des classes dirigeantes et à triompher 
par les bourgeois, la pitié bourgeoise ne compte plus au nombre de 
ses moyens d'action. Il se renferme dans les raisons pratiques et descal- 
culs, où le premier rôle revient à l'organisation du corps professionnel. 
Certainement une action comme celle de Lady Maxwell serait extrême- 
ment mal venue chez les syndicalistes français. Il semble qu'elle soit tou- 
jours de mise en Angleterre; en tous cas, l'auteur de ce roman la croit 
propre à faire naître l'amitié du lecteur. De là pournous un léger dégoîit 
sur le fond. Tressady converti, le transfuge de son parti meurt enfin 
dans l'éboulement d'une mine. Cette fin tragique s'ajoute à l'impres- 
sion peu agréable de mélodrame. Mais la substance morale et pitto- 
resque du livre est quelque chose de très précieux. Des réunions du 
monde élégant, des discussions politiques, des scènes conjugales, 
courent devant nos yeux dans une lumière fine et cordiale. Lady 



— 27 — 

Allison, Lord Fontenoy, Maxwell lui-même sont autant de person- 
nages dont nous apercevons les traits, dont nous écoutons le ton de 
voix, dont nous suivons les gestes. La mère de Tressady est une 
vieille coquette, sa jeune femme une épouse frivole et ambitieuse. On 
le voit se débattre entre elles deux, dans un tableau où triomphent 
l'observation anglaise et la malice du coup d'œil d'une femme. Je 
ne sais &i M"^^ Humphry Ward a encore paru dans notre langue, 
avec autant d'avantages à cet égard. On l'appréciera d'autant 
plus qu'elle nous découvre une Angleterre contemporaine assez 
mal connue, où les trait» constants de la nation reçoivent de 
l'agitation politique des inflexions toutes nouvelles. 

36. . — Nouveau recueil de nouvelles de M. Rudyard Kipling : 
Brugglesmith. Ce nom est celui d'un ivrogne de Londres, dont l'aven- 
ture ouvre la série. Le reste se passe principalement aux Indes. On 
ne finit pas de s'ébahir de l'inexactitude de ces traductions. Le titre 
d'une de ces nouvelles est une Nursery rime bien connu : Baa baa 
black sheep, hâve you any wool. Il faut traduire : « Bè bè, mouton 
noir. )) L'auteur transcrit l'anglais haa baa, tout simplement. 

37. — Terres de silence, par M. Edward White, roman d'aventures 
de la Prairie renouvelées de Fenimore Cooper, fameux pendant aux 
hindoustaneries de Kipling. Le lecteur français y prendra, dans 
une traduction assez courante, quoique peu méditéo, un divertisse- 
ment très agréable. 

;;8. — Barnabe Rudge, traduit de Dickens, a paru dane la collec- 
tion des romans de la librairie Hachette à un franc. 

39. — La Solitaire est un roman d'amour, déroulé tout entier au 
sein de l'aristocratie anglaise, terminé par un mariage. M""^ Henry 
de la Pasture y a mis mainte scène élégante et intime du plus touchant 
effet. 

40 . — Le Fou en liberté, de M. Storrer Clouston, est uin roman dans 
le genre de Conan Doyle, déchargé de la complication qui dans l'ori- 
ginal en contrarie l'effet. On voudrait par instant la traduction plus 
ferme et plus piquante. 

4L — Un voyage, fantastique dans son plan et non moins étonnant 
dans ses aventures, quoique toujours maintenu dans le possible, au 
milieu des mœurs et des conjonctures modernes, c'est l'Ile au poiso'i, 
traduit et adapté avec beaucoup d'à-propos et de talent par M. Jac- 
ques des Gâchons. L'auteur Quiller Couch a fourni une matière exces- 
sivement curieuse et abondante. 

42. — Je recommande ces petits contes malgré de grosses légèretés. 
Le Napoléon, qui est le premier, a fourni le titre à tout le volume. 
L'auteur, M. Alfred Bock, est Hessois, et c'est de son pays qu'îl 
parle principalement. La traduction est excellente, sans germaiiisme, 



— 28 — 

sans aucun de ces mots transportés qui font buter un lecteur à chaque 
pas; ainsi la lecture en sera aussi facile qu'intéressante. 

43. — Le Village de femmes, de M"*^ Clara Viebig, est un tableau de 
mœurs ouvrières allemandes poussées au noir et au symbole. îl y a 
bien du convenu, et du brutal aussi, avec un sentimentalisme contenu 
qui choque et qui fatigue. 

44. — La librairie Stock continue la publication des Œuvres com- 
plètes de Tolstoï, traduites par M. J.-W. Bienstock. C'est, cette fois, 
la 2^ et la 3^ parties de Résurrection qui paraissent. 

45. — Voici des Pages choisies de M"^*^ Maria Koponicka : six pièces 
seulement : Prométhé et Sisyphe ; Notre vieux Cheval ; A Cappella : la 
Fumée -^ Dans la vallée de la Skawa\ le Vieux Zapala. Mise à part la 
contrainte à peu près inévitable de la traduction dans ces sortes d'ou- 
vrages, ces pages sont belles et on les goûtera. Il y a une biographie de 
l'auteur et une préface littéraire de Sienkiéwicz. L. Dimier. 



ÉCONOMIE POLITIQUE ET SOCIALE 

1. Le Commerce extérieur et les tarifs de douane, par AuG. Arnaunk. Paris, Alcan, 
1911, in-8 de iii-534 p., 8 fr. — 2. La Politique douanière de la France, par 
Chables Augier et Angel Marvaud. Paris, Alcan, 1911, in-8 de vi-406 p., 
7 fr. — 3. L^s Primes à la sériciculture et à la filature de la soie, par Joseph 
Payen. Lyon, Legendre, 1910, gT. in-8 de 502 p. — 4. L'Effort allemand, V Alle- 
magne et la France au point de vue économique, par Lucien Hubert. Paris, Al- 
can, 1911, in-16 de 236 p., 3 fr. 50. — 5. La Question agraire au'royaume de Pologne, 
par B. KosKOwsKi. Paris, Giard et Brière, 1911, gr. in-8 de 239 p., 4 fr. 50. — 
6. Le Régime minier, par Marius Richard. Paris, Alcan, 1911, in-16 de 230 p., 
3 fr. 50. — 7. Les Chemins de fer et la grève, par Yves Guyot. Paris, Alcan, 
1911, in-16 de xiv-329 p., 3 fr, 50. — 8. Cesare Beccaria. Scriiti e lettere inediti, 
raccolti ed illustrati da Eugenio Landry. Milano, Hœpii, 1910, in-8 de 319 p., 
5 fr. 50. — 9. La MutualiV' nouvelle, guide pratique des mutualistes, par M. Prc^it. 
Paris, Giard et Brière, 1911, in-18 de 3S9 p., 3 tr. 50. — 10. La Réglementation 
du travail des femmes et des enfants auo: États-Unis, par A. Chaboseau. Paris, 
Giard et Brière, 19Î1, in-18, de 206 p , 2 fr. 50. — 11. Causeries sociales, par O. 
Jean. Paris, Bloud, 1911, in-16 de 93 p., 1 fr. 50. — 12. L'Acheteur, son rôle 
économique et social; les ligues sociales d'acheteurs, par Maurice Deslandres. 
Paris, Alcan, s. d. '1911', in-8 de vii-nlO p., 8 ir. — 1.3. La Odierna Eooluzione 
dello stato democratico moderno, da Raffaele MustO. Napoli, Detken e Rocholl, 
1911, petit in-8 de xvi-26G p. — 14. Le Sionisme, par Angel Marvaud. Paris, 
Bloud, 1911, in-16 de. 64 p., fr. 60. — 15. Le Modernisme social, décadence ou 
régénération, par l'abbé J. Fontaine. Paris, Lethielleux, s. d. :'1911), i.n-8 de 
xii-488 p., 6 fr. — 16. La Démocratie chrétienne, parti et école vus du diocèse 
de ^ambrai, par Mpr Delassus. Lille, Desclée, de Brouwer, 1911, çr. in-8 de 62 p., 
1 fr. — 17. Histoire du mouvement syndical en France (1789-1910), par Paul Louis. 
Paris, Alcan, 1911, in-16 d^ viii-283 p., 3 fr. 50. — 18. V Organisation des forces 
ouvrières, par G. Olphe-Galliard. Paris, Giard et Brière, 1911, in-8 de xv-384 
p., 8 fr. — 19, jLp Socialisme et l'activité économique, pav Marcel Braisant. Paris, 
Aiîiftn, 1911, in-8 de 232 p., 5 fr. — 20. Dictionnaire du sorialLtme, par Charles 
Yérecqi:e. Paris, Giard et Brière, 1911, ia-18 de 502 p., 5 fr. 

1. — Si nous n'avons pas cette fois de traités historiques ni de 
vastes ouvrages de doctrine, au moins les livres de description et 



^ 29 — 

d'application sont nombreux et excellents. Je mets au premier rang 
le Commerce extérieur et les tarifs de douane de M. Arnauné. Il y 
avait bien toute une littérature où les formules de la « valeur inter- 
nationale » et de la « balance économique )> avaient conquis leur juste 
place, mais il manquait une histoire et spécialement une histoire 
pour nous Français. M. Arnauné comble cette lacune. Sans remonter 
au-delà de Colbert, il expose depuis lors le double mouvement des 
idées et des faits, des systèmes et des lois. A signaler surtout deux 
excellents chapitres, l'un sur le traité d'Eden de 1786 et le tarif gé- 
néral de 1791, l'autre sur le régime douanier de la Révolution et de 
l'Empire. La revision douanière de 1910 est étudiée avec un grand 
soin; puis des chapitres sur le régime colonial, la marine marchande et 
la question des sucres complètent l'ouvrage. M. Arnauné se pose 
nettement en libre échangiste. Il nous semble même qu'il expose le 
lecteur à confondre le protectionnisme avec le mercantilisme, sans 
montrer suffisamment que l'établissement d'une balance éco- 
nomique, fort différente de la balance commerciale, est un 
problème insoluble. En tout cas, il fallait se garder de croire 
qu'Adam Smith, J.-B. Say et Bastiat eussent creusé le sujet avec la 
même rigueur et la même pénétration que Cairnes,Patten et Fontana- 
Russo. Mais je regrette que M. Arnauné, historien et homme 
pratique, se soit interdit de toucher aux questions de principe, en se 
proposant d'intéresser les hommes d'affaires sans les rebuter. — Der- 
nière remarque : il manque une table alphabétique qui faciliterait 
les recherches. 

2. — Tout autre est le volume de MM. Charles Augier et Angel 
Marvaud : La Politique douanière de la France. Il ne diffère pas moins 
du précédent par le plan que par l'esprit. M. Augier est un inspecteur 
principal des douanes, et M. Marvaud, à diverses reprises, a été chargé 
d'enquêtes par la Fédération des industriels et des commerçants. Ils 
ne font pas de l'histoire, mais de l'actualité; ils remontent à peine 
jusqu'à 1860 et ils concentrent leur attention sur la double réforme 
de 1892 et de 1910. Mais alors ils exposent avec une grande richesse 
de détails les négociations poursuivies avec tel ou tel gouvernement 
étranger, en mettant en pleine lumière les pourparlers diplomatiques, 
leur but, leurs difficultés et leurs résultats. L'ouvrage de M. Arnauné 
fournissait beaucoup pour le développement d'un cours qui aurait été 
fait à des étudiants; celui-ci est plutôt un ouvrage à consulter par 
les praticiens et les hommes d'affaires. Les tarifs de 1892 et de 1910 
sont protectionnistes : MM. Augier et Marvaud le sont aussi, et, par 
là encore, réapparaît le contraste entre la théorie, qui est si volontiers 
libre échangiste avec les livres, et la pratique, que les intérêts immé- 
diats et brutalement tangibles de la plupart des producteurs et 



— 30 — 

commerçants réclament protectiomiiste, en dépit des discours, des 
raisonnements et des phrases. — M. Klotz, qui fut et qui est redevenu 
ministre des finances, a fait une Préface de quatre petites pages, 
sans plus, où il expose froidement la nécessité du protectionnisme 
comme conséquence de nos lois dites de solidarité sociale. Toutes ces 
lois, dit-il, « imposent à la production nationale des charges nou- 
velles, et il est certain que le coefficient de protection qui avait été 
accordé à la production nationale en 1892, s'est trouvé dans la suite 
légèrement faussé (p. m). » Et M. Klotz en est encore à parler de 
régime « compensateur » ! Il ne compense qu'une chose, le bénéfice 
des lois de solidarité sociale avec la cherté des produits et des denrées. 
Et qu'est-ce que l'ouvrier y gagne? Il y a là de quoi faire hausser les 
épaules à M. Amauné et à bien d'autres. En tout cas, M. Klotz est 
bien naïf de 'âcher un tel aveu. 11 y avait mieux à dire pour justifier 
notre régime douanier actuel, si l'on tenait tant à le justifier. 

3. — Puisque nous en' sommes aux douanes et à la protection, 
restons-y. A cet égard, le volumineux traité de M. Joseph Payen, les 
Primes à la séricultiire et à la filature de la soie, est une de ces mono- 
graphies qui épuisent un sujet. On connaît le pourquoi de ces primes : 
elles furent en 1892 la rançon de la hbre importation des cocons et 
des grèges, que ne voulaient pas accepter le moulinage et la filature 
des Cévennes et de la Drôme, menacés de disparaître. De nombreuses 
modifications furent ensuite apportées, mais le principe de la loi du 
11 janvier 1892 resta intact. Le -volume de M. Payen s'ouvre par une 
très intéressante étude sur la sériculture, la filature et la situation 
économique de ces deux industries dans la région du sud-est. 

4. — Les journaux, à son apparition, se sont empressés de signaler 
le livre très instructif de M. Lucien Hubert, député, sur l'Effort alle- 
mand, l' Allemagne et la France au point de vue économique. M. Hubert 
ne veut pas soutenir une thèse ou optimiste ou pessimiste : tout 
simplement il examine, il expose, il compare, et, de ce parallèle entre 
le développement économique de la France et celui de l'Allemagne, il 
laisse le lecteur tirer telle conclusion qu'il voudra, pourvu que cette 
conclusion soit patriotique. On trouvera là une foule de renseigne- 
ments sur la population, l'extraction - minérale, les fabrications in- 
dustriellec, les importations et exportations, les banques, les caisses 
d'épargne, etc. Seulement certains de ces renfeignements demandent 
à être contrôlés et surtout à être compris. Par exemple, M. Hubert 
donne à la Société générale un capital de 300 millions : c'est 400 qu'il 
faut dire, dont 200 non versés. Ailleurs il ne paraît pas suffisamment 
affranchi du sophisme de la balance du commerce (p. 145, 152, 153. 
etc.) ; ou bien, parlant de l'augmentation du rendement de la tax(^ 
sur le revenu des valeurs mobilières, il oublie de remarquer que, d'un»^ 



— 31 — 

part, le tarif de perception a passé de 3 % à 4 « /o en 1890 et que, d'autre 
part, la matière imposable s'est accrue, soit que des particuliers 
missent leurs affaires en quelque genre de société soumise à la taxe, 
soit que des types de sociétés de plus en plus nombreux y fussent 
astreints par la loi (p. 201). Le sophisme de la richesse prouvée par 
l'impôt éclate encore bien mieux à propos de la progression du ren- 
dement de l'impôt sur les successions, impôt dont l'assiette et les 
tarifs ont été remaniés à plusieurs reprises dans la période dont il 
est ici question (ibid) : de ces changements-là, cependant, M. Hubert 
ne nous dit rien. Tout cela doit donc rendre un peu sceptique. Est-il 
bien exact, par exemple, de dire que « l'agriculture (en France) n'a 
jamais été dans une période plus prospère que maintenant? « (p. 126) 
La baisse considérable que l'on constate dans le revenu agricole im- 
posable et dans la valeur des fonds ruraux donne ici un démenti 
brutal, et il n'y a pas moins d'illusion à soutenir que la loi du 12 
juillet 1909, instituant le bien de famille insaisissable, ne peut pas 
manquer de retenir la population dans les campagnes (ib.). Évidem- 
ment cet exode des paysans gênait un peu M. Hubert, mais il a tort 
de se tirer d'embarras par une explication qui n'est que puérile (p. 127). 
Ce qui reste vrai, c'est que « la France possède une admirable puis- 
sance d'épargne, qui en fait le banquier du monde » (p. 172). A quoi 
encore il aurait fallu ajouter que l'Allemagne épargne des hommes, 
tandis que la France épargne des pièces d'or. Restons-en, si vous 
voulez, sur cette boutade : « L'Allemagne donne l'impression d'un 
pays colossalement riche qui n'a pas le sou » (p. 16). 

5. — La Question agraire au royaume de Pologne, par M. Kokowski, 
paraît être une thèse de doctorat : dans les Facultés de droit, en 
effet, la thèse est souvent une occasion de faire des recherches très 
originales, de mûrir un travail long et sérieux et d'enrichir les biblio- 
thèques économiques de quelque bonne et solide publication. Cepen- 
dant l'œuvre actuelle nous a semblé bien aride et trop dénuée d'opi- 
nions personnelles; il y manque une carte pour suivre l'auteur; il y 
manque aussi, au moins pour les profanes comme moi, des rensei- 
gnements assez abondants sur le milieu historique, social et juri- 
dique où se pose cette « question agraire. » C'est trop du dépouille- 
ment de rapports administratifs et de statistiques, mais ce n'est 
pas assez un livre et l'on n'y sent pas non plus une âme. A peine 
trouvé-je à noter que la Russie, à la différence de l'Autriche, ne 
sait pas faire les dépenses nécessaires pour protéger le pays contre 
les inondations ou bien pour lui assurer les voies de commimication 
dont il a besoin. Les taxes contributives sont bien levées par mil- 
lions, mais elles reçoivent d'autres emplois, et le chemin de fer Lublin- 
romaszow, par exemple, est refusé depuis quarante ans à des 



demandeurs en concession qui ne réclament ni garantie ni sub- 
sides, et qui ont toujours accepté toutes les conditions exigées 
(p.174-176). 

6. — Le Régime minier, de M. Marius Richard, est une étude fort 
intéressante et fort instructive sur notre loi de 1810, comme sur les 
critiques qui en sont faites et la refonte dont on la menace. Cette loi 
est-elle donc si mauvaise? Non certes. En fait, l'inventeur, ou plutôt 
rexplorateur,obtient toujours la concession, lors même que ses droits 
à l'avoir ne sont pas nettement proclamés. Puis, ici, la « propriété » 
proprement dite du concessionnaire est fort bien justifiée et établie : 
Napoléon avait été on ne peut plus précis sur cet article-là, et son 
raisonnement est reproduit fort à point (p. 2). En face de Napoléon, 
quel petit homme donc que M. Zévaès ! Les profanes trouveront encore 
dans ce volume une foule de choses intéressantes, notamment le 
tableau de la hausse des salaires quotidiens dans les mines en regard 
de la diminution du rendement par tête d'ouvrier, si bien que, de 1888 
à 1907, les frais de main-d'œuvre, grâce à ce double mouvement en 
sens inverse, ont monté de 5 fr. 04 à 7 fr. 05 par chaque tonne 
extraite (p. 80). A signaler, au passage, les mauvais résultats de l'ex- 
ploitation administrative en Prusse (p. 91), où la propriété de l'État 
s'explique tantôt par d'anciennes exploitations seigneuriales et 
tantôt par de véritables concessions que l'Etat s'est adjugées à lui- 
même, faute de quelqu'un qui les voulût, parce qu'elles étaient jugées 
onéreuses : ce n'est donc pas encourageant pour le système des indus- 
tries d'État. Cependant M. Richard se défend d'avoir voulu faire un 
plaidoyer en faveur des Compagnies. J'avoue même que je serais 
plus sévère que lui sur la redevance projetée de 20 "/o à prendre sur 
la part du produit net que le concessionnaire pourrait obtenir an- 
nuellement en sus du dixième de son capital de premier établisse- 
ment (p. 129 et s.). M. Richard; en effet, ne discute pas assez tout ce 
qu'il y a d'arbitraire dans le calcul ou plutôt dans la supposition de 
ce capital nécessaire moyen. Qu'appelez-vous donc un coût normal 
de mise en exploitation, lorsque vous savez qu'en 1908, sur 1.488 
concessions données, il y en avait 904 abandonnées et 319 en perte, 
avec 34 millions de déficit chez ces dernières contre 90 millions de 
bénéfices dans les deux cents et quelques autres qui faisaient des 
bénéfices, mais qui, généralement, avaient lutté et perdu de l'argent 
pendant un demi-siècle avant de gagner quelque chose? Rien, en 
effet, n'est plus singulier, ni moins connu que l'étonnante et persis- 
tante misère d'Anzin, d'a\niche et de bien d'autres compagnies avant 
leur relèvement et leur prospérité (p. 64 et s.). Conclusion: la pro- 
priété des mines a trop de risques de perte pour qu'on doive lui en- 
lever ses bonnes chances quand elle en a. « La législation, disait Na- 



— 33 — 

poléon, doit être toujours en faveur du propriétaire : il faut qu'il 
ait du bénéfice dans ses exploitations, parce que, sans cela, il aban- 
donnera toutes ses entreprises. » A noter toutefois que M. Richard, 
sans doute par tactique, ne nomme pas une fois le socialisme, qui est 
pourtant le moteur de tous ces projets de réforme : en ceci donc, 
il est incomplet et ne nous semble pas aller jusqu'au fond de la 
question. 

7. — On connaît le talent d'exposition de M. Yves Guyot, qu'il a 
mis si souvent au service de la bonne économie politique libérale. 
Son nouveau volume : Les Chemins de fer et la grève, est un exposé 
très complet de la question, non seulement au point de vue français, 
avec de très nombreuses citations de textes officiels et de débats 
parlementaires, mais aussi avec d'utiles renseignements sur l'étranger. 
M. Yves Guyot démontre victorieusement que la meilleure défense 
contre les grèves de chemins de fer, c'est l'application toute simple 
du droit commun, par conséquent la libre faculté pour les compa- 
gnies de remplacer et par conséquent d'éloigner définitivement les 
cheminots qui rompent le contrat. Alors ministre, il l'avait pro- 
clamé très résolument dès 1889 et 1891 (p. 4 et s.). Il avait raison en 
principe et les faits ont montré qu'il avait eu raison aussi en prati- 
que. Mais, depuis lors, les idées subversives et le syndicalisme socia- 
liste ont fait leur chemin, et l'on s'imagine pourtant que l'on 
va se tirer d'affaire par des projets de loi dont le dépôt consacre 
précisément la victoire effective de la grève (p. 103, 109, etc.) ! Nous 
notons tout particulièrement aussi un chapitre sur «la Répartition des 
titres de chemins de fer » (p. 245); on y verra ce que c'est que la 
prétendue féodalité financière des grandes compagnies, simples 
groupements de plusieurs centaines de milliers de petites bourses. 
Que d'esprit dans le chapitre de « Monsieur Tout le monde »,ce pauvre 
«Tout le monde» pour qui les chemins de fer ont été faits et que pour- 
tant l'on oublie si bien (p. 305) ! En tout cas, je recommande instam- 
ment la lecture de ce volume aux cœurs sensibles — ou plutôt aux 
ambitieux de popularité malsaine — qui réclament la réintégration 
complète et sans réserve de tous les cheminots soi-disant révoqués, 
c'est-à-dire démissionnaires par la grève. 

8. — Nul n'ignore Beccaria, qui fit à Milan, à la fin du xviii^ siècle, 
un des premiers cours d'économie politique et qui s'est rendu célèbre 
surtout comme criminaliste par son traité Des Délits et des peines. 
M. Eugène Landry, professeur de langue et de littérature françaises 
à Milan, a recueilli de lui avec une pieuse vénération un certain nom- 
bre de lettres et écrits inédits, auxquels il a Joint des lettres pareille- 
ment inédites de Voltaire, d'Holbach, Diderot, Condillac, d'Alembert, 
Morellet, etc., etc. L'ouvrage comprend trois parties : 1° Écrits et 
Janvier 1912. T. GXXIV. 3. 



— 34 — 

fragments philosophiques; 2'^ Lettres des philosophes français à Bec- 
caria; 3° Lettres et documents intimes de Beccaria, le tout expliqué, 
annoté et commenté. Beccaria écrivait fréquemment ses lettres en 
français, mais quel français ! Au hasard de la plume, je note la théorie 
de Beccaria sur la métempsychose. La matière selon lui est éternelle ; 
par conséquent, les molécules impérissables qui ont constitué la « tex- 
ture nerveuse » de Caton, de César et de Catilina (nous ne nous in- 
quiétons pas des molécules du surplus de leurs personnes) peuvent 
bien et même doivent bien, par le mélange de leurs combinaisons 
fortuites à travers les siècles, se retrouver toutes exactement ensem- 
ble. Ce jour^-Ià, Caton, César et Catilina revivront identiquement les 
mêmes. « Voilà donc, dit Beccaria, la plus grande extension possible 
donnée à la métempsychose pythagoricienne, et, cette fois-ci, elle l'est 
dépouillée du manteau imbécile de la superstition et appuyée 
sur la plus solide base de la philosophie » (p. 99-101). Beccaria croit 
que c'est arrivé. — Mais je n'ai rien trouvé qui intéressât l'économie 
pohtique. 

9. — De l'économie politique nous ghssons insensiblement à l'éco- 
nomie sociale. Les publications sur les sociétés de secours mutuels ne 
manquent pas. Cependant la Mutualité nouvelle, de M. Profit, d'après 
les lois combinées des 1er ^yril 1898 et 5 avril 1910, mérite une élo- 
gieuse mention. C'est très clair et très simple, bien fait pour faire 
comprendre et faire pratiquer le système des sociétés de secours mu- 
tuels. La documentation y est correcte et solide. Au point de vue 
pratique, nous citerons des spécimens de tables de mortalité et sur- 
tout des statuts-types dont on pourra s'inspirer utilement. Assuré- 
ment la République y est à certains endroits couverte de fleurs qu'elle 
ne mérite point; et la solution de la question est présentée comme 
« liée à l'avenir même de la Répubhque » (p. 365) ; mais au moins le 
procédé du fonds commun inaliénable, pour lequel M. Profit réédite le 
mot de M. Lairolle — « la colossale erreur de l'administration et des 
pontifes » (p. 363), — est l'objet d'une discussion à la fois serrée et 
écrasante. 

10. — Quant à la Réglementation du travail des femmes et des en- 
fants aux États-Unis, qui fait partie de la Bibliothèque du Musée 
social, elle a certainement coûté beaucoup de travail à M. Chaboseau. 
Malheureusement, le livre est d'une lecture ennuyeuse ou plutôt 
impossible, parce que ce n'est que l'énumération suivie de tout ce 
qui se fait à l'égard des femmes et des enfants dans chacun des 
Etats, rAlabama,le Wisconsin, l'IUinois, etc. L'âge minimum est ici de 
douze ans, là de treize, ou bien ailleurs de quatorze; l'amende contre 
le patron est de 5 dollars ou bien de 10, à moins qu'elle ne soit de 6 
ou de 7 dollars, et le délit, pour être commis, exige ici telle ou telle 



— 35 — 

condition qu'il n'exige pas dans l'Etat voisin. Vous comprenez que, 
quand on a lu 200 pages de ce goût-là... pardon, on a fermé le livre 
à la dixième page au plus tard. Est-ce fait plutôt pour être consulté? 
Eh bien, alors, il aurait fallu des tableaux, mieux encore, de grandes 
planches susceptibles d'être lues horizontalement et verticalement 
tout ensemble, et à ce prix-là les recherches auraient été faciles. Il 
n'en aurait pas coûté beaucoup plus de travail à l'auteur, mais plus 
d'argent pour l'impression. Cependant ou le livre était utile, et 
c'était cette forme-là qu'il fallait lui donner, ou il ne l'était pas. 

11. — Le titre : Causeries sociales, que M. O. Jean a donné à son 
opuscule, en exprime bien le but et la forme. C'est une série d'entre- 
tiens, écrits avec élégance et facilité, sur la justice, la charité, la ma- 
nière d'aller au peuple, etc. Très chrétien et même très pieux par 
endroits, ce petit travail est conçu tout à fait dans le sens des Semaines 
sociales, avec la conviction que « la charité elle-même doit évoluer » 
et que « c'est aujourd'hui une science » (p. 19), puis, que « dans ce 
double travail de prévoyance et d'amélioration sociale, il faut que la 
part d'activité ouvrière soit prépondérante » (p. 23). Toute autre 
manière de faire supposerait, en effet, le maintien des vieilles vertus 
et des principes désuets du passé, en laissant trop voir une hiérarchie 
sociale qui a fait son temps. En n'opérant pas l'émancipation (faut-il 
dire économique, intellectuelle et politique?) qui est dans la nécessité 
du moment, on ne réaliserait pas « l'éducation sociale de la classe 
ouvrière. » 

12. — Voici encore une causerie un peu dans ce même esprit-là, 
mais plus social et moins ouvertement chrétien : je veux parler du 
solide et épais volume de M. Deslandres, professeur à la Faculté de 
droit de Dijon, sur l'Acheteur, son rôle économique et social; les ligues 
sociales d'acheteurs. Dans ces pages d'une lecture agréable et facile, 
il ne manque ni les fines observations, ni les renseignements de fait 
sur ce mouvement nouveau. Cependant il me semble que Vidée des 
devoirs de ce genre n'est point si neuve que M. Deslandres veut bien 
nous le faire croire. Jadis, tout simplement avec leur bon sens et leur 
vieux catéchisme d'antan, nos vieilles familles de province avaient 
déjà soin de donner leurs commandes en temps utile pour ne pas 
exposer les fournisseurs au surmenage ou pour ne pas gêner l'obser- 
vation du dimanche, et elles se faisaient un devoir de faire travail- 
ler les honnêtes artisans de leur quartier, avec qui, certes, on ne 
faisait pas les fiers. On appelait cela de la bonne charité tout court : 
mais on ne mettait pas tout à la sauce « sociale » et l'on ne croyait 
pas pour si peu avoir découvert l'Amérique. Ici, M. Deslandres, qui 
fréquente les Semaines sociales, me paraît voisiner avec le Sillon et 
reléguer un peu trop dans l'ombre la charité comme on l'avait tou- 



— 36 — 

jours comprise. Pour lui, M. Gide, dont la philosophie est si peu 
chrétienne et si froidement amorale, est une autorité qu'il cite 
avec une particulière sympathie; quant au socialisme, il y voit 
« la mise en œuvre du principe de devoir et de sacrifice » (page 
444). Voilà qui va de pair avec son admiration pour le mysticisme 
esthétique, mais passablement socialiste, de Ruskin, à qui, certes, il 
ne faudrait pas faire gloire de « réintégrer le moral dans récono- 
mique « (p. 448). Enfin, de ci de là, de petites attaques contre l'éco- 
nomie politique, bien que M. Landry, par exemple, avec sa théorie 
de la « rente de l'acheteur, » ne suffise guère à représenter la science 
à lui tout seul (p. 428). — En finissant, je poserai une question. En 
présence de la raréfaction et de renchérissement des produits de 
basse-cour, qui n'en coïncidaient pas moins avec la crise ou plutôt 
le déclin chronique de notre agriculture, je voudrais bien savoir si 
les ligues sociales sont intervenues et si leurs sympathies n'étaient 
pas pour les ménagères de villes plutôt que pour les paysans, à qui 
l'on pense toujours si peu. C'eût été une bien belle occasion de se 
montrer. Gageons qu'elle n'a pas été mise à profit : l'ouvrier de 
ville est toujours bien plus intéressant. 

13. — Le volume de M. R. Musto : La Odierna Evoluzione dello stato 
democratico moderno^ ne sort pas du cadre des banalités rebattues, 
un peu comme une grosse et ennuyeuse brochure. La Préface en 
allemand, que M. Labrand y a mise, n'ajoute pas non plus beaucoup. 
Évidemment la société est autre chose qu'un simple total d'individus; 
mais tout cela n'éclaire pas encore sur le problème des droits de 
l'individu à l' encontre de la société, ni sur le rôle des pouvoirs so- 
ciaux à l'égard de l'individu. Qu'est-ce que l'homme? D'où vient-il? 
Où va-t-il? Existe-t-il un droit naturel qu'il n'ait point fait? Qu'est- 
ce enfin que l'État? Est-il l'unique et suprême arbitre de tout droit, 
comme aussi l'auteur de toute loi? De cela rien : je dirais volontiers 
que M. Musto a oublié d'éclairer sa lanterne. On conçoit donc que 
son démocratisme soit vague et flou, ne voulant ni faire résolu- 
ment du sociahsme, ni barrer la route à celui qui s'est fait tout 
seul et qui arrive sur nous à grands pas. 

14. — M. Angel Marvaud, ayant été délégué par le Journal des 
Débats au congrès sioniste de 1909 à Hambourg, en a profité pour 
faire une étude très intéressante sur le Sionisme. Tout le monde 
connaît aujourd'hui le sionisme, ce mouvement qui, lancé par Théo- 
dore Herzl, a pour but de rendre une patrie politique aux Juifs. Sui- 
vant les uns, ce ne pourrait être que la Palestine, mais d'autres se 
contenteraient de n'importe quoi, car il a été question non seulement 
de la Cyrénaïque et de la Mésopotamie, mais aussi de l'Oubanghi. Le 
premier congrès se tint à Bâle, en 1897; celui de Hambourg, en 1909, 



— 37 — 

était le neuvième. Entre temps, les plus vastes projets avaient été 
formés, notamment celui d'une société au capital de 1.250 millions 
pour mettre en valeur le pays nouveau suivant les formules d'une 
démocratie socialiste fédérativo. 11 y a, en effet, chez les sionistes, 
« une fraction socialiste, assez importante, paraît-il, qui adopte le 
programme intégral du marxisme » (p. 38). Dans cet opuscule, plus 
curieux assurément que bien des volumes, les jugements et les con- 
clusions de l'auteur ne sont pas moins intéressants que l'exposé des 
discussions du congrès. M. Marvaud pense que le sionisme a surtout 
des obstacles devant lui et qu'il n'est pas en passe d'aboutir ; mais le 
sionisme est allemand et socialiste avant tout; il sert les intérêts de 
l'Allemagne et il constitue un danger pour nos établissements d'Orient 
(p. 61 et s.), parce qu'il est « ouvertement contraire à l'idée d'assimi- 
lation (de la race juive) qui est au fond de l'esprit français » (p. 48); 
il marque la lutte contre « l'Alliance israélite universelle »; il veut 
isoler les juifs comme une nation à part, tandis que l'Alliance israé- 
lite ne demande qu'à les fortifier partout. Seulement M. Marvaud 
ne s'effraye aucunement de cela, car il croit, de très bonne foi, que la 
grandeur de la France est liée à cette fusion du juif et du chrétien. 
Il se félicite donc de ce que «les pouvoirs publics en France se sont en- 
fin rendu compte de l'intérêt vraiment national « qu'il y a à « prêter 
une aide vraiment effective à l'Alliance » (p. 50). La grâce juive n'a 
pas pénétré moins profondément M. Anatole Lerey-Beaulieu, qui a 
écrit la Préface de ce petit volume. A l'Allemagne de s'appuyer sur le 
sionisme; à la France, au contraire, de favoriser l'Alliance, à laquelle 
« il est juste, dit-il, d'attribuer pour une bonne part la diffusion du 
français dans tout le Levant » (p. 9). A coup sûr il y avait autre chose 
à dire de ce mouvement actuel du sionisme, qui souligne si puissam- 
ment le phénomène inexplicable et providentiel, unique en son 
genre, de la survivance indéfectible du peuple juif. 

15. — Nous avons fait, ici même, il y a deux ans, un juste éloge du 
Modernisme sociologique de M. l'abbé Fontaine : aujourd'hui, ce sera 
du Modernisme social\ décadence ou régénération du même auteur, 
toujours infatigable et toujours aussi bien inspiré. C'e.=t de la bonno 
philosophie, avec une exacte connaissance des erreurs à la mode, soit 
qu'elles proviennent du socialisme révolutionnaire, soit qu'elles aient 
été lancées par des catholiques sociaux mal éclairés. Il y a là tout à 
la fois une critique négative et une œuvre de reconstruction sur les 
bases du droit naturel chrétien. Nous signalerons tout particulière- 
ment des discussions sérieuses et bien conduites, très actuelles sur- 
tout, à propos du contrat collectif de travail, puis à propos du syn- 
dicalisme et de sa prétention de remplacer la discipline patronale par 
la seule discipline ouvrière. M. Gide y passe à son tour, et nous savons 



— 38 — 

à M. l'abbé Fontaine un gré infini d'avoir démasqué un bon nombre 
des sophismes socialistes qui fourmillent dans les œuvres trop vantées 
de l'illustre professeur : c'est lui, en effet, qui forme ou plutôt déforme 
l'esprit des étudiants des Facultés de droit, grâce à l'autorité très 
usurpée qu'il a conquise et à laquelle beaucoup de catholiques peuvent 
se repentir d'avoir contribué. — L'ouvrage se compose de trois par- 
ties : 1° Les Doctrines et les faits sociaux et économiques (y compris 
« les faux Dogmes du catholicisme social » et leur connexité avec le 
syndicalisme); puis 2° l'État et les faits sociaux et économiques; 
enfin 3° l'Eglise et les faits sociaux et économiques. Certaines pages 
de cette dernière partie sont des plus remarquables. Nous le disons 
en particulier de la description de l'avenir humainement probable de 
l'humanité (p. 379 et s.), « le sociaUsme ayant, à titre de religion huma- 
nitaire, la prétention de s'étendre peu à peu à l'humanité tout entière, 
avec ce grand moyen de séduction: apprendre à l'humanité à s'adorer 
elle-même «(p. 382). L'Eglise ne peut ni reconnaître le socialisme comme 
sorti de son sein, ni pactiser avec lui : « les éléments formateurs (du 
socialisme), qu'ils soient d'ordre intellectuel ou d'ordre religieux, » 
procèdent ou d'un matérialisme brutal ou d'un subjectivisme incon- 
sistant. 11 n'y a pas à savoir si chacune de ses propositions a été direc- 
tement taxée d'hérésie; il faut tenir là une « indéfectibilité directrice » 
qui n'est dans l'Eglise que « l'aspect pratique de l'infaillibilité doctri- 
nale » (p. 388). Le socialisme chrétien ne doit donc pas faire d'adeptes. 
A la- fin se trouve un tableau très sûr des instructions que Léon XIII 
et pie X ont données aux catholiques, le premier notamment par 
ses deux encycliques Longinqua Oceani, de 1895, ignorée en France, 
et Graves de commuai, de 1901, laissée à dessein dans l'ombre par les 
hommes qu'elle dérangeait. 

16. — Après M. l'abbé Fontaine, Mgr Delassus, que ses travaux 
antérieurs, notamment sur l'action des sociétés secrètes, ont fait si 
avantageusement connaître, nous offre une foule de renseignements 
d'un très haut prix, non moins que des thèses sociales indiscutables, 
dans sa Démocratie chrétienne, parti et école vus du diocèse de Cambrai. 
On y voit, dès 1893, les origines d'une « école sociale nouvelle » et 
d'un « parti social nouveau », les démocrates chrétiens (p. 10), quoique 
l'opinion fût plus répandue que l'appellation « démocratie chrétienne », 
qui datait seulement du congrès des prêtres tenu à Reims en 1896. On y 
est mis aussi au courant des fameux congrès de la démocratie chré- 
tienne organisés à Lyon par M. Mouthon et M. l'abbé Lemire à 
partir de 1896 (p. 15, 18 et s.). Inutile de faire l'éloge de la fermeté 
rigoureuse de la doctrine, constamment appuyée sur les textes de 
Léon XIII et de Pie X. Mgr Delassus avait prouvé qu'il connaît à 
fond l'œuvre révolutionnaire et les complots sataniques de la franc- 



— 39 — ' 

maçonnerie : il n'est donc pas de ceux à qui Ton peut faire applaudir 
au programme de « christianiser la Révolution, » comme le voulait 
M. l'abbé Naudet, alors directeur du Monde (p. 27). C'est bien plus 
qu'une brochure à répandre : c'est un vrai livre à étudier et à mé- 
diter. 

17. — M. Paul Louis nous apporte une nouvelle édition de son 
Histoire du mouvement syndical en France^ poussée, celle-ci, jusqu'en 
1910. C'est l'ancien volume, mais avec des renseignements nouveaux. 
En soi, l'ouvrage est fort instructif, non seulement sur la Confédéra- 
tion générale du travail (p. 240 et s.) et autres institutions ou faits 
quelconques, mais particulièrement sur le véritable esprit du syn- 
dicalisme contemporain. On s'y éclaire suri a grève générale et la 
campagne menée en sa faveur, sur le sens de l'action directe — « éman- 
cipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes, « par oppo- 
sition à l'action parlementaire ou indirecte (p. 271 et s.) — enfin sur 
le sens du mot « révolutionnaire » en contraste avec « réformiste » 
— • c'est-à-dire la révolution dans le résultat, quoique non nécessai- 
rement dans les procédés, etc., etc. Tout cela peut être étudié avec 
fruit, et l'on demeurera épouvanté de l'avenir vers lequel on est em- 
porté. 

18. — Au contraire, puisque M. Olphe-Galliard est un fonction- 
naire — un ancien inspecteur du travail, — il y a gros à parier que 
son Organisation des forces ouvrières doit être optimiste, tout à l'éloge 
du régime actuel qui a fait disparaître les abus du passé, moyen âge, 
Restauration ou monarchie de Juillet. L'ouvrage est bien écrit, bien 
documenté, riche de faits et de citations. Une première partie, de 
beaucoup la plus longue, étudie la « solution naturelle du problème. » 
Cette solution, ce n'est pas la suppression du salariat; c'est seulement 
sa réforme par la force organisée et consciente d'un personnel ouvrier 
qui sera en mesure d'ordonner et de faire rémunérer convenablement 
son travail. L'histoire des trade-unions de l'Angleterre et des États- 
Unis complète celle de nos syndicats. Le contrat collectif sera l'ins- 
trument du progrès; il sera le moyen suffisant et nécessaire de l'édu- 
cation des travailleurs, et, une fois ceux-ci convenablement réédu- 
qués, il aura une sanction dans son « observation volontaire » (p. 227) ; 
car M. Olphe-Galliard veut bien reconnaître que pratiquement il 
n'en comporte aucune autre. Quel malheur que les autres contrats ne 
soient pas suffisamment sanctionnés, eux aussi, par la volonté des 
parties de les exécuter ! Alors, en effet, nous n'aurions plus besoin ni 
de tribunaux, ni d'huissiers! Puis viennent les « solutions artificiel- 
les. » M. Olphe-Galliard les ramène à trois groupes : 1» la suppres- 
sion du salariat par les « associations ouvrières de production » et par 
les « associations commerciales de travail. » Le rôle de ces dernières 



— 40 — 

serait de vendre du travail en bloc à un patron, qui, par conséquent, 
n'aurait aucune question à débattre avec les opérateurs eux-mêmes 
(p. 320-321); mais M. Olphe-Galliard y est opposé, parce que ce serait 
la « désorganisation des syndicats ouvriers » (p. 322); 2° le « pater- 
nalisme » (quelle langue, vraiment !), et ce lui est une occasion d'égra- 
tigner en passant Le Play, puis les démocrates chrétiens et MM. de 
Mun, Harmel, etc; enfin 3° la conciliation et l'arbitrage, qui ne va- 
lent guère mieux, car c'est une chimère de poursuivre la « réconci- 
liation des adversaires » et de méconnaître les « lois sociales » d'un 
antagonisme évident. Apparemment, n'est-ce pas? la guerre sociale 
est une loi de nature, avec l'écrasement des patrons au bout. La con- 
clusion, c'est que la solution est dans les « vertus sociales des inté- 
ressés, » que les syndicats développent si heureusement. Aussi la 
paix, à ce que pense de bonne foi M. Olphe-Galliard, revient de plus 
en plus. Les révolutionnaires s'effacent et disparaissent derrière les 
réformistes; les grèves sont paisibles (n'est-ce pas? demanderai-je; 
on ne tue plus ni ne maltraite les renards?), et la. coalition ouvrière 
« entraine le progrès général de l'humanité » (p. 376 et 377). M. Olphe- 
Galliard n'aborde nulle part les côtés philosophiques ou psycholo- 
giques du problème; il ne sonde pas la nature humaine pour voir si, 
en elle, lorsque manque un frein moral, il n'y a pas des impulsions 
irrésistibles de cupidité et d'envie. Mais n'insistons pas : son siège 
est fait et nous ne voulons pas lui redemander de le refaire, quoique 
son syndicalisme ne puisse pas ne pas conduire au socialisme intégral. 
Bien entendu, il est hostile aux syndicats Jaunes et aux ouvriers indé- 
pendants, dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'avec ces idées-là 
« l'élite de la classe ouvrière et Tavanl-garde des travailleurs organisés 
seraient remplacés par les pires représentants de l'armée permanente 
des sans- travail » et que « la situation de la classe ouvrière subirait 
bientôt un recul épouvantable » (p. 297). J'ai bien trouvé une fois le 
mot « droit naturel » ; mais ce n'était pas de morale naturelle qu'il 
s'agissait, c'était un droit au sens de revendication, et revendi- 
cation du droit de vivre, que personne, je pense, n'a envie de con- 
tester (p. 3) 

19. — Comme thèse de doctorat, M. Marcel Braibant a fait un livre 
intéressant : Le Socialisme et l'activité économique, « étude sur les 
mobiles de l'activité économique individuelle dans les diverses con- 
ceptions socialistes. « M. Deschanel y a mis une Préface élogieuse. 
L'ouv.age comprend deux parties distinctes, le Communisme et le 
Collectivisme. Toutefois, au moins sous l'angle que l'auteur veut obser- 
ver, la démarcation n'est pas assez tranchée entre ces deux grands 
types de socialisme : car le collectivisme, en détruisant la fami le, le 
mariage, l'éducation des enfants, etc., paralyserait tout autant les 



— 41 — 

ressorts de l'activité économique. Dominerait-il par la contrainte, 
tandis que le communisme s'adresserait au sens de l'intérêt social, à 
l'honneur et au souci de l'opinion publique, voire même tout sim- 
plement au besoin psychologique d'activité? Sudre, ii y a plus de 
soixante ans déjà, avait soulevé tous ces problèmes, quoique le mot 
collectivisme et même la doctrine collectiviste manquassent alors : 
pourquoi M. Braibant ne l'a-t-il pas au moins cité? Puis les conclu- 
sions, ici, s'arrêtent à mi-chemin. M. Braibant nous apprend lui- 
même qu'il avait commencé sa thèse, « prévenu très favorablement 
en faveur de la conception économique du socialisme » (p. 14). Il 
s'en est bien ramené par la seule impartialité de ses observations, 
« en s'éloignant, dit-il, de la plus généreuse des idées sociales « (p. 15) : 
mais sa logique n'a pas poussé plus avant; il n'a pas su comprendre 
qu'une institution qui est éminemment utile au développement de 
l'humanité et qui est même pour elle de nécessité de moyen, je veux 
dire la propriété, est par là même conforme à la nature de cette 
humanité et qu'elle est par conséquent de droit naturel. Eh bien 
non! Admirateur du Discours sur V inégalité des conditions, de J.-J. 
Rousseau, qu'il appelle « une explication historique de la plus haute 
valeur » (p. 213), M. Braibant répète à satiété que la propriété n'est 
qu'une « institution de droit positif, non de droit naturel » (p. 212, 
214, etc.), et qu'il faut en refaire la théorie, en partant du point de 
vue purement pratique, exclusivement utilitaire (p. 211). Bien plus, 
y a-t-il un droit naturel, aux; yeux de M. Braibant? Probablement 
non, puisqu'il n'en dit rien, tout au contraire. Alors la propriété et la 
société ne reposeront plus que sur la poigne du gendarme, et pour 
aussi longtemps seulement que ceux qui voudront du gendaime 
seront plus nombreux ou plus forts que ceux qui n'en voudront 
pa ■. Le gendarme cesse ainsi d'être un auxiliaire nécessaire il de- 
vient à lui tout seul un principe et le droit tout entier. Mais c'est 
bien cela qu'on enseigne dans les Facultés de droit de l'État, et nous 
ne pouvons pas reprocher à M. Braibant de ne pas y avoir appris 
autre chose. Il avait bonne mémoire. 

20. — Le Dictionnaire du socialisme, de M. Charles Vérecque, n'a 
pas sans doute, au point de vue des doctrines, l'intérêt ou la valeur 
du Handbuch des Socialismus de Stegman et Hugo. La partie biogra- 
phique et bibliograpljique est seule complète et encore seulement au 
point de vue français. Mais, envisagé ainsi, ce dictionnaire est très 
précieux par les renseignements qu'il donne sur une foule de petites 
notabilités vivantes et disparues, personnages de la Commune, 
journalistes, députés, etc., y compris l'auteur en personne. Cepen- 
dant M. Vérecque a eu la délicatesse de ne pas y mettre — ou pas y 
compromettre — M. Briand. MM. Viviani et Millerand sont à 



peine nommés et très imparfaitement biographies. Pour la facilité 
des recherches alphabétiques, je regrette l'iatercalation d'un im- 
mense article sur le « Parti ouvrier français » qui tient plus de cent 
pages (p. 282-384), c'est-à-dire, à lui tout seul, le quart du volume. 
Quant aux opinions socialistes, assurément M. Vérecque les a; il 
soutient néanmoins que le socialisme, même collectiviste, ne supprime 
pas l'hérédité, puisqu'il se borne à supprimer la propriété des biens 
que l'héritier aurait prétendu recueilhr ! ! ! (p. 204). Sur le syndicat, 
se posant contre la Confédération générale du travail, il professe 
que le syndicat ne peut ni ne doit avoir pour but que « d'arracher au 
patronat de meilleures conditions de vie et de travail, par la lutte 
collective, « alors que la Confédération générale du travail a le tort 
de vouloir supprimer le salariat et le patronat (p. 470-471). M. Vérec- 
que donne donc la main à M. Olphe-Galhard, que nous analysions 
plus haut, et voilà ce dernier indirectement jugé. J. Rambaud. 



HISTOIRE COLONIALE ET COLONISATIOiN 

1. Colonies portugaises. Les Organismes politiques indigènes, par A.-L. de Al- 
MADA Negrei'ros. Paris, Challamel, s. d., in-12 de 320 p., 5 fr.— 2. Politique musul- 
mane de la Hollande, par C. Snouck Hurgronje. Paris, Leroux, 1911, in-8 de 133 
p. avec planches et vignettes, 4 fr. — 3. Manjland under the Commonwealth 
a chronicle of the years 1649-1658, by Berîïard C. Steiner. Baltimore, the .Johns 
Hopkins Press, 1911, in-8 de 178 p. — 4. U Exotisme américain dans la littérature 
-française au xvi* siècle, d'après Rabelais, Ronsard, Montaigne, et\, par Gilbert 
Chinard, Paris, Hachette, 1911, in-16 de xvii-247 p., 3 fr. 50. — 5. Les Ques- 
tions actuelles de politique étrangère dans r Amérique du nord, par A. Siegfried, 
P. de Rousiers, de Périgw, Firmin Roz, a. Tardieu. Paris, Alcan, 1911. 
in-16 de xviii-242 p., avec 5 cartes hors texte, 3 fr. 50. — 6. Autobiographie de 
Henry M. 'Stanley, publiée par sa femme Dorothy Stanley; trad. p ir Georges 
Feuilloy. Paris, Pion- Nourrit, 1911, 2 vol. in-16 de xii-301 et 415 p., avec trois 
portraits et une carte, 7 f r. — 7. Documents diplomatiques pour servir à Vétude de la 
question marocaine, par E. Rouard de Gard. Paris, Pedone; Gamber, 1911, in-8 
de 159 p., avec 2 cartes, 5 fr. — 8. Situation économique du Maroc, 1908-1909, 
par Gh. René-Leclerc. Oran, imp. Fouque, 1910, in-8 de 238-15 p. — 9. La 
Pacification de la Mauritanie, par le colonel Gouraud. Paris, Gomitéde l'Afrique 
française, 1911, in-8 de 287 p., avec carte, plans, croquis et gravures. — 10. 
L'Afrique équatoriale française, par Maurice Rondet-Saint. Paris, Plon-Nourrit, 
1911, in-16 de iv-313 p., avec carte, 3 fr. 50. — 11. L'Éducation sociale des rares 
noires, par P. Roeckel. Paris,'iGiard et Brière, 1911, in-18 de 296[p., 3 fr. 50. 

1. — L'ouvrage que M. A.-L. de Almada Negreiros a consacré en 
1910 aux Organismes politiques indigènes des 'colonies portugaises 
relève doublement de la rubrique « Histoire coloniale et Colonisa- 
tion. » 11 se divise en effet en deux parties, dont la première est pure- 
ment historique et indique avec de nombreux détails quel fut, au 
point de vue du statut des indigènes, le régime administratif des 
colonies portugaises, depuis le moment où le Portugal a eu des pos- 
sessions d'outre-mer, depuis le temps de l'infant Don Henri le Naviga- 



— 43 - 

teur, l'Illustre, jusqu'à l'époque contemporaine, — dont la seconde 
est consacrée à l'étude, dans ces mêmes colonies, des organismes 
indigènes administratifs et politiques actuels. Nous aimerions insister 
avec tout le développement convenable sur chacune des deux parties, 
si pleines de faits, de ce livre sur les Organismes politiques indigènes; 
nous aimerions aussi en dégager de multiples enseignements; bornons- 
nous à dire, puisqu'il nous faut passer rapidement, que l'historique 
fait par l'auteur abonde en renseignements précieux et montre quel 
respect la colonisation portugaise n'a cessé de témoigner pour les 
organismes politiques indigènes jusqu'au moment où la rafale de 
l'assimilation outrancière du xviii^ siècle faillit emporter avec nom- 
bre d'autres ces curieuses institutions. De ces institutions des peuples 
conquis, M. de Almada Negreiros a étudié avec grand soin, dans sa 
seconde partie, le peu qui subsiste, et qui est appelé à disparaître 
plus ou moins vite. Dans l'Angola, dans le Mozambique, dans l'Inde 
portugaise, à Macao, à Timor, il a relevé de très curieux us et cou- 
tumes, des institutions qu'il a bien analysées et d'où il a montré le 
Portugal éliminant avec raison ce qui se trouve contraire aux lois 
humaines naturelles. Hommes d'État, jurisconsultes, historiens con- 
sulteront donc avec fruit le nouvel ouvrage de M. A. L. de Almada 
Negreiros; c'est une précieuse contribution à l'étude du passé et du 
présent de l'empire colonial portugais. 

2. — Auprès de tous les islamisants, le D^ C. Snouck Hurgronje 
jouit à juste titre d'une très grande autorité, et, lorsqu'il parle de ces 
Indes néerlandaises, qu'il connaît si bien, tous ceux qui s'occupent 
(îe politique coloniale l'écoutent de la manière la plus attentive. 
Aussi comprend-on qu'il convient de faire silence et de prêter l'oreille 
quand il traite, devant l'Académie des administrateurs pour les Indes 
néerlandaises, de la Politique musulmane de la Hollande et définit ce 
qu'elle doit être. Voilà précisément pourquoi M. A. Le Châtelier a 
traduit les conférences consacrées au sujet par l'illustre islamisant 
néerlandais, et leur a donné place dans la collection de la « Revue 
du monde musulman. » Comment s'est propagé l'Islam, en particu- 
lier dans l'archipel des Indes orientales, quels sont les caractères 
du système de l'Islam, comment ce système est conciliable, si je puis 
ainsi parler, avec le gouvernement colonial néerlandais, enfin quels 
doivent être les rapports des Pays-Bas avec leurs sujets musulmans, 
voilà les questions traitées par M. Snouck Hurgronje dans cette 
courte série de conférences, dont l'idée maîtresse, nettement formulée 
dans la dernière, est qu'il convient d'associer la société indigène à 
la civilisation européenne, et qu'une telle association, vraiment « na- 
tionale », enlèvera toute sa force au panislamisme. C'est une politique 
que nous connaissons bien, une « politique dé collaboration avec 



les indigènes, » — que préconise par conséquent le D^ Snouck Hur- 
gronje, et il la préconise avec une force d'argumentation tout à fait 
remarquable, dont ne manqueront pas d'être impressionnés les lec- 
teurs de ces quatre conférences. Nous en recommandons vivement 
la lecture, parce qu'elle leur sera très profitable, non seulement à 
ceux qui s'intéressent aux Indes néerlandaises, mais aussi à tous les 
administrateurs français de l'Afrique septentrionale ou occidentale 
qui sont en contact avec des populations musulmanes. 

3. : — C'est du présent que s'occupe M Snouck- H urgronje; c'est 
au contraire au passé que nous amène un récent fascicule des excellen- 
tes « Johns Hopkins University Studies. » Bien que, depuis plusieurs 
années, cette publication ait pris un caractère bien plutôt écono- 
mique, il est possible d'y voir encore paraître, de temps en temps, 
d'excellentes études d'histoire coloniale. Tel est le cas pour le ré- 
cent travail de M. Bernard C. Steiner, intitulé : Marylanû under the 
Commonwealth. Pas n'est besoin de rappeler longuement ici 
que cet historien a consacré sa vie à l'étude du passé du Maryland, et 
que nous lui devons, sur cet Etat de la Confédération américaine, 
une véritable série d'excellentes monographies qui, disposées les 
unes à la suite des autres dans l'ordre chronologique, constituent une 
précieuse histoire du Maryland au xvii*^ siècle; tout récemment, cette 
série s'est enrichie du nouveau volume dont nous avons plus haut 
transcrit le titre; l'historien des débuts de la colonisation anglaise au 
Maryland, du Maryland à l'époque révolutionnaire, de Robert Eden, 
etc., y raconte ce qui s'est passé dans le même pays durant l'époque 
républicaine, de 1649 à 1658. Comme précédemment, M. Steiner are- 
couru à une forme un peu surannée et, groupant méthodiquement dans 
l'ordre chronologique tous les faits que lui fournissait l'étude dea 
archives du Maryland, des papiers Calvert, etc., a rédigé une 
chronique détaillée du Maryland au cours des dix années dont nous 
venons d'indiquer les dates extrêmes. Ainsi se trouve constituée, 
avec différentes publications antérieures, une précieuse histoire du 
Maryland depuis 1631, histoire d'une conscience et d'une documen- 
tation remarquables dont nous attendons la suite avec la plus 
grande impatience. 

4. — Aux études d'histoire coloniale se rattachent celles qui mon- 
trent comment les questions coloniales ont été appréciées, à une épo- 
que déterminée, par le public du temps; c'est là, en quelque manière, 
une science auxiliaire de l'histoire coloniale qui présente un très vif 
intérêt et qui éclaire d'une vive lumière l'histoire proprement dite. 
En veut-on un exemple? Le récent et curieux ouvrage de M. Gilbert 
Chinard, maître de conférences à Brown University, sur l'Exotisme 
américain dans la littérature française au xvi" siècle, d'après Rabelais, 



— 45 — 

Ronsard, Montaigne, etc., est là pour le fournir; reprenant sans le 
savoir, — puisqu'il ne le cite nulle part, — le travail naguère es- 
quissé par M. Léon Deschamps dans un chapitre de son Histoire de 
la question coloniale en France, et le restreignant au Nouveau 
Monde, M. Chinard a voulu rechercher quelle influence la décou- 
verte de l'Amérique a exercée, en France, sur les imaginations des 
contemporains, et il est arrivé, par ses lectures et ses recherches qui lui 
ont permis de tirer parti de quelques ouvrages, encore totalement 
oubliés — la Sphère des Deux Mondes de Darinel, par exemple, — à 
recueillir à ce propos des renseignements très intéressants, ainsi qu'à 
faire de curieuses constatations : dès l'origine, déclare-t-il, la litté- 
rature américariste a eu pour caractéristique principale d'être une 
littérature exclusivement intéressée, dont l'influence s'exerce, dès 
le xvi^ siècle, sur les conceptions morales, religieuses et politiques des 
contemporains. — Quelque soin, quelque conscience que M. Chinard 
ait apportés à la rédaction de son ouvrage, il n'a pas tout connu; 
il n'est pas au courant de travaux récents qui lui auraient permis de 
renforcer et de préciser ses conclusions. Ce n'est pas ici, faute de 
place, que nous pouvons en faire la preuve; aussi comptons-nous y 
revenir ailleurs, et pour deux raisons : pour faciliter à l'auteur, s'il 
est possible, la suite de sa tâche, puisqu'il compte montrer dans un 
autre volume que l'influence de la littérature américaniste n'a cessé 
de grandir en France jusqu'au romantisme, • — puis parce que l'Exo- 
tisme américain en vaut la peine, et est un ouvrage d'un intérêt, 
d'une utilité, et, parfois aussi, d'une nouveauté incontestables. 

5. — Nous sommes en droit de parler ici du volume publié dans la 
« Bibliothèque d'histoire contemporaine » sur les Questions actuelles 
de politique étrangère dans l'Amérique du nord, car plusieurs des sujets 
qui y sont traités sont éminemment coloniaux, tout au moins par 
certains côtés. Sans doute, les études de M. Firmin Roz sur la crise 
des partis aux Etats-Unis et du comte de Périgny sur le développe- 
ment économique du Mexique n'ont rien de colonial, mais la doctrine 
de Monroë n'a-t-elle pas fini par subir d^ telles modifications et ex- 
tensions que les Yankees s'appuient sur elle pour étendre leur in- 
fluence non seulement sur d'autres parties du Nouveau Monde, mais 
même sur les Hawaï et les Philippines ? Et la zone du canal de Pa- 
nama n'est-elle pas une véritable « possession « des États-Unis dans 
l'Amérique centrale? Personne enfin ne contestera le caractère colo- 
nial d'un travail sur le Canada et l'impérialisme britannique... Voilà 
donc, sur les cinq chapitres du volume, trois chapitres considérables, 
traités par MM. André Tardieu, Paul de Rousiers et André Sieg- 
fried, qui envisagent les questions coloniales au sens le plus large du 
mot... Ils le font de la manière la plus simple et la plus claire, er 



— 46 — • 

même temps que de façon très vivante, car chacun de ces chapitres 
a débuté par être une conférence prononcée au cours de l'hiver de 
1911, à l'École des sciences politiques, par un des orateurs que nous 
venons de nommer. Publiées, aussitôt après avoir été parlées, dans 
France- Amérique, ces conférences ont ensuite été revues par leurs 
auteurs, remises au point, complétées ou développées s'il y avait 
lieu; leur ensemble constitue, comme l'ont fait précédemment les 
conférences relatives à l'Europe et à l'Asie, organisées par la Société 
des anciens élèves et élèves de l'École libre des sciences politiques, 
un précieux exposé des questions essentielles qui se posent aujour- 
d'hui dans le Nord-Amérique; on le consultera avec fruit, au triple 
point de vue politique, économique et colonial. 

6. — Pour passer du Nouveau Monde au Continent noir, il n'est 
pas de meilleure transition que V Autobiographie de Henry M. Stanley. 
Cet intéressant et attrayant ouvrage constitue un véritable docu- 
ment pour l'histoire de la colonisation contemporaine. N'y est-il pas 
question, dans le premier volume même, après le récit de ces premières 
années dont tous les journaux ont donné un résumé plus ou moins 
développé, — n'y est-il pas question du conflit esclavagiste aux 
États-Unis et de la guerre de Sécession, c'est-à-dire de questions colo- 
niales au premier chef? Mais c'est surtout dans le second volume, 
construit de manière très habile et très attrayante par la veuve du 
grand explorateur d'après les notes, les journaux et les lettres de 
Stanley lui-même, que l'historien de la colonisation trouvera des 
pages, des chapitres ou, mieux encore, des séries de chapitres dont il 
devra tirer parti. Sur la fondation de l'État indépendant du Congo, 
sur l'expédition au secours d'Emir Pacha, sur une foule d'autres 
sujets de non moindre importance, l'ouvrage abonde en renseigne- 
ments du plus haut prix, et qui contribuent parfois à éclairer d'un 
jour très vif certains événements. C'est le cas. par exemple, pour une 
conversation avec Gladstone rapportée aux pages 251-254 du tome II, 
et aussi pour l'entrevue de Stanley avec le président Kruger au cours 
de ce voyage dans l'Afrique du sud que, une fois devenu membre du 
Parlement, le vaillant explorateur exécuta à la fin de 1897 (ch. XIII 
du même volume). Parfois, par contre, en particulier sur les rapports 
avec Emin, nous souhaiterions plus de lumière encore; mais nous 
comprenons fort bien que M"^^ Dorothy Stanley se soit trouvée amenée, 
dans certains cas, à n'utiliser qu'avec la plus grande réserve les notes 
de son mari. Que de documents intéressants et inédits doivent encore 
s'y trouver contenus, à en juger par certaines pages, inconnues jus- 
qu'ici, relatives à Livingstone, par exemple ! Souhaitons qu'un jour 
ou l'autre M^^^ Stanley se décide à en extraire un certain nombre : les 
historiens de la colonisation comme ceux de la géographie, trouveront 



sans doute beaucoup à y prendre. L'ouvrage, illustré de trois portraits 
de Stanley et accompagné d'une carte, a été en général bien traduit 
par M. Georges Feuilloy, encore que, parfois, avec une certaine négli- 
gence, nous y avons relevé la déplorable expression « me causer » pour 
« me parler » (t. 1, p. 139; II, p. 317), le mot « supporter » dans le 
sens d'« admettre » (II, p. 253), etc.. Ce sont là des vétilles que, dans 
un autre ouvrage, nous ne relèverions pas; mais la traduction de 
l'Autobiographie de Henry M. Stanley devrait être absolument irré- 
prochable. 

7. — Les récentes conventions relatives au Maroc en faisant un 
pays soumis à notre protectorat, il est permis de considérer comme rele- 
vant de l'histoire coloniale les livres qui montrent les étapes par les- 
quelles, peu à peu, le Maghreb el Aksa en est arrivé au point où nous 
le voyons aujoiu-d'hui. Tel est le cas des Documents diplomatiques 
pour servir à l'étude de la question marocaine que vient de réunir en 
volume M. E. Rouard de Gard, à qui nous sommes déjà redevables de 
plusieurs études ou brochures sur le Maroc. On y trouvera les textes 
essentiels signés conjointement par la France et par le Maroc depuis 
1844, celui des accords conclus entre la France et différents États au 
sujet du même pays, enfin celui des conventions internationales de 
Madrid en 1880 et d'Algésiras en 1906. Ainsi se trouve constitué un 
recueil très commode à consulter, qui rendra de réels services, mais 
qui n'est déjà plus exact, par suite de la publication de conventions 
secrètes au sujet desquelles le public en était, il y a peu de temps 
encore, uniquement réduit à des conjecturées. Pourquoi, pour tenir 
son recueil au courant, M. Rouard de Gard ne publierait-il pas un mince 
fascicule complémentaire, rectifiant et complétant son texte, là 
où il est nécessaire? Ge serait le meilleur moyen de maintenir à ces 
Documents tout leur intérêt, et d'en faire ce qu'a voulu leur auteur, 
le recueil auquel recourront tous ceux qui voudront étudier les vicis- 
situdes et les données actuelles de la question marocaine. 

8. — Nous n'hésitons pas, encore qu'on puisse nous en blâmer, à 
classer parmi les ouvrages ayant trait à la colonisation, celui que 
M. Gh. René-Leclerc, délégué général du « Gomité du Maroc » à Tan- 
ger, a publié en 1910 à Oran sous ce titre très modeste : Situation 
économique du Maroc, 1908-1909. On y trouve en effet, à côté d'ana- 
lyses très minutieuses du commerce général du pays, des importa- 
tions et des exportations, de la situation économique de la contrée 
entre le l^r janvier 1908 et le 1" janvier 1909, à côté aussi des 
statistiques du mouvement commercial et maritime du Maroc pour 
le même laps de temps d'après les statistiques du Gomité de sdouanes, 
— on y trouve deux chapitres d'une importance extrême pour l'ac- 
tion européenne dans les différentes parties du Maghreb el Aksa. 



- 48 — 

Voici d'abord le chapitre V, consacre à des « études et monographies 
diverses, » où, entre des notices sur le sel, l'agriculture, la culture des 
céréales, l'élevage du mouton au Maroc, nous relevons quelques 
pages intéressantes sur «l'agriculture possible dans la Chaouia » 
(p. 162-164), une précieuse contribution à ce que nous appellerons 
les « possibilités économiques et coloniales » du Maroc. Et que dire 
du chap. VI, consacré tout entier aux « moyens de développer la 
situation économique et commerciale de la France au Maroc » (p. 197- 
221)? Que dire du chapitre VU, où, en manière de conclusion, M. René 
Leclerc, avec sa grande compétence, s'attache à déterminer le pro- 
gramme que peuvent, que doivent suivre, pour favoriser l'expansion 
économique française dans la <y:!ntrée, et l'intervention officielle, et 
l'initiative privée? Tout cela, c'est d^^la colonisation au premier chef 
— Voilà pourquoi nous signalons ici ce nouveau volume de M. Ch. 
René-Leclerc ; il est, comme ceux qui l'ont précédé, très clair, très 
précis, très pondéré ; c'est un répertoire de faits des plus précieux, 
et en même temps, sans le vouloir, un plaidoyer singulièrement élo- 
quent en faveur de l'action française au Maroc. Pour se rendre un 
compte exact de la solidité des prétentions allemandes, il convient 
aussi de le lire soigneusement et d'en peser tous les termes; tandis 
que, durant les 12 mois de l'année 1908, le commerce français crois- 
sait de 16.350.000 francs par rapport aux chiffres de Tannée 1907, et 
le commerce anglais de près de 16.120.000 francs, le commerce alle- 
mand croissait à peine de 864.000 francs, arrivant, avec ses 10.847.000 
francs au total, bon troisième, et bien loin derrière l'Angleterre, dont 
le chiffre d'affaires était de 41.547.000 francs, plus loin encore de la 
France, dont le commerce avec le Maroc atteignait la somme de"* 
51.237.000 francs! 

9. — Au sud du Maghreb el Aksa, par-delà le Sahara nord-occi- 
dental, se développe, au nord du Sénégal, la Mauritanie, rattachée à 
notre empire de l'Afrique occidentale, grâce aux efforts du regretté 
Coppolani. Ce pays est demeuré pendant longtemps turbulent, insou- 
mis en fait, sans cesse en état de demi-révolte à l'égard des adminis- 
trateurs envoyés de Dakar pour y asseoir définitivement notre auto- 
rité. Il n'en est plus de même aujourd'hui, grâce à l'œuvre de pacifi- 
cation menée à bien, du mois de décembre 1909, par le colonel Gou- 
raud. Cette œuvre, les membres de la Société de géographie en ont 
connu les grandes lignes dès le 13 juin suivant, grâce à l'exposé que 
leur en fit celui même qui l'avait accomplie; mais c'est dans le Bul- 
letin du Comité de l'Afrique française qu'il faut en aller chercher les 
détails. Vue d'ensemble et exposé détaillé se trouvent maintenant, par 
les soins du « Comité de l'Afrique française », réunis dans un volume 
intitulé la Pacification de la Mauritanie, qu'illustrent un certain nom- 



— 49 - 

bre de gravures, ainsi que des plans et des croquis dans le texte, enfin 
une carte hors texte; ainsi peut être facilement suivi le journal plein de 
menus faits, de renseignements précis et d'indications utiles, soigneu- 
sement rédigé par le colonel Gouraud, journal qui est, au point de 
vue colonial, un véritable document, au sens le meilleur du mot. 

10. — Voici notre pauvre Afrique équatoriale, de par la volonté 
des Allemands, bien mutilée et coupée en deux tronçons; ainsi se 
trouve achetée, non pas tT'op chèrement peut-être, mais en tout cas 
à très cher prix, l'extension de l'influence française sur la majeure 
partie du Maroc, des rives de la Petite Syrte à celles de l'Atlantique ! 
On s'en convaincra très vite en lisant le tout récent ouvrage consacré 
par M. Maurice Rondet-Sairt, l'auteur de la Grande Boude, à l'Afrique 
équatoriale française. 11 ne s'agit point là d'un livre de géographie pure 
ni d'études scientifiques désintéressées, mais d'un livre de géographie 
économique et positive, d'un livre de réalisations, dirais-je volontiers. 
C'est, en effet, avec l'idée de voir et d'apprendre, de recueillir des 
observations précises sur le présent et l'avenir de la contrée que 
M. Rondet-Saint a parcouru notre chère Afrique équatoriale depuis 
les rivages de l'Atlantique jusqu'à l'Oubangui, remontant l'Ogôoué 
jusqu'à N'Djolé, la Sangha jusqu'à Ouesso, l'Oubangui jusqu'à 
Bangui, visitant le massif du Haut-Djoué, promenant partout sa 
curiosité très informée et très éveillée. Le résultat de cette curiosité 
c'est l'Afrique équatoriale française, où l'auteur affirme que la colonie 
tout récemment visitée par lui est, « dès aujourd'hui, un pays 
d'une colossale richesse visible; elle figurera, avant un quart de siècle, 
parmi les plus belles et les plus riches possessions de la République 
française. » Certes, M. Rondet-Saint formule à juste titre, au cours de 
son travail, bien des réserves justifiées; mais la conclusion énoncée 
par lui dans les dernières lignes de son livre n'en est pas moins à 
retenir. Elle ravivera chez beaucoup des lecteurs, à qui l'auteur per- 
met de bien comprendre l'esprit de suite des Allemands (p. 57 et 72, 
par exemple), l'amer regret que cause à tout bon Français l'abandon 
aux avidités germaniques d'une bonne partie de notre Congo. 

11. — Des études de détail sur telle ou telle partie de l'Afrique, 
élevons-nous à des vues d'ensemble en même temps qu'à ces problèmes 
d'ordre général sur lesquels ne cessent de réfléchir et de méditer 
les administrateurs les plus perspicaces et les plus expérimentés. De 
semblables questions, il en est peu — si même il en est — de plus im- 
portantes que celle de l'éducation sociale des indigènes; depuis le 
moment surtout où aux politiques successives que Von pourrait appe- 
ler « de domination » et « d'assimilation » est venue se substituer la 
politique de « collaboration », il a fallu en définir les différents points 
et en déterminer les grandes lignes; un mot est bien vite dit, en effet, 
Janvier 1912. . T. CXXIV. 4. 



— 50 — 

mais ne suffit pas et, derrière une étiquette, il doit y avoir tout un 
programme, et, pour appliquer ce programme, des hommes d'initia- 
tive, doués à la fois d'intelligence, d'énergie et de bonté. M. le lieu- 
tenant d'infanterie coloniale P. Roeckel doit être un de ces hommes, 
sans lesquels la politique de collaboration ne serait qu'un vain mot; 
il suffit de lire le petit volume qu'il vient de publier sur l'Éducation 
sociale des races noires pour s'en convaincre. Cette éducation, déclare 
très justement l'auteur, est « possible, mais à la condition que tous les 
Européens qui vont en Afrique se conduisent en éducateurs », ce 
que, hélas ! ils ne font pas. Elle est possible, et la meilleure preuve 
qu'on en puisse donner, c'est le tirailleur sénégalais, qui une fois 
soumis, entre les mains des blancs, à une éducation forte s'adres- 
sant spécialement à sa volonté, devient tout différent de ce 
qu'il était auparavant, et même, une fois rentré dans son foyer, dans 
l'atmosphère d'indolence dans laquelle il a été élevé, garde une par- 
tie de son ancienne énergie. Elle est possible, et, ajoute le lieutenant 
Rœckel, elle est pour nous une nécessité. Il faut donc agir en 
conséquence, et, pour ce faire, donner aux coloniaux l'éducation qui 
leur convient à eux-mêmes; ainsi l'auteur, après avoir étudié dans 
une première partie la psychologie des races noires et constaté dans 
une seconde la pauvreté des résultats obtenus jusqu'ici, se trouve 
amené à tracer un programme très intéressant d'éducation pour 
ceux-là mêmes qui sont destinés à éduquer les noirs, c'est-à-dire, 
en réalité, pour tous les coloniaux. Chacun en effet, M. Roeckel le 
montre très bien, a sa tâche particulière, et le simple colon, et le 
commerçant, et l'instituteur, et le médecin, et l'administrateur, et 
surtout l'officier dont M. Rœckel voit le rôle « le plus beau. « Nul 
n'y contredirait, si l'auteur avait pris la précaution de faire préala- 
blement une réserve, et de mettre à part le missionnaire, en indi- 
quant pour quelle raison il n'en parlait pas; mais le supprimer par 
simple prétérition, c'est vraiment inexcusable ! Tel est notre gros 
grief contre le livre de M. Rœckel, dont nous avons grand plaisir 
à louer par ailleurs les idées et l'ordonnance. Mais il convient de re- 
tenir que l'Education sociale des races noires est un ouvrage trop 
précis pour pouvoir être mis entre toutes les mains, et il faut déplorer 
qvie l'auteur n'ait pas davantage soigné son style; à cet égard, pour 
une seconde édition, que nous souhaitons proche, — tant les idées du 
lieutenant Rœckel tous semblent bonnes, ■ — une sérieuse revision 
s'impose, comme aussi au point de vue des épreuves; celles-ci, en 
effet, ont été très mal corrigées, si bien que certaines phrases sont 
inintelligibles, celle par exemple où il est question des « possibilités 
psychologiques de la rue » (lisez de la race) à la page 260, celle où il 
est dit (p. 277) que v le niveau moral des Slaves « (lisez des Blancs) 
tendait à baisser en Afrique par suita du manque de contrôle. 

Henri Froidevaux. 



— 51 — 

THÉOLOGIE . 

Dietieanaire de tliéol»gic catholif|ue, publie sons la direction 
de l'abbé Mangenot. Fasc. XXXII {Dims Scot-Élection), coi. 1921 -2240. — 
Fasc. XXXlll (Élection-Emser), col. 2241-2500.— Fasc. XXXIV {Enchantement - 
Époux), col. 1-384. — Fasc. XXXV {Èpoux-Espru-Saitit), col. 385-704. Paris 
Letouzey et Ané, 1911, 4 fasc. gr. in-8. — Prix de chaque fasc. : 5 fr. 

Pendant l'année 1911, quatre fascicules du Dictionnaire de théologie 
ont paru, formant la fin du tome IV et le commencement du tome V; 
le fascicule XXXV s'arrête aux premières pages de l'article Esprit- 
Saint. 

Le P. Dublanchy donne en 120 colonnes une remarquable syn- 
thèse du traité de l'Eglise; le P. Salaville développe en 100 colonnes, 
à propos du mot Epiclase, les controverses concernant la forme du 
sacrement de l'Eucharistie; le P. Richard consacre un long article 
à la question de VEnfer considéré d'après les textes sacrés, l'ensei- 
gnement dés Pères et les décisions de l'Éghse 

L'ordre alphabétique amenait les mots Ecriture sainte et le mot 
Epiires, qui ont fourni à M. Mangenot la matière de deux notices 
courtes et solides. Deux prêtres de Nancy ont parlé, l'un, M. Bigot, 
de Y Ecclésiaste et de l'Ecclésiastique, l'autre, M. Clamer, d'Esdras 
et Néhémie. M. Mangenot s'est réservé la rédaction de l'article sur 
VEpitre aiix Ephésiens. 

Le Concile d'Elvire est traité par M. Bareille; le P. Salaville con- 
sacre 100 colonnes au Conci/e c^'iipAèse. M. Pareille, spécialiste en fait 
d'hérésiologie, s'occupe des Ebionites et de quelques autres sectes 
de moindre importance. 

Les questions de morale sont traitées par le P. /.ntoine, le P. Des- 
brus, rédemptoriste, le P. Dutilleul (Esclavage, en 60 colonnes), le 
P. Ortolan (Embryologie et Emhryotomie), l'abbé Fonsagrives (De- 
voirs des Epoux). M. Valton examine avec ampleur les Empêchements 
au mariage et revient sur la question à propos du mot Erreur. 

Election donne lieu à quatre articles : Election divine par M. l'abbé 
Michel, qui a rédigé également l'article Élus (nombre des); — l'Élec- 
tion en tant qvx'acte humain, par le P. Gardeil; — l'Élection des évê- 
ques, par M. l'abbé Rolland; — l'Election des Papes par le P. Ortolan. 

M. l'abbé Bour a écrit en 60 colonnes un excellent résumé de ce 
qu'il faut savoir sur VEpigraphie chrétienne. 

Des notices abondantes comme de coutume concernent les Char- 
treux (P. Autore), les Jésuites (P. Brucker), les Dominicains (p, 
Coulon), les Franciscains (P. Edouard d'Alençon), les Orientaux 
(S. B. Mgr Chebli, patriarche des Maronites, l'abbé Nau, les Pères 
de l'Assomption). D'autres sont écrites par MM. Clerval, Constantin 
Forget, Godet, le P. Heurtebize, bénédictin, MM, H.umbert, Ingold' 



— 52 - 

Largent, le P. Raymond, capucin, le P. Servais, carme, le P. de la 
Sèrvière, qui se cantonne dans l'histoire du protestantisme anglais, 
M. Vernet et le P. Verschaffel. Je ne ferai qu'une réserve à propos de 
l'article Diipanloup : j'y ai trouvé des lacunes qui ont bien l'air de 
réticences intentionnelles : telle n'est pas la note ordinaire des articles 
qui paraissent dans le Dictionnaire. 

M. l'abbé Logendrc a rédigé une longue notice du plus haut intérêt 
sur Y Etat religieux de l'Espagne. Il y a accumulé les indications sta- 
tistiques les plus précieuses et en dégage des conclusions générales 
qui honorent l'auteur et la publication à laquelle i) veut bien col- 
laborer. P. PiSANI. 



Retour n la sainte Cgllse. Expériences et croyances d'un converti, 
par le û^ Albert von Ku ville; irad. de l'alleaiand par l'abbé G. Lapeyrb, 
avec une Inlroduclioa de Georges Goyau. Paris, Beauchesne, 1910, in-16 
de XXX-2O0 p. avec portrait. — Prix: 2 fr. 50. 

Sans pouvoir escompter peut-être un succès égal à celui qui l'a 
accueilli dans les pays protestants (la traduction présente est faite 
sur le texte de la 19-28*^ édition allemande), le livre de M. von 
Ruville trouvera chez nous, nous le pensons, la diffusion qu'il mérite. 
Document de psychologie religieuse, par 'le récit captivant d'un 
« retour à la sainte Église >> par la voie de l'étude, mais surtout par le 
sentiment très vif de quelques vérités rehgieuses élémentaires, et par 
la sincérité absolue — document historique, par ses détails de pre- 
mière main sur la vie protestante, l'individualisme de son aristo- 
cratie pensante, son intellectualisme orgueilleux et les préjugés qui 
l'obsèdent — synthèse théologique remarquable, par un homme qui 
du premier coup s'établit en pleine mentalité catholique (mais fût-il 
entré chez nous, s'il n'avait été de chez nous, comme dit l'Apôtre?), 
venge l'Église de toutes attaques, uniquement parce qu'il restitué sa 
pensée véritable 'et, sans voiler des taches inévitables en son corps de 
chair, révèle partout l'esprit divin qui l'anime et qui transparaît à 
travers ses faiblesses, — cet ouvrage intéresse au plus haut point la 
théologie, l'histoire, la piété. Dans la Préface, M. G. Goyau résume 
la genèse et les leçons de cette conversion avec la sympathie et la 
pénétration que lui assurent la communauté d'études et l'égale viva- 
cité de la foi. H. Gisors. 

JURISPRUDENCE 

Cours d* droit forestier, par Charles Guyot. T. III, fascicule I", 
litre VI. Paris, Laveur, 1911, in-8 de 308 p. — Prix : 5 fr. 

L'analyse des deux premiers volumes de ce Cours a paru en mars 



— 53 — 

1908 (t. CXII du Polybiblion p. 223-224 et en septembre 1910 (t. 
GXIX, p. 232-233). Après avoir traité du droit pénal, puis du droit 
civil en matière forestière publique et privée, l'auteu raborde, dans la 
première moitié de son troisième et dernier volume, la législation des 
travaux publics appliquée aux travaux et attributions confits au ser- 
vice forestier pour la fixation des dunes du littoral de l'ouest, pour la 
restauration et reconstitution des terres forestières et pastorales en 
montagne, et enfin quant au régime des eaux. La législation de la 
pêche, de la chasse et de la destruction des animaux nuisibles fera 
l'objet du second fascicule en préparation. 

Jusqu'à la mise à exécution des lois de 1860, 1864 et 1882, d'une 
part, concernant les travaux de restauration et conservation des ter- 
rains en montagne, et, d'autre part, du décret impérial d'avril 1862 
transmettant au service forestier l'œuvre de la fixation des dunes 
jusqu'alors confiée à l'Administration des ponts et chaussées, les 
agents des forêts étaient étrangers aux travaux publics, au sens légal 
de ce mot. L'auteur du Cours traite donc en premier lieu de la légis- 
lation y relative que les agents ont désormais à appliquer. 

Cette préliminaire étude faite, M. Ch. Guyot aborde, dans un se- 
cond chapitre, l'exposé historique, technique et juridique des travaux 
de fixation des dunes par reboisement et les questions de droit de 
propriété qui s'y rattachent, sans oublier de mentionner, en appen- 
dice, la mise en valeur par le même procédé des 800.000 hectares des 
landes, cette sorte de prolongement des dunes. 

La législation des terrains en montagne avant et depuis la loi du 4 
avril 1882; les résultats favorables comme les déceptions qui s'en 
sont suivis; les lois en projet pour remédier à jce qui a causé ces der- 
nières et compléter les premiers, — tout cela, examiné point par 
point avec toutes les questions de droit qui s'y rattachent et les dis- 
cussions juridiques appropriées, remplit le chapitre III et occupe le 
tiers du fascicule. 

Le régime des eaux prend une importance inconnue naguère du 
service forestier moderne avant l'année 1898 où lui a été restitué 
son ancien titre d'administration des Eaux et forêts, et où lui a été 
ajoutée une section des améliorations pastorales (ce qui implique 
le régime des sources et des cours d'eau de montagne), de la pêehe 
et de la pisciculture. Répartie en une infinité de règlements, ordon- 
nances, lois, décrets rendus ou édictés depuis près de deux siècles et 
demi, la législation des eaux forme un fouillis inextricable que M. Ch 
Guyot a su collationner, éclaircir et mettre en ordre en y projetant 
les lumières de sa science juridique. C'est l'objet de son quatrième 
chapitre. 

Un chapitre V et dernier, d'une dizaine de pages à peine, est em- 



ployé à indiquer sommairement l'application à l'Algérie et aux colo- 
nies des législations étudiées dans les pages antérieures. 

G. DE KiRWAN. 



SCIENCES ET ARTS 

fi'Annéc ioreiitière (19141). Aclualilés delà science des forêts, par 
LuciKN Chanckrbl. Pans et Nancy, Berger-Levraull, 19J1, ia-16 de 
ix-323 p., avec -li) grav. hors lexle, — Prix : 3 fr. 50. 

lia Foret, so» rôle dans la nature et le» sociétés, par A. Jac- 
QUOT. Paris et Nancy, Berger-Levrault, 1911, in-8 de xx-324 p. — Prix : 
à fr. 50. 

Docteur en droit, docteur ès-sciences, docteur en médecine, et, 
par-dessus le marché, inspecteur des eaux et forêts, attaché au mi- 
nistère de l'instruction publique et des beaux-arts, l'auteur du 
premier de ces deux ouvrages est incontestablement qualifié pour 
traiter la très complexe question des forêts et tout ce qui s'y rat- 
tache, aux multiples points de vue juridique, naturaliste, économique, 
hygiénique et même esthétique; et son travail justifie, il faut le 
reconnaître, les prétentions qu'impliquent les nombreux grades et 
qualités portés à la suite de son nom, sur la couverture de ce livre. 

Il n'apparaît pas toutefois que le côté juridique de la question — 
ou plutôt des questions, car elles sont nombreuses, — l'ait particu- 
lièrement préoccupé. Ce sera sans doute pour une autre année, M. 
Chancerel se proposant de nous donner, chaque année, V Année fores- 
tière précédente. 

Dans ce premier annuaire, l'auteur s'occupe principalement du 
régime des eaux dans sa dépendance des forêts, des inondations et 
des reboisements. Il traite aussi de la question relativement nou- 
velle de l'emploi, en sylviculture, des engrais chimiques; et, à propos 
des mesures à prendre pour la conservation des forêts, il apporte une 
contribution importante à la lutte soutenue par tous les corps et 
organes compétents, contre le fisc qui impose aux forêts un impôt 
plus fort qu'à toutes autres propriétés non bâties, lequel ne peut 
qu'amener, à la longue, la disparition des forêts elles-mêmes. 

Les maladies des arbres, les végétaux et bois exotiques introduits 
ou importés où à introduire, les richesses forestières des deux Améri- 
ques, de l'Afrique et de l'Asie et de nos colonies. enfin la chasse dans les 
bois de l'État sont traités dans ce volume très rempli. Il est même 
tellement rempli qu'on est porté à se demander si l'auteur pourra trou- 
ver, chaque année, des éléments aussi nombreux à mettre en œuvre. 

25 gravures hors texte, très soignées, viennent à l'appui de celui-ci. 

— La Forêt, de M. A. Jacquot, envisage la question à un point 
de vue plus vaste encore et la traite d'après un plan plus général que 



— 55 — 

ne le comportait la forme d'annuaire adoptée par M. Chancerel. 
Recueil de quatorze conférences se suivant d'après une méthode dé- 
terminée, l'ouvrage, présenté par une Préface de M.Marcel Prévost, 
comprend trois parties. 

Dans la première, économique, laquelle ne comprend que deux 
conférences, l'auteur expose les premiers résultats du mouvement de 
l'opinion en faveur de la sylviculture, signale les funestes effets de la 
« déforestation, » montre les emplois très variés, directs et indirects 
des bois, indique les ressources forestières tant de l'Europe, avec ses 
déficits, que du monde entier, et fait ressortir l'avantage des plan- 
tations, suivant que le propriétaire est l'État, les communes ou autres 
personnes morales et les particuliers. 

Neuf conférences sort affectées à la deuxième partie (physique et 
chimique), où il est question de l'influence des forêts sur les phéno- 
mènes physiques et météorologiques de toute nature et réciproque- 
ment, de la fluctuation des cours d'eau et des régimes hydrologiques 
dans leur relation avec le taux de boisement ou le déboisement des 
régions; des funestes effets des abus pastoraux, (notamment de la 
transhumance); des eaux de ruissellement, de la houille blanche, de 
la navigation, des irrigations ; de l'influence du boisement et du 
déboisement sur le climat et la production agricole; de la mise en 
valeur des terres incultes ; de la « prépondérance » des forêts en 
hygiène, de l'assainissement par la forêt; du « malaise social « résul- 
tant de l'excès du déboisement, et de la relation entre le taux du 
déboisement et le taux de la dépopulation ; de l'obtention à réaliser 
de la repopulation par l'effet du reboisement (sur ces trois points, 
il est fait ici une incursion dans le sujet afférent à la troisième 
partie) ; enfin des très nombreux bienfaits indirects des forêts. 

Le rôle social des forêts, objet des trois dernières conférences, 
comprend d'abord le point de vue esthétique, l'historique du culte 
idolâtrique dont les arbres furent l'objet dans l'antiquité. Considé- 
ration fort contestable contre le droit de propriété, fondée sur une 
interprétation inexacte du jus abutendi (lequel n'est pas le droit 
d'abuser, au sens français du terme, mais bien de jouir intégrale- 
ment), mais pouvant être amendée sans préjudice pour la thèse con- 
servatoire de l'auteur. Conciliation, par une équitable répartition, des 
industries forestière et pastorale, celle-ci étant améliorée et celle-là 
préservée. Exposé des moyens financiers, administratifs et de 
législation, pour établir un sage régime sylvo-pastoral et encourager 
le reboisement. ^ 

Finalement l'auteur clôt son savant volume par un résumé — «pou- 
vant faire l'objet d'une seule conférence, » — sur le rôle de la forêt 
« au triple point de vue physique, économique et social. '■> Il présente 



- 56 - 

ainsi son livre comme un fond au service des conférenciers qui vou- 
draient faire, comme lui, campagne on faveur de la c reforestation » 
de la France. C. de Kirwan. 

LITTÉRATURE 

P«lUe Granimaire allemande, par Emile Otto. 10» édition revue 
par Paul Vbrrieb. Ileidelberg, Gross, 1911, in-16 cartonné de vin-228 p. 
— Prix : 2 fr. oO, 

La maison Jules Gross, de Heidelberg, est fort connue en Europe 
par la publication de ses manuels et livres d'enseignement pour l'étude 
des langues modernes, d'après la méthode Gaspey-Otto-Sauer. Le 
principe de la méthode consiste à faire marcher de front la grammaire 
et la pratique, c'est-à-dire ni le vide de la méthode d'Ahn ou de 
Berlitz, ni les divagations de la théorie pure. M. Paul Verrier a revu 
la 10^ édition de la Petite Grammaire, et il a essayé de l'adapter 
jusqu'à un certain point à la méthode intuitive, la coqueluche de 
l'Université moderne, en France encore plus qu'en Allemagne. Il a 
simplifié l'ancienne grammaire Otto, pas assez cependant à notre 
gré, et, puisque l'on s'adresse à des commençants, je voudrais bien 
savoir ce que viennent faire ici ces 20 pages de théorie sur la pronon- 
ciation, sur les consonnes voisées ou invoisées. Pourquoi farcir les 
jeunes têtes de ces termes qu'elles ne comprennent pas? Les mots 
consonnes sonores ou consonîies sourdes, pour être compris de tout le 
monde, n'en sont pas moins exacts ou moins scientifiques. Par contre, 
nous félicitons les auteurs d'avoir ramené à des proportions plus 
humaines les chapitres sur la déclinaison et la conjugaison qui étaient 
si touffus dans l'ancienne grammaire Otto. L. Mensch. 



Observations mur la légende primitive d'Ulysse, par Maukicb 
Choisbt. Paris, C. Klincksieck, 1910, in-4 de 46 p. — Prix : 2 fr. 

M. M. Croiset, que les suffrages de ses collègues viennent d'élever 
au poste éminent d'administrateur du Collège de France, s'est pro- 
posé, dans ce mémoire, « de rechercher, d'après les plus anciens témoi- 
gnages et les faits les plus probables, comment la légende d'Ulysse 
paraît avoir évolué jusqu'au temps où elle a pris dans YOdyssée la 
forme sous laquelle elle est restée populaire. » Et des textes, qu'il con- 
fronte avec une rare habileté, il conclut qu'avant la fin du second 
millénaire avant notre ère, les îles et la région qui entourent Ithaque 
étaient déjà habitées par une race conquérante, probablement venue 
du continent et dépositaire d'anciennes traditions. Ulysse passe, dans 
les plus anciens chants de l'Iliade, pour un héros en possession d'une 
réelle renommée, consacrée par certaines épithètes significatives. Il 



— 57 — 

brille dès ce temps par la maîtrise de soi-même, la connaissance des 
hommes et l'art de se tirer des difficultés : autant de traits de carac- 
tère qui le rendaient particulièrement apte à soutenir l'intérêt dont 
les longs récits d'aventures ne peuvent se passer. Au cours de ses 
périlleux voyages, ce favori de Minerve est avant tout un inventeur 
de stratagèmes. 

Les investigations de M. Croiset s'arrêtent à l'époque de la composi- 
tion de VOdyssée, par lui jugée notablement postérieure àr//iarfe, et par 
suite il n'a pas eu à s'occuper de l'Ulysse déconsidéré que Sophocle a 
mis sur la scène dans son Philoctète. G. Huit. 



Reliqiiiae de Mauhigh Faucon. Paris, Plon-Noiirril, 1911, 2 vol. petit 
in-8 de Gii-379 et 439 p., avec 2 porlrails. — Prix : 1 fr. 

« Un chartiste poète », tel fut Maurice Faucon, d'après M. Michel 
Salomon, qui a consacré à la mémoire de son ami une remarquable 
étude, publiée d'abord dans le Correspondant du 10 mars dernier, 
puis réimprimée en tête du premier des deux volumes annoncés ici; 
nous pourrions ajouter que Faucon fut moins un érudit qu'un poète 
et un artiste. Né à Ariane, bourg du Puy-de-Dôme, le 12 mai 1858, il 
était entré à l'École des chartes à 17 ans, en novembre 1875. Membre 
de l'École française de Rome, cinq ans plus tard, vers la fin de 1880, 
il se signala promptement par toute une série de publications, et son 
nom ne tarda pas à être connu dans le monde de l'érudition. Par 
contre, en dehors d'un cercle très restreint, Faucon poète était resté 
à peu près ignoré. Pourtant, il avait donné, en 1889, un volume de 
vers intitulé : Italie, la Voie étroite, dans lequel il y avait d'incon- 
testables beautés; mais l'auteur, obéissant à un scrupule de cons- 
cience dont nous ne sommes pas juge, a retiré du commerce tout ce 
qu'il a pu de l'édition. Poète encore, et poète des plus déhcats. Fau- 
con se révèle dans les quelques poésies inédites recueillies dans les 
Reliquiae. Et de combien de pages, vers ou prose, de ces deux vo- 
lumes ne peut- on pas dire qu'elles portent la marque d'un vrai poète ? 
En outre, nature essentiellement artiste. Faucon se trouvait remar- 
quablement bien préparé pour étudier les chefs-d'œuvre qui, au 
cours de ses nombreux voyages en Italie, allaient fixer son atten- 
tion. L'histoire de l'art, tel devait être son vrai domaine. On s'en con- 
vaincra aisément en parcourant ses écrits posthumes. 

Ainsi apparaît ou réapparaît, dans ce recueil, un Faucon poète, un 
Faucon artiste, que sans doute ne soupçonnaient pas beaucoup de 
ceux qui ne le connaissaient que par ses travaux de pure érudition. 
— Là pourtant n'est pas pour nous le principal intérêt des Reli- 
quiae. 

Vers l'époque où Maurice Faucon, en 1881, achevait sa première 



— 58 - 

année d'École de Rome, la vie pouvait lui paraître pleine de promesses. 
Cependant, s'annonçait déjà la douloureuse destinée qui devait 
être la sienne. C'est, en effet, vers ce même temps qu'il ressentit 
les premières atteintes du mal implacable, qui, bientôt s'aggravant, 
devait, à partir de 1882 ou 1883, lui interdire toute, recherche 
lointaine, tout voyage d'étude et trop souvent même tout travail 
prolongé. 11 s'ensuivit une longue et profonde crise morale et 
religieuse, qui, à travers une phase de mysticisme, devait le conduire 
de la simple croyance à la foi la plus épurée et la plus sereine. Cette 
crise, écrivait-il lui-même, en 1892, à Jean Aicard, •« s'est dénouée 
par une conversion totale, non seulement aux idées chrétiennes..., 
mais aux pratiques catholiques dans ce qu'elles ont de plus strict. » 
Cette lente évolution religieuse, M. Raymond Saleilles, l'intime 
confident de Faucon, et M. Michel Salomon l'ont admirablement 
décrite, à l'aide soit de leurs propres souvenirs, soit du Journal laissé 
par leur ami de sa correspondance et de quelques-unes de ses plus 
belles poésies. 

Les exécuteurs testamentaires de Faucon ont retrouvé dans ses 
papiers de nombreux feuillets de ce Journal que, pendant une quin- 
zaine d'années et peut-être davantage, il avait tenu avec plus ou moins 
de régularité, de ses impressions d'artiste et de ses réflexions de « grand 
liseur. « Les fragments les plus anciens qui en soient reproduits ici, 
datent de ses deux premiers voyages en Italie (1879-1880). Particu- 
lièrement nombreuses et attachantes sont les notes (notes d'art 
pour une grande partie) se rapportant à sa première année d'École 
de Rome (1881). A partir de 1883, le Journal, qui ne va pas au- 
delà de 1893, ne présente plus tout à fait le même caractère. Désor- 
mais, les pensées et réflexions morales, philosophiques, religieuses 
surtout, y dominent. Journal d'un Amiel catholique, a-t-on pu dire 
avec raison. 

Le premier volume se continue et s'achève par divers opuscules : 
deux études d'art, deux nouvelles inédites, où Faucon se montre con- 
teur de talent, et deux essais sur les mœurs religieuses en province. 
Le second volume est presque entièrement occupé par la Correspon- 
dance, qui, sur plus d'un point, complète et éclaire le Journal. 
250 à 300 lettres de Faucon, s'échelonnant entre les années 1877 et 
1906, ont pu trouver place dans ce recueil; elles sont, à quelques 
unités près, adressées soit à sa mère, soit à divers amis de France ou 
d'Italie. Cette correspondance, où se découvrent un cœur très tendre 
et uns âme des plus vaillantes, témoigne d'une rare élévation de sen- 
timents. On ne la lira pas sans un réel profit moral. 

Par les soins pieux et intelligents qu'ils ont apportés à la publica- 
cation, et, pouvons-nous dire, au sauvetage de tant de pages fortes 



— 59 — 

ou charmantes, les amis de Faucon ont bien servi sa mémoire. Pour 
nous, nous leur sommes reconnaissant de nous avoir fait mieux 
connaître et apprécier cette belle et noble figure. L. Auvray. 



âious les lauriers. Eloges académiques, par le V'° E.-M. db 
Vogué. Paris, Blond, lyil, in-16 de 329 p. — Prix : 3 fr. 50. 

On lit et on relit toujours avec plaisir la belle prose oratoire et 
poétique de M. E.-M. de Vogtié. Ce sont ici les douze morceaux aca- 
démiques qu'il a composés depuis le jour où, s'asseyant pour la pre- 
mière fois sous la coupole, il prononça l'éloge de Désiré Nisard, jus- 
qu'au tout récent discours sur les prix de vertu, que, « après avoir 
rusé pendant vingt ans « pour l'éluder, il se vit obligé d' « exécuter » 
à son tour. Et cela est brillant, brillante même, suivant la loi du 
genre, spirituel et élégant, de ce dilettantisme qui fait mesure d'éloges 
sensiblement égale à M. Paul Bourget et à M. Hanotaux, à Ferdirand 
de Lesseps et à J. -Maria de Hérédia, à M. Barrés et à M. Rostand, 
qui est en grande coquetterie avec l'ombre du maître Renan, mais ne 
manque pas d'adresser des politesses au christianisme inspirateur 
des grands renoncements d'ici-bas, et à cette lumière « qui doit venir 
de très loin, de très haut, puisque rien ne l'explique dans le pauvre 
monde qu'elle illumine. » Il y a un bon chapitre sur les Mémoires de 
Marbot; et les pages sur Maxime du Camp et Challemel Lacour, 
les allocutions sur la tombe d'Henri de Bornier, ou au pied des monu- 
ments de Bernardin de Saint- Pierre et de Nicolas Gogol, achèvent de 
témoigner de la souplesse de ce gentilhomme de lettres toujours 
courtois, mais plus sympathique que chaleureux, et que l'on jugerait 
même froid, n'était son éloquence toujours grave même sous le sou- 
rire, et la tristesse intime dont on sent bien qu'était chargée sa pensée. 

Gabriel Audiat. 

HISTOIRE 

lies iiégioais de Varus. Latins et Germains au siècle 
d'Auguste, par Ch. Gailly de Taurines. Paris, Hachette, i911, in-16 
de 31^ p., avec 8 planches et une carte. — Prix : 3 fr. 50. 

Beau et dramatique sujet qu'a choisi M. Gailly de Taurines : les 
expéditions de Tibère et de Drusus en Germanie, puis celles de Ger- 
manicus et de ses successeurs, groupées autour du désastre de Varus. 
Forêts pleines de terreur et marécages perfides, mer sauvage, 
côtes basses et marais redoutables, c'est le fond du tableau. 
Massacre des légions, surprise des Barbares et vengeance de 
Rome, marche périlleuse à travers les marécages et naufrage de 
mille vaisseaux romains, voilà les grandes scènes. Les fils adoptifs 



^ 60 — 

d'Auguste, Drusus et Tibère, Arminius le héros légendaire, Cécina 
le vieux général dont l'expériwice compte quarante campagnes, le 
sympathique Germanicus et son héroïque épouse Agrippine, à laquelle, 
comme par un contraste voulu, s'oppose la farouche Germaine Thus- 
nelda, épouse d' Arminius, comme à celui-ci s'oppose son frère Fla- 
vius, le barbare germanisé, telles sont les figures qui se détachent en 
plein relief. Certes la matière historique est assez riche pour se suffire 
à elle-même ! Pourquoi l'auteur a-t-il cru devoir l'agrémenter çà et là 
par des procédés romanesques et surannés? Et même un tel début 
de roman : « par une belle journée d'été, un homme d'aspect rustique, 
à la haute taille,» etc., nous ferait plutôt sourire. Sans compter que, 
dès le premier mot, le lecteur a compris qu'il s'agit de Virgile, lequel, 
entre parenthèses, vient là, on ne sait trop pourquoi. Et de même, 
cette manière négligée d'introduire certains personnages connus, 
pour, au bout de vingt lignes, laisser éclater leur nom comme une fan- 
fare aux oreilles du lecteur ébloui, tel un conte de M. de Bouilly! Et 
ces titres à effet de quelques chapitres : L'Orgie des Barbares ! Impe- 
rator ! Le Sommeil de Germanicus ! 

Que l'auteur eût donc mieux fait de laisser là cette défroque de 
mélodrame ! D'autant qu'il est parfaitement capable de s'en passer. 
Malgré ces enjolivements, son livre, en effet, se ht non seulement 
avec facilité, mais avec un intérêt soutenu. 11 est écrit en général 
d'un style rapide, vivant, l'enchaînement des faits se déroule avec 
une clarté parfaite, et même l'on ne saurait nier que le triomphe de 
Germanicus et le retour des cendres du même prince ne soient de 
belles pages. 

Mais l'auteur sans doute a cru plaire ainsi aux gens du monde et 
rendre son livre plus accessible aux dames. Et c'est pourquoi aussi il 
y introduit çà et là des notions propres à rafraîchir la mémoire des 
lecteurs moins familiers que lui avec le dictionnaire de MM. Darem- 
berg et Saglio. Erreur à laquelle l'auteur fera sagement de renoncer, 
car il manie fort bien, quand il le veut, le style historique, et en dépit 
de son réel mérite il risquerait d'être classé parmi les amateurs. En 
toute sincérité, ce serait dommage. André Baudrillart. 



Dietionuaire d'histoire et de géogrnphie eccléciiastiques, 

publié sons la direction He Mgr Alfred Baudrillart, Albert Vogt et 
Urbain Rouziés. Fasc. 111. {Adulis-Agde), col. 641-928. Fasc. IV. {Agde- 
Aix-la-Chapelle,, col. 929-1248. Paris, Lelouzey et Ané, 1911, 2fasc.gr. in-8. 
— Prix du fasc. : 5 fr. 

Les deux fascicules parus en 1911 contiennent environ 600 articles 
rédigés par plus de 100 collaborateurs parmi lesquels je relève non 
seulement des noms de prêtres et de religieux connus pour leur 



— 61 — 

compétence spéciale, mais aussi la signature de nombreux laïques 
tels que MM. Goyau, de Labriolle, Dufourcq, Zeiler, Régnier, Ras- 
toul, AudoUent et Froidevaux. 

Les articles sont, pour la plupart, consacrés à des personnages ayant 
leur place dans l'histoire de l'Église : saints et saintes, papes et 
évêques, théologiens et écrivains orthodoxes et hétérodoxes; ces 
notices sont de dimensions fort inégales, depuis quatre lignes jusqu'à 
quatorze colonnes; la plus longue, et j'avoue avec confusion que j'en 
suis l'auteur, est celle qui est consacrée à Mgr Affre, archevêque de 
Paris. 

Des monographies de provinces, de diocèses et d'abbayes com- 
plètent cette revue historique dont l'importance n'est pas à dé- 
montrer. 

Le morceau capital, tant par sa longueur que par son intérêt, est 
l'étude où, en 160 colonnes, M. Aug. Audollenta réuni toute l'his- 
toire de l'Afrique chrétienne depuis les premières prédications évan- 
géliques jusqu'à la conquête arabe. M. Froidevaux en a donné le com- 
plément en esquissant l'histoire des missions catholiques dans tout 
le continent africain; deux excellentes cartes, dont une en couleurs, 
facilitent l'intelligence du texte. 

Un article important est attribué à chacun des diocèses français : 
M. Rastoul s'est chargé d'Agde et d'Aix ; M. le chanoine Degert 
d'Aire et M. le chanoine Durengues d'Agen. Les éditeurs ont eu la 
pensée très louable de joindre à ces notices des cartes des anciens 
diocèses. Cependant, s'il m'était permis de formuler, je ne dis pas une 
critique, mais un désir, c'est que l'établissement de ces cartes soit 
exécuté à l'avenir d'après une méthode plus uniforme. En laissant de 
côté Agde, à cause de l'exiguité de son territoire, je remarque que 
pour Aix et Aire des divisions archipresbytérales ou décanales sont 
dessinées sur la carte, et que, pour Agen, les chefs-lieux d'archiprêtrés 
sont seulement soulignés. Les limites actuelles des diocèses, utiles à 
connaître, sont tracées assez clairement pour Agen, elles sont moins 
nettes pour Aire et manquent totalement pour Aix, où elles étaient 
plus nécessaires qu'ailleurs. Cette dernière carte est certainement la 
moins satisfaisante : l'indication des diocèses limitrophes est incom- 
plète, puisque sur huit il n'y en a que quatre d'inscrits; ce sont les 
limites actuelles qui ont été employées, alors qu'il s'agit de l'ancien 
archidiocèse. De plus, je relève la mention stupéfiante : Archidiocèse 
de Tarascon... à première vue, on croirait à une tartarinade, mais 
il ne s'agit que d'une énorme coquille du dessinateur qui a voulu 
mettre archidiaconé, comme il aurait dû écrire aussi : archidiaconé 
d'Arles, puisque la carte indique les trois archidiaconés d'aujour- 
d'hui; mais Arles était un ancien archevêché; on a mis archevêché 



— 62 — 

d'Arles, et, par une sorte d'attraction, Tarascon est aussi devenu une 
métropole. 

Les ôvêques constitutionnels d'Aix figurent dans la liste épiscopale 
de M. Rastoul (entre crochets); mais il n'est pas fait mention de ceux 
d'Agen et d'Aire. Je ne pense pas que MM. Durengues et Degert igno- 
rent Constant et Saurine ; j'ai même de fortes raisons pour croire le con- 
traire. Ma remarque a seulement trait au plan adopté et qui me pa- 
raît encore un peu flottant. On en viendra, je pense, à donner aux 
monographies analogues une uniformité qui servira autant aux au- 
teurs à la recherche d'un plan qu'aux lecteurs en quête de ren- 
seignements, p. PiSANI. 

Uistoijre de France, depuis lus ori^nes jusqu'à la Itève- 
lution, par Ernest Lavisse, T. IX, 2. Tables alphabétiques. Paris, 
Hachette, s. d., ui-i de 319 p. — Prix: 7 fr. 50. 

Voici enfin le volume de tables qui couronne la grande Histoire 
entreprise sous la direction de M. Ernest Lavisse et qui fait grand 
honneur à l'éminent académicien, aux collaborateurs qui ont pris 
part à l'œuvre commune, à la maison Hachette qui a mis tant 
de soin à la bonne exécution de ce travail et à la science historique 
française. 

Les tables des personnes, des lieux et des matières ont été réunies 
en un seul index alphabétique, et nous nous en félicitons parce que 
ce procédé facilite et simplifie les recherches. On se rendra compte 
de la masse de renseignements contenus dans cette table, si nous 
disons que chaque page renferme trois colonnes et chaque colonne 
56 lignes. 

C'est surtout sur les noms de personnages et les noms de lieux que 
le rédacteur de la table a fait porter ses efforts. Les articles un peu 
gros (Angoulême, Charlemagne, etc.), comportent un nombre plus ou 
moins grand de rubriques, classées alphabétiquement (par ex., pour 
Charlemagne: Administration, Arts, Assemblées du peuple. Capitu- 
laires, Couronnement, etc.). Parfois, quand les articles sont trop con- 
sidérables (Bretagne, Paris, etc.) ces rubriques elles-mêmes sont 
réparties entre diverses sections que précède un sommaire (par ex. 
pour Bretagne : Géographie; Institutions et mœurs; Histoire). Lorsqu'il 
y a plusieurs personnages d'un même nom (Charles, Louis, etc.), ils 
sont groupés méthodiquement (Charles : A. rois de France; B. Souve- 
rains étrangers; C. Ducs; D. Comtes; E. Personnages divers). 

L'on pourra regretter que les personnages n'aient pas toujours été 
identifiés à la table : c'est ainsi que trois ducs de Bouillon sont 
désignés par leurs noms, et un quatrième simplement par son titre. 
11 faut avouer d'ailleurs que ces identifications auraient parfois exigé 
du rédacteur de la table un travail considérable. 



— 63 — 

Les rubriques matières sont moins nombreuses qu'on ne le vou- 
drait. Les rubriques Arts, Ecoles (ou Enseignement, Instruction), 
Colonies, par exemple, font défaut ou sont très incomplètes (Écoles 
en 1789, alors que même en parcourant la table on trouve les élé- 
ments d'une liste assez longue). 

En dépit de ces desiderata, ce volume rendra de précieux services, 
et nous ne pouvons que remercier le collaborateur anonyme de M. La- 
visse qui n'a pas reculé devant cette besogne lourde, minutieuse et 
quelque peu ingrate. E.-G. Ledos. 

Jeanne d'Arc, par Gabriel Hanotaux. Paris, Hachette, 1911, gr. iii-8, 
de xiir-421 p., illustré d'un grand nombre de gravures, d'après les origi- 
naux du temps. — Prix : 7 fr. 50. 

La Fleur des liistoîres françaises, par le même. Paris, même 
librairie, 1911, m-l6 de iii-.315 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Jeanne d'Arc «t la France, par Tabbé Stéphen Coubè. Paris, 
Lethielleux, s. d., petit in-S de 207 p. — Prix : 2 fr. 

^ttskwkne d'Arc, tua foi, son procèis, non martyre, par IIëlènb 
DE LÉCHÉ. Paris, Bloud, 1911. in-12 de 57 p. — Prix : fr. ^30. 

Vie de Jeanne d'Arc racontée par elle-mèuie, par Léon Le 
Grand. Paris, Maison de la Bonne Presse, in-4 de iv- 26 p. à 2 vol., cou- 
verture illustrée en couleurs. — Prix : fr. 10. 

— Il est une variété de snobisme aujourd'hui assez répandue : 
celle qui consiste à s'incliner, voire à se prosterner, pour ainsi dire, 
d'office devant l'œuvre d'un écrivain qui a ses entrées à la Revue 
des Deux Mondes, à plus forte raison, s'il a occupé une haute si- 
tuation officielle et est maintenant membre de l'Académie française. 
Nous prenons la liberté de ne pas sacrifier à cette habitude. Nous 
avons lu et nous allons apprécier la Jeanne d'Arc de M. Gabriel 
Hanotaux en elle-même et pour elle-même. L'ouvrage est divisé 
en trois livres: I. Simple Histoire de Jeanne d'Arc (1. La Jeunesse 
de Jeanne d'Arc. — Les Voix. 2. La Délivrance d'Orléans. 3. Le 
Sacre de Reims. 4. L'Echec de Paris. — Compiègne. — Rouen.) 
II. Les Quatre Mystères de la vie de Jeanne d'Arc (1. La Formation. 
2. La Mission. 3. L'Abandon. 4. La Condamnation.) III. Vie de 
Jeanne d'Arc après sa mort (1. La Légende. La Fausse Jeanne 
d'Arc. 2. La Réhabilitation. 3. Jeanne d'Arc devant l'Histoire 
et devant l'Opinion.) Le premier et le troisième livre sont des addi- 
tions. Le troisième est plus intéressant et, au moins en ^îertaines 
pages, plus original que le premier, exposé simple et de pleine 
bonne foi, mais un peu fruste. La partie essentielle et le ^œur même 
de l'ouvrage est le second livre, étude vraiment neuve et, sur nom- 
bre de points, féconde de quatre problèmes capitaux dans la vie de 
l'héroïque vierge. Nous disons problèmes plutôt que mystères, car 



- 64 — 

ce dernier mot, choisi par l'auteur, nous parait une conséquence 
de cette recherche de l'effet dont les écrivains de notre temps 
font im si continuel abus et dont on regrette de trouver çà et là 
d'autres marques sous la plume de M. Hanotaux. L'examen de 
ces problèmes, tout en laissant naturellement place à des dissiden- 
ces et à des réserves au triple point de vue théologique, philoso- 
phique et historique, est une œuvre de sérieuse et forte valeur 
et d'une inspiration aussi large qu'élevée. Les qualités de l'ancien 
élève de l'École des chartes y servent de sohde appui aux vues 
rétrospectives du penseur et de l'homme d'Etat. L'auteur y a pris, 
en face du surnaturel, dont l'apparition est ici lumineuse, l'atti- 
tude un peu hésitante, mais en somme loyale et sympathique, 
d'un esprit et d'un cœur honnêtes, que son patriotisme pousse vers 
des sphères plus hautes que celles où un naturalisme d'habitude le 
retient encore. 11 a émis sur les rapports de la raison et de la foi, 
de la nature et du surnaturel quelques remarques excellentes qui 
rachètent amplement d'involontaires inexactitudes. Au point de 
vue proprement historique, son sens est dans ce livre généralement 
juste et fin et son regard pénétrant, quoique ses idées ne soient 
pas toujours exemptes tantôt de quelque illusion, tantôt de quel- 
que subtilité. Son style, où l'on sent un peu trop l'influence de 
Michelet) est expressif, imagé, vigoureux, plein de sève et plein 
d'élan, mais pas toujours d'un goût très pur. Nous ne saurions, 
par exemple, approuver des métaphores comme celle-ci : « Res- 
serrée sur son étroite bande de terre, surveillée du côté de la mer 
par la jalousie anglaise, la fortune des Pays-Bas, avec tout ce qu'elle 
charrie d'eaux fécondantes et de limons puissants, s'enlize dans 
son propre succès comme le cours du grand fleuve qui les a créés 
et s'épuise avant d'atteindre la mer ». (p. 173). La langue aussi 
laisse à désirer. M. Hanotaux nous dit quelque part (p. 146) que 
le cœur de Jeanne d'Arc, « gonflé et gros d'uaie immense pitié, 
au lieu de se résoudre en larmes et en plaintes, explose en courage. » 
Voilà une expression qui ne serait pas sortie de la plume de Gaston 
Boissier et qui ne sortirait pas de celle de M. Alfred Mézières. 
M. Hanotaux n'en est pas moins un écrivain remarquable aussi 
bien qu'un historien de grand mérite. Sa Jeanne d'Arc portera 
plus haut sa renommée. Sous les réserves indiquées et pour les 
esprits un peu mûrs déjà, la lecture en est bonne et fortifiante. 
C'est un livre qui fera du bien. L'illustration, empruntée aux 
gravures sur bois du xv^ et du xvi^ siècle, est originale. Nous ne 
savons si elle répond pleinement à l'objet que s'est proposé l'auteur. 
Mais c'est tout au moins une collection ingénieuse et utile par elle- 
même et comme une section particulière d'exposition ou de musée. 



— 65 — 

— Un autre ouvrage de M. Gabriel Hanotaux : La Fleur des 
histoires françaises, « écrit, nous dit-il, pour la jeunesse, » se rat- 
tache, au moins par l'inspiration patriotique, à sa belle étude sur 
Jeanne d'Arc. En voici les points de vue et les données successives: 
La Terre de France. — Les Eaux de France. — Le Ciel de France. 

— Les Hommes de France. ■ — La Patrie française. — Les Batailles 
françaises. — L'Expansion française. — La Propagande française. 

— Le Moyen Age et l'Art religieux. — La Renaissance et la Ré- 
forme. — Henri IV et la tolérance. — L'Age classique. — L'Age 
philosophique. — L'Age politique et juridique. — L'Age héroïque 
et l'Age lyrique. — L'Age réaliste et scientifique. — La Richesse 
française. — L'Égalité française. — L'Idéal français. — Le talent 
d'écrivain de M. Hanotaux s'y montre peut-être sous un jour 
encore meilleur que dans l'ouvrage précédent, quoique non exempt 
des mêmes défauts. On y trouve des pages charmantes, des tableaux 
où l'éclat poétique s'ajoute avec fraîcheur et vivacité à l'éloquence 
et au sentiment. L'auteur y déploie d'ailleurs de rares qualités 
de vulgarisateur d'histoire. Mais nous devons ajouter que la doc- 
trine, non seulement n'y est pas sûre, mais laisse paraître, à côté 
de vues excellentes et de nobles élans, nombre de préjugés fâcheux. 
On regrette même d'avoir à noter plusieurs assertions contraires à 
l'orthodoxie. On souhaiterait aussi une conception plus juste de 
telle ou telle époque, de telle ou telle institution, de telle ou telle 
crise de l'histoire de France. Sauf en ce qui concerne l'art reli- 
gieux, l'influence civilisatrice de la religion chrétienne et de l'Église 
catholique est presque complètement passée sous silence. Cela étant, 
malgré le très réel mérite de cet ouvrage, il ne semble pas possible 
de le recommander purement et simplement à la jeunesse élevée 
dans la vraie doctrine. Mais ses maîtres en pourront faire quelque 
usage à son profit et, dans d'autres milieux, il pourra contribuer 
à élargir les esprits et à élever les âmes, car il est tout plein, du 
moins, du culte de l'idéal et de l'amour de la patrie. 

■ — Ce même culte et ce même amour se retrouvent, mais soutenus 
par une inspiration ardemment et fortement catholique, dans le 
recueil de conférences et d'articles publiés par M. le chanoine 
Coubé sous ce titre : Jeanne d'Arc et la France, où sont traités 
avec beaucoup de verve et de vigueur oratoire les sujets suivants : 
Jeanne d'Arc et le patriotisme. — Jeanne d'Arc et l' antipatrio- 
tisme. — • Jeanne d'Arc et l'avenir de la France. — Jeanne d'Arc 
et les femmes françaises. — Jeanne d'Arc et les devoirs des catho- 
liques. — La Fête nationale de Jeanne d'Arc. — Jeanne d'Arc 
et la Bretagne. — La Vérité sur Pierronne de Bretagne. — Jeanne 
d'Arc, honneur et conscience de la France. — Nous sommes heu- 
Janvier 1912. T. CXXIV. 5. 



- 66 — 

reux de constater tout d'abord que l'éloquence de M. Coubé se 
montre dans ce recueil sous un bien meilleur aspect que dans un 
autre qui lui fait pendant : L'Ame de Jeanne d'Arc, dont nous 
avons précédemment rendu compte. L'exubérance romantique y 
est moins fréquente et moins marquée et le style s'y rapproche 
davantage de cette clarté ferme et naturelle qui est le génie même 
de la langue française. Ce n'est pas que les expressions de mau- 
vais goût y manquent. Dire de la bannière de Jeanne d'Arc que 
« c'est son âme hissée au sommet d'une hampe pour parler plus 
haut et être vue de plus loin » (p. 18), c'est s'abandonner à une 
fâcheuse et presque ridicule emphase. Mais ce genre de traits est 
relativement rare et, dans l'ensemble, comme orateur et comme 
écrivain, les qualités de M. Coubé l'emportent ici de beaucoup sur 
ses défauts. \'oilà pour la forme. Le fond, en général, est excellent, 
et l'on y regrette seulement çà et là quelques exagérations de 
polémiste et de zelante. Nous avons notamment apprécié les con- 
naissances historiques de l'orateur, son souci de l'exactitude et 
de louable retenue par rapport au penchant d'autres panégyristes 
vers les conjectures ou interprétations douteuses ou les broderies 
légendaires. Nous aurions pourtant mieux aimé ne pas retrouver 
dans un de ses discours des mots certainement inauthentiques, 
comme le fameux, mais faux : « Ouvrez, c'est la fortune de la 
France!» (p. 16), ou le prétendu cri : « Vive labeur » ! (p. 24), 
qui a déjà donné lieu à bien des tirades et dont on s'obstine sans 
raison à faire l'une des devises personnelles de Jeanne d'Arc. Le 
recueil Jeanne d'Arc et la France mérite d'être recommandé d'une 
façon particulière à nos lecteurs et à nos lectrices. 

— Il en est de même, pour des qualités un peu différentes, du 
remarquable opuscule de W^^ Hélène de Léché : Jeanne d'Arc, 
sa foi, son procès, son martyre, publié sous les auspices de la So- 
ciété bibliographique, et ainsi divisé : I. Les Révélations. II. L'Or- 
thodoxie de Jeanne d'Arc. III. Les Responsabilités. IV. Conclu- 
sion. Ce travail se distingue par l'exactitude de l'information, la 
justesse du sens historique et de la pensée, la netteté de l'expo- 
sition, l'élégante simplicité d'un style de bon exemple et de bonne 
compagnie. Ce serait un bon signe, parmi tant d'autres tristes 
indices, que le succès de cet excellent écrit dans les milieux auxquels 
l'auteur appartient et sa diffusion dans quelques-uns de ceux qui 
en dépendent. 

— Non moins louable et non moins utile en son genre est la 
Vie de Jeanne d'Arc racontée par elle-même, de M. Léon Le Grand. 
« Chercher, nous dit l'auteur, à faire revivre la figure de Jeanne 
d'Arc en recourant à son seul témoignage, tel est le but de ces 



— 67 - 

quelques pages. Pour cela, nous avons recueilli dans les textes 
contemporains, comme d'autres l'avaient fait avant nous (notam- 
ment M"i6 P. Froment dans un très bon livre, dont le Polybihlion 
a rendu compte), les principales paroles tombées des lèvres de la 
Bienheureuse et les avons simplement disposées dans l'ordre chro- 
nologique des faits qu'elles relatent ou des circonstances dans les- 
quelles elles ont été prononcées. Nous les avons réparties en un 
certain nombre de chapitres dont les titres rappellent les diffé- 
rentes phases de sa vie pour rendre plus sensible l'enchaînement 
des événements, mais nous nous sommes interdit toute addition 
et tout commentaire, nous bornant, quand cela était indispensabh; 
pour le sens, à noter entre parenthèses le nom de l'interlocuteur 
ou à résumer aussi brièvement que possible les questions qui pro- 
voquaient telle ou telle réplique ». Accompli avec le soin qu'on 
devait attendre d'un érudit aussi distingué que M. Léon Le Grand, 
•e travail est d'une utilité multiple. L'histoire, même savante, 
pourra en profiter, selon nous, aussi bien que la propagande po- 
pulaire. Les références mises au bas des pages, sans gêner en rien 
la lecture courante, en font un précieux répertoire. Le rapproche- 
ment des textes y est parfois suggestif. Enfin l'âme de Jeanne 
d'Arc y apparaît toute vive et toute céleste. Marius Sepet. 



L'Église de Paris et la RéYolutlon. T. IV (1799-1802], par P. 
PiSANi. Paris, A. Picard et fils, 1911, in-16 de 461 p. — Prix : 3 fr. 50. 

L'important ouvrage de M. le chanoine Pisani est achevé et l'on 
peut maintenant se rendre exactement compte de ce qu'a voulu 
et accompli son auteur. A première vue, ses développements dé- 
passent les promesses de son titre. Nous sommes en présence d'une 
histoire des événements intéressant l'Église de France qui se sont 
produits à Paris de 1789 à 1802. La politique religieuse de la Cons- 
tituante, de la Convention, du Directoire et du Consulat est expo- 
sée dans son ensemble, d'après les travaux d'hommes appartenant 
aux opinions les plus diverses, de MM. Mathiez et Sagnac comme 
de MM. Boulay de la Meurthe et Albert Vandal. De là vient qu'à 
chaque instant la perspective qui devait servir de fond au sujet 
primitif se trouve ramenée au premier plan. Cet élargissement de 
la composition s'explique par les circonstances dans lesquelles l'ou- 
vrage a été mené à bonne fin. C'est en somme la rédaction d'un 
cours professé pendant quatre ans à l'Institut catholique de Paris. 
S'adressant à des étudiants, M. Pisani a été amené à éclairer l'his- 
toire du diocèse dont la capitale est le chef-lieu par l'histoire géné- 
rale de l'Éghse de France. Ceux-ci et derrière eux beaucoup de lec- 



— 08 — 

leurs retrouveront dans le livre publié un guide commode et fur 
pour arriver à comprendre comment cette Église évolua à travers 
la crise causée par la rupture du Concordat de 1516 et terminée 
par la conclusion du Concordat de 1802. Sur les questions débat- 
tues à cette époque, ils recueilleront des informations nouvelles ou 
plus précises, appuyées sur des collections de textes ou des statis- 
tiques correspondant aux exigences actuelles de la critique historique. 
Dans le tome IV et dernier, les faits concernant l'Église de Paris 
paraissent à titre épisodique dans chacun des huit premiers chapi- 
tres; ils remplissent le neuvième qui nous fait connaître avec détail, 
arrondissement par arrondissement, la nouvelle organisation parois- 
siale et les prêtres de diverses origines appelés à former le nouveau 
clergé. Le reste du volume constitue une histoire du Concordat 
qu'on lira avec intérêt et avec fruit, car on y trouvera un exposé 
très sûr et très vivant des vicissitudes par lesquelles passa la négo- 
ciation. Les Appendices des chapitres IV et VI oiïrent une réunion 
de textes propres à faire saisir sur le vif les difficultés de la paix 
à conclure entre le Saint-Siège et le gouvernement français. Les 
papiers du cardinal Caprara, conservés par hasard aux Archives 
nationales, ont été pour la première fois mis sérieusement à profit. 
On lira même au chapitre VI une dissertation intitulée Jansénisme 
et Gallicanisme, faite pour l'auditoire spécial de l'auteur, où 
M. le chanoine Pisani essaie de déterminer l'opinion qu'un catholique 
du xx^ siècle doit se former, d'après lui, sur ses ancêtres des xvii^ 
et xviii^ siècles. L. P. 

lies maître* de l'Heure, Essais d'histoire tnorale contemporaine, par 
Victor Giraud. Paris, Hachelte, 1911, in-16 de xii-350 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Le titre que nous venons de transcrire est joli, comme titre à 
effet. 11 est moins clair que frappant. Pour l'entendre, il faut avoir 
lu l'Avant- Propos où M. Giraud l'exphque. « Les Maîtres de 
l'Heure », ce sont les maîtres intellectuels de la génération à la- 
quelle M. Giraud appartient, c'est-à-dire, selon sa propre déclara- 
tion, celle qui vient « d'atteindre la quarantaine ». Mais cette géné- 
ration a été précédée par d'autres qui ne sont pas encore éteintes, et 
elle a été suivie de générations nouvelles et différentes, de sorte 
qu'il se pourrait bien que nombre de lecteurs ne reconnussent pas 
dans les maîtres dont il s'agit ceux de leur heure. Peu importe 
au fond, puisque M. Giraud nous donne sur ceux qu'il considère 
comme les maîtres de son heure, un recueil d'études très intéres- 
santes, où, comme il le dit, l'histoire intellectuelle et morale s'a- 
joute à la critique littéraire. — Le présent volume, qui sera suivi 
d'un second, est composé de cinq études, consacrées aux écrivains 



— 69 — 

dont les noms suivent : Pierre Loti, Ferdinand Brunetière, Emile 
Faguet, Eugène-Melchior de Vogué, Paul Bourget. Toutes sont 
remarquables et offrent une lecture à la fois agréable et nourris- 
sante. Une qualité, en soi secondaire, mais qui doit être louée par- 
ticulièrement ici, c'est le sens et l'érudition bibliographique de 
M. Giraud et l'excellent usage qu'il ne dédaigne pas de faire des 
comparaisons d'éditions et des variantes de textes (cf. notamment 
p. 295, 313, 314). Mais il a de plus hauts dons et de plus hauts 
mérites. C'est un penseur qui embrasse dans leur entier, et dont la 
vue dépasse à l'occasion, en les considérant de haut, les sujets qu'il 
traite. C'est aussi un critique littéraire très intelligent et très 
pénétrant, surtout très bien informé. Toutefois, dans le culte qu'il 
professe pour ses maîtres, il excède quelquefois, même assez sou- 
vent la mesure, et pose de temps en temps la plume pour prendre 
en main l'encensoir. On sent que la Revue des Deux Mondes et 
encore plus l'Académie fcançaise sont pour lui des temples, eu il 
en pratique les rites avec conviction. C'est dire que ses études se 
tournent facilement en panégyriques. Mais cela ne l'empêche pas 
d'exprimer, quand il le faut, les réserves nécessaires. Sa foi chré- 
tienne, solide et sincère, le soutient et le préserve; elle sauve et 
fortifie son indépendance et son originalité. M. Victor Giraud est 
aussi un écrivain remarquable, bien que son goût ne soit pas tou- 
jours parfaitement pur et que sa langue parfois s'empâte, quand 
il nous parle, par exemple, du « sens concret et de la signirication 
convergente de toutes ces affinités électives » (p. 195), ou glisse même 
dans l'impropriété, quand il écrit (p. 218) que « en intervenant 
généreusement dans les questions sociales, elle (l'Église) risquait, 
à très brève échéance, de recouvrer tout son ancien prestige ». Ris- 
quer s'applique à un mal, non à un bien éventuel. On risque de 
perdre, on a chance de gagner. Ce n'est rien, mais il y faut pren- 
dre garde. La défense de la langue et du goût est une partie de 
cette défense religieuse, morale, sociale, patriotique, littéraire, à 
laquelle sont attachées les destinées et l'existence même de notre 
pays, et à laquelle M. Giraud est tout à fait digne de prendre une 
part de jour en jour plus considérable. Nous recommandons aux 
esprits sérieux et curieux le premier volume et nous n'attendons 
pas sans un avant-goût de plaisir et d'instruction le second volume 
des et Maîtres de l'Heure »... de M. Giraud. M. S. 



— 70 — 

Calttl«giie raisonné cle!« premières impresfiionH de 

Majenre ( 14'A5-1 1157) par Seymour de Ricci. (VeiofTeiillichungen 
' der GulenbergGesellschaft, viii-ix. Mainz, Verlag der Gulenberg-Gesell- 
schafl, 1911, in-'i de ix-166 p. et 1 pi. en pholoiypie. — Prix : 2o fr. 

Die Baniberger Pfistcrdrueke tiud die «fGzeilige Kibel, 

von Prof. D' Gottfrihd Zedler. (Même recueil, x-xi.) Ibid., 1911, in-4 de 
ii-li;<p., 22 pi. en pholo-lypie, 1 planclie en aulolypieel fig. dans le texte. 
— Prix : 25 fr. 

Outenberg-CScaelliiehaft. 10" Jahresbericht erslallet in der ordentlichen 
Mitgtiederversammlang su Mainz am 23. Jimi ^9H. Mainz, Buchdruckerei 
J. Prickarts, 1911, in-/i, 58 p. et 14 fig. dans le texte. 

La fondation à Mayence en 1900 et l'inauguration en 1901 du 
Musée Gutenberg destiné à recueillir tout ce qui a trait à l'inven- 
tion et aux progrès de l'imprimerie ont eu pour conséquence la 
fondation, grâce à l'initiative de M. Karl Dziatzko, d'une Société 
Gutenberg dont l'objet est double : favoriser le développement 
du musée et promouvoir les études sur Gutenberg et sur l'histoire 
de l'imprimerie. La cotisation annuelle . des membres est fixée à 
12 fr. 50 et peut être rachetée par une souscription perpétuelle de 
375 fr. 

Bien que la Société ait un caractère international, c'est jusqu'à 
présent en Allemagne surtout et en Autriche qu'elle a recruté ses 
440 membres actuels. Elle n'a rencontré que six souscripteurs en 
Belgique, cinq en Italie, six en Suède, neuf en France, vingt en 
Grande-Bretagne; encore, parmi ces souscripteurs, il faut compter 
les Bibliothèques. Et, cependant, par l'utilité de l'objet qu'elle s'est 
proposé, par l'intérêt des pubHcations qu'elle a distribuées jusqu'ici 
à ses souscripteurs, elle mériterait une plus large diffusion. Nous 
nous féliciterions si h PobjbibUon, en îa faisant connaître à ses 
lecteurs, aidait à son recrutement. La Société qui aurait pu sembler 
en sommeil, puisque, depuis quelques années, elle n'avait pas fait 
béaéficier ses membres des publications qu'elle devrait leur donner 
te us les ans, se rattrape et fait les bouchées doubles en distribuant 
coup sur coup deux volumes dont l'un s'applique aux exercices 
1908-1909 et 1909-1910 et l'autre aux exercices 1910-1911 et 1911- 
1912; et l'un et l'autre de ces volumes sont d une importance assez 
considérable. 

Le Catalogue,dressé par M. Seymour de Ricci, suppose de vastes 
recherches et rendra de précieux services. Ce n'est pas seule- 
ment une liste des anciennes impressions mayençaises ; pour chaque 
impression, M. Seymour de Ricci s'est efforcé de dresser un 
état de tous les exemplaires connus, des fragments même possédés 
par des bibliothèques soit publiques soit privées, et il y a joint 
l'indication des exemplaires signalés et dont on a perdu la trace; 
il indique même, et cela n'était pas superflu, les exemplaires ima- 



— 71 — 

ginaires que l'on avaijt cru à tort rencontrer dans un dépôt et 
qui, en réalité, n'y existent pas. Les impressions sont divisées 
en groupes, d'après les caractères qui y ont été employés, et classées 
dans un ordre chronologique approximatif. Les exemplaires sont 
énumérés d'après l'ordre du pays où ils sont conservés en commen- 
çant, nous ne savons pourquoi, par l'Angleterre, et en continuant 
par la France et par l'Allemagne. 

Le titre donné à son Catalogue par M. Seymour de Ricci est 
trompeur. Il ne s'agit pas des seules impressions mayençaises; les 
impressions de Pfister à Bamberg, celles de Bechtermuncze à Elt- 
ville y figurent également; de même la date de 1467 n'est pas 
celle à laquelle s'arrête le travail de M. de Ricci; les Bechter- 
muncze s'étendent jusqu'à 1480; des psautiers ou des missels pu- 
bliés jusqu'en 1516 ont été relevés par lui . 

Tout en rendant hommage au labeur de M. Seymour de Ricci, 
nous ne pouvons nous empêcher de faire quelques réserves sur 
ses classements; quand il existe d'un même ouvrage deux ou plu- 
sieurs tirages — comme cela a lieu pour la Bible de 42 lignes 
ou pour le psautier de 1457, — il y aurait eu intérêt à décrire 
ensemble tous les exemplaires d'un même tirage, au lieu de les 
disperser comme le fait l'auteur, suivant les pays où ils sont con- 
servés. 

Peut-être pourrait-on relever de ci de là quelques traces de lé- 
gèreté, nous n'en citerons qu'un exemple : à propos de la Bible 
de 36 1., M. Seymour de Ricci écrit (p. 16, n° 14) : « Selon M. Léo- 
pold Delisle {Journal des savants^ 1893, p. 216), un exemplaire 
aurait été offert vers 1890 pour 150,000 fr. par un libraire de 
Munich »; dans la phrase visée et que voici, il n'est question ni 
de 1890 ni de Munich : « Un libraire n'a pas craint dans ces der- 
niers temps de demander 150,000 fr. d'un exemplaire de la Bible 
imprimée à Bamberg par Albrecht Pfister ». Quant au doute que 
M. de Ricci se permet d'émettre sur cette assertion, tous ceux 
qui connaissent le soin scrupuleux de M. Delisle dans tous ses tra- 
vaux ne s'y arrêteront pas. 

— Les impressions de Pfister qui tiennent naturellement une place 
dans le Catalogue de M. Seymour de Ricci font l'objet propre 
du mémoire de M. Zedler. L'érudit bibliothécaire de Wiesbaden 
est arrivé à des conclusions fort intéressantes et, sur bien des points, 
entièrement neuves. 11 est parvenu à établir qu'Albrecht Pfister 
était un clerc marié qui, pendant au moins douze ans (1448 au 
moins à 1460), fut attaché comme secrétaire à la personne de 
Georg de Schaumberg, évêque de Bamberg de 1459 à 1475, que 
son activité comme secrétaire cesse brusquement en 1460 et qu'il 



— 11 — 

était mort avant 1466. L'examen très minutieux auquel s'est livret 
M. Zedler de la teclmique typographique des volumes imprimés 
par Pfister lui a permis de déterminer d'une manière qui me paraît 
fort vraisemblable et à peu près sûre l'ordre dans lequel se sont 
succédé les impressions du clerc de Bamberg ; comme on sait, 
deux de ces impressions sont datées : une édition de V Edelstein 
de Boner, du 14 février 1461, et les Quatre histoires, de peu après 
la Sainte-Walburge (l'^'' mai) 1462 . Le Boner serait la 2^ impres- 
sion de Pfister, qui aurait d'abord imprimé en 1460 une édition de 
VAckermann von Bôhmen (exemplaire sans gravures de Wolfenbut- 
tel). Les Quatre histoires forment la 3^ impression que suit vers 
la fin de 1462 la 1""^ édition allemande de la Biblia pauperiwi 
(la plus courte), puis en 1463 l'édition latine de la Biblia pauperum 
et la 2^ édition de VAckermann^ en 1464 la 2^ édition allemande 
de la Biblia pauperum, la 2® de VEdelstein de Boner; enfin lei?e- 
lial de Jacques de Teramo. Si ce dernier ouvrage n'est pas illustré, 
comme les autres impressions de Pfister, la raison doit, selon 
M. Zedler, en être cherchée dans l'état de fatigue de l'imprimeur 
qui, comme on le sait déjà, ne survécut guère à ce travail. M. Zedler 
croit aussi pouvoir affirmer que VAckermann n'est pas seulement la 
plus ancienne impression que nous ayons conservée de Pfister, 
mais la première à laquelle il ait donné ses soins. Les arguments 
techniques qu'il fait valoir rendent la chose, sinon certaine, du 
moins assez vraisemblable. 

Des raisons philologiques avaient conduit des germanistes à 
donner pour les éditions de VA ckermann et pour VEdelstein de Boner 
un ordre directement inverse de celui que propose aujourd'hui 
M. Zedler. Il s'est donc trouvé amené à étudier de plus près le 
texte des éditions de Pfister sous le double rapport de l'ortho- 
graphe et du style, et cette nouvelle enquête a abouti aux mêmes 
conclusions que. l'enquête typographique. 

Comme les livres imprimés par Pfister l'ont tous été avec les 
caractères de la Bible de 36 lignes, M. Zedler ne pouvait se sous- 
traire au devoir d'examiner la question si débattue de savoir qui a été 
l'imprimeur de cet ouvrage. Pfister, à qui quelques-uns en avaient 
fait honneur, a été généralement écarté et M. Zedler est de ceux 
qui repoussent cette attribution difficilement soutenable. Pour lui, 
c'est Gutenberg qui est le créateur des caractères de la Bible de 
36 lignes comme de ceux de la Bible de 42 lignes; et c'est lui 
aussi qu'il faut regarder comme l'imprimeur de cette œuvre. Les 
arguments de M. Zedler, dans le détail desquels il ne nous est pas 
possible d'entrer ici, sont d'ordre purement technique. Quant au 
lieu d'impression de la Bible, tout semble montrer que c'est Bam- 



— 73 — 

berg et non Mayence; non seulement on explique plus facilement 
ainsi, comment, au lendemain môme de l'impression de la Bible, les 
caractères sont tombés aux mains du Bambergois Pfister; mais le 
papier utilisé pour l'impression a été employé sûrement à Bam- 
berg, tandis qu'on n'en trouve point trace à Mayence; les exem- 
plaires connus dont on peut déterminer la provenance proviennent 
tous ou de Bamberg ou de monastères des environs; c'est à Bam- 
berg seulement que l'on trouve trace d'un registre imprimé de la 
Bible de 36 lignes. Il y a là tout un ensemble d'indices concordants 
et probants. Ce serait en 1457-1458 que Gutenberg aurait mené 
à terme cette impression. 

Si, dans l'argumentation de M. Zedler, tout n'est pas également 
convainquant, ce beau travail, très clair et très fouillé, n'en a pas 
moins une importance considérable et s'impose à l'attention et à 
l'étude de tous ceux que préoccupe la question des origines typo- 
graphiques. 

— Pfister est le premier imprimeur qui ait songé à illustrer ses 
éditions par des gravures sur bois. M. ri ans Koegler, dans la lec- 
ture qu'il a faite le 25 juin 1911 à l'assemblée de la Société Gu- 
tenberg : tïher Bucheriïlustrationen in den ersten Jahrzehnten des 
deuischen Biichdruckes^ se borne à étudier les productions des pres- 
ses baloises. Le fait qu'il met en lumière, c'est qu'au début l'il- 
lustration n'a d'autre objet que d'interpréter le texte aussi fidèle- 
ment que possible et de le rendre intelligible à qui ne sait lire. 
Le dessinateur se réduit à l'essentiel, négligeant le pittoresque inu- 
tile, môme quand le texte lui en fournirait les éléments. Peu à 
peu, l'illustrateur en prend plus à son aise avec le texte; ainsi 
Diirer, — s'il en est bien le des.-^inateur — avec les figures de la 
Nef des fous de S. Brant. Encore M. Koegler exagère-t-il plutôt 
ces libertés prises par le dessinateur; ainsi dans sa figure 12, où 
rien ne lui semble rappeler la sanctification du dimanche, cette 
idée n'est-elle pas au contraire éveillée dans l'esprit du lecteur par 
la représentation de l'église ou plutôt des églises? 

E.-G. Ledos. 



BULLETIN 

L'Acte de foi eet-ll raisonnable? par le B. P. SCHWALM. Paris. Bloud, 
1911, in-16 de 63 p. (Collection Science et Religion). — Prix : fr. 60. 

A propos de la foi, ce petit opuscule touche à beaucoup de questions, 
questions relatives à la Trinité, aux vestiges d'elle-même qu'elle imprime 
dans les créatures, à l'attrait qui emporte toute nature créée vers le surna- 
turel, etc. Signalons un beau chapitre, c. 8, sm' la Trinité, centre de la foi, un 
autre aussi, ^, 4, que l'on voudrait plus clair, sur ce qui de Dieu est ou n'est 



— 74 — 

pas naturellement connaissablo. La page à mon a\is la plus intéressante, 
p. 59, eet celle où l'auteur analyse dans ce qu'elle a de psychologique- 
ment observable, la grâce prévenante, touche suave de Dieu qui nous incite 
à croir.^. J'ai le regret d'ajouter que ce passage, d'une valeur psychologique 
incontestable, me paraît dialectiquement faible. D'après le P. Schawlm, 
ce contact de la présence de Dieu, cette parole intérieure est « obscure sans 
doute, mais expérimentée en toute certitude »; et cette certitude expérimen- 
tale serait requise pour qu'un acte de foi souverainement ferme fût raison- 
nable. — Que tout acte de foi se fasse à l'aide de la grâce, c'est une vérité 
dogmatique. Que, dans des cas exceptionnels, vrais miracles d'ordre psy- 
chologique, le témoignage intérieur du Saint-Esprit porte en lui-même la 
preuve certaine de sa divine origine, je l'admets également. Mais que tous 
les croyants aient cette certitude expérimentale de Dieu sensible au cœur, 
je ne le pense pas. Faire dépendre la rationabilité de la foi et sa suprême 
fermeté d'une expérience religieuse dont tous les croyants devraient être 
expérimentalement certains, ne serait-ce pas donner à cette foi un faux air 
d'illuminisme? H. Grs. 

L.es Idées (la père Bontcmps, Journal d'un paysan, par Abbl NOËL- 
Mons, édition de la « Société nouvelle », s, d. iu-12 de 182 p. — Prix :2 fr. 

Les idées du père Bont^emps sont radicalement socialistes, et c'est aux 
paysans qu'il les prêche, non sans verve ni sans arguments spécieux, avec 
un mélange de dissertations économiques et de littérature pathétique, qui 
agirait sur bien des lecteurs. La critique vive, acerbe, de la société actuelle 
tient nattirellement la plus grande place dans ces pages. Les remèdes propo- 
sés sont la nationalisation du sol et un remaniement des lois sur l'héritage, 
grâce auxquels l'État pourrait mettre à la disposition des travailleurs et des 
associations de travailleurs le sol, les usines, magasins ou manufactures, 
avec l'outillage nécessaire. Baron Angot des Rotours. 



Le Gldre, par P. Labounoux et P. Touchard. Paris, Hachette, 1910, in-16 
cartonné de 199 p., avec 92 fig. — Prix : 2 fr. 

Monographie forcément spéciale par suite de la zone plutôt restreinte tant 
de la culture du pommier que de la fabrication et de l'usage de cette bois- 
son. Cependant la consulteront avec fruit et suivront ses conseils tous ceux 
qui produisent des fruits de vente et de consommation. Toute la partie con- 
sacrée aux so'ns à donner aux arbres, aux ennemis surtout à combattre, 
intéresse naturellement tous les producteurs. Quant aux fabricants de 
cidre, ils consulteront avec profit ce qui concernele matériel de fabrication, 
son entretien, sa tenue et sa propreté, le traitement des fruits, la manière 
d'obtenir le jus, sa fermentation et ce qui regarde la portée 
commerciale de ces produits, comme aussi les industries diverses qui uti- 
lisent les sous-produits. Ce petit volume prend une bonne place dans l'Ency- 
clopédie des connaissances agricoles dont nous avons déjà parlé plusieurs 
fois. G. DK S. 

Lapin» et cobaye», par Ch. Caillât. Paris, Librairie de la Maison 
rustique, 1910, in-8 de 81 p., avec grav. — Prix : 2 fr. 

Petite brochure essentiellement pratique. L'auteur, qui invite d'aiiburs 
?es lecteurs à le suivre dans la visite détaillée de son clapier, leur en donne 



— Tô- 
le goût en décrivant tous les détails de l'installation de ses cabanes, leur 
aménagement, l'hygiène à observer, enfin la nourriture à donner aux ani- 
maux dont on a choisi et sélectionné les racss. L'ouvrage, complété par 
dou7e belles planches gravées représentant des installations d'élevage, cons- 
titue un guide attrayant et très pratique. G. de S. 



Élémentii <i'ai-li itmétique. Premier cjcle, 6"^ et 5* A et B, par P. Gamman. 
Paris, de Gigord, 1911, in-16 cartonné de 270 p. — Prix : 1 fr. 80. 

Cours élémentali-e de géométrie pinne, par P. CaMMâN et A. -G. 

RÉBOUis. Paris, de Gigord, 1911, in-16 cartonnt^, de 294 p. — Prix : 1 fr. 75. 
Aif^èbre.. Classe de 3« B, 2' et i" C et D, par P. Gamman et A. Grignon. 
Paris, de Gigord, 1912, in-16 cartonné de vi-279 p. — Prix : 3 fr. 

M. Gamman, directeur des études scientifiques au collège Stanislas, a 
entrepris, avec le concours de plusieurs^ professeurs au même collège, la 
publication d'un cours de mathématiques répondant aux desiderata 
fréquemment formulés par de nombreux professeurs de l'enseignement 
libre. La motion suivante, à laquelle nous nous rallions de la façon la plus 
absolue, a toujours réalisé l'unanimité des voix dans les différents congrès: 
à qualités égales, dans l'enseignement libre, on doit, sans hésitation, pré- 
férer les oeuvres des professeurs de l'enseignement libre. En ce qui con- 
cerne les mathématiques, le moment est venu de passer de la théorie à la 
pratique; tout au moins en ce qui concerne les trois volumes actuellement 
parus de la collection dont nous parlons. 

M. Gamman s'est réservé la tâche ingrate d'écrire les Éléments d'arith- 
métique. Il s'est efforcé d'être très simple et très clair. Il s'agit d'être com- 
pris par de très jeunes erfants. Mais si, dans l'enseignement primaire, 
l'arithmétique est une fin, dans l'enseignement secondaire c'est un début 
qui doit préparer aux études ultérieures. Il faut donc des notions précises 
qui ne paraissent pas trop arides. M. Gamman a su concilier ces deux exi- 
gences si opposées. — Dans le Cours élémentaire de géométrie plane, nous 
retrouvons, rajeuni et revivifié, l'esprit de simplicité de l'œuvre, mainte- 
nant disparue, de Dufailly. Que de générations ont pu absorber le « quod 
justum )) de sciences, grâce à cet ancien professeur de Stanislas ! Ge nouveau 
livre présente le même avantage pour les programmes actuels. — Malgré 
les qualités que nous reconnaissons aux deux ouvrages précédents, nous 
n'hésitons pas à mettre hors de pair V Algèbre doMM. Gamman et Grignon. 
Le programme officiel de cette science est très vaste; cependant, sur cer- 
tains points, il est incomplet. Les auteurs ont su rester brefs, tout en expo- 
sant ce qui, logiquement, doit être enseigné. Nous ne saurions faire com- 
prendre, en quelques lignes, avec quel tact, quelle délicatesse, les élèves 
sont guidés dans cet ouvrage. LIne longue et sagace observation du déve- 
loppement intellectuel des auditeurs, telle que M. Grignon Va toujours 
pratiquée, est la cause de la haute valeur de ce cours. E. Ghailan. 



Un Crime social. L.'.4ifi9a8slnat «i* Vi-nnçoiS Fcrr-er, par LâON Ll- 

GA"'r?,3. Paris, Marcel Rivière, 1309, in-8 de 70 p., avec portrait. — Prix : 
'. fr. 

assassinat est ici pour exécution. L'auteur admet com-ne un axi5aie, 
sans même discuter le dossier, que Ferrer était étranger aux émeutss de 
Barcelone et que, s'il a été condamné et fusillé, c'est en haine de « l'école 



— 76 — 

moderne » dont il s'était fait l'apôtre. Il a été en définitive une victime 
de l'Inquisition, de l'Église catholique, et aussi de la société bourgeoise 
qui s'appuie sur elle, ouvertement en Espagne et en Belgique, indirecte- 
ment et sournoisement en France et en Italie. Ce thème sort de centre à une 
série de considérations historiques, philosophiques et religieuses, dont on 
pressent la profondeur. Comme conclusion à ces pauvretés, on nous an- 
nonce l'ouverture d'une souscription pour élever un monument à Bruxelles, 
en souvenir de Ferrer. H. Rubat du Mérac. 



CHROJNIQUE 



Nécrologie. — M. l'abbé Hippolyte Gayraud, député du Finistère, 
qu'une grave maladie retenait depuis longtemps loin du Parlement, est mort 
à Bourg-la-Reine (Seine), le 16 décembre, à 55 ans. Né à Lavit (Tarn-et-Ga- 
ronne), le 13 août -1856, il était entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 
1877 et se fit recevoir docteur en théologie. En 1884 ses supérieurs lui con- 
fièrent la chaire de philosophie et de théologie scolastique à l'Institut catho- 
lique de Toulouse, chaire qu'il occupa pendant neuf années. Autorisé par le 
Souverain Pontife, en 1893, à quitter l'habit dominicain, il s'adonna à la 
prédication et groupa autour de lui de nombreux auditoires. Abordant 
enfin la politique, il prit vivement la défense de la démocratie chrétienne 
dans les congrès et même dans les réunions publiques, et Mgr d'Hulst étant 
mort au moment où quelque bruit se faisait au tour de son nom, il fut choi' i 
par les électeurs de la troisième circonscription de Brest pour occuper le 
siège laissé vacant par le décès du recteur de l'Institut catholique de Paris. 
A la Chambre, M. l'abbé Gayraud, qui appartenait au groupe de l'Action 
libérale, intervint dans la plupart des débats d'ordre religieux et sut 
presque toujours s'imposer à ses collègues anticléricaux parla vigueur de 
sa dialectique. Toutefois au moment de la discussion de la loi de sépara- 
tion il ne réu?sit pas à obtenir des modifications qu'il espérait pouvoir 
amener une entente avec Rome. M. l'abbé Gayraud laisse divers ouvrages 
de philosophie, de théologie et de politique parmi lesquels nous citerons; 
Thomisme et Molinisme. Première partie : Critique du. Molinisme. Réponse 
au R. P. Th. de Régnon, S. J. (Toulouse, 1890, in-12); — Providence et 
libre arbitre selon saint Thomas d^Aquin. Thomisme et Molinisme. Seconde 
partie : Exposition du thomisme (Toulouse, 1892, in-12); — Saint Thomas 
et le prédéterminisme (Paris, 1895, in-16); — Un Programme à propos du 
budget de 1895 (Paris, 1895, in-8); — V Antisémitisme de saint Thomas 
d' Aquin (Paris, 1896, in-12); — Questions du jour, politiques, sociales, reli- 
gieuses, philosophiques (Paris, 1897, in-12); ■ — La Démocratie chrétienne. 
Doctrine et programme (Paris, 1899, in-12). 

— L'Alsace-Lorraine a perdu dernièrement, en la personne de Mgr Lan- 
delin Winterer, un de ses fils les plus dévoués, un de ses plus saints 
prêtres, un de ses plus remarquables orateurs et écrivains. Mgr Winterer, 
mort à Mulhouse au commencement de novembre, à 79 ans, était né à 
Soppe-le-Haut (Haut-Rhin), le 29 février 1832. Il fut successivement 
curé à Bischwiller, à Colmar et à Guebwiller, puis fut nommé curé de Saint- 
Étienne de Mulhouse et chanoine honoraire du diocèse de Strasbourg. Elu, 
en 1874, député au Parlement allemand pour le cercle de Thann-Altkirch, 
il ne tarda pas à se placer au premier rang des orateurs politiques de cette 
assemblée et se montra un des plus ardents adversaires du prince de Bis- 



marck. Et dès lors, pendant quarante ans environ, il ne cessa d'être un 
intrépide défenseur des droits de sa patrie nautilée par la guerre fatale et 
de l'Eglise persécutée et attaquée dans ses croyances. Maniant la plum? 
aussi bien que la parole, il a combattu de préférence le socialisme qui 
avait particulièrement attiré son attention. Voici la liste de ceux de ses 
ouvrages qui nous sont connus : La Persécution religieuse en Alsace ven- 
dant la grande Révolution; — Histoire de Sainte Odille ou V Alsace chrétienne 
au VII® et au viii® siècle (Guebviller, 1870, in-8), plusieurs fois réimprimé; 

— Le Socialisme contemporain (1878, in-8); — Trois Années de l'histoire 
du socialisme contemporain (1882, in-18); — Le Danger social, ou Deux 
Années de socialisme en Europe et en Amérique (1885, gr. in-8) ; — Le Socia- 
lisme international (Paris et Mulhouse, 1890, in-8). 

— Le monde médical vient de perdre un de ses membres les plus distin- 
gués, le docteur Odilon-Marc Lannelongue, sénateur et président de 
l'Académie de médecine, qui est mort à Paris le 21 décembre, à l'âge de 
72 ans. Né à Castera-Verduzan (Gers), en 1840, il fit sgs études médicale? 
à Paris, fut reçu docteur en 1867, puis agrégé en 1869, et fut nommé peu 
de temps après chirurgien du bureau central des hôpitaux. Attaché, en 
1873, comme chirurgien, à l'hôpital de Bicètre, il passait deux ans plus 
tard à l'hôpital Trousseau. Le 17 juillet 1883, il était nommé membre de 
l'Académie de médecine, qu'il devait présider plus taro, et la même année 
on lui confiait la chaire de pathologie externe à la Faculté de médecine, 
qu'il échangea ensuite contre une chaire de clinique chirurgicale. Enfin 
en 1895, il était appelé à l'Académie des sciences pour la section de méde- 
cine et de chirurgie en remplacement de Verneuil. Le docteur Lanne- 
longue fut choisi, le 7 janvier 1906, par ses compatriotes du Gers pour les 
représenter au Sénat. Dans cette assemblés il ne tarda pas à occuper une 
place importante et prit une part active aux discussions relatives à l'hy- 
giène, à l'enseignement supérieur, etc. Les principaux ouvrages que laisse 
le docteur Lannelongue sont : Circulation veineuse des parois auriculaires 
du cœur (Paris, 1867, in-8), thèse pour le doctorat; — Du Pied bot congé- 
nital (Paris, 1869, in-8), thèse d'agrégation; — De VOstéomyélite chro- 
nique ou prolongée (Pari?, 1879, in-8); ■ — De VOstéomyélite aiguë pendant 
la croissance (Paris, 1880, gr. ia-8); — Abcès froid et tuberculose osseuse 
(Paris, 1881, in-8); — Coxotuberculose (Paris, 1886, in-8); — Traité des 
kystes congénitaux (Paris, 1886, iii-8); — Leçons de clinique chirurgicale 
(Paris, 1887, gr. in-8); — Tuberculose vertébrale (Paris, 1888, gr. in-8); — 
De quelques Variétés de tumeurs congénitales de l'ombilic et plus spéciale- 
ment des tumeurs adénoïdes diverticulaires (Paris, 1886, in-8), avec le doc- 
teur V. Frémont; — Méthode de transformation prompte des produits tuber- 
culeux des articulations et de certaines parties du corps (Paris, 1891, in-8); 

— Affections congénitales. Tête et cou. Maladies des bourgeons de Vambryon, 
des arcs branchiaux et de leurs fentes (Paris, 1891, in-8); — La Tubercu- 
lose chirurgicale (Paris, 1903, in-8). 

— C'est avec un vif sentiment de regret que nous avons appris ici la 
mort de M. Léo Rouan et, survenu cet automne, à Mariette (Seine-et- 
Marne). M. Léo Rouanet fut des nôtres. 11 donna au PolybibUon, sur divers 
ouvrages espagnols, de courtes mais substantielles études. 11 était né à 
Béziers (Hérault), en 1863. Après une enfance tout entière écoulée au sein 
d'une de ces anciennes familles françaises dont l'horizon d'action et de 
rêve semble se limiter à la maison ancestrale, il quitta le Midi pour venir à 
Paris. La beauté de la grande ville, le Louvre, une atmosphère intellec- 
tuelle, la sincérité et l'enthousiasme de certaifis cénacles le séduisirent. 



— 78 — 

Il aimait les lettivs, los arts. Il travailla. Son premier livre, un roman • 
Maxime Everault, pf rut dès ce temps-là. Ses relations s'étendirent. Mais, 
peu à peu, la vie et l'œuvre de Léo Rouanet prirent une orientation nou- 
velle. Quelques voyages en Espagne, quelques lectures captivèrent à ce 
point son esprit qu'il en vint à s'adonner presque exclusivement aux 
belles-lettres et aux arts anciens d'un pays où les hommes firent Séville 
et le ciel Calderon. De cette époque jusqu'à sa mort si prématurée, M. Léo 
Rouanet mit son intelligence, très sûre et pénétrante, et sa faculté de tra- 
vail au service de quelques auteurs espagnols de son choix. Passé maître 
dans la connaissance de la lang'ue, il reconstitua et annota de vieux textes, 
en traduisit d'autres en un français d'une pureté rare. Il faut citer ses 
Chanso7is populaires de VEspagne, traduites en regard du texte (Paris, 
1896, in-12); ^ — Intermèdes espagnols du x\ii^ siècle, {entremesses), traduits 
et annotés (Paris, 1897, in-8); — Drames religieux de Calderon, traduits 
et annotés (Paris, 1898, in-8); — Le Diable prédicateur, comédie espagnole 
du xvii® siècle, traduite et annotée (Toulouse, 1901, in-12); — Biblio- 
graphie critique du. théâtre espagnol, en collaboration avec M. A. Morel- 
Fatio, de l'Institut (Pari.', 1900, gr. in-8); ■ — Quatre dialogues sur la 
peinture, de Francisco de Hollanda, portugais, traduits et annotés (Paris 
1911, in-12); — Auto Sacramantal de Las pruebas del linaje umano [160o] ; 
— Diego de Negueruela; Coleccion de autos, fârsas y coloquios del siglio xvi, 
avec notes, appendices et glussaire (Mâcon, 1891, 4 vol. in-8) ; enfin, ces sa- 
voureux Mémoires du capitan Alonso de Contreras (Paris, 1911, in-12) , qu'il 
« mit en français « avec la collaboration de Marcel Lami, également dis- 
paru. Huit jours à peine avant sa mort, M. Léo Rouanet mettait le mot 
fin à un volumineux travail, un texte portugais ancien qu'il avait recons- 
titué à force de recherches à Paris, à Londres, à Madrid et à Lisbonne. 
Son manuscrit, net, complet, pesait sur sa table ; il en parlait avec la 
modestie charmante qui fut l'une des caractéristiques de cet homme 
distingué, savant collectionneur et bibliophile, esprit délicat et âme 
d'élite. 

— M. Jean-Baptiste-Edouard Bornet, le di'^tingué botaniste, membre 
de l'Institut, considéré à l'étranger, comme un des représentants les plus 
autorisés de la science française, est mort à Paris, à la fin de décembre, 
à l'âge de 83 ans. Né à Guérigny (Nièvre), le 2 septembre 1828, il étudia 
la médecine et fut reçu docteur; mais poussé par un goût très vif pour 
l'histoire naturelle, il s'adonna spécialement à d'importantes recherches 
sur les végétaux inférieurs. Il étudia les champignons sous la direction 
de Leveillé et de Tulasne, puis se rendit à Antibes où il collabora aux 
recherches de Thuret sur les organes reproducteurs des algues. Il fut élu, 
le 10 mai 1866, membre de l'Académie des sciences en remplacement de 
Tulasne et en mai 1891 il obtint la grande médaille d'or de la Société 
linnéenne de Londres pour l'ensemble de ses travaux. M. Bcrnet a publié 
le résultat de ses découvertes scientifiques dans les ouvrages suivants : 
Études psychologiques (Pans, 1878, m-fol.); — Notes algologiques, recueil 
d'observations sur les algues (Paris, 1876-1880, 2 vol. in-4); — Concordance 
des Algen Sachsens et Europa's de Rabenhorst avec la revision des Nosta- 
cacées de Bornet (Venise, 1888, in-8); — Les Algues de P. A. Schousboe, 
récoltées au Maroc et dans la Méditerranée de 1815 à 1829 (Paris, 1892, in-8). 

— M. Paul Mariéton, un des plus charmants écrivains de cette généra- 
tion, est^mort à Nice, le 24 décembre, à 49 ans. Né à Lyon, le 14 octobre 
1862, Jean-René-Benoît-Paul Mariéton fit ses études classiques et son 
droit dans cette ville. Passionné pour la littérature, il s'adonna d'abord 



— 79 — • 

à la poésie sous la direction de Jos^phin Soulary, son compatriote, puis 
publia dans la /?e('i<e lyonnaise ei la. Reçue du ?nonde latin de nombreux arti- 
cles sur les auteurs provençaux désignés sous le nom de félibres. Il ne tarda 
pas à devenir un des chefs du félibrige, dont il dirigea les efîorts à Paris 
et en Provence et pour lequel il créa, en 1885, un organe spécial, la Revue 
félibréenne. Infiniment épris d'art, il avait entrepris avec succès de rendre 
une vie nouvelle à l'antique théâtre d'Orange. On doit à M. Paul Mariéton 
une édition des Pensées de Vabbé Roux (Paris, 1885, gr. in-8). Ses œuvres 
personnelles sont les suivantes : Souvenance. Poésies (Paris, 1884, in-12); 

— Joséphin Soulary et la pléiade lyonnaise (Paris, 1884, in-12); — Les 
Flamands ,à propos de la mort de Henri Conscience (Lyon, 1884, gr. in-8); 

— La Viole d'amour, poésies (Paris, 1886, in-12) ; — Hellas, Corfou, 
Athènes, Rome (Paris, 1888, in-16); — La Terre provençale, journal de 
route (Paris, 1890, 'n-12); — Le Voyage des félibres et des cigaliers. Rhône 
et Vaucluse. Au théâtre d'Orange (Avignon, 1893, in-8); — Le Livre de 
mélancolie, poésies (Paris, 1896, in-16); — Voyage des félibres et des ciga- 
liers sur le Rhône et le littoral (Avignon, 1892, in-8) ; — Une Histoire d'amour. 
George Sand et A. de Musset. Documents inédits. Lettres de Musset (Paris, 
1897, in-12); — /asmm (1798-1862) (Paris, 1898, in-12); — Une Histoire 
d'amour. Les Amants de Venise ( George Sand et Musset). Édition défini- 
tive, avec des documents inédits (Paris, 1902, in-12); — Hippolyte, poésies 
(Paris, 1902, in-12); — Le Théâtre antique d'Orange et ses représentations 
(Paris, 1903, gr. in-8). 

— M. Edmond Saglio, administrateur et archéologue fort connu dans le 
monde des beaux-arts et de l'érudition, membre de l'Institut, est mort à 
Paris au commencement de décembre, à 83 ans. Né à Paris en 1828, il 
entra dans le service des conservations des musées et devint en 1871, à 
celui du Louvre, conservateur du département de la sculpture moderne 
et des objets d'art du moyen âge et de la Renaissance. Vingt-deux ans 
plus tard, en 1893, il fut nommé directeur du musée de Cluny et con- 
serva ce poste jusqu'en 1903, année où il prit sa retraite. Il avait été élu, 
en 1887, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, en rem- 
placement de M. Germain. M. Edmond Saglio avait entrepris, avec M. 
Charles Daremberg, et dirigé, depuis la mort de ca dernier, la très impor- 
tante publication du Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après 
les textes et les monuments, ouvrage qui paraît à Paris par fascicules in-4 
depuis 1873. 11 laisse, en outre, de nombreuses études sur l'archéologie 
antique, ainsi que de remarquables rapports rédigés à la suite de missions 
qui lui avaient été confiées pour étudier à l'étranger l'enseignement indus- 
triel et artistique. 

— M. François- Anatole Bailly, un de nos plus remarquables hellénistes, 
est mort vers le milieu de décembre, à 78 ans. Né à Orléans le 17 décem- 
bre 1833, il fit ses études au lycée de cette ville et entra en 1853 à l'École 
normale supérieure. Sorti agrégé de grammaire en 1857, il fut nommé pro- 
fesseur de quatrième à Orléans et occupa cette chaire jusqu'à l'époque où 
il prit sa retraite. Ses excellents travaux lui obtinrent d'être élu membre 
correspondant de l'Institut le 27 décembre 1887. Les principaux ouvrages 
^publiés par M. Anatole Bailly sont : Manuel pour l'étude des racines grecques 
et latines (Paris, 18'63, in-18); — Etymologie et histoire des mots Orléans 
et Orléanais (Paris, 1871, in-8); — Grammaire grecque élémentaire d'après 
les plus récents travaux de la philologie (Paris, 1872, in-8); — Leçons de mots : 
les mots grecs (Paris, 1882, in-18), avec Michel Bréal; — Leçons de jnots : 
les mots latins (Paris. 1885, 3 vol. in-8), également avec Michel Bréal; — 



— §0 — 

Dictionnaire grec-fronçais, rédigé avec le concours de M. Egger, à l'usage 
des élèves des lycées et des collèges (Pari.'î, 1894, in-4), très bon ouvrage qui 
a obtenu un succès mérité. 

— M. John BiGELow, le distingué diplomate et publiciste américain 
qui est mort au milieu de décembre, à 94 ans, était né dans l'État de New 
York, le 25 novembre l'817. Après avoir été successivement, de 1861 à 
1866, consul, puis chargé d'affaires et enfin envoyé extraordinaire 
et niinistre plénipotentiaire des États-Unis à Paris, il fut rappf4é dans son 
pays sur sa demande et devint pour un certain temps directeur du iYe«' 
York Times. De 1874 à 1875, il occupa le poste de secrétaire de l'État de 
New York. Pendant son séjour en France, M. Bigelow a publié un volume 
très apprécié : Les Etats-Unis d" Amérique en 1863, leur histoire, leurs res- 
^ sources miner alogiques, agricoles, industrielles et commerciales (Paris, 1868, 
in-8). On lui doit encore : Some Recollections of the late A. P. Berryer (1869); 

— France and hereditary Monarchy (1871); ■ — Wit and Wisdom of the 
Haitias (1877); — ^Molinos le quiétiste {\^^1]\ — La France et la Marine 
confédérée (1888); — Writings and Speeches of S. G. Tilden (1885, 
2 vol. in-8). Enfin il a donné une Biographie de Benjamin Franklin d'après 
le manuscrit original d'une autobiographie, ainsi qu'une nouvelle édition 
des Œuvres complètes de ce célèbre Américain (1887). 

— Sir Joseph-Dalton Hooker, célèbre botaniste, le doyen des savants 
anglais, est mort au commencement de décembre, à Camp, près de Sun- 
ningdale, à 94 ans. Né le 30 juin 1817 à Halesworth (Sufïolk), il fit ses 
études médicales, fut reçu docteur, et, bientôt api'ès, accompagna, en qualité 
de naturaliste, le capitaine J. Ross dans une expédition au pôle antarc- 
tique. Plus tard, il parcourut la Nouvelle-Zélande, l'Asie centrale, les Ind'^s, 
le Maroc et fut exposé à de grands dangers dans l'Himalaya où il fut f?it 
prisonnier par le rajah de Sikim. De retour en Angleterre, il fut mis en 
1865 à la tête du Jardin botanique do Kew, près de Londres, en remplace- 
ment de son père qui venait de mourir, et devint examinateur de plu deurs 
grands établi;;3ements civile ou militaires. Le 18 juin 1886, il fut élu membre 
correspondant de l'Institut de France. M. Hooker a comàgné le résultat 
de ses recherches, faites au cours de ses nombreuses explorations, dans 
de très importants ouvrages parmi lesquels nous citerons : Flora antarc- 
tica (Londres, 1845-1848, 2 vol.); — Flore de la Nouvelle-Zélande (1852); 

— Voyages botaniques dans la mer antarctique (Londres, 1847-1860, 6 vol, 
in-4) ; — Himalayan Journals (Londres, 1855, 2 vol. in-8) ; — ^' Le Rhododen. 
dron de V Himalaya (Londres, 1849-1851); ■ — Flora Tasmanica (Londres- 
1855, 2 vol. in-fol.); — Studenfs Flora of the British Isles (Londres, 
1870, in-8); — The Flora of British India (Londres, 1872-1897); — Jour- 
nal d'une excursion au Maroc et au Grand Atlas (Londres, 1878). 

— La ville de Barcelone a fait de solennelles funérailles à son grand 
poète Juan Maragall y Gorinna, qui est mort le 20 décembre. Ce maître 
en « gay saber « était l'apôtre du « catalanisme » et a exercé une influence 
considérable sur le développement du mouvementt littéraire dans sa pro- 
vince. Ses principales œuvres en catalan sont une remarquable traduc- 
tion d'une des tragédies de Sophocle, Ifigenia, une collection de beaux 
chantf lyriques. Visions y cants, puis les Poésies, Enlla, Sequencies, unc 
traduction de diverses poésies de Gœthe, sous le titre : Les Dispersés 
et eifin quelques autres traductions de poésies grecques. M. Juan Mara- 
gall écrivait d'a'lleurs aussi bien fm castillan qu'en catalan^ comme le 
prouvent les nombreux et intéres.sants articles qu'il a donnés k\d,Lectura 
et au Diario de Barcelona et qui ont été réunis en volume. 



— 81 — 

— On annonce encore la mort de MM. : Maxime de Beaucorps, qui 
laisse de nombreuses études d'histoire et d'archéologie locales publiées dans 
les Mémoires de la Société archéologique de T Orléanais et ds.n'r, les Mémoires 
de r Académie de Sainte-Croix, mort au château do Latingy (Loiret), 
le l^"" décembre dernier, à l'âge de 72 ans; — Charles Boudhors, professeur 
honoraire au lycée Louis-le-Grand à Paris, mort dernièrement à 80 ans. 

— Charles Canivet, membre de la Société des gens de lettres et de l'Asso- 
ciation des journalistes parisiens, lequel avait donné pendant de nom- 
breuses années au journal le Soleil, sous le pseudonyme de Jean de Ni- 
velles, des chroniques d'actualité fort spirituelles, mort à Paris, le 28 no- 
vembre, à 73 ans; — l'abbé Henri Ceillier, chanoine honoraire -^^t supé- 
rieur du collège Saint-Vincent de Paul de Renn(.s, mort en cette ville, le 
25 novembre; — Louis Donzel, avocat, collaborateur de la revue locale 
le Vieux Lons, mort à Lons-le-Saunier, le 18 novembre, à l'âge de 64 ans; 

— Georges Dupuy, journaliste de talent, qui a publié d'intéressants récits 
de voyage, mort à Paris, au commencement de décembre, à 36 ans; — 
Charles Favalelli, conseiller-maître à la Cour des comptes, ancien préfet, 
qui avait débuté dans la politique par une ardente campagne dans la 
presse républicaine de Bastia contre le mouvement dn 16 mai, mort à 
Paris, le l^r décembre, à 69 ans; — Paul Gauckler, l'éminent archéo- 
logue, membre correspondant de l'Institut, connu par les fouilles qu'il a 
dirigées à Carthage et sur plusieurs autres point' de la Tunisie, et plus 
récemment à Rome, où il est mort le 6 décembre; ■ — Gérault-Richard, 
journaliste député de la Guadeloupe, directeur de Paris- Journal, tuteur 
de nombreuses chantions politiques et l'un des membres les plus ardent'; 
du parti socialiste dont il soutient les revendications dans diverses feuilles, 
telles que la Bataille et la NouveUe Bataille de Lissagaray, la Petite Bépu- 
blique, le Chamhard, organe de polémique fantaisiste et tapageuse fondé 
par lui en 1893, etc., mort à Paris, au commencement de décembre, 
à 53 ans; — Auguste Huzard, pub'iciste normand, mort dernièrement 
à Rouen; — le R. P. Jules de Lajudie, S. J., successivement recteur des 
collèges de Bordeaux et de Montpellier, supérieur des résidences de Tou- 
lou'io et de Bordeaux, mort à Tournai, en décembre, à l'âge de 75 ans; — 
Charles Lar'onze, ancien recteur de l'Académie de Rennes, mort au 
commencement de décembre; — Emile Laurent, agrégé de rUni\er- 
sité de Paris, mort à Paris à la fin de décembre, à 75 ans; — Augustin 
Laviéville, inspecteur honoraire de l'Académie de Paris, mort dernière- 
ment à 68 ans; — Yves Le Boulbin, qui a publié, dans le Bulletin men- 
suel de la Société de géographie commerciale de Paris, une étude remar- 
quée sur IcS Mœurs et coutumes ties populations de Bas-Congo (juillet 1909) 
mort à Libreville, dans le courant de novembre, à l'âge de 34 ans; — Ernest 
Menusier, journaliste et linguiste distingué, membre de l'Académie des 
fcien^es philosophiques de Rome, mort au commencement de décembre, 
à Epinay-sur-Seine, à 71 ans; — le chanoine Moisset, prêtre de grand 
mérite, auteur de deux ouvrages : Catéchisme expliqué aux enfants et 
Liturgie expliquée aux fidèles, mort dernièrement à Rodez; — Henri Mo- 
NOD, qui a publié un travail sur la Jeunesse d' Agrippa d'Aubigné (1884), 
mo-'t à Paris, le 5 novembre, à 67 ans; — M. Maurice Montégut, jour- 
naliste et romancier d'une grande fécondité, mort à Paris, le 28 novembre, 
à 56 ans, lequel a collaboré au Gil Blas, au Figaro, au Gaulois, etc. et a 
publié une interminable série de romans et nouvelles, entre autres : Dé- 
jeuners de soleil (Paris, 1891, in-12); Don Juan à Lesbos (1892, in-l2), 

Janvier 1912. T. CXXIV. 6. 



Madame Tout-le-Monde (Paris, 1893, in-12) et Rue des Martyrs (Paris, 
1898, in-12); — Heari Mounory, directour des études et sous- directeur 
de l'École centrale, mort à Paris, au milieu de décembre, à 51 an?; — 
Émilian Piganeau, artiste peintre et archéologue, ancien président delà 
Société des archives historiques de la Gironde, mort dernièrement, à 
68 an^^. 

— A l'étranger, on annonce la mort de MM. : le Ré.v. Peter Anton, 
ministre protestant de Kilsyth (Angleterre), qui fut un des principaux 
collaborateurs du Scots Magazine et du Fraser's Magazine, et qui a publié : 
Masters in History, The Flywheel, Staying Potrer, etc., mort au commencement 
de décembre; — William George Aston, philologue anglais connu par ses 
remarquables ouvrages relatifs au Japon, tels que Shinto, the way of the 
gods (1906), History of Japanese Literature, et par plusieurs grammaires 
de la langue japonaise, mort dernièrement; — Dr. Richard Barth, direc- 
teur de l'École Bartsch à Leipzig, mort le 27 novembre, à Vl ans; — l'abbé 
BussGHAERT, successivement professeur au collège épiscopal de Thieit 
(Belgique), au petit séminaire de Roulers, puis devenu principal "du collège 
de Thieit, mort curé doyen de cette ville, le 1^'' décembre ,à l'âge de 65 ans; 
— Arthur Cottam, astronome anglais, membre de la Société royale 
astronomique de Londres, auteur d'une excellente carte céleste parue 
en 1889, mort à Bridgewater, le 23 novembre, à. 75 ans; — Friedrich 
Dernburg, écrivain allemand et rédacteur en chef du journal le Berliner 
Tagesblatt, mort le 3 décembre à Berlin, à 78 ans, après avoir publié : 
Des deutschen Kronprinzen Reise nach Spanien und Rom. Journalistische 
Reiseskizzen (Berlin, 1884, in-8); Russische Leute (B'^^rlin, 1885, in-8), etc.; 
■ — Walter Graham Easton, écrivain écossais, dont les ouvrages sur les 
questicns archéologiques et généalojiiques de l'Écossé faisaient autorité, 
mort subitement au commencement de décembre; — le Rév. Rowland 
Ellis, évoque anglican d'Aberdeen et des Orcades, auteur d'ouvrages 
qui ont eu un grand succès en Angleterre, tels qut, : So?ne Aspects of Wo- 
mens Life; The Church in the Wilderness; The Christian Faith, et Christ 
and the Gospels, mort au commencenient de décembre; — Hassan Fuad 
Pacha, savant turc fort connu dans son pays par ses travaux sur la 
pédagogie, mort à Constantinople en décembre; — WilliamGRiGGs, gra- 
veur et photograveur angh is de grand mérite, auquel on doit deux ouvrages 
très appréciés des artistes : Journal of Indian Art et Spécimens of Illumi- 
nated Mss at the British Muséum, mOrt dernièrement à l'âge de 79 ans; — ■ 
Ernit VON Herzog philologue allemand de réputation, prof esseur d'ar- 
chéologie romaine, mort à Stuttgart au milieu de novembre, à 77 
ans, auquel on doi t : Die Vermessung des rômischen Grenzwalls in seinem 
Lauf durch Wastemberg (Stuttgart, 1880, in-8), fJber die Glaubwiirdigkeit 
der aus der rômichen Republik bis zum Ja.hre 387 der Stadt ûberlieferten 
Gesei^e (Tubingue, 1881, in-8), etc.; — M"'-^ Marie Hirsch, femme de let- 
tres allemande, morte à Hambourg, en novembre, à 64 ans, laquelle a publié, 
sous le pseudonyme d'Adalbert Meinhardt, un certain nombre de romans 
et nouvelles, entre autres : Reisenovellen (Berlin, 1885, iu-8) et Weshalb'^ Neue 
Novellen iBrunswick, 1889, in-8); — >ranz Eugen Hussak, naturaliste 
allemand, mort le 5 septembre, à Caldas (Bré;il); — Max Jaenecke, 
ancien député au Reichstag, directeur de l'Association des journaux alle- 
mands, mort à Berlin, en novembre, à 42 ans; — Wilholm Jenseb, poète 
bavarois, mort à Munich, le 24 novembre, à 75 ans; — le P. Knabenbauer, 
de la Compagnie de Jésus, un des plus savants théologiens et exégèt s 



— 83 — 

allemands de notre temps, mort dernièr,,-ment à Maëstricht, lequel a donné 
de nombreux articles à d'importantes revues religieuses, principalement 
aux Stimmen aus Maria-Laach, a fait paraître un commentaire du pro- 
phète Isaïe très estimé et, enfin, a pris une part active, avec Iss PP. Cor- 
nely et Hummelauer à la publication du grand recueil Cursus Scripturae 
^'acme, qui compte actuellement 39 volumes; — Dr. Klaus Koepecke, 
ingénieur allemand, dont les publications sur la construction des ponts et 
des voi^s ferrées font autorité, mort à Dresde, en novembre, à 81 ans; — 
Louis Levert, fondateur et directeur du journal VÉtoile du centre de 
1883 à 1898, mort en décembre à Braquegnies (Belgique); — Dr. Laurenz 
MuLLNER, professeur de philosophie à l'Université de Vienne, mort à 
Méran, le 28 novembre, à 63 ans; — George Robert Milne Murray, bota- 
niste anglais de grande réputation, ancien professeur de botanique à 
l'hôpital Saint-George, conservateur du département de la botanique au 
British Muséum, mort au milieu de décembre, à Stonehaven, à 53 ans, 
lequel avait été le directeur de l'expédition antarctique nationale envoyée 
par l'Angleterre en 1901 et auquel on doit les deux ouvrages : Introduction 
ta the Study of Seawaeds et Handhook oj Cryptogamic Botany; — Ludwig 
PiETSCH, écrivain allemand, auteur de' : Aus Welt und Kunst. Studien 
und Bilder (léna, 1867, in-8); Orientfahrten eines Berliner Zeichners. Noch 
Athen und Byzanz. Eine Friihlingsausflug (Berlin, 1871, in-8), etc., mort à 
Berlin, le 27 novembre, à 87 ans; — Dr. Gustav Portig, écrivain .'11e- 
mand, mort en décembre, à Stuttgart, à 73 ans; — Dr. Ludwig Salomon, 
journaliste allemand, ancien rédacteur en chef de VEherjeld Zeitung, mort 
en novembre, à léna à 67 ans; — William Joshua Smith, l'éditeur anglais 
de Brighton bien connu, mort le 21 novembre, à 88 ans; — M™^ Arthur 
Stannard,' femme de lettres anglaise, qui a écrit près de 80 romans, dont 
les sujets appartiennent ordinairement à la vie militaire, morte au com- 
mencement de décembre, à 55 ans; — Dr. Gustav Steinbach, écrivain 
et journaliste allemand, rédacteur à la Neue Fret Presse, mort au com- 
mencement de décembre, à Méran; — le Rév. Thomas Teignmouth- 
Shore, ancien chapelain et prédicateur de la Cour d'Angleterre, auteur 
de divers ouvrages plusieurs fois réimprimés, notamment : Some Becol- 
lections\ Some Difficulties of Belief et The Life of the World to corne, mort 
au commencement de décembre; ■ — Auguste Thierry-Mieg, secrétaire 
général de la Société industri 'lie, président du Comité des conférences 
littéraires de langue française de Mulhouse (Alsace), mort en décembre; 
— Hugo VON TscHUDi, directeur du Musée royal [de peinture de Mu- 
nich, après avoir occupé le même poste à Berlin jusqu'en 1909, mort 
dernièrement à Munich, à 60 ans, lequel a publié une biographie d'Adolf 
Menzel, ainsi que divers autres ouvrages; • — Dr. Johannes Vahlen, pro- 
fesseur de philologie classique à l'Université de Berlin, mort en cette 
sille, le 30 novembre, à 81 ans, lequel était un des plus distin- 
gués philologues de l'Allemagne et avait publié d'excellentes éditions de 

divers auteurs grecs et latins, d'Ennius, de Catulle, d'Aristote, etc.,; 

Théodore Van de Voorde, poète flamand très apprécié en Belgique, mort 
en décembre, à Termonde, à l'âge de 88 ans; — Albert Vierling, journaliste 
allemand qui faisait partie de la rédaction de VElsasser depuis 15 ans, 
mort au commencement de décembre; — Henry Snowden Ward, écri- 
vain américain qui a écrit plusieurs volumes sur les rayons X et sur la 
photographie, ainsi que deux ouvrages estimés : The Real Dickens Land et 
Shakespeare'' s Town and Times, mort à New York, au commencement 
de décembre. 



— 84 — 

Lectures faites a l'Acapï-imie des inscriptions et belles-lettres. 

— Le F"" (ItH^embro, ]\I. Jullian parle de la découverte faite à Périgueux 
d'une sculpture gallo-romaine rppré:<entant un pied recouvert d'un soulier 
et d'une guêtre qui ^-'ajuste à des braies. — Le 8, M. Omont rend hommage 
à la mémoire de MI\I. Edmond Saglio et Paul Gaoïckler, membres correspon- 
dants, récemment décédés. — Le 15, M. Jullian lit une lettre de M. Mon- 
méja, au sujet de la découverte des murs d'enceinte de l'oppidum des So- 
tiates, à Sos, près Mézin en Agenais. — M. Cordier annonce qu'il a reçu 
une communication de la mission Legendre. ■ — M. Omont prononce l'éloge 
funèbre de M. Bailly, un savant provincial. • — M. HoUeaux explique un 
texte de 37 lignes découvert dans les fouilles de Délos. — Divers mem- 
bres de l'Académie présentent des observations à ce sujet. — Le 22, M. 
Foucart démontre à l'Académie l'authenticité de la 6^ lettre de Démos- 
thène. ■ — M. Gagnât fait part de la découverte par le lieutenant Staack 
d'une inscription latine trouvée r,ur le parcours du chemin de fer de Tunis 
à Sousse. ■ — M. T. Toutain rend compte des fouilles exécutées sur le mont 
Auxois par la société des sciences de Semur. — Le 29, M. JuUian revient 
sur les découvertes faites à Sof (Lot-et-Garonne) et signale les traces 
d'exploitations métallurgiques auxquelles César fait allusion dans les Com- 
mentaires. 

Lectures faites a l'Académie des sciences morales et politiques. 

— Le 9 décembre, M. Paul Robiquet donne à l'Académie la résumé de s )n 
étude sur les relations d'Anne d'Autriche avec Mazarin. — M. Lacour- 
Gayet ftit ses réserves. — MM. Rocquain, Fagniez et Welschinger s'asso- 
cient aux observations de M. Lacour-Gayet. — Le 16, M. Pierre du Ma- 
roussemlit un travail sur une association ouvrière de l'ancien régime, la 
Comédie franç.àse. — Le 23, M. André Sayous présente son travail sur les 
traités de commerce conclus par le Japon avec les pays européens. 

Concours. — L'Académie des sciences, lettres et arts de Clermont-Fer- 
rand, a décidé de décerner un prix de poésie à l'auteur de la meilleure pièce 
en l'honneur de la Très Sainte Vierge Marie. 

Prix. — Le 11 décembre 1911, à Stockholm, a eu lieu la: distribution des 
prix Nobel. Le prix pour la physique a été décerné au professeur Wilhelm 
Wien, de Wurtzbourg, pour sa découverte des lois du rayonnement de la 
chaleur. M^^^ Curie a obtenu le prix pour la chimie à cause de la décou- 
verte du radium et du polonium. Le professeur Guststrand, d'Upsala, a 
reçu le prix pour la médecine, en raison de ses travaux sur la dioptrique 
de l'œil. Le prix pour la littérature a été attribué à M. Maurice Maeter- 
linck. 

Bibliothèque nationale. — • Parmi les dons qui, dans c«s derniers mois, 
sont venus grossir les collections de la Bibliothèque nationale, il convient de 
signaler, à côté de la riche bibliothèque de M. L. Delisle, des dons qui, pour 
être plus modestes, n'en comblent pas moins des lacunes regrettables. 
M. Georges Hérelle, à qui le lecteur français doit la connaissance de quel- 
ques-uns des meilleurs romans italiens et espagnols, a donné plusieurs cen- 
taines de volumes, la plupart en ces deux langues. C'est particulièrement 
l'histoire et la littérature roumaine qu'intéresse le millier d'ouvrages que 
M. Emile Picot a permis à la Bbliothèque de choisir dans ses collections. 
M. de Charencey, qui a honoré le Polybiblion de sa collaboration et qui est 
un des vieux amis de la Société bibliographique, a donné plus de 100 ou- 
vrages sur la linguistique et notamment sur les langues américaines dont, 



— 85 — 

comme on sait, il a fait une étude spéciale. On trouvera le catalogue de ces 
trois collections à la fin du Bulletin mensuel, pour 1911, des publications 
étrangères reçues par le département des imprimés. Vn autre collaborateur 
de notre Revue, dont nous déplorons la perte récente et prématurée, M. Léo 
Rouanet, a fait également à la Bibliothèque nationale un legs important, 
dont elle n'entrera d'ailleurs en jouissance qu'à la mort de M""^ Rouanot. 
Parmi les livres légués par M. Rouanet, c'est, comme on pense, surtout la 
littérature espagnole, mais aussi la littérature française du xix'^ siècle qui 
sont largement représentées. Il y a là des exemples que l'on serait heureux 
de voir imiter, pour permettre à notre grand établissement de lutter contre 
ceux de l'étranger. 

Parïs. ■ — Si vous ne voulez pas être induits en irrésistible tentaition de 
voyager, gardez-vous d'ouvrir VAgenda P.-L.-M. pour 1912 : c'est un 
séducteur! Mais si, au contraire, vous voulez préparer, en pleine connais- 
sance de cause, un itinéraire sur le magnifique réseau de cette compagnie, 
n'hésitez pas : procurez- vous cet artistique agenda (Paris, à la gare du 
P.-L.-M., bureau de la ptiblicité; bureaux de renseignements et bibliothè- 
ques dans les principales gares du réseau, etc., gr. in-8 de 228 p., avec 
12 cartes-postale?; détachables, 12 p>lanches hors texte et plus de 300 illus- 
trations. — Prix cartonné : 1 f.. 50). La Compagnie n'a rien négligé pour 
rendre sa publication particulièrement prenante. D'abord, elle a fait appel 
à un certain nombre d'écrivains de marque, tels, par exemple, que MM. R. 
Bazin, J. Aicard et M. Donnay, tous trois membres de l'Académie fran- 
çaise, pour ne citer que ceux-ci, lesquels ont donné sur divers coins de 
pays des notices que des gravures admirablement choisies rendent encore 
plus agréables à lire et plus vivantes. Les renseignements généraux et pra- 
tiques abondent; les cartes fragmentaires du réseau et celles d'itinéraires 
déterminés sont fort nombreuses, et si l'on admJre la quantité des vues et 
des sites reproduits ici, on s'égaie fortement avec les 168 dessins d'Henriot, 
dont les pages du calendrier sont agrémentées. Il ne nou6 est pas possible 
en quelques lignes, de dire tout ce que l'on trouve dans cette belle publi- 
cation : elle est à consulter à loisir et à conserver. 

— Le Grand AlmaTiach du monde catholique pour 1912 fait vraiment 
honneur à la Société Saint- Augustin (Lille, Paris, Lyon, Marseille, Rome, 
Bruxelles; etc., Desclée, de Brouwer, in-4 de 188 p., avec 8 planches, 
dont 6 en couleurs et 92 grav. — Prix, cartonné : 3 fr.). Parmi les arti- 
cles qui le composent, nous citerons : Vieux Almanachs et vieux calendriers, 
par Aimé "Wïiz; Sœur Thérèse de V Enfant- Jésus et de la Sainte-Face, par 
Mgr R. de Teil; Pompéi, son dernier jour, par l'abbé Ossedat; L'Armée 
chinoise, par Léon Goudallier; Domenico Ghirlandajo, peintre florentin, 
1449-1494, par Gaston Sortais; Le Père Lacordaire, par H.-D. Noble; La 
Patrie de Ruhens, par J.-L. Tellier; Une » Relique « de Jeanne d'Arc: 
N.-D. de Bermont, par A. Michel; Egypte. Souvenirs de la Sainte- Famille 
en Egypte, par P.-J. Domaine, etc. Ce riche almanach est largement à la 
hauteur de ses devanciers, à tous les points de vue. 

— D'une importante Histoire des légumes, qu'il a tout dernièrement pu- 
bliée et dont le Polybiblion ne tardera pas à rendre compte, M. Georges 
Gibault, bibliothécaire de la Société nationale d'horticulture de France, a 
extrait presque en entier le chapitre relatif à la pomme de terre, qu'il a 
spécialement intitulé : La Légende de Parmentier (Paris, Librairie horti^ 
cole, 1912, in-8 de 36 p.). Rapprochant et discutant les documents qu'il a 
rassemblés, M. Gibault établit nettement que Parmentier n'est en aucune 



^ 86 — 

'façon rintroductciir en France de la pomme de terre, connue et cultivée 
•dans toutes nos provinces ou à peu près et aussi à l'étranger, longtemps 
avant la naissance même du célèbre chimiste ! « L'erreur, explique M. Gi- 
bault, vient de ce que l'on croit, de nos jours, que Parmentier préconisait 
la pomme de terre à titre de légume, tandis qu'il se proposait seulement 
d'en extraire la fécule pour faire du pain, et c'était là d'abord son unique 
point de vue. Il croyait que 1' midon de la pomme de terre, plus connu sous 
le nom de fécule, pouvait être substitué à la farine de blé, ignorant l'im- 
portance, dans la nutrition, du gluten, découvert par Beccaria en 1727, 
•dans la farine de froment. >, A ec cette étude sérieuse et sévère, solidement 
étayée de faits ot de dates, s'écroule la réputation de Parmentier, que l'on 
croyait cependant bien établie en tant qu'introducteur et [vulgarisateur de 
la culture de la pomme de terre dans notre pays. 

— La Notice sur la vie et les travaux de Léopold- Victor Delisle, que M. 
Georges Perrot a lue, par fragment?, dans la derrière séance publique an- 
nuelle de l'Académie des inscription'"., a pris une ampleur que l'on n'est 
pas accoutumé de voir aux lectures de ce genre (Paris, typogr. Firmin-Di- 
dot, 1911, in-4 de 101 p., avec portrait) ; et cependant l'œuvre de M. Delisle 
est si considérable, les notes et mémoires qu'il a disséminés partout sur les 
sujets les plus divers, et dont aucun ne manque d'intérêt, sont si multiples 
que M. Perrot n'a pu donner ■ — et il n'a pas prétendu faire autre chose — 
qu'un ^erçu des plus im.portants parmi ces travaux. 

— Trop de biographies sont froides et ternes; d'autres, moins nombreu- 
ses, sont, au contraire, vivantes, parce qu'elles sont écrites sous la dictée 
du cœur. On doit ranger parmi ces dernières la luxueuse brochure que 
M. René Vallery-Radot vient de consacrer au Docteur Jean Binot, chef de 
laboratoire à l'Institut Pasteur (Evreux, imp. Hérissey, s. d., in-8 de 36 p., 
avec 2 portraits et 8 planches). La carrière de Binot a été trop courte : né 
le 11 août 1867, il est mort le 25 novembre 1909. Sympathique figure, en 
vérité; aussi s'explique- t-on aisément que M. Vallery-Radot ait, pour la 
faire revivre, trouvé une phrase simple, colorée cependant et chaude tout 
à la fois. Tour à tour, il nous parle du fils modèle, de l'excellent époux, du 
travailleur iefatigable, qui, de succès en succès, en était arrivé à être l'un 
des collaborateurs les plus estimés du docteur Roux, continuateur du 
maître, le grand Pasteur. Il est à remarquer que Binot n'était pas unique- 
ment un savant : c'était aussi un artiste dans la plus complète acception du 
mot, et plusieurs n'apprendront pas sans quelque surprise que cet esprit 
si absorbé dans la technique d'un laboratoire se révélait, le cas échéant, 
comme violoniste émérite. N'avait-il pas, de même, acquis une véritable 
maîtrise comme photographe, talent dont il sut faire profiter, entre autres, 
la science astronomique, à l'occasion d'observations qu'en compagnie de 
sa femme, qui fut souvent sa collaboratrice, il alla faire, sur la demande 
de Jansen, à l'île d-^ la Réunion, lors de l'éclipsé du soleil du 18 mai 1901. 
Le savoir scientifique, le goût et le sens de l'art dans ses diverses manifeste - 
tations et aussi, à un très haut degré, les qualités du cœur, Birot possédait 
tout cela. Sa mort foudroyante a été un deuil que n'ont pas porté seule?, sa 
femme et sa mère, mais tous ceux, ?\ nombreux, qui l'ava'ent approché et 
en avaient reçu des services qu'il ne marchandait à personne et ne comptait 
jamais. Rien ne pouvait mieux adoucir les regrets cuisants que le défunt a 
laissés parmi les siens que cet hommage de M. Vallery-Radot.hommage aussi 
cordial que juste. 

— De la curieuse, instructive et intéressante revue le Vieux Papier, qui 



— 87 — 

traite de questions très variées, principalement en matière d'archéologie, 
d'histoire et d'art, M^e Laure-Paul Flobert a fait tirer à part, à cent exem- 
plaires, une étude aussi humoristique qu'érudite intitulée : La Femme et le 
costume masculin (Paris, au siège de la Société du Vieux Papier; Lille, imp. 
Lefèvre-DucTocq, 1911, gr. in-8 de 31 p., illustré de 16 reproductions dans 
le texte et d'une autre hors texte, sans compter une amusante image popu- 
lî^ire en couleurs sur la couverture, qui, représentant le « Grand Combat 
à qui portera la culotte, » figure d'ailleurs en noir à la page 8). L'auteur a 
rassemblé sur le sujet une quantité considérable de documents dont elle 
• a dû nécessairement se borner à ne nous donner qu'un choix; msis l'en- 
semble doit être pittoresque. Entre autres choses, elle nous parle de- 
femmes-soldats (ou du moins d'un certain nombre d'entre elles) depuis 
Jeanne d'Arc jusqu'à nos jours : la galerie, sans être complète, est impor- 
tante. L'adoption par la femme du costume masculin, en tout ou en partie, 
est aussi traitée à propos des sports, du théâtre et du carnaval ; d'amples 
détails nous sont en outre fournis sur les autorisations accordées par la 
préfecture de police, pour des motifs divers, à plusieurs femmes très con- 
nues ou même célèbres, de s'habiller en homme. Les membres de la Société 
du Vieux Papier, qui ont eu la primeur de cette étude peu banale, ont dû 
franchement s'égayer, de temps à autre, quand elle leur fut lue par M°^e y\c- 
bert dans la séance du 24 mar;i 1911. 

Anjou. — Le tome XIII (5^ série, année 1910 ) des Mémoires de la Société 
nationale d'agriculture sciences et arts d'Angers (Angers, Grassin, in-8 de 
536 pages) contient, entre autres, le? notes et notices suivantes : A. Bour- 
deaut : Joachim du Bellay et Olive de Sévigné [VOlive du poète), (p.-55); — 
A.-J. Verrier : Deux Monologues angevins du xvi^ siècle : le Pionnier de 
Seurdres et le Franc- Archier de Cherré, récités et imprimés à Angers, 
vers 1524 (p. 55-107); — L. de Farcy : les Miniatures du mss. de F. de 
Rohan (Fleur de vertu) (p. 107-111 ) et Le Pourpoint de Ch. de Blois conservé 
jadis aux Carmes d'Angers (p. 155-177); — P. de Farcy : Jean de Fon- 
taines vainqueur des Anglais à Baugé en 1421 (p. 213-227); — F. Uzu- 
reau : Les Archives anciennes du tribunal d'Angers (p. 227-243); — Joseph 
Joubert : Bouquet de la Grye (p. 347-371); — E. Rondeau : Les Ursulines 
et la reconstruction du, collège d'Anjou, 1689-1691 (p. 371-389); — F. Uzu- 
reau : Les Angevins et la Révolution de 1848 (p. 389-416); — Albert 
Bruas : La Caisse d'épargne et de propagande d'Angers (p. 417-450); — 
Eusèbe Pavie : Missions diplomatiques du baron Hercules de Charnacé en 
AllemagÀe (1629-1632). 

— Dans cette dernière étude, tirée à part (Angers, Grassin, in-8 d? 
51 p.), M. Pavie, avec une érudition consciencieuse, méticuleuse même, 
nous retrace, avec la vie très utile de son compatriote Charnacé, l'impo; - 
tance de son rôle près de Richelieu et du Père Joseph, à qui il sembb bien 
avoir dévoilé Gustave- Adolphe, —le Charnacé de cett- diplomatie française 
de la guerre de Trente Ans que préconisent et recommandent le forcement 
du Pas-de-Suze, la délivrance de Casai et le maintien des Nevers à Man- 
toue, en vue d'un libre passage des Alpes, l'occupation de Pignerol; enfin 
C; lui qui rendit de grands ser\ices à la France, comme le prouve l'auteur 
de cette excellsnte étude. 

Franche-Comté. — La Société d'émulation du Doubs, dont le Poly- 
biblion signale régulièrement les travaux, vient de mettre en distribution 
le cinquième volume d?, la 8^ série de ses Mémoires (Besançon, imp. Dodi- 
versj 1911, in-8 de xxx-454 p., avec un portrait de P.-J. Proudhon). C'çst 



— 88 — 

à M. le chanoine Rossignol qu'a été confié le soin de rappeler tout ce qui a 
été écrit par ses confrères en 1910 : La Société d'émulation en 1910 (p. 1- 
12). — Dans l'impossibilité de résumer son résumé, nous devons nous 
borner à citer les études que l'on trouve dans ce volume, savoir : Charles 
Nodier, naturaliste, ses œuvres scientifiques publiées et inédites, par M. Ant. 
Magnin (p. 19-134). Ces pages forment la suite de cet important travail, 
dont la première partie a été insérée dans le tome précédent des Mémoires 
de la Société; — De Konakry à Kouroussa. Le Premier Train allant de la 
mer au Niger, par M. le lieutenant-colonel Almand (p. 138-150); — Pierre- 
Joseph Proudhon. Lettres inédites à Gustave Chaudey et à divers Comtois, 
publiées par M. Edouard Droz (p. 159-258, avec portrait). Cette corref.- 
pondance est suivie de quelques fragments inédits de Proudhon et d'une 
lettre de Gustave Courbet (24 janvier 1865) sur la mort do Proudhon. Iref- 
fable document ! En un style et avec une orthographe dont eût rougi un 
épicier de l'ancien temps, le maître d'Ornans, futur déboulonneur de la 
Colonne, célèbre les talents du grand démolisseur qui eut du moins le 
mérite d'être l'un dos plus parfaits écrivains de France. Grand peintre, lepau- 
vre Gustave, mais d'une ignorance n'ayant guère d'égale que sa vanité ! — 
Le Travail dans les mines et la vie des ouvriers en Franche-Comté sous la do- 
mination espagnole, par M. le commandant Allard (p. 259-264), où il est 
établi, par la citation d'un édit rendu en 1578 par Philippe II, que la 
journée de huit heures n'est pas, comme d'aucuns le croient, une conception 
du temps présent; — Jacques de Bourbon (1370-1438, d'après l'ouvrage de 
M. Huart, par M. le chanoice Rossignot (p. 265-268); ■ — Un Artiste 
oublié. Le Peintre J.-P. Péquignot, de Baume-les-Dames, par M. Maurice 
Thuriet (p. 269-288); — Bisontines et Comtoises d'antan. Les Contempo- 
raines de Granvelle, par M. Lucien Febvre (p. 289-319); — Un Franc- 
Comtois éditeur et marchand d' estampes à Rome au xvi*^ siècle. Antoine Lafery 
(1512-1577), par M. le docteur F. Roland (p. 320-378); — Les Morilles 
et les helvelles, par M. Frédéric Bataille (p. 381-420). — A signaler enlin 
d'agréables poésies signées de MM. Charles Grandmougin, A. Kirchner, 
Frédéric Bataille et Albert Mathieu. 

— La jeune sœur de la Société d'émulation, du Doubs, la Société gray- 
loise d'émulation, nous donne à la même date, ou à peu près, le volume 
annuel de son Bulletin, qui en est à son quatorzième numéro (Gray, imp. 
Roux, 1911, in-8 de 129 p., avec 5 planche? et une vignette). Tout d'aboi'd, 
M. le D'' Bouchet publie, avec deux pages d'Introduction et de nom- 
breuses notes, le manuscrit, acheté par lui chez un brocanteur, des souve- 
nirs de l'invasion allemande, brièvement rédigés par un hôtelier de Vellexon, 
nommé Thézard, mort il-y a quelques années : Épisodes de la guerre de 1870- 
1871, à Vellexon (Haute-Saône) (p. 13-32); — Notes pour servir à Vhistoire 
de la famille Marchant du M au l g ny, "par M. C. Faitout (p. 33-43, avec une 
planche); — Un Livre de raison de la famille Bresson, de Jonvelle, par 
M. J, Feuvrier (p. 45-55). Un tirage à part de cette publication nous étant 
parvenu, nous en dirons quelques mots dans notre prochaine livraison ; ■ — 
Les Sociétés populaires à Gray pendant la Révolution, par M. Ch. Godard 
(p. 57-107); — Recherches archéologiques et historiques sur le territoire de 
Mantoche (Haute- Saône), par M. A. Gasser (3*= publication, avec 4 plan- 
ches et un plan hors texte, p. 109-128). 

— Elle est toute poétique et profondément empreinte de l'esprit chré- 
tien la légende que M. L. R. (traduisons l'abbé Louis Roy) nous donne 
sous le titre bref de Mahaut (Paris, éditions du journal « La Franche- 



— 89 — 

Comté à Paris )i, 1911, in-12 de 31 p.). L'auteur met en scène la fille d'un 
grand seigneur comtois qui, pour accomplir le vœu fait par elle en un péril 
extrême, érige un monastère de religieuses bénédictines dont elle devient 
la première abbesse. Le sujet est simple, mais les détails sont exquis, k Ce 
récit, en marge d'un épisode assez obscur de l'histoire comtoise, déclare 
M. Roy, a été composé pour être lu par leur mère à de petits enfants.» Soit. 
Mais, à notre avis, il convient à tous les âges, et le style imagé dans lequel 
il est écrit, de tournure discrètement archaïque parfois, le fera apprécier 
des lettrés eux-mêmes. 

S.4V0IE. — La question des origines de la Maison de Savoie a déjà donné 
matière à une abondante littérature. Bien des solutions ont été proposées. 
M. Camille Rénaux en émet une nouvelle dans un troisième mémoire sur 
les Premiers Comtes de Savoie. Le Comté humbertien de Savoie- Belley. Ses ori- 
gines et ses variations jusque dans les premières années du xu^ siècle (Belley, 
imp. Chaduc, 1911, in-8 de 67 p. Extrait du Bulletin de la Société « Le Bu- 
gey ».) M. Rénaux cherche à démontrer par une discussion serrée, mais mal- 
heureusement assez difficile à suivre, que les comtes de Savoie sont origi- 
naires de Savoie. Le problème délicat n'est peut-être pas encore résolu 
à la satisfaction de tous, mais la théorie est intéressante et mérite d'êcre 
prise en considération. 

Allemagne. — Les nombreuses tentatives de langue internationale dont 
on nous assaille de tous les côtés, si elles sont une preuve des aspirations et 
des désirs de beaucoup de nos contemporains, nous paraissent aussi un indice 
que l'on n'est pas encore près d'aboutir. Les systèmes même qui comptent 
le plus d'adhérents ne les satisfont pas complètement, puisqu'il se produit 
des scissions dans leurs rangs; et les systèmes nouv eaux qui surgissent sont 
un témoignage que les systèmes anciens laissent à désirer. Nous signalons 
aux amateun^ de ces sortes de choses le nouvel essai de M. Aloysius Hartl, qui 
appelle modestement « perfect « le langage qu'il veut nous faire adopter : 
sa Brève grammatica de lingva perfect a l'avantage de tenir en 8 p. (Per- 
fect-Literatur. N° 2. Xiinz, Druck der Zentraldruckerei, s. d., in-8 de 
8 p.). Ce langage est essentilelement fondé sur la langue latine. 

Belgique. — La statistique des imprimés nous paraît avoir un intérêt 
bien médiocre si elle se borne à rechercher le nombre des livres, brochures 
ou périodiques imprimés soit dans un pays soit dans l'univers, soit pour 
une année soit pour tout le temps qui s'est écoulé depuis l'invention de 
l'irr>primerie; nous avouons même nous soucier assez peu de connaître le 
« nombre total de milliards de mots imprimés répandus dans le monde, « 
bien que ce rêve paraisse hanter l'Institut international de bibliographie. La 
statistique n'aurait vraiment d'intérêt que si elle pouvait déterminer d'une 
manière réelle la circulation des livres et par conséquent le degré d'influence 
qu'ils ont pu exercer sur l'humanité; mais une statistique de ce genre est 
à peu près impossible, parce que le chiffre du tirage ne répond aucunement 
à celui des lecteurs; parfois il le dépasse, souvent aussi il lui est notable- 
ment inférieur. Mais, même réduite à la simple constatation du nombre de 
livres imprimés, la statistique est peu facile et peu sûre. Les sources qui 
peuvent servir à l'établir, comme les registres de dépôt légal des d.ifférents 
pays ou comme les revues bibliographiques; sont incomplètes et parfois 
inexactes. L'Institut international de bibliographie a cru cependant pou- 
voir présenter au Congrès qui s'est tenu à Bruxelles en 1910 des résultats 
généraux sur la statistique des livres imprimés depuis l'origine, en même 



— î;to — 

temps qu'il formulait une méthode pour établir à l'avenir cette statistique : 
Institut international de bibliographie, publication n° 109. La Statistique in- 
ternationale des imprimés (Bruxelles, rue du Musée, 1911, in-8 de 139 p.). 
Malheiireusement le rapport dressé par M. B. Iwinski est fort loin d'inspirer 
confiance : Le F iinf jahrskatalo g der im deutschen Buchhandel erschienenen 
Bûcher de Hinrichs est cité sous le nom fantastique de HinricKs Funjarns 
(p. 3, 10, etc.); de même on nous parle de la Sama Santander (p. 4, n" 1), 
d'un ouvrage d'un certain Ester Band, Geschichte des deutschen Buchhan- 
dels (p. 5 et n. 2; il s'agit du t. 1 rédigé par M. Fr. Kapp, d'une histoire de* 
la librairie allemande), du Publishers'Weekley pour Weekly (p. 10 et 
p. 1), de V Arskatalog for Voenska Bokhandeln (p. 10; lire arskatalog, 
svenska), etc. Le rapport fait par M. Babelon, en 1878, au Congrès biblio- 
graphique international est cité comme datant de 1889 (p. 4), et on, lui 
emprunte des données, par exemple, sur la Russie en 1887 (p. 10). Le reste 
est à l'avenant. 

Espagne. — Les tendances séparatistes, ou plutôt régionalistes, qui s'af- 
firment en diverses provinces d'Espagne, ont trouvé d'éloquents et ardents 
champions dans les pays basques. Signalons à ce sujet quatre opuscules, 
qu'on ne lira pas sans intérêt. Sous le titre de : Muera la mentira y viva la 
verdad (Buenos Aires, Obsequio de « Irrentzi», 1907, in-32 de 80 p.), Iber a 
voulu démontrer, par questions et par réponses, que la seule nation, la na- 
tion intégrale des Basques, c'est Euskadi, c'est-à-dire la région habitée 
par la race basque : il n'admet point de solution intermédiaire. — Une 
autre brochure : Les Conjirmaciones y el Pose forai, par Kondano (San Sé- 
bastian, imp. Altuna, 1909, in-32 de 108 p.) résu.ne l'histoire politique 
d'Euskadi, qui a joui de temps immorial d'un pouvoir législatif indépen- 
dant et qui le revendique comme un bien inaliénable. — Deux opuscules 
plus récents sont consacrés à soutenir la même thèse : c'est d'abord : 
La Patria de los Vascos, par Kizkitza (San Sébastian, imp. Altuna, 1910, 
in-32 de 71 p.) où l'auteur, analysant l'i lée de patrie, montre que les Bas- 
ques ne forment qu'une race, ont leur langue, leurs institutions et leur ter- 
ritoire; c'est enfin El Carlismo; vaya una esperanza ! par un catholique 
basque (Bilbao, imp. y encuad. Bilbao maritime y comercial, 1910), où il 
est dit en propres termes que « le carlisme n'a rien à voir avec la tradition 
basque » et que « l'on ne saurait être un bon Basque si l'on est carliste. » 
On voit combien sont fougueux et intransigeants les partisans du régiona- 
lisme en pays basque ! 

— 11 n'est pas besoin d'aller très loin pour faire des découvertes géogra- 
phiques, non pas sensationnelles, mais fort intéressantes; M. Lucien Briet, 
l'explorateur bien connu des Pyrénées espagnivles, vient d'en fournir la 
preuve dans ses Barrancos et Cuevas. N'a-t-il pas, en effet, du sommet du 
Tozal de San Miguel dans le Haut- Aragon, vu le 22 septembre 1910 une 
montagne qu'aucune carte, ni celle de Wallon, ni celle de Schrader, ne 
signalait encore? Comme il le dit très justement à la page 35 de son mémoire 
(' l'ère d3S découvertes géographiques n'est pas close, même au pied du 
Marboré ! » Cette petite découverte, que nous souhaitons de voir M. Briet 
compléter et préciser un jour, est loin d'être le seul point digne d'être relevé 
dans Barrancos et Cuevas; cette description très étudiée du Barranco de loss 
Gloces, du Barranco de la Valle, du Barranco de Viandico, du défilé de la 
Cambras, des Barrancos de Labaneres, de San Jaime, du rio Yesa, de la 
Cueva de Buerba, tous sites éminemment pittoresques et intéressants du 
Haut- Aragon est en effet accompagnée de remarques critiques, d'observa- 



-Gî- 
tions dignes d'être notées, de triits qui permettent de bien saisir la nature 
de ce pays ?i curieux et encore si mal étudié; aussi recommandons-nous 
vivement la lecture de Barrancos et Cuevas (Haut- Aragon Espagne) (Spe- 
lunca. Bulletin et Mémoires de la Société de spéléologie n° 61, octobre 
1910, Paris, au siège de la Société, in-8 de 65 p., avec 20 croquis et fig.). 

Italie, — Se préoccupant des étudiants soit^de^séminaires soit d'Univer- 
sités qui suivent des cours faits en latin, le R. P. William Tatlock, de la Com- 
pagnie de Jésus, vient d'écrire à leur usage un petit Manuale stenographiae 
latinae (Romae, in Univer-itate gregoriana; Londinii, l,Amen Corner, E. 
C. ; Neo Eboraci, 2-6, West Forty-fifth Street, s. d., in-16 de 56 p. Prix : 
3 fr.). Le Manuel du P. Tatlock est basé sur le système sténographique 
inventé en 1837 par l'Anglais Isaac Pitman, qui n'est pas seulement le 
plus fréquemment usité dans les pays de langue anglaise, mais qui a ren- 
contré de nombreux adhérents ailleurs, notamment en Allemagne, en Italie 
et en France. C'est un système de transcription phonétique qui s'applique 
à la prononciation italienne du latin; peut-être aurait-on pu y apporter 
quelques simplifications. 

Maroc. — Le nom de M. Ch. René-Leclerc est bien connu de nos lec- 
teurs; signalons-leur une preuve nouvelle du savoir et de l'activité du 
délégué général du Comité du Maroc à Tanger. C'est une » notice écono- 
mique )) sur le Maroc, un petit guide de l'immigrant dans ce pays qui a 
récemment paru (Paris, Geuthner, 1911, in-8 de 92 p., avec carte) et con- 
tient, distribués de manière très commode, tous les renseignements utiles 
sur notre nouvelle possession. Sur les moyens de se rendre au Maroc et 
d'y voyager, sur la géographie, l'organisation, le régime économique et 
social, le commerce, l'exploitation économique du pays, on trouvera, dans 
les sept chapitres de cette plaquette toutes les iridications essentielles. 
M. René-Leclerc a parfaitement atteint son but, qui était (comme il le dit 
lui-même) de donner un « tableau d'ensemble sur l'existence sociale, ad- 
ministrative, économique des Européen?, et surtout des Français au 
Maroc. » . 

Publications nouvelles. — Petite Année liturgique, ou Paroissien 
romain historique et liturgique, par l'abbé J. Verdunoy (in-18, Lethielleux). 
— Le Pain évangélique, explication dialoguée des évangiles des dimanches et 
fêtes d'obligation, par l'abbé P. Duplessy. T. I. De V Avent au Carême (in-16, 
Téqui). — Entretiens eucharistiques, par l'abbé J. Vaudon (in-12, Téqui). — 
Exposition de la morale catholique, par le R. -P. M. -A. Janvier. Morale spé- 
ciale. I. La Foi, son objet et ses actes (in-8, Lethielleux). — Prêtre et pas- 
teur, ou Grandeurs et obligations du prêtre, par le P. Boulay (in-16, Le- 
thielleux). — Essai d'apologétique intégrale. La Religion expliquée à un in- 
crédule instruit, par A. Detillieux (in-8, Lecoffre, Gabalda). — Peut-on 
croire sans être un imbécile?, par H. Desprez (in-12. Librairie des Saints- 
Pères). — Le Zélateur de la confession et de la communion fréquente, par l'abbé 
S. Febvre (in-18. Maison de la Bonne Presse). ■ — Vous êtes à Jésus-Christ, 
par le R. P. Rickaby; trad. et adapté de l'anglais par M. Jary (in-32, 
Casterman). — Les Petites Fleurs de saint François d'Assise (Fioretti), 
suivies des Considérations des Très Saints Stigmates; trad. d'après les textes 
originaux par T. de Wyzewa (in-16, Perrin). • — Exercices spirituels de saint 
Ignace de Loyola; trad. de l'espagnol par le P. Debuchy (petit in-16 
carré, Lethielleux). ■ — Le Secret admirable du Très Saint Rosaire, par le 
bienheureux L.-M. Grignon de Montfort (in-12, Oudin). — Vers la Maison 



— 92 — 

de lumière, histoire d'une conversion, par B.-A. Baker; trad. de l'anglais 
par un Père bénédictin de Solesmes (in-12, Lecoffre, Gabalda). — Par 
l'Amour et la douleur l Étude sur la Passion, pgr Léon-Rinabault (in-16, 
Pierre Téqui). — L'Éducation de la chasteté, par M. Gatterer et F. Krus ;trad. 
de l'allemand par l'abbé T. Dequin (in-16, Bloud) ; — Le Surnaturel dans 
les apparitions et dans les guérisons de Lourdes, par A. Castelein (.in-8, 
Briixelles, Goemaere). — La Charité à travers la vie, par la comtesso d'Haus- 
sonville (in-12, Lecoffre, Gabalda). — The Fairy-Faith in Celtic éountries. 
by W.-Y. Evans Wentz (in-8, cartonné, London, Frowde; Oxford Univer- 
sity Press). — Le Statut des fonctionnaires. L' Avancement, son organisation, 
ses garanties, par C. Georgin (gr., in-8. Librairie générale de droit et de 
jurisprudence). — De la commune Renommée dans ses rapports avec la théorie 
des preuves, par M. Picard (in-8. Librairie générale de droit et de juris- 
prudence). — Différends et procès entre locataires, par G. Courtois (in-'16, 
Garnier). — Les Lois commerciales de l'univers, textes originaux et com- 
mentaires avec trad. française en regard, par de nombreux collaborateurs 
de tous pays, publiés sous la direction de C. Lyon-Caen, P. Carpentier et 
F. Daguin.'T. IV (Brésil), VI. (Chili-Paraguay), XXIII (Suède-Norvège), 
XXIV (Danemark), XXV (Scandinavie), XXVIIl (Pays-Bas, Colonies 
néerlandaises), XXXV (Russie. Pologne), 7 vol. gr. in-8, Librairie générale 
de droit et de jurisprudence). — Le Problème religieux dans la philosophie 
de l'action. M. Maurice Blondel et le P. Laberthonnière, par T. Cramer (in- 
8, Alcan). — La Destinée de l'homme, par C. Piat (in-8, Alcan). — Essais 
choisis, par Emerson; trad. de l'anglais par H. Mirabaud-Thorens (in-16, 
Alcan). — Essais sur la sensibilité contemporaine, par R. Cor (in-16, Fal- 
que). — La Lumière vient de l'Orient. Essais de psychologie japonaise, par 
Lafcadio Hearn; trad. de l'anglais par M. Logé (in-r2, Mercure de France). 
— La. Morale et l'intérêt dans les rapports individuels et internationaux, par 
J. Novicow (in-8, Alcan). — Ce qu'il faudra toujours, par C. Wagner (in- 
18, Colin). — Maïmonide, par L.-G. Lévy (in-8, Alcan). ■ — L'Éducation du 
caractère, par L. Dugas (jn-8, Alcan). ■ — L'Analyse universelle, par P. de 
Coubertin (in-16, Alcan). — La Mémoire verbale et pratique, son développe- 
ment naturel et logique par l'audition, la vision, l'idée, par G. Art (in-18, 
Pedone). • — Enseignement de Léonce Couture (Toulousa, Privât; Paris, 
Champion, in-8). - — Système de politique positive, ou Traité de sociologie 
d'Auguste Comte, condensé par C. Cherfils (in-8, Giard et Brière). — // 
Fenomeno délia guerra e l'idea délia pace, da G. del Vecchio (gr. in-8, To- 
rino, Bocca). — La Synthèse économique. Étude sur les lois du revenu, par 
A. Loria (in-8, Giard et Brière). — De la Nature du capital et du revenu, par I. 
Fisher; trad. de l'anglais par S. Bouyssy (in-8, Giard et Brière). — Les 
Classes rurales en Savoie au xviii*^ siècle, paï" F. Vermale (in-8, Leroux). — 
La Sociologie de Proudhon, par C. Bougie (in-18. Colin). — Œuvres de 
Michel Bakounine. T. V. (in-18, Stock). — Les Socialistes antidémocrates, 
par J. Rivain (in-18, Nouvelle Librairie nationale). — Les Problèmes so- 
ciaux du temps présent, par M. Drouilly (in-12, Henry Paulin). — Des- 
truction des insectes et autres animaux nuisibles, par A.-L. Clément (petit 
in-8, Larousse). ■ — Portez-vous bien ! Notions élémentaires d'hygiène popu- 
laire et rationnelle, par le D"^ Terwagne (petit in-8, Giard et Brière). • — La 
Fatigue et le repos, par F. Lagrange; publié avec le concours du D'' F. de 
GrandmaiSon (in-8, Alcan). — Le Génie littéraire, par A. Rémondet P .Voi- 
venel (in-8, Alcan). — L'Alcoolisme dans les armées, par Corn* J.-A. Or- 
dioni (in-18, H. P^aulin). — Les Opiomanes, mangeurs, buveurs et fumeurs 



— 93 — 

d'opium, par R. Dupouy (in.-8, Alcan). — Le Marquis du Planty, médecin 
de la Faculté de Paris, maire de Saint-Ouen-sfur-Seine (1808-1876), par le 
D"^ H. Perraudeau (in-16, Jouve). — Traité de chimie générale, par W. 
Nernst; trad. de î'allemand par A. Corvisy. 2^ partie (gr. in-8, Herraann). 
— Science et Philosophie, par J. Tannery (in-16, Alcan). — L'Électricité à 
la maison, par H. de Grailigny (in-8, Larousse). — L'Équation de Fred- 
holm et ses applications à la physique mathématique, par H.-B. Heywood 
et M. Fréchet (gr. in-8, Hermann). — La Connaissance du bétail, par J. 
Ginieis (in-12, Amat . — Premières Connaissances agricoles. Notions de 
botanique, d'agriculture, d'horticulture, de zootechnie, par J. Leday, (in-8, 
de Gigord). — Les Sols humides, par R. Dumont (in-8, Larousse). — La 
Culture profonde et les améliorations foncières, par R. Dumont (petit in-8, 
Larousse). — Rotations et assolements, par F. Parisot (in-8, Larousse). — 
Les Arbres légendaires, par E. Van Bruyssel (in-16, Hetzel). • — Bible et 
Science. Terre et Ciel, par C. de Kirwan (in-16, Bloud). — La Sistnologie 
moderne (les Tremblements de terre, par le comte de Montessus de Ballore 
(in-8, Colin). — L'Infanterie à la guerre, exercices pour l'étude des règlements, 
par le cap**® Balédent (in-8. Chapelet). — Cavalerie. Procédés techniques; 
la cavalerie dans l'ensemble de l'armée; la cavalerie dans la bataille, par le 
cap"^* Loir (in-8, Chapelot). — La Marine marchande et son personnel, 
par G; Morael (in-16, Guilmoto). — Les Artistes, par L. Bénédite (petit in-8, 
Colin). — Les Musiciens célèbres. Beethoven, par V. d'Indy (petit in-8, Lau- 
rens). — Les Musiciens célèbres. Verdi, par C. Bellaigue (petit in-8, Lau- 
rens. — Les Musiciens célèbres. Bizet, par Gauthier-Villars (petit in-8, 
Laurerts). — Emmanuel Chabrier, 1841-1894, par G. Servières (in-18, Al- 
can). — La Condamnation de Mignon, essai de critique musicale, par A. 
Nortal (in>-16, Falque). ■ — Les Sciences de la nature en France, au XYiii® siè- 
cle, par D. M-Ornet (in-18, Colin). — Grammaire du grec du Nouveau Testa- 
ment, par À.-T. Robertson; trad. par E. Montet (in-8, Geuthner). — La 
Prononciation du latin, par A. Macé (petit in-12 cartonné, C. Klincksieck). — 
La Diction expliquée en 15 leçons, par P. Cosseret (in-16, Paclot). — Par- 
lons ainsi de la voix et du geste, étude théorique et pratique du mécanisme de 
la parole, par I.-L. Gondal (in-8, de Gigord). ■ — La Crise du français et 
la Réforme de l'Université, par A. Faure (in-18, Stock). — Discours politi- 
ques, allocutions diverses (1903-1912), par G. Vidal de Saint-Urbain (in- 
16, Plon-Nourrit). — Les Chants du cygne, par 1. R.-G. (in-18, Lemerre). 

— Les Visions du chemin, par H. Rouger (in-18, Lemerre). —Le Temple 
du rêve, par la b^^^^ de Baye (in-16, Perrin). — Dernières Veillées, par 
A. Vermenouze (petit in-8, Jouve). — Pour retrouver l'enfant, par G. 
Zidler (petit in-8, Jouve). — Paysages de l'âme, par F. Saisset (in-18, Jouve). 

— Les Autels et les tombes, par L. Lahovary (in-18, Jouve). — Le Charme 
quotidien, par M. Silver (in-16, Messein). — Les Voix de la montagne, par 
A. de Bary, (in-18. Stock). — Dans le Jardin de notre amour, par A. Clerc 
(in-12, Falque). — Le Miroir enchanté, par R, Lestrange (in-18, Figuière). 

— Clartés au crépuscule. Les Châsses d'or, par A. Ramette (in-16. Édition 
du Beffroi). — La Passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ, drame-mystère, 
par l'abbé J. Oger (in-8, Haton). — Les Chrétiens aux lions, drame, par J. 
Grech (in-16, Haton). — Vindex, drame social en vers, par E. Bellot (in-12, 
Figuière). — L'Envers du décor, par P. Bourget (in-16, Plon-Nourrit). — 
La Maltournée, par T. Combe (in-16, Perrin). — La Dette de Jettehen 
Gebert, par G. Hermann (in-16. Hachette). — Catherine Aubier, par 
ï. Prost (in-18, Colin). — Contes, transcrits par M. Bouchor, d'après 



— 9i — 

la tradition française (in-32, Colin). — Ombres et lumières, par A. 
Blech (in- 18, Publications théosophiques).— Les Neveux de tante Delphine, 
par A. de Pitteurs (in- 12, Lethielleux). — L'Histoire d'un jour, par P. Per- 
rault (in-12, H. Gautier). — Les Chemins tortueux, par P. Mimande (in-12, H. 
Gautier). — Une Dette, par O. Lavalette ('n-12, H. Gautier). —La Violoniste, 
par M. Lachèse(in-12, H. Gautier). — Double Conquête, par F. Dupin de 
Saint-André (in-16, Hetzel). — La Princesse Maritza, par P.-J. Brebner; 
trad. de l'anglais par P. Nozan (in-18, Hennuyer). — Pendant la Terreur, 
par L. d'Oberny (in-8, Haton). — Les Aubépines, par M. Auvray (in-8, 
Haton). — Le Mystère de Rochebrune, par M™'' Chéron de la Bruyère (in- 
18. Haton). — Le Galon d'or, par L. des Ages (in-i8, Haton). — Latiniste, 
par L. Villarceau (m-18, Œuvre d'Auteuil). — Correspondance (l'830-1855), 
de Gérard de Nerval, avec Introduction et notes par J. Marsan (in-16, Mer- 
cure de France). — Lyrisme, épopée, drame. Une Loi de Vhistoire littéraire 
expliquée par l'évolution générale, par E. Bovet (in-18, Colin). — LaPoétie 
à travers les âges, son rôle dans Véducation populaire, par J.-M. Lentillon 
(in-8, Anat). — Voiture et les Origines de Vhôtel de Rambouillet, per E. 
Magne (in-18, Mercure de France). — Les Hommes de lettres au xYin^ siècle, 
par M. Pellisson (in-18, Colin). — Les Contemporains étrangers, par M. Mu- 
ret. I. (in-16, Fontemoing). — Nuovi Studii su Dante, par L. F. Guelfi 
(gr. in-8, Città di Castello, Lapi). — Les Principaux Aspects du globe. La 
France, par M. Allain et H. Hauser (in-18 cartonné, Alcan). — Diction- 
naire topographique du département de V Ain comprenant les noms de lieu 
anciens et modernes, par E. Philipon (in-4 à 2 col., Leroux). — La Basse 
Normandie, par L. Dimier et R. Gobillot (in'-16, Delagrave). — Du Kho- 
rassan au pays des Backhtiaris. Trois mois de voyage en Perse., par H.-R. 
d'Allemagne (4 vol. gr. in-4, Hachette). — Les Royaumes des neiges (Etats 
hymalayens), par C.-E. Bonin (in-18, Colin). — Mizraïm, souvenirs d'Egypte, 
par G. Kurth (in-18, Bruxelles, Dcwit). — L'Afrique occidentale française, 
par L. Sonolût (in-16, Hachette). — Les États-Unis du Mexique, par le c*^ 
M. de Périgny (in-18, Guilmoto). — Les Légions de Varus. Latins et Ger- 
mains au siècle d'Auguste, par C. Gailly de Taurines (in-16, Hachette). — 
The Celtic Inscriptions of Gaul. Additions and corrections, by J. Rhys (in- 
8, London, Frowde). — Histoire de France, par A. Baudrillart et J. Martin. 
Cours moyen, certificat d'études (in-16, cartonné, Bloud). — Les plus beaux 
Récits des Chroniques de Froissart, transcrits pour les lecteurs d'aujourd'hui 
(in-16, Fontemoing). — Luther et le luthéranisme, par H. Denifle; trad. de 
l'allemand par J. Paquier. T. II. (in-16, A. Picard et fils). — Récits du 
temps des troubles, xvi<^ siècle. De quelques assassins, par P. de Vaissière 
(in-8, Émile-Paul). — A la Cour du grand Roi (Saint-Simon).Nouvelle Col- 
lection historique pour la jeunesse publiée par la comtesse C. d'Arjuzon (in- 
16, Émile-PauI). — Mémoires du président Hénault. Nouvelle éd. complé- 
tée, corrigée et annotée par F. Rousseau (in-8 Hachette). — Mémoires de 
Saint-Hilaire, publiés pour la Société de l'histoire de France, par L. Lecestre. 
T. IV, 1704-1706 (in-8, Laurens). — La Fin d'une dynastie, d'après les 
Mémoires et la Correspondance d'une reine de Suède, H edvig- Elisabeth-Char- 
lotte (1774-1818), par O.-G. de Heidenstam (in-8, Plon-Nourrit). — Journal 
d'émigration du comte d'Espinchal, par E. d'Hauterive (in-8, PenùnK — 
Recueil des actes du comité de salut public, avec la. correspondance officielle 
des représentants en mission et le Registre du conseil exécutif provisoire, pxihVié 
par F -A. Aulard. T. XXI (in-8, Leroux). — Le Conventionnel J -B. Le 
Carpentier (1759-1829), d'après de nouveaux documents, pa'i* le 






— 95 — 

vicomte de Brachet (petit in-8, Perrin). — L'Église de Paris et la 
Révolution, par P. Pisani. T. IV. et dernier (1799-1802) (in-12, A. Picard 
"t fils). — L'Industrie de la boucherie à Paris pendant la Révolution, 
par H. Bourrin (gr. in-8, Leroux). — Liste des victimes du tribunal 
révolutionnaire de Paris (Auguste Picard). — Journal d'un prêtre lorrain 
pendant la Révolution (1791-1799), publié avec une Introduction, une notice 
et des notes, par H. Thédenat (in-16, Hachette). — Les Noyades de Nantes, 
par G. Lenotre (in-8, Parrin). — La Révolution à Poitiers et dans la Vienne, 
par le M'a de Roux (gr. in-8, Nouvelle Librairie nationale). — Le 
Directoire et la paix de VEurope, des traités de Bâle à la deuxième coalition 
(1795-1799), par R. Guyot, (in-8, Alcaa). — Zurich. Masséna en Suisse, mes- 
sidor an Vll-bruniaire an VIII (juillet-octobre 1799J, par le capitaine L. 
Hennequin (in-8, Berg r-Levrault). — Expédition du Portugal (1807), par 
le colonel L. Picard (in-8, Jouve). — Correspondance du comte de la Forest, 
ambassadeur de France en Espagne, 1808-1813, publié par la Société d'his- 
toire contemporaine, par Geoffroy de Grandmaison. T. V. Avril- décembre 
1811 (in-8, A. Picard et fils). — Madame de Genlis et la Grande-Duchesse 
Élisa (1811-181.S), par P. Mormottan (in-18, Émile-Paul). — De Mu- 
nich à Vilnaà V état-major du corps bavarois de la Grande Armée en 1812, 
par le lieutt-col^i Sauzey (gr. in-8, Chapelot). — La Vie militaire du 
maréchal Ney, duc d'Elchingen, prince de la Moskowa, par le général H. 
Bonnal. T. II (in-8, Chapelot). — Vn Héros de la Grande- Armée. Jean- Gas- 
pard H ulot de Collart, officier supérieur d'artillerie (1780-1854), par le V® 
du Motey (iii-8, A. Picard et fils). — Clausewiiz, par le colonel Camon (in-8, 
Chapelot). — Itinéraire général de Napoléon I^^ (gr. in-8, Jouve), par A. Schuer- 
mans. (gr. in-8, Jouve). — Napoléon et les Invalides, par le g^i Niox (gr. 
in-4, Delagrave). — La Vie parisienne sons Louis-Philippe, pavlH. d'Alméras 
(petit in-8, A. Michel). - — Ferdinand- Philippe d'Orléans duc d'Alençon, 
par Y. d'Isné (in-12, Lethielleux). — Lacordaire, par A. Albalat (in-12, 
Vitte). — Ma Vie, par Richard Wagner. II, 1842-1850; trad. de N. Valen- 
tin et A. Schenk (in-8, Plon-Nourrit). — Louis-Napoléon Bonaparte et le 
ministère Odilon Barrot (1849), par A. Lebey (gr. in-8, Cornély). — Le Ma- 
réchal Pélissier, duc de Malakoff, par le général Derrécagaix (in-8, Chape- 
lot). — Souvenirs (1848-1878), par C. de Freycinet (in-8, Delagrave). — 
Dom. Guéranger et Madame Durand, par le Rme P.-D.-A Guépin (in-8, 
Oudin). — Femme et poète. Elizabeth Browning, par Mn^^ W. Nicati (in-16, 
Perrin). — La Séparation des Églises et de l'État. Origines, étapes, bilan, par 
J. de Narfon (in-8, cartonné, Alcan). — L'Orientation religieuse de la France 
actuelle, par P. Sabatier (in-18. Colin). — Le Gouvernement de Pie X. Con- 
centration et défense catholiques, par Aventino (in-18, Nouvelle Librairie 
nationale). — Lettres de combat, par F. Brunetière (in-16, Perrin). — La 
Marche montante d'une génération, 1890-1910, par J. Ageorges (in-18, Fi- 
guière). — Campagne de 1908-09 en Chaouia, par le général d'Amade (in-8, 
Chapelot). — Documents diplomatiques pour servir à l'étude de la question 
marocaine, par E. Rouard do Card (gr. in-8, Pedone; Gamber). ■ — Après 
le traité franco- allemand et maintenant? ... Le Désarmement ou la guerre ! par 
le capï^® Félix (in-8, Grasset). — Allemands et Polonais, par V. Nicaise (in-8, 
« Marches de l'Est» ). — La Crise constitutionnelle anglaise, par Lewis Gaffié 
(in-16, Falque).- — La Turquie et ses voisins, par C. Woods; trad. de l'anglais 
par J. Duroy (petit in-8, Guilmoto). — La Tripolitaine d'hier et de demain, 
par H.-M. de Mathuisieulx (in-16, Hachette). ■ — Recherches sur les musul- 
mans chinois, par le com* d'Ollone (gr. in-8, Leroux). — La Repu- 



— 96 — 

blique américai7ie, par J. Bryce. 2*^ éd. française complétée par l'auteur. T.I. 
Le Gouvernetnent national (in-8, Giard et Brière). — Ce que racontent mon- 
naies et médailles, par J. Benderly (petit in-8, Colin). — Dans les Sentiers de 
Vhistoire, par R. Fage (in-18, A. Picard et fils). — Bibliographie fran- 
çaise, par H. Le Soudier. 2^ série. T.II. 1905-1909 (2. vol. in-8, Le Soudier). 
— Bibliographie du temps de Napoléon, comprenant l^ histoire des États-Unis, 
par F. M. Kircheisen. T. IL, l""® partie (Paris, Champion; Genève, 
Kircheisen; London, Low, Marston, in-8). — La Bibliothèque publique de 
Carcassonne, par J. Amiel (in-8, Le Soudier). Visenot. 



Le Gérant : CHAPUIS. 



Irnpriaieiie poljglulte P'k; Simo.n. Rennes. 



POLYBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



OUVRAGES D'ENSEIGNEMENT CHRETIEN ET DE PIETE 

Enseignement. — 1. Coins d'i?istructions dominicales, par le chaa. i le R. Turcav. 
2« édit. Pi.ris, Téqui, 1911, 3 vol. in-12 de xv-423, 360 et 391 p., 10 !r. 50. — 2. 
La Religion chrétienne, simples notes, par l'abbé René Petiteau. 6' édit. Paris, 
Ainrit, 1909, in-16 cartonné de vfii-886 p., 3 fr. 75. — 3. Dictionnaire d'exemples 
à Vusa<ie des prédicateurs et des cztéchistes, classés pii" le R. P. Sckf.her. É lition 
revue p:^r le R. P. J.-P. Lampert ; trad. de l'allemand par l'abbé Jules De- 
BREYNE. T. I. Paris et Tournai, Casterm ui, s. d., in-8 de vui-800 p., 10 fr. — 4. 
Le Purgatoire, ou Pouvoir, motifs et moyens que nous avons de secourir les âmes du 
Purgatoire, par ra])bé Josi;i>n Terrisse. Paris, Aniat, 1912, in-12 de 333 p., 
3 fr. 50. 

MoR\LE. — 5. Le Chemin de la vérité, par le comte de Champagny. Nouv. édit. Pa- 
ris, Téqui, 1911, in-12 de xxiii-264 p., 2 fr. — • 6. La Force morale, par Georges 
Legrand. Paris, Letbielleux, s. d., in-16 carré de vn-151 p., 2 fr. — 7. Le Pro- 
blème religieux et moral, par le chanoine Wilhelm Meyer; adapté de l'r.llemand 
.par l'abbé L. Djuadicq. Avignon, Aubanel, s. d., in-16 de vin-140 p., 3 fr. — 
8. V É lucation de la charité, par l'abbé E. Debize. Paris, de Gigord, 1911, in-16 
de vui-127 p., 1 Ir. 25. — 9. Ix « Notre Père » de l'heure présente, par J. Santo. 
2« édit. Paris, l'autenr, rue de Vaugirard, 131, in-16 de 192 p., 1 fr. 

Jésus-Marie. — 10. Le Prophète de Galilée. Lectures évang'diques pour le temps après 
la Pentecôte, par l'abbé A. D \rd. Paris, Lecoffre, Gabalda, s. d., 2 vol. in-12 de 
277 et 285 p., 4 tr. — 11. Vie de la Sainte Vierge, d'après les Méditations d'Anne- 
Catherim Emmerch, par l'abbé de Cvzalès. U^ édit. Paris, Téqui, 1911, 
.in-12 de 415 p., 2 fr. 50. 

Jeunesse chrétienne. — 12.. Les Enfants. Questiotis du temps présent; par Mgr J.- 
A. Ghollet. Paris, Lethielleux, s. d. , in-12 de viu-215 p., 2 fr. — 13. Catecismo 
de la infancia, preparac'éri dogmotica y moral para la primera communion c ins- 
trucciones eatequisticai al alcrince de los nin>s, po" el abats Cii. Mali.n.ioud. Bar- 
celona, Subirana,,1911, in-16 de xvi-407 p.,. 3 fr. 50. — 14. Conférences à la jeu- 
nesse des écoles, par Cn. Van'1)epitt;e. l"'^ série. Grandes Vérités du salut et devoirs 
d'état. 2® série. Devoirs envers Dieu et envers le prochain. 3® séri(|. Devoirs en- 
vers nous-mêmes. Paris, Téqui) 1911, 3 vol. in-12 de vni-234, 212 et 246 p., 6 fr. 

Spiritualité. — 15. Bernardi Ouvierii. Excitatorium mentis ad Deum nunc pri- 
mum ad fidem codicis Escurialensis edi'dit P. Benignus Fernande?.. M itriti, 
typ. llellenici, 1911, in-32 relié de xxxii-232 p., 2 fr. .50. — 16. Miroir de là 
pe>f;ction du B. François d'Assise, par le Frère Léon; version française de Paul 
Budry. Paris, Plon-Nonrrit, 1911„ in-16 de xxii-303 p., 3 fr. 50. — 17. Lé R. 
P. Pierre Olivaint. S. J. Journal de ses retraites annuelhs. T. L de 1860 à 1865. 
T. II. de 1866 à 1870. S^ édit. Paris, Téqui, 1911, 2vol. in-12 de iv-283 et 363 p., 
5 fr. — l?-. Vers In ferveur, par P. Lejeune. Paris, T.stbielleuy, s. d., in-12 de 269 
p., 2 fr. — 19. La Communion fréquente dans les Œuvres populaires; raison, métho- 
des, expériences, parle R. P. Lintelo. Tournai et Paris. Castei'man, 1911, in-8 de 
49 p., fr. 40. 

Piété. — Dévotions. — 20. Manuel eucharistique, adspté de l'espagnol par le 
R. P. Joseph Thermes. Paris et Tournai, Casterman. !911, petit in-16 de vii- 
152 p., 1 fr. 25. -^.21. Un Mois du rosaire chez soi. Sujets de méditation, lectures, 
traits, légendes et histoires pour chaque jour du moi^ d'ocîobre, par l'a.bbé A. Saul- 
MER. Paris, Beauchesne, 19 ;2, in-16 de vii-316 p., 2 fr. 75. •^- 22. Le Règne de 
VÉ-angile dans la bité chrétienne. Pieuses Considérations et règles de conduite, par 
l'abbé Prosper Baudot. Paris et Lille, Deslée, de Brouvver, s. d., in-18 le 247 
p., 1 fr. — 23. Petit Catéchisme de la srâre, pir Cii. Vandepitte. T't ris, Téqui, 
1911, in-32 de ix-68 p. et grav., fr. 2". — : . Le'^Guide de la jevn.-^-e, j.n; l'abbé 

' FÉVRIER 1912, ' T. CXXIV. 7. 



DE Lamennais, précédé de la Religion dcinontrée i la jeunesse, par Jacques Bal- 
MÈs ei ûeV Abrégé de V histoire ««(Vu*;, p. r Bossuf.t. 15'= édit. Paris, Téqui, 1911, 
in- 18 de vi-315 p., 1 fr. — 25. V Ami des malades, par le chanoine Oiraud. Paris, 
Maison de la Bonne Presse, s. d., in-18 de x-192 p., fr. 5(j. ^.^^ V^ M--1Wl.M 

Enseignement. — là 4. — Le Cours (V instructions dominicales d^ 
M. le chanoine R. Tuican en est à sa deuxième édition. C'est un suc- 
cès, surtout pour un ouvrage assez considérable, consacré à l'ensei- 
gnement catéchistique. Évidemment ce sont nos confrères, curés ou 
catéchistes, qui l'ont apprécié et goûté, mais n'est-ce pas le meilleur 
éloge et le plus compétent en faveur d'une œuvre de ce genre ? L'au- 
teur ne l'a-t-il pas écrit à dessein pour eux ? « 11 m'a semblé, dit-il, 
que je ferais une œuvre utile en offrant à ces pasteurs pleins de zèle 
im ouvrage où ils trouveraient, toute préparée, la nourriture spiri- 
tuelle qui convient à leur cher troupeau. » Ces pasteurs ont pris cette 
œuvre, l'ont jugée bonne, excellente pour leur ministère, l'ont expéri- 
mentée et puis l'ont recommandée autour d'eux. Ainsi a été atteint 
le but que se proposait M. Turcan. 11 ne s'est pas borné à nous en 
prévenir, il nous a aussi indiqué, dans sa Préface, le plan qu'il a suivi 
et les principes cjui l'ont guidé. Pour rendre son travail encore plus 
utile, il a exposé les moyens de rendre ses instructions fructueuses et 
révélé quelques pieuses industries pour attirer- et captiver l'attention 
des fidèles, pour graver dans leur mémoire l'enseignement qui leur 
est donné. Il énumère enfin les sources où il a puisé, les auteurs dont 
il s'est servi, en premier lieu le Catéchisme du concile de Trente. Nous 
aurions aimé qu'il y ajoutât le nihil obstat du censeur et l'Imprima- 
tur de l'ordinaire; c'est la garantie la plus sûre — et très obligatoire 
— de la saine doctrine d'im livre d'enseignement religieux. 11 doit en 
être muni, certainement, mais il est nécessaire que le livre en porte 
l'indication. L'ouvrage se compose de trois volumes parce que l'au- 
teur divise son enseignement en trois ans; ce temps est en effet néces- 
saire pour le développement de toutes les questions de dogme, de 
morale et de culte sur lesquelles les fidèles doivent être assez perti- 
nemment instruits. Chaque instruction d'ailleurs n'est ni trop longue, 
ni trop courte; eUe est méthodiquement divisée, et le sujet claire- 
ment exposé et développé. 

— Le joli volume de M. l'abbé René Petiteau : La Religion chré- 
tienne nous donne aussi un enseignement complet de la doctrine. L'au- 
teur veut que ce soient de simples notes; c'est un sous-titre trop mo- 
deste. Des « notes », il y en a beaucoup, selon le besoin de chaque 
question, mais il y a aussi et surtout une exposition claire, méthodi- 
que, raisonnée. 11 n'y a pas l'interrogation qui fait d'un livre un caté- 
chisme, mais le développement divisé en alinéas numérotés tient lieu, 
très avantageusement, d'interrogations qui, d'ailleurs, viennent comme 



— 99 — 

d'elles-mêmes s'offrir à l'esprit du catéchiste. L'ouvrage se divise 
en quatre parties : 1 ° Examen raisonné des fondements de la religion 
catholique; 2° Exposition du dogme (Symbole des apôtres); 3° Expli- 
cation de la morale (commandements de Dieu et de l'Éghse); A^ Du 
Culte (de la grâce, des sacrements et de la prière). Le livre se clôt sur 
quelques pages consacrées à la liturgie et aux cérémonies rehgieuses. 
Signalons, en particulier, l'étude si complète et si opportune sur l'É- 
glise; l'auteur y consacre plus de 200 pages et il la traite à fond, l'en- 
visageant sous tous ses aspects, son institution, ses marques ou ses 
caractères-, sa constitution, ses rapports avec le monde, ses ennemis; 
c'est un résumé bien suffisant pour convaincre tout esprit sincère 
de la divinité de l'Église et pour faire connaître l'action, les bienfaits 
et les triomphes de cette institution. Dans la partie liturgique se trou- 
vent réunies tovites les indications qui peuvent intéresser la piété des 
fidèles et leur permettre de suivre avec profit les diverses cérémonies 
du culte. Faut-il s'étonner que ce livre soit recommandé par un si 
grand nombre d'évêques? 

— L'exposition de la doctrine ne saurait que gagner beaucoup à 
se mettre mieux encore à la portée du plus grand nombre en appuyant 
son enseignement sur des faits : la morale en action confirmerait la 
morale en théorie. Ment alors s'offrir très opportunément le Diction- 
naire d'exemples à l'usage des prédicateurs et des catélhistes. C'est un 
important ouvrage, formé de plusieurs volumes, dont le 1^>" sort des 
presses de la maison Casterman; il ne date pas d'hier; il a fait ses 
preuves et ce sont les services déjà rendus qui ont engage M. l'abbé 
Debreyne à le traduire de l'allemand pour permettre au clerg;é fran- 
çais d'en tirer avantage. L'auteur, le R. P. Schérer, et le nouvel édi- 
teur, le R. P. Lampert, de l'ordre de Saint-Benoît, ont, par cet ou- 
vrage, accompli une œuvre véritable de bénédictin; œuvre d'érudi- 
tion, de discernement, de patience, de méthode; ils ont puisé dans la 
sainte Écriture, dans la Vie des saints, dans l'histoire de l'Église, 
dans toutes les autres sources autorisées. Et, si les exemples et les 
faits rapportés sont nombreux, ils ne sont pas éparpillés au hasard; 
ils sont coordonnés et rangés sous près de cinq cents titres différents, 
accompagnés de divisions logiques, de sorte qu'il est toujours facile 
de trouver sur un sujet quelconque les exemples qui conviennent le 
mieux. Plus que cela. N'importe quel article du Dictionnaire d'exem- 
ples fournirait facilement la matière et le plan d'une ou de plusieurs 
instructions excellentes. Sans doute l'auteur et l'éditeur ne préten- 
dent pas avoir rigoureusement établi l'authenticité de tous les faits 
qu'ils rapportent, mais ils ont le droit de demander d'abord pleine 
confiance pour les exemples tirés des Livres saints et ensuite pour les 
autres le crédit que méritent les auteurs auxquels ils sont empruntés. 



— 100 — 

— Le livre de M. labbé Joseph Terrisse est un traitn sur le Purga- 
toire; il établit par des preuves théologiques le pouvoir que nous avons 
de soulager les âmes captives dans cette prison de feu; il expose les 
motifs qui doivent nous engager à secourir ces âmes malheureuses; 
il énumère les moyens que l'Église met à notre disposition pour prati- 
quer cette charité. C'est le culte des morts que l'auteur s'est proposé 
de développer; cette pensée lui est venue « d'une visite au cime- 
tière »; il vit beaucoup de monde, le 2 novembre, parcourant les tom- 
bes, encombrant même les allées; il y avait très peu de personnes à 
genoux et priant. Son cœur de prêtre en fut vivement attristé et il 
résolut de se faire l'apôtre du culte des morts. Il a tenu parole et 
Dieu a béni son apostolat. Mgr l'évêque de Saint-Flour se plaît à lui 
rendre ce témoignage que « son livre contribuera à développer cette 
dévotion et ce culte dans l'âme de ceux qui le liront. « 

Morale. — 5 à 9.— Le Chemin de la vérité^ par M. le comte de Cham- 
pagny, est plus et mieux encore qu'un bon et beau livre, c'est une 
bonne et belle action. C'est ainsi que l'a jugé un maître dans l'art 
d'écrire, qui fut aussi un grand évêque, Mgr Dupanloup. Louant « ce 
bon et beau travail », l'évêque d'Orléans écrivait à Téminent auteur, 
membre de l'Académie française : « C'est ici plus qu'une œuvre litté- 
raire, c'est une œuvre de zèle, et de premier ordre, puisque le but 
que vous vous' y êtes proposé, et qui sera atteint, c'est d'aider au 
retour vers la foi les âmes qui ont le malheur d'en être 'éloignées. » 
L'homme s' interrogeant sur les besoins de son âme reconnaît qu'il ne 
pouvait recevoir satisfaction que d'une puissance supérieure, qui est 
Dieu même. Et Dieu, en effet, y a pourvu par la révélation de certaines 
vérités si évidentes que, si" elles étaient méconnues, c'en serait fait de 
l'âme humaine et du genre humain. Les vérités. Dieu les a confiées 
à une société qu'il a formée et à laquelle il a donné tous les caractères 
destinés à la faire reconnaître comme son œuvre, c'est la religion chré- 
tienne, et, parmi les sociétés qui prétendent être cette religion, c'est 
l'Église catholique. Les objections se présentent ici, scientifiques, 
historiques et philosophiques; elles sont résolues victorieusement. 
En forme d'appendice, le livre se ferme sur quelques notices faisant 
connaître d'abord « la folie de certains chefs de secte »; ensuite la 
sagesse de quelques savants théistes ou chrétiens; enfin les théories 
de certains écrivains antichrétiens. 

— Pour son livre : La Force morale, M. G. Legrand s'inspire de la 
doctrine thomiste. L'Ange de l'école est son maître; il le suit. dans ses 
ouvrages; mieux encore, il le retrouve et le reconnaît dans maints 
livres où beaucoup de lecteurs, moins bien imprégnés du caractère 
de son génie, ne le soupçonnent peut-être même pas. S, E. le cardinal 
Mercier, dans sa Lettre- Préface, félicite l'auteur de son étude sur 



— 101 — 

« la fortitiido de l'École qui aidera à dissiper la prévention de ceux qui 
s'imaginaient encore que les doctrines scolastiques appartiennent 
exclusivement au passé. » Il lui souhaite des lecteurs nombreux et il 
demandera à l'Esprit-Saint que, « par son don de force, il supplée à la 
faiblesse native de leur bonne volonté. » Le traité comprend quatre 
chapitres : 1° Notion de la vertu de force; sa place parmi les vertus; 
ses modalités essentielles; sa forme parfaite; 2° vertus accessoires de 
la force; magnanimité et la magnificence; 3° la patience et la persé- 
vérance; 4° le don de force. 

— On dirait des pages écrites au jour le jour, celles que nous 
doime à lire M. le chanoine Meyer dans son livre : Le Problème 
religieux et moral\ ces sujets sont inspirés par les événements ou les 
circonstances, comme le sont les sujets pour articles de jour- 
naux; il y a le charme et aussi l'utilité de l'à-propos; ils ne révèlent 
pas au premier abord leur secret, mais ils excitent la curiosité; le 
lecteur s'y laisse prendre; il les lit et il ne tarde pas à reconnaître 
qu'il a bien fait. En voici quelques- mis : du train express sur la va- 
peur; Ange protecteur ou exterminateur; ce qui demeure; parole de 
grand poète; une seule question; unis ou séparés, etc. Et ici, comme 
là, dans ces lectures qui semblent si disjointes et si éparpillées, il y a 
une vivante unité de pensée, de vue, d'enseignement. M. le chanoine 
Meyer n'oublie jamais son but et ne néglige rien pour l'atteindre: 
dans le flot toujours montant des objections nouvelles, aider le jeune 
homme à marcher droit, malgré l'encombrement de la route et l'iné- 
vitable poussée, en lui montrant des jalons bien visibles plantés de 
distance en distance. Remercions M. l'abbé Douadicq de l'adapta- 
tion qu'il a faite de ce livre écrit en allemand; nous le recomman- 
dons volontiers à tous nos étudiants. 

— Six conférences composent le livre de M. l'abbé Debize : L'Édu- 
eation de la charité. L'auteur tient à nous prévenir qu'il n'a pas voulu 
faire un traité sur cette vertu; il a simplement réuni les conférences 
qu'il a données en faveur d'oeuvres particulières et qui, naturelle- 
ment, devaient se borner à donner quelques conseils adaptés spéciale- 
ment à ces œuvres. Alors ce serait presque mieux qu'un traité, ce 
serait la praticpe de la charité. Lisez plutôt : 1° Éducation person- 
nelle (éducation charitable); 2° Le pauvre: 3° Nos pauvres; 4° Le 
pauvre dans sa famille; 5° Le pauvre et la société; 6° Jésus dans le 
pauvre. Ces titres, n'indiquent- ils pas assez manifestement l'ensei- 
gnement de M. l'abbé Debize, aussi bien que l'utilité et l'opportunité 
de ses conseils? Jésus-Christ nous a annoncé qu'il y aurait toujours 
des pauvres parmi nous. Mais il nous a enseigné comment nous de- 
vions considérer, aimer et servir les pauvres; c'est surtout la 6^ con- 
férence que le lecteur doit bien méditer; la question sociale serait 



— i02 — 

bientôt résolue si cette doctrine était bien comprise, surtout bien mise 
en pratique. 

— 11 y a du bon, même du très bon, dans le « Notre Père » de l'heure 
présente, par J. Santo. C'est le cri de l'âme vers le Ciel d'où viendra le 
secours, c'est-à-dire la consolation et la fin de l'épreuve. Il ne faudrait 
pas chercher ici la forme didactique : ce sont des élans, des aspira- 
tions, comme des jets de flamme. «Ce livre ravit et transporte, écrit 
M. Ducrocq à l'auteur, c'est une prière, dans la véritable acception 
du mot. La prière se définit : une élévation de l'âme vers Dieu. Votre 
livre donne des ailes à l'âme; il la fait s'envoler bien au-dessus des 
ténèbres, des boues, des tristesses de cette terre. » Ces pages seront 
très utiles aux âmes fortement éprouvées et qui ont peine à se rési- 
gner, car celui qui les a écrites « a enduré les souffrances humaines 
dans ce qu'elles ont de plus rude, de plus tenaillant.» Nous regrettons 
seulement que l'approbation d'un évêque ne soit pas venu consacrer 
de son autorité le jugement si flatteur de M. l'abbé Ducrocq- 

JÉsus. — Marie. — • 10 et 11. — Le Prophète de Galilée, par M. l'abbé 
Dard, en est à ses troisième et quatrième tomes que nous présentons 
aujourd'hui à nos lecteurs. L'auteur est fidèle à sa méthode : pour- 
4juoi en changerait-il? Il rapporte maintenant les faits et les paroles 
du divin Maître : pour le 1^^ volume, depuis la journée de Cana jus- 
qu'à celle de Naïm. Là sont compris le miracle de la guérison du fils 
du centurion, la pêche miraculeuse, la première mission en Galilée,' 
la guérison de l'infirme à la piscine probatique, les témoignages mes- 
sianiques sur la divinité du Christ, le sabbatisme, le sermon sur la 
montagne. « C'est ici, disons-nous avec l'auteur, que Jésus commence 
vraiment à agir et à enseigner.. C'est là que l'action sert de cadre 
merveilleux à la doctrine... Et les foules comprennent : Un grand pro- 
phète, disent-elles, a surgi parmi nous. » Et M. l'abbé Dard d'ajouter 
avec l'accent de l'apôtre qui veut toucher les âmes : « Oui, sur le bord 
du lac de Tibériade a surgi un grand prophète : le prophète de Gali- 
lée, celui que nous présentons aujourd'hui à la piété de ceux qui enten- 
dent sa voix et le suivent, à l'attention de ceux auxquels il manque 
plus qu'ils ne croient. » Le sec"dlid volume comprend les messages de 
Jean-Baptiste, la pécheresse de Magdala, les imprécations, les para- 
boles sur le royaume et leur explication, les miracles de Pérée, de 
Capharnaiim, Jean-Baptiste et Hérode, Bethsaïde, le pain vivant de 
l'Eucharistie et jusqu'à la Passion. Ces lectures évangéliques feront 
l'objet de nos pieuses méditations pendant tout le temps qui sépare 
la Pentecôte du temps de l'Avent : il y a là bien des leçons dont nous 
devrons tirer les plus précieux avantages pour notre sanctification. 

— M. l'abbJ de Cazalès nous donne une Vie de la Sainte Vierge, 
d'après les révélations d'Anne-Catherine Emmerich, qui en est à la 






— 103 — 

onzième édition. Il nous avertit d'abord du caractère de ces révéla- 
tions « qui n'ont aucune prétention à un caractère de vérité histo- 
rique » et auxquelles « la sœur Emmerich elle-même n'a jamais donné 
qu'une valeur purement humaine. » Il en est de ces révélations comme 
de celles qui ont été publiées, attribuées à sainte Gertrude, à sainte 
Françoise, à sainte Brigitte : elles sont simplement considérées'" comme 
pouvant servir à édifier les lecteurs chrétiens et à raviver leur piété; 
on ne leur donne ordinairement, dit Benoît XIV, qu'une approbation 
permisdve, mais non positive, parce qu'une approbation permissive ou 
négative, constatant qu'elles ne contiennent rien de contraire à la 
foi ou à la morale catholique, est suffisante. » L'auteur ne s'est ainsi 
proposé que de procurer aux âmes pieuses une lecture intéressante et 
édifiante. Et c'est bien 1 effet que parait produire le livre de M. l'abbé 
de Cazalès, avec les récits à la fois si simples et si animés de la reli- 
gieuse de Dûlmen, ses tableaux si saisissants, ses descriptions si pré- 
cises, ses personnages si vivants et si vraisemblables, avec le senti- 
ment de foi naïve et de dévotion affectueuse qui respire dans toutes 
ses pages. Voilà qui est bien entendu, et maintenant le lecteur peut 
sans aucun risque parcourir les récits qui lui sont offerts : il sait quel 
caractère il convient de leur reconnaître. 

Jeunesse CHFftsTiENNE. — 12 à 14. — La principale des questions 
du temps présent est bien celle de l'enfance et de la jeunesse; elle est 
la grande préoccupation de tous les esprits sérieux, de l'épiscopat 
surtout. Mgr Chollet, évêque de Verdun, si connu et si goûté pour ses 
excellents ouvrages, publie à la librairie LethieUeux un nouveau 
livre qui a précisément pour titre : Les Enfants. « C'est un petit livre, 
dit trop modestement Mgr l'évêque de Verdun, un petit livre que 
nous envoyons cqmme un missionnaire dans les régions si malheu- 
reuses troublées par la lutte scolaire. » Et c[ue leur apporte-t-il à ces 
régions qu'il doit rassurer? .Une étude sur les droits des parents, de 
l'Eglise et de l'État à l'égard des enfants et une autre étude sur la 
responsabilité morale des enfants; ensuite deux lettres pastorales, 
relatives au décret Quam singulari dans lesquelles sont envisagés les 
devoirs des parents et des enfants en face de l'Église et de l'école. 
Faut-il ajouter que toutes les considérations sur ces points si impor- 
tants sont d'une précision, d'une opportunité et d'une rectitude qui 
entraînent la conviction. Cette œuvre d'évêque dépasse les limites 
trop étroites d'un diocèse; elle s'étendra à tous les diocèses de France, 
où elle trouvera le plus fidèle écho : les plus graves intérêts du présent 
et de l'avenir du pays sont en jeu. 

£ — Avant tout, évidemment, il faut que nos enfants soient bien 
instruits de la vraie doctrine. L'aumônier des servantes du T.-S. Sa- 
crement à Paris veut y travailler par son Catecismo de la infancia. 



— 104 — 

Un catéchisme en lajigi:e espagnole n'est pas pour nous effrayer; il 
sera bientôt traduit et nos établissements pourront en tirer profit. 
C'est la préparation dogmatique et morale à la première communion. 
M. l'abbé Malinjoud accomplit cette pieuse tâche par des instructions 
catéchistiques qu'il donne aux jeunes filles de son établissement. Après 
des préliminaires assez développés, c'est la première partie du livre, 
comprenant les vérités que nous devons croire, ou les articles du sym- 
bole. La 2^ partie est consacrée aux devoirs que nous avons à pra- 
tiquer ou le Décalogue,les préceptes de 1 Église, et, par voie de logique 
conséquence, il est question du péché en général, des péchés capitaux 
et des vertus opposées. Dans la 3^ partie, l'auteur traite des sacre- 
ments et des moyens de sanctification. Douze instructions morales 
sur la prière pour les morts, sur la grandeur de notre âme, qvielques 
fêtes, la dévotion à l'Eucharistie et à la T. S. Vierge remplissent la 
4^ partie et complètent l'enseignement religieux qui convient à l'en- 
fance. Il faut bien que l'auteur ait consciencieusement rempli la tâche 
qu'il s'était imposée, puisque S. E. le cardinal Merry del Val et un 
grand nombre d'évêques français et espagnols lui ont écrit des let- 
tres si élogieuses. 

• — M. le doyen ^'andepitte donne à son enseignement catéchistique 
une forme plus élevée. Ses Conjérences à la jeunesse des écoles sont . 
divisées en trois séries. La 1^*^ traite des grandes vérités du salut et des 
devoirs d'état; quatorze conférences ontpour objet Dieu, Jésus-Christ, 
le Saint-Esprit, l'Église, les fins dernières ; quinze s'occupent des 
actions de la journée, de la messe, de la communion, des œuvres, de 
la vocation : les unes et les autres très courtes — on n'aurait pas le 
temps d'y dormir — terminées chacune par quelques réflexions et 
pratiques « modestes Heurs a,ux couleurs et aux" parfums variés, 
laissées à la disposition de chacun, suivant ses attraits particuliers. » 
Les conférences de la 2^ série sont au nombre de dix-neuf sur les de- 
voirs envers Dieu et envers le prochain : la foi, l'espérance, la charité, 
l'instruction religieuse, la fuite du péché et des occasions, l'accepta- 
tion des souffrances de la vie, la prière, la piété; l'amour du prochain^ 
le support mutuel, les parents et les maîtres, les amis, le prêtre, les 
âmes du Purgatoire. Les devoirs envois nous-mcmes. — 3® série — 
sont rappelés dar.s vingt et une confâences sous des titres nom- 
breux, entre autres les suivants : sanctification de l'âme, emploi du 
temps, la conscience, les passions, les péchés de la lajigue, le scandale, 
les tentations, poignée de défauts, poignée de vertus, apostolat, per- 
éévérance. Et M. le vicaire général de Cambrai nous permet d'appré- 
cier l'œuvre de M. le doyen en lui écrivant la lettre qui lui apporte 
ses félicitations : « L'expérience qu'en fera la jeunesse de nos écoles, 
ajoute-t-il, prouvera que vous avez fait couvre utile en lui procurant 






— 105 — 

une ample matière à s'instruire dans la connaissance de la religion 
et à se perfectionner dans la pratique de la vertu. » 

Spiritualité. — 15 à 19. — Bernard Olivier, de l'ordre des Ermites 
de saint Augustin et évêque, appartient au xiii^ siècle; il fut un des 
plus grands théologiens mystiques de son temps et pajmi ses nom- 
breux ouvrages, tous estimés pour leur profonde et sûre doctrine, se 
distingue celui que le P. Bénigne Fernandez, du même ordre, vient 
d'éditer : Excitatoriiim mentis ad Deiim. On dirait un autre livre de 
V Imitation. La 1^® partie nous invite à avoir la plus grande confiance 
en la miséricorde do Dieu; la 2^ nous rappelle les principales vertus 
du divin Maître, sa passion et sa mort; dans la troisième se trouvent 
cinq prières pour solliciter de Dieu le pardon de nos péchés ^.1 toutes 
les grâces qui nous sont nécessaires. L'action de grâces et la louange 
divine forment la 4® partie. Ce sont des méditations, des prières, des 
élévations qui éclairent, fortifient, encouragent l'âme en l'attachant 
de plus en plus à Dieu qu'elle veut aimer et servir. 

— Qui ne connaît la vie séraphique de saint François d'As- 
sise? Et cependant on éprouve une vraie satisfaction spirituelle à la 
voir reparaître dans le Miroir de la perfection du bienheureux par le 
Frère Léon. M. Paul Budry vient de nous donner une version fran- 
çaise de cette œuvre et nous ne saurions trop l'en remercier. Sans 
nous attarder à la savante « note historique » sur cet ouvrage, note qui 
intéresse surtout les érudits, ouvrons aussitôt le livre à la page où 
« commence le miroir de perfection de l'état de frère mineur. » Nous 
voilà en plein dans l'action; François d'Assise nous saisit et nous 
pénètre par son amour pour la règle, et^ sans nous détourner im seul 
instant de l'objet de son livre, l'auteur nous fait suivre son héros à 
travers toute sa vie si parfaitement religieuse; pratique rigoureuse et 
aussi affectueuse de la pauvreté; sa charité, sa compassion et sa con- 
descendance pour le prochain; sa perfection dans l'obéissance et 
l'humilité, son zèle pour la perfection de la règle, de ses frères et de 
l'ordre tout entier, de son amour pour la passion du Christ, pour 
l'oraison, sa victoire sur les tentations, son esprit de prophétie, enfin 
sa préparation à la mort. Sans doute, le lecteur se rend bien compte 
qu'il ne peut prétendre à cette pratique de la perfection, mais il prend 
intérêt à admirer l'œuvre de Dieu dans ses saints et si, pour l'imita- 
tion de leurs vertus, il ne peut les égaler, il sait que, comme les saints, 
il peut compter sur la grâce pour s'l lever du moins à c[uel que. degré. 

— Le R. P. Olivaint disait avec raison : « 11 faut moins de temps 
que de courage po.ur faire un saint. » Ayons le courage d'abord d'ou- 
vrir le Journal de ses retraites annuelles; parcourons-le attentivement, 
surtout avec l'intention bien arrêtée d'en profiter, et puis, la grâce 
aidant, mettons bien en pratique les excellents conseils qu'il nous 



— 106 — 

donne. Ses six retra'tes de 1860 à 1865 ont pour objet la vie terrestre 
de Jésus-Christ, l'union à Jésus-Christ, le Sacré-Cœur de Jésus, l'hu- 
milité, le courage et la ferveur, ici et là revenant sur les principaux 
actes de la vie du divin Maître pour nous pénétrer davantage du sou- 
venir do ses exemples et de son enseignement. C'est la même méthode 
qu'il suit dans ses autres retraites de 1866 à 1870 : volonté et dévoue- 
ment, la fin de l'homme, la préparation à la mort, la vie surnaturelle, 
le règne du Saint-Esprit dans la pureté du cœur. C'est p^r cette vie 
de prière, de mortification, d'humilité, de zèle, que le saint religieux 
sepréparait à rendreunbon témoignage à son Dieu et méritait 
la grâce du martyre. Ne semble-t-il pas nous dire avec Notre- Seigneur: 
« Hoc fac et vives. Faites tout ce que nous a enseigné le Maître et vous 
vivrez»? Puissent de nombreux lecteurs goûter les méditations duR.P. 
Olivaint. Il semble que de chacune de ces pages, écrites pour ainsi dire 
avec le sang d'un saint confesseur, s'échappe un parfum 
divin qui embaume l'âme et q,ui la fortifie. 11 faut du courage, oui, 
mais Dieu le donne à qui le demande, bien disposé à en faire usage. 

• — Nous aurons alors tout ce qui convient pour prendre, à la suite 
de M. le chanoine Lejeune, notre élan Vers la ferveur. Le pieux au- 
teur a eu déjà de nombreux disciples — ■ son livre est à son 2® mille — ; 
il en mérite davantage et il les aura. Il a dédié son œuvre à ses onze 
cents mères chrétiennes de Charleville, sa paroisse; c'est à toutes 
les mères chrétiennes que devra peu à peu parvenir son appel. « La 
ferveur, au dire de saint François de Sales, est l'amour de Dieu par- 
venu à ce point de perfection qui nous fait agir pour Dieu soigneuse- 
ment, fréquemment et promptement. » Mais Dieu commande ^^ar 
ordres formels — tels les préceptes du Décalogue — ou bien il nous 
fait connaître sa volonté, sans nous y contraindre, mais désirant notre 
assentiment à ce qui est simplement son bon plaisir. Là est le devoir 
de tout fidèle; ici, c'est la générosité d'un cœur aimant Dieu par-dessus 
tout, c'est la ferveur. Voilà le but à atteindre; suivons notre excellent 
guide : le don de soi-même à Dieu, la pureté d'intention, même dans 
les moindres actions, vie intérieure, recueillement, l'humilité, la mor- 
tification, l'apostolat, tels sont les degrés par lesquels nous attein- 
drons cette ferveur que nous cherchons. 11 faut avouer qu'il n'est pas 
de voie plus sûre, mais elle peut paraître un peu rude à parcourir. 
L'auteur a prévu cette frayeur et en route il renverse les obstacles, 
résout les objections, de telle sorte que le sentier ardu devient aplani 
et facile. Vous y réussissez si bien que vous voulez communiquer à 
autrui votre satisfaction : à votre tour vous vous faites apôtres de la 
ferveur. 

— Et, pour entretenir en vous cette divine flamme, vous avez la 
divine Eucharistie où réside Celui qui est venu porter le feu sur 



— 107 — 

la terre et qui n'a qu'un désir, celui de le voir brûler dans toutes les 
âmes. Écoutez donc les raisons, les méthodes et les expériences que 
vous expose le R. P. Lintelo dans sa brochure : La Communion fré- 
quente. Ces quelques pages ont eu la bonne fortune d'être louées par 
S. E. le cardinal Gennari; elles ont été présentées au Pape qui en 
désire la plus large diffusion. 

Piété. — 'Dévotions. — 20 à 25. — Le livre du P. Joseph Thermes 
continue et développe l'œuvre du P. Lintelo : son Manuel eucharis- 
tique est bien de nature à faire mieux connaître et mieux pratiquer le 
sacrement de nos autels. Voici d'abord les figures et les promesses 
de l'Eucharistie dans les deux Testaments. Aussitôt après, l'institu- 
tion elle-même, au soir de la dernière cène, et alors démonstration 
de la présence réelle de Notre-Seigneur sous les espèces du pain et du 
vin. Les chapitres suivants sont consacrés aux miracles dans l'Eucha- 
ristie, à la matière, au ministère et au sujet de ce sacrement, aux fruits 
qu'il doit produire en nous, aux dispositions pour communier, à la 
préparation, à l'action de grâces; en un mot,ce livre est un petit traité 
complet pour la doctrine et la pratique, relativement à l'Eucharistie; 
il se termine par des visites au Saint Sacrement. Rien de plus efficace 
pour satisfaire la piété. 

— Le Fils appelle la Mère : ils sont inséparables; la piété pour Jésus 
ne peut pas aller sans la piété pour Marie. Celle-ci se développera de 
plus en plus par le livre où M. l'abbé Saulnier nous offre sous le titre : 
Un )nois du rosaire chez soi, une série de sujets de méditations, de lec- 
tures, de traits, de légendes et d'histoires pourle mois d'octobre, comme 
aussi pour le mois de mai. Ce livre peut être utile à tous les fidèles; il 
sera surtout apprécié des infirmes ou des malades, condamnés à ne 
pouvoir aller à l'église et qui seront heureux d'y trouver un moyen si 
facile de s'associer, de loin, aux pieux exercices de la paroisse en 
l'honneur de Marie. Les méditations portent sur les invocations 
accoutumées des litanies; mais l'auteur a mis aussi à profit le remar- 
quable ouvrage du R. P. Esser sur le Saint Rosaire qui est bien le 
monument le plus complet en l'honneur de l'auguste Mère de Dieu. 
Des notes préliminaires renseignent le lecteur sur les diverses formes 
du saint rosaire et lui offrent un exercice très ingénieux pour les 
mystères à énoncer à chaque dizaine, avec quelques mots de médita^ 
tion ou une strophe d'un cantique qui y est adapté. Les lectures, les 
traits, les histoires sont bien choisis, très intéressants et de la plus 
sérieuse édification. 

— La piété trouvera aussi un précieux aliment dans les Pieuses 
Considérations et règles de conduite que M. l'abbé Baudot nous ap- 
porte avec son nouveau livre sur le Règne de V Evangile dans la cité 
chrétienm. Hélas ! m^m? les chrétiens sont si loin de la doctrine et de 



— 108 — 

Tesprit de l'Evangile ! Ils ont grand besoin d'y être ramenés afin que 
Jésus-Christ vienne régner parmi nous. Cet opuscule est divisé en 
deux parties; la 1^^ est foimée de quatre livres où l'auteur traite 
tour à tour, avec autant de brièveté que de précision, de tout ce qui 
doit convenir aux besoins spirituels de nos contemporains : vie et 
avenir de nos âmes, connaissance et service de Dieu, immortalité, 
liberté de l'homme, honnêteté chrétienne, charité, bonté, justice,^ 
douceur, humilité, force, prudence, piété, douleur, mission et apos- 
tolat du prêtre; dans la 2^ partie, l'auteur rappelle nos devoirs envers^ 
Dieu, envers Jésus-Christ, envers le prochain, envers soi-même. 
Telles sont les obligations et les règles de la vie chrétienne; en nous 
y conformant, nous contribuerons, chacun pour notre part, à res- 
taurer parmi nous le règne de l' Évangile. 

— Sans doute, de nous-même et tout seul, nou-- ne pourrions pas 
accomplir ce grand œuvre, mais le Petit Catéchisme de la grâce nous 
apprend que Dieu est là pour nous faciliter cette tâche en nous prê- 
tant son secours. Il n'est pas facile de faire bien comprendre à tous les 
esprits la vraie notion théologique de la grâce. M. le chanoine Van- 
depitte, que nous sommes heureux de retrouver ici, a, ce nous semble, 
bien réussi à rendre cette notion assez intelligible; il nous dit simple- 
ment et clairement ce qu'est la grâce, ce qu'elle fait en nous et de 
nous; et il nous indique les principaux moyens d'entretenir et de dé- 
velopper en nous la grâce : les sacrements, surtout la pénitence et 
l'Eucharistie, la sainte messe, la parole de Dieu, la prière, les bonnes 
oeuvres, la méditation au pied du crucifix, la pensée de la présence de 
Dieu, le souvenir des fins dernières. 

— Le Guide de la jeunesse, par l'abbé de Lamennais, a fait ses preu- 
ves; il en est à sa 15^ édition. Et quel bien il a produit dans les âmes ! 
Il sait toujours poursuivre son œuvre, car les besoins des âmes sont 
toujours grands, même aujourd'hui plus grands que jamais. Com- 
posé par le Lamennais croyant et orthodoxe, cet ouvrage est nourri 
de la substance des saintes Écritures, surtout de la doctrine 
des Évangiles. Avec un art admirable, l'auteur a su fondre, pour ainsi 
dire, son style dans le texte sacré, en y mettant le meilleur de son 
talent sans rival et de son âme d'apôtre. Hélas ! depuis... Mais son 
lœuvre continue à opérer le même bien, à préserver cette jeunesse 
qui goûte ses exhortations et suit ses conseils. — Le Guide de la jeu- 
nesse est précédé fort à propos de l'ouvrage du D^ Jacques Balniès : 
La Religion démontrée à la jeunesse et d'un abrégé de l'histoire sainte 
par Bossuet. Cette trilogie se complète; trois grands esprits asso- 
ciés à l'œuvre la plus importante et la plus chère à l'Église. 

— M. le chanoine Girard a une prédilection pour ceux qui souffrent; 
il est VAmi des malades.lh sont si à plaindre ! Ils ont si peu de consola- 



— 100 — 

lions ! Toujours torturés par le mal et presque toujours seuls !... avec 
leur douleur ! Ce petit livre nous apprend d'abord quel est le rôle pro- 
videntiel Je la maladie et comment nous devons la sanctifier par notre 
résignation à la volonté de Dieu, notre obéissance et notre patience. 
Il nous indique les secours divins qui nous sont offerts : le prêtre , les 
sacrements, les autres secours de la sainte Église. 11 termine par 
un abrégé des vérités de la foi, certaines maximes bonnes à méditer, 
quelques prières indulgenciées, surtout par les prières spéciales aux 
malades. « C'est bien le Manuel des malades, écrit à l'auteur M. 
le vicaire général de Rennes; rien n'y est oublié... Le succès ne saurait 
faire doute, la diffusion sera large, le bien produit immense. » 

F. Chapot. 

POÉSIE — THÉÂTRE 

I. PoKsiE. — 1. Lr S'ibla d'or, p:\T Henry D'krieux. Lyon, L'Art libre, s. d., petit 
in-8 de 39 p., 2 fr. — 2. Essais poétiques, par L.-A. Morel. Paris, Plon-Nourrit, 
s. d., in- 16 de 9t p..' 2 fr. — 3. Une Promenade, par Auguste Barbier. Paris, 
Savante, s. d., in-16 de 136 p., t fr. 50. — 4. Sornettes et sonnets, rimes païennes. 
par Jean- LivelT. Paris, Éditions des nscholiers, s. d., in-16 de 136 p., 2 fr. — 5. 
Les Victoires,pciV Léon Guillot. Paris, Beauchesne, i9 0, in-4 de 50 p., 4 fr. — 6. 
UA'lieu à Vadoloscence, par François Mauriac. Paris, Stock, 1911, in-18 de 216 
p., 3 fr. 50. — 7. Le Beau Pays, par Pierre Lestringuez. Paris, Fignière, 1911, 
in-12 de 165 p., 3 fr. 50. — 8 Chants et poèmes solognots. En Blouse et en sabots, 
par PaulBesnard. Paris, Figuière, 191 !, in-18 de 128 p., 2 fr. — 9. Le Cantique 
de la Seine, par André Mary. Paris, Éiuile-Paul, 1911, in-16 de 212 p., 3 fr. 50. 
— 10. La Chanson des mendiants, par J.-F. Louis Merlet. Paris, l'édition libre 
1911, petit in-8 de 121 p., 3 fr. 50.— 11. Les Chanf. du.cygne. par î. R.-G. Paris, 
Ijemerre, 1911, in-18 de 232 p., 3 fr. — • 12. Le Chant des sources, par Pierre 
d'Arcancues. Paris, Perrin, 1911, in-16 de 219 p., 3 fr. 50. — 13. Le Crépuscule 
de Dioûysos, par Paul-Louis Aubert. Paris, Ficker, 1911, in-12 de 152 p., 
3 fr. 50, — 14. Dernières Veillées., par Arsène Vermenouze. Paris, Jouve, 1911, 
petit-in-8 de x-204 p. et portrait, 3 fr. 50. — 15. Edelu'eiss et goémons, par Jean 
Plémeur. Paris, Figuière, 1911, in-18 de 164 p., 3 fr. 50. -^ 16. Les Foyers 
perdu9, par Antoine Nicol\ï. Paris, Éilitioas du Beffroi, 1911, in-16 de 127 n., 
3 fr. 50. — 1 ;. Sous les h'Hres de l'Est, par Gabriel dç Pimodan. Paris, Messein, 
1911, petit in-8 de 358 p., 3 fr. 50. — -18. L'Horizon, par Claude Couturier. 
Paris, Lemerre, 1911, in-18 de 143 p;, 3 fr. — 19. La Légende du' Mont Saint- 
Michel, par Louis Foisil. Paris, Jouve, 1911, petit-in-8 de 132 p., 3 fr. 50. — 
20. En Marche vers les ct'n?f, par É ïlf Pignot. Paris, Bloud, 1911, in-16 de 118 
p., 3 fr, — 21. Le Miroir enchante, par Robert Lestrange. Paris, Figui're, 
1911, in-12 de 240 p., 3 fr. 50. — 22. L'Ombre du templ-, par R. de HANciîf.-^SAU- 
MANE. Paris. Falque, 1911, in-16 carré de 117 p., 3 fr. 50. — 23. Le Paradis 
retrouvé, p"'..' Joachim Gasquet. Paris, Grasset, 1911, in-16 de 238 p., 3 fr. 50. — 
24. Pour retrouver l'enfant, par Gustave Zidler. Paris, Jouve, 191!, petit in-8 
de 133 p., 3 fr. 50. — 25. Les Rêves exaltés, par Lucien Boudet. Paris, Éditions 
du Beffroi, 1911, in-16 de 103 p , 3 fr. 50. — 26. Tout mon camr par tous les 
chemin'!, par Paul Sentenac. Paris' Grasset, 1911, in-16 de 190 p., 3 fr. 50. — 27. 
La Veillée so/iVa/re, par Jean-Paul Tort. Pftris, Figuière, 1911, in-18 de 191 p., 
3 fr. 50. — 28. La Vie qui s'oui>re, par Jacques Boyer. Paris, Figuicre, 1911, 
in-12 de 110 p., 3 fr. 50. — 29. Les Visions du chemin, p'^X Ht^^k^ Rovger. Pari-;, 
Lemjrre, 1911, in-18 de Î62 p., 3 fr. — 30. Les Autels et les tomh s, par Léon 
Lahovary. Paris, Jouve, 1912, in-18 de ix-183 p., 3 fr. — 31. Passages de l'ûme, 
par Frédéric Saisset. Paris, Jouve, 1912, in-16 de- 121 p., 3 fr. 



- 110 — 

Poésie ricviMNE. — 32. Dans le Jardin de notre amour, par Alice Clerc. Paris, 
Falqiie, 191K in-12 de 157 p., 3 fr. 50. — 33. Les Souvenez-vous, par Claire 
ViRENQUE. Paris, Falque, 1911, in-16 de 154 p , 3 fr. 50. — 34. Les Voix de la 
montaf;ne, par A. de Bary. Paris, Stock, 1911, in-18 de 256 p., 3 ir. 50. 

Anthologies. Recueils. — 35. Aniologia provenzale, par E. Portal. Milan, Hoepli, 
191 1, petit, in-16 relit^, de viii-674 p., 4 fr. 50. — 36. Œuvres inconnues de Racine. 
Poèmes sacrés, découverts à la Bililiothèque impériale de Saint-P6ters])ourg, par 
l'abbé Joseph Boînnet. Auch, bureaux de l'archevêché, 1911, gv. in-8 de xvi- 
316 p., avec planches et fac-similé, 10 fr. 

Poèmes en prose. — 37. La Chanson: du poète errant, par Gabriel Sarrazin. Paris, 
Perrin, 1911, in-16 de xii-261 p., 3 fr. 50. — 38. Ballades françaises. Un de France, 
par Paul Fort. Paris, Figuière, 1911. in-18 de 210 p., 3 fr. 50. — 39. Ballades 
françaises. L'Aventure éternelle (livre I'''), par Paul Fort. Paris, Figi-ière, 1911, 
in-18 de 147 p., 3 fr. 50. 

Critique. — 40. Étude sur les Ballades françaises de Paul Fort, par Louis Mandin. 
Paris, Figuière, 1911, gr. ip.-8 de 67 p., 1 fr. — 41. Nouvel Essai sur V intensisme 
en poésie, par Charles de Saint-C.yb. Paris, Marcel Rivière, s. d., in-18.de 73 p., 
3 fr. — 42. Mélanges de linguistique provençale, par F.-N. NicoLLET.Aix-en-Pro- 
s'ence, Tmp. ouvrière, 1910, g?. in-S de 73 p. 

II. Théâtre. — 1. U An Mille, drame en cinq actes en vers, par Victor Kinon. 
Paris, Librairie générale des sciences, arts et lettres; Bruxelles, Yv^ Larcier, 
1911, in-16 de 221 p., 3 fr. 50. — 2. Le Théâtre chrétien. Au Clocher, par Paul 
Janot. Paris, Bloud, 1911, in-16 de xii-271 p., 3 fr. 50. — Z. Études dramatiques, i>a.r 
Adolphe Môny. T. V. Babel. Paris, Plon-Nourrit, 1911, in-16 de 141 p., 3 fr. 50. 

— 4. Les Erreurs sociales. La Peine de vivre. Châtiment, drames modernes, par 
Emile Pierret. Paris, Lemerre, 1911, in-8 de iv-247 p., 3 fr. 50. — 5. L'Otage, 
drame, par Paul Claudel. Paris, Marcel Rivière, 1911, in-18 de 205 p., 3 fr. 50. 

— 6. Pendant la croisade, conte en un acte en vers, par Martin-Valdour et Char- 
les Gallo. Paris, H. Paulin, 1912, in-12 de 64 p., 2 fr. 50. — 7. Poèmes de France 
et d'Algérie, pa'' Maurice Olivaint. Paris, Lemerre, 1911, in-18 de -242 p., 3 fr. 

— 8. Le Béveil, comédie dramatique en trois actes et en vers, par Henri Guer- 
LiN. Paris, Jouve, 1911, in-18 de 149 p., 2 fr. 

La marce poétique continuant à enfler ck' mesure ment, nous avens 
tâché d'apporter dans notre examen un essai de classement indispen- 
sable, suivant la logique, le temps... ou l'alphabet. 

1. Poésie. — 1. — Le Sable d'or est un mince cahier où M. Henry 
Dérieux a voulu apporter « un hommage, un simple hommage aux 
maîtres dont la parole un temps l'éblouit, au point qu'il put se mé- 
prendre entièrement sur la nature de son tempérament vrai. » Ces 
maîtres sont Henri de Régnier, Vielé-Griffin, Mallarmé, Charles 
Guérin. Lorsque M. Dérieux aura retrouvé « son tempérament vrai, » 
nous reviendrons à lui avec plaisir. 

2. — M. L.-A. Morel, lui aussi, publie des Essais poétiques. A quoi 
bon publier des essais? 

3. — L'Auguste Barbier qui a écrit les fables d'Une Promenade 
n'a rien de commun avec le fougueux auteur des ïambes. Jadis atta- 
ché au pèlerinage de N.-D. de Lies?e, il a été, comme religieux, exilé 
de France, et il console ses quatre-vingts ans en offrant aux enfants 
des apologues souvent imités du P. Desbillons, le jésuite fabuliste 
latin du xyiii^ siècle. On le voit, nous sommes loin do la Curée ou de 
l'Idole. 



— 111 — 

4. — Les Sorneiies et sonnets de M. Jean Lively sont simplement 
des polissonneries, dont bien pou sent spirituelles. M. Octave Pradels, 
dans une Préface en vers... libres, naturellement, déclare que ces 
poésies n'ont jamais rêvé de faire la conquête 

D'un lotus d'ijr aux Jeux-Floraux. 

Elles ont bien fait. 

5. — Avec les Victoires, de M. Léon Gui]lct,nous rencontrons enfin 
un livre. Il est écrit en un beau style classique, • — un peu trop conti- 
nûment lyrique et hautain à la façoii de Moréas. Heureusement, vers 
la fin, le poète s'humanise un peu plus; il descend de son trépied sy- 
billin pour décrire d'agréables et touchants paysages de France : 

Les bois sont embaumés par une odeur de miel. 
Entre les troncs moussus, comme des pans de ciel, 
D"iiïimobiles étangs rêvent, mélancoliques, 

Et, par delà les flots rutilants de blé mûr, 
Par delà les maïs aux feuilles métallioues, 
Le Jura violet bar.'e le clair azur. 

6. — M. François Mauriac, lui,n'a rien de cette gravité hautaine. Très 
jeune encore, il a été mis aux premiers rangs par les Mains jointes, 
dont Maurice Barrés salua si noblement la sincérité, l'émotion, le fré 
missement contenu. Nous retrouvons ces mêmes qualités, très pre- 
nantes, dans l'Adieu à l'adolescence. M. Mauriac, qui aime à la fois, et 
on ne saurait l'en blâmer, 

Lts vers de Jean Racine et ceux de Baudelaire, 

sait à merveille se replier sur lui-même, et, comme Charles Guérin, 
il nous donne une sorte de « journal poétique » du crépuscule de S( n 
adolescence et de l'aube de sa jeunesse. Malgré la fatigue qu'engendre 
en général la poésie subjective, ce journal est très attachant, car au- 
tant les banales expériences amoureuses fournissent des thèmes qui 
écœurent, autant l'éveil progressif d'une jeune âme à la vie est un su- 
jet délicat et charmant. M. Mauriac l'a traité de la façon abandonnée 
qui est la sienne, avec quelques souvenirs de Francis Jammes; il n'a 
pas la dextérité minutieuse et un peu affectée de M. Edmond Gojon 
dans ce beau livre qui s'intitule : Le Visage penché et où revivent 
aussi des scènes d'enfance. Il écrit un peu vite, comme son cœur bat. 
Il ne s'inquiète pas de savoir si « passionné » compte trois ou quatre 
syllabes; pour le plaisir de faire un vers bien balancé, il nous dira 
que les jansénistes ont goûté 

L'austère volupté des belles hérésies, 
ce qui transformerait ces vieux fanatiques, hypnotisés par l'enfer, 



— 112 — 

en dilettantes, précurseurs de son ami Baudelaire... Mais le mérite 
de M. Mauriac est ailleurs : il est dans sa jeunesse extrêmement sen- 
sible, prompte à s'analyser, dans la culture des « états d'âme » aux- 
quels il a le loisir et le goût de se livrer, — et dans tout ce qu'il 
révèle d'impressions gâchées ou ensevelies à ceux-là qui ont juste le 
temps de vivre. 

7. — Avec M. pierre Lestringuez, nous demeurons encore sous 
l'influence dominatrice de Baudelaire (nous retrouvons dans le Beau 
Pays certaines de ses expressions); mais, de plus, Verlaine est passé 
par là, apportant ses impropriétés de termes, ses bavures, ses ryth- 
mes déconcertants et surtout son inspiration sans élan et sans éner- 
gie. M. Lestringuez dédie certains de ces vers,qui racontent en général 
de bien pauvres histoires, à Maurice Magre et à Edmond Gojon; 
mais il est loin d'avoir le souffle lyrique du premier et l'écriture artiste 
du second. 

8. — On éprouve une grande déception à lire les Chants et poèmes 
solognots de M. Paul Besnard; dès l'abord, on est séduit par le bon 
accent de terroir de ce livre, par sa verve paysanne et son allure de 
santé... Puis, tout à coup, on tombe sur des grivoiseries, des saletés, 
des niaiseries anticléricales : par exemple, dans Tu t'en trouvras ben, 
l'auteur cherche à établir que le meilleur moyen d' « arriver « aujour- 
d'hui, en France, c'est d'avoir été élevé dans une école catholique et 
d'être patronné par les royalistes ! Quant à Rêve de Curé et à Jeanne 
d'Arc, ce sont de pures ignominies, de la littérature pour Homais. 
Ce n'est pas avec cela que l'on rénovera nos patois provinciaux. 

9. — Nous arrivons vite, pour nous cojisoler un peu, au Cantique de 
la Seine, où M. André Mary s'est affirmé un de nos meilleurs poètes : 

... Je veux honorer le ))eau fleuve gaulois 

La douce et claire Seine 
Qui, seule, s:nt parler à mon cœur d'une voix 

Divinement humaine, 

Que ce soit au printemps, aux portes de Paris, 

Où la Marne tirdive 
Te rejoint au milieu des cent vergers fleuris 

Qui parfument ta rive, 

Que ce soit sur ces quais vénérés, Ou je peux, 

Quand le soir me délivre, 
F'àner loin des tracas, près des palyis pompeux, 

Le front sur quelque li re, 

Ou monter sur le poat de tas Ijgers bateiux, 

Quand l'air se rassérène 
Et qu'il fait bon, de loin, contempler les coteaux 
De Sèvre et de Suresne... 

Autour de ces clairs paysages séquanais, tracés avec tant d'exacte 



— 113 — 

mesure, le jeune poète a su évoquer, peut-on dire, rossence de notre 
patrie et de son génie. Peu d'écrivains, certainement, l'ont pénétrée 
autant que lui, et pour aimer la France, il l'a étudiée profondément. 
Faut-il s'étonner dès lors que Ton sente parfois transparaître chez lui 
le souvenir de ses immenses lectures, depuis les conteurs de notre 
moyen âge jusqu'à Banville, depuis Ronsard jusqu'au bon Coppée 
lui-même? Non; il n'y a là en tout cas qu'un abus de richesse, d'éru- 
dition, de ressources littéraires; ne nous plaignons pas que la mariée 
soit trop belle, et souhaitons à M. André Mary de continuer son œu- 
vre, qui sera certainement, chose rare en ce temps-ci, une œuvre 
vraiment française. 

10. — Du Cantique de la Seine à la Chanson des mendiants, le saut 
est brusque; dans ce livre curieusement édité, avec portrait^ hors- 
texte et croquis de M. Max-Pierre Jouret, M. J.-F. -Louis Merlet a' 
repris, en vers le plus souvent libres, des thèmes bien usés, que M. Mau- 
rice Magre a galvanisés pour la dernière fois dans la Chanson des 
hommes. Quoique le fougueux Emile Verhaeren déclare, dans la pré- 
face, que voici un « poème ardent, tumultueux, enflammé, brûlant de 
pitié, tour à tour violent et doux, clair et sombre, rageur et clément », 
il nous est impossible de suivre M. Merlet nous présentant un Christ 
anarchiste qui lève la torche « pour brûler et purifier dans les cités 
les foyers d'injustice et de cruauté. » Sommes-nous en 1848 ou en 
1912?' 

11. — Très loin de ces divagations révolutionnaires, un mystérieux* 
I. R.-G., et à qui l'on doit déjà de nombreux recueils de vers, publie 
sous le titre : Les Chants du cygne, un volume de rondels, de dizains, 
de distiques et de sonnets, où une foule de pièces fugitives enferment 
des pensées délicates. * 

12. — Le Chant des sources, par M. Pierre d'Arcangues, rontre un 
peu dans la même catégorie de livres de salon. On ne peut apporter 
rien de bien neuf en littérature, quand on se contente de célébrer les 
Feuilles mortes, le Vieux Cimetière, le Clair de lune, Noël, la Mer, 
l'Avril et autres choses inattendues. Et l'auteur, cependant, écrit en 
pays basque, au milieu des plus fraîches sources d'inspiration ! Il ne 
s'en est guère souvenu que dans son titre, et par ci pa'r là... 

13. — Quand j'ai ouvert le Crépuscule de Dionysos, de M. Paul- 
Louis Aubert, j'ai été frappé au contraire de la personnalité et de la 
vigueur de ce recueil. La première partie, malgré son pessimisme 
romantique, renferme des poèmes vraiment admirables, tels que le 
Sphinx. Malheureusement, cela ne dure pas. Dès les Sonnets, la ma- 
tière se gâte, et les Flymnes et les stances, qui suivent, semblent avoir 
été hâtivement entassés pour donner au volume la Jongueur néces- 

FÉVRiER 1912. T. CXXVI. 8. 



_ 114 — . 

saire. M. AubeiU, en un poème limii.aire, exalte l'Ait, et dit au 

poète : 

Sois probe et sérieux quand tu le servira*?, 

Ce n'"est qu'aux patients qu'il o:;lr'otivre ses bra=. 

Or, tout son livre, par les succès de sa } umièie partie et les échecs de 
la seconde, est une illustration de ce d'stique. 

14. — Ce n'est pas le défaut de patience, par contre, que l'on pourra 
reprocher à Arsène ^^ermenouze ni à son exécuteur testamentaire. 
Le regretté poète d'Auvergne attendit jusqu'après la quarantaine 
pour publier ses premiers vers et, dans sa courte carrière, se montra 
toujours le plus scrupuleux et le plus probe des écrivains. Après sa 
mort, son ami, je pourrais dire son directeur de conscience, M. Ga- 
briel Aubray, au lieu de se hâter d'entasser les Reliquiae et de nous 
donner pêle-mêle tous les vieux papiers du défunt, a su faire un 
triage courageux, bien plus digne de la mémoire de \'ermenouze, et 
nous offrir ainsi, avec les Dernières Veillées, wn livre à peu près par- 
fait. Avec une grande émotion, je feuillette ce livre, ouvert par l'ef- 
figie anguleuse, vigoureuse, caractéristique, à la fois espagnole et 
celtique, de cet Auvergnat qui ressemblait un peu à Don Quichotte, 
et je relis tant de ces poèmes, dont j'ai eu les manuscrits en mains, 
dont j'ai souvent corrigé les épreuves sur les indications toujours 
insatisfaites de ce pur artiste trop ignoré. On parle de Francis Jam- 
nies et de nos jeunes poétesses naturistes; on parle de François Fabié 
et des écrivains les plus fidèles à leur terroir : pourquoi oublie-t-on 
trop souvent Arsène Vermenouze, grande âme chrétienne, peintre 
inégalé de sa province, aussi bien en langue d'oïl qu'en langue d'oc? 

Les Dernières Veillées, dans leurs fragments mutilés, sont encore 

plus belles c^'En plein Vent ou que Mon Auvergne; les prosaïsmes du 

début ont presque tous disparu; le vers est plus souple, plus affiné : 

il a fréquenté les jeunes maîtres symbohstes; le sentiment chrétien 

s'y pare des images plus riches que réclame notre poésie. Par exemple. 

cette communion de Noël : 

Et quand le prêtre prit l'hostie en ses mains p'des, 

Ils s'ai)prc'chèrent tous, émus et recueillis, 

Et ce fut comme si quelque céleste lis 

Eût, d'en haut, sur leur lèvre effeuillé ses pétales... 

Voyez encore cette page d'anthologie, la Ruche : • 

Décortiqué par l'homme, ébranché par le vent, 
Le tronc fendu, ce chpne-li''ge vénérable, 
Df ns sa nudité rouge et tragique, est semblable 
A quelque grand martyr, écorché tout vivant. 

Mais de ses larges flancs aux béantes crevasses 

S'exhale, aromatique, une senteur de miel, 

Et, pcintiliant d'or clair l'azur riant dv ciel, 

Un vol d'abeillci sort du Titil arbre vivace. ' ' 



^ 115 — 

Car ce sont les s'urirants, les saignants, les meurtris, 
Ceux (jue la vie a déchirés de ses épines, 
Qui conservent, dans leurs douloureuses poitrines, 
Le plus de pitié douce et d'amour attendri. 

Non, Vermenouze n'est pas seulement le plus grand poète de sa 
province — ce qui est déjà beau ; — l'une des gloires du félibrige, car 
s^on œuvre en langue d'oc en fait un des premiers qui marchent dans 
les traces de Mistral : à force de se développer en profondeur, comme 
son illustre maître de Maillane, il atteint l'humanité en général, et il 
mérite d'attirer l'admiration d'autres gens que des folkloristes, des 
curieux des particularités locales ou des partisans indécouragés de 
nos régions françaises. Il s'adresse à tous, et il faut remercier M. G. 
Aubray de savoir si bien prolonger l'écho de cette bonne et grande 
voix. On se souvient encore en Auvergne de la magnifique conférence 
que Jean Richepin lui consacra. Rien d'étonnant à cet enthousiasme; 
car on peut sans paradoxe comparer l'art de Vermenouze à celui de 
l'auteur des Blasphèmes. C'est la même maîtrise prosodique, les 
mêmes rimes inattendues, la même audace d'expression et de mé- 
trique, la même sonorité, la même richesse d'images... Mais ici, au- 
dessus du tumulte ordonné des mots et de la musique savante des 
rythmes, il y a toujours l'ombre dominatrice de la Croix. 

15. — Si les intentions de M. Jean Plémeur sont aussi louables — 
et nous n'en saurions douter en voyant mêlés à son œuvre les noms 
de MM. Henry Bordeaux et Louis Tiercelin — il s'en faut que leur 
réalisation soit aussi brillante. En chantant la Bretagne et les Alpes 
dans Edelweiss et goémons, l'auteur ne s'est guère élevé au-dessus du 
niveau de la mer, et ses étonnements devant les montagnes semblent 
en faire foi : 

Quel Yitan façonna leurs flancs mystérieux 

Et quels i'eux inconnus rougissent leurs carcasses... (p. 80). 

16. — M. Antoine Nicolaï est plus moderne; ses Foyers perdus ap- 
partiennent à l'école, un peu calmée, un peu assagie, de Baudelaire. 
Dans ce recueil, il y a surtout à signaler quelques notations sur la 
Corse, que l'on aurait voulues plus précises, et un sonnet pittoresque 
sur les fameuses « vocératrices » des funérailles, annonçant les ven- 
dettas : 

Prophétesses du deuil aux larges manteaux noir,, 
L'âme de Colombe rugit dans leurs cantiques. 

17. — Une autre région nous apparaît avec les Hêtres de l'Est de 
M. Gabriel de Pimodan, la région dévastée et arrachée par la guerre. 
C'est vraiment l'œuvre d'un fils pieux de la douce France que de 
rappeler nos yeux et notre cœur vers tout ce que l'Alsace et la Lor- 
raine ont apporté à l'âme nationale. Aussi lira-t-on avec intérêt ce 



— 116 — 

livre distingué, jamais banal, où passent les vieilles et poétiques 
légendes des Vosges et du Rhin, présentées de façon très adroite,avec 
un riche vocabulaire. Sur ces thème'' où passent et repassent les châ- 
telaines, les abbesses, les croisés, les sultanes, on aurait pu tomber 
dans le poncif romantique, dans une réplique des Odes et Ballades : 
il n'en est rien. M. de Pimodan s'en est sauvé grâce à des rythmes très 
modernes, grâce à un soin du détail qui conserve à toutes ses « pièces 
à dire » une haute tenue poétique. Et ce livre touchant du souvenir 
et de l'espérance se termine par la superbe ballade mélancolique 
« Au soir du jour et de la vie », adressée à la Dame à la faulx, 
comme dirait Saint- Pol- Roux : 

Vous seulf nous venez en aide au soir du jour... 

^ Nous n'en sommes pas là, et M. de Piniodan nous donnera encore 
beaucoup de beaux vers. '• 

18. — L'Horizon, de M. Claude Couturier, se rattache à peu près 
à la même école poétique. Ce recueil contient de jolies ballades, no- 
tamment celle des « Fleurs qui veulent être cueillies » : <^ 

Que l'on nous cueille, disent-elles. 

Mais les sujets, que ne relève aucun intérêt particulier, laissent traî- 
ner le volume dans la banalité : c'est, tour à tour, du Banville, du 
Coppée, du Sully- Prudhomme... On voudrait du Couturier. '^^ 

19. — La Légende du Mont Saint- Michel, par M. Louis Foisil, vient 
nous prouver à temps, une fois de plus, les immenses ressources ap- 
portées à la poésie par l'histoire de nos terroirs. A notre époque où 
les livres de vers ressassent misérablement les lieux communs les 
plus usés de la sentimentalité, il est séduisant de voir un jeune poète 
se consacrer à chanter une des merveilles de son pays, qui est en même 
temps un des plus purs joyaux de France. M. Louis Foisil a donc écrit 
patiemment une chronique rimée du Mont Saint-Michel : et vous 
pensez bien qu'elle ne manque pas de quelques prosaïsmes; elle au- 
rait pu aussi, ce me semble, être plus nourrie, plus complète — un 
poème sur l'Archange fait défaut, au début — et elle aurait pu de 
cette façon se passer des sonnets normands qui complètent le volume; 
mais enfin, c'est une œuvre qui révèle une volonté, une pensée élevée, 
un culte sincère de l'art. Je n'en veux pour preuve que cette invec- 
tive contre la fameuse digue; elle indigne M. Foisil à juste titre, et 
par une invention poétique qui aurait ravi Huysmans, il y voit une 
revanche de Lucifer : ? 

Et Id Digue allonge;'it sn courî)e de couleuvre. 
— Lui, Satan, contemplait, en ricanant, son œuvre : 
Ce per'ide chemin à tous venants ouvert 
Di^couronnait le Sî-int du Péril-de-la- Mer, 



— 117 — 

Y versait le venin de la Bête vaincue 1 ': 3 

20. — Nous nous délasserons un instant avec En Marche vers les 
cîmes, de M. Emile Pignot, qui continue bravement à faire des vers 
qui datent à peu près d'un demi-siècle. II l'avoue d'ailleurs sans am- 
bages en exaltant Victor Hugo, « interprète do la République » et 
« sauveur de la patrie » : . := , 

Et voilà que, du fond des horizons inamenses, 

Monte le pur s/leil Lai^nant d'or les semences. 

Il monte, rouge et vaste, et son ascension 

Est une formidable bénédiction. 

Mctrr Hugo, je voi? dans son orbite rouge, 

Qui monte et s'^ilargit sur le monde qui bouge 

Et semble le dossier d'un immense fauteuil. 

Je vois, maître, ton buî^te énorme, ô saint aïevl ! 

Espérons que M. Pignot a tout vu. 

21. — M. Robert Lestrange a, lui aussi, le culte de Victor Hugo; il 
y joint celui d'Edgar Quinet et de Richepin. Il doit également aimer 
Banville, car il refait sans trouble la fameuse Ballade des pendus. 
]\/[me Lucie Delarue-Mardrus, dans la préface qu'elle a écrite pour le 
Miroir enchanté, déclare que « c'est un plaisir de parler d'un poète 
dont la sincérité va parfois jusqu'à l'ingénuité. « Cette ingénuité 
n'empêche pas M. Lestrange d'insulter l'Église et ses «gras cardinaux» 
et de refaire à sa façon le discours de l'abbé Daniel, du Duel, à la 
duchesse de Chailles : 

O femme, au cœur de qui bout l'ardente chimère... 

On préférera probablement s'en tenir à la prose de M. Lavedan. v 

22. — L'Ombre du temple, de M. R. de Manoël-Saumane, n'a rien 
de commun avec ces pauvretés. C'est un livre païen très bien écrit. 
Lisez, par exemple, V Inscription sur une fontaine : 

riumnie, pnsse sans bruit. Tu ne sais rien des choses. 

Le doute est ta science, et c'est ta vanité; 

Profita des effets, ne cherche pas les causes" : 

Respecte le secret de la divinité. 

Qu'es-tu donc? Un esprit qiù se count ît à peine, 

Porté fa tellement vers son destin obscur; 

Tu ne reflètes rien, et vois cette fontaine : 

Dans la candeur de l'eau se mire tout l'azur. 

— Homme, suis ton chemin sans fatuité vaine. 

Sois modeste devant le mystère éternel, 

Toi qui n'as que tes yeux pour regr.rder le ciel. 

Malheureusement, tout ceci après Hérédia, Samain, Henri de Ré- 
gnier, c'est pur exercice d'école; aujourd'hui, les vers antiques ne 
doivent servir qu'à enfermer des allégories modernes et des « pen- 
sers nouveaux. » 



— 118 — 

23. — Dans tous ses livres, le lyrique qu'est M. Joachim Gasquet a 
appliqué ce principe; sa muse, à la fois impétueuse et hiératique, ne 
s'est jamais diisintéressée des problèmes contemporains. Après avoir 
beaucoup évolué à travers tous les systèmes politiques et sociaux, 
il en est arrivé à l'optimisme gratuit qui fut le lot de Victor Hugo. 
Aujourd'hui, dans son Paradis retrouvé, il fait siennes toutes les idées 
d'un Enjolras, il paraphrase V Internationale et salue déjà les États- 
Unis d'Europe : 

L'arc triomphcJ est là. La Paix t'ouvre son arcl.e. 
Venez, de tous pays, passez, ntétiers en m-xrche 
Sous l'hymne de la Tour Eirfel. 

Quelque estime que l'on professe pour le talent éprouvé de M. Joa- 
chim Gasquet, quelque souvenir inaltérable que l'on garde de sa 
belle campagne des Pays de France, il est bien difficile de le suivre 
dans cette voie. D'ailleftrs, il semble que Victor Hugo n'ait pas seu- 
lement troublé ses pensées, mais aussi boursouflé un peu sa forme, 
si respectueuse jadis des disciplines classiques. On est un peu 
étonné par 

Les sanglotantes mains du Scnge universel; 

et, dans un superbe poème, d'ailleurs, consacré à « la Gloire de Mar- 
seille », on est un peu gêné de voir Puget, qui venait sur le quai, 

Et de ses yeux nerveux pétrissant l'air en flamme 
Sculptait sur l'horizon les galères du soir. 

Ah !M. Gasquet, ce ne sont pas les oliviers de votre divine Provence 
qui vous ont chuchoté ces inspirations-là ! 

24. — M. Gustave Zidler, par un chemin mélancolique, nous ramène 
à la vérité. Encore un bon poète qui n'est pas à son rang ! Cette fois, 
il s'inscrit dans la phalange de ceux qui, depuis le drame de Ville- 
quier, ont exhalé leurs plaintes paternelles. Sans égaler le livre admi- 
rable que M. Charles de Pomairols consacre à la mémoire de la petite 
Lili, Pour retrouver l'.enfant, de M. Gustave Zidler, est un recueil fort 
touchant, plein de sentiments sincères et de pensées ingénieuses. 
Dans la suite d'élégies où il évoque la mémoire de son fils, il fait par- 
fois penser à M. Louis Tiercelin, qui déplora fort harmonieusement la 
perte de sa petite-fille; mais il trouve aussi des accents fort person- 
nels, qui tireront les larmes des yeux. Je sais bien que certains s'éton- 
neront de voir un chrétien comme M. Zidler ne demander à Dieu pour 
son paradis 

Que l'éternel trésor de l'Enfant retrouvé; 

ce n'est peut-être pas d'une mystique très orthodoxe : mais comn e 
c'est tendrement humain ! 



~ 119 — ^ '; 

Quelques prosaïsmes, bien difficiles à éviter en un sujet aussi in- 
fime, mais qui ressortent davantage sur la trame rigoureusement 
parnassienne du style. Coppée n'y a pas échappé. 

25. — • Après ce son si clair d'une belle âme, les Rê^>es exaltés, de 
M. Lucien Boudet, sonnent quelque peu faux. Toute l'originalité de 
ce livre baudelairien réside dans sa conclusion : un appel au néant et 
un blasphème. 11 vaut mieux ne pas insister. 

26. — Le livre de M. Paul Sentenac — un débutant — : Tout mon 
cœur par tous les chemins, est plus personnel. Il y a là du sentiment 
(et aussi de la sensualité) et un goût assez vif de la beauté. Mais que 
le style en est donc parfois lâché î j ,£ ^^ 

... J'ai sorti de leur oTjscur recoin .' 

Mes premiers vers, laissés pour que je les oublie, 
Et maintenant j'ai peur de les aim3r biea m>ins, \ 

Commo un enfant devant des choses dém')lies... 

On n'a pas le droit d'écrire ainsi quand on porte en soi une âme 
de poète, et en d'autres pages M. Sentenac nous le laisse fermement 
•espérer. 

27. — Mêmes incorrections dans le livre de M. Jean- Paul Tort -.La 
Veillée solitaire, qui semble bien être d'un disciple de Samain; mais 

l'âme qui s'étale en ce livre inquiétant et prenant quand même, appa- 
raît singulièrement pessimiste, dégoûtée, amère, antichrétienne, sans 
idéal; elle n'a vu dans le xvii*^ siècle que « courtisans débauchés, 
marquises hypocrites...», et pourtant, au milieu même de cette boue, 
il y a des fleurs de vraie poésie. Quel dommage qu'il soit si difficile 
d'aller les cueillir ! 

28. — Nous n'aurons pas les mêmes regrets devant la Vie qui 
s'ouvre, où M. Jacques Boyer dédie à son père, à sa mère, ses « pre- 
miers essais de la seizième à la vingt-unième année. » Peut-être, à la 
place des parents de ce jeune homme, lui conseillerions-nous de nous 
offrir des aspirations plus saines, d'apprendre la prosodie et la ponc- 
tuation. Mais il annonce dans sa dédicace que « les soucis de l'exis- 
tence l'éloigneront du recueillement de la poésie. » Tout va bien. 

29. — Parlons sérieusement de M. Henri Bouger, dont les Visions 
du chemin sont un livre sérieux, d'une perfection formelle très rare à 
notre ^ poque, bien que je n'aime guère : 

J'aurai tissu bientôt tmite ma destinée (p. 17). ' 

M. Bouger est un solide h.-ritier des romantiques et des parnas- 
siens. Son œuvre est un peu froide; le marbre l'est aussi. Mais il est 
peu de poètes contemporains capables d'écrire avec cette richesse et 
cette suret) de longs poèmes symboliques comme l'Etrangère, ou le 
Pèlerin, qui par-dessus le marché est disposé en terza rima. 



— 120 — 

Certes, nous ne suivons pas M. Rouger dans ses exposés philoso- 
phiques, qui vont droit au matérialisme le plus noir ou à l'utopie 
révolutionnaire. Nous ne nous occupons ici que du poète, et son atti- 
tude méditative et hautaine, son respect de la forme et de l'art doi- 
vent être soulignés. Nous ne pouvons citer longuement; contentons- 
nous de cette fin de sonnet sur Tliraséas mourant : 

Ft tandis que, la voix presque éteinte, les mains 
D jà froides, le fils des grands aïeux romriins 
Parle, en montrant du doigt les taches élargies,^ 

L'envoyé «le Néron, pâle, le front baissé, 
Respire malgré lui, sur les dalles rougies. 
L'acre libation faite du sang \ersé. 

Nous souhaitons à beaucoup de jeunes poètes de travailler dans ce 
goût. 

30. — C'est ce que fera certainement M. Léon Lahovary, quand 
il se sera dépouillé d'une trop grande exubérance. Déjà son second 
recueil, les Autels et les Tombes,esi notablement supérieur au premier. 
On y trouve une âme vibrante, trop vibrante, trop prompte à exté- 
rioriser tous ses sentiments, et qui ne sait pas encore suffisamment 
séparer ce qui doit appartenir à la pure intimité de ce qui peut être 
publié et intéresser l'ensemble des lecteurs. Mais il y a de l'âme, et 
c'est beaucoup. 

31. — Justement, voici les Paysages de l'âme, de M. Frédéric Sais- 
set. Ici, nous avons affaire à un poète qui a atteint la maîtrise. Sur 
des thèmes moins forts que dans son précédent ouvrage, les Mois- 
sous de la solitude, avec une fluidité qui rappelle son premier volume, 
Au fil des rêves, dont Rodenbdch écrivit jadis la préface, M. Saisset 
nous donne une série de poèmes psychologiques des plus délicats, 
parmi lesquels nous citerons Connaître, Toi qui n'eus pas d'amour, 
V Impénétrable... Le recueil manque toutefois d'unité, car nous sor- 
tons ensuite des « paysages de l'âme », pour entrer en des te poèmes du 
RoussiUon « qui n'ont rien d'abstrait. Là, notre auteur révèle une face 
nouvelle de son talent ;il s'y affirme méridional épris des couleurs, des 
ligTies, des traditions pittoresques de son pays natal; et sans égaler le 
coloris éblouissant de son compatriote Henry Muchart, il célèbre, en 
une série de vives aquarelles, 

Le parler catalan, si ruile et savoureux, 

Et les danses au vol rythmique et gracieiix. 

Les feux de la "Saint- Jean qui dans la nuit s'allument... 

... tous ces chants du terroir . 
La Repa, lo Pardal, Montanyes régalades, 
Le vin qui coule en cascadantes « xirritados » 
Dii haut du bras levé, le vin, fils du pressoir; 
.. Les jeux du carnaval effervescents et fous... 



— 121 — 

et enfin, surtout, 

... le long de rom!)re des platanes, 
Flirtant leur cruche en grès, les fines Catalanes 
Avec leur coiffe ronde et leur f> ulard pointu. 

Il n'y a pas à regretter que I\I. Frédéric Saisset ait abandonné un 
instant les « paysages de l'âme, » puisqu'il sait si bien regarder le 
monde extérieur. 

Poésie féminine. — 32. — Nous voici arrivés aux dames avec 
Dans le jardin de noire amour. M^^e Alice Clerc a aimé; elle avaitun 
cœur, nous dit-elle, « qui ne demandait qu'à souvrir et s'étendre ». 
Après avoir rêvé qu'elle possédait tout ce qu'elle désirait : « la beauté, 
la richesse, une villa normande, » eUe a vu enfin arriver l'ami tant 
attendu. Jour triomphant ! 

... Les fleurs 
Nous ten/'ent leur cou mince et leur ronde cordlle. 

Mais l'ami montre déjà quelque scepticisme; elle soupire : 

.Ma sensibilité florale est si-.ns échos. 

Et l'aventure, d'une banalité affreuse, se termine : 

De loin vous prépariez la rupture avec moi, 

Et vous l'avez effectuée. 
Mon âme est morte, et c'est vous qui P.ivez tn& ! 

Cependant, fidèle à l'ordinaire logique féminine, cette âme,' défini- 
tivement assassinée, goûte une éternelle joie. Ne nous frappons pas. 

33. — Laissons la plaisanterie pour signaler les Souvenez- voit s de 
M™^ Claire Virenque, qui sont un des livres féminins les plus remar- 
quables de ces dernières années. C'est une série de poèmes d'amour, 
mais d'amour dominé par la piété, par la raison, par une forte disci- 
pline chrétienne, et exprimé dans un langage tellement sincère, tel- 
lement spontané qu'il ne porte presque plus de parure, ni de 
date. La partie la plus remarquable de ce volume me semble 
le dialogue qui en occupe à peu près le centre et s'intitule : 
L' Impossible Tendresse. 11 nous fournit une note tout à fait person- 
nelle, en traitant la vieille question de savoir si l'amitié, la pure ami- 
tié, est possible et durable entre un homme et une femme : 

T'.st-il une tendresse à côté de l'amour 
Aussi grande que lui, m is de forme idéale, 
Où l'âme, qui cherchait s^, sœur et son égnle, 
Trouve un bonheur prefoad et pur cunime le jour? 

Dans le cas particulier dont elle nous décrit toutes les phases, et avec 
quelle souple délicatesse, M"^® Virenque répond négativement. 
L'homme n'a pas su s'égaler à celle qui lui disait si bien : 

Artisan d'ici-b.-is, travallie pour le ciel. 



— 122 — 

et qui lui offrait stoïquement 

Qu'une autre soit l'aimée, et ni'U l'ancre gardien. 
Alors, ils se sont éloignés, comme elle l'a voulu, 

Sans m'-me se tourner sur leur geste hér(iï]U'^, 

et, après les renoncements nécessaires, si vaillamment acceptés, il ne 
reste plus aux cœurs déchirés que les consolations divines : mais c'est 
l'abime insondable de l'amour ! , 

Qu'importe que ton rêve m3ure, 

— Pleure, si tu veux, pleure un peu — 
Mais pense à Celui qui demeure : 

Plus haut que ton amour, vois Dieu. 

• Qu'importe que ton r.m"»ur passe, 

— Pleure, si tu veux, pleure un peu — • 
Mais regarde à travers l'espace : 
Plus haut que ton amour, vois Dieu. 

Qu'importe ton mU ou ta peine, 

— Pleure, si tu veux, pleure un peu — 
Mais qi''est-ce que la vie humaine? 
Ai'-dessï s de ton mal, vois Dieu. 

Nous n'avons pas la place d'en citer davantage. Mais ceci suffit à 
montrer que M"^^ Virenque, qui a fondé le prix de Littérature spiri- 
tiialiste et a donné un si vif essor au renouveau chrétien de la jeune 
poésie, peut aussi offrir des modèles de noble inspiration. Dans le 
chœur des voix féminines d'aujourd'hui, elle est la muse de la pure 
tendresse. ,j 

34. — M"i^ A. de Bary n'a pas d'aussi hautes ambitions; dans ses 
Voix de la montagne, elle se contente de noter des paysages, des lé- 
gendes alpestres, beaucoup d'inutilités et un certain nombre de 
chansons qui doivent être charmantes en musique. 

Anthologies. Recueils. — 35. — L' Antologia procenzale^de M. E. 
Portai, est une preuve éclatante et nouvelle de l'attention apportée, 
au-delà de nos frontières, à notre littérature félibréenne. 11 y a peut- 
être trop de choses dans ce recueil; mais c'est un vaste répertoire qui 
fournit bien des morceaux oubliés et introuvables et qui rendra, 
même aux Français, de notables services. Ajoutons que l'auteur s'est 
documenté auprès d'autorités sérieuses : Paul Roman, Esticu, Per- 
bosc. On regrette seulement que les biographies des auteurs cités 
soient séparées de cet excellent volume. 

36. — Nous n'avons pas à revenir ici sur la discussion élevée au- 
tour des Œuvres inconnues de Racine, découvertes par M. l'abbc Bon- 
net à Saint-Pétersbourg. Ces paraphrases des Psaumes, attribuées 
jusqu'ici à Eustache Lo Noble, sont-eUes de Racine? M. Bonnet 



— 123 — 

semble l'établir par la qualité du papier, par l'écriture des corrections, 
par d'intéressants rapprochements de style. Quelquefois même, il 
veut trop prouver. De ce que Racine a écrit dans Briiannicus : 

Dans le fond de ton cœur, je sais que tu me h;iis, 

il ne s'ensuit pas que lui seul pouvait écrire dans le psaume XIII : 

Le fou, dans le fond de son cœur (p, 155) ; 

et de ce que nous trouvons dans Phèdre : 

Minos juge aux enfers tous les pâles humain<5, 
il n'y a pas à inférer qu'il soit l'auteur de ce vers du même psaume : 

Ils traînent le malheur et la pâle tristesse (p. 1561. 

Quoi qu'il ensoit, il faut remercier M. l'abbéBonnet de nous avoir 
rappelé une œuvre qui aura désormais sa place dans notre grande 
poésie religieuse. Certains sonnets — on les a cités déjà un peu par- 
tout — sont fort beaux. D'autres sont ordinaires. Par exemple, pour 
traduire : Quoniam contiirbata siint ossa /nea, je n'aime pas beau- 
coup : 

... C''lmez le trouble qui me tue 
Et de mes os perclus rassurez les ressorts (p. 5); 

Ni, en regard de : Et non est sanitas in carne meâ, 

Quand tout mon pauvre corps n'a pas une paT*tie 
Où je plisse trouver une ombre de santé (p. 38). 

Mais arrêtons-nous; en critiquant Eustache Le Noble, nous pour- 
rions avoir l'air de manquer de respect à Racine. 

Poèmes en prose. — 37. — Il est difficile de définir les lois des 
poèmes en prose : ceux que M. Gabriel Sarrazin a réunis dans la Chan- 
son du poète errant ne nous y aideront pas, car leur rythme est presque 
insaisissable. Toutefois ce sont de délicates notations poétiques, un 
peu brèves, tantôt sur des états psychologiques, tantôt sur des voya- 
ges. Remarqué principalement les Châteaux du Roi de Bavière, et 
Arles, « fleur de Provence, /ries des Arlésiennes, cité de la beauté 
vivante... » 

38. — La manière de M. Paul Fort est plus facile à saisir, puisque, 
avec force licences, il se contente de rythmes connus, simplement 
disposés à la queue leuleu. Nous avons déjà signalé le charme de cette 
poésie fantaisiste. Mais pourquoi paraît-elle avec un semblable désor- 
dre? La 3® édition d'Ile de France, qui vient de nous arriver est ex- 
quise avec ses promenades à Coucy-le-Château, Senlis, Saint-Jean, 
aux-Bois, Roissy-en-France, Jouy-en-Josas, etc. Mais pourquoi, tout 
à coup, les ballades, quelquefois un peu lestes, de Margot mon page, 
viennent-elles rompre l'unité du volume? 



— 12'i — 

39. — Dans l'Aventure éternelle, c'est encore plus d( ccnceitant : le 
recueil comprend le premier livre d'une histoire d'amour, puis des 
pages délicieuses consacrées au Gâtinais, pleines de poésie et à,e drô- 
lerie, sur Château-Landon, Nargis, le canal du Loing, et les deux 
villages inattendus de Mont-cochon et des Pieds-Chauffés : « A qui ne 
le sait pas faites-en confidence; j'aime les Pieds-Chauffés; j'aime 
aussi Montcochon. « Il faudrait bien classer un peu toute cette pro- 
duction luxuriante : mais M. Paul Fort le voudra-t-il jamais? 

Critique. ■ — 40. — M. Louis Mandin peut-être pourra nous répon- 
dre, lui qui, mieux que personne, connaît les Ballades jrancaises et 
leur auteur. Son étude est fort utile à consulter. 

41. — Il est difficile d'en dire autant du Nouvel Essai sur Vinten- 
sisme en poésie, où M. Charles de Saint- Cyr emploie bien des pages 
et un mot nouveau pour remuer de vieilles idées. Il a raison de ne 
pas se laisser éblouir par M. Rostand ni par M. Fernand Gregh; mais 
Leconte de Lisle a écrit le Manchy et non le Manchez (p. 49) et l' Al- 
batros, de Baudelaire, n'est pas un sonnet. 

42. — Les Mélanges de linguistique provençale, de M. F -N. Nicol- 
let, renferment sur « le provençal d'Arles au xiii^ siècle » des rensei- 
gnements intéressants pour la littérature félibréenne et l'œuvre de 
Mistral 

IL Théâtre. — 1. — H y a des sujets dans l'air que plusieurs au- 
teurs traitent simultanément. L'An Mille est de ce nombre. Le drame 
que M. Victor Kinon a composé sur ce thème ne ressemble guère, 
d'ailleurs, à celui que M. Maurice Magre fit exécuter, l'été dernier, 
à Albi et à Toulouse. C'est une sorte de formidable mélodrame, qui 
oscille entre les Burgraves et la Princesse Maleine de Maeterlinck : 
cinq actes épouvantables de fureur, d'orgie et de démence. Le grand 
défaut de cette pièce, c'est de s'achever comme la réelle fin du monde; 
à ce point de vue, le dénouement de M. Maurice Magre, qui nous mon- 
tre les hommes sortant de leur terreur et reprenant goût à la vie, est 
bien plus exact et saisissant. Mais, malgré tout, malgré des situations 
d'une invraisemblance exaspérée et un style emphatique et boursouflé, 
cet An Mille de M. Kinon a de la puissance, de la grandeur, et produi- 
rait certainement un effet impressionnant sur la scène. 

2. — Dans une note plus mesurée, le Théâtre chrétien de M. Paul 
Janot se recommande tout spécialement à notre attention. Il ne 
s'agit pas du tout des habituelles pièces de patronage, mais de véri- 
tables drames, mystères, comédies, employant les vrais moyens du 
théâtre à la diffusion des idées patriotiques et religieuses. Nous 
applaudissons au succès à' Au Clocher qui fut représenté à Paris, en 
juin dernier; mais le volume contient d'autres œuvres au moins aussi 
remarquables : Magnificat, émouvant épisode de l'expulsion des con- 



— 125 — 

grégations; CAec Pilate, excellente satire dans la manière de Courte- 
line, et qui ne comprend que des rôles d'hommes; enfin l'Ange de 
Noël, une sorte de délicieux « miracle, » moderne et archaïque à la 
fois, qui est un vrai petit chef-d'œuvre et au sujet duquel M. Maurice 
Barrés a écrit à l'auteur : « Votre affabulation est d'une imagination 
rare, poétique, qui m'a rappelé certaines fables religieuses du moyen 
âge, ces charmants contes de la Vierge, où l'on voit des personnages 
de la plus noble qualité se dévouer au service de Notre-Dame. » 

3. — La Babel, de M. Adolphe Môny, fait aussi partie d'une série; 
mais elle appartient au genre tout différent des énormes tragédies 
dont les théâtres de plein air ont donné le goût. Ingénieur des mines, 
médecin, oculiste, sculpteur, alpiniste, M. Môny a beaucoup travaillé, 
jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. Il est douteux cependant que ses 
pièces de théâtre, injouées, conservent sa mémoire. 

4. — Encore du théâtre imprimé, après de vaines attentes chez les 
directeurs, que : La Peine de vivre et Châtiment. M. Êrnile Pierret, leur 
auteur, qui se lamente avec raison sur la décadence de notre art dra- 
matique, semble croire que M. Paul Bourget n'a dii qu'à son grand 
nom d'imposer sur le Boulevard des œuvres comme la Barricade. Il y 
a là une petite exagération. La Barricade' peut offrir des tendances 
discutables : elle n'en est pas moins, surtout dans ses trois premiers 
actes, un drame supérieurement agencé et dialogué, alors que les 
pièces de M. Pierret se font remarquer soit par leur décousu, soit par 
leur inexpérience. On a rendu service à leur auteur, qui peut être un 
probe écrivain et un excellent moraliste, en ne les exposant pas aux 
feux de la rampe. 

5. — Serait-il prudent de tenter cette épreuve avec VOtage, de M. 
Paul Claudel? On me pardonnera d'en douter. Je ne méconnais point 
le grand talent de Paul Claudel et je crois que, de tous ses drames 
symboliques, VOtage est le plus compréhensible. Toutefois, cette 
pièce philosophique, politique et religieuse, qui se déroule entre 
l'ancien régime, la société nouvelle, la France, l'Église et la foi, 
sous les personnages du Pape Pie VII, du curé Badilon, de Sygne de 
Coûfontaine, de son oncle le vicomte Ulysse -Agénor- Georges de Coû- 
fontaine et Dormant, et du baron puis comte Toussaint Turelure, 
préfet de la Marne puis de la Seine, agite de trop formidables pro- 
blèmes, sous son style tout en versets comme l'Apocalypse, pour 
qu'un public, même très éclairé, puisse, au vol, en pénétrer le sens. 
Contentons-nous donc de lire l'Otage dans sa superbe édition ; tâchons 
d'en goûter toutes les beautés — quelquefois en nous prenant la tête 
à deux mains — et ne regrettons pas que M.Claudel ne dispute aucun 
brin de laurier à MM. de Fiers et de Caillavet. 

6. — MM. Martin- Valdour et Charles Gallo, eux, ont été joués, et 



— 126 — 

si ce n'était un dialogue beaucoup trop haché, à l'imitation de Ros- 
tand, leur conte en vers : Pendant la croisade, ne ferait pas trop d© 
concessions à la triste mode du jour. La place nous manque pour ana- 
lyser cet acte très bien agencé, tout à la gloire de la femme française et 
à l'exaltation des plus nobles sentiments. Oserai-je noter, en marge^ 
que l'adjectif pieux compte deux syllabes? C'est le substantif pieu 
qui n'en a qu'une. 

7. — M. Maurice Obvaint, lui aussi, nous envoie trois petits actes^ 
représentés à la Comédie -Française et à l'Odéon, s'il vous plaît : La 
Champmeslé au camp, la Ballade à Bérengère, l'Apothéose de Musset. 
Je ne suis pas très sûr que M. Olivaint ait un sens très profond du 
théâtre, de l'intérêt dramatique, mais, en tout cas, c'est un écrivain 
maître de sa plume. Il le prouve dansles nombreux poèmes qui accom- 
pagnent ses petites pièces et qu'il a groupés sous le titre général de :- 
Poèmes de France et d'Algérie. Il y célèbre tout à tour la Normandie, 
l'Algérie, ses émotions personnelles et d'aimables fêtes officielles.. 
Toutefois, ses imitations des poèmes arabes nous laissent un peu rê- 
veur : 

Ses dents sont un collier de perle? qui repose 
Au fond d'un riche, écrin sur de l'ouate rose... 
— ... Je ris des yatagans aux hunes bien trempées, 
Mais j'ai peur de tes cils, ces mignonnes épées. 

Je n'aime pas M. Maurice Olivaint en mamamouchi. 

8. — Terminons par le théâtre en plein air, pour nous consoler des 
rigueurs de la saison : Le Réveil, de M. Henri Guerlin, a été créé, le 
13 août dernier, sur le Théâtre de verdure de Courçay-sur-Indre. 
C'est l'histoire, un peu longue, de nos paysans de Touraine, maltraités 
et rançonnés par les Anglais, mais peu à peu reprenant courage et 
relevant la tête au bruit de l'arrivée de Jeanne d'Arc.Au dernier acte, 
on entend les trompettes de la sainte Libératrice et le chant du 
Vexilla Piegis, qui annonce sa marche triomphale. C'est un beau mo- 
ment, mais bien longtemps désiré. îà Armand Praviel. 



HISTOIRE, ART ET SCIENCES MILITAIRES 

Mémoires du capitaine Bertrand (Grande Jrm'e 1805-1815J, recueillis et pu liés 
par le colo.;el Chaland de la Guillanche, son petit-fils, Angers, Siraudcr^.u, 
1911, in-8 de 312 p., 5 fr. — 2. Un Héros de la Grande Armée. Jean Gaspard Hulot 
de Collart (1780-1854), par le vicomte du Motey. Paris, A. Picard et fils, 1911, 
in-8 de xiv-585 p., avec pi. et cartes, 7 fr. 50. — 3. Quatre g/'néraux de la Révo- 
lution. 2*^ série. Hoche et Desaix. Kléber et Marceau, par Arthur Chuquet. Paris, 
Fontemoing, 1911, in-8 de 47'i p., 7 fr. 50. — 4. Les Levées départementales dans 
V Allier sous la Révolution (1791-1796), par le lieut'-co!''' Dulac. T. II. Paris, , 
Plon-Nourrit, 1911, in-8 de 520 p., 7 fr. 50. — 5. ZUich. Masséna en Suisse, par 
le capitaine L. Hennequin. Paris et Nancy, Berger- Le vrjiult, 1911, in-8 de xxii- 
559 p., 12 fr. — 6. Guerres d'Espagne, Le Prologue. Expédition iu Portugal (1807), 



— 127 — 

par le licut'-cnb' L. Picaro. Paris, Jouve, 1912, ^r. in-8 de viii-354 p., 5 fr. — v. 
De Munich à Vilna, à Vétat-major du corps bavaroi'i de la Grande Armée, en 1812 
d'après les papiers du général d' Albignac, par le lieut'-col''' Sauzey. Paris, Cha- 
pelot, 1911, gr. in-8 de xxiv-239 p., avec 9 grav. et 9 planches, 7 fr. 50. — 8. 
Soldats suisses au service étranger. Aventures de guerre du capitaine C. Gattlen. 
Vie et aventures d'un pauvre homme du Toggenbourg (U. Braecker). Correspon- 
dance et Journal de A. Massé. Genève, A. Jullien, 1912, in-lG de iv-343 p., 3 fr. 50. 
— 9. Les Gardes d'honneur de la Marne, 1813, pr.r François Sagoi. Pari?, Cham' 
pion, 1911, in-8 de 167 p., 2 fr. 50. — 10. Lettres de 1793, l^e série. Lettres de 1812, 
{re série. lettres de 1815, 1'''= série, par Arthur Chuquet. Paris, Champion, 1911, 
3 vol. petit in-8, de 311, 368, et 413 p., chp.(,ue vol., 3 fr. 50.— 11. 1809. Carn. 
pagne de Pologne. Vol. T. Documents et matériaux français, par Wladyslaw de 
Fedorowic?-. Paris, Plon-Nourrit, 19; 1, in-8 de iv-447 p., 7 fr. 50. — 12. La Vie 
militaire du maréchal Ney, duc d'Elchingen, prince de la Moskcwi, par le général 
H. Bonn AL. T. II. Paris, Chapelot, 19 il. g. in-8 de 508 p., avec portrait et 18 
cartes, 14 fr. — 13. Gands Artilleurs. Le Maréchal Valée, 1773-1846, par Maurice 
GiROD, de l'Ain. Paris et Nancy, Berger-Levrault, 1911, ge. in-8 de 495p.,p.vec un 
portrait, 2 reprod. de talOeaux et 2 cartons, 12 f. — 14. Clauseivitz, par le colo- 
nel Camon. Paris, Chapelot, 1911, in-8 de x-269 p., avec 17 cartes, 4 fr. — 15. Le 
Maréchal Pélissier, duc de Malakoff, par le général D :rrécagaix. Paris, Chapelot, 

1911, in-8 de viii-635 p., avec 3 pi. et 2 cartes, 10 fr. — 16. Voyage d'hi'iloire 
militaire de Mgr le duc d'Orléans en Bohême [août 1910), par le générel Bonnal. 
Paris. Nouvelle Li'irairie nationale, 1911, g*., in-8 de 97 p., avec portrait et fac- 
similé de lettre autogrp.phe, 3 fr. 50. — 17. La G lene de 1870-71 et le Traité de 
Francfort, d'apr." s les derniers documents, par le général Bourelly. Pgris, Penin, 

1912, in-16, vii-221 p., 2 fr. 50. — 18. La Bataille de Frceschwlller. Les Préliminaires, 
les incertitudes, l'événement, par A. de Metz-Norlat. Pa.is et Nancy, Berger- 
Levrault, 1911, in-8 de 124 p., a^vec 2 cartes et un itinéraire du champ de bataille, 
2 fr. 50. — 19. Les Surprises de Baalon et de Stenei/ en 1870, par le capitaine Le- 
clère. Paris, Charles Lavauzelle, s. d., in-8 de 44 p., 1 fr. — 20. Les Japonais 
en Mandckourie, p r le colonel Cordonnier. Paris, Charles Lavauzelle, s. d., in-8 
de 286 p., 6 fr. — 21. L' Armée russe au feu pendant la guerre de 1904-1905, par le,, 
lieutenant de landwehr Richard ULLRicH;trad. par Raoul deMarsollet. Paiis, 
Chapelot, 1911, in-8 de vin-316 p., 6 fr. — 22. Guerre -russo-japonaise, 1904- 
1905. Historique rédigé à rétat-mijor général russe; trp,d. sous la direction du 
2*' bureau de l'état-m'ijor de l'armée française. T. II", 1'^ et 2« parties. Paris, 
Chapelot, 1911, 2 vol. ensemble ix-932 p., avec atlas, 45 fr. — 23. La Guerre avec- 
le Japon. Drclaralions nécessaires. Réponse à l'ouvrage du général Kouropat-kine, 
par le comte Witte; trad. de E. Duchesne. Paris et Nancy, Berger-Levrault, 
19; 1, ia-8 de vii-77 p., 2 fr. 50. — 24. Campagne de 1908-1909 en Chaouïa, par le 
général d'Amade. Paris, Chp,pelot, 1912, in-8 de vi-393 p., avec 44 cartes et cro- 
quis dont 33 hors texte et 20 photos hors texte, 7 fr. 50. — 25. Documentas ine- 
ditos para la historia de Mexico. J Mémoriat del rorone/ Manuel Maria GiménEZ, 
ayiidante de campo del gênerai Santa Anna (179o-1878). II. La Cooperacion de 
Mexico en la independencia de Centra America, por el gênerai Vicente Filisola. 
1. I et IJ, publicados por Geina ;o Garcia. Mexico, Vda. Bouret, 1911, 3 vol. petit 
in-8 de 286, 327 et 340 p., 15 fr. — 26. L.es Grandes Marches d'année, par le gé- 
néral H. BoNNAL. Paris, Chapelot, 1911, in-8 de 65 p., 1 fr. 50. — 21. L'Économie des 
forces à la bataille de Ligny, par le commandant Bourguet. Paris, Charles- Lavau- 
zelle, s. d., in-8 de 32 {)., fr. 75. — 28. L?s Grands Espions. J^ur histoire, par 
Paul et Suzanne Lanoir. T. I. Paris, FicKer, 1911, in-16 de 335 p., 3 fr. 50. — 
29. Paroles d'un soldat, par le général Bruneau. Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., 
in-16 de 304 p., 3 fr. 50. — 30. Le Devoir militaire, par le com* J.-A. Ordioni. 
Pi-ris, H. Paulin, 1911, in-18 de 56 p., 1 fr. 25. — 31. Syndicats d'officiers, par 
PoBERT DE Boiseleury, Paris, Nouvelle Liîjrairie nationale, s d., in-18 de 71 p., 
fr. 75. — 32. Ca-.'alerie Procédés techniques: la cavalerie dans l'ensemble de l'ar- 
mée, la cavrlerie dans la bmaillc, ^îw le C^\>iU\'me Loir. Pari?, Chapelot, 1912, in-S 
de x-'iOl p., aA'ec nom')r. croquis et 12 certes, 9 fr. — 33. L'Infanterie -i la guerre. 
par le capitaine A. Balédent. Paris, Chapelot, 1911, in-8 de xxiv-202 p.. avec 



_ 12>^ — 

3 cartes, 5 fr. — 3'i. La Tyrannie de Varm^. à feu, par le capitaine Ltnarès. P; - 
ris, Ch-îpelot, J91 1, in-8 de ix-'l p., 1 fr. 50. — 35. Le Combai sous bois H les com- 
pagnies foresii'Tes, par Lucien Chancerel. Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., 
in-8 de 104 p., 2 fr. 50. — 36. Combinaison des efforts de r infanterie et de l'artillerie 
dans le combat, par le commandant Niessel. 2<; éd. Paris, Charles-Lavauzelle, 
s. d., in-8 de 68 p., 1 fr. 25. — 37. Une Conférence anglaise sur la liaison des 
armes, p?r le brigadier gôn'^ral R.-C.-B. Haki^c; trad. de l'anglais par le colonel 
d'artillerie Dubois. Pnris, Charles-Lavauzelle, s. d., in-8 de. 6C p., 1 fr. 25. — 
38. Infanterie et artillerie en liaison, par le lieutenant-colonel Thomas de C.olli- 
GNY. Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., in-8 de 126 p., 2 fr. 50. — 39. Dans quelle 
mesure l'infanterie peut-elle compter sur l'artillerie pour appuyer son attaque? par 
le colonel Lalubin. Paris, Charles-Lavauzelle, s. d., in-8 de 168 p., 3 ''r, rj(». — 40, 
Infanterie française et artillerie allemande, par le commandant Gascouin, Paris, 
Charles-Lavauzelle, s. d., in-8 de 152 p., 3 fr. — 41. yl i? C tactique, par le 
génc;ral Crémer. Paris, Charles-Lavauzelle, 1911, in-16 de 72 p., 1 fr. 50, — 42. 
Emplois civils et militaires réservés aux engagés et rengagés. Paris, Charles-Lavau- 
zelle, 1911, in-8 de 326 p., 2 fr. 50. — 43. La Menace prussienne. La Riposte, 
par le lieutenant Hayem. Paris, r.hnrles-Lavauzelle, s. d., gr. in-8 de 48 p., 
1 fr. g;ï?/- - r • ^"^ "~ ■ 

1. — Nous l'avons dit à différentes reprises ici même : on n'aurait 
jamais cru, il y a encore un demi-siècle, que ces soldats du premier 
Empire, qu'on entrevoyait, à cette époque, seulement comme des 
traîneurs de sabre assez frustes, eussent compté un aussi grand nom- 
bre d'esprits délicats, primesautiers même, quelques-uns fins lettrés, 
qui aimaient à noter, dans leurs soirées de bivouac, les détails delà 
vie aventureuse qu'ils avaient vécue dans la journée. C'est une réfle- 
xion qui nous venait encore une fois à la pensée, en lisant les Mémoires 
du capitaine Bertrand, que vient de faire paraître son petit-fils, le 
colonel Chaland de la Guillanche. Ces Mémoires, par leur intérêt, la va- 
leur des détails sont appelés à prendre un place honorable à côté 
des Souvenirs de Marbot, de Thiébault, Noël, Gonneville, Saint-Cha- 
mans, etc., etc. Bertrand, entré dans l'armée quinze jours avant 
Austerlitz, y demeure jusqu'à la fin de l'Empire et met ces dix années 
à conquérir ses épaulettes de sous-lieutenant. Mais, comme il n'est 
nommé que quinze jours après la bataille de Waterloo par le géné- 
ral Rapp, et au nom de Bonaparte, le gouvernement royal n'a guère 
la possibilité de le confirmer dans ce grade. Licencié le 1^^ novembre 
1815, Bertrand, qui a la passion de son métier, tient à rentrer de n'im- 
porte quelle façon, dans l'armée, et c'est ainsi que nous le voyons en 
mars 1816, contracter un engagement comme simple fusilier au 1^' 
régiment d'infanterie de la garde royale. Sous-lieutenant en 1825, 
lieutenant en 1830, capitaine en 1836, il prit sa retraite trois ans 
après et mourut en 1864 ayant, pendant 70 ans, mené une vie d'hon- 
neur et de loyauté. Le colonel de la Guillanche a bien fait de remettre 
en lumière la figure de ce vieux soldat, dont les souvenirs consti- 
tuent une contribution intéressante à l'histoire du premier Empire. 

2. — Le nom de Hulot n'est pas inconnu à quiconque s'occupe de 



— 12L> — 

l'histoire du premier Empire, les Mémoires du général Hulot, parus 
jadis, dans le Spectateur militaire, autant qu'il nous en souvient, 
constituent sur la période impériale un document de valeur. Le 
Hulot dont nous parle aujourd'hui le vicomte du Motey n'est pas 
l'auteur des Mémoires, mais son frère dit Hulot de Collart, personnage 
de moindre envergure que le précédent, néanmoins aussi intéressant, 
peut-être même plus intéressant à d'autres points de vue. Élève de 
l'École polytechnique en 1796, capitaine d'artillerie à 27 ans, chef 
de bataillon à 33 (1813), Hulot de Collart eût pu atteindre aux^plus 
hauts grades de la hiérarchie militaire si l'Empire avait duré. Mais les 
événements de 1814 vinrent mettre à néant les espérances du jeune 
officier et ce fut ainsi qu'il fut amené à prendre sa retraite en 1830, 
comme lieutenant-colonel, s'étant trouvé, par la force inéluctable des 
événements, cristallisé dans ce grade pendant un peu plus de seize 
années. C'est à l'aide des lettres éci-ites par Hulot de Collart et en les 
donnant la plupart du temps in-extenso, que M. du Motey a recons- 
titué cette existence mouvementée du vaillant soldat qui fut à la fois 
un chrétien et un royaliste convaincu. On lira avec intérêt ce 
livre rempli de détails, de renseignements inédits sur les campagnes 
du premier Empire. A ce dernier point de vue, le travail de M. du 
Motey : Un Héros de la Grande Armée, Jean Gaspard Hulot de Collart 
dépasse le cadre d'une simple biographie; c'est en somme une étude 
d'intérêt général qu'on devra nécessairement consulter pour l'his- 
toire des campagnes napoléoniennes. 

3. — Dans son livre : Quatre généraux de la Ré^^ohition : Hoche et 
Desaix, Kléber et Marceau, M. Chuquet a réuni environ six cents 
lettres ou documents divers concernant les généraux dont les noms 
sont inscrits au frontispice du volume. Certaines de ces lettres étaient 
déjà connues mais les chercheurs seront bien aisés de les trouver 
groupées ici. Recueil intéressant et qui pourra rendre service aux 
écrivains s'occupant de la période révolutionnaire. 

4. — Les Levées départementales dans V Allier sous la Révolution 
de M. le colonel Dulac, constituent un très utile document 
pour l'histoire militaire de la période révolutionnaire, à ses débuts 
surtout. Sans doute on pourrait penser tout d'abord que ce travail 
qui apparaît seulement comme une série de pièces détachées 
comme un répertoire de noms, de lettres, de fragments, de Mémoires 
ou de Souvenirs divers, n'a d'intérêt qu'au point de vue de l'histoire 
locale. En réalité, une étude plus attentive de cette étude témoigne 
qu'il y a là autre chose qu'une histoire de clocher. Quantité de faits 
mis au jour par M. Dulac jettent une lumière très vive et très nette 
sur certains points controversés de la question des volontaires sous 
la Révolution. A ce point de vue, la valeur de cette publication 

FÉVRIER 1912 T. CXXIV. 9. 



— 130 — 

s'affirme comme mie de celles dont les historiens devront désorinai» 
tenir compte. 

5. — Si Masséna fut, au point de vue moral, le personnage sujet à 
caution que l'on sait, le « déprédateur intrépide » dont parlait Napo- 
léon à Sainte- Hélène, il fut, tout de même, le soldat audacieux et 
heureux qui a inscrit dans les fastes militairesdenotrearméequelques 
journées glorieuses. Parmi ces dernières, celles des 24 et25 septembre 
1799, les grandes journées de Zurich, demeurent parmi les mémora- 
bles, puisque, du même coup, le futur duc de Rivoli non seulement 
'nfligeait à Korsakov une sanglante défaite, contraignait Souvorov 
à une désastreuse retraite sur les Grisons, mais forçait encore la 
Russie à se retirer de la deuxième coalition. En dépit de l'intérêt que 
présentent de tels événements, il ne paraît pas, à l'examen de la 
bibliographie d'origine et de langue françaises, que cette campagne 
eût éveillé im très vif sentiment de curiosité dans notre pays et c'pst 
pour combler cette lacune que M. le capitaine L. Hennequin vient de 
reprendre le sujet. Son travail Zurich. Masséna en Suisse (juillet- 
octobre 1799) est l'étude la plus complète que nous ayons encore lue 
sur la matière. 

6. — M. le colonel L. Picard commence, chez Jouve, une histoire 
des Guerres d'Espagne sous le premier Empire et nous donne aujour- 
d'hui le Prologue de cette désastreuse équipée, V Expédition du Portu- 
gcd. (Pourquoi du Portugal et non de Portugal. Est-ce que Ton dit 
l'Expédition de /a Russie, l'Expédition (Ze /a Chine?). Nous signalons 
ce travail comme ime étude intéressante, mais qui devra être examinée 
de près par la critique. Surtout après les jugements sévères publiés 
par l'écrivain dans sa préface sur la valeur des historiens en général, 
sur ceux qui l'ont précédé, on serait en droit d'espérer qu'il fera 
beaucoup mieux. Or, nous avons été surpris de voir qu'à diverses 
reprises M. le colonel Picard se départ du calme, de la sérénité indis- 
pensables à l'historien. Quand il nous parle, par exemple (p. 105), du 
'( nombre incalculable de victimes sacrifiées par Torquemada », on 
se demande si cette assertion, à propos d'une légende dont la critique 
historique a laissé fort peu de chose debout, est bien à sa place dans 
une histoire de V Expédition de Portugal en 1807. Quoiqu'il en soit, le 
travail de M. L. Picard est, nous le répétons, une œuvre consciencieuse 
et d'une valeur certaine; nous attendrons l'apparition des volumes 
suivants pour l'étudier plus en détail. 

7. — De Munich à Vilna, en 1812, de M. le lieutenant-colonel Sau- 
zey, est l'histoire du corps bavarois de la Grande Armée pendant la 
campagne de Russie. Cette étude, écrite presque entièrement avec les 
papiers du général d'Albignac, chef d'état-major au 6"^ corps, sera 
sans doute suivie d'une seconde partie, puisque le présent volume ne 



— I>31' — 

nous conduit pas au-delà du 15 juillet. — M. Sauzey ne peut laisser 
son œuvre inachevée et nous aimerions à le voir nous dire ce que 
firent les Bavarois dkns la deuxièhie partie de 1^' campagne, notam^ 
ment à Polotzk. Comme le dit l'auteur avec justesse, le soldat' bava- 
rois du premier Empire est tellement français de cœur qu'il nous 
intéresse plus qu'aucun de nos alliés de cette époque : l'infamie d'un 
de Wrède ne doit pas nous faire oublier cette vérité. 

8. — La collection des Soldats suisses au service étranger, commencée 
il y a trois ans par l'éditeur .JuUien, de Genève, vient de s'enrichir 
d'un nouveau volume consacré aux Aventures de guerre du capitaine C. 
Gattlen, à la Vie et aventures d'un pauvre homme du Toggenbourg 
(U. Braeker), enfin à la Correspondance et journal de A. Massé. Les 
souvenirs de Gattlen et ceux de U. Bfaeker, « le pauvre homme du 
Toggenbourg, » ont paru jadis en allemand, et c'est la première fois; 
croyons-nous, qu'on en donne une version française. Des Mémoires 
de Gattlen nous dirons peu de chose, sinon, que sans avoir une 
valeur historique notable et quoique on puisse même, à propos de 
Marengo par exemple, y signaler quelques erreurs, ils demeurent 
cependant intéressants à lire et pleins d'aperçus curieux sur la vie 
militaire dans les armées dé cette époque. Mais le récit capital de ce 
volume, c'est la narration de Braeker, que son charme, sa couleur, 
son pittoresque désignent comme un vrai bijou littéraire. Ce « pauvre 
homme du Toggenbourg » est réellement un pauvre diable qu'un offi- 
cier recruteur prussien, peu scrupuleux, enrôle, sans qu'il s'en doute, 
au compte de son maître, le vieux Frédéric, qu'il conduit faUacieuse- 
ment à Berlin, et qu'il enrégimente de force malgré toutes les protes- 
tations du malheureux « volontaire ». Les misères de la vie militaire 
dans les troupes du grand Frédéric sont décrites là, avec une intensité 
de couleur et de sentiment véritablement frappante. Le départ de 
l'armée pour la campagne de 1756, les réflexions des soldats à ce su- 
jet, les détails sur l'existence en marche, sur les bivouacs, lanarration 
de la bataille de Lowositz, etc., constituent autant de tableaux déli- 
cieusement rendus. La troisième partie du nouveau volume de Sol- 
dats suisses comprend la Correspondance et le journal, de A. Massé, 
documents que M. F. B. a intitulés: Journal et lettres d'un garde d'hon- 
neur. M. F. B. est l'écrivain auquel M. JuUien a confié la tâche de 
nous présenter, dans une Introduction sommaire, la personnalité de 
l'auteur du Journal, et nous voyons danfe cette notice qu'Amédée 
Massé était né en 1785, ce à quoi nous ne contredisons pas. Là où 
nous nous insurgeons, c'est quand le même biographe ajoute qu'en 
<f 1811, le jeune homme fut désigné pour être incorporé daiisle 4® ré- 
giment de Gardes d'honneur, cette cohorte de recrues nobles 
que Napoléon levait alors dans ses États-. » — Il y a là une erreur 



— 132 — : 

certaine, les 4 régiments de gardes d'honneur ayant étt cif.s seule- 
ment par senatus-consulte du 3 ûvtjV 1813. Ces régiments, quine 
furent jamais complètement organisés, ne parurent aux armées que 
par fractions détachées,tout à fait à la fin de la campagne et quelques- 
uns seulement en 1814. Au 3 avril 1813, Amédée Massé, qui était 
accrédité comme secrétaire civil près du général Bertrand en lUj-rie, 
depuis le mois de f écrier 1812, avait suivi son général en Allemagne 
et passa là tout le reste de la campagne. On ne voit donc pas com- 
ment le préfet du Léman aurait pu l'inscrire parmi les gardes d'hon- 
neur de son département. S'il y eut im Massé sur les listes du préfet, 
c'aura vraisemblablement été son frère, ce frère dont il dit dans une 
lettre à son père, datée de Laybach, 15 avril 1813 : « M. de 
Chabrol m'a parlé des nouvelles demandes et levées que l'on fait en 
France des fils des familles les plus imposées.... je suis fort inquiet 
pour mon frère (p. 226). >' Ces réflexions au sujet de la situation d' Amé- 
dée Massé, en 1813, n'enlèvent rien à la valeur de sa correspondance 
et de son Journal qui nous fournissent de précieux détails sur les dix 
demières années de TEmpire, en particulier sur la situation des pro- 
vinces illyrieimes, à cette époque. En somme, ce quatrième volume de 
Soldats suisses au service étranger a tout lintérèt de ses aînés; il 
est à souhaiter que l'éditeur continue cette excellente collection. 

9. — Nous venons de voir que Amédée Massé ne put jamais comp- 
ter parmi les gardes d'honneur. C'est précisément de cette troupe 
d't lite, spécialement du 2^ régiment, que nous parle M. François Sa- 
got dans son attachante étude : Les Gardes d'honneur de la Marne 
en 1813. Il y a dans cette brochure de très curieux détails sur les dif- 
ficultés qu'eurent à vaincre les préfets pom* amver à remplir les 
cadres des nouveaux corps dont l'Empereur confiait tout spéciale- 
ment la constitution à leur solhcitude. Mais tous les préfets n'avaient 
pas l'habileté de M. de Jessaint, et certains, sentant craquer 
l'édifice impérial, n'apportèrent pas à l'œuvre à laquelle on les con- 
viait tout le zèle désirable. C'est ce qui explique comment cette 
conception n'aboutit jamais. Eùt-eUe abouti, d'ailleurs, elle n'était 
plus à même de sauver l'Empire. 

10. — Nous avons parlé mi peu phis haut de lettres de Kleber, de 
Marceau, etc., publiées par M. Arthur Chuquet. Le laborieux et infa- 
tigable historien pubhe trois autres volumes de correspondances, ayant 
trait à des sujets divers, dues à des écrivains très différents et se 
Jéférant aux années 1792, 1812, 1815. On trouvera dans ce répertoire 
(qui sera continué) d'intéressantes pages, dont beaucoup sont iné- 
dites ou tout au moins peu connues. Les Lettres de 1815 nous ont paru 
spécialement curieuses. 

11. — La campagne de 1809, quand on en parle en France et même 



oo 

ailleurs, Autriche comprise, c'est Essling et Wagram. Peu de gens 
savent qu'il y eut, cette même année, en Pologne, une campagne 
qui, pour avoir été moins brillante que celle menée sur les bords du 
Danube, présenta cependant un* vif intérêt, et c'est pour combler cette 
lacune historique que M. le sénateur autrichien Wladyslaw de Fedo- 
rowicz publie aujourd'hui le volume : 1809. Campagne de Pologne. 
L'écrivain a réuni dans ce premier volume uniquement des docu- 
ments de langue française; nous aurons les documents allemands 
dans mi second volume et, dans un tome troisième, nous trouverons 
lee textes en autres langues avec un résumé historique en français. 
Nous avons lu avec intérêt ces documents et le sujet traité nous a 
paru bien réellement neuf. C'est à désespérer de connaître jamais à 
fond cette période napoléonienne, dans laquelle, chaque jour, les 
chercheurs rencontrent quelque dessous inexploré. 

12. — Nous avons présenté naguère à nos lecteurs le tome I^^ de 
la Fz'e militaire du maréchal .Vf//, par M. le général II. Bonnal. Signa- 
lons-^eur, sans tarder, l'apparition du deuxième volume de cette 
étude, qui va de mars 1802 (c'est-à-dire de la signature de la paix 
d'Amiens) au 18 juillet 1807. Comme nous le remarquions à propos 
du précédent volume, l'étude du général Bonnal va très au-delà 
de ce que nous annonce le titre, et cette Vie militaire du maréchal Ney 
est presque une histoire complète des guerres du premier Empire. Les 
lecteurs no s'en plaindront pas. 

13. — AL Maurice Girod de l'Ain vient de consacrer au Marcchal 
Volée, qui fut comme Ney un soldat du premier Empire, vne notice 
très complète, peut être im peu touffue pour la taille du sujet. Effecti- 
vement, la partie du travail consacrée au Valée de la période impé- 
riale est relativement écourtée; celle qui parle de la Restauration tient 
en dix pages, et tout le reste du volume est relatif à la carrière du 
maréchal en Algérie. Ce travail considérable est bi?a plutôt une his- 
toire de la conquête nord-africaine que l'histoire d'un homme, mais, 
tel qu'il est, il offre un très grand intérêt. Toutefois, l'ouvrage aurait 
gagné à être élagué de quelques paqes de correspondances qui eussent 
figuré plus avantageusement dans des annexe . Nous estimons qu'une 
telle modification faciliterait singulièrement la lecture de cette étude 
consciencieuse. \ .- tL'^r.^'^^ 

14. — Le Clausewitz de M. le col niel Camon n'est pas, comme on 
pourrait le supposer, un':" étud> biogî'aphique C'est moins l'homme 
que l'écrivain militaire o\, le penseur dont -'occupe, dans ces pages, 
M. Cimon, et la thèse qu'il développe ne sera pas tout d'abord sans 

urprendre, c'est à savoir que « Cl lusewitz n'a pas saisi l'essence même 
du système de guerre de Napoléon, pas plu? que c 11 > de son système 
de bataille.» L'accusati -n est formelle, comm^ on voit. Il ne nous 



— 134 — 

scnitle |")cS que M. CeniQH en ait ('tabli entièitment le bien fondée 
pourtai t, nous pn levons qu'en ce sujet délicat nos lecteurs exami- 
nent par eux-mi mes le litige et nous les .rej. voyons au Clansewitz .en 
questi n. « 

15. — De Clausewitz au maréclial Pélissier la distance parait con- 
sidérable. Elle l'est moins cependaait qu'elle le semble à première vue. 
Pélissier né en 1794 — quatorze ans seulement après Clau- 
sewitz — eut dû être compris dans la levée anticipée de 1813 et prendre 
part aux deux dernières campagnes de l'Empire; c'est un premier lieu 
qui l'eût rapproché du grand écrivain allemand, lin autre trait de res- 
semblance, c'est que,n"ayant très probablement jamais lu les théories 
de Clausewitz, il les appliquait d'instinct avec un tact et une énergie 
qu'aucun chef d'armée n'a sans doute possédés depuis Bonaparte. Son 
nouveau biographe, M. le général Derrécagaix, qui le connut bien, 
ayant été longtemps attaché à sa personne en qualité d'aide de camp, 
nous le peint tel qu'il fut, tel qiie nous l'avons connu nous-même : en 
apparence, un ours mal léché, ayant, au point de vue militaire, des 
qualités géniales, avant tout, une volonté de fer, un entêtement irré- 
ductible. Pélissier, en dehors du monde militaire, où il se croyait 
obligé d'être rude, souvent grossier, montrait dans les relations de 
la vie civile et dans les rapports de société des formes beaucoi^p 
plus adoucies. Le général Derrécagaix nous retrace la carrière 
entière du général Pélissier, de sa naissance (1794) à sa mort 
(1864); mais le Pélissier de l'histoire n'a pas vécu d'aussi 
longues années, et c'est son commandement en Orient, 
au siège de Sébastopol, qui donnera à sa mémoire l'auréole 
du véritable capitaine et du grand chef d'armée. Les 
événements de Crimée ont été trop souvent racontés, sont 
trop connus, pour qu'au point de vue de la relation môme 
des événements, le nouveau biographe ait trouvé de l'inédit à 
mettre sous nos yeux. 11 n'en est pas de même sous le rapport 
des relations particulières qu'entretint Pélissier avec les Tuile- 
ries pendant son séjour devant Sébastopol et on lira, à ce 
Bujet, dans le nouyeau volume dont nous parlons, quelques révé- 
lations d'un'^ véritable intérêt. Cette nouvelle biographie du Maréchal 
Pélissier, par son côté anecdotique aussi bien qu'historique, apparaît 
comme un travail à la fois attachant et instructif, qu'il y a lieu de 
vulgariser. Sans doute, il ressort de cette lecture une pensée qui 
vous suit longtemps encore après qu'on a fermé le livre: comment 
un homme aussi bien doué au point de vue de l'esprit et du caractère 
a-t-il été aussi sec au point de vue du cœur? Et l'on arrive à constater 
qu'en dépit de toutes leurs qualités intellectuelles, de tels êtres sont 
pbitôt antipathiques. On ne saurait les ha'i'r, mais il n'est pas pos- 



— 135 — 

Bible de les aimer. II est vrai qu'un tel regret se manifeste en nous à 
propos de bien d'autres personnalités célèbres et notamment des 
plus grands hommes de guerre connus. Qu'ont été César, Frédéric, 
Napoléon, sinon des violents, des irascibles, deségoïstes? Ces « grands 
hommes » honorent-ils davantage l'humanité que « l'honnête homme » 
tout court ? il est permis d'en douter. 

16. — On a dit souvent que si Pélissier avait vécu en 1870, les évé- 
nements de l'Année terrible eussent suivi un autre cours. C'est une 
façon de parler; car, à cette date, le duc de Malakoff, déjà fort affaibli 
physiquement et moralement en 1864 (l'année desamort), n'eût plus 
été capable de nous aider même de ses conseils. Peut-être, cependant, 
s'il eût vécu en 1866, eût- il réussi à ouvrir les yeux des conseillers de 
Napoléon III et, peut-être aussi,. sa perspicacité eût-elle signalé les 
dangers qui, dès cette époque, s'amoncelaient autour de notre pays.M. 
le général Donnai, appelé récemment par le duc d'Orléans, à l'accom- 
pagner dans sa visite aux champs de bataille de Bohême en 1866, a-t-il 
parlé au prince de cette éventualité ? Nous l'ignorons ; mais ill' eût fait sans 
doute s'il avait eu l'occasion de lire l'ouvrage du général Derréca- 
gaLx. Quoi qu'il en s^oit, la brochure écrite par M. Donnai, à la suite 
de ce voyage avec Monseigneur, nous donne le récit des huit journées 
qu'a exigées cette excursion. A Podol, Gitchin, Trautenau, Nachod, 
Sadowa, le général a eu à exphquer à l'héritier de Henri IV les péri- 
péties de cette lutte rapide où sombra l'hégémonie autrichienne en 
Allemagne. Cette brochure est intéressante à lire, et il suffira 
d'en signaler l'apparition à nos lecteurs. 

17 et 18. — De Sadowa à Frœschviller, la transition est facile, car 
l'un est le prologue de l'autre, le dernier nom est la conséquence du 
premier. Nous signalerons donc, ici ensemble, deux intéressantes étu- 
des sur la guerre de 1870-71, Tune de M. le général BoureUy sur la 
Guerre de 1870-1871 et le Traité de Francfort,!' axitre consacrée par 
M. de Metz-Noblat à laBataillede i^rcesrAw'iZfe/'. Encore que l'on puisse 
croire quetout a été dit sur les événements delà guerre franco- allemande, 
il est bien certain que nombre de points sont encore à élucider et, pour 
s'en convaincre, on n'a qu'à lire les deux travaux de MM. Dourelly et 
Metz-Noblat. De telles contributions historiques ne redresseraient- elles 
qu'un petit nombre d'erreurs, elles demeurent utiles et doivent être 
encouragées. C'est dans cet esprit qu'elles seront accueillies favora- 
blement par le public, . ^ 

19. — Nous parlerons en mêmes termes du travail de M. le capi- 
taine Leclère sur les Surprimes de Bojalon et de Stenay en 1870. Nous 
avons nous-même raconté jadis ces deux coups de main, qui réussi- 
rent davantage grâce à l'entrain des jeunes officiers qui y prirent part 
que par '.uitede l'habileté des dispositions prises. Quoi qu'il en soit. 



— 136 -- 

ils réussirent et, sans avoir eu do grandes conséquences, on peut avec 
quelque raison les rappeler au souvenir des générations présentes. 
Elles verront dans ce petit livre la preuve qu'à la guerre l'audace 
est presque toujours couronnée par le succès. Ce n'est pas une vé- 
rité nouvelle, mais elle est de celles qu'il convient de rappeler. 

20, 21, 22 et 23. — Nous parlerons ici, en même temps, de quatre 
ouvrages qui, en des modes variés, sur des tons divers, mais avec 
ime valeur à peu près égale, traitent du même sujet : l'étude de M. le 
colonel Cordonnier sur les Japonais en Mandchoiirie, celle du lieute- 
nant de landwehr allemand R. Ullrich : L'Armée russe au feu pendant 
la guerre de 1904-1905, la relation officielle de cette même 
guerre par l' état-major russe : Guerre russo-japonaise dont 
la traduction paraît chez Chapelot au fur et à mesure qu'on 
l"imprime à Saint-Pétersbourg, enfin une brochure à sensa- 
tion: La Guerre avec le Japon, écrite par le comte Witte, ancien 
ministre des finances de Russie, en réponse à la relation 
des événements militaires rédigée et publiée par le général 
Kouropatkine. M. Cordonnier, dans les Japonais en Mand- 
chourie, laisse de côté les détails pour aborder les conditions 
politiques dans lesquelles éclatala guerre del904, pour déter- 
miner de quelle façon furent arrêtés, des deux côtés, les plans 
de campagne, pour envisager avec quelles chances de succès s'abor- 
daient, à priori , les adversaires. Point de vue élevé, traité par 
l'écrivain avec compétence et connaissance de son sujet. 
— Au contraire du colonel Cordonnier, M. le lieutenant Ullrich 
s'en tient surtout au détail, au détail des choses qu'il a vues, 
des engagements auxquels il a assisté, car cet officier allemand 
prit part, en amateur, à la guerre de Mandchourie, notamment à la 
bataille de Sandepu, à celle de Moukden, à celle d'Ingoa, etc. Ces 
remarques sur la tactique de l'infanterie russe ont donc l'éminent 
avantage 'd'avoir été notées sur place, d'avoir été vues et pour ainsi 
dire vécues. C'est un document de première main. — ^Très intéressante 
également, « quoique » ou peut-être « parce que » ayant la tournure 
d'un pamphlet, la brochure du comte Witte. Cette brochure, où le gé- 
néral Kouropatkine est fort malmené, avait d'abord été interdite en 
Russie, mais l'interdiction a, paraît-il, été récemment levée. Elle 
nous signale des faiblesses de commandement, d'organisation, 
d'administration que nous connaissions déjà. Puissent nos amis et 
alliés profiter de tels conseils, de pareilles révélations ! — 
Il nous reste à dire quelques mots de la relation de la guerre de 
Mandchourie rédigée par l'état-major russe. Nous avons examiné, en 
son temps, la valeur du premier volume ; les tomes récemment parus 
nous ont semblé avoir le même mérite que leur aîné. Ces 



— 137 -^ 

nouveaux venus nous parlent des opérations dans la région 
de Lyaoyang, c'est-à-dire de la situation au milieu de juillet 1904, 
des combats de ce môme mois de juillet, de la suspension des 
opérations pendant la saison des pluies, de la reprise des hostilités 
(10-23 août) jusqu'à la concentration de l'armée sous Lyaoyang (16- 
29 août), enfin de la bataille elle-même. Toute la série des mouve- 
ments des troupes est traitée, dans ces deux volumes, avec les minu- 
tieux détails qui seuls permettent de tirer de tels événements les 
leçons pratiques qu'ils comportent. Quiconque veut apprendre, veut 
comprendre l'immensité, l'infini des combinaisons, des opérations, 
des détails qu'exige la conduite des armées modernes aura une idée 
d'ensemble assez juste de ce gigantesque problème en lisant l'ouvi'age 
dont nous parlons. Et en voyant nos généraux modernes placés du 
jour au lendemain et presque sans préparation à la tête de masses 
d'un demi-million d'hommes, l'on songe, pensif et peu rassuré, au 
mot de Napoléon : « Il n'y a que moi et Davout qui puissions conduire 
une armée de cent mille hommes » 1 

24. — La Campagne de 1908-1909 en Chaoaïa, publiée chez Chape- 
lot, est le titre du gros rapport publié par le général d'Amade sur ses 
opérations au Maroc. La première partie de ce travail contient, outre 
de nombreux détails sur la topographie du pays, sur les mœurs des 
habitants, un exposé des opérations militaires de janvier 1908 à l'af- 
faire d'Azemmour en juillet 1909. On lira avec intérêt le récit détaiUé 
des engagements de Dar-Kseibat et Zaouïet-el-Mekki qui donnent 
une idée exacte du genre de combats que nous eûmes à soutenir con- 
tre les tribus hostiles. On trouvera dans la deuxième partie un résumé 
des précautions prises en Chaouïa pendant l'expédition d'Abd-el- 
Aziz vers Marrakech; enfin, encore à la troisième partie, l'auteur du 
rapport passe en revue les particularités relatives aux combattants 
en présence, Marocains et troupes françaises, et il développe les en- 
seignements tactiques que doivent tirer les différents armes de notre 
expédition. A signaler les nombreux croquis, cartes, gravures, repro- 
ductions de photographies prisesau cours des opérations, illustration 
qui donne à l'œuvre un cachet pittoresque et artistique très sen- 
sible. 

25. — Nous finirons ces notes d'histoire militaire par quelques 
mots consacrés à trois nouveaux volumes qui continuent la collec- 
tion des Documentos ineditos o muy raros para la historia de Mexico 
dont M. Genaro Garcia, l'érudit directeur du Museo nacional de 
Mexico, a entrepris la publication. Le premier, qui porte dans la collec- 
tion le no 34, nous fait connaître les Mémoires du colonel Manuel Ma- 
ria Giménez; les deux suivants (n^^ 35 et 36) sont consacrés à la corres- 
pondance et aux souvenirs du général Vicente Filisola, sous le titre : 



— 138 — 

t 

La Cooperaciôn de Mexico en la independencia de Mexico. Nous avons 
dit déjà le mérite littéraire et historique de cette collection et com- 
bien s'honorait le gouvernement mexicain en accordant son appui, 
tout au moins moral, à cette entreprise. C'est donc avec une surprise 
pénible que nous avons appris que, par suite des troubles politiques 
qui bouleversent depuis quelques mois le Mexique, l'œuvre d'érudition 
des Docamentos était obligée de suspendre ses publications. Espérons 
que cette interruption sera de peu de durée : les érudits de tous le& 
pays, en particulier ceux de France, le souhaitent de tout cœur; il 
serait désastreux pour la réputation intellectuelle du Mexique 
qu'une œu^Te de ce genre, à la fois patriotique etnationale, sombrât 
pour de misérables raisons de coterie ou de pobtique. 

26 et 27. — Avec V Économie des forces à la bataille de Ligny, de M. 
le commandant Bourguet, et surtout avec Us Grandes Marches 
d'armée, de M. le général H. Bonnal, nous quittons l' histoire pour 
entrer dans la stratégie. M. le commandant Bourguet, qui ne redoute 
pas les barbarismes comme « retraiter » pour « battre en retraite », 
estuneque Napoléon donna à Lignydes signes d'égarement intellec- 
tuel dénotés par sa conception erronée du plan de Blûcher et celle 
peut-être aussi fausse de l'effet que produirait sur la droite prussienne 
l'intervention de Ney (corps d'Erlon), quand celui-ci pourrait inter- 
venir. Tous les esprits habitués à penser sont d'accord pour dire avec 
M. Bourguet que Ligny a été une victoire maigrelet graves défauts 
du plan de bataille. Quant à charger Ney de la faute commise par 
l'Empereur en le détachant avec des ordres très positifs sur les Qua- 
tre-Bras, il semble qu'il y ait là une partialité regrettable. « Exécu- 
tez ponctuellement mes ordres, avait jadis écrit Napoléon à Berthier : 
«Moi seul sais ce que je veux faire.» Avec de telles instructions et une 
telle façon de commander chez Napoléon, on est mal venu à exiger 
de ses lieutenants une initiative qu'il était le premier à leur inter- 
dire, La responsabilité de Ligny, notamment celle des marches et 
contre -marches de d'Erlon, incombe entièrement à l'Empereur, 
tout de même que l'inaction de Grouchy le 18 ; l'histoire impartiale 
doit le proclamer. — Nous ne dirons qu'un mot des Grandes Marches 
d'armée, de ■M. le général Bonnal, qui y réclame la paternité de certains 
principes logistiques, notamment le rapport entre rétablissement 
des cantrmnemcnts et la capacité de marche des armées. Sujet 
compréhensible surtout pour un officier d'état-major. 

28- — Les Grands Espions, de MM. Paul et Suzanne Lanoir, nous 
retracent l'existence mouvementée de quelques espions plus ou moins 
célèbres et classent dans cette catégorie, on ne sait vraiment pour- 
quoi, des patriotes comme Apfel et Stabs. Une grande partie dia vo- 
lume est consacrée à l'histoire des agents secrets ciui opérèrent autour 



— 139 - 

de Metz en 1870, surtout au fameux Régnier. En ne suivant pas 
l'ordre chronologique, les auteurs ont rendu difficile la lecture 
d'une étude qui pourrait être aisée et intéressante. Ce serait un amen- 
dement utile pour une deuxième édition ou un second volume. 

29. — Les Paroles d'un soldat, de M. le général Bruneau, ont été 
inspirées à l'éminent écrivain par la nécessité de montrer aux géné- 
rations actuelles la vanité, l'inanité et tout à la fois le danger des théo- 
ries antimilitaristes. De telles paroles ont déjà été dites, de telles 
maximes ont été déjà prônées, mais il est utile, il est bon qu'un 
officier du mérite de M. Bruneau les fasse siennes, leur donne 
l'autorité qui s'attache à sa situation militaire. L'honorable général 
commence par nous dire la façon dont il comprend l'idée de patrie, 
ce qu'est la guerre, ce qu'est l'armée. Puis il s'adresse aux détracteurs 
de ces trois pri ne i paux facteurs delà grandeur française, aux Hervé, aux 
Jaurès, aux capitaines Moch et Bleibtreu, et montre victorieusement 
combien le système des milices, peut-être excellent en des pays comme 
la Suisse, serait, en France, tout à fait insuffisant. Un souffle ardent 
de patriotisme anime ces pages qu'il serait urgent de répandre et 
de vulgariser : une édition populaire à très bas prix rendrait, sous ce 
rapport, de grands services. • 

30. — Du même genre que le livre du général Bruneau apparaît la 
brochure de M. le commandant Ordioni : Le Devoir militaire, conférence 
faite aux élèves de l'École normale d'Auxerre le l^^ mai de l'année 
dernière. La tâche de l'orateur n'était pas aisée, car, en dépit des 
fleurs de rhétorique dont il entourait son discours, il ne pouvait 
être sans ignorer combien les théories de l' antimilitarisme ont fait de 
progrès parmi les instituteurs de France; il devait donc craindre que 
ses auditeurs ne fussent pas toujours en parfaite communion d'idées 
avec lui. M. Ordioni n'a eu que plus de mérite à affirmer devant ce 
public incertain la grandeur de l'idée de patrie, la nécessité d'une 
organisation militaire solide et forte, le danger de l' antimilitarisme, 
l'urgence pour les instituteurs de donner aux enfants confiés à leurs 
soins une éducation morale les préparant à l'accomplissement du 
devoir militaire. Cette petite brochure, imprimée dans un format 
commode, est à recommander et à faire lire à la jeunesse. 

31. — Syndicats d'officiers ! Tel est le titre d'une brochure dans 
laquelle M. Robert de Boisfleury examine si de tels groupements 
sont possibles dans l'armée, s'ils sont désirables, s'ils ne se produiront 
pas fatalement dans un corps d'officiers désorienté comme le nôtre. 
Il conclut par l'affirmative et, acceptant le fait accompli, ou près de 
s'accomplir, il recherche la façon dont l'institution nouvelle pourra 
être utilisée pour le salut du pays. Tout cela est bien pensé, bien dit, 
rempli d'idées justes, nouvelles, qui ne peuvent manquer de fruc- 
tifier, 



.- 140 - 

32. — Avec le livre de M. le capitaine Loir : Cavalerie, nous entrons 
définitivement dans la tactique. L'écrivain affirme que l'utilité des 
armes à cheval est plus démontrée que jamais, en dépit de la puis- 
sance sans cesse croissante du fusil et du canon. Et cette vérité qu'a- 
vait entrevue dès 1869 Ardant du Pic, que confirmaient, moins loin 
de nous, des écrivains comme les généraux Maillard et Négrier, il 
l'établit par de nouveaux arguments, de nouvelles preuves indénia- 
bles. Le livre, très étudié, embrasse l'ensemble de toutes les opéra- 
tions qui constituent le service de la cavalerie : découverte, marches, 
stationnement, la cavalerie dans l'ensemble de l'armée, la cavalerie 
avant, pondant, après la bataille. Travail très complet, d'une lec- 
ture facile. 

33. — Tout différent du précédent volume nous apparaît le travail 
de M. le capitaine Balédent : L' Infanterie à la guerre, répertoire d'exer- 
cices pour petites unités, avec étude de la carte. L'écrivain s'attache 
plus au sens qu'à la lettre même des règlements et sa méthode est 
certainement la bonne. Cet ouvrage, plutôt pratique que théorique 
en dépit de ses allures didactiques, rendra certainement des services 
à nos jeunes officiers. 

34. — Bien que tous les officiers «d'infanterie soient aujourd'hui 
imbus de l'esprit offensif, M. le capitaine Linarès est persuadé que 
le mode d'emploi actuel du feu de mousqueterie paralysera, à leur 
insu même, le mouvement en avant. Il l'affirme dans sa brochure : 
La Tyrannie de l'arme à feu, et il cherche un moyen de nous soustraire 
à cette tyrannie en prônant ce qu'il appelle le « feu défensif ». Beau- 
coup d'idées nouvelles, neuves, émanant évidemment d'un esprit 
perspicace, que certains traiteront peut-être de paradoxal, mais 
dont les audaces nous paraissent fondées. 

35. — M. Chancerel, inspecteur des eaux et forêts, vient de publier, 
sous le titre : Le Combat sous bois et les compagnies forestières, une 
étude dans laquelle il examine la méthode suivant laquelle les mas- 
sifs boisés peuvent être utilisés à la guerre soit pour le cheminement 
en avant et l'attaque, soit pour le combat défensif et la retraite. Il 
nous dit, en outre, de quelle façon les corps actuels de soldats forestiers 
pourraient être employés pour de s missions tenant à la spécialité. Nous 
voyons là que la question posée par M. Chancerel a été étudiée déjà 
par plusieurs de ses confrères, notamment par M. l'inspecteur Por- 
tier: elle ne manquera pas d'aboutir, espérons-le tout du moinis, pour 
le bien de notre armée. Le livre de M. Chancerel complète heureuse- 
ment l'excellente étude du lieutenant Barthélémy : La Manœuvre 
en terrain boisé que nous avons étudiée ici l'armée dernière. Il 
appelle une fois de plus l'attention des pouvoirs publics sur une 
question plus importante que jamais à la guerre, aujourd'hui que le 



- 141 — 

défilement des troupes pour la marche d'approche est une con- 
dition essentielle du succès. 

36, 37, 38 et 39. — La liaison des armes sur le champ de bataille, 
c'est-à-dire le mutuel soutien, le judicieux appui qu'elles doivent se 
prêter l'une à l'autre pour arriver plus rapidement, plus sûrement 
au succès, est une des questions qui préoccupe le plus, de nos jours, 
les esprits qu'attirent les problèmes de haute tactique. Nous avons 
la preuve de cette attraction dans la publication simultanée de qua- 
tre études qui, sous des titres différents, avec des arguments divers, 
d'après des méthodes varices, traitent de la même question : i° Com- 
binaUon des efforts de l'infanterie et de l' artillerie dans le combat, par 
le commandant Niessel ; 2° une conférence faite en Angleterre par le 
brigadier-général R. C. B. Haking sur la Liaison des armes\ 3° In- 
fanterie el artillerie en liaison^ par le lieutenant-colonel Thomas de 
Colligny; enfin et 4° une brochure du colonel Lalubin : Dans quelle 
mesure l'infanterie peut-elle compter sur l'artillerie pour appuyer son 
attaque? Ces quatre travaux méritent à divers points de vue d'être 
sérieusement médités, en particulier la conférence du général anglais 
qui, par sa hauteur de vues et tout à la fois le côté pratique de son 
argumentation, nous a paru. apte à frapper particulièrement le lec- 
teur. M. le colonel Dubois, en traduisant ces pages, a rendu un 
véritable service à notre armée. 

40. — Nous aurions pu rattacher aux quatre brochures dont nous 
venons de parler celle du commandant Gascouin: Infanterie française et 
ariillerie allemande, car, tn réalité, c'est encore de la liaisondes armes 
qu'elle nous entretient. Toutefois, l'écrivain envisage spécialement 
le problème au point de vue de la diminution maxima des pertes, et 
cette spécialité dans l'objectif nous a amené à traiter son étude à 
] art. L'honorable officier cherche de quelle manière une infanterie 
assaillante pourra effectuer son attaque, sous le feu d'une artillerie 
nombreuse et bien servie, comme le sera sans doute l'artillerie alle- 
mande, cela en subissant le minimum de pertes. Et il conclut en assu- 
rant que le succès de la bataille dépendra du degré, de l'intensité de 
la liaison entre l'infanterie et l'artillerie. Pour arriver au but sou- 
haitéàcet égard, M. Gascouin propose que, dans le règlement sur. le 
service en campagne, le chapitre du combat ne soit pas traité d'une 
façon différente pour les deux armes principales (infanterie et artille- 
rie), comme la chose a lieu actuellement, mais au contraire qu'il soit 
fondu, pour ces deux armes, en un texte unique. Il y a là une idée 
qui paraît très judicieuse et pour la défense de laquelle on trou- 
verait plus d'un argument dans la brochure du général Haking dont 
nous parlions tout à l'heure. Ce serait une raison de plus pour l'esti- 
mer acceptable. 



— 142 ^ 

4J. — U A B C tactique de M. le général Crémer est un petit 
répertoire de définitions et de principes militaires capitaux, qui 
pouiTa servir de mémento aux chefs des petites unités pour lesquels 
il paraît avoir été écrit. C'est à eux surtout qu'on doit le recom- 
mander. 

42 et 43. — N-ous terminons cet article d'ensemble en signalant tout 
d'abord à ceux de nos lecteurs qu'elle peut intéresser la brochure : 
Emplois civils et militaires réservés aux engagés et rengagés : l'ouvrage 
a été mis au courant jusqu'à aujourd'hui; il a donc le mérite de l'ao- 
tualité et de l'exactitude. — Enfin nous citerons la brochure de M. le 
lieutenant Hayem : La Menace prussienne. La Riposte, qui nous ar- 
rive au dernier moment. M. Hayem, après avoir examiné la forme que 
prendrait une nouvelle guerre avec l'Allemagne, la zone probable 
des combats futurs, convie la France à se ressaisir devant im danger 
toujours menaçant, à se tenir prête au point' de vue matériel, mais 
surtout de fortifier son âme et de se dérober aux intrigues politiques 
qui nous divisent. Comte de Sérig.nan. 

THÉOLOGIE 

jVouveaoBX I?IéB«nges os>»t»ires, par M. dMIijlst. IX. Paris, 
de Gigord, 1911, in-3 de 534 p. — l'rix : /j fr. 

Ce nouveau volume des Œuvres posthumes de Mgr d'Hulst embrasse, 
on peut le dire, toute sa carrière sacerdotale, puisqu'il s'étend de 
l'année 18.67, presque son époque de début, à l'année 1896, l'année 
même de sa mort. Il s'y trouve, surtout pour les années de début, un 
grand nombre de discours achevés et complets, et aussi, surtout pour 
les dernières années, de simples canevas ou résumés, brefs de mots, 
mais pleins de choses. Les uns et les autres sont très dignes d'être 
lus et médités, pour le plus grand profit de l'esprit et de l'âme. Ne 
pouvant analyser tant d'oeuvres différentes, il suffit d'en indiquer les 
sujets généraux. Une première série a trait aux œuvres eucharisti- 
ques. Ce sont des triduums d'adoration perpétuelle, des octaves de 
réparation, des instructions aux associés de l'adoration ou de la com- 
munion réparatrice ou de l'œuvre des tabernacles, toutes œuvres 
particulièrement chères au cœur de l'éminent prélat. La deuxième 
série comprend les sermons pour les fêtes de la sainte Vierge et tout 
particulièrement le Mois de Marie. La troisième série enfin, ce sont les 
sermons donnés aux réunions des Mères chrétiennes de Notre-Dame 
de Sion, complétés et achevés par un beau sermon de charité prcèhé 
à Sainte-Gudule de Bruxelles, en faveur de l'œuvre du Calvaire. 

Tel est en résumé ce nouveau volume, tout à fait digne de ses 
aînés, et auquel le public chrétien fera le même bon accueil. 

E. PONTAL. 



- 143 - 

lie Boitddhism® primitif, par Alfbbo Roussbl. Paris, Téquik 1911, 
iti-12 (le ix-^31 p. - Prix : 4 fr. 

Chaque année, depuis quelque temps, les travaux français consa- 
crés au bouddhisme se succèdent presque sans interruption. Après le 
livre récent de M. de la Vallée- Poussin, celui du P. Roussel sera le 
bienvenu. Devant des auditoires choisis, à Fribourg d'abord, puis- à 
Paris, l'éminent oratorien a étudié les problèmes principaux de cette 
doctrine si difficilement accessible aux intelligences européennes. Là 
Bouddhisme primitif se divise en trois parties : la Vie et l'œuvre du 
Bouddha, d'après l'histoire et la légende, le Dhamma, c'est-à-dire 
l'onsoignement dogmatique et moral du Bouddha, le Sangha ou mona- 
chisnre bouddhique. La compétence du P. Roussel est universelle- 
ment reconnue des indianistes, et l'on ne peut que se féliciter que, 
par une vulgarisation savante, il se soit appliqué à en faire bénéficier 
les profanes. L'exposition est aisée, claire et agréable, non toutefois 
sans quelques longueurs. L'auteur s'est attaché à discuter abondam- 
ment les comparaisons qu'il est de mode, en certains milieux incro- 
yants, d'instituer entre le bouddhisme et le christianisme, spéciale- 
ment le christianisme catholique. 11 a bien montré l'originalité irré- 
ductible et l'incontestable transcendance de notre religion. Son ou^ 
vrage joint donc, à ses autres mérites, celui d'apporter à l'apologé- 
tique de précieuses contributions. Il est de nature à dissiper les ma- 
lentendus et les méprises. On peut donc en conseiller vivement la 
lecture et l'étude àtous ceux que préoccupent les questions soulevées 
à propos de l'histoire comparée des religions. Puisque le P. Roussel a 
cru devoir joindre à son livre un « Chapitre supplémentaire » où il 
décrit l'état présent du bouddhisme dans l'Inde, particulièrement à 
Ceylan et au Népal, nous formerons le vœu qu'il étende quelque jour 
son enquête aux immenses régions situées au nord de l'Himalay. 

J. L. 

SCIENCES ET ARTS 

Esquisse d'une pliiieso|ilile des sciences, par W. OsTWiLD 
trad. de l'allemand par M. Dorollh. Paris, Alcan, lyli, iri-16 de iv-184 p. 
— Prix : 2 fr. oO. 

L'auteur de l'Esquisse d'une philosophie des sciences professe une 
philosophie positiviste et subjective. Il ne combat pas précisément 
toute métaphysique, si ce n'est par prêter ition; il n'en parle jamais, 
il l'ignore. On peut se représenter par là ce que doit être sa « théorie 
générale de la connaissance, » sujet de son livre P^. C'est d'une con- 
naissance purement sensible, exclusivement fondée sur le témoi- 
gnage des sens, qu'il fait la base de sa philosophie des sciences. Si, 
dans le raisonnement, il admet la déduction, ce n'est qu'en tant que 



— Wi — 

Bubordonnce à l'induction et s'appuyant exclusivement sur des prin- 
cipes ou vérités mis en lumière en premier lieu par l'induction expé- 
rimentale. 

Il arrive ainsi à repartir toutes les sciences en trois grandes divi- 
sions. Dans la première, il range la logique avec les sciences du cal- 
cul, la géométrie et la « phoronomie « (lisez : la cinématique); la 
seconde comprend les sciences physiques proprement dites, mécani- 
que, physique et chimie; et, dans la troisième, celle des sciences biolo- 
giques : la physiologie, la psychologie (sic) et la sociologie. .,;,; 

On sera moins surpris de voir la psychologie placée après la physio- 
logie, lorsqu'on saura que, pour l'auteur, l'âme humaine n'est point 
considérée comme substantielle, mais bien comme une sorte de per- 
manence évolutive du souvenir. L'âme humaine rabaissée à la faculté 
purement sensitive de la mémoire, voilà à quoi aboutit une philoso- 
phie des sciences qui, en rejetant toute une classe, et la plus relevée, 
de^facultéshumaines,ne veut voir dans celles-ci, dans les opérations 
defesprit, qu'un effet du jeu des sens et des phénomènes sensoriels. 

Sur cette base essentiellement incomplète et, partant, nécessai- 
rement fausse, l'auteur a écrit un livre d'ailleurs très savant, rendu 
par le traducteur en un style austère et sobre qu'on eût aimé voir 
au service d'une philosophie plus élevée et plus vraie. 

C. DE KlRW^AN. 

lia Charité à travers la vie, par la comtesse d'Haussonville. 
Pari?, Lecoffre, Gabalda, 1912, in-8 de 320 p. — Prix .- 3 fr. 5ii. 

Ce bon et charmant livre est un recueil de passages choisis extraits 
des meilleurs écrivains et orateurs sur la charité et s'appliquant aux 
différentes circonstances de la vie : enfance, âge mûr, vieillesse, ri- 
chesse, pauvreté, etc. On y trouvera les noms les plus divers depuis 
l'abbé Perreyve jusqu'à Bossuet et depuis Madame Craven jusqu'à 
saint Grégoire de Nazianze. Mais les pages inédites ne le cèdent 
en rien aux autres. On y reconnaît l'auteur de l'Introduction si 
simple et si chrétienne, dans laquelle, en 25 lignes. Madame la 
comtesse d'Hausson ville a écrit une des plus touchantes exhorta- 
tions à la charité. Il n'est personne à qui ce livre ne puisse faire du 
bien et on comprend à merveille les hautes approbations épiscopales 
dont il a été l'objet et l'élogieuse Préface de M. le chanoine de Giber 
gués. La charité, c'est le résumé de toute la doctrine chrétienne, mais, 
pour le comprendre, il faut avoir soin d'être fidèle au sens exact du 
mot et de l'identifier avec l'amour du prochain tel qu'il est prescrit 
par l'Évangile. C'est cette vérité que ce livre rend lumineuse. Il n'en 
est pas de plus utile à répandre, au moment où certains chrétiens, 
d'inspiration contestable, prétendent trouver ailleurs que dans la 
charité' le moyen de restaurer le règne du Christ. E. G. 



^ 145 ~ 

nisforfa «le la educarîoEt y la pcdagogia, por el P. RAMô^f 
Ruiz Amado. Barcelone), Gili, 1911, ia-16 de /<26 p. — Prix: -i fr. 

L'auteur de ce livre s'est proposé de passer en revue les différents 
systèmes ou concepts de l'éducation et de la pédagogie à travers 
les siècles. Il distingue quatre époques principales : 1^ l'époque tradi- 
tionaliste (qui comprend un traditionalisme philologique, dans l'Inde; 
scientifique, en Egypte; religieux, chez les Hébreux; politique, en 
Chine); 2° l'époque humaniste (qu'il subdivise en humanisme grec, et 
en humanisme grec-romain); 3° l'cpoque néo-latine (pédagogie patris- 
tique, monastique, scholastique, humanistique; formation de l'en- 
seignement secondaire et de l'enseignement primaire); 4° l'époque 
rationaliste (pédagogie réaliste, philanthropique, humanitariste, 
moraliste, politique, et nettement catholique-réactionnaire). La pre- 
mière l'poque remonte aux temps les plus reculés de l'histoire; l'au- 
teur fait preuve, dans cette partie, d'une érudition peu commune 
puisqu'il s'agit de sjTithétiser les connaissances que nous avons pu 
recueillir à grand' peine dans les livres sacrés de l'Inde et dans les 
textes hiéroglyphiques de l'Egypte. Deux appendices intéressants 
concernent la pédagogie chez le peuple hébreu et dans la Chine, A 
partir de la seconde époque, le P. Rujz Amado a divisé en numéros 
distincts chacune de ses monographies, et nous en comptons 142 jus- 
qu'à la fin du volume. C'est assez dire que le travail de l'auteur est 
une étude consciencieuse et aussi complète que possible de la question. 
Nous nous plaisons à signaler tout particuhèrement la partie qui con- 
cerne le moyen âge. On sait combien cette époque a été dédaignée 
parce qu'elle a été trop longtemps méconnue; une réaction s'est 
produite au xix^ siècle, par suite d'efforts et de découvertes (!) de la 
part d'hommes sérieux, ou plutôt d'hommes de goût. Le moyon âo-e 
a reconquis de nos jours la gloire qu'il n'aurait jamais dû voir s'obs- 
curcir. Et le P. Ruiz Amado le met en bonne place dans son excel- 
lent ouvrage. Il était aussi tout naturel qu'il fît une mention parti- 
cuHère des efforts déployés par les jésuites pour l'éducation des jeunes 
gens : est-ce modestie? Est-ce quelque autre motif qui l'a empêché 
de développer davantage ce point si intéressant? Toujours est- il que 
nous avons trouvé un peu écourtées les pages qu'il a consacrées à ce 
sujet. Trop concises aussi nous ont paru les sections de la fin, où il 
traite des congrégations religieuses de femmes dédiées à l'enseigne- 
ment : 8 pages seulement, c'est peu, trop peu, quand il s'agit de montrer 
tout ce qu'ont fait ou qu'ont voulu faire les ursulines, les visitan- 
dines, et tant d'autres ordres qui ne sont même pas nommés, dont la 
mission a cependant laissé un sillon lumineux et marqué d'une 
empreinte profonde la société contemporaine. G. Bernard. 



Flvpier 1912. T. CXXIV. 10. 



— 146 — 

Histoire «les léi;uines. par Georges Gibault. P^ris, Lfljrairie hisni^. 
coïc, l'.MJ, gv. iu-s do viii-404 p., avec grav. — Prix : 5 fr. 

S'occupaat de la vie matérielle des hommes, ce "voîiime retraee tout 
ce qui concerne la partie de l'alimentation que l'on demande aux 
produits herbacés du sol, aux légumes, etnon pas seulement ce qui se 
fait de nos jours, où les habitudes se sont établies en faveur de tels 
ou tels végétaux, ont subi les effets de la mode et permis à cer- 
tains préjugés de prendre faveur soit pour soit contre certaines na- 
tures de plantes ou de légumes, mais encore ce qui s'est fait jadis, 
chez les peuples de Rome, de l'Asie et même en Egypte. 

Comme l'auteur le dit au début de son livre, notre curiosité sera 
excitée par ce que nous trouvons, mais elle ne sera jamais entière- 
ment satisfaite. Des documents archéologiques font défaut, ou sont 
incomplets; maisle peu qui en subsiste,et à côté, les graines, les débris 
végétaux qu'on a trouvés dans les fouilles opérées, notamment' dans 
les tombeaux Égyptiens, identifiés avec les représentations 
figurées sur les monuments, tous ces spécimens d'autres temps, plus 
récemmentencore les miniatures des manuscrits, ont été utiliséspar 
l'auteur qui nous a vraiment donné un recueil curieux, plein de science 
et du plus grand intérêt. 

La division du livre n'est pas rigoureusement scientifique, comme 
M. Gibault le dit tout de suite, lui-même. Il débute par l'asperge^ 
continue par les légumes proprement dits, herbages légumiers, salade, 
légUmes racines, donne un développement considérable aux plantes 
tuberculeuses apparues ou propagées dans les temps modernes. Ce 
sont les heliantis, lescrosnes.les patates et, entre toutes,la pomme de 
terre.L' usage de celle-ci est déjà bien ancien, sinon fort répandu. On 
suit dans ces pages l'histoire de son développement dans notre Eu- 
rope comme aussi dans notre France, pour arriver au point moderne 
où, chez le pauvre comme chez le riche, on ne saurait se passer de ce 
tubercale. Après un chapitre consacré aux fruits légumiers, dont la 
fraise est le plus intéressant spécimen, quelques pages rappellent quel- 
les sont les plantes potagères qui ont eu leur temps de vogue, qui 
n'ont pu maintenir cette faveur, mais, depuis, sont tombées en dis- 
crédit. G. DE Senneville. 



LITTÉRATURE 

llippolyte de la lUorvoniiaiiîi, «a Yie, ses œuvres, SC8 idées. 

Elude sur le rom'inlhmi; en Bretagne, diaprés des documents inédits, par 
l'abbé E. Flrury. Paris, Champion", 1911, gr. in-8 <Je 588 p. — Prix : 7fr. 50. 

Hippolyte de la Mervonnait». lEuvreH elioi»ies. Poésie 
et prose, avec des notes explicatives, par le même. Paris, Champion, 
1011, gr. iu-B de 150 p. Prix : 2 fr. 50. 

De loin, cet Hippolyte de la Morvonnais fait quelque figure. Il fut 



-^ 147 — 

l'ami ou le correspondant de Chateaubriand, dô Lamennais, de La- 
martine, de Sainte-Beuve, de iVlaùrice de tjùéfin, l'hôte Complaisant 
en son manoir du Val de FArguenon d'una quantité d'écrivains célè- 
bres de 1830 à 1850. On ne touche guère aux grands romantiques 
sans rencontrer son nom dans quelque coin, en tête^ou au bas de 
quelque lettre. Et, comme on' sait qu'il a écrit en vers et en prose, on 
a fait à l'auteur de la Thébaïde des grèves, des Larmes de Madeleine, 
du Manoir des dunes, la grâce de croire qu'il eut, lui aussi, du talent 
et peut-être, à cause de sa vie retirée au fond de la Bretagne, un talent 
méconnu. 

A cause de cela même, il était bon qu'un travailleur allât y voir de 
près et remuer le fatras d'inédit qu'a raison de garder son petit- fils, 
que n'eut pas tout à fait tort de brûler et d'abandonner dédaigneu- 
sement aux rats sa fille Marie. Or, si M. l'abbé Fleury n'a pas eu l'hé- 
roïsme de voir que son « héros » était de bois creux, s'il lui conserve 
une admiration qui tend à justifier son labeur et ses deux volumes, 
l'évidence est là; et c'est la famille du pauvre Hippoiyte qui eut raison 
en le considérant toute sa vie comme un fou, un demi-fou tout au 
moins, à qui le romantisme et le mal littéraire avaient tourné la tête. 

Son portrait en tête du volume donne déjà l'impression d'un 
halluciné. Ce qu'on nous dit, trop discrètement, de sa façon de vivre, 
ses promenades solitaires en pleins champs, en pleines grèves, avec 
une majestueuse redingote et un chapeau à haute forme éternel, 
confirment cette inquiétude. Et il transparaît que, quoiqu'il fût tout 
le contraire d'un méchant homme, il fit par les bizarreries de son hu- 
meur et son indocilité à suivre la voie commune le tourment de sa 
mère; qu'il rendit pendant dix ans sa charmante femme très malheu- 
reuse, en la rabrouant durement parce qu'elle essayait, l'étroite et 
sotte bourgeoise, de ramener doucement le malade à la réalité et de 
l'incliner à s'occuper un peu de ses affaires; qu'il s'écarta avec 
aigreur de presque toute sa famille, s'isolant dans sa hauteur de génie 
incompris et même persécuté. Mais il apparaît en toute évidence que 
compilant, compilant, écrivant, écrivant, en vers, en prose, et sur 
tous sujets, reconstituant le monde, refaisant même le catholicisme, 
donnant dans toutes les utopies du fond de son trou qu'il appelait 
noblement sa thébaïde, adressant à tout propos des lettres apoca- 
lyptiques et démesurées à tout le monde, à Lamartine, à George 
Sand, à Enile da Girardin, voire au nonce du Pape, et à la Nation 
française, et réussissant tout juste, malgré l'appétit de gloire qui le 
dévorait, à imprimer à ses iVais li-ois ou quatre méchants volumes, 
et à ghsser dans quelques journaux ot revaos d3 333 amis quelques 
« tartines, » il fut liitérairemeat, et au sans pariait da mot, un raté. 

— Les pages choisies qui; M. l'abbé Fieui'y a données parallèle- 



148 — 

ment à sa grosse thèse justifient, hélas! ce jugement plutôt dur. Et 
il est vrai que son goût n'est pas du tout le mien, qu'il admire comme 
pittoresque et original ce que je trouve fade et plat, et voit dans la 
lune qui se mire sur l'étang ou dans l'épi doré que ramasse le glaneur 
des « images neuves et charmantes... « Mais enfin il n'a pas pu se 
tromper tout le temps dans son choix. Or, d'un bout à l'autre, les vers 
sont mous, puérils, d'une vraie misère. Quant à la prose, à toutes 
les divagations philosophiques, sociales et rehgieuses, par lesquelles 
La Morvonnais fait écho dans son pauvre cerveau fêlé d'abord aux 
thèmes romantiques de la hberté de l'art et de la sainteté de la 
poésie, ensuite à toutes les utopies fouriéristes qu'il épousa pour les 
rendre plus troubles encore, annonçant l'égalité et l'harmonie univer- 
selle ;Vétablissant un parallèle entre Jésus-Christ notre « initiateur 
précédent religieux « et Fourier « notre initiateur postérieur scienti- 
fique »; cherchant à être un « harmonien catholique », défendant le 
« système sociétaire » et la « doctrine harmonienne » contre Lamartine 
et contre l'archevêque de Cambrai, le divorce et le « mariage sé- 
riaire «; voulant qu'on « libère pleinement les instincts, car toute 
nature en soi est bonne »; et cherchant à donner la formule nou- 
velle'"d'un catholicisme élargi et plus humain : tout cela est si incohé- 
rent et si niais sous sa forme grandiloquente et verbeuse, que c'eût 
été une charité de jeter dessus le voile, et de nous conserver seulement 
en médaillon la silhouette du doux songe-creux qui fit connaître à 
Maurice de Guérin la mer, qui s'occupa de faire avoir à Chateaubriand 
l'îlot du Grand-Bé pour tombeau, et qui finit pieusement ses jours, 
quoique républicain, démocrate, et ivre de 48, en bâtissant une 
église et en devenant marguillier de sa paroisse... * 

Mais la vérité a ses droits et le doctorat ses exigences. L'intérêt du 
travail, consciencieux et naïf, de M. Fleury est, avec celui de nous 
ôter l'illusion que La Morvonnais fut quelqu'un, de nous faire voir 
les'ravages qu'opéra dans la jeunesse du xix^ siècle, après les folles 
lectures du xviii®, la contagion de toutes les maladies romantiques. 
Car le pauvre La Morvonnais les prit toutes : mal du doute, dégoût de 
vivre et orgueil de la solitude à la René, mal d'écrire et tourment de 
la gloire à la Chateaubriand (d'où les épopées en 39 chants, comme 
Pharamond, et les traductions, et les essais dans tous les sens...); puis, 
de'Lamennais à Fourier, les utopies sociales et religieuses les plus 
extravagantes... Là où il n'y a plus le prestige de l'art, — et c'est 
ici le cas, — l'œuvre apparaît un chaos sans le moindre éclair, la vie 
un gâchis stérile et lamentable. Gabriel Audiat. 



— 149 — 

Haute Magyarorszïigoii {Dante en Hongrie), ina Kaposi Jôzssf. 
Budapest, Rêvai, 1911, gr. in-8 de 373 p. 

Innombrables sont les auteurs qui ont traduit, coram.enté, analysé 
l'œuvre de Dante, et cependant l'ouvrage de Joseph Kaposi comble 
une lacune. Non seulement il résume ave:, autant d'impartialité que 
d'exactitude tout ce qui a été publié en Hongrie sur l'auteur de la 
Divine Comédie, mais encore il étudie les rapports de l'auteur avec 
le royaume d'André III. Il établit que le poète n'accompagne ni 
Charles Martel ni Charles Robert, et, commentant les vers : 

; • "' beata Uogaria, se non si lascia| 
Più malmenare ! 

il montre que beaucoup de traducteurs se sont mépris sur leur signi- 
fication, parce que, pour en saisir le sens, il faut connaître l'histoire de 
la Hongrie, fort compliquée à cette époque où le trône de Saint- 
Ètienno fut occupé par des membres de la maison d'Anjou. 

La Divine Comédie a commencé à être connue en Hongrie vers 1417 • 
par une traduction latine de Giovanni da Serravale, dont un exem- 
plaire se trouve à la bibliothèque épiscopale d'Eger; d'autres tra- 
vaux suivirent, on en retrouve la trace dans la Corvina\ le mouvement 
8' accentua à l'époque de la Réforme et se développa jusqu'à nos 
jours. Joseph Kaposi étudie toutes les traductions hongroises qui en 
furent faites et dont la première est due à François Csâszâr; celle de 
Charles Szâsz, publiée en 1882, est une des plus importantes. Les 
principaux chapitres de l'ouvrage de Joseph Kaposi sont : La Fortuna 
di Dante; Dante et la Hongrie; Les Premiers Travaux sur Dante en 
Hongrie; Les Codex hongrois de Dante; Dante en Hongrie du xvi® au 
xviii^ siècle; Les Prêtres hongrois et la littérature dantesque; L'His- 
toire de la littérature italienne en hongrois; les Femmes dans la littéra- 
ture hongroise de Dante ; Nouvelles Traductions; Dante dans l'art hon- 
grois. Une bibliographie hongroise de Dante accompagne l'ouvrage 
que termine un index alphabétique des jioms. Dante en Hongrie,'j\\x\ 
résume tout ce qui a été publié en Hongrie sur le poète florentin, est 
un travail complet, bien écrit, facile à consulter, qui rendra service 
à]ceux qui voudront étudier l'auteur de la Divine Comédie. : 

fj HORN. 



HISTOIRE 

te» CltrétÈciités celticittcs,'' par Dom Louis Gouga.ud. Pari 
Lecoffre, Gabalda, 1911, iQ-1-2 de xxxv-.410 p., avec 3 cartes. — Prix: 3 fr.50. 

Ce volume prend place dans l'histoire ecclésiastique de l'Angle- 
terre avant celui de Dom Cabrol sur l'Angleterre chrétienne avant les 
Normands. A eux deux, ils forment pour ce pays un tout complet. Le 



— 1^0 - 

dernier paru se recomfl:ande par les mcmes qualilds que le premier^. 
Énidilion sûre, analyse sobre des détails, synthèse claire et. ferme 
des grandes lignes, exposition simple et nette,, tout contribue à en 
faire un excellent ouvrage de vulgarisation à l'usage des gens ins- 
truits. 

Après une Introduction riche et ordonm e sur les sources et les ins- 
truments de travail, Dom Gougaud étudie d'abord les cultes païens 
chez les Celtes, puis les origines et l'épanouissement du christianisme 
dans les pays insulaires et en Armorique, et enfin les expansions de 
ce christianisme surtout par les apôtres irlandais dans les îles du nord 
et sur le continent. Il caractérise le rôle tout particulier du mona- 
chisme dans les Églises celtiques en ce qui concerne leur organisation 
et leur développement. Il raconte ensuite les controverses discipli- 
naires, les institutions ecclésiastiques, la culture littéraire et théolo- 
gique, la liturgie, la dévotion, les arts chez ces chrétiens, séparés 
depuis si longtemps du monde romain, remphs de tradition? très 
particuïaristes, doués d'une foi, d^une crédulité toutes spéciales. 11 
termine en montrant comment ils s'accordent peu à peu, mais con- 
traints et tardivement, avec leurs voisins les Anglo-Saxons et les au- 
tres chrétientés. Cette liistoire descend jusqu'au xi*^ siècle, sans 
avoir la prétention d'éclaircir tous les problèmes, mais en jetant une 
lumière discrète sur presque tous, du moins autant que la science mo- 
derne le permet. Elle fera bonne figure dans la Bibhothèque de l'en- 
seignement' de l'histoire ecclésiastique. A. Clerval. 



lie Roi et mes uiinieJres peiedaut lesti'ois derniers siècIi'H 

de la JMoiiiireliîe, par Paul Viollet. Paris, Larose et Teniu, 1912, 
^m-8 de x-6t6 p. — Prix : 10 fr. 

11 n'est personne parmi les amis des antiquités nationales qui ne 
connaisse et n'apprécie les beaux travaux de M. Paul Viollet sur l'his- 
toire du droit français, privé ou public, et qui ne les considère comme 
une source abondante (ie renseignements à recueillir et de réflexions 
à faire. Son Histoire des institutions politiques et achninisiratif^es de la 
France (i890-1903, o vol. in-8) s'arrêtait au xvi^ siècle. Le volume 
que nous signalons aujourd'hui : Le Boi et ses ministres pendant les 
trois derniers siècles de la Monarchie en est une continuation partielle 
jusqu'à la Révolution. Le sujet est développé en neuf chapitres : I. 
Le Royaume (1. Les Accroissements du royaume. 2. Les Accroisse- 
ments du domaine). IL Le Roi (1. Le Droit divin. 2. La Papauté et 
la. Couronne de France. 3. L'Empereur et le Roi de France). IIL Le 
Rôle de la Royauté. — Le Chancelier et les secrétaires du Roi (1. Le 
Roi et le pouvoir central. Vues générales. 2. Le Chancelier. 3. Les 
Notaires et secrétaires du Roi). IV. Le Surintendant, le contrôleur 



— 151 — 

général des i'inances (1. La Surintendance' des finances jusqu'à Col- 
bert. 2. Colbert et le- Contrôle général). V, Les Secrétaires d'État 
(1. Les Secrétaires d'État avant 1661. 2. Les Secrétaires d'État de- 
puis 1661). VI. L'Armée. — Préliminaires. — Première section : 
Éléments anciens. — Les Officiers supérieurs. (1. Suppression du 
connétable. Le Maréchal général des camps et armées du Roi. 2. Les 
Maréchaux de France. 3. Les Gouverneurs). Deuxième section : Élé- 
ments actifs. — Les Officiers supérieurs. — Les Troupes (1. Vues gé- 
nérales. 2. L'Infanterie et la cavalerie. 3. L'Artillerie et le génie. 4. 
Les Commandants. 5. La Vénalité et la noblesse dans l'armée. 6. Les 
Troupes. 7. Les Trésoriers et les commissaires des guerres. — Les 
Inspecteurs.) VIL La Marine. VIII. Quelques grands Services publics. 
(1. Les Mines. — Les Eaux et forêts. 2. La Voirie. 3. Les Postes et 
les messageries. 4. La Surintendance, puis Direction des bâtiments du 
Roi). IX. Les Intendants de province (1. Les Intendants d'après l'in- 
tendant d'Aube et d'après Law. 2. Historique jusqu'à la Fronde in- 
clusivement. 3. Historique après la Fronde. 4. La Fin des intendants.) 
— Une Table alphabétique générale complète \& volume et en facilite 
l'usage. — Fruit d'un travail énorme, qu'ont éclairé les rayons d'une 
inteiligenoe remarquablement vigoureuse, claire et subtile, ce volume 
s^&ppuie sur une bibliographie si riche qu'elle en est presque effrayante, 
et dont, soit par les listes placées à la fin de chaque chapitre, soit par 
les indications mises au bas des pages, l'auteur a fait avec une libé- 
ralité surabondante profiter le lecteur, auquel il ouvre ainsi toutes 
sortes de voies. Cette extraordinaire érudition n'a rien enlevé à la 
netteté vive et précise, ni, ce qui est plus fort, à l'agrément aimable 
et original, parfois piquant de l'exposé, par où la rare valeur scienti- 
fique du livre se rehausse d'un beau mérite littéraire. M. Viollet a le 
don singulier de pratiquer à la fois la plus minutieuse analyse et la plus 
large synthèse et de les faire valoir l'une par Fautre. Là mente où on 
pourra différer d'avis ou de sentiment avec l'auteur (et ce sera sur- 
tout le cas pour telle ou telle des questions délicates touchées par lui 
dans son second chapitre avec une prédilection peut-être excessive et 
une sympathie non dissimulée pour certaines façons de voir), on pro- 
fitera de sa science, unie en lui, nous le savons, à une conscience pro- 
fondément chrétienne, et on goûtera son talent de mise en œuvre. Nous 
ne croyons pas céder à l'entraînement d'une vieille amitié, mais ex- 
primer une impression juste, en disant que, considéré dans son en- 
semble, son livre est de ceux qui honorent le plus la science française. 

M. S. 



— 152 - 

Une B"rj>vinrc mous Liouis XIV. Ij'AtliniiiisIratioii des 
- inlSBidauls «l'Orléans €le fl6»S» à 391», par Charlhs db 

Bkaucohps. OrledUi, Marron, 1911, iu-s de xviii-ilO p., avec portrait. — 

Prix : 1 tv. 50. 

L'organisation administrative de l'ancien régime est peu connue 
dans son fonctionnement journalier. On sait que, tout en étant assez 
minutieuse, eUe profitait d'une bien plus large décentralisation que 
celle dont nous a gratifié un système électif poussé à l'excès et engen- 
drant forcément le despotisme intolérable des incompétents. Du 
moins, les fonctionnaires de l'ancien régime se montraient capables, 
indépendants, très préparés à leurs fonctions, et nous leur devons la 
plupart des progrès acquis aux xvii^ et xviii^ siècles. M. Ch. de Beau- 
corps, ancien élève de l'Ecole des chartes, a étudié et analysé toutes 
les pièces qui demeurent sur le gouvernement de l'Orléanais sous 
trois intendants distingués, Jean de Creil, André de Bouville et Yves 
de la Bourdonnaye à la fin du règne de Louis XIV. 

On trouvera des détails intéressants sur leur vie, on lira surtout 
avec intérêt le résumé très exact des divers points sur lesquels 
s'exerçait leur contrôle : impositions, comprenant la taille, la capita- 
tion, le dixième, les aides et les gabelles; l'administration commu- 
nale; lestravauxpublics, ponts, levées, canaux; les affaires militaires, 
ban et arrière-ban de la noblesse, milices provinciales; la justice et la 
police; les affaires religieuses, clergé régulier et séculier, instruction 
publique,assistance et travaux de charité; le commerce et les disettes. 

On voit que bien des questions sont abordées dans ce mémoire pré- 
senté à la Société archéologique et historique de l'Orléanais, mais qui, 
par certains côtés, présente un intérêt général et peut servir de 
point de comparaison. Le tout est très clairement exposé et appuyé 
sur des documents nombreux, parmi lesquels il n'était pas facile da 
faire im choix judicieux. G. B. de P. 

lia Conspiration et la fin de Jean^ baron de Batz (t 993- 

18SÎÎ;, par le barou de Batz. Paris, Gaimaun-Levy, s. d., ia-8 de o33 p. 
— Prix : 3 fr. 53. 

Sur ce second et dernier volume de l'histoire agitée et romanes- 
que par excellence du baron de Batz, nous maintenons nécessaire- 
ment les réserves que nous avons cru devoir présenter à l'examen 
àxipvem\eT{Polybiblion de septembre 1908, t. CXIII, p. 256-257) 
et que divers ouvrages parus depuis n'ont fait que confirmer ; 
mais nous continuons aussi à lire avec un vif intérêt les aventures 
de ce personnage toujours énigmatique, toujours agissant. Le style 
môme de l'auteur, familier, abondant et ardent, fait circuler une 
animation entraînante dans ses récits, et si, par là même, il ne leur 



— 153 — 

apporte pas toute la force de la science historique, il leur donne 
l'intérêt de la passion et l'agrément du mouvement. Le « conspi- 
rateur » de la Révolution ne pouvait rencontrer un historien plus 
séduit par le personnage, mieux entré dans le sujet. Tout un monde 
circule dans ces pages; une bonne table alphabétique facilite les 
recherches, et c'est fort à propos. Le « baron » est donc représenté 
comme le pivot de tout le mouvement antirévolutionnaire en France 
pendant sept ou huit ans; il veut « écraser' les Girondins », puis 
« avilir la Convention »; entre temps il corrompt à prix d'argent 
les députés, achète les policiers, fait manœuvrer comme des pan- 
tins les bourgeois de Paris, ^répand l'argent, s'échappe de prison, 
se déguise, se grime, etc. Il veut arracher du Temple la Reine, 
mais manque sa généreuse entreprise, s'évanouit comme une ombre 
et ne recommence pas. Il apporte l'affirmation positive de la mort 
du malheureux Dauphin (p. 387) et son historien partage sa ma- 
nière de voir. Il est l'adversaire «personnel» de Robespierre, avec 
qui il mène un « duel » dont le 9 Thermidor serait l'étape victo- 
rieuse. Très calme sous le Consulat, plus calme encore pendant 
l'Empire, tout occupé alors de chicanes pour défendre ses droits 
de propriété sur une terre achetée sous un faux nom, en Auver- 
gne, il reçoit, à la Restauration, les épaulettes de général de bri- 
gade, et il meurt (10 janvier 1822) d'un coup de sang. 
^.Une grande partie de ses nombreux papiers, saisis pendant la 
Révolution, lui furent restitués ^ par le gouvernement royal; ces 
dossiers, devenus la propriété de M. de Batz, constituent, appuyés 
par la multitude de ses lectures, la trame de son récit; des Appen- 
dices ajoutent des éclaircissements sur la généalogie et le décès de 
ce personnage qui. demeure, pour nous du moins, toujours mysté- 
rieux. G. DE G. 



IiV4nib»g8ade du duc Decazes en 4ngleterre (1990-1991), 
par Ernest Daudst. Paris. Plou-Nourrit, 1910, iu-3 de iN-374 p. — 
Prix : 7 fr. 50. 

^Nous ayant conté les actes de M. Decazes au pouvoir, dans un 
premier volume, M. Daudet, qui nous décrit ici son ambassade en 
Angleterre, devra ajouter une troisième étude sur M. Decazes à 
la Chambre des pairs, comme grand référendaire sous la monarchie 
de Juillet, s'il veut achever une histoire dont les éléments sont puisés 
dans les riches archives du château de la Grave. Nous ne nous en 
plaindrons pas.^M. Daudet écrit sans passion, mais non pas sans 
sympathie très vive pour son « sujet ». Je lui reprocherais de ne 
voir dans les adversaires de M. Decazes que de mauvais Français, 
quand la proposition contraire se pourrait mieux soutenir; c'est 



— 154 — 

ime injustice que de nommer toujours les royalistes des « ultras », 
puisque l'auteur prend en mauvaise part ce terme qui ne doit 
dcésigner qu'une fraction du parti royaliste. Lui aussi^ ce terme 
d'ultra pourrait être soutenu et défendu non pour les exagérations 
que l'on prête aux politiques qui le reçurent, mais pour les principes 
sociaux cju'il représente. . ,, ; 

Sans nous faire de grandes révélations sur les sentiments intimes 
de Louis XVIII pour son favori, ce volume nous apporte les té- 
moignages nouveaux de cette passion qui s'épanche en des lettres 
dont les expressions côtoient le ridicule par leur vivacité. Mais aussi 
le vieux Roi comprend son devoir et fait passer la tranquillité de 
l'Etat avant la satisfaction de ses plaisirs personnels; ainsi ne 
veut-il pas créer à ses nouveaux ministres des embarras par la pré- 
sence de son ancien ami et il tient ]\L Decazes loin de Paris. Cette 
volonté lui devient plus facile pfir son afl'ection nouvelle pour 
M°i^ du Cayla. M. Ernest Daudet est fort sévère pour cette 
dame et il fournit nombre d'arguments en faveur de son opinion. 

On est surpris de la nullité politique de M. Decazes à l'ambas- 
sade de Londres. Deux ou trois billets de sa femme ont autrement 
de relief et de piquant que ses dépêches et ses lettres au Roi. 
Sur la société anglaise nous avons cependant quelques détails cu- 
rieux, surtout sur le procès de la reine Caroline qui faisait alors 
scandale dans tout le royaume. Plusieurs Appendices ont leur inté- 
rêt, en particulier une longue lettre adressée au duc d'Angoulême 
le 2 janvier 1828 par M. Decazes. Mais il semble avéré que tout 
ce que l'on sait de lui et tout ce que l'on saura lui conservera la 
figure d'un personnage très « arrivis-" » et. ^u fond, fort médiocre. 

G. 



lit» Restauration de l'eatipire allcneand. liC Rôle de la 

Baiièpe, 'par A. de Ruvillk ; trad.de rallemand par Pibrre Albin. 
avec une Introduction sur les papiers de Cercay et le secret des corres- 
pondances diplomatiques par Joseph Reinagh. Paris^ Alcan, 1911, in-8de 
ixxu-3-27 p. — Prix : 7 fr. 

Il est rare qu'un ouvrage allemssud soit elair.' Celui-ci pourtant, 
malgré quelques longueurs, mérite d'être loué pcmr sa clarté et, à 
vrai dire, les longueurs qu'on peut, au premier abord, lui reprocher 
ne sont que rinévitaljle résultat du légitime et intéressant souci de 
Tauteur de ne rien négliger dans l'exposé de négociations extrê- 
mement compliquées. Mais nous aimons à trouver une explication 
de cette heureuse anomalie dans ce fait que M. de Ruville est d'o- 
rigine française. Son arrière-grand-père avait émigré en 1792 et 
sa famille était restée fixée en AUemague. 

Quand nos i)ensées sont ramenées vers le drame de 1870, nous 



— 155 — 

sopimes invinciblement hypnotisés par le calvaire de nos armées et 
la chute de la France. Tout ce qui ne se rapporte pas direttement 
aux opérations de guerre et à notre révolution politique nous paraît 
chose négligeable et nous sommes peut-être trop habitués à la manière 
incidente dont nos historiens traitent les événements politiques qui 
concernent l'histoire intérieure de l'Allemagne, et l'évolution politique 
dont l'aboutissement fut l'établissement plutôt que la restauration de 
l'empire allemand. — En hsant l'ouvrage de M. de Ruville, on pénètre 
les intrigues et les difficultés sans nombre au miheu desquelles le prince 
de Bismarck sut se mouvoir pour arriver à ses fins. Les prétentions 
des États du sud, l'eiïort sournois de l'Autriche pour reprendre pied 
en Allemagne, en dépit des événements de 1866, expliquent, s'ils 
ne les excusent pas, les hésitations du gouvernement français au 
début de la guerre. La diplomatie de ces princes et de ces ministres 
teutons y apparaît comme la plus fourbe et la plus déloyale qu'on puisse 
rêver. C'est l'école à laquelle a été élevéM. deKiderlen-Waechter et le 
modèle qu'il paraît vouloir imiter dans sa négociation marocaine : 
donner et reprendre à chaque incident et se contredire avec cynisme, 
telle* sont les maximes qui paraissent dominer cette politique. La Ba- 
vière et son roi Louis II auraient voulu gardsr leur indépendance 
nationale tout eij ne se mettant pas en opposition avec le sentiment 
national qui poussait vers l'unité. M. de Ruville démêle le réseau touffu 
des intrigues auxquelles ce doul le et contradictoire sentiment a donné 
lieu. Mais surtout, et c'est là ce qui donne à son livre un intérêt de 
premier ordre, il explique comment les papiers de M. Rouher, tombés 
au pouvoir de M. de Bismarck à la suite de l'occupation par les troupes 
allemandes du château de l'ancien ministre de Napoléon IH, lui ont 
permis d'exercer un chantage politique d'une irrésistible puissance 
sur les hommes d'État qui défendaient l'indépendance des États du 
sud et spécialement sur le comte Bray, ministre de Bavière. Devant 
la menace de la révélation des négociations qui avaient eu lieu avant 
la guerre entre la France et l'Autriche d'une part, l'Autriche et la Ba- 
vière d'autre part, pour éviter l'hégémonie menaçante de la Prusse, 
ceux-ci ont dû cesser toute résistance. L'empire allemand a été fait 
et la Bavière n'en est plus qu'une province. 

Dans une Introduction très documentée et tout à fait remar(.;ua- 
ble, M. Joseph Reinach cherche à dé?.ager la responsabilité de ce 
secoiws inattendu arrivé entre les mains de M. de Bismarck. M. Rou- 
her avait-il eu le droit de soustraire ces papiers aux Archives gouver- 
nementales? Question singulièrement angoissante quand on observe 
que si les traces de ces négociations ne s'étaient pas trouvées au do- 
micile particulier de l'ancien ministre, elles ne seraient pas tombées 
entre' les mains de notre vainqueur, qui les détient encore sans les avoir 



— 156 — 

«Atièreinent fait connaître et qui, grâce à elles, a pu exercer uua 
pression dont le résultat pèse si lourdement sur la France. 

Mais, d'un autre point de vue, il est permis de se demander, après 
plus de quarante ans, si les véritables victimes de l'unité allemande 
n'ont pas été (après l'Alsace-Lorraine, bien entendu), mais peut-être 
autant que la France, ces États du sud, qui jadis marchaient à la 
civilisation sous l'influence française qui les pénétrait et les poliçait 
et qui, depuis cette époque, écrasés par la domination prussienne, 
rétrogradent vers la barbarie teutonne. M. de Ruville a raison de dire, 
en terminant son livre, que ce n'était pas être nécessairement un mau- 
vais Allemand que de concevoir l'unité allemande autrement qu'elle 
a été réalisée. Nous ajouterons que, si la Providence réserve à la France 
la victoire dans la lutte prochaine, l'orgueil prussien en pâtira certai- 
nement, mais l'intérêt bien compris des pays allemands y trouvera 
peut-être largement son compte. Eugène Godefroy. 

Femmes de Ficauce. CoUecliou publiée par la maison Lethielleux. 
Série de volumes in-l^ à O fr. GO : 1 . Madstme dt- la Fayette, par G. Le- 
GIGNE, lio p. — 2. Mademoiselle de Monipeiisier, par le même, 120 p. 
— 3. George ISand, par le même, 126 p. — 4. Madame de Sévigné, par 
le même, 116 p. — 5. Madame de Staël, par le même, 125 p. — 6. Eugénie 
de Gaérin, par M. A. PraT, 124 p. — 1. Madame Octave Feuillet, par 
M. DB Varbilles-SommiÈres, 128 p. — S. Madciiioîseile de &.esipinasse, 
par M. A. Prat, 154 p. 

L'objet et le plan de la collection Femmes de France, entreprise 
par la librairie Lethielleux, nous sont indiqués en ces termes: «L'heure 
est aux collections. On en fait de très sérieuses et de très frivoles, de 
très savantes et de très superficielles. Celle-ci sera avant tout une ga- 
lerie de portraits, presque de miniatures. Cent trente pages pour 
chaque brochure, pas plus !... Des esquisses légères, rapides, bien 
soignées et très vivantes, voilà ce qu'on veut faire. — L'ensemble 
sera quelque chose comme le Panthéon féminin de la France, un musée 
élégant et aimable où trouveront une place toutes les femmes qui se 
sont fait un nom dans les lettres, dans les arts, dans le monde ou dans 
l'Église, dans la paix comme dans la guerre... Le directeur de la col- 
lection est M. C. Lecigne, professeur de littérature française aux Fa- 
cultés libres de Lille. Il a écrit lui-même les premiers volumes de cette 
bibliothèque. » — ■ Les cinq portraits dûs à la plume de M. Lecigne : 
Madame de la Fayette, Mademoiselle de Montpensier, George Sand, 
Madame de Sécigné et Madame de Staël, sont excellents et les deux 
derniers particulièrement remarquables. Nous les avons lus avec un 
très vif plaisir et ils nous ont donné une très forte idée de l'intelli- 
gence et du talent de l'auteur, comnie critique et comme écrivain. 
Nous sommes heureux de féliciter l'Université catholique de Lille de 



_ 157 — 

posséder dans son corps enseignant un homme aussi distingué. Quel- 
ques remarques de détail n'enlèvent rien dans notre pensée à ce juste 
et sincère éloge. C'est un gros anachronisme, à l'époque de l'anecdote 
relative à La Rochefoucauld et Retz (Madame de la Fayette, p. 45), 
que de conférer dès lors à ce dernier le titre de cardinal. Il y a un vé- 
ritable excès dans la qualification de «livre effroyable», infligée aux 
célèbres Maximes (p. 47). Écrire de l'oratorien Du Guet et de sa 
pénitente (p. 97) que « le prêtre essayait de radouber la pauvre épave 
et de la remettre à flot », c'est se laisser aller à une métaphore à la 
fois prétentieuse et désagréable. Le goût est pire encore dans la « tar- 
tine beurrée d'un rayon de soleil » ( !) que nous avons eu le regret de 
rencontrer au cours de l'étude sur George Sand (p. 81). On s'étonne 
de cet écart chez un écrivain élégamment classique, comme l'est en 
général M. Lecigne. On se demande ce que vient faire « la banque de 
France » dans une anecdote relative à Madame de Sévigné (p. 69). Du 
reste, fond et forme sont d'ordinaire de bon aloi et de bon exemple 
dans ces cinq volumes, tout à fait propres à bien inaugurer et à faire 
valoir auprès du public la collection Femmes de France. Le sixième 
volume : Eugénie de Guérin,àvi à M. A. Prat,est aussi un très bon por- 
trait et il est écrit d'un style fin et distingué. Le septième : Madame 
Octave Feuillet, doit moins sa valeur au sujet lui-même qu'au talent 
avec lequel M. de Vareilles- Sommier es a mis en relief les circonstan- 
ces et les milieux où a vécu successivement cette aimable dame de 
lettres, et qui sont devenus sous la plume de son panégyriste d'agréa- 
bles et vivantes peintures de mœurs. Quant au huitième. Mademoiselle 
de Lespinasse, œuvre de M. Prat, non seulement il est très inférieur 
à l'étude sur Eugénie de Guérin^ mais, c'est notre devoir de le dire, 
malgré la juste sévérité du jugement général de l'auteur sur les fai- 
blesses de son héroïne, il fait tache dans la collection, où il aurait 
mieux valu s'abstenir de lui donner place. Nous y avons goûté sans 
doute un fidèle et intéressant tableau des salons du xviii^ siècle, où 
l'esprit français s'épanouit alors en fleurs si brillantes; nous y louons 
aussi les bonnes et saines réflexions morales de l'Introduction. Mais 
nous ne pouvons pas faire que les interminables citations de la corres- 
pondance déclamatoire où M^i^ de Lespinasse épanche à grands flots 
la fougueuse passion de son amour en partie double, ennuyeuses pour 
j,es esprits mûrs, ne soient dangereuses pour la jeunesse. Nous som- 
mes donc obligé d'excepter ce volume de l'cloge et de la recomman- 
dation générale que mérite jusqu'à présent la collection Femmes de 
France. M. S. 



— 158 — 

l^-.%in(' «l'un grniad caflioliqnc. E'iiit'it fie fei Ae O^oals 
Veuillef. journaliste et puléiniste, d'après sa correspoii liante. 
L'J/^mme vu'nic, par G. CiiuGiiAU. Pans, Lelhiolleux, s. d., 2 vol. iu-l2 de 
LV-3oO eL 364 p. — Prix : 7 Ir. 

Pour faire suite à son premier volume sur « l'homme intime, » 
le « grand chrétiea » qu'était Louis Veuillot, M. G. Cerceau dé- 
peint ici le « grand catholique » que fut aussi le directeur de 
l' Univers. 11 use de sa correspondance, pour le montrer, en de larges 
extraits reliés par des commentaires chronologiques. A partager 
l'admiration de M. Cerceau pour Louis Veuillot, ce que je fais bien 
volontiers et sans restriction aucune, j'ajouterai le désir que l'ex- 
pression de ce sentiment ait été un peu pUis modérée, parce qu'il 
eût été plus convaincant pour ceux qui, connaissant moins 
bien le grand écrivain, conservent sur lui des préjugés qu'en bonne 
justice on A^oudrait voir tomber. Et ils doivent tomber en face de 
la sincérité de l'honiime, du désintéressement du catholique et des 
bénédictions de l'Église dont il fut le serviteur humble et très 
soumis, très avisé et très courageux. Les doctrines défendues par 
Louis Veuillot avec le sens (je dirai le bon sens) de l'orthodoxie 
ont été certainement bénies par le Saint-Siège; les théories, sédui- 
santes ou non, de ses adversaires ont été perse véramment condam- 
nées; cette double remarque, qu'aucun fait ne peut contredire, 
a bien sa valeur, je crois. 

L'intérêt et l'utilité du travail de M. Cerceau sont donc indé- 
niables; ses trois volumes feront connaître, apprécier, respecter, 
aimer Louis Veuillot en proportion même de ce qu'il a été plus 
méconnu et à certains jours plus calomnié. L'agrément littéraire des 
nombreuses citations de ses lettres soutient le lecteur dans des 
polémiques qui sembleraient anciennes :'la hberté d'enseignement, 
la question des classiques, le ralliement à l'Empire, la lutte contre 
l'Empire infidèle à ses promesses catholiques, la suppression et le 
rétablissement de l'Univers, la troisième République, les dernières 
polémiques libérales. 

A la suite de chaque volume, l'auteur a signalé « quelques pages 
à relire », citées déjà dans le cours de son travail, et où le lecteur 
en elïet éprouvera, sans aucun doute, le plaisir de retrouver les 
meilleurs morceaux de la table ,où on l'a fait déjà s'asseoir. Un 
Index des noms propres clôture ce recueil et facilite les recherche^ 

!'G. DE G. 



lies Derniers Jours de PauI TerSatne, par F.-A. Cizii^ et 
Gustave I.k Rouge. Paris, Mercure de France, 1911, in-18 de 1-270 p., 
avec nombreux documents et dessins. — Prix : 3 fr. sn. 

Deux amis des derniers iours,et dont l'un au 'moins fut souvent soi 



I 



— 159 — 

compagnon de bohème et d'hôpital ( ce qui hii a permis d« faire du 
pauvre Verlaine quantité de dessins très justes exprimant bien à eux 
seuls ses déchéances), ont, après quinî^e ans, pensé qu'on pouvait, 
suivant le mot de M. Barrés, « jeter le manteau de Noé par la fenêtre » 
et mettre à nu devant le public toute sa misère. J'aime trop la vérité 
pour m'en plaindre : mais de voir ce malheureux qui était né bour- 
geois, qui avait été bien élevé, fort instruit, qui avait eu le sens de 
tout ce qui est noblement et délicatement beau,roulant de l'assommoir 
à l'hôpital, dégoûtant par sa mendicité et ses absinthes les amitiés les 
meilleures, et tombant la proie des liaisons les plus dégradantes, c'est 
vraiment lamentable. Les deux apologistes ont beau essayer de trans- 
figurer tout cela avec des mots, l'appeler « Messie crucifié », « un Christ 
de la poésie qui s'est sacrifie pour nous offrir le meilleur et le piredelui- 
même »; proclamer non seulement qu'il est « spirituel comme Voltaire, 
attendri comme Rousseau, délicat comme jM"^^ de Se vigne», maisenc re 
que « l'Église n'a jamais eu dans le moyen âge et n'aura sans doute 
jamais plus un artiste de cette hauteur, qui célèbre les extases de la 
foi avec autant de sublimité attendrie » ; ils ont beau jeter la pierre à 
tous ceux que cet avilissement désolait, même à ceux, comme le bon 
Coppée, qui, malgré leurs répugnances, vivant ne l'abandonnèrent 
jamais tout à fait, mort, s'empressèrent de jeter le manteau sur sa fin ; 
hélas ! et les faits et les vers qu'ils citent, ceux aussi qu'à cause de 
leur obscénité ils n'ont, malgré tout, pas pu citer, empêchent qu'on 
épouse une telle admiration, et ne suggèrent aux plus indulgents 
qu'une pitié affreuse. Ils ont tort d'ailleurs de prétendre que le vice 
et les maladies, qui firent de Verlaine physiologiquement une épave, 
n'entamèrent pas son cerveau et son génie. On a le droit, d'après les 
documents mêmes qu'ils apportent, de penser qu'il y avait des 
« gommes » dans ce cerveau et dans ce talent des tares. L'intérêt prin- 
cipal de leur indiscrète publication n'est-il pas môme de fournir à la 
critique de l'avenir l'explication de ce qu'elle trouvera dans l'oeuvre 
de trouble, de fumeux, de déliquescent?... Gabriel Audiat. 



Ei'Asmenalil^e constituante. lie Pltilosepliîsme révolu - 

nairc en aetion, par Gusta.vb Gautherot. Paris, Beauchesne, 1911, 
petit in-6 de xv-d40 p. — Prix : 5 fr. 

On sait le grand succès des conférences sur l'histoire de la Révo- 
lution faites à l'Institut catholique par M. Gustave Gautherot. 
Le distingué professeur les réunit aujourd'hui en volume et l'on ne 
saurait trop l'en remercier ; il faut aussi lui savoir grand gré 
d'avoir renoncé à son premier mode de publication qui ne pouvait 
convenir qu'à un tout petit nombre de disciples fervents. En adop- 
tant la forme actuelle, il centuple le nombre de ses lecteurs, et 



— 160 — 

cela dans l'intérêt de l'histoire et du pays. M. Gautherot rompt 
carrément en visière avec les idées communément reçues sur la 
Révolution et, depuis trente ans, plus propagées que jamais par 
les maîtres du jour. Il proclame bien haut la faillite de la Révolution 
ou plutôt la faillite de la France par la Révolution. Cette Révo- 
lution, la philosophie du xviii^ siècle Ta préparée ; les sociétés se- 
crètes, les Illuminés, la Franc-maçonnerie probablement, l'ont orga- 
nisée et une minorité bruyante et audacieuse l'a imposée au pays. 
Le savant et regretté Albert Sorel a admirablement résumé le 
gouvernement de la Constituante en ces termes : « On vit le mi- 
nistère dominé par l'Assemblée, l'Assemblée par les clubs, les clubs 
dominés par les démagogues, les démagogues par la populace^ ar- 
mée, fanatique et faméhque qu'ils croyaient entraîner à leur suite 
et qui, en réalité, les chassait devant soi «. 11 est impossible de 
mieux caractériser l'histoire de ces deux années et demie, de mai 
1789 à septembre 1791, et M. Gautherot en apporte de nouvelles 
preuves. Il a suffi de si peu de temps pour bouleverser complète- 
ment la France, changer sa mentalité et faire d'une nation^catho- 
lique et réglée un peuple désemparé, flottant à tous les vents de 
doctrine et n'ayant plus ni foi religieuse ni foi politique. |. Les 
illusions des uns, la faiblesse des autres, l'inexpérience de tous ont 
laissé le champ libre à un petit nombre de meneurs qui, eux, sa- 
vaient ce qu'ils voulaient, c'est-à-dire faire tablelJrase du-' passé 
et établir à la place les principes néfastes que le temps devait déve- 
lopper et qui nous ont amenés où nous en sommes : la centralisa- 
tion à outrance par la destruction de tous les corps organisés, 
l'émiettement de la France par sa division en départements et la 
suppression des provinces, l'éclosion des luttes de classes et des 
conflits d'ouvriers et de patrons par l'abolition des corporations, 
où il y avait des améliorations à faire, mais qu'il ne fallait pas 
détruire, le vieux patriotisme français remplacé par un humanita- 
risme vague, l'indiscipline introduite dans l'armée par les dénoncia- 
tions contre les officiers et la fréquentation autorisée des clubs, 
la guerre religieuse déchaînée par la constitution civile du clergé. 
Ne sont-ce pas là les maux dont nous souffrons encore — tant 
l'histoire se poursuit et se répète, • — et n'avons-nous pas le droit 
d'en rendre responsables les « grands ancêtres » qui ont bâti de 
toutes pièces l'édifice dont tous ces maux sont sortis? 

Max. de la Rocheterie. 



— IGl — 

lies Turcs ont passé là. Recueil de documents^ dossiers, rapports 
requêtes, protestations, suppliques et enquêtes établissant la vérité sur les 
massacres d'Adana en 1U09, par GEORGES BrÉzol. Paris, chez l'auteur, 66, 
boulevard Ornano, 1911, in-12 de vi-400 p., illustré. — Prix : 5 fr. 50. 

L'heure est-elle venue d'écrire l'histoire des événements tragiques 
qui se sont déroulés tout autour du golfe d'Alexandrette en avril 
1909? On peut hésiter sur la réponse. En tout cas, personne ne con- 
testera l'immense intérêt du drame cilicien, où viennent en jeu, par- 
fois jusqu'au paroxysme, les plus mauvaises passions individuelles, 
les haines de races, les pires déviations du sentiment religieux et, 
en face d'admirables dévouements, d'odieuses intrigues avec tous 
genres de calculs intéressés. Comme, de plus, les multiples péripéties 
de la poignante hécatombe sont en étroite relation avec l'évolution 
capitale qu'a subie l'Orient dans ces dernières années, on peut pré- 
dire à coup sûr qu'elles solliciteront un jour irrésistiblement l'at- 
tention des historiens. Qu'il soit d'ailleurs déjà possible de préparer le 
récit définitif, M. Brézal n'est pas seul à l'avoir pensé. Mais son ré- 
cent travail est peut-être à cet égard le plus important de tous cqux 
qu'on a jusqu'ici publiés sur le sinistre. Ce n'est pas une narration sui- 
vie, encore moins un réquisitoire ou une œuvre systématique qui 
donne à craindre exagération ou parti pris. C'est un pur dossier. 
Mais combien éloquent et convaincant dans sa simplicité, je dirais 
même dans le décousu des pièces qu'il renferme. Vraiment son au- 
teur a été bien inspiré : les années vont vite; il fallait se hâter de 
recueillir les témoignages des survivants, de ramasser, sans les laisser 
s'éparpiller davantage, les importantes relations des témoins, les cor- 
respondances de la presse du monde entier, les télégrammes officiels, 
les dépêches et appels de détresse des « rescapés », les suppliques et 
protestations de leurs chefs spirituels et civils, les enquêtes parle- 
mentaires et gouvernementales, les rapports des cours martiales, les 
déclarations ministérielles, les hommages que la reconnaissance indi- 
viduelle ou l'admiration publique ont valus aux sauveteurs tant mu- 
sulmans que chrétiens, en un mot, toutes les informations capables de 
jeter le plein jour sur l'ensemble et les particularités de l'affreuse tra- 
gédie. Voilà ce qu'a essayé M. Brézol. On trouvera dans son livre, 
méthodiquement groupés, non pas certes la totalité des documents 
connus — il a dû forcément se borner — mais un très grand nombre de 
pièces et des plus démonstratives. Si le volume n'est pas encore une 
histoire, il suffit du moins, tel qu'il est, à situer l'effroyable épisode 
dans l'histoire générale contemporaine, à montrer la vraie signifi- 
cation des faits et à fixer les responsabilités. L'auteur ne prétend rien 
de trop quand il affirme en tête de son œuvre qu'elle établit la vérité 
sur les massacres d'Adana. J. Delarue. 



FàvAiBR 1912. T. CXXIV. 11. 



— 162 — 

liibrary of ( oiigrc'<>x. jiiuericaii and Fuglifili Généalogies 
in llie liibrary ol Coiegress. Pre'im'.nary CxiaLojH" coiupiied 
uiider the direction of ihe chief of the Catalogue Division. Washington, 
Government piinting office, 1910, in 8 de 805 p. 

On sait que les études généalogiques jouissent, actuellement d'une 
' grande vogue en Amérique. D'importantes revues paraissent, aux 
États-Unis, qui sont entièrement consacrées à la publication des 
généalogies. Les monographies de famille forment à la Bibliothèque 
du Congrès une série fort nombreuse; le Catalogue, qui vient de pa- 
raître, ne comprend pas moins de 3.750 articles. 

Les ouvrages que ce répertoire nous indique se rapportent, pour 
la très grande majorité, à des familles anglo-américaines. Quelques- 
uns, cependant, ont trait à des maisons c[ui ne se sont pas trans- 
portées au-delà de l'Océan, ainsi, aux dynasties royales d'Angleterre 
et d'Ecosse. Un bon nombre de généalogies intéressent à la fois l'Eu- 
rope et l'Amérique; ce sont celles de certaines races d'immigrés dont 
la filiation est déduite à partir d'une époque antérieure à leur éta- 
blissement dans le Nouveau Monde. 

On est surpris de l'antiquité que quelques monographies attribuent 
aux familles dont elles font connaître l'histoire. A en croire les titres 
relevés dans le Catalogue, la généalogie des Sanborn remonte à 
1194, celle des Hayford à 1100, celle des Morgan à 1089, celle des 
Van Doom à 1088, celle des Davenport à 1086, celle des Heam et, 
celle des Townsend à la conquête de l'Angleterre par les Normands, 
ceUe des Hammond à l'an mille, celle des Hubbard à 866, celle des 
Greene à 861, celle des Riddle à £60. Ce n'est rien encore, 11 paraît 'que 
les ancêtres de George Washington sont connus depuis l'an 70, et 
ceux des Tirre'l, depuis 443... avant Jésus-Christ. 

MAX'^PRI^ET. 

La ISibiio1li«-qiic |ii(1)lr<jue de Carca!»!»onne, par Jean^ Amiel 
Paris, Le Soudier, 1911,Jm-8 de vni-i87. — Prix : 3 fr. 

Comme beaucoup de nos bibliothèques françaises, c'est à la Révo- 
lution que la bibliothèque de Carcassonne doit son existence. Son 
premier fonds provient des livres pris par l'Etat aux établissements 
religieux supprimés ou aux émigrés dont les biens furent confisqués. 
Quelques dons importants : ceux de Cornet-Peyrusse et du baron 
Guillaume Peyrusse, de Mahul, de Gabriel de Chénier, de Ccstc-Re- 
boulh, de Jourdanne, sont venus, au cours du xix« siècle et du xx^, 
accroître ses collections. Le budget des acquisitions (et du njatériel) a 
été longtemps fort maigre et irrégulier; actuellement, il est d'un mil- 
lier de francs. A un moment la ville a songé à supprimer son biblio- 
thécaire, trouvant que la maison rendait peu de services. Au jour- 



— 163 — 

d'hui encore le nombre des lecteurs est peu considérable; des statisti- 
ques et des explications produites par M. Amiel, il semble qu'il ne 
dépasse pas une moyenne de quinze par jour (prêt sur place ou à do- 
micile). La faute en est peut-être au peu de commodité des heures 
d'ouverture. Les efforts faits pour obtenir de l'adminis- 
tration municipale une ouverture plus large et plus facile n'ont pas 
abouti jusqu'ici. Peut-être ce livre de M. iVmiel contribuera- 1- il à 
obtenir un meilleur résultat. 

Bibliothécaire adjoint de la bibliothèque municipale, il a voulu 
connaître et faire connaître la maison à laquelle il donne son temps et 
son dévouement. De là est né le petit volume que nous annonçons et 
qui contient l'histoire de l'établissement, divisée en trois périodes 
dont la première (1803-1830) est caractérisée comme une époque de 
stagnation; la deuxième (1831-1887) comme une ère de prospérité 
sur laquelle se contente de vivre la dernière période (1868-1911), 
période du statu quo. 

Des notes sur les bienfaiteurs, sur les conservateurs qui se sont suc- 
cédé à la tête de rétablissement,sur les budgets, les catalogues, quel- 
ques mots — un peu trop brefs — sur les autographes et les manuscrits 
complètent cet essai, que M. Amiel pourra reprendre quelque jour en 
le développant et en précisant certains points demeurés vagues. L'on 
ne serait pas fâché d'être renseigné d'une manière plus précise sur 
la composition de la Bibliothèque, sur les principes qui guident les 
acquisitions, sur les moyens qu'elle possède de répondre aux besoins 
tant des chercheurs et des érudits que des lecteurs ordinaires et du 
public ouvrier, industriel et commercial; sur le genre d'ouvrages qui 
sont le plus souvent demandés, etc. E.-G. Ledos. 



CORRESPONDANCE 

M. Seymour de Ricci nous adresse la lettre suivante : 
Monsieur, 

Dans un article très flatteur que consacre votre collaborateur M. 
E.-G. Ledos à mon Catalogue raisonné des premières impressions de 
Mayence (Polyhihlion, janvier 1912) je découpe le passage suivant : 

« Peut-être pourrait-on relever de ci de là quelques traces de légè- 
reté, nous n'en citerons qu'un exemple : à propos de la Bible de 36 L, 
M. Seymour de Ricci écrit (p. 16, n^ 14) : « Selon M. Léopold Delisle 
(Journal des savants, 1893, p. 216), un exemplaire aurait été offert 
vers 1890 pour 150, 000 fr. par un libraire de Munich »; dans la 
phrase visée et que voici, il n'est question ni de 1890, ni de Munich r 
« Un libraire n'a pas craint dans ces derniers temps de demander 



— 1G4 — 

150.090 francs d'un exemplaire de la Bible imprimée à Baniberg par 
Albrecht Pfister ». Quant au doute que M. de Ricci se permet d'émet- 
tre sur cette assertion, tous ceux qui connaissent le soin scrupuleux de 
M. Delisle dans tous ses travaux ne s'y arrêteront pas. » 

Il y a dans mon travail, je le sais mieux que personne, plus d'une 
trace de légèreté; mais c'est à tort que votre collaborateur incrimine 
le passage par lui cité. Si j'ai parlé de Munich et de 1890 c'est que, 
devant le laconisme de la phrase publiée par Léopold Delisle, j'avais 
été demander à M. Delisle lui-même quelques indications complé- 
mentaires, que celui-ci me fournit aussitôt avec sa bonne grâce ha- 
bituelle, m'indiquant même le nom du libraire qui avait fait cette 
offre. [^ 

Je suSjd'autre part, qu'un bibliographe anglais avait recherché cet 
exemplaire, sans trouver d'autre trace de son existence; le libraire-de 
Munich m'a déclaré ne se souvenir de rien et n'avoir jamais possédé 
la Bible de 36 lignes. Une personne fort au courant de l'histoire de la 
librairie allemande m'a assuré que le libraire en question s'était borné 
à offrir pour 150.000 francs la Bible en question : si un acheteur sé- 
rieux s'était présenté, il aurait essayé d'acquérir un des exemplaires 
appartenant à des bibliothèques universitaires allemandes. 
.'nQuoi qu'il en soit, et j'en fais juge vos lecteurs, j'étais parfaitement 
en droit, après mon enquête, de commenter la phrase de M. Delisle 
dans les termes suivants, que seul M. Ledos a estimés tendancieux : 
« J'ai peine à croire que cette offre, dont il m'a été impossible de pré- 
ciser les circonstances, concernât véritablement un exemplaire de 
cette Bible appartenant à ce libraire. » 

Veuillez agréer, etc. Seymour de Ricci. 

; Et voici la réponse de M. Ledos : 

Même après les explications que nous fournit M. Seymour de 
Ricci et que je me félicite d'avoir provoquées, la phrase que j'ai citée 
demeure malheureuse et inexacte, puisqu'elle se réfère à un texte qui 
ne répond pas à l'énoncé qu'elle en donne et que rien ne laisse soup- 
çonner au lecteur les motifs que M. Seymour de Ricci a eus de le 
compléter comme il fait. Il aurait pu, sans allonger beaucoup son 
texte, fournir au lecteur, d'une manière sommaire, les précisions qu'il 
apporte ici et qui justifient le vague, très certainement voulu, de 
l'indication donnée par M. Delisle. E.-G. L. 



— 1G5 — 



BÏJLLETIN 

Kl Convite dei tilviiio «moi-, por JosÉ Frassinetti ; trad. del ilaliano 
por José Pérez IIervâs. Barcelona, Siibirana, 1911, petit in-16 de xvi- 
163 p. — Prix : 1 fr. 50. 

Frasî'inetti a publié, il y a qiulque trente ans, divers opuscules qui ont 
tous pour but d'exciter les fidèles à la réception fréquente du sacrement 
de l'Eucharistie. Celui que vient de traduire en espagnol Don José Pérez 
Hervâs est a,ssurément le plus doctrinal et en mênnie temps le plus pra- 
tique. Il est divisé en cinq chapitres : 1° le Banquet de l'Amour; 2° les 
faveurs qu'on y reçoit; 3*^ les dispositions pour s'tn approcher; 4° la fré- 
quente communion; 5° le zèle qu'on doit apporter à propager cette pra- 
tique. Ce livre de piété s'ajoute à tous ceux qui ont été publiés depuis le 
décret de la S. Cong-régation du concile du 16 déc(mbre 19C5, tt ne sera 
pas le moins utile aux prêtres et aux f:dèles qui ont à cœur de développer 
le culte eucharistique et la fréquente communion. G. Bernard. 



L.a Fôrmuli» «oclal crUtlana, por UBALDO ROMBRO QUINONES. Guadala- 

jarn, Minguijon, 1910, in-16 de 614 p. — Prix : 2 fr. 50. 

Moins que jamais la religion catholique ne peut se désintéresser de ]a 
question sociale. Elle le peut d'autant moins que la politique, au lieu d'apla- 
nir les difficultés, ne fait qu'en retarder la solution, par suite de? compé- 
titions, des luttes personnelles et de l'instabilité du régime. L'auteur du 
li\Te que nous venons de lire a cherché à fc mener à la catégorie de principes 
scientifiques les vérités capitales de la théologie chrétienne, à renouer 
l'harmonie entre le vieux christianisme et la civilisation moderne, à re- 
mettre en honneur les notions traditionnelles de la famille, du mariage, 
de la propriété, du droit et de la liberté. Ce n'est pas du socialisme chré- 
tien, mais la théorie chrétienne exposée, suivant le dogme et l'Évangile, 
pour éclairer les masses et diriger les efforts de ceux qui veulent de bonne 
foi résoudre. le terrible problème actuel. Les éternelles vérités que rapp'^Ue 
M. Quinones ne doivent être oubliées de personne; le progrès des sciences 
ne les a point affaiblies, et tout travail est condamné à rester stérile, si l'on 
fait abstraction des devoirs qui nous lient à Dieu et à son Église, sous le 
spécieux prétexte de faire prévaloir des droits contestés, sinon contestables. 

G. Bernard. 

■utei-nacloiia matematikal lexiko en Ido, germsinn, ungla, fi-anoa 
e iialiana, par Louis Couturat. léna, Fischer, 1910, iu-4 de ii-36 pages. — 
Prix : 1 fr. 80. 

Ce dictionna,ire contient environ 1200 termes usités en mathématique. 
Dans une première partie, disposée» en cinq colonnes par page, les mots 
classés par ordre alphabétique en ido sont accompagnés de leur t ^aduction 
en allemand, anglais, français et italien. Pour la formation des mots en 
ido, I\L Couturat a pris l'avis de tous les pontifes de cette nouvelle langue; 
pour le choix des mots et pour leur équivalence franco-all*^mand<^ il a eu 
recours à l'excellent lexique de Félix Mùller; pour les traductions anglaises 
et italiennes, il s'est adressé à des spécialistes dont la compétence est 
indiscutable. Dans une seconde partie, les mots des quatre langues vi— 



— 166 — 

vantes considérées sont claasés par ordre alphabétique, sans distinction de 
langue; toutefois, les mots qui ne diflennt d"; F i do que par la terminaison 
grammaticale ont été intentioruxt^lL-ment omis. Espérantiste peu pratiquant 
et pas du tout militant, ni.us ne pavLrons pas d î l'influence que peut avoir 
ce lexique pour la propagation d? l'Ido. Mtis, par contn-, nous insisterons 
sur les immenses services qu'il peut rcnd't'e aux mathématiciens d'une 
des quatre langues vivant^^s d'>nt il donn? les équivalents. Ce volume 
remplace doiize kxiques différents et, grâce à son heureuse disposition, il 
permet d> trouver rapidement la tr?dj'ctif>n d'un mot d'une des langues 
dans une quiconque d^s trois autres. Nous souhaitons donc un très vif 
succès à cet ouvrage; nous voudrions qu'il soit tel qu^, prochainement, une 
édition plus complète paraisse; nous préférerions la voir publier dans un 
format plus commode : \m manuel dans le genre des VHustrierte tecknische 
W ôrter bûcher i>nïy\iés par von Oldenbourg (Munich) serait la perfection. 

E. Chaii.an. 

On ttaa Hfstory of the Ballads ( 1 1 OO-l STOU), by W. P. Kbb. London^ 

Troude, s. d., in-8 de 26 p. — Prix : 1 fr. 8o. 

« Poème à la fois lyrique et narratif, d'origine populaira ou coulé d.tns le 
moule de la poésie populaire, fait de plus pour circuler moralement parm 
tout un groupe d'hommss, « c'est ainsi que M. Ker définit la ballade par 
oppo'^ition au conte populaire d'une part, à la poésie purement lyrique, de 
l'autre. La ballade ainsi comprise forme un genre littéraire qui fut long- 
temps florissant, mai? dont l'histoire est ob.cure. Voici les principales 
questions relatives à ce genre que touche M. Ker dans le court mémoire 
qu'il a lu à l'Académi? britannique. 

1° Domaine (dans les pays de langue romane ou germanique, les seuls 
dont s'occupe l'auteur). La ballade se trouve partout, sauf dans l'Italie au 
sud des Apennins ; en Castille, les romances sont uae producMon particu- 
lière et distincte. 2^ Parenté entre les ballades des dii'férents pays : la 
France du nord, le Languedoc, le Piémont, la Catalogne, auxquels peuvent 
se rattacher encore le Portugal et, en partie seulement, l'Espagne; dans 
les pays germaniques, trois groupes, anglai;, danois (qui comprer d les au- 
tres pays Scandinaves), allemand ; le group3 danois trahit une influence 
française. 3° Date : sauf de rares exceptions, nos textes ne remontent qu'au 
xv^ ou même au xvi^ siècle; une antiquité bien plus grande se laisse supposer 
par des vestiges de rédaction antérieures ou par le lien apparent entre 
certaines bal'ades et tel ou tel événement historique; la démonstration de 
cette antiquité, très difficile à faire, paraît suffisante pour certaines balla- 
des danoises ; les premières ballades dïîivent appartenir à la fin du xi^ siè- 
cle et au commenC'^ment du xii^ ;leur forme métrique n'est certainement 
pas antérieure, au moins dans Ir-s pays de langue germanique, mais certains 
thèmes ou motifs proviennent d'une littérature ou d'une tradition plus 
anciennes. 4° Origine : les ballades, au moins dans les pays Scandinaves et 
en Espagne, ne sont pas nées dans les classes tout à fait illettrées, mais ont 
été compo-ées pour des gens d'une certaine culture; elles ne semblent pas, 
sauf en Espagne, dériver d'une poésie épique ou narrative plus ancienne 
dont elles seraient pour ainsi dire des fragments; elles constituent une forme 
poétique particulière qui se distingue par le mélange de narration et de 
lyrisme, par la concision, par l'unité d'intérêt, par la note ordinairement 
tragique. A travers ce résumé, on apercevra peut-être tout ce qu'en vingt- 
six pages a su condenser de matière l'un des hommes d'Europe qui connais- 
sent le mieuK la littérature du moyen âge. A. B.vubea.u. 



— 167 — , 

•^.'Italie dailâ qnclques ;,pnblleatlon!» da Jésuites rruiiçal», par 

Gabr[Bl Mauqain. Paris, Champion, 1910, gr. iu-8de62 p.— Prix: 1 f;. 50. 

Cette brochure e?t con>acré3 aux doctrin3î littéraires de Rapin et Bon- 
heurs, à leurs appréciations sévèt'es sur les hommas et les choses d'Italie, 
au Journal de Trévoux et à ses jugements malveillants sur tout ce qui 
touche à la péninsule, — le Vatican et les jésuites exceptés. M. Maugain a 
rattaché ce sujet, d'intérêt médiocre, à l'histoire littéraire générale, en y 
voyant un épisode de la revirade qui se produit en France entre la géné- 
ration italophile de Ménage, Chapelain, La Fontaine, M"»^^ de Sévigné et 
de La P"'ayett3 et la génération plus exclusivement française de Boileau, 
Adrien Baillet, ttc : chose bizarre, cet éloignement de l'italianisme se produit 
au fort de la querelle des anciens et des modernes; ce sont les jésuites qui, 
au milieu des horreurs de la Bulle, comme dira Voltaire, se déchaînent 
contre les ultramontains. On ne voit pas que M, Maugain ait essayé d'ex- 
pliquer ce qu'il y a au premier abord de déconcertant dans ces anachronis- 
mes ; il montre que les attaques contre l'Italie furent si vives dans ce petit 
clan qu'elles provoquèrent une renaissance de la critique en Italie, par la 
création d'une gazette de défense fondée à Venise par Apostolo Zeno, 
Scipion Maffei, Vallisnieri, le Giomale de' Letterati d Ilalla : peut-être au- 
rait-il pu insister davantage sur les circonstances de cette fondation et 
le caractère national du giomale, un des premiers et lointains précurseurs, 
presque insconscients du reste, de l'esprit patriotique et unitaire. L'auteur 
essaye de montrer les causes de cette autorité accordée par les Italiens du 
Settecento à ces deux grammairien-, si parfaitement oubliés de nos jour=, et 
montre que les Italiens ont eu raison de voir en eux des adversaires bien 
armés et puissants de leur influence littéraire. L'épisode n'a d'ailleurs, en 
somme, qu'une bien minime importance. L'étude est soigneusement faite, 
méthodique, patiente, bien documentée. L.-G. Pélissibh. 



tJne) I»ériotlo électorale ù. ï^oîtiers en 1 rSO, par H. COUTURIBR, 
Poitiers, imp. Biais et Roy, 1911, in-8 fie 101 p. — Prix : 1 fr. 25. ._ 

C'est ajout:T un chapitre nouveau à l'histoire qu'avait écrite, il y a 
deux ans, l'auteur sur la Préparation des Etats généraux de 1789 en Poitou, 
que de nous donner des détails relatifs à ce qui s'est passé à Poitiers même 
pour les élections dans l'hiver d? 1789, quand deux mille électeurs 
se pressèrent d-ius la ville pendant deux mois. Il est curisuxde voir la diffé- 
rence d'esprit d'^s trois ordres : intransigeante sur ses prérogatives hono- 
rifique •■■, la noblesse se prête à des sacrifices pécuniaires en faveur de l'État, 
et s'occupe volonti?r3 du sort du peuple; dans le clergé, autour des dsux 
évêques de Poitiers et de Luçon, les membres les plus respectables par- 
tagent ces sentiments avec la crainte des nouveauté^; une minorité do 
jeunes prêtres turbulents ou de petits curés de paroisses rurales étalent 
sans vergogne leur ambition toute personnelle et de la façon la plus irres- 
pectueuse poui" les autorités ecclé.-iastiqu?s. Dans le tin's état, les ma- 
giitrats et avocats de Poitiers veulent conserver les coutumes et éviter 
des bouleversements soc'aux que réclament au contraire avec beaucoup 
de véhémence et d'impmdence la grande majorité des membres du tiers. 
Ces derniers semblent bi^n satisfaire leurs jalousies sociales sous 
prétexte du bien général. Dans tout cela, il règne beaucoup de désordre 
et de passion. 

M. Couturier laisse parler les faits qu'il recueille et expose sans commen- 



— 168 — 

taire; le tabloau n'en est que plus frappant et cette histoire poitevine a dû 
être celle de la plupart de nos provinces au dékut de la Révolution. G. 



Soiivonlrci, lnipr'<>sslc ns et réflexions cL'iid vlenx l>onapai>tl»te, 

exlr;iits des Mémoires iifdils d'un paysan, par Arsène Thkvenot. Arcis- 
sur-Aube, Gradassi-Royer, s. d., in-16 de 69 p. — Prix : fr. 50. 

L'auteur a été f.ous l'Empire inï^titutcur puis vérificateur d'^s poids et 
mesures dans l'Aube. En 1870, il a vaillamment combattu comme franc- 
tireur et, après une injuste révocation, il s'est fait journaliste et son dernier 
emploi en cette qualité a été celui de directeur du Vosgien, journal conser- 
vateur et catholique d'Épinal. C'est un bonapartiste d'une fidélité tou- 
chante et noblement désintéressée. Cet opuscul<- contient quelques souvenirs 
personnels, des louanges et une justification plus sentimentale que 
documentée de Napoléon III et de sa politique, enfin quelques pièces de 
vers dont la dernière est un épithalame r,ur le mariage du prince Victor 
Napoléon avec la princesse Clémentine de Belgique. La conclusion que le 
lecteur en tirera est que l'auteur est un vieillard ardemment patriote et 
extrêmement sympathique. Mais il ne us pei'mettra d'ajouter que ses 
déductions politiques n'ont rien de rigoureux. Eugène Godefroy. 



KIsâssisclie %'ei-ras8un^e-und Vei-AvultuiigSwunsclic Im lS.Iahr> 
bandent, les Pieux Désirs d'un Alsacien, publié par ErnST HaUVIL- 

LHR. Metz, Scriba, 1911, in-8 de 71 p/'- 

Voilà une brochure qui fit à son apparition un certain bruit en Alsace- 
Lorraine. C'est un mémoire dû à un auteur anonyme du xviii® siècle, reven- 
diquant pour l'Alsace une nouvelle constitution afin qu'elle ne soit plus 
traitée en province réputée étrangère. Trouvé aux Archives nationales à 
Paris, par le directeur des archives de la Lorraine,]M. Hauvill r, ce document 
fut publié par lui er 1910 dans le Bulletin de la Société lorraine d'histoire 
et d'archéologie de Metz. 11 fut présenté à l'empereur Guillaume II qui le 
trouva très intéressant, ordonna sa publication en tiré à part et recommanda 
de le répandre à profusion. C'est que le mémoi^'e en question était d'une 
haute actualité, au moment où l'on discutait la nouvelle constitution 
d'Alsace-Lorraine. 11 est curieux de constater combien cette nouvelle 
constitution se rapproche de celle que demandait l'anonyme auteur du 
mémoire, au xviii.e siècle. C'est dire combien le régime nouveau, par lequel 
l'Alsace-Lorraine va être gouvernée, répond peu aux idées modernes. La 
lecture du mémoire publié par M. Hauviller est donc d'un grand intérêt, 
mais le commentaire de 27 pages dont il a cru devoir le faire précéder 
montre comment on peut faire dire à "un document tout autre chose que 
ce qu'il exprime. \. G^ 

Ames inconnues, par JEAN DE LA Brète. Paris, Plon-Nourrit, in-16 de 
Ln-120 p. — Prix : 1 fr. 50. 

Ce petit volume du délicat auteur qu'est l'auteur de Mon Oncle et mon 
curé, fait honneur à son talent et à son cœur. Avec les Notes intimes d'un 
séminariste, l'auteur a, non pas conté la vie humble et cachée d'un sémi- 
nariste qu'une mort prématurée n'a pas permis de se faire connaître au 
monde, mais il nous découvre le fond de son âme, une âme qui n'a fait 
que grandir d'année en année, jusqu'au moment où Dieu est venu la 



— 169 ~ 

cueillir pour son paradis. Auguste Merlet était né en 1887, il est mort en 
mars 1909, avant d'avoir accompli sa vingt-troisième année, et son 
Journal intime laisse l'impression d'un esprit distingué mais plus encore d'une 
très belle âme, parvenue de bonne heure à la maturité, et que le milieu 
chrétien où il a passé toute sa vie si courte n'a connue que pour deviner 
les espérances qui se pouvaient fonder sur elle. Belle fleur, qui n'a pu 
donner ses fruits, et qui est allée s'épanouir au ciel, dans toute sa fraîcheur 
et son éclat. Livre à proposer aux méditations des jeunes chrétiens, prin- 
cipalement à C9UX qui s^^ préparent à l'honneur et aux labeurs du sacer- 
doce. Ils y trouveront profit pour leur âme, rien n'étant contagieux comme 
le voisinf.go de si rares et si hautes vertus. Quant à ceux qui ne connaissent 
pas le prêtre, je voudrais qu'ils lussent aussi ce livre pou se rendre compta 
de la vigilance éclairée qui préside ri la préparation des âmes sacerdotales 
et de.*^ admirables vertus int:ïllectuelles et morales que l'éducation cléri- 
cale sait faire fleurir dans les âmes. Ils n'y trouveraient pas la foi peut- 
être, qui est un fruit de la grâce, mais ils sentiraient naître dans leur âme, 
pour ces frères inconnus, une estime intellectuelle et morale préparatoire 
de jug3ments plus équitables et des pacifications récefsaires de l'avenir. 
Je rec(jmmande chaudement ce petit livre, qui présente vraiment un très 
grand intérêt. P. Ta «.on. 5,^^ 

CHRONIQUE 

Nécrologie. — Le docteur Paul Topinard, l'illustre anthropologiste, 
est mort à Paris, le 20 décemb-'e, à 82 ans. Né à l'Isle-Adam (Seine-et- 
Oise), le 4 novembre 1880, il alla passer les premières années de sa jeu- 
nesse en pleine nature sauvage aux États-Unis, où son père s'était fait 
pionnier dans le Delaware. Après avoir fait ses premières études à la Nou- 
velle-Orléans, il revint en France pour suivre les cours de médecine. Reçu 
interne des hôpitaux puis docteur en 1869, il se fixa à Paris où il exerça 
jusqu'en 1871. Mais à cette date, sous l'influence de son maître Broca, il 
renonça à la médecine pour se livrer à l'étid-:^ de l'anthropologie. Grâce 
à ce dernier, il fut nommé conservateur d' s collections de la Société d'an- 
thropologi , puis directeur adjoint du laboratoire de l'École des hautes 
études. En 1876, il devint professeur à l'École d'anthropologie qui venait 
d'être fondée et, en 1880, à la mort de Broca, il le remplaça comme secré- 
taire général de la Société d'anthropologie et il prit en même temps la 
direction de la, Revue d'anthropologie. On ne doit au D' Topinard que deux 
ouvrages de médecine : Aperçu sur la chirurgie anglaise (Paris, 1860, in-8) 
et De VAtaxie locomotrice progressive (Paris, U65, in-8), volume couronné 
par l'Académie de médecine. Mais ses travaux relatifs à l'ethnographie 
et àl'anthoropologie sont nombreux et des plus importants. Le- principaux 
publiés en volumes, sont : Études sur les races indigènes de V Australie 
(Paris, 1872, in-8); — U Anthropologie (Paris, 1876, in-8, ouvrage cou- 
ronné par l'Académie de «médecine et par l'Institut et qui, devenu clas- 
sique, a été traduit dens plusieurs langues; — Étude sur la taille considérée 
suivant Vâge, le sexe, l'individu, les milieux et les races (Paris, 1865, in-8); — ■ 
Des Anomalies de nombre de la colonne vertébrale chez Vhomme (Pai'is, 1877, 
in-8); — Éléments d'anthropologie générale (Paris, 1885, gT. in-8), ouvrage 
également récompensé par l'Institut; — L'Homme dans Za namre (Paris,) 
1891, in-8);- — Science et foi. L'Anthropologie et la science sociale (Paris, 1900, 
in-8). 



— 170 — 

— Le docteur Manuel Leven, dont la ca^'rière scientifique a été des 
plus brillantes, est mort à Paris au commencement de janvier, à 81 ans. 
iS'é en 1831, il était entré àTIn-stitut agronomiqu,^ dt Versailles. Mais, lorsque 
•cet établi '.sèment fut supprimé en 1852, il sotourni du côté do la médecine. 
Interne d:>s hôpitaux en 1856, il fut successivement médecin do la Com- 
pagni ? du chemin de fer du Nord, puis médecin en chef de l'hôpital Roth- 
schild. C'est dans ce dernier établissement qu'il se livra à ces recherches 
sur bs maladies de l'estomac qui ont établi sa réputation sci':'ntifiqur'. Les 
principaux ouvrages qu'il a composé>'. sont : Traité des maladies de V esto- 
mac (Paris, 1879, in-8); — Estomac et cerveau (Paria, 1884, in-8); • — La 
Névrose (Paris, 1887, in-8); — Système nerveux et maladies fPa^is, 1893, 
in-8); — La Vie, Vâme et la m.aladie (Paris, 1903, in-8); — Mémoire sur le 
cervelet (Paris, 1904, in-8), avec Luys et Ollivier; — Traité de philoso- 
phie médicale, œuvre restée inachevée. 

— M. Alexandre-Charles- Auguste Bisson, l'auteur dramatique si sou- 
vent applaudi, est mort à Paris, le 27 janvier, à l'âge d^ 63 ans. Né à Briouze 
(Orne), le 9 août 1848, il vint à Paris en 1869 et entra comme rédacteur 
au ministère de l'instruction publique; mais il ne tarda pas à donner sa 
■démission pour se consacrer entièrement à la carrière dramatique et à la 
littérature musicale. Depuis lors, il fit'représenter sur diverses scènes toute 
une série de vaudevilles, opérettes et comédies, dont plusieurs obtinrent 
un vif succès, entre autres : Quatre coups de canif (Folies-Marigny, 1873); 

— Le Chevalier Baptiste (Gymnase, 1872), avec André Sylvane; — Le 
Vignoble de M^^e pichois (Théâtre Scribe, 1874), avec le même; — Un 
Voyage d'agrément (Vaudeville, 1881), avec M. Gondinet; — Un Lycée de 
jeunes filles (Théâtre Cluny, 1881); — 115, rue Pigalle{C\nny, 1882); — 
Ninette (Renaissance, 1882), avec Alfred Hennequin; - — Le Député de 
Bombignac (Théâtre-Français, 1884);- — LeCupidon (Palais-Royal, 1884); 

— Le Moûtier de Saint- Guignolet (Galeries Saint-Hubert, à Bruxelles, 
1885); — Une Mission délicate (R.ona';;sance, 1886); — Un Conseil judi- 
ciaire (Vaudeville, 1882); — Ma Gouvernante (Renaissance, 1887); — Le 
Boi Koko (Renaissance, 1887); — Les Surprises du divorce (Vaudeville, 
1888), avec Antonv Mars, une des meilleures pièces de l'auteur; — Feu 
Toupinel (Vaudeville, 1890); — Le Sanglier (1890); — Les Joies de la 
paternité (Paris, 1891, in-12); — La Terre-Neuve (Paris, 4897, in-12); — 
Le Contrôleur des wagons-lits (Pari",, 1898, in-12); — Le Bon Juge (Paria, 
1901, in-12); — Les Apaches (Paris, 1904, in-12); — Les Trois Anabap- 
tistes (Paris, i904, in-i2). Très au courant de la théorie musicale, M. Ale- 
xandre Bisson a collaboré en outre aux ouvrages siuivants de M. Théo- 
dore de Lajarte : Grammaire de la musique (Paris, 1879, m-8); — Petit 
Traité de composition musicale (Paris, 1881, in-8); — Petite Encyclopédie 
musicale (Pari:, 1881-1883, 2 vol. in-8). 

— L'archéologie a fait une perte son .ible en la personne d ^ M. Anthyme 
Saint-Pal L, un de ces infatigables travailleurs di la province dont les 
travaux honorent tant l'érudition française. Né à Montre jeau (Haute- 
Garonn-), il est mort en novembre, à 69 an>. En outre d-s nombreux 
articles qu'il a d'innés à diverses revues savantes telles que le Bulletin 
monumental et la Revue de l'art chrétien, M. Anthyme Saint-Paul a publié 
les ouvrag.-s suivants fort estimé; : Le Présent et l'avenir de Varchitecture 
chrétienne (Paris, 1876, in-8); — De la Position et de la forme des clocliers 
(Arras, 1878,1882, 2 brcKïh. in-8); — L'Année archéologique. Calendrier 
archéologique. Centenaires (Paris, 1880, in-8); — Annuaire de l'archéoogue 
jrançais (Paris, 1877-1879, 3 années seules parues); — Viollet-lc-Duc, ses 



— 171 — 

travaux d'art et son système archéologique (Paris, 1881, iB-8); — Le Cas de 
la cathédrale de Reims (TOTU'S, 1881, gr. in-8) ; — Notes sur V architecture dans 
le Comminges du iii^ au xv^ siècle (Paris, 1887, in-8); — Du Célibat au^ 
mariage. Lettre à M. Vabhé Bolo, auteur du livre intitulé « Du Mariage et 
du dii'orce )y (Paris, 1891, in-12); — L'Archéologie du moyen âge et ses mé- 
thodes (Paris, 1904, in-5); — Architecture et catholicisme. La Puissance 
créatrice du génie français et chrétien dans- la formation des styles au moyen 
âge (Paris, 1905, in-1 6) ; — Histoire monumentale de la Franc? (Paris, 1911, 
gr. in-8). 

• — Le Dr. Félix Dahn, jtirist \ historien, romancier et dramaturge alle- 
mand, qui jouissait d'une grande notoriété au-d 'là du Rhin, est mort à 
Breslau, le 3 janvier, à 78 ans. Né à Hambourg le 9 février 1884, il fit ses 
étrdîS à Munich et s\iivit ensuite î^s cours d^ droit à Berlin. Nommé pro- 
fesseur à rUnivur;-.ité de Wurt>bourg en 1863, il fut chargé, en 1872, d'en- 
seigner le droit ail 'mand et la philosophie du droit à l'Université de Kœ- 
nigsborg et, un peu plus tard, il alla occuper une chaire semblable à l'Uni- 
versité de Breslau. L'œuvre d^ M. Dahn est considérable et surtout fort 
variée. Au domaine du droit et d:) l'histoire apparti- nn^ nt les volumes 
suivants : Die Kœnige der Gcrmanen (Wurtzbourg, 1^61-1871, 6 vol. in-8); 
— Procopius von Caesarea (Berlin, 1865, in-8); — Westgotische Studien 
(Wurtzbourg, 1874, in-8); — Handelsrechtlige Vortraege (Leipzig, 1875, 
in-8);] — Das deutsche bûrgerliche Recht der Gegenwart (Nœii'dling?n, 1876, 
in-8); — Grundriss des deutschen Privatrechts (Leipzig, 1878, in-8); — Lon- 
gobardische Studien, Paulus Diaconus, etc. (Leipzig, 1876, in-8); — • Die 
Vernunft im Recht (Berlin, 1879, in-8); • — • Rechtsphilosophische Studien 
(Berlin, 1883, in-8); — IJrgeschichte der germaniscken und rnmanischen 
Voelker (Berlin, 1881-1883, 3 vol. in-8), etc. Mais la g/ande réputatio'n 
•d'écrivain que M. Félix Dahn s'et'.t acquise, il la doit phn encore à s. s ouvrages 
•d'imagination, surtout à ses romans historiques, qui ont bcai.e >up contri- 
bué au développement du roman moderne. Pa;rmi ces travaux littéraires 
nous citerons : Harald und Theano (Berlin, 1856, in-8); — Gerfsc/ue (Berlin, 
1857, et Stuttgart, 1872, in-8); — Zwodf Balladen (Leipzig, 1874, in-8) ; 
- — • Ein Kampf um Rom (Leipzig, 1876, in-8), plusieurs fois réimprimé ; — 
Odhins Trost (Leipzig, 1880, in-8), etc. Enfin, comme auteur dramatique, 
;1 a donné un certain nombre de tragédies et de comédies, notamment : 
Der King Roderich (1874 et 1876) ; — Deutsche Treue (1875) ; — Staatskunst 
der Frauen (iSTJ); — SUhne (Leipzig, 1880), etc. Enfin il est l'auteur 
des libretti de quelques opéras, tels que : Armin;' Der Schmied von Gretna 
Green; Der Fremde, etc. 

— M. Hi'go LuBLiNER, l'auteur dramatique allemand bien connu, qui 
est mort à Berlin, le 19 décembre à 66 ans, était né à Breslau, le 22 avril 
1846. Après avoir fsit ses études à l'École des arts et méti -rs de Berlin, 
il divint le directeur d'vn) manufacture d? ti.sus. Mai'isesaptit- d spour 
la littérature théâtrale le poussèrent bi jntôt à renoncer à l'industrie, et, 
après quelques essais qui passèrent inaperçus, il attira sur lui l'attention 
par Isa comédi • Frauenadvocat (1873). Dès lors, '1 d')r.n\ un certain nombre 
de d''ameo, d congédies et d^ tragédies, soit sous son nom, soit soiis le pseu- 
den me d^^ H go Burg^r, tantôt seul, tantôt en collaboration, entre centres : 
Gabrielle (1878); —Die Frau ohne Geist (1879); — Gold und Eisen (1881); 
— • Frau Suzanne (1885); — Armen Reichen 1886); — Die Frau von neun- 
zehn Jahren (1887); — Der Name (1888); — Im S pie gel (1890); — Der 
Kommende Tag (1891). M. Lubliner a publié également quelques ouvrages 
sur d s sujets divers ainsi que d s romans, entre autres : Berlin im Kai- 



— 172 — 

serreich (Berlin, 18cS6, 2 vol. in-8) et Frau Schubds Tochter (Berlin, 1905, 
in-8). 

• — L'Italie vient de perdre un de ses poètes les plus tn vue. M. Mario Rapi- 
SARDi, professeur do littérature italienne à l'Université do Catane (Sicile), 
est mort au commencement de janvier, à 68 ans, dans cette ville, où il était 
né le 65 fé\'ri3r 1832. Partisan enthousiaste d'un humanitarisme basé 
sur des aspirations n'ayant ri n d ; commun avec l'idéal chréti. n, M. Rapi- 
sardi avait consacré aux revendications sociales de notre époque tout son 
taknt, servi par un style passionné, parfois exagéré et violent. Il a 
abordé avec vne égale habileté l'élégie, la satire, le drame et l'épopée 
sociale. Cette œuvre nous montre le poète passant par toutes les phases 
de l'emportement pour arriver finalement aux derniers jours de sa vie à 
une sorte d; calme bovddhique, produit de la désillusion et de rêves non 
réalisés. Voici la liste de ses principales publications : Canti (1863); — 
Per il centenario di Dante (1865); — Ricordanze (1872); — Lucifero : poema 
(1877);— Al Re : ode (1879); — // nuevo Concetto scienUfico (1879);)— La 
Natura, libro VI di Lucrezio (1879); — // Marzo : ode (1882); — Giusti- 
zia : versi (1883) ; — Giobbe : trilogia (1884) ; — Poésie religiose (1889-1895) ; 
— Versi scelti e riveduti (1888); — La Poésie di Catullo interamente tra- 
dotte (1889) ; — Elégie (1889) ; — Per Nino Rixio, ode (1890) ; — Empedocle 
ed altri versi (1892); — // Prometeo di ShelUy tradotto (1892); — U Atlan- 
tide, poema (1894); — Le Odi di Orazio, tradotte (1897); — Un Santuario 
domestico., comedia (1897); — VAsceta ed altri versi (i9(i2]. 

— M. Gustave de Molinari, le célèbre économiste belge, est mort le 
28 janvier à la Parme, petite ville du littoral de la Belgique, à l'âge de 
93 ans. Fils du baron Philippe de Molinari, ancien officier de l'Empire, 
il naquit à Liège, le 3 mars 1819. 11 se fixa d'abord à Bruxelles où il exerça 
la mideeine homœopathique et composa quelques traités relatifs à son 
art; mais pci d ■ temps après il vint à Paris où il écrivit dans divers jour- 
aux de l'opposition. Obligé de rentrer .n Belgique au coup d'État du 
2 d'ic-mbre, il fut nommé professeur d'économie politique au Musée de 
l'ind istrie à Bruxelles et devint directeur de l' Economiste belge. Là, comme, 
(n France, il se fit une réputation d'économiste d s plus remarquables. 
Le 28 mars 1874, il fut élu membre corre.spondanl d^ l'Académie des sciences 
morales et politiques. M. Gustave de Molinari a été un zélé collaborateur 
non seulement de V Économiste belge et de la Bourse du travail , journaux 
belges qu'il avait fondés avec son frère M. Eugène de Molinai'i, avocats 
mais encore des périodiques français la Patrie, le Libre- échange, le Courrier 
français, la Revue nouvelle, le Commerce, le Journal des économistes, le. 
Débats, etc. Parmi les nombreux ouvrages qu'il a publiés, nous citerons : 
Des Moyens d'améliorer le sort des classes laborieuses (Paris, 1844); — 
Etudes économiques (1846, in-16); — Histoire du tarif, les fers et les houilles, 
les céréales (Paris, 1847, in-8) ; — Les Soirées de la rue Saint-Lazare (Paris, 
1849, :n-8); — Les Révolutions et le despotisme [Bru^ellefi, 1852); — Cours 
d'économie politique: De la Production et de la distribution des richesses 
(Paris, 1855, et 1864); — Conversations familières sur le commerce des grains 
(Paris, 18.^6 et 2^ édit. 1886, in-l6); — J5e l'Enseignement obligatoire (Paris, 
1859); — Lettres sur la Russie (Paris, 1S61 et 2^ tdit. 1877, in-18); — 
Napoléon III publiciste (Paris, 1861, in-18); — Questions d'économie poli- 
tique et de droit public (Paris, 1861, 2 vol. in-8); — Le Congrès européen. 
(Paris, 1864, in-8); — Galerie des financiers belges (1866, in-18); — Les 
Clubs rouges pendant le st^ge (Paris, 1871, in-18); — Le Mouvement socia- 
liste avant la révolution du 4 septembre 1870 (Paris, 1871, in-18); — La 



— 173 — 

République tempérée (Paris, 1873, in-8); — Lettres sur les Etats-Unis et 
le Canada (Paî'is, 1876, in-18); — La Rue des Nations à V Exposition uni- 
verselle de 1878 (Pa^is, 1878, in-18); — U É^'olution économique au xix®- 
siècle (Paris, 1880, in-3); — U Irlande, le Canada, Jersey (Pavis, 1881, 
in-18); — L' Éi'olution politique et la Révolution (Pari?, 1884, in-8); — Au 
Canada et aux Montagnes-Rocheuses, en Russie, en Corse et à l'Exposition 
universelle d'Anvers (1885, in-18); — Les Lois naturelles de l'économie poli- 
tique (Paî'is, 1887, in-18); — A Panama, l'Isthme, la Martinique, Haïti 
(Paris, 1887, in-18); — La Morale économique (Pa^is, 1888, in-8); — No- 
tions fondamentales d'économie politique et programme économique (Paris, 
1891, in-8), etc. M. do Molinari a donné en outre une nouvelb édition de 
VEssai sur le principe de la population, de Malthus (Pavi-;, 1889, in-8). 

— On annonce encore la mort d ' MM. : Le D"" Joaquin Albarran, d'ori- 
gine cubaine, chirurgien d > l'hôpital Necker, professeur de clinique uro- 
logiquc à la Faculté d méd ;cine de Paris, mort au comm nomment de 
janvier, lequel est l'auteur de travaux fort estimés relatifs surtout à l'uro- 
logie et à la médecin^ opératoire tels que : Étude sur le rein des urinaires 
(Paris,''l{^89, in-8), thèse; Les Tumeurs de la vessie (Paris, 1892, gr. in-8); 
Les Tumeurs du rein (Paris, 1903, g.', in-8) et Exploration des jonctions 
rénales, Etude médico-chirurgicale (Paris, 1905, gi". in-8) ; — Albert Blass, 
poète, collaborateur du journal les Gaudes, de Besançon, qui laisse un 
important ouvTage : Les Oiseaux du chasseur (2 vol. in-8), mort à Ray 
(Haute-Saône), le 2 jan\'ier, à l'âge de 6'* ans; — le chanoine Bonnaure, 
supérieur du grand séminaire du diocèse de Viviers, mort au milieu de jan- 
vier, à 55 ans; — Stéphane Borel, poète chansonnier lyonnais, auteur 
d'un grand nombre d'œuvTes populaires, telles que La Voix des chênes, le 
Credo du paysan, etc., mort au milieu de janvier; — le comte Bernard- 
Hippolyte-Marie d'Harcourt, le distingué diplomate, mort au com- 
mencement de janvier, à 90 ans, lequel avait joué un rôle très important 
comme ambassadeur à Mad"id, à Rome et à Londres et à qui l'on doit un 
ouvrage estimé : Diplomatie et diplomates. Les quatre Ministères de M. 
Drouyn de Lhuys (Paris, 1882, in-S); — A. Hougueret, professeur hono- 
raire au lycée Condorcet et à l'Ecole normale supérieure, mort à Paris, 
au commencement de janvier, à 66 ans; — Victor Lecoffre, l'éditeur 
parisien si avantageusement connu, mort le 28 janvier, à 78 ans; — l'abbé 
MusTEL, ancien directeur d^ la Revue catholique, mort d 'rnièrement à 
Avranches, à 77 ans; — • Paul Pattinger, qui a publié dans le journal la 
Dépêche, d^ Besançon, di erses nouvelles et des étud.s sur l'Allemagne 
du sud, a donné aussi, sous le pseudonyme d? Pierre Damour, plusieurs 
contes intéressants, dans la revue les Gaudes, et s'est occupé de recherches 
sur les patois d) Franche- Comté, mort à Belfort, le 23 décembre dernier, 
dans sa 44^ année; — Léon Quid'beuf, directeur de l'École libre Notre- 
Dame de Sainte-Croix au Mans, lequel avait débuté dans le journalisme 
sous la direction de Louis Veuillot, mort au Mans, au commencement de 
janvier, à 78 ans; — Rodolphe Radau, physicien et astronome, membre 
de l'Institut, ancien .secrétaire de la rédaction de la Revue des Deux Mon- 
des, mort à Paris, à la fin de décembre, lequel a écrit de nombreux 
ouvrages de vulgavisation, notamment : L' Acoustique, ou les phénomènes du 
son (Paris, 1867, \n-i2); Les Derniers Progrès de la science (Pai*is, 1868, 
in-12) et le Magnétisme (Paris, 1875, in-12); — Reynaud, ancien professeur 
de littérature latine à la Faculté des lettres de Montpellier et ancien 
professeur de rhétorique supérieure au lycée Michelet à Paris, mort au 
au commencement de janvier ; — le comte Louis de Romain, com- 



— 174 — 

posiU-ur ot critique musical, fondateur d'S concerts populaires d' Angers,, 
mort à l'Vibourg (Suisse), à la fin d-^ janvier; — Alphonse Serré-Guino, 
ancien examinateur d'admission à l'École militaire de. Saint-Cyr, pro- 
fesseur honoraire à l'École normale sui>éricure de Sèvres, mort au milieu 
d^^ janvier; — Léon Tendron, architecte, qui, ayant collaboré au journal 
l'Expert, a écrit des études comparées sur la Jurisprudence de V architecture 
et a publié un ouvrage estimé : De la Situation de l'architecture en province, 
mort à Angers, le 15 novembre 1911, à l'âge de 64 ans; — Just Tripard, 
auteur d* divers travaux historiques dont le plus important a pour titre : 
Notices sur la ville et des communes du canton de Salins, suivies de biogra- 
phies saiinoises (Besançon et Salins, 1881, in-8), mort à Besançon, lo 15 
février. 

— A l'étranger on annonce la mort d^ MM. : Baruete, le célèbre 
peintre et critique d'art espagnol, historiographe de Velasquez, mort der- 
nièrement; — Samuel Bieler. directeur d,^ l'Institut agvicole de Lausanne, 
de 1887 à 1903, foudatour d3 la Chronique agricole, où il a publié de nom- 
breux articles très appréciés, mort à Laxisann^, le 5 octobre dv-rnivr, à l'âge 
de 85 ans; — D'' Heinrich Billeteti, professeur de thérapeutique den- 
taire à l'Université suisse de Zurich, mort en cette ville, en janvier, à 
78 ans; — Edoardo Calendra, peintre, romancier et" auteur drama- 
tiqu<ntali:n, qui a publié, entre autres ouvrages, l'Ouragan (1898), Punition 
(1899), diverses comédies et, en collaboration avec l'ingénieur Claudio 
Calandra, une étude archéologique sur Une Nécropole barbaresque découverte 
à Testofia (1890), mort à Turin le 29 octobre dernier, à l'âge de 70 ans; — 
Arthur DE Claparède, géographe et historien suisse, mort à Genève, en 
décembre; ■ — Dr. Max Conrat, ancien professeur de droit romain à l'Univer- 
sité néei-land ise d'Amsterdam, mort à H(id Iberg (Allemagne), le 12 
décembre, à 63 ans; — M™<^ Blacda Coron y, femme d' lettres allemande, 
auteur de divers romans, morte en décembre, à Halle-sur-la-Saale, à 70 ans; 
— le R. P. François-Xavier Durazzo, de la Compagnie dcJéius, mort 
à Gên 'S, sa ville natal'\ à la fin de décembre, à 80 an"-, lequel s'est distin- 
gué d .ns la presse catholique d? son pays comme une brillant polémiste 
par d;' nombreux articles donnés à VEco d'Italia, au Caltolico militante et 
au Cittadino, d' Gênes; — Théophile Durand, directeur du Jardin bota- 
nique d^ l'État belge, membre de l'Académie royde de Belgique, mort 
le 12 janvier, à l'âge de 56 ans; — le Rev. James Oswald Dykes, ministre 
anglican, mort à Edimbourg au commencement de janvier, lequel s'était 
fait connaître comme prédicateur éloquent et comme écrivain distingué 
ayant publié : On the written Word (1868); Béatitudes of the Kingdom 
(iSl 2); Abraham the Friend of God [iSll ) ; Laws of the Ten Words [188^), 
etc.; — Francis Espinasse, écrivain anglais, mort à Londres en janvier, 
à 89 ans, qui laisse, enti'e autres ouvrages : Life and Tune of François-^ 
Marie Arouet, calling himself Voltaire (Lond''es, 1866, in-8) et Lancashire 
Worthies (Lond'es, 1877, in-8); — Hermann Friedrichs, poète alle- 
mand, mort le 4 décembre, à Saint-Goar, à 58 ans; — John S. Gibb, écri- 
,vain écossais, aiuteiu" d- : Notes on « Helenore )> by Alexander Ross, School- 
master, Lochlee, 1699-1784, mort au milieu dj janvier; — Dr, Johannes 
Hartmann, chanoine de la cathédrale d; Munster (Westphalic), profes- 
seur d"; droit ecclésiastique-, mort tn décembre, à 83 ans; — Henri IIy- 
mans, membre de l'Académie royale de Belgique, membre correspon- 
dant d) l'Institut d ; France, conservateur en chff honoraire d; la Biblio- 
thèque royale et profes-seur à l'Académie d'Anvers, mort à Bruxelles, en 
féxTier; — Dr. Emil Joxas, éci'ivain allemand, passé au service du gou- 



^ 175 — 

vernim'-nt dmois, mort à Berlin, rn janvier, à 87 am, lequel a contribué^ 
largom' nt, par d^ nombreuses traductions, à faire connaître aux Alle- 
mand-; la littérature d'S pays Scandinaves et a publié en outre divers 
ouvrages ;;ur la Suèdi et la Norvège, notamment : Schweden und seine 
Entwickelung in volkswirthschajtlichen und geistlichen Beziehung wâhrend 
des letzten Jahrzents (Berlin, 1875, in-8); Reise und Skizzenbuch fUr Schwc' 
den (Berlin, 1875, in-8); Illustrirtes Reise und Skizzenbuch fur Norwegen 
(Berlin, 1876, in-8); — Thomas Knorr, éditeur allemand, mort le 13 
décembre à Munich, à 60 ans; — Dr. Jean Kowalczyk, astronome polo- 
nais, mort tn décembre, à Varsovie, à 78 ans; — Henry Labouchêre, 
journaliste et écrivain anglais, fondateur du périodique Trwi/?, auteur de 
Letters of a Besieged Résident (1870), mort à Flortnce, au milieu de jan- 
vier, à 80 ans; — Dr. Otto Lies m an n, professeur de philosophie à l'Uni- 
versité allemande d'Iéna, mort en cette ville, le 14 janvier, à 72 ans; — • 
Dr. Wini List, bibliothécaire en chef de l'Université et d»^ la ville de Stras- 
bourg, mort en cette ville, le 8 juin, à 56 ans; — Dr. Wilhelm Franz Loe- 
BiscH, professeur de chimie médicinale à l'Université d'innsbruck (Tyrol), 
mort en cette ville, le 9 janvier, à 72 ans; - — Sir Frederick Maurice, major- 
général de l'armée anglaise, soldat accompli et écrivain militaire très estimé, 
mort au milieu de janvier à 71 ans, auquel on doit : Popular History of 
the Ashanti Carnpaign (Londres, 1874); Hostilities without Déclaration of 
War, The Officiai History of the 1882 Carnpaign, The Officiai History of the 
Boer War, etc; — Dr.Josef Ladi lav Pic, archéologue et slaviste tchèque,mort 
à Prague, le 19 d3cembre; — Alexander Riach, journaliste écossais, qui, 
après avoir appartenu à la rédaction du Scotsman d'abord, puis du Daily 
Telegraph, fut pendant vingt-trois ans le directeur de Edinhurgh Eve- 
ning Despatch, mort le 29 décembre, à Holytown, près de Glasgow; — 
Dr. Gustav Salchow, professeur d3 droit romain et de droit civil à l'Uni- 
versité allemande de Halle, mort en cette vill^, le 11 décembre, à 42 ans; 
— • Dr. Bernhard Schuchardt, écrivain allemand, mort le 9 décembre, 
à Gotha, à 88 ans; — Fri.drich ThEiL, philologue allemand, mort le 
7 janvier, à Roirdi (Saxe), à 77 ans; — Ludwig Voltz', peintre et dessina- 
teur bavarois, qui avait fourni les illustrations d'un certain nonibre 
d'ouvrag''S, mort dîvnièrement à Munich, à 87 ans; - — M"*^ Rosamund 
Marriott Watson, femme de lettres anglaise,- morte à la fin de décembre, 
laquelle laisse plusieurs volumes d'^ poésies, d^s articles de critique artis- 
tique insérés dans VAcademy, et quelqu.es ouvrages sur des questions d'art, 
tels que: The Art of the House et The Connaisseur o'cr ces; — LvdA^igW'ECHS 
ler, écrivain hongrois, mort à Bidapest en janvier, à 51 ans; — Herber- 
Ed.vin Clarke, poète anglais, mort à L( ndres, au milieu de janvier, dont 
les œuvres, notamment : Songs in Exile and olher Poents (L( nd'es, 1879, 
in-8) et Storm Drift : Poems and Sonnets (Londres, 1882, in-8) (nt obtenu 
un légitime succès; — le comte Albrecht von Wickenburg, écrivain 
autrichien, mort à Yicnn?, le 17 décembre, .à 73 ans, lequel est l'auteur 
d; : Eigenes und Fremdes. Gedichte (Vienne, 1874, in-16); Ollanta. Per- 
uanisches Original Drama aus der Inca-Zeit (Vienne, 1876, in-8, etc.; — 
Dr. Fran^- von Winckel, professeur d? gynécologie et d'accouchement 
à l'Université allemande de Munich, mort en cette ville, lel*^"^ janvier, à 
75 ans; — N. N. Zlatovratsky, romancier russe, mort le 23 décembre, 
dont les romans fort bien écrits : La Vie de tous les fours au village; Cœurs 
d'or ; Fondations, etc., s'adressaient surtout aux paysans et avaient pour 
but dî les moraliser. 



— 176 — 

Lectures faites a l'Académie des inscriptions -et belles-lettres. 

— Le 5 janvier, le P. Scheil décrit les formules dont se servaient les Baby- 
loniens poxir désigner les années sans le concours de l'arithmétique, et il 
parle de la série qui correspond au roi Hammurabi. — M. HoUeaux com- 
mente une inscription trouvée à Délos contenant les imprécations des 
prêtres contre les malfaiteurs. — Le 12, M. Clcrmont-Ganneau lit une 
lettre de M. l'abbé Hyvornat sur des manuscrits copies de la collection 
Pierpont Morgan. — M. le comte Durrieu étudie une page de missel ita- 
lien du xiye siècle qu'il attribue, sauf réserves, à Michelino da Besozzo. 
• — M. Gagnât décrit le système d3s fortifications élevées par les Romains en 
Tunisie pour protéger leur conquête. — M. HoUeaux indique l'état d'avan- 
cement des fouilles entreprises à Délos aux frais de M. le duc de Loubat et 
signale la variété et l'importance des objets remis au jour. — Le 19, M. 
Gagnât termine la lecture de son travail sur la défense de la Tripolitaine 
romaine. — M. Prou présente et explique les photographies do dalles 
existantes dans l'église de Schoennis, canton de Saint-Gall (Suisse), dalles 
qu'il croit pouvoir dater du ix" siècle. — Le 26, M. Loth démontre que le 
roman de Tristan et Yseult a dû être composé dans un pays où l'on parlait 
l'anglais, le français et le celtique, probablement dans le pays de Galles. 

— M. JuUian commimique une figure en relief découverte auprès des 
Eysies par M. G. Lalanne, sans doute la plus ancienne sculpture connue. 

— M. le D"^ Capitan parle des caractéristiques de l'architecture maya (mo- 
numents élevés sur les hauteurs, reproduisant des constructions en bois). 

Lectures faites a l'Académie des sciences morales et politiques. -^ 
Le 5 janvier, M. Xénopol lit une étude sur le postulat psychologique. 

— Le 13, MM. H. Joly et Passy prennent part à une discussion au sujet 
du mémoire de M. Aubert sur la dépopulation de la France. — Le 18, M. Ed. 
Seligman commence la lecture d'un travail qui concerne les massacres 
de Septembre dont il attribue à Marat la responsabilité principale. — 
Le 27, il continue la lecture de ce mémoire et fixe d'une façon précise la 
part prise par Danton dans l'organisation des massacres. Danton les 
arrêta le 3, lorsqu'il vit que les girondins et ses amis allaient être compris 
dans les exécutions. 

Prix. — L'Académie des sciences a décerné les prix suivants dans sa 
séance du 27 novembre 1911 : 

'^Chimie. — PrixjCahours (3 000 fr.), partagé entre M. Louis Hackspill 
et M. Richard. 

r-'- Prix Berthelot (500 fr.). — A M. André Wahl : Recherches de synthèse 
chimique. ■ ■' ''Vi 

Médecine et chirurgie. — Prix'Montyon (3 prix de 2 500 francs chacun) 
à : MM. L. Testut et O. Jacob : Traité d'anatomie topo graphique; — M. Ale- 
xandre Besredka, pour l'ensemble de ses travaux sur V Anaphylaxie; — 
M. E. Cassact, pour son mémoire : Du Diagnostic de la péricardie posté- 
rieure. 
■ 3 mentions de 1 500 fr. chacune, à : M. Pierre Nolf : La Coagulation 
du sang; — M. Emile Feuille : Leucopaties métastases ; — M. E. Sacquépée : 
Les Infections paratyphoïdes. 

Mentions à : MM. héopolà Lévï et H. d^. Roih-ichild: Études sur la phy- 
siopathologie du corps thyroïde et des autres glandes endocrines; — M. S. 
Mercadé : La Période post-opératoire : soins, suites, accidents; — • M. G. 
Faroy : Le Pancréas et la parotide dans Vhérédo-syphilis du fœtus et du 
nouveau-né; — M. L. Pariset, pour l'ensemble de ses recherches sur la 



— 177 — 

Vaginalile du cobaye mâle provoquée par le bacille de la morve et par divers 
microbes. 

Prix Barbier (2 000 fr.^. — A M. H. Guilleminot : RadiomHrie floros- 
co pique. 

Prix Bréant (100 000 îr.). — Ce prix, destiné à récompenser celuii qui 
aura trouvé le moyen do guérir le « choléra asiatique », n'est pas attri- 
bué. L'Académie décerne sur Les arrérages de la fondation : 2 000 fr. à 
MM. Audair et Louis Pa^is : La Constitution chimique du bacille de Kock 
et les poisons du bacille tuberculeux humain; — 2 000 fr. à M. Dopter : 
Éludes sur la méningite cérébro-spinale et sérothérapie antimnénigococci- 
que; — 1 000 fr. à M. Duvoir : Étude sur la vario-vaccine. 

Prix Godanl (1 000 fr.). — A M. J.-L. Chirié : L'Évolution de la graisse 
dans le rein de la chienne, etc. 

Prix du baron Larrey (750 fr.). — A MM. Henri Coullaud et Etienne 
Ginestons : La Vision des tireurs et recherches nouvelles sur la physiologie 
du tir; — mention très honorable à M. Maurice Boigey : Ateliers de travaux 
publics et détenus militaires. 

Prix Bellion (1 400 fr.). — Partagé entre M. et Mn^e Henri : L'Action 
stérilisante des rayons ultra-violets, d'une part, et MM. Courmont et Nogier, 
d'autre part : La Stérilisation de Veau potable par les rayons ultra- violets. 

Prix Mège (10 000 fr.). — Le prix n'est pas décerné. 300 fr. à MM. P, 
Nobécourt et Prosper Mercklen : Bilans nutritifs de la rougeole et de la 
scarlatine chez l'enfant. " ■'-'L^î ■^■•''■'*^ V^'^-V*"^ '^>''^-t'^î|i«^^ jti Q 

Prix Chaussier (10 000 fr.). — A. M. a'. Inibert: Le Travail profes- 
sionnel. 

Physiologie. — Prix Monthyon (Physiologie expérimentale), ■ — • Le 
prix, d'ime valeur de 750 îr., a été porté pour cette année à 1 000 fr. Il est 
partagé entre M. Marage : Petit Manuel de physiologie de la voix, à l'usage 
des chanteurs et orateurs; et M. Raoul Combes : i° La Détermination des 
intensités lumineuses optima pour les végétaux aux divers états de leur déve- 
loppement; 2° La Formation des pigments anthocyaniques. 

Prix Philippeaux (900 fr.). — Prix partagé entre M^^e z. Gruzewska: 
pour l'ensemble de ses travaux de physiologie, et M. Maurice Piettre : 
Recherches sur la bile. 

Prix Lallemand (1 800 fr.). — A M. Henri Piéron : Élude expérimen- 
tale de la mémoire; — mention très honorable à M. Maurice Brissot : 
L'Aphasie dans ses rapports avec la démence et la vésanie; — mention hono- 
rable à M. J. Lévy-Valensi : Le Corps calleux : étude anatomique, phy- 
siologique et clinique. 

Prix généraux. — Médaille Berthelot. — MM. Darzens, Tifîeneau, Tis- 
sot, André Wahl, Louis Hackspiîl, Richard. 

Prix Gegner. ■ — G? prix, d'une valeur de 3.800 fr., est porté peur cette 
année à 4 000 fr. Attribué à M. J.-H. Fabre. 

Prix Trémont (1 100 iiW. — M. Charles Frémont. 

Prix Wilde (4 000 fr.). — Prix de 2 000 fr., M. Stefanik, pour ses 
travaux d'astronomie; prix de 2.000 fr.,M. A. Trillat, pour son œuvre 
scientifique et plus particulièrement pour ses travaux sur l'Aldéhyde for- 
mique. 

Prix Saintour (3 000 fr.). — M, Jules Drach : Les Groupes de rationa- 
lité des équations différentielles. « 

Prix Fanny Emden (3 000 fr.). — Le prix n'est pas décerné, mais un 
encouragement, avec allocation de 2 000 fr., est accordé à M. Emile 

FÉVRIER 1912. T. GXXIV. 12. 



— 178 — 

Boirac : La Physiologie inconnue; — Encouragement, avec allocation de 
1 000 fr. à M. J. Ochorowicz : Hypnotisme, niesinérisT?ie et suggestion 
mentale. 

Prix Serres (7 500 fr.). — M. L. Vialleton : Travaux r'?latifs à l'cm- 
briologîe. 

Index. — Un décret de l'Index du 24 janvier 1912, condamne les 
ouvrages suivants : Mgr L. Duchesne, Histoire ancienne de V Église, Pa- 
ris (sans distinction d'éditions). — Ahhé d'Olonn^ Le Clergé contemporain 
et le cilibat, Paris. • — Lhouilly, Cornet du petit citoyen. Ivésumés d'ins- 
truction morale et civique. Cours moytn et supérieur. Verdun, 1910. — 
M"'' Giacometti, Adveniat regnum tuum. Letture e preghiere cristiane. 
Rituale de! cristiano. L'Anno cristiano. F orna, 1904. — Tommaso Gal- 
larati Scotti, Storia delV amore sacro e delV amore profana, Milano, 1911. 

. Venancio Gonzalez y Sanz, Bancarrotta del protestantismo, Madrid, 

1540. — Letters to His Holiness Pope Pius X, by a niodernist, Chicago, 1910. — 
The priest, a taie of modernism in New En gland, by tho auth,or of Let- 
ters to His Holiness, Boston, 1911.— Le décret annonce la soumission des 
auteurs suivants : i^inguste Humbort, Zcnner , Wiesmann, Koch <-t We- 
chtr Prolias?ka, frappés par ks décrets des 8 mai et 5 juin 1911. — Un 
décret de l'Index du 1'' février 1912 prohibe le roman moderniste de 
Mario Palmarini, Quando non morremo. Milan, 1912. — Mgr Duchesne 
s'est soumis immédiatement au décret de l'Index qui vient de le frapper. 

Paris. - — Dans une substantielle brochure : La Famille dans V anti- 
quité (Paris et Lyon ,Yitte, in-18 de 73 p.), M. E. Léotard résume fort 
exactement ce que nous savons sur la famille en Grèce et à Rome. Il met 
en relief ce fait intéressant que, dans la loi grecque, la notion du devoir 
domine celle du droit, et il montre quels étaient ces devoirs. 11 trace, d'aprè? 
les Économiques, le portrait de la femme grecr^ue idéale et indique les 
limites de la liberté dentelle jouissait, plus larges qu'on ne le croit commu- 
nément, et le régime légal qui la concernait. Puis, arrivant à Rome, il 
passe en revue les diverses formes de mariage et ses cérémonies, et 
décrit la patria potestas, la condition légale de la femme et celle que lui 
font les mœurs. La femme romaine est bien supérieure à l'athénienne par 
ses vertus et par son influence. 

. Le 45e fascicule du Dictionnaire des antiquités, ele MINI. Daremberg et 

Saglio (Paris, Hachette, 1910, in-4, p. 1457-1601, avec 146 grav.), com- 
prend les principaux articles suivants: Stamnum d'étain) par M. Besnier; 
Statua par M. C Picard; Statuaria ars, par M. Deonna; Statio,-paT M. Lécri- 
vain; Stips, par M. Toutain; Substitutio, par M. Beauchet; Sumptuariae 
leges, par M. Lécrivain; Suouetaurilia, par M. Saglio; Supplicatio, par 
M. Toutain; Dca Syria, par M. Cumont; Syssitia, par M. Saglio. Autres 
articles de MM. Humbert, V. Chapot, André Baudrillart, Navarre, Albert 
Martin, Pottier, Colin, Lafaye, J.-A. Hild, Cagnat, Maynial, etc. 

— C'est un document intéressant, plus encore par la richesse de l'anno- 
tation que par le texte, que ce i> récit catholique des trois premières guerres 
de religion », publié sous le titre à'Acta tumultuum Gallicorum par 
M. Henri Hauser, très au courant de toutes les sources historiques du 
XVI® siècle (Paris, extrait de la Bei^ue historique, in-8 ele 71 p.). On n'en 
connaissait e^ue trois exemplaires et on en trouve un dans un recueil imprimé 
à Munich e-n 1573, quelques années seulement après les événements qu'il 
raconte, et composé avant la Saint-Barthélémy, dont il ne fait pas mention. 
L'auteur est un catholique assurément très exalté; car, s'il i?ttaque viclem- 



— 179 — 

ment Coudé i-t Coligny et les horrenda Hugunotorum srelera, commis sous 
leur patronage, il ne ménage pas Catherine do Médicis ni même le conné- 
table do Montmorency, qu'il accus;^ d'une singulière indulgence en.-trs 
les protestants, « qu'il eût été facile d'écraser après leurs défaites, au lieu 
de leur accord r d s édits asse^, favorables à leur cause)). Il est assez singu- 
lier que le chânccli' r di l'Hôpital ait trouvé presque grâce devant ce 
« gui.;ard >'. Comment s'app' lait-il? C'est assez difTicile à d -viner.Pourtant 
M. Hauser propose timidement d'attribuer cei:Acta au jésuite asstz« espa- 
gnoli^.é « le P. Emond Auger, que tous les écivain^ contemporains appellent 
d'ordinaire le P. Aymon. Ce qui pourrait faire douter, c'est que ce jésuite 
était assf z bien avec la Cour. En]tous cas, cette réponse aux nombreux pam- 
phlets protestants de l'époque méritait d'être mise en lumière; et on y 
trouve quelques mentions iitile'. 

— Israël Bernard de Valabrcgje (1714-1779), interprète attaché à la 
Bibliothèque du Roi pour les langues orientales, en même temps que 
marchand mercier à Paris, n'est guère connu, bien qu'il ait tenu au 
xviii*' ^.iècle une place assez importante dans la communauté juive pari- 
sienne. Dans un article du Bulletin du bibliophile, qui a pour principal 
objet de nous faire connaître i'inventaire, dressé après décès, de la Biblio- 
thèque de Bernard de Valahri gue (Tiré à part. Paris, Henri Leckrc, 1910, 
in-8 de 16 p.), M. Paul Hildenfinger nous donne quelques renseignements 
curieux et précis sur son activité à la Bibliothèque, sur son rôle parmi 
ses cor.'ligionnaires et sur l'idée que l'on peut se faire des goûts littéraires 
du personnage par cet inventaire, malheureusement fort sommaire, dans 
lequel ces livres sont estimés par lots, avec l'indication pour chaque lot 
d'un seul des ouvrages qui le composent. ■ g* 

— En l'appelant t; une œuvre d'actualité », M. le chanoine 'F. Béré- 
ziat a voulu prouver la nécessité et la possibilité do l'organisation de 
la Confrérie du Saint-S acrement à notre époque (Lyon et Paris, Vitte, 
1911, in-8 de 74 p., avec 2 portraits). Il en expose le but, les pratiques, 
les avantages. Historiquement il rappelle la féconde existence dans le 
passé de la Compagnie du Saint- Sacrement (qui n'était pas une « con- 
frérie »), en s'appuyant sur l'étude si complète que M. Geoffroy de Grand- 
maison a donnée dans le Correspondant du 25 mars 1911. 

— M. Henri Guérin, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, vient 
de donner Hans le t. IV de V Année linguistique un travail d'ensemble sur 
l'Étude des langues égyptiennes et copte, particulièrement de 1890 à 1910. 
(Tiré à part. Paris, C. Klincksieck, 1911, in-16 de 48 p.). Si M. Guérin s'est 
occupé principalement de la période qui comprend ces vingt dernières 
années, il n'a pas cru inutile cependant de nous tracer une esquisse rapide 
des grands travaux des fondateurs de l'égyptologie et des illustres savants 
qui, après eux, ont assis cette science sur des bases solides. Depuis 1890, 
les travaux tant sur les vieilles langues égyptiennes que sur le copte qui 
en est dérivé se sont multipliés; aux découvertes nouvelles s'est ajoutée 
la mise en œuvre des travaux antérieurs; l'on a pu se faire une idée plus 
précise, plus exacte, sinon définitive, du caractère de la langue qui se 
rattache aux idiomes sémitiques, mais en partie aussi aux idiomes africains. 
La lecture de ce travail n'intéressera pas seulement les égyptologues et 
les coptisants. 

— On pourra juger des services rendus à la philologie française par un 
érudit enlevé pi ématurément en juillet dernier, M. Gaston Raynaud (18ro- 
1911), en lisant le discours prononcé à ses obsèques au nomde la Société 



— 180 - 

de l'École des chartes par M. Eugène Lelong (Nogent-le-Rotrou, imp. 
Daupeley-Gauvernour, 4911, in-8 de 10 p. Extrait de la Bibliothèque 
de VEcole des chartes, i. LXXII). M. Lelong a joint à son discours l'énu- 
mération m quarante-trois articles des publications faites par Gaston 
Ra\ naud. 

— Nous avons annoncé déjà (t. CXXII, p. 181 1 l'appel lancé par 
M. Adolphe Adirer pour la fondation d'une société d.'S Amis de la langue, 
française. La Société s'est constituée définitivement et vient de lancer 
son premier bulk-tin pour janvier 1912 (Paris, 9, villa Saïd, in-8 de 20 p.). 
Le titre même d) la Société, « Société nationale pour la défense du génie 
français et la protection de la langue française contre les mots étrangers, 
les néologismes inutiles et toutes les déformations qui la menacent », dit 
assez clairement 1;; but qu'elle se propos.:». Et nous ne pouvons que renou- 
veler l'invitation à nos lecteurs d'aid r au développement de cette oeuvre 
utile soit en se faisant inscrire comme membre actif (5 fr. par an) ou à 
vie (100 fr.), soit au moins en s'abonnant au Bullrtin (i fr. par an).. 

— On a dernièrement publié un élégant volume sous le titre de : Le Ju- 
bilé des lycées et collèges de jeunes filles et de V École normale de Sèvres (Paris, 
Alcan, s. d., gr. in-8 cartonné de ix-135 p. ^ — Prix : 6 fr.). On y trouve 
un Avant-propos de M. Lucien Poincaré, une Préface de M. Berthclot, un 
historique qui va de 1880 à 1907, signé de M. Eugène Blum; un compte 
rendu du 25'^ anniversaire de la création des lycées de jeunes filles, sigaé 
d'une simple initiale; un compte rendu de la journée de Sèvres, signé 
Marguerite Aron, et puis des discour-^., et puis des toast j, et des programmes 
de concerts, et le menu du banquet, et la liste de toutes le? anciennes élèves 
de Sèvres présentes à la fête. Comme il fallait s'y attendre, on rencontre 
là beaucoup de noms et de signatures de protestants et de juifs,qui donnent 
le caractère de ces institutions de combat. Enfin il y a une quantité d'ima- 
ges et de portraits. Bref , l'apologie est complète autant que peu mesurée; 
mais c'est une apologie systématique, et personne d'impartial ne pourra la 
considérer comme une justification. Car on ne peut vraiment justifier, en 
France du moins, une entreprise de déchristianisation de la femme fran- 
çaise. 

— Nos lecteurs se souviennent sans doute de l'annonce qui a été faite 
ici même (t. CXIX, p. 185) d'xm Répertoire d'art et d'archéojogie,. fondé 
par la généreuse initiative du îMécène intelligent auquel on doit déjà la 
Bibliothèque d'art et d'archéologie (19, rue Spontini), si accueillante et si 
précieuse à quiconque travaille sur l'histoire de l'ai't. Avec l'année 1911, 
le Répertoire, qui jusqu'alors offrait à ses lecteurs le dépouillement des 
articles de périodiques tant français qu'étrangers relatifs à l'histoire de 
l'art, a joint la bibliographie des catalogues d^ ventes publiques faites en 
France et à l'étrang^^-r, qui achève d; faire di Répertoire un instrument 
d'information et d' travail absolum nt indispensable. M. Jacques Mayer, 
à qui incomb''' la charge spéciale de cette partie du recueil, classe les ventes 
par pays, par vill -s, et dans chaque ville par ordre chronologique. Il ne se 
contente pas de donner la date delà vente, les noms du collectionneur, du 
commissaire priseur et de l'expert, il précise tn quelques mots le contenu de 
la collection, indique les figures et planches que contient le catalogue. Ajou- 
tons qu'un ind 'X annuel r< ndra facile l^ manien;ent de ce très utile recueil. 
Puisque nous i n avons l'occasion, disons aussi que l'index qui termine le Ré- 
pertoire, pour être sommaire, n'en est pas moins fort clair et commode. Il 
comprend en une seule série alphabétique: les noms d:* personnes (auteurs 



— 181 — 

amateurs ou artistes) en petites capitales; les noms des lieux en italiques; 
les mots d^ matières (académies, affiches, albâtre) en égyptiennes; 
chaque article du répertoire étant numéroté : c'est à ces numéros et non 
aux pag s que le renvoi est fait, ce qui en ai giuente naturellement la 
précision. Peut-être pourrait-on, par un artifice typographique, distinguer 
des artistes les auteurs et les collectionneurs ou autres personnages cités. 

— L'an dTnier (février-mars 1911, t. CXXI, p. 229-230), le Polyblblion 
a annoncé la première édition de V Annuaire de la curiosité et des beaux- 
arts. Voici la deuxième (Paris, 90, rue Saint-Lazare, IX^ arr., 1912, in- 
8 de 467 p. — Prix : 8 fr.). Le prix de cet annuaire a dû être relevé de 2 fr. 
en raison do son importance plus grande : il renferme, en effet, une nouvelle 
division ou partie (la 3^), composée d'une liste alphabétique des amateurs 
collectionneurs de Paris, avec dvS indications sur le genre de leurs collec- 
tions (p. 285-325). Tout le reste du volume a été d'ailleurs remanié, mis 
à jour (sauf d- s omissions toujours inévitables) et avgmenté sensible- 
ment. Comme celui de 1911, l'Annuaire de 1912 donne, dans sa première 
partie, des renseignements pratiques et l'elate sommairement les évé- 
nements artistiques de l'année écoulée ainsi que la législation relative aux 
choses de l'art. Vitnncnt ensuite (2^ partie) les adresses commerciales 
françaises et étrangères, d sposées par o'de alphabétique d; professions. 
Quant à la quatrième partie, elle est formée de listes dos ai'tistes en tous 
genres résid mt en France, avec mention de leurs titres et récompenses 
aux expositions. Publication do' la plus réelle utilité qui, nous n'en dou- 
ton"> pas, sera bien accueillie partout. 

— Dix-huit années d'existence prouvent surabondamment que V Agenda 
du photographe répond à un besoin et qu'il est bi^n accueilli par les in- 
téressés (Paris, (harks-Mtndl, gv. in-8 de 184-95 p., avec de nombreuses 
g^i'avures dans le texte, et 4 belles gi'avures hors texte. — Prix: 1 fr.). 
Pour 1912, cet agvnd\ contient, comme les précédents, des renseignements 
teehniques, d s articles d' vulgarisation, un formulaire, etc. Il y a aussi 
un répertoire pour le classement d'S cliehés et des pages spécialement 
préparées pour les n-ites à prendre. Vient ensuite le Tout Photo formé de 
quatre listes alphabétiques d'amateurs choisis parmi les habiles (Paris 
et département de la Seine; Départements; Algérie, Tunisie et colonies; 
Étranger). Ces listes, mises à jour, comprennent environ 10.000 noms. 

Angoumois. • — Le tome I" de la VIII® série des Bulletins et Mémoires de 
la Société archéologique et historique de la Charente [année 1910) vient de 
nous parvenir (Angoulême, Constantin, 1911, in-8 de CLxxx-230p., avec 
8 planches et de nombreuses figures dans le texts). Constatons d'abord 
qu'à la suite de chaejue compte rendu des séances de la Société sont impri- 
mées des Annexes de 3 à 8 pag s dont la plupart méritent d'être men- 
tionnées ici : G. Papillaid : Syndics perpétuels; — J. de. la Martinière : 
Mandement du comte de Jarnac interdisant à deux gentilshommes de se 
battre en duel; — D. Touzaud : L'Affranchissement des serfs et l'arrêt du 
président Nesmond; — J. de la Martinière : L'Erreur historique de M. de 
Nesmond; — D. Touzaud : La Vieille Charente; ■ — A propos de la villa 
saintongeaise d'Ausone; — G. Chauvct : La Sculpture de V Eglise de 
Ruffec; ■ — D. Touzaud : Les Communautés taisibles en Angoumois autre- 
fois et aujourd'hui; — A. Favraud : Une Noi^velle Sépulture de V époque 
de la Tène aux Planes, commune de Saint- Yriex; — P. Mourier : Anciens 
Vases à bec; — H. de Montégut : Lettre du chevalier de Plamont à son père 
racontant le duel entre le comte de Boffignac et le baron de Montalembert 



— 1F2 — 

(1777); — E. Biais : Lettre du comte Jean (d'Angoulème) à ses conseillers 
des finances (1453); lettre de Mer guérite de Valois à son chancelier; lettre 
du duc d'Éperaon au Roi (1600); ■ — M'* de Brém<»nd d'Ars-Mig/é : Lettre 
inédite de Philippe de Volvire, baron de Ruffec, à Charles de Brémond, baron 
d'Ars, 12 septembre 1582; — Abbé Legi'and : Règlement de Mgr de Péri- 
gueux pour les droits curiaux de notre diocèse (1715); — D'' GaiUardon : 
Acte capitulaire des habitants de la ville d^ Aubeterre contre le sieur de La- 
qui, le juge sénéchal d' Aubeterre , concernant le feu de joye quy se fit en 
réjouissance de la convalescence du Roy du 30 octobre 1744. ■ — Pages 
CLXXii-CLXxxx on trouve une Chronique bibliographique de la Charente 
eni:egistrant les livres, brochures et articles insérés dans divers pério- 
diques, concernant la région. — Les Mémoires ne sont pas nombreux : 
trois seulement. Le premier, de beaucoup le plus important, a pour 
auteur M. Gustave Chauvet et pour titre : Os, ivoires et bois de renne ouvrés 
de la Charente. Hypothèses palethno^raphiques (p. 1-184, avec 6 planches 
et 122 fig.)- Outre une table des matières, ce travail contient une table 
des noms do personnes, un index géographique et un index archéologique. 
— Le deuxième mémoire, de M. Daniel Touzaud, concerne Z)eaa; Cloches 
gothiques exhumées d'une cachette à Ebréon [Charente) (p. 185-203, avec 
2 pi. et 2 fig.). — Le volume se termine par une étude do MM. A. et H. R. 
du Vignaud sur les Anciennes Franchises de la paroisse de Benest [Cha- 
rente] (p. 204-223, avec 1 fig.). 

Anjou. — Sous ce titre : Saint-Quentin-en-Mauges (Angers, imp- 
Paré, 1911, gr. in-8 de 84 p.), M. le docteur D. Coufïon publie une 
brochure où il reproduit à peu près tout ce que les gi'andes publications 
locales avaient su dire de cette petite commune angevine : il y a ajouté 
quelques pages, les Cahiers de la paroisse, en 1789, la vente des biens 
nationaux, djs particularités, les noms dos habitants, et un tableau mon- 
trant qu'en 20 ans les mutualistes, en cette population de 980 habitants — 
168 de moins qu'en 1894 — se sont élevés de 10 à 55. Nous n'oserions 
dire que les étymologies hébraïques, celtiques, etc., dos noms de la pa- 
roisse soient indiscutables. Mais l'auteur, qui, pour la période révolution- 
naire, ne semble pas bien concevoir l'hostilité des Vendéens contre les 
prêtres assermentés qu'on voulait, malgré tout, imposer à leur religion, 
fait visiblement eiïort pour ne pas bl;sser les pieuses populations qui 
l'entourent. Ainsi se plait-il à reconnaître que, dans ce qui forme aujour- 
d'hui l'arrondissement, il y avait, dès le xvi^ siècle, deux écoles gra- 
tuites de paroisse, (pour être tout à fait dans la vérité, il conviendrait de 
dire qu'il y en avait au moins doux connues et qu'on les devait au clergé), 
11 au xvii«^ siècle, 17 au xyiii^ siècle. Et il tût pu ajouter que, ruinées 
pendant la Révolution, ces petites écoles, ainsi que M. Couffon le con'rtate, 
n'étaient pas plus nombreuses en 1830. Le folk-lore trouvera de curieuses 
traditions et superstitions dans ctt écrit ; il est vrai qu'elles iront pres- 
que toutes extraites du Glossaire de MM. Verrier et Onillon, comme la 
partie topog.-aphique est extraite du Dictionnaire de C. Port : l'auteur no' 
pouvait puiser à de meilleures sources. 

1» — 11 y a trente ans, le marquis do Ségur publiait, avec l'oraison funèbre 
(due à son successeur, en 1879) d'un prêtre, qui a laissé une grande répu- 
tation do courage et de sainteté, en Anjou, l'abbj Pinot, guillotiné à 
Angors, pour sa fidélité à la religion. Dès 1864, Mgr Ang ^bault avait 
nommé M. Brouillet pour procéder à une enquête canonique sur la vie et 
l;s vertus do cet ecclésiastique et Mgr Rumeau décida d- promouvoir à la 



~ 183 — 

cause de béatification de ce sénateur da Dieu. ^I. l'abbé Uzureau ne pou- 
vait entreprendre une œuvre plus opportune et plus intéressante que de 
recueillir sur place, dans les divers dépôts d'archives, tout ce qui con- 
cerne cette victime do la constitution civile di clergé : il le suit, avec 
abond'ince de documents, avant la Révolution, dans son ministère, puis 
dans ses luttes contre les oppresseurs de sa conscience, lors de son arres- 
tation, de sa première condamnation, enfm, jusqu'au jour où on l'obligea 
à gravir l'échafaud, revêtu de ses habits sacerdotaux. Ce travail, fort 
utile à la cause du pieux martyr, extrait des Mémoires de la Société 
nationale d'agriculture, sciences et arts (V Angers, a été tiré à part sous le 
titre de : Noël Pinot, curé du Louroux-Béconnais, guillotiné à Angers, le 
21 février 1794 (Angers, Grassin, I9l2, in-8 de 9i p.). ,^ ^ Je Jf ^ ii^Aé 

Bourgogne. — Ce qui retiendra le plus particulièrement l'attention 
dans le tome XX XVI du Bulletin de la Société des sciences historiques et 
naturelles de Seniur-en-Auxois, que nous avons reçu tout récemment 
(Années 1908-1909. Semur-en-Auxois, imp. Bordot, 1910, in-8 de 
ccxL-500 p., avec 26 planches et fig.), ce sont les rapports concernant 
les fouilles d'Alesia. Mais ce gros volume renferme aussi diverses études, 
telles que : La Propriété paysanne dans les haillages de Semur-en-Auxois, 
Saulieu, Arnay-le-Duc, à la fin de V ancien régime (17.50-1790), par M. Eu- 
gène Patoz (p. 1-133); — Notice sur Antoine Wechte, graveur, né à Mai- 
son-Dieu (Côte-d'Or), mort à Avallon (1800-1868), par M. Hippolyte Mar- 
lot (p. 134-146); — Le Statuaire Pierre Travaux, 1822-1889, par M. l'abbé 
Eugène Barbier (p. 147-220); — La Fête du 10 août 1793 à Epoisses, par 
M. Georges Gallois (p. 221-228); — A propos des tumulus. Simple note sur 
leur origine religieuse et leur destination familiale primitive, par M. Charles 
Boyard (p. 229-234); — Notes généalogiques sur la famille Potot, par M. 
Charles Sartorio (p. 235-245); — Généalogie de M. Gaspard Pontus mar- 
quis de Thyard, par M. Alfred de Vaulabelle (p. 246-252). — Nous arrivons 
ensuite aux choses se rapportant à Alesia. Trois rapports, appuyés de 
26 planches, sont à mentionner : Les Fouilles d'Alesia en 1907, par M. le 
commandant Espérandieu (p. 253-352); — Fouilles du Mont Auxois. Rap- 
port sur les fouilles exécutées en 1908 par la Société des sciemces historiques 
et naturelhs de Semur, présenté au nom de la Commission des fouilles 
d'Alesia par M. le D"" Adrien Simon, présid mt d- ladite Commission 
(p. 353-384) ; — Fouilles de la Société des sciences sur h Mont- Auxois. Cam- 
pagne de 1908. Journal des fouilles, par M. V. Pernet (p. 385-464). Tout 
cela est fort intéressant et nous ne pouvons que regretter notamment de 
n'avoir pas été mis à même de signaler aux archéologues et aux érudits 
les rapports précédents sur les fouilles pratiquées sur le Mont Auxois. — 
On remarquera que les procès- verbaux de la Société pour ces deux années 
1908-1903 occupent un tiers du volume environ, et ce n'est pas trop; 
car leur lecture est intéressante à beaucoup de titres. .^ *j^î,y,,; 

Champagne. — Enregistrons le tomo I^' de l'année 1910-1911 des 
Travaux de V Académie nationale de Reims, qui forme le 121^ volume de 
la collection (Pieims, Michaud, 1911, in-8 de 365 p., avec 4 pi. — Prix : 
7 fr.) et contient les mémoires ou études ci-après : L' Amélioration du 
logement ouvrier à Reims, par M. Paul Rozey (p. 1-22); — Compte-rendu 
des travaux de V Académie pendant Vannée 1910-1911, par M. Henri Jadart 
(p. 23-33); — Trois rapports sur les Concours : d'histoire et d archéologie, 
par M. Albert Cans; — de photographie, par M. le D' Bagneris, et de 
poésie, par M. le D"^ Henri Lardennois; — Supplément au Guide de Reùns 



— 184 —1 

pubiié pour le Congrès arch'-ologique de 1911, par M. Henri Jadart (p. 127- 
147); — Le Parler populaire t^es Canadiens français, par M. le Dr Bagne- 
ris (d'après le Lexique de M. d^' Dionne (p-. 149-153); — Saint Jérôme et 
Vim-ention des lunettes, par M. le D"" A. Bourgeois (p. 155-165); — Les 
Aspects du vieux Reims. La Ville à Varrivce des Romains, par Î\I. Ernest 
Kalas (p. 167-203); — Une Maison romaine à Jonchery-sur-Suippe 
(Marne), par M. Henry (p. 205-218, avec 3 pi.); — Résultat des recherches 
faites sur le plateau de Nandin près Château- Porcien depuis 1906, par 
M. E. Bosse (p. 219-226); — - Documents sur Beine, publiés avec une Intro- 
duction par M. Gaston Robert (p. 227-275); — Le Mémoire de Finten- 
dnnt de Champagne en 1665, par M. A. Cans (p. 277-295); — Notes généa- 
logiques tirées des registres paroissiaux du canton de Verzy, pa^ M. le D' 
Pol Gk>sset (p. 297-318); — Les Tapisseries de Saint- Jacques, par M. 
l'abbé E. Legras (p. 351-362, avec 1 planche). 

Dauphiné. — Bien peu de sociétés savantes françaises peuvent riva" 
lis-^r avec la Société des touristes du Dauphiné sous le rapport du luxe de^ 
pixblications. Il suffît, pour s'en convaincre, de parcourir la collection d® 
recueils qui paraissant sous le titre, dont nous avons déjà critiqué la trop 
grande modestie : Annuaire de la. Société des touristes du Dauphiné. Voici 
le 36? volume relatif à l'année 1910 (2^ série, tome XVI. Grenoble, imp. 
Allier, 1911, in-8 de 361 p., avec 13 planches et 2 croquis). Il débute paf 
une allocution du président, M. Flusin, où l'esprit et le sens pratique se 
rencontrent à dose à peu près égale -(p. 34-45). Cette allocution est suivie 
d'un rapport du secrétaire général, M. Beudant, sur les travaux de la 
Société d' puis rassemblé? générale du 1^'' féxTier 1910 (p. 46-72). — A 
nottr ensuite la nomenclature précise des Courses et ascensions au-dessus 
de 3.000 mètrts, qui constituent la Chronique alpine de 1910 (p. 81-97),' 
et aussi les Excursions collectives de la S. T. D. en 1910, dont leS compteS- 
rcndus sont présentés par des sociétaires n'ayant signé que de simples 
initiales (p. 99-126, avec 2 pi.). — Suivent des relations et des études que 
nous allons mentionner : Le Glacier de Gébroulaz et les crêtes environ- 
nantes, par M. Aimé Coutagne (p. 127-163, avec 2 planches et 1 plan); — 
Le Tour du Mdnt-Blanc, par M.Henri Ferrand (p.165-185, avec 2 pi.); — 
Traversée des arêtes des Grandes- Rousses de VÉtendard au pic Bayh, paï* 
M. C. Salesse (p. 187-194, avec 1 pi.); — - De Galgary à Vancouver, à tra- 
vtrs les Rocheuses canadiennes' (journal de route), par M. Jean Vallès (p. 
195-207, avec 2 pi.); — Les Torrents et leur correction, par M. V. Hulin 
(p. 209-240, avec 3 pl.); - — Notice au sujet des tables d'orientation et de la 
manière de les dessiner, par M. le capitaine du génie H. Mei nier (p. 241- 
273, avex; 1 pl. et des fig.); • — Le Tour du Pelvoux, impressions d'automo- 
bile, par M. H. Ferrand (p. 275-288, avec 1 pl.). Une intéressante « Biblio- 
graphie alpine » termine ce beau \o\v.me.%^^^i:^.p.^:/i-,_ p:'->^ 

Franche-Comté. — Sous le titre : Un Coin de la bataille d'Héricourt. 
Le Détachcmejn Degenjeld à Chenebier (Paris, Charles-Lavauzelle, ». d., 
petit in-8 de 123 p., avec 3 croquis dans le texte et une ca^te hors texte. 
— prix: 2 fr. 50)., M. le capitaine L. Chanson nous donne un "chapitré 
intéressant de l'histoire de la dernière période de la guerre franco-alle- 
mand ■ connue sous le nom de campagne de l'Est. On a ici l'exposé d'opé- 
rations militaires déterminées, allant du 13 janvier 1871 an 17, date à 
laquelle commença cette désastr. use retraite qu'en Franche-Comté on 
appelle comminémcnt- encore « la déroute de Bourbaki ». « Nous confi- 
nant sur le teirain de Ckenebitr, et prenant pour ainsi dire par la main 



— 185 — 

les deux bataillons badois chargés de sa défense, nous avons, dit l'auttur 
essayé do reproduire une photographie aussi exacte que possible de la 
mentalité des adAX'rsaires en prés* nce et de ses conséquences au combat. 
Avec un intérêt d'autant plus grand que, plusieurs fois déjà, nous avons 
manœuvré sur ce terrain, à proximité relative de notre gavnison, nous 
avons cherché à revix-re les houi'es tragiques de janvier 1871, à survre, 
minute par minute, défenseurs et assaillants, à toucher du doigt leurs 
espérances et leurs faiblesses .et, enfin, à exposer sans prétention 
quelques réflexions suggérées par les événements. » Ces quelques lignes, 
empruntées à l'Avant-propos de ce petit volume, en résument bien le 
sujet, qui a été traité avec calme, sans verbiage inutile et d'une façon par- 
faitement claire. -«( - ..s;;. 

— Un chercheur avisé, doublé d'un érudit très connu en Franche- 
Comté, et duquel neus avons ici mentionné nombre d'études diverses,. 
M. Julien Feuvrier, a découvert récemment sur les gardes d'un volume 
de la bibliothèque de Dole des notes manuscrites qu'il a publiées dans le n° 14 
du Bulletin de la Société grayloise d'émulation sous le titre : Un Livre de 
raison de la famille Bresson, de Jonvelle (Tirage à part. Gray, imp. Roux, 
1911, in-8 de 11 p.). Ce document n'embrasse qu'une période de qua- 
rante ans (1580-1621). Après nous avoir présenté assez brièvement cette 
famille Bresson, M. Feu\Tier reproduit le texte du li\Te de raison où l'on 
trouve « une pièce farcie dans le goût du temps )>. Elle est intitulée : Agi- 
mus tibi gratias. '<^ A la lecture, on voit qu'elle fut composée pour être dite 
à la fin d'un banquet, où elle devait tenir lieu de l'action de grâces ». On 
peut aussi s'égayer d'une « recepte pour la fiebre » qui, certes, n'est pas 
ordinaire,.. 

— Depuis 1899, les sociétés savantes de Franche-Comté se sont réunieii 
onze fois en congrès. Et, si les dix premiers congrès ont été aussi fructueux 
que le onzième, en vérité ! elles n'ont point perdu leur temps. Nous n'en 
pouvons juger, cependant, car le compte-rendu du Onzième Congrès de 
V Association franc-comtoise tenu à Poligny le 1^"^ août 1911 (Lons-le-Sau- 
nier, imp. Declume, 1911, in-81 de 43 p.) est le premier qui nous soit par- 
venu. Les assistants, très nombreux, se sont répartis en quatre sections : 
Histoire, Archéologie, Sciences naturelles et Sciences physiques, et, dans 
chacune de ces sections, les principaux congi'essistes ont lu des travaux 
sommairement analysés dans la présente brochure, mais dont nous espé- 
rons pouvoir prendre connaissance in extenso dans les recueils d'^s diverses 
sociétés savantes de la région. Si les lettres, les arts et les sciences ont été 
célébrés congmment, il convient de remarquer aussi que l'on a allègre- 
ment banqueté et spirituellement toasté. La seule allocution reproduite 
ici en son entier est celle du présid nt, M. Julien Feu-vrier : on ne nous 
dit pas si elle a été couverte d'applaudissements, mais c'est bien inutile; 
car la finesse et l'humour de l'orat'ur ont dû être savourées à l'égal des 
vieux vins du cru, dont la réputation n'est plus à faire. 

— Le cinquième volume de la 8^ séi'ie des Mémoires de la Société d^ému- 
lation du Jura qui vient d'être distribué (Lons-le-Saunier, imp. Declume, 
1911, in-8 de xx-355 p.) se recommande à l'attention des érudits, beau- 
coup plus par la qualité des travaux qu'il renferme que par leiu' quantité. 
Nous avons d'abord à mentionner le rapport Sur Ze Mi7/pnai>e de Cluuy, 
présenté à la Société par M. Emile Monot (p. 3-26). Nous noterons ensuite : 
Histoire de la seigneurie de Marigna, par l'instituteur de cette localité,. 
M. Hugun (p. 47-197). Très bonne monographie qui mériterait un tirage 



— 186 — 

à paH avec table des cliapilres et table onomastique. Ajoutons que le volume 
gagnerait alors b.>aucoup à être illustré d?s principaux dessins et photo- 
graphies que possède l'auteur et qui n'ont pu trouver ici leurpla,ce; — 
Essai sur l^s principes de la culture traditiouriells de la vigne dans le Jura, 
dû à M. Louis Joly, ingénieur agi"icole à Montmirey-la-Ville (p. 199-257), 
étude d'un> haute utilité pratique, qui, elle aussi, par un tirage à part, 
ptiurrait mieux atteindre les intéressés ; — Monographie sur Saint-Lau- 
rcnt-la- Roche, par M. Gaillard (p. 259-310), qui emprunte surtout son 
intérêt à ce fait que Lacuzon, le fameux chef de partisans comtois pendant 
l 'S guerres du xvii^ siècle, en fut le gouverneur après en avoir fait prisonnière 
la garnison française qui l'occupait. Le volume se termine par une série 
d} poé'.ies écrites par M. P. Guichard sous le titre général prêtant au 
calembour : Petites Peintures sur vers (p. 311-341). Une seule est relative 
à la région, et c'est, à nos yeux, la plus intéressante; elle est intitulée : 
L-? Haut Jura (p. 329-331)1 

Provence. — Le volume le plus récemment paru des Mémoires de 
V Académie des sciences, lettres et bsaux-arts de Marseille porte les dates 
1908-1911 (Marseille, imp. Barlatier, 1911, in-8 de 525 pages, avec 3 
planches). Il convient de remarquer, tout d'abord, qu'il y a là plusieurs 
discours de réception qui eussent gagné à préciser leur objet par un titre. 
Sans insister autrement sur ce point, nous allons énumérer les trav^aux 
que l'on trouve dans ce volume : Discours de réception de M. Victor Jamet 
(sur la culture scientifique) (p. 1-13); ■ — Réponse de M. de Montricher à 
ce discours (p. 15-21); — Discours de réception de M. Jules Goudai^eau (sur 
la musique) (p. 23-36); — Réponse de M. de Montricher (p. 37-45); — 
Un Hommage tardif, par M. de Marin de Carranrais (à propos d'une sei- 
gneurie, après le 4 août 1789) (p. 55-63); ■ — • Etude sur Lazare de Cordier, 
poète marseillais du xvii^ siècl', par M. dî Marin de Carranrais (p. 74- 
113); — Éloge d'Ernest Reyer, par Charles Vincens (p. 115-138); — Pages 
ferventes et patriotiques. Jeanne d'Arc, par M. Prou-Gaillard (p. 145-157); 

— La Technique de iouèon, par M. Ferdinand Servian (p. 159-168) ; ^ — Dis- 
cours de réception de M. Laurent (sur la paléobotanique) (p. 175-190); 

— Réponse de M. Heckel (p. 191-196); — Le Rôh de la femme en agricul- 
ture, par M. H. de Montricher (p. 197-207); — Vieil Intérieur de Provence, 
par M. Jules Goudareau (p. 209-217); — Une Promenade dans la région 
forestière des Cévennes, pa^* ^L Louis Laurent (p. 219-224); — Le Triomphe 
du jeune Horace, d'ame tn un acte, en vers, par M. V. Jamet (p. 227- 
241); — Discours de réception d^ M. G. Derepas (sur César Franck) (p. 
243-258); — Réponse de M. F. Servian (p. 259-271); — Discours de récep- 
tion d; M. José Silbert (sur le peintre H >neré Boze) (p. 273-284); — Ré- 
ponse dî M. Servian (p. 285-298); ■ — • D'Avignon à Rome. Itinéraire de 
Grégoire XI (1376-1377), par M. Emile Perrier (p. 337-392); — Les Trou- 
badours ds Marseilk (1809), par M. Louis Br-ès (p. 399-413); — Au Pays 
de Mistral, par M. le chanoine S Gamber (p. 415-422); — Xavier de 
Maistre, artiste {documents inédits], par M. Ferdinand Servian (p. 423- 
435); — Le Tombeau de Raphaël {document inédit), par le même (p. 437- 
442, avec 1 pi.); — Discours de réception de M. Paul Barlatier (sur le 
théâtre de plein air) (p. 443-459); — Réponse de M. L. Perdrix (p. 461- 
479); — Les Jardins de la Mortola et de Monte-Carlo, par M. L. Laurent 
(p. 481-487, avec 2 pi.); — La Fontaine de Jules Cantini, monographie 
du monument, paT M. Ferdinand Servian (p. 490-495); — Un Pèlerinage 
à la tombe de Chateaubriand, par M. Louis Brès (p. 497-503); — Quelques 



— 187 — 

Considérations sur la loi des retraites ouvrières et paysannes, par iM. Charles 
Vincons (p. 505-516). — Pour n? rien omettre, nous dirons que ce vo- 
kime renferme une certaine quantité de poésies dues à MM. le chanoine 
S. Gambjr, Louis Brès et Victor Jamet. 

Alsace-Lorraine. — La direction d' la luxueuse Reçue alsacienne, 
qui se publie à Strasbourg et d'>nt notre Partie technique insère régulière- 
ment les sommaires, nous adresse un intéressant prospectus duquel nous 
extrayons les principaux passages : « La Reçue alsacienne vient d'être 
soumise à une importante transformation. Nous en avons détaché la 
Chronique d'Alsace- Lorraine qui, .'ous une forme nouvelle, mènera désor- 
mais une existence indépendante et se nommera Cahiers alsaciens ... 
Les Alsacims dévoués à leur pays natal voient se dresser aujourd'hui des 
obligations qui ne s'imposaient pas à leur conscience il y a quelque dix 
ains. Dans le domaine des idées, des luttes passionnées se li\Tent, dont 
quelques-uns de nos biens moraux les plus précieux sont l'enjeu. L'héri- 
tage de nos pères, il nous faut le conquérir sans trêve pour le posséder. Le 
temps n'est plus aux résignations muettes, aux renoncements mornes. Ce 
qui est défendu avec fermeté et. constance ne saurait périr... Nous avons 
toujours proclamé combien importent à notre caractère la langue et la 
« culture » française. Aussi, le droit et le devoir de les maintenir et de les 
cultiver à côté de l'idiome offiji i et de la pensée allemande ne cesseront- 
ils de trouver en nous des champions résolus... Ces principes, que nous 
professons depuis bien des années, trouveront dans les Cahiers alsaciens 
une expression plus vivante et plus précise que naguère. Nous donnerons 
des articles de fond plus nombreux et plus variés. Nous ferons plus substan- 
tielle la chronique alsacienne diS hommes et des œuvres. Un format plus 
petit, une impression plus grande en faciliteront le maniement et la lecture. 
Les Cahiers alsaciens paraîtront, en fascicules in-8, au moins six fois l'an. » 
Le siège du nouveau périodique est à Strasbourg, rue Brûlée, 2. — Prix 
de l'abonnement annuel: Strasbourg, 4 marcs; Alsace-Lorraine et États 
confédéré?, 5 marcs 50; France, Étranger, 7 fr. 50. 

Allemagne. — Nous avons annoncé il y a déjà plusieurs mois la publi- 
cation entreprise à Paris par l'initiative notan^ment de M. Béduchaud, 
8:^, rue des Saints- Pérès, sou; le titre d-i Fiche bibliographique. Yoïci que 
d'Allemagne nous arrive l'annonce d'une publication du même genre, que 
M. Chr. G. Hottinger, bibliothécaire à Berlin (adresse: Sud nde. Berlin), 
lance à son tour dans la circulation : Ein Riicher-Zettel-Katalog und ein 
bio-ikono-biblio^raphisches Sammelwerk (Sûdende. Berlin, l'auteur, 1911, 
in-8 de 4 p.). Chaque fiche qui a 12,5 cm. sur 7,5 contient au recto le nom 
de l'auteur, son prénom, sa date de naissance et, le cas échéant, de mort, 
l'indication de ce qu'il est (professeur, médecin, etc.); le titre de l'ouvrage, 
annoncé avec les indications bibliographiques nécessaires (en mai'go : une 
reproduction réduite du titre), puis une notice sur le contenu de l'ouvrage; 
au vurso, on trouvera une courte note biographique (autobiographique, 
si possible) sur l'auteur, la liste de ses principaux ouvrages, son portrait 
et im autographe. M. Hottinger annonce en même temps la préparation 
d'un ! encyclopédie en 40 volumes Das grosse Lexikon, qui contiendra notaïu- 
m ont la reproduction photographique d s lois les plus importantes. ./%W^ 

^Espagne. — Dans notre livraison d'avril 1911 (t. CXXI, p. 378), nous 
avons annoncé à cette même place les débuts d'une publication artistique 
•espagnol' qui vient d'achever son premier volume et aussi la première 



— 188 ^ 

année de son existence : Muséum, revista rnensual de arte espafiol antiguo 
y moderno y de la l'ida artistica contemporanea (Barcolona, callj INIallorca, 
291. in-folio de 120-480 p., plus7p.de tables. Espagn\20 fr. ; étranger, 
25 fr.). No\is devons rappeler que le texte espagnol tst complété par une 
traduction française très claire, très nette, laquelle est toujours placée 
en tête de chaque livraison. L'illustration phototypique est soignée et 
généralement très réussie; quelques reproductions cependant sent un 
peu iniprécises; quant aux planchoscn couKairs et en noir, elles séduiront 
les amat< urs. La presse nationale et la presse étrangère ont ménagé un 
accueil d s plus favorables à cette riche publication; aussi ne doutons- 
nous pas que sa direction n"" s'efïorce de l'améliorer encore. Il ne nous 
paraît guère possible, toutefois, que le nombre d' s reproductions soit 
augmenté, car, pour 1911, nous en comptons près de 500 ! — Nous vou- 
drions pouvoir citer ici tous les articles qui le méritent, mais comme 
cela nous conduirait trop hàn, nous nous bornerons à faire un choix, plu- 
tôt arbitraire, mais qui donn* ra une idée de l'intérêt qui se dégage du 
Muséum : La Collection Chauchard au Louvre, par S. T. — Antoine Moro, 
par Miguel Utrillo. — V Art -flamand à Valence, un tableau sur bois inédit. 
du XV*" siècle, par J. Tramoyeres Blasco. — > Souvenirs de la Seville romaine, 
par J. Gestoso Pérez. ■ — Statuaire romaine au musée de Tarragone, par 
Emile Morera. — VI^ Exposition internationale d^art. Barcelone. — Société 
des artistes français. Art décoratif, par Georges Caudel. — une Exposition 
rétrospective de peinture espagnole à Munich, par Aiguste-L. Mayer. — 
Le Collège de Saint- Grégoire de Vclladolid, par Jean Agapito y Revilla. 
— Valdes Leal, tableaux et dessins inédits de ce peintre, par Enrique Ro- 
rtiero d^ Torr.s. — La Joconde, par Manuel Rodriguez Codolâ. — Clochers 
hispano-arabes, par Anselmo Gascon de Gotor. ■ — Les Arts musulmans 
d'Espagne à V Exposition de Munich, par Ernest Kûhnel. — Vettore Zanetti, 
par :\Iario Bcrardi. — André Méthty, par Georges Caudel. Le « Muséum, 
ii.oons-nous dans un charmant pror.p ctus qui accompagn?* la 12« li^'raison, 
a recu'ilii tout ce qui s'est fait et nous est paï'venu auréolé de la sanction 
séculaire, et tout ce qui se fait et vient s'ajouter à la production des an- 
cêtres, reflétant le sentiment et la pensée de la vie actuelle. C'est ce qu'il 
(-orvtinuera do faire à l'avenir, car son désir est que, plus tard, quand on 
leuilk-tcra ses pages, on puisse y voir les différentes tendances qui luttent 
à présent sur le champ de l'art. » La publication barcelonaise figurera 
^.vantageusement dans les plus importantes bibliothèques publiques des 
d ux mondes et aussi dans les établissements artistiques de quelque valeur. 

Hongrie. — Notre distingué collaborateur M. Emile Horft a pu lié dans 
la livraison de juillet 1911 des Mémoires de la Société des ingénieur.-, civils 
de France une Notice nécrologique sur S. E. Charles de Hieronymi, - u'il a 
ensuite fait tirer à part (Paris, 19, rue Blanche, 1911, in-P de 6 p.). Né en 
1836, à Buda, ]\I. de Hieronymi, ingénieur de haut mérite, auteur 1 ou- 
vrages estimés sur les voies de communication, a rendu des services de 
plus d'une sorte à son pays. De 1893 à 1895, ministre hongro|s de l'inté- 
rieur, il a été, à deux reprises, chargé du ministère du commerce de la 
Hongrie. Il est mort l'an dernier, laissant les plus vifs regrets non seule- 
ment chez ses compatriotes, mais aussi en France, où il s'était acquis de 
nombreuses sympathies, principalem'^'nt parmi les membres d^ la Société 
des ingénieurs civils à laquelle il appartenait depuis 1883. En ces quelques 
pages précises, M. Horn a très bien résumé cette existence 'consacrée en- 
tièrement à laxhose publique. 



— 189 — 

Italie. — L'^ Calendario délia basilica ponlificia del sfanlissimn rnsario 
in Valle di Pompei est venu, avec son habituelle fidélité, apporter aux 
Ijienfaiteurs et aux amis de l'œux-re fondée et :'ntre.tenue avec un si beau zèle 
par M. le Comm. Bartolo Longo en favem* d s orphelins «t des enfants de 
condamnés d 'S nouv lies d':'S progrès accomplis et du bien opéré da»3 
l'année qui vient d^ s'écouler (Valle di Pompei, scuola tipografica pontificia 
pei figli di carcerati, 1912, in-32 de 272-112 p.). Des notices sur l'orphe- 
linat féminin avec des photogi'aphics de gi'oupes d'enfants (17 nouvelles 
orphelines ont été reçues en 1911, 10 ont été placées, 1 est morte), stries 
nouvelles con-truction". de cet orphelinat (grand réfectoire), sur l'hospice 
pour les enfants des prisonniers (11 reçus en 1911, 6 placés), aussi avec des 
photographies de groupe?; sur les œuvres diverses pour ces deux sections 
de l'oeuvre (oratoires, cercles, fanfare, ouvroir, écoles, etc.); puis quelques- 
unes de ces biographies d'enfants toujours si touchantes, auxquelles se 
mêlent aujourd'hui quelques pages da journal d'un jeune garçon hospita- 
lisé (récit d'une visite à son père dans la colonie pénale agricole de Pia- 
nosa^ forment la partie neuve de l'annuaire de 1912. Rappelons à nos 
lecteurs que les offrandes les plus mod-'stes peuvent être adressées au 
Comm. Bartolo Longo, à Valle di Pompei (province de Naples). 

— Une tradition populaire italienne veut que Marion Delorme, immor- 
talisée par Victor Hugo, ait séjourné au Pasquier de Gïaveno, sur la rive 
gauche de l'Ola'-io. M. Charles Thuriet a recueilli cette tradition et nous en 
fait part en une jolie plaquette extraite du journal Piemonte, qui paraît à 
Turin, et qu'il a intitulée : La Tour Marion Delorme au Pasquier de Gia- 
veno (Torino, Ofiicina poligrafica éditrice subalpina, 1911, in-18 de 32 p.). 
Richelieu, voulant éloigner Marion di Paris et même de la France, afin 
■de l'empêcher d'intriguer en faveur de Cinq-Mars dont les jours sont 
comptée, s'entend avec un compère, Maurizio de Savoie, pour décider la 
charmeuse à passer quelque temps à Giaveno, où le Palazzo Alto serait 
mis à sa disposition. Marion Delorme ayant donné dans le piège, Riche- 
lieu peut ain-i, sans courir le risque d'être contrarié, faire exécuter Cinq- 
Mars et de Thou. Après quoi, IMarion, rendue à la liberté, rentre en France : 
elle n'est plus dangereuse. On s'est souvenu dans le pays d'un acte de géné- 
rosité accompli par la belle Française au moment de son départ, et c'est 
pourquoi l'on a donné son nom à la tour restant encore debout du Palazzo 
Alto. Le principal mérite de cette tradition condste en la manière gra- 
cieusement littéraire dont elle vient d'être fixée par M. C. Thuriet. 

Maroc. — M. Rouard de Card, qui devient de plus en plus, au point de vue 
du droit international, un spécialiste d ;s questions marocaines, a récem- 
ment publié deux petites brochures d'une valeur inégale. La première est 
le catalogue des livres des xvii^ et xviii^ siècles relatifs aux États barba- 
resques, faisant partie de sa bibliothèque; la seconde étudie cette célèbre 
négociation franco-espagnole de 1902, dont on a tant parlé durant les der- 
niers mois. Nous n'insisterons pas sur la première de ces plaquettes, pu- 
bliée avec grand soin, mais dont l'intérêt est assez restreint, M. Rouard 
de Card n'ayant pas donné d-^s livres qu'il possède une description biblio- 
graphique suffisamment précise et n'ayant pas non plus entouré chacun 
de ces ouvrages de l'étude critique qui, seule, eût donné un véritable prix 
à son travail, beaucoup trop bref et trop superficiel [Livres français des 
xvii^ et XYiii^ siècles concernant les États barbaresques : Régences d'Alger, 
de Tunis^ de Tripoli et empire du Maroc. Paris, Pedone ; Gamber, 1911, 
in-8 de 37 p.). — Par contre, nous ne pouvons que louer absolument 



— 190 — 

l'excellente étude do M. Roua^'d de Gard sur la Question marocaine 
et la ncgociation frajico-espagnolc de 1902 (Paris, Ptdone; Gamber, 
4912, in-8 de 37 p., avec 1 carte). L'auteur se retrouve là sur un terrain où 
il est accoutumé d^ manœuvrer et qui est le sien propre; il montre fort 
bien les défauts de l'arrang^-ment ébauché en 1902 et fait parfaitement 
comprendre comment cet arrangement exerça une fâcheuse répercussion 
sur les négociations postérieures. A signaler comme présentant un vif 
intérêt la lettre de M. Silvela au duc d'Almodovar del Rio dont la bro- 
chure de M. Rovard de Gard contient une traduction intégrale extrême- 
ment exacte aux pageî 15-24. 

Publications nouvelles. — Bell armin et la Bible sixto- clémentine, étude 
et documents inédits, par le R. P. X. M. Le Bachelot (in-8, Beauchesne). — 
La Messe, ^étude doctrinale, historique et liturgique, par P.-E. Bourceau 
(in-16, Beauchfsnek — Nomendator literarius theologiae catholicae, edi- 
dit et commentariis auxit H. Hurter. T. V. Theologiae catholicae. Acta 
recens. Pars 1. Seculum tertium post celebratum concilium Tridentinum. 
Ab anno 1764-1869 (in-8, Oeniponte, lib. academica Wagneriana). — 
Opéra moralia sancti Alphonsi Mariae de Ligorio, Doctoris ecclesiae. Theo- 
logia moralis, editio nova cum antiquis editionihus diligenter collata in sin- 
gulis auctorum allegationibus recognita notisque criticis et commentariis 
illustrata, cura et studio P. Leonardi Gaudé (Romae, ex typ. vaticana, 
4 vol. gr. in-8). ■ — Manuel de théologie mystique, ou les Grâces extraordi- 
naires de la vie surnaturelle expliquées, par le R. P. A. Devine ; trad. de 
l'anglais par l'abbé C. Maillet (in-8, Avignon, Ai banel). — Vade-Mecum des 
prédicateurs, par deux Mi.ssionnaires (in- 18, Téqui). — Les Sacrements, 
conférences aux étudiants, par L. Boucard (in-16, Beauchesne). ■ — Discours 
eucharistiques, 2^ série (in-18, Lethielltux). — Leçons et lectures d^apolo- 
gétique. La Vraie Beligion, par E. Roupain (in-8, Tournai et Paris, Gas- 
terman). — En Lui ! portrait de Vâme dévouée au Sacré-Cœur, par F. Ani- 
zan (in-12, Lethielleux). ■ — L'Autre Vie, par L'gt' E. Méric (2 vol. in-18, 
Téqui >. ■ — L'Esprit de sainte Claire, par le R. P. Exupère (in-12, Paris et 
Tournai, Gasterman). • — Pages de Lourdes, par A. Mailles (in-12, Paris 
et Tournai, Gesterman). — Traité de droit civil comparé, par E. Roguin. 
Les Successions. III. La Succession testamentaire (in-8. Librairie générale 
de droit et de jurisprudence). • — Traité de droit maritime, par D. Danjon. 
T. II (in-8, Librairie générale de droit et de jurisprudence). — Études de 
philosophie ancienne et de philosophie moderne, par V. Brochard (in-8, 
Alcan). — L'Action criminelle, étude de philosophie pratique, par H. Urtin 
(in-8, Alcan). — Aile jonti délia vita prolcgomeni di scienza e d'arte per una 
filosofia dclla natura, da D"" W. Mackenzie (gr. in-8, Genova, Formiggini). 
— Le Sejis et la valeur de la vie, par R. Euchen; trad. par M.-A. HuUet et 
A. Leicht (in-16, Alcan). — Morale et moralité, essai sur l'intuition morale, 
par P. Sellier (in-16, Alcan). — La Morale par l'État, par A. Marceron 
(in-8, Alcan). — Pour former le caractère, par F.-W. Fœrster; trad. par 
C. Thirion et M. Paris (in-18, Fischbacher). — L' Internationalisme scien- 
tifique {sciences pures et lettres), par P. H. Eijkman (in-8, La Haye, Van 
Stockum). — La Passivité économique. Premiers Principes d'une théorie 
sociologique de la population économiquement passive, par M.-A. d'Am- 
brosio (in-8, Giard et Brière). — La Hiérarchie des principes et des pro- 
blèmes sociaux, par F. Roussel-Despierres (in-8, Alcan). — L'Œuvre so- 
ciale de la III^ Bépublique, pa^ Godart, Astier, Groussier, Breton, F. 
Buisson, Bonnevay, Borrel, Aubriot, Lemire (in-8, Giard). — Les Grèves 



— 191 — 

et leur réglementation, par F. Latour (in- 12, Édition du « Bulletin de la 
semaine »). — La Révolution sociale, par K. Kautsky (in-16, Marcel Rivière). 
■ — ■ Le Médecin, son rôle dans la famille et la société, par le D'' J. Vincent 
(in-16 carré, Beauchcsne). — V Architecture religieuse en France à Vépoque 
romane, par R. de Lasteyrie (gr. in-8, A. Picard et fils). — La Société du 
xvni<^ siècle et ses peintres, par L. Vaillat (petit in-8, Perrin). ■ — Le Lan- 
gage musical, étude médico-psychologique, par E. Dupré et M. Natham (in-8, 
Alcan). — Histoire de la langue musicale, par M. Emmanuel (2 vol. gr. 
in-8, Laurens). — ■ Introduction à la vie tnusicale, par P. Lacome (in-18, 
D(lagrave). — Notes brèves, par C. Bellaigue (in-18, Delagrave). — W.A.- 
Mozart, sa vie musicale et son œuvre, de l'enfance à la pleine maturité, par 
T. de Wyzewa et G. de Saint-Foix (2 vol. in-8, Perrin). ■ — Georges Bizet 
et son œuvre, par C. Pigot (in-18, Delagrave). — Linguae hebraicae gram- 
maticae institutio quam in usum discipulorum suorum, scripsit P. F. Va- 
lante (in-8, S. Juliani ad. Veronam, typ. Camilliana). — En Montagne 
bourbonnaise. Mœurs et coutumes, superstitions et sorciers, parle D'' Bris- 
s(in (in-16, Roanne, imp. Souchier). — Œuvres de Auguste Brizeux^ nou- 
velle éd. revue, corrigée et augmentée, précédée d'une notice biographique 
sur l'auteur et suivie de notes par A. Dorchain (3 vol. in-18, Garnier). — 
Le Front voilé, par M. L. Dromart (in-16, Jouve). — Sous les pins, par M. 
Desbruyères (in-16, Jouve). ■ — Le Poème du silence, par la comtesse J. 
d'Avancourt (in-16, Jouve). — La Pluie au printemps, par Albert- Jean 
(in-16, Crès). ■ — Laudes, poèmes, par C. de Saint-Cyr (in-18, Rivière). — • 
Le Théâtre d^ Ibsen, par W. Berteval (in-16, Perrin). — Les Courtagré, Tpax 
P. Gourdon (in-18, Calmann-Lévy). — La Neige sur les pas, par H. Bor- 
deaux (in-16, Plon-Nourrit). — Sœur Anne, par O. Aubry (in-16, Plon- 
Nourrit). ■ — Un Prêtre, par L. Cathlin (in-18, Grasset). — Raffles, cambrio- 
leur pour le bon motif, par E.-W. Hornimg; trad. par H. Evie (in-16. Ha- 
chette). — Sans lumière, par J. Pravieux (in-12, Lethielleux). — La 
Métairie de Las Ramadas, parla comtesse de Massacré (tetitin-8 carré, 
Gaillard). — Un Poète protecteur des lettres au xvii^ siècle. Jean Chape- 
lain (1595-1674), étude historique et littéraire d'après des documents iné- 
dits, par G. Collas (in-8, Perrin). — Voiture et les années de gloire de T hôtel 
de Rambouillet, 1635-1648, par E. Magne (in-18. Mercure de France). — 
Nouvelles Etudes sur Chateaubriand, essais d'histoire morale et littéraire, 
par V. Giraud (in-16. Hachette). — Le Réalisjne du romantisme, par G. 
Pellissier (in-16, Hachette). — Pages choisies, par le v**^ E.-M. de Vogué 
(in-16, Plon-Nourrit). — Louis Mercier, par A. de Bersaucourt (in-16, 
Jouve). — Charles Guérin, par A. de Bersaucourt (in-16, Gaillard). — 
Voyage à l'île Majorque, par J. Leclercq (in-16, Plon-Nourrit). — Les 
Epistratèges, contribution à l'étude des institutions de l'Egypte gréco-ro- 
maine, par V. Martin (in-8, Genève, Georg). — Le Jeune ur de Notre- 
Dame, par A. L'Esprit (in-8, Ghampion). • — Les Lettres de Jehanne d'Arc 
et la prétendue abjuration de Saint-Ouen, par le comte C. de Maleissye 
(in-16, Maison de la Bonne- Presse). — « Les Saints ». Saint Charles Bor- 
romée (1538-1584), par L. Gelier (in-12, LecofTre, Gabalda). — Une Héroïne 
de la Renaissance italienne. Catherine Sforza (1465-1509), par P.-D. Paso- 
lini; texte français et Introduction de M. Hélys (petit in-8, Perrin). — 
La Curie et les bénéficiers consistoriaux, étude sur les communs et menus 
services (1300-1600), par A. Clergeac (gr. in-8; A. Picard et fils). — Le 
Gouvernement du maréchal de Matignon en Guyenne pendant les premières 
années du règne de Henri IV, par F. Geslin (in-8, Bordeaux, Mounastre- 



— 192 — 

Picamilh,. — Une Province sous Louis XIV. L'Administration des inten- 
dants d'Orléans de 1686 à 1713. Jean deCreil, André Jnbert, de Bouville, 
Yves de la Bourdonnaye,pAr C. d? Baaucorps (iii-8, Orléans, Marron). — 
« Les Saints ». La Bienheureuse Marguerite- Marie (1647-1690), par Mgr 
Demimuid (in-! 2, Lecoffre, Gabalda). ■ — La Mère Marceline de Chamer- 
lat, S*' supérieure générale de la Miséricorde de Billom (1786-1867), par J.-B. 
Couderc (in-8, Téqui). — La Haute- Auvergne à la fin de l'ancien régime, 
notes de géographie économique, par G. Esquer (in-8, Champion). — Au 
temps des volontaires, 1792. Lettres d'un volontaire de 1792, par G. Noël 
(in-16, Plon-Nourrit). ■ — - Histoire de la Révolution dans les ports de guerre, 
par O. Havard. T. I. Toulon (in-12, Nomvlle Librairie nationale). — Les 
Brûlots anglais en rade de l'île d'Aix (1809), par J. Silvestre (in-8, Savaète). 
■ — Histoire de V Angleterre depuis 1815 jusqu'à l'avènement de Georges V 
(1910), par A. Regnard (petit in-16, Alcan). — Histoire de l'Italie depuis 
1815 jusqu^au cinquantenaire de l'unité italienne (1911), par F. Henne- 
guy (petit in-16, Alcan). — • Lamennais et ses correspondants inconnus 
par A. Roussel (in-12, Téqui). — 1870. Sedan, par E. Picard (2 vol. in-16, 
Plon-Nourrit). — Récits de guerre, par le général Pruneau (in-18, Cal- 
mann-Lévy). — L' Alsace- Lorraine de Bismarck devant l'histoire et la diplo- 
matie, par E. Bonnal (in-8, Savaète). ■ — ■ Madame la duchesse d'Alençon 
intime, par Gouraud d'Ablanourt (in-12, Librairie des Saints-Pères). — ■ 
Une Ame bénédictine. Dom Pie de Hemptinne, moine de l'abbaye de Mared- 
sous (1880-1907), (in-12, Lethielleux). — Les Manœuvres impériales alleman- 
des en 1911, par le colonel Repington ; trad. de l'anglais par R. Kann 
(in-8, Berger- Levrault.) — Corne vive il popolo a Roma, saggio demogra- 
fico sul quartiere Testaccio, da D. Orano (in-8, Pescara, Ci'oce). — Combats 
d'hier et d'aujourd'hui, par le comte A de Mun. 3« série, 1908 (petit 
in-8, Lethielleux). — Études de critique et d'histoire religieuse, par E. Va- 
candard (in-12, Lecoffre, Gabalda). — Ames d'aujourd'hui. Essais sur 
Vidée religieuse dans la littérature contemporaine, par F. Vincent (petit 
in-8, Beauchesne). — En feuilletant de vieux papiers, par E. Welvert (in-18, 
Calmann-Lévy). — Les Livres qui s'imposent. Vie chrétienne, vie sociale, 
vie civique, par F. Duval (in-8, Beauchesne). — ^ Bibliographie napoUon- 
nienne française, par G. Davois. T. III (in-8, l'Édition bibliographique), 
— Catalogue des incunables de la Bibliothèque publique d'Aututi, par C. 
Boëll et A. Gillot (in-8, Autun, imp. Dejussieu et Demasy). Visenot. 



Le Gérant : CHAPUIS. 



Imprimerie polyglotte !•>. Simon, Rennes— Paris. 



POLYBIBLION 

REVUE BIRLIOGRAPIIIQUE UNIVERSELLE 



PUBLICATIONS RÉGENTES SUR L'ÉCRITURE SAINTE 
ET LA LITTÉRATURE ORIENTALE 

1. Rudim?nta linguae hehraicae scholis publicis et àoineslicae discipli.nae brevissime 
accomodata Fcripserunt D'' C.-H. Vosen et D' F. Kaulen. Nova editio quam 
recognovit et auxit pro^ J.Schumacher. Friburgi Brisgoviae, Herder, 1911, in- 
8 de xî-171 p., 3 fr. 10. — "'. Grammaire du grec du Nouveau Testament, paP 
A.-T. Robertson; trad. sur la 20 édition par E. Montet. Pari«, Geutluier, !911, 
in-8 de xvi-298 p., 7 fr. 50. — 3. Les Mœurs des Israélites, par Fleury. Extraits 
précédés d'une notice par Albert Chérel (Collection Science et Religion). Paris 
iiloud, 1912, in-16 de 6i p., fr. 60. — - 4 Bible et Science. Terre et Ciel, par Gh. 
DE KiRWAN (Collection Science et Religion). Paris, Bloud, 1911, in-12 de 64 p., 
fr. 60. — 5. Der Kanon des Allen Testaments zur Zeit des Ben-Sira. Auf. Grund 
der Beziehungen des Sirabuches zu den Schriften des A. T. dargestellt von D'' A. 
Eberiiarïhr ( Alttestamenlliche Abhandlungen,t. ÏII, fasc. 3). Mlinster iiu V\'est- 
phalien, Aschendori'f, 1911, in-8 de n-77 p., 2 fr. 60. — 6. É'udes bibliques. De 
l'authenticité des livres d'Esther et de Judith, par le vicomte E, de Marsay. 
Paris, Geuthner, 1911, in-8 de 41 p., 1 fr. 60. — 7. Bellarmin et la Bible sixto-clé- 
inentine. Étude et documents inédits, par le R. P. Xavier-Marie Lé Ëachelet. 
Paris, Beauchesne, 1911, in-8 de yi-210 p., 5~ l'r. 50. — ■ 8. NcVum Tcstamentum 
latine secundum editionem sancti H ieronijmi ad codiciini nianuscriptoruin idenï 
recensueriint J. Wordsworth et H.-J. Whit.e. ''^ditio nainor curante H. J. WhiTe^ 
Oxonii, typ. Clarendoniaao, 1911, in-16 de xx-620 p. — • 9. Die Altsyrisrhen Evan. 
gelien in ihrem Verhà'tnis zu Talians Diatessaron untersucht von Di". H.-J. Vo- 
GELS (Biblisrhe Studien, t. XVI, fa,so. 5). Fi'eiburg im Breisgan, Herder, 1911, 
in-8 de xi-158 p., 6 fr. 25. — 10. £es ^am^s^tangiVe-;. Traduction nouvelle d'après 
la Vulgate, précédée d'une Introduction historique et accompagnée de nombreuses 
notes explicatives avec cartes et plans, par J.-B. Chabot. Tours, Mame, s. d. 
(1911), in-12 de x-98-480 p. — ■ 11. Les Étapes du rationalisme dans ses attaquer 
contre les Évangiles et la vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ, exposition historique et 
critique, par L.-Cl. Fill'on. Paris, Lethielleux, s. d. (1911), in-8 de vi-364 p.^ 
3 fr. 50. — 12. Jésus-Christ et l'étude comparée des religions. Conférences données 
aux Facultés catholiques de Lyon par Albert Valexsin. Paris, Lecoffre, Gabalda, 
1912, in-12 de ii-232 p., 3 fr. — ■ 13. Die Niederfahrt Christi in die Unterwelt. 
EinBeitragzur Exégèse des Neuen Testamentes und zur Geschichte desTaufsym- 
hols von D'' Karl Gschvvind ( Neutestamentliche Abhandlungen, t. I., fasc. 3-5). 
Munster im Westphalien, Aschendorff, 191.1, in-8 de xvi-255 p., 8 fr, 50. — • 
14. Catalogue des cylindres orientaux de la collection Louis Cugnin, par Léon 
Legrain. Paris, champion, 1911, in-4 de n-54 p., avec 6 planches, 10 fr. 

1. — L'explication scientifique de l'Écriture exige la connaissance 
des langues sacrées. Cette connaissance nécessaire exige elle-même 
des instruments d'étude : grammaires, dictionnaires et éditions des 
textes originaux. Nous annonçons aujourd'hui deux grammaires : 
une grammaire élémentaire de la langue hébraïque, une autre, plus 
savante, du grec néo-testamentaire. Les Riidimenta linguae hebraicae 
du D^ Vosen ont fait leurs preuves. Composés depuis cinquante ans, 
ils ont été améliorés d'édition en édition. Les améliorations ont été 
introduites par le Dr. Kaulen, à partir de la sixième édition. La neu- 
Mars 1912. T. GXXIV. 13. 



— 194 — 

"A-ièmc vient d'ÎUo pn'pan'o par le proiesseur Sohi mâcher, de Cologne.- 
11 a conservé à l'ouvrage sa disposilitn et sa mitht de et il n'y a ap- 
porté que des modifications de-détail. .Apits de ceints piclégcmcnes 
sur les langues sémitiques en général et la lûrigi:e hdjiaïqi.e en paiti- 
culier, vient un premier livie, la gun niaiie pi( pi(nient dite, divisée 
en trois parties : les éléments de la langue (écriture, sors et syllabes), 
les formes des mots (ici, le nouvel éditeur a placé les pronoms avant 
les verbes tant réguliers qu'irréguliers, le nom et les particules), la 
syntaxe des noms, des verbes et des particules. Les notions et les rè- 
gles données sont simples et claires. On est surpris de l'emploi de 
quelques caractères grecs au milieu des caractères romains pour la 
transcription des consonnes hébraïques. Le second livre, entière- 
ment consacré à l'étude pratique, est foit bien conçu. Après les para- 
digmes ordinaires, au nombre de treize, que les élèves doivent ap- 
prendre par cœur, on donr.e une série développée d'exercices gradués 
de lecture, d'étude de mots et de traduction. Enfin, on trouve une 
liste de mots à retenir et le lexique des termes qui se rencontrent 
dans les exercices. Cette grammaire peut servir à l'ttude personnelle 
de l'hébreu aussi bien qu'à la classe élémentaire. Elle est bien im- 
primée, et d'un prix abordable. 

2. — La Grammaire du grec du Nouveau Testament est la traduc- 
tion fiançaise, faite par M. Montet, sur la seconde édition de A short 
gramma'' of the Greek New Testament du professeur américain Ro- 
bfrtson. 11 y en a déjà des versions en italien et en allemand. Pour 
bien apprécier cet ouvrage, il est nécessaire de connaître le but de 
l'auteur. Il n'a pas voulu faire une grammaire élémentaire à l'usage 
des commençants ni une grammaire développée et savante 
à l'instar de celles de "Winer, Blass et Moultcn. La sicr.ne est d'un 
type intermédiaire : brève sans être un abc'cédaire, de caractère assez 
scientifique pour instruire davantage les étudiants déjà avancés des 
séminaires américains ou les jeunes pasteurs, qui veulent faire l'exé- 
gèse grammaticale du texte du Nouveau Teste ment. Elle s'adresse 
donc à ceux qui savent la grammaire grecque et mime les éléments 
du grec néo-testamentaire. On n'y trouvera par suite aucun paradig- 
me de déclinaison ou de conjugaison. C'est une initiation aune étude 
plus approfondie et plus positive de cette langue spéciale, qui n'est 
pas un grec de synagogue, comme on disait autrefois, mais bien le 
grec vulgaire du i''^ siècle de notre ère, le grec populaire des inscrip- 
tions et des papyrus de l'époque. Cette grtmmaiie ccmpiend trois 
parties d'inégale étendue. La première, qui est très courte, sert d'In- 
troduction et renseigne sur les méthodes lirguistiques mrdeines et 
sur la nature du grec néo-testementaiie. I a seconde partie, intitulée : 
Formes, expose, en sept chaj)itrcs, leut ce qui ecrcerne cette langue 



^ _ 195 — 

et les particularitts des substantifs, des adjectifs et des verbes. La 
troisième partie, la plus longue, traite de la syntaxe en 25 chapitres. 
Tous ces chapitres n'ont rien de ce q|ii constitue .un traité ^>ienima- 
tical. C'est un exposé de vues personnelles, d'observations multiples, 
d'aperçus sur le développement de toutes les parties de la langue 
grecque et de comparaisons avec les autres langues indo-europcennes. 
Ces rapprochements, aussi bien que le développement historique de 
la langue, font trop souvent perdre de vue le grec néo -testamentaire. 
Il eût été plus intéressant pour les' lecteurs, qui ne savent pas 
le sanscrit auquel on nous reporte souvent, de connaître les exemples 
analogues de la langue des inscriptions et des papyrus. Il y a 
aussi des répétitions qu'on aurait pu éviter. Malgré ces défauts de 
méthode, la nouvelle grammaire sera utile aux élèves qui ne sont plus 
à leurs débuts dans l'étude du grec; ils y trouveront nombre d'obser- 
vations judicieuses, beaucoup d'exemples que l'index final des passa- 
ges du Nouveau Testament permettra de retrouver facilement. Le 
traducteur français a serré le texte anglais d'aussi près que possible 
et il a employé des néologismes, que tout le monde comprendra à la 
lecture. 11 a aussi ajouté quelques notes pour faire ressortir les res- 
semblances du grec néo-testamentaire avec la langue Ijébraïque. 1 
3. — M. Albert Chérel a découvert l'originalité de la conception 
moderne de l'histoire dans les Mœurs des Israélites que Claude Fleury 
publia en 1682. Au lieu de traiter des faits, Fleury a décrit les mœurs ; 
il voit dans les Juifs non des ancêtres, mais des étrangers; il aime 
les anciens, Juifs, Grecs et Romains, sans les admirer en tout ni les 
déprécier; il explique leurs mérites et leurs imperfections; il les juge 
non d'après les idées du xvii^ siècle, mais d'après leur milieu et leur 
temps. Il s'occupe des costumes et des meubles autant que des mœurs. 
Il relève la simplicité des mœurs pastorales des Israélites qu'il 
oppose maintes fois aux mœurs et aux préjugés sociaux de son épo- 
que. Comme sa satire est sociale et non politique ou personnelle, 
comme il ne fait pas de portraits, comme il ne pose pas de modèles, 
comme il manque d'imagination, son livre n'a pas fait scan- 
dale. Selon M. Chérel, il marque une date importante dans la 
conception de l'histoire et il donne, en somme, de la personnalité de 
Fleury, une idée assez avantageuse. C'est pourquoi M. Chérel en a 
publié d'assez larges extraits dans une brochure de la collection 
Science et Religion. L'éditeur pense même que le livre de Fleury 
peut « conserver quelque éclat » de notre temps. Si Fleury a fait 
faire un progrès aux études historiques, il est bien dépassé. Ses com- 
paraisons constantes des Israélites avec les Grecs et les Romains sont 
démodées. Pour connaître les mœurs des anciens Israélites, nous 
étudions maintenant les mœurs des Arabes, des Bédouins de nos 



— 190 — . 

jours, l.a brochure de M. Chérel, si elle est une révélation pour le 
point de départ de cette conception historique, ne peut servir à nos 
•contemporains que par contraste; elle fera ressortir nos progrès 
dans 1 étude de la société israélite. 

4. — La brochure de M. de Kirwan, qui fait partie de la même 

collection, traite deux questions qu'indique le titre complet : Bible 

et Science. Terre et Ciel. La première concerne le prétendu conflit 

entre les sciences de la nature et les textes sacrés. L'auteur rappelle 

que ce conflit est d'origine récente; il expose les premiers essais de 

conciliation, qui ont été remplacés par le concordisme, lequel a 

eu grande vogue pendant un certain temps. 11 mentionne ensuite le 

véritable principe de solution qui a été officiellement reconnu par 

Léon XIII dans l'encyclique Providentissiinus Deus et qui consiste à 

distinguer les buts si différents de la Bible et de la science. Mais, 

au lieu d'en faire la stricte application avec beaucoup dexégètes 

récents, qui sont revenus à l'interprétation littérale des jours de 24 

heures dans le chapitre I^^ de la Genèse, et de s'arrêter à la théorie 

des « emprunts scientifiques » ou du langage populaire conforme aux 

apparences, il y greffe un concordisme accessoire et hypothétique, 

qui n'est qu'un retour déguisé à l'ancien concordisme. M. de Kirwan 

n'a pas oublié les vues anciennes de Jean d'Estienne. La seconde 

question, relative à l'anthropocentrisme, est mieux traitée. L'auteur 

montre très bien que, malgré la pluralité des mondes ultra- solaires, 

dont on ne peut dire avec certitude qu'aucun soit habité, l'homme, 

qui a été le but de la création, reste moralement le centre du monde. 

S'il opère timidement au sujet de l'existence d'hommes étrangers à 

notre race, mais sauvés par les mérites infinis de Jésus-Christ, il a 

tort d"appuyer son hypothèse sur des textes bibliques. Ceux qu'il 

cite sont ou bien de brillantes métaphores qui prédisent le règne 

messianique, ou bien des prophéties sur la fin du monde actuel et le 

sort futur des élus. 

5. — L'étude de M. Eberharter, intitulée : Der Kanon des Alten 
Testaments zur Zeit des Ben Sira, comprend trois chapitres d'inégale 
étendue et d'inégale valeur. Le premier, de trois pages et demie 
seulement, réunit les données bibliques sur le recueil des livres 
inspirés. L'auteur en conclut que le canon des protocanoniques de 
l'Ancien Testament était clos à l'époque d'Esdras et de Néhémie. Il a 
donné trop d'autorité au passage du deuxième livre des Machabées, 
II, 13, et il l'a expliqué avec une précision qu'il n'a pas. Sa conclu- 
sion n'est pas prouvée; mais ce n'est vraiment qu'une Introduction, 
qui ne peut nuire à son travail personnel. Celui-ci est principalement 
dans le chapitre II, où M. Eberharter étudie en détail les relations 
de l'Ecclésiastique avec les autres^ livres de l'Ancien Testament. Sur 



— 107 — 

le Pentateuque, les prophètes antrricuis et pcfctnitiis, les higio- 
graphes et les deutéroca:ioniques, il a réuni une triple série de passages- 
de l'Eccksiastique, d'après le texte hébreu récemment retrouvé, 
qui sont ou bien des allusions, ou bien des citations, ou bien des com- 
binaisons de différents passages. Une attention spéciale a été donnée 
aux ressemblances de l'Ecclésiaste et de l'Ecclésiastique en vue 
d'établir lequel des deux livres est le plus ancien. L'auteur a discuté 
les arguments pour lesquels M. Peters avait admis l'antériorité de 
l'Ecclésiastique et il a conclu avec raison, semble-t-il, à sa posté- 
riorité. Les résultats définitifs paraissent certains. Ben-Sira s'est 
servi de la plupart des livres protocanoniques de l'Ancien Testament 
et il ne reste de doute que pour le Cantique, Esther et Daniel. Il n'y 
a aucun indice de l'emploi de Ruth. Quant aux deutérocanoniques^ 
il aurait eu sous les yeux Tobie et le livre de la Sagesse, peut-être 
aussi Baruch. Dans le chapitre III, l'auteur se demande si tous ces^ 
livres étaient considérés par Bcn-Sira comme des livres canoni- 
ques et il répond affirmativement. Il cherche même à montrer que 
le sacerdoce juif avait l'autorité nécessaire pour établir la canonicité 
des livres inspirés. Il prouve surabondamment (ce que personne ne 
nie) que les prêtres juifs avaient la charge d'enseigner la Loi au 
peuple. Mais c'est par un abus visible du raisonnement et sans pouvoir 
en fournir aucune preuve directe que, selon lui, la Loi doit s'entendre 
detousles livres de l'Ancien Testament. Il n'en fournit que des raisons. 
de convenance, celle-ci entre autres : Dieu ne pouvait laisser le cha- 
risme de l'inspiration privé de tout organe de constatation. Je le 
concéderai, mais avec le Père Knabenbauer, dont le sentiment n'est 
pas mentionné, je dirai que cet organe de constatation était, non pas 
le sacerdoce juif, mais l'autorité d'un prophète. Il n'y a pas de Biblio- 
graphie, et des Français, qui ont écrit sur le canon biblique, l'abbé 
Trochon est seul cité. 

6. • — M. le vicomte de Marsay a écrit quelques pages sur V Authen- 
ticité des livres d' Esther et de Judith. Il s'occupe surtout du premier; 
il n'est question du second que dans une sorte d'appendice. Au sujet 
d'Esther, il résout d'abord les principales difficultés contre l'his- 
toricité par la différence des textes qui nous sont parvenus avec des, 
remaniements, et il reconnaît que la conspiration des eunuques 
Tharès et Bighta est le nœud du drame. Sur cette base, il reconstitue 
ce drame de harem. Il ne recherche que la probabilité, la logique 
et l'intérêt, c'est dire qu'il l'arrange à sa façon. Il explique le ncm de 
la fête des Purim par un mot persan, qui signifie firman; c'est la fête 
du firman d'Assuérus, obtenu par Esther. Enfin, il justifie son senti- 
ment par des raisons historiques, qui me paraissent justes, et philo- 
logiques, dont je ne puis apprécier la valeur, vu mon ignorance du 



^ ^ - 1118 - 

persan. A propos do Jiulitli, on nous apprenti qu'Holopherne était 
un Mèdo, que les faits se seraient passés à l'époque des Juges d'Is- 
raël, à laquelle nous ramèneraient les détails historiques et géogra- 
phiques du livre. Ces conclusions sont bien différentes de celles qui 
ont cours. La campagne d'Holopherne est présentée comme « une 
sorte de raid effectué par un chef de partisans. » De nombreuses fautes 
d'impression déparent cette brochure. 

7. — Chacun sait la part considérable que Bellarmin a eue à la 
revision sixto-clémentine de la Vulgate latine. Son attitude à l'é- 
gard de l'édition de Sixte-Quint a retardé deux fois le procès d' sa 
béatification. Le Père Le Bachelet a découvert des documents nou- 
veaux : lettres, dissertations, recueils de variantes, qui projettent 
quelque lumière sur l'histoire de notre Bible officielle. Il les a pu- 
bliés au nombre de vingt-cinq : Bellarmin et la Bible sixto-clémentine. 
II les a fait précéder d'une étude en quatre chapitres, qui les com- 
mente en les replaçant dans leur milieu et eh les harmonisant avec 
les documents déjà connus. Après la Bibliographie, l'Introduction 
nous apprend les antécédents de Bellarmin et la pensée du professeur 
de Louvain et de Rome sur la Vulgate. Le chapitre I^^' traite de la 
Dissertation sur la Vulgate, ébauchée en 1586, achevée en 1591 et 
publiée seulement en 1749; il analyse son contenu, parle de la con- 
troverse sur son authenticité, prouve cette authenticité et détermine 
l'époque de sa composition. Dans le chapitre II, on voit les travaux 
de Bellarmin dans la congrégation grégorio-clémentine en 1591 et 
1592, sa critique de la Bible sixtine, ses avis sur la correction à 
en faire et sa rédaction de la pré face mi se en tête de la Bible clémentine. 
Le chapitre III raconte les faits qui suivirent la publication de cette 
Bible, 1592-1621 : le rachat des bibles de Sixte-Quint, un propos de 
Bellarmin sur ces bibles et l'infaillibilité pontificale, le sentiment 
du même cardinal sur la bulle /Eternus ille, sur la préface de la Bible 
clémentine et son autorité, enfin sur la valeur de cette édition. Le 
chapitre IV contient l'apologie du cardinal jésuite et répond aux 
trois attaques portées contre lui à l'occasion de la Bible sixto-clé- 
mentine : 10 Quel genre d'erreurs prête-t-il à Sixte-Quint? 2° La 
bulle /FAernus ille a-t-elle été promulguée? 3° Sixte-Quint conçut-il 
le dessein de remettre sa Bible sur le métier? Bien que le P. Le 
Bachelet apporte des détails nouveaux, il n'a pas réussi à disculper 
entièrement Bellarmin des deux dernières accusations. Peu après la 
publication de son livre, paraissait en Allemagne un ouvrage dans 
lequel Mgr Baumgarten soutient que Sixte-Quint tenait son œuvre 
comme définitive et que la bulle, qui l'autorisait, a été promulguée 
dans les formes. Prétendre que la souscription des cursores n'a été 
qu'une anticipation serait, selon lui, une altération d'un écrit apos- 



— 199 — 

tolique qui tomberait sous le. coup de rexcomraunication. Le P. Le- 
Bachelet n'a pas répondu aux arguments de Mgr Baumgarten, qu'il 
ne connaissait que partiellement, et son apologie de Bellarmin n'est 
pas décisive. Toutefois il a apporté beaucoup de pièces inédites et il 
a éclairci plusieurs points de cette histoire, qui jusqu'ici étaient de- 
meurés obscurs. 

8. — Ava2it que le cardinal Rampolla n'ait chargé l'ordre bénédic- 
tin de préparer les matériaux d'une revision nouvelle de la même 
Vulgate latine, John Wordsvvorth, qui vient de mourir évêque an- 
glican de Salisbury, avait ojitrepris, avec la collaboration de M. 
White, d'éditer le Nouveau Testament latin de saint Jérôme d'après 
les manuscrits. Les deux éditeurs ont déjà publié en grand format 
et avec un apparat critique développé les Evangiles et les Actes des 
apôtres. L'Épître aux Romains paraîtra bientôt. Or, voici que M. 
White nous donne en petit format et avec un choix de variantes le 
texte 'entier du Nouveau Testament latin, Noviirn Testamentum 
latine secimdiim edilionem sancti Hieronymi. Le texte de la grande 
édition est reproduit avec des différences de disposition : il n'est 
plus divisé en cola et cotnniata, mais il est continu; les noms propres 
commencent par une majuscule;la séparationdes mots est conforme 
au codex Amiatinus; les paragraphes sont ceux de la version an- 
glaise révisée de 1881 ; l'orthographe est régularisée ; enfin lés fautes 
d'impression sont corrigées (voir, par exemple, Act.,vi, 13, qui 
dicerent au lieu de dicentes). Les sections eusébiennes sont marquées 
à la liv. -ge intérieure, et les passages parallèles à la marge exté- 
rieure. Les variantes sont placées au bas des pages, sous le texte. 
Elles sont tirées de sept manuscrits pour tout le Nouveau Testa- 
ment et de deux autres pour les Evangiles et aussi des deux Bibles 
sixtine et clémentine; elles indiquent les additions, les omissions et 
les transpop'tions. Quant au texte lui-même, il diffère de notre 
Vulgaleacittile non seulement par l'orthographe des noms propres 
et d'un certain nombre de formes latines, par la division de quelques 
adverbes et conjonctions, mais "aussi parles leçons adoptées. Les plus 
importantes sont les omissions. Elles portent sur des versets entiers, 
Matth., XXIII, 14; Joa., v, 4: Act.,viii, 37; xv,34; xviii,4; xxviii, 29; 
I Joa., V, 7 : rai sur quelques mots en particulier, par exemple, in 
somnis, Matth., i, 20; tuam, Matth., ix, 18; aiidiendi, Matth., xiii, 
43; ut, A( t., in, 20. Les, additions sont plus rares et ont moins d'im- 
portance, par exemple, id, Matth., i, 22; m, Act., xx, 7; xxi, 8; 
Rom., V, 17; die, Act., xx, 15; hic, Act., xxv, 24; bis, 11 Cor., 
xiii, 2. Les modifications ou les transpositions sont plus fréquentes, 
par exemple, erg^o pour itaque; aulem. pour ergo; quia pour quod,\ recessit 
pour secessii; futura pour Ventura; pane solo pour solo pane; démoli- 



-^ 200 — 

u?Unr^ pour exterminant] aUatum est au lieu d'attulit, etc. Parfois, la 
coupe du verset est différente; ai!nsi Joa., i, 3. La phrase d'ÎIeb., 
X, 2, est interrogative. L'impression est très soignée. Nous avons là 
un excellent travail qui laissera peu à faire aux futurs rcviseuis ro- 
mains du Nouveau Testament. En attendant l'édition officielle, qui 
tardera beaucoup encore vraisemblablement, les critiques catholi- 
ques se serviront utilement de l'édition de Wordsworth et de "V\hite. 
Ces Messieurs ont bien mérité de l'Église catholique. 

9. ■ — Dans un précédent travail, M. Vogels avait démontré par les 
traces d'harmonistique qu'il remarquait dans le codex Bezae que ce 
célèbre manuscrit bilingue avait subi dans les Évangiles l'influence 
du Diatessaron de Tatien sous une double forme : le texte grec a 
été modifié d'après le Diatessaron grec et le texte latin d'après un 
Diatessaron latin. Dans un fascicule des Biblische Studien, il vient 
de faire la même démonstration pour les anciennes versions syria- 
ques des Évangiles, Die Altsyrischen Evangelien in ihrem Verhùltnis 
zu Tatians Diatessaron. Une courte Introduction résume les opinions 
des critiques sur les rapports des deux traductions syriaques des 
Évangiles séparés, la curetonienne et la sinaïtique ou lewi sienne, 
avec les quatre Évangiles harmonisés en un seul récit par Tatien dans 
son Diatessaron grec ou syrien. M. Vogels croit à l'antériorité du 
Diatessaron que Tatien aurait rédigé en grec et traduit peut-être lui- 
même en syriaque. 11 trouve, en effet, dans les deux an- 
ciennes versions syriaques des Évangiles séparés des traces 
de l'influence du Diatessaron, et tout son travail consiste à les 
relever et à les grouper. Il suit la même marche que dans son 
Harmonistique du codex Bezae, et il constate dans la cureto- 
nienne et la sinaïtique les mêmes marques d'harmonisation que 
dans le manuscrit bilingue de Cambridge. 1° Les récits parallèles des 
Évangiles séparés ont subi des retouches dans les passages où ils 
présentaient des divergences réelles. 2° Leurs transitions ont été 
harmonisées. 3° Ils ont les mêmes écarts relativement au texte grec. 
4° Ils offrent des variantes harmonisantes. Les preuves de ces quatre 
affirmations sont multipliées. Ainsi la quatrième liste contient 1605 
passages. M. Vogels tire de là deux conclusions importantes : 1» 
La vieille version syriaque des Évangiles est postérieure au Diates- 
saron de Tatien, dont elle a subi l'iniluence. 2° La version sinaï- 
tique est postérieure à la curetonienne, car cette dernière a plus de 
tatianismes que la sinaïtique. Ces deux textes ne sont pas toutefois 
deux traductions indépendantes; ils sont plutôt deux recensions 
d'une même version faites dans des milieux différents, selon des 
principes différents et sans influence de l'une sur l'autre. La- Pes- 
chito, qui est une revision, faite au iv^ siècle, de l'ancienne version 



— 201 — 

syriaque, en a fait disparaître la plus grande partie des leçons har- 
monistiques, a supprimé les additions et suppléé les omissions d'après 
le texte grec. L'ancienne version syriaque des Évangiles est donc 
apparentée au Codex Bezae, quoiqu'elle ait subi l'influence du Dia- 
tessaron syriaque plus profondément que le texte grec de ce manus- 
crit n'a subi celle du Diatessaron grec. 

10. — De la fin du ii'^ siècle nous passons au xx® avec une nouvelle 
version française des Saints Éi>angiles, ïsiite parM. l'abbé J.-B. Chabot. 
Elle est précédée d'une Introduction historique et accompagnée de 
nombreuses notes explicatives avec cartes et plans. L'Introduction 
fournit auxjecteurs des notions historiques, géographiques et archéo- 
logiques, nécessaires à l'intelligence du texte évangélique. L'auteur a 
résumé brièvement l'enseignement actuel des commentateurs catho- 
liques Sur l'origine, le but, la composition, la date et les auteurs des 
Évangiles. Cet exposé succinct est généralement exact tt fort ins- 
tructif. Signalons cependant quelques inexactitudes. Au commence- 
menfdu xviii*^ siècle, Mill avait déjà relevé 30.000 variantes du texte 
grec du Nouveau Testament; depuis lors, on en a constaté d'autres 
dans de nouveaux ma.oiiscrits. La Galilée n'a pas reçu son nom de la 
présence de colons idolâtres transportés de l'Assyrie (p. 24). Son 
nom signifie « cercle » et, si elle est appelée « cercle des païens », 
c'est qu'elle a toujours compté parmi ses habitants des Chananéens, 
descendants des anciens maîtres du pays. Le naziréen n'était pas 
seulement un enfant voué par ses parents au nazirtat (p. 40); c'était 
n'importe quel Israélite à tous les âges de la vie. 11 y a (p. 41 et 
107, note) confusion entre les phylactères, bandes de parchemin 
attachées au front et aux bras par des courroies, et la mezouza, 
morceau de parchemin, placé dans un étui aux portes des maisons. 
Les Évangiles ne nous disent pas que Notre-Seigneur ait rempli- 
« plusieurs fois » l'office de lecteur à la synagogue (p. 42) ; saint 
Luc seul parle de deux lectures. Si la Pâque durait sept jours, 
elle se célébrait du 15 au 21 nisan et non du 14 au 21 (p. 50*); 
le 14 était seulement le jour des préparatifs. Les coupes, d'après la 
Mischna, n'étaient pas distribuées, mais chaque convive buvait à 
son verre. Quelques points de la cène évangélique, reconstituée (p. 
52*), sont controversés. Voir p. 440. Si on compte les jours à la 
manière juive, du soir au soir, l'eucharistie a été instituée le même 
jour que Jésus est mort. On discute si ces deux faits ont eu lieu le 14 
ou le 15 nisan. Il est donc inexact de fixer l'institution de l'eucharistie 
au 14 et la crucifixion au 15 (p. 82*). L'Introduction se termine par 
un tableau chronologique des événements, par la liste des principaux 
miracles, paraboles et discours de Notre-Seigneur, par une table 
alphabétique des noms de lieux et par la table des Évangiles des 



— 202 — 

dimanches et fêtes de l'aiiiue liturgique. La \'ersion est une traduc- 
tion nouvelle, faite sur la vuli^ate latine, saj.s recours au texte grec, 
même quand la leçon latine est fautive, la faute est indiquée seu- 
lement en note. Si la phrase exige quelques mots d'explication, ils 
sont mis entre crochets. M. Chabot a visé à l'exactitude scrupuleuse» 
et n'a apporté au texte aucune modification. 11 a fait une traduction 
aussi littéral»' que possible, afin de montrer comment les évangélistes 
parlaient en grec. 11 n'a pas toutefois méconnu les règles de la syn- 
taxe française. Ce souci de littéralisme donne à sa traduction un 
cachet particulier. Quelques formules différentes de celles de Sacy, 
auxquelles nos oreilles sont habituées, n'étonneront quje les per- 
sonnes qui sont plus attachées aux usages reçus qu'au scrupule de 
la fidélité à la Vulgate. L'ancienne coupe de la phrase a été resti- 
tuée, Joa., I, 3, 4. Les notes tendent aussi à mettre en évidence 
le sens littéral du texte. Elles contiennent cependant parfois des 
explications morales ou allégoriques, empruntées aux Pères 
de l'Eglise. Quelques-unes répètent des détails qui ont été dbnnés 
déjà dans l'Introduction. Elles établissent aussi la concordance 
entre les récits parallèles. L'ouvrage est imprimé sur un papier 
solide et léger; il fait honneur aux presses de Marne. Je n'ai remar- 
qué qu'une seule faute d'impression. La traduction nouvelle des 
Évangiles destinée aux classes instruites de la société chrétienn 
est de nature à faire aimer et goûter la saveur native de nos Évan- 
giles. Nous la recommandons chaudement. 

11. — Avec une érudition exceptionnelle et au prix d'immenses 
lectures, M. Fillion retrace les Étapes du rationalisme dans ses atta- 
ques contre les Évangiles et la vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ. 
Elles sont au nombre de six qui s'échelonnent depuis le milieu du 
xviii^ siècle jusqu'à nos jours. Les quatre premières partent d'un 
nom célèbre, de Reimarus, de Paulus, de Strauss et de Baur. Elles 
sont plus connues en France, et M. Fillion s'étend moins sur elles. 
Il se borne à exposer les idées de leurs chefs, à les critiquer et il 
indique les réfutations qu'on en a faites aussi bien que les disciples 
qui se sont groupés autour des premiers maîtres des écoles rationa- 
liste, naturaliste, mythique ou tendancieuse. Les deux autres étapes 
embrassent des théories plus flottantes et plus générales; M. Fillion 
les nomme l'étape de l'éclectisme et l'étape du syncrétisme ou de 
l'évolutionisme. Le nom d'éclectisme convient surtout aux débuts de 
cette cinquième étape. La pleine floraison de l'éclectisme aurait pu 
être mieux caractérisée soit en elle-même soit dans ses subdivisions. 
M. Fillion a été, me semble-t-il, mal dirigé par une phrase de Weinel 
(p. 1.35) et il aurait pu distinguer cette époque de la critique par les 
principes suivis plutôt que par les tâches abordées. J'y distinguerais 



— 203 — 

■deux périodes : celle où prédomine la critique littéraire des sources 
et celle où prédomine la critique historique des événements évangé- 
liques ou de la vie de Notre-Seigneur. En outre, suivant le plan de 
M. Bousset, indiqué à la page 300, j'aurais fait rentrer l'étude du 
judaïsme contemporain du Sauveur dans le stade iniiial de la sixième 
étape, le syncrétisme, lorsqu'on replace le christianisme primitif 
dans son milieu juif. Enfin, pour achever mes critiques, l'ordre chro- 
nologique n'est pas toujours suivi dans ces deux dernières étapes et 
la marche ascendante de certaines théories n'est pas mai que e. Mais 
j'insiste trop sur ces défauts de plan et je semble perdre de vue la 
masse énorme de renseignements biographiques, bibliographiques et 
critiques, que contient ce livre de mon ancien collègue. Je ne saurais 
trop l'admirer et le louer. Dans un dernier chapitre, qui sert d'épi- 
logue, M. Fillion retrace avec la même érudition la triste lutte pour 
l'existence de Jésus, qui se poursuit en Allemagne depuis 1909. La 
conclusion relève avec raison les consolations qu'apporte à un cœur 
chrétien la constatation de tant d'efforts inutiles contre les Évangiles 
et la divinité de Notre-Seigneur qui demeurent inébranlables malgré 
les assauts réitérés qu'ils ont subis. Un Index alphabétique permet de 
retrouver vite dans le volume toutes les pages où il est parlé du 
même personnage. 

12. — Pendant l'hiver de 1911, M. Albert Valensin a donné, aux 
Facultés catholiques de Lyon, cinq conférences publiées sous ce titre: 
Jésus-Christ et l'étude comparée des religions. La première envisage 
une question de méthode : comment se pose le problème christolo- 
gique devant la science comparée des religions et comment un catho- 
lique peut et doit l'aborder. Il est résolument abordé et traité dans 
les quatre conférences suivantes. La seconde place les Christs my- 
thiques, c'est-à-dire ceux du pan-bouddhisme et du pan-babylo- 
nisme, en face du Christ de l'histoire, dont l'image n'a emprunté 
aucun trait ni à la vie légendaire de Bouddha ni aux mythes baby- 
loniens. 'La troisième étudie l'image du Christ devant le syncrétisme 
gréco-romain ; elle discute les analogies qu'on a prétendu trouver • 
dans la vie de Jésus avec le dieu persan, Mithra, et elle exclut le Christ 
du panthéon romain. La quatrième établit les rapports réels que 
Jésus, Messie d'Israël, a eus avec les espérances justes ou vaines du 
peuple juif, et elle montre comment le Sauveur a réalisé les unes et 
déçu les autres. La cinquième nous présente Jésus comme la voie, 
la vérité et la vie, et sa religion comme- satisfaisant toutes les aspi- 
rations religieuses des âmes et comme surpassant de très haut toutes 
les autres religions. M. Valensin touche, dans ces conférences, à beau- 
coup d'idées répandues dans le public par l'étude comparée des reli- 
gions; il n'a pas le temps de les approfondir; il ne les met pas même 



— 204 — 

toujours au point, notamment au sujet du syncrc'titmo gre'co-rtmain, 
où il ne s'occupe guère que du mithriacisme et où il ne dit pas un 
mot du système préconisé par M. Reitzenstein. D'autre part, il a 
donné à ses conférences une allure oratoire qui ne sallie pas à la 
précision scientifique. Ce sont de hautes envolées et des généralités. 
Les notes finales n'ajoutent pas grand'chose au corps du volume. Les 
tables facilitent les recherches. 

13. — Les Neulestamentliche Ahhandhut^en de M. Meinertz viennent 
de publier une longue monographie sur la descente de Jésus aux 
enfers : Die Niederfahrt Christi in die U nterwelt . C'est la première 
partie d'une thèse présentée à la Faculté de théologie de l'Université 
de Fribourg (Suisse) pour le doctorat. L'auteur, M. G schwind, connaît 
aussi bien la littérature française que la littérature allemande du 
sujet: ce qui est rare dans les livres qui nous viennent d'Allemagne, 
mais ce qui n'étonne pas d'un élève de l'Université de Fribourg. La 
monographie se divise en trois sections d'étendue très inégale. La 
première, qui n'occupe que treize pages, signale et critique l'aspect 
que prend la descente de Jésus aux enfers aux yeux des partisans 
de l'étude comparée des religions. La seconde, qui compte cent trente 
pages, est consacrée à l'examen de deux passages de la première 
Épître de saint Pierre, m, 19, et iv, 6, dans lesquels quelques 
exégètes trouvent l'affirmation du fait de la descente de Jésus aux 
enfers. L'auteur expose d'abord les diverses explications qui ont été 
données jusqu'ici de ces deux versets; il en montre ensuite l'insuf- 
fisance. 11 étudie en premier lieu le second passage, dont le sens sert 
à déterminer la signification du premier. Les inteiprétations variées 
qu'on en a données montrent son cbscurité et sa difficulté. L'ejpli- 
cation qui lui paraît la plus naturelle consiste à reconnaître dans les 
morts, dont il est parlé aux versets 5 et 6, non pas les défunts, mais 
les hommes morts au point de vue spirituel. C'est à ce sens qu'il 
ramène la formule du verset 5 : juger les vivants et les morts, et 
la prédication faite aux impies qu'ils seront jugés d'après leurs œu- 
vres charnelles pour les amener à vivre selon Dieu spirituellement. 
Il n'y est donc pas question de la descente de Jésus aux enfers. Le 
premier passage, qui est plus difficile encore, est plus longuement 
traité. Le texte a d'abord besoin d'être établi critiquement avant 
d'être interprété, parce qu'il a été diversement remanié dès la plus 
haute antiquité chrétienne. Son authenticité et son intégrité admises, 
surgissent des explications très variées. M. Gschwind combat celles 
qui y voient une prédication du Christ aux âmes des contemporains 
de Noé, soit qu'elles aient eu avant leur mort le regret de leurs 
fautes, comme le pensait Bellarmin, soit que le Christ les ait conver- 
ties dans les enfers, comme si la conversion après la mort était pos- 
sible, ou comme s'il s'agissait des anges déchus et gardés en prison 



- 205 — 

dans l'enfer. 11 rejette l'explication de saint Augustin, qui croyait que 
Noé avait prêché à ses contemporains le Christ préexistant. Suit un 
long essai d'explication nouvelle du verset. La marche en est enche- 
vêtrée. Je me borne à en indiquer les résultats. La suite des idées est 
celle-ci : Il vaut mieux être bon et souffrir si Dieu le veut, que d'être 
mauvais (verset 17), et ce principe est illustré par deux exemples, celui 
du Christ, qui est mort pour nos péchés (verset 18), celui des esprits 
mauvais, gardés ouréservés pour le jugement dernier, à quile Christ, 
en remontant au ciel, a annoncé le jugement qui les attend, un juge- 
ment pareil à celui qui a frappé les hommes incrédules au temps de 
Noé. 11 n'est donc pas question non plus dans ce passage de la descente 
aux enfers. Ces deux preuves écartées, l'auteur, dans la troisième sec- 
tion, en cent pages, expose le fondement, l'attestation et le sens pri- 
mitif du Desccnsiis Cltristi ad inferos. Le fait est conforme aux idées 
juives sur la mort et l'enfer à l'époque néo-testamentaire; c'est un 
postulat des doctrines juives sur le sort des âmes séparées après la 
mort et avant la résurrection. Il est attesté dans le Nouveau Testa- 
ment par le signe de Jonas, Matth., xii, 40, dans le discours de 
saint Pierre, le jour de la Pentecôte, Act.,ii, 23-31, par les affirmations 
de saint Paul, Rom., x, 6; Eph., iv, 8-10. La doctrine du Messie 
souffraftt et mourant est enfin un fondement, secondaire de la des- 
cente du Christ aux enfers. Quant à la signification du fait, elle est 
double : elle montre le Christ portant aux âmes détenues dans les 
enfers l'annonce du salut qu'il leur a mérité par sa mort, et rempor- 
tant la victoire sur les puissances infernales et sur la mort elle-même 
par sa résurrection. Deux tables, indiquant l'une les passages bibli- 
ques cités et formant l'autre le registre des noms propres, permettent 
àe se retrouver dans ce travail touffu, mais très important. 

14. ■ — • Le Père Scheil a confié à M. l'abbé Legrain le soin de dresser 
le Catalogue des cylindres orientaux de la collection Louis Cugnin, et 
il a revu le travail de son élève. Ces cylindres sont au nombre de 
71 et ils reproduisent des cachets de toutes les époques depuis les 
origines de la civilisation sumérienne (vers 3000 avant J.-C), dans 
les plaines du Bas-Euphrate, jusqu'au temps de la domination perse. 
L'auteur en a donné une description complète et technique; il les a 
rapprochés d'autres cylindres déjà publiés en vue de faciliter et de 
confirmer leur interprétation. Il a ainsi fourni aux spécialistes des 
renseignements nouveaux pour l'étude des dieux, des pratiques reli- 
gieuses, des idées, des mœurs et de l'art de ces anciennes populations. 
La reproduction phototypique des 71 cachets permet de contrôler 
la description faite, et des tables bien dressées groupent les principaux 
1 enseignements produits. C'est un travail de bon augure pour de 
plus importantes publications. E. Mangenot. 



— 206 — 
BEAUX-ARTS 

{Suite.) 

OrvRAGKS GÏ'.xP'K \r >:. — !?!. Histoire df fart depuis les premiers temps chrétiens- 
jusqu'à nos jours, publiée sous la dii'crtion do Aivcrk Micjiei,. T. IV, La fienais- 
sance. seconde partie. Paris, ("olin, 191 1, in-4 de 512 p., avec 325 grav. et 5 plan- 
ches hors texte, 15 fr. — 22. Manuels d'histoire de l'art. L' Architecture. Antiquité, 
par François Penoit. Paris, Laurens, 191!, in-8 de vi!-575 p.. :'.vec 351 grav., 
10 'r. — 23. Manuels d'histoire de l'art. Les Arts de la terr", crramique, verrerie, 
émaillerie, moscîfue, vitrail, par René Jean. Paris, Laurens, 1911, in-8 de 480 p., 
avec 198 grav. et 3 cartes. 10 fr. — 2'». Graphique d'histoire de Fart, par Joiseph 
G.\iTTHiER. Paris, Plon-Nourrit, 1911, in-8 de vii-224 p., avec fi65 fig., 3 fr, 50. 

— 25. Traité de composition décorative, par Joseph ClAUTHiEuet l-ouiS.CArELT.E. 
Paris, Plon-Nourrit, 1911, in-8 de v-398 p., avec 53 pi. et 865 fig., 5 fr. — 26. 
L'Art de reconnat're les styles. Architecture. Ameublement, par Émiie-Bayard. 
Paris, Garnier, s. d., in- 12 de 459 p., avec 280 grav., 4 fr. — 27. L'Art de reron- 
nnîre les styles. Le Style Louis XVI, par Émile-Rayard. Paris, Garnier, s. d., 
in- 12 de 288 p., avec 160 grav.. 4 fr. 

Musées, collections. — 28. Musées et collections de France. Le Musée de Tours, 
par Pail Vitry. Paris, Laurens, 1911, in-8 de lxviii p., avec 122 grav., 10 fr. 

— 29. Les Richesses d'art de la ville de Paris. Les Jardins et les squares, par Ro- 
bert Hénard. Paris, Laurens, 1911, in-8 de 276 p., avec 64 pi. hors texte, 
8 fr. — 30. Les Richesses d'art de la ville de Paris. Les Musées municipaux, pa r 
Maurice Quentin-Bauchart. Paris, Laurens, 1912, in-8 de 198 p., avec 64 pi. 
hors texte, 8 fr. 

Biographies et écrits d'artistes. — 31. Les Grands Artistes. Les Primitifs fran- 
çais, par Louis Dimier. Paris, Laurens, s. d,, in-8 de 128 p., avec 24 grav., 

2 fr. 50. — 32. Les Grands Artistes. Mantegna, par Anprf Blkm. Paris, Laurens, 
s. d., in-8 de 128 p., avec 24 grav., 2 fr. 50. — 33. Les Grands Artistes. Renve- 
nuto Cellini. par Henri Focillon. Paris, Laurens, s. d., in-8 de 128 p., avec 24 
grav., 2 fr. 50. — 34. Les Maîtres de l'art. Giovan- Antonio Razzi, dit le Sodoma, 
par L. GiELLY. Paris, Plon-Nourrit, s. d., petit in-8 de 187 p., avec 24 grav., 

3 !'r. 50. — 35. L'Art de notre temps. Daumier, par Léon Rosfnthal. Paris, 
Librairie centrale des beaux-arts, s. d., petit in-4 de 114 p., avec 48 photo- 
gravures, 3 fr. 50. — 36. Grèce, ou le Secret de Tolède, par Maurice Barrés. 
Paris, Émi!e-Paul, 1912, in-18 de 189 p., avec 24 illustrations, 3 fr. 50. — 37. 
Gérard Dou, sa vie et son œuvre, par W. Martin; trad. du hollandais par Loi/is 
DiMiER. Paris, Jouve, 1911, in-8 de 229 p., avec 16 pi. hors texte, cartonné, 12fr. — 
38. Traité de la peinture de Léonard de Vinci, trad. intégralement et accompagné 
de commsntnires par PÉLADAN. Paris, Delagrave, s. d., in-8 de 247 p., avec '40 
grav., 7 fr. 50. — 39. L'Œuvre littéraire de Michel- Ange, n' après les archive^ 
Ruonaroti, etc., trad. par Boyer d'AcEN. Paris, Delagrave, s. d., in-8 de 19ii p., 
avec 26 pi. hors texte, 7 fr. 50. — 40. Quatre Dialogues sur la peinture de Francisco 
de Hollanda, Portugais, mis en français par Léo Rouanet. Paris, Champion, 
1911, in- 12 de xxxiii-239 p., avec 2 grav., 5 fr. — 41. Écrits d'amateurs et d'ar- 
tistes. Paul Huet d'après ses notes, sa correspondance, ses contemporains. Documents 
recueillis et précédés d'une notice biographique par son fils René-Paul Huet. 
Paris, Laurens. 1911, in-8 de vi-543 p., avec 17 pi. hors texte, 15 fr. — 42. 
Les Membres de l'Académie des beaux-arts depuis la fondation de l'Institut, par 
Albert Souries. Troisième série, 1852-1876. Paris, Flammarion, 1911, in-8 de 
314 p., 6 fr. — 43. Causeries, réflexions et souvenirs sur la peinture, par J.-F.-C, 
Clère. 2«éd., Paris, Henry Paulin, s. d., petit in-8 de vii-446 p., 4 fr, 50. 

Voyages d'art. — 44. En flânant. A travers la France. Autour de Paris, par An- 
dré Hallays. Paris, Perrin, 1910, petit in-8 de iii-313 p., avec 32 grav., 5 fp, 
— - 45. En flânant. A travers l' Alsace, par André Hallays. Paris, Perrin, 1911, petit 
in-8 de iii-342 p., avec 36 grav., 5 fr. — 46, En flânant. A travers la France. 
Provence, par André Hallays. Paris, Perrin, 1912, in-8 de 1-367 p., avec 28 
grav., 5 fr. — 47. Italica. Impressions et .souvenirs, par Joseph L'Hôpital. 



— 207 — 

Parisi, Pei'riii, î909, in-!6 de xv-2:;9 p., 3 fr. 50. — 48. Toscane et Ombrie., par 
(Jaston GrSxdgeorge. Paris, PJon-Nourrit, s. d., in-16 de ii-29i p., 3 fr. 50. 
— '(9. Terres antiques. La Sicile, par Achille Segaiu). Paris, Plon-Nourrit, 1909. 
i(i-l6 de 1-330 p., 3 fr. 50. — 50. Quinze Jturs à Naples, par André Maukel. 
Paris, Hachette, s. d. (1912), iii-I6 de 211 p., avec 124 grav. et 16 plans, cart. 
toile, 7 fr. 50. — 51. Les Villes d'art célèbres. Naples et son golfe, par Eunest 
LÉMONON. Paris, Laureiis. 1911, in-8 de 172 p., avec 121 grav., 4 fr. — 52. 
Les Villas d'art célèbres. Dresde, Freiberg et Meissen. par Georges Serviéres. 
Paris, Lauren"^, 1911, in-8 de 164 p., avec 119 gr.iv. , 4 ''r. 

Ouvrages généraux. — 21. — La grande Histoire de l'art que 
dirig'i M. André Michel est parvenue au milieu de son cours : des seize 
volumes qu'elle doit comprendre, le huititme vient d'êtie achevé. Il 
continue l'étude de la llenaissance, dont il nous montre l'épanoiiisse- 
ment en France, en Espagne et au Portugal. La tâche a été répartie, 
pour la France, de la façon suivante : M. Paul Vitiy s'est chargé de 
l'architecture, M. André Michel de la sculpture, M. Jean de Foville 
des médailles et monnaies, M. le. comte Durrieu de la peinture, M. 
Emile Mâle du vitrail. 11 était impossible de choisir des collabora- 
teurs mieux préparés; il eût été difficile d'en trouver d'autres. Ja- 
mais encore cette période assez obscure de l'art français, période de 
transition, qui commence par le plus délicat mélange des influences 
du Nord et du Midi pour s'acheminer peu à peu vers une servilité 
extrême aux suggestions de l'Italie, n'avait été débrouillée aussi 
patiemment, ni analysée avec cette ampleur. Et le grand chapitre 
par lequel se termine le volime, l'étude de la Renaissance en Espa- 
gne et en Portugal, entièrement neuf pour des lecteurs français, nous 
apporte, groupées, ccmplétées, animées par le beau talent de M. Emile 
Bertaux, et enrichies par ses soins d'illustrations inédites irfir ment 
précieuses, les découvertes les plus récentes de l'érudition d'outre- 
Pyrénées. 

22. — C'est un livre d'une originalité forte et austère que le tome 
l^ï", consacré à Y Antiquité ^ du grand Mauuel de V Architecture donné à 
la librairie Laurens par M. François l'enoit, le brillant professeur 
d'histoire de l'art à la Faculté des lettres de Lille. Égalant presque 
par son ampleur les magnifiques monographies de M. Choisy, il les 
dépasse par sa portée; on y voit l'analyse s'acheminer parmi les civi- 
lisations méditerranéennes, et s'associer, en même temps qu'à l'his- 
toire générale, aux sciences géographiques, géologiques, et même à 
la mécanique; partout l'enquête minutieuse se subordonne aux con- 
ditions naturelles et humaines, et se laisse diriger par une logique 
intime. Le commentaire graphique du texte, vraiment perpétuel, 
prend la forme de dessins schématisés où apparaissent tous les types 
de constructions et de décors, dans leur développement successif ou 
simultané. L'érudition s'y fait abordable à tous les lecteurs; nulle 
part elle ne se hérisse de termes spéciaux redoutables auX: profanes, 



— 208 — 

ou, s'il lui faut les employer, elle les accompagne de leurs équivalents 
les plus clairs, elle les vulgarise. Des notes historiques, une biblio- 
graphie considérable, un bon index ajoutent aux services que ne peut 
manquer de rendre un ouvrage aussi bien adapté aux besoins de l'en- 
seignement. 

23. — Pourquoi M. ]\ené Jean n"a-t-il pas donné à son excellent 
manuel un titre plus large : Les Arts de la terre — et du feu ? Car 
enfin s 'il s'agitdel'émailjdu vitrail ou de la mosaïque, c'est l'œuvredu 
feu avant tout que nous admirons; mais il est vrai de dire que leur 
origine commune est la terre. Ce manuel se compose de plusieurs 
parties adroitement soudées. La première, qui tient exactement la 
moitié du volume, sous une rubrique générale : L'Argile, comprend 
une histoire forcément sommaire par endroits, mais très élégamment 
conduite, de la céramique depuis l'antiquité jusqu'à nos jours; les 
quatre autres parties, la verrerie, l'émaillerie, la mosaïque et le vitrail, 
mettent en œuvre, avec un goût des plus délicats, tous les renseigne- 
ments essentiels et les dernières recherches de l'érudition. Le très 
aimable et actif conservateur de la Bibliothèque Doucet est installé, 
par ses fonctions mêmes, au centre des informations les plus abon- 
dantes et les plus sûres ; et il sait nous en faire profiter. L'illustration 
de son livre, exécutée avec grand soin, présente, surtout pour la céra- 
mique, un choix suffisamment varié des pièces les plus remarqua- 
bles. 

24, 25. — Le Graphique d'histoire de l'art de M. Joseph Gauthier, 
professeur à l'École des beaux-arts de Nantes, est un sommaire très 
pratique, par tableaux bien groupés, des différentes phases et des 
différentes formes de l'art à travers les âges et les peuples. De petites 
figures, schématiques pour la plupart, en général fort bien choisies, 
aident à l'intelligence d'un texte ingénieusement distribué, qui ren- 
dra d'utiles services aux débutants. — Le Traité de composition 
décorative, où le même auteur a eu pour collaborateur un architecte, 
M. Louis Capelle, également professeur à Nantes, est une véritable 
encyclopédie où de l'étude successive des éléments géométriques et 
des éléments naturels se dégagent les lois nettes et rigoureuses de 
la stylisation et du décor. Cet ouvrage contient, notamment dans les 
chapitres consacrés à la flore et à la faune ornementales, les observa- 
tions les plus justes et les plus sages, que les jeunes élèves des écoles 
de dessin auront tout profit à méditer; toutefois l'illustration, d'un 
goût très personnel, s'écarte parfois trop volontiers des modèles clas- 
siques, et les auteurs sont portés à confondre la stylisation avec \e 
style. . -. 

26, 27. — M. Emile Bayard, qui porte le nom d'un dessinateur 
spiritud et charmant, cher aux jeunes lecteurs de la Bibliothèque 



— 209 — 

rose et des romans de M"^*^ de Ségur, a entrepris sous ce titre : L' Art 
de reconnaîre les styles, une série de manuels pratiques, remplis 
d'observations judicieuses, et très abondamment illustrés. Le 
premier est une sorte d'Introduction générale, causerie agréable et 
sans prétentions, qui va des puissantes œuvres des arts anciens jus- 
qu'aux derniers raffinements de l'incohérence moderne, cataloguant 
parfois, appréciant toujours avec un goût avisé et sûr. Le second, 
qui étudip spécialement le Style Louis XVI, nous fait connaître par 
ses descriptions, par son illustration surtout, les minutieux détails 
d'un luxe qui atteignit peut-être, dans l'ameublement tout au moins, 
la plus délicieuse perfection, à la veille du jour où la Révolution, 
interrompant brusquement toute une longue et savante tradition, 
allait obliger l'art français à se refaire, sans principes assurés, une 
éducation nouvelle et singulièrement appauvrie. 

Musées, collections. — 28. — Bien des trésors, que l'on ne 
soupçonne guère, ont un abri dans nos musées de province, et c'est 
faire œuvre utile que d'en répandre la connaissance. Après le Musée 
de Grenoble, voici que la librairie Laurens nous présente le Musée de 
Tours, dont toutes les œuvres d'art, soigneusement reproduites, for- 
ment un bel album d'une centaine de planches. Il y a là des peintures 
italiennes célèbres, les deux fragments de la prédelle du Mantegna de 
Vérone, dont le panneau central est au Louvre, des Rubens, et sur- 
tout des toiles intéressantes de l'école française du xvii*^ et du xviii^ 
siècle, parmi lesquelles des Le Sueur, plusieurs Boucher, un Perroneau^ 
et nombre d'œuvres nullement négligeables de maîtres secondaires; 
parmi les modernes, un beau Delacroix occupe le premier rang, et le 
portrait de Balzac, par Louis Boulanger, tout frémissant de vie et 
d'ardeur, est un admirable document pour l'iconographie du grand 
omancier. Des sculptures, des tapisseries, des meubles complètent 
ce bel ensemble maintenant installé dans l'ancien palais des arche- 
vêques. Le catalogue a été dressé très soigneusement par M. Paul 
Vitry, conservateur au Musce du Louvre, à qui l'on doit déjà un ex- 
cellent volume sur Tours, publié par la même librairie dans sa collec- 
tion des « Villes d'art célèbres ». 

29, 30. — La jolie et utile collection des Richesses d'art de la ville 
de Paris comprend déjà six volumes. Des deux derniers, l'un, dû à 
l'érudition et au goût très sûrs de M. Robert Hénard, conservateur- 
adjoint du Petit Palais des Champs Elysées, nous décrit l s Jardins 
et les squans. On y trouvera les plus précieux renseignements sur 
tous ces coins fleuris et verts, parfois terriblement exigus, où respire 
et se repose la grande ville; c'est toute une histoire, continuée d'âge 
en âge, de Paris vu par le dehors. Mais, s'il s'agit des grands jar- 
dins qui sont le luxe en même temps que la santé de Paris, de Vin- 
Mars 11>12. t. CXXIV. 14. 



— 210 - 

cennes à Boulogne, de. Montsouris et du Luxembourg à Monceau et 
aux Buttes-Chauniont, le livre de M. Robert llénard nous apporte 
un ensemble de monographies, dont le texte fort attachant est encore 
embelli par un choix judicieux d'illustrations aussi agn'ables que 
variées. — Le second volume, qui traite des Must'es municipaux, est 
dû au regretté Maurice Quentin-Bauchart ; un peu rapide, un peu 
sommaire peut-être sur quelques points, c'est un exposé agréable et 
brillant des richesses réparties en cinq principaux édifices, le Petit 
Palais, l'hôtel Carnavalet, la maison de Victor Hugo, les Musées Gal- 
liera et Cernuschi; descriptions et anecdotes s'y encadrent de gra- 
vures où sont reproduits avec grand soin les meilleurs objets d'art. 

Biographies et écrits d'artistes. — 31 à 33. — Trois nouveaux 
volumes ont paru dans la collection des Grands artistes de la librairie 
Laurens. Le premier est de la plus haute importance par les graves 
et nombreuses questions que l'on y trouve agitées en peu de pages. 
Il traite des Primitifs français, et a pour auteur notre collaborateur 
et ami M. Louis Dimier, spécialiste en la matière. Reprenant avec 
une érudition patiente les vives polémiques dont l'Exposition orga- 
nisée en 1904 par le regretté Bouchot fut la première occasion, M. Di- 
mier s'attache à établir non pas l'existence, mais plutôt l'incohérence 
des efforts de l'art français, avant que l'Italie, au xvi^ siècle, lui 
ait ouvert sa véritable voie. 11 passe en revue les œuvres de pein- 
ture qui nous sont parvenues, à l'exception des miniatures, étudiées 
en un autre volume de la même collection, et il n'a pas de peine 
à nous montrer le petit nombre de celles dont on peut garantir l'ori- 
gine française. Ne va-t-il pas un peu loin dans les conclusions de sa 
plaidoirie? Je le croirais volontiers, et surtout je ne le suivrai point 
dans son apologie de l'art franco-italien de la Renaissance; mais 
son livre, même en l'absence de notes, que n'admet malheureusement 
pas le plan de la collection, sera lu et discuté, comme il a été écrit, 
avec passion. — M. André Blum a résumé en un travail nettement 
et sagement distribué tout ce que l'on sait delà vie et de l'œuvre de 
Mantegna. — M. Henri Focillon a étudié et jugé avec enthousiasme 
le génie riche, exubérant, excessif et inégal de Benvenuto Cellini; 
ses pages fortement documentées vibrent d'un bout à l'autre d'une 
sympathie qui surprend parfois, mais qui sait se communiquer. 

34. — Dans la collection des Maîtres de l'art, M. Gielly a donné une 
intéressante étude sur le Sodoma, peintre puissant et voluptueux, 
tenu jusqu'en ces dernières années pour un des meilleurs élèves du 
Vinci. L'érudition italienne et anglaise a fait justice de cette légende, 
et montré dans le Piémont les origines d'un art d'ailleurs très person- 
nel, mais qui ne va pas sans une pointe de sensualité morbide. 
L'analyse des œuvres, tableaux et fresques, dont un catalogue très 



— 211 — 

complet termine le volume, est faite avec un sentiment 
généralement fort juste, une critique attentive à séparer le 
bon et l'exquis de l'ordinaire et du médiocre, trop fré- 
quents chez ce grand artiste inégal, dont l'illustration même 
du livre suffit à faire apprécier, auprès de trouvailles de génie, 
l'excessive et molle facilité. 

35. — 11 serait vain de louer longuement la récente collection de 
biographies d'artistes modernes, intitulée : « L'Art de notre temps r, 
qui vient de changer d'éditeur, mais sans changer d'aspect; la fa- 
veur publique lui a fait un succès mérité. La nouveauté de ces jolis 
volumes, c'est d'être avant tout des albums; l'image y tient la pre- 
mière place. Nulle part mieux que dans un livre sur Daumier, il 
n'était nécessaire de donner de parfaites reproductions : dans ces 
photogravures pourtant bien réduites, le blanc et le noir des litho- 
graphies originales ont gardé toute leur valeur; on s'attardera avec 
un vif plaisir à en admirer la puissante ironie, et on ne lira pas avec 
un moindre intérêt les commentaires ingénieux et vivants et la no- 
tice où M. Léon Rosenthal, excellent historien de la peinture rcman- 
tique, a su dégager l'originalité de l'admirable peintre trop longtemps 
méconnu. 

36. ■ — Voici encore un petit livre où il y a des images, bien choisies, 
parfaitement exécutées, etïort propres à donner l'idée du peintre dont 
elles accompagnent la biographie; n\ais il £e trouve que ce peintre 
est Greco, et que son biographe est M. Maurice Barrés, qui a décou- 
vert, en étudiant Greco, le Secret de Tolède. Alors, qu'est-ce que 
nos pauvres images? il y en a bien d'autres, et qui vont se fixer au 
plus profond de l'âme, se levant brusquement du milieu de ces lignes 
amères et disciplinées comme les bosquets de buis d'un Versailles où 
l'on entendrait par moments les échos des violons romantiques. Pour 
une fois que M. Barrés s'est amusé à la critique d'art, il nous a 
donné le vrai modèle d'un jeu de l'intelligence, dont les érudits le plus 
souvent ne font qu'un lourd casse-tête; il a ressuscité l'âme d'un 
peintre, pour l'incorporer à une ville. A quoi bon franchir les Pyré- 
nées maintenant? J'ai vu, je connais Tolède. 

37. — Nou-. devons être reconnaissants à M. Louis Dirnier^ déjn 
loué plus haut, qui nous apporte une excellente biographie d'un des- 
plus célèbres parmi les petits maîtres hollandais, Gérai d Dou. C'est 
la traduction, élégante et précise, d'un livre du savant directeur du 
Musée royal de La Haye, M. \^'. Martin, livre dont le mérite n'est 
pas seulement de nous raconter par le menu la vie et les travaux de 
l'artiste, mais aussi, et surtout peut-être, de nous présenter un ta- 
bleau des plus pittoresques et des plus exacts des mœurs et des habi- 
tudes des peintres de ce temps. Le commerce des arts, les relations 



avec les amateurs, les goûts et les amusements de toute une société 
nous apparaissent ici dans la lumière de documents nombreux et 
habilement interprétés; le chapitre sur « Un Atelier de peintre au 
xvii^' siècle » est une des plus parfaites et délicates reconstructions 
que l'on puisse souhaiter du vieil édifice de la peinture hollandaise. 
Le catalogue raisonné des œuvres de Gérard Dou, qui termine le vo- 
lume, tel que M. Dimier l'a conçu, c'est-à-dire corrigé et complété 
d'après le texte de M. Martin, est appelé à rendre aux historiens d'art 
les plus signalés services. Enfin, l'éditeur a enrichi ce volume très soi- 
gneusement imprimé d'un choix de bonnes planches photographi- 
ques, qui donnent une idée suffisante de tableaux de genre dont le 
fini et le poli sont poussés jusqu'aux extrêmes limites. 

38. — D'admirables publications, poursuivies avec un zèle patient 
et désintéressé par de récents éditeurs, ont enfin rendu accessibles à 
l'étude les nombreux manuscrits de Léonard de Vinci; ce n'est pas 
à dire que l'on puisse aisément s'y diriger; et d'ailleurs le prix exces- 
sivement élevé de ces facsimilés superbes leur défend de se caser ail- 
leurs qu'aux bibliothèques publiques. La France, où cependant fut 
imprimé pour la première fois, en 1651 et 1652, le Traité de la pein- 
ture, ne possédait aucune édition moderne de ce bréviaire des artistes, 
où le peintre philosophe a lentement rassemblé le trésor de ses obser- 
vations, l'expérience de sa vie entière. M. Péladan, depuis longtemps 
préparé à ce travail par ses études d'esthétique, vient de traduire 
intégralement le texte de Léonard, tel que l'éditeur allemand Ludwig 
l'avait mis au jour d'après le manuscrit du Vatican. Sa traduction est 
classée dans un ordre logique, complétée par de nombreux fragments 
tirés des autres manuscrits du maître, enfin commentée avec le goût 
le plus délicat et le plus sûr. Bien que ce livre, par son prix fort mo- 
dique, ait un caractère nettement populaire, il n'en faut pas moins 
remercier l'éditeur de l'avoir enrichi d'une abondante illustration, qui 
se compose d'abord de réductions des figures démonstratives des 
éditions du xvii^ siècle, ensuite et surtout de reproductions photogra- 
phiques d'après les plus beaux dessins de Paris, de Florence et de 
Milan; toutes simples et ordinaires que soient ces reproductions en 
noir, elles laissent transparaître un peu de l'âme profonde que nous 
devinons au travers des lignes trop serrées et touffues du texte. 

39. — L'Œiwre littéraire de Michel-Ange diffère absolument de 
celle de Léonard de Vinci; elle se réduit à unrecueilde poésies souvent 
grandioses, et à une correspondance assez abondante, qui nous a été 
heureusement conservée. M. Boyer d'Agen, à qui nous devons déjà 
tant d'excellentes publications sur l'Italie des papes et des arts, a 
composé avec amour, à la gloire du peintre de la Sixtine, un recueil de 
traductions pour la première fois complètes, et qui comprennent, 



— 213 — 

outre les lettres et les poésies, la vie du maître, rédigée par son dis- 
ciple Ascanio Condivi. H y avait là les ékments suffisants d'un beau 
livre, dont la librairie Delagrave a voulu faire l'exact pendant du 
Traité de Léonard, précédemment publié; des planches hors texte, 
exécutées avec grand soin, y ont été insérées, qui réunissent quelques- 
ilns des plus nobles dessins conservés au Louvre, au British Muséum, 
aux Offices et au Musée Buonarroti de Florence. 

40. — Un comph'ment indispensable et très inattendu des études 
sur Michel-Ange se trouve dans les Quatre Dialogues sur la peinture 
du Portugais Francisco de Hollanda, œuvre presque inconnue jus- 
qu'à ces dernières années, que le regretté Léo Rouanet a traduite et 
publiée avec le plus grand soin. Ce sont des bavardages un peu longs, 
mêlés d'interviews, si l'on peut dire; mais ces bavardages d'un hon- 
nête peintre portugais se font tout bonnement dans le salon de la 
marquise Vittoria Colonna, et dans l'atelier de Michel-Ange; ces 
dialogues sans apprêt ont pouf interlocuteurs le plus grand des sculp- 
teurs et la poétesse illustre qui fut son amie. Quelle surprise ! imaginez 
notre Puvis de Chavarmes chez la princesse Cantacuzène, et transpor- 
tez le dialogue à trois cents ans de distance ! 

41. — Le noble monument élevé à la mémoire et à la gloire de Paul 
Huet par la piété de son fils, une biographie dont les matériaux sont 
les notes et la correspondance du maître, jointes aux lettres, aux arti- 
cles, aux souvenirs de ses contemporains, nous rend enfin tout en- 
tière cette belle figure d'artiste que sa modestie avait trop long- 
temps renfermée dans l'ombre. Dans le splendide essor de la peinture 
du xix^ siècle, Paul Huet fut le rénovateur de l'art du paysage, « le 
compagnon d'armes, à lavant-garde romantique, d'Eugène Dela- 
croix, et de Victor Hugo, l'annonciateur et le préparateur de Jules 
Dupré, de Théodore Rousseau, de Millet. » C'est M. Georges Lafenestre 
qui nous le dit, dans une Préface charmante qui annonce et qui ex- 
plique ce riche et généreux dossier. Désormais on ne pourra plus 
étudier l'histoyre du paysage en France sans avoir consulté le livre 
de M. René- Paul Huet; on y apprendra à connaître l'homme aussi 
bien que l'artiste, le puissant aitiste que l'exposition organisée l'an 
dernier aux salles de l'École des beaux-arts nous a montré si vivant 

, encore, et si proche de nous. D'ailleurs les belles reproductions hors 
texte dont l'ouvrage est illustré peuvent suffire à nous rappeler les 
morceaux essentiels de l'exposition, les parties les plus durables de 
l'œuvre. Rattachées aux grands Hollandais, mais surtout aux An- 
glais, à Constable dont la découverte fut une date dans notre art, ces 
peintures ont déjà l'accent personnel, profond, dramatique, que l'on 
admirera bientôt sans réserves dans l'école de Barbizon. Il était temps 
de rendre justice au grand initiateur. 



- 214 - 

42. — Le très utile et consciencieux travail de M. Albert Soubies 
sur les Membres de l' Académie des beaux-arts depuis la fondation de 
V Institut en est à son troisième volume. La période que l'on y trou- 
vera étudiée est ce quart de siècle qui englobe le second Empire et 
les premières années de la troisième République; période heureuse et 
féconde en noms illustres : parmi les peintres, Flandrin, Delacroix, 
Meissonier, Cabanel, Gérôme, Baudry, Hébert; parmi les sculpteurs, 
Jouffroy, Guillaume, Bonnassieux, Barye; parmi les architectes, 
Visconti, Duban, Baltard, Lefuel, \'audoyer, Labrouste, Abadie, 
Garnier; parmi les musiciens, Berlioz, Gounod, Félicien David, Vic- 
tor Massé; voilà plus de gloire qu'il n'en faut pour suffire à l'intérêt 
et au charme d'un livre. De ce livre, comme des précédents, on goû- 
tera le ton déférent et respectueux, la recherche du détail pittores- 
que et vivant, de l'anecdote qui précise et fait voir le portrait; les 
nomenclatures méthodiques de M. Soubies et ses petites biographies 
si bien classées épargneront de longues recherches aux futurs histo- 
riens. 

43. — Les Causeries, réflexions et souvenirs sur la peinture, que 
M. Clère dédie à ses petits-enfants, résument familièrement et agréa- 
blement, un peu longuement aussi peut-être, toute une esthétique 
et toute une morale, ou, si l'on veut, l'expérience de toute une vie 
d'artiste probe et consciencieux. Je m'empresse de dire que j'en ai 
lu avec un vif plaisir la dernière partie, les Souvenirs d'Italie où l'au- 
teur raconte avec une charmante bonhomie les années passées à 
Rome, dans le bon vieux temps — c'était avant 1860 — au temps où 
vivaient là-bas beaucoup de nos grands artistes, Baudry, Henner, 
Hébert, Delaunay, Gustave Moreau, Carpeaux, Falguière, Paul Du- 
bois; heureux temps de la Rome de Pie IX! Ces histoires de jadis, 
« racontées âmes petits-enfants », sont le véritable attrait et la plus 
jolie parure de ce volume tout empli de sages conseils. 

\^OYAGEs d'art. ■ — 44 à 46. — Les délicieuses et si instructives 
flâneries de M. André Hallays, recueillies et classée's méthodique- 
ment et fort bien illustrées, formeront dans quelques années le plus 
précieux des recueils où l'on puisse retrouver vivante encore et bien 
S'^î'duisante la physionomie de la France d'autrefois. Chaque jour, 
hélas! les reliques du passé disparaissent; la cupidité conspire 
avec la sottise à en diminuer le trésor; la basse politique, les passions 
sectaires s'acharnent impitoyablement contre des beautés qui sont 
une part de l'âme nationale; la haine de toute discipline et de toute 
tradition, la cruauté aveugle de l'industrie, la hideur du luxe bruyant 
s'associent pour lacérer les nobles vêtements de notre France. Remer- 
cions, honorons le bon Français qui lutte pour nous conserver notre 
patrimoine; qui, depuis tant d'années, au rez-de-chaussée du môme 



— 215 - • 

journal, et sous un titre aussi modeste que spirituel, fait, sans ja- 
mais se lasser, la guerre à tous les vandalismes. La belle édition com- 
mencée en 1910 sous ce titre général : En flânant, comprend déjà trois 
volumes. M. André Hallays nous y conduit A travers la France^ Au- 
tour de Paris et En Provence, et A travers l'Alsace. Ce sont les illus- 
tres souvenirs de Maintenon, de la Ferté-Milon, de Meaux et de Ger- 
migny, de Maisons, les splendeurs architecturales de Senlis et de 
Noyon, les origines de ces splendeurs à Morienval, à Saint-Leu d'Es- 
serent, à Vétheuil, à Saint-Jean des Vignes qui nous sont présentés 
au premier volume, au milieu de causeries qui évoquent, avec un 
charme infini, la figure de nos grands écrivains. En Provence, le voya- 
geur ne s'attarde pas longtemps aux villes et aux sites les plus célè- 
bres; il nous a donné d'ailleurs, il y a peu de temps {Polyhiblion de juin 
1910, t. cxviii, p. 502) un livre qui est unpetit chef-d'œuvre sur Avi- 
gnon et le Comtat Venaissin; mais il descend avec nous la vallée du 
Rhône, pour s'arrêter à Orange, à Aix, à Arles, il remonte la vallée de 
la Durance pour visiter Riez et Digne, il flâne dans les montagnes des 
Maures et le long de la côte enchanteresse, de Valbelle et de Brignoles 
au Thoronet, à Fréjus, à Grasse et à Vence; et voici que toute une 
histoire pittoresque se compose à nos yeux; nous apprenons com- 
ment s'éparpille le pompeux monument de Valbelle et comment ee 
transforme la Vénus d'Arles; nous évoquons le fantôme des plus par- 
faites peintures de Fragonard. L'Alsace enfin nous est décrite avec 
une émotion communicative, une piété simple et familière, un senti- 
ment aussi juste que délicat des liens qui l'attachent indissoluble- 
ment à la patrie mutilée; ce beau livre d'intimité sera cher aux 
Alsaciens et à nous, comme l'ont été, comme le demeurent les romans 
de René Bazin et de Maurice Barrés. ,^ 

47 à 49. — Il n'est point d'année où l'Italie n'inspire à quelque 
amoureux voyageur l'aveu d'une passion toujours la même et tou- 
jours nouvelle; et comment ne pas accueillir d'une main empressée 
ces récits d'excursions qui ressemblent, très souvent, aux plus ingé- 
nues des confidences? Les chefs-d'œuvre de Taine et de Paul Bour- 
get ne doivent décourager personne; peut-être, il est vrai, ont-ils 
suscité trop d'imitations. Voici trois livres fort divers de pèlerinages 
à la terre de beauté. Les impressions de M. Joseph L'Hôpital, ItaUca, 
sont d'un écrivain spirituel qui, délaissant pour une fois sa. chère 
Normandie, regardant Milan, Venise, Bologne et Florence d'un œil 
attentif, les a décrites avec autant de verve que de bon sens, et, ce 
qui ne gâte rien, un sentiment très sincère, très délicat, de la tradi- 
tion chrétienne; c'est, parmi tant de pagèS' d'un jour, un livre à 
conserver. — Celui de M. Gaston Gr^udgeorge, Toscane et Ombrie, 
ne prétend à d'autre ambition que de fixer pour d'aimables compa- 



— 210 — 

gnons de route — les enfants de l'auteur ■ — des souvenirs heureux 
et modérôs, qui gagneraient peut-être à ne point mder un pu- 
blie indilTérent à des joies de famille. — - M. Achille Segard est 
un poète, un musicien, un peintre. La Sicile lui a fourni le thème de 
compositions ardentes, un peu juvéniles parlois dans leur 
couleur très vive, un peu païennes aussi; mais tout ce beau pays,. 
qu'esit-il donc, sinon une Grèce plus païenne que l'autre? On en 
trouvera la sensation forte et insistante dans ces pages nombreuses,, 
nourries d'histoire et d'art, et inlassablement vibrantes d'enthou- 
siasme. 

50. — A la veille des vacances de Pâques, pour encourager et pré- 
ciser nos désirs de voyage, la librairie Hachette nous envoie, sous un 
séduisant cartonnage blond rehaussé d'or, un de ces livres pittores- 
ques, vivants, colorés, où M. André Maurel rassemble, avec d'excel- 
lentes informations puisées aux meilleures sources, une curiosité 
ardente, un sentiment également vif, et fortement païen, des paysa- 
ges et de 1 histoire, et une bonne humeur qui s'exprime toujours de 
façon personnelle et primesautière. Ses Quinze Jours à N a pies îoni le 
pendant cVC^n Mois à Rome, qu'il nous donnait il y a deux ans; 
on glissera le petit livre dans la poche profonde où se cache l'indispen- 
sable Baedeker. Comme dans Baedeker, on y trouvera des plans très 
sommaires et commodes; mais on y trouvera en plus de charmantes 
illustrations où la ville, son rivage, son volcan, ses églises, ses palais, 
ses ruines, ses statues antiques et modernes, ses gamins en haillons 
sent royalement vêtus de la douce lumière de la Méditerranée. 

51, 52. — Mieux encore que les meilleures relations de voyages, les 
Villes d'art célèbres de l'éditeur Laurens sauront instruire' et distraire 
le touriste en quête de nouveauté, soit qu'il prépare une expédition 
vers des rives lointaines, soit qu'il se contente, peut-être à regre,t, 
d'un voyage autour de sa chambre. Les illustrations dont foisonne 
le beau livre de M. Ernest Lémonon : Naples et son golfe, suffiraient 
à remplir des heures délicieuses, alors même qu'elles ne. seraient point 
commentées par un texte aussi élégant que foncièrement érudit. 
L'antiquité, le moyen âge et surtout l'époque si féconde du baroque 
à Naples nous sont présentés avec une abondance de renseignements 
précieux, et les quelques pages données au golfe nous rendent des 
tableaux tout pénétrés de joie et de lumière. — Le livre de M. Geor- 
ges Servière sur Dresde, Freiberg d Meissen fixe pour un t'.mpç les 
traits d'une ville jadis charmante, que la mégalomanie de l'Alle- 
magrie moderne transforme et enlaidit rapidement. On sait quels 
trésors renferme le Musée de Dresde : Raphaël, Titien, Corrège, Véro- 
nèse, Holbein, Rembrandt y ont des chefs-d'œuvre; mais les mo- 
numents de la Renaissance, le xvii^ et surtout le xviii^ siècle, qui 



— 217 - 

font à Dresde une physionomie si vivante encore et précise, ne méri- 
tent pas moins d'être connus, de même que ceux du moyen âge qui à 
Freiberg et à M' issen complètent si heureusement l'étude des diverses 
périodes de la civilisation et de l'art au royaume de Saxe. 

(A suivre.) André Pératé. 



OUVRAGES RELATIFS A L'HISTOIRE DU THÉÂTRE 

1. uexcJiichtP. des neuere.n Dramas, von Wiliielm Creizenacii. ErsterBand. Mittel- 
nlh-r und Fiuhrenaissance. Z.weite, vermehrte und verhesserte Auflage. Halle a. 
S., Mux Nieiueyer, 1911, in-8.de xv-628 p. — 2. The Harrowing of Hell, ])y 
Karl You.ng. Reprinted fniiii Volume XV!, Part II, o' the Transactions of the 
Wisconain Acade.my oj S'^ience.s, Arts and Lettp.rs. Issued september, 1909, in-8 de 
^9 p. >-t3. ^ Liturgkal play of Joseph and his brethren, hy Karl Young. Balti- 
more, the Johns Hopkins Press. Reprinted from Modem Lan guage Notes, Fe- 
bruary, 191^. in-4 de 5 p. — 'i. Philippe de M-zières Dramatic Office for the Présen- 
tation of th' Virgin, by Karl Young. Reprinted irom the Publications ofthe Mo- 
dem Language Association of America, XXVi, 1, 19il, in-8 de 54 p.— 5. Cu- 
riosii(s bibliographiques relatives au drame chrétien, par Louis Duval. Evreux, 
imp, de l'Eure. 1911, in-8 de 16 p. — fi. La Psychologie dramatique du mystère 
de la Passion à Oberammergau, par Maurice Blondel. Paris, Bloud, 1910, in- 
12 de 64 p. et une fig. (Collection Science et Religion), fr. 60. — 7. hahelais et 
le Thi'âtre,pa.r Gustave (ohen. Paris, Champion, 1911, in-8 de 74 p. et 8 pi. 
{Extrpjt de hi Pe(up des Eudes tabelaisiennes, t. IX). —8. L'Évolution de la mise 
en scène dans le théâtre français, par- le même. Lille, imp. Lefebvre-Ducrocq, 
19)0, gr. i'^-8 de 18 p. et 4 pi. — 9. De Jj délie à Molière. Tragédie, comédie., 
tragi comédie, par Eugène Rigal. Paris, Hachette, 1911, in-16 de viii- 303 p., 
3 fr. 'iO. — • 10. LeCid espagnol et leCid français. Essai de critique et d'analyse 
littéraire, par l'abbé G. Bernard. Lille, 19i0, in-18 de 29 p. — 11. Gauhier- 
Garguille, com.' dien de VHôlel de Bourgogne. Notice d'après des documents inédits, 
par E^i'i-j; MAGNE;^suivie des Chansons de Gaultier- Gargid'le et de la Farce de 
Perrine, avec la musitjue retrouvée de 6 chansons et 3i3 illustrations concernant 
le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Par's, Louis-Michaud, s. d., mi de 192 p., 
2 fr. 5((. — 12. Le Théâtre et la Révolution. Histoire anccdotique des spectacles, 
de leurs comédiens et.de leur public par rapport à la Révolution française, par 
EuNEST Lu.\el. Paris, Daragon, s. d., in-8 de 161 p., 6 fr. — 13. Paris sous 
Napoléon. Le Théâtre- Français, par L. de Lanzac de Laborie. Paris, Ploa- 
Nouvrit, 19 ' ' , in-8 de iv-33 i p , .5 fr. — 14, Histoire générale du théâtre en France. 
V. La Coiu-'die de la Révolution au second Empire, par Eugène Linttlhac. Paris, 
Flammnrion, s. d., ^n-î6 de 532 p., 3 fr. 50.— 15. Les Matinées-Conférences 
du jeudi à l'Ôdéon. Notice historique et bibliographique, par Roger Semichon. 
Paris, Jor.M, 19 '0, gr. in-8 de 38 p. — !fi. Le Théâtre à Montréal. Propos d'un 
Huron canadien, p.ir Marcel IIfnry. Paris, F;biue, 19îi, in .'6 de ti-'i'ip.. 3fr. 

1. — La réputation du bel ouvfage de M. Wiltelm Cieizfnach : 
Histoire du drame moderne est. bien établie dans l'érudition euro- 
péenne. 11 serait à souhaiter que les tcrivains qui s'cccvpen' chez 
nous du théâtre, et Ditu sait s'ils sont, ncnibi eux ! connussent l'exis- 
tence et la valeur de pareils livres. Cela les mettrait en garde contre 
les énormités qu'ils commettent trop souvent très à la légère, aussitôt 
qu'ils essaient de remonter un peu haut, par exemple dans leurs 
Introductions ou leurs premiers chapitres, le cours de l'histoire du 



— 218 — 

genre dont ils traitent. Le succès du livre de M. Creizenach est attesté 
par la seconde édition, revue, augmentée et améliorée, du premier 
volume, qui a récemment vu le jour. « Dans cette nouvelle édition, 
nous dit l'auteur, mon principal effort devait être de mettre à pro- 
fit, dans le cours de l'exposé, les matériaux exceptionnellement 
riches qui ont été mis en lumière depuis la première publication (1893). 
Outre les recherches d'histoire littéraire et les textes publiés depuis 
lors, j'ai tenu compte des rectifications de détail qui m'ont été four- 
nies par les recensions de Cloetta et de Kœlbing. Toutefois, les grandes 
lignes du développement historique, telles que je les avais marquées 
dans la première édition, ont pu être conservées dans ce qu'elles ont 
d'essentiel. » Nous rappelons que ce premier volume a pour sujet 
le Moyen âge et la première Renaissance et qu'il est partagé en huit 
livres intitulés : I. La Continuation du drame antique au moyen âge. 
IL Les Commencements du drame sacré en langue latine. II I. Les 
Commencements du drame sacré dans les langues populaires. I"V. 
Les Drames sacrés de la fin du moyen âge. V. Ébauches d'un drame 
sérieux profane. VL Le Drame comique du moyen âge. 'VIL Les 
Moralités. VIII. Les Premiers Essais dramatiques des humanistes. 
Parmi les améliorations apportées à cette édition nouvelle, il faut 
mentionner en particulier la table alphabétique qui le termine et qui 
est due à M. Wolfram Suchier, de Halle. 

2, 3 et 4. — Les origines, non seulement religieuses, mais liturgi- 
ques, du drame moderne, étudiées avec tant de soin par M. Wilhelm. 
Creizenach, sont maintenant, dans presque tous les pays chrétiens, 
l'objet de recherches minutieuses et approfondies. Nous n'avons pas 
renoncé nous-mêmo à reprendre quelque jour tel ou tel point de ce 
sujet qui a été l'une des occupations favorites de notre jeunesse. Nous 
n'en sommes que mieux préparé à comprendre et à louer les remar- 
quables essais en ce genre d'un jeune érudit américain, M. Karl 
Young. Les trois études de lui que nous avons sous les yeux lui font 
grand honneur. Dans l'une : La Descente aux Enfers dans le drame 
liturgique, il a recueilli de multiples et curieux exemples de l'un des 
rites de Raques, se rapportant de façon plus ou moins directe, plus ou 
moins précise, et sous une forme plus ou moins dramatique, à ce mo- 
tif, à cette scène qui tient une place importante dans les Mystères en 
langue vulgaire. Une autre ; Un Drame liturgique de Joseph et de ses 
frères, enrichit d'un texte curieux et nouveau le théâtre latin scolaire 
du moyen âge et ce vaste cycle des Prophètes du Christ, d.yiii nous 
avons essayé naguère de retracer la genèse et la de';Lince (Biblio- 
thèque de l'Ecole des chartes, années 1867, 1868 et 1877; tirage à 
part épuisé, Paris, Didier, 1878, in-8). Enfin àa publication intitu- 
lée : L'Office dramatique de la Présentation de la Vierge par Philippe 



— 219 -^ 

de Mézières met à notre disposition, avec des renseignements et des 
précisions très utiles, un document fort original, intéressant à la fois 
pour l'histoire de la liturgie, pour l'histoire du théâtre et pour l'his- 
toire des mœurs. 

5. ■ — Les Curiosités bibliographiques relatives au drame chrétien, de 
M. Louis Duval, archiviste honoraire de l'Orne, n'ont que peu trait 
au moyen âge. Elles s'appliquent surtout au drame religieux detl'âge 
postérieur, c'est-à-dire aux pièces sur des sujets sacrés composées 
durant la période de la Renaissance et de l'ère classique, et dont le 
plus grand nombre ont revêtu la forme de la tragédie. Ce n'en est pas 
moins, à plusieurs égards, un prolongement des mystères, et nous 
voyons, par exemple, la représentation de la Passion se continuer 
bien au-delà de ce que l'on pourrait croire d'abord. On remarque en 
particulier les curieux détails donnés par M. Duval sur la composition 
« de François Chevillard, prêtre d'Orléans, qui, en 1649, fit paraître 
chez Hotot, imprimeur à Orléans, la Mort de Théandre ou la san- 
glante tragédie de la mort et passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ, 
dédiée aux âmes fidèles, in-12. Bien que composée sans aucun souci 
des règles étroites imposées par Aristote à l'art dramatique, cette 
pièce devait survivre au jugement sévère du janséniste Boileau sur la 
grossière ignorance de nos dévots aïeux et sur la trop naïve impru- 
dence 

Qui sottement zélée en sa simplicité 

Joua les Saints, la Vierge et Dieu par piété. 

Ecrite pour le peuple, souvent représentée en province et réimprimée 
plusieurs fois à Orléans, à Rouen, à Caen, son succès se soutint jus- 
qu'à la Révolution. On la jouait encore en Bretagne en 1789. » Comme 
il est naturel, les Curiosités de M. Duval se rapportent surtout à la 
Normandie. 

6. — La célèbre représentation d'Oberammergau en Haute-Ba- 
vière est assurément l'un des plus beaux et plus imposants rejetons de 
la tradition dramatique du moyen âge. M. Maurice Blondel, dans son 
écrit : La Psychologie dramatique du mystère de la Passion à Oberam- 
mer^^i^au, remarquable comme tout ce qui sort de sa plume, s'( st moins 
occupé d'histoire littéraire que de philosophie et de haute esthétique. 
Sans partager toujours toutes ses façons devoir, on goûte l'élévation 
et la profondeur, un peu obscure parfois, de ses observations et de ses 
aperçus. On ne peut qu'admirer les belles pages si chrétiennes (p. 38, 
39), qui commencent ainsi : « Que faudra-t-il dire maintenant du 
personnage incomparable qui, par hypothèse, subit et sent en homme 
toute la succession douloureuse du sacrifice, mais qui en même temps 
connaît et veut en Dieu cett agonie et cette mort dont la claire 
vision perpétue les douleurs?... » 



— 220 — 

7 et 8. — Combien la tradition, religieuse et ccnvique, du théâtre 
antérieur à la Renaissance était puissante encore durant cette Renais- 
sance même, c'est ce qui ressort clairement des rcclierches très bien 
conduites et très bien présentées par M. Gustave Cohen dans son 
écrit : Rabelais et Je Théâtre^ où il a relevé, groupé, crmmeuté toutes 
les allusions ou indications relatives à la littérature et à l'ait duma- 
tique^ contenues dans l'œuvre touffue de l'auteur de Gargantua et 
de Pantagruel. « L'époque (nous dit-il, et il le prouve) où Rabelais 
conçut et publia son œuvre n'est pas l'âge de la tragédie et de la 
comédie, c'est encore celui du mystère et de la farce. Le moyen âge 
ne finit ni en 1453, avec la prise de Constantinople, ni même en 
1500, avec la naissance de Charles-Quint; sur bien des points, par des 
filons profonds et tenaces, '1 se prolonge très avant dans le xvi^ siè- 
cle. Si l'architecture, dès le début du siècle, est en pleine révolution, 
si Chenonceaux, Chambord, Blois sont déjà bâtis, la littérature est 
plus lente à évoluer, et surtout la littérature dramatique. « — La 
persistance de cette même tradition est encore bien mise en lumière, 
en ce qui concerne les procédés techniques des représentations théâ- 
trales, dans le très clair et très agréable opuscule du même érudit : 
L' Evolution de la mise en scène dans le théâtre français. 

9. — Cette même question de la mise en scène est traitée d'une 
façon détaillée, pour le xvi^ et le xvii^ siècles, dans plusieurs des mor- 
ceaux recueillis par M. Eugène Rigal en son volume : De Jodelle à 
Molière. Tragédie, comédie, tragi-comédie, dont H définit ainsi le ca- 
ractère : « Sans former un tout régulier, les essais que je réunis ici 
ont cependant un lien commun entre eux et avec d'autres études que 
j'ai précédemment publiées. — Les trois premiers (1. Les Personnages 
conventionnels dans les comédies du xvi^ siècle. — 2. La Mise en scène 
dans les tragédies du xvi^ siècle. — 3. Les Trois éditions de la Sopho- 
nisbe de Montchrestien et la question de la mise en scène dans les 
trag'dies du xvi^ siècle) complètent ou corrigent ce que j'ai dit de la 
comédie et de la tragédie dans le Théâtre de la Renaissance, ■ — le 
Théôire au xvii^ siècle avant Corneille, ■ — et le Théâtre français avant 
la période classique. — Le quatrième (4. Corneille et l'évolution de 
la tragédie) dessine, en la prolongeant bien au-delà de la date où 
s'étaient arrêtées ces études, la courbe par laquelle se caractérise l'évo- 
lution de notre tragédie; elle marqije aussi le rôle joué dans cette 
évolution par Pierre Corneille. ■ — Tout en précisant ce dernier point, 
les numéros 5, 6 et 7 (5. Le Cid et la formation de la tra^'cdie idéa- 
liste. 6. Polyeucte et l'achèvement de la tragédie cornélienne. 7. 
Don Sanche d'Aragon. Un letour offensif de la tragi-comédie), s'effor- 
cent de définir les rapports entre la tragi-comédie et la tragédie dans 
la première moitié du xvn^ siècle. — Le numéro 8, enfin (8. L' Étourdi 



~ 221 -^ 

•de Molière et le Parasite de Tristan THermite), en (tudiant une 
source de Molière, le rapproche de ses devanciers et ftume une sorte 
d'appendice à mon livre sur le grand comique. — A chaque article, 
j'ai conservé sa date, qui, dans certains cas, peut lui servir de jiisti- 
.fication. » — Tous ces morceaux ont le mérite de la précision dans le 
fond, de la clarté et de l'élégance dans la forme, qu'on est habitué 
à rencontrer dans les travaux de M. Eugène Rigal. Nous avons parti- 
culièrement remarqué et goûté la discussion de la théorie de l'évolu- 
tion des genres de Brunetière (p. 157 et suiv.). Les thèses littéraires 
du célèbre et regretté critique, excellentes parfois, mais pas toujours 
aussi solides que l'a fait croire le ton décisif et dictatorial de cet 
«sprit éminent, mais absolu et paradoxal, ont besoin d'être revisées, 
discutées, même contredites. Il ne faut pas notamment que l'évolu- 
tion philosophique et religieuse, si hautement louable, de cet esprit 
et les services si noblement rendus par lui, à la fin de sa carrière, à 
la grande et sainte cause de l'orthodoxie catholique, canonisent, 
pour ainsi dire, tout ce qu'il a pensé, tout ce qu'il a soutenu en toutes 
matières à des époques fort différentes de sa vie intellectuelle, et alors 
qu'il était parfois sous l'influence d'erreurs manifestes. Des contra- 
dictions telles que celle de M. Rigal pourront préserver de cet excès 
la naïveté de certaines admirations, de certains enthousiasmes en 
bloc. Le culte des justes renommées ne doit pas dégénérer enun 
snobisme idolâtre, au détriment ou au péril de la vérité historique ou 
littéraire et peut-être de l'équité. M. Rigal, nous en sommes sûr, 
admet pour lui-même la contradiction qu'il pratique librement à l'é- 
gard de ses devanciers. « On a souvent dit, remarque-t-il (p. 234), que 
Polyeucte se rattache aux anciens mystères, et l'on a eu tort, notre 
anci nne littérature dramatique étant sans doute ignorée de Cor- 
neille. )) Cette assertion est contestable. IL semble résulter de V Exa- 
men même de Polyeucte par son auteur que Corneille a recueilli dans 
les pièces sacrées des humaiiistes de la Renaissance, lesquelles se 
rattachent en bonne partie à la tradition des mystères, au moins 
l'écho indirect de cette tradition. 

10. — Parmi les sujets abordés dans le volume de M. Rigal figure 
(p. 204 et suiv.) une comparaison détaillée, faite avec beaucoup de 
soin et de critique, du Ciel de Corneille avec son devancier et modèle 
espagnol. La même question a été traitée, à un point de vue un peu 
différent, plus favorable au système dramatique d'Espagne, issu di- 
rectement de la tradition du moyen âge, par notre très distingué 
collaborateur M. l'abbé G. Bernard, dans son opuscule : Le Cid espa- 
gnol et le Cid français. Essai de critique et d'analyse littéraire, lequel 
inaugure une série d'études intitulées : L'Imitation espagnole en 
France. L'impression que laisse à l'esprit la lecture de cet intéres- 



— 222 -- 

sant travail, c'est que, s'il n'avait subi l'influtnce du systtme pseudo- 
classique promulgué par l'abbé d'Aubignac, Corneille, émondant, 
resstrrant, fortifiant la pièce de Guillen de Castro, écartant les dé- 
fauts de ce poète, mais gardant et développant plus qu'il ne l'a 
fait toutes ses qualités, aurait produit un Cid supérieur encore au 
chef-d'œuvre qu'il nous a donné. 

11. — C'est une contribution à l'histoire de notre théâtre pendant 
la période qui a précédé immédiatement l'âge classique, dont M. Emile 
Magne a cherché à nous enrichir dans son étude, agréablement et 
utilement illustrée de gravures empruntées aux peintures ou estampes 
contemporaines : Gaulthier-Garguille, comédien de V Hôtel de Bour- 
gogne. Infiniment supérieur au travail sur le même sujet de M. Gas- 
ton Sansrefus, dont le Polybihlion a rendu compte, appuyé d'une 
riche et solide érudition bibliographique, portant la marque d'une 
critique encore incomplète, mais en éveil, cet ouvrage est, par mal- 
heur, gâté par un triple et grave défaut : une forfanterie d'esprit- fort 
qui va jusqu'à l'inconvenance (p. 7); une licence morale qui ne se 
refuse aucun manque de retenue et oublie à fond que « le lecteur 
français veut être respecté » (p. 12, 24, 25, 44 et passim); enfin un 
style détestable, où sont poussées à bout les extravagances préten- 
tieuses et antifrançaises de ce qu'on appelle « l'écriture artiste ». ^'"^ 

12. — Dans les premières pages de son volume : Le Théâtre et la 
Révolution. Histoire anecdotique des spectacles, de leurs comédiens' et 
de leur public par rapport à la Révolution française, M. Ernest Lunel 
a voulu faire l'effet d'un hcmme au courant de l'histoiie du genre 
dramatique. Mais précisément ces pages intitulées : Le Théâtre et 
l'Église montrent au contraire qu'il n'y entend rien du tout. Au 
reste, le corps même de l'ouvrage nous a laissé l'impression d'une 
compilation incohérente ,et confuse,- d'un amas d'anecdotes et de 
faits divers comprenant quantité de choses étrangères au sujet, d'un 
livre, en un mot, qui n'a été ni médité, ni composé, ni écri\.. 

13. — Quel contraste entre cette négligence inconsciente, cette 
étourderie de laisser- aller et le soin consciencieux et réfléchi avec 
lequel M. de Lanzac de Laborie, en un sujet analogue, a recherché 
et disposé les matériaux, également anecdctiques, de la huitième série 
de sa vaste enquête : Paris sous Napoléon, laquelle a sa place dans 
le présent article, parce qu'elle a pour sujet !e Théâtre-Français. 
« Mon intention primitive, nous dit l'auteur, était de consacrer ce 
volume à l'ensemble des spectacles parisiens pendant l'ère napoléo- 
nienne. L'abondance des renseignements, l'attrait de documents en 
partie nouveaux, peut-être aussi la sçduction plus ou moins incons- 
ciente que les choses du théâtre e: ercent chez nous sur tous les es- 
prits, m'ont conduit à élargir mon plan et à ne traiter ici quedu 



- 223 — 

Théâtre-Français, de beaucoup le plus important et à peu près le seul 
littéraire, en y joignant le théâtre de picard ou Tht âtre de l'Impcra- 
trice, qui peut en êtie considéré comme lannexe. A l'étudedu Théâtre- 
Français, j'ai rattaché les géntralitts communes à tous les spectacles, 
et aussi quelques données sur lalittérature dramatique du temps, don- 
nées que j'ai présentées le plus brièvement possible, mais sans lesquel- 
les il m'a paru quemon récit serait incomplet et presque inintelligible. » 
Le volume est partagé en sept chapitres : 1. Installation matérielle 
et régime administratif. II. La Troupe. III. Le Répertoire. IV. Les 
pièces nouvelles. V. Le Public et la Critique. VI. Les Comédiens ordi- 
naires de l'Empereur. Vil. Théâtre de l'Impératrice (Louvois, Odéon). 
Nous noterons une fois de plus, sans qu'il soit nécesaire d'y ir sister, 
le talent d'exposition de M. de Lanzac de Laborie, sa langue de 
bonne qualité^ son style net, sobre, ferme, distingué avec naturel. 
L'ouvrage est un tissu d'anecdotes (c'est la mode du jour) mais si 
bien groupées et si bien contées ! L'auteur ne néglige pas d'ailleurs 
d'en faire ressortir, quand il y a lieu, la signification historique ou 
littéraire et, pour ainsi dire, l'idte générale. Son goût en littérature 
est fin, large et renseigné. Nous avons particulièrement goûté les pa- 
ges (p. 182-184) où l'auteur explique les fâcheux préjugés qui faisaient 
encore obstacle sous l'Empire à « l'introduction du moyen âge chré- 
tien sur la scène »; celles qui se rapportent aux principales « tragédies 
nouvelles représentées au début du siècle dernier » (p. 186 et suiv.); 
celles où sont examinés le caractère, le rôle, le talent du célèbre cri- 
tique Geoffroy, pour lequel nous trouvons M. de Laborie trop sévère 
(p. 261 et suiv.). Nous ne partageons pas non plus tout à fait son avis 
sur « la comédie en vers » (p. 222-224) et nous contestons surtout que 
l'origine de cet usage doive être rapporté à l'imitation de la comédie 
antique. Notre comédie nationale du moyen âge, moralité, farce ou 
sotie, a toujours été en vers. C'est de l'Italie que nous est venue 
l'habitude contraire, très louable d'ailleurs à beaucoup d'égards, 
de la comédie en prose. Il va sans dire que Napoléon n'est pas absent 
de ce volume qui porte son nom. On sait qu'il pensait à tout et 
touchait à tout. M. de Laborie a extrait pour nous deà Souvenirs 
du comte de Mérode-Westerloo une curieuse peinture de l'attitude de 
l'Empereur à une représentation de gala : « Ce n'était depuis l'or- 
chestre jusqu'à la porte du parterre que broderies d'or et de soie; 
toutes les loges étaient pleines de dames du nouveau régime, parmi 
lesquelles on en remarquait quelques-unes de l'ancien... Napoléon 
seul, dans la loge impériale, était étendu tout de son long, dans un 
fauteuil de velours cramoisi galonné d'or, les bras et les jambe» 
croisés... Derrière son fauteuil se tenaient debout le grand maître 
des cérémonies, comte de Ségur, le grand chambellan,, comte de 



— 224 — 

Montesquiou, tous deux eh uniforme rouge et or. Napoléon, tirant 
fréquemment de sa poche une tabatière, prenait une quantité de 
tabac, et adressait de temps en temps, d'un air de hauteur, quel- 
ques paroles à ces deux messieurs; sa figure exprimait, ce jour-là, 
l'humeur et l'agitation... On juge bien que je m'occupais fort peu du 
spectacle, et que mes yeux furent constamment portés sur Napoléon, 
dont les attitudes et le jeu de physionomie sont toujours présents à 
ma mémoire. » (P. 288). Le grand parvenu est saisi là sur le vif. 

14. — La persévérance dans une entreprise difficile et de longue 
haleine est une marque de vigueur d'esprit. Comme dans le Paris 
sous Napoléon de M. de Lanzac de Laborie, nous sommes heureux 
de la reconnaître et de la louer dans l'Histoire générale du théâtre en 
France de M. Eugène Lintilhac. Le tome V de ce grand ouvrage a 
pour sujet la Comédie de la Révolution au second Empire, c'est-à-dire 
« l'évolution des genres purement comiques, de Beaumarchais à 
Augier et à Dumas fils... Nous aurons ainsi, ajoute l'auteur, conduit 
à son terme classique l'histoire de la comédie en France. » — Rappe- 
lons ici son dessein pour la suite du livre : « La seconde partie 
exposera d'abord l'évolution du genre tragique et des genres mixtes 
tels que la tragi-comédie, la pastorale dramatique, la comédie lar- 
moyante, la tragédie bourgeoise, le drame et le mélodrame depuis la 
Renaissance jusqu'au milieu du dernier siècle. — Alors tous les gen- 
res dramatiques auront été étudiés par nous, depuis leurs plus 
lointaines origines en France, et définis par l'analyseet lacritiquedes 
œuvres les plus caractéristiques de chacun d'eux. — Il nous restera 
enfin à exposer et à expliquer leurs métamorphoses au courant du der- 
nier demi-siècle. » — On voit l'importance attribuée par M. Lintilhac à 
« l'évolution des genres », et c'est à bon droit. Le reproche que lui 
a fait à cet égard un critique d'ailleurs très distingué, plein d'esprit, 
de trop d'esprit peut-être (Henry Bidou, Journal des Débats du lundi 
21 août 1911) ne nous paraît pas fondé. Autre chose est de vouloir 
de vive force, comme l'a tenté Brunetière, « étendre la domination 
des hypothèses de Lamarck, de Darwin et d'Hseckel jusque sur la 
critique » et l'histoire littéraire (Rigal, ouvrage cité, p. 157), autre 
chose d'appliquer, comme l'a fait M. Lintilhac et comme nous l'avons 
fait autrefois nous-même, une méthode intrinsèque d'investigation 
exacte à la genèse, à la généalogie et à l'influence l'une sur l'autre 
des œuvres littéraires de l'esprit humain, c'est-à-dire à l'évolution 
de cet esprit même en matière de littérature et d'art par l'effet iné- 
vitable de la Cause exemplaire. Nier l'intérêt et l'utilité de cette 
méthode, c'est peut-être se ranger de gaieté de cœur parmi les adeptes 
de ce que M. Lintilhac appelle en un endroit « cette critique hau- 
taine et simpliste à la fois » (p. 22) et en un autre endroit « une cri- 



— 225 i^ 

tique plus paresseuse que judicieuse » (p. 25). — La méthode qu'il 
a suivie dans ce volume comme dans les précédents et que, loin de la 
relâcher, il aurait peut-être dû, sur quelques points, serrer davan- 
tage, n'a rien enlevé à l'intérêt de l'exposé de M. Lintilhac, nourri 
de faits et de détails solidement ou ingénieusement groupés, et où le 
lecteur apprend beaucoup. Le nombre d'œuvres aujourd'hui oubliées, 
mais importantes à leur date et par leur influence, qu'il nous fait 
connaître par des citations bien choisies, souvent agréables et même 
amusantes, est considérable. Ses appréciations sont toujours d'un 
homme de goût, nourri de la forte culture classique, et qui, tout en 
ouvrant son esprit aux nouveautés utiles, ne répudie jamais les 
règles essentielles. Nous avons noté et loué déjà sa réserve morale 
et son souci de ne pas mêler à tout propos, comme d'autres l'auraient 
fait à sa place, la controverse et la passion politiques à ses juge- 
ments littéraires. Il va sans dire néanmoins que sur tel et tel point 
notre façon de voir n'aurait pas été la sienne. Nous aurions été 
sévère, alors qu'il est indulgent et même favorable à tel proverbe de 
Théodore Leclereq ou à telle fantaisie d'Alfred de Musset. Mais, 
jugé pour l'ensemble, étant donné le public auquel il s'adresse, c'est 
un travail vraiment neuf et intéressant dans les diverses parties dont 
il se compose, à savoir : Introduction. Les Théâtres et la loi depuis 
la Ilbvolution : scènes, genres et troupes. Chapitre 1. La Comédie 
de mœurs dans le théâtre de la Révolution, il. La Comédie 
de mœurs de Picard à Etienne. III. La Comédie de mœurs 
d'Etienne à Scribe. IV. La Comédie de genre de Collin d'Har- 
leville à Octave Feuillet. V. La Comédie-proverbe : Théodore 
Leclercq et ses émules; Alfred de Musset. VI. La Comédie d'intrigue 
après Beaumarchais et le vaudeville avant Scribe. VIL Scribe et la 
comédie- vaudeville. VII I. La Comédie de mœurs de Scribe à Au- 
gier. • — Conclusion. Selon sa bonne habitude, l'auteur termine le 
volume par une Bibliographie, ainsi divisée : 1. Editions. — 2. 
Ouvrages de critique et d'histoire. 

15. — Nous trouvons à plusieurs reprises le nom de M. Lintilhac 
dans les tableaux qui forment une partie considérable de l'intéressant 
opuscule de M. Roger Scmichon : Les Matinées- Conférences du jeudi 
à l'Odéon. Notice historique et bibliographique. « L'intérêt qui s'at- 
tache aux matinées-conférences de l'Odéon est double, nous dit 
l'auteur. D'une part, ce genre de spectacle a tenu une large place 
dans l'histoire du second Théâtre- Français; m outre, les conféren- 
ciers ayant, depuis 1887, parlé de toutes les pièces importantes ou 
.curieuses de notre littérature dramatique, se trouvent avoir fait une 
sorte d'histoire du théâtre en France, où abondent les aperçus ingé- 
nieux et les développements brillants. » La Notice historique s'ap- 
Mars 1912. T. CXXIV. 15. 



:— 226 -- 1. 

pliquo aux directions successives de MM. Porel, Marck et Desbeaux, 
Ginisty, /Vntoine. La Notice bibliographique comprend, du 27 octobre 
1887 au 26 mai 1910, le tableau des conférences, dressé par saison 
théâtrale. Ce tableau, ou plutôt chacun de ces tableaux renferme la 
date de la conférence, le noni du conférencier, le sujet traité et, 
s"il y a lieu, l'indication de l'endroit où est imprimé le texte de la 
conférence. On sait combien, depuis quelque temps, s'est développée 
la vogue des conférences de toute espèce. Les dames surtout les goû- 
tent extrêmement. C'est pour elles, disent les mauvaises langues, une 
occasion plus intellectuelle que d'autres d'exhiber les modes nou- 
velles. 

16. — ■ L'influence (pas toujours heureuse) de nos modes et de notre 
théâtre s'étend sur tout le monde civilisé. 11 est naturel qu'on la 
subisse tout particulièrement sur mie terre autrefois française et où 
l'ancienne patrie n'est pas oubliée. C'est ce dont témoigne le volume 
de M. Marcel Henry : Le ThAire à Montréal. Propos d'un Huron 
canadien. « Au Canada, nous dit l'auteur, un jeune honmie, le théâtre 
français, quand il est dirigé par des hommes de goût, entretient une 
sorte de culture latine et la gloire du verbe (sic) français retentit avec 
bonheur sur ces rives qui n'ont pas désappris à aimer la France 
et à la servir dans la constance immuable des âmes qui se souvien- 
nent et lui veulent des destins supérieurs au temps. De la sortt, les 
roses de France fleurissent chez nous, même sous la neige qu'appor- 
tent les vents du Nord. La petite flamme allumée par les créateurs 
du sol canadien, brille toujours; elle éclaire nos montagnes et nos 
vallées d'une lueur qui magnifie les choses, héroïse les sentiments. 
Cette « marche » d'Amérique compose à elle seule tout un poème d'a- 
mour et de fidélité. Et sa persistance à durer et à se définir est un 
hommage à la vitalité de l'âme française. ■ — Nous avons griffonné, 
en marge des drames qui nous furent donnés à Montréal, nos impres- 
sions semaine par semaine. Les Français qui nous feront l'honneur 
de nous lire voudront-ils discerner à travers ces bégaiements de 
jeune critique et ces notions chétives, une façon de penser et de 
sentir qui, pour leur être devenue probablement étrangère, repré- 
sente quelque chose de leur passé avec le frémissement juvénile 
d'une âme amoureusement soumise à sa terre et à ses morts. » — A 
l'analyse et à l'appréciation d'une vingtaine de pièces de notre théâ- 
tre contemporain, représentées à Montréal, l'auteur a joint sous 
ce titre : Notes et impressions, quelques souvenirs de voyage. — 11 
serait désastreux que la façon de penser et de sentir de M. Marcel 
Henry fût devenue étrangère aux Français de France, car elle est non 
seulement profondément hoimête, mais profondément chrétienne et 
catholique, avec un souci déclaré sans respect humain, mais dont 



—.227 — 

l'expression n'est pas toujours aussi chaste que la pensée, pour ]a 
moralité au théâtre et dans la vie. Ce que M. Henry aurait besoin, 
un urgent besoin de réformer, c'est son style, où s'étale avec can- 
deur, dans toute son extravagance prétentieuse, la mode qui, Dieu 
merci, commence à décliner chez nous, de l'absurde « écriture ar- 
tiste )). 11 écrit sans sourciller : « L'entrevue est mousseuse d'observa- 
tion subtile, réglée par un maître «. (P. 171). Il nous parle d' « un 
frigide frisson » (p. 203) et de « petits glaciers nains qui se pendent 
aux jupes de leurs mères « (p. 206-207). Le jargon de Cathos et de 
Madelon devient auprès de cela un chef d'œuvre de naturel. Bref, 
M. Marcel Henry écrit mal, horriblement mal. Mais, au travers de 
son « écriture » saugrenue, on distingue des qualités natives, et en 
particulier une délicatesse de cœur, d'esprit et de sentiment et une 
fraîcheur d'imagination qui n'attendent, pour s'épanouir, qu'un 
meilleur langage. Il suffirait à M. Henry, pour l'acquérir, de renoncer 
à l'imitation des sottises en faveur dans certains petits cénacles de 
Paris, mais que l'on devrait dédaigner à Montréal, et de revenir à 
l'étude des grands, des impérissables modèles de notre littérature. 
Pour bien, très bien écrire, il n'a qu'à le vouloir. Qu'il le veuille ! 

Marius Sepet. 



THÉOLOGIE 



JLnchiridio» «yinboloi'tim, definitionum et declaratio 
num de rcbue lidei «A ■noriim, auctore il. Dbnzinoëh. Ediiio XI, 
quam paravit Cl. Bannwart. Friburgi Brisgoviae, Herder, 1911, in-8 de 
xxvu-592 p. — Prix : 6 fr. 25. 

Cette nouvelle édition, devenue si tôt nécessaire, dit assez l'utilité 
de l'ouvrage et le prix qu'on attache à la refonte opérée par le R. P. 
Cl. Bannwart. Outre la correction de quelques erreurs signalées dans 
la précédente, voici les améliorations introduites dans celle-ci : addi- 
tion des décisions de la Commission biblique depuis 1907 (sur S. Jean, 
Isaïe, la Genèse, les Psaumes), du décret Quam singulari (sur la 
communion des enfants), du serment antimoderniste et de quelques 
documents antérieurs (spécialement sur le célibat des clercs (Con- 
cile d'Elvire) et le primat romain (lettres de Jules II, texte du Con- 
cile de Sardique, lettre de Clément VI). La table de concordance 
entre les numéros des éditions antérieures et des éditions nouvelles 
a été très heureusement augmentée. On souhaiterait encore que cha- 
que numéro du texte actuel portât entre parenthèses, aussi souvent 
que possible, le numéro correspondant d'autrefois : ce serait plus 
commode et plus simple. G. Grs. 



. — 228 ~ 

lia ^Vocati»n Jau sacerdoce, par F. J. Hurtaud. Paris, Lecoffre, 
(iabalda, 1911, in-li! de '')53 p. — Prix : 4 fr. 

Ce livre, écrit à l'occasion et à l'encontre de la thèse de M. Lahit- 
ton, est l'truvre d'un théologien averti et compétent. La plupart des 
questions soulevées par le professeur d'Aire y reçoivent une solution 
pleinement satisfaisante, appuyée sur des raisons théologiques pé- 
remptoires et sur la doctrine constante de l'Église. Certains chapi- 
tres, ceux par exemple où M. Hurtaud fait la synth se des troisvoca- 
tions (vocation à la vie chrétienne, vocation à la vie religieuse, voca- 
tion au sacerdoce) ou encore ceux où il analyse l'attrait-intention 
droite assureront à son livre un' valeur durable. 

On souhaiterait que, dans une nouvelle édition, l'auteur donne 
une part plus grande à la documentation et qu'il adoucisse parfois 
le ton un peu rude de cette controverse. On comprend la colère du 
théologien sincère, blessé par les accusations peu réfléchies et par la 
méthode très peu scientifique de l'écrivain qu'il réfute. Dégagée de 
quelques vivacités, sa réfutation n'en sera pas moins forte • t se 
fera goûter davantage. H. Grs. 



JURISPRUDENCE 

JFarisprsidence générale et législation de la médecine- 
liharinaeie, publiée par Phily, Hknri Petkl, F. Izouard, A. Crinon , 
aIakcel Petii' et P. Bogelot. Paris, Larose et Te nui ; Admiaislraiiou 
du Recueil des Sommaires de la jurisprudence française. 1911, iu-8 de Xlli- 
959 p. — Prix : 20 fr. 

Ce volume est le recueil le plus complet qu'on puisse trouver sur 
une matière qui intéresse tout le monde et qui donne lieu aux ques- 
tions contentieuses les plus variées. Le livre premier est consacré à 
la jurisprudence. 11 embrasse une période de quinze années et cer- 
taines décisions publiées remontent même jusqu'à 1892. On peut 
dire qu'il contient la solution de presque toutes les espèces qui peu- 
vent se présenter; mais ce n'est pas un ouvrage de doctrine. Les au- 
teurs se sont interdit toute opinion personnelle et n'ont eu d'autre 
but que de renseigner leurs lecteurs sur la façon dont les tribunaux 
ont résolu les questions qui leur ont été posées. C'est un ouvrage 
essentiellement documentaire, dont la valeur scientifique réside dans 
le classement méthodique des solutions publiées, à la manière de 
la publication bien connue du Recueil des Sommaires dont il est 
issu. Le livru premier est divisé en trois titres ayant respecti- 
vement pour objet : 1" la médecine et la chirurgie ; 2^ la phar- 
macie ; 3° les autres professions concernant l'art de guérir (den- 
tistes, sages-femmes, vétérinaires, herboristes). Le livre second est 



— 229 — " 

consacré à la législation. Il contient d'abord les articles des codes 
applicables à la matière, puis le texte de 265 lois, décrets, arrêtés, 
(circulaires, qui, depuis l'arrêt du règlement du Parlement de Paris 
du 23 juillet 1748 jusqu'au décret du 18 juillet 1910, la réglementent 
à l'heure actuelle. L'impression est excellente; les références sont très 
clairement indiquées. On ne saurait mieux atteindre le but utilitaire 
que se sont proposé les auteurs. E. G. 



SCIENCES ET ARTS 

Pagejii scolaireii. Récits, fiouvenira, polémiques, par A. Va- 

ouBTTE. Paris, Bloivi, 1910, in-16 de 179 p. —Prix : 2 fr. 

Sous C(^ titre modeste, ce livre est un livre de combat. C'est la 
dt'>fonse de l'enseignement chrétien sur tons les terrains où se sont 
livrées les dernières batailles qui ont laissé tant de ruines derrière 
elles, tant de blessés aussi et un grand nombre de morts tombés vic- 
times de la misère, de la proscription et de l'exil. En faveur de ces 
vaillants, le volume de M. Vaquette, un vaillant lui-même, apporte 
un éloquent témoignage qui plaidera leur cause devant l'avenir et 
préparera les revanches nécessaires. Trois parties, consacrées aux 
trois ordres d'enseignement, l'enseignement primaire, l'enseignement 
secondaire et l'enseignement supérieur. 

Sous ces trois titres, nous trouvons une grande variété de ques- 
tions, toutes d'ailleurs étroitement unies au sujet : la question du 
monopole, la question des écoles d'Orient, la question du latin et des 
humanités classiques, la question de l'éducation des filles, la ques- 
tion des hautes études universitaires, toutes éclairées par des exem- 
ples qui augmentent le caractère pratique de ces leçons d'histoire, 
de pédagogie et de droit. L'épilogue, c'est la parole des évêques, qui 
est venue donner sa sanction aux revendications ^de l'auteur qui'se 
déclare heureux, ce sont ses dernières paroles, « de terminer avec 
nos évêques, en s'agenouillant sous cette crosse qui se lève et pour 
frapper et pour bénir, » 

Ce livre d'un vaillant est un très bon ouvrage : il'porte le témoi- 
gnage qu' « il n'aura cessé d'être un militant que lorsque la parole 
se sera éteinte sur ses lèvres et que la plume sera tombée de sa main 
glacée. » Nous espérons qu'il pourra longtemps encore livrer de bril- 
lants combats pour la justice et la liberté. P. Talon. 



lie Daupliin, par Gustave Bord. Montligeon, Impr. de Moniiigeon ; 
Pans, l'duteur, 90, avenue Niel, 1911, in-12 de 179 p., flg. dans le texte 
et 12 gravures hors texte. — Prix : 10 fr. 

M. Gustave Bord, l'éminent publiciste, auquel on doit des études 



— 230 — 

historiques si remarquables, a occupé pendant quelques années 
(1895-1899) ses loisirs deVacances à chasser le marsouin; il y a mis 
le bol entrain et l'ardeur '''qu'il apporte à tout ce qu'irontreprend; 
la curiosité de" son*^ esprit l'a conduit à faire, au cours de ces longs 
mois, mainte observation'^précise, qu'il a pris soin de noter au jour le 
jour. C'est de ces observations qu'il a lire la principale matière de ce 
petit volume, édité avec luxe, tiré à petit nombre et df dié u aux amis 
qui lui ont fait l'honneur et le plaisir de venir à bord de la 
« Lola », à ceux qui s'en souviennent et... aux autres. » 

Il y étudie en dix chapitres : l'origine du ncm du dauphin' ; la 
légende antique; les légendes modernes; le dauphin et la science; 
les mœurs des dauphins; les dauphins et la navigation sous-marine; 
les sens du dauphin; le dauphin et l'industrie; la chasse au dauphin; 
les harponneurs du dauphin. 

Ce ne sont pas les seuls amateurs de ce sport qui prendront plaisir 
et profit à ce petit volume; on y remarquera les enseignements que 
M. Bord demande aux « cochons de mer» pour la navigation sous- 
marine et les indications relatives au bénéfice que l'industrie peut 
tirer de cette chasse seront peut-être de nature à la rendre plus 
populaire. 

'^De jolies illustrations (médailles, vignettes, photographies), parmi 
lesquelles un beau et vivant portrait de l'auteur, achèvent de donner 
à ce volume un caractère d'élégance et de luxe, qui le fera rechercher 
des amateurs. E.-G. L. 

Annuaire pour l'an 1919, publié par le Bureau ries longiludfs. 
Paris, Gauthier-Villars, in-lG de vi-692. a. 47, b. 34, G. 43 — v[-81^ p. — 
Prix : 1 fr. 50. 

On sait que, depuis 1904,1e Bureau des longitudes ne publie plus en 
quelque sorte qu'un demi-annuaire chaque année. Demi est toutefois 
un terme quelque peu restrictif, attendu qu'il y a des parties ou su- 
jet s^fixes ' qui sont maintenus sans interruption, tels le calen- 
drier et à peu près toute la partie astronomique. Cependant, l'on ne 
trouvera pas, dans l'Annuaire de 1912, le calcul des altitudes par le 
baromètre, non plus que les parallaxes steDaires, la spectroscopie des 
étoiles et leurs mouvements propres, les étoiles doubles : ces données 
seront sans doute fournies derechef en 1913. Des renseignements 
nouveaux figurent sur la sismologie (M. Bigourdan), sur la 
physique solaire (M. Deslandres), et sur celle de la lune (M. Puiseux). 

La partie géographique et de statistique, ainsi que celle des mon- 
naies, poids et mesures, étant afférente aux années impaires, no fi- 
gure pas dans l'Annuaire de 1912, 

On 'sait que, do par la loi du 9 mars 1911, ce n'est plus à partir du 



— 231 — 

méridien de Paris que Ton compte les longitudes, mais biv.ix d'après ce- 
lui de la ville anglaise de Greenwich. Pourquoi ne pas l'avouer ? Pour- 
. quoi employer une périphrase et dire que les heures sont exprimées 
« en temps moyenne Paris diminué de neuf minutes vingt et une se- 
condes » ? Sans doute, ce changement constitue un certain échec à 
notre amour-propre national ; mais s'il n'y avait que'celui-là !... 

Les Notices, cette année, sont au nombre de deux. Dans la notice 
A, sur « la température moyenne des diverses parties de la France, » 
M.'Bigourdan donne, pour chaque mois de l'année, le tableau des 
lignes isothermiques sur toute l'étendue du pays, le résumé de leurs 
moyennes pour les trois mois d'hiver et les trois mois d'été, puis un 
autre tableau ou carte donnant les isothermiques moyennes de toute 
l'année. Des tableaux ou cartes analogues indiquent les variations de 
température, en mer, à Clermont-Ferrand, au sommet de la tour 
Eiffel, au parc Saint-Maur, sur l'ensemble de la France pour l'an- 
née entière. 

La très savante notice B, due à M. P. Hatt,' indique une applica- 
tion de la méthode algébrique d^s moindres carres .à la trigonomé- 
trie, pourarriver'à'Ia'^plus grande exactilude possible dans les cal- 
culs'^de" triangulation. "C. de Kirwan. 

LITTÉRATURE 

B^e IVIoyeii l«ie «lanfs la « liôsenilc des siècles » et les 
Squ'-ccs «le Victor Ifii(|o, par Paul'Brrret. Paris, H. Paulin, s. d., 
çrr. in-8 (\p l'.'î n — Prix : 10 fr. 

lift Pliilnsopliie de V. flufio (as51-t959) et deux llythes 
de la « lié fende des siëeles r, par le même. Pari», H. Paulin, 
1910, gr. in-S de Ui y». — Prix : 5 fr. 

M. Paul Berret a écrit pour thèses de doctorat deux livres bien amu- 
sants et bien instructifs. On sentait, on savait m^me déjà, par quel- 
ques illustres exemples, que V. Hugo avait, du droit de fcn génie, pris 
son bien partout où il l'avait trouvé. Mais qu'importe,, penFait-on, 
que le grand fleuve charrie dars sa nappe immense les gouttes d'eau 
de quelques ruisseaux obscur?? Il n'en vient pas moins de là-haut, 
d*^ la cime vierge et du nuage déchiré par l'éclair. Et nous voyions 
tous, plus ou moinp, 1^^ poète dans cette pose romantique de prophète 
inspiré, de vastes en délire, de Moïse parlant sur la montagne avec 
Dieu face à ^ace, pose dans laquelle il fe drapa pontificalement jus- 
qu'à la fin... Eh! non, ce prophète n'était bien qu'un « faiseur. » 
Quand à Guernesey il s'enfermait dans son Jook-out, de six heures 
du matin à onze heures, faisant croire qu'il y écoutait son démon, 
ou quand il feignait, avec ou ?anB tables tournantes, de recueillir ce 
que dit « la bouche d'ombre », en réalité dérobant à tous eon labeur 



— 232 — 

sans probité, sps démarquages, ses plagiats, il compulsait des dio- 
tionuaires et dos manuels d'histoire, il pillait des idées, des images, 
des mots même, des brassées de mots sonores, et, jetant le tout 
dans son vers qui savait tout porter, il en tirait un amalgame baro- 
que, une vraie cuisine de sorcières, dont l'étrangeté souvent faisait 
à nos yeux de badauds la seule grandeur... 

M. Betret a pu connaître à Guernesey certains des livres et jour- 
naux qu'il utilisait; non pas tous, sans doute — et il reste à ce paon 
bien des plumes d'emprunt à lui arracher ! ^ — Il a, à la Biblio- 
thèque nationale, méthodiquement, minutieusement étudié ses brouil- 
lons, les notes, les bouts de vers qu'il jetait en marge d'une revue, 
sur une facture, au dos d'une lettre. Il a pu ainsi retrouver les points 
de départ, surprendre maint flagrant délit, démêler mainte « conta- 
mination, « Suivre en ses manipulations l'alchimiste sans foi ni loi qui 
mutile, dénature tout ce qu'il touche, qui prend ou reprend un 
thème déjà mis en œuvre, une image qui a de l'éclat, un reste 
inutilisé, les fait passer d'uii sujet à un autre, sans respect aucun 
des époques, des noms historiques, de la vérité morale, ou même de la 
couleur locale, comme qui mettrait, pour être original et écarter tout 
soupçon de vol, un trait de Néron dans l'histoire de saint Louis, ou 
des détails de mœurs tartares dans la peinture de la cour de Napo- 
léon III ! Et les dictionnaires, avec le pêle-mêle qu'ils apportent de 
noms, de faits, de récits de toute provenance, de toute époque et 
de tout paJ^s, sont à qui procède ainsi des « fournisseurs « très 
Commodes et inépuisables. Aussi V. Hugo, M. Berret suit le pillard à 
la trace, compilait, compilait Moréri. On n'imagine pas tout ce qu'il 
y a de Moréri dans la Légende des siècles ! 

Il avait commencé en 1846 par le Journal du Dimanche et les 
extraits de Chansons de geste d'Achille Jubinal. Voici, aux marges 
du numéro du 1^^ novembre, quelques vers de premier jet qui annon- 
cent le Mariage de Roland. Et les erreurs matérielles de l'un copiées 
par l'autre (le géant Sinnagog au lieu de Sinugos, et le héros Closa- 
mond pris par contre-sens pour une épée) seraient suffisamment 
révélatrices, si la comparaison des deux textes ne montrait que V. 
Hugo n'a rien fait que versifier brillamment le récit qu'il avait sous 
les yeux, en mettant toutefois un panache blanc au casque de Ro- 
land (oh! l'amour du panache !)•, en le fai-sant, sur un souvenir de 
l'Arioste, traduit sous ses yeux en 1811 par Barjaud, se battre avec 
un chêne pour arme — ce qui est une autre fausseté; — en sup- 
primant, pour rendre le trait de la fin plus gros — et un peu stupide 
— l'amour déjà né au cœur de la belle Aude et l'intervention de 
l'ange entre les deux héros... 

Âymerillot vient de la même source, avec des ressouvenirs des 
Burgraves encore très proches. 



- 233 — 

Dans V Aigle du casque, il y a comme «noyau primitif »Ia poursuite 
d'Ernaut par Raoul de Cambrai, prise à la vieille chanson de geste, 
adaptée par Leglay et Jubinal, avec le trait des mains coupées, et 
l'épisode de l'intervention des nonnes. Walter Scott, que le poète a 
beaucoup pratiqué, lui a fourni le cadre écossais où ce drame né 
français a été transporté; et de la description du tournoi empruntée 
à la Jolie fille de Perth est venue l'idée de changer Ernaut, chevalier 
très viril, en un éphèbe blond et rose qui, pris de peur soudain, fuit 
éperdument devant son rival. Le Debretl's peerage qui lui avait déjà 
fourni pour l'Homme qui rit la liste des pairs d'Angleterre et de leurs 
demeures, lui a encore donné, concurremment d'ailleurs avec le fidèle 
Moréri, les noms propres dont il aime la sonorité exotique, Angus, 
Argyll, Athol, Stirling, Fergus, Balial, etc.; ainsi que la collection 
des armoiries et cimiers à oiseaux, où il a puisé pour les uns le héron, 
la chouette, et pour Tiphaine l'aigle, qui dans sa première idée 
avait ét('' une cigogne. Le faucon menaçant dressé par Walter Scott 
sur le casque de Marmion, ou, dans Içanhoé, le corbeau tenant un 
crâne dans ses serres, et ceux qui, dans le Rhin de Schreiber (un 
recueil qu'il a beaucoup dévalisé pour ses propres lettres du HJiin, 
pour Eviradnus et maint autre poème), arrachent les yeux et boi- 
vent le sang d'un chevalier persécuteur d'une jeune fille, se sont sans 
doute amalgamés sur sa rétine avec l'aigle royal qui, après avoir 
trempé son aile dans le sang de Conradin, s'envole, terrible, au-des- 
sus de l'échafaud... Et cette gravure il la voyait dans les affreux 
volumes d'un certain La Vicoraterie : Cr/mes- (ie5 Pape^, Crme.s des 
Empereurs, qui étaient parmi ses répertoires ordinaires de visions 
horrifiques pour son moyen âge de la Légende comme pour ses Châ- 
timents. Car l'inspiration des deux livres est souvent la même et 
TFe//, rastellati d'Oshor, le mangeur de rois, résistant dans son burg à 
toutes les sollicitations des princes qui veulent l'entraîner dans leurs 
fêtes, et n'abaissant son pont-levis que devant une petite mendiante, 
est si exactement la figure de V. Hugo en personne, qu'en écrivant 
la pièce le 14 juillet 1869, il mit d'abord en oeuvre la charmante lettre 
en vers par laquelle Marie-Lœtitia Ratazzi, cousine de Napoléon III, 
venait d'essayer de le séduire, la poétique réponse par laquelle il 
s'était refusé : « La France m'est fermée », puis la vision que lui. 
donnaient de lui-même les dessins des journaux anglais le représen- 
tant, patriarche charitable, au Dîner des enfants pauvres de Guer- 
nesey; tout en utilisant, suivant la coutume, et Schreiber, et Moréri, 
pour y prendre noms et détails historiques, décor médiéval, fracas 
d'armures et fracas de mots... 

Et, lorsque ont été ainsi ain?i\y?>ésr Eviradnus , et Kanul, et le 
Romancero, et le Petit Roi de Galice, et le comte Félihien et le 



— 234 — 

Sultan Mourad, la conclusion de M. Paul BeiTet s'impose que 
\'. Hu.£:o fut dans la Légende des sèches un « maître menuisier 
de la poésie, » entendez surtout un compilateur brillant et habile 
dont la documentation et les perpétuels larcins sont masqués par 
l'incohérence de sa méthode de recherches, et par l'emploi étrange — 
et malhonnête — qu'il a fait de ses sources. 

— Naturellement, c'ost la même chose pour sa " philrrcplie. « 
Erreur naïve que d'essayer d'en dégager une de l'ensemble de son 
œuvre ! « Mis comme un écho sonore » en face de toutes les folies dii 
siècle, il en avait une difféiente — vme philosophie, une folie • — à 
chaque époque de sa vie. De 1854 à 1859, ce fut la phase apoca- 
lyptique d'où sont sortis tant de pathos, répandus, quand l'avisé 
Hetzel eut évité un recueil d'Apocalypses, dans les Contemplations, 
la Légende des siècles, Dieu, la Fin de Satan, Toute la lyre, etc. Par 
le même procédé dont il s'est servi pour les poèmes épiques, M. Ber- 
ret a mis au creuset deux mythes: Le Satyre, et Pleine Mer, Plein Ciel, 
et il en a « isolé » les éléments divers : la philosophie du moment, 
amalgame de Pierre Leroux, Vacquerie, Jean Reynaud, Alexandre 
Weill, Boucher de Perthes, et des livres de spiritisme en usage à 
Guernesey; — de la mythologie bouffonne, inspirée par les parodies 
à la mode d'Offenbach et Crémieux; — des réminiscences de Virgi- 
le, d'André Chénier, de Diderot, de Shelley, du Lamartine de la Chute 
d'un ange qui lui fut un grand pourvoyeur d'idées; — et des emprunts 
très directs à un journaliste, ami de la maison, Barrillot, poète ori- 
ginal et de peu de succès, donc pillable à merci, et dont les épopées 
sur le progrès et les cantates sur la navigation aérienne étaient illus- 
trées aux yeux du visionnaire et grand descriptif par un recueil de 
gravures sur les ballons de l'avenir... Et tout cela, je le répète, est 
de bon travail, de bonne justice — et de joyeuse hygiène. 

Gabriel Audiat. 



Ii« Iiittératur« patriotique en Allemagne, l$iOO-f9l5, 
par G. Gkomaire. Paris, Colin, 1911, in-18 de vii-30o p. — Prix : 3 fr. 50. 

M. Gromaire vient d'étudier un mouvement littéraire qui déter- 
mina la politique et jusqu'à un certain point les destinées de l'Al- 
lemagne moderne, je veux dire la littérature patriotique qui suscita 
et accompagna le relèvement du peuple allemand au commencement 
de ce siècle de 1800 à 1815. L'auteur montre d'abord que ce mou- 
vement n'est pas né précisément à l'aurore du xix^ sifcîe:une période 
littéraire ne naît pas tout équipée, elle a d'obscurs avant-coureurs 
qui préparent le chemin. C'est ainsi qu'au xviii^ siècle déjà, les 
Gleira,les Kleist,^Klopstock surtout,^cn célébrant l'ancienne Ger- 
manie, contribuent à faire naître le sentiment patriotique. Lessing, 



— 235 — 

en déclarant une guerre acharnée au goût français, fut un des 
éducateurs de ce sentiment, bien qu'un jour il ait écrit : « Je n'ai 
aucune idée de ce que peut être l'amour de" la patrie. » Gœthe, 
rOlympien, qui se trouvait très bien dans son pâté de Weimar, à 
part certain jour, où son duc était menacé,'' pratiquait une hau- 
taine indifférence. Scliiller, l'exalté, veut au contraire le triomphe 
politique de son pays par la grandeur littéraire, et parle avec mépris 
« des trésors sans vie de la Grande-Bretagne et du clinquant de la 
Gaule. « Ainsi le xviii^ siècle léguait au xix^ l'orgueil de la culture 
allemande. Le romantisme avec les Schlegel, les i\rnim, les Brentano 
et les Gorres, joint au patriotisme littéraire le patriotisme politique. 
On a senti dès lors que la personnalité intellectuelle était liée au 
maintien de l'indépendance et la guerre devient inévitable contre 
l'étranger, contre l'envahisseur. Après Téna, le cri de guerre est poussé 
par un philosophe; on sait, en effet, quel retentisfement eurent les 
discours de Fichte à la nation allemande, prononcés en 1808, d'une 
éloquence parfois brillante, mais souvent fumeuse et obscure. A la 
voix de Fichte surgirent les poètes soldats : Amdt, Lamotte-Fou- 
qué, Kleist, Max Schenkendorf, K orner et Riickert: avec eux, la poésie 
patriotique prend une allure guerrière et rappelle les strophes enflam- 
mées des Callinos et des Tyrtée. M. Gromaire, dans quelques chapi- 
tres vivement écrits et mêlés de citations caractéristiques, retrace 
le tableau de cette poésie forte, enthousiaste et souvent haineuse. 
Il s'arrête en 1815, mais reconnaît que cette étude pourrait être 
poursuivie avec intérêt jusqu'en 1870, et même jusqu'à nos jours, et 
nous espérons bien qu'il l'achèvera lui-même dans un second volume. 
S'il m'était permis d'exprimer un désir personnel, je souhaiterais 
que l'auteur donnât en note le texte allemand de ses plus belles cita- 
tions; au risque de grossir un peu son volume : ce serait pour nos élè- 
ves un recueil nouveau et intéressant, une sorte de complément de 
sa Deutsche Lyrik. Oserai-je signaler à M. Gromaire un léger oubli? 
A la page 46, le texte porte : « als wir Husaren im Feld ». la traduc- 
tion donne : « que nous autres, hussards, dans les champs » : n'est-ce 
pas plutôt « hussards en campagne » qu'il faudrait lire ? 

L. Mensch. 

©«•Ifroy CTliancer [Les Grands Écrivains étrangers], par EmiLB LbgoUIS. 
Paris, Bloud, 1910, in..l6 de vii-261 p. — Prix : 2 fr. 50. 

Après avoir dirigé et enrichi d'une bonne Préface la récente tra- 
duction collective des Contes de Cantorbéry, M. Legouis nous donne 
aujourd'hui sur le célèbre auteur de ces contes'"un volume substan- 
tiel et très neuf. A'^nos^maigres' et'incertaines connaissances''sur la 
vie du~poète, au relevé des sources de ses ouvrages,''!! lui était im- 



— 236 — 

possible ou du moins fort difficile d'ajouter beaucoup; ce sont là 
matière d'explorations très spéciales et trop souvent infructueuses; 
mais des documents et des faits connus est tiré ici un très vivant 
portrait de Ghaucer, portrait assurément conjectural en partie, mais 
où toutes les conjectures sont d'un esprit sagace et présentent le 
plus haut dei^ré de vraisemblance. L'étude littéraire fait, du reste, le 
principal du livre, étude d'abord de la formation poétique de Chaucer, 
laquelle apparaît plus française encore qu'on ne l'a montrée jusqu'ici : 
«Chaucer n'a pas eu, comme on dit, une période française. Ilest français 
toujours... C'est son esprit même qui est français comme son nom. 
Il descend en droite ligne de nos trouvères et il a tout d'eux, sauf la 
langue. » Démonstration abondante est fournie de cette opi-.i.ion et 
l'on ne pourra plus désormais accepter que fort amendée la théorie 
courante des trois périodes successives (française, italienne, anglaise) 
du génie de Chaucer. Œuvres lyriques, œuvres allégoriques sont en- 
suite passées en revue par M. I^egouis, qui s'étend davantage sur 
Troïlns et Criseyde, poème qu'il étudie de très près et sur lequel il 
fait un peu plus de réserves que n'en avait fait M. Jusserand 
dans un chapitre bien connu de son Histoire littéraire du peuple 
anglais. Anx Contes de Caniorbén/ est enfin consacrée toute une moitié 
du volume et la proportion n'est que juste. Une analyse détaillée de 
ces contes paraissant nécessaire, la difficulté était d'échapper à la 
sécheresse ordinaire des résumés, mais cette difficulté a^été fort 
habilement vaincue : ces abrégés, coupés d'extraits, sont souvent 
presque aussi vivants et aussi pittoresques que le sont les pièces de 
Shakespeare abrégées par Lamb. Successivement, nous sont donc 
narrées dans leur apparent et savant désordre ces deux douzaines 
d'histoires chevaleresques ou satiriques, dévotes ou bouffonne*, 
morales ou licencieuses (licencieuses assez souvent, car les théories et 
l'esprit en sont en somme d'ordinaire ceux de nos fabliaux; et M. Le- 
gouis, exhibant son auteur tel qu'il est, ne l'a expurgé ni dansl'analyse 
qu'il en fait, ni dans les spécimens qu'il en donne). De nombreux mor- 
ceaux sont traduits en vers français, et ces traductions, de tout point 
excellentes, valent par la souplesse alerte autant que par l'exactitude. 
Enfin, Chaucer ayant été apprécié comme portraitiste, comme metteur 
en scène de ses personnages, comme narrateur, comme écrivain, la 
conclusion fait ressortir ce qui fait, avec le génie poétique, aa grande 
originahté* parmi les auteurs de son temps : curiosité et observation 
sympathique des gens et des choses, goût et faculté de voir ce qui 
est et de le peindre tel qu'il est. Aussi agréable de forme que solide 
de fond, ce petit volume est sans doute ce qui s'est écrit jusqu'ici de 
plus pénétrant, et, dans sa brièveté relative, de plus complet sur 
l'homme qu'on appelle, non sans raison, le père de la poésie an- 
glaise, A. Barbeau. 



— 237 — 

IVlichel louriévitch Ijermontoir. S>a Wie et ses oeiiYreis, 

par E. DuGHESNB. Paris, Plon-Nuurrit, lyio, in-8 de ni-378 p. — Prix: 
7 fr. 50. 

Ce livre est une thèse de doctorat et serait pour détourner de ce 
genre de littér .turc si beaucoup de thèses ressemblent h celle-là. 
Aucun amour, aucun autre sentiment marqué, aucune vue person- 
nelle à exprimer n'a apparemment déterminé l'auteur à s'occuper de 
Lermontov. Dans la" nécessité où il était d'écrire une « thèse », il 
semble n'avoir choisi cet admirable poète que pour profiter d'un 
« sujet » qui s'offrait ou qu'on lui indiquait. Ajoutez qu'appliqué 
sans doute à se mettre à l'abri des objections de ses examinateurs, 
le « candidat » ne s'est jamais aventuré à exprimer sans restrictions 
une opinion qui soit à lui. 11 n'exprime, avec une extrême prudence, 
que des demi-opinions. Soigneusement informé comme il convenait 
de tout (ou de presque tout) ce qu'on écrivit avant lui sur Lermon- 
tov, ]\L Duchesne s'en est souvenu de façon excessive. Sa marche 
en a été appesantie et est devenue pénible. L'auteur paraît ne faiie 
aucun pas sans béquilles, s'appuyant à droite sur un critique russe, 
et à gauche sur un autre critique. Vraiment on n'aperçoit, dans 
toute cette étude, rien qui appartienne en propre à notre compa- 
triote qu'environ six pages; elles se trouvent dans un des chapitres, 
très développés, qui ont trait aux influences, plus ou moins avérées, 
subies par le poète russe. Par quelques rapprochements l'auteur 
établit que Lermontov connaissait Victor Hugo mieux qu'on ne s'en 
était avisé. Il avait retenu quelques images des Orientales et quelque 
chose du romantisme de Han d' Islande et de Notre-Dame de Paris. 
A côté des grandes influences de Byron, d'Auguste Barbier, de. Pouch- 
kine, c'est un nom à ajouter à tous ceux que M. Duchesne fait 
défiler sous les yeux de ses lecteurs, de Gœthe à H. Heine, de Sha- 
kespeare à Ossian et à W. Scott, et de Chateaubriand à Alfred de 
Musset. Une critique grave à adresser à M. Duchesne est la façon 
dont sont traduits les passages qu'il cite dans ses analyses, presque 
interminables, des diver.'^^es œuvres de Lermontov. L'auteur, par un 
procédé discutable et peut-être illicite, prend tout simplement des 
traductions publiées et y introduit, sans les indiquer par aucune 
disposition typographique, les changements qu'il juge nécessaires. 
Il fallait se donner la peine de traduire soi-même (et comni' nt ne 
pas en avoir le désir?) d'autant plus que les traductions qu'emploie 
M. Duchesne et qu'il a le tort de qualifier d' « excellentes », — 
plusieurs traductions, notamment de M. Louis Léger, à qui la thèse 
est dédiée, • — d'autant plus, dis-je, que ces traductions sont extrê- 
mement faibles. Elles sont gauches, si veules et si plates, que souvent 
on se demande malgré soi, avec colère, si le traducteur auquel recourt 



.^ 238 — ; 

cumiilaisanuncjit M. Duchesne a compris, non point les mots, mais 
les sentiments du poète. Nous ne pouvons malheureusement pas insis- 
ter; une citation donnera idée du galimatias double auquel arrivent, en 
s'unissant, le professeur et l'élève : « Et notre poussière, appréciée 
avec la sévérité d'un juge et d'un citoyen, sera flétrie par la postérité 
d'un vers méprisant, avec l'ironie amère d'un fils déçu qui accuse un 
père prodigue. » (p. 63). Cette phraséologie gélatineuse doit corres- 
pondre, le croira- t-on, à une fin de poème pleine de force et de 
feu ! Que pensera-t-on aussi de cette petite phrase : « Je bourrai à 
fond ma cartouche » (p. 101), quand on apprendra qu'il s'agit, en 
l'espèce, non point d'un chasseur préparant des munitions, mais d'un 
artilleur de 1812 qui charge son canon pendant le combat ! Nous 
aurions du reste beaucoup à dire sur l'écriture de M. Duchesne 
lorsqu'il exprime quelque chose de son crû. Nos critiques, que nous 
arrêtons, ne doivent pas nous empêcher de rendre hemmage à son 
effort. Son livre est le premier travail d'ensemble fait sur Lermontov; 
à ce titre, il sera pris t n considération, et sans doute par les Russes 
eux-mêmes. C'est avec une satisfaction très réelle que l'on voit des 
Français aborder l'étude de la littérature russe; le temps approche 
enfin, croyons-nous, où nos compatriotes nous fourniront eux mêmes 
les renseignements de tout ordre dont nous avons besoin sur la Rus- 
sie, pourrons-nous bien ne plus être tributaires en cela des Polonais, 
— qui voient les choses russes avec une partialité nationale, et avec 
des yeux qui ont à s'instruire comme les nôtres, — ou des Russes, 
soit authentiques soit peu orthodoxes, qui nous content ce qu'ils 
croient juste... ou ce qu'ils veulent ! Denis Roche. 



HISTOIRE 



Mizraïm. Souvenirs d'Itgypte, par Godkfroid Kurth. Bruxelles, 
Dewil, 1912, iii-18 de 378-ii p. — Prix : i l'r. 50. 

Après tant d'œuvres remarquables consacrées au moyen âge, le 
grand historien belge a voulu, à son tour, étudier sur place la plus 
ancieime civilisation, celle d'où sont sorties toutes nos conceptions 
morales et religieuses. Son livre pourrait s'appeler « Pèlerinage d'un 
chrétien au pays d'Osiris. » Partout et toujours, ce sont les hautes 
pensées de la religion chrétienne qui le dominent en cours de route : 
en Italie et en mer, comme sur la terre des Pharaons. A la lecture 
des conseils pratiques et terre à terre de Phtahotep à son fils, ceux 
de saint Louis à sa fille Isabelle de Franco chantent dans sa mé- 
moire. Je crains même que la comparaison avec les progrès moraux 
accomplis depuis la venue du Clirist ne l'aient rendu injuste pour 
ceux que les Grecs et les Juifs eux-mêmes appelaient : les sages 



— 239 — 

d'Egypte. S'ils ont divinisé des animaux, si ces grands édifices ont 
été construits au prix d'innombrables vies humaines, ces hommes 
ont les premiers conçu l'immortalité de l'âme, la justice divine s' exer- 
çant sur elle, et rédigé cette admirable confession du mort devant les 
quarante-deux dieux juges : « Je n'ai pts tourmenté la veuve, je n'ai 
pas desservi l'esclave auprès de son maitic, je n'ai pas affamé; je 
n'ai pas fait pleurer. » La pensée éiyptiennc était presque chrétienne 
avant le Christ; aussi l'Egypte chrétienne avec les saints de la Thé- 
baïde, ses moines innombrables, fils et successeurs des reclus du 
Sérapéum, ses grands docteurs, Clémtnt d'Alexandrie, Origène, 
Athanase, a-t-elle été le plus beau fleuron de l'Eglise universelle. 
Tout cela ne doit-il pas nous porter à l'indulgence? Si l'auteur éprouve 
d'involontaires mouvements de révolte dès qu'il entre en contact avec 
l'islam, s'il se sent des sentiments de fils des croisés en face des fils des 
Sarrasins, il est définitivement conquis dès qu'il arrive vers Thébes; 
il ne dissimule pas l'émotion profonde qu'il éprouve devant l'immen- 
sité de Karnak, surtout ayant pour guide notre si aimable et si 
savant compatriote, Georges Legrain. F. de Villenoisy. 



Iloinmes et cltoses tSe l'ancienne Rome, par R. Pighon. Paris, 

Fonlemoiu^, 1911, in-16 de vu- 357 p. — Prix : S fr. 50. 
t 

C'est un recueil de six études parues dans la Revue des Deux Mon- 
des et le Journal des savants ou données en conférences au MuKce 
Guimet que nous offre sous ce titie le distingué latiniste. On les lira, 
ou on les relira avec plaisir sous ce nouvel aspect. Touchant à toutes 
les époques de l'histoire romaine, depuis la légende d'Hercule et de 
ses bœufs dérobés par Cacus, jusqu'aux polémiques de saint Jé- 
rôme, en passant par Sénèque et Néron, à peine avons-nous besoin 
de dire qu'on y trouvera quantité de vues ingénieuses, d'idées renou- 
velées, rajeunies ou modifiées, soit par des études nouvelles, soit par 
les récentes théories sur les religions anciennes. Nous signalerons 
tout particulièrement les excellentes pages consacrées par M. Pichon 
à ce maître auquel il fait si grand honneur, M. Gaston Boissier, et 
de l'œuvre de qui il est aujourd'hui l'un des meilleurs continua- 
teurs. A. B. 



La H\e privée au temps^ des premiers Capétiens, par Alfkbd 
Franklin. 1" éd. Pans, Émile-Paul, 1911, 2 vol. petit iu-8 de xxxii-34'< et 
xv-392 p. - Prix : 10 fr. 

Faire connaître par le menu la vie de nos ancêtres est une 
œuvre nécessitant de longues et patientes recherches. Dans les 
chroniques, nous trouvons la suite des principaux événements qui 



- 240 



agitèrent le monde; mais rarement elles nous apprennent comment 
vivaient les contemporains de ces événements. 11 est donc nécessaire 
(le s'adresser souvent à d'autres sources qu'aux chroniques pour 
nous faire une idée de cett-e vie. Les comptes, les inventaires, les sta- 
tuts des métiers, les poèmes satiriques, les œuvres des moralistes, 
les traités de médecine, etc., voilà les principaux travaux auxquels 
puisa M. Franklin pour composer ces deux volumes dont il donne 
aujourd'hui une seconde édition. 'Ces volumes seront intéressants à 
consulter non seulement pour les érudits qui y trouveront beau- 
coup de renseignements utiles à glaner, mais aussi pour toute 
personne instruite qui voudra connaître la société et les usages 
du moyen âge. Tout en effet est passé en revue dans ces volumes : 
l'Église avec ses fêtes, ses cérémonies et son influence morale et 
charitable; le Roi, la Reine avec leur entourage, leur cour, leur person- 
nel. On apprend dans les chapitres qui leur sont consacrés comment 
vivaient nos premiers rois, comment ils étaient servis, comment ils 
moururent et les cérémonies qui entourèrent leurs funérailles. 

Après s'être occupé des rois et des reines, M. Franklin consacre 
trois chapitres aux femmes, à leur coquetterie, à leurs costumes, à 
leur vie, nous faisant connaître leurs bijoux, les étoffes dont elles se 
revêtaient, leurs chapeaux, leurs fourrures, les menus objets dont 
elles aimaient à s'entourer. L'éducation donnée aux enfants, les soins 
qu'on leur prodiguait, leurs jouets et leurs j^ ux ne sont pas non plus 
omis. On se figure souvent les siècles du moyen âge comme des 
siècles d'ignorance et de superstition. Qu'on parcoure les chapitres 
relatifs aux lettres, sciences et arts, et on se rendra compte que, si 
les siècles passent, les charlatans restent et que le moyen âge connut, 
comme notre siècle, de vrais savants, des artistes de premier ordre 
et des professeurs qui savaient foimer et élever la jeunesse d'alors. 
Après les chapitres consacrés à la médecine et à l'hygiène, M. Fran- 
klin nous parle des repas, de la cuisine, des marchés, des épices, des 
vins, puis de la domesticité, des meubles, des jeux des animaux que 
l'on aimait avoir autour de soi, de la ménagerie du Roi, des co pora- 
tions, des ateliers, ^es confréries, du commerce, des impôts, des 
monnaies, etc. En somme, comme nous le disions au début de cet- 
article, toutes les catégories de lecteurs parcourront ces deux volumes 
avec intérêt et souvent avec grand profit. J. ^'IAKD. 



lifs H auite et Bas«e Forestz <1e Ciiinon, des origine.«i au 

XV1« 8i«cle, par Eugène Pépin. Pari-, Laveur, 1911, gr. in-8 de 
233-xxv p. — Prix : 3 fr. 

Ce livre, luxueusement édité, est une ceuvre de haute érudition. 
C'est une « Étude de législation et d'histoire forestières, » mais spé- 



— 241 — 

ciale aux deux massifs boisés dont s'est composée (et se compose 
encore aujourd'hui) la forêt de Chinon, du xii^ siècle au commence- 
ment du XVII®. Antérieurement à une vieille charte de 1190, relevée 
dans un cartulaire de l'archevêché de Tours, les textes font défaut. 
Mais, à partir de cette date, M. Pépin a pu les retrouver en nombre, 
les ayant pourchassés dans toutes les archives publiques ou privées 
de la Touraine, dans' les bibliothèques, dans les ouvrages anciens 
ou relativement récents, à toutes les sources enfin. 

De la Haute Forêt, la plus considérable puisqu'elle est indiquée 
comme ayant contenu 8.160 arpents, la Basse Forêt n'en ayant com- 
pris que 1.760, l'histoire est assez compliquée. Elle a toujours été, 
jusqu'à la Révolution, indivise entre l'archevêque de Tours, d'une 
part, et, d'autre part, le roi d'Angleterre, en sa qualité de comte 
d'Anjou vassal du roi de France, et ensuite le roi de France lui- 
même, après la réunion du comté d'Anjou à la Couronne. Elle a 
subi, durant cette longue période, en tant que propriété, les vicissi- 
tudes les plus diverses dans son mode de jouissance. La Basse Forêt, 
n'ayant jamais eu qu'un seul propriétaire — le comte de Chinon d'a- 
bord et ensuite le roi de France — d'ailleurs « (compagnon de pariage » 
de l'archevêque de Tours, a toujours été soumise au même régime. 

L'exposé des procédés d'administration auxquels la forêt de Chinon 
fut soumise offre un intérêt d'autant plus grand, que cette adminis- 
tration et l'organisation de son personnel se rattachent à celles dos 
autres forêts du royaume, variables, il est vrai, suivant chaque pro- 
vince, mais ayant de nombreux points communs. 

La vente et l'exploitation des coupes de bois, surtout l'exercice de 
la chasse, la répression des délits, et les nombreuses questions qui 
se rattachent à la jouissance, ne sont pas le résultat le moins inté- 
ressant de la mise en œuvre des documents recueillis par l'auteur. 

Un non moindre intérêt s'attache à la vaste et complexe questioji 
des droits d'usage étudiée dans ses origines et dans l'évolution qu'ils 
ont subie, dans les diverses catégories d'usagers, le tout suivi d'une 
carte à grande échelle de la forêt, dressée en 1673. Ainsi se clôt la 
quatrième et dernière partie de l'ouvrage. 

Trois annexes le suivent, donnant ; (I). Les listes des « officiers des 
eaux et forêts de Chinon et de Touraine »; (II). La bibliographie 
d'histoire et de législation en matière forestière; (111). La biblio- 
graphie spéciale à l'histoire de la forêt de Chinon. C. de Kirwan. 



Hiatoire sociale des relîgioMS, par Maurice Vernes. I. Les Reli- 
gions occidentales dans leur rapport cvtc le progrès politique et social. P&ris, 
Giard et Brière, 1911, in-8 de 539 p. — Prix : 10 fr. 

L'auteur a fait des efforts visibles pour être impartial, et je crois 
Mars 1912. T. GXXlV. 16. 



— 242 i— 

qu'il l'a souvent été, dans cette longue enquête à travers l'histoire 
des religions et des peuples de l'Occident. 11 se place fréquemment 
à un point de vue rationaliste qui ne saurait être le nôtre; du moins 
n'est-il pas du nombre de ceux, tels que Renan et son école, qu'il fus- 
tige vigoureusrment au passage, qui, pour satisfaire leur rage de sec- 
taires, non seulement sollicitent les textes, mais les mettent à la tor- 
ture et les dénaturent à plaisir. M. Vernes, sauf erreur, appartient, de 
naissance du moins, à la religion réformée, de là une préférence très 
naturelle pour celle-ci, bien qu'il ne déguise nullement les abus d'au- 
torité et autres fautes que l'on est en droit de reprocher aux Luther 
et aux Calvin, sans parler des Henri VllI. Tout en faisant au chris- 
tianisme, en général, sa part, sa large part dans l'amélioration mo- 
rale des nations, il aurait pu insister davantage sur les institutions 
hautement civilisatrices du catholicisme, au lieu d'appuyer sur des 
excès commis en son nom, mais réprouvés par lui. Si les guerres de 
religion qui ensanglantèrent l'Europe au xvi<^ siècle furent trop sou- 
vent atroces, je ne sache pas que le protestantisme, sous ce rapport 
du moins, ait quelque chose à envier au catholicisme. En tei minant 
ces lignes, qui sont moins un compte rendu qu'une appréciation som- 
maire, je tiens à dire que le lecteur trouvera dans cet ouvrage, 
fortement documenté, plus d'une indication utile et plus d'une judi- 
cieuse observation. A. Roussel. 

Ijcs PhilOBoplsc« et In Société française au 1L¥1I1« fliéele, 

par M. RùUsTAN. Paris, Ilachelte, 1911, in-16 de xi-391 p. — Prix : 3fr. 10. 

La Révolution française est-elle l'œuvre des philosophes du 
xviii^ siècle? L'esprit philosophique a-t-il créé l'esprit révolution- 
naire? Nûn, disent certains auteurs comme M. Rocquain et M. Au- 
bertin; il y avait un esprit révolutionnaire, alors que les philoso- 
phes avaient à peine commencé à vivre et, en 1753, la Révolution 
fut sur le point d'éclater. Oui, disent les autres, et la preuve, c'est 
que la Révolution ne s'est pas faite en 1753, a éclaté en 1789, 
après que les philosophes eurent pubhé leurs ouvrages; ce sont 
eux qui, s'ils n'ont pas créé l'esprit révolutionnaire, l'ont déve- 
loppé et ont amené l'explosion. M. Roustan qui, à l'inverse de 
M. Faguet, partage cette dernière opinion, a examiné quelle a 
été l'influence des philosophes sur les diiTérentes classes et les divers 
organes de la société, sur la royauté, sur les favorites, sur la 
noblesse, sur les magistrats, sur les financiers, sur les salons, 
sur la liourgeoisie, sur le peuple. Louis XV n'aimait pas beaucoup 
les philosophes, mais il les a servis par les scandales qu'il a donnés 
et l'avilissement qu'il a infligé à la Royauté. Les -favorites — 
jyjme de Pompadour notamment — protégeaient les philosophes, et les 



.- 243 — 

philosophes s'accommodaient fort bien d'abus où ils trouvaient leur 
compte. La noblesse, la noblesse de cour surtout, se jeta à corps 
perdu dans les nouvelles doctrines; la noblesse de province s'en 
méfiait; mais elle était pauvre et avait peu d'influence. M. Rous- 
tan — et nous ne saurions partager son avis — prétend que la 
noblesse française, à l'inverse de la noblesse anglaise, était un 
corps fermé; c'est une erreur, suivant nous : sans parler des fa- 
miEes anoblies pour d'insignes services, comme les Colbert et les 
Phélypeaux, un grand nombre de Français entraient dans la no- 
blesse en achetant des charges qui la conféraient. Les magistrats 
censuraient et condamnaient les philosophes en principe; mais, en 
fait, ils les épargnaient et leurs grandes querelles avec le clergé 
sur le jansénisme, l'expulsion des jésuites qui est leur œuvre, ont 
plus que tout servi la cause philosophique. Les salons ont été les 
principaux soutiens des Encyclopédistes; c'est là qu'ils ont parlé, 
c'est par là que se sont propagés leurs écrits; ils y régnaient en 
maîtres et c'est de là qu'ils envahissaient l'Académie. Quant au 
peuple, nous ne croyons pas qu'il ait été à la fin du xviii^ siècle 
aussi malheureux que le prétend l'auteur; le tableau qu'il trace 
de la misère populaire, que nous ne voulons nullement nier, nous 
parait poussé au noir, et l'on en trouverait la contre-partie dans 
les travaux si documentés de M. Albert Babeau et de M. Arda- 
scheff sur les Intendants sous le règne de Louis XVI. Mais le plus 
curieux chapitre de ce volume est peut-être celui qui concerne 
les rapports des philosophes avec les bourgeois; il y a là un por- 
trait piquant de l'avocat Barbier, véritable type de bourgeois pari- 
sien amoureux de son bien-être, passionné d'ordre matériel, dévoué 
au Roi, mais un peu frondeur, un peu sceptique et adoptant, par 
esprit d'opposition, des théories dont l'application emportera un 
jour tout ce qu'il aime, comme ces riches capitalistes de notre temps 
qui patronnent le socialisme dont ils seront les premières victimes. 
Nous différerions d'opinion sur plus d'un point avec M. Roustan, 
ne fût-ce que sur le zèle des philosophes et, en particuMer, de Vol- 
taire pour l'instruction du peuple; mais nous reconnaissons l'inté- 
rêt et le mérite de son œuvre qui révèle une étude approfondie 
du sujet; l'auteur a eu le mérite et le courage bien rares de lire 
ou tout au moins de parcourir les gros in-folios de l'Encyclopédie 
dont il fait de fréquentes citations. Mais nous voudrions qu'il 
donnât de plus nombreuses références sur ces citations en indiquant 
les volumes et les pages. Nous savons que depuis quelque temps 
on a abusé des notes, mais il n'y en a pas une seule dans ce livre; 
c'est vraiment trop peu. Ma.x. de la. Rochkterie. 



— 244 - 

lies Impôts iiirerts «ous rancîeii régime, principalement 

nu XVllI® siècle, -par Marcel Makion. Paris, Coraely, 1910, gr. iu-8 
de m p. — Prix : 12 fr. 

Le livre de M. Marion inaugure de la manière la plus heureuse la 
Collection de textes sur l'histoire des institutions et des services publics 
de la France moderne et contemporaine, publiée sous la direction de 
M. Camille Bloch, et je m'excuse auprès des lecteurs du Polybiblion 
d'avoir mis quelque retard à le leur présenter. C'est un excellent guide 
qui rendra service à tous ceux qui voudront étudier le fonctionne- 
ment des impôts directs à la fin de l'ancien régime, et dans lequel 
on trouvera déjà tous les textes essentiels et les documents les plus 
importants sur la matière. L'ouvrage comprend deux parties, d'iné- 
gale étendue : d'abord une Introduction (p. 1 à 123), et ensuite le 
Recueil de textes (p. 125 à 416). L'Introduction, nourrie et condensée, 
expose à grands traits l'histoire des principaux impôts directs à la 
fin du xvii^ et au xviii® siècle : la taille, — la capitation, — le 
dixième, le cinquajitième et les vingtièmes, • — l'impôt remplaçant 
la corvée. On aurait peut-être souhaité un peu moins de brièveté sur 
l'histoire de la taille royale avant le dix-huitième siècle, notamment 
au dix-septième; M. Marion la suppose connue et renvoie, d'ailleurs 
(p. 431), à l'étude de M. Callery, qu'il trouve cependant trop opti- 
miste. Peut-être encourt-il parfois lui-même le reproche opposé, en 
poussant un peu trop au noir le tableau (par ex., p. 8 : « passer 
pour indigent était le seul moyen de ne pas le devenir effective- 
ment »). Mais ce sont là de petites chicanes, sur lesquelles il y aurait 
mauvaise grâce à insister; et cette Introduction, avec ses références 
aux documents publiés dans la seconde partie de l'ouvrage, constitue 
un résumé clair et substantiel de l'histoire des impôts directs à partir 
de Louis XIV. 

Dans le Recueil de textes (p. 125 et s.) ont été réunis, sur chacun 
des impôts en question, d'une part les actes du pouvoir souverain 
(édits, déclarations, arrêts du Conseil), d'autre part, des extraits des 
correspondances administratives auxquelles ils ont donné lieu, des 
extraits des mémoires et rapports des assemblées provinciales, ainsi 
que des remontrances des cours souveraines, et enfin quelques pages 
d'auteurs du dix-huitième siècle. Cet ensemble de documents bien 
choisis, rassemblés en un volume facile à consulter, forme déjà une 
mine précieuse : plus de la moitié étaient inédits. Mais ce qui sera 
peut-être encore plus précieux pour les travailleurs, c'est la bibho- 
graphie qui le complète (p. 421 à 432) : ils y trouveront l'indica- 
tion détaillée des fonds d'archives à consulter, et la liste des princi- 
paux ouvrages imprimés, tant anciens que modernes, sur ces matières. 

On voit par ce simple sommaire quels services cet ouvrage est 



-- 245 



appelé à rendre, et l'intérêt qu'il présente à lui seul pour le lecteur 
qui s'en tiendra à son contenu. On ne pouvait, du reste, trouver de 
n)eilleur guide, en pareille étude, que l'auteur de l'Impôt sur le 
revenu au xyiii^ siècle; et on relèvera, dans ce nouveau volume, bien 
des traits qui donnent à réfléchir. André Lemaire. 



La Ciiiinde Peur de fSSO, par Edouard Forbstié. Moniauban, 
Masson, l'MI, in-8 de xv-201 p. — Prix : 4 fr. 

Quelques semaines après la prise de la Bastille, dans les derniers 
jours de juillet ou les premiers jours d'août, une extraordinaire 
panique se répandit dans toute la France. Les bruits les plus ef- 
frayants et les plus étranges circulaient, variant un peu suivant les 
contrées, mais annonçant un même fait et provoquant une même 
terreur : le pays était envahi. Dans l'est et le nord, c'étaient 
les troupes impériales; dans la Bretagne et les pays maritimes, 
c'étaient les Anglais; dans le centre et le midi, c'étaient des bri- 
gands, dont on ne disait pas l'origine, mais qui brûlaient les ré- 
coltes, pillaient les maisons, massacraient les habitants. En quel- 
ques endroits, c'était le comte d'Artois qui, à la tête de 16.000 
hommes, venait opérer une sanglante contre-révolution. Des agents 
mystérieux, qui apparaissaient comme un éclair et disparaissaient 
comme une ombre, passaient dans tous les villages, colportant ces 
nouvelles et propageant la terreur. Les femmes s'enfuyaient, emme- 
nant leurs enfants ; les vieillards se cachaient ; les hommes valides 
s'armaient de piques, de faux, de fusils, quand ils en trouvaient, 
faisaient des patrouilles, partaient en reconnaissance, ne décou- 
vraient naturellement rien puisqu'il n'y avait rien,, et, déçus, se 
jetaient souvent sur les châteaux qu'ils incendiaient, et égorgeaient 
les seigneurs. Partout, les autorités constituaient des comités de 
vigilance et des gardes civiques pour maintenir l'ordre et se défen- 
dre contre ces ennemis imaginaires. C'est ce qu'on a appelé la 
«Grande Peur, ;> qui a régné d'un bout de la France à l'autre, au 
même moment et dans les mêmes conditions. Un érudit de Mon- 
iauban, lauréat do l'Institut, fouilleur habile, connu par nombre 
de brochures et d'cuvrages, fruit de patientes et heureuses recher- 
ches, a réuni dans ce volume tout ce qu'il a pu trouver dans toutes 
les parties de la France, au nord, au centre, dans Test, dans 
l'ouest et, plus spécialement, dans le midi, sur cet émouvant sujet, 
dont le savant historien qu'est M. Funck-Brentano a pu écrire : 
I' «La Grande Peur est un événement de la plus haute impor- 
tance et peut-être le plus important de la Révolution ». Le conscien- 
cieux travail de M. Forestié prouve la vérité de l'aphorisme de M. 



V — 246 — 

F'JTick-Brentano, et établit l'existence manifeste d'un complot préparé 
d'avance et qui éclata tout d'un coup, sur tous les point<^ du p^ys, 
avec une spontanéité et une simultanéité foudroyantes. Oa a voulu 
avoir partout et en même temps une organisation révolutionnaire 
qui pût contrebalancer et remplacer l'organisation régulière et of- 
ficielle, substituer les gardes nationales à l'armée royale. La 
prise de la Bastille avait fait éclore cette organisation dans les 
villes; la grande peur la fit éclore dans les campagnes. Mais qui 
lança le mot d'ordre et envoya les émissaires? Est-ce Mirabeau, 
Sicyès, Talleyrand, le duc d'Orléans? On les en a tous accusés tour 
à tour, et il est bien possible qu'ils aient tous leur part de respon- 
sabilité dans le complot. Mais M. Forestié incrimine plus encore 
la franc-maçonnerie"; il cite, à l'appui de son opinion, certain passage 
d'un ouvrage publié en 1797 par un bomme très mêlé au mouve- 
ment révolutionnaire du midi, Sourdac, et il faut bien avouer que 
ce passage est singulièrement suggestif. 

A la fin de la belle Préface qu'il a mise en tête du livre de 
M. Forestié, M. le baron de Batz a exprimé le souhait que les 
nombreux articles publiés par l'auteur sur les Déhuis de la Révo- 
lution dans le sud-ouest de la France soient bientôt réunis en vo- 
lume. Malheureusement, M. Forestié est mort tout derniè- 
rement, et ce voou risque fort de n'être pas réalisé. 

Max. de la Rochsterie. 



Ij» Fin d'un régime. !Tlontl>^linril, Bcifort et la II»ute- 
.^Isace au itéltiit delà Révolution française, 17^9-1 793, 
par LÉON Sahler. Paris, Champion, 1911, in-8 de 212 p., avec 4 planches. 
— Prix : 6 fr. 

Quelque vingt années avant les premiers éclats de la Révolution 
française était venu s'installer dans le pays de Montbéliard le prince 
Frédéric-Eugène de Wurtemberg qui, moyennant finances, avait 
obtenu de son frère, le duc régnant de Wurtemberg, sa nomination en 
qualité de stathouder de Montbéliard. Il y menait une vie agn'abl 
et facile, tout occupé à faire le bonheur de gens qu'il aimait et d'un 
pays qui lui plaisait, résidant tantôt dans la petite capitale de 
la principauté, tantôt dans son château d'Étupes, à peine éloi- 
gné d'une lieue et construit par ses soins. 

Mais bientôt les troubles que la Révolulion à ses débuts suscita 
partout >n France et spécialement en Franche-Comté et en Alsace, 
provinces qui encerclaient ce petit pays, eurent leur répercussion à 
Montbéliard non point du fait des habitants, mais de celui des voi- 
sins français. Comtois et Alsaciens. Si bien que, après avoir réclamé 
beaucoup et récriminé un peu tant à Paris qu'à Belfort et à Besan- 



— 247 — 

çon, lo princo Frédéric-Eugène dut quitter ses chères résidences et se 
retirer à Bâle. 

Ces pauvres Montbéliardais, dont la destinée était liée depuis près 
de quatre siècles à celle du Wurtemberg, eurent alors à supporter 
les pires ennuis. Toujours menacés par la France, molestés aux fron- 
tières par les autorités qui les ruinaient en entravant leur commerce 
et même en l'empêchant totalement, c'est en vain qu'ils adressèrent 
des plaintes de tous côtés. La surdité était générale, ou à peu près. 
Puis un jour (septembre 1792), les Belfortains organisèrent contre 
Monthéliard une expédition d'opéra-bouffe, qui n'en réussit pas moins : 
la ville se rendit sans combat. Mais les « vainqueurs «, qui n'avaient 
pas brûlé une seule cartouche, furent désavoués et durent abandonner 
leur conquête. Un peu plus tard (10 avril 1793), le général Després- 
Crassier, avGC 216 hommes, renouvela cet exploit; toutefois, le soir 
même de son arrivée, il se retirait, laissant au château quatre gendar- 
mes en guise de garnison. 

JNIontbéliard ne devait rentrer sérieusement et définitivement 
dans la grande unité française que le 10 octobre 1793, quand le con- 
ventionnel Bernard de Saintes dit Pioche- For v:nt en prendre pos- 
session « au nom de la République française une et indivisible. « 

M. Léon Sabler nous raconte toute cette histoire de façon très inté- 
ressante et très vivante. Son travail, qui se termine par un Index 
alphabétique fort utile, est d'ailleurs appuyé d'importants docu- 
ments, tels que le Journal du comte du Lau, gouverneur de Belfort 
(p. 128-158), de Lettres relatives à la réunion de Mulhouse à la France 
(p. 159-180) et de treize autres pièces justificatives d'envergure 
moindre. Les deux portraits hors texte et les deux autres planches 
typiques qui ornent cet ouvrage ont été remarquablement exécutés. 

E.-A. Chapuis. 



IVoiiveaux Rérite des temps révoliitioiiRairesi, â'.iprèx des 
documents innlil^, par Rrnbst Daudbt. Paris, Haclielte, 1910, in-16 de 
vii-273 p. — Prix : 3 fr. oO. 

Ce titre est-il bien exact et convient-il de l'appliquer à des faits 
qui, pour la plupart, se sont passés sous l'Empire et la Restaura- 
tion? La période révolutionnaire n'était-elle pas déjà close? Non, 
répond l'auteur. « Les événements tragiques qu'elle vit s'accomplir 
durant les années qui suivirent la prise de la Bastille ont laissé 
dans ce pays des traces si profondes; nous subissons toujours si 
vivement leur influence et, enfin, ceux de nos jours, quand on en 
étudie les origines, les causes, le caractère, s'y rattachent si visi- 
blement qu'il n'est pas téméraire de prétendre que le cycle révolu- 
tionnaire ouvert, il yT'a cent trente ans, n'est pas encore fermé ». 



— 248 — 

Et ce qui se passe tous les jours sous nos yeux nous démontre 
trop que l'auteur a pleinement raison. 

Quoi qu'il en soit, ces nouveaux récits des temps révolutionriài- 
res sont, comme toutes les œuvres de M. Daudet, très intéressants 
et remplis de détails inédits. Qui connaissait en France cette exquise 
impératrice Elisabeth de Russie dont le grand- duc Nicolas Mikhaï- 
lovitch a réuni et publié la volumineuse correspondance, femme 
si charmante et si chrétienne qui, délaissée par son mari, l'empereur 
Alexandre, lui resta toujours fidèle et dévouée avec des délica- 
tesses de sentiments incomparables? 

Quelles amusantes révélations sur les dessous du congrès d'Aix- 
la-Chapelle, empruntées à des rapports d'agents secrets, attachan- 
tes peintures de ces princes et de ces diplomates réunis autour 
de la table du congrès, parmi lesquels se détache, avec un admira- 
ble relief de désintéressement et de patriotisme, la grande figure 
du duc de Richelieu! Et, avant le congrès d'Aix-la-Chapelle, voici 
les grands desseins de ce vieux roi, dont la fermeté et l'autorité, 
grandies par l'épreuve, sauvèrent la France du démembrement. 
On conçoit qu'il ait suscité des dévouements comme celui du che- 
valier de Gouault, si tragiquement fusillé à Troyes en 1814. 

Mais le plus piquant peut-être de tous ces récits, en tout cas le 
moins connu, c'est l'Odyssée d'une aventurière. Étrange odyssée en 
effet que celle de cette Madame Riflon, fille d'un équarisseur de 
Bourges, qui débarque tout d'un coup, on ne sait pourquoi, à 
Madrid, trouve moyen de capter la confiance à la fois du repré- 
sentant des Bourbons, le duc d'Havre, de l'ambassadeur de la Rén 
publique, Pérignon, et du ministre du roi d'Espagne, le prince de 
la Paix; qui reparaît ensuite en Allemagne et en Russie sous le 
nom de M"^*^ de Nembaud, puis de M"^^ de Bonneuil, voit le comte 
d'Avaray, le comte de Car aman, agent du comte de Provence à 
Saint-Pétersbourg, le général de Beurnonville, ambassadeur de 
France à Berlin, le comte Rostopchine, ministre du Czar; est bien 
reçue partout et prise au sérieux par les plus grands personnages. 
Seul, Louis XVIII flaire l'intrigue et refuse de recevoir l'aventu- 
rière. Puis elle disparaît et l'on ne sait ce qu'elle devient. Espé- 
rons que de nouvelles recherches révéleront à M. Daudet, si patient 
dojns ses investigations et si heureux dans ses découvertes, la fin 
véritable de l'odyssée. Max. de la. Rocheterie. 



mMalre de l« y^Uerre de Vendée, par le chanoine Dsniaù, Dom 
Chamard et l'abbe Uzurbau. T. V et Vi. Angers, Siraudeau, s. d.,2T0l. 
gr. iQ-8 de 821 et 823 p., avec cartes. — Prix: 15 fr. 

L'éditeur Siraudeau vient de donner au public les derniers rolumei 



^ 249 — 

de la grande Histoire de la guerre de Vendée^ de l'abbé Deniau, revisée et 
mise àjourpar Dom Chamard etM. l'abbé Uzureau.C'estl'histoiredes 
derniers épisodes de la Grande ("merre, on pourrait presque dire do 
l'agonie de la Vendée. Quand s'ouvre le cinquième volume, deux des 
glorieux chefs de la première lieure restent seuls en armes : Charetto 
et StolTlet; mais ces armes, ils sont sur le point de les déposer : à bout 
de forces, ils signent, avec les représentants délégués de la Conven- 
tion, le traité de la Jaunaye. Y eut-il, à ce traité, des articles secrets, 
stipulant la délivrance de Louis XVII et le rétablissement de la 
Royauté? Au milieu de tous les témoignages contradictoires, l'auteur 
semble croire qu'il y eut bien des pourparlers, aucun engagement écrit, 
mais des promesses vagues, donnant, suivant îe mot de Napoléon, 
« une juste idée de l'habileté des négociateurs républicains et de la 
crédulité des négociateurs vendéens » et qui ne furent, bien entendu, 
jamais suivies d'effet. La paix d'ailleurs ne devait et ne pouvait pas 
durer longtemps.Les conflits ne tardèrent pas à se produire et la guerre 
reprit pour aboutir promptement àladéroutedes Vendéens et à la mort 
de Stofflet et deCharette, fusillé dans cette ville de Nantes, où il était 
entré en triomphateur quelques mois auparavant. t*acifiée par Hoche, 
puis par Ilédouville, la Vendée,épuisée, à laquelle on avait rendu ses 
prêtres et l'exercice du culte, n'eut que quelques escarmouches par- 
tielles sous le Directoire et le Consulat et resta complètement tranquille 
sous l'Empire. Aux Cent Jours elle reprit les armes, à l'appel de Louis 
de la Rochejacquelein; mais ce dernier fut tué au combat des Mathes et 
la défaite de Napoléon à Waterloo mit fin au soulèvement. La Restau- 
ration à son début ne fit pas grand'chose pouT* la Vendée. Préoccupé 
de ralliera sa couronne 1 s anciens révolutionnaires convertis, 
Louis XVIII oublia un peu ceux qui l'avaient fidèlement servi pen- 
dant les jours d'exil. Certaines mesures, certaines nominations les 
froissèrent, et lorsque, après la révolution de Juillet, la duchesse de 
Berry vint chercher en Vendée des défenseurs pour le trône de son fils, 
elle n'en trouva qu'un petit nombre. La prised'armes de 1 ~'32, mal orga- 
nisée et insuffisamment préparée, aboutit à l'héroïque défense de la 
Pénissière et à la captivité de la princesse livrée par Deutz. 

Ici naturellement s'arrête l'œuvre de l'abbé Den'au, œuvre magis- 
trale dont les recherches du curé de Saint-Macaire, de Dom Chamard 
et de M. l'abbé Uzureau, appuyées sur des documents récents ou iné- 
dits, ont fait une œuvre absolument nouvelle, enrichie de curieuses 
illustrations et complétée par une carte générale du théâtre de la 
guerre et des cartes des principaux champs de bataille. 

Max. de la Rocheterie. 



— 250 — 

IVu|»oléon et rRlirn.te. Austerlitz. fja Fin «lu Saint- 
Empire (t^O 1-1 1^06). par ÉDOUAKD Driault. Paris, Alcan, 1912, 
in-S de 492 p. — Prix : 7 fr. 

IVapoléon et l'Europe. lia B'oliticiue extérieure de ]V.<«po- 
léoei I^', d'après les iravaUx récents, par le inèiiie. Paris, Leroux, 1911, 
in-8 (16 44 p. (Extrait des Annales révolutio7inai7-'!s, jiiillel-soptembre 1911). 

lies Itrulots aiifflaiiii en rnclo de l'île d'Aix (1)409), par 

J. SiLVKSTRE. P.iris, Savaète. 1912, in-8 de xv-2o2 p. — Prix : 3 fr. 50. 

IVapoléon et les Invalide»^, par le général Niox. Paris, Delagrave, 
s. d., gr. in-4 de 152 p., avec iiii frontispice et 40 pi. — Prix : 30 Ir. 

Kinéraire général de Napoléon I'^^ par Albert Schubrm\ns. 
2' édition. Piiris, Jouve, 1911, gr. in-8 de xi-464 p. — Prit : 7 fr. 50. 

IKiblio^rapliie du temps de IVapoléon, eomprenânt l'Iiis- 
toire des États-Uni.^, par Frédbkic-M. Kirgheisbn. II. Première 
partie. I\'apoléon et sa Famille. Mémoires, correspondances, biographies- 
Paris;, Champion; Genève, Kircbeisen ; Londres, S. Low, Marstoo, l912i 
gr. in-8 de 208 p. - Prix : 10 fr. 

Ilîbliographle napoléonienne française jusqu'en 190S, 

par Gustave Davois. T. III (N-Zi. Paris, l'Édition bibliographique. 1911, 
in-8 de 249 p., avec portrait. — Prix : 30 fr. 

M. Edouard Driault continue la série d'études qu'il a entreprises 
sur Napoléon et l'Europe en un second volume qui a pour sujet : 
Austerlitz. La^ Fin du Saint-Empire 1804-1806, et fait exactement 
suite au premier, dont le Polybihlion a rendu compte : La Politique 
extérieure du Premier Consul, 1800-1803. Il a exprimé ainsi lui-même 
l'origine et le caractère de l'idée générale qui dirige son esprit en cette 
vaste carrière : « En écrivant la Question d'Orient, il y a une douzaine 
d'années, j'avais noté le rôle capital qu'y avait joué Napoléon en arrê- 
tant la poussée russe sur Constantinople. J'ai voulu rechercher les 
raisons de cette politique et en préciser les épisodes : l'histoire de 
la Politique orientale de Napoléon (1806-1808) m'a obligé à constater 
que les ambitions impériales de Napoléon étaient de nature à embras- 
ser tout le domaine méditerranéen, et que par conséquent l'Italie et 
Rome y avaient dû tenir la première place : je me suis confirmé dans 
cette impression en écrivant Napoléon en Italie (1800-1812). Enfin 
il m'a paru qu'il y avait quelque chose d'arbitraire et qu'il pouvait 
y avoir quelque risque d'interprétation forcée à découper l'œuvre 
extérieure de Napoléon par morceaux si importants qu'ils fussent dans 
l'ensemble de sa carrière, et j'ai donc rêvé de reconstituer la pnisée 
de Napoléon en matière de politique extérieure. » — Précédé d'une 
Bibliographie intÛTcssante, le volume sur Austerlitz et la Fi?i du Saint- 
Empire comprend trois livres et dix chapitres intitulés : Livre pre- 
mier. Le Sacre (180'j). Chapitre I. Le Saint-Empire. II. Napoléon 
empereur (18 mai 1804). III. Le Sacre de Notre-Dame (2 décembre 
1804). — Livie II. Austerlitz (1805). Chapitre IV. Le Couronnement 
de Milan (mai 1805). V. La Troisième Coalition (août 1805). \L 



— 251 — 

Austerlitz-Schœnbrunn ei Prcsbourg (fk'cembrc 1805). — Livre III. 
L'Héritage du Saint-Empire (1806). Chapitre VII. L'Organisation 
de l'Italie. VIII. La Confédération du Rhin (12 juillet 1806). IX. La 
N(''gociation de 1806. X. Vers léna et Tilsit. — Ce serait de la part 
do la critique une exigence trop commode pour elle et insoutenable 
au fond que de demander à un auteur en pareille matière une infor- 
mation complète et une exposition définitive. Il suffit que celle-là 
soit ample et solide et celle-ci instructive dans son ensemble. C'est le 
cas pour l'ouvrage de M. Driault, principalement fondé sur les ar- 
chives de notre ministère des affaires étrangères. Il renferme, de plus, , 
sur tel et tel point des détails d'un grand intérêt, par exemple sur 
l'état politique et social de l'Allemagne d'alors et même de l'Alle- 
magne antérieure. Il y a lieu évidemment à discussion sur les appré- 
ciations et les vues de l'auteur, en contradiction à certains égards, et, 
selon nous, non sans raison, avec certaines thèses du regretté Albert 
Sorel. Mais il y a lieu aussi de tenir grand compte de la plupart de 
ses observations. La principale réserve à faire ici se rapporte aux 
doctrines, aux tendances philosophiques et politiques de l'auteur, 
dont la marque se retrouve en ce volume, quoique moins accentuée 
que dajis ses précédentes études sur le même sujet. Son style mérite 
de grands éloges pour son absence de recherche, pour sa netteté, sa 
vigueur et sa précision. 

— On prend une idée encore plus claire de l'entreprise de M. Driault 
et comme une anticipation des volumes futurs où il nous en donnera 
la suite et l'achèvement, dans son remarquable opuscule : Napoléon 
et l'Europe. La Politique extérieure de Napoléon I^^ d'après les tra- 
vaux récents. « Il m'a paru utile et intéressant, nous dit-il, de recueillir 
les résultats de cette activité nouvelle de la littérature napoléonienne, 
de rechercher l'orientation générale qui s'y révèle. Cette étude sera 
donc, en bref, un état actuel delà connaissance historique au sujet 
de la politique extérieure de Napoléon. On ne sera pas étonné d'y 
trouver surtout l'interprétation personnelle que je propose de la 
question, où j'admets très bien qu'il y ait encore, et pour longtemps 
sans doute, matière à discussion. » Disposé, pour notre part, à tom-. 
ber d'acoord avec M. Driault sur plusieurs questions touchées dans 
cet opuscule, nous différerions de lui sur d'autres. Tout en reconnais- 
sant, par exemple, que les pages intitulées : Napoléon et la Résolu- 
tion (p. 29 et suiv.) contiennent des considérations fort intéressantes, 
nous né saurions en approuver l'esprit général, non conforme, selon 
nous, à la juste interprétation de l'histoire et qui procède d'une doc- 
trine d'école philosophique, pour ne pas dire de secte"quasi-religieuse. 
Pour les adeptes de cette doctrine, la Révolution n'est pas un ensem- 
ble de phénomènes produits par des causes^puissantes et diverses, 



— 252 — 

mais uiio sorte d'entité métaphysique et mystique réalisée dans leur 
imairination en une divinité infaillible et propice. Pure chimère ! — 
Nous espérons que cette illusion a priori exercera le moins d'influence 
possible sur le recueil périodique récemment fondé par M. Driault : 
Revue des études napoléoniennes et dont on trouvera régulièrement 
le sommaire dans la Partie technique du PolyhihUon. Le fondateur 
a pris pour devise le mot célèbre de Tacite : Sine ira cl studio, et fait 
appel au concoure de collaborateurs de toute origine et de toute 
opinion. L'impartialité est une qualité plus aisée à proclamer en théo- 
rie qu'à mettre en pratique. Puisse l'équité tout au moins être l'ins- 
piratrice (le la direction donnée à la nouvelle Revue par M. Edouard 
Driault ' 

— L'une des questions examinées avec soin par l'auteur de Napo- 
léon et l'Europe est et sera naturellement le caractère de la longue 
lutte soutenue par le dominateur du continent contre la maîtressa 
des mers, de l'Empereur contre l'Angleterre. C'est un des épisodes 
de cette guerre acharnée qu'a retracé en détail M. J. Silvestre, avec 
une très curieuse étude de ses conséquences judiciaires et la produc- 
tion de documents très instructifs, dans son volume intitulé : Les 
Brûlots anglais en rade de l'île d'Aix (1809). L'ouvrage est de valeur 
pour notre histoire maritime; il l'est aussi et peut-être plus encore 
pour la connaissance de certaines parties des mœurs administratives 
et judiciaires de l'Empire. Le procès des quatre capitaines de vais- 
seau traduits en conseil de guerre, qui se termina par l'exécution, 
vraiment unique, de l'un d'entre eux, jette une triste lumière sur ce 
qui se commettait parfois alors sous le couvert de l'autorité impé- 
riale, trop peu préoccupée, dans son énergie impulsive, des droits et 
des garanties dûs aux justiciables dans une société chrétienne et civi- 
lisée. Dans le cas présent, d'ailleurs, l'opinion de M. Silvestre est que 
si « une grande iniquité a été commise à Rochefort en 1809, ... nous 
devons mettre hors de cause l'empereur Napoléon » (p. 117). Il a 
exposé les faits recueillis par lui avec diligence en douze chapitres : 
L Événements antérieurs à 1809. I L Sollicitude de l'Empereur à 
l'endroit de Rochefort. IIL Situation de la France en 1809. IV. 
L'Escadre Willaumez.V. Les Flottes française et anglaise en présence. 
Vl. Attaque par les brûlots. VIL Le Lendemain de l'attaque. VIIl. 
Sort fait à nos vaisseaux. IX. Résultats obtenus par les Anglais. X. 
Le Ministre de la marine et l'Empereur. XI. Le Procès. XIT. L'Exé- 
cution. — Le volume se termine par la publication de « Documents 
justificatifs » et par un « vocabulaire des expressions techniques 
employées dans cet ouvrage. » — A Sainte-Hélène, Napoléon, cau- 
sant avec O'Méara de l'affaire des brûlots, émit ce jugement sur les 
deux chefs en présence : « L'amiral français était un imbécile, mais 
le vôtre était tout aussi médiocre. » (p. 66). 



— 253 — 

' ' — Les^ombres qui obscurcissent la gloire de Napoléon et les bien- 
faits de son régime doivent être fidèlement reproduites par le pinceau 
inexorable de Thistoire. Mais les côtés épiques de cette gloire sont une 
part capitale de l'honneur national et, surtout au point de vue 
militaire, il est utile do les maintenir en plein relief. C'est l'objet 
que s'est évidemment proposé le général Niox dans son magnifique 
volume, véritable œuvre d'art : Napoléon et les Invalides. « Le livre 
que nous présentons, dit-il, nu pas les prétentions do l'histoire... 
Napoléon aimait à venir aux Invalides. La trace de son passage s'y 
retrouve partout. C'est aux Invalides qu'il s'est essayé pour la pre- 
mière fois à son rôle d'Empereur, en distribuant les dtcoiations de 
l'ordre de la Légion d'honneur qu'il venait de fonder; c'est aux 
Invalides qu'il repose. C'est dans les galeries de l'édiiice que se re- 
cueille pieusement et se conserve une grande partie des reliques 
glorieuses ou intimes de sa vie militaire et privée. Montrer ces reli- 
ques, les commenter, faire revivre, par les pensées qu'elles suggèrent, 
le grand homme qu'elles rappellent, tel est le but de ce livre. Il est 
divisé en deux parties : L'Hôtel des Invalides. — Napoléon. La pre- 
mière partie est consacrée au majestueux monument devenu la sépul- 
ture de Napoléon et dans les pierres duquel sont venus successive- 
ment s'enchâsser les souvenirs du législateur et de l'homme de 
guerre... La deuxième partie est consacrée à l'Empereur. Il est mon- 
tré législateur, chef d'État, chef de guerre. On suit les manifes- 
tations de son puissant esprit dans ses actes publics, militaires et 
politiques; on pénètre quelquefois dans l'intimité de -sa vie. Pour que 
le portrait restât sincère, si incomplet qu'il fût, on a conservé les 
ombres qui en rendent plus lumineuses les parties éclairées. » Nous 
devons ajouter que ces ombres, que l'auteur est très louable de 
n'avoir pas omises, sont tracées ici d'une main légère. Le portrait 
que nous présente le général Niox, c'est Napoléon vu en beau. L'his- 
toire proprement dite devrait être plus sévère. Nous sommes heureux, 
d'ailleurs, de noter le talent de plume du général. La splendide illus- 
tration qui accompagne son exposé constitue un intéressant musée 
militaire et napoléonien. 

— L'un des traits principaux et caractéristiques du génie et du 
tempérament de Napoléon, c'est son effrayante activité d'esprit et de 
corps. Elle n'éclate nulle part de plus étonnante façon que dans le 
tableau, pour ainsi dire cinématographique, de sa carrière qu'offre 
à nos regards cet excelLnt, ce merveilleux répertoire historique et 
critique : Itinéraire général de Napoléon I^^, par M. Albert Schuer- 
mans. L'éloge n'en est plus à faire. La seconde édition, augmentée 
et améliorée, et pourtant réduite de prix, recevra l'accueil qui lui 
est dû. L'auteur a entre tous bien mérité des études napoléoniennes. 



— 254 — 

— On cil peut dire autant, quoique à un degré moindre, de M. Fré- 
déric JM. Kirclieisen, pour sa Bibliographie du temps de Napoléon 
(Cf. Polybiblion, octobre 1909, t. CXVI, p. 332-333). La première 
partie du tome II, qui vient de paraître, comprend la quatrième 
section : Napoléon et sa jamille et le commencement de la cinquième : 
Mémoires, correspondances , biographies. 

— Entre autres avantages, la Bibliographie napoléonienne fran- 
çaise jusqu'en 1908, par M. Gustave Davois, a celui d'être maintenant 
achevée. Nous en avons signalé naguère les deux premiers volumes 
ou fascicules (Polybiblion, avril 1911, t. CXXI, p. 300-301). Le troi- 
sième et dernier va de la lettre N à la lettre Z. On y remarque 
les articles consacrés à Napoléon I*^^ \\xi-\\\êm.Q, — où l'en trouve en 
particulier la reproduction intégrale de la lettre à Buttafuoco et du 
souper de Beaucaire; — à Napoléon III et au prince Napoléon ( Victor); 
celui-ci renfermant in-extenso les allocutions, lettres et manifestes 
politiques du chef actuel du parti bonapartiste. Parmi d'autres 
transcriptions analogues, nous relevons celle du pamphlet bien connu : 
Comme quoi Napoléon n'a jamais existé. Il en est de moins utiles, 
comme celles de diverses odes sur la naissance du Roi de Rome, 
ou d'une plaquette intitulée : L' Avènement de Bonaparte à la couronne, 
« composition qui a mérité V Accessit au lycée de Dijon, par Auguste 
Pitfond, de la même ville, âgé de 15 ans. y> Ce sont des curiosités. Il 
est évident que l'ouvrage de M. Davois n'est pas un chef-d'œuvre de 
méthode et de critique. On se demande ce qu'y viennent faire, par 
exemple, les livres de M. Albert Soubies sur Y Histoire de la musique. 
Mais cette bibliographie est le fruit d'un gros travail et elle sera fort 
appréciée pour l'abondance des renseignements de toute espèce qu'elle 
renferme. Marius Sepet. 



Corresspondauce du conile de la Forkst, anibatiSHdeur de 
France en EspAgnc (1»0^-1»I3), publiée pour la Sucielé 
u'iiisioire couieinporaine par Gboffuoy de Grandmaison. T. V {(ivril- 
décemhre iSH). Paris, A. Picard et tils, 1911, iii-8 de 42"? p. — Prix : 8 fr. 

Nous avons rendu compte en leur temps des quatre premiers volu- 
mes de cette importante et très intéressante publication. Les qua- 
lités que nous avons signalées précédemment, tant dans la forme 
que dans le fond de l'ouvrage de M. Geoffroy de Grandmaison, se 
retrouvent également dans ce cinquième volume, qui comprend 
les neuf derniers mois de l'année 1811. Joseph Bonaparte vient à 
Paris pour assister au baptême du Roi de Rome, puis reprend son 
poste à Madrid, tandis que continuent à se dérouler les événements 
de la guerre, entre autres l'expédition de Valence. Il est impossible 
d'analyser un volume plein de détails comme l'est nécessairement 



— 255 — 

celui-ci. La Correspondance du, comte de la Forest demande à être 
lue en entier, et ce ne sera pas peine perdue, je ne dis pas seule- 
ment pour les historiens, mais pour tous les amateurs de lecture 
sérieuse et instructive. On revit, à cent ans de distance, une période 
extrêmement captivante, et Ton gagne beaucoup à connaître ce 
peuple espagnol, que trop d'historiens ou de romanciers nous ont 
dépeint sous un faux jour. L'Espagne n'a jamais accepté le jpug de 
l'étranger, ni un gouvernement qui portait atteinte à ses traditions 
essentiellement catholiques. Nous la revoyons sous Napoléon telle 
qu'elle s'est montrée jadis dans ses guerres séculaires contre les 
Maures : tant qu'elle n'aura pas reconquis son indépendance natio- 
nale et sa liberté religieuse, elle luttera par tous les moyens et ne 
se déclarera jamais domptée. Ce sont là, des enseignements de 
l'histoire qu'il est précieux de recueillir. Oserons-nous faire un léger 
reproche à M. Geoffroy de Grandmaison d'orthographier certains 
noms propres à la façon française, tels que Santiguesa pour Santi- 
giiesa,Iacca pour Jaca? Mais ce reproche est de bien minime impor- 
tance, quand on considère la somme de travail consciencieux et 
patient qu'a dû coûter à l'auteur la rédaction de son ouvrage monu- 
mental. G. Bernard. 

WjO» Anglais à Paris, 1S00-1S50, par Roger Bgutkt de Mon- 
VEL. 2« eil. .Pans, Plon-Nouirit, 1911, petit iii-8 de vi[-3'/6 p. — l'rix : 5 fr. 

La paix d'Amiens précipita en France une foule d'Anglais curieux 
de visiter un pays récemment bouleversé par de terribles événe- 
ments et qui leur était fermé depuis tantôt dix ans. « Je crois, écri- 
vait l'un d'eux, qu'il n'y a jamais eu à Paris autant d'Anglais 
qu'en ce moment. « Pour un assez grand nombre d'entre eux, le 
séjour en France se prolongea de façon imprévue et désagréable; 
déclarés prisonniers de guerre en 1803, ils durent attendre la chute 
de l'Empire dans les diverses villes de province (généralement des 
villes fortifiées) où on les interna. A la première et surtout à la 
seconde Restauration, l'occupation de notre capitale par les troupes 
britanniques s'accompagne d'une nouvelle arrivée de voyageurs an- 
glais; les soldats de Wellington sont assez bien supportés par la popu- 
lation; les officiers, les diplomates, les grands seigneurs et les gens 
du monde se voient reçus à bras ouverts à la Cour, dans la noblesse, 
dans d'autres milieux même où souvent se renouent des liens contrac- 
tés pendant l'émigration. Pour toute la haute société anglaise, Paris 
redevient, et à un plus haut degré que jamais, le rendez-vous à la 
mode; cette société se mêle à la société française, et une partie se 
plaît si fort chez nous qu'elle s'y établit à demeure. Des raisons 
fort diverses grossissent la colonie d'éléments assez disparates; lieu 



— 256 —. 

do plaisirs faciles et peu mciraux pour les uns, Paris est pour les 
autres un refuge eontre des eréanciers trop pressants, ou bien encore 
\u) asile où l'on peut soit cacher sa ruine, soit au moins vivre plus 
simplement et à meilleur compte qu'en Angleterre; certains par- 
venus espèrent y frayer plus facilement qu'ailleurs avec des compa- 
triotes mieux nés. Dans le monde, les iVnglais les plus distingués et 
les plus brillants jouissent d'un prestige singulier, prestige qui, sur- 
tout après 1830, les recommande à limitation des gens à la mode. 
Alors commence ou au moins se développe l'engouement pour les 
mœurs, les usages, le confort britanniques; alors naissent chez nous 
les clubs à l'anglaise, s'introduisent les courses de chevaux et les 
assauts de boxe; le « gentleman » devient le modèle sur lequel le 
Français s'efforce d'ajuster son attitude, ses manières et ses goiits; 
tout le règne de Louis-Philippe est une période d'anglomanie et l'on 
Sait que depuis lors, au moins en certaines matières, Londres n'a 
cessé de donner le ton à Paris. Le livre de M. Boutet de Monvel, 
fondé principalement sur des correspondances et des Mémoires anglais 
et français, retrace fort agréablement l'histoire des Anglais de Paris 
et de leurs amis ou disciples; à la fois amusant et bien informé, il 
abonde en anecdotes plaisantes et en traits curieux; il met en scène 
quantité de personnages connus et aussi d'originaux. Un chapitre 
intéressant est consacré au. séjour de Thackeray parmi nous et à 
l'opinion qu'il s'y fit des Français, opinion, on le sait, fort dure au 
point de vue moral, plus favorable à d'autres égards. Peut-être M. 
Boutet de Monvel eût-il j)u faire ressortir davantage combien, eu 
dépit de l'anglomanie, l'imitation de l'Angleterre est restée en somme 
superficielle et extérieure, et surtout à quel point, tout en coudoyant 
tant d'Anglais, les Français de ce demi-siècle ont en vérité continué 
d'ignorer presque tout de l'Angleterre, de ses mœurs, de sa littérature, 
de tout ce qui constitue proprement l'âme anglaise. Contact l>ien 
plus que pénétration, voilà ce que furent les rapports des deux socié- 
tés chez nou , mais il est vrai que le contact fut, dans certaines 
régions, tout au moins très étroit, et il valait assurément la peine 
d'observer la juxtaposition de deux tj'pes nationaux si différents et 
les empi-unts, même légers, que l'un a faits à l'autre. 

A. Barbeau. 



Histoire de l'Italie moderne (t9&0-l9lO), par Pirtbo Orsi; 
Irad. de Hknri Bbrgmann- Paris, Oolin, 1911, petit iu-12 de xn-448 p. — 
Prix : 5 fr. 

M. Orsi a réussi à donner en 450 pages une histoire sommaire et ce- 
pendant vivante et intéressante de ces cent soixante années, si rem- 
plies et si diverses, de la vie du peuple italien, et surtout il a rétabli 



257 — 

dans son exposé ce sentiment du synchronisme dont l'excellent 
Lekrbiich de Tivaroni, plus ancien d'ailleurs, est si fâcheusement [dé- 
pourvu. C'est là un double mérite d'ensemble dont il faut le louer. 
Il en a un autre : c'est d'avoir franchement adopté le point de vue 
nationaliste italien et réduit sans ambages l'importance du Pôle 
de Napoléon III. Je crois qu'il le diminue trop, mais je le félicite 
de nous le montrer tel que ses compatriotes se le figurent, par 
amour-propre national ou par intérêt politique de p^arti. .Constater 
cette différence d'opinions permettra peut-être à quelques Français 
de mieux comprendre le vrai caractère des évolutions ultérieures 
de l'Italie, et de renoncer à ce ridicule reproche d'ingratitude que 
la presse française lui a si souvent adressé. En somme^ le manuel 
d'Orsi devra faire abandonner celui de Crozals et soutiendra hono- 
rablement la comparaison avec le manuel anglais (traduit en fran- 
çais) de Bolton King. On me permettra cependant de lui préférer 
pour la hauteur des vues, l'ampleur des synthèses et la beauté de 
la forme oratoire, les leçons sur le Risorgimento de l'éminent • Jljis- 
torien Costanzo Rinaudo. 

Les matières sont ici réparties en vingt chapitres, dont le pre- 
mier, tableau de l'Italie pendant la seconde moitié du xviii^ siècle, 
n'est à vrai dire, qu'une Introduction. Les temps de la Révolution 
française, de la domination napoléonienne, qui alimentent chacun 
un volume entier de la publication Vallardi, sont résumtjs icii en 
deux chapitres et en trente pages. Les chapitres IV à VI (Res- 
tauration — premiers mouvements -r- dix ans de réaction) embrassent 
les années 1815 à 1830. Aux chap. VII et VIII apparaissent Mazzini 
et la Jeune /ia/i'e, les Bandiera, Gioberti, Balbo, l'opinion publique, 
l'idée unitaire et républicaine. L'époque de Charles- Albert et de 
1848 occupe les chapitres IX à XI (Des réformes à la Révolution, 
guerre de 1848, guerre de 1849). La plus longue période, celle des 
réalisations et de la formation de l'unité monarchique, qui occupe 
les vingt premières années du règne de Victor-Emmanuel II, rempHt 
cent pages et cinq chapitres : l'auteur s'y niontre essentiellement 
italien et adversaire déterminé des anciens gouvernements, mais 
il en parle toujours avec beaucoup de modération. Il se montre 
d'ailleurs très au courant des publications documentaires italiennes 
et étrangères les plus récentes. Sur Cavour et Garibaldi, comjne 
sur pie IX et François II, son langage est toujours impartial. 
Trois chapitres résument les quarante aimées 1870-1910 et four- 
nissent un précis très exact des premières épreuves de l'Italie réu- 
nie, jeune nation qui a rapidement pris les tares financières et 
morales des plus anciennes. Une étrange erreur a fait reléguer en 
un chapitre final le tableau du développement des lettres et des 
Mars 1912. T, CXXIV. 17. 



— 258 — 

arts. Nulle part, cependant, artistes et lettrés n'ont eu plus de 
part à la vie nationale; comment supprimer Pellico, Manzoni, 
Guerrazzi et tant d'autres, de l'histoire du Risorgimento? D'utiles 
appendices complètent ce volume qui est appelé, à côté du manuel 
de M. Havette, à rendre de grands services. 

L.-G. PÉLISSIER. 

IVnsiero e nzione nel Ri«or<fini«uto italianc. Gonferenze 
tenute nel Collegio Romano. Roma, i9il, seconda edizioue. Cilti di Cas- 
tello, Lapi, 1911, in-8 de vni-173 p. 

Cet élégant volume, qui fait honneur aux célèbres presses de 
Città di Castello, est un livre de circonstance. La comtesse Paso- 
lini, en 1898, désira que le cinquantenaire de la proclamation du 
Statut carlo-albortinien de 1848 fût commémoré par une belle 
série de conférences, pour rafraîchir les souvenirs d'histoire natio- 
nale de ses corvtemporaines de la terza Italia. Elle en demanda le 
plan et les sujets au philosophe- poète Carducci, qui indiqua les 
moments principaux du Risorgimento et leurs représentants les 
plus typiques. La réponse autographe du poète, d'une écriture nette 
qui révèle une ferme pensée, orne le volume. (Elle a été reproduite 
aussi par Lumbroso dans sa Miscellanea Carducciana, à une échelle 
plus'^ petite.) Ces sept conférences furent faites par E. Masi,i G. 
Pompilj, G. Mazzoni, Bonfadini,.Pinchia, Bertolini, Chimivri (quatre 
desquels sont morts : Masi, Pompilj, Bonfadini, Bertolini), orateurs 
que recommandent ou recommandaient des qualités brillantes, 
même"" historiques, avec un égal patriotisme, mais qui semblent 
s'être quelque peu abandonnés au misogalhsme, en ce qui touche au 
moins"; Alfieri et Napoléon III. Les époques racontées — parfois 
avec' un lyrisme bien fatigant — sont : l'Italie au début de la 
Révolution française (Alfieri); l'Italie sous la République et le ré- 
gime napoléonien (Monti, Foscolo, Romagnosi); souffrances et espé- 
rances'^ pendant la réaction (Manzoni, Leopardi); pensée itahenne 
et coopération au mouvement européen (Gioberti, Mazzini) ; tem- 
pête'' de 1848-49 (I. Charles Albert. Répubhque romaine et Gari- 
baldi. II. Venise et Daniel Monin) ; la revanche de 1860 (Cavour 
et l'aUiance française; Garibaldi et l'expédition de Sicile; Victor- 
Emmanuel et l'unité). Il ne faut évidemment pas demander à ces 
conférences, destinées au grand public, la rigueur et les détails 
d'un manuel d'histoire, mais peulement des tableaux et des portraits 
d'ensemble qui mettent en lumière les reliefs les plus caractéristi- 
ques. Les uns et les autres sont bien réussis et généralement im- 
partiaux. Ils forment un résumé philosophique de l'histoire du 
Risorgimento, tel que pouvait le voir un poète comme Carducci. 



— 259 -^ 

Il faut remercier la comtesse Pasolini d'avoir fait revivre, dans- 
un temps moins idéaliste, ces figures de héros dont on peut ne pas 
aimer l'œuvre, mais dont on doit respecter la haute idéalité : 
Alfieri, Leopardi, Mazzini, Manin. — Aussi l'éditeur Lapi fut-il 
bien inspiré d'éditer ces conférences pour le cinquantenaire de 1848, 
et M. Tommasini Mattiucci a bien fait de les réimprimer en l'hon- 
neur du cinquantenaire de 1859. L.-G. Pélissier. 

>^uuv«nirfi} d'un vieil Atliéuien, par Êmilk Gebhart. Paris, Bloud, 
1911, iii-16 de x-300 p. — Prix ; 3 fr. 50. 

Gebhart, mort en 1910, n'avait pas été le seul professeur de Sor- 
bonne à souffrir des coups portés à notre ancienne éducation classi- 
que; mais il avait eu le courage de le dire tout haut. On l'estimait 
précisément à cause de son indépendance, tandis qu'autour do lui 
s'affichaient d'étonnantes docilités, — à cause aussi de ce qu'avait 
de piquant son tour d'esprit littéraire. Il se retrouve tout entier dans 
ce volume posthume, où des letties de jeunesse datant de son premier 
pèlerinage aux terres classiques voisinent avec une geibe d'articles^ 
de journaux c[ui s'échelonnent entre 1877 et 1£07. ^„. 

Un livre de ce genre ne se prête nullement à une analyse suivie • 
c'est une profusion de remarques spirituelles et de boutades joviales, 
ce qui ne veut pas dire que les réflexions sérieuses y fassent défaut. 
Gebhart excelle à conter l'anecdote (voir, par exemple, p. 31, le récit 
du sacre de Mgr Lavigerie à Saint-Louis des Français); mais, à travers 
tant de petites histoires divertissantes, il se plaît à approfondir 
certaines tendances d'une portée très générale. L'étude intitulée : 
La Grèce et les Grecs (p. 257-273) offre un véritable intéiêt elhnclo- 
gique. 

Mais quelques citations aideront à mieux juger l'écrivain. A propos 
du Charme d'Athènes plaquette délicieuse de M. H. Brémond, il 
laisse tomber de sa plume les lignes que voici : « Sainte- Sophie venait 
de lui rendre h- frisson sacré par lui éprouvé dans les ténèbies de 
Notre-Dame. Et cependant, aux premiers jours, le Parthénon gaidait 
son secret avec le froid silence du sphinx des légendes scphoclécnnes. 
Il comprit que d'abord il fallait pénétrer le mystère de poésie, de 
sérénité, d'harmonie qui afflue de toutes parts sur cette terre où 
toutes les lignes, toutes les foi mes ont un rythme et une grâce, où 
les ombres sont traversées de transparences vermeilles, où, en cer- 
taines matinées, la mer Egée, les hautes côtes de l'Aigolidc et le 
ciel s'étagent et ge fondent en une gamme d'ineffable azur » (p. 103). 
' — Plus loin (p. 15(î), c'est le contraste mélancolique entre le passé et 
le présent de ce qui fut la Grande-Grèce : « Toute tradition noble 
a été rompue, et les vieux souvenirs se sont effacés. Au xviii^ siècle, 



— 260 — 

on a découvert avec surprise, au milieu des marais, les temples 
doriques de Psestum, mais on cherche encore l'emplacement pro- 
bable de Sybaris et de Métaponte. Grotone est un village sord'de, 
Tarente s'est réfugiée sur un îlot rocheux qu'un pont relie au con- 
tinent... A Misène, à Baies, quelques substructions informes... On voit 
encore Herculanum et Pompéi, mais mortes et couchées au fond de 
leur tombe. » ■ — Enfin, d'un article destiné, il est vrai, au Gavdois, 
détachons cette définition politique assoz inattendue : « Dans la 
présente langue grecque, Dimocratia signifie simplement République, 
Mais, dans la langue des personnes indifférentes aux nuances délicates 
des mots quasi similaires, Anarchia veut dire tout à fait le même 
régime. U Anarchia est Télixir de la Dimocratia. Elle est ce breu- 
vage terrible que Platon dénonce et que le peuple boit longuement 
jusqu'à la folie furieuse » (p. 295). 

Si, selon l'usage, ce compte rendu doit se terminer par quelque 
réserve, j'exprimerai le regret que Gebhart, à l'exemple de Rabe- 
lais à qui il a consacré un de ses plus curieux volumes, ait en plus 
d'un passage mêlé de trop près le sacré et le profane, les fictions païen- 
nes et les souvenirs chrétiens. G. Huit. 



lie 4'ardiiial B.-I?l. liangénieux, areltevèque «le Reims, 
AR "Vie et ses œuvres, par le chanoine A. Largent. Paris, Lecoffre, 
Gabalda, lyll, iu-8 de vi-276 p., avec portrait. — Prix : H fr. 

Avec le juste ton de panégyrist€ sans doute, mais avec une sobre 
admiration, l'auteur décrit la longue carrière du vénérable et zélé 
prélat qui a marqué aux premières places de l'Eglise de France pendant 
le xix^ siècle. Le plus souvent, il suit l'ordre chronologique de cette 
belle vie : le séminaire de Saint-Sulpice, le vicariat de Saint-Roch, la 
cure de Saint-Ambroise, celle de Saint- Augustin, le vicariat général 
de Paris, l'évêché de Tarbes, l'archevêché de Reims, le cardinalat; 
parfois, pour la meilleure ordoimance du sujet, il groupe les épisodes 
qui forment un ensemble : ainsi tout ce qui se rapporte aux congrès 
eucharistiques, spécialement celui de Jérusalem en 1893, quand 
Mgr Langénieux fut légat du Saint-Siège, et les questions capitales 
qui en furent la continuation et la suite : le protectorat français 
en Orient, la réunion des patriarches orientaux à Rome, l'encyclique 
Orienialium dignitas Ecclesiarum (30 novembre 1894). Les chapitres 
XII, XIII, XIV et XV du livre montrent avec une éloquente évi- 
dence l'importance du rôle du cardinal en ces graves affaires de la 
chrétienté. La part qu'il prit aux choses religieuses de France n'est 
pas abordée avec moins de soin, tantôt aux joufnées joyeuses, plus 
souvent aux heures sombres; et, en toutes circonstances, l'archevêque 
de Reims n'apparaît pas au-dessous du rôle que lui imposait sa haute 



— 261 — 

situation. Au moment du 14^ centenaire du baptême de Clovis, qu'il 
occupe la première place, cela va sans dire. Les pages consacrées aux 
grands pèlerinages ouvriers à Rome le montrent également à la 
tête deS' idées sociales de son temps. Le chapitre X offre un intérêt 
capital et fournit le récit bien informé de ce bel épisode de l'activité 
catholique sous Léon XIII. Au reste, tout le volume s'appuie sur des 
correspondances, des mandements et les notes du cardinal, les lettres 
pontificales, et présente ainsi d'irréfutables arguments propres à 
bien éclairer plus d'un point de l'histoire ecclésiastique contempo^ 
raine. G. G. 

Vers l'union. iJes Sillonii et rAcdioii française. E$<ai de 
co'-cii'att>n et dha-monie^ par JoSKPH Shrre. Paris, Falque, 1911, in-16 de 
70 p. — Prix : 1 fr. 

A travers l'oeuvre de îfl. Maurras, par Pbdro Descoqs. Paris, 

I. Beauciiesiie, 1911, iii-16 d, xiii 480 p. — Prix : 4 fr. 

La conciliation, vers laquelle oriente M. Joseph Serre, est plutôt 
désirée qu'indiquée. Il a grandement raison de penser qu'entre catho- 
liques, il faudrait admettre d'assez larges diversités de points de- 
vue sans se déchirer par des luttes implacables. Mais il ne montre- 
guère, et c'est assez difficile à voir, comment la mentalité propre du 
Sillon pourrait s'accommoder des éléments excellents qu'il reconnaît 
dans l'Action française, souci dominant de l'ordre, sens très vif de la 
hiérarchie, de la continuité et de la tradition. A certains égards, il 
ne déplore nullement, il trouve au contraire fort heureux, que M. Maur- 
ras soit incroyant ; il souhaiterait même que tous les royalistes fussent 
athées, afin de désolidariser l'autel du trône, ce à quoi il félicite 
encore plus les chrétiens démocrate de travailler ardemment. C'est 
donc un écrivain fort éloigné des doctrines politiques de l'Action 
française qui donne le rare exemple de s'essayer à parler d'elle avec 
calme, avec ouverture d'esprit et avec justice. 

— Mais c'est à M. Pedro Descoqs que nous devons l'examen appro- 
fondi et consciencieux que méritait l'œuvre de M. Charles Maurras. 
Ce travail de haute valeur avait été publié en grande partie dans les 
Etudes de juillet à décembre 1909. Son importance a été soulignée 
par une réponse de l'un des meilleurs rédacteurs de la Renie critqiiei 
des idées, M. Jean Rivain, qui proteste- contre ses sévérités; et sur^ 
tout par les attaques passionnées des Annales de philosophie chré- 
tienne, qui l'ont accusé d'indulgence scandaleuse. De là, dans ce livre, 
des répliques à Testis, à M. Laborthonnière, répliques animées et 
développées. Cette polémique vraiment pénible, lorsqu'elle s'étend 
sur des falsifications de pensée et de texte, touche parfois aux ques- 
tions les plus graves et les plus délicates, celle du rôle respectif, dans' 



— 262 — 

la religion catholique, de l'autorité et de la vie intérieure de chaque 
âme, celle de la distinction des deux ordres naturel et surnaturel, 
questions qui ne sont pas l'objet propre de ce hvre. 

L,\ double tâche que l'auteur me semble s'être proposée, et avoir 
remplie, est la suivante : d'une part, il croit équitable de reconnaître 
la justesse et la bienfaisance d'une partie des idées que propage 
M. Charles Maurras, et qui doivent à la vigueur de son esprit, 
à sa maîtrise d'écrivain, un renouvellement de puissance con- 
quérante. Et il montre que, loin d'être solidaires d'une incroyance 
qu'il déplore, elles ne sauraient, au contraire, trouver de fon- 
dement s:)lide qu'en s'appuyant sur la notion de Dieu et de la 
divinité dt ce Christ, contre lequel l'auteur du Chemin du Paradis 
(1895) et d'un malheureux article de l'Action française du 15 octobre 
1899 proféra naguère des outrages, que ne sauraient excuser sa haine 
violente des Juifs. et des protestants. Parce que M. Maurras et ses 
amis ne sont pas démocrates, « nous n'avons pas cru, écrit M. Des- 
coqs, qu'il fallait renoncer à les rapprocher du Christ, ni refuser 
d'avouer les points de contact que présente leur doctrine avec celle 
do l'Église. » D'au're part, ne se croyant pas le droit -d'interdire aux 
catholiques de colaborer, dans la campagne que mène l'Action 
française, avec des incroyants, qui d'ailleurs, loin de menacer l'Église, 
s'attaquent à ses persécuteurs, il aperçoit pourtant que de ce 
rapprochement et de l ascendant exercé par un chef positiviste 
peuvent résulter certains dangers. Il invite spécialement les 
jeunes gens à se mettre en g'arde contre eux, à ne pas concen- 
trer toute leur activité dans l'agl'ntion politique, à ne pas croire 
que, pour renverser la République, tous les moyens soient bons. 
Je dois observer, en terminant, que sur la que:>ion de savoir si, en 
fait, l'alliance entre les catholiques et les royalistes di, l'Action fran- 
çaise est opportune, si c'est le meilleur moyen de servir aujuj.^d'hui 
les intérêts de l'Église de France, l'auteur refuse résolument de se 
prononcer. Il est tout à fait convenable au Polyhiblion d'imiter cette 
prudente réserve. Baron Aîigot des Rotours. 



BULLETIN 

L.e K De Itcnotn ^Lltieraturn m, de Jean %Venck do Hori'enLer;; 
contre :\'icolas <le Cnse, von E. VaNSTBENBBKGHE (Baiid VI II. Ileft 6 
des Heitrà e zur Geschich'e der Philosophi' des Millelalte^s. Munster, 
Aschen'IorfT, 1910, in-8 de 43 p. — Prix : 1 fr. 90. 

Ce fascicule contient le texte inédit de l'ouvrago que JeanWenck écrivit 
contre le De Docta ignorantia de Nicolas de Cuse, avec une étude sur l'au- 
teur. Wenc'< avait été professeur do théologie à Heidelborg, et par trois 
fois recteur de la Faculté. Il avait prêché et s'était fait une certaine repu- 



— 263 - 

tation de littérature. Pourtant c'est un traditionaliste effrayé par les idées 
nouvelles, qui défend l'ancienne théologie, et attaque ceux qui sont plus 
hardis et plus personnels. Dans cet opuscule, Wenck s'en prend à Nicolas 
de Guse qu'il accuse de panthéisme, de manque de logique, d'inintelligence, 
et même d'inconscience. Nicolas de Guse se défendit longuement, et dans 
son Apoîogia accuse Wenck de n'avoir pas su le lire, l'interpréter et com- 
prendre la largeur de son point de vue. Gette controverse est intéressante 
pour l'histoire des idées au milieu du xv^ siècle. A. Clerval. 



El nombre. L.a Vida, lu cieiicia, el »i*te, por ErnbSTO HblLO ; trad. 

de MiQUBL s. Olivbr. Barceloua, Subirana, 1910, in-8 de xxxvi-443 p. — 
Prix : 5 fr. 

L'ouvrage d'Ernest Hello, qui nous est offert aujourd'hui dans une 
excellente traduction espagnole, a paru en France en 1872, avec une Intro- 
duction de M. H. Lasserre. G'est le livre capital de ce penseur profond, d« 
ce mystique ardent et souvent sublime, de ce chrétien convaincu, de cet 
écrivain étonnant dont le style, comme la pensée, est tout pénétré du 
sentiment de « l'ordre éternel » et tout vibrant de foi religieuse. Hello appar- 
tient à une école d'apologistes catholiques qui a formé, sinon une école 
philosophique proprement dite, du moins une pléiade de littérateurs élo- 
quents, tels que Jos. de Maistre et L. Veuillot, en France, Donoso Gortès 
et Aparis y Guijarro,-, en Espagne. Il serait superflu d'insister ici sur la 
valeur de VHomme d'Ernest Hellc, que connaissent et ont lu certainement 
tous les fidèles abonnés du Polybiblion. Mais nous devions signaler l'impor- 
tance et l'actualité qu'a gardées ce beau livre, après plus d'un^quart de 
siècle, et le bien qu'il est appelé à faire encore, non plus seulement chez 
nous, mais même à l'étranger, où il est traduit et admiré comme il le 
mérite. G. Bernard. 



où sommes- nous? par l'abbé Th. Moreux. Paris, Maison •i'e la Bonne 
Presse, s. d., gr. in-8 de 95 p., avec dessins et photographies de l'auteur, 
— Prix : 1 fr. 

Après D^oà venons-nous ? (cf. Poiybiblion de mars 1910, t. GXVIII, 
p. 2.'i9-260), Qui sommes-nous ? (cî. Polybiblion de septembre 1911, t. 
CXXII, p. 270-271); aujourd'hui Où sommes-nous ? est le titre d'une 
troisième plaquette de M. l'abbé Moreux, non moins que les précédentes 
enrichie, prefique à chaque page, de nombreuses gravures et figures 
pittoresques ou techniques. 

D'où nous venons ? De Dieu créateur et ordonnateur de tout ce qui 
existe. — Qui nous sommes ? Un être mixte composé de matière et d'esprit, 
de corps et d'àme, mais d'une âme raisonnable et libre, donc responsable. 

Où nous sommes? est une autre question. Il s'agit de savoir quelle place 
occupe le globe qui nous porte dans l'immensité sidérale dont nous sommes 
entourés. Et nous voilà lancés en pleine astronomie physique. 

Supposons un observateur placé sur la planète Mars et pourvu d'une 
vue assez puissante pour voir, dans son ensemble et ses détails, comme aux 
pi'emières logos d'une salle de spectacle, tout notre système solaire, astre 
par astre, en commençant, comme de raison, par l'astre-roi. (■'H J 

On comprend quel charmant, quel attrayant cours de cosmographie, 
l'auteur développe sur cette donnée. 



— 264 — 

ApTès la cosmographie, l'autetiï", s'élançant à travers les espaces inter- 
sidéraux, nous décrit en détail ce qu'il appelle la « géographie du ciel », 
non san^ nous avoir initiés, en passant, à tout ce qui, dans la science 
opti(iue. est nécessaire ow utile pour une étude cosm«^gi"aphique complète. 

Il faut lire, dans l'ouvrage même, cette brillante description des multi- 
tud\?s di' soleils lointains; séparés par des distances eiïrayantes pour 
l'imagination, et de tous âges, depuis la naissance jusqu'au déclin, dont 
la Galaxie ou \'oie lactée semble êtrir le groupeniont principal. 

C'est à peu près vers le centre de ce groupement que se trouverait notre 
Soleil, simple étoile par rapport à l'ensemble, et notre Terre avec lui. 

Mais Cl- groupem nt est instable, en ce sens que notre Soleil,* comw^ 
toutes les autres étoiles, a un' mouvement propre, ce qui implique un chan- 
gement cuntinu de l'ordre actuel. Reste à savoir où ce mouvement nous 
entraîne. 

Où allons-nous^ Sera donc prochainement le sujet d'une quatrième 
publication du même auteur. |v,; [ C. de Kirw.\n. 

I.«-^l*oi-t«»ui"s tiii riamboou 'd'Bontèi-e à Victor Hi.iiso). par AUGUS- 
TIN CaBat. P,iris, Perrin, 1911, iu-16 de 263 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Cela paraît bien jeune — ou bien vieux — de publier, sons ce titre : Xe* 
Porteurs du flambeau, des notes de 30 à 50 lignes (Vigny en a 26 et V. 
Hugo seul en obiient 300) sur chacun des pcètes de tous les temps et de tous 
les payp, Homère, Eschyle, Catulle, Lucrèce, Dante, Shakespeare, Gœthe, 
Hen:i Heine, Coppée, INIallarmé, etc., etc., en faisant entrer dans le défilé 
r.on seulement Rabelais, Cervantes, Fénelon, Rousseau, Chateaubriand, 
mais Tacite, Balzac, Flaubert, et aussi la Révolution française et Napo- 
léon... Notes d'un ton sentencieux ou lyrique, pas tor:jours bien écrites, 
qui témoignent d'un esprit cultivé, d'une âme erthousiaste, mais qui ne 
tranchent ni par la nouveauté des vues ou des aperçus ni par un relief 
original de l'expression. i G. A- 

Ba*-/por el P.^Luis Coloma." Madrid, imp. de ? Razon y Fe », 1910, iD-12 
de 381 p. — Prix : 3 fr. 50. 

L? P. Coloma est connu, comme nouvellisU , surtout par son beau livre 
intitulé Pequeiïeces, qui révèle un talent supérieur. L'éminent académicien 
a écrit d< puis i^.r': un certain nombre de romans et de récits qui n'ont pas 
amoindri sa réputaî'on et n'ont pals <fv. moins de succès. Dans celui qui 
u.:--is occupe aujourd'hui, nous retrouvons les mêmes qualités de style 
impeccch'p et de cmposit'cri originale et artistique. fioy( c'est le surnom 
familier d'un officier de marine) a été tenu éloigné da sa famille par un 
fâcheux malentendu; il a fait des dettes"; il est faussement accusé d'un 
meurtre, dont l'accablent cependant toutes les apprjences. Un ami vlévoué 
le fait échapper à temps au péril de la ver.îr ance aveugh de ses ennemis; 
son innocence finit par se découvrir, et lo;sque la vérité" est connue tout 
entière, nous retrouvons le chevaler':cque Boy chez les carlistes, au milieu 
desquels il périt, \ictime encore d'une fatale erveur. Cette courte analyse 
du roman du P. Coloma ne svjfît pas à donner une idée de la vie, de 
l'intérêt, du naturel et de ia maîtrise qui inspirent l'auteur et qui lui 
attachent le lecteur du corPiYK3ncem''nt jusqu'à la fin. Espérons que bientôt 
il .:: '"^pnontr('»"j "n t;"cnl.;cijur irançai.s q-i fera passer dans notre langue 
ce chef-d'œuvre, comme il s'en est rencontré pour UaJuIiV.: d:?. productions 
de bien moindre valeur. G. Bernard. 



— 265 — - 

caento*'y ranta»«isisy por Fr. Manuel Sanciïo. Barcelona, imp. Subirana, 
1910, in-i6 d« 203 p. — Prix : 2 fr. 

Le R. P. Manuel Sancho nous donne ici une série de 27 petits contes à 
l'usage des enfants, et que les grandes personnes liront elles-mêraes avec 
intérêt : 

Si Pean d'Ane m'était conté, 
J'y prendrais un pJaisir extrême. 

Le brut poursuivi par l'auteur, qiw est un religieux de N.-D. de la Merci,, 
est eS.seTrtiollement moralivsateur et chrétien. Quelques-uns ds ses récits 
sont de vrais petits chefs-d'œuvre du genre. 11 y a des contes m;8rveilleux,, 
des légendes pieuses, des fables satiriques (voir, par ex., la Souris darwi- 
ni'ste, p. 113-129), d>'S histoires gracieuses (comme celle des Aventures du 
Chardonneret, p. 189-203). Les professeurs de langue espagnole trouve- 
ront dans ce petit volume des lectures à faire à leurs j ^unes élèves et des 
modèles de narrations. G. Bernard. 

Cenro-rénumé <i'histoii-e romaine, rédigé d'après le programme de 
première A, à Piisage des candidats au baccdauréat, l''" partie (Lalin- 
grec), par H. Cabanb. Montpellier, Manufacture de la Charité, 1911, iu-16 
de 130 p. — Prix : 1 fr. oii. 

Des origines d<:' Rome au dém,' mbrement de l'empire de Charlemagne, 
ce résumé constitue un mémento commode par la disposition typographique 
de chaque leçon. Il nous a paru clair, complet et bien au courant. Il rendra 
service non seulem'^nt aux candidats au baccalauréat, mais à tous ceux 
qui ont b' ?oin d'* se remémorer, avec précision et rapidité, les grands faits et 
les gj'and'^s lignes de l'histoire romaine et du haut moyen âge. Nous lui 
souhaitons bon succès. A. B. 

iSitint Jti'tiu, sa vie et sa do<*(riiie, par l'abbé A. Béry. Paris, Blond, 
1911, iQ-12'de 64 p. (Collection Science et Rdigion). — Prix : fr. 60. 

Ce petit résumé de la vie et de la doctrine apologétique et dogmatique 
de saint Justin se lit agréablement et utilement. Il est destiné moins aux 
savants et aux spécialistes qu'ai*! public désireux d'avoir sur ce Père si 
attachant, sous un petit volum'^, une étude aussi documentée et complète 
que possible, et il rendra service. Sa place se trouve chez les ecclésias- 
tiques qui font des conférences ou des cercles d'étude ; ils en tireront 
profit pour eux et pour leurs- disciples. A. Clerval. 



i^oliiiqiio <ie rhUtoii-e «le Ff-ance, par Fagus. Paris, Bibliothèque de 
l'Occident, 1910, gr, iii-8 de 35 p. 

Un discours sur l'histoire universelle est une oeuvre périlleuse; un dis- 
cours sur l'histoire de France en 35 pages ne l'est pas beaucoup m(Hns. 
C'est cependant l'œuvre que M. Fagus a entreprise. Son point de départ 
est la dislocation do l'impire romain. « Le vampire romain, dit-il, métho- 
diquement suçait le monde immobilisé sous lui. Le barbare lui arracha 
son moribond pour le dépecer. » La conclusion est celle-ci : « La France 
ne saura se sauver' qu'en recourant à sa m'srion : la croisade, et laquelle 
se doit entendre pour l'heure actuelle, croisade non contre un Orient 
géographique, mais croisade centre l'Oritnt juif et maçonnique. >. L'au- 



— 266 — 

teur nous avertit de son adnairation pour les ouvrages de MM. Dimier et 
l'abbé de Pascal et de son désir d'ailleurs évident de tendre vers un même 
but. Je doute que ces messieurs se félicitent d'un concours dont la forme 
est bizarre et dont l'argumentation, encore bien qu'elle s'appuie sur un 
certain nombre de vérités, ne saurait échappor, sous la forme elliptique 
qu'elle revêt, à beaucoup d'objections sérieuses. 

Eugène Godefroy. 

Un I*roeareur général de Clun;-, agent secnct à Rome de Philippe 

(l'Orléans (iriy-iTis), par Dom Paul Denis. Paris, Jouve, 1911, 
gr. in-8 de 56 p. 

Le Régont s'était promptement trouvé aux prises avec les conflits sou- 
levés par la bulle Unigenitus. Il entreprit de négocier avec le Saint- 
Siège et se servit pour cela d'un religieux de Cluny, Dom Joseph de 
Peint, que ses supérieurs avaient envoyé à Rome pour défendre les intérêts 
de l'étroite observance. C'est la correspondance de ce religieux avec le 
duc d'Orléans ou son secrétaire Doublet, qu'a retrouvée aux Archives natio- 
nales et vient de publier un bénédictin du r3g,'etté monastère de Solesmes, 
dom Paul Denis. La négociation dura deux ans et n'aboutit pas à un résul- 
tat sérieux. Les talents diplomatiques de Dom de Peint étaient médiocres 
et sa tête était faible. Pris à Rome d'un accès de fièvre chaude, on dut 
le ramener précipitamment en France, et sa trace ensuite est perdue. 

M.^R. 

Lee Confesaions de J.-J. R0USSBA.U. Ettraits suivis, nolices cl aanola- 
tioas par IIenrc F.,EaR.vND. Paris, Larousse, s. d., petit ia-8 de 220 p., 
avec 6 grav. — Prix : 1 fr. 

S^Le plan de ces volumes est bien établi, la typographie en est agrécible, 
le prix modique. Et tout va bien quand il n'y a qu'à publier in extenso 
le théâtre de Racine, la Princesse de Clèves, ou Eugénie Grandet. Dès qu'on 
résume ou qu'on fait des coupures, le travail devient délicat et si^j^t à récla- 
mations. Si l'on vis 3, comm^ il est dit dans quelques prospectus, le « grand 
public », il ne faut, à mon sens, qu'élaguer les longjo irs et faire tomber, 
en le disant franchement, les obscénités : il y en a. oomme on sait, dans 
les Confessions. Mais gard3:>vous, éducateurs, sr us prétexte que c'est une 
édition abrégée et expurgée, de m^ttsv, comme d c.- très circulaires vous y 
invitent, ces volumes dans des bibliothèques popu'.aires ou scolaires. Trop 
de pag 'S de ce malheureux névropathe de Roussea(, aventures avec M""" Ba- 
sile, épisode des cerises, amoiu^euse amitié avec li'^^ de Warens et ménage 
à trois, liaison avec Thérèse, passion pour M"^ d'Houdetot, etc., etc.. 
sentent le libertinage et même, pour employer un mot de lui, l'érotisme. 
Le volume en son ensemble reste malsain, corru^:>teur. Et je ne sais pas s'il 
est possible de tirer des Confessions 200 pages qi i ne soient pas troublantes : 
ce ne serait plus Rousseau sans doute, et ce ne seraient plus les Confes- 
sions... Mais c'est encore une trahison, et douMe, que de supprimer le pire 
sans en signaler l'hor/eur, que de laisse sans le commenter — ■ et le 
flétrir — tout ce lyrisme de désir et de i/assion, et, sans les dénoncer, 
tn.is ces sophismes d'orgueil et d'apologie personnelle par lesquels Rous- 
seau se vante d'avoir eu raison toujours it contre tous, d'avoir goûté le 
bonheur avec sa liiCrèse. et d'avoir bien fait d'envoyer ses bâtards aux 
Enfants trouvés! Mais le trop jeune agr;gé auqu-,'. '^n a donné ce délicat 



— 267 — 

travail à faire est sans réaction contre les prestiges de son auteur. Il juge 
donc « charmantes » les annéas où Rousseau fut « l'aniant de M°^« de Wa- 
rens »; l'accouplemant.avcc Thérèse « un lien de plus avec la nature fran- 
che, saine et fruste »; estime que la sensation « dont il eut toute sa vie 
l'ivresse » « irradie chez lui comme une lumière »; « qu'il n'a jamais rien 
écrit qu'il dût désavouer «; que « son œuvre est, moralement, belle », 
'( une œuvre de régénération et d'avenir «; que M. de Malesherbes, en 
favorisant Rousseau — qui devait lui faire couper le cou — se montra 
i( un esprit droit et éclairé », etc., etc.. J'ai dit dès longtemps, à propos 
des livres de cette sorte, que les écrivains de génie ayant déjà par eux- 
mêmes bien assez d'empire, c'est toujours, pour qu'il y ait chance d'équi- 
libre, à des esp;-its mûrs, sans complaisance aux routines de l'opinion, et 
qui n'aient pas l'admiration trop facile, qu'il faudrait confier le soin de 
les présenter à la jeunesse, voire au « grand public » qui est un grand 
enfant, lui aussi. Gabriel Audiat. 

CHRONIQUE 

Nécrologie. — Un dîuil cru3l a fi'appé dornièrement l'armée française» 
Le général HippolytîLANGLois, sénateur et m'ambre de l'Institut, est mort 
à Pains, à l'hôpital militaire du Vaî-do-Grâce, le 12 février, à 73 ans. Né à 
Besançon, en 1839, il entra à l'École polytechnique et, au cours d'une 
longue et glo.-ieuse carrière, se fit toujours remarquer par une activité inlas- 
sable et par l'étendue d3 ses connaissances professionnelles. Capitaine en 
1866, colonel en 1888, général de b:'igado en 1894 et de division en 1898, 
il fut placé à la tête du 20® corps d'a;*mâ3 à Nancy en 1901, et entra en 
1902 au Conseil supérieur de la guerre. En 1906, devenu sénateur de Meurthe- 
et-Moselle, il fut, en 1911, élu membre d3 l'Académie française en rempla- 
cement du marquis Costa de Beauregard. Comme professeur du cours d'ar- 
tillerie à l'Éoole supérieure de guerre et, plus tard, comme commandant 
de cette école, il ava't donné des preuves nombreuses de sa science 
militaire et d? sa grande expérience. Excellent écrivain, le général 
Langlois, qui avait créé en 1901 la Revue militaire, est l'auteur d'ar- 
ticles remarquables, parus dans le Temps et dans la Revue des 
Deux-Mondes, où il étudiait diverses questions d'organisation et de 
commandement. Les volumes qu'il a publiés en outre sont : Les Artille- 
ries de campagne de V Europe en 1874 (Paris, 1875, in-18); — ■ Ins- 
truction de tir dans Vartillerie de campagne (Paris, 1880, in-8) ; — 
V Artillerie de campagne en liaison avec les autres armes (Paris, 1891-1892, 
2 vol., in-8, nouvelle éd. en 1903); — '■ Manœuvre d'un détachement de toutes 
artnes avec feux réels (Paris, 1897, in-12); — Enseignements de deux guerres 
récentes. Guerres turco-russe et anglo-boer (Paris, 1903, gr. in-8, 4® édition 
en lyv'*^; — Conséquences tactiques des progrès de l'armement. Élude sur le 
terrain (Pai':"'-. 1903, in-8, plusieurs fois réimprimé); — Questions de défense 
nationale (Pans, 1906, in-12); — La Belgique et la Hollande devant le 
pangermanisme (Paris, 1906, in-12); — Les Manœuvres suis^::^ on, iC07 
iPciri.-s. lôû", in-8); — QueiquC- Q^iCctions d^actiialité (Pa^-ls, 19G9, in-12). 
Le général Langlois, qui était un ùc^ rédacieur^ J-- la Revue militaire, à 
traduit de l'allemand le RèglemcrJ d'exercii^c? ■p.^ur la cavalerie de Vannée 
royale de Prusse, du 5 mai 1855 (Paris, 1874, in-12^. 

— M. Jules Cauvière, le distingué professeur de droit à l'Institut catho- 



- 268 — 

lique de Paris, est mort en cette ville, le 1" février, à 67 ans. Né à Marseille 
en 1845, après do brillantes études de droit faites à la Faculté d'Aix, il 
était entré dans la magistrature et avait été successivement substitut et 
procureur do la République. Mais ses ardimtes convictions religieuses le pous- 
sèrent à démissionner en 1876 et à entrer à la P' acuité de droit de l'Ins- 
titut catholique do Paris, où il enseigna successivement le droit romain et 
le droit criminel avec une hauteur de vue et une correction de langage 
qui rendaient ses cours excessivement attrayants. Collaborateur très ap- 
précié de la Vérité, du Monde, de V Univers, du Correspondant, du Journal 
des Débats, du Moniteur, etc.M.Cauvière était membre correspondant do l'Aca- 
démie de législation de Toul<Mise, et à Paris il faisait partie de la Société 
bibliographique, de laSociété de législation comparée et de la Société des 
prisons. En dehors d'une importante Histoire du divorce, à laquelle il tra- 
vaillait et dont quelques fragments ont paru dans la Revue générale, il 
avait publié : Critique littéraire. D'un Livre nouveau sur la littérature fran- 
çaise (Châteauroux, 1883, in-8); ■ — ■ De la Condition de la femtne depuis 
Vantiquité jusqu''à nos jours (Marseille, 1891, in-8); — Le Lien conjugal et 
le divorce, mœurs israélites et mœurs païennes (Paris, 1890, in-8); — Le 
Régime du bon plaisir (La Chapelle-Montligeon, 1895, in-8); — Institut 
catholique de Paris. Rapport lu au nom de la Faculté de droit (Paris, 1895, 
in-8); — De Digne à Saint- Martin, Vésubie et à Nice (La Chapelle-Montli- 
geon, 1896, in-S); — Le Divorce au point de vue catholique et social (Paris, 
1897, in-8); — V Honnête H omnw, discours (Paris, 1897, in-18); — Le Bon 
Juge, étude de mœnr? conte7np')raines{V*âVis, 1907, in-8); — Discipline 
militaire et obéissance passive (Pari;-, 1907, in-16). 

— Le trop célèbre ex-Père Hyacinthe, dans le mond? Charles Loyson, 
est mort à Paris, le 9 février, à l'âge do 85 ans. Né à Orléans, le 10 mars 
1827, il commença ses études dans cette ville et les termina à Pau où son 
père venait d'être nomrné recteur d'Académie. Entré à 18 ans au séminaire 
de Saint-Sulpice, il fut ordonné prêtre quatre ans plus tard, puis alla 
enseigner la philosophie au grand séminaire d'Avignon et ensuite la théo- 
logie à celui de Nantes. Rappelé à Paris pour exercer le ministère sacerdo- 
tal dans la paroisse de Saint-Sulpice, il se déternlina bientôt après à entrer 
dans l'ordre des Carmes, ce qui devait lui permettre de satisfaire son 
goût et d'utiliser ses aptitudes pour la prédication. Après deux annéos de 
noviciat passées dams le couvent des Carm 'S de Lyon, il revêtit l'habit de 
ces religieux et débuta en préchant la retraite dans le lycée de cette ville. 
Puis ilalla prêcher l'Avent à Bordeaux en 1863 et le Carême à Périgueux 
en 1864. A la fin de cette dernière année, il vint à Paris où il se fit en- 
tendre à la Madeleine, et enfin, montant dans la chaire de Notre-Dame, 
il obtint pendant l'Avent des trois années 1865, 1866 et 1867, un énorme 
succès, dû, hélas! à une prédication qui n'avait cessé de paraître déplus 
en plus suspecte aux esprits sages et éclairés. Mandé à Rome et blâihé, il 
né tarda pas à prononcer à Paris, dans une séance de la Ligue internatio- 
nale d"! la paix, des par .les, moins orthodoxes encore. Sommé alors de se 
taire ou de changor de langage, il écrivit au Supérieur général des Cai'mes, 
à Rom^', sa fameuse lettre du 20 septembre 1869, qui annonçait sa rup- 
ture a.-ec son ordre et, en réalité, avec l'Église catholique. Frappé de l'ex- 
communication majn]re,rex-moinc commença alors cette vie errante dans 
les pays prot'stants, à laquelle sont condamnés tous les m''mbres du clergé 
qui désertent l'Église. Nous n'a^'ons pas à suivre désormais M. Charles 
Loyson au cours d'une existence tourmentée de près d'un demi-siècle; nous 



— 269 — 

devons nous borner à mentionner son œuvre littéraire. Les publications 
dont il est l'auteur se divisent naturellement en deux catégories : celles 
qui sont signées de son nom de religieux et celles qui portent son nom 
de famille. Parmi les premièi'es nous citerons : La Société civile dans ses 
rapports avec le christianisme (Paris, 1867, in-18); — Matérialisme et spiri- 
tualisme (Paris, 1867, in-8); — La Famille (Paris, 1867, in-18); — Dis- 
cours pour la profession de foi catholique d'une protestante (Pai'is, 1868, 
in-8); — Discours prononcé au congrès de Munich (Paris, Î872, in-8); • — ■ 
Cantiques à V usage du eu' te rfu c/iréî;en (Genève, 187G, in-1 6). La série de 
volumes parus sous son propre nom comprend : La Liturgie de r Église 
catholique- gallicane suivie d'un Abrégé de catéchisme et d'un programme de 
la Réforme catholique (Paris, 1883, in-18); ■ — ■ Ni cléricaux, ni athées, re- 
cueil de discours et de lettres sur la troisième République (Paris, 1890, in-8) ; 

— Edmond de Pressensé. Discours prononcé à Paris, le 19 avril 1891, dans 
Véglise gallicane de la rue d' Arras (Paris, 1891, in-12); • — ■ Mon Testament 
(Paris, 1893, in-32); — - Qui est le Christ? pour les ju'fs, les chrétiens et les 
musulmans (Paris, 1900, in-12); — ■ L'Union religieuse et Le Dieu inconnu. 
Discours prononcé dans Véglise Notre-Dame de Genève le 6 octobre 1901 
(Genève, 1901, in-12); — Michel Seivet brûlé vif à Genève, le 27 octobre 
1553. Discours prononcé à Genève, le 8 mars 1903 (Genève, 1903, in-8). A 
cette même catégorie de livres vient s'ajouter une longue suite de brochui'es, 
sermons ou conférences sur l'Église catholique en Suisse, Le Dimanche et les 
classes laborieuses, U Ultramontanisjne et la Révolution, La Réforme catho- 
lique, L'Inquisition, réponse au P. Monsabré, etc. 

— M. Marc Sauzet, prof':'sseur à la Faculté de droit de Paris, député et 
conseiller général de l'Ardèche, est mort à Paris le 7 février, à 60 ans. Né 
à Tournon (Ardèche), le 18 février 1852, il fit ses études de droit à Paris 
et devint avocat à la cour d'appel. Reçu agrégé, il fut nommé professeur 
à la Faculté de droit de Lyon en 1881, puis à celle de Paris en 1891, M. 
Marc Sauzet a été un des collaborateurs les plus actifs de plusieurs re- 
cueils spéciaux de droit et y a pul)lié des mémoires fort appréciés, qui 
ont été tirés à part, notamment ; Sur la Responsabilité des patrons; — Ls 
Livret et les assurances des ouvriers; — ■ La Pe/'sonnalité civile des syndicats; 
■ — La Juridiction des conseils des prud'hommes, etc. 

— M. Pierre Quillard, poète, écrivain et helléniste distingué, est mort 
à Paris, le 4 février,, à 48 ans. Né à Paris, le 14 juillet 1864, il fit de 
solides études au lycée Condorcet et entra en 1887 à l'École des chartes. 
L'année précédente, il avait fondé avec quelques jeunes littérateurs une 
revue, la Pléiade. Nommé en 1892 professeiu' au collège arménien de Cons- 
tantinople, il passa quelques années dans cette ville et prit ardemment la 
défense des Arméniens persécutés par les musulmans, défense qu'il pour- 
suivit à son r >tour à Paris en dirigv^ant pendant plusieurs années la revue 
Pro Armenia. Les publications de M. Quillard sont : La Fille aux mains 
coupées, poème dramatique avec notice bibliographique et dramatique 
(Paris, 1893, in-8); — Za Gloire du Verbe, 1885-1890 (Paris, 1891, in-16); 

— La Lî/re héroïque et dolente, de sable et d'or, l'Errante, etc. (Paris, 1897, 
in-12); — La Question d'Orient et la politique personnelle de M. Hanotaux 
(Paris, 1897, in-12) ; — Le Monument Henry. Listes des souscriptions (Paris, 
1899, in-12); — Pour l'Arménie (mémoire et dossier) (Paris, 1912, in-16). 
M. Quillard a traduit du grec Les Mimes d'Hérondas, l^ Livre sur les mys- 
tères de Jamblique, V Antre des nymphes, àf. Porphyre, et Philoktète, tragédie 
de Sophocle. 



— 270 — 

— On annonce encore la mort de MM. : Henri Beaussier, directeur 
politique du Journal d'Indre-et-Loire, mort au milieu de février; — Paul 
Bergon, compositeur de musique, mort à Paris, en janvier, à 48 ans; — 
Lucien Beszard, qui a professé la langue et la littérature françaises à l'Ecole 
normale supérieure de Budapest, puis la littérature et la philologie fran- 
çaises à l'Université royale de la même ville, et qui, ayant collaboré au 
Correspondant, à la Rei'ue historique et archéologique du Maine, aux Annales 
fléchoises et la Vallée du Loir et à diverses revues hongroises, a publié : 
Les Larmes dans Vépopie jrançaise (Halle, 1903), Toponymie communale 
de l'arrondissement de Mamers (Strai^bourg, in-8), La Langue des] Formules 
de Sens (Paris, 1910) et Éludes sur l'origine des noms de lieux habités du 
Maine (Paris, 1910.) mort prématurément à Nancy, le 17 janvier, à l'âge 
de 30 ans; — Eugène Cavektou, membre de l'Académie de médecine pour 
la section de pharmacie depuis 1870 et ancien président de cette com- 
pagnie en 1897, mort à Paris, au commenci ment de février, à 88 ans, 
lequel, marchant sur les traces de son père, l'illustre pharmacien inventeur 
de la quinine, avait fait de nombreuses et importantes recherches princi- 
palement dans le laboratoire de Wurtz, sur le « carapa toulouconna », 
les « bromures d'éthylène bromes », etc., et en avait consiL,né les résultats 
dans des mémoires fort estimés insérés au Journal de pharmacie et de 
chimie; — le chanoine Auguste Dillekséger, curé de Notre-Dame de 
Lorette, qui a rempli successivement les fonctions de professeur au petit 
séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet et de supérieur de ce même 
séminaire, mort à Ville-d'Avray, le 22 février, dans sa 62^ année; — Henri 
Fabre, ancien administrateur et rédacteur en chef du Monde illustré, 
mort à Paris, au commencement de février; ■ — Paul-Jean FoNTArNE, 
rédacteur au Petit Parisien, membre de l'Association des journalistes 
parisiens, vice-président de l'Association des nouvellistes parisiens, mort à 
Paris, le 9 février, à 59 ans; — Henri Franck, pcète qui n'avait encore 
publié que des essais et quelques poésies, mais dont le talent promet- 
tait, mort à Paris, à l'âge de 23 ans, le 26 février; — Emile Garet, ancien 
député des Basses- Pyrénées, qui avait fondé et dirigé pendant quarante 
ans le journal C Indépendant et qui a publié un volume : Les Bienfaits de 
la Révolution française (PaO'is, 1880, in-8), mort à Pau, au milieu de fé- 
vrier, à 82 ans; — Louis Goard-Pagès, doyen et membre fondateur de la 
presse municipale, mort à Paris, à la fin de janvier, à 79 ans; — Jules 
Goybet, ancien président de la Société de géographie de Lyon et ancien 
di ecteur de l'Écob de la Martinière de la même ville, mort à la fin de 
janvier, à 88 ans; — Albert Jourdan, rédacteur à la Dépêche algérienne, 
mort à la fin de janvier; — T. Klobb, professeur à la Faculté de Nancy, 
mort au milieu de février à 51 ans, lequel avait publié : Essais sur les 
lois des doubles décompositions chimiques (Paris, 1889, iii-4); — Judde 
de la Judie de la Rivière, publiciste, mort à Bordeaux, à la fin de 
janvier; — Lajeuke- Vilar, journaliste parisien, membre de l'Association 
de la presse économique et financière, mort à Paris, au commencement de 
février, à 58 ans; — Marcel Lauras, auteur dramatiejue, mort au com- 
mencement de février, à l'hôpital de Beavjon, à Paris, à 39 ans, lequel 
avait écrit, avec M. iMarcel Luguet : La Piqûre, comédie en un acte 
(Paris, 1901, in-12); Cœurs vernis, comédie en quatre actes (Paris, 1902, 
in-12),etc. ; — Alphonse Lescamela, directeur du journal les Pyrénées, 
mort à la fin de février, à 85 ans ;• — l'abbé Pierre- Augustin Lécot, 
curé de Chambornay-lez-Bellevaux (Doubs), qui laisse diverses études 



— 271 — 

historiques et archéologiques raanuscritfS telles qu'une Nomenclature his- 
torique des abbés de Belhvaux et une Monographie de Cambiimum, qui 
seront publiées prochainement, mort à Chambornay, le 21 décembre, à 
l'âge d'î 65 ans ; — Henri Lozé, compositeur de muf-ique renommé, qui, à 14 
ans. avait rt mporté le gi'and prix du conservatoire de Bruxelles, mort à Pa-'is, 
au milieu d; février, à 57 ans; — Martial Moulin, poète dauphinois, 
ancien directeur littéraire de la Revue des journaux et des livres, ancien 
secrétaire de la Société des gens de lettres, mort à Aouste (Drôme), le 
25 février, à 68 ans, lequel laisse plusieurs volumes, entre autres : En 
campagne, 'i81G-i81l (Paris, 1881, in-12); Nella, histoire d'amour (Paris, 
1886,' in-12) et Bouquet de nouvelles (Paris, 1889, in-12); — Poirier, doyen 
de la Faculté des sciences de Clermont, mort à la fin de janvier, à 64 ans; 

— Alfred de Sauvenière, auteur dramatique, romancier et chroniqueur 
sportif, mort subitement à Paris, au milieu de février, dont nous citerons : 
Idylle rouge (Paris, 1887, in-12). Piments rouges (Paris, 1887, in-8), le 
Royaume de Saba, roman d'aventures fantastiques (Paris, 1888, in-12), 
Chronique du Coursiug-Club de France (Paris, 1891, in-16), et les Courses 
de lévriers, le Coursing (Paris, 1899, in-8). 

— A l'étranger, on annonce la mort de MM. : Dr. Gustav Albrecht, 
bibliothécaire et écrivain allemand, mort le 13 janvier, à Charlottenbourg, 
à 47 ans, lequel laisse quelques ouvrages d'histoire locale; — Armaler- 
Hansen, écrivain norvégien, connu par ses publications sur la lèp:'e, mort 
à Bergen, en février, à 71 ans; ^- Herman Bang, journaliste, conféren- 
cier et directeur de théâtre danois, mort le 29 janvier, à 55 ans, pendant 
une tournée de conférences aux États-Unis, lequel est l'auteur de Tine, 
Stucco, etc.; — Dr. Georg Berbig, écrivain allemand, auteur d'ouvrages 
sur l'histoire locale et l'histoire religieuse, mort le 1^^" février, à Neus- 
tadt, près de Cobourg, à 46 ans, auquel on doit : Dr. Johann Gerhards 
Visitationswerk in Thuringen und Franken (Gotha, 1896, in-8); Ernst 
der Fromme, Herzog zu Sachsen, ein Furst dcr inneren Mission in Zei- 
talter des dreizigjâhrigen Krieges (Berlin, 1900, in-8), etc.; — Adolf Brie- 
ger, poète lyrique allemand, mort le 18 janvier, à Halle-sur-la-Saale,à 80 
ans, lequel est l'auteur de : Ueber den deutschen Hexameter (Posen, 1866, 
in-4); Kroesus und Adrastus. Ein Gedicht (Posen, 1870, in-32); Beitrâge zur 
Krilik einiger philosophischen Schriften desCicero (Posen, 1873, in-4), etc.; 

— Dr. Adolf Brùniag, directeur du musée provincial de la ville de Hano- 
vre, mort en février, à 44 ans; — Henry Elmsky Busteed, ancien médecin 
militaire de l'armée anglaise de l'Inde, mort à Londres, le le^" février, à 
80 ans, lequel avait publié sur l'histoire des Anglais dans l'Inde des ou- 
vrages qui font autorité, entre autres : Echoes of Old Calcutta (2^ édit. en 
1888); — Dr. Karl Capelle, philologiie allemand, directeur du gymnase 
de Hanovre, mort en cette ville, en février, à 71 ans, dont l'ouvrage Anlei- 
tung zum lateinischen Aufsatz fUr den Gymnasialgebrauchbaerbeitet (Han- 
nover, 1880, in-8), a eu plusieurs éditions; — Dr. Georg Caro, privat- 
docent d'histoire à Zurich (Suisse), mort en janvier, à 44 ans; — Dr. 
David Cristison, un des principaux représentants des études archéologi- 
ques en Ecosse, mort au milieu de janvier à Edimbourg, dont nous cite- 
rons : Early Fortifications in Scotland et The Prehistoric Forts in Scotland; 

— Dr. Paul DuPROix, professeur de pédagogie à Genève, mort le 24 jan- 
vier; — Josef Ettinger, écrivain alkmand, auteur de Benjamin Contant. 
Der Roman eines Leben (Berlin. 1909, in-8), mort au commencement de 
février, à Francfort-sur-le-Mein, à 42 ans; — Dr. A.-M. Fairbairn, pro- 



— 272 — 

fesseur et écrivain anglais, qui fut, pendant 23 ans, principal du collèg»- 
Mansfièld, à Cxford, ci qui a publié plusieurs oun rages de théologie et 
d'histcfire religieuse. n'>taniment : Studies in tfie Philosophy of Religion and 
Hislory, Studies in the Life of Christ et The Philosophy of the. Christian 
Religion, miu't à LondJ'es, le 9 février, à 74 ans; — Dr. Dittmar Finkler, 
professeur d'hygiène à l'Université allemande de Bonn, mort en cettb 
ville, le 17 février, à 60 ans; — Dr. Otto Gaebel, professeur , de chimie 
pharmaceutique à l'Université allemande de Breslau, mort en février, à 
37 ans; — le R. P. Gismondi, membre de la Commission biblique, con- 
sulteur de l'Index, successivement professeur de langues orientales à 
l'Université grégorienne, professeur de langue hébraïque et de langue ara- 
maïque à l'Institut biblique fondé par Pie X, mort à Rome, le 7 février, 
à l'âg^ de 61 ans; — Dr. E. Golubinski, écrivain russe, auteu' d'ouvrages 
sur l'histoire de l'Église, mort le 20 janvier à Sergiev.-ki Posad, à77 ans ; . — 
Dr. Alfred Gruenhagen, professeur de physique médicale à l'Université 
allemande de Kœnigsbcg, mort en cette ville, en février, à 70 ans; — Dr. 
Rudolf Hackl, archéologue bavarois, mort en février, à Davos, à 31 ans; 
— Dr. Hope HoGG. orientaliste anglais, professeur de langues et de littéra- 
tures sémitiques à l'Univer.-^ité de Manchester, un des principaux collabo- 
rateurs de \ Encydopcdia Bibîica, mort à la fin de février; — Dr. A. Tay- ' 
lor Innés, écrivain écossais, qui a publié plu^-ieurs volumes sur son pays, 
tels que : Studies in Scottish History (1892); John Knox, dans la collec- 
tion : Famous Scots (1892) et Tlie Scottish Church and tlie Crisis of 1907 
(1908); — Dr. Heinrich Ki h n, professeur do droit ecclésiastique, de patro- 
Jogie et d'herméneutique à l'Univecsité all« mande de Wurtzbourg, mort 
au commencement da févi'ier, lequel a publié : Weg zur Weisheit, 
Andachtshuch fiir Studier - und Gcbildete (Einsiedeln, 1902, in-8), etc.; — • 
Dr. Karl Kraut, ancien professeur de chimie à l'École technique supé- 
rieure de Hanovre, mort en janvier, à 83 ans; • — Paul Kunad, poète 
-lyrique allemand, mort à Beiiin, le 15 janvier, à 48 ans. après avoir 
publié : Gedichte und Aphorismen (Leipzig, 1907, in-8L etc.; — Dr. Salô- 
mon Lefmann, professein* do Uttévatvu'e et d'histoire de l'Inde ancienne à 
l'Université allemande de H-id lb?rg, mort en janvier, à 81 ans, après 
avoir publié : Lalita Vistara. Erzaehlung von dem Lelen und der Lehre des 
Clakya Siniba. Aus dem Original des Sanskrit uebersetzt (Berlin, 1874, 
in-8î; Franz Bopp, sein Leben und seine Wissenschaft (Berlin, 1891, in-8), 
etc.; — ■ Dr. Otto Lie&mann, professeur de philosophie à l'Université 
allemande d'Iéna, mort en cette ville au milieu de janvier, à 72 ans, 
dont les ouvrages ont eu une influence considérable sur l'étude de la philo- 
sophie dans son pays, entre autres : Zur Analysis der Wirklichkeit, philo' 
sophische Untersuchungen (-Strasboui'g, 1876, in-8) *^iGedanken und That- 
sar.hen. Philosophisclie Abhandlungen, Aphorismen und Studien (Strasbourg, 
1882, in-8); — Vernon Lushington, écrivain anglais, un des derniers 
survivants des collaborateurs de YOxford and Cambridge Magazine, mort à 
la fin de janvier, à 80 ans; — Hiigh Mackenzie Mackintosh, une des 
figures les plus en vue de la presse de la Grande-Bretagne, lequel avait 
dirigé longtt mps le Standard, ainsi que divers autres journaux en Anglo- 
terre et en Ecosse, mort au commencement de février, à 56 ans; — Dr. 
Julius Pagel, professeur d'histoire de la médecine à l'Université de Ber- 
lin, mort en cette ville, le 30 janvier, à 61 ans; — le pasteur César 
Pascal, auteur d'un ron\an historique : La Fiancée du, proscrit, mort à 
Brighton (Angleterre), le 31 décembre 1911, à l'.ige de 73 ans; — Dr. 



— 273 — 

Theodor Piderit, écrivain all^'iuand, auteur de : Kuriose Gf^schichteti {Ber- 
lin, 1872, in-8); Drei Buclmen-Dichtungen (Nordan, 1880, in-8); Mimik und 
Physiognomik (Dotmold, 1886, in-8^, etc., mort à Detmold, le 23 janvier, 
à 86 ans; — Dr. Sigi.smond Rahmer, médîcin et écrivain allemand, mort 
en février, à Berlin, à 45 ans, dont nous citerons : Physiologie nder die 
Lehre von den Lehensvergaengen im menschlichen und tierischen Koerper 

(Stuttgart, 1891, in-8); Dr. Josef Ruff, médecin allemand, mort 

en février à Karlsbad, à 66 ans, après avoir publié : Diaet und Wegweiser 
fUr Gallensteinleidcnde mit ein Anhang : Karlsbader Kur oder Opération? 
(Berlin, 1904, in-8), etc.; — Dr. Max Salomon, écrivain allemand, auteur 
d'ouvragos sur l'hygiène, mort le 22 janvier à Berlin, à 75 ans, dont 
nous citerons : Die Entwickclung des Medicinalwesens in England mit 
vergleichenden Seitenblicken auj Deutschland und Reformvorschlaegen. IJis- 
torische Skizze (Munich, 1884, gr. in-6) et Handbuch der speciellen Intemen- 
Therapie. FUrAerzte und Studierende (Berlin, 1885, in-8); — Alb ort Sco- 
BEL, le directeur scientifique de l'établissem-'ut géographique Belhagen et 
Klasing de Leipzig, mort le 6 fé-vrier, à Kastelruth (Tyrol); à 61 ans; — 
Dr. Frédéric Seebohm, ancien banquier et littérateur anglais, mortàHit- 
chin, au commencement de février, à 78 anSj lequel a publié dos monogra- 
phies estimées, telles que : The English Village Community, The Tribal 
System in Wales, Tribal Custom in Anglo-Saxon Law et The Era of the 
Protestant Révolution; — • Mgi' Francesco Sogaro, archevêque d'Amida, 
président de l'Académie dos nobles ecclésiastiques, mort dernièrement à 
Rome, à 73 ans; — Dr. W. Steffensen, directeur du Musée national 
danois, mort à la fin de janvier à Copenhagae, à 72 ans; — • Dr. Fried- 
rich Stephan, philologue allemand devenu journaliste, qui fut de 1880 à 
1900 le directeur de la Vossische Zeitung, mn't dernièrement à Berlin, à 
82 ans; — • Dr. Hjalmar Thuren, écrivain danois connu par ses recherches 
sur les chants populaires, mort en février à Copenhague; — Hermann 
Undeutsch, professeur de mécanique et de construction de machines à 
l'Éoole des mines de Freiberg (Saxe), mort en cette ville, en janvier, à 68 
ans; — ■ le R. P. Amand Van Tours, ancien recteur du collège Notre-Dame, 
à Anvers, mort à Tournai à la fin de février, à l'âge de 65 ans; — Dr. 
Justin Bernhard Westerkamp, professeur de droit à l'Université allemande 
de Marbourg, mort en janvier, à 72 ans; — Karl Wolf, écrivain tyrolien, 
mort le 4 février, à Méran, à 64 ans. 

Lectures faites a l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 
— • Le 2 février, M. Loth termine la lecture de son étude sur les localités 
de Cornouailles, dans lesquelles l'auteur de Tristan et Yseult a fait vivre 
ses héros. — M. P. Meyer, qui a cherché ailleurs les origines du même 
poème, se rallie à l'opinion de M. Loth. — M. Martha cherche à démontrer 
que la langue étrusque appartient au groupe des langues ouralo-altaïques, et 
traduit une longue inscription écrite dans cet idiome. — M.Havet présente 
quelques observations auxquelles répond M. Martha. — M. Gagnât lit en 
seconde lecture son mémoire sur la frontière romaine en Tripolitaine. — Le 
23,1e P. Scheil donne une seconde lecture de son travail sur la chronologie du 
règne de Hammourabi. — M. Cuq étudie le sénatus-consulte permettant 
le cuite de Sérapis à Délos. — L'explication qu'il apporte est contestée 
par MM. Gagnât et Alfred Croiset. — M. Prou relit son étude sur les pla- 
ques remontant à l'époq^'e carolingienne qu'il a relevées dans l'église de 
Schoennis (Suisse). 

Mars 1912. T. GXXIV. 18. 



— 274 — 

Lectures faites a l'Ac.ai>kmie des sciences morales et politiques. 
— Le ;> fcvTk'i-, M. H. W'elsohingcr lit la préface d'un livre qu'il va 
publier sur le prince de Bismarck. — Le 21, M. Geoffroy do Grandmaison, 
président de la Société biblio£?i'apliique, lit un travail très documenté sur 
la Cour du Roi Joseph à Matb-id de 1808 à 1913. 

Prix. ■ — Dans sa séance annuelle du 7 décembre 1911, l'Académie 
française a décerné l"s prix suivants : 

Prix de Poésie (I.ÔOO fr.). — A M. 1 ■ linitenant Georg\s Rollin : La 
Conquête de Vair. 

Prix Montyon (20.500 fr.). — Cinq prix de i. 000 fr. : ia Poétique navale 
et la flolle française, par j\L le vice-amiral Fournier; — La Pacification de 
la Mauritanie, par M. le colonel Gouraud; — Chantilly et le Musée Condé, 
par ;M. Gustave Maçon; ■ — La Force noire, par M. le lieutenant-colonel 
Mangin; — Au cœur de VAtlas (1904-1905), par M. d? Scgonzac. — 31 
prix de 500 fr. : Trois Filles à marier, par M. Fernand Ai'bier; — Les 
Touareg, par M. le capitaine Aymard; — Blad de Luno et Babali, par M. 
de Baroncelli-Javon; — Le Cloclier fleuri, par M. Maurice La Belangv;raie; 
— - Les Femmes poètes de V Allemagne, par MH»^ Lya Berger; • — Mon ami 
Fou-Thon\ par M. Léo B\ram; — Les Indes néerlandaises, par M. An- 
toine Cabaton; • — Les Origines de V expédition d'' Egypte, par M. François 
Charl'^F-Roux; — La Belgique moderne, terre d'expériences, par M. Henri 
Charriant; — Américains et Barbaresques (1776-1824), par M. Dupuy; — 
La Petite Gratienne, par M^i'-' Yvonne Durand; — V Ascète, par M. André 
Fergan; — La Science du bonheur, par M. Jean Finot; — Histoire géné- 
rale de V Algérie, par M. Henri Garrot; — Le Chemin de sable, par M. Jac- 
ques des Gâchons; — • Images d' Alsace-Lorraine, par M. Emile Hinzelin; — 
Sites délaissés d'Orient (du Sinàï à Jérusalem), par M. Jean de Kergor- 
lay; — Kientchang et Lolotie, par M. A. F. Le gendre; • — Chaucer, par 
M. Emile Lf g<»uis; — Nouvelles Etudes sur l'histoire de la pensée scientifique, 
par M. G. Milhaid; — Le Livre du foyer, par M™e Augusta Moll-Weiss; 
— Ce que les pauvres pensent des riches, par M. Fernand Nicolay; — Les 
Volontaires de la Meurthe aux armées de la Révolution (levée de 1791^, par 
M. Henry Poulet; — L'Ame des villes, par M. de Romeuf; — La Grande 
Boucle, par M. Maurice Rondet-Saint; — Dans la vallée de la Couze, par 
M. Énaile Roux-Parassac ; — Le Lieutenant Jacques Roze (1875-1907), par 
M. Etienne Roze; — L'Énergie américaine, par M. Firmin Roz; — Les 
Solitaires, par ]\I. C.-M. Savarit; ■ — Souvenirs de campagne, par M. Silber- 
mann; — La Mort du Boi (21 janvier 1793), par M. Pierre d^^ Vaissière. 

Prix Juteau-Duvigneaux (5.0C0 fr.). — 1.500 fr. à M. l'abbé Henri Bré- 
mond : L'Inquiétude religieuse; ■ — 1.000 fr. à M. l'abbé Jules Lfbreton : 
Les Origines du dogme de la Trinité. — 5 prix de 500 fr. : Pages de la 
charité, par M. François Bournand; — - LAbbé Béraud, par M. l'abbé J.-B. 
Chailkt; — Saint Filibert, par M. l'abbé L. Jaud; — Histoire du sémi- 
naire de Saint-Nicolas du Chardonnet, par M. P. Schœnher; — L Idée de 
VÊtat dans saint Thomas d'Aquin, par M. Jacques Zeiller. 

Prix Sobrier-Arnould (2.000 f'-.). — 2 prix de 1.000 fr. : Le Mont Saint- 
Michel, par M. l'abbé Bosstbœuf ; ■ — La Savoie (2« partie), par M. Léan- 
dre Vaillat. 

Prix Furtado (1.000 fr.). — 2 prix de 500 fr. : Mes filles, par M™* 
Dora Mekgari; — George Meredith, par M. Constantin Photiadès. 

Prix Fabien (3.300 fr.). — 5 prix de 500 fr. : Contrat de travail et sala- 
riat, par jNI. a. Boissard; — L'Assistance par le travail, par M. Edouard 



— 275 — 

C'.ormouh>liuulo.s; — La Cita future, par M. Louis de Meui"ville; — ■ Au 
Pays lau.dais,pdxM. ^.-H. Ricard; — La Crise rurale, i^ar MM. Paul Roux 
et Georges de Fontenouille. — 2 prix de 400 fr. : MM. J. Soleil et Geor- 
ges Bonnefoy, Z^e Livre dei paysans; — M. Anatole Weber, L'Enseigne- 
ment de la prévoyance. 

Prix Charles Blanc (2.400 fr.). — 4 prix de 500 fr. : En Grèce, par 
monts et par vaux, par MM. Daniel Baud-Bovy et Fred Boissonnas; — 
Histoire de la peinture classique, par M. Jean de Foville; — Le Bernin, 
par ]\I. Marcel Reymond; — Giov. Antonio Bazzi detto Sodoma et la fin de 
VÊcole de Sienne au. xvi^ siècle, par M. Achille Ségard. — Un prix d« 
400 fr. : Iconographie de Jean- Jacques Bousseau, par M. de Girardin. 
, Prix de Jouy (1.400 fr.). — 900 fr. à M. le commandant de Bouillane 
de Lacoste : Autour de l'Afghanistan. — 500 fr. à M. Henri Davignon : Le 
Prix de la vie. 

Prix Jules Favre (1.000 fr.). — 2 prix de 500 fr. : M"»® A. Couvreur : 
Poésies; — M^^*' Emilie de Villers, Les Ames de la mer. 

Prix Davaine. Prose (1.500 fr.). — 3 prix de 500 fr. : Sur la via Emilia, 
par M. Gabriel Faure; — Vn Fruit et puis un autre fruit, p^r M'ne Jean 
Pommerol; — La Dilecta de Balzac, par M^^ Geneviève Ruxton. 

Prix Gobert (10.000 fr.). — Le grand prix à M. Joseph Bédier : Les 
Légendes épiques; — • le second prix à ]\L Louis Batiffol : Le Boi Louis 
XIII à vingt ans. 

Prix Therouanne (3.500 fr.). — 1.000 fr. à M. Emile Collas : Valentine 
de Milan, duchesse d'Orléans. — 5 prix de 500 fr. : Etudes historiques sur la 
pharmacie en Bourgogne avant 1803, par M. A. Baudot; — ■ Une Ambas- 
sade suisse à Paris (1663), par M. Tony Borel; — Napoléon et l'Europe. 
La Politique extérieure dit Premier Consul (1800-1803), par M. Edouard 
Driault ; — L'Opposition religieuse au Concordat de 1792 à 1803. — Après 
le Concordat, l'opposition de 1803 à nos jours, par M. C. Latreille. 

Prix Halphen (2.000 ff.). — Un prix de 1.000 fr. à M. Jean Brunhes ; 
La Géographie humaine. — 2 prix do 500 fr. : Ducliesse de Dino. Chronique 
de 1831 à 1862, par M"»^ la princesse Radziw'.ll ; — • Dictionnaire de biogra- 
phie des hommes célèbres d'Alsace, par M. Fr, Edouard Sitzmann. 

Prix Bordin (2.500 ît.\. — 1.500 fr. à M. Victor Giraud : Biaise et 
Pascal; — 2 prix de 500 fr. : La Bévolution française et les lettres ita- 
liennes (1789-1815), par M. Paul Hazard; — La Crise anglaise, par M. Phi- 
lippe- ]\lillet. j 

Prix Marcelin Guérin (5.500 fr.). — J.OOO fr. à M. E. F. Gautier : La 
Conquête du Sahara. — 9 prix de 500 fr. : La Benaissance de la Grèce 
antique (1820-1850), par M. René Canat; — Les Jongleurs en France au 
moyen âge, par M. Edmond Faral; — La Jeunesse de Shelley, par M. A. 
Koîzul; — Bonsard, poète lyrique, par M. Paul Laumonier; ■ — • La Jeu- 
nesse de Wesley, par ]\L Augustin Léger; ■ — Le Bomantisme et les mœurs, 
pa.'- M. Loui>^ Maigron ; — L'Œuvre de Bahelais, par M. J'^an Plattard; 
— La Nouvelle française au xv^ siècle, par M. Werner Sœderhj''lem; — • 
Bahel. Histoire d'un salon romantique en Allemagne, par M. Jean- Edouard 
Spenlé. j 

Prix Guizot (3.000 fr.). — 1.000 fr. à M. F. Gaiffe : Le Drame en 
France au xviii^ siècle. — ■ 4 prix de 500 fr. : Piron, sa vie et son œuvre, 
par M. Paul Chaponnière; — Emile Augier et la comédie sociale, par M. 
Henry Gaillard de Champris; — Essai politique sur Alexis de Tocqucville, 
par ]\L R. -Pierre Marcel; — L'Œuvre de Molière et sa fortune ^en Iialie, par 
M. Pietro Toldo. 



prix l.anglois {1.200 fr.). — 3 prix de 400 fr. : à M. Maurice Pellisson: 
Chansons et poèmes, de Henri Heine; — à M. Jacques de Coussange; 
L'Individualisme, par Ellen Rey ; — à M. Georges Grappe : La France 
d^ aujourd'hui, par Barett Wendel. 

Prix Saintour (4.500 i'.). —1.500 fr. à M. l'abbé Griselle : Édition 
de Bossuei et Fènelon. — • 3 prix' de 1.000 fr. : à M. Ferdinand Gohin: 
Œuvres poétiques, par Antoine Héroef, — à M. H.-J. Molinier : Essai 
biographique et littéraire sur Oclavien de Saint- Gelays, évêque d'Angoulême 
(1468-1502) et Mellin de Saint- Gelays (1490-1558); — à M. Gustave Bois- 
sière : Remarques sur les poésies de Malherbe, pa^ Urbain Chevreau. 

Prix Jules Janin (1.000 fr.). — A M. Henry Lantoino, pour sa traduc- 
tion des Créorgiques de Virgile. 

Prix Archon-l)esperouses(2.500 fr.). — 1.000 fr. à M. Albert Giraud : 
La Guirlande des dieux. — 3 prix de 500 fr. : La Maison de granit, par 
M^s Énxile Arnal; — • V Armada vaincue, par M. INIichel Charles-Bernard; 

— Les Brandies lourdes, par M. Léon Bocquet. 

Sur le prix du Budget, on a préle\é cinq récompenses de 500 fr. : La 
Gloire de la rose, par M. Maxime Formont; ■ — ■ Le Chemin de la vie, par 
M. Georges Gourdon; — Dernières Promenades, par M. Gh. Grandmougin; 

— L'Encens et la Myrrhe, par M. Charles Grolleau; — La Chanson des 
vieilles choses, par M. Loui> Tiercelin. 

Prix Davaine. — Poésie (1.500 fr.), partagé entre : Le Livre des livres, par 
M. Jean Bonnerot; — Clairs horizons, par Mme Amélie Mesureur. 

Prix François Coppée (1.000 fr.). — 2 prix de 500 fr. : Le Royaume 
de la terre, par M. Henri Bouvelet; — - Les Conquérants divins, par M. 
Adrien de Carné. 

Prix Toirac (4.000 fr.). — M. Miguel Zamacois: La Fleur merveilleuse. 

P.-ix Emile Augier (5.000 fr.). — M. Gab:'iel Trarieux : L'Alibi. 

P.'ixManbinne(3.000 fr.). — 5 prixde 600 fr. : M. Barron, Mn»e pierre 
Froment, MM. Charles Fuster, T ancre d> Martel, Séché fils. 

— Prix Estrade-Delcros (8.000 fr.). — A M. Charles Péguy. 
Prix Née (3.500 fr.). — A M. Louis Bertrand. 

Prix Vitet (2.500 fr.). — A M. le colonel Baratter. 

Prix Narcisse Michaut (2.000 fr.). — A M. Paul Renaudin : Ce qui 
■demeure. 

Prix Kastnor-Boursault (2.500 fr.). — A M. François de Nion. 

Prix Lambert (1.600 fr.). — A M. de Larmandie. 

Prix Marmier (850 fr.). — A M^e Marie- Anne de Bovet. 

Paris. — • Les Comptes d'un grand couturier parisien du xv"^ siècle, qui ont 
été retrouvés dans une ancienne reliure (que de choses curieuses nous ont déjà 
fournies ces reliures de jadis) et que M. Camille Couderc nous fait connaître 
avec une excellente Introduction et des notes explicatives précieuses (Ex- 
trait du Bulletin de la Société de Vhistoire de Paris et de l'Ile de France, 
t. XXXVIII. Pari';, 1911, in-8 de 75 p. et fao simile), nous apportent sur 
l'économie domestique danslapremière moitié du xv^ siècle (1423-1455), sur 
la vie privée, sur le coût de l'habillement tant des hommes que des fem- 
mes (car Colin Gouidin de Lormoye, le couturier en question, était tail- 
leur pour les deux sexes), sur les usages du commerce, et même sur quel- 
ques personnages de l'époque (la clientèle du tailleur était nombreuse et 
varié?, tout en se recrutant surtout dans l'Université et dans le clergé), 
nombre de renseignements utiles qu'une bonne table permet de mettre 
aisément à profit. ; -'■ 



- 277 — 

— Le R. P. Ubald d'Alonçon cherche la iracoj Des^Influrtu-es francis- 
caines sur Vauteur du c Combat spirituel » (Extrait^ des Études francis- 
caines. Paris, Avig'uste Picard, 19] 2, in-8 de 16 p.). Il est parvenu à éta- 
blir que le R. P. Lorenzo Sciipoli, pour la rédaction de cet ouvrage de 
spiritualité ï\ célèbre et sans ccsf e ré'mpvinié, s'est inspiré de la bienheu- 
reuse Battista Varani, dans ses Méditations sur 1'. s douleurs mentales de 
N.-S. J.-C, et plus encore du Traité de la paix de Vâme du franciscain espa- 
gnol Juan de Bonilla, dont l'ouvrago offre avec l; !-;itn de telles ressenn- 
blances que souvent il a été publié sous son nom et qu'un éditeur ancien a 
pu croire que le Traité de la paix n'était qu'une réduction du Combat 
spirituel; ce qui est impossible, observe justement le P. Ubald, puisque, 
tandis que ce dernier n'a paru qu'en 1589, l'autre était publié depuis 
1580. 

— A propos du centenaire de Dichens, que l'Angleterre s'apprête à célé- 
brer avec solennité, un admirateur fervent du grand romancier anglais, 
M. Albert Troullier, no\is donne une piquante brochure sur les Billets de 
M. Miccwber, dans « David Copperfield» (Paris. Larose et Tenin, 1912, 
in-8 de 12 p.). 11 nous montre comment Dickens a su nous faire toucher du 
doigt « le danger de l'abus du billet à ordre » et peindi'e la mentalité « plus 
répandue qu'on ne le pense généralement de ceux qui supposent qu'une 
dette est éteinte quand on a obtenu un certain délai pour se libérer. » V.-rli^ 

— C'est pour nous un vif plaisir de lire un livre ou un simple article de 
M. Albert Cim sur un suj^t de bibliophilie ou de bibliogi^aphie. Et ce plaisir, 
nous venons de l'éprouver une fois encore en savourant les rt;nseigne- 
ments et conseils pratiques qu'il donne dans un travail, érudit sans qu'il 
y paraisse t-op, aimable et spirituel à coup sûr, intitulé : V Achat des 
livres, lequel a paru dans les numéros des 25 janvier et 25 février der- 
niers de la Revue des Français. En 16 pag^s, l'auteur établit d'abord, et 
fort justement, que le papier est un facteur important, capital, qu'il ne 
faut pas négliger quand on se procure un livre; ensuite il examine les 
avantages et les inconvénients des divers formats et les reliures ou car- 
tonnp.gvs qu'il convient le mieux d'adopter; il donne aussi quelques avis, 
qui prouvent son expérience, sur la façon de « chasser » le « bouquin », 
après quoi il nous présente de fines et amusantes esquisses d'amateurs et 
de libraires (libraires à catalogues d'ouvrages d'occasion et étalagistes des 
quais), enfin il termine par une hymne à sa manière sur les beautés du 
livre et les jàes qu'il procure, tout en égratignant très joliment tel écrivain 
de marque ayant commis de grosses hérésies bibliophiliques et en jetant 
quelques fleurs aux vrais maîtres qui ont su sacrifier comme il convient 
au dieu Livre. 

— Les artistes surtout, cela va de soi, mais aussi les arche jlogues et 
les historiens seront heureux de consulter le beau volume publié à la 
suite de la Réunion des sociétés des beaux-arts des départements (35^ session), 
qui s'est tenue à Paris, dans la salle de l'hémicycle, à l'École nationale 
des beaux-arts, du 6 au 9 juin 1911 (Paris, imp. Plon-Nourrit, 1911, 
in-8 de xxviii-350 p., orné de 51 grav. dans le texte et hors texte. — 
Prix : 7 fr. 50). La simple nomenclature des lectures et communications 
qui ont été faites à cette occasion suffira povir donner un aperçu de ce 
recueil : Jérémie Le Pileur, peintre de Tours, au dix-septicme siècle, par 
M. L. BoKSebœuf (p. 3-8, avec 1 planche); — Allégorie du mariage de Gas- 
ton d'Orléans et Marie de Bourbon- Montpensier (1625), peinture murale à 
Champigny (Indre-et-Loire), par le même (p. 9-12, avec 2 planches^; — • 



— 278 — 

Doctwirrils sur le tht aire cti Belgique sous le gouwrnement du prince Charles- 
Alexandre de Lorraine, par M. Albert Jacquot (p. 12-43, avec 2 pi.); — 
La nenaissance en Franche-Comté. L'Atelier dolois de sculpture ornemen- 
tale, par P. Bnme (p. 43-58, avec 4 pi.); — Notes et documents inrdits sur 
les beaux-arts en Provence, par M. Raimbault (p. 58-77); — Église de 
Vancienne abbaye du Miroir, par M. Jean Martin (p. 78-81, avec 4 pi.) ; 

— Les Ateliers de sculpture et de taille de pierre de Tournus, par M.Gabriel 
Jeanton (p. 82-109, avec 2 pL); — Vitraux de Véglise de Sainte-Croix 
(Saôue-et- Loire), par M. Pierre Cordier (p. -110-117, avec 2 pi.); — Le 
Premier Jubé de la cathédrale de Bourges, par M. Alfred Gandilhon (p. 118- 
123); — Les États de Bretagne et l'enseignement du dessin au dix-huitième 
siècle (écoles de dessin de Rennes, Nantes, Saint-Malo et Lorient), par 
M. André Lesort (p. 123-142); — Pejntures murales des églises de Torsac 
et de Bouteville (Charente), par M. Emile Biais (p. 143-149, avec 1 pi.); 
■ — Deux Portraits par Mme Vigée-Le Brun, par le même (p. 149-151, 
avec 2 pi.); — L'Église de Marines. La Chapelle du chancelier de Sillery. 
Son École de théologie. Ses œuvres d'art, par M. Léon Plancouard (p. 151- 
178, a\'t'C 6 pi.); — La Gravure dite « à la Reine », œuvre de Durig (Jean- 
Joseph), par M. Maurice Hénault (p. 178-185, avec 2 pi.); — Un Étui à 
missel en cuir gravé, du xv^ siècle, par M. E. Veuclin (p. 185-187, avec 
1 pi.); — Les Principaux Musiciens de la ville de Dreux (dix-septième et 
dix-huitième siècles), notes inédite;^, par M. E. Veuclin (p. 187-191); • — 
Jean-Baptiste Vietty (suite et fin), par M. Léon Cliarvet (p. 492-239, avec 
4 pi.); — Deux Tableaux inédits du peintre Granet, d'Aix. Son portrait par 
L. Dupré, et documents divers, par M. le baron Guiltibert (p. 239-245, 
avec 2 pi.); ■ — - Jacques Gamelin, professeur. Le Cours de dessin à V École 
centrale de r Aube (11 9 6-iSQd), par M. Joseph Poux (p. 246-279, avec 3 pi.); 
• — Les Portraits de Jean Carondelet, chancelier perpétuel de Flandre, con~ 
seiller intime de l'empereur Charles- Quint, haut-doyen de Besançon, arche- 
vêque de Palerme et primat de Sicile (1469-1544), par M. H. de Montégut 
(p. 283-287, avec 3 pi. et une reproduction d'ex-iibris dans le texte); — • 
Le Retable et le sépulcre de Domjulien (Vosges) (arrondissement de Mire- 
court, canton de Vittel), par M. Gaston Chrismant (p. 287-294, avec 3 pi.); 

— Le Manoir Formeville, par M. Ch. Engelhard (p. 295-317, avec 3 pi. et 
un petit plan dans le texte). 

— En décembre 1910 (t. CXIX, p. 543-544), nous avons présenté à 
nos lecteurs une brochure de 58 pages, intitulée : Les Ministères français 
(1 789-] 909). Une nouvelle édition de ce travail, grandement améliorée et 
nxise à jour, nous arrive avec les dates : 1789-1911 (Paris, Cornély, 1911, 
in-8 de 79 p. — Prix : 3 fr.). C'est autre chose qu'une simple et sèche 
énumération de noms. D'abord, l'Introduction, remaniée, retrace l'histoire 
et l'é/olution des différents départements ministériels; puis, des notes 
nombreuses et précises, placées au bas des pages donnant la composition 
des ministères constitués depuis 113 ans, fournissent les rensuignemimts 
nécessaires sur les qu-^-stions essentielles, alors que quelques erreurs, iné-vi- 
tables dans une première édition, ont été corrigées; enfin, — amélioration 
fort appréciable, — ce petit volume se termine par un Index alphabéticpie 
des nom^ djs ministres et sous-secrétaires d'État, qui rend les recherches 
trè; faciles. Tous les travailleurs sauront gré â la Société d'histoire mo- 
derne d'avoir publié à leur usagi un mémento aussi pratiquement utile, 
qui forme, il convient de le remarquer, le deuxième fascicule d'une série 
de « petits instruments de travail » que ladite société se propose de cons- 



— 279 — 

tituer. — Rappelons, puisque l'occasion s'en présente, que le premier de 
ces fascicules a trait à la Concordance des calendriers républicain et gré- 
gorien, avec une notice préliminaire, par M, Pierre Garon (Pa^is, Bellais, 
1905, in-8 do 59 p. — • Prix : 2 fr. 50). La notice reproduit le décret de 
la Convention nationale du 5 octobre 1793, duquel il résulte que la pre- 
mière année de la République française a commencé le 22 septembre 1792 
et a fini le 22 septembre 1793. La suppression du calendrier républicain 
eut lieu le 22 fr\ictidor an XIII (9 septembre 1805); mais le calendrier 
grégorien no fut mi-^ en usage dans tout l'empire français que le 11 
nivôse (1 ^f j mvier 1806). Suivent les tableaux de concordance, q li parlent 
du 1^*" vendémiaire an II (22 septembre 1793). Quatre pages de chacune 
quatre colonnes sont consacrées à chaque mois républicain. Les concor- 
dances vint jusqu'au 22 fructidor an XVII (1«'" septembre 1809). Une 
note, mise au bas de la page 10. explique qu'au point de vue typogra- 
phique « il a été impossible d'obtenir une disposition satisfaisante en s'ar- 
."êtant à l'an XIV (1805), et que « certains actes (actes administratifs, 
contrats) contiennent d'ailleurs des dates républicaines postérieures à 
l'an XIV «, de sorte que, dans ces conditions, la « concordance p>!rmcttra 
de les identifier jusqu'à l'an XVII. » — Et maintenant nous attendons 
la suite de ces inté'-^ssants « petits instruments de travail, » Puisse- t-elle 
ne point trop tarder ! 

— Mgr A. Battandier fait paraître à la libraiiie de la Bonne Presse 
V Annuaire pontifical catholique pour 1912 (Pal"^S, Maison de la Bonne 
Presse, petit in-8 de 797 p., avec de nombreuses illustrations. — • Prix : 
5 fr.K C'est le quin/ièmo volume d'une collection qui, tout en contenant 
d;s listes complètes, soigneusement mi.^es au point et ingénieusement dis- 
posées, de digaitair.^s ecclésia.stiques, offre au lecteur des notic.^s aussi 
variées qu'intér.r. santés. Nous y trouvons une étude très solide sur les Pa- 
pes et la Papauté au ii*' siècle, sur les diccèses du Pérou, l'organisation 
i' Jigieus? de l'empire aUemand, les anciens évêchôs d'IJlyrie et de Grèce, 
l'É;.;!! je, janséniste d'Utrecht et les chrétientés orientales d'Ame 'ique. Les 
ordres religieux sont tous mentionnés dans un chapitre spécial qui renferme 
en outre des statistiques détaillées concernant les basiliens, L'S bénédic- 
tins, les augustins et les carmes déchaussés. Le savant prélat y a ajouté 
une dissertation fort intérer-sante et copieusement illustrée sur h> port de 
la ba^b3, une autre sur l'âge requis pour l'épiscopat, et une d;sc;Mption 
fort étendu-' du Trésor d3 la Basilique de Saint-Pierre. L'œuvre do Mgr 
Battandijr est complétée par un sommaire des Actes pontificaux et des 
Gongi'égations rom lines. Une telle publication n'a d'un simple annuaire .qu3 
l'appai'ence et nous ne saurions mieux la comparer qu'à l'encyclopédie de 
Moroni, avec plus d'ord.e, de critique et par suite d'utilité pour quiconque 
s'intéresse à la vie de l'Église. 

— Un volume qui, de plus en plus, devient indispensable à quantité de 
personnes et à toutes les administrations, c'est le Paris-Hachette (année 
1912, édition simplî, petit in-8 car.^é de 1476-xxvin p. • — Prix : broché, 
3 fr. 75; cart., 5 fr.). Le titre complémentaire : Paris tout entier sous la 
main,, est amplemmt justifié. En eff<t, si l'on cherche une adîwsse mon- 
daine à la ville et à la campagne, un numéro de téléphone, le nom et 
l'adresse d'un artiste, d'un écrivain, d'un magistrat, d'un homme poli- 
tique, d'un industriel, d'un commerçant, un renseignement iiuvlconque sur 
les administrations, Iss théâtres, les expositions, etc., on trouc»^ tout, 
vite et sans p'ine. Et cela sous un format commode, nullement cmbarraG"* 



- 2S0 — 

sant comme les publications similaires, souv.nt trop compliquées. A noter 
aussi le grand plan de Paris qui indique les chemins de frr et leurs stations, 
les stations des bateaux-omnibus et les lignes du Métropolitain, soit en 
exploitation, soit en construction, égolement avec leurs stations. 

— Recueil instructif, amusant, édifiant : ainsi peut-on qualifier le Mois 
liltéraire et pittoresque, revue vraiment universelle, q\ii, par son illustra- 
tion abondante et soignée, a presque le droit de s'annoncer comme album. 
L'esprit et l'œil ont donc, ici, satisfaction à peu près égale. Les deux volu- 
mes de l'année 1911 nous arrivent tardivement; cela ne saurait nous empê- 
cher de les accueillir avec tout l'empressement et toute la svmpathij qu'ils 
méritent (tom?s XXV et XXVI de la collection. i3e année. Paris, Ville 
arr., 5, rue Bavard, 1911, 2 vol. in-8 de chacun 768-192, avec des mor- 
ceaux de musique paginés i-96, répartis par moitié dans chaque volume 
et illustrés d'un nombre considérable c^e gravures. — Prix : broché, France, 
12 fr.; Étranger, 14 fr.; reliés toile, plaque spéciale, tr. dorées, 17 fr.). Il 
nous faudrait plusieurs pages de la présente Chronique pour noter la totalité 
des études, récits ou variétés de toutes sortes que l'on trouve dans ces deux 
riches volumes; mais cela n'étant pas possible, nous nous bornerons à men- 
tionner, en les groupant par genres, les sujets les plus attachants eu que 
leurs titres imposent davantage à l'attention : I. Romans ;^t nouvelles : 
Les Deux Mains, par Pierre l'Ermite; Le Château de l'oncle Mathieu, par 
M. Philippe Ré^'nier; Fin de vacances, par M. Antonin Lavergne ; Saint- 
Exupère-les- Châsses, par M. E. Plessis, roman tiré à part en volume et dont il 
sera question plus tard; En Retraite, par ]\I. Antonin Lavergne; Légende des 
morts, par M. Fved; Uji Mariage banal, par M. Philippe Régnier; Le Petit 
Jésus de cire, par M"i^ Suzanne Mercey. — II. Histoire. La France il y "a 
cent ans (1811), où notre très distingué collaborateur M. Geoffroy de Grand- 
maison retrace la vi3 politique, militaire, religieuse, littéraù'e et artis- 
tique dans la capitale en l'année 1811 : étude vraiment curi^-uso et atta- 
chante, et si bien illustrée ! Le Siège de Belfart, par M. Emile Clerc, relation 
assez succincte, mais combien poignante ! Les Monastères de sainte Thérèse 
à Açila, par M. Henry Joly ; Alexandre /^r et Elisabeth , par M. Pio/re Rain; 
La France en 1861, par ]M. Noël Aymès; Le 4 acût 1789, par M. Gustave 
Gautherot; Comment on voyageait en Grèce et à Rome dans V antiquité , par 
M. Jules-Philippe Heuzé; Louis XVIII à Mémel et à Varsovie, par M. le 
baron A. de Maricourt; Généraux d^occasion et généraux d'inspiration, par 
notre excellent collaborateu- M. le comte de Sérignan; L'Émancipation 
des paysans russes, par M. Hubert Gautier. — III. Beaux- Arts. Le Tintoret, 
par M. Jacques Hérissay; Famagouste, par M. C. Enlart; Franz Liszt, 
par M. L. Auge de Lassus; Les Rois mages d'aprè les artistes, par M. Abel 
Fabre; De Giotto à Raphaël, par le même; Baptistères et fonds baptismaux, 
par M. Camille Enlart. — IV. Variétés. Eugénie de Guérin et son château natal 
par notre collaborateur ]M. Armand Praviel; Sapeurs-Pompiers de Paris, 
par M. Ed. Laval; Boulangerie mécanique, par M. A. des Chaumes; 
Tahiti, par M le vice-amiral Besson; La Semaine sainte à Fontarabie, par 
M. Joseph Thermes ; Les Provinces balttques, par M. Jean Denys; Une 
Visite aux ateliers de timbres-poste français, par M. Jacques Boyer; Les 
Ostensions en Limousin, par M. Jean Vézère; Les Familles royales d'Europe, 
par M. Marc Hélys (Bulgarip, Hollande, Grèce, Korvège, Autriche-Hon- 
grie, Russie); Le Millénaire de la Normandie, par Edward Montier; Huit 
lettres inédites de Lamennais à Dom Guéranger (1830-1832), par M. Paul 
Luion; Les Thébaîdes en Cappadoce, par M. J. de Natolie; Le Musée de 



— 281 — 

la police, par M. Jean Séris ; Villégiatures romantiques, par M. Jules Ber- 
taut; Le Pavage des villes modernes, par M. Jacques Boyer; Colonisation 
var orphelins en Tunisie, par M. Henry io\\ -.Artisans d'autrefcs et artistes 
d'aujourd'hui, par M. Grospélier. — Sciences. Horloges électriques, par M. 
A- des Chauni.'i'S; Phares et projecteurs électriques, pai' le même; Projecteurs 
militaires automobiles, par M. Lucii^n Fournior; La Motoculture, par M. A- 
des Chaumes; La Sensibilité végétale, par M. A. Acloque; La Lumière 
invisible, par lo même; Le Télégraphe chez soi, par M. A. des Chaumes. 
Et comme, obligés d'abréger, il convient de finir par quelque chose de sail- 
lant, nous signalerons les intéressantes, morahs et pratiques Lettres à ma 
cousine (nouvelle série), par M. Gabriel Aubray. 'f:'0, 

Anjou. — Sous ce titre : Andegaviana (Paris, A. Picard et fils; Anj,ers, 
Siraudeau, IGll, in-8, 512 p., avec une carte. — Prix : 4 fr.), M. l'abbé 
Uzureau, avec une persévérance que les amateurs de documents ne sau- 
raient blâmex", continue, par une onzième Eéri\ la collection déjà volumi- 
neuse de ses reproductions de pièces, auxquelles sont jointes, de temps à 
autre, le fruit à^ ses rcchtrches personnelles. Ce orzième volimc est digne 
des précédents : nous n'avons fien à retrancher ni à ajouter à ce que nous 
en avons dit ici. Citons, on cttte dernière partie : Mœurs et usages des 
Angevins; — Voyages en Anjou, en 1686, 1780; — des pièces et notes sur la 
Guerre de la Vendre; • — Napoléon et les Chouans en 1799;' — L* Arrondis' 
sèment de Beaupreau, en 1803; ■ — La Conspiraticn de Pichegru; — £e 
Sac>-e de V Empereur; — L.es Cent- Jours;- — Le Prince de Joinville et le duc 
d'Aumale à Angers en 1842; — Louis- Napoléon, Mac-Mahon, etc., des 
pages relatives aux chapitres, vicaires-géntiaux, curés, séminaire, églises 
ou paroisses d'Angers, Saumur, Cholet, Longue, Torfou, Saint Christophe, 
Saint-Macaire, Beaupreau, les Gardes; dt s communautés de Fontevrauld, 
Bellefontaine, Bfaufort, Ar.gers, Saumur, fœurs de Saint-François; l'Uni- 
versité a'Angers; — pour la biographie, nous trouvons les noms de : 
Leroyer de la Da.uversière, Jeanne de la Noue, Montault, Loir-Mongazen, 
M"»e de Chemdi* r, le comte de la Potherie, Bancelin, Breton, d'Armaillé, 
Duchesne de Denant, Bonchamps, De cf.en, de Luigné, cardinal Ré^^nier, 
Giraud, Joubert-Bonnaire, Myionnet, Chri.staud, Segri';, de Falloux, Ba- 
chelot, Angebault, Berryer, de Quatrebarbe, etc. Mais il faudrait copier la 
table des matières presque toute entière. 

— La jeune Société des lettres, sciences et arts du Saumurais, dans son 
6® Bulletin (Saumur, imp. Godet, in-8 de 96 p.), publie, avec ses procès- 
verbaux, ses excursions, les fouilles de Saint-Rémy la Varenne, des notes 
et notices sur : L'Attaque de Saumur par les Vendéens (cap"^ Rolie); — 
Corporation des chirurgiens-barbiers (O. De.'mé de Chavigny); — Congrès 
régionaliste de Bourges (D'' Bontcmps); — Les Fêtes décadaires à Mon- 
treuil-Bellay (C. Charic-r); — Marguerite d'Anjou [M.^'^ Renouard) ; — Les 
Lanternes des morts à Moulhierne et à Montsoreau (F. Uzureau); — A 
propos d'un fer à cheval (M. Joly ) ; — Une Mineure au rabais [D^ Bontemps) ; 
■ — A propos de M^^ de Sévigné (D' Bontcmps); — La « Marie-Jeanne » 
(canon des Vendéens) était-elle saumuroise? (capitaine RoUe); — Les 
Principaux du collège de Saumur (F. Uzureau). Le fascicule reproduit, en 
outre, quatre vieilles planches, gravées sur bois, de l'imprimerie saumu- 
roise Degouy {xvii« et xvin« siècles), ainsi qu'un portrait de Marguerite 
d'Anjou. 

Franche-Comté. — Les compatriotes de M. F. Richenet lui sauront gré 
d'avoir réuni en un très gracieux volume les poésies de genres bien tranchés 



— 262 — 

qu'il a publiées au cours do sa longue existence. Titre point du tout tapageur; 
Pas!>c-temps rimes d'un Franc-Comtois (Doli% typogvaphio . Rousseau, 
ion, in-12 de 1-222 p. — ■ Prix : 3 îr.). A diverses reprises, nous avons 
signalé plusieurs des pièces que l'on retrouve ici et qui ont fait l'objet 
de petites plaquettes. Il en est d'autres, et non des moins bon- 
nes, que nous ignorions. A lire seulement la première et la dernière de ces 
poésies, l'on n'aurait qu'une idée bien imparfaite du talent de M. Richenet, 
qui, tout comme le rossignol, passe, avec un égal bonheur, du doux au 
grave, du plaisant au sévère. Ainsi le volume s'ouvre par de beaux vers 
sur la Mort de V archevêque de Paris sur les barricades de juin et se clôt 
par d'autres, singulièrement émouvants, où, sous le titre bref de Meae, 
le poète exhale ses plaintes à propos de la mort de sa femme (octobre 
1910). Cette pièce est un petit chef-d'œuvre que le cœur a inspiré et 
qu'un art réel a fixé. M. Richenet chante aussi l'illustre Pasteur, l'hé- 
roïque Mesny de Boisseaux, massacé par les Prussiens pendant l'Année 
terrible, et un jeune neveu. Fougères, mort face à l'ennemi, tout là-bas, 
au Tonkin. Mais dans ce recueil, la note dominante, c'est la gaîté. Et que 
d'esprit et d'humour ! Et puis quelles gracieuses descriptions de la Franche- 
Comté ! Quels jolis tableaux de mœurs ! La vie circule partout, pleine de 
sève, débordante ! La pièce intitulée : Le Décoré nous fournit un exemple, 
entre cent autres, de cette bonne gaîté : 

Ecoulpz, mes amis, ce n'est pas une colle : 
Sans savoir seulement à quoi sert un licol, 
Comme Saint-Georges, fier, heureux, je caracole ; 
Me voilà, me voilà, me voilà le col-col- 
C'jllègue de Pasteur; je me pousse du col, 
Car je sois Chevalier du Mérite agricole. 

En maints endroits, M. Richenet se révèle poète du clocher : nous re- 
commandons sa fréquentation aux débutants qui, le plus souvent, se 
perdent dans le vague et dans le vide ou se noient dans la banalité, croyant 
cependant avoir enfourché Pégase, alors qu'ils cheminent lamentablement 
sur quelque pauvre Rossinante. 

— plusieurs fois nous avons ici même m?ntionné les plaquet- 
tes poétiques de M. Amédée Deprat, qui autrefois habitait Besançon 
et réside aujourd'hui au Tonkin, à Hanoï. C'est de cette ville lointaine 
qu'il nous envoie un nouveau recueil : Impressions de traversée. Premières 
Impressions à Hanoï. En Chine (Dole, imp. Aud'b3rt. 1911, in-8 de 38 p.). 
En 18 sonnets, il célèbre tour à tour la traversée de Marseille à Port-Saïd 
et celle de la mer Rouge au golfe du Bengale, puis Saigon, puis Hanoï; il 
rappelle ensuite le souvenir de Francis Gai nier, d'Henri Rivière et de 
Courbet et rend hommage aux 592 soldats français qui défendirent 
Tuyen-Quan en 1885. Nous ne pouvons tout mentionner; n'oublions pas 
cependant la dernière pièce où il salue la dépouille mortelle d'un ami, 
ancien maire de Dole (Jura), M. Emile Renaud, ^ 

Que l'école Iaï.4ue_eut pour puissant soutien; 

r^Si C3 magistrat municipal n'a pas d'autre tit.'e pour passer à la postérité, il 
n'est pas téméraire de penser qu'il ne tardera guère à être pi'ofondément oublié. 
Les .sonnets que nous trouvons ici manquent d'envolée : on croirait vraiment 
qu'en émig.^ant sous d'autres cicux, la muse de M. Dup;'at a quelqiui peu 
trahi le p' été. 



— 2bo <■»-» 

— Né à Avignon^ « petit hameau dépendant de la cité de Saint-Claude 
(Jura) », le l^r juillet 1751, Antide Janvier, le plus savant horloger de 
son temps, mourut à Paris, à l'hôpital Cochin, le 21 septembre 1835. En 
plus d'articles succincts insérés dans divers grands dictionnaires, nous ne 
pouvons guère citer sur Antid'^ Janvier qu'are notice de 7 pag^^-s lue le 
7 juillet 1837, par M. Destigny, à l'Académie de Rouen, dont l'horloger 
artiste et écrivain était memb"e. Cette phvsionomie, curieuse cep indant à 
plus d'un titre, ne semble pas avoir séduit ses compatriote -, et c'est un 
tort que M. Léopold ReA'erchon a un peu réparé en publiant dans le 
Cosmos du 7 mars dernier une notice fort attachante sur ce personnage 
trop oublié : Une Vie d'artiste : Antide Janvier (p. 272-276, avec un portrait 
et un croquis). L'auteur a très bien résumé la vie assez mouvementée de 
son héros, donnant aussi un aperçu de ses œuvres de mécanique et de ses 
travaux d'écrivain. Et il déclari\ en forme de conclusion : " La vie de 
Janvier ne peut pas être offerte comme un exemple de dignité morale. On 
y trouve d' s écarts difficilement oxcusablis... Mais quelque blâmable 
qu'ait pu être, à certains moment'-., la conduite de l'artiste, la sombre 
mi ère dont il pava ses écarts lui mérite quelques bribes de cette indulgence 
qu'on accorde aujourd'hui si facilem'^nt à de grands hommes heureux, qui 
ne valai'^nt à ce p.4a+ de vue assurément pas mieux que lii. » Voilà qui est 
parler net, et combien judicieusement! ■''^f-!:,>j fvi^j j J^ 

Languedoc. — Elle est de bien modeste apparence la l''^ livraison du 
tome IX de la 3^ sérip du Bulletin de la société archéologique, scientifique et 
littéraire de Béziers (Béziers, imp. générale Barthe, Soueix, Bourdou et 
Rul, 1911, in-8 de 93 p.). On n'y trouve, en effet, que des morceaux de 
circonstance, tels qu'un discours, très agréable cependant, du président, 
M. le D' Vinas, où est retracée la vie intellectuelle de la Société en 1910 
(p. 5-15) ; un Rapport sur le concours de poésie française, présenté par M. le 
D' Rome (p. 16-26); un autre Rapport sur le concours de mémoires histo- 
riques et archéologiques, lu par M. Antonin Soucaille (p. 27-35); enfin un 
Raport sul la pouesio occitano, per lou douctou Vinas (p. 36-51) qui, pré- 
senté à l'ar.ditoire en langue d'oc, a dû avoir beaucoup de succès. Ce fas- 
cicule renferme la Table générale alphabétique et analytique de 1901 à 
1910 des travaux et études publiés par les membres de la Société pendant 
cette période décennale. . , -^^ ^i *| t ^ 

Lorraine. ■ — Le Discours prononcé le 30 septembre 1911 aux obsèques de 
M. Gabriel Thomas, secrétaire perpétuel de l'Académio de Stani'.las, par 
le président M. Georges Pariset (Extrait dss Mémoires de l'Académie de 
Stanislas, 1;»] 1-1912. Nancy, imp. de Berger-Lev-'ault, 1912, iii-S do 12 
p., avec portrait) honor? la mémoire d'un ancien magistrat qui fut un érudit 
distingué, et qui a laissé notamment un livre sur les Révolutions politiques 
de Florence, dont M. Paciset a pu dire qu' « après un quart de siècle il 
n'a pas une ride » et que « c'est une œuvre qui restera. » -^ 

NIVER^'AIs. — Toujours en retard, l'érudit Bulletin de la Société niver- 
naise des lettres, sciences et arts. Nous recevons seulement le 2^ fascicule du 
tome XIV û.i la 3^ série (XXIV^ volume de la collection) (Nevers,,Maze- 
ron, 1911, in-8, paginé 95-158); Le premier travail à mentionner est une 
étude biographique que M. J. Charrier nous donne sur l'abbé André-Char- 
les Brotier, qui eut une existence fort mouvementée pendant la période 
révolutionnaire et mourut à la Guyane, où il avait été déporté, le 12 sep- 
tembre 1798 (p. 95-118); — M. H. Montagnon nous entretient ensuite 



— 284 — 

d ■ la Suède (géologie de sr.f ter/ains pri})iiiifs; ses loiirhières) (p. 119-137) ;■ 
— M. L.-M. Pousseroau retrace la carrière d'un f impie instituteur, mem- 
bre de la Société nivernaise, Gaston Gauthier, qui, tu mourant le 23 août 
1911, a laissé de nombreuses études sii.r le Nivernais (p. 138-148). Et se- 
lon l'usage, le fascicule se clôt par les Chronique et Mdanges pour Vannée 
1911 (p. 149-158), chapitre que M. de Lespina^se rédigv toujours avec le 
même soin. 

Poitou. — M. Henri Gaillard a tiré à part des Mémoires de la Société 
des antiquaires de V Ouest (t. V, année 1911), son Ropport sur les travaux de 
la Société... pendant Vannée 1911 (Poitiers, imp. Roy, 1911, Jn-8 de 32 p.). 
Le très distingué secrétaire y rend hommage aux membres perdus par la 
Société et notamment au rtgretté savant qu'était le P. de La Croix, 
dont il esquisse et apprécie l'œuvre en termes excellents; il nous fait 
assister à la vie de la société, aux lectures faites pai' les memjjres; il fait 
ressortir l'intérêt des mémoires présentés par eux; il expose l'œuvre de 
la docte compagnie sur le terrain archéologique et particulièrement les 
accroissements des précieux musées auxquels elle apporte tant do soins. 

Belgique. • — Le Gl'' volume des Mémoires et publications de la Société 
des sciences, des arts et des lettres du Hainaut nous est parvenu récemment 
(Mons, imp. Dequesne-Masquillier, 1910, gr. in-8 de xvi-6o-159-lC-7-5 p., 
avec 7 portraits et un fac-similé d'écriture). On y verra qu'en 19(9 ont été 
célébrées à Mons des Fêtes à l'occasion du LXXV^ anniicrsaire de cette 
société et aussi de la Fondation du prix Houzeau de Lehaie. Divers dis- 
cours ont été alors prononcés. Kous nous bornerons à rappeler celui de 
M. Jules Carlier sur Antoine Clesse et Vesprit national (p. 27-46). Puis nous 
signalerons l'importante biographie que M» Emile Htblard a donnée sur 
le Naturaliste hollandais Pierre Lyonet, sa vie et ses œuvres (17(e-17l9), 
d'après des lettres inédites (1C9 pages, avec portrait et fac similé d'écriture). 
Remarquablement présentée, cette biographie, divisée en huit chapitreSj 
comprenel non seulement une table détaillée dos matières, mais aufsi me 
table alphabéticiue dos noms de personnes. ■ — Le volvmc se termine par 
quatre petits mémoires dus à M. Léon Godeaux ; Généralisation eVun 
théorème de François Deriiyts (10 p.); — Si^r la gér.ération de quelques 
courbes et surfaces algébriejues (4 p.); — Le Théoranc jvndcmeiA(.l cVad- 
jonction sur une variété algébrique à trois dimensions (7 p.); — Sur les 
transformations birationnelles involutives qui mutent en elles-mêmes les 
droits d'une congruence (5 p.). 

Espagne. — Nous avons déjà dit précédemment l'intérêt des Barrancos 
et Cuevas (Haut- Aragon. Espagne) do M. Lucien Briet ( Polyliblion de 
janvier dernior, t. CXXIV, p. 90-91); la lecture de la seconde partie de 
ce travail, paru en septembre î9;i dans Spelunca, Bulletin et Mémoires 
de la Société de spéléologie (Paris, au siège de la Société, in-8 de 32 p., 
2. pi. hors texte et fig. dans le texte) n'es^ pas pour modifier notre appré- 
ciation. Si l'auteur n'y signale pas, cette fois, la découverte inattendue 
d'un pic jusqu'à présent non porté sur les cartes, il y étudie une source 
thermale déjà signalée, existant dans le défilé de las Cambras, la l'uente 
do Bafios do Puyarruego, et différentes cavernes nouvelles, en parliculie:' 
la Cueva de Gallisné. Bientôt, grâce à M. Briet, les Pyrénées aragonaises 
n'auront plus de secret pour nous. Mai.-- pourquoi cet auteur n'en tf.it-il pa'^ 
maintenant une étude d'ensemble? Nul, mieux que lui, n'est qualifié pour 
nous la donner. 

Turquie. — Nos lecieurs n'ont pu manquer d'avoir dans les journaux 



— 285 — 

Técho (l^^ déplorabhs di/i ions qui déchirent les Arméniens catlioliques de 
Constantinoplo et dos efforts faits par un groupe de mécontents pour '>bte- 
nir du gouvernement ottoman la destitution de Mgr Ternan. Un religieux 
français qui se trouve actuellement à Constantinople et qui connaît nos 
frères arménims pauf avoir étudié avec une sympathie douloureuse leurs 
milh?urs et les persécutions dont ils sont victimes, a adressé ^4»x Arméniens 
catholiques de Constantinople un appel qui est celui du bon sens et de la 
vérité, pour les inviter à l'union dans la foi et la charité et pour leur •'ap- 
peler que si leu's griefs si nt justifié;, le seul t'ibunal où ils puissent être 
portés c'est celui du Pontife romain qui seul peut défaire ce que le pou- 
voir civil n'a pu faire (Péra, imp. F. Loeffler, in-8 de 12 p.)- La brochure, 
qui ne porte d'autre nom d'auteur que « par le plus humble de leurs amis », 
est datée du 12 janvier 1912. i i' -1^^ ^^ jr^ ..j-| 

5Ç'Ér\Ts-Uxis. — La Smi':hsonian Institution nous a adressé plusieurs 
publications, notamment son Bulletin n° 63 (A Monographie Revision of 
the Coleoptera bclonging to th'i Tenehrionide Tribe Eleodinii inhabiling 
the United States, L'^w:r Calijornia, and adjacent Islands, by Frank E. 
Blaisdell (Washington, Governmuitp'intingOff'ce, 1909, in-8 de xi-524 p., 
avec 13 planches), lequel contient une monographie très complète des 
colé)ptèr.?s du gîure Elodss qui habitent la Basse-Californie. Quant au 
Bulletin n'' 65, il est relatif à la minéralogie (Dendroid graptolites of 
the Niagaran Dolomites al Hamilton, Ontario, by Ray S. Bassler (Was- 
hington, 1909, in-8 de ix-64 p., avec 91 fig. et 5 planches). Le Bulletin 
n" 66 contient une étude entomologique; c'est une revision des coléoptères 
de l'ordre des streptosiptera Kirby, par M. W. Dwight Pierce (Washing- 
ton, 1909, in-8 de xii-253 p., et 15 planches). Outre ces travaux spéciaux, 
nous devons signaler particulièrement le gros 38^ volume des Proceedings 
of the United States National Mttseum (Washington, 1911, in-8 de xv-677 
p., avec 56 belles planches et de nomb"". fig.). Ce volume se compose pres- 
que entièrement demémeires sur l'histoire naturelle. Nous citerons parmi 
ces intéressants travaux une étude sur les oiseaux recueillis ou observés 
pendant l'expédition de 1' ■( Albatros » dans l'Océan pacifique Nord, la 
mer de Bering, le Japon, etc., par M. Austin Hobart Clark; sur les 
nouveaux h/méaoptères des îles Philippine'^, par M. Crawford; sur ime 
collection d'oiseaux recueillis en Corée, par M. Pierre-Louis Jouy; sur les 
nouveaux lépidoptères de Mexico, par M. Dyer; sur de nouvelles espèces 
d'ichneumens, par M. Viereck; sur un nouveau crocodile fossile, par MM. 
Gilmore, et autres. 

Publications nouvelles. — ■ Les Odes de Salomon. Une œuvre chre 
tienne des environs de Van 100-120, par J. Labourt et P. Batiffol (in-8, 
Lecoffre, Gabilda^ — ■ La Loi et la foi, étude sur saint Paul et les fudaï- 
sants, par A. de Boysson (in-16, Bloud). — • La Théologie de saint Paul, 
par F. Prat ^in-S, Beauchesne). — Mon grand Catéchisme, manuel d'ins- 
truction et de formition chrHienn-'s, par T. Dequin et A. Ledieu (in-16, 
cartonné, Bloud). — • La Contemplation, ou Principes de théologie mystique, 
par le R. P. E. Lamballe (in-16, Téqui). — • J'ai perdu la foi\ réponse à 
VincréduUté moderne, par le R. P. R. Ruiz Amado; trad. de l'espagnol par 
l'abbé E. Gerbeaud (in-16, Téqui). — Y a-t-il un Dieu? Y a-t-il survie de 
Vâmc après la mort ?, par H. Hugon (in-16, Téqui). — - L'Éducation eucha- 
ristique, par J.-G. Broussolle (in-16, Téqui). — ■ Le Christ et l'Eglise dans 
la question sociale, par L.-A. Glffre (in-16, Bloud). — ■ Le Cardinal Pie. 
Discours choisis, avec une Introduction des notices et des notes, par l'abbé P. 



— . 286 - 

IlalXiants (petit iii-8, Bruxelles, Kelkr). — L'Objet intégral de Vapologé~ 
tique, par E.-A. d? PouJpiqust (in-16, Bloud). — En SLwant le Maître. 
Moi-^ du Sacré-Cœur, par l'abbé A. Dard (in-IS, Lecoffrc, Gabaldal. — 
L'Éducation chrétienne, conférences, par l'abbé H. Le Camus (in-16, Téqui). 
■ — ■ Manuel- F ormidaire de V enregistrement, des domaines et du timbre, suivi 
d'un Précis de manutention et de comptabilité, par J. Castillon (in-8, Librairie 
générale de droit et de jurispr\:denc(>). — Dieu et Science. Essais de psy- 
chologie des sciences, par E. de Cvon (in-8, Alcan). ■ — Le Fondement de la 
responsabilité pénale. Essai de philosophie appliquée, par H. Urtin (in-8, 
Alcan). — Leçons de philosophie sociale, par le R. P. Schwalm. T. IL (in- 
16. Bloud). — Œuvres choisies philosophiques, piU D. Hume; trad. de l'an- 
glais par M. David. I. Essai sur l'entendement humain. Dialogues sur la 
religion naturelle (-in-8. Alcan). — Les Forces éternelles et autres essais, par 
Emerson; trad. de l'anglais par K. Johnston (in-16, Mercure di France). — 
Précis de psi/chologie, par H. Ebbinghaus; trad. sur la 2« éd. allemande 
par G. Raphr-ël et revu sur la 3^ éd. par le D'' G. Revaidt d'Allonnes 
(in-8, Alcan). — A travers lesronces, parB. Jouvin (in-16, Bloud). — La Lutte 
contre le Sweating- System, par P. Boyaval (gr. in-8, Alcan). — • Le Socia- 
lisme français de 1789-1848, par G. et H. Bourgin (in-16, Hachette). — 
Estudios sociales, por P. T. Rodriguez (2 vol. in-18, Madrid, imp. Helé- 
nicaK — I^es Petites Industries rurales, par Ardouin-Dumazet (in-12, Le- 
coffre, Gabalda). — Traitement mental et culture spirituelle. La Santé et 
Vharmonie dans la vie humaine, par A.-L. Caillet (in-18, Vigot). • — Lour- 
des. Les Guérisons, par le D'' Boi^sarie (gr. in-8, Mairon de la Bonne 
Presse). — La Grammaire de la science. La Physique, par K. Pearson; trad. 
de l'anglais par L. March (in-8, cartonné, Alcan). — La Télégraphie sans 
fil, par L. Fournier (in-18, Garnier). • — Le Pain de froment, étude critique 
et recherches sur sa valeur alimentaire selon le blutage et les systèmes de 
mouture, par E. Fleurent (in-16, Gauthier- Villars). • — Légumes et fruits 
de primeurs. Procédés de forcerie, par A. Van den Heede (in-12, Amat). 

— La Doctrine de défense nationale, par le capitaine Sorb (gr. in-8, Berger- 
Levrault). — Correspondance et fragments inédits, par E. Fromentin (in- 
16, Plon-Nourrit). ■ — Vom Musik-Traktate Gregoi^ des Grossen, von P. G. 
Vivell (in-16, Leipzig. Breitkopf und Hâi'tel). — Die Quaestiones in Mu- 
sica, von R. Stegîich (ir>-^ Leipzig, Breftkcpf und H a 'tel). • — Sur l'art 
de diriger, par F. Weingartner; trad. par E. Heintz (in-16, Leipzig, 
Breitkof und Hârtel). • — Ménestrels communaux et « instrumentistes divers » 
établis ou de passage à Malincs, de 1211 à 1 790, par R. Van Aerde (gr. in-8, 
Malincs, Godenne).— Das Konservatorium fUr Musik in Prag (1811-1911), 
verfasst von Dr. J. Branberger (g:*, in-8 carré, Prag, Verein zur Befôr- 
d«rung der Tonkunst in Eôhmen). — La Musique en Chine, par G. Soulié 
(in-8, Leroux). — Actualités scientifiques, par M. de Nansouty (in-16, Boi- 
vin). — Lexique du « Journai des Concourt », par M. Fuchs (in-8, Cor- 
nély). — Au Pays lorrain, par P. Ladurelle (in-18, Lem^rre). — Odes, par 
G. Marie (in-18, Lcmerre). — L'Ame éparse, par F. Colomb (in-18, Lemerre). 

— Petits Poèmes, contes et fantaisies en prose, par A. Ruffin (in-18, Le- 
merre). — Confitebnr tibi in Cithara, par P. de Cossé Brissac (in-16, Plon- 
Nou-rrit). — Dans le silence des rêves, par P. Granoti» r (in-18, Jouve). — 
Au souffle des vullées, par M.-J. de Chantai (in-18, Fignière). — Poésies, 
par le vicomte P. Alessand' (in-18, Figuiere). — Pour l'attaque \ par D. 
Yvonneau (in-12, IVfcssein). — Vers à chante^". Bimes à dire, par A. de Nes- 
selrode (in-î6, Éditions des Escholiers). • — Un Coin du voile, par C. Yver 



- 287 — 

(in-18, ('alra;!nn-Lcvy^ — • Lu Repentir, par C. de Pomaii'ols (in-16, Plon- 
Nourrit). — L'Élève Gilles, par A. Lafon (in-lG, Porrin). — • Un Mari par 
procuratinn, par J. Stoele; trM. de l'anglais par R. d'Agè.s (in-JG, Hachi'tte) 

— Mes Vacances, par A. Cim (in-8, Hschttte). — Un Duo, par A. Conan. 
Doyle (in-18. Stock). — Les Enquêtes dit prestigieux Hewitt, pai' A. Morri- 
son; adaptation française par A- Savine et Gcorges-Miclu'l (in-18, Stock). 

— Nouvelles Enquêtes du prestigieux Hewitt, par A. Morrison; adaptation 
française par A. Savine 'in 18, Stock). — ■ L.a Puissance des autres, par 
M. Coraert (in-18, Stock). — Xe Prince des riches, par F. Rivet (in-lS, 
Stock). — Imato. Rcx Dei, par A. C.cupey (in-18, Lemerre). — La Graine 
au vent, par J. Nesmv (in-16, Grasset). — Fûninistes, par J.-R. Sée (in-8, 
Fignière). — Feuilles mortes, par A. Le Brun (in-18, Figuière). — • La Fée 
du Val André, par M. de Harcoët (in-16, Beauchesne). — Feux follets, par 
H. Bister (in-16, H. Gantier). — Sur le sable, par M. Le Mière (in-16, H. 
Gautier). — S aint-Exupère-les- Châsses, par F. Plossis (gr. in-8, Maison de 
la Bonne Presse). — Histoire de la. comédie romaine. Sur les tréteaux lutins, 
par G. Michant (in-12, Fontemoing). -r- Il Concetto e Vordine del « Para- 
diso » dantesco, da G. Bnsnelli. Pai'te II. VOrdine (in-12, Citta di Castello, 
Lapi). — Les Grands Écrivains de la France. Correspondance de Bossuet. 
Nouvelle éd. publiée par C. Urbain et E. Levesque. T. V. (janvier 1692- 
septembre 1G93) (in-8, Hachette). — Leopardi et Mn>e de Staël, par S. 
Ravasi (in-8, Champion). — Le Mouvement romantique, par P. Van Tie- 
ghem (in-16, Hachette). — Les Sources du merveilleux chez E. T. A. 
Hoffmann, pav P. Sucher (in-8, Alcan). — ■ Alfred de Vigny. Contribution à 
sa biographie intellectuelle, par F. Baldensperger (in-lG, Hachette). — • 
Pages romantiques, par F. Liszt, publiées avec une Introduction et des 
notes par J. Chantavoine (in-16, Alcan). — Théodore de Banville (1823- 
1891), par JI. Fuchs (gr. in-8, Cornéiy). — IJIllusion et la désillusion 
dans le roman réaliste français (1851-1890), par G. Jakob (gr. in-8, Jouve). 

— Une nouvelle « Histoire ancienne de l'Église ", par le chanoine Marchand 
i in-12, Paris et Poitiers, Oudin). — IJ Avenir du Jtristianisme. \^^ partie. Le 
Passé chrétien, vie et pensée, par A. Dufourcq. VI. Époque occidentale. His- 
toire de VÉglise du xi^ au xviii^ siècle. Le Christianisme et V organisation 
féodale, 1049-1300 (in-lG, Bloud). ■ — El terciari francssca beat Ramon 
Llull, doctor arcangélic, y martre de Crist. Sa vida y la hislôria contem- 
poranea, per M. J. Avinyo (petit in-8, Igualfcda, Poncell). • — ■ Archives du 
' ngner (J. Chappée. Le Mans). Série H, art. 97. Cartulaire de iabbaye de 
Saint- Sauveur de Villcloin, par l'abbé li.-J. Denis (in-8, Champion; Le 
Mans, A. de Saint-Denis). — Béatrice d'Aragon, reine de Hongrie (1457- 
1508), par A. de Berzeviczy. T. I. (in-16, Champion). — • Histoire mo- 
'Vm<? (1498-1VI5), classe de i^econde. A. B. C. J)., par P.-G. Heinrich (in-16 
eartonné, Bloud). • — - ie Régiment des Gardes- Suisses de France. Les Suisses 
en Italie (campagne de Marignan), par le capitaine de Vallière (gr. in-8, 
Berger-Levrault ; Lausanne, « Revue militaire suisse » ). — Du Luthéra- 
nisme au protestantisme. Évolution de Luther de 1517 à 1528, par L. O'is- 
liani (in-8, Bloud). — Saint François-Xavier, par A. B''ou (2 vol. in-8, 
Beauchesne). — Bu^sy d'Amboise et Madame de Montsoreau, d'après des 
documents inédits, par L. Mouton (in-8. Hachette). — Autour de Saint- 
Simon, documents originaux, par A. Pereire (in-18, Champion). — Essai 
sur l'ordre des hospitaliers de Saint- Jean- de- Jérusalem et de son gouverne- 
ment civil et militaire à Malte, au commencement du xviii^ siècle, par L. 
Héritte (in-4. Éditions de « Documents d'histoire «). ■ — Le Mont Saint- 



— 288 — 

Michel inconnu, d'après des documents iw'dits, par E. Dupont (petit in-8, 
Perrin). — Milices et volontaires du Puy-de-Dôme. Etude sur le recrutement 
de Vannée 1688-17^^3, par le commandant Flocon (in-8, Bcrj^vr-Lovrault). 

— Histoire gé?i^rale de l'Eglise, par F. Mourret. T. VI. L'Ancien Régime, 
xvii^ et xviii*' siècles (gr. in-8, Bloud). — La Russie et le Saint-Siège, études 
diplomatiques, par P. Pierling. T. V. (in-8, Plon-Nourrit).— Histoire de 
Chevron, par J. Gsrin. T. II. I^s Communiers avant 1792 (in-16. Champion). 

— Les Martyrs. XI. La Révolution (1791-1794), par le R. P. Dom H. 
Leclercq (in-8, Paris et Poitiers, Oudin). — Le Gênerai de Clausewitz, sa vie 
et sa théorie de la guerre, par P. Roques (in-8, Berger-Levrault). — Antécé- 
dentes politicos y diplomâticos d? los sucesos de 1808, estudio histôrico-critico, 
da marqués ae Lema (in-8, Madrid, Beltràn). — La Campagne de 1812. 
Mémoires du margrave de Bade; trad.. Introduction et notes, par A. Ghu- 
quet (in-16, Fontemomg). — Smolensk. Les Origines, Vépopée de Smolensk 
en 1812, par le baron de Baye (petit in-8, Perrin). — La Campagne de 
1844 au Maroc. La Bataille d'Isly, par le capitaine A. Latreille (in-S, Cha- 
pelot). — '( Ames chrétiennes. « L? Père de Valroger, ses frères, ses sœurs, 
d'après leur correspondance, publié par G. de Valroger (in-16, Bloud). — 
Bismarck, 1815-1898, par H. Welscliinger (in-8, Alcan). — Henry Har- 
risse. Etude biographique et morale, avec la bibliographie critique de ses 
écrits, par H. Vignaud (in-8, Chadenat). — Un Moine au xx<^ siècle. Dom 
Mayeul Lamey, prieur majeur des bénédictins de Cluny, 1842-1903. Choix 
de ses œuvres avec ufie Introd. biographique, par E. Goutay (in-16, Bloud). 

— Zadoc Kahn (1839-1908), par J. Veill (in-16, Alcan). — Les Grands 
Problèmes de politique intérieure russe, par R. Marchand (in-16, Alcan). — Rc- 
cent Administration in Virginia, by F. A.Magruder (in-8, Baltimore, The 
Johns Hopkins Press). ■ — - L'Ecole primaire en France sous la troisième 
République, par J. Vaujany (in-16, Perrin). — • L'Inquiétude religieuse du 
temps présejit, par P. Staijfor (in-16, Fischbacher). — En pensant au pays, 
par C. de Vitt (in-16, Hachette). — • La Colonisation française dans « l'Afrique 
du Nord ï) Algérie-Tunisie- Maroc, par V. Piquet (petit in-8. Colin). — La 
Société marocaine, études sociales, impressions et souvenirs, par le D'' Mau- 
ran (gr. in-8, H. PaulinU — Ce Mausolée d'Halicarnasse et le Trophée 
d'Auguste, par M. Dieulafoy (in-4, C. Klincksicck). — ■ Feuilles à Samara en 
Mésopotamie. Un Palais musulman du ix^ siècle, par H. Viollet (in-4, C. 
Klincksieck). — Répertoire bibliographique pour la période dite « révolution- 
naire » 1789-1801 en Seine-Inférieure, par V. Sanson. T. II et III. (2 
vol. in-8, Champion). — A Guide to books on Ireland, edited by S. J. Brown, 
Part I (in 18 ca'.tonn^', Dublin, Hodges Fi^^gis; London, Longmans, 
Green), Visenot. 



Le Gérantl: en APUIS. 



Imprimerie polyglotte Fr. Simon, Rennts— Paris. 



POLYBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



ROMANS, CONTES ET NOUVELLES 

Romans divers. — 1. VEnvers du décor, par Paul Bourget. Paris, Plon-Nourrit, 
1911, in-16 de 342 p., 3 fr, 50. — ?. Davidée Birot, par René Bazin. Paris, Cal- 
mann-Lévy, s. d., in-18 de 361 p., 3 fr. 50. — 3. Ceux qui montent, par Léon 
Daudet. Paris, Fayard, 1912, in-12 de 318 p., 3 fr. 50. — 4. La Neige sur les 
pas, par Henry Bordeaux. Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 de 348 p., 3 fr. 50, 
— 5. Petite Madame, par André Lichtenbcrger. Paris, Plon-Nourrit, .s. d., 
ia-16 de oO« p., 3 fr. 50. — 6. Une ISeura<ithénique, pur Adhémar de Montgon. 
Paris, Daragon, 1911, in-18 de 265 p., 3 fjf. bO.—l.'iFeuiUcs mortes, par A. Le Brun. 
Paris, Fifiruière, 1912, in-lS de 455 p., 2 fr. — 8. Sœur Anne, par Octavi; Aubry, 
Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 de 315 p., 3 fr. 50. — 9. La Maltournée, par 
T. CoMJiE. Paris, Perrin, 1912, in-16 do 320 p., 3 ff. 50. — 10. L'Élève Gdler., par 
André Lafon. Paris, Perrin, 1912, in-16 de 260 p., 3 fr. 50. — 11. Chasseurs 
du temps passé, par le marquis Th. de Poudras. Paris, Emile Nourry, 1910, 
in-12 de 295 p., 3 fr. 50. — 12. Contes et fantaisies, par Emile Gcuiiart. Paris, 
Bioud, 1.912, in-16 de 305 p., 3 ff. 50. 

Romans de femmes. — • 13. Un Coin du voile, par Colette Yver. Paris, Calmann- 
Lévy, 1912, ia-18 d.-? 283 p., 3 fr. 50. — 14. Imato, par Augusta Coupey. Paris, 
Ijemerre, 1912, in-18 de 329 p., 3 fr. 50. — 15. L'Elévation, histoire d'une femme 
d'aujourd'hui, par M. L. Alméras. Paris, Perrin, 1912, in-16 de 246 p., 3 fr. 50.— 
16. La Puissance des autres, par Marguerite Comert, Paris, Sto "k, 1912, in-18 
de 314 p., 3 îr. 50. — 17. Féministes, par Ida-R. Sée. Pari^, Figuière, 1912, in- 
18 de 184 p., 3 fr. 50. — 18. L'Impossible Aveu, par M™« Pierre de Bouchaud 
(Cardeline). Paris, Plon-Nourrit, s. d., in-16 de 277 p., 3 fr. 50. 

ROM.ANS ÉTRANGERS. — 19. I^Ha, par FoGAzzARo; trad. de l'italien par G. Hé- 
rellf,. Paris, Hachette, 1911, in-16 de 377 p., 3 fr. 5^. — 20. Les Enquêtes du 
premgieux Héwiu, par Arthur Morrison; ad.aptntion française par Albert 
.Savine et Georges Michel. Paris, Stock, 1912, in-18 d,e 355 p., 3 fr. 50. —21. 
Nouvelles Enquêtes du prestigieux Hévitt, par le même; adaptation française par 
Albert Savine. Pans, Stoc':, 1912, in-18 de 307 p.. 3 fr. 50. — 22. Un Mar- 
par procuration, par Jack Steele; trad. de l'anglais par Robert d'Agés. Paris, 
H.^chette, 1912, in- 16 de 274 p., 1 fr. — ■ 2.;. La Lumière vient de l'Orient, par 
Lafcadio Hearn; trad. de l'anglais par Marc Logé. Paris, Mercure de France, 
191!, in-18 de 355 p., 3 fr. 50. — 24. Raffles, cambrioleur pour l" bo:. monf, par 
E.-W. Hornung- trad. de l'anî-lais par Henri Evie. Paris, Il3chette,19U', 
in-16 de 260 p., 1 fr. 

lloM.\.NS DIVERS. — 1. — M. Paul Bourget réunit quatre nouvelles 
sous ce titre L' Envers du décor. La plus importante porte le nom 
d'une famille: les Moreau-Jamille, distinguée par une industrie 
prospère qu'une double intrigue amoureuse bouleverse. Un 
jeune paresseux sans fortune, Calvignac, fait de M™^ Moreau- 
Janville une adultère, se fait payer par elle une vie coûteuse, et 
demande en mêmetaiips la main d'Hélène Moreau-Janville. Le père 
la refuse, elle se fait enlever, non sans avoir donné à son père le 
spectacle d'une scène de jalousie, qui révèle l'intrigue de l'épouse. 
Des sentiments violents engendrés de cette scène et des résolutions 
extrêmes qui s'ensuivent, l'auteur a fait le tableau le plus pathé- 
AvniL 1912. T. CXXIV. 10. 



— 290 ~ 



tiquo. Tous les caractères y sont peints avec une vigueur 
admirable : la fille obstinée, la mère frivole, le père inflexible et jus- 
ticier. Sa fille l'appelle papa. « Je ne suis pas un papa, dit-il, je suis 
un père de famille. » Le dénouement se fait en deux parties : à sa femme, 
Moreau-Janville pardonne, parce que son fils, un fils de seize ans, 
l'en supplie; à sa fille enlevée il permet le mariage, qui devient aussitôt 
le châtiment de celle-ci. Il y a dans ces peintures, de nombieuse» 
libertés; il y a par-dessus tout un sentiment profond de la nécessité 
des mœurs graves et sérieuses, réglées non sur les entraînements même 
louables de l'individu, mais sur les intérêts de groupe et de famille. 
(( C'est ma conviction, dit le fils à son père, que vous seul êtes dans 
le vrai. Les arts, la littérature, la musique (il montrait le piano d'Hé- 
lène, la petite bibliothèque de la jeune fille, grossie de volumes co- 
quettement reliés, qui étaient des œuvres des poètes, les tableaux 
sur les murs, quelques peintures italiennes empruntées à la galerie 
du père), j'ai vu où ça mène, ce qu'il y a derrière.» Personne plus que 
M. Paul Bourget n'a le sentiment de l'inutilité de tant de_ vies élé- 
gantes vernies d'intellectualité. On sent que cette fausse culture des 
gens du monde l'irrite comme une hypocrisie récemment inventée de 
la paresse, de la sottise et du plaisir. 

2. ■ — Davidée Birot est une maîtresse d'école primaire, sans foi reli- 
gieuse, et croyant à la vertu de la morale athée qu'elle enseigne. M. 
René Bazin veut que nous regardions comme un bon levain cette 
confiance. Il en tire sous nos \vvix le retour à Dieu. Mais il y faut 
bien des conditions. Il faut que le zèle de l'institutrice soit première- 
ment récompensé de salutaires effets chez les gens d^ village, par où 
se trouve confirmée sa confiance dans le bien. Hélas ! dans la réalité, 
la morale laïque n'opère point. Elle opère ici; elle sépare deux adul- 
tères, jMaïeul et Phrosine. Mais comment? Parce que la petite fille 
de Phrosine meurt de la honte que l'indignité de sa mère fait peser 
sur la maison. L'horreur de cette raoït aide à convertir Maïeul, et à 
](^ faire sortir du péché. C'est le premier point. Le second consiste dans 
les obstacles que trouve l'institutrice à convertir Phrosine, et qui lui 
font souhaiter de prier. Phrosine ne se convertit point. Mais tant 
d'efforts faits pour la rendre plus douce et plus heureuse entretiennent 
l'âme de Davidée Birot dans une exaltation où germe la foi nouvelle. 
Elle épouse Maïeul à la fin. Elle rend à Phrosine un fils que son 
mari, en la quittant, avait emmené. Ainsi la fin du livre fait voir le 
bon récompensé et le méchant au moins neutralisé. Et cela est très 
habilement construit, avec une vraisemblance de détail presque cons- 
tante, à laquelle se joint la couleur vraie d'une abondance de petits 
tableaux champêtres. M. Bazin est servi dans ces peintures par un 
tact ingénieux des mœurs du village, source d'un ton moyen où le 



rude et le touchant se mêlent et se balancent à propos. On sent chez 
l'auteur une crainte d'outrer le sentiment chez un genre d'hommes' 
qui ne l'expriment guère, il y met un scrupule de peintre et un soin 
d'esprit bien élevé. En un endroit je crois qu'il dépasse la mesure ; 
c'est quand Phrosine (pourquoi n'écrit-il pas Frosine comme Mo- 
lière?) retrouve son fils. L'accueil du garçon est d'une brutalité dont 
je ne dis pas que la vérité n'a pas fourni les éléments, mais où l'on 
n'en sent pas moins le système. M. Bazin a voulu faire rude. Cela est 
mécanique, cela manque des nuances que la nature offre toujours. 
L'auteur l'a bien senti, car il écrit, parlant de ce fils qui vient de 
mal accueillir celle qui se dit sa mère : « Et comme il était jeune, il 
avait le cœur en songe. « La grâce un peu chf^rchco du mot ne 
saurait dissimuler tout ce qu'elle cherche à couvrir : des sentiments 
difficiles à peindre et qu'on renonce à nous expliquer. A vrai dire, 
rien n'est si malaisé que la vraisemblance en pareil cas. La tragédie 
s'y reconnaissait dans les grands intérêts, les grandes responsabilités, 
les grands devoirs, que la reconnaissance paternelle jetait tout d'un 
coup sur celui qui en éts.it l'objet, et qui s'imposaient à lui. Dans le 
privé, rien de pareil ; le sentiment fait tout. Or qu'en est-il? La 
nature se met-elle à parler? et de quelle manière? Et comment le 
savoir? où l'étudier? quand pareille chose n'arrive presque jamais. 
Ce reproche est mince. La trame du livre est partout ailleurs 
fort bien établie et liée; le sentiment du vrai ne quitte jamais le lec- 
teur, quand il s'agit du détail et du courant des faits. Ce qui paraîtra 
moins solide, c'est la transformation éprouvée par la jeune fille. Est- 
il à croire que ce zèle apostolique, allumé de la croyance à «la loi «, 
aboutisse à la charité catholique? Je croirais plutôt qu'il est tout le 
contraire. Même avec toutes les circonstances que l'auteur imagine et 
dispose, on entrevoit mal ce passage. L'institutrice directrice des cons- 
ciences, prévenue de l'idée qu'elle a une mission en ce genre, s'en démet- 
tra-t-elle aux mains du prêtre (ce qui est la vraie conversion catho- 
lique), si on commence par supposer que cette idée va s'exaltant en 
elle? Dire oui, c'est confondre peut-être un certain individualisme avec 
l'esprit de discipline, de hiérarchie, de tâche réglée et distribuée, qui 
fait l'armature de l'Eglise catholique. Sous des couleurs qu'il sait 
rendre agréables et touchantes, auxquelles il épargne (chose difficile) 
la pédanterie moralisante, l'auteur nous a peint l'esprit sévrien. De 
cet esprit il tire une conversion. Dans la réalité des faits, ces 
sortes de conversions se font au Dieu ou à l'idéal de M. Pécaut. 
Ilya bien du charme dans nombre d'épisodes. Le portrait de la direc- 
trice, celui de l'inspecteur primaire sont des chefs-d'œuvre. La petite 
fille qui meurt est touchante aux larmes. La vieille infirme, dont les 
bonnes paroles aident à convertir Davidée, sont^ pleines d'une sim- 



plicité noble, parfaitement conforme au sentiment chrétien, non moins 
convenable à l'humble condition de celle qui les prononce. 

3. — M. Léon Daudet a mis en partie de roman le mouvement de 
l'Action française dans les faubourgs. On voit dans Ceux qui montent, 
qui sont les ouvriers du syndicat, les Camelots du Roi en action. 
C'est, dis-je, une partie du livre, partie nécessaire aujourd'hui à qui 
voulait écrire un roman ouvrier. Le cadre est la Butte Montmartre, 
le sujet l'amour de doux jeunes gens du peuple au milieu des passions 
politiques déchaînées. Près des premiers acteurs du drame, paraissent 
quelques types populaires : ouvriers, boutiquiers, cabaretiers, tracés 
de traits probes et nets qui les mettent on relief. Au second rang, de 
plus gros personnages, maître et maîtresse d'école, commissaire de 
police, artisans huppés d'œuvres sociales, pour lesquels l'auteur n'a eu 
qu'à recueillir ses souvenirs et son expérience. Ceux-là tiennent debout 
par leur seule importance, par l'abondance connue des traits profession- 
nels, que le difficile n'était pas d'extraire, mais de rassembler. Le chef- 
d'œuvre du livre à cet égard est Mi^*^ de Sainte-Avanie, anarchiste 
millionnaire, propriétaire d'une maison du peuple et d'habitations à 
bon marché, en qui se mêlent curieusement l'hypocrisie philanthropique, 
le fanatisme anticlérical et l'avarice. M^'*' de Sainte- Avanie n'admet 
pas qu'un ouvrier conscient ravale en lui la dignité humaine au point 
de ne pas payer son terme, et, pour l'amour du peuple, chasse de ses 
maisons les locataires en retard. Les instituteurs, Sampèdre et sa 
femme, sont excellemment peints grâce au soin que l'auteur a pris 
de les concevoir à la huguenote, animés contre le catholicisme de la 
vieille rage antipapiste.il les fait tous deux protestants. Ne le fuspent- 
ils pas qu'il n'en faudrait pas moins les peindre dans cette gamme. 
En effet, c'est une vérité qu'on a trop souvent oubliée que l'anticlé- 
ricalisme du peuple, issu de libre pensée pure, n'est pas du tout celui 
de l'école, empreint de fanatisme religieux à rebours, chargé des 
grimaces de la vertu. « La vue du Sacré-Cœur et des processions qui 
s'y rendaient les remplissait d'une rage gelée, ravivait chaque jour 
leur combativité. Vertueux et laborieux, ils mettaient cette vertu et 
ce labeur en avant, de telle sorte qu'ils les rendaient plus hideux et 
haïssables que des péchés capitaux. Ils répétaient ma conscience, la 
conscience, notre conscience. Ils avaient supprimé les prix, et même 
les mentions, qui surexcitaient dangerevisement la vanité des éco- 
liers. Ils remplaçaient les récompenses par des exaltations qui 
avaient lieu le mercredi sous forme de sermon humain, et les puni- 
tions par des remontrances d'une portée générale, qui occupaient 
la classe du soir. A force de hsinnirV histoire-bataille, l'histoire d'avant 
la Révolution et la morale traditionnelle, ils en arrivaient à n'ensei- 
gner^plus que des dilutions do métaphysique kantienne, des préceptes 



— 293 — 

d'hygiène et des formules anticléricales.» Un des plaisirs du livre est 
l'air de petite province que M. Léon Daudet donne à Montmartre et, 
comme il dit familièrement, à la Butte: province composée de toutes 
petites gens connus les uns des autres, et suivis dans leurs compor- 
tements par une sorte d'opinion publique dont nous voyons les élé- 
ments à l'œuvre : préjugé populaire, presse à un sou, enseignement 
scolaire, entraînement d'atelier, propos de cabaret, dévotion, car il 
y a sur la Butte de petites gens croyants et dévots. La jeune ou- 
vrière, dont l'auteur a fait la moitié de son sujet, appartient juste- 
ment à ceux-là, tandis que le jeune homme qui l'aime est du parti de 
la révolution. Tout cela forme un tableau d'ensemble tracé avec 
beaucoup de délicatesse et avec une fine pénétration des circonstances et 
des espèces. Cela sera d'autant plus apprécié que rien ne s'y mêle du 
ton pleurard usité chez les naturalistes d'il y a trente ans. Rien de 
commun avec ce que Zola appelait des livres « trempés de pitié hu- 
maine », nul tolstoïsme, rien de Coppée et du Petit Épicier. Cette discré- 
tion enchantera les gens de goût. Les amateurs de langue y pren- 
dront un autre plaisir, celui de voir doser l'argot dans les intonations 
populaires, dont presque toutes sont des chefs-d'œuvre de vérité et 
de mesure. Nous avons connu le grand argot romantique avec les 
Misérables, l'argot plat et inepte avec V Assommoir; voici celte fois, 
non pas l'argot, mais plutôt une transposition nerveuse, sobre et 
incisive, d'un genre absolument nouveau. Et le diapason de cette 
langue est celui des peintures. Résultat général : l'horrible presque 
partout évité, excepté dans quelques épisodes où il fallait qu'il 
fût, comme celui de l'enfant enduit de pétrole, et brûlé en haine des 
maitres religieux à qui ses parents l'ont confié: fait parfaitement véri- 
dique,et qui jette le jour nécessaire sur la gueire atroce menée là-haut, 
au nom du Chevalier de la Barre, contre la basilique, parla rage anticlé- 
ricale. Les Camelots du Roi vengent cet attentat, en même temps que 
leur propagande, opérant le retour du héros du livre aux principes de 
l'ordre, fait une union parfaite de son mariage avec l'ouvrière 
catholique. 

4. ■ — Un adultère pardonné par l'époux, après lequel la vie recom- 
mence, telle est l'histoire contée sous ce titre s'ymbolique:i>aiVfz'g'e sur 
les pas, par M.Henry Bordeaux. Cesujet en a tenté d'autres, mais ils 
procédaient d'une pensée morale, celle du pardon, et plus ou moins 
se rattachaient à Tolstoï, quoique parfois sous des apparences chré- 
tiennes. L'originalité de ce roman, c'est de présenter ce dénouement 
en forme de loi physique de l'existence, qui ne souffre point de déchi- 
rement éternel, qui cicatrise et répare tout. M. Henry Bordeaux a 
là-dessus une brillante exégèse du personnage d'Hélène, renouant 
près de Ménélas l'ancienne vie conjugale. C'est la leçon, selon lui, delà 



— 204 — 

Sagesse antique, vraiment adéquate à la vie. Au contraire, chez Ju- 
liette,'-'hez Yseult,la fiction deTirréparablan'est qu'une fantaisie roman- 
tique. Très nettement, l'auteur nous propose la leçon de son livre 
comme relevant dune renaissance du classicisme à laquelle nous 
assistons. Cela est séduisant. Est-ce vrai? J'ai peur qu'on ne fasse 
ici une confusion. Faut-il chercher le classique uniquement dans le 
grec? je veux dire dans les réalisations grecques. Pour ce qui est de 
l'art et de la méthode, on ne demande pas mieux que d'accorder 
qu'ils y sont tout entiers. Accordons aussi que les notions essentielles 
s'y trouvent, et dans un ordre que les siècles n'ont guère chance de 
changer. Cependant les mœurs changent, en sorte que les principes, 
quoique toujours les mêmes, ne niènentplus aux mêmes conclusions. 
Le mariage d'un homme m chrétien et Français est quelque chose 
bien différent de celui de Ménélas et d'Hélène, il engage d'autres 
sentiments, il est asservi à d'autres intérêts. Quand on aura dit que 
l'un et l'autre consiste dans la fixité d'un foyer, on aura dit, je crois, 
tout ce qu'ils ont de commun. Comment donc imaginer que pour Marc 
Remonay le vrai soit d'imiter l'époux de Lacédémone ? Comment 
faire passer cela sous le nom d'une restauration du classicisme? Que 
M. Henry Bordeaux prenne garde qu'il a contre lui la tradition clas- 
sique. Cette tradition s'exprime, elle parle, elle crie, dans l'éclat de 
rire soulevé par les maris de Molière, dans ceux de Desperriers et de 
l'Arioste, dans ceux de nos derniers vaudevillistes. M. Bordeaux a 
cent fois plus d'esprit qu'eux; mais en cela j'ai bien peur qu'ils aient 
raison contre lui. Méprisera-t-il cette veine parce qu'elle n'est pas 
grecque, parce qu'elle vient des fabliaux? Et après? Le monde entier 
ne tient pas dans Homère, pas plus que la coupole de Saint-Pierre ne 
tient dans le Parthénon. Je ne puis lire l'histoire de ces réconcilia- 
tions sans penser à celle qui termine si posément, si comiquement 
aussi, le fameux conte de Joconde. 

Poi rnonlaro a ravall". e il lor senùero 
Ch'era a Ponente, Polsero a Levante 
Ed aile mogli lor se ne tornaro 
Di rhê affanno mai più non si pigliaro. 

Astolphe et Joconde font ce que fait Marc. Tout ce qu'il y a de dif- 
férence mérite de nous avertir de l'erreur où l'on nous engage. 
L'Arioste plaisante, mais sa plaisanterie exclut cet effacement com- 
plet des pas de l'adultère par la neige. Qu'il y ait des raisons de 
renouer, soit; quoique il soit difficile de les imaginer, quand c'est 
l'épouse, c'est-à-dire la pierre même du foyer, son unité et son avenir, 
qui a cédé. Ces choses sont comprises des modernes de telle sorte qu'une 
pareille faute les compromet essentiellement. Mais, en supposant 
même que la vie recommence, quelque chose y est brisée, qu'on ne 



— 295 — 

réparera jamais. C'est, je crois, l'évidence. M. Bordeaux nel'avoue- 
t-il pas quand il requiert comme circonstances à la réconciliation, 
la circonstance exceptionnelle d'un accident de montagne où l'adultère 
manque trouver la mort, tant ce qu'il veut persuader exige des pré- 
parations, d'émotions vives, dans le tourbillon desquelles les senti- 
ments communs aient peine à se reconnaître. Je n'ai rien dit de la 
partie pittoresque du livre, qui est charmante, avec des tableaux de 
montagnes, de fraîches présentations de jeunes filles et d'enfants, ni 
du pathétique des situations traitées chacune à part avec une émo- 
tion vraie et infiniment pénétrante. 

5. — M. Lichtenberger a fait un roman avec les petits récits d'un 
jeune ménage; il les appelle Petite Madame. Le tout est d'une fadeur 
parfaite. Peut-être on éviterait de le dire, si l'auteur n'avait l'art de 
provoquer la critique par le ton avantageux qu'il prend. Evidemment, 
il se croit beaucoup d'esprit. Il ne dit rien que d'un air badin. Exem- 
ple : « Qui le croirait, non, mais qui le croirait, qu'il y a trois mois 
.Jotte n'était qu'une manière de petite provinciale engoncée? Il a 
suffi de cent jours (le temps que Napoléon a mis à perdre un empire) 
pour faire de Jotte une épouse accomplie, une ménagère, une femme 
du monde, une Parisienne. » Et encore « Jacques a un terrible défaut 
qui est d'être un peu gourmand. Peut-être que Jotte a les siens comme 
tout le monde. Elle n'a pas celui-là. Donnez-lui quatre pommes de 
terre frites, une salade bien vinaigrée et quelques fruits çerts, elle 
déjeunera comme une reine. » M. Lichtenberger est protestant. 
II y a, dans ce ton confit et satisfait, comme un écho de 
prêche, qui confine tout à fait aux récits édifiants dé nos manuels 
civiques, œuvres des Steeg et des Pecaut. Ici un ton de journaliste s'y 
mêle, par où s'achève de dégrader ce style. « C'est étonnant, écrit 
M. Lichtenberger, c'est étonnant (e qu'elle aime son chez soi. » On 
sait qu'un journaliste ne peut parler d'écrevisses sans les appeler 
à la deuxième ligne de son article «ces crustacés »; d'huîtres sans dire 
« ces mollusques )>; d'un éléphant sans dire « ce pachyderme ; » d^un 
ours « ce plantigrade », etc. M. Lichtenberger ne manque pas ces 
élégances, assaisonnées d'autres drôleries : « M^^^ Desbleux la visait 
avec un sourire qui doit être exactement celui des vipères, si (ce que 
j'ignore) ces ophidiens sourient ». Vraiment, l'auteur s'imagine-t-il que 
trois cents pages de ce genre soient tolérables? 11 faut aussi que 
M. Lichtenberger nous fasse l'éloge de M. Klotz. « A la voir chiffrer 
(à voir chiffrer sa femme), Jacques croit avoir épousé M. Klotz... 
Gageons que si M. Klotz lui avait sauté au cou comme a fait Jotte, 
il n'aurait pas été moitié si bien récompensé. » Cela est tout à fait 
admirable. 

6. — Une Neurasthénique, tel est le titre d'un roman qui relève 



— 296 — 

plue de la médecine et de la thcrapeuthique, que de la morale. M. de 
Montgon n'en a pas moins rendu par endioits le cas de Dolorès 
d'Astrée touchant et poignant même. Il y a peu de sites, peu d'ana- 
lyse, le principal du livre est en dialogue, ce qui donne la fraîcheur et 
la vivacité. 

7. — Un recueil de nouvelles intitulées: Feuilles ?nortesïeTa\}TendTe 
au lecteur l'idée la plus avantageuse du talent de M. Le Brun. Elle* 
sont pleines d'impressions de campagne recueillies dans le Cotentin, 
parmi ces paysages qui ont si brillamment inspiré un Barbey d'Au- 
revilly. Quelques-unes nous mettent au bord de la mer; d'autres au 
milieu d'histoires de chasse. L'invention a beaucoup de bonne grâce 
et les peintures une grande vérité. 

8. — Le roman de Sœur Anne se termine par un suicide, le suicide 
d'une femme mêlée à la politique des partis et cherchant, dans les 
avantages qu'elle donne, un moyen de fixer l'amour d'un homme. 
L'insuccès de ses efforts précipite le dénouement. Dans ce roman, le 
monde politique est peint par M. Octave Aubry avec un très grand 
talent. 

9. • — La Maltonrnée est un village en pays huguenot. Le livre de 
M. T. Combe nous en donne le tableau, plus quant aux gens que 
quant aux choses. Les propos et les personnages y sont rapportés 
avec humour, quoique non pas sans monotonie. La matière e?i grise et 
ce que le talent de l'auteur en tire de nuances est trop peu pour tout 
un volume. 

10. — Voici un livre bien écrit, mais froid, parce que les petits tableaux 
qui le composent ne mènent à rien. Point d'événements, que vul- 
gaires : le séjour d'un enfant chez une tante à la campagne, l'entrée 
au collège, la mort d'un père. L'Elève Gilles, qui traverse tout cela, 
nous en présente le reflet agréable et ressenti, dans l'enchaînement 
vulgaire d'un journal. M. André Lafon ferait mieux dans un autre 
genre que le roman sans doute, avec ses qualités de style et d'imagina- 
tion pittoresque auxquelles manque l'invention des faits. 

IL — Ces Chasseurs du temps passé, ouvrage inédit du fameux 
marquis de Poudras, ont l'ordinaire saveur de tous les ouvrages du 
même genre, plaisante vivacité des récits, fraîcheur des impressions 
de campagne. Ils comportent quelques libertés, d'intention honnête, 
il est vrai. L'éditeur les a fait précéder d'une vie du curé de Cha- 
paize, curé chasseur, introduit comme une figure de fantaisie dans le 
livre du marquis intitulé : Gentilshommes chasseurs. Ce curé a réelle- 
ment existé. Il s'appelait Laforest. Fondras l'a nommé Duverger. Il 
en a fait le portrait suivant : « C'était un homme de quarante-cinq à 
cinquante ans, grand, sec, vigoureux de corps, avec un visage plein, 
haut en couleur et jovial, qui donnait l'idée d'un bon compagnon. H 



— 297 — 

portait un costume de chasse qui me frappa par sa bizarrerie. La 
couleur verte en était bannie avec la plus scrupuleuse exactitude. 
Ses bottes à chaudron laissaient apercevoir des bas de filoselle noire; 
sa culotte courte était en velours gris de fer et son manteau d'une 
ampleur magistrale. Du reste, pas un seul bouton brillant ni le moindre 
galon d'argent ou d'or.... Sa messe durait un quart d'heure, mais il 
y avait tant d'onction dans le débit du digne curé, chaque mot qu'il 
prononçait arrivait si distinctement à l'oreille, qu'on n'était nulle- 
ment choqué de sa façon expéditive. 11 était prompt; mais il n'était 
pas distrait. « Le style du nouveau livre est le même, des plus faciles 
et des plus agréables. 

12. ■ — On n'aura pas gagné à vider les tiroirs de feu M. Gebhart de 
ces Contes et fantaisies. Un Paradoxe sur Tarqiiin le Superbe en don- 
nera l'exemple frappajit. Tarquin le Superbe a fait la république; il 
en est le créateur, plus que Thiers, Wallon, Bismarck et Moltke. \'ous 
voyez pourquoi. C'est que Tarquin le Superbe est l'aliment de tous 
les discours formés contre les tyrans. Cela est bien froid; mais de 
plus cela n'est pas juste, puisque trois siècles d'humanités françaises 
ont enseigné à maudire Tarquin le Superbe, sans mettre au jour la 
plus petite république. Huestion curieuse, qui méritait peut-être 
qu'on la traitât. L'admiration, le goût, l'imitation de la littéra- 
ture d'opposition faite aux Césars par les auteurs latins, n'a pas 
laissé de vivre en France avec le plus parfait attachement au Roi. 
Mais, pour expliquer cela, il faudrait de la réflexion, du temps. 
Bien plus aisé est de dire le contraire, qui depuis Taine se trouve 
partout, et de le donner comme un paradoxe. Et voici le style : 
t Parmi les plaies d'Egypte qui accablent les Français du temps pré- 
sent, il n'en est point de plus permanente et de plus tenace que 
l'irrésistible entraînement où nous nous trouvons à parler politique 
après diner... )) Non, vraiment il n'était pas nécessaire de tirer cela des 
colonnes du Gaulois. 11 fallait l'y laisser. Tout le livre est de ce ton. 

RoMAîss DE FEMMES. — 13. — Un Coiu du voile, de M"*^ Colette 
Yver, est un recueil de nouvelles dont la première sera surtout 
goûtée; C'est l'Epouse, épouse dévouée dans un genre de circonstances 
où le courage de mille autres aurait faibli. Son mari devient fou, et 
passe par les états divers qui se déclarent en pareil cas. Tout ce que 
cette succession renferme de menace ne parvient pas à la faire con- 
sentir à ce que lès médecins demandent d'elle, la permission d'enfer- 
mer le malade. Le lecteur est conduit par degrés à ce point où l'on 
croit au dénouement tragique. Avec beaucoup de force et d'habileté, 
l'auteur l'en tire tout à coup par la surprise d'une guérison. Elle se 
produit tout d'un coup, en face d'une tombe amie, comme la récom- 
pense de la constance de l'épouse et l'apologie de son sacrifice. 



— 298 — 

14. — Pourquoi M'"*" Augusta Goupey n'a-t-elle pas poussé plus 
franchement le tour de fantaisie d'Iniato? 11 y a dans son talent 
tout ce qu'il faut pour réussir délici<Misenient en ce genre. Le don de 
la narration rapide, l'audace brillante des inventions, font delà moitié 
de ces pages une vraie source d'enchantement. Cela par endroits est vif 
et charmant comme Candide, avec une notation brève et touchante 
d'émotion, qvii met une note originale. Que ce genre est rare par le 
temps qui court 'surtout dans le roman féminin, assommant de phi- 
losophie dévorée à toutes les devantures et dont on nous rend les 
morceaux tout crus. Une fille des champs se laisse enlever par un 
tsigane, au lendemain de ses fiançailles avec un paysan. Et ce tsi- 
gane est roi. 11 l'emmène au fond delà Basse-Autriche, l'épouse, la 
soumet aux lois de sa nation, l'environne de luxe et de puissance, 
l'entretient d'un amour auquel cette jeune fille répond avec une 
candeur et une constance touchantes. La condition de ce peuple et de 
cette royauté est environnée de mystère. Belle occasion pour l'au- 
teur de se jouer dans mille fantaisies, qui n'ont de règles que sa puis- 
sance d'inventer et la satiété du lecteur. Sauf quelques sursauts 
un peu vifs, la gageure est tenue et le plaisir domine. Seulesles pratiques 
occultes et sataniques, auxquelles quelques tsiganes vivent adonnés, 
jettent à la fin une note sérieuse et tragique qui détonne. Le voyage 
qu'lmato le tsigane fait à travers l'Europe pour visiter ses tribus, 
est une merveilleuse occasion de peintures colorées et diverses. L'au- 
dience accordée à Constantinople par la sultane mère à l'héroïne, est 
quelque chose de riche et de scintillant, tout à fait dans le goût du 
dix-huitième siècle. La veine de l'auteiir est là. On voudrait pour notre 
plaisir qu'elle s'y maintînt et s'y perfectionnât, qu'elle ne se laissât 
pas détourner par son admiration de Barbey d'Aurevilly, admirable 
Bans doute, mais non pas dans ce genre, et dont l'imitation en quel- 
ques points détonne. Chose remarquable, la facilité aux réflexions so- 
ciales et politiques, mêlées au galop dans le tissu de ces espèces de 
contes de fées, se rencontre également ici. « Je reviens, dit le tsigane, 
de l'Elysée, soucieux, fatigué, énervé. Parmi tous ces gens irrespon- 
sables, toujours attaqués, toujours changés, quel parti prendre? que 
décider? Le projet mûr la veille e!?t forcément abandonné le lende- 
main. Je passe d'une audience à l'autre sans grands résultats pour 
ma politique, et sans profit pour personne. Où il n'est pas de respon- 
sabilité, de stabilité, Samson laisf^erait ses énergies, Salomon sa sa- 
gesse...» Cela semble tout à fait un passage de la PrincessedeBabylone. 

15. — L'auteur, M^^^M. L. Aimeras, appelle ce livre -.Histoire d'une 
femme d'aujourd'hui, et lui donne ce titre symbolique : L'Évasion : 
évasion hors de la vie commune, dont l'éducation de famille fournit 
les cadres. L'héroïne brise ces cadres pour être elle-même, développer 



— 299 — 

des forces qui soient à elle, pour « vivre d'une foi à elle, basée sur les 
vérités de sa chair et de son sang. » Ces formules sont courantes.- 
Si l'on veut mesurer le ravage qu'elles ont fait dans les esprits fémi- 
nins, il faut voir le sérieux avec lequel l'auteur, pleine d'ailleurs de 
bonne grâce, d'intelligence et de talent, les aligne. Mais, chère Ma- 
dame, je vous prie, qu'est-ce que les vérités d'une chair et d'un sang? 
Littéralement cela n'a pas de sens. Et, si par chair et sang vous entendez 
le cerveau, daignez considérer que le cerveau appréhende, et ne crée pas 
la vérité. La vérité du vôtre est celle du mien, et comme il y a des chan- 
ces pour que ni le vôtre ni le mien, imparfaits et particuliers, n'ap- 
préhendent toute la vérité, le mieux que nous aurons à faire sera de 
«orriger l'un par l'autre et de former, avec celui des autres hommes, 
nos frères, ce préjugé commun, qui fait si fort horreur à Pauline. Mieux 
encore, il sera sage d'éprouver ce préjugé par l'expérience que don- 
nent les choses. Cette expérience est le fruit du temps, elle naît chez 
l'individu au bord de la tombe, où les fils seuls peuvent la cueillir. 
Ainsi, ce qu'au nom de Pauline vous traitez d' « anciennes formules», 
dont ses parents étaient « prisonniers », a toute chance d'être plus 
chargé de vérité que les fantaisies de votre évadée. Je dis vérité. Si 
mêlé que soit le préjugé de classe, de pays, de famille, transmis par 
les générations, il contient plus de matière iniellectiielle qn(i\ecQVMQSi\x 
de quelque sotte ou de quelque faraud, érigé soudain en juge de l'uni- 
vei'S et en artisan de création. N'être que soi, ne développer que ses 
propres forces ! Ne voyez-vous pas que cela même n'est pas de Pau- 
line, que cela sort des bouquins, pleins de déclamation et de logique 
estropiée, auxquels s'est allumée l'ivresse de ses vingt ans? Il y a peu 
de gens originaux et qui aient droit de l'être. Et ceux-là ne le devien- 
nent utilement qu'en commençant par se soumettre. Le roman montre 
l'héroïne déçue; l'auteur l'en plaint; mais c'est justice ! Trompée par 
son mari, Pauline retourne dans la maison paternelle, avec deux 
enfants et ses illusions mortes. Voilà la vraie moralité du livre. 

16. - — Autre roman féminin de revendication en faveur de l'indé- 
pendance. La Puissance des autres, c'est la conjuration de l'opinion 
commune contre l'effort, réputé uniquement noble par l'auteur, d'af- 
franchissement de l'individu. Ici, le sujet de cet affranchissement 
n'est pas autre chose que l'amour, ce qui rend à ce prêche plus, d'ap- 
parence : rien n'étant plus sujet à l'égoïsme que la passion dontM™® 
Marguerite Comert nous peint les extrêmes conséquences. 

17. — Autre encore de revendications Féministes cette fois, par 
y^vne ida.R. Sée, dans la donnée courante et classique du genre, qui ne 
risque guère d'avancer cette cause auprès des gens soucieux d'inté- 
rêts généraux ou du simple sens commun. L'auteur présente deux 
héroïnes, l'une qui réussit, l'autre que ses efforts trompent. A l'une 
disons : tant pis^ à l'autre : c'est bieïi fait. 



— 3()0 — 

18. ■ — Un roman d'amour contrarié non par aucun obstacle exté- 
rieur, mais par les sentiments intimes de ceux qui s'aiment, et qui, 
malgré un attrait réciproque, éternise entre eux le malentendu 
tableau de la passion troublée par l'amour propre •: tel est le livre de 
^jme pierre de Bouchaud. Cela s'appelle V Impossible Aveu. Le livre 
abonde en touchantes peintures, où l'âme léminine surtout est par- 
faitement peinte par une femme. 

Romans étrangers. — 19. • — Je dirai franchement l'impressioB 
d'horreur que cause Leila de Fogazzaro. Elle tient à des convenance» 
historiques. Historiquement, l'Italie n'est la terre que de deux cho- 
ses : la confiance absolue dans l'Eglise, le tumultueux sentiment de 
l'Unité émané du souvenir des Césars. Un catholique chérit la 
première, un citoyen du monde latin se méfie de l'autre, mais il y 
trouve des impressions amies. Aux souvenirs orgueilleux de Rome 
païenne, au magnifique spectacle de la discipline chrétienne que gou- 
verne la Rome des papes, nous associons éternellement les tableaux 
physiques de l'Italie, Fa lumière transparente, ses sites incompa- 
rables, les ruines de ses monuments, la magnificence de ses palais 
et de ses églises. Or, voici que ce cadre nous est présenté, que la ligne 
de l'Apennin, les lacs, la plaine du Pô, cette Lombardie de Louis Xft 
pt de François I^r^ terre privilégiée pour un Français, source de notre 
Renaissance, comme accompagnement de déchirements de conscience, 
de chicane intérieure, d'exaltation religieuse, matière calviniste et 
huguenote. Quelle profanation, quel dégoût ! Massimo Alberti est u» 
disciple du Saint. Il aime Leila, qui le méconnaît d'abord, puisse rend 
à la droiture de ses intentions. Dans l'inquiétude de l'obtenir, sa foi, 
en qui s'unit le culte des réformateurs protestants et l'obéissance à la 
Papauté, chancelle. Mais le souvenir de son maître, dont il préside la céré- 
monie de translation, et la sécurité de sa passion couronnée le ramènent 
à la profession catholique. Car le Saint exigeait qu'en pensant d'une 
manière indépendante, on ne laissât pas d'observer l'obéissance. Leila 
est adoptée, dotée, par un vieux Monsieur Marcello, nourri de la Bible 
et de l'Imitation, excité de musique de Schumann. Une dame, Donna 
Fedele, un curé persécuté, Dom Aurelio, complètent à nos yeux ce 
pptit monde moderniste, dont le va-et-vient agite la société de Milaïa. 
Entre eux s'échangent des lettres de direction, de crise intérieure, de 
sombre mysticisme, qui font à chaque instant se tâter le lecteur et se 
demander si Milan n'est pas Genève, et le lac de Lugano le Léman. 
Cependant l'auteur est persuadé. Il croit peindre quelque chose de 
touchant ami avec des sentiments de tendresse intérieure qui, de tout 
temps, fleurissant dans la mystique catholique, ont consolé l'âme de* 
fidèles. Ce desséchant appel au sens individuel, inspiré d'une folie 
d'orgueil, est présenté ici comme l'essence de la piété, comme ua 



— 301 — 

retour à l'Évangile. Cependant l'Évangile flétrit chez le pharisien 
cette hypocrisie réformatrice. La leçon est perdue pour M. Fogazzaro, 
<fui a fini par se persuader que les pharisiens dans l'Evangile repré- 
sentent le mensonge hiérarchique et rituel. « Les attaques que j'ai 
eues à subir, dit Massinio, de la part d'une plèbe pharisienne. » Non 
pas, s'il vous plaît; sadducéenne. Ce que vous prétendez réformer 
dans l'Eglise, c'est le saddiicéisme. Les pharisiens, c'est vous, ou du 
moins, c'est dans leur direction que vous vous placez. Question de 
fait qu'il ne tient qu'au premier venu de vérifier, et dont l'ignorance 
endit long surle prétendu contact que l'on croit pouvoir garderdans 
ce parti avec le texte des livres saints. Notre- Seigneur a repris les 
sadducéens, réprouvant l'hypocrisie dans les formes offi- 
cielles et dans la hiérarchie, mais il a repris bien davantage, dans 
les pharisiens, l'hypocrisie réformatrice. Le monde ecclésiastique 
officiel, les dames de paroisse, la pompe des cérémonies : saddu- 
céisme] le charlatanisme d'humilité, l'ostentation, de réforme 
intérieure : pharisaïsme . Que M. Fogazzaro écrive et pense tant 
qu'il veut, que l'Église se perd dans la religion des rites ; nous 
n'aurons pas de peiîse à montrer qu'il aboutit (comme les protes- 
tants) à la religion de la grimace. Il y a un autre trait que je ne 
veux pas omettre. « Il avait peur, dit quelque part l'auteur, d'être 
amené à discuter. Ce que n'aurait jamais admis sa foi candide, avide 
d'affirmation. » On avait toujours cru que c'était la raison qui était 
avide d'affirmer. Car à quoi tend de toutes ses forces la raison, sinon 
à posséder la vérité? Et ce mot d'avide lui convient parfaitement, parce 
qu'elle peut en être privée. Mais la foi ! La foi n'est point avide, elle 
est paisible, elle est aimante, elle est confiante, elle sait que le bien 
qu'elle cherche ne lui manque point. Tel est l'effet des confusions 
commises par l'erreur moderniste. La raison, pour M. Fogazzaro, 
c'est le doute; et la foi, une volonté aveugle de se cramponner à ce 
dont on n'est pas sûr. Cette erreur fausse jusqu'à la psychologie, 
jusqu'au langage. Il suffira d'ouvrir Leila pour s'en convaincre. La 
traduction est bien pénible, méticuleuse et pleiAe d'impropriétés. 
Ciapasu y est rendu par agrippe-sous ; grippe-sous seul est français. 
20 et 2L — M. Arthur Morrison est un rival de Conan Doyle dans 
le genre du roman judiciaire. Deux volumes de cet auteur ont paru 
en même temps en français : Les Enquêtes du prestigieux Héwitt et 
Nouvelles Enquêtes du prestigieux Héwitt. L'intérêt est infailliblement 
le même que dans Sherlock Holmes. Il y faut beaucoup de mémoire 
à retenir les éléments de l'action, beaucoup de patience à suivre le 
dénouement, beaucoup de facilité à recevoir les inventions comme 
vraisemblables. Il faut aussi un tact du* style fort émoussé, pour sup- 
porter la mise en français de traits britanniques costumés à la hâte 



— 302 — 

par des auteurs, qui visent tout autre chose que le public lettré et 
connaisseur. 

22. — Une aventure amoureuse, traversée de toutes sortes de machi- 
nations ténébreuses, captation de testament, espionnage policier, fait 
le sujet d'Un Mari par procuration, de M. Jack Steele. A la fin, tout 
est découvert, arrangé, réglé; le traître est démasqué, Jérold et Doro- 
thée s'épousent et sont heureux. La traduction est sans raffinement 
d'exactitude ni d'élégance. 

23. — Voici le premier des livres de Lafcadio Hearn qui ait été 
célèbre : La Lumière vient de l'Orient. C'est un tableau du Japon 
moderne où se trouvent rassemblés tous les traits les plus populaires, 
en même temps que les plus intéressants, de ce peuple, objet de 
tant de curiosité. L'auteur y soutient que le Japon ne s'équipe à 
l'européenne, que pour être en mesure de repousser la pénétration de 
l'Europe. La traduction, comme celle des livres précédents publiés 
au Mercure de France, est excellente. 

24. — Autre roman policier, soutenu d'une invention abondante, 
quoique toujours issue des mêmes sources : liafjks, cambrioleur pour 
le bon /no///, par M. E. W. Hornung. Ceci relève du roman feuilleton 
plus que de la littérature. Il n'en fera pas moins passer quelques 
moments agréables. L. Dimier. 

SCIENCES BIOLOGIQUES 

i. Lésendes et rnriosités de rhistiiire, paf le D"" Cab».?« Es. Paris, Albin Michel, s. d. 
[1012], in-16 carré de 4.07 p., avec 24 grav., 3 fr. 50. — 2. Le Marnais du Planty, 
médecin de la Faculté de Paris, maire de Saint-Ouen-snr- Seine (1808-1876), par le 
D'' Heîxri Perraudeau. Pariv, Jouve, 1911, in-10 de 151 p., avec portrait, 3 fr. 
— • 3. Le Médecin, son rôle dans la famille et la s^ociété, par le D"" J. Vincent. 
Paris, Bea-.che'^ne, 1911, in-16 carré de ;v-422 p . 3 fr. 50. — 4. Le Génie lit- 
téraire, par les D'» A. RiMoiyn et Paul VoivekEl. Paris, Alcan, 191J, in-8 de 
.■^04 p., 5 fr. — ;■,. /.ff9 Opiomanes, mrjn^eurs. hureurs et fumeurf d'opium. Étude 
clinique et n:édico littéraire, par !e D'' Rogeb Dui^ouy. Paris, Alcan, 1912, in-8 

•'de xiT-323 p., 6 fr. — 0. Traitement mental et culture spirituelle. La Santé et l'har- 
monie dans !a vie humaine, par Albert-L. C.aillet. Paris, Vigot, 1912, ia-18 
de xiiî-399 p., 4 fr. — 7. Hrjstérie et sainteté, par le D' H. Lavrand. Paris, 
PJoud, 1911. in-lf de 127 p., 1 fr. 20. — 8. La Fatigue et le repos. La Fatigue, 
la coMsetvation des forces, la médication par le repos, pa" le D' F. 
Lagrange, avecle concours du D"" F. de Grandmaison. Parie, Alcan, 1912, in-8 
de vn-360 p , 6 'r. — 9. Propriétés optiques des muscles, par Frer Vlès. Paris, 
Hermann, 1912, gr. in-8 de xviii-372 p., avec 13 p!., 15 fr. — 10. Consultations 
médicales françaises : Dia^nosti: et traitement de Vadénophatie trachéo-bronchirne-, 
par le C P. -F. Armand-Delille; L'AliKienlation rationnelle du nourrisson, par 
le Di" E -Terrien; -I.'s Acnés et leur traitement, par le D'' Paui. Ga.stou; /.« ' 
Traitement des conj'.nrtiviief. par le D'' F. TERiïiEM. Paris, Poinat, s. d. (19121, 
4 plaquettes, in-16 de 22 p., i Ir. 50 l'une. — 11. Lipnïies et paratoxine. par les 
prof. G. Lekûii^e et E. Gkkard. P£;ris, Vigot, 1912, ia-1fi de 74 p., 1 fr. 50. - 
12. Traitement des neiirnsihéniijues, par le D' Paui H arteneerg. Paris, Alcan, 
1912, in-16 de 346 p., 3 fr. 50. — 13. Congrès des typhlophiles et exposition de la 
préservation de la cécité, des œuvres d'assistance et des travaux des aveugles. Compte 



— 303 — 

rendu dr.s tra.'aux, par C.eorges et Louis Bopcjean. Paris, Figuirrp, 1912, gr. in-S 
(le 423-L.. XX t (a-ac) p., 8 fr. 50. — 14. Le Pain de froment. Étude critique et 
recherches sur sa ■,'aleur alimentaire selon le blutage et les systèmes de moulure, 
par É'^iLK Fleurent, Paris, Ciauthier-Villars, 1911, in-16 de vni-223 p., avfc 
33 figures, 3 fr. 75. — 15. L'Alcoolismr dans les armées, par 'e rom* J.-A, Or- 
Dio.fi. Paris, Ilenrv T'aulin, 1911, in-18 de V!ir-fj3 p., 1 fr. 25. — lf>. Portez-voun ' 
H^nl, notions élémentaires d^hygiène populaire et ^rationnelle, par le D'' 
Terwauise. éd. 4» éd. Paris, Gierd et P,rière. 191?, petit in 8 de 13f> p., 
2 fr. — 17. Nervosismo social , por el D'' XEncAviN*. Barcelona, imp. Horta, 
1912, in-8 de 88 p. 

1. — Le docteur Cabanes, poursuivant ses inlassables recherches, 
nous donne aujourd'hui un volume nouveau, dont l'intérêt n'est 
pas moindre que celtii des précédents, et que tous les amateurs des 
choses du passé auront à cœur de lire : Légendes et curiosités de l'his- 
toire. Nombre de problèmes historiques y sont étudiés et le plus 
souvent élucidés. Peut-être, pour tel ou tel des sujets traités, pour- 
rait-on reprocher à l'auteur une argumentation insuffisante ou des 
conclusions insuffisamment fermes. Quoi qu'il en soit, on ne peut 
s'empêcher de constater que l'ouvrage a dû coûter beaucoup de 
recherches et il suffira de rappeler ici les titres des chapitres pour 
montrer tout l'intérêt que présentent : Un Maniaque sur le trône 
(Charles VI); Le Légendaire Barbe-Bleue (Gilles de Rays); Notre- 
Dame de Beauté; Les Vapeurs du Roi Soleil; L'Énigme du Masque de 
velours; Deux Duels mystérieux; Le Maréchal de Saxe; le Bailli de 
Sufjren; L Dioculation à la Cour de France; Où sont les restes de Mira- 
beau; Le Parrain de la « Marseillaise «; La Fin d'un héros; Le Pré- 
tendu verre de sang de M^^*^ de Sombreuil; Les Femmes grosses devant 
les tribunaux, ce dernier chapitre traité surtout d'après l'étude qu'en 
a donnée le D^ M. Billard. Voilà bien de quoi exciter la curiosité des 
érudits. 

2. — Le D^" Perraudeau s'est attaché à nous donner la biographie 
d'un de ses prédécesseurs à Saint- Oue,n, marquis authentique, et 
néanmoins médecin de cette ville pendant près de trente ans : Le 
Marquis du Planty, médecin de la Faculté de Paris, maire de Saint- 
Oueti (1808-1876). Les hasards de la clientèle l'ayant mis en présence 
d'un malade, fier d'avoir été introduit au monde par « un marquis », 
il a tenu à étudier le rôle qu'avait pu jouer dans la commune le noble 
confrère dantan.' A force de recherches, souvent ardues, le D^ Perrau- 
deau a fini par réunir les éléments d'une biographie qui constitue une 
belle page de l'histoire contemporaine de Saint-Ouen. Fils d'un lieu- 
tenant-colonel commandant des gardes de la Porte du Roi et cheva- 
lier de Saint-Louis, le jeune du Planty hésita entre la médecine et 
la magistrature, et, bien que licencié en droit, il se décida, en fin de 
compte et en dépit des railleries des siens, à embrasser la carrière 
médicale. Il alla se fixer, vers les derniers jours de juin de 1831, dans 



— 304 — 

la commune de Saint- Ouen où il eut bientôt l'occasion de donner de 
grandes preuves de savoir et de dévouement, lors de l'épidémie 
cholérique de 1832. A partir de ce moment, on le trouve mêlé active- 
ment aux affaires de la localité en qualité d'abord de conseiller muni- 
cipal, puis de maire, charge qu'il occupa pendant plus de dix ans, 
jusqu'à son départ en 1860. On ne peut que savoir gré au D^ Perrau- 
deau d'avoir reconstitué la physionomie si intéressante d'un médecin 
auquel la commune de Saint Ouen est redevable de tant de bienfaits, 
et qui peut être donné comme exemple à beaucoup, médecins ou 
non. 

3. — Si, dans l'ouvrage précédent, nous avons vu ce qu'a été en pra- 
tique la carrière d'un médecin qui a su honorer et sa profession et la 
ville où il a été appelé à exercer, l'ouvrage du D^" Vincent : Le Méde- 
cin, son rôle dans la famille et la société, facilitera aux jeunes méde- 
cins l'imitation d'un aussi noble modèle. L'idée maîtresse de cette 
attachante étude est celle-ci : « la morale du médecin à propos de 
l'influence qu'il peut et doit exercer dans la famille et la société. >» 
De là, deux parties dans l'ouvrage La première, la plus captivante et 
la plus appropriée à la vie journalière, traite du rôle moral du mé- 
decin dans la famille depuis son origine jusqu'à son extinction. Elle 
sera d'une réelle utilité pour le public et les jeunes médecins chez 
lesquels il accélérera la maturité de l'expérience en leur inculquant 
ce savoir pratique, fruit d'un long usage de la vie, joint à la discus- 
sion de ce qu'on est appelé à voir, de ce qui est arrivé de bien ou 
de mal. Et personne n'est plus apte que le médecin à donner de 
judicieux conseils dans toutes les péripéties d'une vie domestique. 
L'on ne peut que savoir gré à l'auteur d'avoir critiqué, en fin de cette 
partie, le rigorisme exagéré de l'article du code pénal relatif au secret 
professionnel, et sa conclusion est conforme aux règles de la morale 
naturelle. La deuxième partie de l'ouvrage traite du rôle du médecin 
dans la société. On a dit avec raison que l'éducation morale et philo- 
sophique du médecin ne saurait être trop développée et qu'il n'est pus 
de profession qui exige, pour être exercée noblement, plus d'idées 
générales, en même temps que des connaissances spéciales et une 
expérience étendue. C'est trop souvent, parce qu'il pèche dans 
l'un ou l'autre de ces sens, que le médecin est le plus souvent impuis- 
sant dans le milieu social actuel, si même il ne coopère point pour 
une large part à la décadence générale. Aussi l'auteur adresse-t-il un 
pressant appel à ses confrères et cherche-t-il à leur rappeler les nom 
breuses circonstances où leur influence peut et doit se faire sentir. 

4. — La « Bibliothèque de philosophie contemporaine » vient de s'en- 
richir d'un volume nouveau, dû à la plume des D'"^ A. Rémond, pro- 
fesseur à la Faculté de médecine de Toulouse, et Paul Voivenel : Le 



— 305 — 

Géme ^i^îéraire. La thèse soutenue par les auteurs est sinon nouvelle, 
du moins en opposition avec l'opinion courante qui fait du génie une 
névrose. Ils cherchent à établir au contraire que le génie n'est point 
dû à des excitants du système nerveux, pas plus qu'à des maladies 
ou des dégénérescences. Pour eux, le génie ne doit exprimer que « la 
perfection relative avec laquelle seront perçues, élaborées et trans- 
mises les différentes composantes delà pensée humaine,et, disent-ils, 
c'est à démontrer que le génie est fonction, à la fois des centres de récep- 
tion, d'association et de projection, que nous allons consacrer les 
lignes qui vont suivre, en montrant plus spécialement pour le génie 
littéraire ce qui, dans chacune de ces étapes, constitue le facteur 
auquel se rattachent à la fois la splendeur et la rareté de la produc- 
tion. » Les auteurs commencent par étudier les conditions anatomo- 
physiologiques de la création littéraire.Tour à tour, ils examinent les 
associations verbo-seisitives, l'attention, le rêve, l'inspiration, le 
rôle des excitants (du café chez Balzac, de l'alcool chez Edg. Poë, 
lïoffnjann, Verlaine, Villon, Rimbaud); de l'opium (chez Coleridge, 
Thomas de Quincey, Stanislas de Guaita, Laurent Tailhade ) ; des 
maladies générales (tuberculose chez Samain, Watteau, Chopin, 
syphilis); des grandes névroses (chez Dos toïewsky, Flaubert, Pascal, 
A. de Musset, etc.); du fétichisme, de l'inversion sexuelle; de la 
folie (chez Maupassant, G. de Nerval, Rousseau, Nietzsche); de la 
dégénérescence. Un chapitre, et non des moins curieux, est consacré 
à établir les relations, inattendues pour la plupart, qui unissent le 
génie littéraire et l'instincl, sexuel. Par suite, il y aura une véritable 
«coloration» sexuelle des œuvres littéraires, et il est facile de constater, 
dans la forni3 de l'extériorisation psychique constituant la poétique 
féminine, quelque chose qui la diffi'^rencie profondément de la mani- 
festation correspondante chez l'homme. La poésie chez ce dernier 
prend les caractères généraux d'un instrument de conquête, d'une 
parure; elle semble, au contraire, chez la femme, ne traduire que 
l'aspiration générale à une eurythmie plus complète. En résumé, 
pour les D''3 Rémond et Voivenel, et cette définition est absolument 
neuve, « le génie littéraire est la mmifestation intellectuelle la plus 
haute de la progénérescence verbale et sexuelle chez l'homme ». Le 
lecteur pourra ne pas toujours souscrire çà et là à l'argumentation 
. des auteurs; mais il ne pourra s'empêcher de reconnaître malgré les 
divergences sur tel ou tel point, tout l'intérêt que présente cette 
nouvelle étude psychologique. 

5. — L'ouvrage que le Dr R. Dupouy vient de consacrer à l'une des 
plaies qui déciment plus spécialement le monde colonial : Les Opio- 
manes, mangeurs, buveurs et fumeurs d opium, vient corroborer les 
conclusions de l'étude précédente des D^-J Rémond et Voivenel. Les 
Avril 1912. T. CXXIV. 20. 



— ;mr> — 

fumeries d'opium naguère étaient inconnues en France ; mais, depuis 
la conquête de l'Indo-Chine, l'habitude de fumer l'opium contractée 
dans ce lointain pays par quelques-uns de nos fonctionnaires civils, 
marins ou militaires, a été importée en France. Confinées tout d'abord 
dans quelques ports méditerranéens, elles ont formé , en s'infiltrant peu 
à peu et sans bruit dans les grands centres et la capitale, un certain 
nombre de foyers plus ou nioins actifs. Elles ne tarderont pas à 
constituer pour la vitalité de la nation française un véritable danger, 
au même titre que l'alcoolisme. Aussi le D^ R. Dupouy a-t-il cru devoir 
jeter un cri d'alarme; son travail sera d'autant mieux le bienvenu, 
que, s'il existe nombre d'ouvrages sur la morphinomanie, il n'en est 
peut-être pas un bien sérieux on France sur l'opiomanie. Après avoir 
esquissé l'historique de l'opium et la psychologie si particulière des 
toxicomanes, il donne une description très complète et très détaillée 
des diverses étapes de l'empoisonnement par la fumée de l'opium, 
description basée sur nombre de cas cliniques à la fois nets et précis. 
Il a été amené à examiner la littérature extra-médicale de l'opium 
et à faire une étude médico-psychologique des quelques opiomanes de 
renom : Thomas de Quincy,Coleridge, Baudelaire, Barbey d'Aurevilly, 
etc. C'est même le chapitre le plus intéressant, d'une manière géné- 
rale, de tout le volume. L'auteur étudie ensuite, avec force détails, les 
prétendues jouissances et les méfaits trop réels de l'opium. 11 analyse 
l'ivresse, liturgique, pourrait-on dire, et raffinée, provoquée par cette 
substance, sa rêverie euphorique et immatérielle, mais passive et 
stérile. Jl dévoile les troubles physiques qu'elle provoque fatalement, 
et met à nu l'aboulie, la veulerie et la perversité morale des intoxi- 
qués chroniques ; il montn^ leur (^échéance progressive et leur lamen- 
table fin. Car, quoi qu'on en ait pu dire, l'ivresse thébaïque ne surhu- 
manise nullement l'individu; elle ne libère point son psychisme de 
sa lourde gangue, ne l'allège et ne le sublime pas au point de lui 
permettre de planer dans un ciel idéalement lucide pour y former des 
rêves créateurs d'oeuvres supérieures. Assurément, les fumeurs d'opium 
éprouvent des sensations de bien-être, et une sorte d'éthérisation et 
d'immatérialité sereine; et quelques-uns d'entre eux, mais esprits 
supérieurs, ont pu puiser dans leur onirisme toxique (peut-être malgré 
cela) l'idée plus ou moins nette de quelqu'une de leurs œuvres. Mais, 
en fait, les sensations euphoriques des opiomanes ne sont que factices; 
si, dans les débuts, elles peuvent être un stimulant de l'esprit, elles 
l'émgussent à coup sûr à la longue. L'opium est donc loin d'être un 
créateur d'intelligence et de voluptés et un producteur de merveilles 
d'esprit et d'art. Quant à la fin de ceux qui se sont adonnés à cette 
fléplorable manie, elle est magistralement décrite dans le chapitre qui 
a pour titre : « Période de déchéance ou de terminaison; la mort des 



— 307 — 

fumeurs d'opium. » Le livre du D^" Dupouy vient à son heure, et 
nul doute qu'il n'ait une influence salutaire : c'est une œuvre de saine 
science et de haut patriotisme, comme le dit si justement le profes- 
seur Régis dans une très intéressante préface placée en tête du 
volume. 

6. — L'intention première de M. Caillet, qui nous donne aujour- 
d'hui son Traitement mental et culture spirituelle, avait été de faire 
connaître les règles à suivre pour conserver toute la vie une parfaite 
santé tant mentale que physique. Mais l'idée que, dans notre temps 
de décadence morale et matérielle, l'être en parfaite santé n'existe 
pour ainsi dire pas, a incité l'auteur à faire un traité complet de 
guérison psychique, mettant à môme un chacun d'acquérir et de con- 
server le bien-être souhaitable et au physique et au moral. Le traité 
se base sur quatre méthodes : le mesmérisme ou magnétisme, l'hypno- 
tisme, la suggestion enfin, ce que l'auteur appelle le trpitement 
mental, et consistant à guérir un malade présent ou absent par la 
seule suggestion mentale télépathique. M. Caillet se réclame de 
l'école éclectique de la philosophie hindoue, et plus particulièrement 
de la doctrine professée par le logi Ramacharaka. Il croit à l'effica- 
cité de sa méthode, efficacité qui serait prouvée actuellement par des 
milliers d'observations impossibles à nier. Ces observations pourtant 
laissent le public médical sceptique, et il est peu probable que les 
théories de M. Caillet fassent beaucoup d'adeptes. 

7. — Sous le titre : Hystérie et sainteté, le D^" Lavrand s'est donné 
Ja tâche d'élucider, en une substanitelle brochure, les rapports et les 
différences qui peuvent exister entre la grande névrose et cet état de 
perfection mentale qui constitue la sainteté. Ce qu'est l'hystérique, 
on le sait fort bien : il offre le type d'un malade dont l'affection cor- 
siste en des troubles à la fois physiques et mentaux, avec réactions 
réciproques des uns sur les autres. La sainteté 'n'est- elle qu'une des 
manifestations de l'hystérie, ou bien y a t-il antinomie entre le psy- 
chisme du saint et celui de l'hystérique? L'état de ce dernier se carac- 
térise, et l'auteur consacre d'assez longs chapitres à le démontrer, 
par des troubles à la fois physiques et psychiques. Mais la perturba- 
tion fonctionnelle du système nerveux est la cause initiale du mal et 
les altérations qui se manifestent sur les diverses fonctions organiques 
n'erî sont que la conséquence plus ou moins éloignée. C'est par les 
troubles psychiques que s'expliquent le rétrécissement du champ de 
la conscience, les amnésies variables, les idées fixes, et aussi la varia- 
bilité, la bizarrerie capricieuse des hystériques, et par suite l'aboulie 
ou incapacité de poursuivre un but déterminé. Le saint, au contraire, 
se distingue par l'unité de sa vie psychique, par sa persévérance, 
par la tension permanente de son activité volontaire et consciente 



— 308 — 

vers le but qu'il sost proposé. En somme, loin de ressembler à l'hys- 
térique, il présente au point de vue psychique des caractères diamé- 
tralement opposés; et les résultats surprenants qu'il réalise par 
l'exercice des puissances actives de son être en font un surhomme, 
au lieu de le ranger parmi les débiles ou les malades de l'espèce hu- 
maine. Telle est la thèse surabondamment étayée par le D^ La- 
vrand. 

8. — Le D^" F. de Grandmaison a eu l'heureuse pensée de publier, 
en la complétant toutefois, la dernière étude laissée inachevée par le 
regretté D^ Lagrange : La Fatigue et le repos. Par un contraste 
bizarre, celui qui avait consacré toute son existence à prôner l'exercice 
et le mouvement, même chez les cardiaques, devait aussi entreprendre 
un travail traitant du repos et l'on peut dire, après l'avoir parcouru, 
que le sujet, étudié magistralement, a été complètement épuisé. On 
retrouve, dans l'œuvre posthume du D^ Lagrange, la clarté, la cons- 
cience, l'esprit scientifique. Certains chapitres sont merveilleux au 
point de vue philosophique et psychologique, tout particulièrement 
ceux qui ont trait à la fatigue cérébrale et au surmenage des centres 
nerveux. Et l'élégance de la forme ne le cède point à la solidité du 
fond, qualité qui se fait de plus en plus rare dans la littérature médi- 
cale. 

9. — Le volumineux mémoire de M. Fred Vlès : Propriétés optiques 
des muscles., est le résumé des recherches entreprises par l'auteur, 
durant cinq années environ, dans divers laboratoires, mais surtout à 
la station biologique de Roscoff. Étant donnée l'importance prise vis- 
à-vis des caractéristiques moléculaires, les propriétés optiques des 
corps, il a semblé à l'auteur que l'étude systématique des propriétés 
similaires du muscle devait conduire à des notions indispensables sur 
la structure de cet élément et sur son fonctionnement. Le présent 
volume donne le résumé des recherches faites sur le muscle, au repos, 
en extension : c'est,en somme,roptique statique du muscle.Il est divisé 
en cinq parties : dans les quatre premières, sont passées en revue et 
examinées toutes les propriétés optiques fondamentales du muscle 
et de la fibre musculaire : l'absorption, l'indice de réfraction, les ima- 
ges des fibres en lumière ultra violette, les spectres de diffraction 
produits par les stries, la structure ultra microscopique de ces der- 
nières; et, dans la quatrième partie, la plus étendue, les réactions du 
muscle en lumière polarisée. Il a été amené à critiquer dans cette 
partie, à la suite d'une longue série d'expériences, la célèbre théorie 
d'Engelmann sur les rapports entre la contractilité et la biréfringence, 
et ihontré que, dans les divers éléments contractiles, il est préférable 
de ne pas admettre la généralité de la relation démontrée comme 
vérité par le grand physiologiste. Enfin, dans une cinquième et der- 



- 309 — 

nière partie, M. Vlès a condensé les principaux résultats que l'étude 
de l'optique musculaire peut apporter à la connaissance de la struc- 
ture du muscle et émis une théorie de la striation. ■ '' 

10. — 11 y a déjà quelques années que la librairie Poinat a entre- 
pris la publication de petites monographies pathologiques ou théra- 
peutiques sous le titre général : Consultations médicales françaises. 
Nous ne pouvons que signaler aux médecins l'utilité de ces plaquettes, 
rédigées d'une manière essentiellement pratique et consacrées à la 
description et au traitement des maladies que l'on rencontre le plus 
souvent dans la clientèle journalière. Parmi les dernières mises au 
jour figurent : Diagnostic et traitement de Vadénopathie trachéo-bron- 
chique chez l'en font,. du D^" Armânà-DeMUe-^ V Alimentation rationnelle 
du nourrisson, du D^ Terrien; les Acnés et leur traitement, d\\ D^ Paul 
Gaston, et le Traitement des conjonctivites, du D'" F. Terrien. 

M et 12. — La chimie biologique tend à prendre une place de plus 
en plus grande dans la thérapeutique, à laquelle elle fournit des médi- 
caments tirés de l'organisme lui-même. C'est à deux d'entre eux que 
les prof. G. Lemoine et E. Gérard consacrent une courte, mais subs- 
tancielle monographie : Lipoïdes et paratoxine. Les lipoïdes sont les 
parties constitutives des cellules extraites, soit par l'éther, soit par les 
autres dissolvants, des corps gras. On leur reconnaît la propriété de 
provoquer dans l'organisme la formation d'anticorps, et certains 
d'entre eux jouissent de propriétés antitoxiques indéniables, action 
susceptible de s'exercer aussi bien sur les poisons minéraux et orga- 
niques que sur les poisons d'origine microbienne et qui est analogue 
à celle des antitoxines proprement dites. Partant de cette constata- 
tion et de l'atténuation exercée par les extraits biliaires mis en pré- 
sence de la tuberculine, le prof. Lemoine a imaginé un traitement de 
la tuberculose, basé sur l'absorption sous diverses formes de ces 
mêmes extraits, auxquels il a donné le nom de paratoxine. Malheu- 
reusement on ne peut rien conclure, en ce qui concerne l'effet sur 
l'organisme d'une antitoxine quelconque, d'expériences préalables 
in vitro, et quant à la paratoxine elle-même, si elle ne paraît pas 
dénuée d'une certaine activité thérapeutique, elle est loin de produire 
d'aussi bons résultats que le prétend l'auteur de l'opuscule. Mais, en 
présence d'une affection aussi grave et aussi rebelle que la tubercu- 
lose, aucun moyen n'est à négliger, et, dans certains cas, trop rares 
malheureusement, la paratoxine a paru réussir. — L'ouvrage du 
Dr Hartenberg : Traitement des neurasthéniques est le complément 
naturel de celui que le même auteur faisait paraître naguère sous 
le titre : Psychologie des neurasthéniques. L'auteur commence par 
établir d'abord la physionomie clinique de l'affection devenue si 
commune de nos jours. Qu'est-ce qu'un neurasthénique? Pourquoi 



— 310 — 

devient-on neurasthénique? Comment distinguer les neurasthéni- 
ques des malades atteints d'autres névropathies? Telles sont les ques 
lions primordiales traitées au début de l'ouvrage et dont la solution 
permettra au médecin d'instituer une thérapeutique appropriée. 
M. Hartenberg expose avec le plus de détails possibles toutes les res- 
sources dont on dispose pour combattre les causes, les symptômes les 
complications ou les manifestations disparates de la névrose, et il 
indique également la meilleure ligne de conduite à suivre pour en 
obtenir la guérison. 

13. — II y a déjà près de deux ans que s'est tenu à Paris le Con- 
grès des typhlophiles et exposition de la préseri)ation de la cécité. MM. G. 
et L. Bonjean viennent de publier le Compte rendu des travaux de ce 
congrès, qui a été un véritable événement dans l'histoire des aveugles. 
On y trouvera nombre de rapports ayant trait à l'amélioration mo- 
rale, physique et même sociale des malheureux privés du sens de la 
vue. Nous signalerons, entre autres, ceux de M. L. Mirman : La Loi 
du 22 juillet 1905 et l'assistance aux aveugles; de M. Gilles : De 
1 Education des jeunes aveugles dans les écoles maternelles 
spéciales ; du D"" Valude : La Cécité causée par l'ophtalmie des 
nouveau-nés et les moyens de la combattre; du D^" Truc : L'Inspec- 
tion oculistique des écoles et la préservation de la cécité; de M. Boyer : 
L'Assistance aux aveugles par le travail et les ateliers régionaux; de 
M. Lafontaine : Les Asiles pour l'hospitalisation des aveugles inca- 
pables d'un travail utile; du D^^Motais : Préservation de la cécité; du 
Di" Cazalès : Les Difficultés de l'assistance aux aveugles ; du 
D'^ Gaupillat : De la Société du patronage des aveugles du Nord; etc., 
etc. A la suite du compte rendu des communications, se trouvent 
douze appendices portant sur des sujets aussi intéressants que ceux 
qui ont été traités au congrès lui-même, et l'énumération des vœux 
émis dans le but d'assurer aux aveugles « ce à quoi ils ont droit, 
c'est-à-dire la jouissance de tous les droits des voyants. » 

14. — L'opuscule de M. E. Fleurent : Le Pain de froment, a pour 
but de « faire connaître le produit qui sert de base à l'alimentation 
française et de définir la valeur économique de la qualité de pain 
qu'elle réclame impérieusement. »' On sait que les préoccupations 
dans la meunerie et la boulangerie ont visé presque de tout temps à 
la production d'une farine de plus en plus blanche, et par conséquent 
d'un pain équivalent en blancheur. Est-ce à dire malgré tout, comme 
le croit l'auteur de l'ouvrage, que plus le pain est blanc et plus il est 
nourrissant? Assurément, la polémique qui s'est élevée naguère entre 
les partisans du pain blanc et ceux du pain complet n'était pas 
exempte d'un parfait désintéressement ; et même,à ce qu'affirment des 
savants bien informés,les lances que l'on a rompues en faveur du pain 



— 311 — . 

complet n'avaient d'autre but que d'aider quelques sémites de mar- 
que à écouler sur le marché français, et notamment le marché parisien, 
des blés étrangers avariés dans leur transport par mer. Il est ceitain 
que plus la farine contient de gluten et moins elle est blanche; et 
le pain bis «loyal » restera, malgré les assertions de l'auteur, le painHe 
plus nourrissant, le pain hygiénique par excellence. 

15 et 16. — Depuis quelques années, grâce à l'initiative prise par 
plusieurs commandants de corps, il a été fait diverses tentatives 
sérieuses contre l'alcoolisation des recrues dans les cantines régi- 
mentaires. Malheureusement ces mesures, ainsi que les conférences 
antialcooliques, ne se sont pas généralisées, et elles sont restées à l'état 
d'exceptions. Le commandant Ordioni a cru bon d'intervenir dans la 
lutte par la publication d'une conférence très documentée qu'il faisait 
naguère sur le sujet : L'Alcoolisme dans les armées. On ne saurait 
trop recommander la diffusion de cet excellent opuscule. — Les 
lecteurs du Polybiblion ont pu lire ici même, il y a quelque deux 
ans, un compte rendu de la brochure : Portez-vous bien ! du docteur 
Terwagne, dont la librairie Giard et Brière publie la quatrième édi- 
tion. Ces notions élémentaires d'hygiène populaire et rationnelle, 
écrites dans un style simple et terre à terre, ne pourront que faire 
du bien dans le milieu auquel elles s'adressent tout spécialement. On 
pourrait bien contester ou critiquer quelques-unes des assertions 
émises; mais il ne faut pas oublier que l'ouvrage est écrit sans au- 
cune prétention scientifique et qu'il s'adresse surtout aux classes 
populaires. 

17. — Nous terminerons cette revue d'ouvrages biologiques ou 
médicaux en signalant aux médecins sociologues la brochure du 
D^" Xercavins : Nervosismo social, quoiqu'elle vise exclusivement 
l'Espagne. L'auteur y étudie les causes du malaise social dont souffre 
aujourd'hui cette nation, et il estime que l'éducation des volontés 
aveulies est une force médicatrice suffisante pour relever les énergies 
de la patrie, et tirer celle-ci de la neurasthénie qui la déprime et 
qui a pour cause primordiale une affection semblable des individus 
et des familles. D^" L. de Sainte-Marie. 



GÉOGRAPHIE — VOYAGES 

1. Atlas universel de géographie. Ouvrage commencé par Vivien de Saint-Marti» 
et continué par Fb. Scnn\Dr,r.. N' 55. Indo-Chine. Pnri«, Hachette, 1911, une 
feiiille in-folio, 2 fr. — 2. Atlas univev^d de géographie. Ouvrnge commencé par 
Vivien de Saimt-Martin et continué par Fr. Schrade^. N" 50. Arabie. Paris, 
Hachette, 1911. i ne feuille in-folio, 2 fr. — 3. U Année cartographique. Supplé- 
ment annuel à toutes l^s publications de géographie et de cartographie, dressé 
et rédigé sous la direction de Fr. Scuradrr. Paris, Hachette, l9ll, 3 feuilles in- 
folio avec texte explicatif au dos, 3 fr. — U. La Sismologie moderne. Les Tremble- . 



— 312 — 

nierUf: de terre, p;>r le ''omte pe Mo\ rrssis m;.; Pai.lohk. r-aiis, ( ulin, 19! 1, in-8 
de XX -284 p., avec 63 fig. et '(; planches de reproductions {ihotograj-hiques et 
1 Ciirtes hors texte. 4 h; — 5 ttla-: p-itore'qiie dt (a Frn-nre. Recueil de vues 
gi'.ngrp.phiques et pittoresnues de tous les d'^partements, accompagnées de notices 
gé( graphioups et de ii'gendes explicatives par 0\éstmf. Rfclis. Tume 11. P.-ris, 
Atlinger fr.^res, s. d. [1911], in '< dp 6o9 p., 49 'r. — 6. Cuides artistiques et 
pittoresques des pays de Frante. J <i Basse-Norn^andie, par L. Dimter et R. Go- 
BII.LOT. Paris, Pelagrave, s. d. [!9]?]. in-16 de vn-.ro9 p., avec plans dans le 
texte et carte hors texte, 5 fr. — 7. Pans In vaWe de Celles. Souvenirs d'une 
colonie de vacances, par A. l-Mtoprc. Paris, }iloud, 1911, in-16 de xvi-2i3 p., 
3 fr. .'■0. — 8. Éludes de g o graphie phi/sinue sur le canton de Fribourg. Fribourg 
(Suisse), irap. Fragnii're, 19!0, in-8 de x\xv-199 p.. avec 71 ^ig. et 12 planches, 
8 fr. -- 9. Promenades italiennes. Païenne, Syra-'use, Naples, Rivenne, Capri, 
Ca<!teldcln)onte, Sabine et Ombrie, par F. Grkgoi oviits; ada]jté de l'allemand par 
W""^ JEA^ Carrfre. Paris, Pion Nourrit, s. d. [^911], in 16 de 337 p., 3 fr. 50. 
~ 10. La Tripolitaine d'hier et de den.ain, par H. -M. r^E MATuuisiElax. Paris, 
Hachette, 1912, in-16 de vin-222 p., avec 52 grav. hors texte et 2 cartes, 4 fr. 
— 11. Voyage dans l'Eubce, les Ues Ioniennes et les ('yclade<: en I8'i1, par Ale- 
xandre Buclon, puMié pour la première fois par Jean I.ongnon, Paris, Êmile- 
Paul, 1911, in-8 de i.xfv-293 p., avec portrait, 7 tr. .50. - 12. Jérusalem hier et 
aujourd'hui Note? de voyage, par 1p marf.uis pe VoctjÉ. Paris, Plon-Nourrii, 1912, 
in-8 de 109 p., 2 fr. — 13. Les Boyaumes des neiges (É'ats himalaycni), par Char- 
i.Es-EuDES PoNiN. Paris, ( olin, 1911, in-18 de x-o06 p., avec 3 cr.rtes dans le 
texte et 16 planches photographiques hors texte, 4 ir. - 14. Ze ics, par Lucien 
i)E Reinach. Edition posthume, revue et mise à jour par P. (.hemin Dipontis. 
Paris. Ouilmoto, s. d. [1911], in-8 de vti-39 ' p , avec carie, 7 fr. 50. — 15. Mission 
d'Ollone, 1906-1909. Becherrltes su- les musulmans r}.in(iu-, par le commandant' 
d'OLLONF, le capitaine riE Fleurelle, le «"ayiitaine Lep\'îe, le lieutenant de 
Bowe; études de A.. Vissièrf, notes de E. Blochet et de divers savants. Paris, 
Leroux, 1911, in-4 de xii-'7i p., avec 91 nhotfigraphies, estim pages, cartes et 
une carte hors texte, 15 'T. — lo. Pes Éinis-Vr.is du Mexique, par le comte 
Maurice de Pérignv. Paris, Ouilmoto, s. d. n9î2), in-8 de x-310 p., avec cirte, 
5 fr. 50. — M. L' Assaut du pôle sud, par l'abbé Th. Moheux. Paris, Jouve, 1911, 
in-18 de 223 p., avec cartes et grav., 1 fr. 50. 

1 et 2. — Chacune des deux feuilles de VAtlas universel de géo- 
graphie que nous signalons aujourd'hui présente un très vif intérêt, 
mais d'un genre différent. L'une, le n^' 55, qui donne le figuré des 
connaissances acquises sur l' Indo-Chine il y a un an maintenant, 
nous touche surtout au point de vue colonial; on y rencontre en effet^ 
àréchelle du 1 : 1.000.000, une excellente mise au point des travaux 
les plus autorisés et les plus récents, non seulement sur notre empire 
colonial d'Extrême-Orient, mais aussi sur les régions voisines, sur les 
provinces chinoises qui rentrent dans notre sphère d'influence, sur 
le Siam, et aussi sur la Birmanie anglaise. Rien de plus éloquent que 
le contraste présenté sur cette carte, qu'ont soigneusement dressée 
MM. E. Giffault et D. Aïtoff, par les parties montagneuses de la 
péninsule, la Birmanie, le Tonkin, la côte d'Annam, avec les terri- 
toires du centre, ceux que drainent le Mékong et la Ménam; jamais 
encore nous n'avions eu occasion de le voir si bien figuré, si éloquem- 
ment présenté; et il est juste d'en féliciter les auteurs de la carte, 
comme aussi l'habile graveur Delaune, qui a si fidèlement rendu le 
dessin de MM. Giffault et Aïtoff. — Avec les pays relativement si con- 



— 313 — 

nus de l'extrême sud-est de l'Asie, contrastent ceux de l'extrême 
sud-ouest, figurés à la même échelle sur la feuille n° 50 du même 
Atlas, la feuille d'Arabie. « Quel état et quel état ! » dirions-nous 
volontiers avec Bossuet, mais dans un tout autre sens, en comparant 
les deux cartes. Ici c'est la vie, et là nous trouvons la mort, c'est-à- 
dire le désert à peu près impénétrable et... l'ignorance totale de la 
véritable configuration du pays. Seules, les côtes sont connues, et la 
précision des détails de leur tracé contraste avec le blanc de l'inté- 
rieur, qui s'avance parfois jusqu'à quelques kilomètres seulement des 
rivages. Voilà ce qui ressort de l'examen de cette carte, qui n'offri- 
rait qu'un intérêt purement scientifique si elle ne contenait, en même 
temps que le bassin du golfe Persique, tout l'ensemble de cette Mer 
Rouge, où opère une flotte italienne. A la guerre italo-turque, par 
conséquent, une carte, dont il semblerait que les seuls géographes 
allaient se préoccuper, doit un intérêt tout à fait inattendu d'actua- 
lité. 

3. - Cet intérêt d'actualité, peu de cartes le présentent parmi celles 
que contient la 21^ livraison de l'Année cartographique? Je ne le trouve 
guère qu'à la carte du Paraguay établie, sur la feuille d'Amérique, 
d'après les travaux de Félix Ladouce, et, à la rigueur, au tracé de 
la frontière franco-libérienne d'après les opérations de la commission 
de délimitation de 1908-1909. Tous les autres documents réunis sur 
les trois feuilles de notre fascicule sont d'ordre exclusivement scienti- 
fique; citons parmi eux les croquis se rapportant à l'Arabie du nord- 
est, au Turkestan chinois et au Xan-sou, à la Mongolie, à la Chine 
occidentale et au Thibet oriental où sont reportés les itinéraires du 
capitaine Leachman, du D^ Stein, de l'expédition Kozloff, de M. J. 
Bacot, etc., en Asie; — la carte du Sahara central d'après N. Villatte 
et celle du Kordofan d'après les travaux anglais les plus récents ; 
— dans l'Amérique du sud, un tracé du Rio Uaupès, dans le bassin 
septentrional de l'Amazone, d'après le levé de M. Hamilton Rice, et 
une fort belle carte de la Bolivie septentrionale et du Matto Grosso. 
Dues à MM. Bonnesseur, Chesneau et Huot, ces trois feuilles de 
V Année cartographique ont leurs divers tracés établis à des échelles 
très différentes, variant du 1 : 10.000.000^ au 1 : 1.750.000^ ; 
fort heureusement un croquis d'ensemble permet, sur chaque feuille, 
de replacer à une même échelle chaque carte là où elle doit être, et 
un texte bref, mais substantiel, en fait ressortir l'intérêt particulier... 
Non moins que les fascicules précédents, par conséquent, le 
nouveau fascicule de l'Année cartographique mérite qu'on lui fasse 
bon accueil. 

4. — En France, le nom du comte de Montessus de Ballore est 
tellement identifié à la sismologie qu'on a peine à se figurer une 



— 314 — • 

publication ayant trait à la science des tremblements de terre et non 
signée du savant directeur du service sismologique de la république 
du Chili. Voici un livre qui corroborera encore cette opinion, un 
petit volume qui présente un résumé, dépourvu de tout appareil 
critique, des deux gros ouvrages antérieurement publiés par Tauteur 
et qui expose de la manière la plus claire et la plus vivante l'état 
actuel de la science au sujet de ces phénomènes troublants entre tous 
que sont les tremblements de terre. La Sismologie moderne, tel est le 
titre de ce livre dont l'auteur a parfaitement défini le caractère 
quand il l'a dit « débarrassé de tous les détails sans importance, ou 
dont l'interprétation est encore discutable. » En veut-on la preuve? 
Qu'on ouvre le nouveau volume de l'éminent spécialiste, qui consacre 
encore aujourd'hui, dans un pays comptant parmi les plus ébranlés 
du globe, tous ses instants à l'étude des tremblements de terre; qu'on 
lise, en réfléchissant un peu, la table des matières ! L'ordre logique, 
d'une logique impeccable, dans lequel sont traités les différents sujets, 
— depuis le caractère périodique du mouvement sismique jusqu'aux 
effets des tremblements de terre sur les constructions et les moyens 
d'y remédier, — apparaît immédiatement à l'esprit; et si, muni de 
ce « fil d'Ariane « qui constitue, pour tout livre bien ordonné, la 
connaissance de sa table des matières, on se met à lire la Sismologie 
moderne, comme tout l'exposé de M. de Montessus de Ballore paraît 
clair et rapide, comme parfois on en- vient à regretter sa brièveté 
voulue ! Il est impossible de ne pas être ému par la grandeur des 
horizons que dévoile ce court ouvrage, où l'auteur montre avec force 
que la cause des mouvements agitant l'écorce terrestre réside dans 
son épaisseur même, et non en dehors; il est impossible de ne pas 
s'intéresser aux brefs chapitres consacrés à la géographie sismique et 
volcanique, à l'étude des tremblements de terre ressentis en France 
et dans les colonies françaises, à tant d'autres questions passion- 
nantes... De superbes illustrations, vraiment parlantes, -des carte» 
d'une grande lisibilité et portant chacune son enseignement, accom- 
pagnent cet excellent ouvrage de vulgarisation, écrit par un maître 
ès-science sismologique. 

5. — Le dernier volume de V Atlas pittoresque de la France montrera- 
t-il les effets, en Haute- Savoie, des tremblements de terre qui s'y 
font sentir parfois avec quelque intensité? Nous ne le pouvons pas 
dire; du moins devons-nous constater que le tome II de ce bel ou- 
vrage n'est pas pour satisfaire notre curiosité à cet égard. Aucun en 
effet des départements qui, dans l'ordre alphabétique, depuis le Finis- 
tère jusqu'au Nord inclusivement, y passent successivement sous nos 
yeux, n'appartient aux régions les plus secouées de notre pays. Mai», 
par contre, queïle emple matière à constatations de toute nature que 



;— 315 - 

la simple inspection, même peu attentive, de cet album ! Nous regret- 
tions naguère que l'Atlas pittoresque de la France eût été conçu dans 
l'ordre alphabétique et nous estimions ce plan antigéographique; 
nous le tenons encore pour tel.... Mais force nous est bien de recon- 
naître, après de multiples expériences, que l'ordre alphabétique 
présente quelques avantages; non seulement il évite une certaine 
monotonie, mais par la violence et la brutalité des contrastes entre 
deux départements que les hasards de l'alphabet font voisiner (la 
Haute-Loire et la Loire-Inférieure, par exemple, ou encore le Jura et 
les Landes), ou bien encore, parfois, entre deux cantons d'un même 
arrondissement, il frappe l'esprit de l'observateur le moins attentif, 
il stimule sa curiosité, il l'amène à se poser des questions, à ouvrir 
un dictionnaire, une géographie, parfois même à aller plus loin. 
Ainsi, au point de vue pédagogique, notre ouvrage possède, grâce à 
son absence même de système, une vertu très efficace; et que dire 
d'autre part de la valeur de l'enseignement qui se dégage d'une étude 
plus attentive, vraiment systématique, de telle ou telle figure parti- 
culière? Les phénomènes d'érosion, les méandres, les gorges sont 
représentés dans ce volume par des gravures vraiment " admirables ; 
ailleurs je trouve des sculptures préhistoriques, des reproductions de 
monuments romans ou gothiques de toute beauté; ailleurs encore des 
types humains, des costumes, des scènes de mœurs; tout cela constitue 
un ensemble plein de vie, de variété, de pittoresque, qui ne cesse de 
présenter l'attrait de la nouveauté. Aie feuilleter, comme à entendre 
conter Peau-d'Ane, on ne pourra que prendre un plaisir extrême. 

6. — A côté de cet intéressant album, il est bon de consulter diffé- 
rentes sortes d'ouvrages, des géographies, des « guides «, des mono- 
graphies historiques, archéologiques, décrivant l'état présent et 
étudiant l'état passé des différentes parties de notre pays. On fera 
bien, parmi ces livres, d'assigner une place d'honneur à la Basse- 
Normandie de MM. L. Dimier et R. Gobillot, le volume par lequel 
débute une nouvelle collection de Guides artistiques et pittoresques des 
pays de France qui, à en juger par ce spécimen, portera surtout son 
attention sur les richesses artistiques que possède encore en si grande 
abondance notre beau pays. Sans doute, le côté pittoresque n'est pas 
absolument négligé; il nous a paru toutefois un peu sacrifié. On peut 
s'en rendre compte dès la première page, où l'on cherchera vainement 
une définition de la Basse- Normandie et quelques chiffres qui n'eus- 
sent pas été absolument inutiles; quant au côté « géographie pure », il 
est systématiquement laissé de côté. Remarquorîs-le, puisque les 
auteurs n'ont pas pris soin de le faire remarquer, et ajoutons que ce 
guide ne saurait suffire à lui seul à un voyageur, mais doit être em- 
porté comme complément d'un Baedeker ou d'un Joanne, car on n'y 



— 316 — 

rencontre aucune indication sur les voies d'accès en Basse- Normandie, 
sur les chemins de fer, les hôtels, etc. Ainsi le côté pratique n'existe 
pas; mais, par contre, quelle iouk de renseignements précis en ma- 
tière historique et artistique ! Ces renseignements sont présentés de 
manière très alerte, très vivante, parfois un peu maniérée, mais 
toujours agréable. Nous aimerions en donner une idée en citant 
quelques courts extraits des descriptions si abondantes contenues 
dans la Basse-Normandie; bornons-nous, puisqu'il faut y renoncer 
faute de place, à signaler comme particulièrement intéressante celle 
de la foire de Guibray (p. 70-72, avec plan) et finissons en souhaitant 
que les auteurs ne nous fassent pas longtemps attendre le frère de ce 
volume, le guide de la Haute-Nouiiandie. 

7. — Si, de la Normandie, nous passons en Lorraine, il nous f